Descriptions des arts et métiers
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- PREMIERE PARTIE.
- Par M. Jean-Jacques Perret, Maître C outelier de Paris.
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- M. DCC, L XXI.
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- Extrait des Regiflres de l’Académie Royale des Sciences.
- Du 27 Avril 1771.
- A Defcription de l’Art du Coutelier qui îa été préfentée à l’Académie par M. Perret , Maître Coutelier de Paris , ôc que nous avons été chargés d’examiner, eft divifée en trente-trois Chapitres.
- Il s’agit dans le premier des différentes fubftances qu’on emploie pour polir les ouvrages de Coutellerie : l’Auteur explique comment on doit les pulvérifer , pour en faire ce qu’on nomme des Potées très-fines, ôc il parle d’abord de celles qui font propres à polir l’Ivoire, l’Ecaille, la Corne, ôc les différents Bois dont on fait les Manches : ces fubftances font, la Moulée, le Charbon, le Blanc d’Efpagne, le Tripoli ôc la Pierre-Ponce. Il traite enfuite des Potées propres à polir les Métaux, qui font, l’Emeri, la Potée d’étain, le Rouge d’Angleterre, ôc la Potée d’acier, qui eft de l’invention de M. Perret, ôc Qui, éfant ©mplc*y^c convenablement , eft plus propre que toute autre à donner à l’acier un poli noir.
- On trouve dans le fécond Chapitre une énumération de toutes les fubftances que les Couteliers emploient pour faire des Manches, la Corne de différents animaux, le Bois de cerf, l’Ecaille de tortue, la Baleine, les Bois de couleur, l’Ivoire, la Nacre de perles ; ôc il indique le choix qu’on doit faire de ces fubftances fuivant différentes circonftances.
- Dans le troifieme Chapitre, M. Perret paffe en revue tous les Métaux qu’emploient les Couteliers, le Plomb , le Cuivre, le Fer, 1 Acier, l’Argent ôc l’Or, Ôc il indique l’ufage qu’on en doit faire.
- Dans le quatrième Chapitre , on trouve dans le plus grand détail tout ce qui concerne l’établiffement de la Forge, de l’Enclume , ôedes Outils qui dépendent de l’unôc. de l’autre ; à quoi il a ajouté des inftruêtions pour donner une bonne chaude , ôc pour bien forger.
- La Meule eft un infiniment bien nécef-faire à un Coutelier. C’ell pourquoi dans le cinquième Chapitre M. Perret s’étend beaucoup fur le choix des bonnes Meules ; ôc il fait appercevoir qu’il en faut de différents grains ôc de différentes grandeurs: il explique toutes les précautions qu’il faut prendre pour les bien monter, les proportions qu’il faut obferver entre la grande Roue ôc les Poulies ajuftées à l’arbre de la Meule, comment on doit tourner ôc arrondir la Meule, les moyens de prévenir les accidents qui peuvent bleffer, même tuer les Emouleurs: il paffe enfuite aux PoÜffoires ; il explique comment
- il faut les faire, les entretenir en bon état, les dégraiffer lorfqu’eiles ne font plus leur devoir : enfin quelles font les différentes fonctions des Tourneurs de Meule ; ôcà cette oc-cafion, comment on doit réunir les bouts d’une corde de boyau, de forte qu’elle foit comme fi elle étoit d’une feule piece.
- Quand un tranchant a été formé fur la meule , il faut le finir fur une Pierre, ce qu’on appelle affiler ; Ôc à cette occafion M. Perret expofe quelles font les différentes ef-peces de Pierres dont fe fervent les Couteliers , les cas où il convient de fe fervir des unes ôc des autres, ôc la maniéré de les travailler , pour les mettre en état de fervir. Tout cela eft rapporté dans le fixieme Chapitre.
- Après avoir détaillé ce qui regarde les différents inftrumens dont fe fervent les Couteliers , le leptieme Chapitre eft deftiné à l’établiffement de la Boutique, où chaque chofe eft dans la place qu’il convient.
- Outre les principaux Outils, il y en a encore qui font deftinés pour certains ouvrages ; ôc c’eft de ceux-là dont il s’agit dans le huitième Chapitre.
- Les neuvième, dixième Ôc onzième Chapitres font deftinés à expliquer comment il faut débiter avec économie les Bois de couleur , les Cornes, les Bois de cerf, l’Ivoire , l’Ecaille, la Baleine, la Nacre, enfin les matières qu’on emploie pour faire les manches de différents inftruments, moyennant quoi un Oifvrier intelligent gagne, où un autre perd.
- La partie la plus effentielle des inftruments de Coutellerie eft faite avec le fer & l’acier; c’eft pourquoi on explique dans le douzième Chapitre quelles chaudes conviennent aux fers ôc aux différents aciers ; comment on doit les forger ; la maniéré de corroyer ces métaux ôc de faire de bonnes Etoffes: ce qui eft un point très-important pour plufieurs inftruments tranchants.
- Il s’agit dans le Chapitre treizième de la maniéré de bien limer ; Ôc à cette occafion, comment doivent être faits les Etablis, ôc de la pofition des Etaux.
- La bonté d’un infiniment tranchant dépend de la nature de l’acier, chacune devant avoir différentes deftinations ; mais de plus ils doivent être trempés fuivant leurs différentes qualités, ôc auffi leur donner des recuits convenables. Tout cela eft détaillé dans le quatorzième Chapitre.
- Quand on a beaucoup d’ouvrage d’un même genre ôc d’une même grandeur à faire,
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- on épargne bien du temps en faifant des modèles, comme on l’explique dans le Chapitre quinzième.
- On dit dans le Chapitre feizieme comment il faut difpofer les meules & les polif-foires, 6c comment il faut tenir fur la meule chaque inftrument différent , comme Couteaux, Cifeaux, Rafoirs, Canifs, Grattoirs, 6c c : on explique enfuite dans le dix-feptieme Chapitre la maniéré d’affiler ces fortes d’inf-truments.
- Les Couteliers ornent leurs ouvrages avec l’or & l’argent ; e’eft pourquoi on rapporte dans les dix-huit, dix-neuf & vingtième Chapitres la maniéré de fondre 6c de füuder ces Métaux.
- Dans le Chapitre vingt-unieme M. Perret explique particuliérement la maniéré de faire les Poinçons, les Fufils à repafïer les Couteaux , les Grattoirs , les Canifs, les Coupe-cors , & particuliérement les Canifs où il fe i°ge dans le manche un Poinçon êc un Grattoir.
- M. Perret expofe au Chapitre vingt-deuxieme la maniéré de faire dix efpeces de Couteaux fermants ; & dans le Chapitre vingt-troifieme, fix efpeces de Couteaux à gaine.
- Ce qui regarde les Couteaux eft terminé dans le Chapitre vingt-troifieme ; & l’on explique la façon d’incrufter en or ôc en argent les Manches d’ivoire 6c de nacre , 6c ceux en bois, en Burgos au Chapitre vingt-quatrieme.
- M. Perret paffe enfuite à ce qui regarde les Cifeaux , ôc dans le vingt-cinquieme Chapitre on trouve la maniéré d’en faire de bien des fortes différentes , même de ceux qu’on nomme forces : dans le vingt-fixieme on trouve plufieurs maniérés de faire des Cifeaux à branches d’or 6c d’argent, tant mafïifs que damafquinés fur les branches.
- Le Chapitre vingt-feptieme traite de tout ce qui regarde les Rafoirs, comment on doit les limer, les émoudre 6t les polir, à quoi
- Signé, DUHAMEL DU
- M. Perret a joint ce qu’il nomme Rafoir à rabot , inftrument de fon invention très-commode pour apprendre à fe rafer foi-même , fans crainte de fe couper.
- Les Couteliers faifant plufieurs inftru-ments de Maréchal, M. Perret en parle d?ns le Chapitre vingt-huitième , 6c à cette ocoa-fion il explique la manière de faire des Pinces dont une des branches paffe au travers de l’autre , ce qu’on appelle Jonfîions pajfées.
- Dans le Chapitre vingt-neuvieme on voit la façon de faire de l’Acier façon de Damas, en corroyant du fer avec de l’acier.
- On trouve Chapitres trente 6c trente-unieme la façon de faire différents ouvrages d’acier poli, comme des Boucles, des Chaînes de Montres à l’Angloife , des Tire-bouchons, des Mouchettes, 6cc. 6c comme le principal mérite de ces ouvrages eft d’être poli au noir, M. Perret explique dans le Chapitre trente-deuxieme comment on peut donner ce poli noir diligemment.
- L’ouvrage eft terminé au Chapitre trente-troifieme par la façon de rétablir les ouvrages de Coutellerie qui ont été rompus ? ce qu’on nomme Rabillage.
- Par l’expofé que nous venons de faire, on voit que M. Perret eft: entré dans les plus grands détails, 6c le tout accompagné de figures très-bien deffinées qui facilitent l’intelligence du difcours ; cependant l’Ouvrage que nous avons été chargés d’examiner ne forme encore que la première Partie de l’Art du Coutelier, qui comprend tous les ouvrages de la Coutellerie ordinaire : dans la fécondé Partie dont il s’occupe préfentement, il s’agira des inftruments de Chirurgie qui , la plupart, font des chefs-d’œuvre de cet Art, 6c dont l’exécution eft très-difficile.
- Nous jugeons que la Defcription de cet Art mérite l’approbation de l’Académie, 6c de paroître avec ceux qui ont déjà été publiés.
- MONCEAU, 6c FOUGEROUX. '
- Je certifie /’Extrait cl-de fus conforme à fon Original & au jugement de ïAcadémie. A Paris, ce 18 Juin 1771.
- Gràndjean de Foüchy, Secrétaire perpétuel de P Académie Royale des Sciences;
- A VANT-PROPOS.
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- AVANT-PROPOS.
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- O N conviendra aifément que la Coutellerie eft un Art de première néceffité,puifque tous les Etats, toutes les Profeiïions , tous les autres Arts, fans en excepter un feul, ont un befoin indilpenfable de quelques-unes de fes productions. Les ouvrages de Coutellerie ne, fe bornent pas à ce qui regarde les tranchants; mais cette partie de la Coutellerie eft une des plus utiles & une des plus étendues, foit par rapport à la connoiifance des matières que le Coutelier doit employer , foit à l’égard du nombre prodigieux des différents ouvrages qu’il doit exécuter , tant pour ceux qui font deftinés au fervice domeftique, que pour les inftruments de Chirurgie.
- Quoique le fer & l'acier foient les métaux que les Couteliers emploient le plus ordinairement, & qu’ils foient comme la bafe de leur Art, néanmoins ils doivent avoir une connoiifance allez étendue de plusieurs autres matières, telles que l’or , l’argent, le cuivre Sc le plomb, qui entrent dans leurs ouvrages. Il eft encore effentiel qu’ils connoilfent la nature de plulieurs autres matières qui fervent à monter leurs inftruments, comme la nacre de perle, l’écaille de tortue, l’ivoire, la baleine, différentes elpeces de cornes , plulieurs
- fortes de bois des Indes, &c ; car les Couteliers doivent favoir travailler toutes ces differentes fu.Lftan.ces.
- On n'auroit pas une idée jufte de l’étendue de l’Art du Coutelier, fi on le croyoit borné à faire des Couteaux, des Cifeaux, des Canifs, des Rafoirs & autres ouvrages d’un uïage alfez familier ; mais il s’étend fur d’autres objets bien importants ; je veux parler de la fabrication des inftruments de Chirurgie ; cette partie a toujours fixé particuliérement mon attention. Sans cependant avoir négligé les ouvrages qui font d’un ufage plus commun, j’ai donné à la partie de la Coutellerie qui regarde les inftruments de Chirurgie, une attention toute particulière : car c eft dans cette vue, & pour me mettre
- plus en état d entrer dans les intentions des Chirurgiens , que j’ai Coutelier , L Part. A
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- AVANT-PROPOS. cru devoir opérer moi - même fur le cadavre ; ainfi fai fait prefque toutes les opérations de Chirurgie, en la préfence 8c fous les yeux d’habiles Maîtres, ce qui m’a donné néceffairement l’occafion de me fervir de prefque tous les inftruments qui compofent l’arfenal de Chirurgie.
- On conviendra que c’étoit îe vrai moyen de m’inftruire de toutes les propriétés que chaque inftrument doit avoir, pour d-iftribuer > avec intelligence, la force & la délicatelfe dans les parties d’un inftru-ment, fuivant la fonâion à laquelle on le deftine ; la folidité dans ceux qui font des efforts confidérables; la délicatelfe, la douceur 8c la finelfe qui conviennent à d’autres inftruments, tranchants ou non ; & enfin une obfervation précife des réglés de la Méchanique pour ceux,qui font compofés de bafcules, de roues, de relforts, de vis, &c, afin de me conformer aux intentions des Chirurgiens qui doivent en faire ufage. On trouve, il efL vrai , dans plufieu.rs Traités d’O-
- pérations de Chirurgie, la defcriptïon des inftruments & la maniéré de s’en fervir; mais ces Ouvrages, même les plus étendus, ne contiennent que ce qu’il importe au Chirurgien de favoir, & non ce qui regarde le Coutelier. On donne à la vérité les figures de ces inftruments, avec la maniéré de s’en fervir : on fatisfait par-là à ce qui intérelfe les Eleves en Chirurgie ; mais on n’indique point la façon de les faire. D’où il fuit que, quoiqu’il fe rencontre dans les Provinces des Ouvriers fort adroits, il eft bien rare d’en trouver qui puilfent exécuter les inftruments de Chirurgie qui font un peu compofés ; en un mot, tout ce qui eft dit dans les Ouvrages de Chirurgie, n’eft pas propre à former des Couteliers : les Chirurgiens y apprennent ce qu’il leur importe de favoir ; mais ils ne peuvent fe procurer des inftruments qu’en s’adrelfant à quelques Couteliers qui fe font adonnés à ces fortes d’ouvrages.
- Je ne m’étendrai point fur l’antiquité de l’Art du Coutelier ; il eft: probable qu’un Art aulfi utile doit être très-ancien; car il a toujours fallu des inftruments tranchants pour cultiver la terre (*) , tailler
- (*) Le nom de Coutelier, vient de Couteau, dérivé du Latin Cultellus, qui eft un diminutif <ée Culter, coûtre, inftrument qui fert à cultiver
- la terre, & dont le nom vient du verbe colere; cultiver, d’où dérive îe participe cultus, cultivé; de-là cultor, le cultivateur ; de~là culter , coûtre,
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- A VA NT- P RO P O S, 3
- les arbres , préparer les aliments, immoler des victimes, faire des habillements , &c. -
- Il e/rprouvé par les derniers Statuts, donnés à la Rochelle par Charles IX, Roi de France, en ïj‘68, que l’Art du Coutelier s’é-tendoit généralement fur tous les Tranchants , tant ceux qui fervent à préparer les aliments, que ceux qui font néceffaires pour faire les vêtements, ainfi que les armes offenfives Sc défenfives. Dans ces Statuts, le Coutelier eft dénommé Graveur , Doreur, Argenteuril eft avoué feul Faifeur d’inftruments de Chirurgie, de Mathématique, de Phyfique, d’Aftronomie, de Géométrie Sc de Fauconnerie. Il étoit donc Doreur, Graveur, Damafquineur, Cifeleur, Tourneur, Faifeur d’inftruments de Mathématique, Fourbilfeur, Arquebufier. Ain fi cet Art avoit une grande étendue, puifqu’on a formé, àfes dépens, plufieurs Corps de Métiers, qui font aulïi confidérables & très flo-riffants.
- Le Coutelier occupé à faire des inftruments tranchants, s’eft conformé au goût de chaque fiécle ; car on voit encore de très-anciens ouvrages de Coutellerie qui font travaillés avec délicatelfe & goût, même avec magnificence. Elle confiftoit alors à bien polir les ouvrages Sc lesincrufter d’or ou d’argent, fondés ou de rapport, ce qu’on appelle damafquiner ; Sc l’on voit de nos jours fortir^ des mains des Couteliers des ouvrages ornés Sc enrichis au point de mériter d’être mis dans la claffe des bijoux : ce qui fait regarder la Coutellerie comme un Art auffi agréable qu’utile.
- Je me propofe de traiter cet Art à fond, & je ferai tous mes efforts pour répondre à l’honneur que l’Académie Royale des Sciences m’a fait d’agréer mon entreprife. Voici le plan de mon Ouvrage*
- Je le diviferai en trois Parties ; dans la première, il s’agira de la Coutellerie proprement dite : je la traiterai auffi complètement qu’il me fera poffible.
- inftrument pour cultiver ; de-îà culter venat&rius, couteau de chaiïe ; culter popinarius , couteau de cuifine ; culter futorius , couteau à parer ; culter tonforius, rafoir ; cultellus, petit coûtre, couteau, canif : enforte que les noms de tous ces inftru-
- ments en latin, tirent leur origine de culter, & le nom du Coutelier en latin, eft Cultrorum faber. Tout cela remonte à la culture des terres, comme à la première origine de la Coutellerie.
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- 4 AVANT-PROPOS.
- Dans la fécondé, je m’occuperai de tous les inftruments de Chirurgie connus jufqu’à préfent, en indiquant les Inventeurs, autant que je pourrai les connoître.
- Dans la troifléme, j’enfeignerai l’Art de faire les Cuirs ou PolilToirs à repaffer les Rafoirs , l’Art du Gagne-petit, l’Art du Cife-leur & du Damafquineur, & enfin l’Art de faire les lames d’épées, de fabres & de fleurets : toutes ces chofes font du reffort de la Coutellerie. Je ne puis donc rendre mon Ouvrage complet, fans y comprendre des ouvrages qui font maintenant faits dans des Manufactures.
- L’ART
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- L’ART
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- COUTELIER
- Par M. Jean-Jacques Perret, Maître Coutelier de Paris.
- PREMIERE PARTIE.
- La Coutellerie proprement dite.
- O N comprend déjà que j’ai deflein de traiter, dans cette première Partie de tous les ouvrages que font ordinairement les Couteliers , ou de la Coutellerie iimple, qui confifte à faire toutes les efpeces de Couteaux, de Cifeaux, de Gratoirs, de Canifs , de Rafoirs , de Coupe-cors, de Serpettes, de Poinçons , de Fufils à repafTer , de Tirebouchons, tous les inftruments de Maréchallerie, &c. Outre ces inftruments, je donnerai encore , en terminant cette première Partie, la maniéré de faire plufieurs ouvrages qui nous viennent de l’Etranger, comme Boucles, Mouchettes, Chaînes de montres, &c, d’acier poli ; il m’a paru convenable de donner une idée de ces fortes d’ouvrages.
- Mon but étant d’éviter, dans la defcription, les épilbdes ; pour en épargner le défagrément au Leéteur, j’emploie les trois premiers Chapitres, pour faire connoître toutes les matières dont les Couteliers font ufage, & j’explique comment on doit les travailler avec goût, Iblidité & économie: enfuite j’entre dans la connoiflance des outils, en commençant par ceux de la forge ; de-là je paffe à expliquer comment il faut débiter & fcier les cornes d’animaux , les bois des Indes, l’ivoire, & toutes les matières qui fervent à faire les manches des Couteaux & des autres inftruments du refforc de la Coutellerie. J’explique enfuite la maniéré de forger, de limer, d’émoudre , de tremper & affiler les inftruments tranchants, la maniéré de fondre, fouder & brafer les métaux.
- Nous commencerons, ce qui regarde le travail, par les ouvrages les plus Coutelier. I, Pan. n
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- 6 PART DU COUTELIER.
- communs , e’eft-à-dire, ceux dont la fabrication Sc les ajuftements ne font pas fort difficiles, tels qu'un Poinçon à percer le papier , ce qui nous conduira à faire des Fufils à repaffer les couteaux Sc autres ouvrages à peu-près femblables î après quoi foivront les Canifs de toutes les efpeces.
- Enfuite nous traiterons de toutes les efpeces de Couteaux, tant ceux qui fe ferment dans leurs manches , que ceux qui fo logent dans une gaîne ; ce qui fera fuivi de l'Art d'incrufter Sc d'embellir les manches des Couteaux avec de
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- l'or, for la nacre Sc for l'écaille, ou de la nacre incruftée for les bois , Scc.
- Dans le Chapitre foiyant, nous enfeignerons à faire les Cifeaux de toutes les fortes, même à branche incruftée, & à branche Sc anneaux d'or Sc d'argent ; à quoi nous ajouterons la maniéré de faire les Rafoirs.
- Un Chapitre fera deftiné pour les inftruments de Maréchallerie ; je les ai placés dans cette première Partie , pour qu'on ne les confonde pas avec les inftruments de Chirurgie. Nous détaillerons enfoite une quantité d'inftruments qui font d'un ufàge allez ordinaire, comme Tirebouchons, Coupe-hofties, Pinces, Rouanes pour les Marchands de vin, Scc. Après viendra l'idée de faire des Boucles, des Mouchettes Sc des Chaînes de montre d'acier.
- Le Poli de l'acier occupera un Chapitre ; le Poli au bois, à la main , celui au buffle for la polilfoire 8c celui à la brolîe, feront décrits avec clarté & netteté , c’eft-à-dire, que le beau Poli noir, que les Anglois ont pratiqué les premiers , ne fera plus un fecret pour les Artiftes François. Enfin je terminerai cette première Partie par une inftruéHon fur la maniéré de faire ou repafler les Rabillages , ce qui eft très-eflentiel pour l'Art du Coutelier.
- CHAPITRE PREMIER.
- Defcription des différentes Matières dont on fe fert pour donner aux ouvrages de Coutellerie un beau Poli, avec la maniéré de les réduire en poudre impalpable ou en potée, avec la di(linction de celles qui font propres , les fubftances dont on fait les Manches , ÔC les Métaux quon emploie dans la Coutellerie.
- Oh appelle Potées, toutes les fobftances pulvérifées 8c préparées pour polir Sc donner du brillant à un ouvrage de Coutellerie, telles que les Lames, les Refforts & les fubftances dont on forme les manches. Ces Potées font au nombre de neuf. Nous allons les nommer Sc les ranger foivant le prix que les vendent les Marchands.
- La Moulée ne coûte rien.
- Le Charbon de bois eft de fort peu de valeur*
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- Première Partie. Chapitre 1.
- Le Blanc d’Efpagne coûte fix deniers un pain.
- Le Tripoli..............4 ou J fols la livre.
- La Pierre de Ponce . . . 6 ou 7 fols la livre.
- L'Emeri . . . . . ..... 12 £ la livre en grains , Sc 30 f. broyé.
- La Potée d'étain........1 Üv. 4 f. ronce, le fuperfin 8 f. le gros.
- Le Rouge d'Angleterre.. 1 liv. 4 f. 5 den. l'once, le fuperfin 10 f. W gros*
- A l'égard de la Potée d'acier, elle ne coûte que la façon de la faire , puifqu on y emploie, de petits bouts d'acier qui ne fervent à rien : mais le temps de la broyer eft confidérable, & peut porter fon prix à 18 ou 20 f l'once.’
- La Moulée, qui eft la boue qui fe trouve au fond de l'auge de la meule , s'emploie la première, pour emporter les gros traits fur les cornes de bœuf, de mouton, de bouc & de cerf; fur fos, l'ivoire, l'écaille , ainfi que fur les bois d'ébene , des Indes , & le buis.
- Le charbon de bois blanc fert à polir, après la moulée, les ouvrages de corne communs ; il eft aulîî très - bon pour le bois d’ébene & les métaux, l'or , l'argent & le cuivre.
- Le blanc d'Efpagne fert à finir toutes fortes d'ouvrages.
- Le tripoli polit bien les cornes de toutes les efpeces , toutes fortes de bois, ainfi que les os, la baleine, l'ivoire , l’écaille , & la nacre de perle.
- La pierre ponce eft propre à adoucir en premier lieu fi voire, la nacre , l'écaille, quand on y fait des filets , moulures ou guillochis : il en eft de même pour l'or, l'argent & le cuivre.
- L'émeri fert principalement à polir le fer & l'acier ; on peut s’en fervir auflï pour l'or, l'argent & le cuivre.
- La potée d'étain polit en dernier lieu l'or, l'argent, le cuivre, le fer SC l’acier.
- Le rouge d'Angleterre polit bien le fer <5c l'acicr.
- La potée d'acier mêlée avec la potée d'étain, polit fupérîeurement l’acier trempé.
- Indépendamment des potées, on fe fert auflï de pierres du Levant, difpo-fées en forme de limes plates, quarrées & demi - rondes, pour polir des cife-lures , des filets , &c, fur le fer & l'acier.
- La Bohême fournit une efpece de pierre verdâtre , dont on fe fert pour former les Foliflbirs pour l'or & l'argent.
- Le Brunifloir, qui eft un outil d'acier bien poli, fert à donner du brillant à tous les métaux du&iles , de même que la pierre qu'on nomme Sanguine.
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- Planche
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- S L'ART DU COUTELIER;
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- Article Premier*
- De la nature, des qualités & des préparations des différentes Potées propres à
- polir les manches des Couteaux & des autres inflruments. Elies font la Moulée ,
- le Charbon , le Blanc d’Efaagne > le Tripoli , & la Pierre-ponce.
- C e que nous venons de dire de ces différentes Potées, eft trop général ; il eft bon d’en parler plus en détail, & d’infifter fur leurs préparations.
- La Moulée efl: une boue verte qui fe trouve dans Tauge du Coutelier ; c’eft un compofé de fer, d’acier, de grez, & des filaments du chapeau qui fert à rabattre l’eau de la meule : le tout délayé dans l’eau. Elle n’a befoin d’aucune préparation ; on la prend dans l’auge avêc la main ; on la met dans un telïon ou pot ; on a feulement le foin d’examiner s’il n’y a point de gros graviers , qu’il faut ôter, parce qu’ils feroient des traits fur l’ouvrage qu’on veut polir. On les fent aifement entre les doigts.
- Le Charbon efl une fubfiance alTcz commune 8c à vil prix ; c’eft pourquoi on s’en fert préférablement à la Pierre-ponce & au Tripoli : il efl bon pour polir l’ébene & la corne ; il polit auffi l’or, l’argent & le cuivre ; mais il exige des préparations différentes.
- Pour la corne, on le broyé fur la plaque à lemeri, Fig. 4 , Pl. I (*), ou à la lime Fig. 8 ; on le paffe au tamis, & on le mêle enfùite avec l’huile d’olive. Pour polir l’ébene, quand on veut réferver les pans bien vifs, il ne faut point le broyer : il foffit de choifir un charbon rond & de la grofïèur du pouce ; on unit le bout avec une vieille lime bâtarde pour le faire porter d’à-plomb fur les pans qu’on fè propofe de polir : on trempe enfuite ce bout de charbon dans l’huile d’olive, & on frotte bien à plat. ,
- Quand on veut polir l’or, l’argent & le cuivre , on prépare le charbon comme pour polir l’ébene.
- Pour fe fervir du charbon avec fiiccès, il faut le choifir bien brûlé, que dans le cœur il n’y ait point de vuide, & ôter l’écorce & les nœuds, s’il y en a. Le charbon fait avec le bois de chêne ne vaut rien ; celui de hêtre efl meilleur; mais celui de faule ou de quelqu’autre bois blanc, efl le plus parfait.
- Le Blanc, qu on nomme d’Efpagne, efl une craie blanche aflez tendre pour fe réduire en poudre entre les doigts : elle n’a befoin d’aucune préparation ; on frotte feulement le petit pain de blanc fur une peau de buffle ou un morceau de chapeau qu’on a collé fur un morceau de bois. C’eft avec cet outil qu’on achevé de donner le dernier luftre aux ouvrages ; on s’en fert auffi pour ôter les taches que font les doigts, quand on les a maniés.
- (* ) J’ai préféré de donner îa defeription & broyer & tamifer, à la Seâion où je traite de
- l’explication de toutes les méthodes de piler, l’Emeri a ahn d’éviter les répétitions.
- Le
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- Première Partie. Chapitre /. 9
- Le Tripoli eft une pierre tendre dans l'intérieur ; elle eft environnée d'une cfpece d’écorce rougeâtre, qui eft plus dure que le centre.
- L'Italie, l'Auvergne 3c la Bretagne en fourniiTent beaucoup ; celui que l'on emploie ici le plus communément, vient de Poiigné , près de Rennes en Bretagne.
- Le Tripoli qui nous vient d'Italie eft très-bon ; mais il eft difficile de s’en procurer : il eft connu fous le nom de Tripoli de^ Venife, parce qu'on le tire de cette ville, & les Vénitiens vont le chercher dans l'Ifle de Corfou, qui appartient à la République. Le plus parfait fe trouve dans une montagne appel-lée Epiro, proche un Bourg connu fous le nom de Santiquaratua.
- J'ai vu des Tabletiers racler l'écorce ou les couches fupérieures de celui de Bretagne avec un couteau, pour ne fe fervir que de l'intérieur du morceau ; je crois qu'ils ont tort ; car on ôte ainfi le meilleur, & ce qui avance le plus l'ouvrage. S'ils trouvent que cette écorce forme des raies, cela vient de ce qu’ils préparent mal leur Tripoli. Ils le partent fur une râpe à tabac ou fur une lime, comme le repréfente la Fig. 8 , PL 1. Par cette opération, ils rédui-fent bien en poudre £ ne l’intérieur ; mais fécorce le trouvant plus dure , faute par petits grains, dont quelques-uns partent à travers le tamis, 3c lorfqu'ils veulent polir un ouvrage , ces grains y font des traits : c'eft pour éviter ce défaut qu'ils fuppriment l'écorce. Mais comme nous avons avancé que cette écorce étoit ce qu'il y avoit de meilleur dans le Tripoli, au lieu de la rejetter, il faut piler le Tripoli dans un mortier Fig. 1, & le broyer enfuite fur la plaque de fer, comme le dértgne la Figure 4. Il eft encore bon de le pafler au tamis, afin qu'il n'y refte aucun grain fenfible ; alors il ne formera point de raies.
- Il faut donner au Tripoli différentes préparations, fiiivant l'ufage qu'on en veut faire.
- Pour la corne , il faut quil foit mêlé avec de l’huile d'olive dans un petit pot. La même préparation fert pour l'ébene , le bois violet, la racine ou loupe de buis , & la nacre ; pour le bois rofe , il faut le mêler avec du fuif ; pour le bois de la Chine , il faut le délayer avec de l'eau ; 3c pour l'écaille , la baleine , l'os 3c l'ivoire, avec de l'urine ou du vinaigre.
- La Pierre - Ponce fe trouve dans le voifinage des Volcans; fouvent même on en rencontre par monceaux fur les bords de la mer, où elles font portées par les ouragans. Cette efpece de pierre eft affez finguliere : elle eft légère, tendre & nage fur l'eau quelle boit comme une éponge, à laquelle elle rertemble affez pour la forme. Quoique cette pierre foit tendre, les grains dont elle eft formée font durs, 3c quand elle eft broyee , ils prefèntent des furfaces anguleufes qui ' rongent la matière que l'on veut polir ; auflî eft-elle rude au toucher, d'un tiflu fibreux 3c luifant. Il faut toujours choifir la plus légère pour polir l'or, l'argent & le cuivre. On la réduit en poudre comme le tripoli, dans plufieurs fens que nous rapporterons dans la fuite ; & dans certaines circonftances on s'en fèrt en Coutelier. L Part. c
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- IO L'ART DU COUTELIER.
- morceaux comme d’un frottoir ou comme d’une broflè : pour cet ulàge, il faut la prendre à contre-fil ; car elle a des fils comme le bois. En l’examinant en differents fens, on voit qu elle eft formée de feuillets : il s’y trouve auffi quelquefois de petits grains de fer, qui approchent de la dureté de l’acier ; auffi il ne faut point manquer de les retrancher avec la pointe d’un couteau, fans cela on rifque-roit de faire à la piece, qu’on veut polir, des traits fi gros, qu’il faudroit la repaffer à la lime.
- La Pierre-Ponce fe prépare comme les autres poudres, dans le mortier Fig. r, fur la plaque de fer Fig. 4, & au tamis. On peut auffi la réduire en poudre fur une lime Fig. 8 , & la ramaffer ffir un papier ; mais on ne doit s’en fervir préparée ainfi , que pour des matières dures , telles que les métaux. On la délaye avec de l’huile d’olive pour toutes les matières qu’on veut polir ; cependant on l’emploie quelquefois à fec & quelquefois à l’eau : ce n eft pas en vue de polir, mais feulement pour drelïèr une autre pierre & en unir les inégalités, comme nous l’indiquerons en fon lieu.
- Article Second.
- Des Potées propres a polir les métaux ; favoir, t Emeri ^ la Potée T Etain ,
- le Rouge £ Angleterre & la Potée d’acier.
- §. I. De VEmeri.
- L’Emeri eft la plus dure & la plus ftérile des mines de fer, & l’une des plus réfraétaires ; c’eft une pierre cendrée ou grisâtre , quelquefois brune ou rougeâtre.
- On le trouve dans les mines de fer : il y en a de deux efpeces ; l’une vient d’Angleterre, pilée en grains de la groffieur de la poudre à canon ; fa couleur eft d’un gris foncé ; mais à mefure qu’on le broyé, il prend une couleur olivâtre.
- L’autre efpece eft apportée du Pérou en pierre, dont la couleur Sc la forme varient beaucoup ; il y a de ces pierres qui pefent jufqu’à iy & 20 livres, d’autres qui n en pefent qu’une. Celles-ci fe trouvent dans les mines d’or & d’argent. La couleur de cet Emeri n’eft pas plus déterminée que fa forme. Il y en a de femblables à celui d’Angleterre, & d’autres rougeâtres : ces derniers font veinés par couches ; il y a ordinairement trois couleurs dans la même pierre , le gris, le jaune & le rouge. Cet Emeri eft plus léger, plus tendre que celui d’Angleterre , & par conféquent d’une qualité inférieure ; il ne coupe pas vivement comme le gris, & le poli qu’il donne eft d’un gris Ibmbre, au lieu que l’autre produit un poli vif & tirant fur le noir.
- La nature du bon Emeri eft d’être plus dur que le fer : une lime y mord <H3icilement ; cependant il faut vaincre cette dureté, puifque pour en faire
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- Première Partie. Chapitre 1. 11
- ufage, il faut le réduire en poudre. Voici comme on le prépare (*).
- Pour réduire en grains une force pierre d’Emeri, il faut la mettre dans un mauvais mortier ; on couvre le mortier avec un morceau de peau ou de toile où il y a un trou pour pafier le pilon ; enfuite à coups redoublés on écrafe l'Emeri, & on le réduit en grains. Si Ton na pas de mortier, il faut envelopper le morceau d’Emeri dans de la peau , à laquelle on ajoutera une fécondé enveloppe formée de chiffons, de linge en trois ou quatre doubles. On lie enfuite ce paquet tout autour avec une corde , comme le défigne la Figure 2 , & on laiffe trois ou quatre pieds de longueur de corde aux deux bouts A, B ; alors on pofe ce paquet fur l’enclume : on donne les deux bouts de la corde à tenir à deux perfonnes, ou, fi l’on veut, on attache les bouts de la corde aux murailles voifines, ayant foin que la corde foie fuffifamment tendue, pour ne pas laifler varier le paquet. Tout étant ainfi difpofé, on prend un marteau à frapper devant, & l’on frappe à coups redoublés fur le paquet F, jufqu’à ce qu’on fente qu’il devient mol & qu’il ne renvoie plus le marteau ; alors il faut approcher un vaiifeau de l’enclume & y mettre le paquet qu’on déliera, & dans lequel on trouvera la pierre réduite en morceaux, les uns gros comme des noix , les autres comme des pois , & beaucoup en grains comme la poudre à canon.
- Pour accélérer le travail, il faut raflembler tous les gros morceaux , les envelopper comme nous l’avons dit ci-defius, & les remettre fur l’enclume pour les écrafer, & l’on aura à la fin toute la pierre d’Emeri, fuppofée de dix à douze livres, réduite en grains dans l’efpace d’un quart d’heure.
- Or, pour réduire ces grains en poudre fine , il faut en mettre la valeur d’une once & demie fur une plaque de fonte //, Fig. 4 ; prendre une mafie de fonte* faite en forme de marteau à deux têtes, du poids de ij à 20 livres, comme il efl marqué en /. On prend cette mafia d’une main par fon manche JC ; on approche l’autre main près la tête / : dans cette portion an la promené fur la plaque en appuyant avec la main en /, tandis que l’autre en JC fait faire le mouvement d’aller & venir d’un bout à l’autre de la plaque.
- Lorfque par ce travail h poudre s’éparpille, il faut la râfiembier dans le milieu de la plaque avec une patte de lièvre L , afin de la rebroyer de nouveau,
- (*) Je m’étends fur cette matière pour plu- i fieurs raifons. La première, eft que prefque aucun Ouvrage François n’en traite La fécondé , c’eftque l’Emeri eft indifpenfablement néceftaire à la plupart des Arts & Métiers La troilieme , parce qu’on le vend cher aux Ouvriers, & que le préparant foi-même , il ne revient pas à 12 fols Ja livre, qui eft le prix auquel les Marchands de Paris nous vendent l’Kmen apporté d’Angleterre en grains feulement. Mon Pere , Maître Coutelier à Beziers en Languedoc , ayant appris qu’un vaiiïeau marchand avoit débarqué des pierres d’Emeri au port de Cette, en fit venir qui ne lui coûta que deux fols la livre. Il m’en envoya une pierre du poids de quatorze livres.
- Je l’ai prépare ainfi que je le décris , il s’eft trouvé parfait: il ne cédoit en rien à celui d’Angleterre. Nos vaifieaux marchands pourroien? en faire le commerce avec l’afllirance du débit, & 1 Ouvrier l’auroit à meilleur marché. Cette branche de Commerce ne ferait pas fi petite qu’on pourroit fe 1 imaginer ; car tous les Arts qui travaillent les métaux , ne peuvent abfolumenî s en palier. De plus, les Lapidaires, les Lunetiers & les Ma nu fa élu rie rs de glaces en emploient une grande quantité : il y auroit un moyen d’en broyer beaucoup à la fois. en établiffant un moulin , foit à l’eau ou à vent, qui feroit tourner deux meules de fer de fonte Tune fur l’autre.
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- i2 L'ART DU COUTELIER.
- 3c Ton répétera cette manœuvre jufqu'à ce que l'Emeri foit réduit en poudre prelqu'impalpable, c'eft-à-dire, quon ne fente point de grains entre deux doigts. Alors on la ramafle avec une carte 3c la patte de lièvre, pour la mettre dans un pot M.
- On peut accélérer ce travail de plusieurs maniérés ; par exemple, on peut piler dans un mortier les grains qui fortent de l'enveloppe de toile , puis pafler ce qu'on aura pilé au tamis, 3c broyer fur la plaque de fonte ce qui aura pafle par le tamis , & en très-peu. de temps cette portion fera réduite au degré de fineffe qu'on defire : on pile 3c on broyé à part ce qui n’a point pafle par le tamis,
- Il faut de trois efpeces d’Emeri ; lavoir, du gros, du moyen 3c du fuperfin ; il eft aifé de fe les procurer fans un grand travail. Pour cela on broyé , par exemple , une livre d’Emeri jufqu'à ce qu'il foit au degré du plus gros , ce qu'on reconnoît en le maniant entre les doigts. Suppolons qu'il paroiffe au degré du gros , on trouvera dedans les trois elpeces, qu'il fera aifé de féparer au moyen de f eau, comme nous allons l'expliquer. Il faut avoir trois vafes égaux, comme plats, terrines ou petits féaux de terre vernifTés ; on met l'Emeri dans un ; on verfe defîiis de l'eau claire 3c propre en lufiilante quantité ? pour que le valè en foit rempli aux trois quarts. On agite enfuite avec la main l'eau 3c l'Emeri, afin qu'ils fe mêlent bien enfemble , & qu’il n'en refte point du tout au fond du vafe. Alors on celle de remuer, 3c on laiiîe repofer le tout l'elpace d'une minute feulement : pendant ce temps les plus gros grains delcendront au fond du vafe par leur propre poids, tandis que les moins pefants referont entre deux eaux. La minute expirée , verfez l'eau dans un fécond vafe , réfervez feulement tout le fond du premier, qui vous donnera la première elpece d’Emeri que nous appelions le gros ; & laifîez repofer le fécond vafe pour en tirer la fécondé elpece , qui fera le moyen.
- Il n'a fallu qu'une minute pour laificr tomber les plus gros grains ou la première elpece, au fond du vafe ; les féconds étant plus fins , par conféquent moins pelants, ne peuvent delcendre aulfi promptement ; ainfi il faut les lailîèr repofer quatre minutes. Après ce repos , il faut prendre le vafe làns fecoulfe 9 3c tranfvafer légèrement l'eau dans un troifieme, en réfervant le fond qui donnera, comme nous venons de le dire, la fécondé elpece, qui eft Y Emeri moyen. Lailfez maintenant repoféî le troifieme vafe > jufqu'à ce que l'eau loit claire , ce qui m'arrivera que dans l'elpace de trois ou quatre heures : alors tout l'Emeri fe trouvera au fond du vafe , dont il faut verler l'eau avec adrelîe , afin de ne pas faire de mouvements irréguliers qui feroient mêler l'Emeri avec l'eau , en forte que vous le perdriez. Cet Emeri eft la troifieme elpece, c'eft-à-dire, celui que Ton appelle fuperfin.
- On juge bien que par ce~procédé fimple, & qui ne conftitue en aucune dé-penfe , il eft aifé de fe procurer non-feulement trois efpeces d’Emeri, mais dix, s'il en étoit befoin ; il ne faudroit pour cela que multiplier les vafes, & limiter
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- Première Partie. Chapitre L 13
- le temps pour chaque efpece ; par exemple , fi je veux en faire de fix degrés , je laifferai repofer le premier vafe 30 fécondés, le fécond une minute, le troifieme 2 minutes , le quatrième 4, le cinquième 6, & le fixieme jufqu’à ce* que Peau devienne claire. La Figure 6 repréfente cette opération : c’efl un vafe prefque plein d’eau Portant d’être battue avec PEineri, à compter 15 fécondés depuis l’opération ; le fuperfin efl en 1 , le fin en 2 , le moyen en 3 , le demi-gros en 4 , le gros en J , 8c le très-gros en 6. Il efl confiant que fix efpeces de poids différents , étant fufpendus dans l’eau, doivent fe mettre à leur vraie place , chacun proportionnellement à fa pefanteur fpécifique dans un temps donné , de telle forte qu’ils defcendent chacun dans des temps proportionnels à la gravité de chacun, jufqu’à ce qu’ils trouvent de la réfiflance au fond du vafe où fe fait le repos.
- Après avoir féparé les différentes efpeces d’Emeri par le moyen de l’eau , il faut les laiffer fécher chacune dans leur vafe dans lequel on l’a laiffé dépofer , ayant foin de le couvrir avec un morceau de papier, afin que quelque gravier ou quelque ordure ne puiile pas y entrer ; cependant il ne faut pas le boucher exactement, au contraire il faut y laiffer du jour , pour que l’eau puiffe s’évaporer promptement, comme au bouc de deux ou crois heures de repos ; Sc pour accélérer l’évaporation, on peut verfer bien légèrement l’eau qui fe trouve fur la furface de chaque vafe. Ceux qui font commerce d’Emeri, pourroient encore ramafler toutes les égouttures 8c les mettre à profit.
- Dans toutes les opérations de la Coutellerie, l’Emeri s’emploie mêlé avec de l’huile d’olive; on le délaye bien dans un petit pot Fig. 7* avec la brochette.
- Quand on s’efl fervi des Potées, il faut prendre garde de ne pas les lai fier traîner fur les établis ; il efl nécefiaire de les mettre à couvert de la pouffiere 8c d’autres corps étrangers, fur-tout des grains de limaille de fer 8c d’acier.
- §. IL De la Votée dé Etain,
- On nomme communément Potée d’Etain , ce que les Chymifles appellent Chaux. Quand on fait fondre l’Etain , il y en a toujours une partie qui perd fon phlogiflique 8c qui devient Chaux, laquelle fumage fur l’Etain comme une pouf fiere, quand il efl en fufion. Les Potiers d’Etain ont foin de la retirer avec une cuiller de fer ,* avant de jetter l’Etain fondu dans les moules.
- Cette Potée demande beaucoup de préparations avant qu’on puiffe s’en fervir ; il faut d’abord la laver à l’eau bien claire plufieurs fois,, 8c enfuite à l’eau-de-vie , & la pafler enfin a 1 efprit-de-vin. Elle demande tant de préparations , quil vaut beaucoup mieux l’acheter toute préparée , que de la faire foi-même. Cependant fi quelqu’un étoit curieux d’en faire , en voici le procédé.
- Mettez dans un creufèt, fur un feu de charbon de bois, la quantité que Coutelier. I. Part. D
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- i4 L9 A RT DU COUTELIER.
- vous voudrez d’Etain fin, Sc faites un feu violent ; quand il eft fondu, & que Ton poulie encore le feu, il devient rouge dans le creufet ; du rouge il palfe au blanc ; étant parvenu à cette couleur, il faut prendre une petite tringle de fer terminée en crochet par le bout, Sc plonger ce crochet dans le creufet O , Fig. 9 , pour remuer & tourmenter un peu la matière en fufion, fans celïer de chauffer. Quand on voit que la Chaux fe forme , on fort le crochet , Sc Ton ramafîe légèrement la Potée avec une cuiller de fer x , & on la met dans un petit pot y. Lavez-la enfùite jufqu’à ce qu’elle foit bien nétoyée de toutes les crafles , Sc quelle foit devenue d’un beau gris-blanc ; ce qui exige qu’on y pafle dix à douze eaux.
- Lorfqu’elle eft bien lavée, on la pafle à l’eau-de-vie une fois feulement, Sc enfùite à l’efprit-de-vin. On en vend de grifo qui ne coûte que 4 ou 5 fols fonce ; mais elle n’eft point paflee à l’eau-de-vie ni à l’efprit-de-vin; Sc celle qui a pafle par toutes ces opérations efl: blanche , & fans contredit c’eft la meilleure : mais on paye bien les frais , en l’achetant 24 fols fonce.
- La Potée d’Etain étant délayée dans f eau-de-vie, donne à l’acier un poli brillant, mais blanchâtre. Pour avoir le poli noir, il faut la mêler avec la Potée d’acier, dont nous parlerons dans la fuite.
- §. III. Du Rouge d9 Angleterre.
- J’i g n o r e abfolument la compofition du Rouge d’Angleterre ; j’ai cru qu’il pouvoit être du Colcotar ou Safran de Mars, avec quelque préparation ; cependant par quelques expériences, je le foupçonne être plutôt du Précipité de cuivre : du moins ce dernier vaut le Rouge d’Angleterre. Ainfi pour le faire * il faut mettre du cuivre rouge dans un creufet avec du foufre commun, faire un feu violent & couvrir le creufet d’un couvercle qui ait quelques trous , pour laifler évaporer le foufre à mcfurc qu’il agit fur le cuivre. Le cuivre étant diflous > il ne faut que le broyer au fùperfin , le tamifer s’il le faut, c’eft-à-dire, quand il fe trouve des grains qui n’ont pas été bien diflous, enfin le pafler à l’eau.
- §. IV. Du Safran de Mars, & de la Potée d'acier.
- Le fàfran de Mars n’eft autre chofe que la rouille du fer. On peut s’en procu-; rer beaucoup en la ramaflànt fur les plaques de fer qui font aux fourneaux où l’on fait l’eau-forte. On peut en faire foi-même, fi l’on n’eft pas à portée de s’en procurer : en voici les moyens.
- Amaflez de la limaille d’acier ; nétoyez-la bien de toutes les ordures qu’il pourroit y avoir ; mettez-la dans un pot de terre neuf ; verfez fur chaque livre de limaille une pinte de bon vinaigre, Sc laiflez diflbudre le tout à l’aide de l’acide , ce qui demande iy ou 2Q jours; au bout duquel temps on trouve le
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- Première Partie. Chapitre L ly
- vinaigre confommé , 8c il ne refte dans le pot qu’une rouille rougeâtre, laquelle il faut mettre fur la plaque de fer pour la broyer : il faut fuivre pour cette Potée tout ce que nous avons dit pour broyer l’Emeri. On trouve cependant quelques grains de limaille qui ont réfifté à lacide, & qui ne font point parfaitement réduits en rouille ; quand on s’en apperçoit, on peut les chercher avec fes doigts, & lès jetter ; mais s’il y en a en trop grande quantité, ( ce qu’on apperçoit quand on fent que la maflè glifle & que la befogne .n’avance pas ) alors il faut néceflairement palier toute cette rouille au tamis fin , & jetter tout ce qui n’a point paffé à travers ; enfuite on la broyé fur la plaque jufqu’au fuperfin, ou du moins tel qu’on le defire. On peut auflî s’en procurer de plufieurs degrés de finefle, en le féparant par la voie de l’eau, comme nous l’avons expliqué en parlant de l’Emeri.
- §. V. Autre Méthode pour faire de la Potée d'acier.
- Prenez des morceaux d’acier vieux ou neuf, il n’importe ; coupez-les par morceaux pour les mettre dans un creufet, que vous placerez au milieu d’un feu de charbons de bois ; quand les morceaux feront chauffés à blanc, le creufet ref* tant toujours pofé , comme le repréfente O, Fig. 9 , il faut y mettre des morceaux de foufre concalfé, environ plein une coquille de noix. Cette première dofe étant confommée, il faut en remettre autant, & enfin par trois fois, laiflant feulement un intervalle d’une minute pour chaque projeétion ; mais il ne faut pas celfer de faire jouer la branloire du foufflet ; & après avoir laiffé le creufet environ 9 ou 10 minutes, il faut jetter dans une lingotiere ce qui eft dans le creufet , en pinçant les bords du creufet avec de petites tenailles croches.
- L’acier ayant été ainfi fondu avec le foufre, fe trouve décompofé. Quand le lingot eft refroidi, il faut le mettre dans le mortier Fig. 1, & le piler à demi feulement 5 mettez-le enfuite entre deux plaques de tôle fur un
- brader de charbons de bois, tel que le repréfente q , Fig. 10, ayant foin de couvrir le tout avec du charbon qu’il faut bien allumer avec un foufflet à main, & laiflez le tout paflèr la nuit dans le feu , afin que tout le paquet fe tienne rouge long-temps , & qu’il fe refroidifle de lui-même.
- Le lendemain le premier foin eft de fouffler fur la boîte de tôle avec le foufflet à main pour faire voler les cendres. On ôte la boîte , & l’on trouve la Potée brune , au lieu de grife qu’elle étoit auparavant. Il ne s’agit plus alors que de la faire paflèr par toutes les préparations qui font indiquées pour l’Emeri, c eft-a-dire , la broyer au fin fur la plaque de fer , Fig, q., la paflèr au tamis de foie, Fig. 5 , & la graduer à l’eau, F'ig. 6.
- ( * ) Il n’eft pas douteux que, privé d’un mortier, la plaque de fer & la maffe fuffifent; mais
- le mortier accéléré l’opération , & l’on perd moins de matière.
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- L'A R T DU COUTELIER.
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- §. VL Autre Maniéré de préparer la Potée d’acier.
- IL y a encore une autre façon de fondre 1 acier au foufre fans le mettre dans le creufet ; c’eft de faire rougir le bout d’une barre d’acier ; lorfqu’il eft chauffé à blanc , préfentez ce bout à un bâton de loufre qui efl: pofé fur une feuille de tôle ; auffi-tôt que l’acier touche le foufre, il fe décompofe à vue d’œil & fe détache de la barre ; enforte que fi l’on donne à la plaque un peu de pente 9 on voit l’acier couler deffus comme du plomb, & tomber à terre encore fluide : mais je dilpofe un feau plein d’eau pour que l’acier tombe dedans ; on le retire de l’eau, 6c on le broyé , &c , comme nous l’avons prefcrit ci-deflus.
- La Potée faite de cette derniere façon, efl aufli bonne que de la première ; mais en la broyant lur la plaque , on trouve quantité de grains d’acier qui ne font pas diflous ni décompofés ; on efl donc obligé de pafler plufieurs fois cette Potée au tamis, ce qui multiplie les opérations. C’eft pourquoi je regarde la première méthode comme la meilleure, parce qu’elle efl la plus fimple.
- Cette Potée efl excellente ; mais il faut corriger fa vivacité par le moyen de la Potée d’étain, en les mêlant enfemble à la dofe de deux tiers de Potée d’acier ? & d’un tiers de celle d’étain. Lorfqu’elles font bien mêlées enfemble, il faut en faire une pâte avec de l’eau-de-vie. On la laifle fécher fans couvrir le vaifleau > & on la délàye avec de l’eau-de-vie à chaque fois qu’on veut polir.
- Je n’ai rien vu de comparable à cette Potée pour polir l’acier; le Rouge d’Angleterre, le Safran de Mars, la Rouille d’acier par le vinaigre poliflent * avec le temps , prefqu’aufli noir ; mais pas une ne vaut la Potée d’acier pour donner un beau poli, encore moins pour la diligence ; car dans un quart d’heure je fais plus d’ouvrage avec celle-ci, qu’avec aucune des autres dans une heure : elle mérite donc bien la préférence.
- CHAPITRE
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- Première Partie. Chapitre IL
- CHAPITRE SECOND.
- Defcription de toutes les fubjlances quon emploie ordinairement pour faire les Manches de tous les Injlruments que fabriquent les Couteliers , comme les Cornes de boeufs de bélier, SC ce quon appelle Bois de cerf ; leurs qualités SC leurs ufages. Des Bois des Indes , comme VEbene, le Bois de rofe , le Bois violet, le Pâli-xandre SC les Bois françois ; leurs qualités SC leurs ufages. De la Baleine, de VEcaille de Tortue , de T Ivoire, delà A acre de perle f du Marbre SC de la Porcelaine ; leurs qualités SC leurs ufages.
- I l y a quatre fortes de cornes d’animaux, qui font employées par le Coutelier =!== pour faire les manches des Couteaux & inftruments qu’il fabrique. En Lan- Planche
- guedoc 9 en Provence , en Auvergne 8c en Forez , les cornes de mouton font beaucoup en ufage pour monter des Couteaux & des Canifs appellés a la Ca~ < pucine, êc d’autres nommés Euftache Dubois.
- La corne de bouc, ainfi que celle de bélier, fert à faire des chaffes communes des Rafoirs.
- La corne de bœuf fert à emmancher les Couteaux à reflort de poche, Tranche-lards , Couteaux de cuifine, &c.
- La corne de cerf fert à faire les manches des Serpettes de Jardiniers, des Couteaux de Voituriers , Rouliers, qui ont un poinçon, & tous les Couteaux de fatigue.
- A. Krioijr, If ii n m i f, x\.
- Du Choix des Cornes de bœuf > de mouton ou de bélier, de bouc & de cerf\
- leurs qualités & leurs ufages.
- /
- Les Cornes de mouton & de bouc font de même genre & de même qualité; l’une & l’autre prennent la couleur de l’animal ; le bouc & le mouton noirs ont les cornes noires ; les blancs les ont blanches ; les tachetés de noir & de blanc les ont de même noires & blanches : on les nomme Perches.
- En général, quand les cornes font un peu féches, il faut en faire fortir les cornichons ou noyaux, qui étant d’un genre o/Teux & fpongieux , entretiennent la corne dans un état d’humidité nuifible à l’emploi qu’on en veut faire. La Fig. r repréfente la maniéré de vuider ces cornes ; ce qui fe fait en tenant la corne par le peut bout, & frappant fur la bigorne de l’enclume avec la corne même, fur Coutelier. I. .Part. E
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- 18 - FART DU COUTELIER.
- fa cavité ; alors le noyau tombe au pied de Tenclume, comme on voit Fig. 2. Il
- faut prendre cette précaution avec toutes les efpeces de cornes.
- La corne de bouc eft très-peu courbe: on la voit Fig. 3. Celles de mouton ou de bélier font quelquefois tortillées en efcargot, 8c communément elles forment le croiflànt, comme on le voit Fig. 4. Ces deux efpeces de cornes font d une nature molle & fort fiijette à fe déjetter; quoique chauffées à propos Sc bien dreifées, leur molleffe les conferve toujours fbuples & flexibles, mais leurs pores font fi ouverts, qu’après qu’elles font dreffees, elles fe retirent 8c le raccourciflent beaucoup. Audi la corne de mouton ne s’emploie-t-elle pas pour des manches de Couteaux à reflort, mais feulement pour des Euftache Dubois , & des Couteaux 8c Canifs à deux clous fans reflort, qu’on appelle a la Capucine.
- La corne de bouc ne fert qu’à faire des chafles de Rafbir communes ; il feroit même à fouhaiter qu’on cherchât un autre ufage pour employer ces cornes , parce que leur grande fouplefle faifànt déjetter les chafles, il arrive qu’en fermant le Rafoir, on ébreche le tranchant, à moins qu’on ne conduifb ce dernier bien sûrement 8c adroitement dans fà chaflè. Cependant quand ces chafles font bien faites, 8c que l’on conferve les Rafoirs dans des étuis ou des troufles ? elles durent long-temps fans fe déjetter.
- La corne de bœuf eft de meilleure qualité que celle de mouton & de bouc ; les pores en font plus ferrés, auflî prend-elle un plus beau poli; cependant elle a fon degré de mollefle 8c de fouplefle ; 8c pour l’employer à des ouvrages propres, il faut, pour qu’ils fubfiftent, prendre des précautions dont nous parlerons dans la fuite. Sa couleur dépend aflez de celle de l’animal : un bœuf noir, ou même noir & blanc , a ordinairement le fond des cornes d’un noir de jais , parfemées de gris 8c de blanc ; ces trois couleurs bien nuancées préfentent un coup-d’œil fi agréable , que fi cette efpece de corne avoit le corps 8c la fermeté de Tivoire , on la préféreroit à cette fubftance 8c à tous les bois des Indes.
- Les belles cornes de bœuf font donc celles qu’on appelle marbrées : elles font employées pour faire des Couteaux de poche, de table , 8cc.
- Les blanches ou grisâtres font les moins eftimées, 8c ne fervent qu’à emmancher les Couteaux de cuifine, les Tranche-lards, les Couteaux de Bouchers ? de Chaircuitiers, & autres ouvrages auxquels la propreté n’eft pas effentielle.
- La corne étoit autrefois d’un ufàge général dans la Coutellerie ; après l’i-voire, la baleine, l’écaiile 8c la nacre, on l’employoit pour les plus beaux Couteaux ; mais le tranfport des bois des Indes & de l’Amérique, en a bien diminué le débit, parce que ces bois n’ont pas les inconvénients des cornes , qui font fi fùjettes à fe retirer, qu’il n’eft pas rare qu’une perfonne 3 qui aura porté un Couteau en corne deux heures dans la poche de la culotte ou auprès du leu, le trouve cafle vers l’un des clous qui fixent le Couteau aux deux bouts. On ne s’étonnera pas de cet accident, fi l’on fait réflexion que la chaleur
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- refterrant les pores de la corne, raccourcie le manche, & comme ce manche eft fixé à chaque extrémité par deux clous qui s’oppofènt au raccourciflement, il faut qu’il éclatte & qu’il cafte (*). Cet inconvénient n’eft cependant pas (ans remede ; on peut le prévenir de plufieurs façons que j’ai promis d’indiquer. 1°. C’eft de ne jamais employer la corne ayant qu’elle ait fiéché pendant trois ou quatre mois , après quelle a été ôtée de l’animal. 2°. De la laifier fécher encore autant de temps, après l’avoir fciée & dreffée, avant de la mettre en œuvre. 30. C’eft de porter dans fa poche les manches dégroflîs, avant de les limer & de les aflujétir par les clous. C’eft ainfi qu’ayant laifle la corne fe retirer dans tous les fens, on peut l’employer avec sûreté & fans craindre les accidents dont nous avons parlé.
- Les principaux inconvénients de la corne, font les pailles , qui fe trouvent intérieurement, & qui font fouvent la perte des manches ; ce défaut fe. trouve prefque à toutes celles de bœufs qui ont fervi à la charrue ou au charroi. Les plus faines font les cornes des bœufs d’Irlande , auftî font-elles les plus cheres ; car on les vend jufqu’à trois livres la paire, tandis que celles de pays ne coûtent qu’aux environs de 20 à 30 livres le cent.
- Il y a beaucoup de variété dans les figures des cornes de bœuf ; les unes font prefque droites, & les autres prefque en croiflànt ; & plus elles font tortillées, plus elles donnent de peine à feier & dreffer. La Figure j* en préfente une de la forme la plus ordinaire.
- En général, les cornes de bouc, de mouton & de bœuf demandent à être féchées avant de les travailler ; cependant pour les ouvrages propres 9 il ne faut jamais les expofer au feu ni au fbleil, parce qu’elles deviendroient pailleufes & hors d’état d’être employées. Un grenier , dont la fenêtre n’eft point expofée au fbleil, eft le meilleur endroit pour les faire fécher.
- La corne de cerf eft ferme & folide ; les pores en font ferrés : elle eft moins fùjette à fe retirer ? & la folidité naturelle fait qu’un. la deftine aux ouvrages de fatigue, comme aux Serpettes & Greffoirs de Jardiniers 5 aux Couteaux à poinçon pour les Rouliers, &c. La furface de cette corne eft grenée à peu-près comme l’écorce du melon brodé ; la couleur de cette fuperficie eft brune & quelquefois noirâtre : fous fes grains elle eft d’un blanc fale ; l’intérieur eft rempli d’une moëlle fpongieufe , mais qui a de la fermeté. De toutes les cornes, c’eft celle de cerf qui eft la plus difficile à dreffer , & celle qui exige les plus grands foins pour la chauffer à propos. En effet 3 fi dans la crainte de la brûler on ne la chauffe pas affez, au lieu de refter droite, elle reviendra toujours dans fon même pli, & caftera fi on la tourmente trop. Au contraire, fi on la chauffe trop & qu’on la brûle, elle caftera au moindre effort.
- (*) L’ivoire, l’écaille, la baleine & les os, éprouvent le même fort, mais pas fi confidé-rablement que la corne. Ce qui fait voir la différence qu’il y a entre les métaux & les animaux : les premiers fe dilatent à la chaleur, & ce qui provient des animaux fe refferre; 8c de plus ce
- refferrement n’e fl point fiable; car après avoir expofé à la chaleur un morceau d’ivoire, ou de corne, ou d’écaille, &c , pour le faire re{Terrer, fi après on l’expofe à l’humidité, il reviendra dans fa première longueur.
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- Comme les cerfs quittent leurs bois tous les ans, il n'eft pas difficile d’en -avoir; les Payfans , & fur-tout les Gardes-chaffe, en trouvent dans les bois , Sc les vendent depuis 6 jufqu à 9 fois la livre ; cependant les cornes de cerf étant prifes fur l'animal qui a été chaffé , font préférables, fur-tout quand elles font bien mûres ; car elles font molles & tendres pendant les quatre premiers mois de leur naiftànce. Il faut toujours choifir les plus pelantes , parce quelles ont plus d’épaiffeur & moins de moelle : elles font bien plus faciles à dreffer, ôc relient plus conftamment droites. La Figure 6 repréfente un bois de cerf.
- On en faifoit autrefois beaucoup d’ufage pour les Couteaux de poche & de table, à caufe de leur folidité ; mais il étoit délàgréable de n'avoir jamais fon Couteau propre ; car la graille fe loge tellement dans les grains de cette corne , qu'après avoir coupé un aloyau, un gigot, Scc, il faudroit avoir une brolfe pour nétoyer le manche de fon Couteau.
- Article Second.
- Des Bois des Indes , comme l'Ebene , le Bois Roje 9 le Violet % 5
- le Palixandre , & des Bois François.
- Les différents Bois apportés des Indes & de l'Amérique, font maintenant plus en ulàge que jamais, pour emmancher toutes fortes de Couteaux 3 Canifs , & plufieurs inftruments de Chirurgie.
- Sous le nom d’Ebene, on entend en général un bois noir ; il y en a cependant de trois elpeces , la noire, la verte & la rouge , appellée Grenadille.
- L'Ebénier noir eft un gros arbre Sc bien droit : il vient des Indes ; on embarque beaucoup d'Ebene à Madagafcar. La plus belle fe prend dans fille Maurice 9 dans fille de Tabago : elle eft d’un beau noir ; fon aubier eft blanchâtre ; quoiqu'il foit affez dur, les Couteliers le rejettent, à moins que ce ne foit pour des ouvrages communs. Le bois d’Ebene eft ferré & uni, ce qui lui donne plus de corps que n'en ont la plupart des bois de couleur : c’eft celui qui fe finit le mieux, & qui prend le plus beau poli.
- On trouve fouvent des nœuds dans l'Ebene, ce qui eft très-préjudiciable pour celui qui l'emploie, parce qu'auprès de ces nœuds il fe trouve ordinairement des gerces qui occalîonnent beaucoup de déchet. Il y a aulîi des Ebenes très-noires qui font comme brûlées, & dont, fur le tour, les copeaux s'en vont en poufliere : celles-là font plus légères que les Ebenes de bonne qualité.
- Le prix de l'Ebene varie beaucoup ; elle fe vend tantôt foixante francs le cent, & quelquefois elle nen vaut que trente. C’eft le plus pefant de tous les bois, après celui de fer.
- Le Bois de rofe eft très beau ; & quoiqu'il fuive de près le prix de l'Ebene , il eft fouvent plus cher ; ceû un arbre très-droit & très-haut ; mais il eft fouvent
- creux
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- Première Partie. Chapitre IL 2t
- creux : il vient des Ifles de Chypre & de .Rhodes. Il s'appelle Bois de roje, parce qu'il a Todeur de la rofe, fur-tout en le travaillant. Il efl diflingué des autres bois par fes couleurs & fes nuances ; il efl: formé par couches différentes de couleur rouge foncé, de rofo , de petit jaune. Pour faire paroître toutes ces couleurs , on le fcie en chanfrein ou demi-travers. De tous les bois de couleur,1 c’efl celui qui conferve le plus long-temps Ion éclat ; il fe travaille très-aifé-ment. Après fEbene c'efl le plus folide : il a beaucoup de corps ; les nœuds , loin de diminuer fa bonté, fervent à lui donner certaines nuances qui le rendent plus agréable ; fouvent même ils contribuent à le rendre plus folide ; cependant il efl: un peu plus léger que l'Ebene.
- Le bois de la Chine, appellé en quelques endroits Serpentin, efl un très-beau bois ; aufft eft-il le plus cher, puifqu'il fe vend quelquefois trente-fix fois la livre : ce font les Hollandois qui l'apportent en Europe. Le fond efl: une couleur brune & luifànte , mouchetée d'un rouge quelquefois pâle, mais quelquefois vif, ce qui lui donne un coup-d'œil fort agréable. On emploie à pré-fent très-peu de ce bois , parce qu'il efl extrêmement cafïant : il prend un très-beau poli 9 fos pores étant ferras • mais il eft fi fujet- aie fendre en le travaillant, qu’il éciatte entre les mains des meilleurs Ouvriers , fur-tout en le perçant ; fes fibres longitudinales ne font pas liées les unes aux autres ; auffi n'a-t-on pas befoin de foie pour le débiter : une vieille lame de couteau & un marteau , fuffifent pour le fendre régulièrement. Il efl auffi pefant que l’Ebene ; mais fon rouge ne fe foutient pas long-temps ; il devient d’un brun noirâtre. -
- Le Bois violet efl: un beau bois veiné par couches, comme le Bois de rofe ; fos couleurs font le brun, le rouge & le violet, d'où lui vient fon nom. Ce font les Hollandois qui l'apportent des Indes. Il efl:, à quelque chofo près , égal en bonté au Bois de rofo ; cependant il lui efl: inférieur en folidité : fon grand défaut, c'efl que fes couleurs C& Soutiennent: point : elles bruni fient, de forte qu’après deux ou trois mois de forvice , on à peine à diflinguer les veines rouges des violettes.
- Il y à beaucoup de déchet en débitant ce bois, fi on ne le choifit pas avec attention ; outre que les nœuds caufent de la perte, l'intérieur des bûches efl fouvent creux & carié , & l’on efl obligé de rejetter ie bois qui environne la carie ; il efl: un peu plus léger que le Bois de rofe, & fe vend depuis IJ juf* qu'à 2 y livres le cent.
- Le Palixandre efl un bois brun que les Hollandois nous apportent encore des Indes. Il s'en trouve d’auffi veiné que le bois violet, à qui il reflèmble affez pour la couleur. En général, c'efl le plus mauvais des bois des Indes pour la Coutellerie, parce qu’il a peu de folidité & de grands pores ; auffi ne l'emploie-t-on dans notre Art, que pour faire des manches de Canifs & de Gratoirs ; il efl très-propre à ces ufages, parce qu'il fe fend aifément, Sc qu'au moyen de cette qualité il n'a pas befoin d'être fcié.
- Coutelier. 7. Fart. g
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- ai L’ART DU COUTELIER:
- Ce bois nous vient en grofles bûches, ou fcié en planches de lo à 12 pouces de large fur 7 à 8 pieds de long. C’eft un bois poreux & gras ; il ne peut fo luftrer qu’avec un brunifloir ou une défenfo de fànglier ; ceft le plus léger de tous les bois des Indes, qu'on emploie en Coutellerie : auffi eft-il celui qui fe vend le meilleur marché. Il coûte 12 à 15 francs le cent, & dans la difette il va jufqu’à 25 livres. On ne peut lui refufer un agrément, qui eft d’avoir une odeur agréable, & qu’il conferve toujours.
- Indépendamment des bois des Indes , les Couteliers emploient auffi des bois de Pays, comme l’Olivier, quelquefois du Noyer, du Buis & des racines, ou plutôt loupes de Buis de Provence, qui, étant polies avec de l’Indigo & du vinaigre, offrent des figures qui forment un affez beau coup-d’œil. De plus, ces loupes font très-folides, & ne font pas fojettes à fe fendre.
- L’If, le Prunier, le Cerifier & le Noyer noir, font des bois très-propres à faire des manches de Canifs, de Grattoirs & Poinçons ; ils font même plus foli-des que le Palixandre, parce qu’ils ne fendent pas fi aifément : on préféré cependant le Palixandre dans les Bureaux, à caufo de fon odeur, qui approche de celle du bois de Sainte-Lucie.
- Article Troisième.
- De la Baleine, de T Ecaille de Tortue, de /’Ivoire, de la Nacre de Perle , du Marbre & de la Porcelaine ; leurs qualités ô leurs ufages.
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- L a Baleine eft d’ufàge en Coutellerie pour les chafles de Rafoirs, pour des manches de Couteaux Sc d’inftruments de Chirurgie.
- L’Ecaille fort auffi à faire toutes fortes de manches de Couteaux , des chalfos de Rafoirs , Lancettes, Biftouris, <&c.
- L’Ivoire eft auffi employé pour monter des Couteaux de différents prix, des Rafoirs Sc d’autres inftruments.
- La Nacre de Perle eft deftinée à garnir les plus beaux ouvrages, for-tout les Couteaux garnis Sc montés, foit à gaine, foit à reflbrc.
- §. I. De la Baleine•
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- L a Baleine eft un poiflon qui habite les mers du Nord. Cet animal marin eft le plus grand des poiflons ; fa longueur eft ordinairement deijoàiyo pieds : il y en a qui vont jufqu’à 200. Sa mâchoire eft garnie, haut Sc bas, de barbes nommées fanons. Quelques perfonnes peu verfées dans l’Hiftoire Naturelle les regardent comme fies nageoires.
- Ces fanons, dont on fe fort à différents ufàges, ont ordinairement 8 à 10 pieds de long, comme le repréfonte la Figure 7. On emploie le côté du petit
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- bout à faire les corps d’enfants ; le milieu 1ère à faire des bufes pour les corfets ; il ri y a guere que le gros bout qui puilïe fervir en Coutellerie.
- La Baleine eft une fubftance filandreufe , recouverte delfus & deflbus d’une matière à peu-près femblable à la corne de bouc , d’un noir clair Sc agréable. Il eft très-effentiel de débiter la Baleine avec précaution , parce que l’intérieur étant moins folide, il faut toujours faire enfbrte qu’il fe trouve en dedans de l’ouvrage ; ainfi quand on veut faire des chaflês de Rafoirs, il faut choifir fur la longueur du fanon , l’endroit qui fe trouve d’épaifteur fùffifànte, afin de ne pas emporter la furface qui en eft le plus beau & le meilleur ; car fi on vouloir amincir la piece en approchant du centre, on rencontreroit un corps compofé de fils qui s’enlevent lorfqu’on veut le polir.
- La Baleine travaillée avec art, prend un poli luifànt qu’elle conferve longtemps , fur-tout la noire ; celle qui eft un peu grisâtre & rayée ne relie pas longtemps belle : on dit que celle-ci eft pêchée par les Portugais.
- La Baleine eft légère, liante & fouple à chaud comme à froid : fon prix varie félon que la pêche eft plus ou moins heureufe ; s’il fe rencontre deux années mauvaifès , fon prix augmente du double.
- §. IL De fEcaille.
- L’Ecaille eft la couverture d’un animal amphibie & ovipare, qu’on appelle Tortue. Cet animal, dont quelques efpeces vivent fur terre, d’autres dans la mer , & certaines dans l’eau douce , varie beaucoup par fà grofîèur : il y en a de monftrueufes.
- Quoiqu’il y ait des Tortues dans beaucoup de pays, ce font celles de l’Amérique qui donnent les plus belles Ecailles : on n’emploie que celles de la Tortue appeilée la Corette. '
- L’Ecaille de la Tortue eft en feuillets ovales ; celles du delîiis de l'animal font toujours les plus belles ; aufti ce font celles dont on tire le meilleur parti , tant par rapport à leur épaiflfeur, qui eft toujours plus égale , que par rapport à fà longueur & à fà largeur. La Figure 1 en repréfente une moyenne.
- On ne fè fèrt prefque que de l’Ecaille de la Tortue , qu’on nomme Corette9 qui eft par feuillets minces , & que les Tabletiers foudent les uns aux autres pour leur donner de l’épailîeur.
- L’Ecaille, quoique plus dure, eft du genre de lac corne : elle n’eft pas auflî liante; au contraire, elle eft fragile; elle cafte facilement quand elle eft un peu feche ; quoique fes pores paroiftent ferrés, néanmoins elle fe reflerre fur fon centre : un manche de Couteau de fix pouces de long , porté à la chaleur de la poche de la culotte, fe raccourcit de plus d’une ligne dans y ou 6 heures de temps.
- On trouve des feuilles d’Ecadle de différente longueur, depuis 4 pouces
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- rntm-'n*
- Planche
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- $4 L'ART DU CO UT ELIE R:
- jufqu’à iÿ 8c même 18. La plus forte épaifîeur eft dans fon milieu de 4 ou y lignes au plus ; 8c elles vont en aminciiïànt infenfiblement jufqu’au bord , qui fe termine prefque en tranchant. On diftingue trois couleurs fur l’Ecaille, le blond 9 le noir clair, 8c le brun rougeâtre. L’Ecaille efl: tranfparente, fur-tout les parties blondes. La plus belle efl celle où il y a le moins de brun ; communément on préféré la plus noire. Au relie , c eft une affaire de mode ; car il y a eu un temps où l’ori recherchoit la blonde. En général, les trois couleurs prennent un poli également beau, uni 8c luifant.
- ' L’Ecaille fe dreffe facilement au feu & même à la chandelle ; elle devient affez fouple pour pouvoir la tourner fur tous les fèns : elle a de plus une qualité finguliere, c eft d’être fufceptible de fe fonder fans colle & fans aucun mordant, en rapprochant feulement les morceaux, & les expofànt à un degré de chaleut convenable : ceci pâlie pour un fecret que beaucoup d’Ouvriers ignorent. Mais nous l’expliquerons relativement à l’Art du Coutelier. Le prix de l’Ecaille varie depuis 10 liv. la livre, jufqu’à 18 & 20 liv.
- §. III. De VIvoire*
- L’Ivoire eft la dent, ou, pour mieux dire, la défenfe de l’Eléphant : cet animal ne fe trouve que dans l’Afie & dans l’Afrique ; il a une défenfe de chaque côté de fà trompe. Elles font faites en forme de cornes de bœuf, mais d’une longueur bien différente ; celles qui ne pefent que 10 ou 12 livres font des plus petites ; les moyennes font de 40 à 60 livres : on en a vu aller jufqu’à ijfo livres ; la grolîéur eft toujours proportionnée à la longueur : la Figure 8 en repréfente^ une. Si la défenfe a 3 pouces de diamètre par fbn gros bout Z?, elle aura communément j* pieds de longueur. Elle eft toujours courbée en arc ; elle eft creufè depuis fbn gros bout jufques vers le milieu, ou feulement jufqu’au tiers E ; mais cette cavité diminue à proportion qu’elle s’éloigne du gros bout. Le prix varie depuis 3 jufqu’à 8 francs la livre.
- L’Ivoire eft d’un genre offeux ; cependant il eft plus liant, & plus pefant que l’os ; fes pores ferrés 8c unis lui donnent beaucoup d’élafticité , 8c le rendent fufceptible de prendre un poli clair & brillant qu’il conferve toujours , à moins qu’il n’ait éprouvé un frottement contre quelque corps rude.
- Il y en a de deux fortes, l’Ivoire vert & le blanc ; il eft difficile de décider, en examinant une défenfe ,fi l’Ivoire eft vert ou blanc dans fon intérieur. On peut cependant donner pour réglé affez confiante, que celui qui a l’écorce brune ou noirâtre ( & l’un & l’autre un peu clair ) eft vert ; & que celui dont l’écorce eft blanche ou citron ( 8c fombre ), eft blanc dans l’intérieur. Pour s’afîiirer davantage de la couleur, il faut en fcier un morceau du petit bout, on verra alors aifément ce qu’il eft ( * ) ; & de plus on découvre fi le grain eft fin ou
- (*) Les Marchands difent, pour faire valoir J vant , de qu’au contraire le blanc efl: de Fani-le talent, que le vert eft pris fur l’animal vi- j mal mort 5 il eft, ce me femble 9 plus probable
- gros.
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- gros. L’Ivoire vert eft préférable au blanc pour plufieurs raifons. i°. te blanc eft plus poreux ; on y voit des grains qui ne flattent point la vue ; ils deviennent fombres, & tout le corps de l’Ivoire devient jaune : couleur qui n efl: point recherchée dans cette matière.
- Dans llvoire vert les grains ne font point vifibles ; il eft clair & tranlpa-rent; &lorfqu’il a été porté quelques jours dans la poche, ce verd, qui eft très-foible, fe pafTe, il devient d’un blanc de lait fort agréable, & il ne jaunit point.
- Comme chaque chofe a Ion inconvénient, l’Ivoire vert, qui eft préférable pour la beauté, eft plus foc, plus caftant , & éprouve un raccourciiïement plus confidérable que le blanc. Lorfque le Coutelier l’emploie fans l’avoir porté dans les poches , ou tenu dans un lieu médiocrement chaud deux ou trois jours, les manches de Couteaux le trouvent bientôt caftes dans les poches de ceux qui les ont achetés, fans même qu’ils s’en loient fervis, fur-tout fi c’eft un Couteau à platines (*).
- Comme l’Ivoire eft d’une nature ofleufo, il ne fouffre point le feu làns altération ; ainfi il faut Remployer tel qu’il eft Icié : on na d’autre reftource pour le drefler, que la râpe & la lime, aux dépens de la largeur & de l’é-
- §. IV. De la Nacre de Perle.
- L a Nacre de Perle eft un coquillage qui reftèmble à l’Huître. Elle le trouve dans les mers Orientales & dans fille de Tabago, On en pêche aufli beaucoup dans le Golfe du Mexique, à Cubana, & même en Ecofle, Cette coquille eft pefante, épaifle & très-dure ; le dehors en eft gris, en tirant un peu fur le citron : il eft ridé ou fillonné ; le dedans eft blanc ou de couleur argentée, uni, luifant, & avec des couleurs changeantes , fembiablcs aux belles perles ; c’eft ce qu’on appelle avoir de f Orient. Il y en a de grandes & de petites, depuis 4 pouces de diamètre jufqu’à 9 ou 10 pouces. Son prix varie depuis 130 jufqu’à 200 liv. le cent pefant. En général, c’eft une matière difficile à travailler, parce qu elle eft très-dure, fragile & caftante. La Figure 2 préfente la forme d’une Nacre de Perle.
- Il s’en trouve qui ont deux fortes de défauts ; les unes ont des fentes natuJ relies, ce qui fait quelles fe féparent en les travaillant ; les autres font remplies de piquures de vers qui forment des trous très-profonds, ce qui les empêche de pouvoir être employées en Coutellerie.
- Le fond blanc de la Nacre eft varié par tant de nuances differentes, qu’il
- que cette couleur dépend de celle de l’animal, comme on le voit dans le boeuf & le mouton ; les blancs ont les cornes blanches, & les noirs les ont noires. Quelque doux que foit l’Eléphant , je ne crois pas qu’il fouffrît qu’on lui ^rrachât fes deux défenfes.
- X Coutelier. I. Part. v
- Na. Je ne fais pas fi le dire des Marchands efi faux ; car on trouve dans les bois des défenfes d’Eléphant, comme des bois de cerf.
- (*) On appelle Couteau à platines, ce^ui dont l’intérieur du manche ell doublé par deux banr des d’acier. '
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- "a5 - DA RT DU COUTELIER.
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- offre à la vue quelque chofè de bien agréable & de bien féduifànt. Quand elle eft belle, c’efl> à-dire, quand elle a un bel orient 3 alors en la regardant dans un fens ; on y voit un beau blanc varié de toutes les nuances de cette couleur ; fi on fait quelque mouvement pour la voir fous un autre jour, on y voit du verd, du bleu, du violet, du couleur de feu, & toutes ces couleurs accompagnées de nuances & d’ondulations de la première beauté. Le nom d'Orient y qu’on lui donne alors, vient fans doute de ce que les plus belles viennent d’O-rîent, ou de ce qu’elles ont des couleurs femblables aux belles Perles orientales. Les Agates n’offrent point à la vue des couleurs auffi belles ni auffi variées ; mais ces variations ne font vifibles que fur les deux faces9 & non pas fur l’épailleur ou fur les côtés, qui font toujours d’une couleur uniforme. On s’ap-perçoit fur cette tranche que la Nacre eft feuilletée, & que toutes fes couleurs dépendent d’un nombre de couches appliquées les unes fur les autres 3 qui réfléchiffent différemment la lumière.
- La Nacre ne fouffre point le feu & n’a point d’élafticité ; par conféquent elle n’eft ni duéiile ni liante, 8c ne peut pas le drefîer, fi elle eft déjettée ou voilée ou courbe ; on ne peut la drefîer qu’aux dépens de Ion épaiffeur & de là largeur.
- Un grand défaut de la Nacre, fur-tout pour la Coutellerie, eft d’être très-pefante.
- Le Burgos eft une lorte de coquille en limaçon, dont l’intérieur eft nacré , & dont les couleurs font encore plus vives que celles de la Nacre , mais dont il eft difficile de trouver des morceaux allez épais & affez larges pour faire des manches de Couteaux ; ainfi on ne s’en fert guere en Coutellerie , que pour l’incrufter dans du bois, principalement dans l’Ebene.
- V. De plujîeurs autres Jubjlances que les Couteliers travaillent•
- Indépendamment de la Nacre, de l’Ecaille, de l’Ivoire & de la Baleine f beaucoup d’autres matières font d’ufage en Coutellerie ; la Laque & l’Avantu-rine font de très-beaux Couteaux garnis à platte-bande ; la dent de vache marine , les os des jambes de gros animaux, comme du bœuf 3c du cheval, & les pieds de chevreuil.
- L’Agate, la Porcelaine, la Fayance & le Marbre que l’on acheté dans les Manufactures où l’on travaille ces matières, principalement à Sève, font auffi employés en Coutellerie ; mais ces matières exigent beaucoup de dextérité de la part de l’Ouvrier. Nous donnerons par la fiiite la maniéré de les employer avec fuccès. Après avoir parlé de la nature & des qualités des differentes matières que l’on emploie dans la Coutellerie pour faire des manches de différents inftruments, je vais expofer au Lecteur les Métaux.
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- Première Partie. Chapitre IIL
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- CHAPITRE TR OISIEME.
- Idée générale des Métaux qu’emploient les Couteliers; leurs propriétés SC leurs divers ufages ; choix que Von doit en faire pour les différents Ouvrages.
- En général, les Métaux font des corps du&iles, malléables, brillants; opaques, plus ou moins folides , & durs & fixes au feu ; ils ne sy volatilifent point comme les demi-Métaux; la plupart peuvent s’allier les uns avec les autres.
- Les Métaux qu’emploient les Couteliers, font le Fer, l’Acier, le Plomb le Cuivre rouge, le Cuivre jaune , l’Argent & l’Or.
- Le Plomb,fert à faire certains inftruments, comme des Sondes pleines &
- des Sondes creufes, appellées Algalles.
- Le Cuivre eft employé pour faire des garnitures, comme rofettes, viroles coquilles, clous, &c ; il fert auffi à faire plufieurs inftruments de Chirurgie , quand on ne veut pas les faire en argent , pour éviter la dépenfe ; tels font les Tubes, les Seringues pour l’Anatomie, les Poulies, les Tourniquets & d’autres Inftruments à peu-près femblabies.
- Le Fer eft employé en partie pour donner du corps & de la folidité aux ouvrages, comme des crampons, & à faire des étoffes & plufieurs inftruments qu’il feroit inutile de faire d’acier pur, tels font les arbres des Icies les cautères aéluels, & beaucoup d’autres.
- L’Acier, cet admirable métal, eft de U plu, grande utilité, & la partie principale de tous les outils & de tous les inftruments tranchants.
- On fe fert de l’Argent pour orner & embellir les manches, les lames & les reflorts : on en fait des branches de Cifeaux, des lames de Couteaux pour couper les fruits, & un grand nombre d’inftruments de Chirurgie, pour lefquels la fer & l’acier ne conviennent point, tant parce qu’ils font fufceptibles de fe gâter par la rouille, que parce qu’ils ne font point auffi fouples ni auffi faciles à exécuter qu’en argent, qui eft plus malléable.
- L’Or fert à enrichir toutes fortes de Couteaux & de Cifeaux , & pour faire des lames de Couteaux pour couper les fruits, des branches de Cifeaux maflives ou non, Scc. On en fait auffi plufieurs inftruments de Chirurgie, comme Epingles pour le Bec-de-liévre, tuyaux de Seringue pour les points lacrymaux, & d'autres.
- En traitant des Métaux, je me bornerai à ne dire que ce qui regarde le Coutelier ; ainfi, fans entrer dans aucun détail fur les mines & fur leurs differentes
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- 28 vart du coutelier.
- préparations, je prendrai les Métaux au fortir des Forges & des Fonderies. Nous avons plufieurs bons Traités de Métallurgie, qu’on peut confolter. Pour le Fer , par exemple, on lira avec {àtisfaétion les quatre Seélions de l’Art des Forges , par M. le Marquis de Courtivron, & par M. Bouchu, Maître de Forges ; la " Converfion du Cuivre rouge en Laiton, par M. Duhamel, &c. Mon objet eft donc de prendre les Métaux extraits de leur mineret, pour les employer à faire les inftruments qui font du reflort de la Coutellerie.
- Article Premier*
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- Du "Plomb.
- ' L e Plomb eft un métal d’une couleur blanche, plus {ombre que celle de l’Etain. Il eft très-mol 8c très-pliant ; il eft le moins fbnore & le moins élaftique de tous les métaux. Il eft très-duélile , puifqu’il s’étend fous les rouleaux des laminoirs 8c fous le marteau ; mais il n’eft pas allez liant pour être réduit en Feuilles auffi, minces que celles d’or 8c d’argent. Il eft après l’or & le mercure, le plus pefànt des métaux. Outre fon utilité dans les Arts , il eft très-intéreflànc pour la Ghymie. Une de fes principales propriétés eft de purger l’or & l’argent du cuivre avec lequel il auroit été allié , 8c cela par la voie de la coupelle.
- On trouve des mines de plomb dans plufieurs cantons de la France, en Angleterre , en Hongrie, &c. Ce métal contient le principe huileux ou le phlo-giftique qui eft néceflaire pour lui donner là forme métallique.
- Le plomb fe fond plus promptement que les autres métaux, 8c vient en fufion for un feu modéré avant même de rougir ; fi l’on augmente le feu après qu’il eft fondu, il devient couleur de cerife, enfoite rouge clair; & en augmentant la chaleur il fe réduit en chaux > qui, à quelques degrés de chaleur plus forte, fe vitrifie.
- Le plomb doit donc être fondu par un feu modéré ; il foffit de le mettre dans une cuiller de fer for un feu de fourneau de cuifine , pour le fondre en bain ; mais pour l’empêcher de fe convertir en chaux , il faut lui fournir du phlogifti-que ou avec quelque graille, ou avec de la poix-réfine.
- De quelque maniéré qu’on forge ce métal, il eft toujours mol ; les foibles, coups de marteaux, comme les forts, n’y font rien : il refte conftamment dans fon état de fouplelfe , & n’eft pas fufceptible du moindre degré d’élafticité ; en un mot, il ne s’écrouit point fenfiblement : il eft fi fouple, qu’il s’allonge même fins le fecours du marteau. Prenez, par exemple , un fil de plomb for-tant de la filière, de la grolfeur d’une ligne, (ce qui foffit pour cette expérience)
- & de 9 à io pouces de long ; paflez-le entre les doigts 8c avec ménagement, faites comme les Cordonniers quand ils cirent leur fil ; vous alongerez le fil de plomb tant que vous voudrez, & il perdra de fa grofleur à proportion de fon alongement.
- Jai
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- Première Partie. Chapitre III. 29
- J’ai die qu’il falioit faire cette opération avec ménagement ; car fi Ton brut quoit un peu, le fil de plomb romproit ; il ne cafté roi t pourtant pas net ^ mais il fe fépareroit en deux, en s’aminciftant tellement, que les deux bouts féparés formeroient chacun une pointe en grain d’orge. Le plomb s’allie très-intimement avec Tétain ; il s’allie aufli avec le cuivre , ce qui fait le potin : il s’allie de même avec l’argent ; mais comme il fe vitrifie plus promptement, il eft aifé de le féparer de l’argent.
- Article Second.
- Du Cuivre rouge & du Cuivre jaune.
- L e Cuivre ell un métal d’une couleur rougeâtre éclatante ; il eli dur, élafti-que, fbnore & un peu moins duétile que l’argent ; cependant on le tire à la filiere en fils très-déliés, & on le bat en feuilles fort minces. Sa ténacité eft con-fidérable , puifqu’un fil d’un dixième de pouce de diamètre , eft capable de foutenir un poids dé 290 livres fans fe cafter.
- Ce métal pouvant être jetté en moule, eft d’un grand fecours pour les ouvrages d’ornements. Il eft'un peu plus difficile à fondre que l’argent & l’or.
- L’or & l’argent en feuilles s’attachent très-bien au cuivre, ainfi que l’or amalgamé avec le mercure, qu’on appelle Y or moulu. En le fondant avec la pierre calaminaire, il devient jaune, alors on l’appelle laiton\ & quand on l’allie avec le zinc, il prend une couleur très-approchante de l’or ; c’eft ce qu’on appelle le Tombac ; mais il devient d’autant plus aigre, qu’il eft plus allié de zinc.
- L’or étant allié avec le cuivre rouge , prend une couleur très-agréable ; cet alliage augmente fa dureté & fon élafticité ; cependant quand on ne force pas trop cet alliage , l’or conferve aflez de duélilité pour être travaillé au marteau & avec le cifelet. Le laiton l’aigrit davantage, ôc ne lui donne pas cette couleur vive qu’on defire. On allie l’argent avec le laiton, qui ternit moins fa blancheur que ne feroit le cuivre rouge ; & quand on ne force pas cet alliage , il donne de la fermeté & du reffort à l’argent, fins le rendre trop aigre.
- Le cuivre rouge & le jaune font à peu-près d’égale confiftance quand on les pafte dans la filiere ; mais il n’en eft pas de même pour la forge ; le rouge eft plus duétile, plus malléable, & fe forge plus volontiers, foit pour le planer, foie pour le contourner, foit pour le retraindre ou emboutir ; il fouffre le marteau à chaud & à froid, & il n’a pas befoin d’être aufli fréquemment recuit que le laiton.
- Il n’en eft pas de même du cuivre jaune, parce que le zinc le rend aigre ; non-feulement il ne fe laiflè point forger à chaud , mais encore il faut lui donner de fréquentes recuites pour le travailler au marteau ; & comme il faut le laiflèr refroidir, on le trempe dans l’eau lorfque le travail preffe ; cependant il eft Coutelier. /. Pan. H
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- 30 LA RT DU COUTELIER.
- mieux de ie iaiffer refroidir de lui-même, alors on le forge plus long-temps
- (ans le faire recuire.
- Le cuivre rouge eft plus gras à la lime que le jaune , que la calamine rend plus dur & plus aigre, ce qui fempêche d’empâtér les limes ; pour cette même railbn le laiton ufe plus promptement les limes ; car auffi-tôt que le morfil des dents eft ufe, elles glifîent deffiis fans Tentamer.
- C’eft avec le cuivre corrodé & rouillé par facide du vin, qu’on fait le verd-de-gris ou verdet, qui fournit aux Peintres une très-belle couleur ; mais cette propriété le rend très-dangereux , parce que les moindres acides font capables de former, avec le cuivre, du verdet qui eft un poifon, étant pris intérieurement; (le verdet fe fait avec facide végétal;) c’eft pourquoi j’évite autant que je le puis, d’employer du cuivre pour les inftruments qui touchent aux «aliments. J’exhorte même les Chirurgiens à fefervir, autant qu’ils le pourront, d’inftruments d’argent ou de fer, quoique le verdet ne foit pas, à beaucoup près, auffi dangereux, étant appliqué for les plaies, qu’étant pris intérieurement , puifqu’il entre dans quantité d’emplâtres. Je voudrois qu’on banit toutes les garnitures de cuivre , platines , viroles , Scc, qu’on met aux Couteaux , for-tout à ceux de cuifine, qui étant fréquemment mouillés de vinaigre , de vin, de verjus, de fàumures, &c , peuvent donner aux aliments une impreflion de verd* de-gris qui ne peut être que malfaifimte ; c’eft , à la vérité, pouflèr le ferupule un peu loin : mais quand il s’agit de la fanté, il vaut mieux excéder en plus, que de négliger des précautions qui peuvent être importantes.
- Article Troisième.
- Du Ftfr.
- L e Fer eft un métal d’une couleur blanche, livide, tirant for le gris ; c’eft le plus dur Sc le plus élaftique des métaux : il eft difficile à fondre ; fes parties ont beaucoup de ténacité , puifqu’un fil de fer d’un dixième de pouce de diamètre , peut foutenir un poids de 450 livres fans fe rompre.
- C’eft le métal le plus difficile à fondre quand il eft affiné ; car le fer de gueufe fe fond aifément: cependant le fer affiné eft très-malléable Sc très-ductile ; c’eft dommage que ce métal foit fojet à la rouille.
- Il eft de l’ad'refle & de l’intelligence de l’Ouvrier, de fàvoir le chauffer à différents degrés foivant fa qualité , Sc il conferve fa chaleur aflez long-temps pour être forgé long-temps Sc à grands coups de marteau. Outre cela le bon fer peut être battu à froid ; <§c quoiqu’il s’écrouifle il n a pas b.efoin d’être aufli- fouvent recuit que le cuivre, Sc cela fens éprouver d’altération : il en de« Vient feulement plus dur Sc plus élaftique ( * ).
- ( *) Au Chapitre qui traite l’Art de corroyer le fer, on verra ma façon de penfer fur ïeseffieux.
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- Première Partie. Chapitre IIL Ji
- Cependant il ne faut pas abufer de la facilité que ce métal laifte au Forgeron, de le chauffer & de le battre à volonté ; au contraire, il faut toujours façrifier la diligence à la folidité, en ménageant le degré de chaleur félon l’exigence des cas ; car en chauffant trop le fer, il s’altere un peu ; à un degré plus fort de chaleur, il fe grille ; à un degré encore plus fort, il fe brûle , fe décompofe par la perte de fon phiogiftique , ce qui ne produit quune eipece de maehe-fer pelant, Sc dont on ne peut tirer aucune utilité.
- On pourroit me demander ici pourquoi le fer efl fofceptible de fe brûler dans le feu, tandis quil faut un fîgrand degré de chaleur pour le fondre , & qu’étant fondu il n’eft pas brûlé , au contraire il eft bon.
- Je réponds que le contaél immédiat du feu fur le fer , ( ainfi que fur tous les métaux, ) dévore fon phiogiftique & le décompofe ; ce qui n’arrive pas quand Je métal eft à couvert du contaél immédiat du feu par la terre des creufets.
- Tous les fers ne font pas de la meme qualité. Pour abréger, nous nous contenterons de les ranger en trois claffes. Premièrement le bon fer ; fecondement le fer très-doux & mol; troifiémement le fer aigre. Le premier , qui n’eft ni auiïi mol ni auffi aigre que les deux autres, eft, fans contredit, le meilleur ; on en trouve de cette qualité dans le Berry, le Nivernois Sc la Franche-Comté. Le Coutelier n’en doit point employer d’autre autant qu’il le peut ; lors même qu’il fe pique de faire des ouvrages bons & folides, il faut encore le corroyer, fur-tout s’il veut lui donner un beau poli ; il eft bon de prendre cette précaution, parce que le fer neuf eft rarement net: il eft ordinairement rempli de filandres, de cendrures , & même de pailles ; ces défauts ne paroiflent point aux gros ouvrages , qui ne font finis qu’à la lime ; mais comme le Coutelier finit tout à l’émeri & à la potée, l’œil ne feroit point flatté d’y voir des cendrures qui font comme des piquures d’épingle, & des filandres qui parodient comme fi l’on avoit collé deffus une multitude de cheveux : ces défauts rendent non-feulement les ouvrages de Coutellerie défàgréables à la vue, mais encore ils nuifent à la folidité , & la rouille s’y attache auffi plutôt : on ne peut prévenir ces défauts , qu’en corroyant le fer avant de l’employer. Dans bien des cas, pour rendre les ouvrages folides, comme l’acier eft trop caftant & que le fer eft trop doux , il faut les réunir en faifant ce qu’on nomme étoffe ; alors i’acier qui eft trop caftant; étant foutenu par deux lames de fer, une de chaque côté, & pofées for le plat ; on parvient à faire une lame tranchante qui réfiftera à des efforts coniîdérables ; mais pour cela il faut choifir de bon fer ; car il eft fenfible que fi Ton prenoit du fer aigre on n avanceroit rien, parce que ce fer n’a pas plus de corps que l’acier.
- Le fer aigre eft celui qui n’eft pas allez purgé de fon licier ; quand on a cafte une barre, on apperçoit for la rupture, de gros grains brillants qui font percés les uns auprès des autres fans être entièrement unis ; en le corroyant on le décharge de ce litier, oc il devient doux ; mais c’eft une dépenfe quon épargne quand on peut en trouver de bon chez les Marchands.
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- Le fer qui eft trop doux a Tes grains noirâtres , petits, difpofés en lames ; on a de la peine à le cafter; mais quand il eft en quelque façon feuilleté, la cafture paroît formée de lames comme un gâteau. Il eft donc fojet à être pail-leux, & on a de la peine à le bien fouder avec facier.
- Le bon fer a le grain grisâtre Sc ferré ; il eft plus tenace que celui dont les grains font gros Sc brillants, Sc il cafte plus aifément que celui qui eft trop doux : il fe déchire en quelque façon, ce qui le diftingue de facier qui callè net.
- Quand on choifit une barre de fer chez les Marchands, il faut examiner s’il ne paroît point de crevafles en travers ; car elles indiquent que le métal a été forchauffé Sc mal forgé. Lorfqu’on a ehoifi une barre nette Sc forgée quarré-ment, il faut la plier pour connoître fon degré de douceur ou d’aigreur ; fi à l’endroit plié, on voit que le fer découvre comme fi on l’avoit trempé bien rouge dans l’eau, c’eft une marque infaillible que le fer eft excellent ; cependant il peut être très - bon fans découvrir : mais il y a une infinité d’autres maniérés de connoître la nature du fer ; fur quoi on peut confolter l’Art des Forges.
- Article Quatrième.
- De VAcier.
- Quoique l’Acier foit originairement du fer, nous le regarderons comme un métal ineftimablç ; c’eft le plus dur de tous les métaux ; c’eft avec lui qu’on ufe , coupe, hache, taille Sc foie non-feulement le cuivre, l’or & l’argent, mais même le fer ; Sc l’acier fo travaille lui-même , quand l’inftrument dont on fo fort eft trempé* Sc que ce qu’on travaille ne l’eft pas. L’acier fe fait avec le fer, Sc pour opérer cette métamorphofo , on ftratifie enfemble des barres de fer avec de la poudre de charbon, de la foie , des cendres de bois neuf Sc du fol marin. Ce Cémenty folon M. de Réaumur, fait un bon acier ; mais on peut faire de l’acier en chauffant le fer prefqu’à fondre dans un creufet rempli de poudre de charbon Sc fermé dru. On peut inférer que l’acier eft du fer forchargé de phlogiftique (*).
- Il y a piufieurs efpeces d’acier, Sc par conféquent il faut beaucoup de con-noiflànce & d’habitude pour en faire un bon choix. Il faut même , fur-tout dans notre Art, une étude particulière de ces différents degrés, afin de les employer chacun aux ouvrages où ils font propres, Sc varier la façon de les travailler fuivant leurs différentes qualités. Cette diverfité d’acier peut bien dépendre en partie de la nature de la mine de fer, mais elle tient encore plus à la façon de le fabriquer. Rien ne varie tant que la façon de faire de l’acier : chaque pays adopte une méthode particulière ; par-tout on voit des procédés différents (**).
- (* ) Je penfe tout autrement fur la nature de l’Acier ; mais toutes mes opérations n’étant point finies, je me contente de fuivre le fyftême ordinaire & commun.
- (**) Voyez la quatrième Se&ion de l’Art des Forges, page i ij &fuiv.
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- Première Partie. Chapitre III. 3 3
- Je dirai de plus qu’on voit chaque efpece d acier changer de qualité tous les dix ou douze ans, plus ou moins : il ne faut point croire que ce foit -la mine de fer qui occafionne ce changement ; cette variation vient inconteftablement du changement des Maîtres des Forges, ou de ceux qui gouvernent les fourneaux.
- Autrefois , 8c même il n’y a qu’une vingtaine d’années, qu’il fortoit d’excel* lents aciers de plufieurs cantons d’Allemagne. On fabriquoit auffi anciennement à Damas en Syrie, un acier (*) naturellement nuancé, fur lequel on diftin-guoit différents branchages entrelacés. Cet acier n’étoit bon que ^our faire des tranchants forts , comme les Coutelas , les Sabres, les Couteaux - de - chafle * moyennant qu’on ne lui faifoit pas un tranchant fin , il coupoît le fer ; mais fi on lui avoit fait un tranchant fin, il auroit plié , ou il fe feroit très-ibréchéw L’acier qui vient de la Stirie eft meilleur que tous ceux qui nous viennent de l’Allemagne 8c de la Suède, quoiqu’il n’égale pas l’ancien. Il a dégénéré en qualité, principalement pour les Rafoirs ; car il conferve toujours une bonté particulière pour les Couteaux & pour tous les tranchants forts, parce qu’il a beau* coup de corps , c’eft-à-dire, qu’il eft dur, ferme & tenace, & qu’il fouffre plus de recuit que beaucoup d’autres aciers ; par exemple , il efl: auflî dur ( pour un tranchant fort ) étant recuit couleur de cuivre rouge, que celui d’Angleterre recuit couleur d’or, par conféquent il efl: fupérieur pour des tranchants très-forts qui ont befoin d’une bonne dureté, fans être trop fragiles ni trop faciles à s’égrainer. t
- Un acier d’Allemagne , qu’on appelle acier de Carme, étoit auffi très-bon anciennement: il a auffi dégénéré, au moins pour les Rafoirs , mais il efl: encore très-bon pour les Couteaux : il marque fou vent la rofe ; on regarde cette cir-confiance comme une perfeflion, mais on fe trompe ; quand on cafle une barre d’acier de Carme, fi le milieu efl: bleu, ou noir ou violet, ( c’eft ce qu’on appelle marquer la rofe ) c’eft une marque infaillible que le tiflu de cet acier eft cafle intérieurement. L’expérience fait connoître que cette rofe ne fe trouve pas tout le long de la barre , qu’un petit coup de marteau la fait cafler à l’endroit où elle marquera la rofe , tandis qu’il faut un coup plus fort pour cafler la même barre dans un autre endroit où elle ne marquera pas cette rofe ; & je penfe que cette rofe provient en partie de la trempe, & en partie de la maniéré de fabriquer l’acier ; fur quoi il faut remarquer que cet acier eft naturel, je veux dire qu’il eft fait fans aucun cément, mais par la feule cuiflon. Or, je remarquerai , pour expliquer comment fe forme la rofe , que l’on trempe certaines barres bien plus chaudes que la plus forte couleur de cerife , 8c qu’on les plonge fubitement dans une eau très-froide ; la furface fe refroidit fubitement, tandis que le centre des barres refte encore chaud, ce centre étant plus long-temps à fe refroidir que la fuperficie , & le rapprochement des parties devant s’opérer proportionnelle-
- (*) Nous imitons en France la couleur du Damas : nous parlerons de la maniéré de le faire , 3c même meilleur que le Damas naturel, Chapitre 28,
- Coutelier, I. Fan,
- I
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- ment au refroidiftement, il faut que le centre fe retire au même point que îa furface ; mais comme la furface éprouve cet effet fubitement, elle refte dans la fituation où elle doit être ; alors le centre fe trouvant contraint de fe reflferrer lentement, les grains font obligés de fe féparer ou écarter les uns des autres , pour céder à l’effort du refîerrement. Dans cette opération, il fe forme des caf* fures intérieures, ou, au moins en cet endroit, les parties ne font pas fort rapprochées, parce que la furface, qui s’eft retirée auffi, opéré la première. Voilà commi je penfe que fe forme la rofe ; & la plus grande preuve que je puiffe en donner, c’eft que quand on regarde à la lampe un bout d’acier qui jnarque cette rofe, on voit tout le tour de cet acier blanc , d’un tifîu fort ferré à une ou deux lignes d’épaiffeur, & tout le refte eft bleu, ou violet ou noir, & d’un tiflù plus lâche ; je penfe donc que la circonftance de la rofe n’eft pas auffi importante quon veut le faire croire , & que les bons Couteliers ne doivent pas s’en tenir à un figne auffi incertain , pour faire le choix d’une matière d’où dépend leur réputation : ils ne doivent pas fe lailfer féduire par les difeours des Marchands , qui ignorent prefque toujours ce qui conftitue le bon acier, & qui ayant intérêt de vendre, eflâyent de faire palier les mauvaifes qualités de leurs marchandifes pour des perfeétions.
- Dans le Tirol & à Dantzic, il fe fabrique de l’acier en petites barres de 3 à 4 lignes en quarré : il n’eft pas mauvais ; en le trempant avec attention , on en fait des Rafoirs au-deffus du médiocre.
- Un acier fort commun & bien néceflaire, eft celui qu’on appelle étoffe de Pont : il eft très-commode, parce qu’on en trouve de différentes grolfeurs : il eft bon pour toutes fortes de Couteaux Sc de Cifeaux, mais il eft inférieur en bonté à celui de Styrie Sc de Carme, puifqu’il ne fbuffre pas le recuit violet, ni même couleur de cuivre rouge , fans perdre beaucoup de là dureté ; d’ailleurs il a les pores fort ouverts Sc il eft filandreux , c’eft pour cela qu’il n’eft pas propre à faire un tranchant de Rafoir doux Sc durable , ni de bonnes Lancettes , de bons Biftouris, Sec ; mais l’étoffe de Pont eft propre particuliérement pour faire d’excellents refforts ; les reflorts de pendules font même faits avec cet acier : il a dégénéré en qualité comme prefque tous les autres. Il n’y a pas un Faifeur de reflorts d’Horlogerie, qui ne convienne que l’acier marqué aux fept étoiles & à l’ancre, étoit bien meilleur autrefois ; ce qui les oblige aujourd’hui d’employer l’acier d’Angleterre pour les reflorts de montre. Le même défaut que j’ai rencontré dans cet acier, lorfque j’ai voulu l’employer à faire des tranchants fins, l’empêche d’être propre à faire de bons reflorts de montres, lorfqu’on veut les faire minces Sc déliés ; je m’explique , plus un reffort eft mince , plus Il a befoin que les parties qui le compofent foient bien homogènes , bien reflèr-rées, & bien intimement unies les unes aux autres , afin quelles agiflent uniformément , Sc quelles produifent une élafticité parfaitement régulière. Or, toutes ces qualités fe trouvent dans un acier fin ; il préfente en effet un tiflu
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- Première Partie. Chapitre III. 3 y
- ferré, uni 8c fin ; au lieu qu’on ne trouve dans un acier inférieur qu’un grain ouvert & gros ; il efl aifé de s’en convaincre , puifqu’on voit que 20 grains d’acier fin, n’occupent pas plus d’efpace que 10 d’un gros acier, & par une con-féquence fenfible , les 10 grains de gros acier n’ont pas tant de force & d’élaf-ticité que les 20 grains qui compofent le fin, puifqu’entre les gros grains il fe trouve des vuides , qui, fans être perceptibles aux yeux , n’en font pas moins réels , 8c que ces vuides diminuent la force & l’élafticité* Il efl: donc confiant & démontré qu’un reflbrt de montre qui fera fait avec de gros acier, ne contenant pas autant de particules de matière , n’aura jamais la même élafticité, & ne durera pas tant qu’étant fait avec un acier fin.
- Il efl de la même nécefîité de n’employer que de l’acier fin pour les tranchants des Rafoirs , des Lancettes, des Biflouris, des Canifs, 8c enfin pour tous les tranchants délicats , parce qu’un acier qui a les grains gros, fait un tranchant rude & en fcie , qui peut être bon pour couper de groifes viandes , mais peint du tout pour les tranchants fins. Par exemple , on fent à un Canif un tranchant rude à la coupe , il racle & fait craquer fortement la plume, ce qui n’arrive pas lorfqu’il efl d’acier fin ; car alors il coupe en douceur fans trop crier , 8c ne laiflë aucune barbe ou filandre à la plume.
- Si une Lancette efl faite avec du gros acier, il n’efl pas poffible de lui donner une pointe parfaitement aiguë, ni un tranchant doux : elle craque toujours fur le canepin ; c’efl une mauvaife Lancette dont on ne doit point faire ufage en Chirurgie. *
- L’acier à gros grains donne au Rafoir un tranchant toujours ru le , qui écorche la peau & fait fouffrir celui qu’on rafe ; parce que tandis que la fuperficie des grains coupe les poils qu’ils rencontrent, l’entre-deux des grains n étant pas a fiez tranchant, engage les poils qui fe trouvent vis à-vis, & les arrache en eau fan t beaucoup de douleur. Ainfi pour donner aux Rafoirs une coupe douce êc uniforme , il faut les faire avec de l’acier très-fin.
- Il faut abfolument rejetter de la Coutellerie, une efpece d’acier qui vient en longues barres de 7 à 8 lignes en quarré & même d’un pouce , & qu’on appelle Acier de Hongrie : fon grain efl trop gros & trop ouvert; il ne peut faire qu’un très-mauvais tranchant : on peut tout au plus en faire de la couverture d’étoffe. Les Taillandiers s’en fervent pour acérer des marteaux qui ne valent rien ; ils l’emploient à des outils deflinés à tailler la pierre, qui n’en valent pas mieux, également pour les outils néceffaires à travailler la terre. Pour tous ces ufages l’étoffe’ de Pont lui efl: préférable à tous égards.
- L’acier de France qu’on fait à Rives efl en billes, c eft-à-dire, en barres de la groffeur d’un pouce , lefquelles on coupe à moitié à chaud d’un coup de tranche de la longueur de 4 ou 6 pouces : on le trempe, enfuite on le caife en billes* Sans être préférable à celui d’Allemagne, cet acier efl bon pour faire de la groffe Coutellerie, c eft-à-dire, des Couteaux de Boucher, de Cuifine, &c. Il
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- LAR7 DU COUTELIER.
- eft préférable à celui de la Hongrie, mais un peu inférieur à l’étoffe de Pont.
- L’acier qu’on fait en Dauphiné, dans le Comté de Foix, en Auvergne, dans le Limoufin, aux Pyrénées , eft à peu-près de la même qualité que celui de Rives ; s’il y a quelque différence , c’eft que ce dernier lui eft fùpérieur.
- Il nous reffe à parler de l’acier d’Angleterre. On peut le regarder jufqu à préfent, comme le meilleur de tous ceux dont nous avons connoiflànce, pour faire des tranchants fins. On ne trouve dans cet acier, fur-tout dans celui qu’on appelle acier fondu, ni cendrures, ni filandres , ni grains ferreux. On allure qu’il eft en effet fondu , & paffé enfùite au laminoir par le moyen de l’eau.
- Cet acier, qu’on nomme fondu, fait les meilleurs tranchants pour les Ra-foirs, les Lancettes , les Canifs , les Biftouris, les Lithotomes , les Cifeaux, & généralement tous les inftruments qui exigent un tranchant fin.
- Il vient aufli d’Angleterre de l’acier fait par cémentation, qui eft très-bon. La quantité de phlogiftique qui eft dans l’acier, fait qu’il jette beaucoup d’étincelles quand on le frappe avec une pierre à fufil ; & l’on produit le même effet en frappant l’nne contre l’autre , par les angles , deux barres d’acier fin & bien trempées ; les étincelles produites par ce choc, ont même plus de force & de vivacité, car elles s’étendent plus au loin ; ce qui prouve encore l’effet que produit l’abondance du phlogiftique, c’eft que l’acier s’échauffe promptement fous le marteau. Il n’y a pas de Forgeron, pour peu qu’il fbit vif à forger , qui ne tienne un morceau d’acier (gros comme une plume) chaud prefqu’à blanc pendant 8 ou ro minutes, & même pendant une heure & plus, fi l’acier ne devenoit pas trop mince, ou fi la vivacité du Forgeron ne fe rallentiffbit pas ; & il faut faire attention d’un côté, que ce n’eft pas un frottement violent qui échauffe l’acier, mais feulement un choc précipité, & qu’alors le métal eft entre deux aciers qui font froids au point de tremper l’acier qu’on entretient chaud, fi on ne le forgeoit pas. Le gros acier ( ainfi que le fer ) s’échauffe auffi fous le marteau ; mais lorfqu’il a reçu environ i y ou 18 coups , il devient pail-leux, parce que fes parties font moins homogènes Sc moins adhérentes les unes aux autres, que celles de l’acier fin.
- Après avoir examiné les différentes qualités des aciers, il eft néceffaire de parler de la maniéré de les employer : connoiflànce bien eflentielle au Coutelier. Comme on a vu que plus l’acier eft fin, plutôt il s’échauffe, l’Ouvrier doit en conclure qu’il faut donner un degré convenable de chaleur à l’acier qui! tient à la forge ; il ne doit jamais oublier que plus l’acier eft fin , & plus il faut le ménager à la forge ; un feul coup defoufflet de trop fiiffit pour le brûler Sc le décompofer ; il eft donc bien important d’étudier fon acier avant de l’employer , afin de connoître le degré de chaleur qu’il exige ou qu’il peut foutenir , fans fouffrir aucune altération. Voici les moyens d’acquérir cette connoiflànce.
- Mettez au feu , par le bout, une barre d’acier ; forcez un peu le degré de chaleur vers la pointe; quand elle commence à fondre, trempez-la dans le
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- Première Partie, Chapitre IIL 37
- fable légèrement, mais promptement, & remettez-la au feu ; donnez de petits coups de foufHet pour le laifter, pour ainfi dire , mitonner ; portez-le enfuite fur l’enclume, & battez-le à petits coups de marteau , mais^ précipités ; alors Vous connoîtrez le degré de chaleur qui lui convient, parce que ce qui aura été furchauffé à la pointe , tombera en étincelles ça Sc là, ou bien enfemble. Faites la pointe en pyramide , forgez-la bien quarrément jufqu’à ce quelle ne foit plus rouge , & même , pour éteindre plutôt cette chaleur, trempez le marteau dans l’eau, & battez-en l’acier. Après cette opération, Élites chauffer la barre couleur de cerife au bas de la pyramide , de telle forte que le degré aille toujours en augmentant jufqu’à la pointe ; enfin trempez-la dans une eau propre, claire & fraîche.
- Par ce procédé exécuté avec attention , on apprendra à la fois plufieurs chofes; 10. à connoître le degré de chaleur pour fonder l’acier ; 20. le degré de chaleur qui lui convient pour le tremper avec avantage; 30. enfin on apprendra à connoître là qualité par la beauté de fon grain, comme nous allons l’examiner.
- Lorfqu’il eft trempé , il faut l’émoudre for une meule de moyenne hauteur ; bien emporter le noir ou le feu de la forge , Sc bien blanchir les quatre faces de toute la longueur de la pyramide ; enfuite poliflez-le avec l’émeri for la polifo foire , de telle forte qu’il n’y paroifie aucun trait de la meule ; efiuyez-le bien avec des cendres for le tablier de peau ; après cela examinez-le au grand jour , pour découvrir les veines de fer s’il y en a ; vous les reconnoîtrez à la couleur blanchâtre Sc livide, au lieu que l’acier eft plutôt bleu que blanc quand il eft bien poli, tirant même un peu for le noir : vous clé couvrirez les cendrures s’il y en a ; vous les reconnoîtrez à des efpeces de piquures d’épingles Sc en grand nombre : vous verrez aufli les filandres, qui relfembleront à des traits de burin très-fins, qui feront dirigés foivant la longueur de la barre, 8c point en travers. Une autre comparaifon bien claire, c eft qu’il fera femblable à une glace fur laquelle on auroit femé une multitude de cheveux, ayant tous la même direction de bas en haut.
- Ayant reconnu Sc jugé des qualités extérieures , il en faut fonder l’intérieur.
- Pour cet effet, commencez par cafter le petit bout de la pyramide avec un petit marteau : cette extrémité eft celle qui a été trempée à la plus grande chaleur ; fi l’on voit le grain gros, ouvert & luifant, c eft un ligne certain que, cet acier a été trempé trop chaud. Si en caftant un autre petit morceau, on voit encore le grain gros, quoique plus fin que celui du premier bout, ce focond a été encore trop chauffé ; continuez à calfer un troifieme Sc un quatrième, enfin jufqu’à ce que vous trouviez le véritable degré de chaleur de la trempe ; ce qu’on connoîtra lorfqu’on verra un grain ferré , uni, blanc comme de l’argent , & point luifant, for lequel on n’apperçoive aucune tache noirâtre ou grisâtre, tant for les côtés qu’au centre. Ces épreuves ne font pas également importantes pour toutes fortes d’aciers ; car il faut avouer que l’acier qu’on nomme fondu , Coutelier , L Paru K
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- n’eft point fojet à toutes les défeéluofités de celui d’Allemagne ; toutes les parties de la barre font égales , mais il nen eft pas de même de l’acier d’Allemagne ; il eft allez rare de trouver lix barres for douze , fans qu’elles aient le défaut d’être cendreufes, ou filandreufes, ou ferreufes ; enforte quil faut eflayer chaque barre que l’on veut employer. Lorfqu’on n’en avoit pas de meilleur que celui d’Allemagne, il falloir non-feulement elîàyer chaque barre que contenoit un baril, mais encore il falloir eflayer chaque barre dans toute fa longueur ; pour cet effet, quand on avoit eflayé chaque barre, comme nous venons de l’expliquer , on le droit tout du long en baubeche ( * ) : on coupoit enfoite chaque baubeche à moitié d’épaiflèur for la tranche, les laiflant toutes tenir enfemble ; enfoite on faifoit chauffer le tout couleur de cerife, & on le trempoit ; après cela on caffoit les baubeches pour voir fi le grain étoit par-tout égal ; perfonne n’étoit étonné de voir que dans un morceau d’acier contenant vingt baubeches , il s’en trouvoit quelquefois trois ou quatre de mauvaifos, pleines de veines ferreufes , Sc qu’il falloir jetter à la ferraille : ce grand défaut vient fans doute de la méthode de faire cet acier. Comme le moyen de faire de bons ouvrages de Coutellerie , dépend effentiellement de bien étudier les matières qu’on emploie , on ne doit rien épargner pour bien connoître les qualités des aciers, foit pour les chauffer à propos, foit pour les tremper. Il fembleroit que l’acier d’Angleterre ( auquel j’ai donné la préférence ) devroit être bon à faire toutes fortes de tranchants ; c’eft une erreur : ceci demande à être expliqué.
- Si cet acier, que nous regardons comme le meilleur, pouvoit s’employer fans le furchauffer, il feroit bon pour toutes fortes d’ouvrages, même ceux qui font deftinés pour labourer la terre , parce qu’il conferveroit fa bonne qualité ; mais comme pour la plupart des tranchants, il faut allier l’acier fin avec d’autre acier inférieur, & même avec du fer, pour faire ce qu’on appelle des étoffes ou en baubeche, on eft obligé de donner confidérablement plus de chaleur , ce qui feroit que l’acier fin feroit forchauffé avant que l’autre fût à fon degré de chaleur pour pouvoir fe fouder enfemble & fe pétrir au point de ne faire qu’un tout.
- L’acier dit fondu , s’allie bien avec l’acier d’Allemagne , du Tirol , de Dantzick & de Stirie ; mais on 11e peut pas l’allier avec foccès à ceux de Hongrie , du Dauphiné, &c ; & ne pouvant pas l’allier avec de trop gros acier, à plus forte raifon on le peut encore moins avec du fer.
- Il faut employer l’acier fondu pur & fins alliage, pour faire des Lancettes y des Biftouris, des Lithotomes, des Scapels, & tous les inftruments tranchants pour l’opération de la cataraéle.
- Un Rafoir fait d’acier fondu pur & fins couverture, eft très-bon ; mais on en
- (* ) Une baubeche eft la partie de bon acier qu’on met entre deux morceaux d’acier inférieur pour faire le tranchant d’un Rafoir, comme nous le démontrerons en parlant de la force du Ra-
- foir ; nous parlerons dans la fuite de ce qu’on appelle acier de Damas, qui eftrrès-bon pour faire de forts tranchants.
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- Première Partie. Chapitre HL 39
- cafte beaucoup en les redrefîànt après la trempe ; c’eft pourquoi 011 remploie fréquemment en baubeche.
- L’acier fondu fait des Cifeaux excellents ; lorlqu ils font bien travaillés & bien trempés, ils font en état de couper très-long-temps ians qu’ils aient befoin d’être repafles ; mais on éprouve bien des rilques en les travaillant : il n’eft pas rare d’en gâter deux paires avant d’en avoir une de bonne : un léger coup de marteau donné à faux for les anneaux ou for les branches pour faire croifer les pointes, ( ce qui eft indifpenfable ) fait cafter l’acier cojnme du verre ; c’eft pourquoi l’acier d’Allemagne, bien net & bien choifi, eft préférable pour les Cifeaux ; à moins que ceux qui veulent en avoir, ne les payent proportionné-ment aux peines qu’ils donnent aux Ouvriers & aux rifqués qu’ils courent.
- Article Cinquième.
- De l'Argent.
- L’Argent eft un métal médiocrement dur 8c pelant, fofoeptibie de prendre un poli blanc, brillant & éclattant ; il s’en trouve en piufîeurs pays. Après l’or c’eft le métal le plus duétile, le plus fixe au feu , & le plus précieux : il eft auffi un peu plus fonore que l’or.
- Après le fer, c’eft celui qui fe travaille le mieux fous le marteau ; il fe forge à chaud & à froid, & il foutient le coup de marteau plus long-temps que for & que le cuivre : fans exiger de fréquents requits, il s’écrouit fous le marteau & en devient plus élaftique, pas cependant jutant que l’or à égale portion d’alliage.
- L’argent fin, c’eft-à-dire, {ans alliage, eft extrêmement mou, il a de la peine à s’écrouir , il faut qu’il foit allié avec le cuivre jaune en telle quantité , qu’il foit au moins au titre de onze deniers , pour lui procurer du corps & l’élafticité qui convient pour faire des lames de Couteaux. L’or s’allie très-bien avec l’argent ; on ne fait pas ufage de cet alliage , parce que l’alliage feroit plus cher que la maflè à laquelle on veut donner plus de force : c’eft le cuivre jaune qu’on emploie pour allier & fortifier l’argent. L’étain eft un mauvais alliage pour l’argent ; un demi-gros de ce métal for une once d’argent, foffit & au-delà pour empêcher de le forger ; chaque coup de marteau le fait crever for tous les angles, il eft même très-difficile de l’en féparer ; on n’y parvient qu’en le refondant plufieurs fois avec du falpêtre, & en éprouvant un déchet allez confidérable. Comme l’étain ne fe vitrifie qu’imparfaitement, on ne peut le féparer par la coupelle , 8c l’argent allié d’étain fond à une très-petite chaleur.
- C eft avec raifon qu’on donne à l’argent la préférence , après l’or, for tous les autres métaux, pour la blancheur & fon éclat ; il fo fond, on le foude, il fo travaille très-bien ; on le bat en feuille, on le tire très-fin à la filiere fous le
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- 4o LART DU COUTELIER.
- marteau. Comme il ne fond point fur le feu des fourneaux, qu’il n’eft point attaqué par les acides végétaux , Sc qu’il ne rouille pas, il eft plus propre que tous autres pour faire la vaiiTelle : il eft vrai cependant que fa furface eft fujette à te ternir, à rougir, & même à noircir par les vapeurs fulphureufes Sc les mauvaifes odeurs ; il faut auflî remarquer que l’argent eft le feul des métaux forgeables à qui le feu ne fafte pas changer de couleur blanche : le fer Sc l’acier deviennent d’un gris noir ; le cuivre devient brun noirâtre , & l’or devient petit verd , Sc même approchant d’un noir fale ; mais l’argent , à quelque chaleur qu’on l’expofe , ne perd point Ion blanc, pourvu qu’il toit bien au titre de onze deniers ; car à neuf deniers Sc plus bas, il perd fà blancheur en le faifant recuire ; mais alors c eft l’alliage du cuivre qui lui communique la couleur noire, quoiqu’il n’ait qu’une partie de cuivre fur 8 d’argent j le neuvième de cuivre prévaut pour la couleur fur les huit parties d’argent.
- ArticleSixieme.
- De l’Or.
- L’O R eft le plus compaéte, le plus pefant, le plus duétile Sc le plus précieux de tous les métaux ; il eft moins dur, moins fonore que quelques-uns : fà couleur eft d’un beau jaune éclatant, qui n’eft altérable ni par l’eau ni par l’air.
- 'On trouve ce précieux métal dans les quatre parties du Monde ; mais l’Amérique eft celle qui en fournit le plus. Autrefois qu’on allioit l’or avec l’argent, il étoit pâle ; mais en l’alliant avec le cuivre rouge, il eft fort haut en couleur. Outre que la rareté de ce métal le rend fort cher, on peut dire qu’il a des perfeétions qui lui font propres. En effet, il n’eft point fujet à la rouille , Sc rien ne l’altere quand il n’eft pas allié avec quelque métal moins parfait. L’eau régale Sc le foie de foufre, ont feuls jufqu’ici la vertu de le difloudre , mais fans le décompofer. Ces diiTolvants ne font que le divifer , puifqu’après cette dit folution , fi on le fond, il reparoît fous fa première forme fans avoir fouffert aucune altération ; il reparoît comme auparavant, le plus pefant, le plus compacte Sc le plus duétile de tous les métaux.
- Après le fer & l’acier, c’eft celui qui, par la voie du marteau Sc du laminoir, acquiert le plus d’élafticité, puifqu’étant allié convenablement avec le cuivre rouge , il devient propre à taire des reflbrts d’une moyenne force. Les Cifeaux faits d’or maffif, coupent le papier, la batifte, Sc toute autre fubftance à peu-près de la même confiftance ; mais il faut qu’il foit allié avec le cuivre rouge, & mis au titre de 20 karats au moins ; car il eft trop mou à 22 Sc à 23 karats, pour pouvoir former un tranchant. L’expérience prouve qu’à alliage égal l’or eft plus élaftique que l’argent, il fouffre plus de chaleur que l’argent, qui s’allie fi intimement avec lui fans le rendre aigre : alliage qui n’eft cependant pas fort ufité,
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- Première Partie. Chapitre III. 4i
- comme je Fai dit plus haut, fans doute parce que l’argent blanchit l’or, &lui ôte fà belle couleur ; on fe fert plus communément du bon cuivre rouge appelle rofette,
- L’or avec toutes fes qualités excellentes, ne laiffe pas d’avoir quelques imper-feétions ; 1°. il eft ingrat à travailler, parce qu’il ne le laifîe pas forger à chaud fur les deux fens, ce qu’on appelle contre forger, c’eft-à-dire, donner un coup de marteau fur le plat, & alternativement un autre fur le côté ; 2°. il a le défaut de s’écrouir trop promptement, ce qui le rend aigre, caftant & intraitable ; 3°. il exige des foins pour le rendre doux & malléable ; il arrive quelquefois qu’un Maître, quoique habile, eft obligé de faire fondre fà matière cinq ou fix fois différentes, fans être fouvent plus avancé à la fixisme qu’à la première. Je penfe qu’il faut attribuer cette derniere imperfection à quelques matières étrangères qui s’y trouvent mêlées.
- Il y a cela d’avantageux à l’or, que le fublimé corrofif, qui détruit prefque tous les métaux, ne l’attaque point ; ainfi on a un moyen bien fimple de le
- Je pourrois m’étendre davantage fur la nature des métaux ; mais, pour me renfermer dans mon objet", j’ai eu foin de n’expofer que ce qu’un Coutelier ne doit pas ignorer pour exercer fa profeffion avec intelligence. D’ailleurs nous aurons encore occafion de parler des métaux en parlant de la forge.
- CHAPITRE QUATRIEME. Defcription des principaux Outils qui font nécejfaires au Coutelier
- A près avoir rapporté les différentes fubftances que les Couteliers emploient, il convient, avant de parler de la façon de les travailler, d’expliquer les principaux Outils dont ils font ufàge, & nous dirons enfuite un mot de la difpofitlon de la Boutique.
- La Forge eft le premier objet dont on doit s’occuper dans l’établiflement d’une Boutique ; il eft, par exemple, très-avantageux qu’une Boutique ait fuffi-fàmment de jour par derrière pour pouvoir y placer la Forge & la Roue, parce que le Coutelier étant Maître & Marchand, il eft dans le cas de recevoir toutes fortes de gens dans fà Boutique ; par conféquent une Boutique doit être propre & décente pour y recevoir d’honnêtes gens.
- La Meule fournit de l’eau continuellement, & cette humidité rend le lieu non-feulement fale, mais encore elle contribue beaucoup à faire rouiller les ouvrages.
- La Forge offre de fon côté un grand défàgrément : qu’une perfonne bien vêtue entre dans la Boutique, pendant que le Maître lui parle au comptoir , Coutelier. L Fart. L
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- Planche
- S-
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- un Compagnon étant à la Forge, fort le fer du feu, le forge tout bouillant, les étincelles fe répandent de toutes parts , & brûlent les habits de ceux qui fe trouvent aux environs : voilà les défàgréments qu’on éprouve. Quand on n’a point d’arriere-Boutique capable de contenir la Forge, il faut au moins placer l’Enclume de maniéré quelle {bit oppofée au comptoir.
- Article Premier.
- §. î. De la Forge.
- La Figure première repréiente une Forge de Coutelier. AA font deux jambages de y pouces d’épaifteur, montés à-plomb jufqu’en b B b. Là fe trouve une plate-forme de 6 pouces d’épaiiTeur 8c cintrée en C, pour loger le baquet au charbon E, qui n’eft autre chofe qu’un tonneau fcié en deux, ce qui produit deux baquets.
- La Forge étant élevée jufqu’à b B b, on fcelie dans le mur une mentonnîere de fer, qu’on voit Fig. 2, PL y , laquelle doit avoir 16 ou 18 lignes de largeur , fur trois ou quatre d’épaiffeur, fur laquelle on met des fantons ou de vieilles lames d’épées pour arrêter le plâtre, & donner de la folidité à la plate-forme. La grandeur de la Forge doit être de 3 pieds en quarré dans œuvre , Sc l’intérieur doit être carrelé.
- > Avant d’élever les deux murs, il faut établir le lieu du foyer : nous avons fixé la profondeur à 3 pieds ; la tuyere doit être à 22 pouces de diftance du fond. On a préparé une vieille bande de roue ou d’autre fer de femblable volume , qu’on a plié quarrément en i i, Fig. 3 : les deux bouts font repliés en forme de pattes pour être appliqués fur la plate-forme, comme on le voit en G, Fig. y , au raz intérieur du mur ; enfuite on éleve les deux murs h h, Fig. 1, PI. 4, en brique , en laiflant à jour, ou vuide , la partie du fer qu’on voit en G, Fig. y
- PL y.
- Les deux murs étant montés , il faut fceller une autre mentonnière‘femblable à la Fig. 2 , PL y ; mais elle n’a pas befoin d’être auffi forte que la première : y ou 6 lignes en quarré fuflifent en la fcellée dans le mur. C’eft un linteau qui fait la bafe & le guide de la voûte i i L u, PL 4, & forme un entablement ou faillie de y à 6 pouces, qui régné tout autour de la voûte ; cette efpece de manteau de cheminée fort à mettre toutes fortes de bouts de fer & d’acier , de vieilles lames, de vieux refforts, &c, 8c l’on continue la voûte jufqu’en D, où commence le dévoiement de la cheminée de la Forge , que Ton conduit jufqu’à la cheminée voifine.
- Nous avons fixé à 3 pieds la profondeur de la Forge, & nous avons donné 22 pouces de diftance du mur du fond jufqu’à la tuyere: il ne refte donc que 14 pouces pour ce qu’on nomme le porte-tenaille ; ce n eft pas alfez : il convient,
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- Première Partie, Chapitre IV\ 43
- pour l'élargir, de faire un morceau de fer de 3 ou 4 lignes de groffeur , 8c de 14 ou 15 pouces de longueur: pliez les deux bouts quarrément & le corps en demi-cercle , comme on le voit PL 4 ér 5 , en M 9 Fig. 1 Ô" 5 : 011 l'applique entre la mentonnière & la maçonnerie , 8c après y avoir mis deux ou trois morceaux de fantons , on le garnit de plâtre, & 1 on augmente le fopport des tenailles de 6 ou y pouces, comme le repréfente M 9 Fig. y.
- Nous n'avons donné que 22 pouces de profondeur depuis le foyer jufqu'au mur : c'eft encore bien peu ; mais vis-à-vis le foyer on peut faire un trou de ÿ à 6 pouces de profondeur fur autant de largeur, ce qui facilitera le chauffage de quelque longue barre d'acier. On ne fera le trou & le porte-tenaille dont nous venons de parler, que quand on fera logé un peu à l’étroit ; car en donnant 18 ou 20 pouces de largeur & de longueur à la Forge , cela pourroit fuffire abfolument ; mais le Coutelier a befoin de tant d'outils, qu'il n'a jamais trop de place pour les établir à l'aife : il a par conféquent befoin d'un peu de génie pour fo procurer de l'ailànce.
- La Forge étant bâtie, il faut placer la tuyere , PL 4 & , qui eft une piece
- de fer de fonte, Fig. 4 , PL 5 : elle doit être placée dans le milieu de la bande de fer G, comme on la voit en N, Fig. 5 , PL 5 , affleurant le vif du mur ; & il faut que l'extrémité a b, Fig. ï, PL 4, foit plus élevée d'un pouce que la partie qui eft en dedans de la Forge, afin que le vent foit porté en en-bas plutôt qu'en en-haut, fans quoi une piece ne chaufferoit pas bien ; il faut, de plus, faire enforte que le trou de la tuyere foit placé de maniéré que la piece qui chauffe, foit un pouce plus haute que le trou de la tuyere; il faut donc combiner la hauteur du porte-tenaille M avec celle de la tuyere O, & que cette derniere foit plus baffe que l'autre de 2 pouces.
- La tuyere étant placée , il faut bâtir le mur du foyer dans l'intérieur de l'étrier de fer G, Fig. 5, PL 5 , c'eft ce que fait toujours le Forgeron ; il faut préfenter les briques en place fuivant leur longueur , avant de les maçonner ; on délaye enfoite de la terre grafle ou terre,à four, avec très-peu d'eau ; on met une couche de terre & un lit de briques alternativement l'un fur l'autre, & étant arrivé à la derniere, on la fait entrer la plus jufte qu'il eft poffible , pour former un trou folide. Voye£ la Fig. 5 , PL $ , N G. Afin que le charbon frais ne fe mêle pas avec le mache-fer, PL 4 & y, il faut un garde-fer ; plufieurs ont un pavé ; d'autres ont trois ou quatre briques pofées l'une for l'autre ; mais le mieux eft d'avoir une bande de fer d'environ deux pouces de largeur, for 4 ou 5 lignes d’épaifleur, & de i_j ou 16 pouces de longueur pliée par un bout en Z , que Ton place à 4 ou 5 pouces de diftance du mur : c'eft là un vrai garde-feu.
- L'emplacement du foufflet demande beaucoup d'exaélitude ; il faut s'ahftenir autant qu il eft poffible de le fofpendre en l'air, pour éviter une grande longueur de tuyau : car non-feulement le vent perd de la force par l'éloignement du corps du foufflet, & par deux coudes indifpenfables qu'il faut faire au tuyau , l'un près
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- de la bafè du fouffiet, l’autre près de la cuyere ; mais encore le tuyau eft fujet à s’engorger par la pouffîere & le fraifil qui voltigent dans l’air loriqu on forge ; le fouffiet afpire continuellement cette matière, 8c la dépofe dans le tuyau, tellement que j’en ai vu qui, quoique de deux pouces de diamètre, étoient fi remplis de la rouille & de cette matière, qu’il ne leur reftoit pas plus de vuide que de la grolîeur du petit doigt. Il y a donc de l’avantage à placer le loufflet au niveau de la tuyere ; mais lorfqu’on efl; contraint par la place, il faut le fufpendre , ce qu’on fait par le moyen d’une potence fcc liée dans le mur 9 & deux barres de fer attachées au plancher. _
- Pour placer le fouffiet au niveau de la tuyere , on prépare deux poteaux de-bois qu’on Icelle en terre g9 de façon que les deux bouts de ces poteaux Ibient bien de niveau ; fi le mur efl allez proche, un feul poteau fuffit, parce qu’on perce un trou dans le mur pour recevoir le boulon de fer ; & pour que la direction du vent plonge un peu, il faut que le cul du loufflet foit plus élevé que le trou de la tuyere. Je fuppofe qu’un fouffiet ait 4 pieds de longueur dey? en d9 PL 4 ? il faut 4 pouces de plus d’élévation en p qu’en d. ; car la réglé efl de donner autant de pouces d’élévation à la partie p 9 que le loufflet a de pieds de longueur.
- Le loufflet pofé, on prépare la chaîne de derrière & tout l’attirail appelle la branloire ou brinque-balie, repréfèntée par RR r, PL 4. La douceur d’un fouffiet dépend de bien placer le point fixe ; 6 à 7 pouces de Fens, c’eft une longueur déterminée pour la longueur de 4 pieds de V\r.
- Un bon fouffiet mérite d’être confervé avec foin : les veilles de Fêtes principalement , il faut le monter & le tenir tendu ; car s’il étoit toujours affaiile fur lui-même, les plis fe prefiânt continuellement l’un fur l’autre, la peau fe deflecheroit & fe couperoit. Pour prévenir cet inconvénient, on cloue une tra-verfe de boisjy, PL 4, fur la planche du fouffiet; on y fait entrer un piton à vis, auquel on attache une corde qui va pafler dans une poulie attachée au plancher : alors faifànt jouer la branloire, l’ame fupérieure du fouffiet s’élève ; quand elle efl fuffifàmment élevée, on arrête le bout de la corde à quelque clou qu’on a placé au mur voifin : il faut aufli mettre un contre-poids à l’ame inférieure du fouffiet, afin que la branloire remonte aufli-tôt que l’on a donné le coup , & fans le contre-poids l’aétion efl trop lente : 6 ou 7 livres de poids fuffi-fent ; cependant on l’augmente ou on le diminue fuivant la foupleflè de la peau ; c’eft au Forgeron à régler lui-même la quantité de poids qu’il doit mettre en q ; il faut de plus, pour bien entretenir le fouffiet 9 le démonter tous les deux ou trois ans , l’expofer au foleil, en ôter la crafle , & le frotter avec de l’huile de poiflon, & on ne le remettra en place que lorfque la peau aura bû l’huUe, le tenant toujours expofé à la chaleur du foleil.
- §. II.
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- Première Partie. Chapitre IV. 4 y
- §. IL De rEnclume , & des Outils ordinaires pour forger*
- Il eft de la derniere importance que le Coutelier ait une bonne Enclume * bien dure & bien unie ; que la table , qui doit être d'acier, Toit élevée dun pouce au moins au-deffus des bigornes, comme on le voit en g, Fig. 6, PL 5 ; que les deux talons de cette table foient arrondis en amande, pour évuider aifément toutes fortes d'ouvrages, & particuliérement pour les Rafoirs, pour lefquels ces talons arrondis font indilpenfables*
- L'Enclume de Coutelier doit avoir deux bigornes ; f une ronde , pour bigorner 8c contourner les anneaux des Cifèaux , & l'autre quarrée , pour quantité d'ouvrages dont nous parlerons lorfqu'il s’agira des inftruments de Chirurgie. On ne peut fuppléer à une telle Enclume, que par une petite Enclume appellée Bigorne, telle qu'on la repréfènte Fig. 7, PL 5. L’Enclume doit avoir deux trous, un quarré en u, Fig. 8 , qui fert à placer une tranche qu’on voit en T , Fig. 6, placée contre le billot de l'Enclume. La lettre t repréfente auffi une tranche faite fimplement d’un morceau de lime à trois carres ; cet outil eft excellent pour couper un morceau d'acier à froid, moyennant qu'on y donne le recuit couleur d'or, & qu'on lui donne un coup de meule pour emporter les dents de la lame. Le trou Fig. 8, fert de tas propre, pour relever les mitres des Couteaux de table ; & lorlqu'on a omis de faire percer ce trou en faifent faire l'Enclume, il faut avoir un autre outil appelle Tas, que nous défignerons en fon lieu*
- En général, le Coutelier ne peut pas le paftèr d'avoir des marteaux de la première dureté , parce qu'il faut écrouir l'acier à froid, pour lui donner du corps ; il lui en faut auffi de plufîeurs groflèurs & de différentes fornles , comme à tête plate pour planer, à tête ronde pour évuider, 8c enfin des panes de toutes les largeurs ; il faut auffi deux marteaux à frapper devant, l'un Fig. 8 9 PI. 6, à panes tranfverfàles, 8c l'autre, Fig. 9, à panes verticales. Voyez la vignette de la PL 4, où la Forge efl: repréfentée avec les dépendances* Il faut Planche auffi plufieurs poinçons, comme Fig. 10, PL y , pour percer des trous à chaud * ^
- & des cifeaux, Fig. ii , pour couper une piece moyenne. La Figure 12, vign*
- PL 4, repréfente auffi un fort cifeau emmanché, comme un marteau, à un bout de carillon, ce qu'on appelle tranche a refendre*
- On doit avoir au moins douze paires de tenailles à forger, dont fix croches * comme Fig. 13 , PL 5 , & fix droites, comme Fig. 14. Les unes & les autres doivent être graduées quant à la force, pour quelles foient proportionnées à la groffeur des pièces quelles doivent faifir. La Figure 15 , PL 5 , eft un tifonnier qui doit être fait en forme de pique ; il fert à donner du jour au feu, & à déboucher la tuyere lorfque le mâche-fer s'y attache. La Figure 16 repréfente la fervante qui fert à raffembler^les charbons éloignés du foyer. La Figure 17 Ç OU T ELI ER. L Paru M
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- 46 L’ART DU COUTELIER.
- repréfente une petite pelle, & la Figure 18 , le-petit balai pour mouiller &arro-fer le feu. On doit avoir un étau à portée de la Forge, pour forvir à dreffer & à limer certaines pièces à chaud. Voyez la Fig. 15?, à la vignette , P/. 4.
- §. III. Pojidons de l’Enclume ; attitudes du Forgeron & du Frappeur.
- Îl n’eft guere poflîble de placer une Enclume qui puifle convenir aux Ouvriers de différentes tailles ; la vraie hauteur d’une Enclume pour chaque Ouvrier, eft à la hauteur de la ceinture de la culotte : elle doit être placée à 4 ou cinq pieds du foyer; cependant il faut, en fixant cet éloignement du foyer, faire enforte que le jour porte fur l’Enclume; car il faut voir ce qu’on y travaille, & en même temps éviter de fe rôtir le dos, lorfqu on donne une chaude de longue haleine.
- C’eft toujours le Maître qui décide la hauteur de TEnclume ; cependant il doit un peu fàcrifier de fon aifance pour en procurer à les Compagnons. Je foppofe un homme de 5 pieds 3 pouces; s’il place l’Enclume Fig. no 9 PL 6 , à la hauteur de fa ceinture directement, alors tous les hommes d’un pouce plus hauts que lui s’en accommoderont, ainfi que céux d’un pouce plus bas ; cependant il n’y a point d’inconvénient à mettre l’Enclume un peu élevée, parce qu’un petit homme peut, en mettant une planche fous fes pieds, s’élever affez pour forger commodément.
- La polition du Forgeron doit être à 4 ou pouces du billot, les pieds écartés l’un de l’autre de 10 à 12 pouces & for la même ligne, les pointes des pieds en dehors. Voye£ La Fig. 21, PL 6. Le Forgeron doit tenir fon corps droit, for-tout quand il étire de fortes pièces ; fon marteau doit toujours tomber d’à-plomb , 8c en relevant fon coup pancher un peu la tête for l’épaule gauche pour donner un peu d’efoace pour le pafîàge du marteau ; lorfqu’il veut entailler quarrément une piece à coups de la pane , il doit ferrer fes deux coudes & faire tomber la pane du marteau for la même ligne de la carre de l’Enclume ; & pour que la piece qu’il entaille fe trouve bien entaillée d’équerre, il faut qu’il courbe un peu le corps for la gauche , de maniéré que le bout des tenailles ou le bout de la barre foit en face du nombril ; & au contraire quand c’eft pour élargir une piece , il doit appliquer des coups de pane bien différemment ; il ne faut point gêner le corps , mais écarter les bras en équerre ; alors en donnant les coups de la pane du marteau, elle tombe en long for la largeur de la piece ; & comme le Coutelier fe trouve très-fréquemment dans le cas de prendre cette attitude, on peut l’examiner à la Fig- 22.
- Le manche d’un marteau à main doit avoir un pied de longueur, & pour qu’il tienne bien dans la main , il ne faut pas qu’il foit rond > mais ovale, & plus gros du bout que vers le milieu ; alors il fouette 8c fatigue moins le Forgeron. V?yeig,PL 6. La bonne façon de l’empoigner eft à 4 pouces du bout, les quatre doigts faifànt le tour du manche} & le pouce dirigé comme en g.
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- Première Partie. Chapitre IV. 47
- La fituation du Frappeur eft différente ; la pointe du pied gauche//, Fig. 23, doit être fur la ligne K ; il tient le bout du manche du marteau L, de la main gauche, à 3 pouces de diftance du bout, & la main droite m9\6 ou 7 pouces près du marteau , en l'élevant plus haut que la tête. Il faut qu'il panche un peu la tête fur la gauche , pour laiffer un peu d’efpace entre la tête & le marteau ; car il arrive fouvent que les deux marteaux fe rencontrant, le plus fort renvoie le plus foible, & ce dernier reçoit le coup de fon propre marteau, tantôt fiir la joue , tantôt au* front, & le plus fouvent à ïœil, & cet accident provient toujours de ce que celui qui reçoit le coup, n’a pas retiré fon marteau affez vivement après le coup donné. Il faut donc retirer le marteau un peu à foi en levant un peu la main de derrière, fans quoi non-feulement on rencontre le marteau du Compagnon, mais encore on entraîne le fer à foi, parce que la carre du marteau qui s’imprime dans le fer, y fait une entaille & entraîne infailliblement la pièce avec lui. Toutes ces pofitions font décrites pour un Frappeur droitier : on nomme Droitier, celui qui tient fon marteau de la main droite en m; & on nomme Gaucher, celui qui place fà main gauche en m, au lieu de la main droite ; ainfi le Gaucher doit placer le pied gauche à la place du pied droit du Droitier, comme le défigne la Fig, 24. En un mot, un Frappeur doit avoir le pied droit dans la fituation de la main : fi la main droite eft en avant, le pied doit y être auflî, de même pour la gauche.
- CHAPITRE CINQUIEME.
- Choix des Meules ; maniéré de les monter fur leurs arbres, aujji bien que les Polijfoires , ôG mettre les unes SG les autres en état
- d'être tournées SG arrondies.
- J l y a quantité de carrières de grais en France ; mais toutes ne font point propres à faire des Meules à émoudre ; il s’en trouve de paffablement bonnes en Languedoc , en Auvergne, en Champagne ; mais les meilleures pour le Coutelier, fe trouvent à la carrière de Sel près Langres. Elles font d’un gris blanchâtre, d’un grain bien égal & tendre, & durciflènt un peu quand elles font imbibées d’eau.
- Pour connoître fi une Meule eft bonne ou mauvaife, on en examine le grain; s’il eft ferré, la Meule eft dure ; s’il eft ouvert & malgré cela fin & égal, la Meule eft tendre. Ayant examiné ce que les yeux peuvent apprendre , il faut la fonder ; pour cela on la racle un peu avec le tranchant d’une lame de Couteau, &r on juge par-là à quel degré elle eft tendre.
- Il faut, fur toutes chofès, bien examiner s’il n’y a point de caflures; car, fi
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- 48 *L’ÂR T DU COUTELIER.
- petite que foit une fente, il ne faut jamais rifquer de s’en fervir. Je fuppofe que quelque veine dénote une fente Sc que l’œil ne puifte l’appercevoir, on n’a qu’à prendre de l’eau claire, en verfer un peu fur l’endroit, on verra s’il y a une fente , parce que l’eau s’imbibera plus vîte fur la fente même que fur le refte d& la Meule.
- Les Poliiîbires fe font avec du bois de noyer le plus dur , le moins poreux & le plus égal en couleur; le noir ou brun eft préférable au blanc, parce que le blanc eft tendre & ne fe foutient pas allez long-temps rond ; il fe trouve quelquefois dans le noir des nœuds qui nuifent à la bonne qualité, étant plus durs que les parties qui fe trouvent fans nœuds.
- Il en eft de même des Polifloires comme des Meules, par rapport aux fentes. Il eft de conféquence de ne pas fe fervir d’une Poliiîoire qui feroit un peu fendue ; fi petite que fût une fente, la Polifloire ne pourroit réfifter à la rapidité du mouvement fans fe cafter, & par-là caufer quelquefois de grands accidents ; car on a vu des Ouvriers tués par des éclats de Meule, Sc blefles par ceux des Polifloires.
- §. I. De IArbre de la Meule, & Jes dépendances ; maniéré de la bien monter«
- L’e s s i e u ou l’arbre de la Meule eft fait avec du fer de carillon , de 6 ou 7 lignes de grofleur en quarré pour des Meules de moyenne hauteur, & 9 ou 10 lignes pour les plus hautes.
- .—On prend un morceau de fer de 10 pouces de long, on lui donne une chaudre-Planche gra(fe à chaque bout; pour lui faire les deux pointes bien faines Sc fans aucune 7* paille ni caffure, après les avoir bien arrondies à petits coups de marteau, on dreflè tout l’arbre à chaud le plus parfaitement qu’il eft poflibie ; enfuite on lime les deux pointes bien rondes Sc bien adoucies ; on ne les apointira pas tout-à-fait; il faut que les extrémités foient moufles: la Figure 16 repréfènte cet arbre. Nous obferverons que l’ayant fait d’un morceau de fer qui portoit ro pouces de longueur, les pointes étant faites, il fe trouve de 1^ pouces ; c eft la longueur qu’il lui faut pour avoir l’aifànce de placer la main entre la Meule & la poulie , pour monter la Meule fur l’auge.
- On pofe la Meule à plat, Sc avec un compas on en cherche le centre. Voye£ la Fig. 17. Ayant-trouvé le point, on le marque avec la pointé du compas, Sc — l’on prend un gros foret Fig. 1, PI. 8, Sc à la main feulement on agrandit le Planche trou.
- La Figure 2 repréfente un outil qu’on appelle Perce-meule ; il eft fait d’acier fans être trempé : cet outil porte 7 ou 8 pouces de longueur Sc un pouce de large ; l'extrémité eft terminée par deux dents fèmblables à celles d’une fcie ; les deux côtés de toute fà longueur font limés en bifèau pour lui former un tranchant. Le trou fert à l’accrocher dans la Boutique à un clou, On ferre ce Perce-meule
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- dans l’étau bien droit b , Fig. 3 ; on pofe le trou de la Meule fur les deux pointes de l’outil, & l’on Fait tourner la Meule toujours horifontalement, comme fi elle étoit fur un pivot; les deux dents fcient continuellement, & percent le trou en moins d’un quart-d’heure.
- On a foin de mettre un petit chiffon fur f étau, pour empêcher que le grais n'entre dans la boîte de l’étau , Sc n’ufe les filets de la vis.
- Quand le trou fe trouve percé à jour, il faut changer la Meule de face , remonter l’outil de l’étau , & pour que le trou foit égal en grandeur fur les deux faces, on fait paffer l’outil au travers, alors la Meule eft bien percée : il faut faire des coins pour la monter fur fon elfieu. On prend un morceau de bois de chêne bien fec de 6 ou 7 lignes d’épaiffeur, & de 2 pouces <5c demi de longueur , qu’il foit de droit fil, lequel on ferre dans l’étau pour le fcier en coin* La Fig ure 4 fait voir ce bois tout tracé* Après avoir fcié les coins , H faut les arrondir d’un côté & laiffer l’autre plat, & fur-tout les mettre tous d’égale épaif-feur. Toutes ces pièces étant difpofées , il faut monter la Meule; pour cela on la- tient droite par terre ou fur l’établi ; on introduit l’arbre dans le trou, on réglé la faillie de la pointe , qui eft ordinairement de deux pouces au dehors : on commence par mettre le premier coin en A9 Fig. J, & le fécond en B; le troifieme fe place enfùite en C, & le quatrième en D. Ces quatre coins étant mis fur les deux faces oppofées , il faut regarder fi l’arbre eft droit ; s’il baille plus d’un côté que de l’autre , il faut frapper légèrement le coin avec un fort petit marteau de 3 ou 4 onces feulement, Fig. 6, pour faire relever l’arbre du côté qu’il bailfe. On pofe enfuite quatre autres coins de l’autre côté de la Meule, ëc toujours deux à deux : on remplit ainfi le trou de la Meule par huit coins* Nous avons dit ce qui regarde les quatre premiers coins ; pour que l’arbre foit droit, il faut en faire de même aux quatre derniers, en relevant l’arbre du côté qu’il bailfe. Ayant jugé au coup-d’œil fi farbre eft droit, il faut donner 3 ou 4 coups de marteau à chaque coin, pour les ferrer tous également, & enfuite il faut s’aflurer méchaniquement fi farbre eft droit.
- Pour cela on pofe la pointe de l’effieu de la Meule dans ün petit trou que fon a pratiqué fur f épaiffeur de l’établi, comme on le voit en E, Fig. 7, la palette F étant appliquée fur le ventre pour recevoir & foutenir l’autre pointe de l’effieu ; on préfente enfuite à la Meule en G, la queue d’une lime qu’on appuie fur l’établi, & faifant tourner la Meule avec l’autre main, le frottement de la lime indique fi la Meule eft montée droite ou non fur fon effieu ; fi elle eft droite , la lime portera par-tout lorfqu’on fera tourner la Meule ; fi elle eft montée de travers, elle indiquera le côté qu’il faut relever ou baifïèr* Dans le cas où elle eft beaucoup envoilée, on fait un peu fortir un coin, & fon frappe celui qui lui eft oppofé. Lorfqu’on a bien dreflé farbre, on tefferre chaque coin bien également toujours à petits coups de marteau, & s’il refte des yuides, il faut les remplir avec d’autres petits coins faits en pyramide , & d’une forme à pouvoir Coutelier. 1. Part. N
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- 5© L'ART DU COUTELIER.
- remplis les trous : ceft une attention quil ne faut pas négliger ; car s’il reftoit des vuides entre les coins, ils pourroient s’incliner vers ces vuides , & la Meule feroit dans le cas de fè démettre en travaillant, 8c peut-être de le rompre. De plus, il faut que les coins foient placés dans le trou, comme l’indique la Fig. ,8 , les deux pointes l’une fur l’autre ; car fi elles fe rencontroient bout à bout comme à la Fig. 9, il ne feroit pas pofiible de les ferrer bien également, l’une chafleroit l’autre. Enfin une Meule ne donne de la peine à bien monter, 8c ne caufe des accidents, que quand on n’a pas pris toutes les mefures 8c toutes les attentions que nous avons indiquées. La Meule étant montée , il faut mettre en place la poulie.
- Pour cela on ferre la pointe de l’eflieu dans l’étau y, Fig. io. On fait entrer le bout de l’arbre L , Fig. xo , dans le trou quarré de la poulie, Fig. 11 ; puis on frappe fur la poulie à petits coups de marteau ; fi le trou eft trop grand, mouillez une bande de linge, entortillez-en l’arbre, & faites-le entrer dans la poulie, jufqu’à ce que fà pointe excede la poulie d’un pouce & demi ; on la fixe enfuite avec de petits coins de bois ou de fer, que l’on enfonce à petits coups de marteau, faifimt enforte qu’elle foit montée droite : il faut enfuite porter la Meule à l’auge, prendre de la moulée fraîche & en couvrir les coins ; le gravier qui entre dans les petits vuides, 8c l’eau qui fait renfler les coins , rendent la Meule très-folidement établie fur fon arbre.
- Il eft eflentiel de Bien proportionner le diamètre de la poulie à celui de la Meule, parce que plus le diamètre de la poulie eft grand, plus la Meule a de force , & aufli moins elle prend de vîtefle ; par la même réglé, plus la poulie eft petite, plus la Meule a de vîtefle, en même temps moins de force. Pour avoir un milieu convenable, nous réduirons cette réglé au tiers ou environ , c eft-à-dire, qu’une Meule de 24 pouces demande une poulie de 8 pouces ; celle de 1^ en demande une de y ; celle de 9 en demande une de 3 , & ainfi des autres grandeurs ; mais il faut que la poulie excede le tiers plutôt que d’être moindre. En donnant aux poulies la forme qu’indique la Fig. il, ou l’on voit trois poulies de grandeurs différentes \, \, on fe procure des avantages confidérables ; car quand on a un fort Tourneur qui imprime trop de vîtefle à la Meule , la corde étant fur la rainure \, pour modérer la vîtefle, on n’a qu’à faire pafler la corde fur la rainure l ; & enfin quand on veut arrondir une Meule , comme on a befoin de beaucoup de force & de peu de vîtefle, on fait paflèr la corde fur la rainure î.
- Il faut au moins douze Meules à un Coutelier, une de 18 ou 20 pouces, 8c les autres depuis 4 jufqu’à 12 ou 13 de diamètre.
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- Première Partie. Chapitre V1 jr
- §. IL Maniéré de monter les Polijfoires fur leur arbre.
- La maniéré de monter les Polifloires eft la même que celle de la Meule , tant à Tégard de leur fituation, que pour la façon de les aflujettir, les régler & les dreffer. La différence confifte en ce que le trou de la Meule eft rond, & celui de la Poliftoire eft quarré. Pour monter la Meule les coins font de bois, Sc pour la Polifloire ils fo font de fer ; farbre d’une Poliftoire eft auffi plus petit que celui d’une Meule , parce que le bois eft plus léger que le grais.
- Sans fe donner la peine de forger les coins de fer pour monter les Polifloires , on prend une vieille lame de couteau de 7 ou 8 lignes de large, portant au moins une ligne & demie d’épaifteur ; on la fait rougir pour emporter le poli, ( fins quoi les coins glifleroient ; ) on coupe à la tranche les 8 coins. Voye^ la Figy 12. Comme il faut que la Poliftoire tourne plus vite que la Meule, il faut que les poulies foient plus petites: unePoliffoire de 4 Sc y pouces de diamètre, ne doit avoir qu’une poulie d’un pouce ; une de 12 pouces, une poulie de 2 ; & une de 18 pouces , une poulie de 3 pouces, & ainfi des autres. On aura pour les Polifloires„ comme pour les Meules, des poulies de différents diamètres, comme on voit en H y Fig. I3.
- Il eft d’ulàge de monter les grandes Polifloires à clavette*; cette précaution eft très-fige , parce qu’une Polifloire de 18 ou 20 pouces, qui tourne avec rapidité , eft dans le cas de fe démonter à tout moment, de fe caflfer & de caufer de grands accidents. Voici comment on doit les monter à clavette.
- On fait un arbre avec du bon fer, & on le travaille comme celui de la Meule ; on perce fur cet arbre deux trous à chaud avec un poinçon plat Fig. 14, laiflant entre ces deux trous une diftance égale à l’épaifleur de la Poliftoire : après qu’il eft percé, il faut limer les quatre faces bien quarrément, Sc blanchir le dedans des trous avec une lime plate. Cet arbre eft repréfenté à la Fig. : les deux trous font Ab,cd.
- On forge deux plaques de fer de 3 pouces en quarré & d’une ligne d’épaif-feur, au milieu defquelles on perce un trou quarré qu’on ragrée à la lime , afin qu’il foit jufte à l’arbre ; Sc l’on perce auflî un petit trou auprès de chaque angle , comme le fait voir la Fig. 16.
- On forge encore deux doubles clavettes que l’on fait en coin, comme la Fig. 17 & la Fig. 18 les repréfentent fur leur épaifleur, où l’on volt quelles font doubles. Ces clavettes doivent entrer fort aifément dans leurs trous juf* qu au tiers de leur longueur. Tout étant ainfi difpofé, il faut placer la première plaque fur la ligne A B, Fig. iy , Sc l’aflurer un peu avec une clavette ; on pré-fente enfuite la Polifloire que l’on fait entrer fur l’arbre jufte, & l’on garnit tous les vuîdes avec de petits coins qu’on ne laiile pas déborder. La Polifloire étant montée droite & allurée for l’arbre , on applique l’autre plaque cd9 que Ion
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- ferre enfuite avec fa clavette ; & alternativement on donne un coup de marteau fur chaque clavette, fur la tête E , Fig. i<? , jufqu’à ce qu’elles réfiftent à de petits coups de marteau , 8c qu’elles n’avancent plus, allant toujours doucement. On prend enfuite un petit cifeau pour faire ouvrir les deux pointes des clavettes : on les force pour les plier, comme on le voit en G G, Fig. 19, 8c on les rend àinfi inébranlables. Il refte à enfoncer un petit clou d’épingle dans chaque trou des quatre coins des deux plaques , Fig. 16.
- On voit cette excellente façon de monter les Polifloires, par la Fig. 13. Cette même Figure fait voir à la lettre t, une petite bande de plomb qui eft attachée -avec des clous d’épingle : elle fert à mettre la Poliffoire d’équilibre ; car il arrive prefque toujours que dans une Poliiïoire de grand diamètre, un côté eft plus léger que l’autre ; il ne faut qu’un nœud pour caufer ce défaut d’équilibre ; le côté pelant & le côté léger ne peuvent point fe balancer également ; la Polif-foire ne tourne qu’avec grand bruit : elle fait trembler l’auge & l’Ouvrier. Or, par cette bande de plomb qu’on attache fur la partie légère, on rétablit l’équilibre, 8c on empêche ce tremblement.
- Un Coutelier doit avoir au moins quinze Poliftoires montées 8c bien étagées de pouce en pouce, depuis 4 pouces pour la plus petite, jufqu’à 18.
- §. III. Maniéré de monter les Meules & les Polijjoires à VAuge.
- A v a n t de monter une Meule , on fait abattre la corde & on la place der^ riere le fupport, comme on le voit en iyi >i , Fig. 20. On prend la Meule par ïon arbre d’une main K ; on met la pointe du côté de la poulie dans le trou, en tenant la Meule comme fufpendue pendant qu’on ajufte l’autre pointe dans le trou de 1’aucet ou billot L. Etant placée bien droite, on met le coin O ; on prend enfuite le marteau d’une autre main My avec lequel on donne un coup*au billot L, pour faire entrer la pointe fuffifàmment dans le bois : pour l’ordinaire il y entre de 3 ou 4 lignes ; après quoi on frappe le coin O, jufqu’à ce que le tout tienne folidement ; & l’on cefle de frapper quand la Meule ne balotte plus dans les trous, 8c que l’effort de la main K , qui tient toujours l’arbre, ne peut pas la faire branler fur aucun fens : alors la Meule eft montée. Il faut tout de fuite huiler les pointes, ce qui fe fait au moyen d’une plume qui trempe dans un petit cornet placé à demeure fur le haut bout du fùpport, tel qu’il eft repréfènté par N, de la Figure 20.
- Une PoMoire fe monte à l’auge précifément comme la Meule, il n’y a aucune différence. Voici une remarque qui intérefîe la vie de l’Emouleur ; il arrive toujours que lorfqu’une Meule a travaillé pendant deux ou trois heures, les pointes le lâchent dans leurs trous 8c la Meule tremble , gronde , & louvent elle eft prête à làuter : il faut la rafîùrer en frappant deux ou trois petits coups de marteau fur le billot & fur le coin ; mais pour faire cette opération, Ü faut abfolument faire
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- Première Parti %. Chapitre V. 53
- arrêter la roue ; car en frappant le billot pendant que la Meule tourne, on cour-roit rifque de la faire rompre. Comme bien des Couteliers ont été les victimes de leur inattention, on ne doit point négliger même les petites précautions*
- §. IV. Des Outils propres a arrondir les Meules Ô les Polljjoires*
- O n prend un morceau de fer dans la ferraille ; on le forge quarrément de la longueur de 12 ou 14 pouces , & de 2 lignes en quarré ou environ, Fig, 21 ; on le met dans un fort manche de iiine, & Ton nomme cet inftrument fer à régler. Voye[ la Fig. 22 : il fert à arrondir la Meule & à la dégraiflèr en l’aiguifànt*
- Pour arrondir une Polifloire neuve, on a un outil à grains d’orge, Fig. 23 , & un outil plat & à bifeau , Fig, 24.
- Pour arrondir une Polifloire qui a perdu fà rondeur par le travail, il ne faue pas que l’outil foit trempé, parce que l’émeri, dont la PoMbire eft couverte & imprégnée , uferoit du premier coup le tranchant de l’outil fans prefque agir fur la Polifloire : il faudroit à tout moment repafler f outil fur la Meule ; mais pour obvier à cela, il faut tout uniment prendre une vieille lime, rogner le petit bout de la queue, applatir un peu ce bout à froid, le plier un peu , & lut faire prendre la figure d’un grain d’orge en le limant avec une autre lime : on renverfe le morfil du côté plat. Voye£ la Fig. 2J; elle indique cette lime dont la queue efl: en outil de tour ; & par la facilité qu’on a de lui faire fon tranchant à la lime, il devient meilleur que s’il étoit trempé , au moins pour dégrofîir la Polifloire.
- La Figure 26 repréfente un morceau de bois de 14 ou ï6 pouces de Ion-? gueur, fur 3 ou 4 de largeur, 8c 18 ou ao lignes d’épaifleur; il faut qu’il fbit de chêne ou de quelque autre bois dur, parce qu’il fert de fupport ou de point d’appui au fer pour régler la Meule , & à l’outil pour arrondir les Polifloires : il fe place en travers de l’auge & près de la Meule, comme on le voit en q %
- Fig. 2J<
- §. V. Maniéré d’arrondir les Meules*
- I l faut faire tourner la Meule rondement & fans beaucoup de vîtefle. Quand la pofition de l’auge le permet, on peut s’aflèoir fur un tabouret, finon fur l’auge même, ou bien on met un genou à terre ; alors on prend le fer à régler d’une main R, Fig. 27 ; on le pofe fur le fupport q : on porte les deux doigts de l’autre main fur le bout du fer à régler, appuyant fur le fupport pour le contenir ferme, pendant qu’avec l’autre main R, on fait un petit mouvement pour entamer un peu la Meule, mais très-peu , parce que fi l’on en prenok beaucoup, la Meule & le Tourneur s’arrêtcroient tout court ; mais on tâte foi-» même la force du Tourneur ainfi que celle de fa main , & l’on s’y conforme* Coutelier. 7. Part% Q
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- f4 L'ART DU COUTELIER.
- On doit commencer par le bord de la quarre de la Meule de droite, & la travailler jufques vers le milieu ; cette moitié étant faite, il faut changer la di-reétion du fer à régler , pour lui donner celle quindique la lettre S, où l'outil eft feulement ponélué ; & commençant par le bord de la quarre de la gauche, on travaille la Meule jufqu'à ce qu'on ait joint la partie qu'on a drelfée en premier lieu.
- Pour que le fer à régler prenne bien , il faut préfenter le bout de cet outil à la Meule fur fon plat, 3c alors faire un petit mouvement du poignet pour faire mordre la carre du fer à régler ; ce mouvement fe fait de telle forte, qu'à chaque coup qu’on donne fur la Meule, l’outil tourne un quart de tour de droite à gauche, quand on eft dans la pofition de R, & de gauche à droite, quand on eft dans celle de S. Ainfi quand on a donné quatre coups de fer à régler, il a tourné un tour entier fur le fupport q : cette attention eft eflentielle ; car on n’avanceroit pas l’ouvrage fi l’on appuyoit l'outil fur la Meule, fans obferver les mouvements que nous venons d'expliquer : la Meule mangeroit le fer à régler, & ce dernier ne feroit prefque rien à la Meule, finon de petites rigoles noircies par le fer.
- On arrondit la Meule en l'attaquant en deux fens différents, c'eft-à-dire, par deux pofitions différentes du fer à régler ; parce que fi l'on vouloit la travailler d'une feule pofition, il arriverait qu'étant au bord oppofé à celui par lequel on a commencé, on éclatteroit les carres de la Meule, de forte qu'il faut rétrécir confidérablement la Meule, pour retrouver la vivacité des angles dont on.a abfolument befoin.
- Quand on voit que la furface de la Meule ne faute plus, elle approche d'être ronde ; alors on fait arrêter le Tourneur, & l'on regarde fi le fer à régler a mordu par-tout : fi elle n'eft pas ronde , on y voit des places que le fer n'a pas atteint ; il faut recommencer le travail en fuivant les mêmes procédés. En finiflànt de l'arrondir, il faut la tourner à petits coups de fer pour unir la Meule le mieux qu'il eft poflible.
- La furface de la Meule étant arrondie, il faut faire les angles des bords : quelques Couteliers l'appellent faire les joues.
- Pour cela on porte le fer à régler fur le côté ou le plan de la Meule, à 2 ou 3 pouces du bord, ainfi que l'indique la lettre T, Fig. 20. Le fer étant ainfi pofé, on emporte toutes les inégalités des côtés de la Meule jufqu'aux angles , afin qu'il n'y refte ni trou ni breche ; alors la Meule eft prête à travailler.
- §. VI. Maniéré d'arrondir les Poli/foires.
- I l n eft point néceflàire d'avoir recours à de nouvelles Figures pour faire comprendre les moyens qu'on emploie pour monter les Poliftbires ; celles de la Meule doivent fiiffire > parce qu’il n’y a point de différence pour leur pofition ;
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- Première Partie. Chapitre V* 57
- le même fupport fert pour les deux : la maniéré de tenir l’outil eft la même ; le point d’appui, qui fe fait avec les deux doigts fur le fer à régler, fe fait de même fur l’outil de la Polifloire ; toute la différence confifte à préfenter l’outil plus légèrement fur la Polifloire que fur la Meule. On doit prendre bien moins de bois, parce qu’il s’enleve en copeaux, au lieu que la Meule s’enleve en fable ; de plus , l’outil doit tourner dans la main à la Meule , mais à la Polifloire il eft toujours fixe fur fon fupport : on y fait feulement faire de petits mouvements * pour le faire mordre fur le bois ; mais ces mouvements font peu fenfibles : ils doivent être produits par une efpece de roidiflement des mufcles.
- Quand on arrondit une Polifloire qui a fervi> pour emporter la couché d’é^ meri qui eft comme collée deflus , on fe fert, comme nous l’avons dit , d’une queue de lime faite en grains d’orge, Fig. 2$. Lorfqu’on a emporté toute la furface noire, on prend le cifeau plat, Fig. 24, pour emportet les filions* l’unir & l’arrondir parfaitement.
- La Polifloire a befoin d’avoir les angles bien vifs ; pour cela on prend l’outil à grain d’orge, Fig. 23 , on fe met dans la fituation de l’outil T , Fig. 20 ; on forme ainfi bien exactement les carres , angles ou joues de la Polifloire ; on a foin d’ébarber un peu de loin la Polifloire far le plan : 3 ou 4 pouces ne font pas de trop, parce que quelquefois la main glifle, & l’on fe blefle les doigts par quelque petite écharde.
- Quand la Polifloire eft arrondie, on y met une douche d’émeri, ce qui fe fait avec une brochette de bois V9 avec laquelle on prend de l’émeri délayé avec de l’huile dans le pot y * & on l’applique fur la Polifloire, comme l’indique la Fig. 28, après quoi on le laiflè fécher, ou bien on s’en fert fur le champ, cela eft indifférent.
- Il faut remarquer une chofe fort efTenticlle, 8c qui regarde également la Meule & la Polifloire ; c’eft du fupport q, Fig. 27, que je veux parler.
- Si le point d’appui ou fupport eft plus élevé que l’axe , l’outil ne mord point fur la piece qu’on arrondit * ou s’il y mord, il n’y mord point aflez pour opérer un prompt arrondiflement ; & fi le point d’appui eft plus bas que l’axe * alors l’outil mord trop profondément : il fait arrêter la Meule tout court. Ainfi de ces deux extrémités le. milieu eft facile à trouver ; on place le fupport en ligne directe avec l’arbre ou l’axe de la Meule, ( voyez la Fig. 9 , Fl. 21 ;1 la ligne horifontale 30 eft celle qui convient pour fixer le point d’appui : ) alors l’ou* vrage ira comme il faut. Cependant quand il n’y a qu’une petite différence, le Coutelier peut y remédier en élevant ou en abaiflant la main qui tient le manche de l’outil ; enfin il faut que l’outil foit placé en ligne directe de l’arbre qui eft le centre de la Meule.
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- §. VII. Defeription de tout VEquipage où ton place la Meule & les Poli (foires.
- ~ Emplacement de t Auge , & de fes dépendances.
- g Tout l'attirail qui compofe l'Auge eft fort grand & embarraflant, vu qu'il y faut un jour franc & beau. Quand on n'a pas d'arriere-Boutique ou de Cav^ claire, c'eft toujours auprès de l'entrée de la Boutique qu'on la place auprès du mur, & en ce cas, à moins que la Boutique ne foit grande, elle efl: fort embar-raflee par la roue & ce qui en dépend.
- L'Auge efl: un morceau de chêne de 4 pieds de long, fur iy ou 18 pouces de largeur & autant d'épaifleur, repréfenté par la Fig. 1. Elle efl: creufée au milieu A , d'environ 10 ou 12 pouces de profondeur ; il y a un autre enfoncement en B, de 7 ou 8 pouces de profondeur 8c autant de largeur, lequel contient l'eau qu'on jette avec la main fur la Meule ; l'autre enfoncement C efl: fem-blable : il efl: fait par précaution en cas de déménagement d'un lieu à un autre ; 8c s’il falioit changer l'Auge de la droite à la gauche, ou de la gauche à la droite ; car il faut que l'Aucet foit toujours par devant ; de plus, le fupport D , qui efl: fcellé à demeure, doit être du côté du mur, parce qu'il faut aflèz de largeur du côté de l'Aucet ou billot E, pour pouvoir facilement frap* per du marteau, pour monter & démonter chaque Meule & chaque Polif-foire.
- L'Auge étant conftruite , il faut commencer par forger une bride de fer de 4 à y lignes d'épaifleur, fur 2 pouces de large 8c 20 pouces de long , lequel on plie à chaud en quatre endroits quarrément, tel que le repréfente la Fig. 2 , en jf, g, h, h ; & pour la commodité de changer le billot fur les quatre faces, il faut que cette bride ait 4pouces d'ouverture intérieurement, c’eft-à-dire, de H à H j & le quarré pris jufqu'à la ligne i , i, laiflânt un vuide en haut pour l'épaif-feur du coin ; 8c afin que cette bride s'adapte folidement fur l'Auge, il faut y per-, cer quatre trous à chaque patte K K , pour recevoir de forts clous à large tête Z, Fig. 2 ; 8c pour quelle foit affujettie plus folidement, il faut creufer l'épaifleur de l'Auge avec un cifeau en bois, pour noyer l'épai(Teur des pattes, comme on le voit en O, O, Fig. I. Enfuite on ajufte le billot, qui eft un morceau de chêne dur & bien fain , Fig, 3 , qui entre librement dans la bride de fer, fans cependant être trop lâche ; on peut la laifler de iq qu n pouces de longueur, parce que quand les trous fe font agrandis par le frottement des pointes, on en coupe à la fin l’extrémité de 4 à y lignes d'épaifleur. Pour afliijettir le billot dans la bride , on ajufte un coin, qui eft un morceau de bois Àf, de 3 pouces de large, fur 4 pouces environ de long , qui fort à ferrer le billot i le tout eft repréfenté enfomble en E , 0,0, Fig, 1.
- Ayant pris toutes les dimenfions néceflaires, on place l'Auge à 8 ou 10 pouces de diftance du mur où on la fcelle. Plufieurs Couteliers enterrent
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- l’Auge dans la terre ; ceft une mauyaife pratique ; car l’Auge fè pourrit bientôt,1 8c l’eau fe perd.
- Il faut enfuite préparer ce qu’on nomme le fupport, qui eft un morceau de bois de chêne d’environ y pouces en quarré 9 8c de 2 pieds de longueur, pointu par le bout qui doit entrer en terre ; 8c par deux traits de fcie , on lui fait une entaille à queue d’aronde, comme on le voit en p , Fig. 4 : elle fert à recevoir un morceau de chêne fcié à contre-fil, 8c qui eft percé de petits trous, tel qu’on le voit Fig. y ; il faut l’ajufter folidement, parce qu’il doit porter la pointe de l’arbre de la Meule du côté de la poulie. Ce fupport étant préparé, il faut le fceller en terre à une hauteur convenable , pour que les trous de la queue d’a-ronde D, répondent exactement à ceux du billot E9 Fig. 1 ; enfuite on allure le tout enfemble par le moyen de brides de fer Q9 R, dont on cloue un bout à l’Auge & l’autre au fupport, & de plus deux fortes pattes s, qui font clouées au fupport 8c fcellées dans le mur.
- C’eft avec raifon que j’infifte fur tout ce qui contribue à la folidité de cet • outil ; il en a befoin, puifqu’il faut qu’il porte une Meule de 20 8c jufqu’à 24 pouces de hauteur , qui, tournant avec rapidité, eft capable de brifer toute la machine & de bleffer non-feulement celui qui travaille, mais encore ceux qui font aux environs.
- §, VIII. Du Chevalet, de la Planche, du Rabat-eau, de la Roue
- & de fes dépendances,
- L e Chevalet ( ainfi nommé, parce qu’il porte la planche fur laquelle fe met fEmouleur, ) eft compofé de deux planches de bois de chêne de 18 lignes d’é-paiffeur ou environ, aftemblées bien parallèlement : leur forme fe voit à la Fig. 6. Elles font jointes enfemble par une autre planche qu on cloue en deffus , comme le fait voir la ligne ponétuée 2,2 ; le dedans eft foutenu par une traverfe de bois auffi ajuftée quarrément, 8c placée dans la direétion de la ligne y y. Ce chevalet fe pofe fur l’Auge Fig. 1, de maniéré que le bout T foit fur la ligne X X ponétuée, & l’autre bout t, fur la ligne £
- La Figure 7 eft une planche de bois de y pieds de long fiir un pied de large, & un pouce d’épaifteur ou environ. On cloue en uu9 une traverfe ou tafteau de bois qui fert à arrêter les pieds de l’Emouleur. Cette planche eft échancrée enVV fur fa largeur , pour placer les bras & leur laiffer la liberté de s’approcher ou s’écarter du chevalet. Quand on repalfe une piece un peu longue , comme un Tranche-lard, l’échancrure qui eft au bout P, eft pour placer le menton.
- Il faut clouer fur cette planche un petit couffin, ou bien on prend du crin j on le place un peu épais fiir le bord de la planche, & on le tient mince dans le milieu. On cloue enfuite un morceau de tapilferie ( ou autre étoffe ) fur les Coutelier. /. Part, P
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- bouts-de la planche, 8c une autre rangée de clous en dedans qui empêche que le crin ne retombe au milieu, afin que les côtés portent plus que la poitrine, La Figure 8 repréfente l’Auge avec fes dépendances, fur laquelle eft pofé le che-yalet N; & la planche den u , eft la traverfe qui fert pour arrêter les pieds , afin que l’Ouvrier ne gliiïè pas , vu qu’il eft fur un plan incliné d’environ 30 degrés;
- La Meule du Coutelier, qui trempe toujours dans l’eau , prend continuellement l’eau en tournant, 8c la jetteroit au vifàge de l’Emouleur, fi l’on ne mettait pas en la Fig. 1 r, un petit ajuftement formé de trois pièces, qu’on a repré-fentées à la Fig. 9. En voici le détail : G eft un morceau de bois de 4 ou 5 pouces de large, fur 12 ou 15 lignes d’épailfeur ; fa largeur doit égaler celle de l’Auge : il fe place devant la Meule, à la diftance de 12 ou 14 lignes. Sur ce morceau de bois eft pofé un morceau de chapeau /, qui doit toucher à la Meule, par con-féquent il le faut plus large que la Meule de 7 ou 8 lignes ; & pour que ce morceau de chapeau ne foit pas emporté par le tournant de la Meule, on le fixe avec une bande de fer h, laquelle doit être au moins du poids de 2 livres : ces trois pièces enfemble s’appellent le Rabat-eau , parce que le frottement du chapeau fur la Meule arrête l’eau 8c l’oblige à retomber dans l’Auge d’où elle étoit fortie. On voit le Rabat-eau en place b, Fig. 11.
- La Roue du Coutelier doit avoir 6 pieds de diamètre, ou tout au moins 5 pieds , & être folide. Il faut que la rainure où fe loge la corde, foit bien unie , creufée d’un pouce au moins , & dans la forme de la Fig. 10, qui repréfente la coupe d’une jante. On abat en chanfrein l’angle de la gouttière , comme on le voit en r, Fig. 11. Cette échancrure ou chanfrein fert à monter la corde avec facilité.
- La partie de l’arbre qui entre dans le moyeu, qu’on nomme le corps de FeJJieu de la Roue, doit avoir 15 ou 16 lignes de grofleur en quarré ; la partie de l’arbre de fen e, doit avoir IX ou 12 pouces, c’eft-à-dire, que pour une Roue de 6 pieds de hauteur, il lui faut 12 pouces, 8c pour une Roue de 5 pieds , il ne lui en faut que 11. La partie de la manivelle que le Tourneur tient dans fà main, doit être arrondie pour recevoir un tuyau de bois que le Tourneur tient dans les mains.
- La Roue eft montée fur un pied folide, qui eft compofé de 10 fortes pièces de boisff, jointes par deux entretailles g; fur le milieu desfolinsg-, font affemblés deux forts montants h, qui font affermis par des liens j ,j ,8c il faut que toutes ces pièces foient groffes, non-feulement pour que le pied foit folide, mais encore pour qu’étant d’un poids confidérable, il refte au lieu où on le met ; car il ne peut pas être fcellé, puifqu’il faut l’avancer & le reculer prefqu autant de fois que l’on change de Meule.
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- §. IX. P ofrions du Tourneur de Roue\ travail de fa compétence : avec la maniéré
- de fouder ou réunir le bout des cordes.
- L e premier foin du Tourneur, ell de tenir le feau toujours plein d'eau , les Meules & les Poliflbires toujours rangées & pendues en lair à une planche , Planche comme l'indiquent les Fig. 12 <9 13. Il ne faut pas que les outils foient gênés 7* à leur place, ni qu'ils portent l’un fur l'autre, parce que les coins fe trou^-vant forcés par cette pofîtion gênée, cela les fait démonter, ou tout au moins fe voiler.
- Un Tourneur doit connoître le point de tenfion de la corde , & lavoir que plus la corde eft tendue, plus il a de peine à tourner, parce que le frottement eft plus rude. Quand la corde eft trop lâche, elle coule dans la roue & dans la poulie, de forte que la Roue tourne tandis que la Meule s'arrête au moindre effort que l'Emouleur fait fur fa Meule. Ainfi il doit s'accoutumer à connoître au taél, le point où il faut que la corde foit pour être tendue comme il convient 1 il doit lavoir auffi que plus une Meule eft haute, plus la corde a befoin d’être tendue, par la raifon que le poids de la Meule eft plus confidérable, & l'ouvrage plus rude à vaincre. La Figure 14 eft un levier de fer, qui fert à avancer, reculer & dreffer le pied de la Roue, & dont la place ordinaire eft toujours en Q.
- Chaque fois qu'il faut changer de Meule ou de PolifToire, il faut abattre la corde : c'eft l'ouvrage du Tourneur. Pour cela il prend la corde d'une main en a 9 & la tire un peu à lui pour l'approcher du bord de la gouttière ; il fait tourner légèrement la Roue à rebours, & la corde s'abat ; aufli-tôt qu'elle eft abattue , il faut la placer dans l'écorchure ou encoche r. Quand il faut la monter , il doit faire attention qu’elle ne s'entrelaflè pas avec l'arbre comme il arrive toujours , fi on ne la met point dans l'encoche auffi-tôt qu'elle eft abattue. Il doit regarder attentivement, avant de monter la corde, fi elle eft dans la gorge de la poulie ,
- & fi elle eft croifée comme il faut.
- Les Couteliers fe fervent toujours de cordes faites avec des boyaux ; un Tourneur doit favoir la maniéré de les fouder ; quelques-uns en font un fecret : voici en quoi il confifte.
- On défile & l'on peigne les deux bouts de la corde dans une longueur de 14 ou 1J pouces : il faut la décrafler & l'amincir avec un tranchant de Couteau un peu moufle, parce qu'il faut éviter de cafler aucun fil ; il faut enfuite défiler ces deux bouts & les divifer en 7 ou 8 brins, chacun égaux en force & en longueur ; après cela on retord la corde un peu plus quelle ne l'eft : on fait tenir les deux bouts par une Aide, & l'on prend foi-même deux brins bien étendus, un de chaque bout de la corde, & on les tord l'un fur l'autre jufqu’à un pouce près du bout ; les deux premiers brins étant tordus, on les fait tenir par l'Aide tandis quon en tord deux autres, & ainfi des autres, jufqu'à ce qu'ils le foient
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- Quand tous les brins font ainfi mariés deux à deux, on prend fol-même toute la corde , afin de renfermer entre ces brins les bouts des brins qu’on a unis deux à deux, pour que pas un ne forte en dehors. Il eft difficile de repréfenter cette opération par des figures bien intelligibles ; cependant voyez la Fig. r ^. Elle xepréfente j, y, les deux bouts de la corde qu’on veut réunir Sc qu’on fait tenir par un Aide ;Z les fils féparés; X, deux fils qu’on a commencé à tordre
- l’un for l’autre. Tout le foccès de cette opération dépend de tordre bien régulièrement tous les brins deux à deux, Sc laifter un pouce des brins e, e , de chaque bout, qui ne foit pas tordu , pour les renfermer bien adroitement entre les fils des parties Y> Y> qu’on détord un peu pour les recevoir , de forte qu’ils doivent fo trouver dans le centre de la corde , enveloppés par la corde même.
- Quand elle eft ainfi fondée, il faut la monter tout de foite for la Roue Sc la laifter un peu lâche : alors en ferrant la corde entre les mains, on tord la corde pour quelle foit bien forte : on le fait à l’endroit de la foudure, & avec les deux mains on force la foudure à prendre le même tour que le refte de la corde. Enfin en la preflànt entre les doigts , on l’unit le plus qu’il eft poffible ; Sc fi la foudure étoit trop foche, il faudroit la mouiller un peu, pour que les mains puiffent la mieux unir. Il faut la laifter fécher fans tourner de la journée. C’eft une petite manœuvre que beaucoup de Couteliers ignorent ; je fois charmé de la leur faire connoître ; car c’eft un avantage réel de pouvoir travailler l’efpace de deux ou trois mois fins que la corde cafte ; au lieu que lorfqu’elle n eft que nouée , on eft obligé de ft déranger quelquefois quatre ou cinq fois dans une heure pour la renouer.
- On conforve la corde en la frottant de temps à autre avec du fàvon ou avec de l’ail ; mais le meilleur eft de la frotter avec du cambouis de la Roue , ce qui fe fait en prenant ùn peu de ce cambouis avec un morceau de peau, & en ayant entouré la corde , on fait tourner la Roue ; cette graifte s’imprime dans la corde, forme une efpece de croûte , l’empêche de fe défiler : c’eft tout ce qu’il faut pour la conferver Sc la faire fervir long-temps. L’eflieu de la Roue fe graifte .avec du vieux-oing, qu’on appelle aufli flamhart.
- La pofition du Tourneur doit être telle, qu’il foit toujours prêt à poufler en avant & à tirer à foi ; pour cela il doit placer le pied de devant vis-à-vis l’axe de la Roue , l’autre pied en arriéré, à 12 ou î 3 pouces de diftance du premier.' Quand la manivelle eft en bas, il faut roidir le pied de devant en même temps que les bras font effort pour tirer à foi. Quand la manivelle eft en haut, il faut au contraire roidir le jarret de derrière en lâchant un peu celui de devant dans le même inftant que les bras pouffent la manivelle en avant pour lui faire faire le tour , Sc répéter focceffivement ces deux manœuvres.
- Un Tourneur doit s’appliquer à augmenter la force, précifément à i’iriftanc que l’Emouleur appuie for la Meule , parce qu’il n’eft pas poffible d’appliquer un coup vif, fi le Tourneur fléchit à mefure que l’Emouleur appuie fon coup.
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- La Poliffoire demande pins de vîteffe de la part du Tourneur, que la Meule; en revanche la réfiftance de la Poliffoire n’eft pas fi confidérable ; ainfi pour tourner plus vite , fans fe fatiguer davantage , un Tourneur doit s’accoutumer à ne tourner quavec une main pour polir , laquelle il peut changer autant de fois qu’il le veut, fans cependant changer de vîteffe. Or , pour ce travail, il convient d’avoir le pied droit devant, quand c’eft la main droite qui tourne ; & par la même raifon quand c’eft la main gauche qui tourne, c’eft le pied gauche qui doit être devant, & le droit en arriéré. La Figure il fait voir la pofition du Tourneur.
- CHAPITRE SIXIEME.
- Choix des Pierres propres à affiler les Inflruments tranchants ; différence des bonnes 3C des mauvaifes ; maniéré de les mettre en état d’affiler ; leurs qualités ÔG leurs ufages.
- T j e Coutelier doit avoir une parfaite connoiflànce des pierres qui font propres à affiler toutes fortes de tranchants. Il y a entr’autres cinq fortes de pierres qui different les unes des autres par le grain & la qualité. Ces cinq efpeces font, la Pierre griffe, pour les Couteaux, la Pierre blonde du Levant, la Pierre blanche à Rafoir, celle de Lorraine, qui eft brune, verte ou noire, & la Pierre verte & dure, qui ne fort que pour les Lancettes & d’autres inflruments de Chirurgie.
- La première efpece eft d’un gris-blanc ; il y en a de plufieurs longueurs : les unes portent 7 ou S pouces de long, fur 12 ou 14 lignes de large , & 7 ou S lignes d’épaiffeur. Cette petite efpece eft d’un gris un peu foncé ; on en trouve en Lorraine, en Auvergne: le pays de Liège en fournit de plus grandes, qui font d’un gris blanchâtre : elles portent jufqu’à 20 pouces de longueur, r pouce d’épaiffeur, & 18 lignes de largeur. En général il y en a de bonnes & de mauvaifes dans tous ces Pays.
- Les mauvaifes ont les grains trop gros ; on y apperçoit même de petits brillants : pour l’ordinaire elles font ou trop dures ou trop tendres ; cependant les dures font préférables aux trop tendres.
- Les bonnes ont les pores forrés ;• le grain eft uni, égal & doux ; par confé-quent elles font un meilleur tranchant. Cette efpece eft bonne pour affiler les Couteaux & tous les forts tranchants qui doivent fervir pour les Cuifines.
- Pour mettre cette pierre en état de fervir, on unit une de fes faces fur une pierre de taille jufqu’à ce qu’on ait emporté tous les creux & les boiîès, 8c on finit de la rendre moins raboteufe avec un morceau de pierre - ponce. La Coutelier , I. Paru Q
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- 6<i FART DU COUTELIER.
- Figure i repréfente cette pierre ; on y perce à l’un des bouts un trou dans, lequel on pafîe une ficelle pour pouvoir raccrocher à un clou.
- La féconde efpece de pierre à affiler , eft celle qui porte le nom de Pierre du Levant, ou de Pierre à /'huile ; elle ne fe trouve que dans le Levant même. .C'eft au port de Joppé que quelques vaiffoaux en prennent & en finifîènt leur cargaifon pour venir en Europe. C'eft une pierre très-utile ; mais il y a beaucoup de choix à faire. En général, fà couleur eft blonde ; il y en a qui approchent du brun, d'autres du noir, & d'autres font olive ; la plus parfaite eft celle qui a la vraie couleur blonde , qui a un grain uni, ferré & égal : le plus grand défaut de cette pierre eft d'avoir des veines en travers & d'autres obliques : très-fou-vent ces veines font dures ; ce font autant de durillons qui nuifent beaucoup à l’affilage d'un tranchant ; cependant toutes les veines ne fe trouvent pas mau-vaifes, principalement quand elles font petites ; il faut toujours préférer celles qui portent les veines en long plutôt qu'en travers.
- Il s'en trouve aufîi qui font un peu marbrées , mais très-rarement ; ces dernières font bonnes pour un Coutelier, parce que toutes les veines noirâtres font dures, tandis qu'à côté il y a une place blanchâtre qui fera fobloneufe ; il faut cependant fonder fi elles ont le degré de molleffe dont on a befoin ; pour cela prenez une lame de Couteau, faites comme fi vous vouliez l'affiler avec attention ; coulez le tranchant deffos en appuyant un peu ; fi les veines font dures , vous fentirez que le tranchant gliffera en pafïant deffus, finon on éprouvera une petite réfiftance : c'eft ce qui convient.
- S’il y a des moulieres, le tranchant les fera connoître, parce qu'il mordra plus for le mol que for le dur : il eft affoz ordinaire auffi qu'il s'y rencontre des grains très-durs , qui font comme autant de petits clous ; toutes ces pierres doivent être rejettées : il faut quelle foit par-tout d'une égale dureté, que le tranchant du Couteau pafîe uniment par-tout ; il faut au moins, s'il y a quelque petit durillon, pouvoir l'éviter dans l’affilage.
- Pour mettre ces pierres en état d'affiler, il faut unir une face à plat, & qu’une autre face foit un peu arrondie. Afin de pouvoir affiler, par exemple , un Coupe-cors, une Serpette , cette préparation fe fait avec un grais à fec ; fi la pierre eft grande, il faut la donner à un Scieur de marbre, il l'enchafïèra dans du plâtre , la fciera au fable ( de même qu'on foie le marbre ) en autant de portions qu'on voudra ; enfoite on l'unit avec une pierre-ponce à l'eau.
- C'eft une chofe précieufo pour un Coutelier, qu'une pierre du Levant ; quand il en a trouvé une bonne, il doit bien la conferver, fur-tout fi elle eft bonne.pour les Lancettes ; car pour les bien affiler, elle doit être plus parfaite que pour toute autre chofo. Quand elles font petites, on les enchaffo comme on le voit Fig. 2, & on ne doit s’en forvir que pour cet infiniment. Chaque Coutelier a toujours deux ou trois pierres du Levant. Celle de la Boutique, comme je l'ai déjà dit, doit avoir une face plane, laquelle fort à affiler tous les
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- Première Partie. Chapitre VI. 63
- Cifeaux, les Grattoirs , beaucoup de petits outils fervants à différents métiers * comme Couteaux de Fourreurs, de Peauffiers, de Gaîniers, les Scapels à difféquer, &c , Fig. 3. Une autre face de cette pierre doit être un peu ronde, pour pouvoir affiler tous les tranchants courbes.
- Le Coutelier a auffi befbin d’un morceau de pierre du Levant, pour polir les dos des Couteaux : celle-ci n a pas befbin d’être parfaite, la plus douce eft là meilleure. Voye[ Fig. 4 : on y voit deux rainures faites par le frottement des dos des lames. En général, cette pierre ne doit jamais fervir qu’avec de l’huile , aulîî en porte-t-elle le nom; elle a befbin même d’en être imbibée pendant trois ou quatre mois avant de s’en fervir , fans quoi elle eft fàbloneufe & graveleufè.
- La troifieme efpece de pierre eft celle que l’on nomme à Rafoir : elle fe trouve dans le pays de Liège fur le bord de la Meule , feules carrières qui fbient connues en Europe, pour bien affiler un Rafoir ; ordinairement ces pierres font blanches, les unes d’un blanc de lait, d’autres un peu jaunâtres, d’autres font tachetées de noir. En général, il s’en trouve de bonnes 8c de mauvaifes dans chaque efpece ; mais celles qu’on tire de la carrriere, qu’on appelle la Vainette , qui font d’un beau blanc de lait, lefquelles font tellement fendues , qu’il femble qu’elles aillent tomber par morceaux, Fig, y,, font cependant les meilleures ; il s’y trouve quelquefois de petits clous de fer qui nuifent à l’affilage heureux ; encore quand ils font petits, on peut, à mefure qu’ils paroiffènt , les faire partir avec la pointe du Couteau. ; ^
- Celles qu’on tire de la carrière qu’on appelle vieille- Roche , font jaunâtres : elles font très-bonnes ; il y en a auffi de bien parfaites parmi celles qui font tachetées de noir, Fig. 7.
- Enfin pour choifir une bonne pierre, il faut qu’elle ait un grain doux & un peu tendre. Le gros grain & ouvert eft quelquefois trop tendre ; mais le plus fouvent il eft d une dureté infupportable. En paflânt l’ongle fur cette pierre, on fent fi elle a le grain égal ; mais il faut être connoifieur pour juger de fà parfaite qualité, On connoît aifément fi elle n’eft pas graveleufe, quand l’ongle pafle fur la pierre avec une réfiftance uniforme ; lorfqu’elle ne gliffe pas plus dans un endroit que dans un autre , elle eft bonne ; mais fi elle glifïe fur un endroit, c’eft un durillon, la pierre ne vaut rien; mais quinze jours de fervice affinent mieux de fà bonne qualité.
- Cette efpece de pierre eft ordinairement blanche d’un côté, & noire de l’autre ; mais rarement le noir eft bon pour affiler : il eft ou trop dur ou trop tendre. Cependant celles où il fe trouve quantité dé taches noires qui font parfemées fur le blanc, n’en font pas moins bonnes : ces taches né different qu’en couleur, étant d’une dureté égale : elles n’en affilent pas moins bien.
- Ces pierres s’enchaftent dans du bois ; & pour les préparer, il faut les frotter avec un morceau de pierre-ponce à l’eau, afin d’en bien unir la fiirface blanche. Quand l’huile a féjourné deftus, elle s’y coagule, il faut alors la dégraiffer avec
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- 64 L'ART DU COUTE L IE Ri
- la pierre-ponce & à leau : c’eft la feule pierre qui foie bonne pour donner un bon tranchant aux Rafoirs : elle affile auflî quantité d’autres tranchants.
- La quatrième efpece de pierre eft une petite pierre qu’on trouve en Languedoc , en Auvergne, & la Lorraine fournit les meilleures ; elles font verdâtres : il en vient d’Angleterre qui font noires ; mais elles ne valent pas les vertes de la France. J’en ai qui ont été trouvées fur le Mont Véfiive, qui font parfaites. La couleur verte efl: par-tout égale; on n’y apperçoit ni veine ni nuance ; c’efl: un morceau d’une bonté rare pour fon efpece. C’eft un Prêtre voyageur qui en apporta cinq ou flx. Il efl: à défirer que les Voifins de ce Mont en faffent de petits magafins. Voici à quelles marques on peut les connoître : elles font couvertes dune écorce cendreufe, laquelle étant raclée avec une lame de Couteau, on découvre la pierre au milieu, d’une couleur de verd-pré.
- Quant aux pierres que j’ai citées du Languedoc, de l’Auvergne & de la Lorraine , il faut les choifir un peu dures préférablement aux tendres : quant au grain, il ne faut pas chercher le gros ; au contraire, le plus ferré & le plus uni efl: le meilleur.
- La maniéré de les préparer efl: d’unir la face qui paroît la plus égale en couleur , avec une vieille lime, fi elle efl: trop inégale, ou bien fur un grais à foc ; après quoi il faut la pafler avec la pierre-ponce à l’eau, & enfuite finir d’unir tous les traits avec un morceau de pierre à Rafoir aulîi à l’eau.
- Cette pierre efl: parfaite pour affiler les Canifs , les Coupes-cors , &c. Dans les inftruments de Chirurgie, c’eft la fécondé où doit paffer la Lancette & tous les inftruments forvant à faire l’opération de la Cataraéle ; de plus, les Biftouris, les Lithotomes , & enfin tous les tranchants délicats. Celle qui fort aux Biftouris courbes doit être un peu ronde. T^oye^ les Fig, y & 8. Si l’on manquoit de celle dont nous venons dé parler , la troifieme efpece , qui efl: la pierre à Rafoir, peut fùppléer à la quatrième.
- La cinquième & derniere pierre à affiler efl: très-rare à trouver bonne ; ce font des cailloux verts : il s’en trouve quelquefois fur le bord des rivières qui font nuancées de bleu ; mais très-rarement elles fe trouvent bonnes , quand elles ne font pas d’un verd pâle, égal & uni. Il y en a de très - bonnes en Efpagne ; mais il s’en rencontre d’excellentes dans le pays d’Aunis : la ville de la Rochelle en efl: pavée ; mais elles ne font pas toutes bonnes. Quand il a fait un orage qui a lavé le pavé, on en diftingue quelques-unes qu’on peut foupçonner bonnes, c’eft-à-dire, qu’on voit celles qui ont un verd alfez égal fans nuances ni veines blanchâtres ; mieux encore, & à quoi l’on doit le plus s’attacher , c’eft à regarder attentivement fi l’on n’y apperçoit pas beaucoup de petits trous. Tout cela ne fuffit pas encore ; après l’avoir examinée , il faut fonder fon degré de dureté.
- Il faut être muni d’une lame de Couteau bien dure, appliquer le tranchant fur le caillou, le racler un peu brufquement, fonder avec la pointe s’il n’y a point de moûlieres ou de petits durillons; enfin il faut que le grain foh uni,
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- Première Partie. Chapitre VI. 6 y
- doux & ferré, quil ne différé aucunement d’un endroit à l’autre ; quelle foit dure au point qu’une lame de Rafoir ait peine à mordre fur la pierre, & cependant elle doit un peu l’entamer, mais ( je le répété ) difficilement.
- Je fiippofe qu’on ait eu le bonheur d’en trouver une bonne , ( ce qui eft allez difficile , mais poiiit impoffible, ) il faut la travailler pour la mettre en état de fervir. Le meilleur moyen que j’aie trouvé, eft d’enchaffer ce caillou dans du plâtre, Sc à force de temps le fcier au fable ou à l’émeri, comme on fcie le marbre avec une fcie fans dents ; étant fciée en deux ou en plufieurs parties, il faut emporter les traits de la fcie fur un grais avec de l’eau,'enfoite avec la pierre-ponce à l’eau aujffi pour emporter les traits du grais ; après quoi la pierre à Rafoir emporte ceux que fait la pierre-ponce.
- Cette pierre mérite d’être enchaflee avec juftefte dans du bois dur , comme du noyer, du buis, Scc, Fig. 9.
- Je répété ce que j’ai dit dans mon Ouvrage, la Pogonotomle, au Chapitre des Pierres : il n’eft pas nécèffoire de recommander d’avoir des attentions pour con-fèrver cette pierre ; il foffit de l’avoir cherchée, appropriée Sc travaillée foi-même , pour la conforver avec le plus grand loin.
- La propriété de cette pierre n’eft pas d’une grande étendue pour la quantité des tranchants qui ont befoin de fo vertu ; mais elle n’en eft pas moins précieufo : elle n’eft indilpenfable que pour les Lancettes, Sc tous les inftruments pour faire l’opération de la Cataraéle : c’eft cette pierre qui unit fi bien les tranchants & les pointes, qu elles exécutent les opérations fans fe faire prefque fentir.
- J’ai dit le moyen de fe procurer cette pierre , ( autant qu’il m’a été poffible ) pour mettre tous les Couteliers en état de fe la procurer ; car j’ofe dire qu’il y en a qui ne lavent où l’on peut trouver cette efpece de pierre , & pour cela ils renoncent à faire des Lancettes, qui font cependant l’inftrument le plus intérêt font de la Coutellerie Sc de la Chirurgie.
- La Figure 10 fait voir la maniéré de poncer Sc de graifïer toutes fortes de pierres ; ce qui fe fait en trempant la pierre Sc la ponce dans l’eau de temps à autre, Sc frottant les deux pierres enfomble dans toute la longueur.
- La Figure 11 repréfente la façon de drefier les pierres fur un grais, quand il faut ajufter une pierre à Rafoir dans un étui : cette pierre ne doit porter que le volume d’un Rafoir ou à peu-près ; pour cet ouvrage plufieurs Couteliers font ufoge de la râpe & de la lime, en attachant la pierre dans l’étau : par cette mé* thode on caffe fouvent des pierres. Voici la meilleure façon de la diminuer.
- Prenez une Meule fons arbre, pofez-la bien à plat for l’établi A, Fig. 11 ; mouillez-la fouvent, Sc frottez la pierre à Rafoir for cette Meule ; en peu de temps vous parviendrez à la diminuer au point qu’il faudra.
- On peut apprendre cet ouvrage à un Tourneur, en lui traçant l’épaiflèur & la largeur qu’il faut ôter, ou lui donnant un modèle convenable, il s’en acquit-Coutelier. /. Parc. R
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- Planche
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- tera bien* D’ailleurs c’eft un temps de gagné, parce qu’il n’eft pas toujours
- occupé à la Roue.
- CHAPITRE SEPTIEME.
- De plufieurs Outils qui fervent à différents ufages. 1
- "Là Figure première repréfente un archet qui fert à faire agir le foret pour percer toutes fortes de matières ; il eft compofé d’un manche de bois A, d’une corde B : le corps eft fait avec une vieille lame d’épée ou de fleuret, au bout de laquelle on perce un trou C, pour arrêter un bout de la corde ; à l’autre bout eft un anneau pour arrêter l’autre bout de la corde en D.
- La Figure i repréfente la Palette qui fert de plaftron, l’appuyant fur la poitrine ; le corps A A eft de bois, fur lequel on fixe un morceau d’acier B , qui eft percé de plufieurs trous avec une pointe à contre-marquer feulement, laquelle pointe à contre-marquer eft repréfentée par la Fig. 43.
- La Figure 3 repréfente un Chevalet qui porte le foret pour percer les manches des Couteaux à gaine, &c. On voit des Chevalets de différentes conf-truélions ; mais ils reviennent au même : il fuffit que les deux montants foient de fer ; que l’un E, foit percé à la pointe à contre-marquer pour recevoir le bout du foret; que l’autre montant foit brifé par une charnière F9 pour qu’il puifle s’ouvrir fuffifàmment pour recevoir le foret, & enfuite qu’il foit arrêté en G par une vis ou par un reflort.
- La Figure 4 repréfente une Boite à foret > qu’on fait avec du bois de noyer ou autre bois dur , comme le buis.
- La Figure y repréfente un Grattoir ; c’eft un outil fait avec de bon acier forgé à quatre quarres : on le trempe dans l’eau bien fraîche, l’ayant chauffé un degré de plus que couleur de cerife, & on ne lui donne point de recuit : on l’emmanche dans un manche de lime ; on lui donne quelques coups de meule bien vivement, afin que les angles foient bien vifs & bien tranchants.
- La Figure 6 repréfente un Tire - filet pour les métaux, lequel eft fait avec de bon acier trempé couleur de cerife & point de recuit : il fert à orner de filets plufieurs inftruments, comme les dos des Couteaux 9 &c.
- La Figure 7 eft un Tire - filet pour l’ivoire, l’écaille, le bois, Sec, avec lequel on fait un filet for les quarres d’un feul trait ; il eft courbé par le bout, comme l’indique la Fig. 8 , qui repréfente fon épaifleur. On peut fe pafler de le tremper ; mais fi on le trempe, il faut lui donner le recuit violet.
- La Figure 9 repréfente une autre elpece de Tire-filet, qui ne fert qu’à faire un filet for le bord du manche d’un Couteau à reflort.
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- Première Partie. Chapitre VIL 6y
- La Figure ro eft un Equarrifloir, pour agrandir & arrondir les trous ; il eft fait d’acier trempé, & recuit couleur d’or : il doit avoir 6 ou 8 quarres ; au refte il doit être émoulu vivement.
- La Figure il eft un fer de foret propre à percer le fer & l’acier : il doit être trempé couleur de cerife, Sc recuit couleur de paille.
- La Figure 12 eft un fer de foret propre à percer au chevalet, l’ivoire, l’écaille , les bois, les cornes, &c : il peut fe pafîer de la trempe ; mais fi on le trempe il faut le recuire bleu, parce qu’il rifque de s’engorger dans le trou & le rompre au fond : if ne doit avoir qu’un bifeau de chaque côté pour former le tranchant.
- La Figure 13 repréfente un Foret propre à percer l’or , l’argent & le cuivre : ii doit avoir quatre bifeaux, afin que le tranchant fè trouve au milieu ; il doit être trempé & recuit violet, parce que ces trois métaux ( fur-tout l’argent ) font gras au perforage, c’eft-à-dire, que l’outil s’engage facilement & fe cafte dans le trou : or il faut que le foret puifte y réfifter.
- La Figure 14 repréfente un Bonnet-quarré ou un Foret à quatre quarres : on l’a repréfenté de face à la Figure iy. C’eft un excellent outil pour drefîèr un trou : plufieurs Ouvriers ne le connoiftent pas ; il eft cependant très-utiles Comme il eft fait pour former un trou qu’on doit tarauder , on le fait bien jufte au trou de la filiere , de forte qu’il n’entre que dans le premier filet ; on eft alors certain de bien tarauder un trou fans accident ; ce bonnet-quarré ne peut pas percer un trou lui feul ; il faut avoir préparé le trou avec un foret ordinaire, comme Fig. 11 ; mais après ce foret on pafle le bonnet-quarré, & on a un trou d’égale grofleur en haut & en bas, de forte que le tarau n’eft pas plus gêné au fond du trou qu’à fon entrée. Je ne défigne que quatre forets; mais il en faut bien davantage, qui ne different de ceux dont je viens de parler, que par la grofleur & la longueur. Ainfi en faifànt une piece qui exigera un foret particulier , on le trouvera près de la piece dans la même Planche.
- La Figure 16 repréfente une Pointe à percer le fer & l’acier: elle doit être bien trempée & recuite couleur d’or ; on s’en fert pour percer à froid de petites pièces, comme les foyées des Couteaux de cuifine, appellés aufli à plate-femelle* On met fous la pointe un morceau d’acier en lame, percé de plufieurs trous Fig. 17.
- La Figure 18 repréfente une Plaine ou Couteau à deux manches pour dé-groflîr le bois quand il ne l’a pas été par la fcie.
- La Figure 19 repréfente un grand Brunifloir ; fon fupport //eft de bois, fur lequel eft rivé un anneau de fer en /, qui reçoit l’extrémité K de l’arbre du Bru-nifloir, tandis que la partie L brunit l’ouvrage. Cette partie L doit être d’acier bien trempé, fans recuit, & bien poli à l’émeri & à la potée. Il y a une autre efpece de Brunifloir, qu’on appelle Bruniffoir à main.
- Les Figures 20 & 21 repréfentent deux Ecouaines, l’une plate, Fig. 20?
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- l’autre triangulaire, Fig. 21. Elles fervent à pouffer des moulures for l’ivoire , l’écaille & les bois ; les dents foht faites avec une lime comme les dents d’une fcie ; mais elles doivent être bien régulières, & ni l’une ni l’autre ne doivent être trempées.
- Les Figures 22,23 , 24,2^ & 2(5, repréfentent différentes formes de Cife-îets propres à tailler l’acier, ainfi que le fer : ils doivent être trempés couleur de cerife & recuits couleur de paille , ou tout au plus couleur d’or.
- La Figure 27 fait voir une Eftampe à 8 pans, pour eftamper & couper en même temps une calotte de cuvette pour couvrir une virole n°. 3 ; 8c la Figure 28, dont la forme eft appellée à la Turque, couvre la virole à 3 pans n°. 2.
- La Figure 29 eft la forme d’un Mandrin, propre à mandriner les viroles ; il en faut de plufieurs formes, tels que les défignent les nos. r , 2,3,4. Il faut que ces outils foient bien dreffés, les pans vifs 8c réguliers : il eft bon de les tremper; mais il faut les recuire au moins bleu.
- Chaque Coutelier a là marque ou poinçon pour marquer tous fes ouvrages ; de plus, il met encore Ion nom & celui de la ville : l’un & l’autre font faits avec de bon acier bien trempé couleur de cerife 8c recuit couleur d’or, afin qu’ils puifient marquer à chaud comme à froid fans s’égrainer ni fe refouler. Tous les deux font repréfentés par les Figures 30, qui eft la marque, 8c 31, qui eft le hom du Maître & celui de la ville ,lefquels ne font qu’un feul poinçon, comme le fait voir la Fig. 32.
- .......^ La Figure 33 eft un petit Tas qu’on met dans l’étau pour y appliquer fou-
- Planche vrage qu’on veut marquer à froid.
- IÎB La Figure 34 eft une Filiere pour faire des vis; ceft un excellent infiniment quand il eft bien fait. Il n’eft pas douteux qu’il faut le faire avec de bon acier ; & même le corroyer trois lames enfemble ( * ) & le tremper couleur de cerife, puis le recuire couleur d’or. La grande épaiffeur de cet infiniment doit être en m, & il doit aller en diminuant jufqu’à n, comme l’indique M N. On conçoit bien que plus un trou eft grand, plus la filiere doit avoir de force pour réfifter au taraudage d’une forte vis. Ainfi on perce les grands trous dans l’endroit le plus épais de la filiere ; & à mefore quelle diminue en épaiffeur, les trous diminuent auflt en grolîèur. (
- Une Filiere complette doit porter fon calibre : on entend par calibre un endroit 0 o, où il y ait des trous qui foient moins gros que ceux de la filiere, pré-cifément de l’épaifïeur du filet de la vis, afin que quand une piece, qui doit porter une vis, entre jufte dans le trou de calibre , elle foit jufte de groflèur, pour fe bien tarauder net 8c fans fe caflèr. Or, pour que ce trou foit tel, il faut que le foret, ou encore mieux le bonnet-quarré qui fait le trou, n’entre pas dans le
- (*) Il y a des Filières de plufieurs efpeces: pour s’en inftruire, on peut confulter l’Ouvrage de M. Huîot, ( l’^rr du Tourneur ) où elles font traitées avec toute la préciüon pofiSble.
- trou
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- Première Partie. Chapitre VFL 6p
- trous de la fiiiere, mais qu’il s’en faille de toute l’épaifleur du filet qui fait la vis.
- Il doit y avoir fur une fiiiere deux trous femblables, fur-tout les petits, pouf que fi une piece qu’on taraude vient à fe rompre dans le trou, on ait un trou fembiable pour finir la vis diligemment. Au refte, tous les trous font numérotés , comme l’indique la Fig. 34.
- Les Figures 3^ & 36 repréfentent deux Taraux de la fiiiere, qui doivent porter des numéros correlpondants à ceux de la fiiiere. La meilleure maniéré de tremper un tarau, c’eft, quand il eft couleur de cerife, de le tremper dans l’eau fraîche, enfuite le bien efluyer, le tremper dans l’huile, puis le pofer fur les charbons ardents, obfervant attentivement l’inftant où l’huile commence à flamber, le retirer au plus vîte du feu, le tenir en l’air avec les tenailles, jufqu à ce que l’huile ait fini de brûler, alors le jetter dans l’eau. Ce recuit eft un violet parfait, & c’eft celui qui convient pour les petits taraux. Quand on trempe un fort tarau, qui ne rifque pas de caiTer fi facilement qu’un petit, on peut lui con-ferver un degré de dureté de plus : pour cela on le plonge dans l’eau aulîi-tôt que l’huile commence à flamber 5 alors il fera plus dur 7 parce qu’il ne prendra que la couleur d’or, ou tout au plus la couleur de cuivre rouge ; par ce moyen il fera en état de tarauder le double de trous de plus, parce qu’étant plus dur, il réfiftera plus long-temps au frottement du taraudage.
- Les petits trous fe taraudent toujours à la main, en fàififlant la piece avec une pince ; mais quand c’eft un gros trou, comme, par exemple , les nos. 12 & 13 de la Figure 34, on taraude dans l’étau : pour cela on met la partie du tarau p dans la fente q d’un Tourne-à-gauche, Fig. 37 ; alors on tourne légèrement pouf ne vaincre la réfiftance que par de légères fecoufles, toutefois plus ou moins, félon la grofleur des taraux ; car plus un tarau eft petit, plus il faut ménager l’effort des fecoufles. Notez qu’il ne faut jamais tarauder à fec, mais toujours à l’huile , & en mettre plutôt trois fois qu’une, parce qu’à mefiire que la vis travaille, la matière s’échauffe ; la chaleur la fait renfler au point quon fent tout-à-coup une réfiftance, de forte que fi l’huile manque, l’un ou l’autre caffe, foit la vis, ou le tarau ou la fiiiere.
- La Figure 38 repréfente un Couteau à fcier : il eft ordinairement fait d’une vieille lame de Rafoir ou de Couteau. Cet outil eft emmanché dans un manche de lime, & fur fon tranchant on y fait de petites dents en frappant avec la quarre d’un gratteau ou d’une vieille lime à tiers-point. Cet outil fert à fcier promptement les bouts des clous qui fe trouvent trop longs pour les rivures.
- La Figure 39 eft une petite fcie à main, qui fert à rogner de petits bouts des manches, mais particuliérement pour refendre une chafle de Rafoir, lorfque la lame eft plus longue que la chafle n eft fciée.
- La Figure 40 repréfènte une paire de petites Pinces propres à cimenter les Canifs, &c. Elles ont les bouts plats , comme le fait voir la Fig. 41. Il en faut Coutelier. /. Part« 5
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- yo L'ART DU COUTELIER.
- aufïï de pointues, comme le défigne la Fig. 42. La Figure 43 repréfente une
- Pointe à contre-marquer : elle doit être d’acier 8c trempée fans recuit.
- Les Figures 44 8c 45 font voir deux Fraifes qui fervent à fraifer un trou pour noyer une rivure ; 8c une Vis faite en goutte de fuif, comme le fait voir la Fig. 48. La fraife , Fig. 44, eft quarrée ; fes quatre tranchants font faits à la meule : elle doit être trempée 8c fans recuit. Celle de la Figure 45 eft taillée à la lime ; pour cet effet il faut qu’elle foit forgée 8c limée ronde, après quoi on y fait les dents tout autour 8c en long, avec une lime à tiers-point.
- La Figure 47 repréfente auffi une Fraife en forme de foret : elle porte un pivot. Elle fert à faire une figure quarrée : alors la forme de la vis eft auffi large en bas comme en haut de la tête. Voyeç la Fig. 49»
- La Figure yo repréfente un Marteau à dreffer des ouvrages trempés. Cet outil eft compofé d’un manche r 8c de Ion corps s s, qui eft d’acier pur le plus fin & le plus dur : il a deux têtes égales en longueur 8c grofîeur , fur lefquelles on forme un bifeau de court 8c de chaque côté, pour faire le tranchant au milieu , comme on le voit Fig. y r. Il doit être trempé d’une exaéle couleur de cerife , plutôt plus chaud que moins , 8c ne doit point avoir de recuit, parce qu’il faut qu’il entre même dans un Rafoir qui eft trempé bien dur, mais qui a eu un petit recuit, ce qui fuffit pour être entamé par un inftrument qui n’eft pas recuit du tout.
- La Figure y2 repréfente un Tas à tête ronde pour redrefîer les ouvrages trempés. Ceux qui feront de mon fentiment fur le redreiîàge de l’acier trempé , doivent convenir que ce tas ne doit point être trempé, parce qu’étant dur, il s’oppoferoit à l’aélion du redreiîàge, attendu qu’il forceroit la matière à s’allonger du côté convexe, tandis qu’il ne faut faire allonger que le côté concave.
- La Figure 53 repréfente un Compas d’épaiflèur, qui fert à prendre, par exemple , l’épaiffeur d’une boule ; mais lorfque le clou eft bien placé au milieu 8c qu’on veut s’afliirer de l’épaiffeur de quelque objet creux au centre 8c épais des bords, alors on porte la partie R fur l’endroit qu’on veut mefùrer, & la partie S indique l’épaiffeur jufte.
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- Première Partie. Chapitre VIII.
- 7 f
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- CHAPITRE HUITIEME.
- J
- Defcription de la Boutique du Coutelier ; emplacement des Outils * des Armoires , des Tiroirs à renfermer les Ouvrages ; maniéré de marquer les Babillages : attitudes des differents genres de travaux dit Coutelier.
- I l faut fuppofer que la Forge foit placée avec fos dépendances derrière la cloifon dans l’arriere-Boutique, ainfi que les Roues 8c les Tourneurs ; du relie la Planche 12 fait voir la difpofition de la Boutique du Coutelier, laquelle efl: tout enfemble laboratoire & marchande.
- L’entrée efl: au milieu en A ; de droit & de gauche font placés deux Etablis * portant chacun deux étaux b b , h b.
- La Figure 2 repré/ente un Ouvrier qui taraude à la main une vis de Cifoau* ainfi que tous autres petits trous ou vis qui ont befoin d’être taraudés.
- La Figure 4 repréfente les pofitions pour drefler une piece trempée & recuite. Cette opération fe fait fur le petit tas à tête ronde qui efl: ferré dans l’étau ; on pofe le côté convexe de i’inftrument for le tas C* 8c l’on frappe à petits coups de marteau à drefler , fur le côté concave , obfervant toujours de faire bien porter la piece d’à-plomb * afin que le tranchant du marteau touche exactement la piece fur le point du fupport ; car il n’en efl: pas du redreflage d’une piece d’acier trempée , comme d’une qui ne l’efl: pas * & comme un grand nombre de Couteliers le croient ; f acier trempé n’obéit pas facilement : il faut le forcer à obéir au moyen d’un marteau dont la tête efl: à tranchant. Or, ce tranchant entre un peu dans la matière, y fait de petites imprefllons qui étant multipliées for le côté concave , ce côté s’allonge înfenfiblement, & devient d’égale longueur que le côté convexe : voilà comme fe fait le redreflement. Si l’on pofoit la piece à faux for le tas 9 elle fe romproit.
- En B , font les limes rangées à un râtelier ; en D , font tous les petits outils pour différents ufages , comme Poinçons, Cifelets, petites Limes, Marteaux* 8cc. En E, font les Forets avec leurs boîtes.
- La Figure 5 fait voir la maniéré de dégraifler les Meules. On tient le fer à régler d’une main/, les deux doigts dé l’autre main font appuyés for le bout du fer à régler ; dans cette pofition on fait tourner l’outil fur la meule, le promenant d’un endroit à l’autre ; cela fait, il faut détacher les grains de limaille qui font attachés fur la meule en grande quantité, 8c qui, fans cette maniéré facile 8c prompte de les ôter, empêcheroient la meule de mordre.
- La Figure 6 fait voir comment on polie en long, 8c nous donnons pour
- Planche
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- 7i L'ART DU COUTE U ER.
- exemple le dos d'une lame de Cifëau ; une main tient l'anneau 8c la branche i en bas ; l'autre main en haut K, tient la pointe de lame entre le pouce & l'index feulement. Pour faire mieux appercevoir la pofmon des mains & celle des Ci-feaux 8c du fer à régler, on a mis la meule à découvert, en fupprimant le chevalet 8c la planche. .
- Article Premier.
- ' De la difpojition de la Boutique des Couteliers.
- Comme les Couteliers font Maîtres & Marchands, ils doivent avoir un Atte-lier où plufieurs Ouvriers travaillent ; 8c en outre leur Boutique doit être un magafin où l’on trouve des ouvrages tout faits, & la Maître (Te doit veiller à ce que tout y foit en ordre avec propreté & décence ; pour cela il doit y avoir autour de la Boutique, des Armoires vitrées M, (*) fermantes à
- clef, dans lefquelles lapoufliere Sc l’humidité ne pénètrent pas, afin que les ouvrages d’acier qui y font expofés, ne rouillent pas : elles doivent être à 4 ou y pieds de terre, Sc avoir 3 ou 4 pouces de profondeur. C’eft dans ces Armoires qu’on arrange avec goût les'grands inftruments, qui étant entretenus bien propres , font un bel effet.
- A l’égard des inftruments de petit volume, qu’on doit avoir en quantité, tels que les Couteaux de différentes fortes, les Cifeaux, les Canifs, les Rafoirs, Scc ; on les met dans des tiroirs qui font au-deffous des corps d’Armoires dont nous venons de parler, mettant chaque efpece à part ; & afin de trouver promptement ce dont on a befoin , on colle fur chaque tiroir une étiquette qui indique ce qui y eft renfermé. Ces tiroirs feront de différentes grandeurs, depuis un pouce d’épaiffeur jufqu’à 4, fuivant les inftruments qui doivent y être renfermés.
- La Maîtreffe qui eft au comptoir, doit avoir foin d’eilùyer avec un linge fin Sc élimé, les inftruments, fur-tout ceux qu’on a maniés, afin que la rouille ne les attaque pas. On peut conlùlter les Pig. S & 10, PI. 12 1 Sc on voit Bt&. ^ , comment on doit arranger les ouvrages dans les tiroirs.
- On apporte fouvent chez les Couteliers des Cifeaux, des Canifs, des Couteaux , des Rafoirs à repaffer, Sc il faut que la Maîtreffe qui eft au comptoir, les tienne en ordre pour les rendre à ceux qui les ont apportés ; pour éviter toute confufion, on doit marquer les Cifeaux en attachant avec un fil, à un des anneaux, ou le nom de celui qui les a apportés, ou un numéro qui foit relatif au nombre des pièces, ou le nom des propriétaires écrit en entier. A l’égard de plufieurs autres inftruments, on met quelquefois le numéro fur le manche de l’inftrument. Chacun peut adopter une maniéré de marquer ces inftruments ; mais il faut toujours être en état d’éviter la confufion, Sc de rendre a chacun l’inftrument qu’il a apporté.
- (*) On les appelle vulgairement Montres, ainfi que celles qu’on met fur l’appui de la Boutique en dehors -, le fond de ces Montres eft garni avec du papier blanc cloué.
- Article
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- Première Partie. Chapitre VI IL , .
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- Article Second;
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- Maniéré de cimenter les Couteaux & les Canifs,
- L A Figure 1 x repréfente la maniéré de cimenter ou de maftiquer un CoU-teau à gaine. On commence par mettre la queue de la lame au feu ; pendant Planche qu’elle chauffe, on emplit le trou du manche avec du ciment en poudre tant qu’il en peut contenir, ce qu’on fait à l’aide d’une carte ; quand la queue efc un peu chaude , on la préfente au trou , on la force d’entrer, parce que là chaleur fait fondre le ciment, Sc par ce moyen la queue fe fait place.
- Lorfque la mitre eft arrivée fur la virole , on reflbrt la queue du trou, on la trempe dans le ciment N, pour qu’il s’y en attache ; on la remet dans le trou ,
- Sc r on réitéré cette manœuvre jufqu’à ce qu’on fente que le ciment s’épaillît ; quand il eft parvenu à ce point, on ajufte bien la mitre fur la virole , de forte que tous les pans foient à leurs places : on la laifle un peu refroidir entre les mains en la tenant ferme. On obferve dans cette opération de ne pas chauffer la queue à blanc, ni même couleur de cerifè : il luffit qu elle foit couleur de cuivre rouge , parce que l’acier fe trempe dans le ciment aufli dur que dans l’eau ; de forte que quand on va pour river la queue au bout du manche, ni la lime ni le marteau ne peuvent y mordre , & fi l’on veut forcer, la queue caffe dans le manche.
- La Figure T 2 repréfente la maniéré de cimenter les Canifs, les Grattoirs , & tous les autres petits inftruments de pareille force ou à-peu-près , parce qu’on ne peut pas faire chauffer de petites queues au feu, fans détremper les lames;
- Pour obvier à cet inconvénient, on prend la lame avec une paire de pinces le plus près de la queue qu’il eft poftible 5 on la ckaufïe à la flamme d’une chandelle ; quand elle eft chaude, on la fait entrer dans le trou du manche déjà plein de ciment : on la retire pour la tremper dans le ciment à deux ou trois reprifes , afin d’en faire entrer le plus quil eft pofïïble.
- §. I. Composition du Majlic ou Ciment,
- Le Maflic ou Ciment des Couteliers , fe fait avec de la brique broyée a (Tez fin fur la plaque à l’émeri, & de la poix-réfine broyée de même : la dofe de l’une & de l’autre eft quatre parties de réfine & une partie de brique, lef quelles font bien mêlées enfemble. On ajoute une partie de cire jaune , pour que le maftic foit moins caflànt,
- Coutelier. I, Part,
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- L’ART DU COUTELIER.
- §. IL Manière de polir les Manches;
- L a Figure 13 repréfènte la maniéré de polir les Manches au frottoir. D une main on tient la piece, on l’applique fur un morceau de chapeau qui eft pofé fur l’établi ; de l’autre main on tient le frottoir , on l’appuie & on le frotte vivement fur le Manche : ce frottoir eft fait avec une bande de chapeau de 2 ou 3 pouces de large, fur 8 ou 9 de long, qu’on roule fur lui-même fermement ; on fait à peu-près comme une partie de carotte de tabac, laquelle on lie avec une ficelle comme le défigne la Fig. o ; on a à côté de foi le pot £, ou l’on prend la drogue propre à polir, avec une broche , on en met fur le frottoir Sc fur le Manche.
- La Figure 14 fait voir la méthode de polir au buffle : on pofe fa piece fur un morceau de chapeau ; on prend le buffle fur lequel on a mis la drogue, Sc l’on en polit le Manche à force ; c’eft par cette méthode qu’on polit bien vivement y parce qu’on a l’aifance de frotter tantôt en long, tantôt en travers & en demi-travers ; mais il faut que la poudre avec quoi Ton polit, foit bien broyée , fans quoi on fait des traits fur tous les pans.
- Le buffle n’eft autre choie qu’une bande de chapeau ou de buffle, collée fur un morceau de bois qui porte 10 ou 12 pouces de longueur, fur un pouce de largeur ou environ , Sc qui a 4 ou 5 lignes d’épailfeur. Voye£ la Figure P,
- §. III. Maniéré de couper & dejlamper les Rojettes♦
- La Figure iy repréfente la maniéré de couper Sc d’eftamper des Rofettes $ foit d’or , d’argent, de cuivre ou de fer-blanc ; ce qui fe fait fur un plomb de j 2 ou iy livres pelant, dans lequel il y a un peu d’étain ; pour qu’il foit plus dur, on met ce plomb fur l’enclume , le métal placé fur le plomb, le Rofetier à emporte-piece fur le plané, on donne un ou deux coups de marteau ; la Rofette s’eftampe Sc fe coupe : elle refte dans le plomb ; mais on la fait fortir avec la pointe d’un petit foret R, Sc on la met dans une boîte S, qui eft diftribuée par cafés, Sc dans chaque café on met enfemble chaque efpece de Rofette.
- Plufieurs Couteliers font les Rofetiers eux-mêmes ; mais comme d’autres ont Re la peine à s’en procurer, je vais donner la maniéré de les faire. On forge un morceau d’acier bien fàin de 6 ou 7 pouces de long, & de 8 ou 9 lignes de groflèur en quarré ; on le fait bien recuire au feu de charbon de bois ; enfuite on le lime à fa volonté ; mais il fuffit que le bout qu’on veut travailler foit limé d’équerre ; après quoi on prend un petit cifelet Sc l’on cifele tout le tour du pivot, comme on le voit en r , Fig. 16*
- La Figure r7 repréfente une fraifè propre à faire un Rofetier ; c’eft une efpece de foret fait avec de bon acier : fon épaifleur eft repréfentée par la Fig. 18. On perce un trou au milieu, comme l’indique la ligne u j après quoi on fixe
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- Première Partie. Chapitre VIII. la hauteur fiuvant la profondeur quon veut donner au Rofetier , & Ton y fait autant de filets qu’on veut ; le bout de la fraife , en partant du ras du trou, efl: tranchant des deux côtés, comme un foret ; enfiiite on le trempe bien, & on lui donne un petit recuit couleur de paille feulement.
- Cette fraife ainfi difpofée, on la met dans une boîte à foret î on ferre le Rofetier dans l’étau , Sc comme fi on vouloit faire un trou dans de l’acier , on fait mouvoir l’archet: on a loin de mettre le pivot, qu’on a réfervé au Rofettier Fig. 26, dans le trou u de la fraife Fig. 17, pour qu’il s’v tienne folidement. Les coups d’archet font tout l’ouvrage, parce que la fraife efl: arrêtée par le pivot 9 tandis que les deux aîles x x, Fig. 17, font les fonctions du foret : il fuffit que ces deux aîles foient bien parallèles. Enfin fuppofbns le Rofetier fuffifàmment fraife , il faut mettre une goutte d’huile à la fraife, donner cinq ou fix coups d’archet : cette opération avance beaucoup le poli ; ce qui étant fait, il faut faire le tranchant du Rofetier : il s’exécute en limant tout le tour jufqu’au filet, tou-* jours en arrondiflànt fur le bois à limer ; enfuite il faut tremper ce Rofetier cou-^ leur de cerife, & le recuire couleur de cuivre rouge : enfin il faut le polir. Pour cela on prend un morceau de bois blanc, on le difpofe comme un foret „ pour le faire entrer dans une boîte ; on perce un petit trou , comme on a fait à la fraife , de forte que le bois fe modèle dans le Rofetier même avec l’émeri ; on n’a qu’à faire jouer l’archet, & le Rofetier fe polit à merveille. Toutes fortes de Rofetiers fe font de même. On voit 1,2, 3,4, J, des Rofetiers différents ; cependant toute la différence ne confifte que dans la fraife ; on lui fait les filets que l’on veut. Quand on veut faire un Rofetier goudronné comme n°. y ; après ¥ on l’a fraife,. comme le précédent, on lui fait des goudrons avec un petit cifèlet fait en gouge ; on rifle toutes fes gouttières avec un petit rifloir fait exprès ; & enfin on polit le tout à la main avec de petits morceaux de bois de noyer. Les Rofettes pleines fe font au petit tour de à i’archet.
- §. IV. Maniéré de percer à VArchet.
- T a Figure 19 repréfente la pofition pour percer & fraifer à l’Archet, en « appuyant de la poitrine, foit fer, acier, or, argent, cuivre, bois , ivoire, Sec j toutes ces matières fe percent de même. C’efl un grand Art de percer bien droit ; car la piece la mieux forgée, la mieux limée & la mieux polie, efl gâtée fi elle a un trou mal percé ; la plus grande attention qu’on doit porter, quand on perce un trou un peu profond , c’efl: de changer fouvent la pofition de la piece qu’on perce. Je fuppofe qu’on ait une épaifleur de 6 lignes à percer, il faut tourner fà piece du haut en bas dans l’étau , au moins quatre fois. J’ofe affurer qu’avec cette méthode je perce un trou de 6 pouces de longueur dans une piece de 4 lignes d’épaifleur, bien entendu dans de l’acier, & dont le foret n’a que 2 lignes de large ; rarement il varie de plus d’une ligne, & quelquefois moins. Le Trois-*
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- j'6 L'ART DU COUTELIER:
- quarts de M. Foubert pour la taille, exige cet ouvrage, qui eft peut-être le' trou le plus difficile à percer qu'il y ait dans tous les Arts. On doit obferver en perçant, qu'il faut élever un peu la palette , parce que le foret monte plutôt que de defcendre.
- §. V. Maniéré de percer au Chevalet:
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- La Figure no indique les pofîtions pour percer au Chevalet. Cette méthode exige de fe tenir ferme & droit, appuyant fur le foret à mefure qu'on pouffe l'archet en avant, & ne pas cefler de tourner le manche dans la main à chaque coup d'archet, & même pendant qu’on donne le coup, autrement onperceroit tout de travers. C’eft ainfi qu'on perce tous les Manches de Couteaux de table & à gaine, dont la lame eft à queue. On y perce auffi les manches des Canifs , des Grattoirs & autres chofes femblables.
- < §. VI. Maniéré de percer a la Pointe; 1
- La Figure 21 montre la maniéré de percer le fer, l'acier, Sc tous les autres métaux, au poinçon, appelle auffi la Pointe. On tient la Pointe entre le pouce, l'index & celui du milieu ; on la pofe perpendiculairement fur le trou qui eft déjà contre-marqué ; vis-à-vis eft une piece de fer percée de plufieurs trous pour recevoir le morceau que la pointe chafle , après un ou deux coups de marteau.
- §. VII. Maniéré de gratteler les Manches«
- L a Figure 22 montre la maniéré de gratteler les Manches après qu’ils font limés : c'eft avec cet outil qu’on emporte les traits de la lime fur toutes les matières qu’on emploie pour faire les Manches , l'ivoire, la nacre, l'écaille, les bois, la corne , &c.
- La Figure 23 indique la maniéré de tirer des filets fur les Manches, & la Fii gure 24 celle de canneler ou cifeler les métaux.
- VIII. Ce que cejl que Brunir;
- La Figure 2$ enfeigne la maniéré de brunir avec le grand Bruniffoir, tenant d’une main le manche du Bruniffoir qui eft de bois ; de l’autre main, qui eft placée en avant, on fait marcher le Bruniffoir, l’appuyant fortement fur la piece : elle s'unit & devient luifànte. Plufieurs Couteliers, pour accélérer l'ouvrage , bruniffent à l'eau, d'autres à la falive ; mais ni l'un ni l’autre ne valent abfolument rien ; l'ouvrage fe rouille prefque auffi-tôt qu'il eft fini : il faut au contraire brunir à fec, & que l’ouvrage pofe fur un linge blanc & bien fec : à mefure qu’on brunit, il faut efluyer l’ouyrage ainfi que l’outil*
- §. IX.
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- Première Partie. Chapitre VIII.
- §. IX. Façon d'ébaucher les Manches à la Flaine,
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- La Figure 26 indique la maniéré de chapoter ou dégroflir les Manches de bois à là plaine, bien entendu que c eft quand on n’a pas pris la peine de débiter le bois à la fcie, mais qu’on Ta refendu au marteau & au couperet ou coutre.
- §. X. Maniéré de mandriner les Viroles.
- L a Figure 27 indique la maniéré de mandriner les Viroles d’or, d’argent ou de cuivre 9 en frappant à petits coups de marteau fiir la virole dans laquelle eft le mandrin. On fait attention à frapper plus légèrement fur la loudure qu’ailleurs, parce que la foudure eft toujours plus aigre que la matière même , de maniéré qu’un- coup de marteau appliqué trop brufquement fait ieparer la foudure, & par conféquent cafter la virole.
- CHAPITRE NEUVIEME.
- Manière de fcier, drejjer <5G difpofer toutes les efpeces de Cornes 9 pour les employer aux Manches de tous les Ouvrages de CouteU lerie ; avec la defcription des Outils nécejfaires à ces opérations. •
- O n débite les Cornes en les fciant par morceaux pour en faire des Manches de Couteaux, Scc ; mais pour en tirer un parti convenable & économique , cha-que efpece de Corne demande des pratiques différentes, tant pour les fcier que pour les chauffer & les drefter. C’eft pourquoi nous traiterons féparément de chacune de ces opérations, après avoir fait connoître les Outils qui y font propres.
- §. I. Des Outils propres au filage des Cornes.
- I l f$ut un pied-de-Roi g, divifé en pouces & en lignes, un crayon H, un étau fort, attaché folidement à l’établi, Sc une fcie à feuillet étroit & à petites dents R. ( Voye£ Fig. 9, FL 2 ).
- Notez qu’un feuillet étroit eft indifpenfable, parce qu’il faut fuivre les différents contours des cornes; car on les voit fbuvent qui repréfèntent deux demi-cercles réunis bout-à-bout en fens contraires.
- Pour ôter les galles qui fe trouvent aux cornes, il faut une râpe, Fig. 10, ou une écouhaine X 9 une gouge i, pour les évuider en dedans , ce qu’on appelle gouger, un moyen maillet ou un marteau K, une forge complette allumée avec Coutelier. /. Part. V
- Planche
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- 78 L'ART DU COUTELIER.
- du charbon de bois*, Fig. n, une paire de tenailles M, deux plaques de fer parallèles, Fig. 12 9Sc un couteau, Fig. 13, monté fur un long manche de bois , dont l'ufàge eft de donner à chaud la forme convenable aux Manches faits des cornes de mouton , de bélier & de bouc.
- Pour dépecer une corne avec économie, il faut premièrement f examiner & prendre fes dimenfions pour tracer les Manches , commençant par avoir égard à leur longueur , enfuite à leur largeur ; & quand on a pris fes dimenfions 9 il faut les tracer au crayon.
- §. II. Scier & drcjjer les Cornes de Mouton 9 de Bouc & de Bélier.
- Une corne de mouton, qui porte 12 pouces de longueur, peut faire quatre Manches , deux de y pouces par la convexité H 9 & deux de 4 par lar concavité K , en dirigeant les lignes, ainfi qu'il eft indiqué fur la Fig. 4, en H Sc en K9 PL 2. Si la corne de bouc, Fig. 3 , a la longueur de la précédente, fàvoir 12 pouces , elle produira la même quantité, & même les Manches fe trouveront plus longs, parce que la corne eft droite ; ainfi lorfqu’on a tracé les lignes, on met la corne dans l'étau , on fuit exactement le trait du crayon avec la fcie : avec cette attention on débite la corne avec avantage.
- Quand ces cornes font fciées, elles n'ont befoin ni d’être gougées ni d'être râpées ; il faut les prendre avec les tenailles M, & les chauffer au feu , comme il eft repréfenté Fig. 11. PL iy.
- La connoiflànce du degré de chaleur eft eflentielle ; car fi la corne eft trop chauffée, elle fe brûle & fe cafte en la travaillant ; fi, craignant de la brûler, on la chauffe trop peu, il n'eft pas poffible de la faire refter droite ; une heure après ou environ, elle reprend fà première courbure , au moins en partie. Il eft donc indifpenfàble de bien connoître le jufte degré de chaleur, non-fèulement pour ménager fà folidité, mais encore pour accélérer l'opération: attachons-nous donc à ce point. ^
- Ayant conftamment une main à la branloire, on anime le feu lentement; on a l'attention que la flamme ne faflè que paroître & difparoître alternativement : pendant ce temps on promene la corne fur le feu, & de temps à autre on tâte avec les doigts pour connoître fi elle obéit un peu.
- Pour qu'elle foit chaude comme il convient, il faut qu'elle paroiflè un peu grillée fur la furface , qu'elle obéifle aftez aifément aux efforts qu'on lui fait faire avec la main & les tenailles, que la chaleur foit telle, qu'on ne puifle pas la tenir dans la main plus de 4 ou y fécondés fànsfentir qu'on va fe brûler fi on ne la lâche.
- Etant à ce point, on la porte dans l’étau, Fig. 9 , pour lui donner la forme quelle doit avoir ; on la dégage avec le Couteau, Fig. 13 ; & quand tout l'excédent de la largeur en eft ôté / on en prend un bout dans les tenailles, &
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- Premierk Partie. Chapitre IX. 79
- on la force à fo redrefler , ce qui s’exécute en donnant de petites focouffes de droite à gauche, & de haut en bas. Le bout qu’on tient dans les tenailles étant droit, on le ferre dans fétau, & Ton redreffe fautre bout comme on a fait le
- premier. Enfin le Manche étant droit, 011 le met promptement entre deux pla-
- _ •
- ques cc 9 Fig. 14,8c Ton ferre le tout dans fétau pour laiffer refroidir le Manche pendant qu’on en chauffe un autre.
- En Languedoc 8c dans le Forez, lur-tout à Saint-Etienne, il y a des Ouvriers qu’on appelle Cornajpiires : ils ne font que drefler des cornes pour faire des Manches de ces Couteaux appellés a la Capucine 8c Euflache Dubois ; ils font auffi des châfïes de Rafoirs ; & au lieu de deux plaques de fer, ils ont des étaux faits exprès , dont les mâchoires portent 10 à 12 pouces de longueur fur 2 pouces d’épaifleur. Je ne m’étendrai pas davantage for ce travail, M. Fouge-roux de Bondaroy ayant pris la peine de le décrire lur les lieux.
- §. III. Scier & drejjer les Cornes de Bœùf.
- Le débit des cornes de bœuf eft tout différent de celui des cornes de mouton * &c. Je prends pour exemple la corne de boeuf, Fig. J. Pour en tirer un parti avantageux , il faut d’abord emporter avec une lime toutes les petites galles & les pailles qui fe rencontrent à la forface, ayant foin de ne pas limer plus qu’il ne faut, afin de conferver toute la marbrure qui fait toute la beauté de la corne. Il faut cependant en emporter foffifàmment pour qu’il n’y relie .point de galle , quand même on devroit y faire des cavités. L’eftentiel eft quelle ait allez d’é-paifleur pour fupporter le travail. Au relie, toutes ces précautions ne font d’ulàge que pour les cornes marbrées.
- ^ Quand la corne eft nétoyée, il faut commencer par fcier la gorge marquée par la ligne I L , Fig. y, PL 2, ce qui s’exécute en la ferrant dans fétau , comme l’indique la Fig. if9 PL 1J ; enfuite d’un trait de crayon on marque la première longueur qu’on veut lever : foppofons-la for la ligne M N. On trace enfoite une féconde longueur 8c une*troifieme, fi la corne le permet ; mais il y a toujours une faulfe longueur qui fe trouve au petit bout : on eflàye toujours quelle puifle fervir à quelque chofe, comme un manche de fort Couteau de cuifine , ou s’il eft trop petit, un manche de Poinçon.
- La bonne économie exige qu’on détermine les largeurs des Manches, en traçant des lignes tout autour de la corne, pour déterminer la largeur qu’on veut donner aux Manches , 8c la quantité que la corne en peut fournir. Les lignes g, H 9j, Fig. 1(5 , PL 1Jdéfignent ce que je veux dire. Ayant donc tracé ces lignes, on forre la corne dans fétau A, Fig. 17, 8c l’on1 fait attention que le trait de la foie foive les lignes de crayon.
- Une groffe corne permet quelquefois qu’on la foie de longueur ; mais le plus fouvent on la foie en travers , fayant affujettie dans fétau verticalement ^ comme à la Fig. 17.
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- So L'ART DU COÛTÉ LIER.
- Ayant débité toute la corne par Manches, il faut rébarber tout autour, afin qu’en la ferrant dans fétau , les bords ne s’écaillent pas. Quand elle eft ainfi préparée , il faut la travailler à la gouge en dedans, pour la mettre par-tout d’égale épaiifeur. Pour cela on met la côte (*) dans l’étau E , Fig. 18 ; d’une main on prend la gouge , de l’autre le marteau , & l’on travaille à petits coups dans fat-; titude repréfèntée par la Fig. 18.
- Il eft bon de remarquer qu’avant de foier la corne, nous emportons toutes les galles ; 8c comme cela occafionne des creux fur la furface du dehors de la corne, il s’agit, en la gougeant, de rendre l’épaifleur égale par-tout ; & pour y réufîir, il faut, avec la gouge, creufer adroitement fous les bofles qu’on a laif-fees en deflus, jufqu’à ce que les creux du deflus faiïent bofle en dedans ; alors la côte fe dreflera bien.
- La corne de bœuf a befoin d’un préfervatif fur le feu ; pour cet effet il faut l’oindre d’un peu d’huile d’olive, enftiite la prendre avec les tenailles 8c la pré-fenter au feu dans l’attitude de la Fig. il. Nous avons dit qu’il falloit un peu de flamme pour chauffer la corne de mouton ; mais il n’en faut point à celle de bœuf : la feule chaleur de brafier de charbon de bois fuffit ; & fi le feu flambe malgré foi, il faut en éloigner la corne : quand elle eft courbe fur tous les fens , il faut la dreflèr un peu à la main ; pour y parvenir, quand elle eft au degré de chaleur convenable, on la tourmente un peu en tenant un bout dans les tenailles , 8c l’autre avec la main enveloppée avec un coin du tablier, de peur de fe brûler avecfl’huile. On connoît que la corne de bœuf eft chauffée à propos lorfqu elle eft fouple 8c liante à volonté , fans qu elle foit grillée par l’action du feu ; quand elle eft en cet état, on la met entre les deux plaques de fer ,* & l’on ferre bien le tout dans l’étau, comme le repréfente la Fig. 14, fuppo-font le Manche entre C, C
- §. IV. Scier & drejjer les Cornes ou Bois de Cerf.
- La corne de cerf exige des préparations’particulieres. Je prens pour exemple le bois de cerf repréfenté par la Fig. 6> PL 2. Il faut commencer par le féparer en deux par un trait de foie fur les lignes O P ; après quoi on foie tous les cornichons au raz de leur naiflànce, afin de les mettre à profit ; chacun fait fouvent un Manche, moyennant qu’on les fcie en deux bien au milieu. Les forts font propres à faire une Serpette de la première force ; les moyens le font pour une moyenne ; les longs donneront un Couteau à poinçon, & les petits un Manche de Greffoir. Il eft inutile de faire des figures particulières pour cette corne. Elle s’applique à l’étau comme une corne de bœuf. Pour foier les corni-çhons, on voit la pofition à la Fig. 17 , PL Iy. La corne étant dégarnie de
- ( *) Un Manche de Couteau à reflbrt eft fait de deux morceaux, &, en terme de l’Art, on appelle chaque morceau cote.
- tous
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- Première Partie. Chapitre IX. 81
- tous les cornichons, il faut, pour la débiter, commencer par faire les divifions pour les longueurs dont on a befoin, & les marquer avec un crayon ou avec la quarre d'une lime, enfuite la mettre dans l'étau en travers , de même que la corne de bœuf, Fig. iy , Sc feier tous les tronçons qu’on a marqués. Ces tronçons étant débités, il faut examiner la grofleur de la corne, pour voir fi l'on peut faire quatre, trois, ou au moins deux côtes ; après avoir tracé chaque côte avec le crayon par des lignes qui doivent fervir de guide à la feie , ferrez en-fuite le morceau dans l’étau, Sc fciez les côtes verticalement, Sc foivant les divifions que vous aurez faites.
- La corne & tous les cornichons étant débités, il faut les dégroffir tous à la râpe , Sc les mettre à peu-près de la largeur de la forme qu'on les defire. Quant à l'épaifîeur, il faut les amincir le plus qu'il eft poffible, en rapant au-dedans de la corne, pour en emporter prefque toute la moelle, autant que l'épaiffeur le permet, parce que cette moelle eft toujours nuifible au drefïàge. Cependant il ne faut pas la creufor , mais donner fes coups de râpe bien à plat, & avoir foin de les appareiller en mettant une courbe en dehors avec une femblable , ainfi des autres.
- Chaque côte de manche ainfi difpofée, il faut les mettre tremper dans de l'eau pendant deux ou trois jours avant de les dreffer, parce que cette matière, qui contient peu de parties huileufes , eft fort dure au redrefîàge ; il eft donc convenable de lui faire acquérir un degré de fouplefle que feau lui communique.
- Dans le cas où l'on n'a pas le temps de la faire tremper fuffifamment, on peut la faire bouillir dans l'eau un inftant, & l'expofèr toute chaude à la chaleur du feu de charbon de bois, ou bien (ce qui eft plus prompt) on enveloppe la côte dans un petit chiffon mouillé Sc on l'expofe au feu. De tous ces moyens, le plus sûr eft celui de la laiffer tremper dans l'eau.
- Quand la côte a bien trempé1, il s'agit de la chauffer : cette opération, je l'avoue , demande beaucoup d'attention Sc d’adreflè , fans quoi on eft dans le cas de perdre la moitié de la corne : fi on la chauffe trop, elle fe brûle & fe caffe infailliblement en la dreflant ; fi elle n’eft pas chauffée à fon point, elle caffe également comme fi elle étoit brûlée, parce qu'elle n'a pas atteint le degré de chaleur convenable pour la rendre allez fouple, pour que l'Ouvrier la fafle obéir à fon gré.
- Tirons à préfent une côte du feau K, PL iy, Sc toute mouillée, pinçons-la par un des bouts avec des tenailles, pour l'expofor au feu dans la pofition M, marquée par la Fig. n ; pendant quelle eft expofée au feu, on donne de petits coups de foufflet ; mais il faut éviter que la corne ne touche ni la flamme ni les charbons ; pour cet effet il faut la promener continuellement d'un bout à l'autre, ayant foin de changer le bout qui eft dans les tenailles, pour le faire chauffer à fon tour. Quand l'eau eft féchée, il faut retremper la corne dans l'eau Sc la rechauffer de nouveau pour faire fécher encore l'eau. Cette méthode eft Ç0UTEUER,L Paru X
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- S2 LART DU COUTELIER.
- très-bonne, parce que l’eau empêche que la lurface ne brûle, 8c le centre a le temps de s’échauffer. On peut la tremper & la chauffer quatre ou cinq fois ; mais dès la troifieme fois.il faut la fonder, pour éprouver fi elle obéit un peu à la main. Lorlqu’elle eft parvenue à ce point, c’eft-à-dire, que l’on peut à peine en {apporter la chaleur à la main, & qu’elle obéit à de petits efforts, il eft temps de la retirer du feu pour la mettre dans l’étau par un bout, comme 1 indique la Fig. 19, afin de la tourmenter par de légères fecouffes de droit & de gauche, en la tenant par l’autre bout avec les tenailles B, Fig. 9. Il eft aifé de concevoir que par cette opération le côté concave doit s’allonger en même temps que le convexe fe raccourcit.
- Il faut ici non-feulement de l’adreiïè, mais encore beaucoup de diligence, afin de profiter de la chaleur, parce que s’il failoit faire chauffer une fécondé fois la même côte, tout le temps qu’on y a employé avant ferait perdu , par la raifon qu’en la rechauffant, elle reprend la même forme qu’elle avoit au fortir de l’eau, ou à peu de chofe près. Enfin quand on voit que la côte eft droite , qu’on fent quelle n’obéit plus, & qu’elle eft prefque froide, il faut la mettre entre deux plaques de bois & la ferrer dans l’étau pour quelle achevé de fe refroidir : l’elpace de temps qu’on eft à en chauffer une autre fiiffit.
- Si la côte étoit bien courbée , {oit en dehors ou en dedans de la moelle, il faudrait deux plaques ( toujours de bois pour la corne de cerf, parce que les plaques de fer écraferoient les grains qui font la beauté de ces cornes ) ; deux plaques, dis-je, dont l’une eft concave & l’autre convexe , ayant foin de mettre les courbures à contre-fens, c’eft-à-dire, que le côté convexe de la côte pofe for le côté concave de la platine , comme on le voit à la Fig. 20.
- Beaucoup de Couteliers ont l’habitude de jetter les Manches dans l’eau à mefore qu’ils les dreffent, & les y laiilènt fe refroidir ; mais rien de plus inutile : la corne une fois dreffée n’a plus befoin ni d’amolliffement, ni d’humidité ; au contraire il lui faut de la féchereffe pour l’employer {olidement.
- En général, pour 1 honneur des Couteliers , Sc la {olidité des ouvrages, ( comme nous l’avons déjà remarqué ) on ne doit employer les cornes qu’après les avoir fait fécher étant dreffées , ce qui exige au moins l’elpace de trois mois ; après quelles feront dégroflies à la râpe, & qu’on en aura emporté la craffe du redreffage & les inégalités, il faut les attacher enfemble par paquets de 12 ou IJ, les lier avec une corde, & les mettre dans un grenier à l’abri du fbleil & de la pluie.
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- Premiers Partie. Chapitre X•
- Si
- CHAPITRE DIXIEME.
- Maniéré de débiter avec économie ÔC de travailler les différentes efpeces de Bois des Indes, comme VEbene, le Bois de Rofe, le Bois violet , le P alixandre, ÔC les Bois François, pour en faire des Manches de Couteaux ÔC des autres injlruments de Coutellerie.
- On débite les Bois de quatre maniérés ; lavoir, par tronçons, par planches , par côtes de droit fil, Sc par côtes à contre-fil.
- L’Ebene étant noire dans tout fort corps (du moins elle doit l’être), fe débite d’abord par tronçons, enfùite par côtes ou Manches pleins, le tout de droit fil ; il en eft de même des Bois de la Chine, du Palixandre, de la Grenadille, de la racine de Buis , du Buis même , 8c de tous les autres Bois de pays.
- Le bois Rofe 6c le Violet fe débitent comme l’Ebene, quand il eft queftion de lès employer de droit fil ; mais la beauté des veines de ces bois, a engagé à faire fortir leurs couleurs fous un jour plus agréable. Pour cela il faut les débiter premièrement par planches , & enfuite à contre-fil. Les Couteliers n emploient pas de ces bois en afîez grande quantité, pour qu’ils foient munis de tréteaux, de grandes fcies, & de tous les inftruments propres aux Scieurs de long , ce qui nous difpenfe de mettre ces Figures fous les yeux ( * ) de nos Leéteurs. Pour éviter les embarras du fciage , on donne une bûche à des Scieurs, ayant foin de leur tracer exactement les épaifîèurs des planches qui doivent être de l’épaifïèur des Manches, 6c ils rendent les planches toutes fciées; mais avant de donner une bûche à fcier, il faut bien examiner fi elle eft faine, fi les couleurs en font bien vives, fi les veines concentriques font petites, ferrées , agréables , enfin fi la bûche vaut la peine d’être employée à contre-fil. Pour s’en aflurer, il eft bon de fcier foi-même les deux bouts de la bûche ( qu’on appelle les bouts d'évent ) d’une longueur fuffifànte pour emporter les fentes & les ger-fures. La Figure 1 repréfente un bout de bûche de bois Rofe, tracée pour être débitée en planches.
- La bûche étant débitée par planches, les quatre du centre marquées par 1 , 2, 3,4, font toujours les plus belles ; les deux autres £ & 6, leur font inférieures , & les deux dernieres 7 & 8 ne font pas afïèz belles pour mériter qu’on les débite à contre-fil ; auffi les fcie-t-on par tronçons pour être employées de droit fil à faire des Couteaux de table communs.
- La Figure 2 repréfènte un Scieur qui débite les bois par tronçons. Il faut avoir
- (*) Ces Figures font décrites par M. Roubo, dans l’Art du Menuifier.
- Planche 16.
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- §4 L'ART DU COUTELIER.
- grand foin de tracer la bûche au crayon avant de la fcier, afin de bien diriger les longueurs dont on a beloin , & de faire en forte que le dernier bout puiflè fervir à quelque chofe ; deux pouces 8c demi, par exemple, donneront de petits Manches d’inftruments pour les dents, & des Manches de fufil, & trois pouces, des Manches de Poinçons.
- Quand le bois eft débité par tronçons, il faut examiner la direction des fentes intérieures ; l’Ebene , par exemple , n’eft jamais laine : il s’y trouve des vuides , des féparations & des gerçures. La Figure 3 repréfente les fentes qui le rencontrent ordinairement dans ce bois : elles partent toujours du centre ou auprès ; les unes s’étendent dans toute la grofleur de la bûche a a, les autres fe terminent entre le milieu ou le centre 8c le bord b b. Pour avoir-des Manches fains & fans fentes, il faut abfolument, avec un marteau 8c un couperet, ou un morceau de vieux fabre, féparer le bois à l’endroit de ces défauts, en appliquant le tranchant du couperet directement dans la fente, comme il eft indiqué par la Fig, 4. Il faut enfuite mettre ces quartiers de bois dans l’étau Fig. y , & les fcier en lames de l’épaifleur dont on a beloin. Après les avoir débités en lames,' on les fcie en côtes.
- Tout autre bois quelconque, qui s’emploie de droit fil, doit être débité comme l’Ebene, ainfi que nous venons de l’expliquer.
- Le bois Rofe & le Violet, méritent d’être employés à contre-fil : il faut pour les débiter, ferrer une planche dans l’étau, comme on le voit en E> Fig. 6 , & en fcier un bout obliquement, ainfi qu’on le voit en/*, & l’on emploie ce bout à d’autres petits manches. Ce coin étant ôté , on débite les côtes de telle façon, que l’épaifleur de la planche produife la largeur de chaque Manche. En fuivant cette même obliquité, on débite toute la planche à contre-fil. Cette opération produit des côtes ggy pour des Manches de Couteaux qui ont un coup-d’œil agréable , parce que les veines concentriques dans la bûche , étant verticales dans la planche, fe trouvent en travers dans les Manches. Dans ceux qu’on arrondit en amande, les veines forment le croiflant, dans d’autres elles forment un chevron brifé ; c’eft toujours l’obliquité plus ou moins étendue qui produit cet effet plus ou moins flatteur à la vue.
- Beaucoup de Couteliers, croyant diligenter, ne fe donnent pas la peine de débiter les bois à la fcie ; au contraire , après avoir fcié leurs tronçons, ils prennent le couperet 8c le marteau, & fendent tous leurs bois. Cette méthode eft très-blâmable pour plufieurs raifons.
- i°. Les coups de marteau tourmentent les fibres du bois au point de lui occa-; fionner de petites .fentes intérieures, qui fe découvrent par une dilatation pro-> venant de la chaleur caufée par le foret en perçant les Manches.
- 20. Il fe rencontre prefque toujours au dedans quelques petits nœuds, de forte qu’on eft fouvent trompé en croyant que le fécond morceau, que l’on va couper, fe fendra aufli bien que le premier : mais un nœud fe trouve fer le fil ;
- cela
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- Première Partie. Chapitre X. ' 8f
- cela fuffit pour que le morceau fe coupe mal : Sc voilà trois ou quatre Manches gâtés quelquefois au point de ne pouvoir pas fervir.
- 30. U n’eft pas poffible, par cette méthode, de dépecer les Manches précifé-ment de la grofleur qu’il les faut ; car fi l’on ne donne rien de plus que la di-menfion déterminée aux morceaux que Ton fend , les efquilles Sc les éclats , qui font inévitables , ne peuvent pas s’emporter à la râpe , fans que le Manche fe trouve trop mince. Il faut donc, pour les avoir fains, les laifler très-gros Sc les diminuer à la râpe ; mais comme il eft certain que l’aétion de la fcie va le double plus vite que celle de la râpe, & que fe fervant de la fcie on épargne plus de moitié de la matière, je ne crois pas qu’après cet examen, mes Confrères relient davantage dans cette erreur ; s’ils manquent d’outils, qu’ils faifent débiter les bois par des Tabletiers , à un fol par Manche, comme plufieurs le font.
- Il eft d’ufàge de dép ecer le bois de Palixandre, ainfi que tout autre bois commun, au couperet & au marteau. J’approuve, fi l’on veut, cette méthode pour les Manches de Canifs & de Grattoirs feulement. On y trouverait cependant bien fon compte , fi l’on vouloit fe donner la peine de fcier ces bois, on feroit toujours récompenfé par la quantité de Manches de plus qu’on trouverait 9 parce que les nœuds occafionnent toujours beaucoup de perte.
- La racine de Buis ne peut pas fe fendre au couperet, foit pour des Manches pleins, foit pour des côtes : il faut la fcier comme l’Ebene , ainfi que l’indique la Fig. p
- De tous les bois, c eft celui de la Chine qui fe fend le mieux ; il fe fépare très-bien : malgré cette propriété, il y a toujours beaucoup d’avantages à le débiter à la fcie.
- La principale fcience d’un Scieur, c’eft d’avoir le coup d’œil jufte pour fuivre toujours exactement le trait pour fépailleur ; il faut qu’il fâche bien limer la fcie. Pour que cet outil palfe bien, il faut un feuillet de 30 pouces de long, fur 2 de large, monté fur un fort arbre de fer , tel que le défigne la Fig. 10 de la fécondé Planche. Il faut que les dents ayent 3 lignes de hauteur fur autant de largeur par leur bafe, voyez Q , Fig. 11 ; que le feuillet foit un peu plus épais du côté des dents que de l’autre , parce qu’il ne faut point donner de voie aux dents de ces fortes de fcies, comme font les Menuifiers, les Charpentiers, &c , parce que les dents écartées feraient enlever des efquilles au bois, ce qui importe7 peu à l’égard du chêne Sc du fàpin ; mais ce déchst ferait confidérable pour les bois des Indes, parce qu’une petite efquille ou un petit éclat peut occa-fionner la perte de deux Manches. Les dents de la fcie doivent être bien régulières tant en grolfeur qu’en hauteur ; deux inégales fuffiroient pour rendre le trait de fcie irrégulier, de maniéré, par exemple 3 que ce qui ne doit avoir qu’une ligne d’épaiifeur égale par-tout, fe trouverait avoir 2 ou 3 lignes dans un endroit, Sc dans l’autre il feroit trop mince.
- Le Scieur doit être muni de graille de porc ou de fuif, qu’il met fur un Coutelier , /. Part. Y
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- 86 L'ART DU COUTE LIER.
- morceau de peau d’environ 4 pouces en quarré, le plier en deux , comme on le voit Fig. 10 , PL 3 , pour en frotter de temps en temps le feuillet, en fem-brafîànt, pour ainfi dire, dans la peau redoublée. Cette opération donne de la douceur à la feie : la graillé la fait mieux paiïèr, & l’Ouvrier la conduit facilement : il ne doit point appuyer, Ion propre poids liiffit. Le Scieur doit fo tenir dans une polit ion libre , ayant la main droite au manche de la feie i, Fig. 2 9 PL 16, la gauche au porte-feuillet K 9 le pied droit derrière, le jarret tendu, le pied gauche devant, à 18 pouces ou environ de diftance l’un de l’autre ; que la pointe du pied de devant foit fur la ligne du pied de l’étau, & le talon en ligne direéle avec la boucle du pied de derrière.
- Il n’eft pas polïible de fixer ici toutes les longueurs qui font nécelîàires pour les Couteaux ; car les goûts varient depuis 2 pouces jufqu’à 8 , Sc même jufqu’à neuf.
- Quand le bois eft débité, il faut le mettre dans un endroit qui ne foit ni chaud ni humide ; le feu & le foleil le feroient trop deflecher, il s’y feroit des fentes en quantité ; l’humidité dilateroit trop les pores, Sc maintîendroit le bois toujours gonflé, de maniéré qu’en l’employant encore humide, il auroit le fort de la corne, il fe cafleroit en féchant dans la poche. Il faut donc confier ver le bois débité dans une chambre où l’on fait du feu quelquefois, ou dans un endroit fec fans être trop chaud.
- CHAPITRE ONZIEME,
- Maniéré de travailler ôC débiter la Baleine, V Ivoire , LE caille / de Tortue 9 SC la Nacre de Perle.
- L a Baleine, l’Ivoire, l’Ecaille & la Nacre de perle, exigent chacune des j précautions différentes.
- §. I. De la Baleine,
- ----La Baleine a moins de défauts que les autres matières ; pour la débiter, on la
- Planches fcie à peu-près fuivant la même méthode indiquée pour le bois’. On commence par foier le gros, bout du fanon d’environ 4 pouces de long, parce qu’il eft toujours creux , par cpnféquent mauvais, comme on peut le voir en O, Fig. 7 , PL 2 ; déterminez enfoite vos longueurs, tracez-les, & débitez enfoite tous les tronçons jufqu’à 8 ou 9 pouces de diftance du petit bout qui ne vaut rien , for-" tout en Coutellerie, parce qu’il fe termine à peu-près en filets.
- Quand le fanon eft débité par tronçons, on trace les largeurs & on les débite à la foie par lames, dans un petit étau ferré dans un gros, comme le défigne la Fig. 6. La Baleine ne fe redreflè point à chaud: elle eft ordinairement droite,
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- Première Partie. Chapitre XI. 8j
- ou du moins très-peu courbe ; étant débitée , s’il arrive, par exemple, qu’une chafle de Rafoir foit un peu déjettée, on la force entre les doigts à le redreffor, & elle obéit.
- §. II. Débit de VIvoire.
- L’Ivoire exige plus de foins que la Baleine. Prenons pour exemple la dent> Fig. 8, PL 2, & commençons par en feier la gorge D de la longueur de 4 pouces & demi, parce quelle eft trop mince par ce bout, pour être employée à faire des Manches de Couteaux. Cependant cette gorge trouve fà place, parce qu’elle eft d’épaiileur convenable pour les Manches de Scalpels propres à dilféquer.
- La gorge foiée, il faut meforer avec une tringle de bois ou de fil de fer, pour fa voir combien il y a de longueur de creux ; alluré de fà profondeur, fhp* pofons depuis D jufqu’en E, on a foin de la marquer. On fixe fes longueurs de 4 pouces en 4 pouces, pour faire des Couteaux de table ou d’autres à peu-près fomblables. Lorfqu’on eft arrivé au plein , on détermine les longueurs qu’on veut fo procurer, foit de 4 ou y ou 6 pouces, Scc; on les marque juf qu’au bout de la dent à 2 pouces près : ce bout eft trop petit pour être débité par côtes ; il fort à un Manche de Poinçon propre à percer le papier, ou d’un autre infiniment qui ne demande pas un plus long Manche.
- La dent étant débitée par tronçons, il faut la débiter par côtes & par Manches pleins ; pour cet effet il faut prendre un crayon Sc le pied-de-Roi, pour forvir de réglé & tracer une ligne A, Fig. 3 , fur les deux bouts, la faifànt joindre par les côtés, de façon que cette ligne faffe tout le tour du tronçon * comme le fait voir la ligne ponétuée B B, à la Fig. 4. Enfuite on ferre le tronçon dans l’étau C, Fig. y , Sc d’un trait de foie l’on partage le tronçon en deux moitiés. Ceci étant exécuté, on trace l’épaiffeur des côtes ou des Manches pleins avec le crayon & le pied-de-Roi forvant de régie. La Figure 6 indique ces lignes qu’il faut fuivre exaélement avec la foie, Sc enfin débiter en plaques tous les
- tronçons.
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- Pour bien foier l’Ivoire, fur-tout la verte, il ne faut jamais laifler engager la foie dans le trait, ce qui arrive très-fréquemment. A l’inftant ou l’on font une très-petite réfiftance, il faut graiiïer la foie. La meilleure méthode cependant eft de foier l’Ivoire verte à l’eau , c eft-à-dire , à l’inftant qu’on font la moindre réfiftance, il faut verfor une cuillerée d’eau dans le trait fans fortir la foie ; alors l’outil prend fà route. Pour cette méthode on a la précaution d’avoir flir l’établi un petit pot avec de l’eau, Sc une cuiller pour s’en forvir au befoin.
- Il réfulte deux avantages de cette méthode ; l’un 4e faire couler la foie plus parfaitement & avec plus de douceur ; l’autre de conferver l’Ivoire fraîche Sc iàine, ce qui eft d’une grande conféquence ; parce que l’aétion de la foie échauffe continuellement l’Ivoire, & la fait fendre au point même qu’elle éclatte quel-
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- S8 VA R T DU COUTELIER.
- quefois, for-tout la belle ; mais fi on la fcie à fec, on a un morceau de peau, Fig. io , avec de la graïflè pour en frotter la fcie. Après avoir fcié tous les tronçons par plaques, il faut les débiter par côtes & par Manches, fuivant les largeurs convenables ; pour cela il faut marquer les largeurs & ferrer chaque plaque dans fétau , toujours comme findique la Fig. y. On doit avoir fcin de ferrer l’étau avec légéreté, Sc ne pas trop enfoncer les plaques, afin de ne pas gâter la fcie.
- La fcie pour fcier l’Ivoire doit être fcmblable à celle dont on s’efl: fcrvi pour le bois, je veux dire pour ce qui regarde l’arbre ; car il faut que le feuillet foit un peu plus mince, & les dents doivent être un tiers plus petites : deux lignes (de hauteur fur autant de largeur dans leur bafe. Sur toutes chofcs , fes dents doivent être limées bien régulièrement & avec beaucoup d’exaélitude : il n’en faudroit que deux inégales pour faire mal fcier ; de même que quand on a limé chaque dent avec un tiers-point, il fe fait un morfil du côté de la gauche du feuillet ; il faut l’emporter néceflairement, parce qu’on ne feroit point maître de fcier droit fi on le lailîoit.
- $. III. Débit de t Ecaille.
- Pour fcier ŸEcaille avec économie, il faut d’abord examiner les longueurs dont on a befoin, fi la feuille efl: allez longue pour pouvoir produire deux longueurs ; après avoir aufli examiné fi l’épaifleur des bords efl: convenable, il faut commencer par donner le premier trait de fcie au milieu de la feuille & la partager en deux. Si au contraire la largeur de la feuille peut procurer deux longueurs , c’efl: par la largeur qu’il faut la fcier en deux.
- Pour fcier l’Ecaille, il faut ferrer la feuille dans un petit étmf, PL 3 , & ferrer ce petit étau dans un fort adapté à l’établi, le tout fuivant la Fig. 6 ; alors prenez la fcie de la main droite , & préfentez-la fur le trait qu’on a^tracé , ayant foin de foutenir de la main gauche la partie G , de la feuille que vous voulez fcier. Cette précaution efl: indifpenfable, parce que l’Ecaille efl: fi mince Sc fi fragile, que fi l’on ne foutenoit pas chaque morceau, on n’en auroit pas un entier. Ainfi il faut que la main gauche faflè l’office d’un troifieme étau, pour s’oppofer au choc de la fcie. La Figure 6 indique allez clairement cette opération.
- Quand on a fcié la feuille en deux, fi chaque jnoitié peut faire deux longueurs, on les partage en deux; fi elles n’en peuvent faire qu’une ,1ebord fcié indique l’épaifleur de toute la feuille, & par conféquent on efl: en état de juger de la poffibilité des longueurs. Or, comme l’épaifleur diminue jufques for les bords, il faut rogner chaque bord pour découvrir l’épaifleur dont on a befoin ; après cela il faut tracer les largeurs dont on a befoin, & débiter ainfi toutes les côtes.
- Dans
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- J
- PremiereP ar ti e. Chapitre XI. 8p
- Dans une feuille cTEcaille rien n efl perdu , moyennant qu’on ait des modèles pour chaque efpece'de Manche; (nous en parlerons en fon lieu,), on préfente le modèle for les rognures , 8c par fes patrons on en tire un bon parti : on juge, il efl vrai, de l’épaifleur, au coup d’œil ; mais le patron efl un juge certain pour la largeur ; d’un coup de pointe on trace le Manche, & la fcie fait le relie. Or du milieu de la feuille on fait des Manches de Couteaux, enfoite des Châflès à Rafoir ; lorfque le bord efl ! trop mince pour cet ufage , il fert pour un Lithotome, enfuite pour un Bif-touri, 8c enfin pour une Lancette.
- Après le débit de l’Ecaille à la foie, il faut la drefler : cette opération n’efl pas difficile , il ne s’agit que de palier le Manche fur la flamme d’une chandelle ; il faut cependant prendre garde de ne pas la laifler griller : pour prévenir cet accident , il ne faut pas laifler repofèr le Manche fur la flamme , au contraire il faut le remuer avec vîteflè : on connoît que l’Ecaille efl aflêz chaude , quand elle obéit au moindre effort des doigts ; car on re-drefle l’Ecaille avec les doigts feuls, 8c on lui fait prendre telle forme que Ion veut, & elle y refie moyennant qu’on la foutienne un peu de temps, c’eft-à-dire , qu’elle fe refroidifle un peu dans la forme qu’on délire.
- Comme mon intention efl de ne rien cacher de tout ce qui peut fervir à la perfeélion de l’Art, je dois donner ici la maniéré de fouder ensemble deux morceaux d’Ecaille. J’en ai ,déja parlé plus haut. Suppolons donc qu on ait cafle un côté de Manche en le débitant ; pour le fouder , il faut amincir les deux bouts , de la longueur de trois ou quatre lignes, de forte que les deux extrémités foient à tranchant, comme le défigne la Fig. y. dans le milieu H, qui efl l’endroit de réunion ; il faut que ces deux bouts foient limés vivement 8c bien ajuflés erifemble , de forte que le four rie paroifle pas au travers.
- Prenez enfoite une bande de papier fort , & deux fois plus large que l’endroit qu’il faut unir ; ferrez la côte le plus qu’il fera poffible , huit ou dix tours fuffifent ; couvrez enfuite le papier avec des révolutions d’un fil fort; faites après chauffer une paire de tenailles bien unies 8c qui ferment bien ; quand elles feront au degré de chaleur qu’il faudroit pour paflèr une papillotte , alors on pince l’Ecaille à l’endroit où doit être la foudure , appliquant le mors des tenailles fur le fil ; pour cet effet on tient ces tenailles d’une main & de l’autre un bout de l’Ecaille que l’on balance un peu , mais légèrement, jufqu’à ce qu’on fente qu’elle efl molle , au point de refier telle qu’on la met ; alors l’opération eft finie : on la fort des tenailles, on la laiffe refroidir, on la délie, on ôte le papier , & l’Ecaille efl foudée.
- Une feuille d’Ecaille toute blanche efl très-difficile à trouver ; car elle efl toujours en partie blanche, noire.& brune; or ce feroit une perte de choi-fir une longueur blanche & de rejetter les autres couleurs en morceaux.
- Coutelier y I. Part, Z
- Planche
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- 90 E A R T DU COUTELIER.
- Mais l’art de fouder plufieurs bouts enfemble vient ici à propos , pour fe procurer , à volonté , de l’Ecaille blanche , fans en facrifier d’autre qui a suffi là beauté.
- Pour fcier l’Ecaille , il faut fe fervir d’une fcie plus mince que pour llvoire , parce que les morceaux de l’un ne font pas, à beaucoup près, auflî épais que ceux de l’autre.
- , Un morceau de reflort de pendule , auquel on fait des dents d’une ligne & demie de hauteur & d’autant de largeur par leur bafe, efl fùffifante pour débiter l’Ecaille.
- L’Ecaille & l’Ivoire tendent à fe retirer fur elles-mêmes, & à fe raccourcir ; ainfi il ne faut point les employer en Coutellerie , fans leur avoir laide le temps de faire leurs effets par une fécherefle convenable , c eft-à-dire en les tenant dans une chambre un peu chaude , & encore mieux en les portant dans les poches de la culotte pendant deux ou trois jours. Les Mar-' chands de ces matières , qui. fè vendent à la livre, trouvent mieux leur compte en les tenant dans des caves ou dans des lieux humides , afin de leur procurer plus de pefanteur : mais le Coutelier , qui doit être curieux de la folidité de fon ouvrage, doit peu s’embarraffer d’une petite augmentation du volume & du poids.
- §. IV. Du débit de la. Nacre de Perle.
- L a Nacre fe débite à la fcie , comme l’Ecaille ; comme cette matière efl: beaucoup plus duré & plus caflànte, il faut vaincre cette difficulté par un travail particulier & par beaucoup d’attention.
- La Fig. 2. repréfènte une coquille de Nacre vue intérieurement ,& dont il faut tirer plufieurs efpeces de Manches, qui différent tous par leurs épaif feurs, leurs longueurs , leurs largeurs & leurs formes. Les uns doivent avoir cinq pouces, 8c d’autres quatre pour des Couteaux de table & à gaine, ap-pellés Manches pleins, & dont ils portent depuis trois lignes d’épaiffeur juf-qu’à quatre & cinq ; d’autres de trois pouces & de trois pouces & demi ; pour des Couteaux de defîert, ou pour des Manches de fufil ; d’autres de cinq à fix pouces de longueur, mais minces & plats , appellés côtes, pour des Couteaux fermants ; d’autres enfin pour des Châflès de Biftouris & de Lancettes.
- C’efl: en L qu’efl: l’union de deux coquilles par un ligament qui fert comme de charnière à l’animal pour ouvrir & fermer fa demeure ; ce côté efl: le plus épais & le plus fort de toute la coquille ; cette épailïèur commence en My P y & va, en diminuant infenfiblement, fe terminer en O y N y par fon bord extérieur feulement & fuivant la direction des deux lignes P y N y & M y O 5 car l’intérieur efl: creux & mince.
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- Première Partie. Chapitre XL 91
- Pour débiter cette matière , il faut nécelîàirement un feuillet de fcie trempé , c’eft-à-dire , un morceau de reflort de pendule, & choifir le plus épais, lui faire des dents d’une ligne , ou, tout au plus, d’une ligne Sc demie de hauteur.
- Pour fcier cette coquille, il faut l'attacher dans le petit étau , Sc ce petit dans un gros , comme nous l’avons dit en parlant de l’Ecaille, Sc tel que le défigne la Fig. 8.
- Après cette précaution, il faut commencer par tracer exactement vos di-vifions avec des modèles , puis fcier le premier trait fcr la ligne M, O , pour avoir le plus gros Sc le plus long Manche, qui fcra de cinq pouces : continuez l’autre trait fcr la ligne P, N, qui pourra fournir le fécond Manche , qu’il faut fcppofcr de quatre pouces ; enfcite, en donnant dans la même pofition un autre trait de fcie fcr les deux lignes ponctuées, on aura des Manches pleins de la fécondé force.
- Après avoir fcié les quatre Manches pleins, il faut finir de débiter le refte de la coquille, & en faire des côtes de toute la longueur qu elles pourront fc trouver, ayant toujours foin de foivre les lignes qu’on aura tracées, pour ne pas trouver des Manches trop larges ; car on auroit la double peine de les diminuer : non-fculement la matière eft perdue , mais encore elle eft dure & caflànte , par conféquent difficile à travailler. La Nacre fe- fcie à fec ; & lorf qu elle eft débitée, elle n’exige point d’attention pour là confervation. Il faut pourtant avouer que c eft un corps aquatique ; il fc plaît mieux dans un lieu humide que dans un chaud.
- Il y a à Paris des Tabletiers qui font leur occupation du débit de la Nacre de perle ; Sc comme prelque tous leurs ouvrages, tels que les Etuis, les Tabatières, les Navettes, les Breloques, & c , n’exigent pas les plus forts morceaux de la Nacre, ils les vendent aux Couteliers 30 Sc 40 fols la piece , quelquefois 3 ou 4 livres, félon la force , la beauté du Manche Sc le befoin qu’on en a.
- Quand les Tabletiers ont débité les Manches à la fcie, ils les ébauchent fcr une meule : pour cela ils ont un tonneau préparé pour recevoir une meule de la hauteur d’environ vingt pouces : Voye1 la Fig. 9, La meule q eft montée fcr un arbre de fer , qu’un homme tourne par la manivelle R , qui fait corps avec l’arbre de la meule ; l’Emouleur applique d’une main T le morceau de Nacre fur la meule , dilpofée de façon qu’elle trempe toujours dans l’eau, afin de maintenir toujours la fraîcheur de la Nacre , précaution eflentielle , pour que réchauffement de la meule ne la fafle pas fendre & même jaunir ; car , pour accélérer l’opération, il fe fort d’un levier de bois V, qu’il applique fur la Nacre , afin de manger plus vîte le fcperflu de la matière.
- Les Couteliers , qui débitent eux-mêmes, la Nacre , doivent fe fervir de la plus haute meule de la Boutique : l’effet eft à peu«près égal ; il y a cependant
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- cette différence, que le Tabletier appuie quatre fois plus fort avec fon levier , fins trop fatiguer le Tourneur, parce que fà meule n éprouve que deux frottements, celui de l'arbre de la meule fur le tonneau, & celui de l'aélion de la Nacre fur la meule ; au lieu que celle du Coutelier en éprouve fix. i°. Le frottement de l’arbre de la roue fur fon pied ; 20. celui de la corde dans la rainure de la roue ; 30. celui de la corde dans la poulie de la meule ; 40. celui des deux pointes de l'arbre de la meule , qui eft confidérable, J°. celui du Rabat-eau , qui, quoique petit, n en eft pas moins réel ; 6°. enfin celui de l'aétion de la Nacre fur la meule : mais le Coutelier fe trouve récompenfé par la vîtefle de la meule, qui étant mue par une roue de fix pieds de haut , fait vingt tours dans le même-temps que celle du Tabletier n en fait que deux.
- Après avoir traité de la façon de débiter les Manches, nous allons expliquer ce qui regarde le fer & facier.
- CHAPITRE DOUZIEME.
- Injlruclions générales fur la maniéré de forger le Fer & VAcier : maniérés de faire des Etoffes propres à quantité d9Inflruments de Coutellerie. ‘
- Le fer neuf, comme nous l'avons déjà dit, eft prefque toujours poreux, pailleux, cendreux & filandreux ; c'eft pourquoi il eft d'ufage en Coutellerie , ( au moins pour ceux qui veulent fe diftinguer par la folidité & la beauté de leurs ouvrages ) de le corroyer , pour le rendre plus net , plus robufte & beaucoup plus tenace ; (a) par conféquent cette opération lui donne des qualités qui font importantes pour toutes fortes d'ouvrages.
- On appelle corroyer le fer, l'aétion d’en fouder plufieurs lames enfemble fur leur plat ; ainfl pour corroyer du fer vieux ou neuf , il faut l'étirer en lames à peu-près d'un pouce de largeur & quatre ou cinq lignes d'épaifîeur, trois ou cinq lames toutes d’égale longueur & largeur, félon la force de la mafle dont on a befoin : on peut en mettre plufieurs, mais de nombre impair (f).
- Quand on a étiré la quantité de lames qu’on veut, quatre ou cinq ou trois morceaux au moins, on les applique l'une fur l'autre fiir leur plat ; on les faifit vers le milieu Af, Fig. 21. avec de fortes tenailles croches, & l’on tient les
- (a) Je dis que le corroyage rend le fer plus net, plus robufte & plus tenace : cela eft in-conteftable.
- (è) Je dis nombre impair y , 7,9 , &c. parce que le centre d’une barre doit être d’une feule pièce : or celle qu’on met de nombre impair
- fe trouve dans le milieu, parce que fur neuf lames qu’on met, celle du milieu eft enveloppée par quatre de chaque côté ; alors on fera ùn bon Patai ou une bonne Etoffe ; elle fe foudera bien , parce que le centre , ou le milieu dired , eft une lame pleine & non double,
- tenailles
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- Première Partie. Chapitre XIL tenailles fermées an moyen dune S , Voye£ F : pendant quon chauffe Ôc qu’on foude le premier bout JY, il faut que le paquet foit chaufté lagement & à propos. Si je voulois entrer dans le détail des preuves de ce que j’avance , je pourrois en former un volume ; mais je me contente d’avancer, d’après un grand nombre d’expériences , qu’un morceau de fer corroyé de la grofleur d’un pouce en quarré, fouffrira plus d’efforts & de fatigues fans caffer, qu’un morceau de deux pouces du même fer pris de la même barre , mais qui ne fera pas corroyé : de là je conclus que tous les accidents qui arrivent par la rupture des aiffieux "de charrettes & de carroffes, ont leur fburce dans le fer même qui n’a pas été corroyé ou qui l’a été très-mal. Le fer neuf eft toujours aigre par places ; on trouve dans une barre de huit ou dix pieds trois ou quatre places où il eft doux, & quatre ou cinq autres places où il eft aigre : voici pourquoi. Qu’on examine la façon de forger le fer dans les Forges où 1 pn fond la mine , on verra que ce font des maffes de fer du poids de 400 livres * & qu’il eft comme impoffible de chauffer cette malle avec précifion : on eft obligé de forcer la chaleur de façon que la matière eft fondante ; enfuite le marteau qui forge cette malle, pefe 4 ou 500livres : étant mû par la force de l’eau, il frappe des coups terribles fur cette matière qui eft bouillante. Or cette manœuvre ne peut pas s’accorder avec celle qu’il faut pour fe procurer du fer doux & tenace; au contraire' on ne peut en obtenir que du fer aigre & cafo fant ; car, pour l’avoir réellement bon , il faut qu’iî foit chauffé à propos & que les coups de marteau foient modérés pour la force du coup, mais accélérés par la vîteffe : il n’eft donc pas étonnant de voir caffer un aiffieu d’une extrême force, &, quoiqu’il s’en caffe beaucoup , je fuis étonné qu’il ne s’en rompe pas beaucoup plus. Après avoir examiné la nature de ces fers , je conclus que , fi tous les aiffieux étoient faits de bon fer , Sc bien corroyé , il ne s’en caffe-roit pas un. La meilleure méthode feroit de prendre quatre barres bien faines par elles-mêmes, les affembler par quatre faces , comme le repréfente la Fig. 2 y. & vues par le bout à la Fig. 26, PL 6, 8c attachées en RR avec un lien de fer ; que le Forgeron prenne bien fes mefures , pour que les chaudes foient données à propos ; retourner plufieurs fois la piece dans le feu, afin que l’une ne chauffe pas plus promptement que l’autre , mais quellesfo trouvent chaudes toutes à la fois. Il eft certain qu’un aiffieu fabriqué avec ces attentions & chauffé au degré précis ne foroit pas en danger de caffer; s’il recevoit un coup exceffif, il plieroit, au lieu de rompre ; il eft vrai qu’il coûteroit plus que le double qu’il ne coûte ; mais quel avantage d’être certain qu’il ne caffera jamais ! ( * )
- §. I. Du chauffage du Fer & de VAcier 5 maniéré de les corroyer:
- Tout étant difpofé comme je l’ai expliqué, il faut porter le pâté au feu*1 (*) On peut confuïter la Forge des Ancres par M. Duhamel,
- Coutelier , J. Paru A a
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- Notez quil faut avoir eu foin de nettoyer le feu du mâchefer 8c de toute autre craffe ; il faut bien couvrir le feu avec du charbon frais 8c mouillé , chauffer à coups modérés en commençant, & peu-à-peu augmenter la force des coups de la branloire de temps à autre ; retourner le pâté dans le feu : lorfqu’il fe fait un petit jour au feu & que la croûte fe perce , il faut le reboucher promptement, 8c toujours travailler le feu avec la fervante  8c le balai mouillé, E. Quand le pâté commence à chauffer au blanc , il faut le fortir un peu , pour voir fi les lames chauffent également ; car il arrive foûvent que celle de deflus eft blanche, tandis que celles du deffous ne font que rouges ; cela arrive quand on a laiifé du jour au feu, qu’on ne fa pas rebouché affez promptement , ou bien quand le charbon eft crafïeux , qu’il fe réduit trop vite en mâchefer, il noircit autour de la tuyere 8c ne chauffe pas ; alors avec le bout du tifbnnier il faut en tirer toute la craffe , ne dérangeant la difpofition du feu que le moins qu’il eft poffible , fans arrêter le fouffiet, mais feulement le ral-lentifîànt. On tourne le pâté au feu, on le couvre bien, & l’on ne force les coups de la branloire que quand on voit ou que l’on juge que toutes les lames font également chaudes. Il faut examiner fcrupuleufoment quand le pâté commence à bouillir, comme difent les Forgerons ; on s’en apperçoit par la fortie de quelques petites étincelles ; il faut le fortir du feu , pour s’en mieux aflurer , jetter deffus quelque peu de fable 8c recouvrir le feu légèrement, tourner la piece deux ou trois fois dans le feu, avant de la fortir, en chauffant à petits coups de foufflet, quand on eft prêt à fortir la piece du feu. Lorfqu’elle eft fiiffifàmment & bien également chauffée , on la fort du feu & on la frappe avec promptitude en contre-forgeant pendant tout le temps quelle bouillonne ; 8c , quand on a donné la première chaude au bout N, on recule les tenailles juf-qu’en O, 8c l’on remet ce pâté au feu, pour chauffer le milieu ; 8c enfin en donnant plufieurs chaudes de place en place , on parvient à fouder <& corroyer le pâté dans toute fa longueur , ayant foin de le conforver de la grofleur qu’on a befoin, en réglant la force de la chaude 8c modérant les coups des Frappeurs.
- Comme les vieux fers font aufîi bons que le neuf, pour les corroyer, on fait fouvent des pâtés avec des morceaux de fer de chevaux ; pour cela il faut choifir les deux plus forts fers, les faire chauffer au blanc, fans fouder, les redreflcr en lame & entre ces deux forts 8c longs morceaux, on y loge plufieurs moitiés 8c même tout autre petit bout de fer ; après quoi il faut les mettre au feu , le? chauffer & les fouder comme nous l’avons dit pour le fer neuf. Si l’on ne veut pas faire un gros pâté, au lieu de redreffer le gros fer à cheval, pour fervir de couverture , on ria qu’à faire chauffer un fort fer par fon milieu, le plier 8c le laiffer ouvert ; ainfi plié, on y fait entrer des moitiés & des morceaux tant qu’il peut en contenir, c eft-à-dire ce qu’il en faut pour remplir les vuides le mieux qu’il eft poffible , même avec des rognures qui roulent dans la ferraille :
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- Première Partie . Chapitre X fl. 9?
- cependant il &ut éviter d’y loger aucun morceau d’acier; enfuite on foude ce pâté, ainfi qu’il eft expliqué plus haut. Cependant il exige un foin de plus & qu’il'ne faut point omettre: le voici ; quand on a donné la première chaude, qu’on s’eft rendu maître de tous les morceaux , il faut à coups de pane de marteau refferrer tous les trous des doux, afin qu’ils fe foudent & fe paitnfTent bien ; fans quoi, en limant une piece, on découvrirait des trous & des cavités, ce qu’on appelle , en terme de l’Art, des chambres à louer, qui font prefque toujours la caufe de la perte d’une piece.
- §. IL Maniéré de faire les Etoffes.
- L A maniéré de faire des étoffes eflaffez femblable à celle de faire des pâtés ,, c eft toujours en corroyant, avec cette différence, que l’autre eft tout fer , Sc que celui-ci eft partie fer & partie acier; c’eft ce qui exige de plus grandes attentions, tant pour chauffer que pour forger.
- On commence à préparer le meilleur morceau d’acier qui fera le milieu de l’étoffe & qui doit faire le tranchant des outils. Suppofons donc cette lame de douze pouces de long, quinze lignes de large & quatre d’épaiffeur. Enfuite il faut préparer deux autres lames d’acier moins fin, les étirer de la même longueur & largeur que la première, mais environ une ligne moins épailfe: ces deux dernieres doivent fervir de couverture à la première. Celafait, il faut forger deux lames de fer de pareille longueuraux autres, mais environ d’une ligne moins larges, & de deux lignes moins épaiffes que les deux autres; ce qui étant exécuté , il faut couvrir les trois lames d acier avec ces deux de fer, de forte qu il y en ait une fur chaque face ; enfuite on les pince avec les tenailles croches, comme on le voit Fig. 2 x. ou 1 on diftingue les cinq pièces ; 1, eft 1 acier fin , qu’il faut fuppofèr d’acier d Angleterre non fondu ; 2,1, les deux bandes d a-cier inférieur au premier ; & qu’il faut fuppofèr de quelque acier de France ou d’étoffe de Pont ; & 3, 3, les deux bandes de fer qui enveloppent les trois autres par leur plat.
- L’étoffe ainfi préparée, il faut la mettre au feu par le bout N feulement, afin de fouder l’extrémité pour fe rendre maître de tout ce paquet, lorfqu’il eft au feu : il faut la faire chauffer avec les mêmes précautions qui font indiquées pour le corroyage du fer, ayant foin de donner un feu vif & égal, tourner fouvent l’étoffe dans le feu, afin quelle chauffe également: aux premières étincelles qu’on' apperçoit, il faut y jetter quelques petites poignées de fable, qui eft dans le coin de la forge E, & cela en la fortantun peu du feu, parce qu’il faut néceffai-rement que le fable foit parfemé fur l’acier, & le renfoncer dans le feu, pour le laifler un’peu mitonner à coups de foufflet. Pour examiner 1 état de la chaleur fans déranger l’économie du feu, portez une main aux tenailles T, Fig. 29. l’autre main à la fervante F, pour contenir les charbons pendant que vous forcez la
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- piece; Scy cjiiand on Li jue;e au degre convenable , il faut la iortir du feu avec vivacité , la palier rapidement fur le labié , la porter lur 1 enclume & la forger feule à petits coups de marteau , la paltrir avec legerete -, tant que la matière bouil" lonne ; & fi l’on ne juge pas la chaude alfez bonne , que toutes les lames ne foient pas bienfoudées enfemble, il faut remettre l’étoffe au feu, pour la rechauffer de nouveau dans le même endroit ; mais, fi elle eft bien foudee , il faut appeiler les Frappeurs d’un coup de marteau fur 1 enclume, en rappellant, ce qui eft le fignal ordinaire & connu de tous les Forgerons, battre à petits coups en commençant ; car c’eft un principe inconteftable, foit à feui ou avec les Frappeurs , de ne jamais frapper de forts coups de marteau , tant que l’acier fou-de'; il ne faut abfolument point voir fortir aucune étincelle, quand on fe dif-pofe à doubler la force des coups de marteau : il eft à obferver auffi que fi l’on voit un endroit de l’étoffe d’où les étincelles fortent plus pétillantes, plus lui-fantes & en plus grand nombre, c’eft un ligne certain qu’il y a eu plus de chaleur là , qu’ailleurs, & dans ce cas, le feul moyen de remédier à ce grand défaut, c’eft de donner de très-legers coups de marteau en contre-forgeant (a), mais avec vivacité. Ce procédé fait raffembler , refferrer & concentrer la matière qui incline à fe décompofer; fans cette attention, quand on a fini une étoffe qui a été furchauffée par places, on y voit des crevaffes & des gerfures parfe-mées c'a & là qui nuifent extrêmement à la bonté & à la foiidité des ou vrages quels qu’ils foient.
- Une attention encore très-eftèntielle , c’eft qu’il faut abattre les carres de l’étoffe en la forgeant, fans quoi le fer , qui s applatit plus vite que 1 acier recouvre les bords de ce dernier, & quand 1 ouvrage eft fini, on trouve des vei-‘ nés de fer fur le tranchant au lieu d’acier pur. Il eft aifé de juger que les attentions que j’indique, font de la derniere conféquence.
- Quand le bout N , eft bien foudé > on eft alors maître de toutes fes lames ; oa les fait un peu ouvrir, pour faire fortir la craffe quis’eft logée entr’elles ; enfui-te on refferre bien toutes les lames enfemble , ne lailîànt de jour que le moins qu’on peut. On recule les tenailles en O, & l’on porte le milieu M, dans le feu & enfin l’on foude l’étoffe de toute la longueur en plufieurs chaudes, avec la même précifion à chaque chaude ; car il fuffiroit d’en manquer une fur dix , pour gâter l’étoffe. Il eft inutile que je fixe ici la force que l’étoffe doit avoir pour chaque objet ; cela nous porterait à des répétitions : le vrai lieu d’en parler eft de fixer la force de chaque objet, à mefure que nous le forgerons fépa-rément : nous obferverons feulement ici qu’il faut la laiflèr d’un pouce de large fur dix lignes d’épaiffeur, pour l’étirer dans le befoin, de la force que chaque Inftrument exige, & dans ce cas une étoffe eft comme un jambon, duquel on
- (a) On appelle contre-forger, lorfqu’on donne alternativement un coup de marteau fur le plat, & un autre furie côté. Nous nous fer vi-
- rons fouvent de ce terme ; il faut en retenir la lignification,
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- Première Partie. Chapitre X1L 97
- coupe des morceaux à mefure qu’on en a befoin, &de la grofleur que le cas le requiert.
- Quand une étoffe eft faite, on lui fait des marques aveclaquarre du marteau; elles forment de petites coches ( Voye£ la Fig. 28 ,) cela annonce que c’eft une étoffe ; de plus , s'il fe trouve quelque endroit un peu fiirchauffé, ou que le fer ait coulé y fe foit rabattu un peu plus d’un côté que de l’autre, c’eft fur ce côté grillé ou ferreux qu’il faut faire les coches, parce que c’eft un ligne que ce côté doit fervir pour faire les dos des ouvrages ; enfin c’eft une indication générale que tous les Couteliers inftruits connoiffent, & que nous aurons fou-vent befoin de mettre en pratique.
- CHAPITRE TREIZIEME.
- Infractions générales fur les Etablis , pour limer, comme il faut,
- les Ouvrages de Coutellerie.
- u a H d un ouvrage eft forgé , il faut le perfectionner à la lime qui répare les défauts de la forge , fait ce qu’on n’a pas pu exécuter avec le marteau, & forme tous les ajuftements.
- La lime n’eft autre chofe qu’une lame d’acier bien dreflee fiir laquelle , avec un cifeau, on releve des barbes ou bavures , à tranchant fur toute la furface de la lame ; ces tranchants étant tous d’égale élévation forment une multitude de fers de rabots, qui par leur régularité & leur dureté entament la furface des Métaux.
- ' U y a bien des efpeces de limes , qui different entr’elles par la forme de la lame d’acier & la fineffe des dents : les unes font pour dégrolîîr, les autres pour abâtardir, & d’autres pour adoucir ; encore ces trois fortes de tailles font-elles bien diverfifiées, chaque efpece en renferme trois au moins. Comme il y a trois degrés dans les limes à dégrolîir, il y a auflî de trois grains dans les limes bâtardes , & auffi trois des limes douces ; ajoutons enedre que de chacune de ces efpeces il en faut de différentes formes, les unes quarrées, d’autres plattes , des mi-plattes,de rondes, de demi-rondes, de triangulaires ou à tiers-point, d’ovales, d’autres à un ou à deux tranchants ; & enfin d’une quantité de formes & de grandeurs différentes qu’on diftingue depuis n°. 1, jufqu’au n°. 16.
- Chaque lime doit être emmanchée dans du bois ( Fig. 14. ) & foutenue par une virole de cuivre ou de tôle pour les petites ; mais les fortes ont befoin de bonnes viroles de fer, qu’on fait avec des bouts de canon de fufil. C’eft par cet ouvrage qu’on apprend aux Apprentifs à mener la lime ; on leur fait ferrer légèrement le bout du canon dans l’étau , empoigner la lime comme il convient; (c’eft ordinairement une lime à couteau, ou un tiers-point) on leur fait tracer la Coutelier ,I.Paru B b
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- 9S L’ART DU COU TÉ LIE R.
- ' virole tout autour du canon , & enfin tenir la lime bien d’équerre, pour détacher la virole.
- §. I. De T Établi & de l’Etau.
- I l n’eft pas douteux que la néceflité d’aflujettir une pièce, pour la limer avec fureté, a fait imaginer un Etau, qui par deux mords ou* mâchoires parallé* les A, A!9 Fig. i , qui font taillés* en lime en dedans, ferre fortement l’ouvrage au moyen d’une vis B, qui eft mue par un levier C : cet outil tient fermement la piece qu’on veut travailler.
- Dans toutes les Boutiques, on a foin d’avoir auflî un petit Etau à patte, comme le repréfente la Fig. i ; on peut le tranfporter d’un établi à l’autre , & l’adapter facilement & promptement par le moyen d’une vis D , portant une agraffe E, qui par fes quatre pointes fe fixe defious l’Etabli, tandis que la patte jf, s’accroche deflus , au moyen de trois ou quatre pointes pyramidales rivées fur la patte même , qui entrent dans le deflus de l’Etabli, à mefure. qu’on fait marcher la vis D , par la manivelle x*
- Pour faire un Etabli folide , il faut une planche de bois de chêne de deux pouces d’épaiffeur & de quinze ou dix-huit pouces de largeur , fcellée un peu dans le mur par un bout avec deux pattes, Fig. 4 ; fi c’eft un mur en pierre , oit fait le bout de la patte à {bellement, comme la Fig. 4 ; 8c fi c’eft un pan de bois , la patte eft à pointes Fig. y.
- Le bout de l’Etabli du côté de la porte eft foutenu par une forte planche de bois de la largeur de l’Etabli ; quand l’Etabli eft fcellé , il faut marquer la place de chaque Etau : pour que les Limeurs foient à leur aife, il faut près de trois pieds de diftance d’un Etau à l’autre , ou au moins deux pieds.
- Pour procurer une bonne folidité à l’Etau , il faut prendre la mefiire de l’é-paiffeur du mors immobile, la marquer fur l’épaiflèur de l’Etabli, & faire une entaille avec la fcie & le cifeau, afin que l’Etau entre jufte dans cette entaille.
- Pour procurer à l’Etau une aflîette folide & le mettre en état de n être pas ébranlé par les coups de marteau, on fait un trou en terre pour recevoir un taf* feau de bois L, Fig* 3, qui eft percé, par le gros bout, d’un trou qui a feulement Un pouce de profondeur pour recevoir le bout de l’Etau qu’on voit en L ; le haut s’adapte à l’Etabli au moyen d’une patte en fleur-de-lys Fig. 6, qu'on aflùjettit avec de gros clous, & par la boucle M, qui embrafle la mâchoire immobile au-deftous de la boëte, & l’on fixe le tout par le moyen de la clavette N ; le tout eft repréfènté en P, Fig. 7 : & pour qu’un Etau foit placé à la hauteur & à l’avantage du Limeur, sil faut porter le coude fur l’Etau & la main fous le menton. Si pour cette pofition on n’a pas befbin de haufler ni de baifler le cou, on aura une hauteur précifè & déterminée pour limer avec facilité. La Fig. 7. repré-fènte un Ouvrier dans cette attitude.
- Pour la commodité de chaque Limeur , il doit y avoir un tiroir auprès de
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- Première Partie. Chapitre XIII. pp
- chaque Etau, placé en delîous l'établi, tel qu'il eft défigné par la Fig. 8 , ces tiroirs font utiles pour renfermer les Ouvrages les veilles de Fêtes : tant mieux s'ils ferment à la clef, parce que la jaioufie , toujours condamnable , engage quelquefois foit à cafler quelque piece ou à s'emparer de quelque outil particulier. D'ailleurs la clef eft très-utile pour ceux qui travaillent à la garniture ; ils y renferment les rognures , les limailles , la foudure, Scc, pour en rendre un fidèle compte.
- §. II. Infractions Jîir la . façon de Limer.
- O n lime de plufieurs maniérés ; cependant toutes fe réduifent à trois principales , qui font limer en long, limer en travers , limer à la main.
- Pour limer en long, on tient la lime for la piece , de façon que la lime & la piece qu'on travaille forment une croix de S. André, & même plus ferrées autant qu'on le peut en ferrant le côté contre l'établi, dans cette attitude on pouffe la pointe de la lime Fig. 3 , for le bout de l'ouvrage, &enfoite toute la longueur de la lime for la piece, jufqu'à ce que le bout du Manche aille prefque toucher la piece : cette méthode convient pour drefler une piece quelconque. On appelle auflî limer en long, quand on veut limer la piece , d’un feul trait, de toute fe longueur. Pour cela on pofe la lime en croix for la piece , & on la pouffe for la largeur fens la promener ; au contraire on la laifie toujours dans la même place ; ce qu'on exécute en allongeant & raccourciffànt les deux bras bien parallèlement enfemble, & en tenant la lime également ferrée dans les deux mains.
- Pour limer en travers , on pofe la lime bien en croix ou en équerre for la piece, & confervant toujours cette pofition, tant en pouffant la lime, qu'en la ^amenant à foi : cette maniéré de limer eft néceflàire pour limer d'équerre ; par exemple pour repouffer une Mitre de Couteau à gaîne, voyez la Fig. 10.
- Pour limer à la main , on feifit la piece qu'on travaille dans un étau à main repréfenté Fig. 11 ; feififlant cet étau , qui fert de manche, de la main gauche , on porte la piece for un bois à limer Fig. 12 , qui doit être ferré dans l'étau ; on pofe la lime for la piece tantôt en long, quand c'eft pour drefler, Sc tantôt en travers, quand c'eft pour entailler d'équerre. La Fig. 13 indique la po-: fition mieux qu'on ne pourront l'exprimer.
- De quelque façon qu'op lime, la pofition du corps doit être telle que la pointe du pied gauche foit contre la jambe de l'étau Lf Fig. 3 , le pied droit derrière à dix ou quinze pouces de diftance l'un de l'autre, c'eft-à-dire, que plus on veut forcer le coup de lime, plus on doit réculer le pied de derrière , parce quon a plus de force ; il faut que la boucle du pied de derrière foit for la même ligne du talon de celui de devant, comme l'indique la Fig. 3.
- La main droite empoignant le manche de la lime T, de forte que le doigt index foit placé fur la lime , moitié for la virole du manche, & le rsfte fur 1a
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- queue de la lime ; les trois autres doigts pliés en deflous,' & le pouce embraflànt le manche en fens contraire.
- Que la paume de la main gauche du côté du pouce {bit appliquée fur la pointe de la lime V, que la pointe n’aille pas plus avant que le creux de la main. Dans cette pofition indiquée par la Fig. 3 , il faut donner les coups de lime en appuyant, en étendant les bras & roidilîànt la jambe gauche, quand on pouffe la lime , & la lâcher en ramenant le coup à foi, 8c alternativement répéter “cette marche: il faut en toute pofftion que la tête {oit droite , {ans cependant la gêner : le corps doit faire de très-petits mouvements , c’eft-à-dire un en pouffant le coup, & un autre en le ramenant.
- î On voit des Limeurs qui fatiguent plus du corps, que des bras ; c’eft très-mal à propos : la lime ne coupe quen allant & non en revenant ; la force doit partir des épaules dégageant la charnière du coude, {errant la main en roidiflant le poignet : c’eft un bonheur pour un Apprenti d’avoir un Maître qui lui inculque ces bons principes, & affez d’intelligence pour les mettre en pratique ; il fatiguera moins, 6c fon ouvrage en fera plus parfait.
- §. III. Maniéré d'abâtardir & d'adoucir les Ouvrages.
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- O N appelle abâtardir un ouvrage, lorfque , l’ayant drelfé & dégroflï à for-* fait avec des limes rudes , toutes les inégalités ôc le feu de forge font emportées 6c enfin qu’une piece eft ajuftée.
- On prend une lime bâtarde avec laquelle on emporte tous les traits qu’on a faits avec les limes rondes , pour qu’on n apperçoive qu’un feul trait fait avec la lime bâtarde, foit en long ou en travers félon différentes circonftances.
- La lime bâtarde ayant parcouru toute la piece, il faut prendre la lime douce à gros grains , & avec celle-ci emporter tous les traits de la bâtarde, pour ne laifler à l’ouvrage que ceux que fait la douce ; mais cette douce à gros grains fait encore des traits trop gros, pour foumettre l’ouvrage au bois à polir : il faut donc , autant qu’il eft poflible , approcher ^du point de perfection , & accélérer l’ouvrage autant qu’on peut ; pour cela il faut avoir recours à une lime douce à grains fins , & fouvent la plus vieille eft la meilleure , parce qu’en emportant légèrement les traits de la précédente, elle n’en fait que de très-fins. Par ce moyen, on parvient peu-à-peu à perfectionner l’ouvrage affez promptement.
- Nous avons quelques remarques à faire for ces opérations , & qu’il ne faut pas omettre ; par exemple le pan demi-rond n’eft pas difficile à abâtardir ou a adoucir; on pouffe la lime for un des bords toujours l’œil attentif, on prcH mene la lime un peu vivement en longueur, mais lentement, vers l’endroit prochain qu’on adoucit, de forte qu’il ne faut pas quitter une ligne, que les traits en longueur de cette même ligne ne foient tous emportés au point de n’y plus revenir ; mais il faut éviter d’appuyer plus dans un ‘endroit que dans un autre, afin de ne pas y faire de petits pans irréguliers* Le
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- Le rond eft encore facile ; par exemple, une piece longue, on peut ( autant pour abâtardir que pour adoucir, ) prendre deux limes dont le grain eft égal, embraffer la piece avec les deux limes, ferrer légèrement les deux bouts des limes avec les deux mains, Sc promener les deux limes en long fur la piece.
- Le pan vif efl toujours le plus difficile ; il faut pofer la lime fur fouvrage, Sc confèrver toujours la même inclinaifon. Pour y bien réuffir, il faut avoir la main sûre Sc ne pas balancer la lime', que feffort des mains foit toujours uniforme & régulier, Sc vifer plutôt le milieu de la piece par là largeur, comme fi l’on vouloit la creufer, quoique l’intention foit de la limer à plat foit avec la lime bâtarde , foit avec la douce.
- De plus, quand on a une lime douce neuve, Sc qu’on veut adoucir une piece , (fur-tout de confequence ) la fùperficie des dents s’égraine toute au premier coup de lime, & il s’en imprime toujours quelques-unes dans l’ouvrage » qui font autant de petits grains, Sc qui, étant très-durs, nuifènt extrêmement à l’adouciflement des ouvrages. Pour obvier à cet inconvénient, il faut frotter la lime avec un peu d’huile ; cela préferve les dents de s’égrainer, parce que la limaille qui fe lie avec le peu d’huile, forme avec elle une efpece de pâte qui emplit toutes les entre-dents, Sc contribue non-feulement à foutenir les dents, mais encore à donner une elpece de poli à l’acier , ce qui fait gagner beaucoup de temps qu’on trouve bien quand on prend le bois Sc l’émeri pour
- Enfin pour abâtardir & adoucir les ouvrages, il ne faut point les ferrer dans les mâchoires de l’étau, parce qu’en les y ferrant, on gâteroit tout ce qu’on auroit fini; mais il faut avoir des mors-daches en bois, Fig. 15 , qu’on met entre les deux mâchoires de l’étau, & s’en fervir comme de l’étau, pour y contenir les ouvrages qu’on travaille.
- CHAPITRE QUATORZIEME.
- Injlruclions générales fur la trempe SC le recuit de VAcier.
- O N appelle tremper, durcir l’acier ; ce qui s’exécute en faifant chauffer la piece au feu, & la plongeant toute rouge dans l’eau fraîche pour la faire refroidir précipitamment.
- Pour bien réuffir à cette belle opération, il faut i°. bien connoître la nature de l’acier pour lui donner le degré de chaleur convenable ; 20. lui donner ce degré de chaleur avec précifion; 30. lui donner le recuit qui convient à fa qualité; 40. enfin il faut que ce recuit foit encore proportionné à l’efpece d’outils ou d’inftruments qu’on travaille.
- Le temps influe beaucoup fur la trempe. Il eft certain que l’acier eft plus dur Çoutelier , I. Part. Ce
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- 102 L'ART DU COUTELIER.
- dans le froid & dans la gelée, que quand le temps eft chaud ; mais dans le premier cas la matière eft plus fujette à fe cafter ; le grand vent y eft aufli contraire : le temps le plus favorable eft lorfque le ciel eft nébuleux ; le grand brouillard eft encore excellent.
- Quant à feau , on eftime celle qui eft la plus légère & qui contient le moins de parties terreufes. Au refte, il n’y a point d’eau qui ne foit bonne pour la trempe, pourvu qu’elle {bit propre & claire.
- L’acier trempé trop chaud s'égraine facilement; quelques-uns prétendent quen augmentant un peu la couleur du recuit, on remédie à une trempe trop forte. Je ne le penfo pas ; car nous verrons que l’acier trempé trop chaud con-ferve, malgré le recuit, un degré d’aigreur qui nuit fur-tout aux tranchants fins, tels* que font les Rafoirs, les Biftouris, les Canifs, les Lancettes, & tous les autres inftruments à peu-près femblables.
- Une autre erreur encore condamnable, c eft qu’un Coutelier, ayant par inattention trop chauffe une piece, il croit y remédier en la tirant du feu & la laiflant refroidir à l’air julqu’à la couleur de cerifo, & y étant parvenu, il la plonge dans l’eau. Or, j’ofo dire que la trempe eft manquée ; on ne gagne prefque rien de la laifler refroidir hors du feu ; le pores fe font trop dilatés ; le degré d’aigreur y eft prefque toujours au même point. Ainfi le feul remede qu’on puifle apporter dans cette occafion , pour parvenir à avoir une bonne trempe , eft de la laifler refroidir {ans la tremper dans l’eau; & lorfqu’elle l’eft afifez pour être maniable, il faut la battre un peu à froid avec un marteau for une enclume ou for un tas, puis la chauffer convenablement pour la tremper.
- Le Coutelier ne doit jamais oublier que de battre l’acier à froid, eft la première & la plus eflentielle préparation pour faire une bonne trempe ; car le récrouiflèment équivaut en quelque façon à la trempe , & il faut le regarder comme indilpenlàble pour faire un bon tranchant 8c un bon reflort.
- La couleur familière de la trempe eft appellée par tout le monde couleur de cerife ; il y a cependant deux degrés differents, & que les bons Couteliers lavent diftinguer. Or, j’appellerai la première couleur de cerife, qui eft la plus foible ; & la fécondé, couleur de rofe, qui eft plus forte : car cette couleur exige plus de chaleur.
- Il faut aufli faire attention que la couleur d’une cerifo bien mûre ne convient point du tout ; il faut fe repréfenter une cerifo d’un rouge clair ; or, cette couleur convient à l’acier de Stirie, à celui de Dantzic & à celui du Tirol ; mais l’acier d’Angleterre exige un degré de plus de chaleur, qui eft la couleur de la rofo. Cette même couleur convient à l’étoffe de Pont, ainfi qu’à l’acier de Hongrie, 8c généralement à tous nos aciers de France.
- Beaucoup de Couteliers font dans l’ufage de faire rougir au feu une paire de tenailles ou un autre morceau de fer, & le plongent dans l’eau pour ôter, difenc ils, la crudité de l’eau ; je ne puis m’empêcher de blâmer cette méthode. Ils
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- prétendent qu’il fe fait moins de caflures aux tranchants ; c’*eft une erreur, parce qu’on trempe fouvent vingt pièces fans qu’il en caffe une ; Sc l’on verra la vingt-unième qui caffera, quoique ce foit dans la même eau. Or, pour peu qu’on veuille faire réflexion fur cette expérience , on fe convaincra aifément que les caflures qui fe font aux tranchants des ouvrages , ne proviennent nullement de la crudité de l’eau, ni de la trop grande fraîcheur ( * ).
- L’acier trempé couleur de cerife dans l’eau bouillante, ne durcit que très-peu ; par cette même raifon, plus l’eau eft fraîche , plus la trempe eft dure. Ainfi ( l’eau n’eft pas chere ) il faut toujours tremper dans un baquet qui contienne deux ou trois féaux d’eau ; Sc même pour peu qu’on fente que l’eau perde là fraîcheur , il faut en changer, autrement on trouvera que les pièces trempées les dernieres auront un degré de bonté de moins que les premières. L’obfcurité eft bien meilleure que le grand jour pour tremper, parce qu’on découvre mieux la couleur de l’acier qu’on chauffe.
- §. I. Des TJJlenciles propres pour la Trempe.
- Le feu Sc l’eau font qe qui importe le plus pour la trempe ; le feu ne doit pas être bien ardent ; aufiî un fourneau à vent ne convient point du tout. Quelques Maîtres préfèrent la poêle à la forge ; je dis à cela que les deux méthodes font également bonnes ; mais il faut en adopter une Sc ne la pas changer, afin de contracter l’habitude de connoître précifément le degré du feu. Le défaut de la forge eft fouvent le trop fort degré de feu , parce qu’il eft animé par le fouf-flet, Sc le défaut de la poêle eft fouvent de ne pas tremper allez chaud : on voit que ce font les deux extrémités ; cependant il vaut mieux pécher pour donner un peu plus de chaleur de trop , que d’en donner trop peu ; cela eft incontef-table ; j’incline pour tremper au feu de la forge.
- La Figure 3 repréfonte une forge allumée avec de petits charbons de bois en D. On voit en A , Fig. 1, un baquet plein d’eau ; en B eft une cuiller à pot qui fort à remuer l’eau de temps à autre , parce que l’eau s’échauffe toujours beaucoup plus à la furface qu’au centre Sc qu’au fond.
- En C, Fig. 2 , on voit un efcabeau for lequel font placés les ouvrages qu’on veut tremper. Il faut une paire de tenailles longues Sc déliées, pour tenir les ouvrages au feu, ainfi que le fait voir la Fig. 6, laquelle tient une lame de Couteau à gaîne. Ainfi tous les ouvrages qui ont une queue, ou une foie ou un anneau , & dont il ne faut pas tremper la piece dans toute fa longueur, fe tiennent avec des tenailles femblables à la Fig. 6.
- A l’égard des Canifs, des Grattoirs, Sc des autres petits inftruments à peu-
- (*) La première caufe des caflures vient de l’aâion de forger ; l’endroit qui aura été plus battu à froid , caflêra plutôt qu’un autre qui
- l’aura été moins. Ainfi on remarque toujours qu’un bon Forgeron perd moins de pièces pat les caflures, qu’un médiocre Forgeron.
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- io4 L’ART DU COUTÊLIE R.
- près femblables, qui ont une petite queue ou une tringle de fer, on per ce un trou à un bout dans lequel on affujettit deux queues. Voye{ la Fig. y.
- Pour les lames de Couteaux à reffort, auxquels il faut tremper les talons aufïï bien que les lames, on prend un morceau de fil de fer, on plie le bout en crochet; on le fait entrer dans les trous des talons : on rabat le petit bout du fil pour contenir la lame ; c’eft ainfi quon les porte au feu. Voye{ la Fig. 4.
- Pour les Rafoirs,’ on élargit le bout d’une tringle de fer à la largeur d’un pouce ; les bords étant comme en tranchants, on les replie pour fe modeler à la forme d’un talon de Rafoir ; & enfin on y loge tous les talons pour tenir les lames au feu. Voye{ la Fig. 7. Par ces quatre Figures, on apprend à contenir^ toutes les différentes pièces dans le feu.
- §. II. Explication du degré de chaleur convenable pour tremper plujieurs fortes
- d’Aciers, & la maniéré de les tremper.
- I l faut un feu proportionné à la grandeur des ouvrages qu’on veut tremper j il vaut mieux en avoir plus que moins, parce quil faut que la piece chauffe partout également, quand ceft une piece courte ; mais fi c’eft une piece longue,1 il faut la promener dans le feu; or, fi le brafier n’eft pas un peu étendu, la piece eft fujette à fe déjetter ; de plus, elle s’échauffe plus dans un endroit que dans un autre , parce que le feu eft toujours plus vif vis-à-vis la tuyere que partout ailleurs.
- Suppofons donc un brafier de petits charbons de bois bien allumé , prenez la branloire d’une main, & les tenailles avec la lame de Couteau, Fig. 4, de l’autre ; entrez légèrement la piece par la pointe dans le feu ; commencez par faire chauffer le bas en E, qui eft le plus épais de la lame ; pendant que celle-; ci chauffe, vous pouvez en mettre une autre à côté, afin quelle puifte prendre une petite chaleur. Donnez de très-petits coups de foufflet ; ayez toujours l’œiE fur la lame, pour qu’elle ne prenne pas plus de chaleur qu’il ne lui en faut * faites attention de porter l’endroit qui n’eft pas rouge , au lieu où le feu fe trouve le plus vif : promenez bien lentement la piece dans le feu ; ne fouffrez jamais le feu découvert, ni que le vent du foufflet donne for la piece. Enfin la piece étant d’une bonne couleur de cerife ( bien entendu d’un rouge clair , ) fortez la lame du feu avec vîteflè ; plongez-la dans l’eau fobitement, de telle maniéré que ce foit toujours le dos qui entre le premier dans l’eau ; car fi vous entriez le tranchant le premier dans l’eau, vous trouveriez ce tranchant tout crevé, ce qui s’appelle, en terme de l’Art, des cajfures.
- II foffit d’avoir expliqué comment on doit tremper une piece ; on trempera les autres de même, pourvu quelles foient du même acier ; car, comme nous l’avons dit, chaque efpece d’acier exige une couleur qui lui eft particulière entre la couleur de cerife & celle de rofe. Qu’on ne croie donc plus que la trempe
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- Première Partie. Chapitre XIV. ioy
- d’une forte piece fbit différente d’une autre qui feroit mince ; fi une Hache eft: faite avec le même acier qu’une Lancette , tous les deux doivent être trempés de la même couleur ; mais il n’en eft pas de même du recuit qui fait la différence de tous les tranchants, comme nous le ferons voir.
- A toutes les pièces que l’on trempe, il faut faire attention de ne plonger dans l’eau que ce qu’on veut qui durcifle. Par exemple , le Couteau à gaîne 1 Fig. 4, ne doit être trempé que jufqu’à la mitre défignée 'par la ligne e, à moins que la mitre ne foit façonnée & adoucie. Le Canif, Fig. y , ne doit être trempé que jufqu’à l’entaille qui fépare la queue d’avec la lame indiquée par la ligne g. Le Rafoir, Fig. 7, ne doit être trempé que jufqu’aux environs de la marqué jufqu’à la ligne h. Les Cifèaux, Fig. 8 , ne doivent être trempés préci-fément que jufqu’au trou i.
- U faut joindre à ces attentions celle de promener la piece dans l’eau, pour chercher la fraîcheur & faire refroidir la piece le plus promptement qu’il eft pot fible ; car comme l’eau bouillonne toujours autour de la piece , il n’eft pas douteux que fi on ne la promenoit pas dans l’eau, le refroidifïèment ne feroit pas fi fubit, & par conféquent la dureté ne feroit pas aufli grande ; mais auffi il ne faut pas la promener avec vîteiïe : car il faut donner le temps à la liqueur de communiquer fa fraîcheur à la matière qu’on trempe. C’eft une réglé générale , qu’il faut laifler bien éteindre & refroidir l’acier dans l’eau avant de l’en fbrtir ; il ne faut pas non plus le porter à l’air immédiatement en le fbrtant de l’eau fur-tout dans les temps froids ou par un grand vent, parce que l’acier travaille pendant 3 ou 4 minutes après être refroidi : l’expérience le prouve bien clairement. Il n’y a peut - être pas un Coutelier à qui il ne fbit arrivé de porter un Rafoir au grand jour pour examiner le grain de l’acier, & pendant qu’il le regarde , il entend un coup comme fi l’on frappoit fiir un petit timbre, & en même temps il voit partir un morceau de la lame, à quoi on a donné le nom de croijl fant, à caufe de la forme de cet éclat. Voyez la ligne K K , Fig. 9.
- C’eft une bonne méthode de laifler les ouvrages trempés fur la forge pendant 10 ou 12, minutes avant de les porter à l’air ; on peut auffi paffer la piece dans le frafier auffi-tôt qu’on l’a fortie de l’eau.
- Quand les ouvrages font tous trempés, il faut les recuire chacun à la couleur que nous allons expliquer. Mais avant de le faire, il faut découvrir la blancheur de la piece , afin de lui donner le jufte degré de recuit dont l’acier a fi grand befoin. Pour cet effet on prend un morceau de grais à fec ; on pofe la piece bien d’à-plomb par le côté convexe fur une planche, & l’on blanchit toujours le côté concave, parce qu’il eft plus aifé de pofer le convexe fur un petit brafier, que le concave. La Figure 10 enfèigne la maniéré de blanchir les ouvrages , ce qai s’appelle récurer.
- Coutelier , I. Part.
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- L'ART DU COUTELIER.
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- §. III. Maniéré de donner le recuit convenable aux differents Ouvrages , eu égard cl l'efpece des Tranchants, filon l'ufage auquel ils font
- principalement dejlinés.
- Le grand Art de la trempe ne confifte pas feulement à donner à l’acier la plus grande dureté polîible; car étant à ce point, il eft plus dur que le verre, & caflè auffi facilement. En cet état il ne feroit pas propre à toutes fortes de tranchants ; mais le recuit qu’on donne après la trempe, corrige fà trop grande dureté , & lui donne plus de corps , plus de ténacité pour réfifter à la dureté des fubftances quon veut couper. Or, chaque efpece de tranchant exige une dureté convenable pour le fèrvice auquel on la deftine ; ainfi pour atteindre à la perfeétion , il faut que le recuit foit donné avec autant de précifion qu’il efl poffible, en comparant toujours le degré de dureté, que doit avoir l’outil, avec la dureté de la matière que l’outil doit travailler.
- La maniéré de recuire l’acier confifte en général à mettre les ouvrages fur de la braifè bien allumée, mais dont les charbons font très-petits, & il faut fè placer au grand jour, afin de bien voir le jufte degré de recuit qu’on juge convenable. Tous les degrés du recuit fe réduifent à fix, & fe font connoître par autant de différentes couleurs, qui font la couleur de paille, la couleur d'or, la couleur de cuivre rouge, la couleur violette, la couleur bleue, & la couleur d'eau.
- Celle qui lailîe le plus de dureté à l’acier, c’eft la couleur de paille ; & celle qui la diminue le plus, eft la couleur d’eau. Pour voir paroître toutes ces couleurs fur l’acier, mettez une lame de ce métal bien polie fur un feu de charbons de bois bien ardents ; plus l’acier fera poli & plus les couleurs feront vives. En examinant attentivement, vous verrez cette lame prendre d’abord la couleur de paille , enfiiîte la couleur d’or, enfmte la couleur de cuivre rouge , enfiiite la couleur violette, puis la couleur bleue, & enfin la derniere, qui eft la couleur d’eau.
- Les inftruments qui n’ont pas befoin de recuit, & auxquels même il feroit nuifible , font les Grateaux, les Bruniflbirs, & les Fufils à donner le fil à différents tranchants.
- De tous les tranchants, celui qui exige les plus grands foins , c eft le Rafbir ; il faut que fà dureté foit bien combinée entre la trempe, le recuit & la fînefle de fon tranchant : s’il n’avoit pas du recuit, il s’égraineroit fur la barbe ; mais il lui en faut peu ; ainfi c’eft la couleur de paille qui lui convient le mieux ; cette même couleur de paille eft convenable pour tous les outils du tour.
- La fécondé couleur, qui eft la couleur d’or, donne plus de corps à l’acier , & conféquemment elle convient à une infinité de tranchants, Biftouris, Lithotomes , Lancettes, Canifs, Grattoirs , toutes les efpeces de Cifèaux fervants à tous les Arts & Métiers, & enfin à tous les tranchants fervant d’outils à couper le cuir, le bois,&c,
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- La troifieme couleur, qui eft celle du cuivre rouge , augmente encore plus le corps de lacier que les deux autres; par conféquent elle eft applicable à tous les trancnants robuftes : c eft elle qui convient le mieux aux Couteaux qui font expofes a rencontrer des os , ainfi qu’à tous les inftruments des Jardiniers, Serpettes , Greffoirs, &c ; enfin c eft la derniere couleur qui convienne aux tranchants.
- La couleur violette & la couleur bleue font abfolument deftinées aux refforts; le violet donne un reffort vif, mais fujet à caffer ; par cette raifon on ne doit en faire ufage que pour des refforts minces & bien déliés. Le bleu donne un reffort capable de réfifter à un effort confidérable ; il eft fi tenace quil a de la peine à le caffer, Sc même il fe plie à volonté & fe remet dans là direélion , làns avoir perdu la moindre choie de la bande qu’on lui a donnée.
- La couleur d’eau donne encore un rellort plus tenace, mais ce refïort ne garde pas là bande ; fon élafticité fe perd : il obéit un peu ; c’eft pourquoi cette couleur n’eft guere en ulàge.
- Ayant mis le feu dans une poêle placée au grand jour, on arrange cinq ou Cx pièces for la braife, afîez proches les unes des autres , làns cependant qu’elles le touchent. Voyez en Z, Fig. 11. D’une main on tient une paire de très-petites tenailles , pour être toujours prêt à pincer les ouvrages ; de l’autre main N, on tient l’écran, pour agiter l’air avec égalité $c accélérer l’aétion du feu. Soyez lcrupuleufement attentif à examiner la couleur des pièces ; & fitôt que vous appercevrez quelque changement à la couleur de l’acier, ceffez de fouffler, afin de laiffer venir la couleur lentement ; car il importe beaucoup de ne pas vous laifîer furprendre. Lorlque la couleur eft par-tout égale, prenez la piece & plongez-la dans l’eau pour la faire refroidir promptement ; ce qu’il ne faut pas omettre, parce qu’une piece qui fort du feu étant à la couleur d’or, lorfqu’on la laiffe refroidir d’elle-même fàns la plonger dans l’eau, quand elle eft froide, au lieu de la couleur d’or quelle avoit, on la trouve couleur de cuivre rouge: il en eft de même des autres couleurs. La raifon de ce que j’avance ici tombe même fous les fens ; car une lame d’acier pofée for le feu, fo trouve entre le feu & l’air ; or, le côté qui pofe fur le feu, eft toujours d’un degré plus chaud que le côté qui eft à l’air, & qui eft celui qui eft blanchi. Ainfi il faut convenir qu’une lame qui n’eft que couleur de paille du côté de l’air, eft à la couleur d’or du côté du feu ; & fi la matière fe refroidit d’elle-même, il n’eft pas douteux que la chaleur d’un côté fe communiquera bien-tôt à l’autre.
- Pour éviter la forprife du feu, quand on veut recuire de petits ouvrages , comme par exemple, les Canifs, les Grattoirs & autres à peu-près femblables, il faut être muni d’un morceau de laiton ou de fer-blanc percé de plufieurs trous, comme le fait voir la Fig. 12 : c’eft ordinairement un morceau de feuilles dont on a coupé de petites rofettes. On met cette bande fur de la petite braife O , Fig. 13, for laquelle bande on arrange les ouvrages : on donne quelques petits
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- ïô8 FART DU COUTELIER.
- coups de récran ; enfoite on laiffe prendre lentement, Sc à mefore qu’elles font recuites, on les plonge dans l’eau ; les Lancettes & les Scalpels fo recuifont de même, Sc demandent une attention particulière en les travaillant ; Sc même les Chirurgiens en les efluyant, font dans le cas de cafler une Lancette. Pour cette raifon, comme pour beaucoup d’autres, il faut recuire une Lancette de telle maniéré, que la partie du trou foit à la couleur bleue, que jufqu’à la marque elle foit violette, que 2 ou 3 lignes au-deftus de la marque elle foit comme le cuivre rouge , & que le refte , jufqu’à la pointe, foit de la couleur d’or.
- Pour recuire de grandes pièces, comme, par exemple, de forts Couteaux de cuifine, de grands Cifoaux de Tailleur , de Bourfier, de Gantier, de Cartier , Scc, on les recuit au feu de la forge qui eft bien allumé, & toujours de la petite braife ; on tient la pièce dans les tenailles, comme en E , Fig. 6. On pofe le dos de la piece for le feu ; on la promene lentement & continuellement, fins cefler de donner de très-petits coups de foufflet. On regarde fouvent pour voir l’inftant où la couleur commence à paroître ; lorfqu’on voit la couleur de paille, on redouble d’attention ; on pafte un peu plus vite for le feu ; lorfqu’un endroit eft plus avancé en couleur qu’un autre, on a foin d’aller plus lentement dans l’endroit qui eft en retard ; enfin, pour tendre toujours à la perfeélion de chaque tranchant, quand on a fini de recuire tous les ouvrages, il faut examiner fi l’on n’a pas manqué quelque piece en partie, je veux dire fi le recuit n’eft pas égal : heureux quand cela arrive par le trop peu, parce qu’il y a du remede*
- Je foppofe que la lame d’un Couteau foit parfaitement recuite à la pointe & au bas, couleur de cuivre rouge, Sc que le milieu ne foit que couleur de paille ; il eft certain quelle s’ébréchera facilement dans cet endroit. Pour la perfeétion-ner , faites rougir une paire de tenailles très - fortes ; lorfqu’elles font bien rouges, pincez le dos de la lame dans l’endroit qui n’eft pas aflèz recuit, vous verrez dans un inftant que les tenailles communiqueront leur chaleur à la lame f Sc la feront venir au point que vous voudrez , Sc cela à vue d’œil : il n’y a pas à s’y tromper. Voye£ la Fig. 14: elle repréfonte clairement cette méthode de recuire, laquelle eft très-recommandable, for-tout pour les ouvrages forgés d’acier pur , ce qu’on appelle au bout de la barre. A de telles lames on donne un recuit couleur d’eau tout le long du dos ; le milieu fo trouve violet, Sc tout le tranchant, à 4 ou 5 lignes de large, eft de couleur de cuivre rouge. Il eft certain qu’un Couteau recuit avec ces précautions, eft un excellent inftrument ; le bord du dos recuit couleur d’eau, procure une confiftance à la matière capable de la faire réfifter à de bons efforts, tandis que le tranchant a la dureté requife pour foutenir la coupe.
- Cette méthode de recuire m’eft familière ; j’ai même des tenailles faites exprès qui font faites comme un gaufrier ; elles embraffent 3 pouces de longueur : elles font fortes, & par ce moyen elles gardent long-temps leur chaleur, Sc font capables de recuire trois ou quatre lames fans les chauffer plus d’une fois. Voyez
- R,S,Fig, 14. U
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- Première Partie. Chapitre XV. 109
- Il nous relie encore beaucoup de choies à dire fur la Trempe 8c lur le Recuit ; mais cette phyfique demande une étendue 8c une marche fuivie, qui nousferoit fortir des bornes de notre Art ; c eft pourquoi je crois pouvoir me permettre un petit Ouvrage qui fera à la fuite des Arts.
- CHAPITRE QUINZIEME.
- Des Modèles ; SC comment on les fait.
- Rr e N ne concourt mieux a la régularité des ouvrages 7 8c à en accélérer l’exécution, que de faire ulàge des Modèles ; ce font autant de patrons qui, Planches étant faits avec précifion, fervent de bafe à toutes les pièces femblables qu’on le ^ propofe de travailler.
- Chaque Modèle eft d’acier forgé de la longueur convenable à l’ouvrage qu’on veut faire ; leurs épaiflèurs font à-peu-près de celle d’une piece de 24 lois. Il ne faut pas manquer de les tremper ; mais il faut les recuire bleus Sc même couleur d’eau pour deux railbns eflentielles ; s’ils n’étoient pas trempés 7 on pour-roit les gâter par un léger coup de lime échappé de la piece, ou qu’on donne-roit de trop ; mais s’ils étoient trop durs, ils feroient trop lecs , & courroient rifq ue de fe cafter en plufieurs morceaux en les ferrant dans l’étau ; au lieu que l’on prévient ces accidents par une trempe couleur de cerife & un recuit prelque couleur d’eau. Au refte , chaque Modèle n’a beloin d’être limé que lur les côtés ; il liiffit qu’ils loient forgés uniment au marteau, & qu’ils foient ce qu’on appelle bien planés. Il eft de la derniere conféquence de les bien dreffer, de bien diriger les longueurs & les largeurs ; car quand un Modèle n auroit qu’un feul défaut , ce même défaut régneroit dans chacun des ouvrages qui feroient faits fur ce Modèle.
- Quoique les Modèles foient d’un grand fecours pour diligenter les ouvrages , on ne peut cependant pas les rendre généraux en Coutellerie. Nous allons détailler tous ceux dont on peut faire ufage.
- Le premier Modèle eft celui des Couteaux de table. Pour l’ordinaire 5 les Particuliers achètent une douzaine de Couteaux pour la table, ou fix au moins ; il faut que tous ces Couteaux foient pareils en longueur comme en largeur, ce qui ne fe peut faire diligemment qu’en limant toutes les lames fur un Modèle.
- La Figure première repréfente un Modèle de Couteau de table pointu, 8c la Figure 2, un autre à pointe ronde ; &, tant de l’une que de l’autre efpece, il en faut de plufieurs longueurs & largeurs. La Figure 3 repréfente le Modèle d’une lame de Couteau à reftort ; & la Figure 4 , celui du reffort, delquels il en faut aufîi de plufieurs grandeurs, comme depuis 3 pouces de longueur jufqu’à 6, Coutelier 7 L Part. E e
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- Ïio L'ART DU COUTELIER.
- Mais la méthode de limer les Couteaux à reflort fur les Modèles , neft applicable que fur ceux à talon,quarré & fans aucun fècret. Voyez le talon A , de la Fig. 3. On peut,.par le moyen d’un Modèle bien fait, limer deux pièces 'à là fois, en en mettant une de chaque côté, de telle forte quelle Modèle fe trouve au milieu des deux. On fixe les talons par un faux clou, & l’étau à main fixe les pointes ; alors on donne fans rifque les coups de lime jufqu'au Modèle.
- La Figure 5 repréfente le Modèle d'un Biflouri à tranchant convexe; la Figure 6, celui d'un tranchant concave ; 8c la Figure 7 , celui d'un tranchant droit.
- La Figure 8 repréfènte le Modèle d’une Lancette à grain d'avoine ; la Figure 9, celui d'un grain pyramidal ; la Figure 10, celui d'un grain d'orge.
- Tant des Lancettes que des Biftouris, on en lime toujours deux à la fois, fixés feulement par un faux clou.
- Un faux clou , c'eft un clou d'acier, lequel on fait en diminuant infenfible-ment d'un bout à l'autre ; on l’arrondit bien ; on l'adoucit, on le trempe & on le recuit bleu. Voye^ les nosm 1 ^ 2,3 , PL 20.
- La Figure 11 repréfente le reflort d'un Canif à une lame ; & la Figure II, celui de la lame. La Figure 13 repréfente le Modèle d'un reflort de Canif à deux lames.
- La Figure 14 repréfente le Modèle d'un Manche de Canif à reflort à une lame ; & la Figure ij , celui d'un Canif à deux lames.
- jLa Figure 16 repréfente de Modèle d'un Couteau à reflort à talon quarré ; c'eft à celui-ci auquel il faut faire attention, parce qu'il fert de bafe & de réglé pour tous les autres.
- Je démontre qu’en traçant les trous géométriquement, on parvient à faire un Couteau avec toutes les proportions requifes d'un talon quarré, auquel on a beaucoup de peine à parvenir en ne plaçant les trous qu'au hafàrd.
- La Figure 16 eft divifée en quatre parties égales dans fa largeur ; fur la ligne du milieu 1, eft placé le premier trou du bas du reflort ; fur la ligne aen^, on voit le trou du reflort du milieu ; & dans le milieu , entre les deux lignes 1 & 3 , eft placé le trou de la lame. Ne voit-on pas le talon de la lame bien quarré, & qu'il laiffe une bonne largeur pour le reflort ? Donc le Manche eft divifé en quatre parties égales. On donne trois parties de largeur au talon, & une pour la largeur du reflort ; de plus, le trou du milieu- exige aufli l'obfervation du trait. Il faut divifer la longueur du Modèle en cinq parties égales, en donner trois depuis e jufqu en g. Pour faire fentir cette obfervation, il faut confidérer que la partie élaftique du reflort eft depuis e jufqu'enyr, & la partie de réfiftance eft depuis e jufqu'en g. Or , fi la partie élaftique n'a pas un tiers d'étendue de plus que la partie de réfiftance, le reflort ne pourra pas foutenir l’effort qu'on lui fait fupporter : il caflera en h ; & fi l'on donne plus de longueur que le tiers à la partie efy on fera obligé de donner plus de longueur au reflort, fans quoi
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- Première Partie. Chapitre XV. IIr
- U deviendrait trop foible au renvoi. Or cette largeur eft en force nuifîble, en ce que le tranchant de la lame portera fur le reiïbrt & fe gâtera à chaque fois qu’on voudra fermer le Couteau ; ou bien il faut fortir des réglés de l'Art, en faifànt la lame plus étroite que le Manche. Ainfi ceft une réglé , qu’à tel étage qu’on veuille faire un Couteau à talon quarré, il faut fuivre les diyiflons des lignes & les dimenfions des trous, comme elles font marquées fur le Modèle Fig. i(5.
- La Figure 17 repréfente le Modèle d?un Couteau à deux pièces & à talon quarré ; il fernble être tracé différemment ; cependant ceft à revenir au même. Au lieu que la Figure 16 eft divifée en quatre parties , la Figure 17 feft en huit ; & ceft par cette derniere que je fais voir clairement la juftefle du quarré du talon, lequel forme fix parties égaies fur tous ies fens, le trou fe trouve placé naturellement au centre, & deux parties font réfervées pour la largeur du reflbrt. Le bas du Modèle en B fe divife de même, parce quil porte auffi un talon quarré, tel que le déftgnent les Fig. 18, ip & 20. La première eft le Modèle d’un Tire-bouchon à crochet ; la fécondé, celui d’un petit Poinçon ; & la troifieme, celui d’un long Poinçon propre aux Voituriers.
- La Figure 21 repréfente le Modèle d'un refîort d'un Couteau à deux pièces»
- La Figure 22 repréfente le Modèle d’un Couteau appellé a tête de compas.
- La divifton de ce dernier eft différente des autres ; le talon de la lame ne peut être fixé , étant ouvert ou fermé que par un crochet pratiqué au bout du refîort, comme on le voit en C> Fig. 23, lequel crochet s’ajufte dans l’une des deux encoches faites fur le talon de la lame en D , Fig. 24. Or, pour donner la force nécefîàire à ce talon > il faut divifer la largeur de ce Modèle en cinq parties, en prendre quatre pour le talon & une pour le refîort ; percer le trou au milieu du trait du compas, limer la tête en rond jufqu au trait, laiffer le quarré en K pour le battement du refîort, qui eft: la cinquième partie de la largeur du Modèle. Alors on aura un Modèle exaét, moyennant que les deux autres trous feront placés fur la même direétion de la Figure i<5.
- La Figure 2 y repréfente le Modèle d’un Couteau à manche. Celui-ci fè divife auffi en cinq parties ; on en donne quatre pour le talon, & une pour la largeur du refîort ; & la partie de la largeur du raifort fe divife en deux parties, dont une moitié eft entaillée fur le dos du manche en P, pour loger la mouche du refîort, & l’autre moitié s’entaille pour loger dans le talon de la lame, comme un loquet de porte, ainfi que l’indique en q la Fig. 2(5.
- Le Couteau à mouche fe fait à talon quarré ou à tête de compas; mais il faut toujours prendre le quarré jufte jufqu’aux angles rr > Fig. 26 > Sc on laifîe l’élévation du haut en O , qui forme la tête du compas.
- La Figure 27 repréfente le Modèle d’un Couteau à mouche, mais appellé auffi Couteau en bayomette, parce qu’il peut fe placer au bout d’un fufil. Celui-ci fe divife de même que le précédent. Notez qu’on ne peut limer que les
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- Xi2 L'ART DU COUTE LIER:
- manches fur les Modèles, 8c non pas les lames ni les refforts, par rapport à Fan juftement du lecret pour les ouvrir.
- La Figure 28 repréfente un Modèle droit, lequel peut fervir à dreffer plu-H fleurs fortes de Manches, comme, par exemple , pour des Couteaux à pompe ; à reflort brifé au fecret par la rofette, à la militaire, &c. Toutes ces conftruc-; dons différentes feront détaillées dans la fiiite.
- La Figure 29 repréfente le Modèle d’un manche de Serpette qui ne doit jamais être à talon quarré : il faut laifler 3 ou 4 lignes de plus de hauteur en r , pour donner de la folidité à la lame, parce qu’elle en a befoin. On ne peut fixer que les manches fur le Modèle , parce que le goût des lames varie trop ; cependant fi Fon veut multiplier les Modèles, on y trouvera fon compte.
- La Figure 30 repréfente le Modèle de la lame d’un Greffoir.
- La Figure 31 celui du manche , & la Figure 32, celui du reflort.
- Le Greffoir luit la divifion du Modèle, Fig. 16, pour les trous de la lame & du reflort ; mais il faut deux trous en bas en x x, pour porter un morceau d’i-yoire qu’on appelle écuffbn, tel qu’il eft repréfenté ponélué en Z.
- La Figure 33 repréfente' le Modèle d’une châffe de Biftouri à tranchant concave.
- La Figure 34, celui d’une à tranchant droit ; & la Figure 35 , celui d’une à tranchant convexe.
- La Figure 3 6 eft le Modèle d’une châffe de Lancette;
- La Figure 37 eft celui d’une châffe de Rafoir.
- La Figure 38 eft celui d’une châffe de Lithotome fermant.
- La Figure 39 repréfente le Modèle d’un manche de Canif à reflort, lequel manche eft gros & à pleine main, femblablement à un Canif droit. La Figure 40 fait voir le Modèle de la lame de ce Canif; 8c la Figure 41 fait voir le Modèle du reflort. , . *
- La Figure 42 repréfente le Modèle d’un Couteau à reflort brifé. v
- La Figure 43 repréfente le Modèle d’un Couteau à pompe, appellépaffe-par-tout. . v
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- CHAPITRE
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- pREkiTRE Partie. Chapitre XVI.
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- CHAPITRE SEIZIEME,
- Injlruclions générales Jur la maniéré d’émoudre les Ouvrages de Coutelier, ôC pour les polir fur la Polijfoire pour cinq efpeces de tranchants , qui font le Couteau , les C if eaux, le Grattoir, le Canif ôC le Rafoir.
- O n conviendra que la Meule eft un infiniment bien utile , quand on fera attention à la quantité d’outils 8c d’inftruments tranchants qui doivent toute leur finelfe, leur régularité & leur précifion à la Meule & à la Poiiflbire, Il feroit bien difficile de s’en palier, pour exécuter toutes fortes de tranchants , for-tout ceux qu’exécutent les Couteliers.
- Dans plufieurs Métiers où l’on fait des infiruments peu délicats, on fait ufage d’une Meule dure , montée fur un arbre placé au-delfos d’une Auge, 8c qu’on fait tourner à la main ou au pied; mais le Coutelier, qui doit faire des tranchants vifs 8c réguliers, fe fert des Meules tendres qui n’ont pas le grain gros , comme celles des Taillandiers & des Gagne-petits. Les Apprentifs éprouvent bien des difficultés pour devenir bons Emouleurs ; il faut i°. qu’ils foient ambidextres parfaits ; 20. il faut qu’ils ayent la main bien sûre & ferme ; 30. un bon eftomach & une poitrine forte ; car l’attitude de l’Emouleur fatigue beaucoup la poitrine ; 40. enfin une bonne vue.
- Je dis qu’il faut être ambidextre, parce que telle piece que ce puifie être, ne peut pas couper parfaitement, fi le tranchant n’eft pas aulfi vif & aufii régulier d’un côté que de fautre , à quoi on ne peut parvenir , fi Ton n’eft pas également adroit des deux mains ; ce qui prouve en même temps la fécondé difficulté , quand je dis qu’il faut avoir la main fûre & ferme, parce qu’un tranchant fait en tremblant, ne peut jamais couper nettement.
- Je dis qu’il faut avoir une bonne poitrine : ce n’eft pas qu’il meure plus de poitrinaires parmi les Couteliers que dans les autres Profelfions ; mais la fitua-tion d’être toujours couché à plat-ventre for une planche, ne convient point à toutes les poitrines : on a vu des jeunes gens cracher le lang ; il n’eft pas douteux que ceux-là doivent renoncer au Métier, quoique d’ailleurs ils fuifent fort adroits.
- Je dis qu’il faut avoir une bonne vue , parce qu’il y a néceflàirement quinze pouces de diftance de l’œil à la piece qu’on travaille for la Meule, & qu’il faut: voir parfaitement le tranchant, pour appercevoir tout le travail que la Meule fait for lui. Ainfi une vue courte ne parviendra jamais à faire un bon Emouleur. Six points principaux font indilpenfables pour bien émoudre ; i°. il faut bien Coutelier , L Paru F f
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- ïi4 HART DU COUTE LIE R:
- monter les Meules ; 20. les faire tremper toujours dans l'eau ; 3°. les lavoir bien arrondir ; 40. bien fàifir la maniéré & l'attitude de tenir l'inftrument for la Meule ; y°. dégrailTer la Meule fouvent, Sc l'arrofer en y jettant deflus de l'eau avec la main ; 6°. enfin éloigner de l'eau toute huile, toute graifle, & généralement toute matière grafle.
- Je dis qu'il.faut bien monter la Meule pour deuxraifons eflentielles ; iQ. fi elle eft montée trop lâche , elle fo démonte Sc fe cafle, & chaque éclat eft capable de tuer un homme : on n’a que trop d'exemples de pareils accidents. 2°. Si les pointes font trop enfoncées dans le bois, le Tourneur fatigue extrêmement , il tourne par focoufles, ce qui eft très-nuifible au travail ; car pour bien émoudre, il faut que la Meule tourne rondement Sc avec régularité, par conféquent les pointes de l'arbre doivent être juftes dans les trous des bois , tellement que la Meule puifle tourner à la main ; cependant elle ne doit pas ba-lotter, Sc pour la foüdité il faut ferrer le coin à force. Il eft bon d'obferver que la Meule doit toujours tremper dans l'eau de l'Auge , pour laver continuellement la crafle qui fe forme fur la Meule, Sc de plus, pour prévenir que les tranchants ne s'échauffent au point d'affoiblir la trempe.
- Il faut tenir la Meule bien ronde, parce que quand elle ne l'eft pas elle fait des fàuts; les fecouffes font trembler la main, Sc ce tremblement empêche la vivacité du coup de Meule.
- Il faut faifir fcrupuleufement les principes pour tenir & appliquer les inftru-ments fur la Meule, parce que pour peu qu'on s’en écarte Sc qu'on varie les points d'appui, on gâte le tranchant & on s'eftropie les doigts. Or, il faut tenir la piece ferme entre les doigts, donner un peu de liberté aux poignets, placer la piece toujours bien d'équerre fur la Meule , Sc fur toutes choies , pofer toujours le dos en en-bas, & le tranchant en en-haut.
- Il faut fou vent dégraifler la Meule , parce que des parties des métaux que la Meule emporte , la plus grofle tombe dans l'Auge, mais la plus déliée s'attache fur la Meule, la noircît, Sc forme une efpece de glacis qui l'empêche de mordre. Or, autant pour la bonté de l'opération que pour la célérité, il faut faire partir cette crafle foit par un coup de grais, foit avec le fer à régler, ( nous avons expliqué comment cela fe fait au Chapitre VIII. Sc PL 12. ) Sc jetter fou-vent de petites poignées d'eau , quoique la Meule trempe continuellement, parce que le frottement eft fi rapide, que pour peu qu'elle noirciffe ou que le coup foit trop lent, le tranchant de l'inftrument Je brûle, ( c eft le terme de l'Art ) il devient bleu, & même couleur d'eau dans un clin d'œil (* ).
- Enfin il faut éloigner de l'eau & de la Meule toute efpece d'huile Sc de matière grafle, parce que non-feulement ces fubftances empêcheroient la Meule
- (*) On doit juger par-là que tout ce qu’on fait repafier par ces Rémouleurs dans les rues, qui repaftent à fec fur de petites Meules , eft autant d’ouvrages brûlés 3 & s’ils n’avoient l’atten-
- tion de polir l’endroit qui a été échauffé, on verroit tous les tranchants ? qui fortent de leurs mains a tou: bleus.
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- Première P art i e. Chapitre XVI. Ilj’
- de mordre , mais encore la piece, qui glifleroit avec une vivacité à laquelle l'Ouvrier ne s’attend pas, le bieiferoit : on a vu un doigt emporté net (*). Il n’y a pas un Coutelier qui n ait été bielle lui-même par ce fèui inconvénient ; mais tout homme prudent, auffi-tôt qu’il voit ou qu’il lent l’eau un peu grade , fait vuider l’Auge, & l’emplit avec de nouvelle eau,
- §. I. Principes généraux fur la maniéré d’Emoudre.
- L’Art d’Emoudre ou repaiïèr un inftrument tranchant, eft de le former plus —~~~ ou moins fin, fuiyant l’ufàge auquel il eft deftiné. Or, la Meule eft un outil ^LANCHS
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- propre à produire cet effet ; de forte qu’en appliquant les inftruments deflus avec adrefle, la vivacité avec laquelle la Meule tourne, ule promptement ce qu’il y a de trop de métal, fait venir un petit morfil au bout, & procure par-là le tranchant à l’outil ; mais ce coup de Meule exige des attentions par-* ticulieres & propres à chaque efpece de tranchants ; c’eft à quoi nous allons nous appliquer.
- La Meule tournant avec rapidité emporteroit la piece des mains de l’Emou-leur, s’il ne la tenoit pas avec art ; je dis avec art, parce qu’il faut qu’il fe rende maître du danger qu’il y a à tenir une piece avec les mains nues, laquelle piece eft pointue Sc fouvent à deux tranchants ; c’eft les pouces qu’il faut regarder comme les préfervatifs principaux , Sc en même temps comme ce qui agit principalement dans ce genre de travail.
- §. II. Du Couteau.
- L a Figure 8 repréfente un Couteau tenu comme il convient pour l’appli-quer fur la Meule ; les quatre doigts environnent le manche du côté du dos Punchs D D D, le pouce C eft placé fur le côté du tranchant TT; ce pouce doit être 2 appuyé ferme en cette place ; c’eft lui qui, fans s’oppofèr au tournant de la Meule, tient malgré elle le Couteau toujours fur la même ligne, & qui en même temps réglé les mouvements qu’il faut faire en allant Sc en revenant.
- L’autre main eft occupée à tenir la pointe du Couteau embraffée par le pouce & l’index ; mais il faut que l’index foit foutenu par le doigt du milieu, que ce dernier le foit par l’annulaire, Sc l’annulaire par le petit doigt : c’eft ainfi que tous les doigts font appuyés l’un fur l’autre , Sc s’aident mutuellement pour fou-tenir le pouce.
- Dans cette attitude on porte le Couteau fur la Meule E, Fig. io , le tran-
- (*) Comme les coupures font fréquentes en travaillant les tranchants , il eft bon d’avoir des lemedes qui opèrent promptement. Or, je me fuis toujours bien trouvé, ainfi que tous ceux à qui je l’ai appris, de me fervir de i’Eftence de
- Thérébentine. Si-tôt qu’on eft coupé , il fauç tremper l’endroit dans cette Effence l’efpace de 7 ou 8 minutes ; on eft certain qu’elle fe guérie fur le champ, & qu’elle ne vient jamais en l'up-puration : bien entendu de légères coupures.
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- chant en en-haut, Sc on commence le coup au bas près du manche ; on le conduit lentement jufqu à la pointe ; mais en y arrivant il faut faire un petit mouvement infènfible en tournant la main , & faire enforte qu il n y ait que le coin du pouce qui porte fur la pointe du Couteau, afin d’avoir l’aifànce de faire le tranchant à la pointe aufii bon qu’ailleurs, & fans ufèr le pouce fur la Meule ; il fuffit de lavoir donner un coup , pour en donner de femblables autant qu’il en faut ; quand on a fait un côté , on change le Couteau de main pour faire l’autre : faire faire à la main gauche ce que nous avons expliqué pour la droite , & à la droite ce que nous avons dit de la gauche ; voilà le cas où le Coutelier doit être ambidextre parfait. Quant à la connoiflance de l’aétion, il eft effentiel de fe faire la loi loi-même par une étude railonnée, d’appuyer les coups de Meule avec égalité de poids des deux mains, pas plus dans un endroit que dans un autre, afin de ne pas faire de bofies : défaut toujours grand , & quon ne peut éviter qu’en obfervant une marche régulière.
- Comme la délicateiïe & la sûreté du coup de Meule dépendent de la maniéré de tenir l’inftrument ferme entre le pouce Sc l’index, il ne faut pas, pour le bien de l’opération, gêner le coude ni le poignet ; enfin pour ne rien négliger de ce qui eft capable d’inftruire, le corps étant couché à plat-ventre, comme le repréfente la Fig. ir , PL 7, fur un plan incliné lous un angle de 20 degrés environ, ([Voye[ r, 20, Fig. p, PL 21), cette attitude exige que les pieds foient arrêtés au bout de la planche à la traverjfe de bois u, Fig. 11, PL 7 ; le corps doit être d’ailleurs libre, afin qu’il puiflè fe prêter aifément à l’écartement des bras dans le temps qu’on donne un long coup de Meule, comme pour un long Tranche-lard, &c ; alors le mouvement des bras doit être toujours libre, pour fe prêter à l’étendue du tranchant qui eft long : il ne doit point y avoir de roi-deur dans le bras, l’avant-bras ni le poignet ; en un mot, je le répété, toute la force & l’adrefle ne doivent dépendre que des pouces Sc des index jfoutenus des autres doigts.
- A chaque coup de Meule il convient de regarder l’ouvrage qu’on a fait, fi l’on a pefé dans un endroit plus que dans un autre, il faut le repafler par un fécond coup, en appuyant plus fur la boflè & légèrement fur le creux ; car la bonne émouture confifte à bien dreflèr la piece & à la maintenir toujours dans cet état.
- Après avoir blanchi un Couteau, on leve un bifèau fur le tranchant ; ce bifeau fait lever un petit morfil, lequel doit être égal, vif & régulier : après cela on arrondit ce petit bifèau ; on aflèmble bien tous les coups de Meule, pour nen faire qu’un ; enfiute on abat légèrement les angles du côté du dos.
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- Première Partie. Chapitre XVL
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- §. III. Des Cifeaux.
- Les Cifèaux ne diffèrent point du Couteau pour les coups de Meule ; les principes des doigts & du pouce font les mêmes , parce que chaque lame de Ci-feau s’émoud féparément ; ainfi il faut tenir l’anneau & la branche des Cifeaux , comme nous avons dit qu’il convenoit de tenir le manche du Couteau, Sc la pointe des Cifeaux comme la pointe du Couteau. Tenant ainfi la branche de Ci-feau, il faut appliquer le coup de Meule fur le dedans de la lame pour le blanchir & le bien dreffer ; il faut donner, de la même main, un coup de Meule fur l’em tablure, changer enfuite de main pour lever le morfil par un bifeau ; pour cela il eft néceflàire de polèr le tranchant fur la Meule, de telle forte quil n’y ait que le tranchant qui porte feul fur la Meule : & comme il faut que ce bifeau foie régulier , c’eft-à-dire, pas trop de court ni trop de loin : voici le point fixe. Supposant que la Figure 9 Soit la Meule, couchez la lame fur la ligne G h, que le tranchant foit en A, & le dos en C; tenez la lame juffe dans cette pofition, & tirez le bifeau d’un feul trait ; car la moindre variation y cauferoit des creux, ce qui feroit un défaut très-confidérable.
- Il eft bien eflèntiel d’obferver ce degré d’inclinaifbn ; car s’il eft plus de court que je ne viens de l’indiquer, le tranchant hache & ne coupe pas : s’il eft au contraire tiré de trop loin, il coupera plus net, il eft vrai, mais il s’ébréchera facilement, parce que l’aélion des deux lames, qui fè frottent enfemble, occa-fionnent cet accident ; d’ailleurs, en examinant chaque efpece de Cifeaux, nous lui indiquerons la force qui convient à leur bifeau, le proportionnant à la matière qu’ils doivent couper.
- Il faut obferver que les pointes des Cifèaux peuvent être tellement endommagées fur la Meule , qu’elles ne pourroient rien couper ; pour éviter ce défaut, l°. il convient que la Meule foit bien ronde, & que la face qui émout ou aiguife ne foit pas plate, mais un peu bombée ou en dos d’âne arrondi ; 20. il faut que la main qui tient l’anneau foit toujours dans la même direétion, & ne pas lui faire faire un mouvement irrégulier en finiflànt le coup de Meule du côté de la pointe ; 30 enfin ne pas abandonner la pointe avec le pouce, que le coup de Meule ne foit tout-à-fait accompli.
- Il faut arrondir le bifeau des Cifeaux après qu’on a dreffé le tranchant & levé le morfil ; cependant cette réglé ne convient que pour les Cifeaux de poche , pour ceux à découper , ceux à rogner les ongles, ceux à cheveux, ceux des Couturières, des Tailleurs, des Marchands , des Ouvrières en linge, des Ta-piffiers, & enfin tous ceux qui font deftinés à couper des chofès minces , délicates & de peu de confiftance ; mais il faut laiilèr le bifeau à tous ceux qui fervent à couper des chofès fortes, comme les grands Cifeaux & les Carrelets des Tailleurs, ceux pour les Cartiers, ceux pour couper les cuirs, comme Cordon» Coutelier , I. Fart. G g
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- .tiS L'ART DU CO UT ELI E R;
- niers, Culottiers, ceux à faire les gros crins, enfin tous Cifèaux Sc Cifailles à
- couper les métaux, &c.
- §. IV. Des Canifs & des Grattoirs.
- Le Canif eft un inftrument difficile à bien émoudre , parce qu’il eft petit, Sc qu'un feul coup de Meule mal appliqué peut l'ufer au point de ne pouvoir plus lervir. Examinons les moyens les plus propres Sc les plus faciles pour s'en bien acquitter. Comme la lame du Canif eft courte, quand on veut l'émoudre au pouce , fa largeur , fi peu quil tienne de cette petite lame , en cache la moitié , & de plus empêche que l'œil ne puiflè voir l'opération. D’ailleurs la Meule mange le pouce ; on lent qu'on fe fait mal ; on lâche le coup, Sc le Canif eft manqué ou gâté : pour éviter cet inconvénient, il faut prendre une broche de bois de la longueur de J ou 6 pouces, & de 3 ou 4 lignes de grofteur , l'arrondir, y faire une pointe un peu mouiïe : voye^ la Fig. 11. On la prend entre les doigts comme on tient une plume pour écrire ; prenez le Canif de l'autre main, que les quatre doigts empoignent le manche du côté du dos , que le pouce foit placé du côté du tranchant ; appliquez la pointe de la broche fur la lame de Canif vers la pointe, comme le démontre la Fig, 12 ; portez le Canif fur la Meule dans cette fitua-î tion , en commençant le coup au bas près le manche ; donnez le coup légèrement tout le long de la lame, Sc ne l'abandonnez point que le coup de Meule ne foit terminé à l'extrémité de la pointe; changez enfuite de main, & faites l’autre côté de même ; regardez enfuite le point où eft le morfil : s'il eft égal d'un boue à l'autre, le Canif eft bien. On tire enfuite un bifeau de chaque côté du dos ^ pour former un tranchant de court, pour racler l'encre fechée fur la plume.
- Il faut remarquer que la broche ne fait que foutenir le coup, Sc que toute la sûreté de ce coup dépend de la main qui tient le manche ; ainfi fi l'on veut tenir la main trop ferme, le poignet fe roidit Sc l'on manque le coup ; or, le poignet doit être lâche Sc comme demi-mort, mais que le manche foit tenu avec allez de fermeté entre les doigts & fans qu'il foit gêné ; je veux dire , qu’il ne doit point toucher le creux de la main ; étant tenu de cette maniéré, en le pofânt fur la Meule , on fent fi l'on eft d'à-plomb fur le plat, de forte que fi l'on n'y eft pas parfaitement, on entend un coup qui porte à faux , Sc l'ouie ne peut pas le foutenir ; alors le manche étant tenu à main morte entre les doigts, on lâche un peu l'appui du pouce , & par ce petit mouvement on prend la direétion qu'il faut & laquelle eft indifpenfàble, parce que le coup de Meule doit être donné vif Sc d'un feul trait.
- La Meule au Canif ne doit pas être épaifle ; plus elle eft étroite , meilleure elle eft ; d'ailleurs elle doit être bien arrondie : il y a quantité de petits inftruments qui fe repaflènt avec la broche comme le Canif, tels font le Coupe-cors, les petitsBiftouris pour l'opération de la cataraéie, pour celle de la fiftule lacrymale,&
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- Premiers Partie. Chapitre XVL iiÿ
- généralement tous les petits Inftruments qui ne portent pas plus de 18 lignés de longueur, & 4 ou y lignes de largeur, donc nous y comprendrons les petits Ci-féaux pour faire des découpures.
- Le Grattoir, plus large , donne la facilité d’appuyer le pouce fur la pointe , pour pouvoir le repaffer comme il faut ; on peut donc le tenir fur la Meule dans les mêmes pofitions des Couteaux , tant par le manche que par la pointe ; on porte le coup de Meule entre la vive-arête 8c le tranchant ; on do nne un ou deux coups fur chacune des faces du tranchant , 8c Ton a grand foin de ne pas manquer une des faces* parce qu’il faut réferver la vive-arête bien dans le milieu , qu elle foit vifible * droite * & qu’elle fe termine direélement à la pointe du Grattoir.
- §. V. Du Rafoir*
- I l faut repaffer un Rafoir * quand le tranchant efl grofll par le fervice * par l’affilage de la pierre 8c par le repafîàge fur le cuir ; ces trois caufes arrondiffent le tranchant au point de ne pouvoir plus couper le poil ; il faut donc le repaffer fur la Meule * afin de manger ce qu il a de trop , 8c lui rendre un tranchant fin.
- Le Rafoir n’eft tenu à la châfle que par un feul clou ; en cela il exige une attention de plus que le Couteau * pour le tenir ferme en appliquant le coup de Meule ; ainfi il faut tenir la lame & la châffe tout enfemble * afin qu’aucun des deux ne varie en appliquant le coup de Meule*
- La Figure 13 repréfente la maniéré de tenir le Rafoir pour le repaffer ; une main efl: occupée à tenir la pointe', le pouce appuyé fur le plat du côté du dos M ; l’autre main tient la lame & la châfle tout enfemble ; par cette pofition des doigts, le pouce O efl: appuyé fermement fur le talon du côté du tranchant £ l’index I fait parallèle au pouce étant plié en deflous fur le dos ; le doigt du milieu étant appuyé fur le clou, une moitié porte fur la lame , fautre moitié fur la châffe ; l’annulaire 8c le petit doigt embraflent la châffe: ces pofitions font repréfentées par la Fig. 13. On conçoit aifément que le Rafoir efl: tenu aufli ferme qu’on puiffe le tenir. Obfervant bien cette pofition, portez le Rafoir fut la Meule de la maniéré dont efl pofé le Couteau à la Fig. 10, le tranchant en haut & le dos en bas, 8c donnez les coups de Meule en commençant toujours par le bas près de l’entaille, au raz du talon O.
- Les coups de Meule doivent être appliqués dans le milieu de la lame, entre le bifeau 8c le tranchant ; c’eft en fuivant la même ligne , qu’on évuide régulièrement un Rafoir, 8c qu’on parvient à emporter l’ancien bifeau du tranchant & lepaiffeur qu’il a de trop ; quand on voit qu’il n’y a que très-peu de bifeau d’urt côté, on change le Rafoir de main pour faire une pareille opération à l’autre
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- cote.
- Lorfque le petit bifeau efl: égal d’un côté comme de l’autre , on porte le train, chant fur l’ongle du pouce, 8c l’on regarde s’il plie également d’un bout à l’autre j
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- par-là on fait s’il eft plus épais dans un endroit que dans un autre, parce que le tranchant plie plus durement dans l’endroit épais, qu’il faut porter fur la Meule pour l’amincir à l’égalité du plus mince.
- Je fuppofe qu’un Rafoir n’a ni creux , ni bofles, ni breches, alors on n’a pas befbin d’y lever du morfil ; il fuffit d’emporter le bifeau de la pierre : par cette attention on gagne le temps qu’il faut pour emporter le morfil avec la pierre a l’eau.
- Lorfqu’il y a des breches, ou des creux, ou des bofTes au tranchant du R a-* foir, il faut lever un morfil par un petit bifeau qu’on tire de court, pour emporter toutes les inégalités qui fe trouvent fur le tranchant 9 même avant de commencer à l’évuider. Enfin foit que le morfil naiffe fur le tranchant par la force du coup de Meule, ou par la néceflîté de drefler le tranchant , il faut toujours emporter ce morfil fur la pierre à l’eau , comme l’indique la Fig, 14. Pour cela on prend une pierre à Rafoir un peu dure , on la mouille dans Peau, ainfi que le Rafoir ; on applique 7 ou 8 coups de pierre en tenant le Rafoir bien à plat ; fi la pierre feche , il faut la tremper dans l’eau , & même plufieurs fois s’il le faut.
- Après cet affilage, il faut regarder fi le bifeau qu’on a fait, eft égal par-tout ; s’il eft plus large dans un endroit que dans l’autre, il faut lui donner un coup de Meule, pour mettre l’endroit le plus large à l’égalité du plus fin, afin que le tranchant plie également par-tout fur l’ongle ; après quoi on dreffe Pépaifleur du dos par le moyen d’un bon coup de Meule, qui s’applique fur le bifeau du dos. Par rapport au dernier coup de pierre à l’huile, ce bifeau doit ,|tre vif Sc régulier du haut en bas ; on applique le coup de Meule fur la marque du Rafoir J on le pourfuit vif jufqu’à la pointe , en obfervant que fi le dos eft trop épais pour la largeur de la lame, il faut l’amincir par 3 ou 4 bons coups de Meule de chaque côté ; fi au contraire le dos eft mince , il faut drefler le bifeau bien légèrement* Enfin le Rafoir émoulu, il faut abattre les angles du dos bien légèrement.
- §. VI. Remarques particulières fur TEmoulure & le Rolijfage.
- J’ai dit à chaque piece qu’il falloir rabattre les angles du dos ; ce n’eft pas fans raifon, puifque tous les Apprentifs , & même des Maîtres s’eftropient les mains & endommagent la Poliflbire, quand ils ont oublié d’abattre les angles , parce que la Meule , en ufànt le plat des lames pour amincir les tranchants, ufb en même temps le côté du dos des différents inftruments, rend les quarres ou angles aufli vifs que le tranchant même ; de force qu’en portant l’inftrument fur la Poliflbire, du premier coup ces parties tranchantes entrent dans le bois, y font une entaille ; le plus fouvent cette entaille eft fuivie d’un éclat du bois , qui, fautant rapidement, fait du fracas ; de plus le choc emporte l’inftrument des mains, ce qui eft toujours fuivi de quelque accident très-fâcheux.
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- Première Partie. Chapitre XVI.
- La manière d abattre les quarres ou angles , eft de porter bien adroitement le tranchant de l’inftrument ( quel qu’il foit ) en bas ; donner un léger coup de Meule le long des quarres du dos & de chaque côté en fuivant la direction de la ligne G h, Fig. p, en foppofànt que G loit le tranchant, & que h {bit le dos.
- On repaflè^enfoite le Rafoir fur la pierre à l’eau , parce que cet infiniment a befoin d’une extrême régularité dans fon tranchant. Or, pour avoir cette régularité , il faut emporter le morfil qu’a fait la Meule ; quand ce morfil efl abattu , le tranchant refie net, & laifle appercevoir toutes les inégalités qu’il peut avoir j & on peut réparer les défauts avec plus de sûreté.
- Quand on repaffe une paire de Cifoaux, de telle efpece que ce puifïè être, il ne faut jamais laiHer la moindre hauteur ou bolîe for le trou ; il faut au contraire que les lames {oient évuidées juîques fous le clou, comme le refie du dedans des lames. Ainli en portant le coup de Meule, il faut le commencer à 3 lignes par derrière le trou ; il ne faut pas non plus pafler dune extrémité à fautre en les creulànt trop, parce que le mal feroit aufîi grand ; la bolîe empêche que les Ci-féaux ne puiffent couper du bas, & le creux les fait mordre du milieu au point de s’égrainer confidérablement,
- A mefure qu’on émout les ouvrages , on les drefîe fur une planche en les adof fànt au mur, afin que l’eau s’écoule de defîiis l’ouvrage. Voye^ la Fig. 16.
- Quand tous les ouvrages {ont émoulus, il faut effoyer chaque piece & les arranger toutes fur une planche, que les tranchants ne puifîent pas s’ébrécher les _ uns fur les autres ; enfoite on met de f émeri for chaque piece & des deux côtés : la Fig. 17 fait voir ce travail. On prend l’inftrument d’une main, & de l’autre on trempe la brochette dans le pot à l’émeri q ; on en frotte l’inftrument avec, en étendant l’émeri plus du côté du dos que du tranchant, & l’on arrange les pièces féparément comme l’on voit : en P, font les Rafoirs ; en R , font les Canifs ; en font les Cifoaux, 8c en S , font les Couteaux, laquelle planche eft pofée fur l’auge ou à côté. Voye£ la Fig. 1 y.
- §. VIL Maniéré de polir les Ouvrages de Coutellerie fur la Polijfoire.
- Pour polir les inftruments tranchants, il faut emporter les traits que la Meule a faits fur les ouvrages, pour leur procurer une douceur & une vivacité qui eft néceffaire pour qu’ils coupent bien ; de plus ils en font plus agréables à la vue, & on leur procure un petit préfervatif contre la rouille.
- U eft inutile de répéter ce que nous avons dit au fujet des pofitions du corps for la planche , de celles des bras , de celles des pouces, & enfin des doigts , parce que, généralement parlant, il faut obferver les mêmes pofitions & les mêmes indications pour appliquer un inftrument for une Meule de grès ou fur la Meule de bois qui fait la Poliffoire ; ainfi les mêmes Figures nous forviront. Nous allons polir chaque piece féparément, comme nous avons fait pour les pafler for la Meule. N
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- Comme la Polilîoire n’agit que par l’émeri délayé avec l’huile, la piece s’échauffe, parce quelle ne trempe point dans l’eau comme la Meule, & l’ouvrage s’échauffe au point de brûler les doigts qui pofent à nud fur l’ouvrage. Pour obvier à cela, il faut avoir une petite rognure de chapeau qu’on appelle curé ; on le tient entre le pouce & l’index, & la pointe de l’inftrument qu’on polit pofe deflùs : on en fait de formes différentes, de ronds , de quarrés & de triangulaires ; leur grandeur efl: comme une piece de deux liards : leurs figures font repréfentées par 1,2,3,4, de la TL 2T y Fig. tj.
- Quand les angles ont été abattus fur la Meule, il efl: inutile de les abattre fur la Poliilbire ; i°. ce feroit un temps perdu ; 20. le quatre racle la Poliffoire au point d’en emporter l’émeri dont il faut que la Poliffoire foit chargée ; ainfi à tous égards c’eft une mauvaife méthode ; cependant elle efl: ufitée par plus de la moitié des Ouvriers.
- On polit un Couteau en le tenant avec les deux mains, comme pour la Meule ; on le pofe fiir la Polilîoire E , Fig. 10 ; on frotte le Couteau fur cette Polifloire, allant & venant du bas du manche à la pointe , environ fept ou huit fois , ce que l’on appelle frayer ; ce mouvement emporte les plus gros traits , & en même temps il éparpille l’émeri fur toute la circonférence de la Polilîoire , ainfi que fur toute la fùrface du Couteau ; après ces coups on les rafîembie lentement comme je vais l’expliquer. En frayant, chaque coup de Polilîoire fait une ondulation défàgréable à la vue ; c’efl: pourquoi il faut raffembler toutes ces ondes en une feule ; la maniéré d’alîbmbler, c’efl: d’appliquer le Couteau fur la Polilîoire tout près du manche , & donner le coup tout le long du dos jufqu’à la pointe ; mais il faut fuivre une marche régulière & lente. Le premier coup ayant aiîemblé le bord du dos, on donne le fécond coup dans le milieu ; le troifieme fe donne près du tranchant ; alors le Couteau efl poli d’un côté : il faut en faire de même pour l’autre côté. Un ouvrage efl bien affemblé quand on 11’y voit aucune ondulation, qu’il nevrelie point d’émeri fur la lame, & quelle paroît comme fi elle étoit elïùyée.
- Les Cifeaux fe polilfent comme le Couteau ; on les tient tout de même avec le curé ; on a foin de bien polir la face du dedans des lames, afin que les tranchants fe frottent enfemble avec douceur : on tient l’anneau de la main gauche pour polir le dedans des lames. L’écufîon indiqué par Z, Fig. 2 , fe polit auflt de la main gauche : le defîiis des lames fe polit en tenant l’anneau de la main droite, également pour polir le dos en long. Voye{ I, K, Fig. 8 , PL iz.
- Le Grattoir exige beaucoup d’attention pour le polir, parce qu’il a deux tranchants, ce qui met en rifque de fe blelïèr. On le tient ferme entre le pouce & l’index ; on porte le coup de Polilîoire bien d’à-piomb fur la face entre le bi-feau & le tranqjiant, mais fans frayer , donnant le coup, depuis le bas jufqu’à la pointe, un peu lentement, ayant foin de conferver la vive arête dans le milieu.
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- Le Canif fe polit auffi fans frayer ; on le polit fur la Poliftoire bien d'à-plomb en le tenant dune main par fon manche, & de l'autre avec la broche fur la pointe, de même que pour la Meule, ainfi que findique la Fig. 12. Il faut bien emporter tous les traits du Canif, fans cela il coupe rudement, 8c même il fait craquer la plume : il faut qu'il {bit poli bien vivement 8c d’un feul trait.
- Le Rafoir {e polit en le tenant comme il efl indiqué pour la Meule, Fig. 13. On commence à polir le milieu de la lame K , Fig. J ; il faut frayer quelques coups pour éparpiller l'émeri ; enfuite emporter tous les traits du tranchant, en faifont attention de ne pas faire venir du morfîl ; car s'il s'en leve un peu dans un endroit, il faut abfolument en faire venir tout le long du tranchant ; on porte enfuite le coup de Polifîbire fur la facette du talon ; 8c d’un feul trait , qu'on donne lentement, on pourfiiit toute la longueur du bifeau jufqu à la pointe ; on donne enfuite un coup fur la facette du devant, 8c après ce coup il faut raffine-bler toute les ondulations de l'évuidement de la lame K, par trois coups de Po-lilîbire, & enfin changer le Rafoir de main , pour polir pareillement l'autre côté»
- J'ai dit qu'il falloit polir le Rafoir, fans faire venir du morfîl au tranchant for la Polifîbire ; ce fentiment eft tout-à-fait oppofé à plus de la moitié des Couteliers ; » Le bifeau , difent-ils, eft l’ennemi du tranchant ; ainfi il faut du morfîl » àu tranchant ». Il faut donc éclaircir cela. Je dis : Lorfqu'un Rafoir fora repafïe fur la pierre à l'eau tenu bien à plat, le bifeau fe formera vif & égal d'un bout à l’autre; alors laiflant fubfifter la moitié de ce bifeau fans l'emporter for la Polifîbire , qu'on aille après repafler ce Rafoir for la pierre à l’huile, en cinq ou foc coups de pierre on aura affilé le Rafoir, 8c il aura un tranchant bien doux, foppo-fànt toutefois qu'il fora affilé raifonnablement.
- Si je fais venir du morfîl au tranchant du Rafoir , lorfque je veux l'affiler il faut que je commence par donner 10 ou 12 coups de pierre, pour former un petit bifeau for le tranchant ; le bifeau étant fait, je trouve un morfîl large, lequel il faut abattre ; à mefure que le morfîl tombe , il fe colle fur la pierre ; & lorfque je veux affembler les coups de pierrè pour égalifer le bifeau & faire le tranchant vif, je trouve la pierre couverte de morfîl ; le tranchant fe frottant for les brins de ce morfîl, s'ébréche, forme une foie, & ne peut jamais couper doux, à moins qu'on n'ait la précaution d'effuyer la pierre 2 ou 3 fois, 8c de changer d'huile.
- On me répondra peut-être que le morfîl eft indilpenfable, 8c puifqu’il en faut faire venir à la pierre , on peut en faire venir à la Poliffoire ; mais je réponds que le morfîl que je fuis obligé de faire venir à la pierre, eft très-fin 8c uni ; au lieu que celui qui provient de la Polifîbire eft gros & fort, puifqu'il reffiemhie affiez à de la dentelle , & par confëquent il eft bien capable d'ébrécher le tranchant en l'affilant. De plus, puifqu'il faut abfolument du bifeau for le tranchant du Rafoir , pourquoi emporte^ celui qui eft fait par la pierre à l'eau ? il eft certain qu'on ne feroit pas obligé de forcer ou multiplier les coups de pierre , pour en
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- ^24 L'ART DU COUTELIER.
- faire venir un autre qui ne fera pas meilleur. Je lailfe au Leéteur à juger laquelle
- de ces deux méthodes eft préférable.
- Quand on a fini de polir tous les ouvrages, il faut les effuyer, pour emporter Témeri qui y eft refté ; cette opération fe fait en frottant les inftruments fur un morceau de peau, fur lequel on met de la cendre fine, de laquelle on a foirvd’ôter les petits charbons. La Figure 18 montre la maniéré de faire ce travail ; c’eft principalement pour cette opération, que les Couteliers portent un tablier de peau.
- CHAPITRE DIX-SEPTIEME.
- Maniéré de monter les C if eaux ; ôC les Principes généraux pour l'affilage des Ci féaux, des Couteaux$ des Grattoirs, des Canifs SC des Rafoirs.
- Quand les ouvrages qui étoient fur la planche, font finis & quils font efluyés de l’émeri, on fait la fëparation de chaque efpece ; on les prépare pour les affiler chacun for la pierre qui lui convient ; on les range tous devant l’Affi-, leur, Fig. 19 ; les Couteaux for une file; les Cifeaux devant la Figure 21 ; les Canifs & les Grattoirs encore devant la Figure 20; & les Rafoirs au dernier rang, la Figure 33,
- §. I. Des Cifeaux*
- • c .
- On commence par donner un coup de lime pour blanchir les entablures des Cifeaux, & emporter en même temps les inégalités, s’il y en a; on appareille les lames & l’on abat le morfil qu’il y a for les tranchants, ce qui s’appelle affiler.
- Les Cifeaux s’affilent comme l’indique la Fig. 21 ; on prend la pierre du Levant & à l’huile , on la pofe en croix for le tranchant du côté du bifeau, mais un peu obliquement ; on donne deux ou trois coups de pierre, en faifant marcher la pierre fur le tranchant; on tourne enfuite la lame des Cifeaux, on donne deux légers coups for le dedans du tranchant, & l’on finit par donner un ou deux petits coups for le bifeau, & enfin chaque lame s’affile pareillement tout de fuite.
- Comme fur 20 ou 30 paires de Cifeaux il y a différentes grandeurs de trous j le Coutelier eft muni de plufieurs morceaux de fil de fer de différentes groffeurs qu’on voit en A, Fig. 22 ; un morceau de ce fil eft dans l’étau à main B, lequel eft porté fur un bois à limer, qui eft un morceau de bois de 2 pouces ou environ en quarré, comme le repréfonte la lettre C, for lequel on donne plufieurs
- coups de foie, afin de loger différentes longueurs de fil d’archal ; on ferre le bois
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- Première Partie. Chapitre XV1L nÿ
- à lîmer dans l’étau ; on met le fil de fer dans une des rainures qu’on fait à la foie; on tient l’étau à main, je fuppofe de la main gauche, & avec la droite on lime la pointe du fil de fer toujours en arrondiffant ; on le préfente de temps à autre au trou : notez qu’il faut choifir le petit trou des deux lames : on coupe en-fuite le clou de la longueur convenable à pouvoir faire deux rivures, & l’on fait entrer le clou à force avec le marteau. Toutes fortes de clous fe font ainfi. Voye£ la Fig. 22 : .elle en feigne toutes les pofitions du Faifeur de clous.
- C’eft une bonne méthode de faire de fuite tous les clous des Cifeaux, qu’on ajufte pour entrer à force dans le petit trou feulement ; car dans l’autre il faut quil y foit bien à l’aife : on donne un coup de lime fur les deux pointes du clou, pour en rogner ce qu’il y a de trop* pour faire une bonne rivure, & enfin on rive le clou à petits coups de marteau. Quand on a trop ferré la rivure, on la rend lâche en ouvrant les Cifeaux en croix, les pofànt fur l’étau qui eft ouvert à pouvoir recevoir la rivure bien à l’aife, & l’on donne quelques petits coups de marteau fur les deux rivures, commençant par le côté mobile, & finiflànt par celle dont le clou eft entré à force dans le trou. %,
- Quand les Cifeaux font trop en dehors, les tranchants ne fe frottant pas vers la pointe, ne peuvent point couper, il faut néceiïàirement les jetter en dedans ; cela fe fait en pofànt le dedans de la lame bien à plat fur un petit tas, lequel a la face ronde & fè ferre dans l’étau ; on donne de petits coups de marteau fur la vive-arête ; cette opération fait jetter les lames en dedans, & l’on vient à bout de faire bien couper les Cifeaux.
- On eflàye fi les Cifeaux coupent bien fur un chiffon de linge ; on examine fi les pointes coupent bien franchement, qu’elles n’entraînent point le linge , & lorfqu’ils vont bien, on emporte les coups de marteau à redrefler, avec une lime douce, on les polit & l’on adoucit également la rivure du clou, & les Cifeaux font finis.
- Les Cifeaux à vis fo montent en fuivant la même méthode que nous venons d’expliquer. Voye^la Fig. 7, PL 21. On préfente la vis dans le trou , on pofo le tourne-vis dans la fente, & l’on fait tourner la vis à droite, Sc elle fe monte d’elle-même.
- La monture d’une paire de Cifeaux I moulette eft différente; le clou eft compofé de deux pièces que repréfente la Fig. 24 ; fa partie G eft le clou , & celle g eft la moulette, laquelle eft percée à travers pour recevoir la partie fùpé-*' rieure du clou ; on en fait déborder environ une ligne de hauteur, pour faire la rivure : notez qu’à mefure que la moulette s’ufe, le trou s’agrandit, & quand on veut couper elle tourne dans le clou , ce qui eft fort mauvais pour les Tailleurs ; mais on répare ce défaut en donnant deux coups de quarres de lime en croix fur la partie de la moulette qui tient à la rivure : la Fig* 23 le fait voir; de plus, quand le clou eft ufé & qu’il eft trop lâche dans le trou de la lame , on y rapporte une petite garniture, qui eft faite avec un morceau de cuivre mince ou Coutelier , I. Fart. I i
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- de fer-blanc, lequel on coupe triangulairement, comme on voit par la Fig 2 f . on le plie fur le clou, & enfin on monte les Cifeaux folidement, moyennant* que le clou foir bien jufte dans le trou H. Il y a une autre elpece de Cifeaux appelles Forces, Fig. 27 ; les deux lames font montées par deux vis /, /, fer un anneau qui eft élaftique. Pour les repaffer, on démonte les deux vis ; & enfin quand les lames font repaffées, elles fe remontent chacune à leur branche & avec la même vis.
- Il y a encore une autre elpece de petites Forces, lefquelles font d’une feule piece, les lames & lanneau ne font qu’un: elles font repréfentées par la Fig. 37. Pour repaffer & affiler cet infiniment, il faut lier les deux branches à l’endroit indiqué par la ligne je x , avec une ficelle, pour faire déborder le tranchant feffifàmment , pour pouvoir faire le bifeau, & enfin faire chevaucher les. deux lames l’une fer l’autre, pour faire le dedans & le dehors , & les lier à chaque fois.
- Les trois Figures 28,29, 30 , repréfentent trois maniérés différentes pour rapporter des agneaux caffés aux Cifeaux. La Figure 28 eft un pivot au bout de la branche qui eft taraudé , lequel entre à vis dans Panneau. La Figure 29 eft une branche caffée dans le milieu ; on applatit les deux bouts, on les ajufte bien enfemble ; après quoi on perce un trou au milieu, on y met un clou & on le rive.
- La Figure 30 eft un anneau cafte au bas de la branche ; cette branche eft fendue en fourche avec une lime , dans laquelle on ajufte une piece qui tient à l’anneau ; on y perce un trou, on y met un clou & on le rive.
- Malgré que ces trois maniérés foient bien ajuftées, bien clouées, bien viffées , elles ne feroient point folides ; mais en les brafimt avec du cuivre, elles reprennent tout autant de force comme fi elles étoient d’une feule piece ; auffï il faut faire attention , en les brafimt, que les lames ne fe détrempent pas ; pour cela on enterre la lame julqu’au trou dans quelque chofe humide, fbit dans un navet ou dans une carotte, ou dans un oignon, dans un trognon de chou, ou enfin enveloppée dans un chiffon de linge bien imbibé d’eau. Nous traiterons des maniérés de chauffer, de brafer & de fouder, au Chapitre des foudures ci-après.
- §. II. De l’affilage du Couteau , du Grattoir , du Canif & du Rajoir.
- : Toutes fortes de tranchants quelconques doivent être affilés fer une piece
- convenable à la douceur que le tranchant doit avoir, afin d’abattre le morfil que la Meule & la Polifibire ont fait lever fer le tranchant : ce morfil eft très-mince; & lorfqu’il eft féparé de l’inftrument, il fait un corps dont toutes les faces font anguleufes. Si, par exemple, on n’abattoit pas ce morfil au Couteau, il n eft pas douteux qu’il s’abattroit de lui-même en coupant les viandes, il fe loge-roit même dans le pain, ce qui pourroit être fejet à des inconvénients très-
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- PreMierë Partie. Chapitre XVlt* 127
- graves. Il eft donc indifpenfable d’abattre ce morfii fur l’efpece de grains de pierre qui convient pour l’ufage auquel l’inftrüment eft deftiné*
- Le Couteau s’affile à fec fiir une pierre griie qu’on nomme pierre à affiler : il s’affile auffi à l’huile, quand on prend la pierre du Levant; on prend le Couteau d’une main, de l’autre main la pierre, Fig. 19 ; on pofè le Couteau en croix fur la pierre, obfervant qu’il faut qu’il n’y ait que le tranchant qui porte fur la pierre, Sc que le dos en foit élevé de la hauteur du quart de la largeur de la lame (*). Alors tenant folidement la pierre , on fait marcher le tranchant fur la pierre, comme fi l’on vouloit la racler avec le Couteau, en fuivant la marche de la ligne ponétuée MN> Fig. 19; de maniéré que quand on a donné le coup de pierre, la pointe du Couteau, qui eft en M en commençant, fe trouve en Al quand le coup eft fini. On pofe enfuite le Couteau fur la pierre * pour donner un fèmblable coup fur l’autre côté du tranchant ; en répétant ces deux marches cinq ou fix fois de chaque côté , & appuyant toujours également d’un côté comme de l’autre, afin que les deux bifeaux le trouvent égaux* Il faut prendre garde auffi de ne point balancer la main à l’égard de l’élévation du dos, qui eft fixé au quart de la largeur de l’inftrüment ; & enfin donnant deux derniers coups bien légèrement, on juge fi un Couteau eft bien affilé , en pofimt le tranchant fur la peau de la main en en levant un peu , finon on eflaye fi le tranchant racle finement l’ongle du pouce.
- §. III. Du Canif & du Grattoir.
- On peut affiler un Canif fur une pierre à Rafoir ; mais il fera mieux affilé fur une pierre verdâtre venant de l’Auvergne ou de la Lorraine. On verfe un peu d’huile fur cette pierre, on l’étend avec le doigt ; on tient la pierre de la main gauche entre le pouce Sc l’index , & l’on tient le manche du Canif dans la main droite. Le tout eft indiqué par la Fig. 20. On applique le tranchant du Canif fur la pierre , faifant enfbrte que le dos foit élevé du quart de la largeur de la lame , tenant le Canif fixe dans cette pofition qu’on voit en O : on donne le premier coup en faifant marcher le tranchant devant, & parcourant la longueur de la pierre fuivant la direélion de la ligne ponétuée O , jufqu’à ce que la pointe foit parvenue à l’autre bout de la ligne P ; enfuite on tourne le Canif pour affiler l’autre côté, le plaçant comme l’indique q R. Dans cette pofition* on donne le coup de pierre en fuivant la direélion de la ligne R * en faifant toujours marcher le tranchant devant * c eft-à-dire, qu’il doit toujours racler la pierre.
- Il eft très-important de Te placer, à chaque coup de pierre, fur le même
- (* ) Tl faut faire une attention finguliere à ce dégré d’élévation, qui eft précifément le quart de la largeur de l’inftrüment qu’on affile. C’eft-là le principe réel de l'affilage, lequel eft applicable fur tous les inftruments tranchants ; fi l'on
- donne un coup plus ou moins élevé, on arrondit le bifeau de forte qu’on ne peut pas parvenir à faire couper le tranchant ; enfin tout le fuccès de l’affilage dépend de la vivacité du bifeau qu’on fait au tranchant fur la pierre à affiler.
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- bifeau; car fi Ton chancelle un peu, on ne parviendra jamais à faire bien couper un Canif. Quand on a donné J ou 6 coups de chaque côté, il faut palier le ,Canif bien légèrement fur bougie; s’il pâlie en douceur & qu’on le fente mordre, il coupera bien; mais s’il marche fur l’ongle irrégulièrement, s’il ne mord qu’en un endroit, qu’il racle dans un autre , ou enfin qu’il glilTe , ce font des lignes certains qu’il y a du morfil ; il faut le repalîer encore for l’ongle pour faire coucher le morfil, lui redonner 3 ou 4 légers coups de pierre de chaque côté , pour ragréer le tranchant ; enfin pour que le Canif foit bien affilé, il faut qu’il prenne bien vivement la peau de la main, même après qu’on aura pâlie légèrement le tranchant for l’ongle.
- Il faut encore examiner que pour la perfection du Canif, le dernier coup de la pierre doit être donné du côté droit de la lame (*), quand il eft pour un Droitier , St pour un Gaucher, il faut le donner du côté gauche ; de plus encore , il faut appuyer un peu plus fortement le Canif du côté droit for la pierre , St palier plus légèrement for le gauçhe, quand c’eft pour un Droitier ; St enfin faire le contraire pour un Gaucher.
- Le Grattoir s’affile comme le Canif ; il ne différé de ce dernier, qu’en ce qu’il a deux tranchants ; du relie, obfervant la même pofition du Canif, St les mêmes direélions des lignes indiquées par la Fig. 20, il peut s’affiler for une pierre du Levant ou for une pierre à Rafoir , plutôt dure que trop tendre, ou enfin for celle du Canif: que ce foit for l’une ou for l’autre, il faut toujours l’affiler à l’huile d’olive.
- Quand les Canifs & les Grattoirs font affilés , on les elfoie de l’huile ; on enveloppe les lames de ceux qui ne fe ferment pas, avec un morceau de papier, afin que les tranchants ne fe gâtent pas l’un contre l’autre dans le tiroir.
- §. IV. Du Rajoir.
- Une bonne pierre à Rafoir eft néceflaire au Coutelier ; auffi doit-il en avoir foin : elle doit être enchâffée dans du bois, comme le repréfente la Fig. 30, ou dans une châlfe de fer-blanc, Fig. 31. Dans cette derniere, il y a un double fond percé comme un crible, lequel eft porté for quatre pivots for le vrai fond, de forte que l’huile, qui tombe continuellement en affilant, fe filtre à travers ces trous, tombe au fond , & cette même huile fort à autre ehofo: la pierre fe trouve portée for deux traverfos de fer-blanc. La Figure 32 repréfente la burette à l’huile , laquelle doit être tenue proprement, parce que le tranchant du Rafoir ne peut pas fouffrir le moindre gravier ; avec la pierre enchâffée dans le bois, on affile à la main ; & avec celle qui eft dans la châffe de
- eft celui qu’on voit quand le tranchant eft à la droite.
- ( * ) En termes de l’Art, on appelle le coté droit d’un inftrument, le côté qu’on examine quand le tranchant eft à gauche j & le côté gauche
- fer-blanc,
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- Première Partie, Chapitre XVII. xip
- fer-blanc, on affile à pierre pofée ; c’eft la plus familière au Coutelier, parce qu’ayant très-fouvent pour deux ou trois heures d’affilage , il feroit fatiguant & même infoutenable de tenir la pierre à la main fi long-temps ; enfin de quelque pierre qu’on veuille fe forvir , les principes de l’affilage {ont toujours les mêmes. Nous allons affiler fur la pierre à main qu’on voit Fig. 33.
- Pofez le Rafoir en croix fur la pierre bien à plat , que le dos & le tranchant portent également, que le talon de la lame foit tenu par le pouce & l’index ; les autres doigts tiennent la châfie avec liberté , parce qu’il faut avoir la facilité de tourner le Rafoir dans la main pour travailler les deux côtés ; enfin le Rafoir pofé for la pierre en T, faites marcher le Rafoir fur la pierre , comme fi vous vouliez racler la pierre avec le tranchant duRafoir, & fiüvant la direction de la ligne, de maniéré que la pointe du Rafoir, en partant*de Tf à la fin du coup de pierre , fo trouve au bout de la ligne t. Ce premier coup de pierre étant donné, tournez le poignet, ou bien tournez le Rafoir dans la main pour faire l’autre côté, Sc placez-vous de la maniéré qu’indique le Rafoir ponctué v, u, le tranchant tourné en avant ;faites-le marcher fur la pierre, le tranchant toujours devant ; donnez le coup en fuivant la direction de la ligne ponctuée v , x, jufqu’à ce que la pointe du Rafoir foit parv enue en x : voilà les deux coups de pierre expliqués.
- Il ne faut que répéter ces mêmes coups autant de fois qu’il eft néceflaire.1 Pour affiler un Rafoir, il faut fe faire une réglé de ne pas plus appuyer d’un côté que de l’autre , & pas plus en haut qu’en bas.
- Ayant donné 7 ou 8 coups de chaque côté pour former un petit bifoau tout le long du tranchant, on donne un léger coup de revers pour faire coucher le petit morfil tout fur un côté ; ce coup fe donne en tenant le dos détaché de la pierre, & en faifànt marcher le dos en avant ; enfoite on fait tomber le morfil par un coup contraire à ce dernier. Pofez le tranchant de l’autre côté fur la pierre , que le dos en foit élevé ; faites comme fi vous vouliez racler la pierre avec le tranchant, le morfil tombe tout fi le Rafoir eft bon ; mais s’il eft un peu mou, le morfil eft plus tenace : il faut répéter cette manœuvre jufqu’à trois fois.
- Après cette opération le Rafoir ne coupe point la peau; pourquoi, me dira-t-on ? il n’y a point de morfil, le tranchant eft aigu, il devroit couper net. Non , il ne peut pas couper, parce qu’il a deux bifoaux for le tranchant, c’eft-à-dire , le bifeau fait par le Rafoir tenu à plat for la pierre , & le bifeau fait pour abattre le morfil. J’ai dit, Sc la réglé eft invariable, qu’un tranchant quelconque , ne peut jamais bien couper, fi le bifeau que fait la pierre fur le tranchant , n’eft pas exactement vif, égal & régulier.
- Donc , après avoir abattu le morfil, pofez le Rafoir à plat for la pierre, pour emporter le petit bifeau; prenez garde de ne pas lui donner plus de coups qu’il ne faut, parce que le morfil renaîtrait de nouveau, lequel il faudrait abattre , & ce feroit toujours à recommencer. Pour éviter cet inconvénient, il faut donner les derniers coups de pierre bien légèrement, paflèr fouvent le tran-Coutelier , /, Part, Kk
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- Planche
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- chant fur Tongle, pour vous afïurer du degré où il eft par le taét. Cette opération eft indiquée par la Fig. 34. Si le tranchant glifîè fur l’ongle , il n’eft pas encore parfait ; s’il racle & marche irrégulièrement, il y a du morfil ; mais quand on fent que le tranchant coule régulièrement fur l’ongle, qu’on le fent mordre avec douceur, il eft bien; enfin un Rafoir raiera bien, fi après avoir paffé deux fois fur l’ongle toujours avec la même douceur , il prend la peau de la main avec douceur & vivacité.
- L’ulàge de palier le tranchant fur l’ongle eft de conféquence pour le Coutelier ; il doit fe familiarifer à la connoiflànce de ce taél, parce qu’il peut juger , fur l’ongle, du degré de perfeétion de toutes fortes de tranchants, à l’exception de la Lancette. D’ailleurs, un bon Rafoir qui auroit un peu de morfil fin , en le partant deux fois fur l’ongle, le morfil tombe. Il ne faut, après cette opération , que donner 4 ou y coups de pierre de chaque côté, & le tranchant fera bien fait.
- La defcription que nous venons de donner pour l’affilage du Couteau, des Cifeaux, du Grattoir, du Canif Sc des Rafoirs , foffit pour toutes les autres efpeces de tranchants, à l’exception de la Lancette & de quelques autres inftru-ments de Chirurgie ; du refte, tous les tranchants foivent les principes de l’un des cinq que nous venons de décrire.
- Nous n’avons rien dit dés pierres à affiler. Voyez le Chapitre VL & P/. 9.
- CHAPITRE DIX-HUITIEME.
- Maniéré de fondre VOr9 VArgent âG le Cuivre, de forger ces Métaux âC de les pajfer à la Filiere.
- O N fond les Métaux pour en raflembler les morceaux qui ont été féparés en faifant différents ouvrages ; que ce foit des rognures ou de la limaille, cela eft indifférent pour les fondre en lingot; il eft queftion d’affembler le tout pour n en faire qu’un feul morceau, ce qu’on appelle Lingot. Cette opération confîfte à mettre les matières dans un creufet fait avec de la terre cuite, expofé enfuite au milieu d’un feu foffifàmment ardent, pour réduire les Métaux en fonte.
- §. I. Des Outils pour fondre les Métaux,
- O N peut fondre le cuivre, l’argent & l’or dans un fourneau de cuifine allez profond ; quand il eft trop petit, on peut l’élever par quatre briques arrangées une for chaque face ; on met enfoite une terrinée d’eau directement fous le feu ; l’eau s’échauffe, & la fumée qui en fort anime le feu avec aflfez de force
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- Première Partie. Chapitre XVIII. 131
- pour produire la fufion. J’indique cette méthode, parce qu'on peut y avoir recours. J’ai éprouvé ce moyen avec fuccès, fur-tout en mettant fur le Fourneau une cappe de terre cuite, au haut de laquelle on ajufte un tuyau de poêle de 2. ou 3 pieds de haut (*) fi l’on veut. Cependant nous préférons de fondre à la Forge, & c’eft la méthode la plus ufitée par les Couteliers.
- La Figure I repréfente une Forge ordinaire. On commence par ôter tout le brafier du charbon de terre des environs de la tuyere, Sc l’on pofe le culot A , Fig. 2 , en face de la tuyere, mais plus élevé que le trou, parce qu’il faut que le vent foufïle plus bas que le creufet : ce culot, qui eft fait de terre cuite, fert de fupport au creufet. Après avoir placé le culot, il faut mettre le garde-feu : on feit que c’eft un demi-cercle de fer repréfenté par la Fig. 3. Il y en a de fer , d’autres de fonte , Sc d’autres de terre cuite : tous font également bons.
- On met la matière dans un creufet qui doit être couvert, lorfqu’il eft au feu, avec un couvercle fait comme le creufet, avec de la terre cuite. La Figure 4 repréfente un creufet d’Allemagne, qui eft préférable à ceux que font les François, Sc la Figure y le couvercle.
- Les Métaux ne fe fondent qu’avec du charbon de bois ; le meilleur eft celui qui ne pétille pas & qui ne jette point d’étincelles ; il faut qu’il foit fec, & on doit animer le feu avec le foufflet ; quand la matière eft fondue , on la jette dans une Lingotiere, Fig. 7. Elle eft faite d’un morceau de fer de iy ou 18 lignes en quarré ; fur une de fes faces on fait une gouttière de 6 ou 7 lignes de profondeur & d’autant de largeur ; d’ailleurs, il en faut de piufieurs grandeurs pour la proportionner à la quantité de métal qu’on veut fondre à la fois. En g eft un anneau fait pour l’attacher à un clou.
- §. II. Du Feu & de la Fufion.
- Après avoir amafle toutes les rognures Sc les limailles qu’on veut fondre , il faut, comme nous l’avons dit, les mettre dans le creufet & prendre garde à n’en pas mettre jufqu’au bord : on met, enfoite du falpêtre pour aider la fufion des Métaux, les rendre plus fluides, Sc fcorifier les craffes ou toutes les matières étrangères au métal. Quant au cuivre, piufieurs y mettent du borax, d’autres du verre pilé , Sc d’autres rien du tout.
- Le creufet étant placé fur fon culot au milieu du garde-feu, Sc couvert de fon couvercle, on met auprès du creufet une pelletée de braife allumée, Sc l’on garnit tout l’intérieur du garde-feu avec du charbon de bois, de maniéré qu’on ne voie ni le creufet ni le couvercle ; le tout eft repréfenté par la Fig. 1, en B.
- On laiffe d’abord allumer le feu de lui-même , afin que le creufet & la matière s’échauffent doucement ; car, quand on brufque la chaleur, il arrive fou-vent que le creufet fe fend.
- (*) On trouve ces efpeces de Fourneaux tout faits à Paris, chez un Potier de terre rue Mazarine, derrière le Collège des Quatre Nations,.
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- ,j32 L'ART DU COUTELIER.
- Lorfqu’on voie que le feu s’anime & que le creufet commence à rougir, on anime le feu avec le fouffiet, en commençant toujours lentement, 8c augmentant par degré. Ayant chauffé environ 12 ou ry minutes, on voit que le creufet eft chaud à blanc ; alors la matière eft fondue. Pour s’en aflurer, on découvre le feu & le creufet à l’aide des pincettes c, & l’on voit fi la matière eft en bain: fi l’on fbupçonnoit que la matière fut chargée d’un peu de limaille de fer, on jetteroit encore dans le creufet quelques pincées de falpêtre ; ( la boete au fàl-pêtre fe met toujours fur la tablette de la Forge en D ; ) il faut recouvrir le creufet & continuer à chauffer. Si vous voulez avoir l’argent doux & épuré en ne le fondant qu’une fois, il faut encore découvrir le creufet, y faire entrer les pincettes de maniéré que les mâchoires paffent légèrement fur la furface du métal fondu, pour le nétoyer de fes craffes qui s’attachent aux pincettes ; on les fort, on les fecoue, les craftes tombent, on les replonge une féconde & une troifieme fois, & plus, s’il le faut, enfin jufqu’à ce qu’on voie l’argent net & clair ; alors jettez du borax dans le creufet, la valeur de 2 ou 3 prifes de tabac ; recouvrez le creufet encore, ranimez le feu, parce que l’argent veut être jette bien chaud ; enfin pour profiter de la chaleur, pofez en E la Lingotiere que vous avez fait chauffer , & dans laquelle vous aurez mis un peu d’huile d’olive ; découvrez le creufet, pincez-le par un des parois avec les tenailles croches, telles que le repréfente la Fig. 6, & verfez le métal fondu dans la Lingotiere £.
- Nous avons indiqué la maniéré de fondre l’argent d’une feule fufion ; mais lorfque la mitraille eft chargée de beaucoup de limaille ou de plufieurs fortes d’argent, il faut le fondre deux fois, une avec le falpêtre, & l’autre avec le borax ; & quand on le fond en deux fois, on n’a pas befoin de nétoyer les craftes avec la pincette. Quand la matière eft fondue, il faut la jetter dans la Lingo-jtiere ; alors les craftes reftent attachées au creufet. Quand le lingot eft refroidi on le coupe en morceaux fur une tranche , enfuite on les met dans un creufet neuf : on met du borax deflus ; on met le tout au feu, on chauffe; enfin quand il eft en fufion, on le jette dans la Lingotiere.
- L’or & le cuivre ne fe fondent (* ) pas autrement que l’argent. Les mêmes outils & les mêmes indications , que nous avons données pour l’argent, fervent pour l’or & pour le cuivre. Si l’on avoit de l’argent très-fin , il feroit trop mou, il n’auroit point de corps ; il faut le mettre au titre de Paris ; pour cet effet mettez enfemble xlans le creufet 1 r parties d’argent yjerge, & une partie de cuivre jaune ; fondez-les enfemble & jettez cette matière, vous aurez de bon argent & au titre de 11 deniers.
- ( *) On purifie bien l’or avec du fel de nitre, quelques pincées mifes dans le creufet en mettant le métal au feu ; & ce qui le purifie le mieux, c’eft Tandmoine.
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- §. III. De la Forge de l’Or & de VArgent ; maniéré de les pajjer à la Filière.
- Quand on jette l'argent dans la Lingotiere, il eft chaud à blanc ; la chaleur diminue par degrés, & lorfqu’il eft d’un rouge bruni, il n’eft plus liquide, mais il eft en maffe ; alors fi le lingot eft fort, on peut profiter de cette chaude pour le forger.
- Il n eft pas néceflaire d'expofer fous les yeux des figures 8c des pofitions exprès pour forger l'argent ; toutes celles que nous avons montrées pour le fer & l'acier fuffifent, parce que toute la différence de la maniéré de forger les métaux, ne confifte entr’eux que dans le degré de chaleur ; le fer & l'acier exigent plufieurs degrés de chaleur, comme nous l’avons dit ; mais l'argent ne peut foutenir que le rouge brun ; car fi on le chauffoit un peu à blanc , il fe diviferoic & le cafterait même du premier coup de marteau.
- L'or peut fe forger à chaud, mais toujours fur la même face; car à chaque fois qu’on veut changer de côté pour le forger, il faut le faire recuire au feu. On peut traiter à peu-près de même le cuivre rouge ; mais le cuivre jaune ne peut louffrir le coup de marteau à chaud, il faut le laifter refroidir après l’avoir fait recuire. Un argent qui en feroit trop chargé, par exemple, à 8 deniers, ne pourrait pas non plus fouffrir aifément le marteau à chaud, il faudroit le lailfer refroidir ou tremper dans l’eau.
- En forgeant les matières, il faut éviter de les battre au point de les faire crever j c’eft l’argent qui le forge le plus long-temps làns s’écrouir & s'aigrir ; & c’eft l’or qui fe forge lemioins ; la différence même eft grande : de deux lingots de la même force, celui d’argent louffrira 40 coups de marteau, tandis que l’or n’en louffrira que 10. Le cuivre rouge fuit allez le degré de l’or.
- Quand on forge ces métaux, aufti-tôt qu’on apperçoit une petite crevafte , il faut celfer de les forger & avoir recours à la lime , pour emporter les crevaftès même , fi j’ofe le dire, jufqu’à la racine ; car je fuppofe qu’une crevafte paroifle avoir une ligne de profondeur, la matière fe trouve corrompue une bonne demi-ligne au-delà de la caflure. Ainfi après avoir emporté la crevafte, il faut limer la demi-ligne au-delà , làns quoi elle reparoîtroit toujours. Au refte, l’enclume & les marteaux, pour forger l’or & l’argent, doivent être bien acérés & polis.
- Comme l’Art du Coutelier eft confidérable & exige beaucoup d'outils, il faut des Laboratoires fpacieux ; il arrive très-fouvent qu’on n’a pas une petite place pour pofer un établi féparé pour travailler l’or & l’argent ; cette néceflité a fait imaginer un établi ambulant: il eft compofé d’une piece de bois de 2 pieds de longueur fur 3 pouces d’épaiffeur en quarré j i, Fig. 8, fur laquelle eft attaché un petit étau i/, un cercle de fer K K, L L, qui traverfe les deux bouts de la table de bois en j i, lequel porte une peau paffée à l’huile qui l’en-Coutelier , /. Part. L 1
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- i34 EART DU COUTELIER.
- vironne formant une grande poche; Tétau fe trouvant au milieu, les limailles
- tombent dans la poche, d’où on les ramafTe aifément avec une carte.
- Cet établi fe peut tranfporter où Ton veut, & on le met dans le befoin à tous les étaux de la Boutique ; les deux bouts de bois j l , qui débordent la poche, ferment à la ferrer entre les deux mâchoires d’un fort étau ; par ce moyen les rognures Sc les limailles d’or Sc d’argent ne font pas fujettes à être mêlées avec du fer, de l’acier, du bois, de la corne, de l’ivoire, de l’écaille , de la nacre, &c.
- La Figure <? repréfente une Filiere à pafler l’or, l’argent Sc le cuivre : pour les réduire en fils ronds, tous les trous font gradués en grofleur. O eft le plus gros, Sc P eft le plus petit ; de forte que depuis le premier jufqu’au dernier ils vont tous en diminuant de l’épaifleur d’un parchemin, Sc même pour les petits l’épaiffeur différé moins que celle du parchemin le plus mince.
- Avant de pafler le métal à la Filiere, il faut qu’il foit préparé au marteau Sc qu’il fe termine en pointe par les deux bouts, comme le repréfente la Fig. io. Tout le corps eft arrondi au marteau le mieux qu’on le peut ; après quoi on le fait rougir pour le recuire & le rendre mou. On peut, à ce fujet, confulter l’Art de la Tréfilerie donné par M. Duhamel.
- La Figure i r repréfente le banc ou moulin a pafler à la Filiere. Cette machine eft compofée d’un moulinet qqqq, qui embrafle l’extrémité du rouleau M qui eft quarré, Sc autour duquel eft attachée la fàngle iV; au bout de cette fàngle eft un anneau de fer P, qui fert de bride aux tenailles en les fixant par les deux crochets S S ; les deux mâchoires de ces tenailles T, font acérées en dedans Sc taillées comme une lime bâtarde , pour tenir sûrement le métal par le bout.
- Deux hommes font ordinairement ce travail ( un feul peut le faire ) ; l’Ouvrier tient la Filiere d’une main, fait entrer le bout du métal, par exemple, dans le trou O ; il place enfùite la Filiere contre les deux poupées ou points d’appui tt, qu’it tient toujours d’une main ; de l’autre il ouvre les tenailles, pour faifir la pointe du métal ; il tient toujours fa main fur les crochets S S des tenailles , de l’autre il prend un morceau de cire jaune, en frotte un peu le métal à l’inftant qu’il va pafler au trou ; pendant ce temps il commande au Tourneur ; ce dernier tourne le moulinet qq q q ; le métal pafle au travers le trou , s’arrondit & s’allonge. Le tour étant fait, le Tourneur arrête tout court Sc fur le champ détourne le moulinet, pour faire rapprocher les tenailles du point d’appui ; l’Ouvrier reprend le métal qui a pafle par le trou O, & le met dans le fécond trou, remet la Filiere contre le point d’appui, pince le bout du fil avec les tenailles , & enfin répété la manœuvre précédente : du fécond trou il va au troifieme, enfuite au quatrième , Sc enfin jufqu’à celui qui doit donner au fil la grofleur convenable.
- 'Notez que dans cette opération le métal s’écrouit auflï fortement que fi on le frappoit au marteau ; par conféquent il faut le recuire au feu après qu’il a pafle dans y ou 6 trous. Ce travail exige l’attention de l’Ouvrier, pour ne pas cafter
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- Première Partie. Chapitre XVIII. 13 y
- la pointe du fil, ce qui arrive prefque toujours quand il veut fauter un ou deux trous ; alors le fil éprouvant trop d’efforts, fe trouve forcé & l’opération eft interrompue par la pointe du fil qui fe cafiè.
- Dans l’aétion de paflèr le fil, on tâche toujours d’embrafîèr la pointe le plus avant qu’il eff poflible ? pour trouver de la force ; pour cet effet on fait donner de petits coups de moulinet ; on le fait arrêter pour avancer les tenailles , & l’on prend ainfi plus de matière.
- Il n eff pas poftible de fixer le nombre des grolfeurs du fil qu’il faut, c’eft quand nous en ferons ufage, que nous indiquerons la grofleur du fil qui convient.
- Quand le fil eff menu , je lùppofe à la grofleur un peu moins qu’une ligne , ( fi on veut l’étirer plus fin, on n’a pas befoin du moulin ) , il fuffit de mettre la Filiere dans l’étau, comme on le voit en«, Fig. 12 , préfenter la pointe du fil dans le trou , la pincer avec une paire de pinces plates & fortes x, lefqu elles font taillées en dedans comme une lime douce ; étant dans la pofition qu’indique la Fig. 12, on tire le fil à la feule force des bras, 8c l’opération fe fait très-bien , même avec plus de ménagement qu’au banc ; c’eft ainfi qu’on peut réduire le fil de métal jufqu’à la grofleur d’un cheveu, moyennant, bien entendu 9 qu’on le fait recuire quand il en eff befoin.
- Une attention qu’il faut avoir, c’eft que les trous de la Filiere foient faits en entonnoir, & qu’il ne faut pas faire entrer le fil par le côté du petit trou , mais toujours le faire entrer par le grand, pour le faire fortir par le petit. Voye£ la Fig. 13. Le trou eft ponélué 8c laifle voir que le trou va toujours en diminuant , c’eft ce qui fait reflerrer la matière peu-à-peu & la fait allonger. Au refte, on trouvera tout ce qui regarde la façon de traire les métaux, expofée dans le plus grand détail dans l’Art de la Tréfilerie, publié par M. Duhamel ; ainfi je me borne à rapporter ce que les Couteliers ne doivent pas ignorer.
- CHAPITRE DIX-NEUVIEME.
- Introduction à ce qui regarde les Soudures SC les Brafures : compofition de plujieurs efpeces de Soudures.
- ï l n’y a guere d’ouvrages auxquels il ne faille louder quelque partie plus ou moins confidérable, foit pour une piece de rapport indilpenlàble, ou pour remédier à un accident qui lùrvient en travaillant, tantôt à une piece qui caftera par un coup de marteau donné à faux , du à quelques crevafles qu’on voudra cacher ; tout cela eft permis, quand la bonté & la folidité de l’ouvrage n’en fouffrent pas, Ainfi je crois devoir traiter un peu en détail de ces deux
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- VA RT DU COUTELIER. opérations ; carlaBrafure à l’égard du fer, eft peu différente de ce que Ton nomme Soudure à l’égard du cuivre, de l’argent 8c de l’or. On appelle Brafer , lorfqu on ajufte deux pièces de fer ou d’acier dans la vue de les joindre enfemble pour n’en faire qu’une au moyen du cuivre jaune, qui, dans cette occafion, forme la Soudure.
- On appelle Souder, joindre enfemble deux morceaux d’or ou d’argent, &c, au moyen d’un métal plus fufible qu’eux, & qui s’unit avec eux. Ce métal s’appelle la Soudure ; il en faut de différentes efpeces , fuivant les métaux qu’on veut réunir, de d’autres circonftances dont nous parlerons ci-après.
- Le premier point & le plus eftentiel de l’Art de Souder, c’eft de bien ajufter les deux pièces enfemble , afin qu’il refte très-peu de vuide entr’elles ; mais on défirera peut-être avoir une idée précife de la maniéré dont fe réuniffent deux morceaux de métal qu’on foude ; fi c’étoit deux pièces de fer ou d’acier, on leur donnerait une chaude fuante , telle que les deux furfaces qu’on veut réunir, foient très-attendries 8c prêtes à couler ; alors en les pofant l’une fur l’autre Se les comprimant à coups de marteau, ces deux furfaces, qui font comme une pâte, s’unifient 8c ne font plus, quand les barres font refroidies, qu’un feul corps.
- ïl n’en eft pas de même de la Soudure de l’or, de l’argent 8c du cuivre; je crois que j’en donnerai une idée plus forte en la comparant avec deux morceaux de bois qu’on réunit avec de la colle-forte ; quand ils font ajuftés de façon que les faces , qu’on veut réunir, fe touchent exactement, comme on doit le faire pour les pièces d’or ou d’argent , on fait fondre la colle, qui tient bien ici de la Soudure dont nous parlerons, & en ayant mis entre les deux morceaux de bois , ils fe trouvent exactement joints l’un à l’autre, quand la colle, étant froide, a repris fà dureté.
- Revenons à la Soudure des métaux ; quand les morceaux qu’on veut réunir font bien ajuftés, on met deffus des paillettes de Soudure, qui doivent être faites d’un métal plus fufible que celui qu’on veut fouder ; on met le tout entre les charbons, 8c on anime le feu avec un foufflet à main, les pièces qu’on veut fouder s’échauffent, la Soudure fond, elle s’y attache, 8c quand le tout eft refroidi, les pièces qu’on a foudées ne forment plus qu’un feul morceau.
- Comme la Soudure qui eft fondue eft très-coulante , s’il y a voit beaucoup de jour entre les jonétions, elle pàfteroit au travers du vuide fans s’arrêter ; il eft donc de la derniere conféquence que les pièces foient bien ajuftées.
- Il eft aufli très-eflentiel de placer les paillons de Soudure directement fur les jonétions, afin qu’à l’inftant qu’elle devient fufible, elle s’infinue entre les deux pièces, & quelle remplifle tous les vuides. Il n’eft pas moins important, pour que la Soudure foit plus coulante, de la couvrir avec du borax & d’en répandre un peu tout autour des jonétions ; car le borax produit trois effets : i°. il préferve la Soudure de fe brûler, de fe griller 8c de fe calciner avant de devenir fufible ; 2°. il
- accéléré
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- accéléré de beaucoup la fufion 530. enfin il rend la Soudure coulante & il l'attire à lui : une petite expérience rendra ceci plus fenfible.
- Prenez un morceau d’argent de la grandeur d’un écu de trois livres , & un autre de la grandeur d’une piece de 24 fols ; l’un St l’autre étant limés vivement , appliquez-les l’un for l’autre, liez-les avec un fil d’archal pour les bien affojettir l’un for l’autre , St ne mettez qu’un paillon de Soudure ; mais mettez du borax tout autour de la petite piece, pofez les pièces for le feu, foufflez jufo,
- ¥ au degré de chaleur convenable ; à l’inftant que la Soudure fondra * vous la verrez parcourir & s’étendre for toute la circonférence de la jonétion; au lieu que fi vous ne mettez du borax que for la Soudure, elle fe fondra en reliant en grain for la place où elle a été mife, ou bien fi elle s’étend, elle ne s’étendra qu’à une petite diftance de la circonférence de la petite piece.
- La régularité du feu eft auffi de grande conféquence pour bien fouder ; foît qu’on foude au chalumeau , ou à la poêle ou à la forge, il faut toujours diriger le vent & le feu avec précifîon, & choifir de petits charbons bien allumés.
- Ce qui eft encore de grande conféquence, c eft de bien blanchir , adouck & aviver les pièces qu’on veut réunir, ainfi que les environs des jonétions, 8c ne pas y laiflèr la moindre bavure ; car il foffit qu’il fo trouve une petite craflè ou un peu de bavure, pour arrêter la Soudure St l’empêcher de couler; il faut auffi mouiller la piece que l’on veut fouder, pour faire tenir le borax : quelquefois on mouille avec de la falive, mais l’eau claire & propre y convient beaucoup mieux.
- Il faut faire fon poffible pour que la Soudure réuffiflè dès la première fois ; car quand on manque la première fois, rarement on réuffit bien à la fécondé, & très-fouvent même à une troifieme , parce qu’il s’y loge quelque fcorie ou quelque craflè qui s’oppofont totalement au bon foccès de la Soudure. Ainfi quand il arrive qu’on a manqué la première fois , on ne peut bien réuflir à la féconde qu après avoir délié les pièces pour en ôter toutes les crafTes , & les relier enfoite.
- §. I. Compojition de plujieurs efpeces de Soudures.
- Pour faire la Soudure de cuivre, on prend neuf parties de cuivre rouge du ..—... .
- plus pur, qui eft la rofette ; mettez-le dans un creufet neuf, faites fondre le Planches cuivre , & lorfqu’il eft en bain, jettez-y trois parties de bon zinc ; jettez enfoite 22 & 23« ce mélange dans une Lingotiere.
- Le lingot étant froid, battez-le for l’enclume pour l’applatir. On peut auffi la réduire en lames minces en la paflànt au moulin ou laminoir ; après quoi on peut laver cette Soudure à plufieurs eaux ; St quand on la met for la piece qu’on veut fouder, il faut quelle forte de l’eau : on voit qu’elle eft compofée de neuf parties de cuivre & de trois parties de zinc. Il eft vrai quelle fe fait de plufieurs degrés & de plufieurs maniérés ; mais fi on la fait plus fufible , elle fe trouve Coutelier , /. JPan% M m
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- i38 lart du coutelier.
- plus aigre. Or une telle Soudure fe fait avec huit parties de cuivre & quatre de zinc; & fi on veut la faire même plus forte & moins aigre que la première, il faut mettre dix parties de cuivre & deux parties de zinc : cette Soudure n eft propre qu’à fouder le cuivre & le laiton ; elle eft même fantafque, & pour peu qu’une piece foit de conlequence, on évite bien des inconvénients en fe fervant de Soudure d argent.
- La Soudure d’argent fe fait en prenant trois parties de bon argent & une partie de cuivre jaune; mettez-les enfemble dans un creufet neuf, faites-les fondre ; quand ils font en fufion, jettez le tout dans la Lingotiere ( c’eft la Soudure qu’on appelle au tiers ) ; quand le lingot eft froid, battez-le fur l’enclume pour l’applatir ; mais il faut le forger avec modération ; auffi-tôt que vous y voyez la moindre crevafle, il faut la mettre au feu, la faire un peu rougir ,* & fur-tout il ne faut pas la battre à chaud ; car elle fe diviferok par-tout ; mais laiflez-la refroidir avant de la forger, ou, pour précipiter le refroidiflement f plongez-la dans l’eau ; il faut répéter cette manœuvre autant de fois qu’il fera néceflaire pour réduire cette Soudure jufqu’à l’épaifleur d’une carte ou environ.
- On fait de la Soudure d’argent au tiers, au quart & au fixieme ; mais le Coutelier qui emploie de l’argent à n deniers, doit fe fervir de celle au quart; parce que comme l’argent ne peut être employé, pour garnir l’acier & le fer , qu étant au titre de Paris ,on a beaucoup d’avantage à fe fervir de Soudure plus forte, parce quelle ronge moins ; mais auffi je le répété, l’argent doit être au titre de 11 deniers , fans quoi la garniture feroit fondue avant que la lame d’acier fût fuffifammenc chaude pour recevoir la Soudure dans fes pores ; car il eft bon de favoir qu’il faut un degré de plus de chaleur à l’acier qu’à l’argent & qu’à 1' or, pour que la Soudure coule defîus ; c’eft faute de prêter attention à cette circonftance, que des Couteliers font étonnés de voir la Soudure fondue & reftée lur l’acier comme une goutte de fuif, fans avoir coulé ; & d’un autre côté on verra un autre grain qui aura coulé, parce que ce dernier touchoit à de l’argent , & que l’autre, portant fur le fer, n’a pu couler, parce que l’acier n avoir pas un degré de chaleur fuffilànt. Or, la Soudure au tiers fe fait de trois parties d’argent & une partie de cuivre ; celle au quart, de quatre parties d’argent & une de cuivre ; & celle au fixieme, fix parties d’argent & une partie de cuivre.
- La Soudure d’or le fait comme celle d’argent ; mais cette Soudure fe fait avec une partie d’or, deux parties d’argent, avec une partie de cuivre rouge ( de rofette ) ; on met le tout dans un creufet neuf, &c ; on fuit les mêmes procédés que nous nous avons indiqués pour la Soudure d’argent. Si l’on veut faire une Soudure plus colorée, on mettra deux parties d’or, &c, au lieu d’une.
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- Première Partie. Chapitre XIX. 139
- §. II. De la façon de faire une Soudure.
- Après avoir ajufté les pièces foit pour les brafer ou pour les fouder, il faut les lier enfemble avec du fil d’archal, qu’on appelle auffi fil à lier. On fait recuire ce fil, enfiiite on l’entortille ou dévide autour d’une bobine: voyeç la Fig. I. Il faut une paire de pinces plates que nous avons repréfentées ailleurs ; on lie les deux bouts du fil à lier, afin que tout foit bien aflujetti. La Figure 2 repréfente une petite pince à reflort, qui fert par le bout A , à prendre les paillons de Soudure pour les pofer for la jonétion. Le bout B , qui eft fait en aiguille , fert à arranger les paillons, quand on ne les a pas bien pofés à leur place.
- La Figure 3 repréfente un morceau de Soudure, & la Figure 4 une paire de petites Cifeilles qui fervent à couper les paillons des Soudures ; on les coupe étroits, mais longs proportionnellement à la longueur des jonctions. Koye^ les
- La Figure 5 repréfente une boëte de cuivre appellée Roc hoir, dans laquelle on met le borax en poudre ; & la Figure 6 fait voir un pot plein d’eau, dans lequel on trempe la piece avant de mettre le borax.
- La Figure 7 repréfente un Chalumeau pour fouder à la lampe ; il eft fait d’une lame de cuivre pliée fur un mandrin & foudée : on plie le petit bout plus ou moins & félon les cas, pour diriger le vent qui porte la flamme fur la piece qu’on foude.
- On voit à la Fig. 8, un gros charbon creufé par un bout, qui fert à {oudet des viroles & autres femblables petits ouvrages , avec le chalumeau la Figure 9 eft une petite poêle de. fer, dans laquelle on met de petits charbons bien allumés , pour fouder des ouvrages qui font trop forts pour l’être au cha* lumeau lur un foui charbon.
- La Figure 11 repréfente une autre efpece de Chalumeau ; c’eft un morceau de canon de fufil coudé ; le bout t s’ajufte dans le trou de la tuyere de la Forge > Sc le bout Q fe dirige fur la flamme. Cet infiniment eft bon, fur-tout pour ceux qui ont la poitrine foible , parce qu’on fouffle avec le fouflet de la Forge.
- La Figure 12 eft une lampe à fouder ; & la Figure r 3 une paire de tenailles croches & légères, avec lefquelles on arrange les charbons fur les ouvrages, Sc encore à placer les ouvrages fur le feu , & à les retirer quand ils font foudés.
- La Figure 14 repréfonte une poêle propre à fouder au feu.
- La Figure 1 y fait voir une Forge pour brafer de grofles pièces ; & la Figure 16 , repréfente une Bigorne pour plier des ouvrages en rond, tels que des Viroles & des anneaux de Cifeaux.
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- Flanches
- 3.2 & 2£.
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- LA R T DU COUTELIER.
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- CHAPITRE VINGTIEME.
- Maniéré defouder ÔC de brafer plujieurs Pièces enfembley au moyen
- des Soudures qui leur font propres.
- La Figure 17 repréfente une bande d’argent propre à faire une virole de Couteau. On plie les deux bouts parallèlement fur la bigorne, enfuite on la plie en forme d’ovale ; après quoi on pafle un morceau de fil à lier fur le pourtour ; on joint les deux bouts : on les ferre enfemble en les tortillant avec une paire de pinces. Voye£ la Fig. 18.
- Quand on voit que les deux bouts de la virole font bien ajuftés l’un contre l’autre, on trempe la virole dans l’eau ; on applique un paillon de Soudure for la jointure ; enfoite on y met du borax : après quoi l’on pofe la virole for le charbon, comme le repréfonte la Figure 8. Prenez ce charbon d’une main, portez-le au côté gauche de la lampe allumée, Fig. 12. Prenez le chalumeau de l’autre main ; portez le gros bout à la bouche & le petit bout for la flamme de la lampe & du côté droit ; alors foufflant dans le chalumeau, dirigez la flamme direélement for la virole; faites-la rougir; foufflez for la Soudure, dans un inftant vous la verrez fondre & couler ; il ne faut pas manquer d’arrêter le fouffle à fondant même que la Soudure part, finon la Soudure ÔC la virole fon* droient prefqu’auflî-tôt l’un que l’autre.
- Ce que nous venons de dire de la façon de faire une virole, enfoigne auflï la maniéré de faire une cuvette ; car pour cette derniere il faut commencer par faire la virole telle que nous venons de Tenfoigner. On la mandrine jufle à la grandeur qu’il la faut ; enfoite on l’ajufte for un morceau d’argent plané de l’épaif four de dqux cartes : on lie ce plané avec la virole par deux fils d’archal placés en croix, comme l’indique la Fig. ip ; lorfqu’elle efl ferrée , on met deux paii* Ions de Soudure, un en C, l’autre en D ; on pofe la cuvette à plat for le charbon , Sc on la foude en foufflant comme pour la virole.
- Ayant expliqué comment on foude une virole & une cuvette d’argent, il efl inutile de répéter les mêmes chofos pour les autres matières, c’eft-à-dire, que le cuivre, l’argent & l’or font trois métaux qui different peu l’un de l’autre, à l’égard du degré de chaleur pour les fouder ; & d’ailleurs les principes font partout les mêmes. Il efl bon de faire ufàge de la méthode de fouder au chalumeau pour tous les petits objets, parce qu’on a toujours l’œil fixe for la Soudure : on voit l’inftant quelle part, ÔC l’on efl plus sûr de fon opération , parce qu’on efl maître d’arrêter le vent bien plus promptement que celui d’un foufflet.
- Les Soudures les plus difficiles à faire, font fans doute celles où il faut faire
- avec
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- Première Partie. Chapitre XX. 141
- avec for & l’argent fur l'acier : commençons toujours par le plus aifé. La Figure 20 repréfente une platine de Couteau préparée pour fouder un bout d’argent repréfenté par la Fig. 21. Ce bout s’appelle cachet : on l’ajufte fur la platine EE; on le lie fermement avec le fil d’archai en le faifant paffer dans le trou à chaque tour. Voye£ la Fig. 21. Cette façon de lier eft la même pour toutes fortes de cachets. Voyez auffi la Fig. 22 : elle repréfente un reflort fur lequel eft ajufté & lié un cachet g g. La Figure 23 repréfente une platine fur laquelle eft ajufté le cachet ou la demi-virole telle qu’on la fait à cette façon de Couteau appellée à la Militaire. H H, Fig. 24, eft la largeur de l’argent, lequel eft plié en quart de cercle, comme le fait voir h h.
- La Figure 25 repréfente une platine, fur laquelle eft ajuftée une bande d’argent tout autour, d’une ligne & demie ou deux de largeur ; on la lie bien étroitement , afin qu’on n’y voie pas le jour au travers : cette efpece de Couteau s’appelle à platte-bande.
- La Figure 26 fait voir comment on lie un reflort pour le garnir d’une bande d’argent ; & la Figure 27 repréfente la lame pour y faire le même ouvrage ; Sc tant à la lame qu’au reflort, on laifle déborder la garniture d’une bonne demi - ligne de chaque coté, Sc cela pour pouvoir placer plus aifément la Soudure.
- La Figure 28 repréfente la maniéré de lier la garniture fur les dehors d’une lame de Cifeau. Pour l’ajufter exactement avant de la lier , mettez la lame du Ci-feau fur la garniture , & faites comme fi vous vouliez les faire entrer toutes deux dans le plomb , en frappant à petits coups de marteau fur la lame, jufqu’à ce que vous voyiez que la garniture eft bien modélée ou étampée ; après quoi prenez une paire de Cifàilles , ébarbez un peu les bords ; cependant laiflez toujours une demi-ligne de largeur de plus à la garniture, afin de pouvoir placer aifément la Soudure 5 on voit aufîi la garniture liée fur le dehors de Panneau.
- La Figure 29 fait voir la maniéré de garnir un Couteau à gaine, de mitres d’or ou^d’argent : on voit en K K , Fig. 30 , la forme de ces mitres, & on les voit en i i, liées en leur place. 1
- Si l’on veut donner une bonne folidité à un Couteau à gaine pour couper les fruits, & dont la lame eft d’argent ou d’or, il faut y rapporter une queue d’acier ; or la Figure 3 r fait voir clairement comment il faut ajufter cette queue à queue d’aronde, comme on voit en L ; c’eft le moyen de faire un Couteau fblide: après quelle eft ajuftée ainfi, on place la mitre comme à la Fig. 30, & l’on foude le tout enfemble. Prefque tous les ouvrages fe rapportent à l’une des Figures que nous avons expofées fous les yeux. Le cuivre , l’argent Sc l’or exigent les mêmes attentions pour l’ajuftement & la façon de les lier. Je répéterai feulement qu’il eft effentiel de bien pofer les paillons de Soudure fur la jonction des deux matières, Sc que la plus forte partie touche la garniture. La Figure 27 fait voir la maniéré de placer les paillons : on les fait entrer en M, Sc Coutelier , I. Part. N n
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- i4a L'ART DU COUTELIER.
- Ton prelîe le bout N, de façon quelle puifle couler jufquà rextrémité de la pointe de la lame. Le premier étant placé, on en fait entrer un fécond, enfuite un troifieme , & de même dans toute la longueur de la garniture.
- Quand la Soudure eft placée, trempez la lame dans l’eau ; après quoi commencez à mettre un peu de borax fur le côté oppofé à la Soudure ; enfuite couvrez toute la Soudure avec du borax, fans cependant en mettre en quantité : portez alors la lame fur le feu pour la fouder.
- La Figure 32 repréfente la maniéré de lier les ouvrages avec le fil d’archal ; & la Figure 33 fait voir comment on y met le borax.
- Le feu étant préparé dans la poêle avec de petits charbons bien allumés, pofez la lame fur la braife & fur un plan incliné, le dos en bas & le tranchant en haut; couvrez enfuite la lame avec des charbons de la longueur & de la grof-feur du petit doigt, que vous placerez en travers de la lame ; ayez foin auffi de faire toucher les charbons l’un contre l’autre : portez les plus gros du côté du talon de la lame ; comme c’eft la partie la plus forte, il faut auffi y porter la plus forte chaleur. Tout étant ainfi dilpofé, prenez l’éventoufê ou l’écran, Fig. 34 ; agitez lair au-deflus du feu, jufquà ce que vous voyiez la lame commencer à rougir ; fi vous appercevez que la chaleur foit plus forte dans un endroit que dans l’autre, portez le vent ou le fouffle fur l’endroit qui eft en retard ; car il faut de néceffité que la piece rougifle également par-tout,
- Quoique les charbons foient placés l’un contre l’autre, il y a toujours un peu de vuide, & il en faut pour voir l’inftant où la Soudure va partir ; & fitôt qu’on voit la Soudure blanchir , ( ce qui eft un ligne certain quelle eft prête à fondre ), il faut fubitement arrêter le vent ; car à l’inftant on voit la Soudure fondre , partir & couler dans les jonétions auffi promptement qu’un éclair. Or cet in£ tant eft précieux à faifîr ; un feul coup de vent de trop, fuffiroit pour faire fondre la garniture avec la Soudure.
- U eft auffi néceflaire de découvrir le feu diligemment & adroitement, auffi-; tôt que la Soudure a coulé , que d’arrêter le vent : on prend la lame par le bout du talon, ou bien par le bout du fil à lier jf, Fig. 27, & Ton fort la lame du feu avec les tenailles, Fig. 13.
- Un Coutelier confommé dans la garniture , fait d’excellents Couteaux garnis d’argent : voici pourquoi. Quand il a pris toutes les précautions requifes pour ne pas manquer les Soudures, il eft comme sûr de fon coup ; par conféquent il fê prépare à tremper la lame immédiatement auffi-tôt que la Soudure a coulé, fans être obligé de rechauffer une fécondé fois. Or, deux raifons font caufê de la bonté de cette lame ; la première, c’eft que n’étant chauffée qu’une fois, l’acier ne perd point le corps qu’il perdroit par une fécondé chauffe ; & la féconde , c’eft que l’acier eft à fon véritable degré. Pour le tremper, il n’eft pas poffible de trouver un degré plus jufte que celui où il eft, quand la Soudure d’argent fond & coule ; mais il faut, comme je l’ai dit, être bien au fait ; car fi la garniture
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- Première Partie. Chapitre XX. rieft pas bien foudée, il efl néceiîàire de remettre la lame au feu pour la reflou-der & la retremper. Or, une fécondé trempe donnée, fans avoir rabattu à chaud une piece , fait faire une quantité de calibres 5 même fur tous les fens , de forte que la piece eft défeétueufe & d’un mauvais fervice.
- Pour tremper une piece quelconque, lorfqu’elle eft garnie d’argent ou d’or, il faut délayer un peu de blanc d’Efpagne dans de l’eau , en faire comme une pâte, & avec une petite broche de bois en couvrir toute la garniture, qui eft obligée de fouffrir le degré de chaleur qu’il faut pour durcir l’acier : moyennant cette précaution rien ne s’altere, pas même la Soudure.
- Il nous fbffit de bien détailler la maniéré de fbuder une piece pour mettre un Eleve en état d’en fouder toute autre à peu-près femblable ;, lorfque les matières en font les mêmes, c’eft par-tout les mêmes attentions, le même degré de chaleur, en un mot les mêmes procédés. U ne faut pas oublier de donner de l’inclinaifon à la piece qu’on foude, afin de procurer une pente à la Soudure. Or cette inclinaifon eft indiquée par la Fig. 3 J , en fbppofànt que la ligne pp foit le feu , que la ligne R foit la lame du Couteau, que la lettre q en foit le tranchant, & que la lettre R en foit le dos , fur lequel on foude la garniture. Il faut partir de ce principe pour tous les ouvrages ; par conféquent une platine de Couteau à platte-bande , qui eft repréfentée par la Fig. 2$, ne peut pas être foudée d’une feule chaude, il faut la fbuder en deux temps à caufe de l’incli-naifon ; mais il n’en eft pas de même pour l’argent & l’or purs : on peut fouder deux joublions à la fois en les pofànt horifontalement fur le feu. Ainfi l’incli-naifon n’eft effentielle que pour le fer & l’acier qu’on veut garnir d’un autre métal, tel que l’or , l’argent & le cuivre.
- Pour fouder une mitre de Couteau à gaine ou de table, on place un fort paillon de Soudure de chaque côté , par exemple, fur la ligne ponéluée S, Fig. 2p. Lorfqu’il y en a un fur chaque mitre , il faut placer le Couteau fort droit dans le feu la queue en bas, parce qu’étant d’acier, elle ne rifque point d’être altérée ; au contraire , la forte chaleur qu’elle prend, accéléré la fufion de la Soudure.
- Nous avons une remarque bien effentielle à faire touchant l’or; il arrive très-fouvent qu’on ne peut pas l’unir à l’acier. Cette difficulté aurait befbin d’être éclaircie ; mais elle nous entraînerait dans un trop long détail. Ainfi je me contenterai de dire comment on peut fe tirer de cet embarras. Pour cela prenez du cuivre rouge appellé rojette, étirez-le au marteau de l’épaiffeur qu’il le faudrait pour faire une virole ; enfuite appliquez-le fur la lame d’acier , liez-le, foudez-le comme fi c étoit une garniture d’argent ; étant foudé, déliez le fil, blanchiflez votre lame d’acier par-tout ; aminciffez le cuivre que vous avez foudé, n’en laiflez feulement que de l’épaiffeur d’un parchemin ; enfuite ajuftez l’or fur le dos couvert de cuivre, & foudez-le avec de la Soudure d’or, comme nous l’avons détaillé pour la garniture de la lame de Couteau garnie en argent, Fig. 27, & dans la poêle, Fig. 13. Ce moyen eft ignoré de grand nombre d’Ouvriers ; mais il ne le fera pas de mes Lecteurs.
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- L’ART DU COUTE LIER.
- §. I. Des Brafiires.
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- Je prends pour exemple une lame de Cifeaux quon a cafTée ; il faut raccourcir le bout de la lame cafTée jufqu’à i lignes ou environ du trou, comme on le voit en la Fig. 3 6 9 en y y , enluite amincir Tentablure tout le long de Técufïbn , depuis le bas de la ligne ponéïuée V u , jufqu’au bout y y ; mais pour donner de la force à la lame que nous allons rapporter , il faut amincir le bout y y jufqu’à Tépaiffeur dune demi-ligne feulement, & laiffer tout le refte plus fort 3 mais en mourant ( * ), de forte que le plus épais foit à la pointe de l’é-cufïbn u, 8c le plus mince vers le trou y y.
- La Figure 37 repréfente la lame forgée dans la largeur convenable ; & la Figure 38 fait voir cette lame réduite à l’épaifleur qu’elle doit avoir par le dos. On voit que l’épaifleur de l’entaille r, répond à la'petite épaiffeur du haut de VécuïTonyy , Fig. 36. Cette entaille eft repréfentée de face par la ligne x x 9 Fig. 37. Le tranchant du Cifeau commence à l’entaille z, & continue jufqu’à la pointe.
- Les deux pièces étant ajuftées proprement & limées bien vivement , on pofë la Figure 37 fur la Figure 3 5, de forte que y y réponde jufte à la ligne x x ; alors on prend une branche de Cifeaux entiers, comme la repréfente la Fig. 39.: Pour bien aflujettir la piece quon veut brafer, percez deux trous en e e9 clouez-les ; percez enluite le trou j qui doit porter le clou ou la vis qui doit joindre les deux lames de Cifeau, & enfin limez cette lame parallèlement en longueur & en largeur avec fà camarade, 8c enfin travaillez-la prête à tremper.
- Prenez enluite un morceau de fil de cuivre repréfenté par la Fig. 40 ; ajuftez-le fur la jonétion du côté du dos ; liez-le avec le fil à lier , trempez le tout dans l’eau ; mettez du borax tout autour de la jonétion & fur la Soudure ; enfin portez la piece au feu pour la fouder, le tranchant en en-bas & le dos en en-haut. La Figure 15 fait voir la piece dans le feu couverte avec de petits charbons > de forte que l’air n’y pénétré que le moins qu’il eft poflible. Il faut auffi éviter que le vent du foufflet ne donne fur la piece ; or, le feu étant bien couvert, la Soudure ne tarde pas à couler: on ne peut pas la voir couler ; mais une flamme bleue, qui paroît à l’inftant que le cuivre entre en fufion , indique que la piece eft foudée. Alors retirez la lame du feu , laiflez-la refroidir, battez-la un peu à froid, & remettez-la au feu pour la tremper & la recuire. Après cela finiflez cette lame à la Meule & à la Polifloire ; relimez la branche & l’anneau avec la lime douce , poliffez-la ou la brunilïèz, & la lame eft finie.
- (*) Terme cTArtifte, qui fignifie émincer de loin, comme, par exemple, une pyramide.
- «
- CHAPITRE
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- Première Partie. Chapitre XXI.
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- CHAPITRE VINGT-UNIEME.
- Maniéré de faire des Poinçons, des Fufils , des Grattoirs , des Canifs , des Coupe - cors, SG autres Injlrumerits à-peu-près femblables (*).
- A près avoir expofé les pofitions & les attitudes les plus ufîtées pour les differentes façons de travailler , ainfi que la maniéré de chauffer l’acier, de le gouverner foit au feu ou fous le marteau, il nous relie à prendre fun après l’autre , tous les ouvrages qui dépendent de l’Art du Coutelier.
- Nous allons commencer par les pièces les plus aifées à travailler, & par degrés nous traiterons de celles qui font les plus difficiles.
- »
- §, I. Des Poinçons.
- ‘i
- Pour faire un Poinçon, on commence par étirer l’acier en quarré de la grodèur de 4 lignes ; enfuite il faut donner une chaude grade à la pointe, & l’étirer en pyramide de la longueur de 3 pouces ; on abat enfuite les quatre quarres à petits coups de marteau, afin de ne pas rendre le Poinçon pailleux , qui pour lors ne vaudroit rien ; étant arrondi il faut le couper d’un coup de tranche.
- Cette opération fe fait en mettant la piece fur la tranche e, Fig. r, à l’endroit où l’on veut la couper, fur lequel on donne un coup de marteau bien d’à-plomb; on la retourne pour donner un coup de tranche vis-à-vis le premier ; mais il ne faut jamais la couper tout-à-fait fur la tranche, parce que la piece, en fe fépa-rant, pourroit bleder ceux qui feroient à portée ; ainfi il faut la laifler tenir à la barre , porter la coupure que fait la tranche, lùr la quarre de l’enclume, & la faire féparer par un coup de marteau. On prend enfuite le Poinçon avec les tenailles, pour faire chauffer le gros bout, & par cette petite chaude grade on fait la queue ; alors le Poinçon eft forgé tel que le défigne la Fig. % , Fl. tj.
- Il y a des Poinçons fans manche ; pour lors on laide le bout du côté de la queue plus gros que le corps du Poinçon ; on n’y fait point la queue, au contraire on l’arrondit, & en le limant on lui fait une petite pomme qui fert à prendre le Poinçon, & à le faire entrer pour percer. Voye^ la Fig. 3. Quand on a forgé la quantité de Poinçons dont on a befoin, on les met au feu avec du charbon de bois, on les fait rougir & on les laide confommer le feu & fè refroidir d’eux-mêmes pour les bien recuire.
- (*) Les Planches de ce Chapitre n’ont point d’Echelle, parce que toutes les Pièces y font dans leur grandeur effective.
- Coutelier , I. Part.
- O o
- Planches 2.6 6c 27.
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- i46 LA RT DU COUTE LI ER:
- Alors on commence par limer la queue du Poinçon quarrément, en réfèrvant l'embafe qui doit porter fur le manche ; enfuite tenant la queue dans l'étau à main, on le pofe fur le bois à limer, comme fi Ton vouloit faire un clou, limant le Poinçon toujours enarrondiffant; puis d'un coup de la quarre d'une lime demi-ronde , on fait au bas l'entaille A A , en réfèrvant de l'épaiffeur pour l’embafe.1 Voye[ la Fig. 4 , où le Poinçon eft dégroffi à la lime rude : il faut l'abâtardir & Padoucir avec une lime douce ; après quoi il faut le tremper & le recuire bleu ^ excepté la longueur de 3 ou 4 lignes à la pointe, qui n'a befoin que de la couleur de cuivre rouge, s'il eft fait avec de l'acier d'Angleterre , & violet s’il eft d'acier d'Allemagne.
- Pour faire le manche , on prend un morceau de bois de 3 pouces de Ion* gueur, & d'un pouce de grofleur en quarré ; on l'ébauche avec la plaine, on la dégrolfit avec la râpe & on le façonne en long avec la lime ; on le contre-marque bien au milieu pour le percer affez avant, pour loger une queue de iy ou 18 lignes de longueur ; enfuite il faut le cimenter ; pour cet effet on emplit le trou , Fig. 4, avec du ciment en poudre, pendant que la queue chauffe un peu : après quoi on fait entrer la queue dans le trou ; la chaleur fait fondre le ciment, & lorfque l'embafe touche au manche, on fort la queue pour la tremper dans le ciment, en répétant cette manoeuvre deux ou trois fois avec promptitude; après quoi on laiffe refroidir le tout. Il ne s'agit pour le finir, que de polir le Poinçon avec un morceau de bois & de l'émeri, ou avec le Grattoir & le Eruniflbir. A l'égard du manche, il faut le gratteler & enfuite le brunir à la dent, s'il eft en bois de Palixandre ; à la moulée & au tripoli, s'il eft en Ebene ou en Ivoire, &c.
- La Figure y fait voir un Poinçon dont le manche eft fait au tour.
- Cet outil fert aux Procureurs , aux Avocats , aux Notaires , &c, pour percer les papiers & les mettre en liafles.
- La Figure 6 fait voir un Poinçon doftt le manche eft différent : il eft fait de buis, & eft gros par le bout B. C'eft l'outil des Tailleurs, pour les corps des Enfants, avec lequel ils percent les œillets , & le bout du manche leur fert à abattre les coutures.
- La Figure 7 repréfèjnte un Tirebouton : il fe fait de même que le Poinçon ; étant limé tout droit, le bout arrondi, on le plie à froid fur une petite bigorne ; on laiffe une petite ouverture en b 9 pour prendre le bouton & le laiflèr fortir de même. Cet inftrument doit être recuit bleu.
- La Figure 8 repréfènte un Repoufloir de Tailleur pour les corps ; il leur 1ère à forcer les lames de baleine dans leurs places. Cet outil fe forge comme un Poinçon, excepté qu’on réferve fur la quarre de l’enclume, une platine derrière en a, de 1 épaiflèur d'une piece de douze fols , laquelle leur fert comme de crayon pour marquer les étoffes à la réglé. Le bout de cet outil fe termine pan deux pointes qu'on voit en c: elles font faites avec une petite lime à Couteau | mince ; le manche eft fait au tour & en buis,
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- Première Partie, Chapitre XXL §. IL Des F ujîls propres à donner le fil aux Couteaux ( * ).
- r47.
- Le Fufil rond ne différé point du Poinçon pour la forge. On en fait de quarrés, d'hexagones &. d'oélogones : toutes ces efpeces le forgent de même, & on les forge proprement en marquant tous les pans au marceau. La Figure io en fait voir un à 8 pans fans manche.
- La Figure 13 en fait voir un à 4 pans monté avec la virole : ces deux derniers fe font à la meule & à la polifîbire. Celui à quatre quarres s'émoud fur une meule de 10 à 12 pouces de hauteur, & la polifîbire un peu plus bafîe , mais bien ronde ; celui à huit quarres s’émoud fur une meule de 4 à 5 pouces, & la polifîbire de la même hauteur : l’un & l'autre doivent être émoulus bien vive-: ment, pour que les angles foient bien vifs.
- La Figure 14 fait voir un Fufil rond forvant aux Corroyeurs & aux Parchemi-niers, pour donner le fil aux Lunettes. Cet outil, à proprement parler , efl un Brunifloir : il efl poli à traits perdus, & la moindre paille ou cafîure, ou faute de la trempe, le rend incapable de fervir ; c efl: pourquoi il faut prendre de l'acier naturellement bien îàin : l'acier fondu y efl propre.
- Généralement parlant, tous les Fufils doivent être trempés dans toute leur force, & il ne faut leur donner aucun recuit, parce qu'ils font deftinés à enta-* mer les tranchants des Couteaux qui font trempés ; mais ayant du recuit, ils cedent à un outil qui efl plus dur , parce qu’il n'a pas été recuit.
- La Figure 1 J fait voir un Fufil de Boucher, rond, auquel on fait des dents en longueur avec la quarre d'une vieille râpe ou d'une lime taillée à gros grains; Comme ces Fufils font fojets à frapper contre les tables, ils font fojets à caffer , parce que la matière ne doit point avoir de recuit. Pour obvier à cet inconvénient , on les fait avec du fer ; pour cet effet on prend du carillon de 6 lignes d'épaiffeur en quarré ; on le forge bien, on l'arrondit ; & après qu'il efl limé , on le trempe en paquet.
- La trempe en paquet fe fait avec plufieurs chofes ; quelquefois on y emploie des ingrédients qui n'ont aucune vertu pour durcir le fer. Nous penfons que trois drogues fuffifent ; favoir , une partie de foie de cheminée, une demi-partie de cendres de bois-neuf, & une demi-partie de charbon de bois pilé, c’eft-à-dire , une livre de foie,demi-livre de cendres, & demi-livre de charbon ; le tout étant pulvérifé & mêlé enfemble dans un pot de terre, on en fait une pâte avec de l'urine ; on l'étend for une demi-feuille de tôle ; on arrange les Fufils for cette compofition, de forte qu’ils ne fo touchent pas, mais qu'il y ait de la pâte entr'eux : on met même une couche de cette pâte fur les Fufils, une autre rangée de Fufils, & enfin autant de rangées de pièces, autant de couches de pâte ; on couvre enfuite la derniere rangée avec une autre tôle ; on lie ce paquet
- (*) Toutes les Planches des Chapitres fuivants n’ont point d’Echelle , parce que tous les objets font au naturel.
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- 148 eart du coutelier.
- avec un peu de fil d’archal ; on expofe ce paquet à un feu de fourneau à vent : il ne faut qu’une heure & demie de chaleur pour durcir le fer de l’épaiffeur dune piece de douze fols ; 8c bien plus , fi la boëte de tôle, qui renferme le tout, eft bien clofe , qu'on ait mis de la terre à four tout autour, quelle foit, comme on dit, bien lutée, il ne faut que huit heures de temps pour changer tout le fer en acier, étant de 3 ou 4 lignes de grofleur, pourvu que le feu foit poufle vivement.
- On profite de la chaude du paquet pour tremper les pièces qui font dedans : quand les Fufils font trempés , on y met des manches de corne tenus par trois clous ? & on laiife l'anneau d à jour, parce qu ii'fert à y paifer un cordon pour le pendre au côté.
- §. III. Du Grattoir.
- Pour forger les Grattoirs, il faut étirer d'abord tout l’acier à 4 lignes de large, 8c de 2, lignes d’épaiffeur ; pour lors on ne fait que donner une.petite chaude grafle à la pointe, laquelle on allonge de court 8c bien pointue ; enfùite on entaille la queue fur la quarre de l’enclume , comme l’indique la Fig. 1, à la lettre D ; on fait tomber la pane du marteau fur la ligne ponéluée : (c’eû ainfi que s’entaillent toutes les queues des outils dont les lames fe forgent au bout de la barre ) ; ayant entaillé la queue , le Grattoir fe trouve formé, mais il eft moitié plus étroit quil ne le faut ; alors on l’élargit avec la pane du marteau s pour amincir le bord du tranchant; & Ton a foin de réferver la vive-arête du milieu, ce qui partage la lame à deux tranchants ; après cela il faut le rabattre , c eft-à-dire, le parer avec une tête de marteau un peu ronde, & on finit par allonger la queue à coups de pane de marteau, dans la même pofition quelle a été entaillée en D , 8c on la coupe par un coup de la quarre de l’enclume, ou par un coup de tranche, comme l’indique la lettres. Tous les Grattoirs étant forgés, on les met à recuire (* ). 1
- On commence par les marquer ; enfùite on drefle la queue, & l’on bat la lame un peu à froid, tant pour faire fauter les écailles que le recuit occafionne fur l'acier, que pour refferrer les pores de l’acier que le recuit a un peu trop dilaté.* Pour limer le Grattoir , on commence par drefler le tranchant, lui faifànt faire un ventre régulier ; enfùite on lime les quatre faces du tranchant par le plat * après quoi on lime la queue fur le bois à limer ; la lame étant faille dans l’étau à main, on la trempe & on la recuit couleur de paille.
- Le manche du Grattoir s’ébauche à la plaine, on le dégroflît à la râpe, & on le finit à la lime ; après quoi on le perce & on cimente la lame fur le manche ; puis on l’émoud , on le polit, enfùite on grattele le manche & on le finit à la dent.
- » (*) Pour ne pas répéter à chaque ouvrage qu’il foir ) , fe font recuire ; ainfi nous ne ferons plus
- faut le faire recuire , je dis ici que généralement mention du recuit, tous les ouvrages d’acier , ( à l’exception du Ra-
- La
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- Première Partie. Chapitre XXL 149
- La Figure n repréfente un Grattoir prêt à être cimenté ; 8c la Figure 12 r un Grattoir à un fèul tranchant fur fà convexité, qu’on appelle à la Régence.
- Le Grattoir ne fàuroit être trop dur ; auffi nous fixons le recuit à la couleur de paille ; comme il fert à gratter une lettre ou un mot fur le papier ou le parchemin , il lui faut de la dureté pour réfifter long-temps.
- Le Grattoir indique comme il faut travailler quantité d’autres outils qui font compofes de deux tranchants. La Figure 4 & 5 ne différé du Grattoir que par fà force & fà longueur. Ceft un Couteau à plomb de Vitrier ; fon tranchant doit être auffi dur, mais plus fort 8c plus nourri que celui du Grattoir ; fon manche eft comme celui d’une lime avec une bonne virole de fer, & au bout ceft une mile de plomb que les Vitriers arrangent eux-mêmes, & qui leur fert de marteau.
- §. IV. Des Canifs droits ,fermants, & de toutes les façons, & des Coupe-cors«
- Les premiers Canifs ont été faits avec deux clous & fans reflbrt : ceft par-là que nous allons commencer. Il faut étirer l’acier d’une ligne & demie d epaifleur, & de 3 lignes de large, bien entendu que c’eft pour le Canif fermant, dont la lame eft plus forte & plus large que celle du Canif droit.
- On donne une petite chaude graffe en faifànt la pointe ; enfuite on porte l’acier fur la quarre de l’enclume, comme pour faire une queue ; mais on jette toute la lame d’un côté ; cette entaille eft repréfentée en f> Fig. 16 : elle fait le battement du clou ; après cela on porte le côté du tranchant fur la tranche comme en e, Fig* 9 , & Ion donne un petit coup de marteau pour former l’é-yuidement qu’on voit en g 9 Fig. 16 ; enfuite on élargit le tranchant avec la pane du marteau ; on le rabat avec la tête, & l’on coupe la queue d’un coup de tranche.
- On marque les Canifs fur un petit tas ; on perce enfuite le trou d’un coup de pointe ou au foret ( *) , & on le lime entièrement, en commençant toujours par dreffer le tranchant ; on fait une entaille en h, pour former un bifeau fur chaque côté, 8c former au dos un tranchant fait de court, lequel fert à racler les -plumes, quand l’encre y eft attachée 8c féchée ; étant tout limé, on le trempe ; enfuite on l’émoud, on le polit, l’ayant monté fur un faux manche ou dans des tenailles de bois.
- Le manche de ce Canif étant dégroffi avec la râpe, il faut lui donner un trait de fcie bien au milieu de fon epaifleur 8c bien droit, pour y loger la lame ; ce trait eft indiqué tel qu’il le faut par la ligne ponétuée H H, après quoi on préfente la lame fur le manche pour contre-marquer les deux trous & les percer
- (*) On voit bien que fi nous étions obligés <3e faire voir les Figures exprès pour chaque ouvrage , cela iroit à une quantité prodigieufe de Planches ; mais comme toutes les pofitions & les
- Coutelier , I. Fart.
- différences de travailler font décrites à la page 75* & fuivantes, & démontrées par les Figures des Planches 12,13 & 14, cela doit fuffire: ou peut les confulter félon que le cas l’exige.
- rp
- Planches 26 & 27.
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- xjo L'ART DU COUTELIER.
- tout de fuite ; puis on monte la lame for le manche avec deux faux clous : on
- lime la longueur St la largeur qui font de trop au manche; on ôte les faux clous ;
- on abat les pans du manche, on le façonne , on le grattele St on le finit à la*.
- dent.
- Toutes les autres efpeces de Canifs ne different de celui-ci que par le manche , le talon de la lame & le reflort ; ainfi au Chapitre XV, qui traite des Modèles , on trouve ceux des Canifs à reflort bien détaillés & repréfentés par les Figures de la Planches 19 St 20. Après avoir forgé les lames St les reflorts , on lime chacun fur leur modèle ; on les trempe , Stc.
- Les Figures 17 & 18 repréfentent deux manches de Canif à reflort qui font d’un feul morceau ; on leur donne un trait de foie de chaque côté en i i , pour le reflort, & en j j , pour loger la lame : ces deux Canifs font repréfontés tout montés par les Fig. 19 & 20. Les talons des lames , ainfi que les reflorts , font ponétués pour faire voir la place qu’ils occupent.
- La Figure 21 repréfente un Canif à deux lames, dont une eft courbe pour couper les cors des pieds.
- La Figure 22 fait voir un Canif portatif, dont le manche eft d’ivoire St à tranchant fur les deux côtés, lequel fort à couper les feuilles d’une brochure.
- La Figure 23 repréfente un Coupe-cors fixé fur fon manche ; & la Figure 24 en fait voir un fermant, & dont le manche eft, par fuppofition, les trois quarts d’une châiTe de Rafoir. Le Coupe-cors doit être bien trempé St recuit couleur de paille, ou tout au plus couleur d’or ; ils ne different du Canif que par la courbure , St doivent être faits d’acier' pur.
- Le Canif qui eft le plus en ufàge dans les Bureaux & pour les Ecrivains, eft celui qui ne ferme pas, & qu’on appelle Canif droit, parce que la lame eft fixe. On commence par faire tous les manches tels que nous avons fait ceux du Grattoir, Fig. 1 r.
- On forge une quantité de lames , & pour les faire avec diligence, il faut étirer l’acier d’une ligne d’épaifleur St de deux lignes de largeur ; on donne toujours une petite chaude graffe à chaque pointe , laquelle étant faite, on porte le dos du Canif fur le trou de l’enclume qui fort à placer la tranche : là on lui donne un petit coup de pane de marteau pour lui faire faire un petit croiflant qu’on Voit en K , Fig. 9. Ce qui étant exécuté, on porte la lame à la quarre de l’enclume devers foi, en l’entaillant en L , Fig. 2 ÿ ; on élargit le tranchant St on finit de forger le Canif par la queue qui eft au bout de la barre , & d’un coup de la quarre du marteau fur celle de l’enclume, on cafle la queue pour la féparer de la barre d’acier ; tout cela eft l’ouvrage d’une feule chaude pour un Forgeron habile. La Figure 25 fait voir un Canif forgé.
- Après avoir forgé le Canif, on le marque St on le bat un peu à froid ; Sc pour le bien limer, on commence par mettre la queue dans l’étau à main, St 5>n lime la lame en commençant par drefler le tranchant : on fait enfuite l’entaille
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- Première Partie. Chapitre XXL i $ r
- du dos, on abat les quarres du bifeau, & on tâche de limer les plats de la lame bien vifs , en aminciflànt le tranchant ; après quoi on lime la queue ; on les trempe comme nous l’avons décrit au Chapitre de la Trempe ; enfuite on cimente chaque lame dans fon manche en chauffant la queue à la flamme d’une chandelle. Nous avons dit à la page 148, comment on les polit ; ce qui étant fait, on grat-tele les manches , & on les finit à la dent ou aux défenfes de fànglier. La Figure 2 6 reprélente un Canif droit tout monté.
- §. V. Dejcription & maniéré de faire des Canifs dits Méchaniques ou à pompe ,
- à une & a plufieurs pièces.
- 1
- Pour faire un Canif dont la lame fe renferme dans le mançhe, étant pouflee par un bouton & fixée par un reflort, qu’on appelle Canif à pompe, on commence par faire le manche d’un bois dur & ferme tel que l’ébene ou le bois rofe : le mieux eft de les faire d’ivoire ; on dégroflk le manche à la râpe ; on le perce enluite au chevalet: le trou eft repréfenté en MM, Fig. 27. La Figure28 reprélènte le foret pour le percer.
- Enluite on prend l’écouene, Fig. 29, avec laquelle on fait le trou quarré, le tenant égal du haut en bas ; après quoi on perce les deux trous indiqués par m9 m9 Fig. 2 7, 8c par r9 q9 Fig. 30 ; prenez enluite le bec-d’âne, Fig* 31; faites la rainure de r à q 9 pour le pàflage du bouton, & pour aller & revenir de l’un à l’autre trou ; après cela faites une autre rainure en dedans au bout du manche, avec cette petite fcie à main qu’indique la Fig. 32 ; moyennant cette rainure 0, Fig. 30, le tranchant du Canif paflera librement fans frotter fur le manche ; la ligne p 9 Fig. 27, fait voir cette rainure intérieurement; après quoi on peut finir le manche de tout point. f
- Forgez enfuite un*morceau d’acier en quarré de 2 pouces de longueur , qui, étant tout ajufté dans le trou & adouci, aura 2 lignes d’épaifleur fur les deux faces ; faites enfuite l’entaille de r en q , Fig. 3 3 , laquelle recevra le reflort tenu & ajufté à queue d’aronde en r ; & le reflort eft repréfenté par la Fig. 34 de forte que R entre dans r ; percez enluite le trou en S 9 8c taraùdez-le pour recevoir le bouton.
- Pour faire le bouton, forgez un morceau d’acier rond, comme le fait voir la Fig. 3 J ; donnez-lui la forme qu’indique cette Figure ; taraudez le bout qui doit entrer dans le trou ; enfin on voit en Q, le bout en vis fini & tel qu’il doit être. La Figure 3 6 repréfente le reflort monté fur fon quarré, & le bouton vifle à fa. place ; quant à la lame, elle fe fait de même qu’une autre, on la cimente dans le trou percé au bout du quarré du porte-reflort.
- Pour faire aller cette machine fur le manche, faites entrer la Figure 36 dans le trou du manche, Fig. 38, jufqu’à ce que vous voyiez le petit trou qui porte le bouton, en face du trou vis-à-vis t ; alors placez le bouton dans fon trou, & avec le tourne-vis viffez-le légèrement,
- Planches 27 6c 28.
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- ïys L'ART DU COUTE LIER:
- Pour faire ce Canif à deux pièces, pour avoir le Canif & le Grattoir enfem-ble , on fait un manche à deux bouts femblables, comme le fait voir la Fig. 37: le trou eft percé de toute la longueur , parce que le même bouton foffit pour les deux pièces. La Figure 38 porte le Canif & le Grattoir, & fait voir tout le mé-chanifîne intérieur ; on voit la lame du Canif hors du manche , & la lame du Grattoir cachée > de forte qu’en pouflànt le bouton t en T, les deux lames fo trouvent renfermées dedans enfemble, comme le fait voir la Fig. 39 ; & enfin pouf fant le bouton de T en V9 le Canif fera enfermé , & le Grattoir fera hors du manche : il faut être adroit & avoir la main sûre pour faire la loge du tranchant du Grattoir dans le manche; c’eft avec la foie à main, Fig. 3a, que ce travaille fait.
- On fait des Canifs qui portent jufqu’à 8 pièces, & qui ne font pas plus volu-î mineux que ne le fait voir la Figure 40. C’eft toujours le même travail des autres , mais qui exige plus d’attention & d’adreffe ; car il faut percer quatre trous de $ pouces de longueur près les uns des autres, comme le fait voir la Fig. 44. Les épaiileurs qui féparent les trous, ne portent pas plus de trois quarts de ligne d’é-paiflèur, & c’eft là la grande difficulté ; parce que pour peu que le foret s’égare , même de l’épaifTeur d’un cheveu dans le milieu, avant d’être arrivé au bout, le foret eft entré dans le trou voifin ; mais communément ils fe font bien correctement & folidement à quatre pièces feulement, parce qu’alors on n’a que deux trous à conduire, comme le fait voir la Fig. 42. Ce dernier eft à deux boutons , dont un eft placé de chaque côté ; il faut aufii deux quarrés d’acier & deux reflorts,* comme le font voir les Fig. 41 & 43. Cette derniere porte le Canif d’un bout y; de l’autre bout jx: un Porte-crayon. A la Figure 41, un bout u porte le Grattoir, & l’autre bout j un Poinçon. Le Canif à quatre pièces eft fait de 6 pouces de longueur ; il fe divife en pouces & en lignes pour forvir à meforer dans l’occafion. Voye^ la Fig. 45.
- Ces elpeces de Canifs font très-commodes pour avoir tout avec foi dans fi poche, fans rilquer de fe blelîèr ; d’ailleurs , une fois la dépenfe faite , c’eft pour long-temps : le manche , for-tout en ivoire, & toute la machine, ne s’ufont pa$ û promptement.
- Lorfque les lames font ufées par un long fervice, on en fait mettre d’autres au même prix que toute autre elpece.
- (CHAPITRE
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- Première Partie. Chapitre XXII.
- I53
- CHAPITRE VINGT-DEUXIEME.
- JD es differents Couteaux fermants.
- Le Couteau étant un infiniment deftiné à couper plufieurs chofes, commele pain, la viande , &c, il s’en fait de différentes efpeces, de différents goûts & de différentes grandeurs ; nous allons en détailler la plus grande partie, en exposant fous les yeux les Figures de grandeurs naturelles. Il efi à propos de forger la lame, le reffort, & toutes les pièces qui compofent le Couteau ; mais aupara-; yant il faut difpofer le manche.
- Pour faire un Couteau à platines, on prend une feuille de tôle, Sc avec une réglé & une pointe, on trace les largeurs Sc les longueurs dont on a befoin ; on en coupe enfuite avec des Cifàilles. D’après cela il faut donner un peu de corps à la tôle ; pour cela on la bat à froid fur fendu me , pour la bien écrouir ; on drefle & on lime enfuite toutes les platines fur les modèles dont nous avons donné les différentes formes au Chapitre XV. Lorfque les platines font limées & percées, il faut les monter fur leurs clous. Voye^ Fig. 2 & 3.
- Pour les Couteaux que fon fait fans platines, on dreffe les manches fur les modèles, comme les platines ; que ce foit du bois, de la corne, de f ivoire, de f écaille , c eft la même chofe.
- §. I, Maniéré de forger les lames de Couteaux a reffort s.
- s
- Il faut étirer f acier ou f étoffe de la largeur Sc de la force convenable aux lames dont on a befoin ; par exemple, la largeur de 10 lignes fur deux d’épaif feur, fe ménageant la facilité de forger plufieurs fortes de lames.
- Il faut commencer par faire chauffer l’étoffe de la longueur quil faut pour une lame ; par une chaude graffè, faites la pointe Sc entaillez le talon du côté du dos , fur la quarre de l’enclume æ, Fig. 1 ; enfuite portez le côté du tranchant fur l’autre quarre de l’enclume b, pour lui faire l’autre entaille ; après cela étirez la lame de la longueur qu’il la faut, en la mefurant avec le manche placé près de l’enclume, Fig. 2, Sc Fig. 3 , de forte que la lame étant étirée, aura la forme de la Fig. 4.
- Il faut enfuite la difpofer pour la rabattre, en lui donnant une courbure douce, comme le fait voir la Fig. jf. Comme en l’élargiflant avec la pane du marteau , pour amincir le tranchant, 011 donneroit malgré foi la fçrme de fàbre de Houf-làrd, 8c que cette lame feroit très-difficile à dreffer ; par cette même raifon, quand on forge une lame de Serpette , ayant de l’élargir, il faut lui donner beaucoup Coutelier , /. Part. Q q
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- JPlanche
- 3°i
- 154 VART DU COUTELIER.
- plus de courbure, voye[ la Fig. 6, pour l’avoir comme il la faut Fig. 7, lorf-
- qu’elle eft finie de forger.
- On élargit la lame à coups de pane de marteau ; on amincit le tranchant, mais on lui laifïe l’épaifïeur d’une piece de 24 fols ; enfiiite on la rabat avec une tête de marteau un peu arrondie ; on répare bien les coups de la pane ; après cela on la coupe d’un coup de marteau fur la tranche à la ligne A, Fig. y ; on prend enfuite la lame dans les tenailles, pour donner une petite chaude au talon, & la lame fera forgée , comme le repréfente la Fig. S.
- Il y a des efpeces de lames auxquelles on n’entaille pas le talon par le côté du dos ; ce font les lames des Couteaux à la Berge , celles des Couteaux à bafeule 9 & même celle du Couteau à mouche ; mais à cela près, elles fe forgent fuivant les mêmes principes.
- La Figure p repréfente un Poinçon de Couteau de Roulier; le talon s’entaille de même que la lame du Couteau, & l’on finit enfuite de la forger telle que cette figure le fait voir.
- La Figure 10 repréfènte un Tire-bouchon en crochet: le talon s’entaille de même ; Sc lorfqu’il eft forgé de la longueur qu’il convient, on plie le bout en crochet fur la bigorne de l’enclume avec un petit marteau.
- Une autre efpece de Tire-bouchon, qui fe fait d’une feule tige droite, & dont les ailes font faites à la lime en vis ; pour cet effet on forge la meche pleine Sc ronde, de la forme que le fait voir la Fig. 11.
- ' Pour une autre efpece de Tire-bouchon, qui eft encore plus ufitée, après avoir entaillé le talon, étirez le refte de la meche, comme la Fig. 12, en rondj pliez-le enfuite en équerre, mais les angles arrondis ; après cela pliez-le fur la gauche en forme de vis, comme le fait voir la Fig. 13 ; & quand il eft tout-à-fait tourné & ferré également l’un contre l’autre, ouvrez les filets avec une vieille lame de Couteau, pour les faire écarter avec précifion, & coupez enfuite le talon fur la tranche. On fait de bons Tire-bourres en roulant un fil d’acier fur un mandrin, & on le trempe enfuite.
- §. IL Maniéré de forger les refforts de differentes formes:
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- Tous lés reflorts, pour être bons, doivent être faits d’acier pur ou de plu-, fleurs aciers corroyés enfèmble; mais il n’y faut point mêler de fer.
- Ayant étiré l’acier de l’épaiffeur qu’on a befoin, on porte la partie D, de la Fig. 14 , fur la bigorné de l’enclume, pour faire le dégagement; enfuite on élargit le bout de la crofte en l’aminciflànt, après quoi on le coupe fur la tranche à la ligne d ; on prend la croffe dans les tenailles droites 9 Sc l’on finit d’étirer l’autre partie.
- Pour un refïort de Couteau à plufieurs pièces, il faut étirer les deux bouts également*
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- Première Partie. Chapitre XXII. i y y
- Quand c’efl pour un Couteau à mouche , on réforve une épaifîeur au bout e ,
- Fig. x6 , en lui donnant une forme triangulaire, Sc dont une des quarres eft plus forte que les deux autres. Voye^ la Fig. 17 ; faites chauffer ce gros bout à blanc ; portez la quarre forte fur la rainure E, Fig. 18 , ( c eft un outil fait exprès , quand on ne fa pas , on fait ce travail dans un fort étau ) , Sc en 3 où 4 coups de marteau vous aurez une mouche réforvée comme la Fig. 19.
- Un reflort brifé, Fig. 20, fe forge tout uni, excepté qu’on laiflè une hauteur enf9 pour faire la petite poire.
- Pour faire un reflort de Couteau à 3 pièces, il faut étirer les deux bouts ,
- Fig. 21, de la largeur Sc de la longueur qu’il convient ; enfuite il faut plier les deux bouts fun fur l’autre, comme la Fig. 22 ; Sc par une bonne chaude graflè fonder toute la partie G G , l’étirer , Sc l’on aura un reflort pour un Couteau à trois pièces , Fig. 23.
- Un reflort de Couteau à pompe fe fait de plufieurs maniérés ; mais voici la plus expéditive & la plus folide : faites tout le contraire d’un reflort à trois pièces 9 c’eft-à-dire , examinez la Fig. 22 ; & au lieu de fouder la partie G G9 fondez celle G h par une chaude grade; étirez enfuite cette partie de la longueur Sc de la forme qu’il la faut, ou pour un Couteau à deux pièces , ou pour un à la Cha-roloife; ce qui étant fait, ouvrez la partie qui n’eft pas foudée,avec un Couteau : que cette ouverture foit comme le repréfente la Fig. 24 , afin de blanchir & de drefler le dedans avec une lime plate ; après quoi faites-le rougir couleur de cerifè tout au plus ; entrez l’outil, Fig. 2 y , dans la fente, & à petits coups de marteau reflerrez le reflort fur f épaifîeur de l’outil qui eft un mandrin , lequel vous donnera jufte la place de la bafcule, pourvu que l’épaifleur de cet outil foit bien dreiïee à la lime.
- Il y a quantité de reflorts dont nous pouvons ne point parler ; les fept efpeces que nous venons de décrire , fuffifent pour expliquer les principes de la maniéré défaire toutes autres efpeces de reflorts.
- §. III. Ajjemblage des pièces qui compofent un Couteau & une Serpette.
- L’espece de Couteau la plus commune, eft celle qu’on appelle Eujlache .............-
- Dubois, Fig. 26, lequel n’eft compofé que d’une lame, d’un manche de bois , Planches & d’un feul clou. »
- Le Couteau appellé à la Capucine , Fig. 27, eft compofé d’une lame, d’un manche de corne de mouton , Sc de deux clous ; le manche eft d’une piece, auquel on fait la place de la lame par un trait de fcie de la profondeur que la ligne ponétuée le fait voir.
- Je pafle légèrement fur ces fortes de Couteaux, parce que M. Fougeroux de Bondaroy, eft entré à leur fujet, dans de grands détails dont il a fait part à l’Académie,
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- L'ART DU COUTELIER.
- La Figure 28 repréfonte un Couteau à reflort, qu’on appelle a bec de Corbin ; il eft compofé d'une lame, d’un reflort, de deux côtés de manche, & de 3 clous : cette mode eft très-ancienne ; elle n’exifte plus, parce que la pointe du bas du manche perçoit les poches ; h, fait voir la place qu’occupe le talon dans le manche, & H H, la place qu’occupe le reflort, l’un & l’autre intérieurement.
- La Figure 29 eft le Couteau a la Charoloife, appellé aufli a crojfe, par rapport à la rondeur du bas du manche ; celui-ci a foccédé à l’autre : il eft compofé des mêmes pièces ; ces figures font voir les places qu’occupent le talon de la lame & le reflort intérieurement.
- La Figure 30 montre un Couteau à poinçon, à manche de bois de cerf, & dont les talons de la lame & du poinçon font quarrés ; on voit également les places qu’occupent les talons & les refforts.
- La Figure 31 repréfente un Couteau à la Charoloifo & à Tire - bouchon en crochet, dont le manche eft de bois rofe , débité obliquement & en demi-travers.-
- Tous les Couteaux à reflorts, à deux ou à plufieurs pièces, exigent une place convenable pour loger chaque piece dans le manche. Or ces places fe pratiquent for les épaifleurs des manches & des platines en dedans. La Figure 32 repréfente ces places ou entailles en j j, fur l’épaifleur de la platine, & la profondeur eft d’une ligne ; cela eft foffifant pour loger la pointe des pièces à côté du talon ; il faut obferver de ne pas pouffer l’entaille jufqu’au talon ; il faut au moins y laifler une moitié de largeur de diftance ; fons quoi, la pointe frottant fans ceflè avec le talon, s’uferoit & s’ébrécheroit.
- La Figure 33 eft une lame de Serpette ; la Figure 36 la lame & le reflort montés for un côté du manche feulement, & la Figure 3 6 une Serpette toute finie. De plus, ces trois Figures repréfentent les trois courbures que doit avoir cet inftrument. Figure 36 eft la demi-courbe ; Figure 35 , la courbe en croiflànt ; Figure 3 3 , la courbure en bec de corbin ; Figure 37, eft une petite Serpette pour les efpaliers ; & Figure 34, une Serpette à vendanger, montée a queue fur un manche commun. Figure 39 fait voir un Greffoir appellé aufli Ecuffonnoir, la pointe eft faite en Coutelas, pour fendre l’écorce de l’arbre; au bout du manche eft ajufté un bout d’ivoire j, qui fert à détacher l’écorce que la lame a coupée, pour y placer i’écuflon. La Figure 40 fait voir le bout d’ivoire détaché du Greffoir j, & fon épaifleur.
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- Première Partie. Chapitre XXII. $. IV. De r Echenilloir.
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- La Figure 41 repréfente un Echenilloir pour couper les branches nuifibles dans un Jardin : cet infiniment doit être fait en étoffe, afin qu’il puiffe réfifter à la fatigue : il s’en fait de trois grandeurs ; nous allons en faire un petit qui , félon la Fig, 4r , aura y pouces de long fur 4 de large.
- Ayant forgé fétoffe de 18 à 20 lignes de largeur, & deiy à 16 d’épaifîèur; étant bien foudée, on l’applatit par le bout en l’élargiflànt jufqu’à la réduire à fépaiffeur de 4 à 5 lignes, & de la longueur de 3 pouces , pour lui donner la forme de la Figure 42. Faites enfuite chauffer l’étoffe prefque à blanc, & avec le Cifèau fendez toute la partie qui eft repréfentée par la ligne m jufqu’à M ; enfuite faites-en autant de l’autre côté, fiiivant la ligne depuis n jufquà N J enfuite ouvrez ces deux parties en croix pour leur donner la forme de la Figure 41 ; prenez garde de ne pas corrompre la matière en MN9 ce qui arriveroit fï on brufquoit la matière : il faut la faire obéir avec ménagement, & commencer par donner le contour convenable à la partie o qui forme la Serpette ; on amincit le tranchant à la partie concave ; enfuite il faut former la hachette p ; faites enfuite la partie ÿ, qui eft le Cifeau ; on finit en arrondifiant le refte de foutil ; & en dégageant du marteau le bout qui fait la queue, elle doit être taraudée, pour être montée au bout d’un bâton de y à 6 pieds de long.
- La piece étant forgée, il ne s’agit que de la limer correélement, pour lui donner la grâce qui lui convient, la bien adoucir, la tremper , & lui donner le recuit couleur de cuivre rouge ; faites enfuite le tranchant fur la meule & fur la polifloire, ayant foin qu’il foît au moins aufîi fort que celui du plus fort Couteau de cuifine ; pour plus grande propreté, on le finit au bois & à l’émeri : la partie o fert à couper du haut en bas , la partie p coupe de côté comme une hache , de droite & de gauche, & la partie q coupe de bas en haut.
- §. V. Des Couteaux à plusieurs pièces.
- Il eft fort commode à un Voyageur d’avoir un Couteau compofe de trois pièces, comme le repréfente la Fig. 43 ; favoir, d’une lame tranchante, d’un poinçon K, pour raccommoder quelque cuir qui a rompu, d’un Tire-bouchon à crochet, ou bien à la place du Tire-bouchon , d’un Canif. Ce Couteau eft toujours fait avec des platines ; pour éviter le frottement des deux pièces en-femble, on ajufte une petite piece d’acier nommée entre-deux : on la voit Fig. 44 , où elle eft repréfentée ajuftée au reiîort, Fig. 45. Elle s’ajufte au moyen d’un clou qui la joint au Couteau entre les deux pièces, & le petit bout eft fixé dans une rainure qui eft pratiquée au milieu du reflort / • il fert aufïï de repos à J.a pointe de la lame , quand elle eft fermée,
- Coutelier , /, Part. R r
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- Planche.
- 3 h
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- ij8 FART DU COUTELIER,
- La Figure 46 repréfente un Couteau à 6 pièces, propre aux Amateurs des Jardins & de ï Agriculture : il eft compofé d’une lame 1, dune Serpette 2,, d’un Poinçon 3 , d’une Scie 4 , d’un Tire-bouchon y , & d’un Canif 6. Ce Couteau exige trois reflorts , deux platines d’acier un peu fortes, Sc deux côtés de manche. La Figure 47 repréfente la difpofition de ces pièces 57,7, font les deux côtes de manche ; 8 , 8 , font les deux platines ; 9, 10, 11, fervent à loger deux pièces ; de cette maniéré la pointe de la lame va repofer en 12, Sc le Canif fe loge au côté gauche de la lame ; la pointe de la fcie va repofer en r 3 , Sc la Serpette fe loge à fa droite ; relient les vuides du milieu 10, ou fe logent le Poinçon & le Tire-bouchon, lefquels fe trouvent bout-à-bout dans le milieu Sc làns fe toucher.
- Chaque piece étant fermée, on auroit de la peine à les ouvrir, fi l’on ne pra-tiquoit pas une entaille à chaque piece pour placer l’ongle du pouce, Sc pour faciliter la prifè; cette onglette fe voit à chaque piece en 14, iy, 16. Pour faire cette onglette, on plie un peu la piece fur l’endroit qu’on veut entailler,’ Sc on lime avec la quarre d’une lime demi-ronde, jufqu’à la moitié de l’épailïeur de la piece.
- Quant aux petites pièces, le Canif, la Serpette, le Poinçon Sc le Tire-bon-* chon, les unes entretient trop avant dans le manche, Sc on auroit de la peine à les fortir ; le tranchant des autres porteroit fur le reflort Sc feroit toujours ébréché ; mais on obvie à ces inconvénients, en réfervant une petite éminence au talon, qu’on appelle mentonneti voyez en r, Fig. 48. Ce mentonnet porte fur le reflort quand la piece eft fermée, laifïe le tranchant libre, Sc réglé la fortie de la lame hors du manche , félon quelle eft plus ou moins large.
- Pour monter toutes les pièces de ce Couteau, il faut commencer par mettre deux clous , celui du haut Sc celui du bas, Fig. 49 , fur la côte droite ; on place enfuite la lame R dans le clou , & de l’autre côté la Scie S ; fur ces deux pièces on place une platine , & fur cette platine , d’un côté le Poinçon, & de l’autre le Tire-bouchon ; fiir ces deux pièces on place l’autre platine ; enfin fur cette platine, on met d’un côté le Canif Sc de l’autre la Serpette ; ayant couvert le tout avec l’autre côté du manche , on ferre les deux clous jufte, mais fans les river ; on met enfuite chaque reflort à là place ; & comme ils ont ce qu’on appelle de la bande, les deux bouts portent fur les talons, tandis que le milieu t fort du manche ; on place le Couteau entre deux linges dans l’étau, de forte que les mâchoires le ferrent en r T, & par ce moyen on oblige les pièces à fe mettre à leur place ; alors vous verrez paroître les trous au travers de celui du manche , Sc étant muni d’un clou long fait en pointe , entrez-le dans le trou u , Fig. 49 , faites-le traverfer à petits coups de marteau , après quoi fortez-le de l’étau pour faire entrer les trois clous l’un après l’autre , tant qu’ils voudront entrer j yous pourrez enfuite les river, & le Couteau fera monté.
- .Tous les Couteaux à reflort fe montent de même ; tous ceux dont nous venons
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- de parler peuvent être limés fur les modèles ; mais comme nous n avons pas encore expliqué comment on doit limer un Couteau à reflort , nous allons en parler dans le Paragraphe fuivant.
- §. VI. Comment il faut limer, ajujler & finir un Couteau a rejfort
- & h la Militaire.
- Prenez deux platines, Fig. r,limées & dreffées fur lun des modèles détaillés ,"'= au Chapitre XV ; commencez par ôter le clou du haut ; préfentez la lame entre Planche les deux platines ; laiffez-la déborder un peu de chaque côté, contre-marquez ^ le trou avec la pointe dun petit foret ou avec celle d une épingle de cuivre ; ôtez enfuite la lame ; contre-marquez-Ia en ajuftant la pointe directement fut la marque de l'épingle , Sc percez le trou au foret ( * ) ; remontez enfinte la lame fur les platines; aflujétiflez-la avec le clou, & commencez à limer la partie du talon A A, jufte aux platines ; fermez enfuite le Couteau en équerre , pour limer la fécondé face du talon b, Fig. 2 ; après quoi fermez la lame comme le fait voir la Fig. 3, pour limer la troifieme face du talon B, & marquer en même temps la longueur de la lame c ; ouvrez enfuite la lame comme la Fig. r ,1 rognez la pointe que vous avez marquée ; dégroffiftez bien la lame par le tranchant & par le dos ; après cela difpofèz-vous à faire fentaille D de la façon que l'indique la Fig. 4.
- E E eft un morceau de bois épais de y à 6 lignes, entaillé en équerre au bout pour recevoir la pointe de la lame, tandis que l'étau tient la lame fixe en la ferrant par le talon avec le bois , comme on le voit en f; étant ainfi, ferrez le bois dans l'étau ; entaillez vivement fur la ligne D ; blanchilfez la lame tout le long du plat en dreflant l’épaifteur du dos & celle du tranchant ; démontez enfuite la lame, pour en faire autant fur l’autre côté ; ce qui étant fait, marquez-la du poinçon, à 4 ou 5 lignes près de l'entaille D, Sc à deux ou 3 lignes près du
- dos. ‘
- Remontez la lame fur les platines, comme la Fig, 2 ; ôtez les deux autres clous du bas, & préfentez le refîbrt entre les platines, tel que l'indique la Fig. 3 ; contre-marquez & percez le trou du bas c ; enfuite battez-le un peu à froid, & mettez-y le clou ; limez le dedans du reiïort, mais feulement la partie qui doit frotter avec le talon de la lame ; faites entrer enfuite le reffort à fà place, comme l'indique g h , Fig. 2 ; ferrez la partie h H dans l'étau ; percez le trou du milieu du reffort à moitié , étant tout monté fur les platines, & vous finirez de le percer étant démonté. Ayant monté toutes les pièces, enfoncez le clou à petits coups de marteau tant qu'il voudra entrer ; car vous ne pourrez jamais limer jufte fans
- (*) Pour travailler folidement, quand une lame eft percée, il faut la battre un peu à froid , pour reflerrer les pores, Sc fur toutes chofes il faut battre le côté du dos du double plus que le
- tranchant ; c’eft un travail efficace pour empêcher les caiïures qui fe font au tranchant, à la trempe ; nous en examinerons les raifons au Chapitre de la trempe.
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- ïtfo L'ART DU COUTELIER;
- cette attention : limez le reffort en g jufte à la platine ; faites-en de même tout autour du relîbrt h i ; démontez enfuite le reffort pour drelfer le dedans tel qu’il doit être ; ce qui étant fait, remontez-le , & attachez-vous à ajufter le battement de la lame j avec le bout du reffort g ; ayez foin qu’on n’y voie point de jour au travers , quand la lame fera ouverte comme la Fig. i ; attachez-vous enfuite à faire fermer la lame jufte ; que le reffort ne déborde point dans aucune des polirions du Couteau , c’eft-à-dire, étant ouvert Fig. i, étant à demi-fermé comme la Fig. 2 9 & étant fermé comme la Fig. 3. Démontez enfuite le Couteau pour l’adoucir par-tout, & fi vous voulez pouffer quelque moulure ou quelque filet fur le dos, c’eft alors qu’il faut le faire ; après cela on donne la bande au reflbrtj on dreffe les pièces avant de les tremper , & enfin on les trempe.
- Il faut que le talon & le reffort foient également durs, {ans quoi celui qui fera le plus tendre fera entamé par l’autre. Communément c’eft le talon qui eft plus dur que le reffort ; alors le remede eft de faire rougir des tenailles de forge , pincer le talon, & le recuire bleu.
- Quand le Couteau eft trempé, il faut le redreflèr fur le tas, Sc l’on fè difpofè à l’émoudre ; pour tenir la lame fur la meule, on la monte fur une pair© de tenailles en bois de buis que l’on ferre avec un coin. Koye^ la Fig. y. On émoud un Couteau en planche ; on le blanchit bien ; on dreffe l’épaifleur du <los Sc celle du tranchant ; enfuite on leve un petit morfil par un bifeau qu’on tire de court ; on arrondit ce petit bifeau , & la lame eft émoulue.
- On prend enfuite le reffort que l’on émoud vivement tout le long du plat ; & pour qu’il s’ajufte bien avec les platines, on rire l’épaifleur bien correéte du haut en bas , & fur-tout qu’il creufe un tant fbit peu vers les trous, plutôt que d’y avoir une bofle. Après qu’il eft émoulu Sc bien dreffe, il faut monter tout le Couteau pour voir fi la trempe n’a pas dérangé le reffort ainfi que la lame ; on examine fi l’épaifleur du reffort eft conforme à celle du talon de la lame ; enfuite on polit les dos ; pour cet effet on fe fert d’un morceau de bois de la longueur de 4 ou y pouces, fur 2 pouces de largeur, & de 5 à 6 lignes d’épaif feur, auquel on donne un trait dç fcie pour recevoir les lames & les reflbrts , pour en polir les dos. Voye£ la Fig. 6. D’après cela on peut polir la lame fi l’on yeut, ou bien après que le Couteau eft tout monté , cela eft indifférent.
- Quand c’eft un Couteau uni fans aucune garniture , on prend le manche pour l’ajufter fur les platines ; on lui donne un coup de meule en dedans ; enfuite on le perce ; on le lime tout autour ; on égalife les épaifleurs ; on le monte avec des clous de bois , pour abattre les pans ou pour les arrondir : on façonne entièrement le manche, on le grattele, on le polit ; & après avoir arrondi, adouci Sc poli les platines, on monte le Couteau : il eft fini ; mais un Couteau à la Militaire fe fait autrement.
- Quand la lame & le reffort font prêts à être montés, il faut fouder les garnitures , comme nous l’avons expliqué au Chapirre XIX, des Soudures. On met les
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- Première Partie. Chapitre XXII. 161
- platines l’une fur l’autre, pour limer la largeur du fer de l’épaifTeur qu’on veut mettre l’argent ; & lorfqù’il eft foudé, comme le fait voir la Fig. 7 en L, on ajufte le manche de la maniéré que le fait voir la Fig. 8 ; cependant après l’avoir évuidé fur la meule , afin qu’il ajufte bien fur les platinesil faut que la partie K foit exactement ajuftée d’épaifleur & de longueur pour entrer dans la partie X. Après cetajuftement, il faut percer le trou du manche & celui de la garniture L étant l’un dans l’autre ; enfuite fraifez le trou du côté de l’argent, afin que la rivure foit fuffifàmment large & forte pour contenir la lame folide.
- A un Couteau à la Militaire , on ne perce pas le trou du milieu du manche, il fufBt de percer celui du bas du reflort ; enfuite on émoud les platines, on amincit un peu les bords , en réfervant l’épaifTeur dans le milieu. Quand on veut un Couteau bien léger, on amincit les platines également par-tout : alors pour lui donner une force qui, en quelque façon , n’eft pas réelle, on emboutit un peu les platines en gouttière, tournant le côté concave vers la côte du manche, & le convexe en dedans du reflort ; on arrondit enfuite les platines tout autour , on les adoucit & on les polit.
- Pour monter un Couteau à la Militaire, on commence par river le clou du milieu fur les platines, ou bien on lui ajufte un tenon làns rivure ; & pour que ce clou ne faflè pas bailler le manche, on donne un coup de gouge au manche pour lui faire un petit trou, de telle forte que la rivure ou le clou puifle s’y loger à l’aife ; enfuite on rive le clou de la lame fur l’argent ; après cela on rive le clou du bas du reflort.
- Pour dilpofcr à mettre la cuvette, commencez par faire fa place entaillée en M, & donnez au bout du manche la même forme que vous voulez donner à la cuvette ; ftippofons celle-ci M, Fig. 7, ronde, laquelle s’appelle a la Tartare\ la place étant arrêtée, prenez-en la mefure avec un morceau de carte, lequel vous donnera la longueur jufte ; cependant il faut la rogner un peu : découpez cette carte fur la longueur de la cuvette ; elle aura la forme de la Fig. 9 ; pliez-la par le milieu comme une virole, elle fe trouvera comme la Fig. 10 ; liez-la avec du fil d’archal, & foudez les deux bouts qui fe touchent ; enfuite fur une petite bigorne faite exprès, Fig. 11, emboutiflez-la dans le milieu à petits coups de marteau; faites approcher les bords peu-à-peu, jufqu’à ce qu’ils s’ajuftent bien : foudez enfuite ces bords en mettant la foudure dans la cuvette , & après cela recrouiflez-la bien fur la bigorne ; enftiite ajuftez-la au Couteau.
- On fait encore des cuvettes différemment : on coupe deux morceaux d’argent un peu plus grands que la moitié de la cuvette ; on les pofe l’un après l’autre fur un plomb, & avec le même mandrin on eftampe ces deux moitiés à coups de marteau ; ces deux moitiés lortent toutes embouties , on les ajufte l’une après l’autre , on les foude enfemble : cette cuvette eft bien plutôt faite de cette maniéré que de Tautre ; mais il faut être pourvu d’autant de mandrins qu’on fait de Couteaux différents en grandeur 8c en force ; cependant ce mandrin n’eft pas de fi grande conféquence : c’eft un morceau d’acier à qui on donne la forme, l’épaif; feur & la largeur exaéle de la moitié de la cuvette. Voye£ les Fig. 12 & 13. Coutelier , I. Faru S s
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- Planche
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- ïS2 L'ART DU COUTELIER.
- La cuvette étant bien ajuftée, empliffez-la de cire à cacheter en poudre ; faites-la fondre à la flamme de la chandelle, en chauffant la cuvette forcez-la d’entrer en là place ; percez enfuite deux petits trous au travers, marqués en M9 Fig. 7 : fraifez ces trous ; ajuftez-y deux clous 8c rivez-les.
- Toutes ces chofes étant exécutées, mettez le manche jufte aux platines 8c à l’argent, le laiffant furmonter feulement de l’épaiffeur d une piece de fix liards, de telle maniéré que le manche foit ou de bois, ou d’ivoire , ou de nacre, façonnez-le bien à la lime bâtarde, grattelez-le enfuite ; après cela cannelez les viroles avec de petites limes neuves 8c douces , & paflez-en une ufée à la fin ; frottez enfuite le manche & les viroles : voilà la maniéré de faire un Couteau à reflort.
- Il faut obferver, en finiflant une piece , de ne pas la polir avec les potées délayées à l’eau, par rapport à la rouille : fi l’on eft forcé de polir un manche de Couteau étant tout monté , il faut fe fervir d’huile d’olive pour toutes les poudres ou potées à polir ; car autrement l’eau , qui refte dans quelques endroits du Couteau, foit entre les platines ou entre le talon , ou entre le reflort, fait rouiller une piece dès le lendemain qu’elle efl: finie.
- On fait aufli un Couteau à la Militaire fans platines , en faifànt une demi-platine qu’on voit Fig. 14, fur laquelle on foude l’argent ; après quoi on ajufte le tout au manche , & on le fixe par deux vis en bois for la queue de la demi-platine.
- §. VII. Des Couteaux a différents Jecrets.
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- Quoique plufieurs fecrets apportent quelques différences dans la maniéré de limer un Couteau, ce font cependant les mêmes principes, excepté pour l’ajuftement du focret, dont nous allons nous occuper; car pour l’art de limer un Couteau à reflort, nous renverrons toujours au Couteau à la Militaire.
- Le plus fimple de tous les focrets efl: celui que repréfonte la Fig. iy. Quand le Couteau efl: tout-à-fait limé, prenez une petite queue de rat 8c faites le trou du talon de la lame en long, comme en n ; faites enfuite une échancrure au bout du reflort , pour que la pointe de la lame puifle s’y loger, comme on le voit en m. Or, pour ouvrir le Couteau, il faut faire fortir la pointe de fa place • pour cet effet on n’a qu’à faire monter la lame ; alors on voit que tout le focret dépend de faire le trou en long pour le fermer ou laifler tomber la lame d’elle-; même ; la feule force du reflort la fait entrer dans fà place entre la platine 8c le reflort.
- La Figure 16 fait voir un Couteau à mouche : après avoir limé le talon par le devant 8c par le bout, fermez la lame Fig. 17, pour entailler le dos du talon, le limer jufte à la platine, en réfervant le tenon N9 lequel on fait bien d’équerre; après cela on ajufte le reflort, en commençant par la partie o, laquelle on fait entrer à force dans l’entaille du talon n, de forte que le tenon iV, étant jufte
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- Première Partie. Chapitre XXII. 163
- avec l'entaille du reflort o, le talon fe trouve ajufté ; on n’a qu'à placer le ref fort pour percer les trous & limer le reftant du Couteau : 8c comme le Couteau s'ouvre avec le pouce qui doit faire obéir le reflort, on fait ce dernier bien liant ; pour cet effet on le dégage tout du long depuis P jufqu à 0.
- Le Couteau à reflort brifé eft repréfenté par la Fig. 18, à découvert, monté feulement fur une platine ; on voit que l'ajuftement du reflort avec le talon eft le même que celui du Couteau à mouche , par conféquent il faut le travailler de même pour l’ajuftement du talon.
- Lorfqu'il eft tout-à-fait limé , percez le trou de la bafcule P, à travers les deux platines & le reflort ( qu'on cloue avec un clou d'acier ) ; prenez en-fuite un bon Couteau à fcier, partagez le reflort en deux directement, comme l'indique la ligne q.
- La Figure 19 repréfente un Couteau à pompe : limez-le de tout point comme le Couteau à la Militaire, en mettant un bout de tôle dans la fente du reflort 5 pour empêcher qu’il ne s'écrafe dans l'étau en le limant ; quand il eft limé, ajustez la bafcule K, Fig. 20, dans la fente du reflort; enfuite faites une entaille ou encoche au talon de la lame r9 Fig. ip, laquelle repréfente le tenon ou le crochet de la bafcule R , Fig. 20 ; ne manquez pas de faire une deuxieme encoche fur le devant du talon de la lame s, pour loger le crochet de la bafcule , quand le Couteau eft fermé : ajuftez enfuite le petit reflort de renvoi pour la bafcule vue par la Fig. 21, lequel fe voit tout ajufté en queue d'aronde fur le grand reflort en S.
- La Figure 22 fait voir le Couteau à grimace : ajuftez-le de même que le Couteau à mouche ; au lieu qu'à ce dernier on fait obéir le reflort avec le pouce , au contraire à celui à grimace le reflort eft fixé avec une côte du manche ou avec la platine , de forte que, pour le faire obéir, il faut faire marcher la côte du manche ; or ce méchanifme confifte à réferver un tenon dans un petit trou de la côte du manche qu’on voit en r, Fig. 23 ; il faut encore faciliter l'écartement du manche ; or pour cela on fait le trou u en long fur le travers du manche, & on donne plus de facilité en allongeant d'une ligne feulement le trou du milieu X.
- Pour donner de la folidité à la lame de ce Couteau, il faut fraifer le trou de la lame d'un côté feulement, de celui que le trou du manche eft fendu ; il faut que cette fraife foit faite de court; voye^la Fig. rq; faites enfiiite un clou à pignon, Fig. 25 : fans cela la lame ne feroit pas folide. Au refte une rofette large & forte cache la vue du clou , ainfi que la fente du manche.
- La Figure 26 fait voir la conftruétion d'un Couteau qui s'ouvre & fe ferme en pouflant ou en appuyant fur la rofette par le moyen d’une bafcule cachée & incruftée en dedans du manche , de laquelle on n’apperçoit que la rofette ; cette bafcule s'ajufte fur une platine : quand le Couteau eft tout limé, on fait au talon de la lame deux trous qui reçoivent le tenon de la bafcule y, Fig. 27 ;
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- cette même bafcule porte un petit reflort de renvoi V, ajufté à queue d’aronde près le trou 4, Fig. ai.
- La Figure 28 repréfente un Couteau à la Militaire à fecret : la platine Fig; 29 , fait voir en quoi confifte le fecret ; on voit une encoche en 7, laquelle fert à loger un fort tenon réfervé au reflbrt 2 , Fig. 30. La lame eft rivée fur le quar-ré 4, qui eft une épaifleur réfervée fur la platine j*, & d’une autre épaifleur /, partagée en 6, pour recevoir la queue de la clef, Fig, 31. Cette entaille cachée par une demi-virole d’argent foudée 8c qui laiffe le vuide en delfous pour laifler paffer la queue de la clef 7, Fig. 29 , eft une vis fixée à la platine, laquelle contient la clef , Fig. 31, par la fenêtre 8, qui lui laiffe le jeu pour monter & defcendre & pour procurer la fortie au tenon des reflorts ; toute la partie 9 eft é vu idée & taillée au cifeau, pour laifler la place du quarré 4 de la platine, 8c en même temps le tenon du reflbrt 2 , Fig. 30 ; enfin ce tenon fait tout le fecret du Couteau ; il n’a l’aifance de fortir que quand on poufîe la clef avec l’ongle en enhaut, à l’aide des filets qui font faits fiir la virole ; on voit en 10, Fig. 28 , que la clef eft hauffée 8c quelle laiffe la place au tenon pour fortir de fa loge ; 8c quand la clef eft defoendue de 11 à 12 , on n’apperçoit rien du fecret ni de l’ouvrage, parce que la clef eft couverte d’une demi-virole d’argent,1 laquelle s’ajufte avec fa camarade au point d’union k, Fig. 46, de maniéré qu’elles ne paroiflent faire qu’une. Ce fecret eft bon & folide ; mais l’ajuftement eft difficile : le manche eft creufé en dedans pour la place de la queue de la clef»
- La Figure 32 repréfonte un Couteau à bayonnette & à aiguille ; la lame n’eft tenue avec le manche que par un fèul 8c fort clou 13 , rivé fur les platines que l’on fait fortes, lefquelles font évuidées en 14 & en ij1 , pour loger deux forts tenons rivés fur la lame, un d’un côté, l’autre de l’autre, lefquels fervent à tenir la lame fixe & folide.
- Il n’y a point de reflbrt à ce Couteau ; c eft un entre-deux fixé for le bas du manche 16, lequel porte un petit piton à anneau placé en#, que repréfente la Fig. 33; fautre platine eft percée en deflous en £, pour recevoir ce piton,1 lequel fe trouve traverfé par un ftilet, Fig. 34, placé dans une rainure pratiquée au dedans du manche , comme le fait voir la ligne ponétuée a , a, a; de forte que pour ouvrir ce Couteau , il faut appuyer le pouce for la tête de l’aiguille 8c la pouffer en en-haut ; alors la pointe fort du trou du piton x , le manche fe fépare en deux, 8c au moyen que le tenon 14 ne fixe que la platine de deflous, celle de deffos tourne & va joindre la lame ; on en fait de même en la tournant en fens contraire ; on fait entrer le piton dans le trou, & l’aiguille dans le piton : le Couteau eft aufli folide étant fermé comme étant ouvert.
- ' La Figure 35* repréfonte un Couteau, & la Figure 3 6 une Fourchette ; on fo fort de chaque pièce féparément à la table ; 8c lorfqu’on veut le mettre dans la poche, les deux pièces fo joignent enfemble par le moyen de deux tenons indiqués par x6 8c 1/ , qui font cloués for la platine de la Fourchette en 18 8c
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- iç , lefquels entrent par leurs têtes dans les trous a, b9 defeendent jufqu’en bas
- h ; alors ils font folides, &le Couteau avec la Fourchette ne compofent qu'une piece, parce qu’il n’y a qu’une côte de manche à chaque piece. Au refie on fait les têtes des tenons affez plates pour quelles ne puiffent pas gêner la fermeture des deux pièces.
- La.Figure 37 repréfente un Couteau & une Fourchette fixés chacun for un manche, de maniéré que le manche de la lame étant creufé, fort de gaîne à la Fourchette.
- Ce méchanifme efl: peu de chofo , il ne s’agit que de fixer les deux pièces chacune for une côte de manche, & enfoite creufor les deux côtes qui doivent couvrir la foie du Couteau, Sc forvir en même temps de gaine.
- La Figure 40 fait voir un Couteau à grimace en ivoire, avec un fimple filet tout autour du manche.
- La Figure 41 repréfonte un Couteau à la Militaire, dont le manche efl en écaille, orné de trois filets, & la cuvette à la Tartare.
- La Figure 42 repréfonte un Couteau à mouche, appelle aufîî Ramponeau j monté à rofotte, Sc dont le manche efl: cannelé en long, dans le milieu Sc for les bords, Sc un guillochis entre les filets.
- La Figure 43 repréfonte un Couteau à pompe, étroit, appellé aufîî Pajje-partout, dont le manche efl: d’ivoire, tout uni, fins aucun filet, mais arrondi par-tout.
- La Figure 44 repréfonte un Couteau à bayonnette & à mouche ; il efl monté avec deux rofottes par le haut pour la folidité de la lame ; mais les deux trous du bas font limés à raz du manche, parce que ce Couteau efl fait pour forvir de bayonnette au bout d’un fufil ; pour cet effet on fait le manche rond ; Sc pour futilité du Chafîeur, on laiffo déborder le bout du reffort d\ on amincit un peu le bout, de maniéré à forvir de tourne-vis.
- La Figure 45* repréfonte un Couteau à tête de compas, tout uni Sc rond , & dont les clous font à raz du manche, & la tête efl faite, comme on l’appelle en œil de perdrix, ce qui fe fait à l’archet avec une petite fraifo.
- §. VIII. Des Couteaux a deux lames 9 fermants*
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- L e Couteau à deux lames efl defliné pour la table ; une lame d’acier fort à couper les chofes dures, comme le pain, la viande, Sec ; mais fi l’on veut couper des fruits avec cette même lame d’acier , l’acide des fruits ronge la lame qui fe rouille , & le fruit fe trouve imprégné d’une teinte noire, & la lame agacée ne peut enfoite couper du pain. Pour obvier à ces inconvénients, on fait des lames d’or & d’argent pour couper les fruits.
- Nous avons déjà dit que la maniéré de forger l’or Sc l’argent efl la même que pour forger l’acier, que toute la différence ne confiftoit que dans le degré de Coutelier , /. Part. T t
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- chaleur pour faire chauffer ces différents métaux ; ainfi comme nous avons forgé des lames d acier, on fait comment on doit forger celles d’or & d’argent; l’attention qu’il faut néceflàirement avoir, c’eft de bien écrouir ces métaux, pour leur donner non-feulement l’élafticité dont les lames ont befbin, mais encore une dureté qui les falfe réfifter à la coupe des fruits durs, comme par exemple, l’écorce d’un melon, celle d’un citron , celle d’une orange , un pépin de pomme, Scc.1
- Pour cet effet il ne faut forger les lames qu’à moitié (* ) , pour les porter à l’efîai des matières au Bureau des Orfèvres. On commence par mettre le poinçon comme l’indique la Fig. i, & les Effayeurs mettent là leur marque au-deffus de la marque des Couteliers*
- Les lames forties de l’Efîài, on finit de les forger fans les mettre au feu pour les faire recuire, je veux dire l’argent ; car l’or ne fouffriroit pas tous les coups de marteau qu’il faut. Enfin, que ce foit de l’or ou de l’argent, quand on forge une lame, il faut la tenir courbe, comme le fait voir la Eig. i ; parce que quand on amincit le tranchant de la lame, elle fe jette en arriéré, Sc l’on a beaucoup de peine après à la redrefler làns trop amincir le dos, Sc par-là gâter la lame ; c’eft ce qui arrive fréquemment aux Apprentifs, Sc même à des Compagnons.
- C’eft un principe inconteftable en méchanîque, qu’un cercle de quelque métal que ce foie, ne peut fe redrefîer qu’en faifànt enforte que la partie concave s’al-^ longe, en même temps que la partie convexe fe raccourcit.
- Nous avons dit que le talon d’un Couteau à reflort devoit être auflî dur que le refïbrt, & que làns cela le plus tendre feroit mangé par le plus dur. Une lame d’or ou d’argent deftinée à faire un Couteau à reffort, ne peut pas être folide làns y rapporter deux grains d’acier incruftés à queue d’aronde, Sc loudés fur les deux quarres du talon , pour réfifter au frottement du reflort d’acier. Voyez en A , A , Fig, 2.
- On peut limer une lame d’argent, comme une d’acier ; mais, pour éviter le déchet de ces métaux précieux, il eft plus à propos de limer deux lames d’acier * après cela on lime la lame d’argent, jufte fur celle d’acier, en la plaçant entre deux ; pour lors cette lame d’argent prend la place du modèle.
- La Figure 3 reprélènte un Couteau à deux lames & à reflort ; l eft la lame d’acier, c eft la lame d’argent ; le manche eft d’ivoire avec un filet tout autour , Sc eft monté avec des rofettes. -
- La Figure 4 repréfente un Couteau à deux lames appellé à Bafcule Sc à
- (*) Ci-devant les Couteliers portoient leurs lames toutes forgées au Bureau des Maîtres-Gardes Orfèvres ; mais il y a quelques années que ces Meilleurs s’imaginèrent que l’or & l’argent écroui émouffoient leurs poinçons : il fallut fouf-crire à leur jugement, & leur porter les lames à moitié forgées , parce qu’ils avertirent qu’ils étoient obligés de recuire les lames : alors les
- Couteliers jugèrent de leur côté que les Maîtres-Gardes Orfèvres ne trempoient pas leurs poinçons ; car il eft prouvé que la dureté Sc le re-crouiffement de l’or Sc de l’argent, ne font pas capables de faire le moindre mal à l’acier trempé ; Sc pour peu qu’on connoiffe la nature de£ métaux, on ne penfera pas autrement.
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- Béquille ; les deux lames fe tiennent enfemble de maniéré que Tune efl dans le manche, lorfque l’autre fert. Il efl évident que ces Couteaux doivent être ferrés dans une gaîne : c’eft le plus folide de tous les Couteaux à deux lames ; les deux lames font affujetties enfemble, comme le fait voir la Fig, 5. Le talon de la lame d argent D efl: entaillé pour recevoir le talon de celle d’acier, & ils ne font arrêtés que par quatre petits clous, un à chaque angle. On ne les foude pas enfemble, pour ne point decremper la lame d’acier & 11e point donner de recuit à celle d’argent, étant important de lui conferver toute fà dureté. D’ailleurs la lame d’acier venant à fe caflêr ou à s’ufer, on peut y en rapporter une autre-Enfin ? pour faire porter la lame au bout du manche, on ajufte un entre-deux, Fig. 6 ; moyennant cela le Couteau efl: toujours folide Sc ne fe renverfe jamais en arriéré.
- La Figure 7 fait voir un Couteau à deux lames, fermant toutes les deux enfemble ou féparément, fans aucun refîort. On voit le méchanifme à découvert ; on cloue un tenon d’acier fur le talon de la lame d’argent g , & l’on perce celui de la lame d’acier à jour en fer à cheval ; de forte que, quand on ouvre le Couteau , le tenon arrivant au bout de la fente, s’arrête & fe fixe, comme on le voit en g, Fig. 7. On voit auffi la place qu’occupent les deux lames , quand elles font fermées toutes deux. Les deux pointes repofent fur l’entre-deux G qui eft cloué avec le manche.
- La Figure 8 repréfente un Couteau à deux lames, appellé à la Berge ; les deux lames s’ouvrent & fe ferment comme celui que nous venons de décrire : mais le méchanifme des talons efl: différent ; les deux talons tournent à tête de compas. Pour cet effet, après avoir forgé les lames, on perce les trous des talons , &, au moyen d’une fraife en foret, portant pivot, Fig, 9 , ai < l’archet , on fait la place à un talon pour loger l’autre & pour fe joindre réciproquement , étant d’égale épaiffeur for tous les fons ; quand on a fait la place avec la première fraife , on l’acheve avec une autre fraife plate Sc taillée à la lime , comme le fait voir la Fig, 10, à laquelle on met auffi un pivot que l’on monte à vis : ce pivot efl: le point fixe de l’outil, fans lequel on ne peut jamais faire la fraifure ou la tête de compas ronde ; le talon efl: repréfenté tout fraifé par H, Fig, 1 r ; le battement ou le point d’appui des deux lames fo trouve au petit quarré h : &, quand les deux lames font fermées, elles portent fur un entredeux , Fig. 6 , cloué au bout entre les deux côtes du manche. On pratique toujours un évidement au bas du manche en i, j, pour faciliter la prife des lames , lorfqu’on veut les ouvrir, Sc, pour faciliter encore la prife des lames vis-à-vis la partie évidée, on fait deux onglettes i, a ; le manche eft foppofé de nacre de perle, cannelé obliquement ou en demi-travers : fes gaudrons fe font avec une lime demi-ronde bâtarde ; on les repare enfuite avec une lime douce , & on les polit avec de la pierre de ponce bien broyée Sc délayée avec de l’huile d’olive, & on fe fert d’une broffe de crin ; quand les traits font emportés, on
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- donnera la nacre la demi-potée, avec le tripoli, &, pour lui donner un beau brillant, on ri a qu'à mettre une goutte d'huile de vitriol fur lermançhe, l'éten-j - dre bien , frotter vivement avec un chiffon de linge ; la nacre devient plus belle parce que l'huile , en donnant le brillant , fait paraître l'orient avec plus d'éclat. ;
- §. IX. Maniéré de monter un Couteau a Rofettes.
- Une Rofette eft peu de chofè à mettre fur un Couteau ; cependant il faut en-feigner la maniéré de la pofer. Quand un clou eft très-gros, une large rivure écra-feroit la rofette. Pour remédier à cela, on fait un clou à pignon, comme le repréfente la Fig. 13 ; mais, quand le trou eft comme il faut en grofïeur avec le trou de la rofette ; on fait une petite rivure au clou, feulement pour arrêter la rofette, en entrant le clou dans le trou, voye^ Fig. ; mais pour peu que le trou foit plus petit que le clou , on amincit un peu la pointe du clou ; on le ferre un peu dans l’étau, Fig. 14. On préfente la rofette qu'on fait entrer à l'aide d'un morceau de bois percé & à petits coups de marteau ; enfuite on lime ce qui eft de trop pour la rivure ; on n'en laiffe que ce qu'il faut pour remplir la fraifure de Ta rofette. Après cela on fait cette rivure à petits coups de mar-i teau ; quand la première rofette eft mife , on met le clou dans le trou du côté droit du Couteau (*). On préfente enfuite l'autre rofette que l'on fait entrer ju£ qu'au manche ; on fcie le bout du clou & l'on emporte avec une lime douce j la bavure que laiiïe toujours le Couteau à fcier ; on finit enfuite la rivure avec un petit marteau.
- Quand les rofettes font eftampées , elles s’écraferoient en faifànt la rivure £ mais on remédie à cela en mettant une petite rofette en defïous qui remplit en partie le vuide de la grande rofette.
- Lorfque les deux rofettes font rivées, que le Couteau eft monté folidement fans baloter, il faut adoucir les rivures & emporter tout ce qui déborde les rofettes ; alors on fait un petit trou à une carte, que l'on met pour conferver la rofette & le manche en cas d'un coup de l'angle de la lime ; & comme la rivure eft à découvert par le trou de la carte , on la lime à fon aife , fans aucun rifque J après quoi on polit le clou & la rofette avec un bois à l'émeri & avec un buffle.1
- (*) Je ne dois point omettre cette obferva-tlon ; car il femble que tous les Couteliers de tous les Pays fe foient aftemblés pour faire cette convention : un clou a toujours un côté plus gros, par conféquent un manche compofé de deux pièces a toujours un côté dont le trou eft plus petit. Or fi l’on vouloit repouffer un clou par le gros bout pour le faire fortir par le petit, il n’eft pas douteux que le manche cafferoit : c eft
- pourquoi la coutume de faire entrer le clou du côté droit eft paffée en loi. Que l’on porte un Couteau à un Coutelier pour lui faire mettre un clou , il lime la rivure du côté gauche, fait partir la rofette avec le tranchant d’un autre Couteau ; enfuite il repouffe le clou du côté gauche , pour le faire partir par le côté droit par où il étoit entré.
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- Première Partie. Chapitre XXII. §. X. Des Couteaux fans clous.
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- Une efpece de Couteau auquel on ne voit aucun clou ni garniture d’argent , efl appellée Couteau fans doux ; il fe commence comme le Couteau à la Militaire & fe fait de même jufqu’après qu’il eft trempé & même émoulu ; l’ayant donc fait julqu’à ce point, & les platines étant du double plus fortes , que celles qu’on fait avec de la tôle, (& même pour la folidité du Couteau, on les doit faire d’acier, ) commencez avec une petite lime quarrée, Fig. 17, par équarrir les quatre trous des deux platines qu’on voit en d, d, d, d,'Fig. 1 y & 16 ; enfuite taraudez le trou de la platine gauche K, Fig. 15 , avec un taraud dont les filets foient forts; après cela, avec la petite lime quarrée, Fig. 17, il faut faire le trou de l’autre platine I, Fig. 16, en long, lequel fert pour contenir une vis dont la tête eft en forme de T, & on lui en donne le nom : voye£ la.
- Fig. 18.
- Prenez enfuite le refîort tout émoulu ; faites entrer un clou d’acier dans chaque trou LM, Fig. iç, entrez-les à force ; limez-les en pente des deux côtés , comme le fait voir Fig. 20 ; prenez enfuite le marteau, 3c, comme fi vous vouliez river un clou, abattez les deux pointes lefquelles fe courberont, & chaque pointe formera un crochet (*) , m, n ; mais il faut que les crochets foient dirigés comme ils font repréfentés , & que l’agraffe du bas m regarde le dedans du relîort, & que celle du milieu n fbit tournée en dehors du reflort : tout cela étant exécuté, il faut faire le T, Fig. 18.
- Pour cela prenez un morceau d’acier : entaillez-le & le taraudez de trois filets feulement, comme on le voit Fig. 21 ; il eft efîentiel de ne le tarauder que de trois filets, parce qu’en le montant fur la platine, il doit s’arrêter fixe en travers , comme l’indique la Fig. 22, à la lettre o ; s’il paftoit outre , le Couteau fe démonteroit à chaque inftant ; ainfi il faut l’ajufter fur la platine avec le talon de la lame, avant de le couper. Je fuppofe donc qu’en le taraudant on lui faflè faire un demi-tour de trop, alors on lui fait faire un demi-tour de plus ; enfin il faut rencontrer jufte, que le T ne foit taraudé que julqu’à la ligne p ; alors la lame occupe l’efpace d’entre les deux lignes p, q , la platine occupe l’efpace de q en R ; & alors on peut le fcier fur la ligne S ; après cela façonnez-le & faites le entrer un peu à l’aife dans le trou I, Fig. 16.
- Pour empêcher que le T ne tourne fur la platine droite (**) ,. en ouvrant & en fermant le Couteau, il faut, avec un petit Cifelet, creufer la platine, l’efpace que la platine parcourt fur le T, défigné par la partie d’un côté r, u, & de
- (*} Cette Figure, ainfi que îes Fig. 12 & Fig. '2.0, font représentées du double de longueur, tant des crochets que du corps de l’agraife , & cela pour rendre les objets plus intelligibles.
- £ **) On appelle platine droite ou côté de manche
- Coutelier, I. Part.
- droit, la partie qui eft du côté droit quand on regarde le tranchant d’un Couteau ; & par confé-quent on appelle côté gauche, celui qui eft fur la gauche ; ainfi le T eft mobile fur la droite 3 & fixe fur la gauche.
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- rj6 L'ART DU COUTELIER.
- l’autre y,x; après cela il faut ajufter le manche , le faire tenir folidement fans
- qu’aucun clou ni vis paroifte.
- Pour un Couteau à plate-bande, il n’eft befoin d’aucune vis pour faire tenir le manche ; on commence par ajufter le manche entre les bandes d’argent qui font fondées fur les platines ; enfuite on abat un peu en chanfrein les bords de la côte tout autour , & on fait entrer la côte entre les bandes d argent jufqu à porter fur la platine, & avec un petit marteau on fertit en rabattant les bords de l’argent tout autour fur le chanfrein, tout autour de la côte, de maniéré que chacune tienne fi bien entre les plates-bandes, qu’il ne foit pas poflible de les ôter qu’en rédreftànt le ferti des bandes d’argent avec un tranchant de Couteau.
- Quand on a bien aftiijetti les côtes du manche , on les façonne & auffi les bandes d’argent ; & lorfqu’elles {ont bien adoucies, on tire les filets , on les polit, &c.
- Quand c’eft un Couteau fans clous, qu’il n’y a point d’autre garniture que les cachets d’argent en haut & en bas, alors on commence par évuiderles dedans des côtes fur une meule un peu haute, ce qui les fait bien ajufter fur les platines; enfifite on ajufte les bouts des côtes avec le cachet d’en-haut, & on laifte les côtes déborder les platines fur les côtés ; on marque en même temps les vis-à-vis des trous des platines, que l’on évuide avec une petite gouge, Fig. 23, afin que ni le T ni les agraffes ne fe trouvent point gênés dans leur ajuftement ; après cela on perce les cinq trous des vis à chaque platine, comme l’indiquent les chiffres i,a,3,4,j, Fig. 24 : il faut fraifer ces trous de toute l’épaiffeur de la platine, & enfuite faire une vis pour chacun de ces trous ; mais commencez par faciliter la place de chaque vis en perçant les trous avec un petit foret quarré par le bout, Fig. 28.
- Pour faire, les vis , prenez un morceau de fil d’acier de la grofleur convenable à la fraifure des trous , d’environ deux lignes de diamètre , voye£ Fig. 2 j ; entaillez la longueur de la vis, laquelle il faut courte : faites-lui trois filets feulement avec la lime douce à Couteau , Fig. 26 ; après1 cela coupez-la aux trois quarts fur la ligne £, & commencez par vider cette première vis dans la côte , de forte que les filets faftent leur place dans le bois, ou dans l’écaille, ou dans l’ivoire ( la nacre de perle ne fouffre point ce travail ) ; & lorfque la vis effi entièrement ferrée, la tête fe trouve noyée dans la fraifure du trou de la platine ; & comme elle eft fciée aux trois quarts en £, Fig. 2$, en la forçant un peu, elle achevé de fe rompre d’elle-même ; cependant fi elle réfifte trop, il faut achever de la fcier: la première étant en place en r , mettez celle du bout y, enfuite celle du milieu 3 , & enfin les deux autres de fuite.
- Ces fortes de vis doivent être faites avec attention ; il faut que les filets foient profonds pour les bois, & moins profonds pour l’ivoire & l’écaille : l’écaille s’éclatteroit en la viflànt, fi on ne la chauffoit pas un peu à la chandelle. A l’E-bene, lorfqu elle eft trop féche, les filets ont peine à mordre, & quelquefois
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- Première Partie. Chapitre XXII. ijx
- le bois fe broie; il faut alors, pour que les vis foient, bien aflujetties, ufèr d’une petite induftrie que beaucoup de Couteliers ne lavent pas ; c eft de mouiller la vis avec du vinaigre au moment qu’on la met en place : elle fe rouille promptement Sc s’attache au bois, faifànt une elpece de maftic fi fort, que cette vis ne peut fouvent le démonter qu’en caflànt le manche.
- Quand les côtes lont montées fur leurs platines , il faut dégroffir le manche i le façonner , le gratteier Sc le finir. Pour monter le Couteau , placez la lame fur la platine gauche, Fig. 22 ; viflèz le T en 0 ; pofez enluite le reflort à là place ; faites entrer les deux tenons dans les trous de la platine ; forcez enfuite le reflort, avec une pince, à fe loger à fa place fur le talon de la lame, dans la fituation de la Fig. 22 ; prenez enluite l’autre platine de la main droite, pré-fentez-la en croix, & lorlque le trou a reçu le T, faites tourner la platine à droite , pour commencer à loger le tenon du milieu ; enluite avec des pinces , ou en ferrant le bout du manche par le côté dans l’étau , forcez le tenon du bout à entrer à fa place dans le trou de la platine, le Couteau fe trouve monté fans un coup de marteau.
- Pour démonter un Couteau fans clous, on prélènte le tranchant de la pointe d’un Couteau entre le reflort & la platine du côté droit, du côté du dos 9 Sc vis-à-vis le tenon du bas ; on force le Couteau à entrer : cette fimple manœuvre fait fortir le tenon du trou ; on n’a enluite qu’à tourner cette moitié de manche à droite, le tenon du milieu fort de là place ; quand on eft arrivé au point où les deux moitiés de manche font en croix, le manche fe fépare du T ; enluite on fait lâcher le reflort qui pofe lur le talon de la lame, les deux tenons fortent ; on dévifle le T avec les pinces, Sc le Couteau eft démonté.
- Une efpece de Couteau làns clous, à manche d’écaille, & dont les bandes d’argent font découpées , s’appelle Couteau à tête d’aigle, Fig. 23. Ce Couteau eft monté à tenons Sc à T ; mais il n’y a point de vis au manche : pour cet effet quand les bandes font fondées , on les façonne à la lime, c’eft-à-dire, qu’on lui fait les découpures & les fêlions que l’on veut faire ; après cela on fait chauffer un peu la côte d’écaille ( après l’avoir ajuftée de la largeur qu’il la faut )', & l’on fait auffi chauffer la platine avec fes bandes prefque rouges, feulement couleur de bronze ; alors on met cette platine de Couteau lur une platine à redrefler les cornes ; on met promptement la côte d’écaille fur la platine du Couteau, bien jufte dans fa place ; & enfin on ferre le tout dans l’étau entre les deux platines à redrefler : les feftons d’argent s’impriment fiir le côté de l’écaille, de maniéré que lorfque le tout eft refroidi, on ne peut les féparer qu’en caflànt l’écaille par morceaux ; mais il faut que les bandes d’argent aient demi-ligne d’épaiffeur pour pouvoir s’imprimer dans l’écaille fans plier ou fe caflèr.
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- FART DU COUTELIER.
- §. XI. Du Couteau à double joint.
- O n appelle Couteau a double joint, un Couteau qui eft fermant, & lorfqu’il eft ouvert on ne voit point la place où fe loge la lame, au moyen d’un reflbrt qui la cache, & qui, en même temps, empêche la crafle de fe loger dans le Couteau.
- On fait ce reflbrt de deux maniérés ; la première efl: repréfontée par la Fig. 2p. Sur le bout du grand reflbrt 8 , on ajufte le reflbrt de double joint <5, à queue d’aronde , lequel étant mince dans toute là longueur , & bien ajufté de la largeur de fouverture, couvre le vuide ou l’entre-deux des platines ; on abat un peu la quarre du talon de la lame , pour faire porter le bout du petit reflbrt 7 ; de forte que quand on veut fermer le Couteau , le petit reflbrt accompagne le talon de la lame, & va fe repofer fur le grand reflbrt, comme l’on voit par la ligne ponétuéeg’, gy Fig. 29 , tandis que le tranchant de la lame fe ferme fur lui ; de maniéré que quand on ouvre le Couteau, l’agraffe du talon, qui eft abattue, rencontre l’extrémité du petit reflbrt , & l’amene avec lui jufqu’à l’ouverture 7.
- L’autre façon s’exécute en faifànt deux reflbrts repréfentés par la Fig. 30 J c eft une lame d’acier qui porte avec elle, & pris fur piece , cinq petits reflbrts que l’on voit en 10,n,12 ,13,14. Les platines du Couteau font au moins de î’épaifleur d’une piece de 24 fols ; & au moyen de cette épaifleur, on cifele la place de ces petits reflbrts , comme on le voit Fig. 3 r. Lorlqu’on a couvert les reflbrts d’une bande d’argent, qu’ils font bien ajuftés , on les trempe & on les aflùjettit a la platine par quatre petits clous ; enfin on monte le Couteau Sc on le finit. Or ces quatre petits reflbrts 10,11,12, 13,14 , fur une platine & autant for l’autre, ce qui fait huit reflbrts , ont aflez d’élafticité & de jeu pour obéir à l’entrée de la lame , de forte que quand on ferme le Couteau, le tranchant de la lame 14, Fig. 32 , étant mince, fait fon entrée for le joint des deux reflbrts 15 , & les fait féparer ou écarter jufqu’àla pointe , & quand on l’ouvre, les reflbrts fe joignent ; la jonétion ne doit point paroître, quand le Couteau eft ouvert, parce que l’on dirige les filets qu’on fait for la garniture d’argent, de maniéré à cacher la féparation, en faifant un jonc ou une baguette de chaque côté, & féparés par un filet dans le milieu, mais dont le filet eft tout d’un côté. [Voyez; en 16, Fig. 34.
- CHAPITRE
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- Première Partie. Chapitre XXIII:
- *73
- CHAPITRE VINGT-TROISIEME.
- Des Couteaux à gaine.
- L e s Couteaux dont nous nous propofons de parler, font ceux qui ne fe : ferment pas dans leurs manches , mais qui fe renferment dans une gaine pour les mettre dans la poche ; il s'en fait à queue comme en A, Fig,. i, pour monter avec une virole fur un manche de bois, d'ivoire ou de nacre, &c.
- D'autres fe font à foie , comme en J? , Fig. 2, appelles aufli à plate femelle , pour être montés à trois doux.
- D'autres, comme la Fig. 3 , à coquille c9 à pointe ronde, & dont la queue eft forte, pour être montés fur des manches d'argent.
- D'autres, comme la Fig. 4, à mitre à la turque e9 à petite queue, pour monter fur des manches de porcelaine, de fayance , &c. Et d'autres enfin que l'ufàge nous fera connoître.
- §. L De la forge Hune lame cl queue. ,
- Nous fuppofons toujours l'étoffe faite, ou bien l'acier étiré de y à 6 lignes d'épaiiîeur fur 7 ou 8 de largeur. Donnez une chaude graile ; faites la pointe Fig. y , portez-la enfùite fur la quarre de l'enclume en a, Fig. 6 ; frappez avec la pane du marteau , de maniéré qu'elle tombe vis-à-vis la quarre de l’enclume, tantôt fur le plat, & tantôt fur le côté : c’eft ainfi que l'on commence une queue de Couteau ; laquelle étant faite, on coupe l'acier fur la tranche de la longueur convenable au Couteau qu’on veut faire ; fùppofons-la fur la ligne b ; alors vous aurez ( en terme de l'Art ) enlevé un Couteau, lequel a la forme de la Fig. 7, En cet état elle prend le nom d’Enlevure\ on voit que la queue eft pliée fur un côté, c'eft pour indiquer le dos & le tranchant de l'enlevure; Ey indique le tranchant indique le dos.
- Pour forger la lame , prenez la queue dans les tenailles ; donnez une chaude graffe ; faites la pointe en même temps; portez l'enlevure fur la quarre de l'enclume G, Fig. <5, & par de bons coups de pane fur G ,*faites l'entaille de la mitre ; après cela marquez le côté du tranchant par une entaille ; enfin étirez la lame en deux chaudes pour la mettre prête à rabattre, dans la forme de la Fig. 8, que le, tranchant, qui eft le côté concave, foit plus mince que le dos ; donnez enfuite une chaude à la queue, tant pour la dreifer que pour l’ajufter dans la châffè , pour relever la mitre.
- La châffe à relever les mitres eft un outil de fer acéré par le bout, 8c percé d'un trou quarre pour recevoir la queue de la lame, voye^ la Fig. ÿ. Ainft Coutelier , J. Fart. X x
- Planches qo Ôc 41.
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- 174 L'ART DU COUTELIER.
- c’efl: une efpece de clouyere: il fauc un tas qui efl: repréfènté par la Fig. 10 } lequel efl; percé pour recevoir la lame jufqu’à la mitre, étant monté fur un billot, Fig. il.
- Cela étant difpofé, faites chauffer les mitres prefque à blanc ; entrez la queue dans le trou de la chalTe Fig. 9, fur le champ faites entrer la lame dans le tas ; frappez y ou 6 coups de marteau fur la tête de la châffe h, les mitres feront relevées ou étampées ; fortez la lame du tas 3c la queue de la châlfe ; faites chauffer la lame , élargiffez-la en commençant par le bas ; pour cet effet pofez la lame fur l'enclume, de maniéré que l'entaille fe trouve fur la quarre de l'enclume : lorfqu'elle efl; élargie par-tout, rabattez-la ; parez bien tous les coups de la pane avec une tête de marteau un peu bombée ; donnez enfuite une chaude pour étirer la queue ; vous aurez une lame de Couteau à gaine forgée, comme la
- Fig. 1.
- Telle lame que ce puiffe être, lorfqu’elle efl; à queue, fe forge dansles principes que nous venons de décrire.
- Lorfqu’on veut réferver des coquilles C, Fig. 3, au lieu dé mitres, on y réferve plus d’épaiffeur, de forte qu’en relevant les petites mitres des coquilles, on n a qu’à pofer la lame du côté large de la fenêtre du tas H.
- §. II. De la forge du Couteau à foie ou à plate femelle , avec un crampon.
- T o u s les Couteaux à foie plate doivent être de fatigue ; c’efl: pourquoi il faut non-feulement qu’ils foient en étoffe, mais encore il faut fouder un crampon de fer, pour faire la foie. Ce crampon efl deftiné à donner plus de corps , de fermeté & de ténacité au Couteau de fatigue, 8c principalement à la foie fur laquelle on applique le manche ; car un tel Couteau qui ferait fait fans crampon ne pourrait pas réflfter à abattre feulement les os des cuiffes d'un dinde fans fè cafter en deux ; ainfi tout Cuifinier qui cafte un Couteau fans maladrefle, peut être affiiré qu'il a été fait fans crampon.
- Pour faire un crampon, prenez du fer étiré en lames de 8 ou 10 lignes de largeur & de 3 ouq d’épaiffeur, donnez une chaude grafle, 3c faites la première pointe, comme l’indique /, Fig. 12 ; portez enfuite le fer en avant; entaillez le crampon de la longueur qu’il le faut, en faifànt l’autre pointe fur la quarre de l’enclume K ; étant faite, le crampon aura la forme de la Fig. 13 ; alors pliez-le flir la ligne L, ferrez la tête, mais laiflez les pointes ouvertes, Fig. 14.
- Mettez l’étoffe au feu, applatiflèz un peu le bout de court, 8c avec la pane du marteau faites-y une onglette de chaque côté vue par M, M, Fig. iy ; placez enfuite le crampon à ce bout; ajuftez-le à l’étoffe ; portez-le plus fur le dos que fur le tranchant, comme l’indique la Fig. 16 ; rabattez enfuite les deux onglettes N, N, Fig. 20, une de chaque côté ; c’efl; ce qui tient le crampon fixe* pour bien chauffer la piece dans la première chaude. Le bon fuccès du crampon
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- Phemiere Partie, Chapitre XXIIL ' i7 y
- dépend de bien donner la première chaude, que le tout foit à propos ; il faut que les pointes du crampon O, foient foudées les premières : tournez fouvent la pièce dans le feu , afin qu’elle chauffe par-tout avec égalité de chaleur ; cependant il ne faut pas quitter le côté du tranchant de vue ; tenez-le fouvent en haut dans le feu, & le fablez ; fortez la piece du feu, fàblez-la encore ; forgez la piece à petits coups de marteau, en commençant ; le pli & les onglettes À7, demandent l'attention du Forgeron, parce quil refte fouvent du vuide dans cette partie , ( ce qu’on appelle Chambre ). Le vrai moyen de parer ces accidents , c'eft de bien refouler le bout du crampon dès la première chaude : cela s'exécute en mettant l'étoffe perpendiculaire fur l'enclume ; frappez quelques coups de marteau fur P, Fig. 16 ; remettez l'étoffe à plat pour la dreffer & bien refferrer tous les vuides ; abattez les quarres & remettez l'étoffe au feu ; faites-la chauffer, pour lui donner une bonne chaude , afin qu'il ne refte rien à fonder, fins quoi il faudroit lui en donner une troifieme ; car on eft en rifque de perdre une piece, fi l'on veut l'entailler étant encore pailleufe. Suppofons-la donc bien foudée.
- Pour entailler la foie, portez l'étoffe à plat fur la quarre de l'enclume K , Fig. 12 , fur la ligne ponétuée q, Fig. 16, faites l'entaille ; car les onglettes du crampon A7", N, doivent fè trouver dans la foie ; dans cette pofition étirez la foie en longueur; ne frappez fur les côtés, que pour l'entretenir de la largeur qu'elle doit être ; coupez enfuite la lame par un coup de la tranche, au bout du crampon o, o, ce qui vous donnera une enlevure de Couteau à foie repréfenté par la Fig. 17. A cette enlevure le tranchant fe marque par une entaille R , & par un petit coup donné fur la bigorne de l'enclume en r, qui, en même temps qu'il indique le tranchant, marque auffi la crofïe du bas du manche : une foi| que l'enlevure eft faite, le refte de la lame fe forge fùivant les mêmes principes décrits pour la lame à queue, Fig. 8. Les mitres fe relèvent de même fur le tas, mais avec une châffe repréfentée par la Fig. 18, dont le trou eft long, comme on le voit en S , pour recevoir la foie plate.
- §. III. Maniéré de limer, d’ajufier & de finir un Couteau à gaine & à queue.
- Pendant que les lames recuifènt, il faut dégroflîr les manches & percer les trous ; enfuite faire la place des viroles , comme en V, Fig. 19 ; & quand la virole eft pofée fur le manche, il faut équarrir le trou d'environ un pouce de longueur avec une petite écouaine, Fig. 20 ; prenez enfuite la lame , Fig. 1, battez-la un peu à froid, dreffez bien la queue, & commencez par entailler la queue P : limez-la fur les quatre faces ; que la lime foit placée d'équerre avec la piece : cette queue doit être quarrée depuis P jufqu'en A, le refte eft à huit pans.
- Ayant ajufté la lame fur le manche , & ne voyant point de jour entre la mitre
- Planches 40 & ±u
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- 176 VA R T DU COUTE LIER.
- P 8c la virole , il faut entailler la coquille en q, Fig. i : dreffez l’épaiffeur du dos & celle du tranchant, de maniéré qu’ils fe rencontrent jufte & au milieu du pan du manche, 8c en même temps blanchifïèz la lame fur le plat ; après quoi il faut marquer la lame,
- Le Couteau étant ainfi dilpofé, eft tout prêt à être fini de limer fur le modèle ; pour cet effet appliquez le modèle jufte à l'entaille q : ferrez les deux pointes enfemble avec l'étau à main ; tenez enfuite le tranchant de la lame, ainfi que le dos , jufte au modèle.
- Quand on lime un Couteau fans modèle 3 on commence par limer le dos pour le mettre jufte à la virole & le drefler tout du long ; enfuite on entaille le men-tonnet en t, qu’on met jufte à la virole ; après quoi on dreffe le tranchant tout du long : on donne la grâce qui convient à la lame , foit à pointe au milieu comme Fig. i, ou à pointe rabattue; après cela on ajufte le tour delà mitre avec la virole : on dégroffit la coquille avec une forte queue de rat; on façonne la coquille , on l’adoucit ; alors le Couteau eft prêt à tremper.
- La lame étant trempée 8c recuite, cimentez la queue dans le trou du manche ; enfuite dreifez la lame & mettez-vous en devoir de la blanchir & mettre à tranchant ; après quoi il faut limer les pans du manche jufte à la virole : grattelez le manche vivement ; façonnez enfuite la virole ; après quoi frottez le manche à la prêle (*) 9 8c fi ni fiez de le frotter avec le tripoli; après cela poliffez la lame; emportez bien les traits avec l’émeri lur la polifloire ; eflîiyez enliiite le Couteau pour emporter l’émeri ; dégraiffez la polifloire avec un charbon de bois ; paflez la pierre lànguine fur la polifloire, pour donner le luftre au Couteau 9 ce qui le fait en aflemblant lentement : les traits de l’émeri s’emportent 9 8c la lame d’acier fe polit mieux & fe luftre ; après quoi on n’a qu’à efluyer le Couteau , l’affiler , le paffer au buffle avec le blanc d’Elpagne. Voyeç la Fig. 29, P/. 42 ; ellç repréfente un fitnple Couteau à gaîne avec une virole , & le manche à huit pans en bois rofe.
- Pour la folidité de ce Couteau, le manche doit être percé d’outre en outre i afin de pouvoir river la queue par le bout avec une petite rofette , fans quoi la queue fe décimente après quelques jours de fervice ; cependant il y a des matières auxquelles cet ufage eft contraire, tels font le bois de la Chine , & la nacre de perle ; le premier, parce que ce bois fe fend trop facilement, 8c que fe trouvant creux de toute là longueur 9 un petit effort fait caffer le manche. Pour la nacre, la fragilité la rend fufceptible du même défaut ; mais on peut obvier à cet inconvénient en laiflant un pouce 8c demi ou environ de maffif au
- ( *) Gros jonc fort raboteux, dont on fe fert à polir les ouvrages. C’eft une herbe appellée auffi (Equifetum), queue de cheval. Elle croît dans les lieux marécageux & fablonneux : elle pouffe de tige à la hauteur de 18 à 20 pouces, compofée de plufieurs tuyaux attachés les uns fur les autres,
- 8c féparés par des noeuds. Lorfqffelle eft un peu defféchée , elle racle toute forte de bois, l’ivoire , la nacre même, parce qu’elle a des tranchants qui l’environnent : à la coupe on la voit comme une colonne cannelée.
- manche j
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- Première Parti e. Chapitre X XIII. 177
- manche; alors on ajufte la queue de la lame dans le trou, de manière à ne COU* tenir guere de ciment : voilà ce qui contribue à la Folidicé du Couteau dont la queue nefl: pas rivée au bout du manche ; mais il eft certain que fi le trou eft d'un tiers ou d’un quart plus grand que la grofleur de la queue , le Couteau ne réfiftera pas'huit jours fans fe décimenter ( * ).
- §. IV. Du Couteau à foie ou a plate-femelle*
- L e Couteau ayant été battu à froid , commencez par limer les mitres, en ; entaillant du côté de la foie eny, Fig. 2 ; enfuite il faut l’entailler du côté de la lame ; dreffez bien l’épaiffeur du dos dans la même direction que la foie ; que le tranchant qui eft bien plus mince que la foie, fe trouve directement au milieu de lepaiffeur de la foie, & en même temps blanchiffez un peu le plat de la lamé avec la groife lime ; marquez enfuite le Couteau ; après cela entaillez le men-tonnet ; limez le tranchant jufqu a la pointe : appliquez-vous enfuite à limer Sc à bien drefler le dos du Couteau d’un bout à l’autre, & finilfez par limer là foie du côté du tranchant Sc par le bout arrondi ; après cela contre - marquez Sc percez les trois trous à la foie, aux endroits indiqués par les chiffres 1,2, 3 ; enfuite dreiïez-bien le Couteau ; adouciffez bien les mitres ; trempez le Couteau , & recuifez-ie.
- On peut émoudre la lame de ce Couteau avant ou après avoir cloué le manche * cela eft indifférent ; ainfi fuppofons-le émoulu, prenez deux côtes de manche de corne fuffifarament defféchées ; dégroffiffez-les avec la râpe tant fur leur largeur que fur leur épaiffeur, & évuidez un peu les dedans en rapant en long, afin qu’elles s’ajuftent mieux fur la foie - enfuite ajuftez les bouts des deux côtes * une de chaque côté , de attachez-les l’une après l’autre dans l’étau pour percer les trous au foret ; cela étant fait, fraifez les trous ; prenez un morceau de fil de fer , Fig* 23 ; apointez-le par un bout, Sc faites-y une tête de l’autre : commencez par mettre le clou n°. 1, entrant un peu à force ; quand la tête eft arrivée à la fraifurefeiez le clou de la longueur convenable à pouvoir faire la rivure du côté gauche ; faites enfuite une autre tête au fil de fer , pour la porter au trou n°. 3 ; & enfin une troifieme au n°. 2, alors vous pouvez river les trois clous ; après cela dégroffiffez le manche par les côtés, limant jufte à la foie ; façonnez-ie à la lime ; abattez les pans tout autour ; adouciffez le tour de la foie en tirant le trait de long ; grattelez le manche, frottez-le à la moulée & au tripoli ; bruniflez le tour de la foie ; frottez les mitres au bois avec l’émeri ; & enfin poliffez la lame fur la poliffoire ; repaffez-la à la pierre fanguine ; affilez-la ;
- ' paffez-la au buffle : le Couteau eft prêt à vendre.
- * (*.) La maniéré de fe fervîr de la prele , eft d’en affembler neuf ou dix brins, en faite un petit paquet en le liant par le miîiçu avec un fil : cela fuffit pour un manche rond. Mais lorfqu’on yeut rêferver des pans bien vifs, on prend un
- Coutelier , /. Part•
- bout de bois, on y enfonce trois morceaux de fil d’archaî ; fur chaque fil on met un brin de prêle : voyez la Fig. 22 , PL 40, ce prêîoir y eft repréfenté tel qu’il doit être pour dreffer des pans bien vivement.
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- L’ART DU COUTELIER.
- §. V. Defcription de plufieurs Couteaux.
- .—~' JL A Figure 24 fait voir un Couteau de Boucher , appelle Lancette à bœuf : il
- Planche eft à tranchant fur là convexité, bien pointu, & le manche eft fait fans façons en corne ou en bois commun.
- La Figure J repréfente un Couteau de cuifine de la fécondé force, à foie plate & à manche de corne ; il fert à couper les viandes Sc les petits os , comme les ailes, les pattes des volailles, &c : fon tranchant doit être fort.
- La Figure 26 fait voir un Tranche-lard de la moyenne longueur ; le tran-1 chant doit être fin Sc le dos mince ; en tenant le manche d’une main & la pointe de l’autre, on le fait plier ; alors il doit faire le croiffant & revenir droit fans qu’il foit faufle : pour cela il faut qu’il foit d’acier pur & bien corroyé ; il faut le bien tremper & fur-tout le recuire avec les tenailles ; que le dos devienne cou* leur d’eau, le milieu violet, Sc le bord du tranchant couleur d’or. Cet infiniment fert à couper les bandes de lard Sc à faire les lardons.
- La Figure 27 fait voir un Couteau à pointe rabattue, fervant à habiller les agneaux.
- La Figure 28 repréfente un Couteau de ceinture, fervant aux Cuifiniers pour préparer les viandes : ( c’eft un demi-Tranche-lard ) ; il eft fait à virole Sc à queue rivée au bout avec une rofette ( * ).
- La Figure 29 fait voir le troifieme Couteau de ceinture, fervant aux Cuifiniers pour éplucher. Entre ce dernier & celui de la Figure 28 , il s’en fait de plufieurs grandeurs, Sc qui font plus ou moins forts , ou plus ou moins larges, ou enfin plus ou moins longs.
- La Figure 30 repréfente un Couteau de poche à gaîne , à pointe au milieu i
- emmanché d’ivoire à huit pans, garni d’une virole Sc d’une cuvette en cul-de-Planche r 0
- 43. lampe.
- La Figure 31 fait voir un Couteau de poche à pointe rabattue, à manche de nacre de perle à la Turque, Sc à cuvette à la Tartare.
- La Figure 32 repréfente un Couteau de poche à manche de racine de buis, façonné en pied de biche , & le bout garni d’un fer d’argent attaché avec fix petits clous de fimilor ou d’or, ayant chacun une petite tête ronde, comme on le voit Fig. 33.
- La Figure 34 repréfente un Couteau de femme à manche d’ébene, cannelé en colonne torfe, garni d’une virole Sc d’une cuvette plate.
- La Figure 3 J repréfente un Couteau de femme à jambe de Princeffe, la virole à la Tartare , une bande d’argent ajuftée avec une rofette pour marquer la jarre-
- (* ) Ce Couteau doit être bon & léger, parce que c’eft celui que les Cuifiniers onttoujours à la» ceinture, or ces Meilleurs appellent un bon Cou-
- teau , celui qui fe laifle entamer promptement par le fufil, qui fait lever le petiîmorfil j alors il faut lui donner le recuit violer.
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- Première Partie. Chapitre XX1IL 179
- tiere , une autre bande qui marque le coin du bas ; le tout incrufté dans l’ivoire ou dans de la nacre de perle.
- La Figure 36 fait voir un Couteau à gaine 8c à Tire-bouchon en crochet.
- Par la Figure 37 on voit l’intérieur du manche de ce Couteau ; la foie de la lame fert de reiîbrt au Tire-bouchon.
- La Figure 38 fait voir un Couteau de Confïfeur.
- La Figure 40 fait voir un Couteau à gaine, & à Tire-bouchon à mèche ou en vis, mais travaillé différemment. Ort perce le trou du manche un peu fur Planche le derrière du dos; enfuite on évuide le manche fur le devant avec de petits cifeaux & des gouges pour faire la place du Tire-bouchon , comme on voit en ç, Fig. 39. On place un petit reiîbrt Fig. 40 5 dans un trou en jj ; on fait un Tire-bouchon à talon quarré, Fig. 41, lequel fe loge dans la gouttière 8c eft adapté au manche par le moyen d’un clou T9 Fig. 39 ; de forte que pour déboucher une bouteille , dn ouvre le Tire-bouchon en croix avec le manche, lequel refte fixe au moyen du tefïdrt.
- La Figure 42 repréfertte un Couteau à gaîne portant Un petit fufil dans le manche ; il eft repréfenté par la Fig* 44. La Figure 43 fait voir l’intérieur & la conftruéfiori de ce Couteau : on voit que la lame a une queue courte ajuftée dans un canon de fer, fait avec une bande de tôle forte pliée fur un mandrin tond & brafée ; après quoi on âjüfte exactement la queue de la lame dans le trou tn ; on prend enfüifce un manche un peti fort 5 on y perce un trou pour recevoir le canon tn9 n, quand il eft en place, ôn ajufte une forte virole en haut ; en-fuite on perce deux trous , un de face & un dé côté , lefquels reçoivent deux petits clous d’acier qui tiennent la lame folide 8c la fixent aü manche ; après quoi on ajufte une forte cUvette en bas que l’on perce pour recevoir le fùfil qui s’y loge , comme dans Une gaîne : on ajüfte une cuVëtte au fufil ; on laifîe déborder la calote, & aü bout on lui fonde un bouton , pour faciliter la prife du fufil pour le fortir du manche : cë manche fe trouve prefque quarré. Voyez le bout ,
- %• 45-
- La Figure 46 repréfente Un Couteau à gainé ,* à piquants ou d’attrape ; on n’âpperçoit rien au Couteau que trois petits trous fur le devant du manche : lorfi-qu’on s’en fert foi-même 9 on ne fe fait aucun mal ; fi l’on veut attraper quelqu’un , on fait defoendre le clou d’en basdé forte que celui qui coupe, fait fortir les trois pointes qui lui piquent la main, & fi-tôt qu’il lâche le coup , les pointes rentrent dans le manche , fans qu’il s’en apperçoive.
- La Figure 47 fait voir la queue de la lame dans fon manche ; en 4 , j1,6 9 Fig. 49, on voit les trois pointes ; 8t en 7 , le réffbrt du renvoi.
- Le corps du manche fe fait d’une bande de forte tôle que l’on plie fur un mandrin plat ; & pour fermer le bout du bas, ainfi qu’une partie du côté, du dos jufqu à 8 , Fig. 49, on ajufte cette petite bande de fer fervant d’entre-deux, on la brafe bien, parce qu’elle arrête la queue de la lame g, Fig, 47. La lame eft
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- iS© VA RT DU COUTELIER.
- fixée par un clou d’acier io , Fig. 49 : on perce un trou en bas rr , 3c avec une lime quarrée on fait le trou en long, pour lequel trou on fait un fort clou quarré , fur lequel on rive deux larges rofettes, comme le fait voir la Fig. y o, de forte que quand le clou efl monté en 12, Fig. 49, le bout de la queue fe trouve arrêté par le clou, &; Ton s’en fert fans rifque ; au contraire, lorfau’on fait défi cendre le clou en 11, le bout de la queue a la liberté de palier, comftie on voit en 14, Fig. 49.
- -§. VI. Des Couteaux creux.
- Planche
- L a Figure I repréfente un Couteau à gaine ordinaire ; cependant ce Couteau fert de gaine à celui qui efl: à coté, Fig. 2. Examinons-en la conftruétion attentivement , parce que c’eft un chef-d’œuvre de Coutellerie qu’un tel Couteau lorfqu’il efl bien fait.
- Pour faire une lame de Couteau creufe, prenez un morceau de bon acier bien fltin, 8c donnez-lui en forgeant la forme de la Fig. 3, foit en largeur, foit en longueur, que les bouts foient amincis bien parallèlement ; laiflez le milieu épais par une vive arête ; voye{ la Fig. 4 : réfervez une queue AB; 8c lorfqu’il efl forgé, blanchilfez le plat fur la meule pour le bien nettoyer des crafles de la forge 8c des coups de marteau.
- Pliez cette lame à chaud avec ménagement le long de la ligne cy cy fur un étau un peu ouvert ; faites rapprocher les deux bords ; lorfqu’il aura pris à peu-près la forme de la Fig. ÿ , ferrez-le à petits coups de marteau ; alors la vive arête réfèrvée en a, Fig. 4, va former le tranchant.
- Applatiflez la lame bien également dans fa longueur en aminciflànt le tranchant , elle prendra la forme de la Fig. 6, laquelle vous pouvez laifler un peu. recuire , enfuite le dégroflir avec la lime : après cela étant muni d'une vieille lame de Couteau, faites chauffer la lame creufe couleur de cerife ; préfentez le tranchant de la vieille lame fur la fente du dos, 8c ouvrez-le fuffifamment large pour loger le Couteau qui doit entrer dans cette fente, 8c laiffez-le recuire un peu..
- Le Couteau étant refroidi, il faut unir la fente un peu en la blanchiflant avec une lime à Couteau mince ; ajuftez enfuite une lame d’acier dans cette fente, laquelle fervira de modèle pour celle d’or ou d’argent, & en même temps elle préferve la creufe de s’écrafer dans l’étau, parce qu’on la laifle dans la fente chaque fois qu’il faut la ferrer dans l’étau. Lorfqu’elle efl limée à forfait, tant la lame que la queue, il faut la blanchir fur une meule haute pour la bien dé-groffir ; enfuite il faut ajufter & fouder une bande d’acier faifant parallèle avec la queue vue par dy E , laquelle doit être.en D. Cela étant difpofé, ajuftez une bande d’argent tout le long du dos & de la queue E yffy de l’épaifleur d’une pièce de 24 fols , large de 3 lignes depuis E jufqu’en D, 8c d’environ 2 lignes enff9 liez-la proprement avec le fil d’archal, & foudez-la bien. Après cette premiers foudez-en une fécondé fur la queue de devant Hîy de 3 lignes de
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- Premïèrê pAktïë. Chapitre XXIII. iSr
- largeur ; étant foudée, ajuftez les deux coquilles for h, de la maniéré que l'indiquent les points : foudez-les bien ; après cela fondez une forte virole à huit pans aux deux bouts /, E, entaillée fur TépaiiTeur des bandes, afin qu’elle ne déborde pas. On voit cette virole foudée en y, Fig. 7.
- Lorfque toutes les garnitures font foudées, on peut dégroffir les bandes d’ar^ gent ; après cela il faut mettre du blanc d’Elpagne délayé dans de l’eau fur toute la garniture qui doit aller au feu ; enfuite trempez la lame avec ménage-» ment dans la poêle, & donnez-lui le recuit violet fur de la braife ; il faut, autant qu’il eft poffible , recuire le dos bien bleu , pour donner du corps à cette lame. L’ulage de recuire avec les tenailles n’eft point propre à cette lame : il y auroit à craindre le refferrement du dos par la preflîon des tenailles ; ainfi de la petite braifo & du pouffier bien allumés font préférables. Quand cette lame fe déjette à la trempe, il faut la redreffer au marteau en frappant légèrement vers le tran-* chant & fur le plein, mais non pas for le creux. Après cela blanchiflez la lame 8c mettez-la à tranchant, le tout avec ménagement ; il vaut mieux la laifler un peu plus épaiffe , que de rifquer de la percer for la meule ; ce qui arriverait in^ faiüiblement, fi l’on vouloit l’évuider autant qu’une autre.
- Pour faire le manche, il n’eft queftion que de couvrir le vuide ; prenez deux côtes de nacre de perle, ajuftez-les de largeur à pouvoir entrer entre les bandes d’argent /, E,8c H, D, quelles portent for les queues d’acier; prenez enfoite de petites limes ; évuidez le dedans de chaque côte avec ménagement ; car le manche étant tout fini, n’a pas plus d’épaiffeur qu’un écu de trois livres d’un bout à l’autre. La Figure 8 fait voir la côte de la largeur quelle doit être ; 8c la Figure 9 fait voir l’épaiifeur & la forme quelle doit avoir.
- Avant de pofer le manche, il faut faire le petit Couteau qui doit entrer dedans, 8c le finir de tout point ; il n’a d’extraordinaire d’un autre, qu’en ce qu’il porte une cuvette avec un bouton en cul-de-lampe foudé for la calotte K , K , Fig. 2, laquelle calotte on voit déborder la virole de' chaque côté , pour empêcher que le Couteau ne s’enfonce trop avant, 8c le bouton fort à faciliter la prife du Couteau pour le fortir de la gaîne.
- Pour pofer le manche, commencez par abattre les quarres en dehors des deux plates-bandes, pour former un petit pan, & faciliter la fertiftùre : pofez enfuite les deux côtes dans leurs places ; prenez un très-petit marteau, rabattez les bords de l’argent en faifant porter la bande de deflous for la quarre d’un tas ; fortifiez bien, afin que la bavure foit bien rabattue pour tenir les côtes avec affez de folidité ; après cela façonnez les bandes d’argent, la virole, les coquilles & le manche; faites-lui les filets & les moulures que vous voudrez; enfin finifièz le Couteau.
- La Figure 7 repréfente aufîi un Couteau creux ; mais il n’y a que le manche qui le foit : pour cet effet forgez un Couteau à foie plate ; évuidez le milieu avec la lime, tel qu’il eft repréfenté ; foudez les plates-bandes 8c la virole au Coutelier , /. Part. Z z
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- *8a L'ART DU COUTELIER.
- bout du manche j : ajuftez dedans un petit Couteau à la berge à deux lames, comme on le voit par la Fig. io. Pour le couvrir, prenez deux côtes de manche, cvuidez-les Sc ajuftez-les comme les deux de l’autre Couteau, & fertiffez les bords des bandes, Scc ; cependant ce Couteau , Fig. 7, efl: différent de fautre, Fig, 1, le bout ne peut pas être fermé par une calotte , comme celle du Couteau à cuvette, K, K, Fig. 2. Alors on fait une cuvette de deux pièces, ( voye[ la Fig. 11), à laquelle on pratique une petite charnière L, ayant feulement trois charnons : on ajufte enfiiite un refïbrt, Fig. 12 , en queue d’aronde en Af ; 011 perce un trou au travers de la virole & de la queue de la lame pour le paflàge de la queue du bouton N, laquelle entre à vis dans le reflbrt, de maniéré qu’en repouffant le bouton, le reilort lâche prife Sc la cuvette s’ouvre comme un étui ; il ne faut pas manquer de fonder un grain d’acier en dedans de la cuvette Fig. 11, qui fert à accrocher le reffort p.
- *.1im„[IM La Figure 12 repréfente un Couteau à gaine, appellé à Cabriolet : tout l’ouvra-
- Planche ge efl; dans le manche ; il efl: difpofé pour recevoir plufieurs lames tant en acier, qu’en argent Sc en or. La Figure 13 fait voir la difpoiîtion des queues de lames ; on voit une encoché"en q qui reçoit le crochet du reflbrt r, Fig. 14. Or cette dernière Figure fait voir à découvert tout le méchanifme intérieur du manche, qui efl: fait d’un morceau d’acier repréfenté par l’épaifleur, Fig. I y , & par fà largeur , Fig. 14. Toute la partie r, s 9 efl: évuidée à jour pour loger le reflbrt vu de largeur Fig. 16, Sc d’épaifleur Fig. 17 : il efl: fixé par une vis t, Fig. 14, dont la tête efl noyée dans l’épaifleur de la bande.
- En T, on voit une tête de vis {aillante ; mais la moité de cette tête , doit être noyée dans le trou qu’on a fraifé pour cet effet. Or cette vis efl: fixée fur le reflbrt r, & elle efl mobile dans le trou du manche ; de maniéré qu’en repouflànt la tête T, on fait fortir la lame qui entre dans le trou quarré de la Fig. 14 : or ce trou demande des attentions pour être bien fait ; après l’avoir percé au foret, équarriffez-le avec une lime quarrée, le plus jufte qu’il fera poflible. Soyez muni d’un mandrin bien quarré Sc bien adouci, Fig. 18 ; huiiez-le & l’enfoncez à coups de marteau dans le trou ; reflortez-le Sc le renfoncez à plufieurs reprifes ; par ce moyen vous aurez un trou jufte Sc uni.
- Pour bien ajufter les queues des lames, après les avoir dégroflîes à la lime bâtarde à petits grains, enfuite adoucies jufqu’àce quelles entrent au tiers ou à moitié de leur longueur dans le trou ; alors noirciflez la queue à la flamme d’une chandelle , préfentez-la dans le trou ; en la reflortant, vous verrez que le noir fera emporté fur ces endroits où elle porte le plus ; alors limez avec la lime douce {ùr les endroits blanchis ; noirciflez encore la queue ; faites-la entrer dans le trou ; répétez cette manœuvre jufqu’à ce que la mitre de la lame porte bien fur le manche, & que la queue ne balotte pas dans le trou.
- On voit qu’à ce Couteau, en appuyant {ùr le reflbrt T, la lame fort d’elle-même du trou, étant repouffée par un autre reflbrt, dont voici le méchanifme. La
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- î? r ë m ï ë r £ Partie. Chapitre XXIII, ïS^
- Figure 20, repréfente un reflort qui fe fixe par la même vis t9 Fig, ïq, qui tient le reflort r ; la vis T, paTe à travers le trou du reflort, Fig. 20 , & le bout de la queue de la lame appuie fur le reflort en Q ; de forte que, quand on entre la lame dans le manche, la queue fait une preflïon fur le reflort Q ; 8c lorfqu’on appuie fur la vis T, le reflort à fon tour fait preflïon for la queue de la lame, & la renvoie auflî-tôt que le crochet r, a lâché l’encoche q.
- Ce reflort n’a d’autre utilité que de renvoyer la lame ; mais il eft de peu de durée; il feroit même à propos de n’en pas faire ufàge ; l’objet eft trop petit, pouffpouvoir lui procurer toute la folidité néceflàire : au refte ce Couteau exige un étui repréfenté par la Fig. ; le manche eft ajufté dans le milieu , 8c les lames l’environnent.
- §. VIL Des Couteaux de table, & autres Couteaux fervant d'outils à plujîeurs
- Arts & Métiers.
- L a Figure 2 r repréfente un Couteau de table à manche de porcelaine & pointe ronde , avec une virole d’argent & une large & forte rofètte, fur laquelle eft rivée la queue de la lame au bout*
- En général tous les manches de Couteaux de porcelaine, de fayance, de nacre, d’agate 8c autres, faits avec des cailloux précieux, exigent bien des foins 8c des ménagements en les montant. Il eft rare que ces matières fouffrent l’eau bouillante pour les décimenter, fans que les manches fe caflent ou fe fendent. Pour cet effet, j’ai fait ufage d’un moyen qui m’a toujours réuflî, pour décimenter les vieilles lames ou lames ufées. Je fais chauffer une paire de tenailles droites, un peu fortes, mais fans les faire rougir, pas plus chaudes qu’il ne • les faudroit pour pafler une papillote ; alors je pince la lame auprès de la mitre ; elle s’échauffe, 8c peu à peu la chaleur de la mitre échauffe la queue, fans que le manche s’échauffe trop; de temps à autre j’eflàie de faire remuer le manche fans le fbrtir des tenailles ; à la fin la chaleur fe communique tout le long de la queue ; le maftic étant fondu , la queue fort aifément.
- Quand on cimente des lames fur de tels manches, il faut faire attention de ne pas laifler engager la queue dans le trou ; il faut être prompt à la reffortir, pour la faire un peu chauffer, parce que les matières, qui font froides, font refroidir promptement le maftic 8c la queue.
- Pour éviter que la trop grande chaleur de la queue ne faflè fendre le manche , il ne faut pas chauffer la queue jufqu’au rouge ; il fuffit quelle foit couleur de bronze , & plutôt moins que plus.
- La Figure 22 fait voir un Couteau de table, à manche d’argent. On fait ordinairement ces manches jettés en moule par un Fondeur ; on les ébarbe en-fuite , & on les foude à la poêle ; après cela on recherche les filets, les moulures, & on les polit de tout point, avant de cimenter les lames. M. Gavet,
- Planche
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- Planche
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- ï84 HART DU COUTELIER;
- mon Confrère, a obtenu en 1764, la permiffion d’établir un balancier : par ce moyen lès manches d’argent fe frappent comme des médailles ; l’exécution en eft prompte; mais il faut toujours ébarber chaque côté des manches, les fouder deux à deux, rechercher un peu les filets, enfin polir le tout.
- Ceux qui ne font pas à portée des Fondeurs, encore moins du balancier, peuvent tout uniment faire des mandrins de la longueur, de la largeur & de la forme convenable aux manches qu’on veut faire ; enfuite forger l’argent à l’épaifleur qu’on veut, ou, pour mieux faire , pafler au moulin ou laminoir ; après cela eftamper tous les côtés de manche fur un plomb d’environ 12 à livres, dans lequel on aura mis un tiers ou un quart d’étain pour le rendre plus dur ; lorfque les manches font eftampés , & ajuftés deux à deux, les fouder , & après cela on peut y faire les filets & les moulures qu’on voudra.
- La Figure 23 repréfente un Couteau pour le deffert, à lame d’argent, manche de nacre de perle, limé à pans, avec un filet fur les quarres du dos & du tranchant, Sc le pan de face efl: cannelé obliquement d’un filet entre deux baguettes.
- . La Figure 24 repréfente un Couteau de Doreur fur bois : il fert à couper les feuilles d’or; la lame doit être mince , & pliante comme un tranche-lard ; le tranchant doit être bien droit dans toute fà longueur, & le dos doit être à tranchant par une vive arête, & le tour de la pointe jufqu’en x,
- La Figure 25 repréfente un Couteau à parer le cuir; le tranchant efl: fiir la partie convexe ; le dos n’eft pas fort épais ; mais le côté qui pofe fur le cuir pour le parer, doit être émoulu bien à plat, ce qu’on appelle en planche, tandis que le côté oppofé efl: un peu en rond, pour donner la force au tranchant.
- La Figure 26 repréfente un Couteau de bouchonnier : le tranchant efl à fà partie concave ; il efl vif Sc mince.
- La Figure 27 repréfente un Couteau à gaine, à tranchant droit Sc pointe rabattue, fervant à couper les étuis, & à féparer le couvercle d’avec le corps dej.’étui.
- La Figure 28 repréfente un Couteau de Tailleur de corps d’enfants, fervant à couper les brins de baleine ; fon tranchant efl droit, & fur le dos de la pointe rabattue, on fait un bifeau qui forme le tranchant fur le dos, qui fert à racler les baleines & à les unir : le manche efl fait avec du buis, & tourné ; le bout, qui efl large, leur fert de brunifloir pour abattre les coutures.
- La Figure 29 repréfente un Epluchoir de Vannier ; le tranchant efl fiir fà partie convexe.
- La Figure 30 repréfènte un Couteau de toilette, fervant à ôter la poudre; il efl très-mince Sc à tranchant des deux côtés, mais un tranchant émouifé, c’eft-à-dire, qu’après qu’il efl moulu Sc poli, on lui arrondit l’extrémité du tranchant avec la pierre du levant ou la pierre à l’huile, ,
- La
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- Premiers Partie. Chapitre XX1IL iSy
- La forme du Couteau de Peintre eft femblable à celle d’un Couteau à ôter la poudre ; à l'exception que celui d'un Peintre eft long d’environ y pouces , & large de 9 à 10 lignes , & la lame eft plus mince.
- Le Couteau pour ouvrir les huîtres eft auffi de la forme du Couteau à poudre; mais il eft plus fort, & il a un dos, pour réfifter à l'effort de la fépa-ration des deux écailles; il faut que le tranchant foit un peu épais 8c un peu arrondi ; 8c de plus, il faut le recuire à la couleur bleue , après l'avoir trempé couleur de cerile.
- La Figure 31 repréfente un Tranchet de Cordonnier pour femme , appelle Trancha à hucher : il porte 14 à iy pouces de longueur, fur 15 à 16 lignes de large ; il n'a que 3 pouces de tranchant d'un côté, près de la pointe.
- La Figure 32 repréfente auffi un Tranchet, mais pour le Cordonnier pour homme ; il eft plus court 8c plus large que celui pour femme.
- La Figure 33 repréfente un Couteau de Boulanger & de Marchand de tabac; il s'ajufte far une planche, s'arrête par un écrou ville en y ; étant ainfl il compofe un outil appelle maquei la lame porte environ 12 pouces de longueur, fur iS à 20 lignes de largeur.
- La Figure 34 repréfente un Couteau à chapeler les petits pains à caffé : il porte environ 2 pouces de large, fur 7 ou 8 de long.
- La Figure 35* eft un Couteau à pied : il eft à tranchant fur fà convexité ; il s'en fait de plufieurs longueurs, c’eft-à-dire, depuis 3 pouces julqu'à 6 de longueur: il fert aux Selliers, aux Bourreliers & aux Cordonniers pour couper le cuir : il eft le même pour tous les Ouvriers ; il doit être fait d'acier pur & forgé, bien plané également par-tout, pour prévenir le dévoilement, le déverfàge & les caflures à la trempe ; d’ailleurs on laiffe fon tranchant un peu fort ; il vaut mieux avoir plus de peine à la meule, que de perdre la piece étant plus d'à-moitié faite : cette raifon eft applicable à toutes fortes de pièces qu'il faut faire larges 8c minces. ,
- La Figure 37 eft un Couteau de Fourreur: il eft large & mince ; on y fait un très-petit manche ; mais on y rapporte un cachet d'acier au bout, qui leur fert comme de petit marteau.
- Enfin la Figure 38, PL 47, eft un Couteau de Brodeur d'or & d'argent fur les étoffes ; il doit être bien dur & bien pointu, & fon tranchant eft fur la partie convexe.
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- Coutelier , L Part.
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- Planche
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- iU L’ART DU COUTELIER;
- CHAPITRE VINGT-QUATRIEME.
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- Maniéré d’incrufler les Manches des Couteaux.
- - Comme le Coutelier ne néglige rien de ce qui peut contribuer à rembellifîe-ment des ouvrages qu’il fabrique, nous nous trouvons obligés de dire quelque chofe de l’Art d’incrufter. Cette opération fe fait de bien des façons, & nous pourrions nous étendre beaucoup fur cet Art ; mais comme il ne fait pas notre objet principal, nous nous contenterons d’expliquer la plus fimple 8c la plus folide. On incrufte ordinairement de petites bandes de nacre de perle fiir l’é-bene, fur l’écaille, fur le bois de la Chine, &c, pour marier les couleurs & les rendre agréables à la vue.
- L or & l’argent s’accordent volontiers à toutes les matières ; en les incruftant avec art, ils embeliifïènt les ouvrages & les enrichiffènt.
- Tous les ouvrages qu’on incrufte en nacre, en écaille , en ivoire , en bois, le font par le moyen de la colle ; les métaux au contraire ne prennent point la colle; il faut un autre expédient que nous donnerons dans le Chapitre fuivant.
- §. I. De la Nacre fur les Bois.
- Ayant pris loin de bien drefîèr un Manche d’ébene , le laiflant feulement un peu plus épais & plus large qu’il ne faut 9 on trace à la réglé 8c avec la pointe les largeurs des bandes qu’on veut incrufter, & on ajufte les bandes. Il eft mieux encore de drefîèr les bandes de la longueur, de la largeur 8c de l’épaiflèur qu’il les faut ; on les préfente enfuite fur le Manche l’une après l’autre, aux places quelles doivent occuper, les tenant fixes: on trace fur le Manche, tout \ autour de ces bandes, avec une pointe d’acier ou une éguille mife au bout d’un manche Fig. i.
- Après avoir tracé toutes les bandes, fi l’on a une bonne fciç dont le trait foit conforme à la largeur des bandes, l’opération fera bientôt finie, parce qu’un trait de fcie, Fig. 6, fuffira ; finon il faut faire les places des bandes avec de petits cifèaux en bois, & les creufèr avec attention. Voyez o, à la Fig. 2.
- Quand toutes les bandes font ajuftées, mettez la colle fur toutes les pièces avec un pinceau, puis placez diligemment chaque bande dans fà rainure : liez le tout enlemble avec une ficelle, 8c laiiïez-le fécher à une chaleur douce.
- Je fuppolè qu’on veuille incrufter differents objets fur un Manche repréfen-tant même des figures d’animaux, alors il les faut deflîner fur du papier, & que le papier foit jufte de la largeur & de la longueur du Manche ; après cela il faut
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- Première Partie, Chapitre XXIV. 187
- découper les figures adroitement, les féparer du corps du papier, & conferver ce papier, dont on a tiré les figures, avec autant de foin que les figures mêmes Collez chaque figure fur les fubftances qu’on veut incrufler ; que ce foit de la nacre , ou du burgos, ou de fécaille, ou de l’ivoire, il n’y a pas de différence ; toute 1 attention confifte à mettre ces matières de l’épaifleur qu’on les veut, avant de coller les figures deflus ; enfuite limer tout le tour de la nacre foivant tous les contours de la figure repréfentée for le papier, & qu’on a collée de/Tus.
- Après que toutes les figures font faites, collez fur le Manche le papier dont on a tiré les figures ; alors avec de petits cifeaux en bois , des gouges & des burins, emportez tous les vuides des figures ; confervez bien les bords : après cela aflemblez chaque figure à là place , & les y collez.
- On juge bien que par le moyen du defîin & de la découpure qu’on en fait on peut exécuter toutes fortes d’ouvrages fur un Manche ; c’eft à la gravure après à donner la derniere main. La nacre , l’ivoire & l’écaille, ne fe collent qu’avec la colle de poiflon. Plufieurs ignorent la façon de la faire bonne ; la voici :
- Prenez quatre onces de colle de poiflon ; coupez-la par petits morceaux; mettez-les dans un pot avec environ plein un œuf d’eau claire & propre ; ajou-tez-y une goufle d’ail, & faites fondre le tout au bain-marie en remuant avec un pinceau, jufqu’à ce quelle foit entièrement fondue ; on peut enfuite ufer de cette colle.
- Quand les collages font féchés , on travaille ces Manches comme d’autres ;
- on place les viroles, on ajufte les lames', &c. cependant il faut avoir foin que la
- place des viroles & des cuvettes foient faites de maniéré que la moitié de
- l’épaiflèur des bandes fe trouve fous les viroles ; voye^ P P, à la Fig. 3 ; fans
- cette attention l’ouvrage ne feroit pas folide. La chaleur d’une faufle ou d’un
- potage répandu fur le Manche, feroit décoller les bandes qui fe perdrolent ;
- au lieu qu’étant arrêtées par les bouts, la colle fe feche une fécondé fois : que ce
- foit un Couteau à gaine ou un Couteau à reflort qu’on incrufte , l’opération eft
- toujours la même. Le Manche d’un Couteau à reflort, n’eft autre que celui d’un
- Couteau à gaine partagé en deux.
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- §. IL De i 'or & de t argent incruflés fur la Nacre ,fur ïEcaille , fur /’Ivoire
- & fur le Bois.
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- Prenez un Manche, n’importe qu’il foit de nacre ou d’ivoire ou d’écaille , dreflfez-le bien, & lui donnez la forme & la force qu’il doit avoir ; prenez en-fuite les dimenfions pour la quantité des bandes que vous voulez y mettre ; fop-pofons-en fix pour un Couteau à gaine, Fig. 2 , & Fig. 3 ; donnez un trait de foie, dont le feuillet foit mince ; voye{ à la Fig. 4, les traits 1,2,3,4,5,6; après cela foyez muni d’un outil, repréfenté par la Fig. $ ; c’eft une foie courte, mais épaiffe & à petites dents, quon peut appeller écouaine, au milieu de la-
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- 188 L'ART DU COUTELIER.
- quelle on cifelle une rainûre pour recevoir une languette, qu’on laifle déborder les dents d’une bonne ligne ; cette languette fert de point fixe à l’outil ; on la place dans le trait de la première fcie, tandis que les dents , qui font à coté, font une rainure large; enfin les rainures fe font comme on les voit à la F/^.7, qui repréfente un Manche vu de bout : or pour accélérer l’opération, il faut que les bandes d’or ou d’argent foient exactement de la largeur ou épailfeur de la fcie à languette, Fig. y.
- Il n’eft pas douteux que fi l’on vouloit prendre une bande d’or, d’une ligne d’épaifleur, Sc l’ajufter à queue d’aronde dans le manche, l’ouvrage feroit fclide & bon ; mais il fe confomme aflez d’or & d’argent en luxe & en fcperfluités ; il faut chercher les moyens de ménager ces matières, en confervant toujours de la fclidité aux ouvrages ; or pour cet effet, il faut les employer minces, les fou-der fur d’autres métaux moins précieux, tels que le cuivre, &c.
- Pour cela, prenez une bande d’or X} de 2 lignes de largeur, & de l’épaiffeur d’une piece de fix liards (*) ; ayez une bande de cuivre rouge y , de la largeur de 2 lignes , & d’épaiffeur égale à celle de la languette de la fcie, parce qu’elle doit occuper la même place dans le Manche ; fur cette bande de cuivre appli-quez & foudez la bande d’or; que l’or foit à plat fur le côté du cuivre, comme le fait voir la Fig. 8, ainfi que la Fig. 9 , dont la partie A eft le cuivre, & la partie b eft l’or. Par ce moyen, la bande de métal fe trouve fclide : ces deux figures font voir l’objet très-gros pour le rendre plus intelligible.
- Quand toutes les bandes font foudées', on les applique dans les rainures ; le cuivre occupe le fond des rainures de la Fig. 4, & l’or couvre le tout, en occupant toute la largeur des rainures laites , comme fcr la Fig. 7.
- Sans doute que les bandes, n’étant qu’appliquées dans leurs rainures, fcroienf dans le cas de tomber, lorfque le Manche fc fécheroit ; mais on obvie à cet inconvénient , en laiftànt déborder le cuivre par les deux bouts de 2 ou 3 lignes de longueur plus que l’or , comme on le voit en P 9 P, Fig. 3 , de fcrte que les uns fe trouvent fous la virole E, Fig. 10, & les autres fous la cuvette g.
- La Figure 11 fait voir le bout d’une côte de Manche de Couteau à reffcrt, préparé pour recevoir les bandes.
- Quoique la colle ne prenne pas aufli fortement fcr les métaux que fcr le boi$,J il faut toujours en mettre dans les rainures, comme fi l’on vouloit réellement coller les bandes, principalement pour que tous les vuides qui proviennent de l’imperfeétion de l’ajuftement, fe trouvent remplis, de fcrte qu’ils ne paroiftent pas, & que la crafife, qui pourroit s’y loger & faire bailler les bandes, ne puiffc y entrer.
- Les rofettes incruftées fcr les Manches, fe font avec un rofetier, Fig. 13 ; il eft très-peu creufé ; on y fait de petits points avec une pointe à contre-marquer
- (*) L’argent doit être toujours employé du double plus épais que l’or3 parce que ce dernier a le double de corps de plus que l’argent.
- très-arrondie
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- Première Partie. Chapitre XXIV. i8p
- très-arrondie par le bout, & polie ; on peut même faire ces points en cœur, que Ton dirige autour d’un centre commun, à la place d’un pivot ; car il eft bon d’obferver qu’il n y faut point de pivot. Le rofetier étant trempé & poli, coupez les rofettes fur un plomb ; loudez enliiite un pivot de cuivre au milieu : voye£ H, Fig. iq , enfuite percez autant de trous au manche , que vous voudrez y mettre de rofettes; fraifez la place des rofettes avec une fraife à pivot, comme la repréfente la Fig. 11 ; mettez chaque rofette à fà place , & rivez chaque pivot en dedans du manche, avant de monter le Couteau.
- Quand on ajufte les bandes d’or, ainfi que les rofettes, on les met de maniéré qu’elles débordent la matière du manche, parce qu’en façonnant & en polifïànt cette matière, elle s’y ufe toujours, & qu’il faut éviter foigneufement que les bandes ne débordent le manche, quand le Couteau eft fini.
- L’ornement des bandes dépend affez du goût de l’Ouvrier : cependant il faut toujours fuivre les principes, & faire tout avec ordre; le manche étant cannelé obliquement, les bandes doivent l’être de même; fi au contraire on fait des moulures & des filets en long fur le manche, on en fait de même fur les bandes ; on tire un filet fur les deux bords, on arrondit le milieu pour faire un jonc ou une baguette entre deux filets.
- En faifant les cannelures, on doit avoir toujours l’épaifleur des bandes préfente à l’efprit; car fi on venoit à les percer en faifant des filets trop profonds, la piece feroit manquée ; pour cet effet, il faut être muni de plufieurs efpeces de petites limes douces & à moitié ufées, de maniéré que, lorfqu’on a tracé les filets par un trait de burin, on n’a qu’à rechercher après avec la quarre d’une lime bien douce.
- La Figure i y repréfente un Couteau à gaîne , manche de nacre de perle à bandes d’or, & les viroles ajuftées en croiflànt, & à la Tartare.
- La Figure 16 fait voir un Couteau à gaîne, manche d’ébene avec des bandes , & des filets de nacre de perle incruftés : la cuvette eft un peu relevée en bofîè & formée en coquille , comme le repréfente la Fig. 2.0.
- La Figure 17 eft un Couteau à refîort à rofettes incruftées fur le manche , avec un filet en long fur les bords du manche.
- La Figure 18 repréfente un Couteau à refîort à cuvette à la Tartare , manche de nacre, fur lequel font incruftées deux bandes d’or ; le tout cannelé obliquement d’un filet entre deux baguettes. ;
- La Figure 19 repréfente un Couteau à refîort à bandes d’or incruftées & cannelées en long , entre lefquelles bandes font auffi incruftées des rofettes, & les yiroles ajuftées en croiflànt & à la Tartare.
- Coutelier, I. Part.
- Bbb
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- Planche
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- Ipo
- L'ART DU COUTELIER.
- CHAPITRE VINGT-CINQUIEME,
- Des Cifeaux.
- ; XJ N e paire de Cifeaux eft compofée de deux branches ou lames jointes en-femble par un axe qui les tient réunies lorfqu on les fait couper ; l’aétion des Cifeaux n’eft pas de couper comme les Couteaux en quelque façon en fciant, mais par une compreflion entre le tranchant des deux lames, qui divifent, comme une efpece de coin, la fubftance qu’on veut couper. Or quand on coupe près du clou, les branches forment un levier, qui aide à fùrmonter la réfiftance de ce qu’on veut couper, & cette force du levier diminue à mefùre qu’on approche de la pointe ce qu’on veut couper.
- Partant de ce principe, chaque Ouvrier doit avoir des Cifeaux propres à l’u-fage qu’il en veut faire : pour me rendre intelligible, voyez la Fig. 1 ; B, eft l’axe ou le clou qui eft le point fixe ; la lame Z), C, A, eft le levier de réfiftance
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- 8c G, F , en eft le levier de puifîànce. Ainfi fi l’on coupe en A, c’eft le levier de la première force ; fi l’on coupe au milieu de la lame en C, on perd confia dérablement de force ; & lorfqu’on coupe de la pointe D, on a perdu toute la force, fi les branches font de même longueur que les lames , parce que la réfiftance eft égale à la puifîànce ; d’où il fuit que fi l’on veut avoir plus de force en D 8c en C, il faut donner plus de longueur à la branche g H, & que l’anneau fe trouve en E au lieu d’être en F*
- Il y a beaucoup d’Ouvriers qui, ne faifant pas attention à ce que nous venons de dire, prennent des Cifeaux qui ne font pas propres à l’ufage qu’ils en veulent faire. Un Marchand , par exemple , voudra couper du drap avec une paire de Cifeaux à longues lames, qui font deftinées à couper des cheveux & du papier. Un Tailleur mal inftruit, croit bien faire de fe procurer des Cifeaux avec de longues lames & de courtes branches : il voudroit couper un morceau de drap de 7 pouces de longueur, en n’ouvrant fes doigts que de 2 pouces, cela eft impoffible. Le Cordonnier, qui rafraîchit le cuir avec la pointe des Cifeaux, a une peine exceffive lorfqu’il fe fert de Cifeaux à longues lames, parce que la réfiftance eft grande, attendu que la matière qu’il coupe eft épaiffe ; & enfin dans plufieurs autres Arts & Métiers , ceux qui ignorent les principes de la force du levier, font faire des Cifeaux à courtes branches & à longues lames, difant que de courtes lames font d’abord ufées par les repaffages, & que de longues branches exigent une trop grande ouverture des doigts ; mais ils ne voient pas qu il faut augmenter la force des doigts, ce qu’ils s’épargneroient, s’ils prenoient des Cifeaux a courtes lames & à longues branches.
- Il y a plufieurs parties dans une branche de Cifeaux, & on les diftingue
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- Première Partie. Chapitre XXV. xpi
- chacune par un nom propre : D eft appelle pointe ; A, ï entaille delà lame ; B, le clou ; depuis A jufqu en H, ïécuffon ; la ligne ponéluée j, ïentablure ; la partie g H > la branche ; & la partie F, ï anneau. Nous allons démontrer la maniéré de faire une paire de Cifeaux ; cela fuffira pour être inftruit à faire toutes les différentes efpeces qui font d’ufàge.
- §. I. Maniéré de faire des Cifeaux.
- Nous avons expliqué, à Foccafîon des Couteaux à gaine, comment on fait un crampon, cela doit fuffire. Ayant donc placé le crampon au bout de l'étoffe Fig. 2 , commencez par le bien fouder & refouler à la première chaude ( * ) j à la fécondé portez la partie qui doit faire la branche , for la quarre de l'enclume , laifîànt déborder foffilàmment de matière pour faire l'anneau, comme l'indique la Fig. 3. Dans cette pofition frappez for h avec la pane du marteau f Sc donnez à la branche & à l'anneau la forme indiquée par la Fig. 4 ; coupez enfoite l'enlevure au bout du crampon ligne b.
- Quand on foupçonne le fer un peu aigre, il faut percer l'anneau & le bigorner avant de couper l'enlevure ; pour cet effet faîtes chauffer l'anneau prefque blanc ; pofez le poinçon comme le défîgne A, Fig. 3 ; frappez deux coups de marteau bien d’à-plomb for la tête du poinçon, lequel eft tenu bien perpendiculairement ; après que le trou fe trouve percé à moitié d'un côté, faites tourner l'en-levure de l’autre côté par celui qui le tient ; pofez le poinçon auffi bien perpendiculairement & vis-à-vis du premier trou ; alors donnez deux autres coups de marteau ; après cela faites porter l’anneau fur le trou de l'enclume, & repouffez la piece que le poinçon chaffe du trou, par un ou deux petits coups de marteau. Notez qu’en perçant le trou d’un anneau, il ne faut pas chercher le point du milieu ; au contraire, il le faut faire près de la branche , voye^ q, Fig* 4, alors l’anneau fe bigorne plus facilement.
- Le trou étant percé fans crever, donnez une chaude graffo ; enfoite faites entrer le bout de la bigorne de l'enclume dans le trou, comme en O , Fig. 3 f frappant à petits coups de marteau ; faifont tourner continuellement l’anneau for la bigorne, on amincit l'anneau bien également tout autour : notez que fl vous appercevez quelque crevafîè en bigornant, il faut l'emporter avec la lime; fans cela la caflure augmente à chaque coup de marteau, & à la fin elle cafîe.
- L’enlevure étant coupée, prenez l'anneau dans les tenailles ; donnez une bonne chaude graffe à la partie qui doit faire la lame ; appointez-la : enfoite mettez-vous dans la pofition qu'indique i , Fig. y , & à bons coups de marteau for le bord de l'enclume , faites l'entaille appellée entablure. Prenez enfoite la pofition e, pour faire l’entaille du tranchant ; après cela étirez la lame de la
- ( *) On ne doit jamais négliger de refouler un crampon ; cette opération fait fortir toutes les crafles 3 & de plus elle refTerre les vuides, ce qu’on appelle des chambres à louer.
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- longueur qu’il la faut, en réfervant toujours la largeur & l’épaiflèur requifès ; remettez enfuite la lame au feu ; faites-la chauffer couleur de cerifè au moins ; courbez-la un peu fur le devant, & à coups de pane élargifïez Se aminciflez le tranchant, Se vous pouvez la rabattre de la même chaude : parez-la & drefîèz-la par-tout ; la branche de Cifeau eft forgée.
- Quand on forge plufieurs paires de Cifeaux, on fait tous les crampons de fuite : 011 en fait de même pour les anneaux, Se ainfi que pour forger les lames ; la première branche doit être forgée jufte, parce qu elle fert de modèle pour fa camarade , moyennant qu’on les préfente à chaque chaude, pour voir l’ouvrage qui eft fait Se celui qui refte à faire ; finon il faut avoir deux compas, un ouvert pour la longueur des lames, Se l’autre pour les branches.
- Pour couder la branche des Cifeaux à crin, Sec, faites-la chauffer couleur de cerife tout au plus ; fi l’anneau eft trop chaud, faites-le refroidir en le trempant tant foit peu dans l’eau ; prenez un petit marteau, donnez un coup de pane fur L , Fig. 6 9 Se un fécond fur y, la branche fera coudée,
- §. IL Maniéré de limer les Cifeaux.
- Il faut que les deux branches fbient forgées bien parallèles ; appliquez-les l’une fiir l’autre, comme le repréfente la Fig. 7, ferrez-les bien jufle dans l’étau ; Se, avec le quarre d’une lime douce, marquez l’endroit du trou fur le côté du tranchant M; faites un fécond trait en N> pour marquer le bout fupé-rieur de l’entablure ; tournez enfuite les deux lames dans l’étau fans les déranger ; ferrez l’étau , & marquez le bout inférieur de l’entablure 0, Fig. 8 ; les trois traits de côté étant marqués, féparez les lames , Se faites un autre trait fur le plat de chaque lame en y? : après cela, contre-marquez chaque trou, Se percez-les au foret ; étant muni d’un faux clou, faites-le entrer fixe dans le trou d’une des branches ; joignez les deux lames l’une fur l’autre, comme la Fig. 7, & commencez par limer les anneaux enfemble tout autour; après quoi limez les deux branches ; féparez enfuite ces deux branches, pour repouffer les entablures. Or les deux traits, que nous avons marqués en N, O, font ici un guide certain, pour faire du premier coup les deux entablures juftes ; ferrez-donc l’une après l’autre chaque branche dans l’étau, Se limez les entablures bien à plat, en les repouffant jufle en o Se en q; remettez enfuite le faux clou ; joignez les deux branches enfemble dans la pofition de la Fig. 9, Se attachez-vous à bien ajufter le battement des deux entablures, défignées par la ligne j, Fig. 1 ; ce qui étant fait, limez le tranchant de chaque lame, enfuite le dos ; après cela joignez les deux lames par le faux clou, Se dans un étau à main, comme l’indique la Fig. 10 ; alors avec un outil Fig. 1 r , appellé Serre-cifeau, embraffez le dedans des deux anneaux, avec les mâchoires r r ; ferrez-le dans l’étau par ss} le tout indiqué par la Fig. 10; dans cette pofition, limez les
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- Première Partie. Chapitre XXV’. 193
- plats des branches & des anneaux par les deux côtés ; prenez enfoite cet autre outil, Fig. 12, appelle Tenailles a chanfrein ; ferrez-les dans l’étau par ff , pincez la branche & l’anneau, comme le démontre la Fig. 13 : alors abattez les pans des branches; ce qui étant fait, féparez les branches de l’étau à main ; abattez les pans des lames, & les pans du dedans des branches ; dégroflîffez en-fuite les contre-écuflons ( on appelle Contre-écujfons, le dégagement qu’on fait à côté des entablures : voyeç tt, Fig. 9) ; après cela faites l’entaille de la lame, ligne V; enfuite dégroflîffez les anneaux, en commençant par le dehors & finiiîànt par le dedans ; enfuite , fi l’on veut mettre une vis au lieu d’un clou > c’eft ici le moment de tarauder le trou d’une branche, & de fraifer l’autre pour noyer la tête de la vis ; après cela, il faut mettre les Cifeaux à la coupe.
- Il n’eft pas difficile de mettre les Cifeaux à la coupe ; mais il eft aflez difficile de fotisfaire à une condition eflentieile que nous allons faire appercevoir ; il faut faire relever le tranchant plus haut que le dos, en mourant, depuis le trou jufqu’à la pointe, de maniéré que, quand on regarde horizontalement la lame par le côté du dos, on puifle voir toute la partie de l’écuffon jufqu’au trou, bien à plat; & depuis le trou jufqu’à la pointe, on doit voir le tranchant relevé dans la même obliquité que celle de l’aîle d’un moulin-à-vent : de plus, pour donner de la force à la pointe, il faut faire recourber les lames en dedans, mais par une courbure très-douce & régulière ; fi ces deux points manquent à une paire de Cifeaux, ils ne couperont jamais bien, quelque parfaits qu’ils foient d’ailleurs.
- Pour réuffir facilement à mettre une paire de Cifeaux à la coupe , ferrez la partie de l’ecuflon uu9 Fig. 14, dans un étau à main; ouvrez enfuite l’étau de l’établi à 3 ou 4 lignes d’ouverture ; faites porter la ligne ponétuée xx, du dedans de la lame fur la quarre de cet étau ; tenez-vous fixe dans cette pofition ; frappez quelques coups de marteau fur le dehors du tranchant ; par ce travail le tranchant fe jettera en dedans ; alors regardez la lame horizontalement par le dos, vous verrez quelle fera l’aîle de moulin : cette obliquité doit être douce dans une paire de Cifeaux à courtes lames ; mais elle doit être très-vifible dans de grandes.
- Si les deux lames de Cifeaux ne font pas trempées au même degré de chaleur, les Cifeaux ne feront jamais bons, parce que la plus dure coupera la plus molle, ce qui s’appelle, en terme de l’art ^femordre.Oi comme par-tout il y a des principes certains, il faut toujours les préférer. Mettez les deux branches des Cifeaux enfomble dans les tenailles, en lesfaififlant par les anneaux ; faites chauffer les deux lames à très-petit feu, je veux dire, à très-petits coups de foufflet ; lorlqu’elles commencent à rougir, laiiîez-les finir de chauffer d’elles-mêmes lans fouffler; &, lorfqu’elles font au degré qu’il faut, fortez-les du feu enfomble, pour les tremper dans l’eau.
- Pour leur donner le recuit,placez-les l’une à côté de l’autre for un feu bien égal^ Coutelier , /. Tare. C c c
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- *94 L'ART DU COUTELIER.
- ayant lès yeux attentifs à la couleur, &, lorfqu’elles feront bien à la couleur
- d’or, plongez-les dans l’eau ; voilà tout l’art de faire de bons Cifeaux ; fuppofé
- toutefois qu’on ait employé de bon acier, & qu’on ne l’ait pas forchauffé en le
- foudant.
- Il faut blanchir au moins à moitié le dedans & le dehors des lames, avant de les rèdreffer ; après qu’elles font au point ou elles étoiènt, quand on les a mifes à la coupe, il faut finir de les blanchir, enfuite les mettre à tranchant ; le coup de meule du dedans doit commencer par de-là le trou ; ce qui eft repréfenté par la ligne çç, Fig. 14 > & toujours évuider également, depuis le bas jufqu’à la pointe ; tirez enfuite un bifeau bien vif fur le dehors du tranchant, qu’il faut enfuite arrondir -, afin de faire le tranchant de loin ; donnez enfuite les coups de meule fur l’écufîon en travers 8c en long fur le pan du dos.
- Quand les Cifeaux font émoulus, il faut abattre le morfil légèrement, & limer les entablures u u ; s'ils font à vis, faites la vis, placez-la pour voir s’ils coupent bien ; s’ils font à clou, il faut pofer le clou 8c le river : car avant de façonner les Cifeaux, il faut être certain qu’ils aillent bien ; s’ils ont befoin d’être jettés de dehors en dedans ou de dedans en dehors, on le fait, & toujours au marteau à redreffer; pour que les Cifeaux coupent bien 8c foyentparfaitement bien montés, il faut qu’ils marchent avec égalité, par-tout avec la même douceur ; il ne faut pas qu’ils balottent quand ils font ouverts en croix ; fi cela arrive , il faut limer encore foüs les entablures; &, lorfqu’ils font bien, il faut dreffer les anneaux^ & donner un coup de meule for les plats des écuflons, des branches 8c des anneaux, pour mettre le tout d’égale épaîfleur & de niveau.
- Etant muni de toutes fortes de limes bâtardes 8c douces, il faut les façonner, commençant par le dehors des branches , enfuite le dedans, après cela les écuflons , 8c enfin le dehors 8c le dedans des anneaux ; pour cet effet, il ne faut jamais ferrer l’ouvrage à nud dans l’étau, mais toujours dans des mordaches de bois ; enfuite on les polit au bois 8c à l’émeri; finon on les gratelle & on les brunit ; après cela on polit les lames à la polifloire, & l’on finit les Cifeaux par la monture du clou ou de la vis. Voyelle Chap. XVII> & la PL 22.
- §, III. Description & explication de différentes fines de Cifeaux (*).
- - La Figure 1 repréfente des Cifeaux à rogner les ongles à façon d’Eglife (**) f Planche avec un petit bouton au bout d’une lame feulement, qui fort à entrer entre la S2* chair & l'ongle, pour ne pas fe bleffer, comme on fe blefferoit infailliblement en y introduifànt une pointe aiguë : au refte ils doivent être forts, un pouce 8c
- (*) Toutes les Figures font de grandeurs naturelles.
- (**) Ce nom leur vient de celui qui a imaginé jcette mode avec un bouton au bas de la branche
- près de l’anneau. Antérieurement à M. l’Eglife, Maître de Paris, on faifoit les branches toutes unies ; on s’en fervoit même comme d’un poinçon pour percer les boutonnières. Voyez la F/g. 2.
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- demi de longueur de lames y fuffit, & 3 pouces de longueur de branches, y compris les anneaux.
- La Figure 2 repréfente une paire de Cifeaux à l’ancienne mode, fervant aux Couturières de poinçon pour percer les œillets.
- La Figure 3 fait voir des Cifeaux à couper les cheveux 8c à façon d’Eglifè ; on y fait toujours un petit bouton au bout d’une pointe, de forte qu’en coupant les cheveux de la tête , on fait toujours marcher le bouton fiir la peau; par ce moyen on coupe avec vîteffe, fans rifque de bleflèr.
- La Figure 4 repréfente des Cifeaux à découper le papier; les branches font longues & dégagées, & les lames font courtes, avec des pointes bien aiguës.
- La Figure 5 fait voir des Cifeaux à faire le crin des oreilles aux chevaux ; ils doivent avoir de la force aux entablures ; mais les lames doivent aller en aminciflant jufqu’à la pointe, ou ils doivent être aufîî plats, afin de couper les crins le plus raz quii eft poffible; les pointes doivent être moulfes, fans quoi on eft en danger de piquer l’animal, qui, par les écarts qu’il fait, blelfe toujours ceux qui fe trouvent autour de lui.
- La Figure 6 repréfente les Cifeaux à faire les gros crins : eh ce cas ils doivent être plus forts que ceux des oreilles , afin qu’ils puiflent réfifter à la coupe des crins des pieds, qui fouvent fè trouvent environnés de boue & de pouffiere : les pointes doivent auflï être un peu moufles.
- La Figure 7 fait voir de forts Cifeaux de Chapeliers, fervant â couper les poils des peaux de lapin, &c : cette efpece de Cifeaux eft auffi convenable & d’ufàge à plufieurs autres vacations.
- La Figure 8 repréfente des Cifeaux à couper les cheveux, appelles à la Berge (*), à vis & à bouton.
- La Figure 9 repréfente des Cifeaux de Tailleur ? pour ouvrir les boutonnières; ils doivent être bien pointus, courts de lames, 8c forts par-tout, parce qu’ils font deftinés à couper trois épaiffeurs , l’étoffe , la doublure & le bougran.
- La Figure 10 fait voir des Cifeaux ronds d’un côté, pour être attachés au côté avec un cordon, & d’ufage pour les Couturières, &c.
- La Figure 11 repréfente des Cifeaux de Tailleur, de moyenne grandeur, appellés Carrelets ; ils fervent principalement à couper les étoffes de foie : un des anneaux eft femblable à d’autres Cifeaux, pour placer le pouce, & l’autre eft un bon tiers plus long , & laiffe la facilité de mettre deux doigts ; on y met toujours un clou à moulette, lequel nous allons démontrer aux Cifeaux foi van ts.
- La Figure ia repréfente des Cifeaux de Tailleur de la première force : ils
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- ( * ) Ce nom leur vient de l’Auteur, M. Berge, Privilégié du Roi, qui changea le bout du bouton de M. l’Eglife, en deux petits moignons po«
- fés fur un filet, pris & dégagé de fanneau ; les branches font applades en amande, ôc les lames font jointes par une vis.
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- fervent à couper le drap ; les anneaux font grands & forts, pour deux raifons; il les faut grands, parce qu’il faut pouvoir y placer quatre ou trois doigts au moins pour avoir fuffifamment de force pour couper 7 ou 8 pouces de longueur; il faut qu’ils foient forts, parce que le poids des anneaux & des branches doit l’emporter fur le poids des lames, à compter du clou : c’eft pour cette raifon qu’on fait une vive-arête fur le plat des lames en dehors, pour donner la force aux lames , & l’on amincit les côtés du dos Sc du tranchant, pour procurer la légèreté ; le tout enfin n’eft que pour procurer à celui qui doit s’en fervir, l’avantage de pouvoir couper à fon aife & long-temps, fans être trop fatigué.
- La maniéré de faire les grands anneaux, différé des petits en ce qu’ils font trop grands pour les bigorner avantageufement. On forge donc les grands anneaux, dans prefque toute la longueur qu’ils doivent avoir; après quoi on amorce le bout en bec-dane; on les plie & on les foude en p, q, par une bonne chaude graffe; étant foudés, on les pare en leur donnant la tournure à chaud.
- Un anneau de Cifeaux de Tailleur mal tourné, fatigue & bleffe continuelle* ment la main qui travaille à couper; il convient donc que le Coutelier examine la force de la main, pour laquelle il doit faire des Cifeaux, Sc qu’il faffe la grandeur des anneaux en conféquence : or la vraie tournure, eft l’ovale d’un œuf un peu allongé.
- Le clou de ces Cifeaux eft fait de deux pièces, voye^ la Fig. 13 ; B , eft le clou ; Ay eft la moulette, qui étant percée, reçoit le clou que l’on rive fur la moufette. .
- Les gens qui ne regardent pas au prix, quand ils font faire un outil, font toujours bien fervis. Alors on fait un clou à vis compofé de trois pièces ; la Fig. en fait voir les pièces : D, eft le clou qui reçoit les deux branches, entre les deux lettres ey E ; fiir les deux lames on met une hirondelle de cuivre g, ajuftée fur le clou à huit pans^ afin quelle foit fiable, Sc elle doit occuper l’efpace entre e 9f; le refte du clou eft taraudé & reçoit la moulette c, qui prend alors le nom à'écrou y parce qu’elle fe monte à vis; on a l’avantage avec un tel clou de ferrer Sc défferrer des Cifeaux, fans les tourmenter à coups de marteau, & de plus ils font en état de faire le fervice de dix années de plu$ qu’avec un clou ordinaire.
- La Figure 15 repréfente des Cifeaux de Tailleur de corps ; ils fervent à couper les corps embaleinés.
- La Figure 16 fait voir des Cifeaux ronds d’un côté Sc forts, fervant à plufieurs profeffions, pour la coupe des étoffes, draps, cuirs, peaux, &c.
- La Figure 17 repréfente des Cifeaux de Marchand ; les deux pointes font rondes, pour donner la facilité de les porter dans la poche fans étui.
- La Figure 18, des Cifeaux de Lingere.
- La Figure 19 , des Cifeaux de côté, d’Ouvrière en linge.
- La Figure 20 , des Cifeaux à dentelle.
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- Première Partie. Chapitre XXV.
- La Figure 21, des Cifeaux d’étui * pour couper la moufleline, &c.
- La Fig. 22 repréfente des Cifeaux à la Berge, cannelés d’un filet fur les branches & fur l’écuflon.
- La Figure 23 fait yoir de femblables Cifeaux, dont les entablures font ajuftées à croiflànt; ce qui s’exécute au cifelet ; ils font cannelés d’un double filet for les branches & fur l’écuflon, un filet for les lames, Sc une coquille for les moignons.
- La Figure 24 repréfonte des Cifeaux cannelés en plein for les branches, for les lames & fur les anneaux, les contre-écuflons cifolés en rocaille, ainfi que le trou de la vis.
- La Figure 25 repréfente des Cifeaux à jambe de princeflè, dont le coin eft da-mafquiné.
- La Figure 26 fait voir des Cifoaux à reflort, longs des branches & courts de lames, pour couper les ongles des pieds.
- La Figure 27 repréfonte aufli des Cifeaux à rogner les ongles, à reflort, mais fans anneaux ; on s’en fort comme d’une paire de pince , en ferrant les branches , moyennant que le reflort h foit bon ; fon renvoi fait ouvrir les lames.
- La Figure 28 repréfonte des Cifeaux à la Berge & à reflort ; ils font cannelés par un filet tout autour des branches, des lames, des écuflons, des anneaux, &, de plus, damafquinés en or.
- La Figure 29 repréfente des Cifeaux à jambe de princefle, damafquinés en or, & dont les entablures font à tête de compas, lefquelles fe font avec une fraife Fig. 30, les moulures, qui ornent le tour delà vis, fe font femblable-ment avec fraife, for laquelle on fait les moulures que l’on veut y faire ; voye{ la Fig. 31.
- La Figure 32 fait voir des Cifoaux à découper les feftons & la broderie for la moufleline ; les branches font damalquinées en argent, entre deux filets, & tout le fond fable (*).
- La Figure 3 3 repréfonte des Cifoaux propres à porter dans la poche, fins étui ; moyennant qu’on fait une rainure for les branches avec le cifelet, les lames s’y logent.
- La Figure 34 fait voir des Cifeaux de comptoir , faits pour couper une feuille de papier dans toute là longueur ; c’efl; le foui infirmaient dont fe fervoient jadis les Papetiers & les Relieurs. Pour cet effet on en faifoit de toutes les grandeurs , depuis y pouces de lame jufqu’à iy : c’efl:une piece difficile à faire parfaite; la plus forte épaifleur efl: aux entablures ; à 3 lignes de là, l’épaifleur diminue in-fenfiblement jufqu’à la pointe : or la trempe s’oppofe toujours aux fuccès de ces lames, tantôt par des cafliires, tantôt par un envoilement confidérable ; aufli l’ordonnoit-on fréquemment pour chef-d’œuvre. L’invention du Couteau à rogner, dont fe fervent les Relieurs, efl: plus propre à l’opération, que les
- (*) On fait des Cifeaux à branches & anneaux d’argent 8c d’or; nous réfervons cette deferiptioft fouj: le Chapitre fuivant.
- Coutelier , I. Part.
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- Cifeaux ; la coupe eft plus jufte & plus prompte : auffi ces Cifeaux ne font gueres d’ulage que pour des Libraires & des Marchands de billets de lotterie.
- §. IV. Des Cifeaux appelles Forces.
- Plusieurs Profefîlons ont befoin d'une efpece de Cifeaux qui puifîent jouer facilement 8c continuellement dans la main ; pour cec effet on a imaginé de joindre deux lames enfèmble par un anneau élaftique , lequel renvoie les lames après que le tranchant a coupé : telles font les Fig. 34, 35,36 & 37. Ces Cifeaux s’appellent Forces.
- La Figure 34 fert à beaucoup d’ufàges, mais particuliérement aux Bouchers, pour marquer les bœufs, &c. Ces Forces font compofées de deux lames i, /, d’un anneau failànt relîort Kp lequel porte les deux branches, fur lefquelles font affujetties les deux lames , moyennant les deux vis L, Z ; & le bout en fourchette, repréfenté en M y Fig. 39 , s’ajufte dans une entaille faite fur la lame en N N, Fig. 34 ; les deux talons 0,0, fervent de battement aux lames, 8c fixent la juftefle des pointes.
- La Figure 38 fait voir répaiffeur de l’anneau & des deux branches; cet anneau doit être trempé à la couleur ordinaire , mais recuit couleur d’eau, ou d’un gros bleu au moins ; quant aux lames, elles doivent être faites fur les mêmes principes des Cifeaux. La Figure 40 indique l’épaiffeur des lames d’un bout à l’autre.
- La Figure 3 y repréfente des Forces de Gantiers : elles ne different des précédentes que par la grandeur 8c la force.
- La Figure 3 6 repréfehte des Forces de Gaziers 8c de Taffetafliers. Plufieurs les veulent droites, 8c plufieurs autres les veulent coudées, comme le fait voir la Fig. 37 : les unes & les autres fè font d’une feule piece ; on forge une lame au bout de la barre ; enfui te on étire toute la partie qui doit faire l’anneau & les branches ; après quoi on coupe la piece fiir la tranche, en laiflant un bout d’acier fuffifant pour faire l’autre lame ; après quelle eft forgée, on lime la piece en entier, on la trempe ; enfin on la finit de meule & de poliffoire ; après quoi on fait chauffer un peu la partie de l’anneau : on la plie à la main feulement de/la rondeur qu’on voit en P, Fig. 36 ; la longueur des branches fait que la trempe n’eft pas néceflaire à l’anneau , étant fait d’acier pur, l’élafticicé eft fuffifànte , pourvu que l’acier foit récroui à froid fur une bigorne.
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- Première Partie. Chapitre XXVI.
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- CHAPITRE VINGT-SIXIEME.
- Maniéré de faire des Cifeaux à branches d'or SC d'argent.
- { l y a trois maniérés de faire des branches d’or ou d’argent à des Cifeaux ; chacune eft deftinée à des ufàges particuliers, comme on le verra par ce qui fuit* La première eft ufitée pour les Cifeaux à incifion, à branche unie : on commence par faire les lames d'acier, ainfi qu’aux Cifeaux ordinaires ; mais à la place des branches & des anneaux, on y fait une queue > comme le fait voir en d e, la Figure 20.
- Lorfque les lames font entièrement finies, prenez de Ÿargent plané de fé-paiflèur d’une pièce de 24 fols , plutôt plus épais que moins; dilpofez 8c coupez chaque partie pour faire la branche for un patron fait avec du plomb, ou de carte for le même defîîn de la Fig. 21 ; pliez enfuite cette plaque d’argent for un mandrin, Fig. 22 , 8c faites-lui prendre la forme de la Figure 23 : or la jointure ft trouve au-dedans de la branche f9 rapprochez bien les deux extrémités , ajuftez-les ; mettez un paillon de foudure de toute la longueur de la jointure £ liez-le avec le fil à lier, 8c foudez-le au feu, ou à la poêle , ou au chalumeau , cela eft indifférent : ajuftez enfuite à chaque branche un bout de fil d’argent en A, qui vous fervira de clou pour fixer l’anneau, Prenez après cela une lame d’argent pour faire les anneaux, qu’elle ait 3 lignes de largeur, une ligne d’épaif* feur , for 2 pouces & demi de longueur ; aminciffez les deux bouts’en bec-d’âne J pliez-la for la bigorne dans le fens de la Fig. 24,8c foudez les deux bouts joints enfembie ; après cela percez un trou au travers de la foudure; faites entrer le pivot h: rivez-le un peu pour aflujettir l’anneau avec la branche; mettez enfoite un fort paillon de foudure for le joint; foudez le tout : vous aurez alors une branche de Cifeau telle que la repréfente la Fig. 2 y ; mais il faut lier la branche avec du fil d’archal, pour empêcher qu’elle ne fe défoude en foudant l’anneau
- Pour donner du corps à la matière ( ce dont elle a grand befoin ), il faut man-driner un peu les branches, & fur-tout bien écrouir les anneaux fur la bigorne, afin qu’ils ne plient point entre les doigts de ceux qui s’en ferviront.
- Toutes les branches étant dilpofées, ajuftez-les chacune à fa lame ; faites attention que les joints de contre les écuffons mf n9 foient bien ajuftés, l’argent contre l’acier ; pour cet effet fervez-vous de petites limes demi-rondes, de bâtardes , 8c de douces ; & de plus, fervez-vous auffi d’un burin & d’une échope pour emporter les bavures des angles intérieurs.
- Quand chaque lame eft ajuftée for chaque branche, appareillez les deux fœurs pour les ajufter enfembie ; renverfez 8c déverfez les anneaux félon le
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- 200 U ART DU COUTELIER.
- befoin ; mettez-les bien de niveau ; enfuite pulvérifez de la cire d’Efpagne , em-
- pliflez-en bien le trou de la branche ; faites chauffer la queue de la lame en
- même temps que la branche pleine de cire ; & aufli-tôt que vous voyez la cire
- fondue , entrez promptement la queue de la lame à là place dans la branche ;
- tenez-la un temps fuffifant pour laiffer prendre la cire, & un peu refroidir le
- tout.
- Après toutes ces opérations , façonnez les branches & les anneaux ; mettez-' les bien parallèles ; adouciflez-les ; poliffez-les : voilà toute la fcience de faire des Cifeaux à branches d’argent.
- La fécondé maniéré de faire des branches d’argent & d’or , s’exécute à l’ef-, tampe, principalement pour les faire à la Berge, c’eft-à-dire , à branche plate. Pour cela on a deux eflampes, comme le fait voir la Fig. 26 ; que les deux foient faites en fens contraires : prenez les platines d’argent, que vous aurez difpofées à trois quarts de ligne d’épaiffeur & de j lignes de largeur ; alors estampez chaque platine fur un plomb, ce qui vous donnera des moitiés de branche , ainfi qu’il paroît par la Fig. 27 ; après cela ajuftez & appliquez ces moitiés deux à deux; liez-les enfemble, &les foudez avec un long paillon d® foudure fur chaque joint ; enfuite rapportez un pivot ou goupille & un anneau à chaque branche ; & enfin ajuflez-les, façonnez4es, & fmiflez4es comme il eft indiqué pour les précédents.
- * La troifieme maniéré de faire des branches de Cifeaux, eft en ufàge pour les branches maflives d’or ; alors on peut les faire jetteren moule par un Fondeur, pourvu qu’elles foient aflèz fortes pour pouvoir les écrouir & leur donner du corps, finon il faut les forger au marteau, & c’eft toujours le meilleur parti. Enfin de telle façon qu’on le faflè, il faut leur donner la forme de la Figure 28.
- Difpofèz enfuite une lame de Cifèau, comme la repréfente la Fig. 29 ; entaillez en Q Q, fur le plat au quart de fon épaifleur feulement; limez-le bien à plat, & en aminciffànt en mourant jufqu’en R ; après cela ajuftez bien la lame avec la branche , que le bout o, o, s’ajufte bien avec Q Q, & la pointe de l’é-cuflon R s’ajufte précifément en r ; cela étant ainfi difpofe, ferrez les deux pièces enfemble dans l’étau ; percez-y les quatre petits trous indiqués par les deux Figures ; pofez un clou dans chaque trou, qui foit de la même matière de la branche ; rivez4es à demeure ; difpofèz enfuite les deux lames, Iimez4es & finifîez-les au point d’être prêtes à tremper, afin de les fouder & tremper tout à la fois : après cela battez la branche & les anneaux à froid pour les recuire ; ajuftez-les, façonnez-les, & enfin finiflez-les de tout point.
- Nous avons expliqué au Chapitre XXV, comment on fait des Cifeaux, en faifànt l’une après l’autre toutes les opérations.
- Il y a encore une quatrième maniéré de faire des Cifeaux à branches d’argent % c eft de les difpofer exaélement comme ceux que nous ayons décrits les premiers ;
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- P R f. miere Partie. Chapitre XXVI. *oe
- St au lieu de les cimenter avec de la cire d’Efpagne, on les foude au Feu ayant même de fouder l'anneau , & cela à la foudure d’argent ordinaire ; mais outre que cette méthode n'a rien d'utile ni d'agréable, fi l'Ouvrier caflè une lame en les fabriquant, ( ce qui arrive très-fouvent ) , il a perdu tout fon temps, & il ne retire la matière qu'en limailles. La perfonne qui achette de tels Cifeaux, fi elle vient à cafTer une lame en s'en fervant ( ce qui arrive quelquefois ) , éprouve à peu-près le même fort Sc même plus de perte que l'Ouvrier n en a éprouvé ; on ne peut pas vendre ni échanger, à un prix raifonnable, la matière de la branche , puifqu'elle eft foudée avec de l'acier ; au lieu que n’étant que cimentée, torique par accident une lame fe caffe, ou même qu'elle eft ufée, il eft aifé de les réparer ; on peut y faire Sc y ajufter des lames avec autant de facilité qu’on rapporte une lame neuve fur un vieux manche de Couteau , parce que la matière dont la bran* che eft faîte, ne IbufFre en rien dans les mains d'un Ouvrier habile.
- Les cinq autres Figures de la même Planche, reprélentent différents orne-; ments applicables aux différentes matières dont les branches font faites.
- La Figure 30 repréfente les branches à jambes de princeffe; le pied repofe fur un bouton a a ; le talon du loulier le trouve en dedans des branches, & les bas font cannelés ; l'écufton eft orné d'un filet tout autour ; une coquille unie orne & fort de couronnement à la vis, & un filet régné le long de la vive-arête du dos, qui fo termine avec la pointe. ^
- La Figure 3 r repréfente des Cifeaux à la Berge, dont les anneaux font faits à huit pans en dehors , mais ronds en dedans ; les branches font ornées de chaque côté, d'un filet droit, & le milieu d'un filet ferpentant ; l'écuffon eft rond du bas, & orné tout autour d'un double filet.
- La Figure 32 fait voir auffi des Cifeaux à la Berge ; for les moignons B B ^ font cifelées des coquilles , d'où partent deux doubles filets qui vont fo perdre dans la rocaille cc; l'entablure eft ornée d'une coquille en relief 6c environnée d'un filet qui continue tout le tour de la vis.
- La Figure 33 repréfente une paire de Cifeaux à la Berge, cannelés d'un filet, for tous les angles vifs, Sc les milieux des éeuflons & des branches , font damaf-quinés en or Sc en argent.
- La Figure 34 repréfente auffi des Cifeaux à la Berge, cifelés for les éeuffons, for les branches Sc for les anneaux ; les ornements font en relief d'acier, & les fonds font damafquinés en or à fond fablé.
- En Coutellerie les ornements varient à l'infini ; chaque Ouvrier en invente à fa mode : c'eft pourquoi nous nous contenterons de la defoription de quel-* ques-uns.
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- Coutelier , I. Part.
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- L’ART DU COUTELIER.
- CHAPITRE VINGT-SEPTIEME.
- Des Rafoirs.
- O N fait que le principal ufage des Rafoirs eft de couper la barbe : ils ne font pas difficiles à faire, ni à legard de la forme, ni par rapporta l’ajuftement; il eft cependant rare d’en trouver de bons, principalement parce que leur prix eft trop modique, pour que Ton puiffe y apporter tous les foins qu’ils exigeroient ; mais de plus, un bon Rafoir peut être gâté par celui qui le manie ; car en le tenant trop droit, un foui coup peut renverfor le tranchant, & émouffer le meilleur: il faut que le tranchant foit fin; cependant il doit couper des poils courts & quelquefois très-durs, qui prennent naiflànce dans le tifïu cellulaire , & traverfont la peau qui eft fort fonfible ; & ceux qu’on rafo, exigent que la barbe foit coupée fortraz & fans prefque fentir le rafoir (*).
- Plufieurs font fufceptibles de fenfation douloureufe, les uns, parce qu’ils ont la peau fine & les poils fort rudes, d’autres qu’on peut foupçonner avoir une efpece de maladie au tiffu cellulaire, d’autres une trop grande fonfibilité au genre nerveux ; car, tandis que le tranchant fait Feffort de couper vivement le poil, fà racine pique le tiflu graiffoux, éguillonne la fenfation en caufant un tiraillement aux rameaux de la cinquième paire de nerfs qui partent de la moelle allongée & qui ferpentent fur les levres, for les joues, &c. Toutes ces confidéra-tions, y compris celle des mal-adroits, rendent l’opération douloureufe ; de-là naît la difficulté de trouver un bon rafoir, qui foit allez aigu pour trancher net, qui foit affez doux pour qu’il ne fe falfe pas fentir, & qui foit alfez dur , pour qu’il réfifte à plufieurs opérations, fans que fon extrême fineffo s’émouffo ou s’arrondifle.
- Quelque difficile qu’il paroiffe de faire un bon Rafoir, la chofe n’eft cependant pas impoflible; mais il faut employer de bon acier, le chauffer à propos , le bien écrouir, le bien tremper, le bien recuire, lui faire un bon tranchant, uni, égal & régulier : voilà, généralement parlant, les conditions qui font nécelîaires pour faire un bon Rafoir.
- Le Rafoir fe fait de deux maniérés, en bobeche & au bout de la barre : en bobeche, c’eft mettre un morceau de bon acier, entre deux autres morceaux d’un acier inférieur ; & le forger au bout de la barre, c’eft le faire de pur acier, fans le foutenir par un acier de moindre qualité : en ce cas il faut que l’acier foit bon,
- ( * ) Ces confédérations m’ont porté à faire fur cette opération, un Traité intitulé lâ Pogonoto-mie, où je donne les principes pour apprendre à fe rafer foi-même, avec les moyens pour bien
- affiler un Rafoir, & d’autres obfervatlons. II fe vend chez Dufour, Libraire, rue de la vieille-Draperie, au bon Pafieur.
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- Premiers Partie. Chapitre XXVIL aoj
- pur, point pailleux 8c bien fain ; tel efl Tacier d’Angleterre, appelle acier fondu. J’avoue qu’on fait de bons Rafoirs avec cet acier employé au bout de la barre ; mais il y a un grand inconvénient à furmonter : c’eft que la trempe faifànt fouvent courber un Rafoir comme un tranchet de Cordonnier, on en cafle fouvent, en les redreffant, quatre ou cinq for douze. Si pour éviter de les rompre on force un peu le recuit, en leur donnant la couleur d’or au lieu de celle de paille, qui leur convient, alors on n’a plus un auflî bon rafoir : au lieu de pouvoir faire trente ou quarante barbes, fans faffiler for la pierre, deux foffiront pour émoufler fou tranchant, parce qu’il a perdu, par le recuit, un degré de dureté foffifànt pour le faire réfifter long-temps à la dureté de la barbe. Or beaucoup d’Acquéreurs, faute d’avoir foffifamment de connoiflànce, concourent eux-mêmes à être mal fervis; ils veulent un Rafoir beau, bien poli, bien net 8c fins paille ; alors le Coutelier, qui efl: obligé de les contenter, fait les Rafoirs au bout de la barre, & pour ne pas perdre fon ouvrage donnera trop de recuit.
- On refufe fouvent un Rafoir à caufe de quelque petite paille : on a tort ; car certaines pailles peuvent faire juger avantageufement d’un Rafoir; il pourra être meilleur qu’un bien net & bien brillant, "qu’on aura trop fait recuire. Ce n’eft pas cependant qu’un Rafoir pailleux ne puilfe être mauvais, & qu’il n’y ait de bons Rafoirs qui n’ont pas de pailles ; car la bonne ou la mauvaifo trempe in-fluent for l’un comme for l’autre : il n’en efl pas de même de ce qui regarde la forge ; car on ne peut point foupçonner qu’un Rafoir pailleux ait été forchauffé v en le fondant en bobeche, parce qu’une paille vient toujours de ce qu’il n’a pas été chauffé affez fondant.
- Ordinairement une paille qui provient de la couverture, n’eft jamais préjudiciable au Rafoir, parce qu’elle ne fe trouve point dans le tranchant, & qu’à mefore qu’on le repafle for la meule , la paille fo mange, elle fo raccourcit, 8c comme elle efl toujours au dos, elle s’en va tout à fait : conféquemment une telle paille ne peut donc déplaire qu’à la vue, ou, pour mieux dire , à l’idée qu’on s’en fait : cependant il y a des pailles qui font préjudiciables au Rafoir ; ce font celles qu’on appelle cajjures, & qu’on voit en travers for le tranchant ; quelquefois elles viennent de la forge ; mais le plus fouvent elles font produites à la trempe , & ces calibres font préjudiciables, quand elles font affez ouvertes pour qu’un poil puilîè s’y loger ; car alors le poil, qui s’y engage , efl arraché , au lieu d’être coupé ; mais fi la caffure efl affez ferrée pour que le poil ne puilîe pas y entrer, le Rafoir efl bon, parce que la caffure ne provient pas d’une mauvaifo trempe, mais de ce qu’il a été battu à froid plus en ce lieu qu’ailleurs, ou de ce que le tranchant étant confidérablement plus mince que le dos, le refroidilîe-ment fo fait plus promptement for la partie mince que for celle qui efl épailfo* Mais le Traité de l’Acier que je me fois propofé à la fuite des Arts, nous inftruira plus en détail de ces accidents, & des moyens de les prévenir.
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- L’ART DU COUTE LIER.
- Planches 58 & 5>
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- §. I. Maniéré de forger un Rafolr.
- L e Rafoir fe forge, comme nous venons de le dire, de deux maniérés ; la première s’appelle au bout de la barre , & la fécondé en bobeche, Pour la première , on donne une petite chaude grade à la pointe de la barre , fi la qualité de l’acier le permet; car l’acier fondu employé pur ne louffre point une chaude fondante : on étire le bout de l’acier qui doit faire le talon, on lui donne la forme de la Fig, 1, le courbant en A , pour marquer le côté du tranchant ; on le coupe enfuite d’un coup de tranche à la ligne B , & l’enlevure fera faite ;
- & le Rafoir fera difpofé pour être fait de pur acier , fans amalgame*
- Pour faire le Rafoir en bobeche, ce qui eft le plus ufité en France, parce qu’alors on peut donner à la trempe toute la force quelle peut avoir, & ne lui donner pas plus de recuit qu’il n’en faut pour que le Rafoir foit bon, d’autant que l’acier, qui fait la couverture, étant inférieur en qualité à celui qui fait le ~ tranchant, n’eft pas fi fujet à fe caffèr en redreflànt après qu’il eft trempé : prenez donc une barre d’acier, après l’avoir éprouvée, ainfi que nous l’avons enfei-gné au Chapitre VIL §. IV, Cela étant fait, commencez par forger la barre de la largeur de 7 à 8 lignes, épaifle d’un côté d’environ une ligne & demie, & de l’autre de 3 lignes : cette partie doit faire le tranchant. Quand toute la barre eft âinfi étirée , coupez chaque bobeche par un coup de tranche, comme on le voit par la Fig, 2 : après cela féparez les bobèches ; enfuite mettez au feu la barre d’acier commun qui doit faire la couverture, & par une chaude forgez-la mince d’un côté, qui doit être celui du tranchant, & que fa largeur foit égale à-peu-près à celle de la bobeche: étant ainfi, pliez-la comme la Fig. 3 ; mettez la bobeche, Fig, 4, dans le vuide de la couverture ; fi l’acier n’eft pas très-difficile à forger, laiffez un peu déborder la bobeche , fans quoi mettez-la à fleur.
- Je fuppofe qu’on ait de l’acier extraordinairement faritafque, comme étoit autrefois l’excellent acier d’Allemagne ; on peut le défendre de l’âpreté du feu , en délayant de la terre glaife dans un peu d’eau, & en en couvrant la bobeche avec une petite palette de bois. Cette terre forme une croûte qui préferve la ; bobeche de la grande aétion du feu, & l’empêche d’être furchauffee. Soit que vous faflïez ufage de ce préfervatif, ou que vous le négligiez, la maniéré de chauffer eft la même : portez donc la piece au feu le tranchant en en-haut ; ayez foin que le feu ne foit pas craffeux; ne faites pas non plus un feu trop grand, au contraire, ménagez-le, mais tenez-le bien couvert ; & fitôt que vous verrez qiie la piece eft chaude à blanc, laiffez defcendre le foufflet pour faire mitonner la chaude en ne donnant que de très-petits coups de foufflet : fi vous n’avez pas fait ufàge de terre glaife , n’attendez pas que la piece fonde , fortez-la du feu , pour la paffer dans le fable , & remettez-la promptement au feu , tant pour ne pas perdre de temps, que pour ne pas donner à l’acier celui de fe griller ; enfin,
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- Première Partie. Chapitre XXV1U aoj
- auffî-tôt qu’on voit que les étincelles fe multiplient ( * ), & quon entend üft petit bouillonnement, la piece eft fuffifàmment chaude, fortez-la du feu, pafleZ* la rapidement fur le fable ; portez-la fur l'enclume à plat, Sc d'abord frappez fut le plat > de petits coups de marteau ; pendant ce temps il faut auflï frapper quelques petits coups de marteau fur le tranchant de la bobeche -f pour reflerrer leâ parties de l'acier qui fe dilatent pendant que la matière fè fonde. Lorfqu'on né voit plus de bouillonnement, il faut plier la barre au raz de la bobeche, comme l’indique la Fig. £ ; alors faites porter C fur l'enclume, & frappez de bons coupâ de marteau en D, pour refouler la matïere ; car plus vous la ferez raccourcir , ( je veux dire jufqu'aux deux tiers de fa longueur ), mieux vous ferez ouvrir les pailles & défauts de la fbudure, lorfque quelque craflè a empêché les aciers de fe réunir ; or en ouvrant ces endroits, on donne le temps aux craflès de forcir * & on les y engage en frappant encore quelques coups de marteau qui les font détacher, & les contraignent de fortir. Après cela dreflez i'enlevure ; faites rapprocher les parties ouvertes ; abattez-bien les quarres du côté du tranchant > & faites chauffer I'enlevure pour la fécondé chaude ; placez-la toujours dans lé feu , le tranchant en en-haut ; fablez-la ; laiflèz-la mitonner à petit feu, & don-, nez la fécondé chaude qui doit fervir à étirer I'enlevure ; pour cela faites frap« per devant, mais à coups de marteau ménagés ; & en contre-forgeant, étirez lè talon un peu en pointe, St donnez-lui la forme de la Fig. i ; faites-la courbée en A, pour marquer le côté du tranchant ; & enfin coupezda d’un coup dè tranche, Fig. 31, au raz de la couverture ligne B. Gette partie A B 9 eft ce qui s’appelle proprement Une enkvure%
- Quand on a converti toutes les bobèches en enlevüres femblables à la Fig. 6 y îl faut fè mettre en devoir de les étirer auffi tout de fuite, muni de tenailles à Rafoirs qui ont Une mâchoire creufe Sc une étroite, pour entrer dans l'autre voyei la Fig. 7 ; placez le talon de l'enlevùte dans ces tenailles ; faites chauffer la partie qui doit faire la lame ; donnez une chaude graflè ; forgez Sc étirez la ' lame en ammeiflant le tranchant ; ce qui fe fait en le portant fur le talon de l'enclume, voyê{ E, Figé 8, en faifant panéher un peu le marteau: après cetté chaude donnez-en une autre, pour faire le talom
- Quand une bobeche n'a pu être bien foudée, quelquefois en étirant le rafoir * on apperçoit une efpece de cloque ou d'empoule qui s'élève (ce qu'on appelle Moine ) ; d’abord qu'on la voit, il Faut ceffer de forger I'enlevure, prendre une pointe à déclouer & percer le moine au milieu ; enfuite donnez une chaude graife pour le fonder : il eft certain que fi on ne le perçoit pas 9 il ne fe foude* roit jamais, parce qu il faut que la craiïè forte*
- Si vous voulez faire un Rafoir, appelle à talon plein, faites-y une entaillé comme engf Fig. 10, afin de trouver l'épaiffeur au devant du talon, ainfi qué
- (*) Un Faîfcur dé Rafoirs prüdent, né per- | les enlevüres*, il foufllelui-même} & gouverna met pas qu’on tire le foufflet pendant qu’il forge | bien mieux fdn feu*
- Coutelier , L Paru F f f
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- ao5 FART DU COUTELIER.
- de la largeur; on appelle un talon plein, celui qui eft forgé Sc émoulu à plat Sc fans vive-arête , comme l’indique la Fig. 11 ; on en voit la différence par la Fig. 12 , en /, qui eft la vive-arête ; quand toutes les enlevures font étirées prêtes à élargir, elles doivent avoir la forme de la Fig. 9 ou de la Fig. 10 ; alors on fe difpofe à élargir & à rabattre toutes les lames de fuite : pour cet effet, faites-les chauffer, guere plus que couleur de cerife; faites courber un peu le Rafoir en devant, comme le marque la Fig. 10 , enfoite pofez-le à plat for l’enclume ; appliquez des coups de pane pour élargir le Rafoir en amincifîant le tranchant ;‘il faut avoir la main fûre pour cette opération, parce quun coup mai appliqué fait crever le tranchant ; or pour prévenir les caffures, commencez par donner les premiers coups de marteau for là ligne ponétuée h , en continuant jufqu’en m, enfuite reprenez en K , pour toujours foivre la ligne ponéluée jufqu’à n ; revenez au bout de la ligne L , continuez jufqu en 0 , & enfin finiffez l’élargiffement par le bord du tranchant ; par ce procédé on laiffe toujours; la force au bord du tranchant qui fe conferve fàin ; mais s’il arrivoit qu’il s’y fît quelques caffures, fîtôt qu’on les apperçoit, il faut arrêter les coups de marteau pour limer cette cafîure & l’emporter entièrement, de forte quelle ne paroifle plus du tout,
- Lorfque le Rafoir eft élargi, il faut le faire chauffer couleur de bronze, pour le rabattre, ce qui lignifie parer les coups de pane avec une tête de marteau très-dure Sc dont la tête foit formée en pane r de la largeur de 18 lignes , voye^ la Fig. 13 ; or pour rabattre un Rafoir, il faut le porter fur le talon de l’enclume, comme le défigne E, Fig. 8 ; là frappez à coups de marteau bien ménagés, juf-qu’à ce qu’il foit bien paré, & que les coups de pane ne paroiffent plus ; alors le Rafoir prend la forme de la Fig. 14. Toutes les bandes étant élargies Sc rabattues , il faut fe difpofor à les marquer.
- Le Rafoir fe marque à chaud pour plufieurs raifons;
- i°. Parce qu’il eft d’acier pur, Sc que le talon eft étroit & épais.
- a0. Parce que les marque font groffes.
- 30. Parce qu’on ne fait jamais recuire un rafoir pour le limer.
- Placez les marques près de vous for le billot de l’enclume H9 Fig. 8 ; faites chauffer le talon du Rafoir, guere plus qu’à la couleur de cerife ou de rofo ; donnez-lui promptement deux ou trois coups de pane pour l’élargir ; tournez VÎte le Rafoir, la pointe en avant dans la pofition de P ; préfentez la marque per, pendiculairement, cependant un peu panchée vers le tranchant ; donnez deux coups de marteau bien d’à-plomb ; le nom fera imprimé : pofez ce premier poinçon ; prenez le fécond qui portée la marque ou le poinçon du Maître , & faites de même que la première fois : après cela, rabattez le talon Sc dreffez le bien.
- On marque le Rafoir de deux maniérés, c eft-à-dire, le nom eft mis en long comme le montre la Fig. 12, ou en travers comme en la Fig. 11, foivant la volonté du Forgeron ou du Maître ; le talon étant rabattu, faites chauffer la lame,
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- Première Partie. Chapitre XXFIT. 207
- couleur de bronze feulement ; regardez II elle n’eft point envoilée ; dreflez-la bien; enfuite rabattez-la à petits coups de marteau, jufqu’à extinéUon de chaleur, j entends, jufqu a ce qu’on puifle la prendre avec la main : on ne fauroit croire combien cette derniere chaude contribue à la bonté d’un Rafoir, en produifànt le reflerrement des parties qui le compofent, ce qui les unit étroitement, lui donne du corps & de la dureté ; ceft enfin un écroui qui tient en quelque façon lieu dune trempe,& c eft pour la conferver quon ne fait jamais recuire un Rafoir pour le limer : il eft vrai que les limes en fouffrent, & que la peine quon a à les limer eft infiniment plus grande; mais quand il s’agit de faire de bon ouvrage, d établir une bonne réputation & de la fou tenir, l’Ouvrier doit compter la peine pour rien. .
- §. II. De la maniéré de limer les Ra/oirs»
- L opération de la lime eft peu de conféquence pour le Rafoir ; il ïîiffit de le bien drefler ; on Commence par rogner la pointe ; on emporte bien le feu de la forge ; on fait faire un petit Creux au milieu, & on laifle dominer la pointe 5 après on lime le dos en rond fur fbn épaiftèur, mais droit dans fà longueur ; on lime enfuite le tranchant ; on lui fait faire un ventre régulier depuis q jufqu’en jR; c’eft la meilleure forme pour qu’un Rafoir puifle rafer dans les enfoncements & les rides du vifàge, dans les balafres ou les coûtures ; il faut encore que la pointe fort arrondie. Voye^ la Fig. 16 ( * )»
- La longueur d’un Rafoir eft de 3 pouces de lame, à compter depuis l’entaille q jufqu’à la pointe R, Fig. I r ; 2 pouces de q en S , qui eft le trou pour l’aflu-jettir à la châffe: la largeur varie depuis 7 lignes jufqu’à 11 & 12; mais il eft bien à p lignes : l’épaiffeur doit être égale au tiers de la largeur ; ainfi p lignes de large en exigent 3 d’épaifleur.
- Communément on perce les Rafoirs après qu’ils font finis de la planche ; mais il eft mieux de les percer avant de les tremper, parce qu on ne rifque pas de les caCfer, fur-tout ceux qui font faits au bout de la barre, ni d’ébrécher les tranchants» Cette habitude de les percer en dernier lieu, vient en partie de la parefle des Compagnons , qui, étant à leurs pièces , veulent épargner le temps qu’il faut pour donner un coup de pointe pour les percer. Quoi qu’il en foit, pour percer un Rafoir, on prend un vieux talon de lame à Couteau à reflort ; on préfente l’endroit qu’on veut percer fur le trou de cette lame ; on pofe la
- (*) Les François ont toujours fait les Rafoirs d’une forme droite, comme les repréfentent les Figures 11,iy, i6. Les Angloisfe font toujours diltingués par la forme. Voye% la Fig. 30 : on voit un creux en Q, une boffe en X, un autre creux en P, tout cela ne fait ni bien ni mal au Raloir ; & il y a bien des gens de bon goût à qui cette forme ne plaît point. Ce qui eft un défaut pour les François, c’eft que le talon du Rafoir An-
- gîois eft trop court ; néccfîairement le pouce doit être appuyé en T : or étant directement fur le tranchant, on fe coupe facilement le doigt; d’un autre côté le bout du talon y, qu’ils laif-fent alongé, bleffe aufîi les doigts: néanmoins ceux qui préfèrent cette forme, peuvent aiiement fe contenter, d’autant plus qu’elle ne confifte que dans la maniéré de lui donner cette forme avec la lime.
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- pointe perpendiculairement & bien vis-à-vis le trou, & on donne un coup de marteau bien d’à-plomb ; la piece du trou s’emporte, & le Rafoir fe trouve percé : il eft à propos de faire un peu rougir le bout du talon d’un Rafoir quon a forgé au bout de la barre ; car comme il eft tout d’acier fin, on rifque de le cafter en le perçant au poinçon , & on ne peut pas le percer au foret, parce qu’il eft trop dur. Nous ne parlerons point de la maniéré de tremper les Rafoirs ; elle eft expliquée au Chapitre de la Trempe* Chap. XIV.
- §. III. Comment on doit émoudre les Rafoirs.
- I l faut avoir trois meules ; la première de 13 à 14 pouces pour blanchir ; la fécondé de 6 à 7 pouces, pour dégrofïir; &la troifîeme de 8 à 10 pouces, pour former le tranchant; il en faut même une quatrième , n’importe de quelle hauteur , mais dure , pour faire les dos qui, fe blanchiflant en long, font couverts de traits profonds ; & lorfque les meules font tendres , il s’y fait de larges rigoles, de maniéré que la meule s’ufe trop vite. Les autres meules doivent être tenues bien rondes ; & il faut, pour les dégraifler, faire plus fouvent ufage d’un morceau de grais, que du fer à régler. Les quarres doivent être faites & entretenues bien vives, afin d’affranchir exactement l’entaille qu’on voit en q9 Fig. 1 r.
- Tout étant préparé, montez le Rafoir par le talon for un faux manche ( un manche de lime fi l’on veut) , comme on le voit ponétué à la Fig. 15 (*) j commencez par blanchir le Rafoir; drefiêz bien le tranchant aux dépens de fon épaiflêur ; amincilfez-le prêt à faire venir du morfil, & toujours que les coups de meule foient donnés d’à-plomb & en évuidant, commençant à donner le coup à l’entaille T, finiflànt en V\ Lorjfque la lame eft blanchie, on ne doit pas s’inquietter s’il refte un peu du feu de la forge au milieu, il fuffit que la lame foit bien dreflee & amincie par fon tranchant, pour que cette opération foit finie; portez enfoite le coup de meule fur la facette du talon u ; tenez le tranchant élevé de la meule ; ne balancez pas du poignet, mais tenez-vous ferme ; donnez le coup de meule tout le long , pour tirer le bifeau du dos. Après que la lame eft blanchie des deux côtés, démontez-la du faux manche pour blanchir le talon: donnez le premier coup de meule fur la facette u, & dreflez bien l’épaifleur du dos, & donnez le fécond coup de meule for la facette du tranchant x , que vous aurez foin de terminer en mourant en £ ( ** ) ; les deux côtés étant faits parallé^ lement, le Rafoir eft blanchi: il faut en faire autant à toutes les lames qu’on travaille de foite.
- On appelle dégrojfir un Rafoir, emporter le feu de la forge que la meule à
- ( * ) Il faut examiner ici la maniéré de tenir le Rafoir, & toutes les pofitions qui s’enfuivent, au Chapitre XVI de la Meule.
- (**) Cette obfefvation ell effentîelîe* parce que fi cette facette va fe terminer au bout au ta-
- lon , le côté du tranchant fe trouve alors plus mince que celui du dos; de forte qüe quand on monte le Rafoir fur la châffe, il n’eft jamais fo-lide : il eft lâche d’un fens, & prefte de l’autre, ôc l’on rifque de s’abattre la joue en fe rafant.
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- blanchir a laifle, & de plus l’évuider fur une petite meule pour être plutôt mis à tranchant ; pour cet effet remontez-le fur le faux-manche ; donnez de bons coups de meule dans le milieu , pour évuider la lame par-tout également. Comme cette meule eft petite, on ne peut pas la faire tremper dans feau de l’auge ; ot pour éviter de brûler ou de détremper le tranchant par la chaleur qu’il acquiert, il ne faut pas que la meule porte fur le bord du tranchant : il faut finir le coup de meule à deux lignes loin du bord, comme fi Ton vouloit former une vive-arête , que nous avons indiquée par la ligne ponctuée r, t, t, Fig. 16. Quand tous les Rafoirs font dégroflîs, il faut les rogner, ceft-à-dire, blanchir la facette delà pointe fur la meule à dégroffir, ou fur une autre, mais petite ; pour cette opération on tient le Rafoir debout fur la meule, & un feul coup fuffit. Pour mettre le Rafoir à tranchant, mettez-le dans le faux-manche; appliquez-le fur la meule ; donnez les coups vivement de bas en haut, jufqu’à ce que vous ayez atteint tout à la fois l’évuidement qu’a fait la meule à dégroffir, & la vivacité du bord du tranchant ; alors faites venir un petit morfil bien égal d’un bout à l’autre ; ce qui annonce que le tranchant eft fait, eft iorfque vous voyez que les traits de la meule à blanchir & de celle à dégroffir , font tous réunis dans ceux de la meule à mettre à tranchant : alors prenez la pierre à l’eau ; emportez le morfil en faifànt un petit bifeau fur le bord du tranchant, lequel doit être bien égal d’un bout à l’autre , & parallèle de chaque côté : regardez fi le tranchant plie bien également fur l’ongle d’un bout à l’autre, & tirez le bifeau vivement, comme nous avons expliqué, fur la meule à blanchir; après cela ôtezle du faux-manche, pour ragréer les facettes du talon, comme on l’a fait à l’opération de blanchir ; alors le Rafoir eft prêt à polir.
- §. IV. Du Poli du Rafoir.
- Ayant efliiyé tous les Rafoirs, pour que les lames foient bien feches, arran-gez-les fur une planche deux à deux l’un fur l’autre, dans l’ordre qu’indique la Fig. 17 j commencez par polir tous les dos fur une poliflbire creufée exprès de deux rigoles qui embraflent juftement l’épaiffeur du dos, voye^ la Fig. 18 ; tenez le Rafoir par la pointe avec le pouce & l’index ; de l’autre main ne faites qu’appuyer l’index fur le tranchant du talon pour le fixer ; dans cette pofitîon donnez les coups de poliflbire de bas en haut, fe terminant à la pointe du Rafoir.
- Pour polir les lames, il faut une poliflbire à peu-près de même hauteur, que la meule à tranchant ; cependant celle qui eft un demi-pouce plus haute que la meule, procure plus de diligence, parce qu’elle embrallè exactement tout l’é-vuidemment qu’a fait la meule : au refte il fe polit bien fur une un peu plus petite ; il faut que la poliflbire foit bien ronde & que les angles de fes bords foient vifs, afin de tirer l’entaille vivement ; ce qui fait toute la grâce d’un Rafoir.
- Pour ne pas échauffer les tranchants en poliflànt, on fe fert de quatre ou fix Coutelier , I. Paru G g g
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- MlTWa III IbttHii lii'irJUWTl
- Planche
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- Planche
- <5o.
- aïo FART DU COUTELIER.
- faux-manches , fur lefquels on monte les lames pour les polir ; Si aufll-tôt qu’on fent quelles s’échauffent, on change de Rafoir ; mais pour l’ordinaire, quand on a poli un côté, on le pofo pour en prendre un autre, de forte que le premier a tout le temps de fo refroidir, pendant qu’on fait les trois autres.
- Les pofitions du Rafoir fur la poliffoire font à tous égards fomblables à celles de la meule : il faut emporter les traits de la meule , gagner le bifeau de la pierre à l’eau, aflèmbler les coups de poliffoire de forte qu’il n’en paroiffe qu’un, donner du luftre, de l’éclat 8c du brillant ; voilà ce qu’on appelle polir. Quand les lames font polies, on les démonte des faux-manches pour polir les talons, ce qui s’exécute comme nous l’avons expliqué en parlant de la meule.
- Il nous refte à enfeigner la façon de polir l’acier au noir & d’un brillant, qu’aucun autre métal ne peut égaler; c’eft ce qu’on appelle le poli des An-* glois, & qu’après eux j’ai découvert & mis en ufage, & que je me fais un plaifir de publier avant eux ; mais comme polir un infiniment pu en polir un autre eft la même chofe, j’ai préféré de donner ce détail dans le Chapitre où je traiterai la maniéré de faire plufieurs ouvrages d’acier, des mouchettes , des boucles, des chaînes de montres, &c.
- | La monture d’un Rafoir for la châfle eft fort fîmple : ayant coupé les rofettes , percez les deux trous à la châfle ; on prend un bout de fil-de-fer de 3 ou 4 pouces de longueur, 8c dont la grofleur eft jufte aux trous, on y forme une pointe à un bout 8c une petite tête de l’autre, pour retenir la rofette, voye[ la Fig. 19. Si c’eft des rofettes eftampées, après avoir paffé la grande au fil d’ar-chal, on en met une petite entre la grande 8c la châfle , 8c on fait entrer le fil dans le trou du Rafoir, comme l’indique la Fig. 20 ; alors on place la petite rofette Q, enfoitela grande 6*, on les approche du manche, & avec le Couteau à fcier on coupe le fil, qui doit déborder un peu la rofotte, pour faire la rivure; après cela on le rive à petits coups de marteau , jufqu’à ce qu’on fente la lame jufte dans fa châfle, voye^la Fig. 21 ; on met enfuite le clou du bas pour fixer la châfle ; après cela il ne refte plus qu’à affiler le Rafoir , pour le mettre en état de rafer, & nous renvoyons pour cela à ce que nous avons dit au Chapitre de l’affilage. Chap. XVII y PL 22.
- §. V. Du Rafoir à rabot.
- : Quoique je fois accoutumé au maniement des inftruments tranchants, quand
- j’ai voulu me rafer, j’ai craint, comme un autre, l’approche du tranchant du Rafoir fur mon vifage ; &, pour me faire rafer par un autre, j’appréhendois la main des Barbiers, qui, après avoir rafé un vifâge boutonneux, galleux 8c dar-treux, m’ont plufieurs fois communiqué des maladies à la peau ; je pris donc le parti de me rafer moi-même, &, pour n’avoir rien à craindre de ma maladreflè, je formai le deflfein d’ajufter un Rafoir, qui pût à la fois m’enhardir & accoutumer ma main à manier le Rafoir, 8c me mettre en état de me rafer, fans me bala-
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- Prëmïerë Partie, Chàpitre XXVÏl, M t
- ïirer ïe vifàge : alors confidérant le rabot du Menuifier, je me mis en devoir d ajufter un fuft; de bois à une lame de Rafoir ; l'expérience me fît bien-tôt trou* Ver le point fixe de la {ortie du tranchant hors du Fuft, & Finclinaifon que la lame doit avoir for le vilàge ; enfin je parvins à faire effectivement un Rafoir y qu'or* a nommé a rabot, qui m'apprit à me râler fans rifquer de me couper t étant la* tisfait de cet infiniment, je le mis au jour (* ) , pour apprendre aux Couteliers à en faire de femblables, 6c mettre les jeunes gens en état de fe rafer {ans craindre de fe couper, julqu'à ce qu'ils euffent contracté l'habitude de manier le Rafoir* Je vais en donner la defcription, 6c enfeigner la maniéré de le faire.
- Les lames des Rafoirs à rabot fe font tout comme celles des autres Rafoirs ; ce* pendant elles doivent être plus minces du dos, de forte que leur épaifteur ne paffe pas une ligne & demie à la pointe , Sc tout au plus une ligne 6c trois quarts auprès de la marque ; de plus, le bifoau du dos eft large 6c tiré bien régulière* ment fur la meule, afin qu'il puifle couler avec égalité dans la café de la chape ou du fuft.
- J'ai trouvé les moyens de l'adapter à la chape {ans vis, {ans relîort & {ans bascule , afin que les plus maladroits puiflent s'en forvir aifément ; une échancrure faite en a, Fig. 22, à la pointe du Rafoir, 6c un crochet réfervé for le dos en b y en font tout le méchanilme.
- Quand les lames de Rafoir font toutes finies , à cela près de l'affilage, je dé*; bite toutes mes chapes à la foie, de 3 pouces de longueur, de 13 à 14 lignes dé largeur & de 4 lignes d'épaifïèur ; enfoite d'un trait de foie j'enleve la partie ///, Fig. 24, comme on voit par la coupe tranfverlàle m$ Fig, 2y ; après cela je prends un feuillet de foie fait exprès, dont lès dents n'ont qu'une ligne de hauteur & autant d'épailfeur ; je donne un trait de foie dans le milieu pour loger le dos de la lame; ce trait eft repréfenté en ny Fig. 26 : après cette opération il faut avoir trois ou quatre limes plates & minces , dont fépaifTeur de chacune différé d'un quart de ligne ; alors Commençant par la plus mince, je lime le trop ou j'élargis l'entaille, 6c je préfente fouvent la lame dans la café , pour ne pas limer trop de bois ; car quand il eft trop lâche, la pieCe eft manquée ; enfin j'ajufte l'un avec l'autre avec précifion la lame dans la châffe, de forte cependant que la lame puiffe être tirée aifément de fa châffie ; après cela j'ajufte le crochet b y de la Fig. 22, au bout de la chape d, Fig. 2 3 ; enfoite je perce le trou en e, dans lequel je paffe un clou que je rive ; ce clou eft pour recevoir l'échancrure a y de la Fig* 22•
- L'ajuftement de l'épaiffeur étant fait, je pafte à celui de ia largeur; alors je laifïe la lame dans fa café, & je lime le bois pour le réduire à une hauteur convenable. La Figure 27 fait voir la proportion de la lame dans la chape, par les lignes ponéluées ; la ligne 0 fait voir la lame i or de o en i, la diftance doit être d'une ligne ; de i en h, d'une ligne auffi, relie la partie du défions de la chape *
- (*) Voyez le Mercure d’Avril 17 f 2*
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- 212 L'ART DU COUTELIER.
- qui eft indiquée par la ligne g, laquelle doit être de 3 lignes plus baffe que le
- tranchant du Rafoir indiqué par la ligne 0 ; cela fait, j’ôte la lame de la chape.
- Pour procurer l’aifànce à la crafle d’entrer & de fortir entre le Rafoir & la chape9 fai fait avec une petite gouge de 2 lignes de largeur, Fig. 28,une gouttière tout du long de la chape, Fig. 24, fur la partie fupérieüre de la chape 71 ; on la voit à la coupe en r, Fig. 27 : après cela j’arrondis tous les angles & toutes les afpérités du tour de la chape ; enfin je la gratele & la polis au charbon délayé avec de l’huile : d’abord je faifois les chapes en bois de rofe, mais à préfent je les fais en bois d’ébene ; elles font moins poreufes , & réfiftent beaucoup mieux à l’eau & au favon ; car ce bois a beaucoup plus de corps que le bois rofe, & ne fe falit point; le Rafoir eft repréfenté tout monté fur fa chape Fig. 29 ; mais la même chape ne peut pas fervir à fe rafer des deux mains ; il en faut une pour la droite & une pour la gauche. On n’a pas plus de difficulté à fe rafer avec celui-là, qu’avec un autre : on le tient comme les autres Rafbirs : au refte , fi l’on en veut connoître toutes les particularités , & apprendre à s’en fervir ; je les ai décrites dans l’art d’apprendre à fe rafer foi-même, intitulé la Pogonotomie, qui fe vend chez Dufour rue de la vieille Draperie.
- CHAPITRE VINGT-HUITIEME.
- Des lrijlruments de Maréchallene.
- Depuis la célébré inftitutiotï des Ecoles Vétérinaires, la Maréchallerie1 acquiert de jour en jour de nouvelles connoiflànces & porte l’étude de la conftitution des animaux à un degré que l’antiquité n’a ofé entreprendre.
- Plus entreprenants dans* notre fiecle, & fur-tout encouragés par des Protecteurs favans & zélés, & inftruits par des Maîtres de l’Art, les Eleves cherchent dans la nature des Animaux même, la caufe de leur bonne & mauvaife conftitution. C’eft par l’Anatomie qu’on développe, jufqu’aux moindres circonftances , les variétés des maladies &les écarts de la nature. Or ils portent l’étude fi avant, qu’ils font fur les animaux les mêmes opérations que la Chirurgie fait fur les hommes : en ce cas les mêmes inftruments qui fervent aux Chirurgiens, doivent suffi fervir aux Maréchaux; & comme ces inftruments ne doivent différer que par la grandeur & la force proportionnées aux conformations des parties fur lefi quelles ils doivent opérer, nous ne détaillerons que les inftruments ordinaires à tous les Maréchaux, & connus pour tels : en dire davantage, ce feroit multiplier les êtres fans néceffité ; parce que le grand arfenal des inftruments de Chirurgie nous inftruira fuffifamment pour les deux parties.
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- Ïremïere Partîe. Chapitre XXV1IÏ0
- I. Des Injlrutnents tranchants fervant aux Maréchaux.
- La Figure i repréfente des Gifeaux courbes , & la Figure 2 les Cifoaux droits. Maintenant que nous avançons dans notre Art , nous ferons la defoription des Planche figures, fans entrer dans le détail de la façon de les forger , de les limer, Scc* parce qu’ils fe font à peu-près comme les ouvrages dont nous avons parlé.
- La Figure 3 repréfente un Couteau ou un fort biftouri ; fou tranchant doit être un peu fort, c’eft>à-dire , qu’il ne faut pas le faire fin jufqu’à plier fur Ton-gle ; le dos a 2 lignes d’épaifleur; fon manche eft d’ébene monté à foie plate.
- La Figure 4 offre un vrai Biftouri, dont le tranchant doit être au même degré de confiftance qüe celui des Canifs à tailler les plumes.
- La Figure j repréfente une Lancette emmanchée à foie plate : elle eft tran-* chante des deux côtés ; ces tranchants font féparés par une vive-arête qui fo termine à l’extrémité de la pointe. Le tranchant du Canif convient à cet inftrument.
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- La Figure 6 fait voir une Feuille de fauge emmanchée à foie plate : elle eft à deux tranchants, féparés par une vive-arête , 8c de plus, courbe for le plat.
- La Figure 7 montre encore une Feuille de fouge plus longue de lame, plus étroite & légèrement courbée. ,
- La Figure 8 repréfente la Gouge.
- La Figure 9 eft une Spatule dont le petit bout fe termine en olive pour fervîr de Sonde.
- La Figure 10 fait voir une Sonde creufe , fervant de conducteur à la pointe du Biftouri, dans fouverture d’un abfcès : h eft une platine pour tenir l’inftrument.
- La Figure 11 montre une Pince par le bout A 9Sc l’autre bout fert d’errhine*
- La Figure 12 offre un étui à deux Rénettes : elles font tranchantes par le côté e d9 qui commence en e g9 & continue jufqu’en E g. Comme cet inftrument fert à racler, le tranchant doit être fort comme celui d’un Couteau. La châffe eft en ,
- cuivre jaune : pour la faire, on prend une bande de laicon de 9 pouces de Ion- Planche gueur ; on la plie dans le milieu , & pour faire la loge des Rénettes, il foffit de ‘
- mettre un morceau de fer au bout de la groffeur de 4 lignes , & rond ; pliez la charte fur cette elpece de mandrin, & vous n’aurez pas befoin de faire aucune foudure ; enfoite vous plierez le bouc/quarrément en dedans , pour alîujectir la Rénette dans l’opération.
- La Figure 16 repréfente la Rénette de côté, & l’on voit comment elle fe loge dans la chârte, ainfi que le bout K , qui eft fermé, afin de contenir la Rénette toujours fixe pour racler avec sûreté : or il faut toujours deux Rénettes, dont les crochets tranchants foient pliés en fens contraires, tels qu on les voit Fig. 12 >
- Eg'
- La Figure 13 repréfente un Etui de Flammes garni de fept pièces ; lavoir de Coutelier , I. Part. H h h
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- 2I4 rART DU COUTELIER.
- trois Flammes, de deux Rénettes, d’un Biftouri & d’une Lancette, le tout
- repréfenté renfermé dans fa châfle.
- Pour forger une Flamme, on prend de l’acier pur de 7 à 8 lignes de largeur. A la première chaude on entaille en h & en j, Fig. 14 ; après cela on élargit la partie du milieu à coups de pane de marteau pour allonger la Lancette. Comme la faignée fe fait avec cet infiniment en préfentant la pointe fur le vaiffeau, & qu’on donne un coup de manche de marteau fur la queue de la Flamme, il faut bien tremper cet infiniment, Sc avoir attention de ne recuire la partie tranchante que couleur d’or ; mais tout le refte doit être recuit bien bleu, & même couleur d’eau , fans quoi elle cafièroit à la première faignée.
- Cet infiniment exige un bon coup de meule; cependant il eft petit & embar-raiïànt ; il faut être muni d’une paire de petites Mordaches déçois : mettez la Flamme dedans, & l’y afiujettiffez en ferrant le coin : avec ce fecours on peut donner le coup de meule avec facilité. Uoye^ la Fig. Iy.
- La Flamme eft tranchante des deux côtés qui font féparés par une vive arête qui meurt avec la pointe. Les facettes doivent être émoulues vivement, & le tranchant doit plier fur l’ongle. La meule, pour les émoudre , doit être de 1 r à 12 pouces de hauteur, bien ronde , un peu étroite , & les angles bien vifs.
- La châffe fe fait en cuivre jaune , quand on ne les prend pas toutes jettées en moule par des Fondeurs : on coûpe deux feuilles égales fur un patron ; on fbude enfuite une bande qui fert d’entre-deux fur l’épaiffeur de la quantité de Flammes qu’on veut loger dans l’étui, Fig. 17. Remarquez que quand il y a des Rénettes, il faut, avant de fouder l’entre-deux, faire une place pour les loger, ce qui s’exécute en donnant deux autres coups de marteau, en tenant la piece fur l’étau ouvert de 3 ou 4 lignes: cet évafement fe voit en i, i9 Fig. 13.
- La Figure 18 reprélente une Pince à anneaux. Nous n’avons pas encore eu occafion d’expliquer comment fe fait une jonétion paffée par une fente qu’on fait à une des pièces,
- §. IL Des Jonctions dites PaJJëes.
- Planche
- 62.
- Une Pince à jonétion paffée fe divife en cinq parties : de p en H font les anneaux ; de H en L, font les branches ; de L en k, la jonétion paffée ; m eft l’axe : de k en o font les lames de la pince ; les deux extrémités fe joignent exaétement en o, & le dedans eft taillé avec la quarre d’une lime demi-ronde ou triangulaire ; & les dents qu’on lui fait, font de la même forme de celles d’une lime douce à gros grain.
- Pour forger de ces Pinces, prenez du fer bien corroyé ou de l’acier appelle Etoffe du Pont ; commencez par donner une chaude graftè, & entaillez d’abord la partie q , Fig. 19 ; enfuite celle marquée N : étirez les deux branches eil réfervant l’épaifieur du milieu pour faire la jonétion, & cette première eft ap-pellée femelle ; enfuite entaillez en s pour réferver l’anneau : cela étant fait de
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- Première Partie. Chapitre XXV11I. 21$
- la première chaude, faites chauffer la piece prefqu’à blanc ; faites-la tenir fur l’enclume par un Aide : prenez un poinçon plat, Fig. 20 , & percez le trou comme il eft repréfenté en Fig. 22 ; en commençant le trou par un côté, ne le percez qu à moitié ; après cela faites tourner la piece ; préfentez directement le poinçon vis-à-vis du trou ; en deux ou trois coups de marteau vous enfoncerez le poinçon : portez enfuite diligemment la piece fur le bois du billot de l’en-ciume ; en deux coups de marteau vous repoufferez la partie qui fortira du trou , & promptement vous retirerez le poinçon du trou ; remettez la piece au feu ; étant chaude, faites entrer la clavette, Fig. k , dans le trou ; pofez la jonction bien à plat fur l’enclume, & donnez deux ou trois coups de marteau, pour élargir un peu la fente quon a faite avec le poinçon, Fig. 20. Remarquez qu’il 11e faut pas biffer échauffer la clavette dans le trou , car vous ne pourriez plus la retirer ; pour éviter cet accident, foyez prompt à donner des coups de marteau fur la jonction, & tout de fuite un fur la clavette, pour la faire changer de place , & recommencez la même manœuvre deux ou trois fois : après cela repouflez la clavette , & vous aurez un trou tel que le repréfente V, Fig. 22 , & donnez à cette branche le nom de femelle ; coupez enfuite l’anneau , percez-le & le bigornez comme ceux d’une paire de Cifèaux : forgez enfuite la branche mâle en la commençant comme la précédente ; Sc au lieu de percer le trou , portez la jontion fur la quarre de l’enclume, & à petits coups d’une étroite pane de marteau, dégagez un peu la partie R, R, Fig. 23.
- Quand la Pince eft forgée, commencez par régler la largeur & la longueur de la jontion femelle : équarriflez bien les angles ; après cela ajuftez le trou ; réglez bien la longueur avec une lime plate & mince ; unifiez bien le trou, & n’y biffez aucune marque de feu de forge; prenez enfuite le mâle ; limez de fur la femelle, jufte de largeur & de longueur : entaillez-le des deux côtés, & limez-le d’épaifleur convenable ; que R, R entre dans V • quet tous les angles fe rapportent bien enfemble, S avec T, & u avecjy , Fig. 24, de même pour la partie du bas.
- Pour les paffer, ayant dégagé un peu à la lime la branche mâle, faites chauffer la femelle couleur de cerife ; ferrez-la dans l’étau en ^, Fig. 22 ; prenez la queue pointue d’une lime d’Allemagne, de laquelle vous aurez abattu les quar-res, entrez-la dans le trou, & à petites fecoufles vous ferez ouvrir le trou, au point que de long qu’il étoit, par cette opération il devient ovale ; lorfqu’il eft afîez ouvert, faites-la encore chauffer couleur de cerife ; enfuite préfentez la pointe du mâle dans le trou & faites-le entrer dans fà place ; y étant, à petits coups de marteau applatiffez la femelle fur le mâle.
- Or on voit que tout l’àjuftement d’une jonéHon paflee dépend de la bien diriger à la lime ; cela eft vrai: car une fois qu’elle eft bien limée jufte, ellefe trouve bien dès-lors quelle eft paffée ; mais s'il y a des vuides, des imperfections dans l’àjuftement, on ne peut y porter remede qu’en fertiftànt à coups de pane de
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- marteau, ce qui ne fait jamais un ouvrage correctement fait : lorfque la pince mâle eft paffée , il faut limer la jonction paffée, ou les deux pièces qui la forment fur les quatre faces, & la percer enfuite au milieu , fraifer le trou , faire le clou ; mais avant de le river, mettez de l'huile dans la jonction & ouvrez la pince, en commençant par la faire marcher doucement ; car fi vous la bruC quiez, une bavure feroit feule capable de la faire cafler ; faites-la donc ouvrir doucement; rivez le clou, 8c Unifiez de limer la Pince en commençant par dé-groiïir les anneaux, comme ceux des Cifeaux; enfiiite les branches. Je reviens au détail des autres inftruments de Maréchallerie.
- La Figure 2 y repréfente un Etui de Flammes complet, ou toutes les pièces font vifibles ; 1 eft une Rénette; 2 eft la grande Flamme ; 3 la moyenne, 8c 4 eft la petite ; y eft le Biftouri ; 6 eft la Lancette ; & 7 eft la Châfle où fo renferment toutes ces pièces.
- La Figure 26 repréfente la grande Aiguille à Séton, dont la pointe fo termine en feuille de fàugeun peu courbe : for le plat du côté de la vive-arête, en x eft un trou ou aile d’Aiguille pour loger le Séton; ce trou fo fait à chaud; on lai fie cette partie plus large , & par un coup de poinçon plat on le perce à la forge ; enfoite on le dreffe à la lime.
- La Figure 27 eft une Aiguille, mais plus petite.
- La Figure 28 eft une Aiguille courbe pour faire des fotures.
- Les Figures 30, 31, 32, ne compofent qu'un inftrument appellé Tire-balle 9 8c fort à tirer la balle qu'un cheval a reçue : fouvent elle eft enfoncée de 14 ou iy pouces de profondeur, c’eft pourquoi il faut de la longueur à l'inftrument • pour cet effet on forge trois tiges, chacune de 7 pouces de longueur; ce qui s’appelle brifer un inftrument pour le rendre portatif : il fo monte à vis en deux endroits, V fo vifle en Q, 8c S en t ; pour faire la cuiller à la Fig. 30, on réfor-ve une groffeur au bout d'une tige, on la perce à moitié à chaud avec un poinçon gros 8c rond , & on la finit à la fraifo : l'autre bout de l'inftrument, qui eft la Fig, 32, eft terminé par un trou, qui dans le befoin, fort à pafler un Séton, moyennant qu'on fait le trou avec une feuille de fouge, 8c dans un befoin auffi il fort pour fonder la balle.
- La Figure 33 repréfonte la Flamme à l'Allemande, avec laquelle .on feigne par un refiort, au lieu du manche d'un brochoir, la châfle fo fait en cuivre ; la lame /, D, eft fixée par une vis en 1 ; mais elle eft tenue lâche : nn eft le grand refiort qui eft tenu par une goupille en P 9 8c par une vis en I: cette châffe fo ferme à coulifte avec la platine Fig. 34 : le deffous de la châfte eft re-préfonté par la Fig. 35*, qui porte la bafcule qui fort à faire jouer le refiort en le tenant tendu, par le moyen d'un tenon en 0, jufqu'au moment où on veut faire partir la flamme; ce qu'on fait en appuyant un doigt for la bafcule en q9 Fig. 37 , alors elle part auffi vivement que le chien d'un fufil.
- La Figure 3 6 repréfente la bafcule féparée de la châfle ; on voit qu'elle porte
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- Première Partie. Chapitre XXIX. 117
- fon reflbrt de renvoi, fixé par un clou rivé en B ; on voit aufli la charnière ; le tenon , qui arrête le rellort, eft repréfenté ici en a.
- CHAPITRE VINGT-NEUVIEME.
- /
- Manière de faire VAcier façon de Damas.
- Nous aurions pu parler de cet Acier au Chapitre où il a été quefiion des étoffes , -
- parce que c’en eft une ; mais comme elle rieft pas propre à faire des tranchants Planche fixes, nous avons cru en devoir traiter à part, quoique cet acier foit très-bon ^ pour faire des Couteaux de table.
- Cette étoffe qui imite le Damas naturel, à s*y tromper, devient coûteufe, tant par le temps que par le charbon quil faut employer, & par la diminution de la matière ; car fi l’on veut en faire 3 livres pelant, il faut prendre 6 livres de matière.
- Commencez par forger fix lames de fer, ' exactement égales fur tous les fens ; filppofons-les d’un pouce de largeur, d’une ligne d’épaiiïeur & de 12. pouces de longueur ; forgez enluite cinq lames d’acier, égales en tout à celles de fer, ce qui fait en tout onze lames ; plus on les multiplie, meilleure eft l’étoffe : appliquez ces lames l’une lur l’autre; mais obfervez de mettre une lame d’acier entre deux lames de fer, ce qui le fait en commençant & finifîant par une de fer ; ce qui doit s’exécuter quelque nombre qu’on emploie de lames ; cela devient fenfible par la Fig. 1.
- Chaque lame eft numérotée depuis ï jufqu’à 11, & fous chaque numéro , l’on voit la lettre qui défigne la matière; A marque l’acier, ôc/marque le fer.
- Cela étant ainfi dilpofé, prenez toutes ces lames avec des tenailles croches ; ferrez les branches des tenailles avec une 5, comme il eft indiqué Chapitre XII. Paragraphe II, pour les étoffes ; placez celle-ci dans un feu modéré; faites en forte que les lames s’échauffent toutes enfemble ; ne fouffrez pas qu’il s’en brûle une ; pour cela, tournez fouvent le paquet dans le feu, {ans 1 en fortir; laiffez repofer le fouffîet de temps à autre, parce que les lames qui font dans le centre ne chauffent pas fi vite que celles des bords, attendu que ces dernieres reçoivent la chaleur des charbons, & que celles du centre ne la reçoivent que par les lames voifines ; enfin le tout chauffera enfemble, moyennant la modération des coups de fouffîet ; fablez l’étoffe au moins deux fois à chaque chaude,
- & forgez-la quarrément, elle viendra de la groffeur de 8 ou 9 lignes en quarré ; après cela faites chauffer l’étoffe bien rouge , mais pas à blanc ; ferrez un bout dans l’étau , comme le fait voir la Fig. 2, & avec de fortes tenailles tordez l’étoffe d’un bout à l’autre , le plus régulièrement qu’il fera poffible; quelle Coutelier , h Fart. 11 i
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- ai8 L'ART DU COUTELIER.
- reffemble à une vis, comme le repréfente la Fig. 3 : maintenant il faut l’ap-platir & la forger à la largeur de 9 lignes, & à fépaiffeur de 3 ; après cela pliez-la en deux, de la maniéré démontrée par la Fig. 4.
- Tout ce travail, jufqu’ici, neft que pour faire une couverture forte, tenace, qu’aucun effort ne puiife, pour ainfi dire, faire caffer ; c’efl ce qu’on obtient par cette couverture. Les lames de fer doux étant bien corroyées, mariées & entortillées avec celles d’acier, forment enfemble un corps extrêmement tenace & d’autant meilleur, que le fer 8c l’acier font plus pétris enfemble , pour que chaque molécule de fer 8c chaque molécule d’acier foient fort petites; mais il n’efl pas poffible que ce corps faffe un tranchant fin; les veines de fer qui ferpen-tent par-tout, l’en empêchent'; faites-doncune lame de bon acier d’Allemagne, de la largeur de 9 lignes, Fig. J, (qui efl la largeur même de la couverture), & tout au plus de 2 lignes 8c demie d’épailfeur ; là longueur doit être égale à celle de la couverture pliée en deux ; mettez cette lame d’acier entre les deux lames de la couverture; alors foudez bien le tout enfemble par de bonnes chaudes graifes ; ne fiirchauffez point la matière ; évitez de donner aucun coup de pane ; forgez le tout avec la tête du marteau ; abattez les quarres proprement, afin que l’acier foit toujours au milieu de l’étoffe; car de-là dépend la bonté du tranchant ; étirez enfin cette étoffe de la largeur & de l’épaiffeur que vous aurez befoin.
- Un Couteau fait avec l’étoffe de Damas, ne peut jamais cafler que par force, en le pliant & repliant à plufieurs reprifes ; cela fait donc un Couteau folide . or fl l’on donne à ce Couteau un jufte recuit, à la couleur de cuivre rouge, après l’avoir trempé de la couleur de cerife, on pourra couper du fer très-aifé-ment, fans que le tranchant s’ébreche, pourvu néanmoins qu’on tienne le tranchant un peu fort 8c rond ; mais fi l’on ne fait faire ce Couteau que pour fèrvir à couper les viandes à table, & qu’on ne veuille pas badiner avec , on doit lui faire un tranchant un peu fin, qui ne foit recuit que couleur d’or, au lieu de celle de cuivre rouge ; alors on aura un bon infiniment qui coupera bien, & gardera long-temps un bon tranchant.
- Si les hommes ne cherchoient pas fouvent à léfiner fur ce qui efl: utile, pendant qu’ils font de grofîes dépenfès fur les ornements inutiles , au lieu d’un Couteau de chaffe qu’on porte à fon côté, dont la lame ne coûte que 40 fols, & la monture 60 livres , on auroit au contraire une lame de 60 livres, Sc une monture de 40 fols : rien ne peut faire une fi bonne lame de Couteau de chaffè, qu’une étoffe de Damas telle que je la décris ; fon utilité fe trouve dans le befoin. L’objet pour lequel cette étoffe efl prefque indifpenfable, c’efl: le Damas à décoler. La Figure 6 repréfente celui dont fe fèrt le fleur Sanfon: il a 9 pouces de manche entre A 9 B 98c 3 pieds de lame ; fa largeur efl, en bas, de deux pouces & demi, & va très-peu en diminuant jufqu’en C;fon épaifleur en bas B , efl de 3 lignes ; mais il va toujours en aminciffant jufqu’à la pointe,
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- Premiers Partie. Chapitre XXIX. ou il n a qu une ligne enC, cela le rend plus flexible qu’une épée : il eft à deux tranchants ,&na point de vive-arête ; au contraire, il eft bien arrondi ; car une vive-arete pourroit gêner dans les vertebres , au lieu qu’étant arrondi 8c bien poli, il gliiïe & tranche facilement : fon tranchant des deux côtés eft égal, & il eft de la confiftance d’un tranchant de Canif à tailler les plumes ; il faut qu’il foit poli en long fur une poliiïoire large au moins d’un pouce, 8c bien prendre fes précautions pour ne pas fe bleffer ; il doit être affilé fur une pierre à Rafoir, ou bien fur une pierre du Levant d’un grain fin : c’eft ainfi que je l’ai toujours fait.
- On penfe bien que forger l’étoffe de Damas, ou forger de l’acier pür , c’eft la même chofe ; cependant il convient de la traiter avec art, pour lui Conferver toute fa vertu. Or il faut la forger avec beaucoup de ménagement; lorfqu’elle eft bien foudée par-tout, il ne faut pas lui donner des chaudes fondantes, & fur-tout pour les dernieres chaudes, ne la chauffer que couleur de cerife , la derniere couleur de bronze, 8c bien écrouir la matière à froid : il ne faut pas s’embarrafler d’ufer des limes pour la limer, & limez-la fans la faire recuire.
- La trempe, qui met la derniere main à la bonté de cette matière, doit être faite avec toute l’attention poflible. Pour telle piece que ce foit, gardez-vous bien de vous fervir d’aucun fourneau à vent ; mais tout uniment allumez par terre un feu de charbon de bois en fiiffifànte quantité pour environner 8c chauffer la piece ; lorfqu’il fera en braife , mettez la piece au milieu , couvrez-la par-tout.; ne vous fervez pas de fbufflet, agitez feulement l’air avec une feuille de carton ou autre chofe équivalente ; faites attention quelle chauffe bien également partout , & fitôt qu’elle fera couleur de cerife claire, plongez-la dans un grand baquet d’eau & même dans un tonneau, fi le Couteau de chaffe ou le Sabre eft de trois pieds de longueur.
- On vante beaucoup certaines trempes, qui, à la vérité, n’ont rien de mau-vais ; mais comme nous difcuterons cette matière ailleurs , je n’en parlerai point ici ; je dirai feulement qu’à attentions égales pour la forge de d’acier 8c pour le degré de chaleur de la trempe , l’eau feule bien froide vaut tous les ingrédients qu’on pourroit y ajouter.
- Quand le Damas eft poli, l’œil connoiffeur juge s’il eft vraiment de Damas, parce qu’il diftingue les veines de fer ferpentant de couleur blanchâtre, 8c les veines d’acier bleuâtres ; mais pour donner la couleur effèéüve au Damas, & faire reiîortir les veines , verfèz un peu d’eau forte fur la piece ( toute finie ) ; étendez-la tout le long de la lame avec une plume ; laiflez leau-forte l’efpace de 6 ou 7 minutes fur la lame ; après ce temps lavez cette lame avec de l’eau claire ; e {fuyez-la, vous la trouverez damaffée, c’eft-à-dire, qu’on diftinguera aifément les veines d’acier de celles de fer.
- En général, l’acier eft fùjet à avoir des veines ferreufes ; en conféquence on peut être trompé, 8c acheter des lames d’acier qui ne foient pas de Damas ; car il
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- fuffit de frotter un Couteau, un Rafoir, 8cc, avec de l’eau-forte, pour lui donner la couleur du Damas. Or on peut en juger par la régularité des fleurs, par les veines de fer qui forpentent avec une efpece de fymmétrie régulière ; & on reconnoîtra aufli fi l’acier de Damas, travaillé comme nous l’avons dit, a été fuffifàmment corroyé ; car plus les veines font petites & également diftribuées, & plus l’étoffe eft bonne.
- J’ai vu aufli des Couteaux de chaflè qui ont été vendus pour Damas, & que l’ai foupçonné n’en pas être, en partie parce que les veines noirâtres étoient trop profondes, & le tranchant ne coupoit du fer que parce que ce tranchant étoit très-épais & hors d’état de couper du bois. J’ai cherché à découvrir la maniéré de le damaffer aufli fortement qu’il l’étoit ; après quelques tentatives, j’ai pris une lame d’acier polie, je l’ai couverte d’une couche de cire que je faifois tomber d’une bougie allumée : j’ai étendu la cire bien également par-tout ; enfuite j’ai defliné des traits en quantité fur la cire, en découvrant l’acier avec une pointe d’acier qui me fervoit de crayon ; après cela j’ai verfé de l’eau-forte fur la cire ; je l’ai laiflee mordre ou difloudre l’acier, qui étoit découvert, pendant une heure ; je l’ai enfoite lavé : j’ai découvert tout le fecret.
- La Figure 7 repréfente une lame de Couteau de chaffe de Damas.
- CHAPITRE TRENTIEME.
- Defcription de plujieurs petits Inflruments qui font
- d'un fréquent ufage.
- ; L a Figure r repréfente un Tire - bouchon dont la mèche fe ferme dans l’anneau.
- La Figure 2 fait voir la meche féparée en A. C’eft un talon qui déborde , qui fort à fixer la meche pour qu’elle ne fo renverfe pas, & cependant lui permet de fo plier.
- La Figure 3 repréfente la vis qui joint la meche à fon anneau. Voyez le Chapitre XXV, qui enfoigne à forger les Tire-bouchons : nous dirons feulement un mot for la trempe. Un Tire-bouchon eft une tige tordue en fpirale : or c’eft un compofé de lignes courbes qui, étant mal trempées & mal recuites, peuvent ou fe cafter ou fe redreffer. Ainfi pour la perfeétion d’un Tire-bouchon, trempez-le couleur de cerifo ; enfuite l’ayant bien efluyé de l’eau, trempez-le dans l’huile , ou frottez-le de foif ; & tout oint, mettez-le for la braifo ardente ; tor~nez-le deux ou trois fois, pour qu’il s’échauffe également ; & fitôt que l’huile s’allume, ôtez le Tire-bouchon du feu ; laiffez brûler l’huile : 8c fitôt qu’il s’éteint, trempez-le dans l’eau : or ce recuit eft une couleur bleue 8c fort tenace, 8c celle qui convient le mieux au Tire-bouchon.
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- Première Partie. Chapitre XXX.
- La Figure 4 offre un Tire-bouchon dont la meche eft pleine.
- La Figure j* fait voir un Tire-bouchon qui fe renferme dans un étui repré-fente par la Fig. 6. Pour faire cet étui, on prend de la tôle forte qu on plie fur un mandrin & qu’on brafo ; on y rapporte un fond qu’on brafe auffi : on rapporte une virole au bout ; quand elle eft brafée, on taraude l’étui.
- Pour la commodité de mettre plufieurs meches à ce Tire-bouchon, on fait la partie de l’anneau féparément, Sc l’on monte la meche à vis en c, Fig. 8» La Figure p repréfente un Tire-bouchon à cage, très-commode, parce qu un enfant de 6 ans peut déboucher une bouteille. Le corps E E E eft fait de cuivre , ou d’acier ou d’ivoire, ou de buis ou d’ébene, en le laiffànt plus fort. D, Fig. 10, eft le bout qui fert d’étui à la meche, lequel fe place, comme il eft, par des points à la Fig. p.
- La Figure 11 fait voir la meche féparée.
- La Figure 12 montre la clef qui eft la même que g, Fig. p, Sc qui reçoit le quarré e de la Fig. 11 ; Sc le tout eft arrêté par un petit écrou, Fig. 13.
- Pour fe fervir de cet infiniment, on applique la pointe de la meche au milieu du bouchon : on fait tourner la clef g, en appuyant un peu ; la meche s’enfonce ; alors la partie h h parvient à porter fur le rebord du col de la bouteille qui lui fert d’appui; Sc continuant de tourner la clef, le bouchon fort, entre dans la cage ; enfoite comme cette cage eft fenêtrée fur les quatre faces H H, on tient le bouchon, Sc en détournant la clef, il fort comme il y eft entré.
- La Figure 14 repréfente une Rouane de Marchand de vin, pour marquer les tonneaux. Après avoir applati un bout d’acier, Fig. 15 , on donne deux coups de Cifeaux à chaud fur les lignes i,j; on écarte enfoite les deux ailes, pour leur donner la forme & les finir de forger. La partie du milieu Z, Fig. 14, eft ronde , & fert de pivot Sc de point fixe , tandis que la partie m entame le bois , & fait les parties rondes des lettres ; enfoite on fait les jambages avec la partie n : or les deux branches m, n, font tranchantes, n d’un côté ,8cm des deux ; le manche eft de bois.
- La Figure 16 repréfente le Perçoir à percer le tonneau pour faire le trou de la canelle ; il faut que la pointe 0 foit un peu plus longue que les ailes, pour avertir que le trou eft prêt à être percé.
- La Figure 17 fait voir un Foret à percer le tonneau pour mettre le fauflet: celui-ci s’appelle en vrille ; Sc l’autre, Fig. 18, eft appellé coup de poing : M, M font deux noix pour arrêter le coup, afin qu’il n’entre pas trop avant. Le manche N eft fait d’un bout de corne ; les deux bouts font garnis chacun d’un clou avec une tête de cuivre, voye{ la Fig. ip , Sc la meche eft arrêtée par une forte rofette , Fig. 20, rivée for le bout de la queue. Ces meches doivent être d’acier trempé Sc recuit bleu.
- La Figure 21 repréfente un Cifeau pour percer les ruches à miel, pour faire Coutelier, /. Part. K kk
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- Planche 6 7-
- L'ART DU COUTELIER. la place du Couteau, Fig. 22 ; ce dernier a deux tranchants, 8c il efl courbé fur fonplat comme on le voit en la Fig. 23, qui en repréfente l’épaiffeur.
- C’eft avec ce Couteau qu’on coupe & enleve les rayons de miel ; on en fait depuis 8 pouces de lame jufqu’à 16, & félon la grofleur de la ruche : ils font emmanchés en ébene,
- La Figure 24 repréfente le Couteau ou le Marteau à calfer le lucre : il eft tranchant à la partie P : l’autre côté fort de tête de marteau.
- I La Figure 25 fait voir une Pince à cafter le lucre ; gg9 lont deux tranchants un peu moufles, qui ne doivent pas fe toucher ; en mettant de gros morceaux de fucre entregg, on ferre les branches avec la main, & l’on fait des morceaux en quantité & làns peine.
- La Figure 26 montre une Aiguille d’Emballeur ; c’eft une tringle ou fil d’acier , qu’on apointe par un bout, & auquel on fait un trou de l’autre ; tout le corps efl: rond, excepté la pointe qui efl: quarrée dans une longueur de 2 pouces.
- La Figure 27 repréfente auffi une Aiguille d’Emballeur , mais plate & à deux tranchants à la pointe, féparés par une vive-arête. La Fig. 28 en fait voir une femblable, mais triangulaire..
- La Figure 29 repréfente des Cilàilles à couper les métaux réduits en lames minces; le tranchant efl: fait par un bifeau tiré de court : il s’en fait depuis 6 pouces jufqu’à 5 pieds de longueur ; mais ces dernieres font faites par les Taillandiers;
- La Figure 30 repréfente un Emporte-piece pour couper des hofties. Pour le forger, on prend une barre d’acier pur, d’environ 1 pouce en quarré; on en taille deux queues, en réforvant une noix dans le milieu, comme le fait voir la Fig. 31 ; on perce un trou au milieu r; après cela, faites plier les deux queues fur le même fens, & bigornez cette piece, comme fi c’étoit un anneau de ci-foaux ; en deux ou trois chaudes vous l’aurez forgée de la grandeur qu’il la faut, voye£ la Fig. 3 2 ; après cela pliez les deux bouts des queues comme en R R , Fig. 30, faites toucher les deux bouts & foudez-les enfemble, pour faire la queue. Comme il n’eft pas facile de mettre cet inftrument au tour, il faut le faire à la lime ; commencez par bien arrondir le dedans, & faites que le côté S foit 2 ou 3 lignes plus grand que le bout du tranchant, parce qu’à mefure que le tranchant T9 coupe les hofties, elles fe repouflent, entrent & fortent par S. Ayant limé & fini à la lime douce, tant le dehors que le dedans, il faut le tremper, mais dans l’huile, & non pas dans l’eau, parce que la plupart fe cafleroient ; mais comme cet outil n’a pas befoin d’une grande dureté, il fera fiiffilàmment trempé à l’huile , un peu plus chaud qu’à l’eau, & on ne lui donnera le recuit que couleur de paille.
- Il eft fort difficile de le finir avec la meule, parce qu’il faut tourner régulièrement la piece fur la meule, & l’on donne toujours quelque faux-coup ; mais pour éviter tout inconvénient, on le finit avec la pierre du Levant, tant le dehors que le dedans.
- La Figure 33 repréfente auffi un Coupe-hofties, mais pour les grandes : il eft
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- Premiers Partie. Chapitre XXX. tonftruit comme un compas ; la branche u eft pointue & fert de point fixe, tandis que la branche o coupe le tour en rond : cette derniere eft faite en ci-feau arrondi par le bout, comme le fait voir la Fig. 34; elle eft ajuftée en charnière en fy 8c pour avoir la facilité d’en couper de plufieurs grandeurs, on ajufte une traverfe fixée à la branche u, & qui paflè librement dans le trou Vy Fig. 34, & on l’arrête par la vis au point qu’on veut.
- La Figure 3 y repréfente une Cuiller à vuider les citrons. On commence le trou avec un gros poinçon à chaud, & on le finit avec une fraife ronde; 8c, comme il la faut un peu ovale, après quelle eft bien fraifée, on la ferre un peu dans 1 étau : elle doit être tranchante fur les bords; elle doit être trempée, mais recuite bleue.
- Les Figures 36? 37> 38, 39,40,41, font voir des Burins ou Echopes pour graver; 37 a un tranchant, & un peu arrondi aux uns & quarré aux autres ; en ce cas ils font appellés échopes ; 39 repréfente la facette d’un Burin quarré, & 40 celle d’un lozange.
- Il eft fort difficile, difent les Graveurs, de trouver un bon Burin ; il eft vrai que tant qu’on voudra une pointe d’acier extrêmement fine & aigue, qu’on la préfentera for le métal pour le pénétrer & pour en enlever un copeau, fi peu quon varie la main, même imperceptiblement, cette jointe extrêmement fine fe caftera. Nous allons rapporter comment on en peut faire de bons.
- Tout l’art de faire de bons Burins, confifte à choifir de bon acier ; le bon d’Allemagne eft meilleur que celui d’Angleterre ; cependant on peut les faire bons avec ce dernier, en le forgeant de même, mais ne lui donnant du recuit que couleur de paille.
- Soit de l’un ou de l’autre acier que l’on prenne , il faut éviter d’être obligé de lui donner des chaudes fondantes ; pour cet effet, il faut choifir de l’acier pur, net & point pailleux ; alors ménagez bien la chaleur ; forgez-le bien quarré-* ment, & à la derniere chaude battez-le bien à froid, pour le bien écrouir avec ménagement, pour ne pas le rendre pailleux; après cela, trempez-le à la jufte couleur de cerife, s’il eft d’acier d’Allemagne, & couleur de rofe, s’il eft d’acier d’Angleterre; trempez-le dans une eau très-fraîche ; recuifez-le à la couleur de paille, s’il eft acier d’Angleterre , & à la couleur d’or, s’il eft acier d’Allemagne. La Figure 41 repréfente un Burin neuf.
- J’ai cependant trouvé le moyen de donner plus de confiftance à la pointe d’un Burin ; c’eft, au lieu d’une facette, d’en faire deux, 'comme le font voir les Fig. 42 & 43 ; de forte qu’en réfervant bien la vive-arête qui fépare les deux facettes, & cette vive-arête ne fe terminant qu’avec la fuperficie de la pointe , qui eft le tranchant du Burin, on trouve par-là plus de confiftance ; on peut en eflàyer : la difficulté eft de les affiler en deux temps, un fur chaque facette.
- La Figure 44 repréfente le Grattoir du Graveur, qui a trois quarres, & la Fig. 45 l’Ebarboire à quatre quarres ; l’un 8c l’autre doivent être faits d’acier pur, bien trempé, 8c il ne faut pas leur donner du recuit.
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- Planche
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- 224 L'ART DU COUTE LIE R.
- La Figure 46 fait voir un Bruniffoir : on en fait des ronds & des ovales ; quelques-uns même veulent un coude à la queue, comme le marque la ligne ponctuée r, De telle forte qu'on le fafle , il faut un acier bien pur 6c fans pailles, ni veines quelconques, trempé couleur de cerifo & fans recuit, parce que fa bonté confifte à être bien dur & bien poli ; or pour le bien polir, mettez-le entre deux bois de noyer avec de l'émeri bien fin, 6c frottez-le long-temps enfoite entre deux bois blancs, & de la potée d’étain délayée à l’eau-de-vie.
- La Figure 47 repréfente un inftrument fervant de Cure-oreille par un bout, 6c de Cure-dent de l’autre. ^
- La Figure 48 montre une Pince de Chapelier, pour arracher les poils des chapeaux ; &la Figure 49 en fait voir une pour arracher les poils du nez, du front, &c. Pour faire ces Pinces, forgez une lame d’acier d’une demi-ligne d’épaifleur ; pliez enfoite cette lame en deux, comme on voit par la Fig. 50, & finillez-les à la lime 6c au bois à polir, fans les tremper.
- La Figure y 1 repréfente une Pince à rogner les ongles, à tranchants droits, 6c la Figure y 2 en fait voir une autre for le côté, & à tranchant à croiflànt ; forgez cette Pince , comme tout autre outil à jonétion paffée, Chap, 28 ; mais laif-fez les tranchants forts, pour l’évuider, régler 6c ajufter à la lime : par rapport aux calibres, il convient de les tremper à l’huile; mais il n’y faut point donner du recuit.
- Du Caffe-noijettes.
- La Figure 5 3 repréfente un Cafle-noiflettes d’acier, compofé de deux branches jointes enfemble par une charnière X; la largeur de tout l’inftrument & le dedans, font repréfentés par la Fig. 54; on y fait de petites dents, pour empêcher que le fruit ne gliffe.
- Du Cajje -croûtes,
- La Figure y y repréfente un Caffe-croûtes portatif compofé de deux branches jointes enfemble par une charnière y ; l’épaiffeur de tout l’inftrument eft repré-fentée par cette Figure , 6c fa largeur par la Fig, y 6, laquelle fait voir auftî la forme des dents : elles font pointues; pour cet effet, lorfqu’elles font faites en travers avec la lime, comme on les voit Fig, y y , on fait la même répétition en long : on a grand foin de faire loger les dents les unes dans les autres ; moyennant cela la croûte fe hache au point de la manger aufli facilement que la mie.
- Pour le rendre ftable for toutes les tables, une pointe x entre dans la table , & plus haut une vis en bois ^ , laquelle fe noyé dans l’épaiffeur de la branche qu’on fraifo Fig, y6, Cet inftrument eft fait d’acier bien poli & non trempé ; car il rilqueroit de caffer en tombant, parce qu’il eft pelant ; de plus la trempe feroit envoiler les branches, de forte que les dents ne fe rencontrant plus, l’inftrument feroit manqué , parce que les dents empêchent qu’on n’emploie le marteau pour le redreffer.
- La
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- Premiers Partie. Chapitre XXX. âiy
- La Figure 57 repréfente la lame d'un Couteau de Relieur , pour rogner le papier ; le talon eft quarré avec un trou dans le milieu pour l'alîujectir à la machine avec une clavette, dont la tête fe noyé dans l’épaifleur du trou : le corps de linftrument eft à deux tranchants a vive-arête d’un côté, &bien plane de l’autre ; il n'y a qu’un pouce de tranchant d’affilé, parce que ce n’eft que la pointe qui travaille.
- De la Canne à dard.
- La Figure repréfènte une Canne à dard: on voit toute la machine à découvert ; mais il faut la développer.
- La Figure 59 fait voir le dard d’acier ; en pp font deux reflorts cloués fur le dard par deux ou trois clous. Q eft un bouton qui arrête le dard au bout de la douille r9 Fig. 6o. Le corps de cette douille o, eft fait de cuivre ; on fbude une virole de fer en r, laquelle porte le r effort s s ; les reflorts p p touchent à l’arbre quand le dard eft dans la canne ; mais en çhaflànt le dard, ces reflorts s’écartent «§c s’appuient fur la pomme en G, Fig. 60.
- La Figure 61 repréfente la douille fur laquelle eft brafée une forte virole, qui doit avoir une charnière au cifelet pour porter une bafcule q, qui fert de porte ou de fbupape au dard ; & fur cette forte virole en eft brafée une autre ponéluée en G u , g, Fig, 60 , qui fert de pomme à la canne. Ici l’on voit le bout de la bafcule u, appliquée fur le bout du reflbrt : ce dernier force la baf* cule à fe fermer quand on fait entrer le dard. L’autre bout du reflbrt N fert à contenir le dard dans la canne, & empêcher qu’il ne balotte. La douille armée de toutes les pièces que nous venons de détailler, s’ajufte à la canne de cette maniéré : après avoir percé le trou pour la loger, on entaille le bout de la canne pour le faire entrer fous la virole u , g ; y étant bien ajuftée, on perce trois trous qui faflent le triangle ; on taraude le fond qui eft la virole q, Fig• 61, & l’on y ajufte trois vis à tête plate & noyée dans l’épaifleur de la virole : il faut en faire autant en perçant la canne pour pofer trois autres vis fur la virole du bas de la douille r9 Fig. 60 > moyennant quoi la douille eft fblidement pofée fur la canne. La Figure 6a. fait voir la grandeur du trou de la douille, faite fur un mandrin quarré.
- La Figure 65 fait voir la pomme de la Canne avec le trou par où fort le dard, & la Figure 66 repréfente la porte ou fbupape qui doit fermer exactement ce trou.
- De F Aiguille à broder au tambour.
- La Figure 63 , PL 66, repréfente une Aiguille à broder au tambour ; le manche eft fait par un Tourneur : il fe vifle en Q avec le couvercle X, qui eft percé pour recevoir l’aiguille ; la pointe eft faite au tour comme une Lancette , & le crochet fe fait avec une lime à Couteau très-mince & fine. La Figure 64 en fait voir une dont l’aiguille tient à l’aide de la vis %, PL 66.
- Coutelier , I. Part, L11
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- L’ART DU COUTELIER.
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- CHAPITRE TRENTE-UN IE ME.
- Maniéré de faire plufieurs Ouvrages d'acier , comme Boucles , Mouchettes SC Chaînes de Montres.
- §. I. Des Boucles,
- L a Figure 1 repréfente la maniéré de forger une Boucle d acier. Prenez de Planche pacjer étiré, pliez-le quarrément fur les trois angles a, A , b ; lailfez les deux bouts d, d9 forts ; amorcez-les en bec-d'âne & foudez-les, la Boucle fera forgée; lîmez-la foivant le contour que vous voudrez, c’eft-à-dire, les angles vifs ou ronds, ayant laiffé allez d’épaifleur au milieu ; percez les trous pour Ta-jufter avec la chape. Pour en forger une ronde ou ovale, on ne plie pas les angles vifs, on la plie en rond feulement, & lorlqu’elle eft foudée, on lui donne la forme qu’on juge lui convenir. Pour faire l’ardillon & la chape de façon qu’ils foient folides, il faut les percer au foret ; mais ce trou les renchérit : voici * un autre moyen qui exige moins de dépenfe. Prenez une bande de tôle, cou-pez-la de largeur d’ardillon, voye£ la Fig. 3 , pliez~la dans le milieu I en deux ; paffez un brin de fil d’archal au milieu, pour que le trou s’ajufte comme for un mandrin , à petits coups de marteau, Sc donnez-lui la forme de la Fig. 4. Après cela donnez une petite chaude à la pointe, les deux parties feront foudées en deux ou trois coups de marteau ; évuidez enfoite l’ardillon à la lime, pour faire les deux pointes en fourchette ; adouciflez-le : il eft fait. La chape fe fait for les mêmes principes de l’ardillon, Fig. 7 ; l’évuidement fe fait à petits coups de Ci-feaux, après l’avoir tracé à la pointe for un modèle. La Figure 8 fait voir la chape & l’ardillon joints enfemble. La Figure 2 & la Figure y repréfentent deux Boucles montées ; quant à la goupille qui joint les trois pièces enfemble, on prend un fil d’archal de la groffeur du trou jufte, afin qu’il n’ait pas befbin d’être limé. Quant à la maniéré de les percer à jour, il faut néceflàirement un balancier : cette machine fait beaucoup d’ouvrage d’un feul coup, & c’eft ce qu’il faut pour diligenter les opérations. U eft très-poffible de les faire au cifelet, au poinçon , à la lime, mais avec un temps incomparablement plus confidérable.
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- §. IL Des Mouchettes.
- L a Figure y repréfente des Mouchettes : elles ne font pas plus difficiles à Planche fa*re une pàire de Cifeaux ; aulîï il faut lu ivre les mêmes principes que nous 7°* avons détaillés au Chapitre XXV. Commencez par entailler l’anneau & la branche; percez & bigornez l’anneau ; enfuite donnez une chaude pour forger la lame ; après cela percez les trous : limez les anneaux & les branches l’un fur 1 autre y comme fi c etoient des Cilèaux ; apres quoi ajultez les platines que vous
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- Première Partie, Chapitre XXXI. a27
- aurez forgées d’acier mince comme de la tôle ; pour les afTujettir afin qu’elles ne fe dérangent pas au feu, réfervez trois tenons fur la branche K , K , K, 7 5 nvez-les fur la platine, & brafez le tout. Les deux platines étant brafées, ajuflez la bande qui doit former la boîte, & faites la branche femelle ; ajuftez auffi cette bande par trois tenons réfervés fur la platine en g gg; & après avoir lie le tout, brafoz-le ; enfuice façonnez & adoucifîez-les par-tout.
- Toutes les Mouchettes d’Angleterre font à re/Tort caché. Pour faire un tel refTort, prenez une bande d’acier de l’épaifTeur d’une piece de 12 fols & de deux
- pouces & demi de longueur ; réfervez un pivot à chaque bout en fens contraire : enfin donnez-lui la forme qu'indique la Fig. 8.
- Tournez ce refTort fur une petite bigorne, & finifTez-le fur un mandrin rond & un tiers plus gros que la vis qui doit unir les Mouchettes ; étant tourné, il ell en fpirale comme la Fig. 9 ; trempez-le, & recuifez-le au fuif ou à l’huile’.
- Pour placer ce reflôrt, on préparé là place en dedans des deux branches par une fraife telle qu’on la voit ponduée en B, a, Fig. 6 ; au bord de la fraife B on fait un trou plat & long, & un femblable en a à l’autre branche. Or les deux pivots ou crampons, qu’on réferve à chaque bout du refTort Fig. 8, fe logent dans ces deux trous ; on les fait entrer parce qu ils font longs & en pointe. Etant en place, on lime ces pointes làillantes au raz des Mouchettes ; mais avant il faut avoir mis la vis. Ce refTort n’eft pas folide, en ce qu’il eft trop petit; fouventil cafTedu premier coup, lorfqu on veut un peu forcer l’ouverture des Mouchettes. Je donne la préférence à celui qu’on place apparent, comme il eft repréfenté en H, Fig. io ; il eft adapté en h par un clou fur la branche mâle, & l’autre bout, fait en bec, appuie lùr la branche femelle, eteint bien les emouchures, Sc contient très-bien les Mouchettes fermées, ce qui eft très-eftentiel ; car fi on ne les ferme pas exactement, les émouchures ne s’éteignent jamais bien. Or il eft poflible qu il lbit arrivé de-là des incendies dans des appartements & dans des cabinets d’étude fans qu’on ait pu en découvrir la caufe ; un chat peut jouer avec les Mouchettes elles s’ouvrent, l’émouchure tombe fur du linge, fur du papier, en faut-il davantage pendant la nuit pour caufer un incendie l Toutes ces Mouchettes faites avec ces boutons & ces évuidements aux branches, font d’un très-mauvais ufàge. On les voit cafTer même en les polànt fur une table, & cela parce quelles font trempées & fans recuit, afin que le poli foit plus beau. Je penfe cependant qu’un peu plus de folidité devroit être préféré au grand brillant. Le goût des branches, que repréfente la Fig. 6., eft tout uni, & vaut mieux que cette confufion d’échancrures , de filets, de boutons, d’ornements enfin qui font faits fans ordre : un filet en long fur les branches, une coquille fur les moignons , ont plus de grâce & font d’un meilleur goût que tous ces ornements.
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- §. III. Des Chaînes de Montres.
- La Figure il reprëfente une Chaîne de montre de femme ; pour en faire, il faut forger une platine d’acier avec une queue , comme on voit à la Fig. 12, & de l’épaifleur d’une bonne ligne. Pour la diligence, il convient d’avoir des modèles de tôle percés à jour & découpés avec fymmétrie : on applique le modèle fur la platine Fig. 12 , & avec une pointe on troue tous les évuidements ; enfuite on perce à froid, à coups de poinçons, les plus grands trous , pour pouvoir entrer les différentes limes qui doivent former les vuides jufqu’aux traits ; après cela on contre-marque & on perce au foret les trous des anneaux ; enfuite on façonne & on adoucit toute la platine, après avoir plié la queue qui doit s’accrocher aux cordons des jupons.
- Les branches de la Chaîne doivent être précifément d’une même longueur ; pour -cet effet il faut les faire toutes fur le même modèle. Ayant donc forgé une bande d’acier de 13 à 14 pouces de longueur, de 3 lignes de largeur & d’une ligne d’épaiffeur, voyez la Fig. 18 : on préfente le modèle, on perce les trous au foret, 8c on lime le chaînon entièrement fur le modèle ; après cela il faut les façonner & les adoucir. Xfait voir le modèle d’un chaînon plein, & Z fait voir un chaînon à jour, repréfenté du double de fa grandeur. La partie M 9 M 9 qui porte la montre , & qu’on peut appeller la platine branlante, fe fait auffi fur un modèle & fur les mêmes principes que fà platine fixe. Pour faire les anneaux,1 tout uniment étirez du fil d’acier à la filiere de la grofleur que vous voudrez : à une ligne il fèroit trop fort. L’acier fe paffe à la filiere comme le cuivre & l’argent , ( Chap. XVIII, ) à cela près qu’il faut le faire recuire une fois à chaque trait, ou tout au plus deux ; fi la filiere n’eft point égaînée par les bords des trous, le fil fortira prefque tout poli; cependant on lui donne un coup de poli entre deux bois & l’émeri.
- Le fil étant préparé , ayez une mefure jufte pour les anneaux, & marquez-les tous par un ïoup de la quarre d’une lime ; enfuite faites-y un épaulement en entaillant quarrément chaque bout, ainfi que le fait voir la Fig. 13 en 0,0; que cette entaille fait faite avec telle jufteife, que quand vous aurez plié l’anneau fur une bigorne , les deux bouts l’un fur l’autre ne foient pas plus gros que le refte de l’anneau: étant plié, il eft comme la Fig. 14. Cet anneau eft fait ainfi pour être ouvert avec le tranchant d’un Couteau, & paffer la montre & les breloques, Scc. Pour la folidité cet anneau a befoin d’être trempé ; mais il faut éviter l’écartement des deux bouts, en les liant avec du fil d’archal : on a coutume d’en attacher une douzaine enfemble bien exaélement les uns fur les autres, les lier & les tremper ; mais il faut les recuire bleus ; alors ils font bons & préférables aux Porte-moufquetons : les anneaux qui portent les branches font bien plutôt faits ; après que le fil eft étiré & un peu poli, on le plie
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- avec des pinces rondes ou fur une bigorne , cela fùffit, ne fhppofant que les bouts foient limés quarrément pour s’approcher & le toucher : voye{ ta Fig. iy ; pour les placer, il ne faut qu’écarter les bouts de côté , fans ouvrir l’anneau, Sc le mettre à leur place, puis rapprocher les bouts avec deux pinces , une dé chaque main.
- Les Figures 13 , 14 & iy font repréfèntées au double de leur grofleur.
- La Figure 16 repréfente une Chaîne d’acier d’homme, mais làns être percée à jour ; les deux platines font polies au poli noir, enfuite damafquinées en or ; c’eft le deflîn d’un original que j’ai fait, qui n’eft pas d’un grand prix : ce goût peut être préféré à celui dont les platines font à jour. Quant à la folidité, il n’y a pas de comparaifon , puifqu’elle eft aflez molle pour pouvoir y incrufter l’or : elle n eft pas lu jette à fe cafter, & cependant elle eft allez dure pour prendre le poli noir ; pour cela elle eft trempée couleur de cerifè & recuite couleur d’eau.
- Il eft fort poflible, comme on voit, de faire tous ces ouvrages d’acier fur les principes que j’ai détaillés dans ce Chapitre ; mais il faut dire que pour les vendre un prix raifonnable, il faudroit établir des Manufaélures auxquelles on permettait d approprier tous les outils néceflàires pour accélérer la fabrication de toutes ces petites pièces, qui, ayant beloin d’être juftes entr’elles , donnent plus de peine à faire à la lime , au foret & au cifeau l’une après l’autre.
- CHAPITRE TRENTE-DEUXIEME.
- Maniéré de polir parfaitement VAcier pour les Ouvrages précédents foit avec le bois ,Jbit au moulin ou à la broffe.
- L u s a g E du Poli n eft pas ancien : on a commencé par finir les ouvrages à la lime douce ; enfuite on a imaginé un Grattoir d’acier, avec lequel on empor-* toit les traits de la lime ; mais s’étant apperçu que le Grattoir faifoit des ondes , on y a fubftitué un Brunifloir qui, étant trempé bien dur, enfuite poli, unît Sc rend brillante la fiirface de l’acier ; mais il a fallu que ce Brunifloir fût lui-même bien poli, & on a imaginé d’employer des pierres pulvérifées bien fin ; ainfi la pierre de ponce a été long-temps en ufàge.
- La découverte de l’émeri a été bien utile; c’eft elle qui mord le mieux fut l’acier: mais comme les découvertes ne viennent que fucceflîvement , on s’eft apperçu que l’émeri ne fùffifbit pas pour le tranchant des Lancettes, qui ont be-foin d’un plus beau poli ; alors on s’eft fervi de la potée d’étain, qui donne un luftre & un brillant plus beau que l’émeri, toutefois après que l’émeri fin a dreffé l’ouvrage & préparé le brillant ; mais ce brillant eft blanchâtre : enfin leà Anglois, à qui nous devons bien des découvertes, font les premiers qui ont fait Coutelier , /. Part, M m m
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- une potée rouge qui donne à l’acier un très-beau poli noir ; c’eft pourquoi on l’appelle £ Angleterre. ( Uoye{ le Chap. I. S eclion III. )
- En faifant ufàge de ce rouge , j’en ignorois la composition ; cherchant à la découvrir, j’en ai trouvé une meilleure ( voye{ le Chap. /. ) , & pour en ex-pofer la bonté, j’ai pris le parti d’en polir un miroir d’acier de 6 pouces de haut, fur 3 & demi de large, qui eft la plus grande piece qu’on ait jamais polie du poli noir, & capable de rendre l’objet comme la glace. J’eus l’honneur de préfenter cette piece à l’Académie Royale des Sciences, qui l’a reçue avec tout l’applaudiffement poffible : après cette approbation je n’eus rien de plus cher que d’en faire hommage à notre augufte Monarque Lo[uis XV, le 24 Septembre 1769.
- La Figure I repréfente ce Miroir encadré dans de l’acier; & la Figure 2 repréfente le profil des moulures : A , la rainure dans laquelle fe loge lepaiffeur du Miroir.
- J’ai forgé cette piece d’acier pur ; & après l’avoir drelîee à la lime, je l’ai trempée dans l’huile ; enfuite fut une planche de bois de noyer, à force d’émeri & de patience, je fuis parvenu à la dreifer ; après quoi je la frottai long-temps à l’émeri très-fin, enfuite au buffle.
- §. I. Du Poli au bois & a la main.
- Pour polir à la main, on ferre la piece dans l’étau entre les mordaches de bois ; fi la piece eft longue , on a deux bois à polir ( de noyer ) , d’un pouce de large, de 4 ou 5 lignes d’épaiflèur, & de 8 ou 9 pouces de longueur C C+ L’émeri étant dans le pot Z), délayé avec de l’huile d’olive, étendez-en avec la brochette fur les bois & fur la piece, & frottez en long , comme le fait voir la Fig. 3 : on polit ainfi les ouvrages demi-ronds, les ronds & les ovales.
- Les ouvrages à pans, lorfqu on veut les polir vivement, ne doivent pas l’être à deux bois, mais à un feui, qu’on tient bien de niveau fur le pan , & l’on change fouvent le bois de place , afin de ne pas le creufer.
- Pour polir les ouvrages fur lefquels on a pouffé des moulures, on fait des bois de la forme des limes, de ronds, de demi-ronds, de triangulaires, &c, & l’on frotte vivement par-tout. Servez-vous toujours de gros émeri, pour polir des endroits difficiles à adoucir, c’eft le moyen d’accélérer l’ouvrage ; pafïez enfuite de l’émeri fin. La Figure 8 repréfente un bois à polir, triangulaire; Sc la Figure 9 repréfente un demi-rond. Au refte les bois à polir doivent imiter les limes qui ont fervi à faire les façons.
- Pour donner un brillant, prenez une partie de potée d’étain, Sc deux de potée d’acier ; mariez-les enfemble & les délayez avec de l’eau-de-vie ; mettez-en fur du bois blanc Sc fur l’ouvrage, & frottez : on polit auffi avec du buffle collé fur du bois.
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- Première Partie, Chapitre XXXIL §. IL Maniéré de polir un Moulin au Poli noir.
- Arrondissez bien une Poliiloire de la hauteur que vous aurez befoin , mais d un pouce d’épaifleur ; étant bien arrondie fur fon arbre, ayez une .bande de buffle fort, coupez-Ie jufte à la longueur qu’il le faut, ainfi que de la largeur qui convient. La colle étant chaude, collez le premier bout ; arrêtez-le avec deux clous d’épingle, fans entrer les clous qu’au tiers , voye^ la Fig. 4 ; attachez la Poliflbire dans l’étau par fon arbre : prenez le pinceau d’une main , collez-en le bois & le buffle, que vous devez tenir de l’autre main ., & l’appliquer à mefure que vous le collez ; arrivé au dernier bout, faites-le bien approcher de l’autre , de forte qu’ils fe touchent: mettez deux autres clous; après cela liez le buffle avec de la ficelle, & laiflhz-le fécher.
- Unifiez fur une vieille lime un morceau de pierre de ponce d’un grain fin ; montez la Poliflbire fur l’auge , comme le défigne la Fig. y : faites tourner ; unifiez bien le buffle ; il fera bien uni lorfque la pierre-ponce aura porté fur toute la circonférence. Notez qu’une feule de ces Poliflbires ne fuffit pas, il en faut cinq ou fix qui different de hauteur comme de largeur, pour fèrvir dans tous les cas des configurations des différents ouvrages. Après que la Poliflbire eft arrondie , il faut lui faire imbiber de la potée , en l’appliquant fur le buffle ; avec une fpatule : notez qu’avant de polir à la potée, il faut que les ouvrages foient polis à l’émeri fin & au fuperfin.
- Prenez une des pièces pour la polir ; mettez-y de la potée du pot E, Fig. y * pofez la piece légèrement fur la Poliflbire , & promenez-la continuellement en vous tenant toujours bien d’à-plomb & en ligne direéte, comme le fait voir G Hy Fig. y. Il faut obferver fcrupuleufement que ce poli échauffe confidéra-blement ; un feul coup fuffit pour brûler un tranchant, ce qui eft fort à appréhender pour le tranchant du Rafoir ; mais il y a un moyen d’éviter ce danger ; c eft de ne jamais fe mettre à polir une piece feule, il en faut au moins fix ; Sc dès que vous fentez que la piece s’échauffe trop, laiflez-la refroidir en en prenant une autre. Notez encore qu’il faut mettre fouventde la potée fur l’ouvrage; car le buffle n’étant pas humeélé s’échauffe plus vite, & de plus, il donne une couleur rougeâtre, qu’il ne quitte qu’en remettant de nouvelle potée. Enfin quand cette potée a emporté les traits de l’émeri, la piece eft polie.
- Si l’on compare ma potée avec le rouge d’Angleterre, ne la trouvera-t-on pas bien plus expéditive ? Elle fait beaucoup moins naître de taches brunâtres ; mais, comme je l’ai enfeigné en plufieurs endroits, il faut la marier avec de la potée d’étain, & délayer enfemble avec de l’eau - de - vie, & la mettre en bouillie bien claire.
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- VART DU COUTELIER.
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- §. III. Du Poli à la Erojfi.
- Les bois à polir, ainfî que la Polifloire au buffle, font infuffifants pour polit certains ouvrages, par exemple, des Boucles à filets, des Gardes dopées cife-lées, & tant d autres objets guillochés. Alors il faut avoir recours à la brolfe ; pour cet effet, faites une Polifloire de bois de chêne, d’environ 3 pouces d’é-paiffeur, & de 6 ou 7 de diamètre ; arrondiflez-la fur fon arbre ; percez enfùite quantité de trous fur toute la circonférence ; qu’ils foient ferrés l’un- contre l’autre : voyez-en la direélion par la Fig. 6 ; la profondeur des trous eft de 9 ou ro lignes. Donnez enfuite cette Poliffoire à un Brofller, qui remplira tous les trous avec des crins d’égale longueur , & tenus par du gaudron ou de la poix; Or il faut au moins trois des Poliffoires, l’une pour le gros émeri, l’autre pou* l’émeri fflperfin, & la troifienie pour la potée d’acier.
- Ces Poliflbires, marquées par la Fig. 7 , fe laiffent imbiber de même que celles de buffle : ayez de l’émeri délayé clair dans une afliette ; trempez-y les crins tout autour, & laiffez-les s’imbiber 24 ou 30 heures: faites-en de même pour la potée.
- La maniéré de polir à la brofle eft la même que celle de polir au buffle ; mettez la drogue fur là piece; appliquez-la fur la brofle; alors les crins cherchent dans tous les creux, dans les fonds des filets ; de forte que les creux & les reliefs font polis tout à la fois, moyennant que l’on tourne la piece de tous les fois.
- Voici encore une Polifloire qui n’eft pas allez ufitée parmi les Artiftes, & qui cependant eft très-expéditive. Préparez & collez un fort buffle fur une Polif-foire ; enfuite mettez une couche de colle-forte fur la furface du buffle, & par-femez promptement, fur la colle, de l’émeri fur toute la circonférence ; quand la colle fera féchée, poliffez avec , vous aurez un bon outil : on peut, fi l’on veut, y mettre deux ou trois couches de l’un & de 1 autre, la Polifloire en fervira plus long-temps ; cependant en poliflànt, il faut mettre l’émeri fur la piece, comme s’il n’y en avoit pas déjà; il faut aufli en faire plufieurs, & mettre fur les unes de l’émeri gros, de fur les autres du fin ; & enfin du fiiperfin fur les dernieres,
- CHAPITRE
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- Première Partie. Chapitre XXXIIL
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- CHAPITRE TRENTE-TROISIEME.
- Des Rahillages*
- Bien repaflèr le Rabillage efl: un objet de conféquence dans l'Art du Coutelier; ceft pourquoi, après qu’un apprentif a pris quelques connoiffances dans l’Art, on l’inftruit à ébaucher le Rabillage; je dis ébaucher, c’eft-à-dire * efluyer, mettre de lemeri fur les pièces pour les polir, appareiller les branches de Cifeaux , limer les entablures , grateler des anneaux rouillés, & autres choies à peu-près femblabies, Sc cela pour accoutumer fes mains au maniaient des tranchants, &, pour ainfî dire, fe familiarifer avec eux ; ils y parviennent avec le temps, aux dépens de quelques petites coupures qui fervent (comme " dit le proverbe ) a faire entrer le métier dans le fang. Nous allons dire un mot fur les connoiflànces nécelîàires pour bien fervir le Public.
- Le riche & le pauvre ont tous les jours befoin de faire renouveller les tranchants de leurs inftruments ; les garçons Barbiers ne font pas toujours riches ; les rafoirs doivent être bien repaffés, pour leur faire du profit; une pauvre Ouvrière en linge, une Couturière , des Filles de journées enfin, ne gagnant pas grand’chofe, méritent bien que leurs cifeaux foient en bon état Sc leur faffent un long feryice ; un Ecolier qui amaffera fîx liards pour faire repaffer fon canif; tout enfin exige que le Rabillage foit bien traité & en confcience. . /
- Nous ne détaillerons point cette multitude d’inftruments ; la defcription de leurs efpeces de tranchant, efl: détaillée dans le Chapitre de leur conftruélion i nous allons feulement mettre fous les yeux * les cinq efpeces de tranchants qui font comme la bafe de tous les autres, à l’exception de la lancette qui en fait un fixieme : or les cinq font le Couteau, les Cifeaux, le Grattoir, le Canif Sc le Rafbir.
- Le Couteau, Fig. i, efl: un infiniment deftiné à couper les aliments à la -.- - -
- table ; avant de le repaffer, il faut l’effuyer de la graiffe qu’il peut y avoir, ferrer Planche le clou qui tient la lame, à petits coups de marteau, jufqu’à ce qu’il ne ba- 214 lotte plus.
- Il faut fe fouvenir que le Couteau doit avoir un tranchant un peu nourri, afin qu’il ait du foutien, & qu’il réfifte à l’approche des os: d’ailleurs fon tranchant doit être repaffé droit, fans creux Sc fans boffes; il faut une meule de xy à 16’ pouces de hauteur, Sc une polifloire à peu près égale, mais plus haute.
- On fait que les Cifeaux, Fig. 2, font compofés de deux lames bien pareilles en force, Sc qui le doivent être auffi en dureté : cet infiniment ne peut pas être bien repafle fans être démonté ; il faut néceflairement féparer les deux branches , parce que, pour que les Cifeaux coupent bien, il faut que le coup de meule foit Coutelier , I. Part. N n n
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- 234 L ART DU COUTELIER.
- pris à 2 lignes au-deflous du trou vers la branche ; d’ailleurs il ne faut que quatre repaflàges faits fans démonter le clou, pour ufer à forfait les cifeaux, tandis qu’étant repaies démontés , ils peuvent l’être vingt fois.
- La bonne méthode exige de donner un coup de meule aux pointes pour les éga-lifer, & cela avant de les démonter. Pour démonter les Cifeaux , lorfqu ils font a clou ^ il faut limer exaélementla rivure du côté que le clou eft mobile, les ouvrir enfliite en croix, les pofer fur l’étau, qui doit être un peu ouvert pour laiffer pafler le clou, que l’on chaiïe à coups de petits-marteaux, 8c à l’aide d’un poinçon qui eft repréfenté par la lettre A. A la Fig. 6 on voit cette opération , qui doit être faite avec attention, parce qu’on eft en rifque de caffer les lames au trou.
- Quand les Cifeaux font montés avec une vis, il faut les démonter avec un tourne-vis B , qui entre dans la fente de la vis; les Cifeaux étant appuyés à plat fur l’établi, on préfente le tourne-vis bien perpendiculairement, 8c en donnant un tour de poignet à gauche, la vis fe démonte. Voye{ la Fig. 7.
- Les Cifeaux doivent être émoulus bien vivement en dedans des lames, que le bifeau du tranchant {bit tiré vivement & d’un feul coup de meule ; ce bifeau doit être auflî arrondi à tous les petits Cifeaux ; mais cet arrondiflfement doit être du côté gauche du tranchant, afin que toute la ' vivacité foit fur le côté droit ; le dedans des lames des Cifeaux doit être un peu concave ; les extrémités doivent être pointues & franches , excepté les Cifeaux à faire les crins des chevaux, qu’il faut rendre moufles avec la pierre du Levant, afin qu’ils ne piquent pas les animaux en leur faifant les crins.
- La meule des Cifeaux doit avoir 8 ou 9 pouces de hauteur : elle doit être bien ronde, 8c même la face doit être un peu bombée ; car lorfqu’elle eft plate, on eft en rifque de renverfèr les pointes en arriéré, La polifloire doit être un peu plus haute que la meule.
- Le Grattoir, Fig. 3 , eft un infiniment deftiné à effacer une lettre, un mot écrit de trop fur le papier. La lame eft faite à deux tranchants, qui font féparés par une vive-arête dans le milieu de la lame ; il faut qu’il foit émoulu vivement, qu’il ne paroifle qu’un feul coup de meule fur chaque face du tranchant ; la vive-arête doit commencer en bas, & ne fe terminer qu’avec la pointe ; chaque tranchant doit former un ventre régulier, afin qu’il puifle porter fur le papier à la volonté du Raturateur, tantôt du bas, tantôt du milieu , & tantôt de la pointe : il exige une meule de 11 ou 12 pouces, 8c la polifloire de J2 à 13 , l’une & l’autre bien rondes.
- Le Canif, Fig. 4, eft un inftrument deftiné à tailler les plumes pour écrire ; fon tranchant doit être un peu fin, 8c fiir tçut bien droit, bien vif 8c bien régulièrement fait du haut en bas ; le dos du Canif eft éminci par un bifeau fait d’un coup de meule de chaque côté du dos, ce qui forme un tranchant de court pro-pre à racler l’encre féchée fur la plume ; la hauteur de la meule doit être de
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- Première Partie. Chapitre X XXIIL 13 j
- 8 à p pouces, un peu mince, mais bien ronde; la poliffoire doit avoir un demi-pouce de plus de hauteur que la meule.
- Le Rafoir, Fig. y , eft un infiniment defliné à faire la barbe ; il exige beaucoup d’attention pour le mettre en état .de bien faire cette opération ; il doit avoir un tranchant bien régulier, qui forme un petit ventre tout le long ; la pointe doit être arrondie ; le bifoau du dos doit être émoulu vif 8c bien droit ; 8c depuis le bifoau jufqu’au tranchant, le plat doit être évuidé , afin que le tran-% , chant {bit aminci de loin jufqu’à ce qu’il plie étant appuyé far l’ongle, au moins d’une bonne ligne de longueur.
- En Allemagne , on fait des tranchants de Rafoir qui plient fur l’ongle de 3 lignes de longueur, tellement qu’ils fonnent en rafant. Cette méthode ne fait rien à l’opération ; que le tranchant foit mince d’une ligne , c’eft autant comme il en faut : c’eft de l’extrême finefîe du bord que dépend l’opération , 8c non pas du grand évuidement du derrière du tranchant, pour le faire plier de 3 lignes. Mais je fuppofe qu’un Particulier veuille un tel tranchant, il faut expliquer la maniéré de le faire , nous l’expliquerons ci-après. Il faut être muni de plufieurs meules pour bien repafler les Rafoirs, parce que l’évuidement eft indifpen-fable.au Rafoir. Or une même meule ne peut pas évuider également un large 8c un étroit ; le large le feroit trop, 8c l’étroit ne le feroit pas allez. Ainfi un Ra-foir dont la largeur de la lame eft d’un pouce, exige une meule de la hauteur de 9 pouces ; 8c il faut à un Rafoir de 6 lignes de largeur, une meule de 4 pouces. On peut juger de toutes les autres largeurs par ces deux exemples. D’ailleurs, deux Rafoirs égaux en largeur, peuvent exiger chacun une meule de hauteur différente, parce que i’épaiffour du dos eft différente : à une ligne d’épaiffeur de plus, on fera contraint de prendre une meule d’un demi-pouce plus balle.
- Pour repafler un Rafoir à la méthode des Allemands, il faut d’abord l’émou-dre comme font les Couteliers François, c’eft-à-dire, qu’à un Rafoir d’un pouce de largeur, on fait le tranchant fur une meule de 9 pouces ; & lorfque ce tranchant eft réglé & fini fur cette meule, on change la meule de 9 pouces pour fo fervir d’une de 6, pour évuider le derrière du tranchant, mais fans toucher au bord ; à celle de 6 pouces on en fubftitue encore une de 4 , & enfin on l’évuidè tant qu’on veut ; mais il faut obferver que le tranchant étant une fois fait for la première meule, il faut fe garder d’en approcher à plus d’une demi-ligne de diftance du bord, fans quoi on gâteroit tout l’ouvrage ; le tranchant s’amincif-fànt trop, il fe formeroit en un morfil large , qu’on appelle canepin ou dentelle.
- Avant de repafler un Rafoir, il faut l’eiîuyer de l’huile, ferrer un peu le clou à petits coups de marteau ; lorfque tout le Rabillage eft efîuyé, les clous des Cifeaux démontés, 8c les clous des Rafoirs & des Couteaux refferrés, il faut les arranger for une planche qu’on pofe à côté de l’auge , Fig. iy , & l’on émoud chaque efpece de fuite. A mefùre qu’on finit d’émoudre les pièces , on les drefïe pour faire égoutter l’eau : voye^ la Fig. 1 <5. Lorfque tout eft fini de l’émouture ,
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- L'ART DU COUTELIER.
- on efluie ce qui relie d’eau, on l’arrange de nouveau fur une planche, & l’on met un peu d’émeri fur le tout, voyej la Fig. 17 , 8c f on fe dilpole à le polir fur les polilfoires , chacune fur leur efpece. Lorfque tout eft poli, on met une poignée de cendres fur un tablier de peau, & Ton en frotte les ouvrages avec, pour effuyer l’émeri qui refte de la Polilfoire ; voye^ la Fig. 18, elle démontre ce genre de travail : après cela on fe difpofe à clouer les Cifeaux 8c à l’affilage. Pour cela nous ne ferons aucune répétition : voye^ le Chap. XVII, où font expliqués les principes généraux pour les affilages, repréfentés par les Planches 21 8c 22.
- Fin de la Première Partie.
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- TABLE
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- T A B L E
- DES CHAPITRES ET TITRES
- DE L’ART DU COUTELIER
- PREMIERE PARTIE.
- Avant-tropos. page r
- ha Coutellerie proprement dite. J
- CHAPITRE PREMIER. Defeription des différentes Matières dont on doit Je fervir pour donner aux ouvrages de Coutellerie un beau poli 9 avec la maniéré de les réduire en poudre impalpable ou en potée 9 avec la dif-tinôlion de celles qui font propres ; les fubftan-ces dont on fait les Manches, & les Métaux quon emploie en Coutellerie. 6
- Article Premier. De la nature, des qualités 6r des préparations des différentes Potées propres à polir les Manches de Couteaux & des autres inf-truments. Elles font, la Moulée , le Charbon , le Blanc dFfpagne, le Tripoli, £r i„ Pierre-Ponce. Planche i. 8
- Article IL Des Potées propres à polir les Métaux ; favoir, V Emeri, la Potée £ étain, le Rouge dy Angleterre la Potée £ acier, io
- §. I. De l’Emeri. ibid.
- §. II. De la Potée d’étain." 13
- §. III. Du Rouge d’Angleterre. 14.
- §. IV. Du Safran de Mars, & de la Potée d’acier. ip
- §. V. Autre méthode pour faire de la Potée d’acier. 16
- CHAPITRE II. Defeription de toutes lesfub-tances quon emploie ordinairement pour faire les Manches de tous les infiruments que fabriquent les Couteliers, comme les Cornes de bœufy de bélier 9 & ce quon appelle Bois de cerf ; leurs qualités & leurs ufages. Des Bois des Indes 3 comme l'Ebene 9 le Bois rofe, le Bois violet y le Palixandre , & les Bois François y leurs qualités & leurs ufages. De la Baleine, de lsEcaille de tortue , de l’Ivoire 9 de la Nacre de Perle 9 du Marbre & de ki Porcelaine ; leurs qualités & leurs ufage\.
- Planche 2.
- Article I. Du choix des Cornes de bœuf, de moi-ton ou de bélier, de bouc &* de cerf ; leurs qualités leurs ufages, ibia.
- Article II. Des Bois des Indes , comme VEbenej, le Bois violet y le Bois rofe, le Palixandre ; & dù Bois François, 2p
- Article III. De la Baleine, de VEcaille de tortue L de VIvoire, de la Nacre dePerle, du Marbre, de Ik Porcelaine, leurs qualités & leurs ufages♦ PI. 3.3i
- Coutelier , L Part.
- §. I. De la Baleine. 2*
- §. II. De l’Ecaille. 23
- §. III. De l’Ivoire. 24
- §. IV. De la Nacre de Perle. , 25*;
- §. V. De plufieurs autres Subftances que les Couteliers travaillent. Phmc/ie 3. 2&
- CHAPITRE III. Idée générale des Métaux qu emploient les Couteliers ; leurs propriétés & leurs ufages ; choix qu'on en doit faire pour les différents ouvrages• 27,
- §. I. Du Plomb. 28
- §. II. Du Cuivre rouge ôc jaune* 29
- §. III. Du Fer. 30
- §. IV. De l’Acier. 32
- §. V. De l’Argent. . 39
- §. VI. De l’Or. 40
- CHAPITRE IV, Defeription des principaux Outils qui font néceffaires aux Coûte lier si Planche 4, 41F
- Article. I. §. I. De la Forge. Planche 5. 42
- §. II. De l’Enclume & des autres Outils ordinaires pour forger. Planche 6. 475
- §. III. Polirions de l’Enclume ; attitudes du Forgeron & du Frappeur. 46
- CHAPITRÉ V. Choix des Meules , maniéré de les monter fur leurs arbres, au[Ji bien que les Poliffoires, & même les unes & les au• très en état d'être tournées & arrondies. 47
- §. I. De l’Arbre , de la Meule, Ôc de fes dépendances. Planche 7. 4S
- §. II. Maniéré de monter les Poliffoires fur leurs arbres. Planche 8. $ ij
- §. III. Maniéré de monter les Meules ôc les Poliffoires à l’auge. y 2
- §. IV. Des Outils propres à arrondir les Meules ôc les Poliffoires. 53
- §. V. Maniéré d’arrondir les Meules, ibid• §. VI, Maniéré d’arrondir les Poliffoires*’
- 5*4
- §. VII. Defeription de tout l’Equipage où l’on place la Meule ôc les Poliffoires. Emplacement de l’Auge, Ôc de fes dépendances. , . . *<s
- §. VIII. Du Chevalet, de la Planche , du Rabat-eau, de la Roue , Ôc de fes dépendances. $ 7
- §. IX. Pofitions du Tourneur de roue ; travail de fa compétence , avec la maniéré de fouder les bouts de cordes à boyaux. 5$
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- TABLE.
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- CHAPITRE VI. Choix des Pierres propres à affiler les inflruments tranchants 3 différence des bonnes & des mauvaifes ; maniéré de les mettre en état dé affiler 9 leurs qualités & leurs ufages. Planche jp. 61
- CHAPITRE VII. De plufteurs Outils qui fervent à différents ufages• PI. 10. & 11. 66
- CHAPITRE VIII. Defcription de la Boutique du Coutelier : emplacement des outils 9 des armoires 5 des tiroirs à renfermer les ouvrages 3 maniéré de marquer les rabilla-ges ; attitudes des différents genres de travaux du Coutelier. Planche 12. 71
- Article I. De la difpojîtion de la Boutique du Coutelier. 72
- Article II. Maniéré de cimenter les Couteaux & les Canifs. Blanche 13. 73
- §. I. Compofition du Maftic. ibid.
- §. II. Maniéré de polir les Manches. 74 §. III. Maniéré de couper & d’eftamper les . Rofettes. ibid.
- §. IV. Maniéré de percer à l’Archet. Planche 14. 1$
- §. V. Maniéré de percer au Chevalet. 76 §. VI. Maniéré de percer à la Pointe, ibid. §. VII. Maniéré de gratteler lesManches.ièii §. VIII. Ce que c'eft que Brunir. ibid.
- §. IX. Façon d’ébaucher les Manches de Canifs à la plaine. 77
- §. X. Maniéré de mandriner les Viroles.
- ibid.
- CHAPITRE IX. Maniéré de Scier, dreffer 9
- & difpofer toutes les Cornes 9 pour les employer aux manches des ouvrages de Coutellerie 3 avec la defcription des Outils nécef-faires à ces opérations. ibid.
- §. I. Des Outils propres au Sciage des Cornes. Planche 17. ibid.
- §. II. Scier 5c dreffer les Cornes de mouton, de bouc, 6c de bélier. 78
- §. III. Scier Sc dreffer les Cornes de boeuf.
- . 79
- §. IV. Scier Sc dreffer les Cornes ou Bois de cerf. ' 80
- CHAPITRE X. Maniéré de débiter avec économie & travailler les différentes efpeces de Bois des Indes, comme l* Ebene 9 le Bois rofe y le Bois violet 9 le Palixandre, & les Bois François, pour en faire des Manches de Couteaux & autres lnfruments de Coutellerie. Planche 16. 83
- CHAPITRE XI. Maniéré de travailler & débiter la Baleine y l'Ivoire y lEcaille de tortue y dr la Nacre de Perle. 8tf
- CHAPITRE XIII. Inftruëlions générales fur les Etablis 9 pour limer les ouvrages de Coutellerie. Planche 17.' 97
- §. I. De l’Etabli Sc de l’Etau. 98
- II. Inftrudions fur la façon de Limer.
- 99
- §, III. Maniéré d’abatardir Sc d’adoucir les Ouvrages. 100
- CHAPITRE XIV. InflruSlions générales fut la Trempe & le Recuit de l'Acier, PL 18.
- 110
- §. I. Des Outils propres à la trempe. 103^ §. II. Explication du degré de chaleur convenable pour tremper différents ouvrages 5c plulieurs fortes d’Acier, 5c la maniéré de les tremper. 104
- §. III. Maniéré de donner le Recuit convenable aux différents aciers & différents tranchants , eu égard à l’efpece de tranchant , félon l’ufage auquel ils font principalement deftinés, 106
- CHAPITRE XV. Des Modèles, & comment on les fait. Planches 19 & 20. 109
- CHAPITRE XVI. Inflruéîions générales fur, la maniéré à'èmoudre les Ouvrages de Coutellerie9 &pour les polir fur la Poliffoire pour, cinq efpeces de tranchants y qui font le Cou-, teau 9 les Cifeaux , le Grattoir, le Canif 9 le Rafoir. Planche 21. 11%
- §. I. Principes généraux fur la maniéré d’Emoudre. 11£
- §. II. Du Couteau. ibid,
- III. Des Cifeaux. 117
- §. IV. Du Canif & du Grattoir. ng §. V. Du Rafoir. 119
- §. VI. Remarques particulières fur l’Emou-
- ture Sc le Poliffage. 120
- • §. Vil. Maniéré de Polir les ouvrages de Coutellerie fur la poliffoire. 121]
- CHAPITRE XVII. Maniéré de monter les Cifeaux 3 & les principes généraux pour l'affilage des Cifeaux 9 des Couteaux 9 des Grattoirs y des Canifs y SC des Rafoirs, Planche 22. * 124
- §. I. Des Cifeaux. ibid,
- § IL De l’Affilage du Couteau. 126
- §. III. Du Canif ôc du Grattoir. 127
- §. IV. Du Rafoir. 128
- CHAPITRE XVIII. Maniéré de fondre l'Or y l'Argent 9 & le Cuivre 3 de forger ces métaux y & les paffer à la filiere. Planche 2 3.
- 130
- §. I. Des Outils pour fondre les métaux.
- ibid.
- §. I. De la Baleine. Planches 2. & 3. 'ibid. §. II. Débit de l’Ivoire. 87
- §. III. Débit de l’Ecaille. 88
- §. IV. Débit de la Nacre de Perle. 90
- CHAPITRE XII. InflruSlions générales fur la maniéré de forger le Fer & l'Acier : maniéré de faire des Etoffes propres à quantité dlInflruments de Coutellerie. Planche 6. 92
- §. I. Du Chauffage du fer ôc de l’acier ;
- maniéré de le Corroyer, 93
- §. II, Maniéré de faire des Etoffes, 9 5
- §. II. Du Feu 5c de la Fufion. 131]
- §. III. De la forge de l’Or Sc de l’Argent ; maniéré de le paffer à la filiere. 123)
- CHAPITRE XIX. Introduâiion à ce qui re« garde les Soudures & les Brafures. 139]
- §. I. Compofition de plnfieurs efpeces dé Soudures. Planches 24 & 2y. 137
- §. II. De la façon de faire une Soudure*'
- 132
- CHAPITRE XX. Maniéré deJouder & de, brafer plufieun Pièces mfembk ; au moyen
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- TABLE.
- des foudures qui leur font propres• 140
- §. I. Des Brafures. 144
- Chapitre XXL Maniéré de faire des Poinçons, des Fujils , des Grattoirs, des Canifs 9 de Coupe-corsy & autres Inftruments àpeu-prés femblahl s. PI. 26. ôc 27. 14^
- §. I Des Poinçons. ibid.
- §. II. Des Fafils propres à donner le fil aux Couteaux. 147
- §. III. Du Grattoir. 148
- §. IV. Des Canifs droits, des fermants, 6c de toutes les façons ; 6c des Coupe-cors.
- V. Defcrïption 6c maniéré de faire des Canifs, dits méchaniques ou à pompe, à une ou placeurs pièces. PL 28. 1 y 1
- CHAPITRE. XXII. Des différents Couteaux fermants. 1 y 3
- §. I. Maniéré de forger les lames de Couteaux à reffort. PL 29. ibid.
- §, II. Maniéré de forger les Refforts de différentes formes. PL 30. 154
- §. DI. Affemblage des Pièces qui compo-fent un Couteau 6c une Serpette. Plan-ches 31. & 32. v ijy
- §. IV. De î’Echenilloir. 177
- §. V. Des Couteaux à plufieurs pièces.
- Planche 33. i&id.
- §. VI. Comment il faut limer , ajufter 6c finir un Couteau à reffort & à la militaire. Planche 3 4, IJP
- §. VIL Des Couteaux à différents fecrets.
- Planches 3y. 36 F<f 3 7. 162
- §. VIH. Des Couteaux à deux lames fermants. Planche 38. * 16$
- §. IX. Maniéré de monter un Couteau avec des rofettes. 168
- §. X. Des Couteaux fans clous. Planche 39. 169
- §. XI. Des Couteaux à double joint. 172
- CHAPITRE XXIII. Des Couteaux à game. Planches 40. 6c 41 * 173
- §. I. De la Forge , des Couteaux à gaine.
- ibid.
- §. II. De la Forge du Couteau à plate-femelle, avec crampon. _ 174
- §. III. Maniéré d’ajufter , de limer, Sc de finir un Couteau à gaine 6c à queue. 177 §. IV. Des Couteaux à foie ou à plate-femelle. 177
- §. V. Defcription de plufieurs Couteaux.
- Planches 42. 43. 44. 178
- §. VI. Des Couteaux creux. PL 4y. 180
- §. VII. Des Couteaux de table, 6c autres Couteaux , fervant d’outils à plufieurs Arts 6c Métiers. PL 46. 47.48. 183
- CHAPITRE XXIV. Maniéré d’incrufter les Manches de Couteaux. PI. 49* *86
- 239
- §. I. De la Nacre fur le bois. ibid.
- §. II. De l’or 6c de l’argent incruffés fur la Nacre de Perle, fur l’Ecaille, fur l’Ivoire, 6c fur le Bois. 187
- CHAPITRE XXV. Des Cifeaux. PI. yo.
- 190
- §. I. Maniéré de faire des Cifeaux. ibid. §. II. Maniéré de limer des Cifeaux. Planches 19%
- §. III. Defcription 6c explication de différentes fortes de Cifeaux. Planches 52. 53.
- . 194
- §. IV. Des Cifeaux appellés Forces. PI. y 6.
- 198
- CHAPITRE XXVI. Maniéré de faire des Cifeaux à branches for & dy argent. PL y 7.
- 199
- CHAPITRE XXVII. Des Rafoirs. 202
- §. I. Maniéré de forger un Rafoir. Planches y 8.6cy 9. 204
- §. II. Maniéré de limer le Rafoir. 207
- §. III. Comment on doit émoudre les Rafoirs. . 208
- §. IV. Du poli du Rafoir. PL 60. 209
- §. V. Du Rafoir à rabot. 210
- CHAPITRE XXVIII. Des Injlruments de Maréchallerie. PL 61.62.&63. 212
- §. I. Des Inftruments tranchants fervant aux Maréchaux. 213
- §. II. Des Jonctions dites Paffées. 214
- CHAPITRE XXIX. Maniéré défaire l’A-
- cier façon de Damas. PL 64. ' 217
- CHAPITRE XXX. Defcription de plufieurs petits Inftruments qui font d’un fréquent ufage. PL 6y. 66. 6c 67. 220
- Du Caffe-noifettes. PI. 68. 220
- Du Caffe-croûtes. ibid.
- Delà Canne à dard. Planche 69. 225’
- De l’Aiguille à broder au tambour. ibid
- CH APITRE. XXXI. Maniéré défaire plu-fteurs ouvrages f Acier , comme Boucles , Mouchettes y & Chaînes de montres. 226
- §. I. Des Boucles. PL 70. ibid.
- §. II. Des Mouchettes. ibid.
- §. III. Des Chaînes de montres. 228
- CHAPITRE XXXII. Maniéré de polir par-* faïtement l’Acier pour les ouvrages précédents y foit avec le bois y foit au moulin y ou à la broffe. 229
- §. I. Du Poli au bois & à la main. Plan-che 71. . 230
- §. II. Maniéré de polir un Moulin au Poli noir. Planche 72. 231
- §. III. Maniéré de Polir à la broffe. 232
- CHAPITRE XXXIII, Des Habillages. 233.’
- Fin de la Table de la première Partie;
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- Chap. 2y.
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- Chap •37.
- ART DU COUTURIER de la F orne 'duRafoir
- Pl.LIX.
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- Chap.2$.
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- Chap.* 3o.
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- Chap, 3t.
- Art DU CoUTKLIl'R. Des Boucles, et de la Cane- a Part.
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- J. J. Perret inv.
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- Fig. 66.
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