Descriptions des arts et métiers
-
-
- p.n.n. - vue 1/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 2/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 3/284
-
-
-
- O
- L ART
- /
- DU
- MENUISIER EN MEUBLES
- SECONDE SECTION DE LA TROISIEME PARTIE
- jd e l’A rt du Menuisier.
- ParM. Rovbo le Fils, Maître Menilijier.
- M. D C C. L X X 11, ;
- . i
- ' fs\
- Page de titre n.n. - vue 4/284
-
-
-
- .'Uri
- *
- * V.
- *♦ <
- ♦
- \
- I
- %
- 4~~
- 3.
- j*
- 4 ' r,‘
- A
- *
- *
- y
- *
- ''T>'
- i/, *>'
- «t
- 4e
- *
- * *
- *
- W .
- ;*?
- p.n.n. - vue 5/284
-
-
-
- L-~ fc iMaMÉnMHÉ
- ART
- D U
- MENUISIER EN MEUBLES
- Par M. Roubo le fils , Maître Menuifier*
- SECONDE SECTION DE LA TROISIEME PARTIE
- de lArt du Menuisier.
- S o u s le nom de Menuijîers en Meubles, on ne comprend ordinairement que les Ouvriers de cette Profeffion, qui font des Sièges, des Ecrans, des Paravents 8c des Lits de toute elpece, les autres Memlrloe pfant faits par les Ebéniftes , qui, non-feulement font ufage des bois précieux, loit en placages, foît par incruftatioii, ou même en plein (comme je le dirai en fon lieu), mais encore font toutes fortes de Meubles de bois commun, tel que le noyer, le hêtre, &c.
- Comme cette divifion, qui eft celle des Ouvriers, pourrait apporter de la confufion dans la defeription que je vais faire de la Menuiferie en Meubles , vu quelle m'obligerait à me répéter, & changerait lordre que , jufquapréfent, j'ai confervé à mon Ouvrage, j'ai cru devoir comprendre , fous le nom de Menuijîers en Meubles, tous ceux qui travaillent aux Meubles, de quelque elpece qu’ils puiifent être, ne considérant comme Ebéniftes, que ceux qui travaillent les bois précieux, & qui font divers ouvrages de placage & de marqueterie ; ce qui conftitue véritablement l'Art de l’Ebénifte , dont je donnerai la defeription à la fuite de celle des Meubles, ainfi que je l'ai annoncé dans la première Partie de cet Ouvrage,
- ♦
- Menuisier , III. Pan. II. Seci.
- Ooooooo
- p.599 - vue 6/284
-
-
-
- 6oo ME NUI S 1ER, III. Pan. Sec1. Il Chap. V.
- CHAPITRE CINQUIEME.
- De la Menuiferie en Meubles en général, ôC fes différentes efpeces•
- T j a Menuiferie en Meubles, -dont la defcription va faire 1’objet de cette Partie de mon Ouvrage, n’eft pas, ainfi que les autres efpeces de Menuiferies dont fai traité, fujette à des réglés certaines, foit dans les formes foit pour la décoration ; au contraire, à quelques dimenfions près, (lefquelles ne fauroient changer, puifquelles font relatives à la grandeur humaine, ) il femble qu’on ne puiffe rien, dire d’affuré à ce fujet, les differentes efpeces de Meubles étant variées prefqu’à l’infini, & étant fujettes à des changements considérables, foit dans leurs formes foit dans leur décoration, laquelle change tous les jours à raifon des différents befoins , qui femblent augmenter avec la puiffânce de les fàtisfaire ; de forte que foit efprit d’inconftance ou de mode , foit enfin le befoin qu’ont les. Ouvriers de travailler, on voit paroître tous les jours des Meubles nouveaux, ou bien qui font d’une forme differente de l’ordinaire, auxquels on donne des noms étrangers & extraordinaires , afin d’en avoir plus de débit.
- C’eft cependant cette multitude de Meubles de toute efpece , qui doit engager à plus d’exaétitude & de foin dans leur defcription, afin de laifler à la poftérité une idée nette p^c-î/e des uiages de du luxe de notre fiecle , lequel luxe eft peut-être nécefîàire , quoiqu’ignoré de nos peres, puifqu’il fait vivre une multitude d’Ouvriers de toute efpece, comme Menuifier, Sculpteur, Tapiffier , Marbrier , Fondeur , Doreur, Sec.
- D’après ce que je viens de dire, il eff aifé de concevoir que la defcription des Meubles en général, ne peut être qu’une efpece de nomenclature, vu que leur conftruétion eft toujours à-peu-près la même, du moins à chaque efpece; c’eft pourquoi, après avoir traité fbmmairementdes Outils Se des Bois propres aux Menuifiers en Meubles , je donnerai la defcription de tous les Meubles d’ufàge à préfent, lefquels peuvent être confidérés comme faifànt deux efpeces diftinéles l’une de l’autre ; favoir , les Meubles à bâtis, tels que font les Sièges de toutes fortes , les Lits , les Ecrans, les Paravents , les Tables Se les Bureaux de toutes façons, ce qui conftitue la première efpece : la fécondé comprend tous les Meubles à bâtis Se à panneaux , tels que font les Armoires de toutes fortes, les Buffets, les Commodes, les Secrétaires, les Bureaux fermés, Sec. Je fuivrai cette divifion dans toute la fuite de cette defcription ; ce qui eft d’autant plus naturel, que les Ouvriers qui travaillent aux Meubles à bâtis , ne favent faire, pour la plupart, que cela, ainfi que ceux qui travaillent aux autres efpeces de Meubles, ne favent non plus faire que ceux auxquels ils ont accoutumé de
- p.600 - vue 7/284
-
-
-
- De la Menuiferie en Meubles en général. 6ot
- travailler ( * ) : de-là vient que tous les Meubles de chaque efpece fe refTem-blent, du moins tant que la mode dure ; puis on y fait quelques changements de temps à autre, julqua ce que dautres les remplacent ; de forte que les Ouvriers changent infenfiblement leurs façons de travailler , du moins pour la forme de leurs ouvrages, fans fe rendre compte du pourquoi, & oublient une mode dès quelle eft paflee; ce qui eft facile à concevoir, puifquenchangeant
- (*) Les Menuifiers en Meubles en général, 8c fur'tout ceux qui font les Meubles à bâtis, font de tous les Ouvriers qui travaillent à cet Art, ceux qui ont le moins de théorie, &, fi j’ofe le dire, de favoir faire; toute leur habileté ne con-fiftant que dans une routine plus ou moins heu-reufe, félon qu’ils ont eu des Maîtres plus ou moins habiles, la plupart ne fachant faire qu’une forte d’ouvrage , 8c encorè avec des calibres que fouvent ils n’ont pas le talent de faire eux-mêmes; de forte qu’une fois un Meuble à la mode, tous ceux qu’on fait lui reffemblent ou doivent lui reffembler, les Ouvriers ne fachant faire que ce qu’ils voyent faire tous les jours; ce qui ne peut être autrement, vu qu’ils ne favent prefque point deiïiner, ou même point du tout, ce qui les prive de toutes les relfources que donne la théorie , 8c qui les oblige d’abandonner la décoration de leurs ouvrages à des Sculpteurs, qui, non-feulement y font les ornements nécef-faires, mais encore y pouffent les moulures, les Menuifiers ne faifant qu’affembler 8c chantourner groffiérement leurs ouvrages , d’où il réfulte une infinité de défauts, les moulures étant prefque toujours mal faites, inégales , les contours fans grâce 8c jarréteux ; ce qui n’arriveroit pas fi
- les Menuifiers faifoïprir lf>npp nmrrpgpc Hitif-*nê-
- mes, 8c ne laiffoient faire au Sculpteur que ce qui eft de fa partie; ou bien fi le Sculpteur étoit affez adroit pour bien faire l’ouvrage du Menui-fier, ce qui feroit égal ; mais ce qui arrive rarement , ces fortes de Sculpteurs étant pour l’ordinaire de fort mauvais Ouvriers dans leur talent, 8c pour la plupart fans deffin , ne travaillant que par routine , & ne traçant leurs ouvrages qu’avec des calques, dont fouvent ils ne favent pas faire les deffins originaux.
- Il faut cependant avouer qu’il fe fait de très-beaux Meubles en tous genres, tant pour la Menuiferie que pour la Sculpture ; mais le nombre en eft très-petit, parce que ces fortes de Meubles coûtent très-cher, 8c qu’on trouve peu d’Ouvriers capables de les bien faire, à moins que de les bien payer, ce qui ne peut être que pour des Meubles de conféquence, 8c appartenants à des gens affez riches pour en faire la dépenfe, qui eft toujours très-confidérable, proportion gardée avec le prix des Meubles que vendent les Marchands, lefquels, en s’ingérant de fournir les Meubles tout finis aux Particuliers, trompent ces derniers en leur vendant de mauvaife mar-chandife ( qui, quoique très-peu payée, eft toujours trop chere, ) 8c ruinent l’Ouvrier en lui enlevant fes pratiques, 8c en le forçant, pour ainfî dire, à leur faire de l’ouvrage au prix qu’ils jugent à propos de lui payer ; d’où il s’enfuit que le Menuifier en Meubles , pour avoir de 1 ouvrage, 8c pour pouvoir vivre en le faifant à vil prix, y met tout le moins de façon 8c de
- matière qu’il lui eft poffibîe , 8c ne donne à fon ouvrage qu une propreté apparente, fans aucune folidité foit dans la façon , foit dans la matière , qui eft fouvent mauvaife ou trop épargnée, 8c quelquefois l’une 8c l’autre. ’
- C’eft auffi à cette entreprife des Marchands fur les Ouvriers fabricants , à quoi on peut 8c même on doit attribuer le peu d’émulation & de favoir de la plupart des Menuifiers en Meubles , dont toute l’application ne confifle qu’à faire beaucoup d’ouvrage en très-peu de temps, fans s’embarraffer de fa perfeâion > vu que ce n’eft pas eux qui le vendent au Particulier, qui alors ne peut leur faire aucun reproche fur les mauvaises qualités de leur ouvrage.
- De plus, ces Ouvriers une fois accoutumés à faire de mauvais ouvrage, que les Marchands leur payent très-médiocrement, ne veulent, & même ne peuvent plus changer leur routine, quand même on voudroit les payer raifonnabîement ; de forte que celui qui paye peu & celui qui paye davantage, font également mal fervis; ce qui n’arriveroit pas fi les Ouvriers vendoient leurs ouvrages aux Particuliers , parce qu’alors ils s’efforceroient de les faire bons, pour acquérir de la célébrité 8c des pratiques, ce qui excite* rolt beaucoup d’émulation entr’eux ; de maniéré qu’en peu de temps on vcnoii fc former un nombre de bons Ouvriers , qui, à une pratique confommée, joindroient une théorie lumi-neufe fondée fur de bons principes, ce qui arrivera toujours tant qu’on ne mettra pas d’entraves à l’induftrie des hommes, 8c qu’ils feront affûtés de pouvoir jouir en sûreté du fruit de leur induftrie 8c de leurs travaux.
- Je fai cependant qu’il n’eft pas donné à tous d’exceller dans leurs talents , 8c que quand cela feroit poffibîe, tout le monde, quoiqu’avant befoin de Meubles, n’eft pas en état de les payer fort cher ; mais on pourroit, fans trop dépen-fer, avoir de l’ouvrage du moins folide , qu’il eft toujours facile de faire, même à l’Ouvrier d’un talent médiocre , lequel deviendroit alors l’homme de ceux dont les moyens font bornés; au lieu que celui qui excelleroit, ne travaille-roit que pour celui qui auroit le moyen de le payer ; de forte que tout le monde vivroit, 8c que le Particulier feroit moins expofé à être trompé que chez les Marchands , lefquels , fans eonnoiffance pour la plupart, vendent pour de beaux 8c bons ouvrages, ce qui n’en a fouvent que l’apparence.
- J’ai cru devoir à la vérité cette digreffion * peut-être un peu longue , mais en même temps très-néceffaire , pour précautionner le Public contre une infinité de mauvais ouvrages, peu chers à la vérité, mais en même temps peu folides 8c mal faits.
- p.601 - vue 8/284
-
-
-
- 6o* MENUISIER, III. Part,> Seâ. IL Chap. V.
- de calibres, ils perdent néceffairement jufqu’à l’idée de la mode pafTée , dont on ne peut avoir de modèle que dans quelques anciens meubles, ce qui eft encore affez difficile à trouver, vu que ces ouvrages font de peu de durée, & quà chaque changement de mode, chacun fie fait un devoir de s’y conformer , dût-on rejetter de bons Meubles pour en avoir de nouveaux, peut-être moins bons, 8c cela par la feule raifon qu’il eft prefque honteux de ne pas être à la mode tant dans fes Meubles que dans fes habits,
- Section Première,
- Des Outils & des Bois propres aux Meubles*
- Lès Outils des Menuifïers en Meubles en général, font les mêmes que ceux des Menuifiers de Bâtiment, tant pour les Outils d’affûtage que de moulures, du moins pôur ceux qui font les gros Meubles, tels que les Armoires, les Commodes , Sec, Quant à ceux qui font les Meubles à bâtis, comme les Sièges, &c, non-feulement les Outils des Menuifiers de Bâtiment leur foffifent, mais ils affeélent de ne s’en pas forvir, puifquils ne corroyent prefque point leurs bois, & quelquefois même point du tout, fe contentant de les refendre le plus jufte poffible, & de les affembler fans autre précaution que d’y donner un coup de râpe s’ils le jugent à propos, de maniéré qu’ils fe pafient ptefque toujours d’équerre & de rabots cintrés , du moins pour les ouvrages ordinaires.
- Ces Menuifiers fo pa^T^nr ïmfïî d outils de moulures , puilqu iis n en poulîent aucune , & qu’ils les abandonnent aux Sculpteurs, qui s’en acquittent comme ils peuvent.
- Je ne fai cependant pourquoi les Menuifiers en Meubles dont je parle, ne pouffent pas les moulures de leurs ouvrages eux-mêmes, foit à la gouge ou au rabot, ce qui fierait beaucoup mieux, ainfi que font les Menuifiers en Carroffes, ( lelquels les font avec tant de propreté & de précifion ) , ce qui feroit très-avantageux , parce que les moulures étant faites par les Menuifiers, ils prendraient plus de précaution en chantournant & en affemblant leurs pièces, lesquelles ne jarréteroient sûrement pas comme elles font ordinairement lorfque les Sculpteurs les pouffent, ce qu’ils font à chaque piece Séparément, fans s’em-barrafler de les bien faire raccorder.
- C’eft pourquoi je crois que malgré fiufiage , les Menuifiers en Meubles de la première efpece devraient non-feulement prendre beaucoup d’attention en chantournant leurs pièces, mais encore s’accoutumer à pouffer leurs moulures eux-mêmes, non-feulement à la gouge, mais encore au rabot, ce qui rendrait fiouvrage beaucoup plus parfait, 8c les moulures uniformes 8c égales enr elles.
- Comme j’ai fait une ample defoription des Outils du Menuifier en Bâtiment, 8c de ceux du Menuifier en Carroffes, page y2 &fuiv. I. Farde, 8cpage 472
- & Juiv.
- p.602 - vue 9/284
-
-
-
- Section I. Des Outils 3C des Bois. 603
- éfuiv. IIIJ?unie, je n’en parlerai pas ici; c’eft pourquoi Ceux qui voudront s’inf truire, pourront y avoir recours. Les Menuifiers en Meubles de la première efpece ne font pas refendre leurs bois comme ceux de Bâtiment ; mais ils le refendent eux-mêmes avec de petites foies à refendre , qu’un homme mene tout feul, ce qu'ils font fort adroitement ; Sc c’eft, je crois, en quoi confifte une grande partie de leur fovoir-faire, vu quils ne corroyent point leurs bois après qu'ils l’ont chantourné ; ceft pourquoi ils ont foin d’avoir beaucoup de ces fcies à refendre , de différentes longueurs Sc largeurs de fer, à raifon des différentes pièces qu'ils ont à refendre.
- Quant aux Menuifiers de la fécondé efpece, ceft-à-dire, ceux qui font les Armoires, Scc, ils fe fervent des outils cle moulures, ainfi que les Menuifiers de Bâtiment ; mais il feroit à fouhaiter qu'ils priffent un peu plus de précaution en les affûtant, afin que leurs profils euflent une forme gracieufe , ce qui eft bien rare à trouver dans tous les ouvrages de Meubles , dont fouvent les profils font d’une mauvaifo forme, fans dégagements, & ce qui eft pis, inégaux entr’eux , ceux des battants étant d'une largeur, Sc ceux des traverfes cintrées d'une autre*
- Les bois propres aux Menuifiers en Meubles en général, font le hêtre Sc le noyer, foit noir ou blanc, parce que ces bois font d'un grain fin Sc ferré, Sc que d’ailleurs ils font très-liants.
- On doit avoir grand foin, quand on fait choix de l'un ou l'autre de ces bois pour de*s pièces cintrées, qu ils loiei.it uca loînc fhnc îmning efpece de fente ni de nœuds vicieux, ce qui les feroit cafter ou tourmenter. En général, on doit avoir foin de n’employer aux Meubles , de quelqu'efpece que ce foit, que du bois très-foc , fans cependant qu'il foit paffé, parce qu'alors il tendroit à la vermoulure, ce qui eft fort à craindre. Pour les panneaux des gros Meubles , comme les Armoires, il faut éviter abfolument de les faire de hêtre, parce que ce bois ne vaut rien en panneaux d'une certaine grandeur, Sc que fi foc qu'il foit, il fe tourmente prefque toujours.
- On fe fort quelquefois de chêne dans la conftruéffon des gros Meubles ; mais ce ne doit être que pour les derrières, les fonds & les tiroirs, jamais pour les dehors ; parce que ce bois, quelque beau quil foit ; ne prend jamais le poli auflï bien que le hêtre & le noyer.
- On fait cependant des Armoires toutes de chêne ; mais ce n eft que celles qui font à l'ufage des Garde-robes, qu’on peint ou vernit plus volontiers, Sc qu’on ne polit jamais ; au lieu que les Meubles parants font toujours polis.
- Je dis que le bois de hêtre Sc de noyer font les fouis qu’on doive employer à la conftruélion des Meubles, ce qui n’eft abfolument vrai que dans ce pays ; car dans ceux où le poirier, l'alifier, Sc tous autres bois doux Sc liants font communs, on fait très-bien de s’en forvir, fur-tout de préférence au hêtre, dont on ne fe fert ici que parce qu’on n’en a pas de meilleur à cet ufâge.
- Quant au débit des hoîs, je n’en parlerai pas ici, vu que ce ne foroit qu’une Menuisier , 1IL Part. Secl, IL ^ PPPPPP
- p.603 - vue 10/284
-
-
-
- 6o4 ME N UISIE R , ïll. Pan. SeB. IL Chap. V.
- répétition de ce que fai dit jufqu’à préfent à ce fojet; tout ce que je puis recommander, c’eft d’éviter les bois tranchés autant qu’il fera polïible, Sc de prendre les courbes les unes dans les autres, afin d'éviter la perte du bois : au refte, lorfque je ferai le détail des différentes efpeces de Meubles, & des différentes courbes qui y font nécelîàires, je parlerai du débit de ces mêmes courbes félon qu'il fera convenable, pour épargner la matière & faciliter l’exécution de l’ouvrage,
- §. I. Des anciens Meubles en généraL
- I l nous refte peu ou même point de lumières touchant la connoiflànce des anciens Meubles , tant chez les autres Peuples que chez nous-mêmes» Les Hifto-riens Grecs & Romains parlent quelquefois de Lits pour repofor , de Lits de table , de Buffets, de Trépieds & de Sièges, dont, à la vérité, ils vantent la richeffe & le travail, mais dont ils laiflent ignorer la forme & les proportions ; ou s’ils en donnent quelques-unes, elles font fi vagues, quelles font plus propres à donner lieu à des conjectures, qu’à inftruire ; c’eft pourquoi je ne dirai rien de précis à ce fujet.
- II .paroît, par les monuments qui nous reftent de ces temps reculés, que le nombre des Meubles n’étoit pas fort confidérable chez les Romains, lefquels,1 for-tout au commencement de la République, faifoient profeffion d’une grande fimplicité « Sc fo bnrnnî^nf on lo nèv^cilaire , tel que les JLits, ica Sièges, les Tables, & quelques autres Meubles fermants, dont le nom & la forme ne font pas venus jufqu’à nous ; & fi les Grecs , tant d’Afie que d’Europe, eurent des Meubles plus magnifiques que les Romains, il ne paroît pas du moins qu’ils en euffont en plus grand nombre.
- En général, les Sièges chez l’un & l’autre Peuple, n*étoient , comme â Sparte, que des Bancs ou de fimples Placets, à peu-près femblables à nos Ployants garnis de cuir, & plus rarement d’étoffe, fans bras ni dofïier, du moins pour l’ordinaire , lefquels étoient foutenus par des pieds terminés par des griffes d’animaux ou autres ornements ; les Trépieds étoient des efpeces de fiéges à trois pieds ( ainfi que leur nom l’indique ) , & par confisquent d’une forme triangulaire : forme myftérieufe, confervée particuliérement au culte de la Divinité ; aufîî les Trépieds n’étoient-ils guere d’ufàge que dans les Temples. Le deffos de ces efpeces de Sièges, ou petit Autel portatif, étoit folide, ce qui étoit nécef: faire, puifque la Prêtreffe d’Apollon montoit deffos pour rendre fes oracles.
- Les Trépieds fe faifoient de bois, de cuivre, d’argent 8c même d’or ; & ils étoient non-feulement de la hauteur ordinaire des Sièges, mais encore d une très-grande hauteur, for-tout quand iis étoient confacrés dans un Temple comme une offrande, ou bien qu*ils étoient portés à quelques cérémonies faerées comme à la fameufe proceffion ou pompe de Ptolemée Philadelphe? à laquelle entre un grand nombre de Trépieds, on enportoitun de 13 pieds de haut,
- p.604 - vue 11/284
-
-
-
- Section L §. I. Des anciens Meubles en général. 60$ & un autre de 18, pour fervir de prix aux Vainqueurs des Jeux donnés à cette Fête.
- Quant aux Lits des Anciens, il ne nous en refte aucune defeription exaéle ; mais il eft tout à croire, d’après quelques bas-reliefs antiques, quils étoient à peu-près femblables à nos Lits de repos, dont les pieds de devant affleurent le delîùs du Lit.
- Les Tables anciennes étoient, ainfi que les nôtres, ou quarrées, ou rondes ^ ou en demi-cercles, autour defquelles on plaçoit des Bancs ou des Sièges pour manger affis.
- Quand la coutume fe fut introduite de manger couché fur des Lits, les Tables fe nommèrent Triclinium, parce qu’elles étoient entourées de trois Lits, ce qui laiüoit un côté de la Table vuide pour faciliter le forvice.
- Chacun de ces Lits de Table ne pouvoit contenir que trois perfbnnes, du moins pour l’ordinaire, ce qui faifoit neuf en tout à chaque Table. Ces Lits dévoient avoir 6 pieds de long au moins > fur 3 pieds de large ; quant à leur décoration , ainfi que celle des Tables, on n’a rien de certain à ce fujet, fi ce n’eft que ces Meubles étoient fouvent très-magnifiques , faits de bronze , enrichis d’argent ou d’or, & quelquefois entièrement faits de l’une de ces deux matières.
- Au défaut de monument antique à ce fiijet, on peut voir dans un des Tableaux du Pouflm, réfutant TinfUtution de l’Euchariftie, le deffin d’une Table en triclinium, lequel eft eftimé des ConnoifTeurs, comme représentant ces fortes de Tables auflî parfaitement qu’il eft poffible.
- Les Buffets des Anciens étoient des efpeces de Tables fur lefquelles on plaçoit toute l’argenterie & les vafés précieux de ceux qui donnoient les repas» Ces Meubles étoient d’une très-grande magnificence ; mais quant à leur forme 8c leur décoration, elles nous font abfolument inconnues.
- Si les Meubles des anciens Peuples ne nous font pas parfaitement connus nous ne fomrnes guere plus riches en connoifïànces par rapport à ceux de notre pays, ainfi que je l’ai dit ; car excepté trois à quatre fortes de Sièges anciens , dont la forme nous eft conforvée dans d’anciens monuments, nous ignorons abfolument quelle étoit la forme, le nombre, & même les noms des Meubles de nos peres ; tout ce qu’on peut conjeélurer, c’eft que comme les Gaulois fiiivoient les coutumes 8c lès ufàges des Romains leurs vainqueurs, il eft à croire qu’ils conferverent les mêmes ufàges fous la domination des Francs, qui, en conquérant la Gaule, lui laifferent fes ufàges, comme ils lui laifferent fes Loix » 8c même fà Religion.
- Cela peut faire croire, du moins à mon avis,' que les Meubles de nos ancêtres étoient à peu-près les mêmes que ceux des Romains, qui, comme je viens de le dire, n’étoient sûrement pas en grand nombre, mais dont la forme 8c la décoration nous font prefque entièrement inconnues, faute de Mémoires
- p.605 - vue 12/284
-
-
-
- Planche
- 2.22.
- 1
- 606 MENUISIER, III. Pan. Sei2. II. Chap. V.
- exaéts de ces anciens temps, du moins pour ce qui eft du fùjet dont je traite»
- Les Figures de cette Planche repréfèntent cinq efpeces de Sièges pris dans différents temps de la Monarchie Françoife, depuis environ l’an 630 , jufques vers Fan 1422, lefquels font tirés de divers endroits , & recueillis à la Bibliothèque du Roi, dans le Recueil des Habits tant des Rois 8c Princes , que des Particuliers, depuis les premiers temps de la Monarchie, jufqu’au régné de Louis XIV* •
- * La Figure r repréfente un Siège ou Fauteuil, lequel exifte encore au Trélor de FAbbaye de Saint Denis, & qu’on dit^avoir fervi au Roi Dagobert, lorfqu’il rendoit la Juftice ; ce qui eft certain, c eft qu’il a appartenu aux Rois de la première Race.
- Ce Siège eft de cuivre doré, affez groffiéremént travaillé , & a cela de fingulier, que le liège repréfente une formecreufe par le milieu, laquelle étoit vraifemblablement remplie par un couffin, fins quoi on auroit été affez mal à fon aife affis dans ce creux, s’il n’avoit été garni que par une fimple étoffe, de laquelle il étoit vraifemblablement garni en premier , 8c qui étoit attachée aux deux branches ou traverfes de côté, qui font affembiées dans les cols des quatre animaux qui fervent de pieds à ce Siège.
- Il eft vraifemblable que ce Siège fe ployoit lorfqu’on vouloit le tranf-porter, ce qui étoit affez en ufàge en ce temps, & comme l’indique la barre qui paffe au milieu, laquelle lui fer voit surfent J’axe.
- La Figure 2 repréfënte un Siège de l’Empereur Charlemagne , fur lequel ce Prince eft repréfenté affis revêtu de fes habits Royaux. Ce Siège n’eft autre chofe qu’une efpece de Ployant, & eft tiré d’un vitreau de l’Eglife de l’Abbaye de Fuide, en Allemagne, vers l’an 77r.
- La Figure 3 repréfente un Siège d’un Particulier, vers l’an 900, lequel eft affez ferhblableaux deux premiers , pour fa forme creufe au milieu.
- La Figure 4 repréfente un Siège ou Fauteuil appartenant au Roi Jean II, vers 1360, & eft tiré d’une miniature qui eft au rnanufcrit de Froiflârt. Ce Siège eft une efpece de Fauteuil, vu qu’il a des accotoirs & un doffier à la hauteur de ces derniers.
- Enfin la Figure J repréfente un Fauteuil du Roi Charles VII * vers l’an 1422, lequel eft auffi tiré du rnanufcrit de Froiflârt. Ce Fauteuil eft à grand doffier avec des accotoirs , & a le fiége fait en creux, ainfi que ceux ci-deflus: ce qui fait croire qu’on doit regarder ces Figures comme très-véritables, quoique les quatre dernieres n’exiftent que dans des peintures, où le Peintre auroit pu faire des Sièges d’imagination , fans avoir égard à l’ufàge, comme il n’arrive que trop de nos jours, ce qui n’eft cependant pas ici vraifemblable , parce que s’ils n’avoient pas fuivi exaélement la coutume de leur temps, ils ne fè fèroient pas tous accordés à faire des Sièges creux dont on auroit peine à croire l’exiftence, s’il ne nous en reftoit pas un exemple dans le Siège qui, dit-on ,
- a
- p.606 - vue 13/284
-
-
-
- Section L §. I. Des anciens Meubles en général* 6oj a appartenu à Dagobert -, repréfenté dans la Figure première de cette Planche ( * ).
- Après le Siège reprêfentè dans la Figure y, je ne connoïs pas d autre monument où on puiflè trouver de modèles des Sièges qui ont fiiccédé à ceux* ci jufqu’à environ Tan 1600, où on trouve diftinélement diverfes efpecesde Sièges peu-près femblables à ceux dont nous faifons ufàge à préfent, tels que font les Fauteuils, les Chaifes ou Chaires, ( ce qui cependant s*entendoit plutôt d’un Fauteuil que d’une Chaife, ) les Tabourets & les Ployants. On n’eft pas certain de l’origine de tous ces différents Sièges ; tout Ce qu’on peut conjeo turer, c’eft qu’ils furent d’abord de fimples Ployants, tels que les Fig. 2 & 3 3 lefquels étoient à l’ufàge de tout le monde fous la première Race de nos Rois, qui, dit-on, r-endoient la Juftice dans des Sièges fans dos ni accotoirs, afin de les faire refîouvenir qu’ils dévoient une Juftice prompte 8c égale à tous.
- Petit à petit on a cherché à rendre les Sièges plus commodes, en y ajoutant des accotoirs & un doffier très-bas, comme dans la Fig. 4, puis un grand dofîîer comme dans la Fig. y ; enfin on a lupprimé la forme creufe du fîége, laquelle étoit peu commode, pour y en fubftituer une droite 8c même bombée, par le moyen des garnitures de crin 8c de bourre, & même de plume qu’on y a ajouté pour les rendre plus doux & commodes.
- Quant aux autres Meubles de nos ancêtres, on n en a aucune connoifîance ; mais il eft à croire qu’ils étoient d’abord très-fimples 8c en petit nombre ; & que ce ne fucguère que ious le régné de Fxancoîç T „ le Pere 8c le Reftaurateur des Arts en France, qu’on vit paroître ces belles Tables, Ces Armoires, & fur-tout ces Bureaux d’Ebénifterie , ( Art nouveau du moins pour notre pays, qui le
- ——mil 1 «C&
- Planche
- (*) Dans une Ordonnance rendue par le Roi Jean II, vers l’an 13 jy, au fujet des voyages de ce Prince, il eft dit qu’il lui fera fourni par les artiçuliers, outre les Tables 8c Tréteaux , des ormes, efpece de fiéges dont le nom eft refté aux Sièges ou Stalles des Chœurs d’Eglife. Ces Sièges ou Formes étoient plus grands que les Fauteuils ordinaires; c’eft tout ce qu’en dit du Gange dans fon Gloffaire , au mot Forme.
- Il eft aufti remarqué, dans les Recherches des Antiquités de Paris, de Sauvai, en parlant des Meubles du quatorzième fîecle, que les Sièges mêmes de chez le Roi, étoient des Efcabelles, des Bancs ( comme les Figures 1 & 2 , de la Planche 223 ), des Formes 6c des Tréteaux ; & qu’il n’y avoit que la Reine qui eût des Chaifes de bois ployantes, & garnies de cuir vermeil & de franges de foie attachées avec des clous dorés ; mais il n’eft pas parlé de leurs formes ; tout ce qu’on en peut conje&urer, c’eft que tous ces différents Sièges étoient de bois en entier, & d’une forme à peu-près femblable à celle qu’ils ont préfentement, du moins pour les Bancs 8c les Efcabelles, qui ne pouvoient fervir qu’à une perfonne, ainfi que les Tabourets , qui ne different de ces dernieres, qu’en ce que leur liège eft garni d étoffe, & que leurs pieds font perpendiculaires ; au lieu que ceux des Efcabelles étoient
- Menuisier > III. Part, II* Se cl.
- évafés, ainfi qüe le font encore ceux des Bancsj Quant aux Tréteaux , ce pouvoit être 'quelque^ Sièges peu différents des Bancs, peut-être parce qu’ils n’avoient pas de doftïer, 8c étoient plus étroits de fiége, quoiqu’ils fuffent, ainfi que ces derniers, d’une longueur capable de recevoir plufieürs perfonnes.
- Cette fuppofition eft d’autant plus vraifem-blable , que dans les anciens Chapitres 8c les Ecoles, revêtus de Menuiferie ancienne, on appelle du nom de Banc, tous les Sièges placés au pourtour ; nom qui leur a été donné lors de leur conftruéHon, 8c qui leur eft refté jufqu’à préfent.
- On n’eft pas plus inftruit fur la forme des Lits de ce liecle , 8c de ceux qui l’ont précédé 5 il eft feulement parlé dans le même Ouvrage ( Sauvait Tome II, Liv. VII, page 179 , ) des Couches qui avoient quelquefois 12 pieds de long far n de large , ( ce qui devoit être fuffifant pour coucher toute une famille,) 8c des Couchettes qui n’avoient que 6 pieds de long, ainfi que nos Lits ordinaires, auxquels ce nom eft refté. Le nombre des autres Meubles fe réduit à peu de chofe , puifqu’il n’en eft fait aucune mention nulle part* fi ce n’eft des Dreffdirs ou Buffets, où on mettoit la vaiffeîle 8c le vin du Roi renfermé dans une outre de cuir. Mè. de Lit. Tom. XVI, pag* 229.
- p.607 - vue 14/284
-
-
-
- Planche
- MENUISIER, III. Pan. Selï. Il Chap. V.
- reçut deTltalie, où il fut apporté par les Romains après leur conquête d’Afie, ) Ouvrages qui ont fait 8c feront toujours l’admiration des connoiffeurs./
- Les Meubles, 8c fur-tout les Sièges, furent d’abord l’ouvrage des Menuifiers ; qui les firent tout de bois , 8c très-ornés de moulures & de divers chantour-nements percés à jour comme la Fig. 3 , & on en, orna les montants d’ouvrages de tour , & les dofliers de baluftres tournés ; enfoite on abandonna tous ces ornements pour faire des Sièges plus fimples, mais dont les doffîers 8c le fiége furent garnis d’étoffe, ce qui les rendoit beaucoup plus commodes. Koye^ les Fig. 4 & j\ Ces Sièges ainfi garnis ne furent d’abord qu’à l’ufage des gens aifés, le commun du peuple fe fervant de Sièges faits par les Tourneurs, lefquels les garnirent en paille de diverfes couleurs ; 8c à leur imitation les Menuifiers s’aviferent de faire des garnitures de Cbaifes avec du jonc ou roting, connu fous le nom de canne, ou r o/e au des Indes ( * ). Voyt£ la Fig. 6.
- Non-feulement les diverfes elpeces de Sièges fe multiplièrent à l’infini, mais encore devinrent fofeeptibles de beaucoup de richeffes, tant dans leurs formes que dans leur décoration; on y employa les cintres, les ornements de Seul-' pture , les dorures & les étoffes les plus précieufes ; de forte que cette partie du Meuble, qui ne faifoit autrefois qu’une très-petite partie de l’Art du Menuifier ^ en eft devenue maintenant une branche très-confidérable, laquelle demanderoit beaucoup de connoiflance du côté de la théorie , 8c de précifion dans l’exécution ; ce qui eft affez rare parmi les Menn»^®** Meuble», duut toute l’habileté ne confifte, pour l’ordinaire, que dans une routine plus ou moins heureufe ainfi que je l’ai dit plus haut.
- Ce que je dis par rapport aux Sièges, doit s’entendre de tous les autres Meubles, à l’exception que fi les Sièges d’ufege à préfent font plus commodes 8c d’une meilleure forme que les anciens, il n’en eft pas de même des autres Meubles , qui, s’ils font plus élégants que les anciens, ont le défaut d’être moins folides, & moins bien finis que ces derniers , ainfi que je le prouverai en fon lieu.
- §. II. Des différentes ejpeces de Sièges d9ufage a préfent. \
- /
- Le nombre des Sièges d’ufege , quoique très-confidérable par rapport à leurs différents noms , peut néanmoins fe réduire à trois efpeces diftinétes les unes des autres; favoir, premièrement les Sièges proprement dits, lefquels n’ont
- (*) Je ne parlerai pas ici de la garniture des Sièges en étoffe, vu que c’eft l’affaire du Ta-piffier, ni de celle entaille , qui eft celle du Tourneur, laquelle fera décrite dans l’Art du ,Tour, par M. Hulot ; je ne traiterai que de celle «n canne, parce qu’elle regarde plus particulié-
- rement le Menuifter en Meubles, qui, quelquefois la fait lui-même, quoiqu’il y ait des gens qui ne font que cet ouvrage, & qu’on connoît fous le nom de Canniers, lefquels font attachés aux Menuifiers en Meubles, qui les occupent toute Tannée^
- p.608 - vue 15/284
-
-
-
- Section 1. §. L Des differentes efpéces de Sièges, SCc, 6op ni doffiers ni accotoirs ; focondement, ceux qui ont des doffiers & point d’acco-toirs ; troifiémement enfin, ceux qui ont des doffiers Sc des accotoirs.
- Dans la première des trois efpeces font compris les Ployants, les Tabourets > les Marche-pieds & les Banquettes de toutes formes & grandeurs. -
- Dans la féconde elpece font comprifes les Chaifes de toutes fortes.
- Dans la troifieme enfin on comprend les Fauteuils dè toutes façons , les Bergeres, les Duchefles ou Chaifes longues, les Canapés, les Sofas, les Veilleufes, les Ottomanes, les Paphofes Sc autres efpeces de Lits de repos, 8c généralement tous les autres Sièges fermants aux appartements privés, comme les Baignoires , les demi-Baignoires, 8c les Bidets de toutes fortes.
- Quoique tous les Sièges qui conftituent les trois différentes efpeces dont je viens de parler, foient à peu-près d’une même forme, ou du moins peu différents les uns des autres , il eft cependant très-néceflàire d’en indiquer toutes les différences, tant dans la décoration que dans les proportions, qui * quoique aflujetties à la grandeur humaine, laquelle eft à peu-près toujours la même, font lit jettes à divers changements, en raifon de leurs différentes formes & üfages lefquels font infiniment variés Sc fufceptiblès de beaucoup de richefles ou de fimplicité, félon qu’on le juge à propos, ou pour mieux dire, félon l’opulence ou la volonté de ceux pour lefquels ils font faits, laquelle volonté fort fou vent de loi tant pour leurs formes que pour leur décoration ; de-là viennent tant de fortes de Sièges , dont la forme eft différente les uns des autres, ou tant d’autres qui ne different qnp de nom „ 8r qui fervent aux mêmes ufàges , leur différence de formes ou de décorations étant prefqu’ïnfenfible, Sc ne giflant fouvent que dans l’idée dé ceux qui les font, ou de ceux qui les font faire.
- En général la commodité eft ce qu’on doit le plus rechercher dans la compo* fition des Sièges ; c’eft pourquoi on doit avoir foin de nè rien détermine^ touchant leurs formes & proportions, avant de s’être rendu compté de l’ufâge auquel on les deftine, Sc fi cet ufàge eft général,, comme par exemple < les Sièges qui font placés dans un appartement pour fervir indiftinélement à toutes fortes de perfonnes, ou bien s’ils font deftinés à l’üfàge particulier d’unô foule perfonne, ce qui fait une très-grande différence ; parce que dans le premier cas il faut qu’ils foient aftujettis à la grandeur générale; au lieu que dans le fécond il faut qu’ils le foient à celle de la perfonne qui doit en faire ufàge * laquelle peut être plus ou moins grande, Sc par conféquent exiger plus ou moins de grandeur qu’à l’ordinaire* D’après ces connoiftànces, & avant de rien déter-| miner fur la grandeur des Sièges, il faut auffi fe rendre compte de la maniera dont ils feront garnis, parce qu’alofs leur hauteur change à raifon de leurs différentes garnitures; c’eft pourquoi il eft très-néceflàire que les Menuifîers prennent quelques connoiftànces de cette partie de l’Art du Tapiflier, Sc en général de toutes les autres parties de cet Art qui ont rapport au leur, afin de ne rien faire qui puiffe nuire au travail de ce dernier ; mais qu’au contraire ili
- Planché g 23*
- p.609 - vue 16/284
-
-
-
- . i
- *
- 610 MENUISIER, III. Part. Sec!. IL Chap. K en facilitent l’exécution , afin de tendre réciproquement à la perfection de Planche l'ouvrage ( * ).
- 221* C’eft pourquoi dans la defcription que je vais faire , non-feulement des Sièges, mais encore des autres Meubles dont la garniture eft du reflort du Tapiffier., j’aurai foin d indiquer la forme & les dimenfions des différentes garnitures ; des changements & des foins qu elles exigent de la part du Menui-fier, tant pour la décoration que pour la conftruélion , afin de ne rien laifler à defirer à ce fujet, du moins autant quil me fera poffible.
- Ces diverfes connoiflânces acquifes, on pourra avec sûreté déterminer la grandeur & la forme des Chaifes ( & de tous autres Sièges en général, ) auxquelles on tâchera d’allier la folidité de la conftruélion avec la grâce de la décoration , qui eft malheureufement trop négligée par beaucoup de Menuifîers ; c’eft pourqüoi, dans la defcription de chaque efpece de Meubles, je donnerai des réglés sûres pour les conftruire avec toute la perfeélion poffible, 8c cela ert raifbn de leur différente forme , laquelle rend quelquefois abfolument vicieufo une efpece de conftruélion employée ailleurs avec fuccès*
- S £ c t 1. o n Seconde.
- Defcription des Ployants, Tabourets, Banquettes, &c ; de leurs formes $
- proportions & conjlruclion.
- ~~*»**-"** 31, E S Ployante Ua les plus anciens 8c les plus fimples de ceux
- Planche dont on fait ufàge à préfent ; ils ne confiftent qu’en deux chaffis quarrés * lefquels entrent l’un dans l’autre, & font arrêtés enfemble au milieu de leur hauteur par des axes ou boulons qui leur laiffent la liberté de fe mouvoir autant que peut le permettre l’étoffe, qui eft arrêtée aux deux traverfos ou emboîtures / du haut, de A à B , Fig. I , laquelle étoffe forme le deftus du liège, qui eft nommé Ployant à caufe de la facilité qu’il a de fe mouvoir 8c de fe ployer en deux en relevant l’étoffe en deffiis ; de forte que les deux extrémités inté-: rieures des emboîtures C D viennent fe rencontrer en un même point lorfqu’on
- C) Les connoiffances que j'exige que îes Menuifîers en Meubles prennent de l’Art du Tapiffier, doivent auffi s’appliquer à tous les autres Arts qui concourent à la folidité & à la décoration desMeu-bles, comme la Sculpture, la Serrurerie, la Fonte, ou pour mieux dire , la forme des bronzes dont on les orne quelquefois, afin que ces connoif-fances acquifes les mettent dans le cas de dif-pofer leurs ouvrages, non pas félon la coutume , mais avec connoilfance de caufe. Si ces connoif-fances font néceffaires aux MenuifîerS, elles ne le font pas moins aux autres Ouvriers, dont le travail dépend du leur, ou l'accompagne, ainfi que je l’ai recommandé dans les autres Parties de cet Ouvrage ; ce que je ne répété ici que pour convaincre, s’il eft poffible , les Ouvriers combien la connoiffance, du moins élémentaire 3 des dif-
- férents talents qui font relatifs au leur, leur eft néceffaire tant pour la perfe&ion que pour l’accélération de leurs ouvrages, lefquels font fou-vent imparfaits ou même peu folides, par le défauts d’ordre & d’harmonie qui fe trouve dans le travail des différents Ouvriers qui les conftruifent; c’eft pourquoi j’ai cru devoir infifter ici furla néceffité de ces connoiffances, que prefque tous les Ouvriers en général négligent comme peu nécef-faires 8c même inutiles à la perfection de leur Art, ne faifant pas réflexion que de très-belles parties qui ne font pas faites les unes pour les autres, ou placées fans ordre 8c fans raifonne* ment, ne peuvent former qu’un mauvais enfem-ï ble , foit pour la décoration, foit pour la con£ truftion, ce qui eft encore pis, puifque ce défauts détruit la folidité de l’ouvrage.
- p.610 - vue 17/284
-
-
-
- Section IL Defcripdon des Ployants, Tabourets, SCc. Bit le juge à propos ; les boulons E qui retiennent les deux chaffis, ne font pas : apparents pour l’ordinaire , mais font placés à moitié bois dans des trous percés en dedans du chaffis le plus large, & par conféquent en dehors du chaffis le plus étroit, ce qui eft très-propre, vu que ce boulon neft apparent en aucune maniéré ; mais en même temps ce qui devient difficultueux dans le cas que le boulon vienne a cafîer , parce qu alors il faut démonter le grand chaffis pour replacer un autre boulon, & par conféquent défaire tout l’ouvrage du Tapiffier 5 du moins du coté du grand chaffis ; c eft pourquoi on a préféré de mettre des boulons qui paffent au travers des pieds, & dont la tête eft ornée, de maniéré qu’elle ne fait pas de mauvais effet.
- Le boulon eft de fer, de 3 lignes de diamètre au moins, & s’arrête en dedans avec un écrou fàillant, comme on peut le voir aux Fig. ï & 4, qui repréfontent le Ployant vu en deflus ; cependant on pourroit éviter cette faillie en plaçant l’écrou dans l’épaiffeur du pied intérieur ; de forte qu’il n’y aürôit plus que la tête du boulon d’apparente, laquelle pourroit faire partie des ornements du pied, comme on peut le voir aux Fig. 2 & 3.
- Les Ployants furent d’abord trèsffimples ; enfuite on les orna d’ouvrages de tour,* ienfin de fculptures ; & pour les rendre d’une forme plus agréable, non-foulement bn en chantourna les pieds, mais encore on les fît entrer en entaille les uns dans les autres, afin que les deux chaffis fuffent d’une égale largeur, (comme les,
- 3 & 6) , mais en même temps ce qui en a empêché le mouvement, lequel ne peut fe faire que de l’étendue de l’arc a h , Fig, 2 , compris entre les deux:
- pieds, lequel ne peut être très-grand , vu le petit diamètre du cercle qui fort a faciliter le mouvement du Ployant. A cette difficulté près, on ne fouroit difoon~[ venir que les Ployants faits de cette maniéré ne faffent beaucoup mieux que les autres pour la décoration ; quant à leur conftméHon, ils n’ont rien de particulier ainfi que le premier, fi ce n’eft l’entaille de leurs pieds , laquelle fo fait au milieu de leur épaiffeur & de la grandeur du rond du milieu ; de forte que' quand ils font enfemble, ils ne fomblent faire qu’une foule piece. Voye£ la Fig. y , qui repréfonte un pied du premier Ployant, Fig, 1 & 4 5 avec la coupe de la traverfe du bas & de celle du hauti, dans laquelle le pied entre à tenon SC à moctaifo , ce qui eft commun à tous les Ployants.
- Voy ez pareillement la Fig, 7 , qui repréfente un pied du Ployant Fig, 2 9 vu ïur l’épaiffeur ; & les Fig. 8 & p, qui repréfentent Ce même pied vu de face 8c par derrière. Voyez auffi la Fig. 10, qui repréfente un pied ou battant du Ployant Fig. 3 , lequel eft à peu-près femblable à celui repréfonté Fig. %, à' l’exception que ce dernier n a pas de traverfe par le bas, & que fon axe paffà tout au travers pour entretenir l’écart des pieds, ce qui eft moins foïide que des traverfes , & qui en même temps devient très-compliqué, parce qu’il faut qu’il jr ait deux axes, l’un creux, qui eft placé entre l«s pieds , afin de les empêchqjî Menuisier 9 III, Fart. II. Se3% R r r r r r r
- Planche
- 1
- p.611 - vue 18/284
-
-
-
- I
- 6x2 ME NUIS IER, III. Part. SeB. IL Chap. V.
- rentrer en dedans, & l’autre qui paffe au travers des pieds & de Taxe creux J Planche lequel retient le tout enfomble,
- La hauteur des Ployants eft ordinairement de 14 à 16 pouces, ce qui donne environ 18 à 20 pouces de longueur au battant, y compris i’emboîture ; quant à leur largeur, elle efl: à peu-près la même , en quarré , que leur hauteur ; cepem dant il y en a qui font plus larges de 3 à 4 pouces, cç qui augmente la longueur des battants à proportion.
- En général, les Ployants étoient fort en ufàge dans le dernier fiecle, tant pour les Grands que pour les Particuliers ; mais àpréfent ils ne fervent plus que chez le Roi, ou chez les grands Princes & les Atnbaflàdeurs, & généralement tous ceux qui font obligés de garder ce qu on appelle Y Etiquette, c’eft-à-dire , les ufàges attachés aux différents rangs des perfonnes ; de plus, ces efpeces de Sièges font peu commodes, c eft pourquoi on leur a préféré les Tabourets," dont je vais donner la defcription ci-après, lorfque j’aurai donné celle d’une cfpece de Ployant propre à placer dans les Eglifes, parce qu’il fait tout à la foiî l’office de Fauteuil, de Tabouret & de Chaife à dos.
- Le Siège ou Ployant dont il eft ici queftion, Fig. ir, xi, 13 ô 14, efl: compofé " de deux bâtis en forme d’x, de deux bras & d’un doffier, lequel efl: affemblé avec l’extrémité fupérieure des bras, à tenon & mortaife ; l’autre extrémité des bras entre à charnière dans un des bouts des montants de côté ; de forte que quand
- on veut fe fervir de ce Ployant comme d’un Fauteuil, on laifle le doffier rabattu comme Jana lo, Fig. i i , qui repreiente ce Fauteuil vu de côté ; & dans la Fig^
- X2, qui en montre la moitié vue de face. Lorfqu’on veut au contraire qu’il fèrve de Chaife à dos, Sc s’agenouiller deffüs le fiége, on releve le doffier, lequel ,' en mouvant fur la charnière des bras des accotoirs , forme une tablette ou appui, ainfi qu’on peut le voir dans la Fig. 13, qui repréfente la moitié de ce Ployant, dont le doffier efl: ainfi relevé ; & dans la Fig. 14 , qui repréfonte ce Siège vu de côté. Quant au fiége de ce Ployant, il efl: immobile & élevé à ii pouces de haut au plus, afin qu’on puiflè s’agenouiller deffus plus aifément, Sc efl: d’une forme circulaire par fon plan, pour qu’il ne déborde pas les côtés Voye^ la Fig. 1 , qui repréfente la moitié de ce fiége vu en deflus.
- Les côtés du Ployant dont je viens dé parler, font immobiles & reçoivent lé fiége qui y eft affemblé à tenon & mortaife ; cependant fans rien changer 3 fa forme, on pourroit le faire mouvoir comme les autres Ployants, defquels iï ne différeroit en rien que par le doffier.
- Pour ce qui eft des proportions de cette efpece de Ployant, je n’en parlerai pas ici, vu qu’on doit les faire plus ou moins grands à raifon de la grandeur de la perfonne pour laquelle ils font faits ; de plus, on pourra avoir recours à l’échello qui eft au bas de la Planche, fur laquelle il a été conftruit d’une proportion propre à une perfonne d’une taille ordinaire.
- p.612 - vue 19/284
-
-
-
- Section IL Defcripiion des Ployants > Tabourets, ôCc, 6x$
- Les Tabourets font de petits Sièges fàris doffier ni accotoir , compofés de quatre pieds de quatre traverfes de ceinture ou de fiége, Sc quelquefois d’une Planché entre-toile par le bas , pour retenir l’écart des quatre pieds, ainfi qu’on peut le voir à la Fig. ï, qui repréfente l’élévation perfpeèiive d’un Tabouret d’une décoration très-fimple, tel qu’on s’en fort dans les anti-chambres Sc autres lieux de ,peu de conféquence.
- Les Figures 2 & 3 repréfontent deux autres Tabourets plus ornes, î’un a pied <le biche, & l’autre d’une forme quarrée, qu’on appelle a ï antique, auxquels, pour plus de folidité, on fait paffer les bouts des pieds pour ne point faire d’épaulement à la traverfe, afin de conferver de la force à l’aflemblage, qui en a d’autant plus befoin, qu’on ne met point d’entre-toife à ces fortes de Tabourets»
- ' afin de les rendre plus légers ; ce qui fait aflez bien, à la vérité, mais en même temps leur ôte beaucoup de folidité : c efl pourquoi je crois que malgré l’ufàge *
- 4on feroit très-bien de mettre des entre-toifes, non-feulement aux Tabourets & Banquettes, mais encore à tous autres Sièges expofés à être remués fouvent » lefquelles entre-toifes pourraient être en diagonale droite, comme la Fig. 4 , ou bien chantournées & ornées de moulures Sc de fculptures , félon qu’on le Jugerait à propos , comme les Fig. y & 6,
- La hauteur des Tabourets efl: ordinairement de Ï3 à 17 pouces du deiîus des traverfes, fur a peu-près la mêmelargeur en quarré, qui efl: leur forme ordinaire ;
- il n’y a que chez le Roi où ces Sièges font très-bas , n’ayant pas plus de 8 à ï©, p(Sces de hauteur.
- On fait encore des petits Tabourets où Marche-pieds de 6 pouces de haut, lefquels fervent ou à pofer les pieds ou à s’agenouiUer.
- La groflèux des pieds de Tabourets , efl: depuis un pouce Sc demi jufqu’à % pouces ; & la largeur de leur traverfe de ceinture, de 2 pouces & demi à 5 pouces, fur un pouce d’épaifleur, afin d’y faire un afTemblage raifonnable, qu’on aura foin de faire le plus jufte pofîible , tant for l’épaifleur que for la largeur.1
- Quant aux entre-toifes, Fig. r, 4 , y ê 6, on les aflemble à tenon Sc mor-* taife dans les pieds ; Sc lorlqu’elles font affemblées diagonalement, elles paflent en entaille l’une for l’autre, à moitié de leur épaifleur, en oBfervant de placer leur joint à la rencontre de quelque contour , comme je l’ai obforvé aux Figures ci-deflùs.
- Les Banquettes font des elpeces de Tabourets, dont la longueur efl: prolongée depuis 3 jufqu’à 9, 12, & même iy pieds : elles ne different en rien des » Tabourets pour la conflruélion Sc la décoration, à l’exception que les pieds placés entre ceux des bouts, entrent à tenon dans la traverfe (laquelle pafle droit d’un bout à l’autre , ) derrière laquelle le refte de l’épaifleur de leurs pieds pafle en enfourchement, ainfi qu’on peut le voir aux Fig. 7 & 8.
- L écart des traverfos de Banquettes, efl: retenu en deflùs par des barres à queue, quon place à environ x8 pouces les unes des autres, afin quelles n@
- p.613 - vue 20/284
-
-
-
- &T4 ME NU ISIE R, III. Part. Sel1. II. Chap. K
- repoulTent pas la garniture lorfqu’on eft aflïs deflus , & qu’au contraire elles fo Planche trouvent entre deux perfonnes ; on doit aufli obforver de cintrer le deffos de a2^ ces barres à queue , ou du moins d’en arrondir fort les arêtes en deflus, de peur qu’elles ne coupent le deflous de la garniture ; ce qu’on doit obferver à toutes les arêtes intérieures de toutes fortes de Sièges, comme je le dirai en fon lieu , en parlant de la maniéré de dilpofer toutes fortes de Sièges, en raifon de leurs différentes garnitures. .
- Je ne m’étendrai pas davantage ici fur la forme & la conftruélion des parcies qui compofent les Tabourets & les Banquettes, parce que j’aurai fojet de le faire avec plus d’avantage, en parlant des Chaifes de des Fauteuils de toutes fortes , dont les Tabourets font la partie inférieure, & dont je donnerai non-feulement les différentes formes & ornements, mais for la conftruélion delquels je m’étendrai beaucoup -, afin de ne rien laiflèr à délirer à ce fojet, & de raffembler fous un même point de vue, tout ce qui a rapport à la conftruélion & au débit des bois, dont le choix & l’économie font des chofes eflentielles tant pour le^ Acquéreurs que pour les Ouvriers* *
- V-
- Section Troisième.
- »_
- Description de toutes fortes de Chaifes ; de leurs décorations, formes i proportions & conflrucliom
- , . LeS Chaifes proprement dîtes, different des Tabourets dont je viens de fairé
- Planche defeription, en ce quelles ont des dolliers , lelquels montent de fond de
- 2a 6. deffus les pieds de derrière jùfqu’à la hauteur de 18 à ip pouces du deflus du liège, afin qu’on puifle s’y appuyer commodément les épaules fans que la tête y porte en aucune maniéré, de crainte de déranger la coëffure foit des femmes ou des hommes ( qui ne font pas moins Curieux de fa confiervation ), ou de gâter nvec la poudre ou la pommade le haut de la garniture de ces mêmes lièges ; c’effi pourquoi, dis-je, on a diminué la hauteur des dolliers des Chaifes qui, dans le dernier liecle , alloient jufqu’à trois pieds , de forte qu’ils forpalfoient encore la tête de ceux qui étoient aflïs delfos, laquelle alors pouvoit s’y appuyer commodément.
- Les Chaifos , ainfi qu’on l’a pu voir plus haut, page 608 , étoient d’une
- • décoration très-fimple , du moins pour ce qui eft de la partie de la Menuiferie , d’une forme quarrée, tant dans le plan que dans l’élévation ; enfoite on les <cintra par en haut feulement ; enfin d’encore en encore on les cintra non-feulement for l’élévation, mais encore for le plan ; & on y fit des pieds d’une forme cintrée, nommés pieds de bichey ( à eaufo qu’on les taille quelquefois par le bas -en forme d’un pied de cet animal, ou bien qu’on y rapporte un focle de cuivre
- dune même forme ), & des traverfes de ceinture, cintrées ainfi que les battants,
- quon
- p.614 - vue 21/284
-
-
-
- Section III. Defcription de toutes fortes de Chaifes, SCc. 6ij> qu’on orna de moulures & de fculptures ; de forte que la partie du Menuifier, qui étoit confidérée comme peu de chofe depuis que les Sièges furent revêtus d’étoffes, de broderies & de franges, devint très-confidérable, & n’a celle d’augmenter jufqu’à ce jour* qu’on a donné la préférence à deux fortes de Chaifos, l’une dont le fiége eft évafé & cintré en plan, & dont le doffier, quoique cintré au pourtour * préfonte une forface droite , qu’on nomme Chaife à la. Reine : l’autre forte de Chaife a le devant du liège d’une même forme que la première ; mais le derrière de ce même fiége fe termine en demi-cercle, ce qui oblige par conféquent à faire le doffier d’une forme creufe : cette forte de Chaife fe nomme Cabriolet ; je ne foi pas trop pourquoi, n’imaginant aucun rapport entre une Chaife cintrée en plan, & les voitures qu’on nomme de ce nom ; mais enfin c’eft la mode, une Chaife pouvant auffi bien reffembler à une voiture que la coeffure d’une femme.
- Les Chaifes à la Reine, ainfi que toutes les autres, font compofées de deux pieds de devant A B , Fig. 4 > qui ne vont qu’à la hauteur du fiége ; de deux pieds de derrière G D, Fig. 2, qui montent de toute la hauteur de la Chaife, Sc par conféquent du doffier ; de quatre traverfes de ceinture, dont deux de côté E E, Fig. 10, une de devant F, Fig. 4, & une de derrière G , Fig. 2 ; le doffier, outre ces deux battants & la traverfo de ceinture G, même Figure , ( qu’on nomme auffi piece de derrière ) , eft encore compofé de deux traverfos f qu’on nomme de doffier; fovoir, celle Hy grand doffier ou cintre ; & celle 19 petit doffier.
- Le plan des Chaifes à la Heine èft éyaf© fui* lé ftevanf dfonvifon 3 à 4 pouces au plus ; cet ëvafement n’eft pas droit, mais forme deux parties en S, qui 9 venant rejoindre les pieds de devant* y produifont un angle arrondi, ce qui fait beaucoup mieux que s’il étoit droit ; lé devant eft bombé pareillement en S d’un pouce ou un pouce 8c demi, ce qui eft néceffaire pour qu’on puifle êtrô affis commodément, parce que les cuiffes tendant naturellement à s’évafer lorfo qu’on eft affis, il eft bon qu’elles portent non-feulement par-tout, 'mais encore plutôt en dedans, qui eft la partie la plus charnue, qu’en dehors, qui eft le côté des os , & par conféquent le plus expofé à être fatigué.
- Le doffier des Chaifos ne doit pas être droit, c’eft-à-dire , perpendiculaire au fiége, parce que cette fituation gêneroit trop celui qui feroit affis deflus, en l’obligeant de fe tenir exaélement droit, pofture très-fatiguante , dont il ne pourroit fortir qu’en s’avançant lur le devant du fiége, qui alors n’auroit plus afîèz de profondeur; ou s’il en avoit aflëz, il arriveroit toujours un inconvénient , parce que les reins de la perfonne affifo ne portant plus, la fatigueroient encore plus que fi elle fe tenoit exaélement droite ; c’eft pourquoi il eft néceffiure d incliner les doffiers des Chaifos en dehors de 3 pouces au moins, pris du deflus du fiége jufqu’au haut, ainfi que l’indique la ligne a b, Fig. 3.
- Le bas des pieds de derrière eft exaélement égal à ceux de devant 3 quant au Menuisier , 111 % Paru Secl, Il. * S s s s s s s
- Planche
- 3.26•
- p.615 - vue 22/284
-
-
-
- Planche
- 616 ME NUIS 1ER , III. Pan. SeB> IL Chap. V.
- haut, comme il fatigue beaucoup parle poids de laperfonne qui s’appuie deflus, il eft bon de lui lailfer de la force par en bas, afin qu’il puifie mieux réfifter, & de le réduire par le haut à l’épaiffeur d’un pouce ou 15 lignes, qui eft la plus forte épaiflèur ordinaire ; & s’il arrivoit qu’on fût forcé pour quelque raifon de le diminuer également du bas comme du haut, il vaudroit mieux le faire par derrière que par devant, parce que le fil du bois fe conforveroit davantage ; au lieu que fi on le diminuoit en dedans, il fe trouveroit coupé par fafiemblage qui fo trouve en defibus, ce qui eft très-facile à concevoir , par l’inlpeétion feule de la Fig. 3.
- Les pieds de derrière des Chaifos à la Reine, fe prennent fur la face, dans du bois d’égale largeur, & font parallèles entr’eux, comme l’indiquent les lignes c <#, ef , g h 8c. il, Fig. 2 , ce qui fait que toutes les traverfes font d’une longueur égale d’arafement, & viennent s’y affembler quarrément, ainfi que toutes les autres du pourtour du fiége, lefquelles s’aftemblent quarrément dans les pieds , d’où il réfiilte un très-mauvais effet, fur-tout pour ces dernieres, lorfqu’elles font cintrées comme ici, parce qu’alors l’extrémité du cintre des traverfes fo trouvant à bois de bout, eft fujet à s’égrainer & ne fo raccorde jamais bien , quelque précaution que l’on prenne, ce qui donne naiflànce à mille défauts, dont les moindres font les jarrets, qu’on eft obligé de faire au cintre pour regagner les éclats faits au bois de bout, ce qui foroit facile à éviter, en faifont une petite coupe au devant des pieds de la largeur du premier membre des moulures feulement, ce quin’affoibliroit pas le pied, (puifque cette entaille ne fe feroit que par devant & à rien du haut,) & cela ne dcinanderoic qu’un peu d’attention de la part du Menuifier, lequel alors foroit obligé de ralonger une barbe au devant de ces traverfes , ainfi que je l’ai obfervé aux Fig. y , 7 & 8, qui repréfontent les élévations de côté , de face & de derrière de la Chaifo dont je fais la defcrip-tion, & plus particuliérement à la Fig. 6> où le haut du pied eft àeffmé plus en
- Il eft firfgulier que de tous les Menuifiers qui font des Chaifes, pas un foui ne faffe cette obfervation ; & que tous ceux auxquels j’en ai parlé, ne veuillent pas la faire, par la foule raifon que ce n’eft pas leur coutume, comme fi la folidité & la propreté de l’ouvrage ne devoit pas l’emporter fur une mauvaifo habitude qu’ils ne fàuroient défendre par aucune bonne raifon, fo contentant; de chantourner les traverfes, tant bien que mal, après quelles font aifomblées.’ Le chantournement du doffier n’eft pas fait avec plus de foin & d’exaétitude que celui des traverfes du fiége ; & fi les arêtes des bouts des traverfos font moins égrainées, ce n’eft que parce que leur coupe devient prefque perpendiculaire avec leur extrémité ; toute la foience des Menuifiers Faifours de Chaifes, fomblant ne devoir confifter que dans leur adrefle à bien refendre leur bois, fans s’embar-raffer de bien affembler leur ouvrage, & de chercher tous les moyens qui pour-roient tendre à fa perfection, ce dont ils s’embarraflent fort peu, puifqu’ils
- p.616 - vue 23/284
-
-
-
- Section ÎIL Defcriptïon de toutes fortes de Chaifes, ÔCc. lailTent à des Sculpteurs ( fouvent mal-adroits ) le foin de pouffer les moulures ,*====± qu’ils fe contentent de ragréer le mieux qu’ils peuvent, temps où fouvent il n’eft Planche plus poffible de raccommoder les fautes de ces derniers, & de donner aux Z2<S* cintres de leurs ouvrages la grâce qui leur eft néceifaire; c’eft pourquoi, je ne làurois trop le répéter, après l’affemblage des Sièges en général, rien n’eft G important que d’en bien faire les contours, en obfervant avec foin de faire toutes les pièces bien parallèles ( du moins celles qui doiyent 1 être, ) & d’en rendre toutes les parties bien d’équerre , afin que lorfqu’on vient à en pouffer les mou-* lures, foit le Menuifier ou le Sculpteur, on ne trouve pas, en faifànt les ravalements ou autres opérations néceffaires, des inégalités qui dérangent le parai-lélifme des moulures , dans lequel confifte toute leur perfeélion.
- C’eft pourquoi lorfqu’on chantournera quelque pîece que ce puiffe être, on fera très-bien, avant de les terminer tout-a-fait, de les affembler avec celles où elles doivent aller, afin de les achever de chantourner enfemble.
- On aura la même précaution lorfqu’on pouflera les moulures, qu’on ne terminera par les extrémités que les deux pièces enfemble, ce qui empêchera toute efpece d’éclat & de jarret.
- Quant à la maniéré de poufler ces moulures, on le fait ordinairement à la main avec des gouges & autres outils; mais je crois que malgré la coutume on feroit très-bien de les pouffer au fâbot, ce qui feroit très-avantageux, parce que non-feulement l’ouvrage en feroit plutôt fait, mais encore le feroit beaucoup mieux , vu que les moulures feroient beaucoup plus liftes , d’une largeur & d’une fiîllîe %ale par tout, ce q[uî eft fort difficile à faire félon la méthode ordinaire, c eft-à-dire, avec la gouge 3c autres outils ; mais quelqu’avantageufè que foit la méthode que je propofè ici, il eft fort difficile que les Menuifiers en Chaifes puiffent ou veuillent s’en fervir, parce qu’ils ne font pas dans l’ufàge de le faire, ce qui eft, du moins pour eux , une très-bonne raifon, & que de plus ils ne favent pas fe fervir d’aucun outil de moulures, dont la plupart ignorent même jufqu’au nom.
- En général, la forme des cintres des fiéges eft affez arbitraire ; c’eft pourquoi je ne peux pas donner beaucoup de réglés certaines à cet égard; tout ce que je puis recommander, c’eft de les faire les plus doux & les plus coulants poflibles, & de ne pas les arrêter fans avoir déterminé la largeur & la forme des profils, afin de fe rendre compte fi les cintres feront auffi bien en dedans comme en dehors , ce que j’ai fait Fig. i, qui repréfente le profil de la Chaifè que je décris ici, dont j’ai pris la largeur, que j’ai portée fur la Fig. 2, avant de déterminer au jufte la forme des contours, que j’ai faits tous au compas, en obfervant de tracer toutes les opérations par des lignes ponétuées, lefquelles, en marquant la place des différents centres, donnent en même temps la rencontre des différents arcs de cercles qui forment les contours, lefquels ne peuvent faire aucun jarret, puifque chaque centre eft placé fiir une ligne
- p.617 - vue 24/284
-
-
-
- Planche
- 22(T«
- Si8 MENUISIER, III. Pan. Sect. II. Chap. V.
- = perpendiculaire au bout de chacun des arcs qui viennent y correlpondre, ce qui^ je crois, n’a pas befoin d’aucune elpece de démonftration, laquelle, d’ailleurs, feroit inutile ici, puifqu’elle ne feroit quune répétition de ce que fai dit au commencement de la première Partie de cet Ouvrage, dans les Eléments de Géométrie-Pratique, que fai donnés, page 4 & fuiv., & dans la première Seétion de la troifieme Partie, en parlant delà maniéré de déterminer la forme des Voitures y page J17 ê fuiv. ; de plus, en donnant les différents contours des autres Sièges, j’aurai foin de tracer toutes les opérations, pour faciliter ceux qui n’auroient pas les autres Parties de cet Ouvrage, ou qui n’auroient pas affez d’intëlligence pour entendre les démonftrations géométriques , ce qui n’eft pas rare parmi les Menuifiers en Meubles.
- La Chaife dont je fais la defcription, eft difpofée pour être garnie de canne î c eft pourquoi le liège eft plus haut qu’aux autres de 2 pouces au moins, pris du dellus du chalfis du liège, lequel a ordinairement 10 lignes à un pouce d’épaif-feur ; ce chalfis fe rapporte à plat, tant fur les pieds de devant que fur les traverfos de ceinture, & entre en entaille dans les pieds de derrière, tant par le devant que par les côtés, du moins intérieurs, comme on peut le voir aux Figi 2 & 3 , où ces entailles font faites de toute l’épailfeur du chalfis, fur la profondeur de 2 à 3 lignes au plus, afin de ne point affoiblir le pied.
- Lorfque la Chaife, & tous les Sièges en général font garnis de canne , le petit dolfier eft élevé du delfus du liège d’environ un pouce à un pouce & demi ; au lieu que quand ils font garnis d étoffé, on ne met que 9 lignes à un pouce de diftance entre le delîous de cette <!emîere le UeHUs la traverfe de ceinture, de maniéré qu’il ne paroilfe pas de vuide entre le delîous de cette traverfe & le delfus de la garniture, dont la faillie eft peu conlidérable fur le derrière.
- (
- La hauteur, tant des Chaifes que des Fauteuils, eft de 12 à 14 pouces du defîiis des lièges lorfqu’ils (ont garnis d’étoffe, & de 14 à 16 pouces lorfqu’ils le font en canne ; & la hauteur totale du dolfier doit être de 2 pieds 8 à xo pouces au plus.
- La largeur du liège doit être, pour les Chaifes, de 17 à 18 pouces par devant, & de 13 à 14 pouces par derrière, & ij à 16 pouces de profondeur; quant aux pieds, ils doivent être de 2 pouces quarrés au moins, & la traverfe de 2 & demi à 3 pouces de large, fur un pouce & même iy lignes d’épailîeujc au moins.
- Lorfque les Chaifes font garnies de canne comme celle-ci, on fait le chalïîs du liège à part, de 2 pouces de largeur au plus, & on le difpofe de maniéré qu’il déborde le pourtour des traverfes de ceinture de 6 à 9 lignes, & de le faire affleurer à la traverfe de derrière ; quelquefois cette traverfe eft plus large que les autres, d’environ 15 lignes, & on y fait une rainure dans laquelle le chalïîs du fiége entre tout en vie, ainfi qu’on le verra ci-après, dans la defcription d un
- Fauteuil
- p.618 - vue 25/284
-
-
-
- -•«k.
- Section III. Defcriptîon de toutes fortes de Chaifes. 6ip
- Fauteuil en cabriolet ; dans ce cas on tient la traverfe de derrière du chaflîs f moins large quà l’ordinaire, ou du moins on raccourcit le chaflîs dont on affemble la traverfe du devant en chapeau, pour lui donner plus de folidité.
- L’arête fupérieure de ce chaflîs doit être arrondie, & on ne le cheville fur les traverfes, tant de côté que du devant de la Chaife, qu’après qu’il eft tout garni.
- En chevillant les chaflîs, on doit faire attention de percer les trous en pente ou en contre-fens les uns des autres, afin que fi les chevilles vendent à fe décoller ou à fe retirer, ils ne puiffent pas fortir aifément.
- Les Chaifes, & généralement tous les Sièges, font fufceptibles d’être ornés de fculptures, tant aux doflîers qu’aux pieds & aux traverfes des fiéges ; & fi j’aî fait celle dont je viens de donner la defcription, toute unie, ce n’eft que pour en faire mieux fentir l’enfemble, réfervant à donner ci-après plufieurs formes de Chaifes, tant en plan qu’en élévation, ornées de moulures & de fculptures dans le goût aétuel.
- Avant de paffer à la defcription des Fauteuils, je crois qu’il eft néceflàire de donner quelques réglés touchant la forme & la conftruétion des pieds de biche , lefquels font fujets à beaucoup de difficultés pour être traités avec toute la perfection dont ils font fufceptibles, vu premièrement leur changement de plan & de grofleur ( lequel eft indiqué dans les Fig. 9 & 11, qui repréfèntent deux profils à moitié d’exécution aux deux extrémités oppofées , & auxquels j’aî indiqué, par des lignes ponétuées , la véritable grofleur de la piece dans laquelle le pied de biche^eft pris ) ; fécond ement , par la difficulté d’en faire le raccord^en face avec les traverfes de ceinture.
- Je parlerai tout de fuite de la maniéré de difpofer les fiéges pour recevoir les garnitures d’étoffe & de canne, ce qui entraînera néceflàirement la defcription. de l’Art du Cannier, dont je traiterai tout de fuite dans la Seétion fuivante, afin de terminer tout ce qui regarde la garniture des Sièges.
- La hauteur des pieds de biche en général ne peut être déterminée, puifqu’on en fait à l’ufage des Tables, des Bureaux & des Sièges de toutes fortes, dont la hauteur varie en raifon de leurs différents ufàges ; c’eft pourquoi je ne puis donner que des réglés générales touchant leurs formes & proportions, lefquelles réglés pourront être applicables à tous les cas pofllbles.
- Lorfqu’on veut déterminer la forme d’un pied de biche, il faut d’abord fe rendre compte de fa hauteur totale, laquelle varie depuis un pied pour les Sièges les plus bas, jufqu’à 26 à 27 pouces au plus haut, afin de leur donner une grofleur relative à leur hauteur : cette grofleur varie depuis 2 jufqu’à 3 pouces , & doit être augmentée ou diminuée à raifon que la hauteur variera, comme je l’ai obfervé à la Fig. 1, où j’ai marqué par des lignes a b & c d, la grofleur du pied de biche repréfenté dans cette Figure. Après s’être rendu compte de la grofleur totale du pied, il faut en déterminer la largeur à l’endroit le plus gros, laquelle Menuisier , ///. Pan. IL Scü. T111111
- Planche
- 2.26*
- Planche
- 22J.
- p.619 - vue 26/284
-
-
-
- Planche
- 227.
- 620 MENUISIER, III. Pan. Secî. IL Chap. V%
- doic être les deux tiers du tout au moins, comme de e \ f> par lequel point on fait pafler la ligne g h ; ce qui étant fait, on détermine le contour intérieur du pied, en obfervant quil fè contourne bien avec la traverfe, & que la partie rentrante vienne toucher au nud de la ligne c d9 ainfi qu on peut le voir dans cette Figure.
- Le contour intérieur étant ainfi déterminé, on chantourne la partie extérieure,’ laquelle doit toujours diminuer jufqu’au deflus de la volute, ou la grofleur du pied ne doit être que le tiers au plus de là grofleur totale, comme l'indique la ligne i 11 cette proportion rend le bas du pied un peu gros, à la vérité ; mais cette grofleur eft néceflaire pour la folidité du pied, parce qu’alors il y refte une partie de bois plein 8c de fil entre les nuds des courbures intérieures & extérieures, repré-Tentées par les lignes mn 8c g k9 ce qu’il eft très-eflentiel d’obferver à tous les pieds de biche fujets à fatiguer 8c à être louvent changés de place, ainfi que les Sièges, auxquels cette obfervation eft ablolument indilpenlàble.
- Le bas des pieds de biche fe termine ordinairement en volute, laquelle ne pofe ordinairement pas à terre, mais eft élevée d’environ un pouce de haut, fur un petit focle, ce qui les expofe moins à être endommagés par le frottement des pieds, ce qui eft, à mon avis, la feule raifon pour laquelle la volute des pieds de biche eft ainfi élevée ; car je crois qu’elle feroit beaucoup mieux fi elle polbit immédiatement fur le plancher. De plus, ce focle éloigne trop le point d’appui des perpendiculaires mn 8c g h , 8c par conféquent expofe les pieds à fe calîer facilement.
- Le haut des pieds fe termine ordinairement en plinthe droite , au nud de l'arrafement de la traverfe , contre laquelle plinthe la faillie du pied vient s’arrondir & former un angle au point 0, ce qui ne fouffre aucune difficulté quand les traverfes 8c les pieds font lifles, ou lorfqu’elles ont des moulures, elles ne tournent pas autour de la traverfe & du pied, comme à la Fig. 2 ; mais quand elles y tournent, comme dans la Fig. 1, la plinthe des pieds ne peut plus être droite 8c former un angle avec la rencontre du deflus du cintre du pied , mais au contraire, on doit la faire creufer & adoucir avec le deflus de ce cintre , ce qui facilite le contour des moulures 8c leve toutes les difficultés, ainfi qu’on peut le voir dans la Fig. 3.
- Cette maniéré de terminer le haut des pieds de biche, eft très-commode, 8c ne change rien à la conftruélion des Sièges, fi ce n’eft qu’on eft obligé d’en tenir les traverfes plus épaifles pour leur faire fuivre le contour de la plinthe du pied , ce qui eft peu de chofe en comparaifon du bien qui rélulte de la méthode que je propofe ici , 8c qu’on luit toujours fans y faire attention, puifque les Sculpteurs font obligés de fouiller les traverfes par le haut, pour mieux faire tourner leurs moulures.
- Les pieds de biche fe débitent dans des bois d’une épaiflèur convenable, c’eft-à-dire, égale à leur grofleur, en obfervant de leur conferver le bois de fil autant
- p.620 - vue 27/284
-
-
-
- Section III. Defcriptîon de toutes fortes de Chaifes. 621 quil eft poffible ; & on les refend les uns dans les autres, pour éviter la perte du bois, comme je Fai obfervé Fig. 4.
- Quand les pieds de biche font refendus (ce que les Menuifiers en Meubles font fort adroitement, ) on doit les corroyer en dedans ou en dehors, puis on les chantourne des deux autres côtés, après les avoir tracés avec le même calibre qui a fervi à les tracer du premier côté, en le faifant ployer le long du cintre , ce qui eft la coutume, mais en même temps ce qui eft une très - mauvaife méthode, parce quen faifant ainfi ployer le calibre, on le raccourcit, ce qui change la forme du pied, laquelle doit cependant être la même des deux côtés ; c eft pourquoi je crois qu’il eft bon , pour tracer les pieds de biche, qu’après les avoir chantournés d’un côté comme dans la Fig. y, on falTe un calibre ralongé , fuivant l’étendue du cintre, ce qui fe fait de la maniéré fuivante :
- On divife un des côtés du premier calibre Fig. y , en autant de parties égales qu’on le juge à propos, en fuivant le contour du pied, comme les points a , b , c, d9e &c, par lefquels on fait palfer autant de perpendiculaires à la ligne a 17.
- Enfinte on trace à part, Fig. 6, la ligne m x fur laquelle on éleve les perpendiculaires m , /z, o, &c, dont les diftances entr’elles, 8c fur cette ligne droite, font égales à celles prifes fur la ligne courbe a b c d de la Fig. y ; enfinte les points a &cm étant les mêmes aux deux Figures, on prend fur celle y la diftance b r , qu’on porte de n à 2 , Fig. 6 ; celle c 3 , de 0 à 4 ; celle d y , de
- à 6 ; celle e 7, de q à 8 ; celle , de r à 10 ; celle g 11, de s à 1% ; celle h 13 , de t à 14 ; celle 1 iy , de u à 16 ; enfin celle 117, de x à 18.
- On fait la même opération pour le dehors que pour le dedans, ce qui termine le calibre ralongé pour le dedans \ lequel eft ftiffilànt, parce que le pied étant une fois tracé en dedans, fe chantourne aifément, en obfèrvant de le mettre d’équerre fuivant les lignes perpendiculaires des Figures y & 6.
- Les Menuifiers en Chaifes ne prennent pas tant de précautions pour la conf-truélion des pieds de biche , qu’ils fe contentent de refendre le plus jufte poflible, fans changer de calibres, ( ce même à quoi ils ne penfent pas, ) mais aufll fans les corroyer en aucune maniéré ; de forte qu’ils les affemblent tout brutes, fans s’embarrafler s’ils font juftes ou non, ou fi leur contour eft exactement le même, non-feulement des deux côtés de chaque pied y mais encore ïî celui des quatre pieds eft le même, ce qui arrive rarement, Cette inégalité de contour fe rencontre non-feulement aux pieds de biche, mais encore à toutés les autres pièces des Sièges, dont les contours ne font pas faits avec plus d’exactitude , ce qui ne paroît pas beaucoup dans les Sièges ordinaires, mais dont la différence eft très-fenfible aux Sièges à chaffis, lefquels font quelquefois cintrés fi irrégulièrement, que le chaffis d’un Fauteuil, par exemple, ne peut pas feryir a un autre de même forme & grandeur \ c’eft pourquoi ( du moins aux Sièges de quelque conféquence ) je crois qu’il efl: abfclument néceflai-re de corroyer
- Planche
- 227.
- (
- p.621 - vue 28/284
-
-
-
- Planche 22 7.
- 622 MENU 1S IER, III. Pan. S eft. IL Chap. V.
- \ avec foin toutes les pièces des Sièges quelles qu’elles {oient, parce qu alors les contours feront plus juftes 8c fujets à moins de jarrets, l’ouvrage plus folide, vu qu’on ne fera pas obligé d’affoiblir les joues des affemblages pour le redrelfer ou le dégauchir ; 8c qu’enfin les profils feront plus réguliers , foit qu’ils foiene poulies par les Menuiliers ou par les Sculpteurs, auxquels les premiers les abandonnent , comme s’ils n’étoient Menuifîers que de nom, & que toute leur fcience ne confiftât qu’à favoir refendre du bois , ouvrage qui eft plus propre à un Manœuvre qu’à un Ouvrier adroit 8c intelligent, tel que devroit être un Menuifier, 8c comme il ne s’en trouve malheureufement que trop peu, fer - tout dans la partie dont je traite, laquelle a été jufqu’à préfent la plus négligée de toutes celles qui compofent cet Art.
- §. I. Manière de difpofer les Sièges pour recevoir les garnitures d! étoffes. j
- ( V
- J’ai dit plus haut que les Sièges en général étoient garnis ou d étoffé ou de canne, ce qui en change en quelque forte la difpofition , du moins par rapport à la forme de leurs profils & à la hauteur de leurs fiéges, félon qu’ils fent garnis de l’une ou de l’autre maniéré, dont la première eft la plus ufitée, & totalement du reflort du Tapiffier ; la fécondé étant l’ouvrage du Menuifier, ou, pour mieux dire, du Cannier, comme je l’expliquerai ci-après.
- La garniture d’étoffe telle qu’on la fait préfentement, eft de deux fortes ; (avoir, celle qui eft adhérente aux bâtis des fiéges fer lefquels on l’attache, 8c celle qui s’attache fur des chaffis, lefquels entrent tout en vie dans des feuillures pratiquées tant dans les fiéges que dans les doflîers.
- Quand les garnitures font adhérentes aux bâtis , on les attache fur les doflfiers, dans des feuillures ou ravalements qu’on y fait d’après la largeur du profil , en obfervant de faire ce ravalement d’une bonne ligne plus profond que s’il fervoit de fondaux moulures, afin que l’épaiffeur de la toile de derrière, la (angle & l’étoffe, ne diminue pas de la faillie de ces mêmes moulures.
- Ce que je dis pour les doflîers , doit aufîi s’appliquer aux fiéges, parce que quand on n’y fait point de feuillure comme à la Fig. 7, on eft obligé d’attacher la (angle deflus, pour empêcher la trop forte épaifleur qu’elle feroit par le côté étant jointe avec l’étoffe, ce qui eft moins folide que quand elle eft attachée fer le côté, ce qui eft la meilleure maniéré & la plus folide, & qui ne demande d’autres foins de la part du Menuifier, que de faire le ravalement des moulures plus profond que leurs reliefs, de l’épaiffeur de la fangle , de celle de l’étoffe , & une partie de l’épaiffeur de la tête du clou, laquelle doit aiîffi être comptée pour quelque chofe. Voye£ la Fig. 8 ( * ).
- (*) J’ai confulté plufîeurs Tapïfliers touchant j la fangîe ; le plus grand nombre a été d’avis que ïa garniture des Sièges l de la manière de placer | l’ufage d’attacher la fangle fur les Sièges étoic
- Quand
- p.622 - vue 29/284
-
-
-
- Section IIL §. I. Difpofer les Sièges pour les garnitures. 62 3
- Quand il arrive que la partie fopérieure de la traverfe du fiége n’a pas de moulure en faillie, on y fait toujours une petite feuillure, dont la profondeur doit être un peu moindre que l’épaiffeur de la fangle de la toile & de l'étoffe, afin quen plaçant les clous, ils mordent plus fur l'étoffe que fur le bois, où il efl: bon qu’une partie de leur tête porte, afin de cacher le joint que forme la rencontre du bois avec ïétoffe. Voye^ la Fig. 9.
- Ce que je viens de dire touchant le ravalement des Sièges , doit aufli s’appliquer aux dofliers, ce qui, je crois , n’a pas befoin d’autre explication, ce que j’ai dit à ce fojet étant fuffifànt*
- Lorfque la garniture des Sièges efl: faîte à chaffis, elle efl attachée fur ces derniers ; de forte qu’on peut en changer autant de fois qu’on le juge à propos, ce qui efl un très-grand avantage, fur-tout dans le cas d’un appartement magnifique , dont on change plufieurs fois les meubles félon les faifons.
- Les fiéges des Chaifes oü.des Fauteuils à chaffis, n’ont rien de différent des autres pour la conftruéHon, fi ce n efl que la moulure monte jufqu’au deflus de la traverfe, & qu’on y fait une feuillure de 5; à 6 lignes de profondeur pour recevoir le chaffis, auquel il ne faut laifler de jeu au pourtour que l’épaif* feur de la garniture, qui doit tourner autour & être attachée deflous. Voye£ la Fig. 10, qui repréfente le profil d’une traverfe de ceinture, avec la coupe de la traverfe de chaffis, éloignée de la feuillure de ce qui efl néceflàire pour placer la garniture, laquelle doit remplir exaélement le joint de la feuillure, 8c même faillir un peu en deflus. Les chaffis des doffiers entrent à feuillure dans ce dernier, & on doit avoir foin qu’il refie au moins 3 lignes de jeu au pourtour , entre le chaffis & le fond de la feuillure, afin que la garniture & les clous qui l’attachent fur le champ du chaffis, puiffent y être contenus. Ces chaffis s’arrêtent en place par le moyen de petits tourniquets de fer ou de cuivre poli 3 qui font attachés avec des vis fur le bâti de la Chaife ou du Fauteuil. Voye£ la Fig. 1 r , qui repréfente la coupe d’une traverfe de doffier, & celle d’une traverfe de chaffis, difpofée à fa place avec le jeu convenable tant pour la garniture du devant & du côté, que pour celle de derrière, qu’on met prefque toujours à ces fortes de Sièges. Voye£ la Fig. 12 , qui repréfente le tourniquet vu de face avec là vis.
- Les chaffis tant des doffiers que des fiéges, doivent fuivre le contour de leurs bâtis; & comme il arrive que les traverfes de ceinture font cintrées fur le champ, on doit en difpofer les feuillures de maniéré qu’elles aient 3 à 4 lignes de profondeur au moins au plus creux de fes contours, qu’on doit avoir foin de
- meilleur que de le faire fur le côté ; d’autres font convenus que quoique ce ne foit pas la coutume de les faire autrement , on pourroit cependant l’attacher fur le côté, ce qüi feroit tres-folide, à condition toutefois qu’on feroit le ravalement de face plus profond t ou feulement un fécond ravalement fur la face des traverfes ,
- Menuisier , III. part. IL Secl.
- pour placer l’épaiffeur de la fangle & la tête du clou qui la retient, afin que l’étoffe paffe liffô par-deffus à l’ordinaire , comme je l’ai obfervé aux Fig. 8 & p , auxquelles j’ai fuppofé affez de largeur de ravalement pour pouvoir placer les clous des fangles , de la toile de garniture ôc l’étoffe.
- \
- Planche
- 227.
- Vv V V V V V
- p.623 - vue 30/284
-
-
-
- V
- Planche
- 227.
- r
- 624. MENUISIER, 111. Part. Seiï. IL Chap. V.
- faire très-doux, afin que la feuillure quon doit faire dans le bout des pieds, ne rétréciiTe pas trop l’affèmblage des traverfes, 8c qu’il y refte un peu d’épaule-ment. Voye£ les Fig. 13,14 & 15, qui repréfentent une partie de traverfe de fiége à chalîîs avec fon pied, vue en face & par derrière , ainfi qu’une partie du plan de ce même fiége.
- Quand la garniture eft adhérente aux fiéges, & que leurs traverfes font cintrées, comme aux Fig. 13 & 14, on obfervera en faiftnt le ravalement pour # placer l’étoffe, qu’il y refte au moins 6 lignes de largeur au point le plus haut du cintre, afin qu’on puifle y attacher folidement la garniture.
- En général, il faut arrondir les arêtes de toutes les parties des fiéges qui doivent être entourés d’étoffe, afin qu elles ne la coupent point ; il faut aufîî obferver d’abattre en pente en dedans le deflus des traverfes des fiéges, ainfi que les doffiers & les chaffis, afin que les fangles ne fe coupent pas, & que ne portant pas for l’arête intérieure de ces derniers, elles foient plus élaftiques, & rendent par conféquent les fiéges & les dofîiers plus doux. Poye^ les Fig. j, 8 i 9, 10$ ir, où j’ai fait cette obfervation, laquelle, fans être abfolument effon-tielle, ne laifle pas d’être bonne, fans pour cela rendre l’ouvrage plus difficile à faire, puifqu’elle ne demande qu’un peu d’attention de la part de l’Ouvrier,
- Section Quatrième.
- De la Garniture des Sièges avec la Canne, G de UA.rt du Cannier en générale
- L’invention des garnitures de Sièges, faites de canne, eft peu ancienne en France , & y a été apportée par les Hollandois, lefquels ont fait long-temps feuls le commerce des Indes orientales, d’où viennent les cannes ou rofoaux nommés rotings, lefquels font de plufieurs elpeces; lavoir, celles nommées bambou, qui font très-groftes ; celles qui font nommées cannes ou joncs des Indes, lefquelles fervent à porter à la main ; enfin celles connues Amplement fous le nom Hollandois de rotings, lefquelles font une elpece de rofoau menu & rampant à terre à différentes longueurs, qui vont quelquefois à 2,3 & même 4 toifes, lequel fe fend comme l’ofier, & fort aux Indes & à la Chine pour faire des Panniers, des Lits, des Chaifes entières, des Tables & des Jaloufies de croifées. On ne s’en fort guere en France que pour garnir les Sièges , ce qui eft en même temps plus folide & plus propre que la paille ou le jonc. On s’en fort auffi pour garnir les Voitures de campagne, les Chaifes à porteurs, ainfi que je l’ai indiqué en fon lieu , ce qui fe fait de la même maniéré que la garniture des Sièges, dont la defeription va faire (l’objet de cette Seétion, laquelle fera divifée en trois Paragraphes. Dans le premier, je traiterai de la maniéré de difpofer les Sièges pour recevoir la canne ; dans le fécond, de la maniéré de fendre la canne, & les outils deftinés à cet ufage ; 8c dans fo woifienae
- p.624 - vue 31/284
-
-
-
- Section IV. §. I. Difpofer les Sièges pour recevoir la Canne. 625
- enfin, j’expliquerai la maniéré de garnir les Sièges , en fuivant toutes les opéra-
- tions néceflàires à ce fojet, ce qui conftitue ce qu’on appelle l’Art du Cannier. Planche
- 227,
- §. I. De la maniéré de difpofer les Sièges pour recevoir la canne.
- Deux choies font néceftàires dans la difpofition des Sièges pour recevoir la canne ; favoir, la maniéré de placer les trous deftinés à la recevoir, & la maniéré Planche
- 1 a 228.
- de percer ces memes trous.
- La première de ces deux obfervations a pour objet la beauté Sc la folidité de l’ouvrage du Cannier, & eft fouvent la plus négligée, parce qu’elle dépend tout à fait du Menuifier qui, en perçant fes trous, s’embarraffe fort peu de ce que deviendra l’ouvrage du Cannier, qu’il regarde comme étranger à fon objet^
- La fécondé, qui a pour objet la folidité du Meuble, eft un peu mieux obforvée , mais fouvent fans propreté , ainfi que je l’expliquerai ci-après. *
- Lorfque les Menuifiers font, fur un Siège quelconque, la divifion des trous deftinés pour recevoir la canne, ils commencent par en marquer le milieu, d’après quoi ils font partir leurs divifions, ( en obforvant un vuide au milieu , ) fans s’embarraftèr où elles finiront, foit que l’ouvrage foit droit ou cintré, ce qui eft fujet à beaucoup de difficultés ; parce que dans le premier cas, c’eft-à-dire, quand l’ouvrage eft droit, comme la Fig. 1, il faut faire en forte que les dernieres divifions fo trouvent dans un demi-efpace, afin que les trous reçoivent tous les brins de canne, tant perpendiculaires c^u5Lorifontaux Sc diagonaux, fans les écarter ni les uns ni les autres, ce que j’ai obfervé à cette Figure , où les lignes a b, b d, c d Sc a c, repréfontent les divifions des trous faites fuivant cette méthode, lefquels trous reçoivent tous les brins de canne à leur jonélion, ce qui ne les dérange en aucune maniéré, & ce qui 11e pourroit être fi les divifions des extrémités étoient égales aux autres, comme, par exemple , les lignes effh , g h Sc e g, où il faudroit que les brins diagonaux fo reployaflent en dedans pour rencontrer les trous qui foroient for ces lignes , ce qui les dérangeroit beau* coup, & qui obligeroit à percer d’autres trous entre-deux pour les recevoir , ce qui affoibliroit trop les bâtis, Sc par conféquent rendroit cet expédient impof-fible ; c eft ce qui doit faire adopter la méthode que je propofo ici, laquelle , quoique différente de l’ordinaire, ne demande qu’un peu d’attention, afin de faire des divifions relatives à la grandeur de l’ouvrage, ce qui ne feroit qu’ouvrir ou refferrer un peu les divifions ordinaires, lefquelles font difpofées de maniéré qu’il fo trouve pari lignes de diftance du milieu de deux trous en deux trous , on quelquefois 10 lignes, ce qui fait y lignes du milieu d’un trou au milieu de 1 autre , ainfi que je l’ai obfervé à la Fig. J , laquelle eft grande comme l’exécution.
- Lorfque les Sièges font d’une forme cintrée comme la Fig. 2 , on ne peut pas s aflujettir aux mêmes réglés pour la divifion des extrémités, ainfi qu’aux figures
- p.625 - vue 32/284
-
-
-
- Planché
- 228,
- 616 MENUISIER, III. Part. Secl. II. Chap. K
- quarrées ; ceft pourquoi les Menuifiers, après avoir pris le milieu de la pièce de chaque côté, font les divifions égales entr’elles ; de forte que les lignes qui viennent y tendre ne font plus d’une diftance égale entr’elles, celles des extrémités du cintre étant plus ferrées que celles du milieu, ce qui efb tout naturel ; ou bien fi elles font égales entr’elles au milieu , elles forment des lignes courbes ainfi que celles a b 9c d, ef9 gh 9il8c mn \ 8c celles o e9p i , qr, sm, tu 8c xy, ce qui non-feulement fait un mauvais effet, mais encore eft peu folide, parce que petit à petit la canne tend à fe redrefier, vu le poids de la perfonne qui eft afïïfe deflus, ce qui caufe en partie le relâchement de tous les Sièges de canne dont la forme eft circulaire.
- Ainfi je crois que malgré l’ufiige on feroit très-bîen de tracer des lignes droites & égales entf elles fur les parties cintrées, & de percer les trous à la rencontre de ces dernieres avec la ligne circulaire qui en borne la diftance par rapport au devant du bois , ainfi que je l’ai obfervé dans la partie fupérieure de cette Figure ou les lignes x, 2 3> 4 J, 6 7, 8 9, 10 11, 12, & celles 13,14 15* 16 17, 18 19, 20 ai, zi 23 24, donnent la place des trous fans avoir égard aux divifions faites en parties égales.
- Cette obfervation eft effentielle, fur-tout quand les parties font beaucoup cintrées ; mais lorfqu’elles le font peu , on peut fiiivre l’ufage ordinaire , qui eft cependant moins bon que la méthode que je propofe ici, 8c félon laquelle fai dilpofe les trous de la Fig, 9 , cote A, lefquels font faits à la rencontre des divifions perpendiculaires a a9 6c des horifontales b 9b 9b 9 avec la ligne courbe c d e, qui eft le devant des trous 5 & celle f g h 9 le derrière 5 defquelles lignes les trous ne s’écartent de ce côté 9 qui eft le derrière de l’ouvrage, que pour des raifons de folidité , dont je vais parler tout de fuite.
- Les trous propres à recevoir la canne, doivent avoir environ 2 lignes de diamètre 5 & être percés en parement à 4 lignes au moins du bord de la piece, & fuivant les divifions qu’on a faites par la méthode que j’ai donnée ci-deflus.
- Ces trous ne fe percent pas perpendiculairement, mais au contraire les uns en dedans 8c les autres en dehors alternativement, afin que ces trous étant ainfi écartés, coupent moins le fil du bois, & qu’il refte du bois plein entre les deux rangées de trous, ainfi qu’on peut le voir à la Fig. 4, ( qui repréfente le derrière de celle Fig. 3 , ) où il refte un intervalle de bois plein entre les deux rangées de trous, lequel intervalle eft indiqué par les lignes d e 8c f g.
- Il faut faire attention qu’une partie des trous de cette Figure , font percés perpendiculairement, comme l’indique la ligne a b c, qui pafle par le milieu des trous des deux Fig. 3 & 4, ce qu’on pourra faire à tous les deflus de Sièges, 8c généralement toutes les fois qu’on ne fera pas gêné pour la largeur de la piece. Voye£ la Fig. 5 , qui repréfente la coupe des-deux Fig. 3 & 4 , dans laquelle le trou perpendiculaire eft apparent, 8c l’autre indiqué par les lignes il 8cmn.
- Quand le derrière de l’ouvrage garni de canne eft apparent, ce qui arrive à
- tous
- p.626 - vue 33/284
-
-
-
- Section IV. §. I. Dijp'ofer lès Sièges pour recevoir là Cünne. 627
- tous les derrières de Sièges, on y pratique des rainures, dans lefquelles paffent les brins de canne, qu’on recouvre enfuite par des morceaux de bois collés ; de forte que la canne n eft apparente en aucune maniéré.
- La profondeur de ces rainures eft de 4 lignés au moins, afin que la barre qu’on y met ait 3 lignes aü moins d epaifieur, la canne en prenant bien une.
- Quant à la largeur de ces barres, elle eft ordinairement de 8 à9 lignes, à moins qu’on ne fût gêné par les cintres, ce qui obligerait dé les faire quelquefois plus étroites, ce qu’il faut cependant éviter, afin de confërver la folidité de l’ouvrage. Ces barres fe rapportent .en deux parties dans les traverfes cintrées, ainfi qu’on peut le voir à la Fig. 9, cote A , où la rainure eft découverte, & les trous percés en biais pour les raifons que j’ai dites ci-deflùs. Voyez cette 'même Figure, cote B, où la barre eft toute placée , & fous laquelle j’ai fait paffer des lignes qui indiquent la place des,trous en devant de l’ouvrage. Dans les battants ces barres fe rapportent d’une feule piece , à moins toutefois qu’ils ne foient trop cintrés, alors on y mettroit la barre de deux ou même trois pièces, félon qu’il ferait néceflaire, à moins qu’on n’aimât mieux y faire des rainures, & par conféquent des barres cintrées, ce qui alors leveroit toute efpece de difficulté. De toute façon il faut que ces barres ne defcendtftt pas plus bas que lë nud des traverfes, afin dé n’en point couper les affemblages , ce que j’ai obfervé aux deux battants de la Fig. p , cote A Sc B.
- Voyez la Fig. 6 , qui repréfente la coupe d’un battant avec fa rainure & là barre, & les deux trous percés en biais, chacun Vêts les deux côtés de la rainure.
- Il y a des Msnuifiers qui, pour épargner l’ouvrage , rte rapportent point de barres aux traverfes 6e doffier tant du haut que du bas, mais qui, en perçant leurs trous, les font defcendre en delfous de la traverfe , à laquelle ils pratiquent une petite rainure pour pouvoir cachet là canne, qu’ils recouvrent enfuite de maftic, ce qui eft en même temps peu propre & peu folide ; ceft pourquoi on fera très-bien de ne jamais faire ufage de cette méthode , que je n’ai repré-fentée ici dans la Fig. 7, que comme Un exemple à éviter, même dans les ouvrages cintrés en plan, où les Menuifiers en Chaifes ne font jamais de rainures , fous prétexte que l’ouvrage eft moins folide, ce qui n’eft pas vrai ; la meilleure raifon qu’ils aient à donner, ceft que cela rend l’ouvrage plus long & plus difficile à faire. Voye{ la Fig. 8, qui repréfente une traverfe du haut d’un dolfier, avec une rainure pratiquée dedans à l’ordinaire.
- En général , lorfqu’on difpofe des Sièges & tous autres ouvrages pour recevoir de la canne , il faut avoir foin, en faifànt le ravalement du devant des moulures de le faire plus profond que la faillie des moulures, d’environ unë ligne, afin que l’épaifleur de la canne ne diminue pas de la faillie de ces dernieres ; il faut auffi avoir foin de faire ce ravalement en pente en dehors, afin que s’appuyant fur la canne, les arêtes du ravalement ne marquent pas deffiis & ne le Menuisier , III. Part. Secl. II. X x x x x x x
- Planche 228.
- p.627 - vue 34/284
-
-
-
- <528 MENUISIER, III. Pan. Secl II. Chap. V.
- .....- caflent pas, ce qui arriverait fans cette précaution, ce que j’ai obfèrvé aux Fig.
- Planche $ ,6,7 <5 8.
- 22 8.
- §. II. Du choix de la Canne ; de la maniéré de la fendre ; & des Outils du Cannier.
- Lorsqu’on acheté de la canne, il faut la choifir la plus longue & la plus Planche égale pofîîble, parce que plus elle eft longue , & moins il y a de pertoen l’employant ; il en eft de même de Ion égalité, laquelle donne des brins d’une égale ! largeur d’un bout à l’autre , ce qui, par conféquent , ne Fait aucune efpece de
- perte fur la grofleur.
- Il faut auffi avoir foin que la canne ne foit point trop ïeche, parce qu’alors elle le fend difficilement, 8c eft d’un mauvais ufàge.
- Les Canniers remédient à là trop grande fécherefle en la môuillant lorfqu’ils l’ont refendue & qu’ils veulent l’employer mais cette humidité n’étant que momentanée, ne peut jamais lui rendre celle de là feve, qui fe trouve totalement expulfée, l’expofe à la vermoulure, & par conféquent la rend plus facile à fe rompre. #
- Pour connoîtte fi la canné n’eft pas trop feche, il faut faire attention fi, lorf qu’on la ploie de différents fens, l’elpece de vernis naturel qui eft defTus, ne fe fend pas en beaucoup d’endroits, & ne s’enleve pas facilement, ce qui eft une marque de là trop grande fécherefle (*). 9
- Il faut auffi, lorfqu on àefiete de la canne , choifir celle qui eft la plus grofte, c’eft'à-dire , qui ait 4 à j1 lignes de diamètre au moins, afin qu’en la fendant elle donne plus de morceaux, quoiqu’il refte plus de moelle ou partie intérieure, laquelle, quoiqu’une perte réelle liir le poids de la canne , n’eft pas à comparer avec le bien qui réfulte d’avoir de la canne d’une grofleur railonnable, laquelle eft d’abord plus folide que la petite, ayant acquis toute là force, & étant plus aifée à fendre , ce qui eft fort à confidérer.
- Lorfqu’on a fait choix de la canne , avant de la fendre, il faut en ôter tous les nœuds ou inégalités que forment les jets a, Fig. 1 : opération que les Canniers appellent ennoyer ou éneyer, c’eft-à-dire, ôter les nœuds, ce qu’ils font en ratifiant la canne avec un couteau à contre-fens du nœud, ainfi qu’il eft repréfenté dans la Fig. 3 , en obfervant de tenir le couteau un peu panché le dos en dehors, afin qu’il ne coupe pas le jonc, mais ne faflè que le ratifier.
- Lorfque le jonc ou canne eft éneyé , on le fend, ce qu’on fait de la maniéré fuivante :
- ( * ) La canne ou roting fe vend à la livre, depuis 7 à 8 fols , qui eft le prix ordinaire , juf-qu’à 30 fols qu'elle vaut dans le temps de guerre, ou bien quand les Marchands n’en apportent pas une quantité fuffifante, ce qui fait que les Canniers hauffent ou baiiïent le prix de leurs ouvrages, ou bien en diminuent la largeur pour
- en prendre une plus grande quantité fur un poids égal, lequel poids eft confidérablement diminué par la moelle qu’ils enlevent, laquelle n’eft cependant pas tout-à-fait perdue pour eux, puifqu’ils la vendent pour faire des balais propres aux cours, aux cuifines, & autres lieux de peu de conféquence.
- p.628 - vue 35/284
-
-
-
- Section IV* §. IL Du choix de là Canne> SCc. ' 629
- On commence d’abord par confidérer quelle eft la grolfeur, & par confé-quent combien il pourra contenir de brins fur fa circonférence ; enfuite on le fend au couteau en trois ou quatre parties > qu’on refend enfuite elles-mêmes au couteau, jufqu’à ce quelles n’aient que la largeur de deux brins, après quoi on ôte la moelle du dedans de la canne pour la fendre à fà véritable largeur, ce que Ton fait par le moyen du fendoir Fig. 5, lequel n eft autre chofe qu’un morceau de buis ou tout autre bois dur d’environ un pouce de diamètre, fur 2 à 2 pouces 8c demi de largeur au plus, lequel eft arrondi par le bas &. refendu ou évuidé en angle par le haut, de forte qu’il préfente quatre parties aiguës, dont on fe fert pour fendre les brins de canne, qu’on commence d’abord au couteau ; enfuite on prend le fendoir de la main gauche, un des angles en en-haut, dans lequel on fait entrer le jonc commencé à fendre au couteau, & qu’on tire en contre-bas de la main droite, en obfervant d’appuyer le pouce de la main gauche fur le jonc à l’endroit où il fe fend, afin de l’empêcher de fortir du fendoir. Voye£ la Fig. 6%
- Il faut auffi avoir attention, lorfqu’ôn fend ainfi la canne, de fe garnir lé pouce d’un doigtier de cuir, afin que le frottement & les inégalités de la canne ne le bleffent pas, ce qui arrîveroit par la force du frottement.
- Voyez la Fig. 4, laquelle repréfènte le plan d’un jonc de 4 lignes & demie de diamètre, refendu d’abord en trois, ce qui donne le triangle ou moëlle a b c ; enfuite chacune des trois parties refendue en deux, chacune aux points d ef$ defquelles on enleve enfuite la moelle indiquée par les lignes gyh , i 9 ce qui eft égal pour toutes les autres parties ; après quoi on fait la derniere fente indiquée par des points feulement, ce qui donne douze brins dans un jonc d’environ 15 lignes de circonférence, lefquels brins ont une ligne & demie de large, lorf-qu’ils fe fendent bien droit fans s’arracher, ce qui eft la largeur ordinaire des brins dont on fe fert pour garnir tranfverfalement ; les autres, qui doivent être plus étroits, fe font avec des joncs plus petits, ou bien avec des brins qui fe font mal refendus.
- Lorfque la canne eft refendue à la largeur néceflàire, on la met d’épaifteur à la plane , laquelle eft une efpece de boîte de fer ab> Fig. 10 , découverte en defllis, dans laquelle eft placé un morceau d’acier c d9 Fig. 12,) qui repréfente la coupe de la plane vue fur fà longueur, ) lequel morceau eft attaché aux deux côtés de la boîte par une goupille ou axe, de maniéré qu’on eft libre de le faire mouvoir du côté c, ce qu’on fait par le moyen d’une vis e , placée au deflous de la boîte, & par le moyen de laquelle on fait monter ou baifler le morceau d’acier qui eft proprement la plane, qu’on approche du couteau Fig. 9 , autant qu on le juge à propos. Ce couteau eft un morceau d’acier de la largeur de la plane, taillé en bifeau, & fortement attaché à un^des côtés de la boîte , dans laquelle il entre en entaille pour l’empêcher de fe mouvoir, & où il eft arrête par le moyen d un écrou h. Le taillant de ce couteau ne doit pas être parallèle au
- Planche 22£* ’
- p.629 - vue 36/284
-
-
-
- I
- I
- Planche 2 2$.
- 630 ME NUISIER , III. Part. Sect. II. Chap. V.
- defliis de la plane , mais être un peu relevé fur le devant, afin qu'en pâflànt là canne entre le couteau & la plane, on commence par ôter les grofles inégalités, & qu'on finifle de la mettre d’épaiflèur en là rapprochant du fond. V~ôye{ la Fig. 14 , qui repréfente la coupe de la boîte & de la plane , avec le couteau vu du côté du tranchant;
- Comme la plane pourroit s’ufer par le frottement continuel de la canne qu’on pafle deflus , on peut non-feulement la retourner fens deflus déflous, le trou étant placé au milieu de fbn épaiflèur, mais encore bout pour bout, ce qui efl: fort aifé, puifqu’elle efl:, à cet effet, percée dés deux bouts.
- La boîte de la plane efl arrêtée fur un banc ou petit établi, par le moyen d’une vis i, qu’on ferre en deflous de l'établi avec un écrou /. Voyel les Fig. 10, 11, 12,1.3 , 14 & 15 , qui repréfentent la plane vue par devant, par derrière, en coupe longitudinale , en deflus, en coupe tranfverfàle, & le couteau tout démonté tant en deflus qu'en coupe.
- Le Banc ou Etabli du Cannier, Fig. 7, efl: d'environ 2 pieds de long fur 2 pieds de haut, & 8 à 9 pouces de largeur , à un des bouts duquel on perce un trou m , pour paffer & arrêter la vis de la boîte de la plane Fig. 9, ( qui repréfente le plan de cet Etabli, ) un peu fur le derrière & à une diftance convenable, pour que la vis, fèrvant à faire hauflèr cette derniere * foit hors de l’Etabli dont l’angle efl: arrondi, afin que la plane q, Fig. 7, puifle tourner au gré de l’Ouvrier , lequel efl aflîs devant l’Etabli qu’il tient ferme en pafl^nt le pied fine l’entre-toife du deflous. Enfuite pour meute la canne d’épaifleur , après avoir haufle la plane à la hauteur convenable , qui efl environ Un tiers de ligne fur le fond, il prend un brin de canne de la main droite, & le fait pafler entre la plane & le couteau , ( le côté du vernis, qui efl le devant de l’ouvrage, du côté de la plane, ) en appuyant avec les doigts de la main gauche fur la canne, & le plus près pofîible du taillant du couteau, afin qu’en la relevant elle ne foit pas coupée par ce dernier* On répète la même opération à diverfes reprifes, jufqu’à ce que la canne foit parfaitement cTépaiflèur. On doit avoir foin , en mettant la canne d’épaiflèur, de fe garnir les deux premiers doigts de la main gauche, ou au moins un, avec un doigtier de cuir, lequel empêche les coupeaux de frotter fur ce doigt, & par conféquent de le couper. Voye^la Fig. ro, ou la canne rio ed repréfentée paflànt fous le couteau , lequel, au point g, forme un coupeau p, qui, en le relevant, pourroit couper les doigts de la main gauche de TOuvrier , s’ils n’étoient pas garnis de doigtiers, ainfi que je viens de le recommander. v
- Après avoir mis la canne d’épaifleur, on la met de largeur, en la faifànt pafler entre des lames de couteaux, lefquelles font placées verticalement dans un morceau de boisr, Fig. 7, lequel efl à 1 autre bout de l’Etabli, & y efl arrêté en deflous par le moyen d’une clef. Ces lames de couteaux font difpofées à une diftance donnée par la largeur de la canne, & font un peu ouvertes par le haut,
- afin
- p.630 - vue 37/284
-
-
-
- Section IV. §. III. Maniéré de garnir les Sièges de Canne. 611 afin que la canne y entre plus aifément. Voye{ la Fig. i, qui repréfente le plan de cet outil ; & celle 8, qui le repréfente en élévation.
- Les outils dont je viens de faire la defcription, ne fervent que pour la préparation de la canne ; relie à décrire ceux qui fervent à fon emploi, lefquels font en très-petit nombre ; lavoir :
- Un Poinçon, Fig. 16, lequel fèrt à déboucher & aggrandir les trous lorsqu’ils ont déjà reçu deux ou trois brins de canne. La Figure 18 efl: une Cheville pour arrêter les premiers brins de canne dans les trous, en attendant qu’on y faffe palier les autres, & qu’on les y arrête tout-à-fait par une cheville à demeure. '
- La Figure 17 repréfente un outil nommé Reprife, lequel fert à tirer les brins de canne au travers des mailles, lors de la derniere opération du Cannier.
- Les Figures 19 & 20 ne font autre chofe que des brins de canne appelles libertés y d’environ 3 lignes de largeur, qui fervent à élever & bailler les brins de canne pour faciliter le palfage d’une aiguille de même matière, laquelle fert à introduire la canne , comme je le dirai en fon lieu.'
- /
- III. De la maniéré de garnir les Sièges de Canne ; ê les diverjes opérations
- du Cannier.
- Lorsque les Sièges font prépares, ainfi que je viens de le dire, on les donne au Cannier, lequel, après avoir préparé fà canne, commence la première opération, qu’il appelle ourdir, ce qu’on fait de la maniéré fuivante :
- On commence par prendre le milieu de la piece, Fig. i, cote Ayiur le plus grand fens ; puis on arrête un brin de canne au trou du milieu $ au point a, en y. faifànt un nœud dont je donnerai la defcription ci-après ; enfuite on fait palier la canne en defïiis du trou oppofé , au point b, laquelle , en paflànt en deflous , relfort au point c, & va rentrer à l’autre côté au point dy ce qui ne donne qu’une travée de fils, qu’on double en faifant palier la canne du point dy cote B (*) y en dellous de la piece , & la faifànt repalTer par le premier trou a, au point e : de-là on mene le filet de e à/, ce qui fait le premier filet doublé; puis pour doubler le fécond, on fait palier le filet en ’delïbus, & on le fait reffortir au point g ; on le mene en delïus , ainfi que tous les autres , de g à h ; puis on recommence l’opération de deux filets fimples , en faifànt palier la canne de h\iy & la menant de i à /, puis en la faifànt palier ( toujours en delfous ) de ce point au point m, duquel on la mene au point n , ce qui finit la fécondé opération fimple, qu’on double en faifànt repalTer la canne de n à o , & la portant de o à p ; puis en la faifànt pafler de p à q, & la menant de q à r, ce qui finit la fécondé opération double : on fait la même chofe jufqu’à la fin ; puis on recommence l’autre
- (*) On obfervera que j’ai fait d’abord l’opération des filets fimples du côté de la Figure i, cote A ; 6c qu’enfuite j’ai reporté cette opération de l’autre côté B, que j’ai coté des mêmes
- Menuisier > III* Part, IL Secl.
- lettres, afin qu’on puifle mieux reconnoître la fuite de cette opération, qui auroic été trop embrouillée fi je ne l’avois pas fait double.
- Tfyyyyyy
- p.631 - vue 38/284
-
-
-
- Planche
- 230*
- 632 MENUISIER, 111. Pan. SeB. IL Chap. K
- moitié, & la piece eft ourdie ; à l’exception que quand elle eft parfaitement quarrée, comme la Fig. x, & que le dernier trou fo crouye le premier d’une nouvelle opération, comme dans cette Figure, on ne peut point doubler le dernier filet avec le même , quon fait alors palfer de t à u, où on l’arrête avec une cheville jufqu’à ce qu’on garniflè : on prend un autre brin de canne qu’on noue en delîous & qu’on fait palfer au point x, duquel on le mene au point y, puis on le fait palier en delîous au point £, où on l’arrête avec une cheville. Il eft à remarquer dans cette opération, que les cannes paflent non-feulement deux fois par chaque trou , mais encore quelles paftènt différemment en delîous de T un ou l’autre côté ; parce que par en haut, c’eft-à-dire, par où on commence, les filets paftènt fimples dans tous les intervalles, au lieu qu’ils paflent deux fois dans les intervalles du bas, dont ils laiffent un vuide entre-deux, lefquels intervalles vuides fai marqués par une croix, pour faciliter l’intelligence de ce que je viens de dire à ce fùjet, ce qui eft facile à concevoir, pour peu qu’on veuille faire attention aux divers mouvements de la canne, lefquels font cependant plus aifés à faire qu’à expliquer.
- Avant de palfer à la fécondé opération du Cannier, je crois qu’il eft nécef-faire de donner la maniéré de nouer la canne ; ce qui eft d’autant plus naturel, qu’on ne fàuroit ourdir une même piece fans employer plufieurs brins de canne , & par conféquent fans les nouer, ce qui fe fait de la maniéré fùivante.
- Lorfqu’un brin de canne eft fini, c’eft-à-dire, qu’il n’eft pas allez long pour faire une longueur entière, on le fait entrer dans un trou 4, en deflùs à
- l’ordinaire, & on le palfe en delfous par le trou prochain ; enfùite on prend un autre brin de canne c, qu’on fait palfer par le trou a ; puis dans l’efpace qui eft entre les deux trous & le premier brin de canne, on fait palier le bout d du fécond , qu’on reploie enfuite en defliis du premier & en delîous du fécond, c’eft-à-dire, de lui-même; de forte qu’en tirant le bout c de ce dernier, on ferre le nœud. Voye[ les Fig, 3 <S* 5, dont l’une repréfente deux brins de canne noués, vus en delfous ; & l’autre ces mêmes brins pareillement noués, vus en defliis, c’eft-à-dire, du côté qui touche au bois. Ces deux Figures font cotées des mêmes lettres que la Fig. 4, afin de faciliter l’intelligence du difcours.
- Lorfqu’on noue les brins de canne, il faut faire attention fi le brin qui finit nexcede pas de beaucoup ce qui eft néceflàire pour le nouer, parce que le bout qui refte ne peut fervir à rien , à moins qu’il n’ait 8 ou 10 pouces au moins de longueur; c’eft pourquoi quand on s’apperçoit que ce qui refte a plus d’un pouce & moins de 8 ou 10, on fera très-bien de faire le nœud à l’autre bout du filet, dont le reliant pourra fervir à lier des parties plus courtes, où il pourra faire deux longueurs, ce qui épargnera la matière dont on perd toujours aflèz.
- La fécondé opération du Cannier s’appelle monter, & fe fait de la maniéré fùivante :
- On prend une petite tringle de canne C D, Fig* %, ( nommée liberté
- p.632 - vue 39/284
-
-
-
- Section IV. §. III. Maniéré de garnir les Sièges de Canne. 633
- rejlante, parce qu’elle refie en place jufqu’à la fin de l'ouvrage ; ) on la fait pafler ; entre les filets de canne déjà ourdis, en obfervant de faire haufler l’un Sc baifler l’autre ; enfuite on paflè une autre liberté E F , en contre-fens de la première ; puis des deux coins de la piece prête à monter, on fait pafler deux brins de canne , le premier a b, quon introduit dans une aiguille G H , laquelle le fait pafler entre tous les filets , félon qu’efl difpofée la liberté E F ; puis on ôte cette derniere, Sc on fait pafler l’autre brin de canne 1,2, avec une autre aiguille , ou la même, ce qui efl: égal, félon qu’eft difpofée la liberté reliante ; enfuite on remet la- fécondé liberté, & on fait pafler les brins en defîous de l’ouvrage ; favoir, le premier défigné par des lettres, de £ à c ; & le fécond défigné par des chiffres, de 2 à 3 ; puis on recommence l’opération en failànt pafler, par le moyen de l’aiguille, le premier brin de canne de c à d, Sc le fécond de 3 à 4, en obfervant d’aflurer les brins de canne avec une cheville, à chaque fois qu’ils ont été paflfés dans les trous de deflus en deflous, afin que l’ouvrage le maintienne ferme. Le refie de la monture fe fait de même, ainfi qu’on peut le voir dans cette Figure , où les lettres Sc les chiffres indiquent la route des brins de canne, laquelle efl facile à lùivre, d’après ce que je viens de dire.
- La troifieme & derniere opération du Cannier, efl la garniture, laquelle confifle à placer des filets de canne d’un tiers plus larges que les autres ( * ) , diagonalement aux précédents, ce qu’on fait de la maniéré fuivante.
- On prend un filet de canne qu’on fait fortir par deux trous a, b, du milieu de la piece, Fig. 6 ; puis on les dirige diagonalement, foit parallèlement entr’eux , comme ceux a c Sc b d9 ou en s’écartant à angle droit, comme ceux a e Scb d* ou c ci y fg Sc eh, ce qui efl égal, lefquels brins fe paffent en deflous avec la main gauche, & fe retirent en deflus avec la droite, par le moyen de l’outil nommé reprife, comme on peut le voir dans la Fig. 8, qui repréfente cette opération qu’on double de la même maniéré, ainfi que le repréfente la Fig. 7, où l’ouvrage efl totalement fini.
- En général, lorfqu’on fait les diverfes opérations néceflàires pour garnir les Sièges de canne , il faut avoir foin de bien tendre les brins à chaque fois qu’on les pafle, fur-tout aux derniers, qu’on doit arrêter avec de petites chevilles qu’on feroit très-bien de coller pour qu’elles ne reffortent pas, & ne laiflent par confé-quent pas détendre la canne, comme il arrive fouvent, lorfque les Canniers ne
- ( * ) Quoique je dife qu’il faut que les brins diagonaux foient plus larges que les autres, il ne faut cependant pas que cette différence foit trop confidérable, ainfi que le font plufieurs Canniers , qui mettent, pour ourdir & pour monter, des brins de canne d’une trop petite largeur, ce qu’ils font pour épargner la matière, & non pas, comme ils difent, pour rendre l’ouvrage plus parfait, perfe&ion dont on doit toujours fe méfier j fur-tout îorfqu’elle efl: acquifeaux dépens de la fqlidité, & qu’elle n’a d’autre fondement que 1 avidité du gain & l’épargne de la matière ;
- défaut qui efl très-commun, non-feulement dans les ouvrages dont je parle , mais encore dans toutes les efpeces de Meubles, qui n’ont, la plupart, que l’apparence de folidité, & auxquels , fous le prétexte de la mode, on ne donne de façon & de matière, que la moitié de ce qui leur feroit nécefîaire : de-là tant de gens trompés , fl cependant il efl polfible de l’être, lorfqu’on ne paie, & même on ne veut payer les chofes qu’environ la moitié ou les trois quarts de ce qu’elles vaudroient fi elles étoient bonnes Sc bien faites.
- Planche
- 230.
- p.633 - vue 40/284
-
-
-
- <$34 ME NUIS 1ER, III. Pan. Secl. Il Chap. VI.
- : . 1 prennent pas cette précaution, laquelle eft très-néceflaire, & qu’ils négligent à
- Planche prefque tous les dofliers, dont ils ne chevillent que les extrémités qu’ils ne ^ * peuvent pas nouer, ce qui porte un grand dommage à l’ouvrage , lequel devient lâche & fe détruit aifément.
- Voilà à peu-près tout ce qu’on peut dire touchant l’Art du Cannier, du moins pour le général, ce que j’en ai dit étant applicable a tous les cas, pour peu qu’on veuille y faire attention, tant pour les parties droites , qui ont fervî à faire les démonftrations des différentes opérations du Cannier, que pour les parties creufes ou rondes, auxquelles les mêmes principes font applicables.
- En général, les Sièges de canne font devenus fort à la mode en France y fur-tout depuis à 30 ans, & font d’un très-bon ufer, & beaucoup plus propres que ceux qui font garnis de paille ou de jonc, foit que les bâtis de ces derniers foient faits par les Menuifiers, ce qui eft très-rare à préfont, ou par les Tourneurs , qui font prefque les fouis qui font de ces fortes de Sièges, qui ne font que pour les gens du commun, ou pour des appartements de peu de confé-quence. Les Sièges garnis de canne ont aufîi l’avantage d’être beaucoup moins chers que ceux garnis d’étoffe, & moins fojets à fe tacher ; c’eft pourquoi on en préféré l’ufoge dans les falles à manger, & généralement dans tous les lieux humides*
- CHAPITRE SIXIEME.
- Defcription de toutes fortes de Fauteuils ; leurs formes, proportions âC confiruüion.
- L E Fauteuil dont je vais faire la defcription, eft un de ceux qu’on nomme en Planche Cabriolet, à caufe de la forme circulaire de fon plan, différente de celle des 2^lm Fauteuils à la Reine, laquelle eft droite du côté du dofîier, ainfi qu’on a pu le
- voir lorfque j’ai fait la defcription d’une Chaifc à la Reine > page 6x4 <§* fuhv.
- J’ai choifi cette forme, afin que dans la defcription des Chaifcs & des Fauteuils , je ne fois pas obligé de me répéter ; ce que j’ai dit des Chaifcs à la Reine pouvant s’appliquer aux Fauteuils de la première efpece ; & ce que je vais dire des Fauteuils en cabriolet, pouvant de même s’appliquer aux Chaifcs de la fécondé.
- Les Fauteuils en cabriolet font les Sièges les plus à la mode à préfent, & en même temps ceux qui demandent le plus d’attention de la part de l’Ouvrier, for-tout par rapport à la conftruélion & au débit des bois du dofîier, lequel étant fur un plan circulaire & évafé, forme une partie de la furface d’un cône, ce que les Menuifiers appellent faire la hotte,
- Pour
- p.634 - vue 41/284
-
-
-
- Defcrlption de toutes fortes de Fauteuils , SGc. 635
- Pour parvenir à faire de ces fortes de Fauteuils avec toute la perfeétion dont ils peuvent être fufoeptibles, il faut, d’abord commencer par fe rendre compte de la forme de leur plan, qui, pour l’ordinaire, eft en S par devant, & en demi-cercle , ou , pour mieux dire, en demi-ovale par derrière , ainfi que la Fig. £ Sc la Fig. 8, qui repréfentent la moitié du plan Fig- S , moitié plus grand que ce dernier, afin d’en rendre les opérations plus fenfibles.
- Après avoir ainfi tracé ce plan Fig. 8 , ( la moitié pouvant être prife pour le tout, ) à environ if pouces du devant du fiége , fur la ligne du milieu , a b, on éleve une perpendiculaire c dy à laquelle on donne 11 pouces de hauteur ; puis: du point d au point e, qui eft le centre de la partie de cercle du derrière du fiége, on mene une ligne ef, qui repréfente le milieu du battant, aux deux: côtés de laquelle ligne on trace la largeur du battant parallèlement à cette derniere ; de forte que quel que foit l’évafement, ou, pour parler comme les Ouvriers, le renvers du doffier, la face du battant doit toujours fe préfenter perpendiculairement au cintre du fiége, dont le contour extérieur eft indiqué par les lignes g, g, g» Sc l’intérieur (du moins des traverfes ) par celles h>h%h~ enluite refte à tracer fur le plan la longueur des traverfes Sc leur évafement, ce qui ne peut être qu’après s’être rendu compte de la hauteur du doffier Sc de la forme de fes contours, qu’il faut d’abord tracer à part fur la furface développée du doffier, ce qui fe fait de la maniéré fuivante :
- L’évafement du doffier étant déterminé, comme de <2 à ^ , Fig. j1, de ces points on éleve deux perpendiculaires fur la ligne du milieu du fiége , lefquelles parallèles on prolonge indéfiniment hors de la Figure. Du point <?, ( qui eft le centre de l’arc du derrière du plan ) -on éleve pareillement une perpendiculaire parallèle à ces dernieres, qu’on prolonge indéfiniment des deux côtés ; enluite à une diftance quelconque, comme la Fig. 4,011 éleve fur cette ligne les perpen* diculaires f h Sc gd9 dont la diftance fg9 eft égale à la hauteur du doffier ; enluite du point d, on fait paffer une ligne oblique par le point A, qu’on prolonge jufqu’à ce qu’elle rencontre la ligne gfei au point v, ( lequel fe trouve hors la Planche), duquel point comme centre , Sc des diftances ifScigy on décrit les arcs de cercle f m Sc g n, Fig. 4 ; ce qui étant fait, on prend fox le plan Fig. j1, la diftance al, qu’on porte, Fig. 4 , def en o ; duquel point Sc du point i, on fait pafter la ligne o p , qui alors eft le milieu du battant, qu’on trace enluite à l’ordinaire, tant pour les cintres que pour la rencontre des traverfes, foit que ce cintre foit d’une forme ordinaire comme le côté A, fur lequel je viens d.e faire la démonftration , ou bien qu’il foit un ovale comme le côté B , cela eft indifférent ; à l’exception toutefois que le battant doit être plus large en dedans, comme je le dirai en fon lieu.
- Le cintre du doffier étant ainfi tracé lur fon développement, on trace à part, 7 9 le battant de doffier, ( lequel eft de la proportion du double que la Fig. 4, afin de repondre au plan Fig. 8, ) qu’on prolonge jufqu’à la hauteur totale Menuisier , ///, Fart. II. Sccl. Zzzzzzz
- Planche
- 23 x,
- p.635 - vue 42/284
-
-
-
- Planche 231.
- ME NUIS IE R, III. Part. Secl. IL Chap. VI.
- du dofïïer ; enfuite on porte fur le battant la rencontre de toutes les traverfes , tant du haut que du bas, à leur plus grande largeur, comme l’indiquent les points a9b9c9d9 defquels points on abaifle fur la ligne i / , autant de perpendiculaires dont les diftances fur cette ligne , fe reportent fur le plan Fig. 8 ; lavoir , celle i h, Fig. 7, de i» à 2 ; celle i g, de 1 à 3 , ce qui donne l’éyafoment de la traverfe du bas ; celle if9 de 1 à 4 ; & celle i e, de 1 à y ; ce qui donne l’éva-foment de celle du haut, quon trace, ainfi que l’autre, par des arcs de cercles décrits du centre e, Fig. 8.
- Le bas de ces battants n’a rien de différent des autres, dont j’ai déjà parlé, fi ce n’eft que le pied de biche eft plus évafé en dehors , afin de donner plus d’aflîette au fîége, ce que les Menuifiers nomment arcboutage, lequel doit être de 2 pouces au moins.
- J’ai dît plus haut que les Fauteuils différoient des Chaifes, en ce que les premiers ont des accotoirs deftinés à appuyer les coudes de ceux qui font afîîs dedans. Ces accotoirs font compofés d’un bras a, Fig. 3 > & d’une confole b, laquelle eft affemblée d’un bout dans la traverfe de côté du fiége, & de l’autre dans le bras, lequel s’affemble lui-même à tenon & mortaife dans le battant, avec lequel on doit avoir foin de le faire raccorder d’une maniéré douce 8c gracieufo , ainfi que je l’ai obfervé aux Fig. 1,2 & 3.
- L’aflèmblage des bras avec les battants, fe fait quarrément ; mais je crois que malgré l’ufàge, on feroit très-bien d’y faire une coupe , laquelle, en prévenant les inconvénients des coupes quarrées dont j’ai parlé plus haut, rendroit l’ouvrage plus folide, en ce que la coupe du deflous foutiendroit le bras 8c l’em-pêcheroit de redefoendre en contre-bas.
- Les bras de Fauteuils fe tracent en plan, ainfi que les traverfos de doffier, à l’exception qu’ils ne font évafés que du bout qui raccorde au battant, l’autre devant être perpendiculaire, ce qui lui donne une forme gauche, félon laquelle il faut le mettre d’équerre, ce que j’ai indiqué par des lignes ponétuées mn 8c o p, Fig. 7. Voyez auffi les Fig. y & 8 , où ces bras font tracés en plan, ainfi que les confoles, dont je donnerai une defoription plus étendue ci-après, en parlant des différentes fortes de bras de Fauteuils & de leurs confoles.
- Le Fauteuil dont je fais ici la defoription, eft difpofé pour recevoir un fiége de canne, comme on peut le voir Fig. 1, qui le repréfente vu de côté ; celle Fig. 2 , qui le repréfonte vu de face, le côté A tout défàflemblé 8c prêt à chantourner, 8c l’autre côté B tout chantourné 8c affemblé, mais fans le fiége, qui ne s’y place que quand il eft garni de canne, parce que le tenon de la confole paffe au travers de ce dernier pour être chevillé dans la traverfe de ceinture.
- Voyez aulli la Fig. 6, qui repréfonte la traverfe de derrière du Fauteuil, qui reçoit le fiége tout en vie , comme je l’ai dit plus haut ; & la Fig. 8, où j’ai indiqué par des lignes ponétuées i 9i, i9 le dehors du chaffis du fiége, dont la
- 1
- p.636 - vue 43/284
-
-
-
- Defcripdon de toutes fortes de Fauteuils , SCc. 637 faillie fe termine aux deux battants, & dont l’intérieur indiqué par les lignes /, /, /, vient en s’élargiffant fur le derrière, pour laifferdu bois plein daprès le devant du battant.
- J ai dit plus haut que les chaffis de fiéges s’aftembloient en chapeaux par devant; cependant je crois que pour la propreté de l’ouvrage, il feroit beaucoup mieux de les alfembler donglet par devant, comme la ligne / i, & par derrière lorfqu’ils font cintrés, comme dans cette occafion , en enfourchement, à l’endroit de l’entaille des battants ou pieds. La hauteur des Fauteuils eft à-peu-près la même que celle des Chaifes, excepté que le fiége doit être un peu plus bas , 8c par conféquent le doffier plus haut à proportion, fur-tout quand ils feront beaucoup évafés.
- Quant à leur largeur, elle doit être plus Confidérable que celle des Chaifes ; vu quil faut que la perfonne qui eft aflife dedans, foit contenue commodément avec fes habits ; c’eft pourquoi on donne de largeur de fiége aux Fauteuils, depuis 22 jufqu’à 26 pouces, fur 18 à 20 pouces de profondeur, du moins pour les Fauteuils ordinaires, c’eft-à-dire, d’appartement ; car pour ceux qui fervent particuliérement à une feule perfonne, il faut, ainfi que je l’ai dit plus haut, confulter là-deflus fon goût & fes befoins.
- La grofteur & le débit des bois des Fauteuils ordinaires, n ont rien de différent de ceux des Chaifes, fi ce n’eft que dans le cas des cabriolets, les traverfes des doftiers doivent être refendues félon leur inclinaifon, ou, pour mieux dire , leur évafement, ce qu’on peut faire en les traçant deftus & deflbus avec des calibres, dont on aura le cintre fur le plan, Ôc en les reculant de ce qu’il eft néceflàire ; de plus , on pourra , fans aucune efpece de perte , prendre l’une derrière l’autre la traverfe du haut & du bas, ce qu il eft très-facile de faire, vu quelles font de différents cintres, de forte que le dehors de l’une peut faire le dedans de l’autre , du moins à peu de chofe près.
- Voilà à peu-près le détail d’un Fauteuil, (& par conféquent d’une Chaife à cabriolet, ) d’après lequel on pourra conftruire toutes fortes de Sièges, de telle forme qu’ils puiftent être, vu que la méthode que je viens de donner pour la conftruélion & la maniéré de tracer ceux-ci, eft applicable à tous , à quelques différences près ; ce qui a fait que je me fuis fort étendu fur la maniéré de tracer , tant le plan que l’élévation , de ces fortes de Sièges , afin d’être à la portée du plus grand nombre, lequel ne m’auroit pas fi bien entendu fi j’eulîe dit Amplement, comme il fembloit tout naturel, que le développement des dofïïers des Sièges en cabriolet, n’êtoit qu’une partie de la furface d’un cône tronqué , dont l’inclinaifon eft donnée par celle du doflier, & prolongée jufqu’à ce qu’elle rencontre le centre du fiége repréfèntant l’axe du cône, ce qui en détermine le fbmmet, 8c par conféquent le centre de fon développement ; mais cette {implicite fuppoferoit dans mes Leéteurs, ( du moins les Menuifiers ordinaires ) des connoiflànces qu’ils ne peuvent ou ne veulent pas acquérir, quoique j’en aie
- Planche
- 23 1.
- p.637 - vue 44/284
-
-
-
- Planche
- 231.
- Planche
- 332.
- 638 ME NUIS IE R, III. Part. Se&. II. Chap. VI.
- donné des principes élémentaires dans la fécondé Partie de cet Ouvrage , au commencement de l’Art du Trait ; c’eft pourquoi j'ai cruméceffiure, pour être à la portée de tous, de faire toutes les démonftrations qui m'ont paru convenables pour épargner le temps de ceux qui n’auroient pas celui d’acquérir d’autre connoiffimce que celle de la pratique, laquelle, pour peu qu’elle foit raifonnée , eft a peu-près fiiffifànte dans la partie dont je traite (* ).
- De plus, les Menuifiers en Chaifes ne prennent pas toutes les précautions que je recommande ici, pour tracer foit le plan ou l’élévation de leurs ouvrages , qu'ils ne font que refendre le plus jufte polfible, & qu’ils affemblent fans les corroyer, pour les chantourner enfuite après avoir été aflèmblés, en quoi ils font fort mal ; mais enfin c’eft leur coutume, & ils ne s'en déferont pas aifé-ment.
- La commodité eft ce qu'on coït le plus rechercher lorlqu’on détermine la forme des bras des Fauteuils, ou de tous autres Sièges où l’on fait ulàge de ces derniers ; c’eft pourquoi avant de rien arrêter, tant pour leur forme que pour la hauteur des confbles qui les foutiennent, il faut d’abord fe rendre compte de la maniéré dont le Siège fera garni, de la hauteur, de la forme de Ion plan, & de la plus ou moins grande inclinailbn de fon doffier , afin que de quelque maniéré qu’il loit difpofé, la perlbnne qui eft affile dedans ait les bras commodément appuyés deffiis les bras ou accoudoirs, dont le deffiis doit être un peu creux, & bailler lur le devant d’environ un demi-pouce , comme je l'ai obfervé aux F ig9 z & 3 , où cette inégalité de hauteur eft indiquée par des lignes a b 8c c d.
- La longueur des bras des Fauteuils ordinaires, doit être d’environ un pied ; c’eft pourquoi à ceux qui font cintrés en plan, il faut diminuer cette longueur de ce que le doffier a de creux, comme je l’ai obfervé à la Fig. 1, laquelle jrepréfente un bras de Fauteuil en cabriolet, dont le plan eft repréfenté Fig. 4. La groffeur des bras de Fauteuils varie depuis un pouce julqu’à un pouce & demi ou même deux pouces , félon qu'ils font ornés & garnis d’étoffe , ce qui fe fait de deux maniérés différentes ; lavoir , des garnitures adhérentes aux bras, que les Tapiffiers nomment Manchettes, Fig. 3 , & celle de rapport, Fig. 5
- (*) Ce que j’avance ici femble être une contradiction de ce que j’ai dit jufqu’à prêtent dans toute la fuite de cet Ouvrage, où j’ai toujours recommandé la connoiftance, du moins élémentaire, de toutes les Sciences qui peuvent concourir à former ou à perfectionner la théorie des Ouvriers , comme étant effentiellement nécef-faire ; ce qui , en général , eft très-vrai pour toutes les efpeces de Menuiferies, fur-tout pour celle d’afîemblage pour celle des Voitures, lefquelles Menuiferies étant compofées de parties courbes & gauches , avec bâtis & panneaux , ont befoin, pour être traitées avec fuccès , de toutes les reftources d’une théorie lumineufe, & fondée fur des principes auflî confiants que ceux de la Géométrie & de la Stéréotomie. Mais comme la Menuiferie dont
- il eft ici queftion n’a point de panneaux, n’ayant que des bâtis d’une très - médiocre largeur 8c épaifteur, on peut ne pas exiger à la rigueur, des Ouvriers qui travaillent à cette partie de la Menuiferie , les mêmes connoiffances que pour les autres parties ; quoique s’ils les acqué-roient, ils ne feroient que très-bien; une théorie raifonnée étant toujours préférable à la pratique la plus confommée , qui n’a fouvent que la coutume pour guide: c’eft pourquoi malgré ce que je dis ici, je 11e ceiïerai jamais d’exhorter les jeunes gens de travailler à acquérir des con-noiffances, lefquelles, en joignant l’agréable à l’utile, les mettent dans le cas de perfectionner leurs ouvrages, & d’en accélérer l’exécution , ce qui eft un double avantage.
- & 6,
- V
- p.638 - vue 45/284
-
-
-
- Defcription de toutes fortes de Fauteuils , 3Cc. 639
- & 6 9qm font néceflaires aux fiéges à chaflîs, afin de pouvoir changer la garniture : des bras, ainfi que celle des fiéges &desdoffiers. Dans le premier cas, leMenuifier, ou pour mieux dire , le Sculpteur réferve au milieu du bras un efpace d’environ 6 pouces de longueur au moins, chantourné en creux comme celui efg9 Fig. 3, autour duquel on fait régner un membre des moulures du bras, & qu’on ravale enfoite pour que la garniture, qu'on attache deflus laifle à cette moulure une faillie fufïifante, 8c que les clous ne la débordent pas, ainfi que je l'ai expliqué en parlant de la maniéré de difpofor les Sièges pour recevoir les garnitures d’étoffes,1 page 622.
- Quand les garnitures des bras fe lèvent, on prépare les bras de la même maniéré que ci-delfus, à l’exception que quand ils font ainfi préparés, on refend le dedans du bras foivant le contour de la moulure, afin de le garnir féparément * & de pouvoir changer la garniture d’étoffe quand on le juge à propos, ce qui eft fort aifé à faire, cette derniere n’étant que coufoe en deflous. Voye[ les Fig; j1 , 6 & 8. Cet accoudoir de rapport s’arrête dans le bras par le moyen d’un goujon de fer h, Fig. J , dont le bout, qui eft taraudé, pafle au travers du bras ious lequel il eft arrêté par le moyen d’un écrou qu’on enterre dans l’épaifleur du bras, afin qu’il ne foît apparent en aucune maniéré ; & on met aux deux extrémités de l’accotoir deux petites chevilles i9 i, lefquelles entrent dans le bras , & par conféquent empêchent l’accotoir de fe déranger ; quelquefois on fait dans le deftiïs du bras un ravalement d’environ 3 lignes de profondeur, & d’une largeur convenable, pour que l'accotoir entre dedans, avec fà garniture, le plus jufte poffible, ce qui fait très-bien , parce qu’aiors on ne voit point de joint entre cette derniere & le bras, & que l’accotoir eft arrêté très-folidement, fans qu’il foit néceflàire d’y mettre de petites chevilles aux deux bouts. Voye[ la Fig. 8, où j’ai obfervé ce ravalement. 4
- De telle forme que foit le plan des Fauteuils, il eft toujours néceflàire que leurs bras foient évafés & retournent en dehors par le bout, ce qui fait qu’ils ne font prefque jamais droits fur le plan, mais plutôt d’une forme creufe, comme la Fig; 4, ( dont le plan du fiége eft indiqué par la ligne l m ) , ou bien en S par le bout qui s’aflemble dans le dofiîer, comme la Fig. 8, qui repréfonte le deflus d’un bras de Fauteuil à la Reine, dont le plan eft pareillement indiqué par la ligne n o p.
- La hauteur des bras de Fauteuils doit être de 9 pouces au plus haut du deflus du fiége, quand ce dernier eft garni de canne comme la Fig. 1 ; & quand ils font garnis d étoffe, cette hauteur doit être de 11 pouces, pour regagner la hauteur , ou, pour mieux dire, l’épaifleur de la garniture.
- Les confoles qui foutiennent les bras, font cintrées en S for les deux fons , comme aux Fig. 1 & 2 ; & on doit obferver de ne jamais déterminer leur cintre de face, fans auparavant avoir tracé le plan du fiége &du bras, comme je lV fait ici , afin d’avoir au jufte l’écart de la confole, laquelle doit être gauche for la longueur, afin de regagner l’évafoment du bras, lequel eft tracé for le Menuisier , ///. Part. Secl. //. A 8
- Planche
- 232.
- p.639 - vue 46/284
-
-
-
- *
- Planche
- 232.
- \
- 64o ME N UISIE R , III. Pan. Se B. IL Chap. VI
- ! plan Fig. 4 ; cependant les Menuilîers les chantournent d'équerre à l'ordinaire , & laiffent aux Sculpteurs le foin de leur donner la forme qu'ils jugent à propos, ce qu'ils font affez adroitement.
- Les confoles s'affemblent à tenon tant dans les bras que dans les traverfes des lièges ; & on obferve, à ceux qui font garnis de canne , de faire les tenons du bas d'une longueur fuffifante pour paffer au travers du deffus du fiége, & venir s’aflembler dans la traverfe de ceinture avec laquelle ils font chevillés. Voye^ les Fig. 1 & 2, où j’ai indiqué par des lignes q r & s t, i'épaiffeur du chajffis du Siège deftiné à être garni de canne. Quand les Sièges font garnis d'étoffe & que cette derniere eft attachée defïus , le bas des confoles s'aflemble toujours dans les traverfes de ceinture, & on y obferve fur la face Fig. 7, un ravalement d'une forme circulaire d'environ 2 pouces de hauteur en dedans , afin de recevoir la garniture qui vient s’attacher deffus, & qui retourne quelquefois par le côté d'environ un pouce de hauteur ; la profondeur de ce ravalement doit être égale à celle des accoudoirs , c'eft-à-dire , qu'il faut qu'ils puiflent contenir répailfeur de la garniture & des clous, pour que ces derniers n'excedent pas les moulures ou les ornements du bas de la confole.
- Aux Fauteuils à chaffis, on ne fait point de ravalement au bas des confoles , mais on obferve feulement de laifler lifïe la place de ces derniers , ce qui efl: tout naturel, puifque la faillie de la garniture de rapport cacheroit les ornements qu’on pourroit y faire.
- Il y a des Fauteuils nommés Bidets, auxquels le pied de devant 6c la confole de l'accotoir font d’une même piece , ce qui ne fouffre aucune difficulté 3 tant pour la décoration que pour la conftruéiion ; fi ce n'efl: que les Fauteuils ou l'on fait ufage de ces fortes de pieds, font moins profonds que les autres, ou bien font beaucoup cintrés en plan par devant, ce qui oblige alors à y mettre un pied au milieu pour foutenir le devant de la traverfe, ainfi qu'on le pratique aux Sièges de cabinets, dont je ferai la defcription ci-après. Voye^ la Fig. ïo, qui repréfente un pied de Bidet avec une partie de fon accotoir.
- Je ne m'étendrai pas davantage touchant la forme des accoudoirs & de leurs confoles, vu qu'abftraétion faite de leur longueur & hauteur, on peut en varier les ornements, & par conféquent la forme & la groffeur, que je n'ai donnée aux Figures ci-deflus que comme la plus ordinaire, & qui peut fervir à tous autres bras de Fauteuils de quelque forme qu'ils foient, du moins tant qu'ils ne iécarteront pas de celle qui leur efl la plus ordinaire ; car pour ceux qui fervent aux malades, qu'on nomme Confejjionnaux ou Fauteuils à joues, & les Bergeres ou Chaifes longues, les accotoirs font d'une forme différente, comme on le verra ci-après.
- Les Fauteuils de malades, repréfentés Fig. 8, n'ont rien de particulier pour * ce qui efl de leur décoration, vu qu'ils font tout-à-fait garnis d'étoffe, tant en dedans qu’en dehors ; les accotoirs de ces Fauteuils montent des deux côtés, &
- p.640 - vue 47/284
-
-
-
- Defcrïption de toutes fortes de Fauteuils, SCc. 6^t forment cc qu’on appelle des joues , fur lesquelles on peut s appuyer la tete , de ; maniéré toutefois que les bras puiflent auffi être commodément appuyés ; c’eft pourquoi il faut avoir attention que les joues foient bien creufes à Y endroit des coudes, afin de ne point gêner le malade. Le doffier de ces Fauteuils doit ayoi£ environ 2 pieds & demi de hauteur, pour que la tête puiffe s’appuyer deflus ; & il eft bon de lui donner un peu plus de pente qu aux Fauteuils ordinaires, pour que les reins de la perfonne aflîfe portent deflus, ce qui la foulage beaucoup. Il y a de ces Fauteuils dont le doflîer eft mobile du deflus du fiége, ce qui eft fort avantageux , parce qu alors on leur donne la pente quon juge à propos, félon que l’exige l'état du malade , lequel alors peut y repofer, & même y dormir a
- fbn aife. /
- Lorfque les doffiers font mobiles , on les ferre avec des charnières qu’on attache au fiége, & on les retient en place avec deux branches de fer, taillées en forme de cremaillée , lèfquelles font attachées avec le doflîer , & viennent s’accrocher à des efpeces de boutons ou clous placés aux deux côtés ; de maniéré que pour augmenter ou diminuer la pente du doffier, on fait avancer ou reculer les cremaillées, ce qui eft fort aifé à concevoir. Cette maniéré de faire mouvoir les doffiers des Fauteuils eft la plus ufitée ; cependant comme elle fuppofè de la force pour le faire, elle devient incommode pour des malades qui auroient peine à le faire eux-mêmes fans beaucoup fe fatiguer, ou même s’expofer à laifler échapper le doffier tout-à-fait ; c’eft pourquoi je crois qu’il feroit néceflaire que le mouvement de ce doffier pût fe faire par le moyen d’un rouage placé dans l’épaifleur de l’accotoir, lequel feroit. très-facile à faire mouvoir , & retiendroit le doffier à telle inclinaifon qu’on le jugeroit à propos, fans avoir befoin de beaucoup de force, de maniéré qu’un malade pourrait le faire mouvoir lui-1 même, ce qui feroit d’un très-grand avantage.
- Lorfque les doffiers font mobiles, ils forment un chaffis à part, qu’on fait entrer à feuillure dans les pieds de derrière, qui montent toujours de fond , & dans lefquels font aflemblées les joues, ainfl qu’à la Fig. 8. Voye^ la Fig. 12 où j’ai tracé à moitié de leur grandeur, le battant de doffier A, & celui de côté B, dans lequel eft une feuillure deftinée à recevoir ce dernier avec fa garniture.
- Le fiége de ces Fauteuils n’a'rien de différent des autres, fi ce n’eft que quelquefois ces Fauteuils fervent de Chaifes de commodité, comme je l’ai obfervé Fig. 8 & ir ; dans ce cas on y fait un deflus plein, dans lequel on perce un trou rond ou lunette C, de 8 à 9 pouces de diamètre, à environ 6 pouces du devant, qu’on remplit par un couvercle qui y affleure, afin qu’il ne nuife pas au couffin qu’on met deflus le fiége du Fauteuil à l’ordinaire , & qu’on ote lorfqu’on veut faire ufage de la Chaife percée ; on met pareillement un fond au bas de ce Fauteuil pour porter un feau de fayence qu’on retire par derrière ou par les cotés , félon qu’on le juge à propos.
- On a auffi la coutume de mettre des roulettes fous les pieds de ces Fauteuils,
- Planche
- 232.
- p.641 - vue 48/284
-
-
-
- Planche
- 232.
- 64a MENUISIER, III. Part. Sec!. II. Chap. VI.
- afin de pouvoir les mouvoir plus aifément (ans fatiguer les malades, ce qui ne change rien à leur conftruétion, fi ce neft quon eft obligé de les faire de 2 pouces à 2 pouces & demi plus bas qu’à l’ordinaire, pour que cette hauteur , qui eft celle des roulettes, n’augmente pas celle du fiége, laquelle ne doit être que d’un pied au plus ; quant à là largeur , elle doit être d’environ 2 pieds, fur 20 à 22 ou même 24 pouces de profondeur ; la hauteur de leurs accotoirs doit toujours être de 10 à 11 pouces; la faillie de leurs joues doit être de 10 pouces au plus large en dehors, & de 6 à 7 pouces au plus étroit.
- La conftruétion de ces Fauteuils n’a rien de particulier ; il fùffit qu’ils foient alfemblés folidement ; & on doit éviter d’y mettre de trop gros bois, de-crainte de les rendre trop lourds ; c’eft pourquoi 10 lignes d’épaiffeur feront fuffifantes pour leurs bâtis, excepté les traverfes de ceinture, qu’on pourra faire plus épaiffes, & les pieds, qui doivent avoir environ 2 pouces de gros par le bas, & qu’on évuide au-deiïus de l’appui. Koye^ les Fig. 8 & ir.
- Les Bergeres ou Chaifes longues different des Fauteuils ordinaires, par la grandeur du fiége, qui a quelquefois 2 pieds de largeur, fîir 20 à 22 pouces de profondeur, & par les accotoirs, qui non-feulement font tout-à-fait garnis d’étoffe en deffous, comme ceux dont je viens de parler, mais encore font quelquefois cintrés en adouciffimt jufqu’environ les deux tiers de la hauteur du doffier , ainfi que la Fig. p. •
- Dans ce cas la moulure du doffier régné au pourtour de l’accotoir, & on obferve d’y laiffer du bois en dedans pour porter la garniture 5 on prend la même attention pour le defîus de l’accotoir, qui, dans ce cas, doit être garni d’un pied de long au moins. Ces efpeces de Sièges font quelquefois très-riches, tant pour les ornements que pour les formes de leur fiége & de leur doffier ; cependant comme ils fervent quelquefois de Ducheffes, en y ajoutant un ou deux bouts fur la longueur, on les fait quarrés par leur plan, afin qu’ils fe raccordent plus aifément. En général, la conftruétion de ces Sièges n’a rien de particulier, ce que j’ai dit jufqu’à préfent, en parlant des Chaifes & des Fauteuils, pouvant s’appliquer à tous les Sièges. *
- Quant à la décoration des Bergeres, elle peut être plus ou moins riche, félon qu’on le jugera à propos, n’y ayant rien de fixe à ce fujet ; c’eft pourquoi je me contente de donner ici le détail de leurs formes, qui eft la feule différence fenfible qu’il y ait de ces Sièges aux Fauteuils ordinaires, dont, au fond, ils ne font guere différents que par la grandeur & le peu de hauteur de leur fiége, qui n’a quelquefois que p à 10 pouces, Sc la pente de leur doffier, qu’on fait plus incliné qu’à l’ordinaire.
- U y a encore des efpeces de Fauteuils nommés Bergérés, qui ne different des Fauteuils ordinaires que par la hauteur de leur doffier, qui n’a guere que 12 à 13 pouces au plus, & par la largeur de leur fiége, qui a quelquefois 30 pouces de largeur. Ces fortes de Bergeres ou Fauteuils, fe placent dans les Salles de
- • compagnie,
- p.642 - vue 49/284
-
-
-
- Defcrîption de toutes fortes de Fauteuils , ôGc. 643
- compagnie, & ne fervent qu’aux Dames , dont l’ajuftement exige cette forme pour n être point trop froide, & pour quelles foient aflifes commodément.
- J’ai dit plus haut qu’on nommoit quelquefois Chaifes longues, les Sièges dont je viens de parler, c’eft-à-dire, les Bergeres ; cependant ce nom ne leur eft propre que quand leur fiége a aflez de profondeur pour, qu’étant affis dedans, les jambes portent tout en entier fur le fiége, lequel alors doit avoir depuis 3 pieds de demi de longueur , jufqu’à 5 pieds, ce qui ne change rien à leur décoration ni à leur conftru&ion , fi ce n eft que l’on eft obligé de mettre une barre à queue entre les traverfes de ceinture , pour en retenir l’écart, ce qui eft très-peu de chofe, comme je le dirai ci-après.
- Les Chaifes longues prennent le nom de Duchejfes, lorfque leur fiége pafle y pieds de longueur, & qu’on y fait à l’autre boift une efpece de petit doffier de 12 à 15 pouces de hauteur.
- Il eft encore des Sièges dont les accotoirs different de ceux dont je viens de faire la defeription, en ce que la traverfe de doffier fe continue jufqu’aux accotoirs , de maniéré que le doffier femble être continué tout autour du fiége. Ces fortes de Sièges fe nomment Fauteuils de Cabinet, & different de ceux dont je viens de parler, non-feulement par les accotoirs, mais encore par la forme de leur plan, lequel forme un angle arrondi en faillie par devant, ce qui eft très-commode pour ceux qui font obligés d’être alfis long-temps & penchés en devant, comme le font tous ceux qui écrivent, parce qu’alors les cuifles, qui, en cette occafion fe trouven^ écartées, portent également par-tout, & ne font pas bleffées extérieurement par le devant de la traverfe de ceinture, laquelle étant creufée, laiffe toute la portée du corps fur le devant du fiége, & par confé-quent fur l’intérieur des cuilfes, qui étant la partie la plus charnue, réfifte mieux à la fatigue, comme je l’ai déjà dit en parlant des Chaifes à la Reine.
- Les Fauteuils de Cabinet font de l’efpece de ceux qu’on appelle Bidets, parce que les pieds de devant & les confoles des accotoirs tiennent enfemble, ce qui eft d’autant plus naturel que le cintre de la traverfe de devant diminue de beaucoup la profondeur du fiége à l’endroit des pieds, dont la faillie doit être d’environ 6 pouces pris du devant de ces derniers. Voye£ la Fig,. 3 , qui repréfente le plan du Fauteuil dont je fais la defeription ; & celle 4, qui repréfente ce même Fauteuil vu en deflus.
- Le cintre des traverfes du devant de ces Sièges eft d’une forme en S ; & pour plus de folidité, on les fait ordinairement de deux pièces, qu’on afîèmble à tenon & à mortaife dans un pied qui eft placé au milieu du devant du Fauteuil, lequel eft néceflaire pour foutenir le devers de la traverfe du devant .du fiége, foit quelle foit d’une piece ou de deux, ce qui eft la meilleure maniéré pour éviter le bois tranché , comme je l’ai obfervé à la Fig. 1, qui repréfente l’élévation dun Fauteuil de Cabinet vu de face; & à la Fig. 2, qui repréfente ce même Fauteuil vu de côté. Les Fauteuils de Cabinets n’ont ordinairement que quatre Menuisier , IIL Part. IL Secl. B 8 .
- ——————am
- Planche
- 232.
- Planche
- 233*
- 1
- /
- \
- p.643 - vue 50/284
-
-
-
- Planche 33 3*
- 644 MENUISIER, ///. Part. Secl. IL Chap. VI.
- pieds ; lavoir, les deux de côté, celui de devant & un derrière, oppofé à ce dernier , dans lequel viennent s’aflembler les traverfes de ceinture Sc les accotoirs , lefquels forment doffier ; quelquefois on y met deux pieds par derrière, comme aux Fauteuils ordinaires , ce qui fait très-bien, mais en même temps devient plus difficile à faire, parce que les doffiers de ces Fauteuils ne font évafés que lur un fens, c’eft-à-dire, fur le derrière, & repréfentent la moitié d’un cylindre incliné, ce qui change néseflàirement le plan des battants, leur donne du gauche, & les oblige d’être cintrés fur la hauteur, ce que je vais expliquer*
- Pour bien entendre cette difficulté, il faut luppoler, comme je l’ai fait ici Fig. 3 , que le doffier eft égal de hauteur au pourtour ; alors il eft aifé de voir que le demi-cercle abc, ne peut être parallèle à celui d ef\ ( qui efl: le nud du liège) que liir la ligne des Centres b egh\ d’où il fuit qu’il faut nécelîàire-ment que les battants, qui ne le trouvent pas lùr cette ligne, Ibient gauches, à moins qu’on ne leur falfe fuivre l’inclinaifon du doffier, indiquée par les lignes x, x ; ce qui efl: impoffible, puifqu’il faut nécelîàirement que les battants Ibient dilpofés perpendiculairement au pourtour du liège, & que par conféquent la direétion de leur milieu tende à fon centre h, Fig. 3 ; de forte que la ligne i /, qui tend au centre h , ne peut être perpendiculaire à l’arc de cercle b c 3 dont le centre g fe trouvant plus élevé , donne, fur l’épaifleur du battant, le gauche exprimé par la ligne m i, ce qui donne en même temps le hors d’équerre m n 7 lorfqu’on ne gauchit pas le battant félon qu’il eft néceflàire.
- Pour ce qui eft de la maniéré de déterminer ce gauche liir la largeur du battant, elle eft très-aifée , puilqu après avoir déterminé la largeur du battant, il ne faut qu’élever, au plus haut point de ce dernier, une ligne perpendiculaire op, à un rayon mené de ce point au centre qui y répond, laquelle ligne n’étant point parallèle à celle q r, donne le gauche demandé.
- Les battants de doffier ainfi dilpofés , ne peuvent être droits liir la hauteur ; mais ils creufent & forment une portion d’ellipfe très-allongée, qui fe trouve de la maniéré lùivante:
- On divife la diftance qui fe trouve entre les deux centres g, h, en autant de parties égales qu’on le juge à propos, comme les points u Scx, delquels points & d’une ouverture de compas égale à la diftance h e ou g b, on fait lùr la ligne liy dont on veut avoir la courbure, les deux feétions s, t ; enluite on trace à part, Fig. 7, une ligne perpendiculaire , dont la hauteur A B doit être égale à celle du battant pris perpendiculairement du deflus du liège ; puis on divife cette ligne en pareil nombre de parties égales que la diftance g h , Fig. 3, aux points C,D, auxquels points on éleve autant de perpendiculaires ; ce qui étant fait, on prend, Fig. 3 , la diftance Is, qu’on porte de C à 1, Fig. 7 ; celle /r, de D à 2 ; 8c celle li, de B à 3 ; & par les points A, 1, 2 & 3 , on fait palfer une ligne courbe qui eft cintre demandé, lequel change à meliire que la ligne i I change de place.
- p.644 - vue 51/284
-
-
-
- Defcription de toutes fortes de Fauteuils, 3Cc. 64S
- Ce cintre eft très-peu de chofe, & doit même fe compter pour rieri * quand les dolïiers font totalement garnis d’étoffe ; cependant il eft bon d y faire attention, fur-tout quand ils font apparents Sc ornés de moulures, parce qu alors ils feroient un très-mauvais effet s'ils n’étoient pas cintrés for la hauteur & quils ne fuflent pas dégauchis foivant leurs différents plans* comme je viens de l’expliquer.
- Les accotoirs des Fauteuils de cabinet Sc leur doiîîer tiennent enfomble > comme je l’ai dit plus haut, Sc font compofés de deux ou de trois pièces, félon qu’il y a deux ou un foui pied au doffier. Ces accotoirs s’affemblent à l’ordi* naire dans les confoles, & à tenon Sc mortaife dans les battants , lelquels font alors partie du doffier ; d’ou il réfolte deux inconvénients confidérables pouf la propreté Sc pour la folidité de l’ouvrage ; parce que quand les battants font ainfi partie des traverfos de doffiers * Sc que ces derniers viennent à fe retirer , ce qui arrive prefque toujours, le bois de bout des battants, qui ne fe retire pas, delàffieure les traverfos, ce qui fait un très-mauvais effet, auquel on ne peut remédier qu’en retouchant for le bois de bout, dont alors il faut arracher la peinture ou la dorure * ce qui eft fort dilgracieux, for-tout quand les meubles font de quelque conféquence.
- Le focond inconvénient confîfte dans le peu de folidité que peuvent avoir les affemblages de deux traverfos dans un battant de % pouces de large au plus * lelquels, lorfque les Sièges font totalement garnis d’étoffe, tant en dedans qu’en dehors, doivent être ravalés des deux côtés de la faillie des moulures, ce qui diminue confidérablement de la largeur du tenon des traverfos ; c’eft pourquoi je crois que malgré l’ufage on feroit très-bien de conftruire les traverfos ( tant des Fauteuils dont je parle, que de tous autres Sièges * comme les Sofas, les Yeilleufes, Scc. ) d’une feule piece, ou, pour mieux dire, de plufieurs pièces aflemblées à traits de Jupiter, ce qui rendroit l’ouvrage beaucoup plus folide , fins le rendre pour cela plus fojet, du moins autant que l’Ouvrier feroit aflèz intelligent pour le bien faire * 'ce qui eft un peu rare parmi les Menuifîers en Chaifes. En faifant ainfi les traverfos des Fauteuils dont je parle * l’ouvrage feroit beaucoup plus propre, Sc on y affembleroit les battants en chapeaux, ce qui ne fouffriroit d’autre difficulté que de gêner pour placer les joints des traits de Jupiter, qu’il faudroit éloigner des affemblages des battants, & qui obligeroit de faire les différentes pièces qui compoferoient ces traverfos, d’une longueur inégale, ce qui eft très-peu de chofo > proportion gardée avec le bien qui réfolte de la méthode que je propofe ici.
- Quant à la forme du cintre du doffier du Fauteuil dont je fais ici la defcription, celle qui eft repréfentée ici, Fig. i & 2, eft la plus ufitée; cependant comme ces élévations , tant de face que de côté, ne font que géométraies, elles ne font pas foffifantes pour déterminer au jufte la forme qu’on doit donner à ces fortes de Sièges, ni à tout autre d’une forme cintrée en plan ; c’eft pourquoi lorfqu on voudra le faire avec quelque sûreté, il faudra * ainfi que je l’ai fait ici,
- Planche 23 h
- p.645 - vue 52/284
-
-
-
- 6±6 MENUISIER, III. Part. Secl. II. Chap. VI.
- —.., Fig. 5, tracer à part la furface développée du doflier, fur laquelle on trace le
- Planche contour quon juge à propos de leur donner , d’après quoi on trace les élévations 2H' géométrales, comme je vais l’expliquer.
- J’ai donné plus haut la maniéré de tracer la furface développée du doflier des Fauteuils en cabriolet ; celle des Fauteuils dont il eft ici queftion , quoique d’une forme à peu-près femblable par leur plan, fe trace d’une autre maniéré, vu la forme de leur évafement, lequel n’eft ordinairement que d’un fens Sc tout fur le derrière .( * ), Sc fe réduit à rien fur les côtés.
- Pour parvenir à faire le développement de la furface intérieure d’un doffier difpofé comme celui du Fauteuil tepréfenté dans cette Planche, on commence à divifer la moitié de fon plan en un nombre de parties égales, en commençant au point d , Fig. 3 jufqu’à celui f , comme l’indiquent les points 1, 2 Sc 3 , defquels points on abajfTe autant dô perpendiculaires fur la ligne des centres ou du milieu e h ; enfuite on trace à part Fig. la ligne horifontale a b, dont la longueur doit être égale à la diftance e h, Fig. 3 ; puis au point b on éleve une perpendi* Culaire à la ligne a b, dont la hauteur b e doit être égale à celle du doflier prifè perpendiculairement ; & par le point e , on mene une autre ligne parallèle à celle a b, dont la longueur doit être égale à la diftance h b , Fig. 3 ; ce qui étant fait, on prend fur la ligne e h , Fig. 3 , la diftance e y, qu’on porte , Fig. ÿ , de d à e, Sc de a à i ; celle e de d &f, Sc de a à /; celle e &, de d à g, Sc de a à m ; & celle e h, de d à h, Sc de a à b, qui eft déjà donnée ; puis par les points e i ,fl, g m Sc h b, on mene des lignes inclinées parallèles entr elles , lesquelles repréfentent en élévation celles du plan cotées y 3 , Sc & r. Cette opération étant faite, on trace à part, Fig. 6, la ligne horifontale A B, au milieu de laquelle on éleve une ligne perpendiculaire C D, qui doit être le milieu de la furface développée ; enfuite on prend fur le plan, Fig. 3 , la largeur d’une des divifions, comme par exemple , celle e 3 , qu’on porte fur la Fig. 6, de chaque côté de la ligne CD, en pareil nombre que fur le plan ; Sc par les points E, F, G , H, on éleve autant de lignes perpendiculaires parallèles à celle C D ; puis après avoir tracé, Fig. 5 , du point a , une ligne an, perpendiculaire à celle ad, on prend fur cette ligne la diftance o i, qu’on porte de H \ u, Fig. 6 ; celle p l, de G àr ; celle q m, de Fa. s; Sc celle r b, de f? à r ; puis on fait chacune des perpendiculaires de la Fig. 6, égale à la ligne ad, Fig. 5, ce qui donne le développement de la moitié de la furface demandée, du moins pour la partie circulaire, ( dont l’autre côté fe trace de la même maniéré ; ) ce qui étant fait, on prend la diftance h c, Fig. ÿ , qu’on porte de L à/, Fig. 6; Sc on fait la ligne ri, égale à celle bc, ce qui donne le
- (*) Il n’eft pas abfoîument vrai que tous les Fauteuils dont je parle n’aient pas d’évafement par les côtés; je n’ai donc fait choix de cette forme, qui eft celle du cylindre oblique, que pour avoir occafion de décrire toutes les formes dont les développements des furfaces des doftiers de Sièges font fufceptibles, comme les cônes droits dont j’ai déjà parlé, les cylindres obliques, dont
- il eft ici queftion , & les cônes obliques, dont je parlerai ci-après, ce que je continuerai de démontrer méchaniquement, fans faire mention du rapport que ces démonftrations ont avec la Stéréotomie, pour les raifons que j’ai données plus haut, en faifant la defcription d’un Fauteuil en cabriolet, page 63 7.
- commencement
- p.646 - vue 53/284
-
-
-
- Defcriptîon de toutes fortes de Fauteuils , SCc. 647
- commencement de la partie droite du plan, laquelle lui eft perpendiculaire, comme l’indique la ligne r x, Fig. 6.
- La furface du doflier étant ainfi développée, on y trace le cintre comme on le juge à propos, en obfervant que les accoudoirs aient la longueur Sc la forme convenables, ain'fi que je Fai obfervé ici ; puis pour tracer Ce cintre fur les élévations , Fig. 1 & 2 , on commence par le tracer fur la Fig. $ , en faifant la diftance i 1 , égale à celle u 2 ; celle 13 , égale à celle t 4 ; celle m j1, égale à celle s 6 ;Sc celle b 7, égale à celle r 8 ; puis par les points d, 1,3, S on fait palier une ligne qui eft la courbe demandée, qu’on reporte enfuite fur Félévation, en portant fur cette derniere les diftances des points d9 1, 3, 5* Sc 7, pris fur la ligne a b9 Fig. 5, ( Sc perpendiculairement à cette ligne) fur les lignes de Félévation qui leur font correfpondantes, ainfi que je Fai indiqué par des lignes ponéluées provenantes des divifions du plan, ce qui eft, je crois, fort facile à concevoir, Sc n a pas befoin d’une plus grande démonftration. Pour la Figure 1, elle fç trace de même que la Figure y ; c’eft pourquoi je n’en parlerai pas davantage.
- Il faut obferver que le développement de la furface dû doflier dont je parle, eft prife en dedans , comme la partie la plus apparente de tous les Sièges, Sc qu’il eft néceflaire que toutes les courbes foient d’équerre tendantes à leur centre, comme je Fai obfervé ici, & que je Fai indiqué par des petites lignes tendantes aux centres g & h, Fig. 3.
- Il y a des Sièges dont les dofliers font d’un inégal évafèment, ou même dont un côté eft perpendiculaire , telles que les Veilleufes & autres, Sc dont les dofliers font fufceptibles de contours, qu’on ne peut, ainfi que je Fai déjà dit, déterminer au jufte , fans auparavant avoir fait le développement de leur furface, ce qui fe fait de la maniéré finvante :
- On commence d’abord par tracer le plan du fiége & fon évafement, lequel eft fuppofé venir à rien au point A, Fig. 1 ; enfuite du point B , où la partie droite du fiége vient rencontrer la partie circulaire dont on veut avoir le développement , on divife la partie circulaire du plan en autant de parties égales qu’on le juge à propos, comme les points a 9b9 c9d9e defquels points Sc de celui A, comme centre, on décrit autant d’arcs de cercles qui viennent rencontrer la ligne A B aux points gy k9 i9l,m,n. Cette opération étant faite » là hauteur & l’inclinaifon du doflier étant déterminées comme la ligne CB, on la prolonge en E, jufqu’à ce quelle rencontre la ligne horifontale LAD, au point F, hors de la Planche ; duquel point Sc de ceux g, h, i, l,m8cn,on mene autant de lignes repréfentant en élévation celles Ao ,Ap, A q >Ar, As , A t Sc Au > vues en plan dans cette Figure : ces mêmes lignes fervent aufli à déterminer la courbure de la furface développéè, ainfi que je vais l’expliquer.
- On trace à part la partie droite du doflier G HIB , Fig. 3 , dont la hauteur G H ou I By doit être égale à la ligne B C, Fig. I ; enfuite on prolonge en Menuisier , III. Part. II. Secl. C 8
- Planche
- 233.
- Planché *3 i*
- p.647 - vue 54/284
-
-
-
- Planche
- 23i-
- 64s MENUISIER, IIL Part. Seü. Il Chap. VI.
- contre-bas de la Figure , la ligne IB de B en E , jufqu' à ce quelle {oit d'une longueur égale à celle B F, Fig. i ; ce qui étant fait, on prend une des divifions du plan, Fig. i, qu'on porte, Fig. 3 , de B à ni on fait une fèétion ; puis on prend pareillement fur la Fig. 1, la diftance du point F, hors la Planche > au point n , qu'on porte, Fig. 3 , de F à n ; duquel point, 8c par celui F, on mene une ligne indéfinie au travers de la Figure ; enfuite du point n, 8c d'une ouverture de compas égale à une des divifions du plan, on fait une fedtion en m; puis on prend , Fig. 1, la diftance F m, qu'on porte , Fig. 3 , de F en m , 8c on tire une ligne indéfinie, 8c ainfi des autres divifions, que j'ai cotées, ainfi que ces dernieres, des mêmes lettres que fur le plan, pour en faciliter l'intelligence.
- Le deflous de la fiirface développée étant ainfi tracé, on en borne la hauteur en faifimt la ligne r 1, Fig. 3 , égale à celle n 2, Fig. 1 ; celle m 3 , égale à celle m 4 ; celle l $, égale à celle 16 ; celle i 7, égale à celle i 8 ; celle h p , égale à celle h 10 ; celle g 11, égale à celle g 12 ; enfin celle AL, Fig. 3 , égale à celle AL, Fig. 1 ; ce qui terminera le développement demandé, fur lequel on tracera le cintre qu’on jugera à propos, comme on peut le voir dans cette Figure.
- Pour fè convaincre de la vérité de cette démonftration, foit le triangle abc, Fig. 6, femblable à celui F A B, Fig. i, ( lequel repréfente 'évafement d'un dofifier tout d'un coté, en venant à rien de l'autre, & fur lequel j'ai tracé par des lignes ponéluées, la longueur de chaque ligne fervant à faire le développement d'un doffier ainfi évafé;) foit pareillement le triangle d cf, lequel repréfente la pente, ou, pour mieux dire, l'inclinaifon du doffier fur la ligne de; ce qui eft exaélement vrai, puifque les lignes a g 8c d g, qui coupent les deux triangles en parties égaies, font d'une même longueur, 8c que l'extrémité d du fécond triangle abaifte perpendiculairement fur fa bafe, vient rencontrer le point e , qui eft pareillement perpendiculaire au point a , qui eft le fommet du premier triangle ; or, la ligne h i, qui eft la même que celle ef, a donné le point b, dont la diftance au fommet a, eft égale à la ligne de , 8c pareillement la ligne ef, qui eft auffi la même que celle h i, a donné le point m , dont la diftance ua fommet a, eft égale à la ligne d f.
- Il faut faire attention, lorfqu'on tracera ces cintres ainfi développés, au paral-lélifme de la bafe du développement, qu'il faudra toujours fuivre, afin que ces cintres ne creufent pas trop, ce qui arriveroit néceflàirement fi on 11'y faifoit pas attention.
- Lorfqu il arrive que le plan d'un Siège quelconque eft d'une forme ovale, comme la Fig. 2, on fe fert toujours de la même méthode pour avoir le développement de leur doffier ; toute la différence qu'il y a, c’eft que comme le plan eft compofé des deux arcs de cercle, ABC8cCDE,ii faut d'abord chercher le centre du plus grand arc de cercle, afin d'avoir le développement de cette partie du doffier, lequel étant d'un évafement égal dans toute l'étendue de cet
- p.648 - vue 55/284
-
-
-
- Defctiption de toutes fortes de Fauteuils , ôCe, arc de cercle, fe trouve par la même méthode que celle que fai donnée en pariant des Fauteuils à cabriolet, que j’ai indiquée par les lignes ponétuées F G 8c HI, lefquelles étant prolongées toutes deux, donnent le point L hors de la Planche, qui eftlepentred’ou partent les divifîons de la partie développée M N O P y Fig• 5 ; le refte du développement fe fait comme aux Fig. I & 3 , en obforvant de placer la première ligne du fécond développement en dedans du premier, d’une diftance égale à celle qui eft donnée fur le plan, c’eft-à-dire , qu’il faut que la diftance Q O foit égale à celle R S, le triangle F Q O , Fig, y , étant le même que celui CRS y lequel ne paroît plus court que parce qu’il eft vu en défiais.
- Il faut faire attention que toutes les lignes du développement des Figures x & 2 y qui tendent aux points A & E, font exaélement droites ; mais elles ne font bonnes que pour la conftruélion des Figures : c’eft pourquoi lorfqu’on aura des battants à placer dans des doffiers qui, comme ceux-ci, feront d’un évafement irrégulier, il faudra toujours les difpofer perpendiculairement aux centres du plan , comme je l’ai indiqué dans la Fig, 2 , où toutes les lignes pleines tendent aux deux centres H 8c T, ce qui, dans la partie A B C9 ne fouffre aucune difficulté, vu qu’elle eft également évafée ; mais dans celle C D E, ces battants deviennent gauches & cintrés fur leur hauteur, comme je l’ai démontré ci-deflus en parlant des Fauteuils de cabinets. Voye^ la Fig, y, où toutes les lignes tendantes aux centres font pleines, 8c celles de conftruélion font indiquées par des lignes ponéluées , ce qui ne fait rien pour le développement repréfenté dans cette Figure , dont on a également la hauteur par les unes comme par les autres ; c’eft ce dont on pourra fe convaincre, en élevant à part une perpendiculaire a h , Fig, 4, dont la longueur fera égale à la hauteur perpendiculaire du doffier ; puis en prenant fur le plan, Fig, 2, la diftance lm9 & la portant de b à c , Fig, 4 ; celle no y à&b\d\ celle p q, de b à e ; celle r s, de b \f; celle tu9debàg; 8c celle c s y de b à h ; puis par les points c, d y e ,/*, g & h , on mene au point a , autant de lignes dont la longueur donne celle des lignes pleines de la Fig, 5 ; lavoir, celle ah, pour celle P O ; celle a g y pour celle i /; celle afy pour celle m n ; celle a e y pour celle 0 p9 celle ad y pour celle q r ; celle a c, pour cell'e s r ; & celle a b y pour celle u x.
- De quelque forme 8c inclinaifon que fbient les doffiers, les méthodes que je donne ici pour forvir à en faire le développement, font toujours les mêmes , toutefois en les employant à propos ; c’eft pourquoi malgré toutes les démonftra-tions que j en ai faites ici, & qui, à la rigueur, peuvent être foffifàhtes, je crois ne pouvoir trop exhorter les jeunes gens à prendre au moins quelques connoif* fànces des éléments de Géométrie, for-tout pour ce qui a rapport au développement des forfaces & à la pénétration des corps, dont la connoiflànce, fi elle n’eft pas abfolument neceflàire pour faire un Siège avec foccès, ( comme bien des gens fe 1 imaginent, ) eft du moins très-utile, puifqu’en donnant de la théorie, elle
- Planche
- 23
- p.649 - vue 56/284
-
-
-
- Flanche ^5 4* ,
- Planche
- 2jy.
- 65o MENUISIER, ///. Part. //* Chap. VL
- ; facilite & aflîire la pratique ; c’eft ce que ceux qui ont quelques-unes des connoif lances que je recommande ici, fe perluaderont aifément, puifque tous les dofîiers de Sièges fur un plan cintré , ne font autre chofe que des parties de cônes droits renverfés, ou de cylindres obliques , ou de cônes chèques renverfés, & quelquefois un compofé des uns & des autres,
- ! Comme ce que je viens de dire touchant les Chaifes & les Fauteuils regarde plus leur conftruétion que leur décoration, on pourra avoir recours à la Planche 235 , laquelle en repréfonte plufieurs, tant en plan qu’en élévation, des plusrà la mode, de dont la décoration pourra donner des idées pour en conftruire d’autres de telle richefle qu’on le jugera à propos ; des exemples de cette forte étant plus utiles que des préceptes, qui ne pourraient être qu’incertains, fur-tout dans des ouvrages qui, comme ceux-ci, font fojets à la mode , c’eft-à-dire , à changer tous les jours , du moins pour la décoration.
- Section Premier e.
- Planche
- 236,
- Defcription de tous les grands Sièges, comme les Canapés ySofas, Ottomanes, &c ;
- de leurs differentes formes, proportions & conjlruclioTu
- \
- J’a 1 dit plus haut, en parlant des Fauteuils, que lorfque leur liège étoit d’une forme plus allongée qu’à l’ordinaire, ils changeoient de nom, & qu’on les nommoit, BergèresChaifes longues, 8c quelquefois Oucheff'es ; lorfque les fiéges de ces mêmes Fauteuils font plus larges du double au moins que de coutume, on les nomme alors Canapés, Sofas, &c, iefquels ne font autre chofe que des efpeces de Fauteuils , dont la largeur eft de 5,7, & même 12 pieds ; de forte que leur conftruétion, à quelques changements près, eft la même que celle de ces derniers, ainfi qu’on le verra ci-après.
- Les Canapés font les plus anciens des Sièges dont la largeur eft capable de contenir plufieurs perfonnes , & d’après Iefquels on en a inventé beaucoup d’autres, qui, quoique d’une différente forme, font toujours femblables à ceux-ci , foit pour la conftruétion , foit pour l’ufàge, puifque ces fortes de Sièges peuvent également fervir de Lits de repos.
- Le Canapé repréfenté dans cette Planche, Fig. I & 2, a y pieds de largeur, qui eft la plus ordinaire , fur un pied de hauteur de fiége, & 2 pieds de profondeur au plus , & environ 18 pouces de hauteur de doffier, ainfi qu’aux Fauteuils ordinaires ; les bras ou accoudoirs font aufli de la hauteur 8c de la forme ordinaires. La conftruétion de ces fortes de Sièges n’a rien de particulier, fi ce n’eft que quoiqu’ils aient plufieurs pieds fur leur largeur , il eft bon que leurs traverfes de ceinture foient d’une feule piece, afin quelles foient plus folides, ce qui ne fouffre aucune difficulté pour celles de devant, lefquelles reçoivent les pieds du milieu, qui y font alfemblés à tenon, & dont le furplus de fépaiffeur,
- foit
- p.650 - vue 57/284
-
-
-
- Section I. Defcriptîon de tous les grands Sièges ; ôCc. foit en devant ou par derrière, pafle en enfourchement deflus, comme je lai obfervé à la Fig. 3 , qui repréfente le plan du Canapé dont je fais la defcription.
- Pour les traverfes de derrière, lorfqu’on veut les faire d une feule pièce fut la longueur, il faut, lorfque la petite traverfe de doffier fera ifolée comme dans la Fig. 4, aflembler cette derniere à tenons dans les pieds des bouts 8c de milieu , & faire pafler en enfourchement la faillie de leurs moulures par-defîus les battants jufqu à la moitié de leur largeur , lorfque, comme dans le cas dont il eft ici queflion, le doffier du Canapé fera un feul cadre ; fi au contraire il formoit plufieurs cadres, on les affiembleroit comme dans les Sièges ordinaires^* ce qui ne fouffriroit aucune difficulté. Quant à la traverfe de ceinture , il faut - lorfqu’on peut la faire affez epaifle , faire palier le battant tout au travers de fon épaifîeur, comme de a\b, Fig. 4, & y faire un affembiage c d fur le devant ; ou bien fi cette traverfe étoit mince, 8c qu’on voulût la placer fur le derrière, on pourroit la faire entrer en enfourchement dans le pied , au nud du derrière de la petite traverfe de doffier, en obfervant d’entailler la grande traverfe de la largeur du battant, félon que l’exigera fon épaifîeur ; fi au contraire il arrivoit qu’on voulut ou qu’il fallût, pour quelque raifon, placer cette traverfe fur le devant du pied, on la feroît entrer en enfourchement dans ce dernier -au nud de fon ravalement, c’eft-à-dire, au point b 9 8c on l’afïembleroit à tenon 8c mortaife à l’ordinaire , comme il eft indiqué par les points c, d.
- Dans ce que je viens de dire touchant les traverfes de derrière de ceinture 8c de doffier , j’ai fuppofé que cette derniere étoit ifolée , comme dans les Sièges ordinaires ; cependant il eft mieux de faire ces deux traverfes d’une feule pièce , comme dans la Figure 6, fbit quelles fbient ornées de moulures ou non, parce qu’alors l’ouvrage eft plus folide & moins difficile à aflembler, vu qu’on peut faire paffer le montant en entaille du nud du ravalement indiqué par la ligne ef9 8c y faire un afîemblage g h, fur le devant du pied.
- Les Canapés font ordinairement droits fur le derrière , & cintrés fur le devant & fur les côtés, à peu-près dans la forme repréfentée dans k Fig. 3 ; où j’ai difpofé les pieds perpendiculairement aux faces des différents cintres, ce qui eft abfolument nécefïàire ; comme auffi de faire tendre les équerres de ces pieds aux centres de ces cintres, ce que j’ai obfervé aux pieds du milieu & à celui d’angle coté B , ce que les Menuifiers en Meubles n’obfèrvent pas aux pieds d’angles, qu’ils difpofent quarrément à l’ordinaire, comme celui coté A, ce qui ne fouffre pas grande difficulté, quand le cintre d’angle n’eft pas confidérable ; mais quand il l’eft, comme dans le cas dont il eft ici queftion , il faut abfolument qu’ils foient difpofés comme celui coté B.
- Le milieu du fiége des Canapés doit être rempli par des barres afîemblées 9 foit a queue, ou à tenon & mortaife, ce qui eft égal ; pour ce qui eft des traverfes du haut des doffiers, quoique les Menuifiers en Meubles foient dans Menuisier , 111, Part. Sec1. IL D 8
- aaga—BttWnlWiimi uliin
- Planché 23 C.
- p.651 - vue 58/284
-
-
-
- Planche
- 236,
- )
- 652 ME N UISIER , 71/. Part. Secl. IL Chap. VI.
- J? 11 fàge de les faire de plufieurs pièces aflemblees a tenon Sc mortaifo dans les bouts des battants de milieu , ce qui , comme je 1 ai déjà dit , en parlant des Fauteuils de cabinet 3 eft lujet a bien des difficultés , je crois qu il eft abfolument néceflàire, non-feulement aux Canapés, mais encore à toute autre efpece de Sièges dont la largeur eft confidérable, de faire toutes les traverfes du haut d’une feule piece, ou du moins, s’il n’eft pas poflible, de plufieurs pièces aflèmblées à traits de Jupiter, quôn aura foin de placer loin de laflèmblage des pieds, qui alors s’aflembleront en chapeau dans ces traverfes.
- Quoique j’aie borné la longueur des Canapés à 5 pieds, ce n eft que parce que cette longueur eft la plus ordinaire ; mais fouvent leur longueur eft bornée par la place qu iis doivent occuper, comme le renfoncement d une niche, la largeur d’un trumeau de croifée, celle d’un tableau, d’une glace , ou toute autre chofe qui puiffe & même doive déterminer non-feulement la longueur, mais même la hauteur & la forme générale de ces fortes de Sieges, dont la décoration doit être analogue à celle de la piece dans laquelle ils font places.
- Il y a des occafions où on arrondit les angles des Canapés, comme 1 indique la ligne g h d, Fig. 3 ; dans ce cas on y fait une féparation ou joue à la rencontre du premier pied, comme celle b c de, dont la forme chantournée eft à peu-près femblable à celle des Fauteuils en confeffionnaux ; & pour rendre ces Sièges plus commodes, on en arrondit les angles des deux cotes, comme de ci a b Sc de e à/: les Canapés ainfi difpofés, fe nomment Canapés à joues.
- Les Sofas font des Sièges qui ne different des Canapés, qu’en ce que leurs accotoirs font pleins, à peu-près difpofés comme ceux des Bergeres & des Ducheffes, & en ce qu’ils ont un peu moins de hauteur de fiége ; de forte que ce ne font, à proprement parler, que des efpeces de Lits de repos, dont, à ce qu’on dit, l’ufage vient de Turquie ou de Perfe, comme leur nom femble l’indiquer. A ces différences près, ils ne different en rien des Sièges dont je viens de parler, c’eft-à-dire, des Canapés, auxquels ils font abfolument fem-blables, fur-tout pour ce qui regarde la conftruélion.
- Les Sofas étoient ordinairement d’une forme droite par le derrière de leur plan ; peu à peu on s’eft avifé de les faire cintrés pour fuivre le plan des niches ou des appartements dans lefquels ils étoient placés, ce qui étoit affez naturel ; enfuite on a varié ce cintre de différentes maniérés, ainfi que celui des doffiers, ce qui a donné lieu au changement de nom de ces Sièges ou Lits de repos , qui alors furent appellés Ottomanes, Veilleujès , Vetlleufes a la Turque, Pafofes, Turquoifes, Gondoles, Sec. noms bifarres pour la plupart, & qui n’ont d’autre étymologie que le caprice ou la cupidité des Ouvriers & des Marchands^ En général, de quelque forme que foit le plan des Sièges, ou, pour mieux dire, des Lits de repos dont je viens de parler, il faut avoir foin, loriqu’on en détermine la forme, d’éviter les bois tranchés le plus qu’il eft poflible, & par conféquent de placer les pieds de maniéré qu’ils foient affez près les uns des
- p.652 - vue 59/284
-
-
-
- Section L Defcription de tous les grands Sièges , SCe. 6$3 autres ^ pour que 1a courbure des traverfos ne foit pas trop confiderable , 8c par ; conféquent ne foie pas trop en porte-à-faux ; ceft pourquoi lorfque les traverfes de ces Sièges feront beaucoup cintrées, foit en creux foit en bouge, il eft bon de placer un pied au milieu du cintre, comme je fai obfervé à la Fig. j , cote A, 8c de ne jamais s’écarter de cette réglé, à moins que ce cintre ne fe réduisît à peu de choie > ou qu’il y eût un autre pied placé près du milieu, comme dans cette Figure, cote B. Quant à la conftruétion de ces Sièges, ceft toujours la même chofe que pour ceux dont j’ai parlé ci-deiîus; ceft pourquoi je nen parlerai pas davantage, me contentant de donner dans la Planche fuivante un exemple de ceux qui font les plus à la mode à l’heure préfente, 8c qui ne le feront peut-être plus lorfque cet Ouvrage fera imprimé.
- La Figure 1 de cette Planche, repréfente l’élévation d’une Ottomane, dont la moitié eft finie, 8c l’autre feulement difpofée à être foulptée. Ce Siège ou Lit de repos eft cintré fur fon plan d’une forme ovale allongée, & fon doffier , dont le point le plus élevé fe trouve au milieu, vient, en diminuant de hauteur, fe joindre avec les accotoirs ; de forte que la traverfe de clolîîer 8c ces derniers font d’une foule piece, ou du moins fomblent l’être. Ce Lit de repos fort également à s’afleoir comme à fo coucher, foit d’un bout foit de l’autre.
- La Figure 2 repréfente une efpece de Lit de repos , dont l’ufàge eft de contenir une perfonne à demi-couchée, c’eft-à-dire, les jambes 8c les cuiffos à plat, & la partie fupérieure du corps foutenue par des carreaux ou oreillers , for lefquels on s’appuie ; de forte qu’on peut y être affez commodément pour y lire & être placé devant le feu, ou par-tout ailleurs , ces fortes de Sièges étant faits pour fe tranfporter d’un lieu à l’autre, comme on le juge à propos, en quoi ils different de ceux dont je viens de parler, lefquels reftent toujours en place.
- Les doffiers des Veilleufes font, ainfi qu’on peut le voir dans cette Figure,1 plus élevés d’un bout que de l’autre ; ceft pourquoi on en fait ordinairement deux à la fois, l’un à droite & l’autre à gauche, afin de pouvoir contenir deux perfonnes placées vis-à-vis l’une de l’autre, ou bien qu’on puiffo changer de pofition , fe plaçant alternativement à gauche ou à droite.
- Il y a des Veilleufos qu’on nomme Veilleufes à là Turque, lefquelles font cintrées également des deux bouts ; de forte qu’on peut indifféremment fo placer d’un bout ou de l’autre. Voyej lu Fig. 3 , qui repréfente la moitié d’une Veil-ieufe ainfi difpofée.
- Le plan des Veilleufes eft quelquefois d’une forme droite, arrondie par les bouts, 8c plus étroite d’environ 6 pouces, du bout où le doffier eft moins haut, mais plus ordinairement d’une forme creufe fur le plan , & pareillement arrondie par les bouts, ce qui eft plus raifonnable , cette forme étant plus analogue à la pofture d’une perfonne à demi-couchée.
- La Figure 4 repréfonte une autre efpece de Lit de repos, qu’on nomme Pafofe, & je ne fais trop pourquoi ; l’idée qui fomble attachée à ce nom , ne
- p.653 - vue 60/284
-
-
-
- Planche ' *37j
- 6j4 MENUISIER, III. Fart. Seiï. IL Chap. VI.
- convenant nullement à un meuble de cette elpece, & ne pouvant pas faire beaucoup d'honneur à ceux qui Font inventé, ou qui fe piquent d'en faire ufoge; au refte, ce n'eft autre chofe qu’une elpece de Sofa très-orné, dont les bouts fè terminent à peu-près comme ceux des Ottomanes dont j'ai parlé ci-deflus ; quelquefois les accotoirs des Sièges ou Lits de repos dont je parle, viennent à rien par devant, comme Findique la ligne A B ; dans ce cas on les nomme Turquoifes, pour des raifons que j'ignore auffi bien que ceux qui les ont inventés.
- En général, les Sièges dont je viens de faire la defcription, font ordinairement très-riches, tant pour la forme des contours que pour les ornements de foulpture qu'on y introduit, defquels on ne peut guere déterminer la forme ni la quantité, vu la diverfité des occafions, & la plus ou moins grande dépenfe qu'on peut y faire. Au refte il faut, dans quelque cas que ce puiffe être, faire enforte que la richefte de ces meubles foit analogue à celle de l'appartement dans lequel ils font placés, & dont ils doivent faire partie de la décoration, lur-tout les Sofas, les Ottomanes, & autres dont le doflier doit être borné tant pour la hauteur que pour les contours, par la hauteur & la forme des panneaux de Menuiferie, ou des glaces qui font placées au - deflus, avec la décoration defquelles ils doivent être d'accord. Il faut auflî que la fculpture foit dilpofée de maniéré quelle ne fafle aucun tort à la folidité de l'ouvrage, & que réciproquement la Menuiferie foit faite en raifon de cette derniere. C'eft pourquoi lorfque les Sièges, & en général toutes fortes de Meubles, feront d'une richefte ou d'une forme hors de Fordinaire, on fera très-bien non-feulement de faire des deflins de la grandeur de l'exécution, mais encore de faire des modèles en grand, afin de mieux juger de la forme des contours en général, & de toutes les parties de détail qu’il eft bon de modéler, du moins en partie, afin de déterminer au jufte la grofteur des bois, la place des aflemblages Sc des joints, qu'on doit éviter de placer dans des mafles d'ornements, fur-tout celles qui étant ifolées, deviendraient moins folides, fi elles étoient coupées par les joints ; c’eft pourquoi non-feulement le Menuifier & le Sculpteur ne doivent jamais rien faire de ce qui eft de leur Art, fins être parfaitement d'accord enfemble, mais encore il faut que le Deflinateur, qui compofe les deflins de ces fortes d’ouvrages, prenne toutes les connoiflances néceflaires pour ne rien faire qui ne foit d'une folide exécution;
- Voilà en général tout ce qu'il eft poflible de dire touchant la forme & la conftruétion des Sièges d'ufoge, ayant épuifé tout ce qu'on peut lavoir à ce fujet,’ fi ce n'eft la maniéré de faire les courbes gauches & rampantes qu’on y emploie ; mais comme cette partie a été foftilàmment traitée dans l'Art du Trait, fécondé Partie de cet Ouvrage , je ne fournis le faire ici fans tomber dans des répétitions inutiles, fur-tout pour ceux qui ont déjà cette Partie. Cependant comme il fe pourroit faire que ceux qui, comme les Menuifiers en Meubles, n'ont abfolu-ment befoin que de celle-ci, n'euflènt pas ou ne vouluflènt pas acheter la / fécondé
- p.654 - vue 61/284
-
-
-
- Section I. Defcription de tous les grands Sièges, <5Ce. 655 fécondé Partie de mon Ouvrage, dans laquelle il eft traité à fond de l’Art du Trait, je vais en donner quelques notions les plus indifpenfables touchant la conftruétion de ces courbes, fans aucune démonftration, 8c toutes confidérées comme axiomes, renvoyant à mon Art du Trait, ceux qui voudront prendre une connoilîànce plus étendue de cette fcience.
- Les courbes qui forment les doffiers des Sièges dont je viens de parler, font non-feulement cintrées en plan& en élévation , mais encore elles fent évafées, foit régulièrement , comme celles des Fauteuils en cabriolet, foit irrégulièrement , comme celles des Fauteuils de cabinet, des Ottomanes, &c ; dans ces deux cas, il eft néceflaire de tracer le calibre ralongé de ces courbes , mais encore d’en déterminer au jufte févafement à tous les points de leur élévation, ce qui devient affez compliqué, fur-tout pour ceux qui n ont pas beaucoup de connoilîànce de l’Art du Trait, en faveur defquels je vais donner la méthode la plus facile, pour parvenir méchaniquement à l’exécution de ces fortes de courbes.
- Quand les courbes font d’un évafement régulier, on commence par en tracer le plan, Fig. 5 , 8c l’élévation développée, Fig. 1, félon la méthode que j’ai donnée ci-deflus, page 635 ; on trace au-deflus du plan , 8c parallèlement à fa bafe, le parallélogramme A B C D, Fig. 4, dont la hauteur eft égale à celle de la courbe développée prife perpendiculairement, & la longueur eft bornée par l’extrémité du plan fîipé rieur de la courbe EFGH>Fig. 5, dont le plan inférieur ILMNy eft de même tracé en deflous ; puis à la rencontre des équerres tendantes au centre commun des deux courbes avec les arcs de cercles de ces mêmes courbes, on éleve autant de perpendiculaires au parallélogramme AB C D, Fig. 4, afin d’avoir la pente des équerres tant du dedans que du dehors de la courbe & félon fon évafement, comme on peut le voir dans cette Figure, ou la ligne B 5, Fig. 4, qui eft le derrière de l’équerre de la courbe , & qui par conféquent repréfente celle FL , Fig. 5 , eft donnée par les perpendiculaires F B 8cLS; 8c celle T U, qui eft le devant de l’équerre, & qui repréfente la ligne E /, eft pareillement donnée par les perpendiculaires ET 8c IU : on fait la même opération pour avoir les autres équerres VX 8c Y Z, lefquelles repré-fentent celles O Q 8c P R, 8c qui par conféquent font données par les perpendiculaires O F8c Q X, 8c celles P Y 8c R Z, ainfi des autres.
- Cette opération étant faite, on trace à part, Fig. 2 , une ligne a b, dont la longueur eft égale à celle A B , Fig. 4 ; puis au bout de cette ligne on abaifle une ligne perpendiculaire ac, dont la longueur eft égale à la diftance IE% Fig. 5 , qui eft févafement de la courbe ; puis par les points c 8c b, Fig. 2 , on fait pafler une ligne dont la longueur fe trouve égale à une des lignes tracées fur la furface développée, Fig. 1,8c fer laquelle ligne on trace toutes les équerres de la courbe prife à fes différentes hauteurs, c’eft-à-dire , à fa rencontre avec les lignes qui divifent fa furface développée ; ce qui fe fait en prenant pour le deflus de la courbe , la diftance F iV, Fig. 1, & la portant de b à c, Fig. 2 ; Menuisier , ///. pan. II. Seci. E S
- p.655 - vue 62/284
-
-
-
- Planche
- 238.
- 656 MENU LS IE R , III. Part. iSVc?. //. Chap• VI. î celle E M ,de bad; celle D L, de £ à e ; celle C/, de Z \f; celle i? H y de b\ g \ 8c celle yî G* r~de Æ à ^ : on aura de même le deflous de la courbe , en prenant la diftance Z7 T, jFzg. 1, & la portant de b à p, Fig, 2 ; celle Z? ^, de b à ^ ; celle P Z2, de b à r ; celle C Q , de b à s ; celle B P, de bat; 8c celle AO , de b lu; puis après avoir mené une ligne parallèle à celle c b, 8c diftante de cette derniere de l’épaifleur de la courbe , des points cp9dq^er9fs^gt 8c h u, on abaiflè autant de perpendiculaires à la ligne c b, lefquelles fervent à conftruire autant de parallélogrammes ou coupes, qu’il y a de lignes de divifions for le plan , Fig, ^, & fur la forface développée , Fig. 1, lefquels parallélogrammes fervent à tracer le contour & les équerres de la courbe fur la Figure 4 , ce qui fe fait de la maniéré foivante.
- De chaque angle des parallélogrammes, on éleve autant de lignes perpendiculaires à la ligne a b , Fig, 2, dont la diftance du point b étant reportée fur les lignes d’équerre de la Fig, 4, auxquelles ces parallélogrammes correfpondent, donne le contour de la courbe demandée, comme on peut le voir dans cette Figure, où tous les points donnés par'les angles des parallélogrammes fiir la ligne ab y font reportés à égale diftance fur celle CD, Fig, 4, de laquelle ils font menés horifontalement jufqu’aux lignes d’équerre qui leur font correfpon-dantes. Cette démonftration, quoique compliquée, eft cependant très - aifée à concevoir, pour peu qu’on veuille faire attention à la Fig, 4, laquelle eft cotée des mêmes lettres que les Fig, r & 2 , tant pour le contour de la courbe , que pour la diftance des points donnés for la ligne C D y Fig, 4. (*)
- Le contour géométral de la courbe étant ainfi tracé , on fait palier par fos extrémités fopérieures 8c inférieures , des lignes parallèles entr’elles, ainfi que celles DE & F Gy Fig, 4, ce qui donne le parallélogramme oblique F D E G\y lequel repréfente la piece de bois, dans laquelle la courbe peut être prife ; refte enfuite à tracer, Fig, 3 , les calibres ralongés de cette courbe, tant en deflus qu’en deflous, 8c félon fon obliquité, ce qui fe fait de la maniéré fuivante :
- On trace d’abord for le plan géométral, Fig, y, le contour que donne l’obliquité du parallélogramme F D E G y Fig, 4, en faifànt fur la Fig, 2 , l’opération inverfe de celle qu’on a faite pour avoir le contour géométral de la courbe, c’eft-à-dire, qu’il faut prendre la diftance dfy Fig, 4, & la porter de b à 2 y Fig, 2 5 & celle c hy de b à 3 ; puis des points 2 8c 3 , on abaiflè deux perpendiculaires fur la ligne a b ; enfuite on prend la longueur de ces lignes, qu’on porte for les divifions du plan qui leur font correfpondantes , ce qui donne le premier point d’évafement géométral du plan, tant en deflous qu’en
- (*) La démonftration que je viens de faire , fert également pour le derrière de la courbe & our le devant 5 & fi je n’ai point tracé fur la igure 1, des lignes provenantes des angles extérieurs de chaque parallélogramme, ce n a été que pour ne point trop embarraffer la Fi-
- gure , qui n’eft déjà que trop compliquée ; de plus, les lignes pon&uées de la Fig. 4, qui donnent le hors d’équerre de la courbe , font aifé-ment voir que la méthode eft égale pour le derrière comme pour le devant de cette derniere.
- p.656 - vue 63/284
-
-
-
- Section I. Defcriptlon de tous les grands Sièges, ÔCc. 6fj deftus. Voyei la Fig. J, où la diftance NI, eü. égale à celle 2,6, Fig. 2 ; Sc celle N h, eft égale à celle 3,7: on fait la même opération pour la divifion fuivante ; c’eft-à~dire, quaprès avoir fait la diftance4 b, Fig, 2 , égale à celle l e9 fig, 4, & celle y b, égale à celle a g, on prend la diftance 4,8, jFig. 2% qu’on porte de S \ i, Fig. y ; & celle y , 9 , de 5 àg, ainfi des autres divifions , ce qui, je crois, n’a pas befoin dautre démonftration ; enfuite par les points m ,n-,o ,p ,q> g àc-h , on fait palier une courbe qui eft le plan géométral du bas de la piece , Fig. 4, fui vaut fon inclination F G ; on fait pareillement palier une autre courbe par les points r, s, t, u, x, i 8c /, qui eft le plan lupérieur de cette même piece, lefquels plans different de ceux indiqués par des teintes , à caufe de l’évafement de la courbe, laquelle change de plan à mefure qu’elle s’élève.
- Après avoir ainfi tracé le devant de la courbe inclinée, on en augmente l’épaif feur félon les divifions du plan ; enfuite de chaque point de rencontre de ces lignes avec le plan des courbes inclinées, Fig. j1, on éleve autant de perpendiculaires qu’on fait paffer au travers du plan, Fig. 5 , & du parallélogramme oblique F D E G, Fig. 4 ; puis après avoir conftruit for la ligne D E, Fig. 4 , le parallélogramme ou quarré long D HIE, Fig. 3 , dont la longueur eft: égale à celle de la ligne oblique D E, Fig. 4, ( donnée par celle X F du plan 7 Fig. 5 , & là largeur égale à celle T U, même Figure : ) on fait retourner ces lignes perpendiculairement à ce dernier parallélogramme, Fig. 3 , ftir lequel on trace les calibres ou cintres ralongés de la courbe, en prenant furie plan, Fig. y, les diftances qui fe trouvent entre la ligne XY de chaque point des courbes inclinées, & les portant fur les lignes de la Figure 3, -qui leur font correlpon-dantes ; c’eft-à-dire , qu’il faut faire la diftance a b, Fig. 3 , égale à celle 1 m ; Fig. 5 ; celle c d, égale à celle 2 n ; celle ef, égale à celle 3 o ; celle g h , égale à celle Tp ; celle il, égale à celle 4 q\ celle mn, égale à celle ÿg; Sc celle op, égale à celle 6 h ; puis par les points b, d,f h, l, n&p, on fait paffer une courbe qui eft la même que celle du plan m,n,o,p,q,gSc kl On fait la même opération pour la courbe du deflùs, c’eft-à-dire, qu’on fait la diftance qr, Fig. 3, égalé à celle 8 r, Fig. £ ; celle s t, égale à celle 9 s ; celle Fl u , égale à celle 10 t ; celle g x , égale à celle T u \ celle y %, égale à celle 11 x ; celle e & , égale à celle 12 i; Sc celle fx , égale à celle 13 /; Sc par ces mêmes points on fait paffer une fécondé courbe, qui eft le calibre ralongé du deflus de la piece repréfentée Fig. 4, comme la première courbe , Fig. 3 , en eft le calibre ralongé du deflous.
- Après avoir ainfi tracé les deux calibres ralongés de la courbe, on en augmente l’épaiffeur, ainfi que je l’ai enfeigné fur le plan, & toujours fur des lignes tendantes au centre de la courbe , lefquelles lignes fe tracent fur la Fig. 3 , par le moyen des opérations faites pour avoir le contour du calibre ralongé, ainfi qu’on peut le voir dans cette Figure.
- Plan
- 238
- p.657 - vue 64/284
-
-
-
- 658 ME NUIS IE R, III. Part. Sel1. II. Chap. VI.
- gg...... ,? Ces équerres pourroient encore fe tracer en les continuant fur le plan tant en
- Planche dedans qu’en dehors, jufqu’aux lignes formant le parallélogramme dans lequel il ^Bt peut être renfermé, (c eft-à-dire, qui paffe par fes extrémités, & qui, par conféquent, ferait égal en largeur à celui D H IE, Fig. 3 , ) & en relevant de la rencontre de ces lignes d’équerre avec celles du parallélogramme, d’autres lignes perpendiculaires, lefquelles, après avoir paffé au travers de l’élévation, Fig* 4, fe retourneraient perpendiculairement fur la Fig. 3 , & y donneraient, aux deux extrémités de fa largeur, autant de points d’où ces équerres prendraient naiffànce, ce qui, je crois, eft fort aifé à comprendre après ce que je viens de dire , en donnant la maniéré de tracer les calibres ralongés de la courbe dont je parle.
- Ce que je viens de dire ne regarde que la théorie de ces fortes de courbes ; quant à la pratique, c eft-à-dire, à leur conftruélion , elle eft fort aifée, pourvu qu’on les ait tracées bien juftes ; parce qu’après les avoir dreffées & mifes de la largeur convenable, on les trace en deflùs & en deflous, & on les creufe d’abord en dedans , puis en dehors , en obfervant dé toujours conferver les lignes d’équerre ; puis on cintre la courbe fur l’élévation, & on la met d’équerre fur ces mêmes lignes , félon la méthode que j’ai donnée Fig. 4.
- .jiiirn»wi.wi 1——cm 1 La courbe dont je viens de parler n’eft évafée que fur un fons , c’eft-à-dire -
- Planche régulièrement: quand elles fe trouvent d’un évafement inégal, comme dans cette Planche, elles font un peu plus compliquées, quoiqu’elles fe conftruifent toujours par la même méthode que la précédente, alnfi qu’on peut le voir dans les Fig. 1,2, 3,4 & J , lefquelles, d’après ce que je viens de dire en parlant de la courbe repréfentée dans la Planche précédente, n’ont befoin d’aucune démonftration, vu que le développement de la courbe > Fig. 1, & fon plan , Eig- S * fe tracent de la même maniéré que ceux des Fig. 2 & $ 9Pl. 234, for l’explication defquelles je crois avoir dit tout ce qui eft nécelfaire pour donner toute la théorie dont le cas dont je parle peut être fofceptible. Toute la difficulté des courbes inégalement évafées , ne confifte qu’en ce qu elles changent d’équerre àmefore quelles changent de plan, ce qu’on peutaifémentvoir dans la Fig. 6, ou la ligne EF, élevée perpendiculairement à celle AB, ( qui eft celle des centres,) donne tous les différents centres des équerres de la courbe, ce que je vais expliquer en parlant de la maniéré de tracer for le plan, Fig. y9 les courbes du parallélogramme oblique, ce qui fe fait des deux maniérés foivantes :
- Après avoir tracé la Figure 2, & fait les diftances des lignes afb>c,d9 égaies à la longueur des lignes de divifiondu plan, tendantes au point A, Fig. ÿ , ce qui étoit néceffaire pour parvenir à tracer l’élévation de la courbe , & le parallélogramme dans lequel elle peut être comprife, on prend la hauteur de ce parallélogramme à la rencontre des lignes de divifion, tant en deftiis qu’en deflous, qu’on porte for la ligne a, g, Fig. 2 ; & à chaque point on éleve une ligne
- perpendiculaire,
- p.658 - vue 65/284
-
-
-
- Section L Defcrîpiion de tous les grands Sièges, ôGc. 659 dont la longueur donne fur le plan, Fig. 5, la courbe du parallélogramme incliné, c'eft-à-dire, qu'on fait-la diftance iV y, Fig. J, égale à celle/g-* Fig. 2 ; celle M4, égale à celle h i ; celle L 3 , égale à celle / /rc ; celle / 2 , égale à celle no; & celle i/1, égale à celle p q : ce qui donne autant de points pour le delïiis de la courbe, dont on a pareillement le deflus en faifànt la diftance N 10 , égale à celle r s ; celle M 9, égale à celle tu; celle L 8 , égale à celle y ; celle 77, égale à celle £ <5 ; & celle H 6 , égale à celle g x.
- Cette première méthode eft bonne pour le contour des courbes ; mais elle ne donne pas le centre' des différentes équerres du plan, qu'il efl: pourtant nécef* faire de tracer pour les porter fur l'élévation, ce qui fe fait de la maniéré foivante :
- Les deux points de centre G E , Fig. 6, étant donnés, on éleye fur la ligne AB, une perpendiculaire EF, dont la hauteur doit être égale à celle de la courbe prife perpendiculairement ; puis du point G, qui efl: le premier centre , au point F , on fait pafler une ligne oblique C D , laquelle repréfente en élévation celle des centres A B ; on prend enfuite les diftances qu'on a porté fur la ligne a g, Fig. 2 , qu'on reporte fur celle EF, Fig. 6 ; puis à chaque point on éleye autant de lignes perpendiculaires à cette derniers , qu'on prolonge jufqu'à la ligne C D, à la rencontre de laquelle on abaifle de même autant de perpendiculaires à la ligne AB, lefquelles donnent fur cette ligne les différents centres dont on a befoin, dont la diftance jufqu'au point À, reportée fur les lignes qui leur font correfpondantes, donnent fur le plan les courbes du parallélogramme incliné ; c'eft-à-dire, qu'on porte la diftance a A, de a à J ; celle b A, de b à 4; celle c A, deçà 3; celle d A , de 7 à 2 ; ôc celle e A, de c à 1 ; ce qui donne la courbe de deflus ; celle de de flous fe trouve de même, puifque la difl tance g 10, égale celle g A ; .celle i 9 , égale celle i A ; celle m 8 , égale celle m A ; celle 0 7, égale celle o A; Sc celle q6, égale celle q A, ce qui n'a pas befoin de plus grande démonftration, vu que toutes les différentes équerres données par chacun de ces points font prolongées jufqu'à leurs centres.
- Voilà à peu-près la defcription de toutes les courbes d'ufàge dans la partie de la Menuiferie dont je traite préfentement, lefquelles font, comme on l'a pu voir, d'une forme très-compliquée, & par conféquent aflez difficiles à bien entendre , fans auparavant avoir d'autres connoiflances que celles que j'en donne ici, lefquelles, à la rigueur, pourraient être fuffifàntes, comme je l'ai déjà dit, mais qui ne difpenferont jamais de faire d'autres études fur l'Art du Trait, doAc la connoiflànce aideroit beaucoup à l’intelligence de ce que je viens de dire touchant ces courbes, ou malgré toute l’intelligence & la clarté que je me fuis efforcé d'y répandre , ( du moins félon ma capacité ) je crains fort de n’être pas entendu du plus grand nombre ; & comme mon but , en travaillant a cet Ouvrage , n'eft autre chofe que l'utilité publique , & for-tout l’inftruélion des jeunes gens , je ne faurois trop leur recommander l'étude de la Géométrie &: des autres Sciences, dont la connoiflànce peut être utile à la perfeélion de leur Menuisier , III; Fan. IL Secl. F S
- p.659 - vue 66/284
-
-
-
- 66o MENUISIER, III. Part. Secl. II Chap. VI.
- . Art, & £ je puis m’exprimer ainfi, à leur former le jugement, & les prévenir Planche contre tout ce qui n’a d’autre fondement que la coutume ou des préjugés, le 2 plus fouvent ridicules & contraires à la faine raifon.
- Section Seconde.
- Defcription des Sièges d’appartements privés, comme les Baignoires , les demi* Baignoires, les Bidets, les Chaifes de commodité, &c.
- Les Baignoires, Fig. i & 2 , font des especes de Chaifos longues, dont le.
- Planche milieu du fiége eft rempli par une cuve de cuivre qui en occupe toute la capacité, tant de longueur 8c de largeur, que de hauteur, du moins à 2 ou 3 pouces près, & qui ordinairement eft attachée for les traverfes de ceinture avec des clous , comme on peut le voir à la Fig. 4, cote C ; cependant je crois qu’il vaudroit mieux ne point attacher à demeure cette cuve ou Baignoire , mais y faire un rebord épais, & des efpeces de crampons qui entrent dans les traverfos de ceinture \ comme je l’ai fait même Figure, cote D, ce qui feroit auflî folide que de la première maniéré , & qui en même temps donneroit la facilité de retirer la cuve fans être obligé de la détacher , ce qui ne peut guere fe faire fans endommager le bois de ces traverfes de ceinture.
- La longueur ordinaire des Baignoires eft de 4 à 4 pieds 8c demi, fur 2 pieds & demi au moins de largeur ; leur hauteur doit être de 20 à 22 pouces, 8c même 2 pieds , afin qu’une perfonne affife dedans puifle avoir de l’eau jufqu’aux épaules, fans trop fe pencher en arriéré , ce qui eft quelquefois impoffible dans certaines maladies où l’ufage du bain eft néceflaire.
- Ces fortes de Sièges n’ont rien de particulier, tant pour la conftruétion que pour la décoration, qui eft ordinairement très-fimple, fi ce n’eft qu’on les entoure de canne pour plus de propreté, 8c que le deffus de leur fiége, qui eft auffi garni de canne , fe brife en trois parties for la longueur ; lavoir, deux parties depuis le devant de la Baignoire jufqu’à la naiflànce des accotoirs , & la troifieme, depuis ces derniers jufqu’au nud du doffier, ce qui eft néceflaire pour que la perfonne qui fait ufage du bain puifle être couverte autant qu’elle le juge à propos, ( ces différentes parties du deffus de la Baignoire pouvant être garnies d’étoffe en deflbus , pour conferver la chaleur de l’eau , ) & qu’on puifle en même temps faider dans fes différents befoins , fans pour cela la découvrir tout-à-fait. Voye^ la Fig. 3 , cote A , où la Baignoire eft repréfentée toute couverte ; & cette même Figure , cote B, où elle eft repréfentée découverte, le doffier ôté avec les mortaifes dans lefquelles entrent les clefs de ce dernier , lequel fe fépare du refte de la Baignoire, pour que dans le cas de néceffité on puifle tourner autour de la Baignoire , & aider la perfonne qui eft couchée dedans , fans être gêné en aucune façon, ce qui ne pourroit être fi ce doffier reftoit en place.
- p.660 - vue 67/284
-
-
-
- Section îl. Defcription.des Sièges d'appartements privés, SCc. 661
- Ce doffier n’a rien de particulier dans là forme , ni dans celle de lès accotoirs, - . dont les confoles s’afïemblent par le bas dans une traverfe d’une largeur égale à Planche l’épaiflèur du deflus de la Baignoire , auquel elle eft continue. Voye£ la Fig. i, où le joint a de cette traverfe efl marqué, ainfi que la clef b c, qui entre dans la traverfe, où on l’arrête par le moyen d’une cheville d. L’écart des côtés de la Baignoire efl: retenu en deflôus par une barre affemblée dans les pieds du milieu ,
- Sc on doit avoir foin que cette barre foit placée le plus bas poflîble, afin que le fond de la cuve de cuivre ne touche pas deflus.
- Les demi-Baignoires ne different de celles dont je viens de parler, que par leur longueur, laquelle n’eft ordinairement que de 2 à 3 pieds. Ces Baignoires font plutôt d’ufage pour la propreté que pour autre chofe, & font peu commodes ; c’eft pourquoi on en fait peu d’ulàge.
- Il efl encore d’autres efpeces de Baignoires de propreté, comme celles dont je viens de parler, telles que font les Seaux & les Bidets; les premiers font des efpeces de petits Sièges d’une forme circulaire , compofés d’un deflus de bois de iy a 18 lignes d epaifleur, foutenu par quatre pieds dont l’écart efl entretenu par quatre traverfes & une tablette placée à environ 6 pouces du bas des pieds.
- Le deflus de ces Sieges efl perce d un trou rond au milieu, dans lequel entre ^
- un feau de fayence ou de cuivre , ce qui efl égal, dont le rebord s’appuie dans une feuillure pratiquée dans le deffus du fiége, dont l’arête extérieure efl arrondie, afin de ne point bleffer ceux qui s’affeyent deflus fins y mettre de couffin ou de bourrelet de cuir ou d’étoffe deftinés à cet ufige. Voye^ les Fig. <6 6.
- La traverfe du deffus de ce Siège fe fait ordinairement d’un feul morceau de bois percé au milieu , ce qui efl peu folide, fur-tout quand il y a des canelles ou robinets placées au bas du feau de fayence, parce qu’alors il faut que la traverfe foit coupée pour en faciliter le paffage lorfqu’on veut retirer le feau • c’eft pourquoi il efl bon défaire cette traverfe de quatre morceaux collés en flûte, ou aflembiés à traits de Jupiter, ce qüi rend cette traverfe plus folide & plus propre à recevoir les affemblages des pieds qui y entrent à tenon & mortaife. Foyer UFig. 9, qui repréfenté le plan du Siège dont je parle, difpofé de cette maniéré.
- La hauteur des Seaux de propreté , varie depuis 14 jufqu a 16 Sc même 18 pouces, fur un pied jufqu’à 15 à r 6 pouces de diamètre , félon la grandeur ou ~ la volonté de ceux qui en font ulàge.
- Les Bidets font de petites Baignoires ou Sièges de propreté , dont l’ufage & la conftruéïion font à peu-près les mêmes qu’à ceux dont je viens de parler, du moins pour l’ordinaire. Le deffus de ces Sièges efl de la forme d’une poire allongée, de 18 à 20 pouces de longueur, fur un pied ou 13 pouces à fa plus grande laigeur, Sc 9 a 10 a la plus petite. Le milieu du deflus de ces Sièges efl rempli par une cuvette de fayence ou autre , laquelle affleure au deflus, dans laquelle elle entre a feuillure, comme aux Figures y & 5. Voye^ les Fig. y (jr 10. Il y a des Bidets, Fig, 8 & 1 r, dont la forme du plan efl oblongue &
- p.661 - vue 68/284
-
-
-
- Planche
- 24.0,
- Planche
- 241.
- 662 ME NU IS 1E R, III. Part. SeS. II. Chap. VI.
- droite , & dont le delTus efl fermé par un couvercle, de forte qu'on ne l'ouvre que lorfqu'on en veut faire ufage , ce qui eft plus propre que les autres, qui, reliant toujours à découvert, peuvent fervir indifféremment à plufieursperjfonnes; au lieu que ceux-ci peuvent fe fermer à clef, leurs couvercles s'ouvrant à charnières par derrière, ou bien s' y arrêtant avec des crochets, ce qui donne la facilité de l'ôter tout-à-fait, ce qui efl plus commode ; toute la difficulté qu'il y a à ces fortes de Sièges , c’efl que leur forme droite par les côtés 8c leurs vives-arêtes, peuvent bleiïer ceux qui s'aflbient defîus, à moins qu'on n'y place un bourrelet très-épais, lequel entre dans l’épaiffeur du defîus , qu'on fait creux en defîbus, afin de placer ce bourrelet, qui alors ôte une partie de 1 incommodité, à laquelle on peut obvier tout-à-fait, en chantournant les cotes du Bidet dont je parle, comme celui repréfenté Fig. 7 & 10, ainfi qu'on le fait aux Bidets à néceffaire repréfentés dans la Planche fuivante.
- Les Bidets dont je parle font d'une même forme que les précédents , à l’exception qu'ils ont un dofïier, & que le defîus de leur couvercle efl garni de cuir ; de forte que quand ils font fermés, ils reffemblent à une Chaife dont le fiége efl plus alongé qu’à l'ordinaire. Voyelles Fig. 1,2,3 & ÿ. Ces Bidets contiennent une cuvette comme ceux dont je viens de parler, & fervent en même temps à prendre des remedes foi-même, ce qui efl très - commode pour beaucoup de perfonnes, comme je vais l'expliquer.
- Quand on veut faire ufage du Bidet de cette maniéré, on en ôte la cuvette de fayence , puis on y place une fer ingu e A B, Fig. 3,4 & 3*, dont le bout inférieur entre dans un conduit d'étain C Dy dont l'extrémité C reçoit un canon d'une longueur convenable, pour qu'il déborde la lunette Fig. 8 , qu'on pofe à la place de la cuvette , à l'endroit de fa plus grande largeur ; cette lunette , hors ce temps, fe place dans l’épaiffeur du deffus ou couvercle, Fig. 6,8c y efl arrêtée par deux mantonnets a , b, & par un tourniquet c, lequel la retient en place. La feringue fe place de même dans l'intérieur du Bidet, au-defîous de la cuvette, de forte quelle n'eft apparente que lorfquon veut en faire ufage.
- L'intérieur de c es Bidets doit être revêtu de plomb très-mince , afin que l'eau qui pourroit tomber dedans , ne les pourriffe pas. Leur dofïier efl ordinairement fort épais, afin d'y pratiquer des petites cafés ou efpaces E,E E > Fig- 3 & 5 , dans lefquelles on place des flacons & autres chofes nécefîàires. Le defîus de ces cafés efl fermé par une efpece d'appui qui fe ferre fur le derrière du dofïier; 8c on doit avoir foin qu'il le foit de maniéré que quand il efl renverfé en dehors, il préfente une furface droite avec le defîus de ces mêmes cafés. .
- La décoration de ces fortes de Bidets efl très-fimple, le pourtour de leur fiége étant fait de bois plein 8c uni, fans aucune efpece de moulure, ainfi qu'on peut le voir dans les Figures ci-deflùs ; cependant il s'en efl fait de très-riches, où on a pouffé l’indécence ( qu'on me pardonne le terme ) jufqu'à y employer non-feulement les fculptures 8c les dorures, mais encore les glaces, qu'on a fait
- fortir
- p.662 - vue 69/284
-
-
-
- Section II. Dëfcriptïon des Sièges â! cippat teneuts prives, SCc. 66^ fortir de leur doffier, ou même qui en faifoient la garniture, & qui ne fè levoient que pour pouvoir fouiller dans l'intérieur de ce doflier,
- Il fe fait aufli de petites Cadettes propres à prendre des remedes foi - même » lefquelles ont 12 à 15 pouces de longueur, & 7 à 8 de largeur, fur 4 à y pouces depailfeur, dont le deflus eft percé d'un bout pour pafler la feringue, & l'autre le canon , quon place l'un 8c l'autre lorfqu'on veut en faire ufage, & qu'on reflerre enfuite dans la boite ou cadette , ce qui eft fort commode pour les perfonnes infirmes. Je ne donnerai pas ici de figure de cette boîte, vu quelle n’a rien de particulier que la conftruétion de la feringue, laquelle eft à peu-près la même que celle des Bidets avec nécedaire, dont je n’ai fait qu'une courte defeription, vu que cela ne regarde pas le Menuifier , qui n'a befoin que de la grodeur de la feringue & de la longueur de fon conduit, pour pouvoir percer les trous du dedus de la boîte dont il eft ici queftion , à laquelle on met quelquefois des pieds comme aux Bidets repréfentés Fig. 8 & ir.
- Après les Sièges de propreté dont je viens de faire la d.efcription , il me refte à traiter de ceux de commodités ou de garde-robe, appellés communément Chaifes percées. Ces Sièges repréfentés Fig. 9,10, n, 12, 13 <& 14, ne font autre chofe qu'une efpece de caide foutenue par quatre pieds, & recouverte d’un couvercle, lequel ferme quelquefois à clef.
- La largeur des Sièges de commodité , eft ordinairement de 16 à 18 pouces, fur 12 à 13 pouces de profondeur , & 14 ou 16 pouces de hauteur, pris du nud de l'ouverture du couvercle ; on partage la largeur intérieure de ces Sièges par une cloifon, laquelle eft difpofée de maniéré que le plus grand efpace fe trouve d'une forme quarrée , c'eft-à-dire , de 11 à 12 pouces, qui fert à placer un feau de fayence , au-dedus duquel on perce une lunette, Fig. 13 , percée d’un trou rond d'environ 7 à 8 pouces de diamètre, laquelle entre à feuillure dans l'épaifteur des côtés du fiége, ou s'ils font trop minces, eft foutenue par les quatre angles des pieds , & par des tafleaux attachés fur ces premiers ; le petit efpace qui refte à droite, lèrt à placer les chofes dont on peut avoir befoin, & eft fermé d'une petite planche ou couvercle , lequel eft ferré fur le côté du fiége. Voye^ les Fig. 11 & 14.
- La lunette des Sièges dont je parle, doit être faite de quatre pièces aflem-blées à bois de fil, ce qui eft plus folide que de les faire en plein bois ; & on doit avoir foin d'en bien arrondir les arêtes intérieures, & d'abattre le refte en glacis, afin de leur réferver de la force au milieu. Voye{ les Fig. 11 & 13. Le deffus ou couvercle des Chaifes de commodité doit être creux, pour pouvoir contenir le bourrelet qu'on met ordinairement fur la lunette. Ces Chaifes font toutes unies fans aucun ornement ; la propreté eft tout ce qu’on y recherche le plus.
- Comme il y a des gens qui, lans être très-riches, veulent jouir de toutes les commodités polfibles , on a imaginé des Chaifes faites à l’exemple des lieux à Menuisier , III. Pan. II. Secl. G 8
- Hfin inn rr —a—m
- Planche
- p.663 - vue 70/284
-
-
-
- Planche
- I •
- 664. MENUISIER, III. Pan. Se cl. Il Chap. VI.
- foupapes, (communément connus fous le nom de Lieux à /’Angloife ) lefquels les remplacent en quelque maniéré. Ces Cliaifes, Fig. 15 , 16 & 17 , font compofées d’un liège plein difpofé à peu-près de la même maniéré qu’aux Sièges de commodité& d’un doffier de 3 à 4 pouces d’épaifTeur, dans lequel eft pratiqué un réferyoir de plomb , qu’on emplit d’eau ; au bas de ce réfervoir eft placé un tuyau A, Fig. 169 qui communique à une main B, qui, lorfqu’on la fait tourner, donne palîàge à l’eau 3 laquelle entre dans un autre petit tuyau C,nom mé flageolet, qui tient avec la main, & par conféquent tourne avec ejle ; de maniéré que l’eau n’en fort que quand le bout de ce tuyau eft exactement au milieu de la lunette. Voyel les Fig. 16 8c 17.
- La conftruétion de ces fortes de Cbaifes n’a rien de particulier ; c’eft pourquoi je n’entrerai pas dans un plus grand détail à ce fojet, tout ce que j’ai dit jufqu’à préfent étant plus que lufRlant, non-feulement pour les Sièges dont je parle ici , mais encore pour tous les autres, de quelqu’efpece qu’ils puiflent être, dont j’ai déjà fait la defcription, ne me reliant plus à faire que celle des Sièges des 'jardins, dont je traiterai dans l’Art du Treillageur, lequel eft en pofteffion de faire ces fortes de Sièges, qui, avant qu’il fût réuni au corps des Menuifiers, étoient faits par les Menuifîers de bâtiment.
- N
- p.664 - vue 71/284
-
-
-
- Des Lits en général, 3Cc-
- CHAPITRE SEPTIEME.
- Des Lits en général; leurs différentes efpeces.
- Les Lits font les meubles les plus nécelîàires, 8c dont l’ufage eft le plus univerfel: on fe patte volontiers de tous les autres, mais ceux-ci font d’une néceifité indilpenfable pour le riche comme pour le pauvre , fur-tout dans des climats comme le nôtre, qui, fans être fujets à un froid exceffif, ne font cependant pas aifez chauds pour qu’on fe couche fur le plancher des appartements, ou du moins pour y pofer les matelas ou couffins, comme c’eft la coutume dans les pays chauds, où la fraîcheur des nuits n’eil pas fi à craindre.
- Les Lits, quoique deftinés au même ufage, ont differentes formes, & par conféquent différents noms en raifon de ces mêmes formes : on les nomme a la Françoife, (ou plus communément a la DucheJJe; mais je les nommerai toujours a la Françoife, ce nom leur étant plus convenable, ) à la Polonoife, à l Italienne, a la Turque, ou tout autre nom qu’il a plu aux Ouvriers de leur donner, quoiqu il y ait peu de différence entr’eux ; c’eft pourquoi je crois qu’on peut, malgré 1 ufage , confidérer les Lits comme faifant deux elpeces diftinétes 1 une de 1 autre ; 1 une qu on nomme à la Françoife, dont la forme du bois de lit ou châlit, eft quarrée, ou du moins formant un parallélogramme, ce qui eft la forme la plus ordinaire, & dont les pieds s’élèvent pour porter le ciel du Lit, ou dais, ou impériale, félon les différentes formes ; quelquefois ces Lits ont les pieds coupés tant devant que derrière ; mais le ciel, qui alors eft fufpendu, eft toujours d une meme forme ou du moins de même grandeur que le bois de lit, lequel, dans l’un ou l’autre cas, n’a qu’un chevet, c’eft à-dire, une partie plus élevée, du côté de laquelle on pofe la tête iorfqu’on eft couché.
- La fécondé efpece de Lits, font ceux qu’on nomme à la Polonoife, lefquels ont deux chevets, & ont des pavillons ou impériales d’un tiers plus petits que le bois de lit, de forte qu’on eft obligé de cintrer les colonnes ou montants du Lit, pour pouvoir regagner cette inégalité.
- Les Lits , fort à l’Italienne, foit à la Turque ou à la Chinoife , ne font qua des nuances de ceux-ci ; c’eft pourquoi on doit les comprendre fous la fécondé efpece de Lits, à laquelle, fi on pouvoir ajouter une troifieme, ce feroit les Lits de camps & de campagne, lefquels, quoiqu’à peu-près femblables à ceux dont je viensde parler, méritent de faire une claffe à part pour la fingularité de leur
- C eft pourquoi ce Chapitre, qui contiendra la defcription des Lits, fera divifé en trois Seéhons.
- p.665 - vue 72/284
-
-
-
- Planche
- 2£2.
- 666 MENU ISIE R, III. Part. Secl. IL CHap. FIL
- Dans la première, je traiterai des Lits à la Françoife, de leurs formes, proportions & conftruélion.
- Dans la fécondé, je traiterai des Lits à la Polonoifè, & de tous ceux qui y ont rapport.
- Dans la troifieme enfin, je traiterai des Lits de campagne de toutes les efpeces, auxquels je joindrai la defcription de différents Sièges Sc Tables de campagne, pour raffembler fous un même point de vue, la defcription de tous les Meubles de cette efpece.
- Section Première. _ i'
- Defcription des Lits cl la Françoife ; de leurs formes , proportions & conflruclion.
- Les Lits à la Françoife, ainfi que tous les autres, font compofes de deux parties principales ; lavoir, le bois de lit, autrement dit couchette, Sc anciennement châlit, Sc du dais, autrement dit ciel y ou enfin pavillon ou impériale ; c’efl; par la première de ces deux parties, qui efl: la principale , puifqu’elle efl: abfo-lument nécellàire, que je vais commencer leur defcription.
- Le bois de lit ou couchette, efl: compofé de quatre pieds A , B , C, D > Fig. I & 2 , de deux pans ou battants E , F7 de deux traverfes G >H >8c d’un chevet ou doffier /.
- Le dedans du Lit fè garnit de deux façons différentes ; lavoir, par fept barres ou goberges L L, lefquelles entrent en entaille dans les pans, au-defîiis defquels elles affleurent ; au defîous de ces barres font placées deux fortes barres Af, AT, qu’on nomme barres dénfonçures, lefquelles entrent tout en vie de p lignes de profondeur au plus dans la traverfe de devant, & en entaille dans celle de derrière, du moins pour l’ordinaire ; car la meilleure maniéré efl: de les faire entrer tout en vie des deux bouts, comme je le dirai ci-après.
- La fécondé maniéré de garnir les Lits, efl: d’y mettre un chaffis Fig. y, qu’on garnit de fangles, lequel efl compofé de deux battants N, iV, de deux traverfes 0,0, de quatre écharpes P, P , & au milieu d’une traverfe Q, laquelle doit être d’une forme creufo en deffus, afin que la fàngle ne porte pas} Sc qu’elle puiffe même ployer fans rencontrer la barre ou traverfe du milieu : on doit avoir la même attention pour les écharpes, qu’il faut creufer de même, ou bien faire défaffleurer d’environ 2 lignes le deflus du bâtis.
- Voyez la Figure y & la Figure 5, qui repréfentent cette traverfe vue de côté avec fon afîemblage , lequel pafle en enfourchement par-deflous les battants. Le bois de ce chaffis doit avoir i pouce d’épaifleur au moins, fur environ 3 pouces de large , afin que les entailles qu’on efl: obligé d’y faire à la rencontre des pieds, ne l’affoibliflent pas trop ; pour les écharpes, deux pouces de largeur
- leur
- /
- p.666 - vue 73/284
-
-
-
- Section L Defcription des Lits à la Françoife, ôCe. $67 leur fuffifent, toute leur force devant être à bois de bout, pour empêcher le chaflis de ployer ni de biaifer lorfqu’on vient à le fangler.
- Les chaflis fanglés entrent tout en vie dans le bois de lit, & font portés pat des tafleaux quon y rapporte fur les battants ou pans , & fur les traverfes ; mais il eft meilleur de les ravaler de 4 ou 6 lignes fur fépaifTeur, pour réferver la portée du chafTis , ce qui en même temps eft plus propre 8c plus folide , comme je lai obfervé à la Fig. 4 , où le chaflis a affleure le defliis du pan h , lequel eft ravalé ainfi que je le recommande ici,
- • Quand on fait ufàge de ces chaflis, il eft bon de mettre en deflous une ou deux barres à queue c , Fig. 4, lefquelles fervent à retenir l’écart des deux pans , lefquels, s’ils n’étoient pas ainfi retenus , pourroient s’écarter, ce qui feroit un très-mauvais effet.
- En général, i’ufàge des chaflis fmgBs eft plus commode que celui des barres ou goberges, parce qu’ils rendent le Lit plus doux, 8c qu’ils ne font pas fujets à couper la toile des matelas ou fommier de deflous , ainfi que ces dernieres, qui cependant font préférables pour les Lits des gens du commun, parce qu’elles coûtent moins cher, 8c qu elles font moins fujettes à loger les punaifes, lefquelles, quelque foin que l’on prenne, font prefqu’inévitables dans les maifons à loyer , fur-tout quand elles font vieilles. C’eft pourquoi dans la conftruélion de tous les Lits en général, 8c fur-tout de ceux-ci, on doit prendre une attention finguliere pour en faire les affemblages avec toute la juftefle & la précifion poflibles, tant des pieds & du doffler, que les entailles des goberges 8c des barres d’enfonçure , auxquelles on ne doit pas laifter une idée de jeu, tant fur la largeur que fur l’épaifleur, afin de ne pas laifter de place aux punaifes, vermine aufli défàgréable qu’incommode, auxquelles il ne faut laifter aucune retraite, non-feulement dans les aftemblages, mais encore dans les bois du Lit, auxquels il faut éviter toute efpece de nœud 8c de fente ; 8c il faut aufli éviter les angles rentrants qui font inutiles , comme ceux que forment les profils qu’on fait aux pieds de derrière , pour regagner la différence d’épaifleur, auxquels il vaut beaucoup mieux fiibftituer une doucine fans aucun quarré , comme j’ai fait ici. On doit aufli avoir la même attention pour le doflier, qu’on doit toujours faire affleurer aux pieds en dedans du Lit, mais encore par dehors ; 8c s’il arrivoit qu’il fût plus mince, on doit abattre en chanfrein l’excédent des pieds ( *).
- Les Bois de Lits ont ordinairement 6 pieds de longueur fur 4 de largeur,
- (* ) L’obfervation que je fais ici eft très-effen-tielle , quoique très-négligée par la plupart des Menuifiers, qui ne font que des Lits, lefquels font, pour la plupart, mal corroyés & mal affemblés; de forte qu’ils n’ont que l’apparence, fans aucune des qualités que je recommande ici, lefquelles font pourtant bien néceffaires, fur-tout pour les gens du commun , lefquels font fouvent logés à l'étroit âc dans de vieux bâtiments , où , quelque foin qu’on prenne , il eft
- Menuisier , 111, Part. Se3. IL
- prefqu’impoffible d’éviter les punaifes ; ce qur n’arrive pas aux gens riches, lefquelsfont logés plus à l’aife , & dont les appartements peints 8c vernis , 8c fur-tout entretenus avec beaucoup de propreté , les mettent à l’abri de cette vermine ; c’eft pourquoi on leur fait des Lits non-feulement avec des chaftis fanglés, mais encore garnis d’étoffe & remplis de moulures 8c de fculptures, fans rien craindre, vu la grande propreté qui régné dans leurs Lits 8c dans leurs appartements,
- Ï-I 8
- LuiWtî'fflWi*-' munir ritt
- Planche 212.
- p.667 - vue 74/284
-
-
-
- 668 ME N U1S1ER , ///. Part. Seiï. II. Chap. VIL
- ...... pour coucher deux perfonnes ; cependant ceux qui veulent être plus à leur aile
- Planche jes font ^ pjeds & demi à y pieds de large. Les Lits des grands Seigneurs ont
- ^ ^ 2 0
- depuis y jufqu'à 7 pieds de large, fur 7 & même 8 pieds de long , non pas que cela loir nécefîaire pour eux, qui ne font pas ordinairement plus grands ni plus gros que les autres hommes, mais afin que la grandeur de leurs Lits réponde en quelque forte à celle de leur appartement.
- Les Lits dont je viens de parler , font fiippofés faits pour coucher deux perfonnes ; ceux à une feule perfonne ont depuis 2 pieds & demi jufqu'à 3 pieds &. demi de large, ce qui eft la plus grande largeur poffible , & toujours fur 6 pieds de long du dehors en dehors, à moins toutefois que la perfonne pour laquelle on les feroit, ne fut d'une grandeur extraordinaire, ce qui obligeroit alors d'augmenter la longueur du Lit.
- Les pieds des Lits ont ordinairement 3 pouces de grolfeur, fur 2 pieds 2 à 3 pouces de hauteur ceux de devanti & 2 pieds 9 à 10 pouces ceux de derrière; les pans & les traverfes ont 3 pouces à 3 pouces & demi de large, fiir un pouce & demi d'épaifîeur au moins, lorfqu'ils recevront des goberges, ainfî que la Fig. 3 , & 2 pouces lorfqu'ils feront ravalés pour recevoir un chaffis, comme la Fig. 4.
- Voyez les Figures 1 & 4, qui repréfentent un pan de Lit vu en dedans & en Flanche defîus , avec toutes les entailles difpofees pour recevoir les barres ou goberges ?
- dont celle du milieu eft à queue ordinairement, quoiqu'on fafîe très-bien d'en mettre deux, ce qui retient mieux l'écart des pans. Voyez pareillement les Figures 7 & 8, qui repréfentent une traverfe vue en dedans & en delîiis, avec une mortaife a, 8c une entaille b, pour faire voir les deux maniérés de placer les barres d'enfonçure dans la traverfe de derrière, afin qu'on puiffe faire choix de l'une ou de l'autre, quoique la première foit préférable , du moins à mon avis, tant pour la propreté que pour la folidité.
- L'affemblage des pans & traverfes dans les pieds, fe place à 8 ou 9 pouces dn bas en defîous du pan, d'après lequel on y fait tourner une efpece de baluftre ou tout autre ornement, ce qui eft générai pour tous les quatre pieds. Au-deftùs de l'afîèmblage des pieds de devant, on creufe l'angle intérieur du pied en forme de quart de cercle, en lui lai fiant 12 à 15 lignes d'épaifîeur fur le devant ; ce creux fert à placer l'angle des matelas, lequel feroit coupé par celui du pied s’il n'étoit pas abattu. Voyc£ la Fig. y, qui repréfente un pied de devant vu du côté de l'élégifïement ; & celle 6, qui repréfente ce même pied vu de face. Les pieds de derrière s'élégifîent au-deftîis de l'afïemblage, à iy ou 16 lignes d'épaifîeur ; 8c on termine cet élégiffement en forme de doucine fîmple, pour les raifons'que j'ai dites ci-defîîis, en obfervant d'y laiffer environ un pouce de bois plein du commencement de cette doucine au-defïus de l’afîemblage, afin que le defîus de la mortaife ne foit point fujet à s'éclatter.
- Voyez les Figures 2 & 3, qui repréfentent l'une ce pied vu de côté avec
- p.668 - vue 75/284
-
-
-
- Section I. Defcription des Lits à la Françoife, SCc. 669
- Tallemblage du doffier, & l'autre le même pied vu par devant. Comme ces pieds font élégis , on ne les prend pas dans des morceaux differents, ce qui feroit trop de perte ; mais on les prend dans un feul morceau, qu’on tient d'environ 18 pouces plus long qu'il ne faut, pour réferver la partie pleine de l'autre pied St le paflàge de la foie, avec laquelle on ne les refend qu'après les avoir tournés, ce qui ne pourroit être autrement, puifque le centre qui eft au milieu de la piece feroit emporté. Voye{ la Fig, 9 , qui repréfente les deux pieds de derrière dilpofés de cette maniéré.
- Les Lits fe montent ordinairement à vis, lefquelles paffent au travers du pied pour venir joindre leur écrou, qui eftplacé dans le pan, au milieu de fa largeur, ainfi que le repréfentent les Fig. 10 & 11 , qui montrent la coupe du pan & la place de l’écrou, qu’on place dedans de la maniéré fui vante :
- On commence par percer le pied au milieu de l'aflemblage, avec une meche d'une groffeur convenable, c'eft-à-dire, de J à 6 lignes de diamètre ; enfoite on affemble le pan dans le pied, St on le perce à la profondeur de 7 à 8 pouces au moins, avec la même meche, en la paftànt par le trou qui eft fait au pied ; ce qui étant fait, on défaffemble le pan, & à 3 pouces environ de l'arra-foment, on y perce une petite mortaife à bois de travers de la largeur St de l’épaiffeur de l'écrou, en obfervant de ne la pas faire defoendre plus profond qu’il ne faut, pour que l'écrou fe trouve vis-à~*vis le trou percé dans le pan, parce que fi elle étoit plus profonde, l'écrou, quelque jufte qu'il fat place , pourroit retomber au fond de la mortaife, St par conféquent ne pourroit plus recevoir la vis lorfqu’on voudrait remonter le Lit : lorfqu'on a percé cette mortaife , on y ajufte l'écrou, & on y fait entrer la vis pour voir fi elle tourne aifé-ment ; ce qui étant fait, on affure l'écrou des deux côtés, fiippofë qu'il y ait un peu de jeu ( ce qu'il faut cependant éviter le plus qu'il fera poffible ) ; enfuite on bouche le devant de la mortaife ara; un coin à colle, qu’on met ordinairement à bois de bout, pour plus de folidité. Voyelles Fig. 10, 11, 12, 13 & 14; & comme il arrive quelquefois que le trou ou tarau de l'écrou n'eft pas percé perpendiculairement à fà furface, ce qui le fait pencher de côté, dans ce cas, il faut alors y faire attention ; St avant de percer la mortaife , on place la vis fur le pan au-deflus du trou ; & alors l'écrou étant en place, c'eft-à-dire, avec la vis, on frappe un coup de marteau fur l'écrou, lequel, en s'imprimant for le bois, marque au jufte l'inclinaifon de la mortaifo.
- On ne met des vis qu’aux affemblages des pans ; pour ce qui eft des traverfes, on les cheville, ce qui eft mieux que d'y mettre des vis, lefquelles deviennent inutiles fur-tout aux pieds de derrière, qui font chevillés avec le doffier, qui, ordinairement, a 10 à 12 pouces de largeur, & a par conféquent deux tenons.
- L affemblage des pans St des traverfos des Lits, fo fait ordinairement fimple, au milieu duquel on fait paiïer la vis ; mais je crois que malgré l’ufàge, lorfque le bois des pans St des traverfes aura environ 2 pouces d'épaifteur, on feroit très-
- PL ANCHE
- Hh
- p.669 - vue 76/284
-
-
-
- Planche
- 2i3<
- 670 MENUISIER, Î1L Part. Secl. IL Chap. VIL
- bien de faire cet affemblage double, & de faire paffer la vis au milieu des deux affemblages, ce qui rendroit fouvrage fort folide, & qui conferveroit les tenons de toute leur largeur ; ce qui eft d'autant plus aifé à faire, qu’on ne peut mettre que très-peu de joue au devant de ces aflemblages, puifqu’on ne fait jamais affleurer le devant des pans 8c des traverfes avec les pieds, afin de laifler plus de joue à ces derniers ; de plus, le trou de la vis étant percé dans le plein du pied , n’eft pas fujet à enfoncer dans ce dernier. Voy$[ les Fig. 13, 14 <5 IJ , qui font difpofées de cette maniéré, laquelle nepourroit être fufceptible de difficulté, qu’autant que les bois feroient trop minces , ce qui obligeroit à y mettre des vis d’un trop petit diamètre. Voye?L les Fig. 16,17 & 18 , qui repréfentent une vis à tête ronde avec Ion écrou , dont la forme eft barlongue, afin de prendre moins dans l’épaiffeur du pan , & de laifler de la place pour le tampon qu’on met deflus. Je ne m’étendrai pas ici fur la forme des différentes vis, parce que j’ai fait la defcription de toutes fortes de vis dans la fécondé Partie de cet Ouvrage , page 2 y 9 & Jiiiv ; tout ce que je puis dire maintenant, c’eft que celles à têtes rondes font préférables , parce quelles font plus propres que les autres, 8c que leur peu de faillie n’eft point fujette à arracher ceux qui paffent auprès.
- Les affemblages des Lits doivent être très-juftes, lùr-tout ceux des traverfes , qu’il faut mettre très-roides fur la largeur du tenon, lequel doit avoir 2 pouces de longueur, afin qu’étant chevillés y ils ne foient pas faciles à ébranler. Quant aux tenons des pans , quoique juftes, ils ne doivent pas être forts , parce qu’il faudroit frapper deflus les pieds chaque fois qu’on monteroit ou démonteroit le Lit, ce qui les meurtriroit 8c même les feroit fendre.
- Les tenons des pans doivent être très-courts ,15 lignes étant luffifantes, afin que la mortaife deftinée à les recevoir, ne paffe pas dans celle des traverfes, ce qu’il faut abfolument éviter ; il faut auffi avoir foin que ces mortaifes foient bien d’à-plomb à bois de bout, de crainte que fi on les fouilloit en deflous, comme on fait quelquefois, elles ne s’éclattaffent à bois de bout, 8c ne fiffent du jeu; c’eft pourquoi on fera très-bien de rétrécir le bout des tenons des pans fur leur largeur pour leur donner de l’entrée, 8c qu’ils joignent bien fur le bois de bout de la mortaife, lorfqu’ils feront entrés dedans jufqu’à leur arrafement, qu’on doit avoir foin de fcier bien d’à-plomb , afin qu’il joigne également par-tout.
- Ce que je viens de dire eft général pour tous les Lits, tant ceux à la Françoife que les autres , de quelqu’elpece qu’ils foient.
- Quand les Lits à la Françoife font à colonnes, c’eft-à-dire , que les pieds portent le dais ou ciel du Lit, on les élégit d’après l’affemblage des pans, comme le repréfente la Fig. 2 j", afin qu’ils foient & qu’ils paroiffent moins lourds ; & lorfqu’ils font très-hauts, il eft bon d’y mettre une écharpe de fer A par le bas, qui en empêche l’écart. Le haut de ces pieds ou colonnes eft ordinairement garni d’une broche de fer, laquelle eft deftinée à recevoir le chaffis ; quelquefois le bout de cette broche eft taraudé pour recevoir un écrou, lequel retient
- Je
- p.670 - vue 77/284
-
-
-
- Section I. Defcription des Lits à la Françoife , SCc. 6jt le chaffis en place de quelque maniéré que ce foie. Il eft bon de garnir le haut de la colonne d’une virole de fer B, laquelle l’empêche de s’éclatter, ce qui eft très-néceiîaire, fur-tout quand les colonnes ont peu de grofleur par le haut.
- Lorfque les Lits font à colonnes, il eft bon que tous les aflemblages foient montés à vis, afin qu’on puiffie tes démonter tout-à-fait 8c qu’ils tiennent moins de place ; dans ce cas on fait pafler les vis les unes fur les autres , celles des pans par-deiïus celles des traverfes , parce quelles fouffrent plus d’effort que ces dernieres.
- Le doffier.des Lits à colonnes fe place derrière les pieds , par le moyen des crochets & des pitons qu’on y met ; cependant il vaut beaucoup mieux attacher fur les faces intérieures des colonnes, des couliffes dans lefquelles on fait entrer le doffier ( qu’on arrête toujours avec des crochets , pour empêcher l’écart des colonnes), au-deffus defquelles on place des chantournés, Fig. 23, cote A B , lefquels y font retenus par des clefs C D , & par des barres qui, étant attachées derrière, paflent dans des chapes de fer Z?, qui font placées vers le milieu dudoffier. Voye\ la Fig. 22, qui repréfente la coupe d’un doffier 8c d’un chantourné arrêté de cette façon , 8c coté des mêmes lettres que la Figure 23.
- Ces chantournés fe font ordinairement de fàpin , pour être plus légers, & font revêtus d’étoffe par le Tapiffier , qui en détermine ordinairement les contours, dont je me luis contenté de donner ici deux exemples.
- Autrefois les chantournés, ainfi que tout le refte des Lits , fe faifbient de noyer ou autres bois propres à polir, qui étaient ornés de fculptures ou de divers compartiments percés à jour, de forte que la Menuiferie étoit toute apparente.
- Les colonnes des Lits étoient auffi très-ornées, & quelquefois tournées en forme de colonnes torfes, les pans fculptés & ornés de moulures , ainfi que le ciel ou dais, qui étoit prefque tout de Menuiferie apparente, comme on le voit encore en quelques Provinces de France ; mais depuis que l’Art du Tapiffier s’eft perfectionné, on a totalement perdu cet ufage : les colonnes des Lits ont été cachées par des cantonnieres , & le refte du bois du Lit par la courtine, autrement dit courte-pointe.
- Quand l’ufage des Lits à colonnes a ce (Té d’être à la mode, les bois de Lits n’en ont pas été plus apparents , parce qu’alors les courte-pointes pafierent par deflus les pieds de devant, & les couvrirent totalement, ce qui obligea de placer des tringles d’environ un pouce & demi de large, lefquelles entroient en enfour-chement a a dans les pieds de devant, & à tenons dans ceux de derrière, ainfi qu on le pratique encore à préfènt aux Lits de parade des grands Seigneurs , au bas defquels font placés des crochets ou mentonnets de fer b b> qui fervent à porter de femblables tringles de bois, fur lefquelles font placés ce qu’on appelle les foübajjements de la courte - pointe. Voyez les Fig. 1 (S* 2 de la Planche 242 3 à laquelle j ai obfervé ces entailles 8c ce s crochets, cote a a 8c b b.
- Menuisier , III. Part. IL Sccl. 18
- Planche
- H F
- p.671 - vue 78/284
-
-
-
- Planche
- 6j2 MENUISIER, HL Part. Secl. IL Chap. Vil.
- z Quoique les Lits à la Françoife ne foient plus apparents, il faut cependant avoir grand foin de les faire avec beaucoup de propreté , d'en arrondir toutes les arêtes , afin quils ne foient point expofés à déchirer les mains de ceux qui en approchent, & à couper les toiles des matelas , les couvertures , 8cc.
- Comme les Lits ne font pas toujours aflez ifolés pour qu'on puifle les faire fans les changer de place, on a imaginé de les mettre for des roulettes tournantes à pivot , lefquelles en facilitent le mouvement de quelque côté qu’on juge à propos de les faire mouvoir.
- Ces roulettes ont environ f pouces de diamètre , & 7 pouces de hauteur du deflous de la boîte dans laquelle leur tige entre à pivot. Ce font ordinairement les Menuifiers qui les placent fous les pieds des Lits , dans lefquels ils percent des trous d'une grandeur capable de contenir la boîte de la roulette, qu'il faut avoir foin de faire entrer le plus jufte poffible, pour éviter toute efpece d'ébranlement ; quand la boîte eft ajuftée, on arrête fa platine avec le pied, non pas avec des clous, comme on fait ordinairement, mais avec des vis , lefquelles, quoiqu à bois de bout, tiennent pour le moins auffi bien, & même mieux, que ces derniers, & ne font pas fu jettes, ainfi qu'eux , à faire fendre la plinthe du pied. Voye£ les Fig. 19 ô 20 , qui repréfentent une roulette 8c fa platine vue en defibus.
- U y a des occafions , comme dans le cas d'un Lit en niche, où on ne veut pas que les roulettes foient mobiles, mais où au contraire on ne les fait rouler que fur un fens ; dans ce cas , dis-je, on fait un enfourchement au pied, dans lequel on place une roulette , ce qui eft très-fimple, mais en même temps peu folide , parce que cet enfourchement diminue confidérablement la force du pied, & que de plus on ne peut plus faire fervir un Lit ainfi dilpofé, à d'autres ulages, du moins fans reboucher les enfourchements, ce qui fait toujours de mauvais ouvrage ; c'eft pourquoi je crois qu'on feroit très-bien, dans le cas dont je parle ici , de placer les roulettes fous les pieds à l'ordinaire , en obfervant d'y faire des chapes adhérentes avec leurs platines, qu'on attacheroit fous le pied , comme celles dont je viens de parler. Voye{ la Fig. 12.
- On fait encore d'autres roulettes, Fig. 2x, nommées à la Polonoife, lefquelles font beaucoup plus compliquées que les premières, mais en même temps beaucoup plus commodes, parce qu'étant plus grandes que les autres &plus courbées, elles roulent & fe retournent plus aifément, ce qui eft très-néceflàire, for-tout pour les Lits des gens riches , qui, pour l'ordinaire , font fort lourds. Ces roulettes ne fe pofent pas fous les pieds du Lit ; mais on les attache diagonalement fous les pans & les traverfes avec de bonnes vis , en obfervant de les placer de maniéré qu'elles puiflfent tourner autour d'elles - mêmes fans toucher à l'angle intérieur du pied. Voye{ la Fig. 24, où j'ai marqué par une ligne ponéluée la révolution de la roulette, de la conftruétion de laquelle je ne parlerai pas ici, vu que cela n eft pas du reflort de cet Ouvrage 5 tout ce que je puis dire, c’eft
- p.672 - vue 79/284
-
-
-
- Section I. Defcrlption des Lits à la Françoife , SCc. que celle qui eft repréfentée ici eft une des mieux faites qu'on puifle trouver, du moins pour le préfent , dont le modèle m’a été communiqué par M« Planche. Bonthome, Maître Serrurier, qui en eft l’inventeur , du moins pour la forme courbe de la partie du haut de la chape, laquelle , aux autres roulettes de cette forte, palîoit droite du defïus des deux branches, ce qui raccoureilîbit trop la longueur du pivot.
- Les roulettes dont je parle font très-avantageufes pour les Lits fufceptibleS de décoration, parce qu’ elles nen élevent pas les pieds, qui alors femblent porter fur le plancher; de plus, les roulettes pofées fous les pieds ne fauroient jamais bien faire, parce qu elles exigent trop de groffeur , ce qui ne peut être aux Lits à la Polonoife, dont les pieds font en forme de pieds de biches ou toute autre forme.
- Voilà en général tout ce qu’on peut dire touchant la forme 8c la conftruélion des Bois de Lits à la Françoife ; quant à leur décoration , elle eft très - fîmple, for-tout depuis que la garniture d’étoffe en fait tout rornement. Cependant comme la mode commence à changer depuis qu’on eft dans l’ufàge de fe fervir des Lits à la Polonoife & autres, où les bois de Lits 8c les impériales font ornés de foulptures 8c de moulures peintes 8c dorées , il me femble qu’on pourroit de même faire des Lits à la Françoife, dont le bois du Lit fût apparent & très-orné ; c’eft pourquoi j’ai cru devoir en donner un exemple, ce que je ferai après avoir décrit les pavillons en général, ce que je vais faire dans le Paragraphe •fuivant. Voyez ci-après, P/. 2.4.6.
- En général les bois de Lits fe font de chêne ou de hêtre ; mais le premier vaut mieux, fur-tout quand il eft bien fain, pas trop fec ni trop tendre, mais au contraire un peu liant & de fil ; on peut auffi faire des Lits en noyer , quand il a les qualités que je demande dans le chêne ; le bois de noyer eft de plus très-propre à cet ufàge, 8c bon à polir, ce qui doit le faire préférer, & ce qu’on ferqit plus ordinairement dans ce pays, s’il n’étoit pas fi cher.
- §. I. Des Ciels de Lits, appelles communément Pavillons ou Impériales;
- de leurs formes & conjlrucüon.
- Les Ciels des Lits à la Françoife font ordinairement tout-à-fait garnis d’étoffe, de maniéré que le bois de leur chaffis n’eft aucunement apparent, 8c que toute Planche leur décoration dépend du Tapifîier, lequel donne au Menuifier les mefores 2 néceflàires 8c les formes convenables ; de forte que tout l’ouvrage du Menuifier confifte en des bâtis les plus légers pofîibles, en leur confervant cependant toute la folidité convenable.
- Les plus fimples .de ces bâtis ne font compofés que de deux battants & de deux traverfes d’environ 2 pouces & demi de largeur, for un pouce d’épaifleur, lelquels font affemblés quarrément à l’ordinaire, ainfi que celui ABC D,
- p.673 - vue 80/284
-
-
-
- Planche 2 44-.
- 674 MENUISIER, IIL Part. Secl. IL Chap. FIL
- s Fig. 8 , dont les bouts des battants excédent la traverfe de derrière d’environ 5 à 3 pouces, ce qui eft néceftaire pour avancer le chaffis au-deflus du Lit. La largeur de ce chaffis doit être déterminée par celle du Lit, d’après laquelle on le fait plus ou moins excéder, félon que le Lit eft à colonnes ou bien à l’ordinaire.
- Dans le premier cas , fi le Lit eft difpofé pour avoir de doubles rideaux 8c des cantonnieres, comme dans la Fig. 7, il faut forcer la largeur du chafîis, pour que du dedans de la colonne il y refte environ un pouce & demi de largeur , ce quî eft néceftaire pour placer la tringle a, 8c pour que le rideau puifle tourner aifé-ment, 8c qu’il refte environ un pouce en dehors de la colonne , pour que la pente du Lit pafle aifément par-deftus la cantonniere.
- Si au contraire les Lits à colonnes n’ont pas de cantonnieres, 8c que les rideaux paffènt par-deftus les colonnes, on fait affleurer le dedans du chaffis au dedans de ces dernieres , & on porte toute la largeur en dehors , afin d’éloigner les rideaux du Lit le plus qu’il eft poffible.
- Quand les Lits n’ont pas de colonnes, on détermine la largeur du chaffis, en augmentant 2 pouces ou 2 pouces 8c demi au pourtour de la grandeur du bois de lit, afin que la tringle qui porte les rideaux, foit affez écartée du Lit , pour que les rideaux tombent d’à-plomb , du moins le plus qu’il eft poffible. Foyej la Fig. 9 9 fur laquelle j’ai marqué l’à-plomb du Lit par la ligne c d.
- Ce que je viens de dire touchant la maniéré de déterminer la grandeur des chaffis de ciel de Lit , eft général pour tous , de quelque forme qu’ils foient ; c eft pourquoi je n’en parlerai pas davantage.
- Quelquefois les Ciels font compofés de deux chaffis , comme la Fig. 8, de maniéré qu’ils forment en dedans comme une vouflure , foit en pente feulement comme la Fig. 7, ou bien en arc , comme dans la Fig. 9 ; dans l’un ou l’autre cas, ce chaflis eft foutenu par des montants qui font placés de diftance en distance pour porter l’étoffe 5 & qui font affemblés à tenon 8c mortaife dans les deux chaffis 9 comme la Fig. 4, quand c es montants font droits ; ou bien à tenon dans le chaffis du bas, 8c en entaille dans le chaffis du haut, quand ils font d’une forme creufe, afin qu’ils foient plus folides, & qu’ils affleurent au nud du chaffis du defliis, du moins en dedans. Foye^ la Fig. 6. Ces montants fe placent ordinairement à un pied de diftance les uns des autres, tant fur les battants que fur les traverfes , comme la Fig. 8 , cote E G y fans en mettre dans les angles, ce qui ne vaut rien 9 fur-tout dans les parties creules, où il eft néceftaire qu’on y mette un montant en forme d’arêtier creux, fur lequel le Tapiffier puifle arrêter fon étoffe , ce que j’ai obfervé dans cette même Figure, cote F H9 8c qui ne demande qu’un peu plus d’attention de la part du Menuifier, fans pour cela rendre l’ouvrage plus difficile à faire. La hauteur de ces montants eft d’environ 6 pouces du deflus du premier chaffis ; cependant on peut l’augmenter autant qu’on le jugera à propos, comme auffi celle des retours des faces, qui doit être au moins égale à cette derniere, 8c même la furpafler au milieu. Foye[ les Fig. r
- &
- p.674 - vue 81/284
-
-
-
- Section I. §. I. Des Ciels de Lits ; de leurs formes, ôCc.
- & f , qui repréfentent la face du devant dun chaffis de Lit à la Françoife, & celle du côté.
- Ces retours font-foutenus par de petits montants placés de diftance en diftance fur le premier chaffis, dans lequel ils entrent à tenon & mortaife, ainfi que dans les pièces chantournées du haut , lefquelles font afîemblées à queue par les angles. Voyeç les Fig. 2 & 3 , qui repréfentent les coupes du Ciel de Lit dont je fais la defcription , dont un côté eft en angle creux , 8c fautre en biais feulement , comme la Fig. 7. Voyez pareillement la Fig. 8 , cote EF, qui repréfente ce Ciel de Lit vu en defîous difpofé de ces deux maniérés ; 8c cette même Figure, cotç G H, qui le repréfente vu en deffiis.
- Les Ciels de Lits à la Françoife fe font quelquefois fur un plan contourné, dont les faillies fortent du nud de la forme quarrée de celui dont je viens de parler , ou bien on fait le chaffis du dehors quarré à f ordinaire, 8c on chantourne celui du dedans. Dans l’un ou l’autre cas, ces Ciels fe nomment Impériales , 8c quelquefois Pavillons , ffir-tout quand ils font deftinés pour des petits Lits , ou pour des Lits à la Polonoife ou autres , dont la forme extérieure eft à-peu-près femblable à celle d’un pavillon, ou tente ancienne , comme celui repréfenté Fig. 12 & 13.
- Je ne m’étendrai guere ici fur la forme & la décoration des Impériales des Lits à la Françoife , parce qu’elle dépend de celle de tout le Lit, dont la décoration dépend, prefque toute entière, du Tapiffier, lequel par conféquent décide de leur forme ; cependant comme il arrive quelquefois que ces fortes d’impériales ont des parties de Menuiferie apparentes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, il eft bon que le Menuifier & le Tapiffier travaillent de concert enfemble , & que ce dernier communique au Menuifier le deffin de fon ouvrage, afin qu’il difpofe fà Menuiferie en conféquence.
- Pour ce qui eft des Pavillons des Lits à la Polonoife & autres, ils font à-peu-près conftruits comme ceux dont je viens de parler , à l’exception qu’ils font moins grands que les Dits, ( les plus grands de ces Pavillons n’ayant que 4 pieds & demi de long, fur 3 pieds 8c demi de large ) & qu’ils font prefque toujours d’une forme cintrée par leur plan, ainfi que la Fig. 14, cote A7 qui eft la forme la plus ordinaire , dont l’élévation eft repréfentée Fig. 10.
- Quelquefois le dedans du premier chaffis eft d’une autre forme que par dehors, ainfi que la Fig. 14, cote B, dont le chaffis de deffiis, quoiqu’ovale comme le dedans du premier, eft d’une forme moins alongée, ce qui donne des montants d’une courbe différente les uns des autres. Voye£ la Fig. 11, qui repréfente la coupe de ce côté de Pavillon.
- Lorfque les Pavillons ont beaucoup d’élévation, comme les Fig. 12, $ 13 qui eft la coupe de cette derniere, ils changent quelquefois de plan, comme la Fig. 15 , ce qui en rend la conftruftion quelquefois très-compliquée; parce qu’alors il faut plufieurs chaffis les uns au-deffiis des autres., 8c des courbes de Menuisier , III. Part. IL Secl. K 8
- jbii Win ..mtfMrniiwisq
- Planche
- 24^
- p.675 - vue 82/284
-
-
-
- jqai-Li'.ai«—H*—W—i
- Planche
- 244.
- \
- 676 ME NUIS IER, 111. Part. Secl. IL Chap. FIL
- différentes formes & longueurs, tant Amples quen arrêtier, ce qui demande beaucoup d’attention & de connoiflânce de la part des Menuiflers, fur-tout dans la théorie des Traits, dont la connoiflânce leur eft abfolument néceflâire pour faire ces fortes d’ouvrages avec toute la perfection dont ils peuvent être fufoep-tibles ; c’eft pourquoi je donnerai ci-après la maniéré de faire de ces fort es de courbes, fans en faire de démonftration trop compliquée, renvoyant au forplus, ceux qui voudront prendre une connoiflance plus étendue, tant de cette partie,’ que de ce que j’ai dit jufqu’à préfent qui y a rapport, à mon Art du Trait, où j’ai amplement traité de tout ce qu’il eft néceflâire qu’un Menuifier lâche , a quelque partie de cet Art qu’il fe foit attaché. Voyez la Seconde Partie de cet Ouvrage *Page 34T-
- On fait encore d’autres petits Pavillons, foit avec des retours ou avec des chafïis Amples, lefquels ne font cintrés que de trois côtés, le quatrième , qui eft droit, fe plaçant du côté du mur. Ces Pavillons n’ont rien de particulier tant pour la décoration que pour la conftruétion ; c’eft pourquoi je n’en parlerai pas davantage. Voye{ la Fig. 14, où j’ai indiqué par des lignes ponétuées a, b c, d, la forme de ces Pavillons, lefquels font, pour la plupart, plus petits que celui-ci, leur longueur étant ordinairement depuis 2 pieds & demi jufqu’à 3 pieds au plus.
- En général, les chaflîs ou Pavillons des Lits, fe font en bois de hêtre, parce que ce bois eft plus liant que le chêne, & par conféquent plus propre pour les parties courbes & étroites ; de plus, ce bois eft moins cher, ce qui doit encore le faire préférer.
- Lorfque ces Pavillons feront fufceptibles de décoration, tels que des trophées & autres ornements, on pourra faire ces parties en bois de tilleul ; lequel eft propre à la Sculpture, & en même temps très-léger, ce qui eft fort à conft-dérer dans ces fortes d’ouvrages, qui ont befoin de beaucoup de légéreté, & où il faut, par conféquent, n’employer que des bois de cette qualité, autant que leur folidité pourra le permettre : obfervation qu’il ne faut jamais perdre de vue dans la conftruélion de toutes fortes de Menuifories.
- La conftruélion des chaflîs de Lits n’a rien de particulier ; c’eft pourquoi je n’entrerai pas dans un grand détail à ce fujet, vu que ce ne feroit qu’une répétition de ce que j’ai déjà dit dans le cours de cet Ouvrage ; tout ce que je puis recommander, c’eft d’éviter, autant qu’on pourra, les bois tranchés, & de faire enforte que quand il y aura pluAeurs chaflîs au-defliis les uns des autres , les courbes ne fe trouvent point vis-à-vis les unes des autres , parce que le peu d’épaiflfeur des chaflîs ne permettroit pas d’y faire des aflemblages folides; on obfervera aulïi que quand les plans de ces chaflîs feront d’une forme quarrée, il faudra y mettre des courbes aux angles, foit faillants, ou rentrants, afln que le Tapiflier puiflè y attacher fon étoffe, & par conféquent fuivre exaélement toutes les formes du Pavillon.
- p.676 - vue 83/284
-
-
-
- Section 1. §. I. Des Ciels de Lits ; de leurs formes, SCc. 6jj
- Quant à la grofleur des bois de ces derniers, on doit les faire les plus petits poffibles, ceft-à-dire, ne donner qu’environ un pouce quarré aux courbes & petits montants, & 2 pouces de largeur fur 5) à 10 lignes d’épaiffeur aux chaflis de dedans, à moins toutefois qu’elle ne foit bornée par la hauteur d’une moulure b qu’on y rapporte quelquefois en dedans, comme à la Fig. 7, ce qui fait un très-bon effet. Quant à la largeur du chaflis du dehors ou du bas*( ce qui eft la même chofe ) , on doit lui donner environ 3 pouces de largeur, fur un pouce d’épaif-feur, comme à ceux dont j’ai parlé ci-deflùs.
- Ce que je viens de dire touchant la force & groffeur des bois des Pavillons Sc des Impériales, ne doit s’entendre que de ceux qui font d’une grandeur ordinaire , ceft-à-dire , pour des Lits de 4 à ÿ pieds de large au plus ; car pour ceux qui pafferont cette grandeur, on fera très-bien de forcer la grofleur des bois, tant des Pavillons que des couchettes, & cela à raifon de leur grandeur & de leurs différentes formes, dont il eft impoflible de donner des réglés certaines.
- J’ai dit plus haut qu'il étoit néceflaire qu’il y eût une courbe dans les angles des Pavillons des Lits, afin que le Tapi (fier puifle y attacher Ion étoffe, & qu’elle luive exaélement le contour du Pavillon, foit à l’intérieur foit à l’extérieur ; cependant il s’en trouve un grand nombre où on a négligé d’en mettre, foit pour épargner l’ouvrage , foit que les Menuifiers qui ont fait ces Pavillons , n’euflent pas la capacité de les faire, ignorant ablolument tout ce qui a rapport non-feulement à ces courbes d’angles, mais encore à beaucoup d’autres qui entrent dans la conftruétion de différents Pavillons, qu’ils font fouvent à l’aventure , & plutôt par habitude qu’avec connoiflànce de caufe ; de forte que s’ils étoient obligés de faire des Pavillons oïl Impériales, dont la forme exigeât des courbes différentes de celles qu’ils ont habitude de faire, ils fe trouveraient fort embarraffés, faute de connoiflances théoriques à ce fujet.
- Ce font ces confidérations qui m’ont engagé à donner ici quelques notions de ces différentes courbes , afin de mettre les Menuifiers en Meubles à portée d’acquérir des connoiflances qui leur font abfolument néceflàires, fans être obligés de faire une plus grande étude de l’Art du Trait, dont, à la rigueur, ils peuvent fo paffer, les courbes dont il eft ici queftion étant très-étroites, toutes liftes, & peu fofceptibles de régularité dans leurs équerres , n’y ayant que leur contour , foit intérieur foit extérieur, qui exige de la précifion , comme on l’a pu voir ci-devant.
- Quand on veut avoir le cintre d’une courbe d’arête d’un Pavillon d’une forme quarrée, on commence par en tracer le plan, tant intérieur qu’extérieur, comme l’indiquent les lignes AB C Sc D E F, Fig. 2 ; on trace au bout & perpendiculairement à ce plan, la courbe droite Fig. 1, c’eft-à-dire, prife for la ligne C F ; enfuite on divife cette courbe en autant de parties égales qu’on le juge à propos, comme aux points a , b , c, d, e, f, defquels points on abaifle autant de perpendiculaires qu’on trace for le plan jufqu’à la rencontre de la ligne
- Planche
- Planche
- 2-iJ,
- p.677 - vue 84/284
-
-
-
- Planche
- 24;.
- 678 MENUISIER, III. Part. Sec?. IL Chap. VIL
- d’arête E B, d’après laquelle on retourne ces mêmes lignes de l’autre côté du plan, fuppofé qu’elles y foient néceflaires, comme je le dirai dans la fuite.
- Cette opération étant faite fur la ligne E B , ( dont on veut avoir la courbe d’arête qu’elle repréfente en plan, ) on éleve des perpendiculaires à la rencontre de cette ligne avec celle de l’élévation ; puis on prend fur la Fig. r , la hauteur de chaque perpendiculaire provenante des divifions du cintre, depuis chacune des divifions jufques fur la ligne a m , qui eft la naiftance de ce même cintre, & on les porte fur les lignes perpendiculaires de l’arrêtier qui leur font corref-pondantes, c’eft-à-dire , qu’on fait la diftance En, Fig. 2 , égale à celle mf, Fig. 1 ; celle s o, égale à celle l e ; celle t p, égale à celle i d ; celle u q, égale à celle hc ; 8c celle x r, égale à celle g b ; puis par les points B ,r, q, p,o & n, on fait pafler une ligne qui eft la courbe demandée.
- Quelqu’inclinaifon que prenne une courbe, on fe fert toujours de la même méthode pour en déterminer le cintre, du moins quand le plan eft d’une forme quarrée, comme dans le cas dont il eft ici queftion , ce qu’on peut voir dans la Fig. I, où la courbe élevée fur la ligne DB, eft déterminée par des lignes perpendiculaires élevées à la rencontre des lignes provenantes des divifions de l’élévation avec la ligne DB ; de forte que la hauteur de la ligne D j*, eft égale à celle En, 8c par conféquent à celle mf, Fig. 2 ; celle x 4, égale à celle* s o, 8c à celle / e ; celle & 3 , égale à celle tp, 8c à celle 1 d ; celle % 2 , égale à celle u q, & à celle hc \ enfin la hauteur^ 1, eft égale à celle x r, & à celle g b ; puis par les points B, X, 2 , 3,4& 5, on fait pafter une courbe dont le plan eft repré-fenté par la ligne D B. Le calibre des courbes ralongées étant ainfi tracé, on procédé à l’exécution de ces mêmes courbes de la maniéré fuivante : on commence d’abord par marquer fur le plan la largeur de la courbe ainfi que fon épaif-feur , comme l’indiquent les points a, b, c, d, Fig. 3 , ce qui donne la moitié du plan, ( ce qui eft égal, la moitié pouvant être prife pour le tout ) ; enfuite de l’angle b, on éleve une perpendiculaire à la ligne d’angle la, & on recule le calibre au point g, toujours fur la ligne l a, ce qui donne la courbe g h i, femblable à celle aef, à laquelle on augmente l’épaifteur delà courbe, qui, à fon extrémité fupérieure, eft égale à celle qui eft marquée fur le plan. Voyej la Fig. 3 , où la courbe eft vue en dedans, & fùppofée coupée au milieu de fa largeur, afin d’en faire voir l’angle rentrant, qui fe fouille à même la piece & à rien du haut, comme on peut le voir dans cette Figure. Il faut obferver que je fuppofe ici que la piece fe retourne d’équerre dans tout fon pourtour, ce qui en augmente la largeur par le bout inférieur, comme je l’ai indiqué par la ligne ponéluée me; cependant comme les courbes dont je parle ne font pas apparentes, il n’eft pas abfolument néceflaire qu’elles fe retournent d’équerre dans tous leurs contours ; c’eft pourquoi la largeur indiquée par la ligne m n, eft fuffifante.
- S’il arrivoit que l’angle d’une courbe d’arête fût faillant, au lieu d’être rentrant
- p.678 - vue 85/284
-
-
-
- Section L §. L Des Ciels de Lits ; de leurs formes , SCc. 679
- trant comme dans le cas dont je parle, cela ne changeroit rien à la manière d’opérer, puifqu’au lieu d’avancer le calibre, on ne fait que le reculer, félon que l’exige la largeur de la piece.
- Quand il arrive qu’un Pavillon eft d’un plan cintré à l’extérieur, comme la partie d’ovale ABC, Fig. 4 , & que fon cintre intérieur eft d’une autre forme, comme le quart de cercle DEF, la méthode d’avoir la courbe des différentes cerces qui le compofent, eft à peu-près toujours la même, comme on peut le voir dans cette Figure, où après avoir déterminé la forme du principal cintre indiqué par la courbe G l, Fig. 7, & celle du petit cintre indiqué par celle M N, Fig. 5*, on commence par divifer le premier cintre en autant de parties qu’on le juge à propos ; Sc on abaiffo autant de perpendiculaires fur la ligne A D, Fig. 4 ; enfoite on prend la hauteur de chacune des perpendiculaires prifes au nud de la ligne G H y Fig. 7, qu’on porte for la ligne L N, Fig. 5 ; de forte que la diftance L R , Fig. J , égale celle H O, Fig. 7 ; celle LS, égale celle HP * Sc celle LT y égale celle H Q ; puis aux points R, S, T, on éleve autant de perpendiculaires à la ligne L N y qu’on prolonge jufqu’à la rencontre de la courbe , d’après laquelle on abaifle autant de perpendiculaires fur la ligne du plan C F y Fig. 4 ; puis par les points a dybe Sc c fy on décrit autant de portions d’ellipfes ( ou ovales, ce qui eft la même chofe ) , fur lefquelles on prend des diftances fervant à décrire les différentes courbes du pourtour du Pavillon, ce qui fè fait par la méthode ordinaire ; c eft-à-dire, qu’après avoir tracé fur le plan la place de la cerce dont on veut avoir la courbe , comme par exemple la ligne B E , Fig. 4, aux points g, h Sc i, que forme la rencontre des cerces du plan avec la ligne B E ; on éleve à cette derniere autant de lignes perpendiculaires , dont la hauteur eft égale à celle des Fig. $ & 7 , qui leur font correfo pondantes, & par le moyen defquelles on décrit la courbe demandée , ce qui n’a pas befoin de démonftration. Si on vouloir que cette courbe fût placée en travers du plan, comme la ligne AU y on fe ferviroit de la même méthode. V°ye{ la Fig. 8 , qui eft le développement de la courbe prife for cette ligne.
- Comme les courbes des Pavillons font très-étroites, le même calibre peut forvir des deux côtés, encore quelles foient obliques avec les faces du plan, en obfervant toutefois de reculer le calibre finvant l’obliquité du plan. Comme il y a des Pavillons dont la partie intérieure eft quarrée, je crois devoir donner la maniéré de tracer les courbes, laquelle, quoiqu’à-peu-près la même que la précédente, devient cependant un peu plus compliquée, comme je vais l’expliquer.
- Quand les Pavillons font ainfi difpofés , comme le repréfonte la Fig. 6, on fait les mêmes opérations qu’à la Fig. 4, pour avoir les points a b c Sc d ef9 des bouts ; enfuite on trace la ligne g h y félon la diagonale du quarré, qui devient le plan de la courbe d’angle, Sc for laquelle on éleve une ligne perpendiculaire, dont la hauteur os, Sc les diftances o p , o q Sc or y font égales à celles i 0 y il y im Sc in y Fig. 9 ; ce qui étant fait, du point s, Fig. 6, au point h , Menuisier , III. Fart. IL Secl. L 8
- PlA'NCHE
- 2i 5*
- p.679 - vue 86/284
-
-
-
- 6% o MENUISIER, III. Part. Se3. IL Chap. VIL
- —- "on trace une courbe d’un cintre analogue à celui des deux autres des bouts ;
- Flanche c eft-à-dire, que quand ces derniers feront des portions d’ellipfes ou de cercles, 2^ comme dans cette Figure, il faut que la courbe décrite fur la ligne o h, foit de même nature, c eft-à-dire, une portion d’ellipfe.
- Cette courbe étant tracée, des points p , q , r, on éleve des perpendiculaires à la ligne o s ; & aux points où elles rencontrent la courbe, on en àbaiffe d’autres fur la ligne o h, lelquelies y donnent les points t, u & x, par le/quels, 8c par ceux a b c 8c de f9 on fait paffer autant d’arcs de cercles dont le centre doit être placé for les lignes a g 8c f g, prolongées autant qu’il eft néceffaire ; 8c for ces arcs de cercles ainfi tracés , on peut prendre la courbure de toutes les autres cerces de ce Pavillon, de quelque fens quelles foient dilpofées.
- Ce que je viens de dire au fujet des courbes ralongées , renferme à peu-près tout ce qu’il eft néceifaire de favoir , du moins pour la conftruétion des ouvrages dont je traite ici; & quoique je n’en aie repréfenté que de trois différentes elpeces , les méthodes qui ont fervi à leur conftruétion, pouront s’appliquer à tous les cas poffibles , du moins pour cette partie du Meuble, qui, fi elle n’eft pas la moins intéreffante, eft du moins celle qui eft la moins apparente , & qui n’eft fujette à aucune efpece de décoration. Au refte, ceux qui voudront prendre des connoiffances plus étendues for cette matière, pourront avoir recours à l’Art du Trait, dont j’ai traité dans la fécondé Partie de cet Ouvrage, où ils trouve-
- Planche
- ront de quoi fe fatisfaire, tant pour la théorie que pour la pratique.
- Ce que je viens de dire touchant les Pavillons & les Impériales, peut également s’appliquer à ceux des Lits à la Françoife, dont j’ai fait la defcriptian , & à ceux à la Polonoife, dont il me refte à traiter. Cependant avant de paffer à la defcription de ces derniers, je crois qu’il eft bon de donner un exemple d’un Lit à la Françoife richement décoré, 8c dont une partie du bois de Lit ou couchette foit apparent, ainfi qu aux Lits a la Polonoife, afin de faire voir combien les Lits à la Françoife l’emportent fur ceux à la Polonoife, tant pour leur belle forme , que pour leur pofition avantageufe dans un appartement. Voyez les Figures de cette Planche , lefquelles repréfentent un Lit à la Françoife, avec fon ciel ou impériale, propre à l’ufage d’un très-grand Seigneur, d’après la décoration duquel on pourra en inventer d’autres plus ou moins riches, félon qu’on le jugera à propos.
- Au refte, je ne prétends pas donner ce Lit comme un exemple à imiter, mais feulement pour convaincre, s’il eft poffible, ceux qui fe mêlent de la décoration des appartements & des Meubles qu’on y place , qu’il eft des occa^! fions où il n’eft pas toujours bon de fuivre la mode, for-tout quand elle n’a d’autre fondement que l’envie de faire du nouveau, & qu’elle eft oppofée à la raifon & à la commodité, qui eft ce qu’on doit le plus rechercher, fur-tout dans les Meubles dont il eft ici queftiom
- p.680 - vue 87/284
-
-
-
- Section IL Defcrlption de Lits à la Polonoife, SCc. 681
- Section Seconde.1
- Defcrlption des Lits à la Polonoife ; leurs proportions, formes & décoration.
- j
- Les Lits à la Polonoife ne different de ceux à la Françoifo , que pour la forme & la décoration ; car pour les dimenfions, tant de largeur que de Ion- Planche gueur 8c de hauteur de chevet, elles font toujours à peu-près les mêmes , ce ^ qui efl: tout naturel, puifqu ils fervent aux mêmes ufages ( * ).
- Les Lits à la Polonoife font toujours à deux chevets, & quelquefois à trois,’ de maniéré qu’ils font fermés de trois côtés, 8c quil ny a d’ouvert que le côté de la chambre, par lequel on entre dans ce Lit.
- Les pieds de ces Lits montent de rond jufqu environ la hauteur de 6 pieds ou 6 pieds 8c demi, d’après laquelle ils fe recourbent pour foutenir l’impériale, qui efl: d’un bon tiers plus petit que le bas du Lit.
- Comme les pieds des Lits ainfi recourbés, pourroient être peu folides, à caufo du bois tranché, on a imaginé de faire ces courbures en fer, ce qui efl très-folide , & fait également bien que fi elles étoient faites en bois , vu que ces courbes font cachées par la retombée des rideaux, qui font attachés deffus , foit qu’ils foient ouverts ou qu’ils foient fermés. Voye^ la Fig. r, qui repréfonte la face d’un Lit à la Polonoife à trois chevets, avec le chaffis, ou , pour mieux dire, le bâtis de fon pavillon.
- Voyez la Fig. 2,, qui repréfente la moitié d’un des bouts de ce même Lit yu par dehors ; & la Fig. 5 , qui repréfonte ce même bout ou doffiex vu pat dedans avec la coupe du bâtis de fon pavillon. }
- (*) L’ufage des Lits à la Polonoife efl peu ancien en France, & ne peut être regardé que comme un effet de la mode, qui, fouvent, ne fait préférer une chofe à une autre, que parce qu’elle a le mérite de la nouveauté. En effet, les Lits à la Polonoife , tels qu’on les fait à Paris, coûtent très - cher , ne peuvent être à l’ufage des gens du commun, auxquels, d’ailleurs , ils ne pourroient pas fervir ; ils ne peuvent donc être propres que pour les gens riches, lefqueîs , cependant , ne peuvent décemment s’en fervir que dans de petits appartements, ou comme des Lits en niche, parce que ces fortes de Lits ne fe préfentant que de côté, ne peuvent jamais s’employer dans des appartements fufceptibles de quelque décoration, 8c par confé-quent jamais chez les grands Seigneurs, à moins que ce ne foit, ainfi que je viens de le dire, dans de petits appartements privés , qui font les feuls où ces fortes de Lits peuvent bien faire, du moins conformément aux ufages reçus dans ce pays. Quoi qu’il en foit , la mode a prévalu fur'la bonté & l’ancienneté de l’ufage, & tout le monde, ( du moins les gens aifés ) a voulu avoir des Lits à la Polonoife, fans s’embarra fier de leurs défauts,, lefqueîs font confi-dérables; parce que d’abord leur forme ne peut jamais guère répondre à celle d’un grand appar-
- tement , ainfi que les Lits â la Françoife, îef-quels ont, fans contredit, beaucoup de grâce 8c de grandeur, 8c font en même temps plus propres à faciliter le fervice des domefliques , fur-tout dans le cas de maladie, où il efl fou-vent néceffaire de tourner autour du Lit fans être obligé de le déranger, ce qui ne peut être aux Lits à la Polonoife , qui ayant deux chevets 8c un côté proche du mur , ne peuvent avoir qu’un côté de libre, lequel étant en face du jour , en prive totalement la perfonne qui efl couchée dedans lorfqu’on s’en approche, ce qui efl fort défavantageux, non-feulement dans le cas de maladie, mais^ même en tout autre temps.
- De plus, ces fortes de Lits ne peuvent être propres qu’à une perfonne feule ; parce que s’ils fervoient à deux, celle qui coucheroit du côté du mur, feroit obligée depaffer par-deffus l'autre, fi elle avoit befoin de fe relever dans la nuit , ce qui efl fujet à beaucoup d’inconvénients , qui, s’ils ne font pas abfolument rejet-ter l’ufage des Lits à la Polonoife, doivent du moins porter à ne s’en feryir qu’avec connoiffance de caufe, 8c non pour fuivre la mode , laquelle efl fouvent direélement oppofée aux ufages reçus, 8c ce qui eft encore pis, à notre propre commodité.
- p.681 - vue 88/284
-
-
-
- (58a M E N UI s IE R 9III. Part SeB.Il Chap.VlI.
- 3 Le cintre de ces courbes fe fait ordinairement en S, comme on le voit ici ; & Planche on ne le détermine pas en le traçant fur une des deux faces, mais au contraire,
- O/L*!
- * * fur une faillie donnée par la diagonale du plan a b, Fig. y , qu on reporte fur l'élévation de c à d ; puis on fait la courbe d ef> la plus gracieufe poflîble , laquelle fert à tracer géométralement les courbes des deux élévations , ce que l'on fait par la méthode des courbes ralongées, comme je l'ai indiqué par les lignes ponéluées, lefquelles font communes aux Fig. i & %.
- La hauteur la plus ordinaire des dofllers des Lits à la Polonoife, efl d'environ 4 pieds, à laquelle hauteur on fait régner au deflùs d’une efpece de cymaifè , ou toute autre moulure, laquelle régné au pourtour du doffier, & en fuit les contours, & vient fe marier avec les ornements qu’on y introduit, comme on peut l'obferver aux Figures ci-deflus.
- -En général, les bâtis de ces Lits font fufceptibles de décoration , tant les pieds, ayxquels on peut donner diverfes formes plus ou moins riches , qu'aux traverfes , tant du haut des dofllers que celle du bas, qu’on peut aufli cintrer , en obfervant de faire ces cintres très-doux , afin que le chaflîs fanglé qu'on y , place à l’ordinaire , ne la déborde pas en deflus, & qu’il refte en delfous au
- moins un demi-pouce de bois, d'après l'endroit le plus creux de la traverfè.1
- Le pourtour des Lits à la Polonoife , du côté des chevets , efl: rempli par des bâtis qui fervent à porter la garniture d'étoffe , qui y eft attachée, tant fur les pieds que fur les traverfes, fur un ravalement qui affleure avec ces bâtis, Sc •qui a environ ÿ lignes de largeur, réfervé d'après la largeur de leurs profils, ainfi qu'on peut le voir à la Fig. 4, qui repréfente en grand le profil d'un des pieds de devant de ce Lit, qui ne différé de celui de derrière, qu'en ce qu'il n a de faillie que d’un côté pour recevoir l'étoffe , & que l'autre côté repréfente un pilaftre ravalé, fur lequel j’ai indiqué par des lignes ponéluées a é, b c & cd, la faillie néceflfaire à ce pied s'il étoic placé derrière, & que le Lit eût trois chevets, comme celui-ci. Voyez aufii cette même Figure, où j’ai indiqué par les lignes e e , la faillie de la cymaife, fervant de couronnement à la faillie extérieure du pied, & retournant en dedans du pied de devant, & cette même faillie continuée en retour d'équerre pour le pied de derrière, indiqué par les Üg nés/,/,/:
- La conftruélibn de ces Lits n’a rien de particulier ; ils fe montent avec des vis comme les autres, dont cependant on a foin de cacher les têtes dans quelques ornements. Leurs dofllers reftent toujours affemblés ; mais comme celui de derrière (ou, pour mieux dire , de côté, les côtés de ces Lits étant pris ici poux le derrière ou le devant), s'il étoit retenu par la garniture, ne pourroitpas quitter le pied avec lequel elle feroit attachée , on y fait un faux battant qui tient avec le doflier, de entre tout en vie avec la garniture dans une rainure qu’on y pratique dans le pied à cet effet. Voye{ la Fig, 4, où j’ai indiqué cette xainure par les lignes g h, kl & IL
- On
- p.682 - vue 89/284
-
-
-
- Section IL Defcription des Lits à la Polonoife, SGc. 683
- On obfervera à ce fujet que cette rainure eft de 3 lignes plus large qu’il ne "===== faut pour recevoir ce faux battant, ce qui eft néceffaire pour les deux épaifleurs Planche des étoffes dont on entoure ce faux battant, fur le champ duquel elles font attachées, ce qui oblige à laifler 3 lignes de jeu au moins , entre le fond de la rainure 8c ce dernier, auquel on peut alors donner deux bons pouces de largeur, afin de le rendre plus folide.
- Il faut auflî avoir foin de placer les joints des traverfes dans quelques enroulements de fculpture, ou à la rencontre des onglets de quelques reflàuts, afin qu’ils foient moins apparents.
- Quant à la maniéré de remplir le fond de ces Lits, c eft la même chofè qu’aux Lits à la Françoife. Voye£ la Fig. 6, qui repréfente le plan du Lit dont je fais la defcription, pris au-deflus du chaflîs fanglé ; 8c la Fig. 5 , qui repréfente ce même Lit vu de deflus avec le plan de fon pavillon, ponétué feulement.
- La décoration de ces Lits eft aflez arbitraire ; on ne doit cependant point abufer de la permiffion que femble donner cette efpece de liberté, pour rien faire qui ne foit aflujetti aux réglés de la vraifemblance 8c de la bonne conftruc-tion. On doit auffi avoir foin que les moulures dont font décorés ces Lits, tant en dedans qu’en dehors, fe raccordent bien aux angles, quelles ne foient interrompues dans leur cours que le moins poffible ; 8c que les ornements de fculpture qu’on emploiera à ces fortes d’ouvrages, y femblent amenés par la néceffité, & paroilfent plutôt appliqués fur l’ouvrage, que pris aux dépens du relief des moulures, & même des contours, ce qui eft encore pis, 8c qui cependant n’arrive que trop fouvent.
- Il faut auffi avoir foin que ces ornements n’aient pas de parties trop {aillantes,
- 8c par conféquent fujettes à éclatter ; ce qu’il faut abfolument éviter à toutes fortes de meubles, & fur - tout aux Lits, lefquels font fujets à être remués trop fouvent.
- Je ne parlerai pas ici des pavillons des Lits à la Polonoife, parce que j’ai traité cette matière avec toute l’étendue néceflàire, en parlant des Ciels de Lits en général.
- Lorfque les Lits à la Polonoife ont trois chevets ou doffiers, ainfi que celui dont je viens de faire la defcription , ils portent alors le nom de Lits à £lta~ tienne ; mais encore plutôt lorfqu’au lieu d’avoir leur pavillon porté par quatre courbes montantes de deflus les quatre pieds , ils n’en ont que deux, lefquelles montent du milieu des deux doffiers oppofés ; il y en a d’autres qùi n’ont que deux courbes, comme ceux-ci, mais qui montent de deflus les pieds de derrière & fupportent le pavillon, qui alors n’eft cintré que de trois côtés, celui qui relie droit p0{ànt, ainfi que les deux courbes, contre la muraille. Toutes ces différences font, à mon avis, trop peu de chofe, pour qu’on puiflè regarder les Lits à 1 Italienne, & autres de ce genre , comme une efpece de Lits diftingués Menuisier , 1JL Pan. Sc3. IL M 8
- p.683 - vue 90/284
-
-
-
- Planche
- 248.
- '684 MENUISIER, III. Part. Secl. Il Chap. VIL
- de ceux à la Polonoife, dont ils ne font tout au plus qu’une nuance, étant à peu-près fomblables, tant pour la décoration que pour la forme.
- Les Lits à la Turque font encore dans le cas de ceux dont je viens de parler, puifqu’ils ne different de ces derniers que par la forme de leurs doffiers, lefquels font cintrés & forment un enroulement par le haut qui termine leurs pieds, de forte que leur pavillon eft fofpendu au plancher ; quelquefois les pieds le continuent du delfus de ces enroulements comme aux Lits à la Polonoife, & alors ils n’ont plus rien de différent que le cintre de leurs doffiers, lequel doit être très-doux, & difpofé de maniéré qu’il tourne bien avec la traverfe de devant, fans cependant que cette derniere foit trop cintrée , afin qu’elle puifîe recevoir le chafîîs lànglé, fans qu’il la déborde en aucune maniéré , ainfi que je i’ai* obfervé à la Fig. 5 , qui repréfente l’élévation géométrale de ce Lit ; & la Fig. 6, qui repréfonte la traverfe de devant vue par derrière, avec le ravalement fait, propre à recevoir le chafîîs fanglé.
- Les chevets des Lits à la Turque fe conftruifent de même que ceux à la Polonoife, excepté que comme ils font cintrés, il faut mettre les traverfos propres à foutenir la garniture, plus proche les unes des autres, pour que cette derniere foive plus exactement le cintre du doffier, ce que j’ai obfervé à la Fig. z , cote A, qui repréfonte le doffier vu en dedans ; & cette même Figure y cote B , qui repréfente ce dofîîer vu en dehors ; 8c la Fig. 3 , qui repréfente la coupe du doflier, & par conféquent de toutes les traverfos qui le compofent, une defquelles eft évuidée en angle creux pour recevoir la garniture à l’endroit de l’enroulement.
- Comme les pieds de ces Lits font cintrés for les deux fons, il faut avoir foin qu’ils foient faits de bois bien fain , & le plus de fil poffible, afin qu’ils foient plus folides, comme je lai obfervé Fig. 1.
- Les Lits à la Turque font quelquefois cintrés en plan for la face, ainfi que celui dont je fais la defcription Fig. 7, du moins c’eft l’ufàge , qui, fans rendre l’ouvrage beaucoup plus parfait, le rend plus difficile à faire, non-feulement pour les Menuifiers , mais encore pour les Tapiffiers,, qui alors font obligés de cintrer les matelas & tout le refie du Lit, ce qui devient affez inutile, vu qu’une forme droite eft la plus convenable pour ces fortes d’ouvrages, & généralement la plus ufitée.
- Quant à la décoration des Lits à la Turque, comme c’eft à-peu-près la même chofo que pour ceux à la Polonoife , je n’en parlerai pas ici, me contentant de donner le profil d’un pied grand comme l’exécution, d’après lequel on pourra en inventer d’autres, en prenant les précautions que j’ai recommandées lorfqué j’ai parlé des Lits à la Polonoife. Voye{ la Fig. 4.
- Leur conftruétion eft auffi la même ; c’eft pourquoi je n’en parlerai pas non plus.
- On fait encore d’autres Lits qu’on nomme à la Chinoije, à ! antique, dans le
- p.684 - vue 91/284
-
-
-
- Section 11L Defcrïption des Lits de campagne , <5Ce. 8y
- goût pittorefque, (érc. lefquels ne different que de nom d’avec ceux dont je viens de parler, du moins que de très-peu de chofè, 8c encore n’efl-ce que dans quelques parties de leur décoration, ce qui neft pas la partie effentielle de mon fujet ; d’ailleurs ces fortes de Lits, quoique fort à la mode, ne doivent pas être employés indifféremment par-tout, mais avec beaucoup de retenue, comme je l’ai déjà dit plus haut ; les Lits à la Françoifè leur étant préférables, tant pour l’ufàge des pauvres que des riches, auxquels on peut en faire de très-smagni-; fiques , ainfi quon peut le voir dans la Planche 246.
- UVUV JR.
- —» m.mÙ
- Planche
- 2^8,
- Section Troisième.
- Defcrïption de différentes efpeces de Lits de campagne ; leurs formes & conflruclion.
- Les Lits dont je vais faire la (Jefcription, fè nomment Brigantins , 8ç ne ^ fervent qu’à la guerre ou dans les voyages des grands Seigneurs, lefquels , Planche ayant une fuite nombreufè, ne peuvent pas trouver fur les routes le nombre de Lits fiiffifànt pour eux & leurs gens.
- Deux chofes font à confidérer dans la conftruéHon de ces Lits; fàvoir, la légéreté & la commodité, parce qu’étant fujets à être tranfportés fbuvent, il faut qu’ils foient très-légers, 8c qu’ils tiennent le moins de place qu’il eft poffible , ce qui a fait imaginer différentes maniérés de les ployer ou brifèr ( en terme d’ouvrier ), dont celle qui efl: repréfèntée dans cette Planche , quoique coûteufe & très-compliquée, efl: la meilleure, & une des plus fblides dont on faflè ufàge.
- Ce Lit, tel qu’il efl: repréfênté ici dans les Fig. I & 2 , qui en repréfèntent l’élévation de côté & du bout, 8c la Fig. 4, qui en repréfènte le plan, fe brifè tant fur la hauteur que fur la largeur ; favoir , les pieds de derrière, Fig. 1, au point a ; de forte que le haut du pied fe reploie de a à b, ce que j’ai indiqué par un demi-cercle ponélué.
- D’après cette brifure, ces pieds, ainfi que ceux de devant, fe brifènt en dedans ; fàvoir, celui à droite ( ou à gauche, ce qui efl égal ), Fig. 2, au point c, d’ou il fe reploie fur la traverfe au point d, & celui à gauche au point e , duquel il fe reploie fur l’autre pied au pointf. Koye^ la Fig. y , qui repréfènte ces pieds ainfi reployés , ainfi que ceux de deflous, dont le mouvement efl indiqué fur les élévations Fig. 1 & 2, par des arcs de cercles ponétués. Voyez auffi la Fig. 6, qui repréfènte ces mêmes pieds brifés& vus en dedans, afin qu’on puiflè reconnoître la première brifure des pieds ou colonnes, que j’ai marquée des mêmes lettres que fur les élévations, pour faciliter l’intelligence du difeours.
- Les pans de ce Lit fe brifent chacun en trois endroits ; fàvoir, au milieu a,
- Fig. 4,8c aux deux bouts bby \ environ 3 pouces de leur aflèmblage ; de forte qu apres avoir ôté les écharpes du dedans, 8c la traverfè du milieu, comme je
- p.685 - vue 92/284
-
-
-
- Planche
- 686 MENUISIER, ÎII. Pan. Secl. IL Chap. VIL
- - le dirai ci-après ,on reploie les pans en dedans, l'un à droite 8c l'autre à gauche, de maniéré qu'ils viennent rejoindre les traverfes des bouts aux points c , c. Voye^la Fig. 8 , qui repréfente ce Lit ainfi ployé vu en deffos.
- Chacune des brifures des pieds efl: garnie de deux charnières de fer, Tune dont la goupille efl: rivée 8c attachée fur les deux bouts du pied,& l'autre attachée de même fur ces pieds, mais dont la goupille efl: mobile, de maniéré qu'elle s'ôte pour brifer le pied , & fe remet pour le tenir droit, comme on peut le voir dans la Fig. 3 , oii cette goupille mobile a un œil à la tête pour palfer une chaîne qui efl: attachée au pied , de crainte qu'elle ne fe perde.
- Les écharpes des bouts font jointes enfomble par une charnière d, Fig,, 4, & on les fait entrer par leurs extrémités dans des mortaifos pratiquées à cet effet dans le milieu de la traverfe 8c dans les pans, dans lefquels on ne peut cependant les faire entrer qu'en brifànt une des deux écharpes, ce qui fe fait de la maniéré iiiivante :
- On fait dans chaque bout des deux pièces*/!, B, Fig. 9 , deftinées à faire une écharpe brifée, deux entailles a-, b, for le plat, d'environ un pouce de long , plus larges du bout que de fond, afin de rendre les pièces plus fortes de ce côté. Ces deux entailles doivent être parfaitement égales, afin que le plein d'une piece remplifle le vuide de l'autre ; & pour rendre le joint de ces entailles plus folide, on fait aux deux bouts de chaque piece de petites languettes, lefqueiles les empêchent de fe déranger ; enfoite on arrête les deux pièces enfemble par le moyen d'une charnière C, placée for leur champ, de maniéré quelles peuvent s’ouvrir ou fe fermer félon qu'on le juge à propos, & qu'on les retient enfoite fermées par le moyen d'une chape de fer D, qu'on fait gliffer for le joint après qu'on l'a fermé, ainfi que je l'ai indiqué dans cette Figure par des ponctuations, & qu'on peut le voir dans la Fig. 10, qui repréfente cette écharpe vue for le champ, 8c la chape de fer à fa place.
- D'après ce que je viens de dire , il efl: fort aifé de voir qu’après avoir fait entrer l'écharpe droite dans le pan du Lit au point e, Fig. 4,011 fait entrer les deux bouts joints enfemble dans la traverfe ; enfoite la brifore de l'autre écharpe étant ouverte, on fait entrer fon tenon dans l'autre pan, au point f; puis on referme la brifore, dont l'ouverture, en raccourciflànt l'écharpe, facilite l'entrée du tenon ; & on fait gliffer la chape g fur le joint de la brifore de l'écharpe, qui alors devient auffi folide que fi elle étoit d'une feule piece, 8c par ce moyen on retient les pans en place.
- La traverfe du milieu de ces Lits fe brife également en deux parties, de la même maniéré que les écharpes, foit for le plat, comme à celle hi9 Fig. 4, ou for le champ , comme celle repréfentée dans la Fig. 7, qui eft, je crois , la meilleure maniéré.
- Les brifores, tant de la traverfo du milieu que des écharpes, font non-feule-mept néceffaires pour retenir les pans en place , mais encore pour faire bander le
- coutil
- p.686 - vue 93/284
-
-
-
- Section III. Dejcription des Lits de campagne , ôCc.
- coutil qui eft attaché deflùs, lequel fert de fond au Lit. Ce même coutil fert : aufli de doflier, & eft pour cet effet attaché fur une traverfe A B, Fig. 2, laquelle entre dans des pitons placés derrière les pieds y avec lefquels on l’arrête par le moyen de deux crochets.
- Ces Lits n’ont point de pavillon , mais feulement quatre barres qui entrent dans des goujons placés au bout des pieds , ainfi qu’on peut le voir aux Fig. I 2, où cette barre eft brifée en deux parties pour tenir moins de place lorfque le Lit eft démonté.
- Comme ces Lits font fujets à être montés & démontés fouvent, le bout des barres qui en font le ciel ou pavillon , eft garni de fer, afin quelles ne foient pas fi fujettes à fe caffer, ainfi que les tenons des écharpes Sc de la traverfe du milieu du Lit , qu’on fait pareillement de fer, afin qu’ils réfiftent plus longtemps , & que les mortaifes deftinées à les recevoir foient moins grandes, ce qui affbiblit moins les pans.
- Ces fortes de Lits font très-commodes, vu que par le moyen de toutes leurs brifùres, ils n’occupent de place qu’environ 1 5 pouces quarrés, fur 2 pieds & demi à 3 pieds, qui eft leur largeur ordinaire ; de maniéré qu’on peut les mettre dans une efpece de malle ou fàc de cuir deftiné à cet ufàge, ce qui les rend très-faciles à tranfporter j mais en même temps on ne fàuroit difîimuler que ces Lits, lorfqu’ils font bien faits & folidement ferrés , coûtent très-cher ,-vu leur grand nombre de brifures ; de plus , ils demandent un certain temps pour les monter & démonter , & on eft fouvent expofé à en perdre quelques pièces , fur-tout dans une occafion preiïee, comme un décampement précipité, ou toute autre occafion où il eft prefqu’impoffible de ne rien oublier, & d’avoir même le temps de ployer ces Lits ; c eft pourquoi j’ai cru devoir donner un modèle d’un Lit de camp qui, à la vérité, tient un peu plus de place lorfqu’il eft ployé, que celui dont je viens de faire la defcription, mais qui a l’avantage d’être très-facile à monter , & en très-peu de temps, & qui a cela de particulier , que toutes les pièces qui le compofent tiennent enfemble, & ne font par conféquent pas expofées à fe perdre.
- Ce Lit, dont l’élévation eft repréfentée dans h Fig. 9, & le plan Fig. 11, eft compofé de quatre pieds ou montants de 4 pieds de haut, aflemblés à l’ordinaire avec des traverfes, tant par le bas qu’à l’endroit du doffier ; les deux pans qui font brifés au milieu forment deux chaflîs, (fur lefquels eft attaché le coutil qui fert de fond au Lit ) & font arrêtés avec les pieds par le moyen de quatre charnières qui leur donnent la liberté de fe mouvoir quand on le juge à propos ; de forte que quand le Lit eft ployé, le defliis du pan a vient rejoindre le pied au point b9 & celui c va de même rejoindre l’autre pied au point d. Le ciel de ce Lit eft compofé de trois chaftis tous ferrés à charnières, qui s’emploient les uns fur les autres, ainfi que fur les deux pieds d’un des bouts du Lit, & de l’autre ils entrent dans des goujons placés au bout des deux autres pieds, avec lefquels on les arrête avec Menuisier , III. Part. II. Secl. N 8
- Planche
- 249.
- Planche
- 250.
- p.687 - vue 94/284
-
-
-
- Planche
- 688 ME NUIS 1ER, 111. Part. Seü. II Chap. VU
- = des crochets ; de maniéré que quand on démonte ce Lit, le ohaffis ef vient fe coucher fur les pieds en dehors ; celui g h fe reploie fur le .premier, Sc celui i l fur le dernier ; ce que fai indiqué par des arcs de cercles ponétués, qui indiquent les différentes révolutions de ces chaffis ,8c ce qu'on peut voir dans la Fig. 10 , qui repréfènte ce Lit tout ployé, 8c où fai mis les mêmes lettres qu'à l'élévation.
- Lorfque le Lit eft monté, on en retient l'écart par quatre crochets de fer attachés fiir les pieds, 8c on foutient le joint du milieu des pans par deux montants de fer qui ont un retour d’équerre percé d'un trou à fon .extrémité, lequel lèrt à arrêter le pied ou montant de fer avec le pan , par le moyen d'une goupille qui, pafiànt au travers de ce trou , entre dans le pan. Les traverfes du milieu de ce Lit doivent être cintrées en creux , ainfi que celles des chaffis fànglés, afin que le coutil, qui fait le fond de ces Lits, ne porte pas 4effi*s lorfqu'on y eft couché.
- En général, le bois de hêtre fert à la conftruélion des Lits de camp ,8c on doit le choifir très-fàin, vu le peu de grofîeur des pièces qui les compofènt, laquelle efl: néceflâire pour les rendre plus légers.
- La grofleur de leurs pieds doit être de 2 pouces quarrés au plus, la largeur des pans & des traverfes , de 2 pouces à 2 pouces 8c demi, fur 1 pouce d’ipaif-feur ; ainfi du refte des autres pièces , qui doivent être très-légeres.
- Ces Lits ne font fiifceptibles d'aucune efpece de décoration : il fuffit qu’ils folent proprement 8c folidement faits ; c'eft tout ce qui leur eft néceflâire.
- U eft encore une autre efpece de Lit de camp, nommé Lit de fàngle, lequel n eft autre chofè qu une efpece de ployant, dont les traverfes du deflus ont 6 pieds de longueur, & les pieds 3 pieds de hauteur aux plus grands, & % pieds & demi aux plus petits ; ces pieds s'aflemblent à tenon dans les traverfes du haut , à environ 1J pouces du bout, 8c reçoivent par le bas des entre-toifes qui en retiennent fécart.
- Les pieds dès Lits de fàngle font retenus enfemble avec des vis qui paffent au travers , 8c font arrêtées avec un écrou.
- La grofleur des bois des Lits de fàngle doit être depuis un pouce & demi quarré jufqu'à 2 pouces, félon leur grandeur ; 8c on doit obferver d'abattre l'arête intérieure de leur traverfe du haut, afin qu elle ne coupe pas les fàngles qui font attachées deflus.
- Les Lits de fàngle ne font pas, à proprement parler, des Lits de camp, parce qu’ils occupent trop de place, 8c font par conféquent d'un tranfport trop difficile ; ils ne font d’ufàge à la Cour que pour les Gardes, & chez les Seigneurs, dans les anti-chambres, pour coucher les Domeftiques. Les particuliers en font auffi ufàge lorfque le peu d'étendue de leur logement les oblige à faire coucher leurs Enfants ou leurs Domeftiques dans des endroits qui doivent refter libres pendant le jour.
- Les Lits de camp dont je viens de parler, font à l'ufàge de tous les Officiers
- p.688 - vue 95/284
-
-
-
- Secti on III. Defcriptïon des Lits de campagne, SGc. 689 en général ; mais quand le Roi, ou quelqu’autre grand Prince, va à l’armée, 011 leur porte des Lits à peu-près fomblables aux Lits à la Françoife à colonnes, à PLAN Texception que les colonnes fe coupent en deux parties fur la hauteur, 3c que les traverses & les pans du Lit fe démontent tous de la maniéré fuyante :
- On commence par affombler les trayerfes, tant du devant que du derrière , à queue dans les pieds , en obiervant que la queue ne pafle pas tout au travers de ces derniers, 8c quel’arrafoment de la traverfo entre tout en vie d’environ 3 lignes dans le pied , comme on peut le voir aux Fzg. 12 & 14; ce qui étant fait, on perce le trou de la vis ( qui eft placée dans le pan à l’ordinaire ) au travers de la queue, de forte qu’en ferrant la vis, on arrête en même temps la traverfe, par-deflus laquelle on fait paffer les platines AB , CD, Fig. 16 & 17, qu’on prolonge au-delà de L'entaille, & qu’on fait entrer dans le pied, afin quelle ne fo dérange pas en forranc la vis. V^oye^ les Fig. 15, 16 & 17, qui repréfontent la vis avec là platine, vue de côté 3c de face.
- Le fond de ces Lits eft rempli par des fangles ou du coutil attaché for les deux pans , dont l’écart eft retenu au milieu par une traverfe attachée à un des pans par une charnière, & le repioie deffos lorlqu’on démonte le Lit.
- La brifore des pieds fo monte à vis, laquelle tient au bout le plus court, Sc entre dans un écrou placé dans l’autre bout. Voye£ la Fig. 10, qui repréfente un bout de pied avec la vis ; & celle 11, qui repréfente ce même pied en coupe Sc tout monté , afin de faire voir la conftruélion de la vis & de fon écrou, lef quels font adhérents avec les viroles qui embraffent les bouts des pieds à l’endroit du joint. Le haut de ces pieds ou colonnes, eft terminé par un goujon à l’ordinaire, lequel reçoit les bouts du chaffis du ciel du Lit, qui y entrent en entaille l’un for l’autre, Sc dont les extrémités font garnies de fer, ainfi que le repréfente la Fig, 13. Voye{ les Fig. 8 & 9, qui repréfentent les élévations de côté & de face de ce Lit, qui eft celui qui fert au Roi lorfqu’ii va en campagne ,
- Sc qui, lorfqu’ii eft démonté, tient dans un fac de cuir de 13 à 14 pouces de diamètre, for 6 pieds & demi de long.
- Lorfque j’ai parlé des differentes elpeces de Sièges, j’ai fait mention de ceux de campagne, dont j’ai réforvé la defcription avec celle des Lits de cette efpece.
- Les Sièges dont on fait le plus fou vent ufàge à la campagne, font les Ployants, dont j’ai déjà fait la defoription , à l’exception que ceux de campagne font faits le plus fimplement 3c les plus légers poflibles, pour en rendre le tranfport plus facile. D’après les Ployants, on a imaginé des elpeces de Chaifos nommées Perroquets, lefquelles ne font autre chofe que des Ployants auxquels on a ajouté un > doflier. Koye^ les Fig. 1 & 2, qui repréfontent cette Chaife ouverte & fermée.
- Le doflier 3c le deflus de ces Chaifos font garnis de cuir, ainfi que celui des Ployants de campagne ; pour les rendre plus doux, on les a garnis de cuir Sc de crin à l’ordinaire, ce qui a obligé de faire un chaffis pour porter le deflus du fiége , lequel eft attaché d’un bout à charnière avec la trayerfo du haut des pieds
- Planche
- *5
- p.689 - vue 96/284
-
-
-
- 690 MENUISIER , HL Part. Sccl.IL Chap. FIL
- de devant, & de l'autre vient s'appuyer fur celle de derrière , comme on peut le Planche voir dans la Fig. 3 : lorfque le Siège eft ployé , ce fiége fe rabat en devant, 2<* *°% Voye£ la Fig* 4*
- ' La conftruétion de ces fortes de Chaifes eft fort fimple ; leurs bâtis ne font que des bois droits & unis, d'un pouce 8c demi de largeur, for un pouce d'épaifleur : leur hauteur de fiége efl: toujours la même ; il n'y a que leur largeur, qu'on réduit à 14 ou 15 pouces au plus, afin qu'ils tiennent moins de place.
- On fait encore une autre efpece de petits Sièges fans doflîer, lefquels font d'une très-bonne invention pour tenir moins de place lorfqu’ilsfontployés. Ces Sièges ife nomment Echaudés, & font compofés de trois montants de 26 pouces de long, d'une forme triangulaire par leurs plans,de forte qu'ils forment les trois enfemble un faifeeau de 2 pouces de diamètre, en obfervant qu'ils ne joignent pas exactement lùr l'arête du dehors , afin d'en faciliter l'ouverture. Foye^ la Fig. 8. Ces trois montants font retenus enfemble par trois goujons faits d'une feule piece, & difpofés trianguiairement, lefquels paflent au travers des trois montants , & au dehors defquels ils font rivés, de maniéré que les montants s'écartent tous les trois également & forment le fiége. Voye[ la Fig. 6, qui en repréfente l'élévation, 8c la Fig. 7 , qui en repréfente le plan tant fermé qu’ouvert, où les bouts des montants font cotés des mêmes lettres. Voyez pareillement la Fig. y , qui repréfente l'Echaudé tout fermé avec les rivures des goujons, lefquels font placés à 2 pouces plus haut que le milieu , afin de donner plus d'empalement à ce Siège, dont le defliis n’eft autre chofe qu'un morceau de cuir ou de forte étoffe attaché au bout des trois montants.
- On fait aufli des Fauteuils de campagne, lefquels fe ploient for la largeur, de forte que les deux côtés reftent tout montés, n'y ayant que les traverfes de devant 8c de derrière qui fe brifent en deux parties au milieu 8c fe repouflent en dedans. Les traverfes des dofliers fe brifent aufli au milieu, mais for le champ ; de forte quelles viennent fe rabattre for le champ des battants. Toutes ces bri* fores font fçrrées avec des couplets, & fe retiennent en place avec des crochets.
- Il y a de ces Fauteuils dont la brifure n’eft pas au milieu, mais au contraire à l'endroit de l'arrafement, ce qui eft plus propre, mais ce qui demande plus de précaution pour les bien ferrer. Il y en a d’autres dont le devant, le derrière & le fiége fe féparent & s'enveloppent féparément, & fe raffemblent enfoite fort aifément par le moyen des crochets qui font placés à l'endroit des afiem-blages. Je n'ai pas fait de Figures de ces Fauteuils, parce quelles m'ont paru inutiles, ce que je viens d'en dire étant foffifànt pour en faciliter l'intelligence.
- ---« On fait aufli des Tables de campagne, dont le deflus & le pied fe brifent ,
- Planche ^ cependant tiennent enfemble pour être plus faciles à tranfporter.
- * * Le deffos de ces Tables eft compofé de deux pièces for la largeur, emboîtées
- à bois de fil, & jointes enfemble à rainure 8c languette, comme le repréfentent Us Fig. 2, 3 (S’/.LepieddecesTabieseftcompoféde quatre chaflîs qui s’attachent
- deux
- p.690 - vue 97/284
-
-
-
- Section 111. Description des Lits de campagne, <3Cc. 691
- deux à deux aux deux bouts de la Table , auxquels ils font arrêtés avec des charnières, en obforvant d’en faire un plus court de l’épaifleur de l’autre , afin que quand ils font ployés, le taffeau qu’on attache à la Table pour regagner cette différence de hauteur , écarte le fécond chaflîs de la Table de l’épaiffeur du premier qui, étant ployé, vient joindre deffus. Voye{ la Fig. 1, où la révolution du premier chaflîs a b vient fo terminer fous la Table au point e ; & celle du fecond chaffis d e , fo termine for le fécond chaflîs eny; ce que je dis pour un côté de la Table, doit s’entendre pour l’autre, comme on peut le voir dans la Fig. j , qui repréfente la Table toute ployée, & les chaflîs de pied à leur place & cotés des mêmes lettres que dans la Figure première, Voyez auflî la Fig. 2, qui repréfente la Table vue par le bout avec l’entre - toife g, qui fert à retenir l’écart des pieds , laquelle fe fait de bois plein ou bien d’aflem-blages, comme la Fig. 6, afin quelle foit plus légère. On fait encore d’autres Tables de campagne à pieds de biche , comme Tables de jeu & autres, dont les pieds fe reploient en deflous diagonalement, & font ferrés avec des charnières, qu’on arrête en place avec des vis.
- On fait auflî des Tables de nuit, des Chaifos d’aifànce & des Bidets, dont les pieds fe ploient auflî en deflous, ou fe rapportent & s’arrêtent avec des vis, afin qu’elles foient plus aifées à tranfporter, & leurs pieds moins fojets à être c-afles , ce qui arriveroit fouvent dans le tranfport, foit en les chargeant ou en les déchar-* géant ; c’eft pourquoi on prend la précaution d’en ployer les pieds, ou de les ôter tout-à-fait lorfqu’ils peuvent être contenus dedans, ce qu’il eft facile de faire aux Chaifes percées & aux Bidets fermés.
- Je ne m’étendrai pas davantage au fojet des Meubles portatifs, parce que ce que j’en ai dit eft plus que foffifànt pour pouvoir en faire de toutes les façons & félon les différents befoins, qui, d’ailleurs, font moins étendus dans un camp ou dans un voyage, que dans les villes, où ils femblent renaître avec la facilité de les fatisfaire.
- Section Quatrième,
- Defcription des Lits de repos ; des Berceaux & Lits d!enfants*
- Les Lits de repos ne different des Lits ordinaires ( c’eft-à-dire, des Lits à la Françoife, ) que par leur largeur & par la hauteur de leurs pieds, lefquels font non-feulement beaucoup plus bas que ceux de ces derniers, mais encore font chevillés avec toutes les traverfos qui compofent leur pourtour ; de forte qu’un Lit de repos n’eft autre chofe ( du moins pour la conftruélion ) qu’une elpece de long Siège très-bas, avec un, ou quelquefois deux doflîers, fur lequel on fe couche dans la journée lorfqu’on veut prendre quelque repos.
- En général, les Lits de repos, tels que les repréfente la Fig. r , ont 6 pieds de longueur, for 2 à 2 pieds 8c demi de largeur au plus, & un pied de hauteur, Menuisier , 111. Part. II. Se&. O S
- Planche
- 251.
- Planche
- 252,
- p.691 - vue 98/284
-
-
-
- é9i MENUISIER, I1L Part. 5*#. IL Chap. VIL
- — prjs du dejfTus des pans ou traverfes ; leurs doffiers doivent avoir 15 à 18 pouces Planche de hauteur, pris du deflus de ces mêmes pans, au-deffus defquels les pieds de 2^2° devant, lorfquils n’ont point deux doffiers, doivent affleurer, comme je l’ai obfervé dans cette Figure. Comme les Lits de repos ne font couverts que d'un couffin, on les fangle & garnit comme les Sièges dont j ai parlé ci-deffus ; c’eft pourquoi on doit avoir foin en les conftruifant, de les difpofèr en ràifon de leurs différentes garnitures, ainfi que ces derniers.
- Les Lits de repos peuvent être décorés très - richement, félon le rang ou l’opulence de ceux pour qui ils font deftinés ; &de quelque façon qu’ils le foient, ils font toujours rçiieux que les autres meubles qu’on leur a fobftitués, qui, à la vérité, annoncent plus d’élégance & de richeffe que les Lits de repos ordinaires , mais qui n’auront jamais, comme eux, le mérite de la vraifemblance , ce qui efî fort à confidérer.
- Les Lits d’enfants repréfentés Fig, 2 9 3 & 4 , font compofés de quatre pieds d’environ 2 pieds 6 pouces à 3 pieds de hauteur, dans lefquels viennent s’afo fembler au pourtour des échelles ou cotés, d’environ 12 à x y pouces de hauteur ^ de maniéré qu’ils font comme des caiffes percées à jour, dans lelquelles on place les matelas & le relie de la garniture du Lit , afin qu’ils ne puifïent pas fë déranger , & que l’enfant ne foie pas en danger de tomber hors du Lit, pour peu qu’il falîe quelque mouvement , ce qui arriveroit fi l’on n’avoit la précaution d’y faire des côtés ainfi élevés. Au chevet de ces Lits on y fait une arcade compolee de trois bandes de bois très-mince, laquelle fert comme de pavillon au-deflus de la tête de l’enfant, du deffus de laquelle on place le rideau qui couvre tout le Litj dont la longueur eft de 3 à 4 pieds, fur 2 pieds à 2 pieds & demi de largeur* Ces Lits doivent être très-légers, en leur confervant toutefois la folidité nécefo faire ; & on doit les faire avec beaucoup de propreté & de précifion, pour éviter, autant qu’il eft poffible , la vermine qui pourroit s’y introduire.
- Les Lits d’enfants ne fe démontent pas ; mais ils font chevillés dans toutes leurs parties, tant du fond que des côtés, lefquels font ordinairement remplis par des baluftres ou autres ornements, afin de les rendre plus légers. Voye[ les Fig, 2 , 3 & 4 .
- Les Berceaux font de petits Lits dans lefquels on couche ordinairement les enfants julqua l’âge de deux & même trois ans : ils ne different de ceux dont je viens de parler, que par la grandeur & par la forme de leurs pieds, lefquels font affemblés par chaque bout dans un patin arrondi en defibus & for la longueur , ce qui eft néceflaîre pour que quand l’enfant eft couché, on puiflè le bercer, c’eft-à-dire, agiter fon lit de côté par un mouvement doux & égal, qui l’excite au fommeil, & charme en quelque façon la douleur, qui, quelquefois , l’empêche de dormir tranquillement.
- Le cintre de ces patins doit être très-doux, un pouce & demi étant foffifânt, fur 2 pieds & demi de longueur, fur-tout quand le Berceau eft élevé à 2 pieds
- p.692 - vue 99/284
-
-
-
- Section IV. Defcription des Lits de repos ; des Berceaux, SCc. 6$3
- ou 2 pieds Sc demi de hauteur , ce qui eft néceftàire pour que la Nourrice foit à portée de bercer l'enfant pendant la nuit. Les Berceaux n ont guere que 2 pieds Sc demi à 3 pieds de longueur, fur 2 pieds de largeur au plus. On les fait ordinairement de bois plein ; cependant je crois quil feroit mieux de les faire à jour comme les autres Lits d'enfants, fur-tout le fond, afin d'en lai (Ter plus aifément évaporer l'humidité. On pourroit même pratiquer en deffous un elpace en forme de boîte, comme aux Chaifes percées, dans lequel tomberaient les excréments de l'enfant , ce qui fuppoferoit que les matelas feraient percés, comme on le fait à la Virginie, en Turquie, Sc ailleurs, où cette précaution difpenfe de beaucoup d'autres, & même de bercer les enfants, ce qui, d'ailleurs , eft une allez mauvaife méthode , comme le prouve très-bien M. de Buffon, dans fon Hiftoire Naturelle de l'homme, Tome IF, page 193 , & fuivantes.
- Voilà en général la defcription de tous les Lits dont on fait ufàge en France, du moins de ceux dont la conftruéHon regarde le Menuifîer, laquelle, ( ainfi que celle des Sièges dont j’ai déjà parlé ) j'ai fait le plus fuccinélement qu'il m'a été pofïibie, fans cependant rien négliger de ce qui pourroit en faire connoxtre les différentes formes, Sc les différences qui fe trouvent entre chaque efpecô de Lits, qui, quoique deftinés aux mêmes ufàges , font, comme on l’a pu voir , fiifceptibles de beaucoup de variétés, tant dans la décoration que dans la conf-truélion, ce qu'il étoit elîentiel de faire connoître, non-feulement aux Menui-fiers, pour lefquels cet Ouvrage eft particuliérement deftiné, mais encore pour la poftérité à venir , qui verra , peut-être avec furprifc, que des hommes , que la Nature a doué des mêmes fens, Sc par conféquent des mêmes befcins, aient tant varié fur la maniéré de les fatisfaire ; Sc que les Meubles, que les uns regardent comme d'une nécefllté indifpenfable, font totalement inconnus des autres, ou du moins confidérés comme inutiles aux befoins de la vie , Sc même d'un ufàge incommode & fuperflu.
- La même variété fe rencontrera dans la defcription des autres Meubles dont il me refte à traiter , comme les Tables & les Bureaux de toutes fortes, les Armoires, les Commodes, Sc une infinité d'autres Meubles qui font faits à l'inftar de ces derniers , auxquels ils reilemblent toujours en quelque partie , Sc dont, abftraélion faite de la grandeur, ils ne different que de nom, ainfi qu’on a déjà pu le remarquer, & qu'on le verra dans la fuite de cette Partie de mon Ouvrage.
- IM www iwrrrnrrmrrrr^ "1
- Planche
- 252,
- p.693 - vue 100/284
-
-
-
- <$94 ME NUISIE R, III. Pan. Secl. II. Chap. VIII.
- Planche
- 2)3*
- CHAPITRE HUITIEME.
- Des Tables en général ; de leurs différentes ejpeces.
- ApRÊ s les Lits 8c les Sièges, les Tables font les Meubles les plusanciensy ou du moins les plus utiles. Le nombre des Tables d’ufàge actuellement eft très-confidérable : il y a des Tables de cuifine, des Tables à manger, des Tables à jouer, des Tables à écrire, des Tables de toilette, des Tables de nuit, de Lit, &c, lefquelles font toutes compofées d’un defliis & de piufieurs pieds, &quî ne different entr’elles que par la grandeur 8c la forme de leur deflus , ou par celle de leurs pieds ; c’eft pourquoi avant d’entrer dans aucun détail au fojet de ces différentes Tables, ( qu’on peut confidérer comme faifant trois efpeces différentes ; fàvoir, les Tables à manger, celles à jouer, & celles à écrire, ) je vais traiter des différents pieds de ces mêmes Tables en général, afin de ne me point répéter lorfque je viendrai à leur détail particulier.
- Les pieds de Tables font de deux efpeces ; fàvoir, ceux qui font immobiles J comme les Fig, i & 2 , & ceux qui fe ploient, comme celles 3,4 .& y. Dans le premier cas, les pieds font compofés de quatre pieds ou montants, de quatre traverfes par le haut, 8c de quatre autres par le bas, comme la Fig, 1, ce qui eft la maniéré la plus folide de faire les pieds de Tables ; quelquefois on n y met que deux traverfes par les bouts, avec une entre-toife, ou bien deux traverfes par les bouts 8c une par le côté, de forte qu’il y a un côté de libre pour paffer les jambes, ce qui eft néceflàire aux Tables à écrire, & à celles de toilette.
- Ces fortes de pieds font, comme on peut le voir, très-folides ; cependant on leur préféré fouvent ceux à pieds de biche, repréfentés Fig, 2 , lefquels, quoique moins folides que les premiers, ont l’avantage d’être d’une décoration moins lourde, & de ne point gêner en aucune maniéré ceux qui font aflis autour, foit pour jouer ou pour écrire , ce qui eft fort à confidérer, fur-tout quand ils n’auront pas befoin de beaucoup de force, ou qu’ils ne feront point fujets à être fouvent changés de place ; car dans ce dernier cas il faudroit faire ces pieds comme la Fig, 1, à moins que les Tables ne fuffent très-légeres, comme de petites Tables à écrire, des Tables à jouer, & autres de cette efpece.
- Les pieds de Tables brifées, ou ployants, font de deux fortes ; fàvoir, ceux en x, foie en élévation, comme la Fig, 3 , foit en x en plan, comme la Fig, 4 < 8c ceux à chaiïis brifés, comme la Fig, j ; dans le premier cas, Fig, 3 , ces pieds font compofés de deux chalîis affemblés en chapeau par un bout, lefquels doivent avoir environ 2 pieds & demi de longueur chacun, fur une largeur égale à celle de la Table, moins % à 3 pouces, félon la plus ou moins grande * largeur
- p.694 - vue 101/284
-
-
-
- Des Tables en général ; de leurs différentes efpeces. 69$
- largeur de cette derniere. La largeur des pieds dont je parle, ne doit pas être prife «..
- du dehors de leurs montants, mais des extrémités des traverfes en chapeau, au bout PlanoiSs dune defquelles on fait des tourillons a, b, qui fo meuvent dans des charnières attachées au-deflus de la Table, comme je le dirai ci-après. Le chaffis qui porte les tourillons doit être le plus étroit, afin qu’ en arrondiffimt ces derniers, il refte de l’épaulement à la mortaife qui reçoit le montant, ce qu’on ne pourroit faire à l’autre chaffis, à moins que de le reculer beaucoup, Sc par conféquent rétrécir les chaffis tant intérieurs qu’extérieurs, & diminuer en même temps de l’affiette du pied, qui n’en a jamais trop dans le cas dont il eft ici queftion.
- Les deux chaffis du pied de Table dont je fais la defcription , font arrêtés enfemble au milieu de leur longueur par un tourillon de fer qui entre dans chacun des montants, à environ la moitié de leur largeur, ce qui fait qu’on ne peut cheviller le chaffis le plus large , qu’après y avoir placé les tourillons , auxquels 1 à 3 lignes de diamètre ffiffifent pour qu’ils aient toute la folidité convenable.
- Je viens de dire qu’on plaçoit les tourillons à moitié de la longueur du chaffis ; cependant fi on vouloît donner plus d’empalement au pied, on pourroit les placer un peu plus haut, ce qui n’y fait d’autre changement que d’en augmenter un peu la longueur des montants ; c’eft pourquoi lorfqu’on fera de ces fortes de pieds, on fera très-bien d’en tracer l’élévation , afin d’avoir au jufte la longueur des montants, la place des charnières, Fig.8, &des crémaillères, Fig.9, lefquelies s’attachent fous la Table, comme on peut le voir à la Fig. 7, qui repréfente le pied ployé fous la Table AB9 qu’il déborde d’environ 5 à 6 pouces d’un bout, du moins pour l’ordinaire.
- Les charnières Fig. 8, (que les Menuifiers nomment improprement tourillons) fe font en bois de hêtre, d’environ un pouce d’épaiffeur, & de J à 6 pouces de longueur, au milieu defquels, & à environ 6 lignes du deffbus, c’eft-à-dire, de la partie droite, on perce un trou rond a, d’environ un pouce de diamètre, dans lequel entrent les tourillons de la traverfe du pied. Ces charnières s’attachent fous la Table avec des clous, ce qui eft la maniéré la plus ordinaire ; cependant il eft beaucoup mieux'de les faire entrer en entaille, de l’épaiffeur de leur joue , dans le deffous de la Table, indiqué par la ligne b c, ce qui eft non-feulement plus folide , mais encore ce qui fait que le deffius de la traverfo du chaffis porte également dans toute la largeur de la Table.
- Les crémaillères repréfentées Fig. 9 , fe font de même bois & de même épaif-feur que les charnières, & s’attachent fous la Table avec des clous ainfi que ces dernieres ; de forte qu’on eft obligé de faire des entailles c d, Fig. 3, dans lefquelies entre la joue de la cremaillere, qu’il feroit bon de faire entrer en entaille dans la Table de cette épaiffieur, afin quelle y fût attachée plus folide-ment, & qu’on ne fût pas obligé de faire d’entaille à la traverfe du pied, ce qui lui conferveroit toute fa force ; cependant comme ces entailles fervent à retenir Menuisier , 111. Part, Se cl. IL PS
- p.695 - vue 102/284
-
-
-
- 6$6 MENUISIER, III. Part. Seci. IL Chap. VIII.
- ——~ le pied en place, ou du moins à l'empêcher de varier, on peut laiHer faillir la Planche cremaiilere d'environ 2 lignes d'après le nud de la Table, indiqué par la ligne 2 H* de, ce qui ôte moins de la force de la traverfe, & eft fuffifant pour empêcher le pied de varier. Les cremailleres ont ordinairement deux crans f8cg, afin de pouvoir hauflèr & baiflbr la Table comme on le juge à propos , ce quon fait en changeant la traverfe du chaflis d’un cran à l'autre, en oblèrvant que le cran le plus éloigné fe trouve difpofé de maniéré que le pied y foit à fa hauteur ordinaire, qui eft, pour les Tables à manger, ( auxquelles ces pieds font d'ufage) de 25 à 26 pouces du deflbus de la Table.
- Ces fortes de pieds ne font d’ulàge qu’aux Tables à manger de moyenne grandeur , & font d'ailleurs aflez incommodes & peu folides, leurs pieds gênant ceux qui font placés autour ; c eft pourquoi on doit leur préférer ceux en X fur le plan repréfonté Fig. 4, lefquels font plus folides, moins embarraftànts & moins compliqués , quoique conftruits à peu-près de la même maniéré, comme on peut le voir dans cette Figure, dont l'infpeétion feule eft fuffifànte.
- Le haut des battants de ces fortes de pieds , doit défaffleurer la traverfe d'environ 5? lignes ou 1 pouce, ce qui leur eft néceflàire pour leur conferver de l'épaulement ; cette faillie eft auffi néceflàire pour entrer dans des entailles qu'on pratique au-deflbus de la Table, afin de retenir le pied en place ; quelquefois on ne fait pas d’entaille au deflbus de la Table, mais on y rapporte des taquets ou mentonnets, dans lefquels entre le bout des battants.
- Ces fortes de pieds de Table font très-commodes pour les Tables à manger d'une certaine grandeur, parce qu'ils ne gênent en aucune maniéré ceux qui font placés autour, & qu'ils tiennent peu de place lorfqu'ils font ployés, comme on peut le voir dans la Fig. 6, qui repréfente ce pied tout ployé & vu en defliis, ce qui doit faire préférer ces fortes de pieds à tous autres pour les Tables à manger de moyenne grandeur ; de plus, ces pieds font d'une conftruélion très-fïmple, 8c par conféquent peu coûteux, ce qui eft une raifon de plus pour les faire préférer.
- Il fe fait d'autres pieds brifés, beaucoup plus compliqués que ceux dont je viens de parler, mais qui font en même temps plus folides. Le pied repréfonté Fig. J, eft compofé de 6 chaflis, ou , pour mieux dire, de quatre, dont deux de côté, & deux des bouts, lefquels fe brifent chacun en deux parties au milieu de leur largeur. Ces chaflis font ferrés de fiches à broches en dedans fur les chaflis de côté, & au milieu des deux en dehors ; de forte que quand on veut les ployer, on les fait rentrer en dedans de chaque côté, ce qui fait que ces pieds ainfi ployés , n ont guere que 5 pouces d epaiflbur, comme on peut le voir à la Fig. 10, qui repréfente ce pied ployé & retenu en place par un crochet de fer a b, que l'on ôte lorfqu'on veut l’ouvrir.
- Quand ce pied eft ouvert, on le retient en place par un crochet de fer plat c d, Fig. ÿ , qui eft placé derrière la brifure du milieu ; on a auffi la coutume d'y mettre par le bas une entre-tcûfo mobile, qui n'eft autre çhofo qu'une planche
- p.696 - vue 103/284
-
-
-
- Des Tables en général ; de leurs différentes efpeces. 697
- d'une longueur égale à celle du pied, 8c affez large pour quelle puifle embraflec les deux battants du milieu qui entrent en entaille dans les bouts de cette entre- Planche toife, qu'on fait quelquefois d’affemblage pour la rendre plus légère , ainfi que celle des Tables de campagne, repréfentée dans la Fig. 6 , PL 251.
- Ces fortes de pieds font très-folides & fort en ufàge pour les Tables à manger d une moyenne grandeur, dont la grande faillie d’après le pied, fait que ce dernier ne peut pas nuire à ceux qui font affis autour de la Table.
- Il y a des pieds de biches, comme la Fig. 2, qui fe brifent de la même maniéré que ceux dont je viens de parler, c’eft-à-dire, qui le brifent dans le milieu des traverfes des bouts, lefquelles au lieu de tenon, n’ont qu’un bout de languette qui entre dans le pied de biche fur lequel ils font ferrés.
- On fait auffi une languette à la brifure du milieu de ces traverfes, 8c on obferve d’y faire un épaulement em deflus 8c en deflous, pour qu elles foient plus folides. Ces fortes de pieds font fort en ulage ; cependant comme ils font peu folides, quelque foin que l’on prenne en les ferrant, on doit leur préférer les pieds à chaffis brifés, Fig, y, pour les grandes Tables, ou bien celui repré-fenté Fig. 4, pour les petites.
- La grandeur des pieds de Tables à chaflîs, varie depuis 3 pieds de long, fur 2 pieds 3 pouces de large, jufqu’à 6 pieds, fur 4 pieds 6 pouces fur la hauteur de 2y à 26 pouces, ce qui eft général pour toutes les Tables à manger; ce qui ne peut être autrement, puifque cette hauteur eft bornée par celle d’une perfonne affilé , au-de flous des coudes de laquelle il faut que le deflus des Tables affleure , du moins pour ceux d’une grandeur ordinaire, ce qui donne ordinairement 26 à 27 pouces de hauteur du deflus des Tables. Quant à la grofleur des bois de ces pieds ,10 lignes ou un pouce d’épaifleur leur fufEfent, fur un pouce & demi ou 2 pouces, 8c quelquefois 2 pouces & demi pour la largeur des battants, félon la grandeur des pieds ; leurs traverfes doivent être un peu plus larges que les battants à proportion, fur-tout celles qui affleurent au bout de ces derniers, afin de conferver de la force aux aflemblages.
- Voilà en général le détail de toutes les différentes efpeces de pieds de Tables d’ufàge, tant pour les Tables à manger, que pour celles à jouer 8c à écrire , lefquelles , a quelques changements près, font toujours d’une même forme; cependant comme il y a des Tables de jeu dont les pieds fe brifent d’une maniéré différente de celles dont j’ai parlé ci-deflus, j’aurai foin, en parlant de ces Tables, de faire le détail de leurs pieds, du moins quant à ce qui différé de ceux dont je viens de parler. On fait auffi des pieds de Tables très-riches, qui font deftinés à porter des deflus de marbre, foit pour fervir de buffets dans les fàlles à manger, foit dans les autres appartements. Ces fortes de pieds de Tables font prefqu’entié- v rement du reflort du Sculpteur, auquel les Menuifiers les préparent en malle, ce qui fait qu’il n’y a pas beaucoup d’ouvrage pour le Menuifier; c’eft pourquoi je me contenterai d’en donner quelques exemples pour ne rien laifler à délirer à ce Jujet*
- p.697 - vue 104/284
-
-
-
- Planche 2 SI*
- \
- /
- 69S ME NUIS 1ER, III: Part. Sec1 IL Chap. FI1I.
- Avant de parler des Tables à manger, il eft bon de dire quelque chofe de •celles de cuifine, lefquelles fe font ordinairement d’une forte épaiflèur & de bois dur, pour réfifter plus long-temps au travail qu’on fait deflus ces Tables ou Etablis , ou Etaux.
- Ces Tables font compofees de quatre pieds de bois de chêne, de 3 à 4 pouces de largeur , fur 2 pouces & demi à 3 pouces d’épaiflèur , félon la grandeur de la Table , dans le bas defquels font aflèmblés deux traverfes & une entre-toife de pareil bois , & de 2 pouces d’épaiiTeur, fur une largeur égale à celle des pieds, du moins pour les traverfes, auxquels il eft bon de faire un aflèmblage double pour rendre fouvrage plus folide.
- Le delfus des Tables de cuifine fe fait d’une table ou madrier de bois de hêtre de forte épaiflèur, dans lequel on aflèmble les pieds foit à tenon & à queue, comme aux Etablis de Menuifiers, ou bien avec des aflèmblages doubles > ce qui eft à peu-près égal. Dans l’un ou l’autre cas, il eft bon, pour plus de propreté, que les aflèmblages ne paflènt pas au travers du deflus, ( afin qu’il foie plus aifé à nétoyer & à redrefîer à mefure qu’il s’ufe ) , mais qu’au contraire ils n’aillent guere qu’aux deux tiers de fon épaifleur, ce qui eft fitffifant, à condition .toutefois qu’ils feront aflèmblés bien juftes.
- Les Tables de cuifine fè font depuis 6 pieds jufqu’à 12, 8c même 15 à 18 pieds de longueur, fur 18,24, & 36 pouces de largeur ; mais ce qui eft très-difficile à trouver fans fentes ni autres défauts.
- L’épaiflèur de ces Tables varie depuis 4 jufqu’à 6 pouces, & même plus, s’il eftpoffible , la grande épaifleur leur étant très-néceflaire, vu qu’on les redrefîè de temps en temps , ce qui la diminue allez promptement.
- En général, les deflus de Tables de cuifine doivent être difpofés de maniéré que le côté du cœur fe trouve en deflus, afin qu’en fe tourmentant , ils ne faflent que fe bougir de ce côté , à quoi on peut remédier aifément ; de plus, on peut obvier à cet inconvénient, du moins en partie, en choififlant le bois le plus fec poflible , lequel alors ne fait que très-peu d’effet.
- Quand les Tables de cuifine font d’une très-grande largeur, il eft bon dafîèm-bler dans le haut de leurs pieds des traverfes, dont le deflus affleure avec les arra-fements de ces derniers, afin que la Table foit fupportée dans toute fà largeur.
- Que les Tables de cuifine fbient larges ou étroites, il eft bon d’en garnir les deux extrémités avec des nerfs de bœuf attachés deflus, qui les empêchent de s’ouvrir , & fe retirent avec elle, ce qui vaut beaucoup mieux que d’y; mettre des liens de fer, lefquels, à la vérité, les empêchent de s’ouvrir, mais qui, lorfque les Tables viennent à fè retirer, les font fendre , vu qu’ils ne fè prêtent pas à cet effet. La hauteur des Tables de cuifine eft de 28 à 30 pouces, & on y met deffous un ou plufieurs tiroirs, félon leur grandeur ou la volonté de ceux qui en font ufage.
- On fait encore d autres Tables de cuifine, nommées Tour a pâte, lefquelles
- font
- p.698 - vue 105/284
-
-
-
- Section L Des Tables à manger ; de leurs formes, SCc. 6$<) font compofées d’un pied, comme la Fig* r , PL 2 J3 , 8c d’un defliis de bois — ^ de chêne d’un pouce d’épaifleur au moins, au pourtour duquel, du moins de Planche j trois côtés, eft placé un rebord de 6 à 8 pouces de hauteur par derrière , 8c dont les côtés font chantournés en venant à rien fur le devant.
- La conftruétion de ces Tables n’a rien de particulier ; il ne leur faut que de la folidité & de la propreté for-tout pour le defliis, qu’on doit faire de beau bois plein 8c uni : la hauteur de ces Tables eft à peu-près la même que pour celles de cuiftne , for 2 pieds de largeur au moins, & environ 6 pieds de longueur > du moins pour l’ordinaire.
- Section Première.
- Des Tables à manger ; de leurs différentes formes & conf raclions*
- Les Tables à manger ne font fofoeptibles d’aucune décoration ; elles ne ----------
- confiftent qu’en plufieurs planches de lapin, ou autre bois léger, jointes Planche enfomble à rainures & languettes, & emboîtées de chêne par les bouts. Ces Tables ou, pour mieux dire , ces deflus de Tables, font à peu-près tous d’une même forme, c’eft-à-dire, d’un parallélogramme plus ou moins grand, félon le nombre de couverts qu’ils doivent contenir. Anciennement on faifoit les Tables à manger d’une forme ronde ou ovale ; mais préfentement on en fait peu d’ufàge. La grandeur des Tables fo détermine, comme je viens de le dire, parle nombre des couverts qu’on doit y placer, lefquels doivent occuper au moins 2 pieds de place chacun, 8c 2 pieds 8c demi ou 3 pieds au plus, for-tout quand il y a beaucoup de Dames à un repas , vu que leurs habits tiennent beaucoup plus de place que ceux des hommes.
- On peut confidérer les Tables à manger comme faifànt trois efpeces différentes pour la grandeur ; lavoir, les grandes, les moyennes 8c les petites.
- Les petites Tables à manger font celles à quatre couverts, lefquelles ont depuis 3 pieds jufqu’à 3 pieds 8c demi de longueur, for environ 2 pieds 6 pouces de largeur. Celles à fïx couverts qui doivent avoir 4 pieds de long au moins, for 3 pieds 3 pouces de large ; celles de huit couverts qui doivent avoir 6 pieds de longueur, for 4 pieds de largeur au moins, afin qu’on puifle y placer un couvert par chaque bout, 8c trois de chaque côté ; enfin les Tables de 10 cou- -verts, qui doivent avoir 6 pieds de longueur au moins, for y de largeur, ainfi que celle ABCD> Fig* r. Les moyennes Tables font celles qui contiennent depuis 10 jufqu’à 16 8c même 20 couverts, 8c dont la longueur eft depuis 6 jufqu’à 14 pieds, for 7 à 8 pieds de largeur , ce qui eft néceflaire pour contenir trois couverts par chaque bout (*). Comme il y a bien des gens qui font
- (*) Quoique je donne ici la grandeur des Tables à raifon des couverts, on obfervera que je ne compte que 2 pieds pour chacun, 6c que même ceux des coins de la Table font un peu gênés ; c’eft pourquoi on ne confidérera ces me-
- Menuisier , 111. Part. IL SeB.
- fures que comme le terme le plus petit, ou au moins le moyen , étant beaucoup plus utile de faire les Tables plus grandes que plus petites que les mefures que je donne ici.
- Q8
- p.699 - vue 106/284
-
-
-
- Planche
- 700 ME N UIS IE R, III. Part. Secl. IL Chap. VIII.
- : fujets à donner à manger à un plus ou moins grand nombre de perfonnes un jour que l’autre, il fembleroit néceflàire quils euflent un grand nombre de Tables de différentes grandeurs , ce qui deviendroit en même temps très-couteux Sc embarraflant ; c’eft pourquoi on a imaginé de ralonger les Tables , tant fur la longueur que fur la largeur, mais plus communément fur un fens que fur 1 autre, ce qui fe fait de la maniéré fui vante.
- On prépare une efpece de petite Table , dont la longueur doit être égale à la largeur de celle qu’on veut ralonger, & de la largeur de 2 pieds, ( qui eft la place qu’occupe un couvert). Cette Table ou ralonge doit être emboîtée par les bouts , & on doit en laifler pafler les emboîtures du côté du joint, afin que cette faillie étant creufée, puifle remplir l’angle arrondi de la Table. Voye{ la Fig. r , où la ralonge EF, eft dilpofée de cette maniéré. Les ralonges font arrêtées avec la Table par des barres IL , Fig. 6, lefquelles font attachées fous la ralonge , & entrent dans des chapes de fer ou de bois, attachées au-deflous de la Table, le plus proche du bout de l’emboîture qu’il eft poflible , afin que les ralonges ne penchent pas en d ehors.
- Quelquefois au lieu de chapes, on fait les emboîtures aflez épaifles pour y faire des chapes ou mortaifes G H, Fig. 3 , dans leur épaiflèur au nud de celle de la Table , comme je l’ai obfervé à la Fig. 5 , ce qui eft allez bon , pourvu toutefois que les emboîtures foient aflez folidement aflèmblées pour que le poids de la ralonge ne les fafle pas déverfer. Les barres fe placent aux deux bouts de la ralonge ; & on doit avoir foin quelles paffent en dehors du pied de la Table, afin de n’être pas obligé d’y faire des entailles pour laifler pafler les barres des ralonges , qu’on ne met au milieu de ces dernieres , qu’autant qu’elles font trop longues pour que deux barres ftiffifent pour les porter ; mais quand elles ne font pas trop longues, ainfi qu’aux Fig. 1, 5 & 6, on fe contente d’y mettre une clef au milieu, fi la Table eft d’une feule piece; & fi elle fe brife en deux comme la figure r, on y met deux clefs PO, Fig. 6, lefquelles entrent dans les deux mortaifes M N, Fig. y.
- Ces clefs doivent être peu longues ; un pouce de long leur fiiffit, vu qu’une plus grande profondeur de mortaife ne feroit qu’affoiblir les emboîtures, fins rendre le joint de la ralonge plus folide pour cela.
- Ce que je viens de dire pour une ralonge, peut & doit s’entendre pour toutes, tant des bouts que des côtés, lefquelles doivent s’aflembler avec la Table de la même maniéré que celle dont je viens de faire la defcription.
- Les grandes Tables font celles qui non-feulement peuvent contenir un grand nombre de couverts, mais encore dont le milieu eft aflez grand pour contenir un for-tout de décoration, foit en fleurs, ou focreries, &c , lequel, avec le nombre de couverts donnés, détermine au jufte la grandeur de ces Tables, laquelle doit avoir 2 pieds de place au pourtour du dormant, ou bafe du for-tout. Comme ces Tables font ordinairement très-grandes, on les conftruit de plufieurs tables jointes enfemble à rainures & languettes^ & retenues avec des
- p.700 - vue 107/284
-
-
-
- Section L Des Tables à manger ; de leurs formes, SGc. yot
- clefs placées de diftance en diftance, Sc on les pofe fur des trétaux le plus foli- ; dement quil eft poffible, les pieds brifés étant trop petits pour ces fortes de Tables, auxquelles cependant il faut dilpofor les trétaux de maniéré qu’ils rentrent en dedans des extrémités de la Table d’environ un pied, afin que ceux qui font affis autour de cette derniere ne s’y heurtent pas les jambes, obferva-tion qui eft eflentielle pour tous les pieds de Table à chaffis brifés.
- Après les grandes Tables dont je viens de parler , il y a encore les Tables évuidées, nommées communément en fer à cheval ; foit que leur partie fupé-rieure foit terminée en rond, comme la figure 2, ou en retour d’équerre, comme la fig ure q* dans lun ou 1 autre cas ces Tables font très-commodes, en ce que le fervice peut fe faire par leur partie intérieure, fans nuire à ceux qui fontafiis autour, & n’ont d’autre difficulté que de ne pouvoir recevoir que des fur-touts poftiches & d’une médiocre grandeur, ce qui, à mon avis, n’eft pas un grand mai, les énormes fur-touts dont les Tables des Grands font chargées, ne forvant qu’à rendre le fervice plus difficile, & même incommode , & à offufquer la vue de tous les convives, qui ne peuvent voir de l’autre côté de la Table qu’avec beaucoup de peine.
- La largeur des Tables en fer à cheval, eft ordinairement de 3 pieds, fur une longueur proportionnée au nombre des convives ; c’eft pourquoi ces Tables doivent être difpofées de maniéré qu’elles puiflènt être ralongées quand on le juge à propos , ce qu’on fait toujours de la maniéré ordinaire. Les Tables en fer à cheval font ordinairement portées par des trétaux, ou bien par des chaffis arrêtés en deifous avec des charnières , de forte qu’ils fe ploient fous la Table quand on n’en fait pas ufage, & qu’on les retient en place, c’eft-à-dire ouverts, par le moyen d’un crochet de fer attaché de meme au-deflbus de la Table. Voye£ la Fig. 3 , qui repréfente un chaffis ou pied de Table, dont le battant de devant eft reculé de 9 à 10 pouces, ce qui, joint à la faillie de la Table, donne environ un pied de reculage à ce chaffis, pour les raifons que j’ai dites en parlant de la grandeur des pieds de Tables à chaffis & des trétaux, dont il foroit bon que les bouts fufient conftruits comme ce chaffis, afin qu’ils nenuififlent pas, & que néanmoins la Table fût portée dans toute fa largeur. Les diverfes parties qui compofent les Tables en fer à cheval, font aflemblées les unes au bout des autres à rainures & languettes , & avec des clefs ; cependant il eft bon d’y mettre par deflous les joints des crochets de fer plat, qui les retiennent & les empêchent de s’écarter^
- En général, la conftruétion des différentes Tables dont je viens de faire la defcription, eft à toutes la même ; il fuffit que les planches qui les compofent foient bien féches, jointes & collées enfemble le plus parfaitement poffible, & que leurs emboîtures ( qui doivent toujours être de chêne bien liant ) , foient aflemblées & chevillées folidement.
- On fait encore de petites Tables, Figlj, nommées Tables de Lit. Ces Tables ne font autre chofe qu’une planche de 12 à 14 pouces de largeur, fur 20 à 22
- Planche
- p.701 - vue 108/284
-
-
-
- Planche
- 7oz ME N UIS IER, III Pan. Secl. IL Chap. VIII
- = pouces de longueur, au milieu de laquelle on fait une échancrure en creux d'environ 1 à 3 pouces de profondeur fur un pied de longueur, laquelle fert placer le ventre de ceux qui étant dans le Lit, fe fervent de ces Tables, dont les bouts font emboîtés & foutenus par des petits pieds de 3 à 4 pouces de haut, ou bien deux petites planches évuidées par le milieu , ainfi quon peut le voir dans cette Figure.
- Les Tables de Lit fe font ordinairement de noyer, de $ à 6 lignes d’épaiflèur,* ce qui eft fuffifant, vu qu'il faut les rendre les plus légères qu'il efl poflible.
- Avant de terminer ce qui regarde les Tables à manger, je crois qu'il eft nécef-faire de parler des Servantes, dont l'ufàge eft très-commode, lorfqu'on n'a pas de Domeftiques pour fervir à table, ou bien qu ôn veut s'en palier.
- Ces Servantes font des efpeces de petites Tables d'une forme quarrée ou ronde, ou même triangulaire for leur plan (ce qui eft allez indifférent) , de 2. pieds au plus de hauteur, for un pied de largeur. La partie fopérieure de ces Tables^ eft faite en forme de boîte découverte en deflus, de 6 pouces de profondeur, dans laquelle on place un caiflon de bois, revêtu de plomb ou de fer - blanc , dans lequel on met de l’eau pour rafraîchir les bouteilles. Le deflus de cette boîte fe ferme quelquefois avec deux portes , lefquelles, étant ouvertes , laif-font jouir de l’intérieur du caiflon, & fe referment enfoite, de forte qu'il n’eft apparent en aucune façon. Au-deflous de la boîte qui renferme le caiflon , font placées, à £ ou 6 pouces de diftance l'une de l'autre, deux ou trois tablettes,* for lefquelles on met tant les afliettes blanches que les fales. Voye^ les Fig, 8 , 5,11 & 12, qui repréfentent l’élévation d'une Servante, là coupe 8c fon plan , &un autre plan d'une forme triangulaire. Les Figures 10 & 13 repréfentent l'élévation & le plan d'une autre efpece de Servante, laquelle fert pour prendre le café ou des rafraîchiflements ; quelquefois le deflus de ces Servantes eft revêtu de marbre, de 2 à 3 lignes d’épaifleur, appliqué for un autre fond de bois mince, qui le foutient.
- Les Servantes fe font quelquefois en placage/; mais comme on en fait auflî de bois uni, j'ai cru devoir en donner ici la defcription, afin de terminer tout ce qui regarde les Tables à manger. Quant à la conftruétion de ces fortes d'ouvrages, quoiqu'on les faflè très-légers, il eft bon qu'ils foient aflèmblés folidement, 8c collés dans toutes leurs parties ; 8c on doit avoir foin que les traverfes qui portent chaque plancher, foient excédentes à ces derniers en deflus , afin de retenir les ^afliettes en place. Voye£ la Fig. p , qui repréfente la coupe de la Servante conftruite de la maniéré que je le recommande ici, & for laquelle on pourra prendre toutes les dimenfions de ces fortes d'ouvrages, qui doivent être très-légers de bois, ainfi que ie l'ai déjà recommandé, & qu'on peut le voir dans les Figures ci-deffus.
- Ce que je viens de dire touchant les Tables à manger, renferme tout ce qu'il eft néceflàire à un Menuifier de favoir à ce fojet, du moins pour le général, &
- pour
- f0>
- p.702 - vue 109/284
-
-
-
- Section IL Des Tables à jouer ; leurs differentes ejpeces, SCc. 703 pour l’ufàge ordinaire, parce qu’il s’en fait tous les jours de formes & de conftruc-tions différentes les unes des autres félon le befoin, ou, pour mieux dire , la Volonté de ceux qui les font faire, ce qu’il n’eft pas poffible de détailler ici, & ce qui, de plus, n’eft pas néceflâire ; ce que je viens de dire étant plus que fuffifànt pour qu’on puilîe en faire & inventer d’autres de telle forme qu’on le jugera à propos.
- Section Seconde;
- Des Tables a jouer ; de leurs differentes efpeces ; formes & conjlruclions.
- Les Tables à jouer diffèrent de celles dont je viens de parler , tant pour la forme que pour la décoration, qui, dans celles-ci, eft comptée pour quelque choie, & qui le font quelquefois même de bois précieux, vu quelles font toujours apparentes. Ces Tables font de deux elpeces ; lavoir, les grandes & les petites. Les grandes comprennent les Billards de differentes grandeurs ; & les petites , celles connues lous le nom de Tables a quadrille, pleines ou brifées; les rondes, & celles qui font d’une forme triangulaire , & qui fe brifent quelquefois, ainfi que ces dernieres. Comme ces deux elpeces de Tables à jouer font fort différentes les unes des autres, je diviferai cette Seélion en deux Paragraphes , dont le premier comprendra la delcription d’un Billard, & des inftru-ments néceilàires à ce jeu ; & le fécond, la delcription des autres Tables de jeu, de queiqu’elpece quelles puiffènt être.
- §. I. Defcription dtun Billard ; de fa forme, proportion & conffruclion.
- D e toutes les Tables de jeu, celles de Billard Ibnt, fans contredit, les plus grandes, & dont la conftruélion demande le plus d’attention de la part du Menuilier, afin de leur donner toute la lolidité & la perfeélion dont elles peuvent être fufceptibles ; c eft cette difficulté qui a fait que peu de Menuifiers fe mêlent de faire des Billards > & que le petit nombre de ceux qui en font à Paris, lorlqu’ils réuffiffent à les bien faire, font aux autres Menuifiers, un lecret de leurs procédés dans la conftruélion des Billards, qui, cependant, n’eft autre chofe que beaucoup de précautions dans le choix du bois, & une très - grande précifion dans l’exécution, comme on le verra ci-après.
- Un Billard eft compofé de deux parties principales ; lavoir, d’une Table proprement dite, & de Ion pied. Le pied eft un bâtis de menuiferie compofé de douze pieds ou montants de 3 pouces quarrés de groflèur, difpofés lur trois rangs, & de plufieurs traverfes tant du haut que du bas, fervant à entretenir ces pieds les uns avec les autres. Voye[ les Fig. 1, 4 & y.
- Pour qu’un pied de Billard foit parfaitement bien fait, il faut non-feulement Menuisier , IIL Part. IL Se cl, R 8
- p.703 - vue 110/284
-
-
-
- 704 MÉNUISIER, III. Pan. Secl. IL Chap. VllL
- qu’il foie affemblé avec toute la précifion poffible, mais encore il faut qu’il’foit Planche difpofé de maniéré qu’on puiffe le démonter facilement, & qu’étant monté, ces 2^% différentes traverfes foient conftruites de façon que l’enfemble du pied ne foie point fufceptible d aucune efpece d ébranlement, ce qui, jufqu’à préfènt , a été allez négligé de la part de ceux qui font des Billards, puifque, exception faite des traverfes du haut du pourtour des pieds, toutes les autres font faites de plufieurs pièces coupées à la rencontre des pieds du milieu ; de forte que lorfqu’elles viennent à fe défaffembler, comme il arrive quelquefois , rien ne peut en retenir l’écart, ce qui eft affez défàgréable, & à quoi j’ai tâché de remédier, comme on le verra ci-après , dans la defeription du Billard repréfènté dans cette - Planche.
- La grandeur ordinaire des Billards efl: de 11 à 12 pieds de longueur ( *), pris du dedans des bandes AB,BC8cCD, Fig. $ , cote AyIm une largeur égale à la moitié de leur longueur, toujours prife du dedans des bandes ; leur hauteur doit être de 2 pieds 6 pouces du dellbus des bandes , c eft-à-dire, du defîus des pieds', ce qui donne la longueur totale de ces derniers, à moins qu’ils ne foient fcellés dans le plancher, comme on le pratique aux Académies de jeu, ou les Billards font arrêtés à demeure, ce qui alors oblige d’augmenter la longueur des pieds de 6 pouces au moins.
- Les pieds de Billard doivent, ainfl que je l’ai dit plus haut, avoir 3 pouces de groffeur , & font ordinairement tournés entre les traverfes, foit en forme de colonnes droites ou torfès, ou bien ornés de différents contours.
- Les traverfes du bas des pieds font d’une largeur, ou, pour mieux dire, d’une épaiffeur égale à celle des pieds, & fur 2 à 2 pouces & demi de hauteur, & s’affemblent dans les pieds à environ 6 pouces du nud du plancher. Voyez les Fig.6,7&8.
- Les traverfes du haut doivent avoir 4 pouces de largeur, fur r 5 lignes au moins d’épaiffeur, du moins pour celles du pourtour, un pouce étant fuffifànt à celles du dedans.
- Les traverfes du haut au pourtour, font toutes d’une piece fur leur longueur, & s’affemblent à tenon & mortaife dans les pieds des angles, avec lefquels celles des bouts font chevillées, & celles des côtés arrêtées avec des vis a a a, Fig. 1,4$ 6. Les autres pieds s’affemblent à tenon êc mortaife dans ces traverfes, & le refle de leur épaifleur paffe en enfourchement par derrière, en obfervant de ralonger à l’arrafement du devant, une barbe de la largeur de la moulure qui efl pouflée fur ces traverfes , ce que j’ai obfervé aux Fig. 1,2 &J.
- (*) Quoique je dife que la grandeur des Billards efl: de 11 à 12 pieds, ce n’eft pas qu’on n’en lafîe de plus petits, & même de plus grands, ce qui efl affez extraordinaire ; mais pour de plus petits, il y en a depuis 7 pieds jufqu’à la grandeur que je donne ici, comme étant la meilleure & la plus générale, fans compter les Billards
- d’enfants , qu’on peut faire très-petits, tant de furface que de hauteur, en raifon de la grandeur de ceux pour lefquels ils font faits, ce qui, au refle , ne change rien à la ferme & à la conf-tru&ion des diverfes parties qui les compofent, lefquelles doivent alors être moins grandes à raifon de la pçûteffe dii Billard.
- p.704 - vue 111/284
-
-
-
- Section II. §. I. Dejcription £un Billard , SCc. 705
- Les traverfes du haut de l'intérieur du pied, doivent s’aflembler à tenon dans les pieds ou montants du pourtour, 8c on doit obferver d'en faire pafler les deux intermédiaires de toute la largeur du Billard, ce qu’il efl: facile de faire, en pratiquant dans le pied du milieu un enfourchement de la moitié de la largeur de la traverfe, à laquelle on fait une entaille en deflous de la largeur du pied, moins 3 ügnes de chaque côté, que cette traverfe entre toute en vie dans ce dernier, tant fur l'épaifleur que fur la largeur. 'Hoye^ les Fig. 1 & y , cote B, où les traverfes E F 8c GH, paflent au travers des pieds. Voyez pareillement les Fig. 9 & 10, qui repréfentent cet aflemblage tant en plan qu’en élévation.
- Ces traverfes ainfi d'une feule piece , font très-commodes pour les Billards, qui, comme celui-ci , fe montent tous à vis ; parce que quand ils font démontés, ils forment moins de pièces féparées, qu’il efl: plus facile de remettre 8c de reflerrer en place, 8c que de plus elles font moins fufceptibles de mouvement, que fi elles étoient faites de deux pièces féparées, qui pourraient être moins bien afîemblées, ou bien d’une inégale^ denfité, qui les ferait rétrécir plus ou moins l'une que l'autre.
- Les autres traverfes du haut de l'intérieur du pied de Billard, s’aflemblent à tenons à l'ordinaire, ainfi que je l'ai obfervé aux Fig. 1, y & 8: 8c quoique j'aie fait affleurer le bout des pieds du milieu 8c de l'intérieur avec les traverfes, il efl: cependant bon qu’ils {oient plus courts de 2 à 3 lignes que le deflus de ces dernieres, afin que fi elles venoient à fe retirer, la Table du Billard ne porte pas fur le bout des pieds ; de plus, les traverfes étant ainfi excédentes., font plus faciles à redrefler 3 fuppofé que cela fût néceflàire ; il efl: auffi bon que les pieds des angles foient un peu plus courts que le deflus des traverfes d'environ une ligne, ce qui efl: tout ce que ces derniers peuvent fe retirer.
- Les traverfes du bas ne peuvent pas, ainfi que celles du haut, être de toute la longueur & de la largeur du Billard , tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, vu quelles n'affleurent pas l'extrémité des pieds; mais comme elles font d'une épaifleur égale à celle de ces derniers, on peut y faire des aflemblages doubles ; lefquels étant faits avec beaucoup de précifion, rendent l'ouvrage très-folide. Quant aux pieds du milieu , comme ces aflemblages doubles pourraient empêcher de faire les tenons aflez longs , on fera pafler jufqu'au milieu des pieds les tenons de celles qui feront au-deflous de celles du haut, qui vont de toute la largeur du Billard , 8c on ne donne aux autres que 6 à 8 lignes de longueur de tenon, ce qui leur efl: fuffifànt, de même qu'aux bouts de celles qui font chevillées au milieu, 8c qui reçoivent des vis à leurs extrémités, lefquelles vis doivent pafler au milieu de la largeur du pied, & par conféquent entre les deux aflemblages. Hoye^ les Fig. 6,7 6 8.
- En général, les pieds de Billard fe font de bois de chêne, du moins pour l’ordinaire , 8c on doit avoir grand foin qu'il foit très-fec, tant pour les pieds ou montants, que pour toutes les traverfes du haut, qu'on doit avoir foin de choifir
- p.705 - vue 112/284
-
-
-
- 70 6 MENUISIER, III. Part. Secl. IL Chap. VI11.
- dune denfité égale , c’eft-à-dire , également dures ou tendres , afin que fi elles Planche venoient à fe retirer, elles le fiffent également, & ne dérangeaflent pas le niveau du deflus de la Table: on doit auffi avoir foin de donner de la refuite en contre-haut aux chevilles de ces traverfes, pour ne point les empêcher de faire leur effet, fuppofé toutefois qu’elles en faffent, ce quil faut éviter en employant le bois le plus fec qu’il fera poffible.
- J’ai dit plus haut qu’on fcelloit quelquefois les pieds des Billards, ce qui eft un moyen sur pour éviter toute efpece d’ébranlement ; mais comme il n’eft pas toujours poffible de le faire , ffir-tout dans les étages fupérieûrs d’une maifbn , il arrive alors que le niveau d’un Billard fe dérange, foit par l’affaiflement du parquet, ou même du plancher ; on ne peut alors remédier à cet inconvénient qu’en callant les pieds qui fe trouvent trop courts, ou en rognant les autres , ce qui eft un fort mauvais expédient, vu qu’à meffire que le plancher feroit quelque effet, il faudroît recouper les pieds du Billard, ou augmenter ou diminuer les calles, dont la trop grande hauteur, ou la multiplicité, diminueroit beaucoup de la fiabilité du Billard , qu’il eft néceflàire de conferver le plus qu’il eft poffible* Tour obvier à ces différents inconvénients, je crois qu’il vaudroit mieux placer fous chacun des pieds du Billard , des vis qui entraffent au milieu de la grofîeur du pied, & dont la tête fût excédente au dehors de ces derniers, de maniéré qu’en les faifànt tourner, on pût, par leur moyen, hauffer ou baiflèr le Billard autant qu’il fèroit néceflàire. Voye£ la Fig. 8, dont le bas du pied eft tourné avec une vis de fer telle que je viens de le dire.
- Les vis dont je parle doivent avoir y pouces de longueur au moins, ffir 6 lignes de diamètre, 8c entrer dans un écrou à lanterne , comme à la Fig. jy , afin que leur taraudage fe fatigue moins ; leur colet doit être d’une forme hexagone , pour donner de la prifè à la clef, Fig. 14, & être ffirmonté par un bouton, afin qu’ayant moins de frottement ffir le plancher, elles puiffent tourner plus aifément. Voyej la Fig. 16 3 qui repréfente cette vis vue en plan.
- Quant aux autres vis qui fervent à monter le pied d’un Billard, on les fait de piufieurs façons, foit à tête quarrée ou à tête ronde en faillie ; mais la meilleure maniéré eft de les faire à têtes plates, lefquelles entrent tout en vie dans le bois, au nud duquel elles affleurent. Ces fortes de vis ne fe ferrent pas avec des clefs ordinaires, mais avec des clefs à deux branches, faites exprès, dont les extrémités entrent dans deux trous percés dans la tête de la vis, dont je ne fais pas une plus ample deffiription , ainfî que de la clef propre à la faire mouvoir, vu que cela n’eft pas du reflort de cet Ouvrage, me contentant feulement de l’indiquer ici. Voye* les Fig. 11, 12 <§’ 13.
- La Table ou deflus d’un Billard eft compofée de la Table proprement dite, ÔC des bandes qui l’entourent & qui lui fervent de cadre, & de couronnement au pied* La Table n eft autre chofe qu’une efpece de parquet arrafé, compofé de battants de traverfes affemblés à tenon 8ç mortaife à l’ordinaire, & de panneaux affemblés
- dedans
- p.706 - vue 113/284
-
-
-
- Section IL §. I. Defcription d’un Billard 9 SCc. 707
- dedans à rainures & languettes. Ces Tables font tout unies, & n’ont d’autres t difficultés que dans la régularité de leur conftruélion, qui doit être la plus parfaite poffible, afin qu’il ne fe trouve à leur forface aucune efpece d’inégalité , ce qu’il eft très - effentiel d’obferver ; c’eft pourquoi on fe fert pour les dreffer, lorfqu elles font affiemblées, d’une varlope de 3 pieds 8c demi de longueur au moins, qu’on fait aller de plufieurs fens, afin qu’il n’y ait aucune elpece de creux, qu’il eft alors très-facile d’éviter ; c’eft pourquoi il faut avoir grand foin que le bois forvant à la conftruéHon de ces Tables, foit très-foc, fans nœuds ni aucune autre défeéluofité qui puiffq l’expofor à fo tourmenter.
- Le bois des Tables de Billard étant ainfi choifi, on doit, après l’avoir corroyé & fait les aflemblages, ainfi que les languettes des panneaux , lai fier le tout à un air modéré pendant deux ou trois mois de la belle faifon, après quoi on peut les affembler {ans craindre qu’ils faflent aucun effet, for-tout fi le bois eft raifon-nablement foc.
- Les bâtis des Tables de Billard doivent avoir un pouce d’épaiffeur au moins , for 3 à 4 pouces de large, pour ceux de rempliflâge ; pour ceux du pourtour , comme les deux battants 8c les traverfos des bouts, il faut qu’ils ayent affez de largeur pour qu’il y refte un demi-pouce au moins de bois plein en dedans d’après le creux de la bloufo, qui eft percé perpendiculairement au-defîous de l’intérieur de la bande, 8c qui a ordinairement 3 pouces de diamètre, ce qui donne environ y pouces de largeur au battant. Voye£ la Fig. 6, où eft marquée la coupe d’une partie de la Table, à l’endroit de la bloufo, laquelle defoend en contrebas de la Table, d’environ 4 pouces ; de forte qu’on eft obligé d’échancrer les pieds à l’endroit de ces dernieres, dont le pourtour, d’après les pieds 8c le deflous de la Table, eft fermé par un petit caifton de bois mince, comme on peut le voir dans cette Figure.
- Le rempliffàge des Tables doit fo faire en liaifon, c’eft-à-dire, qu’il faut qu’il y ait alternativement des traverfos longues & des courtes, & que les premières, c’eft-à-dire les longues, foient à côté des bloufes, afin qu’étant chevillées elles retiennent l’écart du tout, & foulagent faiîèmblage de celles qui font placées à l’endroit des bloufes, lefquelles coupent une partie de l’affemblage. Il faut auffi avoir foin , en failant la divifion des panneaux for la longueur de la Table , qu’il fo trouve une traverfo au-deflus de celles du pied, afin que la Table porte mieux. Voye[ les Fig. 1 & y , cote A, ou j’ai obforvé de difpofer la Table de la maniéré que je le recommande ici.
- Les panneaux de la Table d’un Billard doivent être d’une épaifleur à peu-près égale à celle des bâtis ; & on doit avoir foin de mettre ces derniers d’épaiifour , afin qu’ils portent également for toutes les parties du pied , ce qui eft effentiel à la perfeélion du Billard, puifque la Table portant également par-tout, ne peut faire aucun mouvement fonfible.
- La Table d’un Billard s’attache avec des vis for le pied, avant de la garnir de *
- Menuisier 2IIL Paru IL Secï. S 8
- Planche
- 255.
- p.707 - vue 114/284
-
-
-
- 7o8 MENUISIER, m. Part. Se8. IL Chap. VIII.
- 11 ... fon tapis, qu’il faut ôter pour les retirer ; c’efl pourquoi je crois qu’il vaudrait
- Flanche mieux mettre des clefs au-deflus, lefquelles entreraient dans les traverfes du pied, Sc y feroient arrêtées avec des chevilles à l'ordinaire, de forte qu’on pourrait relever la Table fans pour cela détacher le tapis. On pourroit fobftituer aux clefs, des équerres de fer attachées au-deffous de la Table, lefquelles s’arrête-roient avec des vis en dedans des traverfes du pied, ce qui feroit le même effet, Sc feroit encore plus foiide que des clefs, lefquelles peuvent fe détacher du defîus avec lequel on les colle.
- Les bandes d’un Billard , Fig. 2 Sc 3 , font, comme je l’ai dit plus haut, une efpece de cadre placé autour de la Table , au-deffus de laquelle elles fàiliiffent d’environ deux pouces. Ces bandes font ornées de moulures for leurs parties extérieures, Sc portent à feuillure for le bord de la Table , for laquelle on les arrête avec des vis placées de 2 pieds en 2 pieds ou environ ; leur extrémité eft coupée d’onglet, Sc on les affembleà queue d’aronde perdue, pour quelles ne fe dérangent pas en les attachant, & on y met une vis à chaque joint, pour qu elles tiennent plus folidement enfemble.
- La forme extérieure du profil des bandes eft afïèz arbitraire ; cependant la plus {Impie eft la meilleure , parce que le grand nombre de membres, & par conféquent-de vives arêtes, ou de trop petites parties , ne peuvent que bleffor les Joueurs, qui s’appuient continuellement defîus. jVoye^ la Fig. 2, qui repréfente une bande d’un profil ordinaire ; Sc celle 3 , qui en repréfente une autre d’un profil plus fimple, laquelle eft à recouvrement par deffous, ce qui augmente de beaucoup la folidité de la bande, & eft en même temps plus propre.
- De quelque forme que foit le profil extérieur d’une bande de Billard, il faut toujours que leurs parties intérieures foient difpofées de la même maniéré ; c eft-à-dire, que leur face intérieure doit toujours être inclinée en dedans, afin que la garniture qu on place defîus, quoique d’une forme bombée, fe préfente toujours difpofée de la même maniéré ; c’eft-à-dire , inclinée en dedans , ce qui eft nécefïàire,pour que quand la bille vient frapper contre la bande, fon point de contaél avec cette derniere, la force à s’appuyer for la Table en s’en retournant* *
- Il y a des Billards où on fait des tiroirs à l’un des bouts, ou même à tous les deux , en fens oppofé. Ces tiroirs fervent à placer les billes, les queues Sc les malles, Sc autres inftruments propres à ce Jeu, ce qui oblige à leur donner 4 pieds & demi à £ pieds de longueur, for 2 pieds de largeur au moins, Sc à couper à l’endroit des tiroirs,non-feulement les traverfes des bouts du pied, mais encore celles qui les foivent, ce qui diminue beaucoup de leur folidité ; c’eft pourquoi on n’en fait prcfque plus. Voye£ la Fig. 4, qui repréfente un Billard vu par le bout avec un tiroir placé à gauche ; mais la meilleure maniéré eft de les mettre à droite.
- rr* Ce font les Menuifiers qui font les Billards, qui fe chargent ordinairement de
- * *^es garn^r * ceft-à-dire, d’attacher le tapis deffos, ce qui n’eft pas fort difficile à
- p.708 - vue 115/284
-
-
-
- Section IL §. I. Defaiption d'un Billard, dCc. 709
- faire, vu qu’il ne s’agit que de l'étendre le plus parfaitement poffible, & de l’attacher fur les côtés de la Table, dont on doit avoir grand foin d abattre les Planche arêtes, de crainte quelles ne coupent le tapis, comme je lai obfervé Fig. r. 2^6' La garniture des barres eft un peu plus difficile , parce quil faut conftruire le bourrelet, qui fe fait de plufieurs lifieres de drap , choifies les plus égales poflîbles fur lépaifleur, qu'on coud par leur extrémité fîipérieure à une bande de toile a b , Fig» 1 ; Sc on obferve de faire dégrader chaque lifiere de largeur,
- Sc même d'en mettre entre deux d'autres qui n'aillent que jufqu'au tiers ou à la moitié de la largeur des autres , pour faciliter le contour du bourrelet, qu'on recouvre enfuite avec du drap femblable à celui de la Table, & qu'on commence par attacher en defîus avec des clous dorés, ainfi que la toile à laquelle font coufîies les lifieres ; enfuite on ferre le drap le plus qu'il eft poffible, & on l'attache en deflbus, ainfi quon peut le voir dans cette Figure, laquelle efl: deffinée à moitié de grandeur de l'exécution.
- Il eft une autre maniéré de garnir les bandes d'un Billard ^ qui efl: de faire le bourrelet avec de la laine ou avec du crin , ce qui vaut mieux que de la laine pour le cas dont il efl: queftion ; cependant comme il efl: allez difficile de faire ce bourrelet bien égal dans toute la longueur des barres d'un Billard , il arrive que les inégalités qui s'y rencontrent, dérangent la direction des billes ; c'eft pourquoi il faut préférer les lifieres de drap, qui préfentent par-tout une forme Sc une réfiftance égale.
- Quant à la maniéré de pofer les Billards, elle n'a rien de particulier ; il ne s’agit que de les mettre exactement de niveau de tous les fens poflîbles, Sc d'avoir foin que le deffiis de leur Table fbit auffi bien drefle qu'il efl: poffible de le faire ; de forte qu'une bille placée deftus refte en place , à quelque endroit qu'on la mette, fans rouler d'aucun côté.
- Voilà tout ce qu'un Menuifier doit lavoir touchant la forme Sc la conftruc-don d'un Billard, du moins pour ce qui regarde fa partie, qui efl: la plus confî-dérable. Les autres parties accefloires, comme le drap qui couvre le Billard, les billes, la pafle, Sc les autres inftruments propres à ce Jeu , n'éfant pas de û compétence, n'ont pas befoin d'être décrites ici, vu que cette defcription fait partie d'autres Arts, dont chacune de ces choies dépendent ; cependant comme il y en a, comme , par exemple , les mafles & les queues, qui, quoique faites par les Tabletiers, fe font auffi par les Menuifîers, ( quoique très-rarement ) j’ai cru qu'il étoit néceflàire d’en parler ici, ainfi que de la pafle de fer, que les Menuifîers pofènt eux-mêmes.
- La pafle, Fig. 3 , eft deux montants de fer d’environ 3 lignes de diamètre , à diftants l'un de l'autre d'environ 3 pouces, lefquels fe rejoignent en arc à environ 8 pouces de hauteur ; au bas de chaque branche eft une bafe très-mince , de laquelle fort un goujon , dont le bout eft taraudé pour recevoir un écrou qu'on place lorfque la pafle eft pofée fur la Table. J^oye^ les Fig. 2 & 3.
- p.709 - vue 116/284
-
-
-
- Flanche 2$ 6.
- 710 M E N U IS IE R , Ilh Pan. Sect. IL Chapi Vlll.
- = La paffe fe pofe au milieu de la largeur du Billard, à une de fes extrémités l à environ 2 pieds 1 ou 2 pouces de la bande du bout, avec laquelle elle doit être parallèle, ainfi que l’indique la ligne & les deux trous b9c 9 Fig. y , PL 2$ y , ce qui eft bon pour un Billard de cette grandeur. Mais pour tous les Billards en général, tant grands que petits, on détermine la place de la pafle, en iaiflànt entre la ligne diagonale menée d’une bloufe de l’angle, avec celle du milieu & la paffe , un intervalle depuis 3 jufqu’à 4 pouces, afin que la bille puiflè pafler fur cette ligne fans toucher à la paffe, dont la diftance avec la bande du bout, donne aufli celle des points d e, placés à l’autre bout du Billard , lefquels points fervent à déterminer la place de la bille, & à régler différentes opérations de ce Jeu. Quant à la maniéré de placer la paffe, elle ne fouffre aucune difficulté , vu qu’il n’y a qu’à faire deux trous à la Table & au tapis pour faire palier au travers les branches de la paffe, qu’on arrête en deffous avec des écroux, qui étant ferrés, empêchent quelle ne fe dérange en aucune maniéré , fur-tout quand les trous ne font que de la groffeur jufte des branches de la pafle, ce qu’il faut abfolument obferver. Voye^ les Fig. 2 $ 3, PL 2^6:
- Les billes fe pouflent avec trois inftruments d’une forme à peu-près fem-; blable ; lavoir, une maflè , Fig. 4, une queue, Fig. 11, & un biftoquet, Fig. S ; chacun de ces différents inftruments a environ 4 pieds de longueur, 8c ils fe font de bois liant & de fil, tel que le frêne , le noyer blanc & autres bois quelconques , pourvu qu’ils foient très-fecs, & qu’ils aient les qualités que je recom-; mande ici.
- La maflè, Fig. 4, y , d <5f 7, a un manche droit & uni d’environ un demi-' pouce de diamètre par le plus petit bout, qui va en groffffîànt de peu de chofè jufquà l’endroit de la mafle, laquelle a environ un pied de longueur, fur 20 lignes de largeur , & 8 à 9 lignes d’épaifleur à fon extrémité, laquelle releve en deflous de 1 y à 16 lignes, comme l’indique la ligne a b 9 Fig. 7. Le bout de la maffe doit être à peu-près perpendiculaire avec la courbe de deflous , & on le garnit d’un morceau d’ivoire A , Fig. 6, dans toute fa furface, afin que fon contaét avec la bille foit plus afluré ; & on fait au-deflus de la partie inférieure de la maffe, une petite rainure ou alidade c d9 fervant à régler l’incidence de la bille. Voyeç les Fig. y, 6 & 7, qui repréfentent la partie inférieure d’une maffe, moitié de la grandeur de l’exécution, vue en deflus , en deflous & de
- a „ r
- cote.
- *
- La queue, Fig. 1 r , n’eft autre choie qu’un morceau de bois rond de 6 lignes de diamètre au plus d’un bout, & de iy à 18 lignes de l’autre, qu’on applatit par le gros bout à environ un tiers de fon diamètre, fur 7 à 8 pouces de long 9 ainfi qu’on peut le voir dans cette Figure. Cet inftrument fèrt également par le gros & le petit bout.
- Le biftoquet, Fig. 8,9 & ro, eft un inftrument qui tient des deux premiers , plutôt cependant de la maffe que de la queue. Le petit bout de cet
- inftrument
- p.710 - vue 117/284
-
-
-
- Section IL §. I. Description Æuti Billard, SCc. 71 r
- inftrument eft recourbé de 9 lignes ainfi que le gros bout , 8c eft applati de forte qu’il n’a à fon extrémité qu’environ 2 lignes d’épaifleur. Voye{ les, Fig. 9 & 1 o, qui repréfentent la partie inférieure de cet infiniment vu de côté & en defiîis, avec fon alidade ef9 & Ion bout d’ivoire coté B. Je ne m’étendrai pas davantage fur la conftruélion de ces fortes d’inftruments, vu qu’ils ne font quindireélement du reflort du Menuifier, & que de plus l’inlpeélion des Figures peut fuffire pour en faire, (ans avoir befoin d’une plus grande explication.
- Avant de paffer à la defoription des petites Tables de jeu , j’ai cru qu’il étoit bon de dire quelque chofe de celles nommées Galet, repréfentées Fig. 1 , jeu fort ufité dans la Province 8c parmi les gens du commun.
- Ces fortes de Tables fe font ordinairement d’une feule piece de bois, tant for la longueur que for la largeur, lefquelles varient depuis 12 jufqu’à 18 ou 20 pieds de longueur, fur 16 ou 20 pouces de largeur , félon leur différente conftruélion, comme je vais l’expliquer.
- Les Galets font de deux efpeces ; (avoir 5 ceux qui n’ont de noyons qu’aux deux extrémités, comme la Fig. 2 , & ceux qui en ont aux deux extrémités & des deux côtés dans toute leur longueur, comme Fig. 1 & 3, Les noyons font des ravalements a a, Fig. 1^3, qu’on fait aux deux bouts , & quelquefois, comme je viens de le dire, aux deux côtés des Galets, pour que l’écu, le palet ou difque qu’on fait glifler d’un bout à l’autre, foit expofé à tomber dedans, ce que les Joueurs évitent le plus qu’ils peuvent ; puifque pour gagner à ce Jeu, il faut faire parcourir au difque toute la longueur du Galet fans qu’il tombe dans; les noyons, tant des côtés que des bouts. La profondeur de ces ravalements ou noyons, doit être de 8 à 9 lignes, fur 2 à 3 pouces de largeur par les côtés, & de <4 à 5 pouces par les bouts, afin qu’ils puiffent contenir aifément plufieurs palets cnfemble.
- Les Tables de Galets fe font ordinairement de^ bois de fàpin de 2 à 3 pouces d’épaiffeur, au pourtour defquelles on attache des bandes de chêne qui excédent le deflus de la Table d’environ un pouce à celles qui n’ont pas de ravalements par les côtés , comme celles A B , Fig. 2, & de 6 lignes de plus à celles qui en ont,' comme la Fig. 3. L’épaiffeur de ces bandes doit être d’environ un pouce & demi, 8c être difpofées de maniéré que leur face intérieure îoit inclinée en dedans , afin que quand le palet vient frapper contre , cette pente ferve à le retenir fur la Table, ce qui fe fait tout naturellement, puifque le contaél du palet avec cette bande, fe fait dans la partie fupérieure du premier, & par conféquent au-defïus de fon centre de gravité. Les bandes des Galets s’attachent ordinairement avec des clous, à plat-joint au pourtour de la Table, ou bien à recouvrement fimple , comme à la Fig. 2 ; mais il feroit beaucoup mieus:, pour la propreté & la folidité de l’ouvrage, d’y mettre de bonnes vis en bois % & d’affembler les bandes dans la Table en rainures & languettes, 8c toujours avec des vis. Voye[ la Fig. 3. Ces bandes doivent aufli être aflemblées à queues Menuisier , III. Part. II. Se3. T 8
- Planche 2 56.
- Planche
- 257.
- p.711 - vue 118/284
-
-
-
- f iiiiuii iiii'Piy
- Planche
- 2iZ-
- 711 ME N JJISIE R , 111 Pan. Se3. IL Chap. VUL
- les unes avec les autres ; & on obfervera de faire les queues dans celles de côté, afin que le choc des palets ne fafle pas déjoindre celles des bouts.
- J’ai dit plus haut que les Tables de Galets fe faifoient en bois de fàpin , ce qui eft une très - mauvaife coutume , parce que ce bois ayant les pores très-larges & beaucoup de nœuds, il s’ufo inégalement par le frottement des palets, de forte quil s’y forme des inégalités qui dérangent ces derniers & les fait fouvent noyer ; c’eft pourquoi je crois qu’on feroit très-bien de faire ces Tables de bois de chêne liant & bien de fil, ou tout autre bois qui aurok les mêmes qualités, qu’on emboîteroit par les bouts, au-deflous & en travers def-quelles on feroit pafler plufleurs barres à queue, qu’on affembleroit dans les bandes des côtés, ce qui rendroit ces Tables très-folides.
- Les Tables des Galets fe pofent ordinairement contre le mur , â 3 pieds & demi de hauteur au plus du deflus des bandes , & on les foutient par des pieds placés aflez proches les uns des autres 9 pour que la Table ne puifle pas ployer fur la longueur, & on les arrête dans le mur , afin que la Table ne puifle faire aucun mouvement. Voye^ la Fig. 19 ou le nud du mur eft indiqué par la ligne bc d.
- Quelquefois les Galets font ifolés ainfi que les Billards; dans ce cas, il faut quils foient arrêtés bien folidement fur leurs pieds, afin qu’ils ne puiflent être ébranlés.
- Quant aux pieds de Galets, on les fait de differentes maniérés, ce qui eft âffez indifférent, pourvu qu’ils foient conftruits folidement ; & il eft bon de mettre un ou deux tiroirs en deflous aux deux extrémités du Galet, pour qu’on puifle y ferrer les palets.
- §. IL Dejcription des petites Tables de Jeu ; de leurs formes 9 proportions & conflru&ions.
- L e nombre des petites Tables de Jeu eft aflez étendu, vu la multiplicité de ces derniers ; cependant je n’entrerai que dans le] détail de celles qui font le plus en ufàge , & dont la forme & la conftruétion demandent d’être décrites en particulier, comme celles connues fous le nom de Tables à quadrilles, brifées ou non brifées, les Tables de Brelan, les Tables de Tri ou triangulaires.
- Les Tables à Quadrilles font d’une forme quarrée par leur plan , & fervent à jouer à quatre perfonnes, ainfi que leur nom l’indique, elles font ordinairement compofees d’un deflus garni de drap d’environ 2 pieds 6 pouces quarrés, & d’un pied très-léger, dans les traverfes du haut defquelles on place quatre tiroirs , ceft-à-dire, un au milieu de chaque face, du moins c’eft la coutume; car je crois que pour la commodité des Joueurs, il feroit beaucoup mieux de placer ces tiroirs aux extrémités de chaque traverfe à la droite du Joueur, qui alors pourroit en faire ufage fans fe déranger en auçune maniéré. Quant à la grandeur de ces
- p.712 - vue 119/284
-
-
-
- Section IL §. II. Defcription des petites Tables de Jeu, <3&c. 713
- tiroirs, 8 à 10 pouces quarrés leur fuffifent, fur 2 pouces de profondeur , & on les fait porter par des coulifleaux aflemblés dans les traverfes en deflous de la Table.
- Planche
- 257.
- La conftruélion de ces Tables n’a, ainfi qu’on peut le voir, rien de particulier , fi ce n’eft la garniture de leur deflus, qui, quoique d’étoffe, eft du reffort du Menuifîer, ainfi que celle des Billards dont j’ai parlé plus haut, Sc qui le fait de la même maniéré qu’à ces dernier es, à l’exception qu’on met entre le deflus de la Table Sc le drap dont on la couvre, une garniture très-mince, foie de ouate de coton, foit de crin ou même de flanelle dont on double les glaces , afin que le deflus de la Table fbit plus doux fous la main des Joueurs.
- Le drap, ou quelquefois le velours, s’étend fur cette garniture le plus ferme qu’il eft poflîble, & on l’arrête fur le champ des extrémités de la Table, qu’on recouvre enfiute avec des bandes qui entrent à recouvrement fur le deflus, qu’elles excédent d’environ 3 à 4 lignes, & fur le champ duquel on les attache avec des vis à tête fraifée, comme on peut le voir à la Fig. iy , ce qui eft la maniéré la plus ordinaire d’arrêter ces bandes ou rebords, qu’il vaut cependant mieux ne faire que coller à rainure & languette avec le deflus de la Table, afin de n’y point voir de têtes de vis , qui font toujours un très-mauvais effet, fur-tout quand ces Tables font faites avec foin Sc de bois précieux, comme il arrive quelquefois. ^
- Comme les Tables à jouer ne fervent pas toujours , Sc que dans les maifons ou l’on joue ordinairement, il en faut plufieurs, il arrive que hors le temps du jeu, ces Tables deviennent embarrafluntes , ce qui a fait imaginer de les brifèr en deux fur leur largeur ; de forte qu’une Table qui a 2 pieds 6 pouces de large, fe trouve réduite à 15 pouces , & n’occupe par conféquent que la moitié de la place de celles dont le deffiis eft à demeure fur leurs pieds , ce qui eft d’un très-grand avantage , fur-tout dans de petits appartements où l’on eft gêné par la place, ou même dans un grand , quand on eft obligé d’y placer plufieurs de ces Tables.
- Le deflus des Tables à quadrilles brifées, fe fait de la même maniéré que ceux dont je viens de parler plus haut, à l’exception qu’il eft féparé en deux parties égales fur fà largeur ou fur fà longueur , ( ce qui eft la même chofe , puifjue le deflus de ces Tables eft quarré ) , lefquelles fe rejoignent à plat-joint, Sc font arrêtées en aflemblage par des charnières de fer C Dr Fig. 12 ér 13 , qui font attachées fur le champ de l’extrémité des deux parties du deflus de la Table, & dont le centre ou œil E, fe trouve au milieu du joint & au-deflus des bandes ou rebords , dans l’épaifleur defquels il eft entaillé ; de forte que quand on fait mouvoir une des deux parties du doflus de la table, elle fe reploie fur l’autre avec laquelle elle joint, ainfi qu’on peut le voir à la Fig. 12 , Sc à celles y, 6 Sc 7, qui repréfentent l’élévation d’une Table à quadrille brifée vue de côté , fà coupe fur la longueur , & une autre coupe fur la largeur. La brifure du deflus de ces Tables ne change rien à la maniéré de les garnir ; toute la précaution
- p.713 - vue 120/284
-
-
-
- Planche
- 25*7.
- /
- 714 . ME NU IS IE R, IIL Part. Seü. IL Chap. VIII.
- - quelles exigent de plus, c’efl: dappliquer , à l’endroit du joint, une bande de drap attachée fur chacune des parties du deflus, afin que quand il efl ouvert, ou pour mieux dire, fermé, le crin ou le coton, qui efl: entre la Table 8c le drap , ne fort pas apparent & ne forte pas dehors. Cette bande de drap s’attache 8c fe colle fur les deux côtés de la Table, comme je viens de le dire ; & il efl: bon de faire un petit ravalement de fon épaifleur dans les deux parties du deflus , afin qu’elles ne faflent point lever le drap, & que la garniture de crin ou autre, foit égale par-tout. Voye£ la Fig. 14, où la bande de drap efg9eft attachée fur le nud de la Table fans aucun ravalement, comme on le fait ordinairement, quoi-* que ce ne foit pas la meilleure maniéré, ainfi que je viens de le dire.
- Les pieds des Tables dont je parle ici, font, ainfi que les autres , compofés de quatre pieds ou montants de 26 pouces de haut du deflbus de la Table, (hauteur qui eft commune à prefque toutes les Tables où on joue affis ), 8c de quatre tra-verfes , dont deux font de toute la largeur de la Table , moins la faillie qu’on juge à propos de lui donner , 8c les deux autres n’ont de longueur que ce qui efl néceflàire pour que le pied du coté de la brifure affleure avec cette derniere , 8c que l’autre pied laifle à la Table fa faillie ordinaire, voye£ la Fig. y ; de maniéré que ce pied , quand il efl: fermé , n’a de largeur que la moitié de là longueur. Quant à Couverture de ces pieds, elle fe fait de la maniéré foivante :
- On affemble dans les pieds qui doivent relier en place fous la Table, ainfi que ceux G G, Fig. 4, y , 7, 10 & 11, une grande traverfe 8c les deux petites, dont le bout n’a qu’une petite languette qui entre dans les autres pieds F F, même Figure , dans lefquels font affemblés l’autre grande traverfe 8c un tiroir, dont la profondeur, ( ou, pour mieux dire, la largeur, ) efl: donnée par la capacité intérieure du pied lorfqu’il efl: fermé , 8c la longueur, par l’efpace quf relie du dedans en dedans des deux petites traverfos entre lefquelles il coule . & dans lefquelles il efl: retenu par de fortes languettes {aillantes , prifes à même l’épaifieur du tiroir , lefquelles entrent, foit à rainure ou à queue, dans les petites traverfes de côté, d’environ 4 à y lignes de profondeur au plus for la plus grande largeur qu’il foit polfible de leur donner , afin qu’elles tiennent folidement enfemble, ce qui vaut mieux que de les faire étroites, comme c’efl: la coutume , 8c que je l’ai fait à la Figure 6.
- La hauteur du tiroir efl: bornée par la largeur des traverfes du pourtour de la table , moins Fépaifleur d’une faufle traverfe ou entre-toife H, Fig. y & 10 , laquelle fort à retenir l’écart des traverfos dans lefquelles on l’affemble à queue en deflbus. Voye£ les Fig. 4 & 10, qui repréfentent le pied de la table tout ouvert tant en plan qu’en élévation , & celles y, 7 8c ir , qui le repréfentent fermé , dont l’inlpeélion efl, je crois , fuffifonte pour donner toute la théorie néceflàire de ces fortes d’ouvrages.
- • On obfervera que les pieds ainfi ouverts ne peuvent pas porter la Table dans. Coûte fon étendue, parce qu’il faut qu’il relie environ % pouces de longueur du
- tiroir
- p.714 - vue 121/284
-
-
-
- Sectïon II. §. I. Defcriptiort des petites Tables de Jeu, ôCc. 71 £
- tiroirs fans les coulilfes des traverfes, avec lefquelles on le retient par le moyen ——
- d’un tafleau /, Fig. 7, attaché àu-deflous de la Table. Planche
- Les Tables à quadrille ainfi brifées , ont non-feulement davantage de tenir 2$V moins de place que les autres, mais encore lorfqu’elies fonTployées, elles peuvent fervir de tables à écrire ou de Damier, ainfi que le repréfente la Fig. 9, ce qui eft un double avantage.
- La forme des Tables dont je parle eft quarrée, comme je l’ai déjà dit , aux quatre angles defquelles on obfervoit jadis quatre parties circulaires d’environ 6 pouces de diamètre , dont la circonférence pàflbit par l’angle de la Table , Sc qui fervoient à placer les cartes d’écart Sc l’argent des Joueurs , comme aux Figures 4 & 8 : mais on n’en fait plus ufàge maintenant ; on fe contente d’arrondir les angles de la Table comme à la Figure 9.
- Lès Tables dont je viens de faire la defcriptiôn, n’ont d’autres défauts que le peu de folidité dé leurs pieds, qui, lorfqu’ils font ouverts, font fujets à faire beaucoup de mouvement, n’étant retenus que par l’extrémité du tiroir ; c’eft pourquoi vj’ai imaginé qu’on pourroit, pour les rendre plus folides , y mettre par le bas une entre-toile à brifure Fig. 17, laquelle feroit mobile près des pieds aux points M’A/, dans le milieu aux points O P QR, Sc qui fe briferoit fur le champ au milieu de leur longueur, où ils feroient arrêtés en place par un crochet ou un reflort, ce que j’ai indiqué fur la Figure 10 , par des lignes ponctuées h i Sc l m , qui repréfentent l’entre-toife ouverte ainfi que le pied, lequel venant à fe reployer, fait revenir le centre n de l’entre-toife au point o9 &le point h au point q ; la première brifure , indiquée par le point p, à celui r ; 8c la fécondé , indiquée par le points, au point t, ainfi du refte, la moitié de la démonftration pouvant fervir pour le tout.
- Quant à la conftruélion de ces entre-tôifes, elle n’a rien de particulier ; il faut feulement avoir foin de les faire très-légeres, Sc cependant folides. Voyeç la Fig. 16, qui repréfente l’alfemblage de l’entre-toife avec lé patin qui lui fert de centre; & la Fig. 17, dont l’infpeélion feule doit fuffire, d’après ce que je viens de dire ci-deflus*.
- On fait ufàge chez le Roi, de Tables à quadrille dont les pieds fe reploient en deflous , ou bien s’ôtent tout-à-fait & s’arrêtent en place avec des vis placées au haut & à l’intérieur des pieds , qui font coupés un peu àu-deflous des traverfes , ce qui eft très-commode , non feulement pour les Tables de jeu dans les appartements , mais encore pour celles de campagne, comme je l’ai dit en fon lieu.
- Après les Tables à quadrille dont je viens de parler, les plus compliquées —... font celles nommées Tables de Brelans, parce qu’elles fervent particuliérement Planche à ce jeu Sc autres jeux de hafard , comme le Trente-un & autres. Le deflus de ces Tables, repréfentées Fig. I, 2,3 § 4, eft d’une forme circulaire par leur plan, d’environ 3 pieds Sc demi de diamètre , au milieu duquel eft un trou Menuisier , III. Part. IL Secï> V 8
- p.715 - vue 122/284
-
-
-
- MENUISIER, III. Part. Seü. IL Chap. VUL
- __— rond d’environ io à il pouces de diamètre , dans lequel eftajufté un corbillon
- Planche ou cafletin, fur lequel on place le flambeau & des jeux de cartes au pourtour, 2J8* dans des cafles deftinées à cet effet, comme je le dirai en Ion lieu, en faifant la defcription de ce cafletin.
- Le defîus de la Table dont il eft ici queftion , fe brife en deux parties, comme ceux des Tables à quadrille, & eft conftruit, ferré & garni de la même maniéré quà ces dernieres, comme on peut le voir aux Fig. 2,3^4; ceft pourquoi je n’en parlerai pas davantage. Le pied de ces Tables, Fig. 5 , forme un demi-cercle par Ion plan, & eft compofé de quatre pieds AB CDy dans lefquels viennent s’affembler à tenons & mortaifes les traverfes cintrées & la droite, laquelle eft coupée au milieu par un tiroir E F9 de 14 pouces de large , qui gliffe dans des couliffeaux H /, affemblés dans la traverfe droite & dans les pieds du milieu , ou du moins appliqués & chevillés contre, ainfi qu’on peut le voir dans cette Figure. Au milieu de la tête de ce tiroir eft affemblé un autre pied G , lequel fert à le foutenir quand il eft tiré dehors , & par conféquent à foutenir la Table , qui, lorfqu’elle eft ouverte, vient s’appuyer deflus. Voye£ la Fig. 6, où le tiroir eft ouvert, & la circonférence de la Table indiquée par un cercle ponétué (*).
- Le tiroir de ces Tables coule ordinairement à queue dans les coulifleaux qui le reçoivent, afin d’en retenir l’écart , comme à la Fig• 7, cote N ; mais je crois que cette queue eft aflez inutile & même peu convenable pour retenir cet écart, & qu’il vaut mieux faire cette coulifle quarrément à l’ordinaire , Comme à cette Figure , cote O , & placer en deflous du tiroir une faufle traverfe L L , Fig. 5 & 7, pofée fur le plat, affemblée à rainure & languette dans la traverfe droite de devant, & à tenon ou à queue dans celle cintrée, ce qui rendroit l’ouvrage très-folide, & ce qui feroit d’autant plus aifé à faire, que cette traverfe pourroit n’avoir que 6 lignes d’épaiffeur, & par conféquent être cachée dans la hauteur de traverfe du pourtour de la Table, fans pour cela nuire au tiroir , auquel 2 pouces 9 lignes de profondeur, ( ou, pour mieux dire, de hauteur ) , font fuffi-fants pour placer le cafletin, qui n’a que 2 pouces 6 lignes de hauteur en tout , lequel doit être placé dans le tiroir lorfqu’il eft fermé, comme on peut le voir à la Fig. 5.
- Ce tiroir doit être le plus profond qu’il eft poflible, afin qu’étant tiré dehors il foutienne mieux la Table ; & on doit obferver , en plaçant le taffeau du deflous qui fert à l’arrêter contre la faufle traverfe, que le tiroir ne foit pas trop avancé, afin qu’il ne nuife pas au deflous du cafletin, qui entre dedans d’environ un pouce lorfqu’il eft placé fur la Table, dont l’ouverture, & par conféquent la place du cafletin, eft indiquée par un cercle ponélué a b c, Fig. 6.
- ( * ) J’ai dit plus haut que les traverfes cintrées des pieds de Tables de Brelan, venoient s’afTem-bler dans les pieds du pourtour, parce que c’efl: la maniéré la plus ufitée ; car il vaudroit beau-
- coup mieux faire la traverfe cintrée d’une feule pieceralongée à traits de Jupiter dans fon pourtour, & y alfembler les pieds à tenon & à en-fourchement par derrière.
- p.716 - vue 123/284
-
-
-
- Section IL $.11. Defcriptiôn des petites Tables de Jeu, SGc. 717
- Le dedans de la tête du tiroir doit être garni d’un morceau de bois M, Fig.
- 5 , qui doit pofor fur le bout du pied , ( dont fépaifleur pafle en enfourche- Planche ment derrière la tête du tiroir ) , & qui doit être d’une grandeur fuffifante pour cacher le trou que fait la Table lorlqu’elle eft ployée, comme on peut le voir à la Figure 4, qui repréfente la Table vue en deflus toute ployée & avec fon pied.
- Le cafletin ou corbillon, Fig. 7 & 8 , eft, à proprement parler , l’ouvrage du Tourneur, lequel l’évuide & y pouflè les moulures, le Menuifier ne failànt qu’y ajufter les réparations. Cependant comme ce n’eft ordinairement qu’un morceau de bois de travers qui eft fujet à fe tourmenter, il eft bon de le faire de deux pièces lur fépaifleur, collées en contre - fens l’une de l’autre, ou bien d’y adapter en dedans un autre morceau collé toujours en contre-fons , ainfi que celui P Q.
- Il y a des Tables de Brelan où l’on arrête le cafletin avec une vis de bois percée au travers du tiroir , & qui prend dans le deflbus du cafletin, ce qui, à mon avis, eft aflez inutile , étant, de plus , fort aifé d’empêcher le cafletin de tourner > en y adaptant une languette fur le côté qui entre dans le trou de la Table, & par conféquent l’empêche de tourner.
- Quant à la forme des profils de ces cafîètins, elle eft aflez arbitraire ; celle qui eft repréfentée ici, eft celle qui femble leur convenir le mieux, ainfi que pour la forme & la grandeur des cafletins , dont chacun peut contenir au moins trois jeux de cartes fiir fépaifleur. Voye£ les Fig. 7 & 8.
- Les Tables de Tri ou triangulaires, font, ainfi que celles à quadrille, mobiles .. " -
- ou immobiles ; dans ce dernier cas elles n’ont rien de particulier , tant pour la Planche conftruélion que pour la décoration, qui, en général, font à peu-près les mêmes à toutes les Tables de jeu.
- Leur deflus , qui a la forme d’un triangle équilatéral, a environ 3 pieds & demi de longueur, pris des extrémités de chacun de ces côtés , & eft garni d’étoffe, ainfi qu’aux Tables dont j’ai parlé plus haut.
- Quand le defliis de ces • Tables fe brifo , ainfi que l’indique la ligne A B,
- Fig. 1, on les ferre à l’ordinaire , & chaque partie fe reploie l’une fur l’autre * alors elles ont la forme d’un triangle reélanglè , comme le repréfente la Fig.
- 3,, ce qui ne fouffre aucune difficulté , du moins pour le deflus de la Table, toute celle qui peut fe rencontrer n’étant que dans la conftruélion de leurs pieds ,
- Fig. 3 (jr 4, lefquels ont trois pieds d’une forme différente ; lavoir, un quarré C ; l’autre D, d’ une forme lolànge très - alongée; & le troifieme E, d’une forme aufli lolànge, mais moins alongée que l’autre , & tel que devroient être tous les trois pieds, fi la Table n’étoit pas brifée. Cette difficulté n’eft pas la foule qui fo rencontre dans la conftruélion de ces pieds de Table, vu que la différente forme du plan de ces pieds n’exige qu’un peu plus d’attention de la part de f Ouvrier ; au lieu que leur ouverture, quoique d’une très-facile exécution, ainfi qu on peut le voir aux Fig. 3 ^4, eft peu folide, & fait toujours un aflez mauvais
- p.717 - vue 124/284
-
-
-
- Planche
- 718 MENU1S7E R, III. Part. Secî. IL Chap. Vllî.
- effet, Vu quelle ne peut fe faire que dans l’arafement de la traverfe au point F, Fig. 3; au refte, ceft la feule maniéré de la faire 8c qu’on ne pourroit guère changer. Voye[ la Fig. 4, où le plan de la Table eft indiqué par des lignes ponctuées G H /, ainfi que celui du pied , indiqué par celle L M.
- En général, les Tables de jeu dont je viens de faire la defcription, le font, ou du moins peuvent fe faire dé toutes fortes de bois ; mais on les fait le plus communément en noyer, ou en cerifier & en merifier , foit en plein foit de placage, ce qui eft allez ordinaire pour les deflus ; mais quelque bois qu’on emploie à ces Tables, elles doivent être très - légèrement conftruites, leurs pieds ne devant pas avoir plus de 2 pouces de .grofleur par le haut , 8c leurs traverfes p à 10 lignes d’épailfeur, ainfi que leur deflus ; cependant quelle que foit la légéreté de ces Tables, il faut toujours qu'elles foient aflemblées avec toute la précifion & la folidité poftibles, que leurs deflus foient faits d’aflemblages, ou au moins emboîtés par les bouts, foit que les bâtis de deflus foient apparents, ou qu'ils foient recouverts de placage , qui eft le cas où pour l’ordinaire ces Tables font le plus mal Conftruites ; les Menuifiers Ebéniftes ( ou foi-difant ) qui les font, ne connoiflant que leurs placages , qu’ils font comme ils peuvent, 8c abandonnant le foin de la carcaffe de leur ouvrage à d'autres Menuifiers qui n’en ont que le nom, qui font très - ignorants dans l'Art de la bonne conftruétion, & qui, à quelques mauvais aflemblages près , ne connoiflent d’autres moyens que de la colle 8c les chevilles, & quelquefois même les clous, pour retenir en-femble les diverfes parties de leurs bâtis, de forte qu’en très-peu de temps la fecherefle ou l’humidité fait déjoindre les bâtis 8c détruit toutTouvrage , qui, à la vérité, a été vendu peu cher, mais qui, par fon mauvais ufage, l’a été encore trop.
- Les Tables qui font à bâtis apparents, 8c faites par les Ouvriers dont je parle, ne font guere mieux traitées, tant pour la conftruélion, qui , pour l’ordinaire eft mauvaife, que pour la folidité de la matière , qui eft fouvent défec-tueufe 8c toujours trop épargnée , défaut qui femble attaché à prefque tous les Ouvriers de ce genre , lefquels ne travaillant que pour les Marchands , ou, pour mieux dire, les Faéleurs de ces fortes de marchandifes, ( n’y ayant de vrai Marchand que celui qui cultive ou fait la chofe à vendre, & celui qui la con-fomme ) , fe trouvent, fi je l’ofe dire, dans l’impoflibilité phyfique 8c morale de faire de meilleur ouvrage , comme je crois l’avoir prouvé au commencement de cette Partie , en note , page 6or.
- Avant de finir ce qui concerne les petites Tables de jeu, j’ai cru devoir donner la forme d’une efpece de Table de jeu nommée Loptinhj jeu Anglois, 8c qui a été beaucoup d’ufage à la Cour. Cette Table, repréfentée Fig. 6 (£r y, eft de la forme d’un oélogone irrégulier d’environ 4 pieds de longueur, fur 3 pieds de largeur, au pourtour de laquelle font adaptées des bandes ou rebords de 3 pouces 6 lignes de hauteur du deflus de la Table, arrondies en dehors &
- creufées
- p.718 - vue 125/284
-
-
-
- Section IL §. IL Defcrlptïon des petites Tables de Jeu , SCc.yrp creufées en deffous, comme çn peut le voir à la Fig. y , qui repréfente une partie de la coupe de cette Table au double de la Fig. 6.
- Au milieu Sc dun côté de cette Table, font incruftées neuf bandes de bois différent de celui de la Table , ce qui produit au milieu huit caffes creufées dans lefquelles fe rapporte une petite trape N, Fig. y, laquelle affleure au-defïus de tout 1 ouvrage , & s enleve par le moyen d’un bouton qui eft placé au milieu pour les changer de place comme on le juge à propos, ou, pour mieux dire, félon le nombre donné par les dés dont on fo fert à ce jeu. Vis-à-vis de ces caffetins, c’eft-à-dire , de l’autre côté du jeu, en font placés deux autres , à 2 pieds de diftance l’un de lautre, Sc à io pouces du bord de la Table; ces caffetins font remplis par de petites trapes qui s’enlevent comme les autres ,f mais qui ne font pas numérotées ainfî que ces dernieres. Voyei les Fig. j & 6.
- Cette Table eft portée for un pied conftruit à l’ordinaire, Sc de 26 pouces He haut dir-defîbus de la Table, ainfî que toutes les autres Tables de jeu.
- Ley Damiers font de petites Tables de jeu de 18 pouces de long, for environ J3 ppuces de large, dont le milieu eft rempli par #4 quarrés de différentes couleurs, difpofés en échiquier, for lefquels on place les Dames ou petits cylindres avec lefquels on joue.
- Aux deux bouts du Damier , font confinâtes deux petites boites d’environ % pouces de largeur en dedans, Sc dont le deffus ouvre à couliffe. Ces boîtes doivent s’ouvrir chacune à la droite du Joueur, & Ter vent à placer les Dames. Voye^ la Fig. 7, où font repréfentées la coupe Sc les élévations d’un DamierJj
- Quelquefois les Damiers font à double parement, fait de la même maniéré que celui dont je parle, à l’exception qu’ils ont cent petits quarrés d’un côté pour jouer ce jeu à la Polonoife.
- Le Triélrac, Fig. 8,9, 10 , ir , 12 13 , eft une efpece de Damier brifé
- au milieu de fa largeur, lequel étant ouvert Sc retourné, préfente deux caifîès? OP, Fig- 8> 11 <&* 12, féparées l’une de l’autre par le côté des brifores, qu’on arrondit en dedans, pour ne point blefler les Joueurs lorfqu’ils ramaffent leurs dés. Au fond’de chacune de ces caiffes font incruftées fîx lames , foit de bois* d’os ou d’ivoire, alternativement de différentes couleurs entr’elles, Sc par confé-quent au fond de la caiffe. Ces bandes doivent être taillées en pointe d’environ 6 pouces de longueur for 6 lignes de largeur à leur bafe, Sc placées à diftance égale l’une de l’autre.
- Quant à la conftruélion tant des Damiers que des Triélracs, elle eft très-(impie ; ce ne font que des bâtis affemblés à queue recouverte , dans lefquels font embreuvés les fonds, comme on peut le voir aux Figures ci-deflus. Les Damiers & les Triélracs fe font quelquefois en ébene ou quelques autres bois précieux, dont je ne fais pas mention ici, non plus que de la maniéré d’in-crufter ou de plaquer les Damiers & le fond des Ttiétracs, parce que cettq Menuisier , IIL Saru IL Secl. X 8
- Planche
- 259*
- p.719 - vue 126/284
-
-
-
- yao ME NUIS 1ER, ni. Part. Secl. Il Chap. FUI.
- defcrlption appartient à l’Art de l’Ebénifterie, .dont je traiterai dans la fuite , Planche n ayant fait ici mention des Damiers 8c des Triétracs, que pour épuifer tout de fuite ce qui concerne les Tables à jouer , du moins celles qui font le plus en ufage.
- Section Troisiem e.
- Des Tables a écrire de toutes fortes ; de leurs formes, proportions & conf raclions.
- TTfiirr——i Les Tables à écrire peuvent, ainfi que celles à jouer, être confidérées Comme Planche f%iFmt deux efoeces diftinéles l’une de l’autre; lavoir , les grandes & les petites*
- 2 6o w
- La première comprend les Bureaux de toutes fortes, fermés 8c non-fermés , fur lefquels plufieurs perlonnes peuvent travailler enfemble. La fécondé comprend les petites Tables à écrire , propres à une feule perfonne, 8c les Secrétaires de toutes fortes, dont la defcription, ainfi que des premières, va faire le fujet de cette troilieme Seélion, que je traiterai le plus luccinélement qu’il me fera poffible.
- Les Bureaux proprement dits, font de grandes Tables for lefquelles plufieurs perlonnes peuvent écrire enfemble, loit à côté ou vis-à-vis l’une de l’autre.
- Les Bureaux Ibnt, ainfi que les autres Tables , compofés d’un pied 8c d’un delfus, lefquels font plus ou moins grands , félon qu’on le juge à propos, y ayant des Bureaux de toutes fortes de grandeurs, depuis 4 pieds jufqu’à 6, 8c même 8 pieds de longueur fur une largeur proportionnée à leur longueur, c eft-à-dire, depuis 2 pieds jufqu’à 3 , & même 4 pieds.
- Les pieds des Bureaux fe font de différentes formes, foit avec des tiroirs ; comme la Fig. 1, cote A , ou làns tiroirs, comme à la même Figure, cote B; mais dans l’un ou l’autre cas, il faut qu’ils n’aient de hauteur du delfus de la table, que 26 ou 28 pouces au plus, afin que toutes fortes de perlonnes puiflent y travailler à leur aifo.
- La conftruélion des pieds des Bureaux ordinaires, n’a rien de particulier, du moins quant à l’extérieur, étant, ainfi qu’aux autres Tables, compofés de quatre pieds ou montants, & de quatre traverfes, dans iefquelles on place des tiroirs ou des tables à coulifîes, ainfi que je l’expliquerai ch après.
- Les deflus ou tables des Bureaux font compofés d’un bâtis de 3 à 4 pouces de largeur ( 8c quelquefois davantage), fur un pouce à un pouce 8c demi d’épaif feur , aflèmblé à bois de fil 8c rempli par un panneau de fapin, qui doit être renfoncé en delfus d’environ une petite ligne au plus, afin de lailfer la place du maroquin, qu’on colle ordinairement deflus, 8c qui doit affleurer avec le bâtis du pourtour de la table. Cette maniéré de remplir les deflus des Bureaux, eft la plus ordinaire ; cependant je crois qu’il vaudroit beaucoup mieux pour la folidit^ de l’ouvrage, qu’au lieu de panneaux, foit de fapin ou même de chêne, on
- p.720 - vue 127/284
-
-
-
- Section 1ÏL Des Tables à écrire ; de leurs formes, ôGc. 72r remplît le milieu de ces tables avec des bâtis d'affemblage en forme de parquet, comme je fai obfervé aux Fig. 6 & 7, qui repréfentent les coupes du Bureau Planche Fig. r , cote B, tant fur la longueur que fur la largeur. Cette fécondé maniéré a°°* de conflruire les deffus de Bureaux, deviendroît un peu plus compliquée & plus eoûteufè que la premiers ; mais elle auroit favantage d'être beaucoup plus folide, ce qui eft fort à confidérer, fur-tout quand les Bureaux font dune * certaine conféquence. -
- Les Bureaux les plus fîmples font ordinairement garnis de trois tiroirs fur la largeur , ainfi que la Fig. r , cote A, lefqueis ouvrent immédiatement du défions de la table , pour leur donner le plus de profondeur poffible , laquelle, dans le cas dont je parle, ne peut être que de 3 à 4 pouces au plus, parce quil faut quil refte au moins 20 pouces d'efpace entre le carreau & le deffous de la traverfè qui porte les tiroirs, pour palier les jambes de ceux qui font affis devant,’
- Cette maniéré de difpofer les tiroirs eft bonne , en ce qu'elle leur procure beaucoup de profondeur ; mais elle a le défaut d'être peu folide , & même peu propre ; c eft pourquoi il vaut mieux diminuer la profondeur des tiroirs & mettre une trayerfe par le haut du pied de la Table, d'un pouce & demi environ de largeur , dans laquelle on puiflè aflèmbler les montants qui portent les tiroirs, ce qui foulagera la traverfè du delîous , qui, lorfqffelle eft feule, porte tout le poids des tiroirs , qui la font ployer ainfi que le deffus de la table, dans lequel on affemble les montants qui féparent les tiroirs, ce qui fait un allez mauvais effet.
- De plus, en mettant deux traverfes, on peut orner les tiroirs de moulures au pourtour , & même les difpofer en forme de frifes ouvrantes dans les moulures , ainfi qu'à la Fig. 3.
- Les tiroirs des Bureaux, Sc généralement de toutes les Tables, font ordinairement portés par des couliffèaux qui les fupportent Sc en dirigent le mouvement , foit en les ouvrant ou en les fermant ; mais ces couliffèaux ne peuvent les contenir fur la hauteur , c eft-à-dire , du haut en bas ; de forte que quand les tiroirs font ouverts, ils penchent en devant de tout ce qu'ils ont de jeu fur la hauteur , ce qui les expofe à tomber, & qui, d’ailleurs, fait un très-mauvais effet. C'eft pourquoi je crois qu'il vaut mieux faire les couliffèaux qui portent les tiroirs, d'une largeur aflèz confidérable pour contenir les tiroirs dans toute leur largeur , ou, pour mieux dire, leur hauteur, en obfervant de n’y laifïèr que le moins de jeu poffible, afin que les tiroirs ne penchent que de peu de chofe lorfqu'ils font ouverts. Voye£ la Fig. J , qui repréfente la coupe de largeur du tiroir Fig. 3, avec fon coulifièau ainfi difpofé, & dans les côtés duquel tiroir j’ai obfervé un petit ravalement fur l'épaiffeur du côj:é, pour donner paffage à l'air qui, lorfque les tiroirs font ajuftés avec précifion, les empêcheroit de fermer fans cette précaution.
- Il eft bon auffi de mettre un faux-fond fous les tiroirs* ( foit qu’il porte imiue-
- p.721 - vue 128/284
-
-
-
- Blanche
- 3l6q»
- 722 ME N UIS 1E R 9III. Part. Secl. IL Chap. VIII.
- --diatement ces derniers, ou qu'ils foient placés plus bas, comme aux Fig. 3 (ÿ* 5, ce qui eft indifférent, pourvu qu'il y en ait un,) lequel non-feulement •empêche la poufîiere d'entrer dans l'intérieur des tiroirs, mais encore fert à les renfermer d'une maniéré sûre, ce qui eft abfolument néceilàire dans le cas dont il eft ici queftion.
- Quant à la forme & à la conftruélion des tiroirs , ils n'ont rien de particulier) fi ce n'eft qu'il faut les faire les plus grands 8c les plus légers poffibles, quatre lignes d'épaifleur à leurs bâtis étant fuffifantes. Ces bâtis doivent être alfemblés à queues d'aronde , au nombre de deux ou trois fur la hauteur, 8c jamais une feule, ce qui n'eft pas affez folide ; il faut auffi obferver de placer les queues dans les côtés des tiroirs , afin qu'en les faifant ouvrir , on ne les fafîè pas fléfaffembler, ce qui pourroit arriver fi les queues étoient difpofées autrement, ^c’eft-à-dire , dans les têtes au devant des tiroirs & dans les derrières ; il faut aufli obferver de laiffer une barbe aux côtés des tiroirs, pour remplir le vuide de la languette du fond, qu'il faut toujours affembler dans le bâtis des tiroirs à rainures & languettes, comme aux Fig. 3 & $ , 8c non pas à feuillure fimple ^ comme le font prefque tous les Menuifiers en Meubles, ce qui eft peu folide % 3c qu'il faut abfolument éviter.
- Les fonds des tiroirs doivent être difpofés à bois de fil fur leur largeur, ou j pour mieux dire , fur le fens le plus étroit, parce que plus ils font courts , & moins ils font fojets à faire d'effet ; ce qui eft d'autant plus à craindre , que ces fonds font ordinairement très-minces, 8c par conféquent fiijets à ployer, tant fur la largeur que fur la longueur, que l'on ne fàuroit par confisquent trop diminuer:
- Les Bureaux, tels que je viens de les décrire, ne peuvent fervir qu'à une feule perfonne, à moins qu'on ne les fafîe très-grands , ce qui n'eft pas toujours poflîble, fur-tout quand on eft borné par la place, ce qui a fait imaginer de placer, dans ceux d'une grandeur ordinaire , ( comme par exemple celui repré-fenté Fig. 4), des tables à codifies , lefquelles fe tirent dehors au befoin, 8c alors on peut y placer quatre perfonnes au pourtour ; favoir,* une perfonne fur chaque table des bouts, & deux autres fur celles de derrière, ce qui eft très-commode , for-tout pour écrire fous la diélée de celui qui eft placé devant le Bureau à l'ordinaire, lequel jouit toujours de toute l’étendue de ce dernier: iToute la difficulté qu'ont les tables à couliifes, confifte à l’inégalité de leur hauteur, laquelle ne peut être la même à toutes , puifque celle de derrière palîe au-deflous du deftiis du Bureau, & celles des bouts fous la première, ce qui, joint à 1 épaifleur des joues des couliifes , donne aux tables des bouts environ -j à 4 pouces de plus bas que le deftiis du Bureau.
- Quand les Bureaux font ainfi difpofés, les travprfes de leurs pieds font ordinairement ornées de moulures en forme de frifos , ( comme la Fig. r , cote i?,) & on fait ouvrir les tables a couliifes au nud ou dans le dégagement des moulures , afin que leurs joints foient moins apparents, comme on peut le voir aux Fig. 6 & 7, Les
- p.722 - vue 129/284
-
-
-
- Section III. Des Tables à écrire ; de leurs formes , SCc. 723
- Les Tables à couliiîes fe conftruilènt de la même maniéré que les deflùs des 1 —
- Bureaux , foit à remplifluge de panneaux, foit d’aifemblages, ce qui eft encore Planche
- mieux ; 8c on doit avoir foin de difpofer leurs bâtis, de maniéré que quand ils 2<5°*
- font tirés dehors autant qu’ils peuvent l’être , il refte un champ apparent au dehors du Bureau , égal à ceux du pourtour, comme on peut le voir à la Fig*
- 4, qui repréfente le Bureau, Fig. i, cote 5 , vu en deïTus avec la moitié de la table C; 8c la même Figure, cote Z), avec les tables à couliffes tirées dehors d’environ un pied : ils ne pourroient pas l’être davantage à un Bureau de cette grandeur , vu qu’il faut qu’il refte au moins 6 à 7 pouces de la table en dedans des couliiîes, pour qu’elles puiiïent fe tenir de niveau, du moins autant qu’il eft pofltble ; car quelque précaution qu’on prenne , elles penchent toujours un peu en devant, à quoi on pourroitcependant remédier en faifànt déverfor les coulif féaux en dedans. Voye{ la Fig, 6 , où la table à couliïfe £ F, eft vue en coupe dans ces couliiîeaux ; & celle G H, qui eft une des bouts, eft tirée dehors & retenue en place par le tafleau a. Voyez pareillement la Fig. 7 , où la table à couliiîes IL du derrière du Bureau, eft tirée dehors & arrêtée par fontaireau b9 ainiî que la table MN, vue en coupe for fa largeur & placée dans fes cou-liifeaux, lefquels font aflèmblés dans les pieds, 8c les excédent de 4 lignes, ce qui eft foffifànt pour porter les tables à couliffes.
- La largeur, ou, pour mieux dire, l’épaiifeur des conliiîeàux, eft bornée premièrement par celle des tables , qui doit être de 8 à 9 lignes , plus 6 lignes de joue de chaque côté, ce qui détermine au jufte la place des tables dans les traverfos du pied , & fert en même temps à borner les champs & les profils de ces mêmes traverfos, comme on peut le voir aux Figures ci-deffus, dont l’inf-peétion feule doit fuffire pour peu qu’on veuille y faire attention*
- On doit avoir foin , lorfqu’on ajufte les tables à couliffos, de les faire avec le plus de précifion poflible, en n’y laiiïànt que le jeu néceftaire pour quelles puif- w
- font couler aifément après avoir été frottées avec un peu de favon ; cependant fi on vouloir faire la dépenfo de placer des roulettes de cuivre dans l’épaiifeur des coulilfeaux , ces tables couleroient fort aifément 8c très-jufte, ce qui les empê-cheroit de pencher en aucune façon*
- Comme les Bureaux ainfi difpofés ne peuvent pas avoir de tiroirs, on a imaginé de placer au-deifus des caffetins ou ferres-papiers O P Q , Fig. I & 2 , de 6 à 8 pouces de hauteur * dans le bas defquels on met des tiroirs qui ferment à clef, & tiennent lieu de ceux qu’on place ordinairement fous lès Bureaux; au-’ deflus de ces tiroirs on laifle des cafés ou efpaces vuides % qui fervent à placer les papiers de peu de conféquence.
- Les ferres-papiers dont je parle , forment un corps à part, qu’on peut ôter lorfqu’on le juge à propos , 8c qu’on arrête fur la table du Bureau avec des goujons à vis, qui paifent au travers de cette derniere, fous laquelle on les arrête ; Menuisier , III. Paru II. Secl. Y 8
- p.723 - vue 130/284
-
-
-
- Planche
- 260,
- t
- 724 MENUISIER , Ut Part. SecZIL Chap. VIH.
- de forte quon peut les fopprimer lorfqu’on le juge à propos, ainfi que je l’ai déjà dit.
- Quant à la conftruélion des ferjres-papiers, elle n’exige que de la propreté & de la précifion , étant pour la plupart faits de bois uni, affemblé à queue perdue ; 8c on doit avoir foin en déterminant la profondeur , ou , pour mieux dire, la largeur des tiroirs , qu’ils foient d’une grandeur fuffifànte pour qu’ils puiffent contenir du grand papier de compte , qui a ordinairement 13 à 14 pouces de long, for 9 à 10 pouces de large.
- ' J’ai dît plus haut que le deflus des Bureaux étoit couvert de maroquin ou de bafane de couleur noire , ce qui eft néceffaire , non-feulement pour rendre le deflus de ces Tables plus doux pour écrire facilement deflus , mais encore pour qu’en cas qu’on y répande de l’encre , il ne s’y fafle pas de tache ; ce qui arriverait nécefîàirement fi ces deflus étoient faits de plein bois.
- Le maroquin eft une peau de bouc teinte en noir & apprêtée par des Ouvriers qui font une claffe à part parmi les Corroyeurs , lefquels les teignent & les dégraiflent, de façon qu’011 peut aifément les coller fur le bois ainfi que la bafane , qui eft une peau de mouton, teinte 8c apprêtée à peu-près comme le maroquin, du moins en apparence ; Car il y a une grande différence entre les procédés dont on fe fort pour apprêter ces deux fortes de peaux , comme on peut le voir dans les Arts du Corroyeur 8c du Maroquinier , donnés par M. de la Lande , de l’Académie des Sciences ; mais cette différence ne fait rien aux Menuifîers, dont toute l’affaire eft de les appliquer fur le bois, ce qu’ils font de la maniéré fuivante :
- Quand la Table eft toute finie, & le fond bien drefle 8c raboté avec le rabot bretté ou rabot à dents , on coupe le maroquin de la grandeur de la Table , moins environ 4 à 6 lignes au pourtour; puis on met fur la Table une couche de colle de farine bien cuite 8c un peu chaude; après quoi on applique la peau defîus, en obfervant de la placer bien au milieu de la Table de tous les fens ; enfuite on prend une ferviette blanche qu’on met fur le maroquin pour n’en point arracher la fleur, & on tient f une 8c l’autre d’une main au milieu, 8c de l’autre on appuie doucement fur le maroquin en le tirant du côté des bords de la Table , ce qui le fait alonger à mefixre que la colle s’y introduit, de forte que fes extrémités viennent joindre avec les bâtis de la Table. Quand les peaux, foit de maroquin ou de bafane, ne font pas affez grandes pour couvrir toute une Table , comme il arrive fouvent, ( les plus grandes de ces peaux n’ayant guere que 3 pieds &demi de longueur au plus, fur 2 pieds & demi de largeur tout équar-ries,) on en met deux jointes l’une contre l’autre, & collées de la même maniéré que ci-deiïus , en obfervant de choîfir le côté le plus égal des deux peaux pour faire le joint qu’on place au milieu du Bureau, ce qui, je crois, vaut mieux que de mettre un grand morceau 8c un petit, du moins à mon avis, for-tout quand les deflus des Bureaux font d’une forme quarrée ; car s'ils avoient des avants ou
- p.724 - vue 131/284
-
-
-
- Section 111. Des Tables à écrire ; de leurs formes, SCc. 72 y arrieres-corps, comme dans le cas des Bureaux à cylindres , dont je parlerai ci- : après, on feroit très-bien de faire aller la peau jufqu’à la rencontre d’un de ces reflàuts, luppofé qu’elle fût allez grande*
- Quelquefois, au lieu de maroquin ou de bafane , on couvre le deflus des Bureaux avec des peaux de veau apprêtées en fuif Sc teintes en noir, ce qui, à mon avis, eft préférable aux autres peaux dont je viens de parler, du moins pour les grands Bureaux , parce que non-feulement ces peaux font plus grandes que les autres, mais encore elles font plus fortes Sc s’écorchent moins facilement , ce qui eft fort à confidérer pour des Bureaux ou autres Tables à écrire d’un- ufage journalier , dans lefquelles la folidité eft préférable à la beauté.
- Les peaux de veau fe collent de la même maniéré que celles de bouc Sc de mouton, a l’exception qu’il faut y laiffer moins de jeu qu’à ces dernieres, proportion gardée avec leur grandeur , vu que les peaux de veau étant plus fortes que les autres , prêtent moins ; il eft bon auffi d’y mettre de la colle un peu plus chaude Sc plus forte, afin quelle s’y incorpore mieux Sc la retienne folidement en place, /
- En général, le maroquin eft la plus belle efpece de peau dont on puiffe le fervir pour couvrir le deflus des Bureaux, mais auffi font-elles les plus cheres Sc très-faciles à s’écorcher ; la fleur où le grain de deflus s’enleve très - aifément pour le peu qu’on les frotte. La bafane eft moins belle & moins chere , & peu folide ; c eft pourquoi on fera très-bien de fo fervir de peau de veau , comme je l’ai dit plus haut, for - tout quand les Bureaux ne feront pas fofceptibles de décoration*
- Les Bureaux, tels que je viens de les décrire, font à l’ufàge des différents Particuliers, qui les placent dans leurs Cabinets, ou dans leurs Archiv.es ou Secrétariats ; mais dans les endroits où il faut continuellement de la place pour que plufieurs perfonnes écrivent à la fois , comme les Bureaux de quelque efpece que ce foit, les Etudes & autres lieux de cette forte, où les Bureaux ordinaires deviendroient trop petits & même peu commodes, dn a fait de grandes Tables à une , ou le plus fouvent à deux places for la largeur, & de la longueur qu’on a jugé à propos , où chaque Ecrivain avoir fon tiroir fermant à clef, & for lefquelles ilsplaçoient un pupitre, dont la forme inclinée leur étoit plus commode pour écrire que celle des Bureaux ordinaires, dont le deflus eft toujours de niveau. Comme l’ufage des pupitres étoit affez incommode , on a incliné le deflus de ces Tables dans toute leur longueur ; Sc pour profiter de l’efpace que donnoit cette inclinaifon, on a fait ouvrir le deflus de ces Tables vis-à-vis la place de chaque Ecrivain, ce qui lui a fait une efpece de cave ou d’armoire, dans laquelle il ferroit fon ouvrage, mais en même temps ce qui étoit très-incommode , parce que chaque fois qu’il vouloit fouiller dans cette cave ou armoire, il falloit déranger tout ce qui étoit deflus.
- Pour remédier à ces différents inconvénients, on a imaginé une efpece de
- Planche 260•
- j
- tÊSBESgpS
- Planche
- 261.
- ♦
- «
- p.725 - vue 132/284
-
-
-
- I
- 7 26 MENUISIER, III. Part. Secl. IL Chap-. VI1L
- Bureau feïmé en forme de Secrétaire, lequel, làns tenir beaucoup de place, a Flanche l’avantage d'être très-commode, comme on le verra ci-après.
- Ce Bureau, repréfenté Fig. i, 3 , J & 6 , a fix places de 3 pieds de largeur chacune, & n’a que 6 'pieds de long fur 3 pieds de large ; la hauteur tout fermé, eft de 3 pieds 2 pouces, & la partie plate de Ion deflus eft de 4 pieds 2 pouces de long, fur 16 pouces de largeur , 8c le relie eft fermé de fix portes ou abattants ; Lavoir, une à chaque bout, 8c les quatre autres fur ies deux côtés; de forte qu’on peut les ouvrir indépendamment les unes des autres ; *8c que quand elles font ouvertes, ou, pour mieux dire, abaiflees, elles prélèntent une furface de 2 pieds de largeur, comme on peut le voir à la Fig. 3 , cote D , qui reprélènte la coupe du Bureau ouvert & fermé ; & a la Fig. 6 , qui repréfente ce même Bureau vu en deflus & tout ouvert.
- Comme les abattants des angles ne peuvent pas être quarrés , puifqu’ils viennent joindre enlemble far les lignes d’arêtes a b 8c c d, Fig. 5*, on remplit ce qui leur manque pour être quarrés, par une partie triangulaire efg9 même Figure, laquelle eft jointe avec l’abattant par une feuillure , & y eft ferrée lue l’arête, de maniéré que quand on veut fermer ce dernier on reploie en dedans cette partie triangulaire, laquelle m, nuit pas à la fermeture de l’abattant, comme je le démontrerai ci-après. Cette partie triangulaire ne peut pas être de toute la longueur indiquée par l’abattant ; mais il faut en lupprimer le petit triangle eh i9 c’eft-à-dire, le couper au nud du joint de l’abattant avec le deflus duButeau* 8c abattre le refte de la partie triangulaire en pente depuis la ligne I m julqu’à l’arête du deflous , indiquée par la ligne h i9 laquelle pente eft donnée par l’in-clinailon de l’abattant fermé avec le defliis du Bureau. Voye^ la Fig. 3, jcote C , ou la diftance n 0 , qui eft produite par la rencontre de la double épaiiTeur dè l’abattant avec le deflus du Bureau , eft égale à celle qui eft entre les lignes h i 8c Im, prife perpendiculairement à ces mêmes lignes. Pour rendre l’ulàge de ces Bureaux plus corrimode, on en fait le deflus en pente d’environ 4 pouces dans toute Ion étendue, 8c on a foin de ferrer les abattants fur l’arête avec le • deflus du Bureau, afin que quand ils font ouverts , ils préfentent, avec ce premier, une furface unie. Voye{ la Fig. 3 , cote D9 8c celle 4, où j’ai marqué à moitié de grandeur de l’exécution, le profil du deflus du Bureau, ainfi que celui de l’abattant, tant ouvert en E, que fermé en F, lefquels profils font dif* pofés de maniéré que le plein de l’un remplit le vuide de l’autre , ce qui eft d’autant plus commode , que ces profils, en ornant l’ouvrage, le rendent plus folide, en foulageant les ferrures.
- Les abattants le loutiennent ouverts par des tirants de fer p q 8c r s, Fig. 3 , lefquels entrent dans le deflous du Bureau , & y font arrêtés par des charnières tt \ de maniéré que quand ils font tirés dehors, ils foutiennentles abattants, qu’il eft bon qu’ils faflent relever un peu du devant, parce qu’avec le temps, leur propre poids joint à celui de la perfonne qui écrit deflus, les fait revenir à leur place. Les
- 1
- p.726 - vue 133/284
-
-
-
- Section III. Des Tables à écrire ; de leurs formes , SCc.
- Les barres ou tirants de fer dont je parle, conviennent pour les angles de ces : Bureaux, où on les fait paffer les uns au-deffüs des autres , c efl>à-dire, ceux des bouts par-deffous ceux des côtés, comme findiquent les trous tt, u , Fig. 3 ; mais pour le milieu on peut s’en paffer, en y mettant des tringles ou brides de fer plat, à crochet d’un bout, & à brifure dans le milieu ; de forte que quand 1 abattant eft ouvert, cette bride eft retenue parla gâche ou crampon x ; & qu’au contraire, lorfqu’on le ferme, elle fe brife au point y, & remonte en contre^ haut de ce qui eft néceftàire, ce que j’ai indiqué par des lignes ponétuées > cote &&x.
- La partie pleine du milieu de ce Bureau, contient douze tiroirs, dont deux de chaque bout & quatre de chaque côté ; de forte que chaque perlbnne en a deux ou bien un feul, fuppofé qu’on n’en mît qu’un fur la hauteur, & que le refte fût occupé par une café vuide ; & on obfervera de placer l’ouverture de ces tiroirs à la*droite de chaque place, du moins de celles des côtés, ainfi que je l’ai fait ici. Voyeç la Fig. 1, cote B, & celle 6.
- On peut encore placer des tiroirs au-deflous de l’appui de Ces Bureaux , en obforvant de les faire ouvrir au-defïous du paflage des barres ou tirants de fer qui foutiennent les abattants. Voye% la Fig. 3.
- Ces fortes de Bureaux ne font pas fofceptibles de beaucoup de décoration ; il fuffit qu’ils foient bien aftemblés à bois de fil for tous les fens, comme on peut le .voir aux Fig. 1 , cote A , & à celles J 8c 6.
- Le deiïus de la table de ces Bureaux peut être garni de peau de veau ou autre j ainfi que le dedans des abattants , ce qui foroit d’autant mieux , que ce cuir retiendroit leurs joints & les cacheroit, ainfi que le vuide des extrémités des parties triangulaires des abattants , du moins en partie*
- En général, les Bureaux dont je parle doivent être conftrüits très-folidement,1 fans cependant être tropimaffifs, for-tout les abattants , auxquels il ne faut pas donner plus de 9 à 10 lignes d’épaiffeur, afin de les rendre plus légers ; & on doit avoir foin de les affembler très-folidement, ainfi que tout le refte de l’ouvrage.
- La conftruétion de ces Bureaux n’a , ainfi qu’on l’a pu voir, rien de particulier , fi ce n’eft la coupe des angles des abattants, laquelle eft d’une fojétion confidérable pour ceux qui n’ont aucune connoiflànce de l’Art du Trait, tant pour déterminer la longueur de la piece de l’angle , que la pente & la profondeur des feuillures fervant à recevoir la partie triangulaire de ces abattants ; c’eft pourquoi je vais en faire une courte démonftration en faveur de ceux qui ignorent cette partie de l’Art du Trait, toujours foivant les mêmes principes que j’ai enfeignés dans cette Partie de mon Ouvrage, à laquelle on pourra avoir recours fi on le juge à propos. Voyez 1 Art du Trait, Seconde Partie , page 34^ & Jiiiv antes.
- Pour parvenir à avoir la longueur de la piece d’angle des abattants dont il efi; ici queftion , on commence par tracer le plan du Bureau , comme la Figure ^ J Menuisier , III. Part. 11. Secl. Z §
- Planché
- 2.6 i.
- \
- p.727 - vue 134/284
-
-
-
- Planche
- u
- .728 ME NUIS IER, ///. Part. Secî. IL Chap. VIII.
- : puis la ligne d’angle a b étant tracée, on éleve à l'extrémité de cette derniere ; une ligne perpendiculaire bc 9 dont la hauteur doit être égale au deflus du Bureau ; Sc du point a au point e, on mene une autre ligne qui eft celle demandée,1 ou, pour mieux dire, dont la longueur donne celle de la piece d’arête, dont la pente fè trace de la maniéré fuivante :
- On trace à part, Fig* 2 , un angle du plan avec là diagonale af, ( femblable ^ celle a b, Fig* 5 , ) fur laquelle on trace la ligne a g félon la méthode que j’ai donnée ci-delîiis'; ce qui étant fait, on trace à un des côtés du plan la pente Verticale de l’ouvrage, indiquée par la ligne a b, à laquelle on mene une parallèle u &, félon la largeur qu’on veut donner à la piece ; Sc du point u on dbaifle une ligne perpendiculaire à la diagonale af, laquelle la rencontre au point y ; Sc de ce point on éleve à la ligne a g une autre perpendiculaire y £ , dont la diftance au point a9 donne la pente demandée ; de forte que pour tracer la piece, on prend cette diftance, que l’on porte quarrément Sc de fon extrémité , d'un côté à l’autre, comme l’indique le point x*
- La pente de la piece étant ainfi tracée, refte à trouver là fauflè équerre pour le joint de l’angle , ce qui fe fait de la maniéré fuivante :
- On trace, Fig. 2 , l’épaifleur de la piece félon fon inclinaifon verticale a b & c d; du point d on abaifle une perpendiculaire à la ligne a u , fur la diagonale af Sc du point e, où elle rencontre cette ligne, on mene une parallèle à la ligne de l’arête a g9 fur laquelle, & à une diftance quelconque, on abailfe une perpendiculaire g x ; enfui te on prend fur le plan la diftance a e, qu’on porte de i à h ; puis par les points g h, on fait pa(Ter une ligne qui repréfente le deflus de la piece, à laquelle on augmente fonépaiiïeur, Sc dont par conféquent la pente eft déterminée par la ligne g L
- Cette opération étant faite, on trace la feuillure o p q de la profondeur & de la largeur que l’on juge à propos, & toujours parallèlement aux lignes g h Scgi, ce qui détermine la longueur & l’épaiflèur de la piece qui reçoit les abattants ; ce qui eft très-aifé à concevoir, puifque la ligne 0 n eft parallèle à celle a g, Sc que la diftance / m eft égaie à celle p o.
- S’il arrivoit que cette féparation fût faite avant les feuillures des abattants, on feroit l’inverfe de l’opération ; c’eft-à-dire, que du point 11 on méneroit une ligne parallèle à celle ag9 & qu’on prolongeroit jufqu’à ce qu elle rencontrât la ligne g x, fur laquelle elle donneroit un point pour déterminer la profondeur de la feuillure, dont la largeur fèroit pareillement donnée par la diftance l m $ foit qu’elle fût plus ou moins confidérable.
- La pente de la piece de la partie ployante de l’abattant fe trace par la même méthode que celle dont je viens de parler, ainfi que fes feuillures , qui fe font à l’inverfe de l’autre, mais toujours fuivant la même pente, comme on peut le voir dans cette Figure, où la diftance s t eft égale à celle o g ; icelle s r} égale à celle op9$C celle qr9 égale à celle q p. Au refte, ceux qui
- p.728 - vue 135/284
-
-
-
- Section IIL Des Tables à écrire ; de leurs formes , 3Ce. 7^29
- voudront acquérir une théorie plus étendue, pourront avoir recours à mon Art ww——« du Trait, comme je Fai dit plus haut, & ils y trouveront tout ce qu’ils pour- Planche ront defirer, tant pour l’efpece dont il s’agit ici, que pour toutes les autres parties de cet Art, lefquelles y font démontrées par principes fuivis, ce qui en rend l’intelligence plus facile.
- Le Bureau ou Secrétaire repréfenté dans cette Planche, le nomme Bureau à -«>—» n : cylindre, à caufe de la maniéré dont il efl; fermé par-deflus, comme je l’expli- Planche
- * • x 2
- querai ci-apres. *
- Ce Bureau, Fig, 1,2, 3,4 & $, eü compofé (ainfl que ceux dont je viens de faire la defeription, ) d’un pied garni de tables à codifies par les ^puts, & de tiroirs par-devant, & d’une table garnie de cuir, quelquefois mobile, comme on peut le voir aux Fig. y & 6,
- Au-deflus de la table de ce Bureau, efl: placé un fècrétaire ou ferre-papiers, garni de cafés & de tiroirs, comme le repréfente la Fig. 2, qui fè ferme, ainfi que la totalité de la table du Bureau, par le moyen d’un cylindre ou trape circulaire, lequel s’ouvre & fe ferme u volonté.
- Les cylindres ou fermetures de ces Bureaux, fe font de deux maniérés différentes ; favoir, en deux parties brifées Sc jointes à rainures & languettes, dont une fe reploie derrière le ferre-papiers, ou bien en un nombre de petites alaifes jointes enfemble, lefquelles fe reploient autour d’un cylindre lorfqu’on le juge à propos. Ces cylindres fe meuvent par le moyen d’un reflbrt dont je donnerai ci-après la figure ; & ce font probablement eux qui ont donné le nom à ces fortes de Bureaux.
- Quand la fermeture d’un Bureau à cylindre fe fait de deux pièces, comme à la Fig. 6, qui repréfente la coupe de la partie fupérieure du Bureau, au double ' des élévations , Fig, 1 Sc 2 , on fait la brifùre la plus haute poflible, afin que quand on la fait tourner dans la rainure difpofée à cet effet, elle occupe toute la profondeur du Bureau, & que la partie qui fe ploie ne defeende que le moins bas qu’il efl: poflible, & on difpofe la rainure du derrière du ferre-papiers, de maniéré que la partie ployante puiflè y paflèr facilement. Cette rainure efl: très-facile à tracer, parce qu’il n’y a qu’à faire deux réglés courbes d’une longueur égale à chacune des parties de la fermeture, dont l’une A B> entre dans la rainure circulaire de la joue ou côté du ferre-papiers ; de forte que l’autre CD, qui efl mobile & que l’on attache deflus comme une faufle éqüerre , détermine , en fe reployant entre le derrière des tiroirs Sc le fond du ferre-papiers , la largeur 3c la forme de la rainure dans laquelle elle doit paflèr. Il faut obfèrver, en faifànt le dedans de cette feuillure, quelle ne vienne pas jufqu’au derrière des tiroirs mais quelle s’en écarte d’environ un demi-pouce par le bas, afin d’éviter le frottement, qui, s’il y en a, ne doit être qu’à la partie fupérieure, ainfi que l’indique la ligne a b c, Fig. 6.
- Les fermetures des Bureaux étant ainfi difpofées > fe tiennent d’eües-mêmes
- p.729 - vue 136/284
-
-
-
- J?i ANCHE 2*62*
- Planche
- 26 3 •
- 730 MENUISIER-, ///. Part. Secl. IL Chap. E1IL
- i en place, tant ouvertes que fermées, & fur leur propre poids, (qu’on doit obferver
- de faire le moindre poffible , afin qu’ils foient plus aifés à mouvoir) ; cependant
- fi, pouT quelque raifon que ce fût-, on vouloir que la partie fupérieure de la
- fermeture Dy n’entrât pas dans l’épailîèur de la table, comme dans cette Figure >
- Sc qu’elle fût néanmoins d’une même grandeur, il faudrait alors qu’elle remontât
- en contre-haut au point E , ce qui ferait facile à faire , mais ce qui, en même
- temps, l’expoferoit à fe refermer toute feule, & à retomber fur les mains de la
- perfonne qui feroit ufàge du Bureau , ce qu’il faut abfolument éviter, foit en
- mettant-de petits vérouiis montants à reiîort au-dedans du ferre-papiers au point
- Fy lefqy.els retiendraient la fermeture en place ; ou bien, ce qui feroit encore •*
- mieux, en mettant en deflbus de cette derniere un reiîort au point G , lequel en la retenant en place, aiderait à l’ouvrir, ce qui feroit un double avantage comme je le prouverai ci-après, en parlant des véritables fermetures à cylindres*
- La rainure dans laquelle coule la fermeture du Bureau , doit avoir Alignes <!e profondeur au plus, fur 7 à 8 lignes d’épailfeur , y compris le jeu nécef* faire, qui doit cependant fe réduire à peu de chofe, parce qu’il faut que la fermeture joigne dedans le plus qu’il efl pofîible. La forme de cette rainure , ainfi que celle de la fermeture , doit toujours être un arc de cercle dans toute fon étendue, afin que la fermeture y glilfe également & y joigne par-tout , ce qui ne pourrait être fi cette forme étoit en anfe de panier, à moins que d’aggrandir la largeur des rainures autant qu’il feroit nécelîâire, pour que la partie la plus cintrée de la fermeture pût y palfer, ce qui ne peut être quand cette derniere n’efl: que de deux pièces, comme dans cette Figure, parce que les rainures étant ainfi élargies , la fermeture retomberoit defîus, & par conféquent îie pourrait plus joindre étant fermée.
- Il faut cependant convenir que fi la fermeture du Bureau dont je parle étoit d’une forme elliptique, ou, comme difènt les Menuifiers, en anfe de panier } elle feroit un meilleur effet ; mais cette forme ne peut avoir lieu que quand ces fermetures font de beaucoup de pièces, & dont par conféquent le cintre efl peu différent ; on pourrait cependant faire les cintres des Bureaux, dont la fermeture eft de deux pièces , d’une forme elliptique, en donnant dans toute la longueur de la rainure, toute la plus grande largeur nécelîâire , & en garnilïant le delîus des parties les plus plates, de diftance en diflance , afin de remplir les rainure^ exaélement, & de faire joindre le deifus de la fermeture avec leur joue extérieure , du moins autant bien que faire fe pourrait.
- : Quand la fermeture des Bureaux fe fait de plufieurs pièces , comme aux Fig±
- X & 2, elles font-plus aifees à mouvoir & tiennent moins de place que de la première maniéré. Ces fortes de fermetures fe font d’alaifes de 2 à 3 pouces de largeur jointes enfemble à rainures & languettes , foit à joint arrafe , comme à la Fig. 2, ou à recouvrement, comme à la Fig. 3 , fur-tout ceux cotés a , a ± lefquels font d’autant mieux, qu’ils font difpofés de maniéré que la pouffiere pe peut y entrer en aucune façon, De
- j
- p.730 - vue 137/284
-
-
-
- Section HL Des Tables à écrire ; de leurs formes ; ôCc. 73t
- De quelque maniéré que foient conftruices ees fermetures, elles fe meuvent ; bTelles-mêmes par le moyen d’un cylindre autour duquel elles s’enroulent 9 Sc qui eft lui-même entraîné par des reflbrts placés à fes deux extrémités , ou bien à la maniéré des flores ou jaloufies de croifées, comme je vais l’expliquer,
- La première maniéré de faire mouvoir ces cylindres eft la plus ufitée : elle confifte en deux reflbrts de pendule, ou du moins femblables, dont l’extrémité a , Fig. (5, eft fortement attachée fur le cylindre, Sc l’autre b , dans un tambour ou enfoncement circulaire , pratiqué dans le côté ou joue du Bureau, de maniéré qu’en tirant la fermeture en dehors, ( laquelle eft roulée autour du cylindre, ) comme de a à c, on comprime alors le reflort, lequel, pour fe remettre à l’aife, tend à retirer la fermeture à lui, Sc par conféquent à la faire entourer le cylindre , dont l’axe à, qu’il eft bon de faire de fer, tourne dans un colet de cuivre placé au fond du tambour. Voye£ la Fig. j1, qui repréfente le cylindre avec la coupe_du reflort & de la platine de fer ef9 qui le recouvre % laquelle eft enfoncée dans la joue de la profondeur de la rainure, afin de ne pas nuire au bout de la fermeture qui vient s’y loger. Voyey^ les Fig. $ & 6 9 qui font deflinées au tiers de l’exécution. '
- Cette maniéré de faire mouvoir les cylindres eft très-facile, comme je l’aï dit plus haut ; cependant comme elle eft un peu couteufe pour être bien faite , Sc que quelque loin que Ton prenne , il arrive quelquefois que l’un des deux reflbrts vient à cafter ou bien qu’ils tirent inégalement, je crois qu’on feroit au (fi bien d’y mettre des reflbrts de flores femblables à ceux que les Serruriers font pour les jaloufies de croifées Sc des voitures, ce qui, à mon avis, feroit glus folide Sc moins coûteux. Voye^ la Fig* 4, qui eft difpofée de cette maniéré avec la fermeture entourée deflus, Sc cotée comme aux Figures 1 Sc 2. Les brîfures do ces fermetures ne font pas ferrées, mais elles font retenues enfèmble par une forte toile collée derrière, qu’on garnit enfuite de nerf de bœuf battu Sc collé deflus cette toile, qu’on étend le plus jufte poflible fur la fermeture, dont on place les extrémités dans des rainures ou entailles qui fervent à arrêter les joints 9 Sc à les ferrer les uns contre les autres , ce qui fe fait par le moyen d’un coin placé à l’extrémité des morceaux de bois daqs lefquels ces rainures font faites.
- Il faut obferver, en faifant ces rainures, de les cintrer un peu davantage que celles des joues, & par conféquent de dégraifler les joints un peu en dedans * afin que la toile étant appliquée deflus les joints , tende à les faire ferrer lorD qu’ils font dans leur état naturel, ce qui eft abfolument néceflaire , fur-tout quand les joints font apparents. La toile, dont on garnit le deflous des fermer tares, ne fe coupe pas au nud de ces dernieres ; mais on la prolonge, du moins par le haut, de ce qui eft néceflaire pour que ces dernieres étant fermées, la toile puiffe être attachée fur le cylindre , au pourtour duquel il eft bon quelle faffe un tour, qu’on y colle après l’avoir attachée.
- Ce que je viens de dire touchant le mouvement la fermeture des Bureaux Menuisier 11IL Paru IL Setf. À 9
- p.731 - vue 138/284
-
-
-
- 732 ME NUIS 1ER, III. Part..SecI. Il Chap. VIII.
- ==*== à cylindre , renferme toute la théorie de ces fortes d’ouvrages , du moins pour Planche l’ordinaire ; car on pourroit en rendre les mouvements plus doux & plus faciles , en failant porter ces fermetures for des roulettes de cuivre ou d’acier, & placées dans l’épaifleur des joues, ce qui obligeroit à garnir le dedans des extrémités de ces fermetures avec des bandes de fer ou de cuivre, affez minces pour pouvoir ployer autant qu’il feroit nécefiaire; on pourroit aufli placer des roulettes au fond des rainures pour faciliter le mouvement des bouts de ces fermetures, qui, pour peu quelles avancent plus d’un côté que de l’autre, vont difficilement ; c’eft pourquoi de telle maniéré que foit difpofée la fermeture d’un Bureau à cylindre , il faut obforver de faire cette derniere très-jufte de longueur, afin qu’elle ne puiife pas fe déranger ; & on aura foin d’en abattre toutes les arêtes pour en diminuer le frottement.
- Les fermetures s’arrêtent en place par le moyen d’une ferrure placée dans la tête du tiroir du deflus du ferre-papiers , laquelle fert à la fois pour lé tiroir & la fermeture , qu’on haufle ou baille par le moyen de deux mains ou portants , placés à fon extrémité inférieure, lefquels font mouvants, de forte qu ils fervent non-feulement à relever la fermeture, mais encore à la bailler ( * ).
- « 1 Le deflus du ferre-papiers ou fecrétaire d’un Bureau à cylindre, eft ordinai-
- Planche rement terminé en forme d’amortilîement, dans lequel on fait ouvrir plufieurs 262s tir-oirs for la largeur, comme on peut le voir aux Fig. 1,2,3 & 6 ; 8c quand ces Bureaux feront placés contre le mur, comme il arrive fouvent,on fera bien de fop-primer non-feulement le profil de l’amortillement, mais encore la faillie du derrière . de la table, afin qu’il ne relie point d’elpace entre le mur Sc le deflus du Bureau*1
- L’extérieur , ou, pour mieux dire , le coffre du ferre-papiers, forme un bâtis à part, qui entre à rainure Sc languette dans le deflus du Bureau , Sc qui y eft arrêté avec des clefs chevillées en dedans, ou , ce qui efl: mieux, avec des vis qui peuvent s’ôter au befoin. La partie qui porte les tiroirs forme un coffre à part, qui entre jufte dans celui-ci, & s’y arrête pareillement avec des vis. Quant à la conftruélion tant du bâtis intérieur que de l’extérieur, elle n*a rien de par-’ ticulier ; c’eft pourquoi je n’entrerai pas dans un plus grand détail à ce fojet, vu que leur plus ou moins grande déèoration peut changer toute la dilpofition , du moins des parties accefloires, car les principales ne fauroient changer. Ce que j’ai dit jufqu à préfent, tant au fojet des autres Bureaux que de celui-ci, joint à l’infpeétion des Figures , doit, à ce que je crois , être foffifant, pour peu qu’on veuille y faire attention.
- Le deflus de la table du Bureau eft quelquefois mobile en devant, afin de lui rendre une partie de la profondeur occupée par le ferre - papiers , dont le plan
- ( * ) Je n’entrerai pas ici dans le détail des ferrures de ces fortes de Meubles , non plus que de tous les autres, dont la defeription fait le fujet de cette Partie de mon Ouvrage, parce >que non - feulement ce détail eft très - com-
- pliqué , mais encore qu’il fait partie d’un autre Art que le mien, dont il eft cependant bon que les Menuiûers prennent des connoiiïances élémentaires | ainft que je l’ai toujours recommandé.
- p.732 - vue 139/284
-
-
-
- Section 111. D es Tables à écrire ; de leurs formes, SCc. 733
- eft indiqué par les lignes d, e g, Fig. y. Le mouvement de cette table fe fait ~»**^*^f1** borifontalement Sc à rainures Sc languettes fur l’épailfeur, comme on peut le Planeus voir à la Fig. 6 , où cette table HIL, eft marquée en coupe Sc tirée dehors , ainfi qu’à la Fig. y. J’ai dit plus haut qu*on mettoit des tiroirs fous les tables à coulifles, comme le reprélente la Fig, 7 ; mais ils ne peuvent pas avoir beaucoup de profondeur, parce qu’alors ils defcendent trop bas Sc empêchent de paffet les jambes de la perfonne qui eft aflîfe devant le Bureau, ce qui oblige dp pra-tiquer un renfoncement au milieu de ce dernier , d’environ un pied de profondeur , comme on le pratiqubit aux anciens Bureaux qui, alors, avoient 4 pieds lùr la face, & plufieurs rangs de tiroirs au-deflîis les uns des autres, ce qui rendoit ces fortes de Bureaux très-lourds Sc peu commodes, vu que les pieds du milieu devenoient embarraflànts ; à quoi on a remédié en coupant ces pieds, comme à la Fig. 1, ce qui, à mon avis, fait un très-mauvais effet; c’eft pourquoi il vaut beaucoup mieux faire les tiroirs moins profonds, & ne point faire de renfonce-ment, comme je l’ai obfervé à la Fig, 2, ce qui, non - feulement, rend le Bureau moins lourd , mais encore donne la facilité de palier les jambes de plu-lieurs perlbnnes affifes à côté les unes des autres.
- Pour ce qui eft des dimenfions des Bureaux à cylindre, c’eft la même choie quà ceux dont j’ai parlé plus haut, tant pour la hauteur de la table du deflùs^ que pour la longueur Sc la largeur, lelquelles ne peuvent cependant guere être moindres quà celui qui eft repréfenté ici, lequel a 4 pieds 8 pouces de long, lii£
- 2 pieds y pouces de largeur.
- Les Bureaux à cylindre font ordinairement très-ornes , Sc le plus louvent couverts de bois de rapport Sc de marqueterie ; cependant comme on peut très-bien les faire unis & même de bois ordinaires, j’ai cru devoir en faire la defcrip* tion ici, afin de terminer tout ce qui regarde les Tables à écrire, Sc par confié-quent toutes les différentes elpeces de Bureaux, dont l’ufage eft à la mode à préfent.
- Avant de palier à la delcription des petites Tables à écrire, j’aî cru devoir parler de celles qui fervent dans les Bureaux de peu de conféquence Sc dans les Ecoles. Cés fortes de Tables, repréfentées Fig. 7,8 & 9 , font compofées d’un pied très-folide Sc fimple , fur lequel eft placé un defius, fouvent de bois de fapin & emboîté de chêne au pourtour pour le rendre plus folide ; quelquefois on fait le deffiis de ces tables en pente en forme de pupitre, ce qui en rend l’ufage plus commode, Sc on y réferve une partie horilbntale fur le derrière, d’environ 6 à 8 pouces de largeur pour y placer des livres & autres choies dont on peut avoir befoin. La largeur de ces Tables doit être de 2 pieds un quart à 2 pieds Sc demi ; quant à leur longueur, elle eft fouvent déterminée par la place quelles doivent occuper, & on doit faire en forte quelle^ aient un nombre pair de pieds comme fix, huit, dix , Scc, chaque perfonne qui écrit occupant au moins 2 pieds de largeur ; il eft bon auffi de mettre des tiroirs au-deflbus de la Table Sc à
- p.733 - vue 140/284
-
-
-
- J?L ANCHE 3.6$*
- Flanche
- 734 M E N VISIE R , III. Part. 'SeB. II. Chap. VIII.
- chaque place, afin que chacun puilTe y ferrer ce dont il a befoin. Les pieds ou montants qui fopportentla Table-, doivent être divifés en raifon des places, d© maniéré qu'ils fe rencontrent entre deux, comme je l’ai obfervé à la Fig. 7.
- Les Tables à dëffiner, Fig. 10, font femblables à celles dont je viens d© parler , à l'exception qu'elles font droites par-deflus , <& qu'on y obferve une rainure fur le devant d'environ un pouce de largeur, comme celle ac9 laquelle fert à paffer le papier & à l'empêcher d’être froiffé par ceux qui, en deflinant, s'appuient fur le bord de la Table, ce qui eft prefqu'inéyitablc. Le rebord des Tables à deffmer doit être de chêne ou tout autre bois’liant, d'environ un pouce & demi à 2 pouces de largeur , & on le foutient par un petit montant b, placé entre l’intervalle de chaque place, afin qu il ne nuifo pas aux Deflinateurs.
- Les arêtes de ce montant ainfi que de la Table, doiyent être bien arrondies; ainfi que le relie de ces Tables, lefquelles n'ont befoin que de propreté & de folidité ; c’eft pourquoi on fera très-bien de les emboîter au pourtour, comme je l'ai déjà dit, d'y mettre des clefs dans les joints, & de faire paffer des traverfès en deiîous d'un pied à l'autre, pour foutenir la Table fur la largeur. Ces Tables s’arrêtent à clefs dans les pieds, ou y font Amplement attachées deflus avec des yis à tête fraiiee , ce qui eft foffifant. '
- Les petites Tables à écrire ne different guere de celles dont je viens de parler que par la grandeur de leurs deflus, lelqueis lont quelquefois réduits à 2 pieds de longueur, for i| à 18 pouces de profondeur ou de largeur, ce qui eft la même chofe.
- /Au nombre de ces Tables il faut comprendre les Secrétaires de différentes efpeces, lelqueis font à la fois Tables & Meubles fermés, Sc qui tiennent de la forme des Bureaux dont je viens de faire la defoription, Sc des petites Commodes à pieds de biche, dont je traiterai dans la foite.
- Les Secrétaires repréfentés Fig. 1,2, 3, y , 7 <£ 8, font Cômpofés durë pied de 24 à 27 pouces de hauteur; dans la partie fupérieure duquel font placés deux rangs de tiroirs /qui occupent 9 à 10 pouces de hauteur; le fécond rang de tiroirs, c'éft-à-dire, celui du bas, ouvre de toute la largeur du Secrétaire ; Sc le premier rang eft divifé en trois fur la largeur, dont les deux des bouts font mobiles, & celui du milieu arrêté à demeure, ou, pour mieux dire, n a qu’une tête apparente , là place étant occupée par la cave, dont l'ouverture eft en deflus du Secrétaire , comme je l'expliquerai ci-après. Voye{ la Fig. 1, cote A Sc Bj laquelle repréfente l'élévation d'un Secrétaire Sc fa coupe prife fur là largeur ; Sc la Fig. 8, cote C D9 laquelle repréfente le plan de ce même Secrétaire vu du deflus de fon pied, Sc coupé au-deflus du premier rang de tiroirs , Sc par confé-' quent de la cave , dont il eft aifé de voir la conftruétion, tant dans cette Figure que dans la précédente. *
- Le deflus du Secrétaire eft terminé par un forre - papiers compofé de deux: $angs de tiroirs, lun à droite & l’autre à gauche, lefquels font au nombre de
- /Jeux
- p.734 - vue 141/284
-
-
-
- Section I1L Des Tables à écrire ; de leurs formes, ôCc. 73^ tablettes. Le Terre-papiers forme un coffre ou bâtis à part, lequel entre à rainure & languette dans le deflus de la table du Secrétaire, avec lequel on le colle & farrête quelquefois avec des clefs , ( ainfi qu’aux Bureaux dont j’ai parié plus haut), 8c il eft fermé par-devant avec une porte ou abattant ferré fur le devant du pied pour fervir de Table à écrire. Vôye'i ^es 2 > 3 >5 & 7-
- Ces portes ou abattants font ordinairement à recouvrement deflus le devant du ferre-papiers, ce qui fait un aflez mauvais effet, parce qu’alors il faut y faire des feuillures très-profondes, comme le reprélente la Fig. 4, où cette feuillure eft indiquée par la ligne ab > ce qui fait que la partie inférieure du côté forme un angle au point b, au lieu de venir fe terminer à celui c, ce qui fembleroit plus naturel ; de plus, l’angle c d e de l’abattant, fe préfente mal, à moins qu’on ne l’orne d’une moulure, comme je l’ai fait ici, où j’ai eu loin que le membre fepérieur de cette moulure profile avec le recouvrement du pourtour de l’abattant , ce qui remédie au mauvais effet de l’angle de labattant, mais qui laifle toujours fubfifter celui des feuillures trop profondes, 8c l’irrégularité de la forme des côtés ; c’eft pourquoi je crois qu’il vaudroit mieux ne point faire de feuillures à l’abattant, comme je l’ai obfervé à la Fig. 6 , ce qui eft plus régulier & plus propre, parce qu’alors on peut orner de champ 8c de moulures les côtés du ferre-papiers, & faire au niveau de la table du Secrétaire , une efpece de cymaife, fur laquelle l’abattant vienne s’appuyer, ce qui en foulage beaucoup les ferrures, & fait en même temps un très-bon effet. Voye^ la Fig. 6, où l’abattant eft ouvert 8c fermé»
- Les abattants des Secrétaires fe foutiennent horifontalemént de différentes maniérés ; lavoir, avec dès tirants de fer placés au-defibus de la Table, ou bien avec des crochets attachés d’un bout au-dedans de l’abattant, 8c qui s’arrêtent de l’autre dans une mortaife pratiquée à cet effet dans la piece qui féparè les bâtis intérieurs 8c extérieurs du ferre-papiers, entre lefquels ce crochet pafle lorfqu’on ferme l’abattant, comme on peut le voir à la Fig. 7, qui repréfente les coupes , ou, pour mieux dire , les plans du ferre-papiers, pris au-deflus du troifieme & du premier tiroir ; & à la Fig. 9, qui repréfente l’abattant ouvert & fermé , ainfi que fon crochet difpofé félon ces deux cas.
- Cette féconde maniéré de retenir l’abattant des Secrétaires, eft très-commode 8c plus sûre que la première , parce quelle n’a d’autre inconvénient que de gêner un peu par le côté ; au lieu que l’autre non-feulement eft moins propre, vu que le bout des tirants eft toujours apparent, 8c que fi on oublioit à les tirer avant que d’ouvrir l’abattant, on s’expoferoit au rifque d’en arracher les ferrures , ce qui eft fort à craindre, & par conféquent à éviter»
- J’ai dit plus haut que la cave ou elpaCe vuide qui devoit occuper le tiroir du milieu , s’ouvroit en deftus, & cela par la raifon , dit-on, que l’argent 8c les papiers de conféquence qu’on y place ordinairement y font plus en sûreté, ce qui ne me paroît pas exactement vrai, parce qu’un tiroir fermé à clef eft auffi Menuisier , ///, Part, IL Secl< B 9
- Planche
- a
- p.735 - vue 142/284
-
-
-
- ME NUISIER , III. Part. SechIL Chap. VIÏL
- difficile à forcer que l’abattant du Secrétaire , qui l’étant une fois, donne là liberté de fouiller dans la cave -, qui n’eft ordinairement fermée que parla tablette inférieure du ferre-papiers , laquelle couvre l’ouverture de la cave , & eft retenue en place par un taffeau collé en defîous, lequel frotte avec le devant de l’ouverture de la cave. Je fei bien qu'on ferme quelquefois cette tablette par le moyen de quelques reftbrts fecrets à l’ufege de ces fortes de meubles ; mais qu’eft-ce qu’un fecret, dont la copie ou l’original eft entre les mains de tout le monde, ou qui, quand bien même il n’y feroit pas, oppofe peu de réfiftance, & eft par conféquent plus aifé à forcer qu’une bonne ferrure- ?
- En général, les Secrétaires , lorfqu’ils ne {ont pas couverts de marqueterie , fe font deboistini, fens aucune efpece de moulure , qu’on affemble ( fur-tout le ferre-papiers ) à queues recouvertes par le bout, & à rainures & languettes par le bois de fil, ce qui eft peu folide; c’eft pourquoi je crois qu’il vaudrait mieux les faire d’aiïemblages à l’ordinaire , fb'it qu’ils foient ornés de moulures , ou qu’ils foient unis ou arrafés , ce qui ne change rien à leurs formes ; & , à mon avis, cela ferait beaucoup plus folide , fur-tout pour le ferre-papiers > lequel, lorfqu’il n’eft pas d’aflemblage,, préfente, du côté de l’ouverture, une ferface qui n’eft ni de bois de bout ni de bois de fil, ce qui l’expofe à fe fendre aifé-ment, ou du moins à fe tourmenter. Je crois auffi qu’il feroit bon, pour la foin dite de ces fortes de Meubles, qu’ils fufiTent d’une feule piece fur leur hauteur , c’eft-à^dire , que les pieds de derrière montaflent jufqu’au haut du ferre-papiers y ce qui feroit très-aifé à faire, fi on en alfembloit toutes les parties à tenons Sc mortaifes, comme je le propofe ici.
- Comme les Secrétaires font de très-petits meubles, il eft bon qu’ils foient conftruits de bois mince , for-tout pour la partie du ferre-papiers & de fes tiroirs , dont les bâtis ne doivent avoir que % à 3 lignes d’épaifleur au plus : il en fera dé même pour toutes les autres parties * qu’on tiendra lé plus minces qu’il fera poffible de les faire , fans ôter la folidité de l’ouvrage, laquelle doit toujours être préférée dans quelque Cas que ce puifle êtré, & qui eft fouvent très-négligée dans celui dont il eft ici queftion, où les Menuifiers mettent fouvent des bois non-feulement trop minces & de mauvaife qualité, mais encore pouffent l’é^ pargne jufqu’à ne mettre les réparations qui portent les tiroirs, & autres parties qui ne font pas apparentes, que de la moitié > ou tout au plus les deux tiers de leur largeur totale , de forte que la pouflîere peut aifémént tomber d’un tiroir dans un autre, & qu’on peut ÿ fouiller étant fermés, ce qui eft encore pis.
- La hauteur de la table des Secrétaires doit être, comme je l’ai déjà dit, de 24 à 27 pouces au plus, ce qui ne fauroit varier. Quant à leur largeur, elle varie depuis 2 jufqu’à 3 pieds, fur 12, & 18 pouces de profondeur. Pour ce qui
- eft du ferre-papiers, fe hauteur perpendiculaire varie depuis 9 pouces julqu’à un pied , Sc fa pente depuis 9 pouces jufqu’à 11 , afin que l’abattant ait une largeur fuffifonte pour écrire commodément de/fos,
- p.736 - vue 143/284
-
-
-
- Section lïl. Des Tables à écrire ; de leurs formes, SCc. 737
- Î1 fè fait d’ autres Secrétaires dont, lorfqu’on ne veut pas faire ufàge du ferre- : papiers, le defliis repréfente une Table ordinaire , fur laquelle on peut jouer ou écrire félon quon le juge a propos. Ces fortes de Secrétaires fe nomment Secrétaires à culbute, parce que leur forre-papièrs rentre dans 1 intérieur du pied de la Table, & fait par cônféquent ce qu’on appelle communément la culbute. Voyez la Fig. i, qui repréfontè la coupe de ce Secrétaire , prifo au milieu de là largeur, avec le deflus de table rabaifle. Voyez auffi la Fig. 2, qui repréfonte l’élévation de ce Secrétaire, avec là table ou deflus relevé en forme de pupitre.
- 'Les ferres - papiers de cês fortes de Secrétaires n’ôht rien "de différent de ceux dont j’ai parlé ci-deflus, fi ce n eft qu’ils font arrondis par leur partie extérieure , afin de pouvoir pafler entre la traverfo de la table, for laquelle ils s’arrêtent par le moyen de deux loqueteaux à refiort a a , Fig. 1 y 4 & 6 , lefquels ploient for le forre-papiers lorfqu’on le releve, & viennent s’appuyer for le haut de la traverfo. Lorfqu’on veut bailler le forre-papiers , on repouffe ces loqueteaux par le moyen de deux boutons b b-9 Fig. 4, ce qui les fait échapper de deffus cette dernierê.
- Les forres-papiers dont je parle , font plus étroits que l’intérieur de la Table d’environ 2 pouces de chaque côté, afin d’éviter , dans leur révolution, la rencontre des pieds de devant Sc de derrière, Sc de laiiler deux efpaces pour placer les plumes Sc l’encfe, quifo répandroit néceflàirement fi elle étoit renfermée dans le forre-papiers, lequel étant abaiffé, penche tout-à-fait en arriéré , Sc ‘s’arrête for les bouts des traverfes de côté de la Table, par le moyen de deux petits mentonnets de fer ce y Fig. 3 & 6, qui repréfentent l’une l’élévation du Secrétaire avec fon forre-papiers relevé, Sc l’autre le même Secrétaire vu en delîus avec fa table ouverte , c’eft-à-dire , dans la difpofition où elle doit être pour écrire deffus, Sc en même temps faire ufàge du forre-papiers.
- Cette Table, comme je l’ai dit plus haut, peut forvir de pupitre, foit pour lire ou pour chanter ; dans l’un ou l’autre cas, on le leve au degré qu’on le juge à propos, par le moyen de deux petites tringles de fer attachées dêifous , dont l’extrémité entre dans des crémaillères taillées dans l’épaiffeur de la Table. Voyej les Fig. 5 & 6.
- Ces mêmes tringles peuvent aufîi forvir à retenir le devers de la Table lorfi quelle eft ouverte , en y obforvant un crochet par le bout , qui vient s’appuyer dans une entaille faite à la traverfo de la Table , laquelle eft faite en contre-fens des crémaillères, voye^ la Fig. 8 , ce qui foulage beaucoup les ferrures de la Table, qui n’ont, du moins pour l’ordinaire, pour point d’appui que l’épaifleur de la Table , plus la faillie du rebord forvant à retenir les livres lorfqu’elle fort de pupitre, ce qui eft très-peu de chofe, for-tout quand cette Table eft d’une certaine largeur, ce qui en augmente de beaucoup le poids, & qu’on ne peut alors foutenir que par des tirants de fer placés au-deflous, ainfi qu’aux Secrétaires dont j’ai parlé ci-deffus.
- Planche
- 2.65*
- p.737 - vue 144/284
-
-
-
- 738 MENUISIER, III. Part. Seiï. IL Chap. VIH.
- Dans le cas où le deflus de ces Tables feroic très-lourd, & qu’on ne voudroît Flanche ou ne p0urroit pas placer de tirants de fer pour les fupporter , on pourroit , ainfi qu’à la Fig. 7, brifer la Table à J ou 6 pouces du bord au point d , de maniéré qu’en l’ouvrant elle fe reploieroit fur elle-même, ce qui l’appuieroit fblidement, 8c en diminueroit la largeur, qui efl un peu trop confidérable à la Fig. 6 ; de plus, -cette Table étant ainfi difpofée 9 pourroit avoir une faillie égale au pourtour , ce qui ne peut être dans le premier cas , ou il faut néceflài-rement qu’elle affleure au pied de la Table du côté de fon ouverture.
- On fait encore des Tables à écrire ou Secrétaires femblables aux Bureaux à cylindre , dont elles ne different que par la grandeur. On en fait âuffi d’une forme à peu-près femblable aux Tables de toilettes dont je vais donner la defcription. Il efl: encore une autre efpece de Secrétaire fort à la mode à préfènt ; mais comme il tient plutôt de la forme des Armoires que de celle des Tables & des Bureaux , je n’en ferai la defcription qu’à l’article des Meubles fermés , comme étant leur place naturelle.
- Quant aux petites Tables à écrire proprement dites, elles ne different en rien des Bureaux Amples , que par leur grandeur & par un petit rebord qu’on y. ajoute de trois côtés, & par un cintre qu’on y fait par-devant, je ne fai pas trop pourquoi, vu que Ce cintre étant bombé 9 ne peut que nuire à la perlbnne qui écrit, dont la pofîcion ïcmble plutôt exiger une forme creufe qu une forme ronde. Le deflus de ces petites Tables eft quelquefois garni de peau , ainfi que les Bureaux & les Secrétaires ; quelquefois on les fait de bois uni & apparent», Dans l’un ou l’autre cas, il efl: bon qu’ils {oient d’affemblages * ôü au moins emboîtés par les bouts, ne fût-ce qu’à rainures & languettes, ( quand elles font trop minces pour y faire des afTemblages ) , afin d’empêcher quelles ne fe tourmentent.
- Les Pupitres repréfentés Fig. 9,10 ,îr,i2<§’i3,ne font autre choie qu’une elpece de petite caffette, dont le deffus efl: incliné d’environ 2. à 3 pouces pour faciliter ceux qui écrivent deffus 9 ou même qui y lifent, & dans le derrière delquels efl: placé un petit tiroir propre à ferrer l’encre & les plumes. Leur deflus efl: quelquefois garni de cuir, & fe ferme à clef. La grandeur des Pupitres efl: de 20 à 24 pouces de longueurfur 16 à 18 pouces de largeur, & 4 à y pouces de hauteur. On les affemble à queues recouvertes, & on les orne quelquefois de marqueterie, ainfi que les Tables & les Bureaux dont je viens de faire la defcription , qui, quelque riches qu’ils {oient, ne changent guere des formes fous lefquelles je les ai décrits.
- p.738 - vue 145/284
-
-
-
- Section 111. §. I. Description des Tables de Toilette, SCc. 759
- S* L Dejeription des Tables de Toilette, des Tablés de nuit & autres ;
- de leurs formes & proportions,
- ♦
- Les Tables de toilette proprement dites, ne font autre chofe que des Tables Ordinaires , dont les angles font arrondis , & au pourtour defquelles on ajoute des rebords d’environ 3 à 4 lignes de hauteur, 8c qu’on couvre d’un tapis & d’une toilette ou tavaïolle, garnie foit de moufleline ou de dentelle , félon la volonté gu l’opulence de ceux qui en font ufage. On fait ufage d’autres petites Tables de toilette portatives, lefquelles contiennent tout ce qui fort à la toilette des Dames, comme le miroir, la boîte à poudre, les pomades, les flacons propres à mettre les odeurs, 8c autres ingrédients de cette efpece, qui fo pofent fur les Tables de toilette ordinaires.
- Les petites Tables de toilette représentées Fig. r & a , font compofées d’un pied Sc d’un deflus, lequel eû divifé en trois parties for la largeur ; favoir, celle du milieu , laquelle porte une glace, & ouvre verticalement, & celles des deux côtés, qui couvrent deux caiflons, & fe rabattent aux deux côtés de la Table; au-deflous de la glace , c’eft-à-dire, dans le milieu de la traverfe du pied, eft placée une petite Table à écrire , large d’environ un pied, laquelle entre à coulifle horifontalement, 8c qu’on tire dehors lorfqu’on veut en faire ufage. Au-deflous de cette Table 8c des deux caiflons , font placés trois tiroirs à l’ordinaire., dont la profondeur, jointe à celle des caiflons, eft ordinairement de 6 pouces ; favoir >* ÿ pouces au moins pour le caiflon , 8c le refte pour le tiroir & la traverfe qui le porte, ce qui réduit la profondeur des tiroirs de deflous le caiflon à très-peu de chofe , à la vérité ; mais il n’eft pas poffible de leur en donner davantage, vu qu’il faut que les genoux de la perfonne aflife devant cette Table , puiflent aifément pafler deflous la traverfe qui porte les tiroirs. Voye£ la Fig. 3 , qui repréfente la coupe de cette Table de toilette, prife au milieu de fa longueur ; 8c la Fig. 4, qui repréfente une autre coupe prife à l’endroit d’un caiflon ÿ lequel fe remplit d’un fécond caiflon garni de fon couvercle ou deflus. Voye^ là Fig, y , qui repréfente la Table vue en deflus 8c toute fermée ; 8c la Fig. 6 , gui repréfente cette même Table toute découverte*
- La conftruâion de ces fortes de Tables n’a rien de particulier, fi ce n’eft l’ouverture du deflus., à l’endroit qui porte la glace, laquelle fe fait de la maniéré fuivante :
- On fait une rainure dans les deux féparations de la Table 9 dans laquelle où fait entrer une traverfe A A, Fig. 7 , fur laquelle on ferre la partie de là Table qui porte lé miroir, 8c dont l’arête extérieure eft abattue en pente, pour donner à la' glace l’inclinâifon qui lui eft néceffaire ; de forte que quand ort veut faire ufage de cette derniere, on la tire en devant pour la dévêtir de fdeflous la partie B du deflus, qui demeure en place ; puis on la retire & oft Menuisier , 1IL Part, IL Secli G p
- p.739 - vue 146/284
-
-
-
- •*ci
- Planche a.6 C0
- 740 MENUISIER, III. Pan. Secl. II Chap. VIII. *
- - lapproche du devant de la Table comme on le juge à propos , en faifànt couler la traverfo A dans les rainures des côtés , ainfi qu’on peut le voir dans cette Figure.
- Les deux autres |ürties du deflus font ferrées for les traverfos des bouts de la Table ; & on doit avoir foin de faire déborder le centre ou œil de la ferrure , d’une diftance égale à la faillie du deflus, afin que ces derniers puiifent fe ren-verfor tout-à-fait en dehors. Voye£ la Fig. 8. Les deux côtés du deflus fo ferment à clef dans les réparations de la Table, & elles arrêtent la partie du milieu par le moyen de deux pannetons a ,b, Fig. 2, attachés au-deflous & aux deux côtés de cette derniere.
- 11 fe fait encore d’autres Tables de toilette differentes de celles dont je viens de faire la defcription, foit pour la forme générale foit pour la maniéré de les faire ouvrir ; mais ces différences font de peu de conféquence ; de plus, celles que je viens de décrire font les plus commodes & dont on fait le plus d’ufàge.
- J’ai dit plus haut qu’on faifoit des Tables à écrire à peu-près femblables à celles de toilette. Ces Tables ne different de ces dernieres que par l’ouverture de la partie du milieu, laquelle fe brife en trois autres parties ; favoir , celle de derrière, qui refie en place , comme aux Tables de toilette ; celle du milieu a b, Fig. 9, qu’on releve en forme de pupitre ; & une autre petite partie b c, d’environ 2 pouces de largeur, laquelle eft ferrée avec la partie du milieu, de maniéré qu’en faifant mouvoir cette derniere autour du point d où elle eft ferrée avec la Table, la partie b c fe releve & fort de rebord au pupitre, qu’on tient relevé par le moyen d’un petit chaffîs e f> qu’on reploie en deffous du pupitre, lorfqu’on ne veut pas faire ufàge de ce dernier.
- Les Tables de nuit repréfontées Fig. 10,11 & 12 , font compofées de quatre pieds & de deux tablettes, dont une eft placée à environ 18 pouces de hauteur,* & l’autre à 26 pouces au moins , au-deffus de laquelle on fait faillir les pieds & les trois côtés , pour retenir ce qu’on pofo for ces Tables, qu’on place auprès des Lits,. & dont on ne fait ufàge que pendant la nuit ou dans le cas de maladie.1 Au-deflous de la première tablette, c’effi - à - dire la plus bafle , on pratique' un tiroir d’environ 2 pouces de profondeur, qu’on fait ouvrir par le côté droit de la Table, avec laquelle il eft arrafé. Les trois côtés qui entourent l’efpace compris entre les deux tablettes de la Table de nuit, font ordinairement percés à jour , pour qu’elles contractent le moins d’odeur qu’il eft poflible ; & on y met quelquefois des tablettes de marbre très-minces, tout au moins à celle de deflus,’ ce qui eft un très-bon ufàge, vu que le marbre n’eft pas fujet, ainfi que le bois à fo tourmenter à l’humidité , à laquelle ces fortes de Tables font expofées , ni à contracter aucune mauvaifo odeur. Voye£ les Fig. xo & il, qui repréfontent une Table de nuit vue de côté & de face ; & la Fig. 12, qui repréfonte cette même Table vue en deflus, ce qui eft, je crois, foffifant pour donner toute la théorie néceflàire à ces fortes douvrages.
- p.740 - vue 147/284
-
-
-
- Section 111. §. I. Defcripdon des Tables de Toilette, SCc, 741 En général, ces fortes de Tables ne font fufceptibles d’aucune efpece d’orne-ment ; il fuffit qu’ elles foient propres & fur-tout très-légeres, pour être plus Planché faciles à tranfporter ; c’eft pourquoi un pouce & demi fuffit pour la groffeur de ^6*
- leurs pieds, qu’on évuide en creux en deffus, & feulement à pan en dedans, afin que le peu de bois qui refte, ferve à porter la tablette du delîus, qu’il eft cepen» dant bon de faire entrer à rainure & languette dans les côtés, afin de l’empêcher de fe coffiner ; on doit avoir la même attention pour celle du bas , qui, ainfi que celle du deifus 8c les côtés de la Table, ne doit avoir que 4 à y lignes d’épailfeur au plus.
- Quand on met des tablettes de marbre aux Tables de nuit, il eft bon qu elles foient foutenues en deffous par une autre tablette de bois, ( quoique ce ne foie pas la coutume ) , ce qui les empêche de fe rompre , comme il arrive fouvent.
- ïlfe fait encore une infinité de Tables de toutes les efpeces, de toutes formes & grandeurs, dans le détail defquelles je n’entrerai pas ici, vu qu’elles ne font fouvent que l’ouvrage du caprice de quelques Ouvriers, ou de ceux qui les font faire ; de plus, ces fortes de Tables different peu de celles dont j’ai fait la defeription , dont l’ufàge eft le plus généralement reçu , 8c d’après lefquelles on pourra en inventer de telle forme qu’on le jugera à propos.
- Avant de terminer ce qui concerne les Tables, 8c généralement les Meubles — à bâtis fimples, 8c par conféquent de paffer à la defeription des Meubles fer- Planche mants , je vais donner dans la Planche 267, divers exemples de pieds de Tables ornés, ainfi que je l’ai annoncé à l’Article des pieds de Tables , page 697 ; & je terminerai ce Chapitre par la defeription des Ecrans 8c des Paravent# de différentes efpeces.
- §. II. Defeription des Ecrans â des Paravents ; de leurs formes & proportions: %
- Les Ecrans Fig. 2 3 , font compofés de deux pieds ou montants affemblés dans deux patins, 8c joints enfemble par deux traverfes ; fàvoir, une par le bas j & l’autre par le haut, laquelle eft de deux pièces fur l’épaiffeur, afin de laiffer un vuide entr’elles, pour paffer le châfîis qui coule dans des rainures pratiquées dans les montants. Voye[ la Fig. 1, qui repréfente la coupe d’un montant d’Ecran avec celle du chaffis, qui entre dans fa rainure ou couliffe, à laquelle j’ai obfervé le jeu néceffaire pour la place qu’occupe l’étoffe dont le chaffis eft couvert*
- Les Ecrans fe placent devant les cheminées, pour empêcher que l’ardeur du feu ne nuife à ceux qui fonraffis devant, 8c on haufîe ou baiffe le chaffis félon qu’on le juge à propos, & on le retient en place par le moyen d’un cordon ainfi que les glaces des voitures. Ces fortes de Meubles font fufceptibles de beaucoup de décoration, vu qu’ils font, ainfi que les Sièges, partie de la décoration des appartements, du moins pour ce qui eft des Meubles. Quelquefois ces Meubles font très-fimples, 8c on y adapte de petites Tables, lefquelles fervent
- p.741 - vue 148/284
-
-
-
- Planche
- 741 M E N V I S 1E R , III Part Secl. IL Chap. VIII,
- ! foie à lire ou à écrire, 8c qu’on hauffe ou baiffe félon quon le juge à propos J par le moyen d’un chafîîs 8c d’unecrémaillere taillée dans le devant du montant. Voyei les Fig. 4 & f.
- Quanta la grandeur des Ecrans, elle varie depuis 2 pieds 8c demi jufqu’à 3 -pieds & demi de hauteur , fur % à 3 pieds de largeur au plus , du moins pour l’ordinaire ; car on en fait de très-petits qui ne different de ceux dont je parle que par la grandeur.
- Les Paravents Fig. 6 , 7, 8 & 9, 'font les plus {impies de tous les Meubles, €u moins pour ce qui eft de la partie de la Menuiferie, laquelle ne confifte qu’en des bâtis unis , aflemblés à rordinaire avec une traverfe au milieu. Ces fortes de Meubles forvent pendant l’hiver pour entourer les Tables & les cheminées, & garantir de l’air extérieur ceux qui font dans les appartements.
- Les bâtis ou feuilles de Paravents, font ferrés les uns avec les autres en fons ^contraire, afin qu’étant fermés, ils fo reploient les uns fur les autres, 8c par conféquent tiennent le moins de place poflîble, comme les repréfontent les Fig. 8 & 9. On fait des Paravents depuis 3 pieds jufqu’à 6 8c même 7 pieds de hauteur, fur une largeur proportionnée depuis 18 pouces jufqu’à 2 pieds 8c demi chaque feuille , lefquelles font au nombre de quatre, fix, huit, & même dix, félon qu’on le juge à propos ; 8c chacune de ces feuilles eft recouverte d’étoffe ou de toile, recouverte de papier peint , ce qui n’eft pas du reflore du Menuifier ; c’eft pourquoi je n’entrerai dans aucun détail à ce fujet, fi ce n’eft que dans le cas de certaines étoffes ou papiers à fleurs, dont la largeur eft bornée , ainfi que la hauteur des compartiments ou delfins dont ils font décorés ; dans ce cas, dis-je , il eft bon que le Menuifier prenne connoiflânce de la longueur 8c de la largeur de ces dernieres , afin de ne point occafionner de fauflq icoupe dans {étoffé en conftruifant les feuilles félon les grandeurs données.
- £HAHTRÈ
- p.742 - vue 149/284
-
-
-
- 743
- Des Meubles fermés en général.
- CHAPITRE NEUVIEME.
- Des Meubles fermés, connus en général fous le nom
- de gros Meubles.
- JL e s Meubles dont il me relie à faire la defcription , quoique très-nécelîaires, font ceux qui, jufqu à préfent * ont été fujets à moins de changement, du moins pour la plupart, lefquels fe font encore d’une même forme qu’il y a 30 8c même 50 ans. Ces fortes de Meubles ne fe placent pas dans les appartements de conféquence, n’étant guere d’ufàge que dans les appartements des gens d’un état médiocre , ce qui, à mon avis , n’a pas peu contribué à leur conferver leur ancienne forme. Ce n’eft pas que ces Meubles ne foient nécelîàires aux gens fiches ; mais c’eft que dans ce cas ils ne font placés que dans des Garde-robes , les Offices ou autres appartements de peu de conféquence. Ces Meubles font de deux efpeces ; lavoir, les Armoires de toutes fortes , qui font les plus grands de tous, & les Commodes, lefquelles ont fuccédé aux anciens Bureaux, qui font les feuls anciens Meubles fermés dont on ait quelque connofflànce, encore n’ont-ils guere que 2^0 ans d’ancienneté (*) ; c’efl: pourquoi je vais palier tout de foite à la defcription des Meubles d’ulage , comme les grandes Armoires, les Buffets, les Commodes, les Secrétaires en Armoires, enfin toutes les autres elpeces des Meubles, qui, quoique d’une forme différente de ceux-ci, n’en font cependant que des nuances, & qui ne méritent par conféquent pas de faire une claffe à part. Dans la defoription de ces différents Meubles , je fuivrai là même méthode que j’ai foivie jufqu’à préfent, c’efl-à-dire, que je n’entrerai dans le détail de leur conftruétion qu’autant qu’il fera abfolument néceflàire * m’attachant fur-tout à faire connoître leurs différentes formes 8c proportions.
- Les Meubles dont je vais faire la defcription , fe font pour la plupart en bois de noyer poli, du moins toutes les parties lés plus apparentes, & on doit avoir foin de les faire avec le plus de précifion & de propreté qu’il eft polîible , ce qui efl: une des principales perfections de ces fortes d’ouvrages , comme on le verra dans la fuite (**).
- (*) Je ne donnerai pas ici d’exemple de ces fortes de Meubles, quoique cela puifie paroître néceffaire pour faire connoître les progrès des Menuifiers par rapport à ces Meubles ; car comme ils étoient prefque tous faits d’ébénifte-rie, je réferve cet exemple pour la partie de l’Ebénifterie , afin de faire un parallèle de la maniéré ancienne de travailler avec la moderne , laquelle n’a , je crois, d’autre avantage fur la première, que beaucoup d’éclat, mais qui n’en 1
- Menuisier , III, Part, II. Sect.
- a pas le précieux & la folidité, comme je le ferai voir en fon lieu.
- ( ** ) Quoique je dife que les Meubles fermants fe faffent en noyer poli, ce n’eft pas qu’on n’en fade quelquefois de chêne ou d’autres bois doux, comme le hêtre, le poirier & autres, félon que les bois font plus ou moins communs , & par conféquent plus ou moins coûteux ; de plus, il importe fort peu à la defcription que je fais ici des Meubles fermants, de quels bois on
- d9
- p.743 - vue 150/284
-
-
-
- 744 ME NUIS 1ER , III. Part. SeSL II. Chap. Vllh
- \
- Section Première.
- \
- Defeription des Armoires ; de leurs décorations, proportions Ô conflruclion.
- —Les Armoires font les plus grands des Meubles fermants : elles ont pour
- Planche fordinaire depuis 6 jufqu'à 7 Sc même 8 pieds de hauteur, for 3 pieds 6 pouces
- jufqu'à 4 pieds 6 pouces de largeur , Sc depuis 18 jufqu'à24pouces de profondeur. Elles font compofées de fix parties principales ; lavoir, la devanture > compofée de deux portes A9B9 Fig, î ; d'un chambranle C C9 Fig. ï & 4 * Sc d'une Corniche DD; de deux côtés EE9 Fig. 2 (jr 4 ; d'un derrière F, Fig.
- 4; & de deux fonds, l'un du haut G , Fig. 2, & l'autre du bas H, Fig. 4, Quelquefois on y met des tiroirs apparents par le bas, ainli que ceux IL, Fig. I , lefquels fe dilpofent de différentes maniérés , comme je le dirai ci-après.
- L'intérieur des Armoires eft garni de tablettes & de tiroirs, dont je donnerai la forme Sc la difpofition en parlant de leur conftruétion intérieure.
- Comme les Armoires font quelquefois fo jettes à être tranfportées dfon lieu à un autre, on les conftruit de maniéré qu'elles puiffent fe démonter par pièces , Sc cela avec le moins de rilque pofîible, ce qui le lait de la maniéré foivante :
- O11 conftruit à part & on encheville les traverlès avec le chambranle Sc le pied de derrière, comme le repréfente la Figm 2 ; & les traverfes du devant, tant du haut que du bas, Sc le derrière, s'aflemblent dans fes côtés, Sc s'y arrêtent avec des vis a9 a , Fig. 2, qu'on ferre ou qu'on defferre comme on le juge à propos. Ces vis fe placent comme celles des Lits, dont j'ai parlé ci-devant, page 669 ; Sc on doit obferver que leurs écroux foient pofés par derrière, pour la plus grande propreté de l'ouvrage. Il y a des Armoires où au lieu de chambranle comme à celle-ci, Fig. 1, 2 & 3 , on met des pieds corniers for l'angle, ce qui fait allez bien , mais en même temps ce qui devient très-difficultueux , par rapport à la vis, dont la tête ne peut pas porter à plat, ainfî qu'on peut le remarquer Fig. 5, où, pour que la tête de la vis portât également, j'ai été obligé de faire une entaille dans le pied, ce qui fait un très-mauvais effet, Sc qui doit abfolument faire rejetter l'ufàge des pieds corniers à ces fortes d'Armoires.
- La corniche des Armoires fe conftruit à part, & on la fait entrer à rainure &
- Planche à languette dans les traverfes du haut; ou bien quand elles n'ont pas allez 270.
- les conftruife, pourvu qu’ils aient les qualités requifes, c’eft-à-dire, qu’ils foient doux & fecs ; d’ailleurs les Meubles dont je vais parler, peuvent être aufli bien faits de bois uni couvert de placage , qu’affemblés avec des panneaux Sc ornés de moulures, fans rien changer de leurs formes Sc dimenfions principales, du moins pour la plupart, comme les Commodes, les Ecoinf-
- fons, les Secrétaires Sc autres, qui fe font également des deux maniérés ; c’eft pourquoi je ferai la defeription de toutes fortes de Meubles, fans avoir égard s'ils font faits par lesEbéniftes ou les autres Menuifiers en Meubles, ainfî que je l’ai obfervé jufqu’à préfent dans la defeription des autres Meubles, comme les Chaiies, les Lits, les Tables, &c.
- /
- p.744 - vue 151/284
-
-
-
- Sect. I. Defcriptlon des Armoires ; de leurs décorations, 3Ce. 745 d’épailfeur, on y fait Amplement une feuille, 8c on y pôle par derrière des taquets : a9 b, Fig. 6 3 lelquels la retiennent , lui fervent de joue, Sc par conféquent la retiennent en place.
- Ces corniches s’aflemblent d’onglet à fordinaire, Sc on y place ùn pigeon ci9 Fig. 6, Sc efg h9 même Figure , dans le fort du bois, ce qui, lorfqu’ii eft bien collé & ajufté, vaut mieux que d’y faire un tenon en plein bois, ou du moins ce qui rend le joint plus facile à faire. Voy. la Fig. 3 , cote B. La faillie des corniches ne retourne pas par derrière l’Armoire, où elle feroit nuifible > mais on coupe les retours au nud de cette derniere, & on en retient l’écart par une barre à queue placée en defîits, comme celle C D, Fig. 6, ou , ce qui eft mieux, placé à bois de bout, comme je l’ai indiqué à la Fig. 3 , cote A. Comme ces corniches font quelquefois cintrées ; on peut, pour éviter la perte du bois, les prendre dans du bois de moyenne largeur, dont la levée du dedans puilfe feryir au dehors, ainfi qu’il eft: indiqué Fig. 3 , par les lignes i IScrn n.
- Le derrière des Armoires fe brife en deux parties fur la hauteur, lefquelles font alfemblées à rainures Sc languettes ; chaque partie eft compofée de deux traverfos Sc de quatre montants au moins, entre lefquels font des panneaux unis. Ces montants font quelquefois ornés d’une moulure fur l’arête, ainfi que fur celle des traverfos. Voye{ les Fig. 1 & 2, qui repréfontent la coupe d’une Armoire, Sc par conféquent du derrière coupé au milieu du panneau, Sc où font marquées les places des vis cotées a, a.
- Les traverfos du haut & du bas des Armoires font rainées pour recevoir les fonds, ainfi que celles de devant Sc de côté, comme on peut le voir à la Fig. ï , cote B, qui repréfonte la coupe d’un côté de l’Armoire, & à la Fig. 2.
- Quand les Armoires font cintrées, comme celle dont je fais la defoription , le Fond du haut forme un bâtis avec la traVerfo du chambranle & une autre traverfo de derrière, dans laquelle on place la vis. Cette traverfo eft jointe à rainure Sc languette avec celle du haut du derrière, dont le joint, avec cette derniere , eft indiqué par la ligne 0 p q, Fig. 1 Sc 2. Quelquefois on ne cintre que la tra-verfe du devant de l’Armoire ; dans ce cas, le fond du haut pafle droit & s’afo femble comme celui du bas, ce qui ne fouffre aucune difficulté. La traverfo de chambranle s’aftèmble toujours à l’ordinaire , c’eft-à-dire, à tenon Sc enfourche* ment, fon arrafoment de derrière étant coupé quarrément au nud du battant, n’y ayant que la Faillie de la moulure qui foit coupée d’onglet Sc qui pafle en enfourchement. Voye£ les Fig. 4 & 5, qui repréfontent un battant de chambranle vu de face, Sc ce même battant vu fur le champ.
- Les derrières Sc les traverfos des côtés des Armoires, fe font de bois d’un pouce d’épailfeur au moins , Sc leurs panneaux de 8 à 9 lignes ; leurs pieds doivent avoir 2 pouces d’épaifteur , fur 3 pouces de largeur au moins. Quant aux traverfos du bas, un pouce Sc demi d’épailfeur leur fuffit, vu qu’il faut quelles affleurent au nud du ravalement du chambranle, comme on peut le voir à la Fig. 2, cote E.
- Planche
- 270.
- p.745 - vue 152/284
-
-
-
- Planche
- 27 u
- 746 ME NUIS IE R, III. Part. Il Chap. VI 11
- Les fonds des Armoires fe font de bois uni de 9 lignes d’épaifleur au moins j Sc on les entaille à l’endroit de la faillie intérieure des pieds, dans lefquels ils entrent à rainures Sc languettes, auxquelles on ne donne que le moins de longueur qu’il eft poiîible, afin de ne point trop affaiblir la joue des aiïemblages , ces languettes n’étant faîtes que pour empêcher la pouffiere d’entrer dans l’intérieur de l’Armoire. Comme ces fonds font fojets à être démontés, il eft bon d’y mettre des barres à queues par derrière , pour les empêcher de fe coffiner Sc de fo Caffer s’ils venoient à tombeT lorfqu’ils font démontés. Voye[ Us Fig. 1,2
- <$3.
- Les tablettes des Armoires fo Font auffi de bois plein Sc uni, Sc on les pofo Planche dans les Armoires ordinaires au nombre de trois , fans Compter le deflus du 2^°* caiflon qui porte les tiroirs, qui fait la quatrième.
- Ces tablettes pofent for des taffeaux b 9 b 9b , Fig. 1 & 2 , lefquels font affemblés dans les battants ou pieds de l’Armoire, mais plus ordinairement porté par des taquets c , c, ce qui efl: plus commode , parce qu on a la commodité de hauffèr ou bailler les tablettes félon qu’on le juge à propos.
- Le caiflon qui porte les tiroirs du milieu, efl: compofé d une tablette en deflïis, & d’une autre en deffous, avec des montants affemblés tant par la face, que par les côtés , lefquels forment deux cafés à part, dans lefquelles entrent les tiroirs, comme on peut le voir aux Fig. 1 df 2 , où ces tiroirs font repréfentés tant en face qu’en coupe de longueur Sc de largeur.
- Ces tiroirs ont ordinairement 4 à y pouces de profondeur du dedans, & on doit avoir foin que le caiflon foit ajufté de maniéré qu’il n’y ait aucun jour tant en deflus qu’en deflbus, où la tablette doit être de toute la profondeur de l’Armoire , quoique la plupart des Menuifiers qui font des Armoires, ne les faflent aller qu’à la moitié au plus , ce qui efl malpropre Sc peu sûr, ces tiroirs étant deftinés à renfermer ce qu’on a de plus précieux.
- Les tiroirs du bas des Armoires ouvrent de toute la largeur de ces dernieres, & leur tête efl ordinairement ornée de moulures en forme d’une bafe attique, comme celui /, Fig. 1, PL 269 , ou bien ils forment une frife qui ouvre du dedans des moulures, comme celui L, même Figure. Dans l’un ou l’autre cas, ces tiroirs paflènt for des couliffeaux d, Fig. 1, qu’on affemble dans les côtés de l’Armoire , qu’ils débordent de 8 à 9 lignes , for une épaiffeur à peu-près égale. Il faut obferver que ces couliffeaux doivent remplir tout l’efpace qui refte depuis le devant du pied jufqu’au derrière de la traverfe de côté , qu’il efl bon de faire defoendre jufqu’au deflbus du tiroir, afin de le cacher, Sc qu’étant jointe avec le coulifleau, il ne refte aucun vuide par où la pouflîere ou les fouris puiflent s’introduire dans les tiroirs , dont la conftruétion, ainfi que ceux du milieu , n’a rien de particulier ; il foffit qu’ils aient une épaiffeur fofüfànte, c’eft-à-dire ,
- 8 à 10 lignes celui du bas, Sc environ 6 lignes les autres, 8c qu’ils foient folidement affemblés à queue d’aronde ; leurs fonds doivent y être placés à
- rainures
- p.746 - vue 153/284
-
-
-
- Sect. 1. Defcription des Armoires ; de leurs décorations, 3Gc. 747
- rainures & languettes , & on doit les placer à bois de bout à celui du bas, afin que les planches qui le compofent étant les .plus courtes poflible, elles foient moins finettes à fe tourmenter.
- ^ K
- Cette maniéré de difpofer l’intérieur des Armoires eft la plus en ufàge ; cependant lorfqu’on les deftine uniquement à ferrer des habits, on y met des tablettes de 6 pouces en 6 pouces , lefquelles coulent dans des couliifeaux aflemblés dans les côtés de l’Armoire, qu’ils excédent d’environ 6 lignes, pour que leur rainure , qui en doit avoir quatre , laifle 2 lignes de jeu de chaque côté des pieds. Voye{ les Fig. 7 , 8 & p , qui repréfentent un coulilTeau vu en face par le bout avec une partie de la tablette, & ce même coulilTeau vu en deflùs avec fon aflemblage : la rainure fe fait ordinairement de toute l’épaifleur de la tablette , comme à la Figure 4, cote By ce qui n’eft bon qu’autant qu’elle eft fort mince ; mais comme, pour quelles aient quelque folidité, il eft bon qu’elles aient au moins 10 lignes d’épaiilèur, *on fait la rainure du coulilTeau des deux tiers de l’épaifleur de la tablette, à laquelle on fait une feuillure en defius pour leur conferver plus de force. Voye1 la Fig. 4, cote A, & la Fig. 8.
- Les tablettes fe font quelquefois pleines, comme celle Fig. f ; mais il vaut mieux les faire à claire-voie, comme la Figure <5, non-feulement pour les rendre plus légères, mais encore pour que l’air y circule plus aifément, de que les habits ne prennent aucun goût. De quelque maniéré que foient faites ces tablettes, il eft bon d’y mettre des mains de fer qui fervent à les tirer dehors de l’Armoire, foit pour ferrer les habits, foit pour les ôter.
- Il y a des Armoires de garde-robe, où au lieu de placer ainfi les habits fiir des tablettes, on les place fur des porte-manteaux, Fig. 1 r , qu’on accroche enfuite fur une barre de fer qui pafle dans toute la largeur de l’Armoire, de forte qu’on peut y placer un nombre de porte-manteaux où les habits font beaucoup mieux que fur des tablettes, fur-tout ceux qui font enrichis de broderie, & les robes de femme. Voye[ la Fig. 10, où cette barre de fer eft repréfentée avec les deux tafleaux A B qui la fupportent, dans l’un defquels elle entre en entaille , du moins par un bout, afin de la pouvoir retirer quand on le juge à propos.
- La décoration des Armoires eft aflez arbitraire ; cependant il faut toujours que leurs formes, tant générales que particulières, foient les plus gracieufes pofll-ble ; c’eft pourquoi j’ai repréfenté la moitié de l’Armoire cote A, Fig. 1, PU 3.69, félon la maniéré la plus ordinaire des Menuifiers en Meubles; & l’autre côté cote By d’une autre décoration, qui, fans être moins riche, eft plus régulière que la première ; les côtés des Armoires font ordinairement très-fimples, n’y ayant de moulures que fur les traverfes, & un fimple chanfrein fur les battants, comme à la Fig. 2, PI. 26cependant on peut les décorer plus richement & fans diminuer de l’épaifleur des battants, qui, dans ce cas, deviennent la largeur: on y rapporte des moulures, comme je l’ai obfèrvé à la Fig. 3 , même Planche.
- Quant aux profils, tant des chambranles que des portes, ils doivent être.plus Menuisier , UL Paru IL SecL E p
- Planche
- 271.
- p.747 - vue 154/284
-
-
-
- Planche
- 37ï«
- 748 ME N UIS TE R , 111 Part. SecU IL Chap; IX.
- ou moins riches en raifon d,e la décoration totale de l’Armoire ; c’eft pourquoi je me fuis contenté d’en donner ici de quatre fortes, dont deux, Fig. 12 & 13 , d’une forme très-fimple, & les deux autres plus riches , un defquels, Fig. 14, eft à cadre , à double parement & à recouvrement fur le chambranle, ce qui eft la maniéré ordinaire , qui, cependant rieft pas la meilleure , parce que ces fortes de portes font fort aifées à forcer, au lieu que celles qui font arrafées dans le chambranle, comme la Fig. 15 , font beaucoup plus folides, & font tout aulîï bien que les autres.
- Les Armoires, telles que je viens de les décrire, fervent aux gens du commun pour ferrer le linge , les hardes & autres effets ; c’eft pourquoi il s’en fait de très-propres , vu qu’elles font un des principaux ornements de leurs chambres ; au contraire , chez les gens aifés les Armoires ont moins befoin de décoration, parce qu’elles ne fervent que dans les garde-robes Sc les offices, où elles ont plus befoin de folidité que de magnificence, fur-tout les dernieres , qui doivent être très-folides, & avoir leurs panneaux arrafes, parce que c’eft dans ces Armoires dans lefquelles on fert l’argenterie & le linge de table.
- On fait encore des Armoires d’office, nommées Etuves, lefquelles fe font de bois très-fort, & dans lefquelles on met plufieurs rangs de tablettes'aflem-blées à claire-voie » dont tout-ec les parties qui les compilent, n’ont qu un pouce & demi de largeur au plus. - ,
- Les Armoires fe conftruifènt en chêne, en hêtre & en noyer, fur-tout celles qui font fufceptibies de quelque décoration & dont on fait parade. Quant aux autres, comme celles de garde-robes & d’offices, il vaut mieux les faire de chêne que de hêtre, dont l’ufàge eft abfolument vicieux.
- Les tablettes fe font pour l’ordinaire de fàpin, qui, lorfqu’il eft beau , eft très-propre à cet ufàge.
- Au refte, il ne faut pas croire que les Menuifiers qui font des Armoires, prennent toutes les précautions que je recommande ici; la plupart de celles qu’ils font n’ayant que l’apparence, tant pour la folidité que pour la décoration, laquelle eft fouvent mal-entendue, les contours jarreteux, & les profils d’une mauvaife forme.
- La folidité eft encore plus négligée que la décoration, la plupart des bois étant d’une mauvaife qualité, trop minces , & trop étroits, les panneaux de derrière étant fouvent faits avec de vieilles douves de tonneau , & le tout mal fait & mal affemblé. Il eft vrai que ces Armoires fe vendent peu cher, puif* qu’elles ne coûtent guere plus, toutes faites & fournies , qu’elles ne vaudroient de façon fi elles étoient bien faites ; mais cette apparence de gain ne doit point en impofer, puifque de l’ouvrage aufîî mal fait eft toujours payé trop cher.
- Il faut cependant avouer qu’il fè fait de très-bons ouvrages dans ce genre ; mais ils font fort difficiles à trouver, les Ouvriers fe fouciant peu d’en faire , à caufe de la difficulté qu’ils auroient à les vendre ce qu’elles valent, fur-tout depuis que les Marchands fe mêlent de vendre l’ouvrage des Menuifiers, ainfi que je l’ai démontré au commencement de cette Partie de mon Ouvrage.
- p.748 - vue 155/284
-
-
-
- Sect. J. §. I. Defcriptïon des Buffets ; de leurs formes, ôCc. 745»
- §, I. Defcriptïon des Buffets ; leurs formes , proportions,
- décoration & confruclion.
- Â p R è s les Armoires, les Buffets font les plus grands des Meubles fermants ; : leur ufige n eft propre que dans les filles à manger des gens d’un état médiocre, où ils tiennent lieu des Buffets décorés dont j’ai parlé dans la féconde Partie de mon Ouvrage , page 188 & fuivanres,
- Les Buffets dont je fais ici la defcripcion, font fufceptibles de beaucoup de décoration ; c’eft pourquoi j’ai deffiné celui qui eft repréfonté dans cette Planche* d’une décoration très-réguliere & très-riche, quoique fins ornements de foulp-ture , afin que la Menuiferie étant toute feule, on puifle mieux foivre le détail de fa conftruélion , dont l’intelligence fera d’autant plus facile , que j’en ai deffiné toutes les coupes dans la Planche foivante.
- Les Buffets Fig, i, 2 & 3 , font ordinairement divifés en deux parties for leur hauteur, à l’endroit de la tablette d’appui, de forte qu’on peut, lorfqu’on les
- .-a.
- change de place, les porter chacune foparément, ce qui eft très-commode , vu qu’étant ainfi divifés, iis font bien moins lourds & plus aifés àpalfer par des efca« liers étroits ôc difficiles , comme le font fou vent ceux des maifons à loyer.
- Le corps du bas du Buffet eft chevillé dans toutes fes parties , & renferme communément une rangée de tiroirs d’environ 4 pouces de hauteur, placés au-deffous de la tablette d’appui , dans lefquels tiroirs on enferme l’argenterie ; c’eft pourquoi il eft bon qu’ils foient renfermés dans un bâtis ou caifîbn, comme je l’ai obfervé à la Fig. 2 , cote A , & à la Fig, 3 , qui repréfonte la coupe du Buffet , 3c par conféquent du tiroir & de fbn caifîbn , dont on peut aifément voir la conftruétion dans cette Figure. On place ordinairement une tablette au -milieu de i’efpace qui refte du deffous du caifîbn au-deffos du fond d’en-bas, qu’on doit faire faillir au-deffus du battement des portes, afin qu’il foit plus aifé à nétoyer, & que les ordures ne s’y arrêtent pas ; ce qu’on doit auffi obferver à la tablette d’appui , laquelle fort de fond au corps du haut, qui doit être plus étroit, ou, pour mieux dire, moins profond que celui du bas de 6 pouces au moins, non compris la faillie de la tablette. Voye£ les Fig, 3 & y, dont le côté C repréfonte le plan de la partie fopérieure du Buffet, au-deffus de la tablette d’appui ; & l’autre côté D, qui repréfonte le plan de la partie du bas.
- La partie fopérieure du Buffet eft remplie par trois ou quatre tablettes au plus,' fur lefquelles on place les plats Sc les affiettes, & autres chofos nécefîâires au forvice de la table ; & comme c es plats font quelquefois très-riches, ou d’une matière précieufo & fragile, comme, par exemple, la porcelaine, on les mec debout for ces tablettes, où, pour qu’ils n’y gliffent pas, on y fait une rainure * pour en retenir les bords ; ou, ce qui eft mieux * on y rapporte un petit tafleau placé à environ deux pouces du derrière. Voy. la Fig. y, cote C, où j’ai indiqué
- 27
- p.749 - vue 156/284
-
-
-
- Planche
- 272.
- Planche
- *7>
- 7yo ME NV ISlER, III. Pan. Secl. IL Ckap. IX,
- . par la ligne a b, la place de ce dernier. Ces tablettes fe font droites, & ont ordinairement toute la largeur, ou, pour mieux dire, la profondeur du corps du jBuffet, moins ce qui eft néceflàire pour que les portes ferment aifément.
- Quelquefois on les rétrécit au milieu en les chantournant de maniéré qu’elles -aient à leurs extrémités toute leur largeur, afin quon puiffe y placer commodément des piles d’affiettes. Voy. la Fig. y , cote C, où j’ai indiqué le chantourne-ment par la ligne ponctuée c d e. Les arrêtes de ces tablettes font ornées d’une moulure en forme de doucine, & on les pofe fur des taffeaux foutenus à l’ordinaire par des taquets, foit de face ou de côté, qu’il eft bon d’attacher avec des vis, afin de ne pas faire fendre le bois, comme il arrive fouvent quand on y met des clous. Voyei les Fig. 4 & 6, qui repréfentent un taquet de côté & un de face.
- La face d’un Buffet, tant du haut que du bas , eft fermée de deux portes à chaque partie , à côté defquelles on fait deux pilaftres , qui ouvrent à brifure avec les portes. Ces pilaftres font non-feulement bien pour la décoration , mais encore ils font néceffaires pour que les portes étant ouvertes puiftent fe reployer fur les côtés du Buffet, & par conféquent ne nuifent pas, par leur faillie, dans l’intérieur de la fàlle à manger, fur-tout pendant le temps des repas, où ces portes relient toujours ouvertes, plus cependant par oftentation que par néceffité. Voye£ la Fig. 2 * rnrp A , nn le Buffet eft repréfenté ouvert, Scl’autre côté B eft fermé tant du haut que du bas.
- La largeur des Buffets varie depuis 3 pieds Sc demi jufqu’à 4 pieds, fur 6 juf-qu’à 7 pieds & demi de hauteur. La hauteur de l’appui doit être à tous de 2 pieds 8 à 10 pouces au plus. Quant à leur profondeur, elle doit être, pour le corps du bas, de 18 à 20 pouces au plus ; & celle du haut, de y à 6 pouces de moins qu’à l’autre.
- En général, les Buffets peuvent, ainfi que je l’ai dit, être très - fiches , tant pour les ornements de Menuiferie que pour ceux de Sculpture, ainfi que je l’ai dit plus haut ; & il faut avoir foin que leur décoration foit la plus régulière poffible, de maniéré que tous les champs foient égaux & .régnent enfemble, que les cintres des traverfes foient gracieux & difpofés de maniéré que ceux des deux portes faffent un enfemble, ce qui fait beaucoup mieux que de faire des cintres particuliers à chacune, ce que j’ai obfervé au Buffet dont je fais la defcription, & dont le développement que j’en ai fait à part, donnera toutes les lumières néceftàires pour donner à ces fortes de Meubles toute la perfection dont ils peuvent être fufceptibles , comme on le verra ci-après dans l’explication de la Planche 273.
- Les Figures r , 2 & 3 , repréfentent les coupes du haut du Buffet, tant.de derrière que de devant & de côté, les joints de la corniche avec ces dernieres ainfi que l’ouverture de la porte, dont le profil eft à double parement, & le champ égal à celui de côté, lequel doit être plus large que celui de la porte, de la largeur de la languette qui entre dans la corniche , laquelle y eft collée
- ou
- p.750 - vue 157/284
-
-
-
- Séct. I. §. ï. Defcrïptlon des Buffets ; de leurs formes * SCc. 73? £
- *>u arrêtée avec des clefs, ce qui eft néceflàire puifqu’elle fait partie du corps du ....
- haut du Buffet, qui n a point d’autre traverfe par-devant, les portes emportant le Planche champ avec elles , St battant fat la corniche, qui, à cet endroit , eft plus large que 37 pries côtés de toute la largeur du battement, laquelle doit être de J à 6 lignes»
- Les Figures 4, y St 6, repréfentent la coupe du Buffet, à l’endroit de l’appui tant en deflus quen defïbus, avec le joint du corps du deflus , indiqué par la ligne d ef> ainfi que la coupe du deifus, qui eft plus épaiflè de 3 lignes dans l’intérieur du Buffet abc , qu’à l’endroit de la faillie , ce qui eft néceflàire non-feulement pour fervir de battement aux portes, comme à la Fig» 4, mais encore pour affurer d’une maniéré fixe le deflus du Buffet, lequel eft retenu avec le bas par le moyen de quatre clefs, qu’on place au pourtour de ce dernier , comme je le dirai ci-après. Cette plus grande épaiffeur que je recommande ici, coûte un peu plus de bois & de fujétion ; mais en même temps elle eft très-avantageufe pour la folidité de l’ouvrage , ce qui doit faire préférer cette méthode , quoique plus coûteufe, à la maniéré ordinaire de faire ces deflus d’une égale épaiffeur, & de mettre des taffeaux en dedans du corps du deflus pour l’empêcher de varier, ce qui eft peu folide & malpropre ; de plus , les deflus étant ainfi dilpoles, ne donnent pas de battement aux portes, lefquelles, alors, ne font retenues en place que par leur ferrure.
- Le corps du deflus eft, comme je viens de le dire, retenu en place par quatre clefs ; favoir, deux fur le derrière, & les deux autres de chaque côté, St le plus près du devant qu’il eft poffible, pour mieux retenir l’ébranlement de ce corps.
- Ces clefs g, h, Fig. 4 & 69 font arrêtées à demeure dans les traverlès de l’appui , ou, pour mieux dire, du corps du bas du Buffet, & paffent au travers de la tablette d’appui, entrent dans les traverfes du corps du haut, avec lefquelles on les cheville ordinairement au travers des traverfes, ce qui eft fujet à plufieurs difficultés , parce qu’il faut, chaque fois qu’on déplace un Buffet, repoufler ces chevilles, ce qui eft fujet à faire des éclats aux traverfes, ou du moins à les gâter,' fur-tout quand l’ouvrage eft poli ou verni ; de plus , ces chevilles étant ainfi apparentes , peuvent aifément être repouffées, de forte que l’on peut enlever le def* fus du Buffet, St fouiller dedans malgré que les portes foient fermées, ce qu’il faut éviter ; c eft pourquoi je crois qu’il vaut mieux mettre à chaque clef Sc en dedans du Buffet, des chevilles de fer i, i, Fig. 4 & 6, lefquelles peuvent iè retirer quand on le juge à propos, & on a foin de ne pas les faire paflêr au travers des traverfes, ce qui obvie à tout inconvénient. On peut aufli, à la place des clefs chevillées, mettre en dedans du Buffet, des crochets de fer attachés fur les traverfes du corps du haut, lefquels s’arrêtent dans des pitons à vis placés fur la tablette d’appui, ce qui, toutefois, ne difpenfe pas d’y mettre des clefs de 9 lignes de longueur au plus, afin de retenir l’écart extérieur du corps du deflus du Buffet.
- Les Figures 7, 8 & 9 repréfentent la coupe du bas du Buffet aù-deflus du Menuisier , J IL Fan. IL Scth F $
- p.751 - vue 158/284
-
-
-
- Planche
- 7p MENUISIER, III. P^rr. && IL Chap. IX.
- fond , lequel entre à rainure Sc languette dans le derrière & les côtés Fig. 7 ^ 9 , & en embreuvement dans la plinthe du devant , afin de fervir de battement aux portes. Voye{ Az Figure 8.
- La Figure 10 repréfente la coupe, ou , pour parler en terme d’Ouvrier , le plan du pied de derrière, lequel eft évuidé pour affleurer avec les traverfes de derrière Sc de côté.
- La Figure 11 repréfènte le plan d’un pied cornier C du Buffet, le pilaftre ouvrant J?, & le battant de porte A avec là brifure, qui eft placé au derrière de la moulure du pilaftre, lequel eft pris en plein bois pour lui donner plus de folidité. J’ai tracé autour de cette Figure le plan de la plinthe avec fes divers membres de moulures, lefquels reflautent à l’endroit du pied cornier, excepté la partie liffe qui tourne tout uniment,ion reflàut étant peu néceflàire, & faifant même mal dans une partie aufli petite que celle-ci, qui eft fojette à être gâtée ou meurtrie.
- La Figure 12 repréfente le plan du pied cornier du haut du Buffet avec le plan de la corniche & fes reffàuts, qui ne régnent que dans la partie inférieure de fon profil, Sc vont fe perdre fous là gorge ou larmier.
- Les Buffets,,tels que celui dont je viens de faire la defcription, ne font, comme je l’ai dit plus haut, qu’à l’ufàge des perfonnes d’un état médiocre , mais aifées, lefquelles en décorent leur fàlle à manger. Pour ce qui eft des gens du commun, ou, pour mieux dire, dont l’état ne permet pas de faire la dépenfe de ceux-ci, on fait d’autres petits Buffets moins grands & moins riches que ces derniers, qui n’ont que deux portes de largeur fans pilaftres , Sc dont les panneaux de celles du haut font fopprimés Sc remplis par des treillis de fil de laiton, pour donner de l’air à rint^rîenr A* ces Buffets , qui forvent en même temps de garde-manger. Les Buffets dont je parle, fe font quelquefois très-propres Sc en bois de noyer ainfi que les premiers, mais le plus fouvent de chêne ou de hêtre, afin qu’ils coûtent moins cher ; mais de quelque maniéré qu’ils foient faits, Sc quelque forte de bois qu’on y emploie, on doit toujours avoir foin de les faire propres & folides, ce qui fe rencontre rarement à ces fortes d’ouvrages, où la propreté Sc la folidité font le plus fouvent très-négligées.
- On fait encore d’autres Buffets à l’ufage des Offices, lefquels ne font autre chofe que des faces d’Armoires féparées for la hauteur par un appui faillant Sc rempli en dedans par des tablettes. Ces fortes de Buffets font du reffort du Me-nuifier en bâtiment, & font peu fofceptibles de décoration , la folidité & la propreté étant ce qu’on y doit le plus rechercher. Quant à leurs proportions, on ne peut guere leur en aflïgner aucune, puifque c’eft la grandeur de la piece Sc le plus ou moins de befoin qui en décide ; il n’y a guere que la hauteur des appuis qui doit toujours être la même. (
- On fait encore de petits bas de Buffets nommés aufli Bas-d*Armoires, & quelquefois Bureaux, lefquels font conftruits à peu-près comme le bas des
- p.752 - vue 159/284
-
-
-
- Sect• IL Defcription des Commodes de toutes fortes, SCc. 753
- Buffets ordinaires, excepté que leurs tiroirs font apparents , Sc que leurs portes ouvrent du deftous de ces derniers, ainfi qu’aux petits Buffets fervant de garde-manger. Ces petits Bas de Buffets ou Bureaux étoient fort en ulàge il y a environ 30 ans, du moins parmi les gens du commun; mais préfentement on n’en fait prefque plus que pour les falles à manger, dont j’ai parlé dans la foconde Partie de mon Ouvrage, page 189, où ces fortes de Buffets font plutôt confidérés comme faifant partie de la décoration , que comme des Meubles, ainfi que je l’ai dit en fon lieu.
- A la place des petits Bas de Buffets ou Bureaux dont je viens de parler, on a fubftitué une autre efpece de Meubles, qui, quoique d’une forme à peu-près femblable , different de ceux-ci en ce qu’au lieu de portes, leur devanture, §C par conféquent leur capacité, eft remplie par des tiroirs placés les uns au-deflus des autres. Ces efpeces de Meubles fe nomment Commodes, peut-être à caufo de la facilité qu’on a d’y placer beaucoup de chofos féparément les unes des autres, ainfi que je vais l’expliquer dans la Seétion foivante.
- Section Seconde.
- Defcription des Commodes de toutes fortes ; de leurs formes,
- proportions <£ conjtrucüon.
- O n nomme Commodes, des Meubles dont la hauteur n’excede pas 2 pieds 8 à 2 pieds 10 pouces, & dont la capacité eft remplie par des tiroirs au nombre de trois ou quatre for la hauteur ; c’eft en quoi ils different des Bureaux fermés à hauteur d’appui, dont on fe fervoit anciennement * auxquels on les a préférés à caufe de leurs tiroirs, qui, dans un même efpace que ces derniers, donnent la facilité de ferrer beaucoup plus de chofes féparément, ce qui leur a fait donner le nom de Commodes, fous lequel ces fortes de Meubles font connus maintenant.
- Les Commodes font de deux elpeces; lavoir, celles dont toute la hauteur eft remplie de tiroirs, & celles qui n’en ont que jufqu’à un pied ou 18 pouces de terre , à laquelle hauteur leurs pieds ou montants fe terminent en pieds de biche, comme les pieds des Secrétaires & autres Meubles de cette elpece.
- Les Commodes de la première elpece, ceft-à-dire les grandes, ainfi que celles repréfentées Fig. r, 2,3, 4 & y, font compofées de trois rangs de tiroirs ; lavoir, deux par le bas qui occupent toute la largeur de la Commode , & d’un en haut, lequel eft féparé en deux, & quelquefois même en trois for la largeur, ce qui eft cependant rare. Quand les Commodes ont plus de trois rangs de tiroirs for la hauteur, elles prennent alors le nom de Garde-robes 9 Sc ont quelquefois 3 pieds de hauteur. *
- Le coffre ou bâtis de la Commode eft compofé, comme les Armoires donc j’ai parlé ci-devant, de quatre pieds ou montants, de trjaverfes & de panneaux de
- Planché
- *73*
- Planché
- 271*
- p.753 - vue 160/284
-
-
-
- Planche
- 374.
- 75*4 MENUISIER , ///. Paru SechIL Chapî ÏX.
- côté, d'un derrière d'affemblage, & par-devant de traverfes qui fervent à porter les tiroirs ainfi que les fonds, qui font affemblés à rainures & languettes dans ces traverfos, au-deflùs defquels elles affleurent, comme on peut le voir aux Fig. 3 Ér 4, qui repréfontent la cotfpe de la Commode tant fur la largeur que fur la profondeur. Le fond du bas de la Commode entre à rainure & languette au pourtour de fonbâtis à l'ordinaire; & les autres, qu'on nomme faux-fonds, entrent par les bouts dans des couliffeaux qui font affemblés dans les pieds de la Commode, & qui doivent être dune largeur {uffifànte pour qu'ils affleurent au nud du dedans des pieds, pour contenir les tiroirs lorlqu'on les ouvre ou qu'on les ferme, & qu'en même temps ces couliffeaux viennent joindre contre les panneaux de côté ainfi que la Fig. 3 > a^n qu'ils les foutiennent, & qu un tiroir étant ouvert, la poufliere ne puiffe pas pénétrer dans ceux de deflous. Il faut auffi avoir la même attention pour le derrière de ces fonds, qu’il eft néceflàire de faire bien joindre contre le derrière , & de faire même entrer à rainure d'environ deux lignes dans l'épaiffeur des montants, afin que ces derniers les foutiennent fur leur longueur, où ils font d'autant plus fujets à ployer , qu'on ne leur donne qu'environ 6 lignes d’ëpaiffeur, afin de rendre le Meuble plus léger ; ou bien fi le derrière eft à panneaux arrafes, comme à la Fig. y , ( ce quj eft la meilleure maniéré de les faire à ces fortes de Meubles , ) d'y faire des rainures au travers pour recevoir les fonds , en obfervant de les faire très-peu profondes pour ne pas affoiblir les panneaux, ce qu'on pourroit encore éviter en les couchant, & en mettant au derrière des Commodes , des traverfes à la rencontre de chaque faux-fonds.
- Le deffus des Commodes fo fait ordinairement dùm foui ou de deux morceaux de noyer joints enfcmble attachés fur le bâtis avec des chevilles, ce qui, à mon avis , eft d'un allez mauvais ufàge, parce que quelque foc que foit le bois , il n’eft guere poffible qu'il ne fafle quelqu 'effet, n’étant pas emboîté, ce qui arrive allez communément ; de plus, cette maniéré de l'arrêter me paroît peu folide, vu que rien n'eff fi facile que de lever un deffus ainfi attaché, & de fouiller du moins dans les tiroirs du haut; c eft pourquoi je crois qu’il eft néceflàire d’emboîter les deffus des Commodes à bois de fil, Sc d'y coller plufieurs clefs en deffous, qui entrent dans les traverfos du pourtour où on les chevilleroit en dedans de la Commode, ainfi que je l'ai recommandé en parlant des Buffets page 7 $1.
- Il y a des Commodes dont le deffus eft de marbre ; dans ce cas on y met un double fond en deflous à l'ordinaire, ce qui ne fouffre pas de difficulté.
- Les tiroirs des Commodes fo conftruifont de la même maniéré que ceux des Bureaux dont j’ai parlé plus haut ; c eft pourquoi je n'entrerai dans aucun détail à ce fujet. Tout ce que je puis recommander, c eft de les affembler le plus folr-
- dement poffible, de difpofor leurs fonds à bois de travers, & de les affembler
- 0
- dans leurs bâtis à rainure & languette, quoique la coutume (bit de ne les mettre qu’à feuillure, comme je l’ai fait à la Fig. io. J’ai
- p.754 - vue 161/284
-
-
-
- " Sect. IL Defcriptiort des Commodes de toutes fortes, SCc. ytf
- J’ai dit plus haut que le premier rang des tiroirs d’une Commode , étoit divifé en deux for la largeur, au milieu delquels étoit un montant ou petit tiroir ; Planche dans ce dernier cas, ce tiroir eft quelquefois ouvrant & fe ferme à clef comme les autres, fait avec la même clef ou une autre d’une forme differente, afin que ce tiroir foit plus sûrement fermé ; alors il ne peut s’ouvrir que les deux autres ne foient hors de leur place, à moins qu’on ne lui faffe un bâtis quiforve de battement aux deux autres , ce qui arrive rarement.
- Quelquefois les tiroirs du milieu des Commodes ne fe tirent pas , mais fe gliffent de coté , 8c font retenus en place par le moyen d’une languette fàillante qui entre dans la tête du tiroir, tant en deffus qu’en deffous. Quand les tiroirs dont je parie font dilpofés de la forte , on n’y met pas de ferrure, fo contentant de celle du tiroir du côté duquel celui-ci ouvre, & en y mettant quelquefois un petit pêne ou vérouil à reffort en deflous, pour empêcher de l’ouvrir quand même le tiroir de côté feroit ouvert, ce qui eft affez sûr, mais encore moins qu’une bonne ferrure, ces fortes de fermetures fecrettes ne pouvant guere l’être long-temps, vu que ce font des fecrets connus de tout le monde. Voye{ les Fig, f & 6, qui repréfentent le plan d’une Commode , pris à la hauteur du petit tiroir ; & la Fig* 6, qui repré fente plus en grand la coupe de ce même tiroir difpofé comme je viens de l’expliquer.
- Les Commodes font quelquefois très-richement ornées, fur-tout quand elles font recouvertes de placage & de marqueterie, comme je l’expliquerai en fon lieu ; mais quand elles le font en bois ordinaire, comme le noyer & autres, elles font décorées comme le repréfonte la Fig, I, cote A. Cependant je crois qu’on pourroit très^bien ravaler les têtes des tiroirs, comme je l’ai fait à cette même *
- Figure, cote B, ce qui, à mon avis, feroit mieux que de la première maniéré, à condition toutefois que les moulures feroient très-douces & auroient peu de relief, ce qu’il eft, en général, bon d’obferver à toutes fortes de Meubles^
- Voyei les Fig, 7, 8, 9 6 10, qui repréfentent les deux maniérés d’orner les têtes des tiroirs tant en face qu’en profil.
- La hauteur des Commodes ordinaires eft, comme je l’ai dit plus haut, de 2 pieds 8 à 10 pouces, for 3 pieds 6 à 3 pieds 9 pouces de largeur, & 18 à 20 pouces de profondeur. On en fait de plus petites, du moins pour la largeur & la profondeur ; car pour ce qui eft de leur hauteur, elle ne peut jamais varier, vu que c’eft celle du lambris d’appui des appartements ( d’une grandeur ordinaire , ) au-deffus duquel il faut qu elles affleurent.
- Les Commodes font ordinairement cintrées fur le plan, ainfi qu’aux Fig, I =£===== (y f 9 Pl. 274, ou Amplement bombées, comme la Fig, r, cote A, Quelquefois Flanche on les fait aufft cintrées fur le côté, comme à cette même Figure, cote B, 2J*
- mais cela eft très - rare à préfent, quoique cette forme foit aflèz bonne ; elle n’eft plus guere à la mode depuis qu’on a adopté les formes quarrées pour tout Menuisier , IIL Part. IL Se cl. G 9
- p.755 - vue 162/284
-
-
-
- 7 jg ME NUIS 1ER, III. Part. Se3. Il Chap. IX.
- ce qui s’appelle ouvrages faits à la grecque. Voye[ la Fig. 3 , cote CSc D, quf repréfente deux différents plans de Commodes dans le goût aétuel.
- Les Commodes font quelquefois cintrées fur l’élévation, comme le repréfente la Fig. 2, foit en foivant le contour plein de cette figure, ou feulement celui indiqué par des lignes ponéluées ou quelqu autres à peu-près femblables , qui ont fait donner aux Commodes cintrées de cette façon, le nom de Commodes en tombeau, lefquelles font pour l’ordinaire revêtues de placage ; mais elles font peu à la mode à préfent, où, comme je viens de le dire, le goût des formes droites a prévalu fur tout autre, non-feulement dans la décoration extérieure Sc intérieure de nos édifices quelconques, mais encore dans celle des Meubles & même des habits, comme fi chacune de ces chofes, quoique très-diiférentes entr’elles, dévoient fe reffembler dans le genre, ou, pour mieux dire, la forme de leur décoration,
- Les petites Commodes ne different de celles dont je viens de parler, que par leur grandeur & par le nombre de leurs tiroirs, lequel eft réduit à deux for la hauteur ; de forte que l’efpace qui refie entre celui du bas & le plancher, refte vuide & eft porté par des pieds de biche ou de telle autre forme qu’on le juge à propos, ainfi qu’à la Fig. 4, cote E. Quelquefois on ne fait point de tiroirs apparents à ces fortes de Commodes, mais on en décore la face par un panneau * comme à cette même Figure, cote F, lequel ouvre dans les moulures du haut & du bas, & dans le milieu de fa largeur, ce qui, à mon avis, fait un très-mauvais effet, parce que quelque bien fait que foit le joint t il paroît toujours, Sc indique la féparation des tiroirs qu’on veut cacher, je ne foi d’ailleurs pour quelle raifon, vu qu’il eft très-naturel qu’ils foient apparents, & n’y ayant, à ce qu’il me femble, que très-peu d adrefte à faire des chofes dont la forme & la décoration font oppofées à leur ufoge.
- Les Ecoinflbns font de petits Meubles d’une forme & d’une décoration quelquefois femblables aux petites Commodes dont je viens de parler, ou bien aux Bureaux fermés, ainfi que les Fig. y & 8 ; de quelqu’elpece qu’ils foient, ils font toujours d’une forme triangulaire par leur plan, ainfi que leur nom l’indique ; & il vaut mieux les fermer avec des portes, comme à la Fig. y, que d’y mettre des tiroirs, dont la forme triangulaire les rend peu folides, ou, pour mieux dire, les expofè à fo renverfer lorfqu’on les tire dehors. Les Ecoinflbns fe conftruifent de la même maniéré que les Commodes & les Bas de Buffets dont j’ai parlé ci-deflus ; c’eft pourquoi je ne m’étendrai pas davantage à ce fojet; Quant à leur hauteur, c’eft la même chofo qu’aux Commodes, for 18 à 20 pouces de largeur, prifo for un de leurs côtés ; cependant quand on les fait exprès pour un appartement, il eft bon de conformer la largeur des Ecoinflbns dont je parle , avec la place où ils doivent être pofés , afin qu’ils n’anticipent point for les chambranles tant des croifées que des portes. Il faut auffi, lorfqu’on fait des
- p.756 - vue 163/284
-
-
-
- Sect. IL Defcription des Commodes de toutes fortes, SCc. 757 Ecoînfîons pour les appartements, prendre garde fi les angles qu’ils doivent ======
- remplir font droits, ou s’ils font aigus ou obtus, parce qu’alors il faudroit s’y Planche conformer dans la conftrudion des Ecoinffons , qui doivent être par leur plan d’un angle égal à celui de la place dans laquelle ils font pofés.
- Les Chiffonnières repréfentées Fig. 7*8,9$ 10, font des efpeces de petites Commodes, ou , pour mieux dire, de petites Tables à l’ufàge des Dames , dont elles fe fervent lorfqu’elles travaillent , foit à coudre ou à broder. Ces Tables ont deux ou trois tiroirs placés au - defïbus de leur deflus, dont l’ouverture fo fait par - devant, ou , ce qui eft mieux, par le côté de la Table, afin de ne point nuire à celles qui en font ufàge. Le dernier de ces tiroirs, ou, pour mieux dire , celui du haut, eft difpofépour y mettre un encrier ainfi qu’aux Secrétaires, & on garnit aufli quelquefois le deflus de ces Tables avec du maroquin, comme aux Tables à écrire dont j’ai parlé ci-defliis.
- A J ou 6 pouces du bas des pieds des Chiffonnières, eft placée une tablette affemblée avec les quatre pieds dont elle retient l’écart. Cette tablette eft garnie d’un rebord au pourtour' pour retenir ce qu’on y place, ce qu’on doit auflî obferver au deflus de la Table, à l’exception qu’on ne doit y mettre des rebords que de trois côtés , & laifler le devant libre.
- La hauteur ordinaire des Chiffonnières doit être d’environ 2 pieds, fiir 12 ou I j pouces de longueur, &9 à 12 pouces de largeur: on en fait de beaucoup plus petites ; mais elles ne peuvent guere fervir qu’à des enfants , à l’ufàge desquels elles doivent plutôt être confédérées comme un jouet, que comme une chofe utile.
- Il y a des Chiffonnières auxquelles on adapte un écran par derrière, pour s’en fervir l’hiver & n’être pas incommodé par le feu. Elles n’ont rien de différent de celles dont je viens de parler, que deux couliflèaux qu’on y attache pour retenir l’écran en place.
- Ces fortes de Meubles fe conftruifent le plus légèrement qu’il eft poflible, Sc il eft bon, pour les rendre d’un ufàge plus commode, de mettre des roulettes de cuivre fous leurs pieds, ainfi qu’à toutes les autres Tables dont j’ai parlé ci-deflus , où cette précaution eft très-bonne, tant pour les changer de place plus aifément, que pour empêcher que leurs pieds ne fe fatiguent & même ne fe caffent, comme il arrive quelquefois lorfqu’on tire ces Tables pour les changer d’un lieu à un autre.
- La derniere efpece de Meubles fermés & dont on fafle ufàge actuellement, “=2=3 font les Secrétaires ou Bureaux en forme d’Armoires, lefquels fervent à la fois Planche
- j 2 yT(5”
- de Coffres-forts, de Secrétaires, & même de Commodes, félon qu’on le juge à propos. Le bâtis de ces fortes de Meubles fe conftruit à peu-près comme ceux des Armoires, comme on peut le voir aux Fig. 1,2,4, S $ 6, & a de hauteur environ 4 pieds, fur 2 pieds & demi à 3 pieds de largeur, & 12 à 15 pouces de profondeur.
- p.757 - vue 164/284
-
-
-
- Planche 276«
- 758 MENUISIER, III. Part. SeS. II. Chap. IX.
- Leur face principale, Fig. 1, eft compofée de quatre portes, dont les deux du bas ouvrent à l'ordinaire , c eft-à-dire, verticalement ; & les deux autres du haut, lefquelles tiennent enfemble , & font par conféquent feintes, fe rabattent horifontalement pour fervir de Table à écrire, quand on veut faire ufage de ce meuble comme d'un Secrétaire, ainfi que le repréfente la Fig. 2. Au-delTus des portes, c'eft-à-dire, immédiatement au-deflous de la corniche, eft placé un tiroir qui ouvre de toute la largeur, & dont l'ouverture fe fait foit dans le dégagement des moulures ou au nud des champs, comme je l'ai obfervé ici ; quelquefois le haut de ces efpeces de Meubles, au lieu d etre couronné par une eymaifè,’ comme aux Fig. 1, 2 & 6, efl: terminé en forme d amortiffement, comme le repréfente la Fig. 3 , ce qui fait allez bien, fùr-tout quand ces Meubles font placés dans un cabinet, & fervent à porter foit des fpheres , des bulles, &c ; ce qui n'empêche pas d'y mettre des tiroirs qui fuivent à l'extérieur le contour de l'amortiflement ou couronnement. Quelquefois le deflus de ces Secrétaires efl couvert par une tablette de marbre , ce qui ne change rien à leur conftruélion y comme je l'ai expliqué en parlant des Commodes. On incline auffi le deflus des Secrétaires ou Bureaux dont je fais la defcription, en forme de pupitres , afin qu étant debout, on puifle écrire commodément deflus, ce qui alors empêche d'y mettre des tiroirs par le haut, 8c diminue de la hauteur du Meuble, qui alors ne peut guere avoir que 3 pieds 8c demi du devant, afin qu'une perfonne d'une taille ordinaire puiffe commodément en faire ufage.
- Dans le bas de l'intérieur des Meubles dont je parle, efl: placé un caiflon d'environ un pied de haut, qui contient deux rangs de tiroirs fur la hauteur ; lefquels ouvrent de toute la largeur, comme aux Commodes ordinaires, on bien font feparés en deux comme a la Fig. 6. Quelquefois ces tiroirs ne font que feints, foit en tout ou en partie , ou la devanture du caiflon s’ouvre par-devant en forme d’Armoire, ou par-deflus, ce qui efl: plus commode , quand ce caiflon fert de Coffre-fort. De quelque maniéré que ce foit, il faut que ce dernier foit très-folL dement confirait, & forme, comme je l'ai dit plus haut, un coffre à part, tant fur le derrière que par les côtés, 8c qui foit cependant arrêté folidement avec le reffe du bâtis.
- j
- La partie fiipérieure du Meuble efl remplie, au-deflus de la table à écrire, par un ferre-papiers, comme aux autres Secrétaires, lequel eft compofé d'un caiflon qui contient deux rangs de tiroirs placés de chaque côté, & dont le milieu eft rempli par un autre petit caiflon A , Fig. 2 & 6, qui entre dans le grand le plus jufte poflible, lequel petit caiflon fèrt non-fèulement à placer differents papiers, mais encore à cacher de petits tiroirs B, B, Fig. 2, & à fermer la cave C, même figure. Poyei les Fig. 2, 5 & 6, ou le ferre-papiers eft marqué en coupe, en plan & en élévation , ainfi que tout le refte du Meuble dont je fais la defcrip-tion, fur laquelle je ne m’étendrai pas davantage, vu que l'infpeélion feule doit
- fufEre^
- p.758 - vue 165/284
-
-
-
- Sect. IL Description des Commodes de toutes fortes , ôCc. 759 fùffire j après ce que j’en ai dit ci-devant, en parlant des autres Meubles, dont la conftruétion eft peu différente de ceux dont je parle.
- L’abattant ou tablette d’appui fe place de maniéré que quand il eft abaifle * le deflîis foit à 26 pouces de hauteur ; & on doit le dilpôfer de façon que quand il eft ouvert , il vienne joindre le defîbus du ferre-papiers * qui lui fert dë point d’appui , qui, s’il n eft pas foffifànt pour foutenir le poids de l’abattant, en foulage cependant beaucoup la ferrure. Voy. la Fig.j, où j’ai marqué plus en grand la coupe de l’abattant tant ouvert que fermé, ainfi que la coupe de la cymaife , laquelle eft fouillée intérieurement pour faciliter la révolution de l’abattant, & qui fert en même temps de devant à la cave de defîbus le ferre-papiers.
- L’abattant roule fur deux axes ou pivots placés aux points a, a , Fig. 7 & 8 , & font retenus par des tirants de fer placés aux deux côtés, comme aux autres Secrétaires ; cependant je crois qu’on pourroit s’en palier, en plaçant aux deux côtés de l’abattant des équerres de fer c, d,e, Fig. 7, dont la branche Taillante, lorfque l’abattant feroit ouvert, viendroit s’appuyer contre les côtés du ferre-papiers, ou, pour mieux dire, en defîbus, dans des ravalements pratiqués à cet effet, & qui, lorfqu’il feroit fermé, fe trouveroient cachés derrière le pied ou montant du bâtis, ce que j’ai indiqué par les arcs ponélués
- */* *g-
- Les Secrétaires en forme d’Àrmoirê font fort à la mode à préfent ; on en fait de très-grands & d’une décoration très-riche, tant pour le choix de la matière que pour les ornements qu’on y ajoute. Mais de quelque maniéré qu’ils foient faits* ils ne fortent guere de la forme fous laquelle je les ai repréfentés ici * ce qui eft la même chofe qu’aux autres efpeces de Meubles, dont la défcription a fait l’objet de cette Partie de mon Ouvrage ; ayant toujours eu plus d’égard à la forme & à la bonne conftruéKon de chacun d’eux (relativement à leurs différents ufages ), qu’à leur décoration, qui, comme je l’ai déjà dit, eft affez arbitraire & fufceptible de beaucoup de changements ; c’eft pourquoi je n’ai pas donné un grand nombre d’exemples de ces différentes décorations, me contentant dé celles qui m’ont paru abfolument nécefîàires pour inftruire les Menuifiers, & pour laiffer à la poftérité un tableau raccourci des ufàges & du luxe de notre fiecle. Àu refte, quelque foin que j’aie pris pour rendre la défcription des Meubles la plus foccinéte qu’il m’a été poffible, je n’ai pas pu faire autrement que de paffér beaucoup au-delà des bornes que je m’étois preferites au Commencement , non - feulement de tout mon Ouvrage, mais même de cette Partie , laquelle eft devenue très-confidérable, vu la grande quantité des objets qui y font détaillés ; de forte que, {ans m’être trop étendu for chacun d’eux en particulier , & après avoir, autant que je l’ai pu, généralifé les préceptes & les dé-monftrations, fans cependant faire tort à l’Ouvrage, j’ai été obligé , non pas de l’augmenter, mais de le faire beaucoup plus confidérable que je ne me l’étôis Menuisier 9III. Part. IL Sech
- Planche
- 2761
- p.759 - vue 166/284
-
-
-
- 76o ME N VIS 1ER , ///. Part. Seci. IL Chap. IX.
- imaginé; & cependant il ne peut pas letremoins, ainfi quon en a pu juger, pour peu qu’on l’ait examiné avec quelque attention ( * ),
- (*) II fera Fort aifé de fe convaincre de ce que j’avance ici, fî on veut obferver que l’Art du Menuifîer eft, fans contredit, le plus étendu des Arts méehaniques, tant pour les différentes ef-peces de Menuiferie , que pour la multitude des ouvrages appartenants à chaque efpece de Me-nuiferie, ce qui demande quantité de connoif-fances diftindes les unes des autres ; de forte que l’Art du Menuifîer peut Sc doit même être regardé comme fix Arts connus fous le même nom, mais tous différents les uns des autres ; favoir, l’Art du Menuifîer de Bâtiment , qui eft très - confîdé-rabîe; l’Art du Menuifîer en Voitures; l’Art du Menuifîer en Meubles, qui eft féparé en deux claffes diftinftes l’une de l’autre ; l’Art du Menui-fier Ebénifte , qui embraffe non - feulement la connoiffance du choix Sc de l’emploi des bois, mais encore celle de différents métaux Sc autres fubftances tant minérales que végétales, & l’ufage même du Tour Sc de la lime; l’Art du Treilla-geur ou Menuifîer des Jardins, qui fait encore une claffeà part, fans compter l’Art du Trait, néceffaire à diverfes fortes de Menuiferie, dont îe détail a fait l’objet de plus de la moitié de la
- fécondé Partie de cet Ouvrage* Cette obferva-tion eft d’autant plus naturelle, que c’eft le feuî Art qui, fous le même nom, fe rapporte à tant d’objets différents ; car, exception faite de la Charpente , l’Art du Menuifîer embraffe tout ce qui a rapport à l’emploi des bois ; au lieu que les Arts qui ont pour objet l’emploi des métaux, prennent différents noms, quoiqu’employant la même matière. Car, fans parler de l’exploitation des Mines Sc des Forges à fer, les Ouvriers qui emploient ce métal, font connus fous différents noms, comme les Maréchaux des deux efpeces, les Serruriers aulîi de deux efpeces, les Taillandiers, les Ferblantiers, les Couteliers, les Clou-tiers , Sc même les Horlogers, ceux qui font les Inftruments de mathématiques, & quantité d’autres qui font autant d’Arts féparés Sc diftinds les uns des autres , dont la defcription, s’ils étoient réunis en un feul Sc même Art, contien-droit plus de dix à douze volumes, fuppofé qu’ils fuffent traités félon les intentions de l’Académie Royale des Sciences, c’eft - à - dire, avec la précifion Sc toute l’étendue convenable à chacun d’eux.
- Fin de L'Art du JMenuiJier en Meubles*
- /
- p.760 - vue 167/284
-
-
-
- TABLE
- DES CHAPITRES ET ARTICLES
- DELA
- MENUISERIE EN MEUBLES.
- SECONDE SECTION DE LA TROISIEME PARTIE
- de l’Art du Menuisier.
- Chapitre CINQUIEME. De la Me*
- nuiferie en Meubles en général , & fes différentes efpeces* Page 6qq
- Section Première* Des Outils & des Bois propres aux Meubles. 602
- §. I. Des anciens Meubles en général. 6o% §. IL Des différentes efpeces de Sièges d’ufage à préfent. 608
- Section IL Defcription des Ployants , Tabourets, Banquettes , ; de leurs formes, proportions &*
- confiruBion. 6iO
- Section III. Defcription de toutes fortes de Chaifes ; de leurs décorations, formes, proportions 6* conf-truBion. 614
- §. ï. Maniéré de difpofer les Sièges pour recevoir les garnitures d’étoffes. 622 Section IV. De la Garniture des Sièges avec la Canne, & de VArt du Cannier en général. 624 §. I. De la maniéré de difpofer les Sièges pour recevoir la Canne. 62$
- §. IL Du choix de la Canne; de la maniéré de la fendre; Ôc des Outils du Cannier.
- 62 8
- §. III. De la maniéré de garnir les Sièges de Canne; & les diverfes opérations du Cannier. 631
- CHAPITRE VI* Defcription de toutes fortes de Fauteuils ; leurs formes y proportions & confiruBion. 633.
- Section I. Defcription de tous Us grands Sièges , comme les Canapés 9 Sofas, Ottomanes y &c; de leurs différentes formes s proportions & confiruBion.
- 6$ o
- Section II. Defcription des Sièges d? appartements privés, comme Les Baignoires, les demi-Baignoires , les Bidets, les Chaifes de commodité, &c. 660
- CHAPITRE VII. Des Lits en général', leurs différentes efpeces. 663
- Section I. Defcription des Lits à la Françoife; de leurs formes, proportions & confiruBion* 666
- §. L Des Ciels de Lits, appelles communé-nément Pavillons ou Impériales ; de leurs formes & conftrudion. Page 673
- SECTION II. Defcription des Lits à la Polonoife ;
- leurs proportions, formes & décoration. 681
- Section III. Defcription des différentes efpeces dé Lits de campagne ; leurs formes confiruBion*,
- Section IV. Defcription des Lits de repos ; des Ber-• ceaux & Lits d’enfants. 6pi
- CHAPITRE VIII. Des Tables en général ; de leurs différentes efpeces*
- Section I. Des Tables à manger ; de leurs différentes formes à1 confiruBion,
- Section II. Des Tables à jouer ; de leurs différentes efpeces, formes & confiruBion. lO*
- §. I. Defcription d’un Billard ; de fa forme, proportion Ôc conffruffion. Ibid.
- §. II. Defcription des petites Tables de Jeu ; de leurs formes, proportions ôc conftruc-tion* 722
- Section III. Des Tables à écrire de toutes fortes ; de leurs formes , proportions & confiruBion. 720
- §. I. Defcription des Tables de Toilette * des Tables de nuit Ôc autres; de leurs formes ôc proportions.
- §. II. Defcription des Ecrans ôc des Paravents; de leurs formes ôc proportions*
- 741
- CHAPITRE IX. Des Meubles fermés en général y connus fous le nom de gros Meubles.
- 74S
- Section I. Defcription des Armoires ; de leurs décorations , proportions & confiruBion. 1W
- §. I. Defcription des Buffets; de leurs formes, proportions, décoration ôc conf-truftion. 73,9
- Section IL Defcription des Commodes de toutes for« tes, de leurs formes, proportions & confiruBion;
- 713
- F in de la Table de la Menuifirie en Meublés»
- j
- p.761 - vue 168/284
-
-
-
- »
- j6%
- EXTRAIT DES REGIS TRES
- DE L’ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES.
- Du 8 Juillet ly/z*
- M onsieur Duhamel qui avoit été nommé pour examiner îa Seconde Seéfcion de là Troifieme Partie de l’Ar t du Menüisier, par M. Roubo, en ayant fait fon rapport, l’Académie a jugé que cette fuite de l’Art , traitée avec le même foin que les Parties précédentes, étoit digne de paroître comme elles fous fon approbation : en foi de quoi [j’ai ligné le préfent Certificat, A Paris, le 26 Juillet 1772.
- GRANDJEAN DE FOUCH Y,
- Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Sciences.
- Fautes a corriger,
- JP a à e 619 > ligne 8, ou ; lifez : &•
- Rage 6^9, ligne i, au commencement, 'ajoutez : perpendiculaire.
- Rage 68j, ligne 8 , qu’on peut le voir £ lifez; qu’on l’a pu voir*
- Page 71 î, au titre, §. I. lifez : <S, IT-
- Ibii, ligne i, tiroirs (ans les eouüffes ; lifez : tiroir dans les couliffes;
- Au commencement de ta page 735, ajoutez ; deux ou trois fur la hauteur, & dont le milieu eü occupé par une ou deuil
- (
- T
- ;;-3î> r
- DE L’IMPRIMERIE DE L. F. DELATOUR. 1772,
- \
- \
- p.762 - vue 169/284
-
-
-
- R.LEDATIONS DE PLUSIEURS SlEGES ANCIENS, Pl
- 222
- fieçe dejea/12,. en iSô#
- l f ieçe de Char/e y. cm 2,.
- Miche Me cle \
- 3
- 6
- Piedj
- /• t Penho - J/w Del et Scuip.
- pl.1 - vue 170/284
-
-
-
- ,rŸr*ir^'
- i
- " V'.
- •: .............................................................•> . >...
- *
- \
- \
- H,,.
- i
- •1--
- •î v-
- C-
- ; ’
- < i-,
- y
- * »
- 4
- ï
- /
- ï..
- 4'
- %
- - ’4 .jr —
- ÿf-r^ ;. >.. ;r,s- • •>,>,*..>• v.-v
- p.n.n. - vue 171/284
-
-
-
- tf. jRoufro. Ittr> et'DeZ/.
- pl.2 - vue 172/284
-
-
-
- J V.. - V
- /
- \.
- v'
- *- ^>4' .
- '-./.^ VS.'Î ï.' :
- :î‘W
- :»
- p.n.n. - vue 173/284
-
-
-
- . 1 -./ _________________;_______;______ - -
- Diverses sortes de Ployantsmvecleurs Développements
- pl.3 - vue 174/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 175/284
-
-
-
- pl.4 - vue 176/284
-
-
-
- (
- \
- r.:
- \
- \
- y
- î
- j
- !
- V,
- J ' .
- )
- /
- V
- / ’
- t»;
- t
- ')
- I
- /•
- ;
- /
- P
- \
- j-:.-.
- '•^r?vfî4?ï. .
- ô _ -
- ;
- •?
- J
- \
- y
- V
- !
- (V.r
- r
- \
- p.n.n. - vue 177/284
-
-
-
- 'BS-ET J j.EVsiTlONS P VST
- Chaise
- a eaICese
- pl.5 - vue 178/284
-
-
-
- W* » ' r^'v
- ‘V'JÎ -,
- ,<> U
- p.n.n. - vue 179/284
-
-
-
- DI- -3-2/.
- Ænnære de cons tjii jire des Pzeds de Biche s. et cLe drCpofer les Siegespom: recevoir les Garmtures cTetoiEe •
- ' i
- -H . cI. /tou6of Inv .Del et Scalp-
- pl.6 - vue 180/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 181/284
-
-
-
- <_/ Hûubo . Inv Del el Scalp.
- pl.7 - vue 182/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 183/284
-
-
-
- (
- \
- Manière im Fendre: ea Canne et je s ouüu propres a cet Usage • ^
- pl.8 - vue 184/284
-
-
-
- /
- i
- /
- j
- V
- ?A/-Y.
- =>
- o • C
- : ^
- fi*
- v
- : *îj
- !'•
- (y
- . - ‘ %-
- S
- \
- M
- \
- \'
- .N.. ;.
- V
- ?**-'*<
- p.n.n. - vue 185/284
-
-
-
- Echelle de »1 1 - 1 --* - • • 1 11 1 Pf^<h
- cl. «_/. jloiibolnv- T>el, el^Sculje.
- pl.9 - vue 186/284
-
-
-
- *.*
- *
- -7
- \
- •: '«• ;»
- k
- \.
- f"'
- \
- p.n.n. - vue 187/284
-
-
-
- pl.10 - vue 188/284
-
-
-
- - ï '
- C;r*
- M -'*éë>'
- '='*;
- r-
- p.n.n. - vue 189/284
-
-
-
- Tl.
- ^4. T. Tûu6o . Inv .Tel el<fculp.
- pl.11 - vue 190/284
-
-
-
- t
- 0
- - ü :
- V«'.
- /
- A
- ' '(
- ï
- o
- l
- «
- /
- /' “
- p.n.n. - vue 191/284
-
-
-
- pl.12 - vue 192/284
-
-
-
- -}
- h . <
- \
- l-'. '' : : .: *
- l . ' \ ' 1 y-
- O • .
- il*
- -yv •
- t.
- j
- A
- \
- •/
- i.
- \
- j •
- .rV-,
- -:v&
- Z*''.-* .
- v-
- V
- t
- \
- p.n.n. - vue 193/284
-
-
-
- pl.13 - vue 194/284
-
-
-
- A
- A
- y* \ -
- (
- *
- /
- . V
- (
- \
- I
- .V -
- ~ À. -. , /
- i
- (
- ‘if ‘
- A'AA
- / i
- .A
- v
- t *
- i
- /
- p.n.n. - vue 195/284
-
-
-
- A if-Rûiibo Tno.lJeL etSculp
- pl.14 - vue 196/284
-
-
-
- . v\
- i
- «•
- ’.f
- I
- . *
- fi,.
- - / V £
- '. ><v .' .
- A. _ \ V'
- t
- .V
- ; v
- .• S
- t
- >
- t
- *, - .
- 1 !» . *
- -
- •/'
- , #
- s
- ?
- p.n.n. - vue 197/284
-
-
-
- pl.15 - vue 198/284
-
-
-
- »
- t'
- i
- a
- i
- /•
- •r
- l
- ' * : C7
- i
- c
- ' i
- A
- fi
- • A
- ÀVK'
- p.n.n. - vue 199/284
-
-
-
- pl.16 - vue 200/284
-
-
-
- f
- I
- 1
- •J: >
- Xi Y:
- t v
- Y;/:%
- H.
- Y
- V *
- .1 '
- \
- p.n.n. - vue 201/284
-
-
-
- JPl. a3&
- MakIKRK DK 1 RA Ci: R I, K C 1I.LBRK RÆ, ONGK D *11 NK CoVRBK 1TK SlE GK
- ^4. c T. Jlouùo - Inv Del et Sculp
- pl.17 - vue 202/284
-
-
-
- \
- *
- *
- V\
- 4 '
- *
- a
- 1
- /
- *
- i.
- ï'
- *
- •\
- > • .
- V*’
- , *c
- \
- \
- \.
- :V
- ?-
- X
- > - >
- \
- \
- ’l
- ’*’ 1
- •i
- S ' ; '
- \
- W :
- nfSES'
- ' - ! V '* .;r»
- .s,
- 1\_:
- \
- < - s.-
- / v
- p.n.n. - vue 203/284
-
-
-
- \\
- 7 l - * 4Z-
- DEVELOPPEMENT jy 'VNE C OURBPPP SlEGE.Gméhe:.Rampfmte.et Ev-ftûf'e.
- lA. Jloulo Inx>. Del, et Scutp
- pl.18 - vue 204/284
-
-
-
- •O
- > •* • '
- V
- ; ’
- k;
- \
- i
- v V' ♦<
- r
- 3
- p.n.n. - vue 205/284
-
-
-
- Pis. -3 a, O
- Pl.MS ET pLEKATIONS nEJDJEEEJiENTES SORTESDePaiGNOIRES
- I1 V <7 .
- Z u;. 3
- Ev â
- Fiç.6.
- FÏ9.7.
- S '/'/
- PtÇ. IO
- Echede de
- Etey . S .
- Euy . //
- d . c F. Eoido . Jévo . DeZ,eâ Scuip,
- pl.19 - vue 206/284
-
-
-
- J,
- \.' ...
- ' rvï.®-
- Fi,
- V
- 'i
- i
- \
- V
- ’ï.-V
- S;'
- p.n.n. - vue 207/284
-
-
-
- Et. 24.1
- Plans Coupes et Elévations de diverses Chaises d'aisances
- * I
- Eiÿ- 4
- Fiy. 6,
- Fia. 6.
- fC?7
- Fÿ.S
- Eiy.
- AO.
- E&.AZ.
- y - El pggjgjÿfc ijmX-..::-. ,.%» "' •.. 1, x \ \
- ëM . - - .//////////////////.////////////dÿ/TÂydÂâ//////./:.
- i 11 \: Vl m
- Fia. aH .
- Eig ,a3 .
- Eiy.A# .
- Fÿ.Aj.
- Ee/ieüe de
- v£. <d. Jtouho Jjw . Del. et <Scutp.
- pl.20 - vue 208/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 209/284
-
-
-
- pl.21 - vue 210/284
-
-
-
- f
- " - Vî. .
- X „ ' . ; :
- 'é
- V
- a
- yr;
- ;
- \
- * :-
- p.n.n. - vue 211/284
-
-
-
- '^4- Jïoubo Jnv-.Del etifeulp.
- I «...
- pl.22 - vue 212/284
-
-
-
- /
- i
- A.
- • >
- ;-j
- t.
- • v.*y
- 4 *
- ;
- *
- p.n.n. - vue 213/284
-
-
-
- pl.23 - vue 214/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 215/284
-
-
-
- pl.24 - vue 216/284
-
-
-
- '«
- ;
- . ..%-
- m- • -:A}.
- y /
- V
- .
- : m
- j-
- \
- 1
- ;
- i
- 'f
- j
- !
- )
- A
- A
- Y
- •,s
- <* ï’<
- V
- V Av)
- p.n.n. - vue 217/284
-
-
-
- yt. <J. Jïouùo hm .Del e/ iSeidp
- pl.25 - vue 218/284
-
-
-
- ?
- *'
- *
- \
- f
- r
- .< i
- «r .
- V
- \
- *
- M
- >;
- / ,
- "tV
- J*
- p.n.n. - vue 219/284
-
-
-
- ?
- .y"
- * sf-.
- «
- , * r
- •i
- f
- p.n.n. - vue 220/284
-
-
-
- . y/. Koubo . 7hz>. Del. cl oeulp
- pl.26 - vue 221/284
-
-
-
- I
- *
- $
- 9
- /
- »
- ,*>
- t
- <• '.
- 1 ^ /
- t ,
- »
- «
- i
- >
- ’5
- s.
- r.
- ; . ' ';>
- - • .,ta .
- *
- \
- ï
- p.n.n. - vue 222/284
-
-
-
- Pi. a-/# •
- Elévations d'un 1 jtala Turque avec ses Développements
- EcAeEc Ec
- Elu? , 3
- 3
- éL
- 6
- Pieiù.
- y
- 55S)
- aé. D. Roicho. Jnu.-DeT. et/Jcicty.
- pl.27 - vue 223/284
-
-
-
- -J*
- .J
- A
- /
- '«SE*
- <*(K-
- *7, '
- O.-
- Vj
- -, .'
- '(
- I
- ï. ’*«"
- /
- »
- *
- 3-
- p.n.n. - vue 224/284
-
-
-
- ^- Pis. 24s •
- Plan et Elévations d'vn Eit de Campagne avec ses Développements,
- pl.28 - vue 225/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 226/284
-
-
-
- r. Jxoubo. Inv. Del et <Seutjl
- pl.29 - vue 227/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 228/284
-
-
-
- RL.
- 'lans et Elévations d'une Table. etdun Lrt de C amp avec le urs Developpements
- Ai c/< Rouio. Inv. Del eà Scalp .
- pl.30 - vue 229/284
-
-
-
- /
- s
- ♦
- /
- C;
- /
- *»
- 4
- • /•.*
- ♦
- • \
- >
- s-
- / ;
- 1:
- ?
- f
- f- ;,•
- :. ' /
- .? , • •*
- p.n.n. - vue 230/284
-
-
-
- J*l. 2,5.
- J^cheÜe de t
- JL
- -----y—
- 6
- -^Âpiedd.
- , «.T, JRoubo . Tnv. Del/,eb Sculp
- 7
- pl.31 - vue 231/284
-
-
-
- •• f f'.: - - +
- ..............
- •» -• ” • .. V-
- p.n.n. - vue 232/284
-
-
-
- !
- PI. a 63
- Differentes Especes de Pieds de Ijibles avec leurs D e veloppeinents
- Fw .6
- Diç. S.
- Ft?-7
- F&. 8.
- Fldd
- Fuï
- lO
- Fc/ieGe de b±=
- 3:
- à.
- 8
- 6
- Piedj .
- P
- 4. <J. lioubo- Inv- Del• et <Scidp .
- pl.32 - vue 233/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 234/284
-
-
-
- - JPL
- IX
- ’IFFFFFNTFS E SDECES DE DESSUS DE J ABBES A MANGERh^^-v^xes
- 7
- Et?- 8.
- Fchcl/ej Ee hmi-^ < ..... ^
- i
- 3
- +1. iT. Jleato , Lnv. I^el. et Scu/p .
- JL
- 2
- S G
- z.
- G U AO
- pl.33 - vue 235/284
-
-
-
- :.îvi:
- :fX;
- /
- >
- \
- %
- T'
- /
- .» ;♦'
- C .
- r;>-
- J
- -#
- ( .
- r
- ;
- )
- '4
- )
- >. t»;
- .r.
- \
- S'' •
- .X>‘
- iç
- •;Xv \l -
- . t
- •ff;
- \
- )
- i.
- V V-. • hf-
- 2*;
- 1 x
- O * •
- Ï-Xy
- -Tfi
- kv,.'
- .... _ .-*• •, -
- ... '• f-lX:v X'
- .X
- 'J
- i
- /
- :^r» v . .jW
- >Vv'>'
- \
- v-'. .
- p.n.n. - vue 236/284
-
-
-
- /
- ' s
- ri% V'V,
- 'Î-
- \
- t
- *
- A.mV,’A-;î
- !v - ’* £‘* \ ‘
- !
- p.n.n. - vue 237/284
-
-
-
- pl.34 - vue 238/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 239/284
-
-
-
- jPt. 2ÔÔ
- ï J17 P\ J1K iS x s JF] VEL CJl^I^UJ^UUiV71 kS dam Billard, et les Inftruments qtaionts iiecjeû arre a ce )eu,
- ' '?
- ^4 cZ TZoubo . Inv . Del. et <f culp
- pl.35 - vue 240/284
-
-
-
- X
- rX
- f
- N
- Si
- (
- *
- c-*
- ,<v
- * ' : V
- Xr '; : '
- i:rn
- :]
- ?
- X '
- ‘ X
- ’l
- v-
- î
- X
- -,
- f
- N
- X.
- ; •
- s
- X
- p.n.n. - vue 241/284
-
-
-
- Pl.
- Pia 3 .
- A
- . jls
- jFdo. i3.
- Pu?. aâ.
- . A Pcitlw. Jnv. De/. cl Scu/p.
- P/c,/.
- PcuccJ-
- pl.36 - vue 242/284
-
-
-
- /
- : v
- A
- X
- -''Al V 1
- / : '
- p.n.n. - vue 243/284
-
-
-
- <_J. MouSo . Inu. Del/- et tfcuijp-
- pl.37 - vue 244/284
-
-
-
- : /
- I
- 'i
- iV- '•/ ..•%
- * 4ii£x ' . ^ . f -> -4 '
- V' ~ :’ .
- t-
- ï
- .1
- *>
- J
- p.n.n. - vue 245/284
-
-
-
- DI. .
- Autres Sortes de Tables a jouer avec leursDeveeorpemenb,
- -Fù/ â-
- 7 $ g 20 JL JQ A 24,
- A-
- JL .
- Echelle de
- A. A. Houle.Inv. Del. eE<Sculp
- eî^.l3.
- É Pie do.
- pl.38 - vue 246/284
-
-
-
- *
- ;
- v
- f
- ^ i ; /
- /
- 3, '
- i
- J,
- <* '
- . y
- i
- Àr
- --*1.
- «K.
- “'‘v.
- *Vv
- ^4
- •i
- ¥
- i.
- rV:
- p.n.n. - vue 247/284
-
-
-
- pl.39 - vue 248/284
-
-
-
- i
- s
- r
- 'u
- J...
- » *
- \ *
- V*...
- ’V
- p.n.n. - vue 249/284
-
-
-
- JPjL^ns Coupes et Eléuationsjjun Bureau ferme rù-*6t
- Fûf.i.
- si. <X. Houbo. Jnv.Del. ety ScuIp.
- pl.40 - vue 250/284
-
-
-
- .............
- >v
- * r «v
- l
- p.n.n. - vue 251/284
-
-
-
- PL. 2,0 2 .
- Plans et Elévations d'un Eure au a Cylindre
- ,avec Tes Developpements
- . ^7. Roitbo. Inv. Del. et Sculji
- pl.41 - vue 252/284
-
-
-
- ’l
- I
- /
- é?
- \ -‘3>- -asÿaw
- 55$
- / . - -Ç^ ('
- t
- >
- •;f
- 'ÿ
- \
- <•4.
- j
- ' JH'a
- ':. "?w?:
- V
- \:
- p.n.n. - vue 253/284
-
-
-
- Tl: 2 SS
- Jtoubû. Jnv. Tel/- Scttlp
- pl.42 - vue 254/284
-
-
-
- *
- 7
- V >
- »
- \
- ' 7
- . >. .O'xX } - -a
- . '• , - ' 7
- .î
- /
- • ' '
- - -- :- , ; -’ ' ’’ -i..
- -V • v.a~ '• ,;•» - ,
- p.n.n. - vue 255/284
-
-
-
- PL. 264
- 1!===
- tX. Poj4>û , Xnv . Defo et Scufp
- pl.43 - vue 256/284
-
-
-
- ?
- i-.*:
- k '
- ?.,
- /
- >
- i
- .1*
- \
- if.
- l
- ;J
- 4'
- 4. '
- ; ')
- /
- \
- \
- 1
- p.n.n. - vue 257/284
-
-
-
- El, ü65
- P 1 UTRE SeCRETÆRE MOBILE.PuPITKE . JE, T PETITE, 7 ART E
- a Ecrire
- Fixj. 6
- Fiy.Q.
- \ Eiç , xo.
- Echelle de
- —.Eiedp.
- si- J. Jlouho . Jnv , Del', et Scutp •
- pl.44 - vue 258/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 259/284
-
-
-
- «
- l
- Pleins Coupes et Elévations d’une Table de ToiHette, et cLSme Table demirtjj
- pl.45 - vue 260/284
-
-
-
- . v
- V-
- \
- /.
- X-*'
- ’ "
- • V
- y
- ;
- /
- f
- A*.
- . A
- r
- ;
- < -V»
- /
- V.
- >
- ; ^
- / a-' ‘.
- . V -
- H',
- V- "
- \
- \
- • Vy
- p.n.n. - vue 261/284
-
-
-
- Elévations de differents Pieds de Tables Ornee . n
- Plfcl de Table d'usage ala^jm dit ij.e- Siecle .
- Echelle de t
- Pied de Table d'ns asp e d ij d etwtrcm iêa?2 o.- crus
- Pied de; Table a la Hic de a*présent- nomme a TAtilique
- ii!iiiii(niriiiiin!!iii!;iiiiiiii!iniiiiiiTniïïiir)nrniniiiinrmnimiiiH!!a
- . 2
- 3
- 4<
- si- TEoubo Inv- Peb- et dadp
- pl.46 - vue 262/284
-
-
-
- \
- 'i
- i
- I
- /
- •r.,5
- /
- -j'
- v.
- r
- /'
- <
- •/
- /
- !
- »
- y
- IM
- 4f;
- [ **$:*£: : f „y
- V*-
- •< '. i
- 1‘
- i
- p.n.n. - vue 263/284
-
-
-
- Yy ' 1 73 /V. .
- Diverses sortes d'Dcræîs.et de 1 viravents .
- 'H'
- pl.47 - vue 264/284
-
-
-
- >
- V '
- -•< '• ” V
- r
- V
- , l
- (
- K
- \
- t;
- •/
- /
- \
- v
- /A
- -.ïï
- i
- i
- A'
- t
- \
- p.n.n. - vue 265/284
-
-
-
- 1
- LL, AN ET EÙlÉuATIONS E> ' UNE /lu MOIRE .
- 1*1. 26j} .
- Æ/.
- 1 l'iliilli^
- ali
- <_/: J^ouèo Jnt? De/ e/ Scu/p
- v>;'
- *5?
- pl.48 - vue 266/284
-
-
-
- * ^
- f
- f
- I
- : r
- i
- (
- . i *.
- • > * \
- >
- , • - - •-. r
- >v
- <
- ')
- ; .• -..v.
- v-
- \
- i
- ^V,- 'Ai+nit '
- b'.
- p.n.n. - vue 267/284
-
-
-
- PL. 2,70
- f Coupes et Dei^ei^oppements de l
- armoire represerxtee dans laPlanclie Precedente
- Fiç.
- 1 .
- Fl?. 2
- FcheUeJ de
- 6 P teck) • 2 Pied*/.
- kJ. Roubo. Ino Del et Sculp-
- pl.49 - vue 268/284
-
-
-
- 'A
- . * • . ' >
- )
- i
- ,/
- V
- -'•*
- I
- p.n.n. - vue 269/284
-
-
-
- yy. qjz
- Diverses sortes de T ablettes et de Profie s Propres aux Armoires.
- il;;||
- Ijijjl
- ~..... ^=s= i
- irzjl 1 !f;i \'\\ iijj i ï i
- :ji ii
- I i! 1
- -F iy- 4
- Echelled defê
- E3E
- GDieoÜ.
- ^i&d- J.
- 2
- T
- 6 Fouceé- - ^
- A. A. jRoubo- Inv Del- et Sculp
- pl.50 - vue 270/284
-
-
-
- /
- >
- "/v ,V '*
- A,
- %
- y
- t
- (
- 'VV?.
- »
- •<** •-
- •feïfe*
- ^’.v'.ro-
- :: YÀYY .Y
- ')
- \
- ♦:•
- *
- Y;
- V
- ' "y :'- •*
- .'''jet-
- p.n.n. - vue 271/284
-
-
-
- _____ EL. 27A,.
- Elan Coupes et Elévations d'un Ijuffet .___________
- pl.51 - vue 272/284
-
-
-
- .V
- % S"-
- A >
- S, -
- s
- \
- *
- v c-
- W'
- r‘fy.
- Æ
- t
- > <j r
- *
- - -Y •
- r
- (V
- p.n.n. - vue 273/284
-
-
-
- pl.52 - vue 274/284
-
-
-
- i.
- ï
- \
- \
- : x.
- ï
- s>
- "J
- r
- (
- )
- I
- p.n.n. - vue 275/284
-
-
-
- I
- • -3
- Fi?. 4 .
- Fi?. 5 .
- FchelF (F >
- F- Fouào Irrv. F)el• et-Scalp.
- 3
- i
- pl.53 - vue 276/284
-
-
-
- «
- 7
- y-
- V . r
- i ' . ' ..
- v;
- \
- ' •. jsdv
- g * V
- ;
- /
- y
- p.n.n. - vue 277/284
-
-
-
- ;
- Petites Commodes, Ecoinsons.et Chiffonnières,
- PL.
- IJÔ.
- Euf, 6.
- r
- Echelle/ de
- i; ,11 L,r
- 3
- \
- 4* -6
- Eiedé
- Dt. J. Jtoubo . JEnv. Del. etSculp .
- pl.54 - vue 278/284
-
-
-
- î\ ' - t - V.
- M
- \
- ;
- * '
- V
- ♦
- P
- «
- t .
- /'.
- %
- p.n.n. - vue 279/284
-
-
-
- PL, Q'jS
- Plans Golees et Elévationsd un Se C EE EaURJE en forme cTArnioir<
- Pl9 . L .
- Fier .
- '& • 4
- Fuji. 6
- Fi9. 2
- Echelle de
- AL, J. Rûubo . Jbtü. T)el. ePSculp,
- pl.55 - vue 280/284
-
-
-
- , ' . . * C . :t
- y" ,4 - £j
- - ./V i * .«
- .5
- 1
- -
- * ’ i
- : -)
- .\:s
- f
- 4
- *
- p.n.n. - vue 281/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 282/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 283/284
-
-
-
- p.n.n. - vue 284/284
-
-