Descriptions des arts et métiers
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- L'ART
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- EN OUVRAGES COMMUNS.
- Par M. Fougeroux de Bondarot,
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- AVERTISSEMENT.
- -Four peu que Ton fe foit donné par goût à l’étilde des Arts , on ne peut voir, fans furprife de fans admiration, la facilité avec la-* quelle on travaille le fer Sc facier à Saint-Etienne en Forez (*). J’ai principalement éprouvé, en 1763, cette fenfation agréable, en fuivant la fabrique de quantité d’uftenfiles de fer ou d’acier, que l’on tire de Saint-Etienne & de fes environs; Sc fur-tout celle de Couteaux communs que l’on y livre à un prix, on né peut pas plus médiocre ; j’y ai admiré la fimplicité & le génie dans l’invention des moyens employés à cette Fabrique, Sc la diligence avec laquelle on exécute ce travail.
- Revenu à Paris, j’ai cm devoir décrire cet Art que j’avois étudié dans tous fes détails. Je fournis alors mon travail au jugement de l’Académie, qui penfa que le Public le verroit avec plaifir ; mais comme nous n’avions encore rien de publié fur l’Art du Coutelier * il étoit impoffible dê juger par comparaifon des différences du travail que je décrivoîs, d’avec celles des ouvrages plus recherchés*
- , J’ai donc penfé devoir différer l’imprefïion de ce Mémoire jufqu’à ce moment, où l'Académie ayant donné fon fuffrage à l’Art du Coutelier que lui a préfenté M. Perret, le Public peut y voir les travaux de cet Art décrits avec autant d'ordre que de précifîon Sc de clarté.
- Je publie aujourd'hui cette partie intéreffante ; les moyens dont on fe fert pour fabriquer ces Ouvrages communs étant, comme je l’ai dit, ingénieux & fort différents de ceux que les Ouvriers emploient ordinairement pour des ouvrages plus recherchés ; féco* nomie efl le mérite de cet Art. L’induftrie fait multiplier dans d’autres Arts les dépenfes Sc les foins pour atteindre à la perfection i le prix de la façon fait fouvent difparoître celui de la matière première , quand elle fort de la main de l’Ouvrier ; ici au contraire fon génie ne s’exerce que pour faire un Couteau qüi foit d’ufage. 11 s’interdit tout ornement, & même toute commodité fuperflue ; il tend feulement à l’épargne du travail Sc du temps , il cherche le bon marché qui en réfulte ; & le gain du Manufacturier dépend feulement de la modicité du prix, qui mettra ces Couteaux dans le cas de convenir à la multitude, au Peuple.
- Il m’étoit aifé de donner un ordre dans la defeription de cet Art t voici celui que j’ai choifi. J’ai diftribué mon travail en quatre Chapitres. Le premier , traite de la fabrique des Lames; le fécond, du travail des Manches; le troifîeme, des moyens employés pour monter les Couteaux, c’eft-à-dire , ajufter la lame à fon manche, Sc lui donner le jeu qui convient pour qu’il ouvre Sc qu’il fe ferme ; le quatrième traite de la fabrique des Rofettes*
- (*) Saint-Etienne en Forez, à 12 lieues Sud-Oueft de Lyon,
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- IV
- avertissement.
- Après avoir fait connoître quels font les Couteaux, dont je décria la Fabrique ; je donne, dans le premier Chapitre , le travail des barreaux d'acier, dont on fe propofe de faire des lames , page. 3.
- On fe fert pour abréger l’ouvrage} de Martinets, que je décris >p. 4*
- Enfuite dans l’Article premier, j’explique comment l’on forge les lames de Couteaux à un clou ,pag.j.
- Article fécond, les lames de Couteaux à deux clous, pag. 10.
- Dans l’Article troifieme, comment l’on fait les lames des Couteaux de table, ou à gaîne,pag. 11.
- Article quatre, les lames de Serpettes,/?^. 13.
- Je traite, Article cinquième, de la trempe des lames, pag. 14.
- Dans l’Article fixieme, du recuit des lames, pag. 16.
- Dans l’Article feptieme, de la façon de drelfer les lames, pag. 17.
- L’Article huitième eft defliné à expliquer l’établilfement des grandes meules ou meulieres dont on fe fèrt pour aiguifer les lames ,/>. 18.
- Au Chapitre Second, je donne un détail des travaux des Manches de Couteau faits en bois, & j’y explique comment on les ébauche,/?^. 25.
- L’Article premier fait connoître les moules & la façon de mouler ces manches de bois, pag. 28.
- L’Article fécond, comment on façonne 5cl’on moule les manches de corne, pag. 32.
- Dans le Chapitre ïroilieme, Je décris les moyens employés pour monter les Couteaux , pag. 37.
- Sous l’Article premier, je parle de la façon de monter les Couteaux à gaines , pag. 41.
- Ayant dit que l’on garniffoit l’axe des Couteaux 8c des Serpettes, de Rofettes, en les montant fur leur manche ; je parle dans le Quatrième Chapitre, de la fabrique de ces Rofettes,pag. 42.
- Je donne les noms fous lefquels on connoît les différentes elpeces de Couteaux à Saint-Etienne en Forez, &le prix de la groffe,^^. 4 «.
- Enfin , j’ai joint à la Defcription de la fabrique des Couteaux communs , celle des Bayonnettes, pour que l’on puiffe aifément en faire l’application à différents autres uftenfiles qui fe travaillent aufît dans le Forez ; 8c que l’on ait la fatisfaélion de connoître les moyens aifés 8c expéditifs que l’on y emploie en général dans tout ouvrage d’acier ou de fer, pag. 4,6.
- Je termine ma Defcription par donner l’explication des figures, pag.jo.
- J’efpere que cette Defcription fera reçue d’autant plus favorablement, quelle eft nouvelle; perfonne jufqu’ici n’ayant donné la moindre idée de ces travaux Amples 8c induftrieux.
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- L’ART
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- L’ART
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- COUTELIER
- EN OUVRAGES COMMUNS.
- Par M. Fougeroux de Èondarôÿ,
- Manière défaire les Couteaux communs 5 au on nomme
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- Les Couteaux font d’un ufage fi confidérable, quii en faut pour tàus les états, Je uès-xookar^^c fou, 1»« opulents, de propres pour les gens aifés,
- '& de très-fimples pour les habitants de la campagne tic pour le peupla. C’eft de ces derniers feulement dont je me ptopofe de parler prêfentement : iis méritent peut-êtfe autant que tout autre ouvragé de Coutellerie, l’attention de ceux qui aiment les Arts, nOn-féulement à caufe du grand débit qu’on en fait, (ce qui prouve démonftrativement leur utilité & même leur néceffité, ) mais encore parce qu’il a fallu imaginer des pratiques ingénieüfes pour parvenir à les faire très-promptement, & fe mettre en état de les donneï à fort bon marché.
- A la campagne on nomme ces Couteaux des Jamheites ; à Paris ils font affez généralement connus fous le nom de Eujlache Dubois, Coutelier de Saint-Etienne en Forez, qui en faifoit une grande quantité & de très-bons , ce qui lui a mérité une efpece de célébrité. Il y a encore à Saint-Etienne des défendants de ce Coutelier qui portent le même nom, & qui font de ces Couteaux ï la même marque.
- L’Ouvrier qui ne s’attache qu’à faire des ouvrages communs, eft ordinairement
- (*) Il y a lieu de foupçonner que ces Couteaux ont pris dans le peuple, le nom deJambettes, parce que de tout temps on a fait dans le LimoU'
- Coutelier en commun*
- fin * des Couteaux communs dont le bois repfë-fentoit afîez imparfaitement Une jambe termines par un pied » dans laquelle fe logeait la lame,
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- 2 L'ART DU COUTELIER;
- plus afluré du débit, & fon gain devient confidérable, quoiqu'il ne fafle qu'un profit modique fur chaque Couteau, pourvu qu'il puiife, par une vente fùivie , le voir multiplie.
- Quoique Ton faffe beaucoup de ces Couteaux ailleurs que dans le Forez , on eftime que ce commerce monte à Saint-Etienne & à Chambon, petite ville éloignée d'une lieue de Saint-Etienne, à cinq ou fix cents mille livres pour les Couteaux dits Jambe ne s , Dauphines , Eujlache Dubois ou Couteaux a la Capucine , &c ; car on fait encore dans ces deux villes des Couteaux de table & d'autres pour les Bouchers , qui font auffi un objet de cent mille livres C'eft à Saint-Etienne où j’ai vu principalement faire les Couteaux appellés Jambettes, Eujlache Dubois , & ceux a la Capucine ; & c'eft précifément le travail des Couteliers qui en font commerce, que je me propofe de décrire.
- Il n'y a perfonne qui ne foit étonné du prix modique de ces Couteaux, & qui ne le devienne encore plus lorfqu’on lui dira qu’on vendoit il y a yo ou 6a ans > la grofle ou les douze douzaines de ces Couteaux communs, connus à Saint-Etienne fous le nom de Dauphines, 2y à 30 fols ; aujourd'hui que les marchan-difes font augmentées de prix, la groiîè Te vend yo à 60 fols à Saint-Etienne (*).:
- Ainfi pour deux deniers & demi ou pour fept deniers, on a un Couteau dont le manche de bois eft, à la vérité, tout au plus fimple, mais dont la lame eft bonne, & qui, comme on va le voir, outre le prix des matières premières, coûte encore à l'Entrepreneur la façon qu'il faut payer à plufieurs Ouvriers avant que de pouvoir le faire entrer dans le commerce ; & nous venons de voir que la vente de ces Couteaux de quelques deniers piece, étant multipliée, fait un objet de commerce, pour le Forez , de f à 6 cents mille livres.
- Un Ouvri0r qui ne s occuperoit qu a faire de ces Couteaux, ne pourroit pas fubfifter ; mais les Maîtres Couteliers de Saint-Etienne forment des Manufactures où ils emploient 30 ou 40 Ouvriers ; & comme chaque Ouvrier n'y fait qu'une feule opération, l'ouvrage s'expédie davantage 8c eft fait plus exactement.
- Les Couteaux appellés Jambettes, Dauphines ou Eujlache-Dubois , fe ferment , c'eft-à-dire, que la lame fe replie & entre en partie dans le manche : il y a de ces Couteaux qui n'ont qu'un feul clou qui, traverfant la lame, forme une goupille qui permet à la lame de fe replier, & la lame étant ouverte, eft retenue dans une fituation droite avec le manche par un talon fait à la lame ; ce talon s’appuie fur le manche : on nomme aufll ces Couteaux, Couteaux à un clou. Ce talon s’appelle à Paris, talon a lentilles.
- D'autres ont deux clous à la partie où la lame tient au manche; un qui forme,1
- (* ) On conçoit que je ne veux parler, en citant un prix auffi modique, que de celui auquel on livre, à Saint-Etienne, les Couteaux les plus communs, & ceux qui ont exigé le moins de foin dans leur fabrique ; à 30 fols la grofle, c’eft deux deniers & demi le Couteau ; à 3 livres la grofle a
- c'eft 5 deniers chaque Couteau; & à Paris, (en 1765, que j’écris ceci ) au Mortier d’or, rue des' Lombards, on en trouve à 7 fols la douzaine, & par conféquent chaque Couteau ouvrant & fermant, à fept deniers piece.
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- Chapitre I. Des Lames; j
- comme aux autres, une goupille fur laquelle tourne la lame, & 1 autre fait un arrêt fur lequel appuie le talon de la lame lorsqu'elle eft ouverte. Ces Couteaux fe nomment Couteaux à la Capucine ,*ou Couteaux h deux cloub • comme ils font plus proprement travaillés que les autres, on les vend un peu plus cher.
- Malgré la fimplicité de ces ouvrages communs, il faut beaucoup de travail pour les mettre en état d'entrer dans le commerce ; & avant que de les donner à un prix auflî modique, ces Couteaux paffent, ainfi que nous lavons déjà dit, dans les mains de beaucoup d’Ouvriers différents 5 qui, chacun, ne font qu'une feule de ces opérations.
- Le Coutelier qui fait des Couteaux communs, doit adopter les opérations les moins coûteufes, celles qui abrègent & qui diminuent la main-d'œuvre ; enfin il doit choifir des moyens qui, en peu de temps, procurent un bon ouvrage, fans vifer à ce qui contribueroit à lui ajouter quelqu'ornement.
- Je vais commencer par rapporter ce qui regarde le travail des lames, & je parlerai enfuite de celui des manches.
- CHAPITRE PREMIER.
- Travail des Barreaux d'acier, dont on fe propofe défaire des Lames.
- On comprend déjà, par tout ce que je viens de dire furie vil prix des Couteaux dont il s'agit, qu'on n'en fait point les lames ni en étoffe, ni en acier de damas artificiel, ni en acier fin, ni en bobèches, &c ; toutes ces maniérés de les fabriquer rendroient ces fortes de Couteaux d'un trop grand prix.
- On peut confùlter dans l'Art du Coutelier, page 31 & fuivantes, ce qui y eft dit fur les qualités que doit avoir l'acier, & principalement celles qui conviens nent à une bonne lame de Couteau, fùivant la deftination qu’on veut lui donner ; & la maniéré de faire les Etoffes , page 92 6 fuivantes : toutes ces façons n'ont point lieu à Saint-Etienne pour les ouvrages dont il s'agit ici.
- Les lames des Couteaux du Forez, font faites entièrement d'acier, que l'on tire de Rives en Dauphiné, & dont l'entrepôt eft à Lyon. Cet acier eft formé en petites billes ou barreaux de 4 pouces de longueur, fur un pouce & demi de largeur, & un demi-pouce d'épaiffeur æ, PL 1. Plufieurs de ces barreaux font arrangés à côté les uns des autres ; on les entoure de paille & on les couvre d'une toile pour en former des paquets qui pefent 125 livres ; c'eft ainfi qu'ils arrivent à Lyon ybb.
- Comme les aciers qui fortent d'une même forge, font à peu-près d'une même qualité, fou vent les Couteliers fe contentent de tirer leur acier d'une forge qui s’eft fait une réputation, fans en faire des examens, & le mettre à des épreuves pour s'affurer de là qualité.
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- 4 L’ART DU COUTELIER;
- L’acier de Rives eft généralement eftimé. Les Ouvriers de Saint - Etienne îé difent aifé à chauffe* de à forger. Quand on ne la pas furchauffe , il a du corps ;
- Il eft facile à redreffer, même quand il a été trempé : il prend un bon tranchant quand on Tait le travailler comme il convient à fa nature Se a fa qualité ; ce que connoiftent les Ouvriers de Saint-Etienne, qui ont coutume de l’employer. U ' y a cependant à Saint-Etienne des Ouvriers qui réufliflent mieux que d’autres ; & qui, avec le même acier, font de meilleur ouvrage , parce qu’ils travaillent d’après les connoiftances qu’ils ont acquifes par l’habitude à l’employer. On convient aufli que toutes les billes d’acier ne fe trouvent pas également bonnes.
- Nous renvoyons à l’Art du Coutelier pour connoître les differents aciers employés dans la Coutellerie, ceux qui font les plus généralement eftimés , enfin les qualités que l’on demande à l’acier, les défauts de certains, Se les moyens de s’en affûter avant de les employer. ( J^oy. Art du Coutelier,page 32.)
- A Saint-Etienne on emploie même les mauvaifes billes d’acier ; cependant les Ouvriers reconnoiffent bien aifément les défauts d’un barreau , & feulementen le rompant. Le bon acier doit fe cafter net 5 fi cela n’eft pas, c’eft que le fer y domine.
- Les Ouvriers favent que l'acier de Rives eft affez communément propre à la fabrique de leurs Couteaux, Se fur-tout ils ont appris la façon de l’employer , d’où , comme nous venons de le dire P dépend en grande partie la bonté de leurs ouvrages.
- L’acier de Rives a du nerf & une certaine duélilité, même à froid ; ces qualités font préférables # pour leur fabrique , à la grande fineffe qu’on exigeroic pour des ouvrages plus recherchés. »
- On réduit l’acier qu’on reçoit de Rives en billes de la dimenfion que nous avons détaillée ci-deflus , à une épaiffeur beaucoup moindre & plus convenable pour en faire des lames de Couteaux. Cette opération fe fait dans la petite ville de Chambon , où il y a des Martinets qu’un cours d’eau fait mouvoir , ce qui abrégé infiniment ce travail ; car nous avons prévenu que dans toutes les occa-fions où l’on peut fuppléer aux bras des hommes par des machines , on en tiroit un véritable profit, & que l’on étoit principalement obligé d’employer le génie de l’invention dans la fabrique des ouvrages communs, Se qui doivent fe livrer à un prix modique.
- Des Martinets,
- Les Martinets de Chambon reflemblént, à la force près, à ceux dont on fait ufage pour les groflès forges. Un filet d’eàu tombé fur une roue à aubes A> PL 1 ; cette roue fait tourner un arbre B qui lui fert d’axe ; cet arbre traverfè le mur d un bâtiment où èft le marteau E. Le Forgeron ici, de même que dans toutes les ufines, & fans quitter fa place, eft le maître de précipiter ou de ralentir le mouvement du marteau, en élevant plus ou moins une vanne H, qui réglé la quantité d’eau qui doit tomber fur les aubes de la roue. Il eft proche le marteau, &
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- C h a P i ï i t ï. Des Lameti ' $
- <en tirant feulement une corde, il abaiffe le levier C, qui répond à la vânnè.
- La roue à aubes peut faire 12 à ié tours par minute , Sc Tarbre JB porte iS mentonnets D9 qui relevent le marteau de fer E, lequel peuxpefer environ xoo livres. L’Ouvrier empêche le marteau d’agir en mettant fous fon tnanehé vers E y & lorfqu’il eft levé, une piece de bois F, qui le maintient dans cette pofition; pour lors le manche du marteau n’eft plus en prife aux mentonnets t il ôte ce morceau de bois lorfqu’il veut laifler frapper le marteau, qui alors retombe par fon propre poids* Il frappe fur l’acier G, qu’on veut étirer , & que l’Ouvrier, Fig. 2, pofe for l’enclume I. Tandis que l’Ouvrier réglé la vîteffe des coups de marteau, il donne en même temps un mouvement convenable au fer qu’il lui préfonte.
- L’Ouvrier eft aflîs for un billot K, fort bas, & à une petite diftance de i’en-* clume qui eft entre fes jambes* Comme ce fiége n’eft pas fixe, le Forgeron peut s’éloigner ou s’approcher de l’enclume pour travailler commodément. Il ne quitte point l’enclume pour aller à la forge ; c’eft un autre Ouvrier qu’on nomme le Chauffeur, Fig. 1, qui eft chargé d’attifor le feu , & de donner au barreau une chaude convenable.
- Le Chauffeur étant continuellement occupé à faire chauffer fon acier, con-noît parfaitement bien la chaleur qu’il faut lui donner. Il chauffe là barre dans la longueur de 7 à 8 pouces, & il l’apporte au Forgeron. A l’égard du foufflet JM y c eft encore un filet d’eau qui le fait mouvoir par le moyen des renvois & des manivelles coudées que nous avons repréfentés dans cette Planche première,
- en PP*
- On emploie , à S.Etienne Sc dans tout le Forez, du charbon de terre pour chauffer les forges. Ce minéral y eft en grande abondance 8c d’un© excellente qualité ; il y a fcuvent des veines que l’on préféreroit au charbon d’Angleterre^
- U faut aux Chauffeurs différentes tenailles, des pèles & fourgons, &c, Scc i
- tous les uftenfiles qu’on emploie ordinairement dans les forges pour le fervice du feu. Voyez les Figures g9 k>i> k> lfm9 dont nous ne donnerons pas ici de plus amples defcriptions, parce qu’on en varie la forme dans différentes Ufines, & parce qu’on les trouvera repréfontées dans l’Art du Coutelier, auquel nous renvoyons.
- { Le Forgeron, Fig. 2, ayant reçu du Chauffeur une piece d’acîer, la prend avec des tenailles & l’étire fous le marteau par une de fes extrémités ; enfoite il la faifît par le bout étiré, & il forge l’autre partie pour l’approcher à peu-près de l’épaiffeur d’une lame de Couteau, ce qui ne fe peut faire qu’en lui donnant plufieurs chaudes.
- Comme le marteau frappe avec beaucoup de vîteffe, il faut que le Forgeron tienne fon barreau dans un mouvement continuel, afin que le marteau ne donné jamais deux fois au même endroit, & l’Ouvrier-Forgeron doit faire glifler fous le marteau, les différentes parties de la lame d’acier. Quelquefois, mais rarement. Coutelier en commun* B
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- S FART DU COUTELIER.
- l’Ouvrier donne un coup fur le champ de la lame pour la redrelTer quand elle s’eft courbée dans ce fcns ; il fuit la lame dans toute là longueur, pour la réduire à i’épaifîeur convenable. Cette manoeuvre exige de l’adreffe ; mais un Ouvrier qui fait continuellement la même opération, acquiert ordinairement celle qui iui eft néceflàire pour la bien exécuter.
- Le Chauffeur, Fig. i, vient chercher la lame qui eft refroidie ; il apporte un autre parallélipipede NN9 qu’il a fait chauffer, &il remet la lame au,feu pour qu’on la réduife, par une fécondé opération, à une épaiffeur convenable. Il a, près de là forge , une auge remplie d’eau, & mouille ordinairement la partie qui a été lùffifamment étirée, pour que celle-ci , qui a peu d’épaiffeur & qui a déjà été travaillée, ne fe chauffe pas au point de fe brûler.
- Le Chauffeur doit mettre tous fes foins & fon attention pour ne point faire perdre de temps au Forgeron, & pour avoir toujours une barre ou lame chaude à lui donner, quand celle qu’il tient eft étirée, en prenant garde que Ion fer foie affez chaud , làns l’être trop ; il lui refte cependant encore du temps qu’il peut employer à battre le fer qui a déjà été étiré fous le Martinet par le Forgeron.
- Cet Ouvrier, Fig. 3, a une enclume près de là forge ; celle-ci ordinairement n’a point de bigorne: elle doit être forte, parce que fon peut avoir à travailler, à l’aide de ces mêmes Martinets, des morceaux de fer ou d’acier de groffes forges ; & pour lors cette enclume trop forte pour de petites lames , peut fervir auffi à d’autres ouvrages. On ajoute encore louvent à cette enclume une ouverture dy qui fert à placer un cijeau ou tranchey avec lequel on coupe les barres ou lames lorfqu’elles font trop longues, & qu’on veut les mettre en état d’être tran{portées plus ailement.
- L’Ouvrier , Fig. 3 , qui a chauffé l’acier déjà étiré fous leMartinet par la Figure première, reétifie avec le marteau à main, ce qui pourroit être refté à cette lame de défeétueux ; il amincit les parties qui font reliées trop épaiffes : il frappe fur l’épaiffeur ou fur le champ, vis-à-vis les endroits qui font trop minces, pour refouler l’acier, & faire prendre à cette partie de la lame plus d’épaiffeur; enfin il la rend d’une largeur & d’une épaifleur uniformes dans toute là longueur. On conçoit que le travail du Chauffeur eft plus ou moins confidérabie, foivant que le Forgeron lui a remis les lames plus ou moins parfaites ; & il y en a qui font affez adroits pour que le Chauffeur n’ait prefque rien à faire après eux.
- Nous ne pouvons trop répéter ici , puifque de-làfeul dépend le gain du Manufacturier, qu’il faut que le Chauffeur & le Forgeron travaillent de concert, &, pour ainfi dire , d’un mouvement égal, pour que l’un ne faffe pas attendre l’autre ; car chaque moment augmente le prix de la marchandife pour l’Ouvrier qui eft chargé de la travailler, ou diminue le gain de l’Entrepreneur, qui paye les Ouvriers, & qui les emploie.
- Le parallélipipede d’acier a ou N9 qui a, comme nous l’avons dit, 4 pouces de long, fur un pouce & demi de large, & un demi-pouce d’épailîèur, prend fous
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- Chapitre I. Dè$ Lames. *j
- îe Martinet la Forme d’une lame plus ou moins mince, qui a au plus une ligne & demie d’épailïèur, 8c environ 3 ou 4 pieds de longueur, fur 2 pouces de largeur ffou L , dans la Vignette ; cependant ces dimenfions varient fuivant la grandeiîr des Couteaux qu’on le propofè de faire (* ).
- Le Forgeron & le Chauffeur ont dû connoître, en travaillant l’acier 5 fès qualités ou fes défauts. S’il eft pailleux, ou s’il fe dépece fous le marteau , l’Ouvrier sy conforme pour lui donner une chaude convenable , & pour régler, en le forgeant, la quantité de fès coups de marteau ; car, le Forgeron n’eft pas le maître de changer la force des coups de marteau du Martinet, il ne peut qu’en régler la vîteffe, en donnant plus ou moins d’eau ; mais il peut le chauffer plus ou moins, & fans cette attention il fè découvriroit une grande quantité de pailles & de défauts en travaillant ou finiflant les lames , ou en les repaflant fur la meule. Lorfque l’ouvrage eft poli, on peut diftinguer plus aifément les endroits qui ont été brûlés en le forgeant, ou ceux qui font reliés en fer, tandis que d’autres font convertis en acier.
- On ne fait à Chambon que réduire l’acier en lames fous le Martinet, ainfi que nous venons de le décrire : on apporte ces longues barres plates à Saint-Etienne f pour y être travaillées par les Couteliers*
- Article Premier;
- JSduTLLCi c dortù on dC Cuuccuuj* .
- Nous nous bornerons à décrire les outils particuliers aux Couteliers de Saint-Etienne, aveu lcfqucli> ils exécutent pmmpremant leurs ouvrages, fans entrer dans aucun détail fur ceux qui fervent aux Couteliers qui fabriquent des pièces plus recherchées. Voyez Y Art du Coutelier, pour tout ce qui regarde la forge, page 42, où eft décrit alfez au long* tout ce qui en dépend.
- A S. Etienne, ordinairement c’eft une femme, Fig. 2, PL II, ou un petit garçon , qui eft chargé de faire agir le'fouffiet, en terme d’Ouvrier, de tirer la vache.
- L’Ouvrier PL 11, Fig. I, après avoir fait chauffer l’extrémité d’une des lames qui ont été étirées à Chambon, la porte fur l’enclume pour la forger & lui faire prendre la forme d’une lame de Couteau, Fig. y. Voyez la deferip-tion de l’enclume du Coutelier, page 4 y, de Y Art du Coutelier.
- Quoique la bigorne foit inutile aux enclumes des Couteliers de S. Etienne pour faire des lames de Couteaux , leur enclume en ont toujours une (**) ; l’enclume a aufli fur fa table une mortaife Z>, qui fert à mettre une tranche ou trancha A y Fig. I, PL //, Vignette, & repréfentée plus en grand dans le bas de la Planche, Fig. 11 & 11*. Ce tranchet ou cifeau eft deftiné à couper la lame du
- ( *) On fait de la même maniéré, fous le Martinet, les lames de fabre & d’épées, en lailTant feulement plus de largeur à la lame d’acier.
- (**) On conferve la bigorne aux encînmes des
- Couteliers, parce qu’elle eft néceflaire pour faire les Cifeaux & d’autres ouvrages du refîbrt de ce Corps de métier,
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- B L'ART DU COUTELIER.
- Couteau lorfqu on en aura déterminé la longueur. On peut auffi ôter ce trancher,1 & mettre dans cette même mortaife D, différents ras, dont nous parlerons dans un in fiant, lorfqu’il s’agira d’expliquer comment on donne la forme aux talons
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- des lames. *
- La lame prend fous le marteau la forme qu' elle doit avoir; l'Ouvrier frappé plus d'un coté que de l'autre, pour préparer le tranchant & le dos du Couteau : on nomme ce travail rabattre la lame, le tranchant & le dos du Couteau. Lor£ qu'on fe fert d'un marteau différent de celui à forger, on appelle celui qu'on y emploie marteau a rabattre ; mais à Saint-Etienne on ne change point de marteau ; celui à forger fert auffi à rabattre. Il y a des Ouvriers plus adroits qui donnent cette forme plus promptement & plus régulièrement que d’autres ; mais on ne peut, par l'explication , donner une idée de cette adreffe que l'Ouvrier acquiert par une longue habitude : il faut que le Leéleur fopplée à ce que la plume ne peut apprendre*
- Pour former l'extrémité de la lame qui, dans la plupart de ces fortes de Couteaux , eft arrondie & relevée un peu du côté du dos, comme on le voit Fig± x69 PL //(*), l'Ouvrier pofe de champ fo lame fur le bord de l'enclume ; 8c frappant for ce qui doit faire le tranchant, il l'oblige de fo relever un peu," comme on le voit Fig. 2. Il ne faut plus que travailler de nouveau le tranchant à cette partie de l'extrémité de la lame qu'on a redreffée; &l'on s'y prend, pour rabattre cette partie , comme on l'a fait pour le tranchant du reliant de la lame;
- Les marteaux dont fe fervent les Couteliers pour forger leurs lames, pefent 4 à 5 livres ; ils ont deux têtes à peu-près femblables & un peu arrondies.
- Nous ne nous arrêterons pas davantage a Utuîiw ** marteau, parce qu'il en efl: queftion dans l'Art du Coutelier déjà publié.
- On diftingue dans la lame d'un Couteau l'extrémité de la lame, qu'on nomme la pointe, le tranchant ou le coupant de la lame, & le dos , ce qu'on nomme le corps de la lame ; enfin la fécondé extrémité de la lame, qui lui fort d'attache dans le manche, & qu'on appelle ordinairement le talon : de la perfeétion de toutes ces parties dépend la bonté de la lame.
- Lorfque la lame du Couteau a pris à peu-près la forme qu’elle doit avoir, il faut la détacher de la longue lame d’acier, Fig. 1, ce qui fo fait au moyen du tranchet Ay dont nous avons parlé ; l'Ouvrier pofe là lame for le tranchet; au premier coup de marteau il l'entame, & fouvent la fépare entièrement, ou un fécond coup donné for la face oppofée, foffitpour la défonir: elle efl alors comme on la voit repréfentée Fig. 2, au bas de la Planche ; & pour que ces lames foient toutes d'une même longueur & proportionnées aux manches, l'Ouvrier a des marques for fon enclume , qui lui tiennent lieu de réglé & de compas ; ces marques lui indiquent l'endroit où il doit couper la lame.
- (*) Les Couteaux dont nous donnons ici la fabrique, n’ont pas tous la lame arrondie, comme dans la Fig. 16 ; ceux que l’on vend à un prix
- fî modique, font plus pointus & reflemblenc davantage à l’extrémité de la lame de la Figure
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- Chapitre ï. £)e$ Lamts, £
- Il s agit maintenant de former le talon ou la partie de la lamé de cètté éfpece de Couteau, qui s’attache au manche. On fait, après ce que nous avons déjà dit, que ces lames font retenues dans le manche, à d’une broché
- ou goupille de fil de fer qui la traverfo, ainfi que le manche fur laquelle elle eft rivée.
- La lame tourne for cette goupille qui la retient au manche, & for laquelle elle décrit Un demi-cercle, Fig, 16 ù* Fig, 17, chaque fois qu’on ferme ou qu’on ouvre le Couteau. Dans cette derniere pofition, la lame & ie manche font à peu-près une ligne droite ; mais il ne faut pas quelle fo rénverfe quand on appuie avec le tranchant.
- Pour faciliter le jeu de la lame fur le manche, ôn forme en biais cettè extrémité qui doit tenir au manche, & on y fait, pour terminer l’angle dû côté du dos, un bouton qui relfemble à une tête de clou* Ce bouton venant à porter fur le manche du Couteau , fervira d’arrêt à la lame, & l’empêchera de fe renverfor. C’eft par cette méchanique très-fimple que le Couteau refté ouvert, Fig, 16.
- Nous avons quitté le Forgeton, après avoir donné à la lame de Couteau la forme qu’on lui voit dans la Figure 2 ; cet Ouvrier fait à cette lame l’elp ece de talon dont nous avons parlé , & que l’on voit, Fig. 3 ; en frappant la lame for la carne de fon enclume, & frappant tantôt for lé tranchant & tantôt for le plat de la lame , il allonge enfuite cette partie qu’il a relevée * & la renverfo à féqucuG , tommw \JLt R yuit , • 4 , u.
- Il ne s’agit plus alors que de faire ce bouton qui doit la terminer. Ort place le talon de la lame dans la fente d’un tas, Fig, 14 ou 1 y ; ce tas eft d’acier trempé, & l’Ouvrier l’a pofé dans la mortaife JD de l'enclume, à la place de la tranche dont nous avons parlé*
- Le Coutelier fait entrer dans la fente du tas, le tranchant du talon dé fa lame , qu’il tire de la forge ; il faut que pour lors la partie a% Fig, 4, de la lame qui eft deftinée à faire le bouton h b, Fig. $ & 6, déborde le tas dé quelques lignes ; & le talon de là lame étant comme dans üne elpece de Clouyere, ( * ) il eft facile de former avec le marteau le petit bouton b b i 'Fig. & 6, qui relfemble à là tête d’un petit clou ; & lé talon de la lamé qui eft chauffée au rouge , fe moule en quelque façon dans là fente du tas qui eft d’acier trempé.
- Il faut percer la lame vers le milieu de la largeur du talon c, Fig, 6 i l’habitude des Ouvriers fait, qu’à l’œil & fans prendre de mefore i ils placent ce trou où il doit être. Ils fe fervent d’un poinçon, Fig, 8, dont là pointé eft fort moulfe : au premier coup de marteau donné for le poinçon, pofé à froid fur la lame, il fe forme une boffe en deffous de l’endroit où porté le
- (*) On appelle Clouyere, une efpéce dé moule à peu-près femblable à celui-ci* qui fert à forr^et }a tête des clous.
- Coutelier en commun* G
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- to VA RT DU COUTELIER:
- poinçon 5 lorfqu’on a retourné la lame , un fécond coup de marteau détache le morceau. Affez fouvent on ne donne ce fécond coup , que lorfqu’on monte le Couteau ; car la piece peut encore être détachée à froid , en pofànt la lame fur un morceau de bois ou de plomb. Cette façon de percer, que les Serruriers emploient en une infinité d’occafions pour des ouvrages de peu de conféquence , eft plus expéditive que ne feroit le forety mais pas fi propre, ni fi jufte ; aufli les Couteliers fe fervent-iis ordinairement du foret pour des ouvrages plus recherchés. T^oye^ l’Art du Coutelier.
- On conçoit que quand le talon de la lame fera uni au manche par la goupille , on pourra ouvrir le Couteau jufqu’à ce que le bouton b, Fig. J, rencontre & s’appuie fur le manche ; rien n empêchera aufli que Ton ne ferme le Couteau, & que la lame ne fe loge dans l’épaifleur du manche, comme on le voit, Figure 17.
- C’eft encore celui qui forge la lame, & que nous nommons le Forgeron , ( parce qu’il ne fait que cela, & qu’il n’eft point chargé de monter le Couteau) qui marque la lame. C’eft lui qui imprime vers le talon le nom de l’Ouvrier. Cette marque eft en relief fur un poinçon d’acier a , b, Fig. 7, & ce fera y fi l’on veut, Eujlache Dubois.
- L’Ouvrier tient ce poinçon d’une main ; il l’appuie à froid fur la lame en le tenant bien perpendiculaire, & il frappe fiir le poinçon allez fort pour que les caraéteres s’impriment de maniéré qu’ils ne foient point effacés quand on pafïera la lame iiir la meule, lans cependant qu’ils traverlënt la lame. C’eft pour cela qu’on pofe le poinçon un peu du côté du dos de la lame, qui doit être plus épais que la partie du tranchant.
- Ce poinçon, Fig. 7, a & b, eft fouvent fait avec plufieurs angles, & non uni, afin qu’il tienne mieux dans les mains de celui qui l’emploie.
- Article Second.
- Du travail des Lames des Couteaux a deux Clous*
- Les Couteaux à deux clous, Fig. 18 & 19, que l’on nomme aufli à la Capucine, ont leurs lames d’une autre forme que ceux qui n’ont qu’un clou.1 On les fait un peu plus longues, & elles fe terminent aflez ordinairement en pointe. A cela près, on forge de la même maniéré & les unes & les autres ; la principale différence , celle qui exige que l’Ouvrier fuive une autre pratique^’ eft dans l’exécution du talon.
- Les Couteaux à un clou font, comme nous venons de l’expliquer, retenus ouverts par un bouton qui s’appuie fur le manche. C’eft, fans contredit, la façon la plus fimple ; mais on reproche à ce bouton de déborder le manche,' quand le Couteau eft fermé, & de déchirer ou blefîèr la main & de percer les poches. On a imaginé, pour éviter ces petits inconvénients, de retrancher le
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- C h a p rf R è I. Des Lamesè ï t
- bouton & de former au talon de la lame une efpece de dent ou un prolongement a, Fig• io, qui s’appuie quand le Couteau eft ouvert fur une broche ou un fécond clou b, Fig. 18 , placé un peu en arriéré & au-de{Tous du clou fur lequel tourne la lame. La partie b, Fig. io, eft arrondie pour quelle né rericontre point le fécond clou b, Fig. î8 , fur lequel s’appuie l’allongement a de la Fig. io, lorfque le Couteau eft ouvert. On conçoit aifément que la lame tourne for un clou , comme fur un axe, & que l’échancrure faite au talon va fe pofer for l’autre clou où elle s’arrête , au lieu que dans les Cou* teaux a reffort, elle s’appuie fur la tête du reffort.
- Les Couteaux à deux clous ne font donc , à proprement parler, différents des Couteaux à un clou, que par le talon de la lame , comme on l’apperçoif en comparant la Figure 6, avec la Figure io.
- C’eft aufîi avec un tas qu’on donne au talon des lames à deux clous lâ figure qui leur convient. Ce tas, Fig. 12 13 , fe place comme l’autre dans
- la mortaife qu’on a pratiquée fur la table de l’enclume. La partie a, Fig. 12 ; fert d’appui à la lame ; la partie b creufée en quart de rond , fert à former la partie b, Fig. 10 ; au milieu eft le trou par lequel pafle la broche qui permet à la lame de s’ouvrir & de fe fermer. Enfin , la partie c du tas, Fig. 12, fert à faire le prolongement a, Fig. 10 , qui doit former un arrêt en s’appuyant for le clou c, Fig. 10, lors que le Couteau eft ouvert. On voit l’accord du talon de la lamé avec les parties correspondantes du tas, Fig. p. Ainfi le tas y Fig* 12 , eft une étampe for laquelle le talon étant chaud le moule , en le forçant, à coups de marteau s d’entrer dans les échancrures de cette étampe. Les moyens employés dans la fabrique des Couteau* à deux clous doivent demander un peu plus de foin que pour ceux à un clou ; ( car c’eft une efpece de luxe ou au moins de recherche en ce genre ; ) aulîl fe vendent-ils un peu davantage. Nous renvoyons pour la fabrique des lames de Couteaux plus recherchés à ï Art du Coutelier, déjà publié , où l’on trouvera les détails les plus complets ^ Se, les plus fatisfaifants*
- Article Troisième*
- Des Lames des Couteaux de table ou à Gaine*
- O N fait que ces fortes de Couteaux ne fo replient point dans le manché J fi l’on veut les tranfporter & les mettre dans la poche, il faut enfermer la lame dans un étui ou une gaine pour ne fe point bleffer. Cette lame eft donc toujours ouverte ; elle ne fait qu’une ligne droite avec le manche, & voici comme elle y eft retenue.
- La lame porte une broche allongée , Fig. 26, cb, appellée foie* Cette partie eft deftinée à entrer dans une ouverture que l’on a pratiquée longitudinalement dans répaiffeur du' manche, Fig. 27 , & la lame de ce Couteau
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- iri L'ART DU COUTELIER:
- eft enveloppée , ou plutôt couverte Sc enfermée dans un étui ou gaine J Fig. 28.
- On fait à Saint-Etienne des Couteaux de table , & des Couteaux pour les Boucliers * entièrement d’acier ; ces Couteaux ne font point à mitre ; on prend pour forger ces lames de l’acier étiré, que l’on coupe à une certaine longueur, fuivant celle du Couteau* On laiflela lame d’acier plus longue en la coupant fur la tranche, parce que la foie qui eft deftinée à entrer dans le manche eft prife ftir le même acier que la lame, On forge la lame comme nous l’avons expliqué. On pofe l’extrémité de la lame du côté de la foie fur un tas, pour lui former cette efpece de tête qui la termine, & on fe fert du refte de l’acier pour travailler fur l’enclume cette broche qui doit entrer dans le manche. Voyez la Figure 26.
- Comme le travail du Forgeron eft payé à la grofle, il l’expédie le plus qu’il peut, & ce qu’il laifle à faire eft bien plutôt exécuté fur la meule 9 qu’il ne le pourroit faire avec fon marteau. Nous parlerons dans un moment de cette derniere perfeélion qu’on donne aux lames.
- Les lames des Couteaux à gaines , qu’on appelle à mitres, ne fe font pas entièrement d’acier. Le Forgeron a un morceau de 'fer quarré, dont l’épaif-leur & la largeur font réglées for celles des lames qu’il doit faire. Il coupe ou ouvre ce morceau de fer en préfentant for la barre rouge pofée fur l’enclume le cijeau ou la tranche retenu dans un bâton (voyez PL Ul, Fig. 10) que tient un Ouvrier, tandis que le .Forgeron frappe deiïus la tranche avec un marteau à deux mains. Du premier coup, il fend le bout de la barre de fer par le milieu de la longueur d’un pouce au plus. Il met une pièce d’acier coupée de grandeur dans l’ouverture faite au fer, & à l’aide d’une feule chaude il foude cet acier entre les deux fers. L’acier fert à former la lame. Il rejette du côté du dos, la partie où il eft refté plus de fer ; & la foie plate ou quarrée fo trouve formée avec le fer , ainfi que la mitre. L’Ouvrier laiflè un renflement à l’extrémité c, Fig. 26 , de la lame , du côté de la foie c b 9 pour fervîr à former la mitre. Cette partie plus épaifle & plus forte, donnera un foutien à la lame for le manche, en même temps quelle fervira d’ornement au Couteaux
- L’Ouvrier fo fert d’un outil, qu’on nomme châjje à Saint-Etienne, pour former la mitre du Couteau. Il pofe la châfle fur cette partie plus renflée, dont nous avons parlé, & en frappant for la châfle , il comprime le fer rouge qui fe trouve entre elle & le tas. Elle y prend la forme en relief de la mitre , qui eft en creux dans le tas, aufli bien que dans le bout de la châfle, & en même temps la lame y reçoit cette moulure ou l’anneau qui fépare la lame de la foie, & qui s’applique for l’extrémité du manche quand le Couteau eft monté.
- Ces Couteaux exigent plus de foins que ceux dont les lames font entièrement d’acier ; aufli coûtent-ils plus cher* Lorfqu’on deftine c es lames à
- former
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- Chapitré I.- Des Lamtèî t%
- Former des Couteaux communs : on ne les retouche prefque point à îa lime , & on les envoie aux meulieres , qui leur donnent tout le fini qui convient à ces fortes d’ouvrages.
- Nous ne parlerons point ici de la fabrique des Couteaux à reflbrt , parce que nous avons averti que nous ne décririons que les Ouvrages de Saint-Etienne,' qui exîgeoient le moins de foins, Sc qui étoient les plus communs , & que ces Couteaux ne peuvent être compris dans ce nombre ; d’ailleurs, même à Saint-Etienne, les moyens que l’on emploie pour les travailler , font peu différents de ceux qui font décrits dans l’Art du Coutelier; feulement on dégroffit chaque piece for l’enclume, & on les envoie aux meulieres* Nous verrons dans un moment combien on avance l’ouvrage avec cette machine très-fimple, que l’eau fait mouvoir. La plus forte lime conduite par des bras, n’opéreroit jamais avec la même promptitude, & coûteroit davantage ; cette machine , en diminuant la main-d’œuvre , fait une vraie richefîe pour Saint-Etienne, comme on le verra par les détails ou nous entrerons en la décrivant.
- Article Quatrième.
- . Des Lames de Serpette.
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- Il y a quelques Couteliers à Saint-Etienne qui sfoccupent uniquement dur travail des Serpettes. On en fait, ainfi que des Couteaux, à un clou , à deux clous, & d’autres ont , tummc les Couteaux a gaines , une foîè oü mèche qui les retient dans leur manche .* enfin d autres font a reffort ; mais nous n eri parlerons pas ici.
- Les lames de Serpette fe font précifoment comme celles des Couteaux £ on y emploie le même acier. On donne à ces lames la courbure qui leur convient , en les forgeant, & frappant la lame du fur le champ ôü for les bords de l’enclume. Enfoite on les frappe for le plat pour les mettre d'épaifTeür. Quand la pointe eft formée, on les coupe, Fig. 20, VL 11, on fait le talon for le tas , Fig. 21 <£r 22 ; enfin on travaille le bouton, Fig. 23, commè nous l’avons décrit pour ceux des Couteaux à un clou. On fait auflt les lames de Serpette à deux clous, comme' celles des Couteaux à deux clous. Celles-ci font ordinal
- rement travaillées avec plus de foin.
- Il y a plus d’attention à donner aux lames de Serpette, qu’aux lamés dè Couteau* Les proportions de la longueur de la lame, font réglées for fa largeur, ainfi que l’arrondiffement de la partie courbe qui termine la lame de la Serpette* La longueur des lames des Serpettes doit être proportionnée à leur courbure.
- On doit chercher un bon acier ; car, comme ces lames font deftinées I couper du bois vert, Sc fou vent dur, il faut que la lame ne fe rebroujje pais , ne s'égrène, ou ne sébreche pas, ce qui eft la même chofo.
- L’Ouvrier Forgeron pourroit, for fon enclume, mettre les lames de Serpette
- Coutelier en commun« D
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- *4- L’ART DU COUTELIËR.
- à peu-près dans Tétât où elles doivent £e trouver pour être emmanchées : il y auroit moins d’ouvrage à faire for la meule ; mais nous avons déjà dit quon lui payoit fcn ouvrage à la groflè, & qu’il ne cherchoit qu’à le livrer ; d’ailleurs, les meules dont nous parlerons, perfectionnent en très-peu de temps les lames3 qui en exigeroient beaucoup , fi l’Ouvrier les travaillait au marteau, & vouloir les y finir.
- Lorfque les Ouvriers donnent la derniere chaude aux lames de Couteau & de Serpette , ils ont coutume ( comme c’eft l’ordinaire de tous les Forgerons ) de mouiller leur marteau. Ce moyen rend plus promptement leur ouvrage uni; les lames fe dépouillent plus vite de ces écailles, ou de ce fer brûlé qui recouvre ordinairement les pièces en fortant de la forge.
- Les bons Ouvriers & les plus habiles font perfoadés qu’il ne faut chauffer l’acier que le moins qu’il eft poflible, pour ne le point brûler & ne lui lailîèr perdre aucune de fes qualités.
- Article Cinquième.
- De la Trempe des Lames.
- T o u s les outils acérés & tranchants, comme Couteaux , Serpettes, Scc. acquièrent leurs qualités de la trempe ; les différents aciers exigent différentes attentions en les trempant, & le même acier doit être trempé différemment, fuivant Tuiàge auquel Tinftrument qu’on veut faire eft deftiné ; il ne faut pas qu’un Rafoir foit trempé comme lin Couteau. Nous renvoyons encore ici à ce qui a été dit dans t Art du Coutelier for cet objet intérellant, d’ou dépend en grande partie les qualités des ouvrages de Coutellerie : voye[ page loi.
- La façon de tremper les lames à Saint-Etienne eft fimple & uniforme. O ri chauffe les lames un peu plus que couleur de cerife ; paffé ce degré de chaleur , elles viennent à la couleur de rofe. Il faut pour l’acier de Rives, un milieu entre ces deux marques -, qui fervent d’indications au Coutelier ; mais jamais l’Ouvrier attentif ne laiife pafîer cette derniere couleur : car fi la nuance couleur de rofe s’affoiblifloit, & fi la lame commençoit à blanchir ; la trempe ne feroit pas auffi bonne pour un Couteau. Ainfi dès que l’Ouvrier voit que la lame prend la couleur de cerife tirant fur la rofe, il la retire du feu & la trempe dans l’eau froide.
- Quelques Couteliers de Saint-Etienne font perfoadés que l’eau de puits y eft préférable à celle de rivière; cependant la plupart font d’un avis contraire,’ & généralement à Paris on croit que l’eau de Seine réuffit mieux que l’eau de puits.
- Les Couteliers doivent lavoir que, plus l’acier eft fin, moins il faut lui donner de chaleur pour le tremper ; & quoique cette opération paroiflê des plus fimples, elle exige cependant des attentions ; il y a des Couteliers qui
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- Chapitre ï. Des Lames: if
- y rêuffiffent beaucoup mieux que d’autres. Pour fentir d’où cela depeild , il faut favoir quun même acier peut prendre plus ou moins de dureté par la trempe.
- En général, plus l’acier qu’on veut tremper a été chauffé , plus l’eau dont on fe fert pour tremper eft froide , plus l’acier durcit par la trempe ; mais auflî plus l’acier eft caftant. Si une lame eft trempée trop dure ,> elle s ébréche lorf* qu’elle rencontre un corps dur, ou pour employer le terme vulgaire'* elle s égrène ; fi elle eft trempée trop molle, le tranchant fe febrouffe: ainfi l’opération de la trempe, toute fimpie qu’elle eft, change la difpofition des parties de l’acier. De mol & de duétile qu’il étoit avant d’avoir été trempé, il devient dur , élaftique & caftant ; il prend à la vérité un beau poli. Ces confédérations font voir qu’il ne faut pas procurer aux lames toute la dureté dont Tacier eft lufceptible, parce qu’elles s’ébrécheroient trop aifément ; il ne faut pas non plus ne les pas affez tremper, parce qu’elles ne couperoient pas. Tout ceci deviendra très-clair pour celui qui comparera’ ce qui a été dit dans l'Art du Coutelier, pag. ior, avec le peu que nous avons ajouté ici,
- D’après ce que nous venons de dire, il eft ailé d’imaginer qu’on pourroit faifir ce point convenable , ou en chauffant peu l’acier, ou en le trempant dans une eau plus ou moins froide ; mais il feroit très-difficile d’atteindre * par ce moyen, le point que l’on defire. C’eft pourquoi les Couteliers trempent toujours leurs lames très-dures, 8c ils diminuent enfiiite une partie de la dureté de la trempe, en recuifant les lames , ainii que nous l’allons dire.
- A mefure que l’Ouvrier a forgé 8c marqué une lame de Couteau ou une lame dre Serpette, ii I* trempe. Après lui avoir donné le degré de chaleur qu’il fait être convenable, il la plonge dans l’eau 8c la retire , ainfi que nous l’avons expliqué : mais comme l’extrémité de la lame eft mince, elle s’échauffe plus promptement que le refte de la lame ; & comme c’eft la partie qui reçoit ordinairement la première impreflion de l’eau , lorfqu’on y plonge la lame, c’eft auffi celle qui dans les Couteaux prend le plus de dureté. Les Couteliers en Ouvrages recherchés ont toutes ces attentions, & beaucoup d’autres encore ; ils fe conforment aux différentes épaiffeurs des morceaux qu’ils trempent ; ils ont égard à la température de l’air, confidérant fi leur eau ne s’échauffe pas après avoir reçu plufieurs lames ; ils ont encore l’attention de mettre, autant qu’il eftpoflîble, l’auge à tremper dans un endroit obfcur , on y voit mieux la couleur de l’acier chauffé que l’on trempe : mais ceux de Saint-Etienne réduifent leurs travaux à la trempe & au recuit & ces deux opérations y font faites fans beaucoup de foins. Il y a cependant une réflexion qui fuffira pour expliquer comment ces Ouvriers atteignent affez ordinairement ce point fixe, qui fait une bonne lame, 8c qu’ils ne s’en écartent gueres. Les Ouvriers qui trempent, travaillent toujours le même acier, qu’ils emploient à faire les mêmes efpeces de Couteaux , & le Forgeur eft toujours celui qui trempe; c’eft un grand avantage, qui contribue fans doute à la bonté de l’ouvrage.
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- 'VA RT DU COUTELIER.
- Article Sixième.
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- Du Recuit.
- Si Von chauffe , & quon faffe rougir au feu un morceau d’acier qui ait été trempé, il perd toute fa dureté ; il redevient comme s’il ne l’avoit pas été ; Sc ce qu’il eft important de favoir, c’eft qu’il perd de fa dureté proportionnellement à la chaleur qu’on lui a fait éprouver, & qu’un degré foible de chaleur ne lui fait perdre que peu de fa dureté.
- L’opération qu’on appelle recuire, confifte à lui faire perdre, par un certain degré de chaleur , une partie de fa dureté, ou à le détremper un peu j mais il faut connoître avec précifion ce degré de recuit.
- Voici une propriété de l’acier qui fournit aux Couteliers un moyen de con-noître les différents degrés de recuit. Les lames d’acier, lorfqu’elles font ex-pofées à un feu doux de charbon, prennent différentes couleurs ou plutôt paffent par différentes nuances à mefure qu’on les expofe à une plus grande chaleur ou plus continue. La première nuance eft couleur de paille ou jaune foible , auquel fùccede la couleur d’or; elles blanchiflent; enfuite paroît la couleur de pourpre, violet, la couleur bleue', & enfin la couleur d’eau ; c’eft l’une de ces différentes nuances que l’on doit obferver avec beaucoup de foin pour retirer au moment convenable l’acier que l’on recuit fuivant qu’on le deftine à un ufàge ou à un autre. Les reflbrts de montre ont été poulies prefque jufqu’à la couleur d’eau. Ils ont éprouvé le plus grand recuit, & après qu’on les a finis & polis on les expofe encore une autre fois à un recuit, pour leur donner la couleur violette qu’ils confervent toujours. Mais ce fécond recuit n’eft pas fi fort que le premier ; par conféquent il ne ramollit pas davantage l’acier.
- La lame de Couteau qui a été trempée dans l’eau froide, après avoir pris au feu une couleur de cerife, y eft devenue brune en fe refroidifîànt. Lorfque dans cet état, on l’expofe de nouveau à la chaleur, au premier degré quelle fouffre , elle s’éclaircit un peu, elle prend une couleur jaunâtre ou couleur d’or C’eft à ce terme que les Couteliers de Saint-Etienne font recuire leurs lames de Couteaux. S’ils les laiffoient expofées à une chaleur plus continue, ces lames deviendroient bleuâtres, feroient trop tendres, & ne couperoient pas auffi bien. Ils prennent une lame dans une tenaille ou pince ; ils la tiennent au-deffus du feu de la forge & dans la vapeur du charbon, jufqu’à ce quelle ait acquis la couleur qu’ils défirent, & ils laiffent la lame fe refroidir doucement auprès de la forge.
- Comme il faut accélérer la fin de l’ouvrage pour des Couteaux qui fe vendent un prix fi modique , le Coutelier a l’habitude d’arranger convenablement le charbon de la forge bien allumé. Il le met en dos-d’âne, & pofe la lame fur ce charbon, le dos de la lame appuyé fur la partie la plus haute du charbon ,
- parce
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- C H A P î î R È I. Des Lamés, If
- parce qu’étant plus épaiflè 8c touchant immédiatement le charbon, auffi s’échaufc fera-t-elle davantage que le tranchant 5 eu égard à cette pofition. Il ne faut plus fouffier, lorfqu’on pofe les lames fur le charbon.
- Le Coutelier met à la fois jufqu’à deux & trois douzaines de lames de Couteau ou de Serpette autour du feu. Celles qui font fur le charbon le mieux allumé reçoivent les premières le recuit, 8c à mefiire quelles prennent la couleur requifè, il les retire 8c rapproche les lames les unes des autres ou en ajoute de nouvelles.
- 4 Il ne faut pas croire que les changements de couleur qu’éprouve Facier au feu ne laiflent abfolument aucune incertitude. La variété des aciers 8c la vivacité peu égale de la chaleur où on les expofe , caufent fou vent de très-grandes différences. On voit cependant que les Couteliers de Saint-Etienne ne prêtent pas une grande attention en faifànt cette opération : à la vérité, ( ainfi que nous 1 avons déjà dit ) , comme ils travaillent toujours le même acier, 8c qu’ils font occupés aux mêmes opérations pour faire la même efpece de Couteau, ils fai— fiflent affez exactement & au premier coup d’œil le degré de la trempe, 8c celui du recuit convenable.
- L’Ouvrier doit donc ici connoître la nature de Ion acier plus particuliérement encore que pour les dernieres opérations ; il eft eflentiel qu’il fâche fi fon aciet s échauffe aifément ; il faut même qu’il foit inftruit de la bonté & de la vivacité du charbon de terre qu’il emploie. page io6 9 de 1?Art du Coutelier)i
- Le Forgeron dreffe enfuite à froid les lames qui ont été trempées 8c recuites. i
- R T I C L E
- S E
- P T I E M E.
- De la façon de dreffer les Lames*
- L’a ci e r, fur-tout celui qui a été réduit en feuilles minces comme les lames de Couteau , de Serpette, 8cc. eft fujet à s'envoiler , à fe déjetter , 8c à fè courber à la trempe ; il faut donc les dreffer, 8c pour le faire avec plus d’avantage , on drefîe les lames lorfqu’elles ont été attendries par le recuit. •
- On les porte fur l’enclume & on les y drefte à froid avec le marteau, qu’on -nomme à drejfer, qui a un côté taillé en pointe de diamant. 1
- Ce travail ne demande pas une grande intelligence de la part de l’Ouvrier $ &il F exécute très - promptement ; ainfi nous ne nous y arrêterons pas plus long-temps.
- Les lames font pour lors finies pour ce qui regarde le Forgeron ; elles recevront leur derniere perfection fur les meules : nous allons les fuivré dans cet attelier. ,
- Nous avons déjà décrit beaucoup de petites opérations pour faire une lame de Couteau, foit à un clou, foit à dèux clous, ou pour faire une lame de Coutelier en commun* * E
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- Serpette 5 mais il relie encore bien des travaux avant que le Couteau ôü là Serpette foient en état d'être vendus. Continuons notre defcription, & voyons les moyens expéditifs que Ton emploie pour les aiguifer fur les meules.
- Article Huitième.
- Des U fines où font les Meules.
- lïusiNE dont nous allons parler, fe nomme Meuliere, parce que toutes les opérations s y exécutent avec le fecours de grandes meules que l'eau fait tourner. Voyez PL III.
- Chaque Coutelier de Saint - Etienne pourroit finir chez lui les lames qu'il a forgées, ayec les petites meules que les autres Couteliers emploient ordinairement , & dont on a parlé ( voye% IArt du Coutelier, pag. 47 ) , en décrivant les outils du Coutelier ; mais à Saint-Etienne on profite de petits cours d'eau voifins de la Ville , pour faire tourner avec une grande vîtelïè de très-groflès meules qui font l'ouvrage avec une diligence étonnante. On conçoit aifément qu'il faut fe conduire pour l'arrangement de toute la machine, fuivant la quantité d'eau que l'on a à là dilpofition ; quelquefois on efl: contraint de former des retenues , d'amener l'eau par des conduits en bois , enfin de profiter de la chute , lorlqu'on le peut, pour faire agir la première & principale roue qui donne le mouvement à toute la machine.
- Avec l’aide de cette machine qui fait tourner les meules » il n’eft plus befoin que d'un ou de plufieurs Ouvriers pour préfenter le morceau de fer ou d'acier fur les meules.
- Les meules dont fe fervent les Aiguifeurs de Saint-Etienne font d'un grès fin; on les tire de la Ricamarie, diftant d'une demi-lieue de cette ville, route du Puy. Des gens qui taillent ces pierres en font commerce , & les vendent aux Couteliers. Elles ont cinq pieds trois ou quatre pouces de diamètre, fur 7,8 à 9 pouces d'épaiffeur. Les Ouvriers qui tirent ces pierres de la carrière, & qulles taillent, les percent à leur centre, & y font une ouverture qu'on nomme œil 9 pour donner la facilité de les monter en les failànt traverfer par un axe de fer qui les foutient (*). Elles coûtent 40 à 48 liv. piece , & font à ce prix livrées à bon marché quand elles ne font pas tarées, c’eft-à-dire, ébranlées dans quelques-unes de leurs parties & fêlées ; on en tire auflî, mais qui font d'un grain moins fin, du Coin , route de Monbrifon.
- On verra, lorlqu’on aura décrit la fabrique des différents ouvrages qui for-' tent de Saint-Etienne , quel parti on y tire de ces meules. Elles emportent, quand on veut, très-promptement le fer & avec beaucoup plus de facilité qu'on
- (*) L’ouverture que Ton fait à la meule eft ronde, & l’axe qui doit porter la meule eft quarré; on le retient à la meule avec de petites calles de bois.
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- Chapitre t. Des Lames; 19
- ïie pourroic le faire avec les plus greffes limes difficiles à conduire (*).
- Les Couteliers de Paris qui n ont point ces meulieres oti grandes meules * en ont de petites dans leur boutique mues par une grande roue qu'un hômme fait agir ; on peut comparer ces deux machines en lifant, pag. 47 dans l'Art du Coutelier ce qui y eft dit fur les meules.
- Nous décrirons feulement ici les moyens qu'on emploie à Saint-Etienne pour perfectionner, à l'aide de ces meules , les lames des Côuteaux & Serpettes que nous avons vu forger*
- On- peut faire mouvoir les meules par des roues à aubes ou àpots9 foivant la chute & la quantité d'eau qu’on peut dépenfer. A l'ufine que j'ai principalement examinée, l'eau qui eft amenée par la conduite a9 PL III, fait mouvoir une roue à aubes c9 lorfqu’on leve la vanne b : cette roué e peut être, ainfi que nous venons de le dire , à augettts, à cuillers ou à pots ; elle a environ 5,6,7 ou 9 pieds dé diamètre, parce qu'elle doit tourner avec vîteffe& fbn arbre , qui traverfe le mur d'un bâtiment ou font les meules, imprime un pareil mouvement à unë grande roue dd9 qui eft emportée par l'arbre de la roue c. Cette fécondé roué d neft point dentée ; mais fà circonférence eft creufee de deux gouttières ddï 'Voyez le bas de la Planche ou cette roue À9 B eft deffinée plus en grand. Ces deux rainures reçoivent chacune une corde de boyau qui , en fe crpifànt 9 va fe rouler for la bobine ou poulie n ou G9 H , dont d'axe eft un arbre qui fe prolonge plus ou moins dans l'attclicr* Cet arbre porte auffi plus ou moins de poulies, foivant qu'on doit faire mouvoir une plus grande ou une moindre quantité de meules,
- La fécondé bobiné 0 de cet arbre porte une corde qui va fe rouler for une autre poulie py dont l'axe entraîne plufieurs meules qq : fur la troifieme poulie r eft encore roulée une corde qui fait mouvoir un arbre avec une ou plüfieurs meules x. Ce que nous avons dit de ce côté dei'attelier fe répété à peu-près de l'autre, & toutes les meules reçoivent leur mouvement de la grande roue d d ; ainfi de l’autre côté la même roue dd fait mouvoir les bobines f9 k9 qui procurent le mouvement aux meules g9 h9 i9 /, m. En partant de ce même fyftême, on varie la difpofition des poulies & des meules , foivant les différentes circonftances. Par exemple, la corde qui entoure la grande roue dd, peut venir fe rouler for une poulie f9 & de-là aller encore fe rouler for une fécondé k, & l'on auroit pu ajouter encore des bobines au lieu des meules l9m, qui auroient pu faire mouvoir un troifieme rang de meules. Pour entendre plus aifément cette mé-
- (*) Les Couteliers, Taillandiers, Arquebu-fiers 6c Fourbiffeurs , emploient ces meules pour dreffer. 5c polir leurs ouvrages. On choifit ordinairement celles qui ont les plus grandes dimensions pour aiguifer ou émoudre les outils & inftru-ments qui doivent relier plats , 6c qui font les plus grands 6c les plus larges ; car plus la meule eft grande, plus la partie fur laquelle l’outil por-
- te peut être gne droite.
- Ces meules fervent tantôt à dreffer 6c forer les canons de fufil , tantôt à polir la plupart des ouvrages de Serrurerie & de Quincaillerie , comme les gonds , pentures , fiches, 6cci les fers , à repalfer le linge , àfrifer. Ces meules fervent auffi à polir les lames d’épées 6c defabres;
- regardée comme formant une li-
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- chanique, ii faut jetter les yeux fur le bas de la Planche III : nous y avons fait graver fur une plus grande échelle la première bobine ou la roue principale AB; qui porte les deux cordes C G , 8c qui communique le mouvement aux autres bobines E9 D , H par les cordes F CG ; une de ces fécondés bobines avec les rainures pour recevoir les cordes, eft repréfentée en P S, 8c coupée dans Ion diamètre en QR-
- Nous avons auffi repréfenté , dans le bas de cette Planche, plus en. grand le mouvement de la petite meule de noyer , Fig. 3 , de la vignette. En I K 9 L M , on voit l’aflemblage de la meule L M avec l'arbre IK ; 8c on conçoit aifément comment , par cet affemblage fimple , on peut fubftituer une nouvelle meule à une autre ufée. Les parties de l'arbre de la meule font aflem-blées en NO.
- La grande roue ou la première bobine dd vignette , ( ou A B , dans le bas de la Planche ), a environ 2 pieds & demi de diamètre. Les fécondés bobines D8cH, au bas de la Planche , ouy"n dans la vignette, ont environ 1 pied 3 pouces de diamètre ; 8c les troifiemes npk, dans la vignette, ou E au bas de la Planche, ont un peu moins de 10 pouces. Ce font-là des à peu-près; car la dimenfîon de ces pièces eft fujette à beaucoup varier ; mais on voit aifément, qu’en fuivant ce principe, les bobines fervent , premièrement à accélérer le mouvement des meules, 8c ce dans le rapport du diamètre de la roue d d, à celui de la bobine, en fhppofànt 7 comme on le fait ici, que la corde qui embrafle l’une 8c l’autre foit croifée ; fecondement , par le moyen de ces bobines , il^ eft clair que l’on communique le mouvement à plusieurs arbres qui peuvent faire tourner chacun plusieurs meules.
- Il y a des meules qui étant neuves ont, ainfi que nous l’avons dit, jufqu’à y pieds 3 ou 4 pouces de diamètre, fur 7, 8 à 9 pouces d’épaifleur , & l’on s’en fert encore lorfqu’étant ufées, elles n’ont plus que deux pieds de diamètre ou deux pieds & demi.
- Ces meules ont auffi le grain plus ou moins gros ; les plus groffiéres fervent pour ébaucher, les autres pour perfectionner. Il faut en avoir auffi de plus ou moins dures ; les dures fervent pour des ouvrages greffiers : on choifit les tendres pour les lames de Couteau. , #
- On fait que les meules ou trop dures ou trop tendres auroient un défaut eflentiel ; trop dure, la meule n’auroit point de prife fur l’acier ; trop tendre, la meule s’uferoit la première.
- On pratique à toutes un petit filet d’eau qui humecte continuellement la meule, pour tenir lieu de l’auge remplie d’eau , dans laquelle trempe la petite meule des Couteliers. Cette eau empêche que la piece que l’on aiguife , en s’échauffant par le frottement, ne fe détrempe. On fait auffi couler un autre filet d’eau fur les axes des arbres tournants pour diminuer les frottements. Aude flu s des grandes meules, par exemple, en i 8c x, on place une longue
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- C h a p i t r ë ï. Lamesi àt
- plâftche qü’on nomme chevalet. Voy. les Figures première & féconde* Il eft di£ pofé de façon que l'Ouvrier étant couché deflus , puifle préfènter fur là meule là lame qu'il veut aiguifer ou émouire , & être en force pour l’appuyer fur cette meule. Les RepaJJeurs ou Emouleurs font couchés fur le chevalet, fans avoir de couffinet, & font éloignés d’environ i y pouces de la meule fur laquelle ils aiguifent. La tête 8c leurs corps, jufqu’à la poitrine , débordent le chevalet fur lequel ils fe fbutiennent, 8c ayant ainfi les bras libres , ils fuivent des yeux l’ouvrage & y conforment le mouvement de leurs mains (*).
- Comme les lames de Couteau font petites & minces, les Émouleurs font obligés, pour les préfènter fur la meule, de les tenir dans une efpece de pince de bois T , dont je vais donner la defeription* Cette pince eft formée de’ deux morceaux de bois attachés l’un contre l’autre par le milieu de leur longueur T, X ou T, au moyen d’une broche rivée à tête à chaque bout, qui eft reçue aflez à l’aife dans les trous , pour permettre aux parties 4, J de fe rap-procher quand on écarte les parties 69 7, par le coin V" pouffé entre deux.
- On place une lame S dans la pince au bout 4 , y ; on met le coin V dans là pince entre les parties 6,7 ; comme le coin déborde la pince, l’Émouleur ferre fortement la lame en frappant la tête du coin fur une pierre qui eft à portée de fà main ; s’il veut ôter la lame de la pince , lorfqu’elle eft finie ou lorfqu’il faut la retourner 9 il frappe de côté la tête du coin fur la même pierre ; 8c ayant retiré le coin, la lame s’enleve aifément de la pince. Les Couteliers de Paris fè fervent auffi de cette pince pour retenir les lames de Couteaux qu’ils fe pro-pofèntderepaflèr. Voyez ï Art du Coutelier 9 pag. 160; mais ils n’ont pas befoin* , comme ceux de Saim-Eticmiv., du fccontl uftenfile dont nous allons parler*
- La lame eft ainfi retenue très-folidement ; mais les meules de Saint-Etienne étant larges & d’un grand diamètre , "d’ailleurs ces meules tournant avec rapidité , les Ouvriers ne pourraient pas, fans courir de rifque , appuyer fur la lame pour l’émoudre. Pour y parvenir fans danger, les Émouleurs ont à Saint-Etienne un autre morceau de bois Z, plat d’un côté , creufé en 1, x, 2 afîez pour recevoir la moitié de l’épaifleur de la pince , de forte que la lame s’appuie fur la partie 1, 1 de ce morceau de bois, laquelle eft plate & n’eft point creufeei On conçoit qu’au moyen de ce morceau de bois, l’Émouleur peut appuyer des deux mains , 8c fortement la lame fur ces grandes meules fans rifquer de fe bleflèr.
- En emportant ce que le Forgeron a laifle de trop * l’Emouleur forme la
- l’autre, par un plus grand frottement delà corde fur leurs circdnférencës. 2°. Que par ce même moyen on fait tourner la meule dans Un fens op-pofé à celui de la roue, ce qui permet à l’Aigüifeur de fe placer au-delà de la meule, par rapport à la roue, comme on le voit ( Fig. i ,) &c non entre deux, comme il y feroit obligé, fi la roue & la bobine tournoient du même fens 5 ce qui fjprQit gênant & fujet à inconvénients.
- Coutelier en commun. E
- (*) Soit quon rafle ou quon ne rafle pas croifer la corde, la vîtefle de la bobine ( & par conféquent celle de la meule) eft toujours à celle de la roue d d, comme le diamètre de celle-ci eft au diamètre de la bobine ; mais les motifs qui déterminent à croifer la corde, font i°. que par ce moyen elle embrafle de plus grands arcs fur la roue & fur la bobine, ce qui affure d’autant plus la communication du mouvement de Tune à
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- U ART DU COUTELIER.
- lame , en appuyant plus d’un côté que de l’autre, & en retournant la main 9 il fait le. tranchant & le dos de la lame. Il change la lame plufieurs fois de côté pour en travailler fucceffivement les deux forfaces ; l’habitude que les Ouvriers ont contraélée fait qu’ils exécutent très-promptement toutes ces opérations.
- Les Couteaux de table ou à gaine s’aiguifent de même, avec la feule différence qu’on a formé dans les morceaux de bois ou poignées Z, une rainure pour recevoir la broche ou la foie de ces Couteaux ; le refte de la pince n’offre aucune différence.
- La pince eft deffinée dans les proportions du porte-pince Z, en u, a: & 1, petites lettres ; & pour rendre la pince plus vifible dans toutes fes parties, on l’a defîinée plus en grand, en T 9 X, Y, grandes lettres.
- Au fortir de la meule les lames ont pris la forme qu’elles doivent avoir ; elles font d’une épaifïeur convenable , le tranchant eft bien'formé ; elles paA fent pour lors à d’autres Ouvriers pour les polir.
- Les meules à polir, Fig, 3 , ou les polijjbires font de bois de noyer, dont le diamètre eft beaucoup plus petit, & l’épaiffeur de la meule beaucoup moindre que celle de grès. Celui qui polit eft aflis devant la meule ; il commence par effacer ou emporter les traits qu’a fait for la lame la meule de grès, avec de l’émeri bien broyé 8c délayé avec un peu d’huile. On en fait une pâte, 8c on en met un peu for la lame ; on dégraifîe la lame en la pafîant for la meule, avec de la poudre de charbon de bois blanc. On fe fort auffi pour polir de mouline ou d’écailles de fer ou d’acier prifes à la forge. Nous avons repréfenté au bas de la Planche tu /K. , JLAf9 AtO , l’arrangement
- de cette meule deftinée à polir 9 8c la méchanique de fon mouvement ; nous en avons déjà expliqué toutes les parties , & l’on a vu qu’il eft fort aifé de changer de meule lorfqu’on le defire, & d’en fobftituer une autre à celle-ci. L’Ouvrier donne le dernier luftre ou poli avec la pierre ponce , ou mieux encore avec de la potée d’étain , fi c’eft un Couteau au-deffus du prix des plus communs. Il balance la lame for la meule pour rendre les deux forfaces un peu convexes. Voyez Y Art du Coutelier, page 113 & foivantes.
- Ordinairement les meulieres appartiennent aux Fabriquants, ils entretien-* nent tout ce qui en dépend ; & pour le travail qui fo fait dans cet attelier, ils donnent auxÊmouleurs depuis 6 9 9 jufqu’à 18 à 20 fols de la greffe pour les Couteaux communs , quelque chofo de plus pour ceux qui font travaillés avec un peu plus de foin ; & pour les Couteaux de table ou à gaine , ils donnent jufqu’à 8 ou 1 o fols de la douzaine.
- Les lames étant ainfi travaillées 8c polies, on les porte à la fabrique pour leur mettre des manches , les monter.
- Nous venons de voir l’utilité de ces meules, & avec quelle promptitude elles finiffent l’ouvrage, étant mues rapidement par l’eau. Les meules qui ont
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- Chapitre I, Des Lames. 23
- ton gros grain emportent de grofTes parties de fer, 8c fuivant qu*on les choifit plus ou moins rudes, elles donnent aux ouvrages différents degrés de perfection ; mais malheureufement elles ont un inconvénient. La pofition des Émou-leurs couchés à peu de diftance Sc defîus leurs meules, les expofe à être eftropiés ou même à perdre la vie. Il fe trouve dans les meules des fentes imperceptibles, ou comme difent les Ouvriers, des fils ; Sc comme ces grofTes mafles tournent avec rapidité , la force centrifuge eft affez confîdérable pour détacher des morceaux de ces pierres qui s’écartent par la tangente avec tant de force , quils brifent Sc renverfent tout ce qu’ils rencontrent. L’Émouleur ou l’Émouleufe , ( car les femmes font auffi ce métier ), eft par là pofition plus expofé aux dangers de cet inconvénient qui renverfe le chevalet, le cafte Sc le brife , bleffe la perfonne qui émouty Sc plus fou vent encore l’écrafe & le tue, fans qu’on ait trouvé de vrais moyens de la mettre à l’abri de ces malheurs trop fréquentspuifqu’il n’y a prefque pas d’années qu’il ne périfîè ainfî quelques Aiguifeurs. Les meules qui font fojettes à produire cet événement fgnefte, ont eu probablement leurs parties ébranlées en les taillant dans la carrière ; elles y ont été fêlées, fans que le commencement de caflure ait été aflez apparent pour que l’on ait pu le reconnoître. Voyez pag. 18 de cette defcription.
- Quelquefois la meule le fepare à l’endroit de l’ouverture que l’on y a pratiquée pour recevoir l’axe de fer qui la fbutient ; mais le plus fbuvent les éclats ne gagnent point le centre de la meule, & il s’en détache feulement des portions ou fragments confidérables. Une meule neuve, la plus ronde Sc la mieux taillée y eft expofée plus qu’une vieille , même celle dont quelques endroits plus tendres que d’autres, /croient creufes» Scl’auroit rendue plus difforme Sc moins ronde ; d’ailleurs quand on fait que le moindre ébranlement dans le grès ou la moindre fêlure y qui n’eft point apparente, donne lieu enfuite à une féparation, on attribuera l’éclat des meules, quand on s’en fert, à un ébranlement dans la pierre, & à une première défunion produite par-la nature ou par l’Ouvrier qui l’a taillée.
- Ces accidents font fréquents, même aux petites meules des Couteliers en ouvrages recherchés , qu’un homme meut pendant que le Coutelier repaffe. La différence dans les diamètres des meules dont on fe fert à Saint-Etienne, avec les meules de nos Couteliers, doit auffi multiplier dans cette ville les effets malheureux en raifbn de la grandeur dans les meules qui leur donnent liem L’Académie auroit déliré , d’après les récits qui lui ont été faits de tes événements trilles Sc multipliés, pouvoir par quelques moyens les prévenir Sc en garantir des hommes toujours précieux à un État, Sc dont on doit regretter la perte. Voyez le volume de cette Compagnie, année 1762 , Hift. pag. 37.
- Un de fes Membres qui, en 1762 , a été témoin à Strafbourg d’un accident femblable , » propofe de choifir des meules plus IpaifTes , Sc d’y ménager , de » part & d’autre, deux retraites d’un moindre diamètre, for chacune defquelles
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- y) on feroit entrer une frette de fer qui pourroit fe ferrer avec des coins ou aved des vis. Ces frettes plus baffes que la circonférence de la meule, n'empê-cheroient pas Ion ulàge , Sc elles mettroient les Couteliers à l'abri d'un acci-y> dent toujours dangereux , Sc quelquefois funefte ».
- Je n ai point voulu laiffer ignorer au Public ce moyen , les Couteliers de Paris pouvant en faire ufage: mais je ne puis diffimuler ici quil ne peut remédier qu'imparfaitement aux défauts des meules de Saint-Etienne, & ne peuvent prévenir les accidents quelles occafionnent , qu'en employant beaucoup de foin. Il ne feroit peut-être pas aifé d'aflujettir cette frette de fer, qui ne peut avoir que peu de largeur, fur une grande meule degrés de 7, 8, à9 pouces d'épaiffeur ; d'ailleurs, la différence d'une meule neuve qui a environ 7 pieds, avec une ufée d'environ 3 pieds, exigeroit un certain nombre de frettes de différent diamètre , en baillant les retraites. Si l'on mettoit à'une meule neuve les frettes fur des retraites, à un pied ou deux de fon centre , on ne pré-viendroït jjas les rifques des fragments qui fe détacheroient de la meule , & qui produiraient les mêmes maux. Si ces frettes étoient plus aifées à placer fur une auffi grande meule, je confeillerois de n'en mettre qu'aux meules neuves , dans les premiers temps qu’on s'en fert ; car ce font celles-là qui éclatent & qui font d'autant plus de mal, qu'étant neuves elles ont un diamètre plus confidérable & tournent avec plus de vîteffe. Cette vîteffe produite par l’arrangement de toute la machine , eft néceffaire pour agir avec promptitude fur la lame quon leur préfente.
- Comme les meules neuves font plus fujettes à ces événements , fans que l'on puifle abfolument oroire 1* îé/îflanc-c de la lame que Ton aiguifo y donne lieu ; je fuis furpris, (ayant encore à Saint-Etienne à leur di/pofition l'eau qui eft le moteur de ces meules ) , que les Entrepreneurs ne les faffent pas tourner plufieurs jours avant qu'on s'en ferve, Sc toutes les nuits quand il n'y a per-fonne dans l'uGne ; ne fembleroit-il pas que fi la meule venoit à fe rompre, on ne feroit pas expofé à en réffentir les effets, & qu'ayant tourné ainfi pendant quelque temps, on pourroit plutôt répondre quelle ne fe romprait pas enfuite lorfqu'on s'en ferviroit pour émoudre.
- CHAPITRE
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- Chapitré II. Des Manchet*
- CHAPITRE SECOND.
- Du Travail des Manches.
- D e tous les Ouvrages qui fortent des mains des Couteliers de Saint-Etienne , le travail des Manches eft {ans contredit le plus înduftrieux, & celui qui a exigé le plus d’invention ; Ton peut remarquer que l’on trouve ordinairement des traits de génie dans les Arts qui fabriquent les uflenfiles Communs, & qu’on livre à un plus bas prix. C’eft pour lors qu’il faut avoir recours aux inventions limples , pour épargner la main-d’œuvre & fuppléer ( fouvent par des machines ) à ce que feroient des hommes en y employant beaucoup de force & de temps.
- A Paris, les Couteliers finifïent leurs manches de Couteaux £ùr l’étau, en y employant différents outils & y mettant beaucoup de temps. Voy. VArt du Coutelier, Chap. IX & X9 pag. 77 & fuivantes. (Et c’eft, dans cette même ville, un inconvénient qui s’oppofe à la perfection des ouvrages qui fortent ^des grandes boutiques^). Un Ouvrier qui a fait la lame, monte le Couteau & le conduit au point de perfection où il doit être pour le vendre ; au contraire à Saint-Etienne chaque Ouvrier ne fait qu’une foule opération dans un Ouvrage , comme nous l’avons dit précédemment.
- A Saint Etienne ^ ûnvripi- ^mmence & ébauche les manches , tandis qu’un autre emploie un moule pour lui donner fa forme ; & ceit ainfi que le Couteau paffe par bien des mains avant d’être en état d’entrer en verge.
- Nous avons averti que les Couteaux qui fe fabriquoient à Saint-Etienne n’étoient pas tous du même prix ; que ce prix différoit fuivant la matière plus ou moins chere qu’on a employée pour former les manches, & fuivant les attentions qu’on a ajoutées à quelques-uns, & quel’ona refufées aux autres. Entrons dans des détails.
- Entre les Couteaux dont la lame fe replie dans le manche, ceux qui fe livrent à meilleur marché font les Couteaux à manche de bois ; il y en a aufîi à manche de corne, mais ils font plus chers. Commençons à parler du travail des manchesde bois ; il nous reliera peu de chofe à ajouter, en décrivant les moyens } qu’on emploie pour faire les manches avec d’autres matières moins communes.
- On fait ordinairement les manches de ces Couteaux communs de bois de hêtre, quelquefois de bois de buis. On emploie encore d’autres bois, mais plus rarement.
- Le bois de hêtre efl préféré à tout autre , parce qu’il n’eft pas cher , qu’il fe fend aifément, qu’il prend un affez beau poli, & foffifant pour la perfeétion qu’on veut qu’ayent les manches ; enfin le moule dont on fe fert pour les for: Coutelier en commun± G
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- aS VA RT DU COUTELIER:
- mer, leur donne déjà une couleur aflez agréable, que Ton releve quelquefois encore par une féconde opération, comme nous le dirons dans la fuite,
- Lorfque Ton emploie dubois de hêtre, pour former les manches de Cduteaux,1 on commence par couper la bûche en rondelles, ordinairement de fept pouces de long, plus ou moins fùivant fefpece de Couteau qu’on travaille, Fig. r & Fig. 8 de la Planche IV ; on refend ce billot en plufieurs chevilles, en fui-vant toujours le fèns des fibres du bois. On ne prend pas de grandes précautions pour exécuter ce travail. On pofe la bille de bois fur un billot, & on la divifè en plufieurs parties avec une hache qu’il feroit inutile de décrire ici* Elle eft aflez forte pour réfifter à l’effort qu’on en exige, Fig. r ou 8 ; on partage cette bille de bois en plufieurs parties, la divifant de la circonférence au centre. Le milieu de l’arbre, la partie qui fe trouve au centre, eft rejettée comme inutile. On fait que dans le hêtre , la partie immédiatement placée fous 1 écorce eft la meilleure, & celle que l’on travaille plus aifément. On donne à ces parties de bois partagées un pouce ou un pouce & demi d’épaiftèur, on les nomme chevilles io & ir, qui font en plus grand ou en moindre nombre , & qui ont aufîî plus ou moins de longueur , fuivant que la grofïèur de l’arbre le permet, Sc fùivant Tefpece de manche qu’on doit en tirer.
- Un Ouvrier, Fig. 2, prend les chevilles : il en met une fur un billot, & avec fà hache il en abbat les angles, & commence à lui donner la figure du manche qu’elle doit former. Il laifîe plus ou moins à travailler au troifieme Ouvrier que nous allons voir en ouvrage.
- Ces Ouvriers font ordinairement- le* uiwpuüic des autres, pour qu ils puiflent aifément fe faire paflèr les chevilles.
- Celui-ci, Fig. 3 ou Fig. 12 , eft fur un banc a parer. Le banc à parer eft un chevalet, Fig. 12 § 14, foutenu d’un côté fur un pied, & de l’autre extrémité fur deux autres:il eft horifontal. Sur une extrémité de la table, qui en fait la bàfe, on a ajufté une petite planche perpendiculaire au banc, ou un tafleau a, attaché fur l’épaifleur ou le champ du banc, & fur fon côté gauche, par rapport à la pofition de l’Ouvrier qui doit s’en fervir.
- Il y a une ouverture faite à cette planche ; elle eft deftinée à retenir l’extrémité d’une Flâne , Fig. 13 , qui, par fa pofition, traverfe la largeur du banc , & qui peut fè mouvoir librement , cette extrémité étant toujours retenue dans cette ouverture.
- L’Ouvrier, Fig. 3, eft jambe deçà & jambe delà fur ce banc, & conduit la plane en la tenant par l’autre extrémité que l’on a garnie d’une poignée pour la rendre plus commode à manier.
- L’Ouvrier conduit cette plane, comme on voit, d’une feule main , & de l’autre il tient la cheville qu’il préfènte du côté convenable pour la tailler. Il ébauche ainfi le manche avec cet outil auquel l’Ouvrier donne tel mouvement jqu’il lui plaît ; & lorfqu’il le conduit avec adrefle , en peu de temps fbn manche
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- Chapitre IL Des Manchet* eft ébauché : il lui a donné une forme qui approche beaucoup de celle qui! doit avoir avant de le mettre en moule ; cependant on porte les chevilles ébau* chées à un autre Ouvrier, Fig. 4, qui eft devant un étau, Fig. iy, retenu iùr une table à la hauteur convenable, pour que l’Ouvrier qui s’en fèrt travaille debout. Dans cet étau l’Ouvrier met une mordache , Fig. 16 ; on a donné ce nom à une pince de bois dans laquelle on pofe le manche qu’on veut tailler. Cette mordache eft formée d’une piece de bois mince, partagée fiiivant là longueur. Pour empêcher la mordache de le joindre dans toute fa longueur , on met entre les deux parties défùnies en a% le petit morceau de bois b ; & lorfque la piece que l’on veut maintenir à l’aide de la mordache, eft entre les deux branches cy on les ferre par l’étau de fer, Fig. iy : ainfi la mordache fèrt feulement à maintenir le manche fans le gâter, & fans qu’il relie des impreffions furie bois, comme en feroit l’étau de fer.
- Le manche étant retenu dans cette ferre par le moyen de l'étau de fer; l’Ouvrier achevé le manche avec plufieurs écouenes, L’écouene eft une elpece de râpe, Fig, 23, PL VII, dont les ftries tranchantes traverfenc la largeur de l’outil. Il y en a qui ont leur lame garnie de dents plus ou moins fortes, & qui lont plus ou moins larges. L’Ouvrier emploie l’une ou l’autre de ces écouenes, fùivant que l’ouvrage eft plus près ou plus éloigné de fà perfeéiion. Au refte, plufieurs efpeces d’Ouvriers le fervent des écouene#.1 Voy ez f Art du Coutelier,
- L’Ouvrier perfectionne Ion manche avec cet outil, & lui donne une forme qui approche beauuuup Uc va~1.1v, doit prendre dans le moule. Il ne faut pas qu’il laiflè trop de bois , le moule ne pourroit pas le faire prêter affèz pour ôter cet excédent, s’il fe trouvoit trop confidérable ; il convient cependant que le manche foit plus gros qu’il ne le faudroit pour entrer aifément dans le moule, afin qu’il emprunte la forme du moule, & qu’il fe prête dans toutes fes parties pour en prendre exaélement l’empreinte. L’habitude lui apprend à en approcher de très-près, fans avoir rien devant les yeux qui puifle lui indiquer ce qu’il doit faire.
- Si un feul Ouvrier conduit l’ouvrage depuis la première opération, celle de féparer les chevilles & les tirer de la bille de bois jufqu’à cette derniere que nous venons de décrire, il peut faire deux grofîes par jour : on lui donne huit fols de la grofle ; ainfi il gagne feize fols dans fa journée.
- On porte les manches ainfi travaillés à un autre endroit chez le Fabriquant^ pour leur donner la derniere façon qu'ils reçoivent d’une preflè & d’un moule , ainfi que nous allons l’expliquer.
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- L’ART DU COUTELIER^
- Article Premier,
- Des moyens de mouler les Manches.
- I l feroît trop long de donner la derniere forme aux manches de Couteaux * en ne fe ferrant que des feuls outils dont nous venons de parler. On préféré un moyen moins coûteux , & qui, étant plus expéditif, réduit leur fabrique à une moindre valeur, & s’accorde mieux au prix modique auquel il faut livrer ces Couteaux. On a imaginé des moules & des prefïes qui répondent parfaitement à ces vues d’œconomie. Par cette invention très-ingénîeufe, on réuffit en peu de tems à donner la derniere main aux manches dont il s’agit. Voyez Planche V.
- Le moule dont on fe fort confifte en deux plaques de fer, Fig. 1,2, au bas de la planche, creufées de façon à donner la forme à deux planches à la fois. Dans l’intérieur de chacun des creux, & fur une feule de ces plaques, on grave fouvent en creux le nom du Fabriquant. Le nom doit par conféquent fe trouver répété en relief fer un des côtés du manche qui a porté dans le même côté du moule.
- Au milieu d’une de ces plaques, à deux diftances différentes, l’une plus près & l’autre plus éloignée de la partie qui fert de manche au moule, il y a deux petites éminences a a, hautes d’un pouce environ, & précifément de l’épaiffeur de l’autre plaque du moule \ elles font deftinées à pnt-rer deux ouvertures faites a Faute plaque b b qui doivent les recevoir , & qui font faites auflî de maniéré à recevoir ces deux éminences; elles affujettiflent & fixent la pofition réciproque des deux plaques, Fig. 1 & 2, qui forment par leur réunion le moule entier.
- Les deux parties c & c des plaques fervent de poignées ou de manches au moule ; elles fe trouvent l’une fer l’autre quand les plaques y font aufiî, & que le moule contient les manches pour leur donner la forme qui leur convient.
- II feroit inutile de dirè qu’un Fabriquant doit avoir des moules de différentes grandeurs, pour pouvoir mouler des manches pour de petits Couteaux , & pour d’autres beaucoup plus grands ; mais les plaques de tous les moules font de la même largeur, pour pouvoir entrer fous les mêmes preflès.
- Quelques-uns de ces moules font plus façonnés. Certains portent des filets qui ajoutent un petit ornement aux manches qu’ils font deftinés à former. Rarement ajoute-t-on cette petite perfeétion aux moules deftinés à mouler des manches de bois ; premièrement, parce que le bois eft moins fofeeptible de fe prêter à cette perfeétion ; fecondement, parce que ces manches étant ceux que l’on donne à meilleur marché, il faut éviter ce qui pourroit exiger plus d’attention
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- Chapitre IL Des Manches. ap
- tention pour bien placer le bois dans le moule, qui peut être comparé à une elpece de cachet qui doit imprimer les ornements dont nous venons de parler.
- Les moules fe font à Saint-Etienne ; c’eft un ouvrage de forge : ils coûtent 8,p, io & 12 livres ; ces différents prix font réglés fuivant la perfeéiion qu'on leur donne,
- Paflons maintenant à la defeription des PreJJes deftinées à recevoir les moules garnis des manches.
- Les prefles néceffaires pour ferrer les moules fe faifoient autrefois à Saint-Etienne ; mais on prétend qu'on feroit embarrafle pour s’en procurer de nouvelles , fi on vouloit augmenter le nombre de celles qui s’y trouvent aujourd’hui. Une prerte pefe 2jo à 300 livres.
- La prefle Fig. 6 & j 9 confifte en deux montants de fer h h, de quatre pouces de largeur fur tous les côtés ; l’extrémité inférieure de chacun de ces montants traverfe une table de bois fort épaifle, & eft retenue en dellous de cette tablette par un coin a , que l’on fait entrer dans une mortaife i i , pratiquée à 1 extrémité de chacun des montants. Voyez Fig. 6 & 7, ou Fig. 12 & 13. Les coins aa9 qui portent le long du dellous de la table, maintiennent folidement toute la prelîe fur la table.
- Les deux montants dont nous parlons font réunis l’un à l’autre par une traverfe b qui porte fur le deflus de la table, & qui fert à les joindre. Il y a encore une traverfe fupérieure c, que l’on nomme la boite ; celle-ci porte un écrou qui reçoit une vis qui traverfe la boîte ; entre la première traverfe b & la fécondé traverfe c, il y a une platine mobile d. . •
- Lorfque l’on tourne la vis qui traverfe l’écrou, elle appuie fur la platine d9 & l’oblige de defeendre jufques fur la traverfe inférieure b. Quand on derterre la vis, cette platine remonte d’elle-mênfe~, parce qu’elle porte un levier e, Fig. 7 ou Fig. 8 , foutenu par un axe qui le traverfe , & qu’à .l’extrémité de de ce levier il y a un poids f artez fort pour l’obliger de faire la bafcule & de remonter la platine d à mefure qu’on derterre la vis.
- Ceci eft fait à deflein feulement d’éviter le foin à l’Ouvrier de foulever la platine d chaque fois qu’il derterre la vis , & qu’il veut mettre un moule fous la platine.
- Voyons comment on fait ulàge du moule & de la prefle. Il s’agit toujours de la façon de mouler les manches de bois ; nous indiquerons enfiiite les petites différences qui fe rencontrent dans le même travail fait avec la qorne.
- On fait chauffer le moule à un feu de forge, excité par un foufflet mû à bras. L’Ouvrier, Fig. il, a foin de le retourner fur le feu afin que les plaques s’échauffent également ; le moule eft pour lors fermé.
- L’Ouvrier reconnoît le degré de chaleur qu’il convient de donner au moule, à la fenlation qu’il excite liir la joue, lorfqu’il l’en approche à une certaine Coutelier en commun. H
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- 30 L’ART DU COUT ELI ER.
- diftance. Il ne faut pas qu'en étant éloigné de quatre à cinq pouces, il en occafionne une qui le brûle. Quand il l'a laiifé trop de temps au feu , il faut en perdre encore à le laiiTer refroidir.
- Avant de pofer dans le moule le bois , Fig. 4. <5 5* , qui doit y prendre fa forme , on frotte l'intérieur du moule avec un peu d'huile d'olive dont on imbibe un morceau de linge.
- Lorfqu'on a preiTé plufieurs manches de bois , le moule eft fujet à garder du cambouis, ou plutôt une efpece àtgraiffe noire qui s'y attache. On a une broche de bois , Sc pour la détacher, on frotte chaque partie du moule avec des écailles d’acier ou de fer qui s'élèvent en les forgeant ; on pile ces écailles que l'on nomme de la mouline, & avec leurs fecours on les repolit aifément.
- Les cendres de charbon tirées de la forge réufliffent très-bien, & on fe doute bien qu’il n'eft pas difficile de s'en procurer pour cet ufage qui n'en confomme pas beaucoup. On prend un chiffon G que l'on mouille affez pour qu'il fe faififfe d’une certaine quantité de cette poudre E qui s’y attache, Sc l'on en frotte chaque partie du moule.
- On pofe dans chaque creux les manches de bois, & on les met Fig. 1, fur la partie du moule qui porte les deux petites éminences dont nous avons parlé en décrivant le moule. On les place le plus droit qu'il eft poffible , ayant attention de les pofer fuivant la forme que l'on a donnée à ces manches, qui doit approcher de celle du moule.
- Deffus cette première piece du moule, on ajufte la fécondé de façon que les deux petites haufles ou éminences entrent dans les deux ouvertures faites à la contre - partie du moule ; nous avons dit qu elles dévoient fervir de repaire Sc aider à bien placer l'autre portion du moule. Les deux parties du moule ne fe touchent pas ; l’épaiffeur ‘ des manches que l'on a placés dans les creux ne le leur permet pas. On pofe le moule ainfi garni fous la prefle, Fig. 12 & 13.
- On defferre la vis. Nous avons dit que la platine d remontoit fous cette vis à mefore qu’on la defferroit , Sc quelle laifloit pofer par conféquent le moule for la traverfe b qui joint les deux montants de la prefle, & qui porte fur la table. L'Ouvrier en ferrant la vis oblige pour lors la platine à defcen-dre, Sc elle appuie fur le moule.
- L'Ouvrier, Fig. 12 , ferre les deux parties du moule en fe fervant premièrement d'une main, Fig. 9, ou manivelle de fer , qu’on appelle la manette. L’extrémité .de cette manivelle, qui eft affez forte pour ne pas prêter ou cafler par l'effort qu’on lui fait fopporter , eft contournée vers cet endroit k. Quand la force des bras ne peut plus la faire mouvoir, on l'augmente Sc on la multiplie à l'aide d’un levier, qui a d'autant plus de force, qu'il eft plus long, Fig. 10 ; celui que l'on emploie ordinairement a quatre pieds de.long. On le fait entrer dans cette partie recourbée k de la manette, & on fait porter
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- CïïÀPi’r&B: IL Des Manches. jr
- fon extrémité le long de la tête dé la vis. L’Ouvrier , Fig. 13 , ferre de nouveau lapreffe , & laiffe le moule ainfi quelque temps ; pour n'en point perdre, il emploie le moment de relâche à faire chauffer un autre moule, & pofe auffi fous lapreffe celui qui a été à la forge pendant ces dernieres opérations. On fait chauffer ainfi trois fois le même moule, & on examine chaque fois li le manche a été bien placé. Ce n’eft qu’à la derniere qu’on le retire comme fini, Fig,3.
- Le manche prend dans ce moule un poli qu’il ffiroit difficile de lui donner avec des outils , 8c que l’on ne pourroit obtenir qu’avec bien du travail. Quand on examine un manche fort! du moule, il eft aifé de le convaincre que le bois s'y eft attendri, puisque les parties comprimées qui étoient de trop pour remplir le moule, fe font portées vers les endroits entre les deux platines du moule ou il reftoit quelques intervalles, 8c que le bois furabondant s’eft étendu entre les deux plaques du moule, & y a formé des elpeces de bavures, que les Ouvriers connoiffent auffi fous ce nom , ou fous celui de cotes.
- Il faut que le moule fbit très-chaud pour produire cet effet, pas afïez cependant, comme nous en avons averti, pour brûler le bois; mais le temps que l'on y laifle les manches à différentes fois , & le violent effort de la prelle , contribuent, fans contredit, à attendrir le bois. Il fe fait ici un amolliflement pareil à peu-près, à celui que la marmite de Papin fait éprouver aux os.
- Les manches, Fig. 3 & y, fortent brûlants du moule. Cependant les Ouvriers fouvent ne fe fervent que de leurs mains nues pour les en retirer ; la peau en eft aftez endurcie pour ne fe point appercevoir de cette*exceffive chaleur.
- Le travail de ceux qui moulent 8c qui conduifent la preffe, eft très - rude; Cependant les Ouvriers que l\m paie a la grufïè, quand ils font forts & vigoureux, 18c quand ils travaillent affiduement, ne peuvent gagner au plus^que 20 à 24 fols par jour, en les payant, comme c eft la coutume, à raifon de 8, 10 ou 12 fols la groiTe. Un Ouvrier en moule deux groffes 8c quelquefois plus.
- Le Fabriquant doit avoir des moules de différentes formes. Par exemple, les manches des Couteaux à deux clous font ordinairement plus longs 8c plus droits que ceux des Couteaux à un clou. Mais en indiquant les moyens de mouler les manches des uns, nous avons enfeigné ceux dont on fe fert pour mouler les autres. Voici les différences qui fe rencontrent dans le travail des manches de corne.
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- U ART DU CO UTE LIE Ri
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- Article Second.
- Comment ton façonne & ton moule les Manches de corne.
- On fait ces Manches en employant l'ergot de la Vache , du Bœuf, la corne de la tête de ces animaux, ou, quand on veut faire un ouvrage plus recherché, on prend des cornes de Bélier ; c’efl; de toutes les cornes la plus chere, & celle qui fait un plus bel ouvrage en manches de Couteau , principalement à ceux de cuifîne , tranche-lards de Bouchers, &c ; on leur reproche feulement de fe déjetter à la chaleur ; on s’en fert auffi pour faire des châfïès communes de Rafbirs.
- On conçoit aifément qu’il faut réduire l’une ou l’autre de ces cornes en morceaux propres à former les manches de Couteau , en ménageant le plus qu’il efl poffible la corne que l’on emploie. Je ne parlerai ici que des manches faits avec la corne des tête de Bélier, & avec celle de la tête des Bœufs, fans traiter des moyens employés dans le travail des manches faits avec les ergots de ces animaux, parce que l’on pourra aifément faire l’application de ce que nous aurons dit fur le travail des cornes de la tête de ces animaux à celui de toutes les autres cornes ; encore parce que les feules différences ne confiftent que dans la façon de tailler ces cornes & de les ouvrir , & que j’efpere traiter au long ce travail, en décrivant l’Art du Tabletier, dans l’emploi qu’il fait de la corne & de l’écaille.
- Décrivons premièrement le travail de là corne des têtes de Bélier, nous aurons dit les façons d’employèr prefque toutes les autres , à quelques petites variétés près dans les premières opérations. Voyez PL VI.
- On tire les belles cornes de Béliers des côtes de Barbarie, par la voie de Marfeille. On m’a afliiré qu’on employoit à Saint-Etienne pour plus de yo mille livres de corne, tant de Bœuf ou de Vache, Bélier Sc ergots : les cornes de Bœufs valent jufqu’à 15 livres le quintal, la Vache moins, & l’<ergot encore moins ; mais celles de Béliers font les plus cheres, Sc principalement encore les cornes noires. Les cornes de Bœufs font moins belles ; mais auffi étant plus dures, elles fe déjettent un peu moins facilement que celles de Béliers. Les cornes de Bœufs fe tirent de Lyon (*).
- La corne de Bélier de Barbarie efl: beaucoup plus longue Sc plus groffe que
- (*) Les Couteliers de Saint-Etienne vendent annuellement pour plus de 12 mille livres dé rognures ou rapures de cornes ; celle de Bélier fe vendent jufqu’à 6 livres le quintal ; celle de Boeuf ou ergot près de y livres. On fe fert de ces rognures , que l’on appelle cornaille, pour fumer les vignes du Lyonnois , le bled, chanvre, Scc. Sc c’eft un des meilleurs fumiers ou engrais que l’on puilfe trouver.
- Nous ajoutons encore ici qu’à S. Etienne on emploie beaucoup de cendre de charbon de terre pour fumer les terres, qui réuffit très-bien pour les bleds & les prairies , fur-tout mêlées avec le fumier de cheval ou de bœuf ; ce qui peut dimi* nuer le prix de l’engrais produit par les rognures de cornes, puifque ce pays en a de plus d’une efpece.
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- Chapitre II. Des Manches* 33
- celle des Béliers de nos pays ; elle forme aufîl plus de révolutions , & eft plus contournée , Fig. y & 6. Il s’agit de redrefler lune ou l’autre de ces cornes, & de la mettre en état de recevoir la forme qu on lui donnera dans le moule. Nous ne traiterons pas du choix des cornes, & nous renvoyons à ce qui en a été dit dans l’Art du Coutelier, pag. 17.
- L’Ouvrier qui taille la corne de la tête du Bélier ou qui la découpe , Sc qu’on nomme par cette raifon le Découpeur, eft placé devant une forge dont il allume le feu avec un foufflet à deux vents , qu’il fait mouvoir lui-même , PL VI, Fig. 2. Il pofe la corne fur les charbons de la forge ; il la laiffe quel-que temps, & la retourné pour que le feu agifle fur toutes les parties de la corne également. Il juge de cet état & de celui qui lui convient, par le degré de molleffe qu’acquiert la corne fuffifàmment chauffée, & par le fon que ces morceaux rendent en les frappant, fur une pierre, qui eft placée à ce defîein fin? le devant de la forge. Il fait toujours agir fbn foufflet ; car c eft une partie effen-tielle que de lavoir bien chauffer la Corne que l’on deftine à former des manches ; la fuperficie de la corne fe brûle & même s’enflamme, les grailles fe fondent, là corne s’attendrit par cette feule opération, & devient fouple & aifée à travailler. Elle fè prête pour lors à prendre la forme à laquelle ort Veut qu’elle fe foumette.
- L’Ouvrier retiré la Corne toute enflammée lorfqu il la juge affez chauffée, Fig. r. Il la prend avec la main nue ; fà peau eft devenue, par l’ufàge qu’il en fait, peu différente, pour la dureté , de la corne qu’il travaille ; ainfî.la chaleur de cette corne enflammée fait peu d’effet fur elle. Il pofe la corne dans un étau do fer, Fig. I 6* 3> Peu éloigne ae la forge, étant £*rmpment attaché à un pilier de bois qui s’élève perpendiculairement, & dont le.haut eft retenu à une poutre ou pafle entre deux folives. Il ferre l’étau, & retient cette corne dans l’étau devant lequel il eft debout. Il coupe la corne en plufieurs parties & en plus grand nombre, quand la corne eft grande ; en moindre , quand elle eft petite ; mais il faut que chaque partie foit de la longueur d’un manche ; il les rejette enfùite fur le feu de la forge.
- Il coupe de même une fécondé corne, puis il travaille les parties de la première corne qu’il a coupée. Il met dans l’étau une partie de cette corne, de façon que la prefliôn des mâchoires de l’étau commence à drefler ce mor-cèau ; il enleve avec une efpece de couteau, Fig. 4 , à long manche, fait à peu-près comme un tranchet de Cordonnier, les parties trop brûlées qui font inutiles ; il fend le morceau fuivant fa longueur ; il ôtè un peu de fon épaif, feur fur les bords de la fente ; il le plie dans l’étau, dans le fens de la longueur du morceau de corne ; il l’ôte de l’étau, le fedreffe dans fes mains, il le trempe dans l’eau , & il le remet tout de fuite daris l’étau pour lui faire conferver cétte * nouvelle forme, en l’y tenant ferré pendant quelque temps dans la pofition où fes mains l’ont mis. L’Ouvrier le place dans l’étau , comme on le devine Coutelier en commun* I
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- aifément, dans un fens oppofé à la courbure que la corne avoit naturellement*
- puilqu’il fe propofe de la lui faire perdre.
- Il coupe les extrémités de la corne, celles qui débordent les deux parties de Tétau, parce que les dimenfions de l’étau font celles qui doivent fervir de réglé à la longueur de la corne, celle de l’étau étant relative à celle du manche que la corne doit former. Cet étau doit avoir des mâchoires de y,6 ou 8 pouces de longueur ; ces dimenfions étant celles des plus longs manches de Couteaux communs.
- Enfin * il remet la corne, qu’il a pliée de façon qu elle ne forme plus qu’une épaifteur, & il finit par enlever une lame entre les deux côtés qui fe joignent* depuis qu il les a pliées & ferrées l’une contre l’autre.
- On fait que la corne, par la chaleur, devient fouple ; que non-feulement elle fe moule aifément* mais que deux morceaux appliqués l’un fur l’autre & fermement prefles, fe foudent au point de ne plus faire qu’un feul morceau & de ne plus permettre qu’ils fe feparent.
- L’Ouvrier jette cette corne* ou ce manche ébauché* dans un vafe qui eft ordinairement une marmite B pleine d’eau, pofée proche l’établi où il travaille, & ce n eft plus qu’une répétition de ce même travail for tous les morceaux de corne qu’il doit fucceffivement dilpofer pour en faire des manches de Couteau. La corne refte ainfi dans l’eau pendant quelque temps.
- On imagine aifément que ce travail, ainfi que tous ceux qui fe font for les cornes brûlées, ne communique pas à l’endroit où il fe fait une odeur agréable ; mais c’eft ce à quoi l’Ouvrier prête le moins d’attention : on deftine ordinairement une ch^mb***» « ce premier travail.
- La corne ainfi dégroflie n’a pas plus la forme du manche qu’elle doit faire , que ne l’avoit la cheville de bois de hêtre quand on l’a coupée du billot dont elle faifoit partie. On porte la corne, quand elle eft feche, à un autre Ouvrier chargé de l’ébaucher.
- Nous avons dit que l’on faifoit auffi des manches de Couteaux avec la corne de la tête des Bœufs, Vaches, &c. Nous n’entrerons que dans les détails qui différencient ce travail de celui des cornes de Bélier.
- Nous avons déjà prévenu que cette efpece de corne étoit plus dure que celle de Bélier, & quelle étoit un peu moins fojette à fe voiler. Il y en a de noires * & d’autres noires & blanches, qui réuffiflènt à merveilles en manche de Couteaux ;
- 1 mais les Couteliers de Saint-Etienne mettent celles-ci à part pour les employer en
- ouvrages plus recherchés, ou les vendre à d’autres Couteliers qui ne travaillent pas en Couteaux communs, une de ces cornes valant, au moins , le prix de douze des autres.
- Lorfque ces cornes font un peu feches , le noyau olfeux ou le cornichon tombe de lui-même, en frappant la corne for un corps dur. On porte ces cornes & on en met une dans l’étau pour la couper en travers * & la fcier de
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- Chapitre IL jDts Manches* 3y
- la longueur des manches que Ton en veut faire ; ce que Ton répété fur toutes les cornes.
- On chauffe furies charbons chaque morceau après les avoir un peu enduits d’huile d’olive, avec la feule différence , qu’au lieu de faire agir le fouffie t comme pour travailler les cornes de Béliers , ici après avoir allumé le feu avec le fout flet, dès que l’on a placé les morceaux de cornes , on ne le fait plus mouvoir £ car on ne veut point exciter le feu , de façon à produire de la flamme qui brtU leroit la corne ; il faut ici que la chaleur pénétré la corne , 8c que cela fe faflè en un temps plus long. L’Ouvrier eft obligé de fe fervir d’un chiffon pour manier cette corne , qui eft plus chaude que celle de Bélier. Le refte du travail reffemble entièrement à celui qui eft déjà décrit. On porte pour lors ces môr-ceaux de cornes à ceux qui font chargés de commencer à leur donner la forme de manches*
- Cet Ouvrier pofe chaque morceau dans un étau de fer ; mais auparavant* pour que l’étau ne faflè point d’impreflion for la corne, il la fait entrer entre les deux parties d’une ferre de bois, que l’on connoît fous le nom de mordache , qui ne ferre la corne & ne la retient qu’à l’aide de l’étau de fer, dans lequel elle-même eft retenue. Fig. 15 & 16, PL IF. L’Ouvrier donne la forme au manche avec ïécouenne , & exécute for la corne le même travail que nous avons décrit avec plus de détails en parlant des manches de bois.
- Il faut que cet Ouvrier ait l’attention de choifir, pour former l’intérieur du manche , la partie de la corne qui a été ployée * de iorte que le côté ou les deux parties de la corne fe font rejoints , doit fervir à recevoir la lame du Couteau , lorfqu’il fera monté.
- Enfin, on moule les manches pour leur donner précifément la forme qu’ils doivent avoir ; on fait que la corne fe prête plus facilement à recevoir les im-preffions du moule * que le bois ; ceux qui moulent des tabatières & d’autres ouvrages de cornes, en fourniflènt des preuves convaincantes.
- Les moules & les preflès qui fervent pour la corne, font totalement fem-blables à ces mêmes inftruments déjà décrits pour mouler le bois. Ces moules portent fouvent plus de moulures que ceux qui doivent fervir pour le bois.
- Pour travailler la corne, il faut avoir plus de moules que pour mouler le bois, ainfi quun plus grand nombre de preflès : nous en dirons la raifon.
- Chaque Ouvrier a trois preflès & fix moules, dont il fe fert ainfi : il fait chauffer un moule, il éprouve, comme pour le bois, fon degré de chaleur j il le nettoie avec la mouline ; mais il ne le frotte point d’huile. Suivant les Ouvriers, l’huile donneroit à la corne une couleur qui la gâteroit & lui ôteroit fon brillant, fa tranlparence. Certaines cornes prennent une couleur noire , agréable , & recherchée de quelques perfonnes ; mais c eft la nature feule dé la corne qui la produit, & cette couleur devient principalement apparenté après avoir été expofée au feu. On trouve for cette corne des veines blanches,
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- preuve que c’efl: une différente qualité dans la corne. Il n’efl: pas ai lé de donner l'explication de ce changement de couleur, puifqu’elle ne paroît auffi vive qu'au fortir du moule.
- On pofe la corne dans le moule ; on met fur cette première partie du moule , le fécond côté ; on le pofe fous la prelîe , & on le ferre avec la manette feulement.
- Le même Ouvrier , tandis que ce morceau de corne efl: fous la prelîe ^ arrange d’autres manches dans un fécond moule, qii’il pofe fous une féconda p relie ; il retourne au premier moule & ferre celui-ci avec le levier, qui, donnant de la force à l’Ouvrier, peut agir davantage fur la corne qu’il comprime. Il la ferre donc , & arrange enfuite un troilieme moule qu’il pofe encore ious une troifieme prelîe ; il ferre le fécond moule avec le levier. Enfin, il prend le premier moule, arrangé fous la preffe , pour le porter entre les pinces d’un étau de fer A & B , où il le retient en ferrant fortement l’étau ; ce moule le refroidit tandis qu’il ferre le troifieme , & il revient pour ôter la corne qui a été p’acie dans le premier moule, & qui y efl: reliée affez de temps pour en avoir pris la forme & s’y être refroidie. Il efl: fans doute d’expérience que la corne reprendroit fà première forme , ou au moins qu’elle perdroit une partie de celle qu’elle n’a dû qu’au moule , qu’elle fe déformeroit fi on ne l’y laiffoit pas fe refroidir, La corne prend plus aifement la forme du moule, que ne le fait le bois : mais le bois retiré chaud , ne fe déforme point ; il conferve la forme qui lui a été donnée.
- Nous avons fait remarquer que les manches de bois font faits chacun d’une cheville de boîc, ^uc ceux de corne font d’une lame large, mais ployée
- pour augmenter fon épaiffeur, qui, fi on la retiroit promptement du moule , fe gonfleroit, pourroit reprendre fon premier état & s’ouvrir de nouveau.
- Si l’Ouvrier a mal placé la corne dans le moule ; fi le manche n’a pas pris la forme du moule auflî parfaitement qu’il la lui vouloir donner ; quand le défaut efl: peu confidérable , il peut fe réparer en le plaçant la fécondé fois dans le moule avec plus de foin ; mais fi ce manche efl: mal-fait, s’il s’eft dérangé en pofànt le delîus du moule, ou que le manche ait été mal préparé , avant d’y avoir été placé , il a encore un autre moyen pour ne le pas perdre entièrement ; il cherche un moule un peu plus petit, & y place le manche mal-fait, qui y reprend pour lors une autre forme : il devient, à la vérité , plus petit qu’il n’auroit été ; mais il fert pour un Couteau qui ne fera pas de la même force.
- Les autres cornes des ergots & de la tête de Bœuf n’offrent , ainfi qu’il a été dit, quelque différence , que dans les moyens employés pour les redrelïer.
- Il ne refte plus qu’à ébarber les manches , c’eft-à-dire, à ôter les bavures ou les cotes, & on les enleve dans la mordache & l’étau , avec les écouennes ou râpes convenables pour ce travail, qui efl: aifé à imaginer & facile à exécuter. C’efl: la partie qui regarde celui qui efl: chargé de monter les Couteaux.
- CHAPITRE
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- Chapitre III. Moyens pour monter Us Couteauxl 37
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- CHAPITRE TROISIEME.
- Moyens employés pour monter les Couteaux.
- O N appelle monter des Couteaux, les moyens qu’on emploie pour joindre les lames aux manches. Toutes les opérations dans les Couteaux, dont nous donnons la fabrique, doivent être exécutées promptement ; leur prix ne permet pas qu on s’attache à y donner de grandes perfections. Il ÿ a cependant de ces Couteaux, les plus communs, qui font mieux faits que d’autres, ce qui dépend de l’adrefle de certains Ouvriers ; mais on ne fo propofe point de leur donner aucun ornement.
- On emploie ordinairement encore dans les grandes Fabriques , plufîeurs Ouvriers à monter les Couteaux ; & on leur donne un endroit féparé, & allez Ipacieux pour que chacun puifle faire une partie de l’ouvrage fans gêner les camarades qui font occupés à d’autres opérations : voye£ FL VIL Un de ces Ouvriers apporte une certaine quantité de manches & de lames , à peu-près d’une grandeur proportionnée les uns aux autres ; il ébarbe les manches ; cet ouvrage n’ell pas long. On fe rappellera qu’aux manches de corne le côté où elle a été pliée, & qui a été deftiné à recevoir la lame , eft déjà en partie ouvert^ à ceux de bois, cette partie ne f eft point. Voici comme on s’y prend pour former fur Ica .LUnueKeo , «otfa Jane Quelle doit entrer la lame du
- Couteau.
- Il eft nécelîàire , premièrement, rque le manche foit ouvert fmvant fa longueur , pour que la partie tranchante de la lame puifle y entrer & qu’elle y repofe ; fecondement, il faut que la tête du manche , le bout où doit être attachée la lame, foit fendu d’outre en outre pour que le talon de la lame attachée à cette partie, & retenue par une goupille ou une. broche qui la tra-verfe , ait le mouvement &la liberté de tourner for cet axe , & de pouvoir, comme l’on dit, ouvrir ou fermer le Couteau.
- On porte les manches à l’étau ; deux Ouvriers, Fig. 1, font employés à ce travail ; l’un pofe le manche horizontalement & le ferre dans la mordache qui le maintient ftable. U prend une foie à main, Fig. 6, dont les dents font fines, & conjointement avec un fécond Ouvrier , ils le feient tout le long de fà longueur , & enfoncent la foie jufques dans la partie moyenne de fà largeur ; ce trait de foie doit recevoir la lame : les Ouvriers n ont pas befoin de modèle pour leur indiquer jufqu’où ils doivent faire mordre la foie dans le champ du manche qu’ils travaillent. Puifqu’il s’agit de former une ouverture qui doit recevoir la lame , il faut que le feuillet de la foie fafle feulement un trait un peu plus large que la lame n’a d’épaiflèur, fans l’enfoncer plus qu’il ne faut, pour ne pas lui faire Coutelier en commun* K
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- perdre trop de là force ; & rarement les Ouvriers fe trompent-ils, quoiqifè cette opération fe faflë en un court efpaçe de temps, fur un grand nombre de mamj ches de Couteau.
- Les Ouvriers forment auffi avec la feie, à la tête du manche, Tendrait où doit fe loger le talon de la lame a, Fig. 7 & 10 : il ne s’agit, pour ces deux opérations , que de varier la polition de la feie. Dans celle-ci , qu’ils forment la première , ils tiennent leur feie droite & feient ainfi le manche dans fon épaifîèur , en changeant la pofition de la feie & la plaçant horifontalement, ils partagent le manche, ou plutôt forment le trait fuivant fà longueur , laquelle eft uniquement deftinée à recevoir la lame quand on voudra fermer le Couteau. Les Ouvriers répètent la même manoeuvre fur tous les manches deftinés à être montés. . -
- Quand les manches ont été refendus, ils paflènt à d’autres Ouvriers qui font aflisdevant un établi ; l’occupation de ceux-ci eft de faire le trou qui doit recevoir la goupille.
- Il leur faut un chevalet garni de fon foret & de fon archet ; la mèche de ce foret eft foutenue dans des ouvertures pratiquées à un montant qui forme un des côtés de l’établi. On peut confulter la Figure 1J de la Planche VII, où ce foret, & la maniéré de le monter, font repréfèntés plus en grand, a g eft un des côtés du rebord de l’établi, plus élevé que les autres parties du rebord de la table ; on a fait des ouvertures b à ce montant qui doit recevoir une des extrémités de la mèche du foret. On abaifle la partie a qui a un mouvement de charnière en/’, on -fait entrer la meche du foret d dans 1p mutant ^ on place fon autre etvtrSrtxiU en d, ôc on remet en place la partie af du montant agi on pofe une goupille h pour l’empêcher de s’ouvrir. Cette meche du foret, deftiné à percer, porte une bobine c , fur laquelle doit fe rouler la corde de Tarchet. On arrange l’archet, comme on le voit, Fig. y, & on fait porter l’extrémité pointue d de la meche , à l’endroit du manche où entrera la goupille qui doit traverfer la lame, la retenir au manche en lui fervant d’axe. Ce foret différé de celui qu’employent ordinairement les Couteliers au même ufàge ; on peut s’en aflùrer en comparant ce qui a été dit fur le foret, pag. 66, de X Art du Coutelier , & pag. ijç , fur la façon de monter les Couteaux.
- Il eft encore nécelîàire que les Ouvriers aient, fur cette même table, un’ petit tas d’acier propre à river le clou , ou les extrémités de Taxe qui traverfe la lame, Fig. 5, e , & Fig. il.
- Ces Ouvriers doivent avoir à côté d’eux une certaine quantité de manches & de lames, dont les grandeurs foient proportionnées les unes aux autres ; i| s’en allure en pofànt la lame dans le manche qu’il croit lui être convenable ; il examine l’endroit où répond le trou quon a fait à la lame, deftiné à recevoir la goupille ou Taxe de fil-de-fer ; il appuie fur cette partie du manche l’extrémité du foret ou fa lancette, Fig, 5 , à l’endroit où il veut le percer x U fait
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- C h a m T n ï IH# Moyens pour monttr les Couteaux; 39
- agir 1 archet, & fait fur le manche un trou qui le traverfe entièrement.
- Le même Ouvrier prend un fil-de-fer qu’il a à côté de lui, & qui eft de la grofleur qui convient au trou qui a été fait à la lame & au manche ,» il le fait traverfer le manche & la lame, & le rompt du côté du manche oppofe à celui où il la fait entrer. Pour cela, il ne faut que plier le fil en différents fèns, en le ferrant dans des pinces ou tenailles de fer.
- Ordinairement on fait entrer le fil-de-fer ou la broche du Couteau du côté droit, & on le re poulie ou Ton le rive du côté gauche.
- On pofe un œil de cuivre, ou petite rojette , ou virole , dont l’Ouvrier a une certaine quantité g à côté de lui dans une boîte , ( & dont nous donnerons la fabrique dans un autre lieu ) ; il pofè cette rofette fur la partie qui déborde le fil-de-fer de l’un & de fautre côté du manche. Quand le trou qui forme le milieu de la rofette n eft pas alfez grand, ou quil s* eft refermé, l’Ouvrier prend un poin-t çon d’acier qu’il fait entrer dans la rofette pour en élargir l'ouverture ; l’Ou-* vrier pofè fur ce tas le manche du Couteau avec la lame, retenue par le fil-de-fer, garni des deux rofèttes ou viroles , & avec quelques coups de marteau , il rive les deux bouts du fil-de-fer. Il y a fur la table ouïe deftus du tas, Fig. 11, un petit creux deftiné à recevoir l’œil ou la rofette dont on garnit le manche , tandis qu’on frappe fur le côté oppole. On peut s’allurer des différences qui fe trouvent néceflairement dans ce travail groffier, avec ce que font les Couteliers, dans des ouvrages plus recherchés, en confultant la page i58 de l’Art du Coutelier.
- Le tas c, Fîg- 3 <>« -ÊVjy- '«twm à l«. qu’il traverfe, par un coin
- d, qui entre fous la table dans une mortaife que porte ce tas , Fig. 11.
- L’Ouvrier ouvre la lame, il examine où porte i’efpece de tête de clou, dont nous avons parlé, & qui en termine le talon ; il fait une côchô à cet endroit fur le dos du manche, afin, comme nous l’avons dit, que la lame , étant retenue par cette efpece de tête, foit droite, lorfque le Couteau eft ouvert ; voilà ce qui regarde les Couteaux à un clou, Fig. 7^8*
- Les Couteaux à deux clous exigent encore une autre petite opération ; il faut examiner où l’on doit placer le fécond clou qui doit fervir d’arrêt à la lame : pour cela , on ouvre le Couteau , on regarde où il faut arrêter le talon de la lame, pour qu’étant ouverte , elle ne fade qu’une ligne droite avec fon manche ; on perce auffi avec le foret cet endroit du manche, & au-deflbus du talon de la lame, un trou qui traverfe le manche ; on y pâlie une fécondé broche de fil-de-fer qui eft deftinée feulement à recevoir l’extrémité de ce talon, lorfque le Couteau eft ouvert, pour l’empêcher, en tournant davantage j de faire la bafcule. Cette goupille maintient donc la lame dans une pofition convenable pour couper, fans empêcher de pouvoir enfermer le tranchant dans le manche lorfqu’on veut ployer le Couteau. La goupille eft , comme nous l’avons dit, une invention pour fuppléer à la tête du bouton , qui eft à l’extré-
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- L'A R T DU COUTELIER,
- mité des lames à un clou, & qui, fans exiger beaucoup plus de travail, elt moins fojette à inconvénients 8c à bleffor les mains, &c. C’eft une perfection que Ton a ajoutée à la fimpiicité des premiers, mais qui oblige d’augmenter le prix des Couteaux à deux clous : voyez , Fig. 9 & 10 a.
- Enfin, il ne refte plus qu’à ébarber le manche du Couteau à deux clous : on le pofe dans l’étau qui ferre la mordache de bois dans laquelle on pofe le manche ; on a des râpes à bois, des écouenes de différentes grandeurs , & on s’en fert pour donner un peu plus de propreté au manche , fans y employer beaucoup de temps ; la célérité que l’on doit mettre à ce travail, empêche que l’on n’ajoute autant de perfeétion qu’il feroit poffible, fi on y prêtoit plus d’attention , & fi on vouloit y donner plus de loin.
- Nous avons dit que l’on faifoit encore à Saint-Etienne une efpece de Couteaux à deux clous, que nous appelions Couteaux de pièces, dont le manche eft de corne noire de Bélier qui fe vendent jufqu’à 30 & 36 livres la groflè.’
- Ces manches ne font point moulés ; l’Ouvrier qui découpe les cornes leur donne la forme du manche fuivant la grandeur du Couteau ; ceux enfuite qui montent les Couteaux finiffent les manches.
- L’Ouvrier les ébauche avec la râpe & la lime ; il foie le manche pour que la lame puifle y entrer. Il monte la lame fur les manches qu’il achevé 8c qu il polit à la main, avec la pierre - ponce 8c l’huile d’olive. Comme ces Couteaux entrent dans la clafie de ceux moins communs , les moyens reflemblent entièrement à ceux qui font décrits dans l’Art du Coutelier, & nous y renvoyons pour les détails,
- Nous renvoyons encore pour la fabrique des manches des Couteaux à reflort & de ceux montés en or, yvoire, &c. à la defcription complette de l’Art de la Coutellerie ; nous ne nous propofons ici, comme nous en avons déjà prévenu j que de faire connoître au Public des moyens faciles, ingénieux , la plupart particuliers à la ville de Saint-Etienne, pour y travailler les Couteaux communs.1
- Nous ne répéterons point ici les moyens qu’employent les Ouvriers pour faire les manches de Serpettes, & pour les monter; car on peut aifément faire l’application de ce que nous avons dit en parlant des Couteaux , aux Serpettes , foit à un clou , foit à deux clous.
- On ne moule pas ordinairement les ^manches de Serpettes ; on fait même! ceux de cornes avec les outils convenables 8c aflez groffiérement. Comme on recherche les Serpettes qui tournent le moins dans la main, lorfqu’on s’en fort y on fait fouvent leurs manches de bois de cerf, 8c par cette raifon ces manches font meilleurs que les ronds. Voyez ce qui eft dit fur le travail de ces manches dans l’Art du Coutelier.
- Article
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- Chapitre ÏII. Moyens pour monter les Couteaux• 41
- Article Premier.
- Des moyens employés pour monter lés Couteaux à gaînes\
- Nous avons dit que les Couteaux à gaînés a voient , au prolongement de leur lame, une pointe ou queue, qui étoit deftinée à entrer dans le manche du Couteau , & que c’étoit elle qui l’y maintenoit folidement.
- On perce le manche avec une efpece de foret ou d’aléfoir taillé en quatre, garni d’un manche. Ce foret eft placé horifontalement ; on appuie le manche du Couteau fur la meche du foret, à peu~près, comme le repréfente la Figuré 2 de la Planche VII, Voyez ïArt du Coutelier,
- Lorfque le manche eft percé, on fait la virole ; on eflaie la queue dü Couteau dans le manche > pour s’affurer fi l’ouverture eft proportionnée à la longueur de la queue ; on ajoute la virole fur le manche ; on remplit le trou qu5 on a fait au manche, de poix-réfine, mêlée avec un peu de brique pilée, & le tout réduit en poudre ; on fait allez chauffer la queue de la lame , pour quelle puilîè fondre le maftic qu’on a mis dans le manche, & le Coutelier monte lè Couteau en plaçânt la queue dans le manche.
- On blanchit la lame fur la meule ; le Coutelier donne auffi une petite perfection au manche avec l’écouene, & le Couteau à gaine eft en état d’êtré vendu4 *
- Les Couteliers de Paris ou ceux qui travaillent en ouvrages plus re-* cherchés, donnent aux Couteaux beaucoup d’autres perfections, comme on peut s'en aflurci, tli con/ùitant ice <|ui a etP dit dans l’Art du Coutelier ; mais comme le prix modique des ouvrages de Saint-Etienne*s’y icfuferoit, les Ouvriers remettent les ouvrages, dans l’état où nous venons de les conduire, au Manufacturier, pour les arranger par douzaines, & les livrer aux Mar~ chands Quincaillers. Nous n’entrerons pas , par conféquent, dans d’autres détails j puifque nous avons prévenu que nous ne nous propofions de parler que de la fabrique des Couteaux communs qui fe livrent à bas prix, & particu* liérement de ceux faits à Saint-Etienne, d’ou on les envoie chez les Êtran-^ gers , à Paris & dans les Campagnes, où il s’en fait un.débit eonfidérable*
- Nous n’avons rien dit de la Fabrique des Cifeaux communs que l’on fait auffi à Saint-Etienne, & qui, moyennant les moyens expéditifs que l’on y emploie, fe livrent auffi à très-bas prix, puifque l’on trouve à Paris de ces Cifeaux à 18 fols la douzaine. Nous n’avons pas parlé non plus de la Fabrique des’Rafbirs ; mais nous croyons que nous n’aurions ici que des applications à faire des moyens que nous avons détaillés en parlant des Couteaux , à ceux dont on fe fert pour faire, dans le même endroit, les Rafoirs, les Cifeaux & les Canifs ; il fuffit que l’on fbit prévenu, que les tas en acier dur fervent à mouler, ou étam-per, & à ajouter prefque tous les ornements ou façons qui fe vdyent fur ces lames; que les meulieres les dégroffiffent, les poliflent, & font prefque tout Coutelier en commun* L
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- 42 L’Ail T DU COUTELIER.
- l’ouvrage en très-peu de temps , & fans une grande dépenfè ; quavec ce fècours enfin, les Couteliers de Saint-Etienne parviennent à livrer ces ouvrages de Coutellerie , peu recherchés, à la vérité , à un prix fi modique , qu’il furprend encore plus, ceux qui font inftruits de toutes les opérations qu’ils exigent avant de pouvoir être mis en vente. •
- CHAPITRE QUATRIEME.
- Des Rofettes.
- Nous avons dit qu’on garniffoit le fil-de-fer ou la broche qui retient la lame au manche & qui lui fert d’axe, de deux yeux ou rofettes ; qu’elles y étoient aflujetties par le fil-de-fer qu’on rivoit fur les rofettes d’un côté & de l’autre du manche.
- Les Couteliers, à Paris, font celles de cuivre ou d’argent avec des em-porte-pieces ou rofettiers d’acier, Fig. 18 , 19 & 22. Ils frappent fur cet èm-porte-piece, qui porte fur la lame de métal qu’on veut découper en rofette, & deflous efl: une table de plomb, Fig. 21 : c’eft par ce moyen que les Couteliers à Paris font la plupart des rofettes qu’ils emploient, Fig. 19 & 20, ou 19 *
- 6 2o*9 PL VIL
- Ces Couteliers font eux-mêmes, ou achètent chez les Orfèvres les rofettes d’or ou d’argent qu’ils emploient à garnir 1 ourc Çoutonuxi kjy c-û ce travail qui eft décrit dans l’Art du Coutelier, page 74.
- A Saint-Etienne, les rofettes dont on fe fert pour garnir les Couteaux com-> muns, font de cuivre ; elles ne fe font pas chez les Ouvriers qui travaillent les lames ; mais comme ce petit Art tient beaucoup par l’ufage qu’on fait des rofettes à celui de la Coutellerie , nous ajouterons ici le peu de connoiflànce que nous en avons.
- Les Ouvriers qui fabriquent ces rofettes , achètent des lames de laiton b , Fig. 14 , qu’ils tirent d’Allemagne. Ces lames ont pafle fous des cylindres d!applatiflerie : elles font en rouleau, larges de 8 à 9 pouces, & ont plus ou moins de longueur. On les achette au poids.
- On porte les lames chez un ou deux Ouvriers qui ont le fecret de les percer. On croit qu’ils fe fervent ( * ) d’une efpece de tour pour percer régulièrement cette lame de laiton avec les conditions fuivantes.
- Premièrement, de ne point emporter les bavures de l’ouverture ; il ne faut que poulfer en dedans les parties de cuivre à l’endroit du trou.
- (*) Il me paroît qu’on peut produire le même effet avec un pçinçon à deux pointes, ou même à quatre ; on auroit plufieurs de ces poinçons, dont les pointes feroient plus ou moins efpacées entr’elles, félon la grandeur des rofettes qu’on
- demanderoit. Par ce moyen, on diviferoit très-réguüérement & très-diligemmentlestrous, & ces poinçons ne feroient que d’une bien petite dépenfe.
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- Chapitre IV. ï)es Rejettes. 43
- Secondement , il faut elpacer plus ou moins les trous, fuivant que Ton a deflein de tirer des rofèttes plus ou moins grandes ; mais il faut qu’ils foient aiïèz proches pour que l’on n’y laifle prefque point de cuivre entre chacun des trous, quand on aura enlevé les rofèttes, dont lé trou doit former le centre^ Ces lames de cuivre ainfi percées régulièrement, & avec les foins que nous venons de décrire, les ouvertures étant faites de façon, que d’un côté elles foient unies , de l’autre que les bavures foient relevées, les Ouvriers qui les ont donnés à cet homme , vont les chercher pour en tirer les rofettes. On donne à ces Ouvriers pour ce travail un prix modique, qui fuffit à peine à leur procurer le nécefîaire. On pourroit fans doute, ainfi que je l’ai dit , imaginer d’autres machines qui réuffiroient aufli bien ; mais je doute fi elles n’étoient pas très-fimples , que l’on pût retirer l’intérêt de l’argent tqu’on y mettroit ; d’ailleurs, s’il y avoit plus d’Ouvriers à Saint-Etienne qui s’adonnalîènt à ce même travail, ils fe nuiroient les uns aux autres , & il feroit difficile qu’ils y puflènt trouver un gain fùffifànt pour les faire vivre. Je crois que c’eft cette raifon qui a détourné d’autres perfonnes de s’occuper de ce même travail.
- On arrange une partie de cette feuille fur une planche placée & retenu6 perpendiculairement & folidement à une folive de la chambre. Cette feuille efl maintenue verticalement le long de la planche , avec une traverfe de bois large de deux pouces environ, qui entre dans des mortaifes, & qui, s’appliquant fur le travers de la planche, retient la feuille de cuivre qui efl; ferrée entre la traverfe & la planche. L’Ouvrier , Fig. 3 , PL VII, deftiné à former les rofettes Sc. a ica tirer Je cotto , efl. aflis fur un fiege élevé 5 il a un
- tablier qui efl fort long, & qui s’attache à la planche fous la plaque de cuivre* Il lui faut encore des meches, des forets plus ou moins forts, fuivant la grof* fèur des rofettes qu’il veut faire. Chacune de ces meches Fig. 12 a trois pointes//', dont la première, celle qui occupe le milieu qui efl entre les deux autres , efl plus longue , & les deux autres font tranchantes & plus courtes.
- U a un archet & une petite palette pour appuyer l’autre extrémité de la meche contre fà poitrine. L’Ouvrier commence à travailler la partie de la feuille qui déborde le defliis de la traverfe dont nous avons parlé ; quand il a tiré de cette partie de la plaque les rofettes quelle peut fournir , il remonte au-deffus^de la traverfe une nouvelle partie de la feuille, & la travaille de nouveau, d’où il enleve des rofettes de la partie qui efl immédiatement au-defîous de la traverfe.
- Lorfqu’il y a une aflez grande partie de la feuille au-deflus dé la traverfe pour le gêner en retombant fur l’endroit qu’il travaille , il la roule ou la coupe avec des cifeaux. Les morceaux qui reftent percés ne font plus propres qu a refondre ^ ainfi il efl indiffèrent qu’ils fo trouvent en longs morceaux.
- Pour enlever les rofettes, l’Ouvrier pofe la pointe du milieu de fa meche dans un des trous que nous avons dit avoir été faits à la feuille de cuivre, & en
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- retenant la meche dans cette pofition avec la palette qui eft fur là poitrine -, il fait agir l’archet 8c fepare ainfi une rofette. Il porte la meche du foret dans lé trou voifin de celui qui a donné une rofette, 8c ainfi de fuite , ce qui demandé beaucoup moins de temps pour être fait, qu’il ne nous a été néceffaire d’en employer à le décrire.
- Les rofettes tombent dans le tablier de l’Ouvrier, que nous avons dit être alfez long pour former une poche au bas de la feuille de cuivre.
- On conçoit que la pointe du milieu de la meche fert à donner un point d’appui à cet outil. Elle porte fur la planche contre laquelle eft la feuille de cuivre , tandis que les deux autres pointes font deftinées à couper le cuivre. Un tour ou deux de la meche, & un feul mouvement de l’archet fiiffifent pour couper la rofette.
- La feuille de cuivre refte donc toute percée de trous , beaucoup plus grands qu’ils n’étoient auparavant, & maintenant il ne refte plus entre chacun , qu’un petit efpace. L’Ouvrier a dû faire fbn poflible pour les arranger à des diftances convenables, de façon qu’il refte peu de- cuivre entre chaque ouverture ; car ce cuivre qui refte eft une perte pour l’Ouvrier ; cette feuille percée étant vendue à très-bas prix aux Chaudronniers ou Fondeurs.
- Quand les yeux ou rofettes font achevées , un Enfant les trie ; il examine celles qui fe font fendues , qui ne font pas régulières. Si l’Ouvrier a pofé la pointe dé fà meche plus proche d’un côté du trou que de l’autre, qu’il n’ait pas choifi fon centre pour la placer, la rofette fera irrégulière, 8c pour lors elle deviendra inutile ; on met ceH^-la au nomUo A*,* iv^nuiw avec. les feuilles percées. On compte les rofettes quatre par quatre, & on les arrange par grofles.
- On les vend aux Couteliers par grolfes de vingt-quatre douzaines, parce que chaque Couteau en a deux. Les ébarbures qu’on a produites en faifànt les trous à la feuille de cuivre, relient encore après que la rofette eft formée, & l’Ouvrier a l’attention de pofer ces ébarbures en - defîùs , en les faifànt traverfer par le fil-de-fer qui forme l’axe du Couteau, de façon qu’en frappant fur le fil-de-fer pour les river, on rabat les ébarbures fur le fil-de-fer, 8c la rofette eftainfi maintenue fiable fur cette goupille, que ces ébarbures recouvrent 8c cachent en partie.
- Quoique les Couteaux foient expofés à changer de prix, comme ia plupart des autres marchandifes, fuivant les circonftances des temps ; cependant nous avons cru utile de les faire connoître par les différents noms qui leur font donnés à Saint-Etienne en Forez & à Chambon, d’ajouter auffi le prix du moment où nous écrivons, en indiquant que ces ouvrages varient depuis un tel prix jufqu’à un autre, félon que l’on donne quelques perfeélions ou quelques attentions à la fabrique de l’une ou de l’autre de ces efpeces de Couteaux.
- Ces prix nous ont été donnés par le Sieur Laforge, Coutelier de S. Etienne en Forez, en 1763. Noms
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- Noms de différents Couteaux qui fe fabriquent à Saint-Etienne j
- Ô aux environs y avec leurs prix.
- Les Couteaux les plus communs & petits, à manches de bois moulés,appelles Dauphines y Jambettes, depuis 30 fols jufqu’à 2 liv. Sc 2 liv. 5 Ibis.
- Les Couteaux à manche picoté , à un clou & de buis, la grofle 31. à 31. 10, £
- A cachet de buis , à un clou , 4 liv. 10 fols.
- Pointus , manche jaune auflî de buis , J à 6 liv.
- Canifs , manches droits de buis, 5 à 6 liv.
- Les grands Couteaux forts, qui font propres à tailler la vigne, Sc que Ion connoît à Saint-Etienne fous le nom de Clapots à manche de buis, la grofle 121.
- ' Couteaux à fourchettes en buis jaune, ï j à 18 liv.
- Les Couteaux à manche de bois de hêtre , appelles Foyards dans ce canton f moulés, à lames quarrées ou façon de Clapot, (félon les grandeurs & qualités ), de 4 à 12 liv.
- Couteaux façon de Montpellier, Dauphine ou France , de hêtre, moulés, à un ou deux clous, depuis 3 jufqu’à 12 liv.
- Manches de corne, fuivant les qualités ù* grandeurs*
- Manches en cornes de Mouton moulés blancs, les lames façon de Mont* pellier ou Dauphine, 7 à 20 liv.
- . Manckes pt^rlc_rlp«Rnpnf moifléq, mAmpc î^rnes que les précédentes, & à 1J1»
- Couteaux à deux clous, manches de cornes de Mouton , nuns pulis, lames pointues , 15 à 36 liv. '
- Couteaux de Chambon, manches de cornes de Bœuf, ni moulés ni polis 9 les lames pointues, à deux clous, 7 à 20 liv.
- Couteaux de table ; il s’en fait fans mitres, les lames en font toutes en acier , les manches en bois teint en rouge, ou noirs ou blancs à trois clous, 18 liv. jufqu’à 24 liv.
- Couteaux pour Bouchers, dont les manches font de buis, la grofle 18 à 241.1
- De Matelots à virole de fer , manches de bois moulés, lames à foie, pointe rabattue, la grofle 27 à 30 liv.
- Couteaux de table à mitres, manches en bois ou corne de Mouton noir 8c corne d’Irlande , la douzaine depuis 3 à 7 liv.
- Couteaux à virole d’argent, manches en ébenne & autres bois des Ifles j lames & manches finis, la douzaine depuis 12 jufqu’à 24 liv.
- Coutelier en coMMUNi
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- FABRIQUE DES BAYONNETTES
- A SAINT-ETIENNE.
- AVERTISSEMENT.
- Je joins ici les moyens employés à Saint-Etienne pour y faire les Bayonnettes de Fufil fervant aux Troupes ; je préviens cependant <jue mon deffein n’eft point de donner la fabrique des armes blanches , qui doit être décrite inceffamment de façon à ne rien laiffer à défirer ; mais j'ai cru que les Bayonnettes ne tenant qu’indirec-tement aux armes blanches pouvoient, à la fuite de la Partie de l’Art du Coutelier, dont j’ai parlé , fervir à donner une application de la facilité avec laquelle on travaille le fer & l’acier dans le Forez, 8c en même' temps du grand ufage & de l’avantage confidérable que l’on y tire des Meulieres mues par l’eau.
- On prend un morceau de barre 3 Ç r%. rc. r*/, fécondé divifion de cette Planche ), que l’on tire de Lyon ; on l’applatit à chaud fur une de fes extrémités a, Fig. a, dont on fait une efpece de palette, dans le deifein, en la contournant, d’en faire enfuite un cylindre qui fera la douille de la Bayonnette. On lui donne la figure cylindrique a\ Fig. 3 , & on la contourne en la plaçant idans un tas , Fig. 14 & iy ; ce tas eft maintenu lolidement dans une ouverture faite à ce deflein à l’enclume. L’Ouvrier tient le fer d’une main ; il le pofe fur le tas, & frappe de l’autre main avec fon marteau fur le fer chaud, & oblige cette partie plate & amincie à prendre la forme du tas. Un fécond Ouvrier pofe un boulon de fer ou un mandrin, Fig. 11 & 12 ,dans la partie a, Fig. 2 > quia commencé de prendre dans le tas, Fig. 14 (S iy, une figure cylindrique , au lieu de platte quelle étoit auparavant : le mandrin étant pofé, il la remet fur le tas, il replie les deux côtés de la partie a de la Figure 2 , & fait chevaucher une des levres du cylindre fur l’autre, lefquelles fe recouvrant parviendront à fë fbuder, quand on leur aura donné une chaude convenable : voici comme il s’y prend pour la fouder.
- Quand les Ouvriers foudent de petites parties, ils les brafent pour les réunir, c’eft-à-dire, qu’ils les foupoudrent de laiton fur les parties qu’ils veulent fbuder ; mais ici il fuffit de donner au fer une chaude convenable appellée fuante y afïèz vive pour faire entrer les bords de la partie qu’on veut réunir en
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- Fabrique des Bayonnettes. 47
- un commencement de fufion. Quand le fer eft fuâSfâmment chaud , on le retire ; on pafTe le mandrin dans le cylindre , on le porte fuir Tenclume , & on frappe defliis les parties qu’on veut réunir ; en une chaude le cylindre a Fig. 3 eft foudé.
- Quand les Ouvriers forgent le fer , ils mouillent leurs marteaux de temps à autre pour les empêcher de fe détremper , & plutôt encore parce que le fer devient ainfi plus uni, les écailles s’en détachant plus aifément. Les écailles font des parties de fer brûlées à la forge.
- La barre de fer a été prife aftèz longue pour pouvoir faire la même opération fur fon autre extrémité ; ils la font chauffer, l’applatillènt & l’élargiflènt, b Fig. 4, la portent, fur le tas, Fig. 14 & iy , & la contournent pour former la douille de la fécondé Bayonnette qui enveloppera , comme doit le faire le cylindre a déjà terminé, l'extrémité du canon du fufil, & fera retenue , par une méchanique connue de tout le monde, ( par un crochet qui entrera dans une fente pratiquée à la douille de la Bayonnette, comme nous le dirons dans un moment ) ; il forme donc un cylindre creux à l’extrémité de la barre, comme il a fait à la première, en pofànt la partie applatie fur le tas, en la contournant % & il la foude auflî fur le tas, Fig. y , a b.
- Il coupe enfiiite cette barre à égale diftance de ces deux douilles & dans fà partie moyenne , Fig. 6 a b ; cette extrémité qui déborde les cylindres de chacune de ces parties, eft peu confidérable ; mais elle fuffit , comme nous l’allons voir , pour former les lames de Bayonnettes , parce qu’elle n’eft deftinée qu’à/civil d’attaoko à IVc^C, v,«* ainfi qu’on nomme l’acier que l’on ajoute pour former la lame.
- Suppofons que l’on fe propofe de former une Bayonnette en couteau , car il y en a, Fig. 209 à trois quarts; on fend avec un coin d’acier emmanche dans un morceau de bois, & qui eft connu fous le nom de tranche, Fig. 10, la partie de fer c, Fig. 7, qui dépaffe la douille ; l’acier qui doit former la lame eft ordinairement une partie de vieilles limes ; on la fait rougir , on la difpofe un peu en coin, on la ploie en deux, Fig. 13,8c on joint les deux côtés fur l’en-clume en frappant plus fur une de ces épaiflèurs pour l’amincir. C’eft ce côté quon difpofe de façon à pouvoir placer le morceau de fer , Fig. 7, c, que l’on a aufll fendu. Avant de placer l’acier, on a fait rougir cette partie de fer dans laquelle on doit pofer celle d’acier, & on leur donne une chaude fuante pour1 les fouder enfemble.
- On fait que l’acier fè foude parfaitement avec le fer, & bien mieux que ne le feroit l’acier avec l’acier ; le mélange du fer & de l’acier fè dénote très-bien dans l’alliage que les Couteliers de Paris font fur la forge, pour former l’étoffe pour les lames auxquelles ils mettent toute leur attention. Nous ne répéterons point ici comment ils forgent la lame de la Bayonnette fur l’enclume ; on conçoit aifément que l’on s’y prend, à peu de chofe près, de la même maniéré que pour faire une lame de Couteau,,
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- ’4S - L'ART DU COUTELIER.
- La lame «tant faite, il s’agit de former à fa bafe fur le retrécilfement qui h lùpporte & la joint au cylindre c, Fig. 18 , un petit ornement e que Ton appert çoit près de la douille deftinëe à recevoir le bout du canon du fufil.
- Les Ouvriers ont un tas ou ètampe, Fig. 9 , fur lequel ils pofent la Bayons tiette, & qui fe met dans une ouverture de l’enclume où elle eft retenue folit dement, Sc ils ont une autre étampe femblable, Fig. 8, quils pofent deflùs cette partie de la Bayonnette à laquelle ils veulent former une petite boule. Ce fécond tas, Fig. 8, eft retenu dans un morceau de bois, & l’Ouvrier peut le promener fur cette partie de la Bayonnette , pour qu’il embrafle celle à laquelle il veut donner la forme d’une boule, tandis qu’un autre Ouvrier la lui procure en frappant fur l’étampe.
- C’eft ici une façon d’étamper. Le tas efl: une efpece d9étampe dont l’Ouvrier fe fert pour donner promptement la forme à fon fer en le moulant, pour ainfi dire. Ces tas font d’acier ; la partie que l’on moule efl: de fer ; elle efl: d’autant plus dilpofée à prendre la figure de l’acier fur lequel on la force d’entrer, qu’on l’a amolie au feu confidérablement.
- Il faut tremper de temps en temps le tas, afin qu*il ne perde pas par la chaleur/ la dureté qu’on lui a donnée. On conçoit aifément que cette étampe compofée de deux parties d’acier, eft creufée de façon que ces deux parties repréfentent une demi-fphere ou une moitié de bouton, &c. On en a de differentes formes^ fuivant celle que l’on veut donner au fer qu’on veut mouler.
- On a le foin de retourner le fer dans tous les fens, entre les deux étampes / afin qu’il s’y moule I^r toutes les parties.
- Il s’agit enfuite de tremper la lame ; l’Ouvrier la fait rougir & la plonge* dans l’eau à l’ordinaire ; il la fait revenir, comme nous l’avons dit pour les lames de Couteau. Souvent l’acier ne demande pas à être beaucoup recuit, Sc c’eft ce qui arrive à celui employé en Bayonnette, parce que la lame des Bayon-nettes étant toujours plus épaiife que celle d’un Couteau, elle n’eft pas fi fujette à fe calfer , & prend aifément la dureté qui eft convenable à cette efpece d’inftrument tranchant.
- On contourne la lame de la Bayonnette, Fig. 18 , à l’endroit de ce renfle-' meqt e 9 Sc on lui donne la forme de la Figure 19.
- La Bayonnette pour lors eft faite, & il ne s’agit plus que de l’envoyer aux meulieres pour l’aiguifer & la polir. Elle revient encore chez l’Ouvrier qui, fur l’étau, & avec la lime, perfectionne l’ouverture de la douille, qui eft defti-née , avec le bouton du canon , à retenir la Bayonnette fur le fufil. Il fait aufîî avec la lime ces entailles c> Fig. 19 & 20, qui fervent à retenir les Bayonnettes au canon du fufil qu’enveloppe la partie cylindrique by Fig. 19, qui y eft aflùjettie folidement, au moyen de ce petit bouton attaché au canon qui entre dans l’entaille de ce cylindre, & va fe loger dans le retour d de cette entaille pratiquée au cylindre dont nous parlons, Fig. 19.
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- Fabrique des Bayonnettes. 49
- Il la blanchie en la limant, & la polit avec du grès dans les endroits on la meule n a pu porter, 8c finit par fe fervir d’émeri , quand il convient de lui donner un poli plus parfait.
- Quand on fe propofe de former une Bayonnette à trois quarres, on ajoute le morceau d’acier, en terme d’Ouvrier /’Acêrure, au morceau de fer qui déborde la douille. On le forge , comme nous l’avons dit , à la différence qu’au lieu de finir la lame, Fig. 18, fur l’enclume avec le marteau , on a un tas, Fig. 16 & 17, fur lequel on la place quand on lui a donné fà longueur, & fur lequel, en frappant fur la lame , on lui fait prendre la forme des trois quarres que l’on veut lui donner. Ce tas eft repréfenté vu de côté, Fig. 16, & vu en face, Fig. 17.
- Pour ne point entrer ici dans plus de détails fur les proportions que 1*011 doit donner aux Bayonnettes pour fufils de Grenadiers, je vais joindre, à ce que j’ai dit, la partie du Réglement envoyé à la Manufaéture d’armes , concernant cette Fabrique. *
- La lame à trois quarres ou pans, fera de la même étoffe que les lames d’épées * c eft-à-dire d’acier, 8c aura 13 pouces de longueur, non compris la continuation, du coude, qui aura un pouce , jufqu’au retour qui va joindre la douille j ce qui fera 14 pouces de longueur.
- Le pan en dedans de ladite lame, du côté de la douille, fera large de 12 lignes par le haut, 8c les deux autres pans de 7 lignes & demie , en diminuant vers la pointe : les trois pans feront évidés.
- La douille 8c le coude feront d’un bon fer ; obfervant que le coude, qui doit avoir ÿ lignes de diamètre, loit loudé a la lame wpr une grande attention, parce que c eft l’endroit où il fe fait le plus d’effort. Le coude s’éloignera de la douille de 16 lignes ; cette mefure de 16 lignes, prife du centre de la tige du coude au centre de la douille. Il faut aufli avoir attention que la Bayonnette foit parallèle à la prolongation du canon.
- La douille aura trois pouces de longueur ; elle fera bien fbudée & forée en-dedans , 8c ajuftée fur un mandrin de bonnes lignes de diamètre ; la coulifle ouverte de 3 lignes, aura 16lignes jufqu’au haut de fon retour, 8c le haut de ce retour, qui fera à angle droit fur la couliffe, tiendra un quart de circonférence.
- On obfervera, autant qu’il fera poflible, que l’épaiffeur du fer foit égale autour de la douille.
- L’empattement que porte le coude fur la douille, fera prolongé jufqu’à la couliffe par un trait de lime un peu en ovale.
- Les lames des Bayonnettes feront trempées 8c aiguifées fur la meule, comme les lames d’épées.
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- Coutelier en commun.
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- EXPLICATION DES FIGURES.
- PLANCHE PREMIERE.
- La Vignette de la Planche première repréfente une Ujîne, deftinée à réduire l'acier en lames minces. C'eft un martinet ou gros marteau que l'eau fait mouvoir. Nous Centrerons pas ici dans des détails, nous étant fervis de ces figures , & les ayant expliquées en parlant des différents travaux des Ouvriers qui rédui-fent en lames les barreaux d'acier. ,
- La Figure première fait chauffer l'acier à un feu de forge.
- La Figure 2 1 * étire fous le marteau de la machine.
- La Figure 3 rebat chaque lame où il eft refté quelques endroits trop épais.
- Le bas de la Planche repréfonte en a un barreau d'acier.
- bybybyby un Ballot, enveloppé de toile & cordé , qui contient des barreaux d'acier, tel qu’il arrive de Rives, en Dauphiné ; c'eft à Lyon qu'on s'en fournit pour S. Etienne & S.Chaumond , à moins qu'on ne le tire en droiture;
- c>d, e , l’Enclume de celui qui travaille au marteau & à la main , les lames déjà amincies par le gros marteau. Cette enclume n'a rien de particulier. On y ajoute quelquefois une ouverture d qui eft plus rétrécie en 0 ; elle reçoit une tranche forte , deftinée à couper les lames , quand leur longueur pourrait gêner pour le tranfport ; elle eft deffinée en plan en d e.
- une lame d’aCier.
- g, h, iy ky /, m , les fourgons, pinces, tenailles,&c. néceflairespourattifor le feu de la forge , ou pour tenir l'acier que l'on veut chauffer ; ou celui qui a fa chaleur convenable, quand on veut le travailler.
- FLANCHE SECONDE.
- La Vignette offre un Ouvrier qui forge une lame de Couteau.
- Figure 1. Son enclume £, a une bigorne; & une ouverture D , deftinée à recevoir différents tas ou cifeaux : on voit en A un cifeau qui, placé en D y for vira à couper la lame de Couteau, & à la féparer du refte de l'acier.
- La Figure 2 eft celle qui fait mouvoir le foufflet ; fouvent c'eft une femme qui tire la vache C.
- B y un tas de charbon de terre.
- J7, une auge qui contient de l'eau, & qui fort à différents ufàges à celui qui forge.
- Dans le bas de la planche , Figure 1, une lame de Couteau forgée , mais tenant encore à la lame d'acier.
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- DES FIGURES. yr
- Figure 1 , cette lame de Couteau coupée.
- Figure 3, on a commencé à faire à cette lame le talon;
- Figure 4, ce talon a eft redreffé.
- Figure y, on lui a formé en b une efpece de tête de clou.
- Figure 6, on Ta percé en c pour recevoir la goupille ou Taxe, à l’aide duquel la lame tournera furie manche, s’ouvrira 3c fe fermera. Quand le Couteau fera ouvert, la tête b s’arrêtant fur le manche, le maintiendra ftable & ferme*
- Figure 7 , c’eft le poinçon c qui fert à imprimer la marque du Fabriquant, fi l’on veut, Eujlache Dubois : b, eft le plan de ce poinçon.
- Fig ure 8, le poinçon qui fert à percer la lame, à faire le trou c que l’on volt
- Fig. 6.
- Figure 9, une lame d’un Couteau à deux clous. La lame eft ponéluée comme fi elle étoit fur le tas, pour voir comment elle y prend la forme qu’il convient de lui donner.
- Figure 1 o , cette même lame, avec l’ouverture b qui étant traverfée par l’axe ou la goupille, permettra le mouvement à la lame fur le manche : le prolongement a portant fur le fécond clou, fervira d’arrêt à la lame.
- , Figure 11, cifeau ou tranche repréfenté plus en grand que dans la vignette ou nous en avons parlé en A$ Fig. 1.
- Figure 11*, le même cifeau vu d’un autre profil.
- Figure il, le tas de la Figure 9 , vu dans un autre fens ; avec les lettres a , £, c, correfpondantes à la Figure 10.
- Figure 13 , le même tas vu en plan. ^
- Figures 14 & 1J , le tas deftiné à faire la tête de clou, que Ton voit en b
- Fig. $ & 6.
- Figure 16, un Couteau à un clou, dont la lame eft ouverte, & dont l’extrémité b faite en tête de clou, porte fur le manche, & y eft retenue.
- Fig are 17, le même Couteau fermé : on voit en a Cette tête de clou qui' fouvent écorche, déchire les habits, & par là offre quelques inconvénients.
- Figure 18, un Couteau à deux clous ouvert ; on a ponétué l’extrémité de la lame du Couteau qui eft dans le manche, pour que l’on vît en a la goupille fur laquelle tourne la lame ; en b , fon prolongement qui, appuyant fur le fécond clou, tient cette lame folide.
- Figure 15?, le même Couteau à deux clous fermé*
- Figure 10, une lame de Serpette forgée.
- Figure 21, le talon commencé.
- Figure 22 , ce talon élevé & prêt à y faire la tête de clou*
- Figure 23, la lame avec la tête de clou, & percée.
- Figure 24, une Serpette emmanchée & ouverte.
- Figure 25, la Serpette dans fon manche, & fermée.
- Figure 26, une lame de Couteau à gaine avec la queue c b qui doit la tenir au manche*,
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- y* EXPLICATION
- Figure 27, ce Couteau à gaîne avec fin manche.
- Figure 28, le Couteau à gaîne, dans fa gaîne.
- FLANCHE TROISIEME.
- La Vignette repréfente le lieu où l’onémout lesCouteaux, ou les Meulieres ; car c’eft ainfi qu’on nomme l’endroit où font de grandes meules deftinées à émou-dre ou repajjer les Couteaux.
- Nous fommes encore entrés dans aflez de détails , en décrivant cette utile machine, pour nous difpenfer de répéter ici ce que nous en avons dit.
- La Figure première & la fécondé, émout ou repafle des lames de Couteau.
- La Figure 3 polit les lames {ùr une meule de bois de noyer. L’Ouvrier en a de rechange à côté de lui.
- Dans le bas de la Planche, on a repréfenté plus en grand le mouvement communiqué par la première poulie ou bobine qui tient à l’arbre de la roue à aube, & comment cette poulie fait agir d’autres poulies qui font mouvoir les meules.
- AB y la première poulie ; elle porte fur fa circonférence deux entailles qui reçoivent les cordes croifées.
- D’un côté & de l’autre font une ou deux autres poulies D>E, H : fi fon veut communiquer le mouvement à plus de poulies, on fait fur la première plu-fieurs rainures, repréfentées en P ou en QR, où une de ces poulies eft deffi-née coupée dans un de fes diamètres.
- IK y L My N O, l’ajuftement- A** la meule de bois de noyer. Comme on change fourni ces petites meules, il faut pouvoir les démonter aifément. IK9 LM offre la meule démontée, & NO la repréfente en place.
- On a gravé fur une autre échelle, pour rendre plus intelligible, la pince qui fert à l’Ouvrier pour tenir fur la meule la lame de Couteau, fins rifquer de fi bleffer.
- On voit cette pince en T,X, F; mais nous l’avons deffinée en plus petites proportions, & conformément à l’autre porte-pince Z en t x.
- La lame 3 eft retenue dans la pince t, x, à l’aide du coin u, qui pafîànt entre les deux ferres de bois, les contraint de s’approcher, de maniéré qu’elles retiennent la lame.
- Quand la lame eft maintenue fins lui permettre de mouvement, comme on le voit en s;, on met cette pince dans l’entaille ou la partie creufe 1, 2, du porte-pince Z , de façon que la lame du Couteau porte fur la partie 1 de cet outil. Ce porte-pince eft tenu fir la meule par i’Émouleur , & il appuie avec force defïus, en faifint porter la lame fur la meule fins craindre de fi bleffer.
- PLANCHE
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- DÈS FIGURE 5<
- PLANCHE QUATRIEME.
- . Cette Planche offre les détails des premiers travaux que Ion fait fur les manches. La Figure première coupe un billot de bois de hêtre, déjà fcié de longueur convenable , elle le partage en chevilles.
- La Figure 2 commence à leur donner, avec une hache, la foirme d'un manches
- La Figure 3 , affis fur un banc ou fellctte , donne à ces chevilles, avec une plane ou pleine , à peu-près la figure quelles doivent avoir pour former des manches de Couteau.
- La Figure 4 met ces manches dans une mordache, & les tient • ainfi dans un étau de fer , dont il ferre les mâchoires ; il les finit autant qu'il eft convenable $ avec des limes à bois & des écouenes.
- On a repréfenté, Fig. 8,9, 10 & 11, la façon de féparer le bois de hêtre & de réduire ce bois en chevilles propres à devenir des manches.
- Figure 12 , le banc ou fellette à tailler les manches ; on voit en a la palette percée, qui fert à recevoir l'extrémité de la plane.
- Figure 13 , la plane à une feule main ; l'autre partie a entre , comme nous l'avons dit, dans l’ouverture de la palette a, Fig, 12,
- Figure r4, ce banc deffiné en plan, avec la plane Æ.mife en place.
- Figure 1 y, l'étau que l'on aflujettit, d’une façon ou d'une autre , à la table * comme on le voit dans la vignette , Fig. 4*
- Figure 16, la mordache. Pour empêcher les deux branches ou lames de lâ mordache Je /L j oinUjfo ort ^ , ort. mot en le périt tafleau b. Cette mordache porte le manche, & on le ferre dans la mordache , à l'aide de l'étau de fer ; par ce moyen on ne gâte pas le manche de bois tendre.
- , PLANCHE CINQUIEME>
- La. Vignette offre le lieu deftiné à mouler les manches de Couteau.
- Dans le bas de la Planche on a repréfenté, Fig. 1 & 2 , un moule ouvert.
- On voit en aa deux hauffés ou tenons qui entrent, le moule étant fermé, dans les parties creufes b b de la Figure 2.
- Figure 3,4 & 5 , des manches plus ou moins façonnés, tels qu’ils Portent louvent des moules, avec des bavures.
- Figure 6 , une prefle vue en face.
- AA, les deux montants qui traverfent par leurs extrémités inférieures, la -table ; & pour les y afiujettir, ils portent des ouvertures H , dans lefquelles on fait entrer les coins a a.
- b, la traverfe qui porte für l’établi ; c, celle qui porte l’écrou; d9 traverfe qui monte ou baiffe à meflire que la vis monte ou defcend ; elle .efl: repréfentée féparément, Fig. 8.
- Coutelier en commun; O
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- *4 EXPLICATION
- La Figure 7 eft la même prefle vue de côté. On y voit la table ///; & un montant h i de la prefle , retenu par le coin a ; en deflus de la table la tra-verfe immobile b, celle mobile d, à mefiire que la vis monte ou baiflê. On voit la méchariique du mouvement de cette traverfe dans cette même figure ; elle eft fcutenue par un levier ey qui a fon point d’appui en g. Le poid f tend à faire monter la traverfe d à mefiire qu’on deflerre la yis.
- ;FigureS9 cette même traverfe ou platine d eft deflïnée féparément ; e9 le levier, g y fon point d’appui ; le poids qui tend à la faire monter, en lui feifent faire la bafeule.
- Figure p 9 la manivelle ou Manette :A, le coude dans lequel entre le levier, Fig. 10.
- Figure 10, le levier au moyen duquel on agit avec plus de force pour ferrer la prefle , & faire tourner la manette, Fig. p.
- La Figure 11 de la Vignette fait chauffer les moules à un feu de forge.
- La Figure 12, les met en prefle & ferre la vis de la prefle, premièrement avec la manette.
- La Figure T 3 , pour agir avec plus de force , emploie un levier plus long pour ferrer la prefle. Ce levier fe nomme le brutal ; il le pafle dans le crochet de la manette, & lappuie fur vie quarré de cette manette. On a vu la manivelle , Fig. p ; & le levier ou brutal, Fig. 10.
- On voit en E, G, un chiffon avec lequel on prend de la mouline deftinée à dégraifler le moule.
- De ce même côté, il y a des étanv A9 K, A nnf on fl* p/wr tenir lc3 moules qui ont donné la forme à des manches de cornes ; il faut que ces manches relient bien plus long-temps ferrés dans le moulé, ou ils fe déformeroient.
- PLANCHE SIXIEME.
- La Planche fixieme repréfente le lieu où l’on taille la corne pour en faire des manches de Couteau.
- La Figure première taille & coupe de longueur la corne , qu’à fait griller la Figure feconde, à un feu de forge. A mefiire que la Figure première a coupé la corne de la longueur qu’il convient, elle la jette dans la cafle B remplie d’eau.
- La Figure feconde allume le feu de fe forge avec le fcufflet D ; elle fait griller la corne & la fecoue fur une pierre C, mife fur le devant de la forge.
- Le bas de la Planche , dans la première divifion, repréfente, Fig. 3, l’étau où l’on rogne la corne ; ordinairement les mâchoires de l’étau font de la largeur d’un manche de Couteau. Ainfi on coupe les parties a a qui débordent ces mâchoires.
- Figure 4, le Couteau à rogner la corne ; il reflemble un peu à un tran-chet de Cordonnier.
- Figures $ & 6, des cornes de Bélier j Fig. f, celles de Barbarie plus con-
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- DES FIGURES. f$
- tournées & plus fortes que celles des Béliers de nos Provinces.
- La féconde divifiofi du bas de la Planche eft relative au travail des Bayonnettes.
- Figure I, morceau de fer que Ton emploie à faire deux Bayonnettes.
- Figure 2 , on l’applatit fur une de fés extrémités a.
- Figure 3 , on forme un cylindre de cette partie a.
- Figure 4, f on réduit lautre extrémité b de la Fig. 3, à une moindre épaiftéur.
- Fig ure y , elle eft ici mife en cylindre, ainfi qu’on l’a fait fur l’autre partie.
- Figure 6 f on divife la Fig. g , & on la fépare dans l’entre-deux de ces cylindres, comme on le voit ici, & Fig. 6 9 a Sc b.
- Figure 7, on fend la partie c du morceau de fer c b9 Sc on y foude la pièce d’acier a, qui doit fèrvir à former la lame de la bayonnette.
- Figure 8, c’eft le tas ou l’étampe dont on fe 1ère pour faire promptement la pomme e des Fig. 18, 19 & 20.
- Figure 9 , cette féconde partie du même tas eft retenue dans la mortaife faite à l’enclume, & on pofe fur celle-ci la contre-partie, Fig. 8. En a on voit le plan du tas, Fig. 9. »
- Figure 10, a, cifeau ou tranche emmanchée , dont on fé fert pour fendre la partie c de fer de la Figure 7 , & y fouder l’acier a de cette même Figure.
- Figure 11, les mandrins fur lefquels on contourne le fer, pour lui faire prendre la Figure cylindrique, comme nous l’ayons expliqué pour les Figur^ 3,4,7, &c. ^
- Figure 12, autre mandrin.
- Figure i) , l’aoio* pour £»*«*<»* V^jrccie vie ja lame de la bayonnette 5 c’eft ordinairement une vieille lime que l’on plie au feu.
- Figure 14, le tas fur lequel on pofe le fer, lorfque l’on veut lui donner la forme cylindrique ; on le frappe fur ce tas, & on pofe lè mandrin en dedans pour rabattre les deux levres du cylindre avant de les fouder.
- Figure 1J , le même tas ou étampe vue de côté.
- Figure 16, autre étampe pour mouler , pour ainfi dire, les lames de bayonnettes à trois quarres.
- Figure 17, le même tas vu en deflus.
- Figure 18, la bayonnette ; a9 fà lame ; b, la douille ; c, féchancrure qui la retient au fufil ; e, l’efpece de pomme qui joint la lame.
- Figure 19 , la même bayonnette contournée , comme elle doit l’être , pour ne point gêner le corps de fufil, lorfqu on tire avec la bayonnette : les mêmes lettres répondent aux mêmes objets de la Figure 18.
- Figure 20, une bayonnette à trois quarres ; les lettres font auffi correfpon-dantes aux Fig. 18 & 19.
- Tar
- "ça* CNAM
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- EXPLICATION
- PLANCHE SEPTIEME.
- La Planche feptîeme explique comment Ton monte les Couteaux-, c’eft-à« dire, la façon d’ajufter la lame fur Ion manche.
- La Figure première forme fur le manche de bois la place de la lame, où elle fe loge quand elle eft enfermée dans le manche. Deux Ouvriers fe fervent dune fcie à main pour cette opération.
- La Figure fécondé, perce fur le manche le trou dans lequel doit entrer Taxe de la lame qui la retient au manche. Cette même table eft repréfèn-tée en plan, Fig. y. On voit fur cette table le tas à river les rofettes.
- Figure 3. Ouvrier qui tire du feuillet de cuivre, les rofettes dont on garnit les manches de Couteaux.
- Fig. 4, dans le bas de la Planche. Ce feuillet de cuivre b, aflujetti fur une planche & retenu par une traverfe de bois a a.
- Fig. y , le plan de la table qui fert d’établi à l'Ouvrier Fig. 2 de la vignette; ® On y voit le plan du foret qui fert à percer le manche de bois : en h, un des montants que traverfe la meche du foret : i> l’autre montant que l’on voit en afy Figure iy. ^
- Figure 6, la fcie à main. j
- Figures 7, 8, p & 10, des manches de Couteaux. Fig. 7, en a on voit l’entaille où doit repofèr la tête de clou de la lame. Fig. 8, cette entaille & le manche percé pour recevoir l’axe.
- Figure g, manrK© Je Couteau à deux clous. Fig. 10, ce même Manche avec l’ouverture, qui doit fervir de retraite à la lame.
- Figure 11, tas que l’on place fur l’établi Fig. y , & que Ton retient en-deffous de l’établi par le coin d, qui entre dans l’ouverture e de ce tas. On voit le plan de ce tas en e ; il fert à river l’axe, en retenant les viroles ou rofettes que l’on voit en g ; on appelle auffi t œil cette rofette.
- Figure 12, meche du foret, la pointe du milieu eft plus longue que les deux autres ; & ce font les deux plus courtes qui détachent la rofette de la feuille de cuivre Fig. 3 , tandis que celle du milieu fert feulement de point d’appui au foret.
- Figure 13 , des lames de cuivre, d’argent, où d’autre métal, qu’emploient les Couteliers de Paris pour faire leurs rofettes.
- Figure 14, le feuillet de cuivre b de la Fig. 4.
- Figure iy5 profil du foret à percer les manches , don t nous avons parlé Fig 5 : af, le montant qui s’ouvre en f : b b, differentes hauteurs où Ion peut placer la meche du foret : h , petite fiche qui empêche ce montant de s’ouvrir : a c , la bobine .de la meche : d, pointe de la meche : e> fécond montant que traverfe auffi la meche du foret.
- Figure i<5, la meche de ce foret.
- Figures
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- DES PLANCHE S. p
- Figures 17 Sc 18, emportes-pieces dont fe fervent les Couteliers de Paris pour faire leurs rofettes.
- Figures 19 & 20, & 19* & 20*, ces mêmes rofettes faites avec les emportes-pieces 17 8c 18.
- Figure 2r, morceau de plomb fur lequel on met la lame de métal qui doit fervir à en tirer les rofettes.
- ^ Figure 22, un emporte-piece, imaginé coupé fui vaut là longueur*
- Figure 23 , une écouene ou râpe à bois.* * w Je n ajoute point ici l’explication des termes employés dans cet Art* parcê qu elle fè trouvera dans T Art complet du Coutelier; & j ai imaginé que cette répétition feroit ici inutile. J’ai mis ces termes d’Arts en italique dans le corps de l'Ouvrage,
- Fin de VExplication des Figures*
- Coutelier en commun; E
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- EXTRAIT DES REGIS TRES *
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- DE L’ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES. -
- Du 3 Juin lyy2. \
- M. B a 1 l l y qui avoit été nommé pour examiner l’A rt düCoutelieren ouvrages communs,lu àTAcadémicen 17^7,par M.Fougeroux de Bondarqy, en ayant fait fon rapport, l’Académie a jugé cet Ouvrage digne de l’impreffion : en -foi de quoi j’ai ligné le
- préfent Certificat, A Paris, le 21 Août 1772.
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- GRANDJEAN DE FO.UCHY,
- Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Sciences.
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- DE L’IMPRIMERIE DE L. F. DELATOUR. t77a.
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- Fin 2 .
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