Descriptions des arts et métiers
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- DU FABRICANT DE VELOURS DE COTON,
- PRÉCÉDÉ
- DUNE DISSERTATION
- SUR LA NATURE, LE CHOIX,
- ET LA PRÉPARATION DES MATIERES,
- ET S U I Kl
- D'U N TRAITÉ
- DE LA TEINTURE ET DE UIMPRESSION
- DES ETOFFES DE CES MÊMES MATIERES.
- PAR M. ROLAND DE LA PLATIERE;
- Tnfpecleur General des Manufactures de Picardie ; Afjocié des Académies Royales des Sciences > Belles-Lettres & Arts de Rouen, Ville franche, ôc. SC Correfpondant de l'Académie Royale des Sciences de Paris ÔC de celle de Montpellier*
- PREMIERE PARTIE
- Materîam fupérabat opus.
- Ovid. Met,
- A PARIS,
- Aux dépens > &
- De rimprimerie de MoUTARD, Imprimeur-Libraire de la Reine , de Madame de Madame la ComtelTe d’ARTOls, ô£ de l’Académie Royale des Sciences,
- Hôtel de Cluny , rue des Mathurins*
- M. DCCé LXXX,
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- INTRODUCTION.
- IjE goût qu’on montre en France pour le Velours de coton, depuis vingt-cinq à trente ans que la fabrique 8C l’ufage de cette étoffe s’y font introduits , en a fucceffivement augmenté la confommation , au point de faire penfer qu’on lui doit une branche importante de l’induftrie nationale. Ce jugement, fondé fur l’apparence, pourroit être fondé fur la réalité.
- La fabrication de cette étoffe eft répandue en Angleterre , comme celle de tous les objets publics l’eft en France. Les campagnes mêmes s’en occupent , comme celles du territoire de Gênes s’occupent de la fabrication des Velours de foie. Cette publicité d’opérations étend la main d’œuvre , 8c établit une concurrence de travail 8c de prix , fans laquelle la célébrité d’aucun éta-bliffement de ce genre ne fauroit faire une époque marquée au coin de l’utilité publique.
- On ne voit en France que quatre ou cinq Manufactures très-particulieres de ce genre , 8c les Entrepreneurs foutiennent les Velours qui en fortent à un prix fi haut, qu’il en réfulte une introduction confidérable en contrebande de ceux d’Angleterre, en même temps qu’on nous ôte dans ce commerce tout efpoir de concurrence à l’Etranger. En effet, comment concevoir d’autre raifon de la différence extrême de ces prix , lorfqu’on fait que les Angîois, qui tirent la matière de leurs colonies, comme nous la tirons des nôtres , ne fauroient l’avoir à meilleur compte que nous , 8c que la main d’œuvre eft chez eux certainement plus chere qu’en France ?
- Si le Gouvernement avoit jugé à propos de rapprocher dans cette partie l’intérêt particulier de l’intérêt public, ou que le zele de quelqu’un eût prévenu le nôtre , nous aurions depuis vingt î cinq ans, au lieu de trois à quatre cents métiers de Velours de coton cantonnés en trois ou quatre endroits du Royaume, 8c qui y font plus de fenfation par l’argent , la faveur, la diftin&ion 8c le privilège qu’on a accordés à ces Manufactures, que les milliers de métiers de Pannes ou Peluches aduellement montés 8c battans dans la feule ville 8c les environs d’Amiens, nous aurions é°-ale-
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- ment des milliers de métiers de Velours de coton.
- Plufieurs Particuliers ont bien tenté de s’initier dans ce genre de travail ; ils ont en général paffablement réufïi à la fabrication ; mais ils ont prefque tous échoué à la teinture 8c aux apprêts. Les atteliers de ces apprêts, où réfident éternellement le fîlence 8c le myftere , long-temps impénétrables à la rufe 8c à l’argent même, reftent encore inaccefïibles à tout autre moyen.
- En voilà afîêz pour faire fentir, & l’importance de publier cet Art, 8c les obftacles qu’il a fallu furmonter pour y parvenir.
- C’eft moins la nuit des temps que le chaos des Inventeurs 8c des Entrepreneurs preffés, entaffés ; qui, par la difficulté de le débrouiller , a privé de Mémoires l’Académie de Rouen, 8c l’a forcée, après deux années de perfévérance , de retirer fon Programme , dont l’objet intéreffant étoit : Les Progrès des Arts utiles cultivés dans la ville & banlieue de Rouen, fous le régné de Louis XV, & leur influence fur le commerce de Normandie. Il n’en eft pas de même de l’établiffement des Velours de coton dans cette Province. Des notes de l’un des Membres de la Compagnie que je viens de citer, les plus connus par des recherches utiles, celui fans doute qui eût le mieux traité la matière , s’il n’en eût été juge j & d’autres femblablement fur les fabriques 8c le commerce du pays de leurs Auteurs , que m’a procurées l’un des Secrétaires perpétuels de l’Académie , 8c qui toutes s’accordent fur fes époques , prouvent que les freres Havart furent les premiers qui fabri-- querent des Velours de coton à Rouen avant 1740 ; qu’ils inventèrent de nouveaux objets} qu’ils perfectionnèrent ceux qui étoient établis -, mais qu’auffi malheureux qu’habiles, ils ne jouirent point du fruit de leurs travaux} que M. Dariftoy, avec un efprit également inventif & rempli d’adivité , parmi beaucoup d’idées qui lui appartiennent inconteftablement, réalifa folidement celle des freres
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- îj INTRODUCTION.
- Havart, relative aux Velours de coton, ÔC la mit en pratique avec fuccès à Darnëtal j que, de .1750 à 17 $ 2 , un Particulier d’Anvers , qu’on ne nomme pas, forma un pareil établiffement à Vernon j que vers le même temps un Calandreur de Manchefter, Province d’Angleterre où les fabriques de ce genre font très-répandues, échappé & fuyant, emmena [des Ouvriers, fes parens & autres, inftruits dans cette partie > qu’il fut accueilli en France, où il a fait fubitement une fortune des plus étonnantes du fiecle ; & qu’enfin l’établifîement de M. Dariftoy, tranfporté dans un autre faubourg de Rouen, fervit de bafe aux nouveaux projets de l’Adminiftration , qui, ayant verfé fes bienfaits avec une abondance rare, a fenti quelle les avoit trop concentrés, ce dont j’ai la preuve la plus complette par la fatisfa&ion quelle m’a témoignée de voir répandre & publier les procédés de cet Art.
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- DE VELOURS DE COTON
- DES COTONS.
- Plusiëurs Ouvrages contiennent des diflertations botaniques fur la nature & les variétés de cette plante, qui eft vivace, ligueufe & formant arbriffeau en Amérique, annuelle 8c herbacée à la Chine & dans l’Inde, l’un ou l’autre , ou l’un 8c l’autre dans diverfes contrées du Levant.
- On a décrit des Cotoniers d’un grand nombre d’efpeces, depuis le rampant qu’on foutient d’un échalas, jufqu’à celui qu’on nous dit croître au Brefil, de la hauteur de nos grands chênes. On s’eft étendu fur la culture 8c fur la maniéré de récolter 8c de préparer le Coton. Il fuffira de lire quelques-uns de ces Ouvrages, pour rencontrer beaucoup de contradiéüons, 8c pour ne favoir enfin à quoi s’en tenir. Il faudroit un long traité pour éclaircir ces matières , fans parier de l’apocin de Syrie 8c d’Egypte, qui fournit l’houate , ni du chardon foyeux qu’on cultive en France , ni de tant d’autres duvets ou bourres végétales dont on a fait beaucoup d’elfais plus curieux qu’utiles.
- Mais ce feroit nous trop écarter de notre plan; nous nous en tiendrons à indiquer les lieux d’où l’on tire les diverfes efpeces 8c qualités de Coton qu’on emploie dans nos manufactures, 8c à en aftigner * l’ufage, avant d’entrer dans le détail des opérations relatives à notre objet.
- On eft étonné , lorfqu on confidere la prodi-gieufe quantité de Coton qui s’emploie dans diverfes fabriques du Royaume. La plupart des Provinces y participent par quelques objets de main d’œuvre qui y font propres; mais la Normandie les réunit tous. On y fabrique de toutes les efpeces 8c de
- toutes les qualités de toileries & de bonneteries que conftitue cette matière, en tout ou en partie. Viennent enfuite le Languedoc , le Beaujolois , la Champagne, la Picardie, 8c plufieurs autres, qui en confomment aulTi en très-grande quantité. On divifera d’abord tout ces Cotons en Coton des Mes 8c Coton du Levant; Les premiers fe cultivent en effet dans la plupart des Ifles de l’Amérique, fituées entre la côte de la Floride 8c le Paria, à commencer par Cuba, jufqu’à la Trinidad ; 8c plus nouvellement 8c avec fuccès, fur les côtes, de distance endiftance, depuis l’Orénoque jufqu’au Ma-ragnan. Ceux-ci fe fous-divifent par quatre dénominations principales, qui font celles des lieux qui en produifent le plus, 8c qui, englobant ceux qui les avoifinent, indiquent en général la nature 8c les propriétés de chacun. On connoît donc dans le commerce le Coton des Mes, fous les noms de Coton de la Guadeloupe, Coton de Saint-Dontingue , Coton de Cayenne, 8c Coton de Maragnan.
- Le Guadeloupe eft l’efpece la plus en ufâge dans les fabriques de Rouen 8c du pays de Caux ; il eft un peu rougeâtre ; fa laine eft longue , douce , foyeufe, 8c d’un filage aifé, parce qu’il eft très^ net. Il convient à toutes les fortes de toileries, puifqu’il peut fupporter fans altération tous les de-* grés de filature qui y font convenables. Nous en avons vu filer d’une telle finefte , que la valeur en fut portée de 40 à 50 écus la livre. Il s’emploie finguliérement dans les fiamoifes en comptes fupê* rieurs, dans les toiles de Coton, 8c dans celles fil 8c Coton du même genre, dans les belles toiles à
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- L’A R T DU FABRICANT
- fleurs brochées , & dans les mouchoirs fins.
- Le Saint-Domingue eft plus blanc que le Guadeloupe , un peu fec, St d’un filage moins aifé. Quant à fon prix St à fon ufage, l’un 6c l’autre le font allez confondre avec le Guadeloupe ; ils conviennent aux mêmes efpeces, en obfervant cependant que le Saint-Domingue mérite la préférence pour les étoffes féches , comme les mouchoirs, St quelques autres cotonades, au lieu que le Guadeloupe, qui a plus de duvet , rend l’étoffe moëlleufe, un peu drapante, ce qui eft le propre de la fiamoife.
- Le Cayenne l’emporte fur les efpeces précédentes , par la blancheur, la douceur St la longueur. Sa laine, luftrée comme celle de la foie , eft néanmoins difficile à filer uni au rouet & à la main, pour ceux qui n’en ont pas l’ufage , parce qu’il eft fort long; mais il eft le plus aifé à filer à la mécanique. Il eft particuliérement deftiné à la fabrication des beaux mouchoirs, & à celle des bas St des bonnets fins : il eft aufli très-propre à la fabrique des Velours de coton. Ceux qui achètent7 leurs matières par balles en laine, en font choix par préférence aux efpeces précédentes. Ceux au contraire qui les achètent filées à la Halle de Rouen, ou ailleurs, comme cela fe pratique pour prefque tous les autres genres de fabrique, ne diflinguent |flus le Coton par aucune de ces dénominations. C’eft le degré de fineflè fans altération , St l’égalité dans la filature qui déterminent abfolument, parce qu’on ne s’avife guere de tenter de filer très-fin des Cotons courts St fecs, comme on fera dans le cas de l’obferver de ceux du Levant.
- Le Maragnan, fupérieur au Cayenne même, tient le premier rang parmi le Coton des Ifles. Quelque négligent ou peu habile qu’on foit dans la maniéré de le préparer au temps de la récolte, puifqu’il refte chargé de pépins St d’ordures quifluifontfouf-frir beaucoup de déchet au travail, il ne mérite pas moins une préférence décidée pour la fabrication des Velours de coton. La douceur de fa laine lui procure une filature aufli égale St aufli fine qu’on la peut délirer ; St l’étoffe qui en réfulte a plus de moëlleux , St réfléchit les couleurs plus vivement, que lorfqu’elie eft compofée de tout autre Coton.
- Lorfqu’on emballe ces Cotons, on les preffe, afin d’en diminuer le volume à raifon de la malle ; on mouille la toile en jetant de l’eau contre, tout autour de la balle, à mefure qu’on la forme , pour que le Coton comprimé s’accroche aux parois intérieurs , St que, perdant momentanément de fa force d’élafticité, il foit contenu dans la fituation , jointe ôt ferrée, que lui force de prendre un homme debout dans la balle , le foulant aux pieds, St avec un infiniment, en le rangeant peu à peu jufqu’à ce que la balle en foit remplie, tant qu’il en acquiert enfin une adhérence à laquelle il ne cede que par un effort femblable à celui qu’on eft obligé de faire pour arracher quelque chofe. Mais on ne jette pas de l’eau dans la balle, comme quelqu’un l’a avancé ; il en réfulteroit l’inconvénient, que les pépins mouillés , qui relient toujours dans le Coton, le tacheroient par parties, de maniéré à ne pouvoir jamais blanchir également que les autres. C’eft ainfl que ces Cotons arrivent prefque tous à Rouen, en remontant la Seine, foit qu’ils y aient été expédiés en droiture, foit qu’ils l’aient été par la voie de Bordeaux, de la Rochelle, de Nantes ou du Havre. Les balles pefent environ trois cents livres, excepté celles du Maragnan , qui ne pefent que de cent cinquante à cent quatre-vingt livres.
- Cette humidité ajoutée pour en augmenter St pour en affujettiriacompreflion, eft affurément contraire au parfait développement des parties du Coton fur la carde; &, quelque féparé St bien épluché qu’il puifle être, il réfifte, l'e brife, St fouffre un déchet plus con-fidérable. Mais plus de balles augmenteraient les frais de l’emballage ; de plus groflës balles rendraient l’arimage plus difficile; St, dans l’un St l’autre cas , on rifqueroit quelquefois de voir la cargaifon faite avant que le navire fût lefté.
- Le Coton du Levant, plus connu dans le commerce , fous le nom générique de Chypres , quoiqu’il fe cultive dans la plupart des Ifles St du Continent de la Turquie a’Afie St de la Turquie d’Europe, fe fous-divife d’abord par les noms des lieux d’où, s’en font les grandes expéditions, qui font , Acre pour la Syrie , Smirne pour la Na-tolie, St Salonique pour la Turquie d’Europe; mais dès qu’il eft filé , il les perd dans la fabrique, pour reprendre celui de Chypres : la différence ne s’en fait que par l’emballage, qui eft aux uns en crin , St aux autres en toiles fortes , lorfqu’ils viennent en France.
- Ce Coton eft plus blanc que celui des Ifles ; mais il eft plus court, moins net, un peu dur St fec, rempli de petits bouchons ou nœuds , qui ne tombent point en le cardant, qui le rendent fujet à caffer lorfqu’on le veut filer fin , St toujours inégal, de quelque maniéré qu’il foit filé.
- Le Coton du Levant a pourtant cet avantage fur le Coton des Ifles , qu’attendu fa blancheur St fa féchereffe, il prend beaucoup mieux la teinture , St réfléchit mieux les couleurs. Ce pourrait bien être une des raifons pour lefquelles les Levantins teignent mieux le Coton en rouge qu’on ne le fait en France , où nous ne tentons de donner cette couleur, façon des Indes, qu’aux Cotons des Ifles, comme plus fins. Le défaut de ceux-ci eft d’être plus chargés de gomme , . St beaucoup plus difficiles à en purger. Ceux de Cayenne St de Saint-Domingue ont cet inconvénient en moindre degré ; St comme tels, en évitant toujours de prendre les moins roux, ils font les plus propres aux couleurs éclatantes.
- Soit que le Coton du Levant arrive par mer à Rouen , où il s’en emploie infiniment plus que par-tout ailleurs, foit qu’on le tranfporte par terre en Languedoc , en Beaujolois , en Champagne, à Rouen même, Stc. c’eft toujours par la voie de Marfeille , comme de tout ce qui nous vient du Levant. Il fe file dans plufieurs de nos Provinces, dont quelques-unes n’en confomment guere d’autres , telles que le Languedoc St le Beaujolois, Sc finguliérement en Normandie, concurremment avec le Coton des Ifles. Sa deftination la plus ordinaire eft pour la fiamoife rayée , flammée ou chinée pour meubles, ou la fiamoife blanche commune pour l’imprefîion, pour les damaffés, les damas, ou autres étoffes communes (i).
- On conçoit bien qu’il y a du choix dans cette matière comme dans toute autre , St l’on ne néglige pas l’occafion de l’affujettir au même degré d’opérations , St d’en faire le même ufage que du Coton des Ifles, lorfqu’il paraît s’y prêter ; l’on y a été trompé plus d’une fois. Nous n’en con-feillerions pas néanmoins l’emploi dans aucune étoffe de filature fine qui exigeroit de la confif-tance St du nerf, d’où nous penfons qu’il doit être exclu de la fabrication de toute efpece de Velours de coton.
- (x) La Siamoife eft une étoffe à chaîne de fil & trame de coton , connue dans beaucoup d’endroits fous ce nom ; en d’autres ©a l’appelle Cotonade > ou enfin Bafin. pour meubles : l’autre fc
- défigne , après l’imprelfion , par la dénomination de Toile d‘Orange, de ce qu’un des premiers établiffemens de ce genre a été fait dans cette Principauté. __
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- DE VELOURS DE COTON.
- Tous ces Cotons font vendus par petites ou groffes parties à des Particuliers, dont les uns font leur état du commerce de la filature, & les autres les revendent en détail au peuple qui les file; 8c à moins qu’il n’en foit d’abord réfervé quelques par oes pour certaines Manufactures, ils font pref-que tous portés en un lieu de dépôt public , tel 'qu’aux Halles de Rouen , pour la Normandie, où les Entrepreneurs des fabriques 8c tous les Fabri-cans d’étoffes auxquelles ils font propres , viennent choifir & acheter ceux qui leur conviennent.
- Le Levant fournit auffi beaucoup de Coton filé , 8c il nous en vient fous le nom de Coton de Malthe, Coton de Jérufalem, 8c fur-tout de Gal-lipoli. La Romanie s’occupe principalement de la filature du Coton, comme la Natolie de celle du poil du chevre ; mais ceux de ces. Cotons qui nous viennent en blanc , font très-communs , 8c le con-fomment en plus grande partie dans nos Provinces Méridionales. Les Turcs réfervent les plus beaux pour la teinture d’Adrinople en rouge façon des Indes , & nous employons confidérablement de ces Cotons, qui nous parviennent aufü mal affortis en filature qu’en nuance.
- Il nous vient auffi quelquefois de petites parties de Coton de l’Inde 8c de la Chine , pays qui en produifent abondamment , où il eft très-varié en qualité , par fa couleur , 8c beaucoup plus par fon emploi dans des objets d’induftrie qui feront longtemps l’admiration de l’Europe & le défefpoir de nos Fabricans. Nous en connoiffons de deux efpeces, fous le nom de Siam ; l’un eft blanc , 8c l’autre chamois. C’eft de ce dernier dont on fait une petite toile, nommée en France Nankin chamois , 8: qui y eft aujourd’hui fi à la mode. L’un 8c l’autre eft un peu rude , un peu fec , mais fort uni : il eft fufceptible d’une belle filature, 8c en cela il conviendroit à plufieurs objets de nos fabriques ; mais il eft rare, 8c il fupporte un déchet confidérable au travail, par la grande quantité de pépins 8c d’autres ordures qu’il contient, 8c dont il le faut purger, pour que le fil en foit égal On a tranfporté de la graine de Siam dans nos Ifles , & l’on y cultive ce Coton avec fuccès. Il y vient en petits arbriffeaux , comme celui du Levant. S'a qualité tient le milieu entre celui des Ides, & celui du Levant , pris généralement. L’avantage qu’on trouve à le cultiver, confifte dans la nature du terrein où on le récolte, trop maigre pour la culture du Coton ordinaire des Ides»
- Les Hollandois nous apportent encore des Cotons filés de Tutucurin, de Java, 8c de quelques autres parties de l’Inde ; les qualités en font communes , 8c l’emploi affez rare. On voit par-là, que le commerce du Coton en France, autre que ceux des Ides 8c du Levant, n’eft pas un objet de conféquence.
- De la maniéré de carder le Coton.
- Ce genre d’occupation eft très-répandu dans le Royaume , 8c la méthode eft la même par-tout. Il faut bien battre le Coton , au fortir de la balle, fur une claie de corde, avec des gaulettes de coudrier , à peu près comme on en uie pour la laine ; l’éjftucher, en retirer le plus qu’on peut les ordures , en arracher les pépins, les petits flocons durcis, 8cc. On prend une carde de la main gauche , le dos appuyé fur la cuiffe de l’ouvriere, entre le corps 8c la main qui la tient par le manche. On prend de ïa main droite , par petites parties , du Coton ouvert & épluché ; on le paffe, à plufieurs reprifés,fur les dents de la carde , en appuyant 8c tirant à foi, dans le fens contraire par conféquent à la courbure des dents. Ce Coton s’y accroche, s’ouvre, fe fépare: on revient à la charge, jufqu’à ce que la partie qu’on tient en main foit épuifée , 8c l’on
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- en reprepdroit fi la carde ne s’en ttouvoît pas fuffifamment chargée.
- On faifit la fécondé carde de la main droite, 8c on la paffe fur la première auffi en fens contraire , à cinq à ftx reprifes , légèrement d’abord , 8c ferrant un peu plus enfuite. Le Coton , dans cette opération , paffe infenfibiement de l’une à l’autre carde : on le ramene à la première d’un feul coup de poignet, en changeant l’attitude des cardes , fans les changer de main , c’eft-à-dire, en plaçant celle de la droite deffous, 8c celle de la gauche deffus, mais faifant agir celle-ci, la courbure de fes dents tournée alors du même fens que celle des dents de la carde de la main droite. Cette derniere carde fe retrouve vuide , comme avant de commencer , 8c l’autre chargée ou garnie comme en commençant. On réitéré cette opération jufqu’à ce que le Coton foit bien travaillé 8c parfaitement ouvert. Une attention continuelle à avoir, c’eft que la carde de deffus , foit en la pofant, foit en la faifant agir, doit toujours être parallèle avec l’autre, c’eft-à-dire , qu’elle ne doit jamais donner plus de la pince que du talon.
- Enfin on releve cette matière plus légèrement, de maniéré qu’elle refte à la fuperficie des dents de la carde, 8c on la roule fur cette même fuperficie , avec le dos de la carde vuide. Le rouleau ou cylindre de Coton qu’on forme ainfî , 8c qu’on nomme loquette, eft plus ou moins gros , plus ou moins ouvert, 8c plus ou mains tranfparent , fui-vant la nature de la matière, fon état aftuel, fa qualité, fa fineffe , fuivant l’efpece 8c la qualité des cardes , 8c finguliérement fuivant l’ufage 8c l’adreffe de la main qui opéré.
- On juge de cette opération, en tenant la loquette fufpendue en l’air par l’un des bouts. Si, en la regardant à travers le jour, elle paroît nette & de la tranfparence d’un nuage léger dans lequel les vapéurs font également répandues , elle eft bien faite. Si, en la tenant fufpendue par un bout, 8c la fecouant,elle s’alonge,le Coton eft bien cardé : fi elle fe détache, qu’elle feffépare, il eft trop mâché, trop brifé.
- Je n’entrerai dans aucun détail fur l’importance d’avoir de bonnes cardes, ni fur la maniéré d’obtenir les qualités qu’elles doivent avoir ; il en eft traité affez au long dans l’Art du Cardier ; mais je crois devoir indiquer, que celles faites à la mécanique font plus régulièrement faites, 8c que le fieur Keit, Anglois réfidant à Rouen , 8c qui pof-fede cette mécanique, ainfi que les fleurs Marchands freres, de la même ville, font les meilleures cardes qu’on connoiffe. Ces derniers ont fourni plufieurs obfervations à l’illuftre M. Duhamel, qui n’a point voulu faire imprimer fon Art du Cardier 5 qu’il n’eût été revu par eux.
- S’il eft queftion de Coton deftiné à la filature en gros d’abord, 8c à celle à la mécanique enfuite, pour être employé à la fabrication des Velours de cette matière, on procédé différemment : on l’affu-jettit préalablement à toute autre opérationà un favonnage qui fe fait ainfi.
- Savonnage du Coton.
- Dans une chaudière pleine d’eau, mettez, l’eâU étant encore froide, du favon blanc de Marfeille coupé menu , à raifon de deux onces par livre de Coton ; retirez la chaudière de deffus le feu, lorf-que l’eau bout , 8c attendez qu’elle foit devenue tiede. Si le Coton eft deftiné à faire du Velours plein , mettez-l’y tremper pendant une heure, ea le preffant de la main, 8c le retournant de temps en temps, pour qu’il s’imbibe bien par-tout également; car cette matière fe laiffe difficilement pénétrer par l’eau : l’huile du favon, jointe à fa gomme uaturelle, ajoute encore 4 la difficulté.
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- L’ART DU FABRICANT
- Lôrfqu’on leve le Coton de l’eau de favon , on le met dans une toile bien claire, dans laquelle on le tord, ce qui le preffe plus également, 8c avance plus la befogne qu’à la main , puifqu’on ne peut le tordre de cette maniere-ci que par petites parties, & que de l’autre on en preffe deux & trois livres à la fois.
- Dans les grandes Manufactures on met le Coton favonné fur une table de prelfoir , de quatre pieds en carré, furmontée de quatre planches de fapin, pofées de champ, percées, qui fe foutiennent au moyen de clavettes , entre lefquelles fe met le Coton , & defcend le manteau du prelfoir. La table, le manteau , ainli que les planches, doivent être de fapin, pour ne point colorer le Coton.
- Faites-le bien fécher avant de le carder. Si l’on fe propofe d’employer le Coton en Velours cannelé , il fuffit, après avoir trempé fes mains dans l’eau de favon , de le manier, de le ferrer , de le prelfer, jufqu’à ce que toutes fes parties fe fentent un peu de l’imprelfion du favon.
- Dans le premier cas , on le lave quelquefois deux fois de fuite, d’abord dans un premier déchet , 8c enfuite dans un bain neuf : on diminue alors la dofe du favon ; une once par livre fuffit. Il y a aînfi de petites économies à faire dans la pratique de tous les Arts , fans nuire à la bonté des procédés. C’eft à l’Artifte, 8c à lui feul à juger des circonftances. On obfervera cependant à cette occafion , 8c d’après l’expérience , qu’un bain neuf convient toujours mieux , parce que le Coton dé-pofe fa gomme 8c beaucoup d’ordures qui fe joignent à celles du nouveau Coton,& qui font plutôt obftacle que ce vieux bain n’opere parfaitement leur extradion.
- En général, tout Coton à filer en gros, pour être enfuite filé à la mécanique , doit être favonné, pour être filé très-fin 8c très-tors : mais on peut fe contenter de l’imprelfion légère 8c indiquée du favon, fi l’on ne veut qu’une filature moins fine 8c moins torfe. L’eau de favon dégomme le Coton, elle l’adoucit, le dilate, 8c le rend beaucoup plus coulant au cardage & à la filature.
- De la mécanique à carder le Coton.
- Par-tout où la main d’œuvre efl: chere, il y faut fuppléer par des machines ; il n’eft que ce moyen de fe mettre au niveau de ceux chez qui elle efl: à plus bas prix. Depuis long-temps les Anglois l’apprennent à l’Europe , 8c fi notre pofition nous donne quelque avantage fur eux, bien-tôt ils l’ont tellement emporté par leur induftrie, qu’il ne nous relie rien de mieux à faire que de les imiter. Le plus grand nombre des inventions utiles nous vient d’eux , 8c nous leur devons la plupart de nos mécaniques ; nous leur devons toutes celles qui ont rapport à l’Art que je décris. La machine à carder le Coton efl fi neuve pour la France, qu’à peine foupçonnoit-on fon exiftence il y a trois mois, ’avidité en a lailfé entrevoir le voile à l’Admi-niftration, qui a pu en lever un coin ; c’ell de là que je la tire pour la publier.
- Cette machine ( Planches 1,2 & 3 ) paroîtra compliquée : elle l’eft en effet ; cependant fes mouvemens font uniformes 8c très-doux, 8c le travail qui en réfulte efl: abondant 8c d’une belle exécution , puifqu’à fon moyen on carde fupérieu-rement de cinquante à foixante livres de Coton par jour. J’en donne trois vues, dont je ne détaillerai les parties qu’à l’explication des planches : je m’en tiens ici, après le court expofé des principes les plus effentiels à fa conftrudion , à un apperçu du mouvement général pris fur la vue d’oifeau,quoiqu’il faille prendre les diamètres des cylindres 8c des roues ou poulies, fur les vues de côté, d’après leur échelle. Autant la patience 8c l’adrefle font au deffous du génie, autant, en fait de mécanique, la pré-
- cifion doit le céder à l’invention ; cependant l’effet , dans ce cas-ci, efl: fi dépendant de l’une & de l’autre, qu’il feroit abfolument nul, fans leur concours.
- Toute la charpente de cette mécanique doit être de bois de chêne fain 8c très-fec, conllruite avec autant de folidité que d’exaditude. Les grands cylindres font à armure de fer, leur axe corroyé 8c tournant fur cuivre ; les vis 8c écroux , pour rapprocher ou éloigner les taffeaux de cuivre , 8c par conféquent les cylindres qu’ils fupportent, en fer trempé 8c poli ; le bois des cylindres , foit des grands cylindres creux, foit des petits qui font pleins, en cœur de chêne de Hollande le plus iec, 8c beaucoup mieux en Acajou , les grands tournés en place fur le chaffis même de la mécanique , 8c, ainfi que les autres, avec la plus grande précifion. Le bois de ces cylindres creux doit avoir au moins deux pouces d’épaiffeur , parce que, dans les premiers temps, jufqu’à quatre, cinq 8c fix mois de fervice , il efl fujet à fe déjeter : il faut les tourner de nouveau ; il faut immanquablement les retourner prefque toutes les fois que, les cardes ufées, il devient néceffaire de les en garnir de nouvelles.
- Que les fils de fer de ces cardes foient toujours en même quantité, 8c tous bien exactement de la même hauteur, fineffe , courbure , élafticité enfin ; 8c les cuirs de même épaiffeur.
- Dans les temps d’un travail fuivi de cette mécanique , il en faut, deux fois par femaine, nettoyer les cardes 8c l’intérieur des cylindres, des ordures & de la pouffiere qui fe détachent du Coton.
- Il efl à remarquer, dans le premier effai, que le Coton, à mefure qu’il engraine les cylindres 8c qu’il garnit les cardes d’un bout à l’autre , ce qui dure plufieurs heures , fe teint d’une couleur noirâtre , communiquée par le frottement, foit des fils de fer, foit des cuirs ; il efl bon de le mettre à part, jufqu’à ce que , les cardes bien décraffées , les loquettes en fortent de la blancheur naturelle du Coton.
- Lorfque les cardes font fatiguées , que les fils de fer s’émouffent, on paffe 8c repaffe deffus, en différens fens, en fens contraire même, en l’appuyant légèrement , une pierre à aiguifer, de la longueur des cardes , qui redonne de la pointe aux fils , 8c rétablit le poli de leur furface, en les rabattant toutes au même niveau.
- Le rapprochement des cylindres les uns des autres dépend de la plus ou moins grande quantité de Coton qu’on veut carder ; mais ils ne doivent jamais que s’affleurer ; ce ne feroit que pour de mauvais Coton, groffier & court, qu’on pourroit fe permettre de les faire mordre d’une demi-ligne au plus.
- On voit ( Planche 2 & 3 ) les petits cadres en fer, implantés fur la charpente de la mécanique, viffés en deffous , taraudés par côté de part 8c d’autre, avec les vis qui preffent les taffeaux en cuivre , fur lefquels appuie 8c tourne l’axe des cylindres, pour opérer le rapprochement ou l’éloignement les uns des autres de ces cylindres.
- Maintenant, pour fe figurer le jeu de cette mécanique, il faut établir la correfpondance de fes diverfes parties (Je n’ai point tracé les cordes fur la vue d’oifeau, parce qu’il m’a paru qu’elles en brouilloient plus qu’elles n’en facilitoient l’intelligence ; elles font d’ailleurs très-clairement exprimées fur les vues de côté , Planches 2 & 3 ). Si l’on imprime un mouvement quelconque à la manivelle ( Planche première ), la roue ou poulie Z le communique, au moyen d’une courroie, à la roue ou poulie R, en degré de proportion inverfe à leur diamètre ( C’eft le feul mouvement de correfpondance dire&e que la mécanique reçoive par ce
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- coté). Le cylindre G communique fon mouve* ment au cylindre B, par une corde, non croifée, de c en d 3 6c au cylindre D , par une corde croifée, de e en /, paffée fur la rainure meme du cylindre D , lequel a une poulie ou rainure plus balle, dans laquelle une corde fans fin, après y avoir fait un double tour, va mouvoir les cylindres E F G H, en paffant également par un double tour dans chacune des rainures correspondantes g h i k ; puis le grand cylindre ou tambour M L, quelle em-brade ; 6c revient enfin au cylindre D , pardeffous la mécanique, où on lui reliitue, au moyen d’une poulie mobile ( Planche 3 ) , le degré de tenfion convenable , altéré, ou par les influences de l’at-mofphere, ou par toute autre caufè»
- TJne corde non croifée , partant de la poulie n du tambour, va mouvoir le cylindre A par la roue b b, à laquelle elle communique ; 6c une corde croifée de b en æ, fait tourner le rouleau A , paflfé dans deux largeurs de toile fans fin u u, également retenue par un autre rouleau caché par le cylindre A.
- Ces toiles font chargées de Coton lavé , féché légèrement, 6c bien également étendu ; le mouvement efl: lent ; le Coton approche en même pro-portion 3 il efl continuellement fâifi par le cylindre A, & un autre abfolument égal 6c femblable, placé immédiatement au deflfous de lui, 6c en recevant le mouvement par la roue de cuivre dentée r, qui s’engraine dans une autre roue, égale aufîi , 6c femblable à la première. Le Coton enfin pafle entre ces deux cylindres, comme une étoffe à imprimer, gauffrer ou luftrer, pafife entre les cylindres propres à lui donner ces apprêts : il paffe de A en B en C DI E F G H, encore en I, puis fur le tambour LM, d’ou les loquettes font levées par le cylindre ou rouleau M, à lames de fer blanc : celui-ci les rejette fur un plan incliné, d’où elles paffent fous le rouleau de bois N cannelé , qui les roule fur la fuite du même plan incliné, 6c leur donne la forme 6c la confiftance propres : elles tombent enfuite, en état d’être filées, rangées les unes fur les autres, dans une boîte pofée à terre en O, où on les amafïe en plus ou moins grande quantité.
- Les rouleaux M 6c N font mus, le premier par une corde croifée qui part de la poulie /, du cylindre I, pour fe rendre fur la poulie 03 le fécond par une corde non croifée qui paffe de la petite poulie p , fur la poulie q.
- On a pratiqué, fur la poulie l du Cylindre I, trois rainures parallèles de différentes hauteurs, pour tendre plus ou moins la corde de communication à la poulie 0»
- D’après ce fimple expofé, 6c la vue de la dif-pofîtion des cardes , indiquée fur la Planche deuxieme , on comprendra aifément, 6c le mouvement de toutes les parties de la machine, 6c l’effet de chacune.
- Ce mouvement continuel, toujours doux, 6c fans le moindre reffort, s’exécute fans gêne, par le feul Ouvrier appliqué à la manivelle Z. Toutes les poulies, ou roues à rainures, qui tiennent aux cylindres , font formées fur le prolongement même des cylindres. Les cordes font de fils de chanvre ou de Coton, en obfervant toujours d’adoucir
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- leur jon&ion le plus qu’il efl poffible; il fèroit rnleutf qu’elles ruffent de boyaux ; mieux encore peut-être qu’on leur iubilituât des chaînes dans le goût de celles de montres, s’il n’étoit pas des cas où il devient néceflaire de donner aux cylindres un petit mouvement en avant ou en arriéré les uns des autres»
- On a exécuté cette mécanique , 6c on la met en aéfion fans le fecours de la plupart de ces cordes, mais au moyen d’une vis fans fin qui paffe en deffous des cylindres, 6c cfune fuite d’engrainages des cylindres les uns dans les autres. 11 efl; certain que la marche de celle-ci efl plus uniforme 3 mais ion mouvement efl plus dur : elle efl plus lourde. Je ne prononce point fur la préférence à donner a l’une 6c l’autre aura fes partifans, en attendant qu’une plus longue expérience mette à même de décider la queffion (1).
- Il me paroît inutile de parler ici du filage ordinaire au rouet : indépendamment de ce qu’il efl répandu d’un bout du Royaume à l’autre, 6c connu de tout le monde, les fabriques de Velours de Coton ne s’occupent guere de celui-ci 3 elles achètent tous ces Cotons filés de gens qui font leur état du travail ou du commerce de cet objet, 6c qui les portent, foit aux Halles ou Marchés , foit dans ces Manufactures même (2).
- A l’égard de la filature en gros, préparatoire à celle de la mécanique, elle fe fait au rouet à F An-gloife , à table ou banc horizontal, le même avec lequel on file en fin étant affis.
- On carde le Coton comme pour le filage ordinaire , avec cette différence que les loquettes doivent être -beaucoup plus menues : la filature en gros en efl beaucoup plus prompte , plus unie, parce qu’il les faut moins ferrer pour laiffer couler le Coton ; il fe matonne moins, 6c le fil en efl: plus égal en denfité comme en volume. L’aiguillée du fil en gros fe fait en deux fois ; elle fe tire d’abord de toute l’étendue du bras, F Ouvrière étant debout ; puis elle la laiffe tomber à terre ? pour reprendre fur le bout même de la broche, & en tirer la partie qui s’y eft roulée fans être entièrement filée 3 ce qui ajoute beaucoup à la première aiguillée 3 6c en cou* lant la main de deffus cette derniere partie fur la première, le rouet tournant toujours, l’OuVriere fait difparoître le gonflement qui les fépare, 6c les deux aiguillées fe trouvent réunies en une, égale dans toute fon étendue. C’eft en renvldant cette aiguillée, qu’on en outrepaffe toujours un peu la partie filée également, pour avoir de quoi fournit plus de longueur à l’aiguillée fuivante. La néceffité de laiffer fur le bout de la broche du Coton en lo-quette, à la filature en gros, 6c celle de l’âlonget quelquefois très-lentement , 6c toujours très-peu tors , a été jufqu’à préfent un obflacle de fe fervit d’une mécanique pour Cette première filature.
- Il faut être bien exercé dans ce genre de travail, pour que le Coton conferve avec une même grof-feur, une dilatation égale dans toutes fes parties ; 6c ces qualités font elfentielles, parce que, donnant toujours à la mécanique les mêmes longueurs de fils gros, pour obtenir des longueurs auffi égales entre elles de fils fins , fi la quantité de matière n’étoit pas toujours égale, il y auroit des fils plus
- (1) Somme cette mécanique eft d’une exécution difficile & difpendieufe , & qu’il eft douteux de trouver , dans tous les lieux où elle pourra être utile, des Ouvriers intelligens , & afl'ez habiles pour la bien rendre , même d’après les deflîns , je confeille dans ce cas-ci, de s’adreffer tout uniment au fîeur Regnier, che% M. Brehon, Marchand Epicier a Sens. Employé par l’Admi-niftration dans la même partie , cet Artifte ingénieux eft le plus en état, de ceux que je connoifle , de la faire exécuter > de la réformer , de la Amplifier même, & de bien juger de fon effet. Il a en outre une connoiffance particulière des matériaux con-
- venables , & du prix de tous les objets , qui le met à même de la fournir plus parfaite fans doute , & à meilleur compté qu’elle ne reviendroit peut-être à ceüx mêmes qui le feroienÈ faire par économie.
- (1) Je penfe d’ailleurs qu’un petit traité de la filature dei différentes matières végétales fera mieux placé à la tête de l’Art dû Toilier, que je me propofe de publier incelfamment, avec des détails fur les divers genres de toiles & de toileries » les blanchiffages & les apprêts qui leur conviennent. ^
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- Ou moins gros, plus ou moins tors, & le but effen-tiel feroit manqué ; car c’eft encore moins pour l'accélération des opérations qu’on préféré cette mécanique à la pratique ordinaire , que pour leur uniformité.
- Si malgré la pratique Ôc l’attention, il fe trôuvoit dans la filature en gros des parties d’une inégalité trop apparente, on les fépareroit, 8c l’onrejoindroit les fils. Ces bouts féparésfe recardent, pour être filés au rouet en fin commun pour les cannelés. Il faut cependant les éviter autant qu’il eft poffible , parce qu’il y a toujours à perdre, 8c que le travail en eft moins parfait.
- La connoiffance de la mécanique eft néceffaire à qui veut l’employer. On opéré mal, quand on ne connoît qu’imparfaitement l’ufage 8c les effets des parties de Finftrument avec lequel on opéré. Cette mécanique, quoique très-répandue en Angleterre , ne F eft point au tout en France ; elle y eft depuis plufieurs années un objet de myftere, 8c la première connue 8c publiquement mife en ufage, eft celle que j’ai entrepris de faire exécuter en Août 1775 , fans en avoir jamais vu moi-même. Elle demande donc plus que toute autre une def-cription détaillée qui en facilite l’intelligence , l’exécution ôc l’emploi atout le monde (1).
- De la Mécanique à filer le Coton, & de la maniéré de s’en fervir (Planche q, & 5 , Fig. 1,2 & 3.),
- La charpente de cette Mécanique confifte en fix piliers/>/>, en pièces latérales polées par bas*x, 8c en celles 3 3, également par bas ; 8c fur la largeur , en deux autres traverfes n n , de l’un à l’autre pilier du milieu, l’une en deffus,& l’autre en deffous du tambour; enfin, en deux parties l/, taillées en feuillures, pour fervir de couiiffes à la barre b b. Ces deux dernieres pièces de bois, qui font fur la longueur du métier, la déterminent. Elles font ici de cinq pieds 8c demi; il les vaut mieux de fix. A l’égard de la largeur , elle peut être de quatre pieds à quatre pieds 8c demi, Il eft effentieî que toutes ces pièces foient de bon bois de chêne, qu’elles aient de l’épaiffeur 8c de la force, 8c que juftement encadrées les unes dans les autres par des mortoifes, 8c bien chevillées, elles faffent de leur enfemble un tout folide. L’uniformité des mouvemens imprimés par Faction de la manivelle, en dépend ; 8c c’eft de cette uniformité dans l’adion de toutes les parties en mouvement , que dépendent la célérité & l’égalité dans l’opération. Comme l’adion communiquée à la manivelle ne s’imprime point fans quelque effort, & que toutes les parties, mues par une fuite de communication, fe reffentent toujours plus ou moins de cet effort, il eft effentieî, dis-je, qu’il n’y ait jamais de fecouffes , de mouvemens interrompus ou inégaux ; le premier 8c l’un des plus fûrs moyens d’éviter ces inconvéniens, eft que la folidité 8c le poids de la charpente foient tels, qu’en fupportant toutes les pièces en aftion, elle les contienne fans participer en rien à leur mouvement.
- h hhh, eft un cadre qui n’eft pas encaftré dans les montans , mais qui y entre en couliffe, 8c qui repofe fur une barre de traverfe, d’où on le tire ôc replace à volonté. Voyez-le, Fig. H FI: Ce cadre contient les broches fur lefquelles fe file le Coton. On les voit garnies de plufieurs nois en buis , pofées
- dans la direction d’un plan incliné, pour que les cordes qui leur communiquent le mouvement du tambour , ne fe frottent pas les unes les autres. Les brocfies font en acier bien poli : elles ont une li^ne ôc demie ou environ de diamètre par le bas, 8c elles vont en aminciffant dans la partie hors du cadre jufqu’au bout qui eft très-pointu ; c’eft fur cette derniere partie que fe forme la bobine du fil fin. Il eft effentieî que les broches foient bien égales en diamètre ,~en longueur, 8c en pefanteur, ainfi quq les noix.
- La partie du cadrej j, eft comme celle ^ %, percée d’outre en outre, 8c les trous font garnis en cuivre foré, plutôt que fondu percé ; les frottemens en font plus doux. If faut que le mouvement de rotation des broches foit très-doux dans ces trous ; mais il faut que ces trous-là même foient très-juftes, pour que les broches ne tergiverfent point dans leur mouvement. Ces broches fe terminent à la bafe en cône renverfé dont la pointe eft émouffée : elles pivotent fur des morceaux de verre enchâffés dans la piece de fupport du cadre. Il y a peu de contaft, peu de frottement ; 8c lorfque le verre commence à s’égrifer, on le change ; ou mieux encore, on lui lubftitue des cailloux bien moins fufceptibles d’être entamés.
- Au haut ôc en dehors des mêmes piliers, entre lefquels le cadre eft enchâffé, eft un axe foutenu 8c tournant en 0 0 ; deux morceaux de bois i i, y font implantés à angles droits, 8c foutiennent par les autres extrémités deux fils de fer//’, peu diftans, 8c parallèles. A l’extrémité de l’un de ces morceaux de bois^, près du point où font fixés les fils de fer, eft attachée une corde de ce tambour, qui, tendue verticalement, eft attachée par l’autre bout à l’extrémité de la pédale q q> Lorfqu’on preffe fur cette pédale, on fait tourner l’axe 00, incliner les morceaux de bois z i, & abaiffer les fils de fer // : la corde jj, qui coule au long du poteau , 8c au bas de laquelle eft fufpendu un poids allez lourd, eft attachée à une petite roue, fixée elle-même au bout de Faxe tournant ; ce plomb fait contrepoids, 8c remet les fils de fer à leur première hauteur horizontale, lorfqu’on démarche la pédale.
- Cette pédale eft attachée par deux morceaux de cuir à une tringle contre laquelle elle a un jeu de charnière ; ce jeu fe fait fur le plancher même , dans le milieu de l’interruption de la traverfe d’en bas, au deffus de laquelle il auroit été trop gênant de foule ver le pied à chaque preffion. La fituation ordinaire de la pédale eft d’être inclinée, le bout oppofé à la charnière tenu élevé par le poids du piomb.
- Le tambour r, eft une planche en feuillet roulée, comme pour une circonférence de crible ou de tamis, d’environ vingt pouces de diamètre, 8c de fept à huit pouces de haut : les rayons Funiffent à Faxe qui le foutient 8c fur lequel il tourne. Cet axe eft foutenu 8c compris entre deux boëtes 6 6, adaptées l’une à la traverfe de deffus, 8c l’autre à celle de deffous, l’une 8c l’autre à vis 8c écrou ; celle du bas , dont la vis eft pofée horizontalement pour avancer ou reculer de la traverfe le pivot de l’axe du tambour, 8c celle du haut, dont la vis eft pofée verticalement pour ferrer plus ou moins ce même axe contre fon point d’appui. Le premier effet eft de donner aux cordes une tenfion tou-
- (1) Cet Art, décrit en 1776 , fut remis alors , avec les deflins qui y ont rapport, au Magiftrat chargé du détail du commerce , ^ & Honoraire de l’Académie des Sciences : il fut lu par M. de | Montigny, Dire&eur aujourd’hui de la meme Académie. L’Auteur * envoyé dans le même temps en Italie par l’Adminiftration, n’a pu revoir le manuferit que depuis fon retour : il y a fait plufieurs corrections, qu’il doit à l’expérience St aux avis du fieur Alix,
- Entrepreneur d’une Manufaéture de Velours de coton & de Piqués à Amiens, & à ceux du fieur Régnier, employé par l’Adminiftration à des objets relatifs à cette partie, avec lefquels il l’a relu. Il y a actuellement à Amiens de foixante-dix à quatre-viugt mécaniques à filer le Coton , St elles commencent à fe répandre dans la Province.
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- jours égale, & le fécond d’empêcher que le tam-bour ne vacille dans fies rotations. Si les rayons de ce tambour étoient appuyés perpendiculairement contre des morceaux de bois placés en dedans du feuillet ceintré, & de fa hauteur , plus ferme & moins fufceptible des influences de l’atmofphere , il ne fe déjetteroit pas. Et fi, au lieu des boîtes à vis, pour reculer ou avancer ce tambour, on le plaçoit dans un chafïis à couliffes fait dans le goût du porte-broches, & appuyé fur les barres de côté de la mécanique , ne pouvant fe mouvoir que de l’avant en arriéré, & étant.contenu par deux vis de chaque côté , tenu ferme, il conferveroit toujours ion aplomb.
- On place entre le tambour ôc la boîte de defibus, une roue à platée à rainure , à laquelle l’axe du tambour eft commun. Il paffe dans la rainure de cette roue une corde s, qui correfpond à la roue r, qui a pour axe la piece verticale 2, laquelle, mue par la manivelle/rc, communique le mouvement au tambour. 11 fe trouve encore au haut ôc au bas de cet axe des boîtes 6, à vis v, pour l’avancer ou le reculer, ôc donner plus ou moins de tenfion à la corde de communication des deux roues. Il convient, pour plus de légéreté , de douceur ôc d’égalité dans les mouvemens, que ces deux axes verticaux foient en fer, ôc qu’ils pivotent dans des crapaudines de cuivre.
- Si l’on imprime actuellement un mouvement de rotation à la manivelle m , elle le communiquera à l’axe 2, celui-ci à la roue r, la roue à la corde s, cette corde à la roue 5 , qui eft au deifous du tambour , ôc celle-ci au tambour même. Qu’on fuppofe moitié autant de cordes ^ 5 5 fur ce tambour, qu’il y a de broches fur le cadre hhh h , ôc chacune de ces cordes embraffant deux broches ( Voyez la Fig. 3 , qui eft la repréfentation de la mécanique deftinée à vue d’oifeau. Voyez encore la Fig. A.), on concevra que le mouvement de la manivelle ôc celui des broches, ou plutôt le nombre des rotardons de la roue ôc des broches , fera en raifon inverie des diamètres du tambour ôc des broches, ou de celui des noix , quant aux broches , les cordes paffant fur ces noix ; d’où l’on voit le moyen d’augmenter ou de diminuer relativement ces rotations , le premier mouvement étant toujours fup-pofé égal.
- La hauteur du tambour eft, ainfi que l’incli-naifon du plan des noix, pour diftribuer les cordes de maniéré qu’elles ne fe frottent ni ne s’accrochent les unes aux autres. On a déjà vu que Pinclinaifon du plan des noix des broches, avoit pour objet d’éviter le même inconvénient; ôc elle doit être telle, que le plan que forme chaque corde foit ou approche le plus de la fituation horizontale : autrement ces cordes attireroient les broches en en-haut ou en en-bas. Dans le premier cas, les broches feroient expofées à des reflauts , ôc même à fe déboîter, ce qui arrive quelquefois : dans le fécond, la preftion ôc le frottement en font augmentés ; le mouvement eft plus difficile, ôc l’aétion inégalement diftribuée.
- Ces petites cordes doivent être en boyaux, moins fufceptibles de l’humidité qu’aucune autre matière. Il faut avoir attention d’en faire les noeuds le moins gros, ôc de leur donner une tenfion la plus égale poftible. Avec toutes ces précautions, on aura encore à lutter contre la différence des imprefi-ffions de l’atmofphere fur les cordes multipliées, ôc aufiicontre ladifférence des frottemens decescordes, & fur les deux noix que chacune embraffe, ôc fur toutes les noix relativement les unes aux autres.
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- Nous avons cherché à diminuer les êaufeS de cette inuniformitéÿ qui en devoit néceffairement apporter dans les effets. La première idée a été de changer la difpofition des broches ( Fig. A ) , & de les arranger de maniéré que chaque corde , partant des deux broches pour aller énvelopper le tambour, formât au point de tengence deux angles égaux; mais les fils ne confervoient plus la même diftanee entre eux, ôc lorfqu’ils avoient peu de tenfion, ou qu’il arrivoit qu’il s’en rompît, ils s’accrochoient, ils fe brouilloient plus aifément.
- Réfiéchiffant enfuite à la forme ôc à l’effet des moulins à retordre, toutes ces cordes n’ont paru que l’échafaudage d’une première invention très-iufceptible d’être perfectionnée. Nous lui avons donc adapté la roue plate, au lieu du tambour, & la courroie à la place de toutes les cordes ; alors il a fallu changer la direction en ligne droite des broches ; les roulettes ou poulies horizontales placées aux deux extrémités de la file des broches, fupportoient la plus grande partie du frottement : plus avancées, elles le fupportoient tout; plus reculées, les deux premières broches, l’une de chaque côté, partageoient cet excédent de frottement , ôc il n’en reftoit plus affez pour la fuite des autres broches.
- On a donné à cette file la formé d’un afc de cercle d’un plus ou moins grand rayon. Trop fur-baiffé, les broches du milieu ne recevoient pas une affez forte impreffion de la courroie, ou il auroit fallu lui donner une tenfion telle que les mouvemens en auroient été gênés ôc trop durs ( Voyez la Fig. B.). Trop ceintré , ces mêmes broches du milieu s’éloignant beaucoup plus que les autres de la barre b b, il en réfulteroit des longueurs de fils plus confidérables, ôc de l’inégalité dans la filature par conféquent. Pour conferver donc xaffez de courbure, fans trop éloigner les broches, on a multiplié ces courbures & les poulies en même proportion (Voyez la Fig. G.). Enfin on a pouffé le nombre des poulies jufqu’à cinq , les trois du milieu très-rapprochées , pour rendre les frottemens plus égaux ôc fuffifans ; ôc l’on a fisnti qu’on pourroit fe fervir très-utilement d’un porte-broche d’une ou de plufieurs courbures , en y conformant la barre, ce qui feulement m’avoit embarraffé 5 mais alors on arrêteroit les fils contre cette barre, au moyen d’une courroie raccourcie par un petit l'effort ou tire-bourre : là, tendue ôc ferrée, elle les retiendroit.
- Quelqu autre a-t-il fait les mêmes recherches ? S’y eft-il pris différemment ? A-t-il mieux réuffi ? En fait-il ufage ? C’eft ce que j’ignore abfolument; n’ayant vu d autre mécanique de ce genre que celles que nous avons fait exécuter-, ni avant, ni pendant, ni depuis leur exécution ; & n’ayant pu caufer avec perfonne qui eût voulu donner la moindre idée de ces changemens.
- Ce qu’on propofe ici, quoique d’après l’expérience, ne font donc pas des points de perfection auxquels on doive s’arrêter. L’état actuel de cette mécanique n’eft que l’idée de la chofe. Elle eft, comme on l’a déjà obfervé, très-fufceptible d’être étendue ôc perfectionnée. Nous y avons porté le nombre des broches à trente ; 8c de quinze oü vingt mécaniques qui ont été exécutées fous mes yeux, il n’y en a pas une d’un moindre nombre de broches i mais je fuis perfuadé qu’on peut doubler ce nombre , ôc que, par des difpofitions différentes, on arrivera à filer des fils comme on en retord, ôc plus encore comme on en peut retordre , par centaines à la fois ( 1 ).
- (1) On a depuis obvié a tous ces inconvcnicns, en remettant faifant toutes également preil'er par la corde à boyau, au moyen, toutes les poulies fur une ligne droite Sc horizontale, 5c les d autres poulies placées fur le derrière , alternativement de deu*
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- «O L’A R T D U j
- Telle qu’ell celle-ci enfin, confidéréô comme achevée , montée, tous les mouvemens fe communiquant librement , il nous refie à en faire voir l’application. Qu’on fe repréfente deux petites planches a, attachées l’une à plat, & l’autre de champ, l’une contre l’autre, au bout des pièces / / fur le derrière , dans lefquelles font implantées verticalement des broches de fer, pour fervir d’axe aux bobines de la filature en gros, faites fur des canons de rofeau, 8c qu’on dreffe fur ces planchettes , comme on le voit en g g : qu’on imagine suffi le haut des broches u u, garni d’un refie de bobines de fil fin, formées fur des canons de papier, 8c qui n’ont pas été dévidées entièrement à deffein ; u’on fuppofe encore une barre b b, divifée en eux partiés fur toute fa longueur, les deux parties doublement crénelées pour s’enchâifer l’une dans l’autre , aufii fur leur longueur, appuyée Ôc à couliffes par les deux bouts fur les côtés l L Si une Ouvrière placée en a, tire d’une part le fil en gros de chacune des bobines g g ^ 8c les paffe entre les deux parties féparées de la barre b £, obfervant de les placera des diftances bien égales; qu’elle rejoigne enfuite ces deux parties de la barre, les bouts parlant, il efi évident que les fils y feront faifis 8c fortement arrêtés. Si d’un autre part F Ouvrière conduit le bout des fils en fin par la pointe des broches , pafiant entre les fils de fer//, jufques vers la barre où dépaffent les fils en gros , 8c qu’elle accroche tous ces bouts, chacun à chacun , les uns vis-à-vis les autres , par un tors léger, il en réfultera des longueurs 8c une fuite de fils tels qu’ils font repréfentés par les petits points 8c les 777 de la figure defiinée à vue d’oifeau. La barre doit être beaucoup plus rapprochée alors des fils de fer //, qui foutiennent les fils en fin.
- Pour donner la longueur de fils en gros néceffaire à former celle de fil en fin, il n’efl queflion que de rouvrir la barre, 8c de la reculer d’autant. Le point de réunion des deux bouts de fil n’en change pas de place ; il a été fait très-près de la barre : on l’en éloigne d’environ fix pouces , plus ou moins , fuivant la qualité de la matière, la groffeur de la filature en gros, & la fineffe qu’on veut donner à la filature en fin. Cette diflance une fois déterminée, on obferve toujours la même avec la même matière, pour une fineffe femblable 8c un tors égal. Les chiffres 1,2, 3, q, 5,6, tracés fur la barre du cadre du côté de la manivelle, fervent à régler l’Ouvriere à cet égard, au moyen d’une pinulle ou régulateur. On referme la barre ; 8c l’Ouvriere placée en a, comme on l’a dit, tournant la manivelle m de la main droite , 8c pouffant la barre doucement en arriéré de la main gauche , le fil en gros s’étend en même temps que le fil en fin fe forme. On continue de pouffer la barre ainfi jufqu’en cc, vers la première rangée des bobines en gros g g, en tournant toujours la manivelle. On la tourne encore huit à dix tours de fuite avec vîteffe, fans donner aux fils plus de longueur. C’efl dans cette derniere opération qu’ils acquièrent le degré de tors qui leur convient, 8c qu’on le fixe par le nombre des tours de roue qu’on efl libre de déterminer.
- L’Ouvriere alors, d’un petit mouvement de manivelle en fens contraire, fait que les pointes des broches par lefquelles les fils s’étoient toujours dirigés, s’en deffaififfent : elle preffe incontinent la pédale q , qui fait incliner les chevilles Z /, & baiffer les fils de fer//, au moyen defquels on dirige
- AB RICA N T
- actuellement le fil à volonté fur la bobine , en rapprochant la barre de ces bobines mm, 8c tournant fa manivelle, pour renvidef les fils filés. On lâche le pied ; les fils de fer reprennent leur première fituation , & ils font reprendre la leur aux fils de coton : toute chofe efl remife en l’état où elle étoit en commençant. On rouvre la barre ; on la recule d’environ fix pouces ; on la referme ; on tourne la manivelle en pouffant la barre tout doucement jufqu’au fond ; on donne plufieurs tours de roue fans remuer la barre ; on donne un léger mouvement à la manivelle en fens contraire ; 8c enfin on preffe la pédale en même temps qu’on ramene la barre, 8c qu’on tourne la manivelle.
- Lorfque l’aiguillée de coton a toute fon étendue, il ne faut pas abandonner la barre de la main : mais lorfqu’on fent que le coton l’altere un peu en fe raccourciffant par le tors , il faut s’y prêter d’un pouce ou environ , mais graduellement, 8c ne pas outrepaffer cette diflance, jufqu’à ce que le fil, ayant acquis fon degré de tors , on le renvide. Il efl inutile d’obier ver que le coton pour chaîne devant être plus tors que celui pour trame, il faut un plus grand nombre de tours au premier qu’à celui-ci.
- S’il fe cafie des fils dans cet intervalle, 8c que les bouts pendans s’accrochent à d’autres, il faut arrêter fur le champ 8c raccommoder ces fils, ou du moins en retirer les bouts , celui du côté des broches principalement. Lorfqu’ils pendent fans nuire en rien au relie du travail, on va fon train jufqu’au prochain retour, qu’on les raccommode exaêlement. Les bouts caffés 8c féparés, qu’on ne fauroit rejoindre, 8c qui ne biffent pas d’être en nombre & de faire volume , lorfque les mouvemens de la mécanique ne font pas égaux 8c doux, lorfque la matière efl commune , trop courte , 8c mauvaife, lorfqu’elle a été mal favonnée, mal cardée, 8c mal filée en gros, lorfque enfin l’Ouvriere efl peu adroite ou mal exercée; ces bouts, dis-je, fe recardent pour une filature commune, au rouet ordinaire.
- Avant de décrire la barre b b, qui efl une piece effentielle, j’obferverai qu’on couvre le tambour t, les cordes 555, 8c prefque tout l’intérieur de la mécanique , d’un grand chaffis qui pofe par le milieu fur la traverle n n, 8c qui s’étend en pente fur le devant & fur le derrière, dans la forme d’un grand arc de cercle. Ce chaffis, qu’on couvre d’un papier vert, ou mieux encore, d’une toile calandrée ou luflrée de la même couleur , fert à empêcher que les fils qui caffent n’aillent prendre fur le tambour , ou fe mêler dans les cordes, à les retenir, 8c les avoir plus à la main pour les raccommoder ou les rompre : il fert encore à faire reffortir ces fils, 8c mettre à même de les mieux obferver d’un coup d’œil, pour juger de leur fineffe 8c de leur tors.
- En ramenant la barre fur le devant pour ienvider le fil fin, elle dévide du fil gros en même longueur. Lorfqu’on paffe à la formation d’une nouvelle longueur de fil fin , les fils gros fe replient fur eux-mêmes ; ils fe brouillent & s’accrochent quelquefois. On pourroit éviter cet inconvénient, en fixant les planchettes qui portent les bobines en gros aux reglettes d’équerre à la barre, 8c les rendant mobiles avec la barre même ; ce qui formeroit un petit chariot, dont le fieur Régnier a beaucoup adouci le mouvement, en le faifant rouler fur des tringles de fer rond poli, avec de petits cylindres de cuivre montés fur un axe en forme de poulie deffus 8c par côté.
- Qu’on ne tente point de faire aller le chariot
- l’une. O11 a pu porter de cette maniéré le nombre des broches jufqu’à quarante. Voyez le cadre ou fupport C P, qui en a ce nombre. On a encore doublé parallèlement le rang de ces broches dans plufieurs mécaniques ; & fur le derrière de chaque rang ,
- on en a mis un de poulies de rejet de la corde à boyau. Ces dernieres mécaniques ont cinquante-trois broches, & meut autant de fils à la fois.
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- DE VELOURS
- par un moyen mécanique auquel la main n’auroit pas une part direde, puifque l’uniformité de mouvement n’apporterait au befoin aucune variété dans la filature , 8c qu’on ne peut juger qu’au tact, par le plus ou le moins de poids ou de réfiftance du chariot, du degré de fineffe ou de tors du coton.
- La barre h cheville étoit la feule connue, lorf* ftue j’ai fait faire la première mécanique ; mais cette barre nous a paru fujette à tant d’inconvéniens, qu’elle a été la première piece que nous ayons eu l’idée de réformer : elle étoit fujette à fe déjeter ; plus on la ferroit par le milieu, plus elle bâilloit fur les extrémités ; 8c malgré les crénelures intérieures , les fils couloient quelquefois par ces parties entr’ouvertes. En ferrant moins, ils auroient coulé tout du long ; en ferrant trop, ou dans les temps humides, les rainures de la barre entrant les unes dans les autres , & y faififfant le coton avec force, il ne reftoit plus allez de poids à fa partie inférieure pour s’échapper lorfqu’on tiroit la cheville ; il failoit frapper delfus de la main, & à plufieurs fois , pour -opérer cette féparation.
- Il failoit toujours que l’Ouvriere portât en avant fes deux mains à la fois jufqu’au milieu de la barre, l’une pour la ferrer, l’autre pour placer la cheville à chaque fois qu’il étoit queftion de la fermer ou de l’ouvrir. La broche d’ailleurs devenoit un meuble embarralfant dans le dernier cas ; l’Ouvriere la plan-toit dans fes cheveux, &c. On a obvié par degrés à ces différens inconvéniens ; & la derniere invention qui n’en a aucun de ceux dont on vient de parler, eft celle à laquelle on s’eft fixé. Elle con-fifte en trois bafcules à fonnettes ddd^ mues par une petite tringle de fer, brifée aux unes par le milieu , d’une feule piece aux autres, que f Ouvrière arrête fur la barre même où elles font placées, au moyen d’une mortaife pratiquée au bout de la tringle , & d’un crochet fixé fur la barre. Ces trois bafcules partagent la barre en quatre parties à peu près égales. Elles font attirées par un côté, & de l’autre elles élevent en même temps la partie inférieure de la barre par des fils de fer , qui, paf-fant au travers de la partie fupérieure , vont faifir & amènent l’autre, de maniéré à les unir enfem-ble, avec une force & une prefüon par-tout & toujours égales.
- La tringle eft armée d’un bouton, pour la tirer jufqu à ce que la mortaife arrive au tenon. Tout cela eft pratiqué fur l’extrémité de la barre du côté de l’Ouvriere; & elle fait ces mouvemens avec promptitude, & fans la moindre gêne. Ils font doux, lans foubrefaut,.8cleurs effets toujours égaux.
- On remarquera que la partie fupérieure de la barre repréfentée plus en grand en B B, eft terminée par de courtes réglés, un peu échancrées en dedans,
- & pofées d’équerre. C’eft fur les réglés 4444, qu’eft fupportée la barre, & qu’elle va & vient en façon de couliffe dans les feuillures des pièces II.
- Il eft très-important que ce mouvement foit facile 8c doux : la barre qui iroit 8c viendrait à la moindre impulfion , n’en ferait que plus parfaite. Pour en faciliter le mouvement & lui donner cette per-feétion, on enchâffe dans des mortaifes pratiquées au extrémités de ces réglés, de petites roulettes de cuivre qui excédent ou dépaffent leur furface en deffous & de côté, d’une ligne ou d’une ligne 8c demie. Chaque réglé porte ainfi quatre roulettes, deux en deffous & deux de côté ; ce qui fait huit roulettes, quatre pour le iupport de la barre, 8c quatre pour éviter, les frottemens par côté.
- Cette barre doit être faite d’un bon bois de chêne, bien fain 5c bien fec, arrondie deffus & deffous, 8c bien polie , afin que les fils ne s’y accrochent pas.
- J’ai déjà obfervé qu’un des plus grands avantages de la filature à la mécanique , eu d’avoir des
- DE C O T O K 11
- fils égaux en fineffe & en force : à l’égard de celui qui réfulte de la quantité, il eft proportionné à ia fineffe du fil. Car le favonnage , le cardage , la filature en gros, 8c toutes les opérations préparatoires étant les mêmes, il y a d’autant moins à gagner pour celui qui acheté la matière 8c qui l’emploie , 8c pour l’Ouvriere qui la travaile, que le fil enfin eft filé plus gros. Il donne moins de longueur, il eft d’un numéro plus bas ; il fait plus commun , êc le prix de la façon eft moindre. A tel degré, il n’y aurait plus de profit ; paffé ce degré, il y auroit de la perte. Le point eft inaffignable ; c’eft à la pratique à le déterminer d’après ces obfervations.
- C ette mécanique eft également propre à la filature de la laine cardée ; mais je dois convenir que mes tentatives fur la laine peignée n’ont point encore eu le même fuccès. Rafe 8c leche, celle-ci, dans la raideur de fa filature, avec l’effort d’un reffort bandé , fe retire 8c fe détord de part 8c d’autre, lorfqu’un fil vient à caffer. Le rapprochement 8c un tors léger ne fuffiroient point d’ailleurs comme à la laine cardée, & fur-tout au Coton , pour les faire reprendre enfemble. Le Coton a des fibres très-courtes qu’il faut beaucoup mêler enfemble , confondre même les unes dans les autres, en leur faifant prendre une infinité de diredions différentes, d’où réfulte leur accrochement, avec une force capable de réfifter aux opérations de la filature 8c du tiffage ; mais ce degré de force ne s’acquiert que par une progreftion très-lente, 8c fi peu fen-fible d’une partie à l’autre, que fi le Coton fe cafte au moment même où il pafte à l’état de fil, où il acquiert le degré de tors qui le conftitue fil, chaque partie tombe 8c refte immobile. La laine eft plus longue que le Coton : fes fibres ont plus d’é-lafticité, plus de raideur ; plus elle eft naturelie^ ment courte , fine & douce, plus elle fe rapproche du Coton par les propriétés qui le rendent iufcepti-ble d’une filature aifée 8c fine à la mécanique ; 8c c’eft à raifon de ces différences que la communication du tors eft plus prochaine 8c plus fubite. Quelque fine donc 8c bien cardée que foit la laine, il faut que le mouvement de la mécanique , propre à la convertir en fil, foit plus lent à proportion de ce que le mouvement progreffif des parties de la matière les unes fur les autres eft plus accéléré : il faut groffir les broches fur lefqueiles les fils fe forment, les noix qui effuient les frottemens , ralentir encore le mouvement par d’autres moyens, ce qui eft facile. A l’égard de la laine peignée , dont les fibres font très-longues, raprochées, mais di-vifées par le peignage; le tors imprimé fur l’une de fes extrémités fe communique foudain à l’autre ; 8c de proche en proche , toute l’étendue d’une aiguillée , ou du développement de la matière propre à la former, fe reffent, prefque au même inf-tant & au même degré , des influences de cette opération. Alors une tenfion plus forte que celle qu’a donnée l’ade de rapprochement, fait caffer le fil ; & toutes fes parties tendent très-promptement à reprendre leur premier état : ce n’eft plus ün fil. Si au contraire la tenfion n’eft pas fuffifante pour contenir également toutes fes fibres dans l’état uniforme de contradion que leur a procuré le mouvement de la mécanique, elles fe rapprochent , fe furmontent, fe cordellent, fe bouclent ; ce n’eft plus du fil, 8c la matière n’eft plus propre à rien. Celle du chanvre 8c du lin, qui ne font que des écorfes beaucoup plus dures & plus longues, Ôc fur lefqueiles le$ mouvemens du tors fe communiquent beaucoup plus rapidement encore , fe caffe plus fubitement, plus fec, plus net ; fe furmonte, fe boucle, fe cordelle plus précipitamment. Telles font les raifons pour lefqueiles on n’a point encore appliqué la mécanique à la filature des laines 8c
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- L'ART DU FABRICANT
- des foies cardces ; celles qui éloignent davantage d’en faire ufage pour les laines peignées; plus encore pour le chanvre & le lin. On ne juge pas cependant que la chofe foit impoffible; j’efpere même, & je prédis que tôt ou tard elle aura lieu*
- Du Dèvidage & du Tarif.
- Le Dévidage du Coton fe fait de la même maniéré, avec les mêmes précautions, 8c un fem-blable dévidoir qu’il eft indiqué à cet article, dans l’Art du Fabricant des Etoffes rafes, &c. On dé-» vide fix, huit à dix bobines, fuivant la longueur de l’afpe, pour en former autant d’écheveaux. On les arrête tous les quatre-vingt tours, ou à chaque centaine d’aunes, pendant lept révolutions fem-blables & fucceflives. On arrête alors le fil d’une maniéré plus déterminée , & on leve les écheveaux divifés chacun en fept pièces. On détermine le prix de la filature , le prix du fil, fon numéro par con-féquent, 8c l’emploi de ce fil, par le poids de la piece ou celui de l’écheveau.
- Les Cotons employés dans la fabrique des Velours , font quelquefois pris des N°s. 26 , 27 ; mais communément au N°. 30 au N°. 40. Le N°. 15 eft le plus ordinaire pour le cannelé, quoiqu’on en faffe avec des fils du N°. 20, 8c même du 24 : 8c les extrêmes auxquels on ne monte 8c on ne defcend guere, font 12 8c 45;. Il eft très-rare qu’on file pardelà le N°. 60. Il n’y a même pas d’ufage qui ait déterminé dans ces cantons le prix de la filature depuis les Nos. 48 ou 50. On pourroit filer plus fin fans doute, 8c il feroit très-aifé d’alon-ger ce tableau, mais cela feroit inutile.
- Il eft eflentiel de remarquer que le plus ou moins de tors du fil fait varier fon numéro , fans qu’il en foit plus ou moins gros : car , à diamètre égal, c’eft le degré de tors des fils qui détermine leur poids.
- TARIF.
- Poids
- de
- l’Echeveau.
- Poids
- de
- la Piece.
- Nos. Onces. Gros. Grains. Frad. Onces. Grc-s. Grains.
- 1 16 2 2 20
- 1 8 I 1 IO
- 3 5 2 48 6 6
- 4 4 4 41
- 5 3 I 43 T 3 47
- 6 2 5 24 3 3
- 7 2 2 20 7 2 44
- 8 2 2 20
- 9 1 6 16 2 2
- 10 1 4 57 3 T 1 59
- 11 1 3 45 11 1 47
- 12 1 2 48 1 37
- 13 1 1 60 1 % 71 1 2 9
- H 1 1 10 7 X 22
- 15 1 ?» 7 1 15
- 16 r 1 10
- *7 7 38 i 77 1 5
- 18 7 8 i 1
- *9 6 53 71
- 20 6 28 4 7 65
- 21 6 6 z 8 6 2
- 22 5 s* 1 0 1 i 59
- 23 5 40 77 57
- 24 5 24 54
- 25 5 8 x 6 v S 52
- 2 6 4 66 6 77 5°
- 27 4 53 7 48
- 28 4 41 Jÿ 47
- 29 4 29 77 45
- Fra&.
- Y
- 7.
- 49
- 17
- T?
- V9
- 161
- 116 17 î
- 49
- 8 l 10}
- Poids de l'Echeveau. Poids de la Livré.
- NK Onces. Gros. Crains, j Frad. Onces. Grçs. Grains. Frad.
- 3° 4 !9 1 7 43 3 1 3 5
- 3 1 4 9 ? » 1 42 ï 0 % 777
- 31 4 41 7
- 33 3 6 3 3 39 6 9 77
- 34 3 55 1 77 38 8 6 119
- 35 3 47 35 37 1 5 1 2-45
- V 3 40 56 4 7
- 37 3 33 37 35 1 S 1 2 ) 9
- 38 S 2 6 1 0 19 34 86 i 3 3
- 39 3 20 77 33 6 9 77
- 40 3 *4 5 32 3 2.
- 41 3 8 11 4l 3 2 5 2 V/
- 42 3 3 4 3 1 49 186
- 43 44 2 2 70 6 5 43 > 1 1 3° 29 3 0 1 . 7 1 77
- 45 v 2 60 4 29 3 5
- 44 2 8 2 3 28 1.00 1 6 ï
- 47 2 52 4- 47 28 4 '777
- 48 2 48 27 3 7
- 49 2 44 _4_ 49 16 2 98 343
- 5° 2 40 8 i 5 2 6 S 8 3 75
- 51 2 V 1 2. 77 25 9 7 ii9 2 9
- 52 2 33 j ? 25 9 1
- 53 ' 2 29 5 3 24 Js-2
- 54 2 16 3 24 11
- 55 5<S 2 2 23 20 il 5 5 4 7 3 9 23 23 w 49
- 57 2 17 23 13 5
- 58 2 *4 16 19 22 1 42 203
- 59 2 12 77 22 41 3
- 60 2 9 3 S 21 3 3 77
- Fabrication du Velours.
- Le Velours plein fe fabrique le plus ordinairement dans le compte en 600 , 8c quelquefois en 700 ; c’eft-à-dire, de 12 à 1400 fils, deux fils en broche, fur la largeur de vingt pouces ; 8c avec du Coton du N°. 36, pour l’un ou l’autre compte. L’effentiel eft que le Velours foit bien plein, les coup es ferrées, le poil rapproché. Une chaîne de fond doit pefer environ trois livres , pour une coupe de vingt-quatre aunes; fix livres pour les deux coupes : 8c celles de poil ou du velouté , environ cinq livres, dans fa longueur de foixante-douze aunes; dont il en faut quatre, &même travailler fur la cinquième pour une chaîne de fond de quarante-huit aunes : c’eft-à-dire, que foixante-douze aunes de poil ne font que de onze à douze aunes de Velours. La première eft: compofée de fils doublés 8c retors fortement au moulin. Cette mécanique à retordre les fils de Coton, en ellipfe alongée, à double rangs de bobines, employée dans les manufactures de Velours de coton, eft décrite ci-après , à l’explication des Planches. Les fils de la chaîne de fond, ainfi doublés 8c retors au moulin , ne doivent pas être auffï tors que les autres à la mécanique, lors de la filature en fin ; ils deviendroient durs, fecs 8c caftans. La fécondé chaîne, celle de velouté, eft compofée de fils fimples, en nombre égal à celui de la chaîne de fond; deux fils encore en broche, quatre en tout; 8c du N°. 30, ce qui dépend auffi de fon degré de tors ; plus il F eft , plus il y a de matière, plus le duvet abonde.
- Il faut une trame de même matière , 8c de même filature que celles du poil. On la fait débouillir, 8c on l’emploie mouillée. S’il arrivoit qu’après une cefiation de travail, la trame fe fût féchée , & qu’on l’employât ainfi fans la remouiller, elle s’ap-procheroit moins, le poil en feroit plus rare , l’étoffe plus creufe en cette partie , 8c l’effet difparate. On jugera de la quantité qu’il en entre, par le poids des différentes fortes de pièces déterminé ci-après,
- fortant
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- DE V E L O U R
- fortant du métier : de 2 à 3 liv. par coupe de vingt-quatre aunes.
- A l’égard du velvet-ret ou velvet-refl, la proportion de la chaîne elt toujours la même pour les aifférens comptes, que celle du Velour cannelé : mais celle de la trame varie beaucoup. La trame du velvet-ret ne doit pas être au deffus du N°. 1 £, 8c celle du cannelé eft comprife entre les Nos. 15 8c 24.
- La chaîne de fond du Velours plein , & celle de poil s’ourdiffent également par vingt bobines, 8c l’on met trente portées pour celles-ci, 8c trente 8c demie pour celle-là, à caufe des lifieres. Au Velours plein du compte en lix cents, le nombre des-lames eft de fix, quatre pour le fond, 8c deux pour le poil, compofée chacune de trois cents liftes, ayant les unes, chacune un fil de fond tors 8c double, 8c les autres, chacune deux fils de poil fimples. Les dix-huit cents liftes ainfi garnies fe divifent de trois en trois, deux de fond 8c une de poil, pour dif-tribuer les fils, 8c en garnir également les fix cents broches du ros.
- On fait jouer les quatre lames de fond par quatre marches, 8c les deux lames de poil par une feule marche ; ainfi l’armure de ce métier eft compofée de fix lames, cinq marches, 8c cinq mar-chettes. En voici la difpofttion, le paffage des fils, 8c la façon de marcher, indiqués au Velours plein ( Flanche 7 du métier , 8c 8 des marches, Fig. 1 ). On paffe la verge après avoir marché 1 8c 4.
- Les traits / marquent les cordes correfpondantes des lames aux marchettes, celles qu’on nomme les grandes cordes.
- Les o marquent les cordes correfpondantes aux contre-marches, celles qu’on nomme les petites cordes ; au Velours cannelé ( Flanche 8, Fig. 2 ) , il n’y a que quatre lames , deux fimples , qui ne contiennent enfemble qu’un tiers de la chaîne ; 8c deux doubles , qui en contiennent chacune un tiers,
- La marche du velvet-ret ne différé qu’en ce qu’au lieu des lames doubles qui lèvent pour le cannelé, on fait lever les lames fimples, & l’on marche un pas de toile.
- Le velvet-ret qu’on nomme à huit duites,, parce qu’on en paffe trois de fuite à couper, que ce n’eft que la quatrième qui ouvre le pas de toile, qu’on repaffe trois autres duites à couper, 8c que ce n’eft que la huitième duite qui ferme 8c arrête ce premier pas, eft une étoffe forte, chargée de matière , & dure à couper. On a trouvé le velvet-ret à fix duites, aflez fourni 8c moins cher; & l’on ne fait plus guere que de celui-ci Voyez la marche ( Flanche 8 , Fig. 3. ).
- 1 marché, la lame 4 leve, 8c l’on pafte la première duite, qu’on coupe.
- 2 marché, la lame 2 leve, & l’on pafte la deuxieme duite , qu’on coupe.
- 3 marché , les lames 1 8c 2 lèvent, 8c l’on pafte la duite, qui fait la toile.
- 4 & £ fe coupent encore, 8c 6 clôt le pas de toile; ainfi de fuite.
- Les lames 1 8c 3 font toujours en deffous de la trame qu’on coupe : elles ont à elles deux les deux tiers de la chaîne : d’où l’on voit que lorfqu’il fe trouve une trame à couper, il y a cinq fils de la chaîne en deffous, contre un en deffus.
- Pendant que j’en fuis aux marches des Velours de coton, je vais donner celles de deux étoffes, de ce genre de fabrication, devenues fort à la mode : les croifés en coton, dit fatinette, qu’on emploie beaucoup en vêtemens d’une feule couleur, ou imprimés à petits deflins ; 8c les piqués de même matière , ou’on confomme ordinairement en blanc.
- Les croifés en coton fe font dans le même compte que les Velours à douze ou quatorze cents fils, fix à fept cents broches, deux fils en dent ; fils
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- doublés 8c retors ; fur la largeur de vingt à vingt-deux pouces : chaîne de quarante-huit a cinquante aunes, qu’on met auffi en deux coupes : la trame du N°. 15 au N°. 24. On les fait croifés d’un côté , 8c à pas de toile de l’autre ; ou croifés des deux côtés. Dans le premier cas, il faut cinq marches 8c trois lames ( Planche 8 , Fig. 4 ) : dans le fécond , quatre marches, 8c quatre lames ( même Flanche, Fig. 5 ). La vue de ces marches fuffira pour l’intelligence de leur jeu, ou toute autre ex* plication feroit inutile.
- On peut faire un croifé à côte, en ajoutant trois lames l'emblables aux premières : les fils divifés de maniéré qu’il y ait une intervalle de trois, quatre, cinq, ou fix liftes vuides, 8c autant de liftes garnes ; plus ou moins, fuivant la largeur de la rayure qu’on veut faire ; en alternant plein 8c vuide, d’une lame à la fuivante ; mettant par conféquent deux cents fils par lame, au lieu de quatre cents.
- Dans le premier cas, il ne s’élève qu’une lame à la fois, 8c tout eft croifé d’un feul côté : dans le fécond cas , il fe leve deux lames à la fois , 8c la cannelure, croifée d’un côté, eft unie de l’autre, & vice verjd ; cette étoffe n’a point d’envers proprement dit.
- Armure de Piqué pour un carreau quatre points, (impie {Planche 8, Fig. 68c Fig. A.).
- Marcher en même temps la première 1 à droite, &la première 1 à gauche, 8c paffer une duite de fil fin ; frapper deux coups : continuer de marcher la première 1 à droite , 8c en même temps la deuxieme 1 à gauche, & paffer une fécondé duite de fil fin : frapper deux coups. Marcher du pied droit la huitième cotée 2 , paffer une troifieme de fin : frapper : marcher du pied gauche la neuvième cotée 3 : paffer une quatrième duite de fin : frapper , fouler flicceffivement la pinquieme du pied droit, la feptieme du pied gauche, 8c la fixieme du pied droit ; lancer entre chacune une duite de fil gros : de maniéré que des fept duites paffées fucCef-fivement, les quatre premières foient en fil fin, 8c les trois dernieres en fil gros.
- Répétez tout ce marcher en employant la deuxieme à droite, cotée 2, au lieu de la première 1 , puis avec la troifieme, 8c enfin avec la quatrième. On a la moitié formée de tous les carreaux; 8c en recommençant on n’auroit que des zigzags ou bâtons rompus ; mais en rétrogradant , c’eft-à-dire, en employant, après la marche 4, les marches 3,2 8c 1 , au keu de reprendre 1 2 3 & 4, & revenant par 2 3 8c 4, oi\ fera les deux autres côtés des carreaux ; 8c ils fef ont terminés.
- Armure de Piqué pour un carreau quatre points, double ( Flanche 8 , Fig. 7 8c Fig. B).
- Le marcher fe fait comme il eft tracé d’après lô principe indiqué à l’armure précédente ; en rétrogradant à celle-ci de la neuvième à la huitième.
- Les piqués fe font de deux mille quatre cents à trois mille fils en chaîne; quelquefois en fils doublés 8c retors, mais en moins haut compte alors ; ordinairement en fils fimples, mais très-tors à la mécanique ; de vingt-cinq à trente tours. On le prend communément au N°. 20. Les chaînes de vmg-cinq aunes pefent de cinq à fix livres. Les ros ont huit cents, neuf cents <Sc mille broches; trois fils en dent, fur 34 pouces de large, pour revenir, l’étoffe après le blanchiffage, à ving neuf pouces.
- Les armures ci-jointes des piqués font montées en deux mille fept cents fils. La première a onze marches 8c dix lames. On voit que les deux lames qui font en avant contiennent chacune un tiers de la chaîne, & que l’autre tiers eft réparti fur toutes les autres.
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- lames , dans une proportion un peu différente au carreau double qu’au carreau fimple. Le carreau double a auffi deux marches de plus que l’autre, quoique le nombre des lames foit égal.
- Il eft à obferver, ôc on le reconnoîtra en examinant attentivement le paffer des fils ôc le marcher de l’étoffe, que le fil fin qui fait l’entoilage paroît feul en deffus, & que le fil gros qui eft tout en deffous ne fert qu’à donner de la confiftance à l’étoffe, ôc à faire gonfler le piqué.
- Quand les points de piqûre font très-rappro» chés, comme au carreau double , il faut un gros fil, beaucoup moins gros qu’au carreau fimple.
- Voici encore une marche ( Flanche 8, Fig. 8 ) qui n’a point été publiée , que je fâche ; ôc qui, par fa Angularité , mérite bien de l’être , autant ici qu’ailleurs. C’eft celle au moyen de laquelle on exécute une toile fans lifieres, & des facs fans fond; n’importe les dimenfions & la matière : Fig. 8.
- Les o indiquent les lames qui lèvent : les / celles qui bailfent en même temps : les XX, les deux marches fervant à faire le fond des facs ; on peut les retirer dès qu’ils font faits. Lorfqu’avec ces deux marches on a ouvré une toile ordinaire , fur la longueur de quatre doigts, ôc qu’on les a mifes de côté , on opéré avec les quatre autres marches, fuivant l’indication des chiffres. Il n’eft important de placer le talon des marches en avant ou en arriéré, que relativement à la force ou à la délicateffe de la matière , au plus ou moins de fecouffes qu’elle peut efluyer, Ôc auxquelles elle doit réfifter dans le travail.
- La longueur donnée du fac étant faite, on reprend les marches XX, pour fabriquer une nou-, velle longueur de quatre doigts de toile Ample : on coupe enfuite la toile fur le travers, ôc dans le milieu de cet efpace, pour avoir de part ôc d’autre un fond de fac fans couture, qu’on retourne en dedans, pour que la toile ne fe défile pas, que le tiffu ne fe défaflfe pas au fervice.
- Peut-être trouvera-t-on un jour quelque avantage à employer cette marche pour faire des facs à grains, à farine, ou à ouvrage ; ou enfin pour tant d’autres ufages intermédiaires. C’eft, à quelques changemens près, pour l’agencement des manches, celle quia fervi à fabriquer ces chemifes fans coutures, qui ont fait tant de bruit. Je reviens à mon objet.
- Du refte, le métier à Velours de coton plein , velvet-ret & cannelé, des fatinettes, des piqués, &c. eft le même ; plus ferme & plus folide que dans la toilerie , parce que les fecouffes de la fabrication font plus fortes ; mais carré ôc d’aplomb : la chaîne également parée, très-peu inclinée ; celle de fond en deffous , ôc celle de velouté en deffus , comme aux Velours d’Utrecht, aux pannes; les fers ou verges de même, mais plus fins ; les rabots femblables , mais de bonne trempe. L’enfouple du travail également en deffous, armés d’une roue d’entrée en encliquetage ; la poitriniere à rainure à jour, pour y paffer l’étoffe fabriquée. Les liftes de fil de lin, le peigne ou ros en fer ; les chaînes fe détendant, s’attirant ôc s’arrêtant de la même maniéré , &c. ôcc. ôcc. ( Voyez Planche 7 , Fig. 1 & jiiiv ).
- Le premier choix à faire dans les uftenftles, eft celui des verges ou fers gg hh , ainfi nommées, quoiqu’elles foient en cuivre ( Voye^ Flanche 5, Jupplément de la Planche 7 \ On en a effayé de beaucoup de pays , d’Angleterre même : on n’a rien trouvé de préférable à celles de Lyon ; ôc c’eft de là que plufieurs Manufactures les tirent. Il faut fur-tout éviter l’inégalité de groffeur , qui barre le travail, ôc lui donne un air cannelé , ce qui eft un grand défaut : il faut rejeter de pareilles verges fans héfiter. Les fers à Velours font généralement arrondis : ils fe placent indifféremment ; ôc lorfqu’on frappe les duites, ils fe tournent ordinairement d’eux-
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- mêmes, la cannelure en deffus. Ceux au contraire u’on nomme à cœur, fe mettent ôc fe tiennent roit fur le champ , parce qu’ils ont de la bafe : quand les Ouvriers font bons, ils frappent également , ôc font une aufti bonne étoffe; mais lorf-qu’ils font négligens , n’étant pas néceflités de frapper autant que dans le premier cas , poux faire tourner la verge , ils approchent moins la duite, ôc le Velours eft trop léger.
- Il n’eft pas moins effentiel que le couteau ce dd foit de bonne trempe , ôc que l’Ouvrier le tienne bien en taillant , pour avoir une tranche égale , vive Ôc nette. Lorfqu’il y a des inégalités un peu fenfibles dans la coupure , que le poil eft mâché , bourru, ou bavant à fes extrémités, il en réfulte une furface inégale , dont le grillage ni aucun apprêt ne garantit jamais parfaitement le Velours. Ce vice réfulteroit encore de la verge mal tournée au moment de la coupe, ce à quoi l’Ouyrier doit être très-attentif : il ne doit pas l’être moins à ne laiffer courir aucun fil caffé , car le vuide qui en réfulteroit formeroit fur la longueur une autre forte de cannelure qui ne feroit pas moins défagréable.
- DES PREMIERS APPRETS.
- On débute dans les apprêts du Velours, parle bien éplucher d’endroit - & d’envers , c’eft-à-dire , qu’au fortir du métier on en retire , à la pointe & à la pince, toutes les ordures qui peuvent s’y rencontrer : on le fait débouillir enfuite pendant trois quarts d’heure ou une heure ; après avoir jeté une ou plufieurs pièces dans une chaudière remplie d’eau pure, on les paffe fur le moulinet, ôc on les y tourne ôc retourne les unes après les autres pendant une demi-heure ; on les abat ; on leur laiffe prendre quelques bouts encore , ôc on les tire. Pendant l’intervalle du débouilli , il faut prendre garde qu’aucune partie de l’étoffe ne demeure long - temps appuyée contre la chaudière ; elle fe rouffiroit : fi le dépôt au fond eft trop long, elle s’y empâte avec la mal-propreté qui s’eft répandue dans le bain ; l’air & l’eau s’en échappent, ôc elle fe brûle bien-tôt.
- Au fortir de la chaudière , on porte les pièces à la riviere ; on les y lave en pleine eau ; on les bat à plufieurs reprifes, ôc lorfqu’elles font bien dégorgées, on les leve fur la planche par feuillets, en les tirant de l’eau proprement ôc fans y laiffer aucun faux pli ; car s’il s’en trouve , quoi qu’on y faffe après , il refte toujours des traces de la divergence du poil, que le grillage même ni les autres apprêts ne fauroient effacer entièrement ; il en réfulte même quelquefois des barres de poils grillés jufqu’à la chaîne. On fait fécher le Velours, ôc on le difpofe au cardage , qui s’opère au moyen d’une table alongée, folidement montée à hauteur d’appui, ayant une rainure à jour à chacune de fes extrémités, ôc de deux cylindres à encliquetage, placés au deffous de ces rainures, qui bandent fortement l’étoffe en l’enroulant de l’un fur l’autre : alors, à chaque tablée ou longueur d’étoffe tendue fur la table , on paffe deffus , appuyant plus ou moins , fuivant fa force , d’un bout à l’autre Ôc en fens contraire, une des vieilles cardes qui ont fervi à carder le Coton ; ôc lorfque le poil eft bien relevé ôc bien ouvert, on procédé à la tonte ou au grillage.
- S’il arrive de carder de même le velvet-ret, ce n’eft que légèrement, ôc lorfqu’il eft fort ôc très-garni ; autrement cette opération fe fait , ainfi qu’au cannelé, après la coupe, à l’un & à l’autre, avec une broffe de poil de fanglier. Cette broffe doit être bien fournie Ôc très-forte , d’un certain poids , longue à comprendre la piece fur toute fa largeur, Ôc garnie d’une douille en fer, pour mettre
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- lin manche de longueur proportionnée , afin que l’Ouvrier puiffe aller 6c venir,6c la conduire d’un bout à l’autre de la table.
- D’autres placent 6c fixent la broffe fur le travers 8c au milieu de la table, le poil en delfus , 8c au moyen des cylindres ou rouleaux fixés au bout de la table, au defious de fon niveau ; ils font aller 8c venir la piece , le côté du velouté fur le poil de la broffe. Il faut alors que les foies de la broffe foient très-fermes, pour ne pas ployer fous l’elfort de la piece : on augmente leur force, ou plutôt on concourt à leur réfiftance , en donnant au plan que forment les pointes de ces foies, une forme à peu près quart-circulaire.
- Au lieu de carde ou de broffe, on fe fert aufii de la peau de chien de mer ; elle altéré moins l’étoffe, ne la frottant bien fort qu’à la fuperficie.
- Le découpage du velvet-ret 8c du cannelé fe fait fur la longueur de la piece après fa fabrication, fur un métier à part, de la même maniéré qu’on découpe les Velours de gueux en Beaujolois depuis .plus d’unfiecle. Ce n’eft plus une fécondé chaîne, comme au Velours plein, qui en fait le velouté; mais une partie de la trame. Ce nouveau métier eft un cadre alongé , foutenu de traverfes 8c de piliers , qui reffemble beaucoup au pied folide aune table longue 8c étroite ( Voye^ Flanche 11 9 Fig. i & i). Les couteaux font faits à peu près de même que ceux qui fervent à découper le Velours de gueux, mais plus minces, plus fins, 6c d’une beaucoup meilleure trempe : ils font en outre armés d’une pointe de fer, qu’on nomme le guide , 8c qui s’enchâffe au bout du couteau, & s’en retire à volonté ; elle entre dans la cannelure, précédé 6c guide en effet le tranchant.
- Ces petits outils fe tirent encore en grande partie d’Angleterre , quoiqu’on commence à les fabriquer paffablement en France ; ils demandent une grande perfedion, 6c il n’eft pas moins important que la main de l’Ouvrier qui s’en fert foit très-exercée dans ce genre de travail.
- De la tonte ou grillage du Velours de coton.
- L’arrangement des fibres de la foie eft tel, qu’elle réfléchit toujours les couleurs avec éclat , par un luftre qui lui eft naturel. Le poil de chevre a auffi cette propriété; ainfi les Velours de foie, ni les Velours d’Utrecht n’ont befoin d’aucun apprêt particulier pour cet effet. On tond cependant aux forces, comme les draps, les pannes ou peluches en poü,6c celles en laines;mais le poil y eft plus rare , 6c par plus d’égalité de hauteur on réunit mieux fes extrémités fur le même plan. Les pannes fines 6c ferrées font celles qui en ont le moins de befoin ; la laine n’a pas de luftre , mais elle a des pores très - ouverts, 6c elle abforbe une fi grande quantité de parties colorantes J, qu’elle les réfléchit avec beaucoup de vivacité ; fa couleur , quoique d’un reflet mat , eft plus nourrie , toutes chofes égales d’ailleurs, que celle appliquée fur aucune autre matière.
- Le Coton n’a quelques-unes de ces propriétés que dans un degré très-inférieur , 6c il eft abfolu-ment privé des autres ; il ne fe coupe jamais net d’ailleurs ; les pointes en font toujours mouffeufes, 6c elles filandrent fort inégalement : le poil eft fi épais ou fi denfe, que les forces n’y auroient point de prife; 6c quand même elles pourroient pincer fes extrémités , elles ne remédieroient pas à l’inconvénient du rabot, qui fera celui de tout outil tranchant fur un fil quelconque de matière végétale. Il faut cependant former de toutes ces pointes une furface telle que , coupées net 6c à même hauteur, elles s’émouftent ou s’épanouiffent furie même plan ;
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- ce n’eft que par la réunion de ceà fibres émoüffées fur une iurface plane , que le Velours peut con-ferver cette même réunion dans tous les mouvemens 6c dans toutes les attitudes que fa foupleffe lui permet de prendre ; ce n’eft qu’ainfi qu’il fait également fentir du moelleux fous la main , 6c qu’il acquiert la plus grande difpofition à réfléchir les rayons de lumière qui le colorent.
- On s’eft apperçu qu’on obtenoit une feiflion nette , en brûlant un fil de matière végétale, 6c l’on voit tous les jours faire ufage de ce moyen, pour enfiler plus aifément une aiguille ; on en a brûlé plufieurs retors ou réunis enfemble de diffé-rens genres 6c efpeces, il en a toujours réfulté le même effet. On a vu en outre, que l’état d’inflammation ou d’incandefcence fe terminoit très-promptement fur cette matière , en laiffant après lui une terre feche, rude , vitrifiable, 6c quelquefois même vitrifiée. Le fil de matière animale s’enflamme au contraire , 6c brûle rapidement : il donne une odeur empireumatique, 6c laiffe une matière char-bonneufe, qu’on retrouve un peu graffe au tad : ces moyens fervent quelquefois à fixer des idées incertaines fur la nature d’une matière filée ou non filée, employée en étoffe ou autrement.
- Il eft fenfible qu’on aura été conduit par cette analogie pour rafer le Velours de coton ; mais il eft vraifemblable qu’on a tenté plufieurs moyens pour y parvenir, avant la découverte de celui auquel on s’eft fixé , qu’on a depuis appliqué à d’autres objets, 6c que nous allons décrire. Les trois vues dont on joint ici les deflïns du fourneau , ou plutôt du mécanifme du travail fur le fourneau, faciliteront beaucoup l’intelligence de cette opération.
- Du Fourneau a bru Le R, griller ou rafer les
- Velours de coton , & de la maniéré de faire cettê
- opération. ( Flanche q, Fig. i , & & $).
- Les chiffres 2,3 , 5,7 ( Fig. 1 ) repréfentent la face d’un fourneau de trois pieds huit à dix pouces de haut, de fept à huit pouces de largeur en dedans ; le cendrier eft très-élevé 5c toujours ouvert, pour donner paffage à l’air qui doit pouffer fortement à travers les barreaux ; on voit le dedans du fourneau , dont la porte eft fermée 6c en partie brifée. Le mur qui accompagne la façade du four neau en deffus 6c par côté , eft aufîi brifé , pour laiffer voir la partie de derrière.
- Ce fourneau en briques eft alongé en forme de galere , de la longueur d’environ trois pieds 6c demi, non compris la partie qui eft fous le mur de face 4 , ni celle engagée dans le mur de la cheminée 6, qui eft à l’autre bout, au fond du fourneau : il eft terminé au fommet par une plaque de fer de fonte 1 , en voûte à plein çeintre, de la longueur de quarante pouces, d’un demi-pouce d’épaif-feur, de fept pouces de corde , 6c fte quatre de fléché, l’une & l’autre prife intérieurement.
- On chauffe ce fourneau au charbon de terre, les barreaux de fer de dix à douze lignes d’épaiffeur , n’en ont que trois au plus d’écartement : ils font appuyés fur la carre dans le plan horizontal, pour que la cendre s’en échappe mieux, 6c que l’air s’y établi ffe un courant plus fort. La flamme donne contre la plaque, dont on peut hâter la chaleur, la concentrer 6c l’étendre en même temps plus également, en la recouvrant d’une autre plaque moins épaiffe, qu’on fouleve de temps en temps, pour juger au coup d’oeil du degré de chaleur, 6c qu’on ôte entièrement lorfqu’on Veut opérer.
- Mais on s’eft apperçu que la première plaqué perdoit bien-tôt fon poli, 6c qu’en un an , en travaillant journellement , elle aevenoit hors de
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- fervice. La chaleur ainfi concentrée, dilate, défunit ou met en fufion les parties mal combinées du fer, fouvent encore empreintes de matières vitrifiables, qui y font reliées à la fonte, & qui lui donnent quelquefois tant d’aigreur : on a abandonné cette pratique ; & la plaque, en travaillant aulîi fréquemment , dure cinq ôc fix ans , autant de temps enfin que fa forme & fon poli fe confervent; car fon épailfeur , plus ou moins grande , eft allez indifférente.
- On a tenté de garnir les parois intérieurs du fourneau en plaques fort épailfes de fer de fonte : quoique beaucoup plus épailfes que la plaque ceintrée qui ell en deffus, elles s’échauffoient avec tant de violence par la privation d’un air libre, qu’elles fe trouvoient minées, rongées en peu de temps , qu’elles tomboient même en fufion, ôc que la matière couloit quelquefois à en effrayer les Ouvriers. Il a fallu revenir à la brique , quelle que fujette à réparation qu’elle foit ; des morceaux de tuiles feroient meilleurs, employés avec une argile fort mêlée de terre très-calcaire. Pour le dehors du fourneau, on n’a trouvé rien de mieux qu’un bon torchis d’argile ôc de bourre.
- Nous voici au moment d'opérer ôc de faire choix du degré de chaleur de la plaque, entre le paffage du cerife brun au vif,. ou du cerife vif au blanc. Nous croyons le dernier préférable, en ce qu’en agiffant précipitamment, on opéré plus également : on peut craindre alors de brûler ; mais on fait toucher le Velours en une moindre quantité de points de fa furface, fur trois à quatre doigts de large feulement.
- Cette difpofition le rapproche plus de la tangente ; il y a peu de preffion , peu de frottement ; ôc il feroit dangereux de vouloir l’augmenter en appuyant deffus en avant avec la main, on feroit une tonte très-inégale. Il vaut mieux, penfent quelques perfonnes, faire le grillage lorfque la plaque n’efl pas d5une chaleur fi ardente , ôc y faire appuyer le Velours fur une partie de cinq à fix pouces de fa circonférence. En deux ou trois pajjes au plus , l’opération efl faite, il y a plus de frottement ; on ne va pas auffi vite, ôc il y a moins de rifque de brûler. Ainfi les uns pouffent la chaleur de la plaque prefque jufqu’au blanc ; les autres chauffent un peu moins cette plaque.
- En fuppofant fa chaleur au plus haut degré, comme en ufe le fleur Alix , on paffe la piece deffus avec célérité quatre fois de fuite, deux fois aller & venir : on la leve promptement, ôc on l’évente auffi-tôt ; on la carde une fécondé fois, plus légèrement que la première , ôc on la grille plus rapidement encore que la première fois. Avec quelque vîteffe qu’on opéré, fuivant le degré de chaleur ou l’état de la piece , il faut que ce foit toujours très-également , dans le même grillage, d’un bout de la piece à l’autre : l’inégalité de la marche , dans cette opération, en laifferoit toujours de remarquables dans fes effets.
- pppp ( voye^ auffi les Fig. 2 & J de la meme planche ), quatre piliers dans lefquels font enclavés les foutiens des treuils, ut , mus par [des manivelles mm. Les pilliers pppp fupportent des rouleaux r, placés à des hauteurs différentes. Lorf-qu’on veut brûler ou rafer une piece de Velours, on la roule fur l’un des treuils t ; on en paffe le bout fur l’un des rouleaux r ; on l’étend fur la plaque / ; de là fur l’un des rouleaux r placés de l’autre côté, ôc enfin fur l’autre treuil t. En tournant celui-ci, on amene la piece vvv qui, paffant fur la plaque , s’y grille en même temps qu’elle fe déroule de deffus le premier treuil : on la ramene de la même maniéré , en la faifant paffer, dans le fens contraire, une fécondé fois fur la plaque.
- FABRICANT
- Le Velours de coton doit être débouilli avant l’opération du grillage; dégagé de fa gomme , le poil en efl plus divifé , il fe rafe mieux ôc plus également. C’efl pour produire le même effet , qu’on releve le poil avec une broffe : c’efl auffi pour cette raifon qu’on met des barres de traverfes bb entre les poteaux PPP, de chaque côté de la plaque , lefquelles font ftriées à plufieurs cannelures profondes, ôc terminées en arrêtes ; elles rele-, vent le poil d’une part, ôc de l’autre elles le nettoient du réfidu de la brûlure qui y ell adhérent; Ôc dans le retour , elles font chacune l’office contraire.
- Lorfqu’on veut que l’étoffe touche la plaqué en un plus grand nombre de points, on la paffe au deflous de l’un des rouleaux r, plus bas que celui où on l’avoit placée : on fufpend un poids au bout du treuil chargé de la piece , afin que ce furplus de réfiflance , en attirant la piece, la faffe tenir toujours bien tendue , ôc l’on change ce poids quand la piece a paffé de l’autre côté. Il n’en faut pas moins que l’opération fe faffe avec une grande célérité, pour ne pas brûler , ôc avec beaucoup d’égalité , pour ne pas griller plus des parties les unes que les autres : fi l’étoffe pofoit un inflant, fans mouvement, fur la plaque rouge , elle feroit brûlée jufqu’à la chaîne ; cependant on peut voir , fans crainte , lorfqu’on paffe de fuite l’étoffe fur la plaque rouge , s’élever au travers une fumée épaiffe mêlée d’étincelles & de flamme.
- Pour la facilité de griller l’étoffe d’un bout à l’autre, on enveloppe les treuils d’une groffe toile ou ferpilliere , ôc l’on en attache les bouts avec ceux de la piece d’étoffe à griller, avec une longue ôc mince aiguille de fer qui y refie entrelacée pendant l’opération. Le premier treuil ainfi garni, ôc l’étoffe roulée deffus , on amene le bout de la ferpilliere de l’autre treuil jufqu’auprès du premier , en le faifant paffer pardeffus la plaque, ôc on les réunit là l’un à l’autre. Si la toile appuyoit fur la plaque , pendant cet efpace de temps, on la verroit flamber ôc fe brûler bien vite ; elle efl fupportée par la tringle d’en-bas d’un cadre de quatre tringles femblables de fer, qui efl fufpendu au deffus de la plaque dans fa longueur, à une poulie fixée à une barre de traverfe qui pofe fur le haut de la charpente. A l’inflant qu’on veut commencer le grillage, un Ouvrier lâche la corde qui foutient le cadre de fer en l’air ; la tringle d’en-bas coule le long de la plaque, ôc refie abaiffée fur le côté du fourneau ; la toile appuie fur la plaque ; l’autre Ouvrier tourne la manivelle ; on y voit paffer l’étoffe fucceffivement d’un bout à l’autre ; on retire la corde, lorfque l’autre toile reparoît fur la plaque , le cadre s’élève , & on la foutient ainfi élevée, à moins qu’on ne ramene de fuite l’étoffe, pour la regriller en fens contraire. Toutes ces opérations doivent fe faire fans la moindre interruption.
- Après les premiers grillages, on paffe l’étoffe au bouillon , fur le moulinet , dans une chaudière , comme fi on garançoit, mais en tournant plus vite; on la lave en riviere , ôc on l’étend fur le pré pendant deux jours ; c’efl le temps de la leffive; on y affujettitles Velours, trois, quatre à cinq fois en quinze jours , les lavant bien chaque fois, ôc les tenant d’ailleurs continuellement étendus fur le pré : on les mouille bien dans les intervalles, en riviere ou dans un baquet , en les tirant à menu, ôc les levant toujours, avec l’attention d’éviter les faux plis.
- Les leffives fe font avec la potaffe blanche , à raifon de demi-livre par piece d’étoffe de vingt" quatre aunes. Quand on a beaucoup de pièces , ôc qu’on les leffive de fuite, on fe fert du bain précédent ,
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- cèdent, & l’on économife fur la potaffie. On le.flive peux des animaux, fur toutes les matières à teindre; toujours les pièces les plus avancées , les plus il les en faut également purger, blanches, les premières , pour que la mal-propreté
- du bain ne les terniffe pas. Au bout de quinze jours, plus ou moins , lorfque l’étoffe a le degré de blanc qui la rend propre à être mife en teinture, on la place fur la table à carder, Sc on la paffe à la peau de chien de mer. Cette peau de chien eft attachée fur une niece de bois arrondie en deffus
- Du dégommage ou débouilli des matières à teindre.
- Mettez la matière dans une chaudière, avec une quantité d’eau fufïifante pour qu’elle y fubmerge; faites bouillir pendant une heure ; tirez du bain ; mettez égoutter : lavez à la riviere : tordez, & faites
- ’opération
- fuite à la broffe de fanglier tous ceux que l’opé-tation du jplanchiffage a fait reffortir , & l’on paffe à un nouveau grillage , pour lequel il ne. faut pas que la plaque foit moins chaude , ni que le travail foit moins rapide qu’aux précédens. On va Sc vient ainfi, également quatre fois en tout. Ce dernier grillage ne doit fe donner que lorfque la
- en faciliter le dégorgeage ; on le life de nouveau fur la planche, &, plié par feuillet, on en exprime bien l’eau au moyen du rouleau. Le Coton filé fe tord à la cheville. Lorfqu’on veut teindre la matière en bleu , il le faut faire immédiatement après cette compreftion, & toujours avant qu’elle foit feche, autrement la teinture pénétreroit mal, plus A- w , . x ou moins par places ; la couleur feroit inégale &
- piece elt le plus avancée au blanc afin que le ve- tachée. Si le temps ne permettoit pas de teindre auffi-loute relie le plus net poifible. L étoffe eft remife tôt après le lavage, il faudroit remouiller , Sc preffer fur le pre, pour enlever le noir qu’il lui a commu- 0u tordre, pour y procéder.
- niqué ; Sc en huit à dix jours on peut la teindre. De la fabrication à la teinture il faut de vingt-cinq à trente jours, en fuppofant que les opérations foient fuivies fans interruption, Sc que le temps foit favorable.
- Les Velours de coton grillés font confidérable-ment rouffis : la broffe ne détruit pas ces indices de brûlure ; c’eft l’ouvrage du pré Sc des leffives qui les décruent Sc les blanchiffent : moins le Velours eft plein Sc garni de poil , plus il y a de ménagement à prendre au grillage , foit dans le degré de chaleur de la plaque, foit dans le nombre des pafî'ages de l’étoffe fur cette même plaque, fl n’efl queftion que de brûler Sc de rafer le poil du velouté : plus il eft denfe , plus il faut que l’im-preffion de la chaleur foit forte fur cette partie; mais de telle maniéré néanmoins , que la chaîne de fond, ni la trame , le tiffu enfin, n’en foient jamais atteints ; la moindre altération dans ces parties endommagerait l’étoffe fans reffource.
- A l’égard des.couleurs qui fe donnent par beaucoup de travail Sc à plufieurs fois , telles que les noirs Sc les mordorés, indépendamment des premiers grillages, on leur en donne encore un plus léger, dans l’intervalle des opérations de la teinture, ayant toujours attention de broffer avant Sc après le grillage, pour le plus grand fuccès des unes Sc des autres opérations; non après un dernier grillage fait fur une piece teinte , ou pour relier en blanc : ce feroit faire encore reffortir du poil ; ce qu’il faut éviter. On s’en tient alors à laver l’étoffe ; un Velours noir terminé par un léger grillage, Sc quelques jours de pré enfuite, s’épanouit, le poil fe divife , il acquiert de la douceur , du moëll'eux : la couleur en eft plus nette , plus brillante.
- On ne grille jamais fur aucune couleur que le roux du grillage pourrait ternir ; il faut au contraire que la blancheur de l’étoffe foit proportionnée à la légéreté de la couleur, à la clarté & à la vivacité de la nuance qu’on fe propofe de lui donner ; mais on grille les chinés noir Sc blanc, les poi-vrefels ou fablés , faits d’un fil blanc Sc d’un fil noir tors enfemble.
- De la teinture desCotons, des Velours deCoton, & des autres étoffes de cette matière.
- Dissolutions et Décoctions préparatoires.
- Du Bain de galle , & de VEngallage.
- Mettez de la galle, à raifon de quatre oncçs par livre d’étoffe, dans une quantité d’eau fufïifante , pour que la matière à teindre y puiffe fubmerger après la cuiffon.
- Il ne faut concafîer la galle que lorfqu’il eft queftion de teindre en noir. On courroit rifque en général, que le dépôt qui s’en fait, ne tachât. Le placage qui peut réfulter du concaffement n’efl: point un inconvénient pour le noir, Sc en feroit un très-grand pour toute autre couleur. Il n’efl queftion , pour tirer également toute la fubftance de la galle, que de la faire bouillir trois heures de plus, au lieu de deux.
- Coulez le bain dans un baquet ; abattez-y la matière; travaillez-la vite , de fuite Sc également; rangez-la au fond du baquet , Sc laiffez-la repofer dans le bain pendant vingt-quatre heures.
- Le Velours de coton fe life dans le bain , fe leve fur la planche, Sc s’abat à plufieurs fois, avant de l’arranger à demeure. 11 faut être attentif à obfer-ver qu’aucune partie de la piece ne fumage le bain de galle. Il fe feroit inévitablement des taches dans ces endroits, Sc elles feroient ineffaçables, à moins que l’étoffe ne fût mife d’une couleur en une couleur plus foncée, Sc quelquefois pouffée jufqu’au noir. C’eft fouvent de ces répétitions de teintures , de ces accroiffemens fucceffifs de nuances Sc variétés de couleurs, que les étoffes en noir font brûlées. Quand on retire le Velours de l’engallage au bout de vingt-quatre heures, onlereleve fur la planche également pli par pli ; on le preffe fortement avec les mains Sc au moyen du rouleau, pour en exprimer le bain ; on met la piece debout, pour qu’elle s’égoutte; & enfin à la rame ou aux perches, pour qu’elle feche, obfer-vant de la rechanger, pour que l’excédent du bain qui fe porte en en-bas en dégouttant, n’y dépofe pas en plus grande quantité qu’ailleurs de fes molécules aftringentes , ce qui feroit un engallage inégal, Sc tacheroit en teinture.
- Lorfque les pièces font feches, ce qui arrive fouvent avant l’engallage , il faut, après les avoir: lifé dans le bain, les battre fur la planche, pout qu’elles s’en pénètrent par-tout également.
- Dans les grandes fabriques de Velours de coton ^ La feve qui circule dans les plantes Sc leur donne aufieu de mettre les étoffes pour le féchage, à des la vie, s’y defféche & durcit, lorfqu’elle eft inter- rames ordinaires, où elles font étendues de champ 5 ceptée. Cefuc gommo-réfineux, dont tous les vége- on a deux efpeces de corps de rames, placées aufti taux font imprégnés, s’oppofe à l’adhérence des verticalement à peu de diftance l’un de l’autre, parties colorantes, comme le fuin , ou le fuc adi- Sc réunis par de petits rouleaux ou cylindres tour-
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- nans fur leur axe. Ces rouleaux font eux-memes peu diftans les uns des autres; ils forment enfemble un plan horizontal entre les deux corps de rames, & de la même longueur au moins que doit être celle des pièces de Velours. On étend la piece fur cette fuite de rouleaux : on y accroche aux deux bouts des réglés ou verdillons, auxquels on fufpend des poids ; & la piece fe feche ainfi pofée horizontalement ôc bien étendue. On a une fuite de plans pofés ainfi les uns au deffus des autres dans le même encadrement, pouvant tous également être garnis de pièces ; Ôc c’eft ce qu’on appelle Yétendoir de la fécherie. ^
- Il faut préferver la matière engallée de l’attou-chement de tout corps étranger, de l’eau pure même; elle en refteroit tachée. Ce fort engallage eft néceffaire pour les rouges & les autres hautes nuances qui en dérivent, telles que celles dont le procédé eft décrit à la fuite de celui du rouge; il eft aulfi très-nécelfaire pour les noirs : mais on peut gagner fur la matière ôc fur le temps, dans toutes les baffes couleurs qui font fufceptibles de cette opération ; on profite même des déchets de bain de galle dans certaines circonftances.
- Si l’engallage fe fait à deffein de former une nuance claire, il faut que l’engallage foit très-léger, parce ue la galle porte au rouge , Ôc brunit la matière, i l’étoffe a un premier pied de couleur, il faut avoir égard à fon degré de ténacité, ôc engaller moins chaud en conféquence , à froid même, s’il eft néceffaire.
- Les déchets des bains de galle fe confervent pour un fécond ou un troifieme engallage , lorfqu’il eft queftion d’augmenter par degré l’intenfité de la couleur , ou de la pouffer à des nuances plus rembrunies. Ces nouveaux pieds fe mettent moins chauds, ôc même à froid , au lieu que le premier doit être très-chaud, comme on l’a indiqué ; alors, fi l’on ne peut y tenir la main , on rabat, ôc on. life au tourniquet ; Ôc en quelques tours d’aller ôc de venir , on achevé cette opération.
- A l’égard du noir qu’on peut engaller très-chaud avant la teinture , c’eft-à-dire , en bleu, ou au fortir du bleu, il faut que le bain foit plutôt froid même que tiede , lorfque l’étoffe a reçu la moindre teinte de noir ; parce que fa chaleur alors le fait tourner au moment qu’on y plonge l’étoffe ; le noir, quelque bien lavé qu’il foit, fe décompofant en partie. La noix de galle eft une fubftance très-aftringente, ôc c^ui a beaucoup d’affinité avec le fer : par-tout ou elle le trouve en nature, tel qu’il eft dans le bain de la tonne de noir , ôc dans la couperofe , elle l’attire fortement : il en réfulte la décompofition du corps qui le contient , ôc un précipité fubit. Comme le précipité s’opère par l’intermede de la galle ôc fur fa fubftance même, lorfqu’elLe s’eft établie dans les pores de l’étoffe , elle y introduit ôc y fixe les particules ferrugineufes qui la colorent : d’où l’on voit la néceffité de l’engallage ; puifque le noir n’eft qu’un précipité du fer par la galle. Mais fi la fubftance de la galle, non encore fixée , Ôc répandue dans le bain, y rencontre des molécules de fer, éparfes ôc nageantes, foit par la chaleur du bain, foit par un lavage imparfait de l’étoffe teinte, elles s’uniffent alors rapidement ; toute la fubftance de la galle fe fature de fer, Ôc elles fe précipitent enfemble au fond du vafe. Le bain fe noircit : Ôc entièrement dépourvu du principe aftringent, il refte fans effet.
- Il eft des Teinturiers qui rejettent le marc d’un ancien bain de galle dans un nouveau , efpérant de tirer encore quelque fubftance de celui-là au profit de celui-ci ; c’en une erreur : lorfque la galle eft fuffifament cuite, ce qui fe reconnoît à la facilité
- ABRICANT
- avec laquelle elle s’étend ôc fe séduit en pâte fous les doigts , tout le fuc effentiel en eft extrait > ôc ce marc, loin de fortifier le nouveau bain , l’affoiblit, en repompant de nouveaux fucs. v
- La meilleure noix de galle eft celle d’Alep, qui fe reconnoît aifément au poids plus confidérable, & à la couleur plus noire que le poids ôc la couleur d’aucune autre.
- De la dijjblution de Valun , & de Valunage.
- Le bain d’alunage fe fait comme le précédent, à raifon de quatre onces d’alun par livre de matière à aluner ; on y traite l’étoffe de la même maniéré ôc durant autant de temps , avec cette différence, qu’il fuffit pour l’emploi que l’alun foit dif-fous, ôc qu’il convient que l’eau ne foit pas plus que tiede : il n’en feroit que mieux même qu’elle fût froide : les couleurs n’en font que plus vives ; la chaleur du bain d’alun les ternit. La fuite du procédé différé encore , en ce que l’étoffe, au fortir du bain d’alun, doit être dégorgée, battue ôc lavée au courant d’une riviere. On la peut teindre à l’inf-tant, mouillée, fuivant les couleurs.
- L’ufage des vafes de métal doit être proferit, lorfqu’il y a dépôt ou refroidiffement de matière, parce qu’ils fe corrodent plus ou moins, mais fin-guliérement dans l’opération de Falunage, par l’acidité de l’alun. La nuance en feroit généralement atteinte, ôc immanquablement tachée à tous les points de contaft. On doit par la même raifon donner la plus grande attention à la propreté des baquets, qui doivent être le moins poffible imprégnés d’aucune couleur qui pourroit fe décharger fur la matière en travail. Il eft même mieux que les vafes qui fervent à aluner Ôc à engaller foient uniquement deftinés à cet ufage, ôc qu’ils foient conftruits en bois blanc , parce que le chêne, ôc autre bois de nature aftringente noirciroit le bain, fur-tout s’il contenoit du fer ou du cuivre en diffolution.
- Cependant les baquets dont on fe fert généralement ici, font de châtaigniers, tirés des barriques à huile ; ou de chêne, tirés des barriques à eau-de-vie. Quand ils ont fervi quelquefois à tel ou tel ufage, il eft fans inconvénient de continuer, pourvu qu’on les tienne propres, ôc qu’on fe ferve toujours des mêmes pour les mêmes opérations. Il eft encore mieux de les enchauxer d’abord, comme je Fai indiqué ailleurs.
- Il faut en teinture préférer toujours l’eau de riviere à toute autre. L’exception que font quelques Teinturiers en faveur de l’eau de puits pour la décoction des bois, ne peut jamais être très-avantageufe , ôc elle peut fouvent être très-nuifible. L’eau de puits peut beaucoup varier de nature ôc d’effet, parce qu’elle varie fouvent par la quantité Ôc la nature des terres calcaires, féléniteufes, gypfeufes ou autres, & quelquefois des parties métalliques qu’elle charrie avec elle. Ces mixtes, plutôt étendus que diffous , font bien plus atténués, bien plus di-vifés, plus dépofés , plus épars, en beaucoup moins grande quantité enfin dans les eaux de riviere, que dans toute autre.
- De VEau de couperofe.
- Mettez dans un barril environ foixante pintes d’eau fur dix à douze livres de vitriol de mars ou couperofe verte ; remuez fortement avec un bâton ; laiffez dépofer, pour s’en fervir au befoin. La diffolution du vitriol de mars doit fe faire à l’eau froide, elle eft moins rouffe ; la chaleur jaunit toujours les diffolutions d’ingrédiens ferrugineux ; ôc comme on a fouvent des gris très-tendres à faire avec cette diffolution, il faut lui conferver le plus de clarté qu’il eft poffible. On ne rifque rien de mettre plus
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- DE VELOURS DE COTON.
- ou moins d’alun, de couperofe , ou autre fel dans l’eau, parce que, lorfqu’elle en eft faturée, il ne s’en diffout plus. Ainli on peut rejeter de l’eau fur le marc, jufqu’à ce que tout foit diffous : il faut pourtant éviter d’en mettre trop à la fois, pour ne pas faire un auffi grand dépôt terreux 8c malpropre.
- De VEau de vert-de-gris.
- Mettez vingt à vingt-cinq pintes d’eau fur une livre de vert-de-gris ; délayez-le bien , en remuant pendant quelque temps ; laiffez dépofer & clarifier pour s’en fervir au befoin : on recrute la matière en temps, & comme il eft dit à l’article de la couperofe. Il faut également, & pour les mêmes rai-fons, faire à froid le bain de vert-de-gris, à moins qu’on ne foit très-prefifé , car fa diffolution efl longue de cette maniéré; on y procédé ordinairement, pour le travail d’un temps déterminé, &peu avant de l’employer.
- De VEau de foude.
- Brifez , pilez même la foude , pour en faciliter la diiTolution ; lelBvez-la en telle quantité 8c à tel point , que la pefanteur fpécifique d’un oeuf de poule foit égal à un volume égal de cette liqueur, ou qu’il y nage librement entre deux eaux : faites-en auffi d’affez forte, pour qu’elle porte l’œuf entièrement ; vous ferez fouvent dans le cas d’en faire ufage.
- On fait aulfi une lelfive de foude, dont on aiguife encore la caufticité par un mélange de chaux vive qu’on fait éteindre fur la foude même , avant d’en charger la cuve, & qu’on nomme eau des Savonniers.
- On fait encore une forte d’eau de foude , qu’on nomme eau fécondé des Savonniers , en relellivant les mêmes cendres qui ont fourni la première , auxquelles on ajoute une quantité de chaux actuellement éteinte , à peu près égale à celle de la fonde. On éprouve toujours ces eaux , pour en proportionner l’emploi à la force. La lelfive de cendre gravelée fe fait & s’éprouve de la même manière.
- Du Bain de rocou.
- Mettez du rocou dans une chaudière ; délayez-le bien dans une fuffifante quantité d’eau ; lorfqu’il fera abfolument réduit en pâte liquide, ajoutez-y moitié autant ou un peu plus de potalfe ou de cendre gravelée que de rocou , & autant d’eau qu’il en faut pour bien dilfoudre le tout; faites bouillir pendant une heure ; lailfez dépofer , pour fe fervir du bain clair. Au défaut de potalfe ou de cendre gravelée , on peut employer de la lelfive de cendres de bois neuf ; mais il en faut en plus grande quantité , & ne pas faire entrer la cendre dans le bain de rocou , mais la lelfive décantée de delfus fon dépôt : l’alkali diffout la matière réfineufe du rocou , dans laquelle réfide fa partie colorante , & elle donne de l’intenfité à la couleur jaune qu’on en tire ; elle le dore en proportion de la quantité ôc de la qualité de cet alkali fixe.
- Du Bain de bois de Bréjil (i).
- On comprend fous cette dénomination , avec le bois de Bréfil, ceux de Fernambouc , de Sainte-Marthe, du Japon , 8c quelques-autres qui fe confondent allez dans l’emploi, quoique le Fernambouc foit le meilleur.
- Mettez dans une chaudière, fur dix à douze
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- livres de bois haché menu , douze féaux d’eau ; faites bouillir pendant trois heures ; verfez le bain dans une tonne ; remettez douze féaux de nouvelle eau fur le même bois ; faites bouillir encore trois heures ; verfez de nouveau ce bain fur le premier ; laiffez repofer 8c fermenter au moins douze jours avant de s’en fervir.
- Par le féjour 8c la fermentation du bain , il acquiert beaucoup plus de force, & il en faut moins. Il faut avoir la plus grande attention de ne rien mettre dans la tonne qui en interrompe la fermentation , on courroit rifque de le faire tourner 8c de le mettre hors d’état de fervir. Le moindre acide, par cette raifon, eft à éviter dans toutes les décodions de bois ; il détruit d’ailleurs le rouge du bois, en diffolvant les parties qui le colorent ainfi, ce qui le rend propre à obtenir certaines nuances, qui ne font qu’une dégradation de la couleur primitive.
- Du Bain de bois d'Inde.
- Mettez dans une chaudière , fur dix livres de bois haché menu, dix à douze féaux d’eau;faites bouillir trois à quatre heures: on peut fe fervir du bain fur le champ. Mettez fur le même bois moitié d’eau de la première fois ; faites de nouveau bouillir pendant trois à quatre heures ; le bain fera prêt, 8c également bon.
- Il n’y a pas de mefure exadement déterminée pour l’eau fur une quantité donnée de bois ; on la détermine fur le plus ou le moins d’effet qu’on veut obtenir, ou l’on emploie une plus grande quantité de bain.
- Du Bain de bois jaune.
- Mettez, comme aux bains précédens , l’eau 8c le bois haché menu dans une chaudière , mais à raifon de huit féaux d’eau pour douze livres de bois ; faites bouillir pendant trois heures ; laiffez dépofer & clarifier , pour s’en fervir au befoin. Ce bain fe conferve long-temps, pourvu qu’on ait l’attention de n’y mêler aucun corps étranger.
- Du Bain de gaude.
- Mettez douze féaux d’eau par botte de gaude du poids de quinze à feize livres ; ajoutez-y un peu de chaux vive : quand on veut obtenir une nuance un peu dorée , quatre onces de chaux fufifent pour la totalité du bain ; il n’en faut pas fi l’on ne veut que des jaunes citrons. Faites bouillir pendant trois quarts d’heure ; employez ce bain toujours chaud; le bain refroidi feroit fujet à tourner, 8c alors il ne pourroit plus fervir.
- DES COULEURS EN BON TEINT. N°. i.
- De la Cuve de bleu a froid..
- ( Voye^, Blanche io^ les divers atteliers de Teinture.)
- Mettez de la couperofe verte au fond delà cuve; verfez de l’eau deffus ; palliez ; mettez de la lelfive alkaline ; palliez ; mettez l’indigo broyé ; palliez de nouveau ; ajoutez de la chaux ; palliez enfin la cuve d’heure en heure, jufqu’à ce qu’elle foit venue en couleur ; laiffez repofer vingt-quatre heures ; travaillez deffus : elle eft en état , 8c fouvent plutôt.
- La proportion des drogues à l’eau du bain eft indifférente jufqu’à un certain point ; elle peut être de cinquante à foixante pintes par livre d’indigo.
- (i) Voir les bains de bois, traités d’une maniéré plus étendue dans l’Art de i’imprcllion des Etoffes en Laines. ^
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- VA R T DU FABRICANT
- Il n’en eft pas de même de celle des drogues entre elles ; la voici.
- Indigo broyé. i partie*
- Vitriol de mars. 2 d°.
- Chaux. 2 d9.
- Leffive. i d9.
- La Leffive faite avec deux parties d’alkali 6c une partie de chaux vive, ou parties égales.
- Autre maniéré de monter la cuve de Bleu à froid..
- Indigo diffous 6c broyé. i partie.
- Vitriol de mars diffous, 2. d°.
- Chaux éteinte, décantée. 2 d°.
- Faites diffoudre la couperofe dans l’eau ; laiffez dépofer, & décantez; faites également diffoudre la chaux à part dans l’eau ; laiffez auffi dépofer les parties les plus groflieres, 6c décantez ; mêlez ces deux eaux enfemble , 6c verfez le tout à la fois fur l’indigo diffous dans la leffive des Savonniers, broyé enfuite, 6c mis au fond de la cuve vuide ; il fuffit de la leffive qui a fervi à triturer 6c di-vifer l’indigo : rempliffez la cuve d’eau pure, 6c palliez-la d’heure en heure , jufqu’à ce qu’elle l'oit venue en couleur.
- L’indigo doit être le plus divifé poffible ; d’abord parce qu’il ne fe divife plus dans la cuve, 6c que fes parties ne peuvent s’étendre , pour s’incorporer à la matière , qu’à proportion de leur ténuité ; moins divifé, il fournit moins de particules colorantes ; elles font plus entraînées par la gravitation ; il en nage moins dans b fluide , 6c celles qu’ab-forbe la matière, confervent plus de tendance à s’en échapper.
- On fait bien de laver l’indigo à l’eau bouillante avant de le broyer, pour en détacher les ordures ui y adhèrent, 6c non cans l’idée d’en faciliter la ivihon , qui ne s’opère pas plus vîte, de la faire fur le champ à chaud on à froid, ni même avec de la leffive alkaline. La méthode de conferver l’eau deffus, 6c par préférence de cette leffive , dans le vafe où on le broyé ; de laiffer dépofer 6c décanter , de rebroyer, reverfer de l’eau, laiffer encore dépofer 6c décanter de nouveau , 6c ainfi de fuite jufqu’à la fin, eft très-bonne : mais comme il eft fort difficile d’obtenir une divifion bien parfaite de l’indigo par la feule trituration, quelque moyen qu’on ait encore imaginé pour y parvenir , il eft mieux de ne l’employer qa’après avoir laiflé tremper pendant plufieurs jours, 6c même beaucoup de jours, fl l’on veut, l’indigo dans de la leffive des Savonniers que l’œuf fumage entièrement; il s’amollit 6c fe réfout en pâte fous les doigts : on le triture alors dans la même leffive. 6c fans beaucoup de peine on arrive ainfi à fon but
- Dans le premier cas, :e n’eft qu’à force de patience , 6c non fans adreffe , que les mécaniques inventées jufqu’ici pour broyer l’indigo , 6c la force même qu’on y emploie, ne font pas des moyens infuffifans. Pour la première cuve, on brife un peu la couperofe , afin d’en bâter la diffolution , & il faut éteindre actuellement la chaux vive en la trempant dans l’eau , 6c la jeter dans la cuve au moment que, toutes fes parties fe défuniffant bien, l’évaporation de l’eau elt encore marquée par une fumée très-fenfible ; plus tôt, elle n’acheveroit pas de s’éteindre, 6c elle dépoferoit un fédiment graveleux ; plus tard , elle auroit perdu de fon aétion , 6c elle produiroit un effet plus lent.
- On éviteroit bien de l’embarras 6c même de grands inconvéniens pai la fécondé méthode , fl les corps adhérens n’augmentoient pas l’action des fels diffous ; les dépôts de la couperofe 6c de la chaux , qui forment ce qu’on nomme la pâtée > abforbent une partie des molécules colorantes \ ils
- gênent dans le travail , 6c troublent le bain fort aifément. Mais fans la pâtée , une cuve ne peut fubfifter long-temps ; c’eft la pâtée qui la nourrit, qui lui fait pouffer l’indigo , 6c qui entretient fa vigueur. Sans pâtée, elle n’a que les premiers mo-mens ; elle devient bien-tôt foible , langui liante, 6c elle ne ie rétablit plus qu’à force d’indigo. A l’égard de la garance , les uns l’emploient, 6c croient y voir qu’elle donne au bleu une nuance plus cuivrée ; d’autres ne l’emploient point, 6c tous peuvent très-bien s’en paffer.
- On emploie la foude ou la potaffe indifféremment : cependant la potaffe a l’avantage d’avancer le travail ; elle fe diffout plus promptement que la foude, 6c même que la cendre gravelée , qu’on emploie auffi quelquefois. On peut, au défaut l’un de l’autre, employer indifféremment de ces trois fortes d’alkalis, mais avec des dofes proportionnées à leur adivité. Celle de la foude eft plus grande que celle de la cendre gravelée, 6c celle de la cendre gravelée plus que celle de la potaffe ; ceci pris en général, car fouventla potaffe, quand elle n’eft pas falcifiée , ce qui eft fréquent à fon égard, eft plus forte que la cendre gravelée.
- Les lignes certains du bon état d’une cuve , font un beau vert en dedans, une pellicule cuivrée à fa furface, 6c lorfqu’onla pallie, une fleurée abondante, verte d’abord, 6c enfuite du beau bleu cuivré par parties.
- La cuve à froid donne le bleu le plus net 6c le plus vif; d’où il arrive qu’on s’en fert toujours pour les étoffes à teindre 6c garder dans cette couleur : c’eft auffi la plus facile à monter, celle qui coûte le moins , qui vient le plutôt, 6c qu’on manque rarement.
- Lorfque la cuve s’affoiblit par le travail, ce qui fe reconnoît au peu de fleurée qu’elle donne en la palliant, 6c à la couleur pâle du bain , on la ranime en lui donnant un brevet de couperofe, de chaux 6c de leffive, en dofe du cinquième ou du fixieme de chaque efpece de la première fois. A l’égard du vitriol 6c de la chaux, faites encore bouillir le premier , 6c décantez l’un 6c l’autre.
- On ne doit guere recharger une cuve à froid de nouvel indigo ; l’indigo ne rend plus, à beaucoup près autant que la première fois, 6c la nuance n’eft jamais auffi vive. A mefure qu’une cuve travaille 6c s’affoiblit, elle donne des nuances plus claires ; cependant, pour avoir des nuances claires 6c vives, il vaut mieux monter une cuve avec une petite quantité d’indigo.
- jDu Bleu à froid.
- Le bain clair 6c la champagne pofée , abatez promptement l’étoffe dans la cuve pli par pli ; relevez-la de même fur la planche ; éventez-la , pour que la couleur remonte ; rabattez - la doucement 6c également après l’effet de l’évent , pour juger mieux de la nuance, en refter le maître, 6c rendre la couleur égale ; travaillez ainfi jufqu’à conformité de l’échantillon ; tordez ou preffez bien fur la cuve , pour que le bain retombe dedans ; étendez l’étoffe fur le champ au grand air, pour la faire éventer ; lavez-la bien en eau claire 6c courante.
- Paffez enfuite l’étoffe dans un bain d’eau bouillante , où l’on a fait diffoudre de la crème de tartre à raifon d’une once par livre de matière, ou dans un bain d’eau tiede , dans lequel on a étendu un peu d’acide vitriolique; lavez bien au fortir de ce bain, 6c faites fécher à l’ombre. D’autres Teinturiers penfent qu’il eft avantageux d’avoir plufieurs cuves, 6c d’y faire paffer deffus chaque pièce d’étoffe fucceffivement ; ils trouvent qu’il y a à
- gagner
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- DE VEL O U R
- gagner pour la folidité & la vivacité de la couleur, 8c fur l’emploi de l’indigo : ils ne trempent jamais deux fois de fuite l’étoffe dans la même cuve. Il en eft, 8c mal-à-propos, qui fe gardent de laver l’étoffe au fortir de la cuve à froid , dans l’idée qu’il s’échapperoit en pure perte une portion de la partie réfineufe , colorante, extraite 8c encore tenue en diffolution par les albalis; mais ils la lavent feulement lorfqu’elle eil feche. La couleur en conferve plus de nuance, mais elle eft moins vive;onpourroit également la fécher au foleil, quoiqu’on prescrive de le faire à l’ombre : au contraire, le bleu remonte plutôt en féchant au foleil, 8c c’eff par la difficulté d’expofer une étoffe de maniéré que toutes fes parties en foient également frappées , ce qui rendroit fa teiijte ondée, vergetée, inégale enfin , qu’on préféré de fécher à l’ombre , où l’évaporation de l’humide eft infenfible 8c plus égale.
- Ces mêmes Teinturiers ne regardent pas le bain acidulé comme fort important , quoique ceux qui l’emploient fondent cette pratique fur ce que la crème de tartre ou l’huile de vitriol purge l’étoffe des matières calcaires qui font renées dans fa tiffure, 8c avive la couleur. On emploie le bain bouillant avec la crème de tartre , parce qu’il fe criftallife en perdant de fa chaleur, au point qu’il feroit entièrement criftallifé quand l’eau feroit froide. L’acide vitriolique doit être affez ménagé, pour que le bain ne produife pas plus d’effet fur la langue , que l’acide végétai ordinaire.
- On a déjà obiervé que l’étoffe doit avoir été mouillée 8c bien abreuvée , avant de la paffer en cuve. La blancheur de l’étoffe eft effentielle , à proportion de la légéreté de la nuance qu’on veut obtenir, 8c cette remarque a lieu pour toutes les matières & pour toutes les couleurs. Pour les bleus foncés , la grande blancheur eft moins utile; il faut prendre garde de ne pas pofer la champagne trop bas, lorfqu’il y a de la pâtée dans la cuve, de \ crainte qu’elle ne trouble le bain.
- Autre cuve de bleu à froid , telle qu'on s'en fert, avec fuccès, dans divers atteliers de teinture.
- 1 D E C O T O N, i t
- tour : la fîeürée fê forme déjà , 8c le bain eft d’un verd jaunâtre ; pallier le lendemain matin & à midi ; on peut le furlendemain teindre cent aunes d’étoffe; pallier &laiffer repofer vingt-quatre heures; teindre autres cent aunes, 8c ainfi de fuite cinq jours confécutivement.
- Raviver la cuve alors par la diffolution de dix: livres de vitriol de mars , 8c dix livres de chaux légèrement éteinte ; pallier , &, comme ci-devânt, teindre vingt-quatre heures après.
- N°. 2.
- De la Cuve du Bleu à chaüd»
- Le mot de cuve défigne autant ici la compoft-tion que le Vafe qui la recele. Les CuVes à froid fe montent dans des vafes dé bois , des tonnes , ou des cuves de ciment. Pour les cuves à chaux, le vafe eft en cuivre ; c’elt une efpece de chaudière, dont les parois convergent en cône tronqué , 8c dont la raifon de la hauteur à Celle du cône entier eft à peu près de trois à cinq, ce qui détermine celle des diamètres ; les rebords en font larges, pour lui fervir de foutien fur une maçonnerie à hauteur d’appui, verticale 8c cylindrique, qui l’entoure. Comme on travaille dans la cuve , fa hauteur doit être à la main de l’Ouvrier ; le bas s’enterre d’autant, 8c l’on pave le fol tout autour ( Voye^ Flanche n , Fig. /f. & 5.).
- Entre la maçonnerie verticale 8c la cuve Conique , il refte un vuide, dans lequel , par une ouverture pratiquée dans le bas, on met de la braife ou du charbon allumé, pour entretenir la cuve au degré de chaleur convenable. On perce un foupirail au haut de cette efpece de fourneau du côté oppofé à l’ouverture du bas, 8c l’on y adapte un tuyau, pour établir un courant d’air, 8c afin que les Ouvriers ne foient pas incommodés des dangereufes exhalaifons du charbon,
- La proportion des drogues pour monter cette cuve eft telle.
- Premier brevet.
- Leffive.
- Un feaü & demi de chaux en pierre*
- Dix livres de potaffe.
- Dix livres de foude*
- Étendre la chaux fur le plancher; l’afperger d’eaü légèrement ; la remuer avec une pelle à mefure qu’elle s’éteint ; répandre deffus , lorfqu’elle eft un peu défaite , la ioude & la potaffe ; remuer le tout enfemble en arrofant toujours un peu ; mettre la matière , non encore liquide , dans une petite barrique, 8c la couler, avec douze à quinze pots d’eau , pendant un jour. Faire tremper trente livres d’indigo cuivré, pendant vingt-quatre heures, avec cette leffive, pour plus de facilité de le divifer ; opérer cette divifion par petites parties , avec des boulets roulans dans une baftine, ou tout autrement, de la leffive ci-deffus , & de l’eau.
- Cuve fuppofée de Jix pieds de hauteur , fur un carré de quatre pieds & demi de côté*
- Remplir d’eau la cuve à fix pouces près des bords; y jeter un feau 8c demi de chaux non entièrement éteinte ; pallier bien avec un rable ; verfer dedans l’indigo broyé, la leffive 8c l’eau qui y ont fervi, en tout vingt-cinq à trente pots ; faire diffoudre fur le feu quarante-cinq livres de vitriol de mars dans une quantité d’eau fuffifante pour qu’il trempe ; le verfer dans la cuve , qu’on pallie bien tout au-
- îndigô 6 parties.
- Cendre gravelée 6 dû
- Garance i d°.
- Son 3 d°.
- Deuxieme brevet pour achever»
- Cendre gravelée 2 parties» Garance i quart.
- Brevet pour ranimer*
- Cendre gravelée 3 parties. Garance 1 demie.
- Son lavé 1 quart,
- Brevet pour rechauffer & garnit d'it
- Cendre gravelée 6 parties.
- Garance 1 d°.
- Son 2. dû
- Indigo ^ dû
- En fuppofant donc fîx livrés d’indigo polir là première fois, tout le refte eft déterminé.
- Faites bouillir pendant Un qüart-d’heure là cendré gravelée & la garance dans une quantité d’eau égale aux deux tiers de ce qu’en peut Contenir la cuve; étouffez le feu , 8c laiffez repofer un peu ce bain dans la chaudière ; verfez-le avec tout fon dépôt
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- >ART DU FABRICANT
- de cendre Sc de garance, fur le fon mis au fond de la cuve vuide ; verfez-y en même temps l’indigo broyé , & palliez bien. Ou trouve encore dans cette pratique des différences effentielles, fi Ton broyé l’indigo par l’alkali dont on charge moins alors les brevets, defquels on croit pouvoir auffi fans conféquence , comme à la cuve à froid , rejeter la garance. Ainfi, le premier brevet eft com-pofé , en partie de cendre gravelée , de moitié de celles de l’indigo, & en partie de fon, d’un tiers feulement : le fécond comme le premier : le troifieme, d’un tiers feulement de cendre gravelée^ le quatrième enfin , pour réchauffer & regarnir d’indigo , comme les premier Sc fécond.
- Il faut donc, pour le premier brevet , fur fix parties d’indigo , trois parties de cendre gravelée , deux de fon ; pour le fécond, trois de cendre gravelée , deux de fon ; pour le troifieme, deux de cendre gravelée , une Sc un tiers de fon ; pour le quatrième , trois de cendre gravelée, Sc deux de fon fur la même quantité d’indigo, ou à peu près , que la première fois. On peut auffi faire bouillir la cendre gravelée avec le fon , laiffer dépofef pour décanter , Sc ne pas mettre le dépôt dans la cuve , qui enfin augmenteroit trop la pâtée.
- Mettez du feu dans l’âtre de la cuve, lorfque la chaleur du bain eft baiffée à y pouvoir tenir la main, pour l’entretenir toujours à ce degré ; couvrez actuellement la cuve, & attendez que le bain commence à verdir Sc qu’il teigne un peu ; alors la cuve eft bien difpofée ; palliez, pour la hâter : fi elle prend un peu plus de teinte au repos , c’eft une preuve qu’elle commence à venir ; la pellicule luifante Sc cuivreufe, interrompue ou brifée, qui fe forme enfuite à fa furface, marque qu’elle vient bien; Sc lorfque cette pellicule fe fortifie, qu’elle fe rétablit bien-tôt quand on la chaffe, en fouillant deiïus , que le bain prend un vert foncé, Sc que la fleurée devient abondante en palliant, la cuve eft venue.
- Faites le fécond brevet pour achever la cuve, dans autant d’eau qu’il en faut pour achever de la remplir ; Sc après les mêmes temps Sc les mêmes circonftances , verfez le tout de la chaudière dans la cuve, quelques heures après l’avoir palliée ; palliez de nouveau ; laiffez repofer. Le bain doit être d’un beau veit en dedans , d’un bleu brun à fa furface ; la pellicule écailleufe Sc très-cuivrée , Sc la fleurée abondante : laiffez repofer au moins douze heures ; on peut teindre alors , la cuve eft en très-bon état.
- Lorfque la cuve eft affoiblie par le travail, il lui faut donner le troifieme brevet, fait dans une quantité d’eau fuffifente pour remplacer le bain évaporé Sc abforbé par les étoffes qu’on y a teintes ; palliez ; laiffez repofer ; entretenez la chaleur, Sc teignez.
- Pour réchauffer Sc garnir d’indigo la cuve «pui-fée, on rejette dans la chaudière les deux tiers du bain devenu , de vert qu’il étoit , d’un brun noirâtre ; on y fait le quatrième brevet, ayant foin de l’écumer lorfqu’il eft prêt à bouillir , pour le purger, autant que cela fe peut, des parties grades, vifqueufes, ou autres également hétérogènes, échappées des étoffes qui y ont été teintes ; verfez ce brevet dans la cuve ; verfez - y en même temps l’indigo broyé Sc délayé , comme la première fois , dans’ une partie du bain : palliez ; couvrez ; entretenez la chaleur, & teignez douze heures après.
- Il ne faut pas regarnir bien des fois une cuve ; une ou deux au plus. Dans le premier cas , la pâtée augmente trop par les brevets , Sc dans l’un Sc l’autre le bain perd de fa couleur verte ; l’indigo rend moins, Sc les couleurs qui en fortent font plus ternes : il vaut mieux vuider la cuve Sc la remonter à
- neuf ; on ne donne de vivacité à aucune nuance fut une vieille cuve.
- Lorfqu’on ajoute de la garance ^ il faut avoir l’attention de l’égrapper à la main, en la mettant dans la chaudière : les uns penfent qu’il eft effentiei de bien laver le fon à plufieurs eaux chaudes , Sc de le preffer avant de le mettre au fond de la cuve ; d’autres regardent ce lavage comme affez indifférent , fur-tout ceux qui font d’avis de faire bouillir le fon , Sc de n’en mettre que le bain décanté , lorfque le marc eft en dépôt : ceux-là veulent qu’on entretrienne toujours la cuve dans un cer-tain degré de chaleur , qu’on augmente pourtant un peu quelque temps avant de la faire travailler; Sc ils foutiennent que ft elle fe refroidit, on court les rifques qu’elle ne vienne plus, Sc qu’elle ne tarde pas alors de paffer à la fermentation putride : ceux-ci trouvent qu’il eft fans inconvénient de laiffer refroidir entièrement une cuve , lorfqu’on doit être un certain nombre de jours de fuite fans s’en fervir, pourvu qu’on laramene enfuite tout doucement au degré de chaleur convenable pour y travailler. Si l’on chauffe trop une cuve , on la retarde indubitablement, Sc l’on s’expofe à la man-uer. Le degré de chaleur le plus convenable eft: e vingt-huit à trente au thermomètre de Réaumur ; il faut qu’elle n’excede le trente-cinquieme en aucun cas.
- On n’a point affigné de périodes pour les pal-lemens ; ils doivent être déterminés par les circonftances ; c’eft tourmenter une cuve Sc troubler fon effet , que de les trop multiplier ; mais ils font bien indiqués toutes les fois qu’on y ajoute quelque chofe.
- Bu Bleu à chaud.
- r
- La maniéré de teindre fur cette cuve , eft la même que celle décrite à l’article de la cuve à froid : on doit prendre les mêmes précautions Sc fuivre les mêmes pratiques. Si l’on n’a pas l’attention de laver les cotons filés , teints en bleu à chaud, au fortir de la cuve, comme on le doit toujours faire des étoffes, c’eft que le prix de la teinture eft évalué fur la nuance de la couleur, Sc qu’elle perd toujours au lavage ; ce bleu eft plus terne ou moins vif que celui de la cuve à froid ; auffi ne teint-on guere à chaud de matières , ou d’étoffes de matières végétales, pour refter en bleu, à moins que les cotons ou fils ne foient deftinés à être mêlés avec des matières d’autres couleurs ; encore ne faut-il pas que ce foit avec du blanc , parce qu’il s’en détache au lavage une eau rouffeâtre qui le ternit ; mais il eft très-bon pour les pieds de noir, Sc pour les matières à former des échantillons Sc varier des deflins en plufieurs couleurs , dans la toilerie Sc la cotonnade.
- On vient de dire qu’on doit toujours laver les étoffes au fortir de la cuve, malgré l’obfervation faite au bleu à froid , Sc même fuivant les Auteurs de cette obfervation , d’après le principe qui y eft établi ; ils penfent que dans la cuve à chaud, la réfîne, tellement unie à la partie colorante extrative, qu’elle femble en faire partie conftituante, fe diffout entièrement ; qu’elle fe fépare des molécules colorantes ; que celles-ci extraites Sc infiniment atténuées , s’incorporent dans la matière à teindre; que la réfîne tenue aéluellement en diffolution , fe reproduit enfuite fous une forme concrète , fans retenir que très-peu des parties colorantes ; qu’elle adhéré feulement à celles qui s’en font échappées ; u’elle couvre en partie celles qui fe font logées ans les pores de la matière ; qu’elle en ter/iit l’éclat ; & qu’il n’y a de temps convenable^ d’en purger l’étoffe ou la couleur , que celui où fon
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- DE VELOURS DE COTON,.
- état de fluidité le permets On pourra fe fonde** mence à bouillir , temps auquel on les abat entié-
- fur d’autres principes , & les beaucoup mieux rement dans la chaudière , ayant feulement atten-
- établir & difcuter ; mais toujours en faudra-t-il tion de les remuer & foulever de moment en mo-revenir à l’expérience ; 8c c’eft d’après les effets qu’on ment avec un bâton , pour que la garance pénétré parie, bien la matière , 8c qu’elle lui donne une teinte égale
- Nous avons fait des recherches 8c quelques ex- par-tout, périences relatives à cet objet , comme à bien On fe fert d’un tourniquet placé au deffus
- d’autres. Mais nos occupations font fi variées , nos de la chaudière pour le garançage des Velours 8c
- travaux fi multipliés, les temps d’obfervations fi autres étoffes, qui s’abattent également au bouillon coupés par une vie aftive, qu’on ne doit pas être du bain.
- étonné de trouver, les faits fouvent mêlés de con- L’évent fe fait en plein air , au fortir de là jedures : on ne difpofe pas des atteliers à fon gré ; chaudière; il remonte la couleur : mais il faut ceux de ce genre fur-tout font encore partie de ces que cette opération, qui confifle à étendre l’étoffe antres du myftere dont nous avons déjà parlé, ou à la feuilleter à grands plis, fi l’efpace manque. Nous fommes éloignés en conféquence de nous fe faffe avec célérité, pour que la couleur foit bien abufer fur le mérite de cet ouvrage , que nous égale.
- fentons être au deffous de ce qu’il pourroit être, En fuivant le procédé qu’on vient de lire pour 8c de ce que nous aurions déliré qu’il fût; mais, le garançage , j’ai fouvent remarqué que la garance, encore une fois, il ne fera pas inutile ; 8c fansautre après avoir été afpirée ou abforbée par l’étoffe , motif que cette confidération , elle fuffit bien pour s’en échappoit ’enfuite en partie , foit dans le bain nous déterminer. même , en bouillant encore après cette incorpo-
- N°. 3.
- Du Rouge de Garance*
- L’étoffe engallée & alunée , fuivant les procédés indiqués, on paffe au premier garançage, qui fefait ainfî.
- Premier Garançage.
- Mettez dans une chaudière une fuffifante quantité d’eau, pour que l’étoffe à teindre y baigne 8c trempe à l’aife ; égrappez la garance à la main dans cette eau, 8c mettez-y-en à raifon de fix onces par livre d’étoffe à teindre, fi c’eft du Velours plein, 8c moins à proportion pour les autres, comme on le dira ci-après ; mettez en même temps l’étoffe dans le bain ; pouffez le feu par gradation , de maniéré que la chaleur augmente pendant deux heures, avant que l’eau bouille ; remuez continuellement l’étoffe dans le bain pendant cet intervalle ; faites bouillir environ un quart d’heure; levez l’étoffe , éventez-la, lavez-la, 8c faites-la fécher.
- f
- Second Garançage.
- Engallez de nouveau l’étoffe dans le déchet ou refte du bain de galle du premier engallage , en procédant de la même maniéré , avec cette différence , qu’ici douze heures de dépôt dans ce bain fuffifent; alunez de nouveau également dans le déchet ou refte du bain d’alun ; procédez en tout comme à la première fois ; 8c à l’égard du temps, comme au fécond engallage, ou douze heures de dépôt dans le bain fuffifent ; garancez comme la première fois ; même dofe de garance, même manipulation , circonftances femblables, & temps égal*
- Si l’on veut un beau rouge fur des matières filées 8c non tiffées, il faut augmenter la dofe de la garance , 8c la porter à livre pour livre de matière; l’étoffe prend moins de parties colorantes ; on ne l’emploie qu’à raifon de douze onces par livre , fur le poids réduit après les premiers apprêts, de pour chaque efpece de Velours indiftindement.
- Voici le poids ordinaire de ces étoffes fortant du métier 8c après les premiers apprêts :les pièces de Velours tirent environ vingt-quatre aunes, 8c pefent fortant du métier, après les apprêts ,
- Le Velours plein de 17 à 18 liv. de 14a 13.
- Le velvet-ret de 14 à 1J de 12 à 13.
- Le cannelé dei2ài4 deioàji.
- Dans l’opération du garançage, les matières filées fe paffent aux bâtons par écheveaux , pour être liLées commodément, jufqu’à ce que le bain com-
- ration , foit au lavage en riviere, fait après l’évent 8c le refroidiffement. J’ai auffi remarqué que fa couleur, en bouillant, devenoit quelquefois plutôt éteinte 8c briquetée, que vive 8c nourrie, 8c qu’on ne pouvoit guere enfuite reproduire l’un ou l’autre, ou l’un 8c l’autre, qu’à l’aide du bois ; 8c il eft fi confiant que ce n’eft pas le bouillon qui fixe en effet la garance , 8c qu’il en ternit même l’éclat, que fi l’on veut avoir un maure-doré nourri, foncé 8c vif, il n’y a qu’à le garancer chaque fois , à double dofe de garance , 8c ne travailler l’étoffe dans le bain que jufqu’au temps où, le feu pouffé, il ell prêt à bouillir ; mais la dépenfe feroit prefqus double,
- * N°. 4.
- Du Maure-doré»
- Le rouge de garance porte naturellement au jaune, & tire fur la couleur de brique. Le maure-doré en eft une nuance rehauffée, nourrie 8c avivée* Il n’eft donc queftion , pour obtenir cette couleur-ci , que d’opérer fur celle-là*
- Pafl'ez l’étoffe, teinte en rouge de garance, fur un bain compofé d’un tiers de lefîive de potaffe, de cendre graVelée ou de foude. Les alkalis végétaux font préférables en certaines circonftances, en ce qu’ils contiennent moins de fer, 8c qu’ils bruniffent moins par conféquent. Lavez bien à la riviere, 8c exprimez l’eau fortement ; alunez à raifon d’une once d’alun par livre d’étoffe , dans un bain chaud , dont un tiers foit du bain de bois de Bréfil ; travaillez l’étoffe dans ce bain, fuivant la pratique de l’alunage, laiffez-y la matière dépofée pendant une heure ou deux ; lavez-la bien au fortir du bain d’alun.
- Repaffez l’étoffe dans un nouveau bain compofé d’un tiers d’eau chaude, 8c de deux tiers du bain du bois de Bréfil ; travaillez-la dans ce bain pendant une heure 8c demie ou deux heures ; relevez* la ; verfez dans le même bain de la leffive indiquée ci-deffus ; rabattez-y l’étoffe ; travaillez-la encore pendant un quart-d’heure ; lavez, 8c faites fécher. Il en eft qui mettent l’étoffe fur le champ en alun, dans l’idée que l’alkali fait trop pourprer la garance , 8c qui n’ajoutent cet alkali qu’au fécond bain de bois, proportionnément à la nuance qu’on veut obtenir : en effet, l’alkali mord fur la garance, 8c ce n’eft que fur le bois qu’il faut qu’il opéré.
- Dans les couleurs compofées, la nuance tient encore plus de la main de l’Ouvrier que des recettes. Celle-ci, la plus en ufage pour les Velours de coton, eft difficile à faifir, 8c rarement bien unie ; il faut fur-tout de l’égalité 8c de la célérité
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- 2.4 L>A RT D U
- dans les opérations. On a recommandé l’ufage des bains chauds, parce qu’on ne fauroit autrement en extraire la couleur.
- N°. 5.
- Des Màrons et Bruns.
- Ces couleurs, ou plutôt ces diverfes nuances de la même couleur, font, de toutes, celles où la faga-tité 8c l’adreffe du Teinturier doivent le plus s’exercer : le tâtonnement montre de l’incertitude , 8c fait douter du fuccès; d’un autre côté, il eft presque impoflible de réulîir fans tâtonner ; il faudroit bien connoître la qualité de chaque ingrédient, pour en juger l’effet ; puis l’influence du degré de chaleur , 8c celle d’une plus ou moins grande accélération dans les diverfes pratiques de manipulation, car tout y concourt. L’impoflibilité de rétrograder force donc d’aller à pas lent, pour arriver au but fans le paffer ; on y procédé de plufieurs maniérés: les uns piétent l’étoffe en gris, c’eft-à-dire , la foncent après un premier engallage , 8c avant le premier garançage; d’autres ne labruniffent qu’entre les deux garançages : nous nous en tiendrons à cette derniere pratique, comme la plus fûre pour parvenir à la nuance qu’on délire.
- Abattez l’étoffe une fois garancée 8c bien lavée, dans un bain d’eau chaude, où l’on a mis de la décodion de noix de galle, par gradation ménagée, pour arriver plus fûrement à la nuance qu’on cherche ; lifez-la dans ce bain; relevez-la fur la planche ; rabattez ; travaillez pendant un quart-d’heure ; relevez ; preffez à la main, 8c laiffez égoutter.
- Mettez dans un bain d’eau froide de la diflolu-tion de couperofe , proportionnément à la quantité de décodion de galle qui eft entrée dans le premier bain où a paffé l’étoffe; travaillez-la dans ce bain ; lavez-la bien après. Si la nuance n’étoit pas allez foncée , il faudroit repaffer l’étoffe dans le bain de galle , 8c dans celui de couperofe , avec les mêmes précautions ; bien laver , 8c mettre au fec.
- C’eft le moment de procéder au fécond garançage , 8c on le fait par les opérations préparatoires 8c indiquées.
- Avivez cette couleur avec du bois deBréfil, ou de la leflive, telle qu’elle eft prefcrite pour le rouge de garance à pouffer au maure^doré.
- Pour avoir une couleur plus nourrie &plus foncée , il faut employer le procédé fuivant.
- Mettez l’étoffe, au fortir du garançage, dans un bain de deux parties d’eau froide, 8c d’une du bain de bois de Bréfil, auquel on ajoute de l’alun dif-fous, à raifon d’une once par livre de matière ; lifez , relevez , rabattez ôc travaillez l’étoffe dans le bain pendant une heure ; relevez, lavez bien , preffez à la main , 8c repaffez-la dans un nouveau bain compofé d’un tiers d’eau chaude , un tiers de bain de bois de Bréfil, 8c peu de bain de bois d’Inde; relevez l’étoffe fur la planche; verfez un peu de leflive dans le bain , pour aviver la couleur ; rabattez, lifez, relevez, 8c faites fécher. On peut encore éviter beaucoup de manipulation, en ajoutant de la couperofe au déchet même du bain de garance, auffi-tôt après le premier garançage , & en y travaillant l’étoffe de fuite. Si l’on veut une couleur de puce un peu violetée , il faut y joindre un peu de bois d’Inde au premier ou au fécond déchet de garance. Dans l’un 8c l’autre cas, il faut retirer le feu , 8c ne plus faire bouillir.
- Une des raifons déterminantes de brunir entre les deux garançages , plutôt que de piéter en gris,
- FABRICANT
- eft que l’acidé de l’alun, attaquant le précipité qu’a formé la noix de galle, diminue l’intenfité de la couleur. Au contraire, dans le paffage du bain de galle à celui de couperofe, il faut, par une allez forte compreffion à la main ou au rouleau, extraire la furabondance de la décodion de noix de galle, 8c la laiffer égoutter , afin que le précipité du fer ne foit pas trop fort, qu’il ne fonce pas trop, qu’il ne tache ni ne craffe l’étoffe.
- A l’égard du bois d’Inde employé dans le dernier bain , comme il brunit beaucoup la couleur, il le faut néceffairement graduer dans la plupart des circonftances.
- N°. 6.
- Du Jaune citron et du Jaune doré.
- t Alunez l’étoffe fuivant la méthode 8c la dofe indiquées ; laiffez-la pendant douze heures dans ce mordant ; lavez-la bien enfuite ; travaillez l’étoffe dans un bain de cinq parties d’eau chaude , 8c d’une partie du bain de gaude^jufqu’à ce que les particules colorantes de la gaude qui nagent dans le bain, fe foient infirmées dans les pores de la matière , ou y adhèrent.
- Rejetez ce bain, 8c paffez l’étoffe fur un nouveau, de quatre parties d’eau, 8c de deux du bain de gaude , auquel on peut ajouter un peu de l’eau du vert-de-gris ; lavez 8c faites fécher ; vous aurez un beau jaune citron, ou jaune clair.
- Il eft préférable , difent quelques Artiftes, d’employer la diffolution du cuivre par l’acide végétal, dans l’alunage même, 8c cela, pour toutes les nuances de jaune , 8c fans doute pour toutes les couleurs qui en dérivent.
- Pour le jaune foncé' ou jaune doré , il faut, après l’alunage , paffer 8c travailler l’étoffe dans un bain de deux parties d’eau chaude , & d’une du bain de bois jaune ; achever la couleur avec de la gaude ; l’affurer par un bain d’eau chaude , dans lequel on a fait diffoudre un peu de vitriol de Chypre ; bien laver l’étoffe , 8c la mettre au fec.
- Suivant la nuance de jaune foncé qu’on veut avoir, on fait cuire le bois jaune avec la gaude, ou l’on emploie le bois jaune feul : les parties colorantes de la gaude , moins foncées 8c plus citrines que celles du bois jaune , diminuent l’in-tenfité du jaune foncé 8c doré de celle-ci.
- N°. 7.
- De l’Olive ordinaire.
- Engallez fuivant la dofe & la pratique connues ; mettez en gris, en graduant l’eau de couperofe dans fon bain fur la nuance de l’échantillon ; lavez bien ; travaillez l’étoffe , pendant une demi-heure , dans un bain de quatre parties d’eau chaude, 8c d’une de bain de gaude ; levez , pour ajouter au bain deux nouvelles parties de bain de gaude; travaillez-y une demi-heure ; levez encore, 8c verfez dans le même bain de la diffolution de vert-de-gris par partie; travaillez autant de temps ; levez , lavez 8c battez.
- Paffez l’étoffe fur un nouveau bain , compofé en grande partie du bain bouillant de trois livres de bois jaune par piece, cuit avec le déchet de la gaude; travaillez-y pendant une heure 8c demie ; ajoutez à ce même bain , après une demi-heure de travail, la diffolution de vert-de-gris ; ajoutez-y encore , après une fécondé demi-heure , la diffolution à l’eau chaude de fix onces d’alun de Rome par piece ; continuez de travailler pendant la derniere demi - heure ; lavez , battez , 8c faites fécher.
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- DE VELOURS
- On voit que c’eft toujours la nuance du pied de gris qui détermine celle de la couleur d’olive ; peut-être que ce pied donné à la couperofe 6c à la chaux , conduirait plus facilement à la nuance qui doit réfulter de l’application de la gaude ou du bois, qu’il affureroit mieux la couleur, & qu’il éviterait quelque manipulation , en tenant lieu d’une partie des acides, par lefquels on a cru la devoir terminer. Comme le bain de gaude eft fujet à tourner à la chaleur, on le fait affez ordinairement au moment de l’emploi, 6c alors on met à peu près une botte de gaude par piece d’étoffe , pour la totalité des opérations qui en exigent.
- N°. 8.
- Du Vzrt.
- Le vert n’eft qu’un compofé du bleu 6c du jaune, que les différentes préparations de ces deux couleurs obligent cependant d’appliquer féparément: l’effet qu’on délire n’en réfulte pas moins ; mais les particules colorantes en bleu ayant la plus grande adhérence à la matière, 6c déterminant toujours l’égalité de la couleur 6c le degré de fa nuance, il convient de les appliquer d’abord. On teint donc la matière de blanc en bleu ; 6c quand c’eft, comme en cette occafion , pour paffer fucceftivement à une autre couleur, on appelle cette opération donner le pied de bleu, piéter en bleu : il n’eft donc plus queftion que de l’application du jaune , d’où procédera le vert.
- Travaillez l’etoffe pendant un quart-d’heure, 6c abattez-la pour refter au moins douze heures dans un bain d’eau chaude , où l’on a fait diffoudre , fur quatre parties d’alun de Rome, une partie de fel de nitre ; travaillez l’étoffe de temps en temps dans l’intervalle de douze heures , pour qu’elle foit également 6c fortement imprégnée du mordant ; dégorgez 6c lavez bien en rivière.
- Pafiez l’étoffe dans un bain chaud de huit parties d eau 6c d’une partie de bain de gaude ; travaillez-y jufqu’à ce qu’il foit prefque décoloré ; levez l’étoffe ; ajoutez au même bain deux nouvelles parties du bain de gaude; rabattez l’étoffe, 6c travaillez jufqu’à ce qu’on voie difpaxôître prefque toutes les parties colorantes de ce nouveau bain ; relevez l’étoffe; paffez 6c travaillez-la fur un bain neuf de parties égales d’eau chaude 6c de bain de gaude , auquel on peut ajouter un peu d’eau de vert-de-gris ; rabattez 6c travaillez-la encore dans un autre bain d’un tiers d’eau chaude 6c de deux tiers de gaude 6c de bois jaune cuits enfemble, à raifon de fix livres de bois par botte de gaude ; lavez 6c battez au fortir de ce bain.
- Paffez enfin l’étoffe fur un bain d’eau froide , dans lequel on a verfé la diffolution faite dans l’eau chaude, d’une once de vitriol de Chypre par piece; travaillez environ une heure ; relevez , lavez, battez, 6c faites fécher.
- Le vert fait de cette maniéré n’eft point encore pouffé à la nuance qui caradérife en général les verts de cuve, 6c l’on ne regarde ces opérations que comme préparatoires : on paffe aux fuivantes , pour achever la couleur.
- Faites chauffer le déchet du premier bain d’alunage qu’on a confervé ; ajoutez-y la huitième partie des drogues dont il avoit d’abord été compofé, Sc lorfque la diffolution en fera faite, travaillez-y l’étoffe comme dans le premier cas, 6c laiffez - l’y repofer deux heures, pendant lefquelles on la travaille trois ou quatre fois ; levez , lavez 6c battez; paffez enfuite l’étoffe,comme en commençant,fur un même bain fucceffivement augmenté de gaude en
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- même proportion , Sc à la fin mettez-y feulement du vert-de-gris diffous.
- Si, après avoir travaillé l’étoffe , fa couleur ne paroiffoit pas encore à la nuance de l’échantillon il y faudroit ajouter un peu de bain de bois d’Inde, en très-petite quantité d’abord, parce que la diffolution du cuivre le porte au bleu ; il eft difficile d’employer le bois d’Inde avec fuccès : il s’incorpore fi rapidement fur l’étoffe, 6c fur-tout quand la couleur eft piétée , qu’on a beaucoup de peine à éviter les inégalités de nuances, 6c les taches. Lavez 6c mettez au fec ; le vert eft achevé , 6c l’on peut fe difpenfer de le paffer encore au vitriol de Chypre , comme quelques - uns le pratiquent.
- Quand on leve l’étoffe d’un bain pour y ajouter quelque chofe , & il faut toujours la lever dans ce cas, il faut bien pallier ce bain avec la main, ou avec un rable , pour étendre également les particules de tous les ingrédiens qui le compofent , avant d’y rabattre l’étoffe. Beaucoup de Teinturiers font dans la perfuafion qu’il faut faire diffoudre 6c délayer le vert-de-gris dans l’eau froide, 6c ils s’y prennent d’avance en conféquence , parce que, de cette maniéré, il eft effectivement long-temps à fe diffoudre : ils laiffent dépofer Cette diffolution, 6c ils décantent le bain avant de l’employer. On a raifon de procéder ainfi , parce que les petites particules vertes qui nageraient dans le bain, s’atta-cheroient fortement à l’étoffe , 6c y feraient des piqûres ou des taches.
- On entend toujours par travailler une étoffe fur un bain ou dans un bain , la lifer , la relever fur la planche, la rabattre , la relifer, 6c ainfi de fuite : il eft plus commode de le faire au tourniquet, quand on peut l’adapter fur les baquets ou autres vafes dans lefquels on opéré. Si ce font; des matières en fils , on les life 6c travaille , les écheveaux paffés aux bâtons, de on les tord à la bille, s’il en eft befoin.
- On efpéreroit vainement de faire un vert égal fur un pied de bleu qui ne le ferait pas. Le bleu manquant d’égalité n’eft plus propre qu’à être pouffé au noir.
- N°. p.
- De V Olive verte.
- L’étoffe piétée en bleu , engallée 6c paffée en gris , comme pour l’olive ordinaire, on la lave bien, & l’on luit en tout le procédé pour le vert : il fuffit que le pied de bleu, pour bafe de l’olive , foit léger 6c clair ; il eft moins coûteux , 6c l’on n’en arrive que mieux à fa nuance. Au lieu de l’eau de couperofe qu’on emploie pour mettre en gris, ou brunir, on peut fe fervir du bain de la tonne de noir , 6c cela , à peu près dans toutes les circonftances ; il eft feulement queftion d’en proportionner la quantité 6c la force.
- On avertit une fois pour toutes, qu’il faut toujours mouiller l’étoffe avant de la faire paffer dans un bain, quel qu’il foit ; on n’en excepte que les engallages Sc les alunages, où, travaillée d’abord , Sc dépofée long-temps enfuite, elle a le temps de s’en pénétrer bien 6c également ; fans cela elle ré-fifte plus ou moins par parties à la pénétration de l’eau, 6c elle fe charge inégalement des fels 6c des parties aftringentes ou colorantes quelconques qui nagent dans ce bain. Il faut auffi éviter que l’étoffe fdit remplie d’eàu ; elle en doit au contraire être extraite par la preffion , ou en tordant, ou en battant. Dans cét état de dilatation , où les pores de la matière viennent de fe vuider Sc font encore ouverts, elle a la plus grande propenfion à l’afpiration,
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- N®, io,
- De la cuve ou tonne de noir.
- Proportion des drogues,
- Couperofe verte, 12 livres.
- Vieille ferraille, 300 c!0.
- Ecorce d’aune, 200d°.
- Eau, cinquante féaux ou lix cents pintes.
- La tonne en bois eft placée affez haut fur des chantiers, pour qu’on puiffe mettre un baquet en avant «3c pardeffous.
- Les Teinturiers different dans l’arrangement de ces drogues ; mais ces différences ne font pas d’une grande conféquence : il fuffira d’indiquer une méthode qui foit bonne.
- Mettez au fond de la tonne cinq à fix pouces de haut d’écprce d’aune ; placez deffus la cou-perofe ; couvrez-la de cinq à fix pouces de nouvelle écorce ; rangez deffus les trois à quatre paniers qui contiennent la ferraille : chargez le tout d’écorce, jufqu’au haut de la tonne, «Sc rempliffez-la d’eau.
- L’écorce doit être feche «Sc brifée en canelle ; on la preffe avec force dans la cuve en l’arrangeant ; les bottes pefent environ vingt livres. Plus la ferraille eft rouillée , mieux elle opéré ; plus elle elt menue, plus il s’y forme de rouille , ôc moins il en faut.
- Soutirez cette tonne pendant fix femaines de fuite, une fois par femaine, ôc à chaque fois rejetez pardeffus le bain foutiré. La tonne eft alors en état, Ôc l’on peut s’en fervir. Quand elle commencera à s’affoiblir, on y ajoutera une quantité de couperofe, moitié de la première ; onfoutirera, ôc l’on rejetera pardeffus pendant quelques jours, au bout defquels on pourra retravailler. Quand elle refufera le fervice une fécondé fois , on la regardera comme ufée. On la démontera ; on lavera bien la ferraille, qu’on étendra enfuite à l’air, afin qu’elle fe rouille ae nouveau , pour redevenir propre au même ufage.
- Du Noir.
- Piétez en bleu , lavez «3c faites fécher : engallez à raifon de quatre onces par livre , «Sc pendant vingt-quatre heures : mettez égoutter. Les uns font fécher ; d’autres ne le font pas : ceux-ci penfent que c’ell un temps perdu , <St ils font de fuite toutes les opérations de teinture. Travaillez enfuite l’étoffe pendant trois heures dans une quantité de bain de la tonne fuffifante pour l’abrever : abattez <5c éventez dç temps en temps dans cet intervalle : relevez enfin , éventez , lavez ôc battez, jufqu’à ce que l’eau forte claire. Le noir fe fait de bien des maniérés ; il eft très - beau par le procédé fui-vant. Au fortir du premier bain de la tonne, don-nez-en un de bois d’Inde : lavez, «Sc redonnez du bois d’Inde, en y ajoutant du vert-de-gris. Réen-gallez fans laver : repaffez en noir : lavez, féchez ; faites un nouveau grillage après avoir broffé. Paffez l’étoffe fur la chaudière à l’eau bouillante : lavez en riviere : battez ; égouttez : ôc engallez ; en obfer-vant d’ajouter a l’ancien bain de galle dont on fe fert, du fumac en même quantité que de la galle la première fois. On y met aufli quelquefois un peu de galle nouvelle : le bain d’engallage toujours employé le moins chaud poffible ; feulement tiede, ôc mieux encore froid. Paffez fuccefîivement à des troifiemes <5c à des quatrièmes bains de galle ôc de noir : donnant toujours le bois d’Inde après, <3c
- FABRICANT
- lavant enfuite ; terminant enfin par un léger bain de gaude très-chaud ; les derniers engaffages fe donnent dans les déchets précédens. On a fupprimé, comme inutiles , 8c la crème de tartre, «Sc le l'avon, ôc l’huile de pied de boeuf, «Scc. qu’on à employés pendant long-temps, ôc que quelques perfonnes emploient encore.
- Pour adoucir encore le noir Ôc le luftrer, il faut, lorfque l’étoffe eft feche, la bien vergeter, la rever-geter encore, en mettant fur la vergette une goutte d’huile d’olive ; renouveler ainfi l’huile goutte à goutte, de deux aunes en deux aunes , pour que tout s’en fente , «Sc qu’il n’y en ait trop nulle part ; Ôc bien fe mettre en garde contre la poufiiere.
- On emploie ordinairement de l’eau commune pour monter les cuves de noir ; l’eau fure , de la petite bierre aigrie , ou toute autre liqueur acidulée feroit préférable. L’eau pure ne diffout le fer que très-lentement quand elle le fumage ; ce n’eft que par le contaft de l’air «Sc l’acide vitriolique qui y eft répandu, qu’il fe rouille fi précipitamment. La limaille de fer qui ne paroit point fe diffoudre dans de l’eau pure, fe diffout très-bien dans l’acide végétal, d’où l’on peut préfumer que , joint à l’acide vitrolique de la couperofe, ils ont enfemble plus d’adion pour opérer cette diffolution.
- L’eau fure fe fait en verfant de l’eau bouillante fur quelques boiffeaux de fon, mis au fond d’une tonne, qu’on recouvre enfuite: il s’y établit une fermentation qui tourne à l’aigre fur le champ.
- La plus vieille féraillle, celle qui a le plus paffé à la forge , «Sc qui 'eft travaillée le plus menu, comme on l’a déjà obfervé , eft la meilleure. Pour la laver au fortir de la tonne de noir, on la met dans un tonneau, au travers duquel, de fond en fond, paffe un axe foutenu par des appuis, fur lef-quels on le tourne : par ce frottement violent, Ôc à force d’eau, elle fe dégage très-bien du dépôt limonneux dont elle s’eft chargée dans la cuve.
- Plus le pied de bleu eft fort, plus fa nuance eft foncée ; plus aufli le noir eft beau, «Sc mieux il fe foutient. Mais comme c’eft le bleu qui renchérit cette couleur, on ménage quelquefois fur fa nuance. On voudroit réparer cela, en forçant du bain de la tonne, de couperofe , de bois d’Inde : de-là vient que l’étoffe rougit quelquefois à l’ufage, «S! même qu’elle eft brûlée.
- Il eft prefcrit d’éventer de temps en temps au bain de noir ; cette opération eft des plus effen-tielles ; elle doit être faite promptement , également , à grands plis, & mieux encore fur le pré à chaque fois : d’où l’on voit qu’il eft effentiel d’avoir fon attelier de teinture en noir près d’une prairie «Sc d’une riviere. L’air frappant les couleurs au fortir du bain, les remonte, ôc les porte par cette aftion fouvent répétée , toutes chofes égales d’ailleurs, au dernier degré d’intenfité.
- Le lavage en riviere après chaque bain de noir, n’eft pas moins mportant. Il faut battre l’étoffe fur le radeau , après l’avoir tirée à menu de la riviere, où on la rejette dabord : la fouler aux pieds avec des fabots : la rejeter ; Ôc la tant laver «Sc purger, que l’eau en forte toujours claire. Elle en alpire beaucoup mieux la galle , «Sc les parties colorantes ; ôc la beauté du noir en dépend abfolument.
- Le fumac qui fert au fécond engallage , a moins d’effet ; mais il eft moins cher , «5c il joint à cet avantage celui de donner plus de douceur que la galle.
- On ne doit pas oublier de rejeter fur la tonne de noir tous les déchets du bain qu’on en a tirés, «Sc dans lefquels on a paffé ôc travaillé l’étoffe.
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- N°. il.
- Gris de maure, de fer , d'ardoife , & autres à pied de bleu.
- Le pied donné à la nuance convenable, & l’en-gallage fait à raifon d’une once par livre de matière , avec plus ou moins de travail 6c de temps , l’étoffe bien égouttée , on la paffe dans un bain d’eau claire , auquel on a ajouté de l’eau de cou-perofe en quantité indéterminée : on la leve , pour ajouter à ce bain de celui de bois d’Inde; on rabat, Travaille ,leve ,lave, & met au fec ; la couleur eft finie.
- On peut aufii fubllituer ici du bain de la tonne de noir à l’eau de couperofe ; mais on n’en fau-roit déterminer la quantité à employer à la fois; l’ufage, beaucoup d’agilité 6c d’adrefîe fervant mieux que les procédés.
- Si, en augmentant peu à peu d’ingrédiens, de temps 6c de travail , pour atteindre à la nuance qu’on cherche, il arrivoit qu’on paffât outre , il faudroit dégrader dans un bain d’eau chaude pure ou d’alun ; 6c fi l’un ni l’autre n’amenoit la couleur à la nuance qu’on délire, il faudroit y ajouter de l’huile de vitriol, qui détruiroit la couleur fécondé ; on procéderoit de nouveau fur le pied de bleu ; mais on évite tout ce travail, en deftinant alors la piece trop fortement nuancée à une couleur plus rembrunie.
- N°. 12.
- Des Gris ordinaires.
- Cette couleur eft facile à faire ; mais les nuances Variées à l’infini font difficiles à faifir : on emploie des feuilles de rédoul ou de fumac , pour tenir lieu de noix de galle dans la première préparation ; 6c cette forte d’engallage fie fait à la maniéré ordinaire , en proportionnant la dofe, le travail 6c le temps à la nuance.
- L’étoffe paffée au favon, lavée 8c dégorgée en riviere , paffée enfuite fur un bain léger a’huile de vitriol, relavée 8c dégorgée , d’abord à l’eau chaude, puis à la riviere, 8c bien battue , on lui donne un peu de bois d’Inde dans un bain d’eau chaude ; on le met par petites quantités : le mieux feroit cependant d’en étendre fur le champ celle convenable ; de braffer le bain, de le bien mêler, 8c d’y travailler l’étoffe rapidement 8c toujours également, parce que le bois d’Inde fe dépofe incontinent.
- On leve la piece fur la planche ; on difpofe un bain d’eau fraîche dans un autre baquet ; on y verfe du bain de la tonne de noir, en petite quantité , fuivant fa force, 8c la nuance à donner : on finit la couleur deffus fans laver , à moins qu’on eût outre-paffé la nuance. Le rédoul ou fumac, beaucoup plus foible que la noix de galle , n’en convient que mieux pour les gris blancs, les nuances délicates 8c pâles : après l’ufage de ce tan , on emploie quelquefois la gaude.
- DES COULEURS EN FAUX TEINT.
- On ne donnera pas de définition du grand ou bon teint, ni du petit OU faux teint ; on en eft rebattu, fans en être plus inftruit. Ces définitions, ces diftinétions tiennent à l’analyfe des parties conftituantes ou fortement adhérentes, à l’explication des caufes 8c à l’hiftoire des faits intermédiaires , d’où fortent les derniers réfultats : c’eft la théorie de la teinture; mais tout nous manque
- ? DE COTON. z7
- fur cette matière encore neuve 8c intaffe. L’un des Arts les plus curieux 8c les plus utiles n’eft encore exercé qu’en tâtonnant ; 6c un édifice aufli brillant manque abfolument de bafe. On devra beaucoup fans doute à la Société qui, peinée de ce vuide immenfe dans les Arts , chercha à tirer celui-ci du néant, en confacrant généreufement une fomme pour prix des idées les plus faines, des chofes les mieux vues, 8c des recherches les mieux faites, relativement à la teinture confidérée comme Science 6c comme Art.
- Chargé par cette Société d’être fon organe auprès de l’Académie Royale des Sciences de Paris, j’avois d’abord propofé de fa part la queftion dans toute fon étendue. Cette Compagnie trouvant le plan trop vafte, parce qu’il exigeoit des obfervations, des recherches 6c des travaux confidérables, pro-pofa de divifer la matière par queftions détachées. Je rédigeai un nouveau programme, 8c YAnalyJe de VIndigo , fur laquelle le prix a été adjugé en 1777 , fut la première queftion, 6c le fruit du zele 8c de l’amour de cette Société pour l’Art de la Teinture.
- On ne multipliera pas plus les procédés dans cette claffe que dans la précédente. En décrire beaucoup, pour dire enfuite que tel eft meilleur, 6c tel moins bon , ce feroit groftir cet Ouvrage, fans le rendre plus utile. D’autres auront d’autres recettes ; quelques-uns peut-être en auront de préférables ; celles-ci font fûres du moins ; 6c je les tiens pour excellentes, fi elles déterminent quelqu’un plus inftruit à en publier de meilleures.
- Qiïbi qu’il en foit, on doit nous favoir quelque gré de nos efforts pour arracher ce voile, qui, à un très-petit nombre près d’initiés, couvre toujours un fanâuaire inabordable.
- N°. 1.
- Du Cramoifi de bois , & MaUre*doré faux*
- La piece de Velours en blanc 6c abrevée, fê paffe fur un fort bain de rocou ; ôn la travaille rapidement pendant une demi-heure , plus ou moins; on la lave bien en riviere, 8c on lui donne le même engallage qu’au Maure-doré.
- Preffée 6c égouttée, on lui donne un bain très-chaud de deux tiers de fernambouc, 6c d’un tiers d’eau pure ; on l’y travaille pendant trois quarts d’heure ou une heure; on la leve fur la planche; on en exprime le bain, en faifant toujours attention qu’il n’y refte pas de faux plis , ni qu’en la travaillant fur le bain elle ne s’enroule pas, mais qu’elle foit au contraire toujours tenue au large ; on étend de la compofition dans un bain d’eau pure 6c froide , qu’on braffe bien 5 on y travaille l’étoffe. Au fortir de la compofition, on la repaffe immédiatement fur le premier bain de bois , 6c ainft trois fois de fuite alternativement ; on répété trois, fois ces trois opérations alternatives fur un nouveau bain de bois, 8c toujours fur le même de compofition : définitivement on fait un bain neuf de bois comme le premier, 6c l’on y achevé la couleur, fi elle fe trouve allez foncée, ou on la retraVailleroit encore fur la compofition , mais en la terminant toujours par le bain de bois, On fait fécher fans laver.
- Pour le Cramoifi violent, il eftlnutile d’employet le rocou ni la galle » on commmence par le bain de bois, 6c fucceffivement 6c alternativement celui de là compofition. Cette couleur , toute fauffe qu’elle eft , eft une des plus folides de celles en faux teint ; l’air ne l’âltere qu’à la longue, Gommé la plupart de celles de ce genre, elle s’avive plutôt qu’elle ne perd aux acides , 6c elle ne craint riefl tant que les «dkalis* Il eft uès-difficiledé tendre
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- i8 L’A R T D U F
- unies les couleurs qui demandent beaucoup de chaleur & plufieurs bains pour les former ; celles fur-tout qui proviennent des végétaux , dont la partie colorante extraftive s’échappe, & adhéré rapidement 8c avec facilité, comme la plupart des bois 8c des plantes. En général, celles qu’on tire des racines, plus adhérentes, plus élaborées , fem-blent être plus difficiles à extraire , 8c avoir plus de fixité. A travailler cette couleur de fuite, il faut environ cinq heures en tout pour la compofer.
- Procédé de la compofetion.
- A B R I C A N T
- Acide nitreux.
- Sel ammoniac.
- Eau commune.
- Etain fin, filé ou en grenaille.
- 1 livre. 4 onces. 8 onces.
- 2 onces.
- La diffolution doit être faite lentement, en mettant l’étain par petites parties, à mefure qu’il fe dilfout. On fuppofe l’eau forte très-concentrée , ou il en faudroit augmenter la dofe, 8c diminuer celle de l’eau commune.
- N°> 2,
- Du Violet ordinaire.
- On débute par un pied de gris très-foncé, après lequel on lave bien : on travaille enfuite l’étoffe dans un bain de bois d’Inde très-fort 8c très-chaud ; 8c comme pour le cramoifi, alternativement 8c fuc-ceflivement dans le bain de compofition. Pour avoir un beau Violet très-foncé, il faut, après les premières nuances , laiffer fécher Fétoffe , 8c la travailler fur la couleur avec de nouveaux bains, comme la première fois. On en a travaillé avec un pied de bleu ; mais il n’embellit, ni il ne rend plus folide la couleur, parce qu’il eft toujours léger en comparaifon de la nuance, ou qu’il coûterait trop cner,
- N°. 5.
- Du Chamois.
- Travaillez l’étoffe pendant demi-heure dans un bain d’eau chaude qu’on a braffé, après y avoir verfé deux verrées de bain de rocou pour une piece; relevez ; ajoutez au bain trois à quatre pintes d’eau de rédoul, ou moitié moins de la décodion de noix de galle; rabattez 8c travaillez l’étoffe un quart ou une demi-heure; levez, lavez 8c battez ; pallez fur un nouveau bain d’eau chaude, où l’on a mis quatre pintes du bain de gaude ; lavez , 8c faites fécher.
- Pour le ventre de biche, on donne le premier bain comme au Chamois , 8c l’on paffe enfuite l’étoffe fur un fécond bain d’eau pure, où l’on a verfé de la diffolution d’alun à raifon de fix onces par piece ; travaillez une demi-heure ; dégorgez , battez 8c mettez fécher : la couleur eft faite.
- N°. 4.
- Du Ponceau.
- Cette couleur, celle de cerife, de feu , de rofe, 8c les diverfes nuances de ce genre , fe font avec la fleur de carthame , ou fafran bâtard , connu fous le nom de Jafranum ; 8c comme la plus grande partie du travail confifte dans les préparations préliminaires de cette fleur, on commencera par les décrire.
- Mettez le fafranum en l’état où il fort de chez le Droguifte, dans un, fac de toile ; jetez ce fac
- que temps ; laiffez-le fe détremper ainfi encore pendant vingt-quatre heures ; foulez de nouveau, 8c lavez-le tant qu’enfin l’eau en forte claire.
- L’eau rouffe qui s’échappe dans le lavage provient de la partie jaune du fafranum , diffoluble à l’eau, 8c dont il le faut purger , pour que la partie qui colore en rouge conferve tout fon éclat. Cette derniere partie réfide dans une fubftance ré-fineufe, 8c n’eft diffoluble que par les alkalis ; elle s’extrait ainfi.
- Mettez le fafranum, lavé 8c prefque réduit en pâte, dans un grand vafe où l’on puiffe aifément le fouler aux pieds par petites parties; faupoudrez à mefure cette matière de la meilleure cendre gravelée pulvérifée ; au défaut de cendre gravelée, on peut fe fervir de potaffe ; 8c faites-en le plus parfait mélange poftible, à raifon d’une livre de cendre fur quinze de fafranum ; leffivez jufqu’à ce que les fels, qui tiennent en diffolution les parties colorantes du farfanum , les aient toutes entraînées. Cette leffive eft le bain du fafranum.
- Avant d’en faire l’application , il faut piéter la couleur en rocou par degré , pour arriver à la nuance qu’on veut donner au pied, laver 8c avifer cette nuance dans un bain d’eau claire où l’on a étendu de l’eau d’alun , jufqu’à faire affez fentir cette faveur fur la langue, 8c enfin bien dégorger & laver en rivière.
- On prépare le bain de fafranum , en verfant deffus de la diffolution de crème de tartre , qu’on préféré au jus de citron , jufqu’à ce qu’on ait vire le bain , c’eft-à-dire, que de jaune rougeâtre qu’il eft, il devienne cerife ; braffez-le bain ; paffez de travaillez-y l’étoffe , jufqu’à ce qu’elle tire de la couleur, ou qu’elle foit à la nuance cherchée : ft ce bain ne peut la lui procurer, paffez-la fur un fécond femblable , 8c fur plufieurs autres encore, fi les premiers ne fuffifent pas , obfervant de laver entre chaque bain, 8c de faire féçher même une fois ou deux, pour en mieux juger.
- On trouve que la crème de tartre développe mieux que le jus de citron la partie colorante au fafranum ; elle donne à la couleur un air plus vif, plus nourri , 8c elle fe foutient mieux à Fait.
- Les bains de fafranum ne doivent fe faire qu’au moment de les employer, 8c encore faut-il mettre beaucoup de célérité dans les opérations , parce qu’ils perdent auffi-tôt de leur couleur, 8c qu’ils finiraient par la perdre entièrement. Il faut auffi les faire 8c les tenir toujours à froid ; la chaleur décolorerait le bain viré ou rougi par l’acide végétal. Ce n’eft qu’au moment de l’employer qu’on peut l’échauffer fans rifque , 8c Fon y eft néceffité par le mélange du bain de crème de tartre , laquelle fe criftalliferoit bientôt, fi le bain qui la tient en diffolution fe refroidiffoit.
- Les autres couleurs à nuances moins foncées que le Ponceau , 8c qui fe tirent également du fafranum, reçoivent aufîi un pied de rocou ; le rofe même , qui en devient plus vif 8c moins bleuté ; mais il faut que ce pied foit très-léger : elles s’exécutent du refte, en fuivant le même procédé ; il n’eft queftion que de varier les dofes, de moins forcer, 8c de moins multiplier les bains.
- Voici un procédé qui m’a paru plus expéditif, 8c dont je fuis également fur du bel effet. Dans le même fac où le fafranum a trempé en riviere, 8c où il fe trouve très à l’aife , à un quart de fa continence , par exemple ; moins il y en a , mieux l’opération fe fait ; mettez une once de potaffe ou cendre gravelée par livre de fafranum pulvérifé ;
- mêlez,
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- mêlez , ballottez bièn le tout enfemble ; mettez ce fac dans un baquet très-propre, qui n’ait fervi à aucune matière colorante, autre que celle-ci; mettez-y de l’eau à raifon d’un feau par livre de fafranum ; laiffez-y tremper le fac ; macérez, foulez, preffez-le, pour que la partie colorante fe diffolve & s’échappe ; au bout de deux heures de travail le bain eft allez chargé. Dans une petite chaudière de huit à neuf féaux d’eau , mettez neuf livres de crème de tartre, qu’il faut faire bouillir jufqu’àce que la crème foit en dilfolution : prenez un ba-quet très-propre ; mettez-y cinq féaux de la lelfive de fafranum , & deux ou environ du bain de crème de tartre. Quand on apperçoit que ce mélange commence à bouillonner, on pallie fortement le bain ; on difpofe aulfi-tôt la piece fur un moulinet pofé au delfus du baquet ; on la palfe rapidement fur le bain , en la tenant toujours bien au large ; & quand on l’a ainlî palfée lîx ou huit tours , toujours en nombre pair, 8c ainli de toutes les opérations femblables , pour que les deux extrémités de la piece foient également atteintes de la couleur, on la releve fur la planche , 8c on la rabat dans la chaudière à autant de reprifes différentes que fur le tourniquet ; en obfervant de retourner la piece à chaque fois, pour que le bout qui eft forti le dernier de la chaudière y rentre le dernier*
- Pendant ce temps-là, le fafranum trempe toujours dans fon bain, où l’on a remis autant d’eau qu’on en a tiré ; le macérant, agitant, foulant également de temps en temps.
- On paffe à un fécond bain comme le premier ; on y travaille l’étoffe de même ; 8c fî la couleur n’eft pas à la nuance requife, on fait un troifieme bain, un quatrième même, s’il eft néceffaire.
- On fait fécher à l’ombre, en étendant la piece bien également, parce que les parties qui féche-roient plus promptement fe coloreroient différemment , 8c feroient tacher, onder la couleur, ce qui arrive encore quand il y a des courans d’air qui frappent plus en des parties qu’en d’autres. L’étendage, par cette raifon , demande un foin particulier; fur des perches, où, par le moindre attouchement d’un point quelconque fur lequel l’étoffe fécher oit, elle fe tacheroit : il faut donc tendre des cordes dans la fécherie , par longueurs horizontales 8c rapprochées, y accrocher l’étoffe , en allant 8c revenant ; ou fur la même longueur, ce qui feroit mieux, fi la fécherie eft affez étendue, en les foutenant de diftance en diftance , ou enfin difpofées en volute , pour éviter le retour , ou efpece de plis de l’étoffe qui empêche toujours la parfaite égalité du féchage : on l’accroche à ces cordes par la lifiere avec des épingles, 8c elle- fe ieche ainfi , pendant verticalement fur fa largeur*
- N°.
- du Capucine,
- Il fe fait fur le même principe que le ponceau , avec la différence qu’il y faut employer plus de rocou, 8c moins de fafranum.
- N°, 6.
- du Bleu et du Vert de eois d’Inde»
- Travaillez l’étoffe dans un bain de bois d’Inde , où l’on a Verfé deux onces de vitriol de Vénus, 8c quatre onces de diffolution de cuivre par l’acide végétal : le bleu fera fait.
- Le vert fe fera également d’un feul jet, dans un même bain de bois d’Inde & de vert-de-gris, auquel on ajoutera du bain de bois jaune, à pro-
- portion de la nuance à faire. Ce procédé n’eft bon que pour les matières en fil. La couleur trop foible 8c même un peu livide ne conviendroit point aux étoffes , à moins qu’on ne Voulût un gris bleuté. Il n’y a que les Anglois qui teignent des Velours dans cette couleur ; mais parmi d’excellentes chofes, il n’eft drogues qu’ils ne faffent; tout eft bon fans doute, puifqu’ils le débouchent ou le confomment,
- N°. 7.
- du Blêu et du Vert de Saxe ou de Chine.
- Compojîtïon.
- Acide Vitriolique très-concentré, 8 parties.
- Antimoine pulvérifé t
- Indigo flore pulvérifé à ajouter quand la diffolution fera faite i
- Mêlez, agitez 8c laiffez digérer pendant vingt-quatre heures fur un bain d’eau chaude mife dans un baquet ;\ verfez de la diffolution d’indigo, 8c palliez bien ; ajoutez-y moitié autant que de com-pofition, de l’eau de foude chargée à porter l’œuf; braffez encore ; travaillez l’étoffe dans ce bain, jufqu’à ce que la couleur foit portée à fa nuance ; lavez , 8c battez bien.
- Le vert fe fait en paffant l’étoffe de ce bleu dans un bain de bois jaune t lavez , dégorgez Sc battez, jufqu’à ce que l’eau forte claire , 8c que l’acide ne fane aucune impreffion. On a l’expérience que cet acide mal extrait d’abord d’une étoffe où il a fervi d’intermede à la couleur , s’y concentre toujours davantage, 8c finit par lia brûler entièrement. Faites fécher,
- N°. 8,
- Du Bleu et du Vert de Prusse,
- Décolorez une livre de bleu de Pruffe avec une fuffifante quantité d’alkali fixe marin , en faifant bouillir le tout enfemble ; paffez dans ce bain l’étoffe qu’on a foiblement alunée avant : quand elle paroîtra bien égale , paffez-la dans un nouveau bain d’eau , où l’ou aura mis de l’acide marin jufqu’à piquer un peu la langue, prefque autant que du vinaigre ; lavez, 8c battez bien. Pour le vert, on paffe fur le bain de bois jaune, comme à l’ordinaire.
- La couleur bleue ne fe développe point par le mélange del’alkali fixe, qui diffout cependant la matière & l’étend dans le bain ; ce bain fe colore en jaune fauve, 8c ne donne pas d’autre nuance à l’étoffe ; mais il fuffit qu’elle y fôit appliquée également. C’eft l’acide qui développe le bleu , 8c qui lui donne de l’éclat.
- Les procédés du bleu 8c vert de Saxe 8c de Pruffe qu’on vient de décrire, ont été fuivi pendant long-temps; mais la couleur étoit fouVent foible , terne 8c mal unie : elle eft plus vive 8c plus nourrie par le procédé fuivant, applicable à l’un 8c à l’autre,
- Compofîtion.
- Sur du beau bleu de Pruffe pulvérifé 8c paffé au tamis très-fin, mis dans un vafe de faïence en dofe indéterminée , mais à raifon d’une livre par piece d’étoffe, verfez de l’acide marin , jufqu’à ce que la matière vienne en confiftance de firop ; remuez toujours,lors de la fermentation,pendant environ une demi-heure; délayez bien, 8c remuez encore d’heure en heure pendant une journée , jufqu’à ce qu’enfin on n’apperçoive plus de fermentation, que la divi-
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- L’ART DU FABRICANT
- (ion des parties entre elles foit très - grande, & que leur union avec l’acide foit intime. On emploie l’acide marin de préférence à l’acide nitreux , parce qu’on a reconnu qu’il attaquoit moins l’étoffe, & qu’il donnoit une couleur plus
- vive.
- Dans un baquet plus étroit que les baquets ordinaires , 8c plus évafé par le haut, de deux pieds de diamètre par bas, & deux pieds 8c demi précipitation du bleu, par haut, de hauteur égale à fon évafement ; mettez fept à huit féaux d’eau pour une piece de Velours; ajoutez-y de la compofition qu’on a bien délayée avant avec de l’eau , dans un vafe à part ; verfez-la dans le bain à travers un tamis bien fin ;
- 8c aufli-tôt que la piece eft difpofée fur le tour-
- Pulvérifez le tout ; mettez-le dans un creufet , 8c donnez un feu gradué, jufqu’à ce que la matière , réduite en pâte, ne fume plus, & foit également rouge ; jetez-la alors par cuillerées dans trois pintes d’eau bouillante ; coulez cette leiTive , 8c mêlez-la avec une diffolution chaude de huit onces d’alun, 8c de deux onces de vitriol de Mars ; remuez bien ce mélange avec un bâton, pour accélérer la
- Réflexions générales fur la teinture.
- On fuit dans quelques atteliers, avec plus ou moins de différence, les procédés qu’on vient de décrire. Il n’en eft pas moins à préfumer qu’il y a
- niquet placé au deffus du baquet, palliez fortement fouvent des manipulations fuperflues, 8c quelque-le bain, 8c abattez promptement, travaillant avec fois des ingrédiens inutiles. Les couleurs primitives , le plus d’aêfcivité qu’il eft poffible pendant une, 7/y —— »>- ^ —
- deux, trois heures, en paffant la piece fucceflive-ment du tourniquet à la planche, 8c de la planche au tourniquet.
- Comme le bleu de Pruffe n’eft réellement pas diffous, qu’il n’eft que très-atténué , 8c qu’il a du poids, il le dépofe rapidement fur la matière , 8c toujours en plus grande quantité fur la première qui fe préfente ; il en réfulte que la couleur eft d’abord ondée 8c fouvent placardée , quelque foin qu’on prenne : on ne doit point s’en étonner; il
- le jaune , le rouge 8c le bleu font la bafe de toutes les couleurs : elles peuvent être le réfultat d’une combinaifon faite par la Nature ; mais elles font fimples à l’égard de l’Artifte ; il ne les fait pas , il les extrait, il les tranfmet , il les fixe ces trois couleurs, 8c elles feules combinées varient enfuite le tableau de toutes les couleurs de la Nature , dont l’Art peut concevoir 8c tenter l’imitation.
- Qu’on place le jaune avant le rouge , & le rouge avant le bleu , en fuppofant la première couleur plus fimple , 8c les fuivantes plus compo-
- faut cependant éviter ces accidens le plus qu’il eft fées, c’eft fe fuppofer être inftruit de la marche de
- poffible ; travailler & retravailler l’étoffe; laver avec le bain même les parties trop atteintes ; retravailler tantôt un bout le premier , tantôt l’autre ; faire Pécher enfin; retravailler de nouveau , toujours le plus également 8c le plus promptement ; faire fé-cher encore une fois, s’il en eft befoin, 8c retravailler encore , jufqu’à ce que la nuance foit au point qu’on la défire , 8c que la couleur foit bien unie : c’eft la couleur pour laquelle il faut un Ouvrier des plus exercés. On lave l’étoffe entre chaque fec ; on la bat $ il faut, en toutes fortes de bains, que l’étoffe y foit toujours paffée bien hu-
- la Nature , pour la compofition de ces couleurs ; 8c perfonne ne fait pour laquelle elle fe met le plus ou le moins en travail. Quel que foit le fyftême le moins fyftême, c’en eft toujours un ; 8c quoique les Arts foient fouvent éclairés par des fyftêmes, il ne paroît pas que l’Art de la Teinture puiffe tirer un grand avantage de celui-ci ? puifque le Teinturier eft toujours obligé de confidérer, par rapport à lui, comme fimple en foi, 8c élémentaire à l’égard de toutes les autres , chacune des trois couleurs dont on vient de parler.
- Ces trois couleurs peuvent être graduées infen-
- meffée ; feche , elle ne fe pénétreroit qu’avec beau- fiblement du blanc au noir , par une multitude de coup de peine, 8c toujours très-inégalement. Dé- nuances. Il y a deux moyens pour opérer cette finitivement on ne lave point, on fait fécher à la gradation : l’un d’unir à une couleur fimple, une rame, au grand air, au foleil ou à l’ombre, pourvu couleur fimple, ou plus ou moins compofée ; il que la piece foit bien étendue. Pour paffer au vert, naîtra de ce mélange, dont la pratique indiquera les on alune la piece encore mouillée de fon bleu , 8c dofes , une nouvelle nuance qui pourra faire partie on la paffe au bain jaune de gaude, en plus ou de la gradation dans telle ou telle couleur. Cette moins grande quantité , fuivantla nuance. La gaude idée a du fe préfenter d’abord : le fuccès l’a fixée; eft plus vive que le bois , qui fonce davantage , & la pratique en eft devenue générale : elle a néan-mais qui ternit un peu la vivacité du bleu. Si moins beaucoup d’inconvéniens. La réuffite tient l’on vouloir un vert tendant à l’olive, le bois feroit au tâtonnement : les manipulations font plus mul-préférable. Faites fécher au grand air comme le bleu, tipliées ; la quantité des ingrédiens colorans, tou-Cette couleur, une des plus belles que l’art puiffe jours chers , plus confidérable ; &, à prix égal, la
- folidité dans la couleur toujours moindre. Il faut fans doute mélange de couleurs , lorfqu’il eft quef-tion de produire une couleur nouvelle 8c compofée; encore cela n’eft-il pas toujours abfolument nécef-faire ; mais peut-être aufli n’eft-il jamais abfolument nécelfaire de faire ce mélange, lorfqu’il n’eft question que de varier les nuances d’une même couleur ; & c’eft plutôt de cette idée'plus réfléchie qu’on a tiré
- produire , eft inaltérable à l’air 8c à toutes fes intempéries , lorfqu’elle eft bien faite : j’en ai expofé ainfi des échantillons pendant fix mois de fuite; elle a remonté pendant long-temps ; elle a enfin peu perdu. Les acides ne lui font pas contraires ; le débouilli même à l’alun ne l’altere que foibie-ment ; mais la pouftiere, le frottement fur le dos des plis, la ternit bien-tôt, 8c le moindre attouchement de quelque liqueur alkaline, la décompofe l’autre moyen. On fait que les acides portent au fur le champ. rouge, & que les alkalis font tendre au vert : on fait
- Le bleu de Pruffe fe trouve dans le commerce que les uns ou les autres, pris dans les différens en pâte durcie 8c caftante, à peu près comme régnés, ont des effets très-différens ; on fait que l’indigo ; mais comme il coûte fort cher , & qu’on ces effets varient beaucoup plus encore, lorfque le peut faire par-tout, j’en vais donner le procédé les fels tiennent des métaux en diffolution , 8c qu’ils d’après M, d’Apligny , le plus fimple 8c le meilleur dépendent 8c de la nature du métal, 8c de la quantité
- qu’on connoiffe. ----—- n ~~
- Sang de bœuf fec 8c réduit en efpece de petites écailles, 3 onces.
- Tartre rouge, 3
- Potaffe, 3
- Salpêtre de la fécondé cuite, 1 f
- qui y eft répandue. Peut-être ne tient-il qu’à l’emploi de ces fels, d’avoir toutes les nuances qui dérivent des couleurs primitives. Peut-être ne tient-il qu’à l’emploi de tel ou tel métal, diffous dans ces fels, en bain préparatoire, ou dans celui même de la couleur, de les affurer toutes,
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- DE V E h O U R
- J’ai vu dans l’attelier de teinture pour les tapif-feries aux Gobelins, des gradations de nuances pouffées depuis le gris-de-lin le plus tendre, juf-qu’au violet le plus fombre depuis le rofe le plus pâle , jufqu’au cramoilï le plus foncé ; depuis le ventre de biche le plus clair, jufqu’au brun le plus obfcur. J’y ai auffi vu la férié des échantillons matrices des pieds à la cochenille ; on m’a alluré que, fans l’emploi d’aucun bain de bruniture , ôc par le feul effet des fels, on les avoit tournés ôc poulfés à la nuance qu’on obfervoit. Je crois feulement qu’à l’égard des cramoilis, au lieu de cuve de bleu, on emploie le cobalt diffous par l’eau régale. Ce qui paroît clair, c’eft qu’on y regarde comme inutiles une infinité de pratiques, d’ufage ailleurs, & qu’on y fait prefque toutes les couleurs de fuite ôc dans la chaudière même. Peut-être peuvent elles s’exécuter tou-tes,ainfi fur le Coton comme fur la laine. Tant de cuves ôc de bains préparatoires entraînent dans des dépenfes & des longueurs , auxquelles on obvieroit peut-être par des bains faits au befoin fur le champ, la matière à teindre fuppofée imprégnée des métaux diffous, ou fouvent en étendant feulement les diffolutions de fels fucceffivement dans le même bain. On y penfe que la cuve de noir fur-tout eft fuperflue, & que la rouille de fer peut fe fuppléer avantageufement par la diffolution du vitriol de Mars , la décodion d’écorce d’aune , de fumac, &c. ôc quvon peut achever de foncer le noir par une forte décodion de bois d’Inde ; qu’il en eft beaucoup plus doux, auffi beau ôc auffi folide, même furie Velours de coton, fans courir aucun rifque de le brûler. Je conviens que le noir fera plus doux, ôc qu’on fera moins expofé à brûler l’étoffe ; mais jufqu’à des connoiffances plus étendues, qui nous amènent à en juger différemment, nous trouvons
- S DE COTON; jr
- la prétention d’ailleurs mal fotldée quant au Velours de coton. La tonne élabore mieux le fer ; le noir en eft plus beau, plus nourri, plus noir enfin.
- Toute couleur en rouge de garance peut fans doute fe faire toujours en une feule fois, quant' à l’emploi de cet ingrédient colorant; ôc peut-être» ne dépend-il que d’un fiel de la fixer parfaitement, ôc en même temps de l’aviver.
- La carrière eft vafte ; mais elle eft ouverte aux Artiftes : il feroit bien à délirer qu’ils tournaffent leurs vûes du côté de l’analyfe de ces fels , dont lo travail eft refté jufqu’ici bien imparfait, ôc qu’ib s’enfuivît celle des fubftances métalliques, pour en * déduire les différens effets de ces fels, fur celles de ces fubftances applicables en teinture, dont les idées a peine apperçues , loin que le travail en foit encore ébauché, furent cependant mifes en pratique par les Anciens, à en juger par l’Art, recouvré de nos jours, de colorer le verre : vraifemblablement par les Indiens, fi, après un grand laps de temps , leurs couleurs , dont les plus belles font imitables, ôc ne font fouvent imitables que par des diffolutions métalliques, rongent en effet le tilfu des toiles comme les acicles corrodent les métaux : & certainement par Pierre Gobelin , le premier peut - être parmi nous qui ait imaginé d’employer la diffolution des métaux dans les acides minéraux, pour affiner les couleurs en teinture, ôc les rendre plus éclatantes. S’il ne naiffoit pas de ces recherches une plus grande Variété de couleurs que celle que nous poffédons, il en fortiroit du moins les moyens les plus furs de les fixer ; ôc il pourroit très-bien arriver que la teinture s’enrichît à cet égard, en proportion de ce qu’elle tiendroit plus du régné minéral : l’évidence du principe des couleurs dans les métaux donne lieu de le préfumer.
- J’AI oublié de parler* à la fuite de la fabrication des Velours de coton* de celle des Velours de foie ôc de Coton, que nous avions projeté, il y a quelques années, d’établir à Amiens, Ôc dont on vient, dans l’un des faubourgs de Lyon, de réalifer en partie l’idée ; je dis, en partie, parce que notre piojet étoit de les faire à chaîne ôc trame de Coton, comme le Velours de coton ordinaire , ôc feulement à poil ou velouté de foie ; ôc que ceux de Lyon ont la chaîne de fond, comme celle de poil ou du velouté , en foie, ôc la trame feule en Coton.
- Il réfulte de cette derniere méthode fur h précédente * l’avantage de pouvoir plus facilement imiter les étoffes dont la figure ne couvre point le fond auffi parfaitement qu’il eft couvert au Velours plein, tels les Velours cannelés, les Velours ras, ceux à la Reine, les droguets ou autres étoffes de foje à petits deffïns formés par la chaîne, auxquelles les raies veloutées , les côtes ou cannelures font en général également formées fur la largeur de l’étoffe.
- Du refte elles fe travaillent en foulevânt à la fois fur la verge plus ou moins de fils de la chaîne, en les coupant tous, ou en partie, ou en n’en coupant aucuns; à peu près comme les moquettes à petits deffins, où l’on pourroit, à la tire, fubftituer les marches ; ou comme les pannes cifelées, dont il eft parlé a la fuite de l'Art d'imprimer les étoffes de Laines , &c. ou enfin , lorfqu’il n’y a rien de coupé , qu’il y ait ou qu’il n’y ait pâs de verges interpofées , de la même maniéré, aux variétés près, que les étoffes ctoifées Ôc figurées, décrites dans Y Art du Fabricant des étoffes de Laines rafes & feches, unies & c roi fées.
- Ces étoffes dureront-elles autant que les précédentes ? dureront-elles affez du moins pour compenfer, foit le prix de celles où il n’entre point de foie, foit l’éclat de celles de pure foie, qu’elles ne fauroient avoir ou conferVer auffi uniformément ? L’expérience peut feule nous en inftruire.
- En attendant, nous ne faurions diffimuler combien cette invention doit ajouter aux regrets de nos trop foibles connoiffances en teinture, ôc exciter les Artiftes à reculer les bornes de ce bel Art.
- Plufieurs couleurs, quoique fauffes , appliquées fur la foie, font long-temps réfléchies avec une forte de vivacité propre à l’éclat de la matière. Le Coton n’a point cet avantage; il n’a rien du brillant de la foie ; il n’a point fa fermeté : il eft plus fufceptible des influences de l’atmofphere ; il fe fripe , fe falit plutôt, il eft plus fujet au lavage. Sonufage néceffite donc des couleurs très-variées, plus tenaces ; ôc fon mélange avec la foie demanderait des nuances également éclatantes , ôc plus conftamment femblables.
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- L’ART DU FABRICANT
- A l’égard du Velours plein, nous ne doutons pas qu'il ne l’oit plus avantageux de revenir à notre première idée, c’efl-à-dire, de faire l’étoffe en Coton, chaîne & trame , ôc le velouté feul en foie. Sans doute le Coton ne prendra jamais exa&ement la nuance de la foie ; mais en l’imitant le plus qu’il eft poffible, en teignant la couleur en bon teint, en employant une trame très-fine, pour rapprocher d’autant les verges, 8c en bien tiffant l’étoffe , elle fera garnie d’un poil denfe, qui en couvrira le fond, 8c qui lui donnera en même temps de la force , de la douceur 8c de l’éclat.
- Et s’il y a en effet de l’avantage à fuivre cet objet dans toutes, ou feulement dans quelques-unes de fes parties ; s’il prend enfin de l’extenfion, nos Provinces du Nord, beaucoup plus exercées au travail des Cotons fins, 8c à la teinture des matières végétales, que celles du Midi, où la main d’oeuvre en outre elf plus chere, ne tarderont pas à revendiquer la fabrique 8c des Velours de foie 8c Coton, & des Velours de foie fur Coton, 8c celle même aes autres petites étoffesde ce genre. Peut-être, hélasi la tranflation en fera-t-elle hâtée par un trille refte de cette barbarie régimentaire, dont rougiront nos neveux.
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- L’ART
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- L’A R T
- DU FA B R I CA N T
- DE VELOURS DE COTON.
- SECONDE PARTIE,
- Contenant les Procédés de toutes les couleurs, & la maniéré de les appliquer fur cette Etoffe y ainfi que fur toutes les fortes de Toiles , foit a la planche ô au cylindre, foit au pinceau.
- Naturam imitare magiftram.
- Mar/y , Piêt.
- AVERTISSEMENT.
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- Je m'étois propofé y d3après des expériences & quelques Conjectures y de répandre plus de théorie fur cette fécondé Partie ; d3autres travaux s'emparent du temps deftiné a rédiger mes idées : j'apprends d'ailleurs que M. de la Follie y de VAcadémie de Rouen y s’occupe finguliérement de la théorie de ‘ la Teinture y fur laquelle il fe propofe de publier les fie unes. Je n'héfite plus de m'en tenir a guider les Artiftes y SC je ce de volontiers a ce digne Confrère un honneur auquel je ne faurois prétendre y celui d'éclairer les Savans (i).
- Je ne donnerai non plus aucune figure fur l'Art du Fabricant d'Indienne > qui d'ailleurs n'eft pas précifément mon objet. Je fais combien le goût pour cette forte d>étoffe en a répandu l’ufage , & que le mécanifme de l'impreffion pourroit n'être pas Jfans intérêt ; mais il eft fi fimple , qu'il fufifit y fans être initié dans l'Art y d'y jeter un coup d'œil pour le comprendre :. ainfi 3 j’entre en matière.
- (i) Au moment où je livre ces procédés à l’impreffion y j’apprends la mort prefque fubite & trop prématurée de M. de la Follie. Quelque raifon que j’aye de préfumer que l’amitié relie dépolîtaire de plulieurs de fes idées, les Arts n’en doivent pas moins des pleurs à fa cendre y & ce n’ell qu’en habit de deuil qu’ils peuvent jeter des fleurs fur fon tombeau.
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- PROCÉDÉS
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- DE L’IMPRESSION SUR TOILES,
- ET SUR
- VELOURS DE COTON.
- PREMIER ROUGE. N°. i.
- Cent pots, mefure de Paris, d’eau de riviere.
- .Vingt pots de vinaigre blanc.
- Drogues,
- Cent livres d’alun de Rome.
- Quarante de fel de Saturne.
- Six de foude d’Alicante.
- Six d’arfenic blanc.
- Six de fel ammoniac.
- Huit de potaffe.
- Six de craie commune.
- .Trois de fernambouc moulu. *
- Pulvérifer l’alun, le fel de Saturne & la foude ; les mettre dans une barrique de la contenance de cent foixante pots ; faire chauffer le vinaigre pref-que jufqu’au bouillon ; y délayer la craie pulvé-rifée peu à peu & par petites parties , à caufe de • la grande effervefcence que produit ce mélange ; verfer à chaque fois cette combinaifon dans la barrique, fur l’alun , le fel de Saturne & la foude ; toujours remuer & bien agiter ces drogues avec une fpatule ou un rable , pour les faire fondre.
- Cela fait , y verfer quarante pots d’eau tiede, & agiter jufqu’à ce qu’il n’y ait plus de fermentation ; y en ajouter alors trente-cinq pots également d’eau tiede, & cinq autres contenant la diffo-lution de la potaffe, qu’il faut verfer peu à peu.
- Terminer le bain de la cuve par la déco&ion du bois de fernambouc , faite dans trente pots d’eau réduits à vingt, après l’avoir paffée au tamis, 8c y avoir fait fondre le fel ammoniac 8c l’arfenic.
- Cette décoélion de bois, chargée de la diffolu-tion du fel ammoniac 8c de l’arfenic, doit fe mêler au bain lors de la fermentation que la potaffe y excite. Remuer le tout pendant une heure ; laiffer refroidir ; le bain eft cl’un rouge clair. Lorfqu’il eft tranfparent , on peut l’employer ; trouble , il rendroit la nuance terne au garançage.
- Gommage du Rouge clair, violet , marron , cramo 'iji , lilas , &c,
- Verfer peu à peu un pot de bain du mordant
- ci-deffus, fur une livre un quart de gomme arabique pilée , paffée au tamis, & mife dans un vafe. Lorfque la gomme eft diffoute, on peut fe fervit du bain.
- Premier Rouge , ou Rouge le plus foncé pour Calencar.
- Verfer fur trois pots du bain n°. i , une pinte de bain de ferraille ; ou mieux encore, pour un Rouge plus vif, y diffoudre une once de fel ammoniac ; délayer vingt-quatre onces d’amidon dans un chaudron, avec un peu du bain précédent : lorfqu’il eft bien délayé , y ajouter le reliant des trois pots de bain , 8c faire bouillir jufqu’à ce que l’amidon foit cuit. Cette compofition peut être employée aufïi-tôt qu’elle eft refroidie.
- Second Rouge pour Calencar.
- Faire fondre trois onces de fel de Saturne dans une pinte d’eau ; y ajouter deux livres 8c demie de gomme arabique tamifée ; bien délayer le tout; verfer deffus trois pintes du bain n°. i : on peut alors l’employer. L’opération fe fait à froid , comme pour toutes les couleurs qu’on épaifüt à la gomme.
- Troifieme Rouge pour Calencar,
- Trois onces de fel de Saturne.
- Trois pots d’eau de riviere.
- Cinq livres de gomme arabique.
- Un pot du bain n°. i.
- Le tout bien mêlé ; la gomme pulvérifée avant, paffée au tamis, 8c diffoute peu à peu dans de l’eau pure, ou dans le bain de Rouge.
- Gros Rouge pour le fond double Rouge,
- Premier Rouge.
- Verfer dans une terrine trois pots du bain n®. i 9 . fur deux onces de fel de Saturne ; faire enfuite bouillir dans ce bain une livre 8c demie d’amidon. Il faut toujours huit onces d’amidon par pot de bain pour toutes les couleurs qu’on épaiflit ainfi, 8c une livre un quart de gomme arabique pour celles
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- DE V E L O U R
- à la gômme. Cependant fi la compofition eft trop épaifle, on l’éclaircit avec un peu de bain du n°. i ; fi au contraire, on y ajoute de la gomme. A l’égard de celles à l’amidon, on les fait recuire dans le dernier cas ; <5c dans le premier on y ajoute un peu du bain n°. i , dans le chalTis, lors du travail.
- Deuxieme Rouge pour te fond du Rouge précédent.
- Faire difToudre à froid trois onces de felde Saturne dans trois po^ d’eau ; y ajouter enfuite fept livres de gomme arabique ; Sc lorfqu’elle eft diffoute, y verfer trois pots du bain n°. i.
- Rouges pour Indienne à deux Rouges , fond blanc , ou fond de couleur.
- Premier Rouge.
- Amidonner deux pots du bain n°. i.
- Deuxieme Rouge.
- DifToudre trois onces de Tel de Saturne dans quatre pots Sc demi d’eau ; verfer dedans fept livres & demie de. gomme arabique ; y ajouter un pot Sc demi du bain n°. i.
- Rouge pour fond feul.
- D Ë C O T O N. 35
- Le Rouge n°. i eft préférable t en ce qu’il à plus de fond, Sc qu’il eft plus fufceptible de dégradation.
- VIO L E r, N<\ I,
- Faire bouillir, dans huit pots d’un fort bain dé ferraille,
- Six livres de ferraille rouillée^
- Huit onces de Tel gemme,
- Quatre onces de vert-de-gris ,
- Trois onces de Tel de falpêtre crud,
- *
- jufqu’à ce que le bain foit réduit à fix pots ; lé tirer au clair, Sc le laiffer refroidir.
- Faire difToudre fix onces de fel de Saturne dans une petite partie du bain ci-deffus ; en verfer le relie fur cette dilfolution ; y ajouter dix-huit pots d’eau froide : le bain eft fini.
- !
- Pour fond de Violet plein.
- Prendre trois pots du bain ci-deffus, Sc les épaiffit à froid, avec trois liv. trois quarts de gomme arabique.
- Violet pour fond fur mofaique noire.
- Gommer un mélange de trois parties du bain chdefTus, n°. i , Sc d'une partie d’eau pure.
- Mettre deux onces de fel de Saturne dans qilatre pots du bain n°. i ; y ajouter cinq livres de gomme.
- Rouge tirant fur le Cramoiji.
- Petit Violet pour rentrer.
- Gommer deux parties de bain Sc deux parties d’eau. On ne fauroit épaiffir le Violet à l’amidon.
- Gommer huit parties du bain de Rouge n°. i ; mêler avec une partie du bain de violet ci-après,
- n°. 1.
- SECOND ROUGE, W. 2.
- Cent pots d’eau.
- Cent livres d’alun de Rome.
- Trente livres de fel de Saturne.
- Cinq livres de potaffe.
- Quatre livres de foude d’Alicânte*
- Trois livres de fernambouc râpé.
- Cinq livres de fel ammoniac.
- Cinq livres d’arfenic blanc.
- Mettre dans un tonneau de la Contenance de cent cinquante pots l’alun pulvérifé ; verfer deffus quarante pots d’eau très-chaude Sc non bouillante ; remuer jufqu’à ce que l’alun foit diffous ; ajouter le fel de Saturne, Sc remuer pendant fept à huit minutes ; verfer encore quarante pots d’eau chaude, Ôc remuer auffi long-temps que la première fois; mettre la foude ; remuer un quart d’heure ; ajouter peu à peu, Sc à différentes reprifes, la potaffe diffoute dans deux pots d’eau ; terminer le bain par la déco dion du fernambouc paffée au tamis , réduite de vingt-quatre pots à dix-huit, dans laquelle , encore chaude, on a fait difToudre le fel ammoniac Sc l’arfenic. Cette déçodion de bois doit être verfée dans le tonneau pendant la fermentation que la potaffe y a établie ; remuer le tout pendant une heure : le bain refroidi Sc clair, on peut s’en fervir, ayant l’attention de ne le point troubler ; le gommant enfuite , ou l’amidonnant fuivant le befoin.
- Les couleurs à l’amidon font plus foncées, Sc moins vives que celles à la gomme , ce qui provient de la cuiffon néceffaire dans le premier cas. On n’emploie que la gomme dans les rouges de nuances claires.
- Fonds des Couleurs qui fe tirent du Violet , du Rouge, ainji que du Noir, &c.
- Fond Café.
- Dix pots de bain de ferraille le plus vieux poffible* Deux pots de bain de Rouge, n°. 1.
- Quatre pots d’eau claire.
- Gommer, fuivant la pratique, la quantité néceff faire.
- Fond Marron.
- Neuf pots de bain de Violet, n°. i.
- Six pots de bain Rouge, n°. 1.
- Quatre livres Sc demie de couperofe verte, calci* née au blanc.
- Remuer le tout à froid , jufqu’à ce qüe la couperofe foit fondue ; gommer cette compofïtion.
- On calcine la couperofe à feu nu, très-ardent * dans une poêle de fer ; on la remue ; on la détache autant qu’il eft poffible avec une fpâtule de fer ; quand elle eft en pierre Sc blanchie , on la retire > on la fait piler Sc tamifer.
- Fond Maure-doré.
- Huit pots de bain de violet n°, 1,
- Six pots de bain rouge, n°. 1»
- Gommer.
- Fond Lilas foncé*
- Rrendre un pot de bain de violet «, n0, j * un pot de bain de fécond rouge, pour fond double rouge, Sc gommer.
- Lilas clair.
- Une partie de bain de violet, du fécond rouge, Sc gommer,
- n°, 1 l trois parties
- Iij
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- L’ART DU FABRICANT
- NOIE..
- Sain qui fert au noir garance , au jaune à la rouille , &c.
- Remplir de fort vinaigre blanc une barrique garnie de ferraille jufqu’au haut, 8c de quatre pots & demi de farine de feigle ; en foutirer cinq à fix féaux, trois fois par jour , pendant quinze jours de fuite , 8c les reverfer deffus à chaque fois ; laiffer repofer le tout durant quinze jours , trois femaines, ou un mois} tranfvafer le bain dans une autre barrique, 8c s’en fervir comme il fuit (i).
- Noir à garancer.
- Mettre dans un pot de bain ci - deffus , une once de vitriol de Mars, 8c demi-once de vitriol de Vénus ; les faire diffoudre fur le feu fans bouillir; épaifïir le bain avec huit onces d’amidon, mais avant de le remettre fur le feu , & lorfqu’il efl refroidi, pour la facilité de le délayer convenablement.
- Les couleurs fuivantes ne fe garancent pas.
- Couleurs au pinceau ou a la planche.
- Jaune foncé à la rouille.
- Faire diffoudre fur le feu, dans un pot de bain de noir, trois onces de vitriol de Mars, & un quart d’once de vert-de-gris ; amidonner la compofition lorfqu’elle eft froide.
- Jaune clair à la rouille , bon pour vert , appliqué fur bleu.
- Trois livres de vitriol de Mars.
- Une demi-once de vitriol de Vénus.
- Diffous fur le feu, fans bouillir, dans un fpot & demi d’eau ; laiffer repofer le bain pendant deux ou trois jours ; l’épaiffir à l’amidon , Il c’efl pour imprimer à la planche ^ou à la gomme, fi c’efl pour l’employer au pinceau.
- Bleu folide au pinceau ou à la planche , avec le canevas.
- Faire bouillir à petit bouillon , pendant un quart-d’heure, dans un chaudron de cuivre , douze pots d’eau de riviere, avec huit livres de potaffe , & deux livres d’indigo cuivré mis en poudre ; retirer le chaudron du feu. Ayant pulvérifé & fait éteindre dans une terrine trois livres de chaux vive , dans deux pots d’eau, verfer cette eau peu à peu dans le chaudron, en remuant continuellement avec une fpatule ; remettre le chaudron fur un feu doux, pour que la chaleur fe maintienne dans l’état où elle fe trouve après y avoir mis la chaux éteinte ; l’y laiffer un quart-a’heure ; y ajouter une livre 8c demie d’arfenic rouge en poudre, remuant toujours , 8c maintenant la chaleur au même degré, pendant encore une demi-heure , après laquelle il faut mettre une nouvelle livre 8c demie d’arfenic rouge en poudre, remuant également, 8c avec la même chaleur , pendant un demi-quart d’heure.
- Retirer de nouveau la compofition de deffus le feu ; en verfer fix pots fur douze livres de gomme pilée ; la remuer jufqu’à ce qu’elle foit froide. La couleur fera d’un beau jaune verdâtre, 8c peut ainfi s’employer.
- Couleurs au pinceaÛ ou a la planche , qui ,
- SANS ETRE TRÈS-SOLIDES , S’EMPLOIENT DANS
- DIVERSES FAERIQUES.
- Vert.
- Six livres de gaude, dont les racines font fouf-traites.
- Deux livres de bois d’Inde haché.
- Faire bouillir dans dix pots d’eau jufqu’à la réduction de trois pots ; tirer ce ftin au clair; remettre cinq pots d’eau fur le marc; les faire bouillir jufqu’à la rédudion de deux pots , qu’il faut encore tirer au clair, 8c les joindre aux trois précédens ; délayer une once de vert-de-gris dans une petite partie du bain, 8c la reverfer fur le total.
- Amidonner ce dont on en a befoin, à raifon de fept onces d’amidon par pot de bain. Si l’on veut une couleur plus vive, plus claire , foit qu’on la gomme ou qu’on l’amidonne, 8c dans le dernier cas il faut attendre que la compofition foit refroidie , on y met un quart ou un tiers d’once d’huile de vitriol par pot , ou jufqu’à ce que la couleur, qui efl verdâtre , foit devenue chamois foncé. La couleur employée ainfi, donne au lavage fa teinte verte.
- Bleu.
- Faire bouillir une livre de bois d’Inde haché, dans trois pots d’eau, jufqu’à réduction de moitié; tirer le bain au clair ; y ajouter deux onces de vitriol de Vénus pilé : lorfque le vitriol efl diffous 8c que le bain eft froid, l’amidonner ou le gommer , & y mettre l’huile de vitriol comme au vert ci-deffus.
- Jamie.
- Faire bouillir une livre de graine d’Avignon 8c demi-livre de gaude, dans trois pots d’eau, jufqu’à rédudion de moitié ; tirer le clair ; remettre trois pintes d’eau fur le marc ; les faire réduire à une pinte : remettre fur le feu, 8c fans marc, les quatre pintes de liqueur , 8c les faire réduire à trois pintes ; les retirer du feu ; y mettre diffoudre fix onces d’alun de Rome pilé, une once de fel ammoniac, environ une demi-once de vert-de-gris. Le bain refroidi , l’amidonner ou le gommer , 8c s’en fervir.
- Rouge.
- Faire bouillir 8c réduire à moitié un pot d’eau dans lequel on a mis deux gros de cochenille ; tirer le bain au clair ; mettre fur le marc demi-livre de bois de fernambouc , 8c deux' pots d’eau , qu’on fait réduire à une pinte : mêler les deux bains ; faire chauffer fans bouillir ; les retirer du feu ; y mettre demi-livre d’alun de Rome, deux onces de fel de Saturne , une once de crème de tartre , demi-once de fel ammoniac , demi-once de potée d’étain, & demi-once de potaffe : froid, l’amidonner ou le gommer.
- Autres mord ans solides , et pour être garancés.
- Violet pour fond, ou pour rentrée.
- Mettre fur le feu, dans trois pots de bain de ferraille, une livre de fel gemme, dix onces de fel ammoniac ; faire jeter un bouillon , pen-
- (i) Il faut laver la ferraille après chaque opération, faire rouiller de nouveau, & s’en refervir.
- l’étendre à l’air fur des planches, & l’arrofer de temps en temps, pour ^
- dant
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- DE VEL O UR
- dant lequel on écume ; retirer le bain du feu, & le dépofer dans un vafe.j
- Faire bouillir fix onces de graine de kermès dans huit pots d’eau , pendant dix minutes 5 mettre le bain dans un vafe.
- VIOLET, N°. 2*
- Pour fond plein , ou fans mofaïque deffous.
- Un pot de bain de noir*
- Trois pintes de bain de kermès.
- Mêler enfemble, & gommer à l’ordinaire.
- Violet pour rentrer.
- Un pot de bain de noir.
- Deux pots & demi de bain de kermès.
- Mêler 8c gommer.
- Bouge de fond et pour mouchoirs , N°. 3(1).
- Quatre-vingt pots d’eau.
- Vingt pots de vinaigre.
- Cent livres d’alun de Rome.
- Vingt-cinq livres de fel de Saturne.
- Cinq livres de foude d’Alicante.
- Six livres d’orpin ou orpiment,
- Quatre livres de fel de falpêtre cru.
- Six livres de craie dure puivérifée.
- Cinq livres de tartre blanc.
- Six livres de potalTe.
- Trois livres de fernambouc râpé.
- Faire bouillir le fernambouc dans vingt‘•cinq pots d’eau, 8c les réduire à vingt pots.
- Mettre dans une barrique , de la contenance de cent cinquante pots :
- Cent livres d’alun de Rome.
- Vingt-cinq livres de fel de Saturne.
- Cinq livres de foude d’Alicante.
- Six livres d’orpin.
- Quatre livres de falpêtre cru.
- Faire chauffer les vingt pots de vinaigre très-chaud 8c non bouillant ; en verfer deux pots fur une livre de craie puivérifée 8c mife dans un feau ; remuer avec une fpatule ; 8c quand la fermentation eft pouffée au point d’élever la liqueur jufqu’au bord du feau , la jeter dans la barrique, 8c remuer jufqu’à la fin de l’opération, qui confifte à détremper ainfi toute la craie avec le vinaigre par petites parties , 8c à jeter l’un 8c l’autre dans le tonneau, jufqu’à ce qu’enfin la fermentation foit prefque ceffée; ce qui peut durer de demi-heure à trois quarts-d’heure.
- Ajouter au bain, qui eft dans la barrique, quarante pots d’eau tiede ; le tartre enfuite ; remuer pendant une demi-heure ; autres trente - fix pots d’eau tiede , compris les vingt pots de décoftion de fernambouc mêlés enfemble. Si le bain de fer-nambouc étoit plus chaud , il y auroit un plus grand nombre de particules de bois qui y feroient éparfes ; il s’éclairciroit plus difficilement, 8c il y auroit trop de marc.
- Faire fondre les fix livres de potaffe dans quatre
- ÎîOts d’eau froide ; les verfer à plufieurs reprifes dans a barrique , qu’on remue depuis que le vinaigre eft dedans, 8c qu’on continue de remuer jufqu’à ce que la fermentation foit finie ; y mettre alors la diffo-lution d’étain.
- Dijfolution de Vétaini
- Verfer, quelques jours avant de s’en fervir , dans
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- une bouteille, fur douze onces d’étain filé ,ùhê livre d’eau forte, étendue dans deux livres d’eau de rivière ; bien boucher la bouteille,
- Prendre le clair de la liqueur, le verfer dans le bain de rouge, qu’on remue encore une demi-heure ; le laiffer repofer , 8c s’en fervir , toujours bien éclairci, parce que le marc mêlé altéreroit la couleur.
- Lorfque le bain de la barrique tend à fà fin, on en prend ce qu’on peut fans remuer le marc ; on le met dans un vafe ; on le laiffe repofer , jufqu’à ce qu’on en puiffe tirer le clair ; c’eft ainfi qu’on en ufe à tous les bains de rouge , rejetant toujours le marc.
- Très-bëàu Noir pour impression et pour fond, fans être ajfujetti à le garancer,
- Mettre dans un chaudron , avec dix pots de bain de ferraille , le plus Vieux 8c le plus fort poffible :
- Dix onces de vitriol de Mars,
- Dix de tartre rouge,
- Cinq de vert-de-gris.
- Cinq de vitriol de Vénus,
- Faire jeter un bouillon à ce nouveau bain , lè laiffer refroidir , l’amidonner, 8c toujours froid, y ajouter deux onces d’eau forte , qu’il faut bien mêler. La couleur en prend un jaune greffier : on peut l’employer ainfi.
- Apprêts des Toiles imprimées,
- Mettre dans une chaudière contenant trois cent trente pots d’eau ou fix cent foixantepintes dè Paris, un feau de boufe de vache ; la bien délayer dans là chaudière , qu’on fait chauffer à y pouvoir tenir! les pièces au large avec la main : alors prendre dix pièces de quatorze à quinze aunes , imprimées 8c feches de trois à quatre jours ; les mettre dans la chaudière en les enfonçant promptement, parce que la couleur d’impreffion couleroit fi les pièces reftoient fur la furface de l’eau : leur donner quatre bouts ; les lever, les laver 8c battre deux fois en riviere.
- Remettre un deml-feau de boüfe de Vache dans la même chaudière , & y paffer dix autres pièces.
- Lorfque les fonds noirs font bien chargés en couleur , on renouvelle la boufe de vache aux vingt pièces; mais on s’en tient à la première, quand ce ne font que des fleurs ou des fonds légers.
- Les pièces bien battues 8c tirées à l’eau à deux fois ou à quatre , fi elles ont fubi deux boufes 5 on les paffe en un bain, comme il fuit.
- Suite de Bains.
- Faire bouillir pendant deux heures 8c demie à trois heures, dans une chaudière, quinze livres de bois de campêche râpé ou haché * 8c mis dans urt fac ; laiffer refroidir ; remplir la chaudière , ou y mettre affez d’eau pour qu’il y ait au moins trente-deux pintes de bain par piece ; fix cënt quarante pour vingt. Prendre les mêmes vingt pièces qui ont paffé en boufe; les jeter dans la Chàudiere, après y avoir mis quelques livres de fon ( 2 ) , 8é l’avoir bien pallié ; les enfoncer au plus Vite ; leur donner auatre bouts : le noir doit être monté.
- Lever les pièces en large fur le tourniquet ; ajouter au bain trois quarts de livre de jus de citron ; remettre le feu fous la chaudière; abattre les pièces,
- (1) Il ne peut fervir que pour le Rouge ordinaire. Le Rougfc n°. i cft le meilleur, (ij Le fou empêche la teinture de bois de s’attacher aux parties non colorées,
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- ^8 VA R T D U
- en tournant & les tenant au large, pendant huit à dix minutes , le bain toujours bouillant.
- Relever les pièces ; les laver & battre en riviere. La chaudière, nette, la remplir d’eau; mettre le feu ; &, lorfqu’elle eft prête à bouillir, y mettre quelques livres de fon ; y repaller dix des pièces lavées ôc battues ; leur donner trois ou quatre bouts, l’eau toujours bouillante ; les lever, laver Ôc battre encore en riviere.
- Remplir la chaudière dans laquelle refte l’ancien bain ; y ajouter du fon lorfqu’elle eft prête à bouillir ; y abattre 3c travailler de même les dix autres pièces.
- Si les fonds ne font pas affez blancs , on remet les toiles deux jours fur le pré , ou, fi le temps ne le permet pas, on les repaffe au fon.
- Les toiles pour cette impreftion, doivent être préparées comme pour les garancer; ce qui fe fait, dans l’un 3c l’autre cas, comme il fuit.
- Autres Bains préparatoires.
- Les toiles mouillées en riviere ou autrement, mais bien pénétrées, les ranger dans une cuve par lits de pièces faudées, légèrement 3c féparément. Le fond de la cuve garni, répandre du fon fur les toiles à raifon d’une poignée 3c demie par piece. Paffer à un fécond lit de pièces 3c de fon; 3c ainft de fuite, jufqu’à ce que toutes les toiles à préparer foient dans la cuve.
- Obferver de verfer de l’eau tiede fur chaque deuxieme ou troiiîeme lit de pièces, pour qu’elles trempent bien ; 3c lorfqu’elles font toutes dans la cuve , mettre deffus des planches, les bien charger, ôc laider ainft les toiles dans ce bain , ferrées 3c en repos, pendant cinq à fix jours. Les laver enfuite ôc battre deux fois ; les mettre fur le pré fans les arrofer pendant trois ou quatre jours, puis les laver en riviere.
- Mettre dans une autre cuve , à moitié d’eau froide, une fuffifante quantité cf nulle de vitriol pour que fa faveur acidulée pique un peu la langue ; y ajouter la diffolution de fel de Saturne, faite à part , dans l’eau froide, à raifon de deux livres pour cinquante pièces de toiles : l’eau devient blanche ; pallier ; abattre les pièces au tourniquet ; les enfoncer à mefure, pour qu’elles trempent bien toutes également; les laiffer ainft tremper pendant trois ou quatre jours ; les laver Ôc battre deux fois; lesfécher& cylindrer : elles font en état d’être imprimées.
- TaJJage en boufe avant le garançage , en une ou plujzeurs couleurs.
- Délayer un feau ôc demi de boufe de vache dans une chaudière de cinquante-cinq féaux d’eau, pour vingt pièces de quatorze à quinze aunes.
- Procéder comme il a été dit ci-devant, avec la différence de pouffer le feu de maniéré qu’on ne puiffe plus tenir la main dans le bain pendant le dernier bout. Lever les pièces fur le tourniquet; les laver ôc battre deux fois 3c même trois, pour qu’il n’y refte ni boufe, ni gomme ; les garancer alors, fi ce font des fonds blancs ; mais renou-veller la boufe, fi ce font des fonds de couleur , parce que la première ne fufïit pas pour ôter la gomme, plus abondante en ceux-ci qu’aux pré-cedens.
- Garançage.
- Mettre dans une chaudière, contenant fix cent foixante pintes d’eau, trente-deux livres de belle garance ,bien égrappée ou divifée à la main, ôc demi-livre de noix de galle blanche, pilée ôc tamifée, poux
- FABRICANT
- vingt pièces de toiles fonds blancs, 8c autant de couleur fur ce nombre qu’il eft poflible d’en avoir; pallier le bain , 3c y donner aux pièces deux bouts à froid. Mettre le feu fous la chaudière ; travailler les toiles fur le tourniquet ; pouffer le feu jufqu’à ce que le bain foit tiede ; le conferver en cet état pendant trois quarts-d’heure ; c’eft-à-dire qu’après une demi-heure, on animera le feu, travaillant toujours l’étoffe fur le tourniquet, la maintenant au large, jufqu’à ce qu’on ne puiffe plus le faire avec la main. Ouvrir le fourneau pour s’en tenir à ce degré de chaleur pendant une demi-heure, tenant alors les pièces au large avec le lifoir.
- Pouffer encore le feu pendant un quart-d’heure; arriver au bouillon, ôc y tenir l’étoffe pendant cinq à fix minutes , fi le bain n’eft pas tourné, ce qu’indi-queroit fa couleur d’un jaune noirâtre ; 3c ce qu’annonce encore une écume aulîi volumineufe que celle qui fe forme deffus le bain lorfque les pièces y font ôc qu’on commence à le chauffer , mais d’une couleur terne ôc défagréable à l’œil. Il fau-droit, dans ce cas , lever les pièces fur le champ ; les couleurs perdroient leur éclat.
- Jeter les toiles à l’eau après le garançage ; les laver 3c battre, 3c les mettre fur le pré. Il faut tenir les pièces au bouillon jufqu’à dix à douze minutes, fi la couleur n’eft pas allez montée, Ôc que le bain ne foit pas tourné.
- Lorfqu’il s’en trouve encore de nuances trop foibies, on les met de côté, pour les garancer de nouveau. Mais au lieu de trente-deux livres de garance , on n’en emploie que douze livres, Ôc les pièces dans la chaudière, on pouffe le feu deffous par gradation ôc fans interruption jufqu’au bouillon.
- Eft-on preffé d’obtenir le blanc des toiles? on peut l’accélerer de trois à quatre jours, en lespaf-fiant au fon , les lavant Ôc les battant enfuite.
- Garançage des fonds de couleur.
- Dans une égale quantité d’eau que pour les foîids blancs, ôc pour vingt pièces, employer vingt livres de garance , 3c trois quarts de livre de noix de galle blanche, pilée ôc tamifée ; pallier ; donner trois à quatre bouts à froid ; faire tiédir ; travailler demi-heure , tenant toujours l’étoffe au large ; faire chauffer à n’y pouvoir tenir la main ; donner encore deux bouts.
- Si l’on diftingue les diverfes couleurs de l’étoffe , il la faut lever fur le tourniquet, la laver ôc battre une fois à la riviere. Il faut vuider ôc nettoyer la chaudière ; y mettre, avec la même quantité d’eau que ci-devant, trente-fix livres de garance, Ôc demi-livre de noix de galle blanche.
- Traiter ce garançage comme celui des fonds blancs ; & fupprimer la noix de galle pour les fonds lilas 3c violets, qu’elle ternit ; mettre cinq à fix livres de garance de plus pour ces fonds que pour les autres ; ôc les garancer également à deux reprifes.
- Obfervations fur la maniéré d'appliquer les Jaunes,
- Bleus & Verts, à la planche ou au pinceau.
- Il eft toujours mieux, lorfque cela eft poffible, d’imprimer le bleu, que de le pinceauter. L’une ou l’autre opération exige les toiles blanchies fur le pré, ôc lavées proprement. Imprimées ou pin-ceautées, ôc feches, jeter les toiles à l’eau ; les y enfoncer ; leur donner deux ou trois rinçages ; les laiffer tremper une heure ou une heure & demie ; les rincer encore deux ou trois fois , ôc les faire fécher.
- Imprimer enfuite avec la couleur jaune, ôc à la planche ou rentrée, qui contient toutes les parties qui doivent être jaunes ou vertes $ les blanches
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- DE V E L 0 U R K
- refîefct Jaunes, & les bleues deviennent vertes. Laiffer fécher les toiles pendant deux ou trois jours ; les îaver enfuite comme pour le bleu ; les fécher, cy-ündrer , liffer & plier. Veut-on leur donner de l’apprêt ? il faut, avant de les cylindrer , les paflèr dans une eau d’amidon , où l’on a délayé du bleu d’azur.
- Mettre fur i o pots d’eau 3 livres du plus bel amidon ; y ajouter quatre onces de cire vierge blanche, ôc Quatre onces de favon blanc ; faire cuire le tout enfemble. Puis dans un baquet placé au deffous d’une mécanique à tordre , ajouter à deux féaux d’eau claire, trois pintes d’eau d’amidon ; y palfer trois pièces ; les tordre à deux ou trois reprifes, en rapportant dans le milieu les parties qui précédemment étoientau bout; & plus ou moins fort,fui-vant la quantité d’apprêt qu’on veut leur donner ; toujours plus aux toiles les"plus légères ; celles qui ne le font pas n’en ont pas befoin.
- Toutes les couleurs à appliquer l’une fur l’autre exigent quelques jours d’intervalle. Il faut toujours que la précédente foit feche, pour qu’elle ne foit pas fujette à couler par l’humidité de celle qu’on imprime aéluellement ; tels les deux autres rouges, les violets ou doubles fonds de l’une & l’autre couleur. Ceci feulement pour les couleurs qui s’appliquent l’une fur l’autre, comme on vient de le dire; mais les delfins, dont les fonds font d’une couleur, & les tiges ou fleurs doivent être de l’autre, peuvent s’imprimer de fuite , au moyen de deux chaiïis.
- Il efl peu de Colorifle dans les manufadures d’indiennes qui fâchent parfaitement le procédé du bleu Anglais : le voici. Je le donne , comme toutes les autres couleurs , d’après l’expérience, & certain de leur bel effet.
- Bleu Anglois.
- Dans un pot de terre bien verniffé , faire bouillir line livre de bonne potaffe, quatre onces d’orpiment , avec trois pots d’eau. Clarifier cette leflive ; y laiffer tremper, & broyer avec de l’indigo, auquel, mis en bouillie, on donne avec l’amidon la con-fiftance propre à en imprimer.
- L’impreffion faite , & la toile bien feche , la paffer fur le moulin, rapidement & fucceflivement, & fans interruption, dans trois baint.
- Premier Bain.
- Faire éteindre cinquante livres de chaux dans vingt-cinq féaux d’eau de riviere. Décanter cette eau dès qu’elle efl clarifiée fur fon marc.
- Second Bain.
- Faire bouillir pendant une heure vingt livres de la meilleure potaffe dans vingt-cinq féaux d’eau, en la remuant & l’écumant de temps en temps. Laiffer dépofer, & tirer au clair. Il en efl qui, n’ayant point employé l’orpiment dans la leflive, le mettent dans le fécond bain ; mais alors, dans un fac de forte toile, fufpendu dans la chaudière, auffi longtemps qu’elle bout; il en faut une plus grande quantité, jufqu’à deux livres.
- Troijieme Bain.
- Mettre, en volume égal aux bains précédens, quatre parties d’eau de riviere , & une partie d’ef-prit de vitriol.
- L’étoffe, dans le premier bain où on la travaillera un quart-d’heure, fubira un changement peu fen-flble. Elle acquerra , dans le jnême intervalle de
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- temps, dans le fécond bain, une couleur de gris fale. On la travaille fur le troifieme bain jufqu’à ce que le fond foit blanc, & le bleu net 3c vif. Bien laver la toile ; le bleu efl: très-folide.
- On obfervera de jeter fes bains dans de grands vafes , où l’étoffe puiffe être travaillée au large ôc à l’aife avec le moulinet. Le paffage lubit d’un bain à l’autre , Ôc du dernier au lavage, efl très-important. Cette couleur n’efl affurée que par le dernier bain. On ne l’applique que fur des toiles fines, ôc que pour des defiïns très-fins , tous ombrés , parce qu’on n’y met jamais qu’une couleur.
- Il efl effentiel que l’indigo foit le plus divifé poflible. Les premiers bains peuvent fervir autant qu’on a à travailler deffus ; mais il faut à chaque fois renforcer le dernier, à raifon de ce qu’il s’efl affoibli»
- J’ai dit dans VArt de préparer & d'imprimer les Étoffes en laine, que tous les procédés d’impreffion à l’huile qui y font décrits, étoient également applicables fur le Velours de coton , fur la toile ôc fur la foie; je le répété, pour les indiquer à ceux qui n’auroient pas lu l’Art que je viens de citer, ôc à qui, dans ce cas-ci, l’application de ces procédés pourroit être utile.
- Quoiqu’on ait beaucoup écrit, plus encore fur l’impreffion que fur la teinture des matières végétales, je ne trouve pas qu’on ait rien dit de l’im* preflion à l’huile , qui donne lieu de foupçonner la vafle carrière dont les procédés que je publie ouvrent l’entrée.
- L’Encyclopédie parle de l’impreffion des toiles avec une légéreté bien peu digne de ce grand ouvrage : j’ai un Traité tout entier de ce bel Art 5 j’ai lu les nombreufes recettes des fecrets de la Nature & des Arts j de Y Encyclopédie pratique, Scc. imprimée à Liège ; des Etrennes de Minerve , ôc d’une infinité d’autres Recueils tant François qu’italiens ; je fuis convaincu qu’ils en renferment d’ex-eellcntcs 5 mais il en eft tant dans chacun, qui m’ont prouvé que leurs Auteurs , peu ou point du tout Artifles , fe font bien plus attachés à les accroître , qu’à s’affurer des faits qu’ils contiennent, que j’ai cru en devoir abandonner le triage à d’autres, ôc m’en tenir ici à ceux confiâtes par ma propre expérience.
- Il efl un procédé à ajouter à ceux donnés dans l’Art d’imprimer les Etoffes de laine, de faire Y huile grajje ou jiccatïve, que j’ai réfervé pour l’Art, plus délicat, & qui demande plus de perfedion, d’imprimer les toiles.
- Tout le monde fait que le plomb, quel qu’en foit la préparation, porte fa propriété naturelle de noircir dans toutes les compofitions où il entre, ôc prefque toujours en raifon de fa quantité. Sans doute la terre d’ombre , matière ochreufe , a concouru à faire pouffer ainfi les tableaux des Peintres Italiens ; mais le plomb y a fa part, comme dans les autres, Ôc je ne fais aucun doute qu’à la longue toutes les peintures ne foient plus ou moins altérées par l’influence de ce métal.
- On prétend, Sc cette prétention efl fondée fur une tradition foigneufement ôc fecrétement con-fervée par un fi petit nombre de perfonnes, qu’elle n’a été , que je fâche, rendu publique par aucune» On prétend, dis-je , que les peintures de Rubens ôc de Van-Dick ne doivent la confervation conf-tante de la vivacité & de la fraîcheur du coloris, qu’à l’entiere privation du plomb dans la préparation des huiles grafles ou flecatives, auxquelles ces grands Coloriftes fubflituoient la réfine copale ; en voici le procédé : Faites fondre enfemble , doucement, à fec & à feu nu , dans une cuiller de fer, une once de Colophane blanche, ôc trois onces de copalç, pour une livre d’huile de noix bien claire ;
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- verrez ces matières fondues fur un marbre froid : lorfqu’elles font refroidies , pulvérifez-les groffié-rement, & jetez-les par petites parties dans l’huile de noix bouillante; remuez bien , & tenez le pot au bain-marie , julqu’à parfaite diifolution ; clarifiez l’huile au foleil dans de longues fioles.
- La maniéré d’épurer & de clarifier les huiles au foleil, en y mêlant quelque préparation de plomb , eft très-ufitée parmi les Peintres ; mais il eft à obferver qu’il faut toujours alors que le vafe foit débouché; fans cela l’huile ne fe clarifieroit pas.
- De quelques Uflenfiles, & Notions générales fur leur ufage.
- Le chaffis d’impreffion pour les toiles eft le même que pour les étoffes de laine , décrit dans l’Art de VImprimeur d'étoffes , avec la différence qu’on emploie la peau de mouton à celui-ci, 6c que le drap convient mieux peur l’autre. Il faut que ce foit un vieux drap bien ras, qui ait le moins de duvet poffible ; ou s’il n’étoit pas enlevé par un long-ufage, on le fait à la pierre de ponce ou on le graiffe en deffous, du côté de la gomme , avec du vieux oing, ou l’on y met une toile de crin ; on y met même une peau de chamois, pour le bleu Angiois dont on vient de donner le procédé.
- Au lieu d’une gomme quelconque, la plus commune , qu’on met fous le chaffis, toujours tenue molle & élaftique, on peut employer avec fuccès de la graine de lin bouillie, 6c rendue en confiftance propre au même ufage.
- Je crois inutile, comme j’en ai prévenu, de donner le deflin des tables d’impreffion, des planches 6c autres uftenfiles néceffaires à cet Art, 6c connu de beaucoup de monde. L’effentiel étoient les procédés, qui au contraire font connus de peu de perfonnes, de celles même qui cherchent à les mettre en pratique.
- Cependant je donnerai quelques notions qui faciliteront ôc affineront cette pratique. La gravure des planches eft la même que celle des planches pour la gravure en bois fur papier. Le poirier le plus fec, eft le feul bois qui y convienne ; fi ce n’elt le buis, qu’on emploie dans les ouvrages fins, de traits fort déliés , mais qui eft beaucoup plus cher. Ces planches qu’on applique à la main fur la toile, en frappant aeffus avec un maillet de bois , ont des points de raccord aux quatre coins, avec la même planche , fi le deffin eft fini fur chacune, 6c que ce ne foit qu’une répétition du même ; ou avec une autre planche , fi le deffin qu’elle porte eft une fuite du deffin de la première.
- Les pointes quifuppléent quelquefois à la gravure en bois lorfque le deflin eft très-menuifé, ou celles qui garniffent des planches entières ôc dont tout le deffin eft formé, font toujours en cuivre. Elles fe redref-fent féparément 6c s’égalifent enfemble, à la lime, la réglé à la main ; 6c non en rempliffant la planche de cire, comme on l’a publié dans l’Encyclopédie, avec un tas de mauvaife recettes, 6c de pratiques impraticables, ou fujettes à mille inconvéniens.
- On donnera moins de confiftance à la compo-fition ou au mordant, pour être employé à la plume ou au pinceau, qu’à la planche. Ce mordant colore très-peu , différemment cependant, fuivant les couleurs qu’on veut obtenir par le garançage ou autres bains.
- On fait le bleu 6c blanc en réfervant les parties qui doivent refter blanches. Veut-on deux bleus, ôc plus ? on en réferve une partie du premier;
- fabricant
- on reteint ; on referve une troifieme fois : on reteint encore.
- Peut - être le procédé fuivant de la referve eft-il trop compliqué; peut-être en eft-il ainfi de bien d’autres ; je vais cependant le décrire , puifqu’il eft d’ufage dans pluûeurs manufadures d’indienne': j’y ajouterai celui qui eft pratiqué dans les manufadures de Rouen.
- Compofition & application de la réferve.
- Faire diffoudre, d’une part, deux livres de gomme dans deux pots d’eau; ôc de l’autre, fix onces d’alun, dans autant d’eau. Ajouter à ce dernier bain, une livre 6c demie de vert-de-gris, & une livre de vitriol de Chypre, pilés 6c délayés. Mêler ces deux bains, Sc s’en fervir à pétrir ôc délayer huit livres de terre à pipe, jufqu’au point de la rendre en confiftance propre à imprimer. On broie fur le marbre cette pâte liquide , après y avoir ajouté une cuillerée d’huile de vitriol, ôc deux cuillerées d’effence de térébenthine.
- Vingt-quatre heures après l’impreffion de la réferve , on peut paffer les toiles en cuve. On les met enfuite tremper à la riviere pendant deux ou trois heures ; on les y bat bien ; puis on les fait paffer par un bain d’acide vitriolique, Ôc de beaucoup d’eau ; un peu plus acidulé cependant que celui de la préparation des toiles blanches. Il faut enfin les dégorger, laver Ôc battre, au point de les purger entièrement de l’acide vitriolique.
- Autre procédé.
- Faire diffoudre dans deux pots d’eau , une livre d’alun de Rome réduit en poudre; prendre quatre livres de terre à pipe, également réduite en poudre; douze onces de vitriol bleu en poudre ; vingt onces de vert-de-gris ; mettre bouillir le tout en-fâmble. Quand la compofition eft faite, onia gomme avec deux livres de gomme arabique. Le vert-de-gris fert à la faire détacher plus aifément. On procédé du refte, comme dans le premier cas.
- Mafiic au pinceau.
- Une livre de terre à pipe.
- Un pot d’eau.
- Douze onces d’alun de glacé.
- Quinze onces de vitriol bleu.
- Réduire en poudre les parties folides, & faire bouillir le tout enfemble. Ajouter à la compofition faite, une livre de gomme arabique en poudre.
- Réflexion fur Vufage de Vacide vitriolique pour le blanchiment des toiles.
- Le dernier bain d’acide vitriolique nettoie le fond de la toile , 6c le blanchit à fin. On pourroit l’employer avec beaucoup de fuccès pour hâter le blan-chiffage des toiles en général, Ôc celui des fils de lin, de chanvre , ôc même de coton, dont on a quelquefois un befoin très-preffant. On y parviendra , jufqu’à un certain point, en deux ou trois jours, en les trempant 6c les travaillant pendant quelques heures dans une leffive de cendre de bois; leur faifant prendre un demi-fec ; les laiffant tremper , ôc les retravaillant quelques heures dans une eau de chaux , quelques heures dans une leffive de potaffe, ôc de fuite dans de l’acide vitriolique, étendu dans beaucoup d’eàupure. Les premiers bains peuvent être chauds ; le dernier doit toujours être froid.
- DESCRIPTION
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- DESCRIPTION
- DES
- PLANCHES (i).
- Planches I, ÎI & III.
- jMw é C a n i QU E à carder ; vues d’oïfeau Sc latérales.
- A. Premier cylindre plein ( Flanches première, deuxieme & troifieme ) , qui accroche le coton de deiïus la nappe u u, Sc qui le fait paffer entre lui & un cylindre femblable qui eft en deffous.
- B. Second cylindre plein ^ fur lequel pafle le coton en fortant d’entre les cylindres précédens.
- C. Troilieme cylindre creux , en forme de tambour, qui reçoit le coton du cylindre B.
- D. Quatrième cylindre creux, qui porte le coton du cylindre C au cylindre I , affleuré en deffus j par un cinquième , lixieme , feptieme & huitième petits cylindres pleins.
- EF GH. Quatre petits cylindres pleins, foute-nus dans des croiffans de fer , fur des vis à écroux en dedans du quart de cercle XX. Le coton paffe fucceffivement du cylindre I en E F G, fe travaillant en même temps en I , y retournant avant de paffer fur H, & en fortant du même.
- I. Neuvième cylindre creux , le plus gros de tous , celui où eff adaptée la manivelle, Sc qui donne le jeu à toute la machine.
- L. Dixième cylindre creux , dernier tambour, fur lequel fe forment les loquettes, le feul où les cardes , parallèles fur chaque rang, foient alternes de l’un à l’autre , étant oppofées fur tous les autres.
- M. Cylindre ou rouleau à lames de fer blanc, qui 'détachele coton cardé, féparément de «haquecarde du tambour L.
- N. Rouleau cannelé, qui roule chaque loquette fur le plan incliné.
- O. Boîte ou réceptacle des loquettes.
- P P. Cadres en fer, fichés fur la charpente, viffés en deffous, portant vis Sc écroux par côté , pour avancer ou reculer les taffeaux en cuivre fur lelquels tourne l’axe en fer des cylindres.
- Q. Vis de fupport, ou fervant d’axe au rouleau N, & pour le ferrer plus ou moins.
- R. Poulie ou roue à rainure, dans laquelle paffe une courroie.
- S. Première roue à rainure , qui reçoit la courroie de la roue précédente, Sc qui lui communique fon mouvement.
- TT. Taffeaux qui fupportent les cylindres.
- VV. Vis Sc fupports des quatre petits cylindres, fur le quart de cercle.
- - XX. Quarts de cercle élevé fur la charpente de la mécanique.
- Y. Poulie mobile , pour tendre la corde qui em-fcraffe les cylindres D , E, F, G, H, L.
- Z. Manivelle.
- a. {Planches i & 3.) Poulie * dont l’axé paffé dans les anneaux yy ^ eft commun au rouleau A, qui donne le mouvement aux toiles fans fin uu.
- k Poulie qui, au moyen d’une corde croifée, dôme le mouvement à la poulie a,
- fb. Poulie parallèle, & jointe à la précédente , qui reçoit fon mouvement de la poulie n.
- i. Le reçoit de la poulie e, Sc la poulie d le communique par une corde croifée, paffant fur la rainure e/, au cylindre D» f. Autre poulie plus petite, qui donne fon mou* veinent aux cylindres EF GH, par une corde qui * après les avoir embraffés fucceffivement, paffe fur la rainure M, fait tourner le cylindre L, eft tendue en Y , & fe rejoint en f.
- I. Poulie à trqis rainures, 1,2, 3, parallèles Sc de différentes hauteurs, qui, par une corde croifée, meut la poulie 0 du rouleau M.
- y. Petite poulie qui donne le mouvement à la poulie q du rouleau cannelé.
- rr. Rebords élevés de la table horizontale, fépa* rée en longueur par une élévation ss, qui la d'n-* pefent en deux efpeces de courfieres , ou avancent fans fin les deux nappes uu chargées de coton étendu bien également Sc en petite quantité à la fo:s.
- xxx. {Planches 2 & 3.) Courbures indiquées du fil de fer des cardes , qui marquent avec la dif* pefition des cardes , le mouvement de chaque cylindre.
- On obfervera qu’il n’y a de diftance entre les cardes parallèles, que ce qui relire de cuir fans fil de fer fur le bord de chacune , pour la facilité de les tendre à la tenaille, Sc de les clouer ; un demi-pouce au plus fur chacune ; ce qui donne environ un pouce d’intervalle entre les fils de fer d’une caïde à ceux de la carde voifine.
- Si ces fils de fer pâroiffent plus écartés fur les petits cylindres que fur les gros , ce n’eft que parce que le diamètre étant moindre, là divergence eft plus confidérable 5 car ce font les mêmes cardes pour tous, comme je l’ai déjà obfervé. Le nombre de ces cardes , de la grandeur ordinaire de celles à la main, eft de cent quarante-quatre*
- Planche L
- Autres vues & développemens de ta mécanique à
- carder.
- Fig. 2. Vue en perfpeétive de la mécanique.
- La fuite des nombres naturels 1,2 * 3 , jufqu’4
- (1) Je me fuis peu étendu fur le dévidage & le doublage des cotons, fur la maniéré de les retordre , & celle d'ourdir les chaînes, opérations les mêmes que celles qui s'exécutent fur la Laine, & alfez détaillées dans l’Art des Etoffes ae Laine rafes & feckes, unies & croifées , pour cràîhdre d’en grollir inutilement la defeription de celui-ci. La raifon de ne p,as trop multiplier les planches, déjà nombreufes, par celles qu’exigent les nouvelles
- mécaniques qae je publie, itt’a également empêché d’en répéter aicune : ainfi, le rouet à filer , qui n'eft pas précifément le même , mais qui eft connu par-tout, les rouets de dévidagé, de doublage, la tournette, les buhots , le dévidoir & fon rateau , le moulin à ourdir, &c. &c. ne fout point repréfentés à la fuite de cette defeription, parce qu’ils le font à la fuite de la précédante.
- L
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- EXPLICATION DES PLANCHES.
- 4»
- ï 2 , repréfente celle des cylindres dans la difpofi-tion de leur axe , depuis le lieu ou ils commencent à fe charger du coton, étendu fur les nappes km, jufqu’à celui où le même coton eft roulé par lo-quettes, fur le plan incliné pi, tombe & s’arrange dans l’intérieur ib de la boîte bo.
- On voit comment le cylindre 11,11, à lames de fer blanc , détache féparément le coton de delfus chaque carde du tambour, & le rejette pardelfous lui ; comment ce coton, détaché par le paffage fucceftif d’un certain nombre de lames fur la même carde, parce que le cylindre à lames étant d’un beaucoup plus petit diamètre que le cylindre des cardes, le nombre de fes révolutions elt beaucoup plus grand; comment, dis-je, il fe trouve déjà, par ce détachement fucceftif, un peu roulé, 6c la loquette en partie formée ; comment enfin, tombant fur le plan incliné, <5c coulant fous le cylindre cannelé, il eft en même temps preffé 6c roulé mollement entre l’un & l’autre, & il en fort la loquette entièrement achevée.
- Il en eft de la direction des lames de fer-blanc, dans leur révolution, à l’égard de celle des broches ou fils de fer des cardes , comme de celle de ces mêmes broches ou fils de fer de chacun des cylindres , refpeftivement les uns aux autres , lorf-que le coton paffe de l’un fur l’autre cylindre ; au lieu qu’en travail leur direction eft contraire.
- Quand cette oppofition ne feroit pas marquée par la courbure des broches <5c la difpofition des cordes, le jugement fuffiroit pour l’indiquer.
- La difpofition des cardes,alternes fur le tambour, 6c non oppofées comme fur tous les autres cylindres , eft pour que le coton, que détachent continuellement les lames de part 3c d’autre , ne tombe pas des deux côtés, au même inftant, fur le plan incliné, <5c qu’il n’y en ait pas plufieurs parties qui paffent, ou qui entrent du moins à la fois fous le rouleau cannelé ; elles s’accrocheroient d’abord ; 6c la compreftion enfuite les réuniroit l’une à l’autre.
- Fig. 3. Vue géométrale de l’élévation de la mécanique.
- On retrouve dans cette figure, par la fuite des chiffres, les mêmes cylindres que dans la précédente, vus ou indiqués par leur axe.
- 'Planche IL
- Fig. 2. AA. Deux roues dentées de cuivre,qui s’engrainent l’une dans l’autre, & qui font mues par une corde qui paffe fur la poulie b.
- On a enlevé la barre r, fervant de cadre à la table, ainfi que l’appui des quatre cylindres A A y y, pour reconnoître la difpofition de ceux-ci, & appercevoir le tour de la nappe fans fin.
- Ces deux premiers cylindres , également garnis de cardes, tournent fur eux-mêmes , <5c attirent en dedans le coton, qu’ilsdifpofent ainfi à être faifi par le cylindre fuivant.
- mm. Nappes fans fin, qui continuellement approchent des cylindres A A le coton qui eft légèrement étendu fur ces toiles ; lefquelles, après en être dégarnies, paffent en yv, reviennent 3c y re-paffent fans celle.
- y y. Rouleaux de bois qui entraînent les nappes dans leur révolution, au moyen d’une corde croi-fée, paffée dans la poulie a, Fig, 1. de la Planche 1, ÔC de la Planche 2.
- t. Barre de côté , parallèle à celle qui a été enlevée.
- s s. Séparation de la table en deux parties égales.
- Hg. 3. Difpofition refpeftive ,fur le plan incliné, du cylindre de bois, à lames de fer-blanc MM,
- & du rouleau cannelé NN. Les lames du premier ont de douze à quinze lignes de hauteur :les cannelures de l’autre font un peu moins profondes , mais aufîi évafées, proportionnèrent au diamètre qui eft à peu près égal à celui du premier rouleau, non compris fes lames.
- On obferve que le nombre des lames <5c celui des cannelures eft le même, ou à peu près , à l’un ôc à l’autre; 3c que l'arrête de celle-ci doit être aiguë, pour pincer plus aifément ôc mieux rouler le coton.
- Planche III.
- Fig. 2. Coupe verticale & longitudinale du quart de cercle XX.
- AB. Vis pour élever ou abaiffer les cylindres EFGH , au moyen du croiffant tournant CC, dans lequel l’axe D repofe. (Voyez en CO & DR, ce croiffant féparé <5c tournant fur le prolongement de la vis.)
- VV. Coupe de l’écrou, fa vue intérieure 6c celle de la vis.
- Fig. 3. Deux cylindres repréfentés en travail, pour indiquer la difpofition des cardes, 6c leur degré de rapprochement.
- Fig. 4. Cadres ou chaftis en fer , à vis & taraux, pour avancer ou reculer les taffeaux en cuivre, iur lefquels porte 6c tourne l’axe en fer des cylindres, & pour faire agir ainfi le cylindre à lames.
- Planche IF.
- Mécanique à filer le coton.
- Fig. 1 , 2 & 3. Vue en perfpedive, vue de profil, vue d’oifeau.
- a. Lieu où eft placé la Fileufe.
- b b. Barre de traverfe roulant dans les rainures 4 4 , fur les côtés ///, ouverte pour le paffage des fils, qui vont des bobines entre les fils de laiton fl 5 fur les broches uu ; fe refermant au moyen des bafcules dd 5 6c d’un bouton par où on la tire, jufqu’à ce que la mortoife ou boutonnière ait atteint le crochet qui fixe la verge de fer tendue 6c tient la barre fermé. (Voyez cette barre féparée, vue en deffus BB, de face 6c fermée Z?Z?, «5c coupée tranf-verfalement ouverte 6c fermée BB. )
- c c. Planchettes , l’une à plat, & l’autre de champ, jointes à angle droit, 6c fixées à l’extrémité des barres lll. Ces planchettes à deux étages font faites pour fupporter les bobines de fil en gros (Voyez Planche 5 ,Fig. CC , ces planchettes, 6c les bobines GG, plus développées ). Il feroit mieux, comme je l’ai déjà obfervé , que le foutien de ces bobines fût adapté à la barre, mobile comme elle 6c avec elle ; j’en ai dit les raifons.
- h h h. Cadre, chaftis, ou porte-broches , à cou-liffes dans les montans ou piliers de devant pp, pour l’ôter «5c le remettre à volonté ; fupporté fur une barre fixe en y y, où font les verres ou cailloux, fur lefquels pivotent les broches chargées des noix zi, paffant par les trous ^ , & fur le prolongement u u, defquelles fe forment les bobines de fil en fin. (Voyez le porte-broche plus développé Planche 5, Fig. HH. )
- lll. Barres des côtés «Sc de longueur delà mécanique , fupportées par les fix piliers pp, taillées en couliffes, pour que la barre b b aille 6c vienne, «5c qu’elle foit portée , contenue 6c dirigée , au moyen de fes quatre roulettes en deffous 4444, 6c des quatre placées fur les côtés, feuls points où il y ait du frottement.
- m. Manivelle que tourne la Fileufe, de la main droite, tandis que de la gauche elle pouffe la barre dd%
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- Ê XPLICATION DES PLANCHES» 4i
- nn. Barres de traverfe, auxquelles font attachées en deflus ôc en deffous du tambour 1, les boîtes 6 6^ pour le foutenir , le ferrer, l’approcher ou le reculer, au moyen des vis v v, l’une verticale , & l’autre horizontale.
- oo. Autre barre placée fur le devant du métier, en dehors, tournant fur fon axe,loutenant élevés les fils de laiton ff.
- qq. Pédale (marquée 3, Fig. 2) qui attire la corde 4 attachée à la cheville 1 , qui s’abaiffe, ainfi que les fils ff) lorfqu’on foule ladite pédale.
- r. Boue ou poulie de l’axe 2, correfpondante , au moyen de la corde ss, à la poulie 5 , dont l’axe efl commun au tambour t. ( Voyez ces parties féparées ôc plus en grand ; M la manivelle ; 2 2 ^onAaxe ’ ^ la roue ou poulie ; T le tambour;
- 6 la boîte; V la vis, & o o la barre tournante fur fon axe, avec la poulie où efl attachée la corde s , ôc fufpendu le poids 8.
- La Fig. 3 repréfente en outre leS fils indiqués
- 7 7 7 ; qui partent des bobines a,i paffent dans la barre b b, entre les fils ff) ôc vont joindre les broches en kh; elle repréfente encore les ficelles, ou cordes à boyaux $ $ $ , qui paffent fur le tambour , & vont embraffer les broches, deux à deux , pour les faire tourner.
- On remarque les divifions 1,2, 3,4 , y & 6, proche de la boîte , au moyen'de laquelle on avance ou recule la manivelle, ainfi que fon axe ; ces divifions déterminent avec le pinule, ou régulateur attaché à la barre b b, le point confiant d’exten-hon à donner à la même matière , pour une même filature.
- Planche P.
- Fig. CC. Porte-bobines GG du fil en gros.
- Fig. H H. Porte-broches, où l’on voit le plan incliné des noix, pour que les cordes à boyau con*> fervent des plans parallèles, ôc ne ie furmontent ni ne ie gênent.
- Fig. CP. Porte-broches de nouvelle invention, où Ion emploie la courroie au lieu des cordes, une poulie au lieu du tambour , ôc des pouliots de rejets, de deux en deux broches , pour que la courroie les preffe toutes également.-
- On a déjà doublé à plufieurs , ainfi que je l’ai obfervé, le rang des broches, celui des pouliots, la courroie par conféquent , ainfi que la grande poulie. L idée de ce mécanifme en fait affez concevoir l’effet, pour qu’il foit inutile d’en donner la figure.
- Fig. A. Fig. B. Fig. C. Trois vues d’effais de la difpofition des broches , qui pourroient réuflir, en procurant un frottement égal à toutes ces broches , ôc en conformant la barre à la courbure déterminée.
- Planche VI.
- Fig. 1. Moulins à retordre les fils de coton, doublés pour la chaîne des Velours.
- O. Roue de champ ,-à l’axe de laquelle efl: adaptée la manivelle, qui, tournée par un homme, donne le jeu à toute la machine.
- Les dents ou ful'eaux de cette roue s’engrainent dans ceux du tambour horizontal N, dont l’axe vertical P efl: aulff celui d une lanterne, dont les fufeaux s’engrainent dans ceux d’une nouvelle roue de champ , plus élevée ôc parallèle à la première O.
- L’axe de cette nouvelle roue fe prolonge de part Ôc d’autre, & efl: commun a deux autres lanternes parallèles, dont les fufeaux de chacune s’engiainent dans ceux d’autres roues de champ, lefquelles roues font chacune l’un des cadres des deux afpes TV très-alongés , pofés parallèlement au défiés
- du moulin , ôc für lefquels s’enroulent , par éche-veaux, les fils de chaque bobine, dévidés à m©8-fure , ôc retors dans l’intervalle.
- DD. Premier cadre elliptique , bafe , plan inférieur , dans lequel pivotent, lur du verre ou fur des cailloux, les broches fervant d’axe aux bobines ôc aux pouliots de fupport de la courroie.
- GG. Courroie fans fin , qui après avoir paffé fur le tambour , pris une direction différente contre le rouleau I, vertical ôc tournant fur fon axe, preffe les broches du premier étage ; comme la courroie HH, après avoir également paffé fur le tan bour, au deflus de la première, Ôc avoir changé de direct tion contre le rouleau K, preffe les broches du fécond étage.
- Ces dire&ions de la courroie, convergentes du tambour aux rouleaux de cette extrémité, divergentes enfuite, commencent en ce point à indiquer les deux côtés de l’ellipfe , dont l’élévation des broches donne le plan ; elles le fuivent ôc le terminent chacune fur le troifieme rouleau de chaque étage, placé à l’extrémité oppofée des deux précédens.
- EE. Première banquette , percée pour maintenir les broches du premier rang dans leur fituation verticale, ôc dont le prolongement intérieur fert d’appui, fur un plan concentrique, aux broches du fécond étage, également maintenues dans leur fituation verticale, par la banquette EF , vue de M en M.
- X X. Cadre finué , foutenu horizontalement paf de petites colonnes , au deffus, ôc parallèlement aux plans précédens. Les angles faillans ôc rentrans font tels que le prolongement Vertical des fils du premier rang de bobines paffe par la pointe des uns, ôc celui des fils du fécond rang par le fond des autres. A la pointe ôc au fond de ces angles font de petits trous , de petits cylindres creux , des tuyaux , des anneaux, par chacun defquels pafie un fil : il fe trouve dirigé ôc foutenü par-là j le frottement qu'il y reçoit l'unit davantage, & en rend le tors plus égal.
- Ce cadre efl utile, en outre, en ce que, fi les fils fe caffent dans leur prolongement au deffus, jufqu’aux afpes , au lieu de fe brouiller avec ceux des autres bobines ils retombent fur lui , où il efl aifé de les prendre pour les raccommoder.
- Fig. 2. Vue d’oifeau de la mécanique»
- G. Manivelle, Ôc fon point d’appui.
- O. Première roue de champ.
- N. Tambour dans lequel elle s’engrainë»
- Q. Lanterne verticale , qui s’engraine dans la fécondé roue de champ R.
- S S» Deux lanternes horizontales, dont l’axe efl: Commun à la roue R, ôc qui s’engrainent, de part ôc d’autre , dans les roues TT ae champ, ôc de plan à angle droit de celui de la roue R»
- Les lignes pon&uées T V , ôc autres paralelles, indiquent les deux afpes fur lefquels les fils doublés ôc retors fe dévident.
- D D. Plan du premier étage.
- G G. Direction du premier rang de bobines * ôc de la courroie inférieure , paffant fur les rou* leaux II d’une part , ôc fur le rouleau L de l’autre.
- Y. Direction du fécond rang de bobines, & de la courroie fupérieure , paffant fur les rouleaux KK & M.
- XX. Chaflis fupérieur*
- Z Z. Côtés intérieurs de ce chaflis, dontl’expen-fion extérieure, taillée en languettes, pour le palfage des fils des deux étages, efl auffi indiquée par la lettre Y»
- Fig. 3. Mouvement vu de face dans la direétîon de l’axe de la manivelle, ôc de la roue O , laquelle
- Lij
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- 44 EXPLICATION DES
- s’engraine dans le tambour horizontal N , dont Taxe élevé fupporte la lanterne I ; celle-ci s’engraine dans la roue de champ R, qui a fon axe commun avec les lanternes SS, lefquelles s’engrai-
- PLANCHES.
- la marche, & attirant la lame en en-bas ; & 8 , dont la corde i fait bafculer le bilbac au point h, lequel fouleve la corde e e, 8c attire la lame d en en-haut. Ces trois figures , dis-je, montrent les
- lient dans les roues TT, qui font chacune l’un des mouvemens correfpondans & développés de toute cadres du bout des afpes T. l’armure du métier.
- r~t * ^ /*_ _ 1 _ J 1 * —. Le h r* /4 r%. ^ 1« /*»1f m O fl
- Fig. 4. Coupe tranfverfale du moulin, vu du côté du mouvement.
- D D. Bafe au premier étage, fur laquelle pivotent les broches qui îupportent les bobines, & celles de foutien de la courroie du rang inférieur.
- E E. Bafe du fécond étage, au delfus de laquelle
- s’élèvent les premières bobines, 8c d’où partent les cliquetage. broches de celles du rang fupérieur, vues au delfus ~
- du plan FF.
- XX. Coupe du chalfis feftonné, dont les points faillans & rentrans des angles dirigent les fils doublés des bobines EE, FF, comme il eft indiqué par les lignes pon&uées, fur les afpes ou dévidoir es TT, lefquels font mus, comme aux figures précédentes, par les lanternes SS; & celles-ci,par la roue R, qui s’engraine dans la lanterne Q.
- Fig. Mouvement vu de profil, & plus développé que dans la Fig. 1.
- O. Première roue mue par la manivelle.
- N. Tambour où elle s’engraine.
- Q. Lanterne élevée fur l’axe prolongé du tambour.
- R. Roue dans laquelle la lanterne s’engraine.
- T. Rouage de l’afpe.
- I & K. Rouleaux tournant fur leur axe, & fur lefquels palfent les courroies,
- D. Premier plan.
- G. Première courroie.
- E. Second plan.
- H. Seconde courroie.
- F. Troifieme plan.
- r. Broches de fer fur lefquelles s’appuient 8c jouent par côté les marchettes 8c les contre-marches les unes au delfus des autres.
- f. Enfouple de la chaîne de fond , dont les tourillons de l’axe entrent dans les piliers PP, fixée , pour la tenfion de la chaîne, par une roue d’en-
- Planche VU.
- Fig. I. Vu* perfpoclivo «lu métier monté Ci eu travail.
- A. Point d’appui de la chalfe.
- B. Barre de lùfpenlion de ladite chalfe.
- C. Cadre mobile, pofé en travers du métier, fur les barres du côté RR, portant les bilbacs.
- PP. Piliers du métier.
- g. Enfouple de la chaîne de poil ? foutenue 8c tournant fur des appuis fixés en dehors du métier.
- t. Poids qui y eft fufpendu, dont la corde s’enroule en l’attirant en arriéré, Sc qui donne à la chaîne un degré fuffifant de tenfion.
- On voit comment ces deux chaînes partent de leurs enfouples, traverfent les lames, fe réunilfent dans le ros , 8c après avoir été ouvrées, l’étofife qui en réfulte ayant palfé fur la poitriniere, fe replie en delfous , & revient en n s’enrouler fur l’enfouple o.
- p. Tendoir de P étoffe fur l’enfouple, 8c crochet qui s’engraine dans la roue d’encliquetage r.
- s. Talon des marches.
- x x. Broche de fer qui les enfile.
- q. Appui de la planche mobile , qui fert de fiége à l’Ouvrier.
- Fig. 2. Partie du côté droit du métier, avec le foutien D , vu par derrière, de l’enfouple du travail.
- Fig. 3. Partie du métier vu de face , jufqu’au delfus de la poitriniere TT.
- qq. Difpolition des appuis du fiége.
- Fig. 4. Elévation du métier vu par derrière,
- PP. Piliers.
- c 0. Barre fupérieure de traverfe,
- V. L’inférieure.
- ff Enfouple de la chaîne de fond, dans laquelle eft tracée la rainure vv, pour y arrêter la chaîne au moyen du verdillon.
- t. Treuil de l’enfouple, par où l’on tend ou détend la chaîne.
- r. Roue dentée , qu’on arrête au moyen d’ui*
- SS. Barres du bas qui les réunilfent de l’avant en crochet, pour fixer la tenfion.
- arriéré.
- T. Poitriniere fur laquelle palfe l’étoffe.
- V. Barre de traverfe du bas, où font fixées les marches.
- a. Marches, au lieu où s’exerce la puiffance; s leur point d’appui en arriéré , où elles jouent fur une broche de fer xx ; elles fdnt au nombre de cinq : il en part dix cordes , deux de chacune ; cinq correfpondent aux contre-marc/tes b , & les cinq autres aux marchettes a. Celles-ci font nommées les grandes cordes,parcomparaifonaux précédentes, qui font les petites cordes.
- Les grandes attirent les marchettes en en-ba^ ; les marchettes, les lames d, 8c les lames font bailler ceux des fils de la chaîne de fond ou de celle de poil, qui y font paffés en lilfe.
- Les petites cordes attirent les contre-marches; les contre-marches, les bilbacs, par des cordes attachées en i ; 8c en leur faifant faire la bafcule fur le point d’appui h, ceux-ci attirent autant en en-haut les lames e, & les fils de l’une 8c l’autre chaîne qui y font paffés.
- Les Fig. 6 d’une marche a, jouent en j avec fes deux cordes ; 7 9 d’une contre-marche b jouant en r, attirée par la marche en y, attirant en % le bilbac i ; 8c de la marchette c également attirée par
- dont l’une eft en couliffe de entrer les tourillons de
- QQ Mortoifes , haut en bas , pour y l’axe.
- Voyez au bas de la planche la roue d’encliquetage cr, avec fon crochet; celle de l’enfouple de travail en ^ avec fon treuil ; & la boîte 00, pour y placer le tourillon de l’extrémité oppofée ; et 8c cc , le crochet de l’une & de l’autre roue ; & te, le tendoir.
- Fig. j. Chaffe du métier vue de face. a a. Barre de fufpenfion, avec fes lames de fer, qui portent fur des dents de feie de même matière, 8c horizontales.
- b b. Trous, marqués fur les épées montantes ou defeendantes à couliffe dans la barre de fufpenfion , pour les foutenir, au moyen de chevilles, à la hauteur convenable. cc. Cape. dd. Ros. ff. Sommier.
- g g. Coupe de profil de la chaffe ab. Sa barre de fufpenfiom
- L} e r * .
- epee.
- c. La cape. d. Le ros.
- / Le fommier.
- Supplément
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- EXPLICATION DES PLANCHES»
- Supplément de la Planche VII, voir au bas de la Planche V.
- a a. Grands cifeaux , ou forces à main , vus de face.
- b b. Les mêmes, vus de profil.
- ce. Couteau vu de bout & fur fa monture.
- d d. Le même, vu couché , la vis en deffus, & le tranchant horizontal.
- ce. Navette, garnie de la canette ou bobine de la trame, vue en deffus.
- ff. La même b vue de face, avec le petit trou d’où fort le fil de la trame.
- g g & h h. Deux fers ou verges de laiton , avec une petite cannelure dans laquelle pénétré le tranchant au couteau, lorfqu’il coupe le Velours.
- Planche V11 J*
- Fig. i. Armure du Velours plein, où font déterminés la pofition & le nombre des marches, des marchettes,des contre-marches, 8c celles des lames; le marcher , d’où réfulte le jeu correfpondant des unes & des autres ; 8c la rentrée des fils, qui eft leur palTage en lifte.
- Fig. 2. Armure du Velours cannelé, où les mêmes parties que dans la figure précédente font également indiquées.
- Fig. 3. Armure du velvet-ret , à fix duites , idem.
- Fig. 4. Armure du croifé d’un feul côté, avec l’indication de changemens pour opérer le même effet.
- Fig. y. Armure du croifé des deux côtés * où l’on voit que les marches 8c les lames font en nombre différent de celui des marches 8c des lames de l’armure précédente, mais égal dans celle-ci.
- Fig. 6. Armure du piqué, pour un carreau, quatre points fimples, où la rentrée eft indiquée , avec le nombre des fils en liftes dans chaque lame*
- Fig. A. Deftin ou échantillon du piqué à carreaux , quatre points, fimple, exécuté au moyen de l’armure 8c du marcher précédens.
- Fig. 7. Armure du piqué, pour un carreau, quatre points, double, avec les mêmes indications que pour le carreau , quatre points, fimple.
- Fig. B. Deftin ou échantillon du piqué à carreaux, quatre points, double , exécuté au moyen de l’armure 8c du marcher précédens.
- Fig. 8. Armure d’une toile fans lifieres , 8c pour faire des facs fans fond, où toutes les parties , indiquées dans les armures précédentes , le font également.
- Planche IX. Fourneaux a tondre , griller ou rafer les Velours.
- Fig. 1. Élévation 8c coupe du fourneau, Vu du côté du cendrier.
- a. Brifure de la charpente ppb pour en laîffer voir l’intérieur en Æ, ou font des cannelures en arrêtes tranchantes , pour relever le poil du Velours , 8c en racler le grillé, lorfque la piece va 8c vient ; en r, où font , au demis les uns des autres, des rouleaux d’appui, pour élever ou baifler l’étoffe, afin qu’elle touche la plaque de fonte en plus ou moins de points ; en t, où l’étoffe eft enroulée; & en rr, pour fentir les différentes di-reétions à donner à la piece, 8c les inflexions qu’elle prend fur fies appuis.
- 1. Plaque de fer fondu , faifant voûte ou calotte au fourneau.
- 2. Porte brifée du fourneau, en fer battu*
- 3. Intérieur du fourneau*
- 4. Brifure du mur de face.
- y. Barreaux de fer forgé, pofés fur la carre.
- 6. Cheminée du fourneau, vue dans le fond.
- 7. Cendrier très-élevé, pour que l’air chaile mieux.
- 8. Façade du mur.
- 9. Mur brifé, vu dans le fond.
- Fig. 2. Plan géométral de la mécanique»
- ABCD. Eft celui indiqué de la coupe de la figuré précédente.
- b b. Cannelures en arrêtes»
- rr. Rouleaux d’appui.
- tt* Treuils fur lefquels s’enroule alternativement l’étoffe vv, en tournant l’une des manivelles mm*
- 11. Plaque de fonte.
- 4. Mur repréfenté en 8 , 8c brifé en 4 , Fig. 1.
- 6 6. Plan de la cheminée.
- Fig. 3. Vue de l’une des faces du fourneau , l’étoffe vv pafîant fur la plaque 1 1 , fur le rouleau rr , fur les crenelüres b b , 8c enfin fur le treuil tt.
- m. Manivelle*
- pp. Piliers de la charpente.
- 6. Cheminée vue fortant du maïïif de la maçonnerie du côté oppofé à celui de l’ouverture du fourneau.
- v. Planche X.
- ÀTTELIERS DE TEINTURES»
- PREMIERE VIGNETTE.
- Attelier de teinture pour tes couleurs ordinaires , les garançages, &c.
- A. CuVe en ciment, où l’on reçoit l’eau du dehors* pour l’ufage de l’attelier.
- B. Chaudière de cuivre, reVêtue de maçonnerie
- 8c en ciment, au deflous de laquelle eft un fourneau "\
- pour orx okauffor I© bain. 13ovue Ouviers y font pafteC
- une piece d’étoffe , foit en bain préparatoire , foiè en teinture ; l’un fait agir le tourniquet, pour amener 8c ramener la piece dans le bain * jufqu’à ce qu’on l’en retire ou qu’on l’y abatte ; l’autre, avec un lifoir, la tient au large, 8c l’enfonce dans la chaudière.
- C. Autre chaudière de cuivre, également revêtue*.
- D. Chaudière femblable à la précédente, où pendent , dans le bain, des pentes de Coton, ou d’autre matière végétale, paffées aubâton, que l’Ouvrier doit changer 8c rechanger fréquemment, c’eft-à-dire * plonger dans le bain les parties qui fe montrent au dehors, 8c leur en fubftituer d’autres, en les tournant 8c retournant fur le^bâton, jufqu’à ce qu’il les retire ou qu’il les abatte.
- E F G H I. Tonnes oubarrils de bains de bois de différentes efpeces, de plufieurs temps, 8c de di-verfes qualités ; de leftives, ou diffolution de fels quelconques.
- KLM N. Baquets, avec leur planche pour y aluner, ou y engaller les étoffes. ( Voyez vignette 3, Fig. N, un Ouvrier qui travaille une piece fur la planche ; Fig. C * la piece dans le baquet repo fiant fur fon bain ; 8c Fig B , l’étoffe relevée fur là planche, s’égouttant» )
- O. Ouvrier qui tord à la cheville, des pentes de Coton, après qu’elles ont été teintes ou lavées.
- P» Plufieurs de ces pentes, paffées à la cheville , ou pour égoutter en attendant qu on les torde * ou pour y fécher.
- Q. Chevilles plantées dans un poteau, placé avant dans l’attelier, pour plus de facilité des opérations précédentes.
- R. Ouvrier qui pafte une piece en bain chaud ou froid j fur le tourniquet, dans un baquet, Il
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- explication des planches.
- tourne d’une main , life & tient au large la piece de l’autre. Si le bain eft très-chaud, trop chaud, il la life 8c la tient au large avec un lifoir.
- S. Bâton pour pouffer les pentes de Coton dans la chaudière.
- T. Baquet pour y préparer un bain quelconque.
- U. Pot ou vafe de jauge, pour les dofes déterminées de liqueur quelconque.
- V. Seau, de grandeur déterminée, pour le même office.
- X. Sébile emmanchée pour puifer l’eau dans la cuve ou dans les chaudières.
- Y. Sébile à main, pour l’ufage courant.
- Z. Lifoir ou bille pour tordre les étoffes , ou les pentes de Coton paffées à la cheville.
- On a des conduites d’eau, de bois ordinairement, foit en planches jointes en courfiere, foit d’un arbre creufé en gouttière , pour la faire couler du robinet , dans les chaudières, dans les baquets, ou ailleurs.
- Planche X.
- SECONDE VIGNETTE.
- Attelier de teinture pour les cuves de bleu.
- A B C D E F G. Cuve de bleu à froid, en ciment, qu’on tient couvertes lorfqu’elles ne travaillent pas.
- H. Cuve également en ciment pour y recevoir, du dehors, l’eau néceffaire dans l’attelier.
- IL. Table très-longue fur laquelle on faude, on évente les pièces au lortir de la cuve.
- M. Ouvrier qui tient une piece, la menant & la ramenant dans le bain, toujours étendue fur fa lifiere, pour que la teinture la pénétré également par - tout.
- N. Ouvrier qui, après avoir tiré du bain & relevé fur la cheville la piece fuffifamment teinte , la tord pour en exprimer, fur la cuve même , le bain fuperfiu ÔC charge de parties culuranucs , que l’étoffe a emportées avec foi.
- O. Ouvrier, vu de face, qui, dans une plus petite cuve , fait la même opération que le précédent.
- P. Ouvrier qui faude ou évente une piece, en la rejetant à grands plis de gauche à droite , 8c la ramenant ainfi à plufieurs fois , pour que , frappée de l’air , la couleur remonte également par-tout.
- Q. Ouvrier qui tourne le moulinet, chargé d’une piece, fur la cuve G.
- R S T U. Chevilles implantées au mur au deffus des cuves , pour y lever les pièces, lorfqu’on les tire du bain, & pour les y tordre.
- V. Pentes de Coton fufpendues à la cheville, au deffus de la cuve, avec le lifoir ou la bille, paffé dedans, pour les tordre 8c en exprimer le fuperfiu du bain.
- X. Piece d’étoffe, roulée & rejetée fur le bout de la table, après avoir été éventée, pour l’emporter 8c l’aller laver en pleine eau.
- Y Z. Vue d’une piece, au moment où on la faude , où elle eft rejetée à grands plis 8c par feuillets , d’un côté à l’autre, pour l’éventer.
- TROISIEME VIGNETTE.
- Attelier de teinture pour les tonnes de noir.
- A A. Cuves en ciment, où l’on reçoit l’eau du dehors ou autrement, 8c où on la tient en réferve pour les divers ufages de l’attelier.
- B. Baquet & fa planche, fur laquelle repofe 8c s’égoutte une piece d’étoffe, relevée pli par pli, après avoir été travaillée dans le bain.
- C. Baquet dans lequel une piece repofe fur fon bain, entre deux travaux fur la planche.
- D E. Deux baquets avec leur planche, femblables aux précédens.
- F. Cuve en ciment, pour de l’eau pure, des extraits , ou des diffolutions quelconques.
- GHIKLM. Tonnes de noir, avec leur anche ou robinet, affez élevées, fur de forts tréteaux, pour paffer deffous, les baquets dans lefquels tombe le bain de noir, où on le puife, avec un feau, un pot, ou une fébile, pour le porter dans les baquets de travail B CD EN O.
- M. Coupe verticale d’une tonne de noir, pour y reconnoître l’arrangement des paniers ou corbeilles de ferrailles, 8c de l’écorce d’aune , feche 8c brifée, pour remplir, le mieux qu’il eff pofîible, lesinterflices d’abord, &enfuitelereftede la tonne ; le tout aflis fur un premier lit d’écorce d’aune , 8c un fécond de vitriol de Mars ou couperofe verte.
- Le nombre des paniers de ferraille diminue ou augmente , fuivant qu’ils font plus ou moins grands, qu’ils contiennent plus ou moins de ferrailles.
- N. Ouvrier travaillant actuellement une étoffe fur la planche. Il la retire du bain pli par pli, la tenant par les lifieres toujours étendue fur fa largeur , 8c la jetant par feuillets, du bain fur la planche, puis de la planche dans le bain.
- O. Ouvrier qui, une fébile de bois à.la main, puife du bain de noir dans le baquet de la tonne M, pour le vuider dans le baquet O, où il com-pofe un nouveau bain pour y travailler, quelque piece.
- P Q. Table fur laquelle on voit plufieurs pièces d’étoffes.
- R. Sébile de bois.
- S. Pot ou vafe de jauge.
- T. Seau pour puifer l’eau ou le bain en plus grande quantité à la fois.
- V. Sébile emmanchée pour puifer l’eau de loin & en quantité indéterminée.
- X. Lifoir ou bille avec laquelle on preffe les pièces fur la planche, lorfqu’on les a travaillées dans le bain, pour les faire mieux 8c plutôt égoutter.
- Planche XI.
- Cuve de bleu à chaud.
- Fig. 4. h. Chaudière en cuivre , en forme de cône tronqué renverfé, enchaffée 8c foutenue fur la maçonnerie p p.
- i. Entrée du fourneau.
- k. Apperçu du prolongement dans terre de la Cuve ou Chaudière.
- l. Tuyau du fourneau.
- Fig. j. Coupe verticale de la Cuve m, du tuyau 7z, 8c des murs q.
- 0 0. Efpaces entre les murs verticaux du fourneau, & les parois extérieurs, convergens, de la Cuve. C’eft dans ce vuide concentrique à la maçonnerie & excentrique à la Cuve, qu’on infinue 8c dépofe le charbon allumé qui doit entretenir la Cuve dans un degré de chaleur toujours doux 8c à peu près égal.
- f. Rable avec lequel on pallie la Cuve.
- g. Son couvercle.
- Mécanique à imprimer au cylindre les toiles, crolfés , fatinettes, Velours de coton, &c.
- Fig. 3. ccc. Quatre cylindres ou rouleaux de bois.
- 1, 3 , 8c 4. Sont recouverts de plufieurs plis d’étoffe, 8c d’un gros drap. L’Art eft de bien faire les coutures, afin qu’elles ne fe fentent point dans le travail.
- 2. Cylindre d’impreffion, pointé fuivant le deffm,
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- EXPLICATION DES PLANCHES.
- en fil de laiton ; d’où il eft évident qu’il en faut un de rechange pour chaque deffm. Ce cylindre , au moyen de la manivelle M, donne le jeu aux autres, & les fait tous mouvoir.
- mm mm. Mortoifes pour ficher des clavettes en coins, & ferrer plus ou moins les cylindres les uns contre les autres.
- D. Auge dans laquelle eft la couleur. Le rouleau 4 y trempe ; il la puife , & la dépofe fur le rouleau 3 , où, plus nette, le cylindre 2 s’en empare, 8c va imprimer l’étoffe, qui paffe entre lui & le rouleau 1, qui la preflé. 11 faut que la couleur ou teinture loit en confiftance de firop, moins épaiffe que lorfqu’on imprime à la planche.
- E. Table dans laquelle eft emboîtée l’auge.
- B B. Brancard, ou corroi fur lequel eft pofée la piece avant de paffer fous le cylindre.
- RR. Rouleaux tournans fur leur axe; on paffe l’étoffe deffus & deffous, bien tendue ; on empêche les rouleaux de tourner ; on les enraye quand on veut ferrer davantage.
- A R. Cylindre fur lequel l’étoffe eft roulée avant d’être imprimée.
- S S. Montans ou jumelles, qui s’ouvrent à charnière en K K, pour laiffer palier les cylindres.
- A. Afpe pour enrouler l’étoffe lorfqu’eile eft imprimée.
- P. Poulie fixée fur l’axe de l’afpe, où eft enroulée une corde avec un poids qui fait tourner l’alpe à mefure que les cylindres opèrent.
- Mécanique à découper les Velours cannelés & le * Vüvet-ret, avec l'Ouvrier vu en travail
- Fig. 1. A. Velours plié en feuillets pour l’amener plus facilement fur l’ouvroir.
- B. Enfouple, treuil ou cylindre, fur lequel l’étoffe , arrêtée dans la rainure par un verdillon, s’enroule pour être tendue convenablement, au moyen de la roue d’encliquetage dont cette enfouple eft armée.
- C D. Longueur d’étoffe tendue horizontalement fur l’ouvroir.
- E. Seconde enfouple où la piece, primitivement arrêtée, également par un verdillon, réfifte par fa roue à cheville , à la forte tenfion qui lui eft donnée avec la roue d’encliquetage.
- a b. Ces deux roues , fur leur monture, vues plus en grand.
- Fig. 2. La même mécanique vue par le côté C, avec la rainure F de fon enfouple, 8c fa roue d’encliquetage.
- c c. Couteau armé de fon guide, d’environ vingt pouces de longueur de fer. La longueur du guide, dans lequel entre fa pointe, eft d’environ deux pouces.
- d. Ce même guide vu plus en grand.
- d e. Réunion , ou enchâffement dans le guide delà pointe du couteau, dont le tranchant eft en t.
- gr. Grattoire de peau de chien de mer.
- Supplément à la Planche III.
- Le nombre des cordes de cette mécanique, la multiplicité des mouvemens auxquels elles donnent lieu, 8c la variété de l’effet de ces mouvemens, m’ont fait penfer à la ledure des deferiptions précédentes des Planches 1, 2 8c 3 , qu’il feroit utile d’en donner par addition une plus étendue, 8c principalement de ces objets.
- a. Poulie qui reçoit fon mouvement de la poulie b, par une corde croifée, laquelle fait tourner en avant les deux rouleaux de bois, qui tiennent tendues les toiles fans fin chargées du coton à carder, 8c leur font fuivre le même mouvement.
- b. Poulie à double rainure, fur l’une defquelles paffe la corde croifée précédente ; 8c fur l’autre, une corde non croifée qui répond à la poulie sn du cylindre L de décharge. Cette poulie b fait mouvoir les deux premiers petits cylindres, qui s’engrainent l’un au deffus de l’autre , 8c dont les cardes pincent 8c commencent à applatir le coton, pour le diftribuer fur le cylindre c.
- c. Cylindre qui tire fon mouvement d’une corde non croifée, paffant fur la poulie e, 8c dont les cardes, par une pofition contraire & un mouvement différent de celles des précédens, effacent le coton , 8c le portent fur le cylindre C.
- C. Cylindre qui, par une courroie placée du côté oppofé de la mécanique, reçoit fon mouvement du cylindre I, le plus grand de tous, auquel eft appliquée la manivelle. Ce cylindre tourne du même côté que le cylindre I, & que le cylindre c, quoique fes cardes foient dans une pofition contraire à celles de ce dernier. C’eft fur ce cylindre C que le coton fe prépare bien, 8c fe carde déjà en plus grande partie.
- d. Poulie qui tient à l’axe du cylindre C, le même qui donne le mouvement au cylindre c.
- ef. Rainure fur le cylindre D , d’où part une corde croifée qui Va paffer fur la poulie d, qui imprimé au cylindre D un mouvement oppofé à celui du cylindre C. Ainfi, la pofition contraire des cardes de ces cylindres, 8c leur mouvement oppofé, font tels que le coton ne fe carde point entre eux ; mais qu’il eft feulement pris de l’un par l’autre, pour que ce dernier le diftribue fur le grand cylindre I, qui le donne au cylindre E, celui-ci au cylindre F, le cylindre F au cylindre G, qui le rend au cylindre I, d’où il pafl'e en H , pour revenir encore en I.
- Les cylindres DEF GH ont tous leur mouvement contraire , 8c beaucoup plus lent que celui des cylindres I & C. Le mouvement leur eft donné , ainfi qu’au cylindre L, par la poulie d, dont la corde
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- 48 EXPLICATION DES PLANCHES>
- croifée correfpond à la rainure e/; & par la poulie/, dont la corde paiïe en g hiklM, en Y enfin ?
- & revient en /
- Cette derniere corde fait un double tour fur chacun de ces cylindres. On la tend, on la détend avec la poulie Y, qui monte & defcend au moyen d’un écrou placé dans une couliffe.
- • L Poulie adhérente au cylindre I. Elle eft à trois rainures de différents diamètres, pour ferrer plus ou moins la corde croifée par laquelle ils fe correfpondent, & accélérer ou retarder d’autant le mouvement de la poulie S, du cylindre M à lames, qui détache le coton du cylindre L.
- M. indique une fécondé poulie jointe & parallèle à la précédente, dout la corde non croifée fait tourner du même côté le rouleau cannelé qui achevé de rouler la loquette.
- Les petits crochets qui font au deffus des cylindres, indiquent les diverfes directions des cardes*
- Fin de VExplication des Planches.
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-
- I
- SÉSSiBSSb
- T A B LE
- DES CHAPITRES, DES SECTIONS,
- ET DES A
- IC LE S.
- PREMIERE PARTIE.
- Introduction. Page i.
- DES COTONS. 3
- De la maniéré de carder le Coton.
- Savonnage du Coton.
- De la Mécanique a carder le Coton»
- De la Mécanique a filer le Cqton.
- Du Dévidage et du Tarif.
- TARIR
- Fabrication du Velours.
- Armures des Piqués.
- Des premiers apprêts.
- De la tonte ou grillage. *-J
- Du Fourneau a brûler 5 grïLLer ou rajer les Velours de coton , & de la maniéré de faire cette opération. ïbid.
- De la Teinture des Cotons, des Velours DE COTON, & des autres étoffes de cette matière.
- 17
- Dissolutions et décoctions préparatoires.
- . .5 ïbid.
- 6
- 8
- 12
- ïbid.
- ïbid.
- 13
- 14
- Gris de maure ^ de fer > d'ardoise & autres à pied de bleu. 27
- Gris ordinaire. ïbid.
- DES COULEURS EN FAUX TEINT.
- Du Cramoisi de bois ^ & Maure-doré faux. ïbid.
- Procédé de la compofition. 28
- Du Violet ordinaipvE. ïbid.
- Du Chamois. ibid.
- Du Ponceau. ibid.
- Du Capucine. 29
- Du Bleu et du Vert dé bois d’Inde. ibid.
- Du Bleu et du Vert de Saxe ou de Chine, ibid.
- Un Rtktt pt dtt Vert de Prusse. ïbid.
- Compofition. ibid.
- Réflexions générales sur la Teinture. 30
- Appendice concernant les Velours de soie et
- coton. 31
- SECONDE PARTIE. AVERTISSEMENT. *,
- Du bain de galle & de l'engallage.
- De la Diffolution de Valun, & de l'Alunage. De VE au de couperofe.
- De l'Eau de vert-de-gris.
- De l'Eau de foude.
- Du Bain de rocou.
- Du Bain de bois de B réfil.
- Du Bain de bois d'Inde.
- Du Bain de bois jaune.
- Du Bain de gaude.
- ïbid. PROCÉDÉS DE L’IMPRESSION.
- 18 . _
- ïbid. Premier Rouge. n°. i. 34
- jç Variétés & nuances de tous les rouges. 34 6* 3 3
- ibid. Second Rouge. n°. 2. 35-
- ibid. Violet. n°. 1. ibid.
- ibid. Pïriétés & nuances de tous les violets. ibid.
- ibid. PVEDS DES COULEURS qui je tirent du violet, du ibid. rouge , ainfi que du noir, comme café , marron y
- ibid. maure-doré y lilas foncé & clair. ibid.
- Noir.
- DES COULEURS EN BON TEINT.
- De la Cuve de bleu a froid.
- Autre maniéré de monter la cuve de bleu à froid. Du Bleu à froid.
- Autre Cuve de bleu à froid.
- De la Cuve du bleu a chaud»
- Du Bleu à chaud.
- Du Rouge de garance.
- Du Maure-doré.
- Des Marron et Brun.
- Du Jaune citron, et du Jaune doré»
- De l’Olive ordinaire.
- Du Vert.
- De l’Olive verdâtre.
- De la Cuve ou xo^ne de noir*
- Du Noir.
- Bain qui firt du noir garancé? au jaune à la rouille ,
- &c- 3<>
- ibid. Couleurs au pinceau ou a la planche, ibid.
- _ 20 Differens jaunes , bleus & verts. , ïbid.
- ibid. Autres couleurs au pinceAù ou a la
- . 21 PLANCHE y &c. vert y bleu , jaune & rouge, ibid. ibid. Mordans solides et four être garancés. ibid.
- 22 Violet y n°. 2 , pour fond & pour rentrer. 37
- 23 Rouge de fond et pour Mouchoirs. ibid.
- ibid.
- ibid.
- ibid.
- Diffolution de l'étain. ibid»
- Tres-beau Noir pour imprejfion, & pour fondy fans être affujetti à le garancer. ibid.
- Apprêts des Toiles imprimées. ibid.
- Suite de bains. ibid.
- ïbid. Autres bains préparatoires.
- 2 6 Paffage en boufe , &c, ibid. Garançage.
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- ibid.
- ibid.
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- 'Garançage des fofids de couleur. ibid.
- Obfervations fur la maniéré d'appliquer les jaunes , bleus & verts à la planche & au pinceau, ibid.
- Bleu Anglois. 39
- Réflexions fur Vimprejjion à Vhuile, & procédé de Vhuile graffe ou ficcative , fans préparation dé plomb. ibid.
- De quelques uflenfîles, & notions générales fur leur ufcge. ' _
- Compofition & application de la réferve. ibid.
- Majlic au pinceau. ibid.
- Réflexion fur Vufage de l'acide vitriolique pour le blanchiment des toiles. ibid.
- BLE.
- Explication DES PLANCHES*
- Mécanique à carder. 41 &
- Mécanique à filer. 42 & 43
- Moulin à retordre. 43 6* 44
- Métier 9 outils & u/hnfÜes, 44 & 4 ^
- Fourneau à tondre ou griller. 45;
- Atteliêrs de Teinture.
- Couleurs ordinaires, 6* garançages lieux & noirs.
- 45 & 4 6
- Cuve de bleu à chaud. ibid.
- Mécanique à imprimer , &c. ibid.
- Mécanique h découper, &c. 4y
- Explication en fupplément de la Flanche HL ibid«
- Fin de la Table.1
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- EXTRAIT
- DES REGISTRES
- DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES,
- Du 31 Juillet 17791
- L a c ad é m ï e nous a chargés » M. de Montigny 8c moi, de lui rendre compte d’uft Manüfcrit qui a pour titre t L'Art du Fabricant de Velours de coton _> précédé d'une Differtation fur la nature 3 le choix & la préparation des matières 3 & fuivi d'un Traité de la Teinture des Etoffes de ces mêmes matières. Par M, Roland de la Platiere, Infpecleur Général des Manufactures de Picardie j .Affocié des'Académies de Rouen , de Ville franche en Beaujolais t &c. Première Partie.
- Nous faifons, depuis vingt-cinq à trente ans , ufage des Velours de coton en habillement, &c. : cependant il n’y a en France que trois ou quatre cents métiers de Velours de coton, 8c quatre à cinq Manufactures particulières d’étoffes de ce genre , dont les Entrepreneurs foutiennent les Velours de leur fabrique a un fi haut prix, qu’il en réfulte en France une introduction confidérable de Velours d’Angleterre.
- Si le travail des Velours de coton avoit été connu, 8c h, plutôt encore, les ' apprêts pour les teindre avoient été divulgués ( car on réufiît mieux dans la fabrication de cette efpece d’étoffes , que dans leur teinture ), les Manufactures fe feroient multipliées ; le prix en feroit diminué : tout indique à M. de là Platiere, que nous pourrions livrer les Velours au prix de ceux qu’on tire d’Angleterre, 8c cette branche de commerce augmenterait pour lors beaucoup en France, au détriment de l’Angleterre qui nous en fournit.
- Nos Manufacturiers avoient donc intérêt de ne pas divulguer leurs moyens -, aufïi ne l’ont-ils pas été : l’on doit favoir gré à M. Roland de s’en être inftruit, 8c de les donner aujourd’hui au Public.
- Les Cotons que nous employons communément, fe tirent de nos Colonies, des Ifles de l’Amérique ou du Levant. Ces derniers portent dans nos fabriques le nom de Cotons de Chypre ou Cotons de Malte , lorfqu’ils nous arrivent filés.
- M. Roland de la Platiere indique dans fon Ouvrage les diverfes efpeces de Coton qu’on emploie dans le commerce, la maniéré de les connoxrre , d’en diftinguer les qualités : il faut voir ces détails dans l’Ouvrage
- même. A
- Avant de carder le Coton, il convient de le battre, de l’eplucher, ce qui confifte à oter les graines qu’enveloppe ce duvet : enfuite on le carde *, on le met en rouleau , quon appelle loquette. On le file avec des différences dans les préparations, lorfqu’on veut le filer en gras, ou le filer 8c le retordre par un moyen qu’on nomme filer à la mécanique. . .
- Ces détails font expolés d’une maniéré claire dans 1 Ouvrage. L Auteur a ajoute des perfections à cette machine, dont il ne fe donne pas pour l’inventeur, mais qu’il a fait exécuter 8c rendue publique le premier au
- mois d’Août 177?* ,
- Il traite enfuite du Devidage.
- L’objet que fe propofe M. Roland étant de décrire 8c de rendre publics les moyens employés pour fabriquer les Velours unis de coton, il entre dans les détails propres à en faire connoître la fabrication.
- Ces Velours unis fe font avec une première chaîne, communément appelée toile, une fécondé chaîne appelée poil 8c une trame. On fortifie ordinairement la fécondé chaîne de plus ou de moins de brins , fuivant qu’on fe propofe de rendre le Velours plus ou moins beau, 8c lui ajouter des qualités. L’effentiel pour cette efpece d’étoffe, eft que ce Velours foit bien plein, les coupes ferrées, le poil rapproché. Nous venons de dire que ces velours avoient deux chaînes : la première chaîne de fond eft compofée de fils doubles 8c retors au moulin j la fécondé chaîne celle du poil ou du velouté, eft compofée de fils fimples ; mais qui étant plus ou moins retors, donnent à l’étoffe plus ou moins de matière , 8c par conféquent plus ou moins de duvet. La trame eft aufïi de la même matière 8c âè même filature que la fécondé chaîne du poil ou velouté.
- M. Roland explique comment l’on monte les métiers à Velours unis, comment ils agiffent, le nombre 8c le jeu des marches & des lames.
- L’Ouvrier doit faire , en taillant le Velours , uriè tranche égale, vive 8c nette. Lorfqu’il fe trouve des inégalités un peu fenfibles dans la coupure , il en réiultc une fürface inégale , que le grillage 8c lès autres apprêts dont nous allons parler ne peuvent pas réparer.
- L’étoffe étant fabriquée, on commence par éplucher ces Velours ; on les fait débouillir enfuite dans une chaudière pendant une heure environ-, on lave ces pièces à la riviere \ on releve le poil au moyen de cardes, puis
- on procédé à la tonte 8c au grillage* ^ r ^
- La foie la laine n’ont pas befoin de l’apprêt du grillage, pour réfléchir avec vivacité la couleur de l’étoffe qui en eft formée : le coton n’a pas aufïi éminemment cette propriété , d’ailleurs il ne fe coupe jamais fi net j les forces ne peuvent pas en approcher de fi près : c’eft pour cela qu’on grille les Velours de coton, tandis que cet apprêt feroit au moins inutile pour la laine 8c la foie.
- Il faudrait voir dans l’Ouvrage les détails du fourneau , la pofition de la plaque de fer de fonte deftinée à griller les Velours. On fait chauffer la plaque, 8c l’on paffe deffus la piece de Velours, deux, trois ou quatre fois avec célérité -, on la carde , puis on la grille encore de nouveau. On conçoit que cette opération eft rrès-délicate \ il vaut mieux y revenir que d’aller trop vite au grillage, 8c de la brûler. Lorfque les Velours fortent du grillage, ils font rouffis : en les fait bouillir, puis on les expofe à une forte leflivë , 8c on les fait fécher fur le pré. Ces leflives fe font avec la potaffe ; on les teint enfuite : mais comme le coton eft une fubftance végétale , elle fe charge moins facilement des particules colorantes, que ne le feroient des fubftances animales. Les Velours de coton exigent donc des apprêts ayant d'être teints. Ces préparations fe nomment le dégommage 8c débouillis*
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- Après les avoir fait palTer par un bain chaud, on les met dans un bain de galle , ou un bain d’alun, ou de touperofe, ou de vert-de-gris, ou enfin de foude aiguifée avec de la chaux.
- Nous ne donnerons aucun détail fur les procédés indiqués par l’Auteur, pour donner aux Velours une couleur ou une teinte particulière ; il faut les chercher dans cette defcription. L’Auteur aflure qu’il n’offre ici que les compofitions qu’il a vu mettre eh ufage , & de la réuiîitd defquellés il efl convaincu* Nous répétons , d’après lui, que c’eft la partie la plus difficile 8c la plus elfentielie de cette fabrique, ôc fur laquelle cependant l’Auteur auroit beaucoup encore à délirer. On a vu des Fabricans réuffir à travailler ces étoffes, 8c manquer leur objet, faute d’avoir de bons procédés pour les teindre.
- L’Académie ne peut s’en rapporter qu’à l’Auteur pour ces compofitions de teinture. Cette Defcription de la / Fabrication des Velours de coton fait honneur à M* Roland de la Placiete, 8c nous femble mériter de paroître , avec l’approbation de l’Académie, à la fuite des Arts.qu’elle a publiés. *-
- Fait à Paris, ce 31 Juillet 1779. de Montigny , Fougiroux dk Bondaroy.
- Je certifie le prêtent extrait conforme à l’original 8c au jugement de l’Académie, ce 31 Juillet 1779.lE Marquis de 'Condorcet.
- Depuis le rapport de Meilleurs les CommifTairès, 8c l’approbation de l’Académie, l’Auteur de cette Defcription en a répété tous les procédés ; il en a re&ifiéou fiinplifié plufieurs *, il en a ajouté beaucoup.4Il y a ajouté la defcription de la mécanique à carder le coton, qui n’étoit pas connue alors, & qui n’eft point encore publique; les détails de fabrication, les marches Sc armures dest piqués, des fatinettes ou croifés, ôcc. la plupart des plan-ches, 8c la fécondé Partie entière de l’Art qu’il avoit annoncée, mais fur laquelle il lui reftoit à faire des effais & des recherches, pour la rendre, également que la première Partie, digne de l’approbation de l’Académie.
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