Descriptions des arts et métiers
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- Par M. D UD 1 N.
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- AVERTISSEMENT
- Lorsque l'Académie Royale des Sciences entreprit de donner au Public la Defcription des Arts 8c Métiers, elle invita tous les Savants , même ceux qui n’étoient point de Ion Corps , à concourir à la perfedtion de ce grand Ouvrage, en décrivant les Arts dont ilsauroient pu prendre connoiffance, ou qu’ils auroient été à portée de pratiquer par eux-mêmes. Cette invitation a eu, en grande partie, l’effet quen attendoit l’Académie. Déjà nous avons vu plufieurs Savants étrangers lui prêfenter des Arts quelle a permis de publier fous les noms de leurs Auteurs. Quelques Artiftes diflingués dans leur Profeffion, ont aufïï donné la Defcription des Arts qu’ils pratiquent. De ce nombre font l’Art du Menuifier, celui du Coutelier, & d’autres qui ne tarderont pas à paroître. Enhardi par ces exemples, animé du même zele, mais peut-être avec moins de talents 8c de connoiffances, j’ai ofé entrer dans la même carrière , 8c j’ai eu l'honneur d’offrir à l’Académie le tribut de mon refpeâ:, en lui préfentant l’Art du Relieur-*» Doreur de Livres. J’avouerai cependant qu’il m’auroit été impoffible de joindre cet Art à ceux de l’Académie, fi, aux lumières que j’a!
- tirées d’un Manufcrit de M. Jaügeon, appartenant à l’Académie > 8c d’un petit Ouvrage aæ. Gauiït^uui l ue Lyon , je n a vois eu le fecours de M. le Monnier le jeune, Maître Relieur , 8c Relieur de S. A. S. Mgr. le Duc d’Orléans {* ). Cet Artifte élevé par un pere dif-tingué dans fa profeflion, en a toujours foutenu la réputation ; il a eu la complaifance de faire faire devant moi toutes les opérations de fon Art, ce qui m’a mis à portée de le connoître affez à fond. J’ai donc tâché de décrire toutes celles que doit fubir un Livre avant que d’être vendu; on verra fur-tout que je me fuis appliqué à décrire la maniéré de plier les feuilles , parce qu’il m’a paru que les Auteurs qui s’étoient occupés de cet Art avant moi , n’avoient pas affez détaillé cette opération, qui a de grandes difficultés, & qui eft importante. Je n’ai point craint de tomber dans la prolixité pour me faire entendre, 8c j’ai cru devoir, fur cet objet, multiplier les figures ; auffi verra -1 - on qu’il y a fept Planches fur
- (*) Il demeure rue Saint Jean - de - Beauvais, vis-à-vis les maifons du College, aux Armes d’Orléans.
- Relieur.
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- y AVERTISSEMENT.
- le feu! plîment des feuilles. Mais je crois que fi le Leéteur veut bien ne pas fe rebuter de l’ennui que lui caufera la leéture de cette partie, il pourra , avec de la patience, &q>ar le fecours des figures, parvenir à connoître le plîment des différents formats, du moins je puis affiner que j’y fuis parvenu par ce moyen. On fera peut-être étonné que je n’aie point parlé dans l’Ouvrage, de quelques autres formats, tels que l’in-fei^e•(*), Xin~ quarante-huit, &c ; mais ces formats s’impriment fi rarement, qu’il y en a que je n ai pu me procurer en feuilles, entr’autres un petit format au-deffous de Xin-cent-vingt-huit, qu’on appelle le Pouce y que j’ai cherché inutilement dans Paris. Quel-qu’eftime que mérite l’Ouvrage de M. Jaugeon fur l’Art de la Reliure, qui nef! que la fuite & la fin d’un plus confidérable fur la Fonte des caraéteres & l’Imprimerie, j’ai été furpris que cet Académicien eût paffé fi légèrement fur cette partie de la Reliure ; d’ailleurs il n’y avoit en tout que trois Planches gravées fur cot Art, dont j’ai fait ufage : ce font les Planches 8,10 & n de mon Ouvrage. A l'égard du petit Traité de M. de Gauffecourt, ceft un ouvrage imprimé à Lyon en» 1762 , de format in-8°; il en efl très-peu venu à Paris. M. D’hémery , Infpedeur de la Librairie, ayant bien voulu me communiquer un exemplaire qu’il a, j’ai trouvé l’Ouvrage d’un homme d’efprit> qui
- connoît bien l’Art, Sc peut-être trop bien, pour pouvoir s’appefantir à le décrire d’une maniéré très - détaillé 5 bailleurs il n’y a pas une feule figure, & je ne fai pas comment on peut entreprendre la deferip-tion de cet Art fans figures : pour moi j’avoue que je n’ai eu d’autre embarras que pour ne pas trop multiplier les Planches ; mais auffi je crois que j’aurois renoncé à cet Ouvrage, fi ce fecours m’avoit été interdit.
- J’ai évité d’entrer dans aucune difcufîlon ni recherches hiftoriques fur l’antiquité de cet Art, fur la maniéré dont les Anciens affem-bloient leurs Livres avant l’invention de l’Imprimerie, & même dans des temps plus reculés, parce que je me fuis apperçu que cette partie auroit demandé une plume plus Pavante que la mienne, & ne doit être traitée que par des Savants accoutumés à ces fortes de recherches, qui fuppofent une profonde connoiflance des anciens ufages.
- Je me fuis donc renfermé dans la partie purement méchanique de l’Art que j’ai traité; j’ai pris tout le foin , Sc toutes les précautions
- C) La feuille de ce format fe plie comme celle de 1*in-oftavo qui s’impofe par demi-feuille.
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- AVERTISSEMENT. iij
- dont je fuis capable, pour ne rien préfenter au Public que de vrai* Malgré cela je ne doute point quil ne me foit échappé bien des inadvertances 8c des fautes que je n’ai pu prévoir. Je crois cependant devoir avertir des obligations que j’ai à Dom Bedos, Religieux Bénédictin. Ce favant homme, Correfpondant de l’Académie, Auteur de l’Art du Faâeur d’Orgues, connu par plufieurs bons Ouvrages , & qui s’eft toujours occupé utilement des Arts , a bien voulu examiner mon Manufcrit avec la févérité d’un Critique judicieux 8c éclairé; fes obfervations m’ont relevé de bien des fautes, 8c me doivent concilier la faveur du Public, déjà prévenu des talents de Dom Bedos. M. Pingré, Chanoine Régulier de Sainte Genevieve, l’un des Commiffaires nommés par l’Académie, pour examiner mon Art , a bien voulu auffi me faire plufieurs remarques très-utiles. Muni de tous ces fuffrages, 8c en particulier de celui de l’Académie, j’ofe donner mon Ouvrage au Public, trop heureux fi je puis avoir mérité fon approbation.
- Comme j’ai remarqué qu'on étoit quelquefois embarraffé pour défigner les formats de certains Livres reliés, j’ai cru qu’on ne trouve-roit pas déplacé que j’indique ici la maniéré de s’en aflurer. Je la tire en grande partie d’une note que j’ai trouvé dans la Tradudion de Sallufte, par le Pere Dotteville , de l’Oratoire * troîfîeme Edition ; in-iz , chez Lottin f aine, 1765),page 402. Pour s’aiïurer, dit ce favant Tradudicur , du format de toutes efpeces de Livres, il faut favoir que dans le papier fe trouvent des raies qui traverfent la feuille dans le fens de fa longueur ; ces raies , difiantes entr’elles depuis onze jufqu’à quinze lignes, fuivant la grandeur de la feuille, s’appellent, en termes d’Art, Pontufeaux ou Pointufeaux. (Voy. l’Art du Papetier, par M. de la Lande,page 46 & fuivl) Or, par la feule infpedion de ces Pontufeaux , on diftinguera facilement les formats qui peuvent fe confondre au premier afped; car ces Pontufeaux font toujours perpendiculaires dans tout in-folio, in-oclavo, in-dix-huit, in-trente-deux, infoixante-dowçe ? in-cent-vingt-huit; 8c ils fe préfentent horizontalement dans les in-quarto , les in-dou^e , infei^e , in-vingt-quatre, 8cc. J’ai cru néceflaire de terminer cet Avertiffement par cette note, quoique un peu étrangère à mon objet, en faveur des perfonnes qui, peu accoutumées à diftinguer les formats, auroient des Catalogues de Bibliothèque à drelfer.
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- . EXTRAIT DES REGISTRES
- DE L’ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES.
- Du q Septembre 777/.
- M essiexjrs Duhamel & P i n g r É ; qui avoient été nommés pour examiner la 'Defcription de F Art du Relieur-Doreur de Livres ^ par M. Dudin, en ayant fait leux Rapport, l’Académie a jugé cet Ouvrage digne de fon approbation, ôc d’être imprimé dans la Defcription des Arts quelle donne au Public : en foi de quoi j’ai ligné le préfent Certificat* A Paris le Mai 1772.
- GRANDJEAN DE FOUCHY,
- Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Sciences*
- L’ART
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- LA RI
- DU RELIE
- DOREUR DE LIVRES-
- Par M. D U D I N,
- INTRO DUCTIO N ET PLAN DE lOüVRAGE.
- O N appelle Relier un Livre , plier Sc aflemhler les feuilles par cahiers, les coudre , & les couvrir de cartons revêtus de veau ou d’autres fiibftances. Cette opération qui fe fait par des Ouvriers, nommés Relieurs, eft indifpenfablement néceflàire , fur-tout depuis l’invention de l’Imprimerie, pour nous mettre à portée de profiter des connoiflances & des richelfes que ce bel Art nous a procurées. En effet, comment jouirions-nous de nos Livres, fi nous n’avions la facilité d’en raflembler les feuilles en un feul corps, pour prévenir quelles ne foient expofées à fe perdre & à fe déchirer ? comment pourrions-nous les placer dans nos bibliothèques \ quel embarras ne feroiçnt-ils point fiir nos bureaux, lorfque nous voudrions nous en fervir ? enfin pourrions-nous aifément les tranf porter hors de nos maifons, foit pour les communiquer à ceux à qui ils peuvent être utiles, foit pour notre ufàge & notre agrément ?
- Il feroit donc fiiperflu d’infifter davantage ici pour établir la nécefîité de faire cette dépenfe, qui ne laifle pas que d’augmenter le prix des Livres, quand même on fe borneroit à ne faire que le fimple nécefiaire avec propreté , fans recherche & fans magnificence. Il eft vrai que quand un Livre eft de peu de conféquence, ou quand il eft trop nouvellement imprimé pour être mis entre les mains du Relieur , on fe contente d’en plier les feuilles, de les coudre & de les couvrir d une feuille de papier bleu ou marbré commun, ce qu’on appelle Brocher ; Relieur, A
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- 2 vart bu relieur.
- irais outre que cette opération eft de peu de durée & ne fert guère à la conservation du Livre , il faut convenir quelle ne donne aucun agrément extérieur aux Livres qui font très-incommodes à placer dans une bibliothèque, où ils tiennent beaucoup plus de place que les Livres reliés.
- Mon but, dans l'Ouvrage que j'entreprends, eft de mettre le Leéteur à portée de connoître toutes les opérations auxquelles doit être fournis fon Livre, avant qu'il foit en état de lui être vendu ; & d'expofer le plus clairement qu'il me fera pofïible, les procédés que fuivent les meilleurs Relieurs dans la pratique d'un Art, qui, quoique rangé dans la clafle des Arts méchaniques, peut cependant être regardé avec une certaine confidération,1 ayant l’avantage de tenir en quelque façon aux Lettres. En effet quoique le Roi Louis XIV, par fon Edit de 1686, ait féparé la Communauté des Relieurs de celle des Libraires-Imprimeurs en l'Univerfité de Paris, Cependant il a ftatué, par ce même Edit, que les Relieurs Doreurs de Livres feroient toujours cenfés & réputés du nombre des foppôts de l'Univerfité, & jouiroient en cette qualité des privilèges dont ils avoient bien de duement joui ci-devant.
- Cet Ouvrage fora divifé en fopt Chapitres. Le premier, traitant des premières opérations qu'il faut faire lorfque les feuilles viennent de chez l’Imprimeur ou le Libraire, contiendra la maniéré de les plier, de les collationner, de les battre, de grecquer, de coudre, de détortiller & époînter.
- Dans le focond, où il fera queftion de mettre le Livre en état de pouvoir recevoir la couverture, on verra la maniéré de couvrir les feuillets, affemblés & eoufus, avec du carton 5 comment on forme les dos des Livres ; comment on les fortifie avec de la colle & du parchemin ; la maniéré de rogner les bords des feuillets , de mettre la couleur for la tranche, de la marbrer ou de la dorer ; enfin de former la tranche-file, pour arrêter le haut & le bas des cahiers.
- Le troifieme Chapitre fera employé à décrire la maniéré de couvrir le Livre, foit avec de la peau de veau ou de mouton, foit avec du marroquin ou du parchemin ; & les préparations qu'on donne à ces peaux, pour les mettre en état de recevoir la dorure.
- Le Chapitre quatrième traitera de la Dorure qui s'applique for les couvertures des Livres ; nous y décrirons la méthode Se les inftruments dont on fo fert pour dorer.
- Dans le Chapitre cinquième, nous décrirons quelques opérations qui fo font en dernier lieu quand l'ouvrage eft fini, pour y donner le dernier poli & le mettre en état d’être rendu au propriétaire ou au marchand.
- Pour ne point interrompre le détail de nos opérations, nous avons attendu jufqu’au fixieme Chapitre à parler de quelques reliures qui font moins d’ufage, telle que celle en parchemin fimple, celle à la Hollandoife en parchemin, celle des Antiphoniers ou gros Livres qu'on pofo for les lutrins dans les Eglfies , celle à la Grecque à dos brifé, à dos à la Hollandoife, celle -des Cartes
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- Chapitre I. Art. I. P liment des Feuilles. 3
- géographiques, grands Livres de figures & autres de format Atlas, fur très-grand papier & à onglets ; la reliure des Porte-feuilles de bureau, qu’on appelle Reliure de Lyon, la reliure des Livres Chinois, celle des Livres Turcs Sc autres, dont j'aurai pu me procurer des deffeins.
- Enfin dans le feptieme & dernier Chapitre, qui fera le plus court de tous, nous parlerons de quelques opérations qui fe pratiquent moins communément, qu il eft bon cependant de ne pas omettre, parce qu'on les demande quelquefois : telles font celles de laver les feuilles, foit en blanc Sc en neuf, {bit en vieux, de régler les feuillets, & de parfumer les Livres.
- CHAPITRE PREMIER.
- Opérations quil faut faire avant que de couvrir le Livre de Carton.
- N O u s divilèrons ce Chapitre en Articles. Le premier contiendra la maniéré de plier les feuilles. Le {econd, le collationnement des feuilles. Le troifieme, comment il faut les battre. Le quatrième, comment on doit grecquer. Dans le cinquième, on verra comment il faut coudre le Livre ; Sç dans le fîxieme, la maniéré de détortiller & épointer les ficelles.
- Article Premier.
- Pliment des Feuille* en général.
- L* opération de plier les feuilles eft une de celles de l'Art que nous décrivons qui demande le plus d'attention de la part des perlonnes qui la font ; ce font ordinairement des femmes auxquelles elle eft confiée ; cependant elle demande non-feulement des précautions, mais encore elle fiippofe quon fait bien lire, & qu'on connoît au moins les chiffres Arabes ou Romains, puifque ce font principalement ceux qu'on met au haut des pages qui guident l’Ouvriere.
- Si nos Livres s'imprimoient de la même maniéré que l'on écrit les manuferits , il n’y auroit aucune difficulté à plier les feuilles ; le premier côté ou le reélo d'un ' feuillet porte la première page, le fécond côté ou le verfo, porte la fécondé page,
- Sc ainfi des autres ; il ne s’agit donc que de mettre les chiffres à côté les uns des autres dans leur ordre naturel jufqu’à la fin, {bit que le manuferit foit formé d’un feul ou de plufieurs cahiers ; mais dans les imprimés, chaque feuille d’im-preffion forme autant de cahiers qui doivent porter un certain nombre de pages, fuivant la différence des formats. Expliquons ceci plus en détail.
- U in-folio eft compofé d’une feuille plus ou moins grande , qui contient quatre pages, ou de deux feuilles qui s'impriment l’une après l'autre, Sc dont on forme un cahier qui contient huit pages. Le cahier de ï in-quarto eft compofé d une
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- 4 L9 ART DU RELIEUR.
- feuille pliée en quatre, & contient quatre feuillets ou huit pages. L’in-oclavo, huit feuillets ou feizepages. Uin-dou^e, douze feuillets ou vingt-quatre pages.Dans ce format, il y en a qui font de deux cahiers , & d’autres d’un feul; nous expliquerons cela plus au long quand nous parlerons de Ion plîment ; il nousfuffira de dire pour le préfent, que foit qu’il foit* d’un ou de deux cahiers-, il ne contient toujours que vingt-quatre pages. L3in-dix-huit contient dix-huit feuillets ; il eft de tren-te-fîx pages. Uin-vingt-quatre eft différent, en ce qu’il s’imprime par demi-feuille , c’eft-à-dire , que for une même feuille de papier, on imprime à la fois deux exemplaires du même ouvrage, de forte qu’on partage fa feuille en deux parties égales, dont chacune fertpour un exemplaire différent du même Livre: ainfi la feuille entière de ce format, contient vingt-quatre feuillets ou quarante-huit pages ; mais la demi-feuille féparée qui fo partage en [deux cahiers, l’un de huit feuillets ou feize pages, l’autre de quatre feuillets ou huit pages, n en contient que vingt-quatre.
- Il y a deux fortes d’in-trente-deux , l’un d’une foule feuille, forvant pour deux exemplaires, de contenant trente-deux feuillets oyl foixante-quatre pages, dont la moitié forme deux cahiers de huit feuillets ou de foize pages chacun : le fécond in-trente-deux ne fort que pour un exemplaire; la feuille forme quatre cahiers de huit feuillets ou feize pages chacun.
- I. Méthode de plier les Feuilles.
- Nous avons dit que ce font Jes femmes qui font ordinairement chargées du plîment des feuilles dun Livre; elles font cette opération for un carton qu’elles pofent for leurs genoux, mais plus volontiers for une table ; ce carton a 18 ou so pouces de long for 15 à 16 de large, &au moins 3 lignes d’épaifîeur, il pefo près de deux livres. On pourroit encore fe forvir d’ais de bois, qui foroient plus légers que ces cartons ; mais outre que la dureté de ces ais pourroit à la longue leur bleffer les genoux quand elles les pofont deflus, le carton obéifîànt un peu au preffement du plioir, le papier s’y manie mieux.
- §. II. Du Plioir, & de la maniéré de s'en Jervir.
- Le Plioir, PI. X 9fig. 10, eft un infiniment de bois commun, d’ivoire, de buis ou d’écaille, qui a depuis 6 jufqu’à 10 pouces de longueur, for 16 à 18 lignes 'de largeur ; il va en diminuant vers fes deux bouts, qui fe terminent en rond. Son épaiffeur eft de deux lignes dans le milieu, & diminue d’une ligne vers chaque bord, qui finit en un taillant ou coupant mouffe ou arrondi : on fe fort plus volontiers de plioirs de buis ; ils font plus légers 8c moins chers que ceux d’ivoire, qui d’ailleurs font lourds à la main, & ont l’inconvénient de s’ébrécher comme une lame de couteau. A l’égard de ceux de bois commun, ce font les
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- Chapitre I. Art» I. Piment des Feuilles. $
- bons & les moins en ufage , leur taillant fe gâte aifément ; & ils font fujets à fe cafter.
- La maniéré de fe fèrvir du plioir , eft de le pafler de champ , ou par le tran^ chant, fur toute l’étendue de la feuille pofée ouverte fur le carton pour la redref* fer ; enfiiite on met le tranchant du plioir à l’endroit de la feuille où on veut faire le pli ; on prend la feuille par un des bouts, 6c on la rabat fur le plioir en la tirant & la mettant jufte page contre page , pour déterminer l’endroit de fon pli , faifànt convenir bien exaétement l’impreffion d’une page fur l’impreffionde la page cor-refpondante, fans s’embarrafler fi les bords de la feuille tombent ex a élément I’uîi fur l’autre. On retire le plioir, & on le paffe à peu-près de plat cLeflus le pli une allée & une venue, en appuyant légèrement. Si on veut couper' la feuille, on remet le plioir dans le pli, & on pouffe fermement d’un bout à l’autre brufque-ment & fans s’arrêter, fans quoi on courroit rifque de gâter la feuille.
- §. III. Filment de /In-folio.
- Quand le cahier de Y in-folio eft d'une feule feuille, l'opération du plîment neft point difficile, il faut mettre fa feuille ouverte devant foi fur une table, de maniéré que la lettre qui eft au bas de la page, & qu’on appelle en termes d’art, la Signature première (*) ou la bonne Lettre À (Fig. r, PL /.), foit à main droite en haut, la face contre la table fur laquelle on plie; c’eft pour faire voir cette fignature que dans toutes les feuilles que nous avons repréfentées on a fait un pli ou oreille au coin de la feuille; car il ne faut point faire cette oreille, elle ne fert ici que pour la démonftration ; on doit avoir le haut des pages devant foi, & regarder les lettres à rebours ; on prend le bout de la feuille du côté de la main droite, on met le plioir fur la ligne du milieu a b; on plie dans le fens de cette ligne & précifément dans les trous cd9 qu’on appelle les trous des pointures (**) faifant tomber le chiffre de la page 2 fur celui de la page 3 ; on donne un coup de plioir par-deffiis ce pli, & la feuille eft pliée.
- Si Y in-folio eft de deux feuilles, la fignature doit fe remarquer aux pages r,
- (*) Chaque feuille d’impreffion ou cahier, eft marqué d’une lettre appelîée Signature, qu’on met au bas de la première page de chaque cahier, au-deiïous de la derniere ligne, pour faire con-noître au Relieur l’ordre des cahiers 8c des pages qui les compofent : ces fignatures fe marquent avec des lettres initiales qui changent à chaque cahier. S’il y a plus de cahiers que l’alphabet n’a de lettres, on ajoute à l’initiale une lettre coûtante de même forte, c’eft-à-dire, un petit a à la fuite d’un grand, 8c ainfî de fuite; ce qu’on redouble tant qu’il eft néceftaire. Ainfi s’il y a deux alphabets , le fécond s’écrit Aa; s’il y en a trois, le troifieme s’écrit A aa. Pour indiquer l’ordre des feuilles qui compofent chaque cahier, on ajoute à la première page du fécond feuillet, c’eft-à-dire, à la page 3 , le nombre de deux en
- Relieur.
- chiffres romains  ij ou A a ij ou A.a a ij, & ainfi de fuite, jufqu’à celle qui fait le milieu du cahier. La fignature A fe nomme première fignature 1 pour A a , on dit, A , fécondé fignature ; pour A a a, on dit, A troifiem fignature, & ainfi des autres ; B première fignature, &c.
- (**) Les Imprimeurs appellent Pointures deux langues ou languettes de fer attachées par une vis aux deux côtés du tympan. Ces languettes font terminées par une pointe qui perce la feuille de papier qu’on imprime 8c l’arrête dans un état fixe, 8c fait qu’en pofant ces pointes dans les mêmes trous qu’elles ont déjà faits' lorfqu’on a imprimé le premier côté de la feuille, l’impref-fion du revers delà feuille, ou la retiration, fe rencontre jufte avec l’impreffion du côté qui vient d’être imprimé.
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- 6 DART DU RELIEUR.
- 3 > & y, en cet ordre. Page * , A ; page 3, Aij ; page y, Aiij [: on pofe ces deux feuilles ouvertes de la même maniéré que la précédente fur la table, c eft-à-dire que la première, celle qui touchera la table, fera la feuille lignée A ; la feuille Aij fera pofée fur la première, & la Plieufe doit voir à fà main gauche en haut à découvert la lignature Aiij (Fig. 2); elle doit auffi voir en bas les chiffres des pages 4 & 5 ; elle plie cette feuille intérieure dans le fens de la ligne ef, (Fig. 2), Sc dans les trous des pointures gh, faifànt rencontrer le chiffre 4 fur le chiffre 5. Cette feuille ainli pliée, fert de réglé pour plier celle de deffous, faifànt tomber les pointures de cette derniere fur le pli de la première, & le chiffre de la page 2 fur celui de la page 3. On fait la même opération fiicceflîvement à tous les cahiers compofés de deux feuilles.
- §. IV. JPliment de fin-quarto.
- Pour plier fin-quarto, on pofe fà feuille, la bonne lettre à main gauche en haut, la face contre la table ( Fig. 5 ), maniéré qu’on voie en travers devant foi les pages 2, 3 ; 7, <5 ; on plie d’abord fà feuille fuivant la ligne i k , dans les pointures Im, faifànt tomber le chiffre 3 fur 2, Sc 6 fur 7 ; alors fans déranger fà feuille qui le voit ainfi pliée dans la figure 4, on la plie fuivant la ligne noy faifànt tomber 4 fur y , Sc on la met à part pour faire la même opération à une autre feuille.
- §. V. Pliment de l’In-oélavo.
- L’in-octavo fe plie en pofant la feuille , la bonne lettre à main gauche en bas, la face contre la table ( Fig. $ ) ; dans cette fituation, on doit voir en long devant foi & du bon fens les pages 2, i^,i4,3,& à rebours ou du haut en bas, les pages 7,10, 11,6; on plie fuivant la ligne p q, toujours dans les pointures r s, faifànt tomber 3 fur 2 & 6 fur 7 : cette feuille ainfi pliée efl; re-préfentée à la figure 6; on y voit à découvert Sc du bon fens les pages 4 Sc 13 , & à rebours les pages 12 & 5. On plie dans le fens de la ligne tu, faifànt tomber 5 fur 4, & 12 fur 13 ; par ce moyen on découvre les pages 8 Sc 9 ( 7 ) ; en appliquant 8 fur on a fà feuille pliée ( Fig. 8 ). Quelque-
- fois ce format, ainfi que le précédent, s’impofe par demi-feuille ; alors on coupe la feuille du format //z-40, fuivant la ligne ik, (Fig. 3 ), Sc celle du format in-8U, félon la ligne pq, (Fig. 5 ) ; on plie celle de la figure 3 comme on a plié Y in-folio d une feule feuille ,fig. r, Sc celle de la figure 5, comme Y in-quarto, fig. 3.
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- Chapitre I. Art. I. P liment des Feuilles.
- §. VI. P liment de l’In*douze.
- Nous avons dit que la feuille in-dou^e contenoit douze feuillets ou vingt-quatre pages. Cette feuille efl ordinairement formée de deux cahiers ; un gros qui contient huit feuillets ou feize pages; & un petit qu’on appelle feuilleton , & qui contient quatre feuillets ou huit, pages: ce fécond cahier ou ce feuilleton fe leve toujours , & fe plie à part du gros cahier ; mais quelquefois il efl: renfermé dans le gros, & le tout ne forme qu’un feul cahier. Quand le feuilleton doit être renfermé dans le gros cahier, la feuille ne porte qu’une feule lettre A, par exemple, comme on le voit Fig* 9 ; d’autres fois le feuilleton fe met feulement à côté du gros cahier de feize pages, 8c alors la feuille in-dou^e efl com-pofée de deux cahiers : dans ce cas elle porte deux fignatures ou lettres, lavoir A & B, (Fig. 15 ) ; le premier cahier figné A, va jufqu’à la page 16 , 8c le feuilleton figné B, commence à la page 17 jufques & compris la page 24.
- Quand on imprime un ouvrage qu'on fait ne devoir pas être confidéra-ble , & n’être compofé que d’un très-petit nombre de feuilles, on l’impofe de maniéré que le feuilleton fe mette en dehors, & féparément du gros cahier.
- Si l’on ne confultoit que le profit des Relieurs, toutes les feuilles s’impri-meroient de maniéré que les cahiers s’encartaflènt : car comme nous avons dit que le plîment & la couture des feuilles fe fait en ville par des Ouvrières qui ne font guère que cela, cette couture fe paie au cent de cahiers coufus , ainfî moins il y a de cahiers, moins il en coûte au Relieur; un Livre de 312 pages n efl pas un volume confidérable ; fi les feuilletons s’encartent, il ne fera que treize cahiers, au lieu que fi le feuilleton étoit en dehors, il fer oit de vingt-fix cahiers, que le Relieur auroit à payer à la Coufeufe. Je reviens au plîment de notre feuille. Si le feuilleton s’encarte comme celui de la figure 9, on pofè la feuille fur la table, la bonne lettre A à main gauche en haut, la face contre la table, 8c les pages de maniéré qu’on voie en travers devant foi les pages 2 , 7, 11 ; 23,18,14; 22, 19, 15 ; 3,io« Il y a des Plieufès qui commencent par lever le feuilleton qui fe trouve à leur main droite 8c efl repréfenté par la bande cd9 gh , (Fig. 9 ) ; elles plient cette bande fùivant la ligne cda précifément dans les trous des pointures ef ; elles féparent cette bande en coupant le long de la ligne c d, 8c tout de fuite elles en forment un cahier , faifànt tomber le chiffre 10 fur le chiffre 11, ( Fig. 9 ) , puis 12 fur 13, (Fig. 10), & elles mettent ce feuilleton à part ; enfuite elles plient leur gros cahier c d3 ik , (Fig. 9). Mais cette opération étant plus longue que l’autre, & ces Ouvrières ayant befoin d’expédier ce travail, voici la méthode qu’eEes fiiivent or» dinairement.
- Quand la feuille efl pofée comme nous l’avons dit plus haut, on la plie fui* vantla ligne <2b, (Fig. 9 ) , faifant tomber les chiffres 10, ^,3, fur 11,7,2;
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- 8 L'ART DU RELIEUR.
- quand la feuille efl: ainfî pliée (Fig.it) , on voit en travers les pages 4, 5,9 ; 21,20, 16, Sc les fignatures A iij & A v ; on plie enfoite la bande de la droite, faifànt tomber la page 16 for 20, & 9 fur 5 , (Fig. il & 13 ); on coupe cette bande que Ton voit féparée à la figure 10, on la plie tout de foite , appliquant le chiffre 12 for 13, mettant en dehors la fignature Av, qui fe trouve à la page 93 ori met cette bande qui fera le feuilleton à part, on retourne à fon gros cahier (Fig% 1 r ), & fans déranger fà feuille, on plie la page 20 fiir 21,5 fur 4, puis 8 fur 17, (Fig. 12); on inféré le feuilleton Av, (Fig. 14) dans le gros cahier, mettant 9 à côté de 8 , Sc 16 Cm 17, & la feuille efl pliée.
- Quand le feuilleton ne s’encarte pas, c eft-à-dire, quand il le met à côté 8c en dehors du gros cahier, on pôle fa feuille a b, c d, ( Fig. 15 ) fur la table, de même que la précédente ; mais alors les chiffres ne fuivent plus le même ordre; on voit en travers les pages 2,7, 19; 15, 10, 22; 14, 11,235 3,6, 18: on plie de même que la précédente, fuivant la ligne ef, faifànt tomber les chiffres 3,6,18, Cm 2,7, 19, de maniéré qu’on voie en travers les pages 4,5, 27; 13, 12,24, Sc les fignatures A ii) ôc B, ( Fig. 16) ; on rabat le feuilleton B Cm la feuille, (Fig. 17) , avec les mêmes précautions que nous avons dit qu’il falloit avoir pour le précédent, ce qui fait voir à découvert les pages 20 & 21 du feuilleton ; on coupe ce'feuilleton, & mettant en dehors la fignature B, on le plie faifànt tomber le chiffre 20 fur 21 ; on le met à part, & on plie le gros cahier comme on a fait celui de la feuille précédente, dont le feuilleton devoir être encarté, faifimt tomber le chiffre de la page 12 fur 13, & celui de la page
- 5 fur 4, (Fig. 16) ; puis cette feuille étant pliée en 4, on plie 8 fur 9, la fignature A en dehors ; il ne refie plus qu’à mettre le feuilleton figné B, commençant par la page 17 à côté de la page 16, Sc cette feuille efl pliée.
- §. VIL Plîment de l’In-dix-huk. PL 11.
- L a feuille de Vin-dix-huit efl formée de trois cahiers, compofés chacun d’un gros cahier, (Fig. 6) Sc dun feuilleton , (Fig. j* ), qui s’encarte toujours : cette feuille porte trois fignatures, A, B, C, (Fig. 1 ). Nous n’avons pu faire voir dans cette figure 1 queia fignatiire A; mais il eflaifé de fe repréfenter que les deux autres B & C, font contre la table aux pages 13 & 23 ; c’efl à caufo de ces trois fignatures qu’à la douzième page de chacun de ces cahiers, ou aux pages 12, 24, 36 , on met une réclamé fi (Fig. 2). On n’a pu faire voir for cette figure que la reclame fi les deux autres font cachées en defious.
- Pour plier cette feuille, on la met fur la table, la bonne lettre à main droite en haut, la face contre la table , PL II. ( Fig. 1 ), de maniéré qu’on voie devant foi dans le bon fens les pages 34, 27, 22, 1 y, 10, 3 ; 30, 31, 18, 19,
- 6 9 7; & à rebours les pages 35, 26, 23, 14, 11, 2: on plie la bande de la main droite fur celle du milieu, dans le fens de la ligne cd, faifant tomber les
- chiffres .
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- Chapitre I. Art. I. P liment des Veuilles. 9
- chiffres des pages 2,3 & 7, fur ceux des pages 23,22, 18, ce qui fait qu’on voit à découvert (Fig. 2), la bonne lettre A, qui auparavant étoit contre la table, Sc la reclame^de la page 12 ; on coupe cette bande, & on la met à part fur la table ; on plie de même celle du milieu dans le fens de la ligne a b 5 fai-fant tomber les chiffres des pages 14, iy, 19, fur ceux des pages 3 J, 34, 30 * Sc de même qu’à la première bande, on découvre la lettre B & la reclame de là page 24; on coupe encore cette bande, Sc par ce moyen la feuille eft partagée en trois bandes égales : on met ces trois bandes Tune fur l’autre ; la bande A la première fur la table, la bande B au-deflus, &la bande C la derniere: on les arrange de maniéré que toutes les lettres fe trouvent dans le même fens, à main gauche, la face contre la table, comme on peut le remarquer dans la figure 3. Ainfi il faut le figurer que fous cette bande C, font les deux autres B Sc A, po-fées dans le même fens que C ; on voit donc les pages en travers, & C fe trouvant la première, on voit les pages 26, 27, 31, & 3y, 34, 30 ; on commence à opérer fur le cahier C, en pliant la petite bande de ce cahier, de la droite vers la gauche, fuivant la ligne hi9 ce qui découvre (Fig. 4) les pages 32,29 9 Sc la fignature C iij ; on leve cette petite bande & on la plie, faifant tomber le chiffre 3 0 fur 31, découvrant la page 29 Sc la fignature C iij, ce fera le petit cahier ou le feuilleton qu’on met à part, on le voit à la figure y : on revient à ce qui refie de la bande C ( Fig. 3 ) , qui doit faire le gros cahier. On plie cette feuille fuivant la ligne k /, faifant tomber 27 fur 26 Sc 34 fur 3 y ; on retourne fà feuille ainfi pliée, de "maniéré qu’on voie en long devant foi, les pages 28 Sc 33 ( Fig. 6 ). On plie ces deux pages Tune fur l’autre, découvrant 2y Sc la lettre C. On infère le feuilleton dans le gros cahier, mettant 29 à coté de 28, Sc 32 à côté de 33 (Fig. 6 Sc Fig. y ) , Sc ce cahier eft plié. Quand on a fait la même chofe pour les autres cahiers, la feuille eft entièrement pliée ; il ne relie plus qu’à les mettre à côté les uns des autres, fuivant l’ordre des lettres A, B, C, & des chiffres.
- Quelquefois 1 ’ in-dix-huit n’eft que de deux cahiers; alors on leve une bande comme le feuilleton de Yin-dou^e ; on plie le gros cahier comme la feuille in-S°, Sc on encarte le feuilleton dans le gros cahier *
- §. VIII. P liment de l’In-vingt-quatre. PL IL
- La feuille de Y in-vingt-quatre ( Fig. 7 ), s’imprime par demi-feuille, qui fepl ie fuivant la ligne m n, dans les trous des pointures op ; une moitié de cette feuille fert pour un exemplaire d’un Livre, & l’autre demi-feuille fert pour un autre exemplaire du même ouvrage. Chaque demi-feuille eft compofée de deux cahiers lignés A Sc B, dont le premier eft de huit feuillets ou feize pages, Sc le fécond de quatre feuillets ou huit pages. La fécondé demi-feuille eft compofée du même nombre de cahiers.
- Relieur.
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- iô ZART DU RELIEUR.
- Pour plier cette feuille, on la pofe fur la table, une bonne lettre à main droite en haut à découvert (Fig. 7) , fautre à main gauche auffi en haut, mais contre la table; dans cette pofition on voit toutes les pages en travers ; on plie donc fà feuille en long, fuivant la ligne m n, faifànt tomber la lettre A, qui eft à la main droite, fur le verfo de A de la main gauche , ou le chiffre de la page 1 de la première demi-feuille , fur le chiffre 2 de la fécondé demi-feuille. On coupe la feuille en deux, on en met une moitié à droite 8c fautre à fà gauche, afin de ne pas les confondre enfemble, & de ne pas mettre fur un même exemplaire deux feuilles pareilles ; on continue de féparer ces deux bandes ju£ qu'à la fin du volume.
- On met fa demi-feuille ( Fig. 8 ), la bonne lettre A à main gauche en bas * la face contre la table, de maniéré qu’on voie en long, devant foi, les pages 2 y iy,14, 3, 18,23, & à rebours les pages 7, 10, 11,6, 19,22 ; on plie fuivant la ligne st le feuillet fignéB, dont on voit à main droite en haut la fignature B ij : comme la ligne ponéluée s t9 n’eft point tracée fur le papier, on plie ce feuillet dans le fens de deux lignes ou réglets , qu'on ne peut pas voir dans la figure 8 , parce quils touchent la table ; mais qu’on voit en q r ( Fig. 7 )è On a foin de faire tomber les chiffres des pages 22 8c 23 (Fig. 8), fur 11 & 14: on coupe ce feuilleton, on le plie féparément* d'abord dans le fens de la ligne c dy failànt tomber 19 fur 18, 8c 22 fur 23, enfuite 20 fur 21 ( Fig. 13 ) ; ce fera le petit cahier (Fig. 9) de cette feuille : on plie les gros cahiers comme on a plié Yin-8°. c’eft-à-dire, dans le fens de la ligne ux ( Fig. 8), failànt tomber 6 fur 7, & 3 fur 2 ; puis ( Fig. 10 ) fuivant la ligne y [, faifànt tomber 5 fur 4 & 12 fur 13 ; enfin, fuivant la ligne a b ( Fig. 11 ) , en mettant 8 fur 9 on a le cahier A, repréfenté par la figure 12, dont la derniere page eft 16, à côté de laquelle on met le petit cahier ligne B ( Fig. 9 & 13 ) , qui complette la feuille entière de Y in-vingt-quatre.
- §. IX. Vlîment de l'In-vingt-quatre d’un feul Cahier PL IV*
- Il y a encore une autre forte d'in-vingt-quatre, formé d’un cahier de fèize pages, qu'on appelle gros Cahier y 8c d’un autre plus petit de huit pages, appellé ainfi que dans l’in-douqe le petit Cahier ou le feuilleton , & qui s’encarte dans le gros ; cette feuille fert comme celle de Y in-vingt-quatre de deux cahiers, pour deux exemplaires ; ainfi chaque demi-feuille eft marquée d'une lettre A. Pour plier cette feuille, on met la bonne lettre A à main gauche en bas à découvert, l'autre bonne lettre A à main droite auffi en bas, mais la face contre la table ( PL IV. Fig. 1 ) ; dans cette pofition on ne voit les pages de la feuille qu'en travers. On plie fuivant la ligne a b, dans les pointures cd; on fépare fà feuille en deux, 8c on met la moitié à part pour fervir au fécond exemplaire. On pofe devant foi la moitié qu’on veut plier, la bonne lettre A à main gauche en bas la
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- Chapitre I. Àrt. î. PÏîment des Veuilles. ii
- face contre la table (Fig* 2 ), regardant du bon fens les pages 2, 23, 22,3* 1(5,9, & à rebours les pages 7, 18, 19,6, 13, l2;onplie fuivant la ligne ef9 faifànt tomber le chiffre de la page 9 8c celui de la page 12, fur ceux des pages 22 8c 19 (Fig. 2 $ 3); on coupe cette bande * 8c mettant la fignaturè A v à main gauche en haut, la face contre la table (Fig. 4), & A vj à main droite à découvert, les pages 10, ï ï, 1 ^, 14, en travers ; on plie de droite à gauche* fuivant la ligne iky 11 fur 10 & 14 fur ; on retourne pour mettre les pages en longueur, & on plie fiiivantla lignepqy 12 fur 13 (Fig. 5); ce fera le petit cahier qu’on met à part.
- On revient à Ion gros cahier (Fig. 2 ), qui efl: relié dans la même fituation* c’eft- à-dire, qu’on voit en longueur les pages 2,23, 22,3; on plie ce cahier comme 17/2-8°. d’abord fuivant la ligne gh , faifànt tomber 3 fur 2 , & 6 fur 7 * puis fuivant la ligne lmy f fur 4, 8c 20 fur 21 (Fig. (5), & enfin, fuivant la ligne n o (Fig. 7), pliant 8 fur 17, on met le feuilleton A v ( Fig. 8 ), commençant par la page 9, au milieu de ce gros cahier 9 à côté de 8, 8ç 16 fur 17, 8c la feuille eft pliée*
- §. X. Plîment de l’In-trente-deux. VL 111. & IF,
- UiN-TRENTE-DEUX s’impofe de deux maniérés , ou par demi-feuille; alors la feuille fert pour deux exemplaires , & efl: compofée de deux cahiers fignés chacun d’une lettre différente : ou bien elle ne fert que pour un exemplaire ; & alors elle forme quatre cahiers, qui font aufli chacun fignés d’une lettre.
- Pour plier le premier * on met fà feuille * la bonne lettre A, à main droite en bas à découvert, pendant que l’autre bonne lettre A (Fl. III, Fig. 1 ) efl: à main gauche auffi en bas, mais la face contre la table , de maniéré qu’on regarde dans le bon fens les pages 24, 2J, 26, 23,2, ij , i<5, 1 ; 8c à rebours les pages 17,32* 31,18,7,10,9,8. On plie en long fuivant la ligne a b, dans les pointures c d, faifant tomber A de la main droite fur le verfo du même feuillet à gauche, ou le chiffre 1 fur 2, 8 fur 7, 23 fur 24, 18 fur 17 i on coupe cette feuille en deux* dont la moitié fervira pour le fécond exemplaire, On tourne fà demi-feuille en travers, 8c mettant B à main droite à découvert fur la table en haut ( Fig. 2 ), & A à main gauche aufli en haut, mais la face contre la table ; on plie B fur le verfo de A, dans le fens de la ligne efy ou 17 fur 2, & 20 fur 3 ; on coupe cette demi-feuille en deux ; on retourne cette feuille ainfi coupée, de maniéré que les deux bonnes lettres À, B, appliquées l’une fur l’autre, foient à main gauche en bas la face contre la tablé ( ï*Lt>' 3) i on plie la demi-feuille B de deflus , dans le fens de la ligne g h , mettant 19 fur 18 , & 22 fur 23 , ce qui fait que l’on voit ( Fig. 4 ) , 20 & 29 à découvert 8c dans le bon fens: cette feuille étant ainfi pliée, on la plie encore fuivant la ligne ik, ( Fig. 4 ) , ou 21 fur 20 , & 28 fur 29 ; 8c enfin
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- ra UART DU RELIEUR.
- dans le fens de l m, (Fig. faifant tomber 24 fur 2 y , & le cahier B cbm^ mençant par le chiffre 17, ( Fig. 6 ) , eft plié : on met ce cahier à part ; on plie de même celui qui porte la lettre A, faifant tomber d’abord 3 fur 2 , ( Fig. % ) 9 puis au fécond plîment 4 fur j* , & au troifieme 8 fur 9, ce qui donne le cahier A , ( Fig. 7 ) , finiffànt par la page 16^ à côté duquel on met le cahier B : ces deux cahiers ne s’encartent jamais.
- J’ai entendu dire qu’autrefois ces cahiers s’encaftoient , mais que c’étoit une mauvaife façon d’impofer que l’on avoit rectifiée dans les Imprimeries.
- Nous avons dit que le fécond in-trente-deux ne fervoit que pour un exemplaire ; cette feuille porte quatre fignatures A, B, C, D, qui fè trouvent aux pages 1, 17> 33 ? 49 > & forment autant de cahiers de 16 pages chacun. Pour plier cette feuille , on met la première bonne lettre A, à main gauche en bas , la face contre la table, ( Fig. 8 ) ; dans cette pofition on doit voir dans le bon fens les pages ^4 , J9,42 , 39, 2 , 15 , 30, 19 ; & à rebours, les pages ÿi, 62,47, 34, 7, 10,27,22 : on plie fùivant la ligne n o9 dans les pointures p q j faifant tomber le chiffre de la page 19 fur 2, 8c celui de la page 34 fur y r , & on coupe fà feuille en deux ; on met cette moitié fur la table, B à main gauche en bas à découvert, & C à main droite en haut auffî à découvert (P/. IVy Fig. 9 ). On plie dans le fens de la ligne a b9 faifant tomber le chiffre de la page 36 fur celui de la page 17 , & 33 fur 20 ; on coupe cette divifion : on plie de même & avec les mêmes précautions , la fécondé moitié n, 0 , ry s, ( Fig. 8 , PI. III. ) , de la feuille, la pliant fuivant la ligne t u, le chiffre de la page 49 fur celui de la page 4 , & on la coupe auffî en deux.
- Voilà la feuille partagée en quatre quarrés égaux, qui chacun font lignés des lettres A, B, C, D, (Fig. 10, PL IV) ; on met tous ces quarrés les uns fur les autres , la bonne lettre à main gauche en bas contre la table, A fur la table, & finit fànt par D ; on prend le quarré D, qu’on plie comme ïin-octavo, c’eft-à-dire, d’abord dans le fens de la ligne cd9 (Fig. 10 ), ou 51 fur ; puis fùivant la ligne efy ( Fig. 11 ), 5 3 fur 52 ; enfin fuivant g h , ( Fig. 12 ) , ou fur 57, ce qui donne le cahier D, (Fig. 13) , qui commence par la page 49 , & finit à 64 : on met ce cahier à part ; on plie de même le quarré C, & on a le cahier ( Fig, 14 ), commençant par la page 33 , & finiiîànt par 48 ; à côté duquel on met le cahier D, & ainfi des autres jufqu’à la fin.
- §. XI. Plîment de l’In-foixante-douze, PL V & VL
- DlN-SOlXANTE-DOUZE s’impofe toujours par demi-feuille, c’eft-à-dire, que la feuille entière fert pour deux exemplaires ; ainfi elle contient 72 feuillets, ou 144 pages, ce qui donne 72 pages pour chaque demi - feuille, qui font chacune lignées des quatre lettres A, B, C, D , formant quatre cahiers, dont le premier A, & le troifieme C, font chacun de 24 pages; le fécond B , Sc le
- quatrième
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- Chapitre I. Art. I. T?lîment des Veuilles* 13
- quatrième D, de douze pages ; on met cette feuille une bonne lettre A à main droite en bas à découvert fur la table, l’autre bonne lettre, qui eft la même, à main gauche en bas, la face Contre la table ( Fig. 1, PL V) , de maniéré qu’on voie dans le bon fens les pages 44, 33 ... £4,43 ; 48,49... jo 347 ; 2, 23 ... 24, 1 ; & à rebours 37, 60...59, 38 ; 11, 14... 13, 12 ; 7, 18... 17,8; on plie fuivant la ligne ab> dans les pointures cd, faifant tomber À dé la main droite fur le verfo de la même lettre de la gauche, ou les chiffres des pages 43,47, 1, fur ceux des pages 44,48,2 : on coupe cette feuille en deux , & on fépare l’autre demi-feuille.
- On met une de ces deux moitiés en travers fiir la table, la lettre A à main gauche en haut, la face contre la table (Fig. 2) , & la lettre C à droite en haut à découvert ; on plie en deux fuivant la ligne ef9 faifant tomber C fur le verlb de A, ou 37 fur 2 , & 72 fur 35* ( Fig. 2 , PL V> Sc Fig. 1, PL VI) ; on coupe en deux , Sc fans rien déranger on plie la feuille C à l’endroit des réglets gh, ( Fig. 2 y PL V), en fuivant la ligne ponéluée ah, (Fig. I & Fig. 2, PL VI) ; on leve cette bande qui eft fignée de la lettre D, ( Fig. 2 & 3 ) : elle eft de fix feuillets ou 12 pages. On met cette bande en travers, la lettre D à main gauche en bas à découvert ( Fig. 3 ), de maniéré qu’on voie auflî en travers les pages 61, 64, 68 ; 72, 69, ; on plie cette bande le long de la ligne
- c d y Sc on leve le petit quarré figné D iij , & coté 68,6ÿ : on plie ce quarré en deux fuivant la ligne gh , ou le chiffre 66 fur 67, ( Fig. 4 & 5 ) , & on met ce petit cahier à part ; on revient à la partie c d ef ( Fig. 3 ) de la bande D qu’on met en travers, la lettre D à main gauche en haut, la face contre la table (Fig. 6) ; on plie comme lï/z-8°, fuivant la ligne ik9 63 für 62,70 fiir 71, puis fuivant la ligne / m ( Fig. 7), 64 fiir 69 ; on infère à côté de 64 le feuilleton ou petit cahier, commençant par la page 6 J (Fig. 4 & f ) , Sc finiffant par la page 68. Voilà le dernier des quatre cahiers de cette feuille plié, qui eft , comme nous l’avons dit, compofé de douze pages ; il faut enfuite plier le refte de la demi-feuille C, qui fe plie comme 1 ’in-dou^e ; on la met fiir la table, la lettre G I main gauche en haut contre la table ( Fig. 8 ) ; on plie dans le fens de la ligne n 0 , faifant tomber les chiffres 39,42, 46, fur les chiffres 38, 43,47 ; on voit cette feuille ainfî pliée Fig. 9 ; on rabat le côté p q r s de cette feuille fur la bande, faifant tomber les pages 52,4^ , fur les pages 56, 41 : on fépare cette petite bande de la grande comme dans Vin-dou^e on a féparé le feuilleton , (yoy. PL /. Fig. 11, 13,16, 17), & on la plie fuivant la ligne tu (Fig* 10 ), faifant tomber 48 fiir 49, ce qui donne le cahier figné C v, ( Fig. 11 ), commençant par la page 45 , & finiflant par la page y 2. On garde ce cahier à part pour l’encarter dans le gros cahier, qui compofe la partie de la feuille G (Fig. 9 ), dont on a féparé la bande p q r s : on plie ce gros cahier d’abord dans le fens de la ligne xy ( Fig. 9 ), faifant tomber 41 fur 40, & £6 fur £7 , puis fuivant la ligne £ ( Fig. 12 ^), 44 fur J 3. On inféré le petit cahier G v ( Fig. r 1 ) Reliei/r. x D
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- X4 L'ART DU RELIEUR.
- au milieu de ce gros, mettant 45 à côté de 44, & 52 fur ^3 i & on a le cahier commençant à la page 37 & finiffant à la page 60 ; on met à côté de ce cahier-là , le cahier D , commençant à la page 6ï & finiffant à la page 72. On fait les mêmes opérations pour plier les cahiers A & B, Sc toute la feuille eft pliée.
- §. XII. P liment de l’In-cent-vingt-huit , PL VII,
- L’in-cènt-vingt-huit s’impofe comme la feuille in-foixante-douye, & fert de même pour deux exemplaires. Quand cette feuille a été coupée en deux par la ligne ponétuée a A, (Fig. 1.), chaque demi-feuille forme huit cahiers lignés d’une lettre A jufqu’à H ; chacun de ces cahiers font de feize pages, ce qui fait foixan-te-quatre pages pour un côté de la demi-feuille ; l’autre côté, celui qui touche la table, étant aufli compofé de foixante-quatre pages , donne cent-vingt-huit pages. La fécondé moitié de la feuille, ou l’autre demi-feuille eft aufli de cent-vingt-huit pages ; ainfi quand cette feuille eft entière elle contient deux-cent-cinquante-fix pages.
- On met fà feuille une bonne lettre A à main droite en bas à découvert ; l’autre bonne lettre qui eft la même que celle de la droite, à main gauche aufli en bas la face contre la table ( Fig. I, PL Vil). Dans cette pofition on doit voir dans le bon fens les pages 72,73... 74,71 ; 84, 93... 94, 83 ; 22,27... 28,2152, ry... 16 9 1 :on plie dans le fens de la ligne a b, & dans les pointures cd, faifant tomber A de la main droite , fur le verfo de A de la main gauche, ou 71,83, 21, & 1 , fur 72, 84,22, 2 : on coupe cette demi-feuille le long de la ligné a b ; ces deux moitiés font cotées A & B dans la figure ; on met la moitié A en travers, de maniéré que la bonne lettre A foit à main gauche en haut, la face contre la table ; on plie dans le fens de la’ligne ponctuée efy faifant tomber E fur le verfo de A, ou 6y fur 2. On fépare cette demi-feuille en deux, fuivant la ligne ef\ cette partie coupée eft repréfentée dans la moitié B par le quarré af m n ; on plie encore ce quarré fuivant la ligne g h , faifant tomber 118 & 98 fur 71 & 83 , & on le coupe en deux ; puis le quarré èflb ou fbny, eft coupé fuivant la ligne i k ou ce qui donne quatre quarrés afghy ghmn , fb h £, h [ny : cette demi-feuille fè trouve partagée en quatre parties égales, dont deux font repréfentées A ( Fig. 1 ) par les deux quarrés ei kl & ifbk\ les deux autres font repréfentés B (Fig. 1) par les quarrés afgh & ghmn ; on plie le quarré eikly A ( Fig. 1 ) fuivant la ligne ponéluée op9 faifant tomber les chiffres des pages 19 & 22 fur 7 & fur 2; & faifant la même chofe pour toutes les quatre divifions de fà demi-feuille , on a les huit cahiers repréfentés par les huit quarrés 1,2,3, 4? 5 j 6 9 7,8, B ( Fig. 1 ), qu’on met tous les uns fur les autres ; le cahier A , la bonne lettre contre la table à main gauche ( Fig. 2 ), & les autres fuivant l’ordre des lettres, fur ce premier. On plie ces cahiers, commençant par le dernier de tous, par celui qui eft figné H , comme on a plié la feuille in-8°, c 'eft-
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- Chapitre I. Art. II. Collationnement des Veuilles. tf
- à-dire, iry 8c 118 , fur 114 8c 119; ii7fur ii<5, & 120 fur 121, ou , comme on voit (Fig. 2 ) , 3 fur 2, 5 fur 4 (Fig. 3), 8 fur 9 (Fig. 4) , ce qui donne le cahier A finilfont par la page 16 , à côté de laquelle on met le cahier B,page 17 : ces cahiers ne s’encartent jamais.
- Article Second.
- Du Collationnement des Feuilles ; du Placement des Cartons
- ÔC des Figures.
- Quand on a plié les feuilles, on met les cahiers les uns à côté des autres, foivant l’ordre dans lequel ils doivent être quand le Livre fera relié, commençant par le cahier fîgné A jufqu’à la fin * on collationne ces cahiers pour s’affiirer s’ils font bien placés, s’il n’y a point quelques feuilles mal tournées, 8c s’il y a quelques cartons ou figures à mettre en place. Nous allons décrire féparément chacune de ces opérations.
- §. I. Collationnement*
- Cette opération fo fait en prenant le Livre de la main droite ; le faififîànt par la tête ou par le haut des feuilles, du côté de la gouttière : on appuie le pouce de la main gauche for le côté de la queue ou fur le bas des feuillets par le dos, 8c on laifTe couler les feuilles à mefore qu’on apperçoit les lettres & les réclamés. On peut encore faire ce collationnement en mettant le Livre à plat fur la table, & le parcourant feuille par feuille , foivant l’ordre des chiffres qui font au haut des pages, des lettres 8c des reclames qui font au bas. Les in-folio 8c les in-quarto étant trop gros pour être maniés commodément, on ne les collaqonne pas autrement ; la feule différence qu’il y ait entre ces deux formats, eft que Y in-quarto fo collationne par le côté du dos, de maniéré que le dos du Livre regardant le Collationneur, on levé tout le cahier, au lieu que Y in-folio fe place la queue du Livre devant l’Ouvrier , qui leve feuillet à feuillet. On fe fort pour faire ce collationnement, de la pointe d’une aiguille , d’un canif ou d’un poinçon : on tient cette pointe de la main droite, & fa feuille de la gauche, & pointant légèrement le bout d’en bas d’une feuille, on leve à chaque fois les feuillets de chaque cahier qui porte des fignatures, commençant toujours par la première fignature A : quand on ne voit plus de fignature on tourne fos feuillets ; on pofo le cahier à fo gauche, mettant toujours la bonne lettre contre la tablé , & la dernière page de la feuille à découvert, & on fait la même opération for la feuille foivante, qui eft lignée B ; ce qui fe continue jufqu’à la derniere feuille. S’il n’y avoit point d’alphabet ou de fignature, comme cela fo pratiquoit dans les Livres des premiers temps de l’Imprimerie, il faudroit regarder fi les chiffres du haut des pages 8c fi les reclames fe rapportent bien ; ou enfin, quant aux Livres qui n’ont ni fignature, ni chiffres, ni reclame, il faut confulter le Regijlrum qu on mettoit
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- i6 VART DU RELIEUR.
- fouvent à la fin; il contenoit les premiers mots de chaque feuille OU cahier,oùmê-* me de chaque feuillet, avec le nombre de feuillets contenus dans chaque cahier.
- On appelle Réclame, un mot qu’on met au bas de la derniere page, au*deffous de la derniere ligne de chaque feuille ou cahier ; ce mot eft la répétition de celui qui doit commencer la ligne de la première page du cahier fuivant : fi donc on voit que ce mot fe rapporte bien avec celui de la page fuivante, on peut s’affu-rer que le Livre eft bien collationné. Il eft plus important qu’on ne le croit, de s’aflurer de la jufteffe de cette reclame & d’y prêter attention ; car fi on n’a-voit égard qu’aux lettres de fignature & aux chiffres du haut des pages, on pourrait très-bien, par erreur, accoler une feuille d’un ouvrage compofé de plu-fieurs volumes , avec une feuille d’un autre volume du même ouvrage ; or en confùltant la reclame, on découvrirait l’erreur. A proprement parler même, les fignatures ne fervent que pour afïembler & mettre les unes fur les autres les feuilles d’un ouvrage dans les magafins de Librairie ; & ce font les reclames & les chiffres du haut des pages qui doivent guider le Relieur. U feroit donc peut-être mieux , qu’au lieu d'un fcul mot, les Imprimeurs en prif-fent deux de la page fuivante pour faire leurs reclames ; car il peut arriver que le même mot fe rencontre à la fin de deux cahiers, cotés de même , quoique de volumes différents, & il doit être difficile, ou du moins prefqu’impoffible, que cela fe rencontre fur deux mots. Au refte, pour obvier à cet inconvénient, il eft maintenant d’un ufàge affez général de joindre à la fignature le numéro du volume, fi l’ouvrage doit être divifé en plufieurs volumes.
- Autrefois on mettoit fbuvent des reclames au bas de toutes les pages, ou au moins de toutes les pages verfo des Livres.
- Quand on a collationné fon Livre, & quand on s’eft afluré que les feuilles font dans l’ordre où elles doivent être, on examine s’il n’y a point de cartons à placer.
- Les Cartons font des feuillets qu’on veut fubftituer à la place de quelques autres, dans la vue de remédier à quelques erreurs typographiques, trop confidérables pour pouvoir être renvoyées à Y Errata qui fe met à la fin du Livre, ou pour quelqu’autre changement important. Ces feuillets à fubftituer à d’autres fe connoiffent ordinairement chez les Relieurs par une étoile appellée Ajlérif-que, que l’Imprimeur met à côté de la lettre de fignature, fi le carton eft dans une page qui porte une fignature ; mais fi le carton fe trouvoit au-delà du milieu d’un cahier, par conféquent dans un endroit où il n’y aurait point de fignature, l’Imprimeur mettrait l’aftérifque à la page du carton, à l’endroit où devrait être la fignature ; quelquefois auffi cet aftérifque fe met à la gauche du chiffre du haut de la page. Comme ces cartons s’impriment ordinairement fur une feuille ou demi-feuille à part , pour avertir le Relieur de chercher 8c de placer les cartons, on a eu foin dans le Magafin de Librairie, où l’ouvrage s’affemble , de déchirer le feuillet qui doit être fupprimé ; quelquefois même on imprime à la tête du Livre un petit Avis au Relieur, qui lui indique les lettres où il doit trouver les cartons 8c la maniéré de les placer. Le
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- Chapitre I. Art. III, Battre les Feuilles: 17
- Le Relieur ayant préparé fes cartons à être mis en place, coupe la feuille qu’il veut fupprimer , laiflànt du côté du dos une petite bande appelleé Onglet, fur laquelle il colleproprement fbn carton; s’ilcoupoit tout-à-fait la feuille dans le dos, fans lafiïer d’onglet, il feroit obligé de coller les feuilles des deux côtés du dos, ce qui diminuerait la marge du fond ; Sç quand on viendroit à rogner le Livre, le carton ne feroit pas rogné.
- S’il y a des figures à placer, on les colle tout de fuite de la même maniéré & avec les mêmes précautions qu’on a placé les cartons, obfêrvant qu’elles foient bien exaélement placées vis-à-vis les pages quelles doivent regarder, ce qu’on a foin ordinairement d’indiquer au Relieur , en gravant fur les planches le chiffre de la page à laquelle la figure doit correfpondre.
- Quand on a un nombre confidérable de figures, on les met à la fin du volume , ou à la fin de quelque Livre ou Chapitre, félon la maniéré dont on a divifé fon ouvrage ; on les afiemble en forme de cahiers de neuf à dix planches chacun; on coud ces cahiers à fürjet, dont les points font éloignés ; & entre les fils de cette couture, on fait pafler l’aiguille, pour les aflèmbler avec les feuilles du Livre.
- Article Troisième.
- Battre les Feuilles.
- O n ne bat pas ordinairement les feuilles avant de les plier, fi ce n’efl dans le cas où on eft prefle de faire des préfênts ; mais comme alors les feuilles font trop fraîchement imprimées, & que l’impreflîon d’une feuille pourrait fè décharger fur la feuille voifine , ce qu’on appelle Maculer, on les plie feulement en deux dans le fens des pointures, & on met entre deux une feuille de papier blanc, qui reçoit l’impreffion de l’encre.
- Quand on veut battre par cahiers, on les met les uns à côté des autres, Sc on donne tout le volume au Batteur. Cet Ouvrier commence par couper les cahiers, c’efl> à-dire, qu’il en fépare la totalité en plufieurs parties. Par exemple, un in-douie de 600 pages, formant vingt-cinq cahiers, fe partage en quatre parties : l’Ouvrier prend donc environ fix cahiers ou une Battée de la main gauche , les tenant par leur extrémité le plus fortement qu’il ellpoffible, afin qu’ils ne fe dérangent pas ; de la main droite il frappe environ quarante coups fur une face du premier cahier, du côté oppofé à celle qui touche la pierre ; il ne donne ordinairement que deux ou trois coups de fuite fur un même endroit de cette face, faifànt en forte que chaque coup de marteau recouvre ou entame un peu fur la marque qu’a fait le coup qui a précédé, fans quoi il pourrait arriver que quel-. ques endroits de la face du feuillet, n’auroient pas reçu de coups de marteau : on tourne les cahiers du haut en bas, & on change la main de place dans le Relieur. E
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- î8 L'ART DU RELIEUR.
- moment que le marteau eft levé, afin de ne pas s’interrompre , & d’entretenir le mouvement que fe donne le corps & le bras , qui fatigueroient beaucoup s’il falloit fréquemment s’interrompre. On fait la même opération fur la face du cahier qui touchoit la pierre ; enfuite le Batteur ouvre là battée, met l’une contre l’autre les deux faces qui viennent d’être battues, & répété fiicceflivement la même opération, jufqu’à ce que toutes les faces des cahiers de cette battée aient pafle fous le marteau. Il recommence une fécondé & une troifieme battée, jufqu’à la fin du Livre. Mais on ne fauroit trop recommander aux Relieurs de ne point faire battre , que. les feuilles ne foient bien féches ; autrement on aura toujours des feuilles maculées, ou dont les lettres s’entre-corrompront & fe noirciront de leur encre. Aufli les gens curieux de conferver la beauté d’une impref fion, achetent-ils ordinairement le,s Livres en feuilles ou brochés, pour leur donner le temps de fécher avant de les donner au Relieur. On doit avoir aufli une grande attention aux Livres dans lefquels il y a des figures ; car eft il confiant que l’encre des Imprimeurs en taille-douce eft plus long-temps à fécher que celle des Imprimeurs en lettres ; ainfi on ne rifque rien, on fera même bien d’attendre long-temps avant de les faire relier.
- Si cependant on étoit obligé de faire relier avant que le Livre fût parfaitement fec, le Relieur pourroit prévenir les inconvénients , en faifimt battre plus ou moins fort, félon que les feuilles feroient plus ou moins féches, & en recommandant qu’on mît des feuilles de papier fin aux endroits où il y auroit des gravures.
- Le Batteur doit avoir grand foin de bien diriger {on marteau , afin qu’il tombe bien à-plomb & ne donne pas de côté , finon il couperoit infailliblement les feuilles qui fe cafleroient fur les coins, ce qu’on appelle Cajfer la battée ; il pourroit encore arriver que cela feroit Lljjer les feuilles, c eft-à-dire, qu’une feuille s’écarteroit de l’autre & fe maculeroit ; c’eft pourquoi ce ne font jamais les nouveaux Apprentifs qui battent ; il faut qu’ils fe foient long-temps excercés à battre des cartons , ou quelques ouvrages communs. On a foin aufli pour ménager le Livre, de mettre fur la pierre une vieille feuille de parchemin, (une neuve feroit trop dure ) ; on l’arrête deflus par le moyen' d’un peu de colle qu’on met à fes extrémités : on fe fert encore mieux d’un morceau de vieux cuir, qu’on met fiir la pierre , le côté de la fleur touchant fiir la pierre ; mais on n’auroit befoin de mettre ni papier ni cuir fur la pierre , fi on vouloit avoir foin de la nettoyer de temps en temps avec de l’eau & des rognures de papier.
- Le marteau^ (PL VIII, Fig. Iybas de la Planche') dont fèfervent les Relieurs,' a le manche b court & gros, pour qu’on puifle mieux le tenir dans la main ; il a 6 pouces de longueur, & 14 à 11 lignes de grofleur près de la tête, l’autre extrémité étant encore plus grofle. Ce marteau, qui eft de fer, pele avec Ion manche environ 8 à 9 livres ; cette pefanteur eft néceflaire pour que les coups faflent plus d’effet. La tête d eft fort large, ce qui fait que les coups tombent fur uneplus gran-
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- Chapitre I. Art. IH. Battre les Feuilles. rp
- de foperfide de papier ; & comme elle eft plus grofte que le côté c oppofé, le marteau retombe plus à-plomb. Les vives-arêtes des extrémités ou contours de fon aftiette, font abbattues, afin que les Ouvriers ne foient pas expofés à couper les feuilles, fi leur marteau venoit à vaciller dans leurs mains, & afin qu’ils travaillent avec moins de contrainte : on donne aufïi un peu de convexité à cette tête , ce que les Ouvriers appellent Donner de la panfe, afin qu’en battant on touche moins fort les bords que le milieu des feuilles ; cette précaution eft absolument nécefîâire quand on veut avoir un Livre bien relié ; autrement il ne feroit pas bien drefte en l’ouvrant, les feuilles ne s’étendroient pas bien, Sc une partie s’enfleroit pendant que l’autre baifferoit, ce^qu’on appelle Former des plis ou Godures ; c’eft ce qu’on remarque dans la plupart des Livres qui font reliés pour le compte des Libraires , ou pour être débités dans la Province , Sc prefque toujours dans ces petits Livres communs d’heures ou de dévotion , qu’on connoît fous le nom de Camelotes. Comme ces fortes de Livres doivent toujours fe vendre à bas prix , on fe contente , après que les feuilles font pliées, de leur donner quelques coups de marteau ; on les met en preflè Sc on les coud groftlé-rement, ce qu’on appelle Sabler t ouvrage ; mais on fora moins forpris du peu de foin que les Ouvriers donnent à ce travail, quand on faura que le Marchand ne donne, pour la reliure de ces Livres , que le tiers de ce qu’il donne pour les autres : auffi ceux qui fo deftinent à ces fortes d’ouvrages, contractent une fi forte habitude de mal travailler, qu’ils deviennent ordinairement incapables de faire ceux qui demandent plus de foin.
- La pierre qui fort à battre A, Fig. r. Vignecte, PL VIII, eft un parallélipl-pede de 4 pieds ou environ de hauteur, y compris 12 à IJ pouces dont elle eft enfoncée en terre, pour quelle foit plus folidement arrêtée; le deflùs eft un quarré long de 19 à 20 pouces, for iy à 16 de côté; elle doit être dure, des plus unies, fins aucune veinure Sc parfaitement laine. On prend ces pierres dans les carrières ordinaires des lieux où on fe trouve, ayant foin cependant de prendre garde aux veines ; car alors il ne faudroit qu’un coup de marteau pour faire fendre la pierre en deux : celles dont on fo fort à Paris font prefque toutes tirées des carrières d’Arcueil, Sc les plus cheres n excédent pas 25 ou 30 livres; on a grand foin quelles portent bien à-plomb dans la foflè où elles font, Sc c[ue ce qui eft hors de terre n’excede pas 3 pieds dans les plus grandes ; car il ne faut pas qu’elles foient plus hautes que la ceinture, afin que l’Ouvrier qui bat deflus ait moins de peine ; fi elle étoit plus haute, il ne feroit pas affez courbé, Sc auroit moins de force ; fi elle l’étoit moins, il feroit trop courbé, ce qui le fatigueroit beaucoup. La figure de quarré long qu’on donne au plan for lequel on bat, eft néceftàire, pour éviter d’avoir plufieurs pierres, foivant les différents formats des Livres. Quand ce font des in-folio, l’Ouvrier fe place devant le grand côté; Sc quand ce font des in-quarto ou de plus petits Livres, il fe place devant le côté le plus étroit ; alors même, deux Ouvriers peuvent battre fiir une même pierre fens s’embarrafle/.
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- rART DU RELIEUR.
- Quand à force de fe forvir d’une pierre, elle s’eft creufée ou écaillée en quelques endroits, il fe forme deflus des efpeces de hachures, Sc on ne peut plus battre deflus {ans rifque de gâter les feuilles; cela arrive principalement quand on bat de petits Livres. Alors on redrefle la pierre , en Tufent avec du labié ordinaire, & la frottant avec un grais. On fe fert aufli de vieilles feuilles de râpes à tabac, qui même font préférables, parce qu’elles mangent plus vite le grain de la pierre, Sc le grais fert pour leur donner le dernier poli ; mais une pierre peut fervir fept à huit ans, fins avoir befoin de cette légère réparation,
- Article Quatrième,
- Grecques
- Quand le Livre eft forti des mains du Batteur, on le drefle bien par la tête & par le dos, pour qu il n’y ait point de cahiers qui débordent ou qui rentrent plus en dedans que les autres. Pour cela on tient les cahiers entre les deux mains, de maniéré que le dos des cahiers foit tourné du côté de l'Ouvrier ; & foulevant un peu fes cahiers , on les frappe légèrement contre la table, d’abord par le côté de la tête du Livre, Sc enfoite par le dos ; comme on ne quitte point fon Livre Sc qu’on le tient entre fes mains, les cahiers coulent par leur propre pefltnteur, & fe mettent tous de niveau, à peu près comme on voit les cartes couler dans un jeu qu’on vient de mêler avant de les donner : quand on a ainfi drefle les cahiers, l’Ouvrier les place entre deux ais de 2, à 3 pouces de largeur, Sc d’une longueur proportionnée au format du Livre. Ces ais débordent for la longueur du Livre , à peu près dun pouce en haut ou en tête, Sc autant en bas ou en queue : on met le Livre avec ces ais le dos en haut, entre les deux jumelles d’une prefle, qui eft ordinairement celle qu’on appelle Fre(fe à dorer, aflujettiflànt le Livre avec la main gauche; de la droite on fait ferrer la prefle; & comme les ais ont plus d’épaif-four à la partie qui fe pofe du côté du dos, quà celle qui touche le côté de l’ouverture ou la gouttière du Livre , ils forrent davantage Sc tiennent le dos plus afiii-jetti : on a foin que le dos des cahiers déborde les ais d’à-peu-près un pouce < afin qu’on puiflè faire l’entaille qui fert à loger la Chaînette, ou les bouts des fils qui arrêtent la couture.
- Quand cette préparation efl faite, l’Ouvrier prend fa Grecque, efpece de couteau formant une foie à main , ( Fig, 4. EL X ) , dont le fer a 10 pouces de long, dont les dents fort menues font écartées d une ligne les unes des autres par leur pointe, Sc dont le manche u a 8 pouces ; on tient cette foie à deux mains ; on la pofe for le dos du Livre, à environ cinq lignes du haut ou de la tête, & tirant à foi en appuyant fortement, on fait une coupure ou entaille d’une ligne de profondeur ; on fait tout de fuite la même chofe au bas ou à la queue du Livre, à huit ou dix lignes de l’extrémité des Feuilles ; ces proportions varient foivant la différence des formats. Si
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- Chapitre I., Art. IV. Grecquer. 2 r
- Si le Livre doit être relié à nerfs, on ne fait que ces deux entailles; mais s’il doit être relié à la grecque, on fait de pareilles entailles dans toute la longueur du dos du Livre, pour marquer les endroits où doivent être placées les nervures : en ce cas, on fait fa première grecquure à cinq lignes de la tête, comme on a fait pour la reliure à nerfs, puis celle de la queue à douze lignes du bas du Livre ; on revient faire une troifieme entaille à un pouce de diftance de celle de la tête , une quatrième à la même diftance de celle de la queue ; en un mot on fait cinq divifions à diftances égales, entre celles de la tête & de la queue ; ainfi toutes en-femble font fopt entailles, dans chacune defquelles on loge les ficelles qui doivent former les nervures. Les Ouvriers font tellement accoutumés à faire ces fortes de divifions, qu’ils n ont pas befoin de compas pour les efpacer également ; le coup d’œil leur ftiffit : d’ailleurs, comme dans la reliure à la grecque les nervures ne font point apparentes & quelles ne font que figurées fur le dos de la couverture, quand elles ne féroient pas bien également diftribuées, il n’en réfiilteroit aucun inconvénient, ni pour la folidité, ni même pour la grâce du Livre : il n’en feroit pas de même pour les Livres à nerfs ; il faut que la Cou-feufe ait foin de bien efpacer fes ficelles, auffi fe fervent-elles pour cela d’une petite marque, dont nous parlerons quand nous décrirons la couture. Nous devons ajouter ici, que les grands in-folio fo coufent à neuf nerfs, les in-folio ordinaires à fept, les petits à fix ; les in-quarto à fix & à cinq ; à l’égard des in-oÜavo, in-douze, & même au-deftous, ils fe coufent à cinq nervures.
- Article Cinquième.
- De la Couture.
- Quand le Livre eft grecque, on le collationne de nouveau, pour vérifier fi quelque cahier ne fe feroit point dérangé en le mettant entre les ais ; enfùite on fait l’impofition du papier qui doit faire les Gardes : on appelle ainfi quatre feuillets de papier, deux de papier marbré & deux de blanc, qu’on met au commencement & à la fin de chaque volume, & qui fervent à donner un coup d’œil de propreté au volume. Avant que de préfenter les feuilles à coudre, on plie une feuille de papier blanc de la grandeur du Livre , Sc une autre de papier marbré , de maniéré que la marbrure foit en dedans, ces deux feuilles formeront les deux premiers cahiers du Livre à coudre ; on pofe le tout fur l’établi ou coufoir, pour procéder à la couture.
- §. I. Tiefiription du Coufoir8
- Le Coufoir {Fig. 2. PI. FIJI) eft une table faite ordinairement d’un foui morceau de bois très-fimple, d’un pouce d’épaifleur, d’environ trois pieds de long Relieur. F
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- LA RT DU RELIEUR.
- fur deux de large: cette table eft pofée fur quatre pieds lllly formés de morceaux de bois quarrés fans aucun ornement , arrêtés en bas par deux traverfes mm qui reçoivent dans leur milieu une barre n. A deux pouces environ de l’extrémité d’un des grands côtés à cinq pouces des petits, on a pratiqué une ouverture ou entaille c c, de deux pieds deux pouces de long , fur un pouce & demi de large , pour recevoir les ficelles dd d d, qui formeront les nerfs ; le deffusde la table déborde le haut des pieds à peu près de quatre pouces. A deux pouces des bords de cette table, font deux vis de bois f o 9fo \ pofées perpendiculairement, leurs pas ou filets en haut ; ces vis ont deux pieds de longueur totale, un pied quatre pouces de filet ou de pas de vis : les huit pouces reliants du bout qui touche for la table & qui ne portent point de pas, forment ce qu’on appelle le Manche ou la poignée de ces vis ; le bout du manche fe termine par un petit bouton qui entre dans un trou pratiqué for la table fans y être arrêté, les vis même y jouent allez librement, & ne font arrêtéesTérmement que quand on tend les ficelles qui forment les nerfs. Ces deux vis font tenues dans une fituation verticale, par le moyen de la traverfo ou arbre ee, qui n eft autre chofo qu’un morceau de bois d’environ cinq pouces de circonférence, dont chaque bout eft terminé par un quarré p p , de quatre pouces de long for deux de large, & autant d’épaifleur ; ces deux quarrés font eux-mêmes terminés par deux efpeces de boules ou boutons q q, qui ne fervent que d’ornement ; chacun de ces quarrés /?p eft taraudé dans fon milieu d’un trou fervant d’écrou à chaque vis, par le moyen defquels on fait monter ou defcendre l’arbre e e> en faifànt tourner les vis for un fens ou for l’autre ; for cet arbre ou traverfe font pafîees des ficelles doubles sss s, nouées en r, de maniéré quelles puilfent tourner librement autour, & former une efpece de boucle ou anneau : ce font ces cordes qu’on appelle Entre-nerfs, auxquelles on attache, par un nœud, le bout des ficêllês dddd, qui fervent à former les nerfs fur lefquels on coud le Livre ; on obferve de lailfer affez de longueur aux ficelles pour qu’elles puilfent pafier de deux ou trois doigts au-deflbus de la table du Coufoir, & y être arrêtées partie moyen des chevillâtes g. Ce petit infiniment, quoique fort fimple , doit être décrit particuliérement pour faire connoître fon ufage & la maniéré de s’en fervir ; c’eft un morceau de cuivre long de deux pouces , 8c épais d’environ deux lignes: il eft formé de deux branches ff9 féparées l’une de l’autre par la traverfe g. Au-deflus de cette traverfe, dans la tête d de la piece , eft une ouverture quarrée e , de fix lignes for cinq ; la Coufeufe prend fa chevillette de la main gauche , de maniéré que la tête d foit devant elle ; de la droite elle fait entrer fà ficelle d d9 ( Fig. 2 ) , dans l’ouverture e de la tête, & ramenant le bout de cette ficelle du côté de fà main droite, & la faifànt paffer par-deflus la branche droite, elle la couche for la traverfe g de la chevillette ; puis fàififlànt le petit bout de cette ficelle de la main gauche, elle retourne fà chevillette fons deflus-defîbus, c’eft-à-dire, de maniéré quelle ait devant elle le bout des branches , au lieu
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- Chapitre I. Art/ V. De la Couture. 25
- qu’auparavant elle avoit la tête ; alors elle tient fa chevillette la tête en haut, dans une fituation perpendiculaire ; enfuite prenant attention que la ficelle ne fe lâche , elle fait paffer le tout au travers de fentaille c de la table ou Coufoir, remet la chevillette dans une fituation horifontale les branches devant elle, comme on voit en g , l’applique contre la furface'inférieure de la table, & fait en forte que les ficelles qui doivent former les nerfs, foient dans le milieu de l'entaille. Quand on éleve l’arbre en tournant les vis , les chevillettes fe trouvent appliquées intimement contre le deffous de la table, & par conféquent les ficelles {ont fortement bandées. Mais il eft bon de remarquer qu’il’faut que les chevillet-tes aient plus de longueur que l’entaille de la table n’a de largeur, fans quoi elles ne ferreroient pas bien,& même pafferoient au travers de l’entaille. La Coufeufe ferme l’entaille par le moyen d’une réglé de bois h h, de la même épaifîeur que la table, & de même longueur que l’entaille ; cette réglé , qu’on nomme le Templet, fert à aflujettir les nerfs; mais s’ils ne l’étoient pas encore affez, on parviendrait aifément à les raidir davantage en tournant les vis f f> qui feroient monter l’arbre e e, 8c donneraient par conféquent plus de tenfion aux nerfs d dd d.
- La Coufeufe difpofe fes ficelles dans la diftance que fon Livre demande , c’eft-à-dire, qu’elle met plus ou moins de nerfs fuivant le format du volume qu’elle fe propofe de coudre. L*our efpacer plus également fes nerfs ,* on fe fert d’une efpece de réglé de carton, appellée Marque, qui porte autant de coupures ou entailles faites à égales diftances les unes des autres, qu’on veut que le Livre ait de nerfs ; on pofe cette marque fur la table devant les nerfs ; on les fait entrer dans chaque entaille: fi le nerf n’étoit pas encore allez tendu, on le raidirait davantage en faifant monter l’arbre. On voit bien, par ce que nous venons de dire plus haut, que les Coufeufes ont autant de marques différentes que de différents formats de Livres, & quelles ne s’en fervent point pour les Livres reliés à la grecque/parce que les cahiers portant leur marque, on fait entrer les nerfs dans les entailles même du Livre.
- Quand le Coufoir eft ainfi préparé, la Coufeufe prend une aiguille d’acier de la grofîeur d’une ligne, de trois pouces de longueur, percée comme les autres aiguilles, & courbée en forme d’arc ; fà courbure eft de huit lignes ou environ : on enfile cette aiguille de gros fit ou de fil moyen, fùivant la grolfeurdes cahiers, & la propreté qu’on veut donner à l’ouvrage ; on fe fert de gros fil quand les cahiers font fort gros, & qu’il y en a jjeu, afin de leur faire prendre du dos, c’eft-à-dire , les rendre plus épais par cet endroit, comme auffi pour que le Livre ait raifonnablement de Mords pour loger le carton. Quand le Livre n’eft compofé que d’un nombre médiocre de cahiers, on fe fert de fil moyen ; & de fin, quand il y en a beaucoup & qu’ils font menus. Enfin quand les cahiers font minces, quand c eft un Livre qu’on veut relier proprement, ou qu’on veut relier une fécondé fois, on fè fert de fil de Bretagne ; fi le Livre doit être garni en étoffe de foie au lieu de papier marbré, on coud cette étoffe avec de la foie de la même couleur.
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- Nous pourrions dire d'une maniéré générale , que toute Couture fè fait en' commençant à coudre le papier marbré , erffuite le papier blanc, puis le premier cahier du Livre, le Fécond, & ainfi par ordre jufquà la fin; que Ton pique fon aiguille dans la chaînette qui eft à la tête du Livre, allant de nerfs en nerfs jufqu’à la chaînette de la queue ; qu’on remonte en piquant fon aiguille dans cette même chaînette finiiîànt à celle de la tête, & ainfi de fuite jufquà ce que tous les cahiers fbient coufus ; mais comme la couture eft la partie la plus eiïentielle de la reliure, il faut l’expliquer plus à fond, & donner un détail plus circont tancié de cette opération.
- §. IL Des differentes fortes de Coutures.
- Il y a trois fortes de Coutures; la première s’appelle Couture a nerfs y la fécondé, a la Grecque y la trolfieme , à Nerfs fendus
- §. III. De la Couture à nerfs.
- L a Couture à nerfs fe fait de quatre maniérés differentes ; la couture fimple, la couture propre, la couture ordinaire ou commune, & la couture à ficelles doubles. Nous allons expliquer chacune de ces opérations, & parler d’abord de la fimple.
- Quand on veut faire cette forte de couture, la Coufeufe commence par mettre fon Livre affèmblé Sc grecque fùr la table du Coufoir à fa gauche ; enfuite élle prand le premier cahier quellepofe en B, (PL VIII, Fig. 2) , contre les ficelles, le dos du cahier tourné vers elle, la tête du Livre à droite, par confisquent la Bonne lettre à main gauche contre la table ; elle pofe fur ce cahier la feuille de papier marbré, ouvre cette feuille de maniéré qu’une moitié folt à plat fur la table, & l’autre pofée verticalement contre les ficelles ; elle la tient ainfi ouverte de la main gauche, pique de la main droite fon aiguille dans cette feuille, «en dehors, obfèrvant de piquer précifément vis-à-vis la grecquure du premier cahier, & ayant foin de laiffer palier un bout de fon fil allez long pour pouvoir l’arrêter avec celui qu’elle paffera dans la fécondé feuille : elle fait fortir fon aiguille à la gauche du premier nerf, de dedans en dehors de la feuille, la reçoit de la main gauche, répique de la même^main à la droite du même nerf, de dehors en dedans , pour embraffèr ce nerf avec le fil qu’elle fait fortir à la gauche du fécond nerf, de dedans en dehors ; repique encore à la droite du fécond nerf, de dehors en dedans, & fort de dedans en dehors à la gauche du troifieme nerf, & ainfi de fuite jufqu’au cinquième : de-là elle fort de dedans en dehors vis-à-vis la grecquure de la queue ; enfuite on met fur cette feuille celle de papier blanc ; on pique cette feuille de dehors en dedans , vis-à-vis la grecquure de la queue : on reflort fon aiguille à la droite du premier nerf de la
- queue,
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- Chapitre î. Art. V. Delà Couture. 2 y
- queue, en remontant vers la tête; on repique à la gauche de ce même nerf, de dehors en dedans, pour la faire fortir de dedans en dehors à la droite du fécond nerf, Sc ainfî de fuite jufqu’ à ce qu’on foit arrivé à la grecquure de la tête, où on fait fortir l’aiguille : là on arrête fon fil en faifànt un noeud avec le bout qu’on a laifie pendre à la feuille de papier marbré ; enlùite on tire le premier cahier de défions la feuille de papier marbré, on le remet par - deflîis la feuille de papier blanc, eScon le coud furie nerf, piquant toujours l’aiguille dans la grecquure de la tête, de dehors en dedans, defcendant jufqu’à celle du bas ,& remontant au cahier fuivant, du bas en haut, pour finir à celle de la tête. Dans cette forte de couture, chaque cahier efl: coulu fur tous les nerfs, & c’eft ce qu’on appelle la Couture fimple, parce que quoique les ficelles qui doivent former les nerfs foient doubles, cependant on ne coud que fur l’une : on verra dans peu l’ufàge de la fécondé.
- A chaque grecquure la Coufoufe arrête fon fil en faifànt rentrer fbn aiguille entre deux cahiers , la faifànt relîortir pour entourer le fil de la grecquure du précédent cahier, Sc faifànt un nœud, mais fans couper fon fil ; car il ne faut pas que l’aiguillée foit interrompue dans toute la durée de l’opération fur un même volume. Si le fil vient à cafîer ou à finir, on le reprend , ou on lui en ajoute un autre par le moyen du nœud de Tiflerand. A l’égard des nerfs, s’ils viennent à carier, il faut découdre le Livre, détendre les autres nerfs, Sc recommencer comme fi on n’avoit rien fait ; mais cela n’arrive que quand la ficelle ne vaut rien, ou quand l’Ouvriere a trop ferré les vis. Je reviens à la couture.
- On peut coudre encore deux cahiers à deux cahiers, c’eft-à-dire, qu’on pique le premier à la grecquure, de dehors en dedans, fortant au premier nerf de dedans en dehors ; on laiffe ce cahier ; on en prend un fécond , que l’on pofe defiùs, Sc que l’on pique de dehors en dedans au premier nerf, Sc de dedans en dehors au fécond ; on revient au premier cahier, que l’on pique au fécond nerf de dehors en dedans, & on fort au troifieme nerf de dedans en dehors; on revient au fécond cahier, qu’on pique de dehors en dedans du troifieme au quatrième nerf ; on retourne au premier, qu’on pique du quatrième au cinquième nerf; on fort, après ce cinquième nerf, de dedans en dehors parla chaînette de la queue. On pofe un autre cahier for ce fécond ; on pique dans la grecquure de la queue en remontant, Sc on fort de dedans au dehors à la droite du cinquième nerf, qui devient le premier en remontant; on laifie encore ce cahier, Sc on en reprend un autre qu’on pofe de même deffos : on pique de dehors en dedans à la gauche du cinquième nerf; on fort à la droite du quatrième ou du fécond en remontant : on retourne au premier de ces deux nouveaux cahiers ; on pique du quatrième au troifieme nerf, & ainfî de fuite jufqu’à la fin du Livre. Mais nous aurons foin d’avertir qu’on a toujours attention de conferver au commencement Sc à la fin, quelques cahiers qui font coufos tout du long, ce qui fait faire le mord au Livre : cette couture s’appelle la Couture propre.
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- G
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- 26 U A RT DU RELIEUR.
- On coud aufll quelquefois à trois cahiers ; mais comme cette maniéré de cou-, dre eft moins (blide que les autres , on ne l'emploie que pour les ouvrages communs , Sc pour les Livres auxquels on ne veut pas donner tant de propreté : cette couture , qui s'appelle Couture à Vordinaire ou commune, a beaucoup de reflem-blance avec la couture propre.
- Dans la couture à nerfs à ficelle (impie, on peut coudre deux volumes l’un for l'autre fa ns détendre le Couloir : on fe fert, pour coudre le premier volume, de la ficelle qui eft à la droite de la Coufeufe, ou vers la tête du volume ; Sc pour le fécond, de celle qui eft à (à gauche, ou du côté de la queue.
- La couture à ficelles doubles, fe pratique de même que celle à ficelle (Impie ; elle ne différé de la première , qu'en ce qu'au lieu d'embrafler une feule ficelle, on en recouvre deux. Cette couture fe pratique communément pour les in~ folio Sc pour les in-quarto , qui étant plus gros, demandent plus de folidité: on ne l'emploie pour les in-octavo , les in-dou^e, les in-dix-huit, que quand on veut faire des ouvrages bien recherchés, Sc des Livres couverts en maroquin. On prend pour cette couture, de la ficelle plus menue que celle dont on fe fert pour la couture (Impie : c’eft la même que celle qui fert à la couture à la grecque , que nous allons décrire (ommairement, attendu quelle eft très-fimple & facile à comprendre, après ce que nous avons dit de la couture à nerfs.
- §. IV. De la Couture a la Grecque.
- L a couture à la grecque ne différé abfelument de celle à nerfs, qu’en ce que les nerfs ne font point apparents (ur le dos du Livre, parce que les ficelles qui les forment, font placées dans les entailles que la grecque a fait au dos du Livre. Cette couture fe fait comme la précédente, cahier à cahier, ou deux: cahiers à deux cahiers, Sj: même quand on veut à trois ; mais on ne peut pas , comme à la précédente / coudre deux volumes l'un fur l'autre ; Sc nous avons déjà dit qu'on fe fert d'une ficelle plus fine que celle qu'on emploie pour la couture à nerfs.
- §. V* De la Couture a nerfs fendus.
- O N prendra aifément l'idée de la couture à nerfs fendus, en fe repréfentant la couture à nerfs à ficelle (Impie. Nous avons dit qu'ordinairement on dilpofoit fes ficelles doubles, afin que celle qui eft à la droite de la Coufeufe fervît à coudre un volume , Sc celle qui eft à la gauche , à en coudre un autre. Dans la couture à nerfs fendus , la ficelle de la droite fert à coudre le premier cahier, & celle de la gauche à coudre le fécond. Cette couture fe fait cahier à cahier, ou deux cahiers à deux cahiers ; mais on ne peut coudre qu'un volume à la fois fans détendre le Coufoir,
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- Chapitre I. Art. V. De la Couture. 27
- On fe fert de la même ficelle qu'on a employée pour la couture à nerfs à ficelles doubles : on pique d’abord , comme à toutes les autres coutures , dans la grecquure de la tête ; on fort de dedans en dehors entre les deux ficelles du premier nerf; on repique de dehors en dedans à la droite de la première ficelle : on fort de dedans en dehors entre les deux ficelles du fécond nerf: on repique à la droite de ces ficelles , & ainfi de fuite jufqu’à ce qu’on foit arrivé à la grecquure de la queue ; alors on vient fortir fon aiguille de dedans en dehors, entre les deux ficelles du cinquième nerf: on pique du dehors au dedans, à la gauche de la ficelle gauche de ce cinquième nerf; on fort de dedans en dehors, entre les deux ficelles du quatrième nerf, Sc ainfi de fuite jufqu’à la grecquure de la tête ^ où on arrête , Sc toujours de même jufqu’à la fin du volume.
- Cette couture eft non-fèulement la plus folide Sc la meilleure de toutes, mais c eft celle qui donne le plus de grâce & le plus de propreté à un Livre ; la nervure qu’elle forme fur le dos du Livre, eft un peu plus large Sc plus quarrée que celle à ficelle fimple , & elle laifie entre les deux nerfs une petite cavité ou gou-tiere, fenfible à l’extérieur fur la nervure du dos du Livre, Sc qui eft affez; agréable.
- J’ai vu d’anciennes couvertures de Livres en bois, dont les nerfs étoient formés d’un morceau de peau ou de parchemin refendu dans le fens de leur longueur ou de l’épaifFeur du dos du Livre, dans laquelle on voyoit l’entrelacement des fils qui avoient fervi à. faire la couture fur ces nerfs. Je ne doute point que ce ne fbit cette fente qui a fait donner à ces nerfs le nom de Nerfs fendus ; Sc comme nous nous propofbns de donner une idée de ce qui fera venu à notre connoiflànce, fur la maniéré dont les Anciens relioient leurs Livres, nous remettons à cet endroit à dire comment il nous a paru que ces nerfs étoient afTemblés avec les ais qui formoient la couverture.
- Quand le Livre eft entièrement coufii, 011 coupe les ficelles, on leve le tem-plet qui ferme la rainure du Coufoir ; on défait les chevillettes, & on ôte le Livre, ayant foin de laifler environ trois pouces de longueur au bout des nerfs de chaque côté , afin qu’ils puiflent entrer dans les trous du carton.
- Nous ne devons pas oublier de dire qu’il faut bien prendre garde de trop ouvrir un Livre'quand il eft coufii ; fi on le fait, il faut toujours tenir fermement dans fa main gauche le dos de fon Livre, parce qu’autrement la couture rentre-roit en dedans, ce qui empêcheroit d’arrondir le dos, Sc de former le mord; mais il vaut mieux ne le point ouvrir du tout.
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- sS L'ART DU RELIEUR.
- Article Sixième.
- Détortiller SC épointer.
- Quand les ficelles ont été coupées, 8c le Livre ôté de deflus rétabli du Coufoir, on détortille & on épointe les ficelles. Pour cela on met les bouts pendants des nerfs , for les genoux ou for la table, & appuyant fortement deflus le tranchant d’un mauvais couteau , en les tirant de deflous, on parvient à les ufer, à leur faire perdre le tortillement que la ficelle avoit pris dans la fabrication , & à les effilocher entièrement, les réduifant par-là en une efpece de-toupe ; fi le bout en étoit trop gros, on couperoit quelques-uns des brins de chanvre vers la pointe : enfoite on prend de la colle de farine entre fes doigts , on en imbibe la ficelle , on la roule for le genou ou for une table avec le plat de la main, ce qui lui donne un nouycau tortillement, 6c on la {erre un peu entre les doigts, afin que la colle, en fechant, la durcifle & lui fafle faire bien la pointe. Cette petite opération, peu difficile , & en apparence peu importante eft néanmoins néceflaire pour pouvoir faire celle de pafler ces bouts de nerfs dans les cartons , & par ce moyen joindre les cartons avec le Livre ; opération que nous décrirons dans le commencement du fécond Chapitre.
- Nous venons de décrire toutes les opérations qui regardent raflemblage des cahiers , leur battement, leur coulage, en un 'mot toutes les préparations que le Livre doit fobir avant que d’être couvert en carton ; il faut maintenant faire connoître celles qui font néceflaires pour mettre le Livre en état d’être revêtu de peau , comme de le couvrir en carton, lui former le dos, &c; c eft ce qui fera l’objet du fécond Chapitre dans lequel nous allons entrer,
- CHAPITRE
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- Chapitre IL Art. I. Dit choix des Cartonsi
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- CHAPITRE SECOND.
- Des Opérations qu'on fait au Livre avant que de le couvrir en peau:
- Q u a n d le Livre eft battu & coufo, il faut le revêtir de cartons , qui fervent à donner du foutien à la peau dont on doit le couvrir ; lui faire le dos, ce qu'on appelle Endofjer ; coller ce dos ; rogner le Livre'; mettre la tranche en couleur ; enfin faire la tranche-file.
- Article Premier.
- Du choix des Cartons.
- Les Cartons dont fe fervent les Relieurs , font de ceux qffon connoit fous le nom de Canons dp, moulage , c eft-à-dire , fuivant M. de la Lande, ( Art du Cartonnier ) , de ceux qui font faits par trituration à la maniéré du papier. Us en emploient de huit fortes différentes , qui varient de grandeur & d’épaiffeur , fuivant la différence des formats & la qualité des ouvrages auxquels ils doivent fervir.
- La première forte efl: le grand Aigle ouvert, qui a 40 pouces de hauteur , for 26 pouces de largeur. Ce Carton fort très-peu: on remploie à former de très-grands porte-feuilles pour ferrer des eftampes , & à couvrir certains Livres , comme le Neptune François.
- 2°. La grande Bible , qui a 34 pouces de haut, for 23 de large, fort pour des Atlas de très-grand papier : il faut une feuille entière de ce Carton pour chaque côté du Livre.
- 3°. Le Catholicon fans barre, formé de deux Catholicons ordinaires collés enfemblc, de *2 pouces for 22. Ce Carton ne fort guere que pour des Atias ou certains porte-feuilles.
- 40. Le petit Ais fans barre, de 27 pouces for 20, fort pour de grands Livres de Figures, qui font plus hauts, & à proportion moins larges que les in-folio ordinaires, tels que les Batailles du Prince Eugene, Sec.
- 50. Le Saint-Auguftin , de 24 pouces for 19, fort aux in-folio grand papier; comme les Cérémonies Religieufos , ou l'Encyclopédie grand papier, de alors il exige la moitié d'un Carton pour chaque côté. Un de ces Cartons peut encore couvrir deux in-quarto, comme les Œuvres de Rouffoau, édition de Paris > 1743 > & quatre in-ocïavo, comme TAnti-Lucrece de M. le Cardinal de Polignac.
- 6°. La grande Bible ordinaire , de 22 pouces for 16, couvre un in folio ordinaire , deux in-quarto de quatre in-oelavo, auffi de papier ordinaire.
- Relieur. H
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- 3o FART DU RELIEUR.
- 70. Le Catholicon ordinaire, de-2i pouces fur 14, fert pour quatre in-octavo, comme les Dictionnaires portatifs, ou l’Abrégé Chronologique de l’Hiftoire de France, de M. le Préfïdent Hénault ; pour cinq in-dou^e ordinaires, comme le Rollin, ou le Spectacle de la Nature ; fept in-dou^e petit format, comme les éditions des Auteurs de Théâtre ; autant $ in-dix-huit, Sc douze in - vingt-quatre.
- 8°. Le petit Àis ordinaire, de 20 pouces un quart, fur 13 & demi, fert encore pour un in-quarto grand papier, comme le Traité des Arbres fruitiers 5 de M. Duhamel , & pour deux in-octavo , auffi grand papier.
- Les formes que nous venons d’indiquer pour les Cartons, ne font point du tout indifférentes ; il eft nécefîàire que le Relieur choiùfle un Carton proportionné à la grandeur du Livre qu’il veut couvrir ; fans cela il y auroit de faufïes coupes, & cela occafionneroit un déchet qui augmenteroit allez confldérable-ment les frais de la reliure.
- Si le Livre eft très - gros, ou fi Ton veut faire une reliure propre, on colle plufïeurs feuilles de Carton l’une fur l’autre, ce qui donne plus de force 8c plus de foutien au Livre 5 alors le Cartonnier fait cet ouvrage pour le Relieur ; maïs cela ne fe pratique point pour les Cartons du petit Ais ordinaire.
- §. I. Maniéré de couper les Cartons, & defeription de la. Pointe ou Couteau
- qui fert à les couper.
- Les Relieurs jfe fervent , pour cette opération , d’un outil r £, ( Fig. 6, PL X ), alfez femblable à une lame d’épée , d’environ 2 pieds 6 pouces de Ion* gueur totale depuis le bout du manche jufqu’à la pointe de la lame , qui eft terminée par une pointe coupante des deux côtés, & très-tranchante, afin que la coupe foit nette & fans bavure ; à environ cinq pouces du bout, la lame eft entourée d’un morceau de peau, pour empêcher que l’Ouvrier, en fàifîfîànt la lame par cet endroit, ne fe bleffe la main. Ce morceau de peau fait auffi que la laine empliflànt mieux la main Je f Ouvrier, elle ne varie point, de il coupe plus sûrement. Lors donc qu’il veut s’en fervir, il la faifît par cet endroit, & pofànt le bout du manche contre fon épaule droite, il appuie fortement le bout de la lame fur fon carton, il la promene en ramenant à lui le long d’une réglé qu’il tient fortement afîu jettie de la main gauche. L’Ouvrier doit avoir foin de pencher fa pointe en jettant le manche en dehors de fon corps, afin de couper fon carton un peu en biais, & lui former une efpece de bifeau , ce qu’on appelle lui donner du mords. Ainfi on voit qu’en coupant une feuille , on fait deux mords en même temps, dont l’un fe trouve en deflùs, & l’autre en deflous du carton.
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- Chapitre II. Art. I. Choix, Coupe, &c. des Cartons* §. IL Coupe des différents formats,
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- C o m m e le grand Aigle ouvert s’emploie tout entier , on ne fait que rogner un peu le bord tout autour quarrément avec la pointe, ceft-à-dire, fans lui donner de mords ; pour ôter cette partie, qui eft moins épaifle & plus foible que îe relie.
- §. III. Coupe pour l’In-folio.
- Quand c’efl un in-folio qui n’exige point un carton entier pour chaque côté, on coupe le carton en deux dans le lèns de fa hauteur , luivant la ligne
- CD,(Flg.x,Pl.IX).
- §. IV. Coupe pour l’In-quarto.
- S1 on emploie du Saint-Augullin pour l’In-quarto, on fend Ion carton dans le fens de la largeur, & on le coupe en long. Les Relieurs appellent Fendre , quand avec leur pointe ils coupent le carton à moitié, làns détacher les deux parties l’une d’avec l’autre, & làns leur donner de mords ; & quand ils donnent leurs traits de pointe allez avant pour détacher les deux morceaux de carton : & en lui donnant du mords, ils difent qu’ils coupent le Carton.
- Pour couvrir deux in-quarto avec un carton Saint-Augu(lin5 on le fend luivant la ligne A B, ( Fig. 2 ) , St on le coupe fuivant la ligne C D ; ainfi on a les quatre quarrés égaux a b c d > qui doivent fervir pour deux in - quarto, un quarré pour chaque côté du Livre.
- Comme le carton de grande Bible ordinaire, fert à des formats allez fembla-bles à ceux auxquels on emploie le Saint-Augullin, on voit qu’il doit fe couper de même.
- §. V. Coupe pour l’In-oélavo.
- O n fend le carton luivant la ligne A B 9 (Fig. 3 ) ; on le dîvife en quatre parties égales , au moyen des lignes 1,152,253,3: on coupe ces divilions /
- luivant les lignes 1,152,253,3; ce qui donne les quatre bandes ab c d9 qui font marquées d’une fente dans le milieu.
- §. VI. Coupe pour l’In-douze.
- Pour ïln-dou^e ordinaire, on fend le carton fuivant la ligne ASf Fig. 4 ) j on le divife en cinq parties égales, par le moyen des lignes 4,4 : on coupe ces quatre lignes , ce qui donne cinq bandes abc de9 lefquelles , ainfi que celles de la figure précédente, font marquées d’une fente dans le milieu.
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- 3*a L'ART DU RELIEUR.
- A l'égard du petit in-douye, de Y in-dix-huit Sc de Y in-vingt-quatre , comms nous avons dit que le Catholicon ordinaire qu’on y emploie, doit fervir à en couvrir fept de ce format, pour ne pas faire de faufle coupe, Sc ne rien perdre de fon carton, il faut faire une. levée d'une bande A B C D, ( Fig. 5 ) , que les Relieurs appellent Traverje, ayant foin que la largeur de cette bande ou traverfo, foit égale à celle que doit avoir le côté du Livre de ce format. On fend d’abord toute là feuille foivant la ligne G H; enfoite on tire la ligne CD ; puis on fend la partie reliante du carton C D E F, foivant les lignes NO y P Q , Sc on la coupe foivant les lignes IK, L M, ce qui donne les quatre bandes 1,2,3,4, & la levée ABC D 9 qui eft fendue dans fon milieu G.
- Il faut obferver que pour ces deux derniers formats, on a foin de conforver au haut Sc au bas du carton, un demi-pouce qui ne foit point compris dans le compaffement ; parce que comme les bords font moins épais, Sc par conféquent plus foibles, il faudra les retrancher.
- §. VIL Battre les Cartons;
- Après que le carton a été coupé par bandes d'une largeur égale à celle des côtés du Livre, on le bat for la pierre, ayant foin de battre plus ou moins fortement , foivant que le carton eft plus ou moins épais, & aufïi foivant le format du Livre auquel on le deftine. Un carton pour un in-dou^e fe bat bien moins que celui pour un in-folio, qui étant plus pelant, fatigue davantage. On bat toujours du côté qui doit toucher les feuillets, & jamais for celui qui doit être couvert par la peau. Ce battement refferrant les pores du carton , lui donne plus de confif-tance & de folidité ; fi on veut le rendre encore plus ferme, on colle for les deux faces une feuille de papier, quelquefois même de parchemin : c eft ce qu’on appelle Affiner le Canon, alors il faut le battre avant que de le couper. Quand on-affine le carton avec du parchemin, on le colle la fleur en dedans, fans quoi il feroit fojet à fe décoller ; mais on s'eft rarement fervi de parchemin pour affiner le carton, Sc aujourd’hui cette marchandée eft trop chere pour qu’on penfe à l’employer.
- §. VIII. Piquer les Cartons.
- Qu and les cartons ont été battus Sc coupés de grandeur convenable , on les percé de trous deftinés à recevoir les bouts des ficelles qui font les pointes des nerfs : c'eft ce que les Ouvriers appellent Piquer les Cartons. L’Ouvrier préfente fon carton lur fon Livre, ayant foin de le bien partager haut Sc bas, ou de le mettre de maniéré qu’il déborde également les bords du Livre, tant en haut quen bas, ou en tête & en queue. On fait avec un poinçon bien aigu, un trou a, (PL IX y Fig. 6 ), le plus exactement qu’il fe peut, vis-à-vis & à une certaine diftançe de chaque nerf j cette diftance doit varier foivant la grandeur ou
- la
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- Chapitre IL Art. I. Du choix des Cartons, &c. 33
- la petitefle des Livres ; pour un in-folio, les trous doivent être à environ quatre lignes de diftance du bord; pour les in-quarto Sc les in-oclavo, à trois lignes; & pour les in-dou^e, à une ligne Sc demie. Cet éloignement du bord du carton , eft fait pour lui donner aflez de jeu en haut & en bas, pour quil puifle fè rogner avec le Livre, ce qu’on appelle Faire la chajje du Livre.
- Nous expliquerons cela plus en détail quand nous parlerons de la rognure;
- Quand on a piqué le premier trou a , on en fait tout de fuite un fécond b, au deflùs , & aufli éloigné du premier, que ce premier l’eft du bord du carton ; enfuite on retourne fon carton, & on pique un troifieme trou c fur la face battue, ou qui touche les feuillets du Livre ; on le fait à-peu-près à égale diftance en tout fens des deux premiers : par cette difpofition ces trous forment à-peu-près un triangle a b c, dont les trois côtés font égaux.
- §. IX, Pajfer en Carton•
- Quand on a fait les trous au carton, on y fait entrer Tune après l'autre les pointes des nerfs , commençant de dehors en dedans par le premier trou a, le plus près du mords du carton, ce qui fe fait à chaque trou dans toute la longueur du carton ; c’eft après‘avoir pafle cette première fois les pointes du nerf, qu’on voit le jeu qu’il faut laifler pour faire la chafle ; fi la ficelle ferre trop , s’il n’y a pas aflfez de chafle, on la lâche en faifant balancer fon carton, ce qui donne du. jeu à la ficelle : on entre dans le troifieme trou c, qui eft de dedans en dehors • puis dans le trou b , piqué perpendiculairement au-deflus du premier, de dehors en dedans, Sc qui eft le fécond de la piquure ; on pafle la pointe du nerf fous la ficelle, qui va du premier au troifieme trou pour l’arrêter plus fermement, Sc empêcher quelle ne coule, ce qui s’appelle Pajfer en croix ; mais cela ne fe pratique qu’au premier Sc au dernier nerf de chaque côté : on fe contente, pour les nerfs intermédiaires, de coucher la pointe du nerf le long du carton. Dans les infolio, autres grands Livres , & en général dans tous les ouvrages qui fQ font avec recherche, Sc pour lefquels on emploie du carton très-épais, on pal^. les nerfs en croix dans toute la longueur du carton,
- §. X. Cogner les Ficelles.
- Quand on a ainfi pafle tous les nerfs dans leur trou, on cogne les ficelles en frappant, avec le marteau à endofler, fur la pierre de liais, qu’on appelle à Parer, pour écrafer les trous Sc applatir les ficelles, ce qui les fait, pour ainfi dire , entrer dans le carton Sc s’y incorporer ; cela empêche que les bouts des nerfs ne coulent dans leur trou, & qu’ils paroiflent au travers de la couverture du Livre. Enfuite tenant les deux cartons dans une fituation horifontale, Sc ayant foin que les nerfs foient bien droits, on les rabaiife fur les cahiers, Si l’extrémité Relieur. I
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- 34 L'ART DU RELIEUR;
- du côté du mords étoit gênée par les feuillets, ce qui empêcheroit que le Livre ne fermât bien, on lui donneroit un peu plus de jeu , en faifànt reculer les pointes des nerfs avec le bout du poinçon*
- Article second;
- De UEndojfement.
- L’endossement des Livres eft une des parties la plus eflentielle de l’Art que nous traitons. Comme on a fouvent occafion d’ouvrir un Livre, c’eft toujours par là quil fatigue le plus ; & quand le dos efl: déformé, ce qu’on appelle Cajp y il n’y a plus moyen de le faire revenir ; il faut néceflairement le donner à relier , ce qu’on doit éviter tant que l’on peut, parce qu’un Livre à fa fécondé reliure, a toujours une bien plus petite marge, & par conféquent beaucoup moins de grâce que celui qui n’a été relié qu’une fois. C’eft pourtant la partie de la reliure la plus négligée par ceux des Ouvriers qui ne cherchent point à fè diftinguer dans leur Art, ou dans les ouvrages communs, auxquels on ne veut pas mettre le prix néceffaire. C’eft donc un grand abus & une économie bien mal entendue de la part de ceux qui font travailler, de chercher à épargner un prix modique fur la totalité de l’ouvrage ? pour fe procurer une reliure mal conditionnée, & qui doit durer bien moins qu’une autre. Nous allons décrire dans cet Article, la maniéré dont fe fait l’endoffement d’un Livre ; & nous ferons voir en quoi con-; fifte la différence d’un bon ouvrage avec du médiocre.
- §. I. Pajfler en parchemin.
- L a première des opérations de l’endofTement, eft de Rafler le Livre en parchemin , c’eft-à-dire, dégarnir le dos de bandes de parchemin , qui feront collées defîus pour lui donner de la fermeté, & empêcher qu’il ne fe rompe quand on ouvre le Livre. Ces bandes fe font avec du parchemin neuf ou vieux, il n’importe ; il faut feulement éviter qu’il foit trop fort, parce qu’il ne fe colleroit pas aifément fur le dos du Livre. On coupe ces bandes de longueur proportionnée à la groffeur du dos du Livre, & de la largeur qui convient pour qu’elles puiffent être placées entre deux nerfs, ce qui leur fait auffi donner le nom d'Entre-nerfs 9 quoique, pour parler exactement, on ne doive donner ce nom qu’à l’efpace , fur le dos du Livre, qui eft entre deux nerfs. Ainfi on voit que cette bande a été ainfi appellée, parce quelle doit être collée fur l’entre-nerf du Livre.
- Il y a quatre maniérés de palfer en parchemin, qui toutes font ufitées à proportion de la groffeur du volume , de la folidité qu’on veut lui donner , & du prix qu’on veut mettre à l’ouvrage. La première & la plus commune , eft celle de mettre feulement des bandes aa&bb,{ Fig. 7, PL IX, ) au haut & au bas du Livre y
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- Chapitre IL Art. IL De £Endojfement* 3 y
- ou à la tête 8c à la queue, ce qu’on appelle Pafjer en tête & queue. De quelque maniéré qu’on relie Ion Livre, quelque grofléur qu’il ait, quelque dépenfe qu’on y faflé, on paflé toujours en tête 8c en queue. Pour cela on met fon Livre à plat fur la table devant foi, le dos du côté de la main droite ; de la gauche on levé doucement le carton, fans le trop forcer ; on prend de la main droite là bande de parchemin, qu’on fait entrer entre le carton & le dos du Livre, de maniéré qu elle couvre le dos à peu-près entièrement : je dis àpeu-près entière-ment, parce que comme le parchemin s’allonge toujours un peu quand on l’im-' bibe de colle, on lui lailfe du jeu ; ainfx il s’en faut environ deux lignes, que le bout de la bande ne touche le bord du dos oppofé au côté par où on la fait entrer. Le bout de la bande qui refie appuyée contre le carton 8c qui y fora collée, s’appelle la Garde du Livre : on voit ces gardes ( Fig. 8 ) en a b c. On fait la même opération à la queue avec les mêmes précautions ; enfuite on retourne fon Livre de maniéré qu’on ait toujours les nerfs ou le dos à la droite , & la gouttière à la gauche. On remet une pareille bande en tête & queue 9 qui doit recouvrir la première & être collée defliis : on colle toujours le parchemin du côté de la fleur.
- La féconde maniéré de paflér en parchemin 9 efl de paflér en deux milieux , c’eft-à-dire 9 une bande c9 (Fig. 7 ) qui doit couvrir le fécond entre-nerf, & une autre d au troifieme entre-nerf ; l’une de ces deux bandes doit fo mettre à gauche c 9 l’autre à droite d. Cette fécondé méthode donnant un peu plus de foutien que l’autre au dos du Livre, commence à approcher davantage de la perfeétion.
- Latroifieme maniéré a encore fon avantage; elle confifte à Entrelacer ou paflér un parchemin Ample tout le long du dos, entre chaque nerf alternativement, l’un de droite à gauche , 8c l’autre de gauche à droite.
- La plus parfaite de toutes, celle auffi qui s’emploie pour les ouvrages de conféquence, efl: celle de paffèr double tout le long du dos. Elle fo pratique de deux maniérés différentes ; car on peut paflér tout du long, de la tête à la queue fans omettre aucun entre-nerf, une bande double de chaque côté qui fo recouvre l’une l’autre. Mais quand les Relieurs veulent encore pouflér la perfection plus loin, ils prennent deux bandes de parchemin de la longueur du Livre , une pour chaque côté ; chacune de ces bandes a deux pouces & demi environ de largeur pour un in-dou^e ordinaire A, ( Fig. 9 ) ; on place une de ces bandes vis-à-vis des nervures, & on fait avec un poinçon deux marques au-deflus 8c au-deflbus de chaque nerf. Ces marques fervent à couper les bandes de parchemin en autant de divifions qu’il y a de nerfs, & à faire des entailles a b c de au parchemin , afin que les bandes puiflént entrer entre chaque nerf. On place fon Livre fur la table devant foi, comme on a fait pour paflér en tête & queue ; on fait entrer ces bandes ainfi découpées de dedans en dehors, en les paflânt entre le carton. Le refle de la bande qui demeure entier, forme ce que nous avons appellé la Garde, & doit être collé fur le carton, comme nous le dirons en fon
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- L'ÀRT DU RELIEUR.
- temps. Cette opération demande un peu plus de temps & de foins que les autres ; mais aufli on fent que ces deux bandes doivent donner infiniment plus de force au Livre.
- Si le Livre doit être relié à la grecque, on fe fert de pareilles bandes, avec la différence que ce font les parties échancrées qui s’appliqueront en dedans fur le carton, comme on voit en a b c 5 ( Fig. 8 ) ; & que la partie A, qui n’eft point coupée, fe colle contre le dos du Livre ; ce qui fe peut, parce qu’à cette forte de reliure les nervures ne font point apparentes.
- §. IL Endojjer.
- QüANDona paffé fon Livre en parchemin, il faut Yendojjer ; Sc quoique cette opération pût fe faire for un foui volume, cependant on a coutume d’en réunir plufieurs enfomble : on endoffo jufqu’à dix ui-douye, quand ils ne font * pas bien gros f huit quand ils font épais $ Vin-folio §’endoffo foui : on peut en-doffor jufqu’à quatre in-quarto ; mais ordinairement on n en met que trois.
- On fo fort pour endoffer ,1°. d’une preffo qu’on appelle à endojjer, Sc qui eft la même que la petite preffo à preffor ; 20. d’ais de bois pour mettre entre les Livres ; 30. d’un poinçon ; 40. d’une corde à endoffor ; y°. du grattoir ; 6°. d’un marteau qui ne différé en rien d’un marteau léger à main de Serrurier; 70* enfin on emploie de la colle qu’on applique avec le pinceau. Nous allons décrire chacun de ces inftruments, Sc indiquer la maniéré de s’en foryir.
- §. III. Defcription de la Prejfe à endojjer. Planche X.
- L a Preffo à endoffor eft compofée de fix pièces toutes de bois ; lavoir, deux jumelles L L Sc M N, ( Fig. 23 & 24, PL X) ; deux clefs 0 0, & deux vis m m ; chaque jumelle eft formée d’un morceau de bois de chêne de trois pieds Sc demi de long , cinq à fix pouces de large , for quatre pouces d’épaiffour; cha^ cune eft percée à deux pouces de fon extrémité, de deux entailles quarrées ou mortaifespp, (Fig. 24) , pour y loger les clefs 0 o9 qui fervent à retenir les jumelles, & à les affembler. Ces clefs font des morceaux de bois équarris, de deux pieds un pouce de longueur, Sc de deux pouces d’équarriffoge 9 qui font arrêtés fermement par une de leurs extrémités dans la jumelle d’en-bas M, à fleur de fon plan de deflous ( Fig. 24 ), Sc dont la longueur traverfe la mortaife de l’autre jumelle N, de maniéré que cette fécondé jumelle puiffo couler librement le long de la clef. A deux pouces en dedans, & for la même ligne de ces mortaifes dans la jumelle fopérieure , font pratiqués deux trous taraudés s s, de deux pouces & demi de diamètre, qui fervent d’écrous aux deux vis ; on fait deux trous femblables nn9 vis-à-vis de ceux qui font à écrous dans la jumelle inférieure M% mais un peu plus grands pour recevoir la tête des vis. Ces vis ont
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- Chapitre II. Art. II. De /’Endojjement: 37
- deux pieds & demi de longueur totale ; leurs pas ou filets font de deux pieds , & elles ont deux pouces & demi de diamètre. La tête q9 q, q, q , ( Fig. 23 6 24 a cinq pouces de long, & trois Sc demi de diamètre. Entre la tête & la naiflànce des pas de vis, fe trouve un elpace r ( Fig. 24 ), d’un pouce, uni & fans filets , qu’on appelle le Blanc de la vis, qui traverfo l’épaifleur de la jumelle d’en-bas ; les têtes de ces vis, à un pouce de diftance du deflous de la jumelle, & à un pouce & demi de leur extrémité inférieure, font percées de deux trous qqi ( Fig. 23 & 24) , diamétralement oppofés, ou qui fe croifont l’un l’autre, dans lefquels on introduit une barre de fer pour ferrer la vis*
- Quand on veut monter cette prefle, il faut arrêter d’abord le bout inférieur des clefs o o (Fig. 24) dans les mortaifos pp de la jumelle inférieure les faire entrer dans celles de la jumelle lùpérieureiV; enfuite on introduit les vis dans les trous n n, de là dans les écrous s s, de la jumelle fupérieure ; & faifànt tourner également ces vis , on ferre la prefle tant & fi peu qu’on veut.
- Les ais font faits de bois de hêtre ; on en emploie plus ou moins, fuivant le nombre de volumes qu’on fe propofo d’endofler : ils font de différentes dimen-fions , relativement aux endroits où on les met. Par exemple, ceux C, {Fig.7 J & F9 ( Fig. 5, PL VIII, ) qui font l’un au commencement & l’autre à la fin du paquet de Livres, s’appellent Membrures : ils ont dix pouces de longueur, à peu-près quatre de largeur , un pouce d’épaiflèur du côté du dos, & ce bord eft quarré ; le bord oppofé eft rond, & a neuf lignes d’épaiflèur. Les autres ais E E, ( Fig. 8 ) qui fe mettent entre chaque volume, que pour cela on nomme Entre-deux , font faits de merrain ; ils ont neuf pouces & demi de longueur * trois de largeur, quatre lignes d’épaiflèur au côté du dos, & deux lignes au bord oppofé.
- Quand on veut endofler, on couche la prefle horifontalement, ce que les Ouvriers appellent de Champ, fur les traverfes k k des montants du coffre G de la prefle à rogner, ( Fig. 4 , PL VIII ) ; ( les Ouvriers appellent ce coffre le Pcrte^preffe^) ; de maniéré que l’Ouvrier ait à là droite les têtes qq des vis, ( Fig. 23 , PL X). On ouvre fa prefle en faifant tourner les vis ; on applique fiir la face intérieure de la jumelle L, ( Fig. 23 , ) ou M, ( Fig. 24, ) une membrure Q, fur cette membrure un volume R, le dos en haut ou du côté de l’Ouvrier, & le bord ou la gouttière en bas, puis un entre-deux, un volume> un entre-deux , & ainfi de fuite julqu’au dernier volume du paquet, qu’on ter. mine par une membrure Q. Alors tenant fon paquet en relpeét de la main gauche, & prenant garde de rien déranger, on ferre médiocrement le paquet, afin de pouvoir redrefler fes Livres fi quelques-uns s’étoient dérangés. On prend enliiite de la main gauche un des poinçons à endofler h, ( Fig. 15, PL X). Cet outil eft fait comme les poinçons ordinaires, excepté qu’il eft un peu plus gros & qu’il ne pique pas ; l’Ouvrier pafle le poinçon entre les cahiers, prenant d’abord quatre cahiers du çpté du carton, en commençant par la queue ; il fouleye Relieur. K
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- 38 L’ART DU RELIEUR.
- un peu les cahiers , & avec le marteau- qu’il tient de la main droite, ïl frappe fur le nerf, tantôt par la tête, & tantôt par la panne du marteau, maïs toujours en arrondiflant, c’eft-à-dire, frappant davantage for les cahiers qui font plus près du carton , que fur ceux qui fe trouvent au milieu ; il retourne à la tête du Livre, où il fait la même opération.
- Si dans ce travail quelque Livre s’étoit un peu dérangé, il les remettrait tous d?alignement par le côté de la tête, & après avoir relevé fon paquet de maniéré quil déborde d’un pouce au-deflùs de la prefle, ce que les Ouvriers appellent Mettre hors de la prejfe ; il ferre fortement & bien également fà prefle ; enfoite il prend un paquet d’une corde câblée en trois, qu’on appelle Corde à endojfer : il en faut environ trente-deux pieds pour un paquet de dix volumes in-dou%e ; il fait une boucle à fa corde , il ferre le haut du paquet en faifant faire fept ou huit révolutions de corde, & il l’arrête : il releve Ion paquet de quatre pouces dehors la prefle , & achevé d’employer le refte de fa corde à ferrer le bas du paquet. Cette fécondé ligature eft très-néceflaire pour empêcher les Livres de fortir d’entre les aïs, & de fe défendofler quand on deflerrera la prefle.
- §. IV. Coller & tremper les Dos.
- L e paquet étant ainfi ferré , on trempe les dos avec la colle de pâte ou de farine ; on peut faire cette colle avec un tiers de livre d’amidon, & une demi-once d’alun , qu’on délaye dans cinq demi-feptiers d’eau chaude, faifant un peu bouillir le tout pour donner de la confiftance à la colle. L’alun empêche que les vers ne s’engendrent dans la colle ,. & n’attaquent le dos du Livre; Quand la colle eft froide, on en met fur le dos avec un gros pinceau fans ménager la colle, & ayant foin qu’il en entre deflous & deflits les parchemins. On laifle le paquet ainfi humeété tremper pendant environ une heure, afin que la colle puiffe pénétrer entre les cahiers. Au bout de ce temps, on gratte le dos avec un inftrument appelle Grattoir : c’eft une efpece de cifeau r, ( Fig. 8, PI. X ) dont le fer eft armé de dents ; on gratte fortement du haut en bas, pour faire mieux entrer la colle entre les cahiers. Si on fait de l’ouvrage dont les papiers fbient durs à prendre la colle, ou qui doivent éprouver de la fatigue , on fe fert d’un grattoir dont les dents font un peu plus aiguës, & même au lieu de gratter, on pique aflez fort. On fait cette opération deux ou trois fois ; on repaflê de nouveau de la colle for le paquet ; on le laifle tremper encore quelque temps , & avant que la colle foit tout-à-fait feche, on frotte les dos avec le frottoir s s , {Fig.?). Cet inftrument eft de fer ; il a environ huit pouces de long, Sc eft enflé de près de deux pouces dans fon milieu s, qui lui fort de poignée : il reflemble aflez par fes extrémités au fer d’un outil que les Menuifiers nomment Mouchette, hors qu’il n’eft point tranchant : cette figure eft néceflàire pour lui faire foivre la courbure du dos du Livre. On tient ce frottoir à deux mains ;
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- Chapitre IL Art. II. De fEndojfement. 39
- & le tenant un peu couché, on le poufîe devant fol de la tête à la queue ? paflant plufieurs fois fur le même endroit entre chaque nerf aflèz vite, en arrondiflânt & appuyant fortement ; mais on a grand foin de ne point toucher au nerf. On répété la même opération , avec les mêmes précautions , de la queue à la tête ; après quoi on eflifie tout fon dos avec une poignée de rognures de papier , pour le nettoyer de la colle qui y eft reliée , & de toutes les ordures que le grattement y a occalionnées. On repalïe légèrement le pinceau for le dos du Livre, & on couche les parchemins qui ont été pâlies avant i’endoflure , ce qui s’appelle Coller les parchemins ; on retire le paquet de la prefle , on le porte au feu pour le faire fécher , l’y lailïànt julqu’à ce qu’il devienne plus lèo que moite ; il ne faut cependant pas qu’il loit tout-à-fait foc ; car on 11e pourroic pas redrelfer fi facilement.
- Cette opération de redreller, eft à peu-près la même que celle que nous venons de décrire : on fe fert auffi du frottoir ; la feule différence eft que ce qui s’eft fait dans la première fur le Livre mouillé , le fait à fec dans la féconde. L’Ouvrier tenant Ion frottoir droit, l’appuie d’un côté du nerf, §c frappe de fins à petits coups redoublés avec Ion marteau à endolîér 5 fur le côté oppofé. Cela fe fait des deux côtés des nerfs, & à tous l’un après l’autre pour les rendre droits & également diftants les uns des autres, ce qui s’appelle RedreJJer les nerfs ; & cela eft d’autant plus nécefiàire, qu’il n’eft pas poftible que les frottements & grattements précédents ne les aient un peu dérangés.
- On laifte encore fécher le Livre ; & quand il eft bien fée, on le pafle en colle forte : on fe fert de la colle de Flandres ? qu’on applique au pinceau le plus chaud qu’on peut 9 pour quelle s’infinue mieux entre chaque cahier ; car il eft à remarquer, que quoique le dos foit couvert aux entre-nerfs de parchemins qu’on a collés par l’opération précédente , comme cette bande ne remplit pas exactement la diftance qui eft entre chaque entre-nerfs, & que d’ailleurs la colle chaude fait un peu bourlouffler le parchemin, il s’en infinue entre ce parchemin & les cahiers. On oblérve de mettre la colle bien également lùr le dos & le long des mords de tous les Livres du paquet, afin que toutes les parties prennent la colle, & d’appuyer légèrement le pinceau ? crainte de déranger les nerfs. On met enfuite fon paquet devant le feu julqu’à ce que la colle foit parfaitement féche, après quoi on délie le paquet, & on prépare les Livres pour la rognure.
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- L'ART DU RELIEUR.
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- Article Troisième.
- Du Rognement.
- Avant que de rogner le Livre, le Relieur colle Tune far l'autre les deux feuilles de papier blanc 8c marbré dont nous avons parlé au commencement de la couture; enfaite on met chaque volume en prelfaentre deux ais àprejfer , qui fant des planches quarrées faites de bois de hêtre ou de poirier, & d une égale épaiffeur dans toute leur faperficie ; il ne faut pas que ces ais excédent le mords du Livre, fans quoi le dos fe fripperoit, ïendolfare feroit totalement gâtée, & le Livre ne feroit jamais bien conditionné. On iaiffele Livre en prefle environ un quart d'heure ; pendant ce temps on prépare fa prefle à rogner. Cette prefle eft commune aux Relieurs & aux Marchands Papetiers, qui font fouvent obligés de Vendre du papier battu 8c rogné : nous allons en donner une defcription. Mais comme à bien des égards elle reflèmbie à la prefle à endofler que nous avons décrite ci-devant, 8c que les mêmes pièces font communes à l'une 8c à l'autre , nous nous contenterons de donner les dimenfions des principales pièces de celle-ci, qui font différentes de celles de la prefle à endofler; 8c nous n'infifterons particuliérement que far la defcription du couteau 8c de fa monture.
- §. I. Defcription de la Prejfe à rogner, & de fon Couteau.
- Elle eft, ainfi que la prefle à endofler, compofée de fix pièces ; (avoir, les deux jumelles H, 1, ( Fig. 3 , PL VIII) qui ont trois pieds fix pouces & demi de longueur, fix pouces 8c demi de largeur, & cinq pouces d’épaiffeur ; les deux clefs MM, qui ont un pied onze pouces de longueur, un pouce neuf lignes de largeur , 8c deux pouces d'épaiffeur ; les deux vis L L , qui ont deux pieds quatre pouces de longueur totale. La tête de ces vis a cinq pouces 8c demi de longueur, 8c elles ont fix pouces & demi de blanc; ainfi il refte un pied quatre’ pouces de pas ou filets de vis : ce blanc eft creufé en n, d'une échancrure ou collet de neuf lignes de largeur, qui reçoit une cheville plate ou tenon K K, de huit lignes 8c demie d'épaifleur, un pouce 8c onze lignes de largeur, 8c qui a autant de longueur que la jumelle a d'épaifleur. Cette cheville traverfa la jumelle par la mortaifa t t^ 8c entrant dans le collet n n de la vis, en retient le blanc ou la tête dans fon trou. Cette cheville au refte eft néceflaire, afin que les têtes des vis foient fiables dans leur jumelle. La tête des vis eft aufli percée de quatre trous m m, placés à angle droit pour ferrer la vis au moyen du barreau x ; un de ces trous eft percé à deux pouces trois lignes du côté du blanc de la vis, & l'autre à deux pouces du bout.
- La jumelle droite /, eft renforcée en dedans par une tringle n n ou languette
- d'un
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- Chapitre IL Art. III. Du ïlognement; qf
- rfùn quart de pouce d’épaifleur, taillée en chanfrein, c’eft-à-dire, etl diminuant d’épaifleur vers la partie inférieure de la jumelle ; la gauche H, porte fur fà face fiipérieure une autre tringle II, de fept lignes de hauteur, d’un pouce de largeur, Sc qui diminue auflî de largeur à la partie appliquée fur la jumelle, ce qu’on appelle en queue d’aronde. Nous ferons voir l’ufàge de ces deux pièces , dans la defcription particulière que nous allons donner du couteau.
- Le couteau ou le fut fur lequel eft monté le couteau à rogner, eft une efpece de prefle qu’on fait couler fur celle que nous venons de décrire. Cet affèmblage eft compofé de deux jumelles N,O, de deux clefs Q,Q> de la vis R, du couteau P, & du clou à vis S, avec fon écrou T.
- La jumelle O de la droite, qui porte le couteau, & qu’on appelle le Talon, a, ainfi que celle de la gauche N, qu’on nomme ¥ Ecrou, neuf pouces de longueur, quatre pouces neuf lignes de hauteur , Sc deux pouces d’épaifleur ; ces deux jumelles font aflemblées, comme celles de la prefle, parles deux clefs Q Q, qui ont un pied cinq pouces Sc demi de longueur totale , Sc elles font tra-yerfées dans leur milieu par la vis K. Cette vis a deux pieds trois pouces de longueur depuis fon extrémité jufqu’au bout de la poignée, laquelle a fept pouces de longueur, & entre dans la jumelle de la droite par le trou lifte r : elle a deux pouces Sc demi de blanc , au milieu duquel fe trouve un collet'd’environ dix lignes, pour faire place au clou S qui arrête la lame du couteau, & empêche encore la vis de fortir de fon écrou. Le deflous de la jumelle gauche A", eft creufé dans fà face inférieure , d’une rainure o o en queue d’aronde, dans laquelle entre la tringle II, fixée fur la jumelle gauche de la prefle à rogner ; cette tringle / l étant taillée, comme nous l’avons dit, en queue d’aronde, fà face la plus large répond à la partie la plus large de la queue d’aronde de la rainure faite à la jumelle N ; ainfi cette jumelle ne pouvant fortir de deflus la tringle, eft tenue bien aftujettie Sc appliquée contre la prefle, ce qui eft très-néceftàire pour diriger la marche du couteau , Sc le faire toujours aller droit. Deflous la jumelle droite O , eft pratiquée une entaille quarrée p, de deux pouces trois à quatre lignes de largeur pour recevoir le talon q de la lame du couteau P , qui affleure le deflous de ladite jumelle O , laquelle eft encore percée d’un trou quarré qui la traverfe dans toute fà hauteur, pour y introduire Sc y placer le clou à vis S, dont la tête arrête le talon du couteau.
- Le couteau eft une lame d’acier d’environ trois lignes d’épaifleur dans fon milieu, & fe réduit à une ligne fur les côtés. La pointe fe termine en fer de lance ; à l’égard du talon auquel la lame eft foudée, il eft de fer : il a deux pouces trois à quatre lignes en quarré.
- Quand on veut monter ce couteau , on fait entrer le clou à vis S, dans le trou quarré qui eft percé dans le manche du couteau ; on applique ce manche à l’entaille p pratiquée fur la face inférieure de la jumelle O, de maniéré que le côté plat de la lame affleure cette même face, Sc que le clou S entrant dans la Relieur. L
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- 4* L'ART DU RELIEUR.
- petite mortaife quatrée p, arrête le collet du blanc de la vis R , lorfqu on l’aura fait pafler par le trou lifle r de la jumelle , ferrant le clou à vis au-deflus de la jumelle par l’écrou T : on arrête fermement le couteau contre la jumelle ; enfuite on fait entrer les clefs <2 <2 , d’abord dans leurs mortailès q , q, de la jumelle O, où elles doivent être juftes Sc bien arrêtées ; on introduit l’autre bout dans les mortaifes p, p, de l’autre jumelle N, dans lefquelles elles doivent aller librement ; on fait entrer la vis premièrement dans le trou non-taraudé r de la jumelle O , puis dans le trou à vis g de l’autre jumelle N. La petite preffe qui porte le couteau étant ainfi montée , on engage la jumelle N avec la tringle 11 de la preffe à rogner H, par la rainure o o ; alors en appuyant une main fur la poignée R , Sc l’autre fur le bout de la vis, & pouffant devant foi en faifant faire à la vis un petit mouvement en ayant, on ferre la vis, on fait avancer la pointe de la lame vers la jumelle de la gauche, & on coupe le papier : on frotte ordinairement avec du layon fec, la tringle ll9 pour faire mieux gliifer la jumelle N.
- Tout cet équipage eft monté fur un pied compofé de quatre montants i i i i , ( 4y Rt. Z7///) de bois de chêne très-fimple Sc très-uni, retenu par dix
- traverfès k kk , entre lefquelles on aflemble des planches de fapin h h9 Sc le tout forme une eQ)ece de coffre G, où tombent les rognures. Ce pied le nomme le ‘Porte-prejje*
- §. IL Rogner%
- Q u a n d la machine que nous venons de décrire eft montée, on prend fon Livre , on ouvre & on ferme plufieurs fois le carton d’un côté & puis de l’autre $ en le failànt defcendre de maniéré qu’il affleure bien les extrémités des feuilles : on commence toujours à rogner par la tête ; ainfi on fait d’abord defcendre les cartons vers la queue ; & quand on veut rogner la queue, on les repoufle vers la tête , afin de faire les Chafies du Livre , c’eft-à-dire , les bords des cartons qui excédent les feuilles par les bouts.
- Cela fait, on pofe le Livre dans la preffe, mettant au côté où l’on finit de rogner, ou contre la face intérieure de la jumelle gauche H, une bande qui eft ordinairement un morceau de carton de rebut ; cette bande a une longueur égale à la largeur du Livre : elle eft faite comme l’entre-deux des ais à endoffer, c’eft-à-dire, quelle eft taillée en bifeau par le bas. Ce carton doit être bien fort pour réfifter aux atteintes du couteau. On met le Livre dans la preffe, de maniéré que la bande de carton étant jufte dans les mords du Livre pour ne les pas écrafer, excede un peu du côté de la gouttière, que le fort du carton foit en haut, & que le dos du Livre foie toujours tourné vers l’Ouvrier ; ainfi cette bande fè trouve à la fin du Livre quand on rogne par la tête, Sc au commencement quand on rogne par la queue ; ie côté droit du Livre porte fur la tringle de bois uu 9 que nous avons dit être attachée fur la face intérieure de la jumelle droite / de la preffe.
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- Chapitre II. Art. III. Du Rognement. 43
- Le tout étant ainfi dilpofé, on ferme la prefle en ferrant les vis L L , ( Fig. 3 ) & on rogne. L’Ouvrier le met pour cet effet à un des bouts de la prefle, à peu^ près dans l’attitude où on le voit dans la Figure 3 delà Vignette, ilpofe la main droite à plat fur la poignée de la vis du fût ou couteau, & la gauche fur le bout de la même vis ; il pouffe 8c retire alternativement û machine affez vivement, ayant foin de tourner également & petit à petit fa vis pour faire avancer & mordre la lame du couteau fur le papier ; il faut avoir foin de ne faire mordre le couteau que médiocrement à la fois , 8c de détacher les rognures à meliire, pour éviter qu’il ne s’en glifle deflous le couteau. Ces rognures tombent dans le coffre du porte-prefle, & fe vendent aux Cartonniers, qui en font plus de cas que de toutes autres, parce quelles font ordinairement plus propres & faites de plus beau papier. Le Livre doit être bien {erré dans la prefle, pour éviter qu’il varie, & afin qu’il fè coupe bien droit. S’il eft d’un papier dur, le couteau alors eft repoufle 8c remonte en en-haut, d’où il arrive que le commencement d’un Livre pourroit être rogné, pendant que la fin ne, le feroit pas ; alors l’Ouvrier delcend fa bande 8c le carton , afin que le Livre étant mieux preffé, il puiffe le reprendre 8c le rogner plus également. Si au contraire le papier eft mou, on le ferre davantage en prefle. L’Ouvrier doit prendre garde que le Livre loit rogné droit, qu’il ne foit pas plus rogné vers le dos que vers l’ouverture, ce qui s’appelle Faire de la pointe, ou vers l’ouverture que vers le dos, ce qui s’appelle Faire du cul. Si cependant ce défaut fe trouvoit; quand oh s’en apperçoit, on y remédie en remettant le Livre en prefle , & en le rognant du côté où le couteau n a pas affez mordu.
- Quand le côté de la tête eft bien rogné, on procédé pour le côté de la queue avec les mêmes précautions & les mêmes {oins ; on fait d’abord remonter le carton de la queue à la tête ; puis avant que de rogner, l’Ouvrier prend un compas, & cherche dans le courant du Livre les feuilles qui defcendent le moins bas, ce qu’on appelle la fauffe Marge ; enfuite de l’ouverture de compas que donne cette faufle marge prile de la tête du Livre, on fait deux marques fur le carton, une du côté • du dos, l’autre du côté de la gouttière : on met le Livre dans la prefle, toujours le dos en face de foi, la bande au commencement du Livre, comme nous l’avons dit plus haut, 8c on rogne. La rognure étant faite à la tête 8c à la queue, on tire le Livre de prefle pour le rogner par la gouttière ou le devant ; on commence par chercher la faufle marge de la gouttière ; puis appuyant la pointe du compas fur le milieu de la tête du dos qu’on prend pour centre, on trace avec un crayon adapté à l’autre branche du compas, un trait en portion de cercle, qui pafîe un peu au-deflùs de la faufle marge ; on ouvre les deux cartons du Livre , on les rabat en bas, en les laiflànt tomber librement ; enfuite on prend deux ais , un qu’on appelle de Derrière , qui a neuf pouces de long, environ trois de large, 8c quatre lignes d’épaifleur égaie dans toute Ion étendue ; l’autre ais, qui s’appelle de Devant, a la même longueur, la même
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- 44 L’ART D U RELIEUR.
- épaifleur ; mais il n a qu’un pouce de largeur, 8c finit en s’amincifîànt Comme les ais à endôiTer. Le Relieur met fon ais de derrière à la fin du Livre , 8c celui de devant au commencement, le mettant jufie aux deux traits marqués fur les deux bouts du Livre ; enfuite tenant bien fortement Ion Livre entre ces deux ais, d’abord de la main gauche , il le pofe le dos fer la preffe, & de la main droite appuie fortement entre le carton & le mords au commencement & à la fin du Livre , ce qui fait un peu écarter, ou en termes d’Art, Bourjouffler les feuillets dans la partie comprife entre les ais & le dos du Livre. Cette opération qui s’appelle Bercer, applatiflànt le dos, fait remonter le haut des cahiers vers la gouttière , ce qui fait que quoique cette partie foit coupée quarrément comme la tête 8c la queue, néanmoins quand le Livre fera rogné & hors de la prefle, 8c quand le dos reprendra fon arrondiffement, elle fera creufe ; fans cela elle feroit droite comme les deux autres côtés , ce qui auroit moins de grâce ; de plus, fî l’on n’ufoit de cette précaution, quand le Livre , à force de fervir , viendrait à le brifer du dos , la gouttière prendrait de la rondeur comme le dos , ce qui ne laifle pas encore que d’arriver à certains Livres , qui ont beaucoup fbuffert dans ^ cette partie ; il faut encore obferver que fi on ne berçoit pas bien un vieux Livre qu’on veut relier 8c rogner une fécondé fois , le commencement & la fin des feuilles fe trouveraient rognées , pendant que celles du milieu ne feraient feulement pas atteintes.
- Quelques Relieurs font encore cette opération, d’une autre maniéré : ils tiennent les feuilles bien fermement entre les ais , 8c les font balancer alternativement de droite à gauche, 8c de gauche à droite, ce qui produit également cette bourfbufflure nécefîaire dont nous venons de parler pour faire remonter les feuillets , & faire le creux de la gouttière.
- Les in-folio & les in-quarto, ce que les Ouvriers appellent le grand Ouvrage, fe rognent en tête & queue de même que les autres Livres ; il n’y a de différence que dans la rognure de la gouttière : il faut > à cette opération, être deux ; car l’un tient les membrures, dont nous allons parler, afîujetties pendant que l’autre frappe le dos du Livre fur la table ; on pofe donc le dos de fon Xivre fur la prefle ou fur la table ; on ouvre les cartons qu’on laifle tomber : on prend deux membrures, qu’on pofe fur les cartons en dedans du Livre & le long du mords ; enfuite appuyant fortement, & frappant le dos du Livre fur la table, ces coups répétés applatiflent le dos fi bien , qu’on fait remonter les feuillets du milieu. On fait cette opération de cette maniéré, parce que la grandeur du volume fait qu’on ne peut pas le bercer comme un in-douye ; on pofe enfuite les ais à rogner comme pour ïin-dou^e ; & quand il eft prêt à mettre dans la prefle, on ôte doucement les membrures : le refte de l’opération fe fait comme pour les autres ouvrages.
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- Chapitre IL ArT. IV. Embelliffements de la Tranché. 4Ï
- §. III. Rabaiffer, ou refaire le bord de ia Gouttière.
- Quand le Livre eft ainfi rogné fur les trois côtés , on le tire de la prefle, on le feuillette en gros en failànt couler rapidement toutes les feuilles fous fos doigts ; cela détache les feuilles , qui ordinairement tiennent enfomble , 8c on regarde fi la gouttière eft droite ; enluite il faut rabaiflèr le carton 8c le couper à la pointe ; car on doit fo rappeller que Ton a rogné le carton en tête 8c en queue dans la prefle, mais qu on fa rabattu pour rogner la gouttière. Pour le rabaiflèr , ce qui fait le bord du devant du Livre, on prend une réglé de fer quon met entre les feuillets 8c le carton, à environ deux lignes du bord des feuilles , 8c avec la pointe à couper le carton, on rabaiflfe le long de cette réglé tenant là pointe bien droite ; car il n’eft pas queftion de lui donner du mords, au contraire, il faut qu’il foit coupé bien quarrément.
- Article Quatrième.
- Des Embelliffements de la Tranche*
- Les embelliflements de la tranche confiftent à ÿ mettre une couleur rouge *, bu une jalpure, ou une marbrure, fouvent une dorure ; quelquefois même on y fait des petits deffins de figures arbitraires ou fingulieres, ce qu’on appelle Anti~ querfut tranche. Quoique ces couleurs & ornements ne paroiflent que de fimple agrément^ 8c qu’il fomble qu’ils n’ajoutent aucun mérite ni avantage réel au Livre, cependant je ne les crois pas tout-à-fait inutiles , foit pour empêcher les feuilles de s’ufer fi promptement, foit pour empêcher les taches d’y paroître auflt vifiblement que fi la tranche reftoit dans la couleur du papier ; du moins me "paroît-il sûr que certains Livres d’ulàge, tels, par exemple, que ceux que nous portons aux Eglifes* fe confervent plus long-temps propres quand ils font dorés fur la tranche, que quand ils font Amplement rougis ou jalpés, comme cela fo pratique pour les Livres que les Libraires vendent tout reliés.
- On pafle la tranche en couleur après que le Livre a été rogné 8c le carton rabaifle. Cette opération fo fait de différentes maniérés, foivant le goût de l’Ouvrier , le prix de fon ouvrage, ou la volonté de ceux pour qui il travaille.
- Il y a quatre fortes d’embelliflements à mettre fur les tranches, la couleur rouge, la jalpure , la marbrure 8c la dorure. 1
- De toutes les couleurs, la plus ufitée eft la rouge ; c’eft auffi la plus belle, 8c celle qui eft le moins fujette à changer. A l’égard de la dorure, quoiqu’on l’em* ploie aflez fouvent, on ne la fait guere que pour les beaux ouvrages. Nous allons décrire la maniéré d’employer chacune de ces couleurs, dans autant de Paragraphes particuliers.
- Relieur.
- M
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- 4^ L'ART DU RELIEUR.
- §. I. De la Couleur rouge.
- La couleur rouge fè fait avec environ quatre onces de colle de pâte r & quatre onces de vermillon, quon délaie enfemble avec deux gouttes d’huile : on met ce mélange dans un demi-feptier de vinaigre , & on y ajoute à peu-près autant d’eau.
- Quand on veut employer cette compofition , on met une douzaine de volumes l’un fur l’autre, on repouflè les chaflès vers le côté oppofé à celui qu’on veut mettre en couleur; ordinairement on commence par la tête, ainfi on repouiîè les cartons de la tête à la queue ; on met la pile de Livres fur un billot de bois de quatre pouces de hauteur, & on colore là tranche avec un pinceau de poil de fànglier trempé dans la couleur ; on le retourne de la tête à la queue pour faire la même chofe. A l’égard de la gouttière, on ne peut guere rougir plus de quatre volumes à la fois. On ouvre les cartons, qu’on jette du côté du dos ; on pofe tous fies Livres ainfi ouverts, 8c les uns fur les autres, fur le billot ; on met un petit aîs à rogner de derrière, fous le premier qui touche fur le billot, 8c un autre fur celui d’en-haut ; on appuie fortement de la main gauche fur l’ais, pour tenir le Livre en refpeél, 8c empêcher, autant qu’il fè peut, qu’il n’entre de la couleur entre les feuillets, & on colore : cette couleur eft bientôt feche.
- §. IL De la Jafpure*
- Il y a deux fortes de jafpures , la Jîmple 8c la double ou mêlée ; la fimple fè fait avec une des trois couleurs, rouge, bleu ou verd, qu’on choifit au goût de la perfonne pour qui on travaille. On fe fert ordinairement, par préférence , de la rouge. La double ou mêlée, fe fait avec le verd de vefîîe 8c le rouge , ou avec le bleu 8c le rouge.
- Pour faire telle jafpure qu’on veut, foit la fimple ou la mêlée , on met un certain nombre de volumes, qui eft au moins de vingt, au plus trente, entre deux billots , qu’on ferre fortement pour empêcher la couleur de pénétrer en dedans des feuilles. Si l’on n’avoit qu’un petit nombre de volumes à jafper , comme cinq ou fix, on les ferreroit avec une corde entre deux ais à endofîèr ; le paquet ainfi ferré fe pofe entre deux bancs ou trétaux; enfuite on prend un pinceau de chiendent, qui a environ fix pouces de tour, 8c cinq pouces de long ; on le trempe bien d’abord dans la couleur verte ou dans la bleue , fui-vant la jafpure qu’on fe propofe de faire ; on fècoue ce pinceau à plufieurs reprifes dans le pot, pour qu’il "rende ce qu’il a pris de trop ; car il doit ne refter que le moins qu’il fe peut de couleur dans le pinceau , fans quoi quand on viendroit à le fecouer, la couleur tombant en larges gouttes, feroit de groflès taches ; au lieu quelle doit tomber ^en une efpece de brouillard ou de
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- Chapitre ÏI. Art. IV. 'Embellijfements delà 'Tranche. 47
- pouffiere la plus fine qu’il foit poffiblé. On tient le pinceau de la main droite ^ & de la gauche un barreau de fer, qui eft ordinairement un des barreaux de la prefle à rogner : on fecoue à petits coups fecs 8c répétés, jufqu’à ce que la tranche foit également couverte de petites taches vertes ou bleues : c eft l’habitude de l’Ouvrier & Ion coup d’œil, qui doivent lui apprendre à diftribuer là couleur bien également ; s’il s’apperçoit qu’un endroit en ait moins pris qu’un autre , il y revient & fecoue deflus* On commence d’abord par la gouttière, puis on fait la même chofe à la tête & à la queue. Quand cette première couleur eft mife , on met le rouge avec les mêmes précautions 8c de la même maniéré que nous venons d’indiquer pour le verd.
- §. III. De la Marbrure* v
- L a marbrure fur tranche ne le fait point chez les Relieurs ; on porte les Livres, quand ils font prêts à être marbrés, chez les Ouvriers qui font le papier marbré, 8c qui fe fervent abfolument des mêmes couleurs 8c des mêmes mélanges qu’ils emploient pour faire leur papier* G’eft pourquoi nous dirons peu de chofe ici des procédés qu’on fuit pour la préparation des couleurs fervant à la marbrure fur tranche ; nous laiderons cela à traiter à ceux qui voudront donner la defcription de l’Art de faire les papiers marbrés.
- Il y a différentes fortes de marbrures en ufàge chez les Relieurs ; lavoir, le bleu & blanc a mouches, le bleu 8c blanc à frifons, le bleu & blanc à peignes ; le bleu, blanc & rouge, qu’on appelle fable ; la marbrure en ciel, qui eft blanche & rouge, mais à plus grandes taches que le fablé ; la marbrure à demeurer , qui fe fait avec fix couleurs, le rouge, le noir, le bleu, le mordoré 5 le verd & le blanc. On fait encore du marbre verd & blanc à mouches, verd 8c blanc à frifons, du noir & blanc pour les Livres de deuil, à mouches & a frifons ; du marbre rouge & blanc, qu’on appelle à écaille* En général, toutes les mar-' brures fe peuvent faire à peignes.
- Quand l’Ouvrier a préparé 8c fait le mélange de fes couleurs , il commence par marbrer la gouttière ; pour cela il jette fes cartons en arriéré du Livre, de la main droite il fàifit fon Livre le plus près qu’il peut du bord de lâ gouttière ; 8c le tenant bien fermement ferré pour qu’il n’entre point de couleur entre les feuillets, il le pofe tout doucement fur fes couleurs ; quand il juge que la tranche a pris la couleur, il rabaiffe les cartons, pofe le Livre fur une table & fur la gouttière ; il le laifîe fécher quelques inftants. Quand on marbre des in - dou^e ou des in-quarto y on peut marbrer feul ; mais quand c’eft un in-folio, il faut être deux; car la longueur des feuillets empêcheroit qu’ils ne fudent bien ferrés, & il ne manqueroit pas d’entrer de la couleur en dedans, ce qui ne laide pas, mal* ; gré toutes les précautions qu’on prend, que d’arriver quelquefois.
- Pour marbrer la tête 8c la queue, on poufie la chade du Livre au côté oppofé
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- 4§ ÏIART DU RELIEUR.
- à celui qui doit tremper ; & alors prenant jufqu’à quatre ou cinq in-dou^e à la fois, on les trempe comme on a fait pour la gouttière ; on fait la même opération aü côté oppofé , 8c on lailfe fécher fon Livre.
- §. IV. De la Dorure fur Tranche* ( PL XI).
- L a Dorure fur tranche fe fait chez les Relieurs, à l’exclufion des Doreurs , qui ont eu le droit de la faire, mais à qui elle eft interdite maintenant. Quelque-* fois on dore fur tranche, quoiqu’elle ne foie pas marbrée ; mais quand on veut faire une belle dorure, il eft néceffaire que la tranche ait été marbrée auparavant9 8c alors on fait une marbrure mêlée, dans laquelle on emploie quatre couleurs, le rouge, le jaune , le verd & le blanc. Ces couleurs paroiffent beaucoup plus foibles que dans la marbrure à demeurer, parce que comme cette marbrure doit être raclée, la raclure enleve une partie de la couleur, ce qui affaiblit beaucoup la teinte.
- Quand, au fortïr du Marbreur, les Livres font remis au Doreur, il commence par les mettre en preffe ; on met ordinairement fix ou huit volumes in - douçe % quand on travaille for le côté de la gouttière ; & dix ou douze , quand c’eft le côté de la tête 8c de la queue. A l’égard des in-folio 8c in-quarto, on n opéré que for un feul à la fois. Si on dore un Livre neuf qui n ait point encore été relié, on le met dans la prefle fans rabattre les cartons ; on met feulement de chaque côté, entre le carton 8c le Livre , une tringle de bois E 8c M, Fig. p & io, plus épaifle par le haut que par le bas, & qui a un bon pouce de largeur: cette tringle fert à faire ferrer davantage les feuillets l’un contre l’autre à l’endroit de la tranche, parce que le dos du Livre réfiftant davantage par fa roideur , à l’effort de la prefle, empêcheroit les bords des feuillets de fe toucher bien exactement , & feroit caufe que quand on mettroit la couche, il en entreroit entre les feuillets , ce qui tacheroît les marges.
- Enfoite on gratte fortement la tranche avec un infiniment appellé Racloir ; c’eft une lame d’acier C, ( Fig. 6 ) , 8c K 9 ( Fig. J , PL XI) , qui a environ un pied de long, 8c qui eft plus ou moins large foivant la grofleur des volumes qu’on gratte : elle eft terminée d’un côté en coupant bien taillant & arrondi h, pour qu’il puifle fuivre le creux de la gouttière ; 8c de l’autre quarrément a, parce que c’eft le côté qui fert à gratter la tête & la queue. Ce racloir fert aufli à redrefler le côté de la gouttière, fi l’on s’apperçoit qu’il n’ait pas été rogné bien droit ; & comme malgré les foins qu’on y apporte, cela arrive quelquefois, c’eft ce qui / fait que le côté arrondi b de ce racloir, eft ordinairement plus ufé que l’autre. Ce redreflement fe fait en grattant bien plus fortement le côté de la gouttière qui n’a pas été aflez rogné. x
- Le Livre étant bien gratté fur la gouttière , ainfi qu’en tête 8c queue, on met avec un pinceau ce qu’on nomme la Couche ; c’eft une efpece de mordant, ou
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- Cha pitre IL Art. IV. EmhelliJJetnents de la Tranche. 4^9
- en termes d’Art, d'ablette, fur laquelle on applique l’or : elle fe fait avec la groflèur d’une noix environ de bol d’Arménie, la groflèur d’un pois de focre en poudre ; on broie bien le tout enfemble à fec : on y ajoute un peu de blanc d’œuf bien battu, Sc on broie de nouveau le tout. Cela fait, 8c le Livre étant fortement ferré dans une preflè P, Fig, 13 , dont les jumelles 11,22, font aflèmblées à vis fins clefs ; on donne, avec un pinceau, une couche très-légere de la compofition dont nous venons de parler , & on la laiflè fécher, ce qui demande peu de temps ; pendant cet intervalle} on coupe fon or de la grandeur convenable à la largeur de fa tranche ; enfuite tenant le pinceau de la main gauche, on glaire avec un apprêt de blanc d’œuf battu dans de l’eau ; de la droite on prend fon or avec le compas H, Fig. 2, & on couche l’or fur la tranche. Ce compas, qui fert ici de couchoir, eft de fer ; fes branches ont 9 à ïo pouces de longueur ,334 lignes de largeur : elles font coudées au tiers de leur longueur , & font aflèmblées à charnière, dans laquelle elles jouent aifément. Pour faire ufige de ce compas, on ouvre les branches d’une diftance égale à la grandeur de la tranche ; on les tient aflujetties dans cette ouverture, en mettant entr’elles le doigt index de la main droite qui tient le compas {Fig. r, PL XVI).
- Dans cette pofition, on le pafle une fois feulement for la chair du col ou for le fommet du front à l’endroit des cheveux, pour lui faire prendre un peu de l’onétueux de la peau qui fert de mordant, & fait que la feuille d’or s’attache fur le compas ; on applique tout de fuite cette feuille for la tranche, & on la fait encore mieux mordre en haleinant deflùs la couche avant que d’y appliquer l’or.
- Comme tous les livrets de feuilles d’or font de la même grandeur, une bande prife for une de ces feuilles, fo trouve aflèz longue pour qu’il n’en faille que deux for la gouttière d’un in-dou%e de grandeur ordinaire.
- Toute cette opération fe fait ordinairement, comme nous l’avons dit, le paquet de volumes étant ferré entre les deux jumelles d’une preflè P, Fig. 13 , l'Ouvrier pofe cette preflè for les bords d’un tonneau ordinaire x , défoncé par le haut {Fig. 1, Fl. XI9 Vignette), qui fert à recevoir les ratifliires qui fortent de deflous le racloir, ce qui dégoutte des pinceaux, & même le peu d’or qui petit tomber, ainfi que les drapeaux ou chiffons qui fervent à efluyer l’or, & qui ne laiffent pas que d’en retenir, d’où les Ouvriers fivent bien le retirer , fins quoi ils feroient une perte aflez marquée au bout d’un certain temps.
- Quand cela eft fait, on en fait autant à la tête & à la queue ; enfoite on met les Livres ainfi en preflè for les bords d’un baquet ( Fig. 4, Vignette ), dans lequel il y a un fourneau de forme ovale avec un feu modéré de pouflier de charbon, afin de hâter le deflechement néceflàire pour pouvoir brunir l’or. Quand le paquet a refté quelque temps expofe for ce feu, l’Ouvrier tâte avec le bout de fon pouce pour s’aflurer fi l’or eft aflèz foc, ce dont il juge quand l’or ne Relieur. N 1
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- s’attache pas à ion doigt, alors il brunit. Ce bruniffement fe fait ou avec une dent de loup, de chien , ou une agate emmanchée au bout d’un' bois D & L, (-%• 7 & 8). Si on fe fert de dents de loup ou de chien, il en faut deux, dont lune foit emmanchée à droite & l’autre à gauche, pour pouvoir brunir fans changer la fituation de la prefle ou du Livre, parce que ces dents d’animaux ont un angle ou une arête qui fait qu’on ne peut s*en fervir que d’un côté ; ainfi celle qui eft emmanchée à gauche, fert pour le côté gauche de la gouttière, jufques vers le milieu du creux de cette gouttière ; & l’autre, emmanchée à droite, fert pour le côté droit de la gouttière , jufques vers le milieu de fon creux ; il faut fur-tout bien prendre attention de manier adroitement fa dent ou tout autre polit-fbir, pour ne pas faire des traces ou enfonçures en divers endroits, qui défigureraient extrêmement la dorure ; enfuite avec un drapeau on effuie toute la foperficie de l’or*
- Si on veut encore pouffer la recherche & la magnificence plus loin, on fait for la tranche des ornements qu’on appelle Antiquer fur tranche. Quand for efl bien pris & bien fec, on pique & on enfonce dans la tranche de petits fers pointus, mais émoufîes, & en pointillant on forme telle figure qu’on veut ; ce font ordinairement des defleins courants de branches de fleurs, ou autres compartiments de traits de fantaifie. J’ai même vu des Livres où on avoit aflez artifte-ment defliné des fleurs qu’on avoit peintes, & des cartouches où on avoit peint de petits fojets en miniature ; mais cela fo fait très-rarement. A l’égard de la première maniéré d’antiquer, outre nos anciens Livres du feizieme Siècle, qui, prefque tous , font antiqués for tranche, il nous en vient encore fouyent d’Allemagne , auxquels on a ajouté ce petit ornement.
- §. V. Mettre les Signets„
- Quand les ornements de la tranche font finis, on met les fignets. Ce font de petits rubans de faveur, plus ou moins larges, foivant la grofleur du Livre , & qu’on coupe de la longueur du Livre, mettant un pouce de plus par en-haut, & autant en-bas , pour qu’ils puiffent excéder le bas du Livre, & être collés par en-haut fur le dos du côté de la tête. Quand on veut qu’ils foient encore mieux aflujettis, on les pique avec l’aiguille quand on fait les palfés dont nous parlerons dans l’Article de la Tranche-file qui va foivre. On fait que ces petits rubans fervent à marquer l’endroit où on en eft refté quand on lit un Livre & qu’on eft obligé d’interrompre fà leélure. Quoique de médiocre importance j cet ornement eft néceflaire, parce qu’il n’eft pas commode de mettre un morceau de papier dans un Livre relié, & qu’il eft fort défagréable de faire une oreille au papier.
- A certains Livres d’ufàge, on met deux, trois, ou même quelquefois quatre de ces figrfets.
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- Chapitre II. Art. V. De la Tranche-file: Article Cinquième.
- De la Tranche-file. j
- Quand la tranche du Livre eft peinte de la couleur qu’on a jugé à propos de lui donner, & qu elle eft feche, ou quand elle eft dorée Sc brunie, on tranche-file, c eft-à-dire, qu’on fait au haut & au bas, ou en tête & en queue de Ion Livre, les deux demi-cercles A C Sc B D , ( Fig. 10 * PL IX ), qu on couvre de foie ou de fil, d’une feule ou de deux couleurs. Ces deux demi-cercles, qu’on appelle Tranche file, ne fervent pas feulement à donner de l’ornement au Livre, ils font auflî utiles pour arrêter le haut ôc le bas des cahiers du Livre, Sc donnent de la foliditë à cet endroit de la couverture, qui eft expofé, fur-tout à la queue du Livre, à frotter contre les tablettes des Bibliothèques, Sc empêchent que le cuir de la couverture ne s’applique trop exactement fur les feuillets du Livre.
- Cet ornement fe fait fur un noyau rond a a, bb9 cc 9 (Fig. n & 12), plus ou moins gros, fuivant la grofleur des differents formats auxquels on veut l’employer ; ce noyau fe nomme auffi Tranche-file, ainfi que tout l’ornement, quand il eft achevé. On fent bien que la tranche-file pour un in-folio doit être plus grofle que celle pour un in-dou^e, & ainfi des autres formats. On fait ce noyau avec une bande de papier plus ou moins large, fuivant la grofleur du Livre auquel il doit fervir ; on le commence en le roulant entre les mains, enfiiite on l’humeéle avec de l’eau ou un peu de colle de pâte bien claire, ou même en le mouillant avec la bouche; on le roule entre deux petites planchettes minces* jufqu’à ce qull forme une efpece de petite baguette de la grofleur convenable. Ce font de jeunes enfants à qui on donne cette befogne à faire , Sç ils ne gagnent qu’un très-modique fàlaire à cet ouvrage, auffi n’ont-ils pas beaucoup de peine ; ils en peuvent faire une prodigieufe quantité en un jour : ordinairement la planchette de deflus, qui leur fert à rouler la bande fur celle de deflous* eft à poignée, c’eft-à-dire, qu’on a y cloué une petite bande de cuir étroite, dans laquelle on pafle fa main pour tenir fermement fà planchette ; quand la bande eft aflez roulée, le noyau ou tranche-file fè trou formé, on la laifle fécher , elle prend de la fermeté, & devient dure comme du bois, ou au moins comme un fort carton. Les Relieurs ont ordinairement plein une boîte de ces tranche-files de toutes grofleurs Sc de differentes longueurs.
- Quand on veut tranche-filer un Livre à tranche-file fimple BD (F ig. 10).^ on le met entre fes genoux, ou mieux encore, dans une petite prefle compofée de deux jumelles CC9 D D, (Fig. 13), & de deux vis de bois EE, F F* cette prefle, qui, par fà fimplicité, na pas befoin d’être plus amplement décrite, s’appelle Prejje à tranche-filer. Avant que de mettre le Livre dans la prefle à tranche-filer, on baifle les chaflès du Livre, on le met dans la prefle, de
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- 52 L'ART DU RELIEUR.
- maniéré que la gouttière regarde laperfonne qui travaille, & on ferre les vis pour affojettir le Livre.
- On prend deux aiguillées de fil ou de foie, foivant la propreté & la recherche qu'on veut donner à l'ouvrage ; on en enfile une dans une aiguille ordinaire , & on fait auprès de la tête un petit nœud à boucle d ( Fig. 14 ), pour empêcher qu elle ne puifïè fortir de l'aiguille ; au bout de cette première aiguillée on en met une fécondé de différente couleur ; ainfi foppofànt que la première foit de fil ou de foie blanche, on en met une de couleur verte, ou rouge, ou jaune, &c. On attache cette foconde aiguillée à la première, au moyen du nœud ordinaire de Couturière e; ainfi de, fera l'aiguillée blanche; ef9 la rouge. On pique fbn aiguille entre les cinq ou fix premières feuilles de la gauche, près du carton o (%• r3 )> par-deffos la chaînette, la faifànt fortir par le dos du Livre, en g ( Fig. 10 ) ; on tire l'aiguille jufqu'à ce que le nœud e ( Fig. 14), arrêté dans le dos entre les feuillets du Livre, fo cache en dedans Sc forye à faire le premier arrêt ; on ramene fon fil par derrière le dos, pour piquer une féconde fois l'aiguille entre les feuilles, à peu-près au même endroit ou on a déjà piqué, faifànt fortir le fil par le dos au même endroit g ( Fig. 10 ) ; mais on ne tire pas tout-à-fait fon aiguille jufqu'au bout du fil, afin de laifîèr une petite boucle, fous laquelle on paffe la tranche-file a a ( Fig. n), oucc (Fig,. 12 ) ; alors on tire fon aiguillée de fil blanc, on forre le bout de la main gauche, 8c la tranche-file eft affojettie : avant de la mettre en place, on l'a un peu courbée entre les doigts* pour lui faire prendre la rondeur du dos du Livre , comme on voit en AC Sc en B D ( Fig. 10). L'aiguillée de fil rouge ef( Fig. 14), pend à la gauche du Livre for le carton vers o (Fig. 13); on prend de la main droite ce fil, on le fait pafïer de la gauche vers la droite, en croifànt par-deffos le fil blanc dd; on le paffe entre les feuillets du Livre & la tranche-file, comme on voit en eee9 pour l’entourer ; pafîànt par-deffos la tranche-file, on l'amene vers le côté droit p carton, & on forre de maniéré que le croifement des deux bouts foit for la tranche, comme on peut voir en q ( Fig. 15 ). Il faut répéter avec le fil blanc la même opération que nous venons de décrire pour le fil rouge ; ainfi de la main droite on prend le fil blanc d d9 qui fo trouve pendre à la gauche for le carton du Livre, on le fait paffer en croifànt deffos le fil rouge e9 on le paffo def-fous la tranche-file, entre les feuillets & la tranche-file, & par-deffous la tranche-file, & on l'amene vers le côté droit p du carton. Répétant ainfi alternativement, & croifànt ces deux fils toujours de la gauche à la droite, pafîànt par-deffos la tranche-file, on arrive au côté droit du.Livre ; mais avant que d'y arriver, on a foin quand on a fait un certain nombre de points croifés, de faire une pafîè h (Fig. 10), ce qui fe fait en repaflànt l’aiguille entre les feuilles, comme on a fait eng> mais une fois feulement ; cette paffo donne du foutien à la tranche-file, & lui fait prendre plus exaélement la courbure du dos du Livre. On en fait plus ou moins, foivant la grofleur du Livre; mais ordinairement pour un in-dou^e, on
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- Chapitre II. Art. VL Faire les Mords. 53
- nen fait pas moins de trois ni plus de quatre. Quand on eft arrivé au coté droit du Livre, on fait une derniere pafle en piquant deux fois l'aiguille, comme on a fait au commencement ; on fait un nœud K (Fig. 10) , pour arrêter fon fil, & la tfanche-filure fimple eft finie. ,
- La tranche-filure double A C9( Fig. 10 ) différé de la fimple : i°, En ce que la tranche-file eft compofée de deux noyaux, un gros aa9 & un petit hb9 qu’on met l’un au-deiîus de l’autre, comme on les voit ( Fig. 11 ) ; le gros noyau a a conferve le nom de T tanche-file 9 &le petit hh9 s’appelle le Chapiteau. 2.0. La maniéré de faire le paffé eft tout-à-fait différente du premier. Nous allons eflâyer d’en donner une idée la plus claire qu’il nous fera poflîble. Ce nœud eft repré-fenté en grand ( Fig. iy & 16) ; on n’a point ferré les nœuds, afin de laifler ap-percevoir les différents tours que doit faire le fil. Il eft inutile de répéter le^ préparations de cette opération, qui font entièrement femblables à celles de la première. Quand on a afîujetti là tranche-file, on prend de la main droite fon fil rouge e, ( Fig. 15) qui pend vers le côté gauche 0 du Livre, on le croife par-deiîus le fil blanc d\ on le fait pafler vers la droite par-de flous la tranche-file a a, entre les feuillets du Livre en/*; on le rejette par-deflus le chapiteau b b en 5; puis on le ramene par-derriere le chapiteau en r, & on le fait pafler par deflus la tranche-file a a; en ferrant ce nœud on fait une petite chaînette entre la tranche-file & le chapiteau, telle qu’on la voit au point q9 (Fig. 1 y) , Sc quon voit encore plus facilement en A, ( Fig. 16 ) ; on répété la même chofe fur le fil blanc, le refte fe pratique comme à la tranche-file fimple.
- Article Sixième.
- Faire les Mords.
- ^Quand toutes les opérations précédentes font faites, on fait avec un couteau de petites échancrures d d ( Fig. 6,) & b b ( Fig. 17. PL IX), de deux à trois lignes aux quatre angles des cartons vers le dos, en tête & en queue, & on rabat en bifeau ces mêmes cartons du côté extérieur vers les nerfs du Livre, ce qu’on appelle faire les Mords.
- Le Livre étant ainfi rogné, mis en carton, endoffé, peint for tranche & tranche-filé, on le couvre en peau. Ceft ce qui fera la matière du Chapitre foivant.
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- Relieur*
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- L'ART DU RELIEUR;
- CHAPITRE TROISIEME.
- De la Couverture*
- Les opérations que nous venons de décrire dans les deux Chapitres précédents , ne fuffifènt point pour donner à un Livre toute la Iblidité, la commodité 8c l'agrément dont il eft fidceptible. C'eft pourquoi on le munit d’une couverture qui contribue beaucoup à fa longue durée & à là grâce. Comme les différentes efpeces de peaux ou de cuirs dont on l'enveloppe font fort propres à recevoir plufieurs façons 8c enjolivements, elles procurent au Livre une grande propreté & élégance.
- On le fert de peaux de veau ou de mouton, du maroquin , du parchemin , 8c même quelquefois on couvre les Livres avec du chagrin.
- On voit auffi dans quelques Bibliothèques des Livres anciens, couverts de velours ; mais cela ne fe pratiquoit le plus ordinairement que pour des Livres d'heures, & n eft plus d’ufage. On pouftè la magnificence jufqu'à décorer des Livres de lames d'argent, ou de vermeil, ou d'or enrichies de pierres précieufès * mais cela n’eft d'ufage que dans de grandes Egiifes, pour le Livre des Evangiles : & comme cette derniere maniéré regarde uniquement les Orfèvres 9 8c que les Relieurs n y ont aucune part, nous n'en parlerons point ici ; nous nous en tiendrons dans ce Chapitre , à la defcription de tout ce qui eft d'ufage.^ Nous le diviferons en fix Articles, qui contiendront les principales opérations qu'on fait pour la couverure d'un Livre ; le couvrir en veau ou en balane , fouetter , défouetter, mettre les pièces blanches, 8c battre les cartons, mettre la couleur ou la marbrure fixr les couvertures, jetter l'eau-forte, & enfin mettre les pièces pour les titres.
- Article Premier.
- De la Couverture en Veau ÔC en Mouton.
- Tout ce que nous dirons de la couverture en veau pouvant s’appliquer à la couverture en mouton, qu'on appelle Bajane , nous nous contenterons d'ex-; pliquer en détail, ce qui fe pratique pour couvrir en veau. Nous ne dirons rien ici de la préparation des peaux de veau pour les Relieurs, & du commerce de ces mêmes peaux, parce que cet article a été traité en détail, avec beaucoup de netteté 8c de précifion, par M. de la Lande, de l'Académie Royale des Sciences , dans fon Art du Corroyeur, pages 35-43*
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- Chapitre III. Art. I. De la Couverture en Veau & en Mouton. $ y
- §. I. Préparation des Peaux de Veau.
- On commence par mouiller le cuir a b cd, ( Fig. 17, PL IX) , en le plongeant dans un feau d’eau propre , de maniéré quil y trempe bien ; fi on vouloic préparer plufieurs peaux à la fois, on pourroit les laifler tremper enfemble. Au bout d’un demi-quart-d’heure, ou au plus un quart-d’heure, on le retire de l’eau; on l’accroche par la tête , dont on remploie la moitié par-deflus le crochet en dedans , en tortillant avec ce crochet la peau, & on tord fortement pour en exprimer le mieux qu’on peut toute l’eau. On retire fon cuir du crochet, & on le bat plufieurs fois par le côté de la tête contre une muraille ; puis on le reprend par le côté de la queue ; on le bat de même plufieurs coups pour Famortir Sc le détortiller, ce qui lui donne un peu de foupiefle & lui fait rendre ce qui pourroit y être refté d’eau.
- Cela fait, on pofe le cuir fiir la Douve : c’eft une planche ( Fig. 21, PL X ) , qui a trois pieds de longueur, fur quatorze pouces de largeur: elle eft faite en rond du côté b, ou le veau fe pofe, & elle eft plate de l’autre côté : elle a fix lignes dans fà plus grande épaiffeur au milieu , & va toujours en diminuant fur les côtés. On pofe un bout de cette douve par terre, contre une muraille, ou entre deux pavés, de maniéré qu’elle ne glifle point , l’autre bout appuyant contre la ceinture de l’Ouvrier; il étend deflus le cuir du côté de la chair, & le ratifie avec une Dague y9 (Fig. 16) , large d’environ un pouce, & à deux tranchants un peu émoufles. Cette dague., longue de deux pieds, porte à fes deux extrémités, deux poignées ou manches g g, qui ont cinq pouces & demi de longueur, & font de grofleur convenable à pouvoir être aifément empoignées fans gêner la main. Comme le plus fou vent cette dague eft faite d’une vieille lame d’épée, au lieu de manche de bois, on y fait deux poignées avec des morceaux de cuir. L’Ouvrier prend donc cette dague à deux mains, & la pafle plufieurs fois afléz fortement Sc rapidement, par le côté tranchant, fur la furface extérieure du cuir, pour en ôter ce qui y eft refté de l’apprêt du Tanneur. Cet apprêt s’en va fous la forme d’une efpece de pellicule ou bourre roufle. Quand on juge le cuir aflèz ratifie, on le porte fur la table pour le couper.
- §. II. Coupe du Cuir.
- Quand le cuir eft pofé fur la table A A, ( Fig. 17, PL IX ), on le tire bien tout autour pour qu’il ne fafle point de plis. On prend le Livre qu’on veut couvrir par le côté de la gouttière, tenant toutes les feuilles dans fà main, & on le pofe par le dos fur le cuir, laiflant ouvrir les deux cartons e e, qui tombent & s’appliquent fur le cuir ; on met un volume^", la gouttière en bas & le dos en haut fur un de ces cartons, & contre les feuillets de l’autre Livre ; par ce
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- L'ART DU RELIEUR:
- moyen ce dernier fait l’office d’un poids pour aflujettir le Livre qu’on veut couvrir , Sc empêcher qu’il ne retombe. On met ainfi des Livres, c’eft-à-dire deux * Sc quelquefois jufqu’à trois in-douye dans la largeur d’un cuir , obfèrvant de laifler tout autour du Livre un pouce de plus pour la partie qui doit être remployée fur le carton. Ordinairement on range ces trois in~dou%e comme on les voit dans la Figure 17 ; mais quand le cuir n’eft pas affez large pour fournir trois in-dou^e , on retourne le Livre dans un autre fens ; ainfi au lieu que les tranche-files fe regardoient, on fait regarder l’extrémité des cartons, ou bien on met à côté, ou entre deux in-douye , un Livre de plus petit format, afin d’avoir le moins de déchet qu’il eft poffible. Une peau de veau de grandeur ordinaire, c eft-à-dire, de deux pieds fept pouces de longueur de la tête à la queue , de fèize pouces de largeur fur le plus large du dos, couvre un in-folio ordinaire , deux in-quarto y quatre in-octavo, huit ou neuf in-dou^e, douze in-dix-huit, Sc feize in-vingt-quatre, A l’égard des formats au-defîous de ceux-ci, les couvertures fe prennent ordinairement dans les faulïès coupes , ou dans les morceaux qui relient de la coupe des cuirs qui ont fervi à en couvrir d’autres.
- L’Ouvrier trace avec le pliok B, une ligne tout autour de chacun de fès volumes , ayant foin, comme nous l’avons dit plus haut, de laifler un pouce de plus pour ce qui doit être remployé fur le carton ; il coupe enfuite avec de grands cifeaux C > une première bande dans le fens de la largeur du veau, c’eft-à-dire , de B en C, & partage cette bande en autant de divifions qu’il a mis de volumes fur fon cuir. Quand ces divifions font faites, il rogne ce qui excede, Sc les réduit en quarrés à peu-près égaux. Les cifeaux dont on fe fert pour couper les cuirs , doivent être fort longs de lame, Sc très-peu de tige , afin que donnant moins de coups de cifeau , on foit plus sûr de couper droit.
- $. III. Parure du Cuir.
- Q u a k d le cuir eft coupé en quarrés de grandeur convenable, on le pare en ôtant les épaiflèurs des bords de tout le contour de la pièce, à commencer à un pouce ou un pouce & demi près du bord, pour amincir ce qui doit être remployé ; on pare auffi, comme nous l’expliquerons bientôt, à la partie qui doit toucher le dos. A fégard de ce qui eft fur les plats du carton, & ne doit point être remployé, on lui laifle toute fon épaiflèur. Cette opération fè fait fur une pierre, qu’on appelle la Pierre a parer fy ( Fig, 17, PL X ) , avec le couteau auflî appellé Couteau a parer ( Fig- îp )•
- La pierre doit être de liais, bien unie : elle a treize pouces de longueur, fur neuf de largeur, Sc deux Sc demi d’épaifleur. La lame du couteau e, ( Fig, ip ), a huit pouces de longueur , deux de largeur ; elle eft enveloppée d’une poignée de cuir9 Sc le tout eft emmanché d’un manche de cinq pouces de long : cette lame finit en efpece de cifeau de Menuifier à deux bifeaux & un peu arrondi :
- elle
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- Chapitre III. Art. I. De la Couverture en Veau & en Mouton. 57 elle doit être bien affilée; & pour l’entretenir, les Ouvriers la paflent de temps en temps fur leur pierre.
- On met le cuir, le côté de la fleur ou du poil, qui doit faire l’extérieur delà couverture, fur la pierre, le côté de la chair, qui doit toucher fur le carton , étant en dehors : c eft celui-là qu’on pare. On tient de la main gauche fon cuir en refpeét, & de la droite, pofant le doigt index fur la lame, on poulie fon couteau devant foi tout autour de la piece de cuir, en commençant du milieu vers le bord , ce qui fait que le bord eft toujours plus aminci que l’endroit par où on a commencé ; & cela doit être ainfi, attendu que c’eft l’extrémité de ce bord qui fera remployé fur le dedans du carton ; au lieu que la partie du euir qui pofera fur le bord du carton du côté de la gouttière, doit avoir un peu de force pour fùpporter les frottements auxquels il fera immanquablement expofé ; on pare enfuite la partie du milieu du cuir qui fera fur le dos , afin que le cuir, devenu par cet aminciflement plus fbuple , s’applique plus exactement contre le dos, Sc fe prête aux inégalités que les nerfs forment fur le dos quand le Livre n’eft pas relié à la grecque. Mais quand on fait cette parure, on a foin de tenir fon couteau plus couché, afin que le cuir foit diminué également dans toute cette partie du dos,
- §. IV. Collage du Cuir fur le Carton.
- Avant que de couvrir fon carton, on le bat fur le platjf, Fig. 17, & par dehors feulement tout autour des bords, fur la pierre à battre, avec le marteau auflt à battre ; ce petit battage fert à applatir les petites inégalités qui peuvent fe trouver à la fuperficie du carton, à unir les endroits qui ont été rognés par les bords, & à rabaifler les petites balévres que la pointe n’a pu manquer de faire au carton.
- Pendant qu’on fait ce battage , qui ne dure pas long-temps, un autre Ouvrier trempe le cuir en colle de pâte, en le frottant du côté qui doit être appliqué fur le carton avec un pinceau bien imbibé de colle ; on a foin que la colle foit diftribuée bien également, Sc qu’il n’y en ait pas trop ; on paffe auflî une légère couche de colle fur le dos du Livre Sc le long des deux côtés du mords, afin que le cuir prenne mieux fur ces endroits.
- On met les cartons exaélement à la hauteur des tranche-files Sc de maniéré - qu’ils ne les excédent pas, ce qu’on appelle Arranger les Chafjes droit à la Tran-chefile. On pofe le Livre à plat fur la peau, le carton du côté gauche , ou celui qui eft du côté du titre du Livre fur le cuir, laiflànt environ un doigt de bord tout autour ; on ouvre fon Livre de la main droite ; on rabat le cuir fur le carton du côté droit, ou celui qui fe trouve à la fin du Livre. On pofe enfuite le Livre fur la gouttière le dos en haut, Sc preflànt le Livre entre fes deux mains, on les promene en même temps de chaque côté, appuyant & tirant fortement du dos vers la gouttière, ce que les Ouvriers appellent Unir.
- On ne fauroit trop bien tirer le cuir fur le dos & fur les plats du Livre, Sc Relieur. P
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- 5s L'ART DU RELIEUR.
- cette opération efl très-néceflàire pour qu’il s’applique exactement contre le dos % qu’il n’y relie aucun pli, 8c en même temps fait defcendre en bas cé qui auroit pu relier de trop de colle. On ôte légèrement avec le doigt la colle qui ell defcen-due du dos du Livre vers la gouttière, 8c on rabat le cuir fur le dedans du carton le long de la gouttière feulement, paffant le plioir par-deffus pour l’unir & faire prendre la colle fur le carton. On prend enfuite un peu de colle entre les doigts,' & on en imbibe le cuir de la tête 8c de la queue, qui doit être fous la tranche-file ; on ouvre fes deux cartons, 8c pofant le dos * du Livre fur le bord de la table, 8c la gouttière contre fbn ventre, on laifTe tomber les deux cartons fur la table ; enfuite on remploie le cuir fous la tranche-file, obfervant qu’il déborde de quelques lignes au-defliis de cette tranche-file ; il n’efl pas inutile de dire qu’en remployant ainfi le cuir de la tête 8c de la queue fous la tranche-file, on le rabat tout du long du bord du carton à la tête & à la queue : on pince un peu les deux bouts du cuir aux quatre angles du Livre pour les relever ; on les coupe en triangle avec des cifeaux, 8c on les colle les uns fur les autres : il efl afîez indifférent que ce foit le cuir de la tête & de la queue qui foit defïous ou delfus celui de l'a gouttière ; cela fe fait à la fantaifie de l’Ouvrier.
- U regarde fi les chaffes font droites ; & fi elles ne le font pas , il les redreflè. Si la partie du cuir du dos, que nous avons dit qui doit recouvrir la tranche-file, étoit trop bas 8c ne la recouvroit pas a fiez, on le^releveroit en preflànt le cuir avec le pouce & le doigt, depuis le dernier nerf jufqu’à la tranche-file, pour faire remonter le cuir ; 8c quand il efl à la hauteur où il doit être, on arrondit avec un poinçon dans les endroits où le carton efl échancré, ce que nous avons appellé les Mords du Carton ; on rabat enfuite le cuir fur la tranche-file, en frappant doucement delfus avec le plat du plioir, ce qui s’appelle Coëffer la tranche-file.
- Article Second,
- Fouetter.
- Cela fait, on fouette le Livre pour le faire fécher au feu. On fe fert pour cette opération d’ais de bois, qui pour cette raifon font nommés ALs à fouetter Dy ( Fig. 6 , PL VIII ). Ces ais font plus ou moins grands, fuivant les différents formats auxquels on veut les faire fervir ; ils font encore différents pour des in-folio ou pour des in-quarto, ce que les Relieurs appellent le grand Ouvrage» Les ais pour in-folio ont dix-huit pouces de longueur, huit pouces de largeur un pouce d’épaiffeur au côté quarré, qui doit être hors de la gouttière, & fept lignes au bord arrondi qui doit toucher le plat du Livre ; ceux pour un in-quarto, ont un pied de longueur, fix pouces de largeur , dix lignes d’épaiffeur au bord quarré, & fix au bord arrondi.
- Comme le grand ouvrage efl toujours ce quil y a de plus difficile à faire,
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- Chapitre III. Art. IL Fouetter. yp
- nous allons l’expliquer d’abord. Quand donc on veut fouetter des in-folio ou des in-quarto , on met fon Livre à plat fur la table entre deux ais D, (Fig.6, PL VIII') y pofés de maniéré que ne couvrant que la moitié du plat de la couverture, ils excédent un peu le Livre de trois côtés; lavoir, du côté de la gouttière, & en tête 8c queue, & qu’il y ait au moins la moitié des.ais qui excede la table ; on prend de la corde à endofler, à laquelle on fait un nœud à boucle; on s’entoure la main d’une efpece de gant de peau de bafàne, pour empêcher que la corde ne coupe les mains : on appuie fortement de la main gauche fur le Livre pour l’affujettir contre la table, le ferrant le plus fortement qu’on peut de piufieurs tours a a, dans le fens de fà longueur ; après cela, on arrête un peu la ficelle en la faifànt pafler fous les révolutions ; on releve le'Livre, 8c on le met fur la gouttière toujours fur le bord de la table , & de maniéré qu’il y en ait environ la moitié qui excede le bord de la table ; on prend de la ficelle dite corde à fouet ; on l’attache fous les premières révolutions faites avec la corde à endofler , du côté de la tête ou de la queue ; 8c paflànt par-deflous les ais , on vient au-deflous du premier nerf e de la tête ou de la queue ; car il n’importe guere par quel côté on commence ; puis au-deflus du même premier nerf, croifànt la première révolution ; on répété cette même croifure au-deflus du premier nerf, ce qu’on appelle Fouetter double : de-là on va pafler la ficelle au-deflous, puis au deflfus du fécond nerff; quand on eft à la moitié du Livre on le retourne , c’eft-à-dire, qu’on met fur la table le côté qui débordoit, & qu’on fait déborder celui qui pofoit fur la table ; on continue à fouetter ce côté , en commençant par croifer au-deflous du nerf qui fe trouve le premier, c’eft-à-dire , au-deflous du dernier nerf du Livre ; on fouette toujours en croifànt, & quand on eft arrivé au nerf du milieu , on fait repafler la ficelle fous un des ais, en lui faifant faire une révolution dans le fens de la longueur du Livre , & on l’arrête en la paflànt fous une des révolutions, fait au haut foit au bas du Livre félon l’endroit où elle vient à finir; car on emploie toute la ficelle , & ordinairement on en a huit aunes.
- A l’égard des in-oBavo, in-dou^e 8c au-deflous, on les prépare comme le grand ouvrage ; la différence confifte en ce que l’on fe fert pour les révolutions en longueur, de la corde à fouet, & pour celles en travers, d’une autre qu’on appelle en Trois. Quant à la croifure, elle fe fait comme pour le grand ouvrage , excepté que comme ces Livres font plus aifés à manier, il n’eft pas néceflàire de les appuyer fur la table ; l’opération fe fait à la main, & on n’eft pas obligé de fouetter double.
- Quand le Livre eft fouetté, on prend une pince quarrée, qu’on appelle la Pince à. nerfs , avec laquelle on rapproche les ficelles qui font au-deflus 8c au-deffous des nerfs, pour rendre le nerf plus étroit, plus droit & plus égal ; enfuite avec le tranchant du plioir on appuie dans les angles de la tête 8c de la queue du côté qu’on appelle le Mords y proche la tranche-file, pour raccommoder ce qui
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- 60 L'ART BU RELIEUR;
- peut s’être dérangé dans lacou verture, à Fendroit des tranche-files. Cette opération , ainfi que -celle que nous avons décrite à la fin de l'Article du Collage du cuir fur le carton, s’appelle auffi Coiffer ; puis on bat avec le plat du même plioir furies chaînettes, pour applatir les paffes de la tranche-file. La croifure que nous venons de décrire, ne fe pratique que pour les Livres reliés à nerfs ; car quand ils font reliés à la grecque, on gâteroit le dos fi on y faifeit pafler les ficelles ; c’eft pourquoi on fe contente de ferrer les ais en long comme on a fait pour endofler. ( Voye^ Fig. 5 , PL VIII').
- Le Livre étant ainfi préparé, on le porte devant un bon feu de cheminée ou de poêle, le mettant aflez près pour qu’il fe feche ; mais il ne faut pas qu’il feche trop promptement, parce que trop de chaleur fripperoit le cuir dellus le dos ; d’ailleurs la colle-forte, qu’on a mife lors de l’endoflure, 11’ayant pas le temps de fe fondre , ne s’incorpore roi t pas avec la colle de pâte dont le Livre a été enduit lors de la couverture, & c’eft cette union des deux colles enfemble , qui donne beaucoup de fermeté au dos du Livre; d’un autre côté fi le deflechement fè faifoit trop lentement, les colles ne suniroient pas bien. Mais nous ne {aurions trop répéter combien il eft avantageux qu’il ne fe falfe point trop bruf^ quement.
- Article Troisième.
- Défouetter ; mettre les Pièces blanches, SC battre les Cartons.
- Q u a N d le Livre eft fuffifamment fec, on défait les ficelles, ce qu’on appelle Défouetter ; & s’il s’eft dérangé quelque chofe aux nerfs & à la tranche-file , on le raccommode ; enfiiite on examine le Livre fur les plats, pour voir s’il ne fe trouve point quelques défauts du cuir, comme couture, trous d’enfilure, ou quelques autres trous que l’Ouvrier peut avoir faits en parant fon cuir, ce qui arrive aflez fou vent. Quand on s’en apperçoit, on prend dans les rognures une piece du même cuir qui a fervi à couvrir le Livre ; on la coupe un peu plus large que le défaut du cuir ; on la pare le plus mince qu’il fe peut fur les bords , afin qu’elle ne fafle aucune élévation fur la cauverture du Livre ; on la laifle de toute fon épaifleur dans la partie qui doit couvrir le trou, afin quç ces deux épaifleurs de la piece & de la couverture n’en faflent plus qu’une feule. Si la piece avoit été parée trop mince dans fon milieu, afin que la couverture ne fît point dans cet endroit une efpece de creux , oh prendroit un peu de ce qui âuroit été enlevé à la parure pour le mettre deflous fa piece , & regagner ainfi ce qu’on auroit perdu d’épaifleur en parant. Comme cette opération fe fait aufli-tôt que le Livre eft retiré du feu , & avant que la couverture ait reçu aucun ornement, on l’appelle mettre les Pièces blanches.
- Cela fait, on expofe le Livre au feu par le côté du plat > ayant attention de
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- Chapitre III. Art. IV. De la Marbrure, &e; 61
- ne pas le mettre trop près, pour éviter que le carton fe cambre en dehors , ce qui feroit décoller le cuir de deflus le plat ; pour cela on y regarde fouvent, & on Téloigne fi Ton s’apperçoit qu’il prenne trop de chaleur. On pourroit bien, fi l’on n’étoit pas bien preffé , laiiTer fécher le Livre tout naturellement fans le mettre devant le feu ; 8c il faut avouer que le deffechement fe feroit aufli bien d’une façon que de l’autre ; mais outre qu’on eft dans l’habitude de le faire fécher au feu pour aller plus vite , cette méthode eft avantageufe à caufe des pièces blanches, & parce que la partie du Livre qui a été renfermée fous les aïs lors du premier defféchement, n’a pu profiter de la chaleur du feu , de même que celle qui étoit du côté du dos.
- Quand le Livre eft foffifàmment fec, on le bat for la pierre avec le marteau dont on a parlé à l’Article de la Batture des cahiers : pour cela on met le côté qu’on veut battre for la pierre , le carton fur la pierre & le cuir en deffus, tenant l’autre côté 8c tous les feuillets de fon Livre dans la main gauche ; de l’autre on tient fon marteau 8c on commence à battre du côté du mords ou du dos du Livre , obfervant de ne frapper qu’à petits coups le long du mords , de crainte d’endommager le dos du Livre ou les nerfs, quand il eft à nerfs apparents ; au milieu & vers la gouttière, on frappe un peu plus fort, cependant avec ménagement , autrement le cuir s’échaufferoit 8c fe noirciroit.
- Article Quatrième»
- De la Marbrure ; de la Couleur quon met fur les Couvertures•
- Qu oiqu’a proprement parler, la marbrure quon met for les couvertures des Livres, ne foit qu’une chofe d’agrément, & ne ferve point à donner de folidité à la reliure, cependant les yeux font fi accoutumés à en voir for nos Livres, qu’il nous fembleroit que l’ouvrage ne feroit pas fini fi on n en mettoit pas; d’ailleurs cette opération eft en quelque façon néceflaire pour cacher les petits défauts qui ne peuvent manquer de fe rencontrer dans les peaux de veaux que l’on emploie ; autrement il y auroit beaucoup de rebut, ce qui augmenteroit aifez le prix de la reliure. Nous allons donc, dans cet Article, donner une idée de la maniéré de faire cet ornement.
- On compte fept fortes de marbrures ; fevoîr ~9 quatre qui fe font en noir, la marbrure à l’éponge, au pinceau, foupe de lait 8c veau brun ; 8c trois qui fe font en rouge, la marbrure au pinceau, à porphyre ou petites écailles, 8c à l’éponge. Nous traiterons de ces différentes marbrures dans autant de Paragraphes, après que nous aurons parlé de la préparation des couvertures en veau fauve.
- Relieurs
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- L’ART DU RE LIEU Ri
- 6i
- §. I. Des Couvertures en Veau fauve.
- O N appelle couverture en Veau fauve, celle fur laquelle on n*a mis aucune couleur ; le cuir n’a que celle quil a prife à la Tannerie. Comme à ces fortes de couvertures on ne peut pas mettre de pièces blanches, il faut que le cuir foit bien choifi,fans aucun trou, ni lamoindre égratignure. Avant que d’employer ces peaux, on a foin de les laver plufieurs fois, afin qu’il n’y refte aucune tache ; enfuite quand le Livre eft fbtti d’auprès du feu, 8c qu’il a été battu for le plat, on le lave fur lés deux plats feulement avec une éponge imbibée d’eau fécondé ; on ne le lave point fur le dos ni fur les bords, à caufe de l’huile dont on fe fert pour faire appliquer la dorure , laquelle noirciroit. Par la même raifon fi on doit poufler quelques filets dorés fur les plats, on ne les lave point non plus. Quand cela eft fait, on dreffe le Livre for le bout pour le laifler fécher.
- §, II. De la Marbrure en noir«
- 1°. Marbrure à /’éponge. ~y
- Cette marbrure n’eft ni chere ni difficile à faire : elle confifte à faire fondre pour deux fols à peu-près de couperofe dans une pinte d’eau commune, & cette quantité de couleur foffiroit pour marbrer un nombre confidérable de volumes ; on trempe une éponge dans cette compofition, & on appuie légé* rement à différents endroits du plat & du dos de fon Livre, ce qui y imprime de petites taches ou efpeces de nuages, qui, d’abord qu’on les forme, ne paroiC fent que gris, de même que la bonne encre à écrire, mais qui prennent du noir en féchant.
- 2°. Marbrure au pinceau.
- O N fe fert du même pinceau que celui qui a fervi à jalper les tranches : nous l’avons décrit dans fon lieu. On met les Livres entre deux barres longues de quatre pieds, & d’environ trois pouces de largeur, de maniéré que les feuillets pendant en bas, le plat porte fur les barres ; on trempe Ion pinceau dans le noir, & on le fecoue de haut for les Livres le plus également qu’on peut, pour que les gouttes de noir qui en tomberont foient rondes , égales & diftribuées le plus également qu’il fe pourra.
- 3°. Marbrure foupe de laiu
- O N difpofo fes Livres comme nous avons dit qu’on les dilpofoit pour la pré; cédente marbrure, & on fecoue fon pinceau comme on a fait à la jalpure for tranche. Cette marbrure fe fait en faifant tomber for le veau une multitude de
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- Chapitre III. Art. IV. De la Marbrure, &c: 63
- petits points très-clair-femés Sc très-fins. Cette marbrure cachant peu le fond du veau, il faut que le cuir foit prefque auffi bien choifi que pour les Couvertures en veau fauve, & on ne peut pas y mettre de pièces blanches.
- 40. Marbrure en Veau brun.
- Cette marbrure ne fe fait pas comme les précédentes après que le Livre ell couvert, parce que le noir n’entreroit que difficilement le long des arêtes du dos ou du mords du Livre ; on coupe donc le veau de la grandeur du Livre qu on veut couvrir ; on le tend fur une table, Sc en fecouant le pinceau fur une cheville de fer, on fait tomber une quantité innombrable de petites mouches noires qui cachent entièrement le fond du cuir; auffi ne choifit-on pas pour cette marbrure d’auffi beau veau , Sc ces fortes de couvertures font réfervées pour les Livres auxquels on veut faire moins de dépenfo.
- Quand le cuir eft foc, on le pare, Sc on le colle for le carton; après que 1® Livre eft défouetté & battu for le plat, on le remet entre les barres à marbrer , & on jette deflus de nouveau noir ; mais comme il n’eft queftion cette féconde fois, que de remplir quelques vuides s’il s’en trouve , & de diftribuer également fà couleur, on ménage les focouffos du pinceau pour faire tomber moins de noir*
- §. III. De la Marbrure en rouge ou en 'Ecailles*
- Nous allons décrire les trois marbrures qui fopratiquent ordinairement,1 ayant foin de prévenir le Leéleur, que dans toutes les marbrures en rouge, il faut glairer avant que de marbrer, à moins qu’on ne voulut mettre un peu de noir fous le rouge ; car alors on commencerait à mettre fon noir, enfoite on glait reroit , puis on mettroit le rouge. Comme la marbrure en rouge ou en écailles eft plus proprè Sc plus recherchée que celles que nous avons décrites dans le Paragraphe précédent K elle demande auffi un peu plus de foin.
- i°. Marbrure en rouge ou en Ecailles faite au pinceau.
- O n commence d’abord par femer avec l’éponge quelques mouches noires plus ou moins grandes for les Aplats & for le dos du Livre; on le Glaire, c’eft-à-dire, qu’on l’enduit d’une couche de blanc d’œuf pur, avec une éponge qui ne fort qu’à glairer ; on laiffo fécher cet enduit ; enfoite on étend fon Livre for les barres : on prend avec le pinceau de la couleur rouge qu’on appelle ïEcaillez Cette couleur fe fait avec du bois de Bréfil, de l’eau Sc de l’alun de Rome ; on fait bouillir une demi-livre de bois de Bréfil dans deux pintes d’eau ; on y ajoute deux onces d’alun, Sc on fait bouillir le tout jufqu à le réduire à moitié : on jette fa couleur ( en fecouant le pinceau ) plus ou moins épaiffo à volonté ; mais for-
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- T ART D U RELIEUR!
- tout on a foin de la diftribuer bien également. Quand le Livre eft à moitié fec ï ou, en termes d’Art, quand il eft Ejforé> on recommence à jetter de nouvelles écailles jufqu à çe qu on voie la couleur bien vive & bien égale, & on laille * fécher fon Livre.
- ü°. Marbrures a petites Ecailles ou "Porphyre.
- Cette marbrure fe fait précifément comme nous avons dit que fe faifoic Celle appellée Soupe de lait, excepté qu à celle que nous décrivons préfente-ment, on met plus de taches rouges qu’on n’en a mis de noires à 1 autre. On voic par ce que nous venons de dire , que de la marbrure foupe de lait, on peut en faire une à petites écailles.
- 30. Marbrure a F éponge.
- Elle fe fait encore comme la marbrure noire à l’éponge ; excepté qu’on fe fert de deux éponges, l’une pour le noir, l’autre pour le rouge, & qu on fait dominer la couleur rouge.
- Article Cinquième. ; )
- Jetter VEau-forte.
- Q v a K D la marbrure eft bien feche, on jette l’eau-forte : cette eau eft affoL blie dans de l’eau commune, à la dofe de deux parties d’eau commune pour une d’eau-forte. Si l’on travaille fur de la marbrure noire, on jette fon eau-forte avec le pinceau, comme on a fait le noir & les autres couleurs pour la jafpure fur tranche. Dans la marbrure rouge, on commence par glairer de nouveau & laiffer fécher, enfuite on jette l’eau-forte avec le pinceau.
- Article Si xiemî, ^ I
- Mettre les Pièces pour les Titres.
- Ce s pièces font de petits morceaux de maroquin rouge ou de telle autre ^couleur qu’on veut, qui ont de largeur la diftance d’un nerf à l’autre, & autant de longueur que l’épaifleur du dos du Livre ; on les pare le plus mince qu’il fe peut, fur-tout vers les extrémités. S’il n’y a qu’un volume, on ne pofe qu’une piece entre le premier & le fécond nerf ; s’il y en a plusieurs, on en met une autre entre le fécond & le troifieme nerf : c eft fur la première qu’on met le titre abrégé de l’ouvrage, & fur la fécondé le numéro du volume. On ne met que très-peu de colle, afin quelle s’applique mieux & ne falTe point d’épaiftèur;
- Ordinairement ces pièces fe pofent après la marbrure, Quelquefois on ne met
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- Chapitre IV. Des Ornements quon fait a la Couverture; 6$ point du tout de ces pièces ; & le ticre de l’ouvrage , ainfi que le numéro du volume, fe met fur la couverture même du Livre , & toujours fur le dos. Les Anglois fuivent allez cette méthode ; le plus fouvent auffi , pour numéroter les volumes, ils ne font que mettre des chiffres romains à l’endroit où nous mettons ces pièces.
- CHAPITRE QUATRIEME.
- Des Ornements quon fait à la Couverture.
- Cî e s ornements confiftent à dorer les deux côtés plats & le dos du Livre, & à imprimer fur cet or différents enjolivements, qui fe font avec des inftruments ap-pellés Fers à dorer ; ce font ces enjolivements plus ou moins recherchés, qui don* nent tout l’agrément extérieur à un Livre , & le font fervir d’ornement dans les Bibliothèques ; auffi voyons-nous que des Particuliers opulents pouffent fort loin la recherche à cet égard, & font charger leurs Livres d’ornements en Dentelle* d’autres même font faire une dorure qu’on appelle à Compartiments, dont nous eflàierons de donner une idée à la fin de ce Chapitre. Ces magnificences ne font guere en ufàge que pour des ouvrages de goût & de fantaifie ; car ordinairement on fe contente de dorer les deux plats, le long des bords même, & le dos du Livre. La plupart des Livres qui fe vendent dans les boutiques ; ne font dorés que fur le dos , encore quelques-uns reftreignent-ils cette dorure à la pièce qui porte le titre du Livre, afin que ce titre puiffe être lu.
- Plufieurs de ceux qui fe bornent à cette fimplicité, y ajoutent un ornement en dentelle qui fe fait avec le fer chaud, fans dorure, tout autour du Livre fur les deux plats & fur le dos ; mais cela ne fe pratique guere que pour des Livres d’Eglife ou de dévotion. . *
- Les ornements qu on fait fur la couverture des Livres, confiftent donc à y appliquer des feuilles d’or, ce qui eft la Dorure proprement dite, à pouffer fur ces feuilles des filets, ou y imprimer des dentelles.
- Ces deux opérations font précédées & fui vies de quelques autres néceflàires pour mettre le Livre en état de recevoir la dorure, & lui donner le dernier luftre quand elle eft finie. C’eft ce que nous allons décrire dans autant d* Articles particuliers*
- Relieur*
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- - PART DU RELIEUR.
- Article Premier.
- Des Préparations nécejfaires pour mettre le Cuir en état
- de recevoir ïOr.
- I l faut, dans la dorure fur cuir, ainfi que dans toutes celles qui fe font lur les autres matières , telles que le bois ou les métaux, appliquer une couche de quelque enduit, qui, faifant [l'effet du mordant; puifle déterminer for à s’appliquer & s’unir intimement avec la matière qu’on veut dorer. Dans la dorure dont nous allons traiter, c’eft le blanc d’œuf qui fert de mordant,
- I. Glairer le Dos & les Bords;
- O n bat une certaine quantité de blancs d*œufs dans un pot ; on les laifle fè purifier d’eux-même pendant cinq à fix jours, au bout duquel temps ils ont d’ordinaire jetté tous leurs germes & autres crades ; après avoir ôté tout ce qui lùrnage, on garde le relie auffi long-temps qu’on veut dans un petit godet ; cette matière devient meilleure en vleillilïànt, & on l’emploie tant que la putréfaction n eft pas infùpportable. Quand donc on veut glairer un Livre, il ne faut que prendre un peu de ce blanc d’œuf avec une éponge fine, 8c la pafler d’abord fur le dos, parce que c’eft toujours cette partie du Livre qu’on commence à dorer ; enftiite on glaire le plat du côté des bords, & le côté par où le Relieur a rogné le carton, qu’on pourroit appeller la Coupe du carton , & qu’on appelle le Bord ; fi on fe propofe de mettre auffi de la dorure à cette partie de l’intérieur du plat qui excede la gouttière, & qu’on appelle la Bordure, il faut la glairer;
- §. II. Pafjer TEponge à îhuile ou a l’eau.
- f O N dore ou a l’eau ou à l’huile. Pour dorer à l’huile, on frotte les endroits qui ont été glaires, avec une petite éponge trempée dans de l’huile de noix, ce qui ne fe fait cependant que quand on s’eft affiiré que le blanc d’œuf eft bien fec. On fe fert d’huile de noix, parce qu’outre quelle gele moins que celle d’olives , elle a encore la propriété de fe deffécher plus promptement.
- Quand on dore à l’eau, on ne fait que tremper un petit pinceau dans de l’eau commune, dans laquelle on aura délayé une très-petite quantité de blancs d’œufs, comme environ trois gouttes pour un poiflon d’eau.
- La dorure à l’eau eft incomparablement meilleure que celle à l’huile ; auffi pour peu qu’on foit délicat fur la beauté & même ffir la durée de l’or, on ne fait jamais dorer à l’huile, à moins que ce ne foit de l’ouvrage extrêmement prelTé^ attendu que cette maniéré eft beaucoup plus expéditive que celle à l’eau ; cependant on dore toujours le dos à l’huile y parce que comme on ne peut tirer la
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- Chapitre IV. Art. II. Appliquer /Or. ’6j
- dorure de cette partie à la preflè, on emporteroit une partie de l’or en efîuyant ; au lieu que la dorure fur les plats, étant tirée à force de preflè, ne court point le même rifque.
- Article Second.
- Appliquer VOr.
- Pendant que la couche de blancs d’œufs , qu’on a mis précédemment J le lèche, le Doreur ouvre Ion livret. On fait que ces livrets, qu’on nomme Livres d!or en feuilles, que vendent les Batteurs d’or, contiennent chacun un quarteron de feuilles. Cet or le nomme Or de Libraires, 8c plus volontiers Ort commun i on le nommoit autrefois Or verd, parce qu'en effet on ne fe fervoic alors que d’or verd; c’eft ce qui fait que les anciennes dorures^font plus pâles que celles qu’on fait aujourd’hui.
- On Iduleve adroitement la feuille d’or, & on la pôle proprement làns la chiffonner fur le couffin B, ( Fig. 2, PI. XI, ) dans la Vignette. Ce couffin eft une petite planche de bois d’environ un pouce d’épaifïèur, fur douze de long 8c huit de large, couverte d’une peau de veau, dont on met le côté de la chaii; en haut ; entre le bois & le cuir on met une garniture de bourre. On fait encore mieux cette garniture , en mettant d’abord liir la planche un lit de Ion , une couche de poil de lànglier, puis un lecond lit de Ion , & enfin une derniere couche de poil de lànglier , par-deflus laquelle on met le cuir , que l’on cloue tout autour des bords de la planche. Ce lont ordinairement les Relieurs qui font ces couffins, 8c ils ont foin de mettre le fon & le poil plus épais dans le milieu que fur les bords, afin que le couffin prenne une forme arrondie. Cette garniture , 8c la forme qu’on donne au couffin > font que le cuir cédant par fa louplelîe à l’aétion du couteau, il ne fe coupe pas, & remonte de lui-même quand on ceffe d’appuyer defîus : on frotte légèrement fon couffin de blanc d’Efpagne * afin que l’or ne s’attache pas à la peau, & puifîè être foulevé aifément. Le couteau A, (Fig. 1), bas de la Planche , eft une lame d’acier ordinaire, doux , dont le tranchant doit être bien droit 8c affez affilé pour couper la feuille nettement & lans la déchirer.
- On taille fon or en morceaux quarrés ôu parallélogrammes, felôn l’endroit ou on veut le placer ; par exemple, fi c’eft pour le dos , on le coupe de grandeur proportionnée à l’intervalle qui fe trouve entre les nerfs du Livre , puis en d’autres petites bandes plus étroites pour couvrir les nerfs mêmes.
- Quand donc on veut dorer le dos, on commence par le glairer à deux fois avec le blanc d’œuf qu’on laifle fécher ; enfuite on le mouille dans toute là longueur avec l’éponge trempée dans l’huile ; & prenant l’or avec le couchoir, on l’applique auffi-tôt lur cet endroit en foufHant ou haleinant defîus doucement,
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- -68 L'ART DU RELIEUR.
- s’il s’y fait des bourfoufftures qui l’empêchent de fe coucher uniment par-tout ; ordinairement on le fert pour coucher l’or du couchoir x , (PL XI, Fig. 33 C’eft un morceau de bois ou de buis , qui a environ quatre pouces dfe longueur, & eft terminé par fes deux extrémités en elpece de chanfrein £ ; le Coucheur ou la Coucheufe, car ce font ordinairement des femmes qui font cette opération, tiennent leur couchoir comme on le voit repréfenté à la Figure 2, PL XVI, le paflant for le cou ou for le fommet du front pour le faire mordre, l’appuient for leur bande d’or, qui s’y attache auffi-tôt, & y relie jufqu’à ce qu’on la pofe for le cuir où elle demeure. Mais ordinairement au lieu de couchoir de bois, on fe fort, pour appliquer l’or for le dos, de bandes de carton ou de cartes à, jouer, refendues en deux foi van t leur épailfour : on tient ces bandes en l’air par les deux bouts, les pliant en arc dont on préfonte le côté convexe for l’or ; quand il s’y eft attaché, on étend cette bande for le dos du Livre , en rabaiflant les deux bouts for l’autre fons, & on applique ainfi l’or exactement for le dos-du Livre, qui, comme on a vu dans l’Article de l’Endoffement, eft toujours un peu arrondi ; c’eft ce qui fait que les couchoirs de cartes font plus commodes que ceux de bois,, qui , par leur inflexibilité , ne pourroient pas prendre la courbure du dos; fi l’or a de la peine à s’attacher à la carte, on la fait prendre ou Happer en la paflant for la joue ou for le plat de la main.
- Quand on a couvert d’or tout le dos, Sc qu’on en a remis bien foigneufoment aux endroits où il en manque, on y applique les Fers, pour imprimer en or les ornements qu’on veut faire aux Livres ; mais comme ces fers varient autant que les ornements, nous nous contenterons d’en décrire quelques-uns des principaux de ceux dont on fe fort le plus communément.
- Article Troisième.
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- ' Des Fers en général.
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- Les Relieurs appellent ainfi des outils de cuivre fondu , qui fervent à imprimer for l’or différents agréments , comme broderies, dentelles, fleurs , filets ou armes, & ce font ces ornements qui font proprement ce qu’on appelle la Dorure des Livres. De ces fers, les uns font a palettes, (Fig. 15,16,17 & 18 , PL XI ) , les autres à roulette, ( Fig. 30 , 31 & 3.2 ); d’autres enfin font en Ecujfonsy (Fig. ip, 20, 21 & 34). Les Relieurs doivent encore avoir des alphabets de diverfes grofleurs pour mettre les titres for les dos des Livres, à proportion de la grandeur & de la grofleur des volumes. Ce font des pièces de cuivre fondu a , ( Fig. 28 & 2p )de la figure des caraéleres ou lettres de l’alphabet, qui font gravées en relief & à l’envers, afin qu’elles impriment l’or en creux & à droite for le cuir ; chacune de ces lettres a une tige T?, aflez longue pour être emmanchée dans un morceau de bois 0, afin qu’on ne fo brûle pas
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- Chapitré IV. Art. III. Des Fers en général. ^ en failànt chauffer la lettre dans le fourneau. On a des boîtes garnies de ces alphabets complets , & auffi quelques fuites des neuf chiffres Arabes ; mais on a peu d’occafion de s’en fervir , parce qu’ordinairement les numéros des volumes le mettent en chiffres Romains.
- Les palettes font à filets ou à bordures ; celles à filets a b, ( Fig. r 5 & 16 ) , font emmanchées comme les alphabets ; mais au lieu de porter une lettre à un bout, elles font applaties à peu-près comme un racloir, Sc finiflent en elpece de couteau, enforte quil n’y refte tout du long du bord, que l’épaifleur d’un petit trait ou d’un tranchant émouffé , pour marquer feulement un petit filet en appuyant for le cuir. La longueur de ce filet varie ; mais ordinairement on les tient plus longs que l’épaiffeur du dos des Livres.
- Les palettes à bordures, (Fig. 17 & 18.,) font emmanchées comme celles à filets ; mais elles font de figure quarrée ou triangulaire ; celles de figure quarrée s’appellent Fers à dos, parce quelles fervent pour les dos ; Sc celles de figure triangulaire fe nomment Coins , parce qu’elles fervent.pour les coins tant du dos que du plat de la couverture : l’extrémité de ces fortes de fers, au lieu de finir en tranchant, eft terminée par une forface plane gravée^, de quelques ornements félon les idées du Graveur , comme fleurs, vafes ou dentelures propres à mettre le long des nervures, for le dos des Livres, dans les milieux des entre-nerfs , & deifos le plat ou for le bord de la couverture*
- Les roulettes Z/zz/z, (Fig. 30, 31, 32), font en effet des roulettes de cuivre , qui ont depuis un pouce julqu’à deux de diamètre, Sc trois lignes d’é-paifleur dans le milieu : elles font percées dans leur centre, Sc tiennent par un clou rivé par les deux bouts dans les deux branches d’un fer fourchu, entre lefquelles elles tournent librement ; ce fer peut avoir telle longueur qu’on veut entre le centre de la roulette & le bois où il eft emmanché ; cela dépend de la volonté de chaque Ouvrier, les uns aiment les fers plus courts, les autres plus longs, de même que plus ou moins courbes au-deffus de la roulette , félon que chacun le trouve plus commode à là main. Il faut feulement obferver que fi les fers font trop courts , le manche de bois eft plus fojet à fe brûler quand on les chauffe. De ces roulettes, quelques-unes finiflent en couteau tout autour de la circonférence pour ne marquer qu’un filet; d’autres ont deux filets parallèles, féparés par une rainure ; d’autres en ont trois aüflî parallèles, mais alors le filet qui occupera la partie intérieure du plat de la couverture, doit, pour plus de grâce , être inégalement diftant des deux autres ; d’autres roulettes font gravées à la circonférence Sc en relief de telles figures Sc ornements qu’on veut, comme dentelures , rofes , vignettes , fleurs, pour poufler tout du long facilement & exaélement un ornement continu de diverfes figures répétées , qui 11e viendrait jamais avec la même grâce Sc la même régularité, s’il falloit les faire avec des fers féparés : cela s’appelle du nom général de Bordures.
- Il faut encore ce que nous avons nommé des Armes, Sc fous ce nom nous Relieur. S
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- 7o L'ART DU RELIEUR.
- comprendrons d’autres fers qui ne font point en effet des Armoiries ou des Blafons, mais quelquefois de Amples devifes , des cartouches , des vafes, des dentelles , en un mot des ornements qui occupent les milieux des couvertures, (Fig. ÿ , 6, PL XII). Nous rangerons encore dans cette clafle des fers qu’on nomme Plein-or, qui, d’une feule piece, forment le tour delà couverture Fig. 4, & dont on remplit le milieu par un autre fer tel que le vafe de la figure 6 , ou les armoiries de la figure y, pour les Livres dont on veut dorer toute la couverture. La raifon pour laquelle nous comprenons tous ces fers dans la même clafle que les armes, eft que les uns & les autres font montés de même , 8c fe tirent avec le fecours de la preflê ( Fig. 24, PL XI). Ces fers font gravés de relief 8c à l’envers ; ils font de différentes épaifleurs fuivant leur grandeur. Au côté oppofé à celui qui eft gravé, on a ménagé deux tenons b b , ( Fig. 34 ) , qu’on fait entrer dans les trous ï, 2, d’une monture f, faite de plufieurs morceaux de carton collés l’un fur l’autre ( Fig. 10 ) : ces cartons font que quand on imprime ces fers , le coup de la preffe eft moins dur,^& que les ornements fe marquent mieux.
- Pour toutes ces fortes de fers , il faut des brofles q, (Fig. 27) , afin de les nétoyer, & plufieurs torchons ou lambeaux de linge fort ufé , pour eiîuyer le cuir qu’on a doré : on les nomme Drapeaux ; c’eft avec ces drapeaux que l’on conferve tout l’or fuperflu qu’on enleve de la dorure, 8c qui excede de beaucoup celui qui refte for le cuir,
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- §. I. Maniéré de dorer avec les Fers à Palettes & à Roulettes.
- Pendant qu’on a fait les préparations néceflàires que nous avons décrites dans l’Article fécond , pour appliquer l’or, on fait chauffer fe s fers dans une efpece de petit fourneau ou cheminée C, ( Fig. 3 , PL XI) , à la Vignette , dans laquelle on brûle du charbon ; car ces fers ne peuvent forvir qu’ils n’aient un certain degré de chaleur qui amortifle le refïbrt du cuir , & fafle qu’en les y enfonçant, leur impreflion demeure en creux pour toujours, ce qui n’arrive-roit jamais en les appliquant à froid ; cependant il eft bon de s’affurer de leur degré de chaleur ; pour cela on les plonge légèrement dans l’eau, où ils ne manquent pas de rendre quelque fifflement s’ils font trop chauds ; mais fi en les y replongeant une fécondé fois ils ne fifflent plus, & qu’en les maniant ils ne brûlent point les doigts, ils font en état de fervir fur le cuir doré à l’eau : on pouffe les fers plus chauds pour la dorure à l’huile que pour celle à l’eau ; c’eft pourquoi pour cette derniere , il fofït de pouvoir manier les fers du creux de la main, au lieu que pour la dorure à l’huile on ne les applique point que préalablement on ne les ait plongés dans l’eau.
- On commence ordinairement par la roulette à filets , qu’on fait rouler, en l’appuyant affez ferme, for toute la longueur du dos, ce qui marque un filet
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- Chapitre IV. Art. III. Des Fers en gêneraL jt
- a b ou deux de chaque côté, (Fig. t, PL XII) ; enfùite avec la palette à filets , on fait au-de flous de la tranche-file de la tête & dé la queue, & au-deflùs & au-deflbus de chaque nervure, un autre filet cd9ej,ghy (Fig. 2) , de forte que chaque efpace d’entre-deux nervures, fe trouve être un parallélogramme reélangle c d ef9 bordé de quatre lignes d’or ; cet efpace fe nomme f Entre-nerf ; aux quatre coins de ces entre-nerfs on enfonce les fers, qu’on nomme Coins c 9 (Fig. 17 , PL XI) ; au milieu d’entre ces quatre coins, on applique les fers qu’on nomme Fers a dos , */, ( Fig. 18 , PL XI), qui forment les bouquets ( Fig. 2, PL XII) , ou autres ornements à volonté ; puis fur cha-* que nerf on applique une palette à bordures, ( Fig. 16, PL XI) , pour faire les ornements repréfentés en ef9 i i9 //, m m , nn9 ( Fig. 2 , PL XII) ; quelquefois aulli on fe contente d’y appliquer une palette à filet pour faire le filet 772 m , ( Fig. 2 ) ; enfin aux deux extrémités haute Sc bafle 0 o du dos, on applique une palette à bordure plus ou moins large, fùivant le deflîn qui fe trouve convenir le mieux, & félon la place qui refte à dorer.
- Le dos étant ainfi achevé, on dore le plat fi l’on veut ; & ordinairement après avoir couché, on fait fécher l’or : on fe fert de roulettes à filets m, ( Fig. 31, , PL XI). Cet or fe met tout du long des quatre côtés du plat par bandes plus ou moins larges , félon la quantité de filets qu’on veut mettre , ce qui s’appelle Mettre des filets^ en plat. Quand on poufle de ces filets fur le plat, celui qui eft extérieur fe fait à environ une ligne du bord des trois côtés rognés, & un peu plus loin du quatrième côté a b, ( Fig. 1 ), qui eft celui du mords ; le filet intérieur eft du double plus éloigné des deux autres, que ces deux ne le font entr’eux, ce qui donne un peu meilleure grâce au parallélogramme que forment ces lignes, & cela imite en quelque façon les moulures qu’on fait aux bordures des tableaux; fbuvent auffi les filets font à égale diftance. J’ai même vu un Livre où c’étoit le filet extérieur qui étoit le plus diftant des deux autres, & cela n’avoit pas moins bonne grâce. Quelquefois on fe contente de mettre une petite rofette ou fleur à la réunion des lignes de filets aux quatre coins de la couverture ; mais quelquefois auffi on met à un pouce ou un pouce & demi en dedans de la première bordure, trois femblables filets, qui font comme une bordure en dedans de la première , ce qu’on appelle Mettre des filets en champ ; alors au bout de chacun des quatre angles extérieurs , on met quelques vafes , fleuron ou bouquet qui en augmente l’agrément ; on enrichit encore de vignettes , fleurons , &C), l’efpace qui fe trouve entre les filets en plat & les filets en champ. Les filets-, foit doubles, foit triples, pourroient fe pouffer avec une roulette à filets fimples ; mais comme il feroit plus difficile de les efpacer également & dans une agréable proportion, on a trouvé bien plus commode de fe fervir de roulettes qui portent le nombre de filets qu’on veut faire. Si l’on veut dorer la coupe a b , ( Fig. 3, PL XII ) de la couverture, ce qu’on nomme le Bordy cela fe fait par le moyen d’une roulette ou à filets ou à bordure, aufll
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- bien que,pour cet autre efpace c d, (Fig* i ), en dedans de la couverture, qui excede la tranche du Livre, qu’on nomme Bordure, Sc qui fe dore auffi avec de pareilles roulettes: les Livres qui ont c es ornements , s’appellent Reliés à filets avec bord & borduro.
- §. IL Manière de dorer avec les Fers en Ecufions ou Armes.
- Nous avons dit que les Relieurs avoient des fers qu’ils nomment Armes bu Ecufions. Ces fers leur fervent ou pour imprimer en effet des Armoiries avec leurs fupports, pièces d’honneur, devifos Sc autres accompagnements relatifs au Blafon, ou bien pour mettre au milieu des Livres des ornements tels que vafes , feüillagesou autres ; il arrive très-fouvent qu’on fe contente de mettre des Armes feulement au milieu de la couverture, telles que celles de la Figure ÿ , ou le yafe de-la Figure 6, fans y ajouter les autres ornements qu’on voit fur ces deux Figures tout autour de la couverture ; alors tout le travail fe réduit à coucher une feuille d’or un peu plus grande que l’arme dans le milieu de la couverture ; 'on applique fon arme deiïiis le Livre, & on met le tout fous la prefle u, (Fig, 24 ) , qu’on ferre affez fortement pour imprimer ces ornements»
- Mais quand on ne veut rien épargner , on dore tout le plat de la couverture en divers deffein-s. Ces ornements fur les Livres in-oclavo Sc au-deffous, fe font avec les Plein-or, qui font des fers gravés delà grandeur des différents formats, ( Fis- 4 » 5 <5 6) , qu’on pofe fur l’or appliqué fur la couverture, Sc qu’on imprime à la préffe de même que les armoiries, ayant foin de preffer affez fortement & bien également, pour que toutes les parties du deffein foient également bien imprimées. A l’égard des in-folio Sc in-quarto, comme il feroit difficile de faire agir également fà preffe fur d’aufli grands fers, on ne fe fert point de Plein-or f mais d’autres fers qui font montés comme ceux qu’on nomme E eu fions ; on en emploie plus ou moins, félon la grandeur du volume, les uns font des coins b b , gfy qui fe mettent en effet aux angles de la couverture (Fig, ÿ ), les autres des grands milieux d. h , parce qu’ils fe mettent dans le milieu de la longueur ; les petits milieux, a c, fo metteÿ dans le milieu du petit côté, ou au haut & *au bas; enfin on met quelquefois entre les coins & les grands milieux, d’autres petits fers c c, i i, qui fervent à remplir les vuides entre ces principales pièces : on les fait moins larges , pour donner plus de jeu aux milieux & aux coins.
- Comme il faut tâcher de perdre le moins d’or qu’il eft poffible, on taille fes bandes de grandeur à peu-près proportionnée à celle de.l’écuffbn fous lequel elles doivent être ; & comme les fers qui ont forvi d’un côté, comme à la droite b , de la Figure 5*, doivent fèrvir à la gauche g ou fi^ on commence par appliquer l’or tout autour; enfuite on tire fes quatre coins fucceffivement l’un après l’autre ; on prend avec un compas bien exaélement le milieu du grand côté
- de fon Livre ; on pofe fon grand milieu d, que l’on tire ; on fait la même chofe
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- à l’autre grand côté h, Sc de même pour les deux petits milieux a e ; on remplit les vuides entre les coins & les grands Sc petits milieux , par les petits fers c c 9 ii, Sc la dorure eft faite.
- Il faut cependant avouer qu’il eft rare que ces dorures lî pleines, aient un aufli bel effet à la vue, que de plus (impies , conduites avec goût. Ordinairement quand on fait de ces magnifiques reliures, au lieu des feuilles de papier marbré appellées Gardes, que nous avons dit Chapitre I , Art. V , qu’on colloit en dedans de la couverture, on met une étoffe de foie appellée Tabis < qu’on emploie tout de même que le papier marbré. On voit encore d’autres Livres, auxquels, au lieu de gardes de papier ou de foie , on met en dedans de la couverture une piece de maroquin rouge ou d’autre couleur , qu’on orne d’une dentelle d’or ; & alors au lieu de la fécondé feuille de papier ou d’étoffe, on met une feuille de papier doré & lilfé. Voilà quel eft ordinairement le plus grand ornement dont on charge les couverturesdes Livres ; cependant il y a encore une parure plus recherchée, c’eft celle qu’on nomme la Dorure à compartiments, dont nous allons donner une idée fiiccinéle dans le Paragraphe fuivant.
- §. IIL Maniéré de faire la Dorure qu on appelle à Compartiments.
- On commence par couvrir fbn Livre en veau blanc, ou en maroquin de couleur, ou en tel autre fond qu’on veut; il faut feulement que le cuir foit le mieux choifi 8c le plus exempt de tous défauts, trous ou taches, quon puiffe fe procurer. Quand le cuir eft bien fec, on pofe deffus un deffein tel qu’on le veut exécuter, dont les différentes parties font colorées; on calque ce deffein for le veau, 8c fur ce calque on colle des morceaux de maroquin teints en diverfos couleurs Sc de toutes les teintes ; on pare ces peaux le plus mince qu’il eft poffible , de maniéré qu’on puiffe yoir le jour au travers ; on les taille en morceaux de la grandeur des parties du deffein qu’ils doivent repréfenter, Sc on les colle avec de la colle de farine for la peau, mettant très-peu de colle pour ne point faire d’épaiffeur ; quand ces morceaux font collés, on met le Livre en prefle pendant un certain temps, pour qu’ils s’unifient Sc ne faffent plus, pour ainfi dire , qu’un feul corps avec la peau qui fait le fond. Ainfi dans la Figure 1 de la PI. XII9 dont le veau du fond a, doit paroître dans fà couleur naturelle, on collerait des pièces de maroquin b b, un peu plus grandes que les différentes parties du deffein ;enfoite on dore tout ce qui eft couvert de deffein, de même que toute la partie c c, qui eft femée de petits points, avec la pointe d’un fer de cuivre, fait en efpece de poinçon obtus ou d’aiguille, que les Deffînateurs appellent Cal-quoir ; on recherche par-deffos cet or le contour des fleurs, rinceaux, feuillages & autres parties du deffein, fuivant exaélement ces contours pour les circonf-crire d’un filet d’or qui en termine l’extrémité ; on marque aufli le tour des graines e e9 les queues ff \ Sc les petites aigrettes g g, qui formontent les Relieur, T
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- fleurs ; c’eft suffi avec ce même fer qu’on trace dans les milieux des feuilles les lignes qu’on appelle Arêtes ou Nervures i i , & les cotons / : quand tout cela eft fait, on efluie & on découvre Ion deffin.
- Voilà donc notre Livre couvert & doré : il n eft guere loin de la perfection; cependant il neft pas encore en état d’être livré. Il refte encore quelques opérations y qui, quoique peu difficiles, n’en font pas moins nécelîaires. Ce fera la matière du cinquième Chapitre.
- wriTrti i nwalaftmfeiaJiMH*
- CHAPITRE CINQUIEME.
- Des Opérations quon fait au Livre quand il ejl couvert ôC doré.
- C e s opérations confiftent à coller les gardes, mettre en prefle 3 glairer les plats, polir, cambrer 8c tirer les fignets, enfin cogner les quatre coins du carton. Elles font fi Amples & fi aifées, qu’il nous paroît prefque fuperflu d’infifter beaucoup fiir chacune d’elles ; ainfi nous allons les décrire très-fommairement.
- Article Premier.
- Coller ,les Gardes.
- O N doit fe fouvenir que nous avons appellé Gardes, une feuille de papier blanc & une de papier marbré pliées en deux > qu’on met au commencement & à la fin du Livre avant que de le coudre, de maniéré qu’une moitié de la feuille de papier blanc doit toucher le frontifpice ou le premier feuillet du Livre, & l’autre moitié fe colle fur le revers de la feuille de papier marbré. On commence donc par coller la feuille de papier blanc fur celle de papier marbré , pour lui donner du foutien ; enfuite on colle l’autre moitié de la feuille d<^ papier marbré contre le carton qui forme la couverture du Livre ; ainfi en ouvrant fbn Livre par le carton, on voit à fà main gauche un feuillet de papier marbré collé fur le carton, fur lequel fe couche l’autre feuillet marbré > qui efl: renforcé de papier blanc, & l’autre feuillet de papier blanc, qui couvre le fron-tifp ice du Livre, eft fîmple. t
- On fait la même opération à la fin du Livre ; & dans toute cette opération on a foin de ne pas mettre trop de colle, mais de la bien diftribuer pour que les gardes foient bien exactement collées, & de prendre garde qu’il ne s’y forme des plis.
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- Chapitre V. Art. IL Mettre en Prefe.
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- Article Second Mettre en PreJ/e.
- Q u a n d les gardes font collées, on met les Livres dans la grande prefle, fi ce font des in-folio ou des in-quarto , & dans la prefle à endofler fi ce font de plus petits volumes. Quelques Relieurs ont même une autre prefle faite de même que la grande, mais beaucoup plus petite.
- La grande prefle ( Fig. 16, PL X), eft compofée de neuf pièces, non compris le barreau de fer qui fort à tourner la vis; lavoir, deux jumelles D E, deux fommiers FC, deux pieds B B, portant les jumelles, une vis G , une longue piece H ,8c une platine I ; les deux jumelles d d ou D E, font deux morceaux de bois de chêne de fopt pieds de hauteur, de huit pouces de largeur fur cinq d’épaifleur, qui portent chacun for leur largeur en dedans, une rainure ( marquée g g for la jumelle D ) , de trois pieds de long , for deux pouces de large & autant de profondeur ; cette rainure fort à faire monter 8c defoendre la platine I ou h. A un pied du fommet de ces jumelles, & dans leur épaifleur, eft une double entaille hhhh, vis-à-vis Tune de l’autre, de fopt pouces environ de haut, for un & demi de profondeur 5 pour emboîter le fommier d’en-haut Fou c ; au bas 8c à quatre ponces de la naiflànce des tenons, font deux autres entaill csff, g g, de même profondeur, de quatre pouces de hauteur, & difpofées de même pour loger le fommier d’en-bas C, qu’on appelle auflî Table, parce que c’eft for ce fommier que les Livres fe mettent entre les ais ; au-deflous de ces deux entailles font ménagés deux tenons ef, de trois pouces de hauteur , for fix de large ; les deux jumelles D E devant être pofées parallèlement, les deux fommiers F C font de même longueur & largeur, mais de différente épaifleur ; celui d’en-haut F, a deux pieds dix pouces de long, for treize pouces de large 8c fopt d’épail-four : il eft percé dans fon milieu d’un trou taraudé en écrou g, d’environ fix pouces de diamètre, par où monte 8c defoend la vis ; celui d’en-bas C n’a que quatre pouces d’épaifleur ; l’un 8c l’autre portent aux extrémités de leur longueur 8c dans le milieu de leur largeur , une entaille d d ,hh, de quatre pouces de largeur, for quatre pouces & quelques lignes de profondeur ; ces entailles entrent dans celles h h , h h, ff, g g des deux jumelles D E, 8c arrêtent les fommiers avec ces jumelles.
- Les deux pieds B B , font deux morceaux de bois de treize pouces de long for fix de large , 8c quatre d’épaifleur ; ils portent chacun dans leur milieu en deflus une mortaife c c, de la profondeur, longueur & épaifleur des tenons ef des jumelles D E , qui fe logent dedans.
- La vis, qui eft de bois, a en tout quatre pieds 8c un pouce de long , deux pieds & demi de pas, fur fix pouces de diamètre; la tête a, compris le noyau m,
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- un pied fept pouces de longueur : elle eft quarrée fur fes quatre faces , qui portent chacune dans leur milieu une mortaife du diamètre d’un pouce 8c demi enquarré, dans laquelle fe loge le barreau; cette tête, jufqu’au noyau, a un pied trois pouces de long, & le noyau m qui la termine , a quatre pouces de diamètre : il porte dans Ion milieu un collet i, ou entaille d’un pouce de haut, fur un peu moins de profondeur, pour recevoir une clef /, qui l’arrête à la longue piece dont nous allons parler.
- La longue piece H, eft un morceau de bois d’un pied de long, fur fix pouces & demi de large 8c trois d epaifteur : elle porte dans le milieu de là largeur un trou rond i 9 d’environ quatre pouces de diamètre, 8c fur fon epaifteur une mortaife k, de deux pouces de long fur un de haut, qui traverfe le trou du milieu i, pour arrêter le noyau de la vis par le moyen de la clef /, qui eft un petit morceau de bois long de fix pouces feulement, de deux de large, 8c d’environ un d’epaifteur, qui fe loge dans la mortaife Z, de l’epaifteur de la longue piece H.
- La platine I, eft un ais de onze pouces de large , quatre d’épaifteur, & de deux pieds cinq pouces de longueur, y compris fes deux tenons //, qui font au milieu de chaque bout ; ces tenons ont deux pouces de long fur autant de large, 8c une hauteur égale à Fépaifleur de la platine, c’eft-à-dire, quatre pouces. Ces deux tenons entrent dans les rainures g g des jumelles , & fervent à entretenir cette platine dans le milieu, 8c à la faire gliftfer toujours jufte , foit en montant, foit en defcendarit.
- Enfin le barreau eft un morceau de fer quarre par le bout qui entre dans les mortaifes h de la tête de la vis, & arrondi dans là longueur : il a environ trois pieds de long, 8c un peu plus d’un pouce de diamètre par le bout. Cette grande prefle fe monte en mettant la platine I entre les deux jumelles DE, failant entrer les deux tenons II dans les rainures g g des jumelles; on pôle les jumelles fur les pieds B B ou b b, on les arrête par les lommiers FC; on cheville avec de fortes clavettes de fer n n ; on pafte la vis dans fécrou g du fommier fupérieur F, qui eft aufli chevillé ; on fait entrer le noyau m de la tête de la vis dans la longue piece H ou g, l’arrêtant par le moyen de la clef / ; on applique la longue piece H fur la rainure K de la platine 1, 8c on met le barreau dans le trou d’une des faces de la tête de la vis. Les ais à prefter K, font des morceaux de bois d’une égale épaifleur dans toute leur ftiperficie ; on met un de ces ais far la table c ou fommier d’en-bas, puis un Livre, de maniéré que le dos déborde Fais de toute fon épaifleur , afin qu’il ne foit point endommagé, 8c on le tourne du côté de l’Ouvrier; enfuite on met un ais , puis un Livre, 8c toujours de même jufqu’à la concurrence de dix à onze volumes in-quarto ou in-folio ; on ferre tant que Fon peut, les laiflànt ainfi en prefle le plus long-temps qu’il eft pofiibie, félon qu’on eft plus ou moins prefle de rendre l’ouvrage , mais toujours au moins une nuit.
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- Chapitre V. Art. III. Clairer & Polir.1
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- Article Troisième.
- Glairer âC Polir.
- Quand le Livre eft hors de prefle , on le glaire en paflànt du blanc d'œuf fur le plat avec l'éponge, comme on a fait pour dorer, Sc on le laifle fécher ; au bout d'un quart d’heure, temps fufEfànt pour le delféchement, on le glaire une * féconde fois.; & fi le Livre n’eft pas encore aflez clair, on le glaire une troi-fieme fois, ayant toujours foin que le blanc d'œuf ne foit pas trop épais.
- , On prend enfùite un bout de chandelle , qu'on pafle légèrement & une fois feulement fur chaque plat ; ou bien on prend dans là main une goutte d'huile, qu'on étend & dont on frotte plufieurs volumes ; quelques Ouvriers fe contentent de frotter le Livre avec le dedans d’un bonnet de laine un peu gras : ce graifiement fort à faire couler le fer à polir.
- Ce fer eft une efpece de fpatule q, ( Fig. y, PL X ) , qui a un pouce environ d’épailïeur dans Ion milieu , Sc fe termine, du côté oppofé au dos, en bifeau émouffé ; quand ce fer eft chaud de maniéré qu'il ne puiffe gâter le Livre , on pofe le volume fur la table, une toile deftous, on l'accotte contre un ais retenu par un clou , ou contre la pierre à parer, Sc on pafte plufieurs fois le fer dans le même fons de la tête à la queue, & de droite à gauche ; fi on le pafloit en allant Sc revenant, on ne pourroît éviter de faire des ondes fur le Livre : on retourne le Livre pour le mettre en travers devant foi, & on paffe le fer en itous fens fur la largeur.
- Article Quatrième.
- Tirer les Signets SC Cambrer.
- L e Livre étant poli, on le prend dans fa main droite, on le feuillette en fai-font couler les feuillets dans fà main gauche, & on tire du dedans du Livre les fignets qu'on y avoit remployés, pour éviter qu'ils ne fulTent gâtés fors de la marbrure fur tranche • & de la dorure fur cuir. Cela fait on cambre le Livre : pour cela on pofe le dos fur la table & le plat devant foi ; on ouvre le Livre à peu-près par la moitié, Sc le tenant ainfi ouvert, les quatre doigts de chaque main for les feuillets Sc les deux pouces fur le plat, on appuie en dedans pour faire prendre à l’intérieur un peu de creux, & par conféquent un peu de convexité au carton en dehors. Cette opération eft nécelîaire pour donner plus de grâce au Livre à l'extérieur, Sc pour que la tranche des feuillets ou le côté de la gouttière foit mieux ferré ; enfuite on met fbn Livre à plat fur la table, on ouvre les cartons , Sc avec le marteau à endolfer on frappe quelques coups fur Relieur, Y
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- 78 L’ART DU RELIEUR.
- les quatre coins intérieurs du carton , & le Livre eft en état d’être rendu.
- Nous avons décrit dans les cinq Chapitres précédents, la maniéré de battre, de coudre les feuilles, de les couvrir de carton , de former le dos des Livres", de les couvrir de peau, de dorer la tranche & la couverture des Livres ; ainfî nous pouvons aflurer que nous avons rempli l’objet que nous nous étions pro-pofé , puifque nous avons fait connoître les différentes opérations que le Livre doit fubir depuis le moment qu’ il eft pris en feuilles dans le magafin du Libraire, jufqu à ce qu’il foit en état d’être mis dans nos Cabinets. Cependant nous nous Croyons obligés de décrire quelques opérations qui fe pratiquent moins communément , à, la vérité, mais qu’il n’eft pas moins avantageux de connoître ; nous elpérons même qu’on y trouvera quelques détails qui pourront fatisfaire la curio-fïté des Leéleurs qui aiment les Arts ; ce fera la matière des deux Chapitres fuivants, qui feront la conclufion de notre Ouvrage.
- CHAPITRE SIXIEME.
- Reliures qui font moins d’ufage.
- Nou S avons décrit dans les cinq Chapitres précédents, toutes les opérations qui fe pratiquent ordinairement chez- les Relieurs; comme c’eft ce qui fait l’efTem tiel de notre Art, nous avons eflâyé de les décrire dans le plus grand détail Sc le plus clairement qu’il nous a été poffible. Mais il y a encore d’autres maniérés de relier les Livres, qui, quoique moins ufitées, ne doivent cependant pas être omifes, fi nous voulons remplir notre objet, & faire connoître tout ce qui le pratique chez les Relieurs. Ces différentes reliures font celle en parchemin fimple, celle en chagrin, la reliure des Antiphoniers ou gros Livres de Choeur, celle à la grecque à dos brifé, des Cartes géographiques, des Atlas & autres grands Livres de figures ; celle des grands Regiftres de Bureaux, qu’on appelle Reliure de Lyon ; celle des Livres Chinois & Turcs ; enfin celle qu’on appelle Economique. Ce fera la matière d’autant d’Articles , dans lefquels, pour éviter les répétitions, nous aurons foin de ne décrire que ce qui fera abfolument différent des méthodes ordinaires.
- Article Premier.
- Reliure en parchemin fimple.
- O N prépare fon Livre de même que fi on vouloir le couvrir en veau ; mais avant que de mettre le parchemin, on colle des feuilles de papier blanc fiir le
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- Chapitre VL Âfkr. IL Reliure en Chagrin. 79
- dos du Livre & fur les plats de fon carton. Quand il eft fec, on prépare Ion parchemin , qui eft ordinairement teint en verd, on l’enduit de colle de farine par le côté de la fleur qui (e met en dedans, Sc le côté de la chair à l’extérieur.
- Article Second.
- Reliure en Chagrin.
- Le chagrin eft la peau dune elpece de mulet ou d’âne, appellé par les Orientaux Sagri , auquel on donne dans le Levant l’apprêt que nous lui voyons quand on l’apporte ici. Avant d’employer ces peaux, on les remet aux Parche-miniers, qui leur donnent la préparation qu’on appelle Raturer ; il faut quelles (oient raturées le plus mince qu’il eft poflîble ; mais comme malgré cela elles font toujours peu fouples, on les met tremper dans de l’eau froide, Sc on les laifle bien égoutter, ce qui fe fait en les eflorant dans un linge , de maniéré que la peau (oit plus (eche qu’humide, pour la rendre plus maniable ; lî elle eft trop humide , la colle ne prend pas facilement, Sc en fe féchant la peau (e retire fi fort, qu’elle fait travailler l’ouvrage. On pare erjfuite le chagrin fur les bords , aux endroits qui feront rabattus en dedans du Livre.
- Cette reliure demande beaucoup d’attention pour ne pas gâter le grain, qui fait toute la beauté du chagrin. On colle les peaux avec de la colle forte , la meilleure qu’on puifîe avoir, qui ne (oit ni trop claire ni trop forte, & on l’emploie bien chaude.
- Pour fouetter les Livres reliés en chagrin, on les entoure d’un carton (ouple avant de mettre les ais, & on a l’attention de ne point mettre le Livre en prefle que quand il eft bien fec.
- On ne donne guere d’autre couleur au chagrin que le noir, qui fe met avec de l’encre (ans gomme, qu’on y étend à trois ou quatre reprifes ; on fait fécher cette encre en frottant le Livre fortement avec une broffe bien rude de poil de lànglier ; on pafle fur la broffe un peu de cire vierge, Sc on frotte de nouveau jufqu’à ce que la couverture foit bien luftrée.
- Quelquefois on entoure les bords de fon Livre d’une bordure d’argent, de cuivre ou d’autre métal, qui empêche que le chagrin ne s’ufe en cet endroit : on les garnit aufli fouvent de fermoirs en métal ; mais ce travail ne fe faifent point par les Relieurs, fera la matière d’un Art féparé.
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- L’ART DU Rt LIE U Ri
- Sa
- Article Troisième.
- Reliure des Antiphoniersi
- Cette reliure ne différé en rien de celles que nous avons précédemment décrites, quant à l’affemblage, la couture, l’endoffement, &c ; nous ferons feulement remarquer que comme ordinairement ces Livres font grands , fort gros , îujets à fopporter beaucoup de fatigue, & qu’ils doivent durer long-temps, on multiplie les nerfs : on en met communément fix, fept, & quelquefois huit ; ces nerfs doivent être de bonne ficelle , qu’on met quelquefois double , & que le plus fouvent on entortille d’une laniere de peau pour leur donner plus de force.
- Les cartons doivent être des plus forts ; autrefois même on faifoit les couvertures en ais de bois ; mais on y a renoncé, parce que les vers les attaquent. Ces cartons font revêtus d’une peau de bafane ou de truie.
- La plus grande différence de cette forte de reliure, confifte dans la tranche-filure , qui, en effet, ne reffemble nullement à celle que nous avons décrite.' Elle fe divife en tranche-filure fimple & tranche-filure double. On fo fort d’une laniere de peau pafiee en mégie, qu’on coupe , autant qu’il fo peut, a fiez longue pour pouvoir tranche-filer avec une foule laniere, fins être obligé d’en ajouter ; on enfile cette laniere a dans une aiguille b> (PL XIII, tFig. i ê 8); on place le Livre entre fis genoux, la gouttière tournée devant foi ; on perce avec un fort poinçon le Livre de dedans en dehors, & le plus près qu’on peut du mords ; on retire le poinçon, & dans ce même trou on fubftitue l’aiguille, qu’on fait fortir au point c, ( Fig* i & 2 ) ; on laiffe pendre un bout de la laniere en dedans ; on pique avec le poinçon un fécond trou à côté du premier en d ; on ramene fi laniere d t c tn f (Fig* 3), lui faifint couvrir le bout qu’on alaiffé pendre & qu’on a rabattu fur le dos en dehors ; on fait entrer fon aiguille dans un fécond trou d9 la faifint fortir de dedans en dehors au point d ; on croife l’aiguille fous la première paffe c, comme on voit en b 9 (Fig. 1), pour lui faire former le nœud ou chaînette c, (Fig. 1 & 2, ) ; on ramene fi laniere de d en h , (Fig* 2), pour la faire fortir par le point i ; on forme un nouveau nœud ou chaînette , & aînfi jufqu’à ce qu’on foit arrivé à l’autre mords du Livre ; alors on fait entrer' le bout de la laniere en dedans, & on l’y colle contre le carton ; on recouvre-les nœuds ou chaînettes du bout de laniere e, ( Fig. 3 ) ,- qui fort par urf mords, embraffo le Livre dans l’épaifieur du dos, & eft collée en dedans du carton à l’autre mords : on apperçoit bien l’effet de cette bande en f9 (Fig. 3).
- Toute la différence de la tranche-filure double, confifte dans la foconde chaî, nette klm9( Fig* 2 ) , qui fe fait de même que la précédente , mais qui eft placée de maniéré qu’elle touche la tranche des feuillets : on la voit Fig. 4. Quand le Livre eft ainfi tranche-filé, on pouffe avec le fer à fileter ( Fig* y ) >
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- Chapitre VI. Art. IV. 'Reliure a la Grecque, 6 c. 81
- les filets a b c d efg> fur le plat de la couverture ( Fig. 6 & 7). Ce fer eft un peu différent de ceux qui fervent ordinairement aux Relieurs : il eft plus grand & n’eft point à roulettes , mais d’une feule piece, depuis a jufqu’à b , ( Fig. 5 ) ; d’ailleurs , on s’en fert comme des autres fers à roulettes , en le pouftànt devant foi. Les quatre angles du cadre hi kl, ( Fig* 7 ), font garnis de bolfettes de cuivre jaune h, (Fig. 9) , clouées avec des clous de cuivre. Ces boftfettes, ainfi appellées parce qu’en effet elles refîemblent aflez à celles qu’on met aux mords des chevaux, en même temps qu’elles font un ornement aux Livres, empêchent que la couverture ne frotte fur le lutrin, & prolongent fà durée. Onfoutientauffi pour la même raifon les angles m m avec des bandes de cuivre mince, qui garnit-fent le carton fur les deux plats, fur les bords intérieurs & extérieurs , & fur fon épaifîèur. Ces bandes, qu’on nomme Coins , font clouées avec des clous auffi de cuivre ; du côté du mords on met une bande n /zde cuivre , mais qui n’eft point taillée en équerre comme les coins , parce que cette partie eft foutenue par le mords du Livre. Enfin on attache deux lanières de peau en 0 Sc en p, (Fig. 7) , avec deux plaques de cuivre taillées en triangle, & afïujetties de dix clous. Cette laniere fert à tenir le Livre fermé en l’embraffànt par-de (lus la gouttière , comme on voit en p, ( Fig. 7 ) , & s’arrête fur le plat oppofé ( Fig. 6 ) , au moyen des deux bourdons s t Scg, ( Fig. 11 ) , qui font cloués fur le plat du Livre , & qui entrent dans les trous q r, pratiqués dans la laniere. Ces trous font garnis d’une lame de cuivre, pour donner en cet endroit du fbutien à la laniere. Enfin l’extrémité de la laniere eft revêtue d’une plaque de cuivre ui
- Article Quatrième.
- Reliure à la Grecque, à dos brifé.
- Nous avons décrit dans le cours de notre Ouvrage la reliure à la grecque, dans laquelle les nervures ne font point apparentes fur le dos. Nous avons remarqué dans cet endroit que cette reliure a fon avantage , en ce que quand le Livre eft un peu gros,on ne peut le lire commodément fans rompre le dos; & que celle à la grecque étant moins ferrée que celle à nerfs, remédie à une partie de cet in^ convénient. Mais comme cette méthode ne fauve pas encore toute l’incommodité d’un Livre un peu épais qui ne peut fe tenir ouvert de lui-même, & qu’on ne peut tenir ouvert fans faire effort avec les mains, on a imaginé la reliure à la grecque à dos brifé. Elle fe commence comme celle à la grecque ordinaire ; mais avant que de pafler en peau, on colle fur le dos du Livre une bande de papier un peu fort qu’on y laifle fécher ; enfuite on pofe fur ce dos, fans la coller, une bande de carton de la même longueur & largeur que le dos ; on prend pour cela un carton menu & lifte, qui ait affez de force, eu égard à fon épaifteur; on abbat un peu les arêtes , ou on le taille un peu en bifeau, en tête & queue, & le long des Relieur. X
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- 8a. L’ART DU RELIEUR:
- mords du Livre, afin quon n’apperçoive point d’arête fur la Couverture ; on imbibe de colle l’extérieur de cette bande, 8c comme la peau eft auffi imbibée de colle, elle s’applique fur la bande de carton , qui s’y attache en fe féparant du dos, auquel elle ne tient point, & donne du foutien à cette partie du Livre.
- Comme dans cette reliure le dos des feuillets ne fait point corps avec la couverture , quand on pofe le Livre fur une table ou fur un pupitre, il peut fe tenir ouvert, même jufques dans l’enfoncement qui fe trouve àla jonéïion des feuillets, ce qui donne bien plus de facilité à le lire.
- Article Cinquième.
- De la Couture des Livres d’Atlas, SC grands Livres d’EJlampes.
- Comme il n’efl pas poffible d’aftembler & de relier ces fortes de feuilles fans les plier en deux dans le fens de leur hauteur , outre qu’on ne pourroit pas les coudre, il arriverait encore que ces eflampes n’ayant point de marge intérieure, tout ce qui ferait vers le dos feroit abfolument perdu j on fent auffi, après ce que nous avons dit de la maniéré d’endofler les Livres , que cela ne pourroit pas fè faire à ceux-ci: c’eft pourquoi il falloir imaginer quelque moyen pour pouvoir les coudre , & que le Livre s’ouvrant, laiflat voir feitampe prefque comme fi elle eût été à plat : c’eft ce qu’on fait en collant ces figures fur des onglets.
- On taille une bande de papier plus ou moins fort, fuivant la force du papier fur lequel eft imprimée l’eftampe, d’une longueur égale à la hauteur de la figure, & plus ou moins large , félon qu’on a plus ou moins de figures à affem-bler ; nous en ferons appercevoir la raifon dans un moment. On plie fa figure en deux bien quarrément, de maniéré que les bords de l’impreffion répondent bien jufte les uns aux autres, & fans s’embarraflêr fi les bords de la feuille tombent exaélement l’un fur l’autre, comme nous l’avons dit quand nous avons parlé de la maniéré de plier les feuilles d’impreffion. La feuille étant pofée fur la table de maniéré qu’on ait devant foi le dos du pli , on plie fa bande de papier en deux parties égales, on l’ouvre, & on en fait paffier une moitié deflbus la figure, la faifànt entrer plus ou moins, félon l’épailfeur que doit avoir le volume, mais toujours faifant en forte qu’il y ait environ quatre lignes de collées fur le dos de la figure ; on colle cette bande avec de la colle de farine forte ; car il faut que l’union de la bande avec la figure, foit très-exaèle* A l’égard de l’autre moitié de la bande , on ne la colle point à la figure, parce que c’eft ce qui facilite à la Coufeufè de pouvoir faire entrer & fortir fon aiguille ; on fait la même chofè à toutes les figures du volume ; enfuite on les met les unes à côté des autres, fui-vant l’ordre où elles doivent être : on les donne en cet état à la Coufeufe, qui les coud en piquant dans le pli que forme l’onglet ; il faut que chaque onglée foit coufii, & que les nervures & le fil foient très-forts.
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- Chapitre VI. Art. VI. De la Reliure de Lyonî 83
- Le refte de l’opération ne différé en rien de celle que nous avons dit qui fe pratiquoit pour tous les Livres. Ces grands Livres fe couvrent comme tous les autres , en veau, en bafàne, en maroquin, en parchemin, en papier, 8cc ; on ne fàuroit feulement trop recommander au Relieur, de donner de la force au dos pour qu’il puiife fupporter la fatigue , Sç en même temps de la facilité à s’ouvrir pour qu'on en puiffe jouir commodément.
- Article Sixième.
- De la Reliure de Lyon.
- O N fe fert dans les Bureaux de finance, de grands porte-feuilles en forme de Livres, compofés de feuilles blanches de grand papier, fur lefquelles on doit écrire ; il faut donc que ces feuilles foient affemblées très-folidement, de maniéré cependant que le Livre s’ouvre très-aifément & jufqu’au fond de la feuille ; pour cela le côté de la couture doit être plat , fans quoi on ne pourrait que très-difficilement écrire fur ces feuilles. Cette forte de reliure , qui s’appelle Reliure de Lyon , eft permife aux Marchands Papetiers , concurremment avec les Relieurs, mais ordinairement ces derniers ne la font pas ; encore les Maîtres Papetiers ne la font-ils pas tous, elle n’eft guere pratiquée que par ceux qui ont la fourniture de quelques grands Bureaux. Cette reliure eft, à bien des égards , femblable à celle qui fe fait ordinairement chez les Relieurs ; l’aflèmblage , la couture, la rognure, la tranche-filure, font communes à l’une & à l’autre j comme on peut le voir (P/. XIV9Fig. 1 ). Il y a cependant quelques différences que nous allons faire appercevoir : i°. les nervures fe font de deux ficelles a a a ; 20. entre chaque nervure on a foin de faire une chaînette b b b, pareille à celle qui fe fait en tête 8c en queue cc. Comme ces Livres font plus expofés à fatiguer que d’autres, ona befoin de donner plus de foutien aux feuilles par ces doubles nerfs & ces chaînettes intermédiaires ; c’eft auffi pour cette raifon qu’on a foin de tenir les tranche-files ddflxxs fortes que dans un Livre ordinaire. Quand les feuilles font ainfi coüfues & aflemblées, on les couvre.
- La couverture de ces porte-feuilles fe fait avec de forts cartons revêtus de parchemin ou de vélin blanc ou verd, ou de peau de mouton teinte en verd ou en bleu, quelquefois même de bafàne paffée en veau, 8c enrichis d’ornements faits avec les fers à dorer, comme on voit &naa9 (Fig. 2 & 3 ). Cette couverture efl en trois pièces ; lavoir, deux B & D, ( Fig. 1 & 2) 9 pour chaque plat, & une troifieme AB9 (Fig. 3 ) , qui doit faire le dos. Ces trois cartons font coupés bien quarrément & bien droit, prenant foin qu’il n’y ait aucune bavochure à l’endroit où la pointe a coupé. On pofe fon carton B fur une table près de celui de C, ( Fig. 1 ) , de maniéré qu’il ne s’en faille que de quelques lignes qu’ils fe touchent, pour laifler le jeu au mouvement de charnière : on
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- 84 L'ART DU RELIEUR.
- colle fut chacune des deux faces extérieure & intérieure , de fortes bandes de parchemin ; mais celle de la face extérieure fe colle à plat, au lieu que celle de la face intérieure doit être enfoncée de maniéré qu’elle touche la bande de la face extérieure, ce qui fe fait en enfonçant, avec un poinçon arrondi par le bout 9 la bande intérieure, Sc cela fe remarque à la Figure i, par le petit canal ou gouttière i k, qui donne au plat B, le mouvement de charnière néceflaire. Le carton doit être revêtu avant que de l’appliquer fur les feuilles qu’on y veut enfermer ; il faut feulement avoir eu foin de tracer fur le dos AB,( Fig. 2 & 3 ), & fur le plat CD, (Fig. 2 ) , les lignes b b, qui doivent circonfcrire les pattes ou bandes EFG; quand on fait des enjolivements au fer, on n’en met point; aux endroits qui doivent être couverts par ces pattes.
- Les bandes ou pattes E F G , ( Fig. 2 )9Scccc9 (F ig. 3 ) font des morceaux de maroquin ou autre peau, que l’on coupe de largeur proportionnée au nombre qu’on en veut mettre relativement à la grolfeur du Livre ; ce nombre n’excede pas quatre pour les plus gros, & n’eft pas moindre de trois "pour les plus petits. A l’égard de la longueur, elle eft toujours telle qu’elle occupe la moitié du plat de la couverture, comme on voit en CD> (Fig. 2). On colle cette peau fur une bande de fort papier grand Aigle, pour lui donner plus de fermeté, 8c par conféquent plus de foutien au Livre, Sc empêcher en outre que la bande ne fe recroqueville.
- On pofe ces pattes fur le carton, 8c on les y afiujettit fur le dos Sc fur le plat avec un fil 1., 2, ( Fig. 3 ) , & 1, 2 , ( Fig. 2 ) , bande G; on marque avec un compas les endroits où feront les trous 3 , ( Fig. 2,3 & 4 ) , qui ferviront à paffe-menter les pattes , comme nous l’expliquerons dans la fuite ; ces trous font à environ trois quarts de pouce de diftance les uns des autres ; on les commence a l’emporte-piece fur le carton, de maniéré que l’on perce du même coup Sc la patte & partie du carton ; il vaudroit mieux encore ne fe fervir que du poinçon pour former ces trous ; car comme il faut que le cordonnet remplifie jufte le trou, & que même il faut battre un peu le carton fur le plat pour remplir un peu le vuide , il pourroit arriver que le cordonnet joueroit trop & ne remplirait pas le trou quand il eft fait à l’emporte-piece ; on met fur ces pattes des numéros qui font répétés fur le carton, & on enleve les pattes pour finir le trou. A l’égard du carton, on le perce du dehors au dedans avec un fort poinçon, & on a foin de lever avec le couteau à parer, les bavochures qui fe trouvent en dedans du carton. Toute cette préparation étant faite, il s’agit de mettre le Livre A dans le porte-feuille B, ( Fig. 1 ) ; pour l’y aflûjettir, on prend des tirets de parchemin , femblables à ceux dont on fe fert pour affembler des pièces Sc aétes de procédures, mais beaucoup plus forts encore; on fait palfer ces tirets entre les cahiers 8c le nerf du milieu de fon Livre, comme on voit mef, ( Fig. 1 ) : on paffe autant de tirets qu’il y a de nervures ; ainfi dans un Livre de la grofleur xepréfentée par la Figure première, il y aurait quatre tirets ; pour donner plus
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- Chapitre VI. Art. VI. De la Reliure de Lyon. 8f
- de lolidité à Ion Livre, il eft indifpenlàble de mettre de pareils tirets en g & en h, ( Fig. i ). Quand ces trois tirets font pofés , fi le dos du Livre a un peu d’é-paifTeur, on peut en mettre de faux , qui n’entrent point entre les feuillets , & qui font feulement pafîes dans les trous il, ( Fig. i ) du carton : ces faux tirets fe voient Fig. 3 ; ils font marqués//, entre celui du milieu 8c le troifieme , 8c ils ne fervent que d’brnement for le dos.
- On préfente fon Livre dans fon porte-feuille, ayant foin de le mettre bien droit, 8c tout de fuite on fait entrer les tirets ef dans les trous ff du carton ( Fig. 1 ). Quand tous les tirets font paffés, on ferme le carton; on fait paffer les tirets, dont on voit le bout en b 8c en c/, ( Fig. 3 ) , à travers le carton 8c à travers les pattes ; on lés noue alors d’un nœud lâche, feulement pour aflujettir le Livre jufqu’à ce qu’il foit encartonné. Je crois que perfonne n’ignore que ces tirets fe font avec une petite bande de parchemin , de la longueur qu’on veut, 8c de la largeur d’environ fix lignes, qu’on humeéte légèrement d’eau ou avec la bouche, & qu’on roule avec le plat de la main fur un carton ou fur le genou.
- Quelques Papetiers, pour donner plus de folidité à leurs Livres, font la pointe aux nerfs a, ( Fig. 1 ), comme nous avons dit que les Relieurs la faifoient; ils font un trou de poinçon rn , un peu au-deffus du nerf, dans l’endroit de la couverture qui eft entre le dos & le plat, ce que les Papetiers appellent la Charnière ,ik, ( Fig. 1 ) , 8c les Relieurs le Mords : iis font entrer la pointe de leur nerf dans ce trou, du dedans au dehors, puis ils le repaiïent de dehors au dedans dans un autre trou l, fait for le plat du carton ; ces deux trous doivent être exactement couverts par la patte. C’eft cette opération que les Papetiers appellent Encartonner ; beaucoup d’entr’eux ne la font pas, & le Livre n’en eft pas moins propre ; mais il s’en faut de beaucoup qu’il foit auffi folide, for-tout s’il eft d’une certaine épaifleur ; cela fait, on ouvre fon carton, on met le Livre dans la prefïe à rogner, pour pouvoir approcher le dos du porte-feuille le plus près qu’il eft poffible du dos du Livre ; alors on défait le nœud des tirets qui n’étoit que commencé ; on les humecte de nouveau avec de l’eau ou de la falive , pour pouvoir les tourner plus aifément ; on fait un double nœud que l’on tourne proprement, afin que le tiret faffe une efpece de corde ef> ( Fig. 3 ) ; on repalfe chaque bout du tiret dans le trou e 8c dans le trou f ; quand il eft fec, on coupe ce qui excede deftous la patte > de maniéré qu’il ne paroifle pas ; on fait la même chofe de fuite dans toute la longueur du dos , tant pour les vrais tirets que pour les faux. En repaflânt le tiret dans le trou de la patte, il faut apporter beaucoup d’attention , pour ne pas arracher le côté de la patte. Il ne refte plus qu’à paflementer les pattes for le plat de la couverture, comme on voit en E F G, ( Fig. 1 ). Cette opération, en même temps quelle affermit la patte for la couverture du Livre , fait auffi un ornement qui a plus ou moins de grâce , foivant le goût de celui qui l’a fait. Nous avons repréfenté en. E F deux différentes façons de les faire.
- Relieur.
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- 86 L'ART BU RELIEUR.
- Quand on veut paflementer, on prend du petit ruban de fil étroit, ou une laniere de peau, ou quelquefois du cordonnet de fil ; le cordonnet eft toujours plus folide & plus aifé à employer que le ruban , qui fe rouie & n’a pas bonne grâce, & que la peau , qui eft fujette à fe cafter dans les mains de l’Ouvrier ; on en coupe la longueur qu7on juge à peu-près convenable ; car il faut que le même morceau ferve à paflementer toute la patte, ou fi Ton fait un nœud, il faut avoir foin qu’il fe trouve en deflous.
- On met fon ruban ou fon cordonnet en double ; on coupe le côté oppofé aux deux bouts : on fait entrer ces deux bouts dans le trou n, ( Fig. r ), par le dehors du carton, ou dans le trou i de la Figure 4, qui repréfente le deftous de la patte ; ainfi les bouts a du ruban entrent par le trou c , ( Fig. 2 ) , de la patte en deflus du carton , ou par le trou r de la Figure y , qui repréfente le deflus de la patte , & pendent en dehors, pendant que les deux bouts oppofés b b , pendent en dedans ; on fait repafter les deux bouts b b par les trous 0 0 , ( Fig. 1 ) , ou par les trous 22, ( Fig. 4 ) , & alors les quatre bouts aa^bb, du ruban > font en deflus de la patte ( Fig. y ) ; on prend enfuite de la petite ficelle très-mince , ou du gros fil de Bretagne retors, 8c on enfile à chaque bout une grofle aiguille à coudre ; on amene le bout du ruban 1 a , ( Fig. y ), fur le trou 4 ; on pafle l’aiguille dans ce trou 4 de dedans en dehors, & on la fait repafter dans le même trou de dehors en dedans, ce qui forme une boucle d , dans laquelle pafle le bout du ruban 1 a ; on tire en deflous fon fil de maniéré qu’il foit caché entièrement dans le trou 4 ; on fait la même chofe du côté droit de la patte , amenant l’autre partie du ruban r a, fur le trou 8. Avant de ferrer le ruban contre la patte, on fait pafler deflous , le bout 2 b de la gauche qui doit être porté fur le trou 9 , 8c qu*pn doit ferrer de même que le précédent ; on amene le ruban 2 b de la droite fur le trou y de la gauche , faifànt pafler ce ruban par-deflus 1 8, & deflous 2 b, & ainfi des autres jufqu’à la fin. On peut prendre une idée plus claire de l’arrangement de ces paflements entr’eux, en confultant la Figure 2 en G. On conçoit aifément fans doute , d’après ce que nous avons dit, que les quatre bouts du ruban forte nt du deflous du carton en c d e; que l’un des bouts c vient enjf, & l’autre en g ; que le bout d vient en /, & le bout e en A, paflànt par-deflus c g & par-deftous d i ; le bout/Vient en /, paflànt deflous e h ; le bout g vient en k , paflànt deflus d i & deflbusf l ; le bout h vient en n, paflànt deflous gk \ le bout i vient en m, paflànt deflusfl 8c deflous k n : quand on eft arrivé aux points 0, I & p , on ne croife plus les fils, mais on fait pafler le bout 0 dans le trou q , le bout 1 dans celui 2, & le bout p dans le trou r ; on les arrête comme les précédents, & on les coupe en deflous, laiflànt un petit bout qui fe colle fur le carton ; on pafle un peu de colle en dedans du carton fiir les trous & fur les cordonnets, pour les arrêter, remplir les trous & abattre les bavures ; enfuite on bat un peu le carton, afin que le paflement ne paroifle point au travers des gardes : on colle même une bande de papier deflus. Il ne refte plus
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- Chapitre VI. Art. VII. De la Reliure des Livres Chinois. 87
- qu’à mettre les cordonspq9( Fig. i ) , & à coller en dedans du carton I kp q -
- ( Fig. I ), des feuilles de papier qu’on appelle Gardes, en obfervant de les faire
- bien entrer dans la charnière i h. Il eft à propos de féparer en deux la première
- de ces gardes , laquelle étant collée , on abattra le porte-feuille pour que la partie
- qui eft du côté de la tranche, fe colle à la diftance qui convient du bord, Sc tout
- de fuite on en colle une autre par-defïus.
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- Article Septième.
- De la Reliure des Livres Chinois.
- Nous n’entreprendrons point de parler ici fur l’antiquité de l’Imprimerie à la Chine , ni de la maniéré dont cet Art s’y pratique , qui efl très-différente de celle d’Europe ; il nous foffira de dire que quand on veut faire imprimer un ouvrage, on le fait tranfcrire par un bon Ecrivain fur du papier fin & tranfpa-rent. Le Graveur colle chaque feuille fur une planche de bois de pommier, de poirier, ou de quelqu’autre bois dur Sc bien poli ; & avec un burin il fuit les traits de l’écriture, & taille en épargne les caraéteres , abattant tout le bois for lequel il n’y a rien de tracé, ce qui fait autant de planches différentes qu’il y a de pages à imprimer. Four tirer cette impreffion, on pofe là planche de niveau ' d’une maniéré ftable ; on la frotte avec une brofïe dure trempée dans l’encre, Sc on fait couler fur le papier pofé fur la planche, une autre brofïe oblongue Sc plus douce que la première, prefïànt plus ou moins, félon qu’il y a plus ou moins d’encre fur la planche , & pafïànt la brofïe fur toute la feuille à plufieurs fois. Cette forte d’impreffion va très-vite: on prétend qu’un Ouvrier, ïàns fe fatiguer, peut tirer près de dix mille feuilles par jour.
- Les Chinois écrivent & impriment leurs Livres de droit à gauche & du haut en bas : ils commencent où nous finifïons les nôtres; c’eft-à-dire , que notre derniere page eft, pour eux , la première. Leur papier efl fi mince Sc fi tranfpa-rent, qu’il ne pourroit fouffrir une double impreffion, fans que les caraéteres fe confondiffent ; aufli chaque feuillet n’eft imprimé que d’un côté, Sc eft plié de maniéré qu’on met le côté blanc C, ( Fig. 3 , PL XF) , en dedans , & le côté Imprimé D D, ( Fig. 1 & 3 ) , en dehors ; ainfi chacun defdits feuillets eft double ; cependant le papier eft fi mince, qu’on a peine à s’en appercevoir : un trait noir B, ( Fig. 1 3 ) * indique l’endroit ouïes feuilles doivent être pliées,
- Sc fert de réglet comme les trous que font les pointes aux feuilles que nous imprimons , pour les plier également, afin que les pages fe répondent ; ce réglet efl: enrichi d’ornements ou de caraéteres a a a , ( Fig. 3 ) , du côté qui doit former la tranche du Livre ; de maniéré que tous les feuillets étant pliés, & le Livre coufu Sc fermé, là tranche paroît au doigt & à l’œil aufli vive que fi elle avoit été rognée, & l’ornement qui fépare chacune des pages, y forme une
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- 88 CAR T DU RELIEUR;
- variété très-agréable. Toutes les feuilles étant ainfi pliées, on les met les unes fer les autres , le repli B, qui forme la tranche , en dehors , & l'ouverture A , du côté qui fera le dos. Ces feuilles ne fent rognées que par la tranche du haut du Livre, qui eft à la tête, & par la tranche du bas qui lui eft oppofée. Nous ne lavons point comment ils les rognent, ni quelle preffe ils emploient; mais il eft aifé de s’imaginer qu’ils lavent les affujettir de maniéré qu elles ne puiffent fe déranger, de même que nous le voyons faire chez les Papetiers qui veulent rogner des mains de papier.
- Les Chinois couvrent leurs Livres d’un carton gris aflez propre, ou d’une elpece de papier lilîe fort, de couleur jaune, d’un latin fin ou d’un petit taffetas à fleurs G , ( Fig. i ) , qui eft propre & ne coûte pas beaucoup. Il y a auffi des Livres couverts d’un brocard rouge femé de fleurs d’or & d’argent.
- Les feuilles étant aflemblées & rognées, ils les coufent ordinairement avec une bonne foie torfe de couleur, mife en double aiix points b b, c c, dd, e e, I & % , PL XV}, ayant loin que la foie occupe toute la longueur du Livre de a en f9 ( Fig. 2 } ; de-là elle pâlie en g, pour revenir embraffer l’autre côté du Livre; les deux extrémités haut & bas E E du Livre, font couvertes d’un petit morceau d’étoffe de foie ou autre ; le refte de la couverture JT eft, comme nous l’avons dit, couvert en papier ou carton mince. Quand on veut faire une reliure un peu plus recherchée , telle qu'aux Livres qui font couverts d’étoffe ou de brocard , on fait aux extrémités du haut 8c du bas, une double couture F Fy ( Fig. I ), qui donne encore plus de foutien à cette partie qui fait le dos du Livre. On apperçoit aifément cette double couture en A , ( Fig. 3 ), & en F F, ( F ig. 1 ). La partie III eft couverte, comme à l’autre Figure, d’un papier ou carton jaune, & quelquefois doré. On colle ordinairement fur un coin de la couverture, une petite bande de papier, fer laquelle eft écrit ou imprimé le titre du Livre. i
- Quoique cette maniéré de relier foit fort différente de la nôtre, & qu’elle lui foit inférieure , elle ne laifle pas d’avoir fon agrément, & là propreté : elle eft même très-folide , puilque, comme l’on voit, chaque cahier eft pris dans la couture de toute la partie I /, (Fig. 1 ) ; & comme la couverture de ces Livres a de la fouplefîe & de la flexibilité, cela fait qu’ils s’ouvrent aflez facilement, & fe tiennent ouverts fur une table , comme on voit Fig. 3.
- Il faut cependant convenir que cette fouplefîe de la couverture, rendrait ces Livres fort incommodes à placer fer les tablettes des Bibliothèques , en la maniéré que nous y pofons les nôtres ; mais auffi les Chinois mettent leurs Livres dans des elpeces de boîtes de carton A , B, C, D, ( Fig. 3 , PL XVI} , aflez fembfables à celles qui fervent dans les Bureaux pour mettre des papiers. Le defliis E de ces boîtes, fe leve en A B au moyen d’une charnière, & le devant F s’abaifle par un pareil mouvement de charnière en CD, pour pouvoir en tirer le Livre. Les volumes qui traitent d’un même fujet font tous enfermés
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- Chapitre VI. Art. VII. De la Reliure des Livres Chinois. 8<>
- dans une même boite. Elles peuvent fè placer de même que nos Livres ; le côte oppofé au côté F, porte une étiquette en caraéleres Chinois, fur laquelle on écrit ce que contiennent les Livres qui font dedans ; le deflus Sc les côtés de ces cartons font couverts d'une petite étoffe ou brocard, qui eft ordinairement, d'affez bon goût. Sur le plat E de la boîte, on colle une petite bande d de papier, fur laquelle eft le nom Ôc l'adreffe du Marchand.
- A Fégard des Livres de figures, d'eftampes ou de defTeins, on les colle fur des cartons qui s'affemblent au bout les uns des autres , & fe replient les uns fur les autres en forme de paravent ( Fig. 4, PL XVIoh D repréfente Fef* tampe , & le côté F qui fe replie deflus Fexplication de cette eftampe ou de ce deffein. On développe ainfi toutes fes feuilles jufqu'à laderniere, & on ferme cette efpece de Livre en les repliant toutes les unes fur les autres jufqu'à la dernière A(%.5) , dont l'envers efl: couvert d'une étoffe fèmblable à celle du deflus E de la boîte ( Fig. 3) : les bordures c c c du deflèin & de l'explication , font encadrées par des bandes de la même étoffe. Quand le deflein eft plié ( 5 ) , on rabat la partie C de la boîte fur D, puis E fur C, & on ferme
- la boîte au moyen de deux anneaux de cuir c c, ( Fig. 3 ) , attachés au devant F de la boîte, dans lefquels on fait entrer les chevilles d'ivoire a , ( Fig. 3 & 5), un peu à force ; ces chevilles tiennent au couvercle de la boîte par des petites lanières de peau b ; deflus ce couvercle il y a une étiquette qui indique ou l'adreffe du Marchand , ou ce que contient la boîte.
- M. Capperonnier, Garde des Livres de la Bibliothèque du Roi, a bien voulu me communiquer quelques Livres Turcs. Leur reliure, qui re(Terrible affez à la nôtre , quant à la couture & à la tranche-filure, eft fort différente par la maniéré dont le dos eft fait, ainfi que leur couverture. On voit Fig. 4 & ÿ 9 PL XVy un de ces Livres ; le dos A, (Fig. 4), eft à pans , au- lieu d'être rond ou plat comme dans nos Livres ; les deux pans a a font un peu creufés en forme de gouttière par en dehors. Un des côtés de la couverture eft prolongé, & fe plie de maniéré qu’il peut embrafler la gouttière b, ( Fig. y ), & la partie c fè rabat fur le côté comme la patte d'un habit fur la poche, ou encore mieux , comme on voit à certains porte-feuilles de poches, qui fe ferment à clef ; quelquefois même cette patte fe loge entre le côté d de la couverture & les feuillets, comme on peut le voir en e, ( Fig. 4). La couverture eft enrichie d'ornements pouffes avec le fer à dorer. Quelquefois ils font dorés comme les dentelles que nous .mettons fur certains Livres, mais le plus fouyent ils ne font faits qu’au fer chaud.
- Relieurî
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- FART DU RELIEUR;
- CHAPITRE SEPTIEME.
- 0à Von traite de la maniéré de laver les Feuilles, de les régler
- ÔC de les parfumer.
- Article Premier.
- Laver les Feuilles.
- O n ne lave point ordinairement les feuilles avant que de les coudre ; mais quand on veut donner à un Livre toute la propreté & toute la recherche pofli-blés, on fait cette opération, qui contribue même à donner plus de fermeté aux feuilles, & à les rendre d’un plus grand fervice. On le fait encore aux vieux Livres qu’on veut relier à neuf, & de deflus les feuilles defquels on veut faire dilparoître les taches. Alors on défàffemble les cahiers , & on les met tremper dans un baquet plein d’eau claire, dans laquelle on fait diiîoudre de l’alun, les y laiflânt le temps nécefîàire pour les blanchir ôc nettoyer ; enfuite on retire ces cahiers de l’eau, & on les étend fur des cordes pour qu ils fechent. Nous n indiquons point la quantité d’alun qu’on met dans l’eau , parce qu’on en met plus ou moins, fuivant la grofleur du Livre ou la quantité de volumes qu’on veut laver ; mais quand on lave les feuilles en blanc, ou avant que le Livre ait été relié, pour les rendre plus blanches & les affermir, on met fur cinq pintes d’eau ordinaire, un quarteron d’alun de Rome, & un demi'quarteron de colle de Flandres ; on fait bouillir pendant l’efpace de trois heures environ , jufqu’à ce que le tout foit réduit à moins de moitié , après quoi on pâlie la liqueur dans un linge bien blanc, afin qu’il n’y refte aucune ordure qui puifle falir les feuilles; puis on la jette dans un baquet avec trois ou quatre féaux d’eau.
- . Lorfque cette eau eft ainfi préparée, on prend des feuilles pliées en deux ; on les tient de la main gauche, & de la droite qu’on trempe dans fon eau d’alun , on afperge les feuilles, les élevant par le bout qui eft dans la main, afin que l’eau coule ftir la fuperficie de la feuille ; on les reprend enfuite par l’endroit qui étoit en bas ; on jette de l’eau deftus comme la première fois ; puis les prenant à deux mains, on les plonge toutes enfemble dans le baquet, les retirant promptement ; on commence à mouiller avec la main, afin que l’humidité fe communiquant fur toute la furface des feuilles, elles prennent plus aifément autant d’eau qu’il leur en faut dans le trempement, ce qui ne fe feroit jamais fi également , fi on ne prenoit cette précaution.
- Quand on lave des in-dou^e, on plie les feuilles par l’endroit de la bande qui
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- Chapitre VII. Art. I. Laver les Feuilles. fe coupe y afin qu'en les mettant fur les étendons, la partie blanche de la feuille fe trouve appuyée fur les cordes & non pas l'imprimé, ce qui pourroit faire marquer la feuille. Les feuilles étant ainfi mouillées, on les met d'abord en prefle , afin d'exprimer toute l'eau , Sc qu'elles fechent plutôt fur les cordes ou on les pofe.
- La prefie dans laquelle on met les feuilles mouillées, eft compofée feulement de deux ais de bois de chêne , qu'on ferre par le moyen de deux vis de bois qui paffent à leurs deux bouts oppofés.
- Ce que nous venons de dire a beaucoup de rapport avec une méthode qui elt en ufàge en Allemagne, pour donner de la confiftance aux papiers fur lefquels. la plupart des Livres font imprimés dans ce pays. Ces papiers font fi mauvais & fijfluants y qu'ils ne pourroient fouffrir le marteau fans fe rompre, Sc fans que 1 impreffion fe maculât encore davantage qu'elle l’eft. Mais les R elieurs lavent donner à leurs papiers un apprêt convenable. Je vais rapporter la méthode qu'ils pratiquent, telle quelle m'a été communiquée de Strasbourg , par M. de^ Regemorte, ancien premier Commis de la Guerre, qui a bien voulu faire les recherches néceflaires chez les gens de l'Art.
- Cette méthode confifte à faire une eau de colle, compofée de trois quarterons de bonne colle de Cologne , diflbute dans vingt-quatre pintes d’eau, en la faifànt bouillir un peu fur le feu ; quand elle eft retirée, on y jette un quarteron d'alun f Sc on fait paffer le tout à travers une étamine, dans un vafe de grandeur conve-. nable : l'alun peut être placé dans ce vafe fans avoir été mêlé avec l'eau de colle.1
- Quand cette colle eft préparée, on plie les feuilles une à une en deux ou in-folio y Sc on les pofe les unes fur les autres. Le Colleur en prend quatre , cinq ou fix par les deux extrémités du pli, & les fait paffer dans l'eau de colle y entretenue à un degré de chaleur qui permette d’y tenir la main : il les laiflè égoutter, Sc les pofe fur une planche inclinée au baquet, en forte que la colle fùperflue y retombe. Quand toutes les feuilles ont pafïe à la colle, on les fépare pour les fufpendre une à une fur des cordes de crin , où on les laiffe fécher avec la précaution de ne pas les expofer au foleil dans la belle faifon , ni de les tenir dans un appartement trop échauffé en hiver. Avant de fufpendre ces feuilles % on les met en prefle, pour achever d'en exprimer la colle.
- Article Second; }
- Régler ou Encadrer les Feuilles. ,
- Les Livres quon lave font ordinairement réglés, c’eft-à-dire, qu’on trace en tête, en queue & fur la marge, des lignes ronges qu[ enferment l'imprimé & forment une efpece de cadre aflèz agréable à la vue. Ces lignes fe tracent avec une couleur rouge, qui eft la même que celle dont on fè fert pour faire la
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- ÿ2 L'ART DU RELIEUR.
- marbrure en écaillé, excepté qu’on ajoute à la décoélion la valeur dun demi-ièptier de vin rouge, & une cuillerée de vinaigre. Le titre courant qu’on met au haut des pages, eft entouré d’une double ligne ; quand le Livre eft imprimé à deux colonnes, on tire une ligne entre chaque colonne.
- On fe fert, pour tracer ces lignes, d’une réglé de bois ordinaire, & d’un réglet de cuivre ; la réglé efl: la même qui fert aux Deffinateurs. A l’égard du iéglet, c’eft un petit morceau de cuivre jaune plié en deux, dont le côté qui réglé forme la rainure, & qui eft attaché par le milieu d’un de ces côtés, à un morceau de bois de la longueur d’un manche de canif , de forme & de grofleur arbitraires, félon que chacun trouve plus commode. '
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- Article Troisième.
- Parfumer.
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- Enfin quand on defire que le Livre foit parfumé , on emploie du mule ; les autres odeurs font moins en ulàge, parce qu’on a beaucoup de peine à les faire prendre ; & que quand même on y parviendrait, elles ne durent que très-peu de temps.
- Il n’y a que peu de perfonnes qui aient cette recherche pour leurs Livres ; ïrraîs il n’y a rien de fi aifé que de leur donner du parfum : il ne faut que prendre une petite quantité, comme trois ou quatre grains de mufe, qu’on met dans de l’eau de fleur d’orange , où l’on proportionne les dofes d’eau & ide mule à la quantité de feuilles qu’on veut parfumer ; on délaie le mufe & l’eau dans un mortier avec un pilon ou même avec les doigts.
- Cette préparation , qui eft bien fimple, étant faite, on prend une petite éponge qu’on trempe dans cette liqueur ; on la pafle fur les deux côtés de chaque feuille, qu’on ôte à melure, Ôc qu’on étend fur des cordes pour les faire fécher. Il faut avoir loin que 1 éponge pafle fur toute la fuperficie des feuilles, autrement le parfum jauniflânt toujours un peu, il fe trouverait des endroits de la feuille qui feraient moins blancs que d’autres, ce qui occafionne-roit une fenfible difformité. ^
- Mais il y a encore un procédé bien plus fimple pour parfumer un Livre ; il confifte à mettre dans une armoire où on enferme le Livre, une fiole dans laquelle il y ait du mule. On a vu des Livres ainfi parfumés, étant en feuilles ou brochés, prendre fi bien l’odeur du mule, que la reliure ne la leur failoit point perdre : plus on les battoit, plus l’odeur le failoit fentir, & elle fe lou-tenoît encore long-temps après que le Livre étoit revenu de chez le Relieur., On peut auffi parfumer âz meme les Livres déjà reliés.
- FIN.
- EXPLICATION
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- EXPLICATION DES PLANCHES.
- PLANCHE PREMIERE.
- T j a Figure première repréfente la feuille in-folio ouverte & pofée fur la table 9 la bonne lettre à main droite en - haut contre la table. Comme dans cette pofition on ne peut point voir cette lettre, ona fait un pli ou oreille au papier. La ligne ponéluée a b9 repréfente l’endroit ou on doit plier la feuille; ce pli palîè par les trous des pointures c 9 d.
- La Figure 2 repréfente le feuillet intérieur d’un in-folio 9 dont le cahier éft compofé de deux feuilles. Ce fécond.feuillet fe met en dedans de celui de la Figure première, ef Ligne ponétuée, dans le fens de laquelle fe plie ce feuillet*. g9h9 Trous des pointures.
- La Figure 3 repréfente la feuille in-quarto ouverte & pofée fur la table prête à être pliée, la bonne lettre à main gauche, ik9 Endroit on la feuille fera pliée. l9m9 Trous des pointures.
- Figure 4, la même feuille pliée fuivant la ligne i k, n 0 9 Ligne fui van t laquelle la feuille eft pliée en dernier.
- La Figure j" repréfente la feuille in-octavo 9 où on voit la bonne lettre à main gauche en bas contre la table, p q 9 Ligne dans le fens de laquelle on plie cette feuille en premier lieu. r9 s 9 Trous des pointures. Fig. 6 9 La même feuille pliée fuivant la ligne p q de la Figure j. Figure 7, Cette feuille pliée fuivant tu 9 de la précédente Figure, Enfin la Figure 8 fait voir la même feuille totalement pliée.
- • La Figure 9 repréfente la feuille de 1’in-douqe 9 dont le feuilleton s’encarte : on voit la bonne lettre A à main gauche en haut contre la table, & à main droite le parallélogramme c dgh repréfente le feuilleton, ab9 Ligne fuivant laquelle on plie la feuille entière. e9f9 Les pointures. Au bas de la page 11, à main droite, on voit la fignâture A vj. Figure 11, Cette même feuille pliée en travers fuivant la ligne ab 9 de la Figure 9 : on voit alors la fignâture A v à découvert & à fa main droite. Figure 13, Cette même feuille, où on fait voir le feuilleton a b c d de la Figure 11, plié & prêt à être féparé du gros cahier. Fig. 10, Ce feuilleton féparé mis fur la table, la fignâture A v à main gauche en bas contre la table. Figure 12, Le gros cahier plié. Figure 14, le feuilleton auflî plié & prêt à être inféré au milieu du gros cahier.
- La Figure 1 j1 repréfente la feuille de ïin-dou^e 9 dont le feuilleton ne s’en^ cartant pas, fe met féparément Sç à côté du gros cahier : on voit la bonne lettre Relieur. A a
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- m EXPLICATION
- â la même polîtioîl quà la Figure 9* Le parallélogrammegbhc\ main droite, *eft le feuilleton dont on voit la fignature B ij au bas de ta page 19. i9 k , Trous .des pointures, ef9 Ligne foivant laquelle on plie la feuille entière. Figure 16 9 Cette feuille pliée en travers fuivant la ligne ef de la Figure iy. Figure 17, -repréfente le feuilleton Imno rabattu & prêt à être féparé du gros cahier. Figure 18, Ce feuilleton plié. Figure 19, Le gros cahier plié finiflant par la page &6y à côté de laquelle fe met le feuilleton B* commençant par la page 17.
- PLANCHE SECONDE.
- La Figure 1 repréfente la feuille de ïin-dix-huit pofée fur la table, la bonne lettre A à main droite en haut contre la table.Les lignes ab% cd> font les endroits ou on doit plier & couper les trois bandes lignées A9 B9 C. e9fhts trous des pointu-res qui fe trouvent au milieu de la bande B. Fig. 2*, La même feuille, à laquelle on a rabattu la bande A 9 pour la féparer de la bande B ; on fépare de même la bande B de la bande C. La Figure 3 repréfente la bande C mife en travers for la table, la lettre C à main gauche en haut, la face contre la table, hi , Ligne foi* vaut laquelle on rabat la partie hi mn de cette bande qui doit faire le feuilleton. Figure 4, On voit ce feuilleton rabattu for la bande. Figure y , Ce même feuilleton plie 3c prêt à être inféré dans le gros cahier Fig. 6.
- La Figure 7 repréfente la feuille de 1’in-vingt-quatre. Comme cette feuille fert pour deux exemplaires, on commence par la couper en m9 n9 dans les trous des pointures o9p.q9r9 Réglets qui fervent à plier le feuilleton de la demi-feuille.
- La Figure 8 eft la moitié de cette feuille prête à être pliée. On voit à main gauche en bas contre la table, une des bonnes lettres A; l’autre B ne peut paroî-tre , parce quelle eft au bas de la page 17. s t9 Ligne fuivant laquelle on plie la bande s s ytt, qui doit être le feuilleton. Figure 9, Ce feuilleton féparé & plié. Figure 10 , Le refte de cette demi-feuille plié foivant la ligne ux de la Figure 8. y 1, Ligne ponéluée, dans le fons de laquelle on plie cette feuille pour la fécondé fois. Figure 1 r, La même feuille, qu’il ne refte plus qu’à plier foivant la ligne a b, pour faire le gros cahier Eig. 12 , à coté duquel on met le feuilleton Fig. 13.
- PLANCHE TROISIEME.
- La Figure 1 repréfente la feuille de ï in-trente-deux, impofé par demi-feuille; On voit une bonne lettre à main droite en-bas à découvert, & la bonne lettre de l’autre demi-feuille à main gauche aufïî en-bas contre la table, a b 9 Ligne qui fert à féparer les deux exemplaires. c9d9 Trous des pointures. Figure 2, La moitié de cette feuille féparée, mife for la table pour être pliée foivant la ligne e f. Figure 3 , Cette même demi-feuille pliée & coupée à la ligne ef , les deux parties l’une fur l’autre. On a fait voir par le moyen d’un petit pli, que les deux
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- DES PLANCHES. 95
- tonnes lettres doivent être à main gauche en-bas contre la table, g h, Ligne ponétuée foivant laquelle on coupe la moitié du feuillet B. Figure 4, Ce même feuillet prêt à être plié fuivant la ligne i k. Figure y , On plie ce même feuillet dans le fens de la ligne lmy & on a ainfi le cahier B, Fig. 6, quon met à côté du cahier A, Fig. 7.
- La Figure 8 reprélente la feuille de Fin-trente-deux qui ne fort que pour un exemplaire. Ori voit à main gauche en-bas contre la table une bonne lettre A, & à main droite en-haut auffi contre la table , la bonne lettre C ; les deux autres bonnes lettres B & D ne peuvent s'appercevoir, parce qu'elles font aux pages 17 & 4p, près la ligne n 0 contre la table. py q, Trous des pointures : on coupe foivant la ligne no. tuy Ligne ponétuée, foivant laquelle on plie Sc on coupe en deux la moitié n r o s de cette feuille.
- PLANCHÉ QUATRIEME*
- Comme le bas de cette Planche appartient entièrement à la foîte de la Figure 8 de la précédente , on a marqué les figures qui y font, de chiffres qui fo foivent avec ceux de la Planche III*
- Figure p : elle repréfonte la fécondé moitié de la feuille repréfoncée Fig. 8 PL III. On y voit les bonnes lettres B & C à découvert, une à main gauche en-bas, fautre à main droite en-haut, a b , Ligne ponétuée foivant laquelle on coupe cette fécondé moitié de même qu'on a coupé la moitié de la Figure 8, par la ligne t u. Figure 10 , Les quatre parties de cette feuille, féparées en quatre quarrés, & mifes les unes for les autres dans l'ordre ou elles doivent être , c'eft-à-dire, celle qui porte la bonne lettre A, la première for la table , la lettre à main gauche en - bas contre la table , les autres par - deflus dans le même QïdvQ.Figure 11, Un de ces quarrés plié foivant la ligne c d de la Figure 10. efy Ligne ponétuée foivant laquelle on plie de nouveau ce quarré. Figure 12, On voit ce quarré prêt à être plié foivant la ligne g h, ce qui donne le cahier D , Fig. 13 , qu'on met à côté du cahier C, Fig. 14, qui a été plié comme le précédent. On fait la même chofo aux quatre autres*
- La Figure 1 repréfente la feuille de ï in-vingt-quatre d'un foui cahier, qui fort pour deux exemplaires. On voit à main droite en - bas contre la table , une bonne lettre A , Sc à main gauche auffi en-bas, mais à découvert, l'autre bonne lettre A. a b, Ligne ponétuée qui fort à féparer les deux exemplaires. cy d, Trous des pointures. Figure 2 , Une moitié de cette feuille, pofée la bonne lettre à main gauche en - bas contre la table, e sfr, Partie de cette demi - feuille, qui fora pliée foivant la ligne ponétuée ef9 pour faire le feuilleton. On voit Fig. 3 3 cette bande pliée Sc prête à être féparée. Figure 4, La bande féparée : on la plie d'abord foivant la ligne ik\ puis foivant la ligne p q9 Fig. 5. Fig. 6,1a partie e tfuyFig. 2, de cette feuille, qui doit faire le gros cahier plié foivant la ligne
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- .ponâuée g /zde la Figure 2 ; on plie cette partie fuivant la ligne ponétuée l JFig. 6 ; & puis fuivant n o> Fig. 7 : on met dans le milieu le feuilleton Fig. 8w
- PLANCHE CINQUIEME.
- La Figure 1 Tepréfènte la feuille de Finfoixante-dou^e. On voit à main droite en - bas à découvert, les deux bonnes lettres A & B ; à main gauche contre la table, une autre bonne lettre A; & à main gauche en-haut à découvert, deux autres bonnes lettres C & D. a b, Ligne ponétuée pour la féparation des deux exemplaires. c9d9 Trous des pointures. Figure 1, Une moitié de cette feuille, où on voit la bonne lettre A à main gauche en - haut contre la table, & à main droite à découvert C & D. ef, Ligne ponétuée fuivant laquelle on doit plier & féparer cette moitié de feuille, g, h% Réglets faits par flmprimeur, qui fervent à la Plieufe pour plier le feuilleton.
- PLANCHE SIXIEME.
- Cette Planche fert encore à démontrer le plîment de la feuille de 19in2, foixante-dou^e , qui eft la plus difficile de toutes à plier.
- Figure 1, la moitié de la feuille, celle qui étoit repréfentée ouverte dans la Figure 2 de la Planche précédente : on la voit ici pliée fuivant la ligne ponctuée ef , de la Figure précédente. Figure 2 , La partie Cde cette moitié féparée dont on a plié la bande D , fuivant la ligne ponétuée ab > de la Figure 1. Figure 3, Cette bande féparée & mife en travers, dont on leve encore une petite bande quarrée c c d d, en la pliant dans le fens de la ligne ponétuée c du Figure 4 , Cette petite bande c c dd, quon plie fuivant la ligne g h, pour en former le petit cahier Fig. ÿ.
- La Figure 6 eft le relie de la bande c e df, dont on met la lettre D à main gauche en-haut la face contre la table ; on plie d’abord cette bande fuivant la ligne ponétuée i k, puis fuivant la ligne l m, pour en former un cahier Fig. 7, au milieu duquel on inféré le cahier Fig.
- Figure 8, eft ce qui relie de la partie C de la demi-feuille, après qu’on Ta coupée en a b, Fig. 1 ; on plie cette partie de feuille fuivant la ligne ponétuée n 0. Figure 9 , On voit cette feuille ainfi pliée, p q r s , Morceau qui doit être plié enpr> & féparé du gros cahier, xy, Endroit où fera pliée la feuille qui doit faire le gros cahier. Figure 10, La ligne ponétuée t u, indique féndroic où on doit plier la bande p q r s, pour former le feuilleton Fig. 11. Le gros cahier Fig. 12, fe plie en £, & on met au milieu le cahier de la Figure 11.
- PLANCHE
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- DES PLANCHES.
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- I
- PLANCHE SEPTIEME.
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- Cette Planche fait voir le plîment de la feuille de Yin-cent-vingt-huiti Quoique ce format paroifle fort difficile à plier, on peut voir dans le difcours & dans la préfente Explication , quelle eft une des plus aifées, puifqu elle fe plie abfolument comme Yin-oclavo.
- La Figure i repréfente la feuille entière qui fert pour deux exemplaires; a b, Ligne ponéfuée , dans le fens de laquelle on plie & on coupe, a m b y f Moitié de cette feuille , qu'on partage d’abord en quatre quarrés, deux égaux^ a mf n9 fnb y \ puis chacun de ces quarrés en quatre autres quarrés aufïi égaux, 1,2,3,4; <5,7, 8. Fig. 2 , o pki y Un de ces huit quarrés , qu'on voit
- pofé fur la table prêt à être plié fuivant la ligne q r. Fig. 3 , Ce quarré plié 8c prêt à l’être de nouveau dans le fens de la ligne s t. Fig. 4, on le plie fuivant uxy ce qui donne le cahier Fig.
- En répétant cette opération fur les autres cahiers de chaque demi-feuille , toute la feuille fe trouve pliée.
- FLANCHE HUITIEME. -
- La Figure 1 du haut de la Planche, repréfente le Batteur tenant d’une main une battée, & de l’autre fon marteau. A, La pierre à battre.
- La Figure 2 repréfente la Coufeufe affife devant fon couloir, fur lequel on voit les cahiers quelle prend à mefure qu’elle en a befoin, la pelote de fil 8ç les ci féaux.
- La Figure 3 fait voir le Rogneur pouflànt fon couteau fur la prefle à rogner , qui eft pofee fur le porte-preiïe Fig. 4 du bas de la Planche.
- La Figure 1 du bas de la Planche , repréfente le marteau des Relieurs, b, le manche ; c, la tête ; d9 la panne.
- Fig ure 2 , le Coufoir. B 9 la Table. /,/,/,/, Montants de bois qui forment les pieds de la table, m, m, Traverfes. n n, Barre qui aflùjettit les pieds, c c, En* taille qui reçoit les ficelles d9d9d,d. r9r, r9 Nœuds par lefquels on attache aux entre nerfs les ficelles d qui forment les nerfs, s,s,s,s, Entre-nerfs. f9o9 Vis de bois pofées perpendiculairement dans la table.-/, Le manche ou la poignée de ces vis. e e, Arbre fur lequel paiïent les entre-nerfs, & qui tient les deux vis dans une fituation horifontale.p>p> Quarrés percés de trous taraudés en écrou, dans lefquels paftentles vis. q9 q9 Boutons qui terminent ces écrous, h h , Tem-plet ou réglé de bois, qui fert à fermer l’entaille cc, ou paflent les ficelles. g9-g9 Les cheviilettes. On voit fur la même table laiguille courbe qui fert à coudre , le peloton de fil & les cifeaux.
- Figure 3 , la Prefle à rogner. H, /, Les jumelles de la prefle. M} M, Les Relieur* B b
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- ^8 EXPLICATION
- clefs. Z, Z, Les vis. n n, Collet qui reçoit les chevilles plates ou tenons K, K. 1t, Mortaife dans laquelle entrent ces chevilles. Les deux lettres m m marquent fur la tête des vis les trous dans lefquels entre le barreau x. Sur la jumelle/, eft une tringle de bois u u qdi fert à renforcer la jumelle. kk9 Ecrou qui' reçoit la vis. i i 9 Trous dans lefquels paffent les ciels MM9 i L Sur la jumelle
- H, font les mêmes trous qui reçoivent les clefs M M. k9k9 Les écrous des vis. il9 Tringle taillée en queue d’aronde. Les pièces N9 09Q9 R, font les pièces qui compofent felpece de petite preffe, dont l’aflemblage fait la monture du Couteau. O, Jumelle de la droite, qu’on appelle le talon. N9 Celle de la gauche appellée Y écrou. On voit fur cette jumelle les deux trous p 9p, qui reçoivent les clefs Q , Q , fécrou q de la vis R, 8c la rainure o o , qui s’emboîte dans la tringle à queue d’aronde / /de la grande jumelle H. Q>Q* Les deux clefs. R 9 La vis qui fait marcher la lame du Couteau. Sur la jumelle O de la droite, on voit les mortaifes q, q, des clefs Q, Q , l’écrou r de la vis, l’entaille quarrée p9 qui reçoit le talon q de la lame du Couteau P. Au fond de cette entaille on voit un trou quarré qui répond à celui q du talon du Couteau, dans lequel on introduit le clou à vis ‘S9 dont la tête arrête le talon du Couteau. P, la lame du Couteau. S, Clou à vis. T9 Ecrou de fer qui arrête fermement le Couteau contre la
- Figure 4 , le Porte-prsfle. i9i9i9i9 Montants. k9k9 Traverfes. h 9h9 Planches de fapin qui forment le coffre G.
- Figure j1, Livre ferré entre deux ais F9 appelles Membrures9 pour être endofle.
- Figure 6 9 Maniéré de fouetter les Livres.
- Figure 7, C, C, C 9 Ai s appellés Membrures, qui le mettent au commencement & à la fin du paquet de Livres qu’on veut endoifer.
- Figure 8, E, E, E, Autres ais faits de merrain, nommés Entre-deux, 8c qui fe mettent entre les volumes,
- PLANCHE NEUVIEME.
- La Figure première repréfente la maniéré dont on coupe les Cartons pour les in-folio. C D, Ligne fuivant laquelle on coupe le Carton.
- Figure H , Carton pour Y in-quarto , fendu fuivant la ligne A B , 8c coupé fuivant CD9 ce qui donne quatre quarrés a9b }c 9d.
- Figure 3, Carton pour ïin-oclavo9 fendu en A B, & coupé par les lignes
- I, ï , 3 , ce qui donne quatre bandes a 9b ,c9 d.
- Figure 4, Carton pour le grand in-douye , fendu fuivant la ligne A B , & coupé en cinq bandes a 9b 9 c 9 d 9 e.
- Figure J , Carton pour le petit in-dou^e. A B E F, La feuille entière fendue fuivant la ligne GH. AB CD, Bande qu’on leve. C D EF, Refte de la feuille, fendue fuivant les lignes N O 9P Q9 8c coupée en / K$ L M.
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- DES PLANCHES. 99
- La Figure 6 repréfente la maniéré dont on pique les cartons , & dont on les attache avec les pointes des nerfs. a9b, c, Les trous qui doivent recevoir ces pointes.
- Figure 7, On voit les bandes de parchemin qui forment les entre - nerfs; aa9b b , Entre-nerfs de la tête & de la queue , qui fe recouvrent. c> Entre-nerf du milieu , qui fe colle de gauche à droite. d9 Autre entre-nerf du milieu, qui fè colle de droite à gauche.
- Figure 8 , a b c, Bouts des entre-nerfs qui fe collent en dedans fur le carton,' & forment ce quon appelle les Gardes.
- Figure p , Bande de parchemin , dont la partie échancrée abc d e9 forme des entre-nerfs, pendant que celle A fert de garde. r
- Figure io , Le Livre tranche-filé. AC, Tranche-file double. BD ,Tranche-file fimple. g h, Paffe faite à l'aiguille pour affujettir la tranche-file, n, Nœud pour arrêter.
- Figure ii, Deux noyaux fervant à la tranche-file double, aa9 Gros noyau qui conferve le nom de Tranche-file. b b , Petit noyau appellé Chapiteau.
- Figure 12, Noyau pour la tranche-file fimple.
- Figure 13 , Le Livre pofé dans la Prefie à tranche-filer. CC 9D D, Les jumelles de la preffe. E E * FF, Les vis qui U Terrent, a, Le noyau de la tranche-file. dd9 Une des aiguillées de foie. c c c9 L’autre aiguillée qui paffe fur la première àd9 & revient embraffer le noyau 0. x
- Figure 14 , L’aiguille enfilée des deux aiguillées de foie au bout l’une de l’autre. d 9 L’endroit ou on arrête le fil. e 9 Le nœud qui joint enfemble les aiguillées.
- Figure 1J , La tranche-file double. aa9Le gros noyau. bb9 Le‘chapiteau. d d9 Une des aiguillées de foie, c r s a t e, Seconde aiguillée qui paffe par-deflus la première d d. q, La petite chaînette.
- Fig. 16. On voit la marche des deux aiguillées dans cette opération ; d d paf-lant deffus c, derrière le gros noyau a a9 par-defîus le chapiteau en d9 de-là par derrière ce chapiteau, pour revenir paffer fur le gros noyau. A repréfente la chaînette. On a, dans cette Figure, beaucoup groffi les objets & écarté les deux noyaux, afin de laiffer appercevoir, au moyen des lignes ponctuées, la route de la foie.
- Figure 17, Maniéré de couper la peau pour couvrir le Livre, a b c d9 La peau ouverte placée fur une table. AA, La table. e9 e9 e, Des Livres pofés fur la peau.
- Autres Livres qu’on pofe debout fur les premiers pour les affujettir. B C9DE9F9 Lignes quon trace pour couper la peau. B, Plioir. C, Cifeaux,
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- EXPLICATION
- PLANCHE DIXIEME.
- Figurt ï , Regie qui lèrt à couper le carton.
- Figure 2 , Pinceau à marbrer.
- Figure 3 , Dent de loup emmanchée de bois pour brunir la tranche;
- Figure 4, Efpece de fcie à main, appellée Grecque, avec laquelle on fait les entailles au dos des Livres pour loger la grecquure , ou les nerfs de ceux qui font reliés à la grecque.
- Figure 5, Fer à polir le cuir de la couverrure fur le plat en dehors.
- Figure 6, Pointe à couper le carton.
- Figure 7, Grattoirs dedifférentes grandeurs.
- Figure 8 , Grattoir formé comme un cifeau de Menuifier, & dont l’extrémité eft armée de dents pour piquer le dos du Livre, & faire mieux entrer la colle;
- Figure 9 , Brofie qui fervoit autrefois à étendre la colle.
- Figure io , Plioir.
- Fig ure il, Morceau de cuir dont les Relieurs s’enveloppent la main quand ♦ ils fouettent, pour que la corde ne leur coupe pas le dedans de la main.
- Fig ure 12, Marteau à endoflèr..
- Figure 13 , Cifeaux.
- Figure 14, Pelote ordinairement faite de corde ou de natte pour mettre les poinçons.
- Figure 1 £, Poinçons de différentes grandeurs.
- Figure 16, Dague à ratifier les peaux, g, Manche de bois. Â l’autre bout on voit une autre maniéré d’emmancher cette dague en l’entortillant feulement d’un morceau de cuir.
- Figure 17 , Pierre à parer.
- Figure 18 , Autre pierre à parer plus petite.
- Figure 19 , Couteau à parer : on voit la peau qui enveloppe une partie de la lame. ^
- Figure 20 , Pot à la colle de farine, avec là brofle ou pinceau.
- Figure 21, Douve fur laquelle on ratifie *les peaux après qu’elles ont été mouillées & battues.
- Figure 22, Ais à couper le carton.
- Figures 23 & 24, Preffes à endoffer ; l’une eft vue affemblée, dans l’autre les pièces font vues féparément. Z Z, MN, Les jumelles. o9 o, o, o, Les clefs qui fervent a les aflembler. m, m9 m, m9 Les vis. My la jumelle d’en-, bas. p y Mortaife par où paffent les clefs, n, Trous des vis. N, La jumelle d’en-haut, p , /?, Mortaifes des clefs, s, s, Trous des vis. Q, Q, Ais à endoffer. R , Livre qu’on endoffe, r, Blanc de la vis. q q, Trou par où paflè le barreau à ferrer les vis.
- Figure
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- DES PLANCHES. ior
- Figure 2$ ÿ Prefle à tranche-filer vue aflemblée en S , & détaillée à la Figure au-deflus. TT>tty Les deux jumelles. V V9uu9 Les deux vis, & auffi les écrous de ces vis. x, L]vre.
- Figure 26, A, A, Grande preflè aflemblée, avec toutesfes parties défaflemblées. d, d9 Les deux jumelles, b 9b9 Pieds qui portent les junfelles. c y Table fur laquelle on pôle les Livres , qui embraflè par le bas les jumelles, avec lef quelles elle elt clavettée. ey Le fommier qui embraflè par le haut les jumelles, fur lefquelles il eft pareillement clavette, h, La platine, g, La longue piece fur laquelle pofe la vis.f9 La vis. i, Les ais. k, Les Livres.
- B9 B9 Pieds de la preflè qui portent les deux jumelles, c, c, Mortaifes dans lefquelles s’emboîtent les jumelles. C, Table fur laquelle on range les Livres entre les ais à prelîèr. d, Entailles qui fervent à embraflèr les jumelles, D> Jumelle vue par dedans, e, Tenon de la jumelle vue en dedans, qui fe met dans la mortaife du pied, fyfy Entailles du bas de la jumelle, à la faveur defquelles la table embraflè la jumelle. g g9 Longue mortaife ou rainure dans laquelle coulent les tenons de la platine h, qui la font monter & defcendre à volonté, h9h9 Entailles du haut de la jumelle, qui font embraffées par le fommier. E, La fécondé jumelle vue par en dehors ou par le côté oppofé à la longue mortaife. f 9 Tenon qui entre dans le pied. g9 Entailla Hn knc kky Entaille <fu haut. F, Sommier qui eft traverfé par la vis. g, Ecrou de la vis. h, h , Entailles qui font que le fommier embraflè les jumelles par le haut.
- G y La vis. hyhy Trous quarrés ou mortaifes dans lefquelles paflè le barreau pour preflèr. m, La tête de la vis. i 9 Le collet. H, Longue piece fur laquelle preflè la vis, & qui entre dans la rainure de la platine, i, Trou qui reçoit la tête m de la vis. k9 Mortaife dans laquelle on fait entrer la clef /, qui fè loge dans le collet i de la tête m , & empêche que cette tête ne forte de la longue piece. Iy Platine, k , Rainure de la platine qui reçoit la longue piece H. /, /, Tenons qui entrent & coulent librement dans les grandes entailles ou mortaifes g des jumelles d9 d9 de la grande prefle, ce qui donne à cette platine la facilité de monter & de defcendre pour ferrer ou deflerrer à volonté les Livres qui font fur la table C. K , K, Ais à mettre entre les Livres : ils font de différentes grandeurs, fuivant les différents formats.
- PLANCHE ONZIEME.
- Figure 1, à la Vignette on Voit Une Ouvrière, qui, avec un pinceau, met fur la tranche des Livres la couche qui fait prendre for: elle a devant elle fur le bord de fà prefle, le chaflis dans lequel elle met fon livret d’or, for tout coupé, & le linge qui lui fert à efluyer.
- Fig ure 2 y Ouvrier qui applique des feuilles d'or fur le dos d’un Livre. Sur Relieur. C c
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- 102 EXPLICATION
- la table â çété de lui, on voit le couffin B fur lequel on met for taillé en mor-s ceaux.
- Figure 3 , Ouvrier qui pouffe des filets avec la roulette. C , Fourneau dans lequel on fait chauffer les roulettes 8c les fers à dorer.
- Figure 4, Baquet dans lequel il y a un petit fourneau , & fur lequel on met fécher les Livres dorés avant que de brunir la tranche,
- »
- Bas de la Planche.
- Figure r, À , Couteau à couper for.
- Figure 2, H, Compas de fer qui lèrt de couchoir.
- Figure 3, B9 Couffin où on met for coupé.
- Figure 4 ,1 y Le Chaffis où Ton met for coupé 8c le livret#
- Figure £, K9 Racloir pour gratter la tranche.
- Figure 6, C 9 Autre Racloir.
- Figure 7, D, Dent de loup ou de chien 9 qui fèrt à brunir la tranche des Livres.
- Figure 8 , L, Autre bruniffoir fait d’agate.
- Figures p ér ro, E m M, Tringle de bois quon met entre les feuillets & le carton du Livre pour faire ferrer la tranche.
- Figure il 9 F9 Pot à glairer. G, fon pinceau.
- Figure 12 j N 9 Pot à mettre la couche de mordant avec fon pinceau O.
- Figure 13, La Preffe à dorer fur tranche. 11,22, Les jumelles.
- Figure 14, Le barreau.
- Figures i£ & 16, a h9 Palettes à filets*
- Figures 17, 18 & 1 p 9c d9 Palettes à bordures.
- Figures 1 p 9 20 & 21, Fers à armes. ey fig. ïp , eft une Arme vue pat deffiis. y, fig* 34, fait voir ce même fer par deflous : on voit les deux tenons qui entrent dans la monture. Fig. 20 9f9 La monture faite de plufieurs cartons collés fun fiir l’autre, 1,2, Les trous dans lefquels entrent les deux tenons de la Figure 34. Figure 21, repréfente une efpece de fers à armes, dont pn fe fèrvoit autrefois, mais dont on ne fe fert plus aujourd’hui.
- Figure 22, h9 Livret à feuilles d’or.
- Figure 23, i, Pinceau à mettre le mordant. k9 Pot qui renferme 1© mordant.
- Figure 24, Prefle à tirer les Armes. Elle reiîemble beaucoup à la grande Prefle : elle efl, comme cette première, compofée de deux jumelles qui portent fur deux pieds, d’un fommier qui embraffè les jumelles par le haut * d’une table fur laquelle on pofe le Livre, d’une platine qui, par le moyen de deux tenons, coule dans deux rainures ou mortaifes pratiquées dans la partie intérieure des
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- DES PLANCHES. 105
- deux jumelles. Le bas de cette Preiïe efl une armoire dans laquelle ou renferme des Fers à dorer, des Armes & autres uftenfiles.
- Figure 2 j*, tx Pot à l’huile, s, Eponge au bout d'un manche*
- Figure 26, Compas à couper l’or.
- Fig ure 2j,q> Brofle.
- Figure 28 , Boîte remplie de lettres ou alphabets pour imprimer Cm le dos des Livres.
- Figure 2p, Une de ces lettres vue féparément & plus en grand.
- Fig ures 30,51,52,/, m y ri) Palettes à roulettes pour pouffer des filets ou de petites dentelles for le dos , for le plat, for les bords & fur les bordures des Livres.
- Figure 33, xy Couchoir de buis.
- Figure 34 %y,l’Armoirie de la Figure ip, vue par deflous pour faire apper-ceyoir les deux tenons b , b, qui entrent dans le carton.
- PLANCHE DOUZIEME.
- Figure r, Livre préparé pour être doré à compartiments, a, Couleur natu-relie du veau, b y by Pièces de maroquin «Urva/ca couleurs, qui repréfonte-* ront les differentes parties du deflein.
- Figure 2 y Livre vu par le dos, fur les nervures duquel on a repréfenté les differentes fortes de filets qui s’y pouffent.
- Figure 3 , Livre vu par le côté de la tranche, a b repréfonte le bord de la tranche du carton. Sur la tranche des feuillets on voit des deffeins de differents goûts qu’on exécute for les Livres, qu’on appelle antiques fur tranche. On voit dans le milieu de cette tranche un cartouche, qu’on peint quelquefois en miniature. *
- Figure 4 , Livre doré portant une dentelle qui fo fait avec un foui fer de cette grandeur, qu’on appelle Plein-or. Fig. 6 , Autre Plein-or avec un vafe dans le milieu du champ.
- Figure 5, Livre doré avec des fers détachés, ce qui fe pratique aux in-folio 8c aux in-quarto. a, e, Petits milieux. d9 h, Grands milieux, b b, gf9 Coins. ciydy Petits fers qui rempliflent les vuides d’entre les coins Sc les grands milieux. k9k9 Armes.
- PLANCHE TREIZIEME*
- Elle repréfonte la maniéré dont on tranche-file les gros Livres de chœur, & la garniture qu’on met for leurs couvertures*
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- 104 EXPLICATION
- Figure i , On voit la façon de pafler la laniere de peau pour faire la tranche-file fimple.
- f igure 2, Tranche-fiie double. On voit en k lmf, la fécondé chaînette qui fè pratique à cette opération.
- Figure 3 , Le Livre tranche-filé vu par le dos. On voit en e la partie de la laniere qui doit recouvrir la tête des chaînettes. Au bas de ce même Livre en f9 on voit ces chaînettes recouvertes par la laniere.
- Figure 4, Le Livre vu par le coté de la gouttière, pour qu’on puifle voir la leconde chaînette de la tranche-filure double qui pofe fur les feuillets du Livre.
- Figure J, Fer à fileter. Il fert à pouflèr fur les plats les filets aybycy d>
- 6 & 7-
- Figure 6, Le Livre vu par un des plats, pour faire appercevoir les filets, s± Bourdon de cuivre jaune qui reçoit la laniere fervant à tenir le Livre fermé.
- Figure 7 ; g 8c p repréfentent les deux lanières, Tune ouverte, l’autre fermée: on voit comment elles font attachées avec des clous de cuivre, h i k /, Boflettes de cuivre, m m Sc nny dans cette Figure & dans la précédente, repréfentent les coins & les bandes de cuivre qui garniffent les bords & les angles du Livre.
- Figure 8 , Aiguillo a tran^Vif*- filer. '
- Figure p, Boflette vue de face. ,rfr - - ^
- Figure io, La même vue de profil.
- Figure 11 > Bourdon.
- PLANCHE QUATORZIEME.
- O n a reprêfenté dans cette Planche tout ce qui appartient à la reliure des grands Porte-feuilles de Bureau, qu’on appelle Reliure de Lyon. >
- Figure r, Ay Le Livre coufu & tranche-filé. ay a, Nervures, b, b, by Chaînettes qui fe font entre les nervures. cyxy Chaînettes de la tête & de la queuej ddy Tranche-file. eey Tiret de parchemin qui doit embraflTer le nerf Sc attacher le carton C avec le dos du Livre. fyfy Trous du carton par ou pafle le tiret.’ ggy hh9 Autres endroits du nerf où on fait pafler d’autres tirets. iyi y Endroits où l’on met les faux tirets, i k y Charnière formée par la réunion des deux car* tons B C unis enfemble par une bande de parchemin. mymy Trous de la charnière par où on fait pafler les pointes ay ay des nerfs. Ily Autres trous par où les pointes des nerfs repaffent de dehors en dedans du carton.
- Figure 2 , Le Porte-feuille vu de côté & par dehors. A By Le dos. C Dy Filet qu’on pouffe fur le milieu du plat de la couverture. E F G y Différentes maniérés de paffementer les pattes, a y a, Ornements au fer fans dorure, qu’on pratique quelquefois fur ces couvertures ; mais ordinairement on ne les couvre 9U’ en bafane verte.
- Figure
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- )
- DÈS PL ANC ti Ë S> ïù$
- Figure 3, A B, Le dos vu féparément. a, Lés ornements for le cuir* c c f Les pattes, b d, Les deux bouts du tiret de la Figure I. 1,2, 3 > 3 *
- Trous pour recevoir les autres tirets. ef, g g, h h , Tirets qui paflent fous les nerfs. 11,11, Faux tirets.
- f igures 4 & j*, A, Partie de la patte qui eft fur le plat de la couverture vue par en deflous & collée for un fort papier d. B, La même patte vue en deflus * à laquelle on voit, ainfi qu’à la précédente * la maniéré de les paflementer avec les cordonnets.
- PLANCHE Q U IN Z IEMÈ.
- O
- Cëttë Planche eft deftinée à donner une idée de la maniéré dont les Livres Chinois font reliés.
- Figure 1, reprélente un Livre relié & couvert d’étoffe de loie. On a ouvert un peu la première feuille pour faire appercevoir la maniéré dont ces Livres font imprimés. AA, Le côté de la tranche par où fo forme lé dos du Livre. B B, Le côté où la feuille eft pliée en deux, & qui répond au côté que nous appelions la Gouttière ou la Tranche. DD, Marge du Livre, ff, Couture qui ; embrafle le Livre dans là longueur. LL v 9cC a9 Autres coutures tranlverlàles. F F, Doubles coutures qu’on fait en tête & en queue des Livres auxquels on veut donner plus de folidité & d’agrément. G, Etoffe à fleurs dont on fait la couverture. II, Bande de papier qui borde le dos du Livre.
- Figure 2, Autre Livre dont la tête & la queue font coufoes à une Ample couture.
- Figure 3, Livre repréfenté ouvert : on voit en B l’endroit où la feuille fè plie. C repréfente les deux faces de la feuille qui ne font point imprimées, Sc qui fo plient l’une contre l’autre.
- Figures 4 & 5 , Livres Turcs, qu’on appelle reliés en P or te-feuille. Cette reliure eft A Ample & fl approchante, qu’elle ne nous paroît pas avoir befoin d’une plus ample explication.
- PLANCHE SEIZIEME*
- Les Figures 1 & 2 appartiennent à l’Article où nous avons traité de la dorure tant de la tranche que de la couverture. La première fait voir comment le Doreur fur tranche tient fon couchoir ouvert pour prendre la feuille d’or. La foconde repréfonte la maniéré dont les Doreufos for cuir tiennent leur cou*, choir de bois.
- Figure 3, Livre de flgures Chinois dans fa boîte, qui eft afle2 fomblable à celles de carton que vendent nos Papetiers. Elle eft repréfentée fermée* A B 9 Relieur. Dd
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- 1
- ïoS EXPLICATION DES PLANCHES.
- CD, Les deux charnières. E , Etoffe dont on couvre cette boîte, a b c, Petite cheville de buis ou d'ivoire qui tient à une bande de cuir, & fert à fermer la boîte, d y Bande de papier fiir laquelle on écrit le nom du Marchand ou le titre du Livre.
- Figure 4, Livre affemblé comme les feuilles d'un paravent, & vu ouvert. D eft l'eftampe ou la figure. Fy Le difcours ou l'explication de la figure, ce y Bande d'étoffe dont on entoure le bord de chaque feuille.
- La Figure ^ repréfente ce Livre fermé , & la maniéré dont la boîte fe ferme, en rabattant d'abord le côté C {ùr la derniere feuille, enluite le côté E fur C.
- Q
- Fin de C Explication des Planches*
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- io 7
- EXPLICATION DES TÉRMËS
- EMPLOYÉS
- DANS L’ART DU RELIEUR.
- A
- A F F i N Ê R le Carton ; c’eft coller deftiis des feuilles de papier ou de parchemin, pour lui donner de la fermeté, page 32.
- Aïs î on donne ce nom à des planches de bois de hêtre très-polies, de la largeur du merrain dont fe fervent les Tonneliers. Les Relieurs ont plufieurs de ces Ais ; favoir, les Ais à endoffer, page 36'* à prefier 3page 40; à rogner de devant, de derrière , page 43 3 à fouetter, page
- Les Relieurs appellent aufïi Ais , un carton qui fert pour couvrir certains Livres,
- Ane, coffre de planches de fapin, qui fert à porter les différentes preffes. On l’appelle plus volontiers Porte-preffe, page 42.
- Antiquer fur tranche 3 c eft faire fur la tranche d’un Livre divers ornements,pages
- 4 J J y Y~> \
- Armes. On donne ce nom a des bers a dorer, qui fe tirent avec la preffe ÔC qui fe mettent fur le milieu des couvertures.
- Astérisque, petite étoile que les Imprimeurs mettent a coté des lettres de fignature au bas des pages d’un Livre , pour indiquer que ce font des cartons.
- B
- Basane , peau de mouton paffée au tan, que les Relieurs emploient au lieu de veau à couvrir les Livres. Il y en a de très-bien préparées êc qui imitent affez bien le veau pour quon y fait trompé au premier coup d’œil 3
- ^^attée. On appelle ainfi la portion des feuilles d’un Livre qu’on bat fur la pierre 3 fuivant que le Livre eft plus ou moins gros, on le partage en plus ou moins de battees.
- Battre 3 c’eft applatir les feuilles d un Livre avec un marteau, pour rendre les Livres faciles a s’ouvrir : il y a des papiers difficiles à battre. Les Relieurs battent les cartons quand ils font attachés au volume, pour que la peau s’applique mieux deffus 3
- enfin on élit battre les ficelles pour en applatir le bout 3 battre les plats du Livre, pages
- *7>32> 33 > f .
- Bercer 3 c’eft balancer un peu de droite
- & de gauche les feuillets du Livre, pour les faire remonter du dos vers la gouttière 3 page 44.
- Bord du carton 3 c’eft l’extrémité de la coupe du carton, tant à la tête ôt a la queue, qu’au côté oppofé au dos, pages 66, 71.
- Bordure du carton 3 c’eft là partie du carton en dedans de 1» rnnvprmre 3 qui CAv,cae la tranche du Livre,pages 66,72;
- Boursouffler 3 c’eft à-peu-près la même chofe que Bercer, page 44.
- Brocher 3 c’eft, après avoir plié les ficelles d’un Livre & les avoir affembîées, les*cou-dre enfemble à deux nerfs feulement, & les couvrir de papier bleu ou marbré fans les battre ni les couper. Il y a des Livres qui par leur peu de mérite ou la petiteffe du volume , ont pris le nom de Brochures. Les Libraires vendent beaucoup de Livres brochés , parce que bien des gens veulent fairè relier leurs Livres à leur goût.
- G
- Cahier ( gros ) : nom qu’on donne à là partie la plus eonfidérable de la feuille des in-dou%e, in-vingt-quatre ôc autres 3 la plus petite s’appelle petit cahier ou feuilleton 3 pages 7,10.
- Cambrer 3 c’eft en effet donner aux plats de la couverture une convexité extérieure dans le fens de leur longueur , pour que les bords du carton ferrent davantage les feuilles , page 77.
- Camelotes , nom qu’on donne à de petits Livres d’heures ou de dévotion, qui fe vendent à bas priX, page 19.
- Carton. On appelle ainfi dans les Imprimeries des feuilles qu’on imprime féparé-* ment, pour fubftituer à d’autres feuilles d’un Ouvrage, dans lefquelles il y a des fautes trop considérables pour pouvoir être mifes à
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- io8 Explication
- l’Errata du Livre. Les Cartons proprement dits , dont les Relieurs fe fervent pour couvrir les Livres, ont différents noms ; favoir, le grand-Aigle ouvert, la grande Bible , ie Catholicon fans barre, le petit Ais fans barre, le Saint - Auguflin, la grande Bible ordinaire , le Catholicon ordinaire, le petit Ais ordinaire , pages 16, 29,3 0.
- Casser la battée, fe dit quand le Batteur ne dirigeant pas bien fon marteau, des feuilles fe trouvent coupées , page 18.
- Chaînette , efpece de petite boucle quon fait avec le fil qui fert à coudre les cahiers fur les nerfs , en l’arrêtant dans la grecquure de la tête & de la queue, page 20.
- Chair du parchemin ou d’une peau , eft le côté qui touche la peau de l’animal ; le côté du poil s’appelle la fleur.
- Chapiteau , petit noyau de la tranche-filure double, page 53.
- Charnière, nom que les Papetiers, qui font la reliure de Lyon, donnent à ce que les Relieurs nomment le mords du Livre , page 8y.
- Chasse : on dit donner de la chaffe au carton; c’eft lui donner affez de jeu pour qu’il puiffe fe mettre à volonté au niveau de la tête ou de la queue , jutqu'à ce qu^ le Livre ait été rogné ; car après la rognure on l’affujettit fermement, pages 33,42 , $j. .
- Chevillette , infiniment de cuivre qui fert à arrêter fous la table du Coufoir , les ficelles qui forment les nerfs du Livre, page 22.
- Coeffer la tranche-file ; c’eft rabattre def-fus le cuir de la tête & de la queue, page
- 58.
- Coins , Fers de figure triangulaire, qui fervent pour faire des ornements dans les angles du dos ou du plat de la couverture , page 69.
- Collationner j c’eft parcourir toutes les feuilles d’un Livre depuis la première jufqu’à la derniere , après quelles ont été pliées en cahiers, pour s’aflurer s’il n’en manque point, fi elles font bien placées, en un mot fi le volume eft complet, page iy.
- Compartiments ( dorure à ) ; c’eft une magnificence de dorure & de pièces de rapport en cuir de toutes fortes de couleurs & rapportées, formant des deffins & ornements de bon goût. Elle ne fe pratique guere, page 73.
- Compas > infiniment de fer qui fert aux Doreurs fur tranche, à coucher l’or fur la tranche, page 4p.
- Couper le carton; c’eft en féparer un morceau en deux, page 3 1. On dit aufli couper les cahiers , pour dire en féparer la totalité en plufieurs lots, pour n’en battre qu’une petite quantité à la fois ,page 17.
- Cousoir , table qui porte un chaflis
- des Termes
- vertical fervant à coudre les feuilles d’uîs Livre, page 21.
- Cul ( faire du ) : on dit qu’un Livre fait du cul quand il eft plus rogné vers l’ouverture que vers le dos y page 43«
- D
- Dague , efpece de lame d’épée ; qui fert aux Relieurs à ratifier leur cuir, page y y.
- Défouetter; c’eft ôter les ficelles qui ferroient le Livre entre les ais pour le faire fécher au feu, page 60.
- Détortiller les ficelles ; c’eft en effet détordre le bout des ficelles qui forment les nerfs du Livre, page 28.
- Dos du parchemin. Voyez Fleur.
- Douve , planche mince qui a à peu-près la forme d’une douve de tonneau, fur laquelle on ratifie le cuir, page y y.
- Drapeaux , lambeaux de linge ufé, qui fervent à effuyer le cuir quon a doré, page
- Ecaille , nom qu’on donne à la couleur rouge, qu’on met fur les couvertures, page 63.
- Ewsjons ou Armes y nom qu’on donne a des Fers qui fervent pour faire des ornements fur le plat de la couverture,/^*? 72* Voy. Armes.
- Encarter , fe dit quand le petit cahier ou feuilleton fe met dans le gros cahier page 7.
- Endosser , former la rondeur du dos que doit avoir un Livre relié , page 37.
- Entre - deux , Ais de merrain qui fervent lorfqu’on endoffe un Livre y page 37.
- Entre-nerfs : on appelle ainfi les boucles de corde, pendantes de l’arbre du coufoir , auxquelles on attache les ficelles qui doivent former les nerfs. On donne aufli ce nom à l’efpace qui eft entre chaque nerf fur le dos du Livre y pages 22,71.
- Epointer ; c’eft racler avec un couteau les bouts de ficelles qui forment les nerfs, pour leur faire faire la pointe, page 28.
- Errata , état des fautes qui fe trouvent dans un volume, & qu’on imprime à la fin pour la commodité du Leêleur y page 16.
- Essoré fe dit d’un Livre qui commence à être rpefque fec, page 64.
- F
- Fendre le carton; c’eft le couper feulement à moitié, fans détacher les deux parties l’une de l’autre,page 31.
- Fers , nom qu’on donne à des inftruments de cuivre, qui fervent à imprimer divers ornements fur la couverture des Livres: on leur donne différents noms, félon les places ou ils doivent fervir ; on les appelle Fers à
- dos P
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- contenus '& employés dans VArt du Relieur: ïop
- dos l Ecujffg/is} Armes, ôcc.page'68.
- Feuilleton , nom du petit cahier de la feuille in-dou^e ôc autres, pages 7, 1 o.
- Fleur ou dos du parchemin ; c’eft le côté de la peau où fe trouvoit la laine ou le poil. Le côté oppofé, celui qui touche la chair de ranimai * s’appelle Poil,
- Fouetter ; c’eft ferrer le Livre couvert îde cuir entre deux ais avec de fortes ficelles pour empêcher qu’il ne s’ouvre au feu, page *8‘
- Frottoir, ïnftrument qui fert lors de l’endofTement, à frotter le dos du Livre,
- page$%.
- Fust , efpece de petite Preffe qui porte le Couteau à rogner, page 41,
- G
- Gardés. On appelle ainfi deux feuilles ; f une de papier blanc, l’autre de papier marbré , qu’on met à la tête avant le frontifpice du Livre, ôc à la fin. On donne auiïi ce nom au bout de la bande de parchemin qui forme les entre-nerfs, pages 219 3 ç.
- Glairer ; c’eft paffer une couche de blanc d’œuf fur le plat de la couverture d’un Livre, aux endroits qu’on veut dorer, page 63.
- Godure , plis qui fe forment fur les feuilles quand elles n’ont pas été battues avec affez de précaution , page ip.
- Gouttière ; c’eft la partie des feuilles par laquelle on ouvre fon Livre, ôc qui eft oppofée au dos, page 43.
- Grattoir, efpece de Cifeau armé de dents, qui fert à gratter le dos pour faire entrer la colle entre les cahiers , page 3 S.
- Grecque , feie à main avec laquelle on fait au dos des Livres les entailles dans lef-quelles on loge les chaînettes. Ces entailles fe nomment Grecquure , ôc l’opération Grec-quer, pages 2Q, 21.
- J
- Jasper; c’eft peindre la tranche ou,la couverture des Livres en couleur de jafpe , page 46.
- Lisser; fe dit quand au battement les feuilles s’écartent l’une de l’autre ôc fe maculent , page 18.
- Livret ou livre d’or en feuilles ; c’eft en effet une efpece de petit Livre, entre les feuillets duquel on met l’or battu ôc réduit en feuilles,page 67.
- M
- Maculer eft la même chofe que Lijfer. Çq mot fe dit auiïi quand un Livre ayant été
- Relieur*
- battu trop tôt après être forti de îa preffe , l’encre s’étend ôc fait des taches noires * page 17.
- Marge ( fauffe marge ). On appelle ainfi les feuilles d’un Livre, qui, avant d’être rognées , defeendent moins bas que les autres, page 43.
- Marque , efpece de réglé de carton ; qui, lors de la couture, fert à efpacer également les nerfs i page 23.
- Membrures , ais qui fervent à l’endofle-ment des Livres, page 37»
- Mords ; ce mot fe prend en plufieurs fens : on dit donner le mords au carton, lorfqu’on le coupe un peu en bifeau. Mords du Livre, eft la faillie que fait le dos du Livre fur chaque côté du plat. Cette faillie eft néceiïaire pour loger le carton, pages 23,30 ; s3 > $7*
- N
- Nerfs ; ce font les ficelles qui font, fur le dos des Livres, les petites éminences qu’on y voit, ôc qui portent auiïi le nom de Nerfs. L’efpace compris entre deux de ces ficelles, s’appelle Entre-nerfs, La reliure où fe voient ces nerfs, s’appelle Reliure à nerfi ; celle où ils ne font point apparents, s’app«H« HdLitt c à £a. grecque ? page az,
- O
- Onglet , petite bande de papier qu’on laiiïe à une feuille pour coller defliis un carton , page 17.
- Ouvrage , ( le grand ouvrage ) ; les Relieurs appellent ainfi les in-folio ÔC les in& quarto , pages 18,44.
- P
- Palettes , Fers qui fervent pour dorer en appuyant, fans pouffer devant foi comme ceux à roulettes, page 68,
- Parer ; c’eft diminuer l’épaifleur des bords de la piece de cuir qui fert à couvrir un Livre, page $6,
- Partager le carton ; c’eft le placer de maniéré qu’il déborde également le Livre en haut Ôc en bas , page 32.
- Passer. Les Relieurs fe fervent fouvent de ce mot : ils difent pajfer en carton, pour attacher le carton aux nerfs ; pajfer en parchemin , mettre les parchemins fur le dos ; pajfer en peau, couvrir les Livres de peau pages 33 >34*
- Pièces blanches ; on appelle ainfi les pièces qu’on met à la couverture fur les défauts du cuir, page 60,
- Plein-or , Fers à dorer qui fe tirent avec la preffe, page 70.
- Pointe ; efpece de couteau qui fert à
- Ee
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- £ io JExplication des Termes contenus & employés dans VArt du Relieur.
- couper le carton, page 30. On dit qu’un ILivre fait de la pointe, quand il .eft plus rogné vers le dos que du côté de l’ouverture, Page 4 T
- Porte*presse , bâti de menuiferie qui fupporte la preffe à rogner, page 42.
- Presse, machine de bois compofée ordinairement de deux jumelles & de deux vis. Les Relieurs fe fervent de plufieurs fortes de Prelfes , auxquelles ils donnent différents noms , fuivant les ufages auxquels ils les emploient: la grande Preffe, la Preffe à en-dofferp à rogner y à tranche-filer y à dorer*
- R
- Rabaisser ; c eft couper avec la pointe le carton à la hauteur convenable ., pour qu’il n’excede pas trop la tranche du Livre,
- Pag* 4?*
- Réclamé , terme d’imprimerie. C’eft un mot qu’on met au bas de la derniere page de chaque cahier ; ce mot eft le premier de la page qui doit commencer le cahier fuivant, page 16.
- Registrum } terme dont on fe fervoit dans les anciennes Imprimeries , qui revient à peu-près au même fens que le mot Réclamé* Voyez ce mot, &c fsige t £-
- S
- Sabler. Les Relieurs appellent de 1’O#-y rage fahlè, les Livres qui ne font battus ôc coufus que très-légérement. Cela ne fe fait que pour les ouvrages de peu de valeur, page 19.
- Signature, terme d’imprimerie; ce font des lettres capitales qu’on met au bas des premières pages, & aux pages fuivantes des
- cahiers cum Livre,page y.
- Signet , petit ruban de faveur qu’on place dans un Livre pour pouvoir marque*:
- l’endroit où on en eft reffcë de fa leSure \
- Pag* «j
- T
- Tabis , forte de gros taffetas ondé. On l’emploie quelquefois à faire des gardes dans un Livre ,page 73.
- Table ;on donne ce nom au fommie d’en* bas de la grande Preffe à preffer ,page 73.
- Templet ou Tcmploiri c’eft une petite tringle de bois qu’on pofe dans i’entaiiie de la table du Couloir , pour retenir les che-villettes contre la table , & affujettir les ficelles qui forment les nerfs ,page 23.
- Te.anche ; c’eft l’extrémité haut ôt bas & oppofée au dos des feuillets d’un Livre ; en un mot les trois côtés par où il a été rogné. La tranche oppofée au dos s’appelle particuliérement Gouttière> pag. 43,44,45’.
- Tranche-file, ornement de foie ou de fil de diverfes couleurs , qu’on met au haut & au bas d’un Livre , il fert à affujettir les cahiers, page y 1.
- Traverse, bande qu’on leve fur un car-, ton pour éviter les fauffes coupes, page 32.
- Tringle. La tringle à dorer eft une ef-pece de latte qu’on met entre les feuillets & le carton d’un Livre qu’on veut dorer fur tranche, page 48. La tringle à rabaiffer eft une réglé de fer dont on fe fert quand on veut rabaiffer les cartons après les avoir cognés y page 4;,
- U
- Unir le cuir ; c’eft appuyer fortement le cuir fur le carton avant que la colle foit feche , pour qu’il s’applique immédiatement fur le carton, page 57.
- V
- Veau fauve : on appelle aînfi le veâu fur lequel on n a mis aucune couleur ; il n’a que celle qu il a prife a la tannerie ^ page 62*
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- DES CHAPITRES ET ARTICLES
- CONTENUS
- DANS L’ART DU RELIEUR.
- 1 introduction '& Plan de P Ouvrage,
- Page i
- CHAPITRE PREMIER. Opérations qu'il faut faire avant que de couvrir le Livre de carton• 3
- Article Premier. Plîment des Feuilles en général,
- Ibid.
- <§. I. Méthode de plier les Feuilles. 4; §. II. Du Plioir, & de la manière de s’en fer-vir. * Ibid,
- §. III. Plîment de Vin-folio; ÿ
- §. IV. Plîment de Vin-quartn. 6
- V. Plîment de Vin-oBavo, Ibid,
- VI. Plîment de Vin-dou^e, 7
- VII. Plîment de Vin-dix-huit: 8
- §. VIII. Plîment de Vin-vingt-quatre, 9
- §. IX. Plîment de Vin-vingt-quatre d’un feu!
- cahier. , 10
- §. X. Plîment de Vin-trente-deux» 11
- §. XI. Plîment de Vin-foixante-douiei 12
- XII. Plîment de Vin-cent-vingt-huit. 14
- Article II. Du Collationnement des Feuilles, du Placement des Cartons 6* des Figures» 15
- §. I. Collationnement. Ibid,
- Article III. Battre les Feuilles, ;.$,*/ 17
- Article IV. Grecquer. cto
- Article V. De la Couture. 21;
- I. Defcription du Coufoif- Ibid,
- §. IL Des différentes fortes de Coutures. 24 §. III. De la Gouturc à nerfs. Ibid,
- §. IV. De la Couture à la grecque. 26 V. De la Couture à nerfs fendus. Ibid. Article VI. Détortiller & épointer. 28
- CHAPITRE IL Des opérations quon fait au Livre avant que de le couvrir en peau.
- 29
- Article I. Du choix des Cartons. Ibid,
- I. Maniéré de couper les Cartons, & defcription de la Pointe ou Couteau qui fert à les couper. 30
- §. II. Coupe des différents formats. 31 §. III. Coupe pour Vin-folio, Ibid,
- IV. Coupe pour l'in-quarto; Ibid,
- §. V. Coupe pour Vin-oôiavo, Ibid,
- §. VI. Coupe pour Vin-dou^e; Ibid.
- VII. Battre les Cartons. 32
- §. VIII. Piquer les Cartons. Ibid,
- §. IX. Eÿfe Carton* 33
- Ç. X. Cogner les ficelles* Ibid;
- Article IL De VEndofjement, Page 34
- §. I. Paffer en parchemin. Ibid,
- §. IL Endoffer. 3 S
- §. III, Defcription de la Preffc à endoffer.
- Ibid»
- §. IV, Coller Ôc tremper les dos, 38
- Article III. Du Rognement. 40
- §. I. Defcription de la Prcffe à rogner, Ôc
- de fon Couteau, Ibid,
- §. IL Bogner. 42
- §. III. Babaiffer ou refaire le bord de la
- goUCtïwie. 4^
- Article IV. Des Embellijfements de la tranche:
- ^ Ibid.
- §. I. De la couleur rouge, qfi
- §. II. DelaJafpure. md»
- §. III. De la Marbrure. 47
- §. IV. De la Dorure fur tranche, 4 g
- §. V. Mettre les fignets.
- Article V. De la Tranche-file,
- Article VI. Faire les Mords,
- SS)
- CHAPITRE III. De la Couverture.
- Article I. De la Couverture en veau Sc en mouton. Ibid.
- §. I. Préparation des peaux de veau, f e §. IL Coupe du cuir. md»
- §. III. Parure du cuir. ^
- %. IV. Collage du cuir fur le Carton. 57 Article IL Fouetter. jg
- Article III. Défouetter, mettre les pièces blanches 6* battre les Cartons,
- Article IV. De la Marbrure; de la Couleur quon met fur les Couvertures»
- §, I. Des Couvertures en veau fauve. 62 §, IL De la Marbrure en noir. md,
- 1®, Marbrure à l’éponge. md.
- 20, Marbrure au pinceau; md,
- 30. Marbrure foupe de lait. md:
- 40. Marbrure en veau brun. <531
- §. III. De la Marbrure en rouge ou en écailles. md.
- Marbrure en rouge ou en écailles, faite au pinceau. Ibid,
- 2°. Marbrure à petites écailles ou porphyre.
- 64
- 30. Marbrure à l’éponge. md.
- Article V. Jetter Veau-forte, Ibid.
- Article VI. Mettre les pièces pour Us titres, Ibidi
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-
- XI, TABLE DES
- CHAPITRE IV. Des Ornements quon fait à la Couverture. 6$
- Article I. Des préparations nécejfairespour mettre le Cuir en état de recevoir Vor. Page 66
- §. I. Glairer le dos <5cîes bords. Ibid*
- §. II. Paffer l’éponge à l’huile ou à l’eau.
- Ibid.
- Article II. Appliquer Vor. 6j
- Article III. Des Fers en général. ^ 68
- §. I. Maniéré de dorer avec les Fers à palettes & à roulettes. 70
- §. II. Maniéré de dorer avec les Fers en écuflbns ou armes. 72
- §. III. Maniéré de faire la dorure qu’on appelle à compartiments. 75
- CHAPITRE V. Des opérations quon fait an Livre quand il ejl couvert & doré, 7^
- Article I. Coller les gardes. . Ibid.
- Article II. Mettre en prejfe. 75*
- Article III. Glairer G polir. 77
- Article IV. Tirer Us fgnets G cambfer* Ibid.
- CHAPITRES;
- CHAPITRE VI. Reliures qui font moins
- d'ufage. 78
- Article I. Reliure en parcheminJimple. Page 78 Article II. Reliure en chagrin. 79
- Article III, Reliure des Amiphoniers. 80
- Article IV. Reliure à la grecque à dos brifé. 8 ri Article V- De la Couture des Livres d'Atlas G* grands Livres d'Ejlampes. 82
- Article VI. De la Reliure de Lyon. 83
- Article VII. De la Reliure des Livres Chinois. 87,
- CHAPITRE VII. Ou ïon traite de la ma-niere de laver les feuilles 3 de les régler & de les parfuüier. 90
- Article I. Laver les feuilles. Ibid.
- Article II. Règkr ou encadrer les feuilles. 91
- Article III. Parfumer. 9 a
- Explication des Planches. 9$
- Explication des Termes employés dans l’Art du Relieur. .
- Table des Chapitres & Articles de cet Ou--yrage, II*
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- de L’IMPRIMERIE DE L. F. DELATOUR. ,773,
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