Descriptions des arts et métiers
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- LA R T
- DE PREPARER
- E T
- D’IMPRIMER
- LES ÉTOFFES EN LAINES.
- C e t Art, cultivé en France depuis un certain nombre d’années, s’eft étendu & perfectionné dans ces derniers temps. Il annonce de plus grands fuccès encore par la variété des deffeins , la folîdité des couleurs, l’éclat des nuances , & par les diverfes fortes d’étoffes fur lefquelles réuffiffent chaque jour de nouvelles tentatives.
- On n’a rien écrit encore fur cet Art : j’ai penfé que c’étoit hâter fes progrès d’en fuivre la pratique dans le détail des connoiffances acquifes, 8c de rendre publics les procédés qui en font la bafe.
- Rouen 8c fes environs virent naître en France ce genre d’induftrie ( i ). Onnel’appliquoitalors que fur les ferges d’Aumale : elle donna à cette étoffe, commune 8c de bas prix, une vogue qui en augmenta confidérablement la fabrication. Son débouché s’étendit dans l’Etranger, 8c l’on put la conlidérer alors comme une nouvelle branche de commerce ; mais elle étoit fondée fur la nouveauté 8c le goût : l’induftrie 8c les moeurs changèrent bientôt l’une 8c l’autre.
- Amiens failit la circonftance (2) : fes fabriques
- lui fourniffoîent un genre d’étoffe que fa durée 8c fon éclat rendoient infiniment plus propres à l’im-preffion, que ne le fut jamais la ferge d’Aumale.
- Les relations journalières 8c intimes de commerce de cette ville avec l’Efpagne 8c l’Italie , mirent les Négocians dans le cas de faire paffer des échantillons à leurs Commettans : ceux-ci les montrèrent au Nouveau Monde. Sans ceffer d’imprimer des ferges, on fournit à cette opération des pannes ou peluches en poil de chevre ; matière brillante par elle-même , 8c qui réfléchit les couleurs avec beaucoup plus de vivacité ; l’étoffe étoit propre à fe Vêtir , plus meublante , d’un beaucoup meilleur ufage que la ferge : les demandes furent confidé-rables ; elles prirent un cours réglé : on en foutint le goût, par la variété des deffins.
- Tout change ; 8c après les périodes plus ou moins longs , déterminés par les circonftances, ou marqués pàr la nature, tout fe détruit ; 8c les goûts, comme la matière , fe modifient fans ceffe. On imprime moins de peluches en ce moment , mais on imprime des petits draps, des camelots, des tamifes, 8c d’autres petites étoffes.
- (1) MM. Le Marcis apportèrent d’Angleterre les premiers outils & uftenfiles , la compofition de quelques couleurs , le fecret enfin d’imprimer les étoffes de Laine , fie formèrent leur établiffe-ment a Bolbec , il y a environ trente ans. D’autres Entrepreneurs , en petit nombre, les imitèrent quelques années après.
- (x) M. Bonvalet fut le premier qui imprima des étoffes de Laine a Amiens : il y fut le feul, pendant quelque temps, qui exerça cet Art. M. Eleffelle eff celui qui en a le plus étendu la
- pratique. Cet Àrtiftc , plein de hardieffe , d’un zele très-aélif., fie d’une confiance fans bornes dans les entreprifes , eft le feul peut-être qui mette autant fit plus d’ardeur à répandre les connoiffances utiles j fit à voir fleurir les Arts mêmes qu’il cultive, qu’à recueillir les juftes fruits de fes infatigables travaux. C’eft lui qui a reétifié & fixé mes idées fur les procédés de cet Art, 8c il en a confirmé l’inftruétion, par tous les détails de pratique qu’il m’a mis à portée d’obfejYer.
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- VA RT DE PRÉPARE
- Préparation des Etoffes avant timpreffion.
- On fuppofe les ferges d’Aumale & celles de Blicourt dégrailfées 8c foulées, comme il fe pratique dans les campagnes , telles enfin qu’elles font mife-s en vente dans les halles ; 8c les pannes ou peluches débouillies , fuivant l’ufage, par les Foulonniers de la ville.
- La première préparation des étoffes en le débouilli à l’alun : ce fei foffile 8c minéral, foit qu’il ouvre les pores de la matière par fa forme en aiguilles fines 8c acérées, & qu’il facilite par-là l’introdudion des parties colorantes qu’on veut fixer fur les étoffes , foit que chaffé de ces mêmes pores où il s’étoit logé par une nouvelle criftallifation peut-être, 8c remis en fufion dans un nouveau bouillon, par fa qualité aflringente, il refferre ces mêmes pores lorfque la couleur s’y efl introduite ; ce fel efl l’agent univerfel des fauffes teintures, dis-je, dont il développe en outre toutes les couleurs.
- Débouilli à Valun.
- Dans une chaudière, telle qu’en y mettant cinquante féaux d’eau, ou fix cents pintes de Paris, il relie un vuide de cinq à fix pouces de fes bords , on peut faire débouillir à la fois cinq pièces de ferges d’Aumale , de foixante à foixante-dix aunes chacune, ou autant de pièces en pannes de quarante à quarante-cinq aunes. La plus grande quantité de matière de celle-ci compenfe le plus long aunage des précédentes. Lorfque l’eau efl tiede, on y jette quatre livres d’alun de Roche , 8c demi-livre de tartre blanc par piece d’étoffe. L’alun de Rome efl préférable.aux autres, à raifon de fa qualité ; mais on ne l’emploie pas ici à caufe de fon prix. Il faut avoir l’attention de le caffer par petits morceaux , pour en faciliter la diffolution, 8c ne pas attendre à le mettre dans la chaudière , que l’eau én foit bouillante ; il fe formeroit une écume fur le bain, 8c fa dilatation fubite le fouleveroit au point de vuider prefque la chaudière. A l’égard du tartre, il doit être pulvérifé 8c paffé au tamis.
- A mefure que le tartre 8c l’alun fe fondent, leâ malpropretés qui y adhèrent s’en détachent 8c viennent à la furface de l’eau ; il la faut écumer exactement pendant que le bain chauffe. On faude les pièces, on les attache à la queue les unes des autres ; 8c lorfqu’il commence à bouillir , on les y introduit peu à peu , en les enfonçant avec un lifoir , 8c l’on réunit la première à la dernière , pour les travailler de fuite fur le tourniquet. Tournées 8c retournées ainfi pendant une heure, la chaudière toujours bouillante , on défaccouple les pièces par deux 8c par trois, 8c on les leve ainfi en deux fois fur le tourniquet : on les jette par plis , en les déroulant, fur un jallier ou levier , placé fur un large chevalet, pour les tranfporter ïur 1 efaudet, efpece de brancard ou table à jour, échelle ou rateau.
- Pendant le premier bouillon,on prépare de nouvelles pièces pour un fécond , qu’on fe propofe de faire dans le même bain,. Comme il a retenu quelques parties des premiers ingrédiens, on y ajoute feulement trois livres d’alun par piece , quinze livres au lieu de vingt livres qu’on a mifes au premier, 8c du tartre à proportion. On écume le fécond bain , 8c l’on procédé en tout comme au premier. On paffe à un troifieme, qui ne différé en rien du fécond. Pendant ce troifieme bouillon , on faude pli par pli les pièces précédentes, oh retourne la cape fur chacune , 8c on les empile ainfi les unes fur les autres , en aufli grande quantité ôc autant de temps qu’on le juge convenable :
- R ET DMMPR1MER
- elles pourroiènt y relier quinze jours & plus, même dans les chaleurs de l’été > fans crainte que la fermentation s’y établît ; l’alun les en préferve.
- Il efl nécelïaire pour toutes les couleurs, excepté les gris , les verts 8c les bleus de Saxe de toutes les nuances, que les étoffes repofent fur le bouillon d’alun pendant trois à quatre fois vingt-quatre heures ; 8c les [rofes, les cramoifis les écarlates en font plus vifs, plus éclatans, d’y repofer quatre à cinq jours ; l’étoffe en afpire mieux la couleur, 8c l’on confomme moins de drogues.
- Si l’on veut procéder à un quatrième bain, alors il faut vuider la chaudière : l’eau eft trop chargée des ordures, de la graille qui efl reliée dans les étoffes , des terres de l’alun 8c du tartre : le bain ell gras, il faut le renouveler. Si au lieu d’un nouveau bain d’alun on vouloit teindre en gris, vert ou bleu de Saxe , on pourroit le faire fur l’eau même 8c dans la chaudière des bains précédens, en la remplilfant 8c la chauffant au degré convenable ; s’il arrivoit cependant que le bain fût trop chargé, trop gras , on feroit bien d’en jeter une partie, 8c de la remplacer par de l’eau pure.
- Des Matières colorantes, & maniéré de les préparer avant la teinture.
- Les matières d’ufage poiir teindre les étoffes & colorer les pâtes d’imprelfion, font en petit nombre. Après la terra mérita ou curcuma, racine qui nous vient des Indes orientales , & la gaude, qui ell une plante indigène , les bois des Indes occidentales font les feuls. Je ne parle point de la compofition colorée par l’indigo $ qui nefertque pour les gris, vert 8c bleu de Saxe, 8c dont on donnera le procédé lorfqu’il fera quellion d’en indiquer l’emploi.
- Ces bois fe réduifent à ceux à'Inde , dont la meilleure qualité ell connue fous le nom de Cam-pêche, coupe d’Efpagne : il ell le plus ellimé 8c le plus cher; de Brefil ou Fernambouc, 8c le bois jaune : on emploie encore le Brefillet, mais feulement pour colorer en rofe , en cramoifi 8c en écarlate faux les étoffes à imprimer, 8c non les pâtes d’imprelfion, qu’il coloreroit trop foiblement.
- Les meilleurs bois font lourds, fans aubier ; l’air en efl frais 8c la couleur vive. On a beaucoup de moulins dans ces cantons , pour les moudre ou les hacher ; mais il convient mieux de les faire râper chez foi ; on évite toutes les fraudes qu’on peut faire dans les moulins, où l’on mêle le bon 8c le mauvais bois , 8c où l’on n’ignore pas le moyen d’en faire monter la couleur en y jetant de l’eau de chaux. On met enfuite le bois dans des facs de toile alfez claire pour que l’eau la pénétré, 8c que les parties colorantes s’en échappent aifément : on n’en garnit chaque fac qu’aux trois quarts , pour la même raifon ; on les lie , 8c on les met ainfi dans la chaudière, à raifon de cent à cent vingt livres de bois en trois facs, fur cinquante féaux ou fix cents pintes d’eau ; on la fait bouillir à gros bouillon pendant trois heures ; on leve les facs fur une échelle ou rateau qu’on met au delfus de la chaudière : on retire le feu : on laiffe égoutter les facs 8c refroidir le bain jufqu’à ce qu’on puiffe le tranfporter ; on le dépofe alors dans des tonnes placées dans un bas hors des atteintes de la gelée. Le bain de cette première cuite fe met à part ; on ne le confond point avec ceux des fécondé 8c troifieme cuites ; c’efl la partie conflituante du coloris des pâtes d’imprelfion : on pourroit l’employer à teindre 8c colorer les étoffes avant de les imprimer ; mais le fécond ou troifieme bain y efl ordinairement allez propre.
- La première cuite faite , on rejette les facs dans la chaudière ; on la remplit de nouvelle eau, qu’on
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- LES ÉTOFFE
- fait bouillir autant de temps 8c une demi - heure en fus qu’au premier bain ; on procédé de la même, maniéré, 8c ainfi du troifieme , auquel on pafle incontinent après le fécond , ayant toujours l’attention de mettre dans des tonnes à part les bains produits de ces trois différentes cuites.
- Cette quantité de bain faite fans une détermination précife du temps de fon emploi, ne peut avoir lieu qu’à l’égard du bois de Fernambouc , dont le bain gagne tellement en vieillilfant, qu’on fait en forte de l’avoir toujours au moins de fix mois : on pourroit cependant l’employer nouvellement fait ; mais il ne fourniroit point une couleur aulfi vive : ce n’eft que quand il a fermenté 8c vieilli, ue les parties colorantes du bois font entièrement éveloppées, 8c qu’il donne à la couleur toute fon intenfité* La marque de fa bonne qualité eft une confiftance un peu vifqueufe, 8c de hier comme un vin gras.
- On a fait prelfentir les dangers de la gelée, qui en effet détruit la couleur 8c gâte le bain , qu’on ne peut réparer qu’en faifant recuire deffus du nouveau bois râpé ; frais 8c perte de temps qui en doublent prefque la dépenfe*
- A l’égard du bain de bois d’Inde ou de Cam-pêche , qui fe fait fur lë même procédé que le précédent, on ne paffe point à une fécondé cuite; Ce bain ne fert que pour le noir d’imprefîion, 8c le produit d’un fécond feroit moindre que la dépenfe à faire pour l’obtenir. Celui-ci ne pourroit s’employer que dans le violet, couleur qu’on fait rarement ,8c à laquelle on réuffit également en étendant le premier bain dans une plus ou moins grande quatité d’eâu, fuivant la nuance qu’on veut obtenir.
- Le bain de bois jaune fe fait fur le même principe que celui de bois d’Inde, 8c ils ont l’un 8c l’autre cela de contraire à celui de Fernambouc, qu’ils perdent beaucoup de leur qualité en vieillif-lant, 8c qu’il ne convient de les faire qu’en quantité 8c au moment quion en a befoin.
- Les Auteurs ont établi comme une doftrine, que les eaux les plus dures, les plus crues, étoient les plus propres à extraire les parties colorantes des 4>ois, 8c ils confeillent de faire les bains d’eau de puits, de préférence à celle de riviere. Les gens de l’Art que j’ai confultés, prétendent que l’eau de puits donne en effet au bain une teinte plus forte; mais que cet excès de couleur, produit fans doute par les félénites dont l’eau de puits eft beaucoup plus chargée que celle de riviere, de même que le rehauffement de couleur des bois, produit par l’eau de chaux, n’eft point une preuve d’une plus grande quantité de parties colorantes extraites, puifque l’eau de riviere, plus douce , plus divifée, plus tenue, toutes chofes égales d’ailleurs , fournit réellement plus de teinture. Une autre observation effentielle à l’égard du bain de bois de Fernambouc fait à l’eau de puits, c’eft qu’il ne devient jamais aufti gras, 8c qu’il ne colore pas auiïi vigoureu-fement.
- Compofition du bleu de Saxe.
- Sur trois livres d’huile de vitriol, mifes dans un pot de terre verniffé qui en peut contenir le double, on verfe peu à peu de P Indigo flore Gatimalo , réduit en poudre fine 8c paffée au tamis, jufqu’à la quantité de fîx onces : ou remue toujours à mefure avec une fpatule de verre ou de bois blanc ; celle cte verre eft préférable. Lorfque tout l’indigo eft mêlé avec l’acide vitriolique, on met la corn-pofition au bain-marie dans une eau chaude retirée de deffus le feu, 8c l’on continue de remuer jufqu’à ce que l’indigo foit bien diffous, pendant environ une heure P ce qu’on reconnoît à l’éclairciffement
- ? en Laines. j
- de la compofition. Lorfqu’il n’y à plus àuctinô boulé ou maton, elle eft faite, 8c on peut l’employer aufli-tôt qu’elle eft refroidie. Il fe fait une telle effer-vefcence pendant cette diffolution * que fi l’ori n’agitoit continuellement 8c fortement la matière avec la fpatule , elle s’élevftoit au deffus des bords du vafe, 8c fe répandroit* On eft même obligé quelquefois dans cet intervalle de retirer le vafe de dedans l’eau chaude, 8c c’eft la raifon pour laquelle on le prend d’une continence double.
- Cette effervefcence décele toujours un vice dans l’indigo : quand il eft très-fee, 8c qu’il contient fort peu de parties hétérogènes , elle eft infenfible 8c prefque nulle. Il eft donc effentiel de bien choifir l’indigo, 8c il n’en feroit que mieux de le faire fécher à une chaleur du four très-modérée.
- Les perfonnes qui font dans le cas de faire \ bouillit l’eau du bain lors de la diffolution de l’indigo, doivent fe défier de la qualité de l’huile de vitriol ; il eft évident qu’elle eft alors moins concentrée qu’elle doit l’être : on a d’ailleurs éprouvé qu’elle donnoit aux couleurs un oeil verdâtre qui la fait rejeter des Artiftes curieux.
- Téiîtturé dèi Etoffesi
- Avant de procéder à la teirituré des étoffes, il les faut laver en riviere , les bien battre , ou les faire dégorger 8c reviquer au moulin , pour ôter la malpropreté 8c la terre fuperflue que l’alun y a dépofée , autrement le bain feroit bien-tôt gras , tué: on ne pourroit y teindre qü’un nombre beaucoup moindre de pièces, 8c quoiqu’on confommât plus d’ingrédiens colorans , les couleurs refteroient: toujours ternes*
- On a dit qu’on pouvoit fe fërvir du bain d’alun pour teindre fur le champ les gris , bleu 8c Vert de Saxe ; parce que l’acide vitriolique qui entre dans la compofition de ces couleurs, tient lieu non feulement du repos fur le bouillon d’alun néceffaire aux étoffes deftinées pour les autres couleurs, mais du bouillon d’alun même , qu’on pourroit très-biefr fe difpenfer de donner aux étoffes fur lefquelles on n’auroit pas d’autres Couleurs d’imprefîion à appliquer , que celles faites avec la compofition , pourvu qu’on en mît dans: le bain même de la teinture de ces couleurs , à raifon de deux livres par piece d’étoffe, ainfi que le pratiquent les Teinturiers du grand 8c bon teint £ on en ufe ainfi d’ailleurs pour gagner fur le feu 8c fur le temps : mais fi l’inconvénient eft nul dans ce cas-ci, 8c pour les couleurs à la compofition, il ne l’eft pas pour celle au bois ; il faut alors vuider la chaudière 8c faire un bain neuf, car l’alun, quoiqu’un mordant très-propre à développer les couleurs du bois, 8c à leur donner de la vivacité lorfqu’il eft employé dans la préparation des étoffes, détruiroit cependant ces mêmes couleurs s’il fe mêloit à leur teinture*
- Suppofant donc les bouillons d’alun finis , le bain refté dans la chaudière , 8c des gris , bleus , ou verts de Saxe à faire , on emplit la chaudière, on pouffe le feu , mais à un point affez modéré pour pouvoir aifément tenir toujours la main dans le bain ; 8c pour les gris de Saxe les plus pâles, on y verfe de la compofition en quantité a’un cube ae fix à fept lignes de côté ; on pallie bien : on prend alors une piece d’étoffe, mife fur unp pianche pofée fur le bord de la chaudière ; on en jette le premier bout fur le tourniquet qui eft en travers au deffus du bain : un Ouvrier tourne le plus vite poffible, pendant qu’un autre enfonce la piece à mefure qu’elle tombe. Quand elle eft toute paffée, on en attache les deux bouts enfemble , 8c on lui donne cinq ou fix tours de fuite , en la tenant
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- toujours au large avec un hfoir\ alors on en retire une partie, on la tord, on la retord dans un linge ou étoffe feche ; on en confronte la nuance : fi elle eft au deffous de celle de réchantillon , on redonne encore deux ou trois , trois ou quatre tours, fi l’on juge qu’ifc y a allez de compolition dans le bain ; fi au contraire il n’y en a pas allez, après avoir levé la piece fur le tourniquet, on en ajoute un peu au bain ; on le pallie , 8c on lui redonne autant de tours ou de bouts qu’il en eft nécelfaire.
- Lorfque la couleur eft achevée, on leve la pièce fur le tourniquet, on la laide un peu égoutter ; puis, déroulée 8c jetée fur un jallier, on l’emporte fur le champ à la riviere; on la lave en eau courante ; enfuite on la plie, on la roule, on la pofe debout pour en faire égoutter l’eau, & on la fait fécher. Les étoffes feches, on les corroie à chaud pour les étendre, en ôter les faux plis, les tenir fur leur largeur ; elles font alors propres à mettre à l’imprefhon.
- Les bleus de toutes nuances fe font de la même maniéré , en ajoutant au bain plus ou moins de compofition, & en le tenant à un degré de chaleur au deffus , tel qu’il approche de l’ébulition fans y jamais atteindre : le bleu en deviendroit terne & verdâtre. Cette fuite de couleurs fe fait toujours fur les mêmes bains ; & les bleus achevés, on paffe incontinent aux différens verts de Saxe, pour lefquels il n’eft queftion que de faire cuire, dans le bain précédent, du bois jaune également râpé 8c mis dans un fac.
- Il eft d’obfervation que le bois jaune cuit dans la chaudière dans laquelle on teint , donne une couleur plus vive que lorfque le bain en eft fait à part. Le bain, par le contad de l’air, perd beaucoup de fa qualité, & la couleur qu’il donne, de fon intenfité , on ne l’emploie jamais trop tôt.
- Pour tous les gris autres que les gris de Saxe, on ajoute feulement un peu de bain de bois au premier procédé. Veut-on des gris éteints, depuis le gris blanc jufqu’au gris le plus foncé ? le bois d’Inde, en dofe proportionnée à la nuance, en fait l’affaire ; quelquefois cependant on y ajoute un peu de diffolution de vitriol de Mars, ou couperofe. -Les gris rougeâtres veulent un peu moins de compofition , un peu moins de bois d’Inde, mais un peu de Fernambouc.
- Paille & Jaune,
- Lorfqu’on veut faire du Jaune à la fuite des nuances de Paille , on met une botte de gaude dans la chaudière ; on l’y laiffe jufqu’à ce qu’on apper-çoive que le bain en eft un peu chargé : on en juge mieux par un petit échantillon qu’on fait fur le champ. S’il eft au point requis, on tire la gaude, on pallie la chaudière, & l’on teint en tournant 8c retournant la piece très-vîte, la tenant toujours au large, jufqu’à ce qu’elle foit achevée. Toutes les nuances de Paille dépendent du temps qu’on laiffe la botte de gaude dans la chaudière. En la laiffant plus long-temps encore, on paffe finalement à celle de Jaune par gradation afcendante. Si l’on veut obtenir du Jaune d’abord , on fait bouillir la gaude affez long-temps pour en extraire toutes les parties colorantes , 8c l’on defcend au contraire du plus beau Jaune au Paille le plus clair.
- Il faut être foigneux de rafraîchir le bain de gaude avant de s’en fervir. Ses parties colorantes font très-fufceptibles d’être happées ; & plus le bain eft chaud, plus 1 étoffé les abforbe rapidement,ce ui expofe prefque indifpenfablement alors à faire es couleurs inégales.
- :r et dm mp rimer
- Soucis, Aurore, Jaune doré, & autres de ce genre.
- Après avoir tiré de la gaude, 8c coloré l’étoffe de tout ce qu’elle peut donner de teinture, on ajoute au bain du curcuma en poudre , qu’on met à nu dans la chaudière ; on lui fait jeter un bouillon,
- 8c l’on y paffe fucceffivement toutes les pièces qu’on a à teindre de cette couleur. Veut-on hauffer encore cette nuance, lui donner un œil rougeâtre ? il n’y a qu’à ajouter un bain , un peu de celui de Fernambouc ; 8c fi l’on en mettoit une certaine quantité, on le poufferoit jufqu’à l’écarlate faux.
- ' Abricot , Chamois , &c.
- L’Abricot, le Chamois, 8c autres, fe font par le mélange des bains de bois jaune 8c de Fernambouc.
- Rofe, Cramoifis , Écarlates, &c.
- A l’égard des Rofe , Cramoifis, Écarlates , &c. on procédé comme il fuit.
- On met dans la chaudière, prefque remplie d’eau chaude à n’y pouvoir tenir la main , deux féaux d’eau fure , pour atténuer l’eau du bain , la rendre plus pénétrante , 8c lui faire trancher l’étoffe. On y ajoute un quart de feau de bain de Fernambouc ; on pallie, 8c l’on teint. La nuance qu’on obtient alors eft une couleur de chair ; on la hauffe par degré jufqu’au Cramoifî foncé , en augmentant fucceffivement la dofe du bain de Fernambouc.
- On juge de la nuance, en trempant un échantillon de la piece teinte dans une eau de chaux vive, qui fait monter 8c rofer la couleur. On le lave en eau claire, 8c on le feche en le tordant dans un linge. Si elle n’eft pas affez foncée, ou l’on donne encore quelques bouts à la piece, lorfqu’il y a affez de compofition dans la chaudière, ou on la leve, pour en ajouter au bain , la rabattre 8c la retravailler.
- Lorfque l’étoffe eft dure à prendre la couleur, & à fe monter à la nuance qu’on défire, on l’abat fur le jallier, 8c on la porte fur le faudet, pour l’éventer à grands plis , à deux ou trois reprifes différentes.
- Au lieu de deux féaux d’eau fure, qu’on met pour obtenir les différentes nuances de Rofe 8c de Cramoifî, on en met quatre, 8c jufqu’à fix, pour faire l’Ecarlate. Cette eau donne au bain de Fernambouc un œil jaunâtre , dont on peut accroître l’intenfité par deux ou trois poignées de curcuma en poudre jeté dans la chaudière.
- Pour donner aux Rofes 8c aux Cramoifis tout le degré d’intenfîté dont ils font fufceptibles , on met dans une chaudière remplie d’eau, 8c alors celle de puits eft préférable, un, deux, 8c jufqu’à trois féaux d’eau de chaux vive, qu’on remue bien dans le vafe où on l’a fait éteindre, 8c où on la tient en dépôt, de maniéré qu’elle foit très-blanche. On pallie ; on y paffe à froid les pièces teintes , 8c on leur donne autant de bouts qu’il eft néceffaire, les levant dans l’intervalle, 8c augmentant l’eau de chaux, à raifon du plus grand effet qu’on défire. La couleur achevée , on porte l’étoffe fur le champ à la riviere, & on la lave, jufqu’à ce qu’on foit affuré qu’il n’y refte plus de chaux, qui altéreroit la couleur 8c l’étoffe même.
- Si l’on veut avoir un Cramoifî très-foncé 8c imitant le Cramoifî bon teint, on le rofe fur le bain même dans lequel il a été fait, en y ajoutant environ trois féaux d’urine par piece , & y travaillant l’étoffe. Mais ce rofage, plus difpendieux que le précédent, outre qu’il eft d’une odeur plus défagréable, eft? par cette raifon, peu ufité dans cet Art,
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- LES ÉTOFFES
- Bleu de Roi.
- Le Bleu de Roi fe fait tout uniment dans un bain de bois d’Inde , auquel on ajoute, en petite quantité, de la dilïolution de vitriol de Chypre.
- Violet.
- Le Violet fe fait avec le bois d’Inde pur; on le rofe enfuite avec de l’eau de chaux, qu’on ajoute au même bain.
- On ne doit jamais oublier, à chaque fois qu’on ajoute quelque chofe au bain, de relever l’étoffe au deffus de la chaudière , 6c de bien pallier avant de la repaffer.
- Avant de décrire la compofition des pâtes colorées d’impreffion, il eft bon de faire connoître les ingrédiens qui y font propres. Les matières colorantes font en partie les mêmes que celles employées dans la teinture des étoffes. A l’égard des autres, elles font auffi en petit nombre ; mais les agens en font très-puiffans : ceux-ci confident dans les acides les plus violens, favoir, le vitriolique & le nitreux,
- 6c l’un des alkalis les plus cauftiques, la potaffe, L’huile de vitriol 6c l’eau-forte he fauroient être trop concentrées; & l’on préféré, comme très-fupé-rieure , la potaffe qui nous vient des Provinces-Unies de l’Amérique, & qui eft connue dans le commerce fous le nom d'‘York. Elle eft en pierres très-dures , plus grife que celle qui nous vient du Nord, finguliérement cauftique, 6c très-fujette, lorfqu’elle eft expofée à l’air, à en attirer l’humidité,
- 6c à tomber en déliquefcence.
- La farine eft la bafe de toutes les pâtes, 6c la feule matière, pour ainft dire, qui y faffe corps ; l’amidon qu'on y ajoute eft pour donner aux farines naturellement trop feclies, une confiftance plus vifqueufe, ôc qui les entretienne dans l’état de fluidité le plus adhérent. On préféré, à raifon de ces qualités, la farine de Jarrafin, ou bled noir ; nom qui lui vient des Peuples d’Afrique qui nous ont procuré cette lante, & de la couleur de fa graine, connue en icardie fous le nom de bucaille. Sa fubftance eft plus muqueufe, plus mucilagineufe que la farine d’aucun autre grain. 11 en faut moins dans les compofitions : elle eft moins fujette à y fermenter, 6c elle eft à beaucoup plus bas prix. En employant la farine de froment à même dofe, il faudroit y mêler le quadruple d’amidon. On pourroit même abfolument fe paffer de ce dernier intermede avec la farine de bled noir ; mais il ajoute un peu plus de moelleux à la pâte.
- Il faut que cette farine foit paffée au tamis, pour en ôter la pellicule noire qui la recouvre ; non qu’elle colore la pâte, mais elle la rendroit plus groffiere:
- Il en pafferoit moins pâr le tamis lorfqu’on la coule après la cuiffon ; il y auroit plus de perte par con-féquent de tous les ingrédiens qui la compofent,
- 6c peut-être la rendroit-t-on plus fufceptible, comme plus fécative, de s’attacher aux planches de cuivre lors de la cuite de l’impreftion.
- J’ajouterai encore une obfervation relative aux Vafes de bois, 6c autres uftenfiles de cette matière dont on fe fert dans ce travail, comme dans celui des teintures. Il faut qu’ils foient tous de bois blanc, comme les variétés de peupliers, le bouleau, le ficomore, l’érable, 6cc. ou lorfqu’ils font de chêne, ou de noyer, il faut avoir la précaution de les enchauffer, c’eft-à-dire d’y faire éteindre de la chaux, ou de les empâter d’une chaux nouvellement éteinte, 6c de les laiffer quelque temps dans cet état, jufqu’à ce que la chaux ait détruit les parties colorantes de ces bois , qui furteindroient les couleurs, ou tacheroient les étoffes qu’on y dépoferoit.
- On en ufe ainft pour les vafes de bois qui ont
- EN LAINES. s.
- contenu de l’huile, 6c on les rend auffi propres qu’ils peuvent l’être à tous les ufages.
- Compofition des Bâtes d'imprefiion*
- Pour le Noir ^ on délaye bien douze livres dé farine de bled noir, une livre 6c demie d’amidon , 6c un quarteron de curcuma, dans vingt cinq^pinteS de bain de bois de campèche; on paffeletout au tamis , 6c on le verfe dans un chaudron de cuivre, qu’on remplit à trois ou quatre pouces près du bord ; on y ajoute un demi-verre d’eau de potaffe, forte au point de faire une violente fenfation de caufticité fur la langue ; on fait bouillir cette matière jufqu’à ce que la farine 6c l’amidon foient bien cuits : l’excès eft moins dangereux que le défaut. Quand la pâte n’eft pas affez cuite, elle fermente, devient aigre, 6c tourne ; en outre elle s’attache aux cuivres, 6c, en emplit la gravure ; on a beaucoup de peine à l’en retirer , elle a fait une impreflion très-maigre, 6c le travail eft retardé. Il n’y a pas à héftter, il la faut faire recuire.
- En fuivant fon effet fur un feu en bon état, on remarque qu’elle y eft environ dix minutes avant de bouillir ; alors elle s’épaiflit confidérablement, à peu près autant qu’une pâte de pain fermentée ; il la faut remuer fans ceffe 6c avec aétion, avec une forte 6c grande fpatule de bois blanc, pour l’empêcher de s’attacher au fond 6c autour du chaudron. A mefure que la matière bout, que toutes fes parties cuifent 6c fe combinent enfemble, elle s’éclaircit, elle ne forme plus qu’une pâte, finon liquide, du moins fluide ; on n’eft plus affujetti à la remuer aufli continuellement, quoiqu’il foit nécefi* faire de le faire de temps en temps, pour la faire éventer 6c cuire également, mais elle n’eft plus aufli fujette à s’attacher 6c à brûler. Vingt minutes de fore bouillon fuffifent ; ainft la cuite entière peut fe faire en une demi-heure de feu.
- Au refte, la couleur de la pâte qui a pris de l’in-tenfité à la cuiffon, fa confiftance, 6c même une légère odeur de brûlé qui commence à fe faire fen-tir, indiquent le point fixe.
- Quand la pâte eft cuite, on la verfe dans un vafe de bois, un baquet ou autre femblable, qui foit très-propre ; le mieux fer oit de fe fervir toujours des mêmes vafes pour les mêmes couleurs : mais il faut fur-tout avoir la plus grande attention qu’il n’y refte aucune partie ae vieille pâte ; elle feroit bientôt fermenter, aigrir 6c tourner la nouvelle. On pourroit la paffer au tamis fur le champ, 6c l’employer chaude comme froide : mais il ell plus commode pour l’Ouvrier qu’elle foit refroidie; alors il fe forme au deffus une croûte épaiffe, qui fe détache aifément de la maffe, qu’on leve 6c qu’on rejette. Pour s’affurer du degré de noir que produira cette pâte , on en imprime un échantillon de la piece d’étoffe ; & fi la nuance convient, on coule la pâte dans une tinette, 6c on la livre à l’Ouvrier Imprimeur. Si la nuance n’eft pas affez foncée, que la couleur ne foit pas affez noire, on redélaye la pâte avant de la paffer, avec un peu d’extrait de curcuma, cuit dans du bain de bois jaune 6c un peu d’eau de potaffe.
- Pour le Rouge, on fuit le même procédé que pour le noir, avec cette différence qu’au lieu du bain de bois de campèche, on emploie celui de fernambouc, 6c qu’on fupprime entièrement le curcuma. On peut animer le rouge, 6c le faire monter avec de l’eau de chaux vive ; mais la potaffe vaut mieux, parce qu’elle eft moins fécative 6c moins terreufe.
- Pour le Jaune, on fubftitue le bain de bois Jaune, 6c l’on ajoute une demi-livre ou trois quarts de livre de curcuma, 6c lieu autre, à la même quan-
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- s î/ART DE PRÉPARI
- Vite de-farine & d’amidon. Le Jaune fert à deux ufagcs. Veut-on obtenir cette couleur fur le gris, le rôle ou le cramoifi ? on y ajoute de l’acide vitriolique; on fait un -échantillon. Si le Jaune ell trop foible, on augmente l’acide vitriolique ; s’il eft trop foncé, on y ajoute du premier Jaune fans être nuancé.
- Si au lieu d’acide vitriolique on met fur le Jaune de la compofition de bleu de Saxe , on pourra former toutes les nuances de vert, à proportion de la quantité qu’on en mettra : lorfque le vert eft trop bleu, on le ramene avec un peu d’extrait de curcuma, cuit dans du bois Jaune; li au lieu du bain de curcuma , cuit ainfi à part, on l’em-ployoit en poudre, on courroit le rifque que la pâte s’attachât aux cuivres dans l’impreffion.
- Le vert peut fe nuancer fur le feu, & il n’en eft
- ?ue plus vif, en mêlant la compofition dans le aune iorfqu’il cuit. Dans ce cas , il ne faut nuancer la pâte que foiblement. Pour pouvoir en tirer des verts pâles , on fait alors le Jaune ôc le vert 'Séparément.
- Pour le Bleu de Saxe, on prend treize livres*de farine , & trois livres d’amidon, fur vingt-cinq pintes d’eau pure. Cette plus grande quantité de farine & d’amidon fur la même quantité de liquide, eft pour compenfer la partie colorante répandue dans les bains de bois., & qui concourt, avec la farine ôc l’amidon, à donner de la confiftance aux pâtes : on y ajoute de la compofition du bleu de Saxe jufqu’à ce qu’on obtienne un bleu célefte, u’on hauffe enfuite à volonté, par addition mo-érée ôc continue, jufqu’à la nuance la plus foncée. La compofition pour jaunir les couleurs teintes •en vert ôc bleu de Saxe, ôc en écarlate, fe fait comme la pâte pour le bleu , avec la différence qu’au lieu de la compofition du bleu de Saxe, dont on ne met point au tout, on ajoute un quarteron d’alun diffous ou pulvérifé, ce qui ne fait alors qu’une pâte blanche. Lorfqu’elle eft refroidie, on en pafîè au tamis ce dont on a befoin, ôc on la nuance avec de l’acide nitreux; le plus fort eft le meilleur, Il peut être employé à trente degrés ; Iorfqu’il eft au deffous, il en faut davantage; ôc alors il éclaircit trop, il altéré la confiftance de la pâte, fur-tout fi on la monte aux plus hautes nuances.
- Pour juger de fon effet fur les couleurs indiquées, on fait imprimer un échantillon d’effai ; s’il n’eft
- Îjoint affez jaune, on ajoute de l’acide nitreux ; s’il ’ eft trop , que l’acide furabonde, qu’il extravafe la couleur , ou qu’il ronge trop le noir qu’on y joint par une fécondé impreffion, car on ne peut guere y ajouter d’autres couleurs, qu’il altéré ôc détruit toutes , on ajoute à cette pâte de la nouvelle pâte blanche , fans acide nitreux ; ôc ainfi, par degré, on tempere fon effet, ôc l’on affoiblit la nuance.
- Le noir Ôc le rouge font très-fujets à tourner, -fur-tout dans les temps de chaleur. On les racom-mode avec de la poudre de bois bien tamifée, favoir, le campêche pour le noir , ôc le fernambouc pour le rouge ; ôc l’on remonte la couleur de l’un ôc de l’autre avec la potaffe ; le rouge quelquefois avec de l’eau de chaux.: mais ce raccommodage eft toujours imparfait, Ôc la poudre des bois eft fujette à s’attacher aux cuivres lors de l’impreffion.
- Les couleurs en pâtes, colorées Ôc travaillées à l’acide vitriolique, ne tournent jamais. La pâte blanche fe conferve long-temps, à caufe de l’alun qui y entre ; mais elle tourne enfin : alors, pour ne la pas perdre, on la mêle par petites parties avec de la nouvelle pâte.
- Les couleurs d’impreffion , bleu & vert de Saxe, peuvent s’appliquer fur tous les fonds, même fur les blanchis, fans être alunés ; il en eft ainfi du jaune d’impreffion fait à l’acide vitriolique. Mais toutes les couleurs dans lefquelles cet acide n’entre
- R ET D’IMPRIMER
- pas, veulent que les étoffes fur lefquelles on les imprime aient été préparées à l’alun.
- Mélange des couleurs.
- Gris-rouge de diverfes nuances : mêlez du noir ôc du rouge avec un peu de diffolution de virtiol de mars.
- Gris ordinaire, depuis le plus clair jufqu’au plus foncé : mêlez du noir ôc du blanc avec un peu de la même diffolution.
- Pourpre : fur une tinette de rouge , mettez un demi-plateau de bain de noir, plus ou moins, Ôc vous nuancerez avec de l’eau de potaffe. Il en fera ainfi des autres.
- Des Planches.
- Les Planches d’impreffion font de cuivre. Dans quelques endroits on fe fert de cuivre rouge , 04 rofette. A Amiens on préféré le cuivre jaune, comme moins fec, moins filandreux ou pailleteux, moins fujet aux bavures, ôc d’une tranche plus nette enfin ; la rofette d’ailleurs., à moins d’être battue , eft plus garnie de vents, de bouillons; elle pefe davantage, toutes chofes égales, que le cuivre jaune, ce qui eft plus embarraffant, plus fatigant pour l’Ouvrier Imprimeur, ôc elle eft plus chere. Le meilleur cuivre jaune nous vient de Namur; on en tire les Planches toutes faites. Ces Planches ont ordinairement trente pouces de largeur, trente-huit de longueur, fur une ligne ôc demie à deux lignes d’épaiffeur. On ne les grave ordinairement que fur la largeur des étoffes à imprimer. Les plus larges font les ferges d’Aumale, de vingt-fept à vingt-huit pouces : 011 laiffe aux deux extrémités fur la longueur , un efpace fans être gravé, d’un quart ou de demi-ligne, pour empêcher la couleur de baver ou couler ; ainfi on n’entaille jamais la bordure* on ne coupe jamais les petites figures, &, que celles-ci rentrent les unes dans les autres, ou qu’on ait un deffinfuivi, le raccord ne fe fait jamais exactement fur la bordure, mais toujours un peu en avant. Il dépend enfuite de la pratique, de l’adreffe de l’Ouvrier, de les faire tels qu’ils ne paroiffent point fur l’impreffion. La gravure ne fe fait guere que d’une demi-ligne ou trois quarts de ligne au plus de profondeur. On ne dira rien ici de la maniéré de l’exécuter : c’eft un Art abfolument à part, ôc qui ne différé de la gravure ordinaire, qu’en ce que celle-ci, plus délicate, plus légère, fe fait au burin, à la pointe féchée, mais à la main, ôc que celle pour imprimer les étoffes, plus large & -pius creufe, fe fait au marteau. Cependant tous les Imprimeurs le font exercer chez eux, ôc toujours, quant aux deffins, avec le fecret qu’on met dans la nouveauté des découvertes.
- Le poids des Planches avant la gravure, eft de foixante à quatre-vingt livres. Il diminue en proportion de l’étendu du travail, du deffin, ôc de la profondeur de la gravure, mais elles forment toujours une maffe de cinquante livres au moins ? entre les mains de l’Imprimeur
- Préparation des Planches.
- Soit que les Planches foient neuves, fok qu’elles aient fervi, il faut, chaque fois qu’on veut les mettre en travail, les graiffer avec de l’huile de poiffon: on y eft même obligé quelquefois dans l’intervalle des cuites qu’on fait de fuite , lorfque le cuivre s’aigrit, ôc que les pâtes fe collent ôc tiennent à la gravure : pour cela on pofe la Planche fur le potin, Ôc on l’y laiffe s’échauffer jufqu’à ce qu’une goutte d’eau jetée deffus, s’évapore clans un çlin d’oeil; on la
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- LES ÉTOFFE
- :leve alors , on la pofe fur le baquet ou lavoir, Sc avec un morceau d’une étoffe groffiere de laine, trempé dans de l’huile de poiffon, on la frotte de maniéré à l’en bien grailler, Sc on la jette à l’eau. Le moment d’après on la retire, on la broffe rudement, & on la lave bien, pour en ôter toute i’huile; on l’éponge enfuite, & on la garnit de couleur.
- De Vlmpreffion. (i).
- La couleur en pâte, telle qu’on l’a décrite , tirée du premier vafe, eft mife dans une tinette ou plus petit vafe, que l’Ouvrier place derrière le lavoir; on en met une ou plufieurs cuillerées fur la planche , où les deux Ouvriers l’étendent avec un liège ou feutre de laine groffiere, d’environ dix pouces de longueur fur cinq de largeur , façonné exprès par les Chapeliers ; on le pane Sc repaffe en traînant la pâte fur la planche , pour l’en garnir entièrement, & appuyant pour la faire bien entrer dans 1? gravure, 6c en ramaffer l’excédant dans un plateau ou fébile ; enfuite, avec un morceau de vieux chapeau de trois à quatre fur quatre à cinq pouces, on nettoie la couleur qui relie fur la face liffe de la planche , ce qu’on appelle ratiffer la planche. On prépare ce morceau de chapeau en le trempant dans de la pâte colorée de noir ou de rouge , fans être nuancée, le faifant fécher fur le tuyau du fourneau , le brûlant enfuite fur le potin, ou à la bouche du fourneau, pour lui donner de la fermeté, 6c rendre unie la tranche qui doit fervir à ratiffer, 6c enfin le frottant fur une brique, pour en détacher le grillé, Sc polir cette tranche.
- On met alors la planche fur le fourneau, immédiatement fur le potin, qu’elle doit excéder d’un demi-pouce à chaque bout, pour éviter le contaél du potin qui brûleroit l’étoffe, Sc encore parce que la vapeur brûlante qui fort d’entre le potin Sc la planche de cuivre pofée deffus mouillée, terni-roit , brûleroit les couleurs, fur toute la ligne de rencontre.
- Deux Ouvriers, l’un de chaque côté de la preffe, tiennent l’étoffe bien étendue, Sc la pofent carrément fur la planche, la tenant toujours ferme. On -opéré cette tenfion Sc fermeté égales, au moyen d’une verge de fer rond de trente pouces de longueur fur un demi-pouce ou un pouce de dia-mettre. Lorfqu’on imprime une étoffe pour la première fois, le moindre poids fuffit ; mais fi l’on paffe à une fécondé couleur, l’étoffe s’ell retirée; il faut le poids plus fort, pour la ramènera fon premier état, Sc faire jufte la rentrée ou raccord du deffin.
- L’Ouvrier qui efl du côté du lavoir , ajufle la pièce pour faire le raccord fur la planche : celui qui efl du côté de l’ouverture du fourneau, pofe la verge de fer en travers l’étoffe, qu’il tire ainfi à lui pour Létendre bien également.
- On pofe fur l’étoffe deux couvertures de laine groffiere, qui excédent la planche de part Sc d’autre fur la longueur. Ces couvertures molles, Sc à long poil, preffent la pâte dans la gravure; elles en reçoivent les parties,qui pénètrent à travers l’étoffe, & la première vapeur, qui efl forte Sc très-humide. Après cinq à fix planches , lorfqu’elles ont fervi à cinq ou fix preffées de fuite, plus ou moins, la première, celle qui efl immédiatement fur l’étoffe à imprimer, devient empâtée Sc dure ; on la retire, on lui en fubflitue une autre , Sc ainfi de fuite. Le tfoir on jette toutes ces couvertures dans une chaudière, Sc lorfqu’elles ont bouilli fuffifamment pour en détremper les pâtes recuites dont elles font imprégnées , on les laiffe tremper fur le bouillon, juf-
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- qu’au lendemain, qu’on les lave ôc bat fortement a la riviere; quand elles font parfaitement nettes, que l’eau en fort claire, on les fait fécher, Sc on les emploie de nouveau.
- Les chofes ainfi difpofées on abat'le manteau de la preffe, & l’on ferre fortement, d’abord à la main, puis au levier. Toutes ces opérations doivent fe faire avec beaucoup de célérité , pour profiter de la chaleur, en faifir le degré, Sc en répandre les influences également par-tout. Elle doit être telle qu’on peut 1 imaginer, produite par un feu de charbon de terre allumé deux heures avant au moins , vivement pouffé , Sc continuellement entretenu. Le temps de la cuite efl de deux à trois minutes : on i>e fauroit l’affigner avec plus de précifon, puifqu’il dépend de ce degré de chaleur très-difficile à déterminer , d’autant qu’il dépend lui-même, Sc de l’é-paiffeur des planches, Sc de la quantité de pâte employée dans le deffm plus ou moins travaillé , plus ou moins creux. On peut en juger cependant en levant l’étoffe par l’un des bouts, & touchant à la plaque de cuivre avec le doigt mouillé : fi la déification efl fubite, Sc qu’il fe faffe un petit'bruit que les Ouvriers appellent/fi/èr, on peut luppofer que l’impreffion efl affez cuite. On leve le manteau, Sc lU’ons’apperçoit que la vapeur humide qui s’élève ne s7évapore pas fur le champ par-tout également, Sc qu’en portant la main fur les parties qui fument encore, lorfque les autres ceffent de fumer, on fente de l’humidité , on double l’une des couvertures fur les endroits les moins cuits, ou l’on remet également les deux, fi la cuite de la planche entiers n’eft pas encore au point convenable ; on abat le manteau , qu’on releve l’inftant d’après. Si l’on s’appereevoit que la chaleur pouffât plus vivement dans des parties que dans d’autres, d’une maniéré qui pût devenir nuifible, on a toutes prêtes de petites plaques de tôle très-minces, qu’on met fur ces places mêmes, entre la plaque de cuivre & le potin. Le potin généralement trop chaud, fait extravafer la couleur; lorfqu’on foupçonne cet inconvénient, on tempere fon ardeur avec de l’eau qu’on jette deffus, ou par quelques feuilles de tôle interpofées comme je viens de l’indiquer.
- La pâte comprimée Sc cuite fait adhérer fortement l’étoffe au cuivre ; on l’en détache par une prompte Sc forte fecouffe; on rejette la partie imprimée fur le manteau de la preffe ; on faifit auffi-tôt la planche de cuivre avec des poignées ou morceaux d’étoffe groffiere qu’on tient dans chaque main, on fe retourne en la tranfportant fur les bords du lavoir plein d’eau, & on la coule dedans toute brûlante. Cette eau fie teint bientôt des couleurs de la pâte : il la faut renouveler à tous les changemens de couleur. La grande chaleur des plaques lui en communique enfin une affez forte. Il la faut rafraîchir , autrement eile concourroit plutôt avec la chaleur de la planche, à recuire la couleur dans la gravure, qu’à l’en détacher. Pendant ce temps, pendant celui de la cuite, l’un des deux Ouvriers néceffaires pour fervir une preffe, prépare une nouvelle planche, fi l’on en a plufieurs de même deffm, ou l’on retire de l’eau la même planche, on l’éponge, on la regarnit de pâte , Sc ainfi de fuite.
- Quand elle eft pofée fur le fourneau, on y applique la fuite de la partie imprimée de l’étoffe, ayant: attention de la doubler un peu, pour rapprocher exactement le bord imprimé de celui à imprimer.
- Lorfqu’on veut colorier une étoffe de deux on trois couleurs d’impreffion, on grave en conféquen-ce autant de planches que le deffm doit contenir de couleur, en combinant les raccords dans le defîin
- (1) Voir les Planches I, II , III, ou la conftru&ion du fourneau , des prefles, & la pratique de cet Art font dévefopées.
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- 8 L'ART DE PREPARER ET D'IMPRIMER
- Sc dans la gravure, comme pour les planches. d’im-prefiion d’application.
- On imprime d’abord la première couleur, celle qui domine dans le deffin ; on paffe à la fécondé ïmpreffion, on en fait de même pour les fuivantes , toujours fucceffivement fur la même partie de l’étoffe, & ainfi jufqu’à la fin de la piece. Le premier raccord fait, les autres fe font fans gêne, au moyen du pli marqué par les bords de la planche, en avant, en arriéré, Sc fur le côté oppofé au tuyau du fourneau, où l’on place toujours la lifîere gravée du deffin, Sc d’une raie à la craie blanche fur la couleur, Sc au charbon fur un fond blanc, que les Ouvriers font à l’envers de ces trois plis , fur l’arrête même de la planche.
- Si le deffin eft compliqué, qu’on veuille en multiplier les couleurs, en varier les nuances, Sc y conferver plus de régularité même qu’il n’eft pof-fible avec une fuite de planches de cuivre ; il eft un autre moyen, celui de faire les rempliffages à froid, Sc à la planche de bois; comme il eft d’ufage dans i’impreiïion de l’indienne ; mais alors le procédé des couleurs eft très-différent : il n’eft plus queftion de pâte ; l’huile devient un agent indif-penfable. On donnera ci-après la compofition de ces matières d’impreftion.
- Avant de fe fervir d’une planche neuve, de la mettre en plein travail, on en fait l’effai ; on procédé comme dans le courant des opérations, jufqu’à ce qu’elle foit garnie de pâte, Sc fur le fourneau ; c’eft-à-dire, qu’on la chauffe, qu’on l’huile, qu’on la broffe, qu’on la lave, &c.
- Alors on la couvre d’un morceau d’étoffe de la longueur Sc largeur de la plaque ; on pofe fur celle-ci les deux couvertures groflieres de Laine, on abat le manteau, Sc on laiffe cuire la drogue. Sil’im-
- Î)reftion eft égale par-tout, Sc qu’elle foit nette, a planche eft telle qu’elle doit être ; la gravure eft bonne: fi au contraire il y a des parties trop fortes, ou barbouillées, ou que d’autres foient trop maigres , il faut limer les premières, Sc quelquefois les relever légèrement au marteau, Sc retravailler nécef-fairement la gravure des autres.
- On conçoit la poffibilité d’imprimer de cette maniéré toutes fortes d’étoffes de Laine unies Sc veloutées , ainfi des moquettes Sc des velours façon d’Utrecht, quoique le tiffu, chaîne Sc trame, de ces étoffes, foit en fil de lin, le velouté des unes étant en Laine, Sc celui des autres en poil de chevre; avec la précaution néanmoins à l’égard de ces dernieres ef-peces d’étoffes, de n’employer les couleurs faites à l’acide vitriolique, qu’avec beaucoup de précaution , ou feulement fur celles qui feroient affez fortement garnies de poil, pour que ce violent acide minéral ne pénétré pas jufqu’à la matière végétale , qu’il brûleroit. J’ai vu arriver cet accident plufieurs fois, Sc avec beaucoup de dommage : il eft cependant un moyen de l’éviter; c’eft celui de mêler dans la couleur, des terres très-abforbantes ; du blanc, de la craie, de la chaux même : elles émouf-fent la violence de l’acide, mais elles pâliffent la couleur en même temps ; dans ce cas, il la faut pouffer primitivement à une nuance au deffus de celle qu’on délire.
- On peut imprimer ainfi toutes fortes de deffms, des devants de veftes, des bordures de robes, de jupes, Scc. & fi la couleur dans laquelle l’étoffe eft teinte avant l’impreffion, étoit en bon teint, toutes les couleurs d’impreftion qui s’amalgament avec
- celles fur laquelle elles font appliquées, feroient également en bon teint.
- De Vîmprejjion au cylindre (i).
- La compofition des pâtes colorées eft la même ue celle à la planche, avec la différence, qu’il faut onner plus de force, charger davantage de parties colorantes les bains de bois, Sc donner un peu moins de confiftance aux pâtes, parce que la gravure de la planche cylindrique, ou du manchon , eft moins profonde, plus fine Sc plus délicate que celle de la planche plane.
- La mécanique montée conformément aux Figures des Planches 4 Sc y , qui, ainfi que les précédentes , feront expliquées ci-après, on garnit le cylindre de bois, d’un ou deux doubles d’une bonne Sc forte couverture de Laine, qu’on attache avec de petits clous fur les bords de ce cylindre ; on échauffe le cylindre de fer fondu, tourné &poli, au moyen de deux gros boulons de fer également de fonte, qu’on fait rougir dans un brader de charbon de terre , Sc qu’on infinue dans le creux du cylindre , avec un ringard armé d’une efpece de poche cylindrique en fer, dans laquelle ils s’emboitent : on a quatre de ces boulons ; deux de rechange, qui chauffent pendant que les deux autres font en travail ; Sc cet échange fe fait dès que le rouge en tombe. Lorfque la planche roulée en manchon , dans laquelle paffe le cylindre de fer , eft très-chaude , on baiffe le rouleau de bois garni de la couverture ; on paffe entre ce rouleau Sc le cylindre ou la planche cylindrique, une piece de couverture de la longueur de l’étoffe, Sc en deffous, le plus près de la planche de cuivre, ladite piece d’étoffe qu’on veut imprimer; on ferre le rouleau avec les vis qui portent fur fes extrémités. L’homme qui eft à la manivelle, tourne Sc fait jouer la machine : le mouvement communiqué par les rouages à l’axe du cylindre de fer, fe communique 'âux autres par le frottement de celui-ci. On a toujours la précaution de faire un échantillon d’effai ; Sc lorfque la planche imprime net, que la couleur s’en détache bien , Sc que la couleur eft telle qu’il convient, on continue, par un mouvement autant égal qu’il eft poffible, la chaleur fuppofée telle.
- On garnit de couleur la planche cylindrique, comme on le fait de la planche plane, avec cette différence, qu’on ne pofe la pâte colorée fur la longueur de la planche, que par bandes de quatre à cinq pouces de large, fur la partie qui doit paffer le plutôt fous le cylindre. Cette pâte colorée fe < trouvant en même inftant au plus fort degré de preffion Sc au plus haut degré de chaleur, fe décharge fur l’étoffe, Sc s’y imprime. On en détache celle-ci à mefure, comme aux planches planes ;
- Sc on la foutient pardeffus, pour qu’elle ne fe faliffe pas. La planche très-échauffée & tournant toujours, paffe dans une cuve remplie d’eau, placée en deffous,
- Sc s’y rafraîchit : à mefure que chaque partie reffort de l’eau, on la lave, on la nettoie, on la regarnit de couleur, Sc ainfi de fuite.
- On imprime de cette maniéré environ huit aunes de pannes par heure, deux pièces de quarante-cinq à quarante-huit aunes par jour, en douze heures de travail, de fix heures à midi, Sc de deux à huit heures ; c’eft à peu près la même quantité de travail qu’à la preffe d’impreflion fur le fourneau.
- On n’imprime pas au cylindre , en temps donné,
- (1) On doit au fieur Bonvalet pere, d’avoir fait connoîtrc Sc introduit le premier en Picardie l’impreffion des étoffes à la planche plane, comme je l’ai obfervé ; mais il en a toujours réCulté l’inconvénient des raccords, l'inégalité Sc le peu de netteté dans le travail Cet Arcifte l’a fenti, Sc ou lui doit l’idée de l’impreffion
- des étoffes de Laine à chaud & au cylindrfc , qui s’eft beaucoup étendue, & hnguliérement perfectionnée depuis. Au moyen de ce mécanifme, qui n’eft connu encore qu’à Amiens, on évite tous les incouvéniens dont on vient de parler.
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- LES ÉTOFFES EN LAINES.
- une même longueur d’étoffe drapée, que de panne, parce qu’elle contient plus d’humidité que le poil de chevre, qui en retient très-peu, à raifon de quoi il faut plus de temps pour cuire la couleur appliquée fur la première. Mais à la planche on imprime à peu près autant de l’une que de l’autre, parce que les couvertures, 8c le matelas du manteau de la preffe abforbent très-promptement cette humidité fuperflue qui s’échappe des pâtes colorées, lors de la cuite , à travers l’étoffe.
- On tire également ces planches de Namur, ou de Stolberg, près d’Aix-la-Chapelle ; celles de Namur valent mieux ; elles ont même épaiffeur, moitié en fus de longueur de de poids des planches planes ; elles pefent par conséquent de quatre - ving-dix à cent dix livres. Une planche d’un bon cuivre , bien doux , bien corroyé, fans pailles ni gerfures, peut durer dix ans à travailler tous les jours, à la preffe comme au cylindre ; mais le moindre de ces défauts fe décele bientôt au cylindre, où la pref» (ion étant plus forte, plus dure, 8c n’étant que partielle, la moindre paille , la moindre gërfure fait entr’ouvrir 8c crever la planche. Il faut alors couper autour de la crevaffe toutes les parties tant foitpeu altérées, tailler les bords en chanfrein, y appliquer 8c brafer une piece qui s’y adapte exactement, 8c la graver, en continuant deffus le deffin de la planche.
- Maniéré de ployer les planches , & dé leur donner la formé cylindrique*
- Quand elles font gravées, on les recuit dans urt feu de bois, jufqu’à ce que la chaleur ait pouffé le cuivre au rouge, 8c qu’il foit amolli ; on pofe la plaque horizontalement fur une piece de bois creufée en gouttière cylindrique ; on defcend deffus une autre piece de bois, dont la forme en deffous eft également cylindrique , mais convexe, d’environ (ix pouces de diamètre, à pouvoir s’emboîter dans la partie concave de la piece de bois qui ell par-deffous la planche. Celle qui eft en deffus eft attachée par les deux bouts à un arbre ou manteau de preffe, qu’on fait monter 8c defcendre, au moyen d’une vis & d’un écrou. Lorlque le cylindre a fait fon impreffion fur la planche de cuivre, qu’il l’a preffée dans le creux qui eft au deffous, & qu’il lui en a fait prendre bien la forme, on rechange en paffant la plaque peu à peu ; 8c, continuant toujours, elle forme enfin un cylindre creux, qui lui a fait donner le nom de manchon, en fe reployant pardeffus, •entre la piece de bois , qui la ferre immédiatement, ôc l’arbre ou manteau de la preffe.
- Les bords de cette plaque font taillés en bifeau de trois à quatre lignes de largeur ; on les joint, on les attache de pouce & demi en pouce & demi de diftance, avec des clous de cuivre, 8c l’ony coule de la foudure, qu’on trouve faite chez les Fondeurs.
- On avoit laiffé aux deux extrémités de la planche un efpace d’un pouce 8c demi fans être gravé ; on continue le deffin alors en gravant fur la jon&ion de fes parties, ôc fur la foudure.
- Quand tout eft fini , on releve les bords du cylindre creux ou manchon en dehors, comme pour évafer l’ouverture, d’environ trois quarts de pouce, Cette opération fe fait au marteau fur l’enclume , ôc à froid ; on y cloue, avec des petits clous de gros fil de fer rapprochés, une barre ou lame de fer affez amincie en dedans, pour ne point fur-monter la furface intérieure du cylindre, ôc fe rebrouffant en dehors avec la planche de cuivre,
- Î)Our effuyer tout le frottement par côté, contre e point d’appui qui eft auffi en fer , qui foutient la planche dans fa dire&ion horizontale, ôc qui empêche qu’elle ne fe torde; ce qui arrivoit avant qu’on eût imaginé ce rebrouffement ôc ce point d’appui*
- On n’eft parvenu qu’en dernier lïèü à cê degré de perfedion, 8c aprèsbeaucoup d’effai. On a longtemps tenté de couler des planches planes entre des cylindres, de les faire foutenir horizontalement en entrant ôc en fortant, d’en faire fuccéder les uneâ aux autres; mais le cuivre s’alongeoit, fe tordoit, bavoit fur les bords ; les deffins fe déforiqoient,
- 8c Ton ne faifoit rien qui ne coûtât beaucoup, 8c qui ne fût mal réuffi en grand.
- On huile les bords du cercle de fer de la planche, pour adoucir le frottement, ainfi que le tourillon des axes. Les boulons fe rechangent environ dé vingt en vingt-cinq minutes ; le fourneau où on les fait chauffer, eft un fourneau ordinaire , en voûte percée dans le milieu, fur quatre pouces en quarré ; les boulons fe mettent dans le charbon de terre allumé,
- Il faut trois hommes pour imprimer au cylindre ; l’un pour tourner la manivelle ôc fâirè mouvoir la machine; les deux autres font occupés à détacher de deffus le cylindre les parties de là piecè d’étoffe, à mefure qu’elles font imprimées, à les relever en deffus , à changer les boulons de fer, à laver la planche, mettre la couleur deffus, enfin à veiller au travail de à le diriger.
- Grattage des étoffes après Vimprefforh
- Les étoffes, après l’impreffion, font dures au ta<ft ; les couleurs en font mates ôc écailleufes ; il les faut gratter où racler, pour rendre à l’étoffe fa douceur naturelle, 8c faire reffortirles couleurs. Pour cela, on les pàffe fur un fourneau alongé , couvert d’uné plaque de fer de fonte , en voûte à plein ceintre, d’un diamètre fort Court , 8c furmontée de barreaux de fer pofés longitudinalement, écartés de la plaqué de fix , huit , dix ôc jufqu’à douze lignés, 8c fépa-rées les unes des autres d’environ un pouce de demi (PL 3, Fig. 1,30* 4.). Lorfque le premier bout ' de la piece eft chaud , on le tire fur une table pofée en face en plan incliné; on le racle bien avec un grattoir à manche de bois de à lame de fer £ il en fort une pouflîere rude 8c groffiere qui tombe à terre, de n’eft autre que la farine teinte , cuitè de brûlée : remife en pâte, fi elle n’étoit pas ordinairement un mélange de plufieurs couleurs , elle redonneroit une teinture prefque auffi belle que la première fois ; mais il en couteroit plus que la chofè ne vaudroit; on la néglige. On tire la partie fui-vante de l’étoffe , qui a eu le temps de s’échauffer pendant que l’on travailloit la première, de ainfi de fuite, jufqu’à l’autre bout : on la fecoue fortement; il n’en feroit que mieux de la battre un peu , ou, pour celle dont le poil moins long que celui de la ferge d’Aumale , qui porte un duvet roide , défagréable ôc qu’il faut éviter de faire lever, de la bien vergeter ; c’eft la derniere opération qu’on faffe aux étoffes rafes»
- A l’égard des pannes, après leur avoir fait fubir le même traitement avec plus d’adion encore, attendu la plus grande difficulté de les bien purger de la partie gommeufe de recuite des drogues ; après les avoir bien vergetées , bien broffées avec une forte broffe, on les frotte d’une éponge trempée dans une diffolution de potaffe étendue dans beaucoup d’eau , de affez fortement exprimée pour qu’il n’en puiffe point dégoutter d’eau. Ge luftrage enleve la derniere pouffiere que la Vergettê ne fauroit ôter ; il ravive toutes les couleurs, 8c il adoucit beaucoup l’étoffe : il n’en feroit que mieux de terminer par-là à l’égard de toutes les efpeces d’étoffes imprimées.
- Gàuffrage des Pannes à la preffe.
- Pour uue piece de panne , on fait diffoudre à
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- IO L’ART DE PRÈPAR
- froid environ trois livres de colle forte d’Angleterre, ôc une livre de gomme adragante dans un fceau d’eau, dans laquelle on fait bouillir une livre de pfyllium,ou graine de puces; on met le tout fur le feu, & lorfque le mélange eft fait, Ôc la combi-naifon achevée, on laiffe tomber la chaleur de ce bain épais Ôc vifqueux , jufqu’à ce qu’on y puiffe tenir la main : on en enduit avec une éponge l’envers de l’étoffe, qu’on a eu foin de doubler ; on la pofe fur la planche de cuivre , fortant du baquet ôc encore mouillée; on la couvre également des deux couvertures , ôc on abat le manteau de la preffe ; on la laiffe ainfi un peu moins de temps que pour l’impreflion dans laquelle il entre des couleurs; on la releve , ôc le gaufrage eft achevé. Ceux qui n’emploient que la colle forte, ont dû remarquer qu’elle durcit trop l’étoffe. La gomme adragante ôc le pfyllium lui confervent plus de moelleux ; d’ailleurs la gomme adragante tache beaucoup moins, dans le cas où cette matière gluante pénétré à l’endroit de l’étoffe , ce qu’il faut cependant éviter.
- Il n’en eft pas de même du gauffrage au cylindre, ôc qui fe fait fur diverfes fortes d’étoffes rafes Ôc veloutées, mais plus particuliérement fur les velours d’Utrecht ôc fur les moquettes. En attendant que nous donnions la defcription de cette mécanique, ôc que nous décrivions la maniéré d’opérer, il eft bon de dire qu’on n’emploie ou qu’on ne doit employer aucun corps gélatineux , gommeux , rélineux, rien en un mot pour catir le poil ôc en luftrer la partie écrafée ; ceux qui difent y employer quelque chofe, fans dire ce que c’eft, car chacun a fon fecret, ou n’y emploient rien , ôc ils mentent pour en écarter l’idée ; ce font des charlâtans ; ou ils y emploient en effet quelque chofe, ôc ce font des ignorans. Le feul moyen de faire un beau cati, le plus réliftible au frottement ôc à l’humidité , eft de gauffrer l’étoffe avec la plus grande preftion ôc au plus haut degré de chaleur poftible, tels néanmoins qu’elle n’en foit pas brûlée, ni les couleurs altérées ; que la chaleur foit toujours égale, ôc le travail bien fuivi : il faut fans doute une pratique confiante ôc raifonnée pour attraper ce point, ôc s’y tenir ; mais il en réfultera toujours que le reffort de la matière fera le plus parfaitement brifé, ôc qu’il en fuintera une humeur diffoute , qui en plaquera les poils d’une maniéré à leur conferver le luftre ,& à les mettre le plus à l’abri des influences quelconques. Tous corps muqueux , gélatineux , gommeux, réfîneux, ou tel autre de ce genre qu’on puiffe employer, ou durcira l’étoffe Ôc ternira les couleurs, ou fera attaquable à l’humidité, Ôc par-là feul il fera plutôt un principe de deftru&ion du gauffrage, qu’un moyen de le perfectionner. J’ai infifté fur ce point utile , fur lequel tout le monde charlatanife à fa maniéré, fans que perfonne ait été au but. Les Arts ôc Métiers font remplis de fecrets de cette efpece, qui confiftent à n’en point avoir, que la jaloufie Ôc la crainte font beaucoup retentir, ôc qui tourmentent fort les ignorans.
- Impreffion à froid de toutes fortes d'étoffes en Laines, feches ou drapées, unies ou croifées.
- J’ai parlé précédemment d’une maniéré d’imprimer d’abord, & de remplir enfuite des deffins tracés à la planche de cuivre ôc à chaud, en les coloriant à la planche de rapport, en bois ôc à froid, comme on en ufe pour les indiennes. J’ai dit que ces couleurs étoient à l’huile, ôc j’ai annoncé le détail des procédés & leur application ; les voici : ils font fondés fur l’expérience, aux dofes indiquées.
- Mordant pour toutes les couleurs.
- Mettez trois pots d’huile de noix ôc un pot d’hvile
- IR ET D’IMPRIMER
- de lin dans un chaudron de fer, de grandeur à en contenir le double ; ajoutez-y une demi-livre de litharge, ôc environ deux onces d’huile de vitriol ; faites bouillir le tout enfemble, en remuant continuellement avec une fpatule de fer : jetez-y dans cet intervalle de gros oignons ôc des croûtes de pain , pour dégraiffer l’huile. Lorfque les oignons font cuits , ôtez-les avec une écumoire, ainfi que le pain, ôc l’écume de la litharge; remettez de nouveaux oignons Ôc de nouvelles croûtes , Ôc répétez cette opération jufqu’à ce que l’huile s’enflamme ; laiffez-la brûler ainfi pendant un quart d’heure ou une demi - heure , jufqu’à ce qu’elle ait acquis la confiilance Ôc le gluant d’un firop un peu épais , ce qu’on reconnoît en en faifant tomber quelques gouttes fur une afliette : fi en fe refroidiflant elle file comme un firop, elle eft au point convenable.
- Retirez le chaudron de deffus le feu , couvrez-le d’un couvercle de bois ou de fer , fur lequel il faut jeter une toile ou étoffe mouillée , pour arrêter la combuftion ; découvrez le chaudron, ôc attendez , ou remuez la matière jufqu’à ce qu’elle foit refroidie; on peut s’en fervir alors.
- Si l’huile n’étoit pas affez dégraiffée, on la feroit recuire ; fi elle l’étoit trop, on la feroit réchauffer^ en y ajoutant un peu d’huile non brûlée.
- Lorfque l’huile n’eft point affez dégraiffée , l’im-preftion ne feche jamais bien; elle a toujours un air gras ; il en réfulte en outre, que les couleurs déchargent fur le fond de l’étoffe.
- Lorfqu’elle l’eft trop, elle feche très-promptement, ôc elle eftfujette à s’écailler au frottement; ainfi il convient , avant d’opérer en grand , de s’affurer de la qualité du mordant. Pour y parvenir , écrafez fur une pierre à broyer un peu du plus beau noir de fumée , ou du noir d’ivoire ; délayez-le avec du mordant, peu à peu ôc en très-petite quantité à la fois ; détrempez cette pâte fur la pierre même, avec de l’eflence de térébenthine 9 jufqu’à ce qu’elle foit à la confiftance d’une bouillie claire : faites-en un échantillon , que vous laifferez fécher pendant vingt-quatre heures. Si après cet intervalle l’impreflion ne s’étend point fur le fond de l’étoffe, ou fi elle ne s’écaille point, le mordant eft au point convenable.
- Formation des Couleurs.
- Noir. Le Noir fe fait comme on vient de décrire l’effai, mais en employant toujours du plus beau Noir d’ivoire , & terminant la compofition 4e la couleur par un peu d’huile de vitriol, employée avec fuccès comme un fécatif.
- Rouge tirant fur Vécarlate. Prenez du cinabre en coudre , ou vermillon ; le plus beau produit le plus )el effet : celui des effais a coûté de 9 à 10 livres a livre ; broyez-le comme le noir d’ivoire, avec e mordant ôc l’eflence de térébenthine. Sur une demi-livre de cinabre ainfi broyé , ôc mis dans un pot de terre verniffé, ajoutez, avant de l’employer, un gros d’efprit de fel ammoniac , ôc un peu moins d’huile de vitriol ; la couleur en deviendra plus vive.
- R leu. Broyez du Bleu de Pruffe avec le mordant & l’eflence de térébenthine ; ajoutez-y un peu d’efprit de fel ammoniac , ôc point a’huile de vitriol.
- Vert. Broyez du ftil de grain avec le bleu dô Pruffe, ôc mêlez un peu de fel ammoniac.
- Jaune. Ajoutez feulement au mordant & à l’effence> du ftil de grain broyé.
- Cramoifi. Prenez de la laque Ôc du cinabre broyés enfemble ôc avec le mordant Ôc l’eflence ; plus vous mettrez de laque , plus la couleur fera foncée ; vous féclaiicirez par le cinabre.
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- LES ÉTOFFE;
- Rofè. Vous le dégraderez davantage encore par le blanc de plomb.
- Blanc. Broyez du Blanc de plomb , fans efprit de fel ammoniac, ni huile de vitriol.
- Puce. Au lieu du cinabre employé pour le rouge, broyez feulement de la laque commune.
- Mélange des couleurs.
- Les couleurs ci-après font fuppofées broyées fépa-rément, mifes dans un vafe & prêtes à être employées à l’impreflion.
- Noire d’ivoire.
- Cinabre ou vermillon.
- Bleu de Prufle.
- Stil de grain.
- Blanc de plomb.
- Laque.
- De ces fix couleurs dérivent toutes les autres, en fuivant les procédés indiqués ci-après.
- Vert. Mêlez du bleu 8c du jaune en quantité proportionnée à la nuance, qu’on variera beaucoup encore, en y introduifant du blanc.
- Violet. Le bleu & la laque formeront cette couleur , dont on aura des dégradations fans nombre par l’intermede du blanc.
- Oranger. Prenez du jaune & du cinabre : dégradez à volonté avec du blanc.
- Gris. Il proviendra d’un mélange de blanc & de noir.
- Gris-bleu. A joutez-y du bleu.
- Gris-jaune. Mêlez un peu de jaune.
- Gris-rouge. Le cinabre & la laque ajoutés le formeront.
- Chamois. Prenez du ’ rouge , du jaune 8c du blanc.
- Variétés de Puce. Laque , un peu de noir, 8c très-peu de blanc.
- Il en eft du mélange de ces couleurs précifément comme de celui des couleurs pour peindre à l’huile.
- Maniéré d’imprimer.
- On opéré fur une table de fix pieds de longueur, & d’environ deux de largeur, épaifîe de cinq à fix pouces , le plus folidement établie fur fes pieds, 8c recouverte de deux doubles de draps commun, bien étendu, 8c fixé par de petits clous fur la bordure tout autour.
- L’étoffe à imprimer fe difpofe & on l’imprime de la même maniéré que les toiles , dont nous traiterons à la fuite des procédés de toutes les couleurs d’indiennes, dans un autre Art déjà préparé.
- On prend un baquet d’environ fept pouces de hauteur, ou partie d’une barrique, où tient un des fonds ; on y met, jufqu’à la moitié de fa hauteur, de la gomme commune, diffoute 8c paffée au tamis ; & fur cette gomme on pofe le chaflis , qui eft formé d’une circonférence de tamis , d’un diamètre de deux pouces de moins que celui de l’intérieur du baquet, 8c d’une peau blanche de mouton , qu’on a mouillée pour la tendre le plus pofîible, & qui eft clouée fur le bois du chaflis. Lorfque la eau eft bien feche , on pofe le chaflis dans le aquet , fur la gomme qui , par fon élafticité, réagit contre la planche avec laquelle on imprime , & la garnit de couleur également par-tout.
- Car ce chaflis eft ainfi difpofé pour y répandre la couleur, & appliquer defîus la planche, pour qu’elle s’en garnifle. '
- On y en met peu à la fois, & on l’étend bien d’abord , avec une magnette, le plus uniment pof-fible. L’Ouvrier commence à prendre de la couleur avec la planche ; il la brofîe enfuite pour l’hume&er également ; il en reprend une fécondé fois, 8c s’il remarque que la planche ne fe garnifle pas encore
- E N L A I N E S. ü
- bien également, il la btoffe une féconde fois ; il imprime enfuite.
- Quand il trouve que la couleur eft trop épaifle , que la planche fe garnit mal, 8c qu’elle ne prend pas bien fur l’étofle, il met fur le chaflis un peu d’eflence de térébenthine , pour la détremper 8c la rendre plus liquide.
- L’effence de térébenthine eft l’agent émollient de toutes les couleurs. Il faut un chaflis pour chaque couleur ; c’eft-à-dire, pour les vert, bleu , cra-moifi, noir, puce, blanc, rouge 8c jaune ; mais on peut faire toutes les nuances d’une couleur dans le même chaflis.
- A la fin de la journée, lorfque l’Ouvrier quitte le travail , avec un morceau de bois , taillé en bifeau, il ôte du chaflis le plus qu’il peut de la couleur qui y refte; il la rejette dans la gomme, ou il la met dans un vafe à part, pour s’en fervir à barbouiller des portes , des fenêtres , ou autres chofes femblables.
- Pour empêcher que les couleurs ne fe deflechent dans les vafes où on les a dépofées , après avoir été broyées 3c préparées, ou qu’elles ne fe terniflent par la poufliere, on y jette de l’eau deflus , qu’on répand enfuite, lorfqu’on veut fe fervir de la couleur.
- Lorfque l’Ouvrier reprend le travail le matin, 8c qu’il trouve deflechée le peu de couleur qui eft reliée dans le chaflis , il la détrempe avec de l’effence , avant d’en ajouter de la nouvelle.
- La magnette, en terme d’Art, eft un feutre de fix à neuf lignes sd’épaifleur, emmanché fur le diamètre d’une planche en demi-cercle prolongé , de maniéré que le parallélogramme ajouté au demi-cercle , a le même rayon 8c le même diamètre pour côtés.
- Les étoffes imprimées, on les pend dans un grenier durant deux ou trois jours, pour leur faire perdre l’odeur de térébenthine, &les faire fécher; elles font en état alors d’être mifes dans le commerce.
- J’obferverai que tous ceS procédés à l’huile donnent des couleurs toujours folides & également applicables fur la toile , fur les draps 8c Velours de coton, 8c fur la foie , 8c qu’ils y produifent un bel effet, lorfque la couleur, allez liquide, y eft ménagée au point de pénétrer convenablement Fétoffe, 8c d’y faire moins peinture que teinture.
- G’eft ainfi qu’on en ufe dans les efîais d’une entreprife qui ne doit rien laifler délirer de la Chine ni de l’Inde : mais la beauté des fujets 8c la déli-cateffe de leur exécution exigent, quant à la gravure 8c à l’impreflion, qu’on procédé comme pour la gravure 8c l’impreflion en taille-douce.
- Je ne crois pas déplacé ici le moyen plus fimple de la plus parfaite dépuration de toutes fortes d’huiles, les plus corrompues même ; moyen qui les rend claires comme de l’eau de roche, 8c qui con-fifte à les verfer fur de la chaux vive, lorfqu’on l’éteint à l’inftant de fon plus haut degré d’effer-vefcence ; à agiter, brader fortement le tout enfem-ble ; à la tranfvafer, pour le dépôt qui eft très-lent, dans un vafe haut 8c étroit ; à décanter enfin.
- L’extrême divifibilité de la chaux lui donne la facilité de pénétrer toutes les molécules de l’huile , 8c d’en précipiter la partie extraftive.
- De ce que cette huile ainfi dépofée s’étend avec une très-grande facilité, il ne s’enfuit pas qu’elle foit moins deflechée, ou qu’elle ait moins acquis la qualité fécative , que celle qui eft dé-graiflee à la croûte de pain , aux oignons, 8c à la fitharge ou à la cérufe. De grade 8c vifqueufe qu’elle étoit , elle eft devenue très - fluide ; elle a plus d’aftion par conféquent ; U n’eft queftion que d’en mettre moins,
- ' r îî
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- TABLE
- DES
- PRINCIPAUX ARTICLES.
- /i^brégé hiftorique de l’Art en France. Pag. i Préparation des Etoffes avant l’impreffion. i
- Débouilli à l’alun. ibï<L
- Des matières colorantes , & de la maniéré de les préparer avant la teinture. ibid.
- Compofition du Bleu de Saxe. # 3
- Teinture des étoffes. ibid.
- Gris , Bleu 8c Vert de Saxe, ibid.
- Vaille 8c Jaune. 4
- Soucis y Aurore, Jaune doré y 8C autres de ce genre. ibid,
- Abricot y Chamois , &c. ibid,
- Rofe y Cramoiji y Ecarlate y 8cc. ibid.
- Bleu de Roi. $
- Violet. ibid.
- Des matières conftituantes 8c colorantes des pâtes d’im-
- preffion. ibid.
- Compofition de ces pâtes. ibid.
- Pour le Noir. ibid.
- Pour le Rouge. ibid.
- Pour le Jaune. ' f ibid.
- Pour le Bleu de Saxe* 6
- Mélange des couleurs. ibid.
- Des Planches. ibid.
- Préparation des Planches. ibid.
- De l’impreffion fur le fourneau à la planche plane. 7 De l’impreffion au cylindre. 8
- Maniéré de ployer les planches, 8c de leur donner la forme cylindrique. 9
- Grattage des Etoffes après l’impreffion. ibid.
- Gauffrage des Pannes à la preile. ibid,
- Gauffrage au cylindre. iy
- Obfervations fur la maniéré de l’opérer. ibid,
- Impreffion à froid de toutes fortes d’EtoffeS en laines ,
- léchés ou drapées, Unies ou croifées* ibid.
- Mordant pour toutes les couleurs. ibid.
- Formation des couleurs. ibid.
- Noir. ibid.'
- Rouge tirant fur l’Ecarlate; ibid.
- Bleu. ibid,
- Vzrt. ibid.
- Jauni. ibid.
- Cramoiji. ^ ibid.
- Rofe. n
- Blanc. ibid.
- Puce. v. ibid.
- Mélange des couleurs? ibid.
- Vert, ibid.
- Violet. ibid.'
- Oranger. ibid.
- Gris. ibid.
- Gris-bleu. ibid.
- Gris-jaune. ibid.
- Gris-rouge. ibid.
- Chamois. ( . ibid.
- Variété de Puce. r' ibid.
- Maniéré d’imprimer. ibid.
- Obfervations fur l’emploi de ces couleurs, 8c fur une autre maniéré que la précédente de dégraiffer l’huile.
- ibid.
- Defcription du Fourneau > des Machines, 8c Explication des Planches. V3
- 1 Tin de la Table.
- >
- DESCRIPTION
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- -ii-' 1-i * * 'r—“ -, -i.
- DESCRIPTION
- Z?t7 FOURNEAU, £>£5 MACHINES,
- Ë T
- EXPLICATION
- DES PL A .V C HE S.
- Planche I»
- Les i7£. i & 2 repréfentent deux fourneaiix avec leur preffe : celui à gauche , vu parderriere ; & celui à droite , vu pardevant. La charpente de la preffe èft en bon bois de chêne : les jumelles AA ont un pied fur fix pouces d’écariffage : l’écrive BB ? ou piece de traverfe dans laquelle paife l’écrou, a un pied quarré. La hauteur de la preffe de i à 2 eft de fix pieds : les jumelles fe prolongent fous terre de quatre pieds , & leurs extrémités font contenues par une traverfe femblable à l’écrive. Cette charpente en chaffis, pofée verticalement dans une foffe de quatre pieds de profondeur, & plus large que le fourneau, eft contenue par une bonne maçonnerie qui remplit la foffe jufqu’au niveau du terrein. Le fourneau eft bâti fur cette maçonnerie : on en fera la defcription ci-après, Fig. 3.
- Le fourneau conftruit, on le couvre du potin E, qui eft une plaque de fer de fonte d’environ dix-huit lignes d’épaiffeur , de trente-fept pouces de longueur, fur vingt-neuf de largeur. On y pofela planche de cuivre f, fur laquelle eft gravé le deflin, 6c qui excede le potin tout autour d’un demi-pouce^ pour garantir l’étoffe de la brûlure \ comme on le .verra,
- G G. Manteau de la preffe ^ de planches de bois blanc de deux pouces d’épaiffeur , fortifiées de pièces de bois de chêne HH, fur lefquelles la vis preffe : on prend une longueur d’environ huit à neuf aunes de nattes ou très - groffes étoffes de bourre, 6c du poil le plus groftier ; on la plie par feuillet, en dix à douze doubles , fur une planche de bois de chêne, percée de trois pouces en trois pouces, pour paffer de la ficelle avec une groffe aiguille, 3c y attacher fortement ladite étoffe : on enfile cette planche, ainfi matelaffée, dans les cou-liffes LL, l’etoffe en deffous comme au manteau M. La diftance d’entre les jumelles A A,ainfi que la largeur extérieure du fourneau , eft de trois pieds fix pouces.
- S. Vis ifolée.
- X. Vis montée.
- T. Fig. 1, 2 6c 3 , écrou en cuivre, vu avec fes foutiens viffés en deffus de l’écrive.
- U. Deux vues de la lanterne en fer, adaptée au bas de la vis X, avec le petit levier de bois qui y relie attaché , pour en rendre facile le mouvement fur fon axe.
- e. Grand levier de bois qu’on pâffe dans la lanterne pour augmenter la force, lorfque la preftion donnée avec le petit levier ne fuffit pas.
- ZZ. Grenouilliere qui s’adapte fur la piece de bois 7 , 6c fur laquelle preffe la vis X.
- a. Repréfente le tiroir ou petit chaffis de fer avec les coulfinets,
- aa. Embraffent la gorge de la vis pour foutenîr le manteau lorfqu’on le veut lever , comme il fe voit en d.
- g. Tuyau du fourneau N, paffant dans la cheminée h, divifée en deux tuyaux , comme on voit en ii, pour deux fourneaux 6c deux preffes.
- 1 6c 1,2 & 2, Fig. 3. Gonftrudion 6c dimen* fions du fourneau, Plan du fourneau jufqu’à la voûte O , dont on voit les brifures ou évents, au travers defquels paroît la grille de fer. Les dimen-fions font en proportion fur l’échelle qui eft au haut de la planche.
- Le plan du potin E, Fig. 2 , eft à deux pieds Ôc demi du niveau de terre, derrière le fourneau $ 6c à trois pieds du côté de la porte ou ouverture dudit fourneau ; l’efpace entre le potin 6c la voûte eft de deux à trois pouces dans le milieu : la hauteur intérieure du fourneau proprement dit, entre les barreaux qui le féparent du cendrier & fa voûte * eft d’environ un pied; 6c celle du cendrier^ de dix-huit à vingt pouces , plus ou moins,
- Lès murs au fourneau ne font pas élevés car* rément jufqu’à la hauteur du potin; on voit un talus de trois à quatre pouces , qui prend de là furface extérieure de ces murs , jufque fur les bords de la fuperficie de la plaque de fonte ; il eft formé de tuileaux 6c d’argile : il garantit les doigts del’Ou-vrier des bords brûlans au potin.
- Le fourneau eft conftruit de briques ^ maçonné dans toutes les parties que leur fituation rend fuf* ceptibles des impreffions de la chaleur, en argile 6c non en chaux.
- La voûte O , en briques étroites , a environ deux pouces d’épaiffeur, y compris le ciment dont elle eft recouverte; on la recouvre en outre avec dé petites tuiles foutenues , écartées 6c croifées les unes fur les autres , pofées Amplement à la main , comme on le voit en ,PP P, Fig. 3 , 3 6c 4 , 3 6c 4, On forme en argile , au milieu, un maffif elliptique 6c creux £ , qui excede un peu la hau* teur de la maçonnerie DD, afin que, lorfqu’on pofe le potin , ce maffif s’affaiffe, 6c que la flammé qui fort à travers les évents , qui fe difperfe 6c paffe dans les intervalles des petites tuiles , vienne tournoyer contre le maffif, avant de s’aller perdre dans le tuyau de la cheminée. Sans la précaution de ce maffif , la chaleur porter oit principalement au milieu de la plaque : il amortit celle qui provient dire élément du fourneau à travers la voûte, 6c il force la flamme de fe répandre 6c d’échauffer la plaque également par-tout.
- Q. Fig. 4. Repréfente la porte du fourneau avec fes gonds 6c loquet.
- R. Indique l’épaiffeur de ladite porte qui eft en fer de fonte 5 ainfi que fon entournure : ce font les
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- L’ART DE PRÉPARER ET D’IMPRIMER
- feuls fers, avec la plaque de potin , qui ne foient pas forgés. On a effayé le fer de fonte pour la grenouillère, & pour d’autres parties qui font effort; il. calfe plutôt ; on l’a effayé pour les barreaux du fourneau, qui font carrés, fur un pouce de diamètre \ la chaleur le rongeoit plus promptement : il en efl ainfi des boulons pour chauffer le cylindre; mais la différence de prix efl moindre, ainfi que les conféquences qui en réfultent.
- Planche IL
- Fig. i. Ouvrier qui lave la planche de cuivre ff j après qu’elle a trempé dans le lavoir L ( cette planche efl repréfentée beaucoup trop petite ; elle efl vue de face & de champ, lorfqu’elle devroit être pofée horizontalement fur les bords du lavoir & fur la barre de traverfe, comme elle l’eft toujours lorfqu’on la lave , qu’on l’huile, qu’on la garnit de couleur, &c. ). En P , cette planche efl vue telle qu’elle a été jetée brûlante, au fortir de deffus le fourneau , paffant fous la barre de tra-v verfe gg.
- a. Eponge.
- b. Sébile ou écuelle de bois pour mettre le fuperflu de la couleur, lorfqu’on en nettoie la planche.
- c. Petit vafe de terre qui contient l’huile.
- dd. Vafes de bois ou tinettes , où fe mettent les pâtes d’impreffion, diverfement colorées.
- e. Cuiller à pot, de bois également, avec laquelle on puife la couleur , pour là répandre fur la planche.
- On met ordinairement fur le derrière des lavoirs, en h h ^ des planches pour foutenir la tinette 6c autres uftenfiles.
- Fig. 2. Deux preffes en travail.
- DD. Derrière des fourneaux.
- TT. Talus de la maçonnerie, qui remonte juf-qu’à la fuperficie du potin.
- P. Planche de fonte ou potin.
- P C. Planche de cuivre , portant le deflin , 6c pofée fur le potin.
- O. Ouvrier qui, après avoir tiré à lui la planche de deffus le fourneau , la failit avec des poignées ou mains de groffe étoffe, pour fe garantir de fa chaleur brûlante , & la fouleve avec effort, l’appuyant contre fa ceinture, pour l’emporter 6c la jeter dans le lavoir.
- AA. Jumelles des preffes.
- B B. Écrive ou piece de l’écrou.
- C. Manteau de la preffe.
- ü. Vis.
- b. Lanterne.
- c. Platine.
- Fig. 3. Coupe de l’intérieur de la preffe & du fourneau, vus de profil.
- F. Intérieur du fourneau voûté. La flamme fort par les évents, circule à travers les tuileaux écartés & rangés en différens fens, dont on voit la coupe au deffus de la voûte, frappe le potin autour du maflif qui en occupe le milieu , & va enfin s’échapper par le tuyau de la cheminée.
- b b. Barreau de fer, vu fur fa longueur, faifant partie de la grille.
- c. Cendrier.
- 00. Coupe des murs.
- m. Manteau garni de la preffe, où l’on voit la coupe du gros drap replié fur lui-même, qui en forme le matelas.
- n. Coupe des clavettes qui faififfent la prolongation de l’a*e de la vis 6c de la lanterne , 6c qui fervent à y fufpendre le manteau lorfqu’on fait remonter la vis.
- /. Lanterne qu’on fait defcendre fur le manteau, & qui le preffe au moyen du levier ii%
- v. Vis entrant dans fon écrou e, lequel fe prolonge jufqu’au centre de l’écrive.
- r. Cyündre où fe déroule l’étoffe EEE , pour paffer fur le manteau de la preffe, 6c être imprimé fur la planche de cuivre , dont on apperçoit la coupe entre celle de l’étoffe & celle du potin.
- A. Potin ou plaque de fonte qui recouvre le fourneau de la preffe.
- B. Planche de cuivre gravée, un peu plus grande que le potin.
- C. Tinette de bois pour mettre la couleur.
- c. Cuiller de même matière, pour la puifer & la répandre fur le cuivre.
- D. Feutre durci , pour étendre la couleur 6c nettoyer la planche ou le deflin.
- E. Éponge pour laver la planche. On a aufli un chiffon de laine, enduit d’huile de poiffon , pour l’en frotter aubefoin.
- F. Plateau ou fébile de bois, pour rejeter le fuperflu de la couleur, lorfqu’on nettoie la planche avec le feutre.
- G. Pot à huile de poiffon.
- H. Grand levier qu’on emploie , lorfque le petit qui eft adapté à la lanterne de la preffe , ne iuffit plus pour la ferrer.
- L. Main d’étoffe grofliere, pour retirer la planche de cuivre de deffus le fourneau, 6c la porter au lavoir.
- Planche IIL
- Fig. 1. Machine à gratter les étoffes imprimées, l’Ouvrier en travail tenant en main le grattoir 6c le petit balai de bouleau.
- N. Table inclinée, placée fur la longueur 6c proche du fourneau, fur laquelle paffe ôc fe gratte l’étoffe , après s’être échauffée 6c refféchée lur le fourneau.
- I. Talus ou inclinaifon de ladite table.
- PP. Plaque de fer de fonte ceintrée, formant la calotte du fourneau ; 6c barreaux de fer forgé, interpofés entre la plaque 6c l’étoffe, pour garantir celle-ci du contad de l’autre , qui la brûleroit.
- ZZ. Étoffe vue du côté du deflin, paffant fuc-cefîivement de deffus la banquette Q , fur le fourneau 6c fur la table.
- QR, Étoffe vue d’envers, fe déroulant à mefure que l’Ouvrier l’attire à foi.
- OO. Élévation des murs de conftrudion du fourneau.
- V. Intérieur dudit fourneau.
- X. Cendrier.
- Fig. 2. Difpofition du grattage d’un autre deflin vu plus en grand.
- S. Main tenant un grattoir un peu différent de celui en bois , vu en K , dont la partie T elt en lame de fer un peu tranchante.
- Fig. 3. Vue d’oifeau du fourneau à gratter.
- M. Surface fupérieure des murs de côté , qui fupportent la plaque de fonte.
- H. Coupe horizontale de la cheminée dudit fourneau.
- Fig. 4. Table N, en plan incliné I , vue de profil, 6c placée devant le fourneau, dont V efl: l’intérieur.
- X. Le Cendrier.
- P. Les barreaux de fer forgé au deffus de la plaque de fer de fonte, ceintrée 6c fervant de calotte audit fourneau.
- O O. Les murs fur lefquels elle porte.
- Planche IV.
- Mécanique à imprimer au cylindre, vue de face.
- A. Charpente élevée à deux pieds trois pouces de terre, qui foutient la machine en fer.
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- LES ÉTOFFES EN LAINES.
- BB. Quatre jumelles ou piliers en fer, de deux pouces quarrés.
- CD. Flanche de cuivre cylindrique, gravée en deffin, ou manchon, d’environ dix-huit pouces de diamètre , ôc de vingt-neuf pouces de longueur. Les cercles de fer qui garniflent les bords & terminent la planche , frottent contre les fuppôts EE.
- F. Cylindre en bois tournant fur fon axé , mobile de bas en haut, ôc de haut en bas , d’environ quinze pouces de diamètre, Ôc de la longueur de la planche ou du deffin. L’écartement delà machine de G en H, eft de trente pouces.
- OO. Charnières pour abaiffer les piliers BB, en tirant les chevilles GH, pour déplacer, remettre, ou changer la planche.
- I» Manivelle ou axe coudé à double équerre , au moyen de laquelle l’Ouvrier met le cylindre en mouvement.
- L. L’une des trois branches du volant, au bout de chacune defquelles eft une lentille de fer ou de plomb M , pour faciliter la continuation du mouvement imprimé à ces branches, qui ont trois pieds de longueur.
- Planche V\
- Élévation de la mécanique vue de côté. Sa hauteur de A en B eft de trois pieds trois pouces.
- C. Cylindre creux de fer fondu, ôc poli fur le tour, de fept pouces de diamètre.
- D. Ouverture de ce cylindre, dont le diamètre intérieur eft de quatre pouces ; on introduit les boulons de fer rouge par cette ouverture , ôc lorfqu’il eft queftion de les remplacer par d’autres, on les pouffe avec un ringard, pour les faire fortir par l’ouverture oppofée. C’eft fur ce cylindre de ter que repofe la planche ou manchon de cuivre.
- EE. Madriers de cuivre,l’un foutenant l’axe du cylindre de fer C , l’autre preffant fur l’axe du cylindre de bois F, au moyen des fupports II , qui entrent dans l’écrou G , Ôc paffent à travers le madrier E. A leur extrémité eft paffée une bride L , qui eft retenue par des clefs il, pour fufpendre le Cylindre F.
- La vis V, fufpendue fur la platine p , ôc la double équerre qui paffe dans la traverfe AA , ôc qui eft arrêtée au defliis par des clefs m/z, tourne lur elle-même, au moyen d’un levier paffé en /, Ôc fait defcendre l’écrou , fes fupports ôc le madrier, qui preffe le tourillon de l’axe du cylindre qui y eft iufpendu.
- Le mouvement eft compofé de trois roues de fer ôc de trois lanternes. La première roue H a trois pieds de diamètre, Ôc quarante dents ou divisons. La fécondé roue ÎS a deux pieds quatre pouces, ôc trente-fix dents. La troifieme O a deux pieds de diamètre, Ôc trente-deux dents. La lanterne de la roue N a huit fufeaux. La fécondé, celle de la roue O , en a fix ; ôc la troifieme, qui correfpond immédiatement à la manivelle , a cinq ’ fufeaux. Ces roues font montées de fuite fur la charpente P.
- QQQ. Sont des pièces de bois verticales, appuyées de haut Ôc de bas , pour tenir ferme la charpente.
- B. Baquet ou cuve d’eau pour rafraîchir la planche; onia change dès qu’elle s’échauffe.
- T. Rouleau de bois fur lequel eft la piece d’étoffe avant d’être imprimée, ôc d’où elle part , en fe déroulant à mefure , pour paffer entre les deux cylindres, y recevoir Pimpreflion , ôc s’aller enrouler incontinent fur l’eftignolle ou tourniquet U, qui la foutient haut d’une part, comme elle l’eft de Fautre fur le rouleau T, Ôc laiffe également aux Ouvriers la liberté d’agir en deffous.
- L’écrou G & les madriers EE ïbht à touliffb dans les montans XX, dont l’un eft brifé à la charnière Y , pour y introduire ou en retirer les cylindres.
- Z. Supports de la planche de cuivre ; ce font de larges ôc fortes lames de fer j qui tiennent la planche ferme, qui la maintiennent dans fa direction , par le frottement uniforme, ôc adouci par l’huile , du cercle aminci b b, qui en garnit le bord.
- La maniéré de gauffrer au cylindre , autrement qu’avec la planche d’impreflion, différé en ce que le cylindre même dans lequel on met les boulons de fer rouge, eft en cuivre, Ôc porte le deffin gravé, qui s’imprime fans couleur fur l’étoffe ; en ce que ce cylindre, beaucoup plus épais ôc plus profondément gravé que la planche, eft interpolé entre deux autres cylindres de bois, l’un en deffus ôc l’autre en deffous ; enfin en ce qu’on peut cylin-drer deux pièces à la fois/ On pourroit gauffrer ainfi beaucoup de pièces de velours d’Utrecht , de moquettes , de pannes ou d’autres étoffes, dans un jour, mais avec la forte preffion ôc le haut degré de chaleur dont nous avons parlé précédemment. Il faut encore un mouvement lent, tel qu’en travaillant douze heures , on ne gauffre que quatre pièces en deffus Ôc quatre pièces en deffous , huit pièces en tout par jour.
- Surpris de l’immenfe quantité de charbon que confômmoitle fourneau à chauffer les boulons de fer à introduire dans le cylindre d’impreflion ; peiné du travail continuel ôc très-fatigant pour fes Ouvriers , de les tirer de ce brafier ardent, de les fubf-tituer aux précédens, ôc les précédens à ceux-ci ; mécontent des irrégularités qui réfultoient dans les opérations des divers degrés de chaleur, M.Fleffelle, toujours bouillant de perfectionner les Arts qu’il exerce, depuis le rapport ôc l’approbation de la defeription de celui-ci, a imaginé d’établir le feu à chauffer le cylindre tournant , dans le cylindre même, fur une grille foutenue ôc rendue immobile ( voyez planche PI, Fig. i & 2, & fon explication , où j’ai joint celle du mouvement fimplifié , & également nouvellement inventé ) : il en réfulte un feu plus égal, facile à entretenir , au moyen de quelques morceaux de bois qu’on y jette de temps en temps, ôc une économie des deux tiers fur la matière ; c’eft-à-dire , que fi la dépenfe à cet égard fe montoit à 4 livres 10 fous par jour , elle eft , au moyen de cette invention, réduite à 30 fous.
- Planche VI.
- Fig. 1. Cette mécanique ne différé de la précédente , qu’en ce que le fourneau eft placé dans l’intérieur du cylindre, ôc qu’au lieu des boulons rouges, employés à l’échauffer, on entretient un feu de bois fur la grille A , foutenue à deux pouces au deffus de la furface intérieure du cylindre , arrêtée ôc rendue fixe par la barre BB , qui fléchit circulairement en O O. Il n’exifte pas un femblable appui à l’autre extrémité ; la partie extérieure du cylindre, d’un moindre diamètre que celui qu’il conferve d’ailleurs dans toute fon étendue, fervant d’axe à la grande roue du mouvement, formant tuyau, & s°enchâffant dans un autre tuyau, ne le permet pas : la grille eft foutenue, dansxette partie , par deux roulettes de cuivre, pofant au fond du cylindre, comme les deux OO qu’on voit à fon entrée, Ôc qui y font le même office. Ces quatre fupports, fur le cylindre tournant, y maintiennent la grille dans fa même afliette : l’égalité de frottement aux deux bouts, fait qu’elle n’eft pas plus, entraînée d’une part que de l’autre, lorfque le cylindre tourne, ôc la garantit de fe tordre. Ce cylindre E a neuf pouces ôc demi de diamètre en
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- \6 L'ART DE PRÉPARER ET D'IMPRIMER
- dedans , trois quarts de pouce d’épaiffeur, & un demi-pouce en fus , où s’en fait l’appui, entre les madriers,
- LL. Chaflis ou cadre en fer , fur lequel eft replié le plomb dont eft doublé le baftin MN , rempli d’eau.
- Fig. 2. La partie O , où s’encaftre la roue P, eft d’un diamètre beaucoup moindre que celui des précédentes parties, puifqu’il n’a, en dedans, que fix pouces un quart. Prolongée de fix pouces au delà du centre de la roue , cette partie eft le tuyau du fourneau, qui tourne Sc fe continue dans un tuyau C de tôle de huit pouces de diamètre, fixé d’abôrd par un foutien en fer, à la partie où il fe coude, puis attaché au bâti qui recelle Sc garantit du volant D. Cette partie O , extérieure dû cylindre où le feu eft établi, Sc lui fervant de tuyau , eft en même temps l’axe ou le moyeu de cette derniere roue, Sc en reçoit le mouvement : la coupe de face de ces deux parties, eft une figure de
- périmètre re&iligne, pentagonale , exagonalé ôtl autre, pour qu’elles ne tournent pas l’une dans l’autre, mais exa&ement enfemble. Tout le mouvement eft en fer. La manivelle M fait agir la vis fans fin V ; celle-ci s’engraine dans la roue G, de -dix-huit pouces de diamètre , Sc divifée en quarante-quatre dents. Son axe eft le même que celui de la lanterne L de dix fufeaux : cette lanterne fait mouvoir la roue F , de vingt-huit pouces de diamètre, & de quarante-huit dents.
- On obferve que le travail de l’Ouvrier appliqué à la manivelle, pourroit être adouci, en augmentant le diamètre de la grande roue : on y va procéder , avec l’attention d’en proportionner le mouvement au befoin.
- S S S. Soutien, Sc de l’axe de la vis fans fin, Sc de celui de la première roue Sc de fa lanterne.
- P. Cylindre de bois.
- II. Planche de cuivre gravée, roulée Sc pofée fut le cylindre de fonte.
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- LES ÉTOFFES EN LAINES.
- De la Fabrication des Pannes ou. Peluches * des
- & des Moquettes.
- Velours façon d’Utrecht j
- Comme toutes ces Etoffes font les plus affujetties à l’impreflion ou au gauffrage, il ne m'a pas paru hors de place d’en indique!:
- la fabrication & la préparation à la fuite de cet Art.
- Des Pannes ou Peluches.
- L A Panne eft une étoffe veloutée à chaîne 6c trame de laine, 6c veloutée en poil de chevre : on en fait de diverfes qualités 6c fous différentes dénominations : on en expédie beaucoup à Cadix pour être envoyées aux Indes Efpagnoles , à la Vera-Cruz , ou à la mer du Sud, imprimées en plus grande partie, ou teintes principalement en couleurs écarlate , cramoifi 6c bleu.
- La laine dont cette étoffe eft compofée eft ordinairement du cru de la Province de Picardie j où elle fe fabrique , ou des environs ; elle s’achete filée , au marché, 6c on la choifit relativement à la qualité & à la fineffe, convenablement à ce qu’exige ae ces conditions l’étoffe qu’on fe propofe de faire. Le poil de chevre nous vient tout filé du Levant, par la voie de Marfeille.
- Panne renforcée.
- J i
- La Panne, dite renforcée, première qualité, veut un fil de chaîne de 4 livres à 4 livres 5 fous la livres : il en faut de 6 à 7Üv., plus ou moins, fuivant le degré de fineffe , pour une chaîne de quarante-quatre à quarante-cinq aunes, qui donne à la fabrication d’une aune à deux aunes de plus d’étoffe, ce qui dépend de la trame , qui diminue la longueur de la chaîne à proportion de fa groffeur, de maniéré que, dans les rannes communes, il n’y a pas d’aunage d’étoffe excédant celui delà chaîne : l’ex-tenfion de celle-ci, acquile par le travail, devient nulle. Il faut doubler ce fil, le retordre, & l’ourdir fur une largeur de peigne ou de ros de vingt-deux à vingt-trois pouces , en trente-une portées , ou foixante - deux demb-portées de vingt - quatre ou douze fils, ce qui en porte le nombre total àfept cent quarante-quatre. On met moins de fil par portée , lorfque la matière , plus commune , eft filée plus gros, lorfqu’on ne tend qu’à faire des Pannes de qualité inférieure.
- La chaîne de poil pour le velouté eft également doublée, ourdie fur la même largeur , aux lifieres près, qui font compofées chacune de demi-portée, 6c en quinze portées, ou trente demi-portées de vingt-quatre ou douze fils ; ce qui fait trois cent foixante fils.
- Le prix du poil employé dans les Pannes varie beaucoup, fuivant fa beauté , fa fineffe , de fix à fept livres la livre. lien entre aufli plus ou moins, de 17 à 18 livres dans une piece de quarante^cinq à quarante-fix aunes, ce qui dépend, 6c de fa fineffe propre, 6c de celle de la trame , 6c de la quantité de verges qu’on met au pouce ; & il en entre depuis trente jufqu’à trente-cinq. On fait des Pannes qui n’ont que douze verges au pouce, d’autres qui en ont jufqu’à cinquante ; 6c enfin de la hauteur de ces verges,
- La trame eft de deux fortes , 6c cette étoffe fe fabrique à deux navettes. La première trame, celle qui fait le fond de l’étoffe , eft du prix de 50 fous à 3 liv. la livre : il en faut de huit livres ÔC demie à neuf livres. Elle ne doit être ni trop torfe à la filature,
- ni trop molle ; mais il faut qu’elle ait une bonne confiftance : on l’emploie en fimple 6c mouillée. La fécondé trame doit être beaucoup plus fine : elle coûte un prix double de celui de la première ; il en faut environ cinq livres par piece : elle s’emploie également fimple 6c mouillée.
- On paffe la chaîne de fond dans quatre lames : on pourroit ne la paffer que dans deux; mais il y a moins de frottetnent de cette maniéré, 6c les fils font paffés alternativement dans la première 6c là troifieme , & dans la deuxieme & la quatrième, de façon que la même marche fait toujours lever ou baiffer à la fois deux des quatre lames j 6c moitié de la chaîne par conféquent.
- La chaîne de poil, également paffée Sc alternée dans les lames de la chaîne de fond , eft encore paffée dans deux lames qui font en avant, les plus proches de la chaffe, qui lèvent toujours à la fois au moyen d’une feule marche.
- Le métier eft du genre de ceux de la petite navette, décrits dans l’Art des étoffes rafês, &c. le jeu corref1 pondant des rfiarches aux lames, de aeffous en defiiis, 6c réciproquement, fe fait par côté. Ce métier eft incliné comme les précedens, uniquement par habitude, 6c nullement que cette fituation foit fondée en principe, puifqu’iî ne l’eft pas pour les Velours de foie, pour les Velours de coton , d’un travail aufli dur, ni pour les Moquettes, plus dur encore que celui de la Pannet
- Il y a trois fils en broche , deux de la chaîne de fond, 6c un de celle de poil, Sc le ros eft d’acier.
- En foulant la marche 1, on fait lever moitié de la chaîne de fond , 6c palier en delfous toute celle de poil : on lance la groffe trame ; on frappe en croifant la chaîne de fond par la marche 2, Sc toute la chaîne de poil paffe en deffus. On lance une duite de la trame fine ; on refoule la première marche 3 , 6c on lance la fécondé duite de la même trame. On foule enfin la troifieme marche 4, qui fait lever toute la chaîne de poil feulement : on paffe la verge ; on refoule la première marche j , 6c l’on ramene la groffe trame fur le dernier pas de la chaîne de fond. Et ainfi de fuite, la 2, 6 : 1, 7 : 3 , 8 ( Planche 6, Fig. 1 des marches. ).
- Quand la deuxieme ou derniere verge eft arrêtée par la croifure , on coupe le poil fur la précédente; Sc ainfi, de maniéré que la groffe trame eft toujours paffée la première après l’interpofition de la verge, la première par conféquent qui arrête le poil, Sc celle qui foutient 8c fait le fond de l’étoffe, A mefure qu’on travaille, on humeéte la chaîne de poil, fur fon enfuple même , avec du petit lait. Les Ouvriers font de trois quarts d’aune à une aune, 6c quelquefois une aune 3c demie de bonne Panne renforcée par jour : on la leur paye de 20 à 22 fous l’aune ; ainfi ils gagnent de 1 ; à 30 fous, mais communément 20 fous, 6c ces Pannes fe Vendent actuellement de 5 liv. 10 fous à 7 liv. l’aune-On temple cette étoffe en delfous, 6c ainfi de toutes les étoffes veloutées.
- Pannes fur foie.
- On fait des Pannes de qualité fupérieure à celle
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- i% L’ART DE PRÊPAR-
- des Pannes renforcées , qu’on nomme Pannes fur foie. La chaîne de ces dernieres efl de la même qualité que celle des plus belles renforcées ; mais on y ajoute une foie écrue , organdnée , dite de Piémont, à chaque fil, ne qui, avec les deux fils de Laine, fait trois fils , qu’on retord également enfemble. On choifit le poil pour la chaîne du velouté, & les trames plus fines. Du relie on les travaille abfolument de même. Ges foies fe vendent de 4J à 48 liv. la livre : il en entre environ un uart de livre par piece de Panne , pour la valeur e 11 à 12 liv.
- On paye la façon à l’Ouvrier , fur le pied de 26 à 28 fous l’aune ; ôc l’étoffe fe vend de 8 à 9 liv. On en fait quelquefois du prix de 15 liv. l’aune , mais c’ell rare.
- Petite renforcée.
- On fait beaucoup plus : on fait même une grande quantité de Pannes plus communes, plus légères ue les renforcées, qu’on nomme petites renforcées, ont les baffes qualités ont remplacé l’efpece connue dans le commerce fous le nom de vingt Verges. Elles fe font toutes de la même maniéré, mais dans un compte plus bas, avec des matières plus communes : & lorfqu’il entre de trente à trente-cinq verges au pouce dans les belles renforcées i qu’on en met dans les Pannes fur foie de quarante à quarante-cinq, ôc jufqu’à cinquante, on fait de celles-ci en douze, en quinze, en vingt ôc vingt* cinq verges. Les Ç)uvriers en font deux aunes, deux aunes ôc demie par jour. La différence de leur falaire provient plutôt de leur adivité, de leur ardeur Ôc de leur induflrie, que de la nature du travail qu’ils font. Toutes chofes égales, quelle que efpece de travail qu’ils faffent, ils ne gagnent guere, ni plus, ni moins, environ 20 fous par jour : c’efl le taüx commun des journées dans ce pays. Il efl des hommes faits qui ne gagnent pas 1 5 fous. J’en ai vu qui en gagnoient 505 & il en fera toujours ôc par-tout de même.
- Les Pannes petites renforcées fe vendent de 3 liv. 10 fous à 5 liv. l’aune. On imprime la plus grande partie des baffes qualités.
- Court Poil.
- La Panne court poil efl une Panne fine, renforcée, quant à la chaîne & à la trame : il n’en feroit que mieux fi la trame étoit plus fine encore. Elle différé dans la marche, en ce que la chaîne dé poil, également paffée dans les deux lames de de* vant, ne fe leve ôc ne fe coupe qu’alternativement, Sc qu’ainfi, il faut une marche de plus pour lui donner ces deux mouvemens féparément. On ne coupe donc que la moitié de la chaîne de poil fur chaque verge ; on paffe la forte duite ; on fait la croifure ; on paffe une duite fine ; on reCroife par la première marche ; on leve la fécondé moitié de la chaîne, ôc l’on place une nouvelle verge. C’efl la même marche qu’au Velours d’Utrecht, qu’on donnera ci-après , avec la différence qu’on met ici trois duites entre chaque verge, ôc qu’on n’en paffe que deux au Velours d’Utrecht.
- On ne coupe le poil à cette forte de Panne, que lorfqu’on a paffé une troifieme verge, au lieu de le couper à la fécondé , comme aux précédentes, par la raifon que la chaîne de poil étant divifée , la derniere divifion ne feroit que foiblement retenue pai la fécondé verge ; elle rifqueroit de s’échapper. Cependant, lorfquela Panne efl fine ôc bientiffée, on pourroit la couper à deux verges.
- Long Poil.
- On fait une cinquième efpece de Panne dite long
- IR ET D’IMPRIMER
- poil., plus commune que toutes les autres, Ôc qui ne s’emploie qu’en doublures. La chaîne de celle-ci devroit être dans le même compte que les autres ; mais , eu égard à la qualité de la matière plus commune , & à la filature plus groffiere, on en rabat toujours plus ou moins. On ne met dans la chaîne de poil que le quart du nombre des fils de la chaîne de fond, de maniéré qu’il n’y a de paffé dans le ros que deux ôc trois fils en broche, alternativement.
- La verge efl beaucoup plus haute au long poil, u’au court poil, du double, du triple : elle efl e quatre, cinq, fix fois plus haute qu’à la Panne renforcée. On paffe cinq duites entre chaque verge : la première plus forte Ôc mouillée : les quatre fui-vantes , feches.
- Pannes à côtes.
- Depuis quelque temps, on a imaginé ôc très-bien réufli à 'faire des Pannes à côtes, pour imiter les Velours de coton cannelés. On ourdit la chaîne de poil en nombre de fils ; on la monte , on la paffe dans les lames ôc dans le ros, avec des diflances proportionnées à la cannelure qu’on veut former. La chaîne de fond efl la même, dans les parties où il doit y avoir du velouté , que celle des Pannes renforcées; mais on ajoute dans les intervalles, dans le vuide du poil, un troifieme fil en broche ; ôc tous :es fils d’addition font paffés dans une cinquième lame de fond, qu’on fait jouer par une quatrième marche.
- Quand on foule celle-ci, les fils ajoutés fe lèvent tous avec la moitié de la chaîne de fond; alors on lance une trame double, au lieu de la groffe trame dans les Pannes unies ; mais telle, que le volume de la trame doublée foit égal à celui de la groffe trame : ce qui lie, cordonne mieux, & donne un grain plus fin. On continue fur deux autres pas, deux autres duites , les fils ajoutés fe reprenant avec ceux du fond, pour recroifer avec eux. Ce moyen de paffer les fils , ôc de marcher l’étoffe, foutient beaucoup mieux le poil : il s’échappoit avant qu’on eut imaginé cette marche.
- Gomme cette étoffe efl pour habit d’homme, il efl effentiel que les matières en foient fines, bien afforties, ôc qu’elles foient employées avec propreté ôc intelligence. Les couleurs en font plus bolides & plus éclatantes que fur le Velours de coton; mais l’étoffe ne fauroit avoir la même douceur.
- Panne Laine.
- Il fe fait àufîi des Pannes ou Peluches , chaîne, trame ôc velouté en Laine : elles ne different des Pannes renforcées, que par la matière du velouté, par la qualité des autres , celles-ci étant plus communes , ôc enfin par le nombre des fils en chaîne, qu’on diminue de quatre, ôc quelquefois de fix par portée, ne les faifant que de aix-huit ou vingt fils. Le prix du fil de la chaîne de fond, efl de 50 à 5 y fous la livre : celui de la chaîne de poil, d’environ 3 liv. ôc celui des différentes trames en proportion. On y emploie des verges plus hautes qu’à la Panne renforcée. Cette étoffe bien fabriquée, efl d’un très-bon ufage ; mais elle n’a pas de luflre comme la Panne poil : la Laine ne réfléchit pas les couleurs avec éclat, comme le poil de chevre ; c’efl la raifon fans doute pour laquelle on en imprime fort peu. On en paye 10 à 12 fous par aune de façon à l’Ouvrier ; «Sc elle fe vend de 3 à 4 liv. l’aune. Les pièces tirent de cinquante à cinquante-cinq aunes.
- Panne cifelée.
- Toutes les efpeces précédentes de Pannes fe font
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- LES ÉTOFFES
- en tmïs, 8c n’exigent que deux enfouples de chaînes * celle du fond , qui eft un peu élevée fur le derrière , de façon que la chaîne forme un plan incliné en avant* Le métier eft à peu près carré, fur environ quatre pieds ; 8c l’inclinaifon de cette première chaîne eft de fix , dix, douze pouces fur fa longueur : 8c la chaîne de poil ou de velouté, qui eft pardeftiis la première , forme par conféquent une inclinaifon beaucoup plus grande.
- On a fait de ces Pannes Laine à petits deflins, imités des malbourougs , des filéfies 8c d’autres petites étoffes femblables; mais il eft uniquement formé dans ces Pannes par le velouté ; 8c le fond eft le meme que dans les Pannes précédentes; il fe travaille également au moyen des deux premières marches.
- Ces deflins font plus ou moins étendus, plus ou moins compliqués, 8c demandent un nombre proportionné de lames 8c de marches , 8c autant d’en-fouples de poil qu’il y a de marches pour cette matière. Il eft des deflins pour lefquels il en faut cinq 8c fix de l’une 8c de l’autre. Toutes ces en-fouples fe mettent les unes au deffus des autres, fur divers plans verticaux cependant, fi l’on veut, les unes plus , les autres moins rapprochés, en dehors ou en dedans des piliers du métier.
- Cette Panne en Laine, à raifon de fon deflin, formé par le velouté, fe nomme Panne cifelée. Les matières qu’on y emploie font plus communes encore que celles de la Panne Laine unie, dans les prix, chaîne, poil 8c trame , de 43,45 , à 48fous là livre. On fait les pièces de la même longueur que les précédentes , de cinquante à cinquante - cinq aunes; 8c l’on vend l’étoffe de 40 à 45 fous l’aune.
- Panne à la tire.
- On fait auffi des Pannes Laine à grands deiïins fuivis , à la tire : elles font fort belles, 8c l’étoffe eft très-meublante ; on en fait des veftes fur des deflins levés d’autres veftes de fabrique de Lyon. Mais lé travail en augmente le prix, dans une proportion trop au deffus de celui de la matière : 8c le luxe n’y trouvant pas fon compte, eu égard à la dépenfe, cette partie eft reftée foible ; il s’en fabrique peu.
- Outils & UJlenJîles propres à fabriquer tes Pannes.
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- Les verges <5c le Couteau font les feuls inftru-mens à ajouter à ceux néceffaires pour la fabrication de toute autre étoffe. Les verges font de cuivre jaune, fines, plus ou moins pour la Panne ordinaire, prefque cylindriques, 8c un peu applaties feulement d’un côté pour recevoir la rainure. On les place fous le poil, fans égard au côté où fe trouve cette rainure , qui commence à la courbure de la verge qui eft à l’un des bouts, de qui continue jufqu’à l’autre bout. Ce n’eft qu’aprèS avoir marché, fermé de rouvert le pas fuivant, qu’on la faifît par le bout recourbé , qui eft toujours fur la gauche, le même par où l’on met de par où l’on retire les Verges, par où enfin l’on commence à couper le poil, toujours de gauche à droite : ce n’eft qu’alors, dis-je, qu’on la tourne dë maniéré que la rainure foit en deffus.
- On tire ces verges de Tournay ou de Lille. Un féul particulier à Amiens, que je fâche, les fabrique, 8c ce n’eft que pour fon ufage. La difficulté cependant ne confiftè qu’à faire palier le fil de laiton dans une filiere , qui lui donne la forme qu’on délire, de qui fait la rainure en même temps.
- On vend ces verges dans la fabrique , en revente aux Ouvriers qui les emploient, 2 fous 6 deniers la paire ; de les trois, pour les Pannes cifelées, coûtent
- EN LAINES. 19
- 4 fous. On en ufe communément deux paires par pièce de Panne, foit qu’elles caffent à l’endroit de la courbure, en les tournant de retournant, foit que le couteau les perce à fond, de toujours plutôt près du point de la courbure, où, commençant à couper , c’eft l’inftant qu’on appuie davantage.
- Les verges pour les courts poils font beaucoup plus hautes ; de plus encore celles pour les longs poils : elles coûtent à proportion , de durent très-iong-tempS. Elles font plates ? de formées prefque en coin ; la rainure fur la partie évafée, de le Coté oppofé très-mince, pour que les duites fe rapprochent davantage. C’eft fur ce côté mince , appuyé immédiatement fur les fils de la chaîne de fond , que fe coulent les duites les unes à la fuite des autres, de que les dents du ros les ferrent.
- Les couteaux font les mêmes que pour toutes les fortes d’étoffes véloutées , d’une meilleure ou d’une moins bonne trempe. Ceux dont on fe fert pour les Pannes , les Velours d’Utrecht, les Moquettes , dcc. fe fabriquent à Amiens. On les vend de 24 à 30 fous la douzaine ^non compris la monture , qui duré fans fin, 8c qui peut ufer des milliers de lames, puifque celles-ci ne coupent guere qiie deux pièces de Panne les unes dans les autres.
- Apprêts des Pannes ou Peluches poil.
- Après la fabrication des Pannes, avant tout autre apprêt, elles doivent être débouillies. La maniéré de faire cette opération fur la Panne , différé, à quelques égards, de celle fur les autres étoffes ; il eft bon de la décrire à part. On jette les Pannes dans une chaudière d’eau bouillante : on les y laiffe tremper jufqu’à ce qu’elles foient pénétrées, 8c parfaitement imbibées par-tout .* on les dépofe dans un baquet placé à l’extrémité d’un corroi : on les roule fortement toutes mouillées ; & pendant cette opération , deux Ouvriers avec de fortes broffes , en relevent le poil, d’abord contre le rouleau , puis le couchent du côté oppofé , afin que , faifi par la preffion du rouleau, il fe tienne tout 8c toujours couché dans la même direction.
- Lorfqu’on faifoit tout uniment débouillir & corroyèr cette étoffe comme les autres, il en ré-fultoit beaucoup de directions, des divergeances dans le poil, qui ondoyoient 8c réfléchiffoient di-verfement les couleurs ; ce qui étant très-irrégulier, 8c donnant des changeais, fur-tout aux coutures, devenoit défagréable au coup d’oeil.
- Je penfe qu’on pourroit, au lieu de deux Ouvriers employés à cette manipulation, n’en employer qu’un pour relever le poil en avant, 8c adapter une broffe ali corroi, ou mieux péut-être une lame de fer à tranchant non acéré, placée très-près de la partie de l’étoffe qui s’enroule, inclinée en arriéré, raclant le poil, le relevant , 8c le tenant couché en arriéré jufqu’à ce que, faifi par là preffion, il ne pût plus changer de direction : peut-être même pourroit-on éviter les deux Ouvriers par telle inter-pofition d’une première ou fécondé broffe.
- Les pièces ainfi roulées, on les fait bouillir comme les autres étoffes , fur le rouleau pofé verticalement dans la chaudière, pendant deux heures. On appelle dans la fabrique cette façon de bouillir , bouillir à la grecque. On les laiffe refroidir fur le rouleau, 8c on les porte en teinture.
- Après la teinture , on fait dégorger 8c reviquef les Pannes; 8c on les remet au Tondeur, qui les fait fécher, & les tond avec les mêmes outils , 8c fuivant les mêmes procédés que pour les draps.
- On les corroie enfuite à enaud ; 8c c’eft lè dernier apprêt pour les bonnes qualités. Les Pannes pour l’impreffion fe font tout Amplement bouillir, teindre, fécher 8c imprimer. À l’égard des baffes
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- VAKT DE P RÈ PA RE R ET D'IMPRIMER
- qualités qu’on met en couleur, depuis quelque temps on les fait prelfer, ce qui en couche & plaque le poil ; procédé contraire à toute étoffe velouté.
- Il n’en feroit que mieux de tondre les Pannes Laine, tant les unies, que] les cifelées : on ne le fait pas par économie, parce que leur bas prix arrête fur cette opération. On ne fauroit le faire au long poil, ni même au court poil, quand la verge en eft très-haute.
- Des Velours façon cCTJtrecht.
- Le Velours d’Utrecht eft proprement une Panne court poil, à chaine & trame de fil , & velouté de poil de chevre. Sa deflination efl pour meubles, doublures de voitures, &c. uni en couleur, rayé, gauffré , ou imprimé.
- La chaîne du Velours d’Utrecht eft compofée d’un bon fil de,lin, qui, acheté en écru, coûte de 3 o à 3 j fous la livre, 8c il en faut environ cinq livres, qu’on diftribue en cinq cents, fîx cents, ou fept cents fils, 8c quelquefois davantage ; mais ordinairement en fîx cents, fur une largeur de vingt-deux à vingt-trois pouces , pour former une étoffe de demi-aune, non compris les lifieres. On met ces fils en fimple; 8c le nombre de broches au peigne efl égal à celui de la chaîne de fond , n’y ayant qu’un fil en dent de cette chaîne.
- Le poil pour les chaînes de velouté, au nombre de deux, efl doublé & retors. Le nombre total de fils de ces deux chaînes efl égal à celui des fils de la chaîne de fond, à celui des broches, les lifieres toujours à part ; ainfi, y compris ceux-ci, il y a en tout deux fils en dent.
- Il entre environ feize livres de poil, du prix de 6 liv. 5 fous à 6 liv. io fous la livre dans une chaîne de fix cents, qui doit fournir une piece de Velours de trente aunes.
- Le fil de trame efl plus fin que celui de chaîne ; il coûte de 40 à 45 fous la livre ; 8c il en faut environ fix livres pour une piece.
- La chaîne de fond efl palfée 8c alternée dans deux lames, mues chacune par une marche. Les deux chaînes de poil font également paffées dans ces deux lames, 8c en même temps, l’une dans une troifieme, 8c l’autre dans une quatrième lame , qui ont chacune leur marche féparée 5 ainfi l’armure du métier efl compofée de quatre lames 8c de quatre marches (Planche 6*, Fig. % des marches').
- Quand on marche 1 , on fait lever la moitié de la chaîne de fond 8c une chaîne de poil : on lance la duite. On doit toujours , comme à la Panne, frapper deux coups, un à pas ouvert, 8c l’autre à pas fermé. On conçoit que mieux l’étoffe efl frappée, plus la trame fe ferre ; plus il y a de verges au pouce, 8c plus l’étoffe efl garnie de poil. Lorfqu’oÀ marche 2 , l’autre moitié de la chaîne de fond le leve, avec la fécondé chaîne de poil : on lance une fécondé duite. Marchez 3 , la première chaîne de poil fe leve feule : on paffe la verge. On continue de marcher 2 ou4, 1 ou j, 8c 6 enfin, qui fait lever la fécondé chaîne de poil feule. On paffe encore une verge : on répété le marcher 1, 5 ou 7 , & 2,4 ou 8, & l’on revient à 3 , pour paner à une troifieme verge. Ce n’efl qu’après cette croifure du poil qu’on le coupe fur la première verge : on courroit le rifque qu’il ne s’échappât en le coupant plutôt.
- On voit qu’il n’y a ici que deux duites entre chaque verge, 8c qu’dn ne coupe que la moitié du poil fur chacune. Cette maniéré de couper le poil en deux temps , fait qu’il s’alterne dans la croifure, comme au court poil, 8c que l’étoffe,
- pliffée fur fa largeur , ne raye pas, ne barre pas, ne fillonne pas. Le poil ne s’en fépare point en ligne direête, comme aux Velours de foie, de coton, aux Pannes ordinaires 8c aux Moquettes. Il fau-droit pour faire produire cet effet au Velours d’Utrecht , le pliffer diagonalement, ce qu’il efl rare de voir produire naturellement, tandis que, fans pliffer l’étoffe, mais en la confidérant étendue, ces barres, raies ou côtes font très-fenfibles fur les Pannes, dont les trames communes tiennent les verges trop écartées les unes des autres. „ '
- Les verges employées à la fabrique des Velours d’Utrecht, font du genre de celles des courts poils, un peu plus baffes ordinairement. A l’égard de celles propres à la fabrication des Moquettes, dont on parlera ci-après, elles ne font point arrondies comme celles d’ufage pour la Panne ; elles font taillées à angles , 8c forment à peu près un prifme quadran-gulaire, un peu évafé du côté de la rainure ; aufîi les place-t-on fur le champ à plat fur la chaîne de fond, dans la fituation où elles doivent être lorfqu’on coupe le poil.
- Les lifieres de l’étoffe ne font point comprifes dans le compte des fils de la chaîne du Velours : elles en contiennent chacune trente-quatre, paffés dans dix-fept liffes,’ 8c dans huit broches, favoir, deux fils dans chaque liffe ; trois liffes , ou fix fils dans la première dent, pour foutenir les efforts de la chaffe, 8c le corps de l’étoffe ; 8c quatre fils dans chacune des fept dents fuivantes.
- On pare la chaîne de fond à mefure qu’on la déroule fur le métier, de la même maniéré , 8c avec le même parement à la farine , dont on ufe pour la fabrication des toiles 8c des toileries. On humeffe avec du petit lait, fur l’enfouple, celle de poil, comme aux Pannes ; 8c l’on mouille la trame dans l’eau commune.
- Le métier efl d’ailleurs furies mêmes dimenfîons , également incliné de l’arriéré en avant, 8c ayant auffi les marches fixes parderriere l’Ouvrier, comme les métiers de Pannes. Même navette, même temple, 8c même façon de templer en deffous.
- Les Velours deflinés pour couleur unie , bleu de Saxe , vert de Saxe, cramoifi, écarlate, &c. veulent une chaîne 8c une trame teintes en fil , en bleu de Roi, fur cuve. Ces fils fe trouvent dans la Province , en Artois, dans les environs de Lille , 8c quelquefois en Bretagne.
- Pour les Velours rayés, il faut teindre la chaîne de fond 8c celle de poil, 8c les ourdir conformément à la rayure. Il faut auffi employer des fils 8c du poil blanchi avant la fabrication, lorfqu’il y a des rayures blanches dans l’étoffe. A l’égard de ceux qu’on emploie, tant en chaîne qu’en trame, dans les Velours qui doivent être teints en couleurs claires, comme en citron, jaune 8c autres, ou imprimés, il faut qu’ils foient également blanchis jufqu’à un certain point.
- On les tire tels généralement de Lille , où ils s’achètent par maffes d’environ deux livres 8c demie. On en diflingue les qualités par le nombre des écheveaux : celui pour chaîne coûte de 37 à 38 fous la livre ; 8c celui de la trame, de 48 à 50. Il en efl de ce dernier qu’on paye jufqu’à 3 livres.
- La façon de ces Velours fe paye à l’Ouvrier â raifon de 22 fous par aune, dans le compte en fix cents fils , en couleur unie, & 2 6 fous en rayé.
- L’apprêt de cette étoffe confifle à la laver en eau chaude , pour en ôter le parement ; à la teindre , fi elle efl dans le cas de l’être ; à la blanchir au foufre , comme les autres étoffes, fi on la veut employer en blanc; à la tondre comme les Pannes, à la gauffrer, ou à l’imprimer.
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- LES ETOFFES EN LAINES.
- On vend ces Velours à la piece de trente aunes. Leur prix en blanc, pour employer ainfi ou pour imprimer, 8c en couleur baffe, eft d’environ 180 livres la piece : celui des couleurs hautes à la cochenille , d’environ 220 livres.
- Des Moquettes.
- La Moquette eft une étoffe veloutée, à chaîne & trame de fil, comme au Velours d’Utrecht, mais plus commun : ce fil de lin ou de chanvre, écru 8c fort, le plus fort eft le meilleur , velouté de laine plus ou moins commune. Elle eft fabriquée en uni ou à deffin qu’on varie à l’infini, & dont on fait des meubles , entre • autres des tapis de pieds pour les appartemens. Toutes celles-ci fe font à la tire : je n’ai point pour objet d’en expliquer le mécanifme dans cette circonftance : ainfi il ne fera queftion que des Moquettes unies, foit qu’elles foient fabriquées rayées ou en blanc, 30ur être mifes en teinture 8c gauffrées pour meubles , foit qu’elles foient fabriquées en fils écrus 8c èaine ordinaire, pour être employées à couvrir la table des frifes à frifer ou ratiner les étoffes , ou à garnir la table des Tondeurs de draps 8c autres étoffes.
- Ces dernieres Moquettes , qu’on nomme plus particuliérement tripes à gauffrer , tripes fortes , 8cc. fe fabriquent fur la largeur de vingt pouces, en neuf cents ou mille fils de chaîne de fond, non compris les lifieres, qui en contiennent vingt-fix chacune ; 8c quatre cent cinquante ou cinq cents fils de chaîne de poil, doublés Sc retors fortement. La chaîne de fond eft alternée dans les liffes de deux lames ; 8c celle dé poil qui ne paffe dans aucune maille de ces deux lames, eft toute comprife dans une troifieme qui eft en avant, du côté de la chaffe. Les lifieres font paffées dans treize liffes 8c dans cinq broches; favoir , deux fils en dent pour la plus proche de l’étoffe , 8c fix dans chacune des quatre autres. Le refte de la chaîne eft à trois fils en' dent, deux de la chaîne de fond, 8c un de celle de laine , qu’on nomme toujours poil, à caufe du velouté qu’elle produit.
- Cette étoffe eft très-remplie de fils en chaîne, comme on voit, puifqu’elle en a le double du Velours d’Utrecht, eu égard à fa largeur : elle ne doit pas être moins ferrée par la trame. Sa defti-nation exige un poil denfe, roide, 8c dont l’en-femble forme une furface douce, mais un corps ferme, fléchiffant cependant , mais très-élaftique , fur-tout dans l’ufage de la frife , puifqu’elle fup-porte immédiatement l’étoffe à frifer, 8c qu’elle la réagit continuellement contre la table , chargée de la compofition , dont le trémouffement forme les boutons de la frife.
- Pour opérer cette grande force , non feulement le métier eft court , 8c la chaîne très-tendue : l’enfouple de celle du poil eft en dedans même des piliers du métier , pour la rapprocher davantage du travail ; mais les marches font fixées fur le derrière du métier, au deffous des enfouples des
- chaînes, comme elles le font généralement dans les métiers de la toilerie ; au contraire de ceux pour la Panne 8c le Velours d’Utrecht ; 8c l’Ouvrier foule ces marches par le bout qui fe releve en avant, ce qui eft beaucoup plus dur, mais ce qui donne en même temps plus de force pour dégager un aufîi grand nombre de fils groffiers , contenus clans un fi petit efpace. Indépendamment de cela , il y a les grandes 8c les petites contre-marches ou marchettes , pour faire monter l’une des lames, 8c defcendre en même temps les autres
- La marche de la Moquette eft différente de celle de la Panne 8c de celle du Velours.d’Utrecht : la voici ( Planche 6 , Fig. 3 des marches. ) :
- Marchez 1, la moitié de la chaîne de fond leve. Marchez 2, l’autre moitié de la chaîne leve , 8c tout le poil. Marchez 3 , le poil feul leve ; il ne fe leve pas proprement , mais il fe foutient haut, tandis que toute la chaîne de fond baille : on paffe alors la verge. La chaîne de poil fe foutient toujours haute 8c tendue par un contre - poids fuf-pendu fur le derrière de l’enfouple : elle ne baiffe que par l’effort de la première lame attirée en en-bas.
- On ne lance que deux duites entre chaque verge, partant d’abord du côté droit. Marchez 4. Le pas de deux fe rouvre , 8c la duite fe trouve lancée fur le pas précédent de la chaîne de fond , croi-fant feulement le poil , qui a été deux pas de fuite en deffus, 8c qu’elle attire en deffous. Marchez 5 , le poil revient deffus avec l’autre moitié de la chaîne de fond , celle du pas 1. Marchez ô, le poil releve feul ; on paffe la fécondé verge. Eemarchez 1, le dernier pas de chaîne fe rouvre ; 8c voilà encore deux duites fur le même pas , la derniere arrêtant feulement le poil en deffous , 8c ainfi de fuite.
- Il eft à obferver qu’en ramenant la duite de gauche à droite fur le même pas de chaîne de fond, s’il ne fe trouvoit pas un gros fil, ou plufieurs fils en malle du côté gauche, qui fe leve 8c fe baiffe feul, au rebours des autres fils de la chaîne, pour foutenir le fil de la trame , elle ne feroit plus arrêtée que par le poil, 8c la lifiere de ce côté-là ne feroit pas foutenue ; mais ce gros fil l’arrêtant, elle fe trouve double dans les deux lifieres, ce qui, au contraire, les rend très-fortes ; 8c le poil n’en eft que plus rapproché, la trame n’ayant pas l’obftacle de la chaîne de fond, qui en modéreroit la preffion.
- Le fil de la chaîne 8c de la trame des Moquettes, à laines teintes ou à teindre en piece , doit fe teindre avant la fabrication, comme ceux pour le Velours d’Utrecht. A l’égard de la chaîne de laine deftinée à former le poil, les uns la travaillent toujours teinte ; d’autres travaillent en blanc , 8c ne font teindre qu’en piece, lorfque c’eft pour cou^ leur unie , de même qu’au Velours d’Utrecht.
- On pare la chaîne de fil; mais celle de poil doublée 8c torfe, n’a pas befoin d’être humeftée. On fait les pièces de onze aunes, de on les vend de 30 à 33 livres.
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- DE S R E G I ST R E S
- Du 13 Mars i779*
- MM . Duhamel, Fougeroux & Vandermonde, Commiffaires nommés pour examiner deux Ouvrages de.M. Roland de la Platiere, InfpeCteur Général des Manufactures de Picardie, intitulés, l’un VArt du Fabricant d'Etoffes en Laines rafes & feches, unies & croifées ; l’autre , ÎArt de préparer & d'imprimer les Etoffes en Laines, en ayant fait leur rapport, l’Académie a jugé ces Ouvrages dignes de fon approbation , & d’être imprimés fous fon Privilège, pour fervir de fuite à la Collection des Arts. En foi de quoi j’ai figné le préfent Certificat. A Paris, ce 16 Mars 1775?; Le Marquis de Condorcet , Sec,Perp%
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- Art 3e 1 \'réparer cl 3 'lmp/ 'imcr lej' Utojpj' en Lame.
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