Descriptions des arts et métiers
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- Par fil. R o ir s o fils, Maître Menuifier.
- III‘. SECTION DE LA III‘. PARTIE
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- • de lArt du Menuisier,
- M. DCC. LXXIV.
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- MENUISIER ÉBÉNISTE-
- Par M. Rou b o le fils , Maître Menuijier.
- TROISIEME SECTION VE LA TKUtSlEME PARTIE de TA rt du Menuisier.
- T j e S p E c E de Menuiferie donf je vais traiter. quoique d’nn#» moindre rnnfé-quence que celle de bâtiment (autrement dite d’affemblage), eft cependant celle qui demanda le plus de propreté & de précifion de la part de l’Ouvrier, ou pour mieux dire de l’Artifte , qui pour bien faire cette efpece de Menuiferie , doit joindre à beaucoup d’expérience dans la pratique , une infinité de connoiflànces théoriques ; de forte qu’un bon Menuifier-Ebénifte doit non-feulement être en état de bien faire la Menuiferie ordinaire , mais encore de lavoir coller 8c puln luull, 1^0 ^;fiT^rPntes efpeces de bois , tant François qu’Etrangers ; il doit auffi lavoir teindre lec bolç & 1m brunir, 8c travailler diverfos fortes de matières , comme 1 y voire , 1 écaille, la narre de perle , l'éuiin, ]e cuivre * l’argent, & même l’or & les pierres précieufes ; ce qu’il ne peut faire fans connoître parfaitement toutes ces différentes matières , qui toutes s’emploient & fe travaillent différemment. La teinture des bois demande auflî quelques notions de Chimie pour la compofition de ces teintures. A ces connoiflànces théorie-pratiques, les Menuifiers-Ebéniftes doivent joindre celles de goût qui s’acquierent par le Delfein de tous les genres, comme FArchiteélure 8c la Perfpeélive, l’Ornement, le Paylàge & même la Figure,, afin d’être en état de, repréfenter toutes fortes de fujets avec toute la précifion dont leur Art peut, être fufceptible. Il faut auffi qu’ils fâchent graver au burin, tant fur lé bois que fur les métaux > foit pour y former des ombres , foit pour détailler les parties qui feroient trop fines, pour qu’ils puffient le faire ayec la foie à découper. Menuisier * IIL Fart, 1IL I p !
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- 764 MENUISIER, III. Part. Sec!. I1L
- Les Menuifiers-Ebéniftes doivent avoir quelques connoiflances de l'Art du Tour, afin d’être en état de faire eux-mêmes les parties de leurs ouvrages qui doivent être tournées, comme les pieds de tables, de guéridons 8c autres.
- Us ont auflî bcCoïn de lavoir limer pour ferrer leurs ouvrages eux-mêmes ( ce qu'ils font toujours ), & pour y ajufler les ornements de bronze qui y font néceflàires ; ce qui m’obligera à donner quelques notions élémentaires de l'Art du Tour & du Serrurier, dont la connoiffance eft abfolument néceflàire aux Ebéniftes.
- D’après l’expofé que je viens de faire des connoiflances néceflàires aux Menuifiers-Ebéniftes , il eft facile de voir que leur Art eft très-étendu , quoiqu’il foit prelque tout de pratique ; mais cette même pratique tient à tant de chofos, que quelque luccinte que foit la defcription de l’Art de l’Ebénifterie , elle ne peut être que très -confidérable , vu la grande quantité d’objets qui doivent y être traités, & dont on ne pourroit retrancher aucun fans faire tort à tout l’ouvrage , lequel eft plutôt fait pour les Ouvriers & les Curieux, que pour les demi-Savpnts „ «gardent comme inutile tout ce qu’ile n entendent pas , ou ce qu’ils n’ont pas le courage de vouloir apprendre ; ce qui leur fait préférer
- des abrégés qui ne leur enfeignent que clés mots, dans la connoiflànce defquels ils font confifter toute leur fcience , fi cependant c’en eft une que celle qui ne fort qu’à furcharger la mémoire fàns éclairer l'efprit, & qui fait plutôt des ignorants orgueilleux que de vrais Savants. Comme dans la defcription des Arts, l’intention de l’Académie eft d’élever un monument à l'induftrie humaine ; ceux qui travaillent à la defcription de ces mêmes Arts ne doivent rien négliger de ce qui peut concourir à la perfeétion d’un monument fait pour illuftrer notre fiecle, & éclairer l’avenir. Quant à moi je n’épargnerai rien pour donner à la defcription de cette Partie de mon Art toute la perfeétion poflible , du moins félon mes forces; efpérant qu’en faveur de mon zélé on voudra bien excufcr les fautes de mon Ouvrage , qui auroit peut-être M moîn* Certainement mieux écrit, s'il étoit tombé dans des mains plus habiles que les miennes.
- L’Art de l’Ebénifterie eft très-ancien, & a pris naiflànce en Aile, d’où il fur apporté en Grece, & de-là en Italie, lorfque les Romains après avoir vaincu une partie de l’Univers le furent à leur tour par le luxe des peuples vaincus. A ce qui paroît par les Auteurs anciens, cet Art étoit très-eftimé à Rome où l’Ebé-nifterie, ou pour mieux dire la Marqueterie, foit en bois, foit en marbre & en métaux, étoit recherchée des plus riches Citoyens, & faifoit un très-grand objet de luxe (* ). A la chute de l’Empire Romain, cet Art, ainfi que tous les autres;
- (*) Il n’eft pas poftible de favoir au jufte jufqu’à quel degré de perfe&ion les Anciens ont pouffé l’Art de l’Ebénifterie , vu qu’il ne nous refte aucun monument de ces temps ; cependant ft on peut en juger par les belles Mofaïques de marbre qu’on a retrouvées à Rome & ailleurs , il
- y a tout à croire qu’ils exceîloient autant dans l’Art de la Mofaïque en bois ; de plus, tous les Auteurs s’accordent à parler de la magnificence des Maifons tant des grands que des particuliers dont les murailles & les plafonds, & même les planchers, étoient incruftés de lames d’or, d^argent
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- De l’Ëbênisteriè én général» y 6J
- fut oublié & même prefque anéanti dans les fiecles d’ignorance qui fuîvirent, Sc ce ne fut que dans le quinzième fiecle que Jean de Vérone, contemporain de Raphaël, remit cet Art en honneur, Sc quil inventa, ou pour mieux dire renouvella i’ufàge de teindre le bois de diverfes couleurs , & d’y donner des ombres , par le moyen du feu ou des acides; de forte que T Art de i’Ebé-nifterie , qui de fon temps ne confiftoit qu’en des compartiments de noir Sc de blanc, devint fulceptible de repréfenter divers objets, & fur-tout des bâtiments en perlpeélive. Cet Art paflà en France du temps de François premier, Sc avec les deux Reines Catherine Sc Marie de Médicis , & il y fut cultivé avec luccès ; mais ce ne fut que dans le dix-feptieme fiecie qu’on fit non-feulement des meubles ? mais encore des revêtiflements d’appartements, & même des planchers d’Ebénifterie , Sc que cet Art fut porté à fa perfeétion, fpécialement dans le temps du Mïniftere Sc fous la proteélion de M. Colbert, qui établit aux Gobelins une Manufacture d’où font fortis quantité de beaux Ouvrages , qui ont fait Sc feront toujours l’admiration des connoifieurs, fur-
- tout ceuxfaits parle nommé Boule. Depuis quelques années les progrès de cet Art fe font ralentis , loit que les Ouvrages u*u,üenmerie coûtent trop cher, ou
- bien que la mode en foitpaflee; de forte qu’on ne fait plus maintenant que des petits meubles couverts de bois de placage, foit teint , foit naturel, Sc la plupart peu folidement faits. •
- U y a trois fortes d’Ebénifterie : lavoir, celle de Placage , laquelle confifte en des compartiments de bois refendu en feuilles très-minces, collé for un fond de bois uni , ce que l’on appelle ordinairement Menuijerie de placage ou Marqueterie : la fécondé efpece eft celle où l’on repréfente des fleurs, des fruits & même des animaux Sc des figures humaines par le moyen des bois teints ou de couleurs naturelles, appliqués for un fond de bois uni ou incrufté dans d’autres bois précieux ; cette fécondé efpece d’Ebénifterie fe nomme Mofaique ou Peine**™ ^ hnia : la troifieme efpece d’Ebénifterie eft celle où, avec les bois précieux , on emploie Fecaille * l’y voire , les métaux , les pierres précieufes, Scc,
- Les Ebéniftes font non-feulement leurs ouvrages de bois de rapport
- 3c d’yvoire. Le Palais ou la Maifon dorée de Néron, ne portoit en partie ce nom que par rapport aux incruftations ôc aux revêtiflements d’or dont elle étoit ornée ; les chaires curules des Sénateurs Romains quiétoient d’yvoire , n’é-toient vraifemblablement que de marqueterie , n’étant gueres poflible qu’on puifle les faire toutes d’yvoire Les Anciens revêtifloient aufli leurs Temples d’Ebénifterie, comme le prouve un paflage d’Horace, qui demandant une grâce à Vénus de la part de Maximus, lui promet une Statue dans un Temple boifé de bois de Citronnier qui étoit un bois des plus rares qu’on employât à Rome dans ce temps. Tout l’avantage que les Modernes peuvent avoir fur les Anciens par rapport à l’Ebénifterie > ceft l’ufage des bois
- précieux ôc aromatiques, que le commerce des Indes Orientales Sc la découverte du nouveau Monde leur ont procurés , ce qui les met dans le cas de donner beaucoup d’éclat à leurs ouvrages en y employant des bois d’une excellente qualité, & dont la couleur naturelle ne fauroit beaucoup changer: aurefte tout paroît égal des deux côtés. Les Anciens avoient trois efpeces de Marqueterie ou Peinture en bois, une qui repréfentoit les Dieux ôc les Hommes, qu’ils nommoient Sculpture en Mofaique, c’efl-à dire, ouvrage très-précieux ou bien infpiré par les Mufes ; la fécondé efpece qui repréfentoit les Animaux, & la troifieme les Fleurs & es Fruits, Sc qui étoit ornée de divers compartiments. Voyç% L'Encyclopédie,
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- 766 M E NU IS 1E R, III. Paru Secl. III Chap. X.
- plaqués fur des fonds unis , mais encore ils les font en bois plein , foit de France ou des Indes , qu’ils ademblent Sc ornent de moulures , Sc dans lefquels ils incruftent quelquefois d autres bois ou des métaux. Des trois efpeces d’Ebé-nifterie , la première eft la plus ulitée , comme étant celle qui demande le moins de foin Sc de travail, & qui coûte par conféquent moins cher ; la fécondé l’effi un peu moins, & la troifieme prefque point du tout, quoique ce foit la plus belle, & à mon avis la feule digne de décorer les Appartements des Princes , ou du moins leurs meubles.
- CHAPITRE DIXIEME.
- s Des différents Bois propres à UÉbénifierie.
- Les bois propres à l’Ebénifterie font de deux efpeces ; fàvoir, ceux qui fervent à la conftrnétion des bâtis, Sc ceux qui forvpnr. à leurs revêtifîements : les bois propres au* bâtis lune le chêne tendre , le lapin, le tilleul & tout
- autre bois tendre Sc peu fujet à fe tourmenter, quon emploie le plus fec poffible, comme je l’expliquerai en parlant de la conftruéHon des bâtis des t ouvrages d’Ebénifterie.
- U y a deux fortes de bois fèrvant aux revêtifîements des ouvrages d’Ebénifterie , fàvoir, ceux de couleur , qui la plupart nous viennent des Indes , & les bois de France, dont quelques-uns ont d’affez belles couleurs , mais dont le plus grand nombre a befoin d’être teint pour être employé à ces fortes d’ouvragesw
- Les bois des Indes font préférables à ceux de France , non-feulement par leur grand nombre ,mais encore par leurs belles couleurs & leursbonnes qualités qui les rendent très-propres à recevoir le poli ; c eft pourquoi je vais commencer par la defeription des bois des Indes, comme étant la plus <Sl lapins
- întérefîànte , vu que ce font, cphx qui font fo plus en ufàge a prefont.
- Les bois des Indes propres à l’Ebénifterie font en grand nombre & très-différents les uns des autres, foit pour la couleur, foit par les différents noms qui font propres à chacun d’eux, ou qui leur ont donnés par rapport aux différents pays où ils croiffent. Cependant on peut en générai les confidérer, par rapport à leurs couleurs , comme faifànt cinq efpeces différentes qu’on connoiffoit anciennement fous le nom d’Ebenes, fàvoir, l’Ebene noire proprement dite, lesEbenes rouges, les violettes, les jaunes & les vertes , fi cependant on peut donner ce nom à des bois dont la couleur eft plutôt jaune fale, ou brun olivâtre que verte.
- Cette maniéré de confidérer les différentes efpeces de bois des Indes eft afïez naturelle ; mais comme chacun de ces bois n’eft pas exaélement de couleur rouge ou violette, Sc c. mais plutôt nuancé de^ ces différentes couleurs ( du
- moins
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- Des différents Bois propres à UEbénifterie. 767
- moins pour la plupart ) ; fai préféré de linvre l’ordre alphabétique dans la defcription que j’en vais faire, comme étant le plus en ufage , & celui qu’ont fuivi ceux qui ont déjà écrit fur cette matière. (*)
- Section Première.
- 'Defcription des Bois des Indes & de leurs qualités, relativement à /’Ebéniflerie,
- Avant que de faire la delcription de chaque efpece de bois des Indes, j’ai cru devoir donner la Table fùivante , afin que d’un feul coup d’œil on puifle connoître leurs noms, leurs couleurs, leurs qualités dures ou tendres, ou aromatiques ySc le pays où ils croiflent , ce qui aidera beaucoup à l’intelligence de la
- delcription de ces mêmes bois.
- (*) En travaillant à la defcription des bois des Indes, je ne me fuis pas flatté de le pouvoir faire avec toute la perfedion dont cette matière pourroit être fufceptible , vu que prefque tous les Auteurs qui ont écrit à ce fujet, ou ne s’expliquent pas d’une maniéré allez exade, ou font en contradidion les uns avec les autres en traitant des mêmes fujets , foit par rapport aux noms ou à la qualité & à la couleur des bois. Les Marchands & les Ouvriers ne font guere plus inftruits à ce fujet, s’embarralfant fort peu lorf-qu’ils achètent un morceau de bois , quel ’eft fon vrai nom & de quel pays il vient. Je n’ai donc pu faire mieux pour rendre ma defcription la moins défedueufe qu’il m’a été poflible, que d’acquérir la plus grande partie des bois des
- Indes , avec les noms que leur donnent les Marchands & les Ouvriers ; enfuite j’ai comparé les deferiptions des différents Auteurs cntr’elîes, avec les bois ^ul m’appartiennent, & ceux qui font au Cabinet d’Hiftoire Naturelle du Jardin du Roi ; ce qui m’a mis en état de faire une defcription, du moins exempte de fautes groflie-res, laquelle de plus n’a pour objet que de faire connoître les différents bois des Indes, relativement à l’JEbénifterie, & confidérés comme mar-chandife ou matière propre à être employée par les Menuiflers , fans entrer dans aucun détail de ce qui a rapport à l’Hiftoire Naturelle de ces bois ; ce qui efl: non-feulement au-delà de mes forces, mais encore abfolument étranger au fujet dont je traite.
- Menuisier , III. Part. III. Se3.
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- MENUISIER, III. Pan. SeB. 111. Chap. X.
- TABLE ALPHABÉTIQUE des Bois étrangers connus fous le nom de Bois des Indes 9 âC qui font propres à VEbéniflerie ; leurs couleurs, leurs qualités > dures ou tendres s ou aromatiques, SC le nom des Pays ou ils croiffent.
- Noms des Bois.
- N°. i.Acaja, 2. Acajou. .,
- Pays où croissent les Bois.
- Ifle de Ceylan.Indes Orientales, Malabar. Indes Orientales....
- Couleurs.
- Rouge. .. Roufsâtre
- Qu ALITÉS. Tendre.
- Tendre & dur.
- Ode urs.
- 'Cochinchine. Indes Orientales................................................................................................................................................................................................................pluÆeurs couleurs.! Tendre,
- ‘Aloës ou Agalochum.........
- i Aloës ou Bois d’Aigle, ou Agalo-
- 3. ^ chum fauvage...............^Cochinchine, Cambaye & Sumatra.^
- Aromatique,
- Aloës ou Calambour ou Calam- 1 Indes Orientales.
- bourc.........................gifles de Solor & de Timor. Ind. Or.f Verdâtre.
- 4. Âmaranthe..........
- 5. Amourette..........
- 6. Anis ou Anil à l’Etoile.
- 7. (Afë'r'r “ B°iS ^ Rh°de' gifles de Khode & Chipre. J fie.
- (_ Rhode S. Brefil ou Sapan
- 9. Canelle ou Saflafras..........
- 10. Cayenne.........;...........
- £ 1. Cedre...................
- 12. Cedre........................
- 13. Chine ou Bois de Lettre,......
- 1%. Citron ou Bois de Chandelle.... 15. Citronier......t.............
- Guyane. Indes Occidentales........
- Illes Antilles. Indes Occidentales... Chine , Philippines. îndes Orientales,
- Violet-brun..... Rouge-brun .... Gris.
- De Fernambouc , Ifles de Lamon&}
- de Sainte-Marthe, Illes Antilles, > Rouge. & à la Jamaïque. Indes Occident,}
- Ifle de Ceylan. Indes Orientales.... Ifle de Cayenne. Indes Occidentales.
- Syrie & Amérique..................
- Afîe,Amérique & Sibérie en Europe.
- "De la Chine, Indes Orientales ; & de la Guiane. Indes Occidentales.....
- Blanc............
- Jaune,rouge,veiné
- Rougeâtre & veiné.
- Blanc-roux.......
- Ifles de l’Amérique.
- D’Afie & Midi de l’Europe.
- I
- 16. Copaiba.................. fAuBréfil, & dans Pille de Mara-
- * *........*...........L gnan. Indes Occidentales...........
- 3 7. Corail.....................
- 18. Cyprès, 15). Ebene.,
- 20. Ebene de Portugal.........
- 21. Ebene rouge ou Grenadille,
- gnan.
- Des Ifles du Vent en Amérique..
- D’Afie.........................
- Madagafcar, Ifle Maurice. Afrique.
- Plein. »....... . \Aromatique.
- Tendre.......... f Aromatique,
- Dur.
- Dur.
- Plein.
- Dur.
- Plein.
- Plein,incorruptible. ^<iêür ^orte & Mou...............
- Rouge-brun , ta-Y-j^
- cheté de noir,
- Jaune-roux,
- Blanc-veiné......
- .Rouge tacheté... Rouge, vif, veiné.
- Jaunâtre rayé. Noir.........
- Ferme,
- douce.
- Odeur, comme ci-ôU
- Odeur de citron ^ < de mufcade & de £ la canelle.
- Ferme & incorrupt. Plein.
- Poreux.
- Dur, incorruptible. Très-dur.
- Indes Orientales..................j*Noir & blanc, ta- j.j)ur
- chete.......... *
- 1 * -
- Madagafcar. Afrique...............r Brun-rougeâtre, <Dur
- \ raye de noir.... J
- ( Madagafcar, ifle Saint-Maurice. A fri- ^
- 22. Ebene verte.................... 5 qui De Tabafco & des Ifles AnJ Brun-olive raye de\Dur_
- t tilles. Amérique,,................. [ ver ** *.........
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- 23. Ebene blanche
- 24, Epi de Bled..
- 2y. Fereol.......
- 26* Fert.........
- 27. Fufet........
- Des différente Bois propres à UEbénijlerie.
- Aux Ifles Molucques. Indes Orient... Blanc.| Dur.
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- Chine. Indes Orientales......< Brun & rougeâtre j\poreuXi
- C raye..........J
- l
- Me de Cayenne.................\ ^rouge^6^ de}plein-
- Tendre.
- Très-dur.
- Mes de l’Amérique.............../Fauve,brun &noir,l Xrès.d
- ^ ^ un peu raye.....
- A la Jamaïque. Indes Occidentales..
- _ _ . c. flfle de Saint-Domingue & du Port del *7-
- 28. Gayac »«Bois-Samt...........| Palx. Indes Occidentales........}Verd & n°‘r’ ^
- 2p. Gommier...................
- f Inde ou Campeche ou Laurier, f CaTPfCîî| ’ •»? Rouge glacé deipj
- 3°-{ Aromatique.................j î^sZiïkZù* \ iaune" ...........>
- Indes Orientales................}B bré.& ??!". 'Dur'
- A la Guadaloupe. Indes Occidentales. il)ur.
- i. n0 ................
- 31. Jacaranda.
- & très-lourd. D’odeur forte:
- De bonne odeur:
- {Jaune , Fuftoc £t Claùrem-/ Aux Antilles & à i’ifU de X«baso./Jav*iie5coul6ur d’or,n
- bourg ou Satiné jaune....(_ Amérique........................\ & veiné ou ondé.J Plein.
- Indes Occidentales.....«........^ *°n~ ,p^n............................/De très - bonne
- * .........J i. odeur*
- 33. Lapiré............
- '34* Mufcadier.......
- 35*. CEil de Perdrix... 36. Olivier...........
- 3 7. Oranger.........
- 3 8. Platane.........
- 39. Puant............
- 40. Rhode ou Afphalate
- Indes Orientales................
- Indes Orientales,...............
- Syrie & Midi de l’Europe........
- Chine, & Europe.................
- De l’Afie 5c de l’Amérique......
- Cap de Bonne-Efpérance, Afrique.
- Gris brun.......
- Jaune-brun, rayé. Jaune & blanc....
- Blanc...........
- Ondé............
- Moëlleux. Très dur. Dur.
- Plein. .., Plein. Plein,....
- De la Jamaïque. Amérique.............-jjBlanc............. -^Plein...........
- j ;
- Des Ifles Antilles. Amérique. ______{JaU^é& r0Uge >} Plein...................
- Près du Golfe de Nicaragua. Amer.
- Rouge-foncé.
- Dur.
- A la Chine, au Royaume de Siam & ) 'î
- aux Mes de Solor de de Timor. Jaune-clair....... C Dur.
- Indes Orientales. Comme ci-dejfus,..
- i
- 3.1. Rofe ou Bois marbré......
- \
- 3.2. Rouge ou de Sang.........
- 43. Santal citrin.............
- 44. Santal blanc..............
- 4ç. Santal rouge ou Caliatour.....f Sur la côte de Coromandel, & à l’ifle f Rouge mêlé de jau-î n
- \ de Taraflarin. Indes Orientales... \ ne & brun......../
- J
- Ifles Antilles. Indes Occidentales.,, . v F.°_uSe veiné de j.
- Très-bonne odeur,
- De mauvaîfè odeur»
- D’une odeur bonne & très-pénétrante»
- Odeur de rofe.
- 1
- Blanc-roux.
- /
- Bonne odeur de citron.
- Plein.......... pOdeur, comme ci-d.
- \ & moins forte»
- 46, Satiné rouge.....................
- 47, Violet...........................
- 48, Violet paliffandre3 dit Ste, Lucie.
- (. iaune
- | . i
- T , ^ . . f Blanc - vineux &\di •
- Indes Orientales....................j v;0let,rayé. )PIem
- Me de Ste. Lucie ou Aloufie, Indes Occidentales........................
- Gris-brun ? veiné.
- [
- r Odeur de Violette \ très-douce.
- 1
- Bonne odeur plus
- Poreux,... *.....\ forte que le bois
- violet.
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- 770 MENUISIER, III Part. ScB. lll Chap. X.
- N°. I. Acaja : cet arbre croît à Ceylan, & porte un fruit allez femblable à des prunes ; fon bois a l’écorce rude & tendre comme le Sureau ; il eft rouge & léger comme du liège, & n’eft propre quà de petits ouvrages.
- 2. Acajou ou Acajous : cet arbre eft une efpece de Noyer qui croît dans le Malabar 9 & qui eft originaire des Mes de l’Amérique St du Brélîl : à Cayenne, à la Jamaïque , le bois d’Acajou proprement dit eft mou , d’une odeur un peu forte fans être abfolument mauvaife , de couleur roufsâtre, de fil St quelquefois fi tortueux & de rebours qu’on ne peut le travailler qu’avec des fers brettés. Cette efpece d’Acajou fe nomme Acajou-pomme ; il eft moins odorant que l’autre, feche plus vîte, St fe brunit plus promptement.
- L’Acajou de Cayenne vient haut & gros , & eft propre à faire des planches ; là couleur eft rougeâtre , quelquefois veiné ou marbré de jaune & de blanc. Ce bois a une bonne odeur, fe polit bien, & on le nomme quelquefois Cedre de Saint-Domingue.
- L’Acajou de la Jamaïque eft d’une couleur brune un peu rougeâtre, rayé de brun foncé en fuivant les couches concentriques de l’arbre ; ce qui produit de très-beaux accidents aux environs des nœuds, dont alors les couches côncem triques fuivent les finuofités. En général le grain de l’Acajou eft fin, fes pores un peu ouverts, fur-tout à bois debout, c’eft-à-dire, à l’extrémité de fes fibres longitudinales , ce qui fait que ce bois n’eft pas bien folide St même un peu fujet à la pourriture par rapport à l’humidité qui s’introduit dans l’ouverture de fes pores.
- 3. Aidés : ce bois eft très-rare St eft nommé par Diofcoride Agaloehum. Il y a trois efpeces d’Aloës , lavoir, le Calombac qui croît à la Cochinchine , qui eft très-tendre St de plufieurs couleurs, d’une très-bonne odeur : ce bois eft extrêmement réfineux, ce qui fait qu’il fond plutôt qu’il ne brûle , & qu’on ne s’en fert que comme d’un parfum.
- La fécondé efpece d’Aloës fc nomme Bois d*Aigle ou. Agaloehum Jauvage $ c’eft un arbre qui croît à la Cochinchine, à Cambaye St à Sumatra ; fon bois eft compaél & pefant, percé de plufieurs cavités , eft de couleur rouffe , & eft d’une très-bonne odeur.
- La troifieme & la plus commune efpece d’Aloës fe nomme Calambourc ou Calambour, & vient en groffes bûches des Mes de Solor & de Timor ; c’eft un arbre qui reffemble allez à l’Olivier ; fon bois eft léger, poreux, St réfineux d’une couleur verdâtre, tirant fur le roux.
- 4. Amaranthe,appellé parles Anglois Mahageni auMagohoni\tbpzce de bois violet que lesHollandois nous vendent, & qu’on nomme quelquefois B ois de la Chine , quoique mai-à-propos, puifque ce bois ne croît que dans le continent de la Guyane en Amérique. Cet arbre vient très-gros , & fon bois eft de fil St d’un grain fin & ferré ; fa couleur, avant d’être travaillé, eft d’un gris vineux St brillante comme fi elle étoit argentée ; lorfque ce bois eft poli, fà couleur
- change
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- Des différents Bois propres à ü Ebéniflerie. jjt
- change 8c devient d’un beau violet brun, qui, avec le temps , devient prefque noir. Ce changement eft caufé par l’évaporation d’une fubftance blanchâtre & réfineufe qui fe trouve renfermée dans fes fibres longitudinales , & qui paroît à bois de bout, comme une infinité de petits points blancs qui lùivent les couches concentriques de l’arbre. Le bois d’Amaranthe eft moyennement dur, fe travaille très-bien & eft fort d’ufàge à préfent, ou on l’emploie allez communément avec le Bois de rofe, fur lequel il tranche cependant un peu trop, comme je l’expliquerai en parlant de la maniéré de mélanger les bois.
- y. Amourette eft un bois pefànt dur & compaél, de couleur jaunâtre, un peu rouffe, & veiné de brun rougeâtre : je foupçonne que ce pourroit être la même chofe que le Benoît fin , qui croît aux Antilles , & qui vient très-grand Sç très-gros.
- 6. Anis ou Anil à l’étoile , eft un arbre qui croît à la Chine, aux Indes Orientales, aux Ifles Philippines & en Sibérie , d’où on l’apporte en groffes bûches ; ce bois eft d'une couleur grisâtre & d’une odeur a-peu-pres feuiblable à l’Anis, & eft peu d’ufàge en Ebénifterie, quoiqu’on fe ferve d’Erable teint
- en gris.
- 7. Afphalate, nommé par les Anciens Rhodium lignutn ou Bois de Rhode. On ne fait au jufte fi c’eft le bois connu fous le nom de Bois de Rhode ou de Rofe, ou bien fi c’étoit l’Aloës ou l’Agalochum.
- 8. B réfil : ce bois vient originairement du Bréfil, province dé l’Amérique Méridionale % il prend différents noms félon les autres lieux où il croît ; celui qu’on nomme Bréfil de Fernambouc, eft le meilleur ; il y a encore le bois de Bréfil proprement dit, celui de Lamon, de Sainte-Marthe, & le Bréfillet, qui croît aux Antilles & qui eft le moins eftimé dê tous. L’arbre du Bréfil eft de deux efpe-ces ; lavoir , le gros qu’on nomme Sapan , &le petit qu’on nomme Sapanbimas„ Le bois de bréüi n a pa* moelle, eft fouvent tortueux, & vient fort gros; mais comme il a beaucoup d’aubier, il perd la muine memw L.* deux tiers de fa groflèur. Pour que ce bois foit bon, il faut qu’il foit compaél, dur & très-fec, que fa couleur fur le bois de fil, lorfqu’il eft éclatté, de grife qu’elle paroît^ devienne d’un rouge tirant un peu fur le jaune, & qu’il foit d’un goût un peu fucré. Il croît auffi de ce bois aux Indes Orientales, comme au Japon où il a de la moëlle ; au royaume de Siam , fur la côte de Malabar , & dans les deux prefqu’ifles du Gange ; ce bois ne pouvant croître ailleurs que dans la Zone Torride. Le Sapan deslndes dont il eft ici queftion eft d’un genre différent de celui de l’Amérique ; mais il ferc également à la Menuiferie & à la Teinture.
- 9. Canette, qu’on nomme improprement Sajjafras. C’eft un arbre qui ne croît qu à 1 Ifle de Ceylan , & qui ne vient qu'à quatre toifés de hauteur ; fon bois eft: Menuisier. UL Paru ULSeS. L ÿ
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- de fil dur, blanc & n'a point d'odeur ; il y a dans les vieux troncs de ces arbres des nœuds ou loupes propres à l'Ebénifterie.
- Il croît dans la Floride en Amérique un afifez bel arbre qu’on nomme Vavant ou Bols de Canelle, à caufe de là bonne odeur; on prétend que c eft la même choie que le Sajffafras.
- Il y a encore une elpece de bois jaunâtre tirant fut le brun, nommé Carabaccium, dont l'odeur fent le clou de gérofle , lequel pourroit bien être le même que le Pavane d'Amérique.
- 10, Cayenne. Il y a deux fortes de bois de Cayenne ; l'un, veiné de jaune & de rougeâtre, dont le grain eft fin & ferré ; l'autre, d'un brun rouge veiné Sc grisâtre fur les bords : l'une Sc l'autre de ces deux elpeces de bois eft femée de petites cavités remplies d'une elpece de gomme ou réfine qui s’évapore à l'air, laquelle gomme fuit les fibres longitudinales du bois, & paroît à bois de bout contenue dans une infinité de petits tuyaux femés irrégulièrement f ce qui n’empêche pas que ce bois ne le poliflè très-bien.
- 11. Cedre : c eft un des plus beaux &des plus grands arbres du monde : les plus grands croilfoient jadis fur le mont Liban, où il y en avoit de 120 à 130 pieds de hauteur ; il n’en croît plus à préfent qu'aux environs de Biblos Sc de Tripoli de Syrie: il en croît aufli beaucoup dans l'Amérique , dans les Mes de Chypre Sc de Candie ; mais ils font moins beaux que ceux de l'Afie mineure. Il croît encore des Cedres en Sibérie ; mais ce font les moins beaux de tous , Sc iis n'ont point d'odeur.
- ^e bois de Cedre eft de deux elpeces, lavoir, le rouge & le blanc : le rouge, qui eft le plus beau , eft un bois plein, moyennement ferme ; d’une couleur rougeâtre tirant fur le jaune, Sc dont les féparations des couches concentriques font d’un rouge brun tirant* fur le violet ; de forte que ce bois refendu fuivant un de fes rayons paroît rayé à-peu-près comme le beau bois de Sapin, Sc eft d'une très-bonne odeur , à-peu-près rembiable a celle du mule.
- jCedre blanc neft point rayé comme le rouge , il eft d'une couleur plutôt roufle que blanche , & eft plus mou &plus léger que le rouge ,*& a à-peu-près la même odeur. En général le Cedre, quoique très-tendre , prend aflez bien le poli, Sc palfe pour être incorruptible, ce qui le faifoit fort eftimer des Romains qui en faifoient beaucoup d'ufage pour leurs meubles. Seneque ^ le Chantre de la pauvreté, avoit 500 tables de bois de Cedre toutes pareilles portées fur des pieds d'yvoire. ? "
- 13. Chine 9 ou Serpentin, ou Lignum Sinenfe ; en Hollandois, Letterhout ou Bois de lettres, à caufe qu'on l'apporte marqué de lettres ou de marques que forment les taches dont il eft couvert. Ce bois eft dur, lourd Sc extrêmement compaél, prenant bien le poli ; d'une couleur rouge-brun, marqué de petites taches brunes ou plutôt noirâtres, qui partent du centre de l'arbre , fuivant la
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- direction des rayons. Ce bois eft réfineux & d’un grain très-fin ; & quoique très-dur, il fè fend aifément fur le bois de fil, ce qui le rend affez difficile à tra* vailler ; de plus là couleur noircit en vieillifîànt. Quoique ce bois foie nommé en France Bois de la Chine, il eft fort douteux qu’il vienne de ce pays ; au contraire , on eft prefque sûr qu’il ne croît que dans le continent de la Guyane , dans l’Amérique méridionale. Ce quil y a,de certain, c’eft qu’il croît à la Guyane une elpece de Bois de lettre qui eft luifànt, dur & de couleur rouge tacheté de noir. Quelquefois le fond de ce bois eft jaune ; mais dans l’un ou l’autre cas, il ne vient guere qu’à 4 pouces de diamètre.
- 14. Citron, arbre ainfi nommé à caulè de Ion odeur & de là couleur ; il croît dans les Ifles de l’Amérique , & fur le bord de la mer. Les Américains le nomment Bois de chandelle, parce qu’ils s’en fervent pour s’éclairer la nuit. Son bois réfineux eft lourd, compaél, d’une odeur forte tirant fur celle de citron * fon grain eft ferré : il eft extrêmement de fil, & prend bien le poli. On l’apporte par tronc pelant environ iooo livres; c’eft à quoi on peut le diftinguer du Santal Citrin, auquel il reftemble , mais dont les bûches ne pefent que 100 livres; d’ailleurs le Citrin eft moins lourd que le bois de Citron, d’une odeur plus douce & plus agréable, & de meilleur goût que le dernier , qu’on nomme auffi Bois de coco & de jafmin. On croit que c’eft le même que le bois de rofe de la Guyane.
- 1 y. Citronnier. Cet arbre eft peu gros ; Ion bois eft blanc & {ans odeur : il eft originaire d’Afie, d’où il fut apporté dans la Grece , & de-là en Italie. Il croît maintenant en Efpagne, en Portugal, dans le Piémont & dans la Provence. Le bois de Citronnier étoit très-rare & très-eftimé à Rome fur la fin de la Repu* blique. Cicéron en avoir une table qui avoir coûté deux mille écus ; & Afinius Pollio , une de 30 mille livres : Pline dit qu’il falloit être un très-grand Seigneur pour faire ulàge de ce bois , dont la beauté confiftoit dans la diverficé des ondes & des nœuds des racines. Ce bois n’eft plus d’ufàge à préient.
- 16. Copaïba, arbre d’où découle le baume de Copahu. Son bois eft d’un rouge foncé, parfemé de taches rouge vif, d’une dureté à peu-près égale au Chêne, 8c fert à la teinture. On doute fi ce bois n’eft pas le même que le Fernambouc, dont il a l’odeur. Le Copaïba croît dans les forêts du Bréfil, dans fille de Maragnan & aux Antilles ( * ).
- 17. Corail. Cet arbre croît aux Mes du Vent, en Amérique. Son bois eft
- J’ai vu au Cabinet d’Hiftoire Naturelle du Jardin du Roi, du bois de Copaïba qui étoit d’une couleur jaunâtre, & d’un grain fin & ferré. Je ne fai fi c’eft une nuance dans l’efpece, ou bien s’il eft mal étiqueté ; car tous les Auteurs fe rapportent à la defeription que je viens d’en faire , quoiqu’il y ait une grande différence pour la couleur ; ce qui prouve aftez combien il feroit néceffaire que nous eufbons une Hiftoire des
- Bois étrangers bien détaillée, & faite d’après de bonnes oblervations fur les lieux 6c fur les différents fujets; ce qui ne pourra jamais être, tant que les Ecrivains ne feront que fe copier les uns les autres, fans critique, & fans examiner les chofes par eux-memes, ou du moins fans s’eri être fait rendre compte par des gens connoif; feurs en cette partie.
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- d'une couleur rouge pâle, rayé de veines d’un rouge de coraibmêlé de brun jfuivant les couches concentriques de l’arbre. Ce bois eft moyennement lourd, & fort poreux ; il a les fibres très-ouvertes & remplies d’une cendre ou gomme qui eft plus ou moins foncée, félon les veines où elle fe trouve. Il a le défaut d’être très-difficile à travailler , parce que toutes ces couches concentriques ont une inclinaifon differente, ce qui produit des rebours qui font inévitables. On vend quelquefois ce bois pour du Santal rouge ; mais ce dernier eft bien plus corn-paét que le bois de Corail, & eft d’un rouge beaucoup plus foncé.
- iS.-Cyp rès, arbre d’une moyenne groffeur. Il eft originaire des montagnes de Candie & des Ifles de l’Archipel. Son bois eft compaét, folide & de couleur jaunâtre ; lorfqu’il eft coupé à bois de bout, fies couches concentriques fe diftin-guent auflï aifément qu’au Sapin : il n’eft pas lourd , & n’eft pas fujet à fe pourrir ni à fè gercer ; les vers ne s’y mettent jamais ; il eft prefque d’une auflî bonne odeur que le bois de Cèdre , & prend très-bien le poli. Prefque tous les Auteurs anciens s’accordent à regarder ce bois comme incorruptible ; ce qu’il y a de certain y l «~juc les portes de fancienne Eglife de Saint Pierre de Rome, faites du temps de l’Empereur Conftantin ,lelquelles étoient faites de ce bois, ont duré près de 1200 ans. Il y a une autre efpece de Cyprès de l’Amérique, qu’on nomme Cèdre blanc, lequel n’eft pas connu en France.
- 1 p. 1 bene. L’arbre d’Ebene eft peu connu ; fon bois eft très-dur & pefànt* cependant moins que le Bois de fer. Il y a quatre fortes d’Ebenes ; fayoir, la noire , la rouge , la verte & la blanche.
- L’Ebene noire, qui eft la plus commune, vient de Madagafcar, où les habitants la nomment Hajbnmaimhi, c’eft-à-dire, bois noir. La plus belle Ebene noire vient de Plfle Maurice , dont elle a pris le nom. Pour que l’Ebene foit bonne, il faut qu’elle foit fans nœuds, d’un fil très-ferré , & d’une couleur luifante ; & qu’en la travaillant le copeau s’enleve bien fans fe rompre, comme il arrive quelquefois à une efpece d’Ebene qu’on diroit être du bois brûlé , œ dont les copeaux font comme de la fcinro. i/nbene a le défaut d etre quelquefois tachee de veines roufsâtres, fur-tout celle qui vient de Plfle Maurice, ce qui en diminue la valeur, puifque la beauté de ce bois confifte dans fa couleur parfaitement noire & luifante.
- En général, l’Ebene eft un des plus beaux bois qu’on puifle employer en Ebénifterie, tant par rapport à fà qualité pleine & compaéle, qui le rend facile à travailler, que par fa belle couleur noire, qui augmente encore avec le poli que ce bois prend parfaitement bien ; auflî étoit-ce prefque le feul qu’on employoit autrefois dans cette partie de la Menuiferie , à laquelle il a donné fon nom. Mais depuis que les autres bois de couleur font devenus plus communs, on a fait moins d’ufàge de l’Ebene, & on ne s’en fert prefque plus à préfent, ainfi que je l’expliquerai ci-après.
- ao. Il y a de l’Ebene noire & blanche, quon nomme Ebene de Portugal,
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- qui eft peu en ufage, & que je ne connois pas, ne l’ayant vue nulle part*
- 21. L’Ebene rouge , autrement dite Grenaddle9 croît a Madagafcar : elle èft un peu moins compacte Sc moins lourde que la noire. Elle n eft pas précifément d’une couleur rouge , mais au contraire d un brun rayé de noir , en fuivant les couches concentriques , qui, à peu de chofe près, font alternativement de ces deux couleurs.Ce bois efl: entouré d’un aubier jaune > qui eft prefqu’aufli dur que le bon bois.
- 22. L’Ebene verte eft beaucoup moins dure que les deux premières efpeces :
- il en croît à Madagafcar, à lifte Saint-Maurice, à Tabago & aux Antilles : là couleur eft d’un brun tirant fur l’olive, & toutes les fibres longitudinales de ce bois font remplies d’une cendre ou pouffiere verte & brillante, laquelle n’eft ( du moins à ce que je crois ) autre chofe que de la feve condenfée , laquelle paroît, à bois de bout, Comme une infinité de petits points verds femés entre les couches concentriques > dont ils fui vent les contours* Cette cendre eft la partie de ce bois qui fert à la teinture , & qui, lorfqu’elle eft évaporée , fait perdre au bois fa couleur verte, qui , alors „ devient brune en viéilliflànt* Ce bois a le défaut d’avoir les fils entrelacés , ce qui y produit des rebours lorfqu’on le travaille fur la maille. Il y a une autre efpece d’Ebene nommée Cytife ou Ebe-nier des Alpes, dont le grain eft fin & ferré ; fa couleur eft un jaune pâle nuancé de verd; c’eftun arbre de moyenne groffeur, & qui doit plutôt être rangé dans la claffe des bois de France, que dans ceux des Indes, auxquels il ne reftemble que médiocrement. .
- 23. U Ebene blanche eft peu connue : le grand Pompée eft, dit-on, le premier qui en ait apporté à Rome dans fon triomphe fur Mithridate, Roi de Pont. M. de Bougainville, dans fon Voyage autour du Monde en 1768, dit avoir vu à Boëro dans les Moluqües, des Ebenes noires & blanches ; je ne fai s’il a voulu dire qu’il y avoit des Ebenes noires 8c des Ebenes blanches , ou bien fi ce n’étoit qu une feule efpece d Ebene noire marquée ou veinée de blanc.
- 24. Epi de bled. Je n’ai pu favoir au jufte le vrai nom de ce bois ; je foupçonne cependant que ce pourroit être le bois de Rofe de la Chine, nommé Ttjldnt$ vu que les defcriptions qu’en font les différents Auteurs, conviénent très-bien à l’Epi de bled, dont le bois moyennement dur, èft très-poreux. Le fond de ce bois ou, pour mieux dire, fes rayures prédominantes, font d’un noir rougeâtre * entremêlées d’autres raies couleur de chair, dans lefquelles il fc trouve de petites cavités remplies d’une pouffiere ou gomme de la même couleur, & qui paroiffent à bois de bout, ainfi que les fibres qui les renferment, comme dès points ronds un peu allongés, difpofés fur un fond brun, de maniéré qu’on fent ( quoique aflez difficilement) la forme des couches concentriques. Le bois de bout de 1 Epi de bled , ne peut être mieux comparé qü’à du jonc ; & il n’y a point, ou du moins peu, de différence à fes rayures confidérées verticalement, fbit qu’il foit coupe fur la maille ou parallèlement aux couches concentriques ; en quoi
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- ce bois différé de tous les autres, qui, lorfqu’ils font rayés à bois de bout, le font for le bois de fil refendu for la maille ( c’eA-à-dire, foivant les rayons de F arbre ), & veiné lorfqu’ils font refendus parallèlement aux couches concentriques. Comme l’Epi de bled a les pores très-ouverts , & que fos rayures font d’une denfité inégale, il eA un peu difficile à polir , & il faut avoir foin de remplir les ouvertures de fes pores avec un maAic préparé comme je l’indiquerai en parlant du poli des bois : cette obfervation eA générale pour tous les bois dont les pores font ouverts comme à celui dont je parle.
- 2$. Fereol. Ce bois croît à Cayenne, & porte le nom de celui qui l’a décou^ vert ; il fo nomme auffi Bois marbré : le fond de ce bois eA blanc, & veiné ou tacheté de rouge. Il y a au Cabinet d’HiAoire Naturelle du Jardin du Roi, du bois de Fereol dont le'grain eA très-fin^ & dont le fond eA de couleur jaune foncé, avec des raies étroites de couleur brune, tirant for le violet ; c’efi peut-être une nuance dans l’elpece : au reAe, ce bois eA beau, & fe travaille très-bien.
- 26. Fert eA un arbre qui croît dans les ïfles de l’Amérique de la grofïèur d’un homme par le tronc; fbn bois eA extrêmement dur, d’une couleur fauve, brune tirant for le noir , for-tout au cœur du bois, qui eA extraordinairement dur, & où cependant les couches concentriques fe diAinguent fort aifément , quoique fon grain foit, pour le moins, auffi ferré qu’à l’Ebene noire : la couleur de ce bois eA généralement triAe, & on ne peut guere l’employer en Marqueterie que pour repréfenter des Terrafles , ou d’autres objets auxquels là couleur foit convenable.
- 27. Fufet. C’eA un arbrifleau qui vient à la Jamaïque & au Midi de la France J fon bois eA d’un beau jaune veiné ; mais il eA peu folide.
- 28. Gayac ou Bois-Saint, croît en Amérique, aux Iiles S. Domingue &du Port de la Paix; fon bois eA folide, compaét & réfineux, d’une couleur verte, & rayé foivant les couches concentriques, qui font alternativement vertes, pâles ou jaunes, & noires foncées de plus en plus, à mefore qu’elles approchent du centre : il ne peut fe fendre que parallèlement aux couches concentriques, qui quelquefois fe féparent d’elles-mêmes ; & les fibres ligneufes de ces dernieres, font tellement mêlées entr’elles, qu’on ne peut les féparer qu’avec la foie. Lorfqu’on travaille ce bois, il rend une odeur forte, qui n’eA cependant pas défagréable. Les bûches de ce bois qu’on apporte en France, pefent jufqu’à yoo livres, & leur coupe tranfverlàle n’eA point ronde comme à la plupart des autres arbres ; mais elle eA allongée en forme de poire.
- Il y a encore d’autres efpeces de Gayac, un peu différentes de celui-ci, entr’au-tres un qui eA auffi dur, mais dont la couleur eA jaune, à peu-près comme le Buis, & quelquefois veiné de verd ou de noir : cette derniere elpece de Gayac eA plus propre à l’EbéniAerie que la première, parce que fon bois, quoique très-dur, eA plus facile à travailler.
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- £5). Gommier blanc. Cet arbre croît à la Guadaloupe; fon bois eft blanc , veiné de gris * tirant quelquefois fur le noir. Ce bois eft quelquefois dur Sc difficile a travailler, 8c quelquefois tendre 8c poreux, quoique d’un grain fin & ferré.
- 30. Inde ou Laurier aromatique , appelle communément Bois de Campêche J c eft le cœur d un très-gros arbre qui croît en Amérique, dans la Baie de Cam-> pêche, d’où il tire fon nom; aux Ifles de la Jamaïque, de Sainte-Croix, de la Martinique , 8c de la Grenade. Ce bois eft fi lourd , qu’il ne fumage pas fur l’eau ; il eftcompaét & d’un grain aflèz fin; fes fils s’entremêlent les uns dans les autres, ce qui le rend un peu difficile à travailler, 8c qui n’empêche cependant pas qu’il ne prenne très^bien le poli : la couleur de ce bois eft d’un rouge brillant, 8c même comme tranfparent, ou pour mieux dire, glacé d’un jaune foncé; cette couleur change avec le temps, ou quand ce bois a été trop long-temps dans l’eau ; alors il devient brun, & quelquefois d’un gris noirâtre, ce qui a trompé plufieurs de ceux qui en ont fait la defcription, les uns lui ayant donné une couleur rouge, & les autres une brune ou bien une violette. Ce bois a une odeur un peu forte, fans cependant être défàgréable, & il fort à la teinture en noir 8c en violet. Le bois d’Inde ou de Campêche eft le même que le Laurier aromatique ou le Poivrier de la Jamaïque, ou arbre qui porte la graine des quatre épices. Le véritable bois de Campêche fe connoît par fà coupe, qui eft faite à coups de hache par les Efpagnols qui en font un très-gros commerce : il y a du bois de Campêche qui eft d’un fond brun, tacheté de noir à diftance à peu-près égale ; mais il eft très-rare à préfent*
- 31. Jacaranda, gros arbre qui croît aux Indes Orientales ; il y en a de deufc efpeces,l’une blanche & l’autre noire, & toutes deux marbrées & fort dures i mais il n’y a que le noir qui foit odorant* Il y a au Cabinet d’Hiftoire Naturelle du Jardin du Roi du bois de Jacaranda, dont le fond eft jaunâtre 8c rayé de brun, violet, à peu-près comme l’Epi de bled, mais dont le grain eft beaucoup plus fin & plus ferre ; c eft peut-être une nuance dans l’efpece. v
- 32. Jaune. L’arbre qui produit ce bois devient très-gros ; il croît aux Antilles 8c à l’Ifle de Tabago ; on le nomme aufli Fujloc 8c Clairembourg ; il eft plein , fans être abfolument dur ni pefant ; il fe travaille & fe polit bien, quoiqu’il ne laifle pas d’être poreux; fà couleur eft d’un beau jaune foncé, qui approche de celle de l’or; on appelle auffi ce bois Satiné jaune. Il croît dans l’Amérique Septentrionale, un gros grand arbre qu’on nomme Arbre à Tulipe, qu’on croit être le même que le bois jaune.
- 33 Lapiréy grand arbre qui croît à Cayenne, dont le cœur eft mêlé de rouge 8c de jonquille, & qui eft de très-bonne odeur.
- 34. Mufcadier. Cet arbre qui porte le macis & la noix mufeade* croît aux Indes Orientales de la hauteur d’un Poirier ; fon bois eft moëleux, & fon écorce cendree : il n eft pas d’un fort grand ufàge , quoiqu’affèz bon à travailler.
- 35* de Perdrix ou B ois de Perdrix. Je ne fai d’où vient ce bois; c’efl
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- peut-être une efpece de bois de Fert, qui croît à la Chine , & qui eft fi dur * qu’on s'en fert pour faire des ancres de vaiffeaux. Le bois de Perdrix eft très-dur & très-lourd; fà couleur eft plus obfcure que celle du bois de Fert; & quoique très-compaèi, on apperçoit le long de fes fibres longitudinales , des pores très-fins remplis d’une cendre ou gomme blanchâtre, qui ne paroît à bois de bout que comme de petits points blancs, prefqu’imperceptibles : fon ufage eft à peu-près le même que celui du bois de Fert.
- 36. Olivier. Cet arbre eft originaire de Syrie, & croît au midi de l’Europe ; il eft dur, ou pour mieux dire, ferme, réfineux & en général peu folide & tortueux ; fa couleur eft jaunâtre, rayée de brun en fuivant les couches concentriques, ce qui fait qu’il eft ondé ou veiné fur fes facés verticales, félon qu’il a été débité fur les couches ou fur la maille. Quoi qu’il en foit, ce bois eft plus beau employé à bois de bout qu’autrement ; fes loupes ou excroiflânces font auffi fort recherchées par la variété des figures quelles repréfentent. Ce bois a le défaut de fe rouler, c’eft-à-dire , que les couches annulaires ou concentriques fe détachent les unes des autres, ce qui fait qu’on ne peut fouvent l’employer qu’en petites parties.
- 37. Oranger. Arbre de moyenne grolïeur, originaire de la Chine, d’où les Portugais l’apporterent en graine : fon bois eft alfez compaét, de couleur jaune , & blanc vers le cœur.
- 38. Plane ou Platane, arbre qui vient de l’Afie & de l’Amérique Septentrionale ; fon bois eft blanc, a fiez compaét, liant, d’un tiffu ferré ; il reffemble allez au bois de Hêtre; il tient le milieu entre ce dernier & l’Erable, dansl’efpece duquel il peut être compris : il peut s’employer en Ebénifterie dans fà couleur naturelle, mais encore teint en diverfes couleurs. (Voy. ci-après , Art, Erable ).
- 39. Puant. Arbre à peu-près de la grandeur du Chêne, qui croît au Cap de Bonne-Efpérance ; il eft d’un beau grain nuancé, & quoiqu’il fente fort mauvais, on en fait ufage , parce qu’il perd fà mauvaife odeur avec le temps : cebois eft peu d’ufàge en France.
- 40. Rkode. Les Anciens ne font point d’accord fur la nature de ce bois, comme je l’ai dit en parlant de l’Afphalate ; ils ont aufli nommé ce bois, Bois de Candie, apparemment parce qu’il croilfoit dans cette ïfie.On connoît à préfent deux efpeces de bois de Rhodeou de Rofe; l’une qui nous vient delà Jamaïque, & l’autre des Ifies Antilles.
- La première efpece vient de la grofleur de la cuifle d’un homme ; fon écorce eft rude & brune, & garnie d’épines ; fon bois eft folide, blanc, a beaucoup de moële, & eft d’une odeur très-pénétrante.
- 41. La fécondé efpece de bois de Rhode eft la plus commune, & celle qu’on connoît fous le nom de bois de Rofe ou Bois marbré. Cet arbre vient haut & droit ; fon bois eft ferme , fans être dur ; fà couleur eft celle de feuille morte, ou pour mieux dire, elle eft mêlée de jaune & de rouffeâtre, & d’un rouge violet,
- difpofe
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- Sect. /. Description des Bois des Indes , SCc. 779
- difpofé par tranches à peu-près égales, lefquelles fuivent les couches concentriques de l'arbre, de forte quen refendant ce bois fur differents fens, il eft rayé, yeiné , ou même marbré pour peu qu’il fe trouve quelque finuofité dans fon fil, ce qui lui a fait donner le nom de Bois marbré ; aufli eft~ce un des plus beaux bois qui nous viennent des Indes, & un de ceux dont on fait le plus d'ufàge. Ce bois eft fujet à être carié dans le cœur, & perd avec le temps le vif de fa couleur rouge qui devient pâle , & cela par l'évaporation de la fubftance réfineufe qui eft plus abondante dans les veines rouges que dans les jaunes, ce qui eft le contraire du bois violet, qui noircit à l'air, parce que la fubftance réfineufe eft plus abondante dans les couches claires que dans les brunes : cette obfervation eft prefque générale pour tous les bois réfineux, dont les couleurs font vives, & qui ont les pores ouverts. Le bois de Rofe fent, iorfqu'on le travaille, une petite odeur de rofe, & fes nœuds ne font point préjudiciables à la bonté de l'ouvrage ; au contraire, lorfqu'ils font employés avec goût, ils en augmentent la beauté.
- Il y a au Cabinet d’Hiftoire Naturelle du Jardin du Roi, du bois de Rofe dont la couleur eft grife, veiné de brun ; je ne fai fi c'eft le même que celui dont je viens de faire la defeription , duquel il ne différé que par la couleur.
- 42. Rouge ou Bois de fang. C'eft un arbre qui croît en Amérique, près du Golfe de Nicaragua; fon bois eft dur & d'un très-beau rouge,& fert en teinture.
- 43. Santal ou Sandal : il y a de trois efpeces de Santal; lavoir, le citrin, le blanc & le rouge. Le jaune ou citrin croît à la Chine, au royaume de Siam, & aux Mes de Solor & de Timor, de la hauteur du Noyer; fon bois eft moyennement dur 8c pelant ; fes fibres font droites , d'une couleur roufle pâle ou jaunâtre, tirant fur le citron; fon goût eft aromatique , un peu amer, qui remplit la bouche fans être défàgréable ; il rend une odeur qui approche de celle du mufe & de la rofe.
- 44. Le Santal blanc croît dans les mêmes Pays, & eft en tout femblable au Santal citrin, dont ii ne différé que par la couleur; on croit même que c eft le même arbre dont le cœur eft jaune, de les extrémités blanches. L'arbre de Santal eft aufli nommé Sarcanda.
- 4y. Le Santal rouge, aufli nommé Pantagna9 croît dans l'Ifle de Tanaflerin, & fur la côte de Coromandel ; fon bois eft compaét & lourd ; fes fils font tantôt droits, tantôt ondes. On apporte ce bois féparé de fon écorce & de l'extrémité ligneufe ( c’eft-à-dire, de fa partie extérieure, ) & alors il eft à l'extérieur dun rouge brun, prefque noir, & à l’intérieur d un rouge foncé , mêlé d'un peu de jaune. Ce bois n’a pas d'odeur, 8c on dit que celui de Caiiatour eft la même chofe que celui-ci.
- 46. Satiné. Cet arbre croît aux Mes Antilles; fon bois eft plein, dur, réfineux & très-poreux ; fes fibres ligneufes font remplies d'une cendre ou gomme brillante, qui paroît comme de petits points à bois de bout. Le bois Satiné eft plutôt nuancé ou ondé, que rayé5 il y en a de plufîeurs couleurs, d© Menuisier• 1IL Part, HL Secl. N 9
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- fond rouge veiné de jaune, de rouge foncé, mêlé de gris olive ; & de quelque couleur que ce foit , ce bois a toujours l’air tranlparent, ce qui en fait la principale beauté : comme ce bois n’eft pas régulièrement veiné à bois de bout, on peut le faire paroître rayé, en le refendant fur la maille, comme au contraire il paroît ,ondé ou même flambé en le refendant fur les couches concentriques. Ce bois fe polit bien, & efl fort d’ufàge à préfent.
- 47. Violet. Ce bois vient des Indes Orientales, d’où les Hollandois l’apportent. Il efl; prefque femblable au bois de Rofe, du moins pour la forme & la difpofition de fes couches concentriques : fà couleur dominante efl: le brun violet prefque noir, rayé de blanc vineux, qui fe ternit avec le temps pour les raifons que j’ai* dites en parlant du bois de Rofe, qui efl: aufli plus compaét que le violet : ce dernier a le défaut d’être fouvent carié au cœur, d’avoir des nœuds vicieux, & d’être allez difficile à travailler, parce que les fils de fes couches concentriques ont differentes directions. Ce bois eft d’une bonne odeur de violette, ce qui, joint à fà couleur, lui a fait donner le nom de Violet : quoique je foupçonne qu’on pourroit le mettre au nombre des Jacaranda, ce qui efl: d’autant plus vrai-femblable, que le bois de Palixandre, efpece de bois violet, eft nommé dans differents Auteurs Jacaranda.
- 48. Il y a une autre efpece de Bois violet, nommé Palijpindre ou Palixandre, lequel vient des Indes Occidentales en grofles bûches de 7 à 8 pieds de long, fur 12 à iy pouces de diamètre. Ce bois eft moins beau que le violet, plus poreux , d’un grain prefqu’aufli gros que le Chêne ordinaire ; fà couleur eft d’un gris foncé, plutôt brun que violet, femé de quelques veines d’un blanc roux, toujours difpofees fuivant les couches concentriques ; celui qui a davantage de ces veines eft le plus recherché ; mais en général, la couleur de ce bois eft trifte & défàgréable. Le bois de Paliflàndre rend une très-bonne odeur, plus forte que celle du bois de Violette, & plus il eft échauffe, plus il fent bon , ce qui eft très-naturel, parce que ce bois étant très-réfineux ; la gomme odorante dont fes pores font remplis, s’évapore d'autant plus aifement par 1 action du frottement, que ces pores font plus ouverts, tant à bois de fil, qu’à bois de bout.
- Le bois de Paliflàndre eft aufli nommé Bois de Sainte-Lucie ; je ne fài fi c’eft parce qu’il croît de ce bois à l’Ifle de Sainte-Lucie ou Sainte-Alouzie, l’une des Ifles Antilles, ou bien fi c’eft parce que l’odeur dubois de Paliflàndre eft à peu-près femblable à celle du bois de Sainte-Lucie, proprement dit, arbre qui croît en Lorraine, Sc qui eft du genre du Cerifier.
- Voilà, à peu de chofe près, le détail de tous les Bois des Indes, relativement à l’Ebénifterie ; & j’ai tâché de les décrire le mieux qu’il m’a été poflible, afin qu’on puifle, avec connoiflànce de caufè, faire choix des uns ou des autres, félon qu’on le jugera à propos : cependant il eft bon de faire attention que comme il ne m’a pas été poflible de voir tous ces bois à divers degrés d’âge, ni même d’en voir de gros morceaux de plusieurs, il fe pourroit très-bien faire, que ma
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- Sect. J. Description des Bois des Indes, ôGc. 78 r
- defcription ne fût pas auffi exaéle qu’on pourroit le défirer,& que je le fouhaite-roîs moi-même. Les mêmes fujets différent quelquefois dans leurs différentes parties, ce qui a fûrement fait donner plufieurs noms à des bois qui peut-être viennent d’une même efpece d’arbre,comme je l’ai fait entrevoir plus haut. Il faut auffi faire attention que les bois changent de couleur, non-feulement en vieib-lifiânt, mais encore en les travaillant, & que le poli les brunit beaucoup, du moins pour la plupart : c’eft pourquoi, avant de mettre en œuvre les bois dont on veut afTortir la couleur, foit entr eux, foit à une couleur donnée, il faut en travailler & brunir des échantillons, afin de ne point être trompé fur leurs véritables couleurs, du moins fur celle qui doit leur refter.
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- §. I. Defcription des Bois François, propres à tEbénijîerie.
- Dans la defcription que je vais faire des Bois de France, je ne traiterai que de ceux dont Pillage eft propre à l’Ebénifterie, foit de placage ou d’incruf-tation, afin de ne point répéter ce que j’ai dit au fujet des autres bois , au commencement de la première Partie de mon Ouvrage, page 22 & jïiivantes.
- TA BL E ALPHABETIQUE des Bois de France, difpofée comme celle des Bois des Indes.
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- Noms des Bois. Couleurs. Qualités.
- ÿp. Alizier G'.Azeroîier.. t Blanc Dur
- '^O. Aulne ......... Rougeâtre Tendre
- ^1. Buis ,TtrTtl....r... , Jaune........... Très-dur
- y 9., Gerifîer tTTTTT.... Roufsâtre 3 veiné. Plein
- ^ 7 Charme... Blanc Très - dur
- t a Cnrmîer Rougeâtre Très - dur
- 55*. Cytife ou Ebénier des Alpes... Verdâtre Plein
- y 6 Epine-Vinerm „ t T r T , Jaune,.......... Plein
- yy. Erable 'Blanc roufsâtre}vei-né & onde...,.. , "Plein.
- < S. Faux-Acacia\« 'Jaune & verdâtre ,* *Dur
- rave
- co. Frêne.......... -Blanc & jaune .Plein.
- rayé
- 60. Fufain Jaune-pâle _ t 1 t Dur
- Kt TJ nnY Blanc Dur
- yCo Tf Rougeâtre. Dur.
- r6jt Merifier Rougeâtre, rayé,.. Ferme
- 6^. Mûrier .T Blanc & jaune.... Noir veiné.... t.. Tendre
- 6ç, Noyer #. Plein
- 66. Poirier Rougeâtre Très-plein........
- 67. Pommier Blanc Plein.
- <68. Prunier 'Blanc-roux & rou-~ .Plein. .. '.t ......
- geâtre, veiné....
- 69. Sainte-Lucie ..... Gris rougeâtre. .# Plein............
- 70. Sauvageon, Blanchâtre. f T r t.. Dur
- 71. Sureau Jaune Dur,
- Odeurs.
- De très - bonne odeur,
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- Sect. J. §. I. Description des Bois François,
- 4p. Alisier. Cet arbre eft de moyenne grandeur : fon bois eft dur & plein ; {on grain fin & ferré. Sa couleur eft blanche, quelquefois roufle, Sc prefque tou^ jours noirâtre vers le cœur. Ce bois eft très-propre à prendre la teinture, Sc ne produit aucunes nuances, quoique les couches concentriques paroiffent à bois dé bout. L'Azérolier eft femblabie à l'Alizier , & on peut s'en fervir également.
- yo. Aulne , arbre aquatique, très-grand : fon bois eft léger Sc un peu mou; lé grain en eft fin : il eft de couleur roufle plutôt que rougeâtre : il prend bien la teinture ; mais il ne fe polit pas bien , parce qu'il eft trop tendre*
- y r. Buis, arbrifleau de la moyenne grandeur. Il y a de deux fortes de Buis J {avoir , celui de France Sc celui d’Efpagne, Le Buis de France eft lourd, dur* compacte * d'un grain fin & ferré, & de couleur jaune : il fe polit très-bien.
- Le Buis d'Efpagne eft à peu-près femblabie à celui de France, excepté qu'il eft un peu moins dur, & là couleur moins foncée ; de plus, les couches concentriques du Buis d'Efpagne , font allez apparentes pour y former des rayures ou des ondes for le^bois de fil.
- Les nœuds ou loupes , Sc les racines du Buis de Provence, font très-recher-» çhées, Sc fe travaillent très-bien , parce qu'elles ne font pas fojettes à fe fendrez y2. Cerijier , arbre fruitier , originaire d'Afie, d'où il fut apporté en Europe par Lucuilus, au retour de la guerre contre Mithridate. Le bois de Cerifier eft moyennement dur, aftez plein, quoiqu'il ait le grain un peu gros, & que fes couches concentriques foient fort apparentes. Sa couleur eft le gris rougeâtre f plus foncé au cœur qu'aux extrémités. Ce bois fe travaille bien, Sc prend aifé-ment le poli. On l'emploie communément en Ebénifterie, pour faire de petits ouvrages de bois plein, & quelquefois on ne fait que le plaquer comme les bois des Indes.
- 53. Charme9 eft un arbre foreftier de la moyenne grandeur ; fon bois eft fort liant Sc difficile à travailler : il fo fend très-mal aifément, parce que fes fils font
- entrelaces les uns dans les autres. La couleur de ce bois eft blanche. On ne fait pas grand ufàge de ce bois, parce qu'il eft fojet à pourriture , qu'il fo travaille difficilement, & qu'il eft fojet à fe tourmenter; c'eft pourquoi on lui préféré le bois de Houx. Voye^ Houx.
- 54. Cormier, arbre fruitier de moyenne grandeur. Son bois eft, après le Buis, lç plus dur & le plus plein des Bois de France. Il y a de deux fortes de Cormiers pour la couleur ; l'un qui eft d’un blanc roux , & l'autre qui eft rougeâtre , & qui eft le plus eftimé. En général, le bois de Cormier eft très-plein ; fes fils font fins, mais courts Sc peu liés les uns avec les autres, ce qui fait qu'il fe fend aifément, quoique d'ailleurs il fo travaille aftez facilement, Sc qu'il prenne bien le poli. Quoique ce bois foit fort dur, fes couches concentriques fe diftinguent facilement à bois de bout, Sc même à bois de fil fur la maille. Lé bois de Cormier a le défaut de fo tourmenter, Sc il eft fojet à être piqué des ver$ Menuisier , III. Pan. III. Sect O 9
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- m ME NUISIERJIL Part. SeB. III Chap. X.
- quand il devient vieux. La couleur du Cormier augmente en vieiliifîant, 8c il devient prefque brun lorfqu’il eft poli à 1 huile.
- y y. Cytife ou Ebènier des Alpes, arbre de la moyenne grandeur. Le bois de Cet arbre a beaucoup d’aubier, fous lequel fè trouve le bon bois, qui eft plein & très-liant. Voyez ce que j’en ai dit en parlant de l’Ebene verte , page 775.
- y 6. Epine-vinette y arbriffeau dont le bois eft plein , de couleur jaune , & qui fe travaille aifément. Son peu de groffeur fait qu’on ne peut l’employer qu’à dç petits ouvrages & en placage, ou par incruftation : il fert auffi en teinture.
- 57. Erable 9 arbre de la moyenne grandeur. Son bois eft aflez plein , quoique léger, fonore & brillant, qui approche de la qualité du bois de Hêtre, & qui a le mérite de ne fe pas tourmenter. La couleur de l’Erable eft le blanc un peu roufsâtre. Ce bois eft quelquefois veiné & onde, c’eft-à-dire, que fes fibres ligneufes, au lieu d’être droites, s’élèvent en ferpentant, ce qui produit des ondes d’une très-grande beauté, qui ne font apparentes que fiir la maille, 8c qui font plus ou moins grandes que les fibres ont de mouvement. Les loupes & les nœuds de ce bois font auffi très-recherchés, par rapport aux figures qu’ils repréfentent, & ils fe poliiïent très-bien. Voyez ci-après, à l’Article de la différence des Bois par rapport à la forme de leurs différentes teintes, PL 277, Fig. 15 & 16. Il y a beaucoup de différentes efpeces d’Erable, dont les principales font Y Erable plane ou le Platane y qui vient d’Amérique, dont j’ai parlé plus haut, l’Erable proprement dit, & Y Erable Sycomore , qui eft le moins eftimé de tous, parce qu’il eft moins plein, d’une couleur blanche, <3c rare-, ment ondé, ce qui l’a fait mettre dans la clafle des Bois blancs.
- Il y a encore un grand nombre d’Erables qui ont très-peu de différence entre eux, mais dont la connoifïànce eft peu nécefîàire aux Menuifiers , vu que ces différences ne confiftent, pour la plupart, que dans leur grandeur, ou dans la figure de leurs fleurs ou de leurs feuilles, dont la defcription ne peut ni ne doit entrer dans cet Ouvrage, ainfi que je l’ai dit au commencement de la defcription des Bois des Indes. Voye£ la Note, page 767.
- 58. Faux Acacia. Cet arbre , originaire d’Amérique, eft tortueux & épineux-fà couleur eft brillante, & rayée alternativement de jaune verdâtre & de brun , tirant de même fur le verd , en fuivant la direction des couches concentriques» Ce bois eft dur ; cependant il ne fe polit pas bien, parce que fes fibres font un peu entrelacées , de forte qu’il s’en trouve toujours à bois de rebours , ce qui produit une efpece de duvet ou de poil (ainfi que difent les Ouvriers) difficile à ôter parfaitement : il a auffi le défaut de fe pourrir à l’humidité.
- yç. Frêne y grand arbre dont le bois eft affez plein & liant; fà couleur eft blanche & rayée de jaune à la féparation des couches concentriques. Il eft fbjet aux vers, & on en fait peu d’ufàge en Ebénifterie ; cependant on pourroit, à caufe de fa couleur & de fes petites rayures, l’employer avec avantage dans les petites parties.
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- Sect. 1. § I. Defcription des Bois François , SCù.
- 60. Fufain , arbriffeau dont le bois eft dur & plein, de couleur jaune pâle* On peut Temployer en Ebéniflerie, lur-tout quand il eft bien fec Sc de fil.
- 61* Houxy grand arbrifleau. Son bois eft dur , liant & d’un grain fin & ferré * de couleur blanche , quelquefois brune vers le centre. Ce bois eft fort en ufagè en Ebéniflerie, parce qu’il prend bien la teinture, & que comme il eft d’un grain fin & liant, on peut le découper en aufti petites parties qu’on le juge à propos : il fert auffi à faire des filets, comme je le dirai en fon lieu.
- 62. If Cet arbre eft de moyenne grandeur, quoiqu’il s’en foit vu de 20 pieds
- de diamètre ; fon bois eft ordinairement tortueux, très-dur & liant, d’une belle couleur rouge mêlée de jaune Sc de brun. Quoique ce bois foit très-plein, les couches concentriques le diftinguent aifément, & font ordinairement marquées par un petit filet plus foncé que la couleur du bois, qui vient en fe fondant juf* qu’à la couche la plus prochaine, Sc cela du côté du centre de l’arbre , ce qui y produit de belles nuances à bois de fil. Le bois d’If eft, de tous les bois de France , celui qui, par là couleur Sc là dureté, approche le plus des Bois des Indes. On en fait cependant peu d’ulàge en Ebéniflerie , je ne lai pour quelle raifon. Il y a de l’If qui eft tendre Sc extrêmement poreux ; mais il ne peut être d’aucun ufage pour la Menuiferie dont je traite.
- 63. Merifier, elpece de Cerifier làuvage, grand arbre fruitier, dont le bois eft ferme Sc plein, Sc d’un grain allez fin i là couleur eft roufsâtre , rayée de veines jaunes très-fines. Ce bois, lorlqu’il eft bon, le polit bien, & on en fait le même ulàge que du Cerifier. Voyez Cerifier, page 783.
- 64. Mûrier, arbre de deux elpeces, le noir Sc le blanc. Le bois du Mûrier noir d’Europe eft blanc fur les rives, & jaune dans le cœur, qui noircit en vieil-lifîànt. Le bois du Mûrier noir d’Europe eft plus folide que celui du Mûrier blanc d’Afie : il eft d’une longue durée ; il réfifte à l’eau : de plus, il n’eft point fujet à la vermine, Sc on dit qu’il chafle les punailès ; fi cela eft vrai, on feroit très-bien de l’employer à faire des bois de lits. .Ce bois eft peu d’ufage en Ebéniflerie ; cependant au défaut d’autre de là couleur, on pourroit très-bien l’employer.
- dy. Noyer , arbre fruitier. J’ai fait la delcription de ce bois dans la première Partie de mon Ouvrage , page 26; c’eft pourquoi je ne m’étendrai pas beaucoup fur les qualités de ce bois , qui, quoique peu en ulàge à préfent, eft cependant un des plus beaux qu’on puilfe employer en Ebéniflerie, tant à bois de fii qu en loupes, qu’on nomme communément loupes ou racines de Grenoble. Outre le Noyer de France, dont le plus beau vient du Dauphiné Sc de l’Auvergne, il y a encore le Noyer noir de Virginie, qu’on cultive maintenant en Bourgogne , qui eft noirâtre Sc veiné, mais qui a le défaut d’être poreux & caflànt ; le Noyer blanc de Virginie , petit arbre dont le bois eft liant, compacte, fort dur, Sc de couleur blanche ; & le Noyer de la Louifiane , appellé aufîî Pacanier 9 qui eft femblable au Frêne, du moins en apparence. De tous ces différents Noyers, le noir eft celui qui eft le plus recherché en Ebéniflerie, à caulè de. fes bellesf
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- 7S6 MENUISIER, ///. Part. Sec2. ///. Chapt X.
- nuances; c’eft dommage que les Noyers foient fujets à la pourriture 8c aux vers.
- 6 J iis. O fier. C’eft un arbriffeau aquatique , dont le bois eft très-menu , liant, tendre 8c blanc, & dont les fils font extrêmement fins. Ce bois fèrt aux Ebéniftes au défaut du Houx, pour faire des filets.
- 66. Poirier, arbre fruitier, dont le bois eft plein, compaéle & moyennement lourd , d’un grain fin 8c ferré, & d’une couleur rougeâtre. Ce bois fe polit parfaitement bien, & prend bien la teinture en noir ; de maniéré que les Ebé-niftes le fubftituent à l’Ebene. C’eft dommage que ce bois a le défaut de fe tourmenter ; car c’eft un des plus beaux bois qu’on puiffe employer pour les petits ouvrages. Les Poiriers viennent quelquefois très-gros : on en a vu en Angleterre de 6 pieds de diamètre.
- 67. Pommier, arbre fruitier dont le bois eft moins dur que celui du Poirier, liant 8c fort doux : fà couleur eft blanchâtre. En général, ce bois approche beaucoup de celui de l’Alizier. Voye[ Alizier.
- 68. Prunier , petit arbre fruitier, dont le bois, quoique plein, eft tendre & léger, (8c quelquefois dur, félon les différents fujets) dont la couleur eft un gris ventre-de-biche veiné de rouge , ce qui rend ce bois très-agréable à voir , tant fur les couches concentriques que fur la maille, qui eft petite 8c brillante. Ce bois a les fils un peu courts, ce qui n’empêche pas qu’il ne prenne bien le poli : c’eft dommage que fa couleur rouge paffe aifément ; à quoi cependant on peut remédier en le verniffànt.
- 69. Sainte-Lucie ou Padus, efpece de Cerifier fauvage, qui croît en Lorraine & aux environs de Vérone, en Italie. Ce bois eft compaéle ; fà couleur eft d’un gris rougeâtre, agréable à la vue 1 il a une très-bonne odeur, qui augmente à mefure qu’il vieillit. Il faut le cfioifir fèc, fans nœuds ni aubier. Le bois de Sainte-Lucie eft auffi nommé Mahaleb, ce qui eft une erreur ; parce que le bois de l’arbre de Mahaleb, ou Cerifier des bois, quoique femblable au bois de Sainte-Lucie pour la couleur, eft beaucoup plus dur, 8c n’a point d’odeur.
- 70. Sauvageons. On nomme de ce nom des Poiriers 8c des Pommiers qui n’ont pas été greffés. Leur bois n’eft pas fi beau que ceux des Poiriers & des Pommiers proprement dits : il eft ordinairement plus dur & plus difficile à travailler. Voy. ci-deflîis , Art. Poirier 8c Pommier.
- 71. Sureau, grand arbrifîeau , dont le bois du tronc & des groffes branches eft plein , dur & très-liant, de couleur jaune, femblable à celle du Buis. Ce bois fe corrompt difficilement, & eft très-propre à employer en Ebénifterie , à caufè de fa bonté 8c de fà belle couleur.
- D’après le détail que je viens de faire , tant des Bois des Indes que des Bois de France * on peut juger combien les premiers font préférables aux derniers ,N non-feulement par rapport à leur nombre, mais encore pour leurs belles couleurs , la finelfe de leur grain, la bonne odeur que rendent la plupart, leurs qualités prefqu’incorruptibles > ce qui ne fe rencontre que dans un très-petit
- nombre
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- Sect. L §. î. Defcription des Bois François, èè& ?Êf
- nombre de nos Bois de France, auxquels on donne de la couleur par le moyen des teintures , comme je le dirai en fon lieu, mais qui ne pourront jamais avoir toutes les bonnes qualités des Bois des Indes ; de plus, la couleur des Bois teints fe paiîè avec le temps; ce qui ne pourra être autrement, tant qu’on n’aura pas trouvé le moyen d’exténuer les fels des Bois, dont l’évaporation caufe celle de la teinture. C’eft dommage que dans les couleurs des Bois des Indes, il nous manque deux couleurs effentielles ; lavoir, le bleu 8c le verd, lefquelles font indifpenfables pour bien repréfenter des payfages , ou tous autres 'objets, dans la compofïtion defquels ces deux couleurs font abfolument néceflaires, & ou on ne peut fe les procurer que par le moyen de la teinture. A ces deux couleurs près, les Bois des Indes fournirent à peu-près toutes les autres auffi vives ou nuancées qu’on le peut defirer. C’eft pourquoi dans le Paragraphe fuivant, avant de faire la defcription des différentes nuances des Bois, je vais donner une Table, dans laquelle j’ai mis en ordre 8c de fuite, tous les Bois, tant des Indes que de France, fuivant leurs différentes couleurs, & félon le rang que ces dernieres tiennent entr’elles, afin que d’un feul coup d’œil on puiffe choifir telle efpece de Bois qu’on jugera à propos ; ce qui, par manière de dire, formera la palette de l’Ebénifte ou Peintre en Bois ; 8c j’ai eu attention de marquer chaque efpece de Bois du numéro quelle porte à la Table alphabétique, & dans l’Article 'de leur defcription, à laquelle on pourra avoir recours, afin de ne point alliez enfemble les Bois durs & les Bois tendres, du moins autant qu’il fera poffible.
- §. IL Des Couleurs en général ; & des Bois des Indes & de France, par rapport à leurs différentes couleurs & a leurs nuances.
- L’A r t de l’Ebénifterie eft auffi nommé Peinture en bois, comme je l’ai dit au commencement de cette Partie de mon Ouvrage, 8c cela à caufe des deffins que les Ebéniftes exécutent par le mélange des Bois-, foit teints ou naturels, ce qui exige de ces Ouvriers beaucoup de conuoiïiànces Jans les deffins de tous les genres, mais encore une connoiflànce parfaite des couleurs avec lefquelles ils peuvent les exécuter.
- Je ne parlerai pas ici des Couleurs par rapport à leurs propriétés 8c leur rapport , ni fuivant les définitions qu’en donnent les Phyficiens ; je me bornerai feulement à en parler relativement à l’objet que je traite.
- Il y a cinq fortes de couleurs fimples ou primitives, lefquelles étant mélangées entr’elles , produifent toutes les autres. Les couleurs fimples font le bleu % le jaune, le rouge , le fauve 8c le noir. Il fe trouve des Bois des quatre dernieres couleurs plus ou moins foncées ; il n’y a que de la première, c’eft-à-dire du bleu, qui nous manque.
- Les couleurs compofées font le pourpre, le cramoif, Y amaranthe 8c le violet * lefquelles proviennent du mélange du bleu 8ç du rouge ; le verd, de toutes Menuisier, IIL Partt ///, Secl* F 9
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- 7S8 ME N UISIER, III. Pan. Seiï. III. Chap. X.
- forces, provient du mélange du bleu & du jaune ; le mélange du rouge & du jaune, donne le jaune couleur d’or , la couleur de fouci, Torangé, la grenade , &c. Le rouge mêlé avec le fauve, donne la couleur de canelle , de marron 8c de mufc ; le jaune avec le fauve, donne toutes les couleurs de feuilles mortes.
- De toutes ces couleurs compofees, il n’y a que le verd 8c l’orangé, 8c les couleurs qui en approchent, qu’on ne trouve pas dans les Bois, tant des Indes que de France, & pour lefquels il faut avoir recours à la teinture , ainfi que pour le gris , defquelles teintures je donnerai la compofîtion ci-après, & la maniéré d’en faire ufàge.
- D’après ces connoiflànces générales touchant les couleurs, les Ebéniftes doivent s’appliquer à connoître parfaitement les Bois qui font de ces différentes couleurs, afin de ne pas être embarraffés pour repréfenter avec précifion toutes fortes de deflîns, tant de fleurs que de payfàges, &c.
- TABLE des Bois des Indes SC de France, fuivant leur couleur.
- Bleu. Il n’y a point de Bois de cette couleur, à moins qu’il ne foit teint.
- Bouge. Les Bois de cette couleur font: l’Acaja, n°. i ; l’Amourette , n°. y ; le Bréfil, n°. 8 ; de la Chine, n°. 13 ; de Corail, n°. 17; l’Ebene rouge, n°. ai ; le Bois d’Inde ou de Campêche, n°. 30 ; le Rouge ou de Sang, n°. 42 ; le Santal rouge ou Caliatour, n°. qy.
- Les Bois de couleur rougeâtre ou nuancés font : l’Acajou , n°. 2 ; l’Aloës ou Bois d’Aigle , n°. 3 ; le Bois de Cayenne, n°. 10 ; de Cedre, n°. 11 ; de Co-païba, n°. 16 ; l’Epi de Bled, n°. 24 ; le Lapire , n°. 33 ; le Rofe, n°. 41 ; le Satiné , n°. 46 ; l’Aulne, n°. yo ; le Cormier, n°. y4 ; l’If, n°. 62 ; le Meriiier, n°.' 63 ; le Poirier, n°. 66 ; le Prunier n°. 68 ; & le Bois de Sainte-Lucie , n°. 6p.
- Jaune, Les Bois de cette couleur font: le Citron, n°. 14;le Fufèt, n°. 27 ; le Bois jaune, n°. 32 ; le Pavane ou Bois de Canelle, n°. p ; Santal citrin, n°. 43 ; le Buis, n°. y 1 ; l’Epine-vinette , n°. y5 ; le Fufain , n°. 60; 8c le Sureau, n°. 71.
- Les Bois de couleur jaunâtre ou nuancée font : le Cyprès, n°. 18 ; l’Olivier , n°. 36 ; l’Oranger, n°. 37; le faux Acacia, n°. y8 ; & le Mûrier, n°. 64.
- Fauve. Les Bois de cette couleur font: le Bois de Fert, n°. 2 6 ; & l’Œil de Perdrix, n°. 3y.
- Noir. Il n’y a que l’Ebene proprement dite, n°. ip, qui foit de cette couleur.
- Violet. Il n’y a que l’Amaranthe , n°. 4, qui foit toute de cette couleur ; les autres Bois violets font nuancés comme le Bois violet proprement dit, n°. 47, 8c le Paliflàndre , n°. 48.
- Verd. Il n’y a point de Bois de cette couleur , à moins qu’on ne le teigne; ceux qui en approchent le plus, font l’Aloës ou Çalambour, n°. 3 ; l’Ebene yerte, n°. 22 ; le Gayac, n°. 28 ; 8c le Cytife , n°. yy#
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- , Sect. I. §. II. Des Couleurs en général, SCc. 789
- Blanc. Les Bois de cette couleur ( fi c’en eft une) font *. le Bois de Canelle, n°. 9 ; l’Ebene blanche, n°. 23 ; le Platane, n°. 38 ; le Bois de Rhode, n°. 40 ; le Santal blanc, n°. 44, l’Alizier, n°. 49 ; le Charme, n°. 53 ; le Houx, n°,
- Ci ; TOfier, n°. 65 bis ; le Pommier, n°. 67.
- Les Bois blancs veinés ou ondes font : PAnis à l’Etoile, n°. 6 ; le Cedrô blanc , n°. 12 ; le Citronier , n°. 15 ; l’Ebene de Portugal, n*. 20 ; le Féreol* n°. 2y ; le Gommier, n°. 29 ; le Jacaranda, n°. 31 ; le Cerifier, n°. 52 ; l’Erable , n°. 57 ; le Frêne, n°, 59 ; le Noyer, n°. 65 ; & le Sauvageon, n°. 70.
- Tous les Bois nommés ci-delfus, ne font pas tous exactement de couleur rouge, jaune, &c; mais comme ils font nuancés, 8c chacun d’eux plus ou moins foncé dans un endroit que dans l’autre, il eft fort aifé de s’aflortir de toutes les nuances de couleurs poiïibles , qui, exception faite du bleu & du véritable verd, fe trouvent dans toutes ces fortes de Bois, tant de France que des Indes; mais plutôt dans ces derniers que dans les autres.
- Si la parfaite connoiflànce des différentes couleurs des Bois, eft eflentielle à un Ebénifte , il faut encore qu’il fâche diftinguer ces mêmes Bois par rapport à Planché leurs nuances, ou, pour mieux dire , aux différentes figure: que repréfente la conformation des teintes de leurs fibres, afin de ne pas les employer fans choix ' ni connoiflànce de caufe.
- Les Bois, par rapport à la conformation des teintes de leurs fibres , peuvent être confidérés comme faifant quatre efpeces diftinéles les unes des autres ; favoir, ceux dont les couches concentriques font alternativement teintes de diverfes couleurs , mais d’une maniéré large & irrégulière, comme on peut le voir aux Figures 1,2 & 3 , dont la première repréfente le bout d’un morceau de bois, dont les couches concentriques font teintes à diftances inégales, ce qui produit donc des rayures fèmblables fiir le bois de fil, Fig. 2 , refendu félon la * direction des rayons de l’arbre ; fi , au contraire, on le refend parallèlement aux couches concentriques, comme la Figure 3 s ce bois n’eft que d’une feule cou* leur plus ou moins foncée , félon que la refente eft faite dans une veine plus ou moins claire , ce qui fait que ces fortes de bois ne s’emploient ordinairement que fur la maille, comme la Figure 2 , ou coupés diagonalement, comme l’indique la ligne A B, même figure.
- La fécondé efpece de Bois , par rapport à leurs formes, font ceux dont les couches concentriques, quoique diftinguées de couleurs à bois de bout, comme la Figure 4, ne produifent aucunes rayures à bois de fil, mais Amplement des veines flambées ou des taches<, comme aux Figures y & 6. Ces fortes de bois font fort agréables, lorfqu’ils font bien choifis & employés avec difcernement, en raifon de la grandeur de la place qu’ils doivent occuper , comparaifon faite avec celle de leurs nuances ou de leurs taches, qui font toujours plus abondantes fur la maille que fur la couche concentrique.
- La troifieme efpece de Bois, font ceux dont le bout eft veiné irrégulièrement
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- 75>o ME NUIS 1ER, III. Part. Selî. III Chap X.
- -rg .de toutes les maniérés, comme la Figure 7. Ces efpeces de Bois font très-pro-Planchb «pres ^ Atre emp^0y^s ^ bois de bout ou diagonaiement, comme je lai obfervé aux Fig. 8 & 9. Quant au bois de fil, il ne fait guere d’effet que for la maille, encore faut-il que les couleurs en foient vives , ce qui eft aflez rare à ces fortes de Bois.
- La quatrième efpece de Bois, eft celle dont les couches concentriques font régulières Sc alternativement teintes de diverfes couleurs, comme la Figure 10; Ces fortes de Bois font ceux qu’on peut employer avec le plus d avantage, parce que non-foulement ils font beaux à bois de bout, mais encore à bois de fil, foit qu’ils foient refendus parallèlement aux couches concentriques, comme la Figure 11, ou félon la direction des rayons, comme la Figure 12 ; car dans le premier cas ils préfentent une forface ondée, dont les taches ou flammes font plus ou moins larges félon que la refente eft faite plus près de la circonférence de l’arbre ; dans le fécond cas, c’eft-à-dire, quand la refente eft faite for la maille , comme la Figure 12, le bois préfonte des rayures prefque régulières, lefquelles font plus ou moins parfaites, félon que la refente eft directement faite en pafîànt par le centre de l’arbre.
- Ces quatre efpeces de différences, dans ce qui concerne les teintes des Bois, font celles qui font les plus frappantes : car il en eft une infinité d’autres qui ne font que des nuances entre chacune de ces dernieres, auxquelles elles refletn-blent toujours par quelqu’endroit.
- U eft encore quelques Bois dont la coupe tranfverfàle, ou bois de bout, au lieu d’être rayée en foivant les couches concentriques, repréfonte une infinité de points de différentes couleurs , difpofés à peu-près comme au jonc, & toujours en foivant les couches concentriques de l’arbre. Ces fortes de Bois font un affoz bon effet à bois de bout, comme on peut le voir à la Figure £14. Quant à leur bois de fil, il eft toujours rayé, de quelque fens qu’on le refende; excepté que les rayes qui approchent le plus de la circonférence de l’arbre Sc qui lui font parallèles, font un peu plus larges que les autres. Poy. la Fig. 15.
- Ce que je viens de dire touchant les différentes teintes des Bois, ne peut guere s’appliquer qu’aux Bois des Indes , n’y ayant qu’un très-petit nombre de Bois de France qui foient rayés ou veinés, ainfi qu’on l’a pu voir ci - defliis ; cependant parmi ces derniers, l’Erable qui, quoique fans couleur, eft un des plus beaux Bois qu’on puiffe employer en Ebénifterie, fur-tout lorfqu’on le teint en gris ou de quelqu’autre couleur. Ce Bois différé de tous les autres, tant des Indes que de France, par la conformation de fes fibres ligneufes, qui, au lieu de monter droites, vont "en ferpentant à chaque couche concentrique , comme je l’ai expliqué plus haut, page 784 ; & il a l’avantage de faire un très-bel effet, de quelque maniéré qu’il foit refendu ; car s’il l’eft for la maille, comme la Figure iy, il repréfente une forface ondée , qui, à l’afpeél, femble être en relief ; fi, au contraire, on le refend parallèlement aux couches concentriques > ïa forface devient moërée comme une étoffe, Voye\ la Figure 16,
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- Sect. I. §. II. Des Couleurs en général, 3Ce. 791
- Les Bois , tels que je viens de les décrire, font, pour la plupart, refendus droits fur leur longueur ; cependant quand on veut en augmenter les nuances, Sc par conféquent la beauté, on les refend un peu en pente, ce qui, alors, donne plus de mouvement aux formes de leurs nuances, & les rend propres à faire des remplidâges de panneaux, foit en cœur, foit en rofaces, &c. comme je l’expliquerai en parlant de la maniéré de dilpofer les Bois de placage.
- Les Bois s'emploient aufli à bois de bout ; dans Ce cas, il faut qu’ils foient
- X t
- d’un petit diamètre, afin que les figures qu’ils préfentent, foient plus agréables Sc plus ailées à raflortir.
- Il eft bon d’obferver qu’en faifànt la delcription des couleurs Sc des nuances des Bois, tant des Indes que de France , je les ai décrits tels qu’ils font lorfqu’on les met en œuvre, & que la plupart de ces Bois changent de couleur en les travaillant , Sc lur-tout au poli, qui les brunit beaucoup , fans compter que ces mêmes bois changent en vieilliflànt; c’eft pourquoi il eft nécelîaire que les Ebé-niftes joignent à la théorie de la connoiffance des Bois, beaucoup d’expérience touchant les effets de ces mêmes Bois, afin de n’être pas furpris par les changements qui y arrivent néceftàirement.
- Au défaut de l’expérience, qu’on ne peut acquérir qu’avec beaucoup de temps, les jeunes Ebéniftes peuvent avoir des échantillons de tous les différents Bois, dont ils prendront au moins trois ou quatre de chaque efpece , afin d’en laiffer de bruts, d’autres corroyés, & les autres polis de différentes maniérés ; par ce moyen on acquerra beaucoup de connoiftànces en très - peu de temps : c’eft le moyen dont je me fiiis fervi, & qui, joint aux autres connoif-fances que j’avois à ce fujet, m’a été d’un très-grand fecours dans la partie dont je traite.
- En général, de quelqu’efpece que foient les Bois dont on fait ufàge en Ebénifterie , il faut avoir foin de les choifir très - fecs , fins fentes ni nœuds , ( à l’exception des nœuds de certains Bois, qu’on emploie avec beaucoup d’avantage , comme je l’ai dit en fon lieu ; ) il faut cependant éviter que le Bois ne foit trop fec, parce qu’alors il tend à la vermoulure, fe travaille difficilement , Sc ne prend pas bien la colle ; de plus, quand le Bois eft trop fec, il perd une partie de fa force & de fa beauté. Quant au choix des Bois qu’il faut mettre enfemble , j’en parlerai lorfqu’il s’agira de traiter de la maniéré de plaquer les Bois. Tout ce que je puis dire préfentement, c’eft qu’il faut éviter d allier enfemble des Bois d’une trop inégale denfité, parce qu’il n’eft pas aifé de bien finir l’ouvrage où les Bois durs & tendres fontiempioyés les uns avec les autres, ce qui, je crois, eft très-aifé à concevoir.
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- Planche
- 377.
- Menuisier , III. Fart. III. Secî.
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- ypa MENUISIER, III. Part. Se ci. III. Chap. X.
- §. IIL Des differentes Compojidons de Teintures propres à teindre les Bois,
- & la maniéré d!en faire ufage.
- La Teinture des Bois eft d’une très-grande importance poux les Ebéniftes, puifque c’eft par fon fecours qu’ils parviennent à donner à leurs ©ois les differentes couleurs qui leur font néceffaires pour repréfenter toutes fortes d’objets, comme des fruits , des fleurs , des animaux , Sec. Cependant les Ebéniftes ont toujours fait un très-grand fecret de la compofition de leurs Teintures , afin de s’en conferver la jouiflànce exclufive, & de ne pas trop augmenter le nombre des Ouvriers : de-là vient que la plupart des compofitions dont les anciens Ebéniftes fe fervoient, ou ne font pas venues jufqu’à nous, ou bien ont été mal imitées ; Sc que celles dont on fe fert à préfent, ou font.défeélueufes, ou bien , ii elles font bonnes , ne peuvent fe perfectionner, vu que ceux qui les poffe-dent en cachent les procédés, non-feulement à leurs Confrères, mais même à ceux dont la théorie pourroit leur être utile pour perfectionner la compofition de leurs Teintures, ce qui leur feroit beaucoup plus avantageux que la jouifiance de leur prétendu fecret, qui, cependant, n’eft pas grande choie, mais qui,1 quand même il nous feroit parfaitement connu , ne iaifleroit pas toujours de nous faire regretter la perte de la méthode de Jean de Véronne , qui teignoit les Bois avec des teintures bouillantes Se des huiles qui les pénétroient, ce qui feroit une chofe très-avantageufe à fàvoir , Se dont la recherche ne feroit pas indigne d’occuper les foins de quelques Savants : car il eft fort à fouhaiter qu’on puifle parvenir à trouver le moyen d’employer les drogues de bon teint dans la teinture des Bois, parce que leurs couleurs en foroient plus durables ; mais par malheur les parties colorantes de la plupart de ces drogues font trop épaifles pour pénétrer dans l’intérieur des Bois, ce qui eft cependant abfolument néceflàire, afin qu’ en travaillant les Bois teints, ils fe trouvent toujours de la même couleur , tant à l’intérieur qu’à la forface.
- C’eft pourquoi dans la defeription de la teinture des Bois, au défaut de ces moyens que je fouhaiterois connoître pour les teindre le plus parfaitement pofll-ble, je ne ferai qu’expofer les procédés ordinaires aux Ebéniftes, auxquels je joindrai quelques expériences que j’ai faites par moi-même, lefquelles font encore bien loin d’atteindre à la perfeélion dont cette partie peut être fufoep-tible ( *)• • • .
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- ( * ) Avant que de traiter de la teinture des Bois, j’ai confulté M. Macquer ,• pour tacher , s’il étoit poffible, d’en faire de plus folides & de plus belles que celles dont les Ebéniftes fe fervent ordinairement; il a bien voulu faire lui-même plufieurs expériences qui n’ont pas rempli mes vues, & qui toutes l’ont confirmé dans l’idée que s’il n’étoit pas impoiïible de faire de meilleures teintures, cela étoit du moins très-diffi-
- cile, Sc demandoit un temps confidérabic pour parvenir à les faire , ainfi qu’on va le voir dans l’Extrait du Mémoire qu’il m’a communiqué.!
- » Dès qiÆ j’ai eu examiné les morceaux de » Bois teints en diverfes couleurs , que vous « m’aviez donnés pour modèles , Sc que j’ai eu JJ jetré les yeux fur les procédés des Teintures »» que vous m’aviez laides , voyant que tous ces 33 échantillons écoienc fort bien teints jufques
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- Sect. L §. III. Des Teintures propres à teindre les Bois* SCc. 793
- Les cinq couleurs primitives font , comme je fai dit plus haut, le bleu* le jaune, le rouge, le fauve & le noir ; chacune de ces couleurs eft donnée par différentes drogues, lesquelles, mêlées enfemble , donnent les couleurs fécondés ou compofées.
- Le Bleu propre à la teinture des Bois, fe fait avec de l’Indigo délayé dans de l'huile de vitriol, & mis enfuite dans une quantité fuffifànte d’eau.
- Le Jaune fe fait avec de l’Epine-vinette * de la terre à Jaune & du Safran mêlés enfemble, ou bien Amplement de la Gaude.
- Le Rouge fe fait avec du débouilli de laine, ou bien de la décoétion de Bois <le Bréfil mêlée avec de l’Alun.
- Le Fauve fe fait avec du Brou de*noix. '
- ; Le Noir fe fait avec le Bois d’Inde * la Noix de galle & la Couperofe verte.
- Avant d’entrer dans le détail de la compofition des différentes Teintures , je vais donner une idée générale des drogues avec lefquelles elles font compofées , afin que les Menuifiers-Ebéniftes foient moins fujets à être trompés lorfqu’ils les achètent.
- si dans leur intérieur , j’ai jugé que toutes ces ' a? couleurs étant faites avec des drogues de 33 faux teint, on ne pouvoir défirer autre chofe, » finon de faire les mêmes couleurs auffi bien 33 tranchées avec des ingrédients colorants de 33 bon teint. J’ai donc fait quelques tentatives en 33 efiayant d’aluner ces Bois comme les étoffes,
- 33 & de les teindre enfuite dans des bains de 33 Cochenille, de Gaude & de Garence ; mais *3 ils n’ont pris que des couleurs affez ternes,
- 33 qui n etoient même appliquées qu’à la fur-33 face de ces Bois, l’intérieur n’en étant aucu-» nement atteint, ce qui m’a fait renoncer bien » vite à cette méthode. Je lui ai fait fuccéder a» celle qu’on emploie pour teindre en rouge de *> Garence très-beau & très-folide, les cotons & 33 fils; pour cela j’ai donné à plufieurs des mor-s, ceaux de Bois les mêmes préparations qu’on „ donne an coton pour je teindre en rouge „ d’Andrinople. Ces Bois ainfi préparés ont affez v bien pris la teinture ; mais la couleur n’étoit 33 toujours appliquée que fur la furface , ôc l’in->3 térieur n’étoit nullement coloré. J’ai jugé, » d’après ces épreuves, qu’apparemment les par-i»3 ties colorantes des drogues de bon teint, » étoient trop groffes pour pénétrer jufques dans 33 l’intérieur du Bois, & qu’elles n’étoient dépo-» fées à fa furface que. comme fur celle d’un 33 filtre ; cela m’a fait défefpérer de trouver rien » de mieux que ce que l’on, a jufqu’à préfent. 33 Néanmoins j’ai voulu faire encore quelques *3 effais pour voir fi ma conjecture avoit quel 3» que fondement ; mais pour cela j’ai tenté des 33 procédés abfolument différents de tous ceux » qu’on emploie dans aucune efpece de Tein-33 ture. J’ai imaginé que l’Efprit-de-vin étant » une liqueur beaucoup plus pénétrante que l’eau, Ôc que les matières colorantes capables •> de fe diffoudre dans ce menffrue , pouvant » être plus divifées ôc plus atténuées que celles 33 qui fe diffolvent dans 1 eau, cela feroit capa-» ble de remplir mes vues ; mais la Teinture „ d’Orcanette , extraite par l’Efprit-de-vin , ne m’ayant pas mieux réulfi que mes tentatives
- 33 précédentes, j’ai encore abandonné cette mé* 33 thode ; ôc enfin pour derniere relTource , j’ai a» eu recours à quelques diffolutions métalliques , 33 qui, par elles-mêmes ôc fans aucun ingrédient » colorant, ne laiffent pas de faire quelques 33 couleurs très-folidesfur les matières végétales. » J’ai fait pour cela macérer mes Bois (.fans de.s 33 diffolutions affoiblies d’or, d’argent & de mer-33 cure; je les ai enfuite expofés à l’air, puis >3 rrempés, celui qui étoit imprégné de diffolu-33 tion d’or dans une diflolution d’étain, Ôc les 3> deux autres dans une diifolution de foie de 33 foufre. J’ai eu un pourpre par le moyen de la 33 diifolution d’or, mais feulement à la furface ; 33 & différentes nuances d’affez beau gris , par » celles d’argent ôc de mercure :-quoique Tin— 33 térieur de ces derniers Bois fût teint jufqu’à 33 un certain point, il étoit cependant beau-33 .c up plus clair que leur furface; en un mo-, 33 cette derniere méthode, quoique très-recher-33 chée , n’a pas eu un fiiccès affez marqué pour 33 me donner envie de la pouffer plus loin.
- 33 Voilà, Monfieur, tout ce que j'ai pu faire; 33 vous voyez qu’il en réfui te qu’il faut s’en tenir » à la méthode ufitée du faux teint. Je ne pré-33 tends pas pour cela qu’il foit impoffible d’ob-» tenir fur ces Bois des couleurs auffi pénétran-33 tes & plus vives que celles qu’on a faites juf-33 qu’à préfent ; mais les effais infruéfueux que s» j’ai faits , me donnent lieu de croire qu’on » ne pourroit y parvenir que par des recherches 33 qui, par leur longueur, leurs dépenfes ôc leurs 33 difficultés , n’auroient point de proportion 3> avec l’importance de l’objet, &c. 33
- D’après l’expofé des expériences que M. Mac-quer a faites, il y a tout à croire qu’il n’eff guere poffible de fe fervir des drogues du bon teint, à moins qu’on ne trouve le fecret de les faire pénétrer dans le Bois, par le moyen de quelques préparations données aux Bois ou aux Teintures, ce qui feroit égal ; ou bien en faifant toutes les Teintures à froid , en y laiffant féjourner les Bois jufqu’à ce qu’ils en fufïent pénétrés, fuppofe que cela foit poffible.
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- 794 ME NV IS1E R, lll Pan. Sett. III. Chap. X.
- L’Indigo eft une elpece de cendred’unbleu-foncé,provenant des feuillesd’une plante qui croît dans l’Amérique 8c dans l’Indoftan, 8c qu’on vend en petits morceaux. Pour qu’il foit bon, il faut qu’il foit moyennement dur , qu’il fùr-nage fur l’eau , qu’il foit inflammable & de belle couleur bleue ou violet foncé, que fon intérieur foit parfemé de paillettes argentées , 8c qui paroiffent rougeâ* très en le frottant lur l’ongle. L’Indigo eft préférable à toute autre drogue pour teindre les Bois , parce que c’eft une poudre dont les parties extrêmement fines & déliées, s’introduifent facilement dans les pores de ces derniers.
- L’huile de Vitriol eft le dernier efprit qu’on tire du Vitriol. Cette liqueur acide doit être très-concentrée, & être abfolument débarraflee de toutes parties aqueufes pour faire de belle couleur bleue, comme je le dirai en fon lieu.
- L’Epine-vinette eft un petit arbrifleau dont les fruits , les écorces des racines teignent en jaune. Celle de Candie a le bois très-jaune, & pafle pour la
- meilleure.
- La Gaude eft une plante aflez commune en France ; on la fait bouillir dans de l'eau pour en extraire une liqueur jaune , qui, mêlée avec un peu d’Alun , teint très-bien. Les Teinturiers préfèrent celle qui eft la plus menue 8c d’une
- couleur rouis âtre*
- On teint auffi en jaune avec le Bois jaune dont j’ai parlé ci-deflus, page 777. La Terre à jaune n eft autre chofè que l’Ochre jaune dont le fervent les
- Peintres.
- Le Safran eft une plante qui croît en France , fur-tout dans le Gâtinois : c’eft le piftil de la fleur de Safran qui donne ces petits filaments rougeâtres, ou , pour mieux dire, orangés, qu’on vend fous le nom de Safran , qui font une teinture d’un jaune doré. Pour que le Safran foit bon, il faut qu’il foit récent, d’une odeur pénétrante , d’une couleur luifànte , & qu’au toucher il femble gras , &
- s’attache aux mains.
- L’Alun eft un fèl foflile & minéral, qui fert beaucoup en teinture, foit pour difpofer les matières qui doivent être teintes, foit pour affermir les couleurs , dont il retient toutes les particules par fa qualité aftringente. Le meilleur eft celui de Rome, qui eft de couleur blanche, 8c tranlparent à peu-près comme
- du cryftal.
- La Laine à débouillir fe veqd chez les Marchands de laine. En failànt bouillir cette laine on en tire une décoélion couleur de rofè , qui eft plus ou moins foncée, félon qu’on a mis plus ou moins d’eau pour faire débouillir la laine,
- proportion gardée avec fa quantité.
- J’ai parlé plus haut du Bois de Bréfil, page 771 ; je me contenterai de dire ici que la décoélion de ce Bois donne une couleur rouge clair, tirant fur l’orangé , & qu’on fonce fà couleur en y mettant un peu d’alun. Le Bois de Bréfil de Fernambouc eft le meilleur, & on le bébite tout haché chez les Marchands Epiciers , qui le vendent à la livre.
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- Sect. /. §. IÎI- Des Teintures propres à teindre les B ois, SCc. 79$
- Le Brou de noix n’eft autre chofe que la première enveloppe des noix, qu on été avant qu’elles foient parfaitement mûres, & qu on fait bouillir dans de l'eau pour en extraire une teinture brunâtre ou fauve.
- Le Bois d'Inde dont j'ai parlé ci-delîus, page 777 , donne une décoélion d'un rouge foncé, laquelle teint en noir; Sc lorfqu'on y mêle de l'alun, elle teint
- en violet.
- La Noix de galle eft une efpece d'excrefcence qui fe trouve fur les tendres rameaux d'une efpece de chêne nommé Rouvre. Les Noix de galle les plus eftimées viennent du Levant; les meilleures font celles qui font les plus pelantes, Sc dont la furface eft épineufe. Il y en a de vertes & de noires : elles fervent également à teindre en noir.
- La Couperofe verte eft une efpece de vitriol qui fe trouve dans les mines de cuivre ; c’eft le plus puiffimt des acides : il corrode le fer & le cuivre ; il perce les parties à teindre d’une infinité de petits trous, dans lefquels la teinture s'introduit. La Couperofe fo nomme auffi Vitriol Romain ou dt Angleterre, félon qu'il vient de l’une ou l'autre de ces contrées. On en fait en France qui eft, dit-on, aufli bon que ces derniers.
- La couleur de la Couperofe eft d'un verd clair ; il faut le choifir propre Sc brillant.
- Le Verd - de - gris fert auffi à la teinture des Bois ; c’eft une rouille verte raclée des lames de cuivre. Pour qu'il foit bon, il faut qu'il foît fec, pur, d’un verd foncé Sc rempli de taches blanches.
- Voilà, à peu-près, la defcription des ingrédients dont on fe fort communément pour la teinture des Bois ; refte maintenant à donner la maniéré d'en faire ufàge.
- Maniéré de teindre les Bois en Bleu»
- L a préparation du Bleu avec l'indigo Sc l'huile de vitriol, fo fait de deux maniérés ; favoir, à froid Sc à chaud 5 mais le Bleu pour le bois fo prépare à froid de la maniéré fuivante.
- On prend quatre onces d’huile de vitriol de la meilleure qualité, c’eft-à-dire, qui eft privée de toutes parties aqueufos, qu’on verfo, dans une bouteille de pinte, fur une once d’indigo réduit en poudre très-fine ; enfuite on remplit d’eau la bouteille, du moins à peu de chofe près, on la bouche très-exaélement, Sc on lute le bouchon avec de la cire ; après quoi ôn laiffo le tout infufer pendant cinq à fix femaines, au bout defquelles on peut fe fervir de cette teinture qu’on fera plus ou moins forte , en y mettant autant d'eau qu’on jugera à propos , en obfervant toutefois d’y ajouter un peu d'huile de vitriol, pour que la teinture ait plus de mordant. Quand la teinture eft au degré de force dont on a befoin, on la met dans un vafe de grès ou de terre verniffée, Sc on y lailfe tremper les Bois jufqu a ce qu ils en foient tout-à-fait pénétrés, ce qui demande quelque-; Menuisier, IIL Part. IIP Se8* R9
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- 7 5><f ME NUIS IE R, III. Pan. SeS. III Chap; X.
- fois quinze jours & même un mois de temps , félon la dureté & l’épaiffeur des Bois, qui, cependant, ne peuvent guere avoir plus d’une ligne.
- Les Ebéniftes fe fervent ordinairement d’un pot à beurre de grès pour mettre les Bois à la teinture , ce qui eft très-commode, parce que la forme de ce vafe leur permet de mettre des morceaux d’une affez grande longueur , fans qu’ils foient obligés d’avoir une très-grande quantité de teinture.
- Il eft très-facile de connoître quand l’intérieur des Bois eft pénétré, vu qu’il n’y a qu’à couper un peu le morceau de Bois par le bout, à environ 2 ou 3 lignes de fon extrémité ; & quand les morceaux qu’on veut teindre, ne peuvent pas être ainfi coupés, on met avec ces derniers un autre morceau de pareille qualité, fur lequel on fait des elfais qui aflurent du degré où font les autres morceaux.
- Maniéré de teindre en Jaune.
- Les Ebéniftes teignent en Jaune avec de l’épine-vinette, de la terre à jaune & du fafran, qu’ils font bouillir enfemble ; ce qui étant fait, ils font tremper les Bois jufqu’à ce qu’ils foient totalement teints. La proportion de ces drogues eft de deux litrons d’épine-vinette, fix fols de terre à jaune, 8c 4 fols de fàfran.
- La décoélion de Gaude donne un très-beau Jaune, de bon teint, & on y fait tremper les Bois à l’ordinaire. Lorfqu’à cette décoétion on joint un peu de verd-de-gris, on a un Jaune couleur de foufre. Le fàfran infufé dans de l’eau-de-vie ,
- , donne un très-beau Jaune doré. •
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- Maniéré de teindre en Rouge.
- L e Rouge fe fait ordinairement avec du Bois de Bréfil, qu’on fait bouillir avec fix fois d’alun fur chaque livre de Bois. Ce Rouge eft un faux teint ; 8c comme il eft plutôt orangé que rouge, on peut lui fùbftituer le débouilli de laine , qui donne un très-beau Rouge, tirant fur le rofe, qu’on rend plus foncé en faifant paffer les morceaux qui ont été teints dans le débouilli, dans la teinture de Bois de Bréfil mêlée d’alun ; ce qui alors donne un très-beau Rouge , qui eft plus ou moins foncé, félon qu’on laide les morceaux de Bois plus ou moins longtemps dans la teinture de Bois de Bréfil.
- La teinture de débouilli fo fait fort aifément : il ne s’agit que de faire bouillir de la laine teinte à cet effet, jufqu’à ce qu’elle rende une belle décoélion rouge,’
- 8c d’éviter de la faire trop bouillir , parce qu’alors la laine reprendroit la couleur dont elle s’étoit déchargée d’abord.
- La proportion de la quantité de la laine à débouillir eft d’une livre pour quatre pintes d’eau , pour le premier débouilli, auquel on peut faire fuccéder un fécond, même un troifieme, jufqu’à ce que la laine ne rende plus de couleur.
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- Sêct. I. '§.111. Des Teintures propres à teindre les Bois, 3Cc. 797 La décoétion de Bois de Brélil fans alun, donne un Rouge jaunâtre, qui eft quelquefois allez beau, & qu’on nomme Capucine.
- La décoétion du Bois d’Inde eft très-rouge ; mais elle fait une teinture noirâtre , qu’on rend d’un très-beau violet en y mêlant de l’alun de Rome, comme je le dirai ci-après.
- Maniéré de teindre en Fauve, en Noir & en Gris.
- L a teinture Fauve fè fait avec la décoétion de Brou de noix f laquelle p*ut être plus ou moins forte, félon qu’on juge à propos, en y ajoutant toujours un peu d’alun.
- Le beau Noir fè fait en teignant d’abord les Bois dans une décoétion de Bois d’Inde ( ou de Campêche , ce qui eft la même chofe ) ; & quand cette première teinture eft feche, on les fait tremper enfuite dans une décoétion de noix de galle , dans laquelle on a mis de la couperofe verte , ou vitriol de Rome ; quelquefois on ne fait qu’une feule teinture de ces divers ingrédients , dont la proportion doit être d’une partie de noix de galle, une partie de vitriol, & fïx parties de Bois d’Inde, le tout bouilli enfemble, dans laquelle on fait tremper le Bois jufqu’à ce qu’il fbit pénétré.
- La teinture Grife fè fait avec une décoétion de noix de galle , dans laquelle on fait difloudre du vitriol verd en moindre quantité que pour la teinture en Noir ; de forte que plus il y a de couperofe , plus le Gris eft foncé. La proportion ordinaire eft d’une partie de couperofe fur deux de noix de galle.
- Maniéré de teindre les Couleurs compofées.
- La teinture Verte ordinaire des Ebéniftes, fe fait ordinairement avec les mêmes ingrédients que pour le Bleu , auxquels ils ajoutent de l’épine-vinette en plus ou moins grande quantité , félon qu’ils veulent que le Verd foit plus ou moins foncé.
- On fait un très-beau Verd-pomme en teignant 4abord les Bois dans le Bleu , à l’ordinaire, & en les faifànt tremper enfuite dans la décoétion de gaude , & cela plus ou moins de temps, félon qu’on veut avoir du Verd d’une teinte plus ou moins forte.
- Le Violet fè fait avec la décoétion de Bois d’Inde, à laquelle on a mêlé de 1 alun de Rome ; & on peut avoir des Violets plus ou moins foncés, en teignant
- d abord les Bois en Rofe , & enfuite dans le Bleu , ce qui donneroit un Violet clair.
- Si au contraire on vouloit avoir du Rouge brun tirant fur le Violet, on tein-droit les Bois d’abord dans la décoétion de Bréfil, enfuite dans celle de Bois d’Inde.
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- On peut obtenir des teintures compofées de toutes les nuances imaginables* «n teignant le Bois dans une couleur primitive, puis dans une autre plus ou moins foncée, afin que la teinte qui réfulte de ces deux couleurs, tienne plus ou moins de chacune d’elles, ce qu’il eft très-poffible de faire * puifqu’on eft le maître de forcer ou d’affoiblir les teintures primitives autant qu’on le juge à propos , foie en raifon de ce qu’exige la forme de l’objet qu'on veut repréfenter, ou bien en raifon de la différente qualité des Bois qui prennent plus ou moins bien la teinture , ou qui en augmentent ou affoiblilfent la couleur, ce qui eft fort à confidérer, & qui demande beaucoup d’attention & d’expérience de la part des Ebéniftes.
- En général, toutes les teintures dont je viens de parler s’appliquent à bains froids ; ce n’eft pas que plufieurs d’entr’elles ne puifîent être employées à chaud, mais c’eft que comme il faut un temps très - confidérable pour que les mêmes teintures pénètrent l’intérieur du bois, il n’eft pas poffible de les employer à chaud ; de plus, la teinture froide a , fur les Bois, beaucoup plus de brillant qu’étant employée à chaud.
- Voilà, àpeu-près, le détail des Teintures en bois, du moins telles que la plupart des Ebéniftes les emploient, ou que je les ai moi-même employées dans les eflàis que j’en ai faits , lelquels m’ont affèz bien réuffi, mais qui n’ont pas été fiiivis un aflez long efpace de temps pour être bien sûr du luccès de mes tenta-* tives. Il feroit fort à fouhaiter que ceux qui font préfentement ufàge de ces teintures, ou qui s’en ferviront dans la fuite, s’appliquaffent à lés perfectionner , ce qui, je crois, n’eft pas abfolument impoffible ; & que l’ayant fait, ils fuffent affez bons Citoyens pour ne pas faire un myftere de leurs découvertes, qui ne pourront jamais que gagner à être rendues publiques.
- Les Ebéniftes teignent non-feulement leurs Bois pour les plaquer & les employer à la place des Bois de couleur naturelle ; mais ils emploient ces mêmes teintures pour imprimer diverfos parties de leurs ouvrages lorfqu’elles font travaillées ; alors ces teintures, comme le Rouge de Bréfil, le Violet de Bois d’Inde, le Noir, &c. s’emploient à chaud, ce qu’il eft très-aifé de faire , puifo qu’il fuffit que l’extérieur des Bois foit teint. Outre ces teintures, les Menuifiers en meubles emploient quelquefois une efpece de couleur jaune pour les Bois de lits, laquelle eft compofée d’ochre jaune & de vernis commun , ou de ce même ochre & de la colle d’Angleterre très-claire , quelquefois même ils n’y mettent que de l’eau, ce qui ne vaut rien.
- Avant que de terminer ce qui concerne la teinture des Bois , j’ai cru devoir donner une méthode peu coûteufe pour teindre les Bois blancs en rouge , ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- On prend du crotin de cheval, qu’on met dans un baquet dont le fond eft percé de plufieurs trous, & qu’on place au-deffus d’un autre baquet, dans lequel tombe l’eau du crotin à mefore qu’il fo pourrit ; & quand il ne fe pourrit pas aftez vite , on l’arrofe de temps en temps avec de l’urine de cheval, ce qui l’aide beaucoup,
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- Sect. IL De la refertte des Bois , ôùc. 799
- & donne en même temps une eau rouge qui, non-feulement teint la furface du bois, mais en pénétré l’intérieur à 3 ou 4 lignes de profondeur. En teignant les Bois avec cette teinture, il faut avoir foin qu’ils foient tous d’une même efpece, & à peu-près d’une égale denfité, fi l’on veut quils foient d’une couleur prefque égale par-tout. Cette obfervation eft générale pour toutes les teintures, le£ quelles ne font que des eaux* & n’ont point d’épaiffeur palpable ni même apparente , ce qui oblige les Ebéniftes à faire choix de Bois d’une couleur 8c d’une denfité très-égale , ainfi que je l’ai dit plus haut ; ce qui demande beaucoup d’expérience Sc d’attention de la part des Ebéniftes , auxquels , exception faite des moyens de compofer & d’employer les teintures, il n’eft guere poffible de donner des réglés de théorie fur cette partie , dont la réuflite n’eft fouvent due qu’à l’expérience , laquelle ne s’acquiert qu’avec beaucoup de temps, d’attention & de travail#
- Section Second é;
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- De la refente des Bois propres à VEbénijlerie*
- Comme les bois qu’on emploie en Ebénifterie, font pour la plupart fort chers, puifqu’ils coûtent tout bruts depuis 10 fols jufqu’à 30 fols , & quelquefois même un écu la livre, félon les différentes efpeces de bois, on a grand intérêt de les ménager ; c’eft pourquoi au lieu de faire des Meubles ou autres ouvrages d’Ebénifterle en bois plein, ona imaginé de refendre le bois des Indes par lames ou feuilles très-minces, qu’on applique fur des bâtis faits avec du bois ordinaire. Ce ne font pas les Menuifiers-Ebéniftes qui refendent leurs bois , mais des Ouvriers qui ne font uniquement que cet ouvrage , 8c qui refendent non-feulement pour les Ebéniftes, mais encore pour les Luthiers, 8c généralement tous ceux qui emploient du bois mince. Ces Ouvriers ou Scieurs font payés à la livre, c’eft-à-dire , à raifon de la pefanteur de la piece de bois qu’on leur apporte, ce qui, joint au déchet du bois & la fciure s rend le bois près des deux tiers plus cher , ce qui fait un objet très-confïdérable#
- Le bois de placage fe refend à environ une ligne d’épaiffeur au plus ; quand on veut l’épargner on prend jufqu’à 10 à il feuilles dans un pouce d’épaiffeur „ ce qui ne vaut rien ; parce qu’avant que le placage foit poli, il n a pas une demi-ligne d’épaiffeur, qui fé trouve réduite prefqu’à rien lorfque l’ouvrage eft fini 3 ce qu’il faut abfolument éviter , quoique cela foit fort d’ufage à préfent* Quand on veut débiter une piece de bois pour faire du placage, on commence par choifir le côté le plus droit, &, s’il eft poffible , le plus étroit, pour y donner des coups de feie de y faire les refentes, afin d’approcher davantage de la rive du bois, 8c d avoir des feuilles d’une plus grande largeur; enfiiite on met la piece de bois dans la preife à Icier debout, & on la refend de l’épaiflèur qu’on juge à Menuisier. III. Part. III, Secl. S 9
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- Soo MENU 1S 1ER, ni Part. Se& lit Ckap. X.
- = piopos, ainfi que je vais l’expliquer, après avoir fait la defcription de l’établi ou prefle à fcier debout, Sc de la fcie propre à cet ufàge.
- La fcie propre à refendre le bois des Indes, qu’on nomme auflî Scie à prejj'efjig* t & 2 , eft à peu-près femblable à la fcie à refendre des Menuifiers en bâtiment; elle eft compofée de deux montants Sc de deux traverfes ou fcmmiers dont les bouts failliiTent & font arrondis, pour que ceux qui s’en fervent puiflent la tenir aifé-ment. Le milieu de ces traverfcs eft bombé en dehors, pour leur donner plus de force, Sc quelles ne ploient pas lorfqu’on fait bander la fcie. La largeur mté* rieure de la fcie à prefle, eft de i y à 18 pouces, fur environ 3 pieds, pris du dedans de fes traverfes ou fommiers. La feuille de fcie a 4 pouces de largeur au moins, Sc eft arrêtée dans des chapes de fer, dans lefquelles paflent les traverfes de la fcie, ou, pour mieux dire, de fon chaflis. Ces chapes de fer, repréfcntées Jzg. 4, 8 & 9, fe font de fer plat Sc le plus large pofîible , afin que la fcie
- ne puifle pas tourner aifément, Sc on réferve un écrou à celle du haut, pour y placer une vis a b, fig. 4 $ y , laquelle fert à bander la fcie ; on met en defliis du fommier une lame de fer attachée avec des vis, laquelle empêche que la preflion de la vis de la chape ne le gâte Sc n’y fafïè des trous. V^oy. la Fig. 3.
- La lame de la fcie a, comme je l’ai déjà dit, 4 pouces de largeur au moins, fur une petite ligne d’épaifleur au plus du côté de la denture , en diminuant infcnfi-blement fur le derrière. On ne donne point de voie à ces fortes de fcies, afin de ménager le bois, & on a grand foin qu’elles foient parfaitement droites fur le champ, Sc que leurs dents foient aufli parfaitement égales en hauteur, pour quelles prennent toutes également, & qu’elles ne creufent pas dansl’épaîfleur du bois, ce qui eft d’autant plus à craindre, que ce fcroit autant de feuilles de perdues. Les dents de ces fcies doivent avoir y à 6 lignes d’ouverture de l’une à l’autre , Sc être difc pofées de maniéré que leur partie inférieure fe préfente prefque de niveau, parce qu’étant ainfi arrangées, elles font moins fujettes à s’émouffer, ce qui arriveroic infailliblement fi elles étoient faites à l’ordinaire, vu que prefque tous les bois des Indes font durs, & exigent par conféquent plus de réfiftance aux dents de la fcie. Voyei les Fig. 6 & 7, qui repréfentent une partie de feuille de foie vue de face Sc de côté à moitié de grandeur de l’exécution.
- La prefle à fcier debout, repréfentée fig. 11, eft une efpece de petit établi d’environ 333 pieds Sc demi de longueur, for % pieds de hauteur, dans le deffus duquel on aflèmble une prefle, laquelle fert à retenir en place la piece qu’on veut refendre. Pour que cette prefle foit folide, il eft bon que fà jumelle A yfig' 11 y aye environ 6 pouces d’épaifleur, ainfi qye le defliis de l’établi, dans lequel entrent les vis qui, pour être bonnes, doivent avoir au moins 2 pouces & demi ou 3 pouces de grofleur, Sc être affèz longues pour que quand il y a du bois de 8 à 10 pouces d’épaifleur dans la prefle , il refte au moins autant de longueur de la vis dans l’établi, ainfi que je l’ai obfervé à cette figure. Comme cet établi eft très - court, Sc qu’il eft fujet à s’ébranler par le mouvement de la
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- fcie, on le charge de pierres fur le fond, pour le rendre plus folide ; mais je crois : qu’il vaudroit mieux tenir les pieds de rétabli affez longs pour pouvoir les fcéler dans le plancher de la boutique, qu’on creufe auflî au-devant de l'établi pour ÿ faire entrer le bout des pièces à refendre , qu'il eft bon de ne pas faire furpaîfer de plus de 3 pieds le delfus de la prelfe, tant pour ne pas fatiguer ceux qui tra* Vaillent, que pour conferver la piece qu'on refend, dans un état folide. Les prelfes à fcier debout ne font pas toutes adhérentes à l'établi, comme celle qui eft repréfentée ici >fig* 10 & 1 r ; ce ne font que des preftes ordinaires attachées fur un petit établi, ce qui eft moins folide que de les faire comme je le propofb ici.
- Quand on veut refendre à la prelfe, on commence par placer la piece à refendre dans cette derniere, dont les vis fe ferrent avec un! levier de fer qu'on ôte après s'en être fervi, afin qu'il ne nuife pas ; enfuite, avec une fcie ordinaire 9 on commence tous les traits à refendre à bois debout, jufqu'à 2 ou 3 lignes de profondeur, puis on fait ulage de la fcie à prelîe >fig* I , laquelle fe mene horizontalement par deux hommes, en obfèrvant de Y incliner davantage du côté du croc, 6c de la relever en la retirant, afin de la foulager Sc qu'elle ne tienne pas dans le bois, ou du moins que la fciure ne s’y engorge pas. Voye^ la Fig. 10 , qui repréfente une prelîe à fcier debout vue en perfpeétivc, avec les Scieurs placés comme ils doivent l'être.
- Quand on refend à la prelfe , on commence par la rive de la pièce , afin que les premières lames refendues ploient St facilitent le palîàge de la fcie, ce qui ne pourroit être fi on la refendoit par le milieu, comme on le fait quand on refend de grolîes pièces de bois à i'ufàge de la Charpenterie, ou de la Menuir ferie ordinaire, vu que la fcie à prelfe eft très-mince, & quelle n’a point du tout de voie. Les Scieurs à la prelîe ne tracent pas la piece qu'ils veulent refendre ; mais après avoir Commencé le bout avec la fcie ordinaire, ils continuent le refte à la vue; ce qu'ils font très-adroitement, pour la plupart, lefquels font très-sûrs de refendre leurs lames non-feulement très-droites, mais encore parfaitement égales d'épailîeur entr'elles. Voy. la Fig. î r , qui repréfente la Cdùpe de l'établi ou prelfe à fcier debout, & une piece de bois débitée par lames jufqu'à la moitié.
- Pour terminer ce qui regarde le débit du.bols propre à l'Ebénifterie, j'ai repréfente, fîg. 12 , une fcie qu'on nomme Scie à dépecer, laquelle fert à débiter non-feulement les bois durs, foit à bois de fil, foie à bois de travers ou à bois de bout, mais encore l'écaille, l'ivoire & la nacre de perle. La monture de ces fortes de feies eft toute de fer, dont la branche fupérieure eft évaféê en dehors, afin qu'on puilfe y adapter la lame & la tendre comme on le juge à propos, ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- Après avoir percé dans la lame de la fcie, un trou b 9 correfpondant avec celui de la branche inférieure de la monture de la fcie, on met cette derniere &
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- Soi MENUISIER, III Part. Se3. lit Chàp. X.
- ; celle qui lui eft oppofée, dans une p relie ou toute autre chofe capable de leà faire ployer , de maniéré qu elles tendent à fe rapprocher Tune contre l’autre % & on les ferre autant qu’on le juge à propos, pour donner à la fcie toute la ten-fion néceiïàire ; puis la lame de la fcie étant arrêtée au point b , on la fait entrer dans la branche lupérieure de la monture, 8c on y trace la place du trou au point a, qu’on perce pour y placer une goupille ; ce qui étant fait, on fait encore ployer les branches de la monture, jufqu’à ce quelles donnent la liberté de palier la goupille au-defius d’une petite éminence formée par le bout de la branche, Sc qui fert à retenir la goupille en place, comme on peut le voir dans cette figure.
- Les lames de ces fortes de fcies font très-minces, & on ne leur donne point de voie , pour qu’elles perdent moins de matière, Sc qu’elles paffent facilement $ on les amincit fur le derrière, qu’on fait avec une lime qu’on y pafle en longueur jufqu’ à ce qu’on l’ait aminci autant qu’on le juge à propos ; enfuite on les frotte avec du grès, pour ôter les inégalités que la lime peut y avoir faites : cette opération s’appelle démaigrir , en terme d’Ouvrier.
- Quand les fcies à dépecer fervent à fcier l’ivoire ou autres matières dures, il faut que leurs lames foient plus dures que pour les bois ordinaires ; alors on fe fert de fcies d’acier trempé, ou de reiîorts de pendules, lefquels font très-propres à cet ufàge, Sc qu’on démaigrit fur la meule, leur dureté les rendant inacceffibles aux dents des limes.
- Les dents de ces fcies fcnt inclinées à l’ordinaire ; Sc à celles dêftinées à fcier l’ivoire ? on les lime diagonalement des deux côtés, afin qu’elles préfentent une pointe aiguë qui divife la matière fans l’éclater.
- Les fcies à dépecer font de différentes grandeurs, félon les différents befoins. Celle qui eft repréfentée ici au quart de l’exécution \ eft de la moyenne grandeur.
- Il y a encore d’autres fcies nommées Scies à ïAnglôïje, dont la tenfion fe fait par le moyen d’une vis. J’en ferai mention en traitant des Outils des Menui* fiers-Ebéniftes , dont la defcription va faire l’objet du Paragraphe fuivant*
- §. L Defcription des Outils des Ebcnifes-»
- Les Outils des Menuifiers-Ebéniftes, font les mêmes que ceux des autres Menuifiers, quant à ce qui a rapport à la préparation de l’ouvrage, comme , par exemple, les établis, les outils d’affûtage ; mais ils en ont d’autres qui diffèrent beaucoup de ceux des Menuifiers ordinaires, & qui ont par conféquent befoin d’un détail particulier, à la fuite duquel je donnerai une courte defcription du Tour & des Outils qui y font néceflaires, le tout relativement à l’Ebénifterie, ainfi que des autres Outils & Inftruments dont l’ufàge eft néceflaire dans cette partie de la Menuiferie,
- Comme
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- Seùt. Il, §. I. Description des Outils des Ebénifies, 803
- Comme les Ebéniftes font beaucoup de petits Ouvrages , ils ont plus de précautions à prendre en les conftruifiint, que pour les autres elpeces de Menui-leries ; c eft pourquoi on a imaginé une forme d’établi d’un ufage plus com-rnode que ceux dont on le leit ordinairement»
- Cet établi, repréfentéyzg. 1, fe nomme établi à VAllemande, (foit qu’il ai^ été inventé en Allemagne, ou 5 ce qui eft plus vraifemblable, par des Ebéniftes Allemands, qui font en très-grand nombre à Paris ) ; cet établi, dis-je, eft compofé, comme tous les autres, de quatre pieds, d’un fond & d’un deflus, à l’extrémité duquel eft placée une boîte à rappel, fervant à retenir le bois en place fer l’établi, de telle longueur que foient les pièces, Sc fans avoir befoin de valet ; ce qui fe fait par le moyen de deux crochets ou mentonets de fer a > b9 Jîg. 1, dont un eft placé dans la boîte , & l’autre dans l’établi, & qu’on change de place félon qu’on le juge à propos , comme je l’expliquerai ci-après.
- La boîte ou rappel, qui fait la partie la plus eflentielle de l’établi dont je parle , a 14 ou 15 pouces de longueur, fur 3 pouces & demi de largeur, ayant une épaifleur égale à celle de l’établi, qui eft ordinairement de 4 pouces. Cette boîte, repréfentée en grand fig. y , <5, 7, 8, 10 & 12, eft vuide en dedans pour le paflage.de la vis Sc de fon écrou, Sc eft compofée de quatre pièces ou côtés A,B,C,D, fig. 7, d’une tête E, fig. y, & d’une autre forte piece ou tête Fy fig, 6 & 8, au travers de laquelle pafle le crochet de fer, comme on peut le voir à la fîg, 6, qui repréfente la boîte ouverte par devant, avec la place du crochet, indiquée par des lignes ponéluées a9b9c,d;8ca la figure 8, qui repréfente la coupe longitudinale de cette même boîte, & de la mortaife propre à placer le crochet ; la piece F, fe préfente à bois de bout, fig, 6, & elle eft difpofée de maniéré qu’elle eft entaillée au nud du deflbus de l’établi, où elle pafle en forme de queue d’environ 8 à 10 pouces de longueur, Sc eft retenue en place par une tringle G, fîg, 6 & 7, dans laquelle elle entre en entaille. Cette tringle G, fert a feutenir le deffous de la boîte à l’endroit du crochet, Sc à fou-lager les languettes de la piece de derrière , qui, fens la queue de la piece Fy fupporteroient feules tout le poids de la boîte.
- Les languettes de la piece de derrière B, fig. 7, dont je viens de parler , doivent avoir peu de hauteur, pour ménager la force de la joue qui les retient , dont on augmente la folidité par des vis à tête frai fée, qu’on y place de diftance en diftance , comme on peut le voir dans cette figure , qui repré-; fente la coupe tranfverfale de la boîte, & d’une partie de l’établi : voyez pareillement la figure 10 , qui repréfente le côté de l’établi prêt à recevoir la boîte , avec la barre G G 9 qui la foutient.
- La tete E de la boîte y fig» y y 6 & 8, eft aflemblée dans la piece du deflus & dans celle du deflbus à rainure & languette, & y eft arrêtée avec des vis, ou du moins des chevilles à colle ; la piece du deflus A, pafle en entaille par deflus la principale piece b9fig, 8, Sc y eft pareillement arrêtée, & celle de deflbus y Menuisier , l II. Part, III# Sc3% T p
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- s efl; aflemblee à tenon & mortaife , comme on peut le voir dans cette figure.
- La piece B du derrière 9fig. 7, efl: attachée avec des vis fur la tête de la boîte & fur la principale piece, comme on a pu le voir à la figure 12 , qui repréfente la boîte vue par derrière ; la piece de devant, qui fert de porte, s’attache pareil-; lementavec des vis, qu’on n’arrête'à demeure que lorfqu’on a placé l’écrou.
- 1 La vis qui fort à faire mouvoir cette boîte, fe fait en fer, ainfi que fon écrou , ce qui efl: le plus folide ; cependant lorfqu’on veut économifer, on fait la vis en bois, 8c l’écrou en fer , garni de plomb mêlé avec de l’antimoine, comme je l’expliquerai ci-après.
- Que la vis foit faite en bois ou en fer, il efl: nécelfaire qu’elle foit de toute la longueur de la boîte, afin quelle porte également du bout comme du collet,’ qui alors efl: moins fatigué lorfqu’elle fait preffion contre la boîte, & par confé-quent cette derniere contre l’établi. Voye{lafig, 8. Le collet de la vis doit être arrêté dans la tête de la boîte, afin de la rappeller , c’eft-à-dire, de l’ouvrir; ce qui fe fait en obfervant une rainure d’environ deux lignes de profondeur dans le collet j dans laquelle on fait entrer deux clavettes de fer ou de cuivre, ou même de bois très-dur, lefquelles arrêtent la vis 8c la boîte d’une maniéré fixe. Voyez les figures 6 & 8 , qui repréfentent la coupe de la vis 8c des clavettes quil’arrê-; cent à fon collet.
- Quand la vis efl: de fer, on l’arrête de même , & 8 à 9 lignes de diamètre luî fuffifent. Lorfqu’elle efl: en bois, il faut, pour quelle foit folide, quelle en ait au moins quinze.
- Les écrous des vis en fer fe font à Ÿordinaire, & on y fait une queue longue d’environ 6 pouces, laquelle entre dans une mortaife pratiquée dans l’épaifleur de l’établi, avec lequel on l’arrête par le moyen de deux boulons à vis qu’on éloigne l’un de l’autre le plus qu’il efl: poffible, afin que l’écrou foit moins fujet à être ébranlé. Voye^ lafig. 7, où l’écrou efl: repréfenté vu de côté avec ces deux boulons ; 8c la figure*? , qui repréfente ce même écrou vu en deflus.
- En faifant ces fortes d écrous, il efl: bon d’y faire deux épaulements, l’un deflus 8c l’autre deflbus , lefquels fervent à retenir la boîte 8c à foulager les rai-« nu res de la piece de derrière , comme je l’ai obfervé fig. 7.
- Quand les vis font en bois , les écrous fe font de même que ceux ci-deflus $ du moins quant à l’extérieur, 8c on les fait allez gros pour que le trou qu’on fait au milieu , foit d’environ 3 à 4 lignes plus large que la grofleur de la vis;on évafo ce trou des deux côtés, & on perce des trous des quatre côtés de l’écrou j pour que la matière quon y coule pour former l’écrou de la vis, y tienne folide-ment. Quand l’écrou efl: ainfi difpofé, on le place dans l’établi, & on l’arrête avec fes boulons, en obfervant que le trou de l’écrou fe trouve bien jufte vis-à-vis celui de la boîte ; enfuite on prend un bout de vis femblable à celle qui doit fervir, 8c on l’enduit à environ une demi-ligne d’épaifleur avec de la terre à four très-fine, broyée avec de la colle, ce qui efl: néceflaire pour le jeu de la vis, 8c
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- Sect. IL §. L Defcriptîon des Outils des Èbénijles. 8oy
- pour empêcher que la chaleur de la matière ne brûle la vis. Quand cet enduit ; eft fec, on place la faufle tis dans l'écrou, Sc on les enduit de terre au pourtour , pour empêcher que la matière ne fuie ; enfuite on coule la matière entre l'écrou Sc la faufle vis, quon retire lorfque la matière eft refroidie , & l'écrou fe trouve fait. Voye£ les jig. 6,7 & 8, où l'écrou eft repréfenté de face, de cote &en coupe ,& où l'on voit la maniéré dont il eft difpofé, ainfi que la matière qui forme l'écrou proprement dit, laquelle eft un compofé de plomb Sc d'antimoine , dont la quantité en raifon du plomb eft comme un à deux*
- Les crochets ou mentonnets de fer qui fervent à l'établi dont je fais la deferip-don, ont environ 10 lignes quarrées de gro fleur, & une longueur égale à Yè* paiffeur de rétabli, plus 9 à 10 lignes qui! faut qu’ils le défaftleurent, ce qui fait environ J pouces de longueur ; Sc on y adapte un ou deux refforts par les côtés, pour qu'ils tiennent en place à telle hauteur qu'on le juge à proposé Voye£ les jig. 2 & 3.
- Le crochet qui fe pofe dans l'établi, fe change, comme on le juge à propos, dans des trous qui font percés de 4 pouces en 4 pouces de diftance les uns des autres, Sc à 18 lignes du bord de l'établi, afin que le milieu de leur largeur fe rencontre jufte avec le point milieu de la vis. Voye% la jig. p.
- Les trous où fe placent les crochets, fe percent en pente, à contre-fens de celui de la boîte de rappel, comme on peut le voir à la jig. 6, afin que quand on preffe le bois entre les crochets, la force de la preffion ne les faffe pas fortir hors de leur place, & que la piece ef, jig. 1, qui eft prife entre-deux, ne s’échappe pas.
- On met une preffe de côté à ces fortes d'établis *, Sc pour plus de commodité on y en met une fécondé adaptée à un pied mouvant, qui entre en enfourche-ment dans la traverfe du bas de l'établi, & à rainure Sc languette dans le deflus*1 Cette fécondé preflê fe change d'un côté de l'établi à l'autre , comme on le juge à propos , Sc fe dévêtit de là place fort aifément, vu que la languette de la traverfe du bas eft fupprimée proche le pied de devant de l'établi.
- Ces preffes s'écartent autant qu'on le juge à propos ; Sc pour les tenir égale-ment ouvertes du bas comme du haut, on affemble dans le bas de leurs jumelles une tringle, fig. 4 , qui paffe au travers des pieds, Sc qui eft percée de plufieurs trous, dans lefquels on place une cheville de fer qui les arrête à la diftance convenable.
- Malgré les preffes dont je parle, on met dans l'épaiffeur du deffus de l'établi des petites prefles montées avec des vis de fer, dont les jumelles font d'une largeur égale à l'épaiflèur de la table de l'établi. Voye£ la jig. r r , où j'ai repréfenté en coupe cette prefle , avec fa vis Sc fon écrou, & où j'ai indiqué , par des lignes ponéluées, la place des crochets, la rainure du faux pied, Sc les affem-blages des pieds, qui ne vont qq'aux trois quarts de l'épaiflèur de la table, ce qui eft plus propre, Sc vaut beaucoup mieux que de les faire palier au travers% comme c'eft la coutume.
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- So6 MENUISIER, III. Pan. SecZ III. Chap. X.
- wrymm wmmmmm Au lieu de mettre des vis de fer aux prefîes des côtés de rétabli, où peut en Planche mettre de bois, taraudées dans l’épai fleur de Tétabli, à l’extrémité deîquelles on obferve une tête pour paffer une manivelle fervant à les faire mouvoir. Quelquefois ces vis n ont point de tête5 Sc font taraudées dans toute leur longueur; de forte qu’un bout fo ville dans l'établi, Sc l’autre dans un offelet qui prefîe contre la jumelle, ce qui revient à peu-près à la même chofe que quand elles ont des têtes ; à l’exception que quand il arrive que l’ofîelet fe trouve difpofé perpendi-, culairement, il furpalTe le delfus de la jumelle de la prelTe, ce qui eft allez incommode.
- ; On met auffi quelquefois des tiroirs au deflous de ces fortes d’établis , comme ceux H, 1, L, fig. x, ce qui eft très-commode pour ferrer une infinité de chofes ; de plus, ces tiroirs ainfi placés, nuifent moins que ceux qu’on pofe immédiatement au-delîbus de l’établi, comme c’eft l’ufage. f
- .....— Après les établis , les prefîes font les plus gros outils des Ebéniftes : elles font
- Planche de deux fortes ; lavoir , celles fig. i Sc 3, dont le mouvement fe fait horifontale-*8o" ment, Sc dont les vis ont des têtes percées pour recevoir des boulons de fer fen yant à les faire mouvoir. Ces preffes font compofées de deux jumelles A B Sc C D , lefquelles ont $ à 6 pouces de largeur , fur 3 à 4 pouces d’épaifïeur, à , raifon de leur longueur, qui varie depuis 2 jufqu’à 4 pieds, & dans l’une des
- deux, c’eft-à-dire , dans celle A B, les vis font taraudées , au lieu quelles entrent tout en vie dans l’autre. La longueur des vis de ces prefîes doit être environ les deux tiers de la longueur de ces dernieres, for 2 à 3 pouces de dia-métré ; & on doit avoir foin que leurs têtes foient frettées d’un cercle de fer , pour empêcher qu’elles ne fe fendent lorfqu’on les force pour les faire mouvoir. Voye^ les fig. 1 & 3. On fait ufàge de ces prefîes fur l’établi, foit pour refendre de bout, foie pour travailler l’ouvrage ou pour le coller. Dans l’un ou l’autre de ces différents cas, on arrête la prefîe fur l’établi avec deux valets , afin qu’elle y foit arrêtée d’une maniéré fixe 8c invariable.
- L’autre eîpece de preife, fig. 2 $ 4, fert verticalement, Sc eft compofée^ comme la première, de deux jumelles Sc de deux vis, à l’exception que les vis font affemblées fortement & chevillées dans la jumelle de deflous, laquelle eft un peu plus large que l’autre, afin de donner plus d’empattement à la prefîe. La jumelle de defîus fo meut à volonté, Sc eft arrêtée par deux ofîelets ab Sec dj fig. 2 6 4, dans lefquels les vis font taraudées. Ces fortes de preflès font de différentes grandeurs, ainfi que les premières, & fervent pour les collages, tant en mafîe que de placage.
- Après les prefîes, le plus grand outil, Sc un des plus nécefïàires, eft la meule ou gagne-petit, laquelle fert à affûter les outils, Sc cela bien plus promptement qu’on ne feroit for un grès , comme font tous les autres Menuifiers.
- Le gagne-petit, fig. 5,6 & 7, eft compofé d’un pied d’environ 16 à 17 pou-, ces de hauteur, for 2 à 2 pieds Sc demi de long, Sc 9 à 10 pouces de large. Sur ce pied eft pofée une auge de bois de chêne, d’une grandeur foftffànte pour
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- Sect. IL §. I. Defcription des Outils des Ebénifles* 807 contenir une meule d'environ 2 pieds de diamètre , & 2 à trois pouces d'épaif-feur. Cette auge doit être bien affemblée, & fou fond doit avoir environ 2 pouces d'épailfeur, afin d'être creufée en deffous pour recevoir le pied fur lequel on l'arrête avec des vis : un des bouts de l'auge doit s’élever au-delfus de la meule ,
- 6 être percé d'un trou, dans lequel on fait entrer un morceau de bois ef9 fig* qui fert à travailler la nacre de perle, comme je le dirai en fbn lieu. A l’autre bout de la meule, eft une planche fervant à appuyer la main de celui qui affûte. Cette planche eft garnie de deux bandes de fer attachées aux deux côtés de l'auge avec deux vis g, de maniéré qu'ils puiflent tourner librement ; l'autre bout h, eft attaché avec deux autres bandes de fer plates, à l'extrémité inférieure def* quelles on fait une efpece de rainure de 5 à (5 lignes de largeur, fur 3 à 4 pouces de longueur, qui fert à palier une vis arrêtée dans le côté de l'auge, dont l'écrou î9 qui a une tête {aillante, étant ferré, retient en place la barre de fer , & par conféquent la planche avec laquelle elle eft attachée, que l'on bailfe ou qu’on hauffe comme on le juge à propos, félon que la meule eft d'un plus ou moins grand diamètre.
- Le dedans de l’auge eft ordinairement garni de plomb très-mince 3 pour qu elle contienne mieux l'eau, ce qui eft meilleur que de les laifler toutes nues ; quoique quand elles font bien aftemblées, & qu'elles ont fervi quelque temps, elles tiennent aftez bien l'eau , qui, en s'imbibant dans les pores du bois, y entraîne le limon de la meule , qui y fait une efpece de maftic.
- La meule eft un grès qui vient du Languedoc, d'Auvergne ou de Champagne ; mais celles qui viennent de Langres {ont les plus eftimées : leur couleur eft d'un gris blanchâtre. Pour qu'elles {oient bonnes, il faut que leur grain foie fin, égal & ouvert, parce que quand il eft trop ferré, c'eft une marque que la meule eft dure.
- La meule eft montée fur un axe ou arbre de fer, auquel elle eft arrêtée avec des coins de bois de chêne ; cet axe pofe fur des collets de cuivre, dans lefqüels font pratiquées des rainures où entrent des efpeces de languettes ou anneaux , faits aux deux côtés de l'arbre, ce qui l'empêche de s'écarter d’aucun côté, & par conféquent retient toujours la meule au milieu de l'auge.
- Les collets de cuivre font de deux pièces fur la hauteur ", iis entrent à rainures & languettes dans les côtés de l’auge; celui de deftiis eft mobile, & redefeend fur l'axe, où il fait preffion par le moyen d'une vis qui eft taraudée dans une bride de fer attachée au-deffus du côté de l'auge.
- La meule fe tourne au pied ou à la main, félon qu’on le juge à propos ; dans l'un ou l'autre cas, la manivelle fert toujours, puifque quand on la tourne au pied , on y attache la corde.de la marche, ou pédale l m. Voye£ lesfig. y , 6 &
- 7 f dont l'une repréfente le gagne-petit tout monté vu par le bout ; l’autre qui le repréfente vu de côté, & la derniere vu en coupe ; ce qui eft fùffifànt pour donner toute l’intelligence néceflàire de cette forte d'outil, qui, quoique utile
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- aux Menuifiers, eft le plus fouvent fait par les Serruriers-machiniftes & autres J c'eft pourquoi ceux qui voudront acquérir une parfaite connoiftance de toutes les efpeces de meules ou gagne-petits, pourront avoir recours aux Arts du Coutelier & du Tourneur , où elles font amplement décrites.
- Quoique je dife que les Ebéniftes affûtent leurs outils fur la meule, ce n'eft pas qu'ils ne fo fervent auffi de grès comme les autres Menuifiers ; mais c'eft que la meule eft d'un meilleur ufage , tant pour bien affûter que pour le faire avec plus de diligence.
- Quand les outils font affûtés , foit fur le grès, {bit fur la meule , pour leur donner un taillant plus vif 8c plus fin, on les paffe fur la pierre à l’huile, ce qui les rend très-propres à couper le bois net, quelque tendre qu'il puîife être.
- Ces pierres viennent du Levant ; les meilleures font celles qui font de couleur blonde, d'un grain ferré, uni 8c très-égal : cette pierre a le défaut d’avoir de petites veines blanchâtres, foit en long, foit en travers, lefquelles font autant de durillons qui empêchent de bien affiler ; c’efl pourquoi il faut choifir celles qui feront les plus égales, ou, du moins, qui auront de plus petites veines, 8c en moins grande quantité.
- Comme ces pierres ne font pas d'un très-grand volume, & que d'ailleurs elles font fragiles, on les enchâffe dans un morceau de bois, dans lequel on les fait entrer tout en vie, 8c le plus profondément qu'il eft poffible, & afin qu’elles y tiennent plus fblidement, on les fcelle avec du maftic. Voye[ lesjîg. 8 & p»
- On fe fert d'huile pour affiler les outils fur ces pierres, & il eft bon qu'elles en foient toujours imbibées , & qu'elles foient toujours très-propres, parce que la pouffiere qui s'y attache forme une graiffe qui les gâte, 8c empêche les outils de prendre deflus.
- Les pierres à l'huile font cheres ; celles qui font paftàblement bonnes coûtent depuis quatre francs jufqu'à cent fols la livre ; mais auffi quand elles fe trouvent bonnes, c'eft un grand avantage qui diminue beaucoup de leur cherté.
- Les outils d'affûtage des Ebéniftes, comme fergents 8c valets, les varlopes , demi-varlopes , les feuillerets, les guillaumes, &c, font les mêmes que ceux des autres Menuifiers; il n'y a que les rabots qui font un peu différents, quoiqu'ils faffent auffi ufàge des rabots ordinaires, pour la conftruélion de leurs bâtis 8c autres ouvrages de peu de conféquence.
- Les rabots des Ebéniftes, fig, 1 & 2 , different des rabots ordinaires par l'in-clinaifon de la pente de leurs fers, & quelquefois par la forme de ces derniers,’ qui, au lieu d'être unis fur la planche, font cannelés jufqu'à environ la moitié de leur longueur, comme je l'expliquerai ci-après.
- La pente des rabots des Ebéniftes, varie depuis celle des rabots ordinaires indiquée par la ligne a b, fig. 1, jufqu'à celle b c, qui eft perpendiculaire avec le fût de l'outil ; cependant celle qui eft la plus ordinaire, eft celle b d% félon laquelle eft placé le fer du rabot, cette pente eft d’environ 3 à 4 lignes, fur
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- Sect. ÎI. §. t. Defcrîptïon des Outils des Ebénijlèsi 809 la largeur de 2 pouces & demi à 3 pouces. Les rabots des Ebéniftes font ainfi de bout, afin qu’ils ne faffent point d’éclats, aux bois qu’on travaille, lefquels étant quelquefois très-rudes, exigent que le fer foit plus ou moins de bout*
- Quoique ces rabots foient ainfi de bout, on ne s’en fert guère avec les fers ordinaires que pour le bois de bout ou de champ ; car quand il s’agit de raboter le b ois de placage à plat, (bit en feuille, foit colié, il faut alors y mettre un fer à. dents, lequel ne fàuroit faire d’éclat, vu qu’il ne fait que rayer le bois , foit à bois de fil, foit à bois de travers.
- Les fers à dents ou bretés, ( ce qui eft la même choie ) fepréfèntés fig. 3 * font de la même forme & grandeur que les fers ordinaires, à l’exception qu’ils font un peu plus épais.
- Les rayures ou cannelures des fers à dents, font creufées, du côté de l’acier , d’une forme triangulaire, & entre chacune d’elles il y a un petit filet plat, qui feul eft tranchant, vu que le fer étant affûté, chacun de ces filets forme une elp ece de dent d’une forme quarrée, qui va en s’épaiffiflant for le fond.
- Il y a des fers brettés dont la denture eft plus ou moins grofle, félon les différents befoins. Voye£ la fig. 3 , où j’en ai repréfonté un de grandeur d’exécution , dont les dents font d’une moyenne grandeur, y en ayant de près de moitié plus petites, & du double plus groffes, dont on fait ufàge félon les diverfes fortes d’ouvrages rcomme je le dirai en fon lieu.
- Les fâts des rabots dont je parle , n’ont rien de different de ceux des autres Menuifiers : il y en a de droits, comme les figures 1 & 2 , & de cintrés for le plan, dans lefquels on met foit des fers unis , ou des fers à dents , félon que le cas l’exige*
- Les varlopes - onglets des Ebéniftes, font conftruites de la même maniéré que leurs rabots, dont elles ne different que par leur longueur, qui varie depuis 10 pouces jufqu’à 16.
- Il y a des varlopes-onglets à femelle de fer, fig. 4, lefquelles font propres à travailler les bois très-durs & de rebours, les bois de bout <& les métaux. Ces fortes de varlopes - onglets ne different des autres que par la pente de leur lumière , qui eft extrêmement inclinée, & par la pofition de leur fer, qui eft retourné fens deflùs deflous, comme on peut le voir dans cette figure, laquelle eft repréfentée en coupe, afin qu’on puifle voir la pente de la lumière, & la dilpofition du fer, qui doit affleurer avec le deflous de la femelle de fer , contré laquelle il eft appuyé.
- La lumière de la varlope-onglet, telle qu’elle eft repréfentée ici, devient un peu longue, & diminue par conféquent de la force de l’outil ; c’eft pourquoi on en fait où il y a deux lumières, l’une qui fert à placer le fer & le coin, So l’autre indiquée par les lignes e g, A, par laquelle fortent les copeaux. Cette’ maniéré de difpofer les lumières , eft là moins ufitée, quoique cependant ce foit la meilleure^
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- La femelle de fer tient avec le fût de bois par le moyen de fix vis, lefquelles paflent au travers de ce dernier, & font taraudées dans l’épaifleur de la femelle, àinfi quon peut le voir à lafig. y , qui repréfente la coupe tranfverfale de la varlope-onglet, à l’endroit des deux vis. Voye£ aujfi la fig$ 6, qui repréfente cette même varlope vue en deflous, avec le bout des vis.
- Ce que je viens de dire par rapport aux varlopes-onglet à femelle de fer , peut auffi s’appliquer aux rabots , qu il ferait bon de conftruire de cette façon , fur-tout ceux qui fervent pour les bois de ’bout, ou ceux qui font extrêmement durs, dont le frottement gâte en peu de temps le deflous du rabot, qui alors ne peut plus aller comme il faut, à moins qu’on ne le redrefle.
- C’efl: cette difficulté qui a fait imaginer les rabots de fer, tant pour les métaux que pour les bois durs. Ces outils, repréfentés fig, 8,p, io^rn, font eonftruits en forme de boîtes vuides par le deflus, dans lefquelles on ajufte un coin de bois A, fig. 9, lequel fert à retenir le derrière du fer , foit qu’on veuille que ce dernier foit pôle perpendiculairement, comme il efl: aux fig. 8 & 9, ou qu’on le place incliné, comme l’indiquent les lignes ponéluées B9 C ; dans ce dernier cas on abat le coin en pente , félon celle qu’on juge à propos de dom ner au fer de l’outil. Voye{la fig. 7, qui repréfente ce coin vu en coupe & en dédits.
- Le fer de c es fortes de rabots efl: arrêté en place par le moyen d’un autre coin D, fig. 9 , lequel frotte contre un boulon de fer E, qui tient aux deux côtés ou joues du rabot.
- Quand le fer efl: fort incliné , comme celui B C, le boulon E ne peut plus fervir, & on en met un autre F\ lequel entre tout en vie d’un côté du rabot, & à quarré de l’autre, afin qu’on puifle l’ôter quand on le juge à propos , & qu’il ne tourne point étant en place. 7
- Le coin D , qui fert à retenir le fer , doit être plein fur toute fa largeur , pout qu’il foit plus folide, étant d’ailleurs fort inutile qu’il foit évuïdé, vu qu’il n’y a rien en dedans du rabot qui puifle arrêter le copeau.
- Quant à la conftruélion de ces fortes d’outils, je n’en ferai aucune mention * vu quelle efl: du reflort des Taillandiers & autres Ouvriers en fer.
- Les Ebéniftes fe fervent de fcies à peu-près femblables à celles des Menui-fiers en bâtiment ; c’efl: pourquoi je n’en parlerai pas ici. Cependant il efl: bon d’obferver qu’ils font plutôt ufage des fcies à tourner, que de toute autre, foit pour fcier fur la longueur ou fur la largeur ; c’efl: pourquoi ils en ont de diflFe—; rentes grandeurs, pour s’en fervir au befoin. Cette méthode efl très-bonne pour refendre le bois qui n’eft pas d’une forte épaifleur ; mais je ne fai pourquoi ils fe fervent de fcies à tourner pour fcier les bois de bout, les arrafements, Scc. vu qu’une feie ordinaire efl meilleure qu’une feie à tourner, pour ce qui efl: des bois de bout, fur - tout quand il faut que ces derniers foient coupés avec précifion.
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- Je ne parlerai pas ici non plus de la fcie à découper, ou de marqueterie , r parce qu’il fera beaucoup mieux de le faire lorfqu’il fera queftion de traiter de la Planche maniéré d’en faire ufàge. Il en fera de même de beaucoup d’autres outils, dont s8ï* je ne ferai la defcription qu à mefiire que je décrirai les différents ouvrages d’Ebénifterie, ou, pour mieux dire , les diverfes opérations de f Ebénîfte, ce qui évitera toute efpece de répétition, & ce qui fera d’autant plus naturel 5 qu’en décrivant l’outil, je donnerai la maniéré d’en faire ufage félon les différents cas * c’eft pourquoi je remets cette defcription des autres outils aux Chapitres fuivants, ne me reliant, pour terminer celui-ci, qu’à parler de la conftruélion des bâtis $ ce qui fera l’objet de la Seétion fuivante.
- Section Troisième.
- Des Bâtis propres a recevoir les revêtijjements cTEbénijlerie * de la maniéré dé
- les difpojer & de les conjlruire.
- La dilpofition & la conftruélion des Bâtis propres à recevoir les revêtilîe* ments d’Ebénifterie, quoique très - négligées de la plupart des Ouvriers ordinaires , font cependant d’une très-grande conféquence, puilque c’eft du plus ou du moins de perfeélion avec laquelle les Bâtis font traités , que dépend toute la réulîite de l’ouvrage , qui, quelque bien qu’il foie fait, ne peut fubfifter longtemps , fi les Bâtis qui le portent ne font pas faits avec tout le foin néceftàire.
- Trois chofes concourent à la perfeélion des Bâtis propres à recevoir le placage ; lavoir, i°. le choix de la matière ; 20. la dilpofition générale ; j°. la bonne conftruélion. J’ai dit au commencement de cette Partie,page j66$ que les bois propres à la conftruélion des Bâtis, étoient le chêne tendre, le lapin, le tilleul, St tout autre bois tendre 3c fec, 3ce j cependant il faut faire attention qu’il n’y a guere que le premier des trois , c’eft-à-dire, le chêne, qu’on puifte employer pour les ouvrages de quelque conféquence ; les autres, quoique légers & peu fujets à fe tourmenter, n’étant pas affez foÜdes ni affez propres pour faite de bon ouvrage; c’eft pourquoi on ne doit jamais le fervir d’autre bois que du chêne,-lorlque les Bâtis feront fulceptibles d’alîembiages, comme les Bureaux , les Secrétaires , &c. n’y ayant que les tablettes & autres ouvrages de cette nature , qu’on puilfe raifonnablement faire en bois blanc ; ce n’eft cependant pas ce que font les Menuifiers-Ebéniftes, qui, pour la plupart, ne font pas leurs Bâtis eux-mêmes, mais les font faire à vil prix par d’autres Menuifiers qui ne s’occupent qu’à cela, & qui emploient indiftinélement toutes fortes de bois, qu’ils trouvent toujours bons, pourvu qu’ils foient peu chers ; de forte qu’ils font des Bâtis avec du bois de bateau , foit de chêne ou de fapin, des douves de tonneaux, du tilleul, du peuplier, du maronnier & autres mauvais bois. A la mauvaife qualité des bois, ils joignent une très-mauvaife façon, la plupart de leurs Bâtis étant faits Menuisier. III. Pan. 111. Secl. X 9
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- s fans prefqu’aucun aflemblage, fi ce neft quelques mauvaifes queues. Quand Tou-vrage eft cintré en plan, ils mettent les panneaux à plat-joint collés fur des taflèaux, tant à bois de bout qu’à bois de fil, ce qui fait de fort mauvais ouvrage , lequel fe détruit en très-peu de temps (*) ; c’eft pourquoi je ne fàurois trop exhorter les Menuifiers-Ebéniftes à faire leurs bâtis de bon bois de chêne un peu tendre & très-fec , afin quils prennent mieux la colle, & qu’ils faffent moins d’effet.
- Après le choix du bois propre à faire les Bâtis, les Menuifiers-Ebéniftes doivent avoir foin de leurs difpofitions générales, c’eft-à-dire, qu’ils n’en doivent déterminer les formes qu’après avoir deffiné bien exactement tous leurs ouvrages ^ tant en plan qu’en élévation, afin qu’il ne s’y trouve point de forme ni de compartiment interrompus, comme il arrive prefque toujours, quand on attend que les Bâtis foient faits pour déterminer la forme & la grandeur des compartiments dont ils doivent être revêtus.
- En defîînant, foit le plan ou les élévations de l’ouvrage , & par confisquent des Bâtis, il eft bon d’obferver toutes les épaiffeurs des revêtifîèments , du dehors defquels on doit compter le nud de l’ouvrage, comme je l’ai obfervé aux jîg. 1,2 & 3, & fur-tout à lafig. 2, où le nud du quart de cercle du pied cor-nier, indiqué par les lignes ponéluées a, h, c, eft pris du dehors du revérifie-' ment.
- Il faut avoir le même foin pour tous les avants & arrieres-corps, & pour les feuillures , qu’il eft auffi bon de revêtir, rien n’étant fi ridicule que de voir le bois des Bâtis apparent, lorfque les tiroirs ou les portes font ouvertes.
- Quand c es mêmes portes ou tiroirs ouvriront à recouvrement, ceft-à-dire , qu’ils feront corps fur le nud de l’ouvrage, comme à hfig. 2 , & que ce corps ne fera pas d’une forte épaifleur, il eft néceflàire d’y faire une double feuillure par derrière, qui porte le coup de l’ouverture, Ôc par conféquent foulage le recouvrement du dehors.
- Quand les portes ou les tiroirs entreront tout en vie, comme à laj^g*. r , & à la fig. y, il faudra toujours y faire des feuillures, afin que l’avant-corps du Bâtis, jîg. 1, foit toujours égal, ou que la partie ouvrante affleure toujours avec le nud du Bâtis, comme à la fig. y. Je ne fai pourquoi les Ebéniftes n’ont pas cette coutume , fe contentant, pour la plupart, de faire porter fùr des taffeaux le fond
- ( * ) Ce que j’avance ici n’eft que trop véritable ; cependant ce n’eft pas tout-à-fait la faute des Menuifiers - Ebéniftes, qui, la plupart, ne vendent l’ouvrage tout fini que ce qu il vaudroit de façon s’il étoit bon & bien fait, ce qu’ils ne peuvent faire autrement, vu qu’ils ne travaillent, en plus grande partie, que pour les Marchands, qui ne leur payent leurs ouvrages que ce qu’ils veulent. Le luxe aétuel eft: auffi une des eaufes du peu de bonté des ouvrages d’Ebénifterie, tout le monde voulant en avoir, quoique fans avoir h naoye& dç les payer ce qu’ils valent, ce quia
- mis les Ouvriers dans le cas de faire de mauvais ouvrage , afin de contenter tout le monde , & de pouvoir vivre en le faifant à bon marché, ce qui eft très-préjudiciable à cette partie de la MenuH ferie, laquelle ne peut fouffrir aucune efpece de médiocrité, & ne peut avoir de mérite qu’autant quelle eft parfaitement bien faite; ceft pourquoi, je l’ai déjà dit, & je le répété encore^ cette efpece de Menuiferie ne devroit être employée que pour les grands Seigneurs, ou du moins pour des gens très-riches, qui auroienï h moyeu de fe feiçn payer»
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- des tiroirs ; de forte que pour peu que ces derniers fè dérangent * ou viennent : à fe travailler, ainfi que le derrière des tiroirs, le devant de l’ouvrage défaf-fleure , ce qui fait un très-mauvais effet.
- Quant à la forme & à la conftruétion des Bâtis , je n en parlerai que très-fuccinélement, vu que j ai traité cette partie fort au long, lorfque j ai fait la defcription de la Menuiferie en Meubles , à laquelle on pourra avoir recours ; tout ce que je puis recommander ici, c’eft qu'il faut conftruire c es Bâtis avec toute la précaution & la folidité poffibles, pour qu’ils ne faffent aucun effet lors qu’ils feront travaillés ; c’eft pourquoi il eft bon, après avoir corroyé les bois y & y avoir fait les affemblages , de les laiffer fécher dans un endroit où ils ne foient pas trop expofés à la chaleur ou à l’humidité. Il faut avoir la même attention pour les panneaux, qu’il faut bien laifîer fécher avant & après les avoiï collés ; après quoi on aflemblera tout l’ouvrage, dont on collera les affemblages afin de n’y point mettre de chevilles, du moins aux endroits couverts de pla* cage , parce que l! elles venoient à fortir de leur place, elles le feroient lever $ ce qu’on pourroit cependant empêcher, en collant les chevilles.
- Comme les panneaux des Bâtis dont je parle, doivent être arrafês, il eft bon qu’ils foient d’une forte épaiifeur , c’eft*à-dire , qu’ils ayent 9 lignes d’épailfeur au moins, afin qu’ils ne ploient pas lorfqu’on travaille deffus.
- Toutes les portes, deffus de tables, & autres ouvrages de cette nature, doi-* vent être emboîtés au pourtour, c’eft-à-dire, qu’ils foient compofés d’un panneau &cFun bâtis, affemblés à bois de fil; & même lorfque les tables & autres ouvrages feront d’une certaine grandeur, on fera très-bien d’y mettre, au lieu de panneau un parquet d’afïèmblage fait en liaifon , afin qu’ils ne ploient en aucune façon»
- Il faut auffi éviter, lorfqu’on conftruit les Bâtis, qu’il ne paroiffe aucun bois de bout, parce que la colle ne prend pas fi bien for ce fens du bois que fur le bois de fil ; & on aura foin, autant que faire fe pourra, qu’ils foient tout montés avant que d’être plaqués en dehors ; c’eft pourquoi quand il arrivera que le dedans des Bâtis fera revêtu, on commencera par faire ce revêtiffement intérieur & le polir, puis on achèvera de monter le Bâtis à l’ordinaire.
- Quand les Bâtis font montés, il faut avoir grand foin, en les replanifiant, qu’ils foient bien drefles for tous les fons, & qu’il n’y refte aucune efpece d’inégalité, parce que s’il en reftoit quelques-unes, on perceroit le placage lorfqu’on viendroit à le finir.
- Quand on replanit les Bâtis, il faut fè fervir de la varlope-onglet à dents * avec le plus gros fer bretté, qu’on pafîe for tous les fens, tant pour bien dreflèr l’ouvrage, que pour le rayer de tous les fens, afin que la colle s’y attache mieux.’ Quand il y aura des corps {aillants à l’ouvrage, on finira les parties rentrantes les premières, du moins autant qu’il fera poffible, & on fera en forte qu’il s’y trouve des joints, ce qui en rendra l’exécution plus facile, comme je l’ai obfervé lüxxfîg. I & 2. Si cependant on ne pouvoit faire des joints à l’endroit du reffaut ^
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- m "i ni wriwlin. fans faire tort à l’ouvrage en affoibliiïànt la largeur des bois , il faut alors faire Flanche les joints plus loin que le relïaut, pour conferver la largeur Se la force des bois* Comme je l’ai obferyé à la fig. 3 ; dans ce cas, comme le rabot ou la varlope à dents ne peut pafler au travers de la piece, on met le panneau en place avant que de le coller dans les Bâtis avec lefquels on faffleure piece à piece ; enfuite on drefle le panneau à part avec la varlope à dents, &on le colle avec les'Bâtis ^ fur la partie rentrante defquels on pafte une forte râpe à bois , afin de les rayer Comme à peu-près feroit le rabot bretté.
- Quand les Bâtis font tout-à-fait finis, il eft bon de les laifler fécher quelque < temps, avant que de les revêtir de placage , parce que n’étant pas revêtus tout de fuite après être finis , on eft toujours à portée de les réparer , fuppofé qu’ils viennent à faire quelqu’effet, malgré qu’on y ait pris toutes les précautions que j’ai recommandées ci-deiïus.
- Quand les Bâtis font prêts à revêtir , il faut faire choix des bois qu’on veut employer ; puis le deflein de l’ouvrage étant fait, comme, par exemple, celui qui eft repréfenté fig. 13 , on en trace toutes les formes principales for la piece à revêtir , fur laquelle on a foin de tracer les lignes perpendiculaires Se horizon^ taies a b Se c d, Se les deux diagonales ef Se g h, ce qui fe fait à toutes fortes d’ouvrages, afin de diriger les joints des plages ; enfuite on commence à plaquer les bois, comme je vais l’expliquer dans le Chapitre foivant*
- CHAPITRE
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- De VEbénijlerië Jimplë, ôCc> §xj|
- ymr-v i : .in —— • -| • - —n,
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- CHAPITRÉ ONZIÈME»
- De l’Ebénifierie Jîmple, ou du Placage à compartiments en gènirah
- i
- e dont la defcription va faire l’objet de ce Chapitre , quoique la plus fimpie des trois elpeces qui compofent eet Art, n’en demande pas pour cela moins d’attention ; de plus, les procédés qui fervent à cette première elpece d’Ebénifterie, font à peu-près les mêmes pour les deux autres efpeces ; c’eft pourquoi il eft très-efïentiel d’en faire une exaéte defoription, laquelle étant une fois bien faite , abrégera beaucoup celle des deux autres, & aidera à les bien faire connoître.
- Avant de commencer à plaquer, il faut d’abord que les bâtis foient entièrement finis , 8c les defleins faits, afin de tracer deflus les bâtis les principales malles des compartiments qu’on y veut faire , ainfi que je lai dit plus haut 3 refte enfoite à faire choix des bois qu’on doit employer.
- Deux raifons doivent déterminer dans le choix des bois de placage ; fàyoir, celle d’économie & celle de convenance. La première de ces deux raifons n’a ordinairement lieu que lorfqu’il s’agit d’un ouvrage de peu de conféquence , & qui n’eft payé qu’un prix modique, ce qui oblige alors à n’employer que des bois communs, qui, par conféquent, coûtent peu cher : car dans de beaux ouvrages on ne doit pas épargner la dépenfe, pour avoir des bois d’une couleur ou d’une qualité requife. La fécondé raifon, c’eft-à-dire, celle de convenance, eft la plus effentielle, parce qu’il eft très-important de ne pas mettre enfemble des bois d'une couleur trop oppofée , ou d’une trop inégale dureté , 8c qui demandent diverfes efpeces de travail, foit pour les replanir, foit pour les polir*
- La trop grande difparité des couleurs, eft auflï un très-grand défaut, parce qu alors les différents compartiments tranchent trop les uns fur les autres. Je ne prétends cependant pas qu’il ne faille mettre enfemble que des bois d’une couleur à peu-près égale , ( ce qui produirait un effet monotone prefqu’auffi défà-gréable à voir, que la trop grande difparité de couleur,) mais feulement de mettre enfomble des bois dont les couleurs , quoique différentes les unes des autres , n’ayent pas trop d’oppofition entr’elles, comme le blanc avec le noir* le rouge avec le jaune, &c. Ce n’eft pas qu’on ne puifîè employer des bois de couleurs ainfi oppofées , dans une même piece de placage ; mais fi on le fait, on doit mettre entr’eux des bois de couleur moyenne, c’eft-à-dire, qui fafïènt nuance entre les couleurs oppofées, afin que le changement de l’une à l’autre ne foit pas fi fenfible à l’œil, 8c ne le bleffe pas. Cette obfervation ne doit avoir lieu que pour les grandes parties de placage ; car pour les petites parties, comme leÿ JVLenuisiïb. , HL Paru 111\ Sccl% *9
- Planché
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- Si6 MENUISIER,!!!. Pan. SeÛ. Ilî. Chap. XL
- yrwnrMHgNij plates-bandes & les filets, il eft bon quils fe diftinguent par leur couleur oppû^
- Blanche fge à celle du fond de l’ouvrage9 afin qu’ils foient plus apparents.
- ^ S 2
- Si la trop grande différence de couleur de bois fait un mauvais effet fur la face de l’ouvrage ,• elle ffen fait pas un moindre par le côté , lorfqu’il fe trouve des épaiffeurs de bois d’une couleur, & des revêtiflements d’épaiffeur d’une autre , ainfi que ceux GI H, fîg. 4, parce que la piece revêtue paroît être de trois morceaux Sc de différentes couleurs. Les Ebéniftes ne font pas ordinairement grande attention à cet inconvénient, fe contentant feulement de mettre toutes les épaiffeurs apparentes fur le côté de l’ouvrage , ce qui laiffe toujours fubfifter le défaut dont je parle, comme on peut le voir à la figure 1, où, fur les côtés A Sc B9 on voit l’épaifleur du placage de face ; c’eft pourquoi je crois qu’il vaut mieux 3 lorfqu’on a des angles {aillants à revêtir avec des bois de différentes couleurs 9 de faire leurs joints en onglets , comme ceux E9 E9fig* 1, ce qui fait très-bien 9 & n’a d’autre difficulté que l’exécution , qui devient un peu plus com* püquée qu’à Tordinaire , fans cependant être impolîible, puifqu’il ne s’agit que de drefîer le joint de la piece qui eft collée la première, avec un guillaume dont le deflous, & par conféquent le fer , foit abattu en onglet. Un feul guillaume dilpofé de la forte, peut abfolument fiiffire ; cependant il efl: bon d’en avoir deux d’une pente oppofée 9 pour s’en fervir au belbin : il eft mêmè bon d’en avoir de côtés 5 afin que dans le cas où les deux côtés feroient collés les premiers, comme ceux E , F,fig. 1, on puiffe les recaler fans que l’un nuife à l’autre. Hors le cas où les bois des corps {aillants font de différentes couleurs, il n’eft pas néceflaire d’y faire des joints d’onglets; il fuffit que l’épaiffeur du placage foit du côté le moins apparent de la piece 9 comme je l’ai obfervé à toutes les figures de cette Planche.
- Le placage des angles rentrants fe colle le premier , & on colle enfuite celui des côtés qui failliffent ; & lorfqu’il arrive qu'il y a des pans coupés , comme à la fig. 1 , il eft bon de faire des coupes comme à l’angle D, parce qu^ quand on colle le morceau de côté fur celui du fond, comme à l’angle C9 ht pente qu’on eft obligé de donner au morceau de côté, forme une arête fujette à s’écorcher quand on vient à finir l’ouvrage ; il faut cependant obfcfver que quand on fait une coupe comme celle D 9 il faut mettre d’épaiffeur égale le premier morceau qu’on colle , Sc le finir à peu-près avant que de coller l’autre, afin qu’en finiffimt l’ouvrage , l’angle D foit toujours au milieu du joint.
- Quand il arrive que les avants-corps ont peu de faillie , mais que cette faillie eft plus confidérable que l’épaiffeur du placage , il faut alors coller le placage de l’arriere-corps, Sc le finir fur le bord ; enftiite on plaque fur le côté du corps Taillant 9 urte petite tringle du même bois que celui qu’on doit plaquer fur l’avant-corps 9 laquelle étant bien jointe avec ce dernier, femble ne faire qu’une feule & même piece.
- Il eft des occafions où le changement de couleur des placages eft avantageux f
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- ï)e UËbénifterie {impie, SCc. 817
- domine, par exemple, dans le cas d'une tablette, comme celle repréfentée fig. ; 7 , laquelle peut fe difpofer de deux maniérés ; lavoir, de coller le placage dé champ le dernier, de maniéré qu’il faile bordure au pourtour de la tablette , ainfi que je l'ai obfervé dans cette figure, cote G 8c /. La fécondé maniéré de difpo-fer le placage des tablettes dont je parle, coté H L, memefig. eft, au contraire de la première, c'eft-à-dire, qu'il faut coller le placage du plat le dernier, de maniéré qu'il fafle cadre fur le champ de l'ouvrage. Dans l'un ou l'autre cas, il eft certain que la différence des couleurs du placage fait très-bien ; mais ce né peut être, comme je viens de le dire, que dans le cas d'une tablette , ou tout autre petit ouvrage de cette elpece.
- Quand il fe trouve des ouvrages qui font revêtus des quatre faces, comme les fis-11 & 12, & que les revêtifîements font de différentes couleurs , il eft bori de faire les joints d’arête d'onglets, comme à la fig. 1 r , à moins toutefois qu'on ne voulût difpofer de travers les bois de côtés M> N, fig. 12, & que l'épaif^ feur de ceux de côtés leur fervît de bordure.
- Quand les angles arrondis feront plaqués , comme à cette figure, & à la figi 6, on mettra le placage plus épais qu'à l'ordinaire , à caufe de l'arrondiffemenc de l'angle, & on le collera le premier, lorfqu'il fera placé entre deux morceaux^ comme à la fig. 12 , & le dernier quand il formera l'arête d'une piece, comme; àlaj^g. 6.
- Quoiqu'on ne plaque ordinairement que des parties plates, on peut ceperr-dant très-bien faire des faillies de moulures en bois de différentes couleurs, cé qui feroit très-bien, & ne demanderait qu'un peu de foin de la part de l'Ou-; vrier ; c'eft pourquoi je crois qu'il ferai?grès-facile de le faire, 8c cela plus communément qu'on ne le fait. Voye£ lesfig. 8,9 & 10, où j'ai tracé diverfes fortes de moulures, dont les membres font de bois de rapport de différentes couleurs, 8c dont la conftruétion 8c la difpoficion peuvent s’appliquer à toutes fortes d'ou* yrages, de quelque nature qu'ils puiffent être. *
- Section Première.
- Des diverfes fines de Compartiments en général ; du. détail & de la difpofition
- des bois de placage.
- L'e s p e c e d'Ebénifterie dont je traite, ou la Marqueterie proprement dite, confifte dans l’aflemblage des divers compartiments dont elle eft compofée. Ces compartiments font de deux efpeces ; favoir, les grands, 8c les petits.
- Les grands compartiments fe font ordinairement de grandes pièces de bois de placage, fouvent d'une même efpece , dont les joints & la difpofition des fils oppofés les uns aux autres, forment différentes figures, foit dans la compofition totale de l'ouvrage , foit dans les diverfes parties qui le compofent.
- Les petits compartiments different des premiers, non-feulement par leu#
- Planché a 8 a.
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- 818 ME NUI SI ER, ni. Part. Setï. III. Chap. Xî.
- » grandeur, mais encore par la différence des bois qu’on y emploie ; de plus le$ Planche petits compartiments font fouvent entourés de plates-bandes & de filets qui les 2b2' féparent du refte de l’ouvrage , comme on le verra ci-après.
- En général, les compartiments, tant grands que petits, font formés par des lignes droites ou des lignes circulaires, ou enfin un compofé des unes ou des autres, ce qui rend l’ouvrage plus ou moins difficile à faire , quoiqu’on fe ferve à peu-près des mêmes procédés pour l’exécution de ces différents compartiments ; c’e.ft pourquoi je vais commencer par les premiers, c’eft-à-dire, par ceux qui
- • font compofés de lignes droites , comme étant les plus aifés , dont je me contenterai de donner (ainfi que des autres), quelques exemples généraux, applicables à la pratique, n’étant pas pofliblé d’épuifer, ni même de donner des préceptes particuliers & détaillés fur cette matière, laquelle étant une affaire de goût, dépend abfolument du goût & du génie de l’Artifte, qui compofe le deffein de l’ouvrage, de quelque nature qu’il puiffe être. Mais avant d’entrer dans le détail de ces différents compartiments, il eftbon de dire quelque chofe du débit & de la difpofition générale des bois de placage, parce que cette connoiffance eft abfolument néceflaire pour pouvoir décider fur la forme & la grandeur des compartiments , fuivant l’efpece de bois qu’on veut employer.
- r,. ....Après que les bois propres au placage ont été refendus de la maniéré que je
- Planche l’ai dît ci-devant 9page 801, on les replanit au rabot à dents, tant pour les mettre d’une épaiffeur égale, que pour les rayer, afin qu’ils foient mieux en état de prendre la colle lorfqu’on les plaque ; & faifimt cette opération, il faut avoir grand foin de remettre enfemble les feuilles qui fortent l’une delîus l’autre parce que leurs veines & leurs nuances étant parfaitement égales, il eft bon , en les taillant fuivant la grandeur & la forme des différents compartiments, que les morceaux qui font femblables, foient placés à côté les uns des autres, ce qui fait un très-bel effet, d’autant plus que les veines , ôc généralement toutes les figures qui fe rencontrent dans un feuillet de placage, fe trouvent doublées, étant portées de chaque côté du joint, comme on peut le voir aux fig. i , 2 & 6 de la Planche 284.
- De telle maniéré que les bois de placage foient refendus, cette obforvation <eft générale ; parce que s’ils le font diagonalement ou en femelles, & qu’ils for-
- * ment des rolàces, comme la fig. 1, même PL il eft certain que les nuances de deux feuilles ainfi refendues , ne peuvent être parfaitement égales que lorfqu'elles fortent l’une de deffus l’autre, vu que les différentes couches concentriques de l’arbre étant d’un diamètre inégal, elles offrent diverfes figures, félon qu’elles font coupées plus ou moins proche du centre ou de la circonférence de l’arbre.
- Si les bois font refendus parallèlement à leurs fils, c’eft encore la même chofe , non-feulement par rapport aux différents diamètres des couches concentriques de la pîece de bois, mais encore par rapport aux différents accidents quî fe rencontrent dans l’intérieur de cette même piece, comme le voifinage des
- nœuds
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- Sect. L Des Compartiments tn général, SGc. nœuds & autres accidents, lefquels donnent diverfes configurations aux fibres du bois, qui font très-apparentes à un endroit de la piece, & ne fe retrouvent plus un demi-pouce plus loin. Cette obfervation eft très-eflentielle, fur-tout pouf les compartiments où il eft néceflàire que les mêmes nuances de bois fe répètent^ comme les pointes de diamants, les étoiles, les rofaces, Sec.
- Je fei très-bien qu’îl n eft pas poffible d'avoir , dans une même piece, plus de deux feuillets qui {oient parfaitement femblables ; mais comme ces feuib * lets font très-minces, la différence quil y a du premier (encommençant par le cœur du bois) au huitième ou au dixième, eft très-peuconfidérable, fur-tout quand la piece de bois refendue eft d’un très-gros diamètre, 8c que les veines du bois formées par les couches concentriques , font très-proches les unes des autres. Si au contraire la piece de bois refendue fe trouve avoir les veines très-larges, 8c être en même temps d’un petit diamètre , comme à lafig. r , on rie peut avoir guere que deux ou trois feuillets femblables de chaque côté, ce qui fait qu’on eft obligé de faire fervir les autres dans des parties qui demandent moins de régularité. Voyei les fig. 3,6 & 7, qui repréfentent les élévations des feuilletsab$ c d 8c efy de la figure 1, lefquelles font toutes différentes les unes des autres
- (*)•
- Planche
- 283;
- Quand les bois font tels que je viens de le dire, 8c qu’il eft néceffaire d'avoir un nombre de feuillets femblables , foit à la fig. 3 , ou à celles 6 ou 7, comme on n’en peut prendre que quatre ou fix pareils des deux côtés & fer l’épaifteur de l’arbre, ôn eft obligé de les prendre les uns au bout des autres, ce qui fou fixe beaucoup de difficultés, vu qu’il eft très-rare de trouver une piece de bois parfaitement de fil fer une longueur confidérable, & fans qu’il s’y trouve quelques nœuds ou autres accidents qui faftent changer les veines du bois.
- Quand op refend le bois obliquement pour avoir des feuillets en femelles, comme la filg. y , la longueur de ces feuillets , lorlqu’on veut qu’ils foient d’une même forme, ne peut pas être prife fur une ligne horifontale, comme cellegk9 jig, 4, parce que les nuances des feuillets inclinés, non-feulement ne feraient plus femblables, mais encore parce qu’elles ne fe trouveraient plus à égale hauteur. C’eft pourquoi, lorfqu’on veut avoir plufieurs feuilles en femelles, comme , par exemple , celle repréfentée fig, 5 , laquelle eft prife fer la diagonale i /, il faut, après avoir refendu la piece en deux parties égales3 comme le repréfente lafig. 1, faire une levée fer le derrière de la piece , comme celle i m , prife db l’extrémité de la diagonale i l, jfig. 4 ; enfeite on refend la piece en autant de
- (*) Il n’eft pas exactement vrai que les couches concentriques d’un arbre quelconque, Toient auffi régulières que je les ai repréfentées dans les figures de cette Planche, Toit pour la différence de leurs couleurs, foit pour la régularité de leurs formes, qui font extrêmement variées dans les bois, même les plus réguliers. Si donc j’ai repréfenté les bois de cette maniéré , ce p’eft que pour rendre ma démonftration plus fen-
- Menuisier , 11 L Paru 11L Secï,
- fible , & mieux faire conrioître les avantagés ou les inconvénients qui fe rencontrent dans le débit des bois de placage, qu’il eft eftentiel à un Ebénifte de bien entendre, tant pour rendre fon ouvrage plus parfait, que pour perdre le moins de bois qu’il lui eft poffible, ce qui eft fort à confidérer , vu la cherté du bois, & le déchet du feiage, fans compter la perte des rognures Si-des fauffes coupes, qui eft inévitable,
- z?
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- ^‘liirii^wéwrSwÉW
- Planche
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- Planche
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- 820 ME NU I SlERJIl Pan. SeB. Iîl. Chap. XL
- feuillets qu'on le juge à propos , toujours parallèlement à cette diagonale , les points où chacun d'eux rencontre la ligne irn , bornent leur longueur par lé haut, & on a les feuillets no9pq9rs9tu9 x y 9 [ &98cxj9 égaux en longueur à celui i/, & parfaitement femb labiés à celui fig. 5 , tant pour la nuance que pour la forme 9 excepté qu’ils font un peu plus longs que ce dernier9 lequel n’eü Vu que géométralement fur la ligne hl9 au lieu d’être fur celle i /; ce qui, au refte, ne fait rien à la chofe.
- Cette maniéré d’avoir des feuillets en femelles parfaitement femblables entre eux, eft très-bonne, ne fouffre aucune difficulté dans l’exécution, & n’eft pas même fùfceptible de changements ; parce que fi on vouloit poufier les refentes au-delà du centre de la piece, comme l’indiquent les lignes ponétuées, la forme du feuillet fig. $ , feroit toujours la même , & fe redoubleroit en contre-bas de la ligne /19 ce qui eft tout naturel, vu que cette derniere pafle par le centre de l’arbre. Il y a des occafions où cette derniere maniéré de refendre les feuillets eft très-bonne, parce quelle donne des figures d’ellipfe très-allongées, qui font un fort bon effet daris certains compartiments barlongs, où on peut les employer fort à propos.
- Les bois d’une qualité dure & d’un petit diamètre, s’emploient quelquefois à bois de bout, non pas en les coupant tout-à-fait par tranches horifontales, mais en inclinant un peu leur coupe, comme, par exemple, la tranche A B9fîg. 3$ ce qui leur donne plus de folidité, fans pour cela changer que très-peu de chofe à leur forme, qui, cependant, devient un peu plus allongée fur la longueur A B, que fur le diamètre ordinaire de la piece ; mais, comme je viens de le dire, cette différence eft de très-peu de chofe.
- Quand, au contraire, l’obliquité de cette tranche eft confidérable, comme celle CD, la figure change confidérablement, & de ronde qu’elle étoit, coupée horifontalemént ou à peu-près, devient une ellipfe , comme je l’ai repréfentée dans la figure 2 , laquelle eft prife fur la diagonale CD9 de la figure^.
- Quand on fait des tranches ou lames à bois de bout ou horifontales, ce quî eft la même chofe, on doit avoir foin de les tenir plus épaiffes que les lames ordinaires, de la moitié de l’épaiffeur de ces dernieres ; & d’un tiers feulement lorfque les branches feront prifes obliquement, ce qui eft très-naturel, le bois 9 quoique très-liant, étant toujours moins fort à bois de bout qu’à bois de fil.
- Le débit des bois de placage tel que je viens de le décrire, quoique très-fuccinélement, demande beaucoup d’attention & de pratique de la part de l’Ouvrier , foit pour le faire à propos , foit pour choifir des pièces d’une gran-< deur & d’une qualité convenables, fuivant les différents befoins, ce qui demandé beaucoup d’expérience, & ne s’acquiert qu’avec le temps & la pratique.
- : Quant à la difpofition des bois de placage, elle dépend plutôt du goût ou dé
- la volonté de ceux qui les emploient, que d’aucune réglé certaine ; cependant on peut confidérèr quatre différentes maniérés de difjpofer les bois de placage j
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- Sect. I. Des Compartiments en général, SCc. Sut
- ïavoïr , la première & la plus fimple, qui eft de les mettre à bois de fil, foit : horifontalement ou perpendiculairement, comme ïzsjig. 3 (ÿ* 4, cote G H.
- La fécondé, eft de mettre les fils des bois perpendiculairement & horifontalement , en y obfervant un joint fur la diagonale a b, fig. 5 , ce qu’on appelle des collages dt onglets , oui pointes de diamants \ 8c on doit avoir foin, en collant les bois de cette maniéré, que leurs fils foient femblables autant qu’il eft pofïible , 8c de mettre le clair ou le brun du bois enfemble, comme je l’ai fait à cette figure.
- On colle auflî les bois en forme de lofange, comme la fig, 2., cote EF, cé qui revient à peu-pirès à la même chofe que les pointes de diamants , à l’exception que le fil des pièces qui forment la lofange, ne font & même ne peuvent pas être parallèles avec les côtés de l’ouvrage , ce qui forme des vu ides C D, qu’on remplit par d’autres placages, foit à bois de bout ou à bois de fil, ou même du même fens des lofànges , ce qui fa pratique quelquefois, fur-tout quand cette derniere eft féparée d’une plate-bande ou d’un filet, comme dans cette figure.
- La troifieme maniéré de difpofèr les bois, eft de mettre leurs fils diagonales ment, de maniéré que leurs joints perpendiculaires & horifontaux coupent leurs fils obliquement, comme à la fig, 6 , cote M 8c N. Quand les bois font ainfi difpofés, on met le milieu du feuillet fur la diagonale b c, 8c on achevé ce qui refte pour remplir les angles avec des morceaux d’une nuance à peu-près femblable ; ou bien quand le milieu des feuillets n’eft pas exactement au milieu de l’arbre , ( comme il arrive quand on a fait une levée, ) dans ce cas on fait le remplifîàge de deux pièces exactement femblables, en obfervant de bien mettre leurs joints fur la diagonale de l’ouvrage, foit que la piece qu’on a à revêtir foit parfaitement quarrée, ou bien qu’elle foit de la forme d’un parallélogramme, ce qui eft une réglé générale pour toutes fortes d’ouvrages. Voyey^ la fig. 6 , qui eft difpofée de cette maniéré. s
- La quatrième maniéré de difpofèr les bois de placage, eft de les mettre en cœurs ou rofaces , comme la figure 1 ; dans ce cas on fait tendre le fil de chaque piece de placage au centre de l’ouvrage; on taille les pièces parfaitement égales entr’elles, 8c on a grand foin qu’elles foient bien d’égale hauteur de nuance , afin quelles fe rencontrent enfemble autant qu’il eft pofïible. Voyez ce que j’ai dit ci-deffus à ce fujet, en parlant du débit des bois de placage.
- En général, de quelque maniéré que foient difpofés les bois de placage, on doit avoir grand foin qu’ils foient nuancés également de chaque côté oppofé, & que ces nuances fo rapportent autant qu’il eft pofïible, ce qui augmentera beaucoup la perfeélion de l’ouvrage. On doit aulïi avoir la même attention pour les frifes O O, P P, QQ, R R, fig* 3,4, ÿ & 6, foit que ces dernïeres foient placées à bois de fil, comme à la fig. 3 , ou à bois biais ou en onglet 5 comme aux fig, 4 & 5 > ou enfin à bois de bout, comme à la fig, 6, ce qui dépend du goût de l’Ouvrier, ou, pour mieux dire , de la maniéré dont font placées le§
- Planche
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- Planche
- Planche
- 822 ME NV ï S 1ER, III. Part. Se8. III Chap. XL
- z grandes feuilles de placage , au fil defquelles if eft bon que celui des frifes foit oppofé.
- Les frifes font ordinairement féparées des panneaux par de fimples filets de houx ou d'ofier, (ou d'autre efpece de bois de couleur, ce qui eft égal, ) ou bien avec des plates-bandes S S9 ou feder - bandes, comme difontles Ebéniftes, avec deux filets de chaque côté, comme je laiobferyé aux figures 2, 3,4, J & 6 de cette Planche.
- Les plates-bandes fe placent ordinairement à bois de fil, à moins qu elles ne fcient d'une largeur confidérable, comme 4 à 6 lignes ; car alors on les mec quelquefois à bois de bout, fur-tout quand elles font de bois nuancé, & quelles forment divers contours ; mais la maniéré la plus ordinaire eft de les faire de bois uni d'une feule couleur, & placées à bois de fil, comme je fai déjà dit.
- La difpofition des bois de bout eft à peu-près la même que celle du placage en cœur, fig. 1 ; parce que de quelque maniéré qu’on les arrange, ils ne peuvent former que des rofaces, ou, pour mieux dire, plufieurs cercles concentriques les uns aux autres, ou toute autre figure circulaire , dont on fait tendre au centre les joints des pièces qui les compofent, en obfèrvant toujours d'op-pofer les figures, foit régulières, foit irrégulières, les unes aux autres.
- Ce doit être la même choie pour la difpofition des nœuds ou loupes, de quel-qu efpece qu'ils foient, fi ce n'eft que les morceaux fbient aflez grands pour faire un panneau tout entier ; alors on n’y obferve pas de régularité, à moins qu'il ne fe trouve dans l'ouvrage deux panneaux pareils, qu’il eft néceflàire de remplir fymmétriquement, en oppofànt les divers accidents de leurs placages les uns aux autres.
- Voilà, en général, tout ce qu'on peut dire touchant la difpofition des bois de placage ; le goût, l'expérience, & les diverfes occafions d'en faire ufàge , étant les plus sùres%regles qu’on puifle confulter pour bien entendre cette partie de la Menuiferie , qui, comme je l'ai déjà dit, dépend beaucoup du goût de l'Ouvrier , de la mode & des ufàges reçus dans chaque fiecle.
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- §. I. Des diverfes fortes de Compartiments , tant droits que circulaires*
- Les différents compartiments d’ufàge en Ebénifterie, font de deux efpeces, comme je l’ai dit plus haut ; lavoir, les grands & les petits. Les uns & les autres fe font ou par l’arrangement fymmétrique des joints & des fils des bois de placage , ou par les diverfes figures que l’on donne aux frifes, aux cadres ou plates-bandes qu’on ajoute à ces derniers, c'eft-à-dire, aux compartiments, formés fimplement par les joints Sc les fils des bois, qui, dans les ouvrages fimples, font fouvent de la même efpece.
- La Figure 1 repréfente un compartiment d'une forme quarrée des plus fimples,, entouré d'une frife unie & d’une plaçe-bande qui fépare cette derniere d'avec le
- panneau
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- Sect- I. §. I. Des diverfes fortes de Compartiments* 823
- panneau du milieu. Les bois de ce panneau font difpofés de deux maniérés différentes , à joints diagonaux 8c en oppofition avec le fens des frifes , qui fe placent foit à bois de fil, foit à bois de bout, ou enfin diagonalement, le tout félon la difjaofition intérieure du panneau.
- La Figure 2 repréfente un autre compartiment d'une forme quarrée, entouré de frifes à cadre, dont le rempliflàge eft fait diagonalement & en deux parties fur la largeur. Les bois de l'intérieur de cette figure font difpofés de deux maniérés ; lavoir , diagonalement & à joints quarrés, comme ceux A 8c B ,8c à joints quarrés 8c diagonaux, comme ceux C9 D, E, F, de maniéré que le fil des bois fe trouve pofitivement au milieu de chaque piece, ce qui fait affez bien. Les plates-bandes qui entourent les frifes de cette figure, & qui les fépa^ rent du panneau du milieu , font toutes accompagnées de filets que je n’ai pu marquer ici à caufe de la petiteffe des figures , qu’il aurait fallu faire prefqu’aufïi grandes que l’exécution, pour que les filets euffent été fenfr:les.
- La Figure 3 repréfente un compartiment quarré fans frifes , avec des oreilles quarrées aux quatre coins, ce qui produit douze angles, defquels partent autant de joints qui vont tendre au centre de la piece , 8c félon lefquels on ajufte les bois de placage du fens qu’on le juge à propos , en obfervant néanmoins de le faire fymmétriquement, comme je l’ai fait dans cette figure, où les bois de placage font placés de trois maniérés différentes, afin qu’on puiffe choifir celle qu’on jugera à propos.
- La Figure 4 repréfente un compartiment oélogone ou à huit côtés, des angles defquels partent les joints qui féparent les bois de placage, ou félon lefquels leurs fils font difpofés, ainfi qu’on peut le voir dans cette figure, dont l’infpeélion feule doit fuffire pour faire connoître toutes les maniérés poflîbles de difpofer les fils des bois dans une figure de cette efpece.
- La Figure 5 repréfente un compartiment circulaire en forme de rofàce, à huit faces , entouré d’une plate-bande 8c de filets. Ce compartiment fait un très-bel effet, & demande beaucoup de foin pour être traité avec toute la perfeétion dont il eft fufceptible.
- La Figure 6 enfin repréfente un autre compartiment partie droit & partie circulaire, dont le milieu eft rempli par une étoile à huit pointes, 8c de bois d’une couleur différente du fond de l’ouyrage, afin de la faire mieux reflbrtir.
- Les compartiments que je viens de repréfenter ici, quoiqu’on petit nombre , fuffifent pour donner une idée générale de la maniéré de difpofer les joints & les fils des bois dans tous les cas pofïibles, ce qui conftitue la première efpece de compartiment. Il faut cependant obferver que quand les ouvrages à revêtir feront d’une forme barlongue, ( au lieu d’être quarrés, comme dans les figures de cette Planche, ) il faut toujours que les joints ou les fils des bois tendent aux angles de l'ouvrage , fans s’embarraffer s’il eft quarré ou non (*).
- (*) Cette obfervation , quoique très-fimple, I gligée par beaucoup d’Ebéniftes, qui, lorsqu’ils jeft cependant très-eflentiellc, vu qu’elle eft né- ' font des ouvrages d’une forme barlongue, difpo**
- Menuisier. III. Part. III. Seci. A io
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- 824 MENUISIER, III. Pan. SeÜ. III Chap. XL
- ur»—a II n’eft guere pofîible de donner de préceptes touchant la fécondé efpece de
- Planche compartiments, c’eft-à-dire, ceux qui font formés par les différentes figures qu’on donne aux frifes & aux plates-bandes qui entourent les panneaux, vu qu’ils dépendent de la forme générale de l’ouvrage, du plus ou moins de richefle qu’on veut lui donner , & encore plus que tout cela, du génie de l’Artifte. Je me contenterai donc de donner ici quelques exemples de compartiments , tant de l’intérieur des panneaux, que des frifes qui les entourent, & de ceux qui font les plus en ufage , d’après lefquels on pourra en inventer d’autres, ou fo fervir de ceux-ci, ainfi qu’on le jugera à propos, le choix de ces différents compartiments étant purement une affaire de goût. '
- —* En faifant la defcription des compartiments de la première efpece, je les ai
- Planche fuppofés de bois unis , c’eft-à*dire, d’une même couleur & qualité ; au contraire ceux dont je vais parler-préfentement, fe font non-feulement de bois d’une couleur & d’une qualité oppofées, mais encore dans lefquels on fait choix des nuances, pour donner aux différents compartiments une faillie du moins appa-' rente.
- La Figure r repréfente l’efpece de compartiment le plus fimpie de tous r*8c qu’on nomme en échiquier ; il eft compofé de plufîeurs quarrés de bois de différentes couleurs, placés alternativement à côté les uns des autres, de forte qu’un quarré blanc fe trouve entouré de quatre quarrés noirs, 8c un quarré noir entouré de quatre quarrés blancs. Cette forte de compartiment, quoique très-fimple, demande beaucoup d’attention, pour que tous les joints de chaque piece s’alignent & fe rencontrent parfaitement ; il faut auffi obferver , quand on fait: de ces fortes de compartiments, que le nombre des quarrés qui les compofent f foit non-pair , afin qu’il s’en trouve quatre de même couleur dans les angles, ce , qui ne pourroit être fi le nombre des quarrés étoit pair, comme on peut le voir dans cette figure. S’il arrivoit que la piece qu’on auroit à revêtir avec cette forte de compartiment, fût d’une forme barlongue peu différente d’un quarré, on diviferoit les deux côtés de la piece en autant de parties l’une que l’autre, 8c toujours en nombre non-pair, afin d’avoir un même nombre de quarrés de chaH que côté; & que ces mêmes quarrés de remplilîàge foient d’une forme barlongue,1 en rapport avec celle de la piece à revêtir.
- * Si, au contraire, la différence des côtés de la piece à revêtir, étoit trop con-fidérable, on la rempliroit avec des quarrés à l’ordinaire, dont on augmenteroic ou retrancheroit le nombre autant qu’il feroit nécefiaire, en obfervant toujours que ce nombre foit impair , tant fur le grand que fur le petit côté de la pièces Quant à la couleur des bois de l’efpece de compartiment dont je parle , il efi
- fent toujours les fils de leurs bois, ou les joints de ces derniers , à l’ordinaire, c’eft-à-dire, quar-rément, ou fuivant la diagonale d’un quarré, ce ui fait un très-mauvais effet, parce que les angles es compartiments du placage ne s’accordent plus
- avec ceux de la piece à revêtir, & s’en éloignenfi plus ou moins, félon que le parallélogramme, qu’elle repréfente, eft d’une forme plus ou moins allongée,
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- «flez indifférent quelle elle foit, pourvu que les quarrés de rempliftâge foient —
- d’une couleur diftinéte les uns des autres , & tous de celle des frifes & des Planché
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- plates-bandes qui les entourent ; 8c s’il arrivoit que l’on fût obligé de faire les frifes ou les plates-bandes d’une même couleur que celle d’une des deux elpeces de carreaux, il faudroit les féparer d’avec ces derniers, en faifant régner un filet au pourtour de l’ouvrage, comme je l’ai obfervé aux différentes figures de cette Planche.
- La Figure 2 repréfènte un autre compartiment compofé, comme le précédent, de quarrés de couleurs différentes, placés alternativement à côté les uns des autres. Ce fécond compartiment différé du premier, en ce que les quarrés dont il eft compofé, font placés for leur angle, ce qui lui a fait donner le nom de compartiment en lofange. Ce compartiment fait allez bien , & a cela de commode qu’on peut mettre les quarrés dont il eft compofé , en nombre pair ou impair , félon qu’on le juge à propos, en obfervant toutefois qu’il fe trouve un quart de quarrés dans l’angle , afin que tous les quarrés de la même elpece touchent de leurs pointes la plate-bande ou le filet du pourtour, 8c que les autres foient tous coupés au milieu de leur largeur, comme je l’ai obfervé dans cette figure.
- Quand la place à revêtir fe trouvera être un peu plus longue d’un fens que de l’autre , on divifera toujours les carreaux de rempliftàge en nombre égal de chaque côté, ce qui alors changera leur forme, qui, de quarrée, deviendra lofange , foit fur la longueur, foit fur la largeur ; & on aura grand foin de toujours faire la divifion, foit des quarrés, foit des lofanges , en raifon de la grandeur de la place à revêtir, afin qu’il ne s’en trouve aucun coupé irrégulièrement, ce qui eft un très-grand défaut, qu’il faut abfolument éviter à toutes fortes de compartiments, de quelqu’elpece qu’ils puiffent être, comme je l’ai obfervé m% différents compartiments repréfentés for cette Planche.
- Les compartiments dont je viens de parler, s’emploient ordinairement dans des parties d’une moyenne grandeur ; mais quand les parties à revêtir deviennent trop grandes, on ne fait ufiige de ces compartiments qu’en les entourant de plates-bandes 8c de filets, qui y font des efpeces de cadres , comme à lafig. 3 , ce qui donne lieu de grandir les quarrés ou les lofanges autant qu’on le juge à propos.
- Quand on fait de ces fortes de compartiments, leur divifion fe fait de l’intérieur des plates-bandes qui leur fervent de cadres, fans avoir égard à la largeur du filet, afin que l’angle de ce dernier touche pofitivement au nud de la plate-bande qui entoure l’ouvrage, ainfi que je l’ai obfervé dans cette figure. Comme ces compartiments font grands, il faut avoir foin qu’ils foient très-réguliers, foie qu’ils foient d’une forme parfaitement quarrée ou lofange, ce qui eft égal, pourvu qu’il fe trouve aux quatre angles deux demi-quarrés, comme à cette figure , ou bien feulement un quart de quarré , foppofé que le compartiment foit terminé par la ligne ABy même figure. L’intérieur des quarrés de ces
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- -compartiments, fe remplit de différentes maniérés, comme je l’ai obfervé Ici ; quelquefois on y inc^ufte des rofaces ou autres ornements, qui y font un très-bel effet, comme je l’expliquerai dans la fuite.
- La Figure 4 repréfente un compartiment à dés ou cubes pofés fur un fond de couleur quelconque ; ces dés ou cubes font des hexagones placés à côté les uns des autres, de maniéré que leurs pointes fe touchent les unes aux autres, comme on peut le voir dans cette figure.
- Chacun de ces hexagones , ou figures à fix côtés * efl: compofé de trois lofànges jointes enfemble, lefquelles font de différentes couleurs, pour faire paroître le relief des dés ou cubes ; de forte que la lofange C, qui efl: du côté du jour, fe fait en bois de rofe ; celle D, qui efl: le defîus du cube, en bois gris ou jaune ; St celle E, qui efl: le côté de l’ombre, en bois violet ; St le fond en tel autre bois quon le juge à propos, pourvu qu’il différé de la couleur des bois qui forment les cubes, dont la couleur doit non-feulement différer de celle du fond, mais encore être plus foncée d’un côté que de l’autre à chaque lofange dont ils font compofé s ; St on parvient à le faire en choififlànt des morceaux plus foncés en couleur d’un côté que de l’autre, ou bien en les paflànt au fable chaud, comme je l’enfeignerai en fon lieu.
- La Figure y repréfente un autre compartiment, qui ne différé de celui dont je viens de parler, qu’en ce qu’il n’a point de fond comme ce dernier, mais qu’au Contraire tous les dés ou cubes entrent les uns dans les autres fans laiffer d’efpace vuide, ce qui fait aflèz bien ; cependant il efl: bon d’obferver, en faifànt cette derniere efpece de compartiment, d’y faire un fond entre les cubes du haut St du bas, comme je fai obfervé dans cette figure, ce qui fait beaucoup mieux que de voir des bouts de cubes coupés comme on le fait ordinairement, St que je l’ai indiqué par la ligne F G.
- En général, que les compartiments dont je parle folent avec fond , comme la Jîg.» 4, ou fans fond, comme la^zg-. 5, il faut avoir grand foin, lorfqu’on en fait la divifion, qu’il fe trouve un nombre complet de cubes for la largeur, St que for la hauteur l’extrémité de ces mêmes cubes touche à la plate-bande ou au filet qui les entoure, comme je l’ai obfervé ici ; ce qu’il efl: très-aifé de faire, puifqu’il n’y a qu’à hauffer ou baiffer la hauteur des cubes, félon qu’il en fera befoin , n’étant pas abfolument néceffaire que l’hexagone du cube foit parfaitement régulier , quoique cependant lorfqu’il peut l’être, il n’en fait que mieux , St efl d’autant plus aifé à faire, que les trois lofànges qui compofent l’hexagone, font d’une forme femblable, ce qui n’arrive pas ordinairement quand l’hexagone efl d’une forme irrégulière.
- Si on ne vouloit pas faire des dés ou cubes fàillants , comme à la^. y 9 on pourroit fe fervir du compartiment de ces derniers pour faire un rempliflàge de lofànges en bois unis, ce qui ne fait pas mal quand les joints en font bien faits, çomme on peut le voir dans cette figure.
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- La Figure 6 repréfonte un compartiment à étoiles eonfufos* qui eft d une com-pofition très-difficile en apparence ; cependant ce ne font que des hexagones, comme celui H, I, L , M9 N9 O , qui s’approchent & fe pénétrent les uns les autres, de forte que l’extrémité quelconque dans chaque étoilé , devient lé centre d’une autre. Il faut cependant obforver, en faifant ces fortes de compartiments , qui! fe trouve, autant qu’il eft poflîble9 un nombre d’hexagones complet fur la hauteur, comme il fe trouve dans cette figure , afin que le fond ou le vuide que laiffient les pointes des étoiles, foit femblable par le bas comme par le haut, ce qui ne pourroit pas être fi le compartiment étoit borné par la ligné P Q, dont la diftance jufqu’au filet fupérieur du compartiment > ne contient qu’un hexagone & demi de hauteur ; quant à la largeur de cette efpece de compartiment , pris dans le fens que le repréfente la figure 6 9 il n'importe pas que lé nombre des hexagones foit complet, il foffit qu’il lie fe trouve point de pointes y'étoiles coupées for une même ligne, pour que ce compartiment foit auffi pari fait qu’il puifle être.
- Ces fortes de compartiments peuvent être faits avec une faillie apparente, ou bien être remplis de bois unis , ce qui eft égal pour la forme 8c la difpofition des joints, qui font toujours donnés par des lignes parallèles ,* horifontales & perpendiculaires 9 & par des triangles équilatéraux, dont les fommets font oppo* fés les uns aux autres 9 ainfi qu’on peut le voir dans cette figure, dont f infpeCt tion feule vaut mieux que toute l’explication qu’on en pourroit faire.
- La Figure 7 repréfonte un autre compartiment compofé d’oélogones ou figures à huit côtés , dilpofés en étoiles à huit pointes, lefquelles tendent, intérieurement 9 toutes à un même centre. Les étoiles qui compofont ce compartiment, fo touchent, for leurs faces perpendiculaires & horifontales, par deux pointes, ce qui produit entr’elles un efpace quarré qu on remplit foit en pointe de diamant, comme dans le haut de cette figure , ou bien en bois unis faifànt fond , Ce qui eft égal. Les autres vuides quarrés que produit la rentrée des pointes de ces mêmes étoiles , étant plus grands que ceux dont je viens de parler ci-deffiis, fe remplirent par d’autres étoiles à quatre pointes, ou toute autre efpece de compartiment, placées for un fond qui les diftingue du refte de l’ouvrage 5 comme je l’ai obfervé dans la partie fupérieure de cette figure , dont les étoiles ainfi que les pointes de diamants, ont un relief apparent.
- Ces fortes de compartiments peuvent auffi fe faire totalement de bois unis , tant les étoiles que le fond, ou bien les étoiles d’une couleur plus ou moins foncée que le fond, ce qui eft égal.
- U fe fait encore beaucoup d’autres compartiments propres au rempliftàge des panneaux d’Ebénifterie, dans le détail defquels je n'entrerai pas ici, le petit nombre d’exemples que je viens de donner dans cette Planche 9 & l’explication que j’en ai faite , étant foffifànts pour aider à tracer régulièrement tel compartiment qu’on voudra faire, en obfervant toujours de faire -les compartiments Menuisier , 11L Paru 1IL Sect. B iq
- Planche
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- pour la place, & non pas la place pour les compartiments, comme il arrive très> fouvent, & en évitant for-tout de remplir des panneaux d’Ebénifterie avec des Compartiments, lefquels étant ou trop grands ou trop petits, fe trouvent nécefe fairement mutilés par les cadres & les plates-bandes du pourtour du panneau ce qui n’arrive que par la négligence des Ouvriers , qui , lorfqu’ils ont une fois, fait le deflein d’un compartiment, & les outils propres à en ajufter les différentes, pièces, n’en veulent plus changer , foit par pareffe ou par incapacité, ou, ca qui eft plus jufte, par l’impoffibilité ou les Marchands les mettent de le faire,, en ne leur payant l’ouvrage que la moitié de ce qu’il vaudroit s’il étoit bienfait.
- Les panneaux d’Ebénifterie font ordinairement entourés de frifes, foit de bois, unis collés de différents fens , ou bien en compartiments , ce qui eft égal ; dans l’un ou l’autre cas, on y met quelquefois des plates-bandes de différentes couleurs, entourées de filets, comme je l’ai déjà dit ; ces plates-bandes forment un fécond cadre autour du panneau, aux quatre angles duquel on leur fait faire divers reflàuts, comme le repréfentent les fig. 1,2 & 3 , qui font difpofées de la même maniéré , quoique différentes, pour la forme , les unes des autres.
- Que les plates-bandes foient fimples, comme aux fig. 2 & 3 , ou qu’elles foient doubles, comme à la fig. 1, il faut toujours qu’elles foient entourées de filets qui les féparent du refte de l’ouvrage , ce qui eft une réglé générale dans tous, les cas. Ces filets font ordinairement blancs ; cependant on peut en faire d’autres couleurs, ce qui eft indifférent, pourvu que leur couleur fafle oppofition avec les bois qu’ils féparent, & qu’ils foient d’un bois bien liant & de fil, afin de pouvoir les travailler facilement, comme je l’enfeignerai ci-après. Voye^ la fig* 4, qui repréfente une plate-bande avec fos deux filets qui y font collés , vue tant de face que de côté.
- Quand la couleur des frifes eft beaucoup différente de celle des panneaux, if arrive alors que le filet ne fe diftingue pas allez de l’une ou l’autre couleur ? Ce qui oblige à mettre un filet double de deux couleurs différentes , lefquelles font oppofition avec le fond de l’ouvrage, quoique de différentes couleurs. Voye1 la figure 5 , qui repréfente des filets de cinq efpeces ; favoir, un filet double, coté A B ; un filet triple, dont le milieu eft noir, coté C ; un autre filet triple dont le milieu eft blanc, coté D ; un filet triple dont le milieu eft mi-parti blanc & noir, coté E ; enfin une autre efpece de filet triple , dont les trois parties qui le compofent font toutes mi-parties , & en oppofition les unes avec les autres, coté F.
- Les frifes fe font quelquefois à compartiments, & de bois de différentes cou* leurs, lefquels forment fimplement des cadres, ou bien font remplies, dans toute leur largeur , par des compartiments quelconques. La première maniéré de faire les frifes, repréfentées fig* 6 & 7, eft la plus fimple , & ne demande d’autre foin que de tracer régulièrement les ronds ou les lofàngesfoit que ces
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- Sect» L $. I. Des diverfes fortes de Compartimentsy 829 feifes foienr fans plates-bandes, comme la^g*. 6f ou avec des plates - bandes, i Comme la fig, 7.
- La fécondé maniéré de remplir l’intérieur des Frifes , eft beaucoup plus compliquée que la première, parce que l’elpace de ces dernieres étant ordinairement peu confidérable, les parties qui compofent les compartiments dont ils font remplis, ne peuvent être que très-petites, ce qui en rend la parfaite exécution très-difficile , for-tout depuis qu’on eft d’ufàge d’y mettre des grecques ou bâtons rompus, lefquels font compofés d’une infinité de morceaux différents * comme on peut le voir dans les figures 8,<?,io,ii<§’ 12.
- Les grecques ou bâtons rompus, repréfentés dans ces différentes figures * font plus ou moins compofés, en raifon de la largeur des frifes, & fe tracent tous de la même maniéré, comme je vais l’expliquer.
- Quand on veut tracer de ces fortes d’ornements , il faut d’abord ; après avoir tracé le milieu de la frife, comme la ligne ab9jîg. 8 , divifer la largeur de la frife en autant de parties égales que l’exige le compartiment dont on a fait choix, lefquelles fe trouvent au nombre de fept dans cette figure ( les pleins devant être égaux aux vuides^). Ce qui étant fait, on trace autant de lignes parallèles qu’il y a de points de divifion de donnés ; enfiiite on trace ces mêmes efpaces ou divifions perpendiculairement, en obfervant qu’il s’en trouve une au milieu de l’ouvrage, comme dans cette figure ; enfuite de quoi on détermine la forme des bâtons rompus , auxquels on fait faire autant de révolutions qu’il eft nécef faire pour remplir la longueur de la frife, en obfervant qu’il fe trouve au bout une révolution entière, ou du moins qui finifîe heureufement, fans avoir l’air d’être coupée, ainfi que j’ai eu attention de le faire à la fig. 8, cote G ; à celle 9, cote H\ à celle 10, cote / ; & à celle n , cote L.
- Il réfulte un inconvénient de cette obfervation , qui eft que fi la largeur de la frife eft bornée, fà longueur ne peut l’être qu’après avoir fait la divifion de cette même largeur en autant de parties qu’on le juge à propos, ainfi qu’on a pu le voir ci-deffus. Si, au contraire, c’eft la longueur de la frife qui eft donnée * comme il arrive ordinairement, on ne peut en déterminer la largeur qu’après avoir fait choix du compartiment qu’on veut employer, & du nombre de révolutions que la moitié de la longueur de la frife pourra contenir, ce qui donnera un nombre de parties quelconques, fur lequel on divifera la moitié de la longueur de la frife, en obfervant toujours de mettre une de ces divifions au milieu de fa longueur. La divifion de la longueur de la frife étant faite , on aura aifément fà largeur, puifque c’eft la divifion déjà faite , répétée autant de fois qu’il eft nécef-faire , félon le compartiment adopté, qui la donne*
- Ce que je viens de dire touchant la divifion de la figure 8, eft appliquable à toutes les autres, de telle efpece qu’elles puiffent être ; c’eft pourquoi je n’eri parlerai pas davantage, vu que l’infpeélion feule des figures peut * & même doit-fuffire, pour peu qu’on veuille y faire attention.
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- S3o ME NUIS IE R, 111 Part. SeÜ. 111 Chap. XI.
- —y-.. — La Figure 12 repréfente une efpece de compartiment propre à remplir des
- Planche cafés ou parties quarrées féparées les unes des autres, comme il s'en trouve quel* quefois, fur-tout dans les angles des frifes, où ils peuvent tenir lieu de rofaces ou autres ornements.
- En général, toutes les parties qui compofent les compartiments dont je parle f doivent être ajuftées d'onglets dans tous les angles ; & on doit avoir grand foin qu'elles s'alignent bien les unes avec les autres fur tous les fens , ce qui fait la principale beauté de ces fortes de compartiments, & de tous les autres en général.
- Les frifes fe remplirent auflî avec des compartiments circulaires, tels que les Planche entrelas ronds ou ovales, fimples ou doubles, lefquels font toujours entourés de filets, & s'incruftent fur des fonds unis, foit de bois plein, foit de rapport. Voy« les fig. 1 & 2.
- Quelquefois au lieu d'entrelas ronds, on y met des poftes fimples & d une égale largeur dans tout leur contour, comme les fig, 3 & 4 (*).
- Je ne m'étendrai pas for ces fortes de compartiments, vu que, quoique différents , pour la forme, de ceux dont j'ai parlé ci-defTus, ils font fojets aux mêmes foins pour les tracer, c'eft-à-dire , qu'il eft néceiîàire qu'ils foient d'une grandeur relative à celle de la place qu’ils doivent occuper, afin qu'ils ne foient pas coupés par les cadres des frifes.
- Il y a des occafions ou on ne met point de frifes autour des panneaux d’Ebé-nifterie, mais Amplement un champ lifle d'une forme contournée, lequel eft féparé du fond du panneau par un foui filet, comme le repréfente h fig. y ; quelquefois ce champ lifîe pafîe droit comme à la fig. 6 , & le panneau eft entouré, ou , pour mieux dire, orné d'une plate-bande d'une forme contournée , ce qui fait un affez bon effet, fur-tout quand les contours en font doux & gracieux.
- Quancf les panneaux d'Ebénifterie deviennent très-grands, on y met quelquefois dans le milieu une plate-bande contournée, ou bien on y met un petit panneau féparé du grand par un filet feulement, comme aux fig. 5 & 6 ; ou bien au lieu de plate-bande, on y met une efpece de ruban, fig. 7, ce qui fait très-bien quand il eft placé & ombré à propos.
- En général, pour que les compartiments circulaires faffent bien, il faut que leurs contours foient doux, coulants, fans aucune efpece de jarets ; c'eft pourquoi de telle efpece qu'ils foient, il eft bon, après les avoir tracés à la main le plus parfaitement poflible, de les chercher aux traits de compas, tant pour les rendre plus sûrs, que pour les faire plus fymmétriques, afin que le contour d'un côté foit parfaitement femblable à celui qui lui eft oppofé. Quand on trace ainfî les cintres au compas, il faut avoir grand foin que les centres des plus petites portions de cercles, foient placés for les rayons des plus grands, & que les
- ( *) H eft des occafions où les entrelas font remplis de rofaces, & les poftes fleuronnées , c’eft-à dire, ornées de feuilles d’ornements ; mais çe n’eft pas ici le lieu d’en parler, vu que cette
- defcription dépend de la fécondé efpece d’Ebé-î nifterie, à laquelle je ne pafferai qu’après avoir épuifé tout ce qu’il y a à dire fur celle-ci.
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- Centres oppofés faflent une ligne droite avec leurs points de rencontre ou d’attouchement ( ce qui eft la même chofe ), ainfi que je Fai obfervé aux fig. $ 8c 6 > fur lelquelies j’ai marqué les différents centres des courbes , ainfi que leurs rayons, que j’ai indiqués par des lignes ponctuées ; de forte que pour peu qu’on veuille faire attention aux diverfes opérations tracées fur ces figures, on fera en étatde tracer au compas tous les cintres imaginables, fans avoir befoin d’unë explication plus étendue que celle-cn
- Voilà, à peu-près, tout ce qu’il eft poflible de dire touchant la théorie des compartiments, for lefquels je ne m’étendrai pas davantage, vu que cette matière eft prefqu’inépuifoble, 8c que le peu que j’en ai dit, quoiqu’en général, peut s’appliquer à tous les cas poflîbles. Tout ce que je puis recommander aux Ouvriers, c’eft beaucoup d’exaélitude en traçant leurs compartiments ^ qu’ils doivent toujours faire en raifon des places , comme je l’ai dit plus haut, 8c que je ne fournis trop le recommander. ïls doivent auflî faire le deflein de leur ouvrage, & le tracer en grand, 8c même en colorer les mafles principales avant d’en faire les bâtis.
- Lorfque l’ouvrage doit être revêtu d’ornements de bronze, il faut les faire modeler for le plan , lorlque c’eft une forface droite, ou bien faire des modèles en relief, pour modeler enfoite les ornements deflus, en foivant les contours ou les reflâuts de l’ouvrage. Ces précautions font longues 8c couteufes, à la vérité , mais auflî font-ce les feules qu’on puiflè prendre pour faire l’ouvrage dont il eft ici queftion avec toute la perfection poflible : de plus, je l’ai déjà dit, & je le répété encore, cette efpeee de Menuiferie n’eft pas faite pour tout le monde ; & je crois qu’en la faifont auflî bien quelle peut être, & la vendant ce qu’elle vaut lorfqu’elle eft bien faite, ce feroit un moyen sûr pour retrancher cette branche du luxe aétuel, ce qui ne feroit aucun tort aux Ouvriers, puife qu’en leur retranchant une partie de leurs ouvrages, on augmenterait le prix de ceux qui leur refleroienc à faire, ce <^ui deviendrait égal pour eux ; puifque l’Ouvrier une fois sûr d’être bien payé, s’appliquerait davantage à fon ouvrage y 8c deviendrait en peu de teriips plus intelligent 8c plus inventif : de forte que l’Art de l’Ebénifterie, qui femble maintenant réduit à une elpece de routine plus ou moins heureufe , renaîtrait, pour ainfi dire , de fes cendres, & on verrait paroître des ouvrages capables non-feulement d’égaler, mais même de forpafleç ceux des fiecles précédents •
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- S32 MENUISIER, îlî. Part..Sect lll Chap. XL
- §. II. De la manière de de'couper & d’ajufler les pièces droites ,
- & des Outils qui y font propres.
- Aêrès avoir traité fommairement des différents compartiments propres I l’Ebénifterie, (lefquels font à cette efpece de Menuiferie, ce que font les profils & les contours aux autres parties de cet Art déjà décrites ), il s’agit maintenant de pafler de la théorie à la pratique, en enfeignant la maniéré de procéder à l’exécution de ces mêmes compartiments, tant ceux qui font compofés de parties droites, que ceux qui font compofés de parties circulaires , ce qui entrai* nera après foi le détail de plufieurs Outils néceflàires à l’exécution de cette partie de l’Ebénifterie, comme je l’ai annoncé ci-devant, page 81 r.
- Les compartiments d’Ebénifterie font, comme on a pu le voir ci-deflùs, compofés d’une infinité de morceaux de bois de placage de différentes formes Sc grandeurs ( cependant femblables, comme difent les Ouvriers, chacun à leur chacun ) , c’eft-à-dire , que dans un compartiment compofé de cent morceaux différents, il y en a, par foppofition, dix d’une forme, fix d’une autre, vingt d’une autre, Scc, lelquels doivent être parfaitement égaux entr’eux , foit pour la grandeur, foit pour la direction des fils, ou pour les nuances des couleurs , &c.
- Avant d’entrer dans ce détail, je vais donner la maniéré de préparer les filets & de les mettre d’épaiffeur, afin de ne me point répéter lorlque j’enfeignerai la maniéré de les employer.
- Les filets dont on fait maintenant ufàge, font de deux efpeces ; lavoir, ceux d’ofier, qui font les moins bons, & que les Vanniers vendent tout préparés ; & ceux de bois de houx, que les Ebéniftes préparent eux-mêmes, ce qui fo fait de là maniéré foivante.
- On commence par choifîr un feuillet de houx, refendu à l'ordinaire des bois de placage , dont le fil fe trouve le plus droit poffible, & qu’on dreffe fur la rive en foivant toujours le fil du bois ; ce qui étant fait, on le refend au truüquin, par le moyen dun outil ou entaille nommée bois a refendre. Cette entaille A B9 repréfentée^ïg. 1, n’eft autre chofe quun bout de membrure d’environ 3 pouces d’épaiffeur, for y à 6 pouces de largeur, fur lequel eft fait un ravalement d’en* viron une ligne & demie d’épaiffeur, ce qui eft foffifànt pour contenir le feuillet qu’on veut refendre. Voye^ lafig. 1 , cote G
- Ce ravalement ne fo fait pas dans toute la longueur de l’entaille ; mais on y réferve un talon par le bout fopérieur coté A, contre lequel vient butter le bout du feuillet. La largeur du côté de l’entaille, contre lequel s’appuie 1© . feuillet, eft arbitraire ; il foffit qu’il foit bien dreffe Sc exactement parallèle d’un bout à l’autre ; parce que s’il arrivoit qu’il ne le fut pas, le filet fe trouverait? refendu d’inégale largeur, ce qui eft tout naturel, puifque le trufquin D, dont
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- Sect. /. §. II. Découper ÔÙ ajufier les pièces droites-, SCc. 833 Couverture eft fixe, ne peut faire que des traits parallèles, ce qui, je crois, n’a pas befoin de démonftration. Planche
- Le trufquin1 dont on fe fert pour refendre les feuillets, n eft point différent pour la forme, des autres trufquins à longues pointes, fi ce n’eft que la pointé de celui-ci doit être dé bon acier trempé > moyennement dur, 8c aminci (comme difent les Ouvriers) en langue de chat, afin quelle entre plus aifément dans l’épaifleur du feuillet, qu’on refend cependant à deux fois; c’eft-à-dire* qu’après avoir donné un trait d’un côté, on le retourné pour en faire autant dé l’autre.
- Quant à la maniéré de tenir le trufquin & lé feuillet fur l’entaille, voyez là figure 1, dont finfpeétion feule vaut mieux qu’une longue explication, qui $ d’ailleurs, me paroît affez inutile ici*
- Quand les filets font ainfi refendus, on lés met égaux d’épaifleur avec un outil nommé Tire-filet* Cet outil, repréfenté^/%. 3,4 & 5 , effcompofé d’une principale piece ou- fût E F , au milieu de l’épaiffeur & dé la longueur duquel eft placé un fer L , dilpofé parallèlement à fes faces verticales ; au-deffus du fût du tire-filet, eft placée une manivelle ou levier, laquelle fert à appuyer le filet-contre le fer, comme je le dirai ci-après ; cette manivelle ou levier eft fixée par un de fes bouts au point a, à une tige b c, fur laquelle elle fe meut à charnière 5 & cette même tige b c, entre dans l’épaiffeur du fût, dans laquelle elle eft ordii nairement attachée à demeure.
- A l’autre bout du levier, qui eft arrondi en forme de poignée, eft affemblé un petit tenon a, lequel entre d’environ 6 à 8 lignes dans l’épaiffeur du defliis du fût du tire-filet, afin que lorfqu’on en fait ufage, le levier refte en place*
- Le delîus du fût du tire-filet doit être ravalé de l’épaiffeur des filets dans toute la largeur du fer, moins environ une ligne de chaque côté, qu’il eft nécefi faire qu’il foit enterré , pour qu’il ne fe fafie point d’engorgement.
- Ce ravalement doit préfenter une furfac© un peu arrondie fur la largeur dé l’outil, & être garni de fer, afin que le frottement continuel des filets qu’on paffe deffus n’y fafle pas d’inégalités, ce qu’il faut avoir grand foin d’éviter, parce que le fer de l’outil prendroit plus de bois dans des endroits que dans d’autres, ce qui expoferoit les filets à fe couper.
- Il faut avoir la même attention pour le deffous du levier, qu’il eft aufil bon de garnir de fer, & non de cuivre , parce que celui-ci venant à s’échauffer, s'attacherait au filet, & pourrait le noircir.
- Le tire-filet fe pofe quelquefois fur l’établi, oir on l’arrête avec un ou deux valets ; mais pour l’ordinaire on le met dans la preflè de côté, dans laquelle on l’arrête par le moyen de deux tiges /, Af, lefquelles font affemblées & arrêtées à demeure en deffous du tire-filet. Ces tiges font non-feulement néceflàires pour arrêter l’outil en place, mais encore pour procurer de la place à la faillie du fer, ainfi qu’on peut le voir à la fig. 4, qui repréfente le tire-filet vu en coupe avec une partie de l’établi & de la jumelle de la preflè#
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- S34 MENUISIER, 1IL Pan. SeB. III Chap. XI.
- : Quand le tire-filet fe pofe fur rétabli, les tiges /, M, font fupprimées, Sé
- on y met un fer qui ne déborde point l'épaifleur de l'outil en deflous, ce qui eft aflez incommode, fur-tout quand on veut y donner du fer ; ceft pourquoi il faut le préférer avec des tiges, tel que je le repréfente ici.
- J'ai dit plus haut que la tige b c , fig. 3 , à laquelle eft attaché le levier G H j étoit attachée à demeure dans le fût du tire-filet, parce que ceft la maniéré la plus ordinaire de le faire ; cependant je crois quon feroit mieux de rendre cette tige mobile dans le fût de l'outil, dans lequel on l'arrêteroit avec une vis de prefîïon, ou avec une clef, comme une tige de trufquin; ce qui donneroit le moyen de haufler ou de baiffer le levier félon l’épaifleur qu’on voudroit donner au filet, ou telle autre piece qü’on jugeroit à propos de mettre d’épaifleur par le moyen de cet outil.
- En faifànt la tige b c ainfi mobile, on feroit obligé d’allonger celle de l’autre bout du levier de d en e> qu’on n’arrêteroit pas en place, vu qu’il eft néceflàire qu'elle foit mobile à chaque inftant, mais dont on fixeroit la retombée par le moyen d'une vis ou d’une clef placée en deflous ; Sc on auroit loin que cette tige de 9 fût difpofée de maniéré quelle décrivît un axe pris du centre a du levier, afin de pouvoir haufler ce dernier autant qu’il feroit néceflàire.
- Quand on veut faire ufàge du tire-filet, on prend le manche ou poignée dii levier de la main gauche ; puis de la main droite on prend un filet refendu qu’on fait pafler entre l’outil & le levier en tirant le filet à foi,& on n’appuie lur le levier qu’autant qu’il eft néceflàire pour que le fer de l’outil morde fur le filet, qu’on retourne bout pour bout lorfque le premier bout a été mis d’épaif-feur, ce qu’il eft aifé de connoître quand le fer ne mord plus, & que le levier porte fur le fût de l’outil. Voye£ la fig. y.
- En mettant les filets d’épaifleur 5 il faut avoir grand loin de choifir le fil du bois, afin que le fer n’y fafle pas d’éclats, ou du moins ne les écorche pas ; à quoi on remédie en partie, en mettant le fer debout, ce qui ne difpenfe cependant pas de choifir le fil du bois, puifque cela ne demande qu’un peu d’attention de la part de l’Ouvrier* >
- Les plates-bandes de fil & autres parties étroites du placage, fe refendent au trufquin, comme les filets ; & on fe fert, pour les mettre de largeur, d'une entaille ou bois à mettre de largeur, repréfentée fig. 2, dans laquelle eft fait un ravalement dont la largeur eft égale à celle que doit avoir le morceau de feuillet qu’on veut mettre de largeur ; ce qui fait qu’à chaque différente largeur, it faut rélargir ou rétrécir le ravalement de l’entaille, ou en avoir de toutes les largeurs dont on peut avoir befoin, ce qui devient un peu embarraflànt* fur* tout lorfqu’on a un grand nombre de pièces de différentes largeurs.
- On pourroit remédier à cet inconvénient, en ne failànt pas de ravalement a l’entaille fur la largeur , & en plaçant deflus une réglé mobile à peu-près fem-blable à une parallèle de Graveur, laquelle, par çpnféquent, ne pourroit fe
- mouvoij;
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- Sect. I. $. II- Découper ôC ajûjler les pièces droites, S&c* 83 jf mouvoir que parallèlement , 8c feroit retenue en place par le moyen d une vis de preffion ; mais comme cet outil deviendroit Un peu compliqué 8c coûteux , ^Li^HE les Ouvriers n’en feroient pas beaucoup d’ufage , préférant toujours les outils fimples & qui fo font à peu de frais.
- De telle maniéré qu’on faffe ces fortes d’entailles, il faut toujours quelles ïoient de bois dur & liant, dont le fil foit bien droit, 8c même un peu incliné du fens dont l’outil fe pouffe, afin d’être moins fujet à s’écorcher, lorfque quand les pièces font tout-à-fait de largeur, le fer du rabot ou de la varlopé-onglet porte contre 1’ entaille, qu’il faut bien fe donner de garde de raboter, parce qu on en diminueroit la largeur, foit en tout ou en partie. Voy. la fig. 1, qui rèpréfen-te une entaille à mettre les pièces de largeur, avec la maniéré d’en faire ufage ; la coupe de cette même entaille, 8c celle de la piece N O, repréfentée cote Pï
- S’il arrivoit qu’on eût des pièces longues à ajufter, dont la largeur eût befoin d’être inégale d’un bout à l’autre, on fe ferviroit toujours des mêmes outils, ta ni pour les refendre que pour les mettre de largeur, en obfervant de faire la joue de l’entaille à refendre , & le ravalement de celle à mettre de largeur, d’und largeur inégale d'un bout à l’autre , 8ç cela en raifon de l’inégalité que les pièces doivent avoir.
- Quand l’inégalité des pièces eft un peu confidérable, il faut avoir deux en* tailles à mettre les bois de largeur , dont la pente foit à contre-fens l’une de l’autre, afin de pouvoir recaler les pièces toujours en fuivant le fil du bois, afin qu’il ne s’y falfo point d’éclats, 8c que le joint foit toujours vif & fin.
- Quand les pièces font ainfi mifes de largeur, on les coupe à la longueur coii* yenable, foit quarrément, foit d’onglet, ou telle autre pente qu’il eft néceffaire , ce qui fe fait avec une foie à l’ordinaire, après les avoir tracés avec des calibres ou modèles propres à chacun d’eux ; enfuite on les recale dans des entailles ou bois à ajufter, félon la pente qu’elles doivent avoir.
- Les entailles ou bois à ajufter , fig. 6 ,7 9 8 & 9, font des morceaux de bois d’environ,3 pouces d’épaiffeur, dans le côté defquels eft pratiquée une mortaifô où l’on fait entrer le bout du valet qui les tient arrêtés fur l’établi, comme le repréfente la figure 6.
- Le deffus de ces entailles ou bois à ajufter, eft ravalé d’environ 2 lignes de profondeur, ( ce qui eft néceflàire pour contenir les pièces qu’on veut ajufter J 8c cela de diverfes maniérés, folon les différentes formes que les morceaux doivent avoir, foit que cette forme foit quarrée, ou Amplement à angle droit * ou d’une pente quelconque. Quand les morceaux font d’une forme barlongüe, après les avoir mis de largeur, comme je l’ai dit ci-deffus, on les met dans l’entaille R, fig. 7, dont la largeur doit être égale à celle de la piece dont on veut ajufter le bout, qu’on recale enfuite à bois de bout avec un rabot du une varlope-onglet, dont le fer eft placé perpendiculairement, & en obforvant de biefi appuyer la piece contre le côté de l’entaille oppofé au rabot, 8c de ne gùere Menuisier. III. Part. III. Se&. D 10
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- 836 MENUISIER, III Part. SeË. III. Chap. XL
- i prendre de bois à la fois 5 afin d’éviter les éclats, qui font fort aifés à faire à bois Planche de bout, quelque précaution que Ton prenne.
- Quand les pièces font d’une forme exaélement quarrée, on les tient urt peu plus larges qu’il ne faut, en les mettant de largeur par bandes, ( ce qui eft php tôt fait que de le faire une à une ) ; Sc lorfqu’elles font coupées de longueur le plus jufte poffible , on les ajufte dans les entailles S ou T, félon leur grandeur, lefquelles entailles font un peu barlongues pour pouvoir contenir la pièce avant qu’elle foit ajuftée.
- En recalant ces fortes de pièces, un de leurs côtés étant parfaitement dreffé 9 on commence par finir les deux bois de bout en poufîant fur le côté du bois dé fil qui n’a pas été mis de largeur, & qu’on finit le dernier, pour regagner les éclats qui pourroient s’être faits en recalant les bois de bout.
- Quand les pièces font coupées d’onglet, ou de toute autre pente, on les recale d’abord d’un bout dans une entaille U > fig. 7, dont la largeur eft toujours égale à celle de la piece ; enfuite on les coupe de longueur & on les recale dans d’autres entailles X9 dont la longueur Sc la forme font exaélement femblables à celles de la piece, foit qu elle foit coupée parallèle dans fa pente , comme l’entaille X, ou quarrément d’un bout, comme dzf'kg9 ou en fens contraire, comme de g à h, ce qui eft égal.
- Si le fil de la piece à recaler fe trouvoit en fons contraire du bois de fil, comme de 1 à l9fig. S , cote F, il faudroit alors faire l’entaille à rebours, comme je l’ai obfervé ici, afin que le bois , dont le fens fe trouve alors de i en /, foit toujours coupé à bois de fil.
- Autant on a de pièces d’une même largeur, & d’une différente forme Sc Ion-! gueur, autant il faut faire d’entailles dans les bois à ajufter, comme je l’ai repré-fentéjig.y ; & on ne doit point faire ufàge de ces derniers,qu’après avoir efïàyé fes entailles les unes après les autres, & s’être alluré que toutes les pièces qui ont été recalées dedans, fe trouvent avoir bien parfaitement la forme & la grandeur nécefîàires pour que le compartiment foit parfaitement bien fait.
- De quelque forme que foient les pièces à ajufter, on fe fert toujours de la même méthode, du moins pour les parties droites , foit que leurs faces foient parallèles, comme celles qui compofent l’hexagone fig. 14, ou qu’elles foient d’une forme irrégulière, comme celles qui compofent la figure 17.
- Quand on aura des compartiments où les plates-bandes feront coupées par de petites longueurs, comme dans le cas des bâtons rompus ou autres, on collera les filets des deux côtés, comme à lafig* 13, après quoi on les coupera de longueur à l’ordinaire. Quant aux filets féparés & aux plates-bandes qui font très-étroites 9 on ne les coupe pas à la foie, & on ne les recale pas au rabot dans un bois à ajufter ;-mais on les coupe & ajufte au cifeau, ou bien au petit couteau de taille repréfenté fig* 16.
- Les grandes pièces de placage fe recalent à l’ordinaire au rabot Sc dans un
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- Sect. /. §. II. Découper SC ajufter les pièces droites, SCc. 837
- bois à ajufter, repréfenté fig. 10, 11 $ ï 2, lequel neft autre chofe quun mor- 5 ceau de bois de 1^ à 18 pouces de longueur , fur 2 à 3 pouces de largeur, & environ un pouce & demi d’épaifleur.
- Ce morceau de bois eft ravalé des deux côtés de Ion épaifleur, d’environ 3 à 4 lignes , ce qui eft plus que néceflàire pour appuyer contre le morceau dé placage qu on veut recaler, lequel on fait porter contre le talon du bois à ajufter i dont les bouts font entaillés en forme de pieds-de-biche, pour pouvoir tenir en place lorfqu’on en fait ufàge.
- Les talons des bois à ajufter, font coupés quarrément d’un côté, & d’onglet de l’autre, comme ceux yf, i?, C, D; & on doit obferver que les entailles d’onglet foient faites à contre-fens l’une de l’autre, pour fervir dans le cas où le fil du bois fe trouveroit difpofé de cette maniéré, ainli que je l’ai démontré plus haut, en expliquant la figure 8 de cette Planche.
- Quand on veut faire ufàge des bois à ajufter dont je viens de faire la defcripU tion, on place dans un des trous de l’établi, une cheville , contre laquelle on appuie un des bouts du bois à ajufter, qu’on retient en place, appuyant l’autre bout contre fa poitrine ; puis on prend de la main gauche la pièce qu’on veut recaler, & on la place fur le bois à ajufter, où on la retient ferme en place contre le talon de ce dernier, puis on la recale avec le rabot qu’on tient de la main droite, jufqu’à ce qu’il porte for le bois à ajufter, qu’on doit avoir grand foin de ne pas toucher avec le rabot ou la varlope-onglet. Voye^ la fig. , laquelle repréfente un Ebénifte faifànt ufage du bois à ajufter , & for l’établi duquel eft placée une entaille ou bois à ajufter, de l’efpece de celle repréfentéefig. 7 , % & 9.
- Les grands bois à ajufter ne fervent que pour les grandes pièces de placage * dont on veut faire les joints, qu’on doit toujours avoir foin de tracer très-juftes fur leur place avant de les recaler dans les bois à ajufter, dont la trop petite largeur n’eft pas foffifante pour bien diriger le joint d’une piece d’une certaine grandeur, foit ce dernier fe retourne à angle droit, ou qu’il foit d'onglet, ce qui eft égal.
- J’ai dit plus haut, page 823 , en parlant de la difpofition des bois de placage, que quand les places à revêtir fe trouvoient barlongues ou oblongues ( ce qui eft égal ), il falloir toujours que les joints diagonaux ou les fils des pièces de rempliflàge, tendiffent aux angles de la piece à revêtir, ce qui donne différentes pentes aux coupes des pièces de rempliflàge ; dans ce cas, il faut, lorfqu’on a un certain nombre de pièces d’une coupe femblable , faire des bois à ajufter dont la coupe des talons foit félon les différentes pentes des pièces à ajufter, afin qu’elles portent dans toute la largeur du talon lorfqu’on les recale.
- Il faut auflî que la faillie du talon foit dégraiflee en deflous, afin que la piece demeure en place, 8c ne fe releve pas en deflus, ce qui arrive quelquefois, for-tout lorfqu elle eft trop longue pour que l’étendue de la main puifle la contenir en place. Voyej la fig. 11, qui repréfente un bois à ajufter vu de côté, & 1© bout de ce même bois coté E, même figure.
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- ! D’après ce que je viens de dire touchant la maniéré de couper & d’ajufter le$ pièces droites, il eft très-aiféde concevoir que cette partie del’Ebénifterie, quoique la plus fimple en apparence, demande beaucoup de précifion & d’attention de la part de l’Ouvrier, fiir-tout quand les compartiments feront compofés de beaucoup de petites parties, lefquelles doivent être toutes coupées & ajuftées avant de les coller, ce qui efb très-difficile à bien faire. Quant aux grandes parties de placage, elles demandent moins de fujétion, parce que non-feulement elles font en moindre nombre, mais encore parce qu’elles s’ajuftent les unes après les autres, & cela à mefure qu’on les colle, comme on le verra ci-après.
- La difficulté de l’ajuftement des différentes pièces qui compofent les petits Compartiments , a fait recourir à divers expédients , tant pour les rendre les plus parfaits poffibles, que pour en accélérer l’exécution ; les uns ont coupé & ajufté toutes leurs pièces, & les ont collées les unes après les autres, foit que toutes ces mêmes pièces fuffent d’une forme femblable ou non, ce qui rend l’ouvrage affez parfait, mais d’une très-longue & très-difficile exécution.
- D’autres, pour éviter ces difficultés, ont préféré, fur-tout lorfque les compartiments offrent des figures régulières, comme des hexagones, des étoiles, de coller les pièces de chacune de ces figures d’abord par parties, puis toutes enfèrn-ble, de maniéré qu’elles faflent un tout qu’ils ajoutent enfuite, & qu’ils collent avec d’autres placages ( ou qu’ils incruftent en plein bois, ce qui eft égal). Cette derniere maniéré d’exécuter les petits compartiments, eft la plus prompte & la plus commode ; c’eft pourquoi je vais m’en fervir en traitant de la maniéré d’ajufter les compartiments droits, tant petits que grands, ce que je ferai le plus Juccinélement pofîible, me contentant de donner quelques exemples généraux , dont l’application puifle fe faire à toutes fortes d’ouvrages, le nombre des exemples & leurs applications n’étant pas ce qui eft le plus effentiel, mais bien plutôt la maniéré d’opérer, fur-tout quand elle eft applicable à beaucoup de cas , comme il arrive dans cette partie de la Menuiferle , où, abftraélion faite de la con-noiflànce des bois ou autres matières & des différents compartiments , toute la théorie de cet Art ne confifte prefque qu’en diverfès maniérés d’opérer appliquées à différents ouvrages ( * ).
- Quand les compartiments font compofés de petites parties dont l’affemblage forme des figures régulières , comme des hexagones, des étoiles , &c, on les colle les unes avec les autres avant de les plaquer ou de les incrufter, ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- (*) Ce que j’avance ici femble être contradictoire avec ce que j’ai dit au commencement de mon Ouvrage, page 763 , où j’ai fait l’énumération des différentes connoiffances néceflaires aux Ebéniftes ; cependant pour peu qu’on veuille y foire attention, il eft fort aifé de voir que ces mêmes connoiffances, quoique très-néceflaires & même indifpenfables aux Ebéniftes , ne font qu’acceffoiresàleurs ouvrages,ou ne tiennent pas effentiellement à la pratique de ce qui conftitue ce qu’à proprement parler a on appelle l'Art de VEbê;
- nifterie, lequel confifte plutôt dans diverfes maniérés d’opérer, que dans des connoiffances rela-tives foit à la forme , foit à l’ufage des ouvrages fur lefquels on opéré , étant très-indifférent d’ajufter 8c de plaquer non-feulement des compartiments de différentes efpeces, mais encore de le faire fur un côté de Bureau, fur la face d’une Commode ou de tout autre ouvrage , puifqu’on fe fert toujours des mêmes moyens pour le faire^ du moins à très-peu de chofe près.
- On
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- Sect. î. §.II. Découper SC njufîer les pièces droites, èùc. 835}
- On commence d'abord par tailler & ajufter toutes ces pièces félon la grandeur & la forme qui leur eft convenable ; enfuite fi c eft, par exemple, un hexagone $ comme la figure I , on colle enfemble les deux parties A, B ,fîgi 2, Sc on les îailîè fécher, après quoi on y ajufte la troifieme piece C 9 qu'on colle enfuite , & qu’on laiffie pareillement fécher*
- Quand les trois pièces qui compofent l'hexagone, font ainfi collées, on recalé ce dernier dans un bois à ajufter, afin de lui donner une forme la plus parfaite poflible , fiippofé que les premiers morceaux qu'on a ajuftés* laiffent du bois de trop, ce qu'il faut éviter le plus qu'il fera poffible.
- En recalant les hexagones* ou toute autre figure aflemblée, il faudra bien prendre garde aux pièces qui excédent plus les unes que les autres, pour y ôter autant de bois qu'il fera néceffaire , afin que les angles de la figure fe trouvent très-exaélement à la rencontre des joints de chaque piece * comme je l'ai. obfervé aux fig. 1 & 2*
- Plus les figures font compliquées * Sc plus leur exécution devient difficile * quoiqu'on fe ferve toujours des mêmes moyens pour les faire ; les étoiles, par exemple* font de ce nombre, parce que non-feulement elles font eompofées de beaucoup de pièces * mais encore parce qu'il n'eft pas poffible d'y retoucher lorfqu' elles font une fois collées toutes enfemble, ce qui demande beaucoup de précifion dans l’ajuftement de ces mêmes pièces»
- Les étoiles comme celle reprefentee dans la figure 5 , font celles dont la forme eft la plus fimple , puifque celle-ci n’a que quatre pointes D, E, F, G j lefquelles font eompofées chacune de deux morceaux , & doivent être à égale diftance les unes des autres, de maniéré que la diftance D E, foit égale à celle
- E F, & celle F G égale à Celle D G, &c , ce qui eft général pour toutes les étoiles d'une forme régulière.
- Quel que foit le nombre des pointes des étoiles , elles fe font toujours de la même maniéré, c’eft-à-dire , qu’après avoir préparé & ajufté les morceaux donc elles doivent être eompofées, comme ceux H, I,L, M,fig. 4 , on les cone
- enfemble deux à deux, comme ceux N, O, même figure ; puis quand la colle eft feche, on les recale & ajufte de nouveau, fuppofé que cela foit néceffaire -ç enfuite on colle ces mêmes pointes deux à deux ( ou trois à trois, fi l’étoile eft compofée de fix pointes ) , comme celles P, Q, fig. $, & on y retouche encore s il eft neceffaire ; apres quoi on achevé 1 étoile en joignant les partie P>Q t enfemble.
- De quelque forme que foient les différents compartiments, on fe fert toujours de la même méthode pour les exécuter, c’eft-à-dire, qu’on forme, autant qu’il eft poffible, des parties régulières eompofées de plufieurs morceaux joints Sc colles enfemble , comme je viens de l'enfeigner ci-deffus; ce qui étant fait, on les plaque a coté les unes des autres, comme à la fig. 6, en obfervant quelles prefentent, par leurs affemblages, des lignes droites, foie horifontalement, ou Menuisier , III. Part. ///, Sec7< E î©
- Planche 2.9 o.
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- ‘trrïTTTTZZ
- Planche
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- perpendiculaires ou diagonales, ce qui eft égal, pourvu qu’elles exiftent, êé que par conféquent elles puiflent fervir à diriger le compartiment , lequel peuü alors fe difpofer par bandes droites fur l’un ou l’autre fens, Comme on peut le remarquer dans cette figure»
- Quand les compartiments feront comme la figure 7, d’une nature à ne pou* Voir donner aucune des lignes droites que je fouhaîterois du moins fans être interrompues, il faut, avant de placer les pièces de rempliflàge, tracer fur les plates-bandes qui l'entourent, toutes les lignes que forment ces Compartiments ; enfùite les pièces étant toutes ajuftées, on les mettra en place parties par parties,
- on placera une réglé bien droite d’une ligne à l’autre, comme de R à 5, & de R à T, ou de R à £/, félon les différentes pièces, afin de fe rendre compte fi tous leurs joints s’alignent parfaitement ; enfuite de quoi on en colle une partie , qu’on laifle fécher avant d’ajufter les autres.
- Quand les rempliflages forment de grandes parties, comme laJtg. 8, on commence par ajufter la piece A du milieu 9fig, 9 , à laquelle on ajufte & on colle celles B , C, dont on recale les extrémités a9 b, quand la colle eft feche ; enluite on ajufte l’hexagone D; 8c lorfqu’il eft collé, on y joint les deux autres pièces E, F: le refte à l’ordinaire.
- Le remplilfage des grands compartiments, comme ceux de l’intérieur des figures de la Planche 28 y , ne s’ajuftent pas d’avance comme ceux dont je viens de parler ; au contraire on ne les coupe fur la place qu’après que les frilès qui les entourent font collées, & cela morceau à morceau, que l’on colle à mefùre qu’ils font ajuftés, & de la maniéré qui convient à chaque elpece d’ouvrage , comme je l’expliquerai ci-après.
- Les pièces de rempliflàge dont je viens de parler cî-delîiis, non - feulement s’appliquent fur un fond de bois uni, mais encore s’incruftent dans de la Me* nuiferie apparente, avec laquelle elles affleurent, ce qui ne fait rien à la maniéré de les préparer, laquelle eft toujours la même. Quant à la maniéré de préparer les bâtis pour recevoir les incruftations, elle eft très-fimple, puifqu’il ne s’agit que de creufer dans ces mêmes bâtis la place néceflaire pour pouvoir contenir les pièces à incrufter, qui, lorfqu’elles font compofées de parties droites, comme dans les figures de cette Planche, font toujours très-faciles à faire, puiP quelles peuvent être creufées, ou du moins commencées avec un bouvet, & enfuit^finies au cifeau & à la guimbarde, comme les places cotées G, G, G , jfig. 10, ce qui fait qu’elles font toujours parfaitement droites, d’une largeur & d’une profondeur égales par-tout : au défaut du bouvet, on peut fe fervir d’un trufquin à fcie, lequel trace des traits de la profondeur dont on a befoin, 8c toujours parallèles entr’eux.
- Quand les places deftinées à recevoir des incruftations, quoique compofées de lignes droites, ne préfenteront pas de côtés parallèles entr’eux où on puiflè fe fervir de bouvet ou de trufquin à fcie, comme, par exemple, l’étoile //,
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- Sect. L §. Ii. Découper o£> àjüfler les pièces droites, SC6 Sqr
- rjig% 10, on les découpe & on les Fouille au cifeau, puis on les finit à la guim- j barde, ce qui eft la maniéré la plus ordinaire de faire ces fortes d’incruftations ; cependant quelque foin qu’on prenne en les découpant au cifeau, il eft affea difficile de le faire fans aucun éclat, 8c bien droits fur toute la longueur*
- C’eft pourquoi je croîs qu’il vaudroit mieux, fur-tout quand les parties I Creufer font d’une certaine grandeur, 8c faites dans du bois difficile à travailler $ il vaudroit mieux , dis-je , en découper lés côtés avec une feie à dégager, qu’on feroit palier contre une réglé de fer, ou du moins de bois très-dur > appliquée fur l’ouvrage le long du trait de la partie à découper , ce qui eft très-facile à faire * 8c rendroit l’ouvrage beaucoup plus parfait, qu’en fuivant la maniéré ordinaire* Quand les côtés des parties propres à recevoir les incruftations, font ainfî découpées à la feie, on achevé de les creufer au cifeau & à la guimbarde | comme le repréfonte la figure 12.
- La guimbarde y il & 13 * n eft autre choie qu’uri morceau de bois , de % à 3 pouces de largeur, fur un pouce ou deux d’épailfeur, félon fa longueur ( qui varie depuis un pied jufqu’à un pied 8c demi, félon les différents befoins ) , au milieu duquel eft percé un trou un peu en pente , 8c d’une grandeur capable de contenir un fer a^fig. 13 , de 3 à 4 lignes d’épaifîeur, & Un coin b > pouf le retenir en place. Ge fer doit être bretté comme ceux des rabots, & excédef le defîous de fon fût de la profondeur du ravalement qu’on veut faire. .
- Cet outil fe tient à deux mains , & on le fait aller en le poüfîànt devant foij comme de c à d, en obfervant, lorfqu’on commence à s’en fervir, de le foulagef un peu du derrière, afin que le fer ne prenne de bois qu’autant qu’on le juge â propos. Comme il y a de très-petites parties à fouiller, on peut fe pafîer dé - guimbarde pour le faire ; ou fi on juge à propos de s’en fervir y on en fait dé petites, lefquelles peuvent palier par-tout, & font d’un ufàge plus facileBqué celle dont je viens de faire la defeription ; mais de quelque forme & grandeur qu’elles foient, il faut toujours que leur fer toit bretté * afin que lé fond de fou-vrage folt un peu rude , pour qu’il prenne mieux la colle.
- Après avoir donné la maniéré de découper & d’ajufter les pièces droites, je vais maintenant traiter de celles qui font circulaires, du du moins fufoeptibles de contours, lefquelles alors ne peuvent pas être ajuftées au rabot comme les premières , ce qui en rend la parfaite exécution un peu plus difficile, comme on va le voir ci-après*
- Planche
- ipo.
- j
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- Planche 291.
- 84a MENUISIER, lit Part. Secî. ÏIL Chap. XI,
- §. III. De la manière de découper les pièces cintrées, & des Outils
- *lu '1 J font Propres*
- 5 Les pièces de placage contournées fe découpent à la foie, & s’incruftenC pour l’ordinaire avec le couteau de taille & autres outils, dont je donnerai la, defcription en parlant de l’incruftation de ces pièces.
- Deux fortes d’outils font néceflaires pour découper les pièces de placage \ fàvoir, l’âne ou étau, & la foie à découper, autrement dit lafcie de marqueterie*
- L’âne, fig. 1, 2, 3,6 & 5?, eft une efpece de petit banc fopporté par trois Jùeds de ïy à 16 pouces de haut, lequel banc a environ 2 pieds & demi de longueur , fur un pied de largeur, dans fa partie la plus large.
- Dans le deflus de ce banc, à environ 6 pouces du bout, eft placé l’étau de Lois JS , lequel n’eft autre chofo qu’ün morceau de bois de 3 à 4 pouces
- de largeur, fur 2 pouces d’épaiffèur, & 12 à iy pouces de hauteur, pris du deflus du banc, for lequel il eft aflemblé à tenon double, Sc y eft arrêté par le moyen d’un coin, comme les fig. 2 & 3 , & les fig. y & 8, qui le repréfontent Vu de face & de côté le double plus grand qu’aux élévations fig, r, 2 é 3.
- L’étau eft refendu for fon épaifleur par une rainure d’environ 3 à 4 lignes de largeur au plus, & on a foin quelle foit un peu plus étroite du haut que du bas , afin quelle ferre mieux du bout. Cette rainure doit s’étendre jufqu’à 2 pouces de l’arrafement de l’étau ; & on doit obferver que la joue ou mord qui eft du côté de l’Ouvrier, foit plus mince que l’autre, afin qu elle ploie plus facilement loriqu’on veut en faire ufàge ; l’autre joue de l’étau, c’eft-à-dire, la plus épaifle eft appuyée contre un arc-boutant C9fig. 2, lequel y eft aflemblé à tenon & mortaife , ainfi que dans le de fins du banc ; quelquefois on ne fait pas de mor-taife dans la joue de l’étau, mais Amplement une entaille de 6 à 3 lignes de profondeur, venant à rien du bas, dans laquelle l’arc-boutant entre tout en vie, comme je l’ai obfervé aux fig. 7 & 8. Dans le milieu du deflus du banc, eft placé un petit montant A,fig. 2, à environ y pouces du devant de l’étau, au haut duquel eft aflemblé à charnière, un levier D, dont l’autre extrémité vient butter contre le haut du mord du devant de l’étau, pour le faire ployer ,
- 6 par ce moyen retenir folidement les feuilles qu’on met dedans pour les découper, Le levier entre en enfourchement fur le mord de l’étau, afin qu’il ne s’écarte ni à droite ni à gauche, & il appuie deflus par le moyen d’une corde qui y eft attachée aux points a, a 9fig. ï é 2, laquelle, paflànt au travers du banc , vient s’attacher à la marche F Q% for laquelle l’Ouvrier pofo le pied pour forrer le mord de l’étau, comme je l’expliquerai en parlant de la maniéré de découper. f^oye^ la fig» 1, qui repréfente l’âne vu du côté du levier, & les fig. 4 & y , qui repréfentent ce même levier vu de face 8c de côté.
- Le devant du banc, du côté de l’étau, doit avoir un rebord pour retenir les
- petites
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- Sect. I. §. III. Découper les pièces cintrées, SCc. 843 petites parties qu’on pofe deflus ; & le deffiis de ce même banc doit être chantourné en creux vers le milieu, afin que l’Ouvrier puiiTe être alîïs commode- Planche ment deflus. 3ÿ l'
- On le fort encore dune autre elpece d’âne ou étau, lequel diffère de celui dont je viens de parler, en ce qu’il eft placé fur une table de 16 à 18 pouces de haut, dont le milieu eft évuidé pour faire place à l’Ouvrier qui travaille aflïs fur un tabouret, 8c eft par conféquent entouré des trois côtés de la table fur laquelle il pofe fon ouvrage de droite & de gauche. Comme ces forces d’ânes font peu en ufage à préfent (quoique très-commodes quand on a beaucoup de pièces à découper ), je me fuis contenté d’en faire une courte defcription, fans en donner de figures, qui ne m’ont pas paru fort néceflàires, vu que la partie elîèntielle de cet ane, c eft-a-dire, le mord, eft conftruit de la même maniéré que celui dont je viens de faire la defcription.
- Il y a d’autres petits étaux ou ânes qu’on arrête fur l’établi avec le valet lef-quels ne different de celui-ci, qu’en ce qu’ils font plus petits, qu’ils n’ont pas de pieds, & que la planch® dans laquelle l’étau eft affemblé, eft coupée au nud du petit montant qui porte le levier; au refte on fait ufage dè cet âne de la meme maniéré que de celui a pieds, c eft-à-dire, qu’on ferre toujours le mord de l’étau par le moyen de la corde a a , dans laquelle on paffe le pied , & on y fub~ ftitue un petit patin à la place de la marche.
- Il eft encore une autre elpece d’étau ou âne de bois, /zg-. ro, ir 13 , dont les mords ou mâchoires ouvrent parallèlement par le moyen d’une vis de bois arrêtée par le collet dans une des mâchoires, de forte quelle tient avec cette 'derniere, foie qu’on ouvre ou qu’on ferme l’étau.
- Les deux mords ou mâchoires de cetetau font d une forme égale à l’extérieur;
- & celui H, fig. 11, dans lequel la vis eft taraudée, eft affemblé à tenon & mor-taife dans le plateau LM, & l’autre I, eft affemblé à queue dans la piece à eouliffè de ce meme plateau, laquelle eft aflemblée à rainure & languette dans l’épaifleur de ce dernier, & paflè en delW mor(j H. Voyei lafig. 10 , qui repréfente le bout de l’étau vu du côté du mord I; 8c hfig. 12 , qui repréfente ce même mord avec la piece à couliffe, avec laquelle il eft affemblé. Vov. lesfig. 13 & 14, qui repréfentent l’une l’étau tout affemblé 8c vu en deflus, & l’autre le plateau tout nud 8c prêt à recevoir les mords 8c la piece à eouliffè.
- Cet étau s’arrête fur l’établi par le moyen d’un valet, 8c eft très-commode non-feulement pour découper & limer les pièces, mais pour coller de petites parties qui ne pourraient pas réfifter à la fecouffe du valet. Quant à la maniéré dont la vis de cet étau eft retenue dans la mâchoire 7, je n’en parlerai pas ici, parce que c’eft la même chofe qu’à celle de la boîte à rappel de l’établi à l’Allemande , dont j’ai fait la defcription au commencement de cette Partie, page.
- 803.
- La foie de marqueterie eft un outil des Menuisier , 111. Part. 111. Sec1.
- plus néceflàires 8c des plus compli-
- F 10
- Planche
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- •mtxuimnm 1—1 —
- Flanche
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- «44 MENU 1S 1ER, IlL Part. Secl. III. Chap. XL
- qués dont fè fervent les Ebéniftes ; elle eft compofée d’un chaffis de fer A B C D9fig. 4, de deux mords E, F, qui fervent à tenir la lame de la fcie, & d’un manche ou poignée G H, dont la partie H fe monte à vis pour bander la fcie autant qu’il eft néceflàire.
- Le chaffis d’une fcie à découper, eft fait de fer plat, pofé fur le champ, de 6 à 8 lignes de largeur, fur une ligne & demie d’épaiffeur au plus ; la partie fupérieure de ce chaffis eftapplatie par le bout, & eft percée d’un trou quarré dans lequelpaflele bout du mordis,qui eft taraudé pour recevoir un écrou qui l’arrête à demeure fur le chaffis, dans lequel il ne peut pas tourner , puifque le trou du haut du chaffis eft quarré, & le bout du mord d’une même forme. Voye£ la Fig* 1, qui repréfen£e le chaffis de la fcie vu en defliis avec fon écrou,' fig. y. Voye^ la Fig. 2 , qui repréfente cette même fcie coupée dans toute fà longueur ; & la Fig. 3 , qui la repréfente vue de face.
- La partie inférieure du chaffis9fig. 4 , eft terminée par une douille /, qui eft percée d’un trou quarré en deflus, femblable à celui du haut, & dans laquelle douille la partie G du manche, eft arrêtée à demeur e^Voye^les figures 6 & 7, qui repréfentent le bout de la branche du chaffis, & fà douille vue en coupe, Sc cette même douille vue en de flous.
- Les mords E, F, fig. 4, font tous deux compofés de deux parties chacun 9 lefquelles fe féparent à moitié de l’épaifleur du mord, & font retenues enfemble par le moyen d’une vis , comme on peut le voir aux fig. 2,3 & 4 ; de forte qu’en ferrant ces vis on arrête en place la lame de la fcie a b, fig, 3 & 4, laquelle, à caufe de fbn peu de largeur, ne peut l’être autrement.
- Les deux mords font, comme je viens de le dire, femblables à l'extérieur y c eft-à-dire, en dedans de la fcie ; mais ils different en ce que celui du haut a une tige très-courte, au lieu que celui du bas en a une qui pafle au travers de la longueur du manche, avec la partie inférieure duquel il s’arrête par le moyen d’un écrou : à cette différence de longueur près, ils font parfaitement égaux , ayant tous deux une tige quarrée pour empêcher qu’ils ne tournent tant dans le manche que dans le haut du chaffis, laquelle tige eft taraudée également à tous les deux, comme on peut le voir à la fig. 2 & à la fig. , qui repréfentent le mord du bas dans toute fa longueur, avec la forme totale du manche, indiquée feulement par un trait.
- L'intérieur des mords doit être taillé comme une lime, pour pouvoir mieux retenir la feuille de la fcie ; & il eft bon que la partie mobile du mord entre en entaille dans le bas de l’autre , afin de n’être pas fujette à tourner lorfqu’on vient à ferrer la vis. Voye£ les figures 8, 15 & 16, qui repréfentent un mord grand comme l’exécution, la partie mobile de ce mord vue en dedans, & la vis propre à les ferrer tous deux.
- Le manche d’une fcie à découper eft, comme je l’ai dit plus haut, compofé de deux parties ; l’une G9fig. % , 4 & 12, qui eft fixe & adhérente au chaffis
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- Sect. 1. §. III. Découper les pièces cintrées, SCc: 84^
- de fer; & l'autre H 9fig* 2, 4 $ ir, qui eft mobile, & entre dans la pre-... ..-1
- miere, laquelle eft creufée en dedans pour recevoir la partie quarrée de la tige Planche du mord, Sc la tige ou goujon de la partie mobile du manche. Cette derniere , cote H) fig. 2 & 1 r, eft auftî percée dans toute fa longueur, pour laifler palier la vis du mord, qui s'y arrête par le moyen d’un écrou c, fig. il & fig, p , de maniéré qu en tournant la partie H, fig. 2 & 11, on fait haufler ou b aider le mord inférieur de la fcie, qu on tend ou détend par ce moyen , comme on le juge à propos.
- Les Menuifiers-Ebéniftes ont des fcies à découper de différentes grandeurs, félon les ouvrages qu'ils ont à faire ; celle qui eft repréfentée ici eft de la grandeur la plus ordinaire ; mais qu'elles foient grandes ou petites, leurs formes & conftruélion font toujours les mêmes ; & il faut toujours que les branches hori-fontales de leurs chaffis ouvrent un peu du devant, afin que quand on tend la fcie , elles ne rentrent pas en dedans. î
- La lame de la fcie à découper, telle quelle eft repréfontéeftei, a les dents fur la même ligne que le chaffis, comme aux fcies ordinaires ; cependant les Ebé-niftes la difpofent autrement, c'eft-à-dire, qu'au lieu de voir le côté de la lame comme dans la figure 4, ce font les dents qui fo trouvent en face, de maniéré qu'elle fcie horifontalement, Sc que le chaffis foit toujours perpendiculaire, du moins à peu de chofe près, afin de leur foulager la main, & que le trait qu'ils fcient foit toujours parallèle avec le deflus du mord de l'étau (*).
- Les lames des foies à découper, font faites avec des morceaux de reflbrts de montres refendus à différentes largeurs, depuis une demi-ligne, y compris la denture , jufqu'àune ligne Sc demie tout au plus, fur j1 à 6 pouces de longueur , ce qui fait que les plus grandes fcies à découper n'ont guere plus de 6 pouces de diftance entre leurs branches, qu'on prolonge en longueur autant qu’on le juge à propos, c’eft-à-dire, autant qu'on peut le faire, en leur confervant la folidité convenable.
- La denture de ces fortes de foies eft très-fine, pref^ue droite, comme celle des fcies à preffes , & cela pour qu'elle ne s'émoufle pas aifément.
- Quant à la maniéré de faire ulàge de la foie à découper Sc de l'âne , elle eft très-aifée, parce qu’après avoir tracé la forme des pièces, on s'affied à califourchon fur le banc de l'âne, puis on prend la piece à découper de la main gauche, & on la met dans l'étau qu'on ferre, en appuyant le pied fur la marche du bas ; Sc on a foin que ce qui doit fervir , foit en contre-bas du trait, qu'on approche le plus près qu'il eft poffible du deflus des mâchoires de l'étau ; enfuite on prend la fcie à découper de la main droite, & on fcie la piece, qu'on hauffe ou baiffe de la main gauche, félon que l'exigent les différents contours ; il faut auffi, lorfqu'on fcie les pièces, hauffer ou baiffer la foie félon qu'on eft en deflus ou en deflbus *
- (*) Les Eventailliftes Sc autres Ouvriers qui font ufage de la fcie à découper, s'en fervent avec la lame difpofée à l’ordinaire, c’eft-à-dire, comme elle eft repréfentée/zg. 4, ce qui leur eft, difent-ils, plus facile que fi elle étoit difpofée à
- la maniéré des Ebéniftes ; ce qui me fait croire que ces derniers pourroient s’en fervir de l’une Sc l’autre maniéré, Sc cela en raifon des différents ouvrages qu’ils ont à faire.
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- 846 , MENUISIER, III. Pan. Sect. IU Chap. XI.
- __________ du trait, afin de refendre les pièces un peu hors d’équerre en deifous, fur-tout
- Planche lorfqu’elles font faites pour être incruftées, parce qu elles ont plus d entree, & 2p2' quelles joignent mieux que fi elles étoient refendues d’équerre.
- JZQy~ la Figure 14, qui rcprefonte un Ouvrier occupe a découper une piece > & placé fur l’âne félon la méthode ordinaire.
- Il y a des Menuifiers-Ebéniftes qui, pour avoir plutôt fait, ne le mettent pas à califourchon fur l’âne, mais qui ne font que s y aileoir de cote, ce qui les oblige d’en placer l’étau obliquement, pour pouvoir travailler. Cette méthode eft peu commode, vu qu’ils font toujours dans une fituation contrainte ; c’eft pourquoi on doit en faire peu d ulàge.
- Avant de découper les pièces contournées, il faut Rabord les tracer félon le deffin de l’ouvrage ; quelquefois on colle le deffin deflùs, afin d’en mieux fuivre les contours, puis on les découpe comme je viens de le dire ci-delfus, en obfer-vant de fuivre ces contours avec toute la précifion pofllble, en commençant toujours de droite à gauche , & en faifant en forte de ne pas retirer la fcie que toute la piece ne foit chantournée , du moins autant qu’il fera poffible.
- Quand une piece eft évuidée dans le milieu, on y perce un trou pour paflèr la fcie qu’on démonte de dans le mors, foit du hauf, foit du bas, & qu’on retend
- enfuite.
- Quand la diftance qui eft entre le dehors & le dedans d’une piece, n’eft pas confidérable, les Menuifiers-Ebéniftes ne fe donnent pas la peine de démonter leurs fcies ; mais après en avoir fait le contour extérieur, ils partent au travers de la partie pleine en fiiivant le fil du bois j par ce moyen ils evuident le dedans fans quitter la fcie, ce qui n eft lu jet a d autre inconvénient qu a affoiblir un peu la piece | car le joint ne paroit pas lorlqu elle eft collee.
- Ce que je viens de dire touchant la maniéré de découper les pièces cintrées, Planche renferme à peu-près toute la théorie de cette partie de 1 Ebenifterie , cependant SP3' quand la forme des pièces eft régulière, comme des ronds parfaits , des arcs de cercles, &c, il me femble que la méthode de les découper à la fcie n’eft pas affez parfaite, parce que quelqu’adroitement quelles foient refendues, il n’eft guere poffible qu’il ne s’y rencontre quelques jarrets, lefquels feraient moins dans le cas de toutes pièces cintrées d’une forme circulaire, on feroit très-bien apparents dans des pièces d’une forme irrégulière ; c’eft pourquoi je crois que de ne pas fe fervir de fcie, mais au contraire d’un trufquin ou compas à verge , Jlg. 162, dans la tête duquel on place une lame (èmblable à celle d un couteau de taille, ou bien une petite fcie, avec quoi on découpe les pièces beaucoup plus régulièrement qu’avec un couteau de taille, vu que le compas a verge une fois ajufté, toutes les pièces découpées avec doivent être toutes parfaitement femblables & fans aucuns jarrets.
- Les compas à verges peuvent être faits en bois, comme les fïg. ï * 2 & 3 , ou bien en fer, comme les fig. 4^5, fur-tout quand ils font deftinés à découper
- de
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- Sect. /. §. III. Découper les pièces cintrées, ôCù. S47
- de petites parties ; dans l’un ou l’autre cas, ils font toujours compofés d une tige iss* f.
- AB y fig. I, au bout de laquelle eft pratiquée une lumière pour y placer un fer Plan^he quelconque, qu’on y arrête par le moyen d’un coin, comme dans cette figure, ou bien avec une vis de preffion , comme à la fi g, j , ce qui vaut mieux qu’un coin , à la vérité, mais auffi ce qui n eft pratiquable que quand cet outil eft de fer ou de cuivre.
- La tige d’un compas à verge pafïe dans une tête ou boîte Cyfig. r * armée d’une pointe en deflbus, & qu’on fixe fur la tige par le moyen d’une vis de preffion D, ce qui vaut mieux que d’y mettre une clef, comme font les Menui-fîers de bâtiment, parce que les coups qu’on eft obligé de frapper fur la clef pour la ferrer, dérangent toujours un peu la boîte de place, ce qu’il faut éviter.
- De plus , pour la rendre plus folide & éloigner toute efpece d’ébranlements, il eft bon de faire le trou ou mortaife de la boîte 9fig. 3 , & par conféquentla tige , plus étroite du bas que du haut, afin qu’étant preffée par la vis , la tige joigne toujours parfaitement dedans, fur-tout par les côtés.
- Aux compas à verge de fer, la vis de la tête peut fe placer fur l’angle, comme à la fig, 4, ce qui eft: plus folide que de la placer par-deffus ou par le côté, parce que la preffion de la vis fe fait des quatre côtés de la tige, par le moyen d’un couffinet placé dans l’intérieur de la boîte , fur lequel fe fait la preffion de la vis.
- Quant à la maniéré de faire ufage des trufquins à verge, elle eft très-facile 5 car il ne s’agit que de placer la pointe de la boîte au centre de la partie à découper , & d’éloigner la tête de la tige jufqu’au cintre donné, comme de E à F, fig. 6 & 10 ; enfuite après avoir affiné la boîte, on la prend de la main gauche qu’on appuie deffus, pour qu’elle ne forte pas du point de centre 9 & de la main droite on fait mouvoir la tête du trufquin jufqu’à ce que la piece foit découpée.1
- Les ——c-nlement propres à découper les pièces de
- placage, mais encore à découper les parties de Mcimii^ïe , foit pleines ou pla* 1 quées, pour y faire des incruftations, qui ne fe découpent ordinairement qu’avec le couteau de taille 9fig. 11 ê 11, ce qui eft fujet à beaucoup de difficultés,1 parce qu’il n’efl; guere poffible qu’avec ce couteau on fuiye parfaitement un contour d’une certaine longueur fans y faire des jarrets, outre que l’inégalité des fils des bois entraîne prefque toujours le couteau, quelque foin qu’on puiflè prendre pour l’empêcher de tourner ; c’eft pourquoi il ne faut avoir aucun égard à l’ancienneté de l’ufage, & ne fe fervir du couteau de taille pour les incruftations , qu autant qu’on ne pourra pas fe fervir du compas à verge.
- S’il arrivoit qu’en fe fervant de ce compas, on craignît que la pointe de la boîte ne fît un trou à la place du centre, on pourroit coller fur l’ouvrage un petit morceau de bois mince, qui recevroit la pointe de cette boîte, ce qui levé-roit toute efpece de difficultés, excepté celle du plus de temps ÿ car je ne fàu«* Menuisier , IIL Paru III. Seci. G10
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- 84s MENUISIER, III. Part. Setf. I1L Chap. XI.
- sr* 1 ,'j rois difconvenir que l’ufàge d’un compas à verge en emploie davantage que ne
- Planche fait le couteau de taille, fur-tout quand un cintre eft compofé de plufieurs arcs de cercles qui ont tous différents centres ; mais cet emploi de temps doit être compté pour très-peu de chofe, for-tout dans le cas de l’efpece de Menuiferie dont il s’agit maintenant, laquelle ne fauroit être faite avec trop de foin & de précifion.
- On met dans le compas à verge non-feulement des efpeces de lames, comme la fig*J > mais encore des fcies, des limes, comme 8 & y, afin d’agrandir
- au befoin une partie creufe qui fe trouveroit trop étroite, ce qu’on ne fauroit mieux faire que de cette maniéré , qui eft, je crois , la plus parfaite poffible , tant pour couper le bois franc & net, que pour rendre les parties cintrées exactement parallèles entr elles.
- Le couteau de taille repréfenté fig. ir & 12 9 ne différé du petit couteau de taille dont j’ai parlé page 38 6 9 que par la longueur Sc la forme de Ion manche 9 lequel a environ 18 pouces de long ; de maniéré que quand on en fait ufage, on le prend des deux mains, un peu au-deflus du fer, & on pofe le bout du manche fur Ion épaule pour fe donner un point d’appui, d’après lequel on dirige le manche du couteau qu’on enfonce dans le bois en le tenant un peu penché, & en le tirant à foi.
- Le fond des places propres à recevoir les pièces circulaires en incruftation ; sevuide de la même maniéré que pour les pièces droites, c’eft-à-dire, qu après les avoir découpées & fouillées au cifeau, on les finit à la guimbarde, du moins autant que cela peut fe faire ; enfuite on colle les pièces à incrufter, tant droites que cintrées, comme je l’enfeignerai après avoir traité de la maniéré de plaquer, en commençant par les ouvrages les plus fimples, pour parvenir, par gradation, à ceux qui font les plus compliqués , comme je l’ai toujours obfervé dans le courant de cet Ouvrage.
- Section Seconde.
- De la maniéré de coller ér plaquer la Marqueterie•
- Quand les différentes pièces de placage font difpofées comme je l’ai enfoigné Planche ci-deilus, il s’agit de les coller à leur place, ce que les Ebéniftes appellent plaquer, opération à laquelle ils apportent beaucoup de foin, parce que c’eft de fon plus ou moins de perfeétion que dépend toute la folidité de leurs ouvrages.
- Avant de donner la maniéré de plaquer, je vais faire le détail des outils propres au placage, comme les marteaux à plaquer, le fer à chauffer, & les preffes à main, &c, afin que cette connoiflance une fois acquife, facilite l’intelligence de ce que j’aurai à dire en parlant des différents placages.
- Le marteau à plaquer des Ebéniftes, repréfenté fig. 3 ô 4, ne différé de celui des autres Menuifiers, que par la forme large & applatie de fa pane, laquelle eft
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- Sect. IL Maniéré de coller SC plaquer la Marqueterie* 849 réduite à une ligne & demie d’épaifleur, fur 2 pouces & demi à 3 pouces de • largeur , laquelle largeur n exifte que fur environ un pouce depuis l'extrémité de la pane, & vient à rien regagner le corps du marteau, comme on peut le voir à hfig. 4.
- Il y a deux fortes de marteaux à plaquer, l’un ,fig. 4, qui a l’extrémité de la pane droite, & qui fert à plaquer l’ouvrage droit, c’eft-à-dire, dont la furface eft plane & unie ; l’autre 9fig, $ , dont la pane eft cintrée, & qui fert à plaquer l’ouvrage dont la furface eft creufe.
- Le fer à chauffer, repré fente j'zg*. 8 & 9, eft un morceau de fer de r J à 18 pouces de long, garni d’un manche à l’une de fes extrémités, & dont l’autre bout forme une mafle d’environ 9 lignes d’épaifleur, fur 2 pouces de largeur au plus, 8c environ 6 pouces de longueur , laquelle vient en fe récréciflant par le bout, comme on peut le voir à la Jîg, 8. La mafle du fer 8c fa tige , ne forment pas une ligne droite en deffous; mais cette derniere eft recourbée , afin qu'en paflànt la mafle du fer fur l’ouvrage , on puifle la tenir commodément, foit par le manche ou par le milieu de la tige, comme le font quelques Ebéniftes, en prenant la précaution de l’envelopper d’un linge ou avec une poignée de bols nommée moufle, faite de deux pièces creufées dans le milieu , avec lefquelles on fàifit la tige pour ne fe pas brûler les mains.
- Il y a des fers à chauffer dont le deffous eft bombé, pour fervir dans les ouvrages creux , ce que j’ai indiqué par la ligne abc ifig* 8.
- Les prefles ou vis à main font de deux fortes ; les unes, qui ont depuis 6 pouces d’ouverture jufqu’à un pied, & même plus , & qui font conftruites en bois ; 8c les autres, qui font beaucoup plus petites, lefquelles font faites en fer ou en cuivre.
- La première de ces deux efpeces de prefles, repréfentée^zg. r , eft compofée de crois piccccs «lo ? ~~~ ^ dans laquelle les deux autres, qu’on
- nomme les branches de la prejje , font aflemblees a u>non Sc mortaife, & à enfourchement double, lefquelles paffent tout à travers de la principale piece A B. Voye1 la Fig, 7, qui repréfente une des branches de la preffe vue de côté avec fes aflemblages, à l’extrémité de laquelle eft percé le trou de la vis qui y eft taraudé.
- L’autre branche de la preffe eft femblable à celle-ci, excepté qu’elle n’eft pas percée comme la première , & quelle eft un peu creufe en deflous, c’eft-à-dire , en dedans de la preffe, afin que quand on ferre la vis entre cette derniere & l’ouvrage, elle pince toujours du bout, ce qui ne pourroit pas être fi ellen’étoiî pas creufée en deffous, parce que quelque bien que foient aflemblées les bran-» ches, elles font toujours quelqu’effet. La vis de ces fortes de prefles, doit avoir environ 6 à 8 lignes de diamètre, & eft terminée en deffous par une tête méplate qui fert à la tourner; cependant il vaudroit mieux, au lieu de cette tête, y laifler un manche de 3 pouces de long ou environ, d’une forme un peu applatie, ayec
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- gyo MENUISIER, III. Part. 'Se3. III. Chap. Xî.
- \ lequel on la tourneroit plus promptement & plus commodément.
- Les petites preffes de fer, nommées auffi Happes, ne different de celles dont je viens de parler, que par la grandeur & par la matière avec laquelle elles font faites ; car leurs formes & leurs ufages font abfolument les mêmes, puifqu elles fervent Tune & l’aùtre à appuyer des parties de placage qui n’ont pas pris la colle lorfqu’elles ont été plaquées , comme l’indique la fig. 2 , où fai repré-fenté un morceau de placage pris dans la preffe à main.
- Les autres outils propres au placage , font les pointes de Maréchaux , ou , pour mieux dire, l’extrémité des clous plats dont fe fervent les Maréchaux, des fers à mouler, dont je parlerai ci-après, une éponge , fig. 6, pour mouiller le placage avant & après être collé, & un pot à la colle , de cuivre, qui doit être a double fond , c’eft-à-dire, que ce doit être deux pots ou vafes qui entrent fun dans l’autre, dans fun defquels on met de feau, dont la chaleur entretient celle de la colle, qui eft placée dans le plus petit, ce qui s’appelle faire chauffer la colle au bain-marie, ce qui eft très-commode, parce que non-feulement la colle fe maintient dans un degré de chaleur à peu-près toujours égal, mais encore parce qu’elle ne s’attache pas au pot 8c ne s’y brûle pas , comme cela arrive aux pots à colle ordinaires.
- Il y a des Ebéniftes qui ont de petits foûrneaux dfenviron 1 pieds de hauteur^ fur lefquels ils font chauffer leur colle , ce qui eft très-commode, parce qu’ils n’ont pas la peine de fe baiffer fi fouvent que quand la colle eft devant le feu, où d’ailleurs elle chauffe moins également que fur un fourneau, fiir lequel on peut laiffer le premier pot, dans lequel eft l’eau ? à demeure, & retirer celui dans lequel eft la colle, quand on le juge à propos.
- On ne fe fert, pour plaquer, que de la colle d’Angleterre , du moins quand on veut faire de bon ouvrage ; & on doit avoir foin quelle foit toujours bien chaude 8c un peu confiftante, fans cepen^3"* *^<>p ^cU/To, parce qu’alors elle feroit corps feus le placage, 8C ne pourrôit plus fortir lorfqu’on appuieroit le marteau deffus.
- Si la colle trop épaiffe n’eft pas bonne pour faire de bon placage, celle qui eft trop claire l’eft encore moins, parce quelle ne colle point du tout, & que le placage ne peut pas prendre, quelque foin qu’on puiffe prendre, & quelque diligence dont on puiffe ufer.
- Quand on veut plaquer, on commence premièrement parles parties extérieures de l’ouvrage , qu’on ajufte d’abord tant de longueur que de largeur ; enfuite on pofe plufieurs pointes le long du trait contre lequel la piece à coller doit venir joindre, tant fur la longueur que par les bouts, afin qu’elle ne puiffe pas fe déranger lorfqu’on la plaque, ainfi qu’on peut le voir à la fig. 10; enfuite on moule la piece , c eft-à~dire, qu’on la bat avec la tête du marteau du côté qu elle doit être collée, afin de la faire creufer , & que par conféquent elle porte mieux fur les bouts. Ce qui étant fait, on mouille la piece avec l’éponge
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- S Et t. IL Maniéré de coller 3C plaquer la Marqueterie. Sjt â l’eau tiede du côté du parement, ou bien avec de la colle très-claire , ce qui vaut d’autant mieux, que cette colle , quoique peu confiftante , remplit mieux les pores du bois que ne peut faire de l’eau , ce qui eft fort à confidérer , dW tant qu’on ne mouille ainfi les pièces de placage du cote du parement, que pour empêcher quelles ne fe creufent de ce côté , lorfquon étend de la colle du côté du placage, ce qui ne manqueroit pas d’arriver fi on ne prenoit cette précaution , parce que les feuilles de placage étant très-minces , la colle qu’on y met toute chaude, en s’introduifànt dans les pores du bois, les dilate & fait cteufer la piece , ce qu’on ne peut empêcher qu’en la mouillant de l’autre côté, ainfi que je viens de le dire , & qu’on doit toujours avoir foin de faire avant de mettre la colle ^ afin que l’eau qu’on met fur le côté du parement, en s’introduifant la première dans les pores du bois, contrebalance l’effet de la colle qu’on met de l’autre côté * laquelle en fait d’autant moins, quelle trouve plus de réfiftance, ce qui doit faire préférer de la colle claire à de l’eau, pour mouiller le parement du placage*1
- Quand la piece eft ainfi mouillée, on la chauffe du côté du joint, & on la mouille encore s’il eft néceflaire ; enfui te on l’enduit de colle , ainfi que le bâtis fur lequel on veut la plaquer, & on la pofè à fa place le plus promptement qu’il eft poffible ; puis on prend le marteau à plaquer , dont on appuie fortes ment la pane fur la piece en le pouflant devant foi, & en l’agitant de droite à gauche , fans ceflèr d’appuyer le plus qu’il eft poffible , afin que la colle s’introduire dans les pores du bâtis & du placage autant qu’il eft néceflaire pour qu’ils s’attachent l’un à l’autre fans qu’il refte de colle entre-deux, parce que s’il y en reftoit, elle feroit un corps étranger qui fe détruiroit à la fuite, foit parla trop grande chaleur ou par l’humidité ; c’eft pourquoi on commence toujours à plaquer une piece par un bout, & on avance à mefure en pouffant toujours la colle devant foi, laquelle n’étant pas retenue, fort par les deux côtés de la piece, s’ils font ifolés , comme à 5 ^ rin corés de la piece qu on plaque ,
- touche à une autre, on commence par plaquer le côté du joint toujours en com* mençant par le bout de la piece, & en pouffant la colle devant foi du côté de la piece qui eft libre*
- Quand il arrive que les deux côtés de la piece font engagés, on la plaque toujours à l’ordinaite, en obfervant de mettre une cale par le bout, entre la piece à plaquer & le bâtis, afin de laiffer un paflàge à la colle ; & on note cette cale que prêcifément à l’inftant qu’il eft néceflaire de plaquer le bout de la piece.
- Quand on a plaqué une piece, on la fonde, c’eft-à-dire, qu’on frappe deflîis à petits coups, avec la tête du marteau, pour lavoir, par lé fon qu’elle rend, fî elle porte bien par-tout, ce qui eft fort aifé. à connoître ; parce que quand ellé porte bien, elle rend un fon plein & fonore ; au lieu que quand il y a du vuide, elle rend un fon fourd qui annonce l’endroit qui ne porte pas, 8c fur lequel il faut faire paffer le marteau à plaquer, toujours en l’agitant de divers fens.
- Quand on a plaqué une piece extérieure, telle que celle CD,10, on Menuisier , I1L Pan, IlI, Secl% H10
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- MENUISIER, III Part. S eft. III. Chap. XI.
- *as==s==~ plaque celle qui lui eft oppofée, comme celle E F, même figure; ce qui étanE Flanche fait, on plaque les deux autres, qu’on n’ajufte ordinairement qu'après que les -deux premières ont été plaquées ; parce que quelques foins que l’on prenne, il arrive prefque toujours quelque dérangement, auquel on ne peut plus remédier quand une fois la colle eft prife.
- ^ A mefure qu’on plaque les pièces, on prend un cifeau ou même une petite
- ipatule de bois, avec laquelle on enleve la colle qui fort de deiîous, tant pour ne la point perdre, que pour qu’elle ne nuife pas à plaquer le refte de l’ouvrage.
- Quand les pièces du pourtour d’un ouvrage quelconque font ainfi plaquées , il eft bon de les làifïèr fécher une journée au moins; après quoi on ajufte celles du milieu , qu’on plaque toujours de la même maniéré que ci-deftus, à l’exception que quand elles font très-grandes, on les plaque par parties, comme de 6 pouces en 6 pouces, ainfi que l’indiquent les lignes d, e 11, ce qui
- oblige de fe fervir du fer à chauffer, afin de rendre à la colle le degré de chaleur convenable.
- Le fer à chauffer fe tient de la main gauche, & on le fait pafter fur l’ouvrage emappuyant deffus, de la droite, avec le manche ou la tête du marteau à plaquer autant qu’on le juge à propos, pour chauffer la colle, fans cependant brûler la piece qu’on plaque. '
- Au lieu de fe fervir du marteau à plaquer, on feroit beaucoup mieux de prendre un fimple morceau de bois, ou le manche de quelqu’autre outil pour appuyer fur le fer à chauffer, parce que la chaleur de ce dernier fe communiquant au marteau, met celui qui vient à s’en fervir en danger de fe brûler les mains, ce qui, à mon avis, n’eft pas fort néceffaire. Voye^ la Figure 11, qui repréfente un Ouvrier occupé à chauffer une grande piece de placage entourée de frifes à bois de fil, ce qui eft l’efpece de placage le plus fimple ——Quand l’Ebénifteri^ rlu* cumpofée , comme, par exemple, la fig. j, Sc Planche qu il y a des plates-bandes au pourtour des frifes, on commence par plaquer celles du dedans de l’ouvrage, ainfi que celle A B, ce qui fe fait à l’ordinaire
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- c eft-à-dire, qu’on l’appuie contre des pointes ; cependant quand ces plates-bandes font étroites, comme celle-ci, elles font fujettes à ployer fur la longueur lorfqu on les plaque, ce que les pointes ne peuvent guere empêcher ; c’eft pourquoi je crois qu’à la place de ces dernieres , on feroit très-bien de mettre une réglé, ainfi que celle CD, contre laquelle on puiffe appuyer la plate-bande dans toute fa longueur : cette réglé s’attache fur le bâtis avec des efpeces de clous repréfentés jig. 4 & y , dont je parlerai ci-après, & doit être abattue en chanfrein fur le devant, afin qu’elle ne nuife pas au paflàge du marteau à plaquer. Voyei la Figure 3 , qui repréfente la coupe de cette réglé , avec le trou propre à paffer le clou par lequel on l’arrête.
- Le rempliifage des frifes fe plaque après que toutes les plates-bandes font feches ; ce n’eft pas quon ne pût les plaquer immédiatement après avoir
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- Sect. IL Maniéré de coller ôC plaquer la Marqueteriel 85*3 plaqué les plates-bandes intérieures , comme la frife cote E, ce qui donneroic beaucoup d’aifànce pour dreffer leurs joints extérieurs ; mais il en réfiiiteroit une difficulté pour plaquer la plate-bande extérieure, qu’on a peine à bien faire joindre contre le remplilîage F 5 c eft pourquoi il vaut mieux ne remplir les frifes que quand toutes les plates-bandes, tant intérieures qu’extérieures , font collées Sç feches.
- Quand les frifes (ont remplies à compartiments, comme la partie G y fig, r ; on plaque les pièces de ces compartiments les unes après les autres , & toujours après que les plates-bandes font pofées, ce qui demande beaucoup de foin ; d’autant que chacune des pièces de ces compartiments eft préparée d’avance , comme je l’ai enfeigné en parlant de la maniéré d’ajufter les pièces droites, page%tf & fuîv.
- Le placage des pièces du milieu de cette figure, fe fait toujours à l’ordinaire| 8c quand il eft diipofé diagonalement, comme de H en J, on commence par ajufter une piece comme celle H /, qu’on plaque & qu’on arrête, fi on le jugea propos, par des clous à patte, fig- 4 Cette première piece ainfi collée , on en ajufte une fécondé à côté , quon plaque & arrête de la même maniéré que la première, puis une troifieme , & enfin une quatrième , ce qui fait le remplilîàge du panneau, du moins par les angles, parce qui! arrive rarement que chaque piece loit d’une largeur fuffilànte pour le remplir en entier ; de forte qu’il refte toujours des vuides comme ceux L, M, qu’on remplit par d’autres pièces dont les veines & la couleur le rapportent avec celles des angles le plus parfaitement poffible ; de maniéré que quand l’ouvrage eft fini, il femble nêtre que d’un feul morceau «
- Plus les pièces de remplilîàge d’un panneau ont l’angle ou, comme difent les Ebéniftes, la pointe aiguë _ & plus on doit avoir foin que ces pointes foient bien plaquées, parce que pour peu que l’air s'introduit. ieflo,TS , elles lèvent tout de fuite ; à quoi on remédie en les arrêtant avec une pointe qu’on recourbe delfus, ce qui, à mon avis , n’eft pas trop bon, parce que cette pointe ainfi recourbée ne porte qu’en un endroit, & qu’elle eft fujette à gâter le joint, & même à écrafer la pointe de la piece ; c’eft pourquoi je crois qu’il vaudroit mieux fe fervir de clous à patte, fig. 4 & $ , lefquels ne different des clous ordinaires que par une petite tête ou patte faillante, laquelle peut prendre fur le placage fans y rien gâter , ni par deffus ni par le côté. Voye£ les Fig. 4 & ÿ , qui repré-Tentent cette efpece de clou dans là grandeur naturelle, vu de face, en deffus & de côté.
- Le placage des pièces contournées fe fait de la même maniéré que celui des pièces droites, c’eft-à-dîre, qu’après avoir collé les plates-bandes , tant droites que cintrées , comme à la fig. 2, on ajufte les pièces de rempliffage , & on les plaque enfuite à l’ordinaire.
- Comme les pièces de rempliffage ne peuvent pas toutes fe tracer au compas,
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- « on eft obligé de prendre leurs cintres fur celui des plates-bandes déjà pofées, ce qui fe fait de deux maniérés différentes, qui, toutes deux , reviennent à peu-près au même , comme je vais l’expliquer.,
- On prend une ou plufieurs feuilles de papier, qu’on applique fiir les plates-bandes qui font pofées, fur lefquelles on a foin de les tenir bien étendues; enfuite avec le manche d’un outil quelconque (pourvu qu’il foit arrondi Sc uni) » on frotte fur le papier en appuyant un peu en dedans de la partie à plaquer, & en fuivant bien exaélement tous les contours des plates-bandes, dont l’arête s’imprime dans le papier & y fait un pli, ou, pour mieux dire, un trait qui donne exactement le contour de la place vuide, & fur lequel trait on pafTe de la mine de plomb ou de la fanguine, de crainte qui! ne s’efiàce en redreflant Ile papier. Voye^ la Fig. 9.
- Après avoir ainfi pris le calque de la piece, on l’étend & le colle fur urt feuillet de placage ; & quand il eft fec, on découpe ce feuillet avec la (cie de marqueterie à l’ordinaire. Il faut obferver, en collant le calque fur le feuillet, de ne mouiller le premier qu’à l’endroit du trait, afin qu’il refte dans là grandeur, & qu’il ne foit pas dans le cas de fe retirer en léchant.
- Quand il y a plufieurs pièces d’une forme lèmblable à ajufter, pour ulèr de plus de diligence, on ne fait qu’un calque , qu’on pique avec une épingle dans tous fes contours ; puis après l’avoir pôle fur le feuillet, on le frotte avec un petit fachet rempli de mine de plomb ou de fanguine pulvérifee, laquelle paflant au travers des trous du calque, laiiTe fur le feuillet un petit trait ponctué, qu’on reprend enfuite avec le crayon.
- Cette maniéré de prendre le contour des pièces cintrées , eft aflèz défec-tueufè, parce qu’il n’eft guere poffible de faire tous les Contours des plates* bandes parfaitement fèmbiables , & gus g« arw4 île lo /amiprtt , il tl eft pas plus poffible de les collci fans les faire un peu ployer ou rentrer, foit en dedans ou en dehors ; c’eft pourquoi je crois qu’il vaut mieux prendre un calque pour chaque piece, ou bien fe fervir de la fécondé maniéré de prendre le contour des pièces cintrées, laquelle eft plus fimple & plus facile que la première, ce qui fe fait de la maniéré fuiyante.
- Après que les plates-bandes font parfaitement feches, on les frotte fur l’arête avec de la craie ; puis on prend un feuillet, que l’on coupe & ajufte d’un bout f félon la direction qui lui eft propre ; ce qui étant fait, on le met à là place du bout qui eft ajufté : on le fait paflèr par-deflus les plates-bandes cintrées, & avec le marteau on frappe légèrement fur le feuillet, en fuivant, autant qu’il eft: poffible, l’arête intérieure & le contour des plates-bandes, lefquelles étant frottées de craie , comme je viens de le dire, marquent fur le feuillet un petit trait blanc qui donne le contour exact de la piece, qu’on découpe enffiite à l’ordinaire avec la fcie de marqueterie. Voy. les Fig. 6 & 10, qui font ainfi découpées.
- Je viens de dire qu’on ajuftoit les pièces d’abord par un bouc, & c’eft la bonne
- maniéré ;
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- Sëcï. 11, Manière de coller SÙ plaquer la Marqueterie. 851
- ïnâniere ; parce que s’il y a quelque chofe à y retoucher, on eft le maître de le faire. Cependant il y a des Ebéniftes qui prennent le contour des deux bouts Planché ( que je fuppofe tous deux cintrés ) tout à la fois, & qui , par la grande habi-tude qu’ils ont, font prefque sûrs de n en jamais manquer aucun*
- Comme la Figure 2 eft très-petite, je n’ai pu y repréfenter des filets autour des plates-bandes , tant droites que cintrées, quoiqu’il foit toujours bien d’eti mettre.
- Ces filets fe collent aux pièces droites avant d’ajufter ces dernieres, fiïr-tout quand elles font étroites, comme les frifes de bâtons rompus & autres. Quant à celles qui font cintrées, on n’y colle les filets quaprès qu’elles font plaquées $
- 8c on leur fait fuivre le contour de cés mêmes plates-bandes, en y mettant des pointes, fig, 8, de diftance en diftance, fiir-tout dans les parties creufes, comme je l’ai obfervé à h fig. 7.
- En générai, lorfqu’on plaque l’Ebénifterie, il faut éviter de le faire dans des lieux trop humides , ou expofés à beaucoup de hâle, parce que l’un fait fécher la colle trop vîte, & que l’autre l’empêche de prendre ; ce qui, de façon ou d’autre, donne paflage à l’air, qui fait lever lè placage. Il faut auffi avoir foin de couvrir les parties plaquées avec un linge un peu humide , pour empêcher quelles ne fechent trop promptement à l’extérieur * & qu’elles ne lèvent à l’em droit des joints , qu’on doit avoir grand foin de couvrir de colle, après même les avoir plaqués. *
- Quelque foin qu’on prenne, il arrivé Cependant que le placage leve quelquefois ; alors on lui fait reprendre colle en le chauffant avec le fer j & s’il eft trop roulé pour prendre avec le marteau à plaquer , on le contraint avec des clous à tête, quand il eft pofïible d’en mettre, ou avec des preffes à main, ou enfin avec des goberges, c’eft-^dire, des tringles, dont un bout porte contre le plancher de la bcudijuc, 0%. ^^ntre une cale placée fur l’ouvrage, de
- maniéré que la goberge roidit entre cette dermere le plancher, ou , pour mieux dire, le plafond de la boutique.
- Quand l’ouvrage eft cintré fur le plan, on le plaque de la même maniéré que quand il eft droit, en obfervant, lorfqu’on prend la longueur ou le contour des pièces, de les faire ployer félon le plan de l’ouvrage ; & quand ce plan eft confidérablement cintré en S, comme, par exemple, la fig. 1, il eft bon d’arrêter le bord du placage avec une vis à main du côté du bouge > & de retenir la partie creufe par le moyen d’une goberge N, d’une calé O, & d’un couffin P, placé entre cette derniere & l’ouvrage, pour mieux en prendre les finuofités»
- Voye{ la fig, 1 ÿ, qui repréfente, en coupe, une partie de placage ainfi difpofée ;
- & la fig, 17, qui repréfente ce même placage développé fur une ligne droite*
- Ce que je viens de dire touchant le placage cintré, n’eft bon qu’autant que le cintre n’eft pas trop confidérable pour que les pièces puiflent aifément ployer, ou même que, fi elles le font, on ne puifle pas craindre qu’elles ne fe redrefient J Menuisier, IIL Part, 11I% Seci, 110
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- Planche
- Sy£ MENUISIER, 117. Part. Sè3. IlI. Chap. XL
- c’eft pourquoi dans le cas d’une partie très-cintrée 8c de peu d’étendue, il faut cintrer les pièces avant de les coller, ce qui le fait de la maniéré fuivante.
- La partie à plaquer étant prête ,-ainfi que celle repréfentée fig> 11, ( abftrac* tion faite des deux placages Q RS 8c T U X, ) on commence par ajufter toutes ces pièces à la longueur convenable, comme celle fi g. 14, pour le placage QRS, ou celle fig. 16, pour celui T U X; enfuite on les moule fur un fefc chaud /en prenant la précaution de les mouiller pour qu’elles ploient plus aifé-ment. Les Ebéniftes fe fervent, pour cette opération * du premier morceau de fer qu’ils ont fous leurs mains, ce qui les met fouvent dans le cas non-feulement de fe brûler, mais encore de mal cintrer leurs pièces, foit en les chauffant plus à un endroit qu’à l’autre, foit en les faifànt ployer inégalement 5 c éft pourquoi le crois qu’il vau droit mieux qu’ils fîffent ufage d’un outil fait exprès pour cet "ouvrage ; cët ôutil éft repréfentéj^-. 13,8c je le nommerai fer à mouler.
- Cet outil eft une efpeee de cylindre de iy à 18 pouces de long jufqu’aü manche, fur environ un pouce & demi de diamètre , for la furface duquel, & dans la plus grande partie de fà longueur , eft pratiquée une efpeee de couliffib •ou rainure fàillante , dans laquelle on fait entrer l’extrémité de la pièce qu’on veüt'cihtrer, de maniéré qu’elle s’y trouve prife de toute fa largeur , & qu’on peut la faire ployer comme on le juge à propos, fans craindre qu’elle ne fe calfe à bois de travers, comme il arrive quelquefois quand on ne fe fert que de fes doigts pour faire ployer les pièces qu’on veut mouler. Voye^ la Fig. 12 $ qui repréfente la coupe de cet outil defîîné grand comme l’exécution.
- Quoique j’aye mis un manche au fer à mouler pour pouvoir lé tenir plus commodément , il feroit cependant mieux de le difpofer de maniéré, quoiqu’avec un manche, qu’il pût fe placer fur l’établi dans une efpeee de fourchette à deux branches qui le fàïfilTent par les deux bouts, afin que l’Ouvrier quien fait pfàge , puifle être libre de les deux mam« -, tant fauc ployer la pièce , que pour la mouiller par derrière autant qu’il eft néceflàire ; cela feroit d’autant plus commode, que le fer une fois chaud, on pourroit l’entretenir à un degré de chaleur égale par le moyen d’un fourneau placé au-delîous.
- Quand l’ouvrage éft cintré en bouge, comme du côté QRS, fig< 1 ï , il faut avoir foin que les pièces de placage fbient un peu plus cintrées que la place * afin qu’elles portent bien des bouts, ce qui eft elfentiel à toutes fortes de placages, & fur-tout dans le cas dont il eft ici queftion ; par la même râifbn, quand l’ouvrage eft cintré en creux, comme du côté TU X, même figure, il faut que le placage foit moins cintré que fà place, ce qui ne fouffre aucune difficulté*
- Quand lés places font abfolument trop cintrées pour y mettre du placage ployé , du moins avec folidité, on y met alors du bois d’une épaifleur convenable , quon creufe ou arrondit après qu’il eft plaqué, comme on le juge à propos.
- Ge que je viens de dire touchant la maniéré de plaquer l’Ebénifterie ordinaire,
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- Se ct. III. Manière de finir VEbénifierie de placage, SGc. 857
- renferme à peu-près tout ce que la théorie peut enfeigner à ce fujet, & eft s*-applicable aux autres elpeces d’Ebénifterie dont je vais parler ci-après-* du moins ^^CHË à quelques différences près, que j’aurai foin d’indiquer lorfqu’il fera néceflàire.
- Il ne me relie plus, pour terminer Ce Chapitre, & ce qui concerne la premier^ efpece d’Ebénifterie, qu’à enfeigner la maniéré de la finir après l’avoir plaquée *
- 8c les differentes maniérés de polir toutes fortes douvrages, de telle nature quils puiflent être, afin d’épuifer tout de fuite ce qui concerne le poli, qui eft à peu-près le même à tous les ouvrages de rapport, ce qui fera le fujet de la Seétion foivante.
- Section Troisième.
- De la manière de finir VEbénifierie de placage, & des différentes ejpeces de polisi
- Quand le placage eft fùflilamment foc , il s’agit de le finir, c’èft-à-dire, d’en égalifer toutes les parties, après quoi on le polit , comme je l’expliquerai PlancM ci-apr es.
- Avant de replanir le placage, il faut commencer |>ar ôter la colle qui eft reftée deffus , & qu’on enleve avec un cifeau ou tout autre outil ; enfuite on le replanit au rabot à dents, auquel on ne donne que très-peu de fer, pour éviter les éclats f 8c on doit avoir foin de pouffer le rabot diagonalement aux fils du bois, for^ tout à la rencontre des joints, comme d za\b 5 8c e \ b ^ fig. 1, afin de ne point écorcher le fil des bois en le renverfimt en dehors du joint.
- Quand le bois de bout d’une piece eft perpendiculaire à une autre * il faut avoir la même attention, & pouffer le rabot du bois de bout au tbois de fil, & toujours diagonalement, comme de d à e, fig\ 1, ou de c àjf, ce qui eft non-feulement la même choie , maia oe qu’on doit néceflàirement faire , afin
- de ne point creufer le placage plus fur un fens que for lautre , 8c qu’il foit parfaitement droit fur tous les fens. Il faut auflî faire attention , lorfque les fils des pièces font à angle droit, & que par conféquent leurs joints font d’onglets, de prendre ces mêmes joints du plus petit côté des pièces, & de pouffer le rabot de g à h, afin de renverfer les fils des bois for eux-mêmes, & qu ils forvent de point d’appui les uns aux autres ; ce qui ne pourroit être fi on poufîoit le rabot de h à g, parce que les fils des bois étant pris for leur plus grande longueur, ne trouve-roient plus de foutien, s’érailleroient à l’endroit du joint, for-tout quand le bois des pièces eft tendre 8c poreux, comme il arrive quelquefois.
- Quand le placage eft compofé d’un grand nombre de pièces, il n’eft güerè poflible de foivre exaétement la méthode que je donne ici; cependant on ne doit s’en écarter que le moins qu’on pourra ; & quartd les pièces feront abfolumens trop petites pour le faire, ou que le placage fera contourné, comme à la fig. 2, on pouffera le rabot en tournant de droite à gauche, & en évitant de prendre
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- S58 MENUISIER, 1U. Pan. SeB. ïll Chap. XL
- - aucune piece à bois de travers, du moins autant qui! fera poffible de le faire. En Planche général, il faut avoir grand foin de ne jamais pouffer le rabot à bois de travers contre du bois difpofé diagonalement ou perpendiculairement, comme de i à Jîg. 2 , parce qu’il eft prefqu’impoflible de le faire {ans éclatter les pièces afen» droit des joints, ou du moins fans agrandir ces derniers.
- A mefure que le placage fe nétoie , on doit retirer le fer du rabot jufqu’à et qu’il ne morde prefqué plus du tout, & on doit même changer de plufieurs rabots, dont les fers foient cannelés plus fins, Sc placés plus debout les uns que les autres , afin que les derniers dont on fait ufage, ne foient, à propremeot parler, que des efpeces de raeloirs.
- Lorfqu'on commence à replanir le placage, on doit avoir grand foin de frotter avec de la graille le deffbus du rabot, afin que la colle qui eft reftée defîus le placage étant échauffée par le frottement du rabot, ne s’y attache quelle moins qu’il eft poffible ; & il faut replanir le placage julqu’à ce qu’il n’y refte aucune efpece d’inégalité dans toute là furface, tant par la faute des pièces qui font quelquefois d’une inégale épaiffeur, que par les ondes que le premier rabot peut y avoir faites.
- Le placage étant ainfî replani, on le racle & le polit comme je vais l’enfei-gner après avoir fait la defeription des outils & des ingrédients dont on fe fert pour le poli de l’Ebénifterie.
- Les outils propres à finir Sc polir l’Ebénifterie en général, font les raeloirs de toutes les efpeces, les limes douces d’Angleterre, la pierre de ponce , la peau de chien de mer, la prêle, les poliffoirs , les bois à polir Amples & garnis, & les frottoirs. Les autres ingrédients font la cire, la laque, la colophane, le tripoli , le charbon, l’huile d’olive Sc le blanc d’Efpagne.
- Les raeloirs 9fig. 3, 4 & 5, font compofés d’un fut de bois de 3 pouces de longueur, fur environ 2 pouces de largeur, y à 6 lignes d’épaiffeur , dans le milieu de laquelle eft affemblée, ou, pour mieux dire, incruftée une lame d’acier qu’on choifît le plus fin & le meilleur qu’il eft poffible, pour qu’il coupe plus fin. Les raeloirs des Ebéniftes different de ceux des autres Menuifiers de bâtiment , en ce qu’ils n’ont pas de bifeau comme ceux de ces derniers, & qu’on les affûte quarrément fur la pierre à l’huile, de maniéré qu’ils ne mordent que de leur arête, laquelle étant moins aiguë que s’ils avoient un bifeau, eft moins fujette à s’égrener. Quand le racloir eft affûté fur le champ, on le frotte fur le plat des deux côtés avec un morceau d’acier trempé , qu’on appuie fortement defliis pour en rabattre le fil ; ce qui étant fait, on paffe ce même morceau d’acier fur le champ, en failànt en forte de le tenir le plus droit poffible , ce qui lui donne un fil fin des deux côtés , lequel enleve un petit copeau fin Sc uni, qui achevé d’enlever toutes les petites inégalités que le dernier rabot à dents peut avoir laiffées. . '
- Les raeloirs font droits comme la fig* 3 * ou cintrés comme la^%. y, ce qui
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- Se ex» III. Maniéré de finir VEbéniflerie de placage , SCc*
- ûz fait rien à la maniéré de les affûter, qui eft toujours la même, ainfi que la ; maniéré d’en faire ufage, comme on le verra ci-après.
- Il eft encore une autre efpece de racloir, qui ne diffère de ceux dont je Viens rde parler, quen ce qu’il ne coupe pas, mais qu’au contraire les arêtes font un peu arrondies, Ce racloir fe nomme Racloir a la cire, parce qu’il fert à ôter le fuperflu de la cire après qu’elle a été étendue avec le poliftoir.
- Après les racloirs, les Ebéniftes fe fervent quelquefois de limes douces d’Angleterre , dont la taille fine & douce eft très-propre à unir le bois 8c le préparer à recevoir le poli. Pour fe fervir commodément de ces limes, il eft bon que leur foie foit recourbée, afin que leur manche foît un peu élevé au-deflus dô l’ouvrage.
- La pierre de ponce eft une efpece de pierre d*une ïubftancé légère & poreufe * peu compaèle, & remplie d’une infinité de cavités plus ou moins confidérables*' Cette pierre eft rude au toucher ; & pour en faire ufage il faut l’unir d’un côté fur le grès, enfiiite fur un morceau de bois uni, avant de s’en fervir fur fou* vrage. Il faut choifir la pierre de ponce qui a le grain le plus égal, 6c dans laquelle il ne le rencontre pas de veines dures , lefquelles réfiftent plus au frottement que le refte de la pierre, & rayent l’ouvrage, ce qu’il faut éviter.
- La peau de chien de mer fert, en général, à tous lés Menuifîers ; mais les Ebéniftes ne fe fervent que des parties les plus fines, comme les nageoires, qu’ils appellent oreilles de peau de chien, lefquelles ont le grain le plus fin de toute la peau , 8c qui, par conféquènt, rayent moins l’ouvrage. Voy. la Fig.
- La prêle ou aprêle, fig. 7, auffi appellée queue de cheval, & en latin equifi tum, eft une efpece de jonc très-dur, dont la furface eft rude & comme cannelée dans toute fa longueur, qui eft de l y à 20 pouces de haut, & qui eft divifée par jets ou nœuds de 2 à 3 puu^o J.« ^«ftance les uns des autres. On doit ôter les nœuds de la prêle lôrfqu’on en fait ufage, parce qu’ils font plus durs que le refte de cette derniere , 8c que de plus leur faillie rayeroit le bois.
- La cire dont les Ebéniftes fe fervent pour polir , eft ordinairement de là dre jaune; pour le poli des ouvrages communs, comme les Armoires, les Commodes de bois de hêtre 8c de noyer, &c. on met un tiers de fuif avec de la cire j 8c dans les beaux ouvrages on doit fe fervir de belle cire blanche, quoique de ne foit point la coutume.
- La laque eft une efpece dé gomme ou cire dé couleur rouge, qui vient des Indes orientales, & qui fert au poli des bois de couleur.
- La colophane eft une efpece de gomme ou réfine de couleur brune ou noi~ râtre, qui eft faite avec de la térébenthine fine, cuite dans dé l’eau jufqu’à ce quelle devienne folide. Cette gomme fondue avec du noir de fumée, fert pour le poli des bois noirs, & à remplir la capacité des gravures.
- Le poliftoir,& 9* eft un faifceau de jonc ordinaire, d’environ 4 pouces de lon«! gueur, fur environ 2 pouces de diamètre. Ce faifceau eft fortement lié dans toute Menuisier , IIL Part, ///* Seçl% K10
- Planche
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- S6o ME NUI SIE R, III. Part. SeÈl. III. Chap. XL
- ai fa longueur ; Sc avant d’en faire ufage on l’imbibe de cire fondue, quon laine Planche refroidir; enfoite de quoi on frotte le polifloir for un morceau de bois corroyé, pour l’unir Sc le rendre propre à polir l’ouvrage. Il y a des poliflbirs de diverfos formes Sc grandeurs, pour pouvoir entrer dans les parties creufes ou étroites.
- Les bois à polir, fig. ïo, n & 12 , font de petits morceaux de noyer, ou tout autre bois d’un grain fin Sc ferré , fans être trop dur, d’environ 6 pouces de longueur au moins , lefquels font de diverfes formes & grandeurs, & amincis en bifoau par le bout. Ces bois fervent à polir l’ouvrage, ou, pour mieux dire, à étendre la cire dans les parties creufes & étroites dans lefquelles les polifïbirs né peuvent pas entrer, comme les filets Sc autres petites parties dont il eft nécefiaire de conferver les arêtes vives.
- Quelquefois les bois à polir font garnis de chapeau ou de peau de buffle, pour fervir à différents polis, comme je le dirai ci-après.
- Le tripoli eft une efpece de craie ou de pierre tendre, d’un blanc rougeâtre , rude au toucher, quoiqu’il foit fort uni. On s’en fort pour polir, réduit en poudre très-fine paffée au tamis, Sc mêlée foit avec de l’eau, de l’huile , du fuif ou du vinaigre, fuivant les différentes matières qu’on polit. Le bon tripoli vient de Bretagne»
- Le charbon qui fort à polir, eft celui de hêtre, de fufain, qu’on doit choifir bien égal, & fans fente ni nœuds. On polit auffi les nœuds Sc les racines avec de l’indigo & du vinaigre, ce qui y fait de belles nuances Sc des figures.
- On fo fort d’huile d’olive pour les polis, foit au tripoli ou au charbon ; cependant pour le poli à l’huile, qui eft, à proprement parler, plutôt une teinture qu’un poli, on fo fort d’huile de lin, dans laquelle on fait infufor de l’orcanette, efpece de racine d’un rouge foncé en deffos, laquelle teint d’une belle couleur yermeille.
- Je ne parlerai pas ici du blanc d’Efpagne, parce qu’il eft non-feulement très-connu , mais encore parce qu’il ne fort qu’à finir dans certaines occafions, pour ôter les taches que les doigts pourroient avoir fait à l’ouvrage.
- Quand le placage eft replani, comme je l’ai expliqué ci-deflus, on le pafîe au racloir , lequel fo tient à deux mains, en appuyant de la paume de la main droite lorfqu’on le pouiïè devant foi, ou du bout des doigts, le plus près de la lame qu’il eft poffible, lorfqu’au contraire on le tire à foi ; car on en fait ufage des deux maniérés. De l’une ou l’autre façon, il faut qu’il foit incliné du côté où on le fait avancer, à peu-près félon la direélion d’un angle de 4 y degrés. De quelque maniéré que foient difpofées les pièces d’un placage, il faut toujours les racler à bois de fil, en obfervant toutefois que la lame du racloir foit difpofée obliquement avec le fil du bois, comme l’indiquent les lignes a b, cd Sc ef,fig. 14, afin de mieux couper les fils du bois, lefquels étant pris ainfi, fo détachent plus aifément, vu qu’ils ne font pas pris tous enfemble ; de forte que le fil qui eft fous le tranchant du racloir trouvant de la réfiftance, Sc étant appuyé par celui
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- Sect. lit. Maniéré de finir VEbénifierie de placage, ôGc- S6ï qui eft à côté, s’enleve fans fe ployer, ce qui arriveroit néceftàirement fi on y*' menoit le racloir perpendiculairement au fil du bois , fur-tout dans les bois Planche tendres. . .
- Quand la piece eft aiiifî raclée d’un fens, on la racle de l’autre , en pofant la lame du racloir félon la direélion des lignes gc9be8cd/i; après quoi on donne le dernier coup de racloir félon la direction des fils du bois, pour achever d’enlever les fils qui pourrôient être reployés de côté ou d’autre. Il ne faut pas beaucoup appuyer en donnant ce dernier coup de racloir * afin de ne point onduler le bois, ce qui ne manquerait pas d’arriver fi on appuyoit beaucoup, parce que les bois étant pour la plupart d’une inégale denfité fur la longueur, le racloir mordrait plus dans les endroits tendres que fur les durs, & y formerait des ondes, ce qu’il faut avoir grand foin d’éviter.
- C’eft en partie cette raifon encore , même plus que la difficulté de couper les fils des bois , qui oblige de placer la lame du racloir obliquement à ces mêmes fils , pour qu’il porte en même temps fur les parties dures & fur les parties tendres du bois , afin qu’étant foutenu par les premières, il n entre pas plus qu’il né faut dans les dernieres.
- Cette obfervation eft très-eflentielle, Sc on ne fauroit trop y faite attention J fur-tout quand les pièces de placage font coupées en femelles , & qu’elles pré-fentent alternativement des parties dures & des tendres , tant fur la longueur que fur la largeur, ce qui les rend très-difficiles à racler & à rendre leur fuperficié auffi plane qu’une glace , comme l’ouvrage bien poli doit êtres
- Toutes les pièces d’un placage fe raclent ainfi féparément ; & lorfqu’elles (ont difpofées comme la fig. iy, ou de toute autre maniéré quelconque, il faut avoir grand foin que le racloir ne vienne pas heurter contre leurs joints, mais au contraire qu’il prenne ces derniers ^îiçiuement ou perpendiculairement à eux-mêmes, félon que le cas l’exigera.
- C’eft fur-tout à la rencontre de plufieurs'joints, comme au point i, fig. ry , qu’il faut prendre de grandes précautions, afin de ne point écorcher les joints ni les fils du bois ; dans ce cas, on doit faire tourner un peu le racloir, pour éviter de heurter les uns ou îes autres i c’eft ce que la pratique enfeigne encore mieux que la théorie la plus parfaite.
- Quand le placage eft raclé, on y pafle la peau de chien fine, pour ôter le refté des fils que le racloir n’a pu enlever ; & il faut avoir grand foin que cette peau de chien foit très-douce & bien égale, fans quoi elle rayerait l’ouvrage. Il faut aufli avoir attention de palier la peau de chien du même fens que le racloir, & éviter d’appuyer autant fur les endroits tendres que fur les durs, afin de ne point faire d’ondes à l’ouvrage.
- On paffe la peau de chien jufqu’à ce qu’en regardant l’ouvrage prefqu horifon-talement & de divers fens, on n’y apperçoive plus aucun fil qui s’élève au-deflus de fa furface, & que les parties tendres de cette même furface femblent ne plus
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- ~ y faire de cavités; alors on paffe la prêle pour effacer les petites raies que la péaû de chien a faites, en obfèrvant les mêmes précautions qu’à cette derniere, en -commençant par appuyer, & en foulageant la main peu à peu, afin qu en finiffant, la prêle ne fafle prefque qu* effleurer la fuperficie du bois. La prêle fe tient avec les doigts pour polir l’ouvrage plan ; & pour les filets, il eft bon de pafïer dedans dé petits bouts de fil de laiton ou autre, lefquels la maintiennent droite , afin de ne point gâter les arêtes de l’ouvrage (*).
- Dans les parties creufes, comme les gorges & autres moulures, ou les doigts fie pourroient pas entrer pour appuyer fur la prêle, on prend un bois à polit d’une forme 8c d’une grandeur néceflaires pour pouvoir la contenir.
- Quand l’ouvrage eft prêié, 8c par conféquent parfaitement uni, il préfente \me furface très-plane, mais d’une couleur terne qui change abfolument celle du Lois, laquelle revient & même augmente par le moyen du poli qui fe fait de différentes maniérés, comme je le dirai ci-après.
- Le poli le plus ordinaire eft celui qui fe fait avec la cire, & par lequel je vais commencer, comme étant celui qui eft le plus en ufàge pour l’Ebénifterie de placage dont il eft ici queftion.
- Pour faire de beau poli, on doit prendre de la cire de la meilleure qualité poffible, & on en frotte toute la furface de l’ouvrage jufqu’à ce qu’il y en ait fùffifamment par-tout ; enfuite on l’étend avec le poliffoir, lequel, par fbn frottement , l’échauffe, ainfi que le bois dans les pores duquel elle s’introduit. Voyt la Fig. 13 , qui repréfente un Ouvrier occupé à polir une piece de placage.
- Il y a des Efc>éniftes qui, au lieu de poliffoir de jonc, fe fervent de liege, ce qui n’eft pas bon ; parce que le liege s’échauffe trop au frottement , ce qui met la cire prefqu’en fufion, 8c expofe le placage à fe décoller.
- Quand la cire eft bien étendue avec le polülôlr, tant fur les parties planes que dans les cavités, (ce qui fe fait avec les bois à polir,) on la retire avec le racloir à cire qu’on paflè fur l’ouvrage pour ôter le plus gros de la cire, qu’on achevé enfuite d’étendre & d’enlever avec un frottoir, qui n’eft ordinairement qu’un morceau de drap, ou, ce qui vaut mieux, de ferge, laquelle, fans être trop rude , a plus de mordant que le drap. *
- Cette opération eft la derniere du poli ordinaire, après laquelle , lorf-qu’elle eft bien faite ainfi que les autres, l’ouvrage doit être àuffi uni & aufïl luifànt qu’une glace.
- Quand on polit des bois poreux ou de couleur rougeâtre, comme le Paliftan-dre, l’Amaranthe & autres, lorfqu’on a étendu la cire fur ces mêmes bois, on y
- (*) ïl y a des Ebéniftes qui, à la place de la ®eau de chien, paffent fur leurs ouvrages une lime fine Ci douce, laquelle le drefife parfaitement ornais cette méthode n’eft guere Envie* àcaufe de 3a difficulté d’avoir des limes courbes, foit par leur foie ou dans leur longueur; c’eft pourquoi on ne s’en fert guere que pour les filets 6c autres moulures, ou pour des parties
- Taillantes, ou enfin pour des ouvrages d’Ebénif-.’ terie d’affiembîage, quoiqu’il feroit fort à défircç qu’on pût l’employer à toutes fortes d’ouvrages, lefquels en feroient aflurément plus parfaitement* lifïes & mieux dreffés qu’avec la peau de chien , qui, quelque précaution qu’on prenne * fait toujours quelques cavités à l’ouvrage.
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- Se ct. III. Maniéré de finir VËbénifierie de placage, SCc. 8éj feme de la gomme-laque en poudre, laquelle étant étendue avec le polifloir » : remplit les cavités du bois fans y faire de taches, en même temps quelle en augmente la couleur.
- On peut auffi fe fervir de colophane en poudre pour les bois noirs, ou bîën mêler avec la cire des couleurs en poudre femblables à la couleur du bois, pour empêcher la cire d’y faire une teinte, qui, cependant, lorlqu elle eft bien étendue , ne peut pas être fenfible ; de plus, li on craint cet inconvénient avec dè la cire jaune, il faut en prendre de la blanche, laquelle ne tache point le bom1 Quant à ce qui eft de la méthode de mêler de la gomme-laque, de la colophane ou autre ingrédient avec la cire pour polir le placage, elle eft certainement bonne à bien des égards ; mais auffi fert-elle fouyent à mafquer les défauts de l’ouvrage, fur-tout aux yeux de ceux qui n’en ont pas une parfaite connoiilànce* Le poli dont je viens de parler, eft celui dont on fait le plus d’ufage pour f Ebénifterie de placage, parce qu’il fe fait tout à fec, ce qui eft néceflàire pour ne point décoller les pièces. Il y a encore d’autres efpeces de polis, qui font lé poli commun, le poli à l’eau & le poli à l’huile, foit au tripoli ou au charbon * Le poli commun n’eft pas, à proprement parler, du reffort des Ebéniftes, puifi qu’il ne fert ordinairement que pour les gros meubles, comme les Armoires, les Commodes, &c; cependant comme les Ebéniftes en. font ufage quelquefois pour leurs ouvrages les plus communs, j’ai cru devoir en parler ici plutôt que dans la partie du meuble, afin de raffembier dans un feul article tout ce qui concerne les différents polis.
- Le poli commun fe fait fans aucun apprêt ; lorlque l’ouvrage eft fini & raclé le plus proprement poffible, fans cependant prendre toutes les précautions dont j’ai parlé plus haut, on le frotte de cire , laquelle eft ordinairement alliée d’un tiers de ffiif, 8c on étend cette cire avec une brofîe un peu rude, puis on eftuié l’ouvrage avec un frottoir de ferge. Four étendre plus promptement la cire & la faire mieux entrer dans les pores du bois, on fe fert quelquefois d’une efpece de poêle de tôle , dans laquelle on met des charbons ardents, & qu’on paftè au-deflus de l’ouvrage le plus près poffible, afin de chauffer mieux la cire. Au lieu de cette poêle, on peut fe fervir d’un morceau de fer très-chaud & même prefc que rouge i lequel vaut d’autant mieux, qu’il fait bouillonner la cire & l’oblige de s’introduire dans les pores du bois, qu’on polit enfuite avec la broffe.
- Si au lieu de fe fervir de cire mêlée, on fe fervoit de bonne cire, & même de cire blanche , on pourroit, en fuivant cette méthode, faire un poli admirable, tant pour la durée que pour la beauté, bien entendu toutefois qu’on n’en feroit ufàge qu’à de l’ouvrage plein & affez folide pour que l’aétion du fer rouge qu’on pafle deffus n’y puiffe fair£ ‘aucun mal. J’ai poli des ouvrages de bois de noyer de cette maniéré, qui font devenus auffi beaux & auffi luifànts que les' glaces.
- Le poli a 1 eau fe fait de la maniéré Suivante : Après que l’ouvrage a été raclé^
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- * on prend un morceau de pierre de ponce bien uni, que l’on trempe légèrement •dans l’eau, & avec lequel on frotte Fouvrage de tous lés fens poflîbles, en obfér* yant de toujours finir à bois de fil ; & on continue l'opération jufqu’à ce qué louvrage foit parfaitement lifle , ce qui ne peut être qu'en réitérant fopération à différentes fois, & après avoir laifîe fécher l’ouvrage à chaque reprife.
- Quand fouvrage eft poli à la ponce, on le prêle enfuite, & on le polit à la Cire à l’ordinaire^ ou bien on le met en huile avec un linge ou une éponge, ce qui eft plutôt une couleur qu’un poli. Cette teinture, qui eft compofée d’huile de lin-& d’orcanette, donne au bois une couleur brune, qui devient luifante avec le temps.
- En général, le poli à f eau 8c à la ponce n eft güere propre qu aux ouvrages de peu de conféquence, 8c qui font faits de bois rebours & tortueux, tel que le Noyer ruftique, l’Acajou tortillard , & autres femblables ; de plus, il laifîe toujours une efpece de limon qui entre dans les pores du bois, & qui a bien de la peine à s’en aller , ce qui fait un mauvais effet ; on ne peut faire ufàge de ce poil qu’aux ouvrages faits en plein bois, l’humidité étant contraire aux ouvrages de
- On fe fert aufïi de la pierre de poncé à fec pour polir les bois blancs, comréè le Sapin, le Peuplier & le Tilleul, ce qui les rend trèsdifîes 8c doux au toucher.
- Lorfqu’on ne polit pas l’Ebénifterie avec la ciré à l’ordinaire , 8c que Fouvrage eft affez de conféquence pour y faire la dépenfe d’un plus beau poli, après Favoir prêlé, on le polit avec du tripoli réduit en poudre pafïee au tamis dé foie, broyée avec un peu d’huile d’olive de la meilleure qualité, qu’on étend fur l’ouvrage avec un polifîoir à l’ordinaire, & qu’on effuie enfuite avec le frottoir ; puis on prend un autre polifîoir ( garni de peau de buffle ou dé chapeau ) avec lequel on recommence à polir Fouvrage en y femant ün peu de blanc d’Efpagne, pour enlever les taches, 8c on Fefiuie enfuite avec un linge fin 8c propre.
- Le tripoli s’emploie différemment, félon les différentes efpeces de bois ; on le broie avec l’huile d’olive pour l’Ebene, le Bois violet 8c la loupe de Buis ; avec du fuif pour le Bois rofe , & de l’eau pour le bois de la Chine.
- L’Ebene fe polit aufîi au charbon à l’huile, foit en poudre, fbit avec un charbon entier, dont on affûte bien le bout, c’eft-à-dire , dont le bout eft uni & dreffé. Ces différentes efpeces de polis fe terminent toujours par le polifîoir de buffle & un peu de blanc d’Efpagne.
- Comme la plupart des couleurs dçs bois, foit des Indes, foit de France, ou des bois teints , perdent leur éclat avec le temps, & qu’il eft très-important de conferver ces couleurs, on ne pourroit mieux faire, après les avoir finis à la prêle 8c au tripoli, ou au blanc d’Efpagne, que cfe Jes vernir avec du vernis blanc , appellé communément vernis de Venije, Quoique le vernis dont je parle foit un peu different de ce dernier, le vernis, propre à mettre fur les ouvrages d’Ebé-nifterie, eft blanc, ou, pour mieux dire, fans aucune couleur: il eft compofé
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- Sect. III. Manière' dé finir VEbéniflerie de pinçage> ÔGc. 86$
- tfune pince ou deux livres d’efprit-de-vin, de cinq onces de fandaraque la plus blanche poffible, de deux onces de maftic en larmes $ d’une once de gomme élémy, 8c d’une once d’huile d’afpic, le tout fondu au bain-marie fans que 1’efprit-de-vin bouille ; 8c quand ce vernis eft refroidi, on le filtre au travers du coton $
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- pour qu’il n’y refte aucune elpece d’ordure.
- On peut mettre plufieurs couchés de ce vernis fur les ouvrages d’Ebénifterie f fans craindre qu’il en obfcurcifle les couleurs, en faifant attention de ne pas mettre la fécondé que la première ne foit parfaitement bien feche. Quand on a âinfi mis deux, quatre ou fix couches dé vernis , & que la derniere eft parfaitement feche, on polit le tout avec un tampon fait de lifieres de drap roulées, ou avec du buffle, fur lequel on met un peu de tripoli détrempé dans de l’eau ; enluite on lave le tout avec de l’eau claire, & on l’effuie avec des linges blancs & fins.
- Cette méthode de finir l’Ebénifterie, eft un peu plus couteufe 8c plus fujetté que les autres ; mais auffi a-t-èlle l’avantage d’être la plus parfaite, parce que le vernis, en bouchant tous les pores des bois , faifit leur couleur * qui, ne pouvant plus s’évaporer, refte toujours dans le même état $ ce qui eft: d’un très-grand avantage, vu que c’efl: en partie dans la vivacité de ces mêmes couleurs, que éonfifte la beauté des ouvrages d’Ebénifterie, de quelqu’elpece quils puiffenc être : & c’efl: le feul moyen que je connoifle pour donner du brillant à la couleur des bois teints.
- Les différents polis font applicables non-feulemerit à l’efpece d’Ebénifterie dont je viens de parler, mais même à toutes les autres efpeces dont je vais traiter ci-après , excepté cependant l’Ebénifterie où on emploie l’écaille, la nacre, 8c les métaux, dont le poli fe fait d’une maniéré différente ? comme je le dirai en fon lieu*
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- CHAPITRE DOUZIEME.
- De VEbéniJlerie ornée, appellée Mofaïque ou Peinture en Bois,
- en général.
- JL/e spece d’Ebénifterie dont je vais traiter ici, eft la plus précieufe de toutes » tant pour la délicateffe du travail , que pour les connoiffances quelle exige de ïa part de l’Ouvrier, qui, comme je lai dit au commencement vde cette Partie , doit bien entendre le deffein de tous les genres, & connoître le ton & la nuance des couleurs, pour repréfenter, le plus parfaitement poffible, toutes fortes de fujets, comme des bâtiments en perfpeélive, des ornements, des fleurs , des payfàges, des figures, 8cc, le tout fait en bois de rapport de couleur naturelle ou teints, incruftés fur un fond d’Ebénifterie, foit de bois de placage ou en plein bois , ce qui eft égal quant à la maniéré d’opérer, du moins à très-; peu de chofe près, comme on le verra dans la fuite.
- Là grande difficulté de cette efpece d’Ebénifterie, confifte non - feulement dans l’art de découper & d'incrufter les bois pour repréfenter, le mieux poffible, différents fujets, mais encore dans l’art de donner à chaque piece l’ombre qui lui eft néceffàire, ce qui fe fait par le moyen du feu ou des acides , & qui demande beaucoup d’attention 8c d'expérience pour le bien faire.
- Pour donner à la defcription de cette partie de PEbénifterie toute l’étendue convenable, & en même temps éviter les répétitions, je me contenterai de donner quelques exemples des différentes maniérés d’opérer, les plus générales & les plus néceffaires , lefquelles pourront s’appliquer à tous les cas, afin d’abréger , autant qu’il fera poffible, la fin de cette Partie de mon Ouvrage ; étant d’ailleurs très-indifférent, dans la defoription dont il eft ici queftion, que l’on fâche à quelle efpece de meuble ou autre efpece de Menuiferie ces exemples feront applicables, puifqu’on peut les employer indifféremment à toutes, félon le goût de l’Artifte, ou, pour mieux dire, le deffein général de la piece à revêtir, 8c la dépenfe qu’on veut y faire, laquelle doit toujours être très-confidérable, proportion gardée avec la première efpece d’Ebénifterie, celle dont il eft ici ' queftion, ne pouvant fouffrir aucune efpece de médiocrité dans l’exécution, ce qui la rend très-coûteufè lorfqu’elie eft bien faite ( *).
- (*) Rien de fi commun que de voir des meubles revêrus d’Ebénifterie de toutes les efpeces, & rien de plus rare que d’en trouver de parfaitement bien faits ; 8c cela moins par la faute des Ouvriers que par celle des Acquéreurs, qui, la plûpart, fans goût 8c fans connoiftance, 8c ce qui eft encore pis, fans avoir les facultés de
- payer de bons ouvrages, prennent indiftin&e^ ment celui qu’on leur préfente, pourvu qu’il leur coûte peu cher : de-Ià viennent le grand nombre 8c la mau vaife qualité des ouvrages d’Ebénifterie * où, fans parler de l’épargne de la matière, la façon eft abfolument mauvaife, quant à la partie de la théorie 8c de la pratique , 8c cette première
- Lorfque
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- Sect. L- Principes élémentaires de Perfpectivè'. Stf
- Lorfque j’ai traité lommairement des différentes efpeces d’Ebénifterie f page j*s> fai mis celle dont il éft ici queftion dans une clafle particulière, comme étant abfolument différente des deux autres elpeces, 8c cela pour donner plus dordre 8c de clarté à mon Ouvrage ; cependant il eft rare à préfent que la Mofàïque s’emploie toute feule, c’eft-à-dire, fur des fonds de bois unis ; au contraire on l’emploie prefque toujours avec l’Ebénifterie de la première efpece, c’eft-à-dire , la Marqueterie de placage , fur laquelle on l’incrufte, ce qui fenv~; ble réunir les deux premières efpeces d’Ebénifterie, 8c n’en faire qu’une feule % quoiqu’elles fbient différentes l’une de l’autre, tant pour la théorie que pour la pratique*
- Section Premier e*
- Principes élémentaires des réglés de Perjpeclive, dont la connoijfancè efi ahfolument nécejj'aire aux Ebénijles.
- D e toutes les connoifîances néceftaires aux Ebéniftes , celle des réglés de la Perfpeélive eft une des plus eflentielles, 8c cependant celle qui eft le plus fou-vent négligée , rien n étant plus commun que de voir des ouvrages qui fouvent ne manquent pas de mérite , où les réglés de Perfpeétive font abfolument violées, foit dans les deflins que les Ebéniftes compofent eux-mêmes, ou dans ceux qu’ils copient, que fouvent ils rendent mal, ( fuppofé qu’ils fbient bien faits ), & cela faute de connoiflànce des principes qui ont fervi à mettre ces deflins en perfpeétive. Pour obvier à ces difficultés* & pour faciliter les Ebéniftes pour lefquels Cet Ouvrage eft particuliérement fait, fai cru ne pas pouvoir me difpenfer de donner ici quelques notions dé cette fcience, le tout démontré méchaniquement, fans entrer dans aucun détail des rapports qu’elle a avec les réglés d’Optique, & des autres parties des Mathématiques, dont la connoiftànce eft néceftàire à la parfaite théorie de la perfpeétive, mais dont, à la rigueur, les Ebéniftes peuvent fe pafter.
- La Perfpeétive eft une fcience par le moyen de laquelle on parvient à repré-fenter fur une furface plane, les différents objets qui frappent notre vue, comme les bâtiments, les payfàges * & même les hommes 8c les animaux, non pas comme chacun de ces différents objets font exaétement, ( ce qui eft l’objet des deflins géométraux ) mais comme ils paroiflent à notre vue, & cela en raifon de la diftance qu’il y a de nous à eux, & de la façon dont ils nous font préfentés ; de forte
- totalement négligée , tant pour les compartiments de la Marqueterie, que pour les ornements de la Mofàïque, lefquels font la plupart mal deftinés & fans goût, & le plus fouvent peu faits pour la place qu’ils occupent. Je ne prétends cependant pas dire ici qu’il ne fe trouve pas des ouvrages d’Ebénifterie très-bien faits; je fuis
- Menuisier , III. Part, 111, Secl,
- même très-éloigné de le penfer; au contraire^ je fai qu’il y a d’excellents Artiftes dans cette partie, auxquels je rends toute la juftice poflible; mais par malheur le nombre n’en eft pas bien grand, 8c ne peut même pas l’être, pour les rai-fons que j’ai données ci-delfus, à la note de la
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- qu’ ils diminuent de capacité en raifon du plus ou moins d’éloignement, Sc fem-blent en même temps changer de forme, quoiqu’en effet iis foient toujours les -mêmes ; cette différence étant un effet d’Optique, dont la connoiflance de la eaufe n eft point néceffàire ici.
- On diffingue trois fortes de Perfpëélives , celle des lignes y celle des plans & celle des corps, qui , toutes trois , s’exécutent de la même maniéré , ce qui eft tout naturel, puifqu’eiles dépendent toutes des mêmes principes, comme je vais le démontrer ci-après.
- Lorfque nous regardons un objet quelconque y l’efpace que notre vue era-brade forme un cercle dont notre œil eft le centre , de forte que nous ne pouvons appercevoir que les objets renfermés dedans. Ce cercle coté a ayfig. i & 2* fe nomme cercle vifuel, & fon centre b, point de vue, auquel point tous les objets doivent tendre lorfqu’ils fe préfentent perpendiculairement à nous, c’eft-à-dire , à la bafe fur laquelle nous fommes pofés. Le point b fe nomme encore point horifontal, parce que là ligne c dy qui padè par ce point, eft toujours de niveau, foit que l’objet fur lequel elle eft tracée, ou, pour mieux dire, qu’elle Coupe, fe préfente parallèlement à la bafur laquelle nous fommes placés , ou qu’il foit perpendiculaire à cette même bafe efy qu’on nomme ordinairement ligne de terre, parce qu’elle doit toujours être parallèle à la ligne horifontale c dySc que fà diftance à cette derniere eft égale à la hauteur humaine , qui eft de y h 6 pieds, du moins pour l’ordinaire ; car il y a des cas ou on hauffe ou 'baiiîè plus ou moins le point de vue, ce qui n’empêche pas que la ligne de terre ne foit toujours parallèle à la ligne horifontale c d> dont les extrémités! qui touchent le cercle vifuel, fe nomment points de difiances, auxquels points tendent toutes les lignes inclinées de 45 degrés à la ligne de terre. Le point g ÿ fe nomme point de dlflance tranfpofé; &x’éft par le moyen de ce point que l’ori borne la longueur de toutes les lignes des plans , foit qu’elles foient parallèles à la ligne de terre, ou perpendiculaires à cette dernière. La ligne g &, fe nommé originale , & elle doit toujours paffer par le point de vue b, & par Conféquent couper en deux parties égales la ligne horifontale c d, à laquelle elle eft perpendiculaire. *
- Quand on veut mettre un objet en perfpeétive, on commence par en tracer lé plan géométral en deïïous de la ligne de terre , comme, par exemple , la ligne hi9fig. 5, qu’on prolonge jufqu’à la ligne de terre qu’elle rencontre au point n% puis de ce point on mene une ligne au point de vue b y ce qui donne d’abord Tinclinaifon apparente de la ligne qu’on veut mettre en perfpeétive enfuite des points h, i, qui font les extrémités de la ligne géométrale, on mene deux lignes au point de diftance tranfpofé, lefqùetles venant à couper la ligne nb% fig. 1, aux points o, p, donnent la longueur de la ligne mife en perfpeétive. Si on vouloit mettre en perfpeétive la ligne Im, parallèle à celle hi, fig. y y on opéreroit comme pour cette derniere, & on auroit la ligne q r en perfpec*
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- Sect. L Principes élémêûtaîres de Perfipecîivè. tiVé , fig. I. Si au lieu des lignes perpendiculaires h i Sc Lm de la figure y, on -—*——’ Vouloir mettre en perfpeétive les lignes horifontales de la même figure, on le fèrviroit toujours de la même méthode que pour les lignes perpendiculaires , c’eft-à-dire, qu’apres avoir élevé fur les extrémités de la ligne horifontale les perpendiculaires i n 8c l s, des points n 8c s , on mene deux lignes au point de vue b ; puis des points i Sc /, on en mene deux autres au point de dilatance tranfpofé , lefquelles coupent les lignes menées au point de vue b9 & donnent les points 0, r, par lefquels on fait pafTer une ligne qui eft parallèle à la ligne de terre , qui eft celle i / , fig. y , vue en perfpeétive , dont elle ne différé que par la longueur*
- La ligne h m , fe met de même en perfpeétive, en menant de fes extrémités hm9 deux lignes au point de diftance tranfpofé, ce qui donne , fig. 1 , la ligne horifontalep q, laquelle eft plus courte que celle or, en raifon de ce que la ligne h m y fig* y, eft plus éloignée de la ligne de terre que celle i L
- S'il arrivoit que les lignes i l Sc hmy quoique toujours parallèles entr’elles 9 fufïent d’inégale longueur , ou, quoique ffégale longueur, elles ne fuftent pas placées perpendiculairement au-deffus Tune de l’autre, comme, par exemple, de u à r, on fe forviroit toujours de la même méthode pour les mettre en perfpeétive , en obfervant de mener autant de lignes perpendiculaires à la ligne de terre, Sc de*là au point de vue, qu’il y auroit de bouts de lignes , ce qui eft fort aifé à concevoir*
- Lorfqu’on fait une fois mettre des lignes perpendiculaires Sc des lignes horî-fontales en perfpeétive, il eft bien àifé d’y mettre des quarrés, puifqu’ils ne font formés que par la combinaifon de ces deux efpeces de lignes , Sc qu’en démontrant la maniéré de les mettre en perfpeétive, j’ai tout de fuite ccnftruit un quarré , comme on peut le voie là figure 1 ; c’eft pourquoi je n’en parlerai pas davantage, vu que ce ne feroit qu’une répétition de ce que j’ai déjà dit*
- Si on vouloit mettre en perfpeétive les diagonales im Sc kl> du quarré fig. y 9 Sc cela fans avoir égard au quarré mis en perfpeétive,^. 1, on prolongerait chacune de ces diagonales jufqu’à ce quelles rencontraftent la ligne de terre aux points x Scy ; puis du point de diftance tranfpofé g9 on tire deux lignes parallèles aux deux diagonales qu’on veut mettre en perfpeétive , Sc on les prolonge jufqu’à ce qu’elles rencontrent la ligne horifontale, ce qui, dans le cas dont il eft ici queftion, fe fait aux deux extrémités de cette ligne , où font les points de diftance c d9 parce que les angles que forment les lignes dont je parle, avec la ligne perpendiculaire du milieu ou ligne originale, doivent être égaux avec ceux que forment les lignes qu’on veut mettre en perfpeétive, Sc une ligne perpendiculaire élevée au milieu de ces mêmes lignes ; & que ces angles étant chacun de 4 y degrés, il eft néceffaire que les lignes gc Scgd, rencontrent la ligne horifontale à fes extrémités, de maniéré que c’eft toujours aux points de diftance que doivent tendre les lignes d’onglets ou [de qy degrés, mifes en perfpeétive, ainfi qu’on
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- S7o MENUISIER, 1ÏI. Part. SeB. Ill Chap.XII
- - peut le voir dans cette figure 9 où la diagonale m i , prolongée jufqu’en x, efl renvoyée au point d ; & celle A /, prolongée jufqu en y , efl: renvoyée au point c.'
- L’opération que je viens de faire , ne fert qu’à donner i’inclinaifon des diago* males ou lignes d’onglet , mifes en perfpeélive. Quant à leur longueur , on la borne de la même maniéré que celle des lignes horifontaies, c’eft-à-dire , que "de chaque extrémité des diagonales du plan, fig. 5 , on mene des lignes au point de diftance tranfpofé ; Sc le point où elles touchent les diagonales mifes en per« fneélive , en borne la longueur, comme on peut le voir dans la fig, 1.
- Les quarrés pofés fur l’angle , c’eft-à-dire , dont la diagonale eft perpendiculaire à la ligne de terre, comme celui fig. 6 9 fe mettent en perfpeélive par le moyen des lignes de leurs côtés, prolongées jufqu’à la rencontre de la ligne de terre, aux points 1,2, 3 de-là reportées aux points de diftance qui
- leur font oppofés, c’eft-à-dire , ceux ï & 2, au point d9 Sc ceux 3 & y", au point cy ce qui donne, fig. 2 , le quarré fur l’angle 4,y,ô&7, vu en perfpeélive , dont la diagonale 7,5, tend au point de vue, ce qui doit être , pu if-» que cette même diagonale efl: perpendiculaire à la ligne de terre dans la figure 6* Les quarrés fur l’angle peuvent auffi fe mettre en perfpeélive par le moyen des lignes perpendiculaires élevées de leurs angles à la ligne de terre, menées enfuite au point de vue, & coupées, par des lignes menées de ces mêmes angles , au point de diftance tranfpofé , ainfi que je l’ai fait pour le quarré fig. y & 1 ; mais cette derniere méthode eft plus compliquée que la première qu’on lui préféré dans le cas dont je parie; cependant cette méthode a le défaut d’être plus jufte que l’autre, parce que les lignes dont on fe fert s’approchent moins, & par conféquent donnent des points de feélion plus juftes que ceux qui font donnés par la rencontre des lignes tendantes aux points de diftance , lefquelles font toujours très-inclinées à l’Lorifon , & par conféquent tendent beaucoup au parallélifme, ce qui en rend le point de rencontre moins certain , pour peu qu’on n’dpere pas bien jufte, ce qui 9 quelquefois , donne des erreurs confidérables, fur-tout dans de petits objets ; c’eft pourquoi il efl bon de s’aflu-rer de la jufteïTe de l’opération par la méthode du quarré , comme je l’ai obfervé dans la figure 2.
- Quand les plans font difpofés de maniéré que ni leurs côtés ni leurs diagonales ne font pas perpendiculaires à la ligne de terre, comme à la fig. 7, on fo fort toujours des mêmes méthodes que ci-devant ; à l’exception que fi on veut employer la méthode du quarré fur l’angle , les points de diftance changent en raifon de I’inclinaifon des côtés du quarré , lefquels étant plus ou moins inclinés à rhorifon , donnent des points de diftance inégaux , comme ceux a9 b9fig. 2 4 ? qui alors fe nomment points de diflance accidentels ; ces points font toujours donnés par des lignes partantes du point de diftance tranfpofé, Amenées parallèlement aux côtés oppofés de la figure du plan, de forte que l’angle cdf eftégal à l’angle g* A,/g. 7; & l’angle eft égal à celuifig, même fig.
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- Sec t. I. Principes élêmeniairès de Perjpeciivê* 87 r
- Les diagonales de ce quarré tendent auffi à d'autres points de vue accidentels ; ! celle 0 /z, qui partage la figure en deux, & par conféquent Tare de cercle^"m en k, auffi en deux parties égales, eft donnée en perfpeélive par une ligne partante du point de diftance tranfpofé, & qui partage en deux parties égales Tare de cercle c de au point i, duquel point étant prolongée jufqu’à la ligne d'horifon , elle donne le point / pour point de diftance accidentel * duquel, au point m, on fait pafler la diagonale demandée.
- Le point de diftance de l'autre diagonale fe trouve par la même méthode ; fi je ne l'ai point marqué ici, c'eft que non-feulement il eft très-loin au dehors de la Planche, mais encore parce que j'ai cru que ce que je viens de dire étoit fuffi-fant, fans embarraffer davantage cette figure, qui l'eft déjà beaucoup, vu Ion peu de grandeur.
- Les figures circulaires fè mettent en perfpeélive de la même maniéré que les quarrés ; on divife leur furface par un nombre de perpendiculaires quelconque , qu’on prolonge jufqu'à la ligne de terre , & qu'on mene enfuite au point de vue pris par des lignes provenantes du point de diftance tranfpofé, Sc menées aux points de divifion de la^. 8 : on a, fur la figure 4, des points de feélion qui donnent la figure du cercle vu en perfpeélive.
- Ce que je viens de dire, renferme à peu-près tout ce qu*on peut dire touchant la perfpeélive des plans, du moins pour me conformer au peu d'étendue que je me fuis propofé de donner à cette matière : relie’ préfentement à dire quelque chofe de la perfpeélive des corps, laquelle eft très-aifée, celle des plans étant une fois bien entendue.
- J'ai dit ailleurs, en parlant des corps folides, qu’on pouvoit les confîdérer comme une infinité de plans très-minces , placés au-deftus les uns des autres ; en fui van t le même raifonnement 7 par rapport à la perfpeélive, il fera fort aifé de concevoir que des corps réguliers mis en perlpective, ne font autre chofe que plufieurs plans élevés au-deflus les uns des autres, & qu’on doit s’imaginer voir, au travers des corps, comme s’ils étoient tranfparents.
- Soit les quatre quarrés a, b, c, i,fig. 14, le plan de quatre prifmes qu’on veut mettre en perfpeélive ; on commence d’abord par tracer leurs plans perfpec-tifs fuivant la méthode que j’ai donnée ci-deflus, ainfi que ceux g> h9jîgi y ; puis à chaque angle de ces plans perfpeétifs, on éleve autant de perpendiculaires qu’on prolonge indéfiniment ; ce qui étant fait, d’un des angles du plan géométral, on éleve une ligne perpendiculaire comme celle i /, laquelle coupe la ligne de terre au point m , Sc fur laquelle on marque la hauteur des prifmes en partant de la ligne de terre ; enfuite la hauteur étant bornée comme , fuppofé , au point l, on mene de ce point une ligne tendante au point de vue p, laquelle donne la hauteur perfpeélive de toutes les lignes perpendiculaires élevées des angles des plans perfpeélifs, en obfervant toutefois que cette hauteur n’eft exac*; temênt vraie que pour les lignes élevées fur le côté du plan perfpeélif, corref-Menuisier , III. Parc, III. Se3% N iq
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- S72 ME NUI SI ER, III. Part. Secl. 111 Chap. XII.
- Pondant à celui du plan géométral, far lequel la ligne i m l a été élevée, La hauteur des lignes perpendiculaires élevées fur les autres côtés du plan perfpec-tif, eft bornée par des lignes horifontales, tracées des points où la ligne Ip rencontre les autres perpendiculaires, comme on peut le voir dans cette figure, où les quatre priftnes font terminés par cette méthode , & dont les quatre plans fupérieurs y, r, s, r, font exactement perpendiculaires & femblables aux plans inférieurs e ,f , g, h. Quand je dis que les plans fopérieurs font égaux aux pians inférieurs, ce n’eft que fur leurs faces verticales ; car pour leur épailfeur , elle eft plus ou moins confidérable, félon qu’ils font plus ou moins éloignés de la ligne horifontale , où cette épailfeur eft réduite à une feule ligne , c’eft-à-dire , à rien. Voyeç lajig» 9, où les plans donnés par les lignes hp & o p, font inégaux fur leur épailfeur, non-feulement entr’eux, mais encore avec ceux des bouts inférieurs & fiipérieurs des prifmes.
- Que la hauteur des prifmes dont je parle , (ou de tel autre corps régulier quelconque ) foit donnée par une ligne élevée du côté intérieur ou extérieur du plan géométral, cela eft indifférent, comme on peut le voir dans cette figure , où la ligne x u, qui eft égale de hauteur à celle i l, étant menée au point de vue p ,donne pareillement la hauteur des prifmes , en obfervant toujours de prendre des points de hauteur for les perpendiculaires élevées fur les côtés du pian per-fpeétif, qui correfpondent à ceux du plan géométral fur lequel la ligne des vert tables hauteurs a été élevée , ainfi que je lai recommandé ei-deffus.
- Tous les corps réguliers fo mettent en perfpeétive par la même méthode , & on peut même l'appliquer aux corps irréguliers, en les réduifant à des formes régulières, comme des cubes, des prifmes , &c. afin d’avoir des points d’après lefquels on puiflè partir pour les mettre en perfpeètive, comme on le verra ci* après.
- La figure ro repréfènte une pyramide en perfpeélive, dont la hauteur eft donnée par une ligne provenante du centre de fon plan ,jig, 15 , ce qui eft tout naturel, vu qu’il n’y a qu’à ce point qu’exifte la véritable hauteur de la pyramide. S’il arrivoit que la pyramide , au lieu d’être droite comme celle repréfentée dans cette figure , fût inclinée, & que fon fommet, au lieu d’être à fon centre y , fût au point IJ , on auroit toujours fa hauteur perfpeétive, en élevant de ce
- point une perpendiculaire, fur laquelle feroit tracée la véritable hauteur, que Ion feroit tendre au point de vue, pour avoir la hauteur perfpeéliye de l’axe incliné, comme on peut le voir dans la fig, 10.
- Les corps cylindriques fe mettent en perlpeétive par la même méthode que les corps quarrés ; ceux qui fe préfentent de face, comme laj/zg. 16, font les plus faciles, il ne s agit que de mettre leur axe & leur diamètre perpendiculaires en perfpeèlive , tendants au point de vue ; puis à la rencontre des lignes tendantes au point de diftance tranfpofé, avec la ligne de diamètre inférieur, on éleye les perpendiculaires a b &cd9 dont la longueur donne le diamètre des
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- Sect. 1. Principes élémentaires de Perfpective. 873 deux bouts du cylindre vu en perfpeétive. Cette opération étant faite, du milieu 1 1 de chacune de ces perpendiculaires, comme centre, on décrit deux cercles* Planche auxquels on mene deux tangentes, lune en deflus, & l'autre en deflous, lefo quelles donnent un diamètre apparent du cylindre vu en perfpeétive, qui augmente d’autant plus, que le cylindre eft plus écarté de la ligne originale ; car quand il eft très-proche de cette derniere, le diamètre n’augmente pas ; 8c même lorfque cette derniere lui fort d’axe, il diminue en apparence, & cela en raifort du plus ou moins d’éloignement qu’il y a de l’œil à l’objet, comme on peut le voir dans la figure 12, ouïes lignes i & /, provenantes du point A, font tangentes avec le cercle beaucoup plus loin de fon diamètre que les lignes^, g, provenan- * '
- tes du point e, qui eft le plus éloigné du cercle ; de forte que dans le premier cas ce dernier ne femble avoir de diamètre que la corde m ny donnée par le point de contact des deux tangentes ; au contraire, quand l’axe du cylindre eft éloigné de la ligne originale , foit à droite ou à gauche, fon diamètre augmente en apparence , parce que la ligne ep , qui eft fuppofée partir du point de vue, entre dans le diamètre du cylindre pour atteindre le point q , ce qui donne un petit fogment p no, dont l’ordonnée, ou, pour mieux dire, la largeur doit être augmentée au diamètre du cylindre * comme on a pu le voir dans lesy^. 4 & 8, for lefquelles je n’ai pu faire de démonftration, à caufe de la petitefle de la figure, quoique Ce fût la véritable place de le faire ; ce qui, au refte , ne fait rien à la chofe , puifque cette démonftration eft applicable non-feulement aux plans circulaires, mais même aux corps cylindriques & fphériques , comme on peut le voir dans la figure 1 r,
- Les cylindres vus de côté, comme celui fig* 17, fe mettent en perlpeétive comme les corps quarrés, ainiî que lafig. 13; enfoite for une des lignes qui ont forvi à donner la hauteur du piiUn© dans lequel le cylindre doit être infcrit, on décrit le demi-cercle pqrs, qu’on divife en quatre parties égales, qu’on fait tendre au point de centre t * & on mene ces divifions au point de vue à l’ordinaire ; puis aux points où elles rencontrent les diagonales des bouts du prifine 9 on fait paffer des courbes qui décrivent les deux bouts du cylindre vu en per-
- Ce cylindre, ainfi que celui fig. il > augmente de diamètre en raifon de ce qu’il eft plus ou moins éloigné de la ligne horifontale, ce que je n’ai pas pu trop faire fentir, à caufe de la petitefle de la figure , ce qui, au refte , n’eft pas fort néceflaire, après ce que j’ai dit en expliquant la figure 12.
- La Figure 20 repréfente la perfpeétive d’une partie d’Architecture,' avec un avant-corps au milieu, laquelle eft repréfentée en plan dans la figure 24, & au pourtour duquel régné une marche, afin que la perfpeétive foit un peu plus compliquée, & qu’on y reconnoiffe les différentes opérations que j’ai démontrées ci-deflTus.
- La Figure 25 repréfente ce même corps avec la faillie de la corniche qui le
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- €74 MENUISIER, III. Part. SeB. III Chap. XII.
- couronne, lefquels font repréfentés en plan perfpeélif dans la fig. 2r; au^ deflus 9fig. 18, eft l'élévation de ce même corps avec fa corniche , laquelle le met en perlpeélive de la maniéré fuivante.
- Sur la ligne perpendiculaire provenante d'un des angles du plan géométral, ^n trace le profil de la corniche de la forme & à la hauteur quelle doit être, Sc ©n trace tous les membres fur cette ligne aux points a9byC>d9 defquels points on mene autant de lignes au point de vue, jufqu’à ce qu'elles rencontrent l'angle de la partie mife en perfpeélive, au pourtour de laquelle on les fait tourner en fuivant les différentes formes du plan ; puis à chaque angle du plan, Sc à la rencontre de ces lignes, on en fait paffer d'autres tendantes aux deux points de diftance, félon la direction des angles de la corniche, comme il eft indiqué fur le plan, Jig. ai. Ce qui étant fait, à l'un des angles fàillants ou rentrants, ( ce qui eft égal ) on trace la forme du profil, auquel on donne une faillie égale à celle qui eft marquée fur le plan à cet endroit; & par chaque angle que forme ce profil, on fait paffer des lignes tendantes au point de vue, lefquelles venant à rencontrer les diagonales des angles qui leur font correfpondantes, donnent la perlpeétive de la corniche , ainfi qu'on peut le voir dans la jig. 18, & dans celle cote Ay où cette opération eft faite plus en grand, pour qu'elle (oit plus fènfible.1
- On pourroit fe difpenfer de tracer ce double profil, en retournant celui de la ligne des hauteurs en dedans, Sc en opérant fur le premier angle faillant comme s'il étoit rentrant, ce qui abrégeroit beaucoup l'ouvrage, qui en feroit en quelque façon plus jufte , ce que je n'ai pas fait ici, parce que la figure eft très-petite, Sc queda double opération qu'il auroit fallu faire au premier angle faillant, l'auroit trop embrouillée.
- La Figure 22 repréfente une bafè en perfpeélive, dont le plan géométral eft en-bas 9fig. 26, Quand on veut mettre une hafe en peripeéüve, on trace le plan perlpeétif avec toutes les faillies des moulures, à la rencontre defquelles ,' avec les lignes perpendiculaires & diagonales du plan , on éleve autant de perpendiculaires , ainfi qu'au point de centre ou axe de la colonne ; ce qui étant fait, on porte fur cette perpendiculaire , élevée au centre du plan perfpeélif ,1 la hauteur de tous les membres de moulures de la bafè, afin d'avoir autant de points, par lefquels on tire des lignes tendantes aux points de diftance Sc au point de vue , afin qu'à leur rencontre avec les perpendiculaires du plan qui leur font correfpondantes, on trace les profils a^byCydy par lefquels on fait palier les lignes des contours de la bafe.
- Les chapiteaux , fig. 19, 23 & 27, fe mettent en perfpeélive de la même maniéré que les bafes, & fbuvent même un profil fuffit, ainfi qu'à ces dernieres, pour les mettre en perfpeélive, du moins pour la partie quarrée; car pour la partie ronde il faut néceflairement faire un plan perfpeélif, afin d'avoir des points fur les lignes diagonales de ces derniers , pour former des profils par lefquels paflènc les contours des moulures, comme je l'ai obfervé auxfig. 22 , ip & 23.
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- , Sèct. L Principes élémentaires de Ferjpectivè. Syy
- Les réglés de Perfpeélive que je viens de donner, n’ont pour objet que ce : qui regarde la forme des plans ou des corps. Il y a encore une autre efpece dé Perfpeélive, quon nomme Verfpeclive aérienne, laquelle a pour objet la couleur des corps, c eft-à-dire, les différentes nuances qu’ils prennent par la lumière qui les éclaire, & les ombres qui les obfcurciflent ou qui les couvrent, Sc cela en raifbn du plus ou moins de diftance qu’il y a de nous à l’objet.
- L’air qui nous environne, ainfi que les objets que nous appercevôns, quoiqu’un fluide très-tranfparent, ne laiflè pas que de diminuer la lumière que les corps reçoivent, Sc qu’ils nous réfléchiftent ; plus il y a de diftance de nous à l’objet éclairé, Sc plus le volume d’air qu’il y a entre nous eft épais : de forte que non-feulement la lumière qui frappe fur ces corps devient moins vive, mais encore leurs couleurs, ce qui eft tout naturel, puifque les couleurs nexiftent qu’où il y a de la lumière, 8c que l’affolblifTement de cette derniere entraîne néceflaire-ment celle des couleurs; c’eft pourquoi dans une Perfpeélive qui repréfente un objet avec plufieurs avants & arrieres-corps, comme la fig. 4, le premier corps L, doit être plus éclairé que le fécond M , celui-ci plus que celui N, 8c ce dernier enfin plus que celui O. Il en eft de même des 3 deffus des marches P, Q9Rï
- Les ombres doivent être aufli en. raifbn de la lumière * c’efbà-dire, que plus cette derniere eft vive, plus les ombres doivent être marquées; c’eft pourquoi celles X, Y> font les plus fortes de toute cette figure, étant les plus proches de l'œil. Les reflets , comme ceux S9T9 U, doivent aufli être plus fenfibles où là lumière eft la plus vive, & s éteindre à mefure qu’elle s’affoiblit, & que les ombres deviennent plus pâles.
- Cette différence de lumière & d’ombre doit être non-feulement en raifon de l’éloignement des corps, mais encore de leur pofition continue ou éloignée les uns des autres , parc© la lumière fe réfléchit plus ou moins, félon ces différentes pofitions ; les ombres s afïoibliflent lorlque les corps font près les uns des autres, parce que la lumière qui réfléchit d’un corps fur un autre, diminue la force des ombres qui portent fur ce dernier, fur-tout quand les corps font éclairés par la lumière du foleil, laquelle produit beaucoup de reflet, & donne des ombres vives & tranchantes comme celles de cette figure.
- Je ne m’étendrai pas davantage fur cette partie de la Perfpeélive, dont la connoiflance eft cependant très-néceflaire aux Peintres en bois, qui ne doivent rien négliger de ce qui peut concourir à la perfeélion de leur Art, qui n’a de vrai mérite qu’autant que les objets qu’il repréfente, approchent de la vérité lé plus près poffible ; c’eft pourquoi à la fcience de la Perfpeélive , tant linéaire qu’aérienne, ils doivent joindre celle du mélange Sc des nuances des couleurs des bois dont ils font ufage, ce qui demande de leur part beaucoup d’étude Sc d’expérience , afin qu’en faifànt choix des bois Sc en les ombrant, ils ne foient pas trompés fur 1 effet qu ils feront lorfqu’ils feront employés Sc finis ( * ).
- (*)Les notions de Perfpedive que je viens I fujets repréfentant des ouvrages d’Architefturé; de donner, font applicables non-feulement aux j mais encore à des fujets de payfages, de figürei
- Menuisier , IIL Part. IIL Sech 010
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- t7<> MENUISIER, ÏIL Part. SeE. III. Chap. XII.
- Ce que je viens de dire touchant les réglés de la Perfpeélive , quoique très-! fuccinél, renferme à peu-près toute la théorie-pratique de cette fcience démon-* trée méchaniquement ; & comme mon deffein n’a pas été de donner un Traité complet de Perfpeélive, mais feulement des notions élémentaires, par le fecours defquelles on pût mettre méchaniquement diverfes fortes d’objets en perfpec-tive , je crois m’être affez étendu pour pouvoir donner aux Ebéniftes le moyen d’éviter de faire des fautes groffieres en Perfjaeélive, & d’entendre pafîablement les diverfes opérations de cette fcience , dans laquelle ils peuvent d’ailleurs fè perfectionner par l’étude des divers Ouvrages qui ont été faits fur cette matière » mon deffein n étant pas de les éloigner de l’étude des fciences nécefîàires à leur état, mais plutôt de les difpofer & de les encourager à le faire par les notions abrégées que j’en donne , & que je ne pourrois pas même rendre plus étendues, vu les bornes que je me fuis prefcrites.
- Avant d’exécuter la Perfpeélive fur l’ouvrage , il faut d’abord en faire le deffin félon les réglés que j’ai données ci-deffus, foit que ce deffin repréfente des compartiments en plan , comme les fig* % & 3 , ou des corps en élévation, comme làjïg. 4. Le deffin étant fait , non-feulement au trait, mais ombré, 8c même colorié, on en trace toutes les parties fur l’ouvrage, non pas en le décalquant comme les defîins d’ornements & de figures dont je parlerai ci-après, mais en le traçant à nud avec la pointe , afin que toutes les parties foient à leur place,» 8c qu’elles tendent bien aux différents points.
- Soit, par exemple, les figures 2 & 3 , repréfentées en petit fig. r, qu’on veut tracer fur l’ouvrage, on commence par marquer fur cette derniere les deux points de diftance A, C, & le point de vue B, auxquels points on pofe une pointe très-fine pour faire un point d’appui à la réglé, de laquelle on fe fert pour tracer les compartiments dont les diftances font données par le defîin qu’on a
- fait.
- Les réglés dont on fe fert pour tracer la Perfpeélive , n’ont ordinairement rien de particulier ; cependant il feroit bon qu’elles fuffent faites comme celle repréfentéefig* 5, dont l’extrémité D, eft garnie des deux côtés d’une platine de fer ou de cuivre, dans laquelle eft percé un trou rond, dont le centre c répond parfaitement avec le devant de la réglé a b ; de maniéré qu’en faifant entrer dans ce trou les pointes placées aux points A 9 B, C,Jig, r , on feroit sûr de ne point varier en aucune maniéré , & que toutes les lignes tendroient à leurs points. Si cette réglé étoit toute de fer ou de cuivre, elle n’en feroit que meilleure, parce que non-feulement on s’en ferviroit pour tracer la Perfpeélive fur le bois, mais encore pour l’incrufter, vu que cette réglé étant fixée d’un bout au point de vue ou de diftance , 8c de l’autre fur la piece, par le moyen d’un valet ou d’une preffe à main, elle pourroit fervir de conduite pour appuyer les couteaux de
- & de fleurs, dont la conÛruéHon va faire le fu-jgt de la Seftion fuivante * dans laquelle je don-
- nerai la méthode d’ombrer les bois, fo;£ pag le moyen du feu ou des acides 7
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- Sectj ï. Principes élémentaires de PerfpeBxvh 877
- taille ^ les foies à découper & autres outils dont on fe fert pour incrufter. :
- Quand la Perfpeélive eft tracée fur Fouvragé, dn en prépare toutes les pièces, de qui demande beaucoup d’attention de la part de l’Ouvrier, parce que toutes ces pièces font d’une forme irrégulière & d’inégale grandeur entr’elles, foit qué leur direélion foit au point de vue ou aux points de diftance ; cependant quand les figures font des quarrés perfpeélifs, comme dans Izfîg* 2, elles font un peu moins fujettes, parce qu’orv peut préparer des bandes de carreaux parallèles & d’inégale largeur entr’elles, qu’on coupe enfoite fuivant l’indinaifon qu’elles doivent avoir pour tendre au point de vue, ce qui fe fait en mettant la pieeé au-deffus de la place qu’elle doit occuper, 8c en faifànt pafler la réglé par-deflus | de maniéré qu’on la découpe jufte avec le couteau de taille ; après quoi on peut la recaler, s’il efl: néceflàire, dans un bois à recaler mobile, puis on les met en place à l’ordinaire.
- Les bois à ajufter mobiles, fig. 7 & 8, font compofés de deux pièces de bois chacun 9 dont une , qui efl celle qui porte l’ouvrage, 8c contre laquelle frotte le rabot, efl fixe for l’établi ; l’autre , au contraire, efl mobile for la première / afin de pouvoir prendre l’indinaifon qu’on juge à propos de lui donner.
- La piece de deflous du bois à ajufter, fig. 7, efl ravalée de l’épaifleur de la réglé ou joue mobile E F> afin d’avoir un talon G, contre lequel on puifle appuyer la piece qu’on ajufte. La réglé E F, efl arrêtée par le moyen de deux vis, 8c elle efl percée de deux mortaifes d’une largeur égale à la groflèut du collet de ces dernieres, afin qu’on puifle la mettre à telle diftance du bout de la piece de deflous , 8c félon la pente qu’il effi néceflàire de donner à la piece à recaler.
- La réglé de l’autre bois à recaler 9 fig. 8, eft fixe au point H, de maniéré qu’elle ne fo meut uc tout I, nh on la fixe par le moyen d’une vis placée comme celle de la figure 7.
- Je n’entrerai point ici dans le détail de la forme & de la conftruétion des diffé-rents objets qu’on peut mettre en perfpeélive ; il n importe quels ils foient > pourvu qu’on les aflujettifle aux réglés que j’ai données ci-deffus, tant pour la forme générale 8c particulière de chacun d’eux, que pour la maniéré de les exécuter y qui eft à peu-près toujours la même que pour l’Ebénifterie de placage , vu que la Perfpeélive peut également fe placer for des fonds de bois pleins ou de bois de rapport, ainfi- que cette derniere ; c’eft pourquoi je me fois contenté de donner ici, dans les fig. 2 3, des exemples dé compartiments mis en perfpeélive
- félon les réglés que j’ai données ci^deflus. J’ai pareillement donné, dans les fig* 4 & 6, des exemples de corps en perfpeélive félon ces mêmes réglés, où j’ai eu attention de laifler une partie des lignes de conftruélion, afin qu’on record noifle plus aifément la marche des opérations qui ont fervi à les conftruire.*
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- S78 MENUISIER, III. Part. Seiï. III. Ckap. XII.
- S e c t i o N Seconde.
- De la maniéré de découper, dé ombrer , d’incrujler les Ornements
- de bois de rapport%
- t) e telle nature que foient les Ornements de Mofaïque , il faut, avant toutê Planché chofe , les delîiner à part fur le papier le mieux poffible, comme la fig. i, en y dbfervant toutes les ombres néceflaires, félon que ces mêmes Ornements doivent être placés, foit à droite , foit à gauche de l'ouvrage, ou bien félon que ce dernier eft éclairé, fuppofé qu’il foit d’une nature à relier en place, comme, par exemple, les revêtiflements d* Appartement, ou même des Meubles qui font faits exprès pour occuper une place dont ils ne doivent pas for tir, ce qui eft très* L effientiel à obferver , n’y ayant rien de fi ridicule à voir que des Ornements qui
- étant faits pour paroître {aillants, font ombrés du côté par lequel ils font éclairés , ce qui arrive fouvent lorfqu’on ne prend pas la précaution que je recommande ici.
- Quand les Ornements font ainfi delfinés fur le papier, on en prend le calque pour les tracer fur le bois, ce qui fo fait de plufieurs maniérés. La plus ufitée, & celle dont fe fervent les Ebéniftes, eft d’appliquer fur le deffin un autre papier blanc , puis d’oppofer les deux enfembie à la lumière, ce qui fe fait en les pofirnt for un verre placé verticalement au grand jour, ou même for un carreau de la croifée , ce qui eft égal, pourvu que les traits du deffin puiffent s’apperce* Voir au travers du papier appliqué for le deffin ; enfoite on prend un crayon , Sc on trace for le papier blanc tous les traits du deffin, qui fo trouve exaélement calqué de cette maniéré, qui n’a d’âutre défaut que d’être peu commode, vu qu’il faut deffiner ce calque verticalement, & même , s’il eft poffible, un peu incliné du haut en devant, afin que le jour frappe mieux deffos, ce qui rend la pofition de celui qui eft obligé de deffiner ainfi , très-fatiguante ; c’eft pourquoi je crois qu’il vaudroit mieux prendre les calques à la maniéré des Graveurs, foie en appliquant for le deffin un papier huilé ou verni, ou même un papier for-pente très-fin, au travers duquel on puifle lire tous les traits du deffin, qu’on calque enfoite à la plume avec de l’encre de la Chine un peu forte pour le papier huilé y avec une pointe fine , un peu arrondie par le bout, pour le papier verni ; Sc avec de l’encre de la Chine ou du crayon, pour le papier blanc.
- On peut encore prendre le calque d’un deffin, en frottant1 le derrière du deffin avec de la mine de plomb, ou de la fonguine tendre pulvérifée, & en l’appliquant légèrement for un papier blanc ; enfoite on prend une pointe fine, avec laquelle on pafte for tous les traits du deffin, qui, par ce moyen, fo trouvent tracés for le papier blanc qui eft fous le deffin, Sc qu’on repaffe enfoite foit à l’encre ou au crayon, pour affiner les traits qu’on y a faits, Cette derniers
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- Sect. //. Découper, ombrer, incruflerles Ornements, SCc. 879 t-fpece de calque s’applique 8c fe colle fur le bois qu’on veut découper, cè qui fe fait à la maniéré ordinaire, comme je le dirai ci-après*
- Quand on a beaucoup de parties d’Ornements d’une forme femblable, comme* par exemple, la roface repréfentée fig, I êjuiv. oü eft alors obligé de prendre pluileurs calques pour les coller fur le bois ; oü bien quand la chofe n’eft pas d’une très-grande conféquence, on fait un calque de papier un peu fort * qu’on frotte de fanguine par derrière, & qu’on fait décalquer fur le bois avec une pointe à l’ordinaire, ou bien on pique ce même calqué avec une épingle , en fuivànt tous les contours le plus jufte poffible ; puis avec un petit fâchet de toile fine , rempli de mine de plomb fine ou de fanguine pulvérifée -, on frotte fur le calque, lequel étant placé fur le bois, y laiflè une traînée de points qui indi-. que le contour de la piece à découper.
- Cette derniere méthode n’eft bonne que pour les grandes parties ; car pou£ les petites, il vaut mieux faire autant de calqués qu’on a de pièces femblables à faire, ce qui en rend l’exécution beaucoup plus parfaite*
- Dans le cas dont il eft ici queftion, on peut encore fe fôrvir d’un modèle de fer-blanc ou de cuivre très-mince, contourné de la même maniéré que les pièces qu’on veut découper, ce qui eft beaucoup plus jufte que des calques de papier f qu’il eft très-difficile de defiiner parfaitement femblables, fur-tout quand on en fait un grand nombre d’une forme pareille, ce qui doit faire préférer la méthode que je donne-ici, qui n’eft pas plus coûteufè que celle dont on fe fert ordinairement , parce que fi on perd du côté du prix de la matière, on gagne d’un autre côté par le temps qu’on épargne , ce qui eft fort à confidérer, par la plus grande perfection qu’on donne à l’ouvrage, De plus, les calibres ou patrons ainfi faits en fer-blanc ou en cuivre très-mince, peuvent fervir très-long-temps fans fouffrir d’altération fenfible dans leurs formes , ce qui eft un double avantage qui doit les faire préférer aux calques de papier, du moins dans le cas où ôn a un grand nombre de pieGes femblables à découper, comme les rofaces repré^ fèntéesfig. i, ou toute autre de cette elpece.
- On doit cependant obferyer que cès modèles, fbit en fer-blanc oü en cuivre> ne peuvent fervir que pour les contours extérieurs des pièces, & que les contours intérieurs fe tracent à l’ordinaire, à moins qu’on ne voulût faire autant de modèles que chaque piece feroit compofé© dé parties différentes, ce qui ne pourroit être que dans des pièces d’une certaine grandeur.
- Les Ornements en général, font réguliers comme ceux de cette Planche , ou irréguliers. Dans le premier cas, il faut avoir grand foin que toutes les parties qui les compofent foient parfaitement femblables & égales entr’elles, du moins chacune avec fa femblable, ce à quoi on parvient aifément, en prenant fur le deflïn les extrémités & les diftances de chaque partie, & en les indiquant foit par des lignes droites & horifontales, ou enfin par des cercles concentriques fur le calque ou fur la piece à découper, luppofé qu’on n’y colle point de calque * comme je Menuisier t HL Partf 1IL Secl* P iq
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- 88o MENUISIER, III. Part. SeB III. Chap. XII.
- ma" '«.!2ss> l'ai obfervé à la figure 2 , afin que ces lignes ainfi tracées, fervent à corriger les Planche inégalités qui pourroicnt s'être gliflees, foit en faifant le calque, foit en le décal-quant.
- Les Ornements de Mofàïque étant ainfi calqués & reportés fur la piece de placage deftinée à cet ufage, il faut les découper, ce qui fe fait avec la fcie de marqueterie dont j'ai donné la defcription ci-deflus, ainfi que la maniéré d'en faire ufàge f page 843 & Jîiiv.
- Lorfqu'on découpe les Ornements, il faut avoir grand loin d'en fuivre les contours le plus parfaitement poffible , tant à l'intérieur qu'à l'extérieur , & on doit auffi obferver d'en découper toutes les parties Taillantes , & de les détacher les unes des autres, afin de pouvoir les ombrer comme on le juge à propos*1 Voye£ la fîg. 3 , qui repréfente la rofàce deffinée fig. 1, toute découpée, & les morceaux féparés les uns des autres pour les préparer au feu & y donner les ombres, comme il eft indiqué dans le deffinyzg. 1.
- Quand les parties font trop petites pour être féparées, comme les côtes des quatre feuilles A , B SC, D, fig. 3, on ne les refend pas à la fcie, & on fo contente de les indiquer au burin , comme je l'enfeignerai ci-après ; cependant il eft beaucoup mieux de les refendre, à moins quelles ne foient abfolument trop petites pour pouvoir le faire, parce qu'il eft toujours plus facile de les ombrer que quand elles ne le font pas ; & que les ombres faites, foit au feu ou par le moyen des acides, font beaucoup plus douces & plus naturelles que celles qu'on fait au burin.
- Quant à la maniéré de découper les Ornements, c'eft la même chofe que pour les pièces circulaires dont j?ai parlé, p. 842 & fuiv* Sc on doit avoir grand foin de découper tous les contours extérieurs un peu en pente, afin qu’ils forcent un peu lorfqu'on les met en place, & que par conféquent ils joignent mieux ; d® plus, cette pente en augmentant la iùrface extérieure des Ornements, en reflerre tous les joints lorfqu'on vient à les mettre en place , de forte qu'ils ne paroiflent plus que par la différence des couleurs ou des ombres- des pièces qui les compofent, ce qui eft nécefîàire pour donner à l'ouvrage toute la perfeétion dont il peut être fufceptible.
- Lorfqu'on découpe les Ornements ou autres pièces de Mofaïque, il faut avoir grand foin de conduire la fcie de maniéré qu'elle puiffe découper le plus grand nombre de parties poffible, fans être obligé de la retirer de la piece qu’on découpe , ce qu'il eft toujours facile de faire, pour peu qu'on veuille y faire attention ; & on doit obferver de mettre à part, proche de foi & dans un endroit propre ? chaque morceau découpé, toujours félon la place qu’ils doivent occuper, comme on peut le voir^. 3 ; ce qui étant fait, on les raflemble les uns auprès des autres, & on les place for un papier enduit d'un peu de colle claire, pour les retenir enfemble & en jconforver toutes les parties, qui étant fouvent très-petites, font fort fojettes à s’égarer,
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- Sect. îï. Découper, ombrer, incrufler les Ornements, SCc. 881 Cette obfervation eft très-efféntielié * fur-tout dans le cas des Ornements ass=ss=^==^ réguliers, tels que ceux qui font repréfontés dans cette Planche , lefquels ont beaucoup de parties ferablables , qu’il eft très-important de ne pas changer de place , vu que quelque précaution qu on prenne en les découpant , il n’eft guere poffible de les faire parfaitement fémbiables entrelies, & qu’il faut par confé? quent bien prendre garde de les changer de place.
- De plus , ces fortes d’Ornements réguliers ne fo découpent guere pour un foui, étant de l’avantage de l’Ouvrier d’en découper tout de fuite le nombre dont il a befoin ; il eft donc néceflàire de prendre des précautions pour que ces Ornements ne foient pas expofés à fe perdre ni à fe confondre les uns avec les autres.
- y I
- Il y a des Ouvriers qui, au lieu de coller les morceaux découpés à plat fur du papier , fo contentent de les coller for le champ avec de la colle claire, placés de diftance en diftance, afin que les morceaux tiennent tous les uns avec les autres, ce qui eft moins bon que la première méthode que je viens d’expliquer J parce que pour coller ainfi les pièces d’Ornements fur le champ , la colle, quoique claire, doit cependant être confiftante, ce qui ne laiffo pas de faire une épaifleur qui grollit le joint, & qu’il faut ôter avant d’incrufter les Ornements , ce qui eft fojet à y faire des éclats lorfqu’on veut les décoller pour les ombrer enfoite , ainfi que je vais l’expliquer.
- Les Ornements & autres parties de Mofoïque, s’ombrent de deux maniérés j {avoir, avec le feu , ou, pour mieux dire, le fable chaud , ou avec des liqueurs acides. La première maniéré eft la plus ufitée, & celle par laquelle je vais commencer , & qui, quoique très-fimple, demande beaucoup d’attention & d’expérience de la part de l’Artifte, ce qu’il ne peut acquérir que par une longue pratique , vu les différences qui fe rencontrent, tant dans les couleurs que dans la plus ou moins grande durete des bois qu il emploie * ce qui fait que je ne donnerai ici que des réglés générales touchant la maniéré d’ombrer les bois, ce qui eft peut-être plus aifé à bien faire qu’à décrire , vu que c’eft une affaire purement d’expérience & de pratique.
- Pour ombrer au feu, on prend du fablon ou du fable de riviere très-fin, qu’on met dans une poêle de fer, Sc qu’on fait chauffer for un fourneau, jufqu’à ce que la chaleur du fable foit capable de brunir le bois, fans cependant le brûler, ce qu’on connoît en y plongeant un morceau de bois de la même épaifleur & de la même qualité que ceux qu’on veut ombrer. Voye£ lafig, 7. Enfoite on prend ^ les pièces d’Ornements, lefquelles doivent être décollées & raffembiées toutes à leur place, & on les ombre les unes après les autres félon le ton du deffin * qu’il eft bon d’avoir toujours devant foi, pour donner à chaque piece la teinte qui lui eft néceflàire.
- Comme les pièces à ombrer font fouvent trop petites pour qu’on puiffo les tenir avec les doigts fans fe brûler, on les prend avec une pointe, fig% p y qu’on
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- SSi MENUISIER, III. Pan. ’SeB. III Chap.XIÎ.
- ^ pique dedans, ce qui eft peu commode,parce que les pièces peuvent tourner & mê-4 me tomber dans le fable, ce qui les expofe à fe brûler, ou du moins à être ombrées plus qu'ilne faut, ou à fens contraire ; c eft pourquoi je crois qu'au lieu de la pointe, jîg* 9y on fetoit mieux de le fèrvir d'une pince ou tenette de fer repréfentée^gi 8, avec laquelle on pourroit tenir les pièces à ombrer, quelque petites qu elles puiflent être, fans crainte quelles tournafïènt ni qu'elles tombaffent ; ce qui ne peut pas arriver, quand même on ouvriroit la main avec laquelle on tient la pince, les branches de cette derniere ne pouvant fe mouvoir d'elles-mêmes , puifque elles font retenues par un reffort EF, qu'il faut comprimer pour les faire ouvrir.
- Quoique l'ufàge de ces fortes de pinces foit très-commode, les Menuifiers-Ebéniftes ne s’en fervent pas, aimant mieux s'expofer au danger de brûler leurs bois ou leurs doigts, que d'abandonner leurs anciennes coutumes, bonnes ou mauvaifes.
- Les bois ne s'ombrent pas du premier coup, mais en les plongeant à diverfes reprifes dans le fable, en obfervânt de les y enfoncer plus ou moins, félon quon veut en forcer l'ombre plus près du bord de la piece , qui, d'ailleurs, s’ombre naturellement en adouciflànt.
- A mefiire qu'on a ombré une piece, il faut la remettre à fa place, tant pour quelle ne s’égare pas, que pour examiner fi elle eft ombrée au degré qui lui convient, comparaifbn faite avec le deffin de l’ouvrage & les autres pièces déjà ombrées, afin qu'elles foient parfaitement d'accord entr’elles 8c le deflln, dont il faut qu'elles imitent l’effet, du moins autant qu'il eft pofîible, ce qui n’eft pas bien facile à faire fans beaucoup de patience & de précaution, & par-deffus tout cela, fans le fecours d'une pratique confommée, & une très-grande connoiflànce dans la partie du deffin.
- On fe fert auffi des acides pour ombrer les bois* comme je l'ai dit plus haut; Ces acides font l’eau de chaux, dans laquelle on met du fiiblimé corrofif, pour en augmenter la force. On fe fert auffi d'efprit de nitre & d'huile de foufre. De ces trois ingrédients, l'efprit de nitre eft celui qui fait le plus d'effet fur le bois , qu'il faut avoir foin de brunir avant de le teindre, parce que l'efprit de nitre détruit totalement les couleurs. Cet acide donne aux bois blancs une couleur roufsâtre, & les pénétré dans l'inftaftt* L'aélion de l'huile de foufre eft moins violente : elle donne aux bois blancs une teinte d'un brun vineux, & augmente certaines couleurs, au lieu de les détruire ; c'eft pourquoi on peut l’employer après avoir teint les bois, du moins dans beaucoup de cas.
- Il faut avoir grand foin, en employant l'un ou l'autre de ces deux acides, de n'en mettre qu'une très-petite quantité, parce qu'ils s'étendent beaucoup , fur-tout l'efprit de nitre, dont 3 lignes de diamètre s’étendent au moins à 6, ce qui fait près de trois fois la chofe.
- L’eau de chaux, quoique moins violente que les deux drogues dont j'ai parlé ci-deffus , ne laiffe pas que de brunir les bois, foit blancs ou colorés, & je la préférerois à ces dernieres} fur-tout pour de grandes parties* En
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- Sect. ÏJ. Découper, ombrer, incrufter les Ornements, ôCc. 8S3
- En général, la méthode de brunir les bois par le moyen des acides, n’eft plus en ufàge à préfent , du moins chez le plus grand nombre des Ebéniftes, 8c je ne fai pas trop pourquoi, vu que leur ufàge eft très-commode , fur-tout dans des parties toutes entourées de lumières, 8c qui ne peuvent par conféquent pas être ombrées au feu, à moins que de les découper à l’endroit de fombre, ce qui n eft pas toujours poffible*
- Quant à la maniéré de faire ufàge des acides , elle eft très-fimplé ; il ne s’agit que d’en mettre , avec un pinceau ou le bout d’une plume, la quantité fuffiiant© fur le bois qu’on veut brunir, & de recommencer l’opération autant qu’on le jugera à propos, en augmentant ou diminuant la quantité & l’étendue de la liqueur, félon que le cas l’exigera, ce qui eft une affaire purement d’expérience j /& fur laquelle on ne peut guere donner de réglés certaines ; c’eft pourquoi je me contente d’indiquer ici le nom 8c l’ufàge des drogues propres à brunir les bois , Jaiflànt aux Artiftes le foin d’en diriger l’emploi à raifon des différentes occa-fions de le faire, lefquelles font fi variées, qu’on ne peut entrer dans aucun détail circonftancié, qui, de plus , deviendroit très-confidérable , fans être abfolument utile.
- Quant aux drogues feryant à brunir les bois, on lés vend toutes prêtes chez les Epiciers-Droguiftes, fous le nom que je les ai indiquées ; il n’y a que l’eau de chaux qu’il faut faire foi-même, ce qui eft très-facile , pdifqu’il ne s*agk que d’éteindre de la chaux vive dans de l’eau ordinaire, & de prendre la liqueur qui fqrnage quand la chaux s’éteinti
- Quand toutes les pièces font ainfi ombrées, on les met à leur place, puis on' les colle toutes enfemble du côté du parement ( c’eft-à-dire , du côté qu’elles ont été tracées & découpées) fur un morceau de papier, 8c on les laiffe féclier enfuite pour pouvoir les' incrufter à la place qui leur eft deftinée , ce qui fe fait de la manière fuivante.
- Quand le papier fur lequel les pièces font collées eft parfaitement fec , on en déchire toutes les extrémités pour découvrir le pourtour de la piece à incruP ter , comme le repréfente la jzg, 4 ; enfuite de quoi on pofe cette piece à la place qu’elle doit occuper, & on y trace un trait avec une pointe très-fine, en obfervant de bien fuivre les contours de la piece à incrufter ; puis on fait l’incruf tation avec le couteau de taille & les autres outils propres à cet ouvrage , ainfi que je l’ai enfeigné page 832 & fiiiv. en parlant de i’incruftation des pièces de marqueterie, tant droites que circulaires.
- Quand la place que doivent occuper les Ornements, eft tout-à-fait évuidée , comme le repréfente la fig. y , on y préfente la piece à incrufter 9fig. 4, pour voir fi elle entrera aifément, 8c 011 achevé de l’ajufter, fuppofé qu’il refte quelque chofe à y faire ; ce qui étant fait, on l’enduit de colle en defîous, ainfi que la piece qui doit la recevoir, 8c on la met en place, en obfervant de n y pas mettre trop de colle, 8c de la placer de maniéré qu’il refte un peu de jour pour Menuisier , IlL Part. III\ Seol* Q 10
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- * que le fbperflu de cette derniere puifle s’évacuer aifément ; après quoi on achevé de Tenfoncer en frappant tout doucement deftùs avec la tête du marteau à planquer. Quand la piece qu’on colle eft d’une certaine grandeur, & compofée de plüfieurs morceaux, il faut avoir foin de prendre un morceau de bois uni qui la couvre toute en entier, fur lequel on frappe avec le marteau, afin qu’elle ne foit pas expofée à fe rompre, mais qu’au contraire elle "entre tout d’une piece , & que tous fes joints fe refferrent en même temps, ce qui arrive néceflairement,’ pour peu qu’elle foit bien ajuftée , 8c que fes contours {oient découpés en pente, comme je l’ai recommandé plus haut, page 880.
- Quand la piece eft collée, on la fonde avec le marteau, pour voir fi elle porté bien par-tout, & on l’enduit d’un peu de colle claire par-deflus, afin que l’humb dité de deffous ne la fafiê point relever ; enluite de quoi on couvre l’ouvrage avec un linge un peu humide, & on le laifle fécher dans un lieu exempt de trop^ de hâle ou d’humidité ; après quoi on enleve la colle, 8c on replanit tout Tou-* vrage, comme je l’ai enfeigné ci-devant, page 8^7 , en obfervant cependant de ne pas le polir qu’on n’ait gravé les parties qui doivent l’être, ce qui fe fait de différentes maniérés, comme je vais l’enfeigner dans le Paragraphe fuivant»
- §. I. De la maniéré de graver & de finir les Ornements de bois de rappom
- La gravure de PEbénifterie dont il eft ici queftion , eft une partie très-efîen-tielle à bien faire, & par üonféquent à connaître, parce que c’eft par fon fecours qu’on parvient à donner aux différents objets qu’on repréfente, tout l’effet poflible, ce qui ne peut être avec les feuls traits de la fcie à découper 9 laquelle ne donne que des mafîes d’une moyenne grandeur , 8c que les ombres qu’on donne aux pièces découpées, ne peuvent pas toujours fuffire ; c’eft pourquoi on a recours à la gravure, laquelle donne à 1 ouvrage toutes les. finefles de perfection qu’on peut louhaiter.
- La gravure d’Ebénifterie fe fait avec un burin repréfenté fig. xo 911 & 12, lequel eft un morceau d’acier d’environ 3 à 4 pouces de longueur , fur 2 lignes de largeur au plus, & un peu plus d’une ligne d’épaiffeur du côté du dos, c’eft-à-dire, en delfus, en venant à rien par-deffous ; de forte que fa coupe forme un triangle très-alongé, comme le repréfente la fig. 13.
- Le milieu de l’épaiffeur de ce burin eft évuidé dans prefque toute fa largeur ; parallèlement à fes côtés ; 8c fon extrémité fiipérieure a 9jig. 10, eft coupée en chanfrein de a à b 9 de maniéré que le taillant de l’outil qui eft du côté b c9 quoique très-aigu, coupe le bois très-finement & fans y faire aucun éclat, vu que par la difpofition du chanfrein a b, il coupe autant des côtés que de la pointe , & que pour peu que cette derniere entre dans le bois, ce font les deux côtés de l’outil qui coupent les premiers; de forts que le copeau paffe entre deux, 8ç devient plus ou moins épais, félon qu’on enfonce plus ou moins l’outil.
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- Sect. IL §. L Maniéré de graver les Ornements, ôCc. 88 y
- Ce burin eft monté dans un petit manche de bois , fig. 10, dont le deflous efl applati, afin qu’on puiffe mener le burin le plus proche de l’ouvrage quil efl: poffible , & en faciliter le paiîàge fur le bois , dans lequel il né faut pas qu’il entre bien avant, 8c toujours egalement ; c efl: pourquoi le deflbus du burin éc, qu’on appelle ordinairement le ventre, efl: un peu bombé fur fa longueur, ce qui , joint au peu d’épaiffeur du manche de ce coté, donne à l’Ouvrier la facilité de le faire entrer dans le bois aufli peu & tant qu’il le juge à propos.
- Ce burin fè tient de la main droite, laquelle doit être pofée lur l’ouvrage dans toute la longueur de l’avant-bras, le manche appuyé dans le creux de la main , 8c retenu par le pouce & le doigt majeur ; le doigt index doit être téndu defîus pour le conduire 8c le faire prendre dans le bois, comme je l’ai repréfenté fig. i & 3 , cote A.
- Le burin fe tient ainfi quand on veut faire des traits droits, fort perpendiculaires ou horifontaux, ce qui efl: égal ; mais lorfqu’on veut faire des contours d’un très-petit cintre, on fait gliffer l’index de defîus le dos du burin, qui alors neft retenu que par le pouce dans le creux de la main * pour avoir la liberté de tourner le burin comme on le juge à propos : dans ce cas le bras de l’Ouvrier ne pofè pas fur l’ouvrage ; mais on le leve un peu à l’endroit du coudé , comme on peut le voir à la fig. iy, qui repréfente un Ouvrier occupé à graver des fleurs dans un panneau d’Ebénifterie.
- De quelque maniéré qu'on fe fervé du burin, il faut être affis devant fon ouvrage ( du moins pour l’ordinaire, ) & avoir la main gauche & fbn avant-bras appuyés fur l’ouvrage parallèlement au devant de ce dernier 9 à peu-près dans la pofture d’une perfonne qui écrit, comme on peut lé voir fig. 3, cote B*
- On fe fert du burin pour indiquer les petits détails qu’on n’a pas pu faire à la fcie à découper, 8c pour former des ombres par le moyen des tailles ou hachures ( ce qui efl: la même chofè ) ; dans ce dernier oàs les tailles fe difpofene de deux maniérés différentes; favoir, à une feule taille, comme la fig. 13 , ou bien à deux tailles, comme la fig. 14. La gravure à une feule taille efl: la plus belle, 8t fe fait par des traits de burin parallèles entr’eux, qu’on fait plus ou moins forts, & qu’on ferre ou qu’on éloigne les uns des autres, félon qu’on veut que l’ombre foit plus ou moins forte fur la largeur ou fur la longueur, ainfi qu’on peut le voir à la fig- 13.
- La gravure à deux tailles fe fait de la même maniéré qué la précédente , à l’exception qu’on difpofe les traits de burin en forme de lofànges, ce qui ne fait pas un fort bel effet dans l’efpece de gravure dont il s’agit ici, oit il efl bon que toutes les tailles fuiyent le fens des parties que l’on grave ; c’efl: pourquoi on fera très-bien de graver tous les ouvrages quelconques à une feule taille, ainfi que je l’ai obfervé aux différents exemples que j’ai donnés dans les Planches âpp , 300 , 301 , &c ; ce qui efl: d’autant plus naturel, que la gravure en Ebé--nifterie ne fert pas pofitivement à former les ombres, mais feulement à les
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- 286 ME N UIS IE R , HI. Part. SeB. III. Chap XIL
- rgrr's- augmenter, ce qui demande moins de noir, Sc peut, par conféquent, difpenfef ' Manche de mettre des fécondés.
- 300*- . eft jes occaf]ons Qù 9 ai2 i;eu de burin, on peut fe fervir d’une pointe àpeu* près femblable à celle dont fe fervent les Graveurs en bois. Cet outil, repré-fenté Jzg. ÿ , 6 & 8 , eft compofé d’un manche de 4 à y pouces de long, fendu en deux fur fon épaiffeur à environ 2 pouces de longueur, comme de Ê à Z7, fig9 6, pour placer la lame G //entre deux, Sc pouvoir l’avancer & la reculer comme on le juge à .propos .
- La lame H n’eft autre chofe qu’un morceau d’acier très-mince, qu on aiguife par le bout, Sc qu’on arrête dans le manche, en ferrant ce dernier avec une ficelle dont on l’entoure, comme on peut le voir à ^fig. 5 ; Sc pour que cette lame ne mouve pas dans le manche, on fait dans les deux côtés de ce dernier , fig< 7, un petit ravalement contre lequel s’appuie le dos de la lame 9fig. 8, qui, comme je viens de le dire , eft très-mince, étant fouvent faite avec des reflorts de montres ou de petites pendules. Au lieu de reflorts , il y a des Ebéniftes qui le fervent de vieilles lancettes qu’ils emmanchent dans un morceau de bois, fbit pour leur fervir à faire des incruftations extrêmement délicates, ou pour la gravure de leurs ouvrages.
- Quand on grave à la pointe, on tient cette dernîere de la main droite , à peu* près de la même maniéré dont on tient la plume, & on fait couper la pointe en la tirant à foi, comme on peut le voir à lafig. 2 Sc à la fig. 4, cote C. Cette gravure ne fait qu’un Ample trait dans le bois, qu’on élargit enfuite en repaflànt / la pointe dans le même trait plufieurs fois, & en l’inclinant à droite Sc à gauche
- pour couper jdu bois fur le côté de la taille, qu’on élargit par ce moyen.
- En gravant à la pointe, on fe place devant l’ouvrage de la même maniéré que pour graver au burin, à l’exception que la main gauche eft plus étendue fur l’ouvrage , comme on peut le voir à la fig» 4 > cote D.
- La gravure à la pointe eft très-utile pour les parties très-délicates où l’on craint que le burin ne faflê des éclats, ou qu’il n’échappe ; au refte cela dépend beaucoup du goût Sc de l’habitude de l’Ouvrier, qui fe fert de l’un ou de l’autre de ces outils félon qu’il le juge à propos.
- Je ne m’étendrai pas davantage fur ce qui concerne la gravure de l’Ebénifte-rie de bois de rapport, vu que la théorie de cette partie de l’Ebénifterie tient beaucoup à la pratique , laquelle varie félon les differentes occafions ; Sc que chaque Artifte adopte fouvent une maniéré de faire qui lui eft particulière , ce qui, au fond, eft fort indifférent, pourvu que l’ouvrage foit bien fait ; c’eft ce qui fait que je n’ai donné que des réglés générales touchant la gravure, lefquelles feront, je crois, fuffifàntes pour donner une idée jufte Sc précife de cette partie de l’Ebénifterie, dans laquelle il n’eft pas poflible d’exceller {ans avoir une grande pratique du deflin des différents genres , laquelle fervira mieux à conduire & à déterminer la quantité & la forme des tailles de la gravure, que tout ce que je
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- $%ct. II. §. î. Maniéré de graveriez Ornements: 887
- pourrois dire à ce fujet, fur lequel on ne peut guère donner que des réglés générales, ainfi que je l'ai fait.
- Quand on a fini la gravure d\me piece quelconque, on en ébarbe les tailles * c’eft-à-dire, qu'on ôte toutes les bavures produites par le burin fur les bords de ces dernieres , ce qui fe fait avec le racloir ou avec le taillant d un cifeau, ce qui eft égal; enfuite on remplit les tailles avec du maftic, foit noir, brun, ou de toute autre couleur, qu'on tient chaud dans un vafe comme celui I 9jïg. xy , Sc qu'on applique, ou, pour mieux dire > qu’on introduit dans les tailles avec une Ipatule de bois ; on le laifle fécher & on le racle enfuite ; après quoi on fait une recherche à l'ouvrage , pour voir s'il n'y manque rien, & fi la gravure fait l'effet demandé ; s'il arrive qu'il y manque quelques tailles, on les fait & on les maftique à l'ordinaire ; ce qui étant fait, on achevé de polir l'ouvrage , ce qu'on doit faire avec beaucoup de foins & de précautions , vu la différence des fils des bois, & la multitude des parties dont il eft compofé, Gette obfervâtion eft très* effentielle, non-feulement pour le poli de ces fortes d'ouvrages, mais encore lorfqu’on commence à les replanir après qu'ils ont été incruftés.
- Les Ornements, les fleurs, Scc. s'incruftent non-feulement fur des bois de placage, mais encore en plein bois, ce qui ne change rien à la maniéré d'opérer en général ; cependant lorfqu'on fait des incruftations dans de l’ouvrage en plein bois, le fond de ces incruftations eft un peu plus difficile à évuider que quand c'eft fur des bois de placage ; c’eft pourquoi aux outils propres à faire des incruf tâtions dont j'ai fait ci-devant la defcription page 840, on doit joindre les cifeaux coudés yfig. 9 & 10, les cifeaux en carrelets ou burins ,jHg. xx , & les gouges arrondies fur le taillant, tant droites que coudées, fig. 12, lefquels outils font de différentes grandeurs, depuis y à 6 lignes de largeur , en diminuant juP qu’à une ligne , afin de pouvoir s'ên fervir dans les plus petits endroits, de ne rien écorcher au bois qu on entaille, <3c le le plus proprement poffible , afin que quand l’ouvrage eft fini, il ne paroiffe aucun joint, où du moins que ces derniers ne foient fenfibles que par la différence des fils ou de la coüleur des bois, ce qui demande beaucoup de précifion, tant en creufànt les places deftinées à recevoir les Ornements, qu'en découpant ces mêmes Ornements $ dont les contours faits à la feiede marqueterie, doivent être encore réparés avec de petits couteaux de taille, afin de leur donner toute la perfection poffible, fuppo-fé cependant que la feie y ait fait quelques jarrets ; car il y a des Ebéniftes qui font très-sûrs de n’en faire aucun, 8c de contourner les Ornements à la feie fans qu'il y ait rien à y faire.
- Voilà, àpeu-près, tout ce qu'on peut dire touchant la théorie de l'Ebénif* terie de la fécondé efpece, c’eft-à-dire, de la Mofiïque ou Peinture en bois; refte maintenant à faire l'application de ces réglés générales à différents fùjets , pour épuifer cette partie de l'Ebénifterie, laquelle eft, comme on l’a pu voir^' Menuisier , IIL Pan. III. Seci. R 10
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- S8S ME NUIS IE R, lit Part. Se&. III. Chap. XII.
- la plus compliquée de toutes, tant pour les connoiflances quelle exige, que pour la difficulté de Ion exécution.
- Section Troisième.
- De la maniéré de reprêfenter les Fleurs, les Fruits, les Payfages & les Figures en bois de rapport.
- I/o b J e T de la Mofaïque étant d’imiter la peinture, ou, pour mieux dire, la nature des différents fùjets dont cette derniere n’eft que la copie, il faut, autant qu’il eft poflîble, que les ouvrages de Mofaïque reffemblent aux fujets qu’on veut reprêfenter , comme les Fleurs, les Fruits , ôte.
- Pour parvenir à donner aux ouvrages de Mofaïque, ce caraélere de vérité qui en fait tout le mérite, il faut joindre aux connoiffances théorie-pratiques de l’exécution dont j’ai parlé ci-deffus, celle de la théorie fpéculative , qui a pour objet l’ordre St la convenance qui doivent régner dans l’enfemble d’un ouvrage , afin que toutes les parties qui le compofent foient parfaitement à leur place, & d’accord les unes avec les autres.
- Cette fécondé efpece de théorie , qui n’eft autre chofe que ce qu’on appelle le goût, ne peut pas s’enfeigner dans un Livre ; ce ne peut être que le réfultat des réflexions que peut nous faire naître une grande habitude dans le deflin , & un examen fuivi St réfléchi des chofes qu’on repréfente par le moyen de ce dernier ; c’eft pourquoi, fuppofant cette théorie toute acquife dans la plupart de ceux qui fe vouent à cette efpece d’Ebénifterie, (ce qui, au fond , doit être vrai) je me contenterai de donner ici quelques exemples de deflin s propres à être exécutés en bois de rapport, & la route qui me paroît la meilleure à fliivre pour parvenir à les bien exécuter.
- La principale figure de cette Flanche, repréfente le deflin d’un Bouquet compofé de plufieurs fleurs , dont les principales font, un Œillet de la groflè efpece A , avec des boutons St des feuilles B, une branche de Jonquille Cy une Tulipe D y une branche de Hyacinthe E , un Pavot F, des Rofes G St H y avec leurs feuilles I St un bouton L , & enfin quelques autres petites feuilles & fleurs qui fe réunifient avec les tiges des autres fleurs , & font toutes liées enfemble par un ruban noué en rofe, ce qui termine le bas du Bouquet, dont le deffm doit non-feulement être terminé St ombré avant que de procéder à fon exécution en bois, ainfi qu’on le voit dans cette Planche, mais encore être colorié au naturel, afin qu’on puifle faire choix des bois ( foit teints ou naturels ) dont la couleur puifle imiter celle de la fleur qu’on veut reprêfenter.
- En général, il faut faire attention que toutes les feuilles ou pétales qui compofent une fleur , ne font pas de la même nuance de couleur, St qu’il en eft, comme, par exemple, la Rofe, où cette nuance eft très-fenfibie, comme auffi
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- Secf. III. Manière de repréfenter les Fleurs, les Fruits , SCc. 88$ Il en eft d'autres qui font toutes d'une couleur, comme la Grenade, le Barbeau, i Scc. ce qui doit faire préférer de prendre des bois,coloriés pour faire des fleurs dont les pétales font toutes d'une même couleur, 8c dés bois blancs pour celles dont la couleur des pétales eft nuancée, afin dé pouvoir les teindre après les avoir découpés, ce qui donne alors la facilité d'en foncer plus ou moins la couleur, à moins qu'on ne voulût faire les fleurs nuancées de plusieurs morceaux de bois dé différentes couleurs , foit teints ou naturels, ce qui pourroit être, & feroit de Tou* yrage très-précieux, fur-tout s'il étoit fait avec des bois de couleur naturelle (*) j mais cette maniéré de faire les fleurs augmenteroit de beaucoup le prix de l'ouvrage ; c'eft pourquoi on préféré de prendre les fleurs quelconques dans un feul morceau de bois, qu’on teint enfuite après l'avoir découpé à l'ordinaire ^ c eft-à-dire, avec la feie de marqueterie.
- La teinture des fleurs ou de toute autre pîece de Mofàïque, fe fait avec les mêmes ingrédients 8c de la même maniéré que pour les bois de l'Ebénifteri© fimple dont j'ai parlé ci-devant, page 792 & Jhiv. cependant comme il eft quelquefois néceffaire que qüelques-unes de ces pièces ( comme, par exemple, les pétales des fleurs, les parties de ciel, &c. ) fbient nuancées fur leur fùrface, 8c même changent quelquefois de couleur, il faut prendre garde, en les teignant, qu'elles ne prennent pas trop de couleur, ou qu'elles n’en prennent pas égaler ment par-tout, ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- On commence par donner aux bois un bain de teinture de la couleur & de la ' force que doivent porter les parties les plus claires de la piece ; enfuite de quoi, lorfqu’elle eft parfaitement feche, on defline deflïis le contour que doit faire la nuance la plus foncée ; ce qui étant fait, on couvre de cire ce qui doit refter clair, c eft-à-dire , de la couleur du premier bain de teinture, puis on remet la piece dans cette derniere pour fe foncer en couleur, jufqu’à ce qu’elle foit ve^ nue au point où elle doit etre 5 & s il arrivoît <jn’une piece eût befbin de trois ou quatre nuances, on recommenceroit trois ou quatre fois la même opération.
- Il faut obferver, en couvrant les pièces avec de la cire, d’en mettre un peu plus avant que l’endroit où les couleurs doivent différencier, parce que lorfqu’on remet les bois dans la teinture , elle s'introduit un peu au pourtour de la cire, & cela plus ou moins, félon la qualité de la teinture, & la plus ou moins grande denfité du bois dont on fait ufage, ce qui fait que je ne fàurois donner ici de réglés certaines du plus ou moins d'étendue qu'il faut donner à l'enduit de cire , vu que cela varie beaucoup, & qu’il n'y a qu'une longue expérience qui puiflù fervir à diriger cette opération.
- Au moyen de l'expédient que je propofe ici, on peut non-feulement aug-
- ( * ) C’eft ainfi qu’on fait les Mofaïques de Florence 8c de Rome, l’une avec des verres ou émaux teints de diverfes couleurs, 8c les autres avec des cailloux refendus par feuilles, toutes les deux fcellées fur un fond de maftic3ainft que le
- font ces magnifiques tables qu’onvoit encore dans les Maifons Royales, dont elles font un des plus beaux ornements. Quel dommage qu’un fi bel Art foit prefqu’entiérement négligé en France, tandis qu’il fait tant d’honneur aux Italiens I
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- '8pô MENUISIER, III. Part. SecI. lit Chap. NIL
- : menter le ton de la couleur d’une piece, mais encore en changer comme on le juge à propos, c’ejM-dire, qu’ on peut teindre une piece de deux ou trois cou* leurs différentes, en obfervant toutefois d’enduire de cire le deflous & le defliis des endroits qui ne doivent pas être teints, 8c cela à chaque changement de teinture.
- Lorfqn’on change la nuance d’une piece teinte , ou qu’on la teint de diverfes couleurs, l’endroit de la féparation ne paroît pas fort fenfible , & ne paffe pas tout de fuite du rouge pâle au rouge foncé , ou du verd au jaune , Sec ; mais les différentes teintes ou couleurs s’adouciffent à leur rencontre en fe mêlant, ce qui fait très-bien pour les couleurs qu’on ne fait que foncer; mais pour celles qui font différentes , il arrive quelquefois que leur rencontre donne une nuance compofée des deux premières , ce qui exige beaucoup d’attention 8c de foin pour empêcher cette troifieme nuance, foit en mettant une couleur la première préférablement à une autre, foit en augmentant ou en diminuant l’étendue de la cire , ce qui efl une affaire purement d’expérience.
- Toutes les fleurs qui compofent un Bouquet tel que celui-ci ou tout autre, fe découpent à part 9 8c s’ombrent chacune félon la place quelles doivent occuper ( *) 5 ce qui ne demande qu’un peu de foin de la part de l’Artifte.
- On doit avoir la même attention pour toutes les autres parties du Bouquet y comme les feuilles -, les tiges, & le ruban qui les noue, ce qui efl: générai non-feulement pour les fleurs , mais encore pour toutes autres fortes d’ouvrages , comme, par exemple , la frife d’ornement courant , repréfentée dans la figure a de cette Planche.
- La maniéré de découper, d’ombrer & d’affembler les diverfes parties qui compofent les fleurs, efl: la même que pour les ornements dont j’ai parlé ci-deflus 9 page 878 & f, ; cependant pour faciliter l'intelligence de ce que je viens de dire chant la difpofition des fleurs du Bouquet de la Planche 301, j’ai donné dans la Planche fuivante, le détail d’une partie de ces fleurs ; favoir, la Tulipe D9 PL 301, toute découpée ; fig. 1, la même fleur raffemblée 8c couverte de fen papier 9fig. 2,8c toute raffemblée (ans papier 9 pour qu’on en puilfe voir tous les joints, qui font faits félon les contours que forment les dehors 8c les revers des pétales de cette fleur.
- Les Figures 4 & 5 , repréfentent les deux Rofes G 8c H toutes raflemblées ; la figure 6, la Rofe de haie M; la figure 7 repréfente la tige de la Hyacinthe E ; la figure 8 , les deux feuilles de Rofe 1 \ les figures 9 8c io9 le Pavot F9 divifé 8c raffemblé ; la figure 11 repréfente l’CEillet A ; la figure 12, une grande
- (*) Ce n’efl: cependant pas la méthode du commun des Ebéniftes, qui achètent des fleurs toutes faites à quelques-uns de leurs Confrères qui ne s’occupent qu’à ce genre d’ouvrage, fans s’embarraffer fi elles iront bien les unes avec les autres, & û elles font ombrées pour la place
- qu’elles doivent occuper ; ce qui fait que dans la plupart des ouvrages communs, on voit des fleurs qui fembîent y être placées comme au hafard, 8c ombrées les unes d’un fens, 8c les autres d’un autre» ce qui fait un très-mauvais effet.
- feuille
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- Secr. ÏÏL Maniéré de reprefenter les Fleurs, Us Fruits, êGc.
- feuille cotée N. Les figures 13 , 14 & 1^ , repréfentent le nœud de ruban tout < iw&
- détaillé; & les figures i6,i7&i8, une partie des ornements de la frife cou- Planche tante, fig. 2, PA 301 > chantournée par maflés.
- Les tiges des fleurs, généralement parlant, ne font jamais droites ; cependant il y a des Ebéniftes qui les préparent comme celle A B, fig. 18, en obfervant feulement de les tenir plus étroites d'un bout que de l'autre * ce qui peut quel^ quefois pafler pour des tiges de peu de longueur , ou qui font prefque droites 8c fans reflàuts , comme , par exemple , celles des Tulipes 9 des Jonquilles ,
- Scc ; mais pour celles qui font fufceptibles de contours & de reflàuts , il faut abfolument les contourner, comme l'indique le deflîn de l'ouvrage, quoique cela tienne beaucoup de temps à faire.
- Quand toutes les parties qui doivent compofér une pîece de Mofàïque, comme ====*=^=3 le Bouquet repréfenté, PL 301, fig. i,lont toutes préparées, comme je l'ai enfei- Planche gné ci-deflus, on procédé à leur incruftation, ce qui fe fait de la maniera fuivante.
- On commence d'abord par tracer fur l'ouvrage , au crayon feulement, tout l'enfemble du deflin , ou du moins les contours extérieurs de toutes les parties qui compofent le Bouquet, ainfï que je l'ai obfervé fur cette Planche, fig. 1 ; enfuite l'on commence à incrufter les fleurs, dont on trace le contour extérieur fur l'ouvrage avec une pointe très-fine, à la place que chacune d'elles doit occuper.
- Lorfqu'on incrufte les fleurs, il faut obferver dé commencer par celles qui le trouvent en deflbus, c'eft-à-dire , dont la forme extérieure n’eft pas entièrement apparente, comme celles M, H, fig. 1, parce que lorfqu'on vient à incrufter, les fleurs qui font toutes entières comme celle G , on en trace le contour tant lur le fond de l'ouvrage , que fur les fleurs déjà inctuftées , comme je l'ai obfervé dans cette Planche, où la place de la P„of<_> a. n’eft qu'évuidée , au lieu que les fleurs qui l'avoifinent font toutes incruftées*
- Cette obfervation eft très-effentieile, parce que fi on commençoit par incruif, ter les fleurs qui font toutes apparentes, 8c que le contour de ces fleurs fût très-i détaillé , comme celui de i'CEillet A, il feroit très-difficile de bien ajufter les autres feuilles ou fleurs qui l’avoifinent, & de les faire joindre parfaitement dans tous les angles 8c contours que produit l'extrémité de cette fleur , que je n'aî repréfentée ici toute incruftée, que pour mieux faire fentir les raifbnspour let quelles on ne doit incrufter ces fleurs que les dernieres.
- C'eft pourquoi ( réglé générale ) on doit toujours commencer par incrufter les parties qui paroiflent les plus engagées dans le pourtour de leurs contours, puis incrufter enfuite celles qui ne le feront que dans üne partie , 8c finir par Celles dont le contour fera totalement apparent > comme celles A 8c G, 8c en général toutes celles qui font dans le même cas.
- Quant aux fleurs qui font ifolées, comme celles C, D, F 9 il eft indifférent; Menuisier , IIL Parc. III. Se&* S 10
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- MENUISIER, HL Part. SeB. III. Chap. XII.
- »«*—— les incrufter les premières ou les dernieres; cependant il faut faire attention Planché £ c’efl; l’extrémité de leur tige qui forme un contour , comme à la figure F, ou ^ ^ fi c’eft le bas de la fleur, comme à la figure D, parce que dans le premier cas il faut incrufter la fleur la première > & la tige enfuite; & qu’au contraire dans le fécond il faut incrufter la fleur la derniere, pour les raifons que je viens de détailler ci-deflus.
- Ce que je viens de dire pour l’incruftation des fleurs, doit s’appliquer aux •ornements comme la figure 2 , afin que les contours des parties qui pofent fur les autres, fe deflinent mieux, & que leurs joints en Ibient plus parfaits.
- Ces ornements, tels qu’ils font repréfentés dans la figure 2, cote O , fe nomment Morefques, & fe font ordinairement avec du bois d’une feule couleur, appliqué fur un fond different. Quelquefois ces ornements font de deux couleurs , for-tout lorlqu ils font compofés de maniéré qu’ils femblent s’enlafler les uns dans les autres ; dans l’un ou l’autre cas, il eft très-rare qu’on les ombre : on fe contente de les bien contourner extérieurement, Sc d’en indiquer les contours intérieurs par des traits de foie à découper, ou bien par des tailles faites au burin ou a la pointe à graver. Voye[ la fig. 2, cote O, où une partie de la frife d’ornements courants eft difpofée de cette maniéré, & dont le côté oppofé P, eft tout dilpofé pour recevoir le reftede l’incruftation, ainfi qu’une partie des maffes du bouquet de la figure 1, ce que j’ai fait afin de faire mieux connoître la marche de l’exécution de ces fortes d’ouvrages, qui, comme on peut le voir , ne fàuroient être traités avec trop de précifion & de foins, ce qui demande beaucoup d’expérience dans la pratique, qui eft pour le moins auffi nécefîàire dans cette partie de l’Ebénifterie , que la théorie la plus parfaite.
- -- La Figure 1 de cette Planche , repréfente le deflîn d’un panneau d’Ëbénif-Planche terie, dont le milieu eft orné d’un médaillon foutenu pat des branches de Rofe & de Laurier, & couronné de guirlandes de fleurs, lefquelies fe conftruifent de la maniéré que j’ai décrite ci-deflus.
- Le médaillon peut fe remplir de differentes maniérés, foit par un fojet comme celui de la figure première, ou feulement par un chiffre ; dans l’un ou l’autre cas, lorfque, comme dans les figures 1,2 & 3 > le fond du médaillon eft different du fond de l’ouvrage ( comme cela doit toujours être ), il eft bon que le médaillon foit tout rempli de fon fojet avant que de l’incrufter fur le fond du panneau.
- Quand on fait un médaillon ou tout autre ouvrage de cette elpece, on commence par découper toutes les pièces qui doivent y être incruftées, afin de les tracer chacune à leur place ; enfoite de quoi on évuide le dedans de l’ovale avec la foie à découper, qu’on y introduit par un trou percé dans un des endroits qui doivent être évuidés, ou bien qu’on fait entrer par l’endroit où le chiffre approche le plus près du bout de l’ovale, comme aux points A ou B, fig. 2, ce qui vpe fouffre aucune difficulté, parce que le trait de foie eft ü mince, que lorfque
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- Sect. 111. Maniéré de reprèfenter les Fleurs , les Fruits, ôCc. 8^3 les deux parties font rapprochées, le joint nell plus apparent. Quand le dedans de l’ovale efl: évuidé , on y colle les parties de rempliflàge ; Sc quand on a fait Pi,anche entrer la fcie par les côtés de l’ovale, comme à la fig. 3 y on doit, avant de placer ^
- les parties de rempliflàge , y coller le filet du pourtour, comme à la fig 3 > Sc même le cadre entier ,fig. 4, afin de faire approcher les joints, Sc que les morceaux de rempliflàge foient bien ferrés à leur place, comme on peut le voir à la fig. 3 , qui repréfente le médaillon 9 fig. 2, tout rempli & vu en deflous , c’eft-à-dire, du côté qui s’applique fur le panneau.
- Quand le médaillon efl: foc, on le colle en place fur le fond comme de l’Ebé* nifterie ordinaire, on le finit enfoite.
- Je ne parlerai pas des fleurs ni des autres parties de détail de Cette Planche ?
- Vu que ce que j’ai dit ci-deflus, 'en expliquant la Planche 301, doit fuffire; cependant comme il y a beaucoup de petites parties dans les fleurs de la figure 1, qui ne peuvent s’incrufter , comme les épines, l’extrémité des petites tiges,
- &c, on fo contente de les graver fur le fond de l’ouvrage, d’ou elles fe détachent foit en noir ou en brun , félon la couleur du maftic dont les tailles font remplies.
- La Figure I de cette Planche, reprélente un Trophée de guerre, compofé de différentes armes & inftruments tant anciens que modernes, lefquels font Planché placés for un amortifîement qui leur fert de fopport.
- Ce morceau , quoique très-compliqué, peut cependant être exécuté en Ebé-nifterie. Il y a dans le Cabinet du Roi, à Choify, une Table for laquelle il y a un trophée du même genre que celui-ci, & qui efl: exécuté avec toute la pré-cifion Sc la délicatefle poffibles, ce qui fait beaucoup d’honneur à fort Auteur , que je nommerois ici avec plaifir fi je le connoiflois, vu que ces exemples font très-rares , & qu’on né £mroi<- trop louer ceux qui font capables de faire de fit belles chofos.
- Le Trophée que fai repréfenté, fig. 1, s’exécute de la même maniéré que les autres morceaux de Mofaïque dont j’ai fait la defcription ci-deffos, c’eft-à-dire , qu’il faut toujours coller les grandes mafles enfemble avant de les incrufter for le * fond de l’ouvrage, comme je l’ai repréfenté, fig. 2, & toujours commencer par les pièces qui font les plus engagées, & finir par celles qui font totalement, ou du moins en partie, ifolées. Il faut auffi avoir attention de mettre le fil du bois du fens où il fe trouve le moins tranché lorfqu’on le découpe, Sc de la plus grande longueur des pièces, comme je l’ai obfervé aux développements des principales pièces de ce Trophée, repréfentées fig. 2, Sc cotées j5, C, D, F,
- Quand les pièces doivent être arrondies comme celles A, M, E, N, O, G, P, Q , il faut, autant qu’il efl: pofllble, mettre le fil des pièces parallèlement à leur arrondiflement, parce qu’en les brunîflànt, l’aélion, foit du feu ou des acides, fe fait mieux de ce fens que de l’autre , Sc s’adoucit plus naturel-
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- *SE
- Planche
- 3°S'
- Planche
- ^06.
- Planche 3° 7<
- %4 ME NUI S LE R, HL Part. SecZ 111. Chàp.
- * lement à bois de fil qu’à bois de bout : car l'inégale denfité d'une piece de bois brunie à bois de bout , donne plus ou moins de prife à i’aéïion du feu ou des acides, ce qui fait que le bois bruni de cette façon efl onde à l'extré* mité de l'endroit ombré, ce qui n'arrive pas quand on difjpofe le fil du bois du même fens que l'ombre , comme je le recommande ici.
- : La Figure 1 de cette Planche, repréfente un panneau fur lequel j’ai raffemblé
- des Fruits de différentes efpeces , des Oifeaux Sc autres Animaux. Je n'entrerai pas ici dans le détail de la conftruélion de cette piece de Mofaïque, vu que ce ne feroit qu’une répétition inutile de ce que j'ai dit jufqu'à préfent* Je n’ai donc fait le deflïn de cette Planche, ainfi que ceux des Planches 304 , 30^ & 307, que pour donner un exemple de chaque efpece de Mofaïque , en obfer-vant de donner à chacune d'elies le détail des parties principales, Sc les diffé^ rences qui peuvent fe trouver dans la maniéré de les exécuter*
- Dans la Figure 2. de cette Planche, j’ai repréfenté le détail des principales pièces de la figure i, lefquelles font cotées C, D, E >F> GyI>L , N 9 Sc fe conftruifent à l'ordinaire ; il n’y a que le poil des Animaux, Sc les plumes des Oifeaux qui fouffrent un peu de différence , parce quelles fe font prefque toutes au burin, pour mieux exprimer les poils Sc les filets des plumes ; c’eft pourquoi j'ai repréfenté 9jig. 2 , cotes ASc B , une aile d'Oifeau toute détaillée Sc en malfe, afin qu’on en juge mieux que dans les autres parties de cette Planche , qui deviennent un peu petites,
- : La Figure 1 repréfente un payfàge, avec un Berger placé for le devant £
- jouant de la flûte, & un mouton près de lui qui femble être attentif au fon de rinfirnment, comme cela lui efl:, dit- on, naturel. Dans le bas de la Planche, j’ai repréfenté , fig. 2,3,4, Scc. les principales parties de rapport qui compofent cette piece de Mofaïque, dont le fond doit faire partie ? c'eft-à-dire, qu'il ne doit point y avoir de fond d’ouvrage apparent, comme aux autres Planches repréfentées ci-devant, mais que les intervalles que laiffent les arbres Sc les terraffes, doivent être remplies par un ciel, qui fe fait ordinairement en bois 'd'érable, dont les nuances fe prêtent volontiers à l'effet des nuages, Sc dont les parties les plus [ouvragées fe reportent à part, comme le repréfente la figure 3.
- Voilà, à peu-près, tout ce que je puis dire touchant la théorie 8c la pratique de l'Ebénifterie de la fécondé efpece, c'efl>à-dire, de la Mofaïque ; trop heureux fi les foibies eflàis que je préfente ici, peuvent être utiles au Public, Sc fot-tout aux Ebénifles qui s’attachent à cette partie de ce bel Art, qui n’efl: pas allez! connu, & malheureufement trop négligé ; Sc qui, pour être bien décrit, auroit eu befoin d'un auteur plus expérimenté , n’étant pas allez verfé dans la pratique de cet Art, qui demanderoit, pour être bien connu , un long ufage Sc une quantité de connoiflànces que je puis bien indiquer ici, mais que je ne
- poflede
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- Sect. ///. Maniéré de repï'éfenter les Fleuré , lès Fruits , SGe. §çf
- pollede pas aflez parfaitement pour les bien enfeigner ( * ).
- Dans la defcription de la Mofaïque , je n’ai donné aucun exemple de pêr-fpeélive, ce que je n’ai pas cru nécefiaire, vu que ce n’eft que la première efpece d’Ebénifterie dont les pièces font coupées relativement à la place quelles doivent occuper, pour repréfenter un objet quelconque, félon les réglés que j’en ai données page 868 & Jïtiv. ce qui ne change rien à la maniéré d’opérer* qui eft la même que pour l’Ebénifterie de placage.
- Cependant il feroit à fouhaiter, lorfqu’on repréfente des parties d’Architecture en perfpeélive ou même en géométral, qu’on imitât, dans le mélangé des bois , la maniéré de difpofor les marbres ; c’eft-à-dire , qu’on pourroit, par exemple , dans le cas d’un Frontifpice orné d’ordres d’Architecture, faire le fût des colonnes d’une forte de bois, les bafos 8c les chapiteaux d’une autre, l’archi-j trave 8c la corniche d’une autre, & enfin la frifo & les autres parties adjacentes d’une autre efpece , ce qui, certainement, feroit très-bien, files différentes efpe^ ces de bois étoient bien mélangées & en oppofitionles unes avec les autres,fans cependant qu’elles tranchaflent trop foit entre elles ou for le fond de l’ouvrage.1
- Ce que je dis ici relativement à un Portique décoré d’ordres d’Architecture * peut également s’appliquer à tout autre objet, fans pour cela qu’il fût repréfenté en perfpeftive, ce qui feroit une efpece d’Ebénifterie très-agréable à la vue, & qui feroit nuance entre la première & la fécondé efpece d’Ebénifterie dont je viens de faire la defcription, & à laquelle je vais faire foivre celle de l’Ebénif* terie pleine & de l’Ebénifterie ornée , laquelle terminera cette Partie de mon Ouvrage*
- (*) Dans la defcription des deux: premières efpeces d’Ebénifterie, j’ai été aidé des confeils de M. Chavigneau , Compagnon Menuifier-Ebénifte 3 lequel poffede très-bien cette partie»
- & dont les talents mériteraient d’être plu$ connus, pour lui procurer les moyens de lel mettre en ufagew
- Planche B 07*
- III. Pan. III. Sccl.
- T io
- Menuisier ,
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- %<5 MENUISIER, III Part. SeB. III. Chap. XUL
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- CHAPITRE TREIZIEME.
- De VÉbéniflerie pleine ou d!affemblage en général.
- AVan t de traiter de la troifieme efpece d’Ebénifterie, c’eft-à-dire, celle dans la conftruélion de laquelle on fait entrer les métaux & différentes autres matières , je vais faire la defcription de l’Ebénifterie pleine, laquelle fort fouvent de fond à la première , Sc dont par conféquent la connoifîànce eft abfolument néceflaire.
- Sous le nom d’Ebéniflerie pleine, on comprend tous les ouvrages faits en plein bois , dont la conftruélion eft particuliérement du refïort des Menuifiers-Ebéniftes , comme beaucoup de Meubles dont j’ai déjà fait la defcription dans la fécondé Seélion de cette troifieme Partie de mon Ouvrage, & une infinité d’autres ouvrages dont je parlerai ci-après, Sc qui font abfolument du reffort des Ebéniftes, à caufo de leur petitefte, Sc encore plus de la propreté & de la grande précifion avec lefquelles il faut qu’ils {oient faits, tels que les Métiers à broder de toutes formes & grandeurs, les Tables de différentes efpeces, les Guéridons, les Pupitres de toutes façons, les Boîtes de toutes fortes , Sc généralement tous les Modèles 8c les Inftruments fervant aux différents Arts, comme la Phyfique * la Méchanique, Sec. lefquels demandent à être traités avec une propreté & une exaélitude dont il n’y a guere que les Menuifiers-Ebéniftes, & encore ceux qui s’adonnent particuliérement à cette partie de leur Art, qui en foient capables ; de forte que ce genre de travail demande Une étude toute particulière par rapport à la grande précifion Sc aux foins qu il exige, quoiqu’en général on fe ferve toujours des mêmes principes pour la conftruélion de ces fortes d’ouvrages , que pour celle des autres efpeces de Menuiferies, comme je l’expliquerai dans la fuite.
- Les ouvrages d’Ebénifterie dont il eft ici queftion, fe font toujours en bois des Indes, ou du moins avec des bois de France les plus propres, comme le Poirier, le Noyer & autres de cette efpece, lefquels prennent bien le poli, Sc dont le grain fin & ferré les rend plus faciles à travailler & à prendre toutes les formes qu’on juge à propos de leur donner, quelque petites que foient les pièces , ce qu’on ne peut pas faire avec les bois à gros grain, comme le Chêne, l’Orme, &c.
- Les outils dont on fe fert pour faire cette efpece d’Ebénifterie, font les mêmes que ceux des Menuifiers d’affemblage , des Menuifiers en Meubles, Sc des Menuifiers-Ebéniftes, dont j’ai fait la defcription au commencement de cette Partie de mon Ouvrage, du moins quant à ce qui regarde la conftruélion, qui
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- De rEbémfierie pleine en 'général* §97
- eft toujours la même ; cependant comme cette efpece d’Ebénifterie doit être faite avec beaucoup de foins & de précifion , il eft bon que plufieurs des outils qui fervent à fa conftruélion, comme les Equerres de toutes fort es* & même lesTruf* quins à vis, foient conftruits enfer ou en cuivre, au lieu d'être tout de bois* parce que les opérations faites avec ces derniers, ne peuvent pas être faites fi juftes qu a-vec les autres, vu que le bois de leurs lames s’ufe aifément par le long ufage ; les fcies doivent auffi être d’une meilleure conftruélion, tant pour la forme & la qualité de leur monture, que pour celle de leur lame, qui doit être trempée, afin de mieux réfifter à la dureté des bois, quil faut toujours couper jufte & le plus proprement poffible, ce qu’on ne peut pas aifément faire avec les fcies ordinaires.
- Comme cette efpece de Menuiferie eft quelquefois ornée de moulures, les outils qui fervent à les former font les mêmes * & fe font de la même maniéré que pour la Menuiferie d’afîemblage ; cependant comme on emploie quelquefois des bois très-durs & difficiles à travailler, on fait la pente de ces outils plus droite qu’à l’ordinaire ; quelquefois même on y met des femelles de cuivre ou de fer, (ce qui vaut beaucoup mieux) afin qu’elles réfiftent plus long-temps au frottement fans perdre de leur forme, ce qui eft très-utile , parce que la forme du fût d’un outil de moulure reftant toujours la même, il eft plus aifé de confer-ver celle du fer, qui ne fauroit alors s’altérer en l’affûtant fans qu’on ne s’en apperçoive en le mettant dans fon fût ; tout l’inconvénient qufil peut y avoir aux outils de moulures ainfi conftruits * c’eft que non-feulement ils font beaucoup plus coûteux que les autres, mais encore ils ont le défaut de tenir fur le bois en frottant deflus, ce qui les rend plus rudes à conduire ; les femelles de cuivre fur-tout, ont cet inconvénient, parce que ce métal étant plus poreux que le fer, s’échauffe plus aifément par l’aélion du frottement, ce qui l’attache en quelque forte avec le bois fur lequel il coule.
- Les Menuifiers-Ebéniftes fe fervent, pour la ^nnftruéHon des ouvrages dont îl eft ici queftion , non-feulement des outils communs aux autres Menuifiers, ainfi que je viens de le dire , mais encore de diverfes fortes d’outils appartenants à d’autres Arts, comme ceux du Tourneur, pour ce qui a rapport au Tour à pointe ordinaire, & aux Filières en bois ; de ceux du Serrurier, comme les Etaux, les Limes & autres outils de cet Art, qui leur font nécefîàires, non-feulement pour ferrer & ajufter les parties de ferrurerie qui s’adaptent à leurs ouvrages, mais encore pour travailler les bois durs, dont les bois de bout fe reca^ lent & s’équarriffent à la lime beaucoup plus aifément qu’on ne pourroit le faire au cifeau ou avec tout autre outil ; c’eft pourquoi, après avoir fait la defcription de quelques outils propres à la conftruélion de i’Ebénifterie dont je parle, jê donnerai une notion, Amplement élémentaire, de la partie de l’Art du Tour* neur & du Serrurier , dont la connoiflance eft abfolument néceflàire, Sc même indifpenfàble, aux Ebéniftes, pour faire les parties de leurs ouvrages qui appartiennent à ces différents Arts, Sc auxquels ils font liés de manière que les
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- Sp8 MENUISIER, III. part. S eft. IIÏ Chap* XlIL
- Ouvriers de ces mêmes Arts ont été obligés de leur laiffer faire des chofes qu'ils ne pouvoient pas faire eux-mêmes , du moins fans beaucoup de peine &
- de perte de temps ( * ).
- Section Première.
- ANCHE
- 308.
- Defcription de quelques Outils propres a la conjlruBion de VEbeniJlerit d'ajjemblage y & la maniéré de s en fervin
- Comme la plupart des bois des Indes font très-chers, & pour la plus grande partie difficiles à travailler, on les débite à la fcie , tant fur fépaifTeur que fur la largeur, afin d'épargner la matière en y faifant le moins de perte poffible , & en même temps pour les corroyer plus facilement, vu que beaucoup ne peuvent l'être qu'avec la varlope-onglet à dents y du moins pour les mettre tout-à-fait à la grofîèur convenable 9 ce qu'on ne peut pas faire avec la varlope ordinaire, vu que ces bois étant fou vent très-durs ou, ce qui pis eft, de rebours, les fers pleins des varlopes mordroient peu delfus, ou y feroient des
- i¥) Cette liaifon des Arts, Sc le rapport que pîufieurs ont les uns avec les autres, eft la meilleure preuve qu’on puiffe donner de l’im-poffibiîité où font les Ouvriers de s’affujétir à des Réglements qui donnent à tel Art la jouif-fance exclufive de certains outils, Sc qui, par conféquent, en privent les autres Arts auxquels ces outils feroient très-né ce flaires, puifque ceux mêmes qui jouiflent de ces droits, fe trouvent tous les jours dans la néceflké de les abandonner, parce qu’ils leur deviennent onéreux; ou bien pour jouir eux-mêmes des outils d’un autre Art, auquel, par repréfailles, ils accordent, du moins tacitement, la communication des leurs , ne voulant pas choquer ouvertement ces Péglements faits pour afliirer leurs droits, quoiqu’ils ne faffent au contraire que les gêner eux & les autres Ouvriers, fans leur faire aucune efpece de bien. En effet, ne feroit-il pas beaucoup plus utile pour le progrès Sc la perfection des Arts » Sc pour le bien de l’humanité même, qu’il fût libre à chacun des Ouvriers ou des Artiftes, de fe fervir des outils qui leur feroient les plus utiles pour accélérer leur travail , Sc le rendre plus parfait? A quoi fert de gêner les hommes jufques dans la maniéré de travailler? ne le font-ils pas déjà affez par la néceiïité phyfique qui les oblige de le faire pour conferver leur exiftence , & par l’inconvénient des Maîtrifes, qui, quoiqu’inftituées pour fervir au maintien & à la perfedion des diffé-tents Arts, ne fervent fouvent, au contraire, qu’à leur deftrudion ? Et fuppofé même que les Maîtrifes tendiffent au but qu’on s’étoit pro-pofé en les établiffant, la communicatoin des outils que je fouhaiterois , ne pourroit leur faire aucun tort , & leur feroit, même , beaucoup de bien. Qu’importeroit-il à un Ouvrier, ou, pour mieux dire , à un Maître d’un cer-sain Art, qu’un autre fe fervit de quelques ou~
- tîîs dont l’ufage lui appartient, pourvu' qu’il ne fît que des ouvrages de fon Art ? il ne per-droit pas pour cela le droit, ( peut-être jufte, ) de le faiflr s’il le trouvoit en contravention.’ Qu’on aille dans les Laboratoires de la plupart des Seigneurs Sc des Savants qui s’exercent aux Arts méchaniques, on y trouvera enfemble les outils du Mcnuifier avec ceux du Tourneur* ceux du Serrurier , de l’Horloger, Sc généralement tous les outils qu’ils croient leur être né-ceffaires , Sc dont ils fe fervent indiftindement félon qu’ils îè jugent convenable. Si des gens qui ne travaillent que pour leur araufement * & fouvent pour i’inftrudion du Public, ont reconnu la néceffité de fe fervir indifféremment de toutes fortes d’outils , à plus forte raifon des Ouvriers qui travaillent pour gagner leur vie , devroient-ils avoir plus de commodité Sc la liberté de fe fervir de tous les outils qui peuvent leur être utiles. On ne peut guere, comme je l’ai démontré dans le cours de cet Ouvrage, faire les ouvrages d’un Art fans le fecours de beaucoup d’autres Arts ; Sc il eft: très-difficile de bien connoître les juftes bornes qu’on peut lui donner : celui dont je traite fur-tout, eft dans ce cas plus que tout autre; car dans fon origine il tient à l’Art du Charpentier, avec lequel il ne faifoit anciennement qu’un ; d’un autre côté il tient au Serrurier * au Tourneur, au Sculpteur , au Layetier, au Boiffelier, au Tabletier, à l’Eventaillifte , à l’Orfèvre & même au Bijoutier, des outils def. quels les Menuifiers ont fouvent befoin , Sc dont la privation leur fait beaucoup de tort ; ou ff ils s’en fervent, ils font expofés à être fai fis ; d’où il s’enfuit des querelles, des procès, J’ani-moflté Sc l’efprit de parti, qui en font les fuites 9 Sc, ce qui eft plus malheureux encore, l'imper-feftion qui fc rencontre dans prefque tous les ouvrages des différents Arts,
- éclats
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- $£cr. /. Des Outils propres à FEbéniflkrie (F affembïage , SCc. 89^ éclats qu’on ne pourroit pas atteindre fans faire tort aux différentes pièces qui ~ alors fe trouveraient trop minces ou trop étroites ; de plus cette efpece de Me-nuiferie étant faite pour être polie , il faut qu’il ne s’y trouve aucune cavité dans toute fa furface, tant fur la longueur que fur la largeur, ce qui, par con-féquent * oblige à fe fervir des outils à fers brettés , du moins pour le bois dune qualité extrêmement dure , ou d’un fil trop mêlé de rebours , ainfi que je viens de le dire ci-deflus ; pour les bois qui feront moins durs 8c plus de fil que ceux dont je viens de parler, on les corroyé avec les varlopes 8c de la maniéré ordinaire. Cependant on fera très-bien de les terminer avec les outils brettés, afin d’éviter toute efpece d’éclats à leur furface*
- Quand les pièces font trop petites, ou d’un bois trop dur pour être corroyées à l’ordinaire, c’eft-à-dire, avec des varlopes & des rabots, après les avoir fciées y on les équarrit avec les râpes & les limes de différentes efpeces , comme je l’expliquerai ci-après ; mais de quelque maniéré que les bois foient corroyés, les Ebéniftes fe fervent, pour les équarrir, d’équerres de bois ordinaires ; cependant il feroit bon qu’ils en euffent de fer ou de cuivre nommées équerres a chaperons dont une des branches fût tournée furie plat, 8c l’autre fur le champ , comme cellefig, 2, dont on aurait fupprimé la partie # b cdi afin qu’en inclinant l’équerre de quelque maniéré que ce foie, fà branche fupérieure fût toujours perpen-^ diculaire à la piece qu’on travaillerait, comme on peut le voir à la fig. 4, ou la branche fupérieure de l’équerre, fuppofée de e en/, eft perpendiculaire à l’autre branche g h 9 vue par le bout dans cette figure. Ces mêmes équerres peuvent suffi fervir pour retourner fens deffus deffous , c’eft-à-dire, la branche fupérieure en deffus au point i , & l’autre g A, pofée à plat fur l’ouvrage. Eoje^ la fig. 4.
- Cette équerre peut auffi fervir de triangle pour tracer l’ouvrage, foit qu’elle fbit confiante comme je l’ai fuppofée , ou quelle eft repréfentéefig, 2*
- La Figure 1 repréfente une autre efpece 4’èquerre ou de triangle propre à tracer des angles droits à différentes parties où les équerres ou triangles ordinaires ne feraient pas d’un ufage commode.
- Les équerres dont je viens de parler, ne peuvent fervir que pour des angles Taillants 8c des furfaces planes ; & comme il arrive quelquefois qu’on a des cavités à angle droit à creufer dans le bois, comme des mortaifes ou autres ouvrages de cette efpece, on fe fert pour les équarrir (ou du moins pour vérifier £1 elles font percées bien quarrément ) , d’une équerre nommée équerre à croix 1 laquelle eft compofée de deux tringles de fer A B 8c CD, dont la derniere fe meut perpendiculairement à la première, avec laquelle elle eft arrêtée par le moyen d’une vis E , de maniéré que cette équerre fert en même temps à vérifier ü les côtés de la partie creufe font perpendiculaires à la furface de l’ouvrage, Si à afîurer de l’égalité de la profondeur, puifqu’on fait defeendre la branche C D de l’équerre, depuis F jufqu’à Z), d’une longueur égale à la profondeur de la partie quon veut creufer, comme on peut le voir dans cette figure^ Menuisier , 11L Paru III, SeS* V10
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- ? dans laquelle j'ai reprérenté, par des lignes ponéluées, la même équerre reportée delatitre côté de la mortaife.
- Quoique je n’aye repréfenté ici que des équerres & des triangles à angles droits , il efl cependant bon d’avoir des triangles-onglets, 8c de faufles équerres auflî defer,pour les raifons que j’ai dites ci-deffus ; fi donc je ne les ai pas deffinés iciy ce n’eft que dans la vue d’éviter les répétitions, & pour ne point multiplier inutilement les figures, 8c par conféquent les Planches.
- La Figure 5 repréfente une efpece d’équerre, ou , pour mieux dire, de compas propre à vérifier en même temps fi une piece efl; parfaitement d’équerre 8c ^ d’une égale épaifleur dans toutes fes parties , ce qui efl néceflaire, fur - tout pour les pièces qu’on équarrit à la lime.
- Les trufquins en fer font d’une forme à peu-près femblable à la figure y * excepté qu’au lieu de la branche en retour d’équerre G, leur tige efl terminée par une pointe prife à même la tige , ou rapportée à vis dans cette derniere, ce qui efl égal, pourvu que cette pointe fait d’acier bien dur 8c même trempé 3 fur-tout quand on s’en fert pour les métaux.
- J’ai dit plus haut, page 810 , que les Ebéniftes fe fer voient des mêmes fcies que les autres Menuifiers ; cependant pour les ouvrages dont il efl ici queftion,1 il efl bon que ces fcies , fi elles font les mêmes, foient faites avec un peu plus de foin, & que leurs lames foient trempées , afin quelles réfiftent mieux en travaillant les bois durs ; or, comme les fcies trempées demandent à être extrêmement tendues, on fera très-bien * au lieu de corde , d’y mettre une tringle de fer taraudée d’un bout, afin de recevoir un écrou par le moyen duquel on puifTe bander la fcie au degré qu’on le juge à propos. Voye£ les fig. 7, 11 > 13 & 14»
- Il faut avoir foin que le bas de cette tringle ( foit de fer ou de cuivre ) foit d’une forme quarrée , ainfi que la partie du haut prife immédiatement après le taraudage, afin quelle ne tourne pas lorfqu’on ferre l’écrou ; 8c il efl même bon de garnir l’extrémité du bras de la fcie, fig. 11, d’une platine de fer en dedans , laquelle efl percée d’un trou quarré par ou pafle la tringle, comme on peut le voir dans cette figure.
- La Figure 6 repréfente une feîe nommée Scie a VAngloifey dont l’arçon ou monture efl tout de fer ; cette fcie fe bande par le moyen du manche , lequel reçoit le bout du mord H, qui y efl arrêté par le moyen d’un écrou I, à peu-près de la même maniéré qu’à la fcie de marqueterie dont j’ai fait la defeription page 843. Ces fortes de fcies fervent non-feulement pour tous les petits ouvra* ges, mais encore pour couper les métaux tendres , comme le cuivre, l’étain, 8cc. ainfi que pour les autres matières qu’on emploie en Ebénifterie 5 c’eft pourquoi il efl toujours néceflaire que leurs lames foient trempées.
- La Figure 8 repréfente un outil nommé Couteau à fcie ou Scie en couteau $ lequel ne différé de la fcie à main ( dont j’ai parlé dans la première Partie de
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- $ECT. I D es Outilspropres à lEbénifierie d9 ajjfemblàgè, 8Gc. pôi mon Ouvrage3 page 190,) que par la grandeur de la lame & la forme du manche. Cette fcie eft très-commode pour de petites parties où on ne peut Planche
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- pas fe fervir de fcies ordinaires, Sc il eft bon de les conftruîre comme celle repréfentée fig* § y afin de pouvoir changer leurs lames quand on le juge à propos.
- Les Figures 9 & 1J repréfentent une autre efpece de fcie à manche Sc à conduite , laquelle ne defcend qu’à la profondeur quon juge à propos de lui donner, Sc forme par conféquent 3 dans plufieurs pièces, des traits d’une profondeur égale. Cette fcie eft compofée d’une lame à l’ordinaire, Sc d’un chafïïs ou monture de fer divifé en deux fur l’épaiffeur, & dont une des parties entre en en^ taille des deux bouts dans celle qui eft dormante , Sc qui, par conféquent, entré dans le manche, de maniéré qu’elles ne femblent faire qu’une ; ces deux parties font arrêtées enfemble par le moyen de trois vis taraudées dans la partie dormante de la monture, au milieu de laquelle la fcie eft placée, étant percée elle-même par trois mortaifes correfpondantes Sc d’une largeur égale au diamètre des vis , de maniéré qu’on peut faire avancer ou reculer la lame autant que peut le permettre la longueur des mortaifes ; enfuite de quoi on ferre les vis pour tenir la fcie en place. Voye£ lafig. 9 , où j’ai cafté le milieu d’une partie de la monture, afin qu’on puifte voir la mortaifè de la lame , Sc par conféquent la refuite quelle peut avoir.
- La Figure 10 repréfente une autre fcie à conduite, dont la monture eft aü milieu, de maniéré qu’on peut y adapter une ou deux lames de fcie, c’eft-à-dire , une de chaque côté. La monture de cette fcie entre dans un premier coup de fcie donné auparavant dans la piece, & elle peut, ainfi que la précédente, fervir non-feulement à couper les différentes parties de l’ouvrage , mais encore à ÿ faire des ravalements de différentes profondeurs & plus ou moins larges, félon que les fcies font plus ou moins épaifles , à la place defquelles on peut même mettre des écouenes fi on le juge à propos, fur-tout pour travailler les bois durs, l’ivoire , l’écaille ou d’autres matières dans lefquelles on veut faire des incruftations, en raifon defquelles on conftruira les outils dont on aura befoin ; me contentant des deux exemples que je viens de donner, lefquels font, ce me femble, fuffifants pour aider à en compofer d’autres, foit d’une forme à peu-près fembiable, ou difpofés comme des outils à fut.
- La Figure 12 repréfente un outil nommé Perçoir ; ce n eft autre chofe qu’une pointe d’une forme applatie, dont les arêtes extérieures font vives Sc coupantes*
- Cette pointe fert à percer de petits trous dans des parties de bois minces, en obfervant de difpofer la partie la plus large du perçoir en travers des fils du bois > afin que ces derniers étant coupés, n’oppofent point de réfiftance à la pointe qu’on enfonce dans le bois, qui alors n’eft pas expofé à fe fendre. Les autres petits trous fe percent à la meche , à l’ordinaire ; & quand on craint que les pièces ne foient trop foibles pour réfifter à l’effort de cette derniere, on les percé
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- > au foret, comme je l'expliquerai cf après en parlant dès outils propres à percer les métaux*
- Les outils dont je viens de faire la defcription (abftraélîon faite de ceux dû Tour & de Serrurerie dont je vais parler ci-après , & en général de tous les outils de Menuifiers dont j'ai parlé dans le cours de cet Ouvrage, qui peuvent* fervir également à la conftruétion de l’Ebénifterie dont il eft ici queftion), font, à peu de chofe près, tous ceux qui font les plus utiles. Il en eft encore beaucoup d'autres que chaque Ouvrier fait pour fon ufage , félon fon génie & les différentes occafions qu'il a de les employer avec plus ou moins de fuccès ; mais comme la plupart de ces outils font peu differents de ceux dont j'ai parlé dans la defcription des differentes efpeces de Menuiferie, j’ai cru pouvoir me dit* penfer d'entrer dans aucun détail à ce fujet, cette matière étant d'ailleurs iné-puifàble.
- Quant à la conftruétion de l’Ebénifterie pleine, c'eft toujours la même chofè que pour les autres efpeces de Menuiferie ; les differentes parties qui la compofent font toujours liées les unes avec les autres par le moyen des rainures , des languettes , des tenons, des mortaifes & autres afîemblages ; toute la différence qui! y a, c'eft qu'il faut que tous ces différents affemblages, ainfi que tout le refte de la conftruétion de cette Menuiferie, foient faits avec toute la perfeétion poflible * que le corroyage des bois, les joints 8c les affemblages fur-tout, foient faits avec la derniere des prêchions, fans être dégraiffés en aucune maniéré ; de forte qu’en travaillant fur les joints ils ne fe découvrent pas. Je ne parlerai pas ici de la qualité des bois, lefquels doivent être parfaits & aufli fecs qu'il convient ; fans quoi, quelque foin qu'on prenne, on ne peut pas faire de bon ouvrage.
- Section Seco^be,
- Notions élémentaires de la partie de VArt du Tour nécejjaire aux Ebénifles;
- L’Aiît du Tour eft, de tous les Arts relatifs ou accefîbires à l'Art du Menui-fîer, celui qui femble appartenir de plus près à ce dernier, dont il faifoit afluré-ment partie avant qu'il fût devenu affez confidérable pour être divifé en plufieurs branches, qui, par la fuite des temps, font devenues des Arts différents, dont la jouiflance eft exclufive par le moyen des Maîtrifes ; en effet, tous les anciens ouvrages de Menuiferie font ornés de parties faites au Tour, qui sûrement l'étoient par les Menuifiers , ou du moins leur grande adhérence avec la Menuiferie , donne lieu de le croire ainfi, ou bien que les Tourneurs étoient eux-mêmes Menuifiers, ce qui eft la même chofe.
- Maintenant les Menuifiers ordinaires ne font plus d'ouvrages de Tour, quoiqu’ils foient en droit d'en faire, du moins les Maîtres & leurs fils fous eux, ou un de leurs Apprentifs ; il n'y a que quelques Menuifiers-Ebéniftes qui fe fervent
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- de ce droit pour tourner eux-mêmes les parties de leurs ouvrages qui ont befoin. de Têtre , ce qui eft beaucoup mieux que de les faire faire par un Tourneur ordinaire , qui, quelqu habile qui! foit, ( s’il n’eft que Tourneur proprement dit ) n’eft guere en état de traiter aufli bien les parties de Menuiferie qui ont befoin d’être tournées, que le feroit un Menuifier qui fauroit tourner; de plus, il n’y a que dans les Villes comme Paris , & quelques-unes de nos Provinces , ou il y a des Maîtrifes exclufives où les Menuifiers ne font pas Tourneurs ; 8c comme cet Ouvrage eft pour tous les Pays indifféremment, ce feroit le rendre incomplet , fi je ne donnois au moins des notions élémentaires du Tour à pointe, donc à la rigueur, les Menuifiers peuvent fe pafler, du moins pour les ouvrages ordinaires,
- La Figure i reprélente un Tour à pointe, lequel eft compofé d’un banc ou établi, de deux poupées avec leurs pointes , de deux ou trois fupports avec leurs barres, d’une perche , d’une marche ou pédale, & d’une corde par lé moyen de laquelle on fait tourner l’ouvrage, pris entre les deux pointes des poupées.
- L’établi ou banc du Tour a de hauteur 3 pieds à 3 pieds un quart, fur ^ à 6 pieds de longueur ; il eft compofé de deux jumelles A B y C D y de 4 pouces quarrés, diftantes l’une de l’autre d’environ 2 pouces, & affemblées à leurs extrémités par des entre-toiles qui y entrent à tenons doubles fur leur épaifleur , 8c qu’on cheville fortement. Quelquefois au lieu de mettre ces traverfes ou entre-toifes à bois de bout comme dans la figure 1, on y met des morceaux à bois de fil aflemblés à clef avec les jumelles, au travers defquelles , & au milieu de leur épaifleur, on fait pafler un boulon de fer à vis, lequel retient très-bien l’écart des jumelles, 8c en même temps donne la facilité de les démonter, foie pour les redreflèr, ou pour quelqu’autre chofe qu’on voudroit y faire.
- Les jumelles font portées par quatre pieds d’une grofleur à peu-près égale à celle de ces dernieres, dans le deflbtis defquelles on les aflemble à tenons 8c mortaifes doubles fur l’épaifleur. Quand on veut que ces aflemblages loient très* folides, on y met des vis , dont la tête ronde 8c plate s’incrufte dans le deflus des jumelles avec lequel elles affleurent ; l’écrou de ces vis fe place dans l’intérieur du pied, à 3 ou 4 pouces de leur arrafement ; & on doit avoir grand foin qu’il foit bien ajufté, pour qu’il ne puifle faire aucun mouvement.
- Quand on met des vis aux aflemblages des pieds de l’établi du Tour, on ne doit donner à ces derniers qu’un pouce de longueur au plus, ce qui eft néceflàire pour les retenir en place où ils n’ont pas befoin d’être chevillés*
- L’extrémité inférieure des pieds de l’établi ou banc du Tour, eft aflemble dans des patins E, F y fig. 2 , avec lefquels ils affleurent, & dont la longueur eft d’environ 3 pieds, afin de donner plus d’empattement au banc, 8c pour recevoir des arcs-boutants G , H, qui viennent s’y aflèmbler, ainfi que dans les pieds , à tenon , à mortaife 8c en embreuvement, afin d’oppofer plus de réfif. tance, 8c d’empêcher que le pied de l’établi ne fafle aucun mouvement. Voye£ Menuisier > IIL Part. IIL Secl% X io
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- 5 fig' 7 9 repréfente un arc-boutant tout défaflemblé , avec fes tenons & les deux barbes a> b, dont la faillie efl: indiquée par des lignes ponéluées ; & la fig* ^ 9 reprélente le patin vu en deflus avec les affemblages tant des arcs-boutants que des pieds , qu’on cheville avec les patins, du moins pour 1 ordinaire; car il vaudroit beaucoup mieux y mettre des vis en deffous, lefquelles arrêteraient les pieds beaucoup plus folidement qu’on ne fourrait le faire avec des chevilles.
- L'établi ou banc du Tour, tel qu’il efl: repréfenté dans la figure de cette Planche, efl: de la moyenne groffeur, & on peut tourner deflus tous les plus gros ouvrages de Menuiferie, en obfervant de l’arrêter fortement contre la muraille, Sc même contre le plancher, ou, pour mieux dire, le plafond de l’Attelier, par le moyen d’un ou plufieurs étréfillons ou goberges placés de divers fens, pour éviter que l’établi ne tremble lorfqu’on y tourne de gros ouvrages , à l’effort defquels le poids de l’établi n’apporte pas affez de réfiftance ; ce qui, cependant, efl: allez rare pour les ouvrages de Menuiferie ordinaires, qui ont, pour la plupart, befoin de moins de réfiftance que n’en oppofe le poids de l’établi tel que je l’ai repréfenté ici ; c’eft pourquoi, dans le cas de petits
- , ouvrages , on fait ufage d’établis moins lourds que celui-ci, & dont le deflus efl plus large fur le derrière, afin de pouvoir y placer l’ouvrage ou les outils. Ces fortes d’établis peuvent être placés contre le mur ou vis-à-vis d’une croifée, ou bien être ifolés dans le milieu de TAttelier ; dans ce dernier cas, il faut qu’ils foient fermés au pourtour, du moins de trois côtés, celui de la jumelle la plus étroite devant être toujours vuide & fans traverfe par le bas , pour donner la liberté de faire mouvoir la marche.
- Le deflus de ces fortes d’établis doit toujours être très-épais, pour qu’ils ne tremblent pas lorfqu’on travaille deflus , & leurs jumelles de devant avoir toujours 4 pouces de largeur.
- En général, le deflus des établis de Tour doit être très-droit & bien dégauchi, afin que les poupées portent également par-tout, & foient toujours bien perpendiculaires ; il faut auffi avoir grand foin que la diftance ou rainure qui efl entre les deux jumelles , foit bien égale de largeur dans toute la longueur de l’établi, pour que les queues ou tenons des poupées n’ayent pas plus de jeu dans un endroit qu’à l’autre. Les faces intérieures des jumelles qui forment cette rainure, doivent être parfaitement d’équerre, & par ^conféquent perpendiculaires au deflus de la table, pour ne nuire en aucune maniéré au paffage des queues des poupées , qui doivent entrer très-jufte dans la rainure , fans cependant frotter beaucoup, afin de pouvoir les faire aller & venir comme on le juge à propos.
- Les poupées I 8c L 9fig. 1, font des pièces de bois de 12 à 14 pouces de hauteur, prifes du deflus de l’établi, fur y à 6 pouces d’épailfeur, & 7 à 8 de largeur, à l’extrémité inférieure defquelles efl réfervé un tenon ou queue qui paffe entre les deux jumelles, & les défaffleure en deffous d’environ 6 pouces,
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- pour pouvoir y faire une mortaife dans laquelle on fait entrer un coin c d, fig. 2, qui arrête la poupée flir les jumelles à telle place qu’on le juge à propos. Voye£ les fig. 3^4, qui repréfentent les deux poupées I, L ,fig. r , vues de face, c’eft-à-dire, fur leur épaiileur, avec les mortaifes propres à placer les coins, lefquelles mortaifes remontent en contre-haut du deffious des jumelles, indiquées par des lignes ponétuées, d’environ un demi-pouce, ce qui eft nécef-< faire pour faciliter la preffion du coin.
- Au haut des poupées ,fig. 1,3 & 4, & le plus près poffible de leur extrémité , font placées deux pointes d’acier, terminées toutes deux en forme de cône un peu bombé fur fes faces ; une de ces pointes qui eft placée à gauche , fig. 3 , eft taraudée dans toute fa longueur, & eft terminée en dehors par unë manivelle ef, au moyen de laquelle on la fait mouvoir pour l’avancer ou la reculer félon qu’il eft befoin.
- L’autre pointe, fig. 4, eft arrêtée à demeure dans la poupée ; & pour confer-ver à cette derniere toute fa folidité , on reploie la pointe en équerre de g en h , & de h en i, où elle traverfe la poupée avec laquelle on l’arrête avec un écrou, le bout i de la pointe étant taraudé à cet effet. Voye[ la fig. y, qui repréfente cette pointe vue de face, 8c cotée des mêmes lettres que la fig. 4.
- Les pointes ne doivent pas être placées directement au milieu de la largeur des poupées, mais au contraire le plus près du devant qu’il eft poffible, afin que dans le cas d’un ouvrage d’un petit diamètre, la barre qui fùpporte l’outil approche contre l’ouvrage.
- Lesfupports ordinaires font compofés d’une tige MN,fig. 2, de 2pouces d’é-paiffeur, fur environ 3 de largeur, à l’extrémité de laquelle eft afîèmblé, en retour d’équerre, un montant ou mantonnet O, dont la hauteur doit être de y à 6 pouces. A environ un pouce & demi de diftance du mantonnet O, eft pareillement alfemblée une cheville P, d'un bon pouce de diamètre , laquelle fert à retenir en place la barre de fupport Q R, fig. 6, laquelle doit être prifè très-jufte entre la cheville & le montant * afin quelle ne faffe aucun mouvement lorfqu’on travaille & qu’on appuie l’outil deffius.
- Ces fupports entrent tout en vie dans les poupées, à environ 3 pouces au-deffius de l’arrafement de ces dernieres ; & on pratique au-deffus des mortaifes, dans lefquelles entrent les fupports des entailles où fe placent les chevilles qui retiennent la barre de fupport, de maniéré que cette derniere peut approcher jufq u’au devant des poupées, ce qui eft quelquefois neceffidre.
- La barre de ffipport Q R ,fig. 6, eft une piece de bois de chêne , ou de tout autre bois ferme 8c de fil, dont la longueur doit être égale à celle du banc, ou du moins au dehors des poupées* Quant à la largeur de la barre, ou, pour mieux dire, de fa hauteur, elle doit être difpofée de maniéré que fon extrémité fupé-rieure foit un peu plus bafîe que le centre des pointes des poupées , pour les raifons que je dirai ci-après, en parlant de la maniéré de tourner. Voye{ lafig. 2 f
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- - où la barre de (apport eft repréfentée en coupe, 8c (on angle extérieur arrondi ^ ce qui eft néceflàire pour qu’on puifle incliner l’outil en dehors autant qu’on le juge à propos»
- Les (iipports s’écartent du devant des poupées autant que l’exige le diamètre de la piece qu’on tourne, & on les arrête en place par le moyen d’une vis de preffion taraudée dans la joue de la poupée, ainfi qu’on peut le voir à celle L, fig. I, & à celles 18c L,fig« 3 & 4.
- Quand les poupées font écartées l’une de l’autre autant qu’il eft poflible, ( c’eft-à-dire, que la longueur de l’établi peut le permettre), 8c qu’on craint que la barre de fupport ne ploie fur (à longueur, ou que, pour quelque raifon , on ne veut pas que cette barre aille d’une poupée à l’autre , on la fait porter par un fupport S 9fig. 1, lequel eft aflujetti fur le banc par le moyen d’un morceau de bois 7\ qui pâlie entre les deux jumelles, en deflous defquelles il eft arrêté à clef, ainfi que les poupées. Ce fupport S, différé de ceux placés dans les poupées , en ce que (bn montant & la cheville de devant (ont d’une (eule piece entaillée pour placer la barre de fupport ; 8c on doit avoir grand foin que le deffus de cette entaille foit parfaitement de niveau avec le defîiis de la tige de l’autre fupport, ainfi que je l’ai obfervé dans cette figure.
- La barre de fupport entre , ainfi que je l’ai dit plus haut, jufte entre le man-tonnet & la cheville des fupports ; cependant il eft bon, pour plus de folidité, de mettre des vis dans l’épaifleur des mantonnets, lefquelles faffent preffion fur la barre, & par conféquent l’empêchent de fe mouvoir 8c de fe déranger de fit place.
- . La perche à laquelle eft attachée la corde du Tour, doit être d’un bois ferme 8c liant, comme le Charme , le Frêne 8c même le Buis, lorfqu’il n’eft pas trop noueux, de la longueur de 7 à 8 pieds , & de 2 à 2 pouces & demi de diamètre par (bn plus gros bout, lequel doit être attaché au plalond de l’Attelier, de maniéré qu’elle puifle tourner aifément ; l’autre bout de la perche doit être un peu plané en deflous jufqu’à environ le quart de fa longueur, à compter du gros bout, parce que c’eft à peu-près à cette diftance qu’on place le chaffis fur lequel la perche porte. Ce chaffis n’eft autre chofe qu’une traverfe d’environ 1 pieds de longueur, aftemblée par fes deux extrémités dans deux montants de 8 à 10 pouces de haut, fortement attachés au plafond de l’Attelier. La corde s’a N tache au petit bout de la perche, laquelle doit être placée de maniéré que quand elle eft abaiflee à la moitié du chemin quelle doit faire lorfqu’elle eft entraînée par la corde , cette derniere fe trouve perpendiculaire à l’axe de l’ouvrage qu’on tourne, 8c par conféquent avec les pointes des poupées, ou du moins à une ligne horifontale menée de l’une à l’autre.
- La corde doit avoir une ligne & demie à 2 lignes de diamètre ; & il faut lui faire faire deux tours fur l’ouvrage, en oblërvant que le fécond fe trouve en face en retombant, pour joindre la pédale au point U 9 fig. 1, afin qu’en
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- appuyant fur cette derniere, elle entraîne la corde, 8c par conféquent l'ouvrage, s=ss^sr~-^è. 8c foblige à tourner à la rencontre de l'outil, qui 9 par ce moyen, mord deffus. Planche Voyeilafig. r. ^ , 3°P‘
- La corde doit être placée à la gauche de l'Ouvrier, du moins c'eft l'ordinaire* quoiqu'il y ait des occafions où on la place à droite ; 8c c'eft pour cela que la perche pofe fur un chaffis de 2 pieds de largeur, afin d'avoir la liberté de la placer à droite ou à gauche, félon qu'on le juge à propos.
- La marche ou pédale eft Ample, c'eft-à-dire, compofée d'un feul morceau de bois de a à 3 pieds de longueur, ou compofée de piufieurs morceaux, comme celle U9Jig* 1, laquelle eft ainfi difpofée, parce que la corde pafiant par derrière le banc 8c au-deffus des jumelles , comme on peut le voir dans cette figure *
- 8c que l'indique la ligne lm9 fig, 2, il faut que cette pédale foit très-longue, ce qui oblige à y mettre une entre-toife X Y, fig. 1, afin que le Tourneur puiffe également fe fervir du pied droit 8c du pied gauche, & avoir en même temps un autre point d'appui en Z, qui augmente un peu la puilfance de la preffion,
- & diminue par conféquent de la réfiftance qu'oppofe le choc de l'outil 8c la perche qui tend à fe redreffer.
- Ces fortes de marches n'ont d'autre avantage que de faire parcourir de plus grands efpaces à la corde, ce qui eft néceftàire quand on a des ouvrages d’un gros diamètre à tourner, où il faut, autant qu'il eft poffible, que la partie où eft placée la corde ne foit pas d'un trop petit diamètre > parce que l'outil oppo-fèroit trop de réfiftance ; hors ce cas, il vaut mieux faire palier la corde entre les deux jumelles, comme l'indique la ligne In 9 fig, 2 , parce qu'alors le Tourneur peut pofer fon pied tout proche de la corde, ce qui le fait jouir de toute fa force,
- 8c le fatigue beaucoup moins que quand la branche de la marche eft prolongée jufqu'en m , où il ne jouit pas de la moitié de fa force, ce qui l'oblige d'appuyer davantage.
- Le banc du Tour, ainfi que je viens de le repréfenter avec fes poupées & _
- fes fupports, eft propre pour les gros ouvrages, & conftruit de la maniéré la pLANCH£ moins coûteufe poffible, ce qui eft très-effentiel pour la plupart des Ouvriers ; 310«
- cependant comme on n'a pas toujours de gros ouvrages à tourner, 8c qu’il eft même très-rare que cela foit, fur-tout pour les ouvrages d’Ebénifterie dont il eft ici queftion, on peut faire des bancs de Tour moins grands, comme je l'ai dit plus haut, avec des poupées & des fupports auffi moins gros, ainfi que celles repréfentées fig, 1,2 & 3. Ces poupées différent de celles dont j'ai parlé ci-deffus, non-feulement par la groffeur, mais encore par la forme, celles dont je parle ici étant ravalées fur leur largeur, pour faire approcher la barre de fupport auffi proche de l'ouvrage qu'il eft poffible , ou du moins que peut le permettre la groffeur des pointes , d’après lefquelles il faut toujours laiftèr une joue d'une force raifonnable.
- La queue de ces poupées ne defcend qu'à-peu-près aux deux tiers def Menuisier , III. Part. III. SeSr Y 10
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- répaifleur des jumelles , en deffous defquelles on les arrête par le moyen d une vis A A ,fig. 1 Ù* 3 , qui ne pofe pas directement fur les jumelles, mais fur une efpece de platine de fer ou de cuivre B B, fur laquelle on obferve une faillie de y à 6 lignes d’épaiffeur, & d’une largeur égale à la diftance qu’il y a entre les deux jumelles, afin qu’en ferrant la vis cette platine ne tourne point avec elle* L’écrou de la vis A fe place au milieu de la queue ou tenon de la poupée, au riud de fon arrafement, comme on peut le voir à la fig. 1 & à la fig. 2, ou la place
- de l’écrou eft vuide*
- Les fupports C, D, des poupées dont je parle, fe font en fer ou en cuivre,
- afin de tenir moins de place dans les poupées, ou on les arrête avec des vis
- &
- de prefïion à l’ordinaire.
- Quant aux pointes, on les fait toutes droites, comme celles repréfontées^* 9 & 10 ; ou bien quand les poupées font très-petites, & qu’on craint que les pointes étant placées trop près du bord des poupées, ne les fafîent fendre , on y met des pointes coudées, comme la figure 7 ou la figure 8 , ce qui eft égal. Ces pointes, ainfi que les deux autres, font deffinées au fixieme de l’exécution ; au lieu que les figures 1,2,394, 5 & 6, ne le font qu’au douzième, c’eft-à-dire, au pouce pour pied.
- Quand on tourne des pièces très-longues comme, par exemple, des pieds de lits à colonnes, on fupprime une des poupées du Tour; & à l’alignement de celle qui refte, on pofe dans le mur de l’Attelier ( ou , quand il n’eft pas pofîîble de le faire, dans un poteau poftiche,) une pointe comme celle repréfèntée fig* 6, qu’on ôte quand on veut, c’eft-à-dire, quand l’ouvrage eft fini.
- La barre des fiipports, repréfentée dans cette Planche, ne différé de celle dont j’ai parlé ci-deffus, que par la grandeur prife fur toutes Tes dimenfions , en obfervant cependant qu’elle foit affez forte pour réfifter au choc de l’outil.
- Les fupports & les barres dont je viens de parler, ne fervent que pour tourner l’ouvrage à bois de fil, comme le repréfente la fig. 30; & lorfqu’on veut tourner l’ouvrage à bois de travers, comme à la fig. 32, on fe fert d’un fupport repréfenté fig. 4 & 5 , lequel eft compofé de deux parties E, F, qu’on fépare lorfqu’on le juge à propos, n’étant retenues enfèmble que par des visa, <2, donc la tête faite en forme de T, eft enterrée dans la piece mobile du fupport, ou font pratiqués un ravalement & une rainure, pour laiflèr à cette piece la liberté de fo mouvoir horifontalement quand on juge à propos de le faire, ce qui eft néceflàire en raifon des différents diamètres des pièces qu’on tourne, vu que le defîus de la piece E eft difpofe en pente en relevant de droite à gauche, pour fervir de point d’appui au Tourneur , & qu’il faut toujours que foutil prenne , à peu de chofe près, dans le diamètre horifontal de la piece à tourner, indiquée par une ligne pon&uée qui paffe de la pointe de la poupée/g. 1, à celle fig. 6.
- La piece F, du deffous de ce fupport, eft à peu-près difpofée comme une poupée, du moins dans fa partie inférieure, dans laquelle on fait paffer une clef pour l’arrêter en deffous des jumelles, ou bien une yis, comme aux fig. 1 & 3,
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- ' Sect. //. Notions élémentaires de tÀrt du Tour, SCc* pop
- Au-devant du fiipport F > on fait un ravalement fur lequel vient s'appuyer la planche E , ou partie fupérieure du fùpport, à la place de laquelle on peut mettre Planché une lunette b c de> qui n eft autre chofe qu’un morceau de bois, ou quelquefois de cuivre, percé au milieu d un trou rond un peu évafé , pour retenir la piece qu on fait palier dedans» Les lunettes fervent quand, par quelque raifon , on ne peut pas faire ufàge des deux pointes du Tour, comme, par exemple, dans le cas où une piece devroit être percée au Tour par le bout ; dans ce cas , dis-je, on place un des bouts de cette piece fur la pointe de la poupée à gauche, Sc l'autre dans la lunette, dont le diamètre doit être ajufté avec celui de la piece qu'on veut percer, ou l'extrémité de cette derniere avec l'ouverture de la lunette, comme cela arrive quelquefois.
- Quand on tourne l'ouvrage à bois de travers, comme le repréfentent les figures il, 13 & 14, & encore mieux celle 32, on le place fur des outils nommés mandrins, dans lefquels entrent les pointes des poupées, & qui reçois vent la corde du Tour.
- Les mandrins propres au Tour à pointe , ( qui eft celui dont je parle ici ) font de différentes formes & groffeurs , en raifon des différentes fortes d'ouvrages où ils fervent.
- Quand, par exemple, l'ouvrage n eft pas d'un grand diamètre , Sc qu'il n'eft pas expofé à beaucoup d'efforts en le tournant, on fe fort d'un mandrin^. 11, dont le bout qui doit porter l'ouvrage, eft armé de trois pointes de fer, comme celles f, g y h 12, lefquelles fiiffifent à retenir l'ouvrage en place. Quand
- ce dernier eft d'un diamètre affez confidérable pour faire craindre que les pointes du mandrin ne foient pas fuffifàntes, on fo fort d'un mandrin à vis, repréfonté fié* I3 ? dont v*s ^ H pafle au travers de l'ouvrage, & eft percée d'un trou conique à fon extrémité, pour recevoir la poupée à droite du Tour ; cette vis eft arrêtée dans le mandrin par le moyen d’une goupille , <& on perce dans le mandrin un trou I, dans lequel on fait paffer une broche de fer, par le moyen de laquelle on defferre la vis qui tient l’ouvrage fur le mandrin, laquelle tient d'autant plus fort, qu elle fe ferre toujours en travaillant.
- Il y a des ouvrages qui ne peuvent être percés à leur centre, comme celui dont je viens de parler, & qui cependant font d’un très-grand diamètre , comme, par exemple, des ronds dont on orne les pilaftres & les banquettes des croifées ; dans ce cas on fe fort d’un mandrinfig. 14, dont la vis eft courte, & fe monte for un plateau de bois d'environ un pouce d'épaifleur, comme celui L Af, fur lequel on place l'ouvrage N O, qu'on y arrête avec trois ou quatre clous déliés Sc fins, pour qu'ils marquent moins ; & on doit avoir attention en attachant l’ouvrage fur le plateau, que leurs fils foient croifes, afin qu'ils fe foutiennent mutuellement.
- Quand l'ouvrage eft d'une certaine conféquence, on fait auflî très-bien de rapporter deffus une calle de bois P ^ dont l'épaiffour foie fuffifante pour recevoir
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- Planche
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- gro ME NV IS 1ER, Î1L Part. S eft. 111 Chap. Xlll.
- = la pointe du Tour , qui alors ne marque point l’ouvrage , comme il arrive à tous les ronds où on ne prend pas cette précaution. Voy. lafig. 32, où eft repréfentée une piece montée de cette maniéré.
- Dans le cas où on ne voudroit pas fe fervir de la poupée de la droite du Tour, 011 pourroit faire un mandrin qui fe plaçât dun bout fur la poupée à gauche , 8c de l’autre dans une lunette , de maniéré que toute la face de l’ouvrage feroit libre , ce qui leroit très-avantageux, 8c pourroit, dans le cas dont je parle, tenir lieu de Tour en l’air, dont je *ne parlerai pas ici, vu que ce détail appartient à l’Art du Tour proprement dit, dont la defcription, faite par M. Hulot, va paroitre incefîàmment, à laquelle ceux qui voudront prendre des connoiffances plus étendues de ce bel Art, pourront avoir recours, me bornant ici à en donner quelques notions les plus fimples , dont la connoiflànce eft abfolument néceffaire aux Menuifiers, de quelqu’efpece qu’ils foient.
- Les outils propres à tourner, fent, après le Tour (qui eft le principal de tous), les Gouges, fig. 1 y & i6;les Fermoirs ou Cifeaux, quelquefois nommés Plaines, fig. 17 & 18 ; les Grains-d’orge ,fig. 19 & 20 ; les Cifeaux proprements dits , nommés Cifeaux a planches , fig. 21 & 22 ; les Becs-d’âne, fig. 23 & 24 ; les Gouges plates ou à planches, fig. 2$ ô 26 9 8c les Crochets, foit en bec-d’âne comme la fig. 27, en gouge plate comme la fig. 28, ou en grain d’orge comme la fig. 2ÿ.
- Ces différentes fortes d’outils peuvent fe réduire à cinq efpeces ; fàvoir, les Gouges creufes & les Fermoirs, dont le taillant qui eft toujours à deux bifeaux, eft quelquefois incliné comme dans cette figure, ou bien droit , c’eft-à-dire, perpendiculaire avec les côtés de l’outil ; ces deux premières efpeces fervent à
- if
- tourner les bois tendres à bois de fil. Les trois autres efpeces ne fervent qu’aux bois durs 8c aux bois de travers, & font tous à un feul bifeau ; fàvoir, les tCi~ féaux proprement dits 8c les Becs-d’âne, les Grains-d’orge 8c les Gouges plates, foit que ces derniers outils foient droits ou à crochets.
- Tous ces différents outils font plus ou moins grands. Il y a , par exemple , des Becs-d’âne depuis une ligne jufqu’à un demi-pouce de largeur , 8c ainfi des autres, ceux que j’ai repréfentés ici étant de la grandeur la plus ordinaire, qui eft un pied de fer.
- Tous ces différents outils s’affûtent fur la meule avec les affilons 8c la pierre à l’huile , félon qu’il convient à la forme de chacun d’eux, en obfervant cependant que les outils à planche ayent le fil en deffus, le frottement de l’ouvrage tendant toujours à le rabattre en deffous.
- Il y a deux maniérés de tourner, comme je l’ai dit plus haut; fàvoir, à bois de fil 8c à bois de travers ; dans l’un ou l’autre cas, il faut d’abord commencer par ébaucher l’ouvrage le plus près poffible ; enfuite de quoi on le place fur le Tour, après l’avoir cintré d’abord; quand il eft entre les pointes, on vérifie s’il eft bien cintré en le faifant tourner quelques tours, pour connoître
- s’il
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- ~Sect. II. Notions élémentaires de VÀrt du Tour, 3Ce. t
- s'il n’eft pas plus d’un côté que d’un autre ; enfuite de quoi on ferre Sc arrête les poupées de maniéré qu’elles tiennent la piece ferme , fans cependant en empê* cher le mouvement ; enfuite de quoi on commence à tourner, ce qui fe fait de la maniéré fiiivante.
- On commence par pofèr le pied droit ou le gauche fur la pédale , ( ce qui eft égal, car il y a des Tourneurs qui fe fervent également de l’un ou de l’autre ) pour mettre la piece en mouvement ; puis, quand ce font des bois tendres qu’on veut tourner à bois de fil, on prend le manche de la gouge de la main droite, qu’on tient renverfée en defîous, Sc de la main gauche on faifît la gouge vers fbn extrémité , Sc on l’appuie fortement fur la barre du fupport, en obfervant de l’incliner de maniéré que fon taillant prenne un peu au-deflus d’une ligne horifontale pafîànt au centre de la piece , avec la circonférence de laquelle il faut que l’intérieur du taillant de la gouge fafle tangente , du moins à peu de chofe près. On pro-* mene ainfi la gouge tout le long de la piece jufqu’à ce qu’elle foit parfaitement ébauchée de groffeur, ce qu’on connoît en y préfentant de temps en temps 1© compas courbe, fig. 3 r , autrement dit compas d’épaiffeur, ouvert à la groffeur que la piece doit porter.
- Quand on a ainfi ébauché à la gouge, on prend le fermoir dont le taillant efB incliné , fig. 17, qu’on tient de la même maniéré que la gouge, à l’exception qu’il faut relever un peu le côté i, fig. 30, du fermoir, afin qu’il ne morde pas parallèlement avec l’axe de la piece * mais incliné à cet axe d’environ 4y degrés ; cètte inclinaifon eft nécefïàire pour que le bois ne s’écorche pas en tournant, ce qui arriveroit infailliblement fi le taillant du fermoir étoit parallèle à l’axe de la piece, Sc par conféquent mordoit dans toute fà largeur.
- Le fermoir ainfi difpofé, fe mene de droite à gauche dans toute la longueur de la piece, jufqu’à ce qu’on ait atteint tous les traits formés par la gouge 5 enfuite on finit l’ouvrage avec le fermoir droit ou plane, qu’on tient un peu moins incliné que l’autre, Sc qu’il efl bon de creufer un peu fur la largeur, afin qu’il fafïe moins d’ondes fur la furface de la piece qu’on tourne.
- La maniéré de tenir Sc de conduire la gouge Sc le fermoir telle que je viens de la décrire, & que je l’ai repréfentée fig. 3©, eft la plus ordinaire ; ce n’eft pas qu’on ne le puiffe faire à rebours, au contraire, il y a des occafions où on eflT obligé de la faire ; alors on change l’outil de main, ceft-à-dire , qu’on tient le manche de l’outil de la main gauche, & le fer de la droite, Sc qu’on le fait aller de gauche à droite*
- La gouge & le fermoir fuffîfent pour tourner les bois tendres à bois de fil* foit que l’ouvrage foit tout uni ou orné de moulures creufes ou rondes ; dans le premier cas les gouges feules fuffifent, Sc dans le fécond les fermoirs, qu’il faut avoir grand foin de faire toujours prendre du milieu , du moins autant qu’il eft poflible, Sc d’éviter de faire toucher de l’angle, ce qui raye l’ouvrage.
- Quand on tourne des bois durs, comme l’Ebene * le Gayac Sc autres, on fe Menuisier , III. Fart. III. Scçi% Z iq
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- 5>ï2 MENUISIER, ///. Part. Scc?. ///. Chap. XIIL
- fert des outils à planche , qu’on tient droits dans la direélion de l’axe de la piece qu’on tourne ; de forte que ces outils grattent plutôt le bois qu’ils ne le coupent, ce qui oblige à les faire un peu épais, & leurs bifeaux courts, en fuivant à peu-près l’inclinaifon de 45 degrés. On commence toujours les ouvrages dont je parle , avec la gouge pour ébaucher, & on les finit enfuite avec les cifeaux à planches, les becs-d’âne & les grains-d’orge, &c.
- L’ouvrage à bois de travers fe travaille de même que les bois durs dont je viens de parler, parce que les bois de travers ont beau être tendres, ils ne peuvent fe couper à la gouge creufe & au fermoir, vu qu’ils préfentent alternativement du bois de fil Sc du bois de travers , Sc entre les uns Sc les autres des fils qui tendent à écarter ou à rapprocher l’outil, ce qui oblige à tenir ce dernier bien ferme fur le fupport, Sc à bien prendre garde qu’il ne morde trop, parce qu’alors on ne peut plus en être le maître, fur-tout à des ouvrages d’un dia-: métré un peu confïdérable.
- Quand l’ouvrage , foit à bois de fil ou à bois de travers, eft entièrement terminé à l’outil, on le polit avec de la peau de chien , Sc enfuite avec de la prêle qu’on paffe defius en le faifant mouvoir comme lorfqu’on le tourne ; enfuite de quoi on y pafle un peu de cire, & on l’effiuie avec un morceau de buffle ou de drap, Sc cela toujours en faifant tourner la piece. Aux bois durs , à la place de la cire, on peut fe fervir d’huile d’olive, qu’on étend avec du buffle ou du chamois.
- Le Tour à pointe dont je viens de faire la defcription , fe fait auffi mouvoir par le moyen d’une roue d’environ 4 à 5 pieds de diamètre, qu’un homme fait tourner, ce qui eft très-commode, parce que non-feulement le Tourneur eft moins fatigué, mais encore parce que l’ouvrage ne tournant plus que d’un fens, l’aérion de l’outil devient continue, ce qui eft très-néceftàire pour les ouvrages d’un gros diamètre, qui, par ce moyen, font mieux & plus promptement faits.
- §. I. Des Taraux & des Filières en bois à Vufage des Ebénijles.
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- : S t l'es Menuifiers-Ebéniftfes pouvoient faire ufage du Tour en l’air, ou fiy pour mieux dire, cette machine n’étoit pas d’une trop grande cherté, relativement aux moyens du plus grand nombre * les Filières en bois dont je vais faire la defcription, ne leur feraient pas auffi abfolument nécefîàires qu’elles leur font pour faire les vis & les écrous de bois, ou, pour mieux dire, la place que ces vis occupent dans leurs ouvrages ,"qui, la plupart, ne peuvent s’en paffer, foit pour éviter la dépenfe des ferrures, foit pour donner la facilité de démonter ces mêmes,ouvrages lorfqu’on le juge à propos, Sc cela fans qu’il y ait aucune ferrure apparente.
- Le Tarau repréfenté^. 4, eft un outil d’acier garni d’un manche de bois A Brde la même forme que ceux des Tarières; la partie inférieure C, de cet
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- Se'ct. IL $. L Des Taraux SC des Filières en bois. 9x3
- ôütil eft taillee en forme de vis , dont les pas font en faillie d'après le nud de la , tige, & interrompus par quatre coups de lime donnés fur les quatre faces, paral-lément à Taxe du Tarau, de maniéré que ce dernier vu en deffous , comme la fig* %, repréfente quatre angles en faillie, lefquels font tous perpendiculaires au centre a ; 8c quand on fait ufage du Tarau, chacun des angles que préfentent les pas de la vis ainfi coupés , font autant d'outils qui coupent & emportent le bois qu'ils rencontrent, d'autant mieux qu'il eft bon que le Tarau foit un peu diminué du bas pour lui donner de l'entrée.
- Quand on veut faire ufàge d'un Tarau, on commence par percer dans là piece de bois qu'on veut tarauder, un trou d'un diamètre égal à celui du Tarau, pris du fond des filets ou pas de vis ; enfuite on fait entrer le Tarau dans ce trou , en le tournant de gauche à droite, avec la précaution de le grailler 8c de le retirer de temps en temps, pour empêcher que le bois ne le foule trop fort, & que les filets ne s'éclattent. J^oye^ la fig* 3> qui repréfente un Tarau qui eft à moitié chemin de l'épaifleur de la piece de bois DE, coupée par la moitié de la largeur.
- La Filiere repréièntée fig. 6 y 9, îo* ir & 13, efl compofée de deux parties principales ; lavoir , de la Filiere proprement dite, qui éfl un morceau de bois plat , d'environ un pouce d'épaiffeur * fur 3 de largeur, & 9 à xo pouces da longueur, y compris les deux manches F 9 G ; deflous cette Filiere efl appliqué un morceau de bois HI, fig. 6, d'environ 4 lignes d'épaifïeur , qu'on nomme conduite, & qui efl arrêté avec la Filiere par le moyen de deux vis L, Æf, lesquelles paffent au travers de Cette dernîere, 8c font taraudées dans l'épailfeur de la conduite, comme on peut le voir à la fig. 7 & à la fig. 11, qui repréfentent la coupe longitudinale de la Filiere 8c de la conduite.
- Dans le milieu de la longueur ÔC de la largeur de la Filiere, efl percé un trou N, fig. 9, dans lequel on fait pafler le Tarau, comme à la fig. 3 , afin d’y former des filets, 8c que l'intérieur de ce trou devienne un écrou, par le moyen duquel, ainfi que du fer placé dans l'intérieur de la Filiere , on puifîe faire des >yis en bois, comme je l'expliquerai ci-après.
- Ce fer, repréfenté fig. 14, vu tant en dedans que de côté, & de face ou en dehors, doitêtre d'une épaifïeur un peu plus forte que la hauteur d'un des pas de vis, & être difpofé de maniéré que là coupe, prife fur la ligne ab^fig. 13 , ( laquelle eft un des rayons du cercle que forment les filets de l’écrou, avec lequel le devant du fer doit faire une tangente, ) il faut, dis-je, que cette coupe forme à l'extérieur un triangle équilatéral, dont le fbmmet foit au point b.
- Le dedans de ce fer doit être évuidé & affûté à vif à fon extrémité, pour qu'il puifîe couper le bois 8c ne le foule pas, ce qui arriverait nécefîairement s'il étoit plein comme au Tarau , où très-fouvent le bois fe refoule au lieu de fe couper, fur-tout aux bois tendres, où les filets s'égrènent, & même les pièces fe fendent par l'effort que fait le Tarau, ce qu'on peut éviter en mettant la pîece. à tarauder dans une preffe ou dans un étau.
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- Planche 3 iu
- ;9i4 MENUISIER, III. Part. Secl. III. Chap. XIII.
- ; Le fer de la Fiiiere en bois fe place dans une entaille faite dans l’épaifleur de la Fiiiere, en obfervant que fon angle b, fig. 13 , touche bien précifément au cercle intérieur du filet, & que larête du fer , vue fur fon épaiffeur, vienne rencontrer larête du filet faiilant à ce même point, ainfi qu’on peut le voir à la jdg, 11, ce qui eft très-facile à faire, puifqu’il ne s’agit que de faire l’entaille dans laquelle le fer eft placé , un peu plus ou moins profonde.
- L’extrémité du fer du côté du taillant, ne doit pas être coupée perpendiculairement à fa face, mais au contraire un peu inclinée du côté de l’angle b 9 fig. 13 , &cela afin qu’il ne prenne pas le bois de front, mais un peu obliquement , en commençant par l’extérieur du cylindre fur lequel on veut faire un filet ou pas de vis, ce qui facilite l’évacuation du copeau, & en même temps empêche le bois de s’égrener, vu que l’extrémité des filets eft toujours coupée la première;
- Le fer de la Fiiiere doit être placé très-jufte dans fon entaille, tant fur la largeur que fur la profondeur, & fur-tout à fon extrémité c, fig. 13 , afin que lorfqu’on en fait ufage, il ne puifle point reculer, quelque forte que foit la preffion du bois de la vis fur le fer, qui tend à s’écarter & à reculer, & qui, par conféquent, a befoin d’être folidement appuyé fur tous les fens, & fur-tout à fon extrémité. Le fer d’une Fiiiere s’arrête avec deux ou trois vis placées des deux côtés, comme à la fig. 13 ; cependant il vaut mieux y mettre un crochet comme celui repréfenté fig'. y, lequel pafle au travers de l’épaiffeur de la Fiiiere, en deffous de laquelle il eft arrêté avec un écrou, Sc vient embrafler le fer dans fa largeur; quelquefois même on fait une entaille fur l’épaiffeur du fer, dans laquelle le crochet entre afin de l’arrêter d’une maniéré ferme & folide.
- Derrière le fer, à l’endroit de fon taillant, on fait dans toute la largeur en defîus du côté de la Fiiiere, une entaille O > fig. 13 , nommée lumière, laquelle fert à la fortie des copeaux ; cette lumière doit être d’une profondeur égale à celle de l’entaille où eft placé le fer, à laquelle elle fert de continuation. Voye£ la fig* 6 8c la fig. 8, qui repréfentent la coupe tranfverfàle de la Fiiiere.
- Que le fer foit incliné comme à la fig. 13 , ou qu ’il foit parallèle avec les côtés de la Fiiiere, cela eft égal, pourvu qu’il faffe toujours tangente avec le cercle intérieur des filets , c’eft-à-dire , que le devant du fer foit perpendiculaire avec le rayon du cercle pris à fon point de rencontre, comme je l’ai exprimé fig. 12, où les lignes F, Q , R, forment autant d’angles droits avec les rayons du cercle, auxquels ces lignes font tangentes.
- La conduite de la Fiiiere eft percée d’un trou , dont le centre doit répondre bien exactement à celui de la Fiiiere , & dont le diamètre doit être égal au fond des filets de cette derniere, comme on peut le voir à la fig. xi , où les premiers pas de vis font fupprimés jufqu’à la rencontre du fer, ce qui eft néceflâire pour que ce dernier puiffe commencer à prendre fiir le cylindre, qu’on fait pafîer d’abord dans la conduite, qui l’empêche de fe déranger lorfqu’on le taraude, ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
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- Sect. IL §. I. Des Taràux 8C des Filières en bois. pif
- On commence d’abord par tourner un cylindre de la longueur Sc de la grofleur convenables, dont on diminue un peu l’extrémité pour lui donner de l'entrée; ce qui étant fait, on aftujettit le cylindre dans une preflê ou dans un étau, (ce qui efl: égal ) Sc on fait entrer l’extrémité du cylindre dans la conduite de la Filière , qu’on tient à deux mains par les manches ou poignées F, G, Sc qu’on fait tourner de gauche à droite, en appuyant légèrement delTus jufqu’à ce quil y ait quelques filets de faits, lefquels prenant dans ceux de la Filiere , dilpenfent d’appuyer davantage. Quand la vis qu’on veut tarauder efl: d’une certaine longueur, il faut avoir grand foin de retirer la Filiere de temps en temps, pour frotter l’intérieur de cette derniere avec un morceau de fevon , tant pour empêcher qu’elle ne s’échauffe trop pat le frottement de la vis, que pour en faciliter le partage, Hoye^ la Fig. 6, qui repréfente une Filiere toute montée Sc vue du côté de la lumière, avec un Cylindre S T, dont la partie fupérieure eft taraudée comme je l’ai enfeigné ci-deffus.
- Lorfqu’il arrive que la piece qu’on taraude a un arrafement, on fait defeen-dre la Filiere jufqu à ce qu’elle porte deflus; enfoite on ôte la conduite de cette derniere , qu’on fait encore defeendre autant qu’il efl: poffible, de maniéré qu’il ne refte plus guere qu’un filet à faire pour atteindre l’arrafement, lequel filet s’acheve au cifeau, pour que la vis foit parfaite dans toute fe longueur.
- Il y a des Taraux, & par conféquent des Filières de toutes fortes de pas ,1 depuis 2 à 3 lignes de diamètre , jufqu’à un pouce , & même aü-dertiis ; mais elles ne font guere d’ufege pour les Menuifiefs. Chaque Tarau & là Filiere fe trouvent tout faits chez les Marchands Clincailiefs qui les vendent ; cependant il feroit fort aifé aux Menuifiers de les faire , fiir-tout ayant les Taraux tout faits , qu’ils pourroient cependant au befoin , faire eux-mêmes, en prenant un morceau d’acier forgé Sc limé le plus rond poffible, fur la partie inférieure duquel ils feroient les pas de vis avec une lime en tiers-point, après les avoir tracés de la maniéré foivante.
- On trace fur un papiet un parallélogramme U XY Z, fig. i, dont la largeur efl: égale à la circonférence du Tarau prife à fe partie inférieure ; on divife cette largeur en fix parties égales, comme l’indiquent les lignes perpendiculaires de cette figure ; puis on prend la moitié d’une de ces divifions , qu’on porte de Z à b, ce qui donne l’inclinaifon du pas de la vis, qui, pour être bonne , doit être le douzième de la circonférence développée fur une ligne droite, comme dans cette figure.
- Quant à la diftance qu’il doit y avoir d’un pas de vis à l’autre, elle ne doit pas être plus confidérable que celle d Z, c’eft-à-dire, d’un douzième de la circonférence de la vis, ou un dix-hüitieme au moins * fur-tout pour les vis en bois.
- Quand on a réglé la diftance d’un pas de vis à un autre, on trace for le parallélogramme autant de lignes obliques parallèles à celles Y d, qu’on veut faire de pas de vis for le Tarau ; ce qui étant fait, on colle le papier fur lequel ces Menuisier , IIL Paru IIL Sc&% Au
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- Si*.
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- 5n6 MENUISIER, III. Part. SeB. III. Chap. XIII.
- •^=2==^ divifions font tracées, fur la partie inférieure du Tarau, en obfervant que ce Planche papier ne {oit pas trop épais, qu’il foit d’une largeur bien égale à la circonfé-rence de ce dernier, & que les lignes horifontales qui vont d’une révolution à l’autre, fo rencontrent parfaitement. Quand ce papier eft fec, on prend une lime en tiers-point, & on lime l’intervalle qui fe rencontre entre chaque ligne oblique, formant autant de lignes au pourtour du Tarau, jufqu’à ce que les filets indiqués par ces lignes, viennent à vive arête. Si on opéré jufte, il eft certain qu’on parviendra, par cette méthode, à faire des Taraux de toutes fortes de grofîeurs-auffi parfaits qu’ils peuvent être fans être faits fur le Tour ni à la Filiere en fer.
- Les Taraux une fois faits, il eft très-aifé de faire les Filières, qui, pour être bonnes, doivent être faites avec du bois très-fec, & d’une qualité dure, comme le Buis, le Cormier, Sec ; & pour bien ajufter la conduite de la Filiere, il faut, après l’avoir percée ainfi que cette derniere, y placer un cylindre dont une partie de la vis foit faite comme celui S T 9fig. 6, afin de centrer jufte la conduite, qu’on arrête enfoite fur la Filiere pour y percer les trous des vis L, M ; & après que ces dernieres font placées, on finit la Filiere à l’extérieur, ce qui ne fouffre aucune efpece de difficulté, vu que la forme extérieure des Filières, ni les orne* ments qu’on peut y ajouter, ne font rien à la bonté de ces outils.
- §, II. Des Machines propres à faire des Cannelures , tant fur les Cylindres
- que Jur les Cônes.
- Quand les parties coniques ou cylindriques qu’on tourne fur le Tour à Planche pointe, font d’une certaine longueur, il eft allez difficile de les faire parfaite-
- ^I2' ment droites félon la méthode ordinaire; c’eft pourquoi j’ai cru qu’il étoit bon
- de donner ici une autre méthode félon laquelle on puifle les faire très-droits, de telle forme qu’ils fcient.
- Quand on veut dreflèr for le Tour des pieds de Table , ou toute autre piece
- d’un diamètre inégal d’un bout à l’autre , comme celle A B , fig. i, on com-
- mence à la drefler à la gouge & au cifeau à l’ordinaire & le mieux poffible; après quoi on pofe des deux côtés des poupées, les deux barres de fupport CD & EF, dont les arêtes fupérieures fe dégauchilfent parfaitement bien entr’elles, & on éleve ou abaifle ces deux fopports jufqu’à ce qu’ils foient de niveau avec les deux extrémités de la piece A B, comme l’indiquent les lignes a b & c d. Ce qui étant fait, on prend la varlope-onglet G H, qu’on pofe fur les deux fup-ports de maniéré que fon fer touche à peu-près le milieu de la piece qu’on fait tourner à l’ordinaire ; & quand elle ceiïe de prendre dans toute la longueur de la piece, c’eft une marque certaine que cette derniere eft parfaitement droite, du moins autant que les deux fopports le feront eux-mêmes.
- Quand les pièces doivent être droites dans toute leur longueur, il eft aftez Indifférent qu’on pofe la varlope - onglet perpendiculairement à la face des
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- Séct, IL §. IÎ. Machines propres à faire des Cannelures, ÔÙc. piÿ fopports , ou qu’elle leur foit inclinée , comme celle IL, fg. 2 , ce qui eft même mieux, pour que le fer de la varlope ne prenne pas dans toute fa largeur.
- ‘ Mais s’il arrivolt qu’au lieu d’une piece droite dans toute fa longueur, comme celle A B 9fig- 1 > elle fût bombée comme, par exemple, le fût d’une colonne> il faudroit avoir grand foin de tenir la varlope-onglet perpendiculaire à la face des fupports , ainfi que celle MN9fig. 2 , parce que ces fopports devant être eux-mêmes bombés félon le renflement de la colonne, pour peu qu’on menât la varlope de biais, il eft certain qu’on la feroit haufler ou bailfer de l’un de fes bouts plus que de l’autre, ce qui ne pourrait être fans augmenter ou diminue*! du fût de la colonne, ce qu’il faut abfolument éviter.
- Quand les pièces à drefler à la varlope-onglet, font dans le cas dont je viens de parler, c’eft-à-dire, quelles font bombées ou renflées for leur longueur 9 il faut avoir grand foin que les deux fupports CD 8c E F, foient bien également bombés entr’eux, 8c que quand on les pofe fur les poupées, ils foient bien exactement vis-à-vis l’un de l’autre & de la piece à drefler ; c’eft pourquoi il eft bon de faire for les uns 8c fur les autres des lignes de repaires, pour n’être pas expofé à fe tromper en les pofirnt.
- Les fupports fe pofent à la maniéré ordinaire , du moins pour celui C D ; & l’autre E F s’attache derrière la poupée avec des vis à tête , & dont l’écrou eft placé dans la poupée , ce qui donne la facilité de changer de fupport quand on veut, & de le haufler 8c bailler comme on le juge à propos, en y faiflmt dans fa largeur une mortaife de la grofleur du colet de la vis.
- Cette maniéré de drefler fur le Tour les différentes parties, foit cylindriques , coniques ou bombées, eft très-bonne, 8c devient même néceflàire quand ces mêmes parties font travaillées enfuite fur leur longueur, où on y fait quelquefois des cannelures ou autres ornements, lefquels exigenc beaucoup d’exaélitude pour être bien faits.
- On a, jufqu’à préfent, cherché divers moyens pour canneler les parties rondes par leurs plans, & faire les divifions de ces cannelures le plus jufte poflible. Quelques-uns de ces moyens ont très-bien réufli ; mais comme ils font fort compliqués, & qu’ils demandent beaucoup de dépenfe, on ne peut guere s’en fervir pour les ouvrages dont il eft ici queftion , dont la grandeur exigerait une machine extrêmement coûteufo, 8c qu’il ne feroit par conféquent pas à la portée de tous les Ouvriers d’acquérir. J’ai donc cru devoir donner ici le moyen de faire ces cannelures le plus facilement poflible , 8c cela par le moyen d’une machine très - Ample & conftruite prefque toute en bois, dont la première idée m’a été fournie par M. Ancelin le jeune, Compagnon Menui-fier, 8c à laquelle j’ai fait les additions & les changements que j’ai cru nécef* faires pour la perfectionner.
- Cette machine ou outil propre à faire des cannelures, repréfentée^. 3,4$ y, a environ 5 pieds 8c demi de longueur, for un pied de largeur : elle eft
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- Planche
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- ÿï8 M ENVI S1E R, III. Part. Secl. III. Cfiap. XIII.
- ï Compofée de deux jumelles A B , CD, fig. y , de 3 pouces de largeur , fur 4 pouces a’épaiffeur , & de deux traverfes E, F, fig. 46$, dans lefquelles elles font affemblées , ce qui forme un chaffis dont le vuide intérieur a environ 6 pouces ; la face intérieure de ces jumelles eft ravalée d’environ un pouce de profondeur , fur 2 pouces de largeur , & on fait deux rainures par les côtés de ce ravalement, pour y former des coulifles, comme on peut lé voir dans la fig. J % qui repréfènte la coupe de la machine faite au double des figures 3,4 (5 y. Ces couliffes font faites pour recevoir des chaffis G, //, I, qui y font retenus par des languettes, 8c qui reçoivent eux-mêmes deux collets L, M, qui y entrent tout en vie dans les deux rainures indiquées par les lignes a9byc9d9 de maniéré que le collet Mpeut hauffer autant qu on le juge à propos, ce qui fe fait par le moyen de la vis N9 laquelle efl: placée au milieu de la traverfe /du chaffis mouvant , & fert par conféquent de point d’appui aux collets Z, M, comme on peut le voir dans cette figure 8c dans la figure 8, qui reprélente la coupe des collets Z , M, & par conféquent du chaffis qui les porte*
- Il y a dans la machine à canneler deux collets femblables, avec les chaffis qui les portent, lefquels chaffis different entr’eux en ce que celui O 9fig. 4, eft plein d’un côté, comme le reprélente plus en grand la figure $, & que l’autre-P 5 même figure, eft ablolument vuide des deux côtés, le collet n’étant retenu dedans que par les joues des rainures, comme le repréfente la figure 7. Le chaffis du collet On efl: ainfi plein d’un côté, que pourfervir de point d’appui à la pièce qu’on travaille, laquelle alors vient butter contre, comme on peut le voir dans la figure 4 ; cependant on peut fe paffer de le faire plein, en ferrant bien ferme le bout de la piece dans le collet, qu’on fait exprès de deux pièces, pour pouvoir le ferrer comme on le juge à propos, ce qu’on fait par le moyen de deux vis qui paflent au travers du collet fùpérieur, & dont les .écrous font placés dans la partie inférieure.
- Il faut obfèrver que les têtes de ces vis ne doivent pas être apparentes, parce qu’elles nuiroient au paflàge de la réglé X Y, fig. 4, qui fert de conduite à l’outil, contre laquelle le deflus du collet doit porter ; c’eft pourquoi on enterre la tête des vis, qu’il eft bon de faire quarrée, afin de pouvoir les ferrer par le moyen d’une clef creufe en forme de canon.
- Comme il fe trouve des pièces à canneler de différentes grofleurs, il eft néceflàire d’avoir plufieurs collets de différentes ouvertures, qui tous aillent dans les chaffis ; & quand la différence de la grofleur des pièces n’eft pas fort confidérable , on peut fe fervir des mêmes collets, en les ouvrant un peu, ou bien en ôtant du bois de leur largeur, pour diminuer le diamètre de leur ouverture,
- Que ce foit les mêmes collets qui fervent à différentes pièces, ou qu’on en ait de différentes grandeurs d’ouverture, il faut toujours qu’ils foient conftruits comme ceux dont je viens de parler, que j’ai repréfentés fig. 7 & 8, au double
- de
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- Sect. IL §. IL Machines propres à faire des Cannelures * 3Cc. 919
- de la grandeur des figures 3,4 & y ; & il faut avoir grand foin quils entrent Æi— très-juftes dans les chaflis qui les portent, tant fur l’épaifleur que fur la Ion- Planché gueiir, afin quils ne faflent aucune efpece de mouvement lorfqu’on vient à ^l2k canneler la piece.
- On doit avoir la même attention pour les chaflis qui portent les collets ,1 efo quels doivent auffi être très-juftes entre les deux jumelles, afin quil ne fe fafle aucune efpece d’ébranlement lorfqu’on travaille* Si on vouloit éviter la dépenfe * on pourroit fupprimer les vis N9 N, fig. 7 & 8, qui fervent à haufler les collets , & y mettre feulement des cales qui les tiennent élevées à la hauteur néceflàire, ce qui deviendrok moins coûteux, fans que l’ouvrage fût moins bien fait.
- Au-deflus du principal chaffis de la machine à Canneler, font placées trois traverfes, R, S 9fig. 7, lefquelles ont environ un pouce & demi à 2 pouces d’épaifleur, & font toutes trois ravalées en deflbus dans la plus grande partie de leur longueur, ainfi que celle T U9 fig. 7, afin de lailfer paflèr la réglé X Y $ fig. 4 & y , laquelle fert de conduite à l’outil Z, fig. 4.
- La traverfe Q, fig. 5 , eft placée à fextrémité de la machine , où elle eft arrêtée en place, & on y trace une ligne efy laquelle correfpond avec le milieu de toute la machine, & par conféquent avec le centre des collets dans lefquels la piece à canneler eft placée ; cette ligne e f fert à placer le devant de la réglé au centre de la machine, & on arrête cette réglé en place par le moyen d’une vis g, laquelle fait preffion deflus, ce qui eft fùffifànt pour la tenir en place; j La traverfe R n eft pas arrêtée à demeure fur le principal chaflis de la Machine * elle n’y eft aflujettie que par le moyen de deux vis h9 i, fig. y <& 7, dont la forme des têtes eft barlongue comme un T, lefquelles têtes entrent dans des rainures T /, m, pratiquées dans le deflus des jumelles, de maniéré qu’on peut avancer ou reculer la traverfe R autant qu’on le juge à propos* Le corps de ces vis eft quarré pour qu’il ne tourne pas dans la traverfe R , & il n’y a que leur extrémité qui eft) arrondie à l’endroit du filet pour recevoir l’écrou à aile qui fait preffion fur la traverfe, 8c la retient en place.
- Les rainures du deflus des jumelles, ainfi que celles des cotés intérieurs, fo font d’abord au bouvet & à la guimbarde à l’ordinaire , fig. r 1 ; puis on les fouille de côté avec une autre guimbarde, dont le fer eft reployé en retour d’équerre, comme la fig. 12. Quand les rainures font d’une certaine longueùr , comme celle des deux jumelles * on met ce fer dans une efpece de guillaume de côté, qu’on mene à la maniéré des becs-de-canne.
- La traverfe R eft auffi divifée en deux par une ligne n 0, fig. y, laquelle répond au centre des collets; & on y perce une mortaife d’environ 6 pouces de long , & de l’épaifleur du collet d’une vis attachée avec l’extrémité de la réglé X Y, fig. 4 & J > afin qu’on puifle faire mouvoir la réglé à volonté* & la fixejç enfuite en ferrant fon écrou.
- MenuîsïEH >HL Part. Ï1L Secï. , Bu
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- I
- Flanche 312.
- «920 MENUISIER, ni. Pan. Sec1. III. Chap. XIII.
- La derniere traverfe S, eft attachée à demeure fur les jumelles, à 3 ou ^ pouces de diftance de la traverfe du bâtis, & on y ajufte une petite piece mobile à queue daronde, au milieu de laquelle eft tracée une ligne pq9 qui répond au milieu de toute la machine, ainfi que celle des autres traverfos : cette piece mobile fert d’alidade pour arrêter en place la platine divifée en parties égales , repréfentée dans la figure 6 9 ce qui fe fait par le moyen d’une pointe placée au bout de cette piece à queue, laquelle pointe eft correlpondante a la ligne p qy 8c entre dans les trous de la platine, qu’elle empêche par conféquent de tour^ ner , ainfi que la piece à canneler, au bout de laquelle cette platine eft forte-*' ment attachée par le moyen de deux vis; de forte qu’en failànt mouvoir là platine d’un point de fa divifion à un autre , la piece à canneler fait le même mouvement toujours en parties égales , & en rapport avec le nombre des divifions de la platine fur lefquelles on opéré. Voye^ les Fig. 4, 5 & 8.
- La platine à divifer , fig. 6 9 doit être de cuivre ou de fer-blanc* ce qui eft cependant moins bon ; & elle doit avoir 7 à 8 pouces de diamètre, & être percée à fon centre d’un trous * pour y placer une pointe qui réponde au centre de la piece à canneler * à laquelle la platine eft attachée par deux vis qu’on fait paffer dans les trous r Sct3 comme je l’ai dit plus haut. Ces trous doivent être un peu alongés , afin qu’on puiflq.'faire mouvoir la platine de droite Sc de gauche * pour des raifons que je donnerai ci-après.
- Quant aux divifions de la platine * il n’eft pas néceflàire qu’elles foient en grand nombre, les trois nombres 24, 208c 16y étant fuffifànts pour faire des cannelures depuis le nombre y jufqu’au nombre 24, c eft-à-dire, qu’on peut faire avec ces trois premiers nombres, ceux y, 5,8, 10 & 12, qui font ceux dont on fait le plus d’ulàge dans le cas dont il eft ici queftion.
- Il y a une petite difficulté dans la maniéré dont l’alidade p q9fig. y, eft placée y parce que la pointe qui entre dans la platine étant toujours à la même hauteur, il faut que tous les nombres de divifions de la platine foient fur la même ligne, ce qui pourroit y caulèr de l’embarras, & expofer ceux qui font ufage de cette machine, à fe tromper, en prenant un nombre pour un autre ; c eft pourquoi je crois qu’il feroit bon de faire mouvoir la pointe de l’alidade de bas en haut, de forte qu’elle rencontrât les différents cercles de divifions de la platine, tels qu’ils font marqués dans la figure 6,
- Quant à la maniéré de fe forvir de la machine à canneler, elle eft très-fimple: on commence d’abord par attacher la platine au bout fupérieur de la piece qu’on veut canneler, en obforyant que fon centre réponde bien exactement au centre de cette derniere, dont le bout doit être coupé bien quarrément avant de la tourner fur le Tour à pointe, afin que le trou de la pointe du Tour reftant apparent, puiffe fervir à centrer la platine. Ce qui étant fait, on place la piece à canneler dans les collets, & par conféquent dans la machine, comme on le voit repréfenté fig, 3 & 4 ; enfuite, après avoir fait choix du nombre & de la forme
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- Sect. IL §. II. Machines propres à faire des Cannelures, SCc. 921
- des cannelures, on place la pointe de l’alidade dans le premier point de divifion
- de la platine, dont le nombre répond à celui dont on a fait choix, & on coin- Planche
- * % 1
- mence la cannelure , ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- On commence par tracera part le plan des cannelures, foit avec des filets, comme la figure 9 , ou bien fans filets, afin de fe rendre compte de fefpace qui doit régner entre les cannelures, de leur profondeur, ainfi que de celle des filets ; ce qui étant fait, on ajufte un bouvet A , dont le conduit porte fur la réglé B,
- Q qui eft la même que celle X Y, fig. 4 & $ ) & qui redefcend en contre-bas de cette derniere, & de la profondeur du filet ; de forte qu’on poulie ce bouvet fur la pièce à canneler jufqu a ce qu’il porte fur la réglé, comme on peut le voir dans la figure 9.
- Quand les filets font faits d’un côté à chaque cannelure, on creufe la gorge de cette derniere avec un rabot rond, fig. 10, difpofé comme le bouvet, fig*
- 9 , en obfervant de deflerrer les vis de la platine pour la faire tourner fur elle-même de la largeur du filet, afin que l’angle u de la cannelure fe trouve palier par la ligne du centre de la piece, St foit par conféquent à-plomb du devant de la réglé, ce qui eft nécelîàire pour que la largeur du filet le trouve diminuer en raifon des différents diamètres de la piece, que j’ai fait très-différents dans cette ligure, pour qu’on en fente mieux l’effet.
- Si la piece à canneler étoit d’un diamètre égal d’un bout à l’autre , on pourvoit fe palier de changer la platine de place, & on obferveroit au rabot rond une joue d’une épaiffeur égale à la largeur du filet, comme je l’ai indiqué par des lignes ponéluées x , j, fig. 10, ce qui feroit égal, pourvu que le fer fut affûté fuivant la forme de l’arc de cercle u £ 9fig. 9.
- Dans le cas où il n’y auroit pas de filets aux cannelures, Sc quelles feroient d’égale largeur, on feroit un rabot rond qui feroit la cannelure tout d’un feul Planche coup, & qu’on placeroit perpendiculairement au centre de la machine, ce qui 3 *3* obligeroit à reculer la réglé XY, fig. 4 & 5,/V. 312 ,de la moitié de la largeur de la cannelure. Il faudroit auffi que le rabot rond eût deux points d’appui, l’un en dehors qui portât fur la réglé à l’ordinaire , St l’autre en dedans qui portât fur la piece même, afin que la cannelure fût d’une profondeur égale des deux côtés St dans toute fa longueur , ce qui ne pourroit être fans cette précaution, fur-; tout fi la cannelure étoit un peu large ; on pourroit même , pour plus de sûreté , faire à l’outil deux conduits qui portalîènt fur la piece même tant en dedans qu’en dehors, ce qui ne changeroit rien à la maniéré d’opérer, fi ce n’eft qu’on feroit obligé de reculer la réglé de l’épaiffeur de ce dernier conduit, comme je l’ai obfervé à la figure r.
- Quand on a fait les filets, & commencé la gorge d’un des côtés des cannelures , comme je viens de l’enfeigner, St que je l’ai repréfentéyzg. 2, on change la platine de place, St on fait correfpondre la première ligne de ces divifions à l’arête de la cannelure oppofée à celle qui eft faite j enfuite on change la réglé
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- Planche
- i'i*
- 5m ME NU15IË R, III Part. Sel1111. Chap. X1ÎL
- - de fopport de côté , & on recommence l’opération à gauche comme on Ta faite adroite; & quand on opéré jiifte, on peut être affuré d’avoir des cannelures très-bien faites & en peu de temps, ce qui eft un double avantage. Voye^ U Fig* 3 , qui repréfente cette fécondé opération , & les filets fouillés d’un des côtés de la figure.
- Quand les pièces à canneler font d’un diamètre inégal , Comme celles des figures 3 , 4>5 ^ 9 9 de la Planche 312, en foivant la méthode que je viens de donner , on efl: sûr de faire les cannelures , leurs filets & les lifteaux qui les féparent* non-feulement parfaitement égaux entr’eux, mais encere d’une diminution de largeur proportionnelle aux différents diamètres de la piece ; cependant il faut faire attention que cette diminution ne fe fait que fur la largeur, & qu’en faifimt toucher le defïous de la piece au-deflbus de la réglé , le bouvet ne peut pas manquer de faire des filets d’une profondeur égale d’un bout à l’autre, ce qui ne peut pas être dans le cas où la piece à cannelet efl: d’un diamètre inégal 5 c’eft pourquoi au lieu de mettre le deffos de la piece à canneler parallèle avec le deflbus de la réglé, il faut au contraire faire redef-cendre le petit bout de cette derniere de ce que le filet doit avoir moins de pro* fondeur de ce bout que de l’autre, comme je l’ai obforvé jig* 5 , ce qui ne fouffre aucune difficulté, finon que quand les pièces font un peu longues, la réglé qui fert de conduite à l’outil, efl: fujette à ployer un peu fur là longueur, à quoi on peut remédier en partie, en la faifànt affèz large pour qu’elle porte d’un côté fur une des jumelles, ôc en plaçant de diftance en diftance entre ces dernieres , des efpeces de gouffets qui la foutiennent & l’empêchent de ployer fous l’outil, fur lequel on ne doit pas appuyer beaucoup lorfqu’il efl: près de porter for la réglé, qui d’ailleurs doit être faite de bois bien liant, très-droite ôc d’égale épaiffeur dans toute fa longueur , ôc d’une épaiffeur capable de réfifter à une prefïion médiocre.
- Si la piece qu’on veut canneler étoit non-foulenîent d’un diamètre inégal d’un' bout à l’autre, mais encore bombée fur fit longueur, comme, par exemple $ le fût d’une colonne diminuée par le bas, on fe ferviroit toujours de la même méthode pour la canneler, à l’exception qu’on feroit porter la réglé, fefvânt à conduire l’outil, fur le nud de la colonne dans toute fa longueur, & qu’au lieu de faire cette réglé d’égale épaiffeur dans toute fa longueur, on l’augmenteroiÊ par les bouts en raifon de ce que les filets des cannelures doivent diminuer â mefore que le diamètre de la colonne feroit moins gros, & par conféquenc les cannelures moins larges ( * ).
- Quant à la ïnaniere de terminer la différence de la profondeur des filets des cannelures, elle efl trè*facile : il ne s’agit que de tracer un triangle-reélangle
- (*) On pourroit fefervir de la machiné dont je fais ici la description, ou du moins d’une à peu-près Semblable, pour tracer les cannelures des colonnes d’un très-gros diamètre, ce qui feroit plus jufte & plutôt fait que de les com-
- parer ôc de les tracer comme on fait ordinairement. J’en ai fait exécuter en plâtre dont les cannelures ont été tracées de cette maniéré, lesquelles ont fort bien réufli, Ôc qui ont été très-promptement faites.
- abc.
- «
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- Sect. ïï. §. II. Machines propres à faire dès Cannelures ; ôte.
- A B C, fis, - 41 dont 1 hypoténufo B C {oit le côté de la piece prolongé jufqu’à ce qu il rencontre 1 axe de cette même piece auffi prolongé, ce qui donne un point Chors la Planche, auquel on fait tendre une ligne, qui eft le fond dii filet, dans toute la longueur de la piece, laquelle ligne part d’un point at . donné par la partie du plan de là piece, tracé à fon extrémité fupérieuré.
- Ce qu’on fait pour avoir la profondeur du filet, peut également s’appliquer pour avoir la profondeur de la cannelure , qui, de plus, eft donnée par fa largeur , laquelle eft, pour l’ordinaire, le double de fa profondeur» - Z"
- Quand les gorges des cannelures font d’un diamètre & par conféquent d\me profondeur inégale, on ne peut pas les évuider entièrement avec le rabot rond a joue dont j ai parlé ci-delfus, vu qu’en changeant de diamètre, elles changent de courbure ; c’eft pourquoi on donnera au fer du rabot rond à joue, une forme femblable a 1 arc de cercle du plus grand diamètre de la cannelure, 8c on ne le fera defeendre qu’autant que le permettra la profondeur du plus petit arc, eii égard cependant à ce que le bout inférieur de la piece défeende en contre-bas de la réglé, comme je l’ai dit ci-deflus ; enfuite de quoi on achèvera de donner à la cannelure la forme convenable avec un rabot fond ordinaire. Voye^ la Fig.
- 2 , où le fer du rabot rond eft difpofé comme je viens de l’indiquer.
- Quand il n’y a pas grande différence entre les deux diamètres d’une piece ; les difficultés dont je viens de parler fe réduifent prefqu a rien, & je ne me fuis attaché à les faire connoîcre, que pour accoutumer ceux qui voudront donner à leurs ouvrages toute la perfe&ion poffîble, à ne rien négliger de ce qui pourra concourir à cette même perfe&ion, & à s’accoutumer de bonne heure à ne rien regarder comme fuperflu dans la théorie, lorfqu’elle feryira à perfectionner la pratique. ' >
- Quand les cannelures des pièces ne font pas terminées par le bout comme celui 'E, de la figure 6, on les finit à l’ordinaire, ceft-à-dire, avec le bouvet & le rabot rbnd, comme je J’ai enfeigné ci-deflùs ; & quand elles font terminées comme le bout D, on commence d’abord par ébaucher le bout de la cannelure au cifeau & à la gouge, enfuite de quoi on fe fert du bouvet & du rabot rond , qu’on pouffé à la profondeur convenable; puis quand la piece eft hors de la machine, on finit le bout des cannelures avec la gouge, les cifeaux, & autres outils à manche qui peuvent être utiles, comme les burins, les grêles, les écouenes, 8cc.
- Cette maniéré de terminer le bout des cannelures, eft la plus ufitée, mais elle n’eft pas la plus parfaite ; parce que, quelque foin qu’on prenne, il n’eft guère poffible de le faire fans quelques inégalités, foit dans la profondeur des filets fqit dans leurs contours qui font quelquefois jarréteux ; de plus, en cr’eufant le bout de la cannelure avec la gouge, il arrive aufli, quelque foin qu’on prenne , qu’on gâte les arêtes, foit de la cannelure ou des filets, ce qu’on ne peut éviter qu en prenant beaucoup de précautions , ce qui demande un temps confi-"
- Î^ANCHE
- 3 H:
- dérable*
- Menuisier , IIL Part. HL Secl*
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- Planché
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- 924 MENUISIER , III. Part. SeB. IIL Chap. XIII.
- Cette difficulté a fait chercher des moyens plus sûrs 8c plus courts pour ter* miner le bout des cannelures, & cela (ans les ôter de deftus la machine, ce qui £e fait de la maniéré fui vante.
- On prend une plaque foie de fer ou de cuivfe ( ce qui eft égal ) F G 9fig. 7 & 8 , d’environ 2 lignes d’épaiffeur, fur 2 pouces & demi à 3 pouces de largeur , & d’une longueur capable de recouvrir d’environ un pouce fur chaque jumelle de la machine, avec lefquelles on la retient en place par le moyen de deux vis H, /, dont la tige eft recourbée pour entrer dans les rainures des jumelles y ainfi qu’on peut le voir à la fig. 7 ; & on doit réferver deux épaule-: v ments b y c, {aillants en deiîbus de cette plaque 9 afin qu’elle entre jufte entre les jumelles, 8c quelle ne puiffe pas s’écarter à droite ni à gauche.
- La plaque ainfi difpofée & arrêtée fur la machine, on y trace un trait au milieu des deux fens , &ona grand foin que celui d e y fig. 8 , correfponde bien jufte au milieu de la machine. Ce qui étant fait y à la rencontre des lignes d9e 9fig« 8 y on perce un trou rond d’un diamètre égal à celui de la cannelure, afin de placer la fraife avec laquelle oh termine la cannelure, comme je vais l’expliquer ci-après.
- Comme on fait des cannelures de différents diamètres, & que les unes ont des filets , 8c que les autres n’en ont point, il arrive que le trou du milieu de la plaque ne fauroit toujours être le même, ce qui fait une efpece d’inconvénient auquel on remédie en perçant un trou quarré au milieu de la plaque, dans lequel on ajufte d’autres petits morceaux de fer ou de cuivre h, /, /, rtiyjig. 8, percés chacun d’un trou rond, de différents diamètres, félon qu’il eft néceflàire, en raifon des cannelures qu’on a à faire , en obfervant toujours que le centre de ces trous réponde bien exactement au milieu de la machine.
- Ce qui étant fait, on place la piece à canneler comme je l’ai enfeigné ci-deffus, & on l’ajufte de maniéré que le milieu de la cannelure réponde bien au milieu de la ligne de y fig. 8 , & que celle/g9 foit bien ajuftée avec celle no ^ fig. 6 y qui eft le centre de l’extrémité des cannelures, laquelle ligne doit être également tracée fur les jumelles pour centrer la plaque, ainfi que je l’ai obforvé fig. 8 ; enfuite de quoi on fe fert de la fraife comme d’une meche de vilebre^ quin , pour creufer le bout de la cannelure, comme on peut le voir fig. 7.
- Les fraifes propres à faire ces fortes d’ouvrages , font de deux efpecesj favoir, celles dont l’extrémité eft d’une forme cylindrique, comme h fig. p 9 8c celles qui font terminées en forme de boule, comme la fig. 10 ; toutes les deux s’ajuftent dans un fût de vilebrequin, 8c doivent être faites d’acier taillées en forme de foies , ou, pour mieux dire, dentelées ; & on doit toujours y faire un repos, afin quelles n’entrent pas plus profondément qu’il ne faut, 8c que les filets & les cannelures foient tous d’une égale profondeur.
- Quand les cannelures ont des filets, on fe fert d’abord de la fraife cylin-drique, fig. 9 , & on fait tout de fuite tous les filets des bouts des cannelures;
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- Sect. 11. §• H- Machines propres à faire des Cannelures, SCc. enfuite, fans changer la principale plaque de fer F G , on change celle du milieu & on en met une autre percée d’un trou , dont le diamètre doit être Planche égal à celui de la cannelure, pris du dedans des filets ; enfiiite de quoi on fe fert ^^
- de la Fraife fig. io? pour évuider le bout de la cannelure, ce qui ne fouffra aucune difficulté*
- Quand on fait ufàge des fraifes pour finir les Cannelures, il faut avoir gfancl foin de tenir le vilebrequin bien d’à-plomb , pour que la cannelure foit bien jufte au milieu de la ligne de, fig. S ; & quand on fera ufàge de la fraife cylin-5 drique, fig. $>, il faudra, après l’avoir fait entrer perpendiculairement, la penj cher un peu de droite & de gauche, pour fuivre , autant qu’il eft poffibie , le parallélifme du cercle de la piece à canneler , ce qui oblige à bombeq un peü le deffus de la plaque de fer h i l m, ainfi que je l’ai indiqué à la fig. y , où cette plaque eft non-feulement bombée, mais dont le trou eft évuidé en dehors, afin qu’en penchant la fraife elle ne s’écarte pas de fa place;
- J’ai dit plus haut qu’on pouvoir faire la plaque hilrài de fer ou de cuivre J cependant comme les fraifes font dentelées fur le coté, il y auroit à craindre qu’elles n élargiffent le trou de la plaque en frottant contre ; c eft pourquoi je croîs qu’il feroit bon de faire la plaque d’acier trempé, & de faire les fraifes aufli d’acier, mais non trempé , ce qui eft fuffifant pour travailler les bois.
- Quant à la forme & à la conftruétion des fraifes , je n’en parierai pas ici davan** tage parce que je traiterai cet Article plus Bas, en parlant des outils propres â percer les métaux* 11
- La machine propre à faire les cannelures dont je viens de faire la defcription / pourroit être fufceptible de beaucoup d’augmentation & même de perfeétion j mais on ne pourroit le faire fans beaucoup la compliquer, & par conféquent là rendre plus coûteufe, ce qu il faut abfolument éviter dans le cas dont il eft ici queftion , vu que les Ouvriers ne font pas en état de faire de grandes dépenfes en outils tels que celui-ci, qui, tout fimple qu’il eft, ne laifîe pas de devenir encore coûteux, proportion gardée avec les moyens du plus grand nombre , & le peu d’ufàge qu’ils en font*
- §. IIL Defcription de là Machine appetlèe communément Outil à ondes *
- & la maniéré dy en faire ufàge de différentes façons i
- La Machine dont je vais faire la defcription, eft le plus grand & le plus compliqué de tous les outils des Ebéniftes, lefqueis en faifoient beaucoup d’ufage autrefois ; maintenant iis ne s’en fervent plus, depuis qu’ils ne font que des ouvrages de bois de rapport, & qu’ils ont, pour ainfi dire, fait confifter toute leur fcience à bien plaquer les bois. Cependant comme cet outil eft très-ingénieux, & qu on ne le trouve nulle parc, j’ai cru ne pas pouvoir me difpenfèjE
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- 926 MENUISIER, III. Part. Sèct. llî. Chap. XIII.
- . de le donner ici, afin de le conferver à la poftérité, fuppofé que cet Ouvrage y parvienne {* ).
- L’ufage de l’Outil à ondes, repréfenté fig. 1 > eft de pouffer fur le bois des tmoulures ondées ou guillochées, foit fur le plat , foie fur le champ, ou même de ces deux fens à la fois.
- Il eft compofé d’une caifte ou boîte dé 7 à 8 pieds de long, fur un pied de largeur, & 9 à ïo pouces de hauteur, le tout de dehors en dehors ; cette caillé eft ouverte en deilus & par les bouts, de maniéré que l’écart des deux côtés ti’eft retenu que par des traverfes A, B, fig, 1 & 2, placées aüx deux bouts de la boîte, 011 elles font affemblées à tenon & mortaife. À environ la moitié de la hauteur de la boîte, eft placée une planche C D, fig* 2, d’environ 2 pouces 'd’épailleur $ nomméefommiery laquelle, pour plus de folidité , doit être emboîtée par ies bouts, & barrée en defîous. Cette planche ou fommier entre à coulilfe dans les deux côtés de la boîte, ( qui ne doivent pas avoir moins d’un pouce & demi d’épaifleur ) & fert à porter les moulures à onder, comme je l’expliquerai ci-après, & qu’on peut le voir fig. 2, qui repréfente la machine • vue en aeftus*
- Au milieu de la boîte eft placé un chaffis quarré d’environ un pied de largeur £ vu de côté, & qui excede de 9 à 10 pouces le delîus de la boîte, aux côtés de laquelle il eft attaché avec des vis, 8c dans lefquels il entre à tenon & en entaille, comme on peut le voir dans les développements de cette machine, repréfentée dans la Planche fuivante , fig. $ & 6.
- La largeur de face de ce chaffis eft terminée par celle de la boite', aux côtés de laquelle il faut que les montants de ce dernier affleurent intérieurement : c’eft dans ce chaffis qu’eft placé le refïort qui prefîe fur le porte-outil E 9fig. r , lequel reflort s’abaifie & fe hauffe à volonté par le moyen de la vis F f fig. x & 2.
- Toute la machine eft portée fur un pied d’une conftruélion folide, & évafé en forme de treteau, pour lui donner plus d’empattement; la hauteur de ce pied doit être de 2 pieds 8 à 10 pouces, afin qu’il y ait environ 3 pieds de hauteur depuis l’axe de la manivelle G, jufqu’à terre , ce qui eft la hauteur la plus convenable pour que la perlonne qui tourne cette manivelle ait toute fa force foît qu’elle foit élevée ou abaiflee.
- Il y a dans cette machine deux mouvements ; l’un horifontal, qui fe fait pat
- (*) Il ne m’a pas été poftiblede trouver un Outil à ondes exiftant, pour en faire une bonne defeription ; je n’ai eu que deux fers, vendus avec d’autres férailles, qui m’ont cependant été très-utiles pour me fixer certaines grandeurs que je n’ai pu connoitre dans la defeription que M. Féîibien a faite de cet outil, laquelle defeription eft d’ailleurs très-fuccin<fte, & même peu exaète, de maniéré qu’elle n’a pu fervir qu’à me donner une idée de? cette Machine, que j’ai enfuixe
- arrangée de la maniéré qui m’a paru la plus convenable; Il eût été fort àfouhaiter que ceux qui ont décrit cette Machine dans l’Encyclopédie , enflent fait quelque chofe de plus que de copier M. Féîibien, au lieu d’en augmenter l’ob-feurité & l’inexaftitude, ainfi qu’ils ont fait; ils euflent été utiles au Public, & en particulier aux Ebéniftes, auxquels ils auroient confervé, ou, pour mieux dire, rendu un de leurs principaux outils.
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- - Sect• IL §. III. De la Machine ap'ellée Outil à ondes. 927
- îè moyen de la manivelle G , fîg. 1, qui, en faifànt tourner un pignon placé dans l'intérieur de la boîte, entraîne le fommier AB, fig. 2 , 8c par conféquent l'ouvrage qui eft arrêté deffus.
- L'autre mouvement fe fait verticalement de haut-en-bas, 8c dépend du pre~ mier ; parce que la tringle ou conduite ondée H H, fig. r & 2, qui eft arrêtéë fur le fommier, fe mouvant par conféquent avec ce dernier, fait hauffer lé porte-outil F, Fig• 1, qui redefcend au fil-tôt de lui-même, tant par fon propre poids, que par la prefllon du reflortplacé au-deflus. Voye^la Fig. 4, qui repréfente une conduite ondée grande comme l'exécution ; & la Fig. 5, une moulure toute ondée félon les finuofités de la conduite Fig. 4. Voyez pareillement la Fig. 3 , qui repréfente la coupe du porte-outil, dont je ferai la defcription ci-après ; 8c la Fig. 6, qui repréfente un fer vu de face avec differents profils , le tout grand comme l'exécution.
- Les Figure r & 2 de cette Planche , représentent l’une la coupe tranfverlàle de la machiné , prife à l’endroit des pignons, & l’autre la coupe longitudinale de cette même machine, afin de faire mieux connaître le détail de fa conftruc-tion, & le méchanifme de fes opérations.
- L'axe A B, Fig. 1, doit être placé dans des collets de cuivre a, h , afin qu'il tourne plus doucement ; & on doit obferver à un des côtés de la boîte, une ouverture quarrée capable de laiffer paffer les pignons C, D , fuppofé qu’il fût néceffàire de retirer l'axe dehors ; les pignons C,D, engrainent dans des crémaillères c, d, Fig. 1,8cE,F, Fig. 2 , lefquelies font incruftées dans le deflbus du fommier G G, mêmes Fig. d'environ 9 lignes de profondeur, & on les y arrête avec des goupilles placées de diftance en diftance dans les côtés de ce dernier , en obfervant que les crémaillères foient bien vis-à-vis l'une de l'autre, pour que les deux pignons C, D, Fig. I , faflent effort également deflus; cependant comme il pourrait arriver que les dents des pignons ne fuffent pas bien directement vis-à-vis l'une de l’autre, on ferait très-bien, après avoir arrêté une des crémaillères, de ne pas arrêter l’autre qu'après avoir vérifié fi elle ya bien avec fon pignon, afin de pouvoir la reculer ou l'avancer s’il étoit néceffàire.
- Ces crémaillères peuvent être faites de fer ou de cuivre, ce qui eft indifférent , quant à la machine, quoiqu'il ferait bon quelles fuffent de cuivre, vu que le frottement des deux métaux differents eft plus doux 8c ufe moins que fî les deux parties, c'eft-à-dire , les pignons & les crémaillères étoient de même métal.
- Les tringles ou conduites ondées e ,f, Fig. ï , & H, H, Fig. 2 & 6, doivent pareillement être faites en cuivre , & elles doivent être repiôyées en retour d’équerre, pour avoir la liberté de les attacher avec des vis fur le fom-mier dans lequel elles font entaillées de toute leur épaiffeur, comme on peut* le voir aux Fig. 1 & 6.
- Menuisier , III. Part. III. Secli D it
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- 928 ME NUI SIE R, III. Pan. Se cl. 111. Chap. Xlll
- ^ Quand on pofe ces tringles fur le fommier , il faut avoir la plus grande atten* tion pour que leurs guillochis foient non-feulement bien vis-à-vis 1 un de 1 autre , mais encore qu’ils correfpondent au même point de leur contour avec la touche du porte-outil qui vient porter deflus, comme on peut le voir à la Fig* 4 » qui repréfente la machine vue par le bout ; & encore mieux à la Figrj , qui repre-fente le porte-outil auquel on a ôte la joue qui retient le fer en place, comme je l’expliquerai ci-après.
- Le porte-outil efl un chaffis IL, M N, Fig. 2 & ÿ , d environ 2 pieds de longueur, fur une largeur égale à l’intérieur de la boîte, moins le jeu néceflaire pour empêcher le frottement, qu’on évite en diminuant de l’épaifleur des battants dans toute leur longueur, & en y réfervant des talons par les bouts , pour * que le chalfis porte contre les côtés de la boîte, & ne puifle pas fe déranger lorfqu’on le fait mouvoir.
- Le chaffis du porte-outil efl: attaché aux côtés de la boîte par le moyen de deux vis à tourillon , repréfenté Fig. 3 , grand comme moitié d’exécution , dont l’extrémité o, efl terminée en cône , & porte dans un collet de cuivre incrufté dans le côté de la boîte.
- Cette vis efl arrêtée en place dans le chaffis par un écrou placé dans le milieu de Ion épaiffieur à l’ordinaire ; & pour empêcher que le mouvement du chaffis ne faffie tourner la vis, on y met un contre -écrou F en dehors, qu’on ferre contre le chaffis , ce qui empêche la vis de faire aucun mouvement. P^oyè^ les
- Fig. 3 & $.
- Comme il fe trouve des occafions où il efl néceflaire d’élever le point de mouvement du porte-outil, on perce plufieurs trous dans le collet de cuivre attaché au côté de la boîte, comme je l’ai fait à la Fig. 2.
- A l’autre bout du porte-outil, c’eft-à-dire, celui où efl adapté le fer, la tra-verfe I, Fig. 2 , doit être très-forte, & affiemblêe en chapeau, afin de préfenter une furface unie dans toute fa longueur, qui efl la largeur du porte-outil ; enfuite on applique deflus une piece de fer attachée avec des vis à tête fraifée, d’une longueur égale à la largeur de ce dernier, & on la fait déborder d’environ $ à 6 lignes par les deux bouts, pour faire deux touches qui portent fur les conduits ondes, & on fait une entaille dans le milieu de cette piece de fer pour placer le fer de l’outil, comme on peut le voir à la Fig. y.
- Ce fer efl retenu en place par une joue ( foit de fer ou de cuivre, ce qui efl égal,) qu’on arrête en place parle moyen de deux vis à tête quarrée g>g, Fig* 2,4^ 5 > ^ont I écrou efl placé dans l’épaifleur de la traverfe du chaffis. Voy. la Fig. 3 de ta Planche 3 14 , où j’ai repréfenté la coupe du porte-outil, avec la touche /, le fer L, & la joue extérieure M, laquelle defcend le plus bas poffi-ble , c’eft-à-dire , jufqu’au-deflus de la partie la plus creufe de ce dernier.
- Le deflous de la touche /, doit être le plus aigu poffible, ( fans cependant etre a vive-arête} pour quelle fuiye mieux tous les contours de la conduite
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- Sect. IL §. ///. De la Machine appellée Outil a ondes, pi# ondée NO ; & il faut avoir grand foin que le point d’attouchement de la touche — foie dans la même direction que le taillant du fer, comme je l’ai obfervé dans Planché cette figure, afin que le mouvement de l’outil ( qui fe fait en décrivant un arc de ^1 ^
- cercle, dont le centre fe trouve à l’extrémité du chaffis ) foit moins fenfible ; à quoi j’ai en partie remédié , en éloignant ce point de centre ou de mouvement le plus qu’il m’a été poffible.
- Le poids du porte-outil foroit prefcjue fufîifant poür faire mordre le fet fur lé bois ; mais cependant il faut toujours y mettre un refîbrt, tant pour augmenter le poids de l’outil, foppofé que cela foit néceflaire, que pour l’empêcher de forfàuters Ce reflort h i, Fig. a , ne porté pas immédiatement fur le porte-outil $ mais fur un levier dont les branches font attachées librement aux montants du chaffis mobile de la boîte en m9 Fig. % & y , & dont l’autre bout porte for la traverfè du porte-outil en n, ce qui augmente en même temps la force & l’élafticité du reflort, dont la partie fupérieure eft arrêtée en deffous de la tablette O, Fig*
- 2., avec la vis P, dont l’écrou eft placé dans le deflus du chaffis Q ; cette vis fert, comme je l’ai déjà dit, à augmenter ou à diminuer la preffion du reflort ;
- Sc la tablette O , dans laquelle pafle f extrémité inférieure de' la vis, ne fert I autre chofe qu*à la retenir en place, & à appuyer le talon o du reflort. Comme cette tablette eft mobile, on l’arrête du côté oppofé à la vis avec deux goupilles , qu’on place au travers des montants du chaffis, comme l’indiquent les points p}p*
- J’ai fait la tête de la vis P en forme de piton, pour qu’on ne puiffe pas la forrer ou la deflerrer en touchant deflus, & qu’on aye befoin d’un petit levier ou manivelle pour le faire , afin que ceux qui approchent de la machine lorf* qu’elle eft ajuftée, ne puiflent pas y rien déranger en y touchant*
- C’eft cette même raifon qui m’a fait préférer les vis à tête quarrée pour ferret la joue du porte-outil, parce qu’il faut une clef pour faire mouvoir ces fortes de vis, & qu’on peut l’ôter de deffous les mains de tout le monde, & par confé-quent empêcher qu’on ne change rien à l’outil.
- Quant à la maniéré de fe fervir de cette machine , elle eft très-fimple : on commence par corroyer des tringles de bois à la largeur du profil dont on a fait choix, & on les met de même d’épaifleur, en raifon de la faillie de ce même profil, & de la faillie des ondes ; ce qui étant fait, on met dans le porte-outil un fer uni, qu’on ajufte à la hauteur que doit occuper la faillie de la moulure,' puis on arrête la tringle corroyée fur le fommier, par le moyen de petites pointes de fer placées fur le dernier de diftance en diftance, & on fait mouvoir la machine en tournant la manivelle, ce qui fait avancer le fommier en avant, & par conféquent la tringle qui eft attachée deflus, laquelle, après avoir paffé* à plufieurs reprifes fous le fer uni, fe trouve ondée à là forfaGe.
- Quand la tringle eft ainfi difpofée , on ôte le fer uni, & on y fobftitue celui qui eft profilé, & on recommence l’opération jufqu’à ce que le fer ne trouva plus de bois à mordre, & que par conféquent la moulure foit parfaitement finie»
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- Planche 3 ï*
- Planche
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- 5>3ô MEN UIS1E K, ML Part. Sia. Ï1L Chap. XIIÎ.
- « Il faut avoir grand foin, avant de pQufférda moulure, de vérifier fi la tringle de bois eft placée bien parallèlement, ce qu'on connoît en la faifànt palier de toute fa longueur fous le fer qu’on tient élevé amdeffus , & on ne doit l’arrêter à demeure fur le fommier, qu’après avoir pris cette précaution. Il faut auffi obferver que les pointes qu’on place dans le lommier pour arrêter les moulures , fe trouvent au milieu de leur largeur, 8c qu’elles ne faillirent pas affez pour rencontrer le fer & y faire des breches, ce qu’il faut avoir grand foin d éviter.1
- Le fer de l’Outil à ondes fe place toujours perpendiculairement, ce qui fait qu’il gratte plutôt qu’il ne coupe<, ce qui ne peut être autrement, vu que fi on l’inclinoit à la maniéré ordinaire des outils de moulures , il écorcheroit le bois lorfqu’il vient à remonter, ce qui arrive à chaque ondulation ; de plus, le fer ainfi incliné ne fe trouveroit plus dans la même direction dans toutes fes parties* ce qu’il faut éviter autant qu’il eft poflible.
- Comme on peut faire plufieurs fers différents, il faut faire attention qu’ils foient tous de même largeur, afin qu’ils rempiiflent tous également l’entaille faite dans la piece qui porte les touches ; il faut aulfi avoir attention qu’ils foient tous de même épaiffeur , 8c que cette épaiffeur foit un peu forte , pour mieux réfifter à l’effort que fait le bois en paflant defïous.
- La manivelle avec laquelle on fait mouvoir l’Outil à ondes, peut fe placer foit à droite de la machine , comme à la Fig. 6 , ou bien à gauche, comme aux Fig. 1 & 4, ce qui eft affez indifférent, chacune de ces maniérés ayant leurs inconvénients 8c leurs avantages ; parce que fi on la place à droite, ce qui eft la * maniéré la plus naturelle, puifqu on fait effort en pouflànt, on ne voit pas bien l’ouvrage , derrière lequel on fe trouve placé ; fi au contraire on la place à gauche , on voit très-bien l’ouvrage, mais on eft obligé de faire tourner la manivelle à rebours ; c’eft pourquoi, pour obvier à ces deux inconvénients, j’ai cru qu’il valoit mieux difpofer les deux bouts de l’axe pour recevoir chacun une manivelle, comme à la Fig. y , de maniéré qu’on puifle s’en fervir comme on le jugera à propos , foit à droite, foit à gauche, ou même des deux côtés à la fois.
- L’Outil ou Machine à ondes, tel que je viens de le décrire, & que l’a repré-fenté M. Félibien , n’eft difpofé que pour faire des ondes fur le plat ; cependant comme il feroit quelquefois à fouhaiter qu’il en fît fur un autre fens, c’eft-à-dire, fur le champ , j’ai cru devoir chercher les moyens de le faire fans rien déranger à la machine , du moins quant à Ion enfemble, n’y ayant que le chafîîs du porte-outil de changé, comme je vais l’expliquer.
- Le chaffis du porte-outil propre à faire des moulures ondées fur le champ, s’attache aux côtés de la boîte de la même maniéré que le chaffis dont j’ai fait la defcription ci-deffus: il ne différé de ce dernier que par la partie antérieure, laquelle eft compofée de deux traverfes A & B, Fig. 3 & y, diftantes de 3 pouces l’une de l’autre, pour pouvoir placer le porte-outil C, qui y eft arrêté
- par
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- Sect.IL §JIIL De la Machiné appeilée Outil à ondes. par deux languettes, de maniéré cependant qu'il puiffe couler librement entre les deux traverfes, dont une , c’eft-à-dire, celle B, eft faite de deux pièces attachées enfemble par le moyen de deux vis ; de forte que lorfqu’on veut ôter le porte-outil, on enleve la piece de deffus B 9 qui neft aucunement adhérente au chaffis , au lieu que celle Z? y eft aiïemhlée à tenon Sc mortaife. Voye{ là Fig. I, qui repréfente le chaffis vu en perfpeélive, & coupé dans fa partie antérieure pour en faire mieux connoître fenfemble.
- Les touches de ce chaffis font arrêtées dans les deux battants fur la ligne dd milieu du porte-outil, aux points E, F9 Fig. J , afin d’être toujours dans la même direction du fer de l’outil, Sc elles defcendent en contre-bas du chaffis de ce qu’il eft néceflaire pour qu’elles portent fur les conduites ondées , Sc qtf elles faflent faire au chaffis fon mouvement ordinaire. Voye^ la Fig. 2 > qui repréfente la coupe de la machine, prife au milieu du porte-outil, Sc par conféquent à l’endroit des touches. Le fer G, Fig, 2, 3 & 5 , du porte-outil, eft placé perpendiculairement dans ce dernier, & y eft arrêté par une vis de preffion noyée dans fépaiffeur du bois , comme on peut le voir à la Fig. 7, Sc fon profil eft taillé par le côté, de maniéré qu’il faut autant de fers qu’on veut avoir de différents profils.
- L’aétion de ce fer fe fait ainfi qu’on peut le voir par le côté, Sc elle eft excitée par la preffion du reffort IH, Fig. 2 & ÿ, lequel eft attaché par le haut au chaffis en H, ôc vient faire effort contre le porte-outil en /, vis-à-vis l’endroit du profil du fer 9 de maniéré que ce chaffis a deux mouvements à la fois ; lavoir , celui d’ondulation, qui eft vertical, Sc qui eft commun au chaffis Sc au porte-outil ; & celui de ce dernier, qui, en fuivant le mouvement d’ondulation, a Un autre mouvement horifbntal de droite à gauche, qui eft caufépar l’aélion du relîort qui fait mordre l’outil fiir le bois, lequel n’eft pas attaché à plat fur le fommier comme ci-devant, mais au contraire fur le champ , Sc contre une joue ou conduite L L, Fig. 2 & 5 , qu’on attache avec des vis fur le fommier, comme on peut le voir dans cette derniere figure Sc dans la Fig. 4, qui repréfente le porte-outil Sc le chaffis vus par le bout.
- Si on vouloit que les moulures fuffent ondées fur le plat & fur le champ, on fe ferviroit toujours du même chaffis, dans lequel on met un autre porte-outil 'MN> Fig. 6, 7 & 9, différent du premier en ce qu’il eft beaucoup plus court que l’autre, & qu’au milieu de fon épaifleur, Sc fur le bout oppofé au reffort, il y a une touche de fer M, laquelle defcend perpendiculairement, & vient por-ter contre une conduite ondulée O O * Fig. 6,7 & 9 , qui donne au porte-outil un mouvement d’ondulation horifontal, qui, joint au mouvement d’ondu^ iation vertical du chaffis, remplit les conditions demandées, c eft-à-dire, produit des moulures ondées fur le plat & fur le champ. Voye£ la Fig. 8, qui repréfente le chaffis Sc le porte-outil vus par le bout.
- La conduite ondée O O, eft reployée deux fois en retour d’équerre, commté Menuisier y III. Part. III. Secï. En
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- «Enfriiarifti
- 932 ME NUIS IE R , ///. Part. SeB. Ht. Chap. XIII.
- on peut le voir dans la Fig. 6, afin que la partie ondulée foie élevée au - defTuâ Planche du fommier, & qu’on ait de quoi l’attacher fur ce dernier, ce qui fe fait avec des vis qui paflent au travers de la première conduite pour fe tarauder dans le bois, ou bien on fait ces vis à petit filet, & on les fait prendre dans la pre-* * miere conduite qui alors leur fert d’écrou.
- De quelque maniéré que ces vis foient difpofées, il faut toujours faire dans la partie inférieure de la conduite O O, Fig. 9, au travers de laquelle ces vis paflent, des mortaifes de la largeur du collet des vis, & d’une longueur afle^ confidérable pour qu’on puifle avancer ou reculer cette conduite autant qu’il fera néceflaire, pour que les parties {aillantes de ces ondulations répondent avec celles des autres conduites du fommier, ou bien la faillie des premières avec les? parties creufes de ces dernieres, ce qui dépend du goût ou de la volonté de Celui qui fait ufàge de cet outil, dont je ne ferai pas une plus ample deferip-tion, vu que je l’ai détaillé avec beaucoup de foin dans les trois Planches 314 , 315 & 3165 dont l’infpeélion feule des figures doit donner une idée aflez jufte de ce qui concerne la théorie de cette machine; quant à la pratique, je ne fàu-rois en dire davantage, vu que je n’ai jamais fait ufàge de cette machine, ni même été à portée de le faire, puifque je n’en ai point vu en nature , 8c que celle-ci, à la forme générale près, que j’ai tirée de l’œuvre de M. Félibien, eff; toute entièrement de ma compofition ; ce qui fait que loin d’être auflî parfaite qu’elle pourroit l’être , elle a peut-être encore bien des imperfections qui n’au-roient sûrement pas échappé à quelqu’un plus verfé que moi dans la compofition de ces fortes de machines, qui n’ont de vrai mérite qu’autant qu’elles font d’une compofition fimple, d’un ufàge facile, 8c fur-tout peu coûteufes, vu qu’elles font plutôt faites pour les Ouvriers que pour les Curieux, qui, fouvent, n’en font jamais ufàge. ,
- Section Troisième.
- • 7
- Defiriptlon des Outils de Serrurerie dont Vufàge ejl ne'cejfalre aux EbénlJIes«
- rm, Les Outils de Serrurerie à l’ufàge des Ebéniftes, font les Etaux de toutes Planche fortes , les Limes , les Outils propres à percer le fer ou le cuivre, tels que les
- *17' Forets, les Tourets, les Drilles ou Trépans, &c. enfin les Outils propres à
- ferrer l’ouvrage , comme les Vilebrequins de fer, avec toutes les pièces qui s’y adaptent, comme les Meches de differentes façons, les Fraifes 8c les Equar-rifloirs ; enfin les Cifeaux à ferrer, les Becs-d’âne crochus ou Dégorgeoirs, les Chafle-pointes.
- Les Etaux, Fig. 1 2, font des outils de fer dont l’ufàge efl: d’arrêter ferme
- en place une piece qu’on veut travailler, & de la préfenter à plat foit parallèlement , foit inclinée à l’horifon. Ils font compofés de deux principales pièces nommées mords ou mâchoires, dont wne A, eft attachée contre un établi, &
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- Êect. lïl. Defcrîptîon des Outils de Serrurerie , ôte. $3$ fautre B, fè meut par le moyen d’une vis C D , laquelle la fait ferrer du haut jutant qu’on le juge à propos ; en relâchant la vis, la mâchoire B s’écarte, ( du jnoins autant que la longueur de la vis peut le permettre, ) 8c cela par le moyen ^’un reifort F attaché contre l’autre mâchoire A, lequel fait effort contre la mâchoire mobile. La vis fe ferre 8c deflèrre par le moyen d’une manivelle E $ qui palfe au travers de là tête , de maniéré qu’on ferre l’ouvrage entre les deux mâchoires autant qu’il eft néceffaire.
- L’intérieur de la partie fiipérieure des mâchoires * eft dentelé, ôü pour mieux dire taillée comme une lime, afin que les pièces qu’on ferre entre, y tiennent plus folidetnent, ce qui eft bon pour celles qui font brutes, & qu’on ne craint pas dé gâter ; mais il n’en eft pas de même pour celles qui font finies, ou pour les pièces de bois que ces dents peuvent gâter en s’imprimant defliis, ce qui a fait imaginer de garnir les deux mords de l’Etau avec des morceaux de plomb Fig. 6, qu’on nomme mordaches, lefquels ferrent la piece fans la gâter * le plomb étant un métal beaucoup plus mou que le fer 8c le cuivre.
- Quand les pièces qu’on veut ferrer dans l’Etau , font bien polies, ou qu’elles font affez tendres pour qu’on craigne que les mordaches de plomb ne les meur-triflent, on fe fert d’une mordache de bois, Fig. 3, dont l’intérieur ab> eft garni de buffle collé deffus ; quelquefois au lieu de buffle * ôn y met deux morceaux de liege de y à 6 lignes d’épaifteur , lefquels reçoivent toutes les parties paillantes de la piece qu’on ferre dans l’Etau , fans en gâter aucune.
- Les mordaches de bois, pour être bonnes, fe font en noyer ou tout autre bois liant ; ce n’eft autre chofe qu’un morceau de bois d’environ un pouce & demi d’épaiffeur * fur 3 à 4 pouces de largeur, lequel eft refendu au milieu de fonépaiffeur jufqu’à environ un pied de fon extrémité inférieure. La longueur des mordaches en bois, doit être égale à la hauteur de l’Etau, plus 3 à 4 pouces dont elles doivent le furpaffer, afin que lorfqu’on l’incline pour en faire ufage ^ il porte toujours à terre.
- Il y a trois fortes d’Etaux ; fàvoir, les Etaux à pied, comme les Fig. i & a ks Etaux à patte, fig. 9 , qui different de ces derniers non-feulement par la for-: çe , mais encore par la maniéré de les arrêter, 8c les Etaux à main, F/g. 10 & 1 r*
- Les Etaux à pied s’arrêtent à l’établi par le moyen de deux tirants de fer G * H, Fig. 7 * lefquels font attachés fur l’établi avec de bonnes vis en bois. Le bout de ces tirants qui eft taraudé, pafle au travers d’une bride de fer /, laquelle eft retenue par deux écrous qu’on ferre autant qu’il eft nécellaire pour que la mâchoire de l’Etau tienne folidement. Quelquefois les deux tirants fe font d une feule piece, comme dans cette figure, ce qui eft très-bon ; mais ces fortes de* tirants ont le défaut de ne pouvoir fervir qu’au même Etau , 8c deviennent plus coûteux que de deux pièces: c’eft pourquoi on leur préféré ces derniers, auxquels on fait un petit talon pour appuyer le derrière de la mâchoire de l’étau.
- Les brides ainfi attachées fur l’établi, failliffent de toute leur épaiffeur»
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- crois qu’il feroit mieux de les entailler dedans, ce qui feroit plus propre & beaucoup plus folide. On feroit auffi très-bien de faire une entaille fur le devant de letabli, pour recevoir la mâchoire de fétau, comme je fai obfervé aux Fig 7 & 8 , à condition toutefois qu’on fe fervira toujours du même Etau, 8c qu’on ne le changera pas de place.
- Le bas des Etaux à pied porte immédiatement par terre , & on fait entrer la pointe dans un morceau de bois fcélé dans le plancher, afin qu’ils tiennent mieux le coup lorfqu’on frappe demis, ce qui arrivé quelquefois.
- Les Etaux à patte, Fig. 9, s’attachent fur l’établi , & y font arrêtés en deflous par le moyen d’une vis , à l’extrémité de laquelle il y a une petite pla-tine armée de pointes, lefquelles entrent dans l’établi lorfqu’on ferre la vis O.
- Il y a de petits Etaux à patte qu’on attache fur un morceau de bois d’environ un pied de long , de forte qu’on les tranfporte où on veut, foit fur l’établi, où on lés arrête avec le valet, ou par-tout ailleurs.
- Les Etaux à main, Fig. 10 & 11, fervent à tenir de petites pièces qu’on Veut limer. Il y en a de différentes grandeurs ; celui qui eft repréfenté ici à moitié de l’exécution , eft de la moyenne grandeur.
- Comme les Etaux à pied ne laiÜent pas de coûter cher quand ils font bons & bien faits , & que les Ouvriers n’ont pas toujours le moyen d’en faire la dépenfe, ils en font de bois, comme celui repréfenté Fig* 4 & y, lefquels, fans être fort chers , ne laiflent pas de leur bien fervir ; de plus, ces Etaux ont l’avantage de s’ouvrir parallèlement par le moyen d’une entre-toife M JS , percée de plufieurs trous, laquelle eft allemblée dans la mâchoire mobile, & pafte au travers de l’autre mâchoire , contre laquelle on l’arrête par le moyen d’une broche de fer à la diftance qu’on le juge à propos , ainfi qu’auxpreftes d’établi, auxquelles i 1s font prefque femblables.
- Pour rendre ces Etaux plus folides, on garnit de fer leur extrémité fupérieure,’ de forte qu’on peut également s’en fervir pour les métaux comme pour le bois.
- Cet Etau s’arrête à l’établi comme celui de fer dont j’ai parlé plus haut, ou bien fimplement avec un lien de fer reployé autour & attaché fur l’établi avec des vis, comme on peut le voir aux Fig. 5 & S. Le bout inférieur de la mâchoire dormante fe fcele en terre, ou bien eft attaché avec une forte vis Z, contre la traverfe de l’établi, à l’endroit de laquelle il eft entaillé.
- Les Etaux doivent être difpofés de maniéré qu’on puifle s’en fervir aifémenr, c’eft-à-dire, que leur hauteur, prife du deffus des mâchoires, foit en raifon de la hauteur de celui qui en fait ufàge, lequel étant droit devant l’Etau, doit trouver entre le deffus de ce dernier jufqu’à Ion menton, une diftance égale à la longueur de fon avant-bras, pris depuis la paume de la main jufqu’au coude , de maniéré qu’en s’appuyant le menton fur la main, le coude pofe fur l’Etau, ce qui donne de hauteur à ce dernier depuis 3 pieds 3 pouces, jufqu’à 3 pieds & demi du deflus des mâchoires.
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- Les Etaux ne fo pofent pas contre les établis ordinaires, lefquels feroient ******,4^ trop bas ; mais on les attache à des établis faits exprès, lefquels font ordinaire- Planché ment pofés contre lappui de la boutique , Sc expofés au meilleur jour poffiblë.
- La hauteur de ces établis eft d’environ 2 pieds 9 pouces, for iy à 18 pouces de largeur ; & il eft bon d’y faire un rebord en devant de 6 à 8 lignes de hauteur, pour retenir les pièces qu’on pofe deffus.
- Le deftbus de ces établis fo fait fou vent en forme d’armoire fermée, du on ÿ
- pofe feulement une ou deux tablettes, avec un rang de tiroirs en defibus de là table, pour pouvoir placer & ferrer les ouvrages & les outils de Serrurerie dépendants de cet établi*
- La Figure 12 repréfente Une Pince; la Figure i3,üneTenaille à boucle, propre à faifir de petites parties ; &la Figure 14, un Etau à main fait en bois, lequel peut fervir au défaut de celui de fer, Fig. 10 & 11. On obfervera que ces trois figures, ainfi que cette derniere, font deflînées à moitié de grandeur d’exécution.
- Les Figures 1, 2,3,4&y, repréfontent deux Limes de différentes efpeces * favoir, les Figures 1 Sc 2 , une Lime d’Allemagne ; & celles 3,4 & y , une Lime d’Angleterre. Ces Limes different entr’elles par la forme Sc par la taille * c eft-à-dire, par la maniéré dont elles font dentelées. Les Limes d’Allemagne font d’une forme longue, laquelle vient en diminuant par les deux bouts, tant for la largeur que for l’épaiffour, non pas en ligne droite, mais par des courbes prefqu’infonfibles. Les Limes d’Angleterre font plus courtes en proportion de leur largeur, laquelle eft prefqu’égale d’un bout à l’autre : elles font plus minces que les Limes d’Allemagne, viennent en diminuant par le bout, qui eft très-mince , & ont les faces un peu bombées, comme on peut le voir aux Fig. 3 & p
- La taille des Limes d’Allemagne a deux inclinaifons différentes ; la première , qui monte de droite à gauche, eft fort inclinée ; Sc la fécondé, qui monte dë gauche à droite, eft prefqu’horifontale ; au contraire, la taille des Limes d’An-; gleterre eft égaie, de forte que fes grains repréfontent des lofanges couchés y produits par des triangles équilatéraux, 'Sc eft faite à rebours de celle des Limes d’Allemagne, c’eft-à-dire, que la fécondé taille eft faite en montant de droite à gauche, ce qui ne fait rien à la chofo , parce que l’inclînaifon & la diftance des tailles étant parfaitement égales, il importe fort peu laquelle eft la première. Il n en eft pas de même des Limes d’Allemagne, ou il faut abfolument que la fécondé taille foit difpofée comme je l’ai dit ci-deflus, & toujours de gauche à droite , ce qui eft néceflàire pour qu’en faifont ufage de ces Limes, le fens ou elles mordent foit toujours oppofé à la force qui les fait mouvoir, & qu’elles në remontent pas for l’ouvrage malgré l’Ouvrier, ce qui arriverait nécefîàirement fi cette taille étoit dilpofée de droite à gauche.
- Il y a des Limes de toutes formes & de toutes grandeurs, depuis un pouce jufqu’à une ligne de diamètre ; mais on les diftingue ordinairement par la grofo four de leurs grains, qui, étant plus ou moins ferrés, les rendent plus douces Menuisier , III. Fart. IIL Secli F îi
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- 5,3g MENUISIER,IIL Fart. Seiï. III Chap. XIII
- ^ cm plus rudes ; c’eft pourquoi on divife les Limes en trois efpeces ; favoîr * les ^roftes, qui fervent pour ébaucher l’ouvrage fortant de la forge, ( & qui ne font guere utiles aux Menuifiers ) les bâtardes, qui fervent à lui donner la forme convenable , & les fines, qui fervent à le finir. Dans chaque efpece de Limes il y en a de plus ou moins grofles pour le grain, dont on fait ufage félon les différents befbins.
- Quant à la forme des Limes, il y en a de parallélogrammes par leur coupe, d’autres triangulaires , qu’on nomme Tiers-points , de tout-à-fait rondes, qu on nomme Queues de rat -, de demi-rondes , qui font plates d’un côté & rondes de l’autre; d’autres enfin qui font bombées des deux côtés. Il y a des Limes plates dont un des côtés n’eft pas taillé comme le repréfente la Fig. 3 ; ce qui eft très*, commode pour limer dans les angles rentrants dont il y a un côté auquel on ne veut pas toucher.
- Chaque Lime eft ordinairement garnie d’un manche de bois avec une virole de fer ou de cuivre au bout fupérieur, pour empêcher qu’il ne fe fende lorfqu’on enfonce la foie ou queue de la lime dedans. La groffeur du manche doit être à peu-près en rapport avec celle des Limes ; cependant on ne doit pas leur donner moins de 3 pouces de long, ni plus de y pouces, fur un diamètre propor-donné. Voyez celui de la Figure 9 , qui eft de la moyenne groffeur*
- Lorfqu’on veut limer une piece quelconque, on la met dans l’étau, en obfervant qu’elle l’excede aftèz pour que la Lime ne porte pas deftus ce dernier ; enfuite on prend le manche de la Lime de la main droite, avec laquelle on l’empoigne tout uniment, fans pofer le pouce ni le doigt index deftus, comme le font plufieurs Limeurs, à qui cette attitude roidit les nerfs des doigts, & leur rend le taél obtus, de maniéré qu’ils ne peuvent plus faifir de petites pièces. On prend de même le bout fupérieur de la Lime de la main gau che, qu’on fait porter # au fond de la paume de la main, puis on fait aller la Lime fur l’ouvrage en appuyant deftus autant qu’on le juge à propos, & en obfervant de mener la Lime bien de niveau, afin de ne pas limer rond.
- Il y a trois maniérés de mener la Lime, ou, pour mieux dire , de limer ; favoir, en long , en travers & à la main. Lorfqu’on lime en long, on pofe la Lime diagonalement fur l’ouvrage la plus inclinée qu’il eft poffîble, afin de mieux drefter la piece; lorfqu’on lime en travers, on la tient perpendiculaire à la piece, ce qu’on fait également pour les pièces de plat ou de champ, Lorfqu’on lime à la main , ce qui n’eft que pour les petites pièces, on fàifit la piece à limer avec l’étau à main, qu’on tient de la main gauche, en appuyant la piece qu on veut limer for un morceau de bois placé dans l’étau ; alors on prend la Lime de la main droite, dont on fe fert à l’ordinaire.
- Quand on veut limer diagonalement ou en chanfrein , comme difont les Ouvriers , on met la piece dans un petit étau nommé tenailles à chanfrein, dont les mâchoires inclinées à 4 y degrés, difpofent la piece de maniéré qu’on y fait le
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- Sect. III. Dèfcription des Outils de Serrurerie * SCc. 93 f
- chanfrein fans hauffer ni bailler la Lime. Je n'ai pas donné de figure de cet étau ,
- qu'on pofo dans l'étau ordinaire, parce qu'il eft très-rare que les Menuifiers en Planche
- falîènt ufàge. Celui qui lime doit fe tenir le plus droit poffible , le pied gauche ^1 §‘
- en avant contre le pied de l'étau, Se le droit en arriéré , la pointe en dehors
- afin d’avoir un point d'appui plus confidérable, & par conféquent plus de forcei
- il faut aufli éviter de fe balancer le corps, tout le mouvement devant être dans
- les bras.
- On lime non-feulement le fer & le cuivre, mais encore les bois durs, qu ori met dans l'étau à l'ordinaire , Se qu'on finit de même avec des Limes douces 5 cependant comme il fe trouve quelquefois beaucoup de bois à ôtêr, on ébauche avec la Râpe à bois, Fig, 6, laquelle différé des Limes par la forme de fa taille qui, au lieu d’être formée par des fentes, eft enlevée à coups de poinçon, ce qui fait une quantité de trous dont la bavure relevée donne autant de crochets fur la furface de la Râpe, lefquels prennent beaucoup plus de bois que les Limes.1
- Il y a des Râpes de différents grains , ce qui les rend par conféquent plus ou moins rudes. Leur forme ordinaire eft demi - ronde ; cependant il y en a de plates , Se qui ont un côté de lifte comme les Limes dont j’ai parlé ci-déftus. Les Râpes fe mènent comme les Limes ; e'eft pourquoi je n'en parlerai pas davantage»
- Avant de terminer ce qui concerne les Limes, je vais faire la dèfcription des ' Ecouenes & des Grêles de différentes fortes, comme.étant toutes des outils à manche , dont I’ufàgé eft d’unir (bit le bois ou les métaux;
- Les Ecouenes Fig. 7 & 8 , font des efpeces de limes dentelées fur ieur lar-; geur en forme de fcie, de maniéré qu’elles préfentent une continuité de tranchants à peu-près fembiables à celui d’un rabot de bout, lefquels dreftènt Se unifient bien mieux une partie d’ouvrage quelconque, que ne feraient la râpe Se la lime, qui, quelque douces quelles foient, font toujours des rayures, fur-tout dans les angles rentrants ou dans les filets creux dans lefquels elles paflent toujours à la^même place*
- Il y a deux fortes d’Ecouenes, celles en forme de lime, comme les Fig. 7,
- 8,9* 10, 11, 12, 13 & 14, qui, à proprement parler, ne font que des Grêles ; Se celles Fig. 17, 18 & 19, qui font de vraies Ecouanes ou Ecouenes i - Les Grêles font de différentes formes Se grandeurs: il y en a de larges 8c plates à manche droit, comme la Fig, 7, & d’autres dont le manche, ou pour mieux dire, la foie eft coudée pour que la main ne porte pas fur l’ouvrage ; d’autres qui font étroites, & qui diminuent par le bout fupérieur , comme les Fig. 10 & 11 ; d’autres au contraire dont ce bout eft le plus large, pour entrer , dans des cavités, comme des mortaifes Se autres parties ereufes dont on veut parfaitement évuider l’intérieur ; d’autres dont la partie dentelée eft arrondie ; d’autres triangulaires; enfin de petites, comme les Fig. 13 <§14, dont I’ufàgé eft de nétoyer les filets 8e les angles rentrants.
- Quand les Grêles font d’une certaine largeur, comme la Fig. 7, on inélfo®
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- 5>38 ME NUI SI ER, lit Part. SeÉl. NI. Chap. XIII.
- un peu leur dentelure, pour les raifons que j’ai données en parlant de la taillé <les Limes d’Allemagne. Aux grandes Ecouenes, comme à la Fig. ip, non-, feulement la dentelure eft inclinée, mais on la fait un peu bombée fur fà*lon-* gueur, afin que chaque dent prenne moins de matière à la fois, & ne la heurte pas de front.
- Les grandes Ecouenes font de deux fortes ; lavoir, celles qui font plates 8c d’un feul morceau d’acier, comme les Fig. 17 & 19 ; & celles qui, comme la Fig. i§ , font beaucoup plus hautes, 8c font compofées d autant ds morceaux ou lames d’acier qu’elles ont de dents, entre lefquels font placés a force des morceaux de bois qui les foutiennent, & qui, par conféquent, empêchent l’Ecouene de brouter. Cette efpece d’Ecouene a l’avantage de fervir beaucoup plus long-temps que l’autre, parce qu’à mefure qu’elle s’ufe , on peut affûter les dents & en ôter jufqu’à ce qu’elles n’ayent que 3 à 4 lignes de hauteur.
- Les Ecouenes font d’acier non trempé : on les affûte avec des limes ; & on redrefle leur fil avec un affiloir d’acier trempé, repréfenté Fig. 1^ & 16: cet affiloir eft monté dans un manche de bois, pour qu’on s’en ferve plus aîfément.
- En général, les Ecouenes ne fervent guere que pour les bois durs, la corne, l’os & l’ivoire ; cependant lorfque les petites Ecouenes font trempées % on peut s’en forvir pour les ouvrages de cuivre.
- Je n’entrerai pas dans un plus grand détail touchant l’ufàge des Ecouenes J parce que cela regarde la troifieme efpece d’Ebénifterie dont je traiterai ci-*; après.
- Après les Limes, font les Outils propres à percer le fer, le cuivre, & même les bois difficiles & autres matières, comme l’écaille, l’ivoire, &c.
- Ces outils font les Forets & les pièces qui en dépendent, comme l’Archet & la Palette, les Tourets, & le Drille ou Trépan.
- Les Forets, Fig. p & 10, font des outils d’acier dont un des bouts A, Figï p , eft affilé pour entamer la piece qu’on veut percer ; & l’autre Bf eft arrondi en forme de goutte , pour entrer dans les trous de la Palette, Fig. 13. Le corps du Foret eft quarré jufqu’à environ le tiers de fa longueur, & eft d’une forme un peu pyramidale, pour que la boîte ou bobine C, au travers de laquelle il pafle, y tienne d’une maniéré fixe, & quelle le faffe mouvoir avec elle, malgré la réfiflance qu’il éprouve en perçant la piece, foit de bois ou de métal.
- Les Forets different entr’eux par leur grandeur & par la forme de leurs bifeaux : ceux propres] à percer le fer font quarrés par le bout, & ont deux bifoaux comme les Fig, p & 10; ceux propres à percer le bois, ont le bout triangulaire, & n’ont de bifoau que d’un feul côté ; 8c ceux à percer l’or, l'argent & le cuivre, font de la même forme que ces derniers, à l’exception qu’ils ont quatre bifeaux, deux de chaque côté , comme aux Fig. 7 & 8, 8c qu’ils doivent être trempés ; au lieu que ceux propres à percer le bois, l’ivoire, &cw n ont pas befoin de l’être.
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- Sect. 1ÏI. Defcription des Outils de Serrurerie, SCc. pjp
- Il y a des Forets de différentes groflêurs, félon que l’exige la groflêur des trous qu on veut percer ; cela oblige à avoir autant de boîtes qu’on a dé Forets , ce qui ne laide pas que de gener ; pour remédier à cet inconvénient 4 on a imaginé de faire une boîte à Foret D F , Fig. 8, dans laquelle on adapté autant de Forets qu’on le juge à propos, ce qui eft très-commode, parce que la dépenfe de cette boîte une fois faite, on n’a plus befoin que de Forets, ce qui eft une chofe peu chere & bientôt faite , puifque ce n’eft que des petits morceaux d’acier qu’on a feulement foin de limer Sc ajufter d’un bout à la groffeuf du canon conique de la boîte à Foret, & qu’on affûte & ajufte de faune, félon qu’on le juge à propos.
- L Archet , Fig. n * tin morceau d acier, ou le plus fouvent un bout de fleuret monté dans un manche de bois, & on fait une entaille au bout du fleuret, dans laquelle on attache le bout d’une corde de boyau, dont l’extrémité vient rejoindre le manche auquel elle eft arrêtée,/comme on peut le voir dans cette figure. Il y a des Archets qui font de differentes grandeurs j celui qui eft repréfenté ici eft des plus grands.
- La Palette, reprefentee Fig. rj , neft autre choie qu’un morceau de h ois d’environ un pied de long, (y compris le manche, ) fur lequel eft attaché un morceau d’acier où font percés plufieurs trous , dans lefqueis on fait entrer l’extrémité B du Foret, Fig. p , lorfqu’on veut en faire ufage. Le deffous de la Palette doit être un peu creux fur la longueur, afin de ne point bleffer celui qui perce au Foret, ce qui le fait de la maniéré fuivante.
- On commence par placer dans l’étau la piece qu’on veut percer au Foret • enfuite, après avoir fait choix du Foret dont on a befoin, on prend l’Archet dont on fait tourner la corde un tour fur la boîte du Foret, en obfervant quelle foit affez tendue pour quelle la faffe mouvoir en frottant deffus ; puis on prend la Palette de la main gauche, & on la pofe fut fa poitrine, afin de recevoir le bout du Foret, dont la pointe pofe contre la piece à percer, de maniéré qu’il fe trouve pris entre celui qui perce St cette derniere; enfuite de quoi on prend le manche de l’Archet de la main droite, & on le fait aller & venir de maniéré q»’il fait tourner le Foret, qui, par ce moyen, entre dans la piece qu’on veut-percer.
- Lorfqu’on perce au Foret, il faut avoir grand foin qu’il foit pofé bien perpendiculairement de tous les fens avec la piece qu’on veut percer; & lorfqu’elle' eft d’une certaine épaiffeur, on fait très-bien de la retourner plufieurs fois dans l’étau pour redreffer le trou, fi par hafard il n’étoit pas bien perpendiculaire avec la piece*
- Comme il y a des Forets d’un très-petit diamètre, & qui, par c'onféquent, ont befoin de moins de force pour les faire mouvoir , on y met de petites boîtes de cuivre, comme à la Fig. 7, ce qui devient moins lourd & moins embarrafé fànt que les boîtes de bois.
- Menuisier y ///. Part. IIL Seâ< g
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- 940 MENUISIER, ni. Part. Se3. III. Chap. Xlïî.
- ' Quand les Forets font fi petits , qu’on craint qu’ils ne puiffent pas fupà porter l’effort de l’Archet, on les met dans des boîtes à Forets , dont l’extrémité de la tige eft fendue comme un porte-crayon, pour pouvoir y placer le Foret , qui y eft retenu avec une boucle. V^oye^ la Fig. 6, qui eft deffinée grande comme l’exécution , ainfi que la Fig. 7.
- On perce à l’Archet non-feulement avec des Forets tels que je les ai repré-* fentés ci-deflus, mais encore avec des Fraifes, lefquelles font de différentes fortes ; les unes, comme la Fig. y, fervent à évafer les trous pour faire les noyures des têtes de vis ; d’autres , comme la Fig. 4, qui fervent à évuider des trous le plus régulièrement poflible , après avoir percé un trou avec le Foret à l’ordinaire, pour placer le petit goujon qui eft placé à l’extrémité de cette Fraife pour la tenir en place ; 8c d’autres qui ne defcendent qu’à une certaine profondeur, comme la Fig. 3, fans parler de beaucoup d’autres plus ingénieufes les unes que les autres, & dont la defcription n’eft pas du reffort de cet Ouvrage.
- Les Tourets, Fig. 1 & 2, fervent auffi à percer au Foret, qu’on fait mou* Voir de même avec l’Archet ; toute la différence de cette maniéré de percer à celle dont j’ai parlé ci-defius, confifte en ce que c’eft le Touret qui demeure en place, Sc qu’on tient l’ouvrage de la main gauche avec laquelle on l’appuie contre le Foret, qu’on fait toujours mouvoir avec l’Archet à l’ordinaire.
- 11 y a des Tourets de fer, comme la Fig. 1 ; d’autres de bois, comme la Fig. 2, qui font moins coûteux, & ne laifïent pas de fervir tout auffi bien.
- Les Drilles ou Trépans fervent à percer des pièces dont la furface eft difpofée -horifontalement, comme celle F G, Fig. 12 : ils font compofés d’une tige ou tringle de fer, dont l’extrémité inférieure eft difpofée pour recevoir des Forets ou autres inftruments de cette efpece, qu’on change comme on le juge à propos. Un peu au-deffus de la mortaife faite pour faire fortir le Foret, eft adaptée une maffe de cuivre ou de plomb IL, Fig. 12 & 14 , pour augmenter le poids du Trépan, 8c pour lui donner un mouvement de vibration affez fort pour faire tourner le Foret, & par conféquent tout le Trépan fur lui-même, malgré la réfiftance de la matière qu'on perce.
- Le haut de la tige du Trépan eft percé d’un trou dans lequel paffe une Corde i laquelle eft attachée par les deux bouts à une traverfe de bois M N, au travers de laquelle paffe la tige du Trépan. La longueur de la corde doit être bornée de maniéré que la traverfe defcende le plus près de la mafïè IL, qu’il eft poffible.
- Quand on veut faire ufage du Trépan, on pofe la pointe du Foret à l’endroit qu’on veut percer, & on la retient en place avec les doigts de la main gauche , en lui laifîànt cependant la liberté de tourner quand il eft nécefîàire ; puis on fait tourner la traverfe M N fur elle-même , de maniéré que la corde s’entortille autour de la tige du Trépan, ce qui la raccourcit, & fait par conféquent remonter la traverfe en contre-haut, comme de M à 08c de A^à P; ce qui étant fait,on prend
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- Sect. ÏIÏ. Defcription des Outils de Serrurerie , SGc.
- la traverfe avec la main droite, & on appuie deffùs pour la faire promptement = defcendre, en obfervant de foulager la main lorfqu’elle eft ei train de defcen- Planche dre, afin que le Drille ne trouvant point d’oppofition dans le mouvement qui ^ lui eft imprimé par le développement de la corde, puiffe tourner encore affez Vite & avec afTez de force pour entortiller la corde de l'autre fens, Sc par con-féquent faire remonter la traverfe ; après quoi on recommence la même opération jufqu’à ce que le trou foit percé.
- Quand on veut changer les Forets du Trépan, on fait paffer une lame de fer $
- Fig. 15 , dans la mortaife, & on fait une pefée qui les fait fortir , ce qui eft fort facile, puifque la mortaife qui reçoit le Foret eft d'une forme conique $ ainfi que celle de la boîte à Foret, Fig. 8 , à laquelle le bas du Trépan eft parfaitement femblable.
- Je n’entrerai pas ici dans le detail de la conftruétion de cet Infiniment, ainfi qud des autres outils dont je parle ici, qui fe trouveront amplement décrits ailleurs j ce qui, de plus, eft étranger à mon fiijet. Les Menuifiers-Ebéniftes achètent ces outils tout faits, & ne s’amufent pas à les faire eux-mêmes, fuppofe qu’ils en fuffent capables.
- Les Outils de Serrurerie dont il me refte à faire la defcription , font ceux qui fervent le plus particuliérement à la ferrure de l’ouvrage , comme les Vilebre-* quins & les Meches de toutes fortes, les Cifeaux à ferrer, &c.
- Le Vilebrequin, Fig* 1, eft ordinairement tout de fer , sxcep&e la poignée A, qui eft de bois, & une noix B , dans laquelle la branche du Vilebre* quin tourne, ce qui eft très-commode, parce qu’en empoignant cette noix, elle refte fixe dans la main, & ne la fatigue pas tarit que le frottement des Vilebrequins de bois, qu’il faut en même temps tenir ferme Sc laifTer tourner dans là main.
- Ces Vilebrequins font très*commodes , Sc n ont d’autre inconvénient que de gêner pour les Meches, qu’il faut faire exprès pour qu’elles puiflent aller dans la boîte C9 Sc y être arrêtées avec une vis D ; ces Meches fervent pour percer le bois ; fàvoir, celle qui eft dans le Vilebrequin, qui eft une Meche de Menui* fier ordinaire -, celles Fig. 8 & 9, qui ne font propres que pour les bois tendres ;
- Sc celles Fig. 10 & 11, qui fervent aux bois durs, ainfi que la première, Sc qu’on appelle ordinairement Meches de F erreurs.
- Les Meches different entr’elles pour la forme, comme en peut le voir aux figures ci-deffus, mais encore pour la groffeur ; car on en fait depuis une ligne jufqu’à fix de diamètre, dont on fait ufàge félon les différents befoins, en obfervant toujours de faire tourner le Vilebrequin de gauche à droite en pouf fant la main en dehors, les Meches étant difpofées de maniéré quelles ne pr ern droient pas fi on le tournoit de l’autre fens.
- Les Figures 12 & 13, repréfentent une Meche à l’Angioife, laquelle a là - propriété de ne jamais faire d’éclats, & de ne point s’écarter de l’endroit où on
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- $42' MENUISIER, IlL Part. SeÛ. III Chap. Jfï//.
- Ta placée, dans lequel elle eft retenue par la pointe a, Fig. 12 <5 13, tandis que l'autre pointe b, qui eft moins longue que la première , trace ou, pour mieux dire, découpe le cercle que la Meche doit occuper ; enfùite de quoi l’autre côté de la Meche qui eft recourbé en c, Fig. 13 , coupe & enlevé lé bois de la piece qu’on perce. ' /
- On peut encore mettre d’autres outils que des Meches dans les Vilebrequins , comme, par exemple , des Frailes, ainfi qu’à la Fig. 14, (ou d autres de différentes formes dont j’ai parlé ci-deflus,page 9 24, en donnant la delcription d’une Machine propre à faire dés cannelures ) , des Equarriiïoirs & des Tournevis.
- Les Equarriffbirs Fig. 15 > font des morceaux d’acier trempé, à fix ou huiû pans, affûtés bien à vif, lefquels fervent à grandir & à évafer les trous déjà percés.
- Le Tourne-vis , Fig. 169 eft fort commode pour ferrer facilement les vis de telle groffeur qu’elles puiffent être, le Vilebrequin donnant beaucoup plus de puiflànce que les Tourne-vis ordinaires.
- Les Figures 2 & 3 repréfentent un Cifeau à ferrer, lequel eft tout de fer, oü, pour mieux dire, n’a pas de manche. Ce Cifeau eft plus à l’ufâge des Serruriers-Ferreurs que des Menuifiers, lefquels préfèrent de fe fer vit de leurs CifeauX ordinaires; en quoi ils font mal, celui dont je parle ici étant très-commode pour faire des entailles propres à placer les ferrures & autres ouvrages de cette efpece.
- Les Figures 4 8c $, repréfentent un outil nommé Empehoir, dont l’ufagé eft particulier aux Ebéniftes , lefquels s’en fervent pour ferrer leurs ouvrages | c’eft une efpece de Cifeau $ ou, pour mieux dire, de Fermoir reployé par lés deux bouts, de maniéré qu’en frappant défliïs avec le marteau, il coupe parallèlement à fa tige en E , & perpendiculairement à cette même tige en F. Cet outil eft très-commode pour faire des entailles dans les deflbus & autres endroits où on ne peut pas fe fervir des Cifeaux ordinaires; c’eft pourquoi on fait très-bien d’en avoir de plufieurs groffeurs : celui qui eft repréfenté ici eft deflîné à moitié de grandeur d’exécution, ainfi que le Cifeau à ferrer, Sc le Bec-d’âne crochu, Fig. 6 & 7, lequel différé des Becs-d’ânes ordinaires en ce qu’il n’a pas de manche, & qu’il eft très-mince, fon ulàge étant d’évuider de petites mortaifes ; c’eft pourquoi chaque Bec-d’âne a un bout plus mince & moins faillant que l’autre, du moins pour l’ordinaire.
- La Figure 17 repréfente un outil nommé Chajfe-pointe, qui fert à fonder les trous des ailerons des fiches avec la pointe G, & à en repouffer les pointés avec le retour H, qui fert également à cet ufage, comme à retirer le Chalîe-pointe lorfqu il eft trop engagé dans un trou.
- Voilà, en général, le détail des Outils tant de Totir que de Serrurerie, dont l’ufage eft néceffaire aux Menuifiers-Ebéniftes, lefquels j’ai traité le plus fuccinc-tement poflible, ne m’étant attaché qu’à ceux qui étoient les plus néceffàires , defquels même je n ai fait que donner une idée tant de leurs formes que de leurs
- u (âges
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- Sect. IIL §. /. Manière de ferrer VEbéniftèrlè. 943 ufages, fans entrer dans un détail particulier de leurs conftruéiions, ni des aügmen- „ , tâtions ou changements qu’on a faits Sc qu’on pourroit faire à chacun d’eux, lef- Planche quels doivent être décrits dans les Arts où ils appartiennent en propre, & sûre- 32°* ment beaucoup mieux que je ne puis Se ne me fuis propofé de le faire ici ; là defcription que j’en ai faite , quoique très-abrégée , paroîtra encore trop étendue & même inutile à ceux qui ne connoiflent les Arts que par leur nom, Sc qui les lifent plutôt pour s’amufer que pour s’inftruire ; c’eft pourquoi on pourra avoir recours aux différents Arts qui tiennent au mien, dans lefquels on trouvera le détail d’une infinité d’Outils Sc d’Inftruments de toutes, les efpeces , dont 011 pourra fe fèrvir avec beaucoup d’avantage*
- §. L Maniéré de ferrer
- V Ébénijteriè,
- Les ferrures qu'on adapte à la Menuiferie, font de deux efpeces ; lavoir ^ celles qui fervent à la folidifier & à en joindre les parties les unes avec les autres, comme les équerres & autres ferrures plates , & les fiches de toutes les efp eces ; & celles qui fervent à tenir lés portes Sc lés tiroirs fermés, ce qui comprend les ferrures de toutes les façons. La cdnftruétion de ces deux efpeces de ferrures, efl abfolument du reflort du Serrurier ; elles fë* trouvent pour l’ordinaire toutes faites chez les Marchands. Cependant dans les ouvragés d’Ebénif-; térie de quelque conféquence, il eft quelquefois néceflaire de les faite exprès ^ du moins en partie; c’eft pourquoi il faut que les Ménuifiers-Ebéniftes cdnnoit* fent bien cette partie de la Serrurerie, non pas pour la faire > mais pour la bien Conduire , & donner au Serrurier toutes les mefureS Sc les renfeignements néceffaires pour que la ferrure rempliffe bien l’objet qu’on s’en étdit propofé i il y a même certaines ferrurés qui exigént, pour être parfaitement bierà! faites, que les Menuifiers en ajuftent une partie des pièces que lés Serruriers né pourroient pas faire, à moins qu’ils né fuffent Menuifiers eux-mêmes ; ( ce qui eft toujours la même chofe) tant la partie de là Serrurerie dont je parle, efl intimement liée à la conftruélion de la Menuiferie, dont elle efl quelquefois eii partie ou totalement recouverte. Ce qüé je dis eft fi vrai, que malgré les Réglements des Serruriers, qui défendent aux Menuifiers dé ferrer leurs ouvrages eux-mêmes, les Menuifiers-Ebéniftes font en pofTeflion de le faire * non par un accord fait entr’eux Sc les Serruriers, niais parce que c’eft la raifon qui l’exige $ Sc qu’elle eft toujours écoutée lorfqu’elle eft favorable aux intérêts de ceux qui auroient droit de la méconnoître (*)*
- (*) Ce feroit une chofe également curieufe Sc utile, que le détail de l’efpece de Serrurerie dont je parle ici. Combien de ferrures ingé-nieufes font ignorées des Ouvriers mêmes, auxquels ce détail deviendroit d’un très-grand fe-cours ! Tel, par exemple, emploie tout ce qu’il à de génie pour compofer une forte d’ouvrage qu’un autre a fait avant lui, & peut-être mieux, fie qu’il ignore abfolument ; au lieu que s’il
- Menuisier>11L Parc, IIL Seet*
- le favoit, le temps Sc ï’induftrie qu’il a mis a compofer une piece qu’il a cru neuve , il les emploieroit à la perfectionner, ôc les Arts avan-ceroient par conséquent plus vite vers le point de perfection dont ils peuvent être fufceptibles ; ce qui ne pourra être qu’autant qu’on multipliera les connoiffances, en les mettant à la portée dé: tout le monde, Sc fur-tout des Ouvriers,
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- m MENU ISIER, 111. Part. Secl. lit Chap. X1IÎ.
- —..... » Les ferrures plates, telles que les plates-bandes, les équerres, &c , s’in-
- Pianche cruftent ordinairement dans le bois, tant pour quelles y tiennent plus folide-fi
- ' ^20‘ ment, que pour plus de propreté ; & on les y arrête avec des vis à tête fraiféé * comme aux Fig. 19, 20,22 & 23.
- Ces incruftations fe font à lordinaire avec le Couteau de taille, les Cifeaux* les Trufquins & les Scies à découper, & même les Guimbardes, félon que l’exigent les différentes pièces à incrufter , lefquelles doivent etre les plus égalés d’épaiffeur & de largeur qu’il eft poffible, & for-tout bien dreffées à la lime fur le champ, & un peu dégraiffées ou en chanfrein ou en deffous , ( ce qui eft là même chofe ) afin qu’elles joignent mieux avec le bois qu’elles ferrent lorfqu’on les fait entrer dedans , & qu’elles n’en arrachent point les vives-arêtes lorfqu’on veut les ôter de place, ce qui arrive quelquefois, foit en les ajuftant, ou lorfc qu’elles font tout-à-fait placées , & qu’on eft obligé de les retirer pour quelque raifon que ce foit. Voye£ la Fig. 19 , qui repréfente la coupe de l’équerre , Fig. 22 , laquelle eft difpofée comme je viens de l’expliquer efdeflus.
- Les têtes des vis qui attachent ces fortes de ferrures , doivent être fraifées ? ceft-à-dire, qu’il faut qu’elles affleurent le defîiis de la piece , & qu’elles foient dilpofées en goutte de foif, comme celle 13 Fig. ip, afin qu’elles retiennent s l’équerre en place. On vend ces vis toutes faites , & on les ajufte dans les trous
- des équerres y en grandiflant ces derniers avec la Fraife, Fig. 14 ; 8c pour que les têtes des vis joignent mieux en place , on les frappe dans un tas ou eftampe d’acier, Fig. 21, dont la cavité M> eft d’une même pente que celle de la fraifo; pour que la tête de la vis porte dans toute fon épaiifeur, ainfi que la Fig. 19 , de maniéré quelle joigne toujours quand même on en ôteroit fur l’épaiffeur, ce qui peut arriver quelquefois. Au lieu de frapper ainfi la tête des vis, je crois qu’il vaudroit mieux faire une fraife creufe comme celle IV, Fig. 21, dans laquelle on feroit tourner la tête de la vis par le moyen du Tourne-vis, Fig. 169 monté dans le fût du Vilebrequin, comme je l’ai repréfenté Fig. 18, de maniéré que l’on pourroit y ajufter des têtes de vis de différentes grolfeurs, ce qui ne peut être de la première maniéré dont j’ai parlé ci-deffus, où il faudroit autant d’eftampes qu’on auroit de différentes groiîeurs de vis.
- En ajuftant les têtes des vis , il faut avoir grand foin quelles défaffieurent un peu le deffus de la piece quelles arrêtent, afin qu’on puiffe les affleurer après quelles font en place, en donnant un coup de lime deflus, ce qui eft beaucoup plus aifé à faire que de diminuer de l’épaiffeur de la piece qu’on arrête, ce qui ne doit même pas être, parce qu’on ne fournit le faire fons les dépolir ,
- ( fuppofé qu’elles le foient ) & fons les creufer, ainfi que le bois avec lequel elles affleurent.
- Ce que je recommande par rapport aux têtes des vis, doit, à plus forte raifon , s’obferver pour les équerres ou autres pièces qu’on incrufte, lefquelles doivent bien porter au fond de leurs entailles, & défoffieurer un peu le delfus du boisÿ
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- Sect. ÏIL §. /. Maniéré de ferrer V Ebênifleriè. 94?
- afin qufon foie toujours à même de donner un coup de lime deflus pour les affleurer & les polir enfoite, ce qu'on ne doit jamais fairë qu'après avoir pofé toutes les vis, fans cependant les ferrer tout-à-fait, de crainte qu'elles ne tien2: nent pas allez folidement dans le bois lorfqu'on vient à les mettre à demeure.
- Les vis à tête fraifée font très-propres ; & lorfquelles font bien ajuftées, elles femblent être du même morceau de la piece qu elles arrêtent, à l'exception dê l'entaille faite pour placer le Tourne-vis * à quoi on pourroit remédier en Faifànt les têtes des vis plus épaifles qu'elles ne doivent être * de l'épailfeur de cette entaille, comme à la Fig. 20 ; de forte qu'après avoir ferré la vis , bn puiffo ôter cette épaiffeur avec la lime, & par conféquènt affleurer la têtè de la vis avec la piece quelle arrête. Voye^ta Fig. 23, où eft repréfentée une vis O avec une tête en faillie , & une autre vis P, laquelle affleure l'ouvrage , & où il n’y à d’apparent que le joint, qui n'eft pas fenfible dans l’exécution.
- Cette maniéré de faire les têtes des vis, eft très-propre ; mais elle a le défaut d'être peu commode ; car une fois leur tête affleurée, on ne peut plus les ôter fans rompre le bois , ce qui ne laifle pas d'être fort incommode. Quand le derrière de l'ouvrage n’eft pas apparent * & qu'on peut y mettre des vis à écrou, il n’y a pas de difficulté pour noyer les têtes de ces dernieres, de maniéré qu’elles ne foient en aucune façon apparentes, foit que la place où elles font pofées foit une partie lifïe, ou qu’elle foit fofceptible de quelque forme contournée comme il arrive quelquefois dans des parties de rapport fèrvant à orner l'ouvrage^
- En général, il faut bien prendre gardé, lorfqu'on incrüfte foit du fer ou du cuivre dans des parties d’affemblage, que les pièces de bois qui les compofent ^ foient parfaitement bien feches, afin quelles ne faffent aucun effet lorfqu’elles font ferrées ; car autrement le bois qui veut fe retirer & qui fe trouve arrêté par les ferrures ; fe fend de fo dé joint par-tout, ce qu'il faut avoir grand foin d'éviter.
- Les ferrures forvant â lier enfemble les parties de Menuiforie ouvrantes j comme les portes & autres, avec les parties dormantes for lefquelles elles font PlancMb ferrées, font les fiches à vafes & à nœuds, Fig. 1 & 2 ; les couplets & les char- 521* nieres, Fig. 3 ér 4 ; les charnières plates ou à briquets , Fig. 16; & les pivots de toutes fortes * Fig. 14 & iy.
- Les fiches à vafes font de deux pièces for la hauteur, dont celle A, qui porte le gond , fe pofe dans le bâtis, perpendiculairement à fà face ; & l'autre partie de la fiche fe pofe dans le battant de la porte , parallèlement à fa face, comme on peut le voir à la Fig. y.
- Quand on veut pofer ces fortes de fiches, on commence par prendre avec un compas la moitié de leur diamètre, afin de tracer for le battant de la porte & du bâtis, le milieu de l’épailleur des mortaifes deftinées à recevoir les ailerons de la fiche ; au battant de la porte, on porte ce demi-diametre du devant de la feuillure & for le bâtis, d’après le nud du recouvrement de la porte, comnae je fai obfervé à la Fig. y.
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- 54S ME NUI SI E R, ///. Part. SeEL. Î1L Châp. Xlîï.
- = Quand les mortaifos font tracées , on commence d’abord par percer celles qui fe font dans le battant de la porte, dans lequel on pofe 8c arrête la partie fopériëure de la fiche à demeure 5 puis on met la porte à fa place * 8c on trace for le bâtis le defîous de la fiche* ce qui donne le deJîùs de la mortaifo qu on doit faire dans le bâtis. Cette méthode eft celle des Serruriers ‘ cependant quand bn travaille jufte, il importe fort peu par laquelle des deux parties de la fiche il faille commencer.
- Les tnortaifes dans lefquelles on place les ailerons des fiches, s’ébauchent dabord à l’entrée avec le cifeau ; puis on y fait plufieurs trous de meche perpendiculairement, fort près les uns des autres, puis d’autres en pente qui traver-fent les premiers. Ce qui étant fait, on donne plufieurs coups de cifeaux pour couper le bois qui refte entre les trous de meche , & on achevé de les évuidef avec le Bec-d’âne crochu, fur la tige duquel on frappe poux le faire entrer de Force dans la mortaifo.
- Cette maniéré de faire les ttioftâifos pour recevoir les différentes parties de ferrures , eft la plus ufitée, 8c celle dont fe fervent les Serruriers ; cependant elle eft fo jette à beaucoup d’inconvénients , parce qu’il n’eft guere poffible de percer tous lès trous de meche dans le même plan 8c d’une égale profondeur * & qu’il eft fort à craindre qu’en évuidant les mortaifes, on ne faffe éclatter les joues en refoulant le bols fur lui-même ; c eft pourquoi je crois qu’il vaut mieux faire ces mortaifes avec un Bec-d’âne très - mince, à la maniéré des Menuifiers , & de les recaler enfoite au Cifeau, fi cela eft néceflàire, ce qui eft beaucoup mieux que de l’autre façon, dont on ne doit faire ufoge que quand l’ouvrage fera de nature à ne pouvoir pas porter for quelque chofe qui foutienne le coup du Bec-d’âne, & ne le faire même qu’avec beaucoup de précaution*
- De quelque maniéré qu’on faflè ces mortaifes, il faut toujours avoir foin qu’elles foient très-juftes, for-tout fur la longueur, où il eft bon que l’aîleron de la fiche force un peu , afin qu’elle tienne plus folidement dans la mortaifo ï c’eft pourquoi il faut que l’aileron foit un peu diminué du devant , afin qu’il ferre davantage en l’enfonçant tout-à-fait, ce qu’on ne doit faire qu’autant que l’on eft bien sûr qu’il ne la faudra pas retirer.
- Les ailerons des fiches font ordinairement percés de deux trous, ainfi que celui B9 Fig. 1, dans lefquels paffont les pointes qui fervent à les arrêter dans le bois ; 8c avant de mettre les ailerons dans les mortaifes, on les place fur la partie de la porte ou du bâtis qu’ils doivent occuper, & on marque ces trous avec une pointe : on y perce enfuite un trou de meche de la groffeur de la pointe, qu’on a foin de ne pas faire paffor plus avant que la joue de la mortaifo dans laquelle la pointe doit entrer, afin qu’elle tienne mieux dans l’autre joue, où de plus on n’eft pas bien sûr de la place quelle doit occuper.
- Quand les fiches font en place, 8c que les deux parties fe drefîènt bien enfem-ble , comme la Fig. p, on les pointe pour les arrêter en place, ce qui fo fait de la maniéré fuivante. On
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- Sect. III. $. I. Maniéré de ferrer l'Ébènlftenè.
- Otl prend le Chaffe-pointe & on l'enfonce dans le trou b, Fig. 9 * du bas de faileron , 8c on fonde en frappant tout doucement deflus avec le marteau , pour connoître fi le trou de l'aileron fe rencontre bien jufte avec celui qu'on a percé dans le bois; s'il arrive qu’il rencontre bien ( comme cela doit être ), on enfonce davantage le Chafle-pointe , en obforvant de le faire fuir du côté oppofé au corps de la fiche, afin qu'en mettant la pointe du même fens , elle tende à la faire approcher. Quand on a ainfi fondé & fait la place de la pointe , on enfonce cette derniere avec le marteau, jufqu’à ce quelle affleure le deflus de l’ouvrage, moins ce qu’il eft nécefiaire pour qu'on puiffe dreffer le deflus de cette pointe avec une lime , pour la faire affleurer plus proprement : on pointe de même l'autre trou a ; puis on fait la même opération à la partie inférieure de la fiche, qui fe pointe fur le champ du battant, comme à la Fig. y.
- Cette maniéré d'arrêter les fiches fur l'ouvrage, efl: la plus ufitée ; niais elle a le défaut d’être peu propre, vu que les têtes des pointes font toujours apparentes , quelque foin qu'on prenne pour les bien affleurer ; de plus, ces pointes ainfi enfoncées, ne lai fient plus de moyens pour pouvoir retirer les fiches, fup-pofé que cela fût nécefiaire, comme il arrive quelquefois, à moins que de faire des trous à la furface de l'ouvrage, pour avoir de la prife pour faifir la tête des pointes, foit avec des Tenailles ou avec un Pied-de-biche de fer ; ce qui eft fort défàgréable, & ne peut même pas être dans un ouvrage propre*
- On peut obvier à cet inconvénient, en arrêtant les fiches avec des pointes à têtes faillantes , comme celle c, Fig* 5 , ce qui donne , à la vérité, la liberté de les retirer lorfqu’on le juge à propos, mais ce qui augmente le mauvais effet des pointes apparentes ; c'eft pourquoi je crois qu'il vaut mieux, pour éviter toute difficulté, ne point percer les ailerons des fiches qu’ils ne foient pofés en place, ce qu'on peut aifément faire avec un Foret, & les arrêter enfuite avec des vis, foit à tête ronde, comme celle d9 même Figure, ou à tête fraifoe noyée dans l'ouvrage, & qu'on poferoit par derrière au lieu de les mettre en parement, comme on fait aux pointes*
- L'expédient que je propofe ici poiir arrêter les fiches, eft très-commode, peu difficultueux, 8c même guere plus cher que la maniéré ordinaire ; l'ouvrage en efl beaucoup plus propre, & peut fe démonter comme & quand on le juge à propos. Je fai bien que ce n’eft pas la coutume de le faire ainfi ; mais il ne faut jamais s'attacher aux anciennes coutumes quand on trouve des moyens de faire mieux.
- Quand il y a plufieurs fichés à vafes aü-deflus les unes des autres, il faut avoir grand foin qu’elles portent toutes également : c'eft une erreur de croire qu'il faut laifler du jeu à celles du haut, comme le penfent quelques Ferreurs, parce qu'en mettant tout le poids fur une feule fiche, on la fatigue davantage ; & pour peu qu'elle foit lâche dans fa mortaife, on la fait fortir dehors , ce qui n'arriv© pas lorfqu’elles portent toutes également.
- Menuisier> IIP Paru III. Secl* in
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- 948 MENUISIER, ïïï. Part. Seü. lit. Chap. XÎÏL
- * Les fiches à nœuds ou à broches, Fig. 1,6 ô 10 , fe ferrent de la mêffië maniéré que celles dont je viens de parler, du moins quant aux précautions qu'il faut prendre tant pour faire les mortaifes, que pour les pointer ; il n y a que la difi pofition de leurs mortaifes qui n eft pas la même, parce que ces fortes de fiches fè ferrent toujours fur l’arête des joints, où elles entrent du quart de leur diamètre de chaque côté, ce qui oblige de faire leurs mortaifes en biais dans l’épaiffeur du bois, inclinées à peu-près à 4y degrés, ou d’onglet, ce qui eft la même chofè ; de forte que le milieu de ces mortaifes vient rencontrer l’angle du bois ; qu’on creufe ordinairement en forme d’un quart de cercle, pour contenir le nœud de la fiche, dont le centre doit être au milieu du joint Sc au nud de l’ouvrage , qu’elle défaffleure de la moitié de fon diamètre , comme on peut le voir à la Fig. 6.
- £es fortes de fiches fe féparent en deux parties entaillées l’une dans l’autre, Sc on les réunit par le moyen d’une broche de fer qu’on ôte quand on le juge à propos ; quelquefois cette broche n’excede pas la longueur de la fiche, où elle eft rivée à demeure, de forte que les deux parties de la fiche ne peuvent être féparées. Ces fortes de fiches fe nomment fiches de brifures ; Sc lorfqu’on en fait ufàge, on ne poulie pas de quart de cercle ( ou congé, ce qui eft lar même chofe ) fur l’arête du joint ; mais on y fait Amplement une entaille, pour quelle entre dans chaque arête du quart de fon diamètre, comme à la
- Fig. 6.
- Que les fiches fe féparent ou non, il faut toujours que la partie de la fiche où il y a plus de nœuds, ainfi que celle C, Fig. 2 , foit ferrée dans la partie dormante, afin d’oppofer plus de réfiftance au poids de la partie ouvrante, dans laquelle on place l’autre partie de fiche D , qu’on pointe ordinairement la dernière , ainfi qu’aux fi ches à vafes.
- Les' Figures 7 & 1 r, repréfentent une autre efpece de ferrure nommée Couplets , laquelle dilfere des fiches à nœuds, en ce qu’elle n’entre pas à mortaife dans le bois, mais au contraire elle s’applique delfus, Sc y eft attachée avec des vis , ou, ce qui eft mieux * elle eft entaillée comme à la Fig. 11, de maniéré quelle affleure avec le nud de l’ouvrage.
- Ces coupletsédifferent encore des fiches à nœuds, en ce que le nœud des premières eft tout en faillie en defliis, comme on peut le voir à la Fig. 7, qui repréfente le couplet tout ouvert de E en F, & reployé fur lui-même de F en G, où on peut remarquer un petit efpace entre fes deux branches, lequel eft: donné par ce dont le diamètre du nœud du couplet furpafle l’épaiffeur de ces deux branches, qui, pour joindre l’une contre l’autre, devraient être d’une épaiffeur égale au demi-diametre du nœud, comme il arrive quelquefois aux charnières , ainfi que je le dirai ci-après.
- Quand on emploie des couplets à de l’ouvrage couvert de bois de placage * comme à la Fig. 3, il faut toujours que le centre du nœud de ces couplets foie
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- Sect9 1IL $. L Maniéré de fermer UËbénijlerie* ^4$ âU nud du deffus de Touvrage, & même l’excede un peu , afin que quand on le fait mouvoir, les deux parties plaquent facilement Tune fur fautre, ce qui oblige quelquefois ou a groffir le nœud, ou à le reployer en retour d’équerre * ce qui vaut encore mieux que de groffir le nœud, qui ne fouroit jamais êtrè trop petit.
- On pourroit encore, pour plus de folidité * dans le cas où on ne pourroit où on ne voudroit pas mettre de fiches à nœuds, reployer les couplets en retour d’équerre * comme céuxg, A, Fig, 3 * qu’on ferreroit 8c pointeroit à Ford!-naire.
- Les charnières, Fig. 4,8 12 , ne different des couplets* qu’en ce qu’on
- les pofe fur le champ , & non fur le plat de l’ouvrage ; & que lorfqu’elles font fermées, leurs deux ailerons fe touchent prefque, ce qui eft néceffaire pour que les deux parties qu’elles unifient étant ouvertes, leurs ailerons affleurent le nud ‘du bois, à moins qu’ils ne foient recouverts de bois de placage , ou bien d’une petite feuille du même bois, comme je l’ai indiqué dans la Fig; 8.
- Toutes les ferrures dont je viens de parler • font excédentes au nud de l’ouvrage , ce qui , dans certaines occafions, devient nuifible ; c’eft pourquoi on fo fort quelquefois d’une autre efpece de ferrure nommée Couplet ou Chartiieré à briquet , repréfontée Fig* 13 & 16.
- Les briquets ont deux centres de mouvement, l’un en i y 8c l’autre en l, Flgi 13, ce qui facilite leur ouverture * & forme deux nœuds en deflbus , le defliis étant uni comme je l’ai déjà dit.
- Les deux parties qui compofent les couplets ou charnières à briquets* s’incruP tent dans l’ouvrage for lequel elles font attachées avec des vis, comme celle cotée H y Fig. 13 & 16 * ou bien font reployées en retour d’équerre pour être ferrées à la maniéré dès fiches à vafos, comme celle cotée /, même Figure. De quelque maniéré qu’elles foient difpofées, il faut toujours que les briquets L * L, qui les lient enfomble, foient les plus courts qu’il ’eft poffible, afin qu’ils foient moins apparents. Cependant il eft bon d’obforver que quand les briquets font fort courts , & que par conféquent les centres de mouvement fpnt fort proches l’un de l’autre, on eft obligé de dégraifler un peu les afêtes des joints félon que l’indiquent les arcs m , n9 Fig. 13* afin qu’ils puiffent ouvrir, ce qui ne pourroit être autrement, puifque les centres de mouvement/*/, font en deflbus du nud de l’ouvrage.
- On remédie en partie à cet inconvénient , en plaçant les centres de mauve.* ment le plus haut poffible* ainfi que je l’ai fait ici; mais quelque chofo qu’on faffe * il n eft pas poffible d’éviter d’abattre un peu l’arête des joints, qui s’écor-cheroient d’eux-mêmes fi on ne le faifoit pas, & arracheraient les ferrures * c© qu’il faut éviter ; cependant comme le joint ainfi dégraiffé fait toujours mal, on pourroit, dans le cas feulement où il n’y auroit qu’une partie de mobile *
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- $$o MENUIS1E R, ///. Part. Secl. TIÏ. Châp. XIÎÏ.
- y™»i,r • comme celle cotée M, Fig. 13 , on pourroit, dis-je, faire le joint de cettë Flanche partie mobile en faillie jufqu’en o, & cela félon que l'exigeroit Tare donné par 32 ° le centre de mouvement oppofé, & même un peu plus, pour que le joint fe dévêtiiïe plus facilement. Cet expédient eft le feul dont on puifie fe fervir pour que les joints des parties ferrées avec des briquets, foient très-fins, & on pour-* roit s’en fervir très-avantageufement dans le cas où les deux parties des charnières H &/, Fig. 16j feroient recouvertes de placage, & qu’il n’y auroit d’apparent que les briquets L, L, qu’on pourroit même, à toute rigueur, couvrir de bois de placage, quoique cela foit peu folide.
- Les Figures 14, 17, 1 y 8c 18 , repréfentent, tant en plan qu’en élévation ; des ferrures nommées Pivots perdus ou à tête de compas. Ces fortes de ferrures , font faites pour lier enfemble des parties faifant avant ou arriere-corps les unes fur les autres, & auxquelles on ne veut pas que la ferrure foit apparente, du moins autant qu’il eft poffible*
- Quand la partie ouvrante N $ Fig* 14, eft dans tsn angle rentrant, il faut que la branche du pivot foit coudée en retour d’équerre jufqu’à l’angle du corps faillant, au point/?, & on y fait ta rivure ou centre de mouvement </, le plus près de la rive de l’avant-corps qu’il eft poflîblè , afin que quand la porte eft ouverte, comme dans cette figure, cote O, l’ouverture que la branche du pivot occupe fur la face de l’ouvrage, de p à r, foit moins confidérable, ce qui fait refîôrtir un peu la branche du pivot quand la porte eft ouverte, mais cela ne fait rien à la chofe , puifqu’elle eft faite pour être vue étant fermée.
- La crapaudine, ou, pour mieux dire, la gâche du pivot, eft attachée fur le champ du battant du bâtis P, dans le fond de la feuillure de s à t, d’où elle fe recourbe en retour d’équerre pour former un enfourchement, lequel vient ju£ qu’à l’angle de l’avant-corps p, auquel elle affleure des deux fens. Voye^la Fig. jj , où la crapaudine ou gâche du pivot eft apparente, & ce dernier recourbé pour entrer dedans.
- Il faut faire attention que la branche du pivot attachée fur la porte N9 Fig* 14, ne peut être apparente fur la face, vu quelle eft incruftée dedans depuis le devant de la feuillure , & que fi je l’ai faite apparente dans la figure 17, ce n’a été que pour mieux faire connoître fa conftruétion ; car non - feulement cette branche de pivot eft recouverte de bois fur le champ ; mais elle pourroit l’être aufli fur le plat, en la recouvrant de bois après quelle auroit été arrêtée $ ce qui difpenferoit d’y faire un retour d’équerre. On pourroit faire la même chofe à la crapaudine , tant fur la face de fa branche que fur la face , qui doit affleurer l’angle de l’avant-corps, qu’on pourroit diminuer de l’épaifîeur du bois de placage, ou de ce qu’on voudroit laifter fi l’ouvrage étoit fait en plein bois , de maniéré que de tout le pivot & de fa crapaudine , il n’y auroit d’apparents que le côté & le bout de la partie fàillante du premier y c’eft-à-dire y depuis
- l’angle
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- Se CT. ITL §. I. Manière de ferrer UEbénifièriè. l'angle rentrant jufqu’au point p 9 Sc de ce point jufqu’à celui r, ce qui eft fort peu de chofe ( * ).
- Quand ce {ont les parties ouvrantes qüi font avant-corps , comme celle Q 9 Fig. I y, laquelle eft repréfèntée ouverte en R, leurs pivots fe font à peu-près de la même maniéré que les précédents, à l’exception que c’eft la crapaudine arrêtée fur la partie dormante S, qui eft en faillie, & non le pivot, & que c’eft la branche du pivot adhérente à la partie ouvrante, qui porte l'enfourcheaient, afin que quand on ouvre cette derniere, il n’y ait qu’un jour dans les ferrures, ou du moins qu'une partie de fer apparente. Voye^la Fig. 18 , qui repréfente l’élévation du plan* Fig. i y , & où la branche du pivot eft apparente , quoiqu’elle {bit conftruite de maniéré à être incruftée dans l’épaiffeur de la porte , ainlî qu’aux figures 14 & IJ*
- Les elpeces de pivots dont je viens de faire la defcription, péuvent non-feulement s’appliquer aux extrémités des parties ouvrantes, mais encore dans leur longueur, afin de les empêcher de voiler , ce qui n’apporte aucun changement à leur conftruélion , excepté que leurs branches , au lieu d’être horizontales* font dilpofées perpendiculairement pour être attachées fur le champ des battants, ce qui oblige à les reployer au milieu de leur longueur, pour avoir une partie {aillante , comme dans le cas de la figure 14* ou bien pour former un enfourchement ou gâche , comme à la figure 1 y.
- Voilà, à peu de cholé près, lé détail dé toutes les ferrures lervant à lier en~ femble les parties ouvrantes de la Menuiferie dont il eft ici queftion, & que les Menuifiers font en poffeffion de pofer eux-mêmes. Ce n’eft pas qu’on n’en puifïe faire d’autres que celles que j’ai préfentées ici ; mais telles qu’on les imagine , elles tiennent toujours de ces dernieres, {oit en tout ou en partie ; de plus * ces ferrures extraordinaires ne le font ordinairement qu’en railbn des difficultés qui le préfentent dans la conftruélion des différents ouvrages, qui , par leurs formes ou leurs ufages, demandent des ferrures d’une forme différente de l’ordinaire , ce qui ne peut être prévu ici, où je ne dois donner que des réglés générales appliquables à des cas particuliers*
- En général, les ferrures dont je viens de parler, {ont faites de fer ou de cuivre, & par des Ouvriers qui ne s’occupent que de cette partie ; cependant dans le cas de ferrures extraordinaires, ou deftinées à dés ouvrages de confiée quence, il feroit bon que ce fût les Menuifiers qui les conftruififfent, ou du moins qui en fiffent des modèles en bois, & qu’ils préfidâffent à la conftruétiori de ces fortes de ferrures, qui doivent être faites pour là Menuiferie, & non
- Planche
- ( *) Lorfque je donne des moyens de cacher lês ferrures , ce n’eft pas que je prétende qu’il y ait beaucoup de mérite à cacher celles qui doivent être apparentes ; au contraire , je fouhaîte-rois que toutes les ferrures des parties qui doivent ouvrir, fuftent apparentes, & entraient même pour quelque chofe dans leur décoration, &
- Menuisier > IIL Part. III, St
- qu’on ne cachât que celles qui foiit placées à des parties qüi, qüoiqifouvrantes, né femblent pas faites pour l’être, comme celles dont il eft ici queftion, qui font des avants & arrieres-corps' de Menuiferie quelconque, dont la décoration n’annonce pas une porte ou toute autre parti© ouvraate.
- IC II
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- $5* ME NU IS1E R, ///. Part. Secl. 111. Chap. XIIï. pas cette derniere pour les ferrures, comme il n arrive que trop fouvent.
- Planche ]ves Ebéniftes doivent auflî avoir grand foin , avant de conftruire leurs ^ * ouvrages, de le rendre compte de i’efpece de ferrure qui y fera employée, afin de déterminer au jufte les parties de leurs ouvrages où les ferrures feront appliquées, 8c cela en raifon de la forme que ces dernieres doivent avoir, ce qui exige d’eux beaucoup de connoilîance en cette partie de la Serrurerie , laquelle eft intimement liée à la Menuiferie dont je parle.
- En pofànt les ferrures de l’Ebénifteriè, il faut avoir grand foin de le faire avec toute la précaution 8c la précifion poflibles, afin de ménager également ' l’une & l’autre, for-tout |quand l’ouvrage eft fait en bois précieux , & que la
- ferrure eft polie ; c’eft pourquoi il faut éviter de frapper for l’une ni for l’autre avec le marteau, mais au contraire fe fervir d’une cale de bois doux, for laquelle on frappe pour faire entrer les ferrures à leur place, ou pour faire haufler ou bailfer les parties qu’on ferre, qu’il faut beaucoup ménager , furtout lorfque c’eft de l’ouvrage de placage, qu’on ne ferre fouvent que lorlqu’il eft fini, quoiqu’il y ait des occafions où on le ferre avant de le plaquer, ce qui demande moins de précaution pour la propreté, làns pour cela dilpenfer de toutes celles que j’ai recommandées ci-deifos, dont on ne doit jamais s’écarter, fous quelque prétexte que ce puifle être.
- $.11. De la maniéré de polir le fer & le cuivre relativement à V Ebenijlerie.
- D ans les ouvrages d’Ebénifterie de conféquence , la ferrure, foit en fer ou en cuivre, doit être d’une richefle 8c d’un plus beau fini qu’aux ouvrages ordinaires, ce qui oblige à la polir; or, comme ce font les Ebéniftes qui font une partie de ces ferrures, ( ou du moins qui doivent préfider à leur conftruc-tion ) 8c qui les pofent en place, il eft néceflaire qu’ils connoiflent les differentes maniérés de polir le fer & le cuivre, 8c cela relativement à leurs ouvrages.
- Le fer fe polit ordinairement à l’huile avec de l’émeri & des bois à polir, foit de noyer ou tout autre bois tendre, 8c d’un grain fin & égal, qu’on taille 8c difpofée de la même maniéré que pour le poli au bois dont j’ai parlé, page 86o.
- L’émeri ou émeril eft une pierre métallique qui fe trouve dans les mines d’or, de cuivre & de fer, à la mine duquel elle eft à peu-près femblable ; mais elle eft beaucoup plus dure que ce dernier métal, ce qui la fait mettre au nombre des mines réfraélaires. Il y a de l’émeri de differentes couleurs ; il y en a de rougeâtre, & de gris-noirâtre, qui eft le plus commun 8c celui qui eft le plus dur , 8c par conféquent le plus propre à polir le fer & l’acier.
- L’émeri propre au poli, eft réduit en poudre très-fine qu*on broie, ou, pour mieux dire, qu’on délaye avec de l’huile d’olive ; 8c pour avancer l’ouvrage, & rendre en même temps le poli plus parfait, on a de l’émeri pulvérifé à trois degrés de finefle , dont on fe fert l’un après l’autre , en commençant, comme
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- Sect. ÏIL §. IL Maniéré de polir le fer SC le cuivre* pyj
- iie raifon, par le plus gros, qui commence à ôter tous les traits de la lime douce, ..i"1—
- Sc en finiflànt par le plus fin , qui, à fbn tour, effacé les traits que le premier & Planche le fécond emeri peuvent avoir faits eux-mêmes, quoiqu’ils fbient déjà très-fins. ^2l* Avant de polir une piece quelconque avec l’émeri, ( ou , comme on die communément, avec la potée d’émeri ) il faut d’abord commencer par la finir à la lime douce auffi parfaitement quil eft poflible, de maniéré qu’il ne paroifle à fà furface aucune inégalité, ni même aucun trait des limes dont on s’eft fervi précédemment ; ce qui étant fait, on met la piecé à polir dans l’étau, puis on prend du gros émeri délayé avec de l’huile à la confiftance d’une bouillie un peu claire, fans cependant l’être trop; puis on prend un bois à polir qu’on tiens des deux mains, comme une lime, avec lequel on étend l’émeri fur l’ouvrage * en appuyant deflus autant qu’il eft néceflàire pour faire mordre l’émeri.
- Les bois à polir doivent être menés le plus droit poflible, c’eft-à-dire , de niveau, afin de ne pas frotter plus fur les bords que fur le milieu de l’ouvrage ; c’eft pourquoi je crois qu*on feroit très-bien de les faire un peu bouges en deflous, ce qui feroit beaucoup plus commode que s’ils étoient parfaitement droits. Il faut aufli avoir foin de les mener en croifant d’abord en contre-fèns des
- limes, puis en fens contraire de la première opération, afin d’effacer les traits des limes , qui doivent abfolument difparoître au premier émeri, dont on doit faire ufàge jufqu’à ce qu’il n’en paroifle plus du tout ; enfuite on prend de l’émeri plus fin, avec lequel on efface lés traits du premier, ainfi de fuite, ju£ qu’à ce que l’ouvrage foit parfaitement poli ; après quoi on l’efluie avec un linge, & on le frotte enfuite, fi on le juge à propos * avec du tripoli pulvérifé, Sc un morceau de buffle ou de chamois, ou même de chapeau, cetté derniere opération n’étant guere en ufàge.
- Quand on veut donner aux ouvragés de fer ou d’acier, un poli plus parfait que celui de l’émeri, après avoir fini ce dernier comme jé viens de le dire ci* deflus, on prend de la potée d’étain Sc de la potée d’acier , ( cette derniere au double de la première, ) broyées enfemble avec de l’huile, & qu’on étend aved des frottoirs de buffle ou de chamois attachés fur des bois à polir. Ce dernier poli eft très-beau ; mais on en fait peu d’ufàge pour les ouvrages dont il eft ici queftion.
- Lorfque la furface de l’ouvrage qu’on polit, n’eft pas exactement plane & à vive-arête, & que ce même ouvrage doit être poli dés deux côtés * on lé met toujours dans l’étau , du moins par un bout ; & pour accélérer l’ouvrage, on prend deux bois à polir, qu’on met l’un deflus & l’autre deflous, & quoi! fàifit par les bouts à l’ordinaire. Cette maniéré de polir eft très-commode, non-feulement parce qu’on va plus vite, mais encore parce qu’on a moins befoin d’appuyer, vu que la preflion des deux mains eft plus que fuffifànte*
- On fe fert de differents bois pour polir, félon les formes & les finuofités de l’ouvrage, ainfi que je l’ai dit plus haut; & dans le cas d’une piece parfaitement
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- PH ME NUI S ÏE R, Ul Paru Sect. Ï1L Chap. XIIÎ.
- .......... ronde, comme, par exemple , une tringle, on pourroit fe fervir de deux mor-
- Planche Ceaux de bois de noyer, Creufés comme des mouffles à tenir les fers à chauffer , lefquels envelopperaient la piece dans toute fà furface, fbit qu’on polilïe les pièces fur le tour ou à la main.
- Le cuivre fe polit de deux maniérés ; favoir , à l’eau & à l’huile, ou autrement dit au gras. Ge dernier poli efl le plus ufité, & fe fait de la maniéré fùivante.
- On commence dabord par finir l’ouvrage à la lime à l’ordinaire, enfuite , quand ce font des pièces plates Sc unies , on prend une pierre de ponce bien unie en defious, on la trempe dans de l’huile , & on en frotte la piece à polir de tous les fens poffibles, afin d’ôtér tous les traits de lime ; après quoi on prend de cette même pierre de ponce pulvérifée, dont on fait ufàge de là même maniéré que de l’émeri dont j’ai parlé ci-deflus ï après la pierre de ponce , on peut fe fervir de charbon, puis de tripoli réduit en poudre impalpable, délayé avec de l’huile, & appliqué fur l’ouvrage avec la peau de buffle ou de chamois.
- Quand la furface des pièces n’éft pias plate, & qu’on hé peut pas faire ufàge de la ponce en maffé, oft Üe fert dé celle qu’on a réduite en poudre & paffée au tamis de différentes grofleuts, & on l’applique fur l’ouvrage de la même maniéré que l’émeri fur le fer. Quand les pièces qu’on polit peuvent fè placer fur le tour, on prend un morceau d’étoffe de laine fur lequel on met de la potée de ponce , & on appuie fortement contre la piece en faifànt mouvoir la main de ^ différents fens pendant que la piece tourne.
- Ce poli efl: plus en ufàge que celui à l’eau , parce qu’il efl plus prompt & plus aifé à faire que ce dernier, & qu’il préfèrve , en quelque façon, les pièces du verd-de-gris, l’huile dont on fait ufàge s’introduifànt dans les pores du cuivre ; toute la difficulté qu’il y a, c’eft que les pièces de cuivre ainfi polies ne peuvent pas être vernies, vu que l’huile s’oppofe au mordant du vernis. On pourroit cependant parvenir à ôter toute l’huile d’une piece, en la finiflànt avec du tripoli employé à fec ; mais cela demanderait trop de temps Sc de peine : il vaut mieux les polir tout de fuite à l’eau, ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- On commence par fe munir d’un petit baquet rempli d’eau à environ la moitié de fà hauteur, au-deffus duquel efl placée une planche un peu inclinée eri dedans , pour faciliter l’écoulement de l’eau qu’on jette deffus ; enfuite la piecë étant finie à la lime , on la place fur la planche, où on l’arrête par le moyen de quelques clous , ou d’un tafleau attaché fur la planche au bout oppofé au côté où fe place la perfonne qui polit; ce qui étant fait, on prend une pierre de ponce très-unie, avec laquelle on frotte la piece à l’ordinaire, en obfervant de la mouiller de temps en temps, ainfi que la pierre de ponce, qu’on trempe dans l’eau tout uniment. Après la pierre de ponce, on fe fert du charbon de hêtre ou de bois
- blanc 9
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- Sect. IV. Des différents Ouvrages déÉbénifterie pleine , SCc.
- blanc, ( celui de fulàin eft le meilleur ) dont on a grand foin d’ôter l’écorcë 8c
- les nœuds, qui pourraient rayer l’ouvrage, & on affûte ce charbon eri bifoau Planché
- ° 5 2 î *
- par le bout, puis on s en fort avec de Peau, ainfi que de la pierre de ponce, afin d’ôter les traits faits par cette derniere. Quand la piece eft parfaitement polie au charbon, on la lave bien avec de Peau claire, & on Peffuie bien par-tout * pour qu’il n’y refte point d’humidité, 8c on achevé delà polir à fecavec le tripoli 8c les bois à polir garnis de peau de buffle ou de chamois, ce qui donne un très-beau poli , après lequel on peut vernir les pièces avec un vernis connu fous lë nom de vernis d* Angleterre, dont je donnerai la compofition dans la fuite. Cè vernis a non-feulement l’avantage de préforver les pièces de cuivre du verd-de-gris ; mais il leur donne encore une belle couleur luifante, approchante de celle de l’or.
- Je ne m’étendrai pas davantage for le poli des métaux , vu que cette partie n eft qu’acceffoire à celle dont je traite ici , 8C quelle eft traitée plus amplement dans d’autres Arts ,rau du moins elle doit l’être ; c’eft pour cette raifon que j’ai traité cette matière très-foccinélement 8c fans aucunes figures, quoiqu’elles foient très-nécefîàires dans d’autres Arts que le mieii.
- Section Quatrième.
- Dejcription de differents ouvrages d’Ebénifierie pleine ou d'affemblage $
- en général
- J’a 1 déjà dit dans le cours de cette Partie de mon Ouvragé i que fous le noni £Ebéniflerie pleine, on comprenoit tous les ouvrages de cet Art faits d’affem-blage, & dont la forface extérieure étoit de même bois que le refte de l’ou~
- -Vrage. Cette elpece de Menuiforie ne différé donc de celles dont j’ai fait la defoription précédemment, que par le choix de la matière, 8c la précifion avec laquelle font traités les différents ouvrages, dans le détail defquels je n’entrerai ici qu’autant que ces mêmes ouvrages appartiendront précifément à l’Ebénifo terie , & qu’ils n auront pas été décrits dans la Partie de mon Ouvrage qui traite des Meubles de toutes les elpeces ; & cela eft d’autant plus naturel, qu’une partie des Meubles dont j’ai fait la defoription ci-devant, comme les Tables de nuit 8c de toilette, les Bureaux 8c les Secrétaires de toutes les elpeces, font faits par les Ebéniftes, du moins pour l’ordinaire ; c’eft pourquoi on pourra avoir recours à la fécondé Seéïion de la troifieme Partie de mon Ouvrage, où ces différents Meubles font très-exactement décrits, du moins Autant qu’il m’a été poffible. Les ouvrages qui me relient à décrire préfontement, font les Métiers de différentes fortes, les Tables en guéridons & autres * les Pupitres, tant à pieds que de table , 8c les Boîtes ou Caffettes, connues fous le nom de Nécef-Jaires ou Boîtes de toilette, ce qui terminera ce ^Chapitre, ne voulant pas Menuisier , IJL Part. III. Secli L 11
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- Planche 32 2.
- 956 MENUISIE R , III. Pan. Secî. III. Chap. XlIL
- m’étendre davantage fur le détail des ouvrages de l’Ebénifterie pleine, vu que cè ne feroit qu’une répétition de ce que j’ai dit ailleurs ; ou bien fuppofé même que quelques ouvrages n’ayent pas été décrits dans la partie du Meuble, ou dans le prêtent Chapitre, comme ce ne pourrait être que des ouvrages de fantaifîe, ou faits à l’inftar des premiers, j’ai cru pouvoir me difpenfer d’en parler ici, afin de ne point augmenter inutilement cette partie de mon Ouvrage.
- §. I. Defcription de différentes fortes de Métiers à broder.
- La Figure 1 de cette Planche repréfente un Métier à broder mobile , tout monté fur fon pied, lequel eft compofé de deux montants A, B, fig. 1 & 4, & d’une entre-toife CD, fig. 1. Le Métier proprement dit, eft compofé de quatre pièces principales ; favoir, les deux enfebles EF St G H, St deux traverfes ou jumelles / & L, lefquelles reçoivent le bout des enfubles.
- La longueur de ces fortes de Métiers eft d’environ 4 à £ pieds de dehors en dehors, fur 18 à 22 & même 24 pouces de largeur , pris de l’extrémité des traverfes, lefquelles ont 14 à 15 lignes d’épaiffeur, fur 2 pouces St demi à 3 pouces de largeur au milieu de leur longueur, laquelle eft chantournée , comme on peut le voirfig. 4.
- •Les enfubles doivent être cylindriques dans toute leur longueur, (du moins pour l’ordinaire) St avoir 2 pouces de diamètre au plus, St être garnies, par chaque bout, d’un cylindre ou frette de fer M9 fig. 2, dont l’extrémité fupérieure N9 eft taillée en forme de crémaillère, par le moyen de laquelle, St du crochet ou cliquet O ,fig. 3 , on arrête St tend l’enfuble autant qu’on le juge à propos.
- Au milieu de la crémaillère, St par conféquent du bout de l’enfuble, eft placé un tourillon P, qui pafle au travers de l’épaiflèur de la traverfe, St qui eft taraudé pour recevoir une vis qui l’arrête avec cette derniere. La partie du tourillon qui entre dans la crémaillère, doit être quarrée, pour qu’elle ne tourne pas dedans, & on l’arrête avec l’enfuble par le moyen d’une goupille qui pafle au travers de la frette M, St du tourillon. Il y a un autre trou a 9fig. 2 , percé dans la frette , St qui pafle au travers du tourillon, lequel trou fort à placer une broche de fer avec laquelle on tend St détend l’enfuble.
- Aux deux extrémités intérieures du Métier, font placées deux tringles de fer cdSt ef,fig. 1, vers les extrémités defquelles font foudées, en retour d’équerre à chacune, deux autres tringles taraudées dans une partie de leur longueur, &quî paflent au travers des traverfes, ou elles font arrêtées avec des écrous à ailerons, de maniéré qu’on les allonge ou les raccourcit autant qu’on le juge à propos, ou du moins autant que leur longueur peut le permettre, ce qui eft néceflàire pour pouvoir tendre l’étoffe, qui eft arrêtée for fà longueur, par le moyen des crochets , au travers de la tête defquels paflent les tringles c d St ef
- Il faut obferver que les tringles qui font foudées en retour d’équerre de ces
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- SëcT. IV, §, I, Des differentes fortes de Métiers à broiet. g fi
- dernieres, font, un peu trop proches de leur extrémité, & qu'il eft bon de les rapprocher un peu plus en dedans de chaque côté, afin que les tringles c d&L Planche ef9 ploient moins fur leur longueur, lorfque l'étoffe fait effort pour entraîner les crochets. Quant à ces derniers , on les fait tels qu'on les voit repréfentés dans cette figure , ou bien on fait entrer leur tête dans un anneau double, dans une des mailles duquel paffe la tringle, ce qui ne fait rien à la chofe, puifqué dans î'un ou l'autre cas les crochets peuvent aller & venir le long de cette dernière comme on le juge à propos*
- Les traverfes du Métier font jointes avec l'extrémité fupérieuxe des pieds , par le moyen d’une ferrure repréfentée fig, 4, y & 6 > laquelle laiffe au Métier la liberté de fè mouvoir verticalement, comme on peut le voir fig, 4.
- Cette ferrure éft ordinairement de cuivre, & elle efl campofée d'uné principale piece QRS 9 fig. 5, dont l'extrémité fùpérieure eft reployée en retour d'équerre , pour pouvoir être attachée en deflbus de la traverfe dans laquelle on l'incrufte, & avec laquelle on l'arrête par le moyen de deux vis dont la tige la tête font quarrées , du moins la première ; car il eft bon que la dernierè foie un peu barlongüe. Voye^ les fig, y & 6,
- Le milieu de la piece QRS 9 fig, y , eft percé pour recevoir une vis avec laquelle on l'arrête avec l’extrémité fupérieure du pied ; & à environ 18 à 2û > lignes du centre de ce trou, eft pratiquée une rainure circulaire tracée de ce même centre, laquelle donne paffage à une autre vis, dont l'écrou faifànt preffion fur les bords de la rainure , arrête le Métier à telle inclinaifbn qu'on le juge I propos, comme le repréfente la figure 4. Voye£ la fig, 6 9 qui repréfente la coupe de la figure y , dans laquelle on peut voir la forme & la difpofition des vis tant du Centre que de la rainure, ainfi que la coupe de deux platines de fer ou de cuivre ( ce qui eft égal ), incruftée des deux côtés du pied, pour empêcher que la preffion des vis ne le failè fendre.
- Les Figures 2, 3 , y 8c 6, font deffinées à moitié de grandeur d'exécutfôn * pour qu’on puiffe mieux juger de la forme & de la grandeur des ferrures 9 dont je ne fais pas une plus ample defeription , vu que leur conftruélion appartient à d'autres Ouvriers, n'y ayant que leur pofe qui fbit du refîbrt des Ebéniftes , à qui, par conféquent, ce que je viens de dire peut être fuffifànt.
- Les pieds des Métiers dont je parle, peuvent être pleins ou évuidés, comme celui repréfenté fig, 4, ce qui eft indifférent. Quelle que fbit leur forme , il faut toujours que leur hauteur ne furpaflè pas 2 pieds & demi du deflbus des traverfes du métier, & que leur extrémité inférieure foit affemblée dans un patin d'en-yiron 18 pouces de longueur, afin de donner ace dernier une affiette fuffifànte*
- C'eft au travers de ce patin que paffe la vis de l'entre-toife, qu'il eft bon d’incrufter dedans le patin de 2 lignes au moins, pour l'empêcher de tourner*
- Cette inCruftation eft fuffifante, & affoiblit moins le patin que ne feroit un oui deux tenons, qui, d'ailleurs, deviennent inutiles lorfqu'il y a une vis, comme dans cette figure*
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- , Les enfubles font garnies dans toute leur longueur d’une fangle faite exprès * qu’on attache deffus avec des clous à tête plate ; quelquefois on y met des clous à tête dorée ou argentée, ce qui dépend de la volonté ; mais quels qu’ils fbient * il faut toujours qu’ils fbient placés très-droits & fort proches les uns des autres 5 afin que l’étoffe qu’on coud avec les fangles foie également tendue dans toute la longueur des enfubles, les autres côtés étant retenus par les crochets des deux bouts du Métier , auxquels on fubftitue quelquefois des rouleaux ou enfubles de côté * femblables à celui A B 9fig. 4, lequel eft terminé à fes extrémités par une ferrure femblable à celle des grandes enfubles : ce rouleau ou enfùble de côté eft arrêté avec la traverfe du Métier, par le moyen de deux platines de fer ou de cuivre, repréfentées fig. 6 & 7, lefquelles reçoivent le tourillon dû rouleau, & viennent s’affembler à tenon quarré dans la traverfe du Métier, par derriereTlaquelle on les arrête avec un écrou , comme on peut le voir à laj'zg'. 7. Sur cette platine eft attaché un cliquet cintré , qui fuit le contour de la platine, & par conféquent de la crémaillère, qu’il arrête avec le redent a , fi g. 7 ; de forte qu’à mefure qu’on tourne le rouleau pour tendre l’étoffe, il fo trouve arrêté en place. Eoy. la fig. ÿ , qui repréfonte le cliquet vu par derrière * avec la crémaillère vue par lè bout.
- Les Métiers à pied, tels que je viens de les décrire ; coûtent très - cher, fur-tout par rapport à leurs ferrures ; c’eft ce qui a fait imaginer de la fupprimer, 8c d’y fubftituer un affomblage de bois mobile , qui équivaut en quelque façon à la ferrure dont j’ai fait la defoription ci-deflus.
- L’affemblage mouvant des Métiers avec leurs pieds, fo fait de la maniéré fuivante.
- On fait un montant d’environ 8 pouces de largeur , & environ 4 pouces de hauteur, ( pris du defîous de la traverfe indiquée par les lignes ponéluées a, b 9 fig. 1 & 3 ), qu’on affemble dans la traverfe à double tenon & mortaife ; enfoite on ravale la partie inférieure de ce montant, ou , pour mieux dire , on y fait un tenon dont l’extrémité eft arrondie en demi-cercle , Sc le centre eft enC, fig. 3 , qui eft le centre de la vis A 9fig. 2, & par conféquent celui du mouvement ; l’arrafoment de ce tenon eft auffi circulaire, & cela pour porter & en même temps embraffer le bout du pied qui entre defîous à rainure & languette 9 ou, pour mieux dire, en enfourchement ; de’ forte que quelqu’inclinaifon qu’on donne au Métier, il foit toujours folidement arrêté, ainfi qu’on peut le voir à la figure 1, où j’ai indiqué , par des lignes ponéluées, l’inclinaifon que peut avoir la traverfe du Métier, qu’on tient autant incliné qu’on le juge à propos par le moyen de la vis B9 fig. 3.
- La languette que forme le bout des pieds, n’eft pas à vive-arête, mais en doucine, afin qu’elle faite un meilleur effet par le côté , ce qu’on peut obforver à la fig. I & à layzg. 2 , qui repréfonte la coupe tant de la traverfe & de fon montant, que du pied pris au milieu de fo largeur, ce qui fait qu’on ne voit que la languette du montant, ôç non pas le tenon qui eft plus loin* Cette
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- Sect, IV. §. I. Des différentesJbrtes de Métiers à broder.
- Cette maniéré de conftruire 1 aflèmblage des Métiers avec leurs pieds, eft peu : ... fcoûteufe & tres-folide, & en même temps très^propre, fans pour cela être em- Planche barralTante, comme on peut le voir dans les trois figures ci-delfus , fur le détail defquelles je ne m’étendrai pas davantage , vu que PinTpedtion feule des figures doit être fuffifante.
- Il le fait d autres petits Métiers mobiles repréfentés j/zg, 8 gj?' 9, lefquels diffo; rent de ceux dont je viens de parler, non-feulemént par la grandeur, qui eft réduite environ au tiers, mais encore par la forme, qui eft différente.
- Les petits Métiers dont je parle, fe placent ordinairement fur les genoux ou lùr une petite table placée devant la perfonne qui en fait ufàge 5 ils font compo-fés de deux enfubles d’environ 18 pouces de longueur, & 12 à 15 lignes de diamètre. Ces enfubles font arrondies dans toute leur longueur, excepté vers les bouts, qu elles reftent quarrées, afin d'y faire deux mortaifes perpendiculaires l’une à l’autre, dans lefquelles entrent les traverfes ou lattes CD &. EF,fig.
- 8, lefquelles ont environ 1; à 18 lignes de largeur, fur 3 d epaifTeur au moins,
- & 12 à iy pouces de longueur. Ces lattes font percées de deux ou trois rangs de trous fur la largeur, difpofés diagonalement, afin d’y placer des chevilles de fer qui retiennent les enfubles écartées autant qu’on le juge à propos.
- Au milieu de la largeur & de la longueur des lattes, eft affemblé un morceau de bois de, fig. 9, de 3 à 4 lignes d epaifTeur, & d’environ 3 pouces quarrés, dont l’extrémité inférieure eft terminée en demi-cercle. La partie fupérieure de cette piece eft taraudée du deffus de la latte, pour recevoir un écrou ou offelet qui l’arrête avec cette derniere, comme on peut le voir fig. 8 & 9.
- Chaque bout du Métier eft porté par un pied de 8 à 9 pouces de hauteur , dont le haut eft ouvert en enfourchement pour recevoir la piece de, qui y eft arrêtée au point f, par le moyen d’un petit tourillon de fer ou de cuivre. Vers le bas de l’enfourchement eft placée une vis g, laquelle fait preffion fur la piece de, &. par fon moyen arrête le Métier comme on le juge à propos, foit qu’on veuille qu’il foit horizontal, comme dans h fig. 9, incliné ou perpendiculaire, comme je l’ai indiqué dans cette figure par des lignes ponétuées.
- Les deux pieds font ordinairement tournés & fe montent fur une petite table ou plateau, en deffous de laquelle on les arrête avec des écrous en offelets. Cette table eft fupportée' par quatre petites poires, dont la hauteur doit être affez con-fidérable pour empêcher que les écrous & le bout des vis ne frottent en deffous de la table lôrfqu’on la place en quelque lieu droit & uni, comme une table, une commode, &c.
- Il y a des Métiers à mettre fur les genoux, de différentes grandeurs; celui dont je viens de faire la defeription, eft de la grandeur la plus ordinaire, quoi- y qu’il y en ait de plus grands & de plus petits.
- Les grands Métiers dont fe fervent les Tapifîîers, les Couturières & les Brodeurs , font à-peu-près de la même forme que ceux à mettre lur les genoux, à Menuisier , ///. Part. I1L Seat. Mix
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- ÿ6o ME NUI SI ER, III. Part. SeB. 111. Chap. Xlll.
- 1 l’exception qu’ils n’ont point de pieds, qu’ils font portés for des tretaux * & qu’ils font beaucoup plus grands , y ayant de ces Métiers dont les enfobles ont depuis 6 pieds jufqu’à 12, & même 15 pieds de longueur, for 2 à 3 & même 4 pouces de diamètre , & les lattes à proportion.
- La conftruélion de ces Métiers, ainfi que ceux à mettre for les genoux, na • rien de particulier, fi ce n’eft que les mortaifes des bouts des enfobles doivent être faites avec beaucoup de jufteffe & de précautions, afin d’éviter les éclats ; c’eft pourquoi après qu’ôn a percé la première mortaife , il faut la remplir par un faux tenon qui entre très-jpfte for l’épaiflèur, afin de foutenir le bois lorf^ qu’on fait la féconde mortaife, laquelle eft perpendiculaire avec la première.
- Après les Métiers à broder mobiles, foit à pieds, foit à mettre for les genoux , font ceux qu’on nomme communément Métiers a tambour > .repréfentés dans cette Planche, fi g. 1,2^4* lefquels font ainfi nommés à caufe de la forme du Métier proprement dit, laquelle eft ronde & difpofée à peu-près comme la caifîe d’un tambour.
- Le Métier à tambour eft compofé d’un pied & de fon tambour, lequel eft le métier for quoi on monte l’étoffe, comme je le dirai ci-après.
- Le pied eft compofé d’une table d’environ 20 pouces de longueur, for 8 à 9 de largeur, & 6 à 8 lignes d’épaiffeur, au pourtour de laquelle eft rapporté un rebord faillant en deffus de 3 à 4 lignes. Ce rebord doit être joint en onglet par les quatre angles de la table ; & pour que cette derniere foit affez folide , il eft bon d’y mettre des emboîtures par les bouts, jointes à rainures & languettes au moins, & collées ainfi que les rebords, qu’on feroit très-bien de faire à même les emboîtures, du moins ceux des bouts, d’après lefquels font placées des boîtes AD,fig.*& 4»d’ environ 2 pouces de hauteur, for 2 pouces & demi à 3 pouces de largeur, & d’une longueur égale à la largeur de la table , prifo du dedans des rebords.
- Chaque boîte eft féparée en deux par une petite cloifon, comme le repréfente la figure 3 , & eft fermée en dèffus par des couvercles ouvrants à couliffes, comme aux j%. 3 & 4 , ou à cylindre, comme je l’expliquerai ci-après.
- Le corps des boîtes ne doit pas être pofé à plat for la table; mais il faut qu’il y foit affemblé à rainure & languette, tant les pièces du pourtour, que la cloifon de féparation intérieure, comme on peut le voir fig. 3, & encore mieux dans la figure y , qui eft deffinée au double de cette derniere.
- Au milieu de la largeur de la table, & d’après la largeur des boîtes, font placés les deux pieds ou montants BC,fig. 2, qui font, pour l’ordinaire, tournés en forme de baluftres, & qui fervent à porter le tambour ou métier; ces pieds fo montent à vis dans l’épaiffeur de la table , comme on peut le voir à la flg. 6, ce qui eft fujet à une petite difficulté, parce que comme le haut des pieds doit être quarré,. & une de leurs faces parallèle avec le devant de la table, il n’eft pas poffible , en faifant la vis, de s’affurer fi, quand le pied fera monté, il fe trouvera à la
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- Sect. IV. §. I. Des différentes fortes de Métiers à broder. p6t place qui lui convient , du moins quant a là direction 5 c eft pourquoi on com- . mencepar faire la vis de la partie inférieure du pied, & on le monte en place : on Planche retouche fur fon arrafement que jufqu’à ce que fes faces foient dans la diredion 3H' qui leur convient; après quoi on l’établit & le trace de hauteur, pour le tourner cnfuite 8c y faire les entailles néceflàires pour recevoir le mantonnet qui porte la partie intérieure du tambour, lequel eft compofé de deux parties, ou, pour mieux dire, de deux cerces concentriques qui fe conftruifent de la maniéré fùivante.
- On prend deux cerces de boiffeierie, foit de chêne ou de hêtre, ou, Ce qui eft encore mieux, de noyer, qu on met d abord de largeur ; lavoir, celle dû dedans a environ 20 lignes, 8c 1 autre un peu plus, comme on peut le remarquer à la fig. 6, où la coupe de la eerce E, eft plus étroite que celle F; enfuite on les met toutes deux d epaiflèur a une ligne & demie au plus, en oblervant que cette epailîeur loit bien égalé dans toute leur longueur, afin qu’elles ploient egalement. Ce qui étant fait, on coupe de longueur la première cerce, en oblervant qu elle lùive bien a Ibn intérieur un cercle dont le diamètre loit égal a la diftance qui le trouve du dehors en dehors des deux montants B C y fig. 2 }
- & pour mieux y réufiïr, il eft bon de faire un plateau de bois bien rond, fur lequel on fait ployer la cerce, & qui fert à la tracer jufte, 8c à l’attacher fur le mantonnet a b c d, fig. ’J 8c fi, ou ce dernier eft reprélenté en coupe.
- Le mantonnet a environ 2. pouces de largeur , lùr 6 lignes d’épaifiëur ; il eft ravalé dans fa partie fupérieure pour porter la cerce avec laquelle il affleure, & dans fa partie inférieure pour affleurer avec le nud du pied qui eft entaillé pour le recevoir. La longueur du mantonnet eft d’environ 3 pouces & demi, & là partie inférieure eft arrondie en demi-cercle pour pouvoir tourner facilement fur l’entaille du pied, avec lequel il eft arrêté par le moyen d’une vis de cuivre ( ou de fer, ce qui eft égal, ) à tête plate , dont l’écrou eft placé dans l’épailTeur du pied, comme je l’ai repréfenté^zg. 6. Voye{ la fig. 10, qui repréfente le mantonnet vu en delfus avec les deux bouts de la cerce qui viennent fe joindre au point f; & la figure 8, qui repréfente le bout du pied vu du côté de fon entaille.
- La fécondé cerce fe difpofe comme la première, à l’exception que le joint fe lait a recouvrement de g a h y fig. 11, qui reprelènte cette cerce vue en deflôus, de maniéré qu’il fuflit de bien coller le joint,.qui d’ailleurs eft retenu par le cercle G, fig. 6, du deftus, lequel retient la cerce dans la forme qui lui eft convenable.
- Le cercle G fert non-feulement à retenir la cerce, mais encore à porter urt petit bourrelet d’étoffe qu’on attache deflüs. Pour que ce cercle loit lolide, il faut le faire de quatre morceaux au moins, collés à recouvrement, comme je l’ai obfervéj^g. 4. Au-deffous de la cerce extérieure, il y a un autre cercle H, fig.
- 6, qui reçoit a feuillure le bas de cette derniere , ce qui vaut mieux que de rapporter un fimple recouvrement, comme on le fait quelquefois ; ce cercle
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- ptfa MENUISIER, ÏII. Part. III. Secî. Chap. XIII.
- s’arrondit fur l’arête , & on doit avoir grand foin qu’il affleure l’intérieur de h cerce, avec laquelle il ne doit paraître faire qu’un quand ils font bien collés enfemble. Voye^iafig.^, qui repréfente la cerce extérieure avec le mantonnet, là vis & l’extrémité (upérieure du pied, le tout grand comme moitié de l’exé-cution, ainfî que les fig* 6,j, io &n.
- Lorfqu’on ajufte la fécondé cerce, il faut qu’il y ait peu de jeu entre elle & la première, parce qu’il eft néceflàire qu’elles tiennentaflez 1 une avec 1 autre pour que le fécond cercle ne fortepasde lui-même, mais qu’il ait feulement la liberté de tourner horizontalement, afin qu’on puifle travailler l’étoffe qui eft attachée fur le cercle extérieur, de tel côté qu’onle juge à propos, fans pour cela mouvoir le pied du Métier, auquel tient le premier cercle qui n’a qu’un mouvement vertical, pendant que le cercle extérieur en a deux ; (avoir, un Vertical, qui lui eft commun avec le premier fur lequel il eft placé, & un autre mouvement horizontal en tournant fur ce dernier, ainfî que je viens de le dire plus haut. La piece ou petit montant I ,fig. 2, n’a pas plus de 2 pouces de haut, & fert à paffer une brochette de fer qui a un petit bouton ou manche de bois à un bout, & qui de l’autre entre dans le bas d’un des pieds ou montants du Métier ; cette brochette a environ j1 à 6 pouces de longueur, 8c eft utile à ceux qui font ufage de ce Métier.
- J’ai dit plus haut que les boîtes du Métier à tambour étoient quelquefois fermées à cylindre, cette fermeture n’eft autre chofe que plufieurs petits morceaux de bois minces collés (ur une toile, de maniéré qu’ils fe ploient allez pour pafler dans une rainure pratiquée dans les deux côtés de la boîte , tant en deflus qu’en deflbus , ce qui oblige d’y mettre un double fond, pour Lifter le paflàge de cette fermeture, comme on peut le voir aux fig. i & 2 , qui repréfentent les coupes tranfverfales & longitudinales d’une boîte ainfî difpofée, (ùr la conftruétion de laquelle je ne m’étendrai pas davantage, vu que j’ai traité très au long Cette partie dans la defcription des Bureaux à cylindres, page 729 & fuiv. féconde Partie de la troifieme Seétion de mon Ouvrage.
- Les Figures 3 & 4 repréfentent la coupe & l’élévation d’un Porte-aiguille propre à broder au tambour, deffiné dans fa grandeur naturelle. Ce n’eft autre chofe qu’une efpece d’étui dont la partie (upérieure eft creufée, & fert à placer les aiguilles à broder ; & l’autre, c’eft-à-dire, l’inférieure, fe démonte & fert à placer l’aiguille qui eft toute montée & retenue en place par une vis qui fait preflîon contre. Cette vis eft taraudée dans l’épaiffeur du Porte-aiguille, qui eft fait (oit d’ivoire ou d’os, ou même de bois ; & comme ces matières ne pourroient pas avoir beaucoup de folidité , vu la petitefte de l’objet, on y met une virole , foit d’argent ou de cuivre, dans laquelle la vis tient beaucoup mieux que dans l’ivoire ou le bois, ce qui en même temps folidifîe beaucoup le bas du Porte-aiguille , que je n’ai repréfenté ici, ainfî que cette derniere, que pour en donner une idée, vu que leur conftruétion n’eft pas du reflort des Menuifîers-Ebé-niftes, qui pourroient cependant bien les faire, fuppofé qu’ils euffent les outils riéceffaires pour cela* Les
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- Les Figures y St 7 repréfentent un Métier nommé Métier à filet : il eft corn-pofé d'une table , fur le derrière de laquelle eft une boîte à peu-près femblable Planché
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- à celles du Métier à tambour ; à la droite de cette table , eft une pelote ou couffin rembourré , pour pouvoir y placer des épingles.
- Au milieu de la longueur de la table, de un peu ffir le derrière, eft placé un pied en forme de baluftre, d'environ 2 pouces de hauteur, 8c qui eft percé dans toute fa longueur , pour donner paftàge à une vis A B, fig. 9, à tige 8c à tête quarrée , laquelle s’arrête en delfous de la table.
- Au-deffus du pied eft placé un cerceau, au travers duquel paffe la partie fupé-rieure de la vis, dont l'écrou porte fur ce dernier, & l'arrête fur le pied d’une maniéré fixe, du moins autant que la délicateffe de l'ouvrage peut le permettre.
- Le cerceau a la forme un peu plus alongée qu'un demi-cercle, & il eft percé par les deux extrémités pour recevoir des vis placées aux deux bouts d'un rouleau ou cylindre, par le moyen defquelles 8c de leurs écrous, on arrête ce dernier avec le cerceau , de maniéré qu'il ne tourne qu'autant qu'on le juge à propos.
- Ge cylindre doit avoir environ 6 lignes de diamètre, 8c être percé vers fes deux extrémités pour placer de petites chevilles, avec lefquelles on arrête le fil des filets.
- Les Figures 6 8c 8 repréfentent un autre Métier à filet, dont la boîte eft fur le côté 5 comme aux Métiers à tambour : celui-ci a deux montants 8c deux rouleaux ou cylindres, qui font arrêtés avec les montants par le moyen d’un écrou en oftelet , ce qui eft moins coûteux que d’y mettre des écrous , 8c par confé-quent des vis de cuivre, comme on le pratique ordinairement; quand on fait les vis des cylindres en bois, comme elles ne peuvent être que très-foibles, on fait très-bien de noyer l’extrémité des cylindres dans l'épaiffieur du montant, afin que la vis ne portant rien , foit moins expofée à fè rompre. Foye^ la Fig. 10, où j’ai repréfenté un bout de cylindre aînfi difpofé, & deffiné grand comme l'exécution. ^
- On fait encore des Métiers à filet dont le cylindre fe trouve enfermé dans une efpece de boîte en plein bois , ouvrante à charnière, de maniéré que quand on n’en fait pas ufage , on ferme la boîte i 8c l'ouvrage qui eft commencé fe trouve renfermé avec le cylindre. Je n’ai pas fait de deffin de cette efpece de Métier, vu qu'il n’y a pas grande différence de ceux dont je viens de faire la defeription, & qu’on ne finiroit jamais s’il falloir donner des exemples des divers ouvrages de ce genre, qui varient plus ou moins, félon le goût & le génie des différents Artiftes.
- Menuisier ? IIL Fart. III. Se cl.
- Nir
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- VH MENUISIER, III. Part. $*&III. Chap. XIII.
- §. II. Description (Tune Imprimerie de Cabinet.
- Avant de pafler à la defoription des Guéridons de différentes efpéces, j’ai cm ne pouvoir pas me difpenfer de donner ici un exemple de Preffes de cabinet, tant pour l’impreffion des caraéteres de fonte, que pour celle des planches gravées en taille-douce, parce que non-feulement la conftruélion de ces différentes Preffes appartient à l’efpece de Menuiforie dont je parle, mais encore c eft que quoique très-utiles, elles font très-rares, 8c que lorfqu’un Menuifier eft appelle pour en conftruire une (fur-tout celle d’impreffion, ) il eft très-embarraffé de la forme & des proportions qu’il doit lui donner, 8c cela faute d’en avoir vu d’autres déjà exécutées. \
- Des deux fortes de Preffes dont je vais faire la defcription, celle d’impreffion en lettres, repréfentée^zg. i , eft la plus compliquée, & demande beaucoup de foin de la part de l’Ouvrier, pour que toutes les parties qui la compofent concourent à en rendre l’ulàge facile 8c commode, comme je l’expliquerai ci-après, lorfque j’aurai fait le détail des Caftes deftinées à contenir les lettres ou caraéteres de fonte fer van t à l’impreffion.
- Ces Caftes repréfentéesfig. 2,4 & 9, font des elpeces de caiffes découvertes , divifées en un nombre de caffetins, dans chacun defquels on place des caraéteres de même elpece. Il en faut toujours deux, comme les fig. 4 & 9 ; la première, qui eft divifée en deux parties fur la largeur (ainfi que la fécondé , ) fe nomme le haut de la Cajje ou Cajjeau du haut> 8c contient 49 caffetins de chaque côté, lefquels caffetins font tous d’égale grandeur. Le bas de la Caffe ou Caffeau du bas, contient 54 caffetins de différentes grandeurs, difpofés dans l’ordre & la proportion de la figure 5?, foit que la Caffe foit grande ou petite, comme dans cette figure.
- La Caffe, ou, pour mieux dire, les deux Caffeaux fe placent fur des efpeces de pupitres inclinés à peu-près félon un angle de 45 degrés, & élevés d’environ 3 pieds à 3 pieds 6 pouces depuis le plancher jufqu’au deffous du premier Caffeau. Ces pupitres font de fimples bâtis aux Cafles ordinaires, quon nomme Rangs de CaJJ'es; mais pour celle dont il eft ici queftion, repréfentée^/zg. 2 & 3 , ce pupitre eft de Menuiferie d’affemblage, 8c n’a qu environ 8 à 9 pouces de hauteur du devant, afin qu’étant pofé fur le Bureau vu en coupej%. 3 , il fe trouve à la hauteur convenable pour qu’on puifle travailler à la Caffe, L’intérieur de ce pupitre doit être vuide du plus grand côté, afin de pouvoir y placer foit l’ouvrage déjà compofé, ou les différents uftenfiles dont on peut avoir befoin, comme le Viforium, les Mordants, les Galèes, & les différentes pièces de Garniture faites en bois.
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- Le Viforium, fig. 5 & 6, eft un petit montant d’environ un pied de longueur, fur 2 à 3 pouces de largeur, & un pouce d’épaiffeur par le bas, fa partie fiipérieure
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- Sect. IV. §. 71. Defcription d’une Imprimerie de Cabinet. 96S étant ravalée à l’épaiffeur de 3 à 4 lignes, & au bas de ce ravalement on obferve un petit enfourchement, lequel fert à retenir le bas de la copie qu’on Planche place fur le ,Viforium, & qu’on y arrête par le haut avec un ou deux Mordants ^2<^‘ repréféntés fig. 7, qu’on fait en bois tout uniment, quoiqu’on pourrait très-bien , fur-tout dans le cas dont il eft ici queftion , les faire en cuivré , ainfi que le Viforium, qui alors pourroit être moins gros que celui repréfenté ici, fig. $
- & 6. Le bas du Viforium eft terminé en pointe, ce qui eft néceflàire pour pouvoir le placer dans un trou fait dans un des côtés de la Cafte, fur laquelle il doit s’élever perpendiculairement, & toujours à la gauche de celui qui travaille*
- Les Galées font de petites planches dilpofées en quarré - long, 8c garnies de rebords par trois côtés, de 3 à 4 lignes de haut tout au plus, afin de pouvoir lier les pages qui font compofées, & que la ficelle prenne les lettres à environ la moitié de leur hauteur, qui eft de 10 lignes & demie. Il y a des Galées qui font compofées de deux planches fur l’épaifleur, dont une , qui eft celle de deflus, entre jufte entre les rebords de la première, &, ce qui eft encore mieux, àcoulifîé dans ces derniers; cette féconde planche de Galée eft terminée par un manche, pour pouvoir la retirer toute chargée de la compofition. Cette féconde efpece de Galée n’eft guere d’ufàge que pour les grands ouvrages , comme les in-folio ou les in-quarto ; c eft pourquoi je n’en donne pas de figure ici, non plus que de la première, qu’il eft très-aifé de conftruire fans le fecours d’aucune figure.
- Les pièces de Garniture , font les Bois de fonds, comme celui repréfénté fig. 10, les Bifeaux, les Coins & les Réglettes. Les Bois de fonds font des pièces v de bois de 2 pieds de longueur, fur différentes largeurs, félon celles des marges intérieures de l’ouvrage, tant de largeur que de hauteur. Ces bois font tous d’une égale hauteur, qui eft 7 lignes, & on y pouflé fur la face de deflus, une* deux ou trois petites gorges, félon leurs différentes largeurs, pour qu’au premier coup d’œil on puiflè aifément les reconnoître*
- Les Bois de fonds doivent être faits avec de bon bois plein, égal, fans nœuds ni rebours, & être bien parfaitement d’égale largeur d’un bout à l’autre, 8c fur-tout bien d’équerre, parce que pour peu qu’ils déverfent en dedans ou en dehors, ils font rompre la forme, & par conféquent perdre tout l’ouvrage, ce qui s’appelle, en terme d’imprimerie, faire un pâté.
- Les Bifeaux different des Bois de fonds, en ce qu’ils ne font pas d’égale largeur d’un bout à l’autre, ce qui eft néceflàire pour pouvoir placer entr’eux & le chaffis de fer, des coins qui ferrent & arrêtent l’ouvrage en place. Les Bifeaux & les coins doivent être de même épaifféur que les Bois de fonds, avec lefquels il faut qu’ils affleurent.
- On fait auffi des Feuillets & Réglettes embois, dont la hauteur doit être égale à celle des quâdrats & des Bois de fonds, qui eft, comme je l’ai dit, de 7 lignes, & dont 1 épaiflèur varie félon les différents ouvrages. Il y a de ces Réglettes qui n’ont qu’une demi-ligne d’épaiflèur & même moins ; alors on les
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- Planche §a 6.
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- ÿ6Ô ME NU IS 1ER, III. Part. Secî. III Chap. XIII
- nomme Feuillets ; & Vautres qui font plus fortes : on obferve dans toutes ces gradations de Réglettes, de leur donner fépaiffeur de corps des différents caractères; mais dans tous les cas il faut qu’elles foient d’une épaiffeur parfaitement égale dans toute leur longueur ; c’eft pourquoi il eft bon de les faire paffer par le tire-filet dont j’ai donné la defcription ci-devant, page 833.
- Pour peu qu’on faffe d’ouvrage confidérable, il faut toujours plufieurs rangs de Cafles fembiables ; c’eft pourquoi il eft toujours bon d’en faire deux ou même trois paires pour les Imprimeries de Cabinets dont il eft ici queftion , afin qu on puiffe en changer quand il en fera befoin, le pupitre n’étant pas aftez large pour pouvoir placer deux Cafles à côté l’une de l’autre , ce qui ne peut être autrement, vu qu’il faut que ce pupitre , & la Prefte toute montée, puiflent être contenus dans l’intérieur du Bureau lorfqu’on n’en fait point ulàge. Les Caftes de rechange le placent fur des tablettes pofées dans les intervalles qui relient entre le deftus du pupitre, comme je l’ai indiqué par des lignes ponctuées a b & c d, fig* 3 , qui repréfente la coupe du Bureau prife un peu au-devant de la cloilbn qui fépareda place de la Prefte avec celle de la Cafte, laquelle cloifon eft d’autant plus néceflaire , quelle fert en même temps de battement aux portes, & de foutien au deftus du Bureau, dont la forme & la conftruélion 11’ont d’ailleurs rien de particulier, & qu’on peut faire plus ou moins riche que celui qui eft repréfenté ici, en obforvant toutefois qu’il foit d’une grandeur capable de contenir la Cafte & la Prefte, & qu’il ne foit pas trop haut, pour qu’on puiffe aifement faire ulàge de cette derniere, qui n’a que tj pouces de hauteur, afin de diminuer celle du Bureau autant qu’il eft poflible, & que le deftus de la forme le trouve à environ 3 pieds & demi de hauteur.
- La Prefte d’impreflîon, jig. 1, eft compofée de trois parties principales ; lavoir, le corps de la Prefte, dont la conftruélion eft toute du reflort du Me-nuifier ; celle qui occafionne & qui réfifte à l’effort de la prefflon, autrement dit, du foulage, & celle fur laquelle fe fait le foulage , & qu’on nomme le train de la Prejj'e. Ces deux dernieres parties font compofées de Menuiferie & de Serrurerie, lefquelles doivent être bien faites l’une pour l’autre, afin qu’elles tendent également à la perfeétion de l’ouvrage.
- Le corps de la Prefte eft compofé de deux montants A, B, fig. 1 & 1, nommées jumelles, aftemblés par le haut dans une trayerfe ou chapiteau C, & par le bas dans des patins D, qui font prolongés en arriéré pour recevoir le derrière de la Prefte, qui eft élevé au-deflus du paflage du train , & for lequel on place l’encrier ; le devant des patins eft prolongé en devant pour recevoir le bout du berceau de la Prefte, for lequel roule le train, comme je le dirai ci-après (*).
- (*) Aux grandes Preffes les patins ne vont pas plus loin que le devant des jumelles ; mais comme celle-ci eft beaucoup plus petite, j’ai cm pouvoir m’écarter des réglés, ou, pour mieux dire, de l’ufage reçu, vu que celafte fait rien au
- méchanifme de la Prefte, qui eft même plus lolide & plus agréable à voir étant conftruit© comme je l’ai repréfentçe ici, que félon la méthode ordinaire.
- La
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- Sect9 ÏF, IL Defcription (Lune Imprimerie de Cabinet* 967
- La fécondé partie de la Prefle eft compofée de la vis & de fes dépendances , de deux {ommiers E , F, & du berceau QH\ ces deux {ommiers font aflemblés Planche dans les jumelles à tenons libres , qui paflent au travers de ces dernieres , 8c ^
- celui du haut E, pafte en enfourchement fur ces mêmes jumelles, afin de lui donner une épailfeur alfez confidérable pour pouvoir contenir l'écrou de la vis qui eft placé au milieu , & qui y eft arrêté par le moyen de deux boulons à vis qui paflent au travers de deux oreilles réfervées en deifous de l'écrou, & en retour d’équerre de Ion épaifleur ; cet écrou doit être quarré par fon plan , d'une forme un peu conique , & entrer dans le fominier jufqu’aux trois quarts de là hauteur , ou , pour mieux dire, de Ion épailfeur : il feroit même bon qu'on y rélervât un retour en deftous au pourtour, de la même épailfeur que les oreilles , dans lefquels paflent les boulons, ce qui, en alfurant l’écrou davantage , don-neroit la liberté de le faire plus haut, & d’y réfèrver même une partie {aillante, laquelle palferoit toute au travers du fommier , & feroit évuidée en godet pour recevoir l'huile qu’on met ordinairement dans l’écrou pour faciliter le mouvement de la vis.
- Les mortaifes des jumelles dans le/quelles paffent les tenons des {ommiers, doivent être plus longues que la largeur de ces derniers , fur-tout en delfus de celui du haut > 8c en deftous de celui du bas ; cette plus grande longueur des mortaifes fe remplit par des morceaux de feutre ou bien de carton, afin que quand on fait mouvoir la vis , la réfiftance des {ommiers {bit moins ferme, & devienne même un peu élaftique ; ce qui eft néceftàire pour faire de belle impreflion, & que l’œil ou la partie {aillante de la lettre ne s’é moufle pas ou ne crève pas le papier ; ce qui rend en même temps le coup plus doux à l’Ouvrier qui tire le barreau.
- La vis eft toute du reffort du Serrurier, fi ce n eft là boîte /, & la tablette L. ,
- La boîte eft un morceau de bois d'une forme quarrée, & percé au milieu de {a grofleur d’un trou conique, dans lequel pafte la tige de la vis pour aller s’appuyer fur la crapaudine de la platine de la Prefle, qui eft incruftée dans un morceau de bois & très-uni , qui fert à appuyer fur le caraélere : ce morceau ou platine de bois a, à la Prefle dont je parle, 7 pouces de longueur, fur y de largeur.
- La tablette L , dans laquelle pafte la boîte de la vis, ëft compofée de deux morceaux joints enfemble fur leur longueur, & entaillés au milieu de leur longueur félon la grofleur de cette derniere. La tablettè entre à tenon dans les deux jumelles, avec lefquelles elle eft arrêtée par le moyen de deux coins a , bf qui doivent avoir de largeur à leur bout le plus étroit, au moins l’épaifleur de la tablette, afin de pouvoir la dévêtir quand on le juge à propos , ce qu’on fait en ôtant les coins, & en la failànt remonter en contre-haut.
- .. Le berceau G Hy eft un chaflîs dont la largeur extérieure eft égale à celle de la Preffè, prife entre les deux jumelles, & d’une longueur aflez confidérable pour Menuisier,IIL Part. IIL Secï. Ou
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- p68 MENUISIER, III. Part. III. Se&. Chap. XIII.
- qu il puilîe porter le corps du train en entier lorfqu’ii eft hors de deflous la Planche pre|pej comme on peut le voir à la figure I, PL 326. Ce chaflis pafle jufqu’au ^ fond du derrière de la PreiTe, avec lequel il eft arrêté par des vis. Il eft compofé
- de deux battants & de deux traverfès, dans lefquelles font aflemblées deux autres pièces c, d^fig. - y nommées poutrelles , dans lefquelles font incruftées des bandes de fer fur lefquelles glifïe le train de la Preffè, comme je le dirai ci-après.
- La diftance des poutrelles entr’elles, doit être en raifon de la longueur de la platine, dont elles foutiennent Teffort, de maniéré que le milieu de chaque bande de fer foit à peu-près au quart de la longueur de la platine, comme on peut le voir dans la figure a.
- Le deflous du berceau doit être bien droit, & en général très-jufte d epaif-feur, afin qu’il porte également fur le fommier du bas, qui le fbutient à l’en-droit de l’effort du foulage. Le bout du berceau eft porté par un pied en forme de T, & qui eft mobile à volonté. Ici j’ai mis deux pieds adhérents au patin de la Preffè , ce qui ne fait rien , du moins quant à celle dont il eft ici
- • En deflous du berceau de la Prefle, & entre les deux poutrelles, eft placé un cylindre de bois en forme de bobine, dont l’axe eft arrêté avec les battants du berceau , & eft terminé par un bout en forme de manivelle, pour y placer une poignée avec laquelle on fait tourner le cylindre , & par conféquent le train de la Prefle, & cela par le moyen d’une corde attachée d’un bout à l’extrémité du train, d’où elle vient faire deux tours fur le cylindre, en defcendant de gauche à droite ; l’autre bout de cette corde pafle au travers de la table du train, & vient s’attacher fur un petit .treuil, avec lequel on la bande à volonté. Ce treuil eft placé entre les deux montants du chevalet qui fert à porter le timpan lorfqu’il eft ouvert.
- La troifieme partie de la Prefle eft le train ; il eft compofé d’une table ef, d’une largeur égaie à celle du berceau, fur une longueur à peu-près égale. Sur un des bouts de cette table, eft placé à demeure un chaflis ou coffre MN, d’une largeur égaie à celle de cette derniere, & fur environ un quart plus de longueur que de largeur. Les bois de ce chaflis n’ont qu’environ 1 pouce & demi de largeur à cette Prefle, & entourent un morceau de marbre O, quifert à porter la forme , & par conféquent à appuyer l’extrémité inférieure de tous les caractères placés dans le chaflis de fer qui les entoure, comme on peut le voir à la
- J%• 1*
- Les quatre angles du coffre font garnis d’équerres de fer nommées cornières, qui font faillantes en deflus pour arrêter la forme en place ; & deux de ces équerres portent des charnières avec lefquelles on joint le timpan au coffre.
- Dans le cas d’une petite Preife comme celle-ci, on fait très-bien de faire ces équerres doubles, c’eft-à-dire, d’une piece par chaque bout du coffre, & d’y
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- prendre auffî les charnières, comme je l’ai obfervé à la fig. 2, ce qui eft beau- \ coup mieux que de les rapporter comme on le fait ordinairement*
- Le train de la Prefle eft arrêté avec le corps de cette derniere , par le moyen de deux cordes ou courroies de cuir nommées vaches, lelquelles n’ont de longueur que ce qui eft néceflàire pour qu’en faifànt mouvoir le train , il ne forte que d’environ un pouce au-delà du devant de la platine , ce qui eft fuffifant pour laifler pafifer le timpan , qu’on appuie fur le chevalet, dont la traverfe du haut doit être affemblée en chapeau, & avoir de longueur la largeur du timpan au moins, afin de le fupporter à l’endroit de ces battants*
- La hauteur du chevalet doit être difpofée de maniéré que lorfque le timpan eft ouvert, il faffe avec le deflus du coffre un angle d’environ 140 degrés, ce qui eft néceflàire pour que la frifquette étant ouverte, elle foit un peu inclinée en arriéré , comme je l’ai indiqué par des lignes ponéluées, fig. 1, où j’ai pareillement indiqué les révolutions tant du timpan que de la frifquette, entre lefquels on place le papier à imprimer.
- Le derrière de la Preffe doit aufîî être difpofé de maniéré que quand on fait avancer le train jufqu’au fond, il n’avance pas plus qu’il ne faut, pour qu’au fécond coup de Preffe la platine pofe toujours en dedans de la traverfe du derrière du timpan, entre laquelle, & cette derniere, c’eft-à-dire , la platine, il eft néceflfaire qu’il y ait au plus un pouce & demi de jeu, pour que la preflion de la platine ne déchire pas le parchemin dont le timpan eft garni, & que les blanchetsoü garniture du timpan fe trouvent toujours entre la lettre Sc la platine^ Aux grandes PreffTes, on fait les timpans en bois, avec la traverfe de devant en fer, pour donner paffage à la platine de la Preffe : mais à celle-ci on l’a fait tout de fer ; c’eft pourquoi je n’en parlerai pas davantage ( * )*
- Au-defltis du derrière de la Preffe, fe place l’encrier, qui eft une efpece de caifle de bois, laquelle n’a que trois côtés , comme on peut le voir à la fig. 1 , PL 326 y & quand on veut que l’encre fe conferve propre, lorfqu’on n’en fait pas ulàge, on y met un couvercle dont le rebord de devant defcend jufqu’au bas de l’encrier, & dans le deflus duquel on fait un trou pour pafler le manche du broyon e,fig. 8 , même Planche, & une entaille pour donner paffage à celui de la palette fi
- Je n’ entrerai pas dans un plus grand détail pour ce qui regarde les Prefles, vu que ce détail entraîneroit néceflàire ment un très-grand nombre de figures , que je n’ai pas voulu faire ici, parce que ce n’étoit pas leur véritable place > d’autant plus qu’il me fuffifoit de donner une idée des petites Prefles, qui font très-rares , & qu’on pourra très-bien conftruire d’après ce que j’en ai dit, lorfqu’on voudra fe donner la peine d’en voir de grandes, & les bien examiner, non pas lorfqu’on n’en fait point ulàge , mais au contraire lorfque les Imprimeurs travaillent, afin
- (*) J’ai dit les timpans en parlant de plu-fieurs prefles, ayant toujours conüdéré le timpan comme un, quoique compofé de deux ehaflis, dont
- je n’ai pas fait de defcription , vu qu’à la prefle dont je parle ils font tout de fer, & que leur conftru&ion regarde uniquement le Serrurier*
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- : d’en bien connoître le méchanifine, & être en état de diftinguer les chofes qui font eftèntielles à la conftruétion des Prefles, d’avec celles qui ne leur font qu’accefloires , ou qui n’y font faites d’une certaine façon , que parce que c’eft un ancien ulàge qu’on ne veut pas ou qu’on ne penfe même pas à changer ; cette route n’eft pas la plus commune; mais c’eft la feule qui foit bonne, n’étant pas poffible qu’on puiffe jamais parvenir à bien faire les inftruments, les outils ou les machines feryant à un Art quel qu’il foit, fi l’on n’a de ce même Art des connoifiances au moins théoriques , qui font cependant encore bien loin de celles que donnent la pratique, quoi qu’en puiflent dire ceux qui croient connoître parfaitement un Art, lorfqu’ils font parvenus à en connoître à peu - près le nom Sc la forme des outils (*).
- La PrelTe en taille-douce , repréfentée fig. 3 & 4, eft beaucoup moins compliquée que celle dont je viens de faire la defcription: elle eft compofée de deux jumelles aflemblées par le haut dans un fommier ou chapiteau, & par le bas dans des patins ou dans un bâtis de Menuifèrie, comme je l’ai fait ici. Entre ces deux jumelles font placés deux rouleaux ou cylindres de bois, dont les bouts diminués en forme de tourillons, entrent dans les entailles des jumelles , qui n’ont de largeur que le diamètre de ces tourillons , excepté la partie fupé-rieure d’une de ces entailles, qui doit être aflez large pour laiflfer pafler le quarré P du rouleau fig. 6 , & fon collet.
- Les rouleaux ou cylindres portent, lavoir, celui de deflbus, for des collets ou boîtes de bois Q >fig. 3 , qui font garnies de fer poli en dedans, afin que les tourillons des cylindres s’ufont moins, & qu’ils tournent plus aifément ; le rouleau de defliis, au contraire , appuie contre une pareille boîte ; & l’elpace qui refte entre le deflus des boîtes & le fond des entailles des jumelles , eft rem pu par des morceaux de cartons, ce qui eft néceflàire pour augmenter ou diminuer la preffion des rouleaux, & en même temps la rendre plus élaftique.
- Aux deux côtés des jumelles, & au niveau du delîus du rouleau du bas, moins 3 à 4 lignes de jeu qui font néceflàires pour éviter le frottement de la table de deftiis, font deux autres tables nommées Portants, lefquelles fervent à foutenir la table R 5*, fur laquelle on place les planches qu’on veut imprimer. Cette table doit être diminuée par les deux bouts, afin de lui donner de laprife entre les deux rouleaux qui l’entraînent en tournant.
- On donne du mouvement à ces rouleaux par le moyen d’une croifée qui entre à quarré dans le bout du rouleau fupérieur, & qui eft retenue en place par le moyen d’une cheville, ou, ce qui eft mieux, d’un écrou, comme je l’ai obfervé ici, fig. 3 , 4 & 6. Cet écrou , ainfi que là vis, peuvent être faits en bois j cependant dans une petite Prefle comme celle-ci, je crois qu’on feroit très-bien de rapporter une vis de fer dans le milieu du rouleau, & d’y mettre
- (*) Ces fortes de Prefles, ainfi que celles en lefquelles même doivent obtenir une permiiîion^ taille-douce dont je vais parler, ne peuvent être pour les faire conftruire. d’ufage que pour les perfounes de conüdçration,
- par
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- Sect. IV. §. IL Defcripiion d'une Imprimerie de Cabinet. 97r par conféquent un écrou de fer ou de cuivre, ce qui vaudroit mieux quun de bois * qui ne peut jamais être bien folide, fur-tout quand il eft petit comme à la Prefle dont je parle.
- Aux Preffes en taille-douce ordinaires, le rouleau du delïous eft toujours d’un diamètre plus fort que celui de deffus , d’environ un quart; je n’en ai pu favoir la raifon * ceux mêmes qui en font ufàge ne m’en ayant pas donné d’autre* finon que c’étoit la coutume.
- La croifée eft compofée de deux pièces de bois aiïemblées en entaille à moitié de leur épaiffeur ; & on doit avoir foin que le trou par où paffe le quarré du cylindre loit fait fur la diagonale * afin qu’il tende moins à faire fendre le bois* que fi les côtés de ce trou étoient parallèles avec le fil de la piece. Voye^ là
- fis- 5-
- Les Preflès en taille-douce ordinaires ne font pas pleines par le bas comme celle-ci* leurs portants n’étant foutenus que par de petites colonnes ; & je n’ai fait de cette maniéré celle dont je viens de faire la delcription * que pour qu’elle foit plus ornée, & que la partie inférieure puiffe fervir d’armoire pour y ferrer les uftenfiîes dont on a befoin pour imprimer en taille-douce.
- Cette Preffe eft dilpofée pour être placée fur un Bureau de pareille hauteur que celui de la Preffe dlmpreffion, & dans lequel on puiffe la ferrer ainfi que cette derniere ; on peut même ne faire qu’un Bureau pour les deux Preffes * fuppofé que la place le permette.
- En général, les Prelles dé Cabinet peuvent être très-riclies * tant pour le travail que pour la matière ; cependant il ne faut pas que cette richeffe nuife à la facilité de leur fervice * ni à leur folidité, fijr-tout celle d’impreffion * laquelle’ fouffrant beaucoup d’effort * demande beaucoup de folidité * ce qui oblige à y mettre des armatures de fer pour prévenir toute efpece d’ébranlement. Ces armatures * lorfqu’elles font apparentes, doivent entrer pour quelque chofè dans leur décoration * afin de ne pas paroître rapportées après coup , comme il arrive
- quelquefois.
- Lorfqu ôn veüt faire ùfage des deux Preffes, il faut quelles foient arrêtées à
- demeure ftir le Bureau , par le moyen de quelques boulons ou toute autre ferrure, qu’on fera les plus propres poffible* & toujours analogues avec leur décoration , du moins autant que faire fe pourra.
- Si je n’ai donné aucune melure particulière des Preffes dont je viens de' faire la defcription, c’eft que comme elles font toutes deux hors de la grandeur ordinaire * il importe peu que les parties de détail qui les compofent foient plus
- ou moins grandes , pourvu qu’elles concourent toutes à l’effet général. Celles qui font deffinées dans cette Planche étant d’une aflez bonne proportion, on pourra en connoître toutes les dimenfions * par le moyen de l’échelle qui eft au bas de la Planche, fur laquelle ces Preffes ont été conftruites au fixieme de grandeur de l’exécution, ainfi que les figures du bas de la Planche 32b, Menuisier , 11L Part. 111» P xr
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- >
- 972 ME NUI SI E R, III. Part. Secl. 111. Chap. XIII.
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- §. III. Defcription de différentes efpeces de Guéridons & de Tables;
- Les Guéridons, fig. 1,2^3, font des efpeces de petites tables d'une forme ronde, montées fur un feul pied, dont on faifoit beaucoup d'ufàge dans le dernier fiecle, où on leur donnoit jufqu’à 2 pieds & demi & même 3 pieds de hauteur, leur ufage étant de porter la lumière & autre chofe dont on peut avoir befoin pendant la nuit. Maintenant qu'aux Guéridons on a fubftitüé les Tables de nuit, la hauteur des Guéridons eft réduite à 26 ou 28 pouces, &ils ne fervent qu'à placer la lumière foit proche le feu ou ailleurs : dans ce premier cas, on y ajoute une traverfë ou main en faillie, ainfi que celle a b >fig. 2, dans laquelle on place un écran, qu'on arrête avec une vis à la hauteur qu'on le juge à propos: cette main fe monte à vis dans le pied du Guéridon, afin de pouvoir i'ôter quand on le juge néceffaire.
- Le defîus ou la table d'un Guéridon , eft ravalé en defîus pour qu'il y ait un rebord au pourtour, qui ordinairement eft orné de moulures, ainfi que le deflbus de la table ; il fe monte à vis, comme le repréfente la figure 3.
- Le pied ou plateau du Guéridon, eft aufli rond & orné de moulures, & il reçoit pareillement le bas de la tige ou montant repréfenté jîg. 1 â 2.
- Le deftous du plateau eft fupporté par trois ou quatre boules ou poires pour l'élever au-defliis du carreau , afin que les inégalités de ce dernier ne le faftent pas vaciller ; c'eft pourquoi il vaut mieux ne mettre que trois points d'appui que
- quatre.
- Les Guéridons dont on fait ufage à préfent, font beaucoup plus bas que celui repréfenté fig. 2, dont ils different encore par la forme de leurs pieds, qui au lieu d'être pleins , font compofés de trois pieds ou patins qui s’afîemblent dans le montant qui porte la table, lequel eft corroyé à fix faces ( du moins par le bas) , defquelles fix faces trois font occupées par les patins, qui y font affemblés à queue d'aronde, comme je l'expliquerai ci-après. Voye^ la fig,. 6, qui repréfente une petite Table ou Guéridon moderne; & laJig. 10, qui repréfènte fon pied vu en plan.
- Le deffus des Guéridons dont je parle, fe fait le plus léger poflible ; c’eft pourquoi quand on veut qu’avec cette légéreté il ait toute la folidité néceflàire, on fait très-bien de le conftruire d'aflemblage, afin qu’il ne fe tourmente pas, ainfi que je l'ai repréfenté^zg-. 9. Ces defliis fe montent toujours à vis avec la tige dü pied, & cela par le moyen d'une maffe ornée de moulures qu'on rapporte en
- deflbus, dans laquelle eft percé le taraud , ou, pour mieux dire, l'écrou de la
- . * >
- Vis.
- Il y a de petites Tables en Guéridons, dont le deffus eft d'une forme quarrée, ainfi que le repréfentent 1 tsfig, 7,8 & 11, & dont le même deffus a un mouvement vertical, de maniéré qu'on peut l'incliner autant qu'on le juge à propos 9 ce qui fe fait de la maniéré fui vante,
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- Sect. IV. § III. Defcriptwn des Guéridons c3G des Tables. 97$
- On rapporte en delTous de la Table une traverfe cd,fig. 7, dont le milieu a environ 4 pouces de largeur ; ce milieu eft aminci, ou, pour mieux dire, ravalé des deux cotes à 1 epaillèur de 7 à 8 lignes, afin de pouvoir entrer dans urt enfourchement pratiqué dans la partie fupérieure du pied , avec lequel il eft arrêté par le moyen d’une goupille e, qui fert de centre de mouvement à la Table, qu’on retient de niveau ou inclinée, comme on le juge néceffaire, par le moyen du deini-cercley"g, qui eft arrêté d’un bout avec la traverfe e d, 8c par conféquent avec la Table , 8c le demi-cercle palTe dans une mortaife flite dans 1’épaiflèur du pied, où on l’arrête en place par le moyen d’une vis de pref-fion placée dans l’épaiffeur de la joue de la mortaife. Voye{ lesfg. 7 & 8, qui reprefèntent la Table vue de face 8c inclinée, félon que je l’ai indiqué^g*. 7, par une coupe fuppofée de la Table.
- Le dellus de ces Tables ou Guéridons, s incline ainfi pour avoir la liberté d’y écrire & d’y lire plus commodément, fur-tout des in-folio, fur lefquels il faut être couché pour pouvoir les lire étant placés fur des Tables ordinaires, c’eft-à-dire , dans une fituation horizontale*
- Comme on peut faire ufage de ces fortes de Tables pendant la nuit, & qu’étant inclinées , il n’eft pas poflible d y placer une lumière, on a imaginé de faire des portes - bougie fig. 4 <§> 5 , lefquels ne font autre chofe que de petits mot-; ceaux de bois de 2 â ^ pouces de longueur , fur y a 8 lignes de largeur , Sc x d’épaiflèur au plus ; chacun de ces morceaux font joints enfemble à leur extré-^ mité, par une goupille de fer ou de cuivre rivée des deux côtés, & on a foin que ces rivures foient peu ou même point excédentes; & pour qu’elles ne détruifent point le bois, on garnit chaque piece d’une petite platine de £qé incruftée dedans, comme on peut le voir à h fig. 31.
- Les pièces du porte-bougie font ordinairement au nombre de éou 8, dont une eft arrêtée avec le pied de la Table ou Guéridon ; '& la derniers, qui eft celle de deffus, porte une bobeche avec fa platine, comme on peut le voir à la
- fis• 4*
- On fait encore d’autres Tables ou Guéridons nommées à VAngloife> apparemment parce quelles ont été inventées en Angleterre. Ces Tables, repré-fentéesfig. 2 <§* 5 , ont deux mouvements, l’un horizontal, & l’autre vertical, comme le repréfente la figure 2.
- Le mouvement horizontal fe fait de la maniéré fuivante. Au haut du pied qui eft terminé par une tige menue en forme de pivot, eft placée une cage ou lanterne compofée de deux fonds, & de quatre petits piliers en baluftres qui les foutiennent, ou, pour mieux dire, qui les lient enfemble; la hauteur de cette lanterne eft de 4 pouces au moins de dehors en dehors, fur 7 à 8 pouces quarrés. Le fond du deflbus eft pereé au milieu de tous les fens, pour laifTer paffcr la tige du pied, qui vient entrer dans le fond du deftus jufqua la moitié, ou tout au plus jufqu’aux deux tiers de fon épaiffeur, comme on peut le voir à la -fig* % ; Sc
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- ^74 MENUISIER, III. Part. Se8. Ul. Chap. XIIL
- encore mieux à la fig. 7, qui repréfente une partie de la coupe de la lanterne ; avecia tige du pied de Table, qu'on arrête avec la lanterne par le moyen dune clef paflee au travers de la mortaife A, même figure.
- A un des côtés du fond fupérieur de la lanterne , font réfervés deux goujons qui entrent dans des taflèaux ab&cd, fig. 2 , lefquels fervent en meme temps à arrêter la lanterne avec la Table, & à la diriger de maniéré qu elle ne puifle pas s’écarter de côté ni d’autre lorfqu’on la fait mouvoir horizontalement.
- Quand la Table eft abaiffée fur la lanterne, elle eft arrêtée avec cette derniere par le moyen d’une petite ferrure e, dont le pêne prend dans le deflus de la lanterne. Voye^ les fig. 1, 3 & 4, où cette ferrure eft repréfentée tant en coupe que vue en deflus & en dedans , le tout defliné , ainfi que la figure 7, à moitié de l’exécution.
- Les patins du pied de la Table dont je fais la defcription,, font au nombre de trois, difpofés triangulairement, comme les repréfente la figure 3. On les affemble à queue d’aronde dans le montant, en obfervant que leur arrafement porte également de chaque côté , afin qu’ils fuivent bien leur direélion, '& qu’ils joignent en même temps par-tout, ce qui eft très-effentiel pour la folidité de l’ouvrage.
- Quand les patins font bien ajuftés, on les colle ; Sc pour qu’ils retiennent mieux en place, on ajoute en defibus de la tige du pied un bouton ou cul-de-lampeffifig. 2 $ 4, lequel entre à goujon dans la tige, & recouvre en même temps les aflemblages des patins, qu’il retient en place. Poyeç la fig, 8, qui repréfente le deflbus de la tige du pied avec fes patins , indiqués par des lignes ponéluées ; Sc la fig. 9, qui repréfente la partie fupérieure de cette même tige vue en deflus.
- Il fe fait encore d’autres efpeces de Guéridons, qui ne fervent que dans les grands appartements ; ce n’eft, à proprement parler, que des candélabres destinés à porter des girandoles & des arbres de lumières.
- Ces fortes de Guéridons font ordinairement très-hauts , & font foutenus fok par des gaines ornées de trophées ou de guirlandes , des grouppes d’enfants, ou toute autre partie de fculpture , qui dépendent du goût de celui qui préfide à la décoration des appartements dans lefquels ces Guéridons font placés. Comme la Sculpture fait prefque tous les frais de ces fortes d’ouvrages, & que les Menuifiers ne font qu’en préparer les mafles, je n’en parlerai pas davantage, d’autant mieux que cette préparation regarde les Menuifiers de bâtiment, & non pas les Ebéniftes pour lefquels je parle préfentement.
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- Sevt. IF. §. IV* Defcription de différentes fortes de Pupitres. 97^
- §. IV. Defcription de differentes fortes de Pupitres.
- J’ai déjà fait mention des Pupitres dans la fécondé Seétion de la troifiemé !
- Partie de mon Ouvrage, en parlant des Tables à écrire ; ceux dont il eft ici Planche queftion, fervent à placer des livres, foit pour lire ou pour chanter, ou, pour ^ mieux dire, y lire de la mufique.
- Les Figures 1,2 Sc 4 de cette Planche , repréfentent un Pupitre à pied Sc à crémaillère, par le moyen de laquelle on haufle ou baiffe le Pupitre félon qu'on le juge néceflàire , foit qu'on veuille s'en forvir debout ou affis.
- Le Pupitre, proprement dit, eft compofé de deux tables inclinées à l'horifbn d’environ 30 degrés, ou qui forment avec ce dernier un angle de 60 degrés, ce qui eft la même chofe. Ces tables fe font en bois plein découpé à jour, ou bien d'aflembiage, ce qui eft égal, vu que dans l'un ou l'autre cas il faut toujours qu'ils foient liés enfembie par une piece A, fig. 2 , nommée fommier, avec laquelle on les aflemble à rainures Sc languettes, en obfervant que les languettes foient faites dans le fommier , afin que le pied du Pupitre qui porte fur ce dernier , ne tende pas à faire ouvrir le joint, ce qui arriveroit néeeflàirement fi le fommier portoit les rainures.
- Au bas de chaque table du Pupitre eft aflemblé, en retour d'équerre , un rebord ou bande B9 laquelle faillit d’environ un pouce Sc demi, Sc dont l'ufàge eft de porter le livre & de l'empêcher de glifter ; c'eft pourquoi il eft bon quelle . releve un peu du devant, comme je l’ai obfervé à la figure 2.
- L’écart des deux tables du Pupitre eft retenu par une traverfe ou entre-toife C Dy placée au milieu de la longueur des tables ; cette entre-toife fert non-feulement à entretenir l'écart des tables du Pupitre, mais encore à donner pafiage à la tige Ë F du pied, Sc par conféquent à empêcher le Pupitre de vaciller en aucune façon.
- La tige du pied de ce Pupitre, eft compofée de deux parties, l'une E Fy qui eft mobile, Sc dont l'extrémité fupérieure fert à porter le Pupitre ; Sc l'autre G H, qui eft adhérente au pied repréfenté en plan fig. 4.
- Ces deux parties font parfaitement femblables, du moins dans leurs parties inférieures , comme on peut le voir à la fig. 2 Sc à laj^g*. 6 , qui en repréfentent la coupe, ou, pour mieux dire, le plan ; Sc elles font retenues enfembie par la tablette 1L, fig. 1 & 2, & par le lien MN y meme figure.
- La tablette IL, repréfentée en plan 3fig. 5 , eft arrêtée à demeure dans la partie fupérieure du montant G Hyfig. 2 , dans laquelle elle entre en entaille , afin d'y être arrêtée d'une maniéré fixe, pendant qu'elle laiflfe couler librement l'autre montant E F ; le lien M Ny au contraire, eft affemblé à queue avec ce dernier, Sc laifle le paflàge du montant G H. Foye£ la fig. 8 , qui repréfente le lien vu en plan.
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- 976 ME NU 1S1E R , III. Part. Se&. III. Chap. XIIL
- Quand on veut hauffer le Pupitre, on leve le montant EF, Sc on Planche je retient élevé à la hauteur qu’on defire par le moyen de la boucle OP,
- ‘ repréfentée en plan, fig.ç , laquelle a une dent a, fig. 9 , qui entre dans les crans b ,b, de la crémaillère ^ fig. 1 , taillée fur le devant du montant mobile. Cette boucle eft arrêtée avec le.montant GH au point c, fig. 2, qui eft Ton centre de mouvement, & autour duquel elle fe meut librement. Voyda Fig. 3 9 qui repréfente une partie des deux montants avec la boucle, tant de niveau qu’inclinée, pour porter le montant mobile. Voyez auffi la fig. 10, qui repréfente ce même montant vu de face , affemblé avec fon lien vu en coupe. Cette figure, ainfi que celles 3,6 Sc 7, font deffinées à moitié de l’exécution, & cotées des mêmes lettres que les figures 1,2 & 9. /
- Le Pupitre tourne librement fur le montant E F, qui lui fert de pivot ; cependant comme il n’entre que d’environ un demi-pouce dans le fommier du Pupitre, il arrive très-fouvent que ce dernier fort de là place pour peu qu’on le leve ou qu’on le faffe tourner brufquement. Je crois qu’il feroit néceilâire qu’on l’arrêtât, foit par le moyen d’une vis placée dans la partie fupérieure du montant ou pivot, & dont la tête fût en deffus du fommier, ou bien par le moyen d’une clavette placée en deffiis de l’entre-toifo CD, fig. 2 , ce qui efi: égal, pourvu que le Pupitre foit arrêté folidement : cette obfervation eft effentielle à tous les Pupitres tournants fur pivot, à moins que leur extrême lourdeur ne les mette hors de la portée d’être renverfés, comme, par exemple , les Pupitres d’Eglife, nommés auffi Lutrins, dont la feule pefimteur fuffit pour les arrêter en place, ayant, pour la plupart ,222 pieds & demi de largeur, & étant conf-truits en plein bois d’environ un pouce d’épaiflèur.
- Le montant G H ,fig. 2 , s’aiîemble à tenon Sc mortaifo dans une piece de bois taillée à 6 faces, laquelle reçoit les trois pieds ou patins Q, R, S, fig. 4, qui y font affemblés à queue, comme on peut le voir à la fig. 7 ; & pour que ces afïemblages foient plus folides, on ne ^les perce pas au travers de la piece du milieu, mais on les fait feulement defoendre jufqu’à 2 à 3 lignes du deflbus de cette piece ; Sc quand les patins font affemblés Sc collés, on les recouvre par une piece triangulaire d ef \ fig. 4, dont le fil doit être oppofé à celle de deftous# On met des portes-bougie à ces fortes de Pupitres : il y en a où ils font attachés au montant E F\ d’autres les pofent fur de petites entre-toifes placées aux deux extrémités des tables du Pupitre, ce qui eft d’autant mieux, qu’on raccourcit par ce moyen les portes-bougie, qui, loriqu’ils font trop longs, font fujets à pencher en devant, tant par leur propre poids que par celui de la bougie.
- Il y a d’autres Pupitres qui ne different de ceux dont je viens de faire la def-Planche cription, que par leur grandeur, Sc par la forme de leur pied, qui n’a guere que ^ 6 à 8 pouces de hauteur, pris du deffous du Pupitre, ainfi qu’aux fig, 9 & 10. Ces
- fortes de Pupitres fe nomment Pupitres de table, parce qu’ils ne peuvent fervir qu’étant placés ainfi, vu le peu de hauteur de leurs pieds, qui fouvent au lieu
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- Se ct. IV. §. IV. Defcription de différentes jones de Pupitres. 977 d'être en piédouches comme ceux-ci , n’ont Amplement qu'un montant avec un patin triangulaire> {ans aucune façon. Voye£ 13, qui repréfente le pie-
- douche vu en deflu$ , avec l’entre-toife du Pupitre, Sc fes affemblages à queue d’aronde.
- Les Figures 7 , 8, ir & 12, repréfontent un autre Pupitre de table, lequel n’a pas de pied , & ne fert guere que pour la leélure. Ce Pupitre eft compofé de deux chalîis femblables pour la grandeur, Sc qui font ferrés au point a ,jîg. 8 ; celui de deiTus, qui eft le Pupitre proprement dit, a une? traverfe cd, dg. 12 , placée un peu plus bas que le milieu de fa hauteur ; au milieu de cette tra-verlè eft ferré un montant efy lequel le rabat de £ en^, pour foutenir le Pupitre à telle élévation qu’on juge convenable, comme 011 peut le voir à la fig, 8 , dans laquelle j’ai indiqué par des ponctuations, les différents degrés de hauteur donnés par la diftance de la crémaillère g h, vue en coupe dans cette figure, Sc en face dans la figure 11, qui repréfente le chafîîs de defîbus vu de face, lequel chaffis eft , à proprement parler, le pied du Pupitre; ce Pupitre eft d’autant plus commode, qu’il peut fe bailler autant qu’on le juge à propos, Sc fe reployer tout-à-fait fur lui-même quand on n’en fait pas ufàge.
- Les Figures 1,2, 3 & 4, repréfentent une autre elpece de Pupitre , lequel n’eft d’ufàge que dans les Eglifes. Ce Pupitre fe fait en plein bois, Sc a cela de particulier, que quoique mobile, il eft d*une feule & même piece, fans avoir befoin d’aucune elpece de ferrure , comme on peut le voir aux figures ci-deftus.
- La conftruélion de ces fortes de Pupitres eft cependant très-fimple ; on commence d’abord par corroyer un morceau de bois de la longueur & de l’épaifibur convenables, pour pouvoir contenir celle des deux pièces A, B ,fig. 2 & 4, Sc le jeu qu’il doit y avoir entr’elles, lequel doit être le moindre poffible, c’eft-à-dire, ia place de la foie , Sc ce qu’il faut ôter de bois ppur replanir les pièces quand elles font refendues.
- Quand le bois eft ainfi corroyé , on trace la charnière de la maniéré fuivante.
- Après avoir déterminé la hauteur du pied du Pupitre, prife du deflous de la charnière, on trace fur le côté de la piecejTg’.j', la hauteur de la charnière, qui doit être égaie à l’épaifîeur des deux pièces prifes enfemble, comme l’indiquent les lignes il Sc mn, tracées un peu en pente pour empêcher que le Pupitre n’ouvre quarrément tout-à-fait ; ce qui eft d’autant plus néceflaire, que ces Pupitres font déjà très-penchés, & que l’arc de cercle que forme la charnière dans l’angle o 9fig. 2 , tend à écarter le livre & à le faire couler dehors. Quand la hauteur de la charnière eft tracée, du pointp, comme centre , on décrit un cercle qui touche aux lignes il 8c mn , moins ce qu’il faut pour le paflage d’un cifeau très-mince , lequel cercle donne la forme delà charnière, qu’on ne doit découper qu’après avoir pris un calibre de l’extérieur des nœuds. Ce qui étant fait, on trace, fig.6, la, face des charnières d’après les lignes il Sc m Sc on les divife en nombre impair
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- fur la largeur, en obfervant qu’il y ait un peu de jeu entre les traits qui défignent leur féparation, parce qu’il eft néceflàire pour le paflàge d’un couteau à fcie très-mince , avec lequel on coupe l’efpace q r, fig y , qui refte après que les nœuds ont été découpés des deux côtés, comme le repréfente la figure 6.
- Après qu’on a ainfi évuidé & découpé la charnière, on chantourne le deflous du pied, comme, par exemple, la fig. 3 ; puis on refend les deux parties A , Z?, fur l’épaifleur , tant en deffus qu’en deflous de la charnière ; & quand on a travaillé jufte , les deux pièces doivent s’ouvrir toutes feules.
- Quand les pièces A , B, font ainfi féparées , on les finit au rabot & à l’ordinaire , fbit que le Pupitre foit deftiné à être peint & fculpté, comme il arrive quelquefois , ou bien qu’on le laifle dans fa couleur naturelle, avec un poli, comme c’eft l’ufàge.
- Il eft cependant bon d’obferver que quand il y a de la fculptüre für les Pupitres dont je parle, cette derniere fbit faite avant que de refendre les deux pièces A, B, afin qu’en faifant la fculpture on ne fbit pas expofé à gâter la* charnière ni à la brifer.
- Ces Pupitres ne fe font jamais fèuls, mais deux à la fois, & cela par rapport à la grande perte de bois qu’il y auroit depuis s jufqu’à t >fig. 4,.fi on n’en pre-noit pas deux l’un fur l’autre, en augmentant à la longueur ordinaire du Pupitre, celle de la piece A, plus ce qu’il faut pour le paflage de la fcie. En fuivant cette méthode , on épargne près d’un pied de bois pour les deux , ce qui eft fort à conlîdérer, vu que ces Pupitres fe font toujours en beau bois de noyer, du moins cela doit être ainfi.
- §. V. Defcription de différentes Boîtes de toilette.
- Les Boîtes de toilette connues fous le nom de Néceffaires, font de petites
- Planche cajjpes ou coffres de bois, fervant à ferrer les uftenfiles de toilette , & à les 33
- tranfporter dans les voyages. Elles font compofées de deux parties; fàvoir, de la boîte proprement dite, fig. 1 8c 2 , (dont la conftruélion eft toute du reflort du Menuifier, ) & de la garniture, laquelle eft faite par des Ouvriers qui ne s’occupent que de cette partie , & qui ne travaillent qu’après les Ebé-niftes, puifqu’ils ne peuvent faire leur garniture qu’en raifon de la grandeur de la boîte, & du nombre & de la forme dès pièces qu’on veut placer dedans.
- Cette garniture eft une efpece de petit coffre percé à fa furface, pour que les divers uftenfiles de toilette, comme les flacons , les peignes , &c, puiflent entrer dedans, & y être contenus de maniéré qu’ils ne puiflent vaciller en aucun fens ; c’eft pourquoi les parois de chaque vuide font garnis de bois dans leur pourtour, & enfuite recouverts d’étoffe , pour que le bois ne touche pas aux pièces qu’on place dedans. Cette garniture eft pour l’ordinaire adhérente à
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- SècT. IV\ §. V. Defcrîptîon de différentes Êoîtes de toilette. 97^ l'intérieur de la boîte, avec laquelle on l’arrête à demeure, & le joint fe cache ; par le moyen de l'étoffe de la garniture qu’on attache fur cette derniere.
- Il y a des Néceffaires où la garniture eft mobile , afin de réferver en deffous j & par conféquent au fond de la boîte , un elpace pour ferrer des chofes qu'oft 11e veut pas laifler fous la vue : dans ce cas on fait une fécondé caille qui entre jufte dans la première, ainfi que celle c d e f, fig. 2, dans laquelle on place la garniture à l'ordinaire. Cette fécondé caiffe doit être faite très-jufte , pour que Ion joint ne foit pas apparent, dût-on être obligé d'y pratiquer un petit trou pour donner paffage à l'air qui l’empêcheroit d'entrer fms cette précaution.
- Le/fond de cette fécondé caiffe fert ordinairement de couvercle aux calîês pratiquées dans le fond de la première ; cependant je crois qu'il vaudrait mieux y mettre un defïùs ouvrant à fecret, afin que fi on ôtoit la fécondé caiffe, on ne pût pas fouiller dans le fond de la boîte , à moins qu'on ne fût le moyén d'ouvrir le deffus qui la couvre. La fécondé caille doit être auffi arrêtée avec la première , par le moyen de quelque relïbrt caché dans l'épailïeur de cette derniere , de maniéré que quand le tout eft en place , les deux cailles femblent n'en faire qu'une , & par conféquent trompent ceux qui voudraient fouiller dans les caffesdu fond, danslefqueiles , comme je l’ai dit, on place les chofes les plus précieufes , comme l'or & les diamants qu'on eft obligé de porter en voyage.
- L'intérieur du deffus des Néceffaires eft quelquefois garni d’une' glace, la* quelle 11e doit pas porter à plat fur le bois, mais en être ifoiée d’une bonne ligne au moins, par le moyen d'un ravalement qu'on fait au bois du deftùs ; lequel ne porte la glace que par fes extrémités, afin que le tain ne s'écorche pas par le frottement, ou que fi le bois travailioit, il ne fît pas fendre la glace , qu'on retient en devant avec des pointes recouvertes par un cordonnet collé au pourtour de la glace, comme on peut le voir dans cette figure.
- Quelquefois on fait des faux-fonds qui portent la glace, comme celui ab, ce qui donne le moyen de pratiquer un vuide dans le deffus , qu'on ferme , ainfi que celui de deffous, par le moyen de quelque refîbrt caché dans i'épaiffeur du bois.
- On fait des Néceffaires de toutes fortes de grandeurs, depuis 6 pouces de lar^ geur, jufqu'à deux pieds & même plus. Les plus communs font faits en boiâ de noyer, toujours affemblés à bois de fil, &• on garnit leurs angles avec dés cornières de cuivre ou de fer poli, comme à la figure 1.
- Quand les bokes font grandes , on y met encore une ou deux équerres fur la hauteur , qu'on arrête , ainfi que celles des angles, avec des vis dont la tête eft noyée en parement, de maniéré quelle n'eft pas apparente, furtout quand la garniture ( c'eft-à-dire, les équerres & les vis ) eft de cuivre.
- Aux grandes Boîtes de toilette , on met deux mains par les côtés, pour pouvoir les tranfporter aifément , 8c aux petites on n'en met qu'une placée au milieu du deffus.
- Menuisier , ///. Paru II/. Secl* ’ R11
- Planche
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- Il y a de ces dernieres dont l’intérieur eft vuide, c’eft-à-dire, fans garniture? ces petites Boites ne fervent, pour 1 ordinaire, qu’à ferrer les bijoux, Si alors elles prennent le nom de Coffre. On en fait de très-riches, tant pour la qualité du bois que pour la garniture ou ferrure extérieure, qui eft quelquefois d’argent ou de cuivre dore , difpofee au pourtour en diverfès bandes contournées, tant pour les orner que pour les rendre plus folides, ce qui, à mon avis, n’eft pas fort utile , vu que ces petits coffres font, par leur peu de volume, encore plus ailes à emporter qu a être forcés. Ces Coffres font quelquefois ornés de Marqueterie de placage ; mais comme cela eft peu folide , je crois qu’il vau-droit mieux les conftruire en plein bois, foit de cèdre ou de tout autre bois précieux & odorant, Sc y incrufter ce qu’on jugera à propos.
- On peut faire des doubles fonds aux Coffres dont je parle, & les faire ouvrit a fècrets, dans le detail defquels je n entrerai pas, vu qu’ils ceflêroient d’être fecrets s’ils étoient connus de tout le monde, & que de plus ce détail, quoique du reftort des Ebéniftes, m’entraîneroit au-delà des bornes que je me fuis prefcrites.
- Les Figures 3,4 & 5 , repréfentent un petit Néceflàire de poche, à i’ufào-e des hommes qui voyagent, Si auxquels les chofes vraiment nécefTaires peuvent fuffire ; c’eft une boîte de 6 à 7 pouces de long, fur 4 pouces Si demi de large, & 2 pouces un quart de haut, divifée en deux parties fur l’épailfeur , lesquelles parties font elles - mêmes divifées en plufieurs caflcs ; favoir , celle A fig- 3 , pour placer un peigne ; celle B, pour placer un couteau à ôter la pou-dre, & une brofTe à dents.
- La partie ovale C, doit être garnie de fer-blanc verni ou de plomb laminé très-mince, & fert de vafe pour délayer le favon avec une brofTe, qui fe place, lorfqu’on n’en fait pas ufage, dans la cafte'D, laquelle doit auffi être garnie, pour que l’humidité ne gâte pas le bois.
- La cafte E, fig. J, doit recevoir le rafoir ; celle F, des cifeaux ; & celle G le cuir. Chacune de ces caftes doit être bien exactement de la grandeur de chacune de ces pièces, pour quelles ne balottent point; c’eft pourquoi il eft bon que celle/1, dans laquelle on place les cifeaux, foit diminuée tant fur l’épaifleur que fur la largeur, félon la forme de ces derniers, qu’il faut avoir, ainfi que le rafoir, avant que de décider de la grandeur des caffes Si de leurs formes.
- Les trois caftes E, F, G, font fermées par une coulifte H, fig. 4, qu’on doit faire du même morceau que le bout de la boîte, afin que le joint foit moins fenfible ; & pour que le bout de cette coulifte fût moins apparent, on pourrait y ajufter une piece à bois de fil, pris du même morceau que le côté de la boîte ; ce qui, au refte, n’eft^pas fort néceflàire, n’y ayant pas grand mérite à cacher des chofes, lorfqu’elles font faites pour être vues.
- Comme il pourrait arriver que la coulifte vînt à fo retirer, & par confequen't
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- Sèct. IV. §. V. Defcriptîon de différentes Boîtes de toiletté. 98 f
- îortir d’elle-même , félon la pofitiori où la Boîte fe trouvëroit , on feroit très-
- bien de l’arrêter par le moyen d’une goupille placée dans l’épaifleur du bout Planche
- de cette derniere , afin qu’on ne put ouvrir la coulifle qu’après avoir ^
- ouvert le couvercle de la Boîte , qu’on peut fermer à clef, ainfi qu’aux autres
- Néceffaires. Le couvercle de cette Boîte efl aufïî garni d’une glace , afin qu’il
- ne manque rien à cette Toilette portative * qui peut être utile aux hommes
- de tous les états.
- Les Figures 6,7,8,9*16 & 1 r , repréfentent une autre efpecé de Boîte utile aux Peintres en miniature, autant finguliere par là forme que pour la difficulté de fon exécution ; c’eft un livre de la forme d’un in-douze, dont les deux defius gh9 i î9 fig • 6 & 9, fe féparént du dofferet, & par conféquent du corps du livre , avec lequel ils ne tiennent que par le moyen d’un ravalement à queue d’arbnde pratiqué dans leur épaiffeur, comme on peut le voir à la figure 8 & à la figure il. Les deux defius étant ôtés, le livre paroît ainfi qu’à la figure ir , c efl-* à-dire , creufé de chaque côté d’un renfoncement L , dont la grandeur efl indiquée par des lignes ponéluées , Sc la profondeur fur la coupe fig. 8 ; c’eft dans ce renfoncement qu’on place des deflîns qui font retenus par la piece à queue qrs t9 qui leur fert de cadre, laquelle ne peut être retirée qu’après avoir fait fortir le dofferet qui entraîne après lui une maffe fig. 7 6 10, creufée en /, dë même que la figure 11, dans laquelle elle entre comme dans une mortaife.
- Les renfoncements/, font recouverts par deux autres pièces à queue mn %
- op, qui leur fervent de cadres, ainfi que ceux de la figure 11, de maniéré que dans le même livre on peut mettre quatre deffins féparés les uns des autres, fans crainte qu’ils ne fe froiffent ni fe maculent ; ce qui efl un très-grand avantagé pour ces fortes d’ouvrages.
- Je n’entrerai pas dans un plus grand détail pour ce qui regarde la conflruéliors de la Boîte dont je viens de parler, parce que l’infpeélion des figures doit fuffire pour en bien faire connoître toutes les parties , qui font plus aifées à deffiner & à décrire , qu’à bien exécuter ; car un Livre tel que celui que j’ai vu , & d’après lequel j’ai fait ma defcription, peut bien paffer pour un chef-d’œuvre d’exécution ; & je puis affurer que je n’ai jamais rien vu de mieux ajuflé, même eri métaux.
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- CHAPITRE QUATORZIEME.
- De la troijieme éfpece d’Ehénijlerie en général*
- JL/ a troifieme & derniere efpece d’Ebénifterie dont il me refte à traiter, eft s comme je Tai dit au commencement de cette partie de mon Ouvrage , celle où, avec le bois , on emploie les métaux9 Fécaille, l’ivoire & autres matières , & même les pierres précieufes. Cette elpece d’Ebénifterie eft nommée , par les Ouvriers 9 Marqueterie, pour la diftinguer de celle où l’on n’emploie que du bois de placage. Cette dénomination , quoique la plus généralement ufitée, ne me paroît pas jufte, parce que l’Ebénifterie dont je parle , eft plûtôt une efpece de Mofàïque très-riche, par le moyen de laquelle on peut repré-fenter tontes fortes de fojets , linon coloriés comme dans les ouvrages de Mofàïque ou Peinture en bois, du moins par le mélange & l’oppolition des différentes matières qu’on y emploie , qui fe détachent les unes des autres, & forment des Tableaux de la plus grande beauté , dont la belle exécution le dilpüte fouvent à la richefîè de la matière.
- Cette précieufo Ebénifterie eft très-ancienne ; car (ans avoir recours aux témoignages des Auteurs anciens, fouvent peu véritables ou mal entendus , on voit encore des ouvrages de cette efpece dans une des pièces de la Gallerie de Florence , digne de l’admiration* des connoilfeurs & de la magnificence des Médicis 9 qui les firent faire. C’eft d’après ces beaux ouvrages qu’on en a fait d’autres en France, fi toutefois ceux qui y étoient n’y avoient pas été apportés du temps des Reines Catherine & Marie de Médicis (*_). Depuis ce temps le goût de ce bel Art s’eft maintenu en France jufqu’à
- ' (*) Iî y a dans un faîlon de îa Gallerie de Florence , nommée la Tribune , une armoire en forme de tabernacle ou de cabinet, compofée de jafpe, d’agate * & de toutes fortes de pierres précieufes, où l’on a employé, en forme de clous, des topazes, rubis, faphirs & émeraudes ; à îa partie fupérieure on a placé une perle d’une groffeur extraordinaire. Cette armoire eft garnie de quatorze colonnes de lapis-Iazuli , dont les bafes & les chapiteaux font d’or maffif ; elle eft de plus ornée de bas-reliefs d’or, exécutés avec beaucoup de foin. Voyaee en Italie .Tome II, page 243.
- Ce bel ouvrage', dit le même Auteur , m’a rappeflé ceux qui étoient autrefois à Verfailîes, & dans le Garde-meuble à Paris ; & je ne doute pas qu’ils ne fuffent auffi venus de Florence dans le temps de Catherine 8c Marie de Médicis: on en a dépecé une partie pour enrichir le «cabinet du Jardin Royal à Paris, où il n*y a pas de plus beaux échantillons de pierres dures, que les colonnes d’améthyfte qu’on en a retirées. Idem.
- On voit encore dans les Appartements de Saint-Cloud & de Chantilly , des cabinets de cette efpece, qui , quoique moins riches que ceux dont il eft parlé ci-deffus , font d’une très-grande beauté. I! s’en trouve auffi chez quelques particuliers riches, qui en connoiffent le mérite , 8c qui les confervent avec beaucoup de foin; 8c on voit dans beaucoup d’Egîifes à Paris, des tabernacles travaillés dans ce genre , qui font très-riches , tant pour le travail que pour la matière ; entr’autres celui du maître-autel des Filles de la Vifitation , rue Saint Jacques , qui eft d’ébene , avec des chapiteaux & des bafes de colonnes en argent, ainfi que les autres ornements qui y font. Les plus modernes de ces différents ouvrages , font au moins du dernier ffecle; 8c on n’en fait plus maintenant , parce que, dit-on, ce n’eft plus la mode : comme fi ce qui eft vraiment beau , ne l’étoit pas toujours, 8c que des ouvrages de fculpture 8c de dorure , fouvent très-médiocres ( comme on n’en fait que trop maintenant ) fuffent préférables aux chefs-d’œuvre du dernier fiecle, qu’on
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- Sect. /. Matières qiion emploie dàiïs la y. èfpete cTEhéniflerie. 9S3 la fin du dernier fiecle ; mais préfentement on ne fait prefque plus d’ouvrage d’Ebénifterie de cette elpece, fi ce n’eft quelques petits ouvrages y 8c des boîtes dé pendules , ce qui parmi les Ebéniftes a fait donner le nom de Pendùlifes à ceux de leurs Gonfreres qui s’occupent particuliérement de ce travail.
- Je ne m’étendrai pas beaucoup fur cette derniere efpece d’Ebénifterie { non pas parce quelle n’efl plus à la mode, mais parce que je nai pas aifez d’expérience pratique fur cette matière, 8c qu’il ne m’a pas été poffible dé trouver tous les fecouts dont j’aurois eu befoin pour entrer dans tous les détails qu’exige la pratique de ce bel Art. Je me contenterai de le décrire dans fon état aétuel, 8c d’indiquer les moyens de le remettre dans Ion ancien état $ efpérant d’ailleurs que quelqu’un plus habile que moi achèvera ce que je ne fais qu’ébaucher ici.
- Les outils propres à travailler la troifieme efpece d’Ebénifterie , font à~peü« près les mêmes que ceux des autres Ebéniftes, dont j’ai fait la defcription danâ le courant .de cette Partie de mon Ouvragé ; c’eft pourquoi je n’en parlerai pas davantage, & je pafferai tout de fuite à la pratique de l’ouvrage , après avoir dit quelque chofe des matières qui entrent dans fa conftruélion , ce que je vais faire dans la Seétion fuivante* . •
- N
- Section Première.
- Defcription des differentes matières quon emploie dans la conjlruclion de la troijîe-me efpece d*Ebénijleriei
- L R s différentes matières qu’on emploie dans la conftruétion de la troifieme efpece d’Ebénifterie ou Marqueterie proprement dite , font , ( fans y comprendre les bois précieux & aromatiques dont j’ai fait la defcription au commencement de cette Partie, p. j6j & fuiv0 de deux efpeces, les unes animales & les autres métalliques. Celles de la première efpece font l’écaille de tortue $ l’ivoire , la corne, la nacre de perle, le burgaut & la baleine ; enfin celles
- ne regarde plus $ & auxquels on a fubftitué d’élégantes îuperfluités, qui n’ont d’autre mérite que celui d’une mode paffagere} qui eft bientôt effacée par une autre , qui elle même n’exifte pas plus long-temps que le caprice de ceux qui Font inventée. Il eft vrai que les ouvrages qu’on fait maintenant ont beaucoup d’apparence , êc coûtent peu cher en comparaifon de ceux du dernier fiecle; mais auflï font-ils moins durables & moins précieux , tant pour le travail que pour la matière, quifouvent ne vaut rien; ce qui , au fond, n’eft pas un grand mal, puif-qu’on en donne plus qu’il ne faut pour l’argent qu’ils coûtent ; & que d’un autre côté le fort de ces fortes d’ouvrages eft de ne devoir durer qu’autant qu’ils plaifent. Mais le véritable mal
- Menuisier ,1IL Part. 11L Sect* S ix
- qui en réfulte, c’eft le tort qu’ils font aux Arts, en détruifant parmi les Ouvriers le goût des belles chofes, l’émulation & le deffein de bien faire , 8c en leur en faifant même perdrej’ha-bitude , fuppofé qu’ils Payent ; car rien n’eft fi rare que de trouver des Ouvriers habiles dans cette partie de l’Ebénîfterie , fi ce ri’eft quelques anciens qui y ont travaillé ou vu travailler autrefois ; car pour les jeunes , le plus grand nombre ne la connoiflênt pas. C’eft avec regret que je dis ici des chofes fi peu honorables pour un fiecle qui paffe pour celui des Sciences ; mais cela n’en eft pas moins vrai, tant pour la partie de l’Art dont jè traite , que pouf beaucoup d’autres qui font dans le même cas.*
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- 984 MENUISIER, ///. P*rr. SeS. IlI. Chap. XIK
- «le la fécondé efpece, font le cuivre , Tétain , l’argent Sc l’or. Comme toutes ces matières font de nature différente , & qu’elles demandent à être diverfoment travaillées, il m’a paru néceflâire d’en donner ici une defoription, qui, quoiqu’abrégée , puiffe mettre les Ouvriers à portée de connoître la nature de ces différentes matières.
- §. I. De t Ecaille.
- O N nomme Ecaille, la couverture d’un animal nommé Tortue, lequel eft amphibie Sc teftacée, c’eft-à-dire, couvert d’écaiiles. Cette couverture eft plus ou moins grande, félon la grandeur de l’animal , & eft d’une forme ovale Sc convexe à-peu-près comme un bouclier ancien : elle n’eft pas d’une feule piece ; mais elle eft compofée de plufieurs pièces de différentes formes Sc grandeurs , qui recouvrent les unes fur les autres s & ont un mouvement de compreffion ou de dilatation félon la volonté de l’animal, & cela par le moyen des mufoles qui attachent les écailles au carapace ou toit de la Tortue. Il y a des Tortues dans les mers d’Alîe & d’Afrique ; mais les plus belles font celles qu’on prend aux environs de l’Ifle de Quibo , dans la mer du Sud, où il y en a de quatre fortes ; favoir, i°. la T or tue jranche , qui eft d’une moyenne grandeur, Sc qui n’eft recommandable que pour fa chair, qui eft très-bonne à manger : elle a auffi des écailles ; mais elles ne peuvent forvir à rien à caufe de leur peu d’épaiffeur : 2°. In Carette ou le Caret, qui eff plus petite que la première , Sc dont la chair n’eft pas fi bonne, mais qui, en revanche, donne de belles Ecailles dont les Tabletiers font beaucoup d’ufàge 9 Sc qu’on emploie auffi dans les beaux ouvrages d’Ebénifterie : 30. la kaouanne ou cahoane ; en Anglois , loger~hu ; Sc en Efpagnol, caivava. Cette efpece de Tortue eft beaucoup plus grande que les deux premières. Sa chair n’eft pas bonne à manger ; mais on en tire de l’huile. Ses Ecailles font beaucoup plus grandes que celles du Carret ; mais elles font plus minces & bien moins eftimées : ce font ces Ecailles dont les Ebéniftes fe fervent le plus communément, tant parce qu’elles font moins cheres que les autres , que parce qu’étant plus minces , ils ont moins douvrage à y faire pour les mettre d’épaiffeur, & par conféquent moins de déchet. La quatrième efpece de Tortue eft la plus grande de toutes ; elle n’eft abfolument bonne à rien, fi ce n’eft à faire de l’huile à brûler.
- Il y a auffi des Tortues de terre; mais les unes n’ont pas d’Ecaiiles for le carapace, Sc l’Ecaille de celles qui en ont ne peut être d’ufage pour les ouvrages d’Ebénifterie ; c’eft pourquoi je n’en parlerai pas davantage.
- L’Ecaille ou toit du Carret, eft compofée de treize feuilles ; favoir, huit plates , qui font placées aux deux côtés , & cinq qui font bombées , & qui font placées for le dos. Ces dernieres font les plus épaifles , Sc font
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- Sect. ï. Matières qu on emploie dans la 3^ efpece d’Ëbénijîerie. pSy prefque égales d’épaiffeur dans toute leur furface. Quant aux huit autres * il y en a quatre d une forme oblongue, & à-peu-près parallèles ; & les quatre autres font arrondies d’un côté pour foivre le contour que forme le carapace , fur & à l’extrémité duquel eliesJ font placées. Ces Ecailles , ainfi que les quatre autres, ne font pas abfolument droites for leur furface ; mais elles font toutes un peu bombées , fur-tout ces dernieres, c eft-à-dire, celles des extrémités. Les arêtes des unes & des autres font amincies à rien for les extrémités , ce qui ne lailfe pas de faire beaucoup de perte, à moins qu’on ne foude plufieurs de ces morceaux les uns avec les autres, comme le font les Tabletiers pour différents ouvrages. La plus grande longueur des feuilles de Carrette eft de douze à quinze pouces, fur fept à huit pouces de large* Le côté de la chair des feuilles d’Ecaille , c’eft-à-dire , celui qui eft concave , eft toujours le moins beau , & fa forface eft prefque toute couverte d’une efpece de vermiculure blanche, qui.fe defîine allez bien. Je ne fai fi cen’eft pas la marque de leur adhérence avec le tifîu membraneux qui les tient avec le carapace ou toit de l’animal.
- L’Ecaille a trois couleurs diftinélives ; (avoir , le blond , le brun Sc le noir clair. Quelquefois une ou deux de ces trois couleurs dominent, mais elles font rarement foules ; & j’ai vu dans un grand Magafin d’Ecaille une feuille totalement blonde , que le Marchand eftimoit beaucoup , comme tme chofo très-rare. Il y a aufli, fur-tout dans le Carret, des feuilles qui font jafpées*& mêlées de brun minime de différentes nuances , & de blanc , dont quelques endroits ont de l’orient comme la nacre de perle.
- En général l’Ecaille eft tranfparente, dure Sc très-fragile ; car quoiqu’elle foit à-peu-près du genre des .cornes , elle eft beaucoup moins liante que ces dernieres , ce qui vient de ce quelle a moins de parties .grades qui en lient les parties les unes avec les autres.
- L’Ecaille eft cependant très-malléable, & acquiert beaucoup de duélilité , foit par le moyen du feu ou de l’eau bouillante ; mais lorfqu’elle eft refroidie, elle refte dans la forme qu’on lui a donnée, & devient aufli caflante qu’auparavant.
- Quoique l’Ecaille foit très-pleine, elle eft fojette à fe retirer à la chaleur ; c eft pourquoi on doit avoir grand foin qu’elle foit très-feche quand on l’emploie, parce que lorfqu’elle eft humide, pour peu quelle éprouve un peu de chaleur , elle fe retire confidérablement.
- L’Ecaille a une propriété très-finguliere ; c eft qu’on la foude fans avoir befoin d’aucun agent que ce puiffo être , comme je l’expliquerai en parlant d& la maniéré de travailler l’Ecaille. \
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- MENUISIER, III. Part. Secl. III. Chap. XIV.
- §. IL De VIvoire.
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- î/ïvbïRË eft une fobftance ofteufe , quon tire des dents, ou, pouf ‘mieux dire , des défenfes de l’Eléphant : on les nomme les marfils ou mordis lôrfquelles font en pièces , & on ne leur donne le nom à'Ivoire, que lorf-qu’ellcs font débitées.
- Les défenfes d’Eléphant viennent d’Afie Sc d’Afrique : ces dernieres font lés plus petites, Sc n’ont qu’environ quatre pieds de long ; au lieu que les premières en ont jufqu’à dix. Les plus petites fe tirent de la côte d’Afrique, for-tout de Riofrefca, de la riyiere de Gambie , du Sénégal, Sc de la côte des Dents. Celles d’Afie fe tirent de l’Ifle de Ceylan Sc des Royaumes de Chine, de Pégu, de Siam Sc d’Oracan. On dit que les Ivoires de Ceylan ne jaunif fent jamais ; c’eft pourquoi on les vend plus cher que les autres*
- Quoique l’Ivoire foit du genre des os, il eft beaucoup plus compaél Sc plus pefàntque ces derniers ; fes pores étant très-ferrés le rendent capable de rece-: Voir un très-beau poli qui fe conferve long-temps.
- On diftingue deux fortes d’ivoire ; lavoir, le verd & le blanc. On peut les diftinguer tout deux à la couleur de leur écorce ; l’Ivoire verd a l’écorce brune & noirâtre , Sc un peu claire; Sc l’Ivoire blanc a l’écorce blanche, ou citron un peu fombre. Ces marques ne font pas bien certaines, Sc il eft bon de couper le bout de la défenfe pour juger de la véritable couleur de fon intérieur.'
- On préféré l’Ivoire verd au blanc, parce qu’il a les grains plus fins , Sc qu’il eft par conféquent moins poreux que le blanc qui a fouvent des grains défàgréables à voir, Sc qui a le défaut de devenir jaune avec le temps ; au lieu que dans l’Ivoire veçd , les grains ne font pas ou du moins très-peu vifibles , & que la petites teiflte de verd fe pafle en très-peu de temps , pour faire place à un très-beau blanc de lait, qui a l’avantage de ne point jaunir.
- L’Ivoire verd a le défaut d’être plus fragile que le blanc, Sc il fe retire davantage que ce dernier ; ce qui , en fuivant l’analogie des bois durs ou tendres , ne devroit cependant pas être j mais ce n’eft pas en cela foui que la nature s’écarte ou du moins fomble s’écarter des réglés qu’il nous a plus de lui preforire.
- On ne peut pas redrefter l’Ivoire au feu , ainfi que l’Ecaille ; il faut le débiter à la foie, puis le drefler à la lime, comme fi c’étoit un morceau de cuivre ou d’autre métal.
- Les morfils ou défenfes d’Eléphants font un peu courbes fur leur longueur j Sc fe terminent en pointe : ils ne font pas pleins dans toute leur longueur ; & en les débitant, il faut avoir grand foin de prendre intérieurement la profondeur de la cavité pour les fcier à cet endroit, afin de la me nager davantage. §. HL
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- Sect. I. Matières qu’on emploie dans la 3e. efpece d’EbéniJlerie. ySf
- \ §. III. De la Corne.
- La Corne dont les Ebéniftes font ufàge, eft une efpece de Corne blanche > qu'on vend à Paris fous le nom de Corne d’Angleterre, d'où elle'eft apportée dans de petits barils. Ce font de ces Cornes dont les Ferblantiers font ufage pour fermer les lanternes. On en vend de plus ou moins épaiifes : celles qui font les plus blanches, qui n’ont point de taches, qui font bien tranfparentes, font les plus recherchées par les Ebéniftes, à moins qu’ils ne veuillent en faire de faufles écailles ; alors ils fe fervent de la Corne roulîe , qui imite en quelque façon le clair de l'écaille $ dont ils contrefont les nuances avec de la couleur, comme je le dirai en fon lieu. Je ne m'étendrai pas davantage au fujet de la Corne , parce qu'on la trouve par feuille toute apprêtée , & qu'il ne s'agit que du choix lorfqu'on veut en faire emplette. Quant à fon ufàge , j'en parlerai en traitant de la pratique de la * Marqueterie.
- §. IV. De la Nacre de perle* \
- Ô n nomme Nacre de perle , ou Amplement Nacre, la coquille d'une efpecê d'huître , dans laquelle fe forment les perles. Ces huîtres font trois ou quatre fois plus grofles que les huîtres ordinaires. La Nacre eft pelante & très-dure; fon extérieur eft d'un gris roüfsâtre & tout ridé ; mais les premières feuilles extérieures de cette Coquille, une fois enlevées ( ce qui peut fe faire par le moyen de l'eau-forte & du tourret d’un Lapidaire, ou même tout Amplement du frottement d'une meule à l'eau ) , elle paroît auffi belle qu'en dedans, où fa couleur eft d'un beau blanc argentin très-luifànt , lequel eft mêlé des plus belles couleurs de l'iris ou arc-en-ciel ; de maniéré qu'on y voit tout à la fois des teintes de jaune, de rouge, de violet, de bleu 8c de verd , lefquelles changent inceflamment félon qu'on regarde la Nacre en différents fens, ce qui eft caufé par les diverfes maniérés dont les parties qui compofent la Nacre , reçoivent la lumière, & la réfléchiffent à nos yeux. Ce changement de couleut fe nomme orient ; ainfi on dit que la Nacre à un bel orient , quand ces changements de couleurs font très-variés , 8c la différence de ces dernieres bien fenAble. La Nacre a encore la Angularité de paroître ondée à fà furface , quoiqu'elle folt parfaitement unie ; & cette apparence approche A fort de la vérité, qu'on la touche quelquefois pour s'affûrer, par le taél , de l'illuAon quelle fait aux yeux.
- Ces ondes & ces changements de couleurs ne font apparents que parallèlement à la furface de la Nacre ; car quand elle eft refendue, fon épaifleur eft d'une couleur égale & unie , d'un blanc mat, tirant fur le gris-vineux.
- Menuisier , ///. Fart. III. SecL T i je
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- $>S8 MENUISIER,ni. Pan. Sec! III. Chap. XI F.
- La Nacre eft extrêmement dure ; on ne peut l'entamer qu'avec la fcie ï après quoi on la drefïè fur le grès, comme je le dirai en fbn lieu. La Nacre a le défaut d'être très-caflànte, & quelquefois piquée de vers , même bien profondément.
- Elle fe fend aufil quelquefois fur fbn épaifleur qui fe fépare par feuillets 5 ce font ces feuillets ou couches qui étant plus ou moins opaques les uns que les autres , ou du moins difpofés les uns fur les autres d’une maniéré ondulée & peu parallèle , donnent naiflànce aux ondes & aux différentes couleurs qu’on remarque à la furface de la Nacre. Les plus belles Nacres viennent des Indes Orientales. On en pêche auffi en Amérique & fur les côtes d’Ecoiïe.
- Il y a une efpece de Limaçon de mer , nommé Burgaut ou Burgaux, & par les Ouvriers Burgos, qui fe trouve dans toutes les Iües de l'Amérique p dont la coquille donne une fort belle efpece de Nacre ; mais comme les plus grandes de ces coquilles ne font pas plus groffes que le poing, on n'en peut tirer que de très-petits morceaux , vu qu'elles n'ont d'orient, ainfi que les Nacres de perles , que du côté de leur furface, ou du moins parallèlement à cette derniere. Le Burgaut a quelquefois des couleurs plus vives que la Nacre de perles, à laquelle on le préféré, fur-tout quand on n'abefoin que de petites
- parties : du relie il fe refend & fe travaille de même que la Nacre.
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- §. V. De la Baleine.
- L a Baleine eft peu en ufàge en Ebénifterie ; cependant on pourroit en tirer un très-bon parti pour des filets noirs , ou tout autre ouvrage. La Baleine proprement dite eft tirée des fanons ou efpeces de lames qui fervent de dents au poilfon qui porte le nom de Baleine. Ces fanons font compofés d'une ^fubftance filandreufe recouverte d'une fubftance à-peu-près femblable à la corne de bouc. La Baleine fe polit très-bien. Il y en a de grife & de noire ; cette derniere eft la plus belle , & on doit la préférer pour les ouvrages d'Ebénifterie.
- §. VI. Du Cuivre.
- Le Cuivre eft un métal moyennement pefànt, d'une qualité dure, fonore & élaftique ; fà couleur eft d’un rougeâtre brillant : quoiqu’il foie un peu moins duétile que l'argent, on en fait des fils très-déliés par le moyen de la filiere. On diftingue deux fortes de Cuivre ; favoir, le Cuivre naturel, qui eft celui dont je viens de parler, qu'on nomme Rofette ou Cuivre rouge, & le Cuivre faélice, nommé Cuivre jaune ou Laiton , lequel eft compofé d'environ deux tiers de rofette, & un tiers de terre calaminaire , autrement dit, calamine, laquelle, en changeant la couleur du cuivre ne lui ôte pas fà duélilité, pourvu qu'on le travaille à froid en le faifant recuire de temps en temps ; car lorf-qu on veut le forger à chaud, il fe brife & fe met en poufïiere, ce qui eft
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- $ect0 /. Matières qu'on emploie dans la 3 e. efpece d*Ébénifieriè. 985) caufé par la différence des matières qui réfiftant plus Tune que l’autre à l’aélioii du feu, fè détruifent lorfqu’on veut les forger à chaud. Le Cuivre jaune eft moins pelant que le rouge , 8c cette différence eft comme de ^48 à 648.
- LesEbeniftes ne font ufageque de Cuivre jaune, foit pour les ornements qu’ils adaptent à leurs ouvrages, foit pour faire des pièces de marqueterie, où ils emploient du laiton en table, qu’ils choififfent dans les magafins à l’épaiffeur qui leur eft convenable. Ce n’eft pas qu’ils ne pufîènt fe fervir également de Cuivre rouge, ce qui feroit même très-bien dans certaines occafions, comme* par exemple, fi on l’incruftoit dans de l’Ebene, où il trancheroit moins que le Cuivre jaune ; mais enfin ce n’eft pas la coutume , de laquelle on feroit très-bien de s’écarter quelquefois , comme je le dirai en fon lieu.
- Les tables de laiton doivent être choifies les plus égales d’épài fleur qu’il eft poffible , fans aucune inégalité ni cavité ou gerçures à leurs furfaces * afîri qu’étant employées, elles foient fufceptibles d’un beau poli * ce qui eft très-* effentiel pour les ouvrages de Marqueterie , où le moindre défaut dans le Cuivre feroit beaucoup de tort à l’ouvrage.
- §. VIL De ÏEtairiè
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- L’ E t a i n eft le plus léger de tous les métaux ; fa couleur eft blanche à-peu-près comme celle de l'argent! il eft flexible 8c mou , 8c fait du bruit lorfqu’on le plie. Il s’allie bien avec touts les métaux ; mais il leur ôte leur duélilité, & les rend caftants comme du verre. Il vient de l’Ëtain de divers pays, comme de la Chine, du Japon & des Indes Orientales, particuliérement de Malaga. Il en vient auffi de Bohême ; mais le plus eftimé eft celui d’Angleterre , connu fous le nom d'Etain de Cornouailles & de Devonshire , Provinces d’Angleterre, qu’on nomme à Paris Etain fin. Comme l’Etain en général eft un peu mou, il eft bon de l’allier d’un peu de rofette, ce qué les Potiers d’Etain appellent donner de Valoi , lequel n’eft autre chofe que deux à trois livres de rofette fondues à part 9 dans lefquelles on mêle à-peu-: près autant d’Etain, & quelquefois une livre de bifmuth ou Etain de glace; puis on mêle le tout dans cent livres d’Etain fin en fufion , ce qui le raffermit, le rend plus fonore & plus fufceptible de recevoir le poli. Les Ebéniftes font peu d’ufàge d’Etain maintenant, quoique cela faffe de très-belle marqueterie : on trouve de l’Etain par table chez les Potiers d’Etain, qui les planent & les poliffent pour les vendre aux Graveurs de mufique ; & ces tables pour-»: roient très-bien fervir aux Ebéniftes, comme je le dirai ci-après.
- Au défaut des planches planées , on pourroit en difpofer au laminoir ; mais celles qui font planées, font meilleures pour recevoir la gravure , 8c par conféquent pour le s ouvrages de Marqueterie*
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- 99o ME NV IS 1ER, îll Part, Sect. 111. Chap.XIV. -r\
- §. VIII. De F Argent*
- L’A rge N t eft, après for , le plus beau des métaux ; (à couleur eft blanche Sc brillante lorfqu’il eft poli ; il eft médiocrement dur, plus pefant que le cuivre , mais moins que for, là pelànteur étant à-peu-près de 717 livres le pied cube , Sc à celle de ce dernier à-peu-près comme J eft à 9. Apres le fer , c’eft le métal qui le travaille le mieux, loit à froid Sc a chaud ; & il prend {bus le marteau toutes les formes qu’on juge à propos de lui donner.
- L’Argent a befbin d’un peu d’alliage pour fouffrir le travail ; la moindre quantité de cet alliage eft d’un trente-deuxieme , Sc au plus d’un douzième. L’alliage de l’Argent fe fait avec de la rofette la plus pure, ce qui le rend très-éiaftique. On peut avoir, au moyen du laminoir, des feuilles d’Argent de telle épaiiïèur qu’on le juge à propos , ce qui eft très-commode pour les ouvrages d’Ebénifterie , où on l’emploie avec le cuivre, ou même avec 1 or, ou bien tout feul avec de l’écaille.
- §. IX. De F Or.
- T
- L’O r eft le plus précieux Sc le plus eftimé de tous les métaux ; il eft aulîî le plus compaét Sc le plus pefànt ; car un pied cube d’Or pefe 1326 livres 4 onces. C’eft un métal parfait, inaltérable , d’une couleur jaune qui a peu d’éclat. Il n’eft ni éiaftique ni fonore ; mais il eft très-duélile & malléable, même plus que l’argent , lorfqu’il eft allié convenablement ; alors il acquiert beaucoup d’élafticité , foit qu’on le travaille avec le marteau à chaud ou à froid, Sc même au laminoir.
- L’alliage de l’Or fe fait avec de l’argent ou de la rofette ; on préféré cependant cette derniere , parce que l’alliage de l’argent blanchit la couleur de l’Or ; au lieu que la rofette l’augmente. L’alliage de l’Or le plus fin eft ordinairement d’un vingt-quatrieme , c’eft-à-dire, que fur vingt-trois parties d’Or on y ajoute une partie de cuivre ; cependant pour lui donner plus de fermeté on l’allie d’un fixieme ; c’eft ce qu’on appelle de F Or à vingt karats; mais l’alliage le plus ordinaire eft un douzième ou ce qu’on appelle de F Or à vingt-deux karats, ou Or de Couronne.
- L’Or fe travaille & fe polit très-bien ; il eft d’un bon ufage pour les ouvrages de Marqueterie , où on l’emploie avec l’argent, l’écaille Sc la nacre de perle ; quelquefois on l’emploie feul avec ces deux dernieres matières ; & alors pour donner plus de beauté à l’ouvrage, on y met de l’Or de differentes couleurs, comme de l’Or blanc, de l’Or jaune , de l’Or rouge Sc de l’Or verd, Scc.
- Après avoir traité fommairement des differentes matières propres à être employées dans la derniere efpece d’Ebénifterie , il me refte à parler des agents
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- Sect* /. Matières quon emploie dans Ict y. efpece d’Ebénijlèrie. qui fervent à les lier entr’elles, & au fond de louvrage , ainfi que ceux qui fervent à retenir les joints des métaux 9 ou, pour mieux dire , à les fouden Les premiers font différentes fortes de colles & de maftics, & les féconds des efpeces de compofitionsde métal, quon nommefoudures ,lefqueiles différent félon les métaux quon veut fouder, & qui doivent toujours être d'un titre beaucoup plus bas que ces derniers, afin d’entrer plus vite en fufion> comme je le dirai en Ion lieu.
- Je ne parlerai pas de la colle forte , vu que j’en ai traité dans la première
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- Partie de mon Ouvrage, page 80. Cependant je ne fàurois trop recommander aux Ebéniftes de ne fe fervir que de bonne colle d’Angleterre , pour toutes les parties de leurs ouvrages quelconques, celle de Paris ne valant abfolument rien pour coller l’écaille & les autres matières dont j’ai parlé ci-delfus, y ayant même des occafions où , à cette derniere, il faut fubftituer la colle de poifîbn* dont je vais parler.
- §. X. De la Colle de Poijjon.
- L a Colle de poifîbn eft la meilleure qu’on puifle employer pour coller les bois durs & les métaux ; elle eft faite avec la peau & les parties nerveufes& muciiagineufes de certains gros poifîons qui le trouvent dans les mers de Rufîie ; auffi n’eftee que dans le Nord que fe fait la Colle de poifîbn * d’où les Anglois & les Hollandois nous l’apportent , fùr-tout du port d’Archangel , où il s’en fait un grand commerce. La bonne Colle de poifîbn n’a point d’odeur* & doit être d’une couleur blanche, claire & tranfparente ; & il faut faire attention fi elle n’eft point fourée , c’eft-à-dire , mêlée de parties hétérogènes.
- Pour faire fondre la Colle de poifîbn, on s’y prend de la maniéré fuivante ; on commence par couper la Colle par petits morceaux , puis on la met dans un pot de terre ou un vafe de verre avec de bonne eau-de-vie, en obfervant que cette derniere fumage la Colle ; puis on bouche le vafe , qu’il ne faut emplif qu’à moitié , & on met le tout fur les cendres chaudes jufqu’àla parfaite difîb-lution de la Colle ; ou bien on coupe la Colle comme ci-deflus, & on la met tremper dans de l’eau-de-vie jufquà ce quellefbit amolie; enfuite on la fait fondre au bain-marie à l’ordinaire.
- U y a des Ouvriers qui, au lieu d’eau-de-vié, ne mettent dans la Colle de poifîbn que de l’eau ordinaire, à laquelle ils ajoutent une goufîe d’ail, ce qui eft affez bon , mais qui ne vaut pas l’eau-de-vie , avec laquelle même on peut mettre un peu d’ail, ce qui ne peut qu’augmenter la force de la Colle.
- On peut faire la même chofè à de bonne Colle d’Angleterre, c’eft-à-dire * y mettre de l’eau-de-vie & de l’ail. Je l’ai fait plufieurs fois , & cela m’a toujours bien réuffi ; je crois même que dans le cas où on n’auroit que du bois à coller avec de l’écaille ou autres matières fur lefqueiles la chaleur a beaih Menuisier 9III. Part. IIP SeB, Vu
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- m MENUISIER 9III. Part Sec1IIL Chap, XIV.
- coup d’aéüon, & dont par conféquent elle ouvre les pores , on pourroit fe paflèr de cette derniere Colle, ainfi qu’on le fait touts les jours.
- $. XI. Du Ciment ou Maflic.
- O N nomme Ciment ou Maflic , une compofition quelconque, dont la nature glutineufe & tenace eft propre à lier 8c arrêter enfemble plufieurs pièces, foit qu’elles foient homogènes les unes aux autres, ou qu'elles foient hétérogènes, ou, pour parler un langage plus connu , foit qu’elles foient de même ou de différentes efpeces.
- On fait diverfes fortes de Ciment ; celui qui fert le plus généralement pour arrêter les métaux, eft compofé de quatre parties de poix-réfine , deux parties de cire jaune , 8c une partie de poix noire. On fait fondre toutes ces drogues enfemble dans un vafe vernifle 8c à très-petit feu , 8c même fur des cendres chaudes ; quand ces matières font parfaitement fondues , on y mêle de la poudre de brique pulvérifée & palfée au tamis de foie , & on en met une quantité fuffifànte pour donner au Maftie la confiftance d’une pâte molle , qu’on a foin de bien remuer , afin que toutes les parties foient bien mêlées les unes avec les autres. On fait d’autre Maftie qui eft prefque femblable à ce dernier : il eft compofé de quatre parties de poix-réfine broyée , d’une partie de cire jaune, & d’une partie de brique pulvérifée. Ces deux efpeces de Maftics s’emploient à chaud.
- , Pour les verres 8c les pierres tranfparentes , & même les marbres , on fait un Maftie compofé de chaux vive pulvérifée, de farine de feigle 8c de blancs-d’œufs mêlés enfemble avec de l'eau falée , ou bien une partie de chaux vive pulvérifée, deux parties de brique paffée au tamis de foie, &le tout détrempé dans de l’huile de noix.
- Il y a d’autre Maftie fervant au même ufage , & aux mofaïques de verres 8c d’émaux, qui eft compofé de chaux, de pierre dure mêlée avec de la brique bien pulvérifée , de la gomme adragant & des blancs-d’œufs ; mais celui dont on fe fert le plus communément pour ces fortes d’ouvrages , eft compofé de chaux éteinte à l’air , de la poudre de marbre ( ou Bien du'blanc d’Efpagne, ce qui vaut autant ) broyés enfemble avec de l’huile de lin, 8c réduit à la confiftance d’une pâte molle, à laquelle on donne plus ou moins de corps * félon qü’on augmente ou diminue la quantité de poudre de marbre ou de blanc d’Efpagne. C’eft ce Maftie qui fert à la conftruétion des mofaïques de Rome à l’exception qu’à la place de la poudre de marbre ou du blanc d’Efpagne , on y emploie de la pierre tendre de Tivoli , autrement dit Tibur du temps des anciens Romains. Si je me fuis un peu étendu furies différentes fortes de Maftics, c’eft qu’ils font d’un grand ufage dans les ouvrages d’incruftation, où l’on emploie des métaux ou des pierres dures.
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- Sect. 1. Matieresqfon emploie dans la y. èfpeCectÊbéniflerie.
- §. XII. Des différentes fortes de Soudures*
- L a Soudure eft , comme je l’ai dit plus haut, un métal allié de maniéré qu’il eft plus fufible que celui avec lequel il s’unit, & dont il arrête les diflfé* rentes parties. Chaque métal doit avoir une Soudure qui lui foit propre* laquelle eft plus ou moins forte , à raifon de la force des pièces qu’on veut fouder , & de la maniéré dont on les foude. On appelle Soudure forte , celle qui approche le plus de la nature du métal qu’on veut fouder , & qui, par conféquent eft moins fufible que la Soudure foible qu’on emploie aux petits ouvrages , dont le peu de capacité fait craindre que la chaleur du feu ne les fafle fondre , ce qui oblige à n’employer à ces fortes d’ouvrages que de la Soudure à très* bas titre, & par conféquent fort aifée à entrer en fufion.
- On trouve de la Soudure toute faite ; cependant il arrive quelquefois qu’il n eft pas très-aifé d’en avoir , ou que ceux qui en vendent font myftere de leurs procédés. Je vais donner la maniéré de faire les différentes Soudures, dans le même ordre que j’ai fuivi en faifànt la defcription des différents métaux*
- Pour faire la Soudure forte pour le cuivre, il faut mettre dans un creufet dix livres & demie de laiton en mitraille ; quand il fera bien fondu & très-chaud, on y jettera trois livres & demie de zinc (qui fondra très-promptement); on remuera la matière ; & fitôt qu’on s’appercevra que le zinc fera parfaitement fondu, on y jettera cinq onces d’étain fin. On remuera encore le tout un moment, & orl: jettera la matière à terre dans un endroit propre, & le plus mince qu’il fera poifible; puis on pilera le tout dans^un mortier, &on lepaffera dans des cribles dont les trous feront de différentes grolfeurs , pour avoir des grains de Soudure d’une force convenable à celle de l’ouvrage qù’on veut fouder.
- On fait encore de la Soudure pour le cuivre avec de la rofette & du zinc feulement : elle eft plus ou moins forte en raifon de la différence qu’il y a dans la quantité de l’une ou de l’autre de ces matières.
- La plus forte, eft de cinq parties de rofette, contre une de zinc ; la moyenne eft de trois parties de rofette contre une de zinc ; & la plus foible eft de deux parties de rofette contre une de zinc. Cette derniere Soudure eft très*fufible ; mais elle a le défaut d’être très-aiguë.
- On fait de la Soudure pour fouder le laiton, avec de ce dernier mêlé de zinc ; mais je crois qu’il vaut mieux fe fervir de la Soudure moyenne de rofette dont je viens de parler ci-deflùs ; & dans le cas de petits ouvrages, on feroit beaucoup mieux de fe fervir d’une Soudure compofée de deux parties d’argent & d’une partie de laiton.
- Pour faire la Soudure de cuivre dont je viens de parler, on commence par faire fondre la rofette dans le creufet ; puis quand elle eft en fufion, on y mêle le zinc ; & lorfque tout eft bien mêlé , on le jette dans une lingotiere ;
- Soudure pour le cuivre*
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- Soudure pour l’argent.
- ^94 ME NUIS IE R, III. Part. SeB. III. Chap. XIK
- puis quand le lingot eft froid , on l’applatit au marteau en lames très-minces ^ pour en faire des paillons de Soudure.
- Soudure La Soudure d'étain fe fait avec de l'étain fin & du plomb neuf, dont on pour 1 étain. . . • o j • > .
- met environ une partie ou une partie oc demie, contre cinq d etam, qu on
- fait fondre enfemble ; & pour s'aflurer fi cette Soudure eft à fon vrai degré on en prend quelque peu, qu'on verfe fur une brique bien feche. Si quand la Soudure eft refroidie , il paroît à fa fùrface comme des petits yeux moyennement brillants, c'eft un figne quelle eft bonne pour fouder l'étain. Si au contraire ces yeux étoient très-grands & brillants, il faudroit y mettre un peu plus de plomb. En général, la Soudure eft matte & blanche quand l'étain domine trop, & elle eft matte & grife quand c'eft le plomb qui domine.
- La Soudure d'argent fe fait en mettant dans un même creufet neuf, trois parties de bon argent au titre de onze deniers , avec une partie de laiton ; on les fait fondre , puis on les verfe dans une iingotiere ; & après que le lingot eft refroidi, on le forge à froid pour le réduire en lames très-minces ôc en faire des paillons. Si en forgeant cette Soudure elle vient à fe fendre, il faut la remettre au feu & la laifïer refroidir avant que de recommencer à la forger. Cette Soudure fe nomme Soudure au tiers : on en fait auflî au quart & au fixieme ; cette dernière eft la plus forte de toutes.
- La Soudure d'or eft compofée dune partie d*or, de deux parties d argent &d3 une partie de rofette. Quand on vent- qu’elle /oit pins fnrte de couleur , on augmente la quantité de l'or. Cette Soudure fe fait de la même maniéré que celle d'argent ; c’eft pourquoi je n en parlerai pas davantage. y Il feroit très-difficile de faire ufàge des Soudures dont je viens de parler4 i pour la réunion des différents métaux, fi on n'y joignoit le borax j efpece de felou fiibftance foflile blanche & tranfparente, à-peu-près femblable à de l'alun ; le borax a la propriété de faciliter la fonte des métaux , d'en réunir toutes les parties , & de les garantir des impreffions de l’air & du feu , en les enveloppant d’une efpece de verre mince ; c'eft pourquoi on l'emploie dans les Soudures , parce que non-fèulement il précipite la fufion de la Soudure Sc l'empêche de fe brûler avant que d’entrer en fufion, mais encore parce qu'il la rend plus coulante , & l'attire à lui dans toute la partie de la piece où on la feme.
- Il ne faut pas employer le borax fans auparavant l'avoir fait calciner , ou < pour parler plus jufte, l'avoir fait fondre à part, ce qui fe fait en le mettant dans un creufet, autour duquel il faut faire un feu modéré , parce qu'il fe vitrifiroit à un trop grand feu ; c'eft pourquoi il faut avoir foin de le retirer du feu lorf-qu’il ne bouillonne plus: il faut auffi que le creufet foit grand; car quand le borax eft en fufion, il s'élève beaucoup. La plupart des Ouvriers ne font pas tant de façon pour faire fondre le borax , ou, comme ils difènt communément , le faire calciner : ils fe contentent de le mettre chauffer fur une pelle de fer, & ils le retirent lorfqu'il ceffe de bouillonner. Je
- Soudure poür l’or.
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- Se et. IL Ouvragés oü Von emploie la fi. efpece âEbêmfierie.
- Je ne m etendrai pas davantage fiir la defcription des matières qui entrent dans la conftruétion de la troifieme efpece d’Ebénifterie ; il me fiiffit d’en ayoit donne une idee, pour que les Ouvriers qui liront cet Ouvrage, foient en état d’en pouvoir faire la jufte différence , & de les mettre en ufage avec connoif* lance de caufe, Quant aux autres matières, comme les verres coloriés, les émaux , les marbres Sc les pierres précieufes, telles que le lapis , les agates, les cornalines , les calcédoines , les émeraudes., les turquoifes Sc même les rubis & autres , je nen parlerai pas du tout, parcequ’abfolument parlant, le travail de ces différentes matières n’eft pas du relïort des Ebéniftes , auxquels cependant ces connoifîances ne feroient pas tout-à-fait inutiles, fi les bornes que je me fuis prefcrites , & encore plus le peu de eonnoifîances-pratiques que j'ai des différents talents où on fait ufage de ces matières, ne m’obligeoient de renoncer à un travail abfolument au-deffus de mes forces , quelque défit que j’aye d’être utile à mes Confrères.
- Section Seconde,
- Des Ouvragés auxquels on emploie la troifieme efpece fiEbèni(leriè.
- J’ai dit plus haut qu’on ne faifoitprefque plus ufage de la troifieme efpece d’Ebénifterie, fi ce n’étoit pour orner quelques Boîtes de pendules ; or, 1>LANCHE comme je nai pas donné d’exemples de ces fortes de Meubles dans la fécondé ^ Seétion de cette troifieme Partie de mon Ouvrage, vu que la conftruétion des Boîtes de pendules eft abfolument du reffort des Ebéniftes , je ne puis me dîfpenfer de donner le détail de ces fortes d’ouvrages , Sc la maniéré d’en difpofer les maffes, foit pour recevoir de la Marqueterie ou de l’Ebénifterie de placage, ou Amplement de la peinture, comme cela eft fort à la mode à préfent.
- On diftingue deux fortes de Boîtes de pendules ; lavoir, les grandes , qui ont cinq à fix pieds de hauteur , & les petites, qui n’en ont guere que deux,
- & qui font ordinairement fupportées par des pieds en cônfoles. On fait encore de plus petites Boîtes que ces dernieres ; alors elles prennent le nom de porté-montres. Ces fortes de Boîtes n’ont pas de pieds ou fupports en confoles , Sc n’ont guere qu’un pied à quinze pouces de hauteur.
- Les Ebéniftes ordinaires, c’eft-à-dire , le plus grand nombre, ne font pas les bâtis de leurs Boîtes eux-mêmes ; mais ils les font faire par des Ouvriers qui ne s’occupent que de cette efpece de travail , Sc qui y mettent tout le moins de matière &de façon qu’il leur eft poffible ; cependant il y en a d’autres qui font affez curieux de leurs ouvrages pour les faire eux-mêmes , ou pour les faire faire chez eux, afin de veiller à leur exécution, Sc qui n’y font employer que de bon bois de chêne de Vofges très-fec ; mais , comme je viens de le Menuisier , IlL Part. III. Secl. X 11
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- ANCHE
- §33+
- 995 MENUISIER, III• Part. III. Seat. Chap. XIV.
- dire, ce n’eft pas le plus grand nombre des Ebéniftes qui prennent cette pré-i caution: d’où il s’enfuit qu’il y a tant d’ouvrages mal-faits &peu folides.
- Les grandes Boîtes font celles où on place ordinairement des pendules à fécondés, dont le mouvement eft réglé par un régulateur ou pendule de trois pieds huit lignes & demie de longueur, ce qui fait que ces Boîtes ont à-peu-près cinq pieds & demi à fix pieds de hauteur, y compris la lanterne ou partie lu péri eu te dans laquelle eft place le mouvement de la pendule, & le piedeftal fur lequel la Boîte eft pofée. La largeur la plus ordinaire de ces Boîtes, eft de quinze à dix-huit pouces dans leur partie la plus large, laquelle ne peut pas avoir moins de dix pouces à un pied intérieurement, pour ne pas nuire aux vibrations du pendule , qui font de deux a deux pouces de demi de chaque côté de la lentille ou poids qui eft place au bas de la verge du pendule. Quant à leur épaiflèur ou profondeur , elle doit etre de cinq a fix pouces de dedans en dedans, c’eft-à-dire, du devant du fond au derrière de la porte de la Boîte.
- La forme de ces fortes de Boîtes eft aflez arbitraire, pourvu qu elle ne nuife en rien au jeu de la machine quelles renferment ; cependant celle qui eft deffinée fig. $ , eft dans la forme la plus généralement fuivie. Cette Boîte eft compofée de trois parties, lavoir, la lanterne A, le corps delà Boîte B, 8c le piedeftal C,fig. $ U y a beaucoup de ces Boîtes auxquelles on fait tenir enfemble le corps & le piedeftal „ ce oni rPnf' r'115 folides , mais ne change rien à leur conftruélion. Quant à la lanterne, elle eft toujours mobile, & elle eft arrêtée avec le corps de la Boîte par le moyen de deux couliflès à queue placées au-defiùs des deux côtés de la Boîte , comme on peut le voir fig. 6, dont la moitié, cote D , repréfente la Boîte dans toute fa hauteur & vue de face ; & cette même Boîte, cote E , vue en coupe pareillement dans toute fa hauteur. La lanterne n’a point de fond, ou, pour mieux dire , de derrière , parce que c’eft celui du corps de la Boîte, qui étant prolongé jufquenhaut, qui lui en fort. Le pourtour de la lanterne eft collé à bois de fil, c’eft-à-dire, difpofé comme des douves de tonneau , lefquelles font arrêtées d’un bouc avec la face de la lanterne, dans laquelle il faut les faire entrer à rainures & languettes, ce qui vaut mieux que de les coller Amplement à bois debout, & de les arrêter avec des chevilles à colle. Par-derriere , le pourtour de la lanterne enveloppe le fond de la Boîte qui entre tout en vie dedans ; cependant je crois qu’il vaudroit mieux tenir le diamètre de ce fond un peu plus large d’environ cinq à fix lignes , & faire une feuillure au pourtour de l’intérieur de la lanterne, dans laquelle ce fond entreroit, ce qui garantiroit mieux la pendule de la pouffiere , qui entre prefque toujours par le joint de la lanterne avec le fond de la Boîte.
- Comme ces fortes d’ouvrages font faits pour être revêtus foit de bois des Indes ou de Marqueterie , leurs bâtis ne font que des maflès unies collées le plus folidement poflible, en obforvant toujours que ces collages ne préfontent
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- Sect. IL Ouvrages où Von emploie là 3*. efpece cVËbéniJîerie. 997 pas de bois de bout , du moins qu’autant que cela ne fe pourra pas faire au-trement ; c’eft pour cette raifon qu’on colle le pourtour de la lanterne par cerces Planche ou douves. Quant à fa face, elle eft faite en plein bois d’environ un pouce d’épaiiïeur, dilpofée perpendiculairement, de on y colle des mafles ou tapées pour en augmenter l’épaifleur aux endroits où cela eft néceflâire. Comme il y auroit à craindre que cette mafle ne fe cofinât fur fa largeur , il feroit bon de l’emboîter à bois de fil par le bas ; ce qui vaudroit mieux que de fe contenter d’y appliquer une petite tringle à bois de fil, c’eft-à-dire, en travers, comme on le fait ordinairement.
- Le corps de la Boîte eft compofé de deux côtés chantournés, & par confé-quent compofés de plusieurs morceaux collés les uns fur les autres , d’un derrière qui monte julqu’au haut de la lanterne , mais qui ne defeend que julquà la hauteur du piedeftal, (parce que l’elpace qui refte julqu’en bas eft rempli par une porte qui s’ouvre par-derriere quand on le juge à propos) , & d’un devant compofé de deux pièces , dont une, qui forme le devant du piedef tal, eft adhérente avec les côtés ; & l’autre, qui eft mobile , forme ce qu’on appelle la porte de la Boîte. Cette porte ouvre du deffus du piedeftal jufqu’au deflous de la lanterne ; & il eft bon de l’emboîter à bois de fil par les deux bouts , pour lui donner plus de fblidité.
- Toute la face d’une Boîte de pendule telle que celle que je décris , eft ordinairement cintrée en plan * comme l’indique la fig. 10, ce qui oblige à coller, tant fur la porte que fur le devant du piedeftal , des mafles qu’on met ordinairement en fapin, parce que, dit-on , ce bois prend mieux la colle ; mais la véritable raifon pour laquelle on le préféré, c’eft qu’il coûte moins cher que le bois de Volges tendre & fec, qui feroit d’un bien meilleur ufage ; ce bois fe détruifant moins vite , n’étant pas fujet aux vers comme le lapin.
- Le bombage de la porte de la Boîte , n’eft pas égal dans toute fa longueur; il eft bon qu’il fbît un peu plus confîdérable vers le bas , à l’endroit de l’ouverture ovale qu’on y pratique pour laifler voir la lentille du pendule , ainfi que fes mouvements de vibrations ; & il faut faire attention , en faifant ce bombage , que tout le pourtour de l’ouverture ovale loit dans un même plan » c eft-à-dire, que toutes les arêtes de cette ouverture fe dégauchiflent, foit quelles foient parallèles avec le derrière de la porte, ou qu’elles y foient inclinées*
- Cette obfervation eft très-elfentielle, parce que cette ouverture étant fermée par une glace plane, il eft néceflâire que la place quelle doit occuper le foit aufli. Ce que je dis pour l’ouverture du bas de la porte, doit s’appliquer à celle de la face de la lanterne dans laquelle fe place le cadran , ou pour mieux dire, au travers de laquelle on l’apperçoit.
- On aura la même attention pour la conftruétion du devant du piedeftal, tant pour les collages que pour le rendre plus folide, en l’emboîtant des deux bouts à bois de fil.
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- Quand le piedeftal tient avec le corps de la Boîte, comme dans lafig. 6 > ôn joint le devant du piedeftal avec les côtés qui defcendent jufqu’ en bas, & ces derniers s’appliquent fur le derrière de la Boîte , où il feroit bon qu’ils en-traffent à rainure & languette , ainfi que dans le devant, ce qui eft beaucoup plus folide que de les coller à plat-joint, comme on le fait ordinairement. Comme le derrière ne defeend que jufqu’à la hauteur du piedeftal , il faut qu’il foie emboîté par en bas, & que cette emboîture s’aflemble par les bouts dans les côtés de la Boîte , qu’on doit tenir plus large à cet endroit de l’é-paifleur du derrière , à moins, & ce qui feroit mieux , qu’on ne fît defeendre le fond jufqu’en bas , & qu’on y évuidât enfuite la place de la porte, en laiflànt de chaque côté un battant d’environ trois pouces de largeur, ce qui n’empê-cheroit pas de mettre une emboîture par le haut de l’ouverture aflemblée à l’ordinaire , & à rainure & languette par les bouts. De quelque maniéré qu’on s’y prenne, il faut toujours mettre une traverfè par le bas de cette ouverture, tant pour fervir de battement à la porte, que pour recevoir le fond du piedef tal, qui doit être affemblé à rainure & languette dans le pourtour de ce dernier.
- ïl eft bon auffi de paflèr une ou deux barres à queue par-derriere 8c fur l’épaifleur du derrière de la Boîte , pour qu’il ne fafle aucun effet. Les côtés , comme je l’ai dit, fe collent à bois de fil, & il faut les emboîter par les bouts pour y faire la languette nn queue rpii entre Jane lec oAl-éç de la lanterne 5 cependant je crois qu’il vaudroit mieux que ces queues fuffent prifes à bois de bout, & que comme le bois eft épais en cet endroit, on rapportât l’emboî-ture qui porte la faillie de la corniche à tenon flotté d’après ces queues , comme on le peut voir dans la jig. 6, cote E.
- Quand on met un focle fous les Boîtes de pendules, comme je l’ai fait ici > il fe conftruit à l’ordinaire, c’eft-à-dire , qu’on l’afîemble à bois de fil , du moins par-devant, & que fon deffus eft collé à rainure & languette aupourtour* Voye[ les fig. 6 & 7 , qui repréfentent une Boîte de pendule tant de face qu’en coupe & de côté, conftruite comme je viens de l’expliquer, & félon le deffein repréfènté fig. y.
- Les Boîtes de pendules dont je viens de parler , font fufceptibles dé beaucoup de richefle, tant dans la façon que dans la matière. Quant à leur forme , elle peut varier félon la volonté de ceux qui les font faire , en obfèr-vant toujours que la pendule y foit à fon aife , & que du milieu ou centre du cadran , jufqu’au milieu du trou ovale de la porte de la Boîte, il y ait trente-quatre pouces de diftance ; parce que la longueur du pendule étant de trois pieds huit lignes & demie depuis fon point de fulpenfion jufqu’à fon centre d’ofcillation ,'qui eft un peu plus haut que le centre de la lentille, la diftance de trente-quatre pouces eft à peu de chofe près ce qu’il faut pour que le centre de la lentille fe trouve vis-à-vis du trou ovale de la porte de la Boîte, ce qui
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- Sect. IL Ouvrages Ou îon emploie la p. ejpece d’Ebénifterie. 999 revient aflez bien en fuivant ia mefure qué je donne ici, parce que lé point de fufpenfion du pendule fe trouve, du moins dans les horloges ordinaires * Planché à environ trois pouces au-defîùs du Centre du cadran ; au refte on ne doit jamais faire de ces fortes d’ouvrages, fiir-tout quand ils font un peu confé-quents, fans auparavant confulter l’Horloger qui doit faire la pendule , qui doit donner les mefures générales de la Boîte , pour ce qui a rapport à fon ouvrage, & la maniéré dont il veut qu’elle foit placée , afin que travaillant d’accord enfemble , la Boîte foit faite pour la pendule, & non pas au hazard, comme il arrive quelquefois.
- Après que l'Horloger a donné la mefure dë fon pendule ] ou du moins a marqué la diftance qui doit fè trouver du’centre du cadran à celui de la lentille, il faut encore faire attention à quelle diflance du plancher fe trouvera le trou ovale, ou pour mieux dire, le centre de la lentille, parce'que plus il fera bas, & plus il faudra hauffer le premier, & cela par la raifon que le point de vue étant plus élevé que ce trou , il faut néceflàirement que le centre de ce dernier fe trouve fur une ligne prife du centre de la lentille & tendante au point dé vue, qu’on fuppofe être élevé à cinq pieds trois pouces, & éloigné du devant de la Boîte d’une diftance à-peu-près femblable.
- Ces fortes de Boîtes font ordinairement ornées de brônzê 9 ou, pour mieux dire, de cuivre fondu , & enfùite reparées & dorées, foit feulement en or de couleur ou bien en or moulu , fini eft très-rare, vu que cette dorure coûté fort cher. Les ornements de cuivre qu’on métaux pendules, font la principale caufe pour laquelle une forme de pendule une fois à la mode , toutes celles qu’on fait enfuite lui reflemblent, vu que pour établir une fonte nouvelle , cela coûte fort cher , parce qu’il faut d’abord faire des deffeins , enfùite des modèles en bois , fur lefquels on fait, avec de la cire , les modèles des ornements , tels qu’ils doivent être exécutés en cuivre ; au lieu qu’on a bien plutôt fait de fondre des ornements fur une fonte déjà faite (*).
- Quoi qu’il en foit, on a fait des Boîtes de pendules dont il eft ici queftiort de différentes formes : on en a fait à gaîne, en pyramide ; préfèntement on en fait dont le corps reftemble à un piedeftal fur lequel pofe la partie qui renferme la pendule. De ces différentes formes, celles en pyramides , repréfen-tées fig. 8, 9 & 12, me paroît la meilleure 5 c’eft pourquoi j’en donne ici une deflmée de face & de côté. Cette Boîte , ou du moins une à-peu-près fèm-» blable, a été exécutée ën bois des Indes par M. Lancelin le cadet, qui m’en
- (*) Ce que je dis ici touchant les ornements des pendules , peut «5c doit même s’appliquer à tous les ouvrages d’Ebénifterie dans la décora^ tion defquels on fait ufage des bronzes, dont la forme une fois décidée borne néceftairemënt celle des ouvrages où on les emploie. Si on faifoit bien attention à ceci, on feroit moins étonné du peu de génie & de la monotonie qui
- Menuisier , IIL Part. IIL Sc
- régné dàns les ouvrages modernes de ce genre 9 & qui femblent avoir été tous faits dans Id même moule, ce qui eft en partie vrai ; & orï feroit encore bien moins furpris du prix que coûtent des ouvrages faits exprès, qui, lorfqu’ils font bien exécutés, coûtent très-peu en compa-raifon des autres qu’on fait à la douzaine, fans s’embarrafler s’ils feront bien ou mal.
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- Planche 33 J*
- 1000 MENUISIER, III. Part. Secl. III. Chap. XIV.
- a communiqué le delfein , auquel j'ai fait quelques changements qui m’ont paru nécellaires.
- Cette Boîte a fix pieds de hauteur du delïus du vafe qui couronne lapyramidei & la même hauteur de cadran que celle repréfentée^zg. 5 , dont elle différé non-feulement par la forme générale, mais encore parce que fa porte efl: ouverte dans toute là hauteur, & que la lanterne efl: auflî ouverte par les côtés, comme on peut le voir fig. p ; de forte que tout le mouvement de la pendule efl apparent. La lanterne efl mobile comme dans fautre Boîte, & n’a pas de fond, ainfi que cette derniere ; ce qui efl néceflaire pour que l'on puifle placer commodément le mouvement de la pendule, & l’ajufter en place; c’eftpour cette raifon que ces fortes de Boîtes doivent être difpofées de maniéré que leurs faces puiffent s’ouvrir dans toute leur hauteur, du moins du delïus du piedeftal.
- La pyramide & le piedeftal de la Boîte, fig. 8 & p, tiennent enfèmble pour quelle foit plus folide; & toutes les bordures ou moulures qui portent les glaces, tant de la porte que de la lanterne, font en cuivre. Quant à fà conftruétion, elle peut être faite eh placage ; mais celle que j’ai vue exécutée* efl faite en plein bois, affemblé avec toute l’adreffe & la folidité poffible, & le détail de fa conftruétion mériteroit Une très-longue differtation , que je ne pourois pas faire ici fans augmenter confidérablement cette Partie de mon Ouvrage.
- L’intérieur des Boîtes de pendules dont je viens de parler , doit être liJlè vuide dans toute leur étendue, foit quelles foient conftruites en plein bois,ou quelles foient couvertes de placage en dedans , ce qui efl très-rare, n’y ayant guere que la porte qui le foit ordinairement, afin qu’étant ouverte, elle pa-roiffe plus propre. Quelquefois on y fait des couliifes en dedans des deux côtés, à la hauteur du deffus de la porte , lefquelles fervent à placer le fupport du mouvement, qui efl conftruit foit en fer ou en bois ; cependant comme ces fupports ne font pas toujours conftruits de la même façon , je crois qu’on feroit beaucoup mieux de ne point faire des couliffes, à moins que l’Horloger n’en demandât, Sc qu’il ne difpofât de leur forme & de la hauteur où elles doivent être placées. L’ouverture des portes des Boîtes de pendules fe fait toujours de droite à gauche, du moins autant qu’il n’y a pas des raifons qui empêchent de le faire autrement ; leurs charnières fe placent aux endroits les plus élevés de leur contour, & elles doivent être conftruites de maniéré qu’elles tendent à faire une ligne droite de l’une à l’autre, comme de a à b, fig. 6 $ & on doit autant qu’il efl poffible , faire enforte qu’elles ne foient pas apparentes,1 Ôc qu’elles foient cachées dans les ornements de bronze.
- La ferrure fe place dans l’épaifleur du côté , & on la fait allez petite pour quelle ne foit pas du tout apparente , ainfi que fon entrée , qui ne doit pas avoir plus de trois à quatre lignes de hauteur, tout au plus.
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- Sect. II. Ouvrages oit Von emploie la Y- tfpëce dËbénijlerie. iôôi
- Les petites pendules, ainfi que celle repréfentée fig. 2 , font prefque les feules auxquelles on emploie les revêtilfements d’écaille & de cuivre ; elles font compofées de la Boîte de pendule proprement dite , de (on couronnement 8c de fon cul-de-lampe ou amortiflement renverfé , qui fert à la fupporter.
- Le corps de la Boîte fig. 3 & 4, eft compofé de deux chaffis , dont un formé le devant, 8c l’autre le derrière ;ces chaffis laillent un vuide d’environ fix pouces dans le milieu de leur largeur, 8c font contournés à l'extérieur félon le deffiein de l’ouvrage repréfenté fig. 2. Le vuide du chaffis du devant doit être terminé trois pouces plus haut que le centre du cadran, & defcendre de trois à quatre pouces en contre-bas de ce même centre. Il y a des pendules * comme celle-ci , fig, 1, cote F, par exemple, où ce vuide eft prolongé jufqu’au deffiis du double fond ou plancher de la Boîte ; il y en a d’autres ou on fait deux ouvertures, lavoir, celle du haut, pour faire place au mouvement, & une autre au-deiïbus, dont le centre eft à environ fix à fept pouces de celui du cadran* Cette derniere ouverture eft faite pour faire appercevoir la lentille du balancier, & eft recouverte par des ornements 8c des figures bronzées.
- L’ouverture du chaffis de derrière defoend jufqu’au deflus du premier fond * & a environ un pied de hauteur, comme on le peut voir à la fig. 1, cote G , 8c à h fig, 4. Cette ouverture eft remplie par une porte qui eft recouverte de
- marqueterie comme le refte de l’ouvrage.
- Les chaffic tâd» Je tiCTant <lc â&jrriore /ont joints enfemble par quatre traverfes qui fuivent le contour extérieur de la Boîte ; celles du haut font ordinairement cintrées plein-cintre, & celles du bas feulement bombées en-deffus, comme on le peut voir fig. 3. La longueur de ces traverfes doit être de trois à trois pouces & demi, pris à i’extréqiité de leur arrafement extérieur , ce qui fait environ quatre lignes de moins que ces longueurs pour la profondeur intérieure de la Boîte , parce qu’il faut faire un ravalement fur l’épaiffeur des bat-tans des chaffis, & des feuillures aux traverfes pour recevoir les portes dé côté de la Boîte , qui font toutes de cuivre, c’eft-à-dire, leur bordure , & remplies par des glaces, ainfi que la porte qui ferme l’ouverture du devant de la pendule. La Boîte de la pendule eft fermée haut 8c bas par des fonds à l’ordinaire ; celui du bas doit être placé de maniéré qu’il laiflè la place d’un double fond ou plancher qu’on garnit de marqueterie , lequel doit être mobile & placé un tant foit peu plus bas que le deffius de la traverfe du chaffis de devant , comme on le peut voir à la fig. ï. L’autre fond fe place au nud de l’ouverture quarrée du haut, à moins que l’Horloger ne le voulût autrement. La couronnement de la Boîte eft compofé de trois morceaux joints d’onglets , 8c contournés à l’extérieur félon que l’exige le deflèin fig. 2. Ces trois morceaux font collés fur un quatrième qui forme le deffus du couronnement ; 8c pour que les joints des angles tiennent plus folidement, on y place intérieurement des tafleaux de bois qui joignent des deux côtés de l’angle, 8c qui y font collés^
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- Le couronnement eft arrêté avec la Boîte par quatre goujons de fer placés àfes quatre angles , & qui entrent dans cette derniere. Voye^la fig. i , cote G, & la fig. 4, où ce couronnement eft vu en coupe*
- Le cul-de-lampe efl: conftruit de la même maniéré que le couronnement i comme on peut le voir dans les figures ci^deffus ; & quand il a beaucoup de galbe ou de cintre , comme difent les Ouvriers, on colle plufieurs morceaux les uns fur les autres aux endroits où il efl néceffaire, & en obfèrvant toujours qu'ils foient à bois de fil, pour que le placage tienne mieux. Le collage des culs-de-lampe & des couronnements dont je viens de parler , quoique tiès-fimple en apparence , demande cependant de l'attention pour en tracer les coupes ^ à caufe de l'obliquité des pièces qui les compofent ; mais fans avoir recours a*la théorie deTArt du Trait, chaque Ouvrier a fa méthode qui lui réuflît affèzbïen, fur-tout pour des ouvrages qui ne font jamais apparents. La méthode la plus fimple, efl de commencer par tracer les coupes de cul-de-lampe comme à la fig. r , cote G, & à la fig. 4, afin d'avoir la pente , ou , pour mieux dire , le hors-d'équerre de chaque piece, ainfi que leur longueur intérieure ; enfuite quand les pièces font mifes félon leur pente, on en trace les joints avec le triangle-onglet, fuppofé que les faillies de côté foient égales à celles de la face ; car fi elles ne l’étoient pàs, comme dans les figures ci-defi-fus , il faudroit tracer un plan de ces différentes faillies, fig. 11, afin qu'à leur rencontre on ait la coups UomanJ^o Sc. 1«. l^^uGur des joints,1
- comme on le peut voir dans cette figure.
- Les Porte-montres différent des Boîtes de pendules dont je viens deparler^ en ce qu'ils n’ont pas de cuLde-lampe , qu'ils font plus petits de la moitié que ces dernieres , & que leur couronnement s’ouvre en-defîus pour faciliter le paffage de la montre ou du réveil qu'on place dedans.
- La hauteur de ces fortes de Boîtes efl d'un pied au plus fur fîx à fèpt pouces de largeur, & deux à deux pouces &demi d'épaiffeur de dehors en dehors.
- Elles font compofées de deux planches de quatre à cinq lignes d’épaifîèur ; entre lefquelles on colle d'autres morceaux de bois qui achèvent de lui donner une épaiffeur convenable ,& qu'on contourne enfuite de même que les planches de deffus & de deflous, qui font toutes deux difpofees à bois de travers , pour donner plus de folidité à l'ouvrage. Vers l'extrémité fupérieure de la planche de devant, on fait un trou rond d'environ deux pouces de diamètre au plus , & on en abat les arêtes intérieures en chanfrein, afin que la montre approche tout contre le cercle de cuivre qui efl appliqué en-dehors. Tout le corps de la Boîte doit être plein jufqu'à environ un pouce en contre-bas de l'ouverture de la face , & le refte doit former une efpece de coffre d'environ trois pouces de largeur, lequel efl fermé par le couronnement de la Boîte ,
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- Sëct. IL Ouvrages oit Von emploie la 3*. éfpece dVEbénifierièk 1003 qui eft ferré fur le côté gauche avec une charnière , Sc arrêté à droite par une petite ferrure placée dans l’épaifleur du côté de la Boîte.
- Comme ces Boîtes ne font pas faites exprès pour les montres qu'on y placé * on remplit ce quil y a de trop de grandeur dans le vuide intérieur, par des cales de bois qu'on ajufte en raifon de la grofleur de la montre qu’on veut y placer ; & il eft bon de garnir le tout enfuite avec de l’étoffe , pour ne point endommager la fiirface de la Boîte de la montre.
- Les Porte-montres font ornés de bronzes, ainfi que les autres Boîtes de pendules dont j’ai parlé ci-devant , foit qu’ils foient revêtus de Marqueterie 9 ou bien fimplement peints & vernis , comme on en fait beaucoup à pré-fent. ~ >
- En général, quand les Boîtes de pendules font difpofées pour être peintes Sc vernies , elles fè conftruifent de la même maniéré que quand elles doivent être recouvertes de Marqueterie, à l’exception que dans le dernier cas il faut diminuer l’épaiffeur de cette derniere d’après les contours donnés lux le clef-fin de l’ouvrage ; au lieu que l’épaifleur de la peinture doit être compté pour rien, ce qui oblige de finir les bâtis comme s’ils étoient apparents, du moins quant aux formes extérieures. Quand les Boîtes de pendules doivent être peintes Sc vernies , on les conftruit avec des bois blancs, comme le tilleul, Sc même le maronnier, Sc cela par la raifon que ces bois prennent, dit-on * mieux la peinture , ce que j’ai beaucoup de peine à croire , vu qu’on voit tous les jours de très-beau*- nnvngpc rtane ne* gpnr^, appliqués fur des bois durs ; il y a tout à croire que c’eft par une raifon d’économie qu’on emploie ces fortes de bois, ou bien peut être qu’ils exigent moins de préparation Sc de foin de la part des Peintres , qui font ces fortes d’ouvrages à un prix fi médiocre, qu’ils font obligés , pour pouvoir vivre, d’épargner la matière & les foins en les travaillant.
- Quant aux Boîtes de pendules qui font revêtues de Marqueterie, je ne ferai pas ici un détail des differentes formes qu’on peut donner à cette derniere , ce qui dépend abfolument du goût Sc du favoir faire de l’Artifte , & encore plus du plus ou moins de dépenfe qu’on veut faire ; de plus, ce détail devien-droit très-étendu, fans être abfolument utile, du moins quant à préfent, cette defcription de l’Art de l’Ebénifterie ayant plus pour objet la maniéré d’opérer que de donner des exemples des differentes fortes d’ouvrages dans la décoration defquels on fait ufage des diverfès efpeces d’Ebénifterie.
- Avant de pafler à la defcription du travail de l’écaille Sc des autres matières , 2 qui entrent dans la conftruélion de la troifieme efpece d’Ebénifterie, je vais donner la defcription d’une machine nommée Croix ou Equerre mobile, laquelle fert à découper des ovales , & même à y pouffer des moulures, fuppofé qu’on ne le puiffe pas faire avec un outil à conduite , comme cela arrive quelquefois ; cette machine a l’avantage de contourner les ovales de la même forme que le tour, ce qui eft très-avantageux, quand il s’agit d’ajufter ou d’incrufter des Menuisier , III. Part. 1IL Secl. Z 11
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- 1 ovales de cuivre ou d’autres matières faites fur le tour > lefquelles font plus applaties fur les extrémités du grand axe , que celles qui font tracées au compas félon les différentes méthodes quelconques , ainfi que je vais l’expliquer.
- Soit le quart d’ovale ABC, fig. 1, ( la partie devant être prife pour le tout ) dont la longueur des deux axes a été donnée 8c tracée au compas, à lordinaire, ainfi que l’indiquent les lignes ponctuées de la figure , il faut prendre l’excédent du demi-grand axe A C, qu’on porte for le petit de Bd. D ; puis après avoir divifé la difiance CD, en autant de parties qu’on le juge à propos J comme aux points a, b , c, d, e 3c f, on prend la diftance C -D, quon porte de chacun de ces points for le grand axe A C , qu’ils touchent aux points g , h, 1, l 3c ri ; puis des points de divifion du petit axe , & par ceux de ces derniers, qui leur font correfpondants , c’eft-à-dire , qui en font autant éloignés que le point C l’eft du point D, on merieautant de lignes tendantes à la circonférence de l’ovale, & on donne à chacune de ces lignes , ainfi prolongées , une longueur égale à celle du grand demi -axe, c’eft-à-dire , qu’on fait les diftances ao,bp,cq, d r , e s 3c f t, égales à celles A C ou B D ; ce qui efl la même chofe ; & les diftances go, h p , i q , l r, rnfi3c rit, égales à celles B C; ce qui doit être , puilque celles a g, b h , 8cc , font égales à celles C D ; puis par les points A,0,p, q, r,s9 t 3c B, on fait paflèr une courbe plus applatie que celle qui eft tracée au compas ; cette courbe eft celle que décrit le tour ovale, dont le méchanifine eft fondé for cette démonftration , laquelle fort également pour la conftruétion de la croix ou Equerre mobile qui produit par conféquent les mêmes effets , comme on le verra ci-après.
- L’équerre ou croix mobile E F , GH, fig, 2 , eft compofée de deux pièces de* bois aflèmblées quarrément & en entaille l’une dans l’autre ; dans le milieu de chaque piece eft creufé un canal refouillé fur les côtés , pour faciliter lepalîàge d’un mantonet a b ffig* 3,3c ef, Fig. 6, qui y eft retenu par deux languettes, mais qui a la facilité de couler librement, comme on peut le voir dans la fig, 3, qui repréfonte la coupe d’une des branches de la croix, & de ce mantonet, dont le milieu eft percé pour faire paffage à un tourillon c * qui a une tête dans fon extrémité inférieure , pour l’empêcher de fortir du mantonet, dans lequel il faut qu’il tourne librement ; l’extrémité fupérieure de ce tourillon eft arrêtée à demeure avec une chape de fer ou de cuivre , ( ainfi que ce dernier ) fig, 3^4, dans laquelle paiïè la tringle ou tige IL, fig, 2 , 3c cote M, fig. 3 , 8c qu’on y fixe par le moyen d’une vis de preflion qui n’appuie pas directement for la tringle de bois, mais for une lame de fer ou de cuivre attachée fur cette derniere , ou qui embraffe feulement la largeur de la chape , aux deux côtés de laquelle elle eft relevée , pour qu’elle ne puiflè pas s’échaper.
- On pourroit fo paffer de cette chape, en faifant , comme dans la fig. y, un tourillon qui paflat au travers du mantonet 3c de la tringle de bois, qu’on
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- arrêteroic avec le tourillon par le moyen d’un écrou à aileron ^ & d’une bafe réfervée ou rapportée au tourillon, en-deflus du mantonet. Cette maniéré d’ar-rêter la tringle avec le tourillon, eft plus fimple que la première; mais elle oblige à faire une rainure dans la tringle pour lailfer paftàge au tourillon lorf-quon veut avancer ou reculer la tringle , félon les différents diamètres des ovales.
- Le mantonet e f9 fig, 6, doit être un peu barlong ; afin que quand il fe trouve à la rencontre des rainures de deux branches, il ne vacille pas, & fe trouve engagé dans l’une avant que de fortir de l’autre.
- On doit auflî avoir foin d’en arrondir les bouts , pour qu’ik gliflent plus ailé-ment d’une rainure dans l’autre , & qu’ils ne heurtent pas contre les angles de la croix. Il faut toujours deux mantonets femblables pour arrêter la tringle fut la croix , parce que pour faire fon opération , il faut deux centres de mouvement , comme on va le voir ci-après.
- Quand on veut faire ufàge de cette machine, cela eft très-facile ; car après avoir déterminé les diamètres de l’ovale , comme ceux N O 8c P Q, on ajufte la croix au milieu de l’ouverture Sc de l’ouvrage , où on l’arrête avec des coins > comme dans cette figure , en obfervant que le milieu des rainures réponde parfaitement avec les axes de l’ovale ; puis l’outil étant placé à l’extrémité de la tringle ou tige I L9fig. 2, on fait mouvoir cette derniere jufqu’à ce qu’elle couvre la ligne N O ; alors le mantonet n , fe trouve au centre de l’ovale ; Sc on avance ou recule la tige jufqu’à ce que l’outil touche le point 0. Ce qui étant tait, on ferre la vis du mantonet u, pour aüujettir la tringle / L
- avec ce dernier, ce qui donne le premier centre de mouvement.
- On fait la même chofe pour le fécond, c’eft-à-dire, qu’on fait mouvoir là réglé jufqu’à ce qu’elle couvre la ligne PQ , ce qui fait venir le mantonet x au centre de l’ovale ; alors on ajufte l’outil avec le point P 9 8c on ferre la vis du mantonet x , ce qui donne le fécond centre de mouvement; après quoi on fait ufàge de l’outil, en le faifant mouvoir de droit ou de gauche , ce qui «eft égal, parce que les mantonets ne peuvent pas fortir des rainures dans lefquelles ils font placés , & que dans tel cas que ce foit, la diftance du point: u, au fer de l’outil, eft toujours égale au demi-diametre du grand axe ; là diftance du point x à ce même fer , égale à la moitié du petit axe ; & la diftance ux 9 égale à l’excédent du demi-grand axe fur le petit, qui font les conditions demandées pour tracer un ovale comme celui de la fig, 1, & par Conféquent d’une même courbe que celle qu’on fait fur le tour.
- Quant à l’extrémité de la tige IL , on peut y placer dés fcîes, des couteaux de taille, Scc. comme dans les compas à verge dont j’ai parlé, page 848 : on peu£ même y ajouter des outils de moulures de la même maniéré que les Maçons y adaptent des calibres. La croix peut être plus ou moins grande, félon les différents befoins, & par conféquent forte à proportion dans toutes fes parties }
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- loo 6 MENUISIER, III. Part. SecL 111 Chap. XIV.
- & quand elle fera d’une certaine grandeur, il fera bon d’y mettre des équerres dans les angles , comme je l’ai fait ici ,afin quelle ne puiffe faire aucun mou* vement.
- Pour ce qui eft de la conftruélion des mantonets & des parties qui en dépendent, on pourra y ajouter ou augmenter ce qu’on jugera à propos , pourvu qu’ils remplirent le même objet, c’efl-à-dire, que le goujon tourne librement dans le mantonet, & que la tige foit arrêtée d’une maniéré fixe avec le goujon, & toujours avec la facilité de la changer de place quand il fera befoin. Il faut cependant faire attention que le mantonet doit être de deux pièces fur fa largeur, afin de pouvoir y placer le goujon , qu’on ne pourroit pas y faire entrer autrement, fans rendre fa conftruélion très-compliquée ; 8c pour que le frottement du goujon n’ufe pas trop vite le bois, il fèroit bon d’y placer un canon de cuivre, comme je l’ai indiqué dans la fig. 3 , lequel pourroit être pareillement de deux pièces, & arrêté à demeure avec chaque côté du mantonet, qu’on rejoint enfuite avec des vis, dont les têtes doivent être noyées dans l’épailfeur du bois,afin quelles ne nuifent pas au paflàgedes mantonets dans les coulifles des branches de la croix.
- Quand la piece ne fera pas évuidée, comme celle fig. 2, on attachera la croix mobile deffus ; cela ne changera rien à la maniéré d’opérer, fi ce n’eft qu’il faut, dans ce cas, fe fèrvir d’une tige IL, dont la partie qui porte l’outil, retombe davantage en contre-bas pour regagner l’épaiffeur de la croix ainfi placée, c’eft-à-dire , attachée fur l’ouvrage.
- Section Troisième.
- De la maniéré de travailler les differentes matières qui entrent dans la confiruction de la Marqueterie, comme tEcaille, VIvoire, la Corne, &c.
- L’Ec ai l l e eft la matière qui entre le plus communément dans la conf-truélion de la Marqueterie, foit qu’on la mêle avec le cuivre , l’étain, l’argent ou l’or, auxquels elle fert ordinairement de fond. Les feuilles d’écailles font ordinairement bombées fur leurs furfaces, comme je l’ai dit plus haut ; c eft pourquoi la première chofe qu’il y a à faire pour les rendre propres à être employées, eft de les redreffer, ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- Après avoir fait choix des feuilles qu’on veut redrefler, on fait chauffer de l’eau dans unchaudron,jFïg. 15* ou tout autre vafe découvert, & capable de contenir les feuilles d’écaille fans quelles touchent aux bords du chaudron, de crainte que la chaleur de ce dernier ne la brûle ; puis quand l’eau eft bouillante, on trempe les feuilles dedans , & 'on les y laifïe féjourner jufqu’à ce qu’elles foient fùffifamment amollies, ce qu’on connoît en retirant une feuille avec des pinces, ou même avec les doigts, (car l’écaille perd là chaleur promptement) 8c
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- §ÈCT.ÏII.De la maniéré de travailler les différentes Matières 9êGc* ïoof
- fi étant dehors , elle ployé facilement par fon propre poids , c’eft un ligné certain quelle eft amollie au degré néceffaire ; alors on a une petite preffè Planché fig, 7 & 8, de la grandeur néceftaire pour pouvoir contenir la plus grande feuille d’écaiîle, Sc dans laquelle on met les feuilles ainftamollies, en obfervant quand il y en a plufieurs , de mettre entre chaque, des plaques de fer ou de cuivre d’environ deux lignes d épaiffeur , bien droites lur leurs furfaces , & qu’on a foin de faire chauffer auparavant, afin de conferver plus long-temps aux feuilles d’écailles la duétilité qu’elles viennent d’acquérir par le moyen dé l’eau bouillante.
- Quand les feuilles d écaillé font beaucoup bombées, Sc qu’on craint qu’elles ne fe prêtent pas allez à l’aélion de la prefte, foie par rapport à leur bombage * ou parce quelles refroidi fient trop vite , il faut, lorfqu’on a mis deux ou trois feuilles dans la prelle , ferrer médiocrement cette derniere, & on la plonge dans l’eau bouillante, qui ramollit l’écaille ; après quoi on achevé dé ferrer la prefte , & on la retire de l’eau pour lailîer refroidir l’écaille peu-à-peu , ce qui vaut mieux que de la tremper dans de l’eau froide, qui faifit trop vite l’écaille, Sc la rend plus caftante Sc plus fujette à fe tourmenter.
- Quand l’écaille eft totalement refroidie, on la retire de deftous la prefte j & elle fe trouve parfaitement droite , Sc conferye toujours cette nouvelle forme, pourvu qu’on ne la trempe plus dans l’eau bouillante ; car elle rede-
- viendroit courbe comme auparavant. Il faut auffi faire attention que l’écaillé s’étend Sc ù> dilate à l'eau chaude , maïs qu'elle fc retire en refroidiilànt ; c’eft
- v pourquoi quand on la contourne dans des moules , il faut que ces derniers foient un peu plus grands qu’il ne faut , afin de laifter à l’écaille le moyen dé fe dilater librement, comme je l’expliquerai ci-après.
- Quand les Ebéniftes redreftent l’écaille , ils n’y font pas grande façon ; la plupart fe contentent de la mettre , au fortir de l’eau chaude, entre des planches d’environ un pouce d’épaifleur , & de les ferrer avec un ou deux valets * comme la fig. 14 , ce qui n’eft pas bon , parce que pour peu que l’écaille ne foit pas aflez chaude * on s’expofe à la faire cafter ; ou fuppofé qu’elle prête à un médiocre degré de chaleur ; elle ne refte pas droite quand on l’ôte de deflous les valets , ce qui oblige de recommencer l’opération : c’eft pourquoi îl vaut mieux faire ulage d’une prefte Sc des fers chauds , comme je viens de le dire cî-deftus. Quant à la forme de la prefte, elle eft aftez arbitraire ; cependant il feroit à propos qu’elle fût conftruite comme les fig. 7 & 8 , c’eft-à-dire , quelle fût cûmpofée de deux montants ou jumelles, avec une vis de prefi fion au milieu, afin que le mouvement de la prefte fe fît plus promptement.
- La vis , pour être bonne, doit être de fer, & être arrêtée avec la planche ou platine fupérieure de la prefte (de maniéré cependant qu’elle puifte tourner librement ) , afin de la faire remonter quand on le juge à propos.
- L’écrou de cette vis eft placé dans le fommier du haut, Sc on fait mouvoir la yk
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- roo8 ME N V IS 1E R >111. Part. Secî. îîl Chap. XlK 2^==“^ par le moyen d’une manivelle qui paiTe au travers de fa tête , comme on peut Planche le voir dans les fig. 7 6 8. Quant à la grandeur de cette preffe, un pied de
- **** largeur fuffit entre les deux jumelles, ou quinze pouces au plus, ce qui eft
- fuffifant pour placer les grandes feuilles d’écailles fur leur longueur.
- L’écaille fo redrelfe auflî au feu , ce qui fe fait en la préfentant fur la flamme d’un feu clair , en obfervant de la mouvoir en tous fens & avec beaucoup de promptitude, parce que fi on la laiiïoit un inftant fixe for la flamme, elle fe brûleroît, & il fe formeroit fur fon épaifleur des efpeces de gerfures blanchâtres caufées par la trop grande aétion du feu , qui , fe fixant , définit les parties de l’écaille , & même les brûle*
- Cette maniéré de redrelfer l’écaille n’eft guere üfitée , tant par rapport aux accidents dont je viens de parler , que parce que beaucoup d’Ouvriers prétendent que le feu en gâte la couleur ; cependant les Couteliers ne font pas autrement pour redrelfer les manches de couteaux faits en écailles , qui, à la vérité, ne font que de petits morceaux qui font bientôt échauffes ; c’eft pourquoi ils fe contentent de les dre fier à la flamme d’une chandelle allumée.
- Quand l’écaille eft dreffée, on la met d’épaiffeur, foit avec le grattoir >jîg. 13, (qui eft une efpece de couperet à deux tranchants, lefquels n’ont chacun qu’un bifeau, comme on peut le voir dans cette figure , ) ou tout Amplement avec le rabot à dents, qui mord affez bien déifias, ce que ne peut pas faire le fer
- du rabot ordinaire, parce que l’écaille eft compofée d’une fubftance grave-leufe qui en détruit bien vite le tranchant, ce qui fait préférer les fers brettés, les râpes & les limes qui n’attaquent fa furface que par parties.
- Quand on veut mettre les feuilles d’écaille d’épaifleur, on commence par les dreffer en-deflous, ( c’eft-à-dire, du côté qu’elles font adhérentes au corps de l’animal ) avec le rabot à dents ; enfuite on les retourne de l’autre côté pour les réduire à l’épaifTeur convenable ; & alors on fait ufage des râpes, du grattoir, & du rabot bretté. Cette opération demande beaucoup de précaution & d’ufage de la part des Ouvriers ; parce que quand l’écaille eft trop épaifle , Sc qu’il y a par conféquent beaucoup de matière à ôter, il arrive fouvent qu’on cafle la feuille d’écaille, qui, comme je l’ai déjà dit, eft très-fragile , & qu’on ne peut conferver entière qu’en la traitant avec beaucoup de ménagement, en obfervant fur-tout quelle porte bien également dans toutes fos parties fur l’établi fur lequel on la drefle.
- On ôte le furplus de l’épaffTeur des feuilles d’écaille du côté du deflus , parce que celui de la chair eft ordinairement le plus beau , & ou les nuances font les plus fenfibles , du moins à ce que difent les Ouvriers ; car je n’y ai pas vu une grande différence.
- L’épaifTeur de l’écaille varie félon les differents ouvrages où on l’emploie ; cependant cette épaiffeur ne paffe guere une ligne & demie , & ne peut être moindre que trois quarts de ligne , parce que quand elle eft plus mince, elle
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- §ëct. Ut. De la manière de travailler les differentes Matières, 1669 ie travaille difficilement, fon peu de confiftance l’expo/ant à fe rompre au. moindre effort.
- Quelque épaiflèur qu’on donne à Fécaille , il faut avoir grand /oin qu’elle /bit égale par-tout, afin qu elle foit également flexible ; 8c avant de la mettre en ufage, il faut la garder quelque temps dans un endroit fec 8c même un peu chaud , afin qu’elle fe retire fur elle-même avant que d’être employée.
- On ne cintre guere les feuilles d’écaille avant que d’être découpées & collées avec le cuivre , comme je le dirai ci-après ; cependant comme il pourroit arriver qu’on voulut la cintrer d’une certaine forme étant en feuille, on lé fait de la maniéré fuivante*
- On commence d’abord par tracer à part le cintre que doit avoir l’écaillé lorfqu’elle fera moulée , comme , par exemple , la fïg. 9 ; puis on fait le développement de ce cintre fur une ligne droite fig. 10, pour avoir la longueur jufte de la feuille d’écaille, qu’il eft bon de couper un tant foit peu plus longue qu’il ne faut. On fait enfuite le moule intérieur 8c extérieur , fig. il , d’une forme femblable à h fig. 91 en y obfervant, dans chaque partie ,mne rainure a b, dans laquelle l’écaille puiffe entrer lorfque la chaleur de l’eau bouillante & la preffion du moule la forceront de s’étendre.
- De quelque forme que foit le moule fig. 11, il doit être compofé de deux parties évuidées à contre-fens l’une de l’aütre, comme on peut le voir dans
- cette figure , 8c dans celles 12 & 17; chacune des parties doit être difpofée de maniéré qu'elles s'emboîtent Tune avec 1 autre ; 8c pour qu’elles ne fe dérangent en aucune maniéré , il eft bon d’y placer des goujons aux quatre coins , comme je l’ai fait ici.
- Quand on veut mouler de l’écaille , on ne la met pas toute droite dans le moule ; mais après l’avoir dreffée 8c mife d’épaifleur 9 comme je i’ai dit ci-* deffus , on la trempe dans l’eau bouillante ; & quand elle eft amollie , on commence par là cintrer à la main, à-peu-près félon la forme qu’elle doit avoir j enfuite de quoi onia met dans le moule, 8c ce dernier dans la preffe 9fig.j, qu’on commence par ne ferrer qu’autant qu’il eft néceffaire pour empêcher l’écaille de gliffer, ce qui étant fait, on trempe le tout dans l’eau bouillante, & on ferre la vis de la preffe à mefure qu’on s’apperçoit que l’écaille ne fait pas de réfiftance. Quand le deffus du moule eft de/cendu autant qu’il eft né-ceffaire, 8c que par conféquent l’écaille a pris la forme du moule , on retiré la preffe de l’eau, & on laiffe refroidir le tout à l’ordinaire, ce qui ne foufïré aucune difficulté.
- Les moules dont je viens de parler, font ordinairement faits en bois dur, cé qui eft füffi/ànt quand on n’a pas beaucoup de pièces femblables à mouler, ou qu’ils font très-grands ; car autrement on feroit très-bien de les faire en cuivre, parce qu’ils réfifteroient mieux à l’aétionde l’eau bouillante que ceux de bois , & qu ils çonferveroient mieux leurs formes > 8c dureroient plus iong-temps*
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- ïqïo MENUISIER, ///. jPæ/t. Secl. 111. Ckâp. XIV.
- wi i ..^ j| e£ a{fez rare qU’on moule Técaille avant d’être découpée ; cependant
- Planche comme il y a des occafions où cela eft néceflàire , j’ai cru ne pouvoir pas me difpenfer d’entrer dans quelques détails à ce lu jet.
- J’ai dit plus haut qu’on foudoit l’écaille fans le fecours d’aucun agent, ce qui fe fait d’une maniéré très-fimple , quoique bien des Ouvriers en faffent un grand myftere.
- Quand on veut fouder deux morceaux d’écaille enfemble, on commence, après avoir marqué l’endroit du joint, par abattre le relie en chanfrein , comme de c à d, fig. i(5; on en fait autant à chaque piece , en obfervant que les deux pentes ou chanfreins ayent une même inclinailon ; ce qui étant fait, on , les préfente l’un fur l’autre, pour voir s’ils joignent bien enfemble ; puis le
- joint étant bien, on met les morceaux l’un fur l’autre , & on les entoure de papier un peu fort, qu’on met en trois ou quatre doubles, & on arrête le tout avec du fil ; enfuite on fait chauffer des pinces affez épaiffes pour qu’elles em-braffent toute la longueur du joint, qu’on ferre avec ces dernieres jufqu’à ce qu’on s’apperçoive que l’écaille devenue molle , ployé par fon propre poids, ou du moins obéifle aifement fous le doigt ; alors on la retire des pinces Sc on la laifle refroidir, & elle eft parfaitement fondée*
- Il faut prendre garde que les pinces ne {oient trop chaudes ; car elles bru-leroient l’écaille fans la fouder ; c eft pourquoi, avant de ferrer Je joint avec les pinces , il faut les eilàyer fur du papier ; & quand elles ne font que rouflirun peu ce dernier, cependant le brûler , c'elt un ligne qu'elles font à un degré convenable de chaleur.
- Pour bien fouder ainfi l’écaille , il feroit bon d’avoir des pinces faites exprès, dont les mâchoires un peu épaiffes , fuffent difpofées de maniéré que quand elles faifiroient l’écaille & le papier qui l’entoure, elles fuffent exactement parallèles , afin que leur prelîîon fût parfaitement égale dans toute l’étendue du joint : c’eft à-peu-près de cette maniéré que les Chinois foudent les cornes de leurs lanternes, comme on peut le voir dans le Journal Economique du mois de Septembre , page 92.
- / On foude encore l’écaille par le moyen de l’eau bouillante , ce qui fè fait
- de la maniéré fuivante.
- On difpofe le joint en flûte , comme je viens de le dire cî-deffus ; puis on met les deux morceaux ajuftés dans la prelfe , fig. 7 & 8 , entre deux morceaux de cuivre , en obfervant que les joints fe chevauchent un peu ; enfuite on ferre médiocrement la vis pour mieux affujettir les morceaux à leur place ; & quand on eft certain qu’ils font bien, on met le tout dans l’eau bouillante ; après quoi on achevé de ferrer la vis de la prefle pour faire prendre le joint de l’écaille à mefure qu’elle s’amollit.
- De quelque maniéré qu’on foude l’écaille, il faut avoir grand foin que les joints {oient très-vifs & très-propres, parce que la moindre particule de graiflè
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- $ECTjII.Dela maniéré de travaille? les différentes Matières, SCc. toit ou d’ordure empêcheroit l’aétion de la loudure ; il faut même éviter de palier fon haleine fur ces joints , ni d’y toucher avec les doigts.
- Les Ebéniftes foudent peu l’écaille , les uns parce qu’ils ne le favent pas faire* & les autres parce quils ne s’en foucient pas , & que d’ailleurs ce n’eft pas la coutume ; cependant cette relïburce eft fort *a van tageufe dans beaucoup d’occa-* fions où il faut de grands morceaux d’écaille d’une même piece , ou du moins qui femblent l’être.
- Quand on veut foudèr deux morceaux d’écaille erïfemble, il faut les choifir de maniéré qu’à l’endroit du joint * leurs couleurs ou leurs nuances foient à-peu-près femblables * afin que le joint ne foit pas apparent, du moins autant qu’il eft poffible de le faire*
- Les Ebéniftes n’emploient pas l’écaille toute nüe , c eft-à-dire, qu’ils ne l’appliquent pas immédiatement fur le bois ; mais après l’avoir dreffée & mife d’épaiffeur , ils la doublent pour y donner du fond, & pour que la colle & les nuances du bâtis ne paroiflent pas au travers* Gette doublure n’eft autre choie qu’une couche de noir ou de rouge étendue fur l’écaille du côté de la chair * Sc recouverte enfuite avec du papier qu’on y applique en même-temps que la couleur , laquelle fert de mordant pour retenir le papier*
- Ces deux couleurs fe font l’une avec du noir de fumée, & l’autre avec du vermillon, l’un & l’autre détrempés & broyés avec de la colle de poiflon qu’on préféré à la colle d’Angleterre, non-feulement parce qu’elle eft plus tenace, mais encore parce qu étant plus claire & limpide , elle.ne gâte pas la couleur du vermillon, qu’on doit employer le plus pur poffible, pour qu’il donne une plus belle couleur à l’écaille. Ces deux couleurs font les feules qu’on donne à l’écaille, du moins pour l’ordinaire ,& la rouge eft celle qui eft la plus ufitée maintenant*
- On pourroit cependant doubler l’écaille avec d’autres couleurs , ce qui fe-roit très-bien dans différentes occafions, en donnant plus de variété aux ouvrages de Marqueterie.
- On double la corne de la même maniéré que l’écaille , foit en bleu ou en verd, ou toute autre couleur. Le bleu fe fait avec de l’indigo, du bleu de Prufle ou d’autres poudres de cette couleur. Le verd fe fait avec une poudre verte , que les Marchands de Couleur vendent fous le nom de verd calciné, qui n eft autre chofe que du verd-de-gris cryftallifé nommé , par les Apothb, caires, cryjlaux de verdetê
- Le jaune, ainfi que les autres couleurs , fe fait avec différentes fortes de poudres qu’on trouve chez les Marchands de Couleurs, & on les broie, ainfi que toutes les autres , avec de la colle de poiflon. On emploie toutes ces couleurs à chaud, & on y applique tout de fuite du papier , comme je l’ai dit ci-deffus.'
- Il y a de petits ouvrages de Marqueterie, comme des porte-montres & autres , où au lieu d’écaille , on emploie de la corne peinte par-derriere d’abord en rouge de vermillon appliqué par tache, & enfuite doublée avec du noir à Menuisier , III• Part, III. Se ci* ' B
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- ÏOI* ME NUIS IE R , III. Part. III. SeS. Ckap. XIV.
- l’ordinaire, ce qui fait une mauvaife imitation de l’écaille , qui ne peut guere Planche trornper, pour le peu- de connoiflànce qu’on ait ; cependant on pourroit, avec un peu plus d’adreffe , non-feulement imiter l’écaille en peignant la corne par-derriere , mais encore y peindre divers fùjets qui fe trouveroient par ce moyen, à l’abri de tout accident, & qui dureroient très-long-temps ; & pour peu que ces peintures fuffent bien faites , ce feroit encore un moyen d’augmenter la magnificence des ouvrages de Marqueterie.
- Quand les feuilles, foit d’écaille'ou de corne , font doublées , On les lailîe fécher pour les découper enfiiite comme je vais l’expliquer dans la Seétion fùivan. te , quand j’aurai dit quelque chofè du travail de l’ivoire & de la nacre de perle;
- L’ivoire étant, comme je l’ai dit plus haut, une fubftance oflèufe, on ne peut ni la fondre ni la redreffer, de forte qu’on ne peut la mettre en état d’être employée qu’en la débitant à la fcie, tant fur la longueur que fur l’épaif-feur, & toujours aux dépens de cette derniere, ce qui ne produit cependant pas beaucoup de perte ; parce que pour peu qu’on ait d’ufage & d’adrelfe, on peut la refendre en lames très-minces, fans en caffer beaucoup , avantage qu’on n’a pas avec l’écaille, puifqu’il faut, pour la mettre d’épailfeur, en perdre une partie , ce qui efl quelquefois très-confidérable.
- On fcie l’ivoire avec une fcie à dépecer, dont j’ai donné la figure page Soi, La lame de la fcie avec laquelle on débite l’ivoire doit être trempée un peu mince, & avoir des dents d’une moyenne grandeur & parfaitement égales entr’el-les,afin quelles ne dévoyent pas, & qu’elles ne s’engagent pas dans Tivoire,
- ce qui la feroit éclater.
- On fcie l’ivoire de deux maniérés , favoir, à fec & à l’eau. Cette derniere maniéré efl la plus ufitée & la plus avantageufe, fur-tout pour l’ivoire verte , qui s’échauffe aifément par le frottement de la fcie, ce qui non-feulement la fait éclatter , mais encore en gâte la couleur, qui devient rouffe par l’effet de la chaleur ; à quoi on remédie en verfànt un peu d’eau dans le trait fans retirer la fcie ( à-peu-près comme font les Scieurs de pierres ), ce qu’on doit faire d’abord qu’on fent la moindre réfiftance , afin de ne pas laiffer à la fcie le temps de s’engager ni d’échauffer l’ivoire.
- Quand on fcie l’ivoire à fec, d’abord qu’on fent que la fcie commence à s’engager, on la frotte avec un morceau de peau ou de laine, fur lequel on a étendu de la graiffe , laquelle facilite le pafîàge de la fcie, mais ce qui eft moins bon que l’eau , qui, en remplifiànt le même objet, a de plus l’avantage de conferver la fraîcheur de l’ivoire.
- Quand on débite l’ivoire, ainfï que l'écaille & la corne , on la place dans l’étau ; & quand ce font de petits morceaux qu’on veut débiter, on les afïure dans un petit étau, & ce dernier dans le grand, afin que les pièces foient expofées à moins d’effort, ce que , d’ailleurs un Ouvrier intelligent prévient toujours, foit en foulageant la main qui conduit la fcie , foit en foutenant de l’autre les morceaux qu’il débite*
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- Sect.IÎL De la maniéré de travailler les differentes Matières* ïôi^
- L ivoire fo travaille allez bien avec les outils ordinaires ; mais il vaut cepen- gassagas& dant mieux fe fervir des écouenes grandes & petites , Sc grêles , dontj'ai fait. Planche la defcription page 937. On fe fert auflî de limes , tant pour la drefter que pour en terminer les contours, quand ils ont été découpés à la fcie , fuppofé que cela foie néceflaire.
- De toutes les matières dont les Ebéniftes font ufage dans la conftruéHon dé l’Ebénifterie dont je traite maintenant, la nacre de perle eft la plus dure , la plus ingrate & la plus difficile à travailler ; il riy a que les foies trempées , le grais & les limes qui mordent deffos ; de plus , comme elle eft très-cafîànte , il faut beaucoup d'ufàge & de foin pour la travailler*
- Quand on débite la nacre de perle , il faut avoir grand foin de foier les rnor* ceaux perpendiculairement à fa forface ; enfoite on la refend fur fépaifleur , non pas pofitivement telle que celle dont on a befoin , mais plus qu'il ne faut pour les redreffer enfuite for la meule, parce quil n'eft pas fort aifo de la refendre bien droite.
- Il y a de grofles nacres qui fe fendent d'elles-mêmes fur i'épailïeur ; ce font les moins belles ; & quoique très-grandes , il arrive fouvent qu'on n'en peut tirer que de très-petits morceaux , à caufe de la finuolité des fentes, ou , pour mieux dire, des différentes couches dont elles font compofées.
- Quand la nacre eft débitée , on la drefîe & la met d'épaiffeur for la meule jj ce qui fe fait de la maniéré foivante.
- On ajufte au-deffus de l'ange de la meule un levier de bois e f, fig. 6,
- PL 280 , dont le bout eft arrondi en forme de poignée, pour pouvoir appuyer fur la nacre de perle qu'on pofe for la meule d'une main , en appuyant de l'autre avec le levier autant qu'on le juge à propos.
- Lorfqu'on dreffe ainfi la nacre, il faut avoir grand foin que la meule trempe bien dans l'eau , parce que s'il arrivoit qu'elle fut à fec , cela échaufferoit la nacre, qui fe fendroit, ou du moins changeroit de couleur ; & pour que celui qui travaille ainfi la nacre ait plus de force, & foit moins fatigué de la main dont il tient cette derniere , il feroit bon de faire un petit ravalement en-defo fous du levier, à l'endroit où il fait tangente avec la meule , afin d'appuyer Sç de retenir la nacre , que le mouvement de la meule tend toujours à emporter.
- La nacre , ainfi que l'ivoire , fo met à l'épaiffeur du placage ordinaire, c'eft* à-dire, qu'on lui donne tout au plus une ligne, afin qu'en les incruftant, ils fe trouvent au nud de ces derniers*
- Je ne parlerai pas ici du travail des autres matières qui entrent dans la confo truétion de la Marqueterie , comme le cuivre , l'étain , &c , parce que les Ebéniftes les achètent tout apprêtées, c'eft-à-dire, mifos à l'épaifleur convena^ ble , de maniéré qu'ils n'ont rien à y faire avant que de les découper, ainfi que je vais l'expliquer dans la Seétion foivante*
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- ïoï4 ME N UI SI Ë K9 IÎL Patt. Secl. III. Chapè XIV\
- . Section Quatrième*
- De la maniéré de conjlruire la Marqueterie & de la terminer;
- La conftruétion de la Marqueterie, ou, pour mieux dire, de la Mofaïque 'en métaux, quoiqu’à-peu-près femblabié à celle de la Molàïque ou Peinture en bois , dont fai fait la defoription, page 866, & jiiiv. demande cependant d’être traitée à part , tant par rapport à certaines maniérés d’opérer , qui font différentes , qu’à la qualité des matières qu’on y emploie. Ces matières font dans la Marqueterie ordinaire, le cuivre Sc l’écaille, l’un formant les deffeins, & l’autre le fond de l’ouvrage.
- Comme les matières qu’on emploie pouf faire de la Marqueterie, même la plus commune, font d’une certaine valeur & affez difficiles à mettre en œuvre, on a cherché les moyens d’épargner en même-temps & la main-d’œuvre & la matière ; c’eft à quoi on eft parvenu, en découpant deux feuilles de matières différentes ( comme du cuivre & de l’écaille ) l’une for l’autre , de maniéré qu’on a eu à la fois deux pièces de Marqueterie également découpées, dont les fleurs ou les ornements de l’une puiffent être placés dans les vuides de l’autre, {dont, par conféquent, on avoit ôté les fleurs & les ornements pour les placer dans les vuides de la première. Cette maniéré de découper la Marqueterie s’appelle travailler en contre-partie.
- La Marqueterie où l’écaille fait le fond de l’ouvrage , & le cuivre les ornements, eft la plus belle , & fe nomme la partie, c’eft-à-dire, celle qui a été le principal objet du travail; celle au contraire dont le cuivre fait le fond & l’écaille les ornements , fe nommz contre-partie , & eft la moins efti-mée, quoiqu’on puiffe parvenir à la rendre très-précieufe, comme je le dirai en fon lieu.
- Quand on veut faire une piece de Marqueterie quelconque, on commence par faire le deflèingénéral de l’ouvrage, tel qu’il doit être exécuté, comme, par exemple , la^. 1 , dont on prend un ou plufieurs calques , félon qu’il eft néceffaire , le deffein devant être confervé pour fervir à terminer l’ouvrage.
- Enfoite on prend une feuille d’écaille de la grandeur convenable, & une feuille de laiton, qu’on colle l’une for l’autre avec de la colle ordinaire, non pas en totalité, mais feulement de diftance en diftance, ce qui eft foffilànt pour les affujétir enfemble. Avant que de coller la feuille de laiton, il eft bon de la découvrir en-deflous avec une grofle lime paffée en différents fens , ou bien avec le rabot de fer bretté, pour que , quand il eft découpé, il prenne mieux la colle.
- Quand les deux feuilles font ainfi jointes enfemble , on colle le calque
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- Sect. IV. Manière de cônflruire la MarquetèrieôC la terminer. 1015 fur celle de cuivre, & on laifle le tout fécher* après quoi on les découpé avec la fcie de Marqueterie de la même maniéré que pour la Mofàïque en
- bois.
- Comme les ornements de Marqueterie ou Mofàïque en métaux ,font ordinairement très'délicats Sc d’une forme fou vent très-compliquée , il eft néceïîàire de fe fervir de fcies extrêmement fines, qu’on fait fouvent entrer par <îerpetits trous percés aux endroits qui font les moins apparents de. l’ouvrage.. Ces trous fè font avec le petit touret à main, repréfenté PL 319& 2 , ou bien au foret, ou même au trépan , jig. 12 , même Planche , ce qui dépend abfolu-ment des différentes occafions ou du goût de l’Ouvrier, qui à beaucoup de légéreté & d’adrelîe, doit joindre beaucoup d’attention pour placer fa fcie, de maniéré qu’il voie toujours le trait du calque, Sc qu’il découpé la pius^ grande quantité pofllble d’ornements fans être obligé'dé-retirer la fcièi: ir.i Quand la piece eft entièrement découpée', oh fépare les deux feuilles: !’une* d’avec l’autre , foit en les plongeant dans l’eau chaude, ou Amplement en paflant: entre elles une lame de couteau très-mince , ce qui eftfuffifànt, quand on a fôin de ne mettre que de la colle peu épaifle-, Amplement ce qui eft néceflaire pour retenir les deux feuilles enfemble , comme je l’ai dit plus haut; après, que les feuilles font féparées, on les évuide , c’efl>à-direy qu’on, en fait fortir les ornements pour les replacer d’une piece dans unè autre"; Sc alors' chaque" piece refte évuidée, comme le reprélente \afig.2.
- Dans le cac *, co±celle icpréfentéô
- jig, i (S* 2, il n’eft guere poflîble défaire le tout d’üm feul morceau:, tant par la difficulté de trouver des feuilles décaillés affez grandes, que par l’embarras que caufe la grande quantité de contours dont cette piece eft compofée ; c’eft pourquoi on fait d’abord à part les plate-bandes du pourtour , comme celles A B & C D, jig. 2; puis dans le corps de la piece on fait des joints où les ornements fe coupent les uns les autres , & où ils feparent le fond par de grandes mafles, comme, par exemple , aux places E 9 F 9 G 9 H 919 8cc> ce qui eft une affaire d’expérience & de goût, fur-tout pour l’écaille, où il faut, autant qu’il eft pofllble, que le changement de feuille ne foit pas trop apparent.
- Après que les feuilles , tant de cuivre que d’écaille, ont été évuidées, on les remplit par leurs ornements, qui alors ne font qu’en maffes, comme le repréfentent les fig. 1, 3 & 5, Sc les fig. 2,4 <§> 6 ; les premières en parties, Sc les fécondés en contre-parties, c’eft-à-dire, que le fond des uns eft en écaille, Sc celui des autres en cuivre , comme on peut le voir dans ces figures, & que je l’ai déjà dit. Chaque partie Sc contre-partie étant ainfi remplies Sc bien affleurées à l’extérieur, ou, pour mieux dire , du côté qui doit être appliqué fur les bâtis de l’ouvrage, on colle le tout enfemble avec de bonne colle d’Angleterre, ou même de poiflbn, & on couvre toute la Marqueterie du côté Menuisier , III. Part. III'. Secl. C 12
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- Planche
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- 1016 ME NU IS IE R, III. Part. Sec1. III Chap. XIV.
- du parement, avec du gros papier qu’on colle deflus, comme à la Mofàïque en, bois , & on laifle le tout fécher avant de plaquer , ce qui fe fait à-^ peu-près de la même maniéré que pour l’Ebénifterie de placage, à l’exception qu’on ne peut pas appuyer avec autant de force avec le marteau pour faire prendre colle au placage , ce qui oblige de le mettre en preffe avec des couffins ou facs de coutil remplis de fablon ou de grès très-fin, qu’on fait chauffer pour conferver plus long-temps la chaleur de la colle. Il eft même bon de mettre* entre ces couffins 8c le deflus du placage , des morceaux de toile trempés dans dé l’eau bouillante, 8c qu’on fait promptement fortir dehors en les* tordant. Ces linges chauds 8c humides fervent à conferver l’écaille dans un< état de mollefle qui là fait prêter à la preffion du poids qu’on met deflus, pour lui faire^ prendre colle. On laifle le placage ainfi en preffe jufqu’à ce qu’il foit entièrement refroidi , & que la colle foit feche; après quoi on le laifle quelque temps dans un endroit fèc,’ou il n’y a point d’humidité à craindre , ni de trop grande chaleur, qui pourroit faire lever le placage.
- Quand l’ouvrage eft cintré fur le plan, la Marqueterie eft plus difficile à plaquer, parce qu’il faut la cintrer auparavant , c’eft-à-dire, après que les ornements & le fond ont été collés enfèmble.
- Lôrfqu’on veut cintrer une piece de Marqueterie , après qu’elle a été coupée extérieurement félon la forme qui lui eft convenable , en fiiivant le développement de la furface du cintre, on préfente la piece au feu pour amollir l’écaille , fans cependant faîic Xuiidic la colle, qui en retient Ica différentes parties ; puis .on la pofe fur l’ouvrage à la place quelle doit occuper, & on la recouvre promptement avec des linges trempés dans de l’eau bouillante , on met par-deflus les couffins, & on ferre le tout enfemble comme fi on vouloir la coller , en obfervant cependant de ne ferrer , foit la preffe ou les goberges , que petit à petit, afin de ne point forcer l’écaille , qu’il vaut mieux faire chauffer à plufieurs reprifes pour parvenir à lui donner la forme demandée.
- Au lieu de cintrer ainfi la Marqueterie fur l’ouvrage, il feroit beaucoup mieux de faire des moules d’une forme lemblable à ce dernier , tant en deflus qu’en deffous , c’eft-à-dire, qu’au lieu du couffin, on fît une calle de bois cintrée à contre-fens de l’ouvrage, de maniéré que pour cintrer une piece de Marqueterie, après l’avoir fait chauffer 8c même ployer à la main, on n’auroit qu’à la mettre entre les deux moules, en prenant toujours la précaution de mettre entre ces derniers & la piece de Marqueterie , des linges trempés dans l’eau bouillante, ou même des couvertures de laine d’une moyenne confiftance.
- Cette maniéré de cintrer la Marqueterie , eft très-bonne , & étoit anciennement en ufage ; je ne fai pourquoi on ne la fuit plus : il eft vrai qu’elle eft un peu plus longue que la première ; mais auffi a-t-elle l’avantage d’être beaucoup plus fûre & plus commode, tout ce travail pouvant fe faire dans une
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- Sect. 1F. Maniéré de conjîruire la Marqueterie SC la terminer. 1017
- jprefle <Sr devant le feu , ce qui fait que les pièces de Marqueterie confervent fer--.~
- plus long-temps leur chaleur, & fe prêtent par conféquent mieux à l'effort Penche qu'on fait pour les cintrer.
- Les deflus des moules dont je viens de parler, peuvent aufïï fervir pour coller la Marqueterie cintrée, ce qui eft un double avantage.
- Quand la Marqueterie eft collée on la laiffe fécher , après quoi on la finit $ en commençant d'abord par ôter le papier 8c la colle , après quoi on la dreflè & Punit avec des limes de différentes groffeurs, puis on la racle avant que de la graver, pour achever de détailler 8c d'ombrer les ornements qui ne font qu'en maffes, 8c qui ne peuvent avoir d'effet que par le moyen de la gravure , comme on peut le voir à la fig. 7 , qui repréfente une partie de Marqueterie toute finie.
- La contre-partie 9fig. 8, fe finit de même , du moins jufqu’à ce que l'ouvragé foit prêt à graver ; & comme dans cette efpece de Marqueterie , c'eft le cuivre qui fait le fond & Pécaille les ornements, on ne grave pas cette derniere, dû moins pour l'ordinaire ; mais après que l'ouvrage a reçu la première préparation du poli, comme je viens de le dire, on enleve toutes les parties d’écaille fufceptibles de détails, comme les fleurs, les fruits 8c les figures , & on remplit ces vuides par des cornes diverfement coloriées, & même de la nacre de perle qu’on découpe d'après les parties d'écaille qu'on a fùprimées , 8c qu'on colle enfuite comme les fleurs de la Mofaïque en bois ; ce qui étant fait, on
- glTiVC les ujuuuc vm a Xaxc v-viîr^o 7 comme le dirai Ci**
- après.
- Quoiqu'en général la contre-partie de la Marqueterie foit la moins eftimée^ on pourroit, comme je l'ai déjà dit, en tirer un très-bon parti ; on pourroit même , en facrifiant une partie de l'écaille qui en forme les ornements , en faire une Mofaïque très-brillante 8c très-riche , en y fhbftituant des cornes diverfement coloriées 8c même peintes : on pourroit auffi y mettre d'autres morceaux d'écaille dont les nuances reviendroient au ton de certaines fleurs ou dé tous autres objets qu’on voudroit repréfenter.
- Cette efpece de Mofaïque , exécutée par un habile Artifte, feroit très-belle l 8c nauroit peut-être d'autre défaut que celui qu'on reproche aux anciennes Mofaïques de Sainte Sophie de Conftantinople , 8c de Saint Marc de Venifo, dont les fonds dorés détruifent une partie de leur effet.
- Les Ebéniftes ne gravent pas leurs ouvrages eux-mêmes, ou du moins il y a des Ouvriers qui ne s'occupent que de cette forte d'ouvrage. Les outils propres à graver la Marqueterie, (du moins pour les métaux ) font les mêmes que ceux des Graveurs en taille-douce ; {avoir , des burins, des échopes, un ébarboir, un grattoir & un bruniffoir.
- Le burin > fig. 1 & 2 J eft un morceau d'acier d'environ 4 à y pouces de long,
- Sc d'environ une ligne & demie en quarré , comme celui coté A, Fig. 1, dont
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- ïoï8 ME NUIS 1ER, III. Part. S eft. III. Chap. XIK
- 5 l'extrémité fupérieure eft affûtée en bifeau d'un angle à l'autre. Il y a des burins B, fig. 2, lofanges par leur coupe ; ils font affûtés des deux angles les plus éloignés, & fervent à faire des traits ou tailles plus profondes & moins larges que les burins quarrés.
- Les côtés oppofés au bifeau d'un burin fe nomment le ventre ; ils doivent être affûtés très-vifs & bien droits. Les burins font montés dans de petits manches de bois blanc, dont on applatit un côté , afin que quand on grave, le ventre du burin fo trouve dans une fltuation prefque parallèle avec l’ouvrage , & ne s’y engage qu’autant qu’on le juge à propos.
- Les échopes different des burins, en ce que la vive-arête du ventre eft un peu abattue , de maniéré qu'ils ne font pas pointus par le bout, mais qu’ils pré-fentent une petite face qui eft plus ou moins grande , félon qu’on a plus ou moins abattu l'arête du ventre de l'échope. L'ufàge de cet outil eft de faire tout de fuite des tailles larges & quarrées dans le fond. L'ébarboir , fig. 3 , n'eft autre chofe qu’une lime en tiers-point, affûtée à vive-arête fur fes trois faces : fon ufage eft d'ôter les bavures ou barbes que fait fur le cuivre le paflàge du burin ou de l’échope.
- Le grattoir différé de l'ébarboir, en ce qu'il a quatre faces toutes affûtées à vives-arêtes : fon ufage eft à-peu-près le même que celui de l'ébarboir , auquel on le préféré quelquefois dans les ouvrages fins, parce que fes tranchants font moins vifs.
- Le Bruni/Ioir y jfig- y i-i 11 niGri-oocwvi vVciv.iv.'ji v?C j>arfaité?lY10.îlt poli,
- long d'environ trois à quatre pouces, & qui eft diminué vers fon extrémité fopérieure. La coupe de cet outil eft de la forme d'une olive très-allongée : fon ufage eft d'effacer les faux-traits faits fur le cuivre , en rapprochant les parties les unes contre les autres , ou , pour mieux dire , en refoulant la matière fur elle-même.
- U faut auffi une pointe, fig. y, pour tracer fur le cuivre ; ce n'eft autre chofo qu’une aiguille à coudre ou toute autre broche d'acier trempée, montée dans un manche de bois , comme on peut le voir dans cette figure..
- Quand on veut graver les ornements fur la Marqueterie, il faut les deflîner fur le cuivre incrufté, ou les autres matières quelconques, ce qui eft un peu long , & même peu correél ; c eft pourquoi il vaut mieux les calquer fur le deffin même , ou fur une copie bien faite , ce qui eft égal, pourvu que toutes les formes du deffin foient bien rendues.
- Pour décalquer ainfi les ornements, il faut enduire le cuivre avec une lé-' gere couche de cire blanche, qu'on y applique après avoir chauffé le cuivre modérément ; puis quand la cire eft refroidie, on applique le calque defîùs , après l'avoir auparavant frotté par-derriere avec de la fànguine pulvérifée , ou de la mine de plomb tendre ; puis avec une pointe on trace tous les contours du deffin ou du calque, qui, par ce moyen, fe trouvent appliqués fur la cire.
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- On ne décalque ainfi les ornements que quand ils font un peu confidéra-blés ; car pour les petites parties, on fe contente de les deffiner for la place*
- Quant à la maniéré de graver for le cuivre, c’eftà-peu-près la même chofo que pour les ornements de Mofaïque en bois dont j’ai parlé ci-devant, page 884 ; c eft pourquoi je n’en parlerai pas ici. Déplus , le détail de la gravure au burin appartient à l’Art du Graveur proprement dit, & demanderoit une très-longue defcription pour être rendu avec la précifion & la clarté dont cette matière eft fofceptible.
- Le cuivre, l’étain , l’argent, for & la nacre de perle , fo gravent au burin plein, repréfentéfig. 1 & 2. de cette Planche ; mais l’écaille & la corne ne peuvent guere fe graver qu’au burin évuidé, dont on peut voir la figure PL 299 > fig. 10,11,12 & 13, parce que ces matières étant compofées de plufieurs couches pofées les unes for les autres, le burin plein les fait éclatter, quelque précaution qu’on puiffe prendre ; ce qui n’arrive pas lorfqu’on fait ufage du burin évuidé, comme je l’ai démontré en parlant de l’ufàge de cet outil , page 884.
- Quand la Marqueterie eft gravée on en remplit toutes les tailles avec de la colophane fondue , ou toute autre drogue dont j’ai parlé ,pages 863 & 887 ; après quoi on achevé de la polir, ce qui fo fait de la maniéré foivante.
- On prend de la pierre de ponce bien unie, qu’on trempe dans de l’huifo d’olive ; puis on en frotte l’ouvrage for tous les fens , en obfervant de n’y, pas mettre trop d’huile - auî. en s’imbibant dans le placage . pourroit le faire lever ; après quoi on prend de cette même pierre ponce réduite en poudre &
- paflee au tamis de foie , on la mêle avec un peu d’huile, & on letend for l’ou-yrage avec un bois à polir , en appuyant fortement deflus, & en faifànt mouvoir ce dernier de différents fons. A la place d’un bois à polir , on pourroit 9 fur-tout dans les parties plates, fo fervir d’un poliflbir de jonc, ou bien d’une efpece de molette de bois plein & moyennement dur, comme du poirier ou tout autre bois de cette efpece , qui étendroit très-bien cette potée.
- Après la pierre ponce , fi la Marqueterie étoit compofée d’ébene & de cuivre, on prendroit le charbon comme pour polir le cuivre % ainfi que je l’ai enfeigné pageÿfz.
- Après la pierre ponce & le charbon , on fait ufàge du tripoli pulvérifé & délayé avec un peu d’huile d’olive , & appliqué fur l’ouvrage avec des bois à polir ou une molette garnie de bufle ou de chapeau*
- Enfin on fait ufage du tripoli à foc , & du blanc d’Efpagne enfoite, pour achever de polir l’ouvrage & qu’il n’y refte aucune tache.
- Quelles que foient les matières qu’on emploie dans la conftruétion de la Marqueterie ou Mofaïque en métaux , on foit toujours , à peu de chofo près, les mêmes procédés dont je viens de faire la defcription ; il n’y a de différence que quelques précautions qu’il faut prendre en raifon de la nature de ces Menuisier , 1IL Part. 1IL SecL, D 1%
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- 1020 MENUISIER, III. Pan. III. Sec?. Chap. XIV. différentes matières, dans le détail defquelles je n’entrerai pas, parce que c eft une affaire qui feroit d’une trop longue difcuffion, fans pour cela être abfolu^ ment nécefîàire.
- Quand on fait entrer l’argent ou l’or dans la conftruétion de la Marqueterie, il faut avoir grand foin en découpant ces métaux, d’entourer le bas de l’axe ou étau d’une peau de mouton , dans laquelle tombent les fciures & la limaille > laquelle eft très-précieufe, vu la cherté de ces métaux, fur-tout de l’or, qui vaut près de cent livres l’once.
- Comme en général les métaux ne prennent pas bien la colle , il faut, quand ils feront de grandes mafles , les arrêter dans le bois avec de petites pointes de même métal , qu’on fera entrer le plus jufte poflible, & dont on refoule un peu la tête pour quelles joignent mieux ; & on fera enforte , autant qu’il fera poffible, de placer ces pointes fous les ornements de bronze, ou bien dans les enroulements des gravures , de maniéré quelles ne foient pas apparentes.
- A la place de la Mofaïque en bois, en cuivre, dont je viens de faire la defcription, on revêtit quelquefois les meubles avec de la laque ou vernis de la Chine ou du Japon, dont ordinairement le fond eft noir Sc rehauffé d’ornements d’or.
- La laque qu’on emploie ordinairement en Ebénifterie, fe prend dans des feuilles foit de cabinet ou de paravent venu de la Chine ou du Japon, qui, pour Ici plupart» 7 /ont- uD»>nioc St Joo Jonv rvAroo, qn’orj refend au
- milieu de leur épaiffeur pour les diminuer enfuite au rabot Sc les mettre en état
- d’être plaquées fur des fonds de Menuiferie ordinaire. Il faut prendre beaucoup de précautions, tant pour refendre ces feuilles , que pour les diminuer , de crainte de faire fendre ou éclatter le vernis ; c eft pourquoi, lorfqu’on les refend , il faut les mettre dans la prelfe entre des couffins ou des couvertures de laine. Il faut avoir la même précaution lorfqu’on les rabote par derrière , c’eft-à-di're, qu’il faut mettre fur l’établi une couverture ployée en double, pour que les inégalités qui font à la furface du vernis à l’endroit des fleurs ou autres ornements, entrent dans i’épaiffeur de cette couverture.
- En diminuant I’épaiffeur des bois qui portent la laque ou vernis de la Chiné,; il faut prendre garde de leur laiffer affez de confiance pour qu’ils ne fe rompent pas ; c’eft pourquoi Ü faut leur laiffer au moins une ligne d’épaiffeur; après quoi on les plaque fur l’ouvrage 'a l’ordinaire , en prenant toutefois la précaution de les faire chauffer , ainfi que les bâtis qui doivent les recevoir , & d’étendre fur la laque des couvertures , par-deffus lefquelles on met des couffins ou des calles de bois avec des goberges ou des preffes à coller , félon qu’on le juge néceffaire; mais Une faut jamais fefervir de valets pour faire ces collages, de crainte qu’en frappant deffus pour les ferrer, on n étonne le* vernis, Sc qu on ne le faflè fendre.
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- Autant qu’il eft pofîible, on entoure les joints des ouvrages de laque de rapport avec des ornements ou des cadres de cuivre , parce que quelques précautions qu’on prenne en coupant les feuilles de laque, il eft bien difficile de n’y pas faire quelques éclats , qui font paroître la place des joints * ce qui fait un très-mauvais effet; de plus , quand on pourroit parvenir à couper la laque avec toute la propreté poffible , les arêtes des ouvertures qui ne feroient pas ainil garnies, ne tarderoient pas à être gâtées, ce qui feroit toujours mal.
- On imite en France les vernis de la Chine ( du moins autant bien qu’il a été poffible jufqu’à préfent ) ce qui fait de l’ouvrage plus folide que celui où on plaque ceux de la Chine. Dans ce dernier cas , c’eft-à-dire , quand on vernit les meubles, il faut avoir grand foin que leurs bâtis foient conftruits de bon bois très-fec, & avec toute la folidité poffible, comme je l’ai enfeigné dans le cours de cet Ouvrage.
- Ce que je viens de dire renferme, à peu de chofo près, tout ce qu’il eft elïentiel de lavoir touchant la théorie pratique de la Marqueterie ou Mofaïque en métaux , m’étant uniquement borné , dans la defcription de cette derniere efpece d’Ebénifterie, ainfi que dans celle des deux autres * à donner des réglés générales applicables à tous les cas, fins donner d’exemples particuliers de l’application de ces mêmes réglés.
- Je ne parlerai pas non plus du mélange des différentes matières qui entrent
- dans la conftruétîon de la Marqueterie , parce que cette matière eft inépuifàble, Sc que ce mélange dépend abfolument du goût de l’Artifte, de la nature Sc de
- la plus ou moins grande richeffe des différents ouvrages , qui, lorfqu ils font d’une très-grande richeffe, dépendent, pour leur conftruétion , du travail de différents Ouvriers, comme les Ebéniftes, les Tabletiers, les Marbriers , les Peintres, les Orfèvres, les Metteurs-en-œuvre, les Fondeurs-Cifeleurs, &c, à moins qu’un Ebénifte ne poffédât toutes les connoiflances relatives à ces différents talents, ce qui eft très-rare à trouver , fans cependant être impoffible.
- Mais comme ce détail eft abfolument au-deffus de mes forces , je vais donc finir cette Seétion par donner une idée générale des différentes elpeces de Mofàïques dont on fait ufège avec la Mofaïque dont je viens de parler ; après / quoi j’entrerai dans quelques détails fur les bronzes dont on orne les ouvrages d’Ebénifterie en général, ce qui terminera cette Troifieme Partie de"'mon Ouvrage , afin de paffer tout de fuite à la defcription de l’Art du Treillageur, ou Menuiferie des Jardins, qui fera le fujet de la Quatrième & derniere Partie de l’Art du Menuifier, comme je l’ai déjà annoncé à la fin de la defcription de la Menuiferie des Voitures, page $96,
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- §. I. Idée générale des différentes efpeces de Mofaïques.
- L’Art des Mofaïques eft de la plus haute antiquité ; il a pris fon origine dans l’Afie , d’où il fut apporté en Grèce, delà chez les Romains & dans tout le refte de l’Europe.
- Cet Art, ainfi que tous les autres, fut très-fimple dans fon origine ; il n avoit pour objet que la décoration des planchers des Appartements , & confiftoit dans l’arrangement de quelques briques diverfement taillées, ou de pierres, ou de marbres coloriés, placés fymmétriquement fur l’enduit de ces mêmes planchers. Peu-à-peu cet Art ïè perfectionna , & on parvint a reprefènter divers fùjets, en employant des pierres d’une très-petite capacité, & dont les diyerlès cou-leurs rendoient ces derniers avec beaucoup de vérité.
- A la chûte de l’Empire Romain, cet Art fut anéanti, ainfi que beaucoup d’autres ; & ce ne fut qu’après un très-long efpace de temps que plufieurs chef-d’œuvres de Mofaïques furent retrouvés parmi les décombres des édifices des anciens Romains : ce fut alors qu’on admira la fameufe Mofaïque du Temple de la Fortune à Prænefte ou Paleftrine , faite fous Sylla; celle de la maifonde Cicéron à Tufculum, aujourd’hui Frafcati ; celles de la ville Adrienne, près de Tivoli, anciennement Tibur, qui , toutes méritent 1 attention des Connoifleurs, & font voir jufqu’à quel point de perfection les Anciens
- avoient porté l’art des Mofaïques. . , .
- On a aulü retrouvé des Mofaïques dans les ruines d Herculanum, Colonie
- Grecque, enfevelie fous les laves du Véfuve depuis le commencement de l’Ere Chrétienne, dont une entr’autres qui eft compofée de très-petites pierres , & n’a que dix-huit pouces de long fur douze de large, dans laquelle font repréfentées quatre figures mafquées, dont une danfe, l’autre joue du tambour de bafque, l’autre de deux flûtes, & la derniere des caftagnettes.
- On y a aufli retrouvé une armoire dans laquelle étoient plufieurs manu-ferits; cette armoire , dont il ne refte que quelques fragments ( le refte ayant été détruit par le laps du temps & par la chaleur des matières qui couvrirent Herculanum ) , étoit faite de Marqueterie en divers compartiments ; c’eft le feul monument qui nous refte de la Marqueterie des Anciens, qui fûrement avoit fait autant de progrès que la Mofaïque en pierres & en marbres , mais dont on n’en a pas trouvé d’exiftante , ainfi que de cette derniere, parce que les bois ne font pas d’une nature à durer aufli long-temps que la pierre ou le marbre. On a aufli trouvé des Mofaïques en France, auprès de Nîmes,' à Reims & à Cépoy près de Montargis, qui, fans être aufli belles que celles trouvées à Rome ou aux environs, font connoître que cet Art étoit répandu par tout l’Empire Romain.
- A la première efpece de Mofaïque dont je viens de parler, fuccéda celle
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- Sect. IV. §. I. Idée générale des différentes efpecès de Mofaïques. 1023 des verres teints, dans le temps du bas Empire; cette Mofaïque étoit com-pofée de dés de verre doublés d'une feuille colorée & collée deflus , de maniéré qu elle ne peut s'en féparer que par le moyen de l'eau bouillante ( eé qui revient aflez aux cornes qu'on emploie dans les contre-parties de Marqueterie). La plupart des Mofaïques de l'Eglife de Saint Marc de Venife , font dans ce genre : elles font compofées de petits cubes ou doublets de verre colorié, & ont été exécutées par des Grecs venus de Conftantinople , vers l’an 1071 ou 92.
- Cette Mofaïque donna naiffànce à celle appellée communément la Mofaïque de Rome : cette derniere eft la plus belle de toutes, par la facilité qu’elle donne de rendre avec précifion toutes fortes de fujets , tant pour la couleur que pour la forme : elle eft compofée de petits parallélipipedes d'émaux incruftés , ou, pour mieux dire, placés for un fond de maftic, comme je l'expliquerai ci-après. Cette efpece de Mofaïque prit nailïànce à Conftantinople , on en faifoit déjà dès le neuvième fiecle ; mais c eft à Rome qu'elle s'eft perfeélionnée, & qu'on peut voir les plus beaux ouvrages dans ce genre, à compter du Portrait du Pape Nicolas IV , fait en 1239, jufqu'aux ouvrages qu’on fait encore de nos jours dans l'Eglife du Vatican, autrement dite Saint Pierre de Rome, où les chefs-d'œuvre de Peinture dont ce magnifique Temple étoit orné, font la plupart copiés en Mofaïque avec une vérité étonnante.
- Non-feulement les Artiftes qui font les Mofaïques modernes font parvenus à rendre avec précifion grands morceaux de Peinture, tels que les grands Tableaux de Saint Pierre de Rome, dont il y en a qui ont julqu'à foize pieds
- de hauteur, fur huit à neuf de largeur, mais auffi des petits Tableaux de chevalet, repréfentant des fleurs, des fruits & même des portraits, comme, par exemple , celui de la Reine Chriftine de Suede , qui eft à Saint Pierre de Rome , au-defliis du tombeau de cette Princefle ; celui du Pape Paul V , dont le vifoge eft, dit-on, compofé,de plus d'un million fept cent mille morceaux, qui fûrement doivent être très-petits,
- Les émaux dont on conftruit les Mofaïques de Rome fe font avec du verre qu’on fait fondre, 8c dans lequel on mêle des matières colorantes , foit minérales ou métalliques , qui en fe mêlant avec le verre , le teignent de diverfes couleurs & le rendent opaque, parce qu’elles ne fe vitrifient pas entièrement. On fait des émaux en petits pains plats de cinq à fix pouces de diamètre , & fixa fept lignes d'épaifleur, tels que les émaux de Hollande 8c de Venife , qui palfent pour être les meilleurs, 8c dont les Emailleurs de Paris font ufage ; mais pour de grandes Mofaïques, on coule l'émail par tables 8c on le débite, pendant qu'il eft chaud, en petits parallélipipedes de trois à quatre lignes en quarré, for un pouce & demi à deux pouces de longueur; d'autres coupent les émaux à froid en les pofant for un coin d'acier, 8c enfrap-l pant fur l'émail bien à-plomb au-deflus du coin, avec un marteau dont un Menuisier , III• Part. IIh Seat, E 12
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- côté eft tranchant & d’acier trempé, ainfi que le coin ; ou bien on fait tenir l’émail par quelqu’un, & prenant de la main gauche le marteau tranchant, ôn frappe deffus avec un autre marteau qu’on tient de la main droite.
- En fendant l’émail, il faut avoir attention que les parallélipipedes foient d’une forme un peu conique , afin qu’ils joignent mieux à leur extrémité fupérieure, qui eft la face du tableau , & que le maftic fafle liaifon entr’eux. Il faut cependant obferver qu’ils ne foient pas trop coniques , parce qu’en poliflànt l’ouvrage , on découvriroit les joints, qu’il eft effentiel de faire le plus fins poflibles.
- Les tableaux de Mofaïques fe font fur des tables de pierres creufées dans toute leur furface à la profondeur de deux à trois pouces , félon la grandeur de l’ouvrage ; le fond de ces pierres eft coupé par des canaux creufés en queue d'aronde, Sc taillés en divers fens pour retenir le maftic for lequel on place les émaux; ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- On commence d’abord par placer la pierre verticalement à côté du tableau qu’on veut copier, Sc dont on calque les contours fur le maftic ; enfaite on prend des émaux dans une boîte où ils font rangés par cafés , félon la dégradation des couleurs, & on les place dans le maftic, où on les enfonce avec un maillet de bois, en obfervant que la forface de la Mofaïque foit la plus unie pofïible. Quand l’ouvrage eft terminé, on le laifle fécher , puis on le polit en paflant defîus des morceaux ou meules de grès arrêtés dans une planche qu’on
- nomme bois a polir : cetfp ri anrlip *-<af*ninoia 1 f-pç en forme
- de manche, que tiennent deux Ouvriers qui la font mouvoir fur la Mofaïque, Sc qui y fement de temps en temps du grès très-fin pour hâter l’ouvrage ; après quoi on vifite la Mofaïque pour voir s’il n’y a pas de défaut, qu’on répare, foit en mettant d’autres émaux, ou bien feulement du maftic compofé de cire Sc de la poudre d’émaux choifis d’une couleur convenable; enfuite on achevé de polir avec de l’émeri Sc de l’huile de lin, à-peu-près comme on polit les glaces.
- Les petits fojets de Mofaïque fe font fur une table de tôle, dont les bords font relevés d’environ deux pouces ; le dedans de cette table eft parfemé de petits crampons qui y font adhérents , Sc qui fervent à retenir le maftic, qu’il faut avoir grand foin de tenir toujours frais Sc dans un état de molefte propre à‘recevoir les émaux; c’eft pourquoi, dans de grandes Mofaïques, on ne met du maftic qu’à mefure que l’ouvrage avance ; Sc à chaque fois qu’on quitte l’ouvrage , on le couvre avec des linges mouillés qui empêchent le maftic de fécher trop vite.
- Outre les Mofaïques dont je viens de parler , il en eft encore une autre efpece qu’on nomme Mojaique de Florence , laquelle eft conftruite avec des cailloux, des marbres, des pierres dures , Sc même des pierres précieufes, qu’on emploie, non pas en petites parties de trois à quatre lignes de diamètre,
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- Sect. IV. §. I. Idée générale des différentes efpecesde Mofaïques. 1025 plus ou moins, comme dans les autres Mofaïques , mais dans toute leur gram deur, félon que les nuances de leurs couleurs & les formes des chofes qu’ils doivent repréfenter peuvent le permettre.
- Cette Mofàïque fut inventée à Florence ; & la belle Table octogone qu’on y voit dans une des pièces de la Gallerie nommée la Tribune, a été faite fous le Grand-Duc Ferdinand II, dont elle porte les armes , lequel a régné depuis 1621 Jufqu’à lôyo ou il eft mort.
- Cette Mofàïque eft la plus précieufe de toutes, tant par la richelle des matières qu’on’ y emploie , que par la longueur & la grande difficulté du travail, les pierres dures qu’on y emploie ne pouvant être débitées qu’avec des efpeces de fcies dont la lame eft de cuivre, & n’a pas de dents, de même que les fcies de nos Scieurs de pierres ; & pour aider à faction de la fcie , on fe fert d’émeri broyé dans de l’eau, au lieu du grès dont fe fervent ces derniers.
- Une des grandes difficultés de cette efpece de Mofàïque , eft de trouver des pierres dont les nuances s’accordent bien avec le ton du defîîn, ou, pour mieux dire, du tableau que l’on copie, ce qui oblige les Artiftes qui travaillent à ces beaux ouvrages, d’avoir une infinité de pierres débitées de toutes les couleurs & nuances poffibles , pour choifir entr’elles celle qui leur paroît le plus convenable; auffi voit-on à Florence des échantillons de marbres & de pierres fciés de iay différentes efpeces.
- Il n’y a qu’à Florence où on faffe de cette efpece de Mofàïque ; & tous les
- Ouvrière rpnî y ^ «« . -font* ail rrvmpte du
- Grand-Duc, & ne lui font pas beaucoup d’ouvrage ; ce qui n’eft pas fort étonnant, vu la grande difficulté du travail, qui rend ces ouvrages extrêmement chers. Un pied quarré d’une médiocre exécution , y vaut, dit-on , fix à fept cents livres.
- On a fait de ces fortes de Mofaïques à Paris, dans la Manufacture Royale des Gobelins , dans le temps que le fameux Boule y faifoit ces beaux ouvrages d’Ebénifterie de toute efpece ; mais après la mort de Louis XIV % ou pour mieux dire, de M. Colbert, ces beaux établiflements ont été abandonnés, & le travail des Mofaïques en pierres dures eft retourné aux Florentins , qui l’ont confervé avec honneur jufqu’à ce jour.
- J’ai cru ne pouvoir pas me difpenfer de donner ici ce petit détail touchant les Mofaïques, tant anciennes que modernes, vu le grand rapport que ces dernieres ont avec la Marqueterie ou Mofàïque en métaux, avec laquelle on les emploie quelquefois. Au refte, ceux qui voudroient avoir une connoiflànce plus détaillée de ces fortes d’ouvrages , pourront confulter la Dijfertation fur là fabrique des Mofaïques, par M. Fougeroux de Bondaroy , le Voyage durt François en Italie, /’Encyclopédie, & le Dictionnaire du Commerce ? au mot Mojaique,
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- §. II. Des Ornements de Bronze en général.
- De quelque nature que foient les ouvrages d’Ebénifterie , ils font prefque toujours ornés de Bronzes , foit rapportés deffus comme les rinceaux, les agriffés, les guirlandes, &c , ou bien qui font partie meme de 1 ouvrage , dans lequel ils font quelquefois incruftés, ou y forment des cadres, des bor-
- dures à compartiments, Scc.
- Le travail des premières efpeces de Bronzes, dépend abfolument du Mode-leur du Fondeur, & des autres efpeces d’Ouvriers qui les fimifent ; cependant ces premiers, c’eft-à-dire, le Modeleur & le Fondeur , ne doivent travailler oue de concert avec l’Ebénifte, qui doit diriger leurs opérations, quanta ce qui a rapport à la forme des Bronzes, fur-tout à leur intérieur, c’eft-à-dire, du côté où ils font appliqués fur l’ouvrage , dont ils doivent fuivre très-exaélement les contours, les Ebéniftes doivent auffi décider du relief ou faillie de ces mêmes Bronzes, des endroits où ils peuvent ou doivent être coupés pour faciliter les diverfes ouvertures de l’ouvrage, qui fouvent fe trouvent recouvertes par ces derniers, c’eft-à-dire , les Bronzes ou ornements de
- cuivre. . t
- Ces Bronzes,fig. 6, s’attachent ordinairement fur 1 ouvrage avec de petits clous
- de cuivre, ou, ce qui eft plus folide, avec des vis en bois à tête ronde & dorées, qu’on place dans les endroits oui font les moins apparents , comme dans des fonds , des revers de feuilles, &c ; cependant dans le cas de grands ornements, on fait très-bien, lorfque la place le permet, de faire réferver par le Fondeur des jets ou goujons placés de diftance en diftance derrière les Bronzes -comme celui C,fig. 7 : on taraude ces goujons qui paffent au travers de l’ouvrage, pour être arrêtés en dedans avec des écrous, comme le repréfente la fig. 8.
- Les autres efpeces de Bronzes font les filets & les plates-bandes, les cadres ornés de moulures, & généralement toute partie foit incruftée ou rapportée fur l’ouvrage. Les filets qu’on incrufte dans les ouvrages d’Ebénifterie , fe tirent à la filière plate, à telle largeur & épaiffeur qu’on le juge à propos, & s’incruftent ainfi que ceux de bois ; c’eft pourquoi je n’en parlerai pas davantage. Quant aux plates-bandes, on les refend à la largeur néceffaire avec une fcie trempée, puis on achevé de les dreffer & de les mettre de largeur avec la varlope-onglet à femelle de fer & à fer renverfé. Il eft cependant bon d’y donner quelques coups de lime fur les rives, après quelles ont été dreffées, afin quelles prennent mieux la colle, ou du moins que cette derniere s’accroche avec les inégalités faites avec la lime , lefquelles inégalités ne doivent cependant pas être apparentes au dehors , c’eft-à-dire, à l’endroit des joints , qui doivent toujours être les plus fins & les plus droits qu il eft poffible.
- Les moulures de cuivre fe font de deux différentes maniérés ; favoir, à la
- filiere (
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- Sect. IV. §. II. Des Ornemens en Bronze en général. Ï017
- filiere, ou à la fonte , par le moyen des moules. Celles qui font faites à la filiere, font les plutôt faites & les plus parfaites ; mais elles ont le défaut Planche d être gâtées de diftance en diftance, par la prefïion des tenailles ou pinces qui mordent deflus ; de plus , lorfqu’on a befoin d’une moulure qui ait peu de longueur , 8c que le profil de cette moulure ne fè trouve pas dans ceux de la filiere , ce qui arrive très-fouvent, il vaut mieux faire un modèle de la moulure dont on a befoin , & la faire fondre, ou, pour parler plus jufte, la faire couler en cuivre , ce qui coûte beaucoup moins cher que de faire une filiere tout exprès.
- Les moulures fondues ont cependant leurs inconvénients , parce qu’elles viennent peu propres , 8c qu’elles ont fbuvent à leur furface des inégalités ou cavités qu’on nomme Joufflures ; 8c qu’on ne peut réparer qu’en y mettant des lardons de cuivre ajuftés le plus proprement poflîble.
- Pour que les moulures fondues viennent bien, il faut difpofer leurs modèles de maniéré qu’ils laiflent plus de matière qu’il ne faut, fur-tout du côté où la moulure doit être apparente. Ces modèles doivent aufli être faits en dépouille , c’eft-à-dire , que tous leurs angles rentrants foient gras , qu’en général toutes leurs arêtes foient un peu arrondies , afin qu’en les retirant de dedans le moule , ils n’en enlevent aucune partie. Il eft aufîi bon que ces modèles foient faits de bois plein 8c uni, & que lorfqu’ils font finis, on les verniffe pour en boucher tous les pores , & empêcher qu’ils ne foient moinsP adhérents à la terre du moule- P ^ TO~ nui reprefent-ent Tune
- le profil d’une moulure achevée, & l’autre celui du modèle de cette même
- moulure.
- Quand les moulures font fondues , on les répare à la lime & aux écouenes ou grêles de toutes fortes , dont j’ai parlé ci-devant, page y 35 ; &pour qu’elles fufîent plus parfaites , on feroît très-bien de fe fervir des limes coudées, comme on le fait quelquefois, mais encore d’aftujétir ces mêmes limes dans des efpe-ces de fûts femblables à ceux des outils de moulures, ce qui rendroit l’ouvrage beaucoup plus précieux, & en même-temps moins long & moins fujet à faire.
- Comme les moulures de cuivre tirées à la filiere, & celles qui font fondues^ ont chacune leur inconvénient, on a cherché un autre expédient pour les faire plus promptement 8c plus propres, & on n’en a pas trouvé d’autre que de tourner dans une table de laiton des cercles d’un profil femblable à la moulure qu’on avoit à faire. Quand on a tourné ces cercles , on les coupe à un endroit quelconque de leur circonférence, 8c on les redrelïe enfuite, d@ maniéré qu’ils faflent une ligne droite , ce qui donne de très-belles moulures à la vérité, mais ce qui ne réuffit pas toujours bien , parce qu’on ne peut faire ainfi des moulures que d’un très-petit profil, tant en largeur qu’en faillie, vu la difficulté de les bien redrefler, fur-tout quand le diamètre de ces cercles Menuisier , ///. Part. III. Se cl. F12
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- *oa8 ME NV IS 1ER, III; Pa && 771 Chap. XIV.
- s n’eft pas très-confidérable ; alors la matière de leur extérieur ne fe refoulant pas allez fur elle-même , il arrive fou vent qu’il fe fait des calibres à l’intérieur, ou du moins que la moulure ne devient pas parfaitement droite fur fa longueur ; c’efl: pourquoi je crois qu’il vaut mieux s’en tenir aux deux premières maniérés de faire les moulures de cuivre ; & lî j’ai parlé de cette troifieme maniéré de les faire, ce n’a été que pour indiquer une reflource qui pourroit quelquefois être utile en certaines occafions.
- Je ne m’étendrai pas davantage for la conftruétion des Bronzes, parce que leur travail regarde d’autres Ouvriers que l’Ebénifte, [du moins pour l’ordinaire , & que cela fera traité dans d’autres Arts avec toute l’étendue convenable , ce que je ne pourrois pas faire ici fans m’écarter de mon fojet.
- , Cependant comme ce font les Ebéniftes qui font les modèles des fontes , je ne fournis trop les exhorter à les faire avec tout le foin & l’attention poffi-bles, tant pour qu’ils fe dépouillent aifément, que pour laiffer de la matière aux endroits convenables, ainfi que je l’ai dit plus haut, ce qui peut s’appliquer à toutes fortes d’ouvrages de cette nature.
- Après avoir traité fommairement des différentes fortes de Bronzes, il me refte préfentement à traiter des différentes maniérés de fouder les différents métaux dont on fait ufàge en Ebénifterie, ce qui fera l’objet du paragraphe fuivant.
- §• IJ I. De la maniéré de Jhuder -fos Mémunc qil nn emploie aux differents
- ouvrages d! Ebénifterie.
- P a r le terme de fouder, on entend l’aétion d’affujétir ou arrêter enfemble deux pièces de même ou de différents Métaux, & cela par le focours d’un agent ou métal compofé , nommé foudure , dont j’ai fait la defcription ci-deflus (*).
- Il y a deux maniérés de fouder , l’une qu’on appelle foudure h froid, ou, pour mieux dire , au fer ; & l’autre, qu’on appelle foudure à chaud, qui fe fait par le moyen du charbon allumé, ou d’une lampe.
- On ne foude guere à froid que l’étain , foit avec du cuivre ou avec lui-même , parce que comme c’eft un métal mou, il entreroit trop vite enfufion fi on le mettoit fur le feu ; ce qui fait qu’on ne fe fert que de fers chauds, lefquels font fondre la foudure, dont la chaleur eft fuffifonte pour échauffer l’étain au point quelle s’incorpore aifément avec lui*
- (*) En général, tous les Métaux fe foudcnt ainfi que je viens de le dire ; cependant lorf-qu’on unit enfemble deux pièces de fer par le moyen du cuivre , on ne dit pas une foudure, mais une brâfure ; ôc on ne dit foudure, en parlant de ce métal, que lorfque l’on unit deux morceaux de fer fans fecours d’aucun agent,
- en les faifant feulement chauffer à un degré de chaleur convenable, & en les appliquant Tun fur l’autre fur l’enclume, où on les forge comme s’ils nefaifoient qu’un , ainfi que l’écaille, ayant la propriété de fe réunir par le moyen de ia chaleur feulement.
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- Sect. IV. $. III. Maniéré de fouder les MétauxpourVËbénîfterie. ïozÿ
- Les fers à fouder font de deux fortes ; les uns, comme lafig. 12 , fervent à faire des foudures dans les angles ; & les autres , fig. 13 & 14, ne fervent qu'à faire des foudures plates. Il 4faut que ces différents fers foient étamés pour en faire ufage, fur-tout les derniers, dont la maffe eft toute de fer , au lieu qu'à l'autre on la fait ordinairement de cuivre.
- Quand on veut fouder de l'étain avec lui-même , on commence par enduire les pièces aux environs des joints, avec une efpece de blanc ou de colle faite avec du blanc d’Efpagne 8c de la colle-forte : il faut mettre deux couches de ce blanc, qui empêche la foudure de prendre ailleurs qu'à l'endroit du joint, 8c qui en même-temps arrête les progrès de la chaleur du fer ; puis quand le blanc eft bien fec, on avive le joint, & prenant de la foudure avec le bout du fer chaud , on l'applique deffus le plus promptement poffible , pour ne pas trop échauffer l’étain, auquel, comme je l'ai déjà dit, la foudure en fufion communique toujours aflez de chaleur,
- Lorfqu'on fbude au fer, il faut avoir près de foi une brique ou une efpece de palette garnie de fer-blanc, nommée étamoir , fur laquelle on frotte de temps en temps le fer, après l'avoir fait toucher à un morceau de poix-réfine , par le moyen de laquelle la foudure s'y attache plus aifément.
- Quand la foudure d'une piece d'étain doit être apparente, il faut fè fèrvir du même étain que la piece pour la fouder , afin que quand elle efl polie , la foudure n’y paroifîe en aucune maniéré.
- Qtlnnrl rm AmJ» ««« Jv v-ulyiv w» uno pîooo cPcttil n , Oll le fait
- toujours ainfi que je viens de le dire ci-delïùs , en obfervant feulement qu'il eft bon de chauffer un peu la piece de cuivre , & de la frotter de fel ammoniac , afin que la foudure d'étain s'y attache mieux.
- La fécondé maniéré de fouder , ou la foudure à chaud, fè fait ou par le moyen des charbons ardents ou d'une lampe allumée, comme je l’ai dit plus haut: dans l'un ou l'autre cas, on difpofe toujours les pièces à fouder de la même façon,. ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- On commence par difpofer les joints tels qu'ils doivent être, foitboutà bout, ou en recouvrement l'un fur l'autre ( ce qui eft la meilleure maniéré, quand cela eft poffible ) ; enfuite on lie les pièces enfemble avec du petit fil de fer bien recuit, de façon qu'elles ne puiffent pas fe déranger , comme la fig. 11 ; puis on mouille l'endroit qui doit être foudé, pour y fixer les paillons de foudure, & fur-tout le borax, dont on couvre le tout ; après quoi on met la piece ainfi difpofée , fur des charbons allumés dans une poêle de fer, 8c on la recouvre avec d'autres charbons, de maniéré cependant qu'on puiffe voir l'endroit qui doit être foudé. Quand tout eft ainfi difpofé, on fouffle le feu en dirigeant fon aélion de maniéré que la partie qui doit être foudée, chauffe également 8c en même temps par-tout. Cette opération demande beaucoup d'attention & d’ufàge, parce que d’abord qu'on voit la foudure entrer en fufion ( ce qui
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- fe fait très-promptement ) il faut ceffer de fouffler tout auffi-tôt, fans quoi on courroit grand rifque de faire fondre la piece, ou de brûler la {budure.
- Quand les pièces quon veut fonder , font d’une nature à ne pouvoir pas être liées enfemble , mais que leurs foudures font à leurs extrémités , foit que ces mêmes pièces doivent être mifes bout à bout l’une de l’autre ou en retour d’équerre , comme, par exemple, la fig. 15 , on afiujétit les pièces à fouder for de la tôle, ou , ce qui eft encore mieux, for du gros fil de fer applati, de deux à trois lignes de diamètre, auquel on a donné une forme femblable à celle des pièces quon veut fouder. Voye[ la fig. 16, qui repréfente le fil de fer for lequel eft placé la partie du cadre repréfenté fig. ijf.
- Quand les pièces font trop petites pour être foudées for un grand feu , on les foude à la lampe ; ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- La piece qu’on veut fouder étant apprêtée, comme je l’ai dit ci-defïùs, on la pofe fur un gros charbon applati & difpofé de maniéré que la piece y tienne folidement ; on prend le charbon ( Sc par conféquent la piece ) de la main gauche, &dela droite un chalumeau ou tuyau de cuivre recourbé par le bout ; on approche la piece de la lampe, & on fouffle dans le chalumeau , afin d’exciter la fia me de la lampe , & de la porter fur l’endroit de la piece qu’on veut fouder, en prenant la même précaution que quand on foude au feu, c’eft-à-dire, de cefler de fouffler d’abord que la foudure commence à entrer en fufion.
- Comme les pièces qu’on foude à la lampe font la plupart très-petites, & qu’il ne faut y mettre qu’une très-petite quantité de borax, on met ce dernier
- dans une boîte de fer-blanc ou de cuivre , fig. 17, nommée Rochoir , au bas de laquelle eft un petit tuyau dont l’orifice ou ouverture eft très-petite, pour ne laifter fortir qu’une très-petite quantité de borax à la fois.
- S’il arrivoit que les pièces qu’on veut fouder enfomble, euflent des aflem-blages par le moyen defquels on pût en retenir les joints , on pourroit les fouder à l’étain, comme je vais l’enfeigner.
- On commence d’abord par faire chauffer la piece à l’endroit de l’aflemblage qu’on frotte de fel ammoniac , & qu’on étame enfuite avec le fer , fig. 12, en obfervant de bien étendre l’étain dans toutes les parties de l’aflemblage. On fait la même chofe, s’il eft poflible , aux deux pièces qui doivent aller enfomble ; Sc quand elles font bien étamées, on les fait chauffer toutes deux juf-qu a ce que l’étain foit prefque en fufion ; puis on les affemble & on les laiffe refroidir ; alors elles font parfaitement foudées intérieurement fans qu’il en paroifle rien au dehors.
- Cette maniéré dd fouder les pièces aflemblées, eft très-avantageufe, parce que fi on vouloir les féparer, on n’auroit qu’à les faire chauffer pour molifier l’étain qui les tient, ce qu’on ne peut pas faire avec les autres efpeces de foudures.
- Voilày
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- Sect. IV. §. IV. Defcriptîoti ÔC ufage dhin Vernis , SCc. 1031 Voilà , en abrégé , tout ce qui regarde la maniéré de fouder les, différents métaux dont on fait ufage en Ebénifterie ; & je vais terminer ce Chapitre & cette Partie de mon Ouvrage, par la defoription du Vernis propre à mettre fur les ouvrages de cuivre, connu en France fous le nom de Vernis d* Angleterre*
- §. IV. Defcripdon & ufage d! un Vernis propre à vernir & dorer le cuivre
- & les autres métaux.
- Lorsque j’ai parlé du poli du fer & du cuivre page 955 , j’ai avancé que je donnerois la compofition & l’ufàge du Vernis connu fous le nom de Vernis d! Angleterre , ce qui ne peut pas être mieux placé qu’ici, puifque je viens de terminer ce qui regarde les bronzes, ou, pour mieux dire, les cuivres dont on orne les différentes efpeces d’Ebénifterie.
- Comme on ne trouve pas le Vernis chez les Marchands, & que ceux qui en favent la compofition en font un fecret, j’ai cru devoir donner ici un détail des drogues dont il eft compofé, ainfi que la maniéré de les réduire en liqueur , ce qui fe fait de la maniéré foivante.
- Il faut prendre une demi-once d’Ambre jaune ou Karabé jaune , ou de Succin ( ce qui eft la même chofe , l’Ambrè jaune étant fouvent indiqué fous l’un de ces deux derniers noms ) , qu’on réduit en poudre très-fine & paffée au tamis de foie ; une demi-once de Gomme laque en grain, mifo en poudre
- comme l’Ambre jaune ; neuf grains de Safran en poudre ; dix grains de Sang de dragui* eu larme concaue, et dix onces d'Efprit-de-vin parfaitement déphlegmé,
- à l’épreuve de la poudre , ce qui fe fait ainfi qu’il foit.
- On met une pincée de poudre à tirer dans une cuillier ordinaire, & on la remplit de l’Efprit-de-vin dont on veut faire l’épreuve ; puis on allume ce dernier avec un morceau de papier 5 & quand il eft bon, il faut que d’abord qu’il eft entièrement confumé , la poudre prenne comme fi elle n’avoit pas été imbibée. Si au contraire la poudre ne s’enflammoit pas fubitement, ce feroit une marque que l’Efprit-de-vin ne feroit pas allez parfait pour faire ce Vernis.
- Toutes ces drogues étant bien choiîies, il faut prendre une bouteille de pinte,feche & très-propre, dans laquelle on verfera l’Efprit-de-vin & l’Ambre jaune, en obfervant de remuer la bouteille pour mêler ces deux drogues ; après quoi on coëffera la bouteille avec un parchemin mouillé , qu’on affujétira autour du goulot avec une ficelle bien forrée, & on fera un trou au parchemin avec une épingle qu’on y laiiïèra , pour donner de l’air à la bouteille quand il fera néceftàire ; enfuite on mettra fur le feu un chaudron d’une grandeur convenable pour contenir la bouteille , & on mettra du foin au fond du chaudron , pour que la bouteille n’y touche pas & foit en quelque maniéré ifolée au milieu de l’eau qu’on met dans le chaudron en quantité foffifànte, pour Menuisier , III. Part. IIL Secl. G 12
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- io32 ME NUIS 1E R, IIL Part. Secî. III. Çhap. Xlv.
- que la bouteille trempe bien dedans ; & pour que cette derniere ne fe renverfe pas , on en aflùjétit le goulot {oit à un bâton , ou toute autre chofe , placé en travers du deflus du chaudron, deflous lequel on fera un feu fuffifant pour que feau {oit toujours très-chaude, {ans cependant qu’elle bouille.
- A mefure que feau chauffera , on ôtera de temps en temps ïépingle , pour que 1'E{prit-de-vin qui fe raréfie ne faffe pas caffer la bouteille, qu'il faut retirer du chaudron de demi-heure en demi-heure , & toujours près du feu, de crainte que l'air froid ne fafle cafler la bouteille ; & à chaque fois qu'on l’ôtera du chaudron , il faudra l'agiter un moment, en obfervant toujours doter l'épingle pour y donner de l'air : on continuera la même manœuvre pendant quatre à cinq heures , après quoi on ne fera plus de feu , pour laiflèr refroidir l'eau du chaudron , & par conféquent la bouteille.
- Quand elle fera bien refroidie , on l'ôtera du chaudron , St on la découvrira pour y mettre les autres drogues, c’eft-à-dire , la Gomme laque , le Safran & le Sang de dragon , & on la rebouchera comme auparavant ; on la remuera & on la remettra dans l’eau, qu’on fera chauffer un peu auparavant, & on recommencera comme ei-deflus pendant quatre à cinq heures ; après quoi on laiffera refroidir la bouteille {ans la remuer davantage; Sc au bout de quatre ou cinq jours, on verfera bien doucement le Vernis dans une autre bouteille tant qu’il viendra clair; 8c ce qui reftera, on pourra le paffer au travers d'un linge fin ; après quoi on bouchera bien exactement la bouteille.
- Si on vouloit faire une plus grande quantité de Vernis, il faudroit prendre une bouteille ou tout autre vafe de verre , grand à proportion , en obfervant
- toujours que le Vernis n'occupe que le quart de la capacité du vafe , fans quoi il cafferoit lorlque les drogues feroient échauffées. ‘
- Si on vouloit dorer de l'argent ou de l'étain avec ce Vernis, il faudroit • doubler ou même tripler la dofe du Safran ou du Sang de dragon.
- Quant à la maniéré d'employer le Vernis , on s'y prend ainfi qu'il feit.
- Quand la piece aura été bien polie, il faut la dégraiflèr en la frottant avec de la poudre à poudrer, détrempée dans un peu d'elprit-de-vin, ou bien, au lieu de poudre, on peut fe fervir de blanc d'Elpagne, réduit, comme cette derniere , en poudre impalpable ; puis on la fera chauffer fer une plaque de tôle placée fer un fourneau, en obfervant qu elle chauffe bien également partout, 8c à tel degré de chaleur qu’on ne puiffe pas aifément la toucher du deflus de la main ; puis on verfera du Vernis dans un petit vafe, dans lequel on trempera un pinceau de poil de blaireau bien doux ; & après l'avoir un peu efluyé fer le bord du vafe, on le paflera légèrement fer la piece {ans beaucoup l'appuyer ; il faut le faire aflez adroitement, pour que les reprifes ne paroiffent point,
- & qu il n’y ait point d’ondes ni de taches fer la piece vernie.
- Si cependant il arrivoit qu'il y eût quelques ondes , on les feroit dilparol-tre, du moins en partie , en approchant la piece vernie de la plaque de tôle du
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- Sect IF. §. IV. Defcription SC ufàge dtun Ferras , £Cc. 1033
- coté où feroient les ondes, en évitant fur-tout que la piece touchât à la plaque;
- S’il arrivoit quon voulût vernir des pièces qui ,,par leurs formes ou pour toute autre raifon , ne puffent pas être chaulfées, on les verniroit à froid * & on les approcheroit tout de fuite du feu , pour qu’elles priflent une chaleur capable de faire cuire également le Vernis& de donner le luftre à la piece.
- Lorfque le poli viendra à fe fàlir, on îe nétoyera avec de l’eau tiede & un linge blanc Sc fin ; mais il ne faut jamais fe fèrvir d’aucunes pierres ou poudres à polk, comme le blanc d’Efpagne , le tripoli, &c. '
- Ce Vernis eft dur & très-beau 5 il ôte l’odeur du cuivre, lui donne une belle couleur brillante approchant de celle de l’or; &, ce qu’il y a de plusr avantageux, il le préferve du verd-de-gris, en empêchant l’effet de l’humidité : de forte qu’on peut toucher une piece de cuivre ainfl vernie , fans craindre d’y faire de taches, ni d’en gâter le poli.
- Les Ânglois ont long-temps fait un grand myftere de la compofition de ce Vernis, & de la maniéré d’en faire ufàge ; cependant il fut communiqué à des Artiftes François en 1720 & en 1738; & en 1761 , il fut détaillé dans les Mémoires de l’Académie Royale des Sciences, où il feroit encore inconnu aux Artiftes , ainfi que beaucoup d’autres découvertes qui feroient très-utiles à une infinité d’Ouvriers, fans les recherches que fit le Révérend Pere Dom Bedos 9 qui ne s’eft pas contenté de copier la recette de ce Vernis telle qu’elle eft
- donnée dans les Mémoires de l’Académie , mais qui a joint la pratique à la théorie, en failant lui-meme du Y ernis , lequel ne le ceae pas â celui d'An^
- gleterre en aucune façon ; c’eft de lui que je tiens la maniéré de faire ce Vernis & de le mettre en ufàge.
- Fin de l’Art de FEbénifterie.
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- J°34
- TABLE
- DES CHAPITRES ET ARTICLES
- D U
- MENUISIER ÉBÉNISTE.
- TROISIEME SECTION DE LA TROISIEME PARTIE
- de l’Art d v Menuisier.
- Chapitre dixième. Des différents
- Bois propres à F Ebénifierie» Page 7 66
- Section Première. Defcriptioti des Bois des Indes & de leurs qualités, relativement à VEbénifierie.
- 167
- TABLE Alphabétique des Bois étrangers connus fous le nom de Bois des Indes , Sc qui font propres à l’Ebéniftérie ; leurs couleurs , leurs qualités j dures ou tendres , ou aromatiques , &le nom des Pays où ils croiffent. 7'68
- §. I. Defcription des Bois François , propres à l’Ebénifterie. 782
- TABLE Alphabétique des Bois de France , dif
- pOfcc cununc ils J.
- §. II. Des Couleurs en général ; & des Bois des Indes Sc de France , par rapport à leurs différentes couleurs Sc à leurs nuances. 787
- TABLE des Bois des Indes & de France, fuivant leur couleur. 788
- §. III. Des différentes Compofitions de Teintures propres à teindre les Bois, Sc la maniéré d’en faire ufage. 7^2 Maniéré de teindre les Bois en Bleu. 75)5' Maniéré de teindre en Jaune. 796
- Maniéré de teindre en Rouge. ibid.
- Maniéré de teindre en Fauve , en Noir Sc en Gris. 7^7
- Maniéré de teindre les Couleurs compofées. ibid. Section II. De la refente des Bois propres à VE-bénijlerie, 7pp
- §. I. Defcription des outils des Ebénifies.
- 802
- Section III. Des Bâtis propres à recevoir les revê-tijfements d'Ebénifierie ; de la maniéré de les difpo-fer de les confiruire. 811
- CHAPITRE XI. De FEbénifierieJimple , ou du B laçage à compartiments en général, 81 y Section I. Des diverfès fortes de Compartiments en général ; du détail & de la difpofition des bois de placage, _ 817
- §. I. Des diverfes fortes de Compartiments,
- tant droits que circulaires. 822
- §. II. De la maniéré de découper Sc d’ajuf-ter les pièces droites, Sc des Outils qui y font propres. 832
- §.III. De la maniéré de découper les pièces cintrées, Sc des Outils qui y font
- propres. 842
- Section IL De la maniéré de coller & plaquer la Marqueterie. 84S
- Section III. De la maniéré de finir VEbénifierie de placage, 6r des différentes efpeces de polis, 8$j
- CHAPITRE XII. De F Ebénifierie ornée , appellée Mofaïque ou Peinture en Bois , en général» 8 6 6
- Section I. Principes élémentaires des réglés de PerfpeBive , dont la connoiffance efi abfolument né-ceffaire aux Ebénifies. 8 6p
- 5ECTION lit I/t fw fiMAritCÇf {* ^
- £ incru fier les Ornements de bois de rapport. 8 78 §. I. De la maniéré de graver Sc de finir les Ornements de bois de rapport. 884.
- ' Section III. De la maniéré de repréfenter les Fleurs, les Fruits, les Payfages & les Figures en bois de rapport. 888
- CHAPITRE XIII. De F Ebénifierie pleine ou d>ajfemblage en général. 8ÿS
- Section I. Defcription de quelques Outils propres à la confiruftion de VEbénifierie d’affemblage , & la maniéré de s*en fervir. gpg
- Section II. Notions élémentaires de la partie de VArt du Tour néceffaire aux Ebénifies. po2
- §. I. Des Taraux Sc des Filières en bois à
- l’ufage des Ebénifies.
- pï2
- §. II. Des Machines propres à faire des Cannelures, tant fur les Cylindres que fur les Cônes. p 16
- §.I Defcription de la Machine appellée communément Outil à ondes, Sc la maniéré d’en faire ufage de différentes façons. p^y
- Section III. Defcription des Outils de Serrurerie
- dont Vufage efi néceffaire aux Ebénifies. p^2
- §. I. Maniéré de ferrer l’Ebénifterie. pq^ §. IL De la maniéré de polir le fer Sc le cuivre reîativementà l’Ebénifierie. py2 Section IV. Defcription de différents Ouvrages d’E-beniflerie pleine ou d1 afiemblage, en général, p y f, §, I. Defcription de différentes fortes de Métiers à broder. py6
- ç. IL
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- TABLE DES CHAPITRES, &c.
- §. II. Defcription d’une Imprimerie de Cabinet. 96^
- §. III. Defcription de différentes efpeces de Guéridons & de Tables. 972 §. IV. Defcription de différentes forces de Pupitïês. 979
- §. V. Defcription de différentes Boîtes de toilette. 97g
- CHAPITRE XIV. De la troijieme ejpece d*E bênijlerle en général. 9 B2
- Section I. Defcription des différentes matières quon emploie dans la conjlruiïion de la troijieme efpete dEbéniflerie. 983
- §. I. De PEcaille. $84
- §. II. De PIvoire. 986
- §. III. De la Corne. 5*87
- §. IV. De la Nacre de perle, ibid.
- §. V. De la Baleine. p 8 8
- §. VI. Du Cuivre. ibid.
- §. VII.De l'Etain. 989
- §. VIII. De l’Argent. 000
- §. IX. De l’Or, ibid.
- ro3;
- §. X. De la Colle de Poiffon. 991
- §. XI. Du Ciment ou Maffic, 992
- §. XII, Des différentes fortes de Soudures.
- o 993
- Section IL Des Ouvrages auxquels on emploie la
- troijieme efpece d'Ebéni/ïerie. 995
- Section III. De la maniéré de travailler les différentes matières qui entrent dans la conflruêlion de la Marqueterie, comme l’Ecaille, l'Ivoire, la Corne 9 &c.. iood
- Section IV, De la manière de conjiruire la Marqueterie & de là terminer. 1014
- §. I. Idée générale des différentes efpeces de Mofaïques. i02t
- §. II, Des Ornements de Bronzes en général. 1026
- §. III. De la maniéré de fouder les Métaux qu’on emploie aux différents ouvrages d’Ebénifterie. 1028
- §. IV. Defcription & ufage d’un Vernis prcH pre à vernir & dorer le cuivre & les autres métaux. .103 ij
- Fin de la Table des Chapitres.
- Additions et Corrections.
- Page 7 68 , apres le n°. 7 , &page 771, U faut ajouter: bambou. Ce bois croît dans les Pays maritimes des Indes Orientales : c’eft une elpece de canne , dont la groflèur vient jufqu’â Huit à dix pouces de diamètre, en diminuant toujours jufqu’à fon fommet, qui s’élève quelquefois julqu’à trente pieds de hauteur. Le bois de Bambou eù rrpe-dur , plein. Sc Ae. fil j la.
- couleur eft blanchâtre , tirant fur le rouge , quelquefois elle eft d’un gris vineux , 8c toujours parfemée de petites veines Ain peu plus foncées que le refte. Les Indiens font un très-grand ulage de ce bois, tant pour la bâtilïè que pour les meubles, & fur-tout pour faire des efpeces de féaux, dans lef-quels l’eau & les liqueurs fe confervent , dit-on , très-bien. jLa couleur du Bambou change en veilliffaiit ; & de blanc rougeâtre ou de gris vineux, il devient brun rougeâtre , du moins à l’extérieur ; car fî on racle fa furface, il reprend fa première couleur , à très-peu de chofe près , comme j’en ai fait l’expérience fur des efpeces de féaux ou barriques venus des Indes.
- Page 788 , ligne 23 , Lapire : U fez ,Lapiré.
- J3âge 795', ligne 3 2 , après le mot pinte, il faut fupprimer le refte de la ligne & la fuivante, à la place de quoi il faut lire ce qui fuit : fur une once ou une demi-once d’indigo , (car il y en a qui mettent la première de ces deux quantités, 8c d’autres la fécondé, ce qui eft, je crois , le mieux , parce que moins il y a d’indigo , mieux la teinture s’introduit dans les pores du bois ), 8c il faut avoir foin que l’indigo foit bien pulvérifé , pour que l’aftion du vitriol fe faffe plus aifément j puis on bouche très-exa&ement la bouteille, 8c on lute , &c.
- Page 800 , ligne 9, fur environ trois pieds : lifez, trois à trois pieds 8c demi de longueur.
- Idem, ligne 3* , fig- * 1 : *fig;
- Page 822, ligne 6 , de chaque cote: lifez,dts deux cotes.
- Page 847, ligne ?, après le mot pratiquable j ajoutez : ou du moins bien folide.
- Page 867 y à la fin de la note , page : lifez , page 812*
- Page 870 , ligne 22 ,a le défaut: lifez , l’avantage.
- Page 874, ligne 31 , fe reportent : lifez, fe rapportent.
- Page 901, après la cinquième ligne, il faut ajouter : Quand la la lame de ces fortes de feies eft très-étroite, on doit faire Ipiiro Jcmuroc à rebours , c’eft-à-dire 7 inclinées vers le manche de la feie, afin quelle ne ploie pas lorfqu’on en fait ufàge j ce qui ne peut être , puifqu’étant ainfi dentée, elle ne peut mordre que lorfqu’on la retire â foi.
- Page 9 03 , ligne 34 , après les mots ces derniers, il faut ajouter: c’eft-à-dire, les alïemblages.
- Page 910 , ligne 3 9 , enfuite de quoi : lifez , puis.
- Ibid, ligne 40, cintré: lifez , centré. A la ligne fuivante c eft la même faute,
- Page 916, ligne 3 3 ; a b : lifez, a d.
- P âge 9 21, ligne 2 6 , d’égale largeur , il faut ajouter, d’un bout â l’autre.
- Page 942 , après la ligne 37, il faut lire : Outre les différents outils de Serrurier dont je viens de parler, il faut encore que les Ëbéniftes ayent une bigorne, elpece de petite enclume montée fur un billot de bois , ou du moins un tas , au défaut de cette derniere, pour pouvoir forger â froid & re-dreffer les différentes pièces de ferrures qui pourroient eu avoir befoin. Je n’ai pas donné de figures de ces deux fortes d’outils, qui d’ailleurs font très-connus , 8c fe trouvent tout faits chez les Marchands.
- Page 9 58 , il faut faire attention que la Planche 323 , ne commence qu’à la dix-huitieme ligne de cette page.
- Page 1010, à la fin de la ligne 17, après le mot pince, il faut fupprimer 8c, & y fubfiituer une virgule.
- Page 1014, PL 334 : lift* 33*‘
- Page 1028, à la note fécondé colonne , ligne 4, s’ils ne fai-foient qu’un, ainfi que l’écaille: lifez , le fer ainfi que l’écaille , & c.
- Corrections des Planches.
- A la. Hanche 280, il manque les lettres t 8c la la figure 6. A
- A celle 283 , la lettre m , figure 4 , eft fur la ligne à côté de celle ou elle doit etre. A celle 294, la figure 11 eft faite, mais elle n’eft pas cotée.
- A la figure iz , P/* 197, il manque un p au bout de la ligne 0.
- A la Planche 300, figure 6, il manque la lettre G.
- Menuisier , III. Pan. III. Se cl.
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- EXTRAIT DES REGIS TRES
- DE L’ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES.
- Du 5 Mars 1774. r '
- IVl effleura Duhamel & GüETTARD,qui avoient été nommés pour examiner îa Troifteme Seélion de la Troijieme Partie de P Art du Meiwijierx par M. Roub o le fils> <qui comprend Y Art dit Menuifier-Ebénifte , en ayant fait leur rapport ; l’Académie à jugé ^ que cette Partie étoit en général bien détaillée, qu’elle contenoit des recherches curieu-*les x & des réflexions judicieufes fur cet Art, ôc qu’elle méritoit d’être imprimée avec la Defcription des Arts publiés fous fes aufpices & fous fon approbation ; en foi de quoi j’ai {igné le préfent Certificat, A Paris le iy Avril 1774*
- Signé, GRANDJEAN DE FOUCHY,
- Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Sciences.
- 1
- DE L’IMPRIMERIE DE L. F. DEL AT O UR. 1774,
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- Machine propre a faire des Cannelures, avec SES Développements
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