Descriptions des arts et métiers
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- MÉTIERS
- APPROUVÉS
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- PAR MM. DE L’ACADÉMIE ROYALE
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- DU FA BR IC AN T D’ÉTOFFES EN LAINES.
- PAR M. ROLAND DE LA PLATlERE.
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- DU FABRICANT D’ÉTOFFES EN LAINES
- RASES E T SECHES, UNIES E T CROISÉES.
- PAR M. ROLAND DE LA PLATIERE,
- Infpecleur Général des Manufactures de Picardie ; Afjbciê' des Académies Royales des Sciences > Belles-Lettres & Arts de Rouen, Villefranche > ôc. SC Correfpondant de la Société Royale des Sciences de Montpellier.
- PREMIERE PARTIE.
- Lorfque les terres font également partagées, le pays peut être peuplé, quoiqu’il y ait peu
- d’Arts... Mais dans nos Etats , où les fonds de terre font lï inégalement diftribués
- fi l’on y néglige les Arts...... le pays ne peut être peuplé;.....Il n’y a que les Artifans
- qui donnent le fuperflu aux Cultivateurs.
- Montesquieu, Efprit des Loix.
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- A PARIS,
- Aux dépens > SC
- De rimprimerie de Moutard , Imprimeur-Libraire de la Reine , de Madame , de Madame la ComtefTe d’Artois , &c de l’Académie Royale des Sciences 5
- Hôtel de Cluny , rue des Mathurins.
- M. DCC. LXXX.
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- On agite encore cette queftion Efl-il avantageux à une Nation de rendre publics les divers procèdes de fabriques qui font partie de fes occupations , de fon commerce > & de fes riche fies ? A ne considérer les chofes que relativement à cette politique, qui ne compte ce qu elle a que par ce qui manque aux autres, on en jugera bien différemment qu’en enviiageant les hommes couinié freres, dont la malle des connoiflànces ne peut s’accroître que par la réunion des idées.
- La propagation des connoiflànces humaines eft lî lente ^ parmi le peuple fur-tout, qu’on voit s’écouler des générations , fans que certains Arts acquièrent la moindre perfection : il en elt qui rétrogradent à nos yeux , 3c l’on en a vu fe perdre entièrement.
- Les facultés de l’efprit ne le développent guere que dans le calme 3c l’aifance , 3c prefque jamais dans l’efclavage du belbin 3c l’opprelîion de la mifere. Doit-on s’étonner qu’elles relient engourdies, 3c fouvent nulles pour le progrès des Arts confacrés à la lîmple utilité , de ces Arts où les facultés corporelles font exercées avec autant d’afîiduité que de violence ?
- L’ignorance, d’où naît l’entêtement > ne laille voir au fils que la pratique du pere : elle produit en outre cet air, ce ton myltérieux qui caraétérife les hommes à vues Courtes 3c à petites inventions,
- Difons-le hardiment : fi la crainte d’éclairer les autres ôtoit aux hommes inftruits le courage d’allumer le flambeau des connoiflànces, ils en refleroient eux-mêmes bien plus fouvent expofés aux chocs de l’erreur.
- A ces raifons ajoutons l’autorité.
- Cette Compagnie favante, fi refpe&ée en France 3c dans toute l’Europe , au fein de laquelle repofe la véritable philofophie , celle qui inté relié l’humanité, a donné l’exemple. L’Académie des Sciences a publié fuccdfivement la defcription de piufieurs Arts : voilà ma réponiê fur futilité de mon Ouvrage.
- On ne trouvera guere ici de citations d’Àrrêts, d’Ordonnances, de Statuts 3c Réglemens, aux* quels cependant ont été afliijettis la plupart & prefque tous les procédés dont on fera mention» L’Encyclopédie en cite beaucoup : mais s’il eft dans le plan du vafte amas des connoiflànces, de fuivre la marche de l’efprit humain , d’en marquer les progrès 3c tout ce qui a concouru à nous placer où nous fommes, une telle collection doit être auftj le dépôt de fes écarts 3c de fes erreurs. Pour moi, je n’ai d’autre but que celui d’inftruire ceux qui ne le font pas dans les Arts que je décris, ÔC de mettre ceux qui les exercent fur la voie de les perfectionner.
- On pourra croire que j’aurois dû mieux faire 3c mieux dire -, mais qu’on faflè 3c qu’on dife mieux * je ferai le premier à y applaudir , 3c je n’en aurai pas moins d’obügation que le Public à ceux qui voudront bien me redreflèr. En attendant, je ne puis m’empêcher d’obferver que > fi l’ignorance abfolue des Lettres fe fait fentir, 3c excite des regrets à chaque pas, lors même qu’ôn rencontre des Ouvriers intelligens qui veulent bien, ce qui eft rare, fe prêter de bonne grâce, 3C être de bonne foi dans i’expofé des procédés de leur Art, on eft bien autrement peiné de trouver l’Art de bien dire dénué des connoiflànces de l’Art qu’on prétend décrire. Le premier n’eft que rebutant : l’ardeur de favoir peut vaincre retto CUce , ica Gens de Lettres relient incertains
- des notions à y prendre, 3c les Artiftes étonnés de n’y pas retrouver les leurs.
- En ceci, je ne prétends parler que de quelques-uns de ceux des Arts réunis à la grande Colledion , 3c d’un plus grand nombre décrits dans l’Encyclopédie , qu’une longue expérience m’a mis en état de juger. Cette Collection eft fi précieufe à tous égards , 3c l’Encyclopédie eft fi au deflus de tout éloge à tant d’autres, que c’eft s’accorder toujours avec leurs Auteurs 5 que dé les contredire quelquefois.
- A l’égard du Dictionnaire portatif, raifonné, & univerfel des Arts 3c Métiers , de l’une 3c de l’autre édition , il eft fi éloigné d’être raifonné & univerfel, qu’en fuivant la pauvreté de fa nomem clature, fi l’on en éloignoit le maigre hiftorique, la petite glofe pour amufer , 3c les nombreufes citations de Statuts, d’Arrêts 3c Réglemens, il ne refteroit guere qu’un amas de procédés faits fans choix, fans méthode, 3c fans principes.
- On peut divifer cet Art en deux parties.
- La première contient tous les procédés qui font l’objet des foins 3c des travaux des Fabricans : ils fe terminent au moment où chaque efpece d’étoffes fort du métrer, 3c eft livrée au Marchand > qui, de fon côté , relie chargé de faire faire tous les apprêts convenables à chacune d’elles*
- La fécondé partie contiendra , outre leur defcription 3c celle des outils 3c uftenfiles propres à chacune d’elles, des diflertations fur le dégraiflàge : on en indiquera les méthodes les plus fûtes 3c les plus expéditives, 3c i’on fera fentir l’importance de dégraiflèr les étoffes rafes 3C feches fans les fouler. On parlera du blanchiflàge , des débouillis, des échaudages ou lavages à l’eau froide des étoffés. On expofera les raifons de préférer fouvent à ces opérations prefcrites 3c d’üfage , des procédés nouveaux 3c d’un réfuitat bien fupérieur. On indiquera aufli les différentes maniérés dé tafer les étoffes > de les corroyer , de les calandrer, de les preffer, foit en leur confervant le grain
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- A VERDISSEMENT.
- en rotai ou en partie par le moirage, foie en ccraiant ce grain par un apprêt mat ou par un apprêt lüïfant.
- Si quelques perfonnnes bien intentionnées, & iaftiruites dans l’Art que je décris, penfoient qu’il feroit utile, pour le progrès de cet Art, d’étendre ou de rectifier certains articles, je les prie de m’adrelîer leurs obrervations à ce fujet : je les publierai, en leur en faifant honneur, dans un carton inféré au . premier cayer qui fuivra celui-ci ; 6c fi ces obfervations font importantes 6c de quelque étendue, on les imprimera à part, en feuilles de même format, pour être livrées enfemble oulépa-rément à ceux qui auront pris le premier Ouvrage.
- Déjà je dois à M. Joiron Maret, l’un de nos Fabricans les plus intelligens, 6c celui qui réunit le mieux à des pratiques fûres l’art de les raifonner > je lui dois des remarques utiles, dont j’ai profité dans la defeription de cet Art, même depuis l’examen & l’approbation de l’Académie.
- Cet Art, ainfi que celui du Fabricant de velours de coton, etoient décrits en 1776. J’avois remis mes cayers au Magiftrat ami des Arts, 6c Adminiftrateur du Commerce : ils paflèrent de fes mains en celles de l’Académicien Commiflàire de rAdminiftration en cette partie, qui lui en fit le rapport. Je paras pour fltalie. Ce voyage long 6c intéreffant à tant d’autres égards, prit mon temps 6c remplit mes idées. Ce n’a été que bien après mon retour, que le même Académicien m’a déterminé à foumettre ces deferiptions à l’examen de la favante Compagnie dont il eft membre.
- Je préviens de cela, parce qu’il eft des faits qui ont aujourd’hui plus ou moins lieu , mais qui exiftoient ainfi. Cependant, à l’égard des faits tellement relatifs à l’Art qu’ils en font une extenfîon ou une réformation , ils m’ont fervi à l’étendre & à le corriger. J’ai vu opérer de nouveau -, j’ai répété tous les procédés -, j’ai relu mes deferiptions avec des Gens de l’Art les plus inftruits. Malgré tout , je fens qu’il refte beaucoup à faire. Les Arts fe perfectionnent tous les jours. Jamais on ne porta dans les recherches de ce genre un zele plus ardent j jamais on n’y répandit autant de lumières : mais ce qui me confole 6c m’anime, c’eft qu’on ne doit ces recherches 6c ces lumières qu’au courage "de ceux qui, montrant ce qui eft , 6c arrachant fes bornes, ont ouvert la carrière des poffibles: Je dois encore prévenir qu’une circonftance ayant déterminé de ma part un Mémoire précipité fur l’éducation des troupeaux 6c la culture des laines en ^France , je puifai plufleurs pafîàges dans ces notes. Je croyois ne travailler que pour l’Adminiftration, qu’il étoit queftion d’inftruire : elle a jugé à propos de faire imprimer ce Mémoire > d’où il réfultera quelques repéddons pour ceux qui auront Jes deux Ouvrages.
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- L’ART
- DU FABRICANT
- D’ÉTOFFES EN LAINES.
- DES LAINES.
- O N â beaucoup écrit en France depuis quelque temps fur Féducation des troupeaux de moutons, Sc le traitement des Laines. On a fait beaucoup de Mémoires, & quelques expériences. On â montré le mal, & on a indiqué pour remede la conduite des Etrangers à cet égard : mais ces Etrangers nos voifins regardent depuis long-temps cette partie de Féconomie rurale, comme affez importante pour en faire une affaire d’Etat. La leçon, l’exemple, les moyens marchent à la fois, & l’effet eft immanquable. En France , c’eft feulement râr irvtorTrall A
- qüe l’Etat a montré qu’il ÿ prenoit quelque intérêt* L’exemple y a été rare & momentanée ; les fecourë ont prefque toujours manqué; & nous relions les admirateurs & les tributaires de nos voifins (i). Nous ne répéterons point ici ce qu’on a dit fur cette matière. Lorfque l’Adminillration voudra s’en occu-* per, les inftru&ions paraîtront en foule. Nous préve-* nons feulement, que, fi l’on cherche une fois àpuifer dans les fources actuellement connues , il y aura beaucoup à élaguer , beaucoup de faits inexacts,
- rPinrlirnrinnç fanfffc , <Sr c\& r*onje<5tures JhafâfdeeS (z).
- (i) La Laine , cette matière précieufe à tant d’égards, mériteroit des loins plus particuliers de la part du Gouvernement, quand même on réduirait fes avantages multipliés à celui que nous fommes dans le cas de décrire ici. Nous avons vu donner des gratifications pour encourager la plantation du mûrier ; nous en avons vu faire d’immenfes dans les meilleures terres ; nous avons vu arracher jufqu’à l’olivier dans les deux feules Provinces de France où cet arbre fi précieux, fi lent, puifl'e croître, pour lui fubftituer le mûrier : on s’eft ôté l’efpoir de toute récolte dans les fonds où cet arbre meurtrier a pris racine, & cela pour une induftrie feche , renfermée dans quelques villes , & uniquement confacrée au luxe.
- Depuis dix ans, les Laines ont augmenté de prix dans ce pays, de vingt à vingt-cinq pour cent. Le nombre des individus qui la donnent eft diminué , & plus encore la quantité de matière par chaque individu. La trop grande cherté des grains & des fourrages a forcé tous ceux qui ne récoltent que peu ou point, & qui avoient cependant de petits troupeaux, à s’en défaire. Les autres ont plus mal nourri , réfervant , pour les vendre , des denrées où l’on trouvoit un bénéfice préfent 8c fupérieur, d’où les toifons du poids de quatre livres, taux commun , font réduites au plus à trois. Les maladies de ces animaux font plus fréquentes,
- 1>lus dangereufes , & l’on fe hâte moins de remplacer. En général e nombre des moutons, dans les territoires où la diminution eft le moins fenfible, dans les lieux de terres labourables mifes en pleine culture , eft égal à celui des journaux à la foie : un pour trois journaux, & moindre à proportion dans les autres. Cette quantité enfin dans les temps ordinaires eft à peu près égale à la population des campagnes : elle eft moindre aujourd'hui, dans les environs des villes fur-tout, où tout eft plus cher.
- Le prix de l’achat des moutons, depuis l’époque indiquée , a prefque diminué en raifon de l’augmentation du prix de la nour-
- riture. Les toifons valent aétuellemeilt, en 1775 en Picardie, 3 liv. l’une dans l’autre. L’agneaü fe vend au plus quarante fous : ainfî tour ayant réulfi à fonhait, l’animal pourrait rendre f liv. par an, & fa dépenfe fe calcule fur le pied de 9 à 10 liv. Il eft évident que la feule raifon de l’engrais a pu déterminer les Fermiers à loutenir cette éducation.
- Ne pourroient-ils pas y être encouragés, ainfi que tous lès autres qui l’ont abandonné, par une diminution de taille proportionnée à l’objet, au lieu de l’augmentation réelle & toujours arbitraire ? Cet arbitraire , fi nuifible dans tous les temps 8c à tous égards , écrafe cette partie dont il a fait iin objet d’induftrie dans les campagnes, pour y augmenter ceux d’impofition ; en forte qu’on ne taxe pas feulement le bien, fa valeur, & fon produit, mais l’intention & les efforts qu’on fait pour améliorer ce bien 8c augmenter fon produit, quoique ces efforts foient quelquefois inrruélueux , quelquefois même ruineux. Les manufactures eii fouffrent au point de craindre, par cette feule raifon, de perdre un jour la concurrence avec l’Etranger. La Hollande déjà nous tire des fommes trés-confidérables , par le prodigieux débouché de fes matières , 8c le prix exorbitant qu’elle y a mis ces dernieres années.
- (z) Il en eft dans cette partie comme dans les àutres : de trois chofes l’une , & fouvent les trois à la fois ; ou le premier fait la planche, & les autres, en gente moutonnière , paffent deffus avee alfurancç, 8c débitent quelquefois des vérités, fouvent des erreurs * quelquefois en les déguifant par un peu de variété dans le ftyle , louvent mot à mot, quelque mauvais qu’il foit : ou , pour avoir moins l’air de compilateur , & fe faire croire plus inftruit,on arbore l’étendard de la contradiction, on outre en fens contraire : ou enfin on nous donne des tirades faites à la maniéré donc F Abbé de Verrat décrivoit les fiéges & les batailles, d’imagination, lorfque les Aîémoires lui manquaient.
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- 4 L’ A R T D U
- Parmi les objets que nous avons eu en vue en Voyageant dans toutes les Provinces du Royaume & dans les Etats voifins, celui-ci a toujours eu une place diftinguée. Ayant réfidé au centre , & à plu-iieurs des extrémités du Royaume, j’y ai fuivi les diverfes pratiques & oblervé les réfultats, ce qui a «donné lieu à plulieurs Mémoires.
- Les détails contenus en ces Mémoires , mis à la tête de cet Ouvrage, éloigneroient fans doute du but qu’il annonce ; ils ne feroient pas diredement utiles aux perfonnes pour lefquelles cet Art eft écrit. On s’en tiendra donc à quelques obfervations générales 5 & à faire connoître les fources où l’on puife, pour palier immédiatement aux détails des opérations que les Laines fubiffent.
- La beauté , la lin elle de la Laine , fa longueur plus ou moins confidérable , fa qualité lifte ou feutrante , propre au peigne ou à la carde, aux draperies ou aux étoffes rafes ôc feches ; toutes ces différences tiennent beaucoup moins à l’efpece qu’au 'climat, à la nourriture ôc aux foins. Les animaux, les plantes mêmes prennent une forme li propre aux •climats où ils fe naturalifent , qu’après quelques générations on n’y reconnoît plus rien. Les parties qui fe renouvellent périodiquement, font encore plus fenfibles à ces variations, ôc la Laine en eft *in exemple des plus frappans.
- Les plus belles Laines de France font, fans contredit , celles des plaines de Narbonne ; Ôc la bénigne influence de ce beau climat fe propage par gradation dans les campagnes du Rouffillon jufqu’aux Pyrénées , & dans celles de Beziers jufqu’au delà de cette ville du côté de Pézenas. Si l’éducation pouvoit détruire l’influence du climat, on feroit expofé à avoir à Narbonne les plus mauvaifes Laines de France. Il n’y a aucun endroit, au moins que je fâche, où elles foient fi mal traitées. Ce n’elt pas trop dire, pour le faire concevoir, que d’en annoncer le déchet au lavage , de 70, fouvent de 75 , ôc quelquefois de 80 pour cent (1).
- L’efpece eft à peu près la même dans toute la Province : mais comme il y a grande variété d’afpeds, d’influences , de productions , ôc de méthodes, il y a grande diverfité dans les qualités. Il en eft ainfî, plus ou moins, dans toutes les Provinces méridionales. Dans celles du nord, la température eft plus uniforme ; les productions y font moins variées; les inégalités y font moins fenfibles : auffi la différence ne fe fait-elle appercevoir qu’à de plus grandes diftances (2).
- C’eft auffi le climat, fes productions, Ôc la culture^ qui concourent le plus à donner à la Laine cette forte de qualité qui en détermine l’emploi. Les Hollandois tirent des moutons de la Baffe-Poméranie, dont la Laine, paffablement fine, eft courte néanmoins : elle s’embellit ôc s’alonge dans leurs gras pâturages. Les belles Laines d’Efpagne trouvent leur deftination dans les draperies fines, Ôc elles y font les plus propres qu’on connoiffe. Les mêmes moutons en Angleterre donnent des Laines qui s’emploient avec le plus grand fuccès dans les plus belles étoffes rafes : mais nous ne parlerons point des premières qui n’ont aucun rapport à notre
- fabricant
- objet, ni des autres, dont nous ne confômmons plus guere par la grande difficulté d’en avoir.
- En partageant la France à peu près à la latitude de Tours ôc d’Angers, on voit que la plupart des étabfiffemens, en matières nationales , font , du côté du midi, en draperies, ôc du côté du nord, en étoffes rafes. Les grandes fabriques de ce dernier genre font celles de Flandres, de Picardie , de Champagne, ôc du Mans (3). Celles de draperies d’Abbeville , de Sedan , de Louviers, d’Elbœuf 5 des Andely , de Dernetal, ôc autres, n’emploient que des matières étrangères, ôc par conféquent leur pofition eft indifférente , relativement à l’emploi des matières du pays.
- La Flandre confomme les Laines de fon crû, ôc une partie de celles de la Hollande. La Picardie, qui en emploie une très-grande quantité , outre celles de la Province , en tire du Soiffonnois, du Valois, de la Brie , ôc quelquefois de la Champagne , de la Lorraine, ôc de l’Âlface : elle fe fournit auffi quelquefois jufqu’en Sologne , Ôc même en Berry, mais avec trop peu de fruit pour que ce foit fréquemment ni abondamment. Elle en tire de la Baffe-Allemagne par Hambourg, ôc de la Haute par Strafbourg : la Saxe même commence à lui fournir des Laines filées très-fin, qui viennent par Francfort ôc par Mayence ; mais c’eft la Hollande qui eft le plus grand magafin de ces fabriques : il n’y eft queff tion ni de perfedion , ni de fupériorité en aucun genre, que l’emploi de cette matière ne foit fuppofé.
- Comme ce commerce devient de jour en jour plus confidérable ôc plus important, à raifon du haut prix, de la rareté, ôc de la détérioration des Laines nationales, il fera néceffaire d’en traiter un peu plus au long.
- On le fent : quiconque a un intérêt direft à être inftruit de tel ou tel commerce, doit s’attendre à être trompé, s’il l’ignore; & d’ailleurs, on a accrédité fur celui-ci des erreurs plus propres à éloigner l’idée de s’en inftruire, qu’à en donner le goût. Il fera néceffaire aufli d’indiquer d’où Reims ôc Rhetel tirent les Laines que confomment leurs fabriques. A l’égard du Mans, il ne va pas très-loin au delà des frontières de la province pour s’en (4) fournir.
- La gradation de qualités des Laines de Picardie fuit allez celle de fes diftances à la mer : elles font très-communes fur la côte, un peu moins au centre 5 moins encore dans le Santerre ôc le Vermandois , fupérieures enfin dans le Soiffonnois, fur cette lifiere de la Champagne , ôc dans la Brie. Pénetre-t-on dans la Thiérache, pays plus maigre, où l’efpece devient chétive, dans les montagnes, dans les forêts l toutes les productions fe fentent de l’âpreté des lieux : cependant, en tirant du côté de Charleville, Ôc en pénétrant dans les Ardennes, la Laine s’alonge un peu, ôc devient plus propre au peignage. Tout ce qu’on en peut tirer de plus beau, s’emploie dans les manufactures d’étoffes rafes de Reims ou de Rhetel. Les autres parties de ces mêmes Laines concourent à l’entretien des fabriques de bas Ôc de bonneteries communes, très-répandues dans tous ces cantons.
- Dans les bons cantons de la Lorraine, ôc mieux
- J’ai beaucoup de ces fortes d’Ouvrages fous les yeux , pour iefquels, ni les fources indiquées, ni même les noms cités, ne fauroient augmenter ma confiance.
- ( 1 ) On enferme les troupeaux dans des bergeries mal-propres, étroites, étouffées, dont les planchers de gaules ou de lattes écartées, laiffent paffer la pouffiere & les menus brins de fourrage qu’on met deflus. Le crotin , l’urine croupi fient dans les toifons ; le fuin en devient cauftique , les rend jaunâtres, & les brûle.
- L’idée feule de la chaleur étouffante & de l’air empefté que ees animaux refpirent dans ces étables, où ils font continuellement dans l’ordure , jointe à celle de les expofer fubitement à toutes les intempéries de l’air, doit faire juger de leur état de foibieffe & de langueur, du nombre de maladies qui les affligent, & de la quantité qu’il en périt. Ce tableau, plus ou moins conforme
- à ce qui fe pratique , fuivant les cantons, préfente exaârement la maniéré dont cette partie de l’économie rurale eft traitée au midi de la France. On ajoutera pour dernier trait, que dans beaucoup d’endroits on né fait parquer les moutons en aucun temps de l’année.
- (1) Les bergeries y font auffi fquvent plus aérées & moins mal-propres j mais on y mêle également la laine des bêtes vivantes ou mortes de quelques maladies que ce foit, & de tous les degrés de maturité , lans choix des différentes parties.
- (3) On fait quelques ferges à Mende, on y fait dés Malbourougs ; on trouve encore çà & la quelques établifl'emens d’étoffes rafes 3 mais ces exceptions ne font pas frappantes.
- (4) Il n’eft ici queftion , à l’égard de Reims, que de la fabrication de fes étoffes rafes & feches. On fait bien que, pour les draperies, elle tire en partie les Laines d’Efpagne.
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- D’Ê T O F F E S
- dans les plaines de PAlface, Sc fur les rives de part Sc d’autre du Haut-Rhin, la Laine s’alonge aufïi ; Sc quoique le poil n’en foit pas très-fin, qu’il foit même un peu dur ôc roide, elle s’étend néanmoins à la filature, ôc donne un fil ferme, très-propre à la fabrication de nos étoffes rafes communes.
- La divifion qu’on a donnée de la France, fe fait en même temps fentir par la maniéré de traiter les Laines. Ce n’eft pas qu’il y ait quelque partie de ce Royaume où l’on faffe parquer , comme en Efpagne, en Angleterre , en Hollande , ou que l’éducation locale offre des pratiques bonnes à faifir Sc à tranfplanter; mais on y fuit différentes méthodes dans la tonte ôc le lavage des Laines.
- Dans toutes les Provinces méridionales, ôc particuliérement en Languedoc, on tond en gras, ôc le commerce des Laines fe fait dans cet état ; mais en général on leur donne auffi-tôt après la tonte, un premier lavage, qui confifte à les agiter ïïmplemenr dans l’eau courante, ce qu’on appelle patrouiller la Laine. On fent bien que cette opération ne la dégraiffe pas, mais qu’elle la purge feulement des ordures qui y adhèrent. On la garde en cet état jufqu’au moment de l’emploi ; alors on la dégraiffe à fond.
- Lorfque la Laine n’a pas reçu ce premier lavage,
- qu’on veut la dégraiffer fur le champ , il fuffit de la tenir dans l’eau chaude à y pouvoir tremper la main , jufqu’à ce qu’on s’apperçoive qu’elle s’ouvre , que les loquets & durillons s’amollîffent, fe dilatent, s’alongent; de la lever enfuite fur le bord de la chaudière, de l’y laiffer égoutter un inftant, pendant lequel la chaleur humide ôc concentrée excite ôc entretient la diffolution ôc la défunion des matières graffes ; de la laver enfin encore chaude au courant d’une riviere.
- A l’égard de la Laine qui a reçu ce premier lavage, ainfi que celle d’Efpagne, quoique non dégraiffée, elle né conferve pas la même dilatation ; les pores font refferrés ; la matière un peu durcie ; le fuin plus tenace : il fe recuiroit à Peau crue avant de pouvoir s’échapper. On la ramene , en quelque façon , à fon premier état, en mettant au fond de la chaudière de la Laine non lavée, ce qu’on appelle garnir le bain en furge ; ôc lorfqu’il y en a une quantité c'onvenable , ce que l’expérience ôc l’état des matières indiquent, on y plonge la Laine lavée Sc à dégraiffer , enfermée en un filet, pour qu’elle ne fe mêle point avec celle dite en furge qui garnit le bain, par partie de vingt-cinq à trente livres, plus ou moins, fuivant la grandeur de la chaudière , dans laquelle il convient qu’elle foit fort à l’aife. La fuite de l’opération eft la même qu’au cas précédent.
- Ces pratiques, fur lefquelles je m’étends volontiers , parce qu’elles font préférables à toutes les autres, demandent un ouvrier intelligent ôc exercé pour régler le bain Sc le feu. Certaines Laines demandent une plus grande quantité de furge, une plus grande chaleur , plus de temps dans le bain. On xenôuvelle ordinairement tous les deux ou trois jours le bain du dégrais ; il feroit mieux de le faire
- (i) L’obfervâtion de quelques Auteurs de ne pas fécher les Laines au fôleil après le lavage , dans la crainte qu’elles n’en deviennent plus dures , plus roides , eft tout à fait puérile. La pratique du Gévaudan & de quelques autres endroits , eft d’autant moins à citer à cet égard, qu’on y fabrique principalement des étoffes rafes & feches , auxquelles un peu de fermeté eft plutôt utile que nuifible, & que toutes lès grandes manufactures de draperies du Languedoc en ont une abfolüment contraire. Les féenoirs , fouvent pavés , font toujours expofés âu grand fôleil, avec l’attention qtie rien n’y porte ombrage : mais fl l’on â deffein de fabriquer & de laiffer l’étoffe en blanc , Ou de la mettre en Couleur très-claire , cette méthode eft fondée , farce que l’ardeur du fôleil les jaunit un peu, & c’eft ce qu’on a oublié d’obferver.
- (z) Toute i’hiftoire du reffort de la Laine perdue au lavage Sc rétablie fur la bête , lorfqu’on lave avant la tonte, &c» faite uni-
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- chaque jour. On regarnit de furge dans la journée s’il en eft befoin, Sc à la fin du jour on lave là Laine qui eft au fond de la chaudière , pour là régarnir le lendemain. Ainfi, il eft toujours néceffi faire que ceux qui font laver leurs Laines aufti-tôt après la tonte, en confervent une partie intaéte , pour faciliter le dégraiffage de ces mêmes Laines.
- Si quelques Fabricans lavent Sc dégraiftènt à fond leurs Laines àufli-tôt après la tonte , c’eft que, mal accommodés de la fortune, ils ne peuvent en faire une provifion bien confidérâble, puilqu’il eft confiant qu’elle eft inattaquable aux vers dans fon fuin, ôc qu’elle s’y conferve des années entières dans toute fon intégrité , Sc qu’il ne l’eft pas moins qü’ils la dévorent le plus fouvent , loriqu’eile en eft abfolüment purgée. 11 en eft âu contraire qui la confervent âu delà d’un an, fans même la faire pafffer par le premier lavage : ils prétendent qu’elle acquiert en cet état plus de qualité, Sc qu’elle donne plus de longueur d'étoffe ; mais elle eft plüsfujetté à s’échauffer , ôc il S’y établit quelquefois une petite fermentation qui lui donne toujours une couleur roUfsâtre qu’il eft très-difficile de lui faire perdre.
- En Baffe-Normandie , aü Cotentin principalement , au Maine , Sc dans les environs , on tond auflï en gras, Sc la Laine fe vend ainfi aux Fabricant. Ceux-ci mettent enfuite ces toiions en mon* ceaux , pour les faire monter en Juin , difent les Fabricans , par une petite chaleur Sc un peu dé fermentation qui s’y introduifent, Sc qu’on ne laiffe pas pouffer loin. La divifion de chaque toifon Sc le choix de chaque partie fe font incontinent. On met à part les différentes qualités ; on en coupe les parties tenaces Ôc durcies qui font à diftraire ; on les bouchonne par petits paquets, qu’on range ainfi dans une cuve ; on verfe deffus de l’eau prei-que bouillante, jufqu’à Ce que la Laine en foit fub-mergée 5 on agite peu après Chaqüe bôuchon , Sc on le tord fortement fur la cuve , à deffein d’ÿ conferver le bain, & d’en dégraiffer enfuite l’étoffe même ; on en üfe ainfi, du moins au Cotentin, à l’égard deS ferges de Saint-Lo. On lave für le champ la Laine à l’eau courante.
- Toute la Flandre tond auffi Sc vend fés Laineâ en gras : on y a , pour le dégraiffage, la même méthode qu’en Languedoc. On dégraiffe la Laine en toifon à l’eau très-chaude ; mais on y emploie de l’urine pour environ un quart du bain : on là lave enfuite en riviere.
- Dans ces petys, ôc dans la plupart de nos Provinces du nord (1), on lave les moutôns à la rivière avant la tonte, à la fin de Mai ou au commencement de Juin, un mois avant le parcage, afin que la Laine ait le temps de repouflér, pour les garantir du froid auquel ils font très-fenfibles au fortir de leurs bergeries étouffées. Ce lavage n’a pas d’autre effet que le patrouillage du Languedoc. Ce n’eft point un défuintage, qui ne s’opère vérh tablement qu’après le battâgè ôc l’épluchage, par le dégraiffage au favon enfin. Il eft inConCevablè combien on tourmente ces animaux dans cette opération (2). On lès jette au courant d’une riviere ,
- quement pour vanter cette méthode , n’a pas la moindre vraifem» blance 5 cependant elle a féduit. On a répété le reÏÏbrt perdu, rétabli ou non rétabli : on a fait beaucoup de fuppofltions en l’air ; & de prétentions en prétentions , & d'erreurs en erreurs on a été jufqu’à vouloir nous perfuader que les brebis, par la feule vifion de bêtes cornues , autres même que celles de leur eipece , corïtme des vaches par exemple , côncevoient des cornes % Sc gravement, dans Un Ouvrage férieux , long & méthodique , on cite en preuve les bagüettes de Jacob. Si les Laines laveés après là tonte perdoient ou ne reprenoient pas leur reffoîrtou en fetoit l’Ëfpâgne qui ne les lave qü’après la tonte, 8c qui nous fournit les meiileüres Laines pour la dràperie ? Où en feroit la Hollande qui nous en fournit de fupérieures pour ^es étoffés rafes ? Où en feraient la Saxe, l’Autriche, & prelque toute 1 Alle^ magne, qui regarde le temps de cette opération comme perdu,
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- où deux perfonnes les frottent, les agitent > & les fecouent en tout fens, & avec une telle violence,. qu’ils en relient longtemps étourdis ; ils en meurent même quelquefois. Les gens qui font droits font
- Î)alfer incontinent leurs troupeaux au foleil , fur ’herbe, pour les réchauffer & en faire fécher promptement la Laine avant quelle puiffe fe falir. Ceux qui ne le font pas, les conduifent fur un chemin où ils puilfent faire lever & retomber la pouf-fiere fur ces toifons mouillées. Comme cela fe fait à l’inflant du lavage, peu avant la tonte, le poids s’en trouve augmenté , fans apparence d’altération à la couleur. Au midi, on pratique aulh cette rufe, quoiqu’on ne lave pas la Laine fur la bête : il en efl même qui en font alfez occupés dans le courant de l’année, pour favorifer l’adhérence des ordures aux toifons , & il n’efl pas fans exemple d’en avoir vu pouffer ainfi le poids jufqu’à quinze livres, réduites à trois livres au lavage.
- Le lavage à la riviere, bien fait, réduit à moitié îe poids de chaque toifon ; &, dans cet état, le taux commun dans tous les cantons efl d’environ trois livres de Laine l’une dans l’autre. Le peignage ôc dernier lavage > dont on parlera , font encore décheoir la Laine de trente à trente - cinq par cent, fur quoi on retire dix , douze à quinze livres de peignon, qui fe confomme dans les étoffes drapées communes, les tricots, tiretaines, Ôc autres de ce genre.
- On verra qu’il efl queflion en plufîeurs circonf-tances , de filatures, Sc même de tiffage en gras ; mais ce font des matières butyreufes, oléagineufes, ou autres également d’application, pour la facilité des opérations dont il eft queflion , Sc nullement de îa graiffe naturelle ou du fuin de l’animal, dont il efl toujours très-bien de purger la Laine avant la filature , quoiqu’il y ait quelques fentimens contraires.
- A l’exception d’une partie des Laines de Hollande -, qu’on tire toutes filées de Turcoing en Flandres, ôc de quelques effais qu’on vient de faire de celles de Saxe, toutes celles qui fe confomment en Picardie, s’y filent. On en pourroit dire autant de toutes les autres fabriques citées, pour lefquelles ces exceptions mêmes n’ont pas lieu, comme on le verra plus en détail, lorfqu’il fera queflion de chacune d’elles.
- Je reviens à la Hollande , qui en produit une très-grande quantité, Sc qui en fournit à la France une quantité bien plus grande encore. La Zélande, la Hollande proprement dite, la Nort-Hollande, le Texel ôc le Wiering, la Frife Ôc la Groningue, font les Provinces ôc cantons des Pays-Bas qui fourniffent les Laines connues fous le nom générique de Laines de Hollande ; mais elles fe diflin-guent très-bien dans le commerce, par une qualité propre à chaque endroit.
- La Zélande efl un des moindres cantons parmi ceux de la Hollande confidérés à cet égard. Les Laines éprouvent au peignage un déchet de près du tiers, Ôc ce peignon n’efl propre qu’à la draperie commune. Les deux autres tiers entrent dans les calmandes , les camelots communs , ôc autres étoffes de ce genre.
- La Hollande, depuis les bouches de la Meufe jufqu’en Nort-Hollande, à l’exception du territoire
- d’Amflerdam, qui efl compris avec la Nort-Hoî-lande, en produit le double de la Zélande, & elles lont plus eflimées. Ce ne font point encore leurs Laines de première qualité. Les Hollandois n’en emploient guere d’autres cependant dans les manufactures de camelots de Leyde, fi ce n’efl dans les camelots poils fuperfins, dont l’objet n’efl pas con-fidérable : ils en font auffi beaucoup de bas , de tricots pour habits, & la plupart de leurs étoffes rafes communes; ils n’ont chez eux que quelques Peigneurs ôc peu de filatures, parce que la main d’œuvre y ell trop chere ; ils envoient en général les Laines pour filatures rafes qu’ils confomment dans leurs fabriques, à Turcoing, où l’on peigne ôc file convenablement pour toutes les fabriques de ce genre : on les leur renvoie en fraude, moyennant uatre pour cent d’aflurance, pour éviter un droit e fortie de quinze pour cent, affez mal calculé , pour ne rien rendre ; au lieu que s’il n’étoit que de cinq à fix pour cent, perfonne ne courroit de rif-que, ôc mieux encore s’il étoit fupprimé ; on ne gêneroit pas, on n’arrêteroit pas le cours de l’in-duflrie ôc le progrès d’une main d’œuvre , par une taxe de quatre pour cent.
- La Nort-Hollande efl le plus confidérable ôc le plus riche filon de cette mine : c’eft la plus belle Laine que fourniffe la Hollande, fur laquelle cependant il fe fait encore un choix de fuperfin, mais tel que rien ne l’égale. C’efl abfolument le fol du canton , entre Hoorn fa capitale , Alckmar, Ôc Purmerent, ôc fes gras pâturages, qui déterminent cette fupériorité , Sc la Laine du Beemfler efl toujours la Laine par excellence. C’efl un terrein. bas, anciennement fubmergé , de prairies très-coupées de canaux , où les moutons paiffent ôc parquent toute l’année. A mefure qu’on s’éloigne de ce centre, la Laine perd de fa qualité. Celles de la Weflfrife ôc des Dunes de la mer du nord font les moins belles. Toutes les Laines de la Nort-Hollande viennent en France ; car je compte pour rien la foible quantité qui s’en reporte à Leyde , après avoir été filée à Turcoing, pour fon emploi dans les camelots ; & l’exception à faire de ce qui s’en confomme dans les étamines glacées dé Bruxelles, n’efl pas de nature à faire plus de fenfation.
- Les Ifles du Texel Ôc de Wiering en produifent en beaucoup moins grande quantité, ôc il faut fe garder de les confondre avec la maffe générale ; elles font plus communes que les Laines de la Hollande, & valent un tiers de moins que celles de la Nort-Hollande , fur-tout celles de Wiering inférieures encore à celles du Texel. & * * 9
- La Frife fournit auffi de très-belles Laines , de’ qualité- à peu près égale à celles de la Nort-Hollande , mais un peu plus courte : elles paffenc suffi prefque toutes en France. C’efl de même en tirant vers îe centre de cette Province, aux environs de Sneec Ôc de Leuwarde, qu’on trouve les plus belles.
- La Groningue, comme la Zélande Ôc le Texel, forme auffi l’un des extrêmes. La quantité des Laines y efl moindre, ôc la qualité plus commune : elles valent un quart de moins que celles de la Frife, On peigne un peu en Frife ôc en Groningue , Ôc il y a quelques manufactures qui en confomment entre quarante à cinquante milliers.
- & qui traite de ridicule l’opinion qui la confeille ? Où en feroient
- enlm la Flandre , l’Artois , nos Provinces méridionales, &c. où
- l’on ne lave non plus qu’âpres la tonte ? J’y ajouterai même le Maine , une partie de l’Anjou & de la Baffe-Normandie, où l’ufage de laver la Laine après la tonte eft plus général que celui de la laver fur la bête, & où l’on fe plaint qu’il ne foit pas univerfel, par les abus qui en réfultent.
- Ce n’eft pas que nous défapprouvions aucune pratique qui tend à entretenir les troupeaux dans la plus grande netteté poffible ; nous en fentons trop, les conféquences. Le cours libre des humeurs
- entretient le fujet fain , au lieu que la mal-propreté , arrêtant la tranfpiration, les rend ftagnantes 3 & les force enfuite de fe repercuter : de la les maladies de la peau, & enfin la corruption interne. En travaillant à entretenir la force & la fanté de l’animal „ on opéré en même degré fur la qualité de la Laine qu’il porte : cela eft évident. Mais n’abufons point le public, qui, s’il avoic le malheur de croire à nos petites recettes & à nos déclamations, perdroit bien du temps en effais inutiles, & feroit des dépenfes qui ne le feroient pas moins.
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- D>È T O F F E S
- On obferve que les moutons auxquels on a coupé la queue étant jeunes , s’arrondiffent davantage, fe portent mieux, font plus gras , ont plus de Laine, & de plus belle Laine. Toute la Hollande , la Nort-Hollande, la Frife ôc la Groningue font dans cet ufage (i). Le Texel & le Wiering , dont la race eft la même que celle de la Hollande , ne le fuivent pas, non plus que TUtrecht, dont les moutons, de race Allemande, portent une Laine beaucoup plus commune. Si l’on tranfporte des agneaux de ces cantons dans les bons endroits de la Nort-Hollande ôc de la Frife, on leur coupe la queue aufli-tôt, ôc ils changent en un an ou deux ; ils fe naturalifent, ôc deviennent infenliblement fembla-bles aux autres.
- En Hollande, les moutons parquent toute Tannée, même en temps de neige : alors ils grattent Ôc cherchent leur nourriture delfous. Eft-elle gelée ? on leur jette du foin delfus, & ils y vivent fans quitter le champ ni jour ni nuit ; car il n’y a point de bergeries dans tous ces pays-là, qui, étant bas, découverts , Ôc très-coupés de canaux, font abfolument exempts de loups, ainli que l’Angleterre.
- Dans TUtrecnt , comme en Allemagne Ôc en France, on renferme les troupeaux l’hiver, ôc ils ne parquent que Tété. Les Laines font très-communes dans cette Province, ainli que dans TOverilfel &la Gueldre , dans les Duchés de Cleves, Bergues ôc Julliers, ôc en continuant de remonter le Rhin Ôc la Meule , y compris les Ele&orats Eccléfiaftiques , les Etats de Liege , ôc jufqu’en deçà du Luxembourg. On en pourroit dire autant de prefque toute la Weltphalie, partie de l’Allemagne où les troupeaux font les moins foignés, où Ton voit aux champs, prefque par-tout, un mélange continuel de bêtes à laine avec les cochons, les vaches, les chevaux, ôc autres beftiaux de ce genre , fous la conduite du même berger. Cette pratique eft nuifible
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- à tous égards ^ puifqu’il y a la plus grande oppo-fition de goûts , d’humeurs , de fenfations , de befoins: elle entraîne la dégradation de l’efpece; elle augmente Ôc aggrave toutes les infirmités des dilférens beltiaux, ôc les communique des uns aux autres.
- On trouve cependant dans ce pays-là des traces de l’amputation de la queue aux troupeaux. Cette pratique gagne des Marches du Brandebourg, par la Haute-Saxe, Ôc les parties du Brunfwick ôc de l’Hanovre qui l’avoifinent.
- Je fuis bien loin de confondre ici les Laines des Marches du Brandebourg, cellés des parties de la Poméranie qui l’avoifinent, Ôc celles de la Haute-Saxe , avec celles qui font ordinairement connues fous la dénomination de Laines d’Allemagne. Les premières méritent la diftindion la plus marquée ; ôc je me fens d’autant plus porté à en faire une mention particulière , qu’elles s’emploient avec le plus grand fuccès dans toutes les étoffes dont la fabrication fait l’objet de l’Art que je décris.
- Berlin, au milieu des fables des Marches eft en même temps le centre des plus belles Laines que l’Allemagne produife. Cette qualité fe fait encore remarquer, mais avec quelque altération , dans les terreins fablonneux que nous avons indiqués ; ôc par-delà Potfdam , en tirant vers Brandebourg -, un peu au deffous de Stetin, ôc plus près encore du côté de la Luface, elles n’ont plus ce même degré de fineffe , de douceur , qui, jointes à la fermeté, à la longueur, ôc à leur état ras ôc liffe , donnent une filature très-unie, toutes qualités mer-veilleufement propres 'à porter les étoffes à grains , ou à luftrer au plus haut point de perfedion. L’exportation de ces Laines eft févérement prohibée ; cependant il en defeend de temps en temps par l’Elbe , que les Hollandois nous apportent d’Hambourg, avec beaucoup d’autres Laines de qualités différentes.
- (i) Il eft également commun en Flandres , en Angleterre , en Efpagne , en Saxe, dans toutes les Marches du Brandebourg, en Poméranie, 8c , à ce qu’il paroît, dans tous les Etats de l’Europe où la culture des Laines, formant un objet important de commerce , eft prife en confîdération par le Gouvernement , ou l’attention des Particuliers, & leur émulation, font réveillées 8c foutenues par les regards , la prote&ion , 8c les fecours de l’Admi-niftration.
- Quelques Auteurs penfent bien que de couper la queue des agneaux à tel ou tel âge, cela influe fur leur corpulence ; mais tous nient que la Laine y participe. C’eft, à l’égard de fa qualité , nous aflure-t-on, une opération indifférence j mais une telle aller-tion ne l’eft pas , 8c demanderait bien une preuve. Tous les peuples qui la pratiquent en jugent autrement ; 8c en effet , comment concevoir qu’une opération quelconque , qui changera la forme de l’animal, qui concourra à le rendre plus gras, plus fain, mieux portant, ne contribuera pas en même temps à quelque variation dans une partie telle que la Laine , qui tient auffi effentiellement à la conltitution du mouton ? Je ne décide pas le fait ; j’engage à le vérifier : mais je fais que la Laine des bêtes foignées 8c bien nourries , toutes chofes égales d’ailleurs, eft plus fine, plus douce que celle des autres ; celle des moutons que celle des béliers j celle des chatrices que celle des brebis. Je fais que les Laines , Plies , Pélures ou Pélades , au fujet defquelles - on a débité tant d’abfurdités , 8c preferit des chofes fi ridicules, font auffi plus douces, plus fines que les autres , par la feule raifon qu’elles proviennent de bêtes engraiflées, avant d’être conduites à la boucherie j d’où il arrive que, fi elles coûtent un peu moins , comme moins longues , & en cela moins propres à certains travaux qui demandent auffi plus de confîftance êc de nerf, elles font très-recherchées pour les ouvrages qui exigent de la douceur & plus de tendante au feutrage.
- La Pélade a l’inconvénient, & c’eft le feul, d’être un ramas de Laines de toutes qualités, 8c à toutes fortes de degrés de maturité : mais ce mélange-là même n’eft pas nuifible dans bien des cas, 8c il arriverait qu’on le ferait à deflein & avec fuccès. Qui empêche que dans ces toifons on ne faffe un choix St des affortimens, comme dans les autres ? Qu’on voye comment les Turquinois s’y prennent, & l’on faura qu’on en peut tirer le plus grand parti.
- Si nos réglemens, au fieu de les proferire avec anathème , comme vuidant ces étoffes aux apprêts , ou y réfiftant, comme fujettes aux vers & à la pourriture , 8cc. enflent donné des méthodes pour les bien faire , elles feroient auffi généralement eftimées que
- les autres , & employées avec autant d’avantage , bien entendu qu’il ne faudrait pas y mêler les agnelins avec les toifons faites i celles des bêtes crevées , 8c fur-tout de maladies peftilencielles , avec celles des bêtes mortes de mort violente : bien entendu encore qu’il n’eft pas ici queftion de Laines tirées des plains à chaux des Mégiffiers, Parcheminiers, 8c autres Ouvriers de ce genre, qui , n’ayant égard qu’à la peau, brûlent la toifon fans difficulté , pour hâter 8c perfeéfionner leur travail. Mais qu’on emploie l’alkali fixe , fans en aiguifer , ou même en en modérant la caufticité, foit en leffive ordinaire, foit en empliflànt les peaux de cendres humeélées pen^^qt- cfpace de temps proportionné à la température de l’air & à l’expofition des objets ; ou a pour le mieux , qu’on abatte ces Laines aux cifeaux , & tous les fujets de profeription feront évanouis. Voici de quelle maniéré cette; partie fe traite dans les Pays-Bas. Les Laines de moutons tués depuis la tonte jufquà la Saint-André , qui font courtes, 8c qu’on nomme Berbifaine , s’emploient à faire des couvertures, des molletons, 8ç quelques autres étoffes communes, en les mélangeant avec d’autres Laines. Les plus baffes fe mêlent avec la Laine des agneaux 8c d’autres poils qu’emploient les Chapeliers. Les Laines obtenues depuis la Saint-André jufqu’à la tonte , fe nomment Plys : on les prépare ainfi. Aulfi-tôt que la peau eft livrée au Pelletier, il la lave pour en ôter le fâng de l’animal 5 il l’étend ; il en retire les ordures les plus apparentes , puis il enduit de chaux vive tout le côté de chair, avec l’attention qu’elle n’ait point de contaét avec la Laine. Cette couche de chaux doit être légère , proportionnée cependant à l’épaiffeur de la peau. Ceci fait, il plie la peau en deux, la Laine en dehors , & il la roule fur elle-même en forme de manchon. On entaffe toutes ces peaux , ainfi préparées, les unes fur les autres pendant vingt - quatre heures, plus ou moins fuivant la faifon. Les peaux laiflées trop long-temps en chaux, s’arrachent avec la Laine, 8C donnent de très-mauvais Plys. Ont-elles trop peu de chaux î la Laine ne fe leve pas facilement. On les lave enfuite en eau vive & courante j on les roule de nouveau -, &, foit à la crofle de bois, foit aux pieds , on les bat , on les foule, pour les purger du fuia 8c , de la chaux, ôn continue cette opération jufqu’à ce qu’elles foiene blanches & nettes : alors on les met fécher j 8c tandis qu’elles confervent encore un peu d’humidité, on les étend fur une claie , la Laine en deffus, qu’on en détache avec précaution , pour que la toifon , autant qu’il eft poffible, ne fafle qu’une feule piece. On étend de nouveau cette toifon pour la faire fecher parfaitement 5 on en forme enfuite une botte ou cotte légère.
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- Les Laines des belles & vaftes plaines de la Haute-Saxe viennent apres celles des Marches, 6c fervent à entretenir les nombreufés manufadures du même genre de ce pays 6c de Gottingen , dont nous aurons encore occafion de parler.
- Revenant maintenant aux Pays-Bas ^ il eft bon, après avoir fait remarquer la grande infériorité des Laines d’entre le Rhin 6c la Meufe, de la Gueldre 6c de l’Overiffel, de dire que celles de l’Ooftfrife, de la partie de la Bafl'e-Saxe, entre l’embouchure du Vefer Sc celle de l’Elbe, du Holflein Sc même du Jutland, 6c de la plus grande partie du Dane-marck , leur font fupcrieures , quoique très-inférieures à celles de la Hollande*
- Les Hoilandois , qui commercent de tout, en tirent beaucoup de tous ces pays-là ; Ôc fouvent, après les avoir mêlées avec les leurs, ils les vendent toutes comme de leur crû. Les eonnoiffeurs voient la fraude au premier coup d’oeil ; mais beaucoup de gens y font trompés. Ils en expédient même quelquefois venant de Hambourg ou des côtes de la Baltique, fans mélange des leurs , fous le nom de Laines de Hollande, & quelques-uns en font la dupe. Le cara&ere le plus diftin&if des Laines de Hollande eft d’être blanches, fines, très-longues , très-iifi'es , 6c toutes très-propres à être peignées : tuais indépendamment de ces lignes communs, plus ou moins caraétérifés, Sc à part les rufes 6c les fupercheries trop ordinaires dans le commerce, les Hoilandois, outre la diftindion de leurs Laines par canton, font un choix des diverfes parties des toifons très-propres à en favorifer la vente, ce qu’ils appellent les détricher, 6c alors elles font connues dans le commerce fous les noms de
- Norte clofè , première qualité.
- D°. deuxieme qualité.
- D°. troifieme qualité.
- Fine blanche aétnchçe, c’eft le fuperfin de ces premières qualités.
- Fine grife , inférieure aux précédentes.
- Commune blanche , qualité ordinaire»
- Commune grife, très-commune.
- Guiffards, très-baflè 6c derniere qualité.
- Les principaux Marchands de Laine de Hollande fe tiennent à Amfterdam, à Leyden, 6c à Rotterdam ; ôc c’eft de là que les tirent les riches Fabricans de France , que leurs occupations empêchent de voyager -, 6c les Marchands qui les achètent , pour les revendre aux Fabricans moins riches. Les Flamands qui font un gros commerce de filatures de Turcoing, voyagent alïez régulièrement quelques années de fuite dans les Provinces de la Hollande où ils trouvent bon de fixer leurs achats, 6c il en eft qui tirent les Laines des lieux mêmes qui les produifent. Nulle part en Hollande, où l’on parque toute l’année, on ne lave les moutons avant la tonte , fi ce n’eft aux Illes du Texel 6c de Wiering; on les tond en gras, comme dans nos Provinces méridionales. Les toifons pefent alors en fuin de fept à douze livres ; mais on varie enfuite à l’égard de l’opération du lavage. La Nort-Hollande ne les lave guere; elle expédie généralement en fuin , 6c c’eft ainfi qu’elles arrivent en gras à Turcoing , au contraire des parties méridionales de ces Provinces, qui lavent ordinairement celles de leur crû, qui s’expédient par Leyden 6c Rotterdam.
- Ce premier lavage, fait en rivière à l’eau dormante , dans les canaux, fuivant la coutume, ne lés
- FABRICANT
- exempte pas d’un fécond avant le peignage ^ fi l’oit veut les teindre avant d’être filées. On peut le comparer , quant à l’effet, à celui que les Efpagnols donnent à leurs Laines avant que de nous les expédier : il les diminue en gras du poids de dix-huit à vingt pour cent, 5c l’on eftime le déchet total du plein fuin au dernier dégrâis de ces Laines, être de vingt à trente pour cent. Elles nous parviennent enfin en Picardie, en balles du poids dé cinq, fix -, fept à huit cents livres, par lëport de Saint-Valiery, 6c par la Somme qui y a fon embouchure. Celles qui fe filent à Turcoing, 6c qui en portent le nom , y arrivent par Oftende ou par Dunkerque, 6c nous viennent par terre.
- Les Turquinois tirent toutes ces Laines en toifons qu’ils nomment Pièces dans leur commerce avec les Hoilandois , quoique le prix en foit toujours déterminé par le poids. Ils en évaluent la quantité y année commune, de cinq à fix mille balles du poids fpécifié ci-deffus.
- Celles de ces Laines qu’ils tirent en fuin , Ôc c’eft: la plus grande quantité, au contraire de la Picardie, qui s’approvifionne plutôt par Leyden 6c Rotterdam , où l’ufage commun eft de les laver après la tonte ; ils les lavent à l’eau dormante faute d’autre , affez mal par conféquent, mais ils les dégraiffent incontinent avec du favon noir à l’huile de Colfat y 6c les font fécher enfuite. Je cite cette opération actuellement , parce que le triage ou détrickage ne s’en fait qu’après : alors ils divifent 6c féparent chaque toifon en fept ou huit parties , pour en former autant de fortes de Laines, qu’on nomme naturelle, fuperfin , fin , petit fin , demifin -, gris-cordeau , demi-commune , & commune.
- On peigne toutes ces Laines féparément ^ 6c le peignon , dit entredent, de même que les parties trop courtes pour être peignées, fe cardent pour la draperie.
- Le choix de la Laine ainfi fait, ils lui font fucceffi-vement fubir les autres opérations ; Ôc quoique la filature foit un des objets très-confidérables de la main d’oeuvre 6c du commerce de leur pays, ils en expédient la plus grande partie après le peignage, blanches ou teintes, pourra bonneterie, en Champagne , à Paris, à Lyon , 6c jufqu’en Languedoc , mais très-peu par-tout ailleurs qùen Picardie : ils fourniffent beaucoup dans le Santerre, où la fabrique des bas eft très - répandue , principalement an Pleflier (i)*
- Ces Laines peignées fe nomment Sayette au pays -y 6c ici Bouchon , nom qui lui vient de la maniéré dont elle eft pliée par paquets, en forme de bouchons de paille.
- Les fils de Türcoing font la bafe de nos plus belles étoffes glacées ôc à grains , 6c c’eft de fon fuperfin que la manufacture des Gobelins emploie dans la compofition de fes belles tapifteries.
- La plupart de ces obfervations détruifent un peù les idées qu’on nous a données de l’éducation des moutons, de la culture 6c du commerce des Laines de Hollande abfolument inconnus en France. C’eût été bien autrement encore, fi nous nous fuftions plus étendus fur le traitement ôc les diftindions des nôtres : il auroit fallu faire un Traité ; ôc après bien des difeuflions, on auroit vu qu’on ne femble avoit écrit que pour embrouiller la màtiere. Si l’erretir: n’avôit d’effet que de laiffer dans l’ignorance, le mal feroit moins grand $ mais elle agit en fens
- (i) Meffieürs Senart y ont un établiflement en ce genre très-vafte j & qui occupe beaucoup de monde dans toutes les campagnes voifines. Ils ont cela de commun avec quelques autres, de vivifier au profit de l’Etat mi très-grand canton, en y répandant rinduftrie & de l’argent ; mais ils ont cela de particulier > & peut-être d’unique parmi les Entrepreneurs de manufactures, de s’ctre
- maintenus & confervés de pere en fils dans leur état, avec une fortune très-honnête , fâns ambition, avec des mœurs patriarcales , & fajfant beaucoup de bien fans la moindre oftentatioâ-D’autres auroient follicité des cordons , des penfions , & autres; chofes femblables : ils fe font toujours contentés de répandre le bonheur autour d’eux.
- conuaùe 7
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- D'ÉTOFFES
- contraire > & ce n’eft pas un mince travail que de la détruire. Trop d’Auteurs prennent des Mémoires de toutes mains, & tranquilles à l’abri de leur célébrité , ils penfent la faire paffer dans la copie de ces Mémoires qu’ils publient. C’eft ainfi que quelques-uns ont été trompés , & qu’ils nous ont trompés dans certains articles des aefcriptions des Arts qu’ils ont données. Mais , fans entrer dans le détail de leurs erreurs, il eft de la fuite de notre travail de faire obferver que les Hollandois récoltent beaucoup de Laine , que nous en tirons la plus grande quantité , & qu’ils ont peu de manufactures de ce genre. On doit encore remarquer, que la qualité des belles Laines de Hollande ne différé point autant qu’on le penfe de celle des Laines d’Angleterre de même forte.
- Les moutons de la Flandre Françoife donnent à peu près aütant de Laine que ceux de la Hollande, lorfqu’ils font également bien nourris , mais un fixieme, 8c même un cinquième de moins pour l’ordinaire. Cette Laine s’emploie prefque toute dans les manufactures de Lille , de Roubais, 8c des environs : elle eft préférée, pour les objets de ces fabriques, à celle même de Hollande, parce que , difent les Fabricans , elle eft plus courfable ; elle court davantage ; elle donne plus de longueur de fils ; elle eft un peu plus feche , plus roide , plus élaftique, 8c beaucoup moins blanche ; ôc , à tous égards, elle eft moins propre à la bonneterie , qui demande une matière qui ne fe refufe pas abfolument à toute impreftion du foulage.
- Les Flamands font perfuaaés que c’eft à la bonne 8c ample nourriture qu’ils donnent à leurs moutons f qu’ils doivent la beauté 8c la quantité de leurs Laines. Ils font perfuadés que c’eft le moyen efficace par lequel nous changerions confidérablement la qualité des nôtres, 8c que nous en augmenterions la quantité. Un Particulier nous a donné un exemple qui confirme ces idées. A force de bonne nourriture , dê propreté, 8c de foins, il a obtenu dans la même année deux amples récoltes de meilleure Laine avec des moutons ordinaires : mais depuis bien des années, les temps n’ont pas été favorables à ces effais, 8c il faut avouer qu’on ne fauroit encore les tenter par intérêt.
- Les moutons ne parquent jamais en Flandres ; ils paiffent aux champs le jour , 8c la nuit on les renferme à l’étable. C’eft de là que la Laine eft moins blanche que celle de Hollande, 8c que celle de France même : mais comme ils font tenus pro prement dans l’étable , 8c qu’on les y nourrit abondamment , au lieu qu’on ne leur donne rien dans nos parcs, où ils paffent des douze à quinze heures de fuite dans les beaux temps, l’inconvénient de l’étable difparoît devant tous ceux de notre méthode.
- J’ai déjà dit qu’on tond aufti en gras ou en fuin en Flandres, qu’on met ainfi les toifons dans le commerce, 8c qu’on les lave enfuite à la manne, comme en Hollande ; j’ajouterai qu’on y blâme beaucoup la méthode contraire. Les cantons de choix font la Châtellenie de Lille , & les environs d’Armentieres. Les fabriques de Lille 8c des environs
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- qui confomment ces Laines, en tirent aufti beaucoup du Brabant, du Hainaut, du pays de Liegè 8c de l’Artois, fans parler de celles de Hollande. Je dirai ici enpaffant, que la filature dë$ plus belles Laines qui s’emploient dans les fabriques de Flandres , fe fait aux environs de Lille , à Turcoing, à Roubais , Launoy , Orchies, Saint-Amand , &c. 8c celle des plus communes , en Artois, principalement aux environs d’Hefdin, Frevent, S. Pol, Aire , Arras, Béthune , 8cc. Celles qui viennent en France du pays de la Reine , font taxées à un droit de fortie de 4 fols 6 den. par livre, qu’on trouve bien le moyen d’efquiver.
- On eft forcé d’en üfer ainfi, attendu la prohibition à l’égard des matières filées que nous y introduifons en échange. Dans tous ces parages on trouve des affureurs pour tous les objets , mais plus encore de fraudeurs, qui, courant tous lës rifques, rendent les premiers prefque inutiles.
- Les Turquinois , qui font un commerce fi con-fidérable de la filature des Laines de Hollande, 8c de celles de Flandres ^ prétendent que le mélange d’une petite quantité de celles-ci fur une beaucoup plus grande de celles-là * fait un meilleur effet que les unes 8c les autres prifes féparément. Ils diftin-guent parfaitement les Laines de tous les cantons de ce pays-là, les premières à l’odorat principalement , 8c celles de France au tad.
- Le commerce des Laines de ce pays fe fait par des Particuliers qui en font leur état , 8c qui les achètent des Laboureurs mêmes. Les uns pouffent ce commerce plus loin , en les faifant filer 8c les revendant après : les autres les cedent en nature j foit aux Fabricans qui fuivent toutes les opérations que fubit la matière dès fon principe, comme à Abbeville , foit aux Entrepreneurs de filatures, ou aux fileurs eux-mêmes , qui les apportent enfuite aux marchés où s’ên fourniffent les Fabricans d’Amiens (1). Mais que ce foit à façon ou à forfait, toujours eft-il que la filature, objet de main-d’œuvre confidérable , eft entièrement réfervée aux campagnes , ainfi que la plus grande partie du peignage, 8c des opérations qui le précèdent. Il eft beaucoup de villages dont le grand nombre des habitans, hommes, femmes 8c enfans, font entièrement livrés! à ce genre de travail (2).
- JDiverfes opérations des Peigneurs.
- On livre la Laine aux TeigneurS par poids , eff
- l’état où elle a été mife dans le commerce : on fait à peu près le déchet qu’elle doit éprouver : tout leur eft fourni, 8c ils font payés à raifon du travail. Ils l’épluchent, la battent, l’épluchent de nouveau, la dégraiffent , 8c la tordent , l’écharpiffent ou l’ouvrent bien , l’enfiment, c’eft-à-dire , l’arrofent 8c la frottent d’huile , à moins qu’ils ne la peignent au beurre , & ils la peignent mouillée. Il y a dés variations qui feront indiquées à mefüre : enfuite * fi c’eft pour teindre , on le fait en ce moment, finon on relave la Laine une fécondé fois , on la repeigne, 8c enfin on la relave pour la derniere
- (1) Jufqu’ici ce commerce avoir été dans un état de contraélion horrible, par la nécelfité de vendre & d’acheter, & les entraves qu’y mettoit une ambition audacieufe, d’autant plus révoltante , qu’elle avoit établi, fous une apparence légale, la concufïîon la plus décidée. Il en réfultoit journellement des voies de fait odieufes, pour autorifer & foutenir une rapine annuelle de dix-huit à vingt mille francs , fur le feul commerce des fils de Laine employés à la fabrique d’Amiens. Si l’opprellion n’a pas été vengée , le commerce du moins a eu un libérateur. Le Confeil , par fon Arrêt du z 3 Juillet 1775 , a remis les chofçs dans l’état de droit.
- Je cite ce fait, pour apprendre aux autres Provinces que le temps eft venu où l’Adminiftration veut connoître les abus pour les réprimer, & le bien à faire pour l’opérer.
- fz) M; Fougeroux de Bondaroy, l’un des Commilfaires nommés
- par l’Académie pour l’examen des Arts que je lui ai fournis, avoir en porte-feuille l’Art décrit du Lainier , fervant de première partie à l’Art du Fabricant de bas de laine. J’avois traite un peu plus brièvement dans cet Art-ci des préparations de cette matière. M. Fougeroux a penfé qu’on pouvoir s’étendre davantage ; 8c comme il a détaillé & conduit plufîeurs de ces procédés jufqu’au retordage des fils , il croit que des redites , dans des Arts qui ont tant de connexité , & faits pour fe trouver dans les mains des mêmes perfonnes, leur deviendroient onéreufes par l’augmentation que ces répétitions donneroient au texte , & fur-tout aux planches. M. Fougeroux m’a fait fe facrifîce généreux de fon. travail. Je l ai fondu avec le mien, & je le lui rends, autant qu’il eft en moi, par un aveu dont je m’honore, d’autant plus qu’il eft inutile à M. Fougeroux. _
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- VA RT DU FABRICANT
- fois. Ce n^efl; qu’alors qu’elle fort des mains du Beigneur.
- Premier épluchage de la Laine,
- Les toifons font plus du moins imprégnées de crotin , plaquées de matières réfineufes 8c colorées, pour diftinguer les bêtes. C’effc un mauvais ufage, contre lequel on perfide avec raifon à fe récrier. Cette matière, indiffoluble à l’eau 8c à toute autre menftrue qui n’altere la Laine, s’applique ordinairement fur le dos du mouton, qui fait partie de la toifon , du premier choix. Ces toifons font d’ailleurs garnies 8c comme feutrées avec des brins de paille 8c autres ordures. Il les faut ouvrir à la main , 8c en arracher ces ordures, qu’on n’en fauroit féparer autrement. Les Peigneurs font même obligés de couper avec les forces les marques qui ont été mifes au fer chaud trempé dans le goudron. Celles qui font en rouge, délayées limpiement à l’huile, fe dilfolvent au favon.
- Le premier épluchage ou détrichage des Laines fe fait fur des tables, fur des planches ou fur les genoux, dans un appartement au grand jour. On nomme Détricheurs {Planche I. Fig. i & i. C D E.) les Ouvriers qui s’en occupent. Ils mettent ‘dans des cafés ( b b b ) , ou par tas à terre , les différentes parties de Laine qu’ils féparent les unes des autres ; 8c ces divifions de qualité, qu’on porte ordinairement à trois ou quatre , s’étendent quelquefois jufqu’à neuf ou dix. On y procédé , en déroulant 8c étendant chaque toifon , dont on commence par émecher les pointes groffieres avec les forces. Les toifons des beliers demandent d’être plus éméchées que celles des moutons ou des brebis ; 8c lorf-qu’il s’en trouve plufieurs dans une balle de Hollande , il y a de la perte pour le Fabricant. Les différens choix qu’on fait de ces Laines ont chacun leur deflination ; ils prennent auffi des noms , dans certaines fabriques, par lefquels on les diftingue, tels que , Blanc de Leyden ou Blanc fiuperfin , Blanc demi-fin , Blanc cordeau ou Blanc bouchon , 8c ainfi de celles mifes en teinture, qu’on défigne par la couleur 8c par la qualité.
- Battage des Laines,
- L’opération à laquelle on affujettit la Laine lavée avant ou après la tonte, 8c après le premier épluchage , efl celle du battage. Pour cela y on étend les toifons fur une claie, 8c un homme, armé de chaque main d’une gaulette ou baguette de houx, de la groffeur du doigt , longue d’environ trois pieds 8c demi, feche , ferme & élaftique , frappe deffus avec force 8c vîteffe par coups alternes ( Planche I. Fig. 3 & 4. ). La Laine s’ouvre , fe dilate, laiffe échapper les ordures qui y font mêlées, 8c qui paffent au travers de la claie, 8c ainfi bien ouverte, dilatée ou purgée, on l’épluche encore pour en diftraire les parties recuites, jaunies, tenaces 8c durcies par les ordures qui n’ont pu s’en détacher au battage , 8c qui rendraient le peignage plus difficile , 8c la Laine peignée moins blanche 8c moins douce.
- Ces claies doivent être en cordes de la groffeur du doigt, paffées dans des barres percées, 8c qu’on puiffe ferrer en lacet à volonté, pour les entretenir toujours très-tendues (HH): elles en font plus élaftiques, 8c concourent par-là avec les baguettes à dilater plus mollement 8c plus promptement la Laine , 8c à la purger beaucoup mieux. On fe fert le plus fouvent dans tous ces pays de claies de bois faites avec des gaules plus ou moins groffes. Cet ufage efl à réformer. Les gaules font moins élafti-ques que la corde tendue : elles s’entament & s’éclatent par efquilles , qui accrochent la Laine 8c la
- brifent : il faut d’ailleurs frapper plus fort fur ces verges de bois, & la Laine fe rompt, 8c perd davantage de ion reffort.
- C’eft mal-à-propos qu’on n’obferve point, ou rarement du moins , dans nos fabiicues, ce que M. Duhamel preicrit dans fon Art de la Draperie, ait. du Battage, de ne battre que fur le chaffis de la menuiferie , c’eft - à - dire , d’obferver que les baguettes ne frappent point la Laine à plomb fut leur longueur, mais feulement par l’effet de leur reffort. Cette opération n’ayant pour objet que de faire tomber les ordures 8c d’ouvrir la Laine, fi les baguettes la frappent directement, elles la reffer-rent au contraire , 8c tendent à la feutrer.
- Lorfqu’on l’épluche encore après le battage, 8c qu’on en arrache celles de ces parties durcies ou jaunies qu’on n’a pu féparer par cette opération, on coupe avec de petites forces à main celles qu’on ne fauroit diftraire autrement , fans entraîner en même temps des parties meilleures 8c à conferver.
- La netteté des Laines d’Angleterre difpenfe de les battre, comme je l’ai obfervé dans une autre circonftance. Il en feroit ainfi des Laines de France 8c de par-tout ailleurs, fi elles étoient traitées comme celles d’Angleterre. L’attelier dans lequel fe fait cette opération, fe nomme la Batterie : il convient qu’il foit très-éclairé , 8c qu’il y ait vis-à-vis chaque établi une croifée qu’on ouvre 8c ferme à volonté.
- vvv.
- Peignage & dégraijjage des Laines,
- Le peignage fe fait à l’huile, au beurre ou à la graille. Ce n’eft pas toujours l’abondance, d’où réfulte' le bas prix , qui détermine l’emploi de l’une de ces matières dans les différens endroits ; c’eft: l’habitude, un peu de préjugé, 8c la difficulté pour ceux qui n’ont pas de grandes entreprifes , de tirer les beurres de la Hollande ou de l’Irlande, comme font les autres. A Turcoing, à Courtray, 8c autres endroits de la Flandre, on ne peigne qu’au beurre ; à Lille, à Roubais, 8c aux environs , on peigne quelquefois à l’huile de graines , de même qu’en Artois, 8c le plus fouvent en Champagne , 8c dans la plus grande partie de la Picardie , excepté au Santerre , pour les bas 8c la bonneterie , où l’on peigne tout au beurre. Au Mans, au Cotentin , on peigne à l’huiie d’olive. A Berlin, en Saxe, 8c à Lintz, on peigne à la graifle.
- L’emploi du beurre ou de l’huile de graines ne me femble pas indifférent. Le premier paroît préférable à bien des égards : la Laine en efl: plus coulante , en refte plus douce , 8c fe dégraifle mieux. Cet ufage eft univerfel en Angleterre 8c en Hollande; il eft conftamment fuivi dans les grands atteliers de la Flandre, 8c j’obferve qu’ici même, lorfqu’on a de belles Laines à traiter, c’eft par l’intermede du beurre. Cependant ces méthodes font également vantées par ceux qui les mettent en pratique, pourvu que les ingrédiens foient également bien choifis. La perfection , ajoutent-ils , vient des précautions à prendre dans le travail , 8c de la main del’Ouvrier. L’huile d’olives eft toujours préférable à toute autre matière : on n’en ufe pas d’autre dans les grandes manufactures de draperies, 8c au midi de la France, foit pour le peignage 8c cardage , foit dans la composition des favons de toutes les fortes ; mais elle eft chere, quoiqu’on n’emploie jamais que la plus commune.
- On fait des huiles de bien des fortes de graines qu’on cultive dans ces pays, de navette, de colzat, de lin, de chanvre, de camomille , de pavot, &c. Celles de navette 8c de colzat ont à peu près la même vertu. Ce font les feules qu’on emploie pour le peignage des Laines : les autres, plus ficcatives, durciflènt la matière, 8c font d’une extradion plus
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- D'ÉTOFFES EN LAINES. n
- difficile ; d’ou il arrive quelquefois qu elles reffortent à la teinture ou aux apprêts, par des taches qui les terniffent. Combinée avec les alkalis, il en réfulte les favons mous , connus dans le commerce fous les noms de favon vert ou noir , & de favon rouge. Toutes les efpeces d’huile connues fous la dénomination d’huiles graffes , font propres à former ces favonsmais avec quelques différences dans la couleur, cômme on vient de l’obferver, 8c quelques autres dans l’effet, que l’on va indiquer.
- Le favon vert ou noir fe fait avec l’huile de chenevis pure , ou mélangée avec l’huile de navette ou de colzat ; le rouge , avec l’huile de lin pure auffi , ou quelquefois également mélangée avec celle de navette ou de colzat. On emploie encore dans ce dernier, de l’huile de camomille, 8c même de l’huile de poiffon dans l’un 8c dans l’autre , mais rarement, à caufe de leur odeur forte & défa-gréable, & feulement lorfque les huiles indiquées l'ont trop cher es : on pourroit même y employer de toutes fortes de graiffes, mais l’odeur en feroit bien plus infupportable encore.
- Le favon vert eft plus doux, & blanchit plus ; le rouge a plus d’action, & dégraiffe mieux : on emploie l’un ou l’autre fuivant les lieux. Mais les perfonnes curieufes qui veulent avoir des Laines bien blanches , 8c à la fois bien dégraiffées, font le premier bain du dégraiffage avec le favon rouge , 8c le dernier avec le favon vert.
- Le favon noir ou vert fe vend par barril de 70 liv. pefant, fur lequel il y a environ dix livres de tare pour le poids du barril. Celui de graine de lin , qui produit le favon rouge, fe vend de dix, quinze à vingt fous plus cher par barril que les autres, qui font tous à peu près au même prix. La bonté du favon fe reconnoît à la tranfparence, 8c à un certain degré de confiftance glutineufe , ni trop dure pour le caffer net lorfqu’on le fouleve avec une fpatule , ce qui proviendrait d’une furabondance dalkali fixe, ou d’une évaporation des huiles pouffée trop loin, ce qui reviendrait au même, 8c tendrait également à en rendre la diffolution moins prompte, mais la caullicité plus grande ; ni trop molle , défaut contraire , qui produirait des effets oppofés & également nuifibles.
- La compofition de ces fortes de favons fait le fecret de tous ceux qui s’en mêlent. Chacun croit, dans fes petites pratiques, être fupérieur à tous les autres : cependant la chofe eft fimple, 8r toutes ces petites différences peu importantes. Ainft , attendu l’ufage très-répandu de cette matière 8c fa grande utilité, nous allons mettre à portée ceux qui en confomment beaucoup, 8c qui feraient bien aifes d’en avoir la recette, de le faire eux-mêmes chez eux, 8c avec aufti peu de frais que les Fabricans mêmes.
- Procédé du favon mou.
- Prenez 1200 livres de potaffe, qui eft la quantité que *les Savonniers emploient par braiïin : étendez-la fur le pavé, 8c écrafez-la avec un maillet de bois garni de têtes de clous ; jetez deffus livres de chaux vive par quintal de potaffe ; arrofez jufqu’à ce que la chaux éteinte n’augmente plus en volume ; remuez le tout avec une pelle, 8c vous aurez ce qu’on nomme le levain, dont vous remplirez une cuve de bois.
- Chaque-Fabricant de favon a cinq cuves pareilles
- Î>our leftiver fes matières , toutes remplies des evains précédens. On charge la plus foible d’eau pure : on fait paffer cette première leffive fur la fécondé , puis fur la troifieme, fur la quatrième, «Scenfin fur la cinquième , qui eft celle du nouveau levain, où elle acquiert le degré de force convenable. Par chaque braftin, on charge une nouvelle cuve de levain , 8c l’on rejette le plus foible. Deux
- levains rendent environ vingt barrils de leflive très-chargée.
- Mettez dans la chaudière dix barrils d’huile, fix de chenevis, 8c quatre de colzat, ft c’eft pour du favon vert ; 8c fept d’huile de lin, 8c trois de navette, fi vous voulez du favon rouge : ajoutez dix barrils de leftive ; mêlez le tout ; faites un • feu très-doux dans le commencement ; augmentez-le par degré, jufqu’à ce que le bain bouille au bout de fix heures. A mefure que le bain diminue par l’évaporation , recrutez-le d’un ou deux barrils à la fois de leflive, jufqu’à ce que la combinaifon paroiffe fe faire. Si la leflive eft trop forte , elle faifit l’huile trop promptement, 8c elle la convertit en grumeaux : on y remédie en verfant dans la chaudière un ou deux barrils de leffive foible. Si elle eft au contraire trop foible, la liaifon fe fait plus lentement , 8c le déchet eft plus confidérable*
- Au bout de dix à douze heures de cuiffon, éprouvez le favon , en faifant couler la matière goutte à goutte , au travers du jour , fur une ardoife. Si vous n’appercevez plus de grumeaux, la liaifon eft intime : laiffez cuire votre favon encore quelques heures , jufqu’à ce qu’à une nouvelle épreuve il paroiffe tranfparent, de couleur foncée, qu’il fe fépare net, avec un grain fin : alors il elt au degré de cuiffon le plus parfait.
- Il laut fe hâter de retirer le feu , 8c mettre le favon bouillant dans des barrils ; autrement, il cuirait trop, 8c fouffriroit trop de déchet. Vingt-quatre heures après , quand les barrils font refroidis, on les met en magafin , de le favon fe conferve long-temps en cet état.
- On a attention de faire choix de la meilleure chaux poflible , 8c de préférer la potaffe grife à la blanche comme plus aftive. Cette potaffe nous vient ordinairement de Pologne, par la voie de Dantzic.
- A l’égard du beurre employé au peignage, celui qui eft doux 8c frais eft le meilleur fans doute; mais il eft très-cher, & l’on en prend en confé-quence de falé, & de la plus baffe qualité, dont on s’approvifionne en Hollande 8c en Irlande, dans les temps les plus favorables. Mal lavé 8c mal falé, il fe corrompt à la longue, 8c prend une odeur défagréable, qui empêche bien des Peigneurs d’en faire ufage : cependant les Maîtres qui les fourniffent aux Ouvriers, ne font pas fâchés que quelque raifon femblable empêche ceux-ci d’en ufer comme d’a1im<?nc 7 ce cjui arriverait fouvent s’il étoit fupportable. Le fel dont il eft furabondam-ment chargé, le rend âcre & cauftique ; 8c il en deviendrait moins propre au peignage , fi on ne le laiiToit fondre à feu très-doux, pour que cette furabondance de fel fe dépofe au fond du vafe» Si la Laine fe trouvoit un peu crifpée 8c durcie par cette acrimonie, le lavage au favon qui s’en fait immédiatement après le peignage, lui rendroit fa première douceur.
- Suite du peignage.
- L’attelier des Peigneurs eft difpofé de maniéré que quatre Ouvriers travaillent fur un pot, entre deux poteaux ( Planche II. Vignette. ). Le pot eft rond, en forme de piédeftal, évafé par le haut, de la hauteur de deux pieds , fait de briques 8c d’argile, ou de bois enduit d’argile, au deux tiers plein , 8c creux feulement par le haut. Au deffus de ce pot eft un couvercle de tôle ou de terre cuite , en dôme, au bas duquel on a pratiqué des ouvertures longitudinales, pour laiffer paffer le fer des peignes ; 8c au fommet, un applatiffe-ment ou une ouverture pour pofer le vafe qui contient le beurre, 8c l’entretenir dans un degré de fluidité convenable. On met dans ce pot un peu de charbon allumé , qui entretient une chaleur
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- tloticë , dont on peut encore modifier l’effet fur les peignes par le plus ou moins de temps qu’on les y laiffe. Ce degré de chaleur ell effentiel : pouffé trop loin-, il crifperoit & durciroit la Laine : trop modéré, il ne donneroit pas à la matière ondueufe la fluidité néceffaire pour pénétrer la Laine dans toutes fes parties , 8c procurer à fes fibres une dilatation 8c une divifion douce & infenfible.
- Les poteaux de bois , folidement établis en terre avec une maçonnerie autour, fe placent à une diffance du pot , telle que deux Ouvriers, travaillant contre les faces oppofées de chaque poteau, puiffent en même temps atteindre au pot. Les Ouvriers, afïis fur un trépied ou tabouret de bois ambulant lorfqu’ils peignent, fe lèvent & fe tiennent debout en tirant la Laine du peigne. On fiche dans les poteaux , à environ quatre pieds du fol, une broche de fer à vis, un peu élargie, 8c même percée dans le milieu , pour la facilité de l’enfoncer ou de la retirer, relevée par le bout à angle droit, & ayant dans la partie la plus proche du poteau, lorfqu’elle y efl enfoncée, un crochet dont la pointe , en courte 8c forte aiguille $ revient parallèlement au deffus de ladite broche. Le manche du peigne efl percé longitudinalement au bout, 8c tranfverfalement au milieu , dans une diredion parallèle à celle de la piece de bois où font paffées les broches, de telle maniéré qu’enfilé dans ces crochets , il y tient très-folidement. Le peigne , dont les aiguilles pofées horizontalement forment enfemble un plan vertical, fe trouve en face 8c à portée de l’Ouvrier.
- Le peigne efl confirait de deux rangées parallèles de broches de fer polies 8c pointues, fur une piece de bois garnie en corne , 8c emmanchée à angle droit avec le plan des broches.
- La difficulté de donner une échelle pour d’auffi petits objets, m’engage à placer ici les dimenfions de toutes ces pièces.
- Longueur des files ou rangées des broches , de fix à fept pouces.
- Longueur des grandes broches, environ douze pouces.
- Longueur des petites broches , environ huit pouces.
- Diamètre de leur bafe, deux lignes.
- Ecartement de la bafe, une ligne 8c demi, ou un peu moins que le diamètre.
- Ecartement des files ou rangées ? environ quatre lignes.
- Longueur du manche , douze pouces.
- La piece que traverfent les broches elf un peu ceintrée ; la convexité tournée du côté de leur prolongement pour la facilité du travail.
- On fent que le plan incliné, par lequel la pointe de ces broches efl formée, doit être pris de leur bafe même , qu’il faut qu’elles foient bien polies, fans la moindre paillette, 8c qu’elles foient très-droites. Si elles viennent à fe courber dans le travail, pu par quelque accident, l’Ouvrier les redreffe aifé-ment au moyen d’un canon de fer.
- Les peignes Anglois font plus grands, plus forts que les nôtres : les broches en font mieux trempées , d’un acier plus fin, plus poli; 8c ceux d’ufage pour la derniere opération, pour le dernier peignage, ont trois rangs de broches. Les nôtres valent de 8 à p liv. la paire : ceux des Anglois coûtent le triple.
- Les chofes étant en cet état, l’Ouvrier affis en face du poteau , à portée du pot à feu , 8c ayant de l’autre côté le barril qui contient la Laine à peigner, bien épluchée , bien écharpie , ou ouverte 8c enfimée fi elle doit être peignée à l’huile, ou feulement encore humide du lavage fi c’eft pour être peignée au beurre ; le Peigneur, dis-je,prend d’une main un des peignes qui chauffent , 8c de
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- l’autre une petite poignée de Laine , qu’il paffè peu à peu dans le peigne, en tirant toujours à lui ^ 8c répétant cette opération jufqu’à ce qu’il ne lui relie plus de Laine à la main : il en reprend , & continue ainfi b jufqu’à ce que le peigne en foit fuffifamment chargé ; il remet celui-ci au feu, la pointe des broches en dedans du pot, & la partie garnie de Laine en dehors ; il retire l’autre ; il le charge de Laine également 8c comme le premier. Prenant alors fes deux peignes , l’un de chaque main ^ il préfente le plan des broches de l’un dans une fituation à peu près perpendiculaire d’abord au plan des autres ; 8c inférant celles-ci alternativement en différens fens 8c à plufieurs reprifes dans la Laine dont celui-là eft chargé , par un léger effort en diredion contraire, il -la fait paffer de l’un à l’autre fucceffivement, jufqu’à ce qu’elle foit parfaitement bien ouverte, 8c que toutes fes fibres tendent à devenir parallèles , 8c à fuivre la même diredion.
- L’Ouvrier danfc ce travail, change de temps en temps fes peignes de main , pour le rendre plus égal fur chacun ; il doit être attentif à ne commencer l’opération du peignage que par la pointé de la Laine , dans laquelle il avance 8c pénétré par degré jufqu’au plus fort de la matière. Sans cette précaution , il ne démêlerait pas les brins de lai Laine ; il les briferoit en les arrachant ; il la rendroit plus courte, 8c en augmenteroit le peignon. Il en arriverait comme à des cheveux très-mêlés, qu’on peigneroit avec effort 8c fans ménagement ; on les arracherait , on les briferoit plutôt que de les démêler (Planche IL Fig. O M N.). C’eff en ce moment que le peigne, qui relie feul chargé de la Laine, fe place fur la patte ou broche de fer fichée dans le poteau , 8c que l’Ouvrier tire la Laine à menu par les deux mains & par reprifes ferrées contre les broches, entre le pouce 8clindex „ 8c relâche à mefure, pour reprendre de nouveau le plus près du peigne, jufqu’à ce qu’il ait tiré la laine d’une feule longueur, 8c formé une barre de trois à quatre pieds de long, fuivant la hauteur de la Laine. Cette barre doit être claire , nette, 8c d’une dilatation bien uniforme.
- Ce qui relie dans le peigne après le premier peignage , 8c qu’on nomme entredeux ou retiron , peut encore fe repeigner, pour avoir une fécondé forte, qu’il faut mettre à part : mais ce qui relie après le fécond tirage , n’eft plus que du peignort commun, uniquement propre aux étoffes groffieres.
- Le Peigneur, en formant la barre, tire avec quelque effort un peu en en bas ; 8c de temps en temps, pour avoir la matière plus aifément, il la fouleve un peu, 8c lui donne une petite fecouffe dans une diredion horizontale. Ces divers mouve-mens divifent & amènent la Laine beaucoup mieux ; 8c les Ouvriers qui tirent mollement, affis, n’ont point les facultés qui concourent à la perfedion de ce travail, d’où réfulte en grande partie celle de la filature 8c des étoffes qui en font l’objet.
- Lorfque l’Ouvrier n’a pas fait paffer toute la Laine fur un même peigne , le fécond relie au feu , tandis qu’il tire la première barre ; il le prend enfuite pour tirer une fécondé barre ; il le rengraine de nouveau , jufqu’à ce que la battée entière fois peignée 8c tirée en barres. A mefure que ces barres fe forment, ou plutôt, après que chacune ell formée , on la préfente au jour ; on l’examine en la regardant au travers. Si elle ne fe montre pas d’une tranfparence bien égale , on en retire parderriere , 8c avec la main, les parties mal peignées, pour les réunir à l’engrainée fuivânte : on la repréfente encore au jour, 8c l’on en tire avec la bouche tous les petits noeuds ou bouchons qu’on apperçoit. L’opération effentielle de décharger ainfi la barre, fe nomme rabattage,
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- D’ÉTOFFÉS
- Pour qu’une barre foit bien faite, il faut que la Laine foit d’un feul jet, & que, préfentée au jour, elle ne paroiffe point tirée à différentes reprifes ; qu’elle foit d’une dilatation égale & fans ondulation. Lorfque la Laine eft tirée trop longue ou inégalement, ces défauts, qui fe font bientôt remarquer, s’appellent despouffées. On pofe les barres DDD les unes fur les autres, au nombre de quatre, fix, huit ; on les roule enlemble, pour en faire des boulets B , lorfque la Laine ne doit plus être peignée , qu’elle l’eft actuellement pour la derniere fois : mais lorfqu’elle doit être repeignée, l’Ouvrier ne rabat pas les barres ; 8c au lieu de les mettre en boulets, il les laiffe en pelote.
- Lorfque la Laine à peigner a été lavée fur la bête , & qu’on fe propofe de la peigner à l’huile, on fenfime après le battage , fans la relaver. Cette opération confifte à étendre la Laine bien battue, bien épluchée, bien ouverte , fur une claie de bois, ou mieux encore, fur un plancher propre, deftiné à cet ufage, à l’arrofer d’huile, à la dofe d’une pinte de Paris fur 24 livres de Laine, 8c à la tourner, frotter , manier, pour que toutes les parties en foient imprégnées : on la met en cet état dans le barril du Peigneur. Dans les grandes manufactures, l’enfimage des Laines fe fait dans une forte d’auge plate , baffe, de forme quadrangulaire, garnie en plomb, 8c placée fur le plancher, au coin d’un attelier.
- Lorfque la Laine n’a pas été lavée fur la bête, ni après la tonte, ou enfin lorfqu’on la veut travailler plus proprement, 8c prefqüe toujours lorfqu’on fe propofe de la peigner au beurre, lavée ou non lavée en toifon, on la dégraiffe à fond , après le battage 8c l’épluchage, dans deux bains fucceffifs d’eau chaude, dans chacun defquels on a fait diffoudre du favon, à raifon de deux livres pour vingt livres de Laine. On la tord 8c on la peigne mouillée. Ce peignage fe fait avec fix onces de beurre pour vingt livres de Laine, qui eft la livraifon ordinaire au’on fait aux Ouvriers dans le Santerre. On met le beurre dans une écuelle de terre placée fur le chapiteau du fourneau,, pour le tenir en diffolution, & l’Ouvrier y trempe un peu de la Laine qu’il tient à la main, pour en charger le premier peigne ; il l’en enduit légèrement. Son humidité aduelle du bain de favon, jointe à la chaleur du peigne , favorife l’écoulement du beurre, qui , dans cet état de fluidité , pénétré bientôt la Laine dans toutes fes parties.
- La Laine feche affez dans cette opération du peignage, pour pouvoir être mife en teinture immédiatement après ; 8c c’eft ce qui fe pratique pour toutes les fabriques de bas 6c de bonneteries de ces pays, & pour toutes les étoffes qu’on fabrique en Laines de Hollande teintes avant la filature * lorfque ces Laines nous parviennent toutes peignées de .Turcoing, fous le nom de bouchon.
- On pouffe les chofes plus loin à Abbeville, puifqu’on y teint les Laines de Hollande telles qu’elles arrivent, avant même le parfait défuintage ; car nous ne nommerons point ainfi le lavage à la manne, fait en l’eau froide dormante ou courante. Les Laines fe blanchiffent cependant dans cette opération ; mais c’eft plus par l’extraftion des ordures qui y font adhérentes, que par une entière décom-pofition des matières graffes qui les nourriffent. On les y dégraiffe enfuite avec une livre de favon vert, pour fix livres & demie de Laine ; on les peigne une fécondé fois avec un quart de livre de favon, par pelote de fix livres <5c demie, réduites à environ cinq livres de houpe. On met un quart ou un cinquième de favon de moins pour les Laines blanches que pour les Laines teintes, qui, un peu durcies par cette opération, en deviennent d’une dilatation plus difficile. Lorfqu’on y peigne mouillé incontinent
- ËN LmÀ INES. if
- après le dégraiffage , c’eft au beurre ; autrement on enfime, 8c c’eft ce qu’on appelle peigner à l’huile.
- On ne diflimulera pas que la teinture, appliqués fur une matière non dégraiffée après le peignage, ne fauroit donner des couleurs vives ; mais ce ne font en général que des couleurs baffes, communes ou éteintes, pour lefquelles le temps 8c la maniéré de procéder n’eft pas d’une grande eonféquence : on n’en ufe pas ainfi pour l’écarlate ou autres couleurs éclatantes.
- Après la teinture, on relave la Laine deux fois, chacune dans la moitié d’un bain où l’on a fait diffoudre trois livres de favon* On repeigne la Laine comme la première fois , également mouillée , 8c avec la même quantité de favon*
- A Reims 8c à Rhetel, où l’on fait des étoffes rafes 8c des étoffes drapées, on tire les Laines étrangères d’Allemagne , d’Italie , d’Efpagne , 8c de Portugal ; 8c les nationales, de la Brie, de l’Auxois, de la Sologne , du Berry, des Duché 8c Comté dé Bourgogne, de la Lorraine, Sc des Ardennes : on les traite fuivant l’état où elles font, & la deftination qu’on s’en propofe \ on n’y connoît pas l’ufage du beurre , quoiqu’on peigne également mouillé au fortir du dégraiffage. On peigne au moyen d’un peu d’huile , appliquée du bout du doigt , 8c que la chaleur du peigne répand bientôt fur la totalité de la Laine. Quatre onces d’huile ainfi employées fuffi-* fent pour le peignage de douze livres de Laine. Dans les pays où l’on peigne à la graiffe * on l’emploie à raifon de quatre à cinq livres par quintal de Laine, de la même maniéré , 8c en fuivant les mêmes procédés que pour le beurre* Le dégraiffage fe fait auffi de même avec du favon blanc ou noir, ufage déterminé par le prix, Etr Saxe 8c à Berlin * pays de plaines,- où l’on récolte des graines propres à faire de l’huile * on emploie le favon noir 3 à Lintz au contraire c’eft du favon blanc * l’alkaii y eft plus concentré 5 il en faut moins*
- En Gevaudan, on n’emploie ni beurre ni huile pour le peignage ; mais On frotte le peigne chaud d’une couenne de lard, qui produit le même effet*
- De quelque maniéré que la Laine foit peignée * à l’huile de gfaineS ou au beurre, teinte ou non teinte, on lui donne toujours un dernier dégraiffage au favon, avant la filature. Au Maine 8c au Cotentin* où l’on fait ufage d’huile d’olives * & où l’on fabrique toujours en blanc , on file 6c tiffe en gras , 8c l’on dégraiffe l’étoffe enfuite. Cette pratique, qui eft aufti celle de l’Angleterre , quoiqu’on y peigné au beurre, eft très-bonne : la matière eft bien plus coulante pour toutes les opérations ; mais cette graiffe met les Ouvriers 8c tous les uftenfiles dans un état de mal-propreté qui ne leur plaît point, lorfqu’ils n’y font pas habitués.
- La machine à dégraiffer 8c à laver les Laines au, favon , confifte en une auge ( Flanche IL Fig. 2. ) ou efpece de baquet alongé , placé à terre entré deux montans (JJ) ou jumelles, à chacune def-quelles, à hauteur convenable, eft adapté un crochet de fer (CF) vis-à-vis l’un de l’autre, en dedans. L’un de ces crochets eft fixe, 8c l’autre mobile, 8c tournant par le moyen de deux leviers en croix (M), ou mieux encore, par le moyen d’uné manivelle (b) placée derrière la jumelle au travers de laquelle il pafife. Dans les grands atteliers, on £ une fuite d’auges percées* fi l’on veut, dans le même arbre , comme celles qui reçoivent les piles des moulins à fouler * 8c entre chacune defquelles font des pièces de bois fortant du mur contre lequel l’arbre des auges eft placé , pour tenir lieu des jumelles de la première machine , c’eft-à-dire, pour y adapter le crochet fixe d’une part, 8c le crochet îppbiie à manivelle de l’autre* Çs$ auges font percées
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- ,4 l’a r t du fabricant
- car le bas pour les vuider, au lieu qu’on renverfe II s’attache toujoursun peu du duvet de cette Laine les baquets. Quelquefois on met entre les leviers en fur les cordes tendues ; elle y adhéré avec quelque croix , le moulinet, la manivelle & la jumelle, une ténacité ; elle s’y feutre ; elle en engageroit d’autre à roue d’encliquetage , pour que la Laine fe tienne s’y fixer, ce qui formeroit un déchet qui pourroit autant qu’on veut au degré de tors qu’on lui devenir nuifible au Fabricant : il faut donc en donne. En lâchant le cliquet, la Laine fe détord, dépouiller ces cordes, & les tenir nettes.
- L’eau de favon chaude verfée dans ces auges , Les Laines feches, & liées par qualité de blanc on y agite la matière partie par partie, en différens Sc par nuances , fe portent au plioir , où on les fens plus ou moins, fuivant le befoin ; on la arrange, pour les remettre aux Fileufes. La quantité palfe enfuite d’un crochet à l’autre (de C en F); de Laine qu’on prend dans la main pour la plier, on la tourne l’une fur l’autre; on rentre toutes les fe nomme Carotte ou Moche. Ces garottes ou moches parties qui tendent à s’éloigner de la malfe; Si quand fe mettent en bottes , Si la Laine en çet état fe fe tout eft bien réuni, on tourne la manivelle; la nomme Bouchon. On l’envoie ainfi de Turcoing matière fe tord; Si les graiffes, huiles ou beurre, de d’ailleurs, où le peignage eft un objet de commerce: unis pour lors au favon, s’en échappent avec l’eau on en envoie d’Angleterre : on la vend ainfi à qui tombe dans le baquet ou dégorgeoir qui eft tous ceux des Fabricans qui ne fuivent pas les diverfes en delfous, Si qu’on achevé d’exprimer en paifant opérations que fubit la Laine depuis la tonte, comme la main fortement fur la Laine lorfqu’elle eft tordue, le font MM. Senart au Pleflier, quelques Fabricans Si c’eft le dernier dégraiffage, on fecoue la Laine, on à Amiens, Si un beaucoup plus grand nombre à la fait fécher, Si elle eft en état d’être filée. Ce bain de Abbeville.
- dernier dégraiffage peut reffervir au premier dégraiffa- On peut remarquer en paffant,une différence bien ge fait avant le peignage, ou entre deux peignages, fenfible entre ks effets du peigne Si ceux de la carde.
- Si la Laine qu’on dégraiffe eft blanche, un homme L’opération du premier tend non feulement à ouvrir fuffit pour la laver Si la tordre. Si au contraire elle Faine, & à la dégager des matières groftieres Si eft teinte, Si que la couleur puiffe fouffrir quelque étrangères qui s’y trouvent, mais à féparer les poils altération en reftant trop long-temps dans le bain longs d’avec les courts , pour en diftraire ceux-ci de favon , il faut deux Ouvriers, dont l’un tord la qu’on nomme Peignons, avec lefquels fe confond première barre, tandis que l’autre trempe la fécondé, ordinairement la Laine jarreufe ; elle alonge fes de ainfî de fuite, fibres les unes fur les autres ; &, dans cette fituation
- On ne paffe'dans l’eau de favon qu’une barre parallèle, elles acquièrent la plus grande facilité à de Laine à la fois , dont on forme un boulet, s’unir, Si le plus haut degré de force que puiffe comme on voit Fig. B ; mais fucceffivement, l’une donner au fil le rouet, en tordant la matière. C’eft toujours dans le bain , Si une autre fur les crochets, d’après une telle maniéré d’être de la matière, qu’elle au Verrin, on coule à fond la hattèe ou rais. acquiert cette qualité ferme , nette , Si même lui-
- Lorfque les Fabricans veulent un degré de blan- faute, qui eft ü effentielle pour la perfedion des cheur au deffus de celui que tous les dégraiffages étoffes rafes Si feches.
- Si lavages ont pu donner à la Laine, on la foufre ; L’opération de la carde au contraire ouvre la mais, par cet apprêt, quelque léger qu’il foit, elle Laine, Si en tiraille les fibres dans tous les fens ; devient plus rude ; Si ce qu’elle gagne à la vue, e^e fc dilate, Si prend une femblable expanfion, elle le perd au tad. L’ufage de l’alun a aufti des Fes poils n’ont en particulier, ni refpedivement, înconvéniens, outre celui de blanchir moins, La aucune diredion déterminée. 'Plus courts , plus légère diffolution de ce fel, qui s’entretient dans la krifés , ils ne fauroient fe réunir pour faire un tout matière, lui donne une continuelle humidité un folide, quelque degré de tord que le rouet donne peu poiffante , Si fa préfence fe fait également au fil en le formant. Chaque partie de ces fibres, reconnoitre à l’odorat Si au tad : d’ailleurs cet peu liées entre elles, tend a s’échapper Si à s’accro-ingrédient rend la matière moins propre à certaines cher à de femblables parties ; d’où il arrive que , teintures ; le noir fur-tout en eft altéré ; il le fait lorfque des fils de cette efpece font employés à la toujours porter au rouge, ainfi que toutes les cou- compofition d’un tiffu, il a la plus grande difpo-leurs très-rembrunies, ce qui trompe quelquefois les fition à draper.
- Fabricans, Si ce qui l’a fait bannir des atteliers de
- Turcoing, où l’ufage de cette drogue commençoit la Filature.
- à s’établir, d’après le refte de la Flandre & l’Artois, #
- où il eft général. On y trouve que la Laine trempée, L’opération du filage fournit peu à la differtation : après le dégraiffage, dans une légère diffolution les mouvemens en font peu nombreux, peu com-d’alun, devient plus coulante, Si fe tire mieux à la püqués : c’eft une répétition continuelle ; & c’eft filature; il en réfulteaufficonftammentuneaugmen- abfolument de cette répétition exaéte, qui eft le |:ation de poids fur la matière filée. fruit d’une grande pratique, que dépend la perfedion
- Il eft des endroits où l’on fait le mélange d’une dans cette partie. Mais comme c’eft de cette perfection petite partie d’eau de foude avec le bain chaud de que dépendent abfolument, en ce qui concerne la favon pour le dernier dégraiffage , & l’on s’en trouve main d’oeuvre, la beauté & la bonté des étoffes, bien pour cette opération ; mais il faut toujours en fent qu’il n’eft pas d’opération plus importante, craindre de rendre la Laine trop fecjie, lorfqu’il eft En fuivant les lieux où l’on s’occupe le plus de queftion de la peigner ou de la filer ; un peu defuin cet objet, on trouve quelques variétés dans le tra-même, penfe-t-on, ne nuit pas à ce premier travail; vail ; on les notera à mefure. La méthode la plus Si le dégrais à l’urine eft peu d’ufage, en partie pour générale eft à peu près la feule méthode en Picardie, cette raifon, qui pourtant pourroit bien n’être pas On commencera par la décrire : tout s’y file à la abfolument fondée. quenouille, au petit rouet, Si à îa main.
- La Laine mife en boulets, on la porte à l’éten- La quenouille , d’environ trois pieds de longueur, dage pour la faire fécher. C’eft ordinairement en eft terminée en fourche ou croiffant ( Planche III. plein air qu’on l’étend, fur des cordeaux attaches Fig. AB), pour y attacher la Laine, ou, plus géné-a’arbre en arbre, ou foutenus fur des perches dans râlement, a un rendement un peu avant fon extré-un lieu où le foleil donne fans obftacle, Si en même mité , pour l’attacher au deffus. La Laine, étendue temps le moins fujet au grand vent. On tourne la fur cette quenouille dans la longueur de douze à Laine, Si on la la laiffe fur ces cordeaux jufqu’à ce quinze pouces plus ou moins, eft repliée(Fig. B) qu’elle foit parfaitement feche : on la leve enfuite , & retournée fur elle-même par le haut, Si fe tire tenant féparées les diverfes couleurs Si qualités. pour le filage par le bas, où elle eft contenue, enve-*
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- D’È T O F F E S
- loppée & ferrée par une bande de cuir ailez ferme , qu’on nomme le Caflou ( O V ) , & par un petit bâton fendu, qu’on nomme le Mordant ( N ), qui contient la bande de cuir du côté de fes extrémités,
- Ôc qu’on rapproche de la Laine, pour la tenir toujours ferrée à mefure qu’elle s’échappe , que la quenouille fe vuide, ôc que le fil fe forme.
- On met ainfi la quantité d’un quarteron à une demi-livre de Laine fur la quenouille, toujours moins à proportion qu’on veut hier plus hn. On ne craint pas,dans les filatures en gros, de la charger beaucoup : on fe débarraffe bientôt de la gêne qu’occa-Üonne une quenouille trop garnie ; Ôc d’ailleurs il faudroit trop fouvent recommencer.
- Les choies ainfi difpofées, l’Ouvriere aflife devant fon rouet , paffe le bas de la quenouille dans fa ceinture, ôc la couche fur fa poitrine diagonalement de droite à gauche , en forme de baudrier ; puis ayant enté fa matière fur un bout de hl refié , ôc nui fort du bout de la broche ,. elle tire la Laine d’une main, tourne le rouet de l’autre ; Ôc le hl s’alonge, fe tord , Ôc fe roule en même temps fur la Bobine,
- Cette maniéré de filer s’appelle filature au petit rouet-(Fig. I, II.), qui eft très - différent du grand rouet à filer la Laine pour la draperie, Ôc même du petit rouet à filer le lin ôc le chanvre. Il a le banc ou la table horizontale ( T ), de deux pieds de longueur , foutenue fur trois ou quatre pieds, à treize à quatorze pouces d’élévation. La roue à manivelle (RM) eft de vingt-trois à vingt-quatre pouces de diamètre, ôc il la vaut mieux encore de vingt-quatre à vingt-cinq pouces. Sa circonférence (CI), comme celle d’un grand tamisf, eft mince , Ôc large de trois Ù quatre pouces. La broche en fer (bb)eft longue jde douze pouces, ôc engagée de hx dans les cuirs (CD) qui la foutiennent, ôc de quatre au moins fous les Ailettes (L), où eft placé le Buhot (I) : les deux autres pouces reftans la terminent du côté du bout où eft engagée la Mouquette (E), dans laquelle |e fil paffe à mefure qu’il fe forme. Les parties de cette broche, qui tournent fur leurs appuis, font cylindriques ; celles dans lefquelles on engage quelques pièces, comme les Noix (F), ôc fur-tout les Ailettes, qu’on ôte ôc replace pour donner paffage à la Bobine, font quarrées : fans cela , elles rifque-roient de tourner dans la broche, lorfqu’il faut qu’elles y foient adaptées folidement, comme faifant un même corps, pour fuivre exactement les mêmes rotations.
- Les Noix en buis, dont le diamètre eft de fïx à dix lignes, font au nombre de trois, tournées de fuite fur la même piece. Cette fuite de noix eft pour changer la corde, lorfqu’elle attire la roue plus d’un côté que de l’autre , c’eft-à-dire, qu’elle lui fait perdre fa fituation verticale ou de champ ; ôc comme le cylindre fur lequel font tournées ces trois noix , ne garnit pas encore tout l’efpace compris entre les cuirs , ôc qu’il y auroit un balancement qui rendroit le mouvement inégal, on y ajoute de chaque côté d’autres petits canons ou cylindres d’os de buis (ob), le tout fans la moindre gêne ; car c’eft de la grande liberté dans les mouvemens que dépend leur égalité , ôc celle de la -filature par conféquent.
- C’eft pour cela que les cuirs qui foutiennent la broche ne doivent être ni trop durs, ni trop mous; il les faut un peu fermes, mais d’une douce élafticité, Beaucoup d’Ouvriers emploient à cet ufage des feutres de chapeaux ; mais ils font plus fufceptibles de l’humidité : ils fe gonflent , fe foutiennent bien moins , ôc jamais bien également. Beaucoup d’autres s’en tiennent à des foutiens de treffes de paille : il les faut renouveler plus fouvent ; ôc ce n’eft jamais fans que le travail n’en ait été fouvent dérangé, ôc toujours inégal»
- EN LAINES. ïs
- Les Poupées (pp) ou montans qui fixent les cuirs, portent la broche à huit ou dix pouces au deffus de la table, ce qui en tout l’éleve de terre de vingt à vingt - quatre pouces. Le plus ou le moins dans ces dimenfîons , eft la chofe du monde la plus indifférente : l’effentiel eft que la Fiieufe foit fort à l’aife, ôc le plus à portée de tous les objets de fon travail. La Mouquette eft un court cylindre d’os percé longitudinalement , pour qu’il puiffe s’adapter au bout de la broche, Ôc tranfverfalement ôc en bifeau du côté du rouet, pour que le fil qui y paffe aille de là s’accrocher à Y Ailet, en redefcendre , ôc s’arranger fur le Buhot. Le fil entrant par l’ouverture en b ourlet de la Mouquette , y forme un angle à peu près droit ; il en forme un fécond aigu fur Y Ailet. Ces deux frottemens considérables concou-v rent pour beaucoup à rendre la filature ferme ôc unie.
- Les Ailettes ne font point ici, comme au rouet à filer le lin, garnies de petites pointes, qui lui ont fait donner le nom d’Epinglier. Il n’y en a qu’une également à crochet, mais mobile, fixée fur un petit morceau d’étoffe, qu’on fait couler fur la tranche des ailettes, dans laquelle il eft paffé*. On a évité d’en mettre plufieürs, parce que la Laine plus molle ôc plus en duvet que le chanvre ôc le lin , s’y accro» cheroit. On fait donc aller ôc venir l’Ailet, pouÊ charger également le buhot ôc former la bobine, comme au lin on change le fil de crochet. La cordé du rouet eft fouvent en Laine : le mouvement en eft fort doux ; mais en boyau, elle eft moins fufcep-tible des influences de l’atmofpheré.
- On fent actuellement que la fineffe , le tors ôc l’uni du fil dépendent d’abord de la fineffe de la matière, de fa netteté, ôc du peignage bien fait , puis de la grandeur du diamètre de la roue , ou de la petiteffe de celui des noix ; de la corde plus ou moins ferrée, parce que le mouvement eft accéléré en raifon du frottement ; de la plus ou moins grande quantité de matière qu’on lâche en un temps donné ; de l’uniformité exacte de cet écoulement ; enfin de la même uniformité , ôc du nombre des rotations en un temps donné. On fait peu de diftinêtion dans ces filatures, de cordes ouvertes ou de cordes croiféeSk
- Les filatures rafes fe font prefque toujours dû même côté , à corde ouverte, foit pour la chaîne , foit pour la trame : cependant , comme il eft néceffaire, dans la plupart de* étoffes de ce genre , que la cliaine ioit un peu plus torfe que la trame , il arrive fouvent que certaines Fileufes fe deftinent à l’une , Ôc certaines à l’autre ; mais beaucoup plus généralement dans ce pays , elles filent fans defti-nation : c’eft le Fabricant qui la détermine à l’achat fur ce qu’elle lui paroît. A Abbeville, ôc par-tout ailleurs où le Fabricant fait filer pour fon ufage, il en eft tout autrement. On fait la diftribütion de fes matières, ôc fuivant la capacité Ôc les talens des Ouvriers auxquels on confie ce travail, & fuivant l’emploi auquel on les deftine.
- A Turcoing, on replie ôc ferre la Laine en uné pelote à jour, déformé demi - circulaire, qu’on attache au haut de la quenouille, ôc dont la matière fe tire avec effort ôc très à menu. On penfe que cet arrangement concourt à Vuni ôc au plus de tors $ qu’on obferve ôc qu’on eftime particuliérement dans le fil de Turcoing. Au Mans, on charge la bobine fur un canon de carte , lorfqu’on deftine le fil à là trame ; & fur un canon de bois ou Buhot, quand c’eft pour la chaîne. En Champagne on file comme en Picardie ; mais indépendamment de la filature au rouet, la plus ordinaire, on file au fufeau ; ôù cette filature, aufti égale ôc plus torfe que celle aü rouet, eft préférable pour la chaîne des étoffes, ôc fe met comme telle à un plus haut prix. Mais s’il y a quelque avantage pour le Fabricant qui
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- VA R T DU FABRICANT
- emploie de préférence une Laine filée au fufeau, il y en a plus pour l’Ouvrier qui la file au rouet, dont Biffage gagne exclufivement par-tout, excepté dans les lieux où l’on veut allier à ce travail tranquille & fédentaire , une vie aCtive de errante , telle que les Bergeres qui filent des Laines peignées en Gévaudan 5 en Auvergne, & dans les montagnes du Rouergue, en Béarn , en Gafcogne , <5c particuliérement dans le Néboufan, de du chanvre ou du lin dans toutes les Provinces méridionales de la France : mais il s’en faut bien que ce foit dans ces filatures qu’il faille chercher de la perfection.
- La méthode de Saxe , celle de Lintz & des Marches du Brandebourg , dont la filature eft fupé-rieure à tout ce que nous faifons en ce genre , eft aufïi préférable aux nôtres. On s’y fert , pour la filature des Laines peignées, d’un rouet femblable à celui avec lequel on file le coton. Sa roue a deux pieds de diamètre ; & la broche, toujours en bois , a environ fept pouces de longueur : elle eft de même groffeur pour toutes les fortes de filatures, très-pointue, & fans mouquette. La corde qui la fait tourner eft en Laine.
- La Fileufe reçoit la matière dégraiflfée & arrangée, comme l’eft ici la Laine de bouchon ; elle en prend une pincée , qu’elle entortille fur la phalange du milieu de Y index de la main gauche ; elle la tient affujettie, en la comprimant du pouce de du médius, En cet état, elle préfente le dos de Vindey, à la pointe de la broche, de les fibres de la Laine s’y accrochent fur le travers. L’Ouvriere eft debout, de elle alonge l’aiguillée autant que le bras peut s’étendre , obfervant de diminuer par degré la preffion du pouce de du médius contre Vindex, à mefure que la main s’éloigne davantage de la broche, pour lâcher de fournir de la matière également dans un temps donné.
- Plus le fil eft tendu en le tordant, plus la filature eft unie de ferme. S’il fe rencontre quelques bouillons fur la longueur de l’aiguillée, la Fileufe quitte la manivelle , de les enleve de la main droite. La petite quantité de matière épuifée, de le fil renvidé , on regarnit le doigt, de ainfi de fuite.
- Cette méthode , quoiqu’également ufitée à Berlin, n’eft pas la feule qui s’y pratique. Cette ville confidérable, devenue la patrie d’un grand nombre d’Artiftes qui y ont été conduits par l’efpé-rance , par l’adverfité, de par Binconftance, femblable, à quelques égards, à l’ancienne Rome, malgré les influences de fon trifte climat , 8c les différences plus grandes encore de fon Gouvernement ; cette ville , dis-je, en naturaiifant toutes fortes d’étrangers , s’approprie toutes fortes de talens. La difficulté d’ailleurs d’y vivre fans rien faire, réveille l’iriduftrie, de il n’y a pas jufqu’aux foldats qui , la plupart étrangers, ne s’exercent dans les Arts qu’ils culti-Voient avant d’embraffer cet état, fouvent même dans les métiers dont ils n’avoient que de foibles norions : tant les befoins font impérieux ! aufli eft-il beaucoup d’hommes de cette claflë qui fabriquent des étoffes, tandis que leurs camarades filent les matières qui y font convenables. Ce font ceux-ci qui ont porté de répandu à Berlin la filature au rouet, à pédale, de à deux mains.
- On y divife fur la longueur les barres de Laine
- Îjeignée ; on réunit ces parties ; on les roule ; on es ferre devant foi ; on tourne le rouet par le moyen de la pédale correfpondante à la manivelle, de l’on a les deux mains libres , pour tirer, lâcher, ouvrir de étendre la matière, à mefure qu’elle fe file. Il en eft ainfi du coton, qu’on obtient plus fin , plus tors, & plus uni à la filature au pied, qu’à celle à la main.
- A Lintz , on livre la Laine , foit en gras, foit dégraiffée, à un Maître Ouvrier, qui rapporte la filature qui en provient. La filature commune, qui
- eft , depuis le N°. io , qualité la plus baffe qu’on puiffe employer dans le baracan , jufqu’au N°. 2 j fe fait en gras, de l’on dégraiffe la matière au favon après la filature. Depuis le N°. 2 5 jufqu’au dernier degré de fineffe , on file la Laine dégraiffée. Les fils, trop fins alors, ne pourraient pas fupporter le torfage a la cheville , ufîté de néceffaire pour purger la Laine du favon employé au dégrais. On pourrait cependant toujours filer en gras , tiffer de même , de ne dégraiffer les Laines qu’après la fabrication de l’étoffe. On obvierait au dernier inconvénient ; mais il eft à préfumer qu’on n’y a pas encore pouffé l’induftrie jufqu’à ce point.
- Un des grands avantages de filer en gras, eft de pouvoir amener des Laines communes à un grand degré de fineffe , par l’intermede des matières onCtueufes. Les fibres de ces mêmes matières parfaitement dégraiffées, reprennent une raideur qui les rend plutôt caffantes qu’elle ne les difpofe à s’unir.
- Lorfqu’on annonce les filatures de Saxe fupé-Heures aux nôtres, on ne prétend pas dire qu’il ne fût pofûble de très-bien filer en France. Le fuperfin de Turcoing en Laine de Hollande , eft d’une grande beauté ; de au Mans, l’on file très-fin la Laine du pays. Le fil du Mans eft même plus nourri, plus ferme, de plus réfiftant au travail. Ces qualités font dues affurément à l’ufage où l’on y eft de filer en gras. L’huile d’olives, ainfi que le beurre , donne à la matière un onâueux qui facilite le dégagement des fibres fans les brifer ; elles s’étendent, fe lient mieux, de prennent du corps; de le fil qui en réfulte, réfifte à des opérations que le fil de Saxe même ne pourrait pas fupporter.
- Les fils de Saxe font très-unis de très-fins, mais un peu fecs, un peu creux même , ce qui les rend, légers. Ils en ont plus de longueur, de ils acquièrent fuffifamment de force par le doublage ufité dans ce pays-là , comme dans celui-ci, pour toutes les chaînes des étoffes rafes. On y double de plus celles des étamines fines, dans le goût de celles du Mans , de elles y font fuperbes. On y double même la trame de prefque toutes les étoffes , de on la triple dans la plupart des camelots : mais le grand marché de ces Laines de de la main d’œuvre, de la filature généralement très-belle, de beaucoup plus fine qu’ici, quoique de degrés de fineffe très-variés, donnent les moyens d’y établir les mêmes efpeces fupérieurement faites à des prix très au deffous des nôtres*
- Du Devidage.
- L’induftriè eft auffï plus perfectionnée dans la fuite des opérations fur la Laine de dans fon emploi, en Saxe de à Lintz, qu’en France ; non qu’elle y foit plus ancienne, au contraire , c’eft là où les Arts font les plus anciens , qu’ils font le plus longtemps à fe perfectionner. Une inftruCtion eft plus aifée à faifir , qu’un préjugé à détruire ; de un homme qui ne fait rien peut apprendre, lorfque celui qui fait mal ne le veut pas. L'Afpe ou Dévidoir eft établi dans tous ces pays , de l’on n’y va au marché que la balance à la main. Le dévidoir n’eft: établi en France que dans quelques manufactures particulières ; mais en Picardie il eft entièrement inconnu. Je viens de l’introduire dans le Boulonois, où il n’y avoit pas d’induftrie de ce genre, de il prend très-bien dans la manufacture de tricotés Angîois que MM.Delporte ont établie nouvellement à Boulogne.
- Combien de travail cependant n’éviterait-il pas aux Fabricans, de quelle fécurité ne répandroit-ii pas dans ce genre de commerce fujet à tant de fraudes ? Son importance nous engage non feulement à en décrire l’ufage , mais même à en donner le calcul. Le coup d’œil fur la figure indiquera allez fa forme 8: fa pofition. La
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- ï) ’ È T O F F E S La circonférence de ce dévidoir ( Planche III. Fig. 4. ) a cinq quarts d’aune, 6c le fil qui l’entoure a par conféquent la même longueur. On lui fait faire quatre-vingts tours de fuite , en dévidant le fil, ce qui forme des pièces , maques ou fons de cent aunes, dont la réunion , au nombre de fept, forme des écheveaux. On peut former ainfi autant d’éche-veaux que le dévidoir en peut contenir fur fa longueur ; il fuffit qu’ils ne fe furmontent pas l’un l’autre, pour éviter le mélange. Les quatre-vingts tours faits 6c les cent aunes complétés, on arrête par une petite ligature faite du fil même de la pièce, maque ou fon. On répété cette opération fept fois de fuite, l’écheveau ordinaire étant compofé de fept cents aunes de fil, & l’on arrête les fept maques à la fois d’une maniéré plus déterminée qu’on ne le fait de chacune en particulier. On réunit plulîeurs de ces écheveaux, tant qu’on parvient à faire une livre de fil ; & c’eft du nombre qu’il en faut pour ce poids j qu’on établit fon numéro.
- tarif.
- Poids de L’EcHEvEAiii Poids de ea Piece.
- Nos. lOnc. ( Gros. Gra. Fra&. ï ( One. {Gros. 1 Gra. (Fraft.
- I 16 z z 70 4 7
- Z 8 1 I 35 X 7
- 3 5 z 48 6 6 6 7
- 4 4 4 41 x 7
- 5 3 I 43 7 3 47 x 1 35
- 6 z 5 z4 3 3 3 7
- 7 z z zo 4 7 z 43 49 75
- 8 Z z zo 4 7
- 9 1 6 16 I 4 x 7
- io I 4 57 3 s I 59 2 3 3 5
- 11 I 3 45 y 11 I 47 5 5 77
- IZ I z 48 I 37 S 7.
- 13 I 1 60 12 1 3 I 2-9 2 5 9 1
- I4 I 1 10 7 I zz 1 x x
- 15 I 38 X î I 15 8 x 10 S
- 16 I I 10 7
- l7 7 38 X 17 I 5 t ? H9
- 18 7 8 I 1 1 7
- 19 6 53 I 9 69 3 9 1 5 3
- zo 6 z8 4 5 6s 2 9 3 $
- ZI 6 6 X X 6z 2 0 2 147
- zz 5 5 8 X 0 11 59 40 4x
- z3 5 40 I* 57 3 9 16 1
- 2-4 2-5 5 5 Z4 8 1 6 2 S 54 52- 7 in? 175
- z6 4 66 6 . 1 î ' 5° 5 8 9 l
- 2-7 4 53 1 I 48 46 6 5
- Ï8 4 41 1 7 47 7
- 29 4 z9 • 2 3 2 9 4 5
- 30 31 4 4 19 9 S 9 3 l 43 4z 7o 107 1Ii7
- 32- 4 41 7
- 33 3 éi TT 3 9 77 8 £
- 34 3 55 77 11 38 1 1 9 1 3 1
- 35 3 47 5 s 37 2 5 9
- 3^ 3 40 » î6 7 17 I
- 37 3 33 "3 7 f 35 M»
- 38 3 z 6 1 9 4 34 TT 207
- 3 9 3 zo 1 3 X 33 27? 1 6
- 40 3 14 7 3 2 31 3 5 3 2
- 41 3 8 4 ï 3 31 H7 17
- 41 3 3 7 42. 31 49 4 3
- 43 44 3 z z *5 4? j_ 11 4 ( s 15 4 47 31 29 191 7ï 77
- 45 4* z z 60 S6 29 z8 TT 100 I 6 I
- 47 z 52- z8 4 Ji?
- 48 z 48 A. 49 2-7 3 7
- 4 9 z 44 z 6 298 3 3 3
- 50 z 40 s 1$ t.6 8 175
- 51 z 3* 12 17 %s 9 3 175
- 5* 53 z z 33 2-9 Vr S 5 a5 2-4 2 9 9 i 3 x 2 571
- 54 z 16 3 14 8 2 2
- 55 z 2-3 3 1 S S 2-3 361 5 8 5
- S6 z zo 4 7 2-3 2 5 49
- 57 z *7 x 3 19 *3 S _ 49
- 58 z H 2 4 29 zz 140 20 3
- $9 z IZ 5 9 zz 1 3o 41 3
- 60 z 9 7 XI 51 35
- EN LAINES. f7
- En voilà affez pour faire fentir combien la Fileufe a d’avantage à filer fin , à ne point mélanger fes bottes de fils filés plus gros, & fourrés dans l’intérieur pour, n’être pas apperçus , à éviter l’humidité 6c l’adhérence de tout corps étranger, 6cc. 6c combien le Fabricant a de facilité, pouvant toujours faire la dellination de la matière, fans autre examen, fur le nombre des écheveaux à la livre dé fils.
- L’axe de ce dévidoir eft terminé en arrêtes, comme des fufeaux de lanterne, 6c elles en font l’office. Le nombre de ces arrêtes eft indéfini, mais déterminé relativement ; s’il eft de quatre , la petite roùé dentée dans laquelle ces arrêtes s’engrenent, a feize dents. L’axe tournera donc quatre fois, 6c cette roue une feule. L’axe de la roue aura aufli quatre arrêtes 6c la grande roue dans laquelle ces arrêtes s’engréneront, fera de quatre-vingts dents, &ne fera qu’un tour, quand fa lanterne à quatre fufeaux en fera vingt. Donc le premier axe, l’axe du dévidoir , le dévidoir même fera quatre-vingts tours, lorfque la grande roue en fera un. Si le premier axe avoit cinq arrêtes, la roue fuivante vingt-cinq dents, l’axe de cette roue cinq arrêtes aufli, & enfin la grande roue également quatre-vingts dents , l’effet feroit encore le même ; 6c l’on voit qu’il y a encore plu-fieurs combinaifons pour y arriver, mais qui font fort inutiles.
- Maintenant, fi l’on place un petit maillet ou marteau de bois fur la table, ou le banc du dévidoir , tout près de la grande roue, 6c qu’on plante une cheville de bois fur le bord du plat dé la roue, dé telle maniéré qu’elle preffe fur lé manche du maillet, le fouleve 6c le laiffe enfin échapper en bafcule, il eft évident qu’en tombant il frapera un coup qui fera du bruit; 6c comme ce coup ne pourra être frappé qu’une fois exadement par révolution, il eft encore évident que le dévidoir aura fait alors fes quatre-vingts tours 6c que les fons feront complets. Après fept révolutions femblables, on arrête, on fait la ligature, 6c l’on dégarnit le dévidoir , pour recommencer ; car fi l’on dévidoit de nouveaux; écheveaux fur les premiers, ce diamètre étant augmenté , les Fileufes fourniroient plus de longueur de fils, 6c elles les Vendroient moins, eu égard à la furà-bondance du poids, ce qui feroit une double perte pour elles. Il en eft qui ont déjà vu affez clair dans ces petites pratiques, pour raccourcir un peu la circonférence de leur dévidoir ; mais en mefürant un des écheveaux fur la longueur, la fraude eft bientôt découverte. 11 eft bon d’ajouter une petite corde qui réponde à l’axe de la grande roue dü dévidoir 6c de la compaffer de maniéré que quand cette rôûe aura fait fept révolutions, elle agite une petite fonnette qui avertiffe l’ouvriere que fëcheveaù eft: complet.
- La circonférence de l’âfpe dé lintz a deux aunes du pays, ou cinquante-fix pouces 6c demi de France ; on y divifela livre en écheVeâüx, 6c l’écheveau en liane. La liaffe eft de quarante tours de dévidoir, quatre-vingts aunes du pays ; il faut dix liaffes pour un écheveau : l’écheveau eft donc de huit cents aunes. Cette filature fe paye à proportion dû nombre d’écheveaux à la livre, & elle varie depuis le numéro 10, jufqu’au numéro 80, qui eft un point de fî-neffe auquel il eft rare qu’on atteigne.
- Les fils très-tors tendent au dévidage ou après , parl’élafticité de leurs fibres , contraintes à reprendre leur premier état, ce qui les fait fe replier fur eux-mêmes 6c fe corder. On évite cet inconvénient par plufîeurs moyens. Les uns trempent les bobines dans l’eau chaude, 6c ne les dévident que loïfqu’elles font feches, ce qui eft long 6c peu commode ; car, à moins d’une grande chaleur naturelle, ou d’une chaleur ordinaire faftice, telle que celle d’une étuve, on rifque qu’il ne s’y établiffe de la fermentation.
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- ,8 VA R T DU FABRICANT
- D’autres font le dévidage à la vapeur de l’eau bouih* lante ; «St je préférerois cette méthode à la précédente. Celle des Turquinois me femble meilleure encore. Ils dévident leur fil ferré fur le dévidoir, tel qu’ils l’ont filé , & lorfque le dévidoir eft garni, d’un bout à l’autre, d’écheveaux plus ou moins gros, ils paffent dans chacune des quatre faces un morceau de bois cylindrique, d’un bon pouce de diamètre , entrelacé dans chaque écheveau, ce qui ref-titue, ce qui augmente même la première tennon de ces fils, & les foutient dans l’uni qu’on leur a donné à la filature; on les trempe dans l’eau en cet état, àplufieurs reprifes, jufqu’à ce qu’ils en foient imbibés. On fufpend ainfi ces dévidoirs au grand air , 8c lorfque le fil eft fec, on le met en botte, 8c il fe foutient très-bien au degré de tenfion qu’on lui a donné : il acquiert même par cette opération, qui en couche 8c plaque le duvet, une forte de luftre 8c un air ras, qui le rend très-propre aux étoffes feches «St à grains, telles que le baracan, le camelot, <Stc.
- On n’eft guere, en Picardie, dans le cas d’exercer aucune de ces pratiques. En général, on y tord peu la matière à la filature; d’où il arrive qu’on n’y fauroit faire à chaîne fimple prefque aucun travail qui ait une certaine confiftance. Cette pratique eft à réformer à l’égard de beaucoup d’objets; car, fi la ferge d’Aumale, deBlicourt, 8c c. s’accommode bien dune filature peu torfe , elle ne fauroit convenir à la tamife, au duroi, <Sc à tant d’autres étoffes , qui demandent également, pour faire un bel effet aux apprêts, d’être travaillées à chaîne fimple, de filature fuffifamment torfe.
- Du Poil de chevre.
- Le Poil de chevre eft, après la Laine, la matière dont il fe confomme le plus dans les fabriques d’Amiens. Il s’emploie particuliérement dans le velouté d’une immenfe quantité de pannes, 8c dans celui des velours d’Utrecht. Mais ces fortes d’étoffes n’ont aucun rapport à l’objet que nous traitons actuellement. C’eft relativement au camelot-poil , que nous en dirons quelque chofe.
- Ce Poil fe tire tout filé du Levant, par la voie de Marfeille. Nos Marchands le vendent ici aux Fabri-cans, moyennant cinq pour cent de commiftion, 8c ils répondent des fonds. Cette marchandife eft fou-vent à un très-haut prix pour nous. Deux raifons y concourent ; les caufes communes à tous les objets de récolte, 8c aux révolutions quelconques, qui arrêtent ou ralentiffent le cours de la culture Sc le progrès des Arts : la fécondé eft la plus odieufe, parce qu’elle ne naît pas de la nature de la chofe, mais de l’acception des perfonnes.
- Il exifte un droit de vingt pour cent fur la valeur du Poil de chevre qui nous vient par toute autre voie que celle de Marfeille ; d’où il arrive que fi les Marfeillois s’entendent, ils font la loi dans cette partie, 8c, quelque dure qu’elle foit, il faut s’y fou-metre. Les Anglois, <$c principalement les Hollandois, nous offrent quelque fois cette matière à un prix au deffous de dix à douze pour cent, de celui auquel veulent le fixer les Négocians de Marfeille ; mais il ne nous eft pas permis d’ufer de préférence ; 8c les Hollandois font des camelots-poil, des velours d’Utrecht ; ils en répandent dans toute l’Allemagne, 8c en introduifent en France même par cette feule raifon. Eh ! qu’importe à Amiens , à l’Etat même, que notre argent paffe au Levant par la voie de Marfeille , ou par celle de la Hollande ? La chofe effen-tieile eft, que les matières premières foient à bas prix, afin que celui des étoffes fabriquées arrête l’in-trodudion des étrangères, 8c qu’elles obtiennent par-tout ailleurs, finon la préférence, du moins la concurrence.
- Il y a un grand inconvénient à ne pas tirer cette
- matière en toifon : indépendamment d’une main-d’œuvre confidérable qui réfulteroit de la filature raifon de prohibition de la part desTurcs, qui,penfe-t-on , veulent fe la conferver, c’eft qu’ils ne prennent aucun foin dans laffortiment de ces fils; qu’ils mêlent le travail de toutes mains ; qu’ils en dévident deux, trois, quatre , cinq à fix, fans réglés 8c fans, fuite fur le même écheveau, 8c qu’il faut toujours procéder à un nouveau dévidage & à un nouvel affortiment ; d’où il réfulte une perte de temps , de nouveaux frais, &des déchets confidérables.
- J’avois propofé pour ce dévidage, qui fe fait ici fil par fil, durement, 8c l’on ne fauroit plus gauchement , le va & vient de la foierie , allez doux pour ne jamais forcer, 8c ne pas faire rompre par confisquent dans les réfiftances ; mais il n’obvie pas à l’embarras qu’occafionne la pluralité des fils indéterminée dans chaque écheveau, 8c fouvent dans le même
- Le dévidoir de Lintz, le même qu’a imaginé 8c dont fait ufage le fieur Délié de Reims, pare à cec inconvénient. Il confifte en une barre élevée fur la bafe du dévidoir, parallèlement à l’axe de Vafpe , 8c garnie d’anneaux de verre également diftribués, dans lefquels on fait palier les fils, à mefure qu’ils fe préfentent ; car il en vient tantôt un, deux, tantôt trois, quatre, «St jufqu’à fix à la fois. L’égale diftri-bution des anneaux rend femblable celle des éche-veaux. Quand il fe préfente des fils qui fe tordent enfemble, onlescaffe, pour en rediftribuer le dévidage plus en face, 8c d’une maniéré plus coulante.
- C’eft ainfi qu’on eft bien à même d’affortir le Poil de chevre : on le fait encore après le dévidage en blanc, tant pour la fineffe que pour le degré de blancheur , 8c l’on répété de nouveau cet affortiment après la teinture, où il eft plus facile de s’apperce-voir des inégalités que les nuances de blanc 8c les différences de tors occafionnent. Aufti les camelots de ce pays-là font-ils parfaitement unis en couleur 8c en grains. Il eft aifé de juger que la Saxe, qui ne fait que des camelots-laine, mais infiniment fu-périeurs aux nôtres, procédé ainfi à leur égard.
- Il eft un Poil de chevre très-fupérieur à celui qu’on nous apporte en France, 8c qui provient d’une efpece particulière de ces animaux qu’on éleve en afîez grande quantité dans la Province d’Angora , au milieu de la Natolie; mais on le réferve pour la fabrique des camelots de ce pays-là, avec dé-fenfe d’en exporter. Cependant les Hollandois, foit par traité, foit par adreffe, trouvent les moyens d’en avoir; 8c c’eft en partie à cela qu’ils doivent la fupériorité bien décidée de leurs camelots-poil, 8c qu’on leur donne la préférence fur les nôtres.
- Ceux de la fabrique d’Angora ne fouffrent aucune comparaifon; ils font poil, chaîne 8c trame. On en a tenté ici l’imitation j mais toujours fans un fuc-cès déterminant.
- Un Seigneur Florentin, frappé de ces différences, 8c remontant à leurs caufes, eft parvenu à avoir des chevres d’Angora, dont le troupeau, fucceffi-vement fous fa diredion, s’eft confidérablement accru. Cette éducation a donné heu à l’établiffement d’une manufadure, dont les camelots ne le cedent à ceux d’aucune autre. Il ne feroit peut-être pas impoiïible d’imiter en France ce Seigneur Florentin, dont l’entreprife a eu affez de fuccès pour nous ôter l’efpoir d’un débouché de quelque conféquence, dans un pays où il doit y avoir une grande confom-mation de ce genre d’étoffes.
- C’eft de la Natolie exclufivement que fe tire le Poil de chevre ; 8c l’expédition s’en fait par Smirne principalement, 8c par Conftantinople.
- Des Soies.
- La foie fait encore une partie des matières em-
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- D'É T O F F E S
- ployées à la fabrication des étoffes rafes d’Amiens , 8c cet emploi augmente de jour en jour* Les came-’ lots mi-loie , diverfes fortes d’étamines, des fergeS de nouvelle invention, & plufieurs autres efpeces d’étoffes en confomment beaucoup. On les a longtemps tirées organcinées, & toutes teintes de Lyon 8c de Paris. On les teint actuellement à Amiens, & on les dévide comme les autres matières. A l’égard du doublage qu’on en fait avec la Laine, du virage ou léger retorfage, 8c de quelques autres opérations qu’elles fubiffent, elles font toutes communes à l’une 8c à l’autre matière , 8c l’on en traitera enfemble. Ces Soies font en partie du cru du Piémont, 8c en partie de celui du Languedoc. On les tire quelquefois de Turin en droiture, mais plus généralement par la voie de Lyon, qui en expédie également des organcinagés du Languedoc.
- Du premier Dévidagè, de Vopération de doubler,
- & du Jecond Dévidage pour retordre.
- Lorfque le fil vient du marché, ou qu’il eft rendu au fabricant immédiatement après la filature, l’opération que fubit d’abord celui qui eft deftiné pour la chaîne , eft un premier dévidage qui fe fait en plaçant l’écheveau fur la tournette ( Planche III. Fig. 3. ) , 8c tournant le fil fur un buhot enfilé dans la broche d’un petit rouet. La forme de ce buhot eft d’être plus évidé par le bas, pour qu’il contienne plus de fil, un peu renflé par le haut, pour qu’il s’en échappe moins vite; fans rebord néanmoins, pour éviter le trop de réflftance 8c le frottement qui le feroit cafter. On donne à la fufée une forme conique, 8c l’onenpofe ainftdeux, fichées contre une piece de bois placée en face du rouet , de maniéré que, les pointes de ces fufées regardant le nouveau buhot fur lequel elles fe dévident enfemble par l’une de leurs extrémités, le point de rencontre de leur prolongement fe trouve fur le buhot même ( Fig. 6.). On dirige d’une main la réunion de ces deux fils fur le nouveau buhot, tandis que de l’autre on tourne le rouet. On donne également à cette fufée ou bobine la forme conique, pour que le fil s’en échappe avec la même facilité, lorfque, placé verticalement fur le moulin à retordre, il tend, en fe tordant, à s’enrouler fur le dévidoir.
- On pourroit abfolument ne faire qu’un de ces deux dévidages, 8c former fur le champ la bobine à retordre de deux échevaux placés chacun fur une tournette dont on doubleroit le fil en même temps : mais il en pourroit réfulter l’inconvénient, de la part des ouvrières négligentes, qu’un fil caftant, on laiftat courir l’autre feulpendant quelque temps; ce qui, répété, nuiroitbeaucoup.Un autre inconvénient très-grand encore, feroit que lesécheveaux plus ou moins mêlés, oppofant enfin au dévidage, par quelque raifon que ce foit, plus ou moins de réflftance, les fils fe trouveroient inégalement tendus au doublage : on ne feroit donc expofé à rien moins, par cette économie , qu’à avoir fouvent du fil mal uni 8c prefque toujours inégal en grodeur 8c en force, en fuppofant même dans le premier cas, ce qui feroit pourtant inévitable, qu’il ne caflat pas fréquemment au moulin à retordre.
- Le dévidage du fil pour la trame confifte uniquement , la matière étant teinte en écheveaux, à la faire pafter de defîiis la tournette fur le petit canon, qui, garni pour être mis dans la navette, fe nommeVefpoule. Cette opération eft la même que celle du premier dévidage du fil de la chaîne : un coup d’oeil furies Planches achèvera d’éclaircir tou-
- E N LAINES, 19
- tes ces idées ; une defcription plus étendue feroit abfolument inutile.
- Du Retordage & Dévidage pour ourdir.
- Le moulin à retordre eft aufti dans le cas d’être plus aifément compris par le fecours des Planches, que par aucune defcription : on ne donnera pas de dimenfion de fes parties, parce que la gravure de cette mécanique doit être accompagnée d’une échelle. Ses effets, pour être bien entendus, demandent quelques détails, dans lefquels on va entrer.
- Ce moulin ( Planche IV. Fig. i, 2, 3, 4, f, 6, ) confifte en une grande charpente circulaire, fur un des côtés de laquelle font tous les rouages qui le meuvent. Sur la bafede cette charpente, à peu d’élévation du fol, font placées verticalement les broches de fer fur lefquelles on fiche les bobines qui portent le fil à retordre. Le bas de ces broches eft preffé par une bande de cuir ( M ) foutenue de champ, qui, paftant fur un tambour, en même temps qu’elle frotte fur toutes les broches, leur imprime un mouvement de rotation qui eft en raifon des diamètres du tambour 8c des broches. Lorfque cette laniere ou courroie de cuir fe trouve trop lâche ou trop tendue, on avance ou l’on recule au moyen d’une vis, une efpece de poulie ( V ) placée dans l’enceinte du moulin fur le devant du tambour, 8c fur laquelle la courroie paffe, après avoir croifé fur le tambour (S). Les fils qui s’échappent du bout de la bobine, s’élèvent dans la dîredion de fon plan jufqu’au haut de la mécanique, 8c paftant de là dans un anneau , ils prennent une direction à peu près horizontale 8c un peu convergente, pour aller s’enrouler fur Vafpe ( d ) ou dévidoir , 8c y former chacun fon écheveau. Une perfonne eft en dedans de cette enceinte, pour renouveler ou regarnir de bobines 8c raccommoder les fils qui fe caftent, tandis qu’une autre du dehors tourne la manivelle qui fait tout mouvoir. Il faut quelquefois deux per-fonnes en dedans, lorfque les fils, trop tendus , fe caftent fréquemment ; ce qui arrive encore lorfqu’on veut forcer le torfin, ou que la matière fe trouve altérée par la teinture.
- Toute cette charpente eft foutenue par fîx colonnes ou piliers (A); elle porte ordinairement cinquante-deux ou cinquante-quatre bobines en un feul rang, fur le même plan ( 1 ); fa circonférence eft interrompue fur un fixieme de fon étendue, 8c c’eft là que font
- placés tous les rouages 6c Vafpe au deftiis.
- Maintenant, fi l’on fuppofe un axe horizontal qüi remplifle le vuide de l’interruption delà circonférence , 8c fe prolonge même ; qu’il foit tournant, mais immobile ; qu’il lui foit adapté une manivelle à l’un des bouts, une lanterne à l’autre, 8c une roue de champ dans l’intervalle, on fentira que le mouvement imprimé à la manivelle pourra fe communiquer à deux rouages à la fois, qui peuvent être placés, l’un en defifus ( c ), l’autre en défions (S) de ce grand axe, & à chacun defquels il eft libre de donner un mouvement très-différent. Si la roue eft fixe, qu’elle ait le même diamètre, 8c toujours le même nombre de dents, qu’il en foit ainfi à l’égard de celle dans laquelle elle s’engrene, elle aura toujours le même mouvement ; c’en celui du tambour ( S ), c’eft le tambour même qui eft en deffous. Ainfi les bobines doivent tourner fur elles-mêmes avec une vélocité toujours égale, les mouvemens de l’ouvrier étant fuppofés égaux.
- Mais fi la lanterne peut fe déplacer à volonté, 8c qu’on lui en puiffe fubftituer une de diamètre
- (1) On pourroit en mettre beaucoup plus , en étendant davantage la charpente du moulin 5 5c il eft bien étonnant qu’on n’ait
- pas encore imaginé d’appliquer l’eau ou un cheval au mouvement d’une mécanique d’un aufli grand ufage.
- E ij
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- 2.0 VA RT DU FABRICANT
- Sc de nombre différens de fufeaux, il eft évident On obvieroit à ce dernier inconvénient * eü qu’on changera par-là le mouvement du rouage qui employant, au lieu de ce moulin , celui à retordre
- ~ eft les foies , où la longueur des fils dévidés eft tou-
- jours égale , & la pofttion de ces fils toujours verticale.
- s’engrene dans cette lanterne. Or, ce rouage eft adapté à l’axe du dévidoir , lequel ne reçoit de mouvement que celui qui réfùite de l’engrenement de la roue dans Cette lanterne, très-variable en diamètre & en-nombre de fufeaux. On fait donc tourner le dévidoir aulfi vite & aufii doucement qu’on veut, lorfque le mouvement des bobines eft toujours le même. Que l’on conçoive encore que le fil ne fe dévide de defliis la bobine, qu’en rail'on de ce qu’il eft attiré par le mouvement de Vajpe, 6c il fera démontré que plus ce mouvement de rotation eft lent,
- Les fils, pour chaîne de camelots-laine $ fe retordent en blanc & à deux fois ; on trouve cette pratique meilleure que de le faire en une ; le tors eu eft plus égal 6c plus ferme : la première avec une lanterne de vingt fufeaux , & la ieconde avec celle de quinze, plus ou moins , félon la qualité de la matière.
- Les fils, pour chaînes de camelot-poil & de camelot-mi-foie , fe retordent en couleur , parce celui des bobines étant toujours le même, plus la que le fil de laine 6c le fil de foie dont elles font partie du fil dévidé fera torfe. Iln’eft donc queftion, compofées, fe teignent en écheveaux féparément, pour tordre plus ou moins le fil, que de changer la l’une & l’autre matière demandant des procédés tourte ou lanterne. On en a pour cela une grande de teinture différens. On les retord auffi de préfé-
- variété ; & il y a une adreffe à bien juger & du degré de tors qu’il convient de donner , eu égard à la qualité de la matière, à fa difpofition aftuelle, & à fa deftination future ; & à la tourte à placer , pour y parvenir.
- Le diamètre de la tourte étant égal à celui de la
- rence, & le plus fouvent, malgré la double main d œuvre, à deux fois , avec des lanternes de quatorze , quinze à feize fufeaux ou quelquefois à une feulement , avec des lanternes de fix, fept à huit fufeaux ; on a foin d’augmenter le nombre des fufeaux , à proportion que les couleurs font de
- roue , les rotations de chacune feront égales. Son nuances fortes, parce que les hautes couleurs alté-
- diametre étant double , celle-ci tournera deux fois, quand celle-là tournera une feule; n’étant que de moitié, ce fera le contraire : ainfi, plus la lanterne fera petite, avec un nombre de dents proportionné, pour faciliter l’engrenage, plus le dévidoir tour-
- rant plus la matière, elle demande plus de ménagement*
- La chaîne des batàcans fe retord comme celle des camelots , ôc plus ferme encore. Celle des étamines , dites viré-fin, ne fe tord qu une fois
- nera doucement, plus le fil fera retors; & ce degré avec une lanterne de fept, huit, neuf fufeaux; <3c de tors fera toujours en proportion de ce diamètre, les demi fin, avec celle de neuf* de dix & onze, On a un fécond moyen pour opérer le même 6c ainfi des autres. Celle des ferges de Rome, de effet, 6c même pour le doubler en même temps, fi Minorque , calmandes, bafins, grains d’orge, &c. l’on veut; c’eft d’agrandir ou de diminuer le dia- fe tord deux fois avec une lanterne de vingt à vingt-metredu dévidoir, en éloignant ou rapprochant fes cinq fufeaux pour la première, Sc de quinze à vingt côtés de l’axe, au moyen des traveries à couliffes pour la fécondé, fuivant encore la qualité de la pratiquées par des mortaifes dans l’axe même. Plus matière, fon état aduel, ôc fa deftination future, ce diamètre eft petit, plus la longueur du fil dé- Le poil de la trame des camelots-poils eft fim-vidé eft de temps à s’y rouler, & plus elle fe tord plement viré, ce qui eft une maniéré de retordre dans cet intervalle ; & vice verfâ. légèrement. Cette opération fe fait d’une feule fois
- Lorfqu’on change de tourte, on éleve 6c on abaiffe avec une lanterne de quinze, dix-huit à vingt le dévidoir proportionnément au diamètre de cette fufeaux. Ne veut-on qu’un virage très-foible ? il n y tourte, pour que la roue s’engrene toujours avec lamé- a qu’à fubftituer une poulie à la roue du dévidoir, me facilité; on l’abaiffe également à l’autre bout, pour qui s’engrene dans la lanterne, 6c une corde ou la tenir toujours dans une pofttion horizontale. Le une courroie paffée deffus, 6c qui embraffe en même point extéiieur de tangence du tambour n’étant temps la lanterne. Cette lanterne , beaucoup plus ....... ‘ ’ 1 1 * 1 ' grande que la poulie, fera tourner le dévidoir beaucoup plus vite qu’elle ne tournera elle-même ; 6c le fil y étant amené beaucoup plutôt, y fera moins retors. On remarquera que la filature à corde ouverte nu ; les fils en font moins tors ; on pourroit remédier fe fait toujours de droite à gauche, & le retordage à cetinconvénient, par des chevilles de bois arrondies, de gauche à droite, en fens contraire par confé-impiantées en avant plutôt qu’en arriéré de ces quent. Chaque fil fe détord un peu au premier bobines. La foime circulaire de ces moulins femble mouvement : ils s’ouvrent, s’accrochent 6c s'incor-devoir retordre les fils inégalement, les longueurs de porent en quelque forte, puis ils fe roulent en fils dévidés étant toujours elles-mêmes inégales; 6c hélices , ôc non en Jpires , comme on le dit dans cela feroit en effet pour la première longueur des fils : l’Encyclopédie , 6c enfin ils forment de petites mais on y remédie en amenant d’abord tous les cordes ; autrement chaque fil continueroit de fe fils au centre du moulin , les tordant en cette pofi-tion , 6c les diftiibuant enfuite chacun à fa place fur le dévidoir : alors le tors eft égal, parce que le fil ne fe dévide plus pour chaque endroit, à proportion de l’efpace que chacun a à parcourir, mais toujours également 6c en même longueur. Mais il réfulte un autre inconvénient de l’inégale longueur de ces fils , celui de la différence de poids,
- pas tout-à-iait dans le plan circulaire, mais un peu en aniere, il arrive que la bobine la plus proche de chaque côté ne reçoit qu’un foible frottement de la courroie, qui même n’eft pas abfolument conti-
- tordre fur foi : ils ne s’accrocheroient point l’un à l’autre ; ils fe tortiller oient même de diftance en diftance par brins féparés; ils fe corderoient dans ces points. Les fils refteroient bâillans, inégaux en tenfîon 6c en force , ôc très-mal unis.
- On dit encore dans l’Encyclopédie , qu’on a vu beaucoup de perfonnes qui ne pouvoient fe faire _ des idées nettes de la raifon de cette manœuvre ,
- 6c par conléquent celle de tenfion dans leur Ion- & qui s’opiniâtroient à prétendre qu’il falloit retor-gueur. Leur pofition étant prefque horizontale, 6c dre les brins dans le fens où le fil avoit été tordu.
- leur pefanteur fpécifique augmentant en raifon de leur longueur , il fe fait aux plus longs une plus grande courbure au centre ; 6c lorfque les fils fe tordent enlemble, ils fe cordent quelquefois dans cette partie par bouts de longueur proportionnée à retordre
- Il ne s’enfuit autre chofe , finon que beaucoup de perfonnes n’ont pas voulu fe donner la peine de réfléchir un inftant à l’objet de leur prétention , ni de jeter les yeux fur un rouet ou un moulin o . j|s auroient vu qu’il n’eft aucune de
- à la moindre tenfion, occafionnée par la plus grande ces mécaniques qui ne foit difpofée pour produire diftance du dévidoir à la bobine. fon effet en fens contraire.
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- D’ÉTOFFES EN LAINES.
- Ces difpofitions oht toujours lieu lorfqu’il eft placée au bas de l’axe, & fur laquelle paffe une queftion de retordre deux fils enfemble ; maislorf- ~ x r ' 1 ’ 11
- qu’on n’en retord qu’un, pour augmenter feulement le tors de la filature , ce qui eft néceffaire dans bien des circonftances, ce qui feroit avanta-tageux ici à plufieurs égards, fi l’on pouvoit fe plier
- à cette pratique , ce qui fe fait journellement à Moliens-le-Vidame , à Govillé , & en d’autres Paroiffes des environs de celles-ci , pour la fabrique des rubans de Laine qui y eft confidérable ; alors,
- corde qui vient répondre à une femblable roue placée hors du moulin (R), 8c au milieu de laquelle eft dreffé un petit axe à hauteur d’appui (aa) * avec une manivelle horizontale au bout (M).
- A cinq ou fix pieds de diftance de ce moulin, on place le cannelier, qui confifte en deux grands cadres ou chaflïs fur le même plan , Lun devant: l’autre (CCCC) : on les traverfe de broches de fer pofées horizontalement de l’avant en arriéré, ôc
- ou l’on file à corde croifée, fi l’on ne change pas l’on paffe dans ces broches les bobines chargées la difpofition des moulins à retordre pour cet du fil à ourdir (bbb) ; on les place de maniéré que objet, parce qu’il faut néceffairement retordre dans les fil^ fe puiffent à toutes devider du même côté ^ 1. r j- i„ ^ — —-j— — r— - afin qu’il y ait toujours une diftance plus égala
- entre eux ; on éleve les bouts , pour les paffec chacun dans un anneau placé au deflus. Cet anneau
- le fens de la filature ; en tordant le fil en fens contraire, les fibres de la matière fe défuniroient fans reftource, ôc ce ne feroit plus du fil ; ou l’on change en effet la difpofition des moulins, comme on en ufe à Reims.
- Je dis que cette pratique feroit avantageufe, parce qu’un fil de bonne matière en acquiert beau-
- eft de fil de fer ou de verre ; celui-ci vaut mieux , le frottement en étant plus doux. C’eft de là qu’on les conduit au moulin , faifant la croifure dans l’intervalle. Cette croifure fe fait au moyen d’un
- coup plus de confiftance, & qu’elle nous mettroit gril de fer (GG), dont les broches font percées dans le Cas de monter des chaînes à fils Amples dans le milieu, ôc qui, placé dans un cadre de la pour la tamife & autres étoffes à luftrer, qui en hauteur du moulin (Tl), Ôc fufpendu par une feroient beaucoup plus fufceptibles de cette forte corde qui va répondre au haut de l’axe du mou-d’apprêts. Je dis que ces fils en acquièrent beau*- lin (B), & fe rouler deffus à mefure qu’il tourne j
- -----j. ----nn...----- ^—‘ ’ le fait monter ou defcendre , fuivant que la corde
- fe roule ou fe déroule , ou que le moulin tourne à droite ou à gauche.
- On paffe tous ces fils alternativement un à un, entre les broches du gril, ôc les trous de ces broches ; on les fouleve tous à la fois après qu’on les: a paffés. Ceux qui font paffés entre les broches, s’élèvent jufqu’àu haut du gril; ôc ceux qui font paffés dans les trous font arrêtés à cette hauteur» Il fe forme un intervalle entre les* uns Ôc les autres;
- coup de confiftance ; car j’ai vu les Ouvriers dont on vient de parler , travailler fur de femblables chaînes avec force ôc aétion , ôc faire ainfi jufqu’à cent cinquante aunes de rubans en un jour , un feul ruban à la fois. Les Ouvriers ordinaires en font environ qent aunes ; ce qui ne fuppofe pas des ménagemens à garder fur la matière, qui n’eft cependant pas d’une qualité fupérieure ; mais qui, à la vérité, eft filée plus gros pour cet objet, que quand on fe propofè de la doubler & retordre pour
- le même emploi. Il faut auffi obferver, dans le cas on y paffe le pouce ; on abaiffe actuellement les: du retordage à fil double, que la partie du buhot fils ; ils fe divifent de nouveau, mais dans le fens: horizontal, tournée du côté de la Doubleufe, lui contraire ôc en fe croifant : on paffe l’index dans: ferve de bafe lorfqu’il eft pôle verticalement fur ce nouvel intervalle ; l’on amene ainfi le bout le moulin à retordre ; ôc dans le cas du retordage de la chaîne où tous les fils font réunis en faifeeau, à fil fimple , qu’elle foit tournée du côté oppofé, & la croifure, pour attacher le premier à une che-
- cn même temps que le moulin à retordre agit en fens contraire.
- Le moulin à retordre, d’ufage dans la bonneterie , n’eft pas connu dans cette fabrique ; il feroit très-propre à virer les fils, ôc il a de plus l’avantage de marquer les tours par une faite de rouages fem-
- ville du haut ( c ) du moulin , Ôc paffer la fécondé dans une fécondé ôc troifieme chevilles plus rapprochées l’une de l’autre que de la première. Gela fait y on tourne la manivelle (M) ; l’axe dévidé la corde qui fait defcendre le gril ; & les fils qui paffent ail travers „ ôc qui defeendent en même temps , fe
- blables à ceux du peut dévidoir indiqué ôc calculé ; rangent d’eux-mêmes en hélice (EE) fur le moulin mais il n’eft fufceptible, ni d’autant de variations, ôc le garniffent ainfi du haut en bas. Arrivé au bas, ni d’atteindre jamais à un très-grand degré de tors, on y <nrâte les fils par une cheville (c) ; on forme y Le fil tors , lorfque c’eft pour chaîne, fe dévidé en revenant fur fox, une nouvelle croifure, mais de nouveau fur des buhots, pour en former des par demi-portées feulement, & qu’on nomme la bobines à ourdir. Ces buhots ne font point faits petite croifure , parce que la première du haut comme les précédens , mais en forme de poulie s’appelle la grande croifure. On tourne en fens alongée (bbb) : ils font plus longs ôc d’un moindre contraire ; la corde fe roule fur l’axe; le gril diamètre, mais à rebords très-élevés à chaque bout, remonte les fils en même temps ôc fur la même pour contenir la matière dont on les charge beau- hélice ; on forme de nouveau la première croifure, coup , pour avoir à y revenir moins fouvent : il ôc ainfi de fuite , jufqu’à ce qu’on ait compofé la
- faut cependant éviter qu’ils le foient trop, ôc dans la crainte que le fil ne s’éboule, Ôc parce que fon poids pourroit augmenter fa difficulté à tourner, ôc faire caffer le fil à l’ourdiffage.
- De VOurdiJJagè.
- L’ourdiffage confifte dans la réunion des fils qui doivent compofer la chaîne, tous prolongés dans
- chaîne du nombre convenable de portées. On dit de ce nombre de fils qu’on met à la fois fur le dévidoir, que c’eft une demi--portée, ôc que le retour forme la portée.
- Comme on fait des portées depuis vîngt-fix , vingt-huit fils, jufqu’à quarante, quaiante-deux ôc. quarante-quatre fils, on voit qu’il fuffit d’avoir la moitié de ce nombre de bobines : on en met affez communément vingt , faifant les portées de quaj
- qu’une fuite circulaire de grands parallélogrammes, î’ourdiffoir, ôc celles de deffus s’éloignant toujours dont la piece du centre eft en même temps un côté plus du centre que Celles de deffous ^ formeroient commun à tous, ôc l’axe à pivot fur lequel tourne une plus grande circonférence , ôc feroient plus la machine (AA). On lui imprime le mouvement longues; d’où il arriveroit qu’elles feroient lâches par une roue horizontale (r) creufée en rainure ? fur le métier 3 tandis que les autres feroient très-
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- L’ART DU FABRICANT
- tendues. Les deux demi-chaînes des camelots-laine , ainfi ourdies féparément, après avoir arrêté la croi-fure des fils, 6c celle des demi-portées, au moyen d’une ficelle, & les avoir levées de deffus le moulin, ôc repliées chacune fur elles-mêmes, on les livre en cet état au Teinturier, qui les réunit bout à bout pour les teindre, Ôc ne pas courir les rifques de l’inégalité de nuances en les teignant féparément.
- On les rapproche enfuite pour les monter fur le
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- lement de l’un ou de l’autre feulement, il n’eft pas moins intéreflant de le décrire , comme auffi la méthode abrégée 6c plus facile qui en tient lieu : mais il faut avant dire un mot touchant les lijfes ôc le m, 6c donner une idée générale du métier.
- Des Lijfes.
- Les Lijfes fe font en fils de laine ou en fils de lin : les premières font préférables quant à la durée 6c à la douceur, mais elles font fujettes à s’alonger; ôc ceux des fils qui paffent dans ces parties diften-* dues , font eux-mêmes moins tendus lors du jeu
- Cette opération fe fait ici dans les rues , lur les des lames, ce qui rend le travail inégal; 6c à l’égard
- métier, ce qui s’opère de la maniéré fuivante.
- De la maniéré de monter Us chaînes fur le métier.
- remparts, ou en tout lieu où l’on a un efpace fuffifant pour y étendre la chaîne dans toute ia longueur, en ligne droite. On réunit là les deux parties en une ; on palfe un levier à l’un des bouts (Flanche Vy Fig. 3.), celui de l’extrémité qui fe doit rouler la derniere ; à l’autre, on fait palier chaque demi.-portée entre les dents d’un rateau (forte de peigne à dents de fer , dont la partie
- du camelot, la trame forçant en deflous ces fils plus mous, ne fouleve plus ceux d’en deffus, 6c ne peut former de grain dans ces parties. On ne s’en fert pas d’autre ici cependant dans la fabrication des camelots de toutes les fortes , 6c de bien d’autres étoffes, dont la chaîne peu garnie demande d’être traitée avec ménagement : mais c’elf une attention à avoir 9 pour réparer ce défaut auffi-tôt
- de defifus fe démonte pour donner paffage aux fils), qu’il exifte. qui ne fert qu’à divifer ces demi-portées, 6c tenir Les fils qu’on emploie à la compofition des Lilfes la chaîne dans la largeur où on la veut monter, fuppofent une bonne qualité de Laine , 6c l’on ôc que l’étoffe fe doit fabriquer. On palfe enfuite choifit une belle filature. On réunit une quantité une baguette dans la chaîne , comme l’on a fait de ces fils proportionnée à la finelfe de l’étoffe qu’on du levier à l’autre bout ; on enchâlfe cette baguette veut fabriquer avec ces Lilfes : quatre , cinq, fix , ronde, qu’on nomme le verdïllon , dans une rainure 6c jufqu’à fept, qu’on retord à la fois très-forte-faite à delfein dans Venfouple, pofée à cet effet fur ment. On les dévidé enfuite très-tendus fur un
- un baudet (BB) , efpece de chevalet élevé , au moyen duquel on fait aifément tourner Venfouple avec des bras de levier (E). La chaîne en cet état très-étendue, foutenue par un homme qui tient, très-près de l’enfouple , le rateau ( VV) dans lequel elle eft palfée, par plufieurs autres de diftance en diftance (ggg) ? allez rapprochées jufqu’à l’extré-
- petit afpe, 6c l’on trempe ainfi le tout dans l’eau Bouillante, pour que, féchés dans cette fituation , ils ne fe cordent plus. On double 6c retord également les fils de lin qu’on deftine à cet ufage.
- Ces Lilfes ne fe diîlendent pas ; elles caffent net ; on les emploie , par préférence, pour fabriquer les calmandes, les ferges de Borne , les prunelles, les
- mité , qui 1a tiennent à poignées très-fermes, 6c grains d’orge , &c. 6c enfin toutes les efpeces d’éta-~ui, fans jamais la lailîèr couler entre leurs mains, mines de cette fabrique , 6c toutes les étoffes à
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- e rapprochent tout doucement à mefure qu’on la chaîne très-fournie, parce qu’elle s’accroche moins , ouïe fur l’enfouple, 6c ne la lâchent qu’à l’approche 6c qu’elle fe dégage mieux.
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- roule
- du rateau , pour que les demi-portées prennent leur écartement avant d’y entrer.
- Cette enfouple, comme toutes celles d’ufage dans ces fabriques , eft garnie de plateaux circulaires (oo) très-élevés , pour foutenir la chaîne : ils font mobiles , pour les avancer ou reculer, fuivant la largeur de la chaîne à laquelle on les fixe. On évite
- On fabrique ces Liffes fur les liais ou tringles, fur lefquelles elles relient montées, qui les foutien-nent par haut 6c par bas , pour en faciliter le jeu en deffus 6c en dcffous : elles fe font ou à deux grandes mailles paffées l’une dans l’autre, 6c alors elles faififfent 6c ferrent le fil au point de jondion , l’une en deffus, 6c l’autre en deffous, de maniéré par-là les éboulemens, qui cfétendroient quelques qu’il leve 6c baiffe néceffairement à chaque fois que portées, fur-tout celles des libérés, ce qui eft d’une la Liffe dans laquelle il eft paffé fait ce mouvement; grande conféquence dans le camelot, dont les lifieres ou à deux grandes mailles femblables, mais féparées fermes 6c nettes, qui annoncent une bonne fabri- par un petit anneau de même matière , ou de verre cation en toute étoffe, parent fin guliérement celle-ci. dans certaines circonftances , dans lequel le fil paffe
- une
- Il eft un autre moyen de rouler fur l’enfouple également, 6c joue de la même maniéré. La première lcchaîne moins longue,6c ourdie à la fois; c’eft eft la Liffe fimple, 6c n’eft d’ufage que dans les
- de placer l’enfouple dans les anneaux de deux fabriques de toiles ôc toileries, 6c toute étoffe de fil, confoles en fer attachées cdntre un mur ( Fig. IL de coton, 6c de fil 6c coton. La fécondé, comme MW) ; que les anneaux forgés au bout en forme plus douce (M m PL 7.), eft préférable dans ces
- de colliers, foient affez éloignés du mur, pour qu’on puiffe faire tourner l’enfouple avec des bras de levier , d’autres Ouvriers la tenant très-ferme vis-à-vis, ôc la lâchant à mefure qu’elle approche du rateau ( V ) , dans lequel elle eft également
- fabriques de laine, 6c dans celles de foie. On la divife, pour ces ufages, en deux ciaffes, fous les noms de LiJJe double à deux nœuds , 6c de Liffe double à un nœud. Dans la première , la maille du milieu . # eft arrêtée ; elle ne peut être ni plus grande ni
- divifée par demi-portées. On conçoit qu’il faut la plus petite ; elle frotte moins les fils que la précé-même attention à bien divifer cette chaîne fur fa dente; ils y font àl’aife , 6c jouent fans contrainte : largeur, 6c à en faire tendre également tous les fils, c’eft la feule dont on fe ferve dans tous ces pays Cette méthode eft pratiquée pour monter la pour les étoffes de Laine. Dans la fécondé , il n’y chaîne de toutes les étoffes qui fe fabriquent dans a qu’un nœud en deffus de la petite maille , Ôc ces pays, à l’exception de celle des camelots. qu’on peut ferrer plus ou moins près du fil de la La chaîne , ainfi roulée fur l’enfouple, fe porte chaîne. Ce feul nœud fait que la Liffe paffe plus iur le métier , 6c fe paffe incontinent dans les lijfes aifément entre les fils des chaînes de foie, très-* 6c dans le ros, pour en fixer l’extrémité à la poitri- fournies ordinairement, 6c toujours délicates, niere , 6c commencer la fabrication. On fent que les liais des lames doivent excéder
- Quoique ce paffage dans les lijfes Ôc dans le ros, un peu en longueur la largeur des étoffes qu’on fe ou peigne, ne fe faffe que rarement, au renouvel- propofe de fabriquer par leur moyen. Les mailles
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- D’ÉTOFFÉS doivent être diftribuées précifément fur cette lar-geur, & d’un nombre qui foit le produit de la divifion, fans relie de celui des fils de la chaîne, par le nombre des lames ; de maniéré que fi une chaîne fe trouve compofée de dix-huit cents fils, Sc fabriquée à quatre lames, il faut quatre cent cinquante Lifies par lame ; car dans aucune circonf-tance, on ne pâlie qu’un fil en Lifie ; mais on les palfe, en alternant toujours de fil Sc de Lille , dans la croifure primitive , formée à lourdiffage, Sc qui fe conferve dans le jeu des marches communiqué aux lames. Dans les pas de toile ordinaire, où il n’efi: quellion que de deux lames, les fils fe paffent en alternant précifément comme ôn vient de le dire : mais lorlque le nombre des fils efl plus confi-dérable, ou qu’ils ont une certaine grofieur, on augmente le nombre des lames, fans changer celui des Lifies ; on augmente même celui des marches qui les font jouer ; mais il n’en faut pas moins que la croifure fe conferve , & que la moitié de la chaîne, prife par fils ainfi alternés, s’élève, Sc que l’autre s’abaifle à chaque fois qu’on marche. On expliquera ces divers pafiages & leur effet, dans un petit tableau, qui contiendra , avec la marche fimple, celle des différentes efpeces de croifures ; on expliquera aufii le jeu des lames & de toute la monture du métier.
- Des Peignes ou Ros.
- Les Ros font de deux fortes, en fer ou en rofeaux de canne. On emploie les uns 8c les autres dans ces fabriques ; mais avec des diftinétions bien marquées pour certains objets , 8c beaucoup moins pour d’autres. Ceux en fer font abfolument néceflaires pour toutes les étoffes à trame mouillée : le rofeau s’amolliroit, fe déjetteroit, fe pourrirait enfin par cette humidité : ainfi le baracan, la panne, la ferge de Rome, la turquoife, &c. fe fabriquent toujours avec des Ros en fer. Il n’ell pas aufii général de fe fervir de Ros de canne pour les étoffes à trame feche ; on n’en ufe plus guere, même dans la fabrique des camelots, mais feulement dans celle des petites étamines où il entre de la foie ; 8c encore eft-il probable que les Fabricans de ces fortes d’étoffes en viendront à les abandonner, comme le font ceux des divers genres de camelots.
- On convient que le rofeau , plus doux, plus flexible, livre plus facilement paffage aux nœuds, 8c que les Ros en fer , lorfqu’ils font neufs , 8c que le poli n’en eft pas porté au degré convenable, font fujets à couper beaucoup de fils: mais on trouve que ceux en canne , dont les broches durent beaucoup moins 8c fe déjettent beaucoup plus, hachent 8c coupent aufii les fils, lorfqu’elles commencent à s’ufer.
- On ne fait plus guere ufage d’autres Ros que de ceux d’acier dans les fabriques de foieries, à Lyon , à Tours, à Paris, &c. fi ce n’efi: pour quelques étoffes légères 8c délicates, 8c pour la gaze, dont la trame mouillée l’expoferoit à ternir la blancheur recherchée dans ce tiffu léger 8c de pur ornement. On n’ell pas expofé à cet inconvénient à l’égard des étoffes de Laine tiffées à trame mouillée. Outre qu’elles font toutes fujettes à être débouillies, dégraifiees , ou lavées du moins pour premier apprêt , on a la plus grande attention , chaque fois qu’on quitte le travail, de tenir la chaffe éloignée de la duite avec un bâton. Les Ouvriers qui n’ont pas cette précaution, tachent l’étoffe fans remede : les leffives 8c le pré , par lefqueis on opéré le blanchiffage des velours de coton, ne fuffifent même pas pour enlever ces taches de rouille.
- Le Peigne ou Ros (Planche 7. Fig. H.) n’ell
- EN LAINES.
- qu’une fuite de broches pafiees dans la même filiere, pour leur donner la même épaiffeur. On en forme un plan, en les rangeant de champ, à diffance d’un fil doublé 8c retors , qui , paffant entre chacune , les ferre toutes fortement en même temps , les unes à la fuite des autres : elles font failles de haut 8c de bas entre deux édifies de bois applaties en dedans, 8c que le fil enveloppe entre chaque féparation de broches. Ôn choifit un bois fec , le moins fujet à fe gonfler 8c à jouer : le noifetier y efl: très-propre ; mais on termine les bouts du parallélogramme par des morceaux dô rebut du rofeau même, qui eil dur , ferme, inflexible. Ces bouts de canne font inférés dans les extrémités des édifies , 8c fortement arrêtés chacun par quatre croifures du même fil. Les bouts de rofeau', qui font très-rapprochés des broches, leur procu-rent du foutien ; 8c la derniere qu’ils avoifinent de chaque côté, eft doublée pour foutenir mieux l’effort de la liûere, qui tend toujours à s’écarter en pouffant en dehors , & d’autant plus qu’il arrive fouvent que les fils en font plus gros que ceux du corps de la chaîne.
- Le fer des Ros doit être bien battu , bien forgé , fans paillettes , trempé en acier, 8c bien poli. La maniéré de les faire à la main, telle qu’elle fe pratique dans ce pays, eft longue, 8c fujette à des irrégularités , au lieu que la mécanique leur donne la plus grande précifion : elle ferre les broches pat une preflion toujours égale ; 8c la ficelle étant toujours de même grofieur, les écartemens font toujours égaux : mais cette mécanique, de l’invention du fieur Délié de Reims , 8c que poffede encore le fieur Fouquier de Rouen , n’efi connue que par fes effets : il feroit à délirer qu’elle devînt publique. Lorfque je confeille la mécanique comme plus propre à opérer également, je ne prétends pas exclure la méthode précédente. Le fieur Soval, Maître Rofetier à Amiens, fait des Ros à la main avec autant de vîtefie, 8c une précifion que rien n’égale ; mais les Ouvriers de cette efpece font rares : il eft le premier de ce genre. Il préparé lui-même fa matière ; 8c fes Ros montés, il ne leur relie qu’à en redreffer les broches.
- A l’égard des Ros de canne, qui fe font de la même maniéré que ceux en fer ou en acier, on choifit un rofeau convenable à la fineffe du Ros. On tire ces rofeaux du Portugal , de l’Efpagne , de la Provence * on préféré ceux d’Efpagne pour les ouvrages délicats : ils font d’un bois ferme 8c plus fin que les autres qu’on emploie dans les Ros à fabriquer les diverfes draperies.
- Le poli des broches , fur le plan formé par leuc arrangement , fe donne ordinairement après la fabrication du Ros. On goudronne le fil employé à la conftrudion du Ros, & l’on s’en fert allez fraîchement goudronné, pour qu’il lui relie toute la flexibilité convenable. Le goudron efl non feulement deftiné à garantir le fil de la pourriture , mais aufii pour le rendre moins fufceptible de l’humidité ; d’ailleurs le goudron féché 8c durci ne permet plus aux broches de jouer dans aucune circonf-tance : elles font toujours foutenues 8c ferrées avec un degré égal de fermeté. La longueur du plan formé par la longue fuite des broches, eft égal précifément à la largeur de la chaîne, qui eft celle de l’étoffe. Le Ros a de plus, après la largeur déterminée de l’étoffe, fes foutiens de canne. La hauteur des broches, dans leur vuide , eft de deux pouces 8c demi à trois pouces 8c demi, fuivant les genres • d’étoffe, 8c elles font arrêtées fur fix lignes environ à chaque bout. A l’égard de l’écartement de ces broches, il eft inaflîgnable : il dépend 8c de la fineffe de la matière qu’on emploie , 8c du nombre des fils qui doivent y paffer. Pour les étoffes à marches
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- L’ART DU FABRICANT
- fimpîes, on n’en paffe ordinairement que deux entre chacune , ce qui s’appelle paffer ou mettre deux fils en broche ; on en paffe pour les autres, quelquefois trois, quatre, cinq, & jufqu’à fix à la fois»
- Des Navettes.
- Ï1 eft prefque autant de forte 4e Navettes, que de genres d’etoffes. Pour les camelots, par exemple , dont le travail doit être fait le plus prés pof-iible du ros, 8c dont l’ouverture de la chaîne refte courte, même en pouffant la chaffe le plus qu’on peut, il faut une Navette mince 3c étroite ; auffi n’a-t-elle de convexité d’une part & de concavité de l’autre, que ce qu’il en faut pour éviter les frotte-mens, qu’on cherche toujours à faire porter fur le moins de points poffibles; c’eft auffi pour cette raifon qu’elles font éviaées en deffous. Mais eu égard à ce court diamètre, on ne fauroit faire des e/poules pour la trame d’une certaine groffeur, 8c il les faudrait renouveler trop fréquemment : on a donc alongé cette Navette , ainfi que la poche ou foffe qui contient l’efpoule, 8c l’o*j fait en conféquence celles-ci plus longues.
- La chaîne étant large, dans le genre des étoffes feches, il a fallu donner du poids à cette Navette, pour que le retard occafionné par les frottemens dans cet intervalle, devînt à peu près nul, qu’elle foutînt le mouvement imprimé dans le jet, 8c qu’elle pût être lancée avec célérité de part 8c d’autre alternativement. Pour y parvenir, on les perce longitudinalement à jour fur leur largeur, de l’on remplit ces vuides de plomb , par mânes égales, afin d’y con-ferver toujours l’équilibre. Celles qui doivent fervir à la fabrication d’étoffes moins larges , font un peu moins longues , ont un peu plus de courbure, ont moins de poids; mais elles conferventplus de reffem-blance avec les premières, à mefure que l’étoffe plus ferrée, plus forte de travail, demande à être tiffée plus près du ros. A l’égard de celles employées à fabriquer les étamines 8c toutes ces étoffes légères, appelées en confequence étoffes de petite Navette, elle eft en effet plus courte, plus arquée, plus large, plus évafé, de fans addition de corps etranger, pour en augmenter le poids.
- Toutes les Navettes font ferrées au bout, pour quelles n’accrochent pas les fils, 8c que , .plus pointues , elles s’ouvrent mieux le paffage ; ces bouts font relevés de obtus , pour qu’ils ne heurtent nulle part. La matière dont elles font faites, eft toujours de buis , le bois du pays le plus lourd , le plus dur, <& le plus fufceptible dfe poli ; car il faut éviter par-deffus tout, qu’aucun fil ne foit accroché dans ce paffage continuel de fubit.
- Vejpoule qui garnit la Navette pour former la trame à fon paffage dans la chaîne, eft une petite bobine formée fur un canon de rofeau. L’axe fur lequel elle tourne très-librement dans la foffe delà Navette , eft en bois dur de ferme, 8c mieux encore en acier , telle que partie d’une groffe aiguille de bas. L’un des points d’appui de cet axe, celui dans lequel on l’introduit d’abord, eft garni d’un reifort qui fait effort pour le contenir.
- L’efpoule fe dévidé toujours en deffous, parce que le trou par où fort le fil, eft plus bas que ceux de l’appui de l’axe, 8c qu’il auroit trop d’effort à faire en paffant pardeffus ; il fe cafferoit, ou arrêterait la Navette chemin faifant. Le fil fortant par la partie convexe de la Navette, on fient que ce côté doit être tourné du coté de l’étoffe, 8c la partie concave vers le ros.
- Du Métier.
- Tous les Métiers de ce pays font les memes ; on
- y fabrique indifféremment de$ camelots, des pannes ou peluches, des baracans , des ferges, des étamines , des calmandes , &c. ils ne . different en rien quant à la charpente, à laquelle on donne feulement plus ou moins d’inclinaifon, fuivant le travail; 8c en coreeft-il douteux que cette différence d’inclinaifon toute inclinaifon même foit néceffaire : jai fait faire dernièrement à Paris un Métier hotizontal, fur lequel on a fabriqué un baracan très-grainé , auffi parfaitement , 8c avec plus d’aifance que fur les Métiers inclinés , d’ufage : c’eft celui dont la planche eft ci-jointe. Mais c’étoit un baracan , objefte-t-on 9 dont le grain ou la cannelure eft formée par 1$ chaîne, voici fur quoi on fonde l’inclinaifon du Métier à camelot. La partie de la chaîne qui eft en deffus lorfque l’Ouvrier foule , étant en ce cas beaucoup moins tendue que la partie inférieure , préfente un logement à la trame, que cette partie inférieure , par fa tenficn, lui force de prendre fous le coup de la chaffe. Cétte portion ainfi foulevée par la trame , domine le plan de la chaîne, 8c forme le grain de l’étoffe. Mais on trouverait le même avantage dans la feule inclinaifon de la chaîne fur un Métier horizontal. Voyez celui d’ufage ( Planche 6. ) vu fur fes différentes faces , avec toutes les pièces de fon armure, en travail 8c féparées.
- Quoi qu’il en foit, tout Métier doit être monté carrément 8c folidement fur quatre piliers, avec des traverfes de haut 8c de bas ( Fig. 1,2, 3 8c 4.)» Ils ont de dehors en dehors fix pieds de haut, quatre de long, 8c quatre de large. On fient que pour des étoffes étroites , cet excès de largeur eft affez inutile. Ils font en outre foutenus par les côtés de deux pièces de bois qu’on nomme les coterets, placées au deffous de Xœuvre ou poitri-niere, laquelle eft placée d’un pied en • avant fur le devant du Métier. Jufqu’ici ce n’eft que la charpente dont aucune piece n’eft mobile ; c’eft un Métier ifolé de fa garniture; ce n’en eft, à proprement parler, que la carcaffe. Comme iis differents dans ces garnitures , je vais décrire toutes les pièces qui fervent à compofer celle du Métier à camelot ( Planche NIL)) 8c j’en ferai enfuiteremarquer les différences d’avec ceux des autres étoffes.
- 1 °. La piece de Vœuvre ou poitriniere P, nommée auffi vetitriere dans la fabrique du camelot, par la pofition que l’Ouvrier eft obligé de prendre , eft celle dont on a déjà parlé, fur laquelle l’Ouvrier s’appuie en travaillant, 8c qui eft à rainure à jour, du deffus en deffous, pour que la partie de l’étoffe fabriquée y paffe , 8c s’aille rouler fur une enfouple ou enfelle ( o ) qui eft en deffous , pardelà le fom-mier de la chaffe.
- 20. La chaffe (H) qui eft compofée du font-mier (cc) & de la cape( bb), entre lefquelles pièces le peigne eft faift par des rainures pratiquées en deffus du fommier qui eft au bas, 8c en deffous de la cape qui le couvre. La cape eft à couliffes dans les épées (az); on la leve pour placer les ros , 8c on l’arrête avec des chevilles. C’eft le fommier très* lourd, 8c dont l’effet eft de porter en avant le ros , ui amene avec force 8c vîteffe la trame au fond e l’angle des fils de la chaîne, qui a donné le nom de chajfie à ce grand cadre. Il eft foutenu fur des créneaux en gradins (cr), à plus ou moins d’élévation , pour en faciliter le balancement, 8c en faire porter le bas d’autant plus en avant, que le talus ou les gradins plus élevés ont plus de -pente. Ces créneaux , ou plutôt ces dents de feie, font fur une ligne horizontale au nouveau Métier. Les autres pièces de la chaffe font les épées, ou côtés du cadre qui unifient le fommier, qui y eft fufpendu, à la barre qui ferme le cadre par en haut. 11 y a encore des pièces à la chaffe, mais réfervées à ce genre de travail; c’eft la barre defufpenfion (**)? à un
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- Ü'ÉTOFFES Ë N L A I N E S.
- pied de diftance en avant de celle qui fait la clôture ont leur point d’appui fur là fléché» du cadre, ôc réunies l’une à l’autre par deux gros 6Q. Les Lames font un compofé de lijfes fixées morceaux de bois qui font entre deux , & qu’on en delTus & en déifions, ou de haut Ôc de bas par nomme les avelots. Cette forme de fufpenlion les liais (Planche 7. Fig-, j & 2* EE)", comme il a
- concourt encore, à ce qu’on prétend, à faire chalfier lefommier en avant. C’eft la çonftrudion des Métiers d’ufage dans cette fabrique. Celui que j’ai fait faire n’a point ces avelots. La barre de fufpenlion elL attachée immédiatement aux épées.
- 3 Uenfouple ou enfelle de la chaîne qui eft fuf-
- déjà été expliqué : elles traverfent la chaîne dont chaque fil palfie dans la maille de l’une d’elles ; ôc , attachées en delfius ôc en delfous , lorfqu’on leve ou baille chaque lame, on fait lever ou bailler tous les fils de la chaîne qui y palfient. Il relie à faire connoître comment on fait lever 3c bailfier ces
- pendue par des cordes, a la réglé placée au haut, lames. Le premier de ces deux mouvemens Vient fur le derrière , ôc qui eft foutenue entre les derniers d’être décrit : il réfulte de la prelïion de la marche, piliers par des tringles verticales qui y font clouées, ôc du mouvement de bafcule du bilbac. A l’égard ôc contre lefquelles elle coule : lorfqu’on veut élever du fécond , il eft plus difficile à concevoir. Suppo-l’enfouple à mefure qu’elle fe dégarnit, ôc que le fions deux forts morceaux de bois, taillés en deftous plan de la chaîne s’abaiffe fur le derrière, on tourne en créneaux par gradins , pour y faire plus ou
- une cheville pofée entre les cordes de fufpenfion , ôc elles s’accourciffent , ou bien on les éleve fur des créneaux en gradins, qui furmontent la réglé dans laquelle elles font paffées. Si l’on veut la dérouler pour fournir au travail à mefure que l’étoffe fe fabrique, on tourne l’enfouple avec un étendoir en fer , infiniment à long manche , Sc recourbé en équerre. L’enfouple percée fur fion extrémité comme un treuil, reçoit de même la partie recourbée du détendoir ; ôc appuyant deffus aux extrémités defquels font attachées les lames par
- moins tendre une corde qu’on y paffe , chacun par le côté, fous le Métier, fixés contre terre, avec la facilité de faire couler la corde fur les créneaux* Cette corde eft attachée à l’axe d’une poulie, dans laquelle paffe une nouvelle corde qui contient les jatriaux dans le milieu, ôc leur laiffe la liberté de faire la bafcule fur ce point d’appui. Les jutriaux font au nombre de deux de chaque côté 5 ce font des morceaux de bois de huit à dix pouces de long ,
- le manche en avant, on fait tourner l’enfouple à volonté. On repofe le manche de ce détendoir, dont on laiffe l’autre bout dans le trou de l’enfou-ple , fur les broches d’un rateau placé verticalement a cet effet fur le côté droit du Métier. On a fubf-ïitué à la fufpenfion dont on vient de parler, des appuis à l’enfouple {PL 6.), avec une roue dentée (I), Ôc au détendoir, la barre (G). Ce méca-
- deffous en cette maniéré : la première lame à un bout de l’un des jutriaux ; la deuxieme à l’autre bout du même, ôc ainfi de chaque côté ; la troifieme à l’un des bouts de l’autre jutriau, ôc la quatrième à l’autre bout du même. Un des bouts des jutriaux levant, attiré en en-haut par la lame, attirée elle-même par la corde du bilbac , l’autre bout du même jutriau baiffe , ôc attire en en-bas la lame
- nifme eft plus fimple , ôc d’une toute autre folidité. d’après celle qui leve, à laquelle il eft attaché. Ces ,0 t 7- A.______*7 1____„>_________î. ________ _„_____• _• r: ____ 1 _ 1 •»
- 4°. Uenfouple du travail (o), fur laquelle s’enroule l’étoffe à mefure qu’on la fabrique, eft placée en defious, comme on l’a déjà dit, percée en treuil comme la précédente, Ôc de plus armée d’une roue dentée en encliquetage ( bî ) , avec fon crochet, qui donne la facilité d’enrouler l’étoffe fabriquée , d’amener en avant la chaîne déroulée , ôc de donner le degré de tenfion convenable au travail.
- 5 °. Les marches (S PL 7.), au nombre de quatre, ayant du derrière leur prolongement fur la longueur
- jutriaux font, comme on voit, ainfi que les bil-bacs, des leviers du premier genre. Comme le mouvement fe fait des deux côtés de là même maniéré , il eft clair que, du feul élévement de l’une des lames, il en réfulte l’abaiffement de l’autre.
- Ceci bien conçu , il eft aifé de voir comment; on attire fortement les lamés en en-bas, pour donner du fond à la chaîne, au moyen des créneaux en gradins. Il faut être bien attentif à donner des longueurs Ôc des tendons égales , pour ne forcée du Métier , font fixées à charnière à cette extré- pas plus d’un côté que de l’autre. Les lames attirées mité ; ôc la diftance de leur point d’appui au pied en deffous de chaque côté à la fois ôc avec même de l’Ouvrier , eft pour faciliter leur jeu naturelle- force, réfiftent à ce travail fans fe cafter nife déje-xnent dur par la forte tenfion de la chaîne, & la ter, ce qu’elles ne pourroient faire, fi la réfiftâncê tenfion plus forte encore des lames. Ces marches, étoit inégale ou fixée en un feul point. C’eft pour qui font toutes des leviers du troifieme genre, ont cette raifon que chaque corde de fufpenfion des lapuijfance, qui eft la preflion du pied de r Ouvrier, lames, qui part du bilbac, fe divife bientôt en deux, à peu près à égale diftance du point d’appui & dr# pour aller faifir la lame en deffus, à peu près vis-poids , ou de la réfiftance. On verra -que dans à-vis les points, où elle eft faifie pardeffous. les autres Métiers la puiffance eft plus rapprochée de la réfiftance. Ces marches fe prolongent de l’avant en arriéré, ou, fi l’on veut, de l’arriereen avant de l’Ouvrier, jufqu’à l’extrémité du Métier : elles y reçoivent les cordes, qui, pallant au travers d’une latte, à peu près dans le milieu de leur
- cours , font attachées au haut , chacune à l’une 1 des extrémités des bilbaes (xx), qui font la bafcule fur le vinaigrier ( yy ) , avec les cordes qui vont répondre aux lames. Le vinaigrier n’eft autre chofe que la traverfe du haut ôc du derrière , furmontée du peigne à cinq dents ou broches de bois, entre lefquels paffent les quatre bilbaes : ceux-ci font enfilés avec les dents du peigne par la fléché (zz), qui eft-une broche de fer, fans gêner leur mouvement de bafcule ; de maniéré qu’en foulant une des marches foutenues en l’air par des cordes toujours tendues , on fait tirer cette corde qui y eft attachée, baiffer le bout du bilbac correfpondant, ôc lever la lame fufpendue à l’autre bout : enfin , ces bilbaes font des leviers du premier genre , qui
- Il eft bon d’obferver que les traverfes du bas Sc des côtés du Métier font placées à la hauteur convenable , pour1 foutenir l’axe de l’enfouple fut laquelle fe roule l’étoffe , qu’on a dit être placée pardeffous la chaîne , derrière le fommier de la chaffe. On remarquera aufti que la traverfe du bas Ôc du derrière , qui eft fous le fiége , fert à repofec les pieds de l’Ouvrier lorfqu’il ne travaille pas, & à le foulever lorfqu’il étend le corps ôc les bras en deffus les lames, pour raccommoder les fils qui fe caffent parderriere. On ajoute même à cet ufage , ôc pour plus grande facilité , une barre en avant de cette traverfe , qu’on nomme le b rançon.
- Ufage en Allemagne.
- En Saxe, à Gotingen, Ôc à Lintz:, où l’on travaille le camelot fupérieurement, on en monte la chaîne fur le métier tout différemment qu’ici ; & je ne doute nullement que la fupériorité que j’indique ne foit due en partie à leur méthode, que ie vais décrire.
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- Z6 L’ A R T DU JF
- D’abord le Métier, qui a à peu près les dimen-fions du notre , quatre pieds en quarré, eft pofé d’à-plomb fans aucune inclinaifon. L’enfouple fur laquelle la chaîne eft roulée, eft pofée à un pied de demi au deffous d’une autre enlouple ou cylindre , au deffus duquel paffe la chaîne , pour en foutenir les fils à la hauteur convenable. Ce cylindre excede de huit pouces le plan horizontal de l’oeuvre, de la diredion inclinée de la chaîne n’eft plus interrompue qu’à fon paffage dans les lames, qui la tirent en fond d’environ trois pouces.
- Il n’y a pas de bilbacs, de les cordes de fufpen-fion des lames roulent fur des poulies, comme eu Métier à toile. Le battant ou chaffe n’a point de revers : il eft tout uniment fufpendu verticalement fur la traverfe du haut. On fe fert, comme ici., de quatre lames de de quatre marches ; mais la rentreture de le marcher font différens , comme on le verra ci-après.
- Je n’oublirai pas d’obferver que les marches font fixées , ou qu’elles ont le jeu à charnière fous le derrière du Métier, comme à celui de velours de coton, de que l’Ouvrier foule à l’autre extrémité ; le travail en eft certainement plus doux, de l’étoffe, à ce qu’on prétend, plus grainée.
- En réfléchiffant fur la pofition de l’enfouple de la chaîne , je m’étonne qu’on n’ait pas préféré de la mettre autant en deffus du cylindre qui détermine fa diredion à l’œuvre , qu’on l’a mife en deflous; elle feroit moins près de terre , moins expofée à l’humidité , plus en vue , Sc plus à la main de l’Ouvrier. Les fils qui caftent fe montreroient pen-dans ; on les pourroit reprendre fans tâtonner, de ils ne feroient pas fujets à traîner. Cette pofition a fur notre méthode deux grands avantages entre plufieurs autres : le premier, de donner un développement de la chaîne beaucoup plus long, lequel, au moyen de l’appui qu’il reçoit en paffant fur l’enfouple du haut, donne aux fils de la chaîne une tenfion aufti forte , que fi le développement ne artoit que de ce point d’appui, de à la fois une eaucoup plus grande élafticité. Il réfulte de ces difpofitions, que les parties développées de la chaîne réagiffent à toute action, de que les coups de chafle étant moins durs, il fe cafte moins de fils, de le travail en eft d’autant plus net.
- Le fécond avantage eft de tenir la chaîne dans tout fon développement, toujours à la même élévation , ce qui , toutes chofes égales d’ailleurs, doit rendre le grain égal d’un bout à l’autre de la piece. L’Ouvrier qui l’éleve en ferrant les cordes par lefquelles l’enfouple eft fufpendue, ne le fait ni dans des temps aftez réglés, ni affez également, pou* que l’inclinaifon ne varie d’une maniéré fen-fible, de qu’elle ne foit expofée à quelque déver-fement qui occafionneroit néceffairement de la variété dans la tenfion des fils de la chaîne.
- Il eft pourtant dans cet ufage un inconvénient qu’il ne faut pas fe diflimuler ; il ne tient, ou plutôt ne nuit en rien à la bonne fabrication ; il en eft abfolument indépendant ; mais il dérange un peu plus l’Ouvrier , de il en faut moins pour rebuter des gens dont la routine eft prefque toujours la raifon : c’eft qu’un fil venant à fe cafter au delà des liftes , le bout qui tient à la chaîne va pendre ou traîner fur le derrière, de il faut que l’Ouvrier forte du Métier pour le raccommoder de le ramener en place ; au lieu qu’ici il n’a befoin que de fe drefter , & de tendre les bras pardeffus les lames , pour atteindre aifément d’un bout du développement de la chaîne à l’autre.
- Mais en alongeant les Métiers, on remédieroit aux inconvéniens de l’une de l’autre méthode. Pans aucun genre de fabrique , ils ne font aufli courts que le font ceux d’ici, de il n’eft abfolument bon
- ARRIVANT
- à rien qu’ils le foient ainfi. Un pied de plus procurera , toutes chofes égales d’ailleurs , plus de longueur d’étoffe fabriquée, en un temps donné, de d’une fabrication plus parfaite. Qu’on les alonge de deux pieds, qu’on leur donne la longueur des Métiers de la toilerie, celle des Métiers de la foierie, de l’Ouvrier ne fera plus obligé d’en fortir pour raccommoder les fils qui cafteront : ü en caftera beaucoup moins d’ailleurs.
- Paffage des fils en lijfe & dans le ros.
- La chaîne roulée fur l’enfouple, de celle-ci mife en place, de tournée de façon que la chaîne fe dévide en deffus, on en étend les fils pour les faire paffer un à un d’abord dans les liftes , de enfuite dans le ros ( Planche $ & 6. Fig,. E & F ). Lorique la lifte eft Ample, il faut que le fil foit ferré entre les deux mailles, pour qu’il leve de baiffe lorfque la lame fait ce mouvement. Quand elle eft double , le fil paffe tout uniment dans l’anneau qui eft entre les deux mailles. Quand il n’y a que deux lames, le paffage fe fait alternativement ; tous les fils de l’un des côtés de la croi-fure dans l’une , de tous ceux de l’autre côté dans l’autre. Quand il y en a quatre qui doivent produire le même effet que deux, mais feulement pour diftribuer davantage les fils, de rendre leurs mou-vemens plus libres, on paffe tous les fils de l’un des côtés de la croifure , alternativement un à un, dans les liftes de la première de de la troifieme lame, de de même ceux de l’autre côté de la croifure , dans les liftes de la fécondé de de la quatrième lame. La première de la troifieme s’élevant de s’abaiffant toujours enfemble , tandis que la fécondé de la quatrième font toujours en même temps le mouvement contraire , il en réfulte que la chaîne s’ouvre aufti également dans la croifure que s’il n’y avoit que deux lames.
- S’il eft indifférent de faire lever les deux lames proche l’une de l’autre à là fois, comme cela fe pratique dans la fabrication du baracan , de même du camelot baracané, il faut alors paffer tous les fils de l’un des côtés de la croifure alternativement dans les deux premières lames, de ceux de l’autre côté de. la croifure alternativement dans les deux dernieres.
- Les fils ainfi paffés en liftes , on les paffe en ros, au moyen d’une lame d’acier dentée un peu à crochet ; de, amenés du côté de la poitriniere, on les y fixe à un verdillon qu’on paffe dans la poitriniere même, ou qu’on attache à une autre étoffe 'ou refte d’ancienne chaîne , pour perdre moins de longueur de celle-ci, qui ne pourroit être tiffée dans cette partie. Ces différens paffages font longs Sc minutieux : on les évite, en laiffant un refte de chaîne dans les liftes de dans le ros, de dont on retord ces bouts avec ceux de la nouvelle chaîne qu’on fe propofe d’y introduire ; puis en tirant tout doucement la verge ou verdillon de bois auquel les premiers font attachés , on y fait aifément paffer les féconds.
- Ce refte de chaîne, qu’on laiffe paffer dans les liftes de dans le ros , fe nomme la peignée. On fent que , formé toujours par le refte de la derniere chaîne, il fe renouvelle à chaque piece , de que c’eft un petit déchet fur la longueur de la chaîne à fupporter à chaque fois. A Amiens le paffage de la peignée dans les liftes eft toujours l’affaire du Lamier ou Faifeur de lames : il ne vend celles-ci qu’ainfi garnies ; de s’il arrivoit, par quelque événement, qu’une chaîne fe trouvât entièrement dépaffée, on lui remettroit encore les lames, pour y paffer une nouvelle peignée , pour paffer les lames en terme de fabrique.
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- D’étoffe s
- Le tors des fils de la chaîne avec ceux de là peignée fe fait en pinçant les deux pointes, les tordant enfemble , recouchant cette partie torfe fur la longueur de l’un des fils -, & roulant le tout à la fois entre le pouce & l’index. L’Ouvrier entre dans le métier, 8c continue toujours en reculant, biffant le travail fait en avant, & celui à faire en arriéré, jufqu’à ce qu’il en foit à l’autre lifiere. Dans le premier cas, il faut une grande attention à ne pas prendre un fil pour un autre dans leur paffage en liffes : un feul fil d’un pas mis fur un autre déran-geroit le travail > il en feroit de même dans celui-ci, fi le tors ne fe faifoit pas de chaque fil avec fon correfpondant ; 8c c’eft ce qu’on appelle mettre la chaîne hors-pas.
- Réflexions fur les diverfes fortes de grains dans les étoffes, & moyens d'en produire ou de Véviter.
- On a déjà dit que tout métier doit être monté carrément 8c folidëment. Celui du camelot eft de plus incliné de l’arriere en avant, quoique la chaîné au contraire doive l’être un peu de l’avant en arriéré. Cette différente inclinaifon eft déterminée 8c par la pofition de l’enfouple de la chaîne, 8c par le changement de diredion de ladite chaîne, qui , dans fon développement 8c à fon' paffage dans les lames, reçoit une inflexion en en-bas. C’eft de cette difpofition que la partie de la chaîne, qui eft en deffous lorfque l’Ouvrier marche, eft plus ouverte 8c un peu plus tendue que celle qui eft en deffus, 8c c’eft par-là que l’effort de la trame feche & filée un peu tors, fe trouve fécondé pour faire furmonter la chaîne ; effet d’où réfulte le grain, qui, fans beaucoup d’ufage d’ailleurs, 8c d’adreffe de la part de l’Ouvrier , ne fe former oit encore que très-imparfaitement. Il eft un moment à faifir pour clore le pas 8c ferrer la duite : c’eft celui où cette duite fe trouvant à une ligne proche du tiffu, il frappe * démarche 8c marche fubitement, pour ouvrir le pas fuivant. Le coup que l’Ouvrier donne eft fec, 8c la chaffe en eft répercutée. La trame fe joule 8c s’arrondit chaque fois pendant quatre à cinq coups de fuite , 8c par-là même elle concourt le plus à l’effort 8c à l’effet dont on â parlé, qui eft , difent les Ouvriers, de bien faire tourner la trame. Une des chofes qui concourt encore à ramener la trame en deffus, eft la forme de la fufpen-fion de la chaffe qui porte le fommier très en avant, comme on l’a fait remarquer en parlant du métier.
- L’ufage de tenir au pied, toujours 8c egalement, 8c le moment faifi de frapper entre les deux marches , font ce qui conftitue le bon Ouvrier ; mais de favoir de leur part précifément à quoi tient cette fupériorité, il n’en eft guere parmi les meilleurs même qui foient dans le cas de l’indiquer. Les uns font bien fans beaucoup de peine ; d’autres, avec les plus grands efforts, ne fauroient réulîir. J’infifte fur ces pratiques, parce que le travail fait mollement laiffe flotter la chaîne , eft toujours inégal, & donne moins de longueur d’étoffe. Il réfulteroit les mêmes inconvéniens de chaffer trop tôt. En chaflànt ou frappant trop tard , on ne fera qu’une étoffe plate 8c fans grain, une toile enfin.
- Si toutes ces attentions de l’Ouvrier ont été prévenues de la part du Fabricant , par le choix d’une chaîne bien affortie à la trame , il eft évident que l’étoffe aura atteint le degré de beauté 8c de perfedion dont la matière 8c là filature peuvent la lendre fufceptible.
- Maintenant, fi Fon veut fentir la différence du grain d’une étoffe formé par la trame , de celui formé par la chaîne, il faut favoir qu’au baracan la chaîne eft beaucoup plus groffe que la trame, qu’elle eft doublée 8c retorfe fortement à deux
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- fois, au lieu que la trame fimple, plus fine , d’une filature plus molle, eft en outre employée, mouillée, que le métier 8c là chaîne font très-inclinés d’arriere en avant, l’enfouple de la chaîne étant à peu près horizontale à la vue de F Ouvrier, 8c la diredion de cette chaîne abfolument droite dans cette pente ; d’où il ne peut y avoir aucune différence de tenfion dans quelque partie de la chaîne, en un temps que dans un autre. La chaffe très-lourde retombant par fon poids toujours cônfidérable , eft tout uniment fufpendue par la traverfe qui terminé le cadre du côté du haut des épées ; 8c frappant la trame à pas ouvert par un Coup dur , fôurd 8c fans réadion * elle la plaque 8c l’empêche de fürmonter là chaîne, ce qui feroit draper l’étoffe, eu égard à fon peu de tors, La chaîne plus ronde 8c d’unè eonfiftance ferme, réfifte à toutes les opérations : elle ne reçoit aucune inflexion de la trame , qui au contraire les reçoit toutes d’elle. Elle conferve par-là fon grain en forme de canelures prolongées fur la longueur de l’étoffe ; au, lieu que celles du camelot formées par la trame , font prolongées fur la largeur.
- On voit par ce qui vient d’être dit, ce qui eft à faire pour qu’une étoffe n’ait de grain d’aucune maniéré, comme à la tamife , au duroy, 8c autres femblables qu’on deftine à des apprêts luifans, pour lefquels la fabrication la plus en toile poffible, eft la plus convenable. Il faut que la chaîne 3c la trame foient de fils à peu près de même groffeur & également tors, que le métier foit horizontal * que la chaîne foit également tendue dans cette diredion, que les lames jouent en l’air fans faire d’effort de pârt ni d’autre , 8c enfin que l’Ouvrier tiffe continuellement, marchant, frappant , félon leur maniéré de s’exprimer.
- CeS préliminaires lur des différences fi marquées* 8c fi peu fenfibles à la plupart des hommes, m’ont paru néceffaires pour l’intelligence des opérations qu’on vâ décrire. Les raifons feront aduellement fenties, fans être obligé d’entrer dans des détails qui interromproient inévitablement le cours de la defcription.
- Divifon & fiubdivifion des efpeces & genres d'étoffes*
- Les feules étoffes comprifes fous la dénomination d'Etoffes rafes & feches , peuvent fe repréfenter fous un grand nombre de claffes , 8c fournir une variété innombrable d’échantillons. On refferrera les pre-miereS divifiohs, fe réfervant à donner dans les fubdivifions les détails dont chaque objet eft fufceptible. On commencera donc à divifer ces étoffes en deux claffes : la première contiendra toutes celles à pas fimple, foit qu’il en réfulte du grain , & de uelque maniéré qu’il foit produit, foit qu’on les eftine à un apprêt ras, mat ou luifant ; 8c cette claffe comprendra les camelots de toutes les fortes, les baracans, la grande variété d’étamines, les tapii* fes , duroy, 8c autres de ce genre.
- Dans la fécondé , on fera entrer toutes les étoffes à pas croifié, de quelque Croifure que ce foit ; comme toutes les efpeces de ferges d’Aumale, de Blicourt * du Gevaudan, de Rome , de Minorque , les prunelles , lès calmandes unies 3c à côtes, les bafins , turquoifes, grains d’orge , filéfies , malbourougs. La première divifion fupportera quatre fubdivifions. Dans la première , on renfermera les étoffes qui grainent par la trame ; tels font les camelots , qu’on fubdivifera par efpeces : i°. en camelot-laine d’Amiens, de Lille , de Saxe , de Gotingen , de Berlin 8c d’Angleterre ; 2°. en camelot-mi-foie d’Amiens 8c de Berlin ; 30. en camelot-poil d’Amiens , de Lintz, de Bruxelles, 8c de Hollande.
- Dans la fécondé , ce feront les étoffes qui grainent par la chaîne : tels font les baracans ou autres
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- étoffes, fous quelque dénomination que ce foit, dites baracanées.
- On placera dans la troifieme toutes les fortes d’étamines , dont les unes ne grainent point, les autres grainent un peu plus par l’un des deux moyens, & les autres un peu parles deux.
- Dans la quatrième enfin, on trouvera les tamifes, les duroy, & autres étoffes à pas de toile fans grains, & dont le fü demande d’être applati par l’apprêt.
- La fécondé des grandes divifions comprendra toutes les fortes d’étoffes croifées, dont la fabrication nous eft connue ; 6c comme les croifures, la matière, l’équipage , la monture 6c la fabrication de prefque toutes , font différentes : on en fera autant de fubdivifions qu’il y aura d’efpeces principales.
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- PREMIERE CLASSE.
- §. I.
- Du Camelot-laine.
- O N a obfervé précédemment, que c’étoit le Fabricant qui deftinoit la matière lorfqu’ii l’achetoit filée, de que fa deftination ultérieure dépendoit abfolu-ment de fa maniéré a&uelle d’être. On ajoutera ici, que , pour l’emploi des chaînes à. doubler & à tetordre , telles qu’elles font toutes dans cette fabrique, on fait toujours choix de fils filés,, moins tors , réfervant pour la trame ceux qui le font plus. On fera en outre remarquer que toutes les matières employées à la fabrication du Camelot, font teintes en fil, favoir, celle pour la chaîne, lopfqu’elle a paffé par toutes les opérations qui précèdent celle de monter la chaîne fur le métier ; enfin qu’elle fie teint, la chaîne ourdie. Les fils de lizieres , au nombre de fix de chaque côté, doivent être de couleur différente, pour indiquer que l’étoffe eft compofée de matières teintes avant la fabrication, La trame fe teint en écheveaux , immédiatement avant d’en former les efpoules. -Ces matières, tant pour la chaîne que pour la trame, en ce qui concerne le Camelot-laine d’Amiens , font de fon cru : c’eft toujours Laine de pays, de la Province ou des Provincesvoifines. lion eft cependant de très-beaux: il en eft aufîi de très-communs. On fient à quoi tiennent ces différences : elles font encore diltin-guées par les prix , & chaque chofe refte dans l’ordre. Le nombre des fils en chaîne paffés toujours quatre en broche , varie de quinze à dix-huit cents, fur la largeur de cinq huitièmes d’aune, qui ne varie guere dans cette fabrique.
- On pourra appercevoir l’effet d’une fixation toujours la même fur la même largeur , lorfqu’on voudra réfléchir qu’il faudroit en même temps obtenir , ce qui eft impoftible, une filature toujours égale. Car enfin, un Ouvrier, quelque habile qu’il puifle être, pourra-très bien ne jamais parvenir à fabriquer convenablement une étoffe avec tel nombre de fils en chaîne, qu’il la fabriqueroit fupérieurement avec un nombre moindre. Il faut toujours entre la matière , les liftes & le ros par où elle doit paffer, des rapports, dont le Fabricant peut feul être le juge ; & à tout prendre dans ce cas-ci, il vaudroit encore mieux pécher par défaut que par excès : aulieu de faire une étoffe néceffairement bourrée, inévitablement mal tenue au pied , mal unie, mal-propre , elle pourroit n’être que légère , elle pourroit même ne l’être pas, quoique-très bien fabriquée : mais comme c’eft toujours la chaîne qui donne de la confiftance à l’étofle, on retrouveroit à l’ufage l’inconvénient de ne l’avoir pas fuffifamment fournie.
- Outre les Camelots, de laine ordinaires, qui fe
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- font toujours à Amiens à trame fimple, allez paflable-menttorfe, 6c jamais retorfe, il s’en fait une efpece très-groftiere, qu’on nomme improprement baracan9 où l’on double , où l’on triple même la trame ; mais il exifte dans la fabrication de celle-ci des diffé<-rences qui font expliquées ailleurs.
- On fabrique à Lille de beaucoup de fortes de Camelots-laine en couleurs unies , de rayés & de jafpés, comme à Amiens, mais on les y varie de plus dans les largeurs, 6c il s’en fait confidérable-ment en blanc , pour être teints en pièces. Les plus larges de ces Camelots, de trois quarts 6c d’environ une aune , mefure de France, font peu connus hors la Flandre ; il font légers, communs 6c à bas prix, 6c fe confomment principalement en habillement de femme. Ceux de largeur ordinaire de demi-aune un douzième, connus fous la marque dif-tinftive de quatre ) quatre & demi, ou cinq barres , fe travaillent tantôt en couleur, 6c tantôt en blanc, pour être teints enfuite. La chaîne eft double 6c retorfe à tous ces Camelots; mais à beaucoup de ceux-ci on double aufli la trame, qu’on vire même un peu fortement; on les fait encore en plus belles matières que ceux d’Amiens, fouvent en fuperfin de Turcoing, 6c en plus hauts comptes, ce qui les rend d’une qualité 6c d’un grain bien fupérieurs.
- Il s’en fait à très-grofîe trame fimple, connus fous le nom de gros grains, 6c ceux-ci font pour être moirés ; d’autres plus légers, à trame plus • fine , de la groflfeur à peu près de la chaîne, qu’on deftine au gaufrage.
- Les Camelots ordinairement rayés à larges raies, 6c dont Lille fournit abondamment, fe défignent par le mot d’étroit, & varient en qualités connues fous les noms de treize , quatorze 6c fei^e tailles, comme les précédentes par les barres.
- On différé beaucoup de nos pratiques en Allemagne, dans la fabrication du Camelot-laine. On en double, on en triple, 6c quelquefois même on en quadruple la trame : il arrive toujours au moins qu’on la double, même dans les Camelots rayés 6c à carreaux, pour meubles 6c habillemens de femmes du commun, ou d’enfans; 6c aufli dans une efpece de petit Camelot, forte de crépon, qu’ils font en blanc ou en couleur unie, 6c dont ils écrafent le grain, ainft qu’au rayé, par un apprêt luifant. Il le fait une confommation prodigieufe dans toute l’Allemagne de ces Camelots rayés par échantillons très-variés en toutes fortes de couleurs, 6c elle s’étend beaucoup jufque dans la Lorraine & autres Provinces voifines.
- A l’égard de la chaîne , ordinairement double comme ici, on la triple quelquefois ; mais en général on la tord légèrement au moulin : elle acquiert aftfez de confiftance par l’encollage, qui fe fait, la chaîne ourdie, à la colle forte difïoute dans une fuftifante quantité d’eau chaude, à raifon d’une livre pour treize à quatorze livres de matière, en procédant d’ailleurs comme il eft uftté pour l’encollage des chaînes de draperie.
- Lintz, qui depuis long-temps emploie tous les moyens que les Entrepreneurs de cette fabrique impériale imaginent pour la porter au point, de perfection de celles de Saxe 6c de Gottingue, divifç fes diverfes fortes de Camelots-laine par centaine de fils en chaîne. Les plus communs ont deux mille fils fur la largeur de cinq huitièmes d’aune de France, 6c les plus fins jufqu’à trois mille. On proportionne la fineffe du fil au compte dans lequel on veut fabriquer, de forte que pour une chaîne de deux mille fils, on en prend du numéro. 20, ou ni. Lorfqu’on double le fil de la trame, on le choifit du même numéro que celui de la chaîne ; il l’on en met trois ou quatre, on le prend d’une filature plus fine : plus le jfîl eft fin, plus il eft tors.
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- D’Ê T O F F E S
- Les Camelots-laine d’Angleterre, dont la matière 6c la filature approchent beaucoup plus de celles de Saxe que des nôtres, en tiennent beaucoup plus aufli quant à la compofition. On en double, on en triple uelquefois aufîi la trame ; 6c ils n’en font ni moins ns, ni moins beaux.
- On fait en Angleterre, indépendamment de toutes les fortes de Camelots dont on a parlé Sc dont on parlera dans cet Ouvrage, beaucoup de petits Camelots de feize à dix-fept pouces de large, de matières très-communes, à chaîne double 6c retorfe, Sc à trame (impie, mais très-torfe aufli, brochés à chaînons ( on en donnera la marche ci-après ). La Laine du broché eft de filature très-ouverte, pour qu’elle s’épate Sc garniffe mieux, & de couleur toujours tranchante fur celle du fond. On en fait de même à carreaux, avec le bouquet au milieu, ou de rayés, avec les fleurs entre les raies.
- Si la trame eft teinte d’une couleur différente de celle de la chaîne, la couleur compofce qui en naîtra, aura du changeant, Sc cette maniéré de nuancer a été Sc efl encore fort à la mode. Si l’on veut avec cela, ou fans cela, que l’étoffe foit rayée en chaîne, il n’efl: queflion que d’alterner fes couleurs dans l’ourdiffage , avec une quantité de fils de fuite de la même couleur , proportionnée à la largeur qu’on a deffein de donner aux rayures. Veut on avec cela, ou fans cela, que l’étoffe foit jafpée ? il n’efl: queflion que de faire teindre différemment les fils de la chaîne avant de les doubler, polar les retordre , Sc de ce mélange il naîtra l’effet déliré.
- De la Fabrication.
- Toutes ces chofes en état, la navette garnie, l’Ouvrier aflis dans le métier, Sc bien en face de fon travail, il ne lui refle qu’à marcher , lancer la navette , clore Sc rouvrir fes pas, comme il a. été expliqué au Camelot particuliérement qui a quatre marches Sc quatre lames , pour ne faire l’office que de deux. Il faut fouler deux marches à la fois, pour faire lever deux lames en même temps. Dans l’un Sc dans l’autre cas , ce font la première Sc la troifieme, la fécondé Sc la quatrième. Il ne refle donc pas d’appui à l’Ouvrier. Il faut en conféquence qu’il foit folide-ment aflis à plat fur une planche, laquelle eftfufpendue par une corde d’un côté, Sc foutenue de l’autre par un bout arrondi fur un appui formé par les platines ou réglés inclinées, 6c une cheville qui y eft implantée àl’an-gie droit, pour l’élever 6c Fabaiffer à volonté, Sc pour lui donner la facilité, par cette tendance au jeu d’un axe tournant, de fe porter aux fltuations que l’Ouvrier a befoin de prendre dans fes divers mouve-mens. Il efl de plus foutenu contre l’oeuvre qui lui prefle le ventre, Sc cette preflion eft la plus favorable pour le foutien du corps , Sc pour la liberté des deux jambes qui doivent agir à la fois.
- Dans la plupart des autres métiers, où. la planche du fiége tournée de champ, appuie feulement l’Ouvrier, Sc le rejette en avant, comme au baracan Sc à toutes les étoffes de la petite navette, ferges de Rome, prunelles, turquoifes, Scc. ou mife à plat, mais courbée de maniéré que l’Ouvrier, aflis folide-ment dans la concavité de la planche, puiffe agir avec l’aifance Sc la force qu’exige la fabrication au Camelot baracané ; ou enfin fur quelqu’autre métier que ce foit, où Fon eft libre de marcher 6c de démarcher de l’un 6c de l’autre pied alternativement , c’eft plutôt la poitrine qui appuie fur l’oeuvre. Mais le corps ne pourroit long-temps être fou-tenu ainfi, fans en fentir bientôt de très-mauvais pffets % aufli eft-il foutenu fur l’un de fes pieds, toujours ou alternativement, fuivant fon ufage, tandis que l’autre agit feul.
- Quoique l’Ouvrier, pour ouvrir le pas, doive
- EN LAINES, i9
- fouler deux marches à la fois, il y à cependant un petit intervalle dans lequel on donne un léger mouvement de balancement alternatif, qui fe communique du bas en haut, pour détacher les liftes Sc les fils que la tenfion Sc la preflion uniffent affez pour en cafter dans ce frottement, par une divifion unique 6c trop brufque. Le pas ouvert, l’Ouvrier pouffe la chaffe d’une main, par la partie la plus proche de l’ouverture de la chaîne; Sc de l’autre il lance la navette, laquelle eft reçue par la main qui a pouffé la chaffe, 6c qui la foutient, jufqu’à ce que la navette arrive. On laiffe alors tomber la chaffe d’elle-même fur la duite ; on frappe enfuite deux coups, en faififfant alternativement la chaffe par la cape, avec la main qui vient de lancer la navette; on démarche dans l’intervalle, 6c enfin on laiffe encore retomber la chaffe. L’Ouvrier ne va pas chercher le milieu de la cape pour frapper, il la prend par l’endroit le plus à portée; mais comme il alterne à chaque duite , 6c que la chaffe eft ferme 6c contient le ros de même , le tiffu n’en eft pas moins égal.
- Pour étendre le premier fil de la trame, l’Ouvrier place en face du trou, en dedans la foffede la navette , le bout du fil de l’efpoule, Sc, par une afpiration forte 6c fubite, il l’attire en dehors, 6c l’y prolonge tout de fuite convenablement. Il faut faire ce dévidage à chaque nouvelle efpoule, d’une longueur de trame égale à la largeur de la chaîne, fi la dernière s’eft terminée à la lifiere; ou de ce qu’il en refte à courir, fi elle s’eft terminée dans l’intervalle, parce que le fil n’étant arrêté encore par rien, 6c l’ef-poule n’éprouvant aucune réfiftancer il nefe dévide-roit pas. Il faut avoir attention de placer en trame les fils bout à bout ; s’ils fe furmontent, ils font double duite dans cette partie; il y a gonflement6c inégalité de grains: s’ils nefe joignent pas, il y a encor t double duite en cette place , 6c l’étoffe au contraire y eft creufe.
- La navette eft tenue entre le pouce Sc le médius , appuyée contre Yannularis, 6c lancée par un coup de poignet, aidé de Yindexopxi preffe en même temps fur la pointe du derrière de la navette ; elle eft reçue de l’autre part, entre Y index Sc le meduis , Sc non fur la pointe de Yindex, comme font les Ouvriers mal-adroits. Indépendamment de ce qu’elle pique le bout du doigt dans ce cas-là, 6c qu’il s’y forme une callofité à la longue, c’eft qu’elle réagit contre, 6c la trame n’en eft jamais aufli bien étendue, défaut qu’il faut foigneufement éviter , fi Fon veut avoir un tifîu égal ôc net. Pour faciliter le jeu du poignet , on fait une échancrure de chaque côté aux coterets , chofe à laquelle on obvieroit fort aifément, en les plaçant plus bas, encore plus au deffous de l’oeuvre, dans la conftru&ion du métier. A l’égard des marches fucceflives 6c du temps de lancer 6c de chaffer la trame qu’on nomme ici enflure ou lanchure, il en a été fuffifammerit parlé.
- Le temple eft un infiniment brifé en forme de réglé, qu’on alonge 6c qu’on raccourcit à volonté au moyen d’une crémaillère, ou autrement, 6c qu’on fixe par un bouton. Il fert à tenir l’étoffe dans fa largeur, 6c à la foutenir dans le travail. Il eft, à fes extrémités, garni de pointes de fer, qui entrent dans les lifieres de part 6c d’autre. On le replace fréquemment en travaillant. Il eft toujours mieux de travailler près du temple ; la tenfion ferme de la chaîne 6c de l’étoffe fur la longueur les feroient rentrer fur la largeur ; 6c en templant trop éloigné du travail, cette partie ne fe maintiendroit pas actuellement dans la largeur exaCte du ros ; il fe déjetteroit fur fes extrémités; il ne pourroit pouffer la duite affez avant, 6c le travail feroit inégalement 6c malproprement fait. Il eft indifférent de templer en deffus ou en deffous du travail, lorque l’étoffe, moins large que le Camelot, laiffe la facilité d’agir pardeffous, pour y tendre , détendre 6c placer le temple, On le
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- L’ART D V FABRICANT
- tnet deffus aü Camelot, 8c toujours deffous aux pe*-lires etamines.
- Si un fil le caffe , il faut ralongef un des bouts, pour lapprocher les deux : on prend pour cela du dernier penne, li l’une & l’autre matière eft blanche, ou de lemblable couieur, 8c de même efpece 8c qualité : fi elle différé en l’une de ces chofes, on dé-vide une petite bobine de plus qu’il n’en faut, pour ourdir la chaîne , 8c on l’emploie à cet ufage.
- Le noeud n’elt plus celui du Tifferand, la Laine eft trop molle ; elle n’a pas affez de reffort pour fe prêter au paffage rapide des bouts de fils; elle n’au-roit même fouvent pas affez de force pour foutenir la fecouffe prompte qu’on a coutume de donner au fil, £our ferrer ce noeud. On joint tout uniment les deux fils l’un fur l’autre ^ 8c on les noue enfemble, par un noeud fimple 8c ordinaire : on fépare enfuite ces deux fils, 8c on les étend de longueur de part 8c d’autre du noeud, ce qui le ferre fumfamment. On coupe les bouts paffans, avec des cifeaux, le plus près du noeud.
- A-t-on du fil de poil de cheVre à raccommoder ? il faut faire un fécond noeud ; la matière qui eft élaftique 8c plus coulante que la Laine, s’échap-peroit du premier, fi l’on ne la contenoit par les mêmes bouts qu’on coupe à la Laine. On commence par faire un noeud avec les deux bouts ; on noue enfuite les deux bouts enfemble ; on ramene le premier noeud de l’autre côté du fécond, en couchant deffous les deux bouts, & il fe ferre deffus, en tirant les fils prolongés de part 8c d’autre.
- S’il fe lâche quelque fil en travaillant, ou que ceux caffés 8c raccommodés foient moins tendus , ce qui arrive fouvent, on les arrête fur l’oeuvre, avec une aiguille àgroffe tête, qu’on nomme épinglette, qu’on plante dans l’étoffe, 8c qui tient ceux-ci également tendus que les autres.
- Obfervations fur quelques différences du Camelot baracané & du Camelot ordinaire»
- Les différences dans la fabrication 8c dans l’effet du Camelot baracané, font trop marquées pour né les pas indiquer. D’abord, la chaîne de celui-ci n’eft point retorfe, quoique doublée, mais feulement virée. On prétend qüé c’eft pour que la trame, de trois fils affez communs, 8c d’un très-gros volume, ait plus de facilité à s’approcher, par les inflexions de la chaîne ; mais ce ne pourroit être qu’en en énervant lé fil, puifqu’il faut que cette chaîne foit tenue très-tendue. La vraie raifon eft que l’étoffe eft de bas prix, 8c qü’unê chaîne torfe couteroit davantage que lorfqu’elle eft Amplement virée. On trouve même au marché ce fil ainfi préparé, fans que le prix en foit augmenté d’une maniéré fenfible.
- Cette chaîne a peu de confiftance, comme l’on voit, eu égard aux fecouffes qu’elle éprouve ; on la colle pour lui en donner davantage. L’opération de coller , dont on donnera le procédé ci-après, eft commune à toutes les chaînes Amples, ou virées, ou légèrement retorfes, comme il arrive même quelquefois au Camelot ordinaire qui eft d’une filature trop tendre.
- L’inclinaifon de cette chaîne fur le métier eft à peu près égaie à celle des baracans, de vingt , vingt-deux à vingt-quatre pouces, fur une longueur horizontale d’environ trois pieds; 8c on ne lui donne point de fond, c’eft-à-dire qu’elle n’eft pas attirée en deffous par les lames,
- La Chaffe eft fufpendue comme au baracan , par la barre de travers, fans avelots. Cette barre, à toutes les chaffes, eft attachée avec des cordes qu’on ferre plus ou moins, pour élever ou abaiffer la chaffe au befoin : 8c pour derniere reflemblance enfin avec le baracan, on tiffe ce Camelot à trame mouillée» On
- le fabrique ordinairement en blanc , pour êtfeteint en piece. On en a fait autrefois à trame en quatre 8c en cinq fils virés enfemble. La trame de ceux qu’on fait aujourd’hui en beige, couleur naturelle très-rembrunie , eft feulement double.
- Les Anglois font auffi une forte de Camelot barà-cané à très-gros grains, dont la chaîne , quoique double, eft affez fine, mais dont la trame, à fil fimple, eft très-groffe, 8c d’une filature très-ouverte. La chaîne en haut compte ferre la trame de près, 8c la fait regonfler en deffus par groffes cannelures terminées en arrêtes, 8c prolongées fur la largeur de l’étoffe.
- La navette eft plus longue, plus groffe, fa poche ou foffè plus grande, parce que la trame eft volu-mineufe, 8c qu’il en faut peu pour former une groffe efpoule. Le vinaigrier, au lieu d’être pofé fur la barre de traverfe, eft fufpendu en deffous par deux crémaillères, qui donnent la facilité de le hauffer ou le baiffer à volonté ; en tenant les cordes moins tendues, la foule des marches eft plus douce, 8c le jeu en bafcule des bilbas plus facile.
- .Revenons aux Camelots ordinaires : ce qui refte à en dire , eft commun à celui dont on vient de parler»
- La piece achevée, l’Ouvrier la famene fur l’oeuvre , pli par pli, pour la vifiter , 8c la mettre en état d’être rendue au Maître. Alors il la vergette en différens fens , avec un petit balai de bouleau , pour en faire relever les bouts de fils, les noeuds , 8c autres fuperfluités caties par le roulage ; 8c avec la pince armée d’une pointe à l’autre extrémité, il arrache les noeuds, tire les doubles duites, épluche 8c nettoie la piece d’un bout à l’autre. Le Fabricant fait une fécondé vifite, plie la piece par feuillets, la roule dans l’un des bouts, 8c la porte ainfi au Marchand , foit qu’il lui livre comme marchandife de commande, foit que le Fabricant l’ayant faite pour fon compte , il la lui vende a prix défendu.
- Un petit tableau de cet objet, relativement à la fabrique d’Amiens, feroit ici d’autant moins hors d’œuvre, que les détails dans lefquels on entrera jetteront du jour fur fa fabrication, 8c en même temps fur fon commerce»
- Chaque piece de Camelot - laine confomme de vingt-cinq à trente livres de matière , dont les deux tiers environ pour la chaîne, & l’autre tiers pour la trame. Celle-ci eft d’un prix moindre que celui de la chaîne, d’un huitième ou d’un dixième. Ce prix ne peut s’affigner, tant il eft variable; mais en le fup-pofant, comme en ce moment, de 3 liv. à 4 liv.
- 10 fols la livre, la matière filée 8c prife au marché,
- 11 en réfultera une fomme d’environ 100 liv. La main d’oeuvre de toutes les opérations, depuis la filature exclufivement , jufqu’au tiffage exclufive-ment auffi, peut s’eftimer à 1 o liv. celle du tiffage à20 liv. l’Ouvrier tiffeur gagnant de 20 à fols par jour. La chaîne a communément de foixante à foixante-cinq aunes de longueur, 8c fouvent davantage ; elle perd environ trois aunes, 8c toujours plus, à mefure que l’étoffe fe graine mieux à la fabrication ; refte foixante aunes d’étoffe pour le taux commun, qui fe vend depuis 40 jufqu’à 50 fols l’aune : la piece entrera donc dans le commerce fur le pied de 120 à 150 liv, C’eft le moment où le Fabricant la livre au Marchand, celui-ci fe chargeant de tous les apprêts.
- Il paroît au premier coup d’œil, que le Fabricant ne gagne rien, ou qu’il gagne bien peu dans ce travail, qui cependant eft d’un détail confidérable ; ajoutez qu’il acheté toujours comptant les matières, 8c qu’il ne vend poùr l’ordinaire l’étoffe qu’avec des délais de paiement. Il gagne peu en effet. C’eft ici, plus que nulle part , que les bénéfices font véritablement le fruit de l’induftrie : mais la confom-
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- D’ÉTOFFES EN LAINES. H
- mation en eft confidérable, & cette foible induftrie en apparence eft d’un grand produit pour l’Etat. Le nombre des métiers battans dans ce feul article eft couramment de cinq, fix à fept cents, fuivant les temps de l’année ; & celui des pièces qu’ils pro-duifent, de huit à dix mille, année commune. La grande consommation s’en fait en Efpagne, principalement en couleurs rembrunies -, & enfuite dans toute la France , fur-tout dans les Provinces méridionales.
- On n’entrera pas dans un Semblable calcul à la fuite de chaque objet. Celubci donnera une idée de la consommation de la matière , de l’étendue «Sc du prix de la main d’oeuvre , 6c c’eft tout ce qu’on vouloit : il fera bon feulement d’ajouter pour cet effet, que les Camelots-poil Sc ceux mi-foie, dont on va parler, font des objets de quantité de plus d’un tiers chacun du précédent , ôc que le total du nombre des Métiers à Amiens, dans le feul genre de la cameloterie, eft couramment de mille à douze cents, ôc quelquefois de quinze cents.
- Du Camelot-mi-foie.
- Le Camelot-mi foie , ainfi que le Camelot-poil, fe fabrique , quant aux opérations, précisément de la meme maniéré que le Camelot-laine. A l’égard de la matière, la différence eft indiquée par leur nom. Il eft compofé en chaîne d’un fil de pays plus fin ôc mieux choifi que pour le Camelot-laine, ôc d’une foie organcinée de trente à trente-ftx deniers retors enfemble. Le nombre des deniers de la foie fe détermine par celui des brins qui fe dévident à la fois des cocons , pour en former un fil. Quoique ce nombre ne foit pas toujours égal, il eft de l’art de le rendre le plus uniforme. Plus il s’en trouve dans la compofition d’un fil, plus il eft gros, plus îl a de poids. On a dans les manufactures de dévidage ôc d’organcinage des foies , un moulin, dont un nombre déterminé de tours de cette foie en fixe le denier ou le poids. On l’organcine enfuite : c’eft une opération à part, qui confifte à doubler deux de ces fils, & à les virer légèrement.
- L’ufage étoit précédemment d’employer deux de ces foies organcinées virées enfemble ôc avec le fil de laine , mais chacun d’une quantité de deniers moindre de moitié que le précédent. Cette quantité de feize, dix-huit à vingt deniers, eft le plus bas des extrêmes de cette progreffion. On pouvoit les teindre de différentes couleurs , ce qui donnoit la facilité de mieux jafper le Camelot : mais on ne pouvoit pas autant varier le poids de cette foie ; car en le diminuant davantage, elle n’avoit plus affez de force ôc de confiftance : d’ailleurs on pouvoit être moins attentif à en raccommoder lur le champ une feule des deux , lorfqu’elle venoit à caffer, que lorfqu’il n’y en â qu’une, laquelle même, comme beaucoup plus forte, n’eft guere dans le cas de fe rompre. Les avis à ce fujet ont été longtemps partagés, & il y a eu d’amples difcuftioris fur le parti le plus avantageux. L’autorité des régle-mens avoit long-temps tranché la difficulté. La liberté a décidé en faveur du parti oppofé ; il faut croire que c’eft le meilleur. Ce n’eft pas qu’on n’emploie encore fouvent une double foie organpinée 5 mais c’eft dans les Camelots de qualités fupérieures , Ôc alors elle eft d’un titre au deffus de celui qu’on â indiqué. On en emploie même quelquefois, dans ce cas-ci, d’organcinée en trois.
- On a obfervé que la foie doit être teinte avant le doublage de la chaîne, à caufe de la différence des procédés de teinture. Lorfqu’on fe propofe d’exécuter un échantillon, il eft tout fimple qu’on ne veuille avoir de foie teinte en couleur convenable , que ce qu’il en eft néceffaire pour cela. On
- en ourdit une portée , qu’on mefùre ôc qü’on pefe * le calcul eft enfuite aifé à faire.
- Veut-on éprouver des foies, pour voir celle quî mérite la préférence ? on en double ôc ôùrdit une livre , plus ou moins ; on Voit ce que cette quantité fournit de longueur, ôc le Fabricant fe réglé là-deffus. La trame de Camelot-mi-foie eft aufti un fil de pays bien choifi $ & d’une filature très-torfe. On emploie quelquefois des Laines de Hollande filées à Turcoing, clans la fabrication de ce Camelot ; ôc la qualité de l’étoffe qui en réfulte, eft fupérieure à ce qu’on fait communément en ce genre.
- Il fe fait aufti à Berlin des Camelots-mi-foie, ôc ils y font très-beaux, fupérieurs aux nôtres, Sc par la qualité de la matière, & par fa filature , ôc enfin par la trame bien affortie, doublée ôc fortement virée. Y font-ils plus ou moins chers que chez nous ? Les primes que le Boi donne fur la culture de là foie , les gratifications qu’il accorde par pièces d’étoffes, brouillent le calcul qu’en pourraient faire ceux qui ne font pas parfaitement inftruits de ce£ détails : cependant je ne penfe pas que Berlin entre jamais en concurrence avec nous fur cet article , ni fur aucun autre objet de fabrique dont la matière première ne foit pas purement ôc naturellement de fon cru 5 car les foies de ce pays-là proviennent d’une culture forcée, dont le profit ne fera jamais qu’une chimere.
- On en pourroit dire autant de là Hollande relativement à cet objet, Ôc à plufieurs autres du même genre, non quant à la matière, puifqu’elle ne cultive que fes Laines , mais eu égard à la main d’œuvre, qui y eft fort Chete.
- Le Camelot-mi-fin de Lintz tient un peü, par fon compofé , de notre Camelot-mi-foie ; mais il lui eft très-fupérieur, non feulement par les matières i la filature Ôc l’affortiment, mais par l’addition aux brins de foie ôc de laine qui forment les fils de là chaîne , d’un troifieme fil de poil de chevre uni aux deux précédens. La trame eft en laine, comme aux nôtres ; mais ils different à cet égard, en ce qu’elle eft toujours plus fine par proportion que la chaîne. Il eft de principe chez eux que la chaîne doit couvrir entièrement la trame, «Scilsl’enrichiffent en conféquence. Nous au contraire , nous cherchons à faire furmonter Ôc piquer là trame ; ôc ori la fournit relativement à cëtte intention. Il en réfulte de leur part un grain plus fin, plus uni, Ôc une nuance plus égale ; 8c de la notre, un grain plus marqué , ôc en forme de cannelure fur la largeur; de l’étoffe.
- On a fait dés effais dans tous les gehres ; on à tenté des imitations de toutes les efpeces : mais dès qu’on veut fortir de fon cercle, on fe trouvé en défaut, ôc du côté de la matière, ôc du côté de la filature. On n’eft pas non plus affez exercé dans l’art des affortimens. Si l’on veut, ôc qu’on puiffe réunir tous ces objets, on fait àuffi bien qu’ailleurs ; mais on fort des prix communs, ôc il n’y a plus de concurrence. Le grand point eft là matière propre ; on eft découragé par ce vuidé immenfe ; ôc tant qu’on ne s’en occupera pas fpé-cialement, il faudra fâvoir fe tenir dans l’état dé médiocrité.
- Le nombre des fils en chaîne varie peu ici dans cette étoffe ; il eft toujours d’environ deux mille ; mais il eft plus confidérable ailleurs, à proportion que les matières qu’on y emploie font plus belles ôc de filature plus fine. Sa largeur eft de cinq huitièmes d’aune , ou demi-aune demhquart, là même que celle du Camelot-laine , la même aufti que celle du Camelot-poil, à l’égard duquel tous les détails fur la quantité, le poids ôc la maniéré d’ef-fayer «Sc d’employer la foie en chaîne dans le Camelot-mi-foie, font de plus abfolument communs.
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- L’ART DU FABRICANT
- Du Camelot-poil.
- Le Camelot-poil eft fans contredit la plus belle des étoffes rafes qui ne foient pas de pure foie ; 5c fupérieurement traité , il n’en eft pas d’unie qui lui jpuiffe être comparée. On varie plus dans la fabrication de cette étoffe que dans toute autre. On ne fauroit donc afligner un nombre aux fils de fa chaîne : le moindre d’ufage eft cependant de deux mille cinq cents, à deux mille fix cents, juf-qu’à trois mille , comptés pour un , comme en toute autre circonftance, tous ceux qui font retors enfemble, 5c ayant également quatre fils en dent. Le Camelot-poil ordinaire, celui qui occupe ici un grand nombre de métiers, eft compofé en chaîne d’un fil de Turcoing plus ou moins fin , fuivant le degré de beauté qu’on veut donner à l’étoffe, «5c d’une foie organcinée, l’un 5c l’autre retors enfem-ble, «Sc la trame de deux fils de poil de chevre virés enfemble. On en fait dont la chaîne eft d’un fil de laine retors avec deux fils de foie, 5c la trame de trois fils de poil virés ; d’autres à chaîne de deux fils de laine, 5c deux fils de foie, les quatre retors enfemble , <5c à trame de quatre fils de poil virés; d’autres à un fil ou deux fils de poil, avec un fil ou deux fils de foie, tramés de quatre ou cinq fils de poil ; d’autres tout foie en chaîne très-fournie , & de cinq fils de poil en trame ; d’autres enfin tout poil, chaîne 5c trame,à trois, quatre, cinq ou fix fils pour celle-ci, 5c «deux , trois , quatre à cinq pour celle-là.
- On a fait en France quelques effais de ces derniers , comme on l’a déjà obfervé : il ne s’y en fabrique plus, ni nulle part en Europe, que je fâche, fi ce n’eft à Lintz, <5c peut-être quelques-uns à Florence. La feule fabrique qu’on en con-noiffe ailleurs, eft à Angora, 5c il ne vient guere de ces Camelots en France. A Leyden, on fabrique des Camelots - poil de différentes claffes, connus fous le nom de Camelots de Hollande. Cette dénomination ne les défigne pas , car on y en fait de toutes les fortes : mais le Camelot-poil eft fait en chaîne, tantôt d’un fil fin de Turcoing retors avec un, 5c le plus fouvent avec deux fils de foie ; tantôt d’un fil de poil retors avec deux fils de foie, ou même de deux fils de poil 5c de deux fils de foie, 5c toujours tramé de trois, quatre à cinq fils de poil virés. Ce Camelot, dis-je , eft très-beau , fur-tout lorfque le poil dont il eft compofé provient de cette efpece de chevre particulière à la Province d’Angora en Natolie, dont on a parlé précédemment : mais que ce foit de l’une ou de l’autre efpece ou qualité de poil, il eft toujours fort cher ; aufli n’en vient-il en France que ce qui y eft attiré par le caprice. Le goût en ce genre peut trouver à fe fatisfaire dans les fabriques de MM. Laurent freres, 5c de plufieurs autres , tels que MM. Joiron-Maret , Henri-Martin , 5cc. qui, par un zele aftif 5c une induftrie éclairée , les ont portées à un haut degré de perfection.
- Les Camelots de Bruxelles jouiffent auiïi d’une réputation diftinguée : ils ne font compofés que de foie «Sc de poil ; il n’y entre jamais de laine , 5c l’on n’en fabrique pas au deffous de trois fils en chaîne, un de poil, 5c deux de foie: on en met fouvent quatre, dont deux de foie 5c deux de poil retors enfemble ; ils font toujours tramés de trois, quatre 5c cinq fils de poil virés. Cet objet n’eft pas confidérable, 5c ce n’eft plus par fon importance qu’il fait encore beaucoup de bruit. La manufafture de Camelots de Bruxelles pourroit être comparée, par fes effets, à celle des tapifferies des Gobelins : ce font des enfans chéris qu’on eftime plus par ce qu’ils coûtent que par ce qu’ils rendent ; mais on
- n’imitera de long-temps celle-ci , 5c il y a longtemps qu’on a imité celle-là.
- Le Camelot tout poil, façon d’Angora, qui fe fait à Lintz, dans la largeur des nôtres, eft dç trois mille à trois mille fix cents fils en chaînes, fuivant la fineffe de la matière. La chaîne du Camelot façon de Bruxelles, eft d’un fil de poil très-fin, 5c de deux beaux organcins de Piémont de 22 deniers chaque.
- On commence par retordre le fil de poil de chevre avec un fil de foie; on tord ceux-ci enfuite une fécondé fois avec le fécond fil de foie. Cette main d’œuvre répétée, femble devoir en augmenter le prix, mais elle économife deux onces de foie par chaîne. D’ailleurs le fil tors plus régulièrement, eft exempt de chevilles, qui, s’alongeant pendant la fabrication, cauferoient des défauts effentiels.
- Aux foins que prennent les Allemands dans le choix des matières, des filatures, des degrés de tors, 5c des affortimens de nuances avant 5c après la teinture , ils ajoutent encore tous les moyens propres à réparer les défauts inévitables dans une fabrication courante. S’il fe trouve une double duite par excès, ils la retirent à la pointe ; fi c’eft par défaut, ils enfilent une aiguille de la même matière, 5c ils la replacent fuivant la croifure de la chaîne, comme elle eût dû être.
- Je ne parle pas des Camelots Anglois ; on ne les fabrique ni fupérieurement à ceux que nous venons de décrire, niàunaufti bas prix que celui où nous pouvons les établir : ainfi nous ne redoutons aucunement la concurrence de leur part dans ce genre de commerce. Que n’en eft-il ainfi d’une infinité d’autres étoffes rafes qu’ils répandent dans tous les pays commerçans du monde, 5c dont ils inondent la France ! Que n’en eft-il ainfi du Camelot-laine, du baracan, de l’étamine, 5c de toutes les étoffes feches de la Saxe ! Je ne puis m'empêcher de le répéter ici, cela tient uniquement à la quantité 5c à la qualité de la Laine. Ce font les taxes de toutes efpeces fur cet objet qui propage le découragement de la culture dans toute la France, c’eft l’arbitraire dans l’impo-fition, c’eft la dureté 5c la violence de la perception qui le font tendre à fa ruine ; c’eft le genre d’admi-niftration qui ruineroit enfin le commerce 5c l’agriculture.
- §. I I.
- Du Baracan.
- En expliquant la maniéré de varier le grain dans les étoffes, «Sc d’en former la cannelure fur la longueur ou fur la largeur , on a donné plufieurs inftru&ions relatives à la fabrication du Baracan : on en va rappeler quelques-unes, pour marquer mieux la différence des procèdes 5c des mécaniques entre celle-ci 5c celle du camelot.
- On a déjà dit que les Fabricans de Baracans ache-toient une grande partie de leurs Laines en toifon , qu’ils en faifoient le choix, la deftination, 5c qu’ils en dirigoient toutes les opérations : on a dit que la matière fe teignoit avant le peignage, 5c fouvent même avant le aegrais ; que la chaîne des Baracans étoit filée plus gros 5c plus tors que la trame ; qu’elle étoit en double, 5c retorfe fortement 5c à deux fois; qu’elle étoit inclinée fur le métier de l’arriere en avant, de vingt à vingt-quatre pouces; qu’elle fuivoit la même direftion dans tout fon développement fans inclinaifon forcée par les lames attirées en bas ; que la trame plus fine, 5c de filature moins torfe, étoit lancée mouillée, que la chaffe étoit fuf-pendue fur les crémaillères, ou créneaux en gradins, par la barre de traverfe , fans renvois. On ajoutera ici, qu’on ne peigne la Laine deftinée pour la chaîne que deux fois, 5c cela par économie ; qu’on peigne celle de la trame trois fois, 5c jufqu’à quatre fois ,
- pour
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- D>È T O F F E S
- pour quelle foit d’une filature plus douce , & que les couleurs en foient mieux mélangées, effet pour la chaîne, auquel le doublage des fils concourt beaucoup ; qu’après avoir chaflé la trame par un coup à pas ouvert, pour la bien enfoncer, on la frappe enfuite fortement à deux à trois coups à pas clos ; fur quoi on obfervera qu’en aucune circonftance, quoique cela foit quelquefois d’ufage, quelquefois auffi prefcrit, il n’eft utile , & qu’il eft même toujours nuifible de frapper plufieurs coups de fuite à pas ouvert, parce que le fécond ramene en avant, par réaffion , la matière chaffée au fond par le premier. Il eft inutile, par cette raifon, de frapper très-fort ce premier coup à pas ouvert.
- On ajoutera, qu’il n’y a que deux marches aux Baracans, quoiqu’il y ait quatre lames, & que les lames lèvent 8c baiffent deux à la fois, l’une à côté de l’autre, 8c non pas par pofition alterne, comme au camelot, parce que la chaîne beaucoup moins fournie, n’étant que de mille à douze cents fils fur la même largeur que le camelot, il n’y a ni des mou-vemens inftantanés à faifir pour le détachement des lames les unes des autres, ni les rifques à courir d’un frottement auffi. confidérable. Auffi en confé-quence de ce nombre moindre de fils, n’y en a-t-il que deux en. dent ou en broche.
- On ajoutera encore, que l’Ouvrier n’ayant qu’à fouler alternativement, mais la marche étant dure, 8c par la tenfion de la chaîne 8c par fa grande incli-naifon, il faut qu’il fe tienne prefque debout dans fon métier, toujours un pied à terre, 8c foutenant le poids du corps, tandis que l’autre foule ; il n’eft d’ailleurs appuyé du derrière que par la planche du fiége, pofé ici de champ, 8c par la piece de l’œuvre, fur laquelle fléchit un peu la poitrine.
- Les liffes font fouvent en fil, foit parce qu’elles caffent plus net que celles de laine, comme on l’a déjà obfervé, foit parce qu’elles font à beaucoup meilleur marché que celles-ci, comme un eft à quatre. La navette eft de celles de la deuxieme forte, dont on fe fert dans la fabrication des ferges de Rome, des calmandes , &c. tous les autres détails d’opérations font entièrement conformes à ce quife pratique pour le camelot.
- On diftingue les Baracans en trois fortes, en fins, en demi-fins ou entre-fins, 8c en communs. Pour les uns, comme pour les autres, on choifit toujours une plus belle matière pour la trame, que pour la chaîne. Celle-ci en général eft toujours formée de laine de pays, du Soiffonnois , de la Brie, &c. plus ou moins bien choifie; 8c la trame, de laine de pays également, pour les communes, 8c de laine de Hollande pour les autres. A l’égard de cette derniere, ce n’eft pas fréquemment ae celle de première qualité, ou du moins il arrive qu’on en extrait le fu-perfin au peignage, pour être employé dans les fabriques d’un autre genre. On en fabrique bien quelquefois en laine de Hollande, chaîne 8c trame, qui font d’une grande beauté, & qu’on nomme Baracans Anglois, quoiqu’ils n’y reflemblent point du tout ; mais c’eft dans la largeur de demi-aune.
- On ne dit rien ici de ce qui eft prefcrit quant au poids des pièces, à leur longueur, qui eft de vingt-fix aunes, ce qui fait qu’on les vend à la piece, 8c qu’il en réfulte quelquefois des conteftatiôns jufques dans l’Etranger, ni à mille autres chofes auffi inutiles à citer qu’à pratiquer.
- Il y a lieu aux mêmes diftindions entre les Baracans de Saxe, ceux de Gottingue 8c les nôtres, qu’entre les camelots. Ils tiffent auffi leurs Baracans à trame double, mais d’une affez grande fineffe, pour que la cannelure de l’étoffe n’en refte pas moins nette fur fa longueur. Ils augmentent auffi la chaîne, 8c la retordent quelquefois par trois fils. En Angleterre, on fournit auffi beaucoup la chaîne des Bara-
- E N L A I N E S. it
- cans, 8c l’on y met une trame fine 8c filée très-ouj vert, ce qui marque fortement cette cannelure en chaîne qui les diftingue fi bien des nôtres. Il ne tient donc qu’à cette cannelure en chaîne fur une étoffe raie 8c un grain fec, de donner la dénomination de baracanée à une étoffe quelconque : auffi fait-on des turquoifes baracanées, des calmandes bara-canées, 8cc. Ce font des étoffes à côtes, 8c dont chaque côte eft cannelée, comme faifant partie d’un Baracan : l’intervalle eft croifé tout uniment, ou fatiné, 8cc. 8c cet intervalle peut être l’envers d’une femblable cannelure, 8c, viceverfâ, alors l’étoffe feroit fans envers.
- On peut encore baracaner une étoffe en enferrant fur le même pas plufieurs fils à la fois, beaucoup plus rapprochés entre eux qu’ils ne le font des autres : il s’en forme une cannelure en largeur, 8c c’eft ce qu’on nomme Baracan -gros-grain.
- Différence du Métier à petite navette , de celui à Camelot.
- Quoiqu’ici on appelle plus particuliérement les diverfes fortes d’étamines de cette fabrique, étoffes à petite navette , on y renferme auffi fous ce nom tout ce qui n’eft pas camelot, baracan, ou autres de ce genre. Comme tous les métiers lur lefquels on les fabrique, ont une armure femblable, mais qui diffère de celui du camelot, il eft à propos, pour n’avoir plus à y revenir, d’indiquer adueilement en quoi confifte cette différence.
- Le mouvement des marches aux lames fe communique dans le métier à camelot ( Flanche 7. Fig. S q x.) par des cordes attachées à l’extrémité des premières, correfpondantes par le derrière du métier, aux bilbacs qui, par un mouvement de bafcule , attirent les lames en-haut, 8c celles-ci, les lames voifines en-bas, par un femblable mouvement de bafcule des jutriaux. La communication du mouvement des marches aux lames , dans la conftrudion des métiers de la petite navette, ne fe fait point par le derrière du métier, mais par le côté ( Planche 6. Fig. 1, & 3. S, Q, 10.), & c’eft toujours le côté droit. Il n’y a ni jutriaux, ni bilbacs ; les marches font attachées à des contre-marches qui les traverfent en deffus à angle droit, à environ un pied d’élévation. Ces contre-marches font percées par le bout, 8c enfilées par une broche ou cheville de bois paffée horizontalement, 8c foutenue de deux tringles qu’on nomme fierons , percées 8c clouées verticalement au métier. Elles jouent ainfi du côté gauche. A l’autre extrémité font attachées des cordes qui montent jufqu’au haut du métier , 8c qui vont répondre aux bricotaux, autres bafcules femblables aux bilbacs , 8c faifant le même office, mais par côté ; ils attirent également les lames par une corde qui y eft fufpendue, 8c qui les vient attacher en fe divlfant. Voilà pour le jeu des lames en en haut : voyons maintenant pour celui des lames en en-bas.
- Au deffus des contre-marches , à peu près à la même diftance de celles-ci aux marches, font les marchettes, attachées de même avec des chevilles de bois, également paffées dans 1 es fierons. Ces marchettes répondent pardeffus.aux lames qu’elles tirent en deffous, 8c pardeffous aux marches ; de maniéré que ces dernieres foulées attirent toutes les autres en en-bas. Il eft évident que la corde correfpon-dante à une marche qui attire une lame en deffous , ne doit pas être attachée à la même lame que celle correfpondante à la même marche, qui attire une lame en deffus ; car les chofes font tellement difpofées, qu’une feule marche foulée fait toujours lever ou baiffer toutes les lames : mais elle en fait lever plus ou moins , ou baiffer plus ou moins, fuivant la complication du deflin ; d’où l’on peut
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- VA R T DU FABRICANT
- voir que le nombre des marches n’eft pas déterminé relativement à celui des lames ; mais celui des lames eft égal à celui des marchettes , à celui des contre-marches, & à celui des bricotaux, toujours tous égaux entre eux.
- Dans la fabrication des étamines, où l’on n’emploie que deux marches & quatre lames , & où l’on pourroit n’employer que deux lames, fi la chaîne Gtoit moins nombreuie , puifque c’eft un pas de toile , on pourroit abfolument monter le métier comme celui de la toile , fupprimer les contremarches & les bricotaux, ainli que les marchettes ou petites marches ; on pourroit attacher les marches tout Amplement aux liais du bas des lames, 6c pardeffus chacune à l’un des bouts d’une corde paffée dans une poulie fixée au haut du métier. Il arriveroit alors qu’une lame attirée en defious, attireroit en même temps en deffus celle qui feroit attachée à l’autre bout de la même corde ; mais le frottement feroit trop confidérable , de ces fortes de chaînes ne le fupporteroient pas.
- Les marches de ces métiers n’ont plus la longueur de celles du métier à camelot, quoiqu’elles aient le talon aufîi éloigné en arriéré ; mais elles ne fe prolongent pas pardelà les lames : c’eft toujours un levier du troifieme genre, mais dont la puiflance eft très-rapprochée de la réfiftance, qui ell la contremarche à laquelle la marche eft attachée , l’Ouvrier foulant prefque fous la contre-marche. Cette contremarche eft également un levier du troifieme genre, mais dont le lieu de la puiflance n’eft déterminé que par la pofition de la marche. Dans les métiers où il y a 10,12, i £ ou 18 marches, il peut être très-rap-proché , ou du point d’appui, ou de la réfiftance, ou à égale diftance de l’un & de l’autre. A l’égard des marchettes ou petites marches, ce font tantôt des leviers du fécond genre, tantôt des leviers du troifieme genre. Cela dépend du point par où elles font attirées en en-bas, qui eft celui de la puif-fance, les lames y correfpondant toujours par le milieu. Si les marches font à la droite de l’Ouvrier, les marchettes font des leviers du fécond genre : la réfiftance eft entre la puiflance 6c le point d’appui. Si elles font à gauche , la puiflance eft entre deux ; c’eft un levier du troifieme genre. Lorfqu’il y a une marche au milieu, elle eft attachée à la mar-chette, & celle-ci à la lame ; de façon que la puif-fance eft directement oppofée à la réfiftance, 6c alors le point d’appui eft nul.
- Les bricotaux font toujours comme les bilbacs, des leviers du premier genre : ils jouent féparés par de petites viroles, fur une cheville qui traverfe un cadre ou chaflis pofé lui-même fur les traverfes du haut du métier , 6c mobile, pour haufler, avancer ou reculer les lames.
- C’eft dans l’affemblage de toutes les pièces pour le jeu de ces lames, que l’Ouvrier eft le plus dans le cas d’exercer fa iagacité , 6c de montrer de l’adrefle. Il faut bien que le plan fupérieur que forme la fuite des lames fuive toujours l’inclinaifon de la chaîne, l’état de repos fuppofé ; mais elles la doivent toutes varier dans le mouvement d’une ligne ou deux , 6c cette, variation doit fe renouveler 6c fe conferver toutes les fois qu’on change le pas , 6c aufli long-temps qu’il refte ouvert ; autrement les lames fe détachant par mafles, pour haufler 6c baiffer les fils trop ferrés dans les liffes, où ils feroient contraints de relier à la fois fur un même plan , s’accrocheroient par les noeuds. Le poil ou le moindre duvet, 6c l’effort de féparation dans l’ouverture du tiflfu , les briferoit fréquemment : ils éprouveroient les mêmes frottemens, avec plus de dureté encore, de la part du ros, entre chaque broche duquel il pafle fouvent quatre fils , comme dans la chaîne du camelot ; cinq, comme dans celle
- de la calmande ; fix, comme dans celle de la prunelle , &c. tous forcés , fans les précautions indiquées , de garder la pofition horizontale ; mais fe dégageant les uns au deffus, les autres par ces mêmes précautions, qui confiftent à tendre plus ou moins les cordes qui font correfpondre les marches aux contre-marches.
- Qu’on faflfe bien attention qu’il n’eft queftion que de celles-ci , les cordes qui communiquent des contre-marches aux bricotaux devant toujours être égales, parce que les lames ne doivent avoir d’abord que l’inclinaifon de la chaîne ; 6c celles qui communiquent des marches aux marchettes, 6c des marchettes aux lames, devant toujours être également tendues, parce que cette différence de hauteur doit fe trouver principalement dans la partie des fils de la chaîne, qui font en deffus lors de l’ouverture du pas, 6c être prefque infenfible dans la partie qui eft en deflbus, pour que la navette ne s’accroche à aucun de ces fils.
- L’art conftfte donc à donner à chacune des cordes le degré de tenfion convenable, pour que la gradation des hauteurs refpeftives des lames fe forme 6c fe maintienne à chaque fois qu’on foule une des marches ; 6c ceci, pour rendre l'effet des deux mou-vemens alternatifs qu’on donne à la chaîne du camelot, dont chaque pas s’ouvre par la preflion de deux marches, qu’on tient toujours l’une d’un pied un peu plus ferme que l’autre.
- Cette opération fe nomme le jumellage. S’il n’eft pas régulièrement fait, 6c que des fils de la partie du deffus de la chaîne bâillent ou pendent dans le tiffu, la navette les furmonte, 6c la trame fait fauffe duite. Quand il n’y a que quelques fils unis enfemble, ou arrêtés par un nœud, & que la navette paffe pardeffus ou pardeffous, la duite forme annelée , c’eft-à-dire que, reliant lâche dans le tiffu , lorfque le ros la ferre contre le travail, elle y forme un anneau ; 6c les fils de la chaîne qui ne le trouvent point liés par celui de la trame, forment un pont. Ces défauts font confidérables. L’Ouvrier doit à l’inftant mettre ordre aux fils de la chaîne , rouvrir le même pas, en retirer la duite, 6c y en lancer une nouvelle.
- Il refte maintenant à expliquer l’ufage varié Sc multiplié de toutes ces pièces, la raifon d’un plus ou moins grand nombre de lames, 6c de toutes les parties correfpondantes de l’armure , la maniéré de paffer ou rentrer les fils d’une chaîne , d’attacher les cordes aux lames, de marcher enfin pour la formation de toutes les fortes de croifures, 8c de tous les deflïns dont l’exécution eft poflible au moyen des marches. Mais ces chofes tiennent au genre d’étoffes comprifes dans les divifions de la fécondé claffe ; 6c l’on y renvoie pour cet objet.
- J’ajouterai feulement, qu’il y a un terme propre pour exprimer toutes les opérations qu’on a déjà expliquées, 6c celles qu’on expliquera dans la fuite, par lefquelles un Ouvrier fe met dans le cas de fabriquer l’étoffe défirée, après qu’on lui a livré le métier , la chaîne 6c tous les uftenfiles de fabrication. Ce terme eft ambrevage ; ainfi ambrever un métier, c’eft rapprocher toutes les parties de fon armure , 6c leur donner les difpofitions convenables pour opérer.
- On a placé ici les variations du métier , parce qu’elles font d’ufage , fans être abfolument né-ceffaires au métier fervant à la fabrication des étamines.
- §. III.
- Des Étamines.
- L’étoffe de ce nom fe divife en plufieurs fortes, 6c chaque forte en divers genres. Les principales
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- D’ÉTOFFES
- fortes font : i°. les Etamines unies, en laine &foie, telles qu’elles fe fabriquent à Amiens, en Saxe , à Bruxelles & ailleurs : 2°. les Etamines de pure laine, en blanc , teintes , rayées & à carreaux, les voiles, Stc. qui fe fabriquent principalement à Reims : 30. les Etamines , dites du Mans, qui fe fabriquent en effet dans la ville de ce nom.
- Les premières fe divifent : 1 °. en Etamines unies, fines demi-fines ou communes : i°. en viré-fines, St demi-fines : 3 °, en façon de crépon d'Alençon deux foies, trois foies, quatre foies : 40. en façon de crépon d'Angleterre , autrement dites cafiignettes : y°. en Etamines glacées, &C.
- On peut varier ces étoffes à l’infini ; on les a beaucoup plus variées encore qu’on ne les varie aujourd’hui ; mais on les varie encore plus que je ne l’indique ici. Il fuffit néanmoins de décrire la fabrication des efpeces les plus répandues dans le commerce , St dont toutes les autres fe peuvent déduire ( 1 ).
- De tÉtamine unie.
- L’Etamine unie fine fe compofe en chaîne d’un fil de laine de bouchon , ou filé à Turcoing , ou enfin des plus belles laines de pays, doublé St retors avec une foie de Piémont écrue, organcinée de trente à trenre-deux deniers , le tout teint en écheveau, après être retors, & en trame, avec un fil de belle laine de pays, peignée , teinte St repeignée avant la filature.
- Les Etamines demi-fines St les communes fe font dans les mêmes principes, mais avec des matières afforties St convenables à leur dénomination : celles de ce genre, rayées en chaîne, le lont d’une foie organcinée à trois bouts retors enfemble, du titre de quarante-huit à cinquante deniers , teinte de couleur différente de celle du corps de la chaîne. Celles à carreaux fe trament avec des foies fem-blables à celles de la chaîne , les trois foies feulement virées. On pourrait les rayer en chaîne ou en trame avec des laines teintes de différentes couleurs, ou avec du coton. Ces fortes d’étoffes font fufcep-tibles d’une très-grande variété ; on les broche même à petites fleurs faites à la marche , foitparla chaîne, foit par la trame , fur un fond uni, entre des rayures ou des carreaux : St ce broché flottant à l’envers, Sc dont la marche fera expliquée en fon lieu , peut être de foie, de laine, ou de coton , d’une feule ou de plufieurs couleurs , mais toujours différentes de celle du fond.
- On aura feulement attention que la matière ainfî employée à former un deffin quelconque, foit peu torfe à la filature , qu’elle foit doublée, légèrement virée, pour qu’elle garniffe davantage, St que le deffin foit mieux marqué, St la figure plus faiÛante.
- De l'Êtamlne virée.
- VEtamine virée différé del’Etamine fine, en ce que le fil eft teint d’abord, St enfuite doublé St retors avec une foie de trente-fix deniers aulfi teinte,mais toujours de couleur différente de celle de la laine. La trame eft la même à l’une & à l’autre. A VEtamine virée demi-fine, on teint les matières pour la trame après la filature , St elles font plus communes , foit pour la chaîne , foit pour la trame. L’Etamine virée veut un peu plus de grain que l’Etamine unie. Il faut donner un peu plus de fond à la chaîne, en tendant davantage les cordes qui font
- EN LAINES. 35
- correfpondre les marches aux marchettes , qu’on appelle les grandes cordes , par comparaifon à celles qui correfpondent aux contre-marches placées plus près des marches, qui font plus courtes, St qu’on nomme en conféquence les petites cordes. Cette Etamine n’eft fufceptible d’aucun mélange, parce que fon mérite confifte à être piquée ou jafpée par la foie teinte différemment de la laine ; aulfi fe font-elles toujours en uni.
- Du Crépon, façon d'Alençon.
- Le Crépon, façon d'Alençon, eft formé en chaîne d’un fil de Turcoing dans les premières qualités , St d’un fil de pays dans celles au deffous, toujours de filature très-torfe, St enfuite viré avec deux , trois , St jufqu’à quatre foies, d’où il a tiré fes di-verfes dénominations , St qui en fixent les variétés. La trame eft d’un fil de laine de pays teint, plus ou moins fin , à peu près comme la chaîne , mais moins tors. La foie de la chaîne eft ordinairement du cru du Languedoc, St connue dans le commerce fous le nom de poil d'Alais Eile eft toujours teinte de couleur différente de celle de la laine ; St non feulement elle jafpe , mais elle glace en proportion de fa quantité. Comme cette foie eft peu torfe dans le principe, St qu’elle eft ici virée feulement avec le fil de laine , elle reffort St tranche fur le fond, d’où elle brille avec plus d’éclat. La trame eft toujours teinte de la couleur du fil de laine de la chaîne ; on travaille cette étoffe comme la précédente, &,par la mêmeraifon, toujours en uni.
- Du Façon-de-*Crépon d'Angleterre , dite Caftignette,
- L’étamine fous le nom de Crépon d'Angleterre, ne différé en rien par la chaîne du Crépon d’Alençon-quatre-foies , mais la trame eft de pure foie, en deux fils retors enfemble, toujours également teinte de la couleur du fil de laine, le plus fouvent en brun , mais tranchant toujours beaucoup avec celle des foies de la chaîne : on l’achette ainfi teinte, doublée St torfe , prête à être employée. On la défigne fous le nom de trame , St cela fuffit pour la diftinguer dans le commerce St dans la fabrique : elle fe tire de la Provence ou du Languedoc.
- De VÊtamine glacée.
- L’Etamine glacée eft à chaîne toute de foie , de deux fils organcinés d’environ trente deniers , fai-fant quatre brins , teints St retors enfemble. On ne les faifoit pas retordre autrefois : elles étôient moins cheres, St elles avoient plus de brillant ; mais les Ouvriers font devenus plus difficiles fur ce travail fort tendre : on ne les déterminera pas facilement à s’y remettre. La trame eft un fil de bouchon teint en laine peignée St filée après.
- Il eft ordonné par les Réglemens, de n’employer dans la fabrique des Etamines fines, glacées, &c. , que des laines de bouchon venant d’Angleterre ; St l’on a long-temps & violemment févi contre les contrevenans. Je n’infifte pas fur le ridicule de prefi* crire une matière étrangère , mais une matière prohibée à la fortie : c’étoit forcer les Fabricans, St ne leur laiffer que l’alternative des rifques d’être punis St ruinés par FAdminiftration d’Angleterre, ou par celle de France. Mais ces mêmes Réglemens défendent bien à tous Fabricans de travailler ou faire
- (0 On ne répétera aucun des détails de procédés communs aux objets qu’on a traités. SH’on ne lit cet Ouvrage que par parties , on s’expofera à le lire fans fruit. Quoiqu’il y ait encore beaucoup
- de répétitions dont j’ai moi-même fenti le dégoût, il faut cependant le lire de fuite : il faut du moins lire ce qui précédé pour entendre ce qui fuit.
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- 6 VA RT DU. FABRICANT
- ravailler à la lumière, 6c cela dans un pays où il y .
- a feize heures de nuit en hiver ( i ). De VEtamine de Reims.
- Toutes ces fortes d’Etamines dans lefquelles on
- varie encore beaucoup le nombre 6c la qualité des On fait à Reims des Etamines de diverfes fortes; on
- foies, fe fabriquent dans la largeur de demi-aune , les varie beaucoup, foit par le choix des matières , & fur la longueur d’environ foixante aunes par la filature, le nombre de fils en chaîne, le tifiage piece , à la réferve de celles dites d’Alençon , qui plus ou moins ferré, foit en couleur 8c en rayures 5 ne fe font que de quarante aunes. Le nombre des mais elles fe font toutes fur le même principe : de fils en chaîne eft , pour les ordinaires, de neuf à Laines de la Champagne , de la Brie , du Berry ? douze cents, 8c dans les plus fines , de douze à de la Bourgogne , de l’Auxois , ou autres fem-quinze cents. Elles s’employent principalement en blables; toujours peignées , filées très-tors au fu-habillemens de femmes, de quelquefois aulfi en habits feau en grande partie pour la chaîne , 8c plus mou, d’hommes. La confommation s’en fait dans l’inté- plus ouvert : au petit rouet pour la trame fur vingt-rieur du Royaume ; elle étoit autrefois confidérable quatre pouces de large, pour revenir à une demi-au dehors, 8c fur-tout dans nos Provinces réputées aune après les apprêts.
- étrangères ; mais la Saxe, Bruxelles 8c l’Angleterre Le voile n’eft qu’une Etamine fine. Les plus belles travaillent en concurrence avec nous ; ils n’ont pas, Laines peignées y font les plus convenables : celles comme nous, les entraves de palfe-avant, d’acquit fur-tout d’Angleterre , de Hollande , de Flandres à prendre, à faire vifer, décharger & rapporter, s’y emploieroient avec beaucoup de fuccès. Ce font de route à fuivre , fans pouvoir s’en écarter , ou ordinairement des Laines de la Champagne dont de droits à payer à la fortie : 8c nous n’en exportons on compofe cette étoffe : les plus longues , les plus prefque plus. fufceptibles d’un beau peignage , dont on tire le
- On fait encore ici une forte d’Etamine, qu’on fil le plus fin, le plus uni, le plus ferme , le plus nomme Amplement Crépon, de pure Laine de pays, propre à produire une belle étoffe , ferrée, rafe 8c à quelques fils de lin près, femés çà 8c là dans la feene.
- chaîne par rayures 6c échantillon quelconque. Ce Les burats 6c les buratés ne varient pas moins fil de lin, toujours employé blanc, eft connu fous dans leurs efpeces 8c qualités fous ces dénomi-le nom de fil âéEpinay. Le crépon fe fabrique en nations génériques, que les étoffes précédentes fous blanc , à fil Ample, chaîne 8c trame , celui de la les leurs. Ils fe fabriquent fur la même largeur , avec
- des matières femblables , plus ou moins torfes, fui» vaut la douceur ou le grain, le ras 8c l’uni qu’on veut leur donner.
- Toutes ces étoffes du genre des étoffes rafes 8c unies, font à fils fimples, fou vent retors au moulin : la chaîne en eft légèrement collée à la colle de Flandres, 8c parée enfuite avec un parement fait au petit lait ; la trame mouillée , 6c même légèrement gommée.
- A l’égard des flanelles unies 8c croifées , façon d’Angleterre, elles fe font, quant à la chaîne, en Laines femblables à celles employées dans les étoffes
- chaîne très-tors à la filature, ou retors au moulin.
- On teint enfuite cette étoffe ; mais le fil de lin ne prend pas la teinture applicable fur la Laine , il refte blanc, ou très-légérement teint, 6c c’eft ce qui la raye fur la longueur. Elle a de la fermeté, à caufe du tors du fil de la chaîne ; mais comme elle fe fabrique toujours en très-bas compte, elle ne fert guere qu’en doublure.
- De VÉtamine du Mans»
- L’Etamine du Mans fe fabrique en Laine de pays bien choifie 6c foigneufement traitée, comme on l’a indiqué en diverfes circonftances, toujours en gras précédentes, 6c à trame de Laine de’Ségovie cardée 6c en blanc, pour être dégraiffée 6c teinte en piece. à l’huile 6c filée au grand rouet : on dégraiffe cette Elle n’a que le nom de commun, fans aucun rap- Laine au favon noir après la filature, 6c on la fait port avec celles de Reims 6c celles d’Amiens, qui n’en fécher avant de l’employer.
- ont auffi aucun entre elles. Cette étoffe rentre tou- La largeur des flanelles eft de fept huitièmes pour jours un peu aux apprêts, quoiqu’on ufe d’une trois quarts ; 6c la longueur de cinquaiîte-cinq à méthode qu’on penfe la plus propre à dégraiffer cinquante-fix aunes , pour cinquante-deux à cin-fans fouler, 6c fa derniere largeur eft d’environ demi- quante-trois.
- aune. Les métiers de Reims font montés comme ceux
- Les fils de la chaîne font d’une filature très-torfe, des toiliers, à poulies pour le jeu des lames, fans 6c non retors ; ils font cependant toujours em- marchettes ni contre-marches. Ils font de la longueur ployés en fimple, ainfi que ceux de la trame. Le de ceux d’Amiens, mais ils ont moins d’inclinaifon, nombre de ces fils, qui varie depuis quinze à dix-huit
- ou dix-neuf cents, eft déterminé par leur fineffe, la §. IV.
- largeur étant toujours la même.
- On paffe la chaîne dans un bouillon de tripes De la Tamife.
- pour l’encollage , 6c on la pare à la colle de rognures de peaux. On a "déjà obfervé dans les diverfes diftinftions
- A l’égard de la difpofition du métier , elle eft la qu’on a données, que la Tamife n’eft qu’une toile même que celle du métier de baracan : deux mar- en laine. On a fait remarquer que les fils dont elle
- eft compofée, doivent être le plus égaux en filature ,
- ches 6c quatre lames ; grande inclinaifon du métier 6c de la chaîne ; même longueur , ros femblable ; également deux fils en broche ; trame mouillée, fortement tiffée ; liftes de fils à deux mailles, 8c un anneau dans le milieu.
- chaîne 6c trame, d’une filature très-torfe l’une 6c l’autre ; la trame un peu moins cependant que la chaîne , afin qu’elle entre mieux ; allez enfin, pour que les petits quarrés du tiffus foient parfaits , ou
- L’Etamine du Mans eft d’un excellent ufage. que dans un plus grand, il entre un nombre égal Après le choix des matières le mieux fait, elle exige de duites 6c de fils de chaîne , 6c que ces fils foient fur-tout une très-belle filature , telle qu’il faut dé- toujours employés en fimple. fefpérer de l’étendre en France , en matière de II ne faut pas de grain à la Tamife, puifqu’elle pays , tant qu’on s’opiniâtrera à la faire au fec. eft deftinée à recevoir un apprêt luifant. Mais lorf-
- (1) Sratuts 8c Reglemens arrretés au Confeil pour les Sayteurs, Art. y y 3. « Il eft défendu auxdits Maîtres de travailler ou faire Hautelilfeurs, Houpiers , Foulons , 8c autres Ouvriers faifant 33 travailler à la chandelle au foir & au matin, d’avoir proche de partie de la Manufacture d Amiens, du 13 Août \6(>C.à leurs étilles aucunes lampes ou craffes, ni, Scc.8cc. &c. «.
- que
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- B> Ë T O F F E S
- que îa filature n’eft pas bien torfe, l’humidité s7y introduit plus aifément. Alors, quelque ferme que foit le cati de la preffe, il fe perd infenfiblement, l’étoffe devient molle, & le luftre difparoît. Si la chaîne eft double , elle devient plus dure aux apprêts que la trame ; elle réfifte davantage au cati, & elle tend également à fe détordre : mais en employant ties chaînes de fils Amples, il les faut plus tors que ceux qu’on defiine à doubler , plus tors même qu’il n’eft poflible de le faire à la filature; ainfi le moulin à retordre devient indifpénfable, foit pour la chaîne, foit pour la trame des Tamifes: 8c les buhots doivent être placés , & le moulin à retordre tourné en fens contraire, comme on l’a obfervé. Il faut en outre coller légèrement les fils de la chaîne, en écheveaux, avant de l’ourdir , 8c ceux delà trame qui en doivent refier encore mouillés lorfqu’on les emploie. C’eft ainfi qu’en ufe le fieür Chabail, le feul de nos Fabricans qui ait encore parfaitement réufii' à imiter les Tamifes Angloifes , d’après les principes que lui a donnés le fleur Price, à qui nous devons les apiprêts Anglois, 8c beaucoup d’autres excellentes notions de fabrique qu’il a rapportées de fon pays. On placera le procédé du collage à la fin de cette fection.
- Il feroit à délirer qu’on filât en gras pour cet triage ; non feulement la filature en feroit plus belle, comme on l’a vu précédemment, mais elle réfifte-xoit davantage au travail ; on dégrailferoit l’étoffe enfuite. C’en ainfi qu’operent les Anglois : ils trouvent le moyen d’employer par-là , avec beaucoup de fuccès, 8c des fils d’une grande fineffe, & des fils très-communs, qui fouvent ne réfifient pas davantage, quand la matière eft feche, courte ou filée peu tors. Mais le moyen qu’on ait tenté cette pratique , qu’on ait fait des effais, qu’on ait exercé Ton induftrie en ce genre ! NosRégiemens profcrivent la filature en gras , & l’on a pourfuivi l’exécution de ces Réglemens avec auffi peu d’intelligence 8c autant de dureté à cet égard qu’à mille autres.
- Si la Tamife n’eft qu’une toile , il convient que la difpofition du métier foit la même qu’à celui de la toile. La matière n’y fait actuellement rien ; toute inclinaifon de la chaîne eft donc inutile, & la plus grande liberté dans le jeu des liffes eft néceffaire. On y emploie deux ou quatre lames, Ce qui dépend de la grolfeur ou de la fineffe des fils de la chaîne, 8c par conféquent de leur nombre. On s’en fert de quatre ordinairement ; elles lèvent 8c baiffent par pofition alterne , comme au camelot, ou l’une à côté de l’autre, comme au baracan : l’effet eff le même, le paffage des fils y étant relatif. On peut ne mettre que deux marches, & fouler alternativement , ou en mettre quatre, en en foulant deux à la fois; tout cela efl: affez indifférent : cependant plus la chaîne eft fournie de fils , plus il convient de porter à quatre le nombre des lames, plutôt encore que celui des marches.
- La difficulté de travailler nos fils en fimple, les a fait doubler d’abord dans la Tamife, comme dans les autres étoffes : on en vient d’indiquer les effets. Quelques-uns ont doublé en chaîne le fil delà Laine avec un fil de foie, qui ne paroiflbit point d’abord, mais feulement pour donner de la confiftance à la chaîne. Cette foie ne prend point la teinture comme la Laine ; mais elle pique encore plus l’étoffe par la différente impreffion de l’apprêt fur l’une 8c l’autre matière , que par une nuance qui n’eft pas uniforme.
- On fabrique ordinairement , 8c il convient de fabriquer toujours la Tamife en blanc : j’en déduirai les raifons , en traitant des apprêts auxquels elles font entièrement relatives. On fabrique cette étoffe fupérieurement en Angleterre. La matière longue 8c liffe fe prête à une belle filature , 8c elle a une grande difpofition au luftrage. Sa largeur ordinaire
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- eft de vingt-fept pouces , mefure de Frâncë ; le nombre des fils de la chaîne eft de treize à quatorze cents ; la matière prefque égale en chaîne 8c en trame , très-peu plus fine pour la derniere. La chaîne doit pefer de dix à dix liv. 3c demie pour quarante-fix aunes d’étoffe , qu’on met en deux coupes , pour avoir des longueurs Conformes à celles des Tamifes Angloifes. Il entre de flept , fept 8c demi à huit livres de trame dans cette longueur de quarante-fix aunes. Dans les Tamifes fuperfines , on porte le nombre des fils au pouce jufqu’à foixante , ce qui fait leize cent quatre-vingts fils dans cette largeur.
- Le duroi eft plus forcé en compte que la Tamife * puifqu’on y met de mille à onze cents fils fur une largeur de dix-huit polices 8c demi : il eft aufîi plus tiffé. On fuit d’ailleurs fur la matière , dans toutes les opérations, le même traitement qUe peur la Tamife, On en fait aujourd’hui de très-beaux à Amiens, 8c c’eft encore le fleur Chabail, d’après les confeiîs du fieur Price , qui réuflit le mieux dans cette étoffe, beaucoup demandée d’Efpagne, &que fourniffoit l’Angleterre en très-grande quantité avànt la guerre.
- La fabrication de la Tamife, Celle du duroi 8c de bien d’autres étoffes , ont long-temps mis à la torture l’efprit de nos Fabricans. Les apprêts nous manquoient ; nous les avons actuellement auffi par** faits que ceux des Anglois : nous avons pouffé auflt loin qu’eux l’induftrie en ce genre ; 8c quoique leur filature ën gras, encore inufitée chez nous, leur donne beaucoup de facilité 8c de grands avantages, on peut s’en rapporter à l’efprit aétif 8c curieux de nos Fabricans , à leur efprit de recherches, 8c fur-tout d’imitation ; ils les balanceront, du moins en tout ce qui dépend de l’exercice libre des unes 8c des autres facultés : mais en ce qui concerne la matière fur laquelle ils les peuvent exercer, il dépend du Gouvernement, 8c de lui feul, de nous placée au niveau des Anglois.
- On fait des Tamifes en Saxe 8c à Berlin, à l’imitation de celles d’Angleterre ; car ce nom eft Anglois, 8c il eft le même par-tout : elles y font de la plus grande fineffe, en Saxe fur-tout ; mais l’apprêt n’en, eft pas porté à fa perfection.
- Reims fabrique une forte de petite étamine, à fils très-tors, qui, rnife plus en compte 8c mieux tiffée , peut paffer pour une Tamife. Cette étoffe fe luftre très-bien, 8c fa beauté d’ailleurs dépend de la fineffe de la matière 8c de la filature.
- On encolle les chaînes de fils gras , ainfi que les autres. On les pare auffi, foit avec de la colle à la farine , qu’on nomme parement, foit avec une léger© diffolution de colle de peau, un peu chaude, pout qu’elle foit plus liquide.
- Du Collage.
- La colle fe fait avec des rognures ou des raclures de peau de toutes les fortes, des mufcles, des cartilages , &c. enfin de toutes les parties animales fibreufes, gélatineufes , qui, fouples à l’humidité * 8c diffolubles par la chaleur, reprennent du corps , fe durciffent & deviennent tenaces lorfqu’elles font privées de cette humidité. Il n’eft donc queftion que de faire bouillir ces matières dans l’eau pure * jufqu’à ce qu’elles y foient entièrement fondues t on les lave avant cette cuiffon à l’eâu chaude, 8ù l’on en coule le bain après la diffolution , pout en diftraire les parties charnues 8c indiffolubles, 8c que la colle refroidie foit en gelée nette 8c tranf-parente.
- Appliquée fur une matière quelconque, elle lui procure les qualités, en raifon de la quantité qu’on y en met ; ainfi, lorfqu’on veut un encollage plus fort ? on étend une plus forte dofe de cette colle,
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- •j 8 VA RT DU F
- dans une quantité d’eau donnée. S’il y en avoit trop , devenue feche , elle feroit dure 8c caffante,
- & elle rendroit telle la matière à laquelle on l'uni-roit. Les fils d’une chaîne qui en feroit enduite à ce degré, fe briferoient à chaque inllant, & ne fou-tiendroient aucun travail. 11 vaudroit beaucoup mieux pécher par déraut que par excès ; il relleroit la refiource de parer , & il n en elt aucune contre un encollage trop fort. On a foin que le bain foit tres-chaud , pour qu’il foit plus fluide, & qu’il pénétré mieux dans les pores de la matière. On y comprime les chaînes avec une batte pelante par le bout.
- Quand on a beaucoup d’encollage à faire , on fe fert du bain immédiatement après qu’il elt coulé. Quand on a peu de cette matière à employer, pour une , deux ou trois chaînes feulement , on fait rediflbudre de la colle dans l’eau, 8c on fe fert de cette nouvelle diflolution au degré de chaleur indiqué.
- Alors, on arrange une ou plufieurs chaînes à la fois au fond d’un baquet ; on y verfe deflus le bain de colle ; on les y comprime ; on les lijje, & on les tord, pour qu’elles s’imbibent également ; on les fecoue bien, pour que les fils fe détachent, & on les étend ainfi à l’air, pour qu’elles fechent. On fent bien que le degré de chaleur du bain n’influe en rien fur la confiftance de la chaîne , mais bien la quantité de colle qui y refte, lorfque fon humidité efl évaporée. S’il étoit queftion de matière teinte , il faudroit proportionner le degré de chaleur à la ténacité de la couleur ; il faudroit qu’elle ne fût que tiede pour des couleurs peu folides , 8c ainfi de fuite, jufqu’à la chaleur employée pour les chaînes en blanc.
- Il elt toujours mieux de fécher l’encollage au grand air, la chaîne bien tendue , & foutenue de diltance en diftance : elle fe feche plus également. Lorfque le temps n’y efl; pas favorable, on a des fécheries couvertes , 8c l’on y met des poêles au befoin, ayant attention que la chaleur foit modérée, pour que l’humidité s’évapore infenfiblement, & que le fléchage, fait par degré , n’ôte rien de leur foupleffe aux fils de la chaîne.
- On colle aufli des fils en écheveaux , lorfqu’ils font d’une filature trop molle ; ceux principalement venant de l’Artois y font très-fujets, & ils font alunés, à deffein de leur procurer une apparence de fermeté 8c de force , que leur auroit réellement ,don-née plus de tors à la filature, fi l’on n’eüt voulu gagner fur le temps néceffaire à porter cette main a’oeuvre à fa perfedion.
- Cet encollage fe fait dans une légère eau de colle , qui n’eft autre que le bouillon que vendent les Tripiers, où ils ont fait cuire des pieds de veau , des oreilles, Sc autres parties fembîables , étendu encore dans une plus grande quantité d’eau. On trempe les écheveaux dans ce bain ; on les tord ; on les fecoue ; on les étend peur les faire fécher ; après quoi on les double , pour les retordre au moulin. C’efl de cette maniéré que fe fait au Mans l’encollage des chaînes pour les étamines.
- Parer une chaîne , c’eft enduire l’efpace des fils déroulés de deflus l’enfouple jufqu’aux lames, d’une colle quelconque. On le fait, en trempant des brofles de crin dans la colle , & les paflant l’une deflus, 8c l’autre defîous la chaîne, vis-à-vis, ou l’une fur l’autre, de maniéré qu’on en vergette les fils dans toute cette étendue. On en ufe ainfi, lorfque cette efpece d'encollage efl: fait avec le parement. Quand on le fait à la colle de peau, plus liquide
- A B R I CA N T
- que le parement on y trempe un vieux penne ou autre matière femblable , 8c on le pafle 8c repafle fur cette partie développée de la chaîne. Comme on tifie incontinent après avoir paré , 8c que l’humidité des fils les expoleroit à fe diftendre 8c à rompre même au travail, on les feche , en paflant 8c repaflant deflous un réchaud de feu.
- Il efl; des endroits, comme à Rheims, où l’on fait difloudre la colle à cet ufage dans du petit lait (i). On n’a aucune obfervation à faire fur cette préférence. Quand il arriveroit qu’elle procureroit à la matière un peu plus de douceur , l’objet efl: de donner un peu plus de confiflance à la chaîne pour l’inflant du travail , pafle lequel il la faut purger de tous ces ingrédiens, quels qu’ils foient. A l’égard de fa variation des effets de la colle, 8c des influences mêmes de l’intempérie de l’air fur elle , les Ouvriers paroiffent y avoir peu d’égards : ils l’emploient fans aucune confidération du chaud ou du froid, du fec ou de l’humide.
- SECONDE CLASSE.
- §. I.
- De la Serge d'Aumale, de Blicourt, &c.
- C e s deux premières efpeces d’étoffes rentrent dans la même, quant à la fabrication ; elles ne different que par la largeur. Aumale a demi-aune , un huitième 8c trois pouces, pour revenir à demi-aune un huitième après les apprêts ; 8c le Blicourt a demi-aune un douzième, pour revenir à demi - aune. Elles different encore* par le choix des matières, toujours plus fines 8c mieux afforties dans le Blicourt que dans l’Aumale, à l’égard de laquelle on ré-ferve , pour les plus communes, les Laines les plus grofiieres.
- L’objet de travail 8c de commerce de ces deux articles, efl confidérable au midi de l’Amienois, dans tout leVimeu, 8c principalement dans les environs de Grandviiliers, d’Hardivilliers, de Crevecoeur, en fe rapprochant de Beauvais, 8c confidérablement encore en tirant du côté d’Aumale, de Poix, 8c versOifemont. Les premiers pay s dont on vient de parler, s’adonnent plus particuliérement à la fabrication du Blicourt, 8c les autres à celle de l’Aumale, quoiqu’on faffe l’un 8c l’autre dans ces différens endroits. On y fait aufli des Serges de Rome, des Serges de Minorque, des Turquoifes, 8c autres petites étoffes de ce genre , qu’on travaille bien fupérieurement à Abbeville, 8c dont on fait beaucoup aufli à Amiens : mais je ferai mention de chacune de ces étoffes , après avoir traité de la Serge d’Aumale 8c de celle de Blicourt.
- Les Laines de la Province ou des Provinces vol-fines , font les feules qui fervent à alimenter ces fortes de fabriques, à moins que le hafard n’ouvre quelque branche de commerce de cette matière dans des pays éloignés, comme il arrive quelquefois d’en tirer pour ces objets, de l’Alface , de l’Allemagne, 8c d’ailleurs, niais de qualité 8c de prix à peu près les mêmes.
- Après avoir ouvert les toifons, extrait les ordures, 8c coupé les durillons ou loquets à la petite force, mis à part les ‘ parties les plus hautes 8c les plus fines pour chaîne, les fuivantes pour trame , 8c les rebuts pour lifiere ; après avoir battu la Laine fur la claie, l’avoir enfimée fur le plancher, à l’huile
- (i) Procède du Collage en Angleterre pour la chaîne des Tamifes. demi-livre de colle ; faire fécher ladite chaîne au grand air; trem-Pafler la chaîne dans un bain compofé de quatre pors d’eau de per feulement la trame dans ledit bain ; l’exprimer à la main, Sç rivière » & ua demi-pot de lait, où 1 on aura fait difloudre une l’employer fur le champ ainfl mouillée.
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- cte colfat ou de navette, roulée fur elle-mêmei rhuile en dedans, entrée avec force dans le barri! vuide de favon noir, bien peignée, lavée audit favon, filée, la chaîne & la trame au fec’, & à corde ouverte, mais moins tendue pour celle-ci que pour l’autre , pour qu’il s’échappe plus de matière en même temps, que la trame foit filée plus ouverte , plus molle, & la chaîne au contraire, rafe, liffe 8c plus torfe ; après avoir enfin dévidé, bobiné 8c ourdi, félon les procédés décrits, on colle la chaîne à la colle de veau, à raifon d’une livre 8c demie par chaîne du poids de vingt-livres.
- Cette chaîne ainfi collée, 8c étendue pour fécher, fe repaffe encore quelquefois à la colle en cette fituation, comme il arrive aufli quelquefois aux chaînes de camelots-laine, après la teinture ; on les fuit d’un bout à l’autre avec des broifes imbibées de colle, en maniéré de parement.
- Le nombre des fils de la chaîne eff d’enviion quinze à feize cents pour l’Aumale, 8c de douze à quinze cents pour le Blicourt. On tifïe ordinairement l’Aumale à trame mouillée. Il efi: moins question de faire draper ces étoffes, que de former une croifure nette 8c apparente, qu’elles Soient defiinées à un apprêt mat ou à un apprêt luifant, l’un 8c l’autre leur convenant également.
- Le métier de la Serge a les mêmes dimenfions que ceux des fabriques d’Amiens, 8c fon armure efi la même qu’à ceux des étoffes de la petite navette : quatre marches, quatre lames, &c. ; l’inclinaifon de la chaîne de l’arriere en avant,plus ou moins grande, efi: ordinairement de vingt à vingt-quatre pouces. Les liffes font en fils de lin , à deux mailles ; l’anneau de même matière, intercepté ; deux fils en broche : le palfage des fils de la chaîne, ainfi que le jeu des marches 8c des lames, font expliqués ci-après.
- En attendant qu’on traite des apprêts, on prévient d’un ufage d’Ouvriers qui y efi: très-contraire ; pour rendre plus coulant le paffage des fils dans le ros, ils le graiffent avec l’huile de la lampe , ce qu’ils appellent faire une pajfe. Cette huile brûlée deffeche la matière , 8c y adhéré avec une ténacité contre laquelle les dégrailfages ordinaires ne peuvent rien : il les faut donc forcer pour l’en purger entièrement , 8c néanmoins toujours éviter le foulage, qui efi: aulfi très-contraire aux fortes d’apprêts convenables à cette étoffe, ce qui efi: fort difficile à opérer. Si elle n’étoit pas parfaitement nette avant la preffe, on verroit remonter cette huile à la chaleur , en plaquer la furface , ternir la couleur, 8c grailler les cartons, qui, à leur tour, tacheroient les nouvelles étoffes dans lefquelles on les emploieroit.
- On fabrique beaucoup de Serges dans le Gévau-dan : eiles font travaillées bien fupérieurement, quoique dans les mêmes principes , à ce que nous faifons de plus beau en ce genre ; elles l'ont d’une filature plus fine, plus fournies en compte ; mais leur largeur eft moins confidérable. On y met environ douze cents fils paffés dans des ros de vingt pouces, pour leur fournir, après la fabrique 8c les apprêts, une largeur de dix-huit pouces. La chaîne ourdie fur la longueur de trente-fix aunes, en donne environ trente-cinq d’étoffe, qui pefe de douze à quinze livres.
- Les Laines de ce petit pays un peu montagneux,, font allez fines, longues, liffes, 8c très-propres au peignage. On en ufe dans le choix de celles propres à la chaîne & à la trame, 8c dans la filature de l’une 8c de l’autre, comme en Picardie : les plus longues 8c les plus fines, qu’on a foin de filer plus fin 8c plus tors, pour la première , 8c les autres qu’on file moins fin 8c plus ouvert, pour la derniere.
- Le fil filé pour chaîne fe nomme ejîame, 8c trame, celui qui n’eft employé qu’à cet ufage.
- EN LAINES. 59
- Les plus belles Serges fe font, chaîne 8c trame, en ejîame, & fe nomment alors Serges étamïnieres , première qualité, fécondé , &c. Quoiqu’elles aient éprouvé un peu de foulage, pour les purger de toutes les parties hétérogènes, la Laine n’ayant reçu qu’un premier lavage avant d’être peignée , le grain en reffe fin, & la croifure nette. Il efi: vrai que ce foulage ne fe fait qu’à l’eau pure : eau qu’on prétend dans le pays avoir la qualité de faciliter le peignage 8c les autres opérations, fans l’intervention des matières graffes ou huileufes , employées par-tout ailleurs. On frotte feulement le peigne avec une couenne de lard , comme on l’a indiqué.
- L’autre efpece de Serge, fabriquée également en blanc, en même compte, & fur la même largeur, fe nomme Serge tramiere, première tfécondé qualité J 8cc. Elle efi:un peu plus foulée, a plus d’étoffe, & paroît moins fine. On fait encore à Mende des Serges dans le goût des fagatis d’Angleterre, teintes en Laine , chaîne 8c trame de couleurs différentes. Les fabriques du Gévaudan qui jouiffent d’une réputation bien méritée, étoient autrefois entièrement fournies de Laines du cru de ce canton, ou des cantons voifins. Ces matières ont aufii fouffert des diminutions confidérables; 8c il faut aujourd’hui, là comme ailleurs, s’en pourvoir à l’Etranger. On fupplée à celles qui manquent en Gévaudan, par celles des Provinces voifines ; 8c en plus grande quantité par des Laines qu’on tire de diverfes Echelles du Levant.
- Il n’eff cependant pas rare de voir dans ce pays-là le même Particulier récolter la Laine, la faire paffer fucceflivement par toutes les opérations préparatoires de la fabrication, fabriquer enfin, 8c vendre les étoffes, produit de fa matière 8c de fes foins, de telle maniéré que le Cultivateur efi à la fois Fabricant 8c Marchand.
- Ce fer oit bien quant à la population, à l’agriculture 8c au commerce, le dernier degré d’extenfion, de force 8c de richeffe, auquel la politique pût atteindre, que de réunir le plus, fur des individus difperfés, de ceux de ces objets qui en font fulcepti-bles. Les hommes, entaffés avec une feule reffource , autre que celle de l’agriculture, quelque abondante qu’elle puiffe être , dans des temps aufii prolongés qu’on voudra les imaginer, périront tôt ou tard de la plus affreufe mifere : les moindres crifes dans le commerce en font prefque chaque année, dans quelques-uns de ces gouffres murés , d’horribles exemples. Mende, la Capitale de cet induftrieux canton , n’a point encore atteint la perfedion des apprêts propres à fes Serges. Comme Amiens les poffede fupérieurement, nous lui en ferons part, ainfi qu’à toute la France , par la publication des pratiques qui y conduifent.
- La Gafcogne, 8c principalement le Néboufan , fait aufii des oerges avec les matières de fon cru; elles font très-communes, mais à très-bas prix. La Picardie en tire en affez grande quantité, pour les teindre, les apprêter, 8c les exporter enfuite en Efpagne* Les différentes Provinces par où elles paffent pour arriver en Picardie, étant remplies de Douanes, de Bureaux de vifite, 8c de droits énormes perçus comme fur marchandifes paffant des Provinces de France en Provinces réputées Etrangères, & vice verfâ , droits qui, fur une étoffe de 17 à î 8 fols l’aune, en augmentent le prix d’environ quinze pour cent, fans compter les retards que ces perceptions deftruc-tives occafionnent, 8c les frais confidérables de tranf* port, droits qui par confisquent font éprouver fur cette branche de commerce, des furcharges telles, qu’elle court rifque d’être bientôt ruinée, fi l’on n’y met ordre.
- Les Serges d’Aumale s’emploient beaucoup en meubles 8c en doublures, teintes & apprêtées : on en imprime aufii une certaine quantité, quoique ce
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- goût très-répandu depuis vingt ou vingt-cinq ans, commence à s’ufer. Le Biicourt , plus fin , plus léger, fait des doublures plus propies; 6c la Serge de Mende, plus rafe , plus fine, plus belle enfin que le Biicourt, y ell bien plus convenable ; mais elle eft plus chere.
- H fe labrique encore des Serges dans le Cotentin, connues fous le nom de Serges de Saint-Lo, parce que cette Ville eft le centre de leur fabrication. On ne peut guere les comparer aux précédentes, fi ce n’eft dans les procédés de la fabrique, qui font les mêmes, à de grandes différences près, indiquées relativement au lavage , quant au triage des laines, à la filature, à la maniéré de rentrer les fils, pour opérer la croifure , de marcher 6c tiiler enfin. On enfime, avant le peignage, à l’huile d’olive la plus commune; on dégraiffe enfuite au favon madré de Marfeille , la Laine fuppofée bien hors de fon fuin avant le peignage : la filature Sc le peignage faits en gras. Mais, avec tout cela , la Serge de Saint-Lo n’eft guere dans le cas d’être comprife parmi les étoffes rafes «St feches que j’ai entrepris de décrire. Son foulage, quoiqu’aux pieds, la quantité dont elle rentre , fon feutrage enfin , 6c le corps qu’elle acquiert dans cette opération, la rapprochent autant du drapé de la ratine , qu’ils l’éloignent duras de la Serge ordinaire.
- Ces Serges font de plufieurs fortes , connues principalement fous les noms de rafes, de finettes, 6c de fortes, qui les défignent à peu près. Elles fe fabriquent fur la largeur d environ cinq quarts d’aune, pour revenir à une aune en blanc ; 6c elles s’em-loient ainfi, ou teintes en diverfes couleurs, en abillemens, de même que les Serges d’Agen qui font encore plus drapées que celles de Saint-Lo.
- Je n’ometterai pas de parler, dans cette fuite de Serges qui fe fabriquent dans le Royaume, de celle qui fe fait à Reims, à l’imitation 6c au même ufage que les petites flanelles d’Angleterre, dont on fait des chemifettes à mettre fur la peau ; elles font aufti fines, aufti blanches, plus rafes, 6c plus fournies en compte que celles d’Angleterre, mais elles ont l’air moins brouillées ; elles font moins crépées, qualité que les Angloifes acquièrent par une filature torfe , un foulage léger, 6c qui les fait préférer, comme plus propres à abforber la tranfpiration.
- §. I I.
- De la Serge de Rome,
- La Serge de Rome, croifée des deux côtés, ou fans envers, n’eft, à bien des égards, qu’une Serge d’Aumale; c’eft le même paffage des fils; le même nombre de marches 6c de lames, celles-ci fe foulant, 6c celles-là levant Sc baiflfant dans le même ordre. Mais elle en différé effentiellement par la qualité de la matière bien fupérieure dans la Serge de Rome, par la chaîne de fils toûjours doubles 6c retors, par la trame de filature très-ouverte, plus fine, 6c toujours lancée très-mouillée , 6c par un tiffage fort 6c très- approché, qui lui donne plus de confiftance 6c autant de main qu’en acquièrent plufieurs fortes de draperies par un foulage long 6c ferré.
- Comme la chaîne eft peu fournie, eu égard à fa fineffe, 6c à la largeur de l’étoffe, qui eft de demi-aune, c’eft la trame fine, ouverte , mouillée 6c fortement chaffée , qui lui donne cette épaiffeur drapante.
- On fabrique toujours cette étoffe en blanc, pour la débouillir, la dégorger, 6c la teindre enfuite, ordinairement en matières de pays ; mais les belles qualités, en Laine de Flandres ou de Hollande. La croifure de la Serge de Rome eft la même à l’endroit 6c à la l’enversj à la feule différence près,
- FABRICANT
- qu’elle va de droite à gauche d’un côté , 5c de gauche à droite de l’autre.
- Lorfqu’on veut faire un envers à la Serge de Rome , on n’en paffe la chaîne que dans trois lames, mais toujours également, chacune par tiers, 6c l’on ne les fait jouer qu’au moyen de trois marches. Dans la Serge précédente , il leve 6c baiffe toujours moitié de la chaîne, Sc toujouis deux fois de fuite 6c à la fois, deux fils l’un à côté de l'autre, le premier avec le fécond, le fécond avec letroifieme, le troifieme avec le quatrième, le quatrième avec le premier, 6c ainfi de fuite. Ici tout s’opère également par les fils qui baillent ; mais il n’en leve jamais qu’un, Sc la croifure en deffus fe forme par la trame.
- Ces croifures qui deflïnent différemment une étoffe, font fujettes à des variations fans fin. Le nombre de combinaifons eft-il épuifé avec un tel nombre de lames 6c de marches ? on varie l’un des deux, ou tous les deux, 6c à chaque fois il s’ouvre une nouvelle carrière. On en jugera , en obfer-vant la gradation fuivante des marches, 6c des maniérés de^tnarcher.
- §. I I I.
- De la Serge de Minorque,
- À la Serge de Rome fans envers, les deux côtés font les mêmes, parce que la chaîne pafiee de fuite dans les lames, leve 6c baiffe par moitié ; à la Serge à envers, elle ne leve que par tiers ; Sc par quart feulement à la Serge de Minorque : ajoutez, que la trame eft beaucoup plus fournie dans celle-ci que dans les autres; les trois fils contre un la repouffent en deffus ; Sc comme le fil qui enferre la trame à pendroit de l’étoffe, n’eft jamais deux pas de fuite le même, mais le plus proche de celui-ci, il en ré-fulteune cannelure diagonale., renflée par la trame ordinairement triple, virée, mouillée, 6c chaffée avec force. Cette cannelure eft plus ou moins nette, mieux ou moins bien marquée, fuivant l’uni de la filature, Sc le plus ou moins de finefle du fil. La chaîne fine, double 6c très-torfe, 6c la trame filée-très ouverte Sc légèrement virée, font les premières conditions pour faire une bonne Serge de Minorque.
- Quelques Fabricans ne tiffent cette étoffe qu’à trame double ; quelques-uns même qu’à trame feche; alors il en entre moins ; 6c comme elle furmonte fort à l’endroit les fils de la chaîne qui la preffent en deffous, elle eft bientôt coupée par ceux-ci, faute de leur oppofer une confiftance qui réfifte à cet effort. Nous fabriquons toujours en blanc la Serge de Minorque , ainfi que la plupart de nos petites étoffes croifées, pour les teindre en pièces, de forte que la couleur eft toujours une ; mais dans l’Etranger, Sc fur-tout en Saxe, on en fabrique beaucoup en couleurs variées en chaîne 6c en trame, ce qui tranche par piqûres rapprochées 6c fuivies en diredion diagonale , fuivant l’effet de la croifure. Ces variations, lorfqu’on jr oppofe des couleurs afforties avec goût, font un effet affez piquant.
- §. I V.
- De la Calmande.
- La Calmande eft une étoffe connue 64 réglementée d’ancienne date ; elle s’eft foutenue avec un accroiffement continuel, parce qu’on la varie à volonté , qu’elle eft appliquable à une infinité d’u-fages, 6c d’un très-bon fervice. On en fabrique beaucoup en blanc, en uni, 6c à côtes, pour teindre en pièces. Il s’en fait aufti une très-grande quantité de rayées en diverfes couleurs, 6c à fleurs de diffé-rens deffins.
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- D’ÉTOFFES EN LAINES. 4r
- Le pas de la Caïman de eft préciiément celui du latin.. On fe fert également de cinq lames & de cinq marches, dont Tune de celles - ci, foulée , fait lever régulièrement quatre de celles-là^ à la fois, lorfqu’il n’en baille qu’une. En confi-dérant cette marche, on reconnoîtra que les quatre fils qui lèvent, dominent la trame chacun quatre chutes de fuite, toujours en avant, quoique toujours parallèlement, mais diagonalement ; de maniéré qu’au premier pas , les quatre premiers fils levant, le cinquième baiffe; au fécond, les deuxieme, troilieme, quatrième 8c cinquième lèvent, le premier baille ; au troilieme, les troilieme , quatrième, cinquième Sc premier lèvent, le deuxieme baiffe, 8c ainli de fuite. 11 en réfulte une floté de la part des fils de la chaîne, qui forme le fatiné de l’étoffe ; 8c dans le fait, la Calmande n’eft qu’un fatin en laine.
- Mais en travaillant cette étoffe, comme on l’indique ici, il arriverait qu’il n’y auroit jamais qu’un cinquième de la chaîne en deffous, lorfqu’on ouvre le tiffu, Sc toujours par lils féparés de la distance des quatre qui fe trouveroient en même temps en deiius. Cette partie de chaîne feroit trop foible, pour rélifter au frottement continuel de la navette, d’un certain poids, ôc qu’elle fupporterait en entier: on tourne donc la chaîne fens deffus deffous , ou, ce qui eft la même chofe, on dilpofe les pièces de l’armure, ou l’on fait le jumellage en fens contraire; de la Calmande fe travaille à T envers.
- Tout ceci eft dit pour les Calmandes unies. A l’égard de celles à côtes, dont il fe fabrique confi-àlérablement depuis quelque temps , on conçoit que le paffage des fils, 8c le jeu des lames ne doivent plus ctre les mêmes ; mais que les côtes n’étant qu’une alternative d’endroit 8c d’envers, la rentreture doit alterner d’abord pour produire cet effet; ce qui fera encore expliqué à l’article des marches. Ces côtes font ordinairement de largeur égale entre elles, 8c de diftance égale à cette largeur ; alors l’étoffe n’a
- F oint d’envers, car tout eft fembiable de l’un Sc de autre côté. Elles peuvent être inégales, ainfi que leur diftance : ce n’eft plus une étoffe abfolument fans envers; Sc l’endroit eft toujours cenfé être le coté où il y a le plus de fatiné , celui où les côtes un peu en relief, eu égard au fond, font plus larges que leurs intervalles.
- On fàbriq ue la Calmande en blanc, unie, ou à côtes le plus ordinairement, fur la largeur de demi-aune un douzième. On en diftingue la qualité par le nombre des fils en chaîne, indiqué par le nombre des barres qu’on fait avec des fils en couleur, placés fur une partie de la largeur, près de la lifiere Sc du chef. Celles dites deux barres , font compofées de deux mille fils en chaîne ; les trois barres, de deux mille trois cents ; les quatre barres, de deux mille fix cents ; les cinq barres, de deux mille huit cents ; les fix barres, de trois mille ; Sc les fept barres, qui eft la qualité fupérieure, de trois mille deux cents. Chaque fil double ôc retors ; ôc la trame fimple, filée moins torfe, fine proportionnémentàla chaîne, employée mouillée Sc tiflëe ferme.
- Les Calmandes de première qualité font déjà très-blanches en comparaifon des communes, quoique les unes Sc les autres foient également fabriquées en écru, étant deftinées le plus fouvent ou à relier en blanc, ou à être teintes en couleurs fines, 8c beaucoup en couleurs claires. On choifit les matières les plus nettes Sc les plus blanches naturellement ; Sc en conféquence , les Laines de Flandres, jaunies par le défaut de parcage, n’y font pas très-propres. On fe fert donc ordinairement pour ces premières qualités , de Laine de Hollande. Les autres font très-convenables à la compofition de cette étoffe, quant à la fineffe Sç à la force. Ou
- les emploie avec fuccès dans les qualités moyennes Sc inférieures, qui plus bifes d’abord , fe décruent Sc s’apprêtent fuivant les procédés qu’on indiquera enfuite.
- Quoiqu’il fe faffe une très-grande quantité de Calmandes en écru, il s’en fait beaucoup plus encore de teintes , rayées en couleurs variées de toutes fortes d’échantillons. Celles-ci ne different en rien des autres quant à la fabrication ; mais elles font ordinairement de matières plus communes, Sc pref-que toujours de largeur plus étroite , comme de fix à fept feiziemes , Sc de neuf cents, mille , à douze cents fils en chaîne.
- Le centre de fabrication en France dé la Calmande , eft la Flandre, & particuliérement Roubais 8c fes environs : omea fabrique cependant en Picardie , mais plus généralement dans le commun, toujours en écru, 8c jamais de rayées. On n’y fait pas non plus de Calmandes à fleurs ; variétés dont il fe fabrique prodigieufement, ainfi que des autres , à Berlin , 8c fur-tout en Angleterre. Le-fond de l’étoffe des Calmandes fleuries, fe fait de même que les Calmandes ordinaires : le deffin s’exécute en outre au moyen de la tire : mais ce n’eft pas ici le lieu de parler de cette maniéré d’opérer ; on en traitera ailleurs. Je m’en tiendrai, pour le moment, à dire, que la Calmande à fleurs , 8c celle rayée de toutes couleurs , font une partie confidérable de cette immenfe quantité d’étoffes de petit lainage , que les Angiois fabriquent dans les plus baffes largeurs , depuis treize à quatorze pouces, jufqu’à dix-huit ou vingt, 8c dont ils font un commerce prodigieux dans le monde entier.
- Je ne puis m’empêcher de répéter à cette occa-fion, ce que j’obfervois dans un Mémoire à mon retour d’Allemagne, après avoir paffé à Francfort 8c à Leipfick en temps de foire. Les étoffes rafes étoient en fi grande quantité dans ces deux villes , qu’entaffées , on en auroit pu former des montagnes : la plupart étoient en contravention à nos Réglemens, foit par les largeurs fi peu confidéra-bies , que beaucoup ne fembloient propres qu’à faire des ceintures , foit dans le nombre des fils , moindre d’un tiers ou d’un quart, proportionné-ment à leur largeur, de ce qui nous eft preferit dans les mêmes efpeces. Ces marchandifes arrivent en très - grande quantité : elles fe difperfent de même. La confommation en eft prodigieufe , 8c il femble le plus fouvent n’y en avoir pas affez. Eh bien ! on n’y en voyoit pas une piece des fabriques de France. Je ne voudrois que cet exemple, pour prouver combien font dangereux à l’induftrie 8c pernicieux au commerce, la plupart de nos Réglemens de fabrique.
- §. V.
- De la Prunelle.
- Cette petite étoffe, de nouvelle invention, 8c d’un excellent ufage, a déjà fouffert diverfes révolutions dans fa fabrication 8c dans fon commerce; mais elle fe foutient, Sc l’on en confomme toujours beaucoup. Sa chaîne eft compofée de deux fils de Turcoing fuperfins, doublés, Sc fortement retors enfemble ; Sc fa trame , d’une foie de Languedoc ou de Piémont organcinée , doublée, 8c virée en trois , quatre ou cinq fils , fuivant fa groffeur, ce ui forme fix, huit ou dix brins. Le nombre des ls en chaîne eft de deux mille à deux mille quatre cents, fur la largeur de vingt pouces.
- On jugera de la fineffe des matières propres à fabriquer la Prunelle, lorfqu’on faura que le poids d’une chaîne fine de quarante à quarante-cinq aunes, ne doit pas excéder onze livres : celui d«
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- ^ VA R T DU FABRICANT
- la foie en tramé eft d’une livre & demie à deux
- livres. Cette foie s’emploie de toutes les maniérés, crue, décruée , ou grçfe-blanche. On en a fait en couleur -, travaillées en foie teinte : on fait aujourd’hui généralement en écru celles qu’on veut en couleur unie, à l’exception des gris, ôc des autres couleurs, dont les procédés pour la teinture en foie font différens de ceux pour la teinture en laine. A l’égard des rayées, dont on fait beaucoup aufti, on en teint les matières avant de les employer.
- On fait quelquefois des Prunelles à chaîne, de Laine de pays, de la plus belle filature qu’on puilfe trouver ; mais la Laine de Hollande fe montre dans cette comparaifon avec toute fa fupériorité. La chaîne de cette derniere Laine refte à peu près dans fa longueur après la fabrication ôc les apprêts ; tandis que la Laine de pays , quelque bien choifie u’elle foit, s’accourcit d une aune à une aune ôc emie. Une chaîne de foixante aunes ne donne guere que cinquante-huit à cinquante-huit aunes Ôc demie a’étoffe, l’une 6c l’autre iuppofée également tenue au pied. La Laine de Hollande, plus fine, plus lifie, plus longue, eft fufceptible d’un meilleur peignage : elle fe dilate plus aiiement ; fes fibres fe détachent, s’étendent, s’alongent davantage. La nôtre plus feche , plus dure, plus courte, caîferoit plutôt que de fe prêter à une pareille extenfion.
- Pour donner en même temps autant de force & plus de finefie à la Prunelle, on a effayé d’en faire la chaîne d’un fil de Turcoing fuperfin , doublé & retors avec une foie organcinée ; les Prunelles fabriquées en laine font plus communes, mais elles font moins cheres, ôc d’un bon ufage. Le nombre des fils de la chaîne eft diminué, fuivant la qualité, d’un cinquième ou un fîxieme de celles tramées de foie. Elles fe tiffent toujours à trame très-fine, double, virée, Sc le plus fouvent mouillée. La pratique de îiffer à trame feche eft mauvaife, lorfqu’on fabrique en blanc , ôc que la chaîne eft fournie en compte. Les duites ne iauroieût s’approcher.
- Le travail de la Prunelle fe fait ordinairement avec cinq marches : c’eft pour une plus grande commodité de l’Ouvrier. En confidérant le plan des marches, Sc le mouvement que chacune d’elles procure aux lames, on reconnoîtra c[ue la quatrième foulée fait lever Ôc baiffer les memes lames que la première ; Ôc la cinquième, que la deuxieme. 11 fuffiroit donc de trois marches ; mais un même pied feroit obligé de foncer deux fois de fuite, ce qu’on nomme ici brochetter, ôc ce qui eft pénible pour l’Ouvrier : mais il faut toujours fix lames , Ôc ainft de toutes les autres parties qui concourent à leur jeu.
- Il y a peu de différence du travail de la Prunelle à celui de la calmande. Celle-ci, comme on l’a vu, s’exécute par quatre fils levés Sc un baiffé, ou le contraire , puifqu’elle fe fait à l’envers : cinq fils en broche par conféquent. La Prunelle en a fix, Ôc elle s’exécute par quatre levés ôc deux baiffés ; elle n’a plus befoin d’être tiffée à l’envers , parce que les deux fils de deffous ont affez de force pour foutenir la navette. Le paffage des lames étant égal dans les Prunelles comme dans les calmandes unies, il eft néceffaire que le nombre des liffes le foit à chaque lame : mais dans les Prunelles à côtes, il y a des variations dans l’arrangement par paquets, qui fe feront fentir à l’mfpe&ion des marches.
- La Prunelle eft l’étoffe rafe en laine la plus jolie Sc la meilleure qu’on ait faite en France. On en doit l’invention , quant à nous du moins , ôc la perfection, à M. Joiron Maret.
- §. V I.
- Ve Turquoife (i).
- De toutes les petites étoffes croifées que je décris, la Turquoife eft celle qu’on varie le plus dans la fabrication, ôc chacune d’elles a une dénomination particulière. On dit donc : Turquoife à côtes, Tur* quoife baracanée, guillochée ycroijette, grande, petite, double, fimple , mille-points, &c. &c.
- On les fabrique généralement en matières de bonne qualité, filées fin, à fils doubles ôc retors pour la chaîne, fimples ôc mouillés pour la trame, avec environ mille fils fur la largeur de demi-aune. La Turquoife fimple s’exécute avec trois marches ôc quatre lames : celles à defîins en exigent un nombre proportionné à leur complication , ôc qu’on trouvera déterminé relativement à l’examen des marches indiquées ci-après, nos. 8 ôc <?.
- Cette étoffe , & ainft de la plupart de celles que je décris, qui fe fabriquent en écru , ôc de petite largeur , fe monte en chaîne d’environ foixante aunes de longueur, qu’on coupe en deux ou trois pièces , fuivant les demandes.
- §. VII.
- Du B afin.
- Le Bafin tire fon nom d’une forte de toilerie, ou étoffe en fil ôc coton, cannelée fur la longueur, ôc que celle-ci imite fort bien : c’eft encore une efpece de Turquoife qu’on auroit pu nommer tout uniment Turquoife bafinée , fans en faire une divi-fion à part, fi elle n’eût eu une diftindion marquée dans le commerce. Il s’en fabrique d’ailleurs beaucoup en couleurs , qui, par leur oppofition, détachent encore mieux la cannelure du fond, ce qui n’arrive jamais à la Turquoife proprement dite, qui ne fe fabrique qu’en blanc. Le Bafin fe tiffe, ainft que la Turquoife , toujours à trame fimple Ôc mouillée , lorfqu’il fe fabrique en blanc ; ôc à trame feche, lorfqu’il fe fabrique en couleurs.
- §. VII I.
- Du Grain-d’orge.
- Si la Turquoife eft de nos petites étoffes celle dont on varie le plus les deftins, le Grain - d’orge eft celle dont les deffins font le plus faillans. C’eft pour y parvenir, qu’on le tiffe à trame double virée. Le principal mérite de l’étoffe ne confifte pas dans fa fineffe, on y emploie des matières ordinaires ; mais dans fa force, dans fa réfiftance , qui lui a acquis fucceftivement les noms $ Amen, d’Eternel, de Fort-en-diable, ôcc. Elle foutient mal ces dénominations, lorfqu’on néglige d’en fournir la chaîne du nombre convenable de fils, de huit cents, neuf cents à mille, fuivant la filature, fur la largeur de demi-aune, Sc fi on la tiffe légèrement, l’étant toujours au fec , fur-tout fi c’eft à trame fimple, comme cela arrive quelquefois , principalement dans ceux qu’on fabrique en couleurs.
- Le nom de Grain-d’orge lui vient de celui de fon Auteur, ôc non de celui du deflin de cette forme, long-temps le feul qu’on ait exécuté fur cette étoffe; mais qu’on varie beaucoup aujourd’hui. On réunit ôc prolonge ces grains en côtes fur la largeur, en carreaux, en lofanges, Ôcc. ôcc. Il ne fe fabrique qu’en blanc , pour être teint, ou en couleur unie , ôc feulement en gris. Ceux qui fe font en couleurs variées en chaîne ôc en trame , pour détacher mieux le deffin du fond, fe nomment, façon de
- (i) J’aimis au rang des étoffes croifées, la Turquoife & le Bafin, quelques petits de/fins , & qu’ils exigent des pas croifés, il m*
- quoique l’une & l’autre fe faffe à pas fimple & fans croifure , lorf- paru plus convenable de les placer dans cet ordre,
- quelle eft travaillée en uni ; mais comme on y forme le plus fouvent
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- B’ ÉTOFFES
- Siléfie, on tout uniment , SiUjîe , 8c forment en cela une nouvelle diviilon.
- §. ix.
- Du Siléfie y ou façon de Siléjze.
- On vient de voir que le Siléfie ne différé du Grain-d'orge qu’en ce qu’il le fabrique à chaîne 8c à trame de différentes couleur?, & en ce que les deffins plus variés, & fouvent plus compliqués demandent un autre ordre dans le paffage des fils, dans le nombre des marches, dans celui des lames, en un mot, dans Fambrevage 8c le jumellage.
- Le Siléfie eft de nos étoffes croifées, celle qui confomme les matières les plus communes, 8c l’une de celles qui foient à plus bas prix.
- La rentreture a bien en général une forme déterminée pour chaque efpece d’étoffes décrites, 8c auiïi quelquefois la même pour plufieurs : mais elle varie fouvent aufti dans la même efpece, ce qui dépend de la nature du deffïn. Elle n’eft même pas toujours déterminée pour tel deffm.; car, comme on peut exécuter différens deffms fur la même rentreture, par la feule difpofition des cordes, d’où réfulte le jeu des lames, on peut quelquefois le varier, en difpofant les cordes de maniéré à ramener les lames à produire le même effet : tout cela dépend de la facilité que l’Ouvrier trouve à exécuter un deffm, le grand art confiftant toujours à fimplifier l’état de la machine.
- §. X.
- Du Malbouroug.
- Le Malbouroug eft de toutes les étoffes croifées la plus compliquée, celle dont l’exécution du deffm demande le plus grand nombre de marches, 8c dont le paffage des lames préfente le plus d’irrégularité. Cette étoffe, qui fe fait à la marche, reltùühle le plus au ras de Sicile qui fe fait à la tire, dont la figure d’un côté fait fond de l’autre, & dont l’un eff toujours formé par la trame , lorfque
- EN LAINES. 4>
- l’autre l’eff par la chaîne. Il faut donc qu’il foit fabriqué en couleurs, 8c que celle de la chaîne foit differente de celle de la trame.
- L’apprêt qui convient 8c qu’on donne ordinaire* rnent au Malbouroug, eft le cad fortement luftré ; les fils doublés 8c retors ne font donc pas propres à fa fabrication : on en a déjà infinué les raifons à l’article de laTamife & ailleurs; 8c elles feront expliquées , lorfqu’on traitera des apprêts. Cependant nos fils de laine courte 8c feche ne fauroient guère s’employer autrement. Ils ne réfifteroient pas aux fecouffes qu’éprouve une chaîne très-fournie, 8c qui demande d’être tiffée fortement. Les Laines de Hollande filées àTurcoing s’y emploieroient à fils fimples avec fuccès, mais elles font très-cheres. C’eft bien un grand mérite de cette étoffe d’être fabriquée avec de bonnes matières 8c fufceptibles d’un bel apprêt ; mais , en y ajoutant en outre de la confiff tance , il la faut établir à bas prix.
- On voit donc encore relativement à cet objet, de quelle importance il feroit de remonter à l’amélioration de nos Laines, pour les rendre propres aux travaux auxquels plufieurs nations, 8c fur-tout les Anglois , fe livrent avec tant d’avantages.
- On a aufii retors un fil de foie avec un fil de laine , pour donner plus de fineffe, 8c laiffer autant de force à la chaîne ; mais on a vu dans la tamife 8c dans la prunelle les inconvéniens qui réfultent de cette pratique : ils fe réunifient ici ; 8c cette foie y ajoute un prix de matière 8c de main d’œuvre, que le Malbouroug ne fauroit fupporter. Il faut donc, pour fabriquer cette étoffe convenablement, n’employer dans fa chaîne que des fils fimples, d’une filature très-torfe, ou retors enfuite au moulin ; dans lequel cas, il auroit fallu avoir l’attention de les filer à corde croifée. Le nombre de ces fils fur la largeur de demi-aune, eft de neuf cents à mille , la trame de matières de pays, comme celle de la chaîne, également bien choifie, également filée fin, mais un peu moins torfe ; 8c affez rapprochée au tiffage, pour que Ve nombre des fils de trame foit à peu près égal à celui des fils de chaîne.
- V/ N ne donne ici qu’une trentaine de ces fortes d’armures, qu’on pourroit encore beaucoup varier; mais ce nombre fuffit pour avoir une idée des différences qui fe rencontrent dans les tiffus fimples , croifés , à carreaux , à côtes, 8c à toutes fortes de petits deffms praticables à la marche, 8c pour faire concevoir le mécanifme de toutes ces fortes de métiers.
- M défigne les marches , qu’on multiplie félon le deffm des étoffes qu’on veut faire ; T le talon des marches, ou le point où eft fixé leur jeu à charnière ; L les lames, dont le nombre quelquefois moindre, quelquefois plus grand, ou égal à celui des marches, eft fouvent déterminé relativement à ce dernier. F défigne les fils de la chaîne. Les petits points noirs • marquent leur paffage dans les liffes. /Les o marquent l’endroit où font attachées les cordes qui correfpondent des marches aux lames par en haut, 8c qui les lèvent lorfqu’on foule la marche correfpondante ; tandis que toutes les autres baiffent, ce qui forme la foule. C’eft de cet arrangement des fils que fort le deffm qu’on veut former, foit par la trame, foit par la chaîne.
- N°. I. Planche VIII. Toile.
- La Toile fe fait avec deux marches 8c deux
- lames. Les fils font paffés dans les liffes , alternativement de la première à la fécondé , <3cc. On foule les marches en commençant toujours par le pied droit, dans l’ordre fuivant : i : 2 , & recommençant; la marche i fait lever la lame 2,8c la marche 2 , la lame i . Le nombre des liffes eft ici égal en chaque lame. Quand il fe trouvera des lames d’un nombre inégal de liffes, on le fera remarquer.
- lNp. 2. Planche VIII. Camelot.
- On emploie quatre marches 8c quatre lames. On foule à la fois i , i, qui font lever de même 1,3. On foule enfuite 2, 2, qui font lever 2,4. On paffe quatre fils entre chaque broche du ros ou peigne , ce qui s’appelle mettre quatre fils en dent. Le nombre des liffes de chaque lame eft égal. Les fils font rentrés dans les lames à la fuitç l’un de l’autre : c’eft pourqui on fait lever les lames 1 , 3 , afin qu’il ne fe rencontre pas une petite cannelure , que les dents du ros occafionneroient , fi elles levoient 1 , 2 , 8c 3,4. La figure G eft l’armure du métier de Camelot en Allemagne : on foule avec le même pied deux marches à la fois.
- N°. 3. Planche VIII. Camelot baracané.
- Le Camelot baracané fe fabrique à quatre marches
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- 44 L’ART DU FABRICANT
- Ôc quatre lames, comme le Camelot fimple. On fouie 1,3 : 2,4 à la fois. Les lames lèvent 3 -, 4 •: 1 , 2. Le p.aflage des fils eff différent. On paffe dans la première lame, enfuite dans la -troifieme, puis dans la fécondé, & enfin dans la quatrième. La raifon que nous avons donnée du paüage précédent , eff confirmée par celui-ci ; car fi les fils étoient rentrés tout de fuite, il faudrok que les lames levaffent auiTi 1, 3 : 2 , 4.
- Quatre fils en dent.
- N°. 4. Planche VIII. Baracan.
- 11 faut pour le Baracan deux marches & quatre lames, qui lèvent auffi 1,2: 3,4. On foule 1 , Sc enfuite 2. Les fils font paffés dans les lames
- ?
- Deux fils en broche.
- N9. 5. Planche VÎIÎ. Serge fans envers.
- On peut faire cette étoffe de différentes maniérés, -avec le même nombre de lames & de marches : on peut auffi les varier, pourvu qu’on faffe lever trois fois de fuite deux lames , Tune à côté de Lautre , 3c qu’on termine par les deux extrêmes. Voici la maniéré d’arranger les cordes, ôc défaire lever les lames en foulant les marches. 11 y a quatre lames Sc quatre marches. Les fils font pafles de fuite dans 1, 2, 3,4, Les o, qui font fur les points de feélion des lignes longitudinales & des tranfver-fales, marquent les lames qui lèvent; tandis qu’on foule fur la marche qui y répond, les autres baif-iant en même temps. Ici on ne travaille qu’avec un pied, qui eff le droit : le gauche reffe appuyé par terre fur le bord de la folle, dans laquelle fe lait le jeu des marches. On foule 1 , qui fait lever les lames 4,3 ; on foule enfuite 2 , qui fait lever 3,2; puis 3 , qui fait lever 2,1; enfin 4, qui fait lever 1,4. On recommence à la première marche.
- Quand on veut faire ufage des deux pieds, on fe fert de l’une des deux figures A B. Pour la figure A, on foule avec le pied droit 1 ôc 3 , 3c avec le gauche, 2 , 4,3c ainfi pour la figure B. On obferve de fouler les marches félon l’ordre des chiffres , pour qu’elles puiffent faire lever les lames qui y répondent , fuivant leur indication. Deux fils en dent. La figure C eff encore une autre maniéré de paller les fils , & de marcher , pour opérer le même effet. On foule 1,4 : 2,3 ; il leve 234:2,3: a , 3 : 1 , 4,
- K°. 6, Planche VIII. Serge de Rome avec un envers.
- Cette étoffe fe fait avec trois lames ôc trois marches , qui fe foulent 1,2,3, avec un feul pied ; les lames lèvent 3,2,1. On voit qu’il doit nécef-fairement y avoir une croifure à l’endroit, formée par la trame ., ôc que la chaîne doit former une toile à l’envers , puifqu’il n’y a qu’un tiers de la chaîne qui leve , tandis que les deux, autres tiers baiffent.
- Les fils font paffés 1,2, 3 : il y en a deux çn dent.
- N°. 7. Planche VIII. Serge de Rome à côte.
- Il faut, pour former la côte qui eff baracanée, & à pas de toile, lorfque les intervalles font croi-fés, multiplier le nombre des lames, fans augmenter la îomme totale des liffes, Ôc faire lever trois lames à la fois.
- Les fils font paffés dans les liffes 1,2,3: 1,
- 2) 3 4 5 5 5 6:4, 5 > 6, & en recommençant.
- On voit par cet arrangement qu’il faut laiffer des intervalles entre les liffes, puifqu’il s’en trouve un fi grand entre les fils paffés dans celles de la lame 1 , ôc dans celles de la lame 6 : c’eft ce qu’on n’apperçoit pas d’abord, lorfqu’on veut imiter un deffin. Pour éviter un examen trop réfléchi, quand le métier eff: monté ôc les fils paffés , on élague tout ce qui eff inutile. S’il reffoit à chaque lame autant de liffes qu’à celle de la Serge de Rome, n°. fi , il y en auroit la moitié qui ne ferviroient pas. Les marches fe foulent 1,2,3, & les lames lèvent 2,3,fi:i,3,j;i?2,4,& ainfi de fuite en recommençant.
- Deux fils en dent.
- N°. 8. Planche VIII, Turquoife baracanée.
- Comme on veut avoir dans la Turquoife cette efpece de cannelure ou raie que les broches du ros forment entre les fils, on les paffe dans les liffes 1 , 2 , 3,4, & on fait lever les quatre lames deux à deux , par le moyen de deux marches, qu’on foule alternativement, comme à la toile, La marche 1 fait lever 3,4 ; ôc l’autre, 1, 2.
- Deux fils en broche.
- N°. 9. Planche FIIL Turquoife Mont-à-loifir.
- Trois marches Ôc quatre lames , les fils paffés 1 , 2 , 3,4. On foule 1 , qui fait lever les lames 3,4: on foule 3 avec l’autre pied , qui fait lever 1,4. Le pied droit foule 2, & 1,2 lèvent. Le pied gauche refoule 3 ; enfuite le pied droit retourne à la première marche , parce que la marche 3 baiffe deux fois , tandis que les deux autres ne baiffent qu’une fois chacune. Deux fils en dent.
- N°, 10. Planche VIII. Bafîn en Turquoife.
- Trois marches ôc quatre lames , dans lefquelles les fils paffent, 1, 2,3,4:35 2, 1: 2,3,4, ôc ainfi de fuite ; de forte que la première ôc la derniere lame ne foient garnies que de moitié des liffes des autres. On fouie 1 , qui fait lever les lames 3,4; puis 3 , qui fait lever 4,2; enfuite 2 , qui fait lever 3 , 1 , ôc on reprend 3 : la courfe eff finie, la troifieme marche allant deux fois avec le pied gauche , contre les deux autres une feule. Si rOuvrier n’eft pas affez agile du pied gauche , on le fait commencer par 3 , Ôc il marche alors 1 deux fois; mais il faut tranfpofer l’arrangement des cordes.
- On appelle courfe le nombre de duites à paffer pour faire le deffin. Il y en a ici quatre, quoiqu’il n’y ait que trois marches ; mais l’une d’elle joue deux fois.
- Deux fils en broche.
- N°. 11. PL VIII. Bafîn varié du précédent.
- 0
- Il y a trois marches ôc fix lames. Les fils font paffés de fuite 1, 2,3,4, 5, fi. On foule comme au précédent 1 , 3 : 2, 3 . Les lames lèvent j , 3 ,
- *:n4’
- Deux fils en dent.
- N°. 12. PL VIII. Mille-point en Turquoife.
- Quatre marches ôc fept lames dans lefquelles les fils paffent x , 2, 3,4? ? 5 &-> 7 : 6 5 .S > 4? 3 > 2, 1 : 2, 3,4, $ , fi, 7. &c. On voit par-là comment les liffes des lames doivent être compaffées. On foule 1 , 4 : x , 3 : 1,4 : 1 , 3 : 2, 4 : 2,3 .*2,4: Ôcc. On peut pouffer plus loin la
- coude, fuivant la fineffe de la trame, ou félon la
- longueur
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- D'ÉTOFFES
- longueur qu’on veut donner au deflin. Les lames lèvent ï , 2,6,7: 1, 3 , 5,7 * 3? 45 5 5 & enfin 2,4, 6.
- Deux fils en broche.
- N°. 13. Planche VIIL Prunelle unie*
- On pourroit faire la Prunelle avec trois lames & trois marches ; mais comme il fe trouve beaucoup de fils dans la chaîne , on met fix lames 8c cinq marches. Les fils font pafies 1,2, 3, 4, 5, 6. On foule i, 3, 2,4, 5, & la courfe eft finie. Les lames lèvent 2, 3,5,6 : 1, 3,4,6: 1,2,4,
- 5 *\ 25 3 5 5 ? ^ • 1 ? 25 4? 5*
- Six fils en broche.
- N°. 14. Planche VIIL Prunelle à côte.
- Trois marches 8c fix lames. Les fils fe rentrent 1,2, 3 : 1 , 2, 3 : 1,2,3 : 1 ? 2 5
- 3 : 4i î ? ^ : 4? 5 5 6 : 4, 5, 0 : 4, 5,
- 6, &c. On foule 1, 2,3. Les lames lèvent 2,3,
- 6 : 1,3, 5 : 1,2, 4. On fait aufii cette étoffe à fix marches,/ & à fix lames, compofées comme celles ci-defliis, Fig. A, 8c elles lèvent ainfi ,2,3, 6 : ï , 3 , 5 : 1,2,4:2,356: 1,3,5: 1,2,4 : ce ftul une répétition.
- N°. 15. Planche IX. Calmande unie.
- Cinq marches 8c cinq lames; les fils rentrés 1 , 2, 3, 4, 5. Les lames lèvent 4, 2, 5, 3, 1 : d’ôù Ton voit que quatre baillent à la fois, tandis qu’il n’y en a qu’une qui leve. Cette étoffe fe fait à l’envers, 8c la croifure de l’endroit ne fe forme qu’avec la chaîne.
- Cinq fils en broche.
- K°. 16. Planche IX. Calmande à côte.
- Cinq marches 8i dixlames. Les fils fe rentrent 1,2, q,4, 5:i,2, 3,4, 5 : 1,2, 3,4,5,65
- 7, 8,9,10 : 6, 7, 8,9, 10 :6,7,8,9, 10 : 8c ainfi de fuite en recommençant. On marche comme âu N°. 1 5, d’un feul pied, 1,2,3, 4, 5. Tes lames lèvent ,2,3,4,5,10: 1,354,5,7:
- Ï,2. 3. 5.9 : 1.2.3.4. 6 : 1> 2. 4. 5. 8-
- Cinq fils en dent.
- N°. 17. Planche IX. Serge de Minorque., Quatre marches 8c huit lames ; les fils pailés i, 2
- 1, 2, 8 :
- 3,4 : ï, 2, 3,4 :
- 5 5 6, 7, 8 : 5, 6, 7, pied dans l’ordre fuivant, lèvent 2, 3, 4, 6, 7, 8: 1,2, 4, 5,6, 8
- 8
- 35 4-55 on foule
- ? 2 5 3 5 4-** h 3î 1 *> 2 , 3 *
- 6 5 7. d’un feul
- Les lames
- 45 5 5
- ^ 9 6,
- 75
- 7-
- L’Ouvrier a ici fix lames à faire lever à la fois, tandis qu’il n’y en a que deux qui baiffent.
- Pour fa commodité, l’étoffe fe travaille à l’envers, comme il eft tracé en A, le nombre des lames, le paffage des fils, 8c la marche étant de même. Les lames lèvent 1,5 : 2,6: 3,7 : 4, 8, Quatre fils en broche.
- N°. 18. Planche IX. Grain-d’orge.
- Huit marches 8c huit lames ; la rentrée des fils, comme à la ferge de Minorque. On ne foule qu’avec un feul pied 1,2, 3,4, 5, 6,7, 8 , 8c en recommençant ; les lames lèvent 2,3,458 : 1,
- 35457 • 15 2 5 4 5 6 ï,2, 3 , 5 .4,6,7, 8 : 35 5 5 75 % * 2 5 5 s d, 8 : ï* $ , 6, 7.
- Quatre fils en broche.
- EN LAINES. 45;
- N°. 19. Planche IX. Barré en Grain-d'orgè*
- Huit marches 8c huit lames; la rentrée comme au N°. 18, fe marche de même, les lames lèvent 1,
- < : 2,6 : 3,7 : 4,8 : 1,2,3,J : 1,2,4, <> : 1, 3.4.7 : 2, 3.4.8-
- N°. 20. Planche IX. Mille-point cannelé*
- Quatre marches 6c huit lames : fê rentrent 1,2, 3545 5,5 6,758 : 756,5,4, 3,2,1 : 2,3, 4, 5,6,798, 6cc. On marche à deux pieds, 1 avec le droit, 4 avec le gauche, répétant autant de fois qu’il eft néceffaire, pour alônger le point convenablement ; enfuite 2,3,6cc. avec les mêmes répétitions. Les lames lèvent, 1,253,5,7 : 4, 6, 8. a 4, 6,7, 8 : 1,3,3.
- Deux fils en broche.
- N°. 21. Planche IX. Mouches 8c Navettes.
- Huit marches & fix iames : fe rentrent comme au. NQ. 20. On marché ï , 8 : ï , 8 ; ï, 8 : ï, 8„
- 25 7 : 25 7- 35 6 2 3 5 6. 45 5 ; 45 5 : 45 5 :
- 4.5. occ, les lames lèvent 2,455,6 : 1,3: 1,
- 3 5 5 5 6 î 2,4 * 15 25 ^ *355 * 1 5 ^ 5 3 5 5 *
- 4.6. Lê travail fe fait à deux pieds, le droit foulant les quatre marches à droite , 6c le gauche , les quatre à gauche.
- Deux fils en broche*
- N°.22. Planche IX. Petite Fraife de mouche.
- Huit marches 8c huit lames ; les fils paffés comme aux Nos. précédens. On marche 1 8c 8, chacun trois fois ; 2 6c 7 de même ; 3 6c 6 de même ; 4 8C 5 , cinq à fix fois chacun. On eft actuellement au milieu des marches , les deux pieds l’un contre l’autre; On s’en retourne comme on eft venu, en foulant 3 & 6 trois fois, 2 6c 7 de même, 6c enfin 1 6c 8î aufii trois fois, 6c l’on revient. Les lames lèvent 1,3, 4, 5, 7, 8 : 2, 6 : 1,3, 5, 6, 7 : 2, 4,8 : 1, 3,
- 5,7,8 : 2,4,6 : 1,2, 3, 5,7 : 4,6,8.
- N°. 23. PlancheIX. Petite Croîfette.
- Les marches, les lames 5c le paffage font comme au N°. 22. Les lames lèvent 1, 3 , 5, 6, 7 : 2,4^ 8 : 1, 3? 55 75 ^ * 2,496 • 1,2,496,8 : 3 j 55 7 ‘ 25 35 45ô, 8 : 1,5,7.
- N°. 24. Planche IX. Zigzag cannelé.
- Huit marches, huit lames, les fils rentrés î â 3545556,7585 & recommencer. On marche 1 ’ 8 2
- 2.7 : 3,6 : 4,5. Les lames lèvent 1,2, 5, 6,
- 8 : 3 5 45 7 -' 3 5 45 55 7 • 8 : 2,3,4’
- 5.8 : 1,6,7 • 25 35 457 * r, £, 6, 8.
- N°* 25* Planche IX. Croîfette & Fraife*
- Neuf marches 6c dix lames; la rentrée des fils comme aux Nos. 20 6c 21. On marche cinq à fix fois, comme il fuit : 1,8 : î , 9 : 2, 8 : 2, 9 t
- 3.8 .*3,9 : quatre à cinq fois ,4,8 .‘4,9 é trois fois, 5,8 : 5, 9 : trois fois, 6,8 : 6? p -trois fois ,7,8 : 7,9. S’en retourner de la mémo maniéré , en recommençant par 6, 8. Les lames lèvent, en confidérant la progreftion naturelle 1
- 2,3 5 5cc. des marches, 1,5., 6,7,8 : 1,3,5’ 6,7,9, 10:2,4,6, 8, 9, io ; 1,2,4,6, 9,îo:2,3,4, 6,8,10 :ï,2,4, 5,6, 8,i0?
- 3^. J 4 3 S t ï 5 ? 7 5 5 ^2 IQ*
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- L’A R T D U
- N°. 2 6. Planche IX. Croifette fans envers.
- FABRICANT
- tingué par des X. On marche *,2,3,4 : 9
- ,3,4 • 5,6,7,8 : *3,14
- 10, u
- , io?
- ,*5’
- 11,12 : 1,2
- , Id:5,6,7,b:i,2,3,4:9,
- Seize marches & dix lames ; les fils rentres comme 1,2,3,4 : 5,6, 7, 8 : 13 5 îJ, 10 : y , au N°. 24. On marche 1, 16 , quatre ou cinq fois; 6 , 7 , 8 , pour agrandir le deffm. Il faut répéter
- , 12 16 :
- 15, deux fois; 13 , 14, quatre à cinq fois; 4, de fouler quatre marches autant de fois qu’on le , chacun deux fois ; 5 , 12, chacun deux fois ; jugera convenable.
- 13 ? _
- 6,11, chacun trois ou quatre fois ; 7,10, chacun deux fois ; 8, 9, quatre ou cinq fois ; revenir à la première en travaillant. Les lames lèvent 2, 4, 5,
- N°. 32. Planche X. Malbouroug
- 6, 7,8 10?
- 10 : :
- 7,5>,
- S, 10
- - ? 10
- 4, 6,
- ? 3 9 5
- 8,9, 10 : ï , 3,
- 56,7,9:2,4, 8, Vingt - quatre marches , Sc vingt - quatre lames
- 5.9 7
- 39 5
- : 2,4,6,« : 3 94 9 5'965799
- ^94?59^?89 *0 * 1 9 3 9 7 9 P. * 1
- 1,2,
- 2 „
- les fils pâlies en AV ou en zigzag ; marcher 1 , 3 , &c. jufqu’à 24.
- 3 9 3 9
- 5,7,9 5 9 7 9 P-
- 4, 6, 8, 10 : 1,2, 4, 6, 8, zo : N°. 33. Pl.X. Etoffe brochée à chaînons.
- N°. 27. P/. IX. Siléfîe en AV, ou Zigzag. Huit marches, huit lames ; les fils font paffés
- On a parlé ci-devant du broché à chaînons, qui s’exécute à la marche, fur les étoffes à pas fimple ou croifé. Il fe fait ainfi des camelots, des étamines Sc autres étoffes rafes Sc feches. Les chaînons font comme au N°. 26. On marche avec un feuf pied des parties de chaîne, distribuées fur une fécondé 1, 2,3,4, j, 6,7, 8; puis on recommence par enfouple placée au deffus de celle de la chaîne principale , Sc pallées dans dautres lames que celles qui fervent à faire le fond. Le plan de l’armure fuivante donnera l’idée de cette forte de travail. Pour l’exécution de ce deffin , il faut douze marches Sc dix lames , dont quatre pour fabriquer le fond de l’étoffe , Sc fix pour faire la figure. Le marcher efl 1
- 1. Les lames lèvent 3,4, y, 8 : <2,3,4, 7
- 8 . 3,6,7
- 2,3,0 :
- 2. 5> 6,7
- >5)» ;
- 9.4 9 5.9
- 497:
- .... 1 9 4 9 5 9 6*
- Quatre fils en broche.
- Pour faire des yeux de perdrix, il fuffit de marcher de la huitième à la feptieme, puis la fixieme , la cinquième, Sc c.
- N°. 28. Planche X. Siléfîe à bâton rompu.
- Dix marches Sc dix lames ; la rentrée des fils comme au N,° 27. On marche comme au même N°. 27;
- 12
- 7
- 5
- 11
- Æ
- X 9
- 10 : 3 , 9 3,10 : 2,
- •* 4?
- 11 :
- 8:5,7 : 6,
- 1,12. Quatre
- fils en broche, dans les parties où il y a figure , Sc deux feulement, où il n’y a queùiu fond.
- On voit qu’il n’y a pas de fils de chaînons paffés dans les lames du broché 1 Sc 12 , afin de pou-Sc l’on peut faire des yeux de perdrix avec le même voir féparer le deffm, Sc former une figure détachée.
- changement. Le deffm efl ici plus grand, Sc il fe forme un petit bouton qui nè fe trouve pas dans celui ci-deffus. Les lames lèvent 4, 5, 6, 10 :
- 69 4 9 59 9 * 2 9 3 ? 4 9 .6, 10 : 1, 5,9, 10 :
- 9 * 2,6 5 7, 8 * 1 9 î 9 Quatre fils en broche.
- 9 d ?
- 4?
- 6,
- N°. 29. Planche X. Siléfîe ou Cœur enflammé.
- Seize marches Sc dix lames ; les fils rentrés comme au N°. précédent. On foule 1,2,3, 4? Scc. jufqu’à 16. On revient par ly , 14, Scc. jul qu’à la première. Les lames lèvent 9 : 1,2,4,7, 10 : 1,2,3,6
- En répétant l’ufage de ces deux marches, on fait cette féparation à volonté. Cette étoffe fe travaille à l’envers ; le flotté de la matière à brocher fe trouve en deffus, Sc les o marquent les lames qui 8,9, ïo : 3,7,8, baiffent, pour faire le broché en deffous. Il en efl: 7* ainfi du lancé, maniéré de brocher par une fécondé
- trame de couleur, Sc quelquefois de matière différente. Cette autre pratique, beaucoup plus commune , Sc d’un ufage fréquent dans les fabriques de toileries , ne différé de la précédente, qu’en ce que les marches, qui font mouvoir les lames du fond , ne font pas les mêmes que celles qui font agir les lames par lefquelles on opéré la figure ;
- 39 65 7 9 8 9 9
- j, 8, 9, 10 : 4,7,8,9 5,6,7,8 : 1,4, 5, 6,7 : 2,3,5,6,9,10 I94979 5?9I° : *5 2, y,8,9? 1 ° : 1 2,1 3 ? 4? 7 • 2 9 3 9 4 9 5 :
- 1,2 , y , 6, 8, Sc qu’au lieu des fils de chaînons qui font paffés ,9,10 : 1,2
- 9^-9 2 -,
- 6, 9,10
- 4, < ,0,9 : 4, 5 36,
- Trois fils en broche.
- 3 9 39
- 10.
- dans celles-ci, ce font des fils de la chaîne du fond qui lèvent ou baiffent dans un temps différent de celui où fe fabrique le corps de l’étoffe. La figure du N°. 34 , qui efl: le même deffm que celui du N°. 3 3 , donne l’idée de cette différence.
- Dans la fabrication du lancé, on ouvre le pas de fond ; on trame ; on ferme le pas ; on foule la marche de la figure; on lance la matière du broché; on rouvre le pas de fond, Sc ainfi de fuite : au lieu qu’au broché à chaînons, le fond Sc la figure s’exécutent en même temps. Le flotté efl: fur la largeur au lancé ; il efl fur la longueur au broché à chaînons.
- Moyens de trouver la marche d’une étoffe par V échantillon.
- Après avoir donné la marche par laquelle on s’élève de l’idée d’un deffm à fon exécution, il n’eff pas hors de place d’indiquer la méthode de redefcendre de l’exécution aux élcmens, Sc d’établir les principes qui y conduifent.
- Si en tirant un fil de la trame, on apperçoit que les fils de la chaîne lèvent Sc baiffent alternativement , il efl évident que l’étoffe efl fabriquée à lames font employées à faire le deffm , & les huit pas fimple, que ce foit à deux ou quatre marches, autres la répétition qui efl: à côté, ce qui efl dif- Si à la première duite, deux fils de la chaîne,
- N°. 30. Planche X. Bâton rompu.
- Dix-fept marches & dix lames ; les fils paffés comme ci-deffus. On marche 1,2, 3,4. Scc. jufqu’à la dix-feptieme, Sc on recommence par la première. Les lames lèvent 1,4, 5,6,7,10 :
- 29 3 9 49 79 10 •* 1,
- 4 9 2, 8
- 5,6,9: 3,4, 5,8 * - ? 3,6,9, 10 : 1,2, 5,8,
- 10
- 7
- 3,
- 3,
- o, 7, 8 : L 4, 5,6,79 10 6, 7,
- 8
- 4,7, 8,9
- 4,7, 2,5, ^, 5,
- 89 9 9IO : 19 2? 3 5 ^,9,10 * 2,3,4,7,^ ^ • 3,4, 5,8 : 1,495969 7, I°-
- N°. 31. Planche X. Malbouroug.
- Seize lames 8c feize marches. Les huit premières
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- D’ÉTOFFES
- proche tun de l’autre , lèvent ou baillent à la fois, & qu’à la fécondé duite il s’en leve ou baiife également deux , mais l’un de ceux qui ont levé avec l’un de ceux qui ont baiffé , ôc ainfi de iuite, ce fera une fergë ordinaire , & la marche fera i & 2, 2 & 3 ? 3 & 4? ôcc. s’il n’y a que quatre marches.
- Si quatre fils" lèvent fur la première duite, ôc qu’un cinquième baiffe , ôc ainfi de fuite en s’éloignant toujours d’un fil, il y aura cinq lames : elles lèveront i , 2 , 3,4 : a , 3,4., j : 3,4, j , i : 4?j, i, 2 , ôcc. Ce fera une caïman de, un fatin.
- S’il eft queftion d’un -petit deffin, croix, mouche , fraife , ôcc. il faut procéder de même, Ôc fixer les objets de la maniéré fuivante.
- Tirez fur le papier plufieurs lignes droites, parallèles & rapprochées ; tirez-en d’autres qui coupent les premières à angles droits. Les unes repréfenteront les marches du métier, ôc les autres les lames. Dégagez un fil de la trame des fils défilés de la chaîne. Si le premier fil de chaîne eft par-delfus le fil de trame, marquez un o fur le premier point de fedion de la première colonne , qui annonce que ce fil a levé lorfque l’Ouvrier a foulé la marche. Si le fécond fil de chaîne effc pardeflous le fil de trame, ne marquez rien : celui-ci bailfoit, tandis que le premier levoit , Ôc ainfi de fuite , jufqu’à ce que vous rencontriez une colonne fem-blable à la première, ce qui indique que le dejîin eft fini quant à fa largeur.
- A l’égard de fa longueur, fuppofez une étoffe figurée telle que le Malbouroug du N°. 3 2 , & pofez fur les fedions de la prochaine ligne longitudinale Ôc de toutes les tranfverfales, des o qui indiquent tous les fils de la chaîne qui lèvent, ceux qui furmontent la trame ; continuez ainfi , jufqu’à ce qu’un nouveau fil indique une répétition exade d’élévation ôc d’abaiffement des mêmes fils de chaîne. Une nouvelle colonne , femblable à une précédente , annonce l’achèvement du deflin ; Ôc foit qu’elle foit longitudinale, foit qu’elle foit tranf-verfale, il la faut retrancher.
- La rentrée des fils eft déterminée par la nature de la croifure du deffin ; toujours du même côté, s’il en eft ainfi de la croifure ; ou en AV, fi elle eft en zigzag. S’il eft queftion d’une étoffe à côtes,
- EN LAINES. 47
- il faut doubler le nombre des lames employées port une étoffe croifée unie, ôc rentrer moitié en deffus , ôc moitiér^n deffous ; puifque les côtes, comme on l’a déjà obfervé, ne font qu’une fuite alternative d’endroits ôc d’envers, qui s’exécutent en même temps de chaque côté.
- Il eft auffi un moyen d’exécuter un petit deffin quelconque qu’on auroit feulement fur papier : celui de le rayer en long ôc en large , à la maniéré du papier à deffin. Comme les étoffes figurées uniquement par la chaîne ôc par la trame, ne pré-fentent que l’un pour le fond, Ôc l’autre pour la figure, n’importe jequel, il fuffit de favoir que l’envers offre toujours le contraire de l’endroit, c’eft-à-dire, la chaîne oppofée à la trame, ou la trame à la chaîne , ôc que toutes les parties correspondantes du deffin fe raffemblent de part ôc d’autre. Si l’on fuit un fil de la chaîne, en confidérant le fond de l’étoffe, là où ce fil difparoît plufieurs pas de fuite, commence la figure ; & là où il reparoît dominant, elle eft achevée.
- Il en eft ainfi de toutes les raies parallèles à la première, qui repréfentent les fils de la chaîne. La trame à fou tour prédominera où le deffin fera tracé , ôc l’on multipliera les points de croifure en raifon inverfe delcette prédominance, marquée par le plus ou le moins de plein de la figure fur le fond. Si elle couvre beaucoup , ce fera un pas de fatin. Ce fera un pas plus alongé encore, fi elle forme du flotté : je veux dire que la trame flottera, fi la figure ne paroît point piquée : fes fils ne feront point arrêtés par ceux de la chaîne. Si au contraire la figure eft rafe , qu’elle couvre peu le fond, il faudra ferrer la croifure , la faire fur des pas plus rapprochés : la figure fera fréquemment piquée.
- On peut donc ufer de tous les deffins qu’on rencontre, où ôc comrrfe on les trouve. On peut en former auffi à l’infini, ôc avec une très-grande facilité» Il n’y a qu’à voir dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1704, combien le P. Sébaftien Truchet a tiré de combinaifons de Amples carreaux mi-partis en deux couleurs par une ligne diagonale. Il en a préfenté trente deffins diffé-rens : il en avoit formé cent ; on peut en trouver mille.
- Mij
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- LA R T
- DU FABRICANT
- D’ÉTOFFES EN LAINES.
- SECONDE PARTIE.
- AIN'EMENT fabriqueroit-on les étoffes dans la élerniere perfedion, fi on ne les affujettit enfuite à un apprêt convenable à chaque efpece : elles erdent leur plus grand mérite , celui de flatter l’oeil u Confommateur, & de nourrir une idée de luxe én fe montrant avec éclat. La partie des apprêts eft très-variée, très-variable encore , 8c plus fufceptible qu’aucune autre de s’étendre 8c d’être perfectionnée. Je vais indiquer les procédés d’ufage pour chaque forte d’étoffes : il réitéra fans doute beaucoup de petites pratiques à fuppléer; mais comme elles diffe-fent coniidérablement , attendu que chacun a les tiennes, je m’en tiendrai aux méthodes générales.
- Les étoffes fe fabriquent, ou en matières teintes, avant ou après la filature, ou en matières écrues, pour être teintes en pièces. Les apprêts , qui varient beaucoup dans les différentes efpeces, different plus .encore dans l’un & l’autre cas. La première attention à avoir à l’égard des étoffes fabriquées en blanc , eft qu’elles foient parfaitement dégraiffées avant la teinture 8c les apprêts. La graille reffort 8c s’étend à la teinture; elle ternit les couleurs, 8c tache l’étoffe ; elle reffort, 8c tache autrement encore à la chaleur des apprêts ; elle gâte les cartons à la preffe , Sc les cartons gâtent les nouvelles étoffes dans l’apprêt defquelles on les emploie. Les ferges d’Aumale , celles de Blicourt, 8c quelques autres étoffes fabriquées à la campagne , font les plus fujettes à cet inconvénient, par l’ufage où font les Ouvriers de graiffer les ros avec de l’huile de la lampe, 8c de travailler mal-proprement.
- Audi faut-il employer à leur égard des agens propres à abforber , ou à fe combiner avec les parties graffes ; de maniéré qu’en chaffant les uns de l’étoffe , on la purge en même temps des autres. Il faut fouvent beaucoup de travail pour détremper 8c extraire les matières graffes, durcies dans les étoffes ; 8c ce genre de travail eft fufceptible d’un très-grand inconvénient, relativement à certains genres d’apprêts auxquels on les deftine ; il détord les fils ; il en dilate les parties ; il les incorpore les unes aux autres ; il foule l’étoffe enfin. Si la ferge d’Aumale ou de Blicourt eft deftinée à l’impreftion, il n’en eft que mieux qu’elle foit foulée, elle fer oit trop feche autrement : mais fi elle doit avoir du grain, on fent combien tous ces effets y feroient contraires ; ils ne le font pas moins à ce qu’elle acquière du luftre 8c de la fermeté : ce n’eft qu’un fil tors diftind 8c écrafé qui peut lui procurer l’un 8c l’autre. Cependant , lorfqu’une étoffe eft très-mal fabriquée, encore vaut-il mieux en rapprocher les fils, en couvrir les défauts par le foulage , que de les laiffer paraître. Il faut donc dégraiffer les étoffes fans les fouler : on y procédé de différentes maniérés. Celle ufitée à la campagne opéré rarement l’effet complet , 8c prefque jamais fans l’inconvénient : on eft toujours obligé ? lorf-
- qu’il eft queftion de couleurs claires & de blancs blanchis , de faire un nouveau dégraiffage. Elle confifte à prendre de la terre graffe, telle qu’elle fe préfente aux Ouvriers peu intelligens qui tiennent les moulins, à la détremper, à la verfer en plus ou moins grande quantité dans la pile, 8c à y faire battre l’étoffe jufqu’à ce qu’elle leur paroiffe dégraif-fée : alors on lui donne l’eau en plein ; on la retire; on la rend au Fabricant, qui la fait fécher, & elle eft mife dans le commerce.
- Je dis qu’on rend les étoffes mouillées au Fabricant , 8c il eft bon que celui-ci exige qu’elles foient ainfi , parce que les Foulonniers les étendent 8c les roulent même autour des arbres pour les faire fécher ; 8c lorfque ce font des chênes, des frênes 9 8c même des pommiers ou poiriers , les étoffes s’y tachent d’une teinture qu’il eft très-difficile de faire difparoître.
- Je ne dis rien des dangers d’employer de la terre mal choifie, mal paffée, peu détrempée, mêlée de gravoi?. Les étoffes en font râpées , 8c l’on voit la bourre qui s’en détache remplir les atteliers dont je parle. Un moyen plus efficace eft: de faire ce travail à l’urine feule , ou mêlée avec un peu de fiente de cochon , ou de crotin de mouton. Ce fluide gras 8c vifqueux pénétré , détrempe la matière, 8c forme aifément une nouvelle combinaifon avec les corps gras 8c huileux qu’il rencontre. On fait d’abord un léger foulage , feulement pour en bien imbiber l’étoffe, qu’on laiffe ainfi s’échauffer autant de temps qu’il eft nécef-faire pour que la fermentation qui s’y établit agiffe fortement fur les matières graffes, fans nuire aux parties conftituantes de l’étoffe, auxquelles elles adhèrent. Ce temps eft de huit, dix, douze heures en été, dix-huit, vingt, vingt-quatre en hiver. On remet l’étoffe dans la pile avec la première matière dont elle eft imbue, 8c on l’y travaille fun inftant : on lâche la pile , 8c on la lave en pleine eau. Au fieu d’urine feule, ou mêlée avec les ingrédiens qu’on vient d’indiquer , fouvent on n’emploie que le favon en petite dofe , mais toujours avec la chaleur dont il eft fait mention ; l’eau chaude même y ' feroit favorable dans certains cas. Le dégraiffage s’opère très-bien avec un bain de furge, c’eft-à* dire, avec de l’eau dans laquelle on a dégraiffé de la Laine en toifon non lavée avant la tonte : c’eft ainfi qu’on en ufe à l’égard des ferges de Saint-Lo , en les foulant aux pieds dans de grandes auges de bois creufées en forme cylindrique. Mais la maniéré la plus fimple, fouvent applicable , la moins en ufage en France faute d’y être connue, de dégraiffer parfaitement toutes fortes d’étoffes fans les durcir , fans en altérer les couleurs, fi- elles font teintes, qui les difpofeàafpirerla teinture 8c à bien réfléchir les couleurs , fi elles ne le font pas , c’eft de mettre du fon dans la pile ; de l’employer en plus ou
- moins
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- D’ÉTOFFES
- moins grandie quantité, avec peu d’eau d’abord, qu’on fait tiédir, fuivant le befoin.
- C’eft ainfi qu’on en ufe en Allemagne & ailleurs dans plulieurs Manufactures de draperies; que les Dégraiffeurs nettoient la plupart des habits , non fans quelque fecret, pour fe faire payer cher une opération qui ne coûte prefque rien : de même qu’ils lèvent les taches les plus invétérées, les matières les plus incorporées & durcies avec l’étoffe, celles mêmes qui réfiffent le plus à la terre à foulon, comme le cambouis , &c. avec du- jaune d’œuf, délayé fur la tache, 8c qui, en frottant, forme une écume favonneufe qui s’unit à la graiffe, dont on purge ainli en lavant , les étoffes de quelque matière qu’elles foient, fans plus d’altération des couleurs que l’eau pure n’eft capable d’en produire.
- Pour le dégraiffage limple, il faut des pilons fort légers ; ceux des moulins ordinaires y font peu propres. Lorfqu’on n’a pas un courant d’eau pour les faire mouvoir , il fuffit de deux chevrons de trois à quatre pouces d’écariffage, formant un chaffis de quinze, dix-huit à vingt pouces de large, fou-tenu par des traverfes, terminé au bas par une traverfe un peu plus longue 8c plus forte, 8c fuf-pendu verticalement à une planche ou des perches paffées entre les poutres du toit, 8c formant reffort : on place deffous une auge de bois ; 8c un Ouvrier, en appuyant de la main, fait jouer cette forte de pilon dans l’auge avec une grande facilité. En donnant de l’inclinaifon à l’auge , elle fera l’effet de la pile : l’étoffe y tournera également. Lorfque l’étoffe eft bien dégraiffée 8c dégorgée en riviere , on la feche, on la grille , & on la met en teinture. Si elle eft deflinée au blanc blanchi, il convient qu’elle foit grillée avant le dégrais. Dans tous les cas, il conviendroit mieux de commencer par l’opération du grillage ; mais les Ouvriers prétendent que l’étoffe eit alors plus difficile à dégraifler ; que la graiffe plus recuite , plus defféchée, fe détache avec plus de peine. Cette prétention elt très-fauffe , fur-tout fi l’on procédé au dégraiffage , l’étoffe étant encore chaude du grillage. Les pores de la matière font ouverts ; la graiffe a commencé d’entrer en diffolution ; elle fe combine plus aifément avec la terre ou le favon , 8c elle s’échappe plus promptement que d’aucune autre maniéré. Ainfi donc, pour procéder au blanc fin, on donne un léger foulage d’une fécondé eau de favon ; on y laine tremper l’étoffe pendant quelque temps; on la lave bien; on donne une nouvelle eau d’un premier bain de favon ; il n’en eft que mieux dans l’un & l’autre cas qu’elle foit un peu chaude, ainfi que l’eau dans laquelle on la lave bien au fortir de ce dernier favon; on la dégorge en riviere ; on la laifie égoutter quelque temps fur le chevalet ; on la paffe au bleu , fleur d’indigo , qu’on délaye en petite quantité dans de l’eau claire ; on la fait égoutter une bonne heure, 8c on la met au foufre pendant cinq à fix.
- Au fortir du foufroir , on la lave en riviere ; on la met au blanc d’Efpagne, 8c en même temps au bleu, qu’on délaye l’un 8c l’autre enfemble dans l’eau claire : on la" met au foufre une fécondé fois ; on la lave dans une légère eau de favon , 8c on la fait fécher ; puis on la paffe à l’étendoir ou corroi, & de là à la calandre ou à la preffe, ou à l’un 8c à l’autre , fuivant fa nature.
- Quoiqu’on puiffe en ufer ainfi pour toutes les fortes d’étoffes , 8c que ce foit la maniéré dont on les blanchiffe le mieux, il s’en faut qu’elle foit le plus pratiquée : ce n’eft point là le blanc ordinaire, pour lequel on fe contente de foufrer l’étoffe en premier lieu, mêmefeche, quelque mal fouvent qu’elle foit dégraiffée ; de la mettre enfuite au blanc de craie, de la laver, battre & bien dégorger en riviere ; de la paffer, ou de ne la point pafier au bleu ; de la
- EN LAINES. 49
- faire fécher au grand air ; de la mettre de nouveau au foufrage, 8c définitivement de la laver dans une légère eau de favon, pour lui ôter l’odeur pénétrante & dégoûtante du loufre. Il n’eft pas d’agent plus adif pour blanchir les étoffes, que l’acide vitrio-lique évaporé par la combuftion du foufre ; il ronge les couleurs, 8c détruit toute efpece de teinture interpofée fur la Laine ; mais indépendamment de l’odeur défagréable qu’il lui donne, il la rend âpre 8c rude au toucher ; ce n’eft que par les bains de favon qu’on lui donne de la douceur ; elle en acquiert d’autant plus, qu’elle y eft trempée 8c travaillée plus long-temps ; 8c le dernier bain de favon lui reftitue celle que le dernier foufrage lui avoit enlevée.
- Je ne crois pas qu’il foit néceffaire de décrire l’efpece d’étuve dans laquelle fe fait l’opération du foufrage ; c’eft tout uniment une chambre bien clofe , dans laquelle font des perches de bois, mifies en travers dans le haut , auxquelles font paffées des unes aux autres les étoffes par plis pendans jufqu’en bas, 8c où l’on introduit du foufre allumé dans un vafe de terre , un plat.
- On ne confidere point le dégraiffage comme fai-fantpartie du travail des Apprêteurs : leurs fondions commencent au débouilli des étoffes , 8c toutes celles dont il eft queftion dans cet Art y font fu-jettes , excepté les différentes fortes d’étamines de la fabrique d’Amiens, dont l’apprêt eft particulier à ces fortes d’étoffes. On peut y joindre les tamifes , qu’il eft fort inutile de débouillir, attendu que le principal mérite de l’apprêt de cette étoffe eft bien plus encore de lui donner de la fermeté 8c du luftre que de la douceur.
- J’ai dit cependant qu’il convenoit de griller les étoffes , ou d’en rafer le poil avant toute autre opération; mais il n’y a pas long-temps qu’on fait celle-ci, 8c elle ne convient qu’aux étoffes rafes, foit qu’on leur donne un apprêt mat ou brillant, 8c nullement aux étoffes à grains, comme le camelot , le baracan, &c. Le grillage fe fait à la plaque * ou fur un corroi ou étendoir : mécanique du plus grand ufage dans toutes les fortes d’apprêts, 8c qui confifte en un affemblage très-folide de quatre piliers verticaux, à hauteur d’appui, par des traverfes horizontales qui les unifient haut & bas. Aux deux extrémités, 8c au deffous du plan ftipérieur 8c horizontal que forme ce cadre , font des entailles 8c des fupports deftinés à recevoir les rouleaux de bois fur lefquels s’enroule 8c fe déroule l’étoffe. Plufieurs autres cylindres 8c barres de bois 8c dé fer, quelques - uns mobiles fur leur axe , les autres fixes , font diftribués en travers de ce cadre , à des hauteurs différentes, pour que l’étoffe paffe alternativement deffus 8c deffous les unes 8c les autres, 8c que par la réfiftance qu’elle trouve dans ces frottemens, elle fe dépliffe 8c s’étende parfaitement. S’il eft queftion de corroyer l’étoffe telle qu’elle doit l’être dans les circonuances qu’on indiquera, il faut ajouter deux barres de fer , pofées horizontalement près du fol, pour fupporter une poêle de feu de charbon très-ardent, fur lequel fe paffe 8c repaffe quelquefois l’étoffe.
- Si l’on ne veut que la griller , en rafer le poil à l’efprit de vin , on place une petite auge en gouttière demi-cylindrique , de cuivre étamé, Sc remplie de la liqueur , un peu en avant, très-près 8c au deffus d’un rouleau mobile, qu’on tourne, recule ou approche fuivant le befoin , fur lequel paffe l’étoffe fans s’y enrouler. La flamme de l’efpric de vin brûle très-bien le poil de cette maniéré : on pourroit y adapter une broffe qui le relevât avant,
- 8c une autre, ou une barre de fer un peu tranchante, pour nettoyer en même temps l’étoffe des bulbes crifpées des poils brûlés* pour donner le
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- IM RT DU FABRICANT mouvement au corroi, & faire paffer l’étoffe du leurs ; on acquiert une mauvaife réputation, & l’on cylindre qui en eft chargé fur un autre, il faut manque de gagner légitimement au centuple de ce adapter celui-ci dans l’axe d’une roue dentée qui qu on réalité par la Iraude. A Lmtz, au heu du s’engraine dans une lanterne, à laquelle l’Ouvrier, brafier ardent, on lait paffer 1 étoffé lur un cylindre
- au moyen delà manivelle, donne un mouvement .............." ..... J'u
- creux, en cuivre, de huit pouces de diamètre, dans lequel on met des boulons de fer rouge. De cette maniéré, la chaleur eft plus égale, elle deffeche moins l'étoffe , & l’opération eft moins fujette aux accidens; mais elle eft en général peu grainée. Il eft effentiel de vifiter avant le débouilli ou le bain quelconque, les camelots Sc autres étoffes fa-corroi7 Sc à froid ; on les ^enveloppe d’une triple briquées en couleurs, pour en ôter les taches que
- qu’il peut faciliter Sc régler par un balancier. Débouilli des Etoffes.
- On les enroule fortement fur un rouleau de bois blanc, de trois à quatre pouces de diamètre, au
- toile ; & l’on place ainfi autant de rouleaux , verti calement, près les uns des autres, dans une chau-xliere remplie d’eau de riviere, qu’on a eu la précaution de faire bouillir & d’écumer. On les laiffe bouillir pendant une heure Sc demie ; Sc on s’en tient là , fi ce font des étoffes légères, faciles à pénétrer, comme les ferges d’Aumale, celles de Blicourt , les camelots à teindre, &c. Mais les ferges de Rome , de Minorque, les calmandes, les prunelles, les bafins à côte , les grains d’orge, Sc autres étoffes chargées de matières, & d’une fabrication ferrée , veulent être bouillies une fécondé fois. On les change de rouleau, les parties les plus intérieures fe trouvent en deffus ; Sc par cette nouvelle opération, toutes font également pénétrées. On a foin de faire bouillir les premières, celles des étoffes qu’on deftine aux couleurs noire, brune, bleu de Roi, vert de Saxe, parce que la crudité de l’eau des premiers bains, les noircit toujours un peu. On paffe les dernieres, celles pour les couleurs claires & vives. Au fortir de ce bain, on les laiffe refroidir fur le rouleau même, Sc on les livre
- les Ouvriers peuvent y avoir faites en les travaillant. On enleve ces taches avec de la craie de Briançon pulvérifée, à l’aide d’un fer chaud, Sc d’un papier brouillard interpofé. On emploieroit le favon de Gênes avec fuccès, fi les couleurs pou-voient en fupporter l’aftion. Après l’opération du corroi à chaud & ferré, on laiffe ainfi l’étoffe fur le rouleau pendant vingt-quatre heures, ou plus; on la porte à la calandre, où elle eftremife de nouveau fur un rouleau de quatre à cinq pouces de diamètre ; on en arrête le dernier bout avec du fil, fur les lifieres mêmes, Sc on la met fous la calandre, qui ne fauroit être trop chargée , de même que les étoffes , trop ferrées fur le rouleau, pour foutenir l’effort du poids confidérable qui les comprime. Elle n’écrafe cependant pas le grain, mais elle le roule en différens fens, & adoucit l’étoffe. On donne ainfi autant de tours de calandre, qu’on les juge néceffaires pour produire cet effet.
- Dès que la piece commence à s’ébouler, on la retire de deiïous la calandre, on la déroule ; Sc fi. elle n’eft pas affez calandrée, on la remonte fur le
- ainfi pour être mifes en teinture. Je dis qu’il faut rouleau, &.on la travaille de nouveau autant de fois les laiffer refroidir ; mais j’ajoute qu’il ne faut les qu’il eft néceffaire. Si on ne la retiroit pas auffi-tôt,
- laiffer ainfi fur le rouleau , que le temps néceffaire pour opérer ce refroidiffement, car elles pafferoient bientôt à une nouvelle chaleur de fermentation qui les gâteroit, fur-tout fi elles étoient empilées ou appuyées les unes fur les autres. A l’égard des étoffes fabriquées en couleur, on a beaucoup varié dans la maniéré de les apprêter. On bouilloit le camelot comme on vient de l’indiquer ; mais on l’a mélangé, ou compofé en entier, de couleurs
- iï s’y formeroit des plis & un tiraillement qui en défordonneroit le tiftu, qui la couperoit, ladéchi-reroit enfin.
- Il eft peu d’étoffes à qui la calandre foit très-propre pour dernier apprêt, Sc qu’il ne foit beaucoup mieux de preffer enfuite. Le corroi à chaud, à feu nud, durcit toujours la Laine; il feroit mieux, dans tous les cas, de le faire à froid, l’étoffe un peu humide, pour la bien étendre Sc en effacer les plis; fi délicates, de nuances fi légères, déterminées par le c’eft de la preffe qu’on doit attendre de la fermeté, goût du temps, qu’on a eu raifon de craindre l’effet du luftre, Sc en même temps de la douceur, La du bouilli. Les uns le trempent à l’eau chaude , chaleur, qui s’infinue lentement dans l’étoffe, qui fe d’autres à l’eau tiede ; ceux-ci feulement à l’eau froi- diffipe de même après y être reftée long-temps , eft de ; ceux-là ne font que l’afperger. Quand on le feule capable de produire tous ces effets. Le cylindre mouille en plein, comme il eft d’ufage général, on peut donner du luftre, mais ce n’eft qu’en écrafant le pofe enfuite fur une lifiere, peu après on le pofe la matière, qu’en alongeant l’étoffe, Sc la détériorant, fur l’autre ; Sc lorfqu’on le juge par-tout également loin de lui donner du corps. Le baracan, qui eft pénétré, Sc que l’eau en eft égouttée , on le une étoffe plus ferrée, plus dure que le camelot, fait fécher; puis, encore moite, on le paffe au doit fe traiter différemment. Au fortir du métier, on corroi fur le brafier ardent; il y prend du corps l’étend fur une banc de Tondeurs; on en releve le par la dilatation de fes parties; il s’y nourrit même, poil avec une vieille carde, Sc on le coupe avec fi l’on n’abufe pas de la facilité de lui donner une des forces de la même maniéré qu’on tond les draps, extenfion qui brife le reffort de la matière Sc dégrade En Angleterre Sc en Allemagne , on ne tond pas l’étoffe, ou qui la tiraillant outre mefure par parties le baracan, on le brûle: on a tenté cette opération inégales fuivant la difpofition de fes fibres, laquelle en France; mais on s’eft apperçu que lorfque la lui donne plus ou moins de facilité à fe détendre, filature Sc la fabrication n’étoient pas bien égales, la fait fe raccourcir & friper de toutes parts, lorf- les imperfections s’en découvroient davantage; on que l’humidité, dilatant de nouveau ces parties con- a cru d’ailleurs qu’elle le rendoit plus fec, Sc l’on traintes par la preffion, leur laiffe la faculté de réagir a généralement repris l’ufage de le tondre. On le fur elles-mêmes. Cette miférable pratique, qui ne fait paffer de là aux Epointeufes, Epotoyeufes, peut être fondée que fur une maladroite cupidité, Nopeufes , pour en tirer avec les pinces , ou ajoute un nouvel inconvénient, ou plutôt une nou- avec la pointe dont elles font armées , toutes les velle dégradation au camelot; elle lui ôte le grain, ordures, les ‘nœuds , les bouillons qui s’yren-
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- pour obtenir^ le prix de quelques aunes d’étoffes actuellement, ou deftinées à des couleurs noire , de plus, on mécontente un Correfpondant, qui reçoit brun foncé, bleu de Roi, Sc autres très-rembrunies ; des reproches Sc fe voit abandonné des confomma* autrement les bouillons qui s’étendent à la chaleur,
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- D’ÉTOFFES
- les pailles & autres ordures noirciffent 6c font tache.
- On foule enfuite le baracan à la terre gralfe ; Ton s’en tiendroit à un fimple revicage, s’il fuffifoit pour le purger de la graiffe 6c des ordures qu’il peut contenir. On le corroie, pour l’étendre 6c le tenir en largeur , & on le fait bouillir dans la chaudière, fur le rouleau, comme il a été dit précédemment, pendant deux heures ; au bout duquel temps on retire le rouleau, on le met debout dans un coin de l’attelier, 6c on l’y laiffe jufqu’à ce que l’étoffe foit refroidie. On obl’erve, lorfquon met plufieurs rouleaux dans la chaudière, que les couleurs des différentes pièces , dont il peut s’échapper quelques parties dans le bain, ne s’altèrent ou ne fe terniflent point les unes les autres. Onrevique encore l’étoffe,
- On la rebout, également très-ferrée, avec l’attention de mettre fur le rouleau, en deffous, la partie qui étoit en deffus au premier bouilliffage ; on la re-paffe au corroi à chaud, on la met à la calandre, ôc définitivement à la preffe.
- Le baracan d’Amiens , beaucoup plus gros, plus fort, plus dur encore que le précédent, qui fe fabrique en blanc pour être teint en piece, 6c qui fe con-fjmme, principalement en Normandie 6c en Bretagne, en capotes à l’ufage du Peuple; ce baracan, dis-je, fe débout deux fois fuccefîivement, en le changeant de rouleau ; on le fait reviquer, ôc teindre enfuite. Après la teinture, avant qu’il foit parfaitement fec, on l’afperge d’une eau chaude, dans laquelle on â fait diffoudre une petite quantité de colle forte d’Angleterre; on le corroie à chaud; on en pofe cinq à fix pièces , à côté , 6c croifées les unes fur les autres, fur une chaudière d’eau pure, qu’on fait bouillir. On couvre le tout d’une étoffe groftiere; la vapeur pénétré les étoffes, elle étend la colle ; après quatre à cinq heures on les leve, on les fait fécher, ôc l’apprêt eft fini. D’autres font fimplement diffoudre de la gomme Arabique dans de l’eau chaude; ils y trempent ce baracan, ils le font fécher, 6c le corroient. Son grand mérite, aux yeux du Confommateur, eft d’avoir beaucoup de fermeté, fans être trop dur ni caftant. Les Anglois font bouillir fur les buhots ou bobines, les fils de la chaîne du baracan, avant de l’ourdir ; mais ils n’évitent pas par-là le gripage auquel il eft beaucoup plus fujet que le nôtre; il eft aufti plus fec, plus fujet à fe couper & à fe graiffer, fans doute parce qu’ils ne le reviquent pas ôc ne le débouillent pas comme nous le faifons ; opérations qui lui donnent toute la douceur dont il eft fufceptible. Siles baracans Anglois font ordinairement plus grainés, plus bril-lans, plus unis, que la cannelure en foit plus nette, c’eft uniquement à la qualité de leurs matières qu’ils doivent cette fupériorité ; ôc nous ne leur cédons rien à cet égard en ce qui eft de pure induftrie.
- Nous avons obfervé qu’il eft inutile de faire bouillir la tamife, ôc nous en avons dit les raifons ; ce font les mêmes qui rendent inutile la calandre pour fon apprêt. On fabrique toujours la tamife en blanc, parce que la maniéré de la griller pour fubir l’apprêt Anglois ( maniéré propre à beaucoup d’autres étoffes ôc apprêts fupérieurs à tous les autres ) terniroit la plupart des couleurs. On s’en tient à leur égard à les corroyer au fec Ôc à froid, après la teinture, ôc à les preffer. Il en eft de même de toutes les étoffes croifées ôc fabriquées en blanc , avec quelques différences, qu’on va expliquer ,pour certaines efpeces. Ces différences n’ont point lieu pour les ferges d’Aumale , ni pour celles de Blicourt, qui, après la teinture , fe corroient également à froid, Ôc fe preffent enfuite. La prunelle fe corroie à chaud , Ôc fe calandre feulement La calmande fe corroie à chaud , & fe preffe enfuite. Les tur-quoifes, les ferges de Rome, de Minorque, doubles croifées, &c. fe corroient ôc fe. preffent. A l’égard
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- du grain d’orge, du bafin à côte , Ôc même de toutes les étoffes figurées en blanc, Ôc qu’on cylindre maladroitement quelquefois , puifqu’on détruit par-là l’effet du deffin relevé , en l’écrafant entièrement , on devroit fe contenter de les corroyer , ou de les preffer dans le goût des étoffes grainées, en adouciffant ôc luftrant le grain fans le détruire. Si l’on pouvoit admettre l’effet du cylindre comme favorable à quelque forte d’étoffe/ce feroit feulement fui les méfies , peaux de poule, malbourougs ôc autres petites étoffes de figures coloriées, qui tranchent avec le fond ; mais en toute circonftance la preffe eft toujours préférable.
- De la Preffe,
- L’opération de la Preffe eft éffentîeÜe dans les apprêts ; je ne dirai pas qu’elle l’eft plus qu’une autre , parce que toutes les opérations fe tiennent ^
- Ôc qu’il fufftt d’une d’entre elles malfaite ^ pour faire manquer toutes les autres. Chacun a fa petite pratique , ôc tous en font un grand fecret. Les uns* humedent un peu les étoffes avant de les preffer § quelques-uns même n’y mettent rien, ôc les preffent' feches. On les plie par feuillets , lorfqu’elles font bien étendues par le corroi, ôc qu’il a produit fur elles l’effet de la rame fur les draps. On y met des cartons à l’endroit ôc à l’envers ; les plus vieux ici > ôc les plus nouveaux là : les plus fins, les plus durs , les plus liffes ôc les plus brillans pour les étoffes glacées , afin qu’ils réagiffent fur elles, Ôc qu’ils n’en foient pas atteints; d’infiniment plus mous ôc fans luf-tre pour les étoffes dont le grain doit fe conferver , fe nourrir même , Ôc fe luftrer en pénétrant dans le carton. On fait que pour les premières il faut une très-grande chaleur ôc une très-forte preffion : il faut l’une ôc l’autre moindre dans le fécond cas.
- On range en pile fous la Preffe les étoffes cartonnées ; on en met de vingt-cinq à trente pièces de trente aunes les unes fur les autres, en interpofant à chacune, formant la bafe, Ôc couvrant la pile d’une plaque de fer forgé ou battu, de trois à quatre lignes d’épaiffeur , ôc chaude prefque au rouge. On tempere l’effet trop violent de la grande chaleur des plaques fur les étoffes, en les en féparant par une planche ôc quelques gros cartons : il feroit mieux qu’elles euffent un degré de chaleur,, tel que l’on ne fût point obligé d’y mettre ces planches.*On ferre la Preffe avec un levier paffé dans une lanterne adaptée au bas de la vis , ou dans un trou qui y eft percé à deffein : quelquefois on y ajoute un cabeftan, ou autre mécanique de ce genre. On laiffe ainfi les étoffes fous le repos de la Preffe pendant douze à. quinze heures : il feroit mieux de les y laiffer refroidir entièrement. On les rechange, c’eft-à-dire qu’on les replie ôc qu’on les cartonne de nouveau ; de maniéré que le pli du feuillet formé par le bord du carton, fe trouve placé entre les cartons mêmes, pour y être applati, preffé ôc luftré comme les autres parties : on les preffe une fécondé fois, en procédant comme à la première. Si les cartons ont été faits avec des chiffons broyés fous des maillets garnis de fer, qu’il s’en foit détaché quelques paillettes , que la pâte n’en foit pas bien purgée , ôc qu’il s’en retrouve quelques-unes fur les cartons, ce qui arrive fréquemment, il faut éviter avec grand foin d’employer ceux-ci dans les couleurs rofe, écarlate , cramoifi, &c. L’acide nitreux, qui entre dans la compofition de ces couleurs, cjécompoferoit le fer, ôc tacheroit les étoffes fans remede : il faudrait les mettre en noir.
- Mémoire demandé par ? Adminijlration , fur les Apprêts des Étamines du Mans.
- Au fortix du métier, on porte l’Etamine au
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- L’ART DU FABRICANT
- Bureau de Fabrique, pour y recevoir le plomb ; elle l’autre , plus vite cependant au moulin ; mais il eft
- paffe de là chez le Dégraiffeur, pour y être purgée —------1-----
- de fa graille. Avant de parler de cette opération, je vais décrire la compofition du bain qu’on y emploie , & les uftenfiies dont on fe fert.
- Compofition du Bain.
- Ce bain efl compofé de lelîive neuve , 6c de leffïve vieille par parties égales. La lelîive neuve fe fait dans une chaudière contenant environ quatre à cinq cents pintes ( i ) ; on la remplit d’eau ; on allume le feu fous la chaudière ; on la chauffe juf* qu’au bouillon ; on y met environ dix boifteaux (2) de cendre ; on la fait bouillir pendant quatre heures, puis on la laiffe dépofer ; on vuide enfuite cette lelîive dans une fécondé chaudière, dans une troi-
- fujet à beaucoup d’inconvéniens , comme les grandes eaux, la féchereffe, les réparations fréquentes 6c conlidérables.
- Le moulin à dégorger eft conlîruit comme tous les autres moulins à foulon : c’eft une cuve de deux pieds deux pouces en carré & profondeur , dans laquelle, par le moyen de l’arbre tournant, viennent frapper deux maillets ou pilons pofés horizontalement.
- Degrais.
- Pour dégraiffer une piece d’étamine, on la plie en deux, puis on la roule de façon que les deux bouts réunis fe trouvent en dehors : elle préfente un pied de furface, qu’on appelle carre ; on la met après cela tremper deux ou trois heures dans un
- fieme, enfin dans une quatrième, en laiffant tou- baquet plein de vieille leffïve dégourdie, refte du
- jours dépofer dans chacune, pour qu’elle foit bien clarifiée.
- La leîïive vieille ou bourgeoife, eft celle qu’on acheté chez les Particuliers qui font la leîïive, 6c qui la vendent quatre fous la feille ou feau contenant quatorze à quinze pintes. Il y a dans l’attelier une chaudière contenant environ vingt féaux , fous laquelle il y a toujours un feu modéré ; on remplit cette chaudière de leflîve , moitié vieille , moitié neuve ; on y met quatre à cinq livres de favon noir, 6c un morceau de favon blanc d’une livre ou d’une livre 6c demie , pour adoucir le bain ; 6c à mefure qu’on confomme du bain, on remet de la leîïive 6c du favon à proportion. Il entre communément deux livres de favon noir, 6c deux livres de favon blanc par piece d’étamine , tant pour la dégraiffer que pour la dégorger au moulin , en fup-pofant toutefois qu’on ne foit pas obligé de la repaffer.
- Ufienfiles.
- Le vaiffeau avec lequel on verfe la leîïive dans la piece, eft un petit feau à anfe de bois, qui peut contenir trois à quatre pintes.
- La table fur laquelle eft dépofée la piece pour être dégraiffée, eft longue , garnie d’un rebord, élevée de vingt-deux pouces , 6c un peu inclinée vers un bout qui fe termine en bec , pour conduire le bain qui fort de la piece dans une feille placée au deffous , afin qu’il ne foit pas perdu'; 6c quand elle eft pleine, on la revuide dans la chaudière.
- Le battoir a quatorze pouces de long, un pied
- dernier bain, lequel fe trouve imprégné de favon ; après quoi le Dégraiffeur pofe la piece debout fur une lifiere, verfe dedans plein le petit feau de bain , la remet fur fon plat, lui donne fept à huit coups de battoir alternativement fur une moitié 6c fur l’autre, la largeur du battoir ne faifant guere plus de la moitié de l’étamine; puis il la remet debout fur l’autre lifiere, verfe également dedans la petite feille pleine de bain , 6c la bat, après avoir changé la carre ou furface : il recommence jufqu’à dix ou douze fois cette opération ; il déroule après cela la piece, pour la rouler dans l’autre fens, 6c remettre en dedans ce qui étoit en deffus ; il recommence encore dix ou douze fois la même opération, 6c la piece eft dégraiffée.
- Dégorgement en blanc.
- On la porte enfuite au moulin à dégorger ; on met quatre à cinq pièces dans la cuve ; on arrofe toujours ces pièces avec une eau de favon blanc : il en faut une livre environ par piece ; on les fait tourner ainfi trois ou quatre heures à l’eau de favon, 6c demi-heure ou trois quarts d’heum-à l’eau claire, ce qui fuffit pour les dégorger.
- Êtendoirs.
- On les met après cela aux êtendoirs : ils ont environ cent foixante pieds de long. Ce font des poteaux à quatre ou cinq pieds de diftance les uns des autres, le long defquels régné , à fix pieds d’élé—
- de large , trois pouces d’épaiffeur du côté du man- vation , une traverfe de fer garnie de plufieurs cro-
- che , 6c va en diminuant vers le bout, qui n’a que deux pouces. Le manche a à peu près dix-huit pouces de long.. Ce battoir pefe de dix-huit à vingt-quatre livres.
- Le Dégraiffeur a devant lui, en forme 6c de la
- chets rivés 6c tôurnans. On affujettit le bout de la piece dans fa largeur, à un bâton que l’on attache avec des cordes à ces crochets ; on va enfuite accrocher l’autre bout de la piece monté auffi fur un bâton , à la traverfe régnante le long des poteaux
- largeur d’un tablier , une planche, dans le milieu de de l’autre extrémité de l’étendoir ; de façon qu’elle laquelle il y a une piece de bois rapportée, qui eft refte étendue en l’air dans toute fa longueur 6c affez épaiffe 6c creufe dans le milieu ; 6c après cha- largeur. On la range ainfi plus ou moins, fuivant que coup de battoir , le bout du manche vient la largeur de l’étendoir, en laiffant un pied environ répondre dans le trou, ce qui donne la facilité de entre chaque piece. Le fond de l’étendoir eft en l’enlever en formant un arcboutant. gazon , afin qu’en cas d’accident les pièces ne puif-
- II y a auftî des moulins à eau dans lefquels on fent pas fe gâter, dégraiffe. L’opération s’y fait comme au battoir : la
- feule différence eft, qu’au lieu de table on pofe la piece fur une cuve plate, un peu inclinée en devant, percée à un coin , pour que la leflîve qui fort aille s’y rendre , 6c coule par un bec dans la feille qui eît au deffous. Un arbre tournant fait lever alter-
- Êp.
- reuve.
- La piece feche, on la plie 6c on la reporte au Marchand, qui l’éprouve plis par plis, pour juger fi elle eft parfaitement dégraiffée. Cette épreuve fe
- nativement deux pilons pofés perpendiculairement, fait en poudrant chaque pli avec une terre jaune 6c dont le bout eft en forme de battoir. L’opéra- très-fine 6c très-feche. Avec le bout des doigts, on tion fe fait également bien par l’un comme par frappe daus plufieurs endroits du pli, puis on le
- (1) Trois pintes du Mans font quatre pintes de Paris.
- (i) Le boUTeau du Mans pefe trente livres,
- fçcoue*
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- D’Ê T O F F E S
- fecoue. Toutes les places où il a pu s’attacher de la terre;, font mal dégraiffées ; on renvoie la piece en ce cas au Dégraiffeur. Si c’eft d’un bout à l’autre, il eft obligé de la repaffer, c’eft-à-dire, de recommencer toute fon opération, S’il n’y a que quelques taches, il fe contente de les frotter avec du favon blanc; puis il verfe quelques petites feilles de leftive, ôc la rebat au battoir en proportion du befoin, Le mauvais lavage des Laines met quelquefois dans la dure néceffité de repalfer jufqu’à trois fois, ce qui fait toujours tort à la qualité de la piece. Dans tous les cas, on ne peut repalfer une piece en tout ou en partie, qu’on ne foit obligé de la rapporter au moulin à dégorger, & de la faire tourner le
- même temps, & avec la même quantité de favon.
- v
- Le Chardon.
- La piece bien dégrailfée 6c bien dégorgée, eft iremife entre les mains des Chardonneurs. Cette opération fe fait en palfant le bout de la piece fui» un rouleau attaché au mur : on la tire huit ou dix tours, avec des Chardons vieux, montés, comme par-tout, fur une croix, ôc on lui donne trois ou quatre tours de Chardons neufs, pour lui procurer ce poil ou duvet dont l’Etranger eli fi jaloux.
- Débouilli.
- Cette opération faite, on monte la piece bien Ferme fur un rouleau de bois de trois à quatre pouces de diamètre , auquel il y a une rainure, dans laquelle on pofe le bout de la piece , 6c qu’on y contient par le moyen d’une vergue ou verdillon, qu’on y fait entrer. 11 y a à chaque bout du rouleau un tourillon, l’un delquels eft terminé par un dé, dans lequel on rapporte une clef, qui fert de manivelle quand on veut le tourner. On met la piece toute montée fur fon rouleau, dans une chaudière pleine d’eau chaude, au point d’y tenir à peine la main ; on l’y laiffe pendant deux heures, après lef-quelles on la retire pour la lifer une & fouvent deux fois , fuivant le befoin. Par la façon dont fe fait cette opération, elle fe trouve , comme on le verra par la fuite, remontée fur un autre rouleau, & on la remet ainfi dans la chaudière pleine d’eau, au même degré de chaleur ; on l’y laiffe quatre ou cinq heures ; on la retire, 6c on la laiffe trente-ftx heures fur le rouleau, pour refroidir. Suivant la grandeur de la cuve, on en met une certaine quantité débouillir à la fois. Quand ce font des pièces fines pour mettre en couleur, on prend la précaution de les envelopper fur le rouleau avec une ferpiliiere, pour éviter que la cuve ou quelque autre accident puiffe la tacher,
- Cette piece bien refroidie, on la déroule, on la porte toute mouillée au Bureau des Marchands, pour y recevoir le plomb de vu pour noir : elle eft enfuite remife au Teinturier, pour être guedée 6c mife en noir.
- Teinture.
- Ces procédés , connus de tout le monde, 6c exécutés , comme par-tout, à la cuve au paftel pour le guede , à la couperofe 6c à la noix de galle pour la bruniture , n’ont pas befoin d’être décrits ( ce n en ejl pas le lieu du moins : on Je réferve d'en traiter ailleurs').
- Avant d’entrer dans le détail des opérations qui fuivent la Teinture, je vais expliquer la façon dont fe pratique le lifage.
- Lifoir*
- Le Lifoir ou Dreffoir eft un carré de trois pieds
- EN LAINES. 55
- 6c demi de long, fur deux pieds dix pouces dé large, compofé de quatre poteaux forts, de trois pieds trois pouces de haut , affemblés dans le bas par quatre traverfes de deux à trois pouces, 6c à deux pieds 6c demi de terre dans le haut, affemblés par quatre autres traverfes de cinq à fix pouces de largeur. Chaque poteau eft échancré dans le haut, pour recevoir les tourillons des rouleaux qui doivent être pofés à chaque bout du Dreffoir ; 6c dans lé milieu du carré long, il y a cinq barres affemblées aux traverfes du haut fur la largeur ; elles ont deux pouces de large, 6c font à un demi-pouce environ de diftance les unes des autres ; celle du milieu eft ronde. A la traverfe d’un des bouts ou derrière du Dreffoir, il y a de chaque côté un corroi d’un pouce ôc demi de large, à chacun defquels pend un poids d’environ vingt livres,
- Lifage en blanc.
- Pour lifer une piece d’étamine , on fait entréf les tourillons du rouleau fur lequel eft montée la piece, dans les échancrures des poteaux du derrière du dreffoir, où font attachés les corrois, qu’on paffe pardeffus chacune des lifieres, pour les contenir au moyen des poids qui font au bout ; on prend le bout de l’étamine , qu’on paffe fur la première, fous la fécondé , fur la troifieme, fous la quatrième, ôc enfin fur la cinquième barre ; on conduit le bout jufqu’au rouleau vuide qui eft dans les échancrures 'des poteaux de l’autre extrémité , au devant du dreffoir, 6c fur lequel on l’affujettit par le moyen de la rainure 6c du verdillon. Il faut quatre hommes pour lifer une piece : l’un tourne le rouleau de devant pour rouler l’étamine, ce qui déroule en même temps de deffus l’autre rouleau , derrière lequel eft un fécond homme qui contient la piece bien ferme avec fes deux mains, vu qu’elle ne le feroit pas fuffilamment par les deux corrois ; Sc pendant ce temps-là, deux autres hommes tiennent les lifieres des étamines, qu’ils tirent chacun de leur côté , à mefure qu’elle paffe, pour la ramener à fa laize, Sc là décrifper en même temps. Dans l’hiver, lorfqu’il fait bien froid, on met dans le milieu du carré , au deffous de l’étamine, un réchaud, dans lequel il y à un feu modéré, pour lui donner la facilité de couler ; comme auffi, Vu qu’elle eft: mouillée, pour empêcher qu’elle ne gele Sc ne fe caffe.
- Je reviens à la fuite des opérations.
- Dégorgement en noir.
- Le Teinturier , après avoir tiré la piece dé îa chaudière , 6c lui avoir donné l’évent, la lave à la riviere, ce qui s’appelle rincer ; puis il la renvoie au Dégraiffeur, qui la remet au moulin à dégorger , dans lequel elle tourne à l’eau claire pendant environ une heure 6c demie ; il la roule enfuite comme pour le dégrais , c’eft-à-dire , fans rouleau; il verfe dedans de l’eau chaude, au point d’y tenir la main ; il la bat avec le battoir pendant environ un quart d’heure, en verfant de temps en temps de l’eau chaude , tantôt par une lifiere , tantôt par l’autre, Sc en changeant la carre, comme il fait pour le dégrais ; Sc par cette opération il parvient à en faire fortir le teint, au point qu’elle rend l’eau claire ; après quoi il la remet à l’étendoir.
- Epluchement.
- Quand la piece eft bien feche, des femmes l’épluchent ôc la nettoient avec des pinces Sc des verges pareilles à celles dont on fe fert pour les draps, à la réferve que les pinces, au lieu d’être pointues,
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- ont demVpouee de large. Cn tire avec foin toutes les pailles, ordures, dis de laine , ôc autres corps étrangers qui peuvent s’y trouver ; on la remonte apres cela fur un rouleau, pour la lifer en noir.
- Lifage en noir.
- Cette opération eft la même que celle du Lifage en blanc, à la réferv-e que , comme la piece eft féche, celui qui tourne le rouleau de devant pour remonter la piece , arrofe avec une poignée d’hy-fope & de l’eau l’étamine qui eft dans le carré, pour donner aux Lifeurs la facilité de l’étendre & de la décrifper. Cette opération demande beaucoup d’attention pour ramener l’étamine à fa largeur, Sc la rendre bien unie.
- Le Four.
- La piece, par l’opération du lifage , fe trouve toute remontée fur un rouleau ; on l’enveloppe de papiers ; on la recouvre enfuite avec une ferpiliere bien attachée aux deux bouts du rouleau , & on la met ainfi dans un Four chaud, au même degré que quand on a tiré le pain ; on en met une quantité proportionnée à fa grandeur ; on l’y lai lie cinq heures; on la retire; on la life encore une fois; on la remet autant de temps au Four; après quoi ou la retire , & on la laiflé trois jours fur le rouleau, pour refroidir.
- La Preffe.
- Les pièces de couleur , au lieu d’être mifes au four , paffent à la Preffe comme les draps, avec cette différence , que les plaques font modérément chaudes , & font mifes feulement entre de vieux cartons ; on les y laiffe vingt-quatre heures ; mais la Preffe ne fert pas fouvent dans ce pays-ci, vu que prefque tout fe fait en noir, par la difficulté de trouver des Laines affez blanches & ^ffez unies pour faire des couleurs.
- Le Pliage.
- L’étamine ainfi apprêtée, on la plie au bron-choir, qui eft une traverfe de bois d’une aune, adoffée au mur , garnie de trois broches, l’une à chaque bout , & l’autre au milieu. Ces broches font un peu coudées en remontant, très-longues, fines & pointues., dans lefquelles on enfile d’un bout à l'autre le bord de la lifiere. La piece fe trouve ainfi pliée & année en même temps. On la retire des broches , Sc on achevé de la plier fur une table ; on la porte au Bureau des Marchands , pour y recevoir le plomb de contrôle ; il ne relie plus alors qu’à l’appointer.
- Apprêts des étoffes de Rheims.
- Les burats, buratés , étamines 6c voiles fe trempent à l’eau tiede pendant une nuit ; on les foule aux pieds, ce qu’on appelle faboter ; on les bat enfuite jufqu’à ce que l’eau en forte claire ; on les teint, & on les livre mouillés à l’Apprêteur. Les petites étoffes qui tendent à draper, comme le raz de caftqr, le maroc, le croifé, fe foulent à la terre grade : quelquefois même on fait fubir cette opération à l’étamine; du moins on la fait toujours reviquer. Les flanelles, qui ne font que de petites ferges, fe mettent au foulon & à la rame. On gomme les raz de caftor, maroc, croifé, les buratés & les étamines rayées, en les afpergeant avec de l’eau, dans laquelle on a fait diffoudre de la gomme arabique, & qu’on a coulée à travers un linge; on les
- bat avec un battoir, Sc on les pofe fur le feu iuTbu’à ce que la gomme les ait pénétrées par-tout oc qu’elles foient prefque léchés; on les met encartons chauffés à la grille; on les preffe deux, trois ou ouatre fois, ferrant peu la première, afin que l’excédent de la gomme ne forte pas par les côtés. Gommer en chaudière feroit fans doute préférable; ilfaudroit moins de temps, moins de feu pour i’étendage de la gomme, & il le feroit plus également ; il leroit beaucoup mieux de n’en point employer.
- Jufqu’à ces derniers temps on n’avoit connu à Rheims que les preffes de bois ; le fleur Foreft en a fait monter en fer: cet Apprèteur très-intelligent, travaille avec fuccès à la perfection de Ion Art; mais il n’a point encore les apprêts Anglois, fl propres à toutes nos étoffés rafes, iupérieurs à tout ce qu’on poffede de pratique en ce genre, 6c à tout ce que j’ai décrit. Le fleur Price, Anglois, Apprèteur de Londres, 6c qui nous lésa apportés à Amiens, eft le feul qui les exerce, 6c le leul fans doute en état de les exercer en France. J’avois envie d’en décrire les procédés à la fuite de ceux des apprêts ordinaires ; mais la grande dépende dans laquelle a entraîné ce nouvel ctabliffement, ni’en fait différer encore la publication.
- En attendant, je dois prévenir d’une chofe dont dépend entièrement le fuccès de ce travail, Sc pour laquelle le Gourvernernent a fait beaucoup de dé-penfes inutiles, 6c de recherches vaines ; je veux parler des cartons Anglois , dont les procédés fecrets, en Angleterre même, font abfolument inconnus en France. On vient de publier dans un Ouvrage imprimé à l’imprimerie Royale, des aflèr-tions les plus capables d’égarer quiconque auroit pu être fur la voie de découvrir ces procédés. On y dit qu’on vernit ces cartons d’une compofition, 6c qu’il refaite de ce vernis &c de cette compofition , des étoffes folides ôc glacées, qui ne s’écralént plus entre les plis du drap ; ôc que le Mage des cartons agit plus fur la compofition dont on vernit les cartons , que fur l’étoffe : 6c enfin on donne à croire qu’avec un vernis ôc la liffe on rendra des cartons propres à l’apprêt des draps ; l’on y avance que tels font les principes qu’il faut fuivre pour avoir des cartons Anglois. Ce feroit induire en erreur, puifqu’il n’eff aucune forte. de vernis qui puiiTe être propre aux cartons ; qu’il n’en eft aucun au contraire , que la grande chaleur & la forte preffion ne rendiffent nuifible aux apprêts; & que l’art de faire ces cartons, confifte uniquement dans le choix ôc l’affortiment des matières conftituantes, 6c dans la maniéré pure 6c {impie de les préparer.
- L’étamine de Rheims, après la teinture , fe ver-gette, & s’étend trois à quatre fois au corroi à chaud ; ôc enfuite on la met bruire. Cette opération, dont _,pn a déjà dit quelque chofe, le fait ici avec plus de précaution. On expofe également les rouleaux, chacun chargé d’une piece, à la vapeur de l’eau bouillante d’une chaudière d’environ fix pieds, fur huit d’ouverture ; on les couche fur des barres ou grilles de bois, pofées horizontalement au deffus de l’eau ; on place les premières fur le même plan, à quelque diilance les uns des autres ; on forme un fécond plan de rouleaux qui croifent fur les premiers ; on en garnit ainfi le haut de la chaudière de plufieurs rangs. On a attention que l’étoffe ne touche point la chaudière ; on recouvre le tout d’une groffe toile en plufieurs doubles; ôc pardeffus, d’un couvercle en cuivre, qui clolé bien la chaudière. On a fait bouillir l’eau pendant quelque temps, on laiffe enfuite tomber le leu ; ôc les étoffes, après s’être bien pénétrées de la vapeur de l’eau chaude , fe dilatent autant qu’il eft poffible à toutes leurs parties contraintes par la forte preffion du rouleau. Cet effort fpontanée, Ôc de réaction, qui fe fait dans le
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- D3Ê T O F F E S
- repos de la maiTe , long-temps encore après que la première caufe eft détruite, puifqu’on les laide dans cette fituation pendant cinq à fis heures , de qu’elles fe refroidiffent fur le rouleau, fait que les parties de ia furface fe pénétrent, fe ferrent les unes dans les autres, ce qui donne du corps, du grain, de la fermeté & du luftre à l’étoffe. Cette maniéré de bruire une étoffe obvie encore à l’inconvénient du gripage, auquel celle-ci feroit d’autant plus fujette, qu’elle n’a pas été débouillie avant la teinture. Mais il eft à obferver qu’on ne l’emploie qu’à l’égard de celles de ces étoffes qui font teintes en noir , qui eft la couleur la plus ordinaire ; les autres couleurs en feroient ou altérées, ou ternies,
- Apprêts des Etamines, Ahnçons , Crépons, & autres
- étoffes de ce genre qui fe fabriquent à Amiens.
- La raifon qui a fait varier dans l’apprêt du camelot, a apporté quelque changement dans celui de ces étoffes. On les lavoit, on les battoit autrefois en pleine eau, & on les faifoit féçher. On s’en tient aduellement à les afperger, à les laiffer quelque temps en tas, pour qu’elles s’humedent également par-tout. On les luftre ou corroie à chaud, à plulieurs reprifes, jufqu’à ç.e qn’on voie bien fortir de s’élever la vapeur de l’humidité ; on fait aller de venir ainft la piece , dont on augmente la tenfion, pour la bien étendre, la tenir en largeur, <$c les libérés égales, en chargeant les rouleaux de poids qu’on fufpend à des cordes paffées fur leurs extrémités» Routées* ferrées, on couvre chaque
- F i
- EN LAINES, - n
- piece de ces étoffes de feuilles de papiers, & on les met au four. Ce four ou étuve eft une petite chambre de trois à quatre pieds en quarré, fur environ fijç pieds d’élévation ; elle eft garnie à plufieurs étages de barres de bois, fur lefquelles on pofe horizontalement les rouleaux. On met un feu de charbon, un brafier ardent fur le fol de l’étuve' : on retourne les rouleaux, on les change de place de'd’étage, jufqu’à çe que les pièces foient également frappées de la chaleur , que les impreffions qu’elles en ont reçues foient à peu près égaies pour toutes, On ferme 1» four alors , de l’on y laifie Içs étoffes jufqu’au lendemain , plus long-temps ft l’on veut ; mais il faut faire la même opération fur d’autres. On retire les rouleaux, on les met debout ; on y laiffe l’étoffe fur fon repos pendant deux, pois <Sc quatre jours* On la déroule, Sc on la plie.
- Plus la couleur des foies employées dans la fabrication des Çaftignettes, des Alençons , ôcç. eft délicate de tendre, plus on eft en crainte fur les effets de l’humidité, plus on eft réfervé à cet égard, c’eft-à-dire, moins on les mouille. Çes étoffes , plus légères, moins nervgufes que le camelot, font plus fufceptibles encore de s’alonger , de s’altérer au corroi à chaud y il faut bien les étendre , mais il ne faut forcer cette ex tendon enaiicun cas -9 de à l'égard d’aucune étoffe»
- Il eft des perfonnes qui les font preffer à la fuite de cet apprêt ; elles acquièrent, par celte dernier^ Opération, toute la fermeté & toute la douceur dont la fineffe des matières de la légèreté du îiffu peuvent les rendre fufceptibles,
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- TABLE
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- DES CHAPITRES,
- DES SECTIONS ET DES ARTICLES.
- PREMIERE PARTIE.
- A
- .
- ibid. 21 22 ibid. *3 . *4 ïbid.
- *5
- 2,6
- FER T1SSEMENT. Page 1
- Des Laines- 3
- Diverfes opérations des Peigneurs. 9
- Premier Epluchage» 10
- Battage. ïbid.
- Peignage & Dégraiffage» ïbid.
- Procédé du favon mou* 11
- Suite du Peignage» ïbid.
- De la Filature. 14
- Du Dévidage. l<>
- TARIF. 17
- Des Soies» , . »
- Du premier Dévidage, de l’opération de doubler, 8c du deuxieme Dévidage pour retordre.
- Du Retordage Ôc Dévidage pour ourdir.
- De l’Ourdiffage.
- De la maniéré de monter les chaînes fur le métier.
- Des Lifles.
- Des Peignes ou Ros»
- Des Navettes*
- Du Métier.
- Ufage en Allemagne* paüage des fils en üfle 8C dans le k>s.
- Réflexions fur les diverfes fortes de grains dans les étoffes, 8c moyen d’en produire ou de l’éviter. 27 Divifion 8c fubdivifion des efpeces 8c genres d’étoffes.
- ibid.
- PREMIERE CLASSE.
- $. 1, Du Camelot-laine. 18
- De la Fabrication. 29
- Obfervations fur quelques différences du Camelot baracané , du Camelot ordinaire. 30
- Du Camelot-mi-foie. 31
- Du Camelot-poil. 32.
- §. 2. Du Baracan. ibid.
- Différence du métier à petite navette, de celui à camelot. 33
- , Des Etamines. 34
- De l’Etamine unie» 35
- De l’Etamine virée. ïbid.
- Du Crépon façon d’Alençon. ibid.
- Du Façon-de-Crépon d’Angleterre, dite Caflï.
- gnette. ibid.
- De l’Etamine glacée. ibid.
- De l’Etamine du Mans. 3 6
- De l’Etamine de Rheims. ibid.
- De la Tamife ibid.
- Du Collage.
- §* 4-
- SECONDE CLASSE.
- §. 1. De la Serge d’Aumale, de Blicourt, &c»
- §. 2. De la Serge de Rome.
- §* 3* Dé la Serge de Minorque»
- §. 4» De la Cal mande»
- §. y. De la Prunelle.
- §. 6. De la Turquoife»
- §. 7. Du Bafin»
- §. 8. Du Grain-d’orge»
- §. 9. Du Siléfie , ou Façomde-Siléfie.
- §. 10» Du Malbouroug*
- ARMURES DES MÉTIERS.
- i» Toile.
- 2» Camelot*
- 3* Camelot baracané.
- 4. Baracan. j. Serge fans envers.
- 6. Serge de Rome avec un envers»
- 7. Serge de Rome à côtes.
- 8. Turquoife baracanée.
- 9. Turquoife Mont-à-ioifir.
- 10. Bafin en Turquoife.
- 11. Bafin varié du précédent.
- 12. Mille-point en Turquoife*
- 13. Prunelle unie.
- 14. Prunelle à côtes. ij. Calmande unie.
- 16. Calmande à côtes.
- 17. Serge de Minorque.
- 18. Grain-d’orge.
- 19. Barré en Grain-d’orge.
- 20» Mille-point cannelé.
- 21. Mouches 8c Navettes»
- 22. Fraifes 8c Mouches.
- 23. Petite Croifette.
- 24. Zigzag cannelé.
- 2j. Croifette ôc Fraife.
- 26. Croifette fans envers.
- 27. Siléfie en Zigzag.
- 28.. Bâton rompu.
- 37
- 29. Cœur enflammé.
- 30. Autre Bâton rompu.
- 31. Malbouroug.
- 32. Autre Malbouroug.
- 33. Broché à chaînons.
- Maniéré de trouver la marche d’une étoffe tillon.
- *8
- 40
- ïbid.
- ïbid.
- 41
- . 4*
- ibid. ibid,»
- . 43
- ibid,»
- . 4$
- ibid.
- ïbid.
- . 44 ïbid. ibid. ïbid. ibid,* ibid. ibid. ïbid. ïbid.
- . 45 ïbid. ibid. ïbid. ibid. ibid. ibid. ibid. ibid. ibid. ïbid. ibid. ïbid.
- . 4^ ïbid. ibid. ibid. ibid. ibid. ibid. ïbid. par l’échan-ibid,
- SECONDE PARTIE.
- Apprêts des Etoffes.
- Débouilli des Etoffes.
- De la Prefle.
- Apprêts des Etamines du Mans. Apprêts des Etoffes de Rheims.
- 48 Obfervations relatives aux apprêts Anglois, & à un jo Ouvrage imprimé à l’Imprimerie Royale. ibid. S1 Apprêts des Etamines, Crépons, Alençons, 8c autres de ibid. ce genre qui fe fabriquent à Amiens. jy
- 14 Explication des Planches. 57
- Note à ajouter à la fuite de Varticle de la Prunelle , page 41.
- On fabrique, de très-nouvelle date» à Amiens, une étoffe fatinée , qu’on nomme Pruffienne ou Satin Turc. Cette étoffe, de la largeur de vingt pouces, eft d’une grande beauté, & fera d’un excellent ufage, puifqu’il paffe en deffus les-* de fa chaîne, très-fournie , & 4 en deffous pour l’envers. Je cite encore avec plaifir M. Joiroa Maret, pour la fabriquer fupérieuremenr.
- EXPLICATION
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- D> ÉTOFFES EN LAINES.
- $7
- T
- EXPLICATION
- DES PLANCHES.
- PLANCHE PREMIERE.
- Première Vignette, Attelier des Détricheurs.
- rp
- X ig. i. CD. Deux Ouvriers afîis devant une table, fur laquelle ils épluchent de la Laine, tenant en main les petites forces, pour couper les durillons.
- AAA. Grandes cafés où la Laine, mife en toi-fon, eft à portée des Ouvriers Détricheurs.
- bbb. Petites cafés, ou tas fur le plancher , où mettent choifie & féparée.
- Fig. 2. Un homme ifolé , épluchant la Laine fur fes genoux, comme cela fe pratique ordinairement , & formant autour de lui plufieurs tas féparés de la Laine choifie.
- Deuxieme Vignette. Âttelier des Batteurs.
- Fig. 3.T. Batteur de Laine en travail, frappant alternativement, une baguette levée, une baillée.
- R. Claie fur fon pied & vuide.
- Fig. 4. S. Ouvrier qui retourne la Laine avec fes baguettes , qui la réunit 8c la ramalfe pour l’emporter.
- VVV. Fenêtres vis-à-vis de chaque claie : celles en face des Batteurs ouvertes, l’autre fermée.
- Bas de la Flanche.
- F. Force pour émécher la Laine , ou en couper les durillons.
- B B. Baguettes pour la battre.
- CC. Corde de la claie.
- HH. Claie.
- LL. Laçure de la claie, pour la ferrer à volonté.
- Flanche 11. Vignette.
- Trois Ouvriers en travail.
- N. Charge l’un de fes peignes, tandis que l’autre peigne chauffe für le pot à feu.
- M.Tient fes deux peignes prefque à angle droit, & fait, en peignant, paner fur l’un la matière dont l’autre eft chargé.
- O. Tire la Laine du peigne placé fur le crochet, fiché dans le poteau P.
- V. Vafe ou Pot à feu.
- T. Couvercle en tôle.
- E. Ecuelle où chauffe la matière butyreüfe ou oléagineufe pour oindre la Laine.
- C. Patte ou Broche à vis & crochets.
- B A. Barrils où chaque Ouvrier met la Laine qu’il a à peigner.
- F. Filet où le Peigneur dépofe le peignon.
- S. Tabouret du quatrième Ouvrier abfent , dont les peignes garnis chauffent en attendant.
- DDD. Trois barres, ou longueurs de la Laine tirée du peigne en une fois.
- B. Boulet ou Bouchon fait d’une ou de plufieurs barres, & en l’état où l’on expédie ou met la Laine peignée dans le commerce.
- Détail des ujlenfiles nécejfaires à V Art du Peigneur.
- Fig. 1. Poteau où eft fichée la patte l 8c le
- peigne f en ’ l’état convenable , pour en tirer la Laine.
- Fig. 2. Machine à laver la Laine, avant, pendant ou après le peignage.
- JJ, Jumelles de cette charpente , qui doit être folidement montée.
- CF. Crochets de fer dans lefquels on paffe la Laine pour la tordre au deftus du baquet B , dans lequel on vient de la laver.
- M. Levier en croix adapté au crochet C , tournant dans la jumelle , avec lequel on tord 8c exprime la Laine lavée.
- Fig. 3. Levier en croix, armé d’un encliquetage, pour tenir fixe la Laine torfe à volonté.
- a. Vue de cet encliquetage avec le crochet, pour tenir le levier arrêté.
- b. Crochet à manivelle , qu’on peut fubftituer au levier en croix.
- c. Plaque de fer encaftrée dans la jumelle, dans l’ouverture de laquelle tourne le crochet à qui elle fert d’appui.
- f. Peigne vu en dedans.
- g. Peigne vu par le dos.
- h. Coupe du peigne avec le trou longitudinal & le trou tranfverfal, pour y entrer les deux pointes de la patte.
- i. Peigne Anglois à trois rangs de broches.
- m. n. p. q, r. Canon, tenailles , lime, aiguille 8c marteau , tous en fer , pour redreffer , polir (Prendre égales les broches des peignes.
- u. Coupe du fourneau ou pot à feu, pour chauffer les peignes.
- f. Brafîer très-peu ardent.
- t. Couvercle en tôle du pôt à feu.
- o. Ecuelle à placer au fommet du chapiteau.
- Flanche III,
- Fig. i. Fileufe au petit rouet, à la main 8c à là quenouille.
- Fig. 1. Rouet vu d’un autre côté , le fil paffant des deux ouvertures de la mouquette für l’épingliet ou les ailettes , 8c dans l’ailet, vu plus en grand au point d de la figuré L, 8c enfin fur la bobine.
- Fig. 3. Rouet pour dévider les écheveaux de deffus la tournette T, & en faire des bobines coniques , pour doubler ou tripler les fils, Fig. 6.
- Fig. 4. Afpe ou petit Dévidoir calculé de cinq quarts de tour.
- Si l’axe AA a quatre arêtes qui s’engrainent dans une roue de vingt dents ; l’axe de celle-ci, cinq arêtes dans une roue de quatre-vingts dents, ou lé premier axe cinq arêtes, 8c le fécond quatre; quatre-vingts tours de l’afp e en feront faire un complet à la derniere roüe, & le marteau tombera fur la table une fois par chaque révolution de cette roue, ce qui avertit que l’écheveau eft compofé de cent aunes de fil.
- Fig. Rateau où font pofées fix bobines, de celles tirées du rouet après la filature, pour en former autant d’écheveaux à la fois fur le dévidoir.
- Fig. 6. Trois bobines placées à la fois qqq , pour mettre trois fils enfemble avant de les retordre. Ce font les mêmes qui ont été dévidés de l’écheveau placé fur la tournette T , fur la bobine de la Fig. 3.
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- I
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- 5» VA R T D U F
- A. Quenouille vuide.
- B. Quenouille garnie avec le cafîou OV, arrêté par le mordant N.
- C D. Cuirs qui foutiennent la broche du rouet.
- E. Mouquette.
- v. Trou par où paffe le fil en fortant de la main de la Fileufe.
- F. Noix de buis fur lefquelles paffe la corde du rouet, 8c canons d’os qui les féparent , pour les foutenir 8c les fixer.
- I. Bobine vuide.
- H. Bobine garnie.
- L. Ailettes avec la bande d’étoffe, 8c le mordant pour la faifir.
- M. Rapprochement de toutes ces parties du rouet.
- pp. Poupées.
- b b. Broche foutenue par les cuirs CD, & chargée fucceffivement de la mouquette, des ailettes, de la bobine, 8c , entre les cuirs, des noix en forme de poulie , 8c des canons cylindriques qui les féparent.
- Planche IV.
- Fig. î & 2. Moulin à retordre les fils , vu en travail de deux côtés oppofés. L’homme placé en dehors tourne la manivelle , 8c donne le jeu à toute la machine : une fille en dedans raccommode les fils à mefure qu’il en caffe.
- L’axe de la manivelle efl commun à deux roues de champ , qui par confisquent font parallèles. La première s’engraine en aeffous , perpendiculairement au tambour S ; la fécondé £, la tourte, efpece de lanterne qu’on change à volonté en d’autres d’un plus ou moins grand diamètre, s’engraine en demis dans la roue c c, dont l’axe prolongé devient celui de l’afpe dd.
- La courroie M fe croife fur le tambour, 8c court fans fin entre les broches , pour les faire tourner par le frottement, 8c les pouliots de rejet qui la foutiennent en même temps qu’ils la preffent légèrement 8c également contre toutes ces broches.
- Cette courroie, fuivant les circonflances, fe ferre ou fe lâche , quelquefois au moyen d’une poulie horizontale placée en V, Fig. 3 , qu’on avance ou qu’on recule avec une vis, comme il efl: indiqué dans le texte. Ici c’eft un rouleau tournant fur fon axe, dont la bafe efl fixée, & le haut mobile dans une mortaife, pour l’avancer, le reculer 8c l’arrêter avec une cheville, Fig. 4. Z.
- L’inclinaifon de ce rouleau néceffite une autre cheville , qui y efl implantée au deffus de la courroie , pour la maintenir dans fon niveau. Dans quelques moulins, on fe fert d’un poids, pour opérer cette tenfion de la courroie toujours égale.
- C C. Banquette qui foutient les broches dans leur fituation verticale, 8c au deffus de laquelle font les bobines , dont les fils s’élèvent, dans la même direction, jufqu’au haut du métier en e , d’où, paffant par des anneaux , on les voit converger jufques fur l’afpe , 8c y former des écheveaux parallèles.
- Fig. 3. Plan du moulin.
- AA. Piliers qui en foutiennent la charpente.
- BBQR. Intérieur 8c première banquette , dans laquelle, fur verre ou caillou recouvert 8c contenu par la piece de bois refendue pour s’y encadrer, pivotent les broches garnies des bobines , ainfi que les broches fervant d’axe aux pouliots.
- Les points noirs ferrés fur cette banquette indiquent la bafe des broches qui portent les bobines ; ceux qui font plus écartés , celle de l’axe des pdufiots ; 8c la raie circulaire qui paffe entre les
- A B R I C A N T
- unes 8c les autres, la courroie fans fin qui tourne de R eri ST V X , 898 9.
- S. Tambour horizontal.
- a a. Roue de champ dans laquelle il s’engraine.
- b. Tourte dont l’axe efl le même que celui de la roue précédente.
- c c. Roue qui s’engraine dans la lanterne b , de dont l’axe prolongé forme celui de l’afpe.
- I ig> 4 8c <$. Vues intérieures du moulin de face 8c par coté, il efl inutile de répéter les lettres, qui font toutes correfpondantes aux mêmes parties de là figure précédente, ou qui indiquent des parties plus développées dans la figure luivante : mais il faut remarquer la roue ifolée hh, qui efl la même que celle c c, vue du côté oppofé, dont la vis fert à élever ou à baiffer l’axe de l’afpe, fuivant la grandeur du diamètre de la tourte ou lanterne, dont on en voit une b ifolée, de rechange.
- Fig. d. Vue extérieure d’une partie plus développée du moulin.
- B B. C C. Banquettes.
- MM. Courroie.
- N. Point d’appui de l’axe des pouliots.
- H. Taffeau refendu 8c encadré dans la banquette, pour diriger 8c contenir les broches fur leur appui.
- G. Bobines.
- DE. Buhots ou Bobines avant qu’elles foient garnies.
- FF. Bobines ou Buhots garnis.
- G. Broches qui portent les bobines fur le moulin.
- K. Taffeau encaftrc , dans lequel tournent les broches.
- I. Verre ou caillou fur quoi elles pivotent.
- P. Axe des pouliots O,
- Planche V,
- Fig. 1. Moulin à ourdir.
- AA. Axe dudit moulin.
- cc. Chevilles fur lefquelles fe paffe 8c fe fait la crcifure de la chaîne. Ces chevilles font au nombre de trois en haut, par où commence l’ourdiffage, en accrochait la chaîne à la première, 8c la croi-fant fur les deux autres. Il n’y a que deux chevilles femblables au bas, pour y croifer de nouveau la chaîne, en la repliant fur elle-même, 8c augmenter ainfi le nombre des portées autant de fois qu’on fait defeendre & monter la giette, dont l’anneau, ayant réuni les fils en un faifeeau , les diftribue ainfi par demi-portées.
- EE. Partie de la chaîne ourdie.
- B. Broche de fer qui furmonte l’axe AA, fur laquelle s’enroule la corde B n pp ^ lorfque la giette GG remonte, 8c d’où elle fe déroule, lorfqu’eîle defeend entre les deux montans du cadre TT. Cette corde efl fixée en z, 8c paffe fucceffivement fous la poulie m, fur celle /z, pour arriver en B.
- M. Manivelle du petit axe a a.
- R. Roue horizontale adaptée à cet axe, pour faire tourner, au moyen de la corde croifée x, la roue r adaptée à l’axe du moulin.
- F. Fils partant des bobines bbb, implantés furie cannelier LLL, paffant alternativement dans les broches percées , & entre ces broches du gril de fer, 8c fe réunifient en un faifeeau au point o, dans l’anneau du crochet auffi de fer, viffé verticalement fur la planchette horizontale de la giette, laquelle giette, hauffant 8c baiffant, dirige toujours la matière de maniéré à former , fur l’afpe du moulin , une fuite d’hélices régulières.
- C C. Autre cannelier, très en ufage auffi dans ces fabriques : les bobines b b y font pofées horizontalement , 8c fe dévident verticalement, chaque fil paffant par un anneau de verre , pour reprendre ?
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- D’ÉTOFFES
- comme au cannelier précédent , la direction du gril, & celle toujours horizontale du gril à l’afpe ou moulin.
- Fig. 2. Chaîne montée dans l’attelier. oo. Enfouple fur laquelle la chaîne s’enroule. VV. Vautoir ou Rateau dans lequel paffe la chaîne par demi-portées, à mefure que les hommes g g la lâchent.
- h. Chaîne roulée fur elle-même.
- M. Contre-maître qui dirige le travail en tenant -le rateau.
- d. Ouvrier qui, au moyen d’un levier de avec effort, tourne l’enfouple en treuil, tandis que les Ouvriers gg la tiennent ferme , de ne la lâchent qu’à mefure qu’elle s’arrange fur ladite enfouple, lous la direction du Contre-maître.
- f. Crochet de fer courbé à angle droit, de paffé carrément dans des boucles rr, fichées dans un j)lateau happé contre le mur aux points a a a.
- 1.1. Crochet dont le collier eft à charnière.
- 2.2. Crochet à collier fans charnière.
- 3.3. Détendoir ou Levier courbé, qu’on emploie aufîi pour tourner l’enfouple.
- 4.4. Rateau dans lequel paffe la chaîne par demi-portées.
- 5.5. Rateau ouvert pour le paffage de ladite chaîne.
- d, 6. Enfouple garnie de la chaîne, avec les vergue-noirs ou baguettes qui en maintiennent la double croifure.
- 7,7. Coupe des pièces du haut du baudet, qui fupportent Penfouple de la chaîne lorfqu’on la monte, Fig. 3.
- Fig. 3. Maniéré de monter la chaîne des camelots , étendue fur toute fa longueur, de tenue par trois, quatre à cinq hommes ggg.
- B B.JBaaidet. o o. Enfouple. '
- V V.^ Rateau.
- M. Contre-maître.
- E. Levier, de Ouvrier qui le fait agir, pour rouler la chaîne fur l’enfouple.
- Planche VI.
- Fig. 1. Perfpedive cavalière du métier à armure du travail de la petite navette, dont le jeu du haut fe fait par côté.
- À A. Chaffe.
- BE. Créneaux pour élever ou baiffer la chaire au moyen de la corde qui s’y accroche, de qui eft attachée à la barre de fufpenfion.
- dd. Cordes qui attachent la barre aux épées, de par laquelle la chaffe eft fufpendue.
- aa. Créneaux fur lefquels porte ladite barre.
- CC. Râtelier pofé de mobile fur le haut du métier, au fommet duquel fe fait le jeu des bricoteaux DD.
- Fig. VF. Vue de face du râtelier, dont 2,2 eft la broche, fur laquelle les bricoteaux y jouent en baf-cule, chacun entre les dents du râtelier.
- Fig. VC. Les mêmes bricoteaux*,*', vus de côté fur la coupe verticale du râtelier, mobiles en y.
- E. Lames attachées aux bricoteaux en deffus, de aux contre-marches en deffous.
- F. Peigne d’acier.
- G. Barre horizontale qui entre dans les dents de la roue I, de l’enfouple de la chaîne qui l’arrête, de foutient la chaîne dans fa tenfion.
- H. Enfouple de chaîne fur laquelle elle eft roulée.
- K. Poitriniere fur laquelle paffe l’étoffe fabriquée.
- L. Barre mobile, placée en avant de la poitriniere , pour que l’étoffe paffe entre l’une de l’autre, de que l’Ouvrier ne la comprime pas de fon corps en s’appuyant dans le travail.
- O. Enfouple y Enfuple ou Enfelle , fur laquelle s’enroule l’étoffe à mefure qu’elle eft fabriquée.
- E N LA 1 N E S. 59
- N* Roue dentée en encliquetage , pour rouler & ferrer l’étoffe fur ladite enfouple, au moyen des leviers en croix qui y font adaptés.
- M. Crochets de fer pour tenir l’enfouple à un point fixe, de l’étoffe tendue à volonté.
- P. Aiguillettes qui uniffent de attachent en deffous les lames aux contre-marches.
- Q. Contre-marches ayant leur point d’appui, paùees dans une cheville de fer v , lur le côté gauche du métier; pofées en travers du métier, à angle droit au deffus des marches, attachées du milieu aux lames , de par l’extrémité oppofée au point d’appui, c’eft-à-dire, du côté droit du métier, aux longs tirans R, qui font les cordes qui font jouer par côté les bricoteaux.
- S. Marches attachées aux contre-marches.
- Fig. 2. Vue de côté du métier, dont on a ôté tout le bas de l’armure de les longs tirans. Le râtelier C, de face, laiffe appercevoir la correfpondance des bricoteaux D aux lames E.
- a. Créneaux fur lefquels pofe la barre de fufpen-lion de la chaffe.
- A. V ue de profil de la chaffe.
- F. Peigne.
- ce. Rainures où paffe le peigne à couliffes entre, la cape de le fommier.
- b. Vis pour ferrer la cape, de tenir ferme le peigne lorlqu’on fa mis en place.
- oooo. Chaîne de étoffe paffant de deffus l’enfouple G dans les lames E, le ros F, fur la poitriniere K, entre elle de la barre L, pour venir s’enrouler fur l’enfouple N.
- Fig. 3. Vue de derrière du métier , où l’on n’a laiffé que l’enfouple de la chaîne avec fies bourlets mobiles bb, qu’on fert plus ou moins par les coins cc cc, pofée fur les appuis a a, de arrêtée par la barre G, au moyen de la roue dentée I ; de le jeu réciproque des contre-marches Q d’une part, aux lames E par les aiguillettes P , de des lames aux bricoteaux D ; de de l’autre part, à l’autre extrémité des bricoteaux, au moyen des longs tirans R.
- L’extrémité des marches, qui croifent fous les contre-marches de qui y font attachées , fe montre aux points mmrn.
- Fig. q. Chaffe, compofée du fommier SO , de la cape C.
- cccc. Indiquent les rainures, dans l’une de l’autre piece , pour le paffage de l’emboitement du peigne ou ros.
- bbbb. Indiquent les vis pour ferrer , fixer de contenir le ros. '
- AA. Epées.
- BB. Crumaliere de fufpenfion par la corde qui fe croife derrière les épées, recroife en avant lur la barre , retourne , de vient enfin fe nouer au point d.
- T. Barre de traverfe de la chaffe,
- S. Barre de fufpenfion.
- **. Lames de fer fichées fous la barre , de qui lui fervent de foutien fut les créneaux.
- Planche VIL
- Fig. î. Métier à camelot travaillant, Vu de côté ï l’Ouvrier pouffe la chaffe de la main gauche,foule la marche, de eft prêt à lancer la navette de la main, droite.
- A A A A, Piliers du métier très - incliné en avant. ,
- cr de cr. Créneaux également inclinés dans le fens oppofé ; ceux du haut, pour la fufpenfion de la chaffe ; ceux du bas, pour la tenfion des lames.
- Les marches font fixées de jouent fur un axe au point S ; elles font foulées en p ; elles attirent les
- Pij
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- «O VA R T D U F
- bilbacs xx i par les cordes q, qui paffent dans les trous bb, de la barre oo.
- Les bilbacs font la bafcule fur le vinaigrier, entre les dents du peigne yy, & fur la broche de fer rond ^, & attirent les lames E.
- L’enfouple de la chaîne tt, eft fufpendue en H, arrêtée & tenue par le rateau 8c l’étendoir tr.
- Les fils de la chaîne paffent dans les lames E, dans le ros F ; 8c FétofFe fabriquée , après avoir paffé dans la rainure à jour de la poitriniere P , vient s’enrouler fur l’enfouple o , où elle fe tient tendue, au moyen de la roue d’encliquetage N.
- Les cordes dd 8c les chevilles cc font pour tendre 8c tenir les lames plus ou moins en arriéré.
- Fig. 2. Vue du métier parderriere.
- Fig. 3. Vue du métier pardevant, pour montrer feulement la fufpenfion de la chaffe H. CCCC. Piliers de face.
- gg. Raccourci des barres de longueur 8c inclinées du métier , fur lefquels font pofés les créneaux ou crumalieres en talus , pour la fufpenfion de la chaffe.
- c c. Cordes qui enveloppent les avelots, 8c attachent les épées à la barre * *.
- S. Point où font fixées les marches enfilées dans la broche uu.
- Fig. 4. H. Chaffe avec le ros placé 8c ferré entre la cape bb, 8c le fommier cc.
- Les épées aa font à couliffe dans la cape, qui s’élève 8c s’abaiffe pour fortir 8c replacer le ros : le tout fufpendu par la barre * *.
- Fig. y. Vinaigrier xx bilbacs, faifant la bafcule fur la broche de fer rond 33;, entre le peigne yy.
- Fig. 6. Marche-pied ET, avec la crumaliere cr, la boîte à poulie b, & les jutriaux j, pour tendre les lames en deffous ; les cordes d 8c la cheville c, pour les tendre en arriéré.
- b 8c j. Boîte , poulie , 8c jutriau détachés , vus de face.
- P. Poitriniere vue du côté du travail, oppofé à l’Ouvrier. L’étoffe entre par la rainure à jour, ref-fort pardeffous, 8c va s’enrouler fur l’enfouple.
- S. Ënfouple de la chaîne avec fes cordes de fufpenfion ; 8c la rainure marquée , pour y placer le verdilion 8c fixer la chaîne.
- D. Verdier pour contenir les fils de la chaîne,avec un fil de fer en deffus.
- 4M m. Liffes fimple 8c compofée d’ufage dans les fabriques de Picardie.
- EE. Lame, avec l’indication de la fufpenfion.
- T. Temple ouvert & fermé.
- tr. Rateau 8c Tendoir pour tenir la chaîne bandée.
- r. Roue d’encliquetage vue de profil. rf. Roue d’encliquetage vue de face , avec fon crochet.
- m. Ënfouple du travail avec fa rainure, pour y fixer l’étoffe au moyen du verdilion h ou i.
- R. Havet ou crochet d’acier très-mince, pour pafferles fils dans le ros lorfqu’ils caffent.
- N n. Navette vue de face , 8c fa coupe tranf-verfale , au lieu de fa fauffette ou poche.
- I. Aiguille 0. La même aiguille garnie de l’ef-poule , pour être placée dans la poche de la navette.
- r. Petit reffort pour contenir l’efpoule dans la fauffette.
- co. Corbeille pour mettre les efpoules ou petites bobines, compofées du fil de la trame, dévidé fur des canons de rofeau.
- EG. Épingle pour tendre les fils qui ont fait cheville au moulin à retordre, ou qui fe trouvent trop lâches par toute autre raifon. •
- P L, Épincette pour éplucher l’étoffe, en tirer les
- A B R I C A N T
- noeuds , les doubles duites , les ordures , &e.
- b a. Balai de bouleau pour tenir lieu de broffe , relever le poil, les noeuds , & c. avant l’épluchage.
- ^ Planches FIII ^ IX & X.
- Les armures des métiers expliquent ces planches ; il fuffit de répéter le nom des efpeces d’étoffes qu’on peut produire par leur moyen.
- N°. 1. Toile, ou toute étoffe rafe à pas fimple , dont la chaîne 8c la trame font de fils d’un diamètre à peu près égal.
- 2. Camelot, ou étoffe grainée, dont la fuite des grains forme une cannelure plus ou moins fine , fuivant les matières , mais toujours fenfible fur la largeur de l’étoffe.
- 3. Camelot baracanné, aînfi nommé , de ce que la cannelure eft beaucoup plus marquée qu’aux précé-dens, quoique dans la même dire&ion, ce qui rend fauffe cette dénomination d’ufage ; ce n’eft en effet qu’un très - gros camelot, à trame doublée ou triplée.
- 4. Baracan, ou étoffe très-grainée plus ferrée que le camelot, 8c dont la cannelure, plus fenfible , eft prolongée fur la longueur de l’étoffe.
- y. Serge fans envers, ou étoffe le plus fimplement croifée, 8c également de part 8c d’autre.
- 6. Serge de Rome , avec un envers, ou étoffe croifée en deffus, 8c à pas fimple en deffous.
- 7. Serge de Rome à côtes , ou étoffe à cannelures rapprochées 8c par bandes Paillantes, avec un envers entre ces bandes.
- 8. Turquoife , étoffe ordinairement croifée, à cannelures ferrées , proloùgées ou interceptées , fufceptible d’une grande variété.
- 9. Turquoife Mont-à-loifir, nom bizarre d’une variété particulière de la Turquoife ordinaire.
- 10. B afin en Turquoife , autre variété remarquable.
- 11. B afin ordinaire , étoffe cannelée fur la longueur, croifée ou non croifée, comme la Turquoife, mais faifant plutôt cannelure que côte,
- 12. Mille-point en Turquoife , étoffe dont les carreaux, plus ou moins petits, font en échiquier , cannelés , 8c à envers.
- 13. Prunelle unie, étoffe croifée , d’un tiffu très-ferré.
- 14. Prunelle à côtes, en cela feulement, variée de la précédente.
- 15. Calmande unie, ou fatin en laine.
- 16. Calmande à côtes, en cela feulement, variée de la précédente.
- 17. Serge de Minorque, étoffe croifée , d’une cannelure indiquée , diagonalement 8c fortement exprimée.
- 18. Grain d'orge, étoffe à petits carreaux, comme des cannelures tranfverfales, coupées, Paillantes 8c difpofées en échiquier, fur un fond à cannelures plus fines, indiquées diagonalement.
- 19. Barré en grain d’orge, la même étoffe que la précédente, avec la différence que les cannelures tranfverfales ne font point interceptées dans la largeur.
- 20. Mille-point cannelé.
- 21. Mouches & navettes.
- 22. Petite fraife 6* mouche.
- 23. Petite croifette.
- 24. Ziggag cannelé.
- 2 y. Croifette & fraife.
- 26. Croifette fans envers.
- Toutes ces petites étoffes ne font que des variétés de la même, 8c n’ont été placées ici, que pour indiquer la poflibilité 8c le moyen de les varier à l’infini.
- 27.
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- D’ÉTOFFES
- 27. Siléfie en, flg^ag.
- 28. Idem, à iJaîw rompu*
- Idem , enflammé.
- 40. Idem, autre bâton rompu.
- Celles-ci varient par la quantité moindre & là,-qualité inférieure des matières ; mais elles prouvent que le changement de ces petits deffins eft très-mdépendant des variétés indiquées.
- 31. Malbouroug, petite étoffe figurée d’un côté par la chaîne d’une couleur , & de l’autre par la trame d’une couleur différente.
- 42. Autre Malbouroug.
- 33. Étoffe brochée à chaînons , formant du flotè à l’envers.
- Nota. Il né faut pas confondre ces numéros > qui correfpondent à ceux des armures, avec ceux des échantillons de lâ Planche 11, qui n’y correfpondent point.
- r Planche XL
- [Échantillons de différentes étoffes unies & croifées ,
- réfultant des armures & des marches ci-devant
- décrites.
- N°. 1. Tamife, ou toile quelconque en laine, dont les fils de la chaîne & ceux de la trame ne different point ou different peu en groffeur.
- 2. Camelot quelconque, comme cannelé, 8c plus marqué fur la largeur , que fur la longueur.
- 3. Baracan plus marqué & effectivement cannelé fur la longueur de l’étoffe , 8c nullement fur fa largeur (1).
- EN LAINES. <st
- 4. Serge de Rome unie, légèrement tracée par des diagonales.
- £. Serge de Rome à côtes, o. Turqüoife baracanée.
- 7. Turquoife mont-à-loifir.
- 8. Bafin baracané.
- 9. Mille-point en turquoife.
- 10. Prunelle à côtes.
- 11. Calmânde à côtes plus marquées qù’à la prunelle.
- 12. Serge dè Minorque.
- 13. Grains d’orge.
- 14. Barré en grains d’orge.
- 15. Mille-point cannelé.
- 16. Mouches & navettes.
- 17. Petites fraifes 8c mouches.
- 18. Petite Groifette.
- 19. Zigzag cannelé.
- 20. Croifette 8c fraife.
- 21. Croifette fans envers.
- 22. Siléfie en AV ou zigzag.
- Î23. Bâton rompù, rapproché en lofange.
- 24. Cœur enflammé.
- 23. Carreaux 8c bâtons rompus.
- 26. Malbouroug*
- 27. Deffin à chaînons.
- 28. Defïin à lever de defius l’échantillon pouf le remonter fur le métier. Des fils de la chaîne font défilés, 8c deux fils de la trame , retirés en partie du tiffu, laiffent diflinguer ceux qui les fur-montent de ceux qui paffent pardeffous.
- (1) Ces cannelures, foit en largeur fur le camelot, foit en longueur fur le baracan 3 font plus fortement fenties fur le ch antilion gravé que fur l’étoffe, ta difficulté de les rendre y a entraîné^
- Fin de VExplication des Planches.
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- Vu 13 Mars 177 f. - ‘
- MM . Duhamel, Fougeroux & Vandermonde, Commifiaires nommés pour examiner deux Ouvrages de M. Roland de la Platiere, Infpe&eur Général des Manufactures de Picardie, intitulés, l’un Y Art du Fabricant £ Etoffes en Laines rafes & feches , unies & croifées ; l’autre , tArt de préparer & d'imprimer les Etoffes en Laines, en ayant fait leur rapport, l’Académie a jugé ces Ouvrages dignes de fon approbation , ôc d’être imprimés fous fon Privilège, pour fervir de fuite à la Colle&ion des Arts. En foi de quoi j’ai ligné le préfent Certificat. A Paris, ce z 6 Mars 1775?; Le Marquis de Condorcet , Sec, Perp,
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