Descriptions des arts et métiers
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- Par M. ROUBO,
- Maître Menuifier, Ajfocié Honoraire de la Soci'été des Arts de Geneve.
- A PARIS,
- Chez Moutard, Imprimeur-Libraire de la Reine, de Madame, de Madame la ComtelTe D’Artois, & de L’ACADÉMIE ROYALE DES Sciences, rue des Mathurins, Hôtel deCluni.
- M. D C C. L X X X I I.
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- .L’Art du Layetier n’eft , à proprement parler s> qu’un diminutif de celui du Menuifier, avec lequel il ne faifoit anciennement qu’un , du moins autant qu’on le peut conje&urer. Cette conjedure eft d’autant plus vraifemblable, que les Layetiers fe fervent des principaux outils des Menuifiers , comme l’établi-, les fcies, le cifeau, le rabot, &c. ; qu’ils emploient la même matière, 6c qu’ils font des ouvrages à peu près femblables, qui ne different de ceux des Menuifiers que par la conftrudion ; les ouvrages de menuiferie étant tous affemblés à tenons & mortoifes ou autres efpeces d’affemblages, & ceux de Layete-rie n’en ayant aucuns , toutes les pièces qui com* pofent les ouvrages de ce dernier Art étant retenues enfemble par le moyen des clous ou toute autre ferrure, cumule js. ^Yoliquerai cLaprès.
- Les Layetiers forment à Faris Ovjiiimuuautè affez ancienne ; car , fous François I, en 1521 -, une Sentence du Prévôt de Paris fait mention de quinze articles de leurs ftatuts, dans laquelle Sentence ils font qualifiés de Maîtres Layetiers - Ecri-niers, nom qui leur a été vraifemblablement donné à caufe des layettes , efpece de boîtes propres à ferrer du linge, 6c des écrins ou étuis qu’ils étoient en poffefîion de faire, 6c qui faifoient la partie la plus confidérable de leurs ouvrages, du moins dans ce temps-là.
- Maintenant, quoiqu’ils prennent encore le titre d’Ecriniers, ils ont abandonné cette partie de leur
- Art aux Gaîniers, dü moins quant à ce qui concerne ces étuis proprement dits, Sc ils ne s’occupent plus que des autres ouvrages de leur Art, comme les boîtes de toutes efpeces , les pièges connus fous le nom de fouriciere, 6c autres, les caiffes propres à placer des arbriffeaux, 6c fur-tout les caiffes dans lefquelles on enferme les effets qu’on veut tranf-porter fûrement d’une Province à l’autre, lefquelles caiffes font à préfent une des parties les plus con-féquentes de l’Art du Layetier, tant par rapport à l’occupation qu’elles donnent aux Ouvriers de cet Art, que par l’adreffe 6c l’ufagê qu’elles exigent de ces derniers pour encaiffer, avec toute la folidité poflible, les effets qu’on confie à leurs foins, comme je l’expliquerai en fon lieu.
- L’Art du Layetier eft peu confidérable, tant par lappuiL suà ^ujuuumances néceffaires aux Ouvriers qui le profeffent, que par rapport aux différent ouvrages dont le nombre 6c la façon ne font pas très-confidérables. Cependant il eft néceffaire d’entrer dans quelques détails au fujet des uns 6c des autres, pour donner à la defcription de cet Art l’ordre Ôc l’étendue convenables ; c’eft pourquoi je diviferai cette defcription en deux Chapitres. Dansle premier, je traiterai des bois propres à la conftrudion des ouvrages de Layeterie, & des outils dont les Layetiers font ufage -, 6c dansle fécond, des ouvrages de cet Art, fur - tout quant à ce qui a rapport à leurs formes 6c à ieurs conftrudions*
- CHAPITRE PREMIER.
- Des bois SC des Outils fervant a la conjlruclion des ouvrages de Layetier en .générât„
- Il eft des Arts qui demandent une infinité de qu’en une certaine connoiffance toute de pratique*, connoiffances théoriques de la part de ceux qui les qui, une fois acquife, lui fuffit pour faire , aVec profeffent, 6c il en eft d’autres au contraire où une forte de perfedion, tous les ouvrages de fon Art. toute la fcience néceffaire à l’Ouvrier ne çonfifte Celui dont je fais la defcription eft dans ce dernier
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- cas ; c’eft pourquoi cette defcription fera très-fuc-cinde, 8c tout à la fois théorie-pratique, fans cependant rien négliger de ce qui pourra concourir à fa perfection, & à l’inftruftion des Ouvriers & du Public en général.
- Section première.
- Des bois propres à la conjlruclion des ouvrages de Layeterie 5 & de leurs differentes qualités
- & ufages.
- Le s bols dont les Layetiers font ufage, font le chêne, le hêtre, le fapin, & le peuple. Le chêne eft un bois affez de fil, moyennement dur & plein, de couleur jaunâtre, tirant quelquefois fur le gris, 8c cela plus ou moins, félon le pays où il croît, & fa qualité plus ou moins dure. Celui dont les Layetiers font ufage, fe nomme crefon ou courfon , nom qu’on donne généralement à tous les bois qui ne font pas refendus à la fcie, mais au eoutre. Ils n’emploient pas ordinairement de crefons neufs ; mais ils fe fervent le plus fouvent de douves & de fonds de tonneaux qu’ils choififfent les plus fains pofîibîes, 8c qu’ils redreffent au feu avant que de les mettre en ufage, du moins les douves qui font toujours creufes d’un côté. ’
- Quand on veut redreffer les douves ( ou tout autre bois ceintré naturellement, c’eft-à-dire qui s’eft ployé ) , on commence par les mouiller, mais plus du côté creux que du bouge ou bombé, ce qui eft la même chofe, puis on en arrange une certaine quantité autour d’un feu vif & clair, en obfervant cependant que la flamme n’endommage pas lafurface du bois, & on les mouille de temps en temps par-deniere, c’eft-à-dire du côté du creux, afin que l’eau, en s’introduifant dans l’épaiffeur du bois, en amolliffe les fibres, & les rende nlus fouples nnnr fo prêter à Paâ.ioj.i Uvi feu qui, en pouffant au dehors, tend à faire redreffer les douves.
- A mefure que les douves chauffent, il faut les retirer de temps en temps hors du feu, & en les tenant d’une main par un bout, 8c pofant l’autre contre terre, il faut les faire ployer de l’autre main, en appuyant deffus du côté du bouge, & on les fait ainfi ployer jufqu’à ce qu’elles creufent de ce côté , afin qu’en fe refroidiffant elles relient droites. Quand une quantité de douves font ainfi redreffées, il eft bon, avant qu’elles foient parfaitement refroidies, de les mettre comme en preffe entre quelque chofe de lourd, 8c faire en forte qu’elles creufent un peu à contre-fens de ce qu’elles étoient, pour les raifons que j’ai dites ci-deffus.
- Les Layetiers n’emploient guère d’autre bois de chêne que celui dont je viens de parler, à moins que ce ne foit pour faire des caiffes de jardins; mais comme ils n’en font que de petites , les douves leur fuffifent ordinairement, du moins pour le pourtour de ces caiffes.
- Le bois de hêtre ale grain fin 8c ferré, il eft plein, 8c de fil ; fa couleur eft blanche , quelquefois tirant fur le roux;les Layetiers en font grand ufage
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- pour quantité de leurs ouvrages , & ne l’emploient qu’en bois de fente, nommé autrement goberges ou hauffes. Les goberges font des efpeces de lattes de hêtre de 3 pieds 8c demi de longueur fur environ 6 pouces de largeur 8c 2 à 4 lignes d’épaiffeur : ces lattes font toutes réparées à la plane, 8c s’emploient à quantité de menus ouvrages, comme petites boîtes , fouricieres, 8cc.
- Le fapin eft un bois tendre & léger , de couleur blanche ; fon grain eft large , ce qui y fait paroître à fa furface des veines ou rayures plus ou moins foncées, lefquelîes font d’une couleur verdâtre lorf-que le bois n’eft pas encore fec, mais qui jauniffent à mefure qu’il perd de fon humidité. Quoique ce bois foit tendre, il ne laiffe pas d’être liant, fur-tout lorfqu’il eft bien de fil; il fe fend par lames très-minces, 8c on l’emploie avantageufement à faire des boîtes rondes 8c ovales, dont je parlerai dans la fuite.
- Les Layetiers emploient aufli du fapin épais , appelé communément bois de bateau , parce que ce font des planches qu’on retire des bateaux qu’on détruit. Ce bois, quoique bon à certains égards , t eft cependant très-défedueux, non feulement par la grande quantité de clous qui s’y rencontrent fur les rives 8c même dans toute fa furface , mais encore par nombre de trous qui y ont été faits pour placer les chevilles qui fervoient à lier enfemble les différentes parties du bateau.
- Le bois de bateau ne s’emploie que pour conf-truire des caiffes d’une grandeur un peu confidé-rable, 8c qui ont plus befoin de folidité que de propreté.
- Le peuple ou peuplier, eft un boitf extrêmement! mou, d’une couleur blanche un peu rouffe ; fon grain eft fin 8c ferré , 8c fes fils font un peu mêlés , ce qui fait que ce bois, quoique mou, fe fend difficilement. Les Layetiers l’emploient à beaucoup d’ouvrages, 8cl’achetent par plan/^a üe a 8lignes cl epaineui , ^u'un nomme voliches ou voliges. Voilà tous les bois dont les Layetiers font ufage, du moins pour l’ordinaire : je vais maintenant paffer à la defcription des outils, ce qui fera l’objet de la Sedion fuivante.
- Section II.
- Des Outils des Layetiers, de leurs formes & ufages.
- L’É T ABU repréfenté ( Pl. i. Fig. 2 ) eft un des plus gros outils des Layetiers ; il eft compofé au deffus d’une table de bois d’orme ou de hêtre , qui a 6 k 7 pieds de longueur fur 18 à 20 pouces de largeur 8c 4 pouces d’épaiffeur. Cette table eft portée par quatre pieds de bois de chêne de 3 pouces d’épaiffeur fur 4 pouces de largeur ; ils font affemblés à tenons 8c enfourchemens à queues dans le deffous de la table, &, par le bas, leur écart eft entretenu par quatre traverfes aufli de chêne de 2 pouces d’épaiffeur fur 3 à 4 pouces de largeur, lefquelîes y font affemblées à tenons 8c à mortoifes : entre ces dernieres ( c’eft- à- dire les traverfes ) 8c les pieds,
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- eft placé un fond, dont les planches doivent etrè jointes à rainures & languettes, & , pour plus de foli-dité, être difpofées à bois debout, comme on peut le voir à la Fig. 2.
- Ce fond doit être porté par des taffeaux attachés au bas 8c en dedans des traverfes, ce qui vaut mieux que de l’attacher fous ces dernieres, comme cela arrive quelquefois, parce que, pour peu qu’on mette quelque chofe de lourd dans l’établi, la pefanteur fait lâcher les clous, & le fond tombe.
- Les deux bouts 8c un des côtés de l’établi du Layetier font fermés avec des cloifons de planches, comme on le peut voir dans cette Figure , où il n’y a que le devant de l’établi ouvert , c’eft-à-dire, le côté par où l’Ouvrier fe place pour travailler deffus.
- Au bout fupérieur, & fur le devant de la table de l’établi, eft placé le crochet A ; ce crochet repré» fenté ( Fig. 4 ) , eft une efpece de patte de fer recourbée , dont la partie qui eft horizontale, eft plate 8c large du devant, 8c taillée en forme de fcie ; l’autre bout eft terminé en pointe, 8c entre dans un morceau de bois d’environ 2 pouces 8c demi carré fur p à 10 pouces de longueur. Ce morceau de bois fe nomme la boîte du crochet, 8c entre le plus jufte poffible dans une mortoife percée dans l’épaif-feur de la table de l’établi, afin de hauffer ou baif» fer le crochet comme on le juge à propos , ce qui fe fait en frappant la boîte à bois debout avec le maillet, foit en deffus ou en deffous de l’établi. Le crochet fert à arrêter en place le bois qu’on travaille fur l’établi, comme je le dirai en fon lieu. Vers l’autre extrémité de l’établi, eft un trou carré d’environ un pouce de diamètre, dans lequel on fait entrer la tige ou foie d’une petite enclume ou tas de fer B, laquelle fert à redreffer les pointes des clous, à faire des rivures 8c autres ufages, dont je parlerai dans la fuite. Voyez la Figure 5, où ce tas eft repréfenté plus en grand 8c avec fa l*go- Cxx» lo JoTTonf nn, pnnr mieux dire, fur le côté de la table de l’établi, eft attaché un crochet de bois C, lequel fert à appuyer les pièces qu’on travaille, foit fur le champ ou à bois debout.
- Le deffus de l’établi ft’a point de trous pour y placer de valet, ou un tout au plus du côté du crochet, parce que les Layetiers ne font point ufage du valet, du moins pour faire la plus grande partie de leur ouvrage ; c’eft en quoi principalement iis different des Menuifiers ordinaires , fe fervant d’une grande partie des outils de ces derniers , comme je l’ai dit ci-deffus.En deffous de l’établi, ou, pour mieux dire, de la table, eft placé un tiroir D , dans lequel chaque Ouvrier place de menus outils , 8c les ebofes les plus aifées à fe perdre, comme les pointes, le pied, le compas, 8cc. La hauteur totale de l’établi eft de 27 à 30 pouces du deffus de la table, ce qui eft fuffifant pour que des hommes d’une grandeur ordinaire y puiffent travailler commodément.
- Quand les pièces de bois dont les Layetiers font ufage , comme planches, voliges, &c. font trop larges, ils les divifent avec la fcie à refendre, repré-fentée ( Fig. 3 ). Cette fcie eft compofée d’un châffis ordinairement de fapin de 2 pieds de largeur fur 3 à
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- 3 pieds 8c demi de hauteur ; les deux piecès mon» tantes de ce châffis fe nomment les bras, & les deux autres qui font horizontales , les fommiers. La lame ou feuille de là fcie eft nlacée au milieu de ce châffis, 8c les dents ou fon épaiffeur ( ce qui eft la même chofe ) parallèlement à la face de ce dernier.
- Les deux extrémités dé cette lame font arrêtées dans deux étriers E 8c F, dans lefquels les fommiers paffent. L’étrier du haut, qu’on nomme âuffi boîte, à 7 à 8 pouces de longueur, & il a une mortoife percée perpendiculairement à la face du châffis, dans laquelle paffe une clef ou coin a b , qui fert à bander la lame de la fcie , laquelle eft attachée de maniéré qu’en enfonçant cé coin, qui d’un côté frotte fur le fommier du haut, 8c de l’autre contre l’étrier E, elle eft forcée de s’étendre autant qu’il eft néceffaire. Au deffus de la clef eft placée , 8c en fens contraire, une cheville c d, avec laquelle celui qui eft placé fur l’établi, tient la fcie lorfqu’on en fait ufage. Get étrier fe fait d’un bois ferme, comme du chêne ou du hêtre , mais plus ordinairement de ce dernier bois. L’étrier du bas F fe fait auffi en bois ; mais il vaut mieux en fer, comme dans Cette Figure, tant parce qu’il eft plus folide, qu’on eft obligé de le faire moins gros.
- Après la feië à refendre, les Layetiers fe fervent de celle appelée communément fcie à tourner. Cette fcie, repréfentée ( Fig. 6 ), a environ 2 à 2 pieds 8c demi de hauteur pris intérieurement ; elle eft compofée de deux bras de 12 à 14 pouces de longueur, 8c d’un fommier affemblé avec ces derniers, à en» viron les trois cinquièmes de leur longueur pris du devant, c’eft - à - dire du côté de la lame. Cette derniere eft arrêtée avec deux goujons ou tourillons de fer e/, qui paffent au travers des deux bras de la fcie fur lefquels leurs têtes portent; ces tou» rillons font ronds par leur coupe, afin qu’ils puiffent tfreinent pour incliner plus Ou moins la denture de la fcie ieion ce qu’il eft néceffaire ; ce qui fe fait en prenant d’une main le tourillon 8c la partie de la lame qui y eft attachée, 8c en frappant de l’autre avec le marteau fur le bras de la fcie, qui, en cédant à l’effort du coup, laiffe au tourillon la liberté de tourner.
- Cette maniéré de faire changer d’inclinaifon à la lame des feies à tourner, eft la plus ufitée ; mais elle a le défaut de nuire à la folidité, ou, pour mieux dire, à la confervation des bras, que les coups de marteau gâtent 8c font éclater quelquefois. C’eft pourquoi il vaut mieux y mettre des tourillons dont la tête foit faite en forme de piton, d’après le collet qui porte fur le bras de la fcie, parce qu’au moyen de cet anneau 8c d’une broche de fer, on tourne le tourillon comme 8c autant qu’on le juge à propos, fans être obligé de frapper fur le bras de la fcie.
- La fcie à tourner, ou, pour mieux dire, fa lame, eft tendue par le moyen d’une corde qui eft attachée à l’extrémité d’un de ces bras, 8c qui de celui-ci paffe fur l’autre en faifant trois révolutions au moins ; 8c pour augmenter cette tenfion, on paffe au milieu de la longueur de la corde une petite piece de bois#, nommé garrot, qu’on fait tourner
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- plufieurs toürS fur elle-même , 8c par conféquent la corde avec elle, ce qui diminue la longueur de cette derniere, & tend la fcie autant qu’il eft néceffaire pour qu’elle ne ployé pas lorfqu’on en fait ufage.
- L’extrémité du garrot porte ordinairement fur le fommier ; mais il vaut mieux la faire entrer dans line mortoife faite fur l’épailfeur de ce dernier, parce que le garrot étant ainfi placé, eft moins fujet à s’échapper & à bleffer ceux qui tiennent la fcie , comme cela arrive quelquefois.
- Les Layetiers ont deux ou trois fcies à tourner de différentes grandeurs, dont ils font ufage félon que la grandeur & la nature de l’ouvrage l’exigent ; mais, quoique différentes en grandeurs, elles font toujours confiâmes de la même maniéré, c’eft pourquoi je n’en parlerai pas davantage.
- La grandeur des dents des fcies varie , félon celle de ces dernieres, aux fcies à refendre ; elles ont juf-qu’à 4 lignes d’ouverture, & aux fcies à tourner, depuis i jufqu’à 2 & même 3 lignes, & plus elles font grandes , & plus on. leur donne de croc, c’eft-à-dire d’inclinaifon en contre-bas, ou du côté op-pofé à celui par lequel on tient la fcie, ce qui eft la même-chofe. Pour que les fcies paffent plus librement , on leur donne de la voie , ce qui fe fait en écartant un peu leurs dents d’un côté & de l’autre de leur épaiffeur, & cela alternativement 8c en raifon de la grandeur des dents , en obfervant toutefois de neles pas déverfer affez pour que l’épailfeur intérieure d’une dent laiffe du vide entre elle 8c l’intérieur de celle qui la précédé, parce qu’une fcie ainfi dévoyée ne pourroit plus aller 1 8c s’engageroit infailliblement dans le bois.
- Il faut auffi faire attention que la voie d’une fcie foit égale, c’eft-à-dire que les dents foient également déverfées des deux côtés, parce qu’autrement la fcie n’iroit plus droite, mais elle dévoyeroit du côté où les dents feroient le plus déverfées
- Il ne faut prefcjuc pas Uuuuci ae voie aux fcies qui font extrêmement fines, parce que quand la lame eft bien faite, elle eft plus épaiffe fur le devant ou côté de la denture , ce qui fuffit pour en faciliter le paffage. Cette obfervation eft générale pour toutes les lames des fcies, qu’il faut toujours choifir plus minces du derrière que du devant, 8c bien égales dans toutes leurs longueurs.
- On donne de la voie aux fcies avec un outil nommé tourne-à-gauche, repréfenté (Fig.7, cote G ), lequel n’eft autre chofe qu’un morceau de fer plat ( quelquefois monté dans un manche de bois ), où font faites des entailles de différentes épailfeurs pour fervir à des fcies plus ou moins épailles.
- Les dents des fcies s’aiguifent, ou , comme difent les Ouvriers, s’affûtent avec une lime nommée tiers-point, repréfentée.( Fig 7, cote H ). Cette lime eft triangulaire par fa coupe, & eft montée dans un manche de 4 à 5 pouces de longueur.
- Quand on affûte une fcie , on place fa lame dans line entaille ( cotée 1, Fig. 7 ), laquelle s’arrête fur l’établi par le moyen d’un valet, 8c à mefure qu’on a limé une longueur de la fcie, on la fait avancer dans l’entaille dont on defferrele coin pour cet effet,
- 8c on le refferre enfuite , en obfefvant que la fcie déborde le nu de l’entaille d’une ligne ou deux de plus que la profondeur des dents.
- Lorfqu’on lime une fcie, il faut avoir foin que toutes les dents foient d’une hauteur bien égale * qu’elles fe dreffent parfaitement dans toute la longueur de la lame, 8c qu’elles foient limées perpendiculairement à fa furface. Il faut limer chaque dent en commençant par celle du haut, qui doit être à gauche de l’Ouvrier, & on ne doit ôter du fer de la lame que ce qui eft néceffaire pour rendre la pointe des dents bien unie; 8c quand elles font toutes affûtées, on paffe légèrement la lime fur le plat de la fcie, pour ôter les bavures qu’on a faites en la limant'.
- Il y a des Layetiers qui ne liment pas leurs fcies eux-mêmes, mais qui les font limer par des Ouvriers qui paffent chez eux de temps en temps, ce qui, à mon avis, eft très-incommode.
- D’autres liment leurs fcies eux-mêmes, mais ne fe fervent pas d’entailles à limer les fcies dont j’ai parlé ci-deffus, fe contentant de donner un coup de fcie deffus l’angle de l’établi dans lequel ils font entrer la fcie pour la limer, ce qui ne vaut rien, parce que non feulement cela gâte l’établi, mais encore parce que les fcies ne peuvent pas tenir foli-dement, 8c qu’il eft de plus très-mal aifé de les bien affûter étant ainfi placées.
- La. Fig. 8 repréfente une enclume à bigorne, montée fur un billot d’environ 18 pouces de hauteur , afin qu’on puilfe travailler deffus étant affis. Cette efpece d’enclume eft très - commode, tant pour redreffer des pièces de tôles, que pour les ployer & les arrondir, l’une de ces pointes ou bigornes étant carrées, 8c l’autre ronde, 8c ayant un trou à la naif-fance de la première, dans laquelle on peut perces la tôle lorfqu’on le juge à propos.
- «Tous Ipj: T font pas ufage de cette
- fécondé efpece d’enclume ; cependant il n’eft guere poffible de s’en paffer, vu fa grande utilité.
- Le valet ( Fig. 9 ) eft un outil tout de fer, dont la partie droite fe nomme la tige, & la partie recourbée la patte. La tige eft ronde par fa coupe , 8c a 10 à 12 lignes de diamètre, en diminuant un peu par fon bout inférieur ; la patte eit ceintrée en S, 8c carrée par fa coupe, en diminuant d’épaiffeur à mefure qu’elle s’éloigne de la tige, de maniéré qu’elle n’a tout au plus qu’une ligne 3c demie ou deux lignes à fon extrémité qui vient en s’élargiffant, 8c forme, à proprement parler, ce qu’on nomme la patte du valet qui n’eft ainfi amincie que pour être plus élaf-tique, 8c fe prêter mieux pour arrêter l’ouvrage fur l’établi, ou quelque autre chofe que ce foit.
- Lorfqu’on veut faire ufage du valet, on le place dans le* trou de l’établi, 8c on pofe l’extrémité inférieure de fa patte fur la piece qu’on veut arrêter fur ce dernier, après quoi on frappe avec le maillet fur la tête ou extrémité fupérieure de la tige du valet, jufqu’à ce qu’on s’apperçoive que la piece foiç arrêtée folidement. Quand on la veut retirer, 8c par conféquent defferrer le valet, on frappe fur fa tige un peu en deffpus de la tête, 8c en ne levant
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- le coup, ou bien fur cette même tige & en fens contraire de la première maniéré.
- Pour qu’un valet foit bon , il faut qu’il foit fait avec du fer très-doux, qu’il foit forgé d’une feule piece, & que fa tête foit,très-forte , afin qu’il ne fe cafle pas facilement à cet endroit , ce qui arrive fouvent quand les valets ne font pas faits avec toutes ces précautions.
- Il y a des valets de différentes grandeurs ; mais celle qui eft la plus ordinaire efl de 17 à 18 pouces de longueur de tige , de de 8 à 1 o pouces pour la lie de leurs pattes.
- Le marteau des Layetiers, repréfenté (Fig. 10),-eft d’une moyenne groffeur ; fa tête i eft ronde fur fa face, & fa panne h eft large 3c applatie, & droite fur fa face, comme on le peut voir dans la Fig. 10, où ce marteau eft vu de face Sc en deffus. Le maillet ( Fig. 11.) n’eft autre chofe qu’un morceau de bois d’orme ou de frêne de 6 à 7 pouces de longueur , 3 à 3 pouces & demi d’épaiffeur, 3c environ 4 pouces de hauteur ; il eft coupé un peu en biais des deux bouts perpendiculairement à fa face, fes angles font arrondies, Sc il eft monté d’un manche de bois liant Sc dur de 6 à 8 pouces de longueur pris du deffous, comme on le peut voir dans cette Figure.
- Le maillet fert à ferrer Sc à defferrer le valet, Sc à monter des ouvrages où le marteau n’auroit pas affez de coup , ou bien où il y auroit à craindre qu’il ne faffe des meurtriffures, Sc autres ufages dont je ferai mention ci-après. La Fig. 12 repréfente une hache : cet outil fert aux Layetiers pour dégroflir Sc mettre à peu près de largeur certaine piece de bois. La hache a environ 9 pouces de longueur fur 6 dans fa plus grande largeur ; fon taillant forme un arc de cercle dont le centre eft à peu près au devant de la mortoife, ou oeil dans lequel le manche eft placé : cet outil u'-a. oc
- le côté de la planche eft uni dans toute fa longueur , l’épaiffeur que forme l’œil étant toute en faillie du côté où eft le bifeau, comme on le peut voir à cette Fig. cote M, où la hache eft vue fur fon épaiffeur.
- Le bifeau de la hache eft fur fa face droite, afin qu’en tenant le manche de la main droite, comme c’eft l’ufage , la partie de la hache qui eft lifTe, gliffe contre la piece de bois qu’on tient de la main gauche : le manche de la hache a 12 à 15 pouces de longueur fur 1 pouce Sc demi de largeur par lè bas; il eft fur plat par fa coupe, pour qu’il tienne plus folidement dans la main de celui qui en fait ufage.
- En deffous de la hache eft Une petite entaille l, qui fert à accrocher cette derniere à un clou à crochet qui eft placé fous l’établi ou contre la muraille.
- La Fig. 13 repréfente un cifeau : cet outil eft compofé d’un manche de bois de 4 à 5; pouces de longueur, Sc du cifeau proprement dit. Le cifeau eft tout de fer Sc garni, ou, pour mieux dire, doublé d^une lame d’acier qui y eft foudée du côté où il n y a pas de bifeau, Sc qu’on nomme la planche du cifeau. Le bifeau ou chanfrein qui donné naif*
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- fance au taillant de l’outil, eft du côté ôppofé à la planche , & il y a deux chanfreins fur les rives de ce côté, afin que celui qui tient le cifeau ne fe bleffe pas les mains en maniant ce dernier. L’extrémité oppofée au tranchant du cifeau eft terminée par une pointe ou tige qu’on nomme ordinairement foie -, laquelle entre dans le manche du cifeau ; Sc pour qu’elle ne faffe pas fendre ce dernier lorfqu’on frappe deffùs, il y a une faillie réfervée entre la foie Sc le cifeau , fur laquelle le manche porte : cette faillie fe nomme bafe ou embafe, en terme d’Ou-vrier. Voyez la Fig. 14-, où le cifeau ( Fig. 13) eft repréfenté tout démanché, vu de côté, Sc du double plus grand que ce dernier. Il y a des cifeaux de différentes largeurs , depuis 2 à 3 lignes jufqu’à un pouce & demi Sc même davantage, Sc les Layetiers: font ufage des uns Sc des autres, félon leurs diffère ns befoins.
- Le cifeau fert à couper particuliérement le bois: debout, à faire des entailles Sc diverfes fortes d’a-juftemens ; Sc quand le bois qu’on coupe avec cet outil eft trop dur ou d’une épaiffeur un peu confi-dérable, on frappe fur fon manche avec le maillet, Sc jamais avec le marteau , parce qu’il feroit fendre ce dernier , c’eft-à-dire le manche du cifeau.
- Les Layetiers font ufage de réglés de différentes grandeurs pour prendre des méfüres, ou pour marquer leur bois à refendre ; mais celle dont ils fe fervent le plus communément, repréfentée ( Fig. 1), n’a que deux pieds de longueur, Sc eft divifée fut longueur de 3 en 3 pouces au moins : ces divifîons font marquées avec des clous dorés , ce qui les rend très-apparentes, comme on le peut voir dans cette Figure.
- Ils fe fervent aufli de compas de fer ( Fig. 15), dont les branches ont 8 à 10 pouces de longueur* Comme éet outil eft très-connu, je n’en ferai au-cun€
- Les Fig. 16 Sc 19 repréfentent deux triangles que les Layetiers nomment équerres ; ils font compoiès d’une tige N , Sc d’une lame O (Fig. 16. ) qui eft affemblée dans cette derniere.
- La tige doit être plus épaiffe que la lame d’environ 6 lignes, afin de la déborder de 3 lignes dé chaque côté ; la lame doit avoir au moins 3 lignes d’épaiffeur, Sc être faite de bois dur Sc bien de fil, afin qu’elle s’ufe difficilement.
- Quand les équerres font d’une certaine grandeur, comme de 2 à -3 pieds de lame, il doit y avoir entre cette derniere Sc la tige une écharpe P , pour empêcher que l’équerre ne fe dérange.
- Les équerres fervent à équarrir i’ouvrage, ou , pour mieux dire, à conduire le compas ou la pierre noire avec laquelle les Layetiers tracent leur ouvrage.
- La pierre noire ( Fig. 20.) eft une efpeee de terre fôffille , ou charbon de terre, qui fert à marquer les différentes pièces d’un ouvrage , félon la place qu’elles doivent occuper ; elle fe conferve long-temps dans un lieu un peu humide, mais elle fe durcit à la chaleur Sc au grand air qui la fait fendre par feuilles.
- La Fig-. î j repréfenté Un outil nommé pied de
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- "biche ; c’eft une efpece de poinçon de fer dont l'extrémité inférieure eft recoupée & fendue au milieu de fa largeur, qui eft évidée prefqueàvive arête. Cet outil, dont peu deLayetiers fe fervent, eft cependant très-utile pour arracher les clous fans tête qui fe trouvent dans les bois de bateau, 8c qu’ils doivent avoir grand foin d’ôter avant que de dreffer leur bois, foit au riflard ou à la colombe-, fans quoi ils courroient rifque de gâter les fers de ces outils.
- Quand on veut faire üfage du pied de biche, on le prend de la main gauche, 8c de la droite on frappe fur fa tête avec le marteau pour le faire un peu entier dans le bois, jufqu’à ce que le clou foit fuffifam-ment pris entre les deux parties du pied de biche; après quoi on le renverfe de gauche adroite, ce qui le fait relever du bout inférieur, 8c par confëquent emporter le clou : ce qu’on ne pourrait pas faire avec des tenailles, à moins que de faire une grande entaille dans le bois.
- Ces dernieres, c’eft-à-dire. les tenailles, font te-préfentées ( Fig. 18. ). Celles dont les Layetiers font ufage ne different pas des tenailles ordinaires , fi ce n’eft qu’il eft bon que l’extrémité de leurs mords ou mâchoires foit afcérée 8c taillée en bifeau en deffous, afin de pouvoir aifément couper des pointes 8c du fil de fer, Pl. 2. Les Layetiers dreffent 8c corroient ( ou comme ils difent plus communément ) rafent les bois qu’ils emploient à la conftruftion d’une partie de leurs ouvrages ; ce qu’ils font avec le riflard 8c la colombe , qui font deux outils à fût dont je vais faire la defcription.
- Le riflard ou galere , repréfenté Fig. i *, 2 , & 3, eft une efpece de rabot dont le fût a environ 1 pied de longueur fur 4 pouces de hauteur 8c 3 à 3 pouces 8c demi d’épaiffeur ; il eft percé à peu près aux deux tiers de fa longueur d’une ouverture nommée lumière, dans laquelle nr» f>Wc le fer 8c le coin qui l’arrête dans le fut.
- La-lumiere eft très - étroite par le bas du fut, 8c n’a précifément de largeur que ce qui eft néCêf» faire pour placer le fer 8c donner paffage au copeau , comme on le peut voir à la Fig. 4, qui repréfente la coupe longitudinale du riflard, ôc à la Fig. d, cote B , qui repréfente ce même outil vu en deffous.
- La lumière vient en s’élargiffant par le haut en forme d’entonnoir, tant pour y placer le coin qui y eft arrêté dans un ravalement fait à part, que pour faciliter la fortie des copeaux, qui, fans cette précaution, s’engorgeroient dans l’outil. Voyez la Fig. 4 & la Fig. 6, cote A , qui repréfentent ce dernier vu en deffus.
- Comme le fût du riflard eft très-épais, il feroit difficile de le bien empoigner du derrière iorfqu’on en fait ufage; c’eft pourquoi on diminue cette épaif-feur par un ravalement, dans lequel on fait entrer le pouce de la main droite avec laquelle on tient le derrière de l’outil, comme on le peut voir à la Fig. 3 & à la Fig. 6, cote A. Sur le devant du riflard s’élève une poignée de 3 à 3 pouces 8c demi de hauteur éc d’un bon pouce 8c demi de diamètre. Cette poignée eft un peu inclinée de gauche à droite, 8c
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- fur le devant de l’outil, afin de moins gêner la main gauche avec laquelle on l’empoigne , 8c elle eft fo-lidement affemblée dans le riflard, comme on le peut voir à la Fig. 4.
- Le fer du riflard, repréfenté en coupe Fig. 4, 8c de face Fig. 5 , a deux à deux pouces &demi de largeur, 6 à 7 pouces de longueur, 8c environ 2 lignes d’épaiffeur par le bout le plus épais, qui eft celui du tranchant. Ce fer eft comme le cifeau dont j’ai parlé ci-deffus, afcéré d’un côté, qu’on nomme également la planche. Le taillant de ce fer doit être un peu rond en deffous, fur-tout pour les gros riflards, afin qu’il coupe plus facilement le bois.
- Le coin du riflard, Fig. 4 8c 2 ( où il eft repréfenté vu de face ) , eft, ainfi que le corps du fût, fait de bois dur & liant, comme du fauvageon ou du cormier, ce qui eft encore mieux ; il eft évidé dans fa partie inférieure en forme d’arcade pour faciliter le paffage des copeaux, de maniéré qu’il n’y a que ces deux côtés qui portent fur le fer , ce qui eft fuf-fifant pour arrêter ce dernier. Le coin s’arrête en place en frappant légèrement deffus, 8c quand on veut le retirer ainfi que le fer, on frappe avec le marteau à bois debout fur le derrière du riflard -, 8c le contre-coup en ébranlant les fibres du bois, fait refîortir le coin qui doit être jufte dans la lumière , 8c ferré un peu plus du bas que du haut fur tous les fens, mais fur - tout fur la largeur , afin qu’il 11e fe gliffe pas de copeaux entre fes branches 8c les côtés de la lumière, comme cela arriveroit fi le coin étoit plus étroit que cette derniere*
- Les Layetiers ont plufieürs riflards de différentes grandeurs ; celui dont je viens de faire la defcription , eft de la plus grande efpece, 8c fert pour les gros ouvrages; les plus petits, qui, à proprement parler, ne font que des rabots de Mennifier ( quoique fdiu eu rinaras ), n’ont que 8 à 9 pouces de longueur fur une hauteur 8c une épaiffeur proportionnée , Ôc leurs fers font affûtés moins ronds.
- La Colombe repréfentée ( Fig. 14. ), eft une efpece de grande verlope portée fur quatre pieds comme un banc, 8c dont le fer eft dans une fituation ren-verfée, c’eft*à-dire qui a le tranchant en deffus.
- La longueur de la colombe eft de 5 à 6 pieds, & fa groffeur de 6 pouces carrés ; elle eft élevée de terre de 18 à 19 pouces fur des pieds de chêne folidement affemblés dans un chapeau ( a.b, Fig. 16.) de même bois, 8c d’un bon pouce ôc demi d’épaiffeur fur 5 pouces de largeur Ôc 1 j pouces de longueur,
- L’écart des pieds eft retenu par une eptre-loife c9 dans laquelle eft affemblée d’un bout une écharpe d e, qui eft affemblée de l’autre dans le chapeau ab, afin que Iorfqu’on fait ufage de la colombe, les pieds ne puiffent fouffrir aucun ébranlement.
- Le chapeau a b eft embreuvé dans le deffous de la colombe d’environ 6 lignes de profondeur, ce qui eft fuffifant, & y eft arrêté avec quatre bonnes vis à bois, pour avoir la facilité de démonter les pieds, fuppofé qu’on ait quelque chofe à faire à la colombe, foit pour la redreffer, ou autrement.
- Les pieds de la colombe font un peu évafés par
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- le bas , pour lui donner plus d’afïiette. Cependant il ne faut pas que cet évafement foit plus confi-dérable qu’un pouce de chaque côté pris du nu extérieur de la colombe , parce qu’il nuiroit aux pieds de ceux qui travaillent fur cette derniere. Voyez la Fig. i$ qui repréfente la colombe vue par le bout , & la Fig. 17 qui en repréfente la coupe prife à l’endroit de la lumière.
- Cette derniere eft femblable à celle du riflard -, du moins à la grandeur près, 8c elle eft: placée au milieu de la longueur de la colombe du côté du deffus.
- Le fer de la colombe a 4 pouces de largeur 8c 8 à p de longueur , 8c eft au refte femblable à celui du riflard , dont j’ai déjà parlé ci-deffus.
- Le coin eft aufli femblable à celui du riflard * ex^ cepté que fa partie fupérieure ( /, Fig. 6. ) eft en-taillée dans toute fa largeur,- afin de pouvoir frap» per avec le marteau dans cette entaille lorfqu’on veut tirer le coin de la colombe , foit pour affûter le fer , ou autrement.
- Il y a des Layetiers qui mettent un couvercle à leur colombe, lequel n’eft autre chofe qu’une planche mince (g h, Fig. 15. ), attachée fur le côté de cette derniere avec trois ou quatre liens de cuir qui lui fervent de charnière. A l’extrémité du bout de cette planche eft attaché un petit taffeau qui fert de rebord à ce couvercle , 8c l’empêche de fe déranger de place quand il eft fur la colombe ; ce qui eft très-néceffaire , parce que les Layetiers ont pour habitude de couper leur bois , 8c de s’affeoir fur cette derniere, comme je le dirai ci-après.
- Tous les Layetiers ne couvrent pas ainfî leurs colombes , en quoi ils ont très-tort * parce que ce couvercle ou deffus en conferve la furface * 8c qu’ils ne font pas eux-mêmes expofés à fe bleffer avec le fer de la colombe lorfqu’ils s’afloient deffus* Les Layetiers font encore ufage de deux auuci uuüh> a fût, favoir, d’un feuilleret ( Fig. 8. ) qu’ils nomment improprement rainoire, 8c d’un bouvement fimple ( Fig. 11.), qu’ils nomment quart de rond(quoique ce dernier outil foit différent de l’autre, du moins pour la forme de la moulure qu’on fait avec çes deux outils ).
- Le feuilleret ( Fig. 8. ) eft compofé d’uh fût, d’un fer, 8c d’un coin. Le fût a 9 pouces de longueur fur trois pouces 8c demi de largeurs, & 12 à 1 j lignes d’épaiffeur 5 le deffous de cet outil forme deux àn-gles rentrans, 8c un angle faillant qui forme ce qu’on appelle la feuillure proprement dite, ainfi qu’on le peut voir à la Fig. 9 , qui repréfente la coupe de cet outil. La lumière du feuilleret eft entaillée fur le côté de l’outil jufqu’à la profondeur de la feuillure, & même un peu davantage, afin que le fer foit un peu enterré d’après le conduit de l’outil * comme je l’ai indiqué par la ligne ( i /* Fig. 9. ). On nomme conduit ou conduite une partie exeédente du fût d un outil, foit en deffous, foit par le côté, comme dans celui-ci, laquelle fert à pafler l’outil contre le bois, 8c empêcher qu’il ne defcende plus qu’il ne faut.
- Le fer du feuilleret, repréfenté Vu des deux faces
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- ( Fig. 1 Oi ) , eft afcéïé d’un côté, comme Ceux dont j’ai parlé ci-deffus, 8c il a un bifeau par le côté pour qu’il coupe le bois net dans l’angle, & qu’il ne fe dérange pas, ce qu’on appelle fuir. Au haut du fer eft un petit crochet qui fert à le retirer quand il faillie trop le nu de l’outil qui alors a, comme difent les Ouvriers, trop de fer.
- La Fig. 7 repréfente le coin du feuilleret vU dé face, comme il eft vu de côté ( Fig. 8. ). Ce coin eft diminué à rien & en creufant * poür faciliter là faillie du copeau , 8c a par le haut une entaille faite foit fur fa faces, comme aux Fig. 7 8c 8, oü fur le côté* comme à la Fig. 1 î (ce qui eft la maniéré la plus ufitée de faire ces entailles), par le moyen de laquelle on retire ce coin pour affûter le fer.
- , Le feuilleret fert aux Layetiers pour faire les gorges ou ouvertures de certaines boîtes dont je parlerai dans la fuite;
- Les Fig, iï , ï± 8c tëprêfêntent l’élévation* la coupe êc le fer d’un bouvement fimple. Cet outil, quant à fa forme 3c conftruftion, eft femblable au feuilleret dont je viens de parler ci-deffus, dont il ne diffère que par la forme finueufe du taillant de fon fer* & de la partie du fût qui correfpond à ce dernier. Au refte , c’eft la même chofe, comme on. peut s’en convaincre par la feule infpeftion des Figures, c’eft pourquoi je n’en parlerai pas davantage. Le fût des deux outils dont je viens de parler , pour être bon, doit être fait avec du bois fee 8c d’une qualité dure 8c ferme, tels que le fauva-geon 8c le cormier ( fur-tout le dernier ), qui, pour conferver long-temps fa forme , ne fauroit être fait avec du bois tendre.
- Quand on fait ufage de ces deüx d'erniérS outils* on arrête le bois fur l’établi par le moyen du valet, 8c le bout de la piece contre le crochet, puis on faifit le derrière de l’outil avec la main droite, oc d® Ln ganrhp on le tient un peu au delà du fer, en appuyant les doigts contre le plat dë l’outil & le pouce par-deffus, afin de le tenir fermé 8c droit. Quand c’eft de quart de rond qu’on pouffe* on fait auparavant un chanfrein fur l’arête dû bois avec le riflard * afin que l’outil ait moins dé bois à ôter. Quant à la pofition du corps, c’eft là même que quand on fait ufage du riflard; Voyez ci-deffous cet article.
- Pl; 3. La Fig, 1 repréfente un vilebrequin , outil dont les Layetiers font ufage pour percer différentes parties de leurs ouvrages. Le vilebrequin eft compofé d’un fût 8c d’une meche avec fa boîte ; lé fût b c d eft un morceau de bois ( ordinairement de noyer) d’un pouce 8c demi d’épaiffeur, 9 pouèes de longueur4* 8c 5 pouces de largeur. Ce morceau de bois eft évidé en dedans * 8c la partie montante c eft arrondie pour tourner facilement dans la main* Les deux retours b d * qui font carrés par leur corps* font percés , favoir, celui du haut poür faire paffer la queue ou goujon de la tête a du vilebrequin * 8c celui du bas d pour placer celle, de la boîte 0.
- La tête ou poignée du vilebrequin a environ trois pouces de hauteur; elle eft tournée d’une forme large 8c applatie par le haut 5 fa partie inférieure forme
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- une efpece de vafe., dont la bafe ( du centre de laquelle fort un goujon ) porte fur le fût du vilebrequin au travers duquel le goujon paffe.
- Ce goujon a une tête ou bouton à fon extrémité inférieure, qui l’empêche de fortir du fût du vilebrequin, & fon extrémité fupérieure eft collée avec la tête de ce dernier, dans laquelle il entre d’un bon pouce <Sc demi au moins.
- La boîte e du vilebrequin, ou, pour mieux dire, de la meche, eft un morceau de bois carré, d’une grof-feur égale à l’épaifleur du fût ; il efhierminé par une efpece de tenon ou tige carré de 8 à 9 lignes de grofteur, lequel tenon entre dans la partie du fût d9 & y eft arrêté par. le moyen d’une cheville qui pàffe au travers de cette partie du fût 8c du tenon de la boke, comme on le peut voir dans la Fig. 1.
- La boîte (Fig. 2.) différé de celle dont je viens de parler, en ce que fon tenon eft évidé au milieu d’environ le tiers de fon épaiffeur, 8c que d’après la hauteur du fût il y a deux mantonnets réfervés à l’extérieur 8c d’après l’épaifleur du tenon, de maniéré que, pour faire entrer ce dernier dans lè fût, il faut néceflaire.ment qu’il ployé en dedans jufqu’à ce qu’étant à fa place, les deux mantonnets paflënt par-deffus le fût, 8c y arrêtent la boîte d’une maniéré affez folide.
- Les meches ( Fig. 1 8c 2.) font de petits cylindres d’acier, dont la partie fupérieure eft terminée par une partie large 8c plate, laquelle entre dans la boîte dont je viens de parler , 8c y eft arrêtée à demeure d’une maniéré ftable. La partie inférieure de la meche eft évidée d’un côté , 8c fon extrémité recourbée 8c un peu alongée de droite à gauche, en la regardant, du moins aux meches, ordinaires. C’eft cette petite avance en forme de lentille qu’on nomme particuliérement la meche. Ces fortes de meches font bonnes pour les bois durs ; mais pour les bois tendres , on fe fert dp m prKos, comme celle repréfentée ( Fig. 7. ), nommées communément meches de Tourneurs. Ces meches ont cela de commode, qu’elles éclatent moins le bois que les autres, dont elles different en ce qu’elles font rondes par leur extrémité inférieure, 8c qu’elles ne font pas inclinées d’aucun côté, ou, pour mieux dire, qu’elles n’ont pas de meches.
- En général, les meches doivent être dégagées , c’eft-à-dire un peu moins groffes du haut que du bas, 8c avoir leurs arêtes bien vives pour qu’elles coupent plus net.
- Quand on veut faire ufage du vilebrequin, on faifit fa tête de la main gauche avec laquelle on appuie deffus, en y joignant quelquefois le menton pour lui donner plus de poids, 8c de la main droite on prend le montant du fût qu’on fait tourner en dehors du corps & de gauche à droite, en obfer-vant, quand on fait un trou un peu profond , de retirer la meche de temps en temps pour faire fortir le copeau, 8c pour graiffer cette derniere pour qu’elle tourne plus facilement dans le bois, 8c que la trop grande chaleur ne leur faffe pas de tort.
- Les Layetiers fe fervent aufli de vrilles pour percer leurs ouvrages. Cet outil, repréfenté ( Fig. 3. ),
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- eft un petit cylindre d’acier, difpofé à peu près comme une meche, à l’exception que fon extrémité inférieure eft terminée en forme de vis ou tirebour.
- Le manche de la vrille eft difpofé en forme d’olive alongée, pour tenir plus facilement dans la main, comme on le peut voir dans cette Figure.
- La Fig. 4 repréfente un poinçon. Cet outil eft de fer afcéré par fon extrémité' inférieure qui eft ronde par fa coupe, 8c un peu conique, c’eft-à-dire diminuée du bout. Cet outil a environ 6 pouces de longueur , 8c fert à percer la tôle , comme je l’expli^ querai dans la fuite.
- La Fig. 5 repréfente une efpece de pince que les Layetiers nomment plioir. Les extrémités des branches de cette pince font terminées par deux petits cylindres un peu^ coniques, dont l’intérieur eft un peu applati 8c taillé en forme de lime. Ces cylindres ont une ligne à une ligne 8c demie de diamètre par leur extrémité la plus mince, fur 8 à 9 lignes de longueur , 8c ils font difpofés de maniéré qu’il y a une bonne demi-ligne de diftance entre eux lorfque la pince eft tout à fait fermée.
- Cette pince ou plioir a 6 pouces de longueur, 8c elle fert particuliérement aux Layetiers pour faire les charnières 8c les crochets de leurs boîtes, 8c autres ouvrages de cette efpece.
- Les Layetiers font aufli ufage de râpes en bois, repréfentées ( Fig. 8 ). Cet outil eft une efpece de lime plate d’un côté, 8c bombée de l’autre, 8c qui, au lieu de taille ou fillon comme à ces dernieres, eft femée de petits trous dont la bavure relevée coupe 8c ufe le bois. Cet outil eft garni d’un manche de 4 à £ pouces de longueur, comme on le peut voir dans cette Figure.
- La Figure 9 repréfente une lime de taille d?Alle-magne. Cet outil, dont je ne ferai aucune defcrip-tion , eft très - néceffaire aux Layetiers pour ajufter les ainerentes parties de leurs ouvrages; c’eft pourquoi il eft bon qu’ils en aient plufleurs de différentes formes 8c groffeurs.
- Il feroit boii aufli qu’ils euffent un étau à patte, cet outil leur feroit très - commode ; ' mais ils s’en paffent pour la plupart, 8c cela par la raifon que ce n’eft pas l’ufage, en quoi ils reffemblent à beaucoup d’autres Ouvriers qui facrifient leurs commodités 8c la perfedion de leurs ouvrages à leurs coutumes bonnes ou mauvaifes.
- La Fig. 1 o repréfente un outil nommé poinçon ou perçoir ; ce n’eft autre chofe qu’un bout de lame d’épée à trois côtes, montée dans un manche de bois. Ils font ufage de cet outil pour percer les bois tendres 8c minces.
- La Fig. 11 eft une autre efpece de poinçon qui différé du premier, en ce que fa lame eft plate 8c coupante des deux côtés, 8c un peu arrondie par le bout. Ce poinçon fert à percer les ouvertures des deffus de boîtes par lefquelles paffent les pitons ou gâches des crochets qui les ferment, 8cc.
- La Fig. 6 repréfente des cifailles. Cet outil eft tout de fer, 8c afcéré à l’endroit des tranchans. Il fert aux Layetiers pour couper la tôle 8c les pointes. Il y a des cifailles de plufleurs grandeurs; ceîles
- repréfentées
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- L'ART DU
- xepréfentées ici ont i B pouces de longueur, ce font les plus petites dont les Layetiers font ufage. Celles dont ils fe fervent ordinairement ont deux pieds de longueur ; mais elles font en tout fem-blables à celles-ci.
- Les Layetiers placent les cifailles perpendiculairement dans le bout d’un établi, comme, par exemple, celui C ( Fig. 6. ) , & ils preffent Sc font mouvoir la branche mobile avec le genou droit, de maniéré qu’ils ont les deux mains parfaitement libtes. Les cifailles s’ouvrent d’elles - mêmes , vu l’inclinai-fon de la branche immobile B , en dehors de l’établi.
- Tous les outils à tranchans s’aiguifent, ou, comme difent les Ouvriers, s’affûtent fur un grès moyennement dur qu’il faut mouiller de temps en temps, ainfi que l’outil qu’on frotte fur le grès du côt-c du bifeau jufqu’à ce qu’on s’apperçoive que ce dernier eff bien droit, Sc que le taillant eft atteint, Sc qu’il s’y fait une petite barbe du côté de la planche, ce qui s’appelle le morfil. On ôte ce morfil en paf-fant la planche de l’outil fur le grès bien à plat, & en la frottant légèrement deffus du côté du tranchant , en obfervant de ne pas faire un bifeau de ce côté , puis on retourne le fer du côté du bifeau pour en faire autant, ce qu’on recommence alternativement des deux côtés jufqu’à ce qu’on s’apperçoive qu’il n’y a plus de morfil. Pour rendre le tranchant des outils plus fin, on fait ufage d’une affiloire. C’eft une pierre grifâtre, parfemée de points brillans comme de l’argent : on mouille cette pierre comme le grès, Sc on la paffe fur le tranchant des outils Sc des deux côtés après les avoir affûtés fur le grès. Ces affiloires fervent particuliérement à affûter le bouvement fîmple ou quart de rond, & pour cet effet on les fixe dans un morceau de bois qu’on arrête avec le valet. Le grès des Layetiers n’eft pas arrêté à demeure dans aucun endroit de leurs nou-tiques ; mais ils le placent dans une efpece d’auge de bois, qu’ils pofent fur l’établi lorfqu’ils veulent affûter leurs outils ; ce qui, à mon avis , n’eft pas bien, parce que, pour affûter comme il faut, le grès doit être mouillé abondamment, ce qu’on ne peut faire que quand il eft placé de maniéré qu’on puiffe jeter de l’eau deffus fans être en danger de rien gâter.
- Voilà à peu près tous les outils dont les Layetiers font ufage , du moins pour les ouvrages qu’ils font le plus communément. Il en eft encore quelques autres dont je ferai mention dans la fuite, en parlant des ouvrages où ils font néceffaires. Quant à ceux - ci ( c’eft-à-dire ceux dont je viens de faire la defeription ), fi je ne me fuis pas beaucoup étendu touchant le détail de leurs conftruc-tions, c’eft que les Layetiers ne font pas dans l’u-fage de les faire eux-mêmes, & qu’ils les achètent tout faits chez les Marchands Clincaillers ou chez les Menuifiers , Sc autres Ouvriers qui ont coutume de les faire. De plus, quant à ce qui regarde la conftruétion des outils de Menuifiers, dont les Layetiers font ufage, on pourra avoir recours à l’Art du Menuifier, où j’ai détaillé ces outils avec beaucoup d exaâitude, tant par rapport à leurs formes
- LAYETIE R. 9
- Sc dimenfions générales Sc particulières i que pat rapport à la maniéré de les conftruirre.
- §. I. De la maniéré de travailler les bois relativement aux ouvrages de Layeterie.
- Les ouvrages de Layeterie font en affez grândè quantité ; mais les Layetiers de Paris ne les font pas tous eux-mêmes, les tirant pour la plupart de Province, d’pù on les apporte à Paris fous le nom général de marchandifes foraines ; d’autres font faits à Paris, mais par des Ouvriers fans qualité, & qui ne s’occupent que de quelque efpece d’ouvrages particuliers , comme des ratières, des fouri-cieres, &c. D’autres ouvrages enfin font faits par les Layetiers ; Sc c’eft principalement de la conftruc-tion de ceux-ci dont je vais traiter, réfervant de parler de la conftrudion des ouvrages étrangers lorfque je ferai la defeription de ces mêmes ouvrages.
- Les Layetiers font quelquefois dans la nëceffité de refendre leurs bois fur la largeur, comme je l’ai dit ci - deffus. Alors, quand le bois eft un peu épais, ils fe fervent de la feie à refendre, Sc ils placent la piece qu’ils veulent refendre fur le bout inférieur de l’établi, qu’ils lui font excéder d’environ un pied; ce qui étant fait, un Ouvrier prend la feie des deux mains par les deux bras où montans vers le tiers inférieur de leur longueur ; en même temps un autre Ouvrier monte fur l’établi, Sc par conféquent fur la piece à refendre ^ qu’il arrête fur ce dernier par la pefanteur de fon corps , Sc il faille des deux mains la cheville qui eft à l’extrémité de l’étrier ou boîte de la feie à refendre, comme le repréfente la Fig. 12» Dans cet état, ils font mouvoir la feie de haut en bas, en obfervant de la tenir un peu inclinée de haut vers l’établi, Sc de n’appuies rleffus qu’en defeendant, Sc au contraire la foulager en remontant
- Il faut auiïi que celui qui refend en bas écarte fuffifamment les jambes pour que la monture du châflïs de la feie puiffe paffer entre * fans quoi il feroit expofé à avoir les jambes bleffées par le fom* mier du bas de cette derniere.
- A mefure qu’on a refendu la longueur d’un pied ou environ, on avance la piece à refendre, Sc quand elle eft d’une certaine longueur, on la retourne bouc pour bout quand elle eft refendue jufqu’à peu près la moitié, parce que fi on ne prenoit pas cette précaution , le poids de la piece Sc ce qu’on appuie deffus pour faire mordre la feie, pourroit bien enlever celui qui eft monté deffus, Sc le renverfet par terre*
- Quand les bois font minces, on peut les refendre fur la colombe avec la feie à tourner, comme je l’expliquerai ci-après.
- Les Layetiers corroient ^ ou , pour mieux dire, blanchiffent leur bois avec le riflard : pour cet effet, ils placent la piece à blanchir contre le crochet, Sc quand c’eft du bois dur Sc épais, ils fe fervent du gros riflard dont le fer eft un peu rond, afin qu’il prenne moins de largeur de bois à la fois. Après
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- avoir ainfi dégrofli leurs bois, ils le terminent avec un plus petit riflard qui a moins de fer , & qui eft placé plus droit. Quand on fait ufage du riflard, on le tient par-derriere de la main droite , & de la gauche on faifit la poignée de devant, afin d’appuyer plus ou moins fur l’outil, 6c d’être en état de le relever du devant quand il eft au bout de fon coup.
- Lorfqu’on pouffe le riflard, il faut fe tenir droit & ferme devant l’établi, la tête tournée vers le crochet, la jambe gauche tendue en avant, le pied peu diftant de l’établi, 6c la pointe un peu en dehors ; la jambe droite doit être un peu en arriéré , le pied proche l’établi, & la pointe vis-à-vis de ce dernier.
- Il faut toujours pouffer le riflard devant foi, afin d’avoir plus de force , & fe reculer autant qu’il eft néceffaire , plutôt que de le retirer à foi. Voyez la -%• 135 qui repréfente un Ouvrier occupé à blanchir une piece de bois. Quoique les ouvrages de Layeterie ne foient pas fufceptibles d’une grande propreté, il faut toujours faire en iorte que le bois foit blanchi proprement, 6c qu’il foit droit & dégauchi, c’eft à-dire que tous les points de la fur-face ne foient pas plus élevés les uns que les autres; ce qu’on apperçoit en regardant la piece de côté, Sc de maniéré qu’on n’en apperçoive que les deux arêtes, ou, pour mieux dire, que les deux fe confondent en une feule, ce qui doit être quand la piece eft bien dégauchie.
- Quand la piece eft blanchie fur le plat, on dreffe le champ fur la colombe, ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- On fe place à la gauche de la colombe vers le milieu de fa longueur , le corps en arriéré du fer, dont la pente doit être oppofée à l’Ouvrier, comme on le peut voir à la Fig. 14 ; puis on faifit des deux mains la piece qu’on veut drefïer, 6c on la pouffe devant foi, en obfervant de la tenir bien d’aplomb fur la colombe, 6c d’appuyer un peu fur cette dernière. Les deux mains doivent être placées proche l’une de l’autre, les doigts de la gauche en dedans, 6c ceux de la droite en dehors fur le plat de la piece, afin de la tenir toujours droite; 6c quand cette derniere eft longue, on commence à la pouffer du devant fur la colombe , autant que l’étendue du bras peut le permettre , après quoi on recule fes mains en arriéré pour le faire avancer, ainfi de fuite jufqu’à l’autre bout, fans que le corps change de place, du moins les pieds qui doivent être placés à peu près de la même maniéré que quand on blanchit fur l’établi, comme on peut le voir à la Fig. 14.
- Au moyen de la colombe, on dreffe très-parfaitement le bois, à moins qu’il ne foit d’une longueur confidérable, comme 10 à 12 pieds. Cet outil a de plus l’avantage d’accélérer la façon de l’ouvrage, Ôc je ne fais pourquoi les Ouvriers des autres Pro-feftions n’en font pas ufage.
- La colombe fert encore aux Layetiers pour fcier leur bois , foit à bois debout, foit à bois de fil. Pour cet effet, ils le placent à plat fur la colombe, & ils le tiennent ferme avec le pied gauche qu’ils pofent deffus, ou avec le genou, comme cela arrive
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- quelquefois. Quand les pièces font longues , ils fcient par le bout de la colombe, 6c quand elles font courtes 6c d’une certaine largeur , ils fcient par le côté, comme on le peut voir dans la Fig. 1 J. Ils refendent de même les planches minces fur la longueur, ce qui, je crois, n’a pas befoin d’explication.
- Quand ils ont coupé les pièces à bois debout, 6c qu’elles fe trouvent encore un peu longues ou peu droites, ils les terminent avec le riflard, ce qu’ils appellent rafer une piece ; nom qu’ils donnent généralement à l’a&ion d’unir, dreffer 6c affleurer quelque chofe, foit à bois debout, comme dans le cas dont il s’agit maintenant, mais même à bois de fil, foit fur le plat ou fur le champ ou épaif-feur du bois.
- §. IL Des ferrures des ouvrages de Layeterie ; maniéré de les conjlruire 6* de les pojer.
- Pl. 4. Les Layetiers ne font aucune efpece d’affem-blage à leurs ouvrages, comme je l’ai dit ci-deffus, mais ils en affujettiffent les différentes parties avec des clous ou des liens de fil de fer, autrement nommé fil de Richard ou d’Archal, dont ils fe fervent auffi pour faire différentes ferrures, comme des charnières, des crochets, ôcc. Les clous dont ils font ufage font de deux efpeces, favoir, ceux à tête ( Fig. 6,7 6c 9. ), 6c ceux fans tête ( Fig. 8. ). Les clous à tête ( Fig. 6. ) font de différentes groffeurs, 6c les Layetiers les emploient en raifon de celle des bois ; ce font ordinairement des clous nommés de bateaux, à caufe qu’on les retire des planches qui ont fervi à conftruire ces derniers. Ces clous font de fer très-doux , leur tige eft fine 6c déliée , ce qui fait qu’elle entre facilement dans les bois tendres fans les faire fendre. De plus, ils contint moins cher que les neufs de pareille qualité, ce qui fait que les Layetiers les préfèrent pour conftruire la plus grande partie de leurs ouvrages. Ils font encore ufage de petits clous à tête (Fig. 9.), qu’on nomme broquettes à tête plate, 6c, quand ils font très-petits , femences ; ces derniers leur fervent particuliérement à arrêter la tôle dont ils garniffent quelques - uns de leurs ouvrages, comme les chaufferettes & autres.
- La Fig. 7 repréfente une autre efpece de clous, nommés clous d’épingle. Les Layetiers ne l’emploient qu’aux petits ouvrages faits avec du bois tendre, comme le peuple «5c le fapin, parce que s’ils les employoient à du bois ferme comme le chêne , 6c fur-tout le hêtre, ils les feroient fendre, vu le peu d’épaiffeur qu’on donne à ces bois qu’on n’arrêtes ordinairement qu’avec des pointes.
- Ces pointes ( Fig. 8. ) ne font autre chofe que du fil de fer coupé à la longueur convenable, ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- On coupe plufieurs bouts de fils de fer de longueur égale, comme, par exemple , environ2 pouces , 6c après les avoir dreffés , on les prend de la main gauche, en les difpofant de maniéré qu’ils fe trouvent à côté les uns des autres ou à peu près. En cet état, on en fait entrer f extrémité entre les
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- cifaïlles, à la longueur qu’on veut que les pointes foient, avec le genou droit on preffe la branche mobile des cifailles, qui alors coupent les pointes qu’on tient de la main droite pour empêcher qu’elles ne tombent à terre. On recommence cette opération autant de fois que la longueur des fils de fer le peuvent permettre , ce qui, je crois eft très-aifé à comprendre. Quand on fait ufage de ces pointes, on les enfonce dans le bois jufqu’à environ les trois quarts de leur longueur, après quoi on les rabat en deffus du bois en travers des fils, pour empêcher que ce dernier fe retire, comme je l’ai indiqué par une ligne ponctuée ( u 3, Fig. 8.), ôc encore mieux à la Fig. i o, qui repréfente la coupe perfpeétive de deux pièces ainfî attachées*
- Ces pointes ont cela de commode, qu’elles défoncent plutôt qu’elles ne le percent, c’eft pourquoi elles ne le font pas fendre. Des clous d’épingles fans pointes feroient le même effet ; mais comme ils font plus coûteux , on n’en fait point ufage.
- Si les Layetiers ne font pas d’affemblage à leurs ouvrages, ils n’y font pas non plus de joints à rainures & languettes , de forte qu’ils n’ont pas d’autres moyens pour arrêter les joints des planches, que d’y mettre des goujons de fer qui arrêtent les joints des planches. Ces goujons font de deux fortes , favoir, les ronds ôc les plats ; les ronds ( Fig. i. ) ne font autre chofe que des pointes de fil de fer, pareilles à celles dont je viens de parler ci-deffus ; & les plats ( Fig. 2. ) font des pointes de Maréchal, ou autrement dit l’extrémité des clous dont ces derniers fe fervent pour ferrer les chevaux.
- Quand on veut arrêter deux planches enfemble, par le moyen des goujons de l’une ou l’autre efpece, ce que les Layetiers appellent goujonner,
- On commence par kien rlrpffer C.eS dernit»rpc fur la
- colombe, après quoi on place les goujons dans le milieu de l’épaiffeur de l’une des deux jufqu’à environ la moitié de leur longueur, comme le repréfente la Fig. 3. Si ces goujons font faits avec des pointes, il eft indifférent de quel côté on les faffe entrer ; pour ceux de pointes de Maréchal, on les fait entrer par la pointe, ce qui eft tout naturel ; ce qui étant fait, on pofe chaque goujon fur l’enclume , & on en applatit l’extrémité avec le marteau parallèlement à la furface de la planche dans laquelle ils font placés. Tous les goujons étant ainfi applatis par leur extrémité & rendus prefque coupans, on pofe la planche goujonnée (AB, Fig. $• ) fur celle CD, même Figure , qui eft placée fur l’établi, ôc on frappe avec le plat du maillet fur la première pour faire entrer ces goujons dans la fécondé , dans laquelle ils entrent d autant plus aifément, qu’étant minces du fens du fil du bois , ils ne font qu’écarter ces derniers dans la fécondé planche , au lieu qu’ils l’ont refoulée dans la première, comme on peut le voir à
- la Fig' 4 5 qui repréfente la coupe de deux planches ainfi goujonnées.
- En plaçant les goujons dans la fécondé planche, il faut avoir grand foin qu’ils foient bien au milieu de
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- fon épaiffeur, comme ils font ôu du moins doivent être dans la première; ôc s’il arrivoit qu’ils ne fuffent pas placés ainfi dans cette derniere, il faudroit y faire attention pour qu’ils foient également reculés dans l’autre, afin que les deux planches affleurent enfemble le mieux qu’il eft poflible, Ôc qu’on ne foit pas obligé de diminuer de leur épaiffeur lorfqu’on vient à les rafer fur le plat, ce qu’on fait après qu’elles ont été goujonnées.
- On met plus ou moins de goujons, félon la longueur des planches ; mais, quel qu’en foit le nombre , il faut toujours qu’il y en ait vers leur extrémité , ôc un au milieu de la longueur, du moins quand cela eft poffible.
- Quand les planches font goujonnées Ôc raféeS fur l’épaiffeur , on les coupe de longueur, ôc on les rafe à bois debout; après quoi, quand c’eft une boîte ou une caffette, par exemple, qu’on veut conftruire , on commence par attacher les quatre pièces du pourtour enfemble, en obfervant que les plus longues qu’on nomme les côtés, pofent fur les plus courtes qu’on nomme les bouts, après quoi on attache le fond à plat deffus : ce qui étant fait, on rafe l’ouvrage de tous les fens , ôc on y ajoute le deffus ou couvercle qu’on fera enfuite comme je vais l’expliquer.
- Les ferrures des ouvrages de Layeterie font de deux fortes, favoir, celles que les Layetiers font eux-mêmes, comme les charnières ( Fig. 14.), les crochets ( Fig. 17 & 19. ), & 1 es poignées ou anneaux ( Fig. 18. ) , Ôc les équerres ou coins ( Fig. 20. ) , ôc celles qu’ils achètent toutes faites chez les Clin-caillers ou chez des Ouvriers qui les fabriquent* Ces dernieres efpeces de ferrures font des charnières ou couplets ( Fig. 21 ôc 2 2. ), les ferrures ( Fig. 2 4.) , & les poignées de différentes fortes.
- Les ferrures que les Layetiers conftruifent eux-mêmes , font faites avec du fil de fer de différentes groffeurs, félon la nature de l’ouvrage ; les plus confidérables font les charnières qui fe font de la maniéré fuivante.
- On coupe, ou , pour mieux dire, on rompt un morceau de fil de fer d’environ 4 pouces de longueur , puis on le faifît avec le plioir vers le milieu , Ôc on le fait ployer deffus en le renverfant fur fa partie extérieure jufqu’à ce qu’il foit en l’état où il eft repréfenté ( Fig. 13. ); ce qui étant fait, on rapproche ces extrémités l’une contre l’autre, ôc on le ferre avec le plein du plioir vers d e, ce qui lui fait former une efpece d’oeil h ( Fig. 11. ) , ou, comme difent les Layetiers , lui fait prendre le rond.
- Cette première partie de la charnière étant faite, on prépare la fécondé de la même maniéré, à l’exception qu’avant de lui faire prendre le rond , on la fait paffer dans l’oeil de l’autre partie, après quoi on la ferre à l’ordinaire, comme le repréfente la Fig. 12.
- On conftruit ainfiplufîeurs charnières, après quoi on les tient en paquet avec du fil de fer très-menu, &, en cet état, on les porte au feu pour les faire recuire afin de rendre le fer plus doux, Ôc par confé-
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- plient plus aifé à ployer. Quand on fait recuire les charnières & toute forte de fil de fer en général, il faut faire , avec des copeaux & quelques menus bois, un feu vif 8c clair , difpofé de maniéré qu’il entoure le fil de fer de toute part ; & quand on s’apperçoit que ce dernier eft devenu d’un rouge couleur de cerife, on le retire promptement du feu, crainte qu’il ne fe brûle; & pour que le froid ne le faifilfe pas trop vite, on le lailfe refroidir proche du feu. Quand les charnières font ainfi préparées, on les pofe en place ( ce que les Layetiers appellent encharner ), ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- On pofe le couvercle de la boite à la place qu’il doit occuper, & on y trace, ainfi que fur le côté de cette derniere, la place où les charnières doivent être pofées ; ce qui étant fait, on l’ôte de place, 8c on y fait fur l’arête de delfous , ainfi que fur celles du côté extérieur de la boîte, de petites encoches, dans le milieu defquelles on fait avec une vrille un trou d’une groffeur convenable pour lailfer palfer les deux branches de la charnière. Ce trou doit être oblique à l’épaifieur du bois à peu près en fuivant l’angle de 45 degrés, & même un peu davantage, pour conferver plus de force à ce dernier , comme on le peut remarquer à la Fig. ï4 , qui repréfente la coupe d’une partie de boîte encharnée , prife à l’endroit de la charnière.
- Quand les trous font faits , on y place les charnières d’abord dans ta partie dormante de la boîte, dans laquelle on les fait entrer jufqu’à ce que le milieu de leur oeil foit un peu plus avancé que l’angle de cette derniere, comme on le peut voir (Fig. 15.); ce qui étant fait, on retourne la piece fur le plat, comme à la Fig. 16, pour river les charnières, ce qui fe fait comme il fuit.
- On commence d’abord par s’afliirer fi la charnière E eft allez enfoncée ; 8c fi elle ne l’eft pas alfez . on en faifit les branches avec les tenailles au nu du bois en z, 8c on fait une pefée pour les attirer à foi pce qui étant fait, on reploie les branches en dehors des deux côtés, comme celle /, cote E, après quoi on frappe delfus avec le marteau pour les âpplatir 8c en former plus parfaitement le pli en fortant du bois, comme on le peut voir à la charnière , cote F. Cette opération étant faite, on releve le bout des deux branches qu’on faifit avec le plioir pour y faire un crochet, comme celui m, cote G, enfuite on abailfe les branches en les faifant incliner en dedans de la longueur du bois, 8c on frappe delfus avec le marteau pour faire entrer l’extrémité de la branche m dans ce dernier ( c’eft-à-dire le bois ) , comme celle n, cote G, 8c alors la charnière eft parfaitement arrêtée.
- Quand toutes les charnières font ainfi pofées dans la partie dormante de l’ouvrage, on les fait entrer dans le couvercle, en delfus duquel on les rive de la même maniéré que je viens d’expliquer; ce qui eft général pour toutes fortes d’ouvrages qu’ on doit toujours commencer d’encharner par la partie dormante ; 8c quand cette derniere eft placée de maniéré qu’il n’eft pas poftible de river les charnières lorfqu’elle eft attachée en place, il
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- faut l’encharner d’avance, ce qui ne fouffre aucune difficulté.
- Si les pièces à encharner , au lieu dêtre difpo-fées comme un couvercle, étoient perpendiculaires l’une à l’autre, & qu’elles s’aftieuralfent , comme l’indiquent les lignes ponâuées 0 p f 8c q r ( Fig. 14. ), on les encharneroit toujours de la même maniéré, 8c pour qu’elles affleuraffent plus parfaitement après avoir été encharnées, il faudroit commencer par les goujonner 8c les rafer des deux côtés, comme fi elles ne dévoient pas être féparées, puis, fans les déjoindre, on y poferoit les charnières à l’ordinaire , 8c après qu’elles auroient été rivées, on ouvriroit le joint pour en arracher les goujons, qui, dans cette circonftance, doivent être menus 8c très-courts.
- En pofant les charnières, il faut obferver que l’oeil de la partie de ces dernieres qui entre dans la piece dormante de l’ouvrage , foit placé perpendiculairement à la face de cette derniere, comme je l’aï obfervé aux Fig. 14, 15 8c 16. Ce n’eft pas que cela foit abfolument nécelfaire, mais c’eft la coutume.
- Quand les boîtes & les calfettes font d’une certaine grandeur, on garnit leur angle avec des équerres de tôle ( Fig. 20.) que les Layetiers nomment coins. Ces équerres fervent à folidifier l’ouvrage , 8c à empêcher que les joints des angles ne s’ouvrent ; c’eft pourquoi il faut que les clous avec lefquels ces équerres ou coins font attachés, foient rivés en dedans de l’ouvrage. On pofe ordinairement les coins avant que d’encharner les calfettes ou du moins de river les charnières avec le delfus , afin d’avoir plus d’aifance pour river les clous de ce coin. Quand les coins 8c les charnières font pofés, on place les crochets {Fig. 17.). Ce crochet eft fait de fil de fer ployé avec le plioir ; il eft arrêté à fon extrémité fur le couvercle avec une broquette r, 8c l’autre bout s qui eft reployé en angle un peu rentrant , palfe dans une efpece de piton t, aufli de fil de fer , dont l’extrémité, qui eft applatie, s’enfonce à coups de marteau dans l’épaifieur du côté de la boîte, à laquelle on fait un trou avec le per-çoir pour faciliter l’entrée de ce piton, qui ne déraf-fleure le delfus de la boîte que de fon épailfeur tout au plus , afin que le crochet ferre davantage 8c falfe mieux joindre le delfus avec le côté de la boîte. Voyez la Fig. 17, où eft repréfentée en coupe une partie de boîte à l’endroit du crochet 8c de fon piton.
- Il faut obferver que les crochets 8c leurs pitons ne doivent pas être recuits , afin qu’ils foient plus élaftiques , ôc confervent par conféquent mieux la forme qu’on leur a donnée.
- Quand le bois eft mince, comme cela arrive ordinairement, on fait le trou par lequel palfe le piton au travers le couvercle avec le perçoir, méplat , qu’on fait mouvoir en différens fens pour râper plutôt le bois que de le couper , 8c par ce moyen empêcher qu’il ne fe fende.
- Quand les pitons font placés fur le plat du bois, on leur lailfe alfez de longueur pour pouvoir être
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- rivés pâr-derriere ; ce qui fe fait de la meme maniéré que pour les charnières, excepté qu’on ne le recuit pas. On fait encore d’autres crochets ( Fig. 19.) qui ne s’attachent pas fur la boite, mais quipaffent au travers de fon épaiffeur, de qui y font arrêtes en dedans, au moyen d’un double coude qu’on leur fait faire , comme on le peut voir dans cette Figure.
- La Fig. 18 repréfente un anneau ou poignée de fil de fer. Cette forte de poignée s’attache à l’ouvrage par le moyen de deux pitons , ou liens de fil de fer qui paffent au travers de l’épaiflèur du bois ôc y font rivés à l’ordinaire.
- Lorfqueles boîtes ou cadettes font d’une certaine grandeur, ou qu’on veut qu’elles foient ferrées foli-dementyon y met des couplets ou des charnières, repréfentées {Fig. 21, 22 Sc 23.). Ces fortes de ferrures s’attachent d’abord avec 3c en deflfous du couvercle, Ôc y font arrêtées avec des clous qu’il efi bon de river au deffus de l’épaiffeur du bois, afin qu’ils tiennent folidement.
- Quand les charnières font arrêtées au couvercle, on les attache fur le côté de la boîte, dans laquelle on les entaille de leur épaiffeur ; ce qu’il feroit bon de faire pareillement au couvercle, afin de n’être pas obligé de faire des entailles au côté, à l’endroit des charnières, comme cela arrive ordinairement quand on ne prend pas cette précaution.
- On ferme ordinairement les cadettes, les pupitres
- autres ouvrages de eette efpece avec des ferrures à moraillons, repréfentées ( Fig. 24,2 ç Sc 26. ) , ainfi nommées à caufe du meraillon, repréfenté ( Fig. 27. ), qu’on attache au couvercle de la boîte, Sc par le moyen duquel on la ferme.
- Ces fortes de ferrures font de différentes grandeurs ; mais , quelque petites qu’elles foient, elles font toujours trop épaiffes pour être contenues dans l’épaiffeur rln Pois : ce qui oblige de percer le devant des cadettes en cet endroit, comme on le peut voir
- aux Fig. 25 Sc 26.
- Les ferrures fe pofent au milieu de la longueur de la cadette ; Sc avant que de percer le devant de cette derniere, il faut prendre bien juffe la longueur de la branche d a inférieure du moraillon , depuis le deffus de la ferrure jufqu’au deffus de fa branche fupérieure, reployée en retour d’équerfe, pour pou-
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- voir tracer le deffus de la ferrure ; on prend enfuite la forme intérieure de fa garniture , pour tracer exactement la forme du trou, qu’on doit faire le plus petit podible , afin de conferver plus de force au bois , comme je l’ai obfervé à la Fig. %6, où je n’ai laide d’efpace que ce qu’il étoit néceffaire pour placer la garniture de la ferrure Sc la reculée du pêne. Après avoir ainfi marqué la place du trou de la ferrure fur le côté de la cadette, on fait dans ce dernier plufieurs trous de vilebrequin très-près les uns des autres , dont on fait fauter les efpaces avec un cifeau, pour donner entrée à une feie à main (qui n’eft autre chofe qu’une efpece de couteau dont la lame eft taillée comme une feie ), avec laquelle on achevé de faire ce trou, qu’on finit enfuite avec le cifeau Sc la râpe à bois.
- La ferrure s’attache fur le devant de la cadette par le moyen de deux crochets ux Sc y ^ { Fig; 24. ) , lefquels paffent au travers de la plaque de la ferrure & du bois de la cadette fur lequel l’extrémité de ces crochets ed: rivée, comme on peut le voir à la Fig. 26, où les rivures de ces crochets font cotées des mêmes lettres que la Fig. 24. Voyez la Fig* 28 , qui repréfente un de ces crochets vu de côté.
- La partie fupérieure du moraillon {Fig. 27.) s’attache en deffous du couvercle avec lequel 011 le rive, ou du moins les clous qui l’arrêtent avec ce dernier , Sc on fait au côté de la cadette fur le champ une entaille de l’épaiffeur du moraillon, à moins qu’on entaillât ce dernier dans le deffous du couvercle, ce qui feroit encore mieux.
- Quelquefois on met aux boîtes Sc autres ouvrages de Layeterie des mains de fer dont je ne ferai aucune defeription, vu qu’on les trouve toutes faites Sc de toutes grandeurs chez les Marchands, Sc que leurs formes font indifférentes à l’objet dont il eft ici queftion. Ces mains font arrêtées dans des efpeces de picuiid, aoiu i<* tige qui paffe au travers de l’é-paiffeur du bois, eft divifée en deux lames minces Sc aiguës qu’on rive en deffous de ce dernier.
- On fait aufti quelquefois ufage de crochets de fer plat, qu’on pofe à la place de ceux de fil de fer, fur-tout quand on ne met pas de ferrures aux caffettes ; mais je n’en parlerai pas non plus , parce que leur emploi n’a rien de particulier.
- CHAPITRE IL
- Des ouvrages de Layeterie en géneraL
- T , Ë nombre des ouvrages de Layeterie étoït plus Menuifiers , les Miroitiers Sc les Coffretiers qui confidérable autrefois qu’à préfent, parce que les font ces fortes d’ouvrages avec plus de propreté Layetiers faifoientune quantité de chofes qui ne font & de foin qüe ne faifoient anciennement les Laye-plus maintenant en ufage, ou bien qui font faites tiers , du moins autant qu’on le peut conjec-^ par des autres Ouvriers, comme les Gaîniers, les- turer (0).
- (a) Les anciens Statuts des Layetiers font mention des ouvrages fuivans : i". les huches de bois de hêtre j z°. les écrins ?<. layettes tant grandes que petites, propres à mettre marchandifes} î°. les
- écrins à gorges , façon de feourgettes couvertes de cuit qu’on portait à l’arçon de la Telle ; 40. les raticres & fouricierts de tout bois? }°é écrins & corporaux $ 6°. cages à écureuils Sc àrcitignolsi
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- i4 L > A R T D U
- Les ouvrages de Layeterie dont on fait ufage actuellement, font de deux fortes ; favoir , ceux que les Layetiers font eux-mêmes , & ceux qu’ils vendent, ainfi que ces derniers , mais qu’ils tirent tout faits de Province, fous le nom de marchandées foraines, comme je l’ai dit plus haut, page 9.
- Les ouvrages que les Layetiers font à Paris , 8c qu’on nomme ouvrages de boutique , font, les cafîettes de différentes grandeurs, les boîtes de lit 8c autres fortes de boîtes, comme les boîtes à perruques, celles qu’on nomme cartons à gorges, les layettes de différentes façons , les baraques ou armoires d’Ecoliers, les tablettes à mettre des livres, les pupitres, les crachoirs, les étuis à chapeaux 8c autres, les chaufferettes, les chancelieres , les cages à perroquets 8c à écureuils, les caiffes d’orangers 8c autres arbres 8c arbuftes , les caiffes à encaiffer de toutes formes Sc grandeurs, 8c les cercueils, 8c autres.
- Les ouvrages que les Layetiers tirent des Provinces , font , les boîtes confiantes en bois de goberges , de toutes formes & grandeurs, les pièges propres à prendre les rats 8c les fouris Sc autres animaux incommodes , lefquels pièges font connus fous le nom de chatieres, ratières, quatrè-de-chiffre , fouricieres , foit à bafcule, à bâton, à billot, ou à pannier 8c à planchette, Scc. enfin les boîtes de fapin, foit rondes ou ovales, collées ou attachées avec des liens de fer blanc, dont je parlerai ci-après.
- Les Layetiers tiennent magafins des différens ouvrages dont je viens de parler, afin d’en avoir de tout prêts à choifir lorfqu’on vient pour en acheter chez eux ; ce qui les oblige d’avoir des boutiques affez grandes, non feulement pour y placer commodément trois ou quatre établis , mais encore tous leurs ouvrages ou marchandifes qui doivent y être rangés par ordre fur des tablettes pofées au pourtour de l’intérieur de la boutique, qui elt en même temps boutique marchande 8c attelier (a).
- Section première.
- JDefcription des ouvrages que les Layetiers de Paris conjlruifent eux-mêmes ; leurs formes, proportions & conjlruclions.
- Pl. V. L A Fig. première de cette Planche repréfente une caffette ordinaire, & conftruite comme je l’ai enfeigné ci-deffus. Son delfus eft ferré par-der-
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- riere avec des couplets, 8c par-devant avec une ferrure à moraillon à l’ordinaire. Les deux extrémités du deffus de cette caffette ( ainfi que de toutes les autres ) font garnies de deux rebords qui y font attachés avec des pointes ou des clous d’épingles. Ces rebords fervent à empêcher le bois du deffus de fe coffiner, 8c en même temps à recouvrir les joints de ce dernier avec la caffette, pour que la pouffiere n’entre pas dedans; c’eff pourquoi il eft bon qu’ils approchent des cotés de la caffette le plus qu'il eft poftible, en y obfervant néanmoins une bonne demi-ligne de jeu 8c un peu d’entrée, ce qui fe fait en rafant les extrémités du deffus un peu en dehors. Avant que d’attacher les rebords, on feroit très-bien auffi de mettre un rebord par le devant de l’ouverture de la cadette, quoique ce ne foit pas l’ufage, parce qu’elle fermeroit beaucoup mieux, 8c que fon intérieur feroit moins expofé à la pouftïere. Voyez la Fig. 2 , qui repréfente une partie du deffus de la caffette avec le rebord qui y eft attaché. Cette caffette eft garnie de huit égrenes ou coins de fer, favoir, quatre au pourtour vers les extrémités fupérieures, pour retenir l’écart des bords 8c des côtés, 8c les quatre autres en deffous fur le plus grand fens de la caffette, dont elles lient le fond avec les côtés.
- On fait des caffettes de toutes fortes de grandeurs, depuis un pied jufqu’à trois, 8c même quatre pieds fur une hauteur 8c une largeur proportionnée. Mais de quelques grandeurs qu’elles foient, elles font toutes conftruites de la même maniéré que celle-ci, à la ferrure près, qui, à la plupart des caffettes, n’eft faite qu’avec du fil de fer, du moins pour ce qui eft des charnières , car il y a à toutes des ferrures, ou du moins il doit y en avoir.
- Quand on ne met que des charnières aux caf-. Sr *111#» rpc ripmiû*ap £<>rx-1 d’une certaine longueur , il faut y mettre trois charnières, favoir, une au milieu, 8c les deux autres vers les extrémités.
- Quand les caffettes font deftinées à fervir de layettes , c’eft-à-dire qu’elles doivent renfermer le linge 8c les menues hardes des enfans nouveaux-nés, on y met une layette ou double boîte qu’on y place intérieurement 8c dans fa partie fupérieure, comme on le peut voir à la Fig. 3.
- Cette fécondé boîte n’à pas de couvercle , 8c eft divifée dans fa furface par plufieurs cafés de différentes grandeurs entre elles, dans lefquelles on place les pièces les plus fines de la layette chacune féparé-ment, ou du moins félon leurs différentes efpeces.
- 7q. les coffres de bois cloués ; 8°. les écrins & layettes à mettre balances Sc trébuchets, grands & petits; $9, écrins & tabernacles à mettre images ; iop. les écrins en façon de pupitres & écri-toires, couverts de cuir; iiv. toutes les boîtes de bois de hêtre; ii?. tous écrins en façon de coffres , avec pieds & fans pieds ; 13». les tableaux à mettre images à moulures; 142. les écrins à mettre manicordion & épinettes ; ij®. les écrins nommés verriés; 16?. les écrins à mettre du fel ; 17°. les tableaux de bois à moulures , fervant à mettre miroirs de criftaîlin de Venife , & miroirs d’autres criftallins & fervant* mirer, que les Doreurs fur cuirs ont accoutumé de garnir, & autres, quels qu’ils foient; 189. les layettes & boîtes façon d’oval, de tous bois & de toutes façons, &c.
- De tous ces ouvrages ( du moins pour la plus grande partie ) les Layetiers n’en conneiffent plus guère que les noms, qui leur ont été confervés par leurs Statuts, ayant été obligés de changer l’objet de leur travail en-raifon du changement des modes & des ufages reçus.
- (a) Si j’ai fair deux claffes des ouvrages de Layeterie, ce n’eft pas que les Ouvriers de cet Art ne foient également en droit de les faire tous ( comme ils les font effeétivement quelquefois ) , mais c’eft pour me conformer à l’ufage aéhiel, auquel la médio-c ité du prix des ouvrages a dénué lieu, les matières & le prix de la façon étant beaucoup moins chers dans les Provinces qu’à Paris.
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- çette double boite n a que 4 ou 6 pouces de hauteur, Sc eft placée dans la cadette fur des taf-feaux attachés au pourtour de l’intérieur de cette derniere, qu’elle affleure prefque en deffus, comme en peut le voir à la Fig. 3 , & encore mieux à la Fig. 4, qui repréfente une partie de la coupe de la caifette & de la boîte intérieure, qui doit entrer allez aifément dans la caifette, pour qu’on la puilfe retirer fans aucun effort, en la prenant par les deux poignées ou mains de rubans qui font placés à ces deux extrémités , comme on le peut voir à la Fig. 3.
- En général, les caffettes fe conffruifent avec des voliges de peuple ou avec du bois de goberges; mais on ne fait ufage de ce dernier bois, que pour celles qui font les plus petites.
- On fait encore des efpeces de caffettes qu’on nomme boîtes de lit, parce qu’on les place fous ces derniers. Ces boîtes fervent à ferrer différentes hardes, & particuliérement des habits d’hommes, t c’eft pourquoi elles ne peuvent pas avoir moins de 3 pieds 4 à 6 pouces de longueur, pris intérieurement , fur au moins 2 pieds Sc demi de longueur & 6 à 8 pouces de hauteur. Le couvercle ou deffus de ces boîtes doit avoir des rebords de trois côtés, Sc être le mieux ajufté poffible, pour qu’il n’entre pas de pouffiere dans cette derniere, qui d’ailleurs doit être intérieurement toute garnie de papier, tant le fond Sc les côtés que le couvercle, dont le joint du côté des charnières doit être garni de toile recouverte par du papier, ou du moins avec ce dernier collé double, pour qu’il ne fe coupe pas (a).
- Comme les boîtes de lit font placées dans une fituation incommode pour les retirer quand on a befoin de fouiller dedans , on met deffous quatre roulettes de buis ou autre bois dur , repréfentées ( Eig". 5 • ) , v ues üt s* Uw vota.
- environ 1 pouce Sc demi de<, diamètre, Sc font montées dans une chape de fer, dont une des branches , qui elt reployée en retour d’équerre, eft attachée en deffous de la boîte Sc par le côté de cette derniere, comme on le peut voir dans la Fig. y.
- Les roulettes fe placent par les bouts Sc vers les quatre angles de la boîte, Sc on met deux poignées au côté le plus large, ou, pour mieux dire, le plus long de cette boîte, pour la pouvoir retirer plus commodément de deffous le lit.
- On ne met pas ordinairement de ferrures aux boîtes de lit, fe contentant d’en fermer le deffus avec des crochets. Cependant, je crois qu’il vau-droit mieux y mettre une ferrure, pour que les effets qu’on met dedans y fuffent plus en fureté.
- Les Fig. 6 Sc j représentent une boîte nommée boîte à perruques , parce qu’elle fert à placer Sc tranfporter des perruques fans qu’on foit en danger de les déranger.
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- Cette boîte s’ouvre en deffus à l’ordinaire, Sc par-devant jufqu’à la moitié de fa largeur , afin de jouir plus aifément de l’intérieur de la boîte, dans laquelle on place les perruques fur deux pieds ou tiges, dont les deux bouts font affemblés dans deux ronds d’environ 3 pouces de diamètre. Un de ces deux ronds eft attaché fur le fond de la boîte, Sc l’autre , qui eft un peu bombé en deffus, eft garni à fon centre d’une pointe de fer aiguë qui entre dans la perruque pour l’empêcher de gliffer.
- La partie ouvrante du devant de la boîte eft garnie de deux crochets , qui entrent dans deux pitons qui fortent du deffus, de maniéré que ces deux ouvertures fe ferment en même temps Sc par le même moyen.
- Dans le milieu du deffus de cette boîte eft placée une main de fer, au moyen de laquelle on la tranf-porte quand on le juge à propos.
- La largeur de ces fortes de boîtes eft d’environ 18 pouces fur 12 de largeur 8c 15 de profondeur, 8c elles font conftruites en bois mince de léger, afin d’être plus aifées à tranfporter.
- La Fig. 8 repréfente une efpece de boîte nommée carton ou boîte à gorge, par rapport à fa fermeture qui eft à gorge, ou, pour mieux dire, à feuillure , de maniéré que le pourtour du couvercle qui fait partie de là hauteur de la boîte, affleure parfaitement cette derniere de tous les côtés.
- La gorge de ces boîtes fe fait avec le feuilleret ou rainoire dont j’ai parié ci-deffus, page 7, 8c on ne fait pas de gorge intérieurement, comme on le peut voir en A ( Fig. 8 ).
- Cette maniéré de conftruire les boîtes à gorges eft la plus ufitée ; cependant, je crois qu’il vau-droit mieux mettre les pièces de pourtour du cou-4’nnp ppaifTpnr à celles de la boîte, Sc d’y faire des feuillures ou gorges intérieurement qui correfpondent à celles de ces dernieres, comme je l’ai indiqué par une ligne ponduée a b ( Fig. 8. ) , cote A ; ce qui rendroit l’ouvrage plus folide, fans être pour cela beaucoup plus difficile à faire , puif-qu’il ne s’agiroit que de faire les feuillures ou gorges du deffus un peu plus hautes que celles du deffous ; ce qu’on pourroit faire avec un fenil-leret plus large ou avec le même feuilleret, en faifant ufage d’un guillaume de Menuifier, pour agrandir cette feuillure foit d’un fens ou de l’autre , ou pour rapprofondir la gorge ou feuillure du corps de la boîte , fuppofé que cela fût néceffaire.
- Le guillaume eft un outil qui différé du feuilleret en ce qu’il n’a pas de conduit, ni par-deffous, ni par le côté, Sc que fon fer, qui a la forme d une pelle à four, occupe toute l’épaiffeur du fût par fa partie inférieure, Sc paffe enfuite dans une lumière exhauffée au milieu de cette même épaiffeur, où il
- (a) Malgré toutes ces précautions, les boîtes de lit faites p les Layetiers font peu propres , c’eft pourquoi on leur doit préfér celles de Menmferic jointes à rainures & languettes, & dont couvercle ferme à feuillure & à recouvrement, Ces dernieres fort
- de boîtes font plus cheres que les premières ; mais elles ont l’avantage d’être plus propres & plus folides , ce qui çft fort à con-fidércr dans le cas dont il s’agit préfentement.
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- eft arrêté avec un coin à l’ordinaire. Je n’ai pas fait de figure de cet outil, parce que les Layetiers ne font pas dans l’ufage de s’en fervir, encore qu’il leur fer oit très - utile , tant pour ajufter les gorges des boites, que pour toutes autres occafions. Le defiiis des cartons ou boîtes à gorges eft ordinairement bombé 5c garni d’une main, ainfi que dans cette Fig. ; il eft ferré avec des charnières de fil de fer, 5c arrêté en devant avec des crochets de même efpece, ou bien avec de petites ferrures, ce qui vaut encore mieux, fur-tout quand on fait ufage de ces boîtes dans les voyages, comme cela arrive le plus fouvent. Ces boîtes font conftruites en bois mince 5c léger, pour être plus portatives, 5c elles fervent à tranfporter dans les voyages 5c même à la Ville les coiffures 5c autres menus ajuf-temens des Dames.
- Quant à leur grandeur, ell^yarie beaucoup. Celle qui eft; repréfentée ici eft; de la moyenne efpece. Les Layetiers font aufti des boîtes ou étuis à chapeaux, repréfentées ( Fig. 13. ). Ces boîtes font d’une forme triangulaire, 5c ont chacun de leurs angles abattu à la largeur d’environ 3 pouces. Elles font fermées d’un couvercle à rebords , ferré avec des charnières de fil de fer, 5c arrêté avec des crochets ou avec une ferrure. Dans ce dernier cas, les charnières font placées à un des petits angles de la boîte, 5c la ferrure placée au milieu du côté oppofé à cet angle, comme on le peut voir à la Fig. 13.
- Les boîtes ou étuis à chapeaux font conftruites en bois de hêtre ou de chêne, ce qui eft plus ordinaire , 5c on tient ces bois les plus minces poftibles, pour qu’elles foient moins lourdes à tranfporter.
- Elles doivent avoir 4 à 5 pouces de hauteur extérieurement, 5c leur furface être comprife dans un cercle de 13 à 14 pouces de diamètre, comme à la Fig. y 5 ce qui leur finnnp Amrirnn jviprl de longueur de c à d, ce qui eft fuffifant pour pouvoir y placer un chapeau d’une grandeur ordinaire.
- La Fig. 10 repréfente une efpece d’armoire (vue en coupe, Fig. 11. ), nommée baraque par les Layetiers, 5c par les Ecoliers qui en font ufage. Cette armoire eft toute conftruite en chêne ou en hêtre; elle a environ 18 à 20 pouces de largeur, 27 à 30 pouces de hauteur, 5c 8 à 10 de profondeur, 5c eft garnie intérieurement de deux tablettes. Ses portes font fermées par les côtés avec des charnières de fil de fer, 5c celle qui eft à gauche arrêtée en dedans avec des crochets placés en deffous des tablettes.
- L’autre porte eft garnie d’une petite ferrure, par le moyen de laquelle on ferme l’armoire ou baraque, afin que les effets que l’Ecolier y dépofe y foient en fureté. A la partie fupérieure du derrière de cette armoire, il y a deux trous dans lefquels on fait paffer deux bouts de cordes, par le moyen defquelles on la fufpend contre la muraille.
- La Fig. 12 repréfente une bibliothèque ou tablette à livres, comme l’appellent les Layetiers. Elle eft garnie de tablettes diftantes de 7 à 8 pouces les unes des autres, 5c chaque tablette a fur le derrière une petite tringle placée verticalement, pour empêcher que les livres ne portent contre la mu-
- SAVETIER.
- raille. Quelquefois ces tablettes à livres ont une petite armoire dans leur partie inférieure, 5c alors leurs côtés font élargis par le bas, ainfi que la tablette du bas 5c celle qui fert de deffus à cette armoire, afin de lui donner plus de profondeur. Ces fortes d’armoires fe conftruifent ordinairement en bois blanc.
- Les Fig. 14 5c 15 repréfentent un pupitre à l’ufage des Ecoliers : le deffus de ce pupitre ouvre jufqu’à la partie horizontale qu’on nomme porte-chandelier, 5c avec lequel il eft ferré avec des charnières de fil de fer, 5c eft arrêté avec le devant du pupitre , par le moyen d’une ferrure à moraillon, comme on le peut voir à la Fig. 14.
- Sur le devant 5c dans l’intérieur du pupitre , il y a de petits cafés dans lefquelles on peut placer l’encre, la poudre, les plumes, le canif, 5c le grattoir.
- La Fig. 17 repréfente une chaufferette, efpece de petit meuble à l’ufage des Dames. C’eft une boîte d’environ 10 à 11 pouces de longueur, d à 7 de largeur, 5c environ £ pouces de hauteur. Un des côtés de la chaufferette ouvre verticalement, pour y pouvoir placer intérieurement un petit vafe de terre dans lequel on met du feu, dont la chaleur paffe au travers des trous qui font faits tant aux pièces du pourtour qu’au deffus de la chaufferette où ils font en plus grand nombre , comme on le peut voir à la Fig. 17.
- L’intérieur de la chaufferette eft garni d’une tôle mince qui y eft attachée avec de petites bro-quettes à têtes plates, 5c cette tôle eft également percée que le bois, pour laiffer paffer la chaleur du feu.
- On garnit de tôle les différentes pièces de la chaufferette avant que de la monter, 5c on a foin A a. 1 O f Al O r\CCqo qu’elle entre
- de 2 à 3 lignes fous le joint de chaque piece. Quand la tôle eft attachée, on la perce ; ce qui fe fait en retournant la piece garnie du côté apparent, pour'faire fur la tôle , à l’endroit de chaque trou , une marque un peu forte avec un petit poinçon de fer ; ce qui étant fait, on retourne la piece du côté de la tôle qu’on perce enfuite avec le gros poinçon dont j’ai parlé ci-deffus, page 8 , à chaque endroit marqué par les coups de poinçon donnés de l’autre côté,
- Comme le poinçon dont on fait ufage pour cette fécondé opération eft plus petit par le bout que le trou, il déchire plutôt la tôle qu’il ne la défonce , 5c les bavures de cette derniere fe replient dans le trou contre le parois duquel elle refte plaquée , à quoi l’oblige la forme un peu conique du poinçon dont la groffeur, à une certaine diftance de fon extrémité inférieure, eft égale à celle du trou garni de tôle.
- Les trous qu’on fait aux chaufferettes ont environ 8 lignes de diamètre , 5c on les perce avec une meche de Tourneur, avant que de dreffer les pièces fur le plat, afin que, quand cette derniere opération eft faite, ils paroiffent plus propres. De plus , il eft bon qu’après avoir été ainfi percées, elles
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- refient pendant quelque temps à l’air dans un lieu fec afin que leur humidité s’évapore, Sc que l’action du feu ne les faffent pas fendre lorfqu’on vient à en faire ufage.
- II. faut fur-tout ufer de cette précaution pour le deffus des chaufferettes qui ont beaucoup de trous, & qui ne fauroient être d’un bois trop fain 6c trop fec.
- Le deffus des plus grandes chaufferettes a ordinairement trente-deux trous , favoir, quatre rangs de cinq, rangées parallèlement 6c vis-à-vis les uns des autres , Sc trois autres rangs de quatre , placés entre ces derniers, comme on le peut voir à la Fig. 17.
- Quand on veut marquer la place de ces trous ? on tire deux lignes diagonales efôc g h des quatre angles du deffus ( Fig. ï 7. ) , puis on trace deux lignes des deux côtés parallèles, Sc diflantes de ces bords d’environ 18 lignes, Ôc aux points ilScmn où elles rencontrent les diagonales, on trace deux perpendiculaires, ce qui forme un carré long qu’on divife enfuite au compas en cinq parties égales d’un côté, 6c en quatre de l’autre, ce qui forme des petits carrés longs par les angles defquels on fait paffer autant de diagonales dont les interfedions ou points de rencontre donnent la place, ou, pour mieux dire le centre des trous.
- Les chaufferettes fe conftruifent en bois dé chêne, d’une qualité dure ôc liante , fur-tout la pieee de deffus, Sc les pièces quilescompofent doivent avoir '-3 à 4 lignes d’épaiffeur pour celle du pourtour, Sc celle de deffus un peu davantage , tant à caufe -de la moulure qu’on pouffe au pourtour , que par rapport à la quantité de trous dont ils font criblés.
- Quand toutes les pièces qui compofent la chaufferette font prêtes 6c garnies de tôle , on la monte a l’ordiiictiic, w*- i- c--- 1
- on rive les charnières de la porte ; car toutes les ferrures doivent être placées avant que de mettre la tôle , ce qui eft fort aifé à comprendre.
- La Fig. 18 repréfente une efpece de boîte nommée chanceliere. Cette boîte a environ 14 pouces de longueur fur un pied de largeur ; elle eft échan-crée d’un côté partie aux dépens du devant qui, de ce côté, n’a que 3 pouces de hauteur, 6c partie aux dépens du deffus qui s’arrondit en venant à rien de l’autre côté. Ces fortes de boîtes font ordinairement garnies en dedans de peaux d’ours ou autres fourrures, 6c fervent aux gens de cabinet pour y placer leurs pieds 6c les garantir du froid. Quelquefois 6c même le plus ordinairement elles font revêtues d’étoffe par dehors , ce qui eft l’affaire du Tapiffier, ainfi que leurs fourrures intérieures ; c’eft pourquoi je n’en parlerai pas davantage.
- Pl. 6. La Fig 1 de cette Planche repréfente une boîte nommée trémie, dans laquelle on place de la graine pour fervir à la nourriture des pigeons, & autres oiieaux de cette efpece. Les deux côtés de cette boite font renfoncés en dedans, comme on le peut voir à la Fig. 2 ( qui repréiente cette boîte vue par le bout ), afin de laiffer un vide d’en-
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- viron 2 pouces 6c demi de largeur, 5c d’une longueur égale à celle de la boîte. Cet efpace vide eft interrompu par de petits cylindres ou bâtons placés à environ 2 pouces les uns des autres, afin que les oifeaux , en prenant le grain par ces ouvertures, ne le faffent pas fortir 6c ne le répandent pas.
- Ces bâtons entrent d’un bout dans la partie inférieure du devant de la boîte, 6c de l’autre dans celle qui eft oblique, laquelle redefcend allez bas pour ne laiffer entre elle 6c fa femblable qu’un efpace affez étroit pour que le grain ne defcende qu’à mefure 6c en médiocre quantité dans la partie inférieure de la boîte, ainfi que je l’ai indiqué par des lignes ponctuées a b Sc c d ( Fig. 2. ).
- Cette boîte ou trémie eft fermée par un deffus ou couvercle à rebord qui eft ferré avec des charnières de fil de fer 6c des crochets de même efpece, comme on le peut voir à la Fig. 1.
- Il y a des trémies doubles 6c de fimples; les doubles ont des augets des deux côtés, comme à celle repré-fentée Fig. 1 6c 2.
- Les fimples n’en ont que d’un côté, 6c n’ont d’épaiffeur qu’un peu plus de la moitié de celle-ci. Les trémies font conftruites en bois de chêne ou de hêtre, ce qui eft égal, encore qu’on fe ferve plus fouvent du premier que du fécond.
- La Fig. 3 repréfente une cage ou boîte à écureuil, laquelle eft compofée de deux parties principales, favoir, la boîte proprement dite, 6c la cage ou tour-nette. La boîte a environ 7 pouces de largeur fur 9 de longueur 6c autant de hauteur. Sa partie fupé-rieure eft terminée en forme de comble dont l’angle eft applati, 6c a environ 2 pouces de largeur. La pièce qui forme cette partie du deffus de la boîte, eft prolongée de 9 pouces au delà de cette dernière, afin de recevoir un montant qui y eft atta--a fui le fond du bas de la boîte qui eft également prolongé. Aux deux côtés de la boîte font deux augets faillans , garnis de portes 6c de grilles, dans lefquels on peut mettre le boire Sc le manger de l’animal. A un des bouts de cette boîte ( Fig. 4. ), il y a une porte de 3 pouces de largeur fur 4 de hauteur ; 6c au bout oppofé ( Fig, 5. ) 9 il y a un trou rond correfpondant à un de ceux d’un des plateaux ou rond de la tournette, par lequel l’écureuil paffe de fa boîte dans cette dernière, c’eft-à-dire la tournette.
- La tournette eft compofée de deux plateaux de 7 pouces de diamètre , dont l’un a trois trous ronds d’environ deux pouces 6c demi de diamètre , Sc qui font difpofés triangulairement autour de fon centre. Entre ces deux ronds eft un grillage de fil de fer de moyenne force, dont une partie des tringles entre dans les deux plateaux jufqu’environ les deux tiers de leur épaiffeur, n’y ayant que 5 à 6 de ces mêmes tringles qui paffent au travers, Sc qui font reployées en deffus pour rendre la tournette folide 6c empêcher que ces plateaux ne s’écartent. Les tringles ou barreaux de la tournette font entretenus dans leurs longueurs par deux cercles de fil de fer, avec lefquels ils font arrêtés par le moyen d’un lien continu de petit fil de fer qui entretient
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- les barreaux dans une fituation droite ôc à une égale diftance les uns des autres.
- Le fil de fer qui fert à faire ces fortes de liens doit être très-fin & bien recuit, afin qu’il foit plus foupîe, Sc par conféquent moins en danger de fe rompre.
- La tournette eft fufpendue entre la boîte & le montant du bout par deux tourillons de gros fil de fer, placés & arrêtés par des rivures au centre des deux plateaux. Le goujon, qui eft placé dans le plateau percé , c’eft-à-dire, qui doit être du côté de la boîte, n’a que cinq à iix lignes de longueur depuis la fortîe du plateau, ce qui eft fufîifant pour placer un petit rond de bois de trois lignes d’épaiffeur qu’on met entre le plateau & la boîte, pour qu’en tournant il ne frotte pas contre cette derniere dans laquelle le tourillon ne doit entrer que d’environ 3 lignes, afin de ne pas paffer au travers l’épaifTeur du bois, ou, que s’il y paffe, il ne le déborde pas, de crainte qu’il ne bleffe l’écureuil. Voyez la Fig. 6, qui repréfente la coupe du plateau, & du bout de la boîte prife au 'milieu de fa largeur, & par conféquent à l’endroit du tourillon dont le trou eft recouvert par une petite plaque de fer blanc , afin que le tourillon ait toute la longueur poffible , & qu’il ne failli fie pas dans l’intérieur de la boîte, pour les raiions que j’ai dites ci-deffus.
- L’autre tourillon a environ 3. pouces de longueur, afin qu’après avoir paffé au travers du montant qui porte la tournette, on le puiffe courber pour en faire une efpece de manivelle , par le moyen de laquelle on fait tourner la cage ou tour-nette qui eft féparée du montant par un petit rond de bois femblable à celui qui eft du côté de la boîte, ôc qu’il eft bon d’arrêter, ainfi que ce dernier, fur les plateaux, afin qu’ils tournent ~
- La boîte à écureuil doit être conftruite en bois de chêne , Sc le plus folidement pofiible. 11 faut aufti avoir foin d’en garnir toutes les ouvertures avec du fer blanc, parce que, fans cette précaution , cet animal qui aime à ronger, Sc qui a les dents incifives de la mâchoire inférieure très - fortes, cet animal, dis-je, déchireroit tout le bois qu’il fe trouveroit à portée d’entamer, ce qui l’expoferoit à febleffer.
- Il faut aufti faire plufieurs trous à la partie fu-périeure de la boîte, afin que l’odeur de l’urine de l’écureuil (qui eft très-forte) s’évapore plus promptement.
- On ne prolonge pas ordinairement le deffous des boîtes des écureuils, dans toute fa largeur, en deflbus de la tournette , mais on fe contente d’une boîte de bois de 2 à 3 pouces de largeur, difpofée comme celle du deffus, ce qui n’eft pas bien, parce que quand l’animal eft dans la tournette ôc qu’il laiffe aller fes excrémens , il gâte & fait fentir mauvais tous les endroits où fa cage fe trouve placée, ce qui n’arriveroit pas fi on y faifoit un fond comme à celle-ci, Fig. 3 , lequel eft garni d’un rebord eu pourtour, afin d’y pouvoir mettre du fable fin qu’on rechange de temps en temps, ce qui diminue corffidérablement de la mauvaiie odeur,
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- La Fig. 7 repréfente un crachoir, efpece de petite boîte découverte, dans laquelle on met du fable fin pour cracher deffus, ôc par ce moyen ne pas gâter le plancher des appartemens. Cette boîte a les quatre côtés évafés , Ôc à ces deux extrémités oppofées deux petits rebords, par le moyen defquels on la tranfporte commodément. On fait des crachoirs de plufieurs grandeurs : ceux de la grandeur la plus ordinaire ont i pied de longueur, 8 à 9 pouces de largeur 5c 4 pouces de hauteur. Ils font tous conftruits en bois de chêne ou de hêtre.
- La Fig. 8 repréfente une cage ou fabot de perroquet. C’eft une efpece de boîte de 15 à 16 pouces de longueur, 4 pouces de largeur, Sc 7 à 8 pouces dans fa partie la plus haute, & 3 pouces dans fa partie la plus baffe. Cette boîte a deux portes à fes extrémités oppofées ; l’une qui eft pleine & a la paitie la plus baffe de la boîte par laquelle on fait entier l’animal, & l’autre qui eft percée à jour ôc grillée, par laquelle on le fait fortir.
- Dans l’intérieur de cette boîte, Sc environ 1 pouce au deffus du fond, eft placé un bâton Fig. 8, qui la traverfe dans toute fa largeur, ôc fur lequel le perroquet monte. Lorfqu’ii eft dans cette efpece de cage, dans laquelle il 1e trouve placé de maniéré qu’il ne peut pas changer de fituation ni le retourner, vu la difpofition de cette derniere qui n’eft ainlî faite que pour tranfporter ces oifeaux dans les voyages, fans qu’ils foient expofés à gâter leurs plumages, ce qui an iveroit infailliblement fi on ne prenoit cette précaution.
- Les Layetiers font aufti des cailles de jardin pour placer des arbriffeaux de différentes efpeces. Ces caiffes, repréfentées ( Fig. 9.) , font des efpeces de boîtes découvertes, compofées de quatre pieds des quatre
- côtés , attachés fur ces mêmes pieds, ôc d’un fond.
- 1 , • 1 r. . . ™ -~r----leurs plans,
- ôc font plus ou moins gros félon la grandeur de la caiffe. La partie fupérieure des pieds eft quelquefois ornée d’une boule faite fur le tour ; mais le plus fouvent les Layetiers n’y forment que des chanfreins à la feie & au cifeau , comme dans cette Figure.
- Les côtés font corapofés de planches blanchies à l’extérieur, Ôc attachées avec des clous fur les pieds. De ces quatre côtés, il y en a deux courts qu’on attache d’abord fur les quatre pieds, comme le repréfente la Fig. 10. Les deux autres, qui font plus longs que ces derniers de deux fois leur épaiff feur, s’attachent enfuite fur les pieds , ce qui forme le pourtour de la caiffe, qu’on ne bâtit cependant pas entièrement qu’on n’ait attaché fur les pieds des premiers côtés un taffeau ( Fig, 11.), qui feit à porter le fond (Fig. 12.).
- Ces taffeaux doivent être attachés de maniéré que le fond de la caiffe affleure fes côtés en deffous, afin de ne diminuer de la profondeur de la caiffe que le moins qu’il eft poffible.
- En général, les caiffes doivent être carrées à l’extérieur , tant fur la largeur que fur la hauteur. Cependant il eft bon qu’elles foient un peu plus hautes que larges de l’épaiffeur du fond au moins, parce
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- mie cette augmentation de hauteur rend leurs formes plus gracieufes, & qu’elle augmente en même
- temps leurs profondeurs.
- Quand les caiftes font d’une certaine grandeur, il eft bon de garnir l’extérieur de leurs côtés & le deffous de leurs fonds d’une ou plufieurs barres clouées qui en retiennent les joints, qui d’ailleurs doivent être goujonnées.
- Je ne m’étendrai pas davantage au fujet des cailles de jardins, parce que cette partie eft traitée très au long à la fin de la quatrième Partie de l’Art des Menuifïers , auquel on pourra avoir recours, les caiftes de jardins appartenant plutôt à cet Art qu’à celui du Layetier (a).
- La Fig. 13 repréfente une caifle propre à encaiffer les marchandifes de toute efpece. Ces fortes de caiftes fe font avec du bois brut, ftmplement dreffé fur le champ, fans aucuns goujons dans les joints qu’on retient avec des barres clouées deffus ; les planches qui compofent le pourtour de ces fortes de caiftes, doivent être difpofées à bois de fil, comme à la Fig. 13. Quant à celles du fond Sc du deffus , on les met aufti à bois de fil fur la plus grande longueur de la caiffe , comme le deftiis de celle-ci repréfentée ( Fig. 16. ) , du moins aux petites caiftes & à celles d’une grandeur médiocre. Mais quand les caiftes font d’une certaine grandeur, il faut les mettre à bois debout, c’eft-à-dire que la longueur foit du fens le plus étroit de ces dernieres, parce qüe plus les planches font courtes, & plus elles ont de réfiftance.
- Les petites caiftes Sc celles d’une moyenne grandeur , mais qui ne doivent pas renfermer des effets lourds Sc fragiles, fe conftruifent avec de la volige de peuple ; mais les grandes doivent l’être en bois
- d’un pouce d’épaiffeur, Sc on prend ordinairement
- du bois de 1-----r — -----
- vrages qui exigent plus de folidité que de propreté.
- Les caiftes doivent être attachées avec beaucoup de folidité, c’eft pourquoi on ne doit pas y épargner les clous; Sc quand elles font conftruites en
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- bois épais, il faut abattre en chanfrein l’extrémité des planches, afin que les clous entrent davantage dans le bois 3c y tiennent plus folidement. Il faut aufti y mettre des barres d’une force 3c en quantité convenable, afin que les joints des planches ne faffent aucuns mouvemens.
- Ces barres doivent avoir au moins 3 pouces de largeur fur 1 pouce d’épaiffeur, 3c leur longueur doit être égale à celle des côtés ou des deffus ou deffous de la caiffe, du moins à un demi-pouce près par chaque bout, où il doit toujours y avoir deux clous, Sc au moins un fur chaque rive de planches, 3c un au .milieu, comme on le peut voir à la Fig. 16.
- Quand on conftruit une caiffe de cette efpece, on commence d’abord par dreffer les planches qui doivent en faire les côtés 3c les bouts, Sc les mettre toutes enfemble à la largeur qu’elles doivent avoir, en obfervant de mettre les étroites au milieu, ce qui étant fait, on y attache les barres, auxquelles, autant que faire fe peut, on met des clous affez longs pour qu’ils paffent au travers des planches, afin de les pouvoir river deffus ; les barres étant attachées, on rafe carrément les côtés Sc les bouts de la caiffe, puis on les attache enfemble, ce qui étant fait, on conftruit le deffous de la même maniéré , Sc on l’attache en place, après quoi on retourne la caiffe pour y ajufter le deffus qu’on marque, ainfî que le côté de la boite, pour ne le point changer de côté lorfqu’on l’attache après que la caiffe a été remplie. Voyez les Fig. 13 3ci6±
- La conftrudion de ces fortes de caiftes eft, ainft qu’on vient de le voir, très-aifée ; mais il n’en eft pas de même de l’encaiffage, c’eft-à-dire de l’aâios de remplir ces mêmes caiftes, en y plaçant les effets qu’elles doivent contenir, de maniéré qu’ils ne 4*.. .«Jornmagcs, malgré les fréquentes fecouffes qu’elles ont à fouffrir pendant une longue route où elles font de plus fujettes à être chargées Sc déchargées plufieurs fois.
- Avant que de rien décider fur la forme Sc la gran-
- (a) Il y a très-long-temps que les Communautés des Menuifïers & des Layetiers font en conteftation au fu et du droit exclufifde faire des cailfes de jardins ; les Layetiers étant autorifés par leurs Statuts Sc par plufieurs Sentences des Tnbuneaux , de faifîr chez les Menuifiers toutes cailles de jardins donc les côtés font attachés avec des clous , encore que ces côtés foîent corroyés arec la veriope & joints à rainures & languettes , Sc même avec des clefs dans les joints, pat la raifon , difcnt-ils, qu’à eux feuls appartient le droit de faire des ouvrages cloués , ce qui n’eft Sc ne peut pas être exactement vrai ; mais fuppofé que cela fut , & que les cailles dont les paneaux font joints à rainures &'languettes , attachées fur les côtés avec des clous, ne doivent pas être faites par les Menuifiers , c’eft ce qu’il faut examiner.
- La conftruéKon des ouvrages d’aflemblages appartient incon-tcftablcment aux Menuifiers ; mais il eft de certains ouvrages où on ne peut pas en mettre par-tout fans faire tort à la folidité de l’ouvrage : or les caifies delà moyenne efpece, c’eft-à-dire celles dont les paneaux font joints à rainures & languettes & attachées fur les cotes avec des clous , font dans ce cas ; car fi, comme difent les Layetiers, les Menuifiers ne pourvoient pas employer de clous à leurs conftruétiens• mais qu ils affemblent les paneaux dans les pieds es caifies ouqu ils les cnevilient tout Amplement defius, il arriveroit de deux chofcs I une, ou que l'ouvrage ne vaudrait abfolument rien,.
- ou que les côtés ne tiendroient pas folidement fur les pieds j car, dans le premier cas, les affemblages qu’on fercit dans des pièces d’nne moyenne grofieur feroient bientôt pourris, étant continuellement expofés à l’humidité de la terre, d’où s’enfuivroit la deftruftion totale de l’ouvrage. Dans le fécond cas, l’expérience fait voir que dos chevilles font in fufiàfantes pour foutenir la pouffée de la terre qui agit continuellement contre les côtés de la cable ; donc qu’il eft impof-fible de les arrêter autrement qu’avec des clous , oc qu’il faut que ce foit les Menuifiers qui les attachent, vu que le refte du corps de la caiffe ne peut être fait que par eux , à moins qu’on ne prétende qu’après avoir fait toutes les parties de la caiffe ils ne les donnent enfuite aux Layetiers pour les attacher avec des clous. Mais cette propofition n’eft pas fupportable , Sc ne mérite pas d’être réfutée férieufement ; c’eft pourquoi, malgré les Statuts allégués , & les Senrences qui les confirment, il n’eft pas raifonnabîement poffible d’empêcher les Menuifiers de finir les caiffes dont il eft ici quef-tion, à moins qu’on ne décidât en même temps que routes les cailles dont les côtés feroient doués fur les pieds, feroient faites par les Layetiers , ce qui n’eft pas poflïble pour celles qui ont 18 pouces à 2. pieds de hauteur, qui ne peuvent être bonnes qu’au-tant qu’elles feront conftruites avec du bois d’épaiffeur convenable , corroyé à la veriope, & fur-tout que leurs paneaux feront joints à rainures Sc languettes.
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- zo L ' A R T D V L
- deur d’une caiffe, il faut d’abord fe rendre compte de la nature des effets qu’elle doit contenir, de leurs nombres & de leurs formes, afin que ces effets y foient -placés commodément, & qu’ils tiennent en même temps le moins de place qu’il eft poffibîe.
- Quand les effets qu’on veut encaiffer font folides, comme des meubles & autres chofes de cette nature, il n’y a pas grande difficulté à leur encaiffement, il fuffit de les placer fur un lit de paille étendu fur le fond de la caiffe, en obfervant de mettre les plus.groffes pièces deffous, 8c la partie qui eft la moins apparente ( comme par exemple le derrière d’une commode) couchée fur ce lit de paille, ce qui étant fait, on garnit le pourtour avec des torches ou poignées de paille qu’on fait entrer à force entre les côtés de la caiffe 8c la piece qui eft placée dedans.
- Quand il y a plufieurs pièces placées à côté les unes des autres, foit fur la longueur ou fur la largeur de la caiffe ou fur les deux fens à la fois, comme cela arrive le plus fouvent, il faut avoir foin que les parties pleines 8c droites de ces mêmes pièces foient placées contre le pourtour de la caiffe, en obfervant toujours de mettre une garniture de paille entre elle 8c cette derniere, 8c il faut faire en forte que les parties vides ou Taillantes de ces pièces entrent les unes dans les autres, tant pour ménager la place, que pour ne laiffer aucune efpece de vide dans l’intérieur de la caiffe.
- Quand la forme des pièces qu’on veut encaiffer rend ces vides inévitables , il faut faire en forte de placer entre de plus petits objets, 8c toujours mettre de la paille entre eux 8c les premiers, afin que ces différentes pièces ne touchent pas les unes aux autres en quelque façon que ce puiffe être. Les garnitures de paille doivent être très - fermes, 8c n’avoir pas plus d’.un pouce à un pouce 8c demi d’ëpaiffeur, parce que fi p!1pc j— .—
- tage, elles auroient trop de refforts, ce qui cau-feroit un ébranlement capable de déranger les pièces encaiffées, 8c par conféquent les expoferoit à être endommagées , foit en tout ou en partie.
- Quand il arrive que la forme des pièces qu’on encaiffe eft très-contournée ou qu’il y a à leurs fur-faces des ornemens faillans, il faut abfolument les îfoler les unes des autres, non pas avec des garnitures de paille , mais avec des barres fur lefquelles on attache des taffeaux d’une épaiffeur fuffifante pour qu’ils portent contre les parties les plus profondes ou du moins les plus droites de la piece, qui fervent de fond aux ornemens qu’on veut ménager. Ces barres font attachées avec les côtés de la caiffe, 8c dans la crainte que les clous qui les tiennent ne viennent à manquer, on les affine encore avec des taffeaux attachés dans l’intérieur de la caiffe, pour que ces barres ne puiffent faire aucun mouvement.
- Quand on a placé ces barres, on garnit l’efpace qui refte entre elles 8c les pièces encaiffées, avec de la paille à l’ordinaire, pour remplir exactement tous les vides qui fe trouvent, comme je l’ai dit ci-deffus. Lorfqu’on met plufieurs pièces fur l’épaiffeur d’une caiffe, 8c qu’elles ne font pas droites 8c unies
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- fur leur furface, il les faut fépârer par des barres femblables à celles dont je viens de parler , que l’on place le plus convenablement qu’il eft poffible,
- 8c, autant que faire fe peut, en travers de la caiffe, afin qu’étant moins longues elles aient plus de force.
- Ces barres étant ainfi placées, on garnit tous les vides avec de la paille , du moins autant que cela paroît néceffaire , après quoi on achevé d’emplir la caiffe en fuivant toujours la même méthode ; 8c quand il arrive que la furface des dernieres pièces eft d’une forme inégale, ou qu’étant droites, il refte beaucoup de jeu entre elles & le deffous du couvercle de la caiffe, on y met encore des barres pour empêcher qu’elles ne fe dérangent de place , ni qu’elles ballottent dans la caiffe, ce qui arriveroit néceffairement s’il y avoit une trop grande épaiffeur de paille.
- Quand la caiffe eft toute remplie, on y met le couvercle, en obfervant que ce dernier porte bien fur les barres , &, ce qui eft mieux*, fur des torons de paille, qu’on place fur ces barres, afin que le deffus de la caiffe n’approche qu’avec peine des bords de cette derniere , 8c par conféquent appuie mieux fur les effets qui y font renfermés.
- Quand une caiffe eft remplie avec toutes les précautions que je viens de recommander, il eft prefque impoffible que les effets qui font enfermés dedans puiffent fouffrir le moindre dommage, quelle que foit la longueur de la route qu’on lui fait faire 8c les chocs qu’elle éprouve pendant la route, parce que l’élafticité de la paille rompt l’effort des chocs, 8c que les différens effets dont la caiffe eft remplie, étant bien ferrés les uns centre les autres , fe prêtent tout enfemble au mouvement comme s’ils ne faifoient qu’un avec la caiffe, que d’ailleurs les
- Condu&eurs des voitures ont toujours foin de placer
- ---- - -ii— , w^a-ti-uiie jte couvercle
- en deffus.
- Les glaces, c’eft-à-dire celles qui font toutes montées dans leurs trumeaux ou bâtis de menui-ferie, s’encaiffent fans qu’on foit obligé de mettre de la paille entre elles, ce qui fe fait de le maniéré fuivante.
- On commence d’abord par attacher fur le fond de la caiffe un châffis compofé de quatre barres ou taffeaux de $ lignes à i pouce d’épaiffeur, 8c on difpofe la grandeur de ce châffis, de maniéré que quand la glace eft pofée deffus le bas de cette derniere , 8c un de ces côtés pofant jufte contre un des bouts 8c des côtés de la caiffe, le châffis fou-tienne le principal bâti du parquet, 8c que ce dernier proprement dit, 8c par conféquent la glace qui eft pofée deffus, fe trouvent ifolés en deffous.
- Quand ce châffis eft arrêté en place , on pofe la glace deffus, 8c on prend bien garde fi elle porte bien par-tout, après quoi on la retient en place par le moyen de plufieurs barres pofées en travers de fa largeur, 8c arrêtées avec les côtés de la caiffe, comme je l’ai enfeigné ci-deffus.
- Çes barres ne portent pas immédiatement fur les moulures qui entourent la glace, mais on les éleve eu deffus de ce qui eft néceffaire pour qu’elles n’y
- touchent
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- touchent pas, ainfi qu’aux autres ornemens fur lef-quels elles pofent, & on attache en deffous de ces barres, des tafleaux ou cales dont l’épailfeur eft égale à cette élévation.
- Il faut avoir foin que ces tafleaux foient placés de maniéré qu’ils portent fur les parties liffes du bâtis du parquet, 3c par conféquent à l’aplomb du premier châfîis, afin que toutes les épaiffeurs de bois portent immédiatement les unes fur les autres, 8c contre le fond & le défiais de la caiffe, pour qu’il n’y ait pas de porte à faux qui, dans des chocs, pourroit faire rompre la glace. Comme les endroits où pofent ces tafleaux font peints, ainfi que le relie du parquet, on met entre eux 8c ces dernieres, des cales de papiers ployés en plufieurs doubles, pour que le frottement du bois ne gâte pas la peinture.
- Quand on a ainfi pofé, placé 8c arrêté la première glace ( qui doit être la plus grande de toutes), on place la fécondé , 8c on l’arrête de la même maniéré, puis la troifieme 8c la quatrième, en ob-fervant toujours que le bas 8c un côté de chaque glace porte contre la cailfe, 8c que toutes les barres qui féparent les glaces foient placées à l’aplomb les unes des autres , pour les raifons que j’ai dites ci-defliis.
- Comme les glaces portent de deux côtés contre la cailfe, leurs deux côtés oppofés lailfent nécef-fairement un vide entre eux & cette derniere, ce qui les expoferoit à ballotter dedans , fi on ne pre^ noit la précaution de remplir ces vides par des bouts de planches attachés fur le champ fur le côté intérieur de la cailfe ; 8c quand il y a plufieurs glaces ' placées les unes fqr les autres, on dégrade la largeur de ces planches fuivant l’efpace qui fèjfle «ntre les glaces 8c la cailfe ; 8c quand la différence
- de la glcmdvvu .^1---—ITL —--- - — — ^-1/—1 1 - 7-;
- attache fur ces planches des talfeaux qui buttent entre les glaces 8c la cailfe , 8c on met en travers un autre talfeau qui les entretient ainfi que les planches, pour les empêcher de fe déranger.
- Il eft bon aufli qu’il y ait des entailles, foit aux planches ou aux talfeaux qui font attachés delfus, dans lefquelles l’épailfeur du parquet pùiiïe entrer , ce qui prévient toute efpece d’ébranlement. Quand la cailfe eft pleine, on y attache le delfus qui doit toujours porter fur les dernieres barres , ou quand il fe trouve de la diftance entre la barre 8c le delfus, on y attache des talfeaux qui remplilfent cette diftance 8c alfurent là folidité de l’encaiiTe* ment.
- Quand le delfus eft attaché , on releve la cailfe fur le champ 8c le côté fur lequel les glaces portent par en bas , ce qui eft tout naturel, 8c on doit avoir foin de marquer le haut de la cailfe, afin qu’en la chargeant on ne s’y trompe pas.
- Il faut aufli marquer le delfus de la cailfe, ce qui eft général pour toutes, quels qüe foient leurs formés & leurs ufages,, pour les mêmes raifons que je viens de donner, cieft-a-dire pour l’inftruétion des Voituriers & de ceux qui chargent les voitures.
- Les marbres en tables s’encailfent comme les
- j A Y E T ï È R. kt\
- glaces , c’eft-à^diré avec des barres qui les fêparenë les uns des autres , à l’exception toutefois qu’il faut mettre des talfeaux ou cales de foin entre le marbre 8c le bois , tant par-delfous que par les côtés, en obfervant que ces talfeaux foient bien égaux d’é-pailfeur, afin que le marbre ne gauehilfe pas, ce qui le feroit cafter.
- On encaiffe quelquefois des vafes , dés figure^ de marbre, 8c autres effets précieux 8c fragiles ; c’eft alors qu’il faut redoublerde foin pour que ces effets ne fouffrent aucun dommage dans le tranfport, ce qu’on ne peut éviter qu’en les encaiffant de maniéré qu’ils fe trouvent tous ifolés les uns des autres , ainfi que des bords de la cailfe, fur le fond de laquelle il faut qu’ils foient arrêtés allez folidement pour qu’ils ne puiffent fe déranger en aucune façon. Il faut aufli que toutes leurs parties Taillantes foient appuyées fur des talfeaux, afin que le contre-coup ou réaétion des chocs ne les faffent pas tomber, comme cela pourroit arriver fans cette précaution.
- Il faut aVoir foin que les barres 8c les tafleaux qui ifolent 8c foutiennent ces effets , foient légèrement garnis de foin -, afin d’éviter les frottemens, 8c cl® bien remplir enfuite tous les vides avec de la paille ou du foin, ce qui vaut encore mieux.
- Quand les effets dont je parle font très-petits où d’une nature fragile, comme le Grillai , la porcelaine , 8c autres, il faut lés mettre dans de petites cailles d’une grandeur relative au fujet, c’eft-à-dire qui puiffe le contenir avec le moindre jeu polfible ; puis, après l’avoir placée dedans, on la remplit avec du fon qu’on foule peu, à mefure qu’il y en a environ 2. pouces d’épaiffeur, ce qu’on combine jufqu’à ce que cette cailfe foit totalement emplie , après quoi on la ferme, & ôn là place dans une
- grande cailfe à l’ordinaire.
- oi— ciuiii des bouteilles pleines de vin ou
- d’autres liqueurs; pour cet effet on les entoure toutes de paille , 8c ori en place debout dans le fond de la cailfe autant qu’elle en peut Contenir, ea obfervant qu’elles foient toutes bien ferrées les unes contre les autres ; après quoi on en met un fecônd rang-, dont on place le goulot renverfé dans le vide que forment les goulots de celles du premier rang > 8c ainfi de fuite jufqu’à ce que la caiffe foit parfaitement pleine, ce qui, je crois, n’a pas befoia d’autres explications.
- Les Layetiers font encore d’autres efpeces de caifles ou étuis dont la forme Sc la grandeur font données par celles des effets qu’elles doivent contenir; mais je n’entrerai dans aucun détail à Ce fujet, vu que leurs conftruêlions 8c la maniéré de les remplir eft à peu près toujours la même.
- Tout ce que je puis dire ici ^ c’eft que la partie des encaiffemens eft ( du moins quant à préfent ) une des plus confidérables de tout l’Art du Layetier, 8c qui demande de là part de ce dernier le plus d’attention 8c d’expérience , vu la diverfité des objets qui fe trouvent tous les jours à encaiffer, 8c les foins que la plupart demandent, foit par rapport à leurs formes, ou à leur qualité plus ou moins fragile.
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- La Fig. 14 repréfente une autre efpece de caiffe néceffaire à tous les hommes , du moins à ce qui refte d’eux après leur mort. Cette forte de caiffe fe nomme biere ou cercueil, mais plus communément biere ;. le nom de cercueil fe donnant plus communément à ceux qui font faits en plomb ou en bois, mais d’une forte épaiffeur, 3c alfemblée à queues (a).
- Il y a des bieres de plufieurs formes, favoir, à quatre pans, à cinq pans, 3c à fix pans. Celles de la fécondé efpece, repréfentées ( Fig. 14.), font les plus ordinaires ; celles à fix pans, repréfentées ( Fig- ij.), ne fervent guere que pour des fujets extrêmement gros ; & celles à quatre pans indiquées par la ligne /g, même Fig., ne fervent que pour les enfans ou de petits fujets, ou même par économie , car on économife fur tout.
- Les bieres fe conftruifent avec des voliges de peuples, attachées par leurs extrémités fur des morceaux de fapin ou tout autre bois d’un bon pouce d’épaiffeur; ces bouts, comme la Fig. if, font de différentes grandeurs, ce qui fait qu’on eft obligé de diminuer les voliges d’un bout à l’autre, non pas en ligne droite, mais bombée, afin que la biere foit évafée du milieu, pour que le fujet y foit aifément placé, non pas que cela ne foit très-indifférent pour ce même fujet, mais c’eft qu’il y a une efpece d’inhumanité , ou, pour parler plus juffe, d’indécence à fouler 3c même à brifer les membres d’un mort, pour le faire entrer dans fon cercueil, ce qui n’arrive cependant que trop fouvent, 3c cela par l’avarice ou la négligence des gens chargés de cette opération.
- Section II.
- Des Ouvrages de Layeterie venant à raris comme Marchandifes foraines ; de leurs formes, proportions & confruclions.
- Les ouvrages de Layeterie dont il me refte à parler, font les boîtes proprement dites, les pièges de différentes efpeces, 3c quelques autres menus ouvrages.
- Les boîtes font de deux efpeces ; favoir, les carrées, les rondes 3c ovales.
- Les boîtes carrées font conftruites en bois de goberge, dreffé fimplement à la plane, & rafé à bois debout avec des efpeces de grands cifeaux ; ce qui eft d’autant plus aifé à faire, que ce bois s’emploie prefque tout vert. Ces boîtes font apportées toutes ferrées au Bureau des Layetiers à Paris, où les Maîtres les lotiffent entre eux après qu’elles ont été vifitées 3c marquées au poinçon de la Communauté , ainfi que les autres marchandifes foraines.
- L A Y E T I E R,
- Il y a des boîtes de toutes grandeurs, depuis un pouce jufqu’à un pied 3c demi , 3c même deux pieds de longueur. Elles font toutes faites de la même maniéré, Sc avec de femblables bois, e’eft-à-dire du hêtre fendu en goberge, 3c font apportées par affortiment de fix, qui font toutes de grandeurs différentes, de maniéré que la plus grande des fix contient toutes les autres, qui, par ce moyen, fe trouvent enfermées dedans. Les Provinces qui fourniffent le plus de ces fortes de marchandifes , font la Picardie 3c la Champagne.
- Les boîtes rondes 3c ovales ( Fig. 17 <Sc 18.) viennent la plupart de la Franche - Comté. Elles font toutes faites en bois de fapin, 3c fe conf-truifent de deux maniérés différentes, favoir, avec des pointes ou liens de fer-blanc , nommés clous à tranchet, ou elles font fimplement collées. Le bois qui forme le pourtour de la boîte, eft très-mince , 3c n’a au plus qu’une ligne 3c demie d’épaiffeur. Pour les plus grandes boîtes qui ont quelquefois jufqu’à 18 pouces de longueur, 3c vont tout en diminuant jufqu’à 1 pouce, le bois qui forme les fonds, tant du deffus que du def-fous, eft un peu plus épais, fur-tout aux grandes boîtes, où il eft néceffaire qu’il foit affez épais pour pouvoir recevoir de petites chevilles, par le moyen defquelles on arrête le pourtour avec les fonds. En général, les boîtes dont je parle font faites en bois de fapin fendu au contre 3c fur la maille autant qu’il eft poflible, fur-tout pour les cherches ou bordures qui en forment le pourtour, lefquelles ne fauroient être d’un bois trop liant, 3c fur-tout d’une denfitéà peu près égale, pour qu’elles ploient également dans toute leur longueur.
- Ces boîtes font toutes faites en Province, comme
- je l’ai dit plus haut. Cependant il y a à Paris quelques uayeuers qui en îum , e en pourquoi je Vais
- donner ici une idée de leurs conftruftions, qui eft à peu près la même à toutes fortes de boîtes , quelle-qu’en foit la forme 8c la grandeur.
- Quand on veut faire une boîte, on comméhce par en tailler les fonds, c’eft-à-dire, lui donner la forme convenable, ce qui fe fait par le moyen d’une efpece de trufquin ou compas à verge, repréfenté (Fig. 20.), à l’extrémité duquel eft placé un fer mince 8c aigu qui fert à découper le bois. Quand on fait ufage de cet outil, on commence par arrêter la piece (Fig. 19.)fur l’établi, puis on place la pointe de la boîte A ( Fig. 20.) au centre de la piece ( Fig. 19.); 8c après l’avoir arrêtée à la diftance convenable ( c’eft-à-dire félon le diamètre que doit avoir la piece qu’on veut découper) , on appuie légèrement deffus de la main gauche, pour empêcher que la pointe ne fe décentre, 3c de la droite on fait mouvoir l’extrémité B où eft placée
- (<z) Les Menuifiers qui font en droit de faire ces dernieres efpeces de cercueils, font auffi des bieres, malgré l’oppofition des Layetiers qui leur ont long-temps difputé ( car fur quoi les Communautés ne difputent-t-elles pas? ). Enfin, après beaucoup de débats , & une laifie faite par ces derniers d’une quantité de bieres douées de toutes formes & grandeurs, intervint une Sen-
- tence qui déclara la faille bonne & valable , en faifant néanmoins main-levée des effets faifîs, & déclarant qu’à l’avenir les deux Communautés jouiroient conjointement du droit de faire des bieres clouées, afin qu’il n’y ait plus de contention pour rendre à l’humanité ce trifte & dernier fervice.
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- la lame , par le moyen de laquelle le fond fe trouve très-réguliérement découpé, 6c cela, d’autant mieux que le bois eft tendre 8c d’une épaiffeur peu con-fïdérable.
- Cette maniéré de découper les fonds des boîtes eft très-commode , ôc n’a d’autre défaut que d’être peu propre, à caufe du trou que la pointe de la boîte A ( Fig. 20.) fait au centre du fond, à quoi on peut remédier en changeant la forme du compas à verge, pour le faire femblable à celui qui eft repréfenté ( Fig. 21.). Ce fécond compas différé du premier , en ce que c’eft fa boîte C qui porte la lame à découper , 8c qu’au lieu d’avoir une pointe à fon extrémité D , le bois de la tige eft plus épais 8c plus large à cet endroit, 8c eft percé d’un trou rond, pour donner paffage au montant h i qui y entre librement, mais cependant affez jufte pour que la tige du Compas ne puiffe pas fe déranger en la faifant mouvoir autour.
- Ce montant a 4 à 5 pouces de longueur, 6c eft terminé à fa partie inférieure par une efpece de bafe qui fert à lui donner de l’empalement, 6c en même temps à retenir en place la pieee l m qu’on Veut découper , qui eft retenue fur l’établi E, ainft que le montant h i, par le moyen d’un valet dont la patte pofe fur la partie fupérieure du montant, comme on le peut voir dans cette Figure.
- Au moyen de ce compas, on peut découper les fonds fans qu’il y ait de trou à fon centre , 6c cet outil à encore l’avantage de couper le bois bien perpendiculairement, vu que fa tige étant très-large à l’endroit de l’œil ou trou-par où pàffe le montant h i, fon fer ne peut pas déverfer en dedans ni en dehors*
- Quand les boîtes font d’une forme ovale, les
- deux extrémités des fonds fe peuvent découper de la même maniéré, oc ic îcac au r. -c-:..
- avec le cifeau ou tout autre inftrument tranchant, à moins que , pour lés découper entièrement à l’outil, on ne conftruisît ce dernier comme une croix ou équerre mobile ; mais cet outil * quoique d’un très-bon ufage, deviendroit un peu compliqué 6c par conféquent cher, c’eft pourquoi on n’en fait pas ufage (a).
- Quand les fonds font difpofés , on fait les pourtours de la boîte, qui, comme je l’ai dit plus haut, font de bois très-mince, 6c fur-tout bien de fil, 6c dreffé à là plane comme tous les autres bois dé fente. On commence d’abord par les mettre à la largeur convenable ; après quoi, pour en déterminer la longueur^ on prend le pourtour du fond , 6c on ajoute à cette longueur ce qu’il faut que les deux extrémités de la cherche recouvrent l’une fur l’autre (ce qui eft plus ou moins confidérable, félon la grandeur des boîtes ) ; ce qui étant fait, on coupe la cherche de longueur, 6c on en aminci les deüx extrémités dans la longueur du recouvrement, pour que les deux épaif-
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- feurs debois ne deviennent pas trop COnfidêrabîéS * comparaifon faite avec le refte du pourtour de la boîte*
- On roule enfuite la cherche autour du fond-le plus jufte qu’il eft poffible, 5c en cet état on la faifit de la main gauche, après quoi on retire le fond 6c fans quitter la cherche, 6c on en arrête les deux extrémités par le moyen d’un tenon, comme on peut le voir à la Fig. 22.
- Le tenon ( Fig. 23.) n’eft autre chofê que demi, bouts de bois d’environ un pouce de largeur fur 8 à 9 lignes d’épaiffeur, 6c environ 1 pied de longueur, qui font attachés folidement enfemble par un bout, de maniéré cependant qu’on puiffe les écarter un peu l’un de l’autre pour pouvoir paffer la cherche entre *> 6c enfuite les lier pareillement de l’autre bout, pour tenir les extrémités de la cherche d’une maniéré fixe, 6c y mettre les clous à tranchet 5 comme je le dirai ci-après.
- On fait encore une autre efpece de tenon, rèpré-fenté ( Fig. 24.) , qui différé du premier en ce qu’au milieu de fa longueur il y a une vis F, par le moyen de laquelle on peut l’ouvrir 6c le fermer comme on le juge à propos. Les branches de ce tenon doivent être un peu écartées du haut , 8c creufes en dedans fur la longueur, afin qu’en ferrant la vis, elles faififfent 8c preffent également la cherche dans toute fa largeur. Cette forte de tenon eft très-commode pour monter les boîtes, tant celles qu’on colle, qüe Celles qui font clouées avec des clous à tranchet.
- Ces clous ne font autre chofê que des morceaux de fer-blanc mince , taillés un peu en diminuant d’un bout, comme celui repréfenté (Fig. 2$.).
- On place les clous à tranchet le plus près de l’extrémité extérieure de la cherche qu’il elt poffible ; i>. fuffcjui. pas fendre le bois de cette
- derniere, on en coupe les fibres à bois debout avec une efpece de cifeau ou bec d’âne très - mince, repréfenté ( Fig. 2 6. ).
- Après quoi on enfonce le clou environ jufqu’à là moitié de fa longueur, 8c on le reploie en dedans 6c en dehors , en l’appuyant fur le bout de là bigorne, repréfentée Pl. i. {Fig. 8.).
- Il faut toujours mettre deux clous, au moins fur la largeur de la cherche, 8c reployer les clous en dedans, oppofés l’un à l’autre, 6c la partie la plus large à l’extérieur de la cherché , comme on peut le voir à la Fig. 27.
- Quand les boîtes font d’une certaine grandeur^ On met trois ou quatre clous au joint de leurs cherchés, favoir, deux pour arrêter le bout extérieur à l’ordinaire , 6c les autres pour arrêter le bout intérieur.
- Quand la cherche ou pourtour dé la boîte eft ainfi terminée, on y place le fond, qu’on arrête enfuite, foit avec des petits clous d’épingle , ou, ce qui eft le plus en ufage, avec des chevilles de
- (a) Comme on ne fait pas de ce's fortes de boîtes à Paris, je c’eft que de toutes les boîtes ovales que j’ai examinées, les fonds
- n’ai pas été à portée de favoir au jufte fi on avoir des outils propres étoient contournés au cifeau, du moins par les côtés,
- a découper leurs fonds : fi donc je dis qu’on n’en fait pas ufage,
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- fapin qui paffent au travers de la cherche, & entrent un peu à force dans l’épaiffeur du fond où on fait des trous pour les recevoir ; & pour ne pas faire fendre les cherches ? on y fait des petites mortaifes carrées à l’endroit de chaque trou, pour laifler palier la cheville, dont la tête ou extrémité fupérieure eft aufii carrée.
- Le couvercle de la boite le confirait de la même maniéré que le dellous ou partie principale, à l’exception que Ion fond doit être plus grand que celui de deffous de l’épailleur de la cherche de ce dernier, plus le jeu néceffaire qui, cependant, doit être très-peu confidérable, afin que le couvercle tienne mieux en place 8c ne puiffe pas s’ouvrir feul. Il faut cependant obferver qu’il y a des boîtes dont l’intérieur , tant du corps que du dellous, 8c le couvercle doivent être garnis dé papier ; ce qui oblige à y laif-fer un peu plus de jeu qu’aux autres, afin que ce dernier ne fe déchire pas en ouvrant ou en fermant la boîte.
- Les petites boîtes ne font pas clouées, mais on les colle tant à l’endroit du joint de leurs cherches que de leurs fonds avec ces dernieres. 11 y en a même de grandes qui viennent d’Allemagne, qui font ainfî collées, 8c qui font faites avec toute la propreté 8c la précifion pollibles , 8c où, pour folidifier le joint des cherches, on y met, après qu’elles ont été collées, des liens faits avec des copeaux d’érable très - minces, qui paffent trois fois au travers de l’épaifieur de la cherche 8c y font collées , comme on peut le voir aux Fig. 28 8c 2p.
- En général, il faut que le fond des boîtes foit fait avec du bois très-fec , parce que fi cela n’étoit, il fe retireroit après avoir été pofé en place; ce qui les feroit féparer du corps de la boîte, ou y feroit, du moins par partie , des jours très-défagréables à voir.
- Quant aux cherches, c’eft tout le contraire, car il faut que le bois dont on les fait foit employé vert, afin qu’il ploie plus aifément, fuivant le contour de la boîte, 8c qu’elles ne fe fendent pas en les travaillant ; ce qui arriveroit néceffairement fi on ne prenoit pas la précaution de prendre du bois vert, ou bien , s’il étoit un peu fec , de le mouiller avant (que de le mettre en oeuvre , ce qui vau-droit peut-être encore mieux.
- Les boîtes rondes & ovales font de toutes grandeurs , 8c on les apporte à Paris comme les carrées, c’eft-à-dire, par affortiffement de fix qui font enfermées les unes dans les autres, & qui par confisquent diminuent toutes de grandeur, comme je l’ai dit ci-deffus en parlant des boîtes carrées.
- Pl. 7. Les pièges dont il me refte à traiter, font des efpeces de petits meubles de très-peu de confé-quence, mais d’une très-grande utilité, fur-tout pour les gens de la campagne 8c du commun des Villes, parce qu’ils n’habitent pour l’ordinaire que des mai-fons vieilles ou mal-propres, où ils font continuellement expofés aux ravages des rats 8c des fouris, qu’il leur eft par conféquent très-important d’empêcher; ce qui ne peut être que par la deftru&ion de ces efpeces d’animaux, qu’on ne peut prendre qu’en
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- leur tendant des pièges ou en les faifant prendre par des chats. Mais, il y a des lieux, comme les endroits où on conferve la nourriture, ou dans lefquels on emmagafine des chofes auxquelles les chats feroient autant de tort que les animaux qu’on veut détruire par leurs moyens, foit par leur voracité naturelle ou par leurs mal-propretés, où l’on doit quelquefois préférer les pièges dont je vais faire la def-cription.
- La Fig. 1 de cette Planche repréfente une ratiere de la grande efpece ; c’eft une efpece de boîte longue d’environ 14 à 15 pouces & de d à 7 pouces en carré. Un des bouts de cette boîte eft percé d’une ouverture garnie de gros fils de fer en forme de grille, comme on peut le voir dans cette Figure, 8c dans la Fig. 3 qui repréfente la ratiere vue du côté de cette ouverture.
- L’autre extrémité de la ratiere eft ouverte dans toute fa largeur , pour donner pafîage à l’animal qu’on veut prendre, 8c fe ferme par le moyen d’une porte a b ( Fig. 2.), laquelle glifTe à coulifife entre deux montans placés perpendiculairement aux deux côtés de la boîte. Cette partie eft retenue ouverte , ou, pour mieux dire, levée par le moyen d’un crochet de fer c, qui entre dans une entaille faite à environ la moitié de l’épaifieur de cette derniere.
- Ce crochet c eft attaché à un montant ou garot, dont la partie fupérieure entre dans une corde qui pâlie au travers de l’épaifieur des deux montans. Cette corde eft double, 8c eft tordue à l’extérieur des montans, par le moyen de deux petits morceaux de bois avec lefquels elle eft attachée, de maniéré qu’elle fert de reflort pour faire appuyer le garoç d e contre la porte, 8c pour le retenir en place.
- A l’autre extrémité de la ratiere, à environ deux pouces de la grille, eft placé un levier ou bafcule Aa crrtn m - r__ y"0 7 1—" —— <*“*U un trou
- fait au defîiis de la boîte, dans lequel il fe meut librement, & y eft retenu par le moyen d’un axe qui pafle à travers du noeud ou oeil que forme le repli du levier 8c du trou du defliis de la boîte, fur les bords defquels cet axe eft attaché.
- L’extrémité fupérieure/du levier eft terminée par un oeil, dans lequel eft;arrêté un bout de fil de fer qui correfpond au bas du garot de où il eft pareillement attaché , de forte que quand l’animal, attiré par l’odeur de l’appât placé à l’extrémité inférieure du levier en g, entre dans la ratiere pour manger cet appât, il fait effort pour le tirer à lui, ce qui fait mouvoir la partie fupérieure du levier en arriéré, & par ce moyen dégage le crochet c du garot qui foutient la porte de la ratiere, qui alors tombe toute feule par fon propre poids, 8c enferme l’animal dans la ratiere.
- Comme les rats font ordinairement très - vigoureux , 8c qu’il y auroit à craindre qu’à force de travail ils ne parvinffent à lever la porte, il y a à la partie fupérieure de cette derniere une entaille femblable à celle du bas, dans laquelle entre le crochet c, dont le deffous butte contre la porte 8c l’empêche de fe relever, comme on peut le remarquer aux Fig. 1, 2 8c 3.
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- L’A R T DU LÂYETIË Ri
- L’intérieur de la ratiere, du côté de la grille, eft garni en fer blanc ou en tôle, parce que li on ne prenoit cette précaution , les rats déchireroient le bois , 8c parviendroient à fe fauver par ce moyen* On prend aufïi des chats avec ce même piège, qu’on fait alors plus grand que celui-ci, mais qui au refte eft conftruit de la même maniéré ; toute la différence qu’il y a, c’eft qu’on les nomme chatieres. Les Fig. 4 & 5 repréfentent une fouriciere nommée fou-riciere à bâton* Elle différé de la ratiere dont je viens de parler, non feulement par la grandeur , mais encore par la maniéré dont fa porte eft fuf-pendue , encore qu’elle ouvre perpendiculairement comme à cette derniere.
- La porte de la fouriciere à bâton eft fufpendue par le moyen d’une corde attachée d’un bout au milieu de fon extrémité fupérieure, & de l’autre à un bâton, ou balancier porté par une fourchette de bois plantée à peu près au milieu du deffus de la fouriciere ; & pour que cette porte ne fe dérange pas îorfqu’elle hauffe ou baiffe, il y a à fon extrémité inférieure deux pitons dè fil de fer, dans lefqueis gliffent deux barreaux de même matière , qui tra-verfent la fouriciere dans toute fa hauteur, comme on peut le voir à la Fig* j , qui repréfente cette derniere, vue du côté de la porte*
- Quand on veut tendre cette forte de fouriciere,
- on fait defcendre le balancier du côté du levier de
- fil de fer, dont l’extrémité a un petit crochet qui
- arrête ce dernier, qui, en cet état, tient la porte
- fufpendue; & quand l’animal vient à tirer l’appât
- qui eft attaché à l’autre extrémité du levier, le
- crochet gliffe de deffus le bout du balancier, 8c la
- porte tombe 8c ferme la fouriciere, où la fouris fe
- trouve nrife.
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- La porte ainfi fermée ne peut plus s’ouVrir, quelques eltOrtS qUC fafïv-. 1 ~ Umit A a
- la bafcule, auquel la porte eft attachée, aune petite entaille qui vient butter contre le deffus de la porte, qui, pour cet effet, eft abattu en chanfrein , comme on le peut voir à la Fig. 4, 8c encore mieux à la Fig. 6, où j’ai repréfenté plus en grand la bafcule dans ces deux fîtuations, c’eft - à - dire , quand la porte eft levée, 8c Iorfqu’elle eft abaiffée & retenue en place par l’extrémité de la bafcule ; voyez auffi la Fig. 7, qui repréfente cette même bafcule , vue de face*
- La Fig. 8 repréfente une autre efpece de fouriciere , nommée fouriciere à bafcule, 8c cela à caufe d’une ouverture pratiquée dans le milieu du deffus, laquelle eft remplie par une trape pofée en bafcule , 8c qui fe meut autour de deux tourillons de fil de fer, par le moyen defquels elle eft arrêtée en place; au devant de cette trape, c’eft-à-dire, du côté qu’elle entre, dans la fouriciere il y a une efpece de petite enceinte fermée de trois côtés, 8c recouverte en deffus dans environ un pouce 8c demi de largeur. Cette enceinte affleure bien exactement l’ouverture de la trape , afin que lorfque la fouris vient à marcher fur la trape pour prendre l’appât attaché au crochet h ( Fig. 9. ), elle ne trouve rien qui puiffe l’empêcher de tomber dans la fouriciere où elle fe
- M
- trouve enfermée, la trape fe refermant d’elle-même , à quoi elle eft obligée par le poids de fa partie fupérieure , qui étant plus longue que l’autre , eft par confisquent plus pefante.
- Le deffous de la partie de la trape qui n’ouVre pas, du moins en dedans de la fouriciere , eft bouché par une petite planche fur laquelle la trape vient fe repo-fer, 8c on tient cette planche affez large du devant, pour empêcher que la trape n’ouvre perpendiculairement, 8c pour, que cette derniere , en frappant deffus, acquière de la force pour retomber à fa place, où on la retient par le moyen d’un crochet placé fur le bord de l’ouverture de la trape , comme on le peut voir à la Fig. 8.
- Les tourillons qui portent la trape, foiit de fil de fer ; ils entrent au milieu de fon épaiffeur., 8c fail-liffent d’environ 3 lignes de chaque côté. Ges tourillons entrent en entaille dans le deffus de la fouriciere , 8c font retenus en place par les deux côtés de l’enceinte de deffus, comme on peut le voir à la Fig. 10.
- A l’extrémité oppofée de la grille de la fouriciere, il y a une porte par laquelle on retire la fouris* Cette porte eft ferrée avec des charnières de fil de fer, 8c arrêtée avec un crochet à l’ordinaire.
- Quelquefois au lieu de charnières, on fe contente d’y mettre deux pointes, l’une au deffus 8c l’autre au deffous de la fouriciere qui y forment des efpeces de pivots; dans ce cas, il faut abattre en chanfrein l’arête extérieure de la porte, pour en faciliter l’ouverture.
- Dans ce dernier cas, il faut que le côté de la fouriciere qui porte la porte, ou du moins où les pivots font pofés, foit plus long que l’autre de l’é-paiffeur de cette derniere, c’eft-à-dire la porte.
- La Fig, 1 1 repréfente une autre forte de piège, tinmfnA qnKtra C-ki Æ W KJXA. fûre-guette. C’eft une efpece de boîte plate de 6 à 8 pouces en carré, laquelle a des rebords d’environ 2 pouces de hau^ teur du devant, 8c environ un tiers moins fur le derrière. En dedans de cette boîte eft placée une trape qui y entre toute en vie 8c même avec un peu de jeu. Cette trape eft adhérente au rebord du derrière de la boîte qui eft un peu large, ôc cela par le moyen de deux charnières, qui, le plus fouvent par économie, ne font autre chofe que deux morceaux de cuir attachés fur l’une 8c fur l’autre piece.
- Aux deux côtés 8c fur le devant de la boîte s’élèvent deux montans d’environ 8 pouces de hauteur qui vont en s’évafant du haut, 8c dont l’écart eft entretenu par une traverfe un peu large, au deffous de laquelle paffe une corde torfe en dehors comme à la chatiere {Fig. 1.). Du milieu de cette corde fort un garot un peu large par fa partie inférieure, lequel appuie fur la trape Iorfqu’elle eft levée , 8c vient s’appuyer contre un rebord placé à l’extrémité extérieure de cette derniere Iorfqu’elle eft abaiffée.
- La longueur du garot doit être telle, que quand la trape eft abaiffée il porte immédiatement deffus, du moins à une ligne ou deux près , afin qu’elle en puiffe plus fe relever qu’en repouffant le garot en
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- arriéré. Au rebord du devant de la boîte il y a une entaille un peu évafée du haut, dans laquelle paffe la tige d’une croix qui eft attachée avec une ficelle par l’autre bout, vers le milieu de la boîte, comme on le peut remarquer à la Fig. 12, qui repréfente cette croix & la boîte toute découverte. Au milieu de la traverfe qui tient l’écart des deux montans, eft attachée une ficelle, dont l’autre bout retient un petit étréfillon de bois, dont les extrémités font abattues à vives arêtes fur le plat ; cet étréfillon a environ un pouce ôc demi de longueur, ôc fert à foutenir le poids de la trape par fon bout fupérieur, & eft arrêté de l’autre dans une entaille faite à l’extrémité Ôc fur le plat de la branche excitante de la croix , comme on le peut voir à la Fig. 11.
- Quand on veut faire ufage du quatre de chiffre, il faut avoir foin que la corde qui tient l’étréfillon foit d’une longueur fuftifante , pour que quand l’étréfillon eft placé defious la trape, il la tienne élevée au moins d’un pouce Ôc demi au deffus du rebord de la boîte. La trape étant ainfi levée, on hauffe le bout de la croix pour y faire entrer le bout inférieur de l’étréfillon qui s’y arrête de lui-même , vu que le poids de la trape & du garot qui appuie fur fon autre bout, forme un levier auquel la corde fert de point d’appui. Tout étant dans cet état, lorfque la fouris entre dans la boîte & monte fur une des parties de la croix à laquelle l’appât eft attaché, elle fait infailliblement bailler cette dernière, ôc par conféquent échapper l’étréfillon, qui, n’étant plus arrêté par fa partie inférieure, tourne ôc lailfe tomber la trape fous laquelle la fouris fe trouve écrafée, ou du moins prife de maniéré qu’elle ne peut pas s’échapper.
- La Fig. 13 repréfente une efpeçe de fouriciere nommée panier. Elle eft compofée d’une petite planche d’environ 6 pouooo en ^ 1 n qi 1 /-*I1 a
- eft arrêtée une efpece de cage de fil de fer de 3 à 4 pouces de hauteur , d’une figure à peu près hémif-phérique, applatie du defius, au milieu duquel eft ob-fervé un trou rond, dans lequel eft placé une efpece de nafe ou herfe ronde par fon plan, ôc dont le diamètre va un peu en diminuant à fon extrémité inférieure, où elle n’a qu’environ 6 à 8 lignes de diamètre, ce qui eft fuftifant pour donner pafifage à une fouris, vu que Les fils de fer qui compofent cette herfe font très-fins &aiguspar le bout, ce qui les rend plus aifés à ployer , quoiqu’on ne les faflfe pas recuire, pour qu’ils confervent mieux leur élafticité, Ôc faftênt par conféquent reffort quand la fouris fait effort pour entrer dans le panier. Quelquefois il y a deux herfes, l’une placée en deffus ôc au centre du panier, ôc l’autre en bas Ôc fur le côté, comme à la Fig. 14 , ce qui ne fait aucun changement à la conf-trudion de ce dernier, fi ce n’eft que l’ouverture de cette nafe ou herfe interrompt le cours des fils de fer horizontaux qu’on eft obligé de rompre ou de coucher à cet endroit, ainfi que celui de la porte qui eft faite avec un petit morceau de tôle ou de fer blanc. Cette porte eft attachée d’un bout avec un lien de fil de fer qui lui fert de charnière, ôc eft arrêtée de l’autre par un crochet aufli de fil de fer
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- qui entre dans l’intérieur de la cage, & qui eft ployé de maniéré qu’il fait reffort contre le montant fupérieur fur lequel il porte.
- Le corps du panier eft compofé de fix ou huit montans de moyen fil de fer ployé félon la courbure de ce dernier, comme à la Fig. 14. L’extrémité fupé-rieure de ces montans s’accroche dans le premier cercle de la nafe, ôc par le bas ils entrent dans des trous faits jufqu’à environ les deux tiers de l’épaif-feur de la planche, ôc y font arrêtés par des liens de fil de fer très-fins ôc recuits, qui paffent en deffus de cette derniere. Ces liens doivent être d’une longueur fuftifante pour pouvoir arrêter les fils de fer horizontaux qu’ils entourent ainfi que les montans, comme on le peut voir dans cette Figure. Les fils de fer qui forment le pourtour du panier font moins gros que les montans, ôc ils forment au pourtour de ce dernier une hélice qui vient fe terminer à l’ouverture du deffus où on l’arrête.
- Cette efpece de fouriciere n’a pas befoin d’être tendue, les fouris s’y enferment d’elles-mêmes, ou y demeurent le corps pris dans les pointes des herfes, dont on ne peut les retirer qu’en les forçant d’entrer dans le panier , fans quoi on courroit rifque de rompre ces pointes, ôc par conféquent de gâter la fouriciere.
- La Fig. 15 repréfente une autre fouriciere nommée billot ; ce n’eft qu’un morceau de bois, dans un des côtés duquel eft un trou ( Fig. 16.) de 15 à 18 lignes de diamètre, ôc environ 3 pouces de profondeur. Sur le devant du billot ôc perpendiculairement au trou, il y a une mortoife de deux lignes d’é-paiffeur ôc 20 lignes à 2 pouces de longueur. Cette mortoife paffe au travers de l’épaiffeur du billot, Ôc fert à paffer un anneau de fil de fer attaché au bout d’un reffort, dont je parlerai ci-après.
- Uu uuuix»uviiun u lignes apres 13 mortoife, font verticalement placés deux barreaux de fil de fer qui interceptent l’ouverture de ce dernier, de maniéré que la fouris ne peut pas paffer entre eux ôc les côtés du trou, ôc qu’il ne fe trouve d’efpace libre qu’entre ces barreaux, comme on le peut voir aux Figures 16 ôc 17. Dansl’efpace qui refte entre la mortoife ôc ces barreaux, il y a deux trous de vrille, diftans de 5 à 6 lignes l’un de l’autre, lesquels paffent au travers de l’épaiffeur du billot, afin d’y pouvoir paffer le fil avec lequel on tend le reffort.
- Le reffort du billot eft un morceau de gros fil de fer qui entre d’un bout dans le derrière du billot, où il eft arrêté par un crampon de même matière placé un peu plus haut. Au deffus du billot, il eft replié deux fois fur lui-même, en forme d’anneau d’environ un pèuce de diamètre , afin d’en augmenter î’élafticité Ôc qu’il faffe mieux reffort, Ôc fa partie Supérieure eft terminée par un crochet qui porte l’anneau de fil de fer dont j’ai parlé ci-deffus.
- Quand on veut tendre cette forte de fouriciere, on fait ployer le reffort jufqu’à ce que l’anneau qui eft fufpendu au bout foit entièrement caché dans fa mortoife, ôc laiffe libre l’ouverture du trou ; le reffort étant ainfi ployé, on le retient en cet état par un fil à coudre, qui paffe par les deux trous de
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- Vrille percés en travers de l’épaiffeur du billot, 6c noués en deffus du reffort.
- Comme ce fil paffe à peu près dans le milieu du trou du billot, il en bouche l’ouverture, de maniéré que quand la fouris vient pour prendre l’appât placé au fond du trou 6c au delà des batreaux de fer, elle trouve les deux brins de fil qui l’empêchent d’avancer; alors elle coupe le fil, & fi-tôt qu’il eft rompu, le reffort fe redreffe 6c fait monter l’anneau, qui venant à rencontrer la fouris, la faifît par le travers du corps, & la preffe contre la partie fupérieure du trou, laquelle eft armée de deux ou trois pointes de fer qui entrent dans le corps de la fouris, 6c l’empêchent de s’échapper, quelques efforts qu’elle faffe.
- Il y a des billots doubles,triples, quadruples, 6cc, c’eft-à-^dire qui ont deux , trois & quatre trous, 6c même davantage, pour prendre autant de fouris en une même nuit. Ces billots ne different de celui-ci que par la grandeur, leur conftruétion étant d’ailleurs la même.
- La Fig. 18 repréfente une fouricierè nommée planchette. C’eft une petite planche d’environ 7 à 8 pouces de longueur ôc 4 de largeur, au milieu 6c fur le plat de laquelle eft attaché un autre morceau de bois d’une longueur à peu près égale , 6c de 6 à 7 lignes d’épaiffeur. Ce morceau a environ 3 pouces de largeur , 6c eft entaillé en deffous, dans fa partie antérieure, à la longueur de trois pouces.
- Aux deux côtés de ce morceau de bois font attachées les deux extrémités d’un reffort de gros fil de fer fait en forme de collet, comme on le peut voir ( Fig. 19. ), où il eft vu à plat. Au milieu de ce collet eft attaché une ficelle qui, de fon autre bout, tient à un petit étréfillon de bois, d’une longueur fufti-fante pour être compris entre le deffus du morceau de bois 6c le crochet du levier ou bafcule de fil de fer où on atta^iie 1 appau o>~/i iv m^v,, étréfillon qu’on tend ce piège-, parce que la corde
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- qui y eft attachée au reffort ou collet 6c a l’étréfillon , n’a de longueur que ce qu’il faut pour que quand l’étréfillon eft à fa place, le collet fe trouve éleve d’un bon pouceau deffus de la planchette, afin que la fouris puiffe paffer entre les deux, pour prendre l’appât attaché au bout du levier de fil de fer, qui, au moindre mouvement, s’échappe de deffus le bout de l’étréfillon, qui n’étant plus retenu, eft entraîné par le collet qui tombe avec violence fur la planchette 6c y arrête la fouris, & même l’étouffe quand il la faifît par le milieu du corps. De plus, le deffus de la planchette eft armé de cinq ou fut pointes de fer placées à l’intérieur du reffort, qui fervent encore à l’arrêter, fuppofé qu’elle ne fut pas fuffifamment prife par ce dernier. Voilà à peu près le détail de tous les ouvrages de Layeterie, tant ceux que les Layetiers fabriquent eux-memes, que ceux qu’ils tirent du dehors. Quant à ces derniers , je me fuis plus attaché à en décrire la forme 6c les ufages , qu’à ce qui eft de leurs conftruétions proprement dites, parce que la maniéré de conf-truire ces derniers ouvrages ne différé guere de celle des autres, 6c que les outils qu’on y emploie font à peu près les mêmes, excepté cependant ceux propres à faire les boîtes rondes 6c ovales dont j ai parlé ci-deffus, 6c ceux avec lefquels on fait des trous pour placer le fil de fer, lefquels ne fe font pas avec des vrilles, mais avec des petits forets ou tournets , femblables à ceux dont les Oifeliers font ufage pour la conflru&ion de leurs cages de différentes fortes.
- Je ne m’étendrai pas davantage au fujet des ouvrages de Layeterie, parce que ce détail feroit inutile , ce que j’en ai dit jufques ici étant très-fuffifant pour donner une idée juftè 6c précifé de cet Art qui
- d’ailleurs eft peu confidérable (a) „ 6r nui, ainft que du Twuintui vu t/ui*, d été réuni a celui du
- Menuifier, par l’Edit du mois d’Août 1776.
- (a) On obfervcra que j’ai été aidé, dans la Defcription de cet tous les fervices qui déjpendoïent de lui, afin de donner à cette Art, par M. Landru, Maître Layetier, rue Saint-Jacques, vis- Defcription l’exaétitude & l’étendue dont elle pouvoit être fuf-à-vis l’Hôtel de la Couture, près Saint-Benoît, lequel m’a rendu ceptiblc.
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- EXTRAIT DES REGISTRES
- de l’Académie Royale des Sciences.
- Du 29 Mars 1775.
- pMcai
- nea
- L’Art du Laÿrtirr , par le Sieur Roubo fils > Maître Menuifier à Paris, AJfiocïé
- Honoraire de la Société' des Arts de Geneve.
- CIbt Art eft, en quelque façon, un diminutif ÔC une fuite de celui du Menuifier : il eft même probable qu’anciennement ils ne laifoient qu’un même Corps ; mais aujourd’hui les Layetiers forment à Paris une Communauté particulière qui eft mêsme affez ancienne. Leurs ouvrages font fimples, ils ne font point affemblés a tenons 6c mortoifes, les planches font pofées à plat joint, fans languettes ni rainures \ leurs ouvrages 11e font point décorés de moulures ; les clous , quelquefois les vis en bois , des équerres de tôle, ou qu’on forme avec des bouts de cerceaux de futailles qu’on plie en forme d’équerre, c’eft à quoi fe réduifent tous leurs afTemblages. Ainfî ils n’emploient pas , a beaucoup près, autant d’outils que les Menuifiers 5 mais ceux dont ils fe fervent, font femblabies à ceux des Menuifiers : l'établi ôc tout ce qui en dépend , les fcies à refendre, celles à débiter ou a tourner , des rabots , des villebrequins, des vrilles, des marteaux , des tricoifes, Scc., tous ces (outils different peu de ceux des Menuifiers.
- Leurs principaux ouvrages font des caiffes pour emballer des marchandifes quelquefois délicates ôc cafuelles ; de forte que l’adreffe & l’induftrie des Layetiers confiftent principalement à faire ces emballages de façon que les effets ne courent point riffque d’être brifes dans le transport , il y a des cas où l’intelligence de l’Ouvrier fe fait appercevoir. Ils vendent en outre quantité de boîtes ôc de coffrets qui fonr affemblés avec des pointes, dont les charnières font faites avec du fil.de fer ou de cuivre, ôc les fermetures avec des crochets. Il eft vrai que pour ces fortes d’ouvrages , ils font plutôt Marchands qu’Ouvriers , la plupart leur étant apportés par des Marchands forains. Mais quand ceux qu’on leur demande fortent des formes les plus ordinaires , ils font obligés de les faire eux-mêmes, ainfî ces ouvrages font partie de leur métier.
- Quoi qu’il en foie, le fieur Roubo a divifé fon Ouvrage en deux Chapitres, qui font fubdivifés en plusieurs articles qu il nomme Seéfcions, ôc les Sections en quelques Paragraphes.
- Dans le Chapitre premier, il s’agit des bois ôc des outils qui fervent à la conftruétion des ouvrages de Layeterie confidérés en général. Dans la première Se&ion , on détaille les bois-propres aux ouvrages de Layeterie, de leurs différentes qualités ôc de leurs ufages. Dans la fécondé Se&ion , l’Auteur décrit les outils qu emploient les Layetiers, il explique enfuite , dans deux Paragraphes, la maniéré de travailler les bois relativement aux ouvrages des Layeterie , ôc les ferrures propres à ces ouvrages, la maniéré de les conftruire ôc de les pofer, car ce font eux qui les font.
- Dans le fécond Chapitre, M. Roubo traite des ouvrages de Layeterie qu’on divife en deux cîaffes qui font le fujet^de deux Se&ions ; il parle, dans la première, des ouvrages que les Layetiers de Paris conftruifent eux - memes ; de leurs formes, proportions ôc conftruéfcions : dans la fécondé Seéfcion, il s’agit des ouvrages de Layeteuc qu on apporte à Paris, comme marchandifes foraines : de lèpre formes, proiwrirms ôc confl-mAions. Tout cela eft expofé très - clairement : ainfî nous jugeons que ce petit Art peut paroître dans la fuite de ceux de l’Académie.
- Ce 19 Mars 1775 , Duhamel du Monceau.
- J e certifie l'Extrait ci-tfeffus conforme a fon original, ôc au Jugement de l’Académie. A Paris, le 15
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- Avril 1775.
- Grandiean Defouchy, Secrétaire Perpétuel de l’Académie Royale des Sciences.
- TABLE DE L’ART DU LAYETIER.
- Chapitre PREMIER. Des bois & des outils fervant cl la conflruction des ouvrages de Layeterie en général. _ Page 1
- Se CTion PREMIERE. Des bois propres à la conflruâion des ouvrages de Layeterie, & de leurs différentes qualités & ufages. . „ %
- Section IL Des outils des Layetiers Z de leurs formes & ufages. ibid.
- §. I. De la maniéré de travailler les bois relativement aux ouvrages de Layeterie. p
- §. II. Des ferrures des ouvrages de Layeterie $ maniéré de les conjlruire & de les pofer. 10
- CHAPITRE II. Des ouvrages de Layeterie en général. j^ *
- Section première. Defcripùon des ouvrages que les Layetiers de Paris conflruifent eux-mêmes/ leurs formes, proportions & conjlruclions.
- Section II. Des ouvrages de Layeterie venant à Paris, comme marchandifes foraines $ de leurs forâtes , proportions & conflruclions. 22
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