Descriptions des arts et métiers
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- L'ART
- DE FAIRE
- DES CHAPEAUX
- Par M. l'Abbé NO LL ET.
- M. DCC. LXV.
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- L’A R T
- DE FAIRE
- DES CHAPEAUX.
- Par M. lA bb ê N O L L E T.
- O n feroit ïàns doute un Ouvrage curieux Sc important à l’Hiftoire, û fon pouvoit recueillir & faire connoître toutes les fortes de coëffures que les hommes de tous les temps & de toutes les parties du monde ont imaginées pour défendre leur tête contre les injures de l’air, pour fo décorer, ou pour leur fervir de marques diftinétives. Et quand onfe borneroit à décrire feulement celles qui font en ufage aujourd’hui parmi les diverfes Nations, il y auroit encore de quoi differter allez longuement & d’une maniéré intéref fante. Mais ce n’efl point-là mon objet.: je me propofe uniquement de confi-gner dans cet Ecrit les matières qu'on employé, & les différentes façons qu’on leur donne pour fabriquer cette elpece de bonnet à large bord, que nous appelions Chapeau, & qui fait lui foui, l’objet d’un Art affez étendu, & dîftingué dans le Commerce.
- On fait des Chapeaux de paille, de joncs, de canne treflee; on en fait de crin, on en fait de carton couvert de taffetas ou de fotin de toutes les couleurs ; & l’on en peut faire encore de bien d’autres matières ; mais ces ouvrages légers & de fantaifie, qu’on n’employe guere que pour fo garantir du foleil dans les campagnes, & qui appartiennent à différents arts, n’ont prefque rien de commun que le nom, avec ceux que j’ai préfontement en vûe : je ne veux parler ici que des Chapeaux^^m, c’efl-à-dire, de ceux dont l’étoffe n’efl: ni filée , ni ourdie, ni treflee, mais compofée de parties confufoment mêlées en tous fons, & qui a pris confiftance par la façon particulière dont elle a été préparée, maniée, & preffée.
- Les François ne portent point d’autres Chapeaux feutrés, que ceux qui fo Chapelier* A
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- a ART DU CHAPELIER.
- font dans leur pays ; deux raifbns les y engagent : la première, c’ett quil ne s’en fait nulle part ni de plus beaux ni de meilleurs ; la fécondé , c’eft que cette marchandée eft fiijette à un droit d’entrée aflez fort (a) pour en dégoûter ceux qui auroient la fantaifie d’en faire venir du pays étranger. Ce qui fait l’éloge des Chapeaux de France, c’eft que depuis long-temps , les Nations qui n’en fabriquent point, Sc qui font obligées d’en acheter ailleurs que chez elles, nous donnent conftamment la préférence; ce font nos Chapeliers qui font prefque tout le commerce de l’Efpagne, & la plus grande partie de celui de l’Amérique : ils envoyent même en Portugal, quoiqu’iLy ait de gros droits à payer, pour favorifer le commerce des Anglois.
- Il en eft des Chapeaux, comme de toutes les autres marchandées fabriquées, il y en a de communs & à bas prix, pour les Nègres, pour les Soldats, poiir le Peuple, pour les gens de la campagne (b) : il y en a de plus fins & de plus chers pour ceux qui peuvent & qui veulent y mettre le prix ; il s’en fait de ceux que j’ai nommés les premiers, dans prefque toutes nos Provinces, mais plus particuliérement en Normandie, aux environs de Rouen, de Caudebec, à Neuchâtel, &c ; & dans le Dauphiné, aux environs de Grenoble. Ceux de la fécondé forte, c’eft-à-dire, ceux qui font plus fins, fe fabriquent pour la plus grande partie à Paris, à Lyon, à Marfeille & à Rouen, & de ces quatre grandes Villes, c’eft la première qui a le plus de réputation pour les Chapeaux fins. Mais quoiqu’il ne fe faffe point de Chapeaux communs dans ces grandes Villes, parce que la main-d’œuvre y eft trop chere, il ne laîffe pas que de s’y en débiter ; les Chapeliers de la province* y en apportent qui leur ont été commandés par les Maîtres qui en tiennent magafin dans la Capitale, ou qu’ils viennent leur offrir pour en avoir le débit. A Paris, tous ces Chapeaux qui viennent du dehors, doivent être portés au bureau de la Communauté des Maîtres Chapeliers, où ils payent un droit; les Jurés les vifitent, en fixent le prix, après quoi les Chapeaux font lotis & diftribués aux Maîtres de la Ville qui fe préfentent pour les acheter, & en fournir leurs magafins : mais ce commerce, depuis quelques années, eft tombé de beaucoup, parce que la fourniture des troupes ne fe fait plus à Paris, comme elle s’y faifoit auparavant. Ce qui fait encore que dans Paris le Peuple ufe peu de Chapeaux de laines, c’eft qu’il s’y fait un commerce confidérable de vieux Chapeaux fins.
- Je diviferai en quatre Chapitres, ce que j’ai à dire fur l’art du Chapelier.
- Dans le premier Chapitre je ferai connoître les matières qui entrent dans la compofition des Chapeaux ; je dirai d’où on les tire, comment s’en fait le commerce, le choix qu’il en faut faire, & combien on les paye.
- Dans le fécond, je parlerai des préparations qu’on donne à ces matières,
- 00 Un Chapeau de caftor venant d'Angleterre, paye environ 20 liv. d’entrée.
- (b) Il y a de ces Chapeaux communs pour les Ifles, qui fe vendent à 20 fols pièce. Ceux-là fe font dans la Provence & dans le Languedoc.
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- ART DU CHAPELIER. ,
- À
- pour les rendre propres à la fabrique des Chapeaux , 8c comment on les conferve.
- Le troifieme comprendra la fabrique du Chapeau proprement dite, c’eft-à-dire, la maniéré d’en former l’étoffe, 8c celle de lui donner la confiftance 8c la forme convenable.
- Enfin, j’expoferai dans le quatrième Chapitre tout ce qui concerne la teinture des Chapeaux, & les différentes façons qu’on leur donne après quils font teints.
- CHAPITRE PREMIER
- Des matières dont on fabrique les Chapeaux.
- L ES premiers Chapeaux ont été faits avec la laine de moutons ou d’agneaux; la plus grande partie fe fait encore aujourd’hui de cette matière, parce qu’il n’y en a pas qu’on puiffe avoir à meilleur marché, & qui foit en même temps aufîi propre qu’elle, à former cette efpece d’étoffe, qu’on appelle Feutre. Pour les ouvrages de bas prix, le Chapelier employé celle qui fe trouve dans,le pays même où il eft établi, ou dans les environs : 8c fouvent par des vues d’œconomie, il y mêle des matières encore plus communes, pourvû qu’il y trouve , ou qu’il puiffe leur faire prendre, ce qu’il appelle la qualité feutrante, c’eft-à-dire, une certaine difpofition à s’unir intimement & uniformément avec la laine, & à faire corps avec elle, difpofition dont je parlerai particuliérement dans le fécond Chapitre.
- De-là vient, que ces Chapeaux groffiers le font plus ou moins, fuivant la qualité des laines du pays, 8c fuivant la nature des matières qu’on fait entrer avec elle dans leur compofition. En Bourgogne, par exemple, & dans le Nivernois, où l’on tue beaucoup de chevreaux, leur poil, qui n’eft prefque d’aucune valeur, s’employe utilement dans les Chapeaux, & les rend plus fins, dit-on, que s’ils étoient de laine pure. Mais dans la Touraine, dans l’Anjou , 8c dans une grande partie du pays qui bordé la Loire, les Chapeliers tirent des tanneries, du poil de veau , qu’ils ont prefque pour rien, 8c qu’ils mêlent avec la laine : cela fait de vilains Chapeaux ; mais les gens de la campagne s’en accommodent à caufé du bon marché.
- Les plus beaux Chapeaux de laine font ceux qui fe font dans le Dauphiné, aux environs de Grenoble ; on en fait aufïï de fort beaux en Normandie, 8c fur-tout dans les endroits que j’ai nommés ci-deflus ; on y fabrique non-feulement avec les plus belles laines du pays, mais on en tire encore beaucoup du Berry, de la Champagne, de la Sologne, provinces renommées pour cette efpéce de marchandife.
- Pour la fabrique des Chapeaux, ce n’eft point la laine la plus longue qui eft
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- 4 ART DU CHAPELIE R.
- la plus eflimée; ce font au contraire les laines courtes à qui Ton donne la préférence ; Sc c’eft pour cela , qu'on employé le plus quon peut, celle des agneaux ou des jeunes moutons, & que dans les toifons des brebis , on fait choix des gorges & collets, qu'on appelle bajfes laines dans les autres manufactures , Sc qu'on ne file guere que pour en faire des trames.
- Dans les campagnes Sc dans les petites villes de province, les Chapeliers achètent leurs laines immédiatement, Sc quand ils le jugent à propos, des laboureurs & des bouchers, ou de quelque marchand forain qui fe charge de les faire laver Sc dégraifler ; dans les grandes villes , & généralement dans tous les lieux où il fe fait une grande quantité de Chapeaux, les fabriquants comme tels, pourroient en vertu d’un Arrêt du Confeil du 9 Mai 1699, portant réglement pour le commerce des laines de France, Sc d'un autre Arrêt en interprétation de celui-ci, datté du 2 Juin fuivant, les fabriquants y dis-je, pourroient dès le commencement du mois de Mai, c'efl-à-dire, environ deux mois avant la tonte des moutons, enarrher chez les fermiers Sc laboureurs, la quantité de laines dont ils jugeroient à propos de s'approvifionner ; mais comme dans la Chapelerie on n'employe guere que des laines courtes , celui qui tient une manufacture de cette efpéce, au lieu de jouir de ce droit, aime mieux ordinairement avoir affaire à un marchand, ou à quelque commiflion-naire qui lui fournit félon le befoin, la laine qui convient le mieux à fon art# Il arrive encore très-fbuvent que l'ouvrier qui fabrique, n'y met que fon travail avec celui de fes compagnons, & les frais de la teinture ; il reçoit fes laines d'un marchand Chapelier, qui en fait les avances, & il lui rend une certaine quantité de Chapeaux, du poids convenu entre-eux, à tant la douzaine. Outre les laines de France, nos Chapeliers font ufage auffi de laines étrangères, qui font plus fines; ils tirent d'Hambourg une laine courte, frifée, Sc prefque toute blanche, qui vient apparemment de la tonte des agneaux ; car on la nomme agnelins d'Hambourg ; ils employent encore une autre laine qui vient de Perfe, & que les uns appellent Carmeline> Sc les autres Carmenie ; je crois qu'il faut dire Carmenie, parce qu'il y a toute apparence que cette laine eftla même dont Tavernier (a) parle d'une maniéré fi avantageufe, Sc dont le commerce fe fait, félon lui, dans le Kerman, province de Perfe, qui portoit ci-devant le nom de Caramanie\ il eft très-problable que les Négociants auront corrompu ce mot, Sc en auront fait celui de Carmenie, prétendant donner à la laine, le nom du pays d'où on la tire. Je ne crois donc point que cette mar-chandife foit, comme le dit Savary ([b) dans fon Diélionnaire du Commerce , la laine ouïe poil de Vigogne, de la fécondé qualité, d'autant moins que celle-ci, comme il le dit lui-même, vient du Pérou par l'Efpagne.
- Quoi qu'il en foit, la Carmeline ou Carmenie qu'on m'a montrée, Sc que j'ai
- (a) Voyage de Perfe.
- (b) Di&ionnaire du Commerce, à l'article Vigogne.
- examinée
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- ART DU CHAPELIER. s
- examinée , m’a paru reflèmbier mieux à la laine de mouton ou d’agneau, qu’au poil de vigogne; St pour la couleur, je la trouve telle que nous Fannonce le Voyageur cité ci-deflus, en parlant des laines du Kerman, d’un brun-clair , St d’un gris-cendré ; car il y a des toifons où ces deux couleurs dominent, & dans chacune, c’eft toujours la laine du dos qui eft la plus fôncée en couleur; celle du ventre, des cuilfes, St des flancs, eft d’un gris beaucoup plus clair ., louvent même il y en a un peu de blanche-: mais les Chapeliers font dans l’habitude de n’en diftinguer que de deux fortes, l’une qu’ils appellent rouge, St l’autre qu’ils nomment blanche ; c’eft la première qu’ils eftiment le plus, St qui eft ordinairement de 20 fols par livre plus chere que la fécondé.
- Ce que les Chapeliers employent fous le nom de laine d'Autriche, m’a paru être du poil de chevre ou de chevreau, d’un gris-cendré; il n’y a point d’apparence que ce foit le duvet d’autruche, comme on pourroit l’imaginer, d’a-* près ce que dit Savary (d) : «Le poil ou le duvet d’Autruche, dit-il, èft de » deux fortes, le fin St le gros ; le fin entre dans la fabrique des Chapeaux com-» muns, tels que font ceux de Caudebec, &c. » Plufieurs Chapeliers de Paris, St fort inftruits de leur commerce , à qui j’en ai parlé , m’ont alluré qu’on n’employoit le duvet d’aucun oifeau dans la Chapélerie ; St fi l’on confiilte la defeription très-circonftanciée de l’autruche, par M. Perreau (F), on verra que cet oifeau n’a point de duvet comme les autres, & que fi l’on trouve dans fa dépouille quelque chofe qui approche de cela , ce n’eft ni dans la quantité, ni avec la qualité néceiïàires pour faire un objet de commerce, St encore moins pour entrer dans la fabrique des Chapeaux de bas prix.
- Rien n’approche plus des laines étrangères dont je viens de parler, que le poil de vigogne, qui eft un quadrupède du Pérou fort reflemblant à nos moutons, mais beaucoup plus grand. On voit parles toifons qu’on nous envoyé entières, St roulées en paquets ronds, que ces animaux ne font pas tous de la même couleur ; les uns font d’un brun-roux, les autres font d’un gris-cendré, St à tous, la laine du dos eft plus foncée que celle du ventre, des cuiffes & des flancs, où il fe trouve même un peu de blanc. Les Chapeliers n’en diftin^ guent que de deux fortes, celle qu’ils nomment rouge, St celle qu’ils appellent blonde : la derniere eft celle qu’on eftime le moins pour les Chapeaux ; parce quelle eft trop tendre ; ce font les Bonnetiers qui en font le plus d’ufage.
- Les laines étrangères ne s’employent pas feules : elles feroient trop cheres pour faire des Chapeaux communs : on ne les mêle pas même avec .celles du pays, pour en faire de plus fins; parce que l’expérience a fait con-noître que les matières inférieures percent toujours à travers les plus fines, St les couvrent de maniéré qu’elles ne contribuent prelque en rien à la beauté
- (a) Di&ionnaire du Commerce, à l'article Autruche.
- (h) Mémoires de l'Académie Royale des Sciences, totn. II. partie 2*
- Chapelier. -
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- 6 ART DU CHAPELIER.
- du Chapeau : mais elles font un bon effet, quand on les mêle avec différents poils.
- Les poils de lievre & de lapin font ceux qu’on employé le plus communément avec la laine ; il y a tel Chapelier dans Paris qui confomme dans une année quarante mille dépouilles de la première efpece, & plus de foixante mille de la fécondé; ordinairement le Chapelier reçoit & acheté les peaux telles qu’elles viennent des cuifines & des boutiques de Rôtiffeurs ; ce font les Crieurs de vieille féraille, & les Raccommodeurs de faïence caffee, qui les recueillent , & qui les leur vendent à tant le cent.
- Il y a aufîî dans les fauxbourgs de Paris, & fur-tout dans celui de S. Antoine^ une Communauté de Maîtres Cardeurs qui achètent ces peaux de la première main, & qui en vendent le poil à la livre aux Chapeliers; mais dans une fabrique •un peu confidérable , le Maître trouve plus de profit & de sûreté à faire couper le poil chez lui; non-feulement parce qu’il n’a point de revente à fup-porter, mais encore parce qu’il n’a point à craindre de mélanges frauduleux, ni les fautes qu’on auroit pu commettre dans la préparation qu’on doit donner à ces poils , avant qu’ils foient féparés du cuir.
- Cette préparation, dont je parlerai dans le Chapitre fùïvant, n’avoit pas lieu autrefois, c’eft une pratique qui n’a guère que trente ans de datte en France, & fans laquelle cependant, il y a certains poils qui ne peuvent pas le feutrer, ou qui fe feutrent fort mal ; tel eft celui de lievre, qui pour •cette raifon, étoit exprefiement défendu : peut-être aufîi tenoit-on rigueur fur cette défenfe, pour accréditer & faire valoir davantage le commerce du caftor, dont le Roi avoit donné le privilège exclufif à la Compagnie des Indes.
- Le lapin & le lievre ne font point les feuls animaux du pays, dont le poil ibit propre à faire des Chapeaux, fiir-tout depuis qu’on fçait donner, ou augmenter la qualité feutrante : on a efïayé avec fiiccès celui des chiens barbets Je ne doute pas qu’on ne réufsît de même avec beaucoup d’autres efpeces ; mais outre que ces efpeces ne fourniflent point abondamment, leFoureur& le Mégifîier qui mettent à profit le cuir & le poiij les font plus valoir, que ne peut faire le Chapelier qui n’employe que cette derniere partie ; l’autre en fortant de fes mains n’étant propre qu’à faire de la colle-forte, pour des jraifons que je dirai.
- Quant aux poils qui fe tirent des pays étrangers pour la fabrique des Chapeaux, le plus commun & qui coûte le moins, eft celui qui arrive des Echelles du Levant par Marfeille, en petits paquets arrondis, & qu’on connoît fous le nom de pelotage ; ce font des toifons de chevreaux, ou de chevrons, pour parler comme les Chapeliers ; il y en a de noir & de roux ; celui-ci eft le plus
- fin & le plus eftimé ; il fe vend toujours 8 ou io fols par livre plus cher que Tautre.
- On tire encore du Levant, & pour le même üfage, du poil de chameau ;
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- ART D U CHAPELIER. 7
- le plus beau vient d’Alep, de Satalie & de Smyrne ; ce poil eft toujours brun, mais tantôt plus foncé, Sc tantôt plus clair ; il y en a auffi de différents degrés de finefle ; de forte que le prix de l’un furpaffe quelquefois de moitié celui de l’autre. On ufe beaucoup moins do cette marchandée à Paris ou dans les environs, qu'à Rouen, à Marfeille, à Grenoble Sc à Lyon : on ne s’en fert ici que pour donner un peu plus de luftre aux Chapeaux de laine.
- Mais de tous les poils étrangers, il n’y en a pas dont les Chapeliers des grandes villes, 8c fur-tout de Paris, falfent autant d’ufage, ni qui réuffiffe aufîi bien que celui du caftor, animal amphibie de PAmérique Septentrionale : les Naturels du pays, en font la çhafle, en amaffent les peaux, dont ils employeitt une partie à fe couvrir tant de jour que de nuit ; après quoi ils les vendent avec Celles qui ne leur ont point fervi, aux Européens, qui leur portent en échange les denrées Sc les marchandifes dont ils ont befoin. S’il fe trouve des caftors en Mofcovie, en Pologne ou ailleurs , comme on le prétend, il faut qu’ils y fbient en trop petite quantité pour faire objet de commerce, ou qu’on y faffe trop de cas de cette efpèce de fourrure, pour la laiflfer fortir du pays ; car nos Chapeliers n’en connoiffent pas d’autre que celui de Canada Ça')*
- Cet animal eft d’une couleur brune, mais plus foncée fiir le dos que par^ tout ailleurs , Sc en général cette couleur n’appartient qu’à la pointe du poil ; car le relie, en tirant vers la racine, eft d’un gris de perle très-clair & très-brillant, fur*tout aux joues Sc aux flancs : le poil eft auffi plus court à ces dernieres parties, qu’il ne l’eft fur le dos , qu’on nomme communément 1 ’ Arête.
- Je ne parle ici que du poil qui eft propre au travail du Chapelier; car ori verra par la fuite qu’il y en a un autre plus greffier , qui n’eft d’aucun ufage dans cet art, Sc qu’il faut féparer du premier.
- On diftingue deux fortes de caftor en peaux ; le gras Sc le fec , que l’on appelle auffi caflor veule. On appelle caftor gras, les peaux de cet animal, que les Sauvages ont portées un certain temps pour fe vêtir, ou qui leur ont fervi de couvertures pendant la nuit ; outre qu’ils ont choifi les meilleures pour cet ufage, à force de les manier ils les ont rendues fouples, Sc leur tranfpiration a donné au poil une qualité qui le rend bien plus propre qu’il ne l’eft naturellement , à former l’étoffe des Chapeaux.
- On nomme caftor fec ou veule, les peaux qui n’ont point fervi, Sc que les Sauvages ont mifes à fécher , après en avoir dépouillé l’animal; celui-ci eft moins eftimé Sc moins cher que l’autre ; & pour l’employer, on le mêle toujours avec une certaine quantité de caftor gras, ou de quelqu’autre matière capable de lui donner du corps. On eftime encore le caftor plus ou moins fui-Vànt la fàifon où l’animal a été dépouillé ; celui d’hyver eft le meilleur de tous Sc le plus cher, parce qu’alors l’animal eft plus fouré que dans tout autre temps,
- (à) Parmi les caflors de différentes qualités, qu’on tire de Canada, il y en a une (c’efï le caflor gras d’hy ver), qu’on nomme caftor de Mofcovie, parce qu’on Tenleve pour Archangel.
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- g ART DU CHAPELIER.
- & que fon poil eft de meilleure qualité ; après celui-là c eft le caftor de prnî-temps Sc d’automne que Ton préféré ; celui qui vaut le moins, Sc qui eft aulïi au plus bas prix, c’eft le caftor d’été , à caufe de la mue.
- L’établifïement des François dans le Canada les a mis à même de fe procurer du caftor, & c’eft à cet événement fans doute que la Chapélerie de France doit fa perfeétion, la plus belle partie de fon commerce, & la renommée dont elle jouit: le commerce de cette efpèce de pelleterie fut d’abord libre pour tous les Habitants ; chacun faifoit fa traite particulière avec les Sauvages, Sc en dilpofoit enfïiite comme il le jugeoit à propos : mais cela ne dura pas longtemps; cette branche de commerce fut confiée à des Compagnies qui fe fuc-
- céderent les unes aux autres, & celle des Indes en a joui par un privilège ex-*
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- clufif depuis 1717 jufqu’au dernier Traité de paix.
- Tant qu’elle a été en pofleflion de la .traite du caftor, c’étoit à Québec, à Mont-réal, Sc dans quelques autres places, que cette pelleterie étoit apportée une fois tous les ans, tant par les Sauvages qui venoient eux*memes faire leurs échanges que par des particuliers François qui obtenoient du Gouverneur la permiflion d’aller au loin trafiquer avec eux (a) ; le caftor ainfi raffemblé dans les Magafins de là Compagnie, étoit rranfporté enfuite à la Rochelle, Sc de-là à Paris, ou.s^en faifoit la vente peu après fon arrivée#
- Les balles de caftor font ordinairement du poids de cent vingt livres chacu-; ne ; la Compagnie accordoit fept livres de tare, Sc les palïoit aux Chapeliers pour cent treize livres : mais comme il fe fait moins de caftor gras , que de paftor fec, non-feulement onpayoit les premiers plus chers , mais pour en avoir une balle, iifalloit en acheter en même temps trois ou quatre, & dans certaines années cinq de la fécondé qualité. ,
- Préfentement nos Chapeliers fe pourvoient de caftors comme ils peuvent ; lesplus riches ou les plus accrédités le tirent d’Angleterre par,grofïes parties Sc en revendent à ceux de leurs Confrères qui n’ont pas le moyen ou la commoH dité de faire de grandes provifions.
- Quant au prix des différentes matières dont j’ai parlé dans ce Chapitre , je ne puis le dire avec précifion, parce que cela varie d’une année à l’autre, fuivant que chaque elpece devient plus ou moins rare, fuivant la qualité individuelle de chaque marchandife, & fuivant les circonftances qui influent en général fur le commerce, & en particulier fur telle ou telle partie : après bien des informations que j’ai faites à cefujet, voici ce que j’en puis dire, en me tenant à des à-peu-près.
- Quand on acheté les laines de France en groflès parties chez les Laboureurs, & chez les Fermiers, Sc qu’on les prend en Juin, c’eft-à-dire, fans être ni lavées, ni dégrailfées, Sc telles qu’elles fortent de deflus la bête, on les peut avoir pour 12 ou 15 fols la livre; mais quand elles font préparées, Sc quelles
- (a) Ces efpeces de marchands s’appellent coureurs de bois•
- ont
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- ART DU CHAPELIER. 9
- eut fouffert le déchet du lavage & du dégraiflàge > elles reviennent au Chapelier à 20 ou 24 fols la livre de 16 onces,
- La derniere guerre a fait augmenter le prix des laines & des poils que Ton tire du pays étranger , de forte que préfentement on paye :
- L’Agnelin d’Hambourg. . .lalivre ........ 2 livres iy fols
- _ ^ • r rouffe . .................... 6
- La Carmeme|blanche _ __________________ ^
- La laine d’Autriche ............. 2
- 8
- noir...................2
- roux ............ ..... 2
- 10
- S
- 10
- t . r rouge....................................
- La vigogne | blonde................................7
- Le pelotage ^
- Le poil de chameau ( )e P|us fmmun-----------------%
- A (.le plus fin........... . . . . o
- Mais de toutes ces matières, il n’y en a aucune qui ait autant augmenté de prix, que le caftor : on en pourra juger par le tableau fuivant, que je tiens
- de bonne part (a), & qui comprend les différents prix de cette marchandifeij depuis 1739, jufquen 1753 inclufivement.
- La livre de Cajlor.
- gras rébut•
- Sec bon. gras bon. fec rébut.
- 1739 .... 3 liv. 10 fols . : 5 liv. , 10 fols. . 2 liv. 10 fols
- 1739.... • • I O e • • . 5.. IO . . . . 3 . . 10 . . .
- 1740 . . . .. J .. IO . .. • S • • IO . . . . 3 . . 10 . . .
- 1744 .... 6 . . 10 . . . . 6 .. IO . . . . 4..
- 1747 . . . . 7 ... . . e . • 7 • . 5..
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- Aujourd’hui le caftor eft d’un tiers en lus plus cher qu’il n’étoit en 1753 * de forte que le meilleur revient à 12 liv. la livre ; & il eft important d’ob-ferver qu’il s’agit ici de l’achat du caftor en peaux : le poil qu’on en tire pour fabriquer des Chapeaux, par les déchets qu’il foufïre, & par les frais qu’il faut faire, pour le mettre en état d’être travaillé , revient à 30 ou 36 liv. la livre.
- L’augmentation de prix fur les laines & poils étrangers, 8c fur-tout fur le caf tor, n’a pas manqué d’en caufer une très-conftdérable fur les poils qui fe trouvent en France; le cent de peaux de lapins qui fournit environ 5 livres de poil, s’achetoit autrefois 18 ou 20 livres; aujourd’hui on le paye jufqu’à 3 y livres, ce qui fait monter la livre de cette marchandée à 9 livres, fans compter les frais de préparation, dont je parlerai dans le Chapitre fuivant.
- La centaine de peaux de lievres qu onpayoit 30 livres, s’achete aujourd’hui
- (a) Je tiens cë Tableau , Ôc la plupart des inftruftions dont j’ai eu befoin pour décrire cet Art, de M. Mabile, maître 8c marchand Chapelier, établi à Paris rue S. Denis, lequel a eu la com-jplaifance de m’ouvrir, toutes les fois que je l’ai déliré, fa manufacture & fes magalîns, & de me mettre au fait de toutes les pratiques de la Chapélerie, 8c de tout ce qui concerne fon commerce.
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- jufqu’à 60 Iiv. dé forte qu’une livre de ce poil prêt à être employé , coûte au Chapelier environ 12 livres, le plus fin, Sc les autres qualités à proportion.
- Les matières dont fai fait mention dans ce Chapitre, font celles qu’on employé communément, Sc fans conteftation, dans les manufactures dé Chapeaux : mais il en efl: une encore dont il paroît.qu’on a fait ufage autrefois, finon en France, au moins en Angleterre, Sc qu’un Chapelier de Paris entreprend de faire revivre : c’eft la foie ; je dirai ailleurs comme il la prépare ; Sc comment il l’employe : pour le préfent il fuffira qu on fçache que pour l’avoir à un prix qui n’ égale point celui d’une autre matière dont elle tient la place, il fait ramafîer chez les ouvriers qui efnployent des étoffes de foie, chez les faifeurs dé gaze, de chenilles, &c, toutes lés rognures de rebut, il les fait parfiler dans les hôpitaux, ou par des enfants Sc de vieilles gens, dont le temps n’eft pas précieux; en un mot, en prenant toutes les mefures né-cefiaires pour avoir cette efpece de marchandife au plus bas prix : auffi ne lui revient-elle communément qu’à 8 ou 10 fols la livre, &la plus belle à 20 f. Il efl actuellement en procès avec laCommunauté des maîtres Chapeliers, qui lui conteftent la poflîbiiité d’employer utilement la foie dans la composition des Chapeaux : il ne m’appartient pas de prononcer, avant les juges; mais en faifant la defeription d’un Art , je dois faire connoître, autant qu’il m’eft poffible, toutes les matières fur lefquelles il peut s’exercer; je dirai donc, pour
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- l’avoir.vû, qu’on fait très-bien un Chapeau avec un tiers de foie & deux tiers de poil de lievre. Quant à la beauté & à la bonté d’un tel Chapeau, par com-paraifon à ceux où il n’entre pas de foie, Sc qui font reçus dans la Chapeierie, ce n’eft point ici le lieu d’en parler ; j’aurai occafion d’en dire mon avis dans les Chapitres fiiivants.
- CHAPITRE SECOND.
- De la maniéré dont on prépare les matures qui doivent fervir
- à fabriquer les Chapeaux.
- » J’ai déjà dit dans le Chapitre précédent que les laines de France font ordinairement dégraiffées & lavées, quand le Chapelier les acheté ; (a) il choifit feulement celles qui conviennent le mieux à fbnArt; ce font celles des jeunes bêtes , Sc les plus courtes triées des toifons de brebis. Il n’a plus qu’à les faire carder , comme cela fe pratique dans plufieurs autres fabriques où l’on employé des laines.
- Le poil de veau qu’on tire dés Tanneries, fe trouve mêlé avec de la chaux dont il faut le purger avant qu’il pafle par les mains du Cardeur : pour cet ef-!
- (a) Il y a cependant des Chapeliers dans les Provinces , qui emploient leurs laines en fuinj c'eft-à-dire, fans être dégraiffées, Sc n’ayant reçu d'autre préparation qu’un lavage à froid fur la bête 5 mais quand le Chapeau eft prêt à paffer à la foule, ils le font bouillir dans une forte leffive,
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- fet, on lé fait bouillir à grande eau dans des chaudières, après quoi on lé porte dans des paniers à claire voie à la riviere la plus prochaine, ou à quelqu’au-tre courant d’eau, où on le lave jüfqu’à ce qu’il paroiffe bien net ; on l’étend enfiiite fur des claies en plein air 8c au foleil, pour le faire fécher.
- Toutes les laines & poils qui viennent dé pays étrangers, contiennent beau-coup de làletés, qu’il faut, avant toutes chofes,leur ôter. Les toifons de vigogne & celles de Carménie, font prefque toujours remplies de terre & d’excréments durcis : on trouve dans le poil de chameau 8c dans tout ce qu’on nomme pelo tagc,de$ parcelles de peau ou d’épiderme que l’on nomme chiquâtes, que le Tondeur a enlevées de delïus l’animal ; 8c dans tous il y a un poil greffier qu’on nomme jarre 9 dont je parlerai plus particuliérement ci-après, 8c qui doit être féparé du poil fin ; il efl: rare que dans une grande quantité de telles marchan-difes, il n’y ait quelques parties échauffées, pourries, ou gâtées par les infèéles : a première préparation quelles exigent, c’efl: donc d’être épluchées.
- Ce font ordinairement des femmes qui font cet ouvrage , qui va fans doute lentement, à en juger par le prix qu’on leur donne. Pour la vigogne, elles gagnent jufqu’à 20 f. par livre, qu on leur donne à éplucher ; la Carménie & le poil de chameau fe payent fur le pied de io f. L’épluchage eaufe beaucoup de déchet : cela va très-fouvent au quart, quelquefois au tiers. De forte que fi la livre de vigogne coûte 8.1. de premier achat, elle revient à plus de io 1. à caufe du déchet, ajoutez 20 fols de façon, ce qui la fait monter quelquefois jufqu’à 12 liv.
- En maniant ainfi les laines 8c poils étrangers, on en fait un triage ; car dans la même toifon, il s’en trouve de différentes qualités 8c de différentes couleurs ; ce qui vient du dos de l’animal efl: toujours plus foncé en couleur , on l’appelle 19Arête, & on l’eflime davantage que le refte : ce qui vient du ventre , des flancs, de la gorge, efl: d’une couleur plus claire, quelquefois blanc, 8c l’on s’en fert pour des Chapeaux plus communs, ou qui ne doivent pas être teints.
- C’efl: ainfi que l’on commence à préparer les laines & poils qui arrivent en toifons ou en pelotes ; mais il en efl: d’autres, tels que les poils de lievre, de lapin, de caflor, que le Chapelier reçoit en peaux, 8c qu’il efl: obligé de faire féparer de leurs cuirs ; ce qui fe fait par deux opérations différentes : l’une s’appelle arracher, l’autre couper.
- Sur chaque peau il y a toujours deux fortes de poils : outre celui qui efl propre à la fabrique, il s’en trouve un autre plus long, qui s’appelle jarre : il efl groffier & rude ; il ne fe feutre pas, & quand il en refte dans l’étoffe d’un Chapeau , il perce au-dehors & fe montre d’une maniéré défàgréable. Il faut les féparer du poil fin ; 8c voici comment cela s’exécute pour le caflor.
- L’Arracheur ( Voyez Planche I. Fig. I. ) affis fur un petit tabouret de paille, a devant lui un banc A, qui fe nomme chevalet, de trois pieds de longueur, fur fix
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- pouces de largeur, monté fur quatre pieds, à la hauteur de 20 pouces, & le defliis eft arrondi. Il y étend la peau en longueur, le poil en-dehors, & ill’y. aflujettit, en embraflànt avec un tire-pied le bout qui eft de fon côté.
- Le tire-pied n’eft autre choie, qu'une corde de chanvre ou une courroie dont chaque bout eft terminé par une boucle pour recevoir le'pied> Figure 2.
- Si c’eft du caftor fec, l’Arracheur tourne la peau, de maniéré que la tête le trouve au bout le plus reculé du chevalet, & que le poil fe préfente à lui par la pointe ; il fait tout le contraire fi le caftor eft gras.
- La peau étant aflujettie , comme je viens de le dire, 8c le banc bien arrêté, il prend à deux mains une plane à double tranchant, qui a environ 14 pouces de longueur entre les deux manches ( Fig. 3 ) , puis l’appliquant 8c la traînant en avant à angles droits , ou à peu-près fur la longueur du chevalet, il fait agir le taillant obliquement, 8c à plufieurs reprifes lur la même bande i jufqu’à ce qu’il en ait enlevé tout le jarre.
- Quand le.caftor eft fec, il roule la plane4 c’efi>à-dire , qu’il la poulie en avant, en inclinant fa lame vers le bout du chevalet où eft la tête de la peau , 8c qu’il l’incline en fens contraire, en la tirant à foi ; ce changement d’incli-naifon étant toujours accompagné d’un coup de poignet. Quand au contraire le caftor eft gras, l’Arracheur ne fait que traîner , en appuyant le tranchant fîiivant le fens du poil. Ce qu’il y a de fingulier dans l’une 8c dans l’autre façon d’opérer, c’eft que la plane , quoique bien tranchante , arrache le jarre 8c ne le coupe point; 8c ce qui doit le paroître pour le moins autant, c’eft qu’en arrachant ainfi ce gros poil, elle n’enleve rien du fin.
- L’Arracheur ayant ôté le .jarre, autant qu’il a pu, avec fa plane, remet la peau à une Ouvrière qu’on appelle Repajfeufe, parce qu’elle achevé d’arracher avec un couteau ce qu’il en refte aux bords & .aux autres endroits où la plane n’a pu agir.
- Le coûteau de la Repafleufe eft une lame droite , un peu rétrécie & ar-, rondie par le bout, emmanchée avec du bois, à peu-près comme le tranchée du Cordonnier. ( Fig. 4 ). •,
- La Repafleufe ( Fig. 5 ) eft aflïfe quand elle travaille ; elle tient la peau af-fujettie par un bout entre fon genou 8c une muraille , ou quelque chofe de folide ; elle pince le jarre entre la lame de fon coûteau 8c fon pouce , 8c l’arrache d’un coup de poignet; mais comme ce poil eft rude, & que l’aélion de la main eft violente ,.la partie du coûteau quelle empoigne eft garnie de linge, 8c elle a un poucier de cuir.
- L’Arracheur reçoit 81. pour arracher une balle de caftor,qui pefe ordinairement 118 1. net ; & quand il eft bon travailleur, il peut faire cet ouvrage en deux jours; il a pour lui le jarre qu’il a arraché 8c qu’il vend , comme mau-
- vaile bourre, à quelques Selliers 8c Bourreliers qui le payent fur le pied de
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- é den. la livre. Mais laRepaffeufe eft fur fon compte; c’eft à lui à la payer fur les 8 iiv. qu'il reçoit.
- Immédiatement après l'arrachage, on bat avec des baguettes, & du côté du poil, toutes les peaux tant de caftor gras , que de caftor fec, pour en faire fbrtir le limon & le gravier, qui s'y trouvent toujours en aflez grande quantité , & qui gâtent,- quand ils relient,le tranchant des outils dont on fe fert pour couper le poil fin. Ce font ordinairement des femmes qui arrachent le jarre aux peaux de lapin : on les appelle Arraeheufes : ordinairement ce font les mêmes qui repalfent le caftor : on les paye fur le pied de io f. le cent de peaux, avec les quatre au cent.
- Le jarre du lapin s'arrache comme celui du caftor qui a échappé à la plane ; une femme tenant d’une main la peau alfujettie fur fon genouil , rebroulfe le poil avec un couteau tout-à-fait femblable à celui de la Repaiïeufe * qu’elle tient de l’autre main ; & en pinçant le bout du jarre entre fon pouce & la lame , à chaque coup de poignet elle en emporte une partie ; & cela fe fait fans que le poil fin s*enlèvé, parce qu'il tient mieux au cuir que le jarre. Voyez h Fig. 6.
- Il n'en eft pas de même des peaux de lievre ; le gros poil tient au cuir plus fortement que le fin ; c’eft pourquoi l'Arracheufe en pinçant l'un & l'autre en même temps, n'emporte que le dernier ; mais, avant que d'en venir à cette opération, elle commence par ébarber le jarre avec des cifeaux; de maniéré qu'il ne fiirpalfe plus en longueur le poil fin qu'elle a delfein d'arracher, Sc cet ébarbage qui fe fait d'avance, fe paye à part, fur le pied de 16 f. le cent de peaux avec les 4 au 100.
- Ainfi le poil fin du lievre s’arrache ; celui du lapin, comme celui du caftor, fe coupe : mais auparavant on leur donne une façon qui tend à leur faire prendre ou à augmenter en eux la qualité feutrante ; comme cette préparation n'eft pas la même dans toutes les fabriques de Chapeaux, Sc que chacun fait myftère de la fienne , on l'appelle feeret;Sc l'on dit que le poil eft fecrété, quand il l'a reçue.
- De tout temps les Chapeliers fe font apperçus que le caftor fec employé fans préparation, avoit peine à fe feutrer & à rentrer à la foule ; & il y a toute apparence qu’une des plus fortes raifons qui avoient fait défendre l'ufage du lievre dans la Chapélerie , c'eft qu'il faifoit de mauvais ouvrage, avant qu'on fçût la maniéré de le préparer.
- Autrefois ( Sc l'on dit qu'il y a encore des Chapeliers qui le font aujourd'hui ) , on enfermoit le poil dans un fac de toile , Sc on le faifoit bouillir pendant 12 heures dans de l'eau, avec quelques matières graffes & un peu d'eau-forte ; le choix de ces drogues, Sc leurs dofes, varioîent fuivant l'idée ou la fantaifie du Fabriquant; maisalfez communément pour 30 livres de poil, on mettoit une livre ou une livre & demie de vieux oing ou de fain-doux avec Chapelier. D
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- environ une livre d’eau-forte * dans une quantité d’eau capable de baigner pleinement cette portion de marchandée. Quand on avoit retiré le fac de la chaudière^ on mettoit deffus quelques planches que l’on chargeoit avec de gros poids pour preffèr le ballot & en exprimer l’eau ; le poil étant fiiffifàmment refroidi, on le droit du fac par poignée, que l’on pelotoit, Sc que l’on preffoit fortes ment entre les deux mains fans le tordre ; après quoi on l’étendoit fur des claies, pour le faire bien fécher.
- Il y a environ 30 ans, qu’un Chapelier François' nommé Mathieu , ayant travaillé pendant plufieurs années à Londres , vint s’établir à Paris , dans le fauxbourg S. Antoine, & fe vanta d’avoir appris des Anglois ,une maniéré de fecréter le poil, bien meilleure que toutes celles qui fe pratiquoient en France ; il en donna des preuves, & quelques Maîtres le payèrent pour en avoir communication : ce fecret, quant au fond, devint bientôt celui de tout le monde; on fçut que les principales drogues que Mathieu employoit, étoient de l’eau-forte mitigée avec de l’eau commune, Sc unpeu de fain-doux, dontilfrottoitle poil. Par fucceffionde temps plufieurs y ont ajouté un peu de mercure; mais il en eft encore de ceci comme de l’ancienne façon de fecréter, chacun réglé à fa maniéré l’affoibliffement de l’eau-forte, Sc la quantité de mercure ; plufieurs fe contentent de l’eau fécondé fans aucune addition; d’autres y joignent avec le mercure , du miel & d’autres drogues qu’ils imaginent devoir produire un bon effet, fans en fçavoir la raifon ; & rien ne prouve mieux que cette variété, combien les Chapeliers font encore éloignés de fçavoir en quoi confifte l’état aétuel du poil fecrété, Sc combien il eft à fouhaiter pour eux qu’on les éclaire fur cet article.
- Un très-bon Fabriquant de Paris, qui a eu la complaifance de fecréter devant moi du caftor, du lievre & du lapin, m’a affuré qu’après plufieurs épreuves faites avec différentes drogues, il s’étoit fixé à l’eau fécondé, c’eft-à-dire , à l’eau-forte affoiblie avec moitié d’eau commune, en y faifant diffoudre une once de mercure par livre d’eau-forte. Voici comme il employé cette diflo-lution.
- Une large terrine non verniffée qui la contient, eft placée à fà droite fur un établi devant lequel il fe tient debout. La peau eft étendue, le poil en de-hors, fur un bout de planche fort épaiffe qui eft pofé & arrêté fur l’établi ; Sc avec une broffe ronde ( Fig. 7.) de poil de fanglier, qu’il tient par le manche, & qu’il a trempée légèrement dans la terrine, il frotte fuccefîîvement Sc à plu-fleurs reprifes, toutes les parties qu’il a deffein de fecréter, allant tantôt dans le fens du poil, tantôt à contre-fens, mais ayant toujours attention de ne mouiller tout au plus que la moitié de la longueur du poil, celle qui s’étend jufqu’à la pointe, 8c épargnant celle qui eft du côté de la racine. Voyez la Fig. 8.
- Je dis qu’il traite ainfi les parties de la peau qu’il a deffein de fecréter, parce qu’il y en a qu’on fe difpenfe fouvent de fecréter; telles font les arrêtes de caftor,
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- dont le poil fe trouve affez long&afïèz beau pourfaire ce que les Chapeliers ap* pellent dorure , Sc dont je parlerai dans le Chapitre fui vant. On nefecréte donc entièrement que le caftor fec de médiocre qualité; le lievre Sc le lapin fe fe* crétent comme le caftor fec * & Ton ne fecréte jamais le caftor gras.
- A mefure qu’on focréte les peaux , on les place les unes fur les autres, poil contre poil; cette préparation fait prendre à la pointe du poil, en féchant, une couleur jaune ou rouflè, plus claire aux endroits qui approchent le plus du blanc : & Ton reconnoît fi elle a été bien faite, lorfqu’en ouvrant le poil on le trouve dans fon état naturel, depuis la moitié de la longueur jufqu’au cuir, où eft là racine : on étend enfuite les peaux dans une étuve, ou au foleil, pour les faire fécher.
- L’étuve deftinée à cet effet, & que j’ai vue, eft une petite chambre bâtie en charpente Sc en plâtre, de fix pieds en quarré, Sc de huit pieds de hauteur : elle eft fermée de toutes parts, à la réferve d'une ouverture de deux pieds en quarré, pratiquée au bas d’un de fes côtés, pour laiffer la liberté d’y entrer ; outre cela, il y a un gros tuyau de grais dont l’embouchure eft à y pieds de hauteur, Sc qui, en montant obliquement, va fe rendre dans la cheminée d’une chambre voifine, pour y porter les vapeurs de l’eau-forte qui s’exhale des peaux, & celle du charbon, qui fans cela reflueroient dans la maifon, Sc in-« commoderoient d’une maniéré inlupportable, ceux qui font obligés d’entrer dans l’étuve*
- Les quatre parois font garnies de clous làns têtes, pour recevoirJes peaux, & il y a encore à la hauteur de 7 pieds, plufieurs traverfes de bois qui ont des chevilles pour pareil ufàge.
- Le plancher de l’étuve eft carrelé, & au milieu eft ce qu’on appelle le four* neau; c’eft une cuvette de deux pieds en quarré, formée avec des briques 8c un chaffis de fer, dans laquelle on met 4 boiffeaux de gros charbon, Sc quand on y a mis le feu avec de la braife allumée, on ferme le guichet, & l’on attend que le charbon foie confumé pour aller examiner en quel état font les peaux.
- Quand on voit qu’elles font fuffifamment féchées, ce qui arrive ordinairement au bout de 4 heures, on les retire, & on les livre a des ouvrières qu’on appelle Coupeufes : ce font elles qui enlèvent le poil de defliis le cuir, & qui en font le triage : & le caftor gras qu’on ne fecréte point, paffe également par leurs mains. Avant que d’en venir au coupage, l’ouvrîere décatit le poil que le fecret a mouillé & comme collé ; & pour cet effet, elle fe fert d’un outil qu’on nomme Carrelet, qui n’eft autre chofe qu’une petite Carde de 3 pouces en quarré, avec laquelle elle peigne l’extrémité du poil.
- La Coupeufe ( Fig. (?.) travaille ordinairement debout, ayant devant elle un établi bien folide, fur lequel eft placé un bout de planche de 18 pouces ou environ de longueur, Sc épais pour le moins d’un pouce Sc demi. Sur cette
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- planche, qui doit être bien dreffée, & bien unie, elle étend la peau, le poil etl dehors, & fuivant fa longueur, ayant attention que la tête de l'animal foit à -fa droite, puis en commençant par cette même partie, & tenant le poil couché avec trois doigts de fa main gauche, elle le coupe à la racine avec un ^outil qui fe nomme Couteau, mais qui eft plutôt un cifeau court, dont le tranchant eft un peu oblique, relativement à la longueur de l'inftrument. (Fig* io.)
- La main droite a deux mouvements; elle coupe tant en avançant qu'en retirant le couteau fur une largeur égale à celle des trois doigts qui tiennent le poil couché, & elle avance en même temps fur la main gauche qui recule, en tirant avec elle le poil qui vient d'être coupé.
- Ces mouvements, à caufe de la grande habitude, fe font avec beaucoup de célérité, de forte qu'en peu de temps, on voit le cuir fe découvrir par bandes qui s’étendent d'un bout à l'autre de la peau, 8c dont chacune égale en largeur celle des trois doigts, avec lefquels la Coupeufe préfente la racine ,du poil au couteau. Voyez la Fig. 11. qui repréfente plus particuliérement la pofition des mains & du couteau.
- Afin que la peau ne cede point à l'aétion des deux mains qui concourent à la faire reculer en travaillant, la Coupeufe l'affiijettit avec un poids, ou autrement, par le bout où elle commence à couper, & comme il faut fbuvent renouveller le fil au tranchant du couteau ; fur-tout pour le caftor, à caufe du limon & du gravier qui fe trouvent adhérents au cuir de cet animal amphibie; iLy a toujours fur l'établi une vieille meule de Coutelier, pofée à plat , fur laquelle l'ouvriere a foin derepalfer fon outil quand elle s'apperçoit qu'il en a befoin.
- On coupe le caftor fec & le lapin de là même maniéré que le caftor gras : mais comme les peaux n'ont pas la même fouplelfe que celui-ci, 8c quelles ont contracté en fe féchant des plis durs & roides , qui empêchent qu'on ne puilfe les étendre aifément fur la planche, la Coupeufe les prépare la veille, en les mouillant avec une éponge du côté de la chair, & en enlevant avec un couteau les petits lambeaux de chair ou de graille qui font reliés adhérents lorfqu'on a écorché l'animal, & qui, en fe durcilïànt, ont rendu l’épailfeur de la peau inégale, (a).
- On mouille donc ces peaux, comme je viens de le dire; & on les applique à mefure, les unes fur les autres, chair contre chair, évitant avec foin que le poil ne fe relfente trop de cette humidité, qui pourroit lui ôter une partie de la qualité feutrante qu'on lui a fait prendre en le fecrétant ; & quand il y en a 40 ou jo amoncelées de cette maniéré, on les couvre d'une planche que l'on charge avec un poids, jufqu'au moment où la Coupeufe s'en empare pour travailler.
- On prépare de même les peaux de lievre pour en avoir le poil plus aifé-
- !(a) Au caftor, c’eft T Arracheur qui pare la peau , pour faciliter le mouvement de fa plane.
- ment ;
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- ment ; mais comme je l’ai dit plus haut, au lieu de le couper, on l’arrache, Sc Ton commence ordinairement parle dos que Ton met à part, comme étant la partie la plus eftimée. C’eft pourquoi cette Ouvrière a autour d’elle plufieurs paniers pour recevoir les différentes parties quelle met à part les unes des autres.
- La Coupeufe fait aufli un triage des caftors & du lapin. i°, Elle fépare tout le caftor gras du caftor fec. 2°, Dans Tune & dans l’autre forte, elle diftingue par tas le poil du dos lorfqu’il efl long, fort, Sc bien luifant, de celui du ventre , des flancs, & des joues, qui efl: plus court,, mais plus fin Sc plus blanc. 30, Elle met encore à part toutes les parties de poil qui viennent des bords de la peau, & des environs des trous qu'on y a faits en coupant les oreilles & les pattes de l’animal, celui-ci efl: de la derniere qualité. Elle fépare aufll au lapin le poil qui vient du dos, de celui du ventre, des flancs Sc de la gorge.
- En faifant tous ces triages, elle doit avoir foin de nettoyer le poil en ôtant toutes les chiquettes, c’eft-à-dire, toutes les parcelles du cuir que le couteau au-roit pû détacher, ou que l’on auroit enlevées avec le poil, comme il arrive fur-tout aux peaux qui ont été échauffées, qui ont fouffert un commencer ment de pourriture, ou que les vers ont attaquées. Les peaux rendent plus ou moins de poil, fuivant la faifon où l’animal a été tué. Une balle de caftor d’hyver, par exemple, qui pefe ordinairement 118 livres, en donne environ 36 à 38 livres ; celui d’automne 30 à 34 ; celui d’été 24 à 28. De cent peaux de lapins dépouillés en bonne faifon, on tire à peu-près j* livres de poil, dont 4 de fin, Sc une de commun. De pareille quantité de lievres, on en tire 9 à 10livres, que l’on diftingue en trois qualités, fçavoir 5 à 6 livres de fin, provenant de l’arête ou du dos, 2 Sc demie de roux, (c’eft ainfi qu’on appelle celui des gorges) , Sc une Sc demie des ventres, c’eft le plus commun.
- La Coupeufe fe paye lur le pied de 6 fols la livre pour le caftor, tant veule que gras ; mais comme le lapin & le lievre font plus difficiles à manier, elle gagne 8 fols pour chaque livre de poil de lapin qu’elle rend, & 10 fols par livre pour le lievre, Sc elle vend à fon profit ces petits cuirs aux ouvriers qui fabriquent la colle-forte, à raifon de 6 liv. le quintal. Les cuirs de caftor gras , Sc ceux de caftor veule, quand ils n’ont point été trop coupés & endommagés par la Coupeufe , fe vendent au profit du Maître, ftir le pied de 40 à 50 liv. le cent pefant. Ce font ordinairement les Bahutiers qui les achètent, Sc quelquefois les faifeurs de cribles. Mais quand les peaux font trop endommagées , elles ne font bonnes que pour les faifeurs de colle-forte, à qui on les vend 18 à 20 liv. le cent pefant.
- Une bonne Coupeufe fait quatre à cinq livres de poil par jour; mais comme elle travaille le plus fouvent fur des peaux qu’on a mouillées pour les rendre fouples, & qu’elle rend fon ouvrage au poids, on attend, pour pefer ce qu’elle rapporte, que le poil ait perdu l'humidité qu’il a pu contraéler de fon cuir. Chapelier# E
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- Le Chapelier qui a fa provifion, foie en peaux, foit en poils coupés, fecré-tés ou non, vifite fréquemment fon magafin Sc prend des précautions contre le dépériflement de ces marchandées. Les peaux de caftor, de lievre & de lapin font fujettes à être rongées par les rats 8c par les fouris ; on fait la chafle à ces animaux avec des chats , ou bien on leur tend des pièges pour les détruire. Certains vers de Scarabées 8c la teigne, y feroient aufli beaucoup de tort, fi Ton n’avoit foin de fècouer & de battre les peaux de temps en temps : la pourriture même pourroit s'y mettre à l'occafion de quelque humidité, fi les pac-quets ou ballots demeuroient trop long-temps fermés, & ferrés par des cordes, ou par leur propre poids.
- Les différents poils fe tiennent à part les uns des autres dans des tonneaux étiquetés, Sc fermés le plus exactement qu'il eft poflîble, avec des couvercles qui les emboîtent, comme ceux où l’on met la farine ; Sc pour empêchée que les infectes Sc l'humidité ne s’y introduifent, on les garnit par dedans de bon papier collé. Avec tout cela il faut avoir grand foin de ne point trop entaffer, ni prelfer ces fortes de marchandas, parce qu'en pareil cas elles s’échauffent confidérablement, fe feutrent en partie, & fe catifent au point, qu'on ne peut plus les ouvrir ni les carder. Le caftor gras, qui efl: le plus précieux, exige à cet égard plus de foin & d'attention que tout autre poil.
- Quand le poil efl trop frais, c'eft-à-dire, quand il vient d’un animal nouvellement tué ou tondu, le Chapelier connoiffeur, dit qu'il efl trop verd ; il attend pour l'employer, qu'il ait paffé quelque temps au magafin : ce temps doit être plus ou moins long, fiiivant l’efpece ; le lievre & le lapin en demandent beaucoup moins que le caftor, il faut au moins un an pour celui-ci;
- C'eft dans les tonneaux dont je viens de parler, que le maître Chapelier prend les matières qu’il lui faut pour compofer des Chapeaux : le choix qu'il en fait, les proportions qu'il obferve dans le mélange, Sc la fomme des parties compofimtes, règlent la qualité Sc le poids de ces Chapeaux.
- On en diftingue principalement de quatre fortes; fçavoir ceux qu’on nomme Caftor s} les demi-Caftors, les Dauphins Sc les Communs. Quant au poids, on en fait des deux premières fortes, depuis trois jufqu'à io onces : ceux des deux dernières ne pefent jamais moins de 8 onces ; mais quelquefois jufqu'à 13 & 14.
- Le Chapeau qu'on nomme Caftor, doit être fait entièrement avec du poil de caftor, & ne doit différer d'un autre Chapeau de même nom Sc de même poids, que par le choix du poil, y en ayant de différents dégrés de beauté dans la même elpece.
- Quoiqu'on ne fçache pas précifément ce que fait au poil cette préparation qu'on appelle fecret, dont j'ai parlé précédemment , cependant l'expérience a fait connoître que le poil fecrété, non-feulement fe feutre mieux, rentre Sc fe rapproche plus aifément à la foule, mais"qu'il fait aller les matières qui ont moins de dilpoficion, à cet effet, Sc qui fansdui demeureroient lâches Sc'nc
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- prendroient point de' corps. Les Chapeliers réglant donc leurs mélanges lut ce principe, pour les Chapeaux de pur poil, mettent ordinairement deux tiers de fecrété, avec un tiers qui ne Tell pas.
- On fait, par exemple, un très-beau & ample caftor avec y onces de ce poil fecrété, & 2 onces 8c demie de non fecrété, dont‘moitié caftor gras ^ fur-tout fi c’eft du poil d’élite ; de même des Chapeaux de moindre poids, en obfervant les mêmes proportions.
- On envoyé beaucoup de caftors blancs en Efpagne pour les Colonies, 8c nous avons ici des Religieux qui n'en portent point d’autres; ces Chapeaux fe compofent comme je viens de le dire, & Ton a de plus l’attention de choifir les parties de poils qui font les plus claires en couleur.
- Ce qu’on nomme demi-Caftor, n’eft pas, comme on le pourroit croire , en s’arrêtant à la dénomination, un Chapeau compofié avec moitié poil de caftor; fi l’on y en met, ce n’eft qu’en dorure. Les Chapeliers appellent ainfi une légère couche de caftor ou d’autre poil, dont ils couvrent le Chapeau en le fabriquant, & qui lui donne une fuperficie plus fine & plus brillante qu’il ne pourroit l’avoir avec la matière qui fait le fond de fon étoffe.
- Ci-devant un bon demi-caftor devoit pefer neuf onces, & fe faifoit avec un tiers de laine de Vigogne ou de Carménie, deux tiers de poil de lapin, de iievre, ou de chameau des meilleures qualités, le tout pefant 8 onces, 8c recouvert d’une once de dorure en caftor. *
- Aujourd’hui l’on en fait beaucoup de 6 onces, dont 3 de Iievre fecrété, % de lapin fecrété, 8c une de lapin non fecrété. Quand on veut les faire plus forts & plus beaux, on y ajoute une once de caftor en dorure.
- Les demi-caftors de cette derniere efpece, font moins fins , quand il y a plus de lapin que de Iievre; c’eft-à-dire, que le poil de Iievre (qui eft auftî plus cher) eft le plus beau de ces deux poils ; mais il faut pour bien faire , qu’il foit toujours fecrété.
- Ces Chapeaux font plus folides, quand on y fait entrer un fixieme de Vigogne , ou de laine de Carmenie bien épluchée: 8c fi avec cela ils ont une do^ rare de caftor, ce font les plus beaux & les meilleurs de cette efpece.
- Les demi-caftors qui doivent relier blancs, peuvent fe faire avec deux tiers d’arête de Iievre fecrété, un tiers d’arête de lapin, dont moitié fecrété; ou bien ce dernier tiers tout fecrété, au cas qu’on y ajoute une once ou une once 8c demie de caftor en dorure ; car il eft à remarquer que la dorure fe fait-toujours avec du caftor veule non fecrété que l’on ne carde point; mais que l’on arçonne feulement. Quelques Chapeliers cependant font dans i’ufage de dorer leurs demi-caftors, les moins fins, avec de l’arête de Iievre, dont la moitié eft fecrété : d’autres les dorent avec moitié caftor non fecrété, & moitié Iievre fecrété; mais ces dorures ne font jamais ni aufîubonnes ni auffi belles que celles qui fe font avec le caftor pur.
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- Les Dauphins fe font avec deux tiers de lapin non fecrété 8c de lievre fecrété, & l’autre tiers partie agnelins d’Hambourg, & partie poil de chameau bien épluché, le tout de la fécondé qualité. Pour un Chapeau de fept onces 8c demie, par exemple, quatre onces tant en lapin qu’en lievre communs, une once de laine d’Hambourg, deux onces 8c demie de poil de chameau : on peut fubftituer à ce dernier la laine d’Autriche, ou du pelotage.
- On ne dore guere ces fortes de Chapeaux, parce que le poil fin qu’on y emploieroit, feroit toujours furmontépar la laine, Sc la matière plus commune qui fait le fond de l’étoffe.
- On fait auffi des Dauphins blancs à l’ulàge de quelques Ordres de Religieux; mais alors on a l’attention de choifir parmi les laines ou les poils qu’on y emploie, tout ce qu’il y a.de moins brun , & de plus approchant du blanc.
- Les Chapeliers des grandes Villes, & fur-tout ceux de Paris, ne font guere de Chapeaux plus communs que les Dauphins, parce que la main-d’œuvre y eft trop chere pour ces Chapeaux de bas prix : c’eft, comme je l’ai dit au commencement du premier Chapitre, dans les Provinces que cela fe fabrique avec de la laine pure du pays, à laquelle on mêle fouvent des matières encore plus communes.
- 'On mêle aulïî quelquefois avec ces laines de France des matières plus fines, telles que les poils de lapin, de lievre, de chameau, pour faire des Chapeaux qui tiennent un milieu entre les Communs & les Dauphins.
- D3 autres fois on fe contente de dorer le deffus de la tête avec un peu de poil de chameau, ce que l’on appelle mettre me calotte.
- Comme la matière dominante de ces Chapeaux eft de la laine, il eft aifé d’en fournir de blancs ou de gris, aux Religieux qui doivent les porter de cette couleur, ou à ceux qui par goût ou par fantaifie, veulent les avoir tels : il fiiffit alors de ne les point faire paflèr à la teinture.
- On peut faire des Chapeaux avec du poil de lievre fecrété, 8c de la foie parfilée 8c coupée à la longueur des poils qu’on emploie dans la Chapélerie; j’en ai vu faire de cette efpece où il entroit moitié de foie; 8c d’autres où il n’en entroit que le tiers : ces Chapeaux m’ont paru plus fins que les Dauphins, 8c plus communs que les demi-caftors; on les peut dorer comme ceux-ci avec une once, ou un peu plus de caftor. Le Chapelier qui fait ufàge de foie , la tient toute parfilée & coupée en paquets jufqu’au moment où il en a befoin pour faire fon mélange.
- Dans une Fabrique un peu achalandée, les mélanges fe font pour le moins de 12 à i y livres. Quand le Maître a pefé toutes les parties compofantes, il les donne aux Cardeurs qui doivent les lui rendre poids pour poids, à raifon de 6 fols la livre pour le caftor, & y fols pour les laines 8c poils mêlés enfemble.
- Avant que de pouvoir être cardées, prefque toutes les matières ont befoin
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- qu’on les baguette pour commencer à les ouvrir, c’eft-à-dire* à défunir les parties qui fe font pelotonnées Sc comme collées enfemble dans les tonneaux où dans les paquets où elles ont été long-temps ferrées Sc entaIfées ; Sc pour les purger, en lesfecouant, delapouffiere, de la terré même qui s’y feroit attachée du vivant de l’animal, ou après qu’il a été dépouillé.
- Les Ouvriers ou les Ouvrières qui doivent carder , font chargés de cette première préparation, elle fait partie de leur ouvrage, Sc ne fe paye pas fé^ parement. >
- On commence allez fouvent par baguetter à part chaque partie qui doit entrer dans le mélange ; on la met fur le plancher : l’ouvrier à genoux devant le tas, tenant dans chaque main une baguette fèmblable à celle des Chandeliers* frappe des deux à la fois, ayant attention lorfqu’il relève les baguettes, de les faire battre l’une contre l’autre, afin de fecouer Sc divifèr davantage la portion de poil qu’elles enlèvent.
- Quand le poil a été baguetté pendant un certain temps de cette façon-là, St qu’il n’y a plus de gros pelotons, l’Ouvrier, pour achever de l’ouvrir & de le divifer, l’ayant tout ramaffé à là droite, bat £ur le bord du tas le plus près de lui * Sc fait entre-choquer fes deux baguettes en les relevant, de façon qu’il fait pafler à fa gauche la portion la plus légère quelles ont enlevée ; & en pro^ cédant ainfi jufqu’à la fin, il fait difparoître entièrement les paquets ou flocons qu’il s’étoît propofé de divifer*
- Toutes les parties étant ainfi baguettées féparément, l’Ouvrier les met enfetm ble, & recommence à les battre de nouveau, pour qu’elles fe mêlent intimement, & qu’on ne puiffe plus les difiinguer les unes des autres; pour cet effet il coupe deux ou trois fois, c’eft-à-dire * qu’en pinçant le poil battu avec fes deuxba^ guettes,il le fait pafler petites parties à petites parties, de fa droite à là gauche, Sc de même enfuite de fa gauche à fa droite. Il y a de l’art dans ce baguettage, & je fens qu’il eft difficile de le bien décrire ; mais on peut concevoir que par ce moyen bien ménagé* les différentes matières fe mêlent en fi petites parties les unes avec les autres, que l’œil peut à peine les diftinguer ; cela s’appelle effacer;
- Quand il y a beaucoup de matières à baguetter, deux Ouvriers fe mettent en face l’un de l’autre, & travaillent de concert. Mais comme il y a des poils* tels que celui delievre, qui volent beaucoup, c’eft-à-dire, qui, à caufe d’uné grande légéreté^ fe répandent dans l’air &fe diftipent, ce qui caufe du déchet* les Cardeurs qui font obligés de rendre poids pour poids, remédient autant qu’ils peuvent à cet inconvénient, en frottant le poil avant de le battre* avec un peu d’huile de lin ; ce qui l’empêche de voler auffi aifément, Sc répare en quelque façon par le poids de cette matière étrangère, celui du poil qui fé perd. Les Maîtres tolèrent ce petit artifice; mais le compagnon Chapelier s’y oppofe, autant qu’il peut, parce que le poil ainfi huilé s’arçonne plus difficile-* ment; il a peine à fe détacher de la corde, pour voler au gré de l’Ouvrien Chapelier, - F
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- Dans quelques Fabriques de Paris, aii lieu de baguetter ainfi les mélanges, on les bat avec un inftrument, qu'on nomme Violon. Il eft compofé pour l'or-dinaire de 16 cordes de l’efpece de celle qu'on appelle fouet, &dont chacune a 8 pieds de longueur; elles font toutes attachées par un bout, à égales dif-; tances les unes des autres, fur un barreau de bois AB, Fig. 12, long de deux pieds, épais de deux pouces, & large d'autant, qui efl: lui-même fixé par deux crochets CD, au bas du mur de l'atelier. Toutes ces mêmes cordes font retenues par l’autre bout dans une piece de bois courbe E F, qui n’a qu'un pied de longueur, de forte quelles font une fois plus près les unes des autres de ce côté-là, que de l'autre ; la piece E F a un manche long d'environ deux pieds, qu’un homme debout prend à deux mains, pour faire frapper les cordes à coups redoublés, for un tas de poil étendu par terre. Voyez la Fig. 13, qui re-préfente le violon en jeu.
- Après que les mélanges ont été baguettés d'une façon ou de l’autre, il s'agit de les carder, pour achever d’effacer les parties compofàntes : car, quoiqu'elles paroiffent l'être après cette première façon, elles ne le font encore qu’imparfai-tement, Sc point allez pour remplir les vues du Chapelier ; il y a des Cardeurs exprès pour la Chapélerie, & leurs cardes font plus fines que celles des Ouvriers qui travaillent pour les Tapifliers. Je ne m'arrêterai point à décrire cet outil, qui efl alfez connu ; fi cependant le Leéteur a befoin d’inftruétion par** ticuliere for cet article, il pourra confolter l'Art du Cardier ou Faifeur de Cardes, que M. Duhamel décrit actuellement, Sc qui fera publié incelfamment.
- On fe rappellera feulement que le Cardeur (Fig. 14.) en travaillant, fait agir lès cardes de deux maniérés ; premièrement quand il a appliqué une poignée de laine ou de poil fur celle qu'il tient de la main gauche , il la tire , l'étend, Sc la peigne en traînant l'autre carde deflus : ce mouvement s'appelle trait. Secondement, en faifant paffer en fens contraire l'une de fes cardes fur l'autre, il releve & ramafle ce qu'il vient de tirer, Sc le rapplique de nouveau pour continuer de le tirer ; chacune de ces opérations s’appelle m tour de cardes.
- Or, le Cardeur du Chapelier ayant fes matières nouvellement Sc foffifam-ment baguettées, commence par leur donner un cardage à 4 traits & 3 tours de cardes, ce qu'il appelle hrifer. Enfuite il les reprend, Sc fait un fécond cardage à 3 traits & 2 tours de cardes, ce qu’il nomme repajfer. Dans ces deux façons il prend toujours la poignée qu'il doit carder fur les bords du tas, & non dans le milieu ; il n'appuyé que très-légérement une carde for l'autre, & les tire doucement, pour ne faire que peigner, Sc ne point rompre le poil for lequel il travaille. Le cardage efl réputé bien fait, quand les différentes matières du mélange font tellement effacées, qu'on ne puiflè plus les diftinguer, & qu'il n'y a point de Bourgeons 9 c'eft-à-dire, de petits flocons qui n’ayent point été ouverts.
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- ART DU CHAPELIER. n Alors le Maître ayant reçu Ton mélange fortant des mains des Càrdeurs, le diftribue par pefées à fes compagnons ; chaque pefée contient pour le moins l'étoffe de deux Chapeaux, qui font ordinairement la journée d’un Ouvrier; fi c'eft en commençant la femaine, il eft affez d’ufàge de leur en dife tribuer pour 4 Chapeaux , parce qu’on ne foule guere le Lundi ; ce jour-là ils avancent leur ouvrage pour le finir les jours fuivants.
- Si les Chapeaux que le Maître donne à faire , doivent avoir de la dorure il diftribue à part la quantité de caftor qu il a deffein d’y employer ; cette partie ne fe carde pas. Si la dorure doit fe faire avec du poil de lievre, ou de chameau, cette partie fe carde féparément & fe diftribue de même après la pefée des Chapeaux.
- CHAPITRE TROISIEME*
- De la maniéré de fabriquer les Chapeaux.
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- X ous les Ouvriers dont j’ai fait mention jufqu’à préfent, ne font point Cha* peliers ; ce ne font que des Aides qui préparent les matières, & qui les mettent en état d’être travaillées par celui qu’on appelle Compagnon ; c’eft entre fes mains que commence, à proprement parler, la conftruélion du Chapeau.
- Les Chapeaux au-defïus de ceux qu’on appelle communs, fo font toujours de quatre pièces, qu'on nomme Capades, que l’Ouvrier* afïèmble, & à qui il fait prendre la confîftance & la forme convenables. La conftruélion du Cha-* peau dépend donc de trois opérations principales; par la première, on forme les Capades; par la féconde, on les affemble, cela s’appelle baflir : par la troi-fieme qui eft la foule, on fait prendre à cet afïêmblage les dimenfions, la forme, & lafolidité qui conviennent au Chapeau, félon fon efpece.
- Maniéré de préparer & de former les Capades.
- Il y a dans l’atelier des Compagnons une balance avec laquelle chacun d’eux partage l’étoffe qu'il a reçue, en autant de parties égales qu'il doit r en-* dre de Chapeaux ; cela fe fait fans poids, mais feulement en chargeant les deux bafïins, jufqu’à ce qu’on voye par l’équilibre, qu’il y en a autant d*un côté que de l’autre.
- La quantité d’étoffe qui doit entrer dans un Chapeau, fe divife de la même maniéré en quatre parties égales, pour former les quatre Capades ( a ) > Sc le Compagnon les façonne l’une après l’autre de la maniéré qui fuit.
- Quoique l’étoffe ait été baguettée & cardée à plufieurs fois, & que les matières qui entrent dans fa compofition foient bien mêlées, &, comme on dit, fuffifamment effacées, il s’en faut bien qu’elle foit encore divifée, & raré-
- 00 fies Chapeaux de laine & autres Chapeaux communs, fe font à deux capades*
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- fiée au-point où elle doit l’être, pour l’üfage que le Compagnon.en doit faire. Celui-ci commence par ïarçonner, c’eft-à-dire, qu’il la travaille avec un inf-trument qu’on nomme arçon, dont voici la defcription Sc l’ufage*
- A B, Fig. ij>, eft une perche ronde, pour l’ordinaire de fapin, qui a environ 8 pieds de longueur, Sc deux pouces de diamètre : vers l’extrémité B, efl: alTemblée à tenon &mortoife, un bout de planche chantournée C, qui faille de 8 pouces, Sc qui s’appelle le bec de corbin, parce qu’en effet cette piece en a la forme. A l’autre bout de la perche, Sc dans le même plan, efl: arrêtée de la même maniéré une autre planchette D, percée à jour, qu’on nomme le panneau. Cette pièce a 15 pouces de long fur 6 à 7 de large, Sc fon épaiffeur qui efl: de 15 lignes aux deux extrémités, va en diminuant jufqu’au milieu de la longueur.
- Sur le côté E F, le plus avancé du panneau, eft une laniere de cuir de caftor,
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- retenue de part Sc d’autre par des cordes qui embraffent la perche en G & en H, & qui étant doubles fe tordent & fe tendent à volonté par le moyen de deux petits leviers 1 K, à la maniéré de celles qui fervent à bander les fcies.
- La laniere qui efl: ainfi tendue fuivant fa longueur fe nomme le Cuiret : au lieu d’être appliquée immédiatement fur le côté du panneau, elle en eft fépa-rée à la diftance d’une ligne ou à peu-près par une petite lame de bois qui la fouleve à l’endroit le plus près du point £ ou du point F, cela eft égal : Sc cette petite pièce porte le nom de Chanterelle, àcaufe de l’effet quelleoccafionne, Sc dont je parlerai bien-tôt.
- « Une corde à boyau d’une ligne de diamètre, fixée à l’extrémité A de la Perche par un nœud coulant, vient paffer fur le milieu de la largeur du cuiret, de-là par une,rainure creufée dans l’épaiffeur du bec de corbin, Sc dans une fente pratiquée en B, pour s’arrêter aux chevilles L, L, L, avec le degré de tenfion que l’Ouvrier trouve à propos de lui donner. Il en juge principalement par habitude, Sc encore par le bruit de la chanterelle ; car lorfque la corde eft en jeu, fes vibrations font battre le cuiret contre le bois du panneau; Sc fuivant le ton quelle lui donne, il connoît fi elle eft affez tendue ou non, pour fà maniéré de travailler.
- Je dis pour fa maniéré de travailler ; car chaque Compagnon a la fienne, Sc dans un atelier où il y a 6 Arçonneurs, ce font prefque autant de tons différents; de forte que ces Ouvriers, lorfqu’ils ont travaillé enfemble pendant un certain temps, fe reconnoiffent fans fe voir les uns les autres, au ton feul
- de l’arcon.
- £
- La corde fe met en jeu par le moyen d’un outil qu’on nomme la Coche, Fig. 16. C’eft une efpece de fufeau de buis ou de quelqu’autre bois dur, qui a 7 à 8 pouces de longueur, Sc dont chaque bout eft terminé par un bouton plat Sc rond, à peu-près comme un champignon ; l’Ouvrier le tenant de la main droite par le milieu, accroche la corde avec le bouton, Sc la tire à lui, jufqu’à
- ce que
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- ce que glilîànt fur la rondeur du bouton, elle échappe & fe met en vibra-; tion, en vertu de fon élafticité.
- Le maniement de l’arçon efl: ce qu’il y a de plus difficile pour les Appren-tifs ; ils ne s’y font que par un long exercice, & il y en a peu qui parviennent à arçonner d’une maniéré aifée, Sc fans contrarier une attitude pénible & contrainte , qui va quelquefois jufqu’à leur gâter la taille , Sc les rendre contrefaits.
- L’arçon eftfiifpendu par une corde qui efl: attachée d’une part au plancher, Sc de l’autre, au milieu de la longueur de la perche; il efl, dis-je, fufpendu à quatre pouces au-deffus d’un établi, qui a y à.6 pieds de long, Sc au moins y de large, Sc qui efl: porté fur des tréteaux ou autrement, à la hauteur de 2 pieds 8 pouces. Voyez la Fig, 17.
- Cet établi efl: couvert d’une claie d’ozier fin, dont les brins font féparés les uns des autres par de^trés-petits intervalles , tels qu’il les faut feulement pour laiffer paffer la pouffiere Sc les petites ordures qui fe dégagent de l’étoffe qu’on arçonne. Voyez la Fig. 18 qui repréfente une portion de cette claie deffinée plus en grand, afin qu’on puiffe voir comment les mailles font faites;
- L’établi couvert de fa claie, efl: placé dans une loge qui n’a que la grandeur qu’il faut pour le renfermer, & qui efl: entièrement ouverte par le devant; où fe place l’Ouvrier : l’un des trois autres côtés doit avoir une fenêtre quî donne un jour fuffifant : les deux autres peuvent être des cloifons de bois ou de plâtre, &c, voilà l’elfentiel; mais ce qu’il y a de mieux, ou de plus ordinaire, c’efl: que le jour foit en face de l’Ouvrier, Sc qu’à fa droite & à fa gauche, on éleve furies extrémités de l’établi, deux claies d’ozier dont les brins* font parallèles entre eux; ces claies qu’on nomme dojjiers, fe courbent un peu l’une vers l’autre par le haut, Sc fervent à retenir les parties les plus légères de l’étoffe, qui, fans cette précaution, fe difliperoient en volant de côté Sc d’autre dans l’atelier.
- L’Ouvrier fàifit la perche de l’arçon à peu-près au tiers de fa longueur, en paffant la main gauche dans unq poignée M qui elt faite de cuir doux ou de plu-fieurs bandes de linge les unes fur les autres, & qui, s’appuyant fur le revers de fa main, l’aide à foutenir le poids du panneau Sc du bec de corbin, qui tend à porter la corde de haut en bas, enfaifànt tourner la perche fur elle-même : il étend le bras pour dégager la corde, Sc il la tient avec la perche dans un plan à peu-près parallèle à celui de l’établi. Voyez la Fig. 17.
- L’inftrument étant dans cette fituation, la corde efl: fufceptible de 4 mouvements : i°, De fe mettre en vibration parles coups de coche, comme on l’a expliqué ci-deffus; 20, de s’élever & de s’abaifîèr parallèlement au plan de l’établi; 30, de s’incliner plus ou moins à ce même plan; 40, enfin, de tourner horizontalement avec la perche autour du point de fufpenfion.
- C’efl: par ces quatre mouvements combinés Sc ménagés avec adreffe, que Chapelier. , G
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- l'Arçonneur vient à bout de préparer & de dilpofer l’étoffe de fes capades ; il commence par battre, Sc finit par voguer.
- Pour battre Fëtoffe d'une capade, il la place au milieu de l’établi ; il y fait entrer la corde de l'arçon , &fans qu'elle en forte il la met en jeu, à grands coups de coche * ayant foin de la porter tantôt plus haut, tantôt plus bas, Sz d'avant en arriéré; ce qu'il fait à plufieurs reprifes, jufqu'à ce qu'il s’appert çoive que toutes les cardées font bien effacées, Sc que toutes les parties égar lement brifées par les vibrations de la corde, fe féparent Sc s’envolent au moindre fouffle.
- Lorfqu’en battant ainfi, il a éparpillé fon étoffe, il la ramaffe fens y toucher avec la main, mais feulement avec le bout de Farçon qu’il porte de gauche à droite, & de droite à gauche, pour refaire le tas ; il modéré les coups de coche, Sc diminue leur fréquence, quand il efl; fur la fin, quand il n’a plus affaire qu’à de petits flocons, qui fe fépareroient de la mafle, s’il les chaffok avec plus de violence.
- Après avoir fuffifamment battu fen étoffe, le Compagnon la vogue, Sc c’eft-là le moment où Farçon a befoin d'être habilement manié. Voguer l'étoffe, c’eff Farçonner de maniéré que fes moindres parties pincées fucceflivement par la corde, foient enlevées & tranfportées de la gauche à la droite de l'Ouvrier, en faifant en Fair un trajet de plus de 2 pieds : de forte qu’après cette opération , une très-petite quantité de matière forme un tas confidérabie, mais d’une raréfaétion Sc d'une légèreté fi grande Sc fi uniforme, qu'on croiroit Voir un monceau du plus fin duvet, Sc que le moindre ventferoit capable de tout diflîper en un inftant.
- Quelquefois l’Ouvrier vogue deux fois ; Sc pour cet effet, il ramene fen étoffe vers fa main gauche fiir l’établi , en la poullànt légèrement, non avec la main, mais avec un clayon (Fig. 19), qui a 14 pouces de long , fur 12 de large, & qui efl; garni d’une poignée au milieu; il la ramafle en un tas à peu-* près rond, & plus épais vers le centre que versles bords. Alors faifant agir l’arçon , il faut non-feulement qu’il faffe paffer fon étoffe de fa gauche à fa droite , comme la première fois ; mais ce qu’il y a d’effentiel Sc de plus difficile, c’eft que le poil, à mefure qu’on le vogue , doit tomber tout dans un efpace d’une figure déterminée, d'une certaine grandeur, Sc s’amaffer de maniéré qu’il pro-duife des épaiffeurs différentes en telles Sc telles parties du tas qu’il forme.
- L’efpace dont il s’agit efl: une efpece de triangle (Fig. 20), formé par 3 lignes dont 2 AD, BD, font prefque droites, Sc la troifieme A E B, efl: un arc de cercle ou à peu-près: fa grandeur varie fuivant les dimenfions qu’on veut donner au Chapeau , & encore plus, félon la nature de l'étoffe qu’on employé ; car il y en a qui rentrent à la fouie beaucoup plus que d’autres, & avec celles-là on tient les capades plus grandes : pour des Chapeaux fins, affez communément la diftance à! A en JB efl: de 40 à 42 pouces; celle deD en Cde 14, Sc celle de Cen JS de 1 o pouces.
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- . L’Ouvrier commence donc par voguer à petits coups 8c prenant peu d’étoffe à la fois , pour former la pointe b B; puis continuant en reculant fon arçon, & faifant agir une plus grande partie de la corde pour fournir davantage, à mefure que le tas de la matière voguée s’élargit ; il remplit tout ce qui eft entre la pointe B b, Sc la ligne DE; il charge de même toute la partie qui eft entre cette ligne Sc l’autre pointe A a, en modérant les coups d’arçon à mefiire que l’efpace qu’il veut remplir fe rétrécit ; Sc il finit par employer le refte de fon étoffe fur les endroits où il voit qu’il en manque, pour rendre les épaiffeurs telles qu’elles doivent être.
- Ces épaiffeurs doivent aller en diminuant depuis le contour intérieur a dbe> jufqu’au contour extérieur A D B E, qui termine la figure : de forte que Ï2l Figure 20 repréfentant le plan du tas d’étoffe ainfi voguée, la Fig. 21 en repréfonte la coupe fuivant la ligne A B, Sc la Fig. 22 celle du même tas fuivant la ligne D E.
- Mais quelqu’habile que foit l’Ouvrier, il eft rare que par le feul jeu de ï’ar-çon, il parvienne à donner à fon tas d’étoffe le contour Sc les dimenfions qu’il doit avoir ; il y fupplée avec le clayon qu’il promene tout autour pour rapprocher les parties qui s’écartent de fon deffein ; & comme ce clayon eft un peu courbe, il l’appuie légèrement d’abord par la convexité fur toute la bande A a, D d, B b, E e, & enfuite en appuyant davantage, tant fur le milieu que fur les bords, il applatit le tout Sc le réduit à l’épaiffeur d’un doigt ou environ.
- La capade commence donc à prendre forme Sc confiftance fous le clayon; quand elle en fort, elle reffemble affoz à un morceau de ouatte épaifle, taillé comme la Figure 20. Les Ouvriers y diftinguent plufieurs parties ;D d Ce nomme la tête ; ce qui eft terminé par les deux pointes A a, B b, s’appelle les mies; Sc le bord A E B> eft l’arête; on continue de façonner la capade en la mar-. chant avec la Carte.
- Marcher la capade avec la carte, c’eft la couvrir d’un grand morceau de parchemin fort épais, ou d’un carré de cuir de veau corroyé, comme celui dont on fait les empeignes des fouliers communs, & preffer deffus avec les deux mains, qu’on applique fucceffivement fur toutes les parties : le plat de la main ainfi appliqué doit agir à chaque endroit par petites fecouffes ; Sc en paffant de l’un à l’autre, il ne doit point quitter la carte, mais feulement gliffer deffus.
- Quand les mains ont ainfi parcouru toute l’étendue de la capade, l’Ouvrier, pour la vifiter, leve la carte : s’il apperçoit quelque endroit qui n’ait point été fiiffifamment marché ; il recommence fa première opération, en appuyant davantage ou plus fouvent fur les endroits qu’il a remarqués en avoir befoin.
- Cela étant fait, il leve de nouveau la carte ; il fépare doucement la capade de deffus la claie ; il la retourne , pour la marcher du côté oppofé à celui
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- fur lequel il vient de travailler; ayant toujours foin de lever la carte de Fois
- à autre, pour voir fi fon étoffe fe feutre également par-tout.
- Lorfque la capade a été fuffifamment marchée avec la carte , l'Ouvrier la replie fur elle-même , en portant l'aile qui eft à fa gauche , fur celle qui eft 1 fa droite , comme on le peut voir par la Figure 23 , & il arrondit l'arête en déchirant légèrement avec deux doigts de fa main droite , tout ce qui excède la ligne ponétuée AGE, tandis quil contient l'étoffe avec fa* main .gauche pofée à plat, & qu'il fait fuivre à côté de la même ligne ;*& fi les bords qui vont de la pointe des ailes à la tête fe dépaffent ~1'un l'autre , il rogne de même l’excédent.
- L'arête arrondie devient un arc de cercle dont le centre eft enD: mais l'Ouvrier n’emploie pour cela aucune autre mefure que le coup-d'œil Sc l’habitude ; il met à part fes rognures , ainfi que la capade qu'il vient de faire après l'avoir pliée proprement.
- Chacun plie la capade à fa maniéré, cela n’eft aflujetti à aucune réglé ; cependant la plupart des Compagnons que j'ai vû travailler, la plioient ainfi : ils faifoient un pli fur la ligne A 1, Figure 24, en apportant la tête D fur le point E, enfuite ils prenoient les deux ailes A B, déjà appliquées l’une fur l'autre pour les porter en a* b , en faifant un pli fur la ligne G H; de forte que la capade étoit réduite en un pacquet prefque quarré E 1 G H»
- Les quatre capades étant faites & pliées ainfi, ce que l’Ouvrier a retranché en arrondiffant les arêtes .& en réglant les autres bords, il le raffemble au milieu de fa claie , le rebat. & de vogue, de maniéré qu'il en forme une bande mince & large de quatre pouces ou environ, fur toute fà longueur,; cette bande étant marchée au clayon & à la carte, comme il a été dit ci-defliis, fe nomme Pièce dyEtoupage, parce qu'elle s’emploie par morceaux, à Etouper* c'eft-à-dire, à garnir les endroits des .capades, qui fe trouvent trop foibles , -comme je l'expliquerai dans la fuite.
- .Si le Chapeau doit avoir de la dorure, l'Ouvrier prend la quantité de poil non cardé (æ) qui y eft deftinée; ( en caftor, c'eft ordinairement une once, quelquefois moins ), il la partage à la balance ou à la vue, en deux parties qu'il arçonne féparément. Les Chapeliers appellent dorure une légère couche de poil d’élite dont ils couvrent les parties les plus apparentes du Chapeau; quelquefois on ne dore que la tête, plus fouvent on dore auifi l'une des deux faces du bord ou bien toutes les deux, mais jamais le dedans delà tête ; on en fent affez la raifon.
- Si l’on ne doit dorer que le dehors deda tête Sc celle des deux faces du bord, qui eft à l'envers du Chapeau , le Compagnon partage fbn étoffe en deux parties, dont l'une (qui eft un peu plus forte que l'autre), fert à former deux pièces
- (a) Le plus iouvent la dorure eft de caftor non fecrété, & alors on ne le carde point: mais quand c'eft du poil fecrété quon y emploie, il faut qu'il foie cardé.
- qu'on
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- qu'on nomme les Travers : & de la plus foible , il forme deux autres pièces qu’on appelle les Pointus.
- Ii bat d’abord l’étoffe des travers , 8c la vogue, en lui faifant prendre là forme d’un ovale ou d’un quarré long dont les angles feroîent fortement arrondis , ( Fig. 2 y ), en obfèrvant que l’épaiffeur foit égale par-tout ; 8c fi le contour ne lui paroît point conforme à fôn deffein, il achevé de le régler avec le clayon qu’il promene en appuyant légèrement fur les bords. Il marche cette pièce avec la carte , comme il a marché les capades ; il la rouie enfuite par les deux bouts, fuivant fa longueur, de maniéré que les deux parties roulées fe rencontrent à la ligne EF, 8c s’appliquent l’une fur l’autre, comme on le peut voir par la Fig. 26. Alors empoignant des deux mains ce double rouleau tout auprès de la ligne g h, il le rompt & en fait deux morceaux qui étant déployés auront chacun la forme de C B E ( Fig. 2$.}
- Le refte de l’étoffe deftinée à la dorure, fe divife encore en deux parties mais égales, lefquelles battues à l'arçon, voguées & rfiarchées féparément, doivent former deux petites capades femblables aux grandes, quant à la figure , mais d’une épaiffeur beaucoup moindre que la leur, & égale partout.
- Si le Chapeau doit être entièrement doré en defifus, c’eft-à-dire, fi la dorure delà tête doit aller non-feulement jufqu’au lien , mais s’étendre en conti-* nuant jufqu’à l’arête, alors la plus forte partie de l’étoffe qui y eft enw ployée, fe partage en deux parties égales, dont on fait deux pièces , qui ont, comme les précédentes, non-feulement la forme, mais prefquela grandeur d’une capade , je dis préfque la grandeur; car comme cette partie de là dorure ne s’applique qu’à la foule, 8c lorfque le Chapeau eft déjà un peu rentré, il n’eft pas nécefïàire qu’elle foit tout-à-fait auffi grande qu’une capade avant le baftiftàge.
- On fait encore quelquefois des Chapeaux, que l’on nomme Chapeaux à plu* met, parce qu’en les fabriquant on ménage tout autour du bord une frangé de poil qui le dépaffe de 7 à 8 lignes, & qui imite le plumet : quand on veut que le Chapeau en ait un, il faut en préparer les pièces avant que de quitter l’arçon.
- Ces pièces fe font avec Ÿarête du caftôr le plus beau & le plus long ; on les arçonne & on les marche comme des travers 8c fous la même forme; avec cette différence qu’au lieu d’être d’une épaiffeur égale dans toute leur étendue , on les tient un peu plus fortes vers le bord qui doit excéder celui du Chapeau. Elles s’appliquent à la foule, 8c l’on en met plufieurs les unes fur les autres, comme je l’expliquerai ci-après : le nombre n’en eft point fixe; les uns en mettent cinq, les autres fix, 8c cela fait dix ou douze pièces à préparer ; car il en faut deux pour faire le tour du Chapeau ; il faut, pour un plumet un peu étoffé, depuis une once & demie jufqu’à deux onces de poil. Chapelier. H
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- C’eft principalement en façonnant les capades, la pièce d'étoupage* celles de la dorure * &c. que l'Ouvrier doit être attentif à nétoyer fon étoffe : indépendamment de la poufîiere qui le tamife au travers de la claie * & qui tombe d’elle-même fur l’établi* il y a encore d’autres ordures qui font adhérentes,. & qu’il faut enlever avec les doigts, tels font les poils Morts & Catis, qui n’ont pas pu s’effacer au cardage ni à l’arçon ; telles font les Chiquettes; on appelle ainfi les parcelles de peau que le couteau de la Coupeufo & celui de l’Arracheufe ont détachées, & qui ne fe féparent point du poil. Ainfi* foit en battant * foit en voguant* dès que le Compagnon apperçoit quelque corps étranger* il le pince légèrement avec le bout des doigts * & l’enleve ; de même, en façonnant fos capades d’un côté Sc de l’autre , chaque fois qu’il leve la carte * il les épluche foigneufement * & les rend nettes, le plus qu’il peut.
- Maniéré de Baftir le Chapeau & d'appliquer la dorure.
- Bajlir k Chapeau, c’eft affembler les capades * les lier enfemble par le feutrage* & faire prendre à cet affemblage la confiftance néçeffaire pour le mettre en état de foutenir les efforts de la foule.
- Cela fe fait fur une table bien folide & bien unie * qui peut avoir 4 à j pieds de longueur fur deux & demi au moins de largeur * montée for 4 pieds à la hauteur de 30 pouces* & placée, autant qu’on le peut * de maniéré que l’Ouvrier travaillant fur l’un de fes grands côtés , reçoive le jour en face. Autrefois il y avoit au milieu de cette table, une ouverture ronde* de 20 pou-ces de diamètre * qui répondoit à un fourneau dans lequel on entretenoit un peu de feu; le bord de cette ouverture avoit une feuillure pour recevoir une platine de fer de fonte dont le deffus affleuroit celui de la table. C’étoit for cette plaque de métal, toujours chaude à un certain degré, que l’Ouvrier travailloit * & cela s’appelloit Bajlir au bajjin. Aujourd’hui cette pratique eft prefquegénéralement abandonnée, au moins dans les Fabriques des Chapeaux fins ; la table du baftiffage eft pleine, & cette façon fe donne à froid. Voyez la Fig. 27.
- Avant que d’en venir à affembler les capades, le Compagnon les marche dans la Feutriere pour leur donner plus de confiftance qu’elles n’ont pû en recevoir fous la carte; fans cela, le Chapeau bafti courroit rifque d es3 ouvrir au feutrage, c’eft-à-dire, de s’étendre au-delà desdimenfions qu’il doit avoir, quand on le porte à la foule.
- La feutriere eft un morceau de toile bife * bien fouple, d’une aune de large;
- & de cinq quarts de long ; elle eft ordinairement allez fale, parce qu’on l’hu-
- meéïe fouvent* ce qui donne lieu à la pouffiere de s’y attacher ; on la met à
- la lefîive, quand on s’apperçoit qu’elle eft devenue dure en fe faliffant, ce qui1
- arrive une fois ou deux dans le courant d’une année. L’Ouvrier en étend environ
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- la moitié de la longueur en travers for la table (Fig* 35)* &laiffe pendre le refte
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- devant lui; il mouille la partie étendue le plus légèrement & le plus également qu'il peut, avec un bouquet de fragon (a) Sc de l’eau qu’il a auprès de lui dans une petite terrine; cette afperfion a pour objet de donner à la feutriere beaucoup de foupleffe, & une petite moiteur qui puiffe fe communiquer à l'étoffe fans la mouiller ; car fi ce dernier effet avoit lieu, les capades s’attache-roient à la toile, & ne manqueroient pas de fe déchirer. Il déploie Sc il* étend fur la feutri.ere ainfi préparée, une des capades, fur laquelle il applique une feuille de papier un peu épais, mais mollet, fans roideur ; par-deffus ce papier une autre capade qui répond à la première, partie pour partie, bord pour bord; & toutes deux ayant l’arête tournée du côté de l'Ouvrier, & les deux ailes, l'une à fa droite, l'autre à fa gauche : alors le Compagnon relève la partie pendante de la feutriere, qu’il étend fur les capades; de forte que celles® ci fe trouvent renfermées entre deux toiles, avec une feuille de papier inter-pofée entr'elles ; & il a foin d'humeéler encore la toile par une légère afperfion*
- Les capades étant ainfi difpofées, l'Ouvrier les marche en différents fens, ceft-à-dire, qu’il les plie en deux, en quatre, en fix, tantôt en allant de l’arête à la tête, enfùite de l'aile gauche à l'aile droite, tantôt dans des fens directement oppofés, mettant en-dehors ce qui avoit été plié en-dedans, d'autres fois dans des directions obliques aux précédentes ; mais toujours en obfervant à chaque pli qu'il fait, d’appuyer defliis à plufieurs reprifes Sc par petites fe-couffes avec les deux mains. Cette prefïïon fe fait, non-feulement en appujgmt de haut en bas directement; mais encore en preffant un peu les mains d'avant en arriéré, Sc d'arriere en avant : de temps en temps il ouvre la feutriere pour voir comment va l'ouvrage, Sc réitéré fes afperfions pour entretenir la fou-pleffe Sc la moiteur qui facilitent le feutrage*
- Pourvô que la prefïïon avec les mains dont je viens de parler, fe fafîefïïc-cefïïvement Sc également fur toutes les parties des capades, n'importe de quelle maniéré on ait plié pour y parvenir; c’efl; une affaire d’habitude & dé routine ; chaque Ouvrier prend celle qu'il veut : cependant je vais rendre ce que j'ai vû pratiquer par le plus grand nombre de ceux que j'ai vûs travailler*
- La partie A C B D de la feutriere ( Fig. 28 ), étant relevée Sc appliquée fur les capades, l'Ouvrier prend l’un après l’autre les deux coins qui fe trouvent en c, Sc les amene en E; de même ceux qui font en d> pour les amener en F; puis ayant pris la partie A G, à deux mains, il la couche en avant, & plie ainfi quatre fois, en allant droit à la ligne H J; il ré fuite de-là un paquet tel qu’il eft repréfenté par la Fig. 29. Après avoir marché ces quatre premiers plis, il déroule, & en fait quatre autres : en portant la partie B H, direfte-ment à la ligne G K, & les marche de même : il déroule encore, Sc fait trois nouveaux plis, en faifant aller la partie A F, vers la tête I K; ce qui forme
- (a) Le Fragon eft une petite efpece de Houx, qu’on appelle aufll Myrte épineux, parce que fa feuille qui eft taillée comme celle du myrte, finit par une pointe très-aiguë Sc très-piquante.
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- un rouleau applati, repréfènté par la Fig• 30. Lorfqu’il a marché ces trois derniers plis, il les défait pour en recommencer trois autres de la tête 1 K, à la ligne A B, pliant en-dedans, ce qui vient d’être mis en-dehors, comme on le peut voir parla Fig. 31. Enfin, il plie quatre fois en portant la partie 1 K vers l’anglfe A, Sc G K vers l’angle B> 8c auffi-tôt après, chacun de ces angles à l’une 8c à l'autre de ces deux lignes.
- On marche ainfi les capades deux à deux ; après quoi, on les retire de la feutriere, on les fépare l’une de l’autre, & l’effentiel eft que chacune d’elles ait été marchée également dans toute fon étendue, 8c qu’étant toutes quatre fuffifamment feutrées, pour ne point s’ouvrir au baftifîàge, elles foient encore alTez molles, pour s’attacher enfemble & fe fouder, pour ainfi dire, lorfqu’on les aura affemblées, 8c qu’on les marchera les unes immédiatement fur les au-: très, ainfi que fur la dorure.
- U eft queftion maintenant de baftir le Chapeau, 8c voici de quelle maniéré on s’y prend. Le Compagnon étend la moitié de fa feutriere en travers fur la table, comme il a été dit plus haut ; il déployé deflus une de fes capades, ayant foin de tourner l’arête de fon côté : il la couvre d’un morceau de papier a D, épais, mais très-fouple, qu’on nomme le lambeau, (Fig. 33.) 8c qui eft taillé comme la Fig. 3 2. Mais comme il refte encore deux parties à couvrir aux côtés du lambeau, on ajoute auprès de celui-ci deux morceaux de papier » b 8c cj qui lui fervent de fuppléments, Fig. 33.
- tes bords À B} A C, de la capade dépaffent ces trois pièces d’un pouce & demi ou un peu plus, que l’on rabat fur le papier, de forte qu9A vienne en ay B en b ; C en c, 8c le Compagnon arrange ce bord rabattu avec fes doigts, de maniéré qu’il ne refte aucun pli. Cela étant fait, il applique la fécondé capade, comme A B C D, d’où il arrive que les deux côtés A B, A C, débordent de la même quantité, dont la première a été rabattue fur le lambeau £ il retourne le tout, 8c rabat cet excédent en commençant par la tête, & ayant foin de détirer légèrement l’étoffe avec le bout des doigts, pour effacer les plis, & rendre l’épaiffeur égale par-tout. Il couvre ce premier bafti avec la partie pendante de la feutriere ; il en rabat les coins comme je l’ai montré par la Fig. 28 ; il plie & marche en différens fens, comme il a fait pour dif-pofèrles capades au baftiffage, 8c il entretient par de petites afperfions, la foupleffe & la moiteur, toujours néceiïàires dans ce travail.
- Les bords des capades ainfi croifés & marchés les uns fur les autres, fe prennent 8c fe lient d’une maniéré inféparable : l’interpofition du lambeau 8c de fes fuppléments ne permet point que les autres parties contraélent aucune adhérence ; 8c le tout enfemble devient une efpece de chauffe ou de fac pointu, qui, applati fur lui-même, conferve encore la forme d’une capade.
- Mais ce fac n’a fur fon épaifleur, que la moitié de l’étoffe qu’il doit avoir, il faut le doubler avec les deux capades qui reftent, 8c voici comment cela fe fait.
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- La feutriere étant ouverte, le lambeau Sc les autres papiers étant otés> le Compagnon palTe fes mains dans i’affemblage des deux premières capades dont je viens de parler, le fouleve & le fait tourner de droite à gauche, de façon que les côtés ef,Sc fg, (Fig, 34^) ou font les jointures, viennent au milieu fur la ligne fh, Sc fur celle qui lui eft oppofée en-deffous. Il détire un peu l’étoffe des deux côtés de cette ligne, pour effacer le pli; il fait une lé-* gere afperfion, Sc il applique la troifieme capade, en la faifant déborder de deux bons travers de doigt par les côtés, comme EF G; il retourne le tout Sc rabat ce qui excede, en commençant toujours par la tête«F, & ayant foin d’effacer tous les plis, & principalement celui du milieu, qui répond à la ligne fh' Cela étant fait, il mouille encore légèrement avec le goupillon, Sc puis il applique la quatrième capade, qu’il fait déborder comme la troifieme, Sc qu’il rabat de même après avoir retourné fa pièce; il remet le lambeau, il releve la partie pendante de la feutriere par-deffus ; il fait une afperfion, il ramené les coins comme dans la Fig. 28 ; il plie Sc il marche, comme il a été dit ci-deffos.
- Si le Chapeau, tandis qu’on îe marche, n’étoit jamais plié que fur les lignes e f h , ou fur fg>Sc fa pareille, ces deux plis croifés au fommet f refte-roient marqués & feroient un très-mauvais effet : pour éviter qu’il n’ait lieu , l’ouvrier a l’attention d’ouvrir fouvent la feutriere , Sc de replier fon Chapeau for d’autres lignes, faifànt paffer, par exemple,/'e focceffivement tnfi, fk, Sec, & cela s’appelle décroijer. Le marcher du baftifîâge exige donc effen-tiellement quatre chofes ; i°, qu’on entretienne la moiteur Sc la fouplefle, par de petites afperfions; a°, que par des feuilles de papier interpofées, on empêche l’adhérence par-tout où elle ne doit point avoir lieu; 3°,que l’on plie en toutes fortes defens, pour rendre le feutrage égal & uniforme ; 40, que l’on décroife, autant qu’il eft néceffaire, pour effacer les plis qui fe font de la tête à l’arête*
- Il eft aifé d’appercevôir maintenant pourquoi, lbrfqu’ôn forme les capades, on entretient minces les deux bords qui aboutiffent à la tête; puifque pour les joindre au baftiflage, il faut faire croifer les bords de l’une for ceux de l’autre ; on amincit ces parties, pour empêcher qu’en s’appliquant les unes fur les autres , elles ne produifent de trop grandes épaiffeurs*
- La plus grande épaiffeur du Chapeau doit être à l’endroit qu’on nomme le lien, où la tête & le bord fe joignent. Depuis là jufqu’à l’arête, & de l’autre part jufqu’au haut de la tête, elle doit aller en diminuant; & c’eft pour cette raifon qu’on donne aux capades les proportions doht j’ai parlé ci-deffus ( page 27.) & que j’ai repréfentées par les Figures 20 , 21 Sc 22 : mais quelque foin qu’on prenne pour régler ces épaiffeurs, Sc pour les entretenir, il y a toujours des endroits foibles qui en interrompent la régularité, Sc qui, s’ils reftoient, rendroient le Chapeau très-défeélueux : l'Ouvrier en fait une recherche exaéte Chapelier# I
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- en marchant au baftifïàge : quand les quatre capades font affemblées, chaque fois qu’il décroife, il tient fon Chapeau ouvert avec les deux mains, & vis-à-vis du jour, (Fig. 3 y.) ou bien il pince l'étoffe, tantôt fimple, tantôt doublée entre le pouce & l'index qu’il promene de gauche à droite, en la tâtant, & quand il apperçoit quelque endroit plus clair que les autres, il le marque en appuyant le doigt deffus, & il y applique un morceau qu’il tire de fa pièce d'eftou-page, en le déchirant avec les doigts , & non en le coupant avec des cifeaux; car ii eft néceffaire que les bords de ce morceau foient amincis, & relient filandreux ; lorfqû’il a garni plufieurs endroits de cette maniéré, il y étend quelques morceaux de papier, il recouvre avec la feutriere, il mouille fi cela eft néceffaire, & marche à l’ordinaire.
- Cette façon de remédier aux endroits foibles, s’appelle garantir, & comme elle le pratique en foulant, auffi bien qu’en baftiflànt, Ton dillingue l’une de l'autre, en difant, garantir au bajjïn & garantir à la foule : je parlerai de cette dernière , lorfqu'il en fera temps. *
- Le Chapeau étant bafti & garanti, comme je viens de l’expliquer, il eft en état de recevoir la dorure : s’il n’en doit avoir qu’à la tête, c’eft en le foulant qu’on la lui appliquera; fi le bord doit en avoir à l’une de lès faces feulement, c’eft celle de l’envers qui la recevra, immédiatement après le baftifïàge. L’envers du Chapeau eft le côté de l’étoffe qui fera le dedans de la tête, & la face apparente du bord, quand il fera retrouffé : ce côté eft celui qui a été en-dehors pendant tout le temps du baftiffage, & fur lequel on a garanti.
- S’il s’agit donc d’appliquer de la dorure à la face du bord la plus apparente des deux, on laiffe le Chapeau étendu fur la feutriere, tel qu’il étoit lorf-qu’on a fini de le baftir (Fig* 36), avec quelques morceaux de papier étendus dedans, pour empêcher que les parties qui fe touchent ne s’attachent l’une à l’autre. On prend enfuite un des travers qu’on déroule & qu’on étend fur toute la face L M Q O N P, ayant foin premièrement de détirer doucement l’étoffé, & de la preffer avec les doigts pour bien effacer tous les plis; & en fécond lieu de la rogner en déchirant ce qu’il y a de trop aux deux bouts Im, n o, afin quelle ne couvre point tout-à-fait jufqu'à ML, & N O. On retourne le Chapeau pour appliquer de même l’autre travers fur la partie op-pofée, on recouvre le tout avec la feutriere, on plie & l’on marche à la maniéré ordinaire.
- Cela étant fait, on ouvre la feutriere, on décroife enfaifant venir la ligne O N, à la place de P Q, & L M, à celle qui eft oppofée en-deflous. On garnit de deux petites bandes de dorure ces deux parties qui n’en ont point, & on en met auffi des petits morceaux par-tout où il en peut manquer, ayant toujours attention que ces pièces rapportées ayent été déchirées & non coupées ; & l’on relève encore la feutriere pour les marcher.
- Ici finit le baftiffage , quand on ne doit plus dorer que la tête du Chapeau>
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- parce que cela fe fait ordinairement à la foule : mais fi la dorure doit continuer de la tête jufqu’à l'arête , voici ce qui refte à faire. L’Ouvrier retourne le Chapeau, & métant en-dehors ce qui eft en-dedans; & pour cet effet, il paffe fa main gauche en P ( Fig. 3 <5 ), pour foulever la partie de deflùs, 8c le Chapeau étant ouvert, il fait rentrer le bout R, en le frappant légèrement avec la main droite ; il faifit aufli-tôt cette partie par dedans, il la tire en enhaut, 8c le refte fe retourne de foi-même eft retombant par fon propre poids. Il remet donc le Chapeau ainfi retourné à plat fur la feutriere; & après avoir mis dedans quelques feuilles de papier pour empêcher que la dorure, nouvellement appliquée, ne s’attache une partie contre l’autre, il étend defliis un des pointus, que j’ai dit être taillé comme une capade, il l’y applique avec les mêmes attentions qu’il a eues en mettant les travers, & la termine comme eux à un pouce près ou un peu moins des côtés L M R, O N R. Il retourne la pièce pour en faire autant de l’autre côté avec le pointu qui refte; il marche un peu pour faire prendre cette dorure : il décroife auflî-tôt, pour garnir les deux bandes O N R, 8c L M R, 8c tous les endroits qui en ont befoin, s’il y en a d’autres; après quoi il remet la feutriere par delfus, 8c marche pour la der-nîere fois (a).
- L’Ouvrier en baftiflànt, comme en arçonnant, doit être attentif à nettoyer fon étoffe, tant celle du Chapeau, que celle de la dorure ; il s’y trouve presque toujours un peu de ce gros poil, qu’on nomme jarre, qui ne fe feutre point, & qui fe porte immanquablement du dedans au-dehors, à mefure que le travail avance ; il faut néceftàirement l’enlever dès qu’il paroît à la fuper-ficie ; car s’il y refte, il donne un mauvais œil à l’ouvrage, 8c le rend rude au toucher.
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- Le baftilfage étant entièrement fini, la dorure appliquée, & le tout ftiffi-fàmment marché, l’Ouvrier plie fon Chapeau proprement, 8c le met à part jufqu’au moment où il doit le fouler. La maniéré de plier le Chapeau après le baftiftàge, eft une chofe affez arbitraire; cependant à en juger par ce que j’ai vu pratiquer, voici l’ufage ordinaire : on plie d’abord fur la ligne A B, (Fig. 37)
- faifant venir l’arête AC B fur A c B. Enfuite on fait un fécond pli fur EF,
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- pour amener la tête D vers r, puis un troifieme fur E G, 8c un quatrième fur F H, en portant les deux pointes des ailes l’une vers l’autre, & enfin un dernier pli fur 1 K y d’où il réfulte un pacquet quarré un peu plus long que large, comme il eft repréfenté par la Fig. 38.
- Maniéré de fouler le Chapeau, d'appliquer la dorure de la tête,
- & le plumet.
- C’est principalement à la foule, que l’on fait prendre au feutre la confif-’
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- (a) Cette pratique eft défapprouvée par bien des Maîtres, parce qu'elle ôte la liberté de garantie à la foule.
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- tance qu’il doit avoir, que l’on forme le Chapeau, & qu’on fixe fes dimenfions. Tout ce travail fe fait dans un atelier à rez-de-chauffée, fous un hangard, ou dans quelqu autre lieu couvert fuffifamment éclairé, Sc où Ton peut fe procurer de l'eau aifément,
- L'appareil de la foule confifte en une chaudière plus longue que large j établie fur un fourneau de maçonnerie, Sc entre deux tables de bois fort épaiffes, qui régnent fur fes deux grands côtés Sc qui forment deux plans inclinés vers elle; par des vûes d'œconomie Sc de commodité, on eft dans l'ufoge de conftruire à l'entrée du fourneau, une étuve qui s'échauffe affez pour fécher pendant la nuit les Chapeaux qui ont été foulés pendant la journée précédente : il eft à propos de décrire tout cela en détail.
- La chaudière (Fig. 39 ) eft de cuivre rouge; elle eft formée en quarré-long, ayant les angles un peu arrondis, les quatre côtés font inclinés entre eux, de maniéré quelle eft plus étroite Sc moins longue en bas qu’en haut ; fon bord eft rabattu en dehors, Sc forme tout autour une plate-bande qui peut avoir 2 pouces & demi ou 3 pouces de largeur : dans les ateliers où l'on fait travailler 6 ou 8 Compagnons enfemble ( ce qui eft affez commun, for-tout dans les grandes villes), la chaudière a par enhaut près de 4 pieds de long ,13 a 14 pouces de large, Sc autant ou un peu plus de profondeur.
- Le fourneau proprement dit, A B C, ( Fig. 40), eft bâti en briques ou avec des morceaux de tuiles, Sc un mortier de cette terre franche, qu’on nomme communément terre à four : il eft d'une forme ovale, un peu plus étroit par devant que par derrière, avec une épaiffeur de 7 à 8 pouces : ayant fon entrée 'A à l'une de fes extrémités , Sc étant revêtu d’ailleurs d'une mâçonnerie de moëlons Sc de plâtre D E F G, épaiffe encore de 7 à 8 pouces pour le moins.
- A 6 pouces au-deflus du fond de ce fourneau, Sc dans un même plan, font fixées trois ou quatre barres de fer quarrées, aa> b h, c c, &c, dont chaque côté peut avoir un pouce Sc demi de largeur; c’eft for elles qu’on place les morceaux de bois: comme le feu eft grand, Sc qu'il dure 8 ou 10 heures, il eft à propos que ces barres de fer foient groffes, pour ne point plier quand elles deviennent rouges.
- A 7 pouces de diftance au-deffus de cette elpece de chenets, doitfe trouver le fond de la chaudière ef \ laquelle eft fufpendue Sc arrêtée par fon bord plat fur celui du fourneau, comme on peut le voir eng A, (Fig.4 r Sc 42.)
- Le deflùs du fourneau avec la mâçonnerie dont il eft revêtu, n’eft point horizontal : les deux parties qui régnent for les côtés longs, font tellement inclinées entr’elles, que deux tables de bois fort épailfes dont elles font revêtues, puiffent rejetter très-promptement dans la chaudière toute l'eau qu’on répand deflus. Il ne faut cependant pourvoir à cet effet, qu'autant qu’il eft né-ceffaire ; car fi les tables avoient un penchant trop rapide vers la chaudière, l'Ouvrier qui doit fouler deflùs ? ne feroit plus en force ; chacune d'elles fait
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- avec le plan horizontal, un angle d’environ 2 y degrés. Le bord le plus élevé de chacune des tables ne doit pas l’être au-delà de trois pieds au-deflus du terrein ; s’il l’eft par lui-même , on y remédie en pratiquant une banquette d’une hauteur convenable, aux deux côtés du fourneau.
- Ces deux tables EPI, X M, Fig. 42 , s’appellent'/^ bancs de la foule, elles font ordinairement de noyer ou d’orme, épaiffes de 2 pouces ou de 2 pouces & demi,longues de 10 à 12 pieds, fur22 ou24pouces de largeur; il eft effentiei quelles foient bien unies, fans aucune fente, fans aucun trou, Sc qu’elles recouvrent & rejoignent fi bien le bord plat de la chaudière, que l’eau qu’elles rejettent dans celle-ci, ne puiffe s’introduire dans le fourneau : la rive d’en-bas eft rebordée d’une bande de bois de chêne d’un bon pouce d’épaiffeur, Sc qui excede d’autant le plan fupérieur ; en attachant cette derniere piece, on enferme deftous plufieurs bandes de papier, qui rendent la jonélion plus exaéle, & qui empêchent l’eau de paffer : on retranche de ce rebord tout ce qui fe trouve vis-à-vis la chaudière, à l’exception de quelques petites parties K, L,k, /, qu’on réferve, & qu’on appelle Boutons, pour retenir un rouleau de bois dont le Compagnon fe fert fréquemment, Sc qui fans cette précaution, tomberoit fouvent dans la chaudière.
- L’entrée A du fourneau ( Fig. 40 ) répond à l’intérieur d’une petite chambre quarrée A M N O, haute d’environ 8 pieds, & dont chaque côté peut avoir 3 pieds Sc demi, ou tout au plus 4 pieds de large : elle doit être de mâçon-nerie, ou au moins être enduite de plâtre intérieurement. L’entrée O eft très-étroite Sc très-baffe; celle que j’ai mefurée n’avoit que 16pouces en largeur, fur 2 pieds Sc demi de hauteur, 8c l’on évite toujours de la faire au côté qui fait face à l’entrée du fourneau.
- Cette chambre eft une étuve : la fumée Sc la chaleur du fourneau s*y portent par un canal F ( Fig. 41 ) qu’on nomme ventoufe, Sc s’exhalent pendant le jour, par un autre conduit Q R, qui donne dans quelque cheminée, ou qu’on fait fortir en plein air. On y retient la chaleur pendant la nuit, en fermant la porte, Sc en pouffant dans la couliffe m n , une tuile qui traverfe & qui ferme le conduit ^ R. Les 4 parois de l’étuve font garnies en-dedans de chevillettes, comme 11, Scc, auxquelles on attache les Chapeaux pour les faire fécher.
- La partie du fourneau qui eft oppofée à la ventoufe , eft élevée en mâçon-nerie de quelques pouces au-deffus du bord de la chaudière, dans l’intervalle qui eft entre les deux bancs, Sc elle eft recouverte d’une tablette de bois de chêne ou d’orme S, épaifle de 2 pouces, qu’on nomme le bureau, & fur laquelle les Compagnons pofent les outils dont ils fe fervent à la foule ; ces outils font le roulet, la jatte, la brojfe, le choc, la piece, la pince, les maniques Sc le poujfoir.
- Le roulet A (Fig. 43 ) eft un morceau de bois (a) tourné, long de 18 à 20
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- (b) Le roulet efl de fer pour les Chapeaux communs, & il eft taillé à pans fur fa longueur.
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- pouces, fur 12 à 14 lignes de diamètre au milieu, qui eft un peu plus renflé que le refte.
- La Jatte B, eft une febille ou écuelle de bois* qui tient une pinte d’eau ou un peu plus.
- La Brofle G, eft de poil de fànglier, & affez femblable à celles dont on fe fert pour frotter les parquets ou planchers des appartements, finon qu’elle eft un peu plus petite.
- Le Choc D, eft une plaque de laiton de figure quarrée, épaiffe d’une bonne ligne, ayant 6 pouces de haut fur 4 & demi de large, un peu courbe fur fa longueur , roulée fur elle-même par enhaut, pour être maniée plus commodément , 8c le bord oppofé étant un peu échancré en rond, 8c aminci fans être tranchant.
- La Pièce E eft femblable au choc, excepté qu’elle n’eft point courbée fur fa longueur, 8c que le bord oppofé au rouleau eft droit, 8c Amplement arrondi fur le tranchant.
- La Pince F, eft d’acier 8c à reflort ; fes deux branches finilfent en pointes , 8c doivent fe joindre affez exactement pour enlever un objet aufli mince' qu’un poil.
- Les Maniques font deux vieux fouliers , dont on a retranché les talons, les quartiers 8c une partie des empeignes ; le garçon Chapelier s’en garnit les mains, lorfqu’il s’agit de fouler fortement.
- Le Poufloir eft un vieux bas de laine, dont l’Ouvrier fe garnit la main pour pouffer le feutre, quand il dreffe le Chapeau.
- Les Chapeaux fe foulent avec de l’eau prefque bouillante, dans laquelle on a détrempé une certaine quantité de lie de vin. Les Chapeliers de Paris fe fervent indifféremment d’eau de puits ou d’eau de riviere ; quoique j’en aie queftionné plufieurs à ce fujet, je n’ai point appris qu’il y eût aucune raifbn de préférence pour l’une ou pour l’autre.
- La lie de vin qu’on employé eft celle qui a été preffée par le Vinaigrier. On préféré celle de vin rouge à celle de vin blanc, 8c l’on choifit la plus nouvelle; car en vieillifïànt, elle fe picque & fe noircit; c’eft pourquoi l’on n’en doit pas faire une grande provifion. On l’achete communément 10 à 12 liv. le demi-muid ; il y a des temps où elle eft plus chere, d’autres où elle coûte moins; dans une chaudière qui tient un demi-muid d’eau, on en ufe environ • un feau & demi par jour; le feau en contient environ 25 livres.
- Chez les Chapeliers de Paris, on ne foule guere le Lundi, ni même le Mardi ; les Compagnons emploient ces deux jours-là tout entiers à arçonner 8c à baftir, afin d’avoir de l’avance pour les jours fuivants : dans le refte de la femaine, il eft prefque toujours ic à 11 heures dans la matinée avant qu’ils fe mettent à fouler, parce qu’il faut bien 2 ou 3 heures pour préparer la chaudière, & pour mettre le bain en état : d’ailleurs, comme chaque Compagnon corn-:
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- mence 8c finit les Chapeaux qu’il entreprend, il faut qu’il partage fon temps entre la foule & les autres façons qui la précèdent : & quand ils font plufieurs* iis doivent s’entendre pour aller enfemble, afin que le fourneau une fois allumé* ferve pour tous à la fois*
- Il y a quantité d’Ouvriers qui entreprennent des Chapeaux, Sc qui n’ont hî arçons ni fourneaux; ceux-là vont faire leur ouvrage dans les ateliers où il n’y a point affez de Compagnons pour remplir toutes les places; ce qui fe paye pour cela (a) aux Maîtres, les dédommage de la perte qu’ilsferoient, s'ils allu^ moient leurs fourneaux pour un trop petit nombre d’Ouvriers.
- C’eft le Maître qui fe charge de faire emplir la chaudière, de faire porter de l’eau dans un réfervoir pour le rempliftàge, de faire mettre du bois en fiiffi-fante quantité dans quelque endroit, qui foit à portée de l’atelier, de fournir la lie 8c les lumières. Dans la plôpart des ateliers à fouler, on ne brûle point de chandelle, parce que la vapeur de l’eau bouillante qu’on appelle la buée, la fait couler; on éclaire avec deux lampes qui fe fufpendent aux deux bouts de la chaudière. Un,des Compagnons à tour de rôle allume le fourneau, fait chauffer l’eau de la chaudière, jufqu’à ce qu’elle foit prête à bouillir, y jette la quantité de lie qu’il faut; la remue avec un ballet de bouleau pour la dé** layer & empêcher qu’elle ne s’attache aux parois ni au fond de la chaudière; il nétoye le bain avec une écumoire, qui le plus foüvent n’eft autre chofè qu’une vieille poêle de fer percée d’une infinité de petits trous. Et quand tout cela eft fait, il en donne avis à fes camarades qui apportent leurs bajlijfages (V) , & qui fe placent le long des deux bancs fuivant leur rang d’ancienneté * dans la fabrique où ils travaillent ; car comme les bancs font beaucoup plus longs que la chaudière , ceux qui ont droit d’occuper le milieu font plus avantageufement placés.
- Ce font les Compagnons, qui, tour-4-tour renouvellent le bois au fourneau, 8c tifent le feu avec une efpece de fourgon : cet outil eft un morceau de fer arrondi qui peut avoir 14 ou i y lignes de diamètre au plus gros, 4 pieds de long, & terminé en bec de corbin : ils rempliffent pareillement la chaudière à melure que l’eau diminue par évaporation ou autrement : ils l’écument de temps en temps, 8c après 3 ou 4 heures de travail * l’un d’eux y remet un peu de lie nouvelle pour ranimer le bain.
- Tout étant ainfi préparé 8c ordonné, voici comment fe conduit le travail à la foule ; je fuivrai ce qui fe pratique pour les Chapeaux fins : la façon des autres ne différant de celle-ci, que par des obmifïïons qui ménagent le temps 8c la dépenfe, j’aurai dit tout ce qu’il importe de fçavoir fur ce fujet, fi j’ex-* pofe en détail ce qui eft d’ufage dans le cas où l’on fait le plus 8c le mieux.
- Quoique tout ce qu’on fait à la foule, aille ordinairement de fuite^ on peut
- (a) On paye un fol pour arçonner un Chapeau, & y fols pour le fouler.
- (b) On appelle ainfî le Chapeau bafti au balïin, & prêt à être foulé.
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- cependant le divifer en trois temps. Un baftiflage, c’eft-à-dire, un Chapeau qui n’eft que bafti au baifin, & tel qu'on l’apporte à la foule,, n’eft qu’impar-faitement feutré; fon étoffe n’a prefque pas de confiftance; fi, lorfqu’on Ta trempé dans le bain, on alloit le manier rudement, il ne manqueroit pas de s’étendre, defe déchirer, en unmot de s’ouvrir, pour parler le langage de l’Art; il efl: donc à propos de le fouler légèrement & avec précaution, jufqu’à ce qu’on s’apperçoive qu’il eft rentré d’une certaine quantité, que le feutre s’eft épaiffi & qu’il- a pris affez de fermeté pour foutenir un travail plus fort : voilà ce qui fe paflfe dans le premier temps; alors c’eft le moment de recharger les endroits foibles, ce qui s’appelle (garantir la foule), & d’appliquer la dorure ; car fi l’on attendoit plus tard, ces nouvelles parties d’étoffe ne s’incorporeroient plus, ou courroient rifque de fe détacher quand le Chapeau feroit achevé; il faut que ne faifant plus qu’un avec le feutre, elles rentrent avec lui, à me-fure que le Compagnon continue de fouler ; c’eft ce qui remplit le fécond temps : dans le troifieme, le feutre étant fuffifamment foulé, on le dreffe, c’eft-à-dire, qu’on lui fait prendre la forme de Chapeau, & qu’on le met en état d’aller à l’étuve : reprenons tout cela en détail.
- Ce qui donne la confiftance au feutre, c’eft que les parties de l’étoffe fe l'approchent en tout fens les unes des autres, & fe lient enfemble, de maniéré qu’elles ne peuvent être définies que par un grand effort; la chaleur de l’eau prefque bouillante avec l’alkali qui eft dans la lie du vin, donne lieu à ces deux effets, en amolliffant le poil & en le gonflant aux dépens de fà longueur ; car en fe raccourciffant, il fait devenir moins longue & moins large la piece d’étoffe qu’il compofe ; tuméfié & amolli, il fe ferre , fe foude de toutes parts, & forme une épaiffeur plus grande & plus folide. Mais il faut que cela foit aidé par une preflîon bien ménagée, qui fe diftribue également fur toute l’étendue de l’étoffe, afin que l’épaifleur augmente par-tout proportionnellement, & que les autres dimenfions diminuent de même;fans cela, certaines parties qui ne marcheroient pas d’un pas égal avec les autres, pour rentrer, fomeroient des bouillons ; ou bien le Chapeau, après la foule, n’auroit ni la figure, ni la force qu’il lui faut pour être drefifé.
- C’eft avec les deux mains que le Compagnon preffe le feutre pour le fouler; il le roule fur lui-même ou fur le roulet, en amenant à lui la partie qu’il a commencé à rouler, & c’eft en la déroulant qu’il la preffe à deux ou trois reprifes.
- Pour parvenir à fouler également toutes les parties, l’Ouvrier obferve un certain ordre qu’il eft à propos de faire connoître : Il faut confidérer que le Baflijfage, s’il étoit ouvert, reffembleroit à une chaude, ou à un fàc conique ; mais que pour le fouler, on l’applattit fur lui-même, & qu’alors il a la figure d’une capade, ou plutôt de deux capades appliquées & étendues l’une fiir l’autre (Fzg. 44). On y diftingue la tête A , le lien E F G; les deux ailes E B, G D ; il faut remarquer encore, que les deux côtés A E B, A G D, font deux
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- plis qu’il eft important de bien effacer ; fans quoi ils refteroient marqués aü Chapeau , & ces deux endroits ne feroient jamais foulés comme le refte. Pont éviter ces inconvénients, l’Ouvrier change fouvent les deux plis, comme il a fait en baftiffant pag. 3 3. ce qui s'appelle décroifer. Or, chaque fois qu’il décroifè> il marche de fept maniérés différentes , que l’on comprend fous le nom de croifée, & dont voici la defcription*
- i°, Il marche en roulant la partie A (Fig. 44), en-dedans, & la faifànt venir en E, 8c de fuite en B. 20, Après avoir déroulé, il marche en roulant la même partie A vers G 8c D; de forte que dans ces deux marches, le feutré prend fous fes mains la forme du rouleau repréfenté par la Fig. 45'; cela s’appelle fouler en tête. 30, Il marche en roulant le côté A B en-dedans, vers le côté oppofé A D, 8c forme par-là un rouleau conique ( Fig. 46 ), à la pointé duquel fe trouve la partie A. 40, Ayant déroulé, il fait la même chofe en amenant le côté A D, vers A B ; cela fe nomme fouler en lien.
- 5°, Il roule la pointe de l’aîle B en-dedans, pour la faire venir en E & en A9 Fig. 47. 6°, il fait la même chofe avec la pointe D, qu’il amené en G & en A ; 70, Enfin, il roule en faifant venir le bord C vers F; & ces trois dernieres façons s’appellent fouler en arête.
- Mais le feutre, en fe roulant fiir lui - même ou fur le roulet, a l’une de fes furfaces moins ferrée que l’autre ; celle qu’on met en-dehors étant néceffaire-ment plus étendue : il faut prévenir le mauvais effet qui ne manqueroit pas d’erï réfulter ; & c’eft ce que fait le Compagnon, en retournant la pièce à chaque croifée ; c’eft-à-dire, en appliquant fur le banc, la furface A B D ( Fig. 44) , quia été en-defliis, afin que l’autre côté fè trouve roulé en-dedans, comme celui-ci l’a été dans la croifée précédente.
- Toutes ces différentes marches, avec de fréquents décroifements, font très-bien imaginées pour fouler également le Chapeau dans toutes fes parties; cependant comme ce travail dure long-temps, 8c qu’un Ouvrier n’eft jamais sût de le foûtenir avec une parfaite égalité ; c’eft à lui de veiller à fon ouvrage, d’examiner les endroits qui ne rentrent point affez, ou qui rentrent trop , afin d’y remédier , tantôt en foulant plus, tantôt en foulant moins, en tête , en lien, ou en arête ; car il efl; effentiel que le feutre en rentrant, c’eft-à-dire, en diminuant de grandeur à la foule, garde conftamment la forme qu’on lui a donnée au premier baftiffage. Voyons maintenant travailler le Compagnon*
- Il trempe fon baftiffage tout plié dans le bain de la chaudière, il l’y enfonce, 8c le remue un peu avec le bout du roulet- fans le Iaiffer aller au fond ; & quand il voit qu’il eft fuffifamment imbibé, il le retire fur le banc, le prefle un peu avec le roulet pour en exprimer une partie de l’eau ; il en jette de la froide deffus avec la jatte, pour le pouvoir manier fans fe brûler (a); 8c alors agif*
- ÛO Lorfque Ton commence à fouler le Chapeau, & que le feutre encore très-lâche, prend beau® coup d eau dans la chaudière, il eft fi chaud, que TOuvrier a peine à le manier avec les mains nues |
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- fant avec les deux mains, il le déployé & le foule un peu en lien des deux côtés > c’eft-à-dire, en roulant en-dedans le côté A EB,Fig. 44, par exemple,' & après cela le côté oppofé.
- Il décroife 8c étend le baftiflàge fur le banc, il le mouille en jettant deflùs de l’eau de la chaudière qu’il puife avec la jatte, ou en le trempant légèrement ; il le plie en 4 endroits, faifant venir A en a, B en b, C en r, D end, Fig. 48, puis il foule en deux fois, roulant d’abord la partie E en-dedans, pour la faire venir vers F, & celle-ci enfuite, en la faifant aller vers E.
- Il releve les 4 plis qu’il avoit faits, décroife, efface les plis des côtés, puife dans la chaudière avec la jatte, mouille, & foule en arête des deux côtés; mouille de nouveau, & foule de l’arête direélement à la tête.
- Il trempe la tête dans la chaudière, & la foule en allant à l’arête.
- Tout ce que je viens de rapporter fe fait plufîeurs fois, mais toujours mollement ; l’Ouvrier ayant attention de manier le baftiflàge avec précaution , quand il s’agit de décroifer; car comme le feutre eft encore lâche, qu’il n’a point beaucoup de confîftance, un travail un peu rude en commençant ne manqueroit pas de le déranger; ce n’eft guere qu’après la première demi-heure qu’on ofe fouler un peu ferme.
- Après ce temps-là, ou un peu plus, fuivant la qualité de l’étoffe, fi le Compagnon s’apperçoit que le Chapeau foit rentré de la quantité qu’il faut pour foûtenir les autres façons, il t arrange, pour être ce qu’on appelle bajli à la foule.
- Bajlir à la foule, c’eft appliquer en foulant des pièces d’étoupage aux endroits foibles , le refte de la dorure, & généralement tout ce qui n’a point été appliqué dans le premier baftiflàge ; il faut pour cela que les furfaces du feutre foient bien unies 8c bien nettes : on les rend telles en foulant au roulet, 8c en ébourant\ 8c c’eft ce qui s’appelle arranger.
- Pour fouler au roulet, l’Ouvrier, au lieu de rouler fur elle-même la partie qu’il veut travailler, l’enveloppe fur le roulet en l’amenant à lui ; alors prenant le roulet parles deux bouts qui excédent, ou bien appuyant avec les deux mains fur le feutre roulé, il le déroule en appuyant, de forte que le feutre fe trouve preflfé, foit entre le roulet 8c le banc, foit entre la main & le roulet d’une parc ; 8c d’autre part, entre le roulet 8c le banc ; ce qui le rend plus uni en le ferrant fur fon épaiffeur; & l’Ouvrier a foin de fouler davantage fur les endroits qui lui paroiflent en avoir plus de befoin.
- Pour ébourer, il mouille fon Chapeau entièrement dans la chaudière, il Tétend fur le banc, 8c avec le plat de la main qu’il promene par-tout en appuyant, il enleve avec l’eau qui fort de l’épaifleur, ce qu’on nomme le gros , c’eft-à-dire, le jarre qui eft refté dans l’étoffe, 8c généralement tout ce que le
- c’eft pour cela quil jette de l’eau froide deffus. Il y*en a qui commencent parle tremper & le maniée un peu dans le réfervoir qui contient de l’eau froide, & qui le plongent çnfuite dans la chaudière.;
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- feutre poufîe en dehors à mefure qu’il rentre ; il nètoye ainfi le Chapeau, en dé-fcroifant plufieurs fois, & en retournant le bord à chaque décroifement, pour ébourer le deflbus ; l’Ouvrier, pour arranger le Chapeau, oblerve donc à chaque croifée, foit qu il travaille la tête, le lien ou l’arête, de fouler d’abord au roulet, puis à la main, 8c finit par ébourer.
- Quand le bafliffage arrivé à la foule, le côté qui doit être le delïiis du Chapeau, fe trouve tourné en-dehors ; 8c s’il doit avoir de la dorure fur la largeur de fon bord, les travers font en-dedans, il relie dans cet état jufqu à ce qu’il ait été bafti à la foule ; ainfi c’efl fur la face qui doit faire le delîus du Chapeau que l’on garantit, & que l’on applique la dorure de la tête.
- Pour garantir, l’Ouvrier tient le Chapeau ouvert, comme le repréfènte la Fig. 49, iireleve le bord, tantôt plus, tantôt moins; & le pinçant légèrement entre le pouce 8c l’index qu’il fait aller d’un bout à l’autre du pli, il tâte, 8c marque en appuyant avec le doigt, les endroits qui ont befoin d’être garnis t il applique fur chacun une pièce d’étoupage, fiir laquelle il frappe à petits coups avec la broffe qu’il a trempée pour cet effet dans lâ chaudière, 8c avec laquelle il fait une légère afperfion lur l’endroit où il doit frapper.
- Quand il a garni de cette maniéré les places qu’il a reconnu en avoir befoin dans l’efpace A B, il décroife, releve une autre partie du bord, 8c garantit de même par-tout où il le faut, jufqu’à ce que les épaifïeurs des différentes parties du Chapeau lui paroiffent régulières, après quoi il applique la dorure de la tête. **
- Cette dorure fe met en deux pièces, qu’on nomme les pointus, 8c qui ont la figure de deux petites capades, comme je l’ai dit pag. 29. Le Compagnon ayant trempé fon Chapeau dans la chaudière, & l’ayant étendu fur le banc, applique un des pointus, de maniéré qu’il déborde d’un bon travers de doigt des deux côtés, comme CD, CE, Fig. 49 ; il le mouille 8c le frappe avec la broffe, comme il a fait pour les pièces d’étoupage ; il retourne le Chapeau, rabat ce qui déborde, & le frappe légèrement avec la broffe nouvellement trempée dans la chaudière, 8c puis il applique l’autre pointu, de maniéré qu’il déborde comme le premier; il le frappe avec la broffe, retourne le Chapeau , rabat fur l’autre côté ce qu’il a laiffé déborder, 8c le fait joindre 8c s’at-tacher, en le frappant encore avec la broffe.
- Lorfque toutes ces pièces ont été appliquées, comme je viens de le dire, il s’agit de l'es faire prendre au feutre ; il faut qu’elles s’y attachent tellement qu’elles ne faffent qu’un même corps avec lui ; on y parvient en foulant fur les endroits où elles font placées. Pour cet effet, le Compagnon ouvre le Chapeau, le retourne en mettant en-dehors ce qui jufqu’alors avoit été en-dedans ; par conféquent la fiirface qui a été garantie, 8c qui a reçu les pointus, fe trouve en-dedans ; toutes ces pièces, lorfqu’on viendroit à applatir le Chapeau fur le banc, ne manqueroient pas de fe toucher face à face, & s’attache-
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- roient aufïïbien entr'elles* quau feutre : pour empêcher que cela n'arrivei avant que d'applatir le Chapeau* on interpofe entre les deux faces qui doivent fe rencontrer* un morceau de toile de crin* que les Ouvriers appellent k tamis, & l'on foule enfoite mollement fur tous les endroits où les pièces d'étoupage & de dorure viennent d'être appliquées* avec l'attention de décroifer fouvent ; de tremper le Chapeau dans la chaudière* ou de le mouiller avec la jatte à chaque marche que Ton fait ; de vifiter enfin* & d'examiner l’ouvrage chaque fois qu'on lève le tamis pour le changer de place.
- Le Compagnon ayant foulé pendant un certain temps* de la maniéré que je viens de dire ; voyant que tout eftbien pris* & que le Chapeau bien affermi efl en état de foutenir un travail plus fort, prend fes maniques & fe difpofe a fouler plus rudement qu'il n'a fait jufqu’alors.
- Les maniques* comme je l'ai dit* font deux vieux fouliers* dont on are-tranché les talons, les quartiers avec la partie de l'empeigne qui couvre le def* fus du pied : cela s'attache avec deux cordons au-deflus du poignet ( a ) , la main étant appliquée à plat fur la femelle , le petit doigt & le pouce étant cotoyés 8c recouverts par les relies de l'empeigne qui forment comme deux ailes * 8c qui empêchent la manique de îortir de deffous la main * en tournant à droite ou à gauche * comme elle pourroit faire fans cela.
- Tout ce travail fe fait au roulet & à la main * en obfervant à chaque croifée toutes les marches dont j'ai fait mention ci-deffus (p. 41.) en mouillant & ébourant à chaque marche ; en relevant & tâtant fouvent le bord du Chapeau * pour reconnoître les endroits qui ont befoin d'être rangés avec le roulet * en épluchant avec la pince* tout ce qui paroît d'étranger à la foperficie * tant en-dedans qu'en-dehors, 8c travaillant plus ou moins fur certaines parties * pour les,faire rentrer proportionnellement avec les autres* jufqu'àce qu’enfin le Chapeau foit réduit à la grandeur prefcrite par le Maître.
- La durée de ce travail dépend de la qualité des matières qu'on emploie * de la quantité qu'on en fait entrer dans la compofition du Chapeau * de la bonté du bain * & de l'habileté de l'Ouvrier; mais on peut dire en gros* qu'un, caflor de huit onces* par exemple* qui a été bafli de 27 à 28 pouces de haut* fur 3 pieds 8c demi de large* pour être réduit à 13 ou 14 pouces de hauteur,, 8c 22 pouces de large* ne s'acheve guere en moins de 3 heures après qu'il a été bafli à la foule.
- Quand l'ouvrage tire à fa fin * le Compagnon mefore de temps en temps le Chapeau* pour ne le point laiffer rentrer au-delà des mefures qu'il doit avoir* if l'étend fur le banc de la foule * comme F G H* Fig. 50 * il place le plus près qu'il peut de la pointe F* la forme de bois for laquelle la tête fera moulée; & fi le Maître lui a demandé, par exemple,un Chapeau de quatre pouces de bord*
- (à) Les Ouvriers ont coutume de fe garnir le poignet en l'enveloppant de linge, afin que les cordons de la manique ne les blefient point.
- il affujétit
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- ART DU C H A P E L 2 Ë R, 4|
- il aflujétit la partie 1 K à cette mefiire, c’eft-à-dire, qu’il continué de fouler jufqu' à ce qu'il n’y ait plus que quatre pouces de diftance entre llm> Si G KH* OU; ce qui eft la même chofe, entre le lien & Farête. Alors il n'y a plus qu'à dreffer.
- C'eft-là le moment de placer le plumet; mais il faut auparavant flamber lé Chapeau; oh ïégoute bien de toutes parts avec la piece E (Fig. 43 ), & on lé pafle fur la flamme d'un feu de paille, pour lui ôter fon plus long poil ; après quoi on le mouille dans la chaudière > & on le frotte fur le banc avec le dos de la brofle.
- Les pièces qui doivent former le plumet, comme je l'ai dit plus haut, (p. 29} font préparées à l'arçon & marchées à la carte, de la même maniéré que les travers pour la dorure; elles en ont la forme; mais elles font moins grandes; car on n'en met que deux fur le tour du Chapeau, Sc il eft déjà prefqu'entié-rement rentré, quand on les y place : ces pièces s’appliquent couche par couche les unes fur les autres, à la face du bord oppofée à Celle qui a reçu les travers ; & on les fait déborder l'arête de dix-huit lignes ou à peu-près ; voici comment ce travail s'exécute#
- v Le Compagnon ayant mouillé le Chapeau dans la chaudière, l'étend à plat fur le banc de la foule : il y applique la première piece en la faifant déborder l'arête, comme je viens de le dire, & excéder d'autant par les deux bouts; il la frappe légèrement avec la brofle quil a trempée dans la chaudière ; SC puis il retourne le Chapeau fur le banc, pour rabattre les deux bouts qu'il a laiffé excéder : alors il pofe la fécondé piece comme il a pofé la première > après avoir mouillé le Chapeau, fbit en le trempant doucement dans la chaudière , fbit en verfànt deflïis avec la jatte. Il retourne encore le Chapeau fur le banc* pour rabattre les deux bouts excédents, qui font amincis comme aux travers, afin qu'en fe croifànt les uns fur les autres, ils ne forment point une trop grande épaifleur*
- Les deux premières pièces étant ainfi appliquées, il faut les faire prendre au Chapeau, & ménager fi bien ce qui dépafle l'arête, que les faces ne s'attachent point entr'elles en fe touchant. Pour cet effet, on fait entrer le Chapeau à plumet dans un Chapeau plus commun, & aflez grand pour le recevoir ; ou bien on Penveloppe dans un morceau de couverture de laine, & on le foule mollement, ayant foin de décroifer à propos, pour empêcher que cé qui dépafle l'arête, ne fe prenne & ne s'attache : on prévient encore cet accident , en interpofant quelques morceaux de toile de crin.
- Lorfque ces deux premières pièces font prifes, on les recouvre de deux autres femblables, ayant foin que lemilieu de la longueur de celles-ci réponde départ & d'autre à l'endroit ou les deux premières fe joignent; après quoi on les fait prendre, comme je viens de le dire.
- Tout ce qui doit être employé au plumet, étant ainfi appliqué, couche fur Chapelier. M
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- ART DU CHAPELIER. couche, & fuffifamment pris, on continue de fouler le Chapeau pendant une bonne demi-heure ; après quoi on déchire ce qui excede l’arête tout autour du Chapeau, ayant foin qu’il y refte une frange de la hauteur de 7 à 8 lignes, qui étant enfuite bien détirée 8c bien peignée avec le carrelet, imite affez bien un plumet.
- Il en coûte, pour faire un plumet un peu étoffé, une once & demie, & quelquefois deux onces du plus beau caftor ; la façon du Chapeau en devient une fois plus chere, & les Chapeliers conviennent que cela ne fait jamais un ouvrage bien folide : aujourd’hui que le caftor eft monté à un fort haut prix en France, il eft à prélumer que cet ornement de fantaifie, dont la mode fe pafîe déjà, va être tout-à-fait abandonné. Je reviens à la façon du Chapeau ordinaire.
- Les Ouvriers difent que le Chapeau eft en cloche quand il eft fini de fouler ; parce qu’en effet il en a à peu-près la figure> 8c qu’il eft affez ferme pour fe foutenir par lui-même, quand on Ta ouvert en rond, 8c qu’on le pofe fur fon bord. Le drejfer, c’eft lui ôter cette forme, 8c lui faire prendre celle fous laquelle fe préfente un Chapeau en ufage, quand il eft détrouifé. Il faut donc que la pointe A, Fig, 51, dèfcende en a, que la partie d e s’élargiffe jufqu’en fg9 8c que tout ce qui eft au-deffous du lien h i> jufqu’à l’arête B C, s’ouvre affez pour fe ranger dans un même plan; B venant en b> C en c, 8cc. Pour parvenir à cela, le Compagnon commence par mettre le Chapeau en coquille, comme il eft repréfenté par la Fig. $2 : Sc voici comment il s’y prend. Il relève l’arête tout autour en la maniant entre le pouce 8c l’index, de forte qu’elle fafîe autour du Chapeau en cloche, une efpece de goutiere d’un pouce 8c demi de large, fur environ un pouce de profondeur. Voyez k l de la Fig. 53, qui repréfente la coupe diamétrale de la coquille. Enfuite il retourne le Chapeau, faifant venir la pointe u en 0, 8c forme un pli circulaire, repréfenté par la coupe m m, Il retourne une fécondé fois le Chapeau, faifant venir la pente 0 en n ; puis une troifieme fois, faifant venir »enr, d’où il réfulte encore deux plis, pp, qq. Enfin il fait le pli tt, en faifant aller r en f; le nombre de ces plis eft afîez arbitraire ; ordinairement on n’en fait pas moins que quatre ; mais le point ef* fentiel, eft de ranger le Chapeau de maniéré, qu’on ne foit point embarraffé des ailes, tandis qu'on met la tête en forme, 8c que l’ouvrage foit toujours , bien centré.
- Le Compagnon ayant donc mis le Chapeau en coquille, le trempe dans la chaudière, 8c le pofe à plat fur le banc de la foule, puis agifîant avec les deux pouces, il efface la pointe qui eft au milieu, en pouflànt du centre à la circonférence du premier pli, pour la faire pofer à plat. Cela étant fait, il trempe de nouveau dans la chaudière, 8c continue de preffer, foit avec le pouce, foit avec le poing, ayant les doigts garnis du poujfoir, jufqu’à ce qu’il ait effacé le premier pli; & que la place circulaire qui en réfulte, foit affez large pour recevoir la pièce qu’on nomme la Forme,
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- ART DU CHAPELIER. 47
- La Forme eft repréfentée par ia Fig. 54; c’eft un morceau de bois d’orme pris fur fon fil, & tourné prefque cylindriquement. Le deffous eft coupé droit & perpendiculairement à Taxe; le deflus eft un peu convexe, & les bords en font arrondis. La hauteur eft de trois pouces & demi, ou même de quatre; le diamètre en a 6 ou 7; cela varie comme la grofleur des têtes quil s’agit de coëfFer. La bafe eft percée de deux trous dans lefquels on peut mettre les doigts pour prendre la pièce plus commodément, & l’un des deux perce or-* dinairement d’un bout à l’autre, pour donner lieu de mefiirer la hauteur plus aifément.
- La place de la forme étant donc faite, (& ce doit être du côté oppofé à celui où l’on a mis la dorure), l’Ouvrier l’y fait entrer, après avoir bien trempé le Chapeau dans la chaudière, pour le rendre plus fouple & plus propre à fe mouler : il le lie vers le milieu de la hauteur de la forme, avec une ficelle qui fait deux tours, & Qu’il arrête par un nœud & un coulant par defliis : puis pre-nant le choc D,Fig. 43, il appuyé avec le tranchant fur la ficelle, tout autour , & la fait defcendre jufqu’au bas de la forme.
- Il trempe alors le Chapeau avec la forme dans la chaudière, lui donne le temps de s’y échauffer fortement, puis l’ayant tiré fiir le banc, il efface avec la pièce E, Fig. 43. les plis circulaires qui reftent, & releve ce qui doit faire le bord, comme on le peut voir par la Fig. y y. Il s’agit à préfent d’abattre ces bords, & de les faire venir dans le plan qui paffe par la bafe de la forme.
- Il faut pour cela donner à ces bords plus d’étendue qu’ils n’en ont, & c*elï à force de les tremper & de les détirer à chaud, qu’on en vient à bout. L*Ou-vrier paflant fes deux mains entre la tête du Chapeau & fon bord relevé, appuyé defliis celui-ci pour l’abattre le plus qu’il peut; après quoi, laififlànt de la main gauche une partie du bord pour l’arrêter, il empoigne avec la droite celle qui précédé, & la tire de toute fa force en avant, & fuivant là longueur, ayant foin de remployer toujours cette partie qu’il tient, pour avoir plus de prife fur elle, & de peur que les grands efforts qu’elle fouffre, ne la déchirent.
- Ayant fait ainfi tout le tour du Chapeau, il recommence à détirer de même ; mais fans remployer la partie qu’il pouffe avec la main droite; & il finit par tirer un peu fur la largeur, pour arranger ce qui auroit pu fouffrir du tirage en longueur.
- Le Chapeau étant dans cet état, l’Ouvrier mefure la largeur du bord tout autour,.& s’il s’apperçoit que la tête ne foit pas bien au milieu, il dénoue 1a ficelle, & tire à plufieurs reprifes ce qui couvre la forme, du côté où le bord lui a paru le plus étroit ; après quoi il remet la ficelle comme elle étoit auparavant, en la faifant defcendre avec le choc D, Fig. 43.
- Il n’eft guere poflible qu’en tirant ainfi le feutre, foit pour abattre les bords, foit pour remettre la tête au milieu, fi elle n’y étoit pas, on ne faffe naître'
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- quelques plis, Sc qu il ne refte quelqu endroit mal uni ; l'Ouvrier a foin de les effacer, en trempant fouvent dans la chaudière, Sc en ejlampant par-tout chaque fois qu'il mouille. Eflamper, c’eft traîner le tranchant de la pièce E, Fig. 43 , fur tous les endroits où l'on apperçoit quelques plis, pour les faire difparoître.
- Enfin, quand le Chapeau eft bien eftampé par-tout, il ne refte plus qu'à l’égoûter. Le Compagnon le trempe à plufieurs reprifes dans la chaudière, Sc chaque fois qu’il l’en retire, il place le bord à plat fur le banc de la foule; Sc avec la pièce qu’il fait paffer par-tout, il en exprime l'eau, autant qu'il peut, & le frotte par-tout avec la paume de la main ; ce qui étant fait pour la derniere fois, il relève un peu l'arête tout autour ; il y trace une lettre, ou quelqu’autre marque avec le bout de {on doigt, pour diftinguer fon ouvrage de celui des autres Compagnons, Sc il le met à part pour être placé avec les autres dans l'étuve, à la fin de la journée.
- La forme, comme je l'ai déjà dit, eft percée de deux trous par deffous ; l'un des deux, n’importe lequel, fert à placer fizr les chevillettes, dont les parois de l'étuve font garnies, toutes les formes avec les Chapeaux dont elles font chargées ; le temps de la nuit füffit pour les fécher ; on les leve le matin avant que d'allumer le fourneau ; alors chacun reconnoît les liens, & les reprend#
- Le Chapeau qui fort de l'étuve n'eft point encore en état d’être rendu au Maître ; il y a toujours quelque faleté dont il faut le purger ; il eft couvert d’une bourre qu’on doit enlever; Sc fon poil doit être détiré, nettoyé, Sc ouvert, pour prendre mieux la teinture.
- Pour nettoyer le Chapeau, le Compagnon le retire de defliis la forme ; il enleve la lie qui a pu s’introduire entre le bois Sc l'intérieur de la tête, & qui s’y eft durcie ; il nettoye auflî le refte du Chapeau, tant en-deffous qu'en-defliis, en le frottant avec la main, Sc en enlevant avec la pince tous les corps étrangers qu'il peut y découvrir.
- Il déboure le Chapeau en le ponçant : il commence ordinairement par le bord, qu’il pofe à plat fur une table bien unie Sc bien efliiyée, Sc il le frotte avec un morceau de pierre ponce qui a été dreffée exprès pour fe mieux appliquer au feutre; quand il a frotté un peu fur un endroit, il fouffle deflus, ou il poufle avec la main ce que la pierre a enlevé, pour voir s'il eft aflez débourré ; il pafle de celui-là à un autre, Sc fait ainfi tout le tour du Chapeau. Il eft eflentiel que la table fur laquelle on ponce, loit bien unie, Sc qu'il ne fe trouve aucune ordure fous la partie fur laquelle on fait pafler la pierre; car la moindre inégalité occafionneroit un trou au feutre. On ponce ainfi les deux faces du bord : pour poncer la tête, on la remet fiir la forme qu’il faut avoir bien nettoyée auparavant, par la raifon que je viens d'expofer.
- . Autrefois, Sc fur-tout pour les gens d’Eglife, on faifoit des caftors à longs poils; cesChapeaux n’étoient point poncés ; au contraire, on leur faifoit venir le poil,en y paflànt le carrelet,qui eft une petite carde de 3 àqpouces en quarré :
- aujourd'hui
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- ART D U C H A P E L î E R. ^ aujourd’hui on ne fait prefque plus que des caftors raz. Après la ponèe , il y a encore une façon qu’on nomme robher.
- Robber le Chapeau , c’eft le frotter par-tout doucement le plus également qu’il eftpoflible, avec un morceau de peau de chien de mer, bien détiré Sc bien droit, Sc en prenant les mêmes précautions qu’on a prifes en ponceant. Cette derniere façon fait fortir du Chapeau un poil court qu’elle rend plus égal, plus doux au toucher ; Sc les Chapeliers prétendent qu’il en eft auflî plus dilpofé à bien prendre la teinture.
- A la fin de la femaine, chaque Compagnon apporte au Maître ou à fon commis* les Chapeaux qu’il a faits ; celui-ci les examine l’un après l’autre, pour reconnoître s’ils font fabriqués dans les proportions qu’il a prefcrites; il les tâte par-tout, foit en maniant le feutre fimple, foit en le repliant fur lui-même , & en le faifant rouler entre les doigts, pour voir s’il eft également bien foulé dans toutes fes parties ; s’il n’a point d’endroits foibles ; fi Ton n’y fent point de grain ou grumeaux. Quand le Chapeau eft jugé défeétueux, il refte fur le compte du Compagnon ; quand au contraire il eft recevable, il eft mis fur celui du Maître, pour être payé fuivant le prix convenu. Le Chapeau eft re-cevable Sc dans de bonnes proportions, lorfque n’ayant aucun des défauts mentionnés ci-deflîis, il eft bien lifte par-tout, de moyenne force en tête, très-fort dans le lien, Sc que fon épaifleur va en diminuant jufqu’à l’arête, qui doit être fine Sc bien ronde. Les Compagnons mettent leurs marques aux Chapeaux qu’ils ont faits; ce font des hoches qu’ils font à l’arête avec des cifeaux; leur nombre, Sc le fens dans lequel elles font faites, font différer les mar* ques entr’elles.
- La façon des Chapeaux fe paye félon leur qualité & leur poids. Le temps Sc le lieu mettent encore de la variété dans les prix : dans les grandes Villes les Ouvriers fe font payer davantage, à caufè de la chereté des vivres; & aujourd’hui dans tous les Arts, la main d’œuvre eft plus chère qu’elle n’étoit au-* trefois*
- A Paris ; les-Maîtres payoient ci-devant à leurs Compagnons, 5 liv. de façon pour un Chapeau à plumet; aujourd’hui cela eft fixé à 4 liv.
- Un Caftor de 8 onces fe paye 2 liv* Les Chapeaux de poil de-lapin Sc de lievre avec dorure 3 y fols; ceux qui pefent moins, ou qui font de moindre qualité Sc fans dorure, fe payent depuis 20 fols jufqu’à 30 fols. On conçoit bien que plus les Chapeaux font chers de façon, plus ils coûtent de temps à celui qui les fabrique. Un bon Ouvrier dans une femaine pleine, & en travaillant comme il eft d’ufage dans cet Art, depuis y ou 6 heures du matin, jufqu’à 9 ou 10 du foir, peut faire 12 à 13 Chapeaux de ceux qui fe payent 3y fols* Sc des autres à proportion. -
- J’ai déjà dit que les Chapeaux de laine fe font dans les provinces à quatre, mais plus fouvent à deux capades, Sc pour la plus grande partie, hors des grandes Chapelier# N
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- 50 ART DU CHAPELIER.
- Villes ; fouvent le Compagnon n en a que 8 ou io fols de la pièce; il y a des Chapeaux fi communs & fi greffiers, qu’ils ne fe vendent que 25 fols tout teints & tout apprêtés. Il faut qu’ils fe fabriquent pour 5 ou 6 fols.
- Avant de terminer ce que fai à dire touchant la foule des Chapeaux, je croîs devoir faire mention de ceux dans la compofition defquels on fait entrer de la foie; on auroit lieu de foupçonner que cette matière n’eft pas propre à rentrer comme la laine Sc les différents poils qui font en ufage dans la Chapélerie ; on pourroit même imaginer quen interrompant leur marche, & ne contractant avec eux qu’une liaifon imparfaite, elle empêcheroit le feutre de prendre confiftance, & de fe réduire dans les dimenfions qu’on veut qu’il ait; mais l’expérience fait voir, que fi la foie ne fe foule pas exactement comme le poil, elle fe prête à lui, elle le fuit d’allez près, & lui demeure affez étroitement attachée, pour faire corps avec lui. J’ai vu fabriquer des Chapeaux avec le tiers Sc même avec la moitié de foie, qui fe font foulés Sc dreffés à peu-près dans le même elpace de temps qu’il faut communément pour des Chapeaux de même poids Sc de pur poil ; le feutre de ces Chapeaux ne m’a point paru auffi •doux, ni d’une texture auffi uniforme que celui de caftor ou de lapin Sc de lievre ; mais je l’ai trouvé pour le moins auffi folide Sc auffi propre à réfifter à l’eau : peut-être faut-il que le poil qu’on veut unir avec la foie, fe fécrete d’une façon particulière; mais ce myftere, fi c’en eft un, ne fera pas difficile à dévoiler, pour le Chapelier qui n’aura pas d’autre raifon de rejetter l’uiàge de la foie.
- CHAPITRE QUATRIEME-
- De la Teinture des Chapeaux, & des façons quon leur donne apres
- quils font teints. 1
- Les Chapeaux qui doivent relier gris ou blancs, tels que xeux des Religieux de certains Ordres, Sc les caftors qu’on envoyé en Elpagne, font cenfés finis, lorfqu’ils ont été poncés : il ne relie plus qu’à les apprêter Sc les garnir ; mais tous les autres fe mettent à la teinture auparavant, Sc le noir eft la couleur qu’ils y reçoivent : car ce n’eft guere la peine de faire ici une exception pour quelques Chapeaux qu’on met en rouge ; d’autant plus qu’ils palïent pour celapar des mains tout-à-fait étrangères à la Chapélerie; je dirai feulement que les Chapeaux qui doivent être blancs ou. rouges, exigent de la part de l’Ouvrier, une propreté qu’il n’eft point tenu d’obferver fi fcrupuleufement pour les autres ; & de la part du Maître, l’attention de les faire fabriquer avec des parties de poils choifies, Sc qui approchent le plus du blanc ; car le rouge même n’eft beau que quand il eft appliqué fur un fond clair.
- Suivant les Statuts de la Communauté des Chapeliers de Paris, celui qui
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- ART DU CHAPELIER. $t
- met les Chapeaux en noir, doit être reçu Maître, Sc il fait corps avec eux; de forte qu’il peut lui-même fabriquer -, Sc teindre tant pour lui, que pour fes confrerçs ; il eft défendu à tout autre Teinturier de travailler pour les Chapeliers, Sc réciproquement à ceux-ci, de teindre autre chofe que des Chapeaux.
- Dans la plupart des grandes Fabriques, il y a un atelier de teinture ; quoique cela occupe beaucoup de place, il y a à gagner pour le Fabriquant qui fait teindre chez lui, en fournifïant les drogues, Sc en faifànt les frais des uften-* files, du bois, Scc : les autres Maîtres envoyent leurs Chapeaux chez ceux qui teignent pour leur compte, Sc payent pour chaque douzaine de demi-caftors, 7 liv. xo fols; Sc pour pareil nombre de caftors 5? liv. 10 fols (a). On paye beaucoup moins pour la teinture des Chapeaux de laine (F), parce qu’ils pren* nent le noir bien plus aifément, Sc parce quon les teint de même qu’on les fabrique, hors de Paris, dans les Provinces où la main d’œuvre eft toujours moins chere.
- Je dis que les Chapeaux de laine prennent le noir bien plus aifément que ceux de poils, c’efl: un fait dont tous les Chapeliers conviennent; quant à la caufe, il y a apparence que le fecret qu’on donne au poil, & qu’on ne donne point à la laine, contribue à cet effet; quoique la foule Sc le dégorgeage qui précèdent la teinture, enlevent probablement la plus grande partie de F eau-forte avec laquelle on a fecrété, il efl: à préfumer qu’il en relie encore affez pour mettre quelque obftacle au noir que l’étoffe doit prendre*
- Quand les Chapeaux ne font point deflinés à relier blancs ou gris, quand on les porte au Teinturier, c’efl: à lui à les robber ; Sc cela fe fait comme je l’ai expliqué à la fin du Chapitre précédent, Sc avec les foins dont j’ai fait mention.
- Après que les Chapeaux font robbés, le travail du Teinturier comprend les façons fuivantes, ajfortir, dégorger, teindre, lavera froid & à chaud y fécher à ï étuve, & luflrer. Il eft nécelîàire que l’attelier foit au rez-de-chauffée, qu’il foit pavé, Sc à portée d’une eau courante ou d’un puits.
- Aflortir les Chapeaux, c’efl faire entrer la tête de chacun d’eux fur une forme qui lui convienne, & l’y arrêter avec une ficelle. Les dégorger, c’efl faire fortir par le moyen de l’eau bouillante, le tartre qui peut être refté après la foule, dans i’épaiffeur ou à la fuperficie du feutre; ces deux premières façons exigent une petite foule à quatre places, & femblable pour le refte à celle que j’ai décrite dans le troifieme Chapitre, pages 36 Sc 37. Sc que j’ai repréfentée par lés F/g. 41 & 42 ; excepté qu’à celle du dégorgeage, le rebord inférieur des bancs, au lieu d’être lupprimé vis-à-vis de la chaudière, demeure en fon en-* tier avec un peu de pente fur la longueur, pour faire écouler l’eau par le bout,
- (a) Quand on ne paye pas content > mais à terme, il en coûte io fols de plus par douzaine de Chapeaux , 8 liv. au lieu de 7 liv. 10 fols, 10 liv. au lieu de 9 liv. 10 fols.
- (b) Les Chapeaux de laine fe teignent à liv. la douzaine.
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- 52 A R T D U CHAPELLE R.
- &*que les bancs ont moins de pente vers la chaudière , qui eft quarrée, au lieu d’être longue. On n’emploie que de l’eau toute pure qu’on entretient bouillante ; 8c pour cela on prend la précaution de mettre un couvercle de bois fur la chaudière, & de ne la découvrir que quand il en eft befoin.
- Au bout de chacun des deux bancs de cette foule, il y a un pilier de bois de 6 à 7 pouces de diamètre, fur environ trois pieds de hauteur, folidement planté 8c retenu dans le pavé ; cette pièce fe nomme un billot.
- Pour afîortir un Chapeau, le Teinturier ou fon Compagnon commence par y faire entrer en partie une forme (a) qu’il prévoit lui convenir : & quand elle y eft aflez enfoncée, pour n’en point fortir par fon propre poids, il plonge le tout dans l’eau bouillante, 8c Payant retiré un moment après, il pofe la bafe dé la forme fur le banc ; 8c en tirant le feutre avec fes mains de haut en bas, il la fait entrer prefqùentiérement ; alors il noue une ficelle à laquelle il fait faire deux tours, à peu-près à la moitié de la hauteur de la tête, 8c il la fait descendre en appuyant deflus tout autour avec un inftrument qu’on nomme ava* loir (F) , ou bien avec.le choc, autre inftrument que j’ai décrit pag. 38, & qui eft repréfenté à la lettre D Fig. 43. ,
- La ficelle étant avalée prefque jufqu’en bas, l’Ouvrier frappe à plufieurs fois la forme furie billot, tandis qu’il poufle le feutre delfus pour le faire prê^ ter ; par ce moyen il entre entièrement fur la forme , 8c l’Ouvrier le pofe à plat fur le banc du dégorgeage, pour achever d’avaler la ficelle avec le choc» Comme la forme du Teinturier eft un peu plus haute que celle fur laquelle le Chapeau a été dreffé à la foule, la ficelle avalée jufqu’en bas, fe trouve de quelques lignes au-defTous du premier lien, 8c cela empêche que le Chapeau ne fe coupe en cet endroit.
- Cela étant fait, il prend le Chapeau par fon bord, le plongé entièrement avec la forme dans l’eau bouillante, le remet à plat fur le banc, & l’égoûte de partout avec la pièce E ( Fig. 43 ), puis il le retire au carrelet, dans toute fà furface pour faire revenir le poil, & alors le Chapeau eft prêt pour la teinture,
- La teinture des Chapeaux fe fait dans une grande chaudière de cuivre rouge établie fur un fourneau, où l’on brûle du bois , 8c au bout duquel il y a une ventoufe avec un tuyau qui porte la fumée en plein air, ou dans quelque che* minée voifine. La figure de cette chaudière varie fuivant le goût du Teinturier, 8c l’emplacement qu’il a à lui donner ; chez les uns elle eft oblongue, foit quarrément, foit en ovale ; chez les autres, elle eft ronde & un peu évafee : quant à la grandeur, elle eft proportionnée à celle de l’atelier, & à la quantité d’ouvrage qui s’y fait; il n’y en a guere qui ne puilfe contenir 100 Chapeaux, & les plus grandes en peuvent recevoir 150 ou 160. Je vais décrire celle du Maître chez qui j’ai vû teindre des Chapeaux.
- (a) Les formes du Teinturier font femblables à celles que j’ai décrites au Chapitre de la Foule p. 47; mais feulement un peu plus hautes.
- (b) L’avaloir eft un inftrument de cuivre, Fig. 56.
- La Figure
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- AkTDÜCHÀPËLlER. 53
- -La Fig. 57 3 repréfente une coupe diamétrale de la chaudiefe & du Four-neau : A B C, eft un four rond voûté en briques ou en tuileaux, ay ec un mortiet de terre franche ; il a au moins 6 pieds & demi de diamètre, avec une bouche en A, d’un pied en quarré pour le fervir ; Sc vers le fond uhe ventoufe fur-montée d’un tuyau de tôle X, pour tranfporter la fumée ; y eft une coulilïe pratiquée à la ventoufe, dans laquelle on fait glilfer une tuile pour ouvrit ou fermer plus ou moins le paflàge de la fumée Sc du courant d’air, & régler par-là l’aélivité du feu.
- D E F Gj eft une chaudière ronde Sc un peu évafée, cômpofée dans fôrk pourtour de plufieurs lames de cuivre rouge, coufues enfemble avec des clous rivés de la même matière ; & des bandes de papier interpofées pout rendre ces jonélions plus exaétes. Le fond qui eft attaché de même, 'eft d’une feule pièce un peu convexe en-dehors, Sc le tout forme un vaifleau qui a y pieds Sc demi de diamètre au plus large > fur environ 4 pieds de hauteur.
- La voûte du fourneau ouverte en fon milieu reçoit & làilfe pafler là partie inférieure de la chaudière qui la déborde de 3 à 4 pouces en-dedans, de forte qu’entre le fond de ce vaiffeau Sc Pâtre, il refte un intervalle de 14 pouces ôu à peu-prés^
- Le corps de la chaudière Sc la voûté du fourneau font rèvêtus extérieurement d’une mâçonnerie en plâtre HIK L, M N O P, qui contient le tout, Sc qui empêche que les eaux qu’on répand au-dehors, ne s’infinuent dans l’eh^. droit où eft le feu ; K O, eft une banquette qui régné autour'de là chaudière > & qui s’élève de 3 à 4 pouces au^delfus de Faire ou du fol de l’atelier; on de A cend à la bouche du fourneau par un petit efcalier de 3 ou 4 marches.
- La mâçonnerie H I, MN, s’élève autour de la chaudière, à la hauteur dé 2 pieds Sc demi, Sc fert d’affiette aux jantes, c’eft-à-dire, à des portions dé roues Q> R > S,T, préparées par un Charron avec du bois d’orme de 2 pouées Sc demi d’épaifleur, pour former un cercle autour de la châudiere, & en retenir le bord qui eft rabattu deflïis, Sc qui s’y attache avec des clous. Les jantes doivent avoir au moins 8 à p pouces de largeur, avec une pente un peu forte vers la chaudière, afin qu’on puifle y pofer les Chapeaux à mefurè qu’on les tire du bain, pour s’égoûter, ou avant que de les y mettre pour recevoir la chaude*
- Dans cette chaudière que je viens de décrire, on iüét 36 voies d’eau clàirè* de deux féaux chacune, ce qui fait environ 4 muids Sc demi d’eau mefure de Paris, ou 36 pieds cubes: on préféré l’eau de la riviere à celle des puits j mais le choix de l’une ou de f autre ne tire pas beaucoup à conféqüence. Tandis que l’eau eft encore froide, on y jette une partie des drogues qui doivent corn-pofer la teinture, fçavoir 120 liv. de bois de campêche , communément nommé bois d'Inde, haché en petits copeaux; 8 livres de gomme provenant des pruniers, des abricotiers, Scc, connue fous le nom de gomme de pàys\ & Chapelier. O
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- 16 liv. de noix de galle concalfées.Onfait bouillir le tout pendant deux heures Sc demie, ayant foin de remuer de temps en temps ces drogues avec un bâton , à mefore qu’ elles tombent au Fond de la chaudière : alors on rallentit le feu pour faire ceftèr le bouillon, Sc Pon ajoûte 7 livres de vert-de-gris ou verdet, Sc 12 livres de vitriol de Mars, plus connu chez les Teinturiers fous le nom de çouperoje : on remue le tout, Sc quelques moments après, on commence à mettre les Chapeaux dans la chaudière*
- Avec la quantité de drogues dont je viens de faire mention, on peut entre* prendre la teinture de 300 Chapeaux demi-caftors, que Ton partage en deux parties égales de 150 chacune, pour les mettre Tune après Pautre dans la chaudière; & Ton prépare cette teinture pendant la nuit, afin qu’elle fe trouve toute prête Sc toute chaude à l’heure où Ton commence la journée.
- Après avoir arrangé avec une perche, ou avec un vieux balai le bois d’Inde » la noix de Galle, &c. qui font comme le marc de la teinture, au fond de la chaudière, on y place les Chapeaux à la main (a), ayant foin qu’ils foient pofés for tête, les uns à côté des autres, autant qu’il en peut tenir. Sur cette première couche, on en place une fécondé, forme fur forme, c’eft-à-dire, que comme les premiers ont la tête en bas, ceux-ci doivent l’avoir en haut ; la troifieme couche fe met comme la première, la quatrième comme la fécondé, & ainfi de fuite, jufqu’à ce que les 150 Chapeaux foient employés. Pour empêcher que le dernier lit ne fumage, on le couvre de plufieurs planches épaiffes, taillées comme les douves dont on fait le fond d’une futaille, Sc arrangées à plat les unes à côté des autres : on les charge encore de quelques autres planches en travers, for lefquelles on met de gros poids : de forte que cette efpece de couvercle qui entre dans la chaudière, en appuyant fur les Chapeaux les tient toujours entièrement plongés, Sc leur conferve une chaleur plus égale. On lailfe les Chapeaux pendant une heure Sc demie dans cet état; après quoi on les releve, & cela fe nomme une chaude.
- Pour relever les Chapeaux de la chaudière, on commence par les déchar* ger des poids Sc des planches dont je viens de parler; on jette 3 ou 4 foaux d’eau froide fur le bain, non-feulement pour réparer la perte qu’il a faite par évaporation Sc autrement ; mais encore pour amortir la grande chaleur qui ne permettroit pas de manier ce qui en fort : Sc cela fe pratique toutes les fois qu’on releve les Chapeaux après la chaude* Plufieurs Ouvriers fe mettent donc autour de la chaudière, tirent à eux avec un bâton les Chapeaux qui furna-gent, en amaffent une certaine quantité fur les jantes, Sc les portent for des tablettes où ils les arrangent les uns à côté des autres, ayant foin de relever les bords, pour gagner de la place ( Voyez la Fig. 58 ), Sc ils les y laiflent pendant tout le temps de la chaude de la fécondé partie, c’eft-à-dire, pendant
- (a) On peut arranger les Chapeaux à la main , parce qu’ils ne s'enfoncent pas d’eux-mêmes ; ils demeurent à la furface du bain, jufqu’à ce que le poids des autres lits qu'on met par-deffus les fade allée à fond. Il y a quelques Teinturiers qui n’obfervent point ce que j'ai dit ci-deÆus, en mettant les Chapeaux dans la teinture, & qui les mettent tous fur tête.
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- deux bonnes heures ; car il faut bien un quart d’heure pour placer les x f o Cha-peaux dans la chaudière, & autant pour les relever; ce qui fait une demi-heure de plus que là durée de la chaude.
- Les Chapeaux ainfi placés fur les tablettes, reçoivent de la part de Pair , une impreffion qui donne le ton à la couleur, Sc qui la fixe fur l'étoffe ; cette pratique eft abfolument néceffaire ; c’eft ce que les Teinturiers appellent donner l’évent. Ainfi les deux parties de Chapeaux qui partagent une teinture, reçoivent alternativement la chaude & l’évent ; & cela fe répété 8 fois, c’eft-à-dire> que chaque partie reçoit 8 fois la chaude, Sc autant de fois Lèvent.
- Avant de donner la première chaude à la fécondé partie de Chapeaux, c’eft-à-dire, aux 150 qui n’ont point encore été mis dans la chaudière, on raffraî-chit la teinture avec 3 livres de verdet > & 4 livres de couperofe : Sc on lui donne encore deux pareils raffiaîchiflements, l’un avant là cinquième, & l’autre avant la fixieme chaude, c’eft-à-dire, avant de remettre dans la chau-^ diere chacune des deux parties de Chapeaux pour là troifieme fois.
- Voilà ce que j’ai vû pratiquer chez M. Prévoit, qui tient une Manufaélurè confidérable à Paris rue Guénégaud, & qui a bien voulu me donner connoi£ fance de tout ce qui fe fait dans fes ateliers. Cependant je fçais que les Teinturiers en Chapeaux ne font point d’accord entr’eux fur les dofesdes drogues qu’ils emploient, tant pour la première compofition, que pour les raffraîchiffe^ ments ; un peu d’expérience apprendra ce qu’il y a de mieux à faire.
- Si les 300 Chapeaux étoient tous caftors, au lieu de 120 livres de bois d’Inde, on en mettroit iyo,une demi-livre par Chapeau, c’eft la régie; & deux chaudes de plus qu’aux démi-caftors. Si dans une teinture on a des Chapeaux de r une & de l’autre elpéce, la première chaude eft pour les caftors : on leur en donne encore une, après que les autres ont reçu leur huitième, Sc iis paflenè la nuit dans la chaudière*
- La teinture des 300 Chapeaux étant finie, on ne jette point ce qui refté dans la chaudière, on le réferve pour la teinture luivante ; ce vieux teint fert à donner aux deux nouvelles parties de Chapeaux , une chaude qui n’eft point comptée dans les 8, que chacune d’elles doit recevoir avec le nouveau bain. Après cela on vuide la chaudière, on la nétoye, Sc l’on recompofe une autre teinture*
- Quand les Chapeaux ont reçu toutes les chaudes & tous les évents qu’il leur faut pour être bien teints, on les lave dans plufieurs eaux, pour enlever les parties groffieres Sc furabondantes de la teinture, qui n’ont pas contraélé affez d’adhérence avec le feutre, Sc qui ne manqueroient pas de noircir tout ce que le Chapeau toucheroit ; pour cet effet, on les tranlporte de l’atelier au bord d’un puits ou de quelque eau courante, Sc le Compagnon chargé de cette partie, trempe les Chapeaux l’un après l’autre dans un grand bàcquet, ou dans quelque vaiffeau équivalent rempli d’eau claire, Sc le pofant fur une . planche inclinée, il le frotte dans l’eau même, deffus & deffous avec üne
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- brofle de poil rude , jufqu’ à ce quil ne teigne prefque plus l’eau. Voyez le bas
- de la vignette FL V*
- Les Chapeaux qu’il a ainfi lavés, il les arrange à mefure fur des planches ou fur des claies qui font étendues par terre; il les pofe fur tête, & en plufieurs lits * jufqu’à ce qu’il ait fini le premier lavage, pendant lequel il a foin de re-nouveller l’eau du bacquet quand il s’apperçoit qu’elle devient trop noire : ce vaiifeau doit avoir près du fond, un trou de 2 pouces de diamètre, que l’on tient fermé avec un tampon, pour contenir l’eau, & que l’on ouvre quand il faut la faire écouler pour la renouveller.
- Quand les Chapeaux ont été lavés, comme je viens de le dire, le Laveur les repaflè une fécondé fois dans de nouvelle eau ; & quand il voit qu’ils ne teignent prefque plus, il les raffemble fiir les claies pour les porter à la chaudière de dégorgeage, où ils doivent être lavés à l’eau bouillante, & égoûtés.
- J’ai déjà dit que la chaudière de dégorgeage différé de celle de la foule, en ce quelle eft auffi large que longue. Elle contient de l’eau claire & bouillante en telle quantité, qu’elle foit pleine quand on y a plongé 25 Chapeaux à la fois ; l’Ouvrier prend ces Chapeaux un à un, les étend fur le banc, & les retire, c’eft-à-dire, qu’il abbat les bords, & qu’il les tire avec les mains, pour les étendre , & effacer les plis qui pourroient y être ; enfuite il les égoûte de tête & de bord deffus & deffous, avec la pièce E ( Fig. 43 ), ou avec une petite femelle de bois dur, à peu-près de même forme, & taillée en couteau : en ' traînant avec force le tranchant de cet outil fur le feutre,, il en exprime la plus grande eau, qui emporte avec elle le refte de la teinture fiiperflue. A, mefure que l’Ouvrier prend des Chapeaux dans la chaudière pour les retirer, H y en remet un pareil nombre de nouveaux , afin qu’il y en ait toujours la même quantité, & il cçntinue fon travail en prenant toujours ceux qui ont été mis les premiers dans l’eau. Voyez la foule de dégorgeage à droite dans la vignette de la Fl. K
- Comme en égoûtant avec la pièce, on a couché & fortement ferré le poil du feutre ; on le releve en broflànt rudement le Chapeau dans toute fa fiirface, avec un outil qu’on nomme carrelet ; c’eft une petite carde de 3 à 4 pouces en quarré, dont les dents font fines & ferrées, cela s’appelle retirer à poil, & c’eft la derniere façon que reçoit le Chapeau avant d’aller à l’étuve.
- L’étuve du Teinturier, ne diffère point eflentiellement de celle de la foule; elle eft feulement beaucoup plus grande ; elle doit contenir les 300 Chapeaux d’une teinture : les parois font garnies de chevillettes pour recevoir les formes fur lefquelles font les Chapeaux ; & dans le haut, à une petite diftance du plancher, il y a encore des barreaux en travers pour en recevoir : au milieu de l’étuve, par terre, eft un baflin quarré de 3 à 4 pouces de profondeur, que l’on charge d’abord de deux boiifeaux & demi de charbon, Sc que l’on couvre d’une cage de fer, pour prévenir les accidents du feu.
- Les Chapeaux étant rangés dans l’étuve, on allume le charbon, & l’on
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- ferme le guichet; deux heures après, on ranime le feu avec un boifleau 8c demi de charbon, & on referme l'étuve : il faut ordinairement 6 heures pour féche£ les Chapeaux : après quoi on les retire, & on les ramafTe en tas fur des tables ou fur des planches attachées aux murs de l’atelien
- Le Teinturier & fes Compagnons reprennent de-làles Chapeaux un à un, & les frottent de toutes parts avec une brolfe rude, ce qui s'appelle brojjer la ' teinture \ après quoi ils leur donnent leluftre en les broflant à l'eau froide* 8c puis ils les remettent à l'étuve pendant une heure; à une chaleur médiocre qui fuffit pour les fécher. Après cela on les enlève, on les fepare des formes ; & alors le travail du Teinturier elt fini.
- J’ai dit au commencement de f article de la Teinture, qu’il y avoit à gagner pour le Fabriquant qui fait teindre chez lui en fourniffant les drogues, 8c en payant la main-d’œuvre ; cela ne doit s’entendre que du Chapelier qui fait beaucoup d’ouvrage, 8c qui aurôit, par exemple, toutes les femaines ou tous les quinze jours, 300 Chapeaux à mettre en teinture; fans cela, la dépenfe que lui cauferoient le loyer de fon atelier, la conftruélion & l’entretien des fourneaux, des étuves, des chaudières, & autres uftenfiies néceffaires au Teinturier , pourroient balancer, 8c même furpaiferle gain qu’il y auroit à faire en teignant fes Chapeaux lui-même : on en pourra juger par le compte fiiivant*
- Pour la Teinture de 300 demi-Caflors*
- 120 livres de bois d’Inde à 26 liv. îe quintal ...... 31 liv. 4 fols.
- 8 de gomme de pays à 40 liv...............3
- ±6 de noix de Galle à 2 liv. 10 fols la livre . . .
- 13 de verdet à 1 liv. 8 fols . * . . * . . * * . . . . . 18
- 20 de couperofe à 2 fols..........,.......2
- four robber, 3 journées d’homme à 2 liv. y fols . . . 6
- Pour affortir 8c dreffer, 3 journées. Idem*..6
- Pour dégorger 3 journées Idem. ^ . è 6 . . iy
- Lultrer 8c mettre aux étuves, 2 journées. Idem. ... ; 4 .. 10 Emplir la chaudière 8c da relaver ............ 6
- Une voie de bois refendu............. 21
- Une voie de charbon . * ........ 4 ....... 4 . . 4
- Total.........149 liv. 14 fols.
- Pour teindre pareille quantité de Chapeaux à raifon de 7 liv. 10 fols par douzaine ... .... .... 187 liv. io fols. Profit du Chapelier qui teint chez lui en prenant
- la dépenfe fur fôn compte ............* 37 Uv. 16 fols.
- Quand on vuide la chaudière pour la hétoyer , 8c compofer une nouvelle teinture* on ne jette point ce qui relie du vieux bain; c’ell le profit des garçons Teinturiers, qui le vendent à ceux qui teignent dés étoffes de laine; Chapelieré P
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- car, comme je l’ai déjà dit, la laine prend le noir bien plus aifément que le poil, & fi l’on faifoit beaucoup de Chapeaux de cette matière à Paris, il ne faudroit pas d’autre teinture pour eux, que celle qu on abandonne ainfi aux Compagnons, qui en retirent peu de chofe (a).
- On ne leur donne pas de même le bois d’Inde qui fe trouve avec la noix de Galle au fond de la chaudière ; le Maître qui a fait la teinture fe le réferve ; il l’amaffe pour le brûler pendant l’hyver : & ce chauffage, outre qu’il efl: fort bon, a encore l'agrément de réjouir la vûe, par la belle variété de couleurs qu’il donne à la flamme, à caufe du vert-de-gris, dont le bois s’eft imprégné.
- Apprêt des Chapeaux.
- Le Chapeau en fortant des mains du Teinturier, paffe dans celles de l’Ap-prêteur : c’efl: ce dernier Ouvrier qui le met en état de fe foutenir, & qui lui donne le dernier luftre. Il y a dans la Chapélerie, des Ouvriers qui ne font qu’apprêter 8c approprier, 8c qui vont travailler chez les Maîtres, fur le pied de 40 fols par jour à Paris, 8c de 30 fols à Lyon.
- Apprêter un Chapeau, c’efl: faire entrer dans l’épaifleur du feutre, une e£* péce de colle dont je vais donner la compofition, 8c faire en forte qu’il n’en refte rien à la furface ; cette opération efl: affez délicate ; quand elle ne réufïit pas, foit parce que l’apprêt efl: mal compofé, foit parce qu’il efl: employé mal-adroitement, le Chapeau s’en reffent toujours ; à la moindre humidité qu’il reçoit, il devient comme écailleux, & comme enpâté d’une matière fari-neufe ; il perd tout fon mérite.
- Dans un chaudron de fer fondu ou de cuivre, on met 14 livres d’eau, ou environ 7 pintes mefure de Paris, que l’on fait bouillir pendant deux bonnes heures, avec deux livres de gomme de pays ; 8c quand on s’apperçoit que tout efl bien fondu, qu’il n’y a plus de grumeaux, 6c que la gomme efl: parfaitement dégagée des petits morceaux d’écorce de bois, des fragments de feuilles féches, &c, qui s’y trouvent prefque toujours mêlés, on y ajoute deux livres de colle-forte : les uns préfèrent celle qui fe fabrique à Paris ; les autres aiment mieux celle qui vient de Flandre; mais l’une ou l’autre fe fond mieux, quand on a pris la précaution de la faire tremper auparavant dans un peu d’eau pendant 5 à 6 heures. Quelques Chapeliers retranchent une once ou deux de la gomme de pays, qu’ils remplacent avec pareille quantité de gomme d’Arabie; mais tous ajoutent à ces drogues les trois quarts d’une chopine de fiel de bœuf, ou au défaut de cette matière, pareille quantité de vinaigre de vin, qui ne fiip-plée point parfaitement au fiel. Tandis que cette compofition efl: chaude, on lapaffe dans un gros tamis de crin, & on la garde dans un vaiffeau qui aille au feu fans fe caffer, afin qu’on puilfe la réchauffer toutes les fois qu’on voudra s’en fervir : car l’apprêt doit s’employer chaud.
- Dans les Fabriques de Lyon, l’apprêt fe compofe un peu différemment; on
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- ne met qffun fixieme de colle-forte avec la gomme ; mais on en fait entrer davantage dans le feutre. L'apprêt pour la tête du Chapeau ne contient ni fiel ni vinaigre, il doit être plus épais que celui du bord ; comme on finit d'apprêter par cette partie , le plus clair fe trouve ufé, ce qui refte au fond dé la chaudière, eft moins liquide, & on l'emploie auffi moins chaud. L'Apprê-teur doit être munid’unè certaine quantité de colle-forte fondue à part, comme on le verra par la fuite. Les Chapeaux blancs ou gris ne reçoivent point d’autre apprêt que de la colle-forte toute pure.
- L'atelier de l'apprêt doit être pavé, ou au moins carrelé, à caufe du feù dont on y fait un ufage prefque continuel; & fi les fourneaux dont je vais parler, peuvent être fous un manteau de cheminée qui reçoive & qui tranf porte au-dehors la vapeur du charbon , on s'en trouvera beaucoup mieux.
- Il y a communément deux fourneaux l'un près de l'autre ; ou s'il n'y en a qu'un feul, il porte deux réchauds, dont chacun eft évafé en entonnoir, ayant au fond une grille de fer fiir laquelle fe pôle le charbon allumé, avec un cendrier au-deflbus, comme aux fourneaux des cuifines; & pour maintenir le bord fupérieur, qui peut avoir i y pouces de diamètre, il y a un cercle de Fer, qui affleure la maçonnerie. Voyez la Fig. qui repréfente la moitié A du fourneau, dans fon entier, & l'autre moitié B par fa coupe de haut en bas*
- Sur trois morceaux de brique placés à égale diftance l’un de l'autre autour de chaque réchaud, on établit une platine de cuivre, ou plus fouvent une plaque de fer de fonte, qui a deux pieds de diamètre, 8c qui couvre le réchaud fans étouffer le feu, étant allez élevée par les morceaux de brique, pour laiffer un jour fiiffifant entre elle & le bord du réchaud. On couvre cette platine de deux morceaux arrondis d'une grofle toile fort lâche, couchés l'un fur l'autre, & fortement humeétés de partout avec de l'eau. Il s'en exhale une vapeur épailïe, que la grande chaleur fait naître, 8c quelle pouffe fortement de bas en haut* Les deux platines ainfi préparées, fe nomment les bajjins\ 8c la vapeur qu'on a foin d'entretenir en humeélant la toile par de fréquentes afperfions (a) 8c par un grand feu, s'appelle la buée.
- S'il y a une grande quantité de Chapeaux, oh fait ordinairement travailler enfemblé deux Apprêteurs ; l’un tient les baffins, tandis que l'autre garantit, & diftribue la quantité d'apprêt convenable à chaque Chapeau : mais à Paris chez la plupart des Maîtres, il n'y en a qu'un qui fait le tout.
- Garantir à l'apprêt, c'eft reconnoître les endroits foibles du'feutre, 8c y mettre de l'apprêt, proportionnément au dégré de foibleffe qui a été reconnu ; c'eft par-là que l'Ouvrier commence. Il eft placé, (affis ou debout) (b), devant une petite table qu'on appelle bloc, (Fig* do, 61 J; elle a tout au plus
- 00 Les afperfions fe font ici comme au baftifiage, avec un bouquet de fragon ; mais celui quon » emploie aux baffins de l’apprêt, eft beaucoup plus gros.
- (b) L’Apprêteur eft affis, quand il y en a un fécond pour tenir les baffins; s’il eft feul, il Te tient debout, étant obligé d’aller continuellement au fourneau, & de revenir au bloc,
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- deux pieds en quarré, Sc elle efl: percée à jour au milieu par un trou rond de 7 pouces Sc demi de diamètre. Ce trou reçoit la tête du Chapeau, de maniéré qu’il ne relie que le bord à plat fur le bloc, préfentant la face qui fera la plus apparente quand le Chapeau fera retroulfé. C’ell toujours fur cette face que Ton garantit, & que Ton pofe l’apprêt.
- L’Ouvrier ayant paflé les quatre doigts de la main gauche fous le bord du Chapeau, Sc le tâtant avec le pouce en le failànt tourner, reconnoît les endroits où le feutre a befoin d’être fortifié , Sc en même temps avec une brolfe ( Fig. 62), qu’il vient de tremper légèrement dans la chaudière, Sc qu'il tient de la main droite, il garantit toutes les places qu’il a remarquées; Sc tout de fuite ayant repris de nouvel apprêt, il en étend fur tout le bord une ou deux fois Sc même trois fois, fuivantla grandeur du Chapeau Sc la force du feutre : en traînant fa brolïe, il épargne l’arête, c’eft-à-dire, qu’il s’abftient de porter l’apprêt jufqueslà; Sc il finit par étendre d’un coup de brolfe en traînant ce qui peut en être entré dans la tête.
- Il va fur le champ au balfin, il mouille la toile par une forte afperfion, & il la couvre avec le Chapeau, en appliquant delîiis, la face qui vient d’être chargée d’apprêt. Dans l’elpace de deux ou trois minutes, la buée fait rentrer tout l’apprêt dans l’épailfeur du feutre; on le relève alors, on le place dans un bloc , Sc avec le plat de la main que l’on fait palfer en frottant fur toute la face qui a reçu l’apprêt, on reconnoît s’il n’y relie plus rien de gluant; ce qui étant fait, on retire un peu le poil avec le carrelet, en brolfant de la tête à l’arête, fur tout le tour du bord : Sc alors le Chapeau efl apprêté dans cette partie.
- L’Apprêteur qui travaille feul, en relevant un Chapeau , en met un autre fùr le balfin ; Sc tandis que celui-ci ell fur la buée, il a précifément le temps qu’il lui faut, pour repalfer à la main Sc au carrelet celui qu’il vient d’ôter, Sc pour mettre en apprêt celui qui doit fuivre au balfin.
- En relevant un Chapeau, fi l’on s’apperçoit que l’apprêt n’ell pas alfez rentré, on le remet pour un moment fur la buée, Sc pour l’ordinaire cela fuffit ; mais fi par un trop grand feu, ou faute d’avoir relevé alfez tôt, on a fait palfer l’apprêt au-delà de l’épailfeur du feutre > s’il s’en trouve fur la face oppofée à celle qui l’a reçu,d’opération ell manquée ; il faudra dégorger ce Chapeau avec une eau de favon employée chaude; frotter fortement les deux faces du bord avec une brolfe rude, & les égoûter à plufieurs reprifes, avec une femelle de bois dont le bord foit tranchant, jufqu’à ce qu’on ait purgé le feutre de tout l’apprêt qu’on y avoit mis : après quoi on l’apprête de nouveau.
- Les Chapeaux étant apprêtés de bord, n’ont plus befoin que de l’être en tête ; Sc pour cette derniere façon, il ne faut point de balfin. On les tient l’un après l’autre avec la main gauche pofés lur tête, Sc avec un pinceau gros comme le pouce, qu’on tient de la main droite, on applique au milieu
- du fond
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- du fond> unerozette Ça) de colle-forte, fur laquelle on ajoute de fuite deux couches d'apprêt, plus épais Sc moins chaud , que celui qui a fervi pour le bord ; & l'on étend l’une de ces deux dernieres couches, fur tout le dedans du Chapeau jufqu’au lien. On ne fait point rentrer l'apprêt de la tête, parce que cette partie eft cachée par la coëffe ; on fe contente de le laider fécher*
- Si le Maître eft preffé d'avoir fe s Chapeaux pour les garnir, on les porte à l’étuve, afin de pouvoir les approprier quelques heures après; fînon l’Apprêteur les accroche à des chevilles dans l'attelier, où ils demeurent deux ou trois jours, pour fe fécher ; c’eft, dit-on, ce qu'il y a de mieux à faire. Les Chapeliers remarquent que la chaleur de l'étuve appauvrit l'apprêt, & qu'il rend un meilleur fervice quand on l'a laide fécher lentement, Sc par la feule aélion de l'air. A 7 ou 8 pouces de diftance du plancher, Sc parallèlement à lui, il y a de longues barres de bois traverfées de chevilles ; c'eft-là qu’on accroche les Chapeaux nouvellement apprêtés , 6c on les y porte avec une fourche de bois, qui les prend à l’endroit du lien* Fig. 63.
- C’eft le même Ouvrier qui apprête & qui approprie les Chapeaux : comme Approprieur, il a trois chofes à faire, drejfer, repajfer Sc luflrer. Ces trois façons vont enfemble de la maniéré qui fuit.
- L'Ouvrier prend un Chapeau apprêté, qu'on fuppofe être fuffifàmment fecj il ôte la ficelle que le Teinturier a mife fur le lien, 8c en tenant le bord appuyé fur une table qu'il a devant lui, il le frotte fortement deiïus Sc deflous avec une brolfe dont le poil qui eft de fanglier, n’a qu’un pouce de hauteur : il brofle de même le tour Sc le deftiis de la tête.
- Il prend une autre brofle, dont le poil eft piusjong & plus doux? & qu’on nomme brojfe à luflrer : il la trempe fiiperficiellement dans une terrine qui contient de l’eau froide ; Sc le Chapeau étant pofé à plat fur la table, la tête en haut, il la pâlTe en traînant plufieurs fois fiir toute la face du bord qui fe préfente à * lui ; auflî-tôt après , avec un fer chaud aflez femblable à ceux dont les bianchifleufes fe fervent pour le linge, il repafle en appuyant toute la parti© qu'il vient d'humeéter; la chaleur & l'humidité agiflànt enfemble fur le feutre, le rendent fôuple, & procurent à l'Ouvrier la facilité d'abattre le bord, que l'apprêt a relevé en fe féchant.
- Le fer à repafler du Chapelier, pourroit être un fer ordinaire de Blanchif* feufe, Sc quand on n’en a point d’autre, on s'en fert en le faifant chauffer plus fouvent; mais on en fait exprès avec du fer de fonte, Sc les meilleurs viennent de Lyon ; ils ont un pouce d'épaifleur, fix pouces de hauteur & 3 pouces & demi de largeur par le bas ; avec une poignée de fer forgé, implantée dans l'épaifleur de la pièce, lorfqu'on l'a moulée. Voyez la Fig. 64. La face qui s’applique fur le feutre eft garnie d’une feméle de fer forgé bien, dreflee Sc
- (a) LJAppréteur appelle ainfî, une couche circulaire de colle, qui a deux ou trois pouces dë diamètre. ,
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- bien polie : elle eft plus large que celle qui porte la poignée ; de forte que i’é-paiffeur taillée en talus, ne touche point la tête du Chapeau, quoique le fer ferre le lien de fort près. Il eft prefque inutile de dire qu’on garnit la poignée avec du linge, ou avec quelque morceau d’étoffe doublé ou triplé pour la manier fans fe brûler; mais il ne l’eft pas de fçavoir à quel point le fer doit être chauffé ; car s’il l’eft trop, on rifque de brûler le feutre ; & s’il ne l’eft point affez , il riabbat point & ne dreffe point fuffifamment : fon dégré de chaleur doit être tel qu’une goutte d’eau qu’on laiffe tomber deffus, s'évapore dans l’efpace de deux fécondés ou à peu-près.
- Il faut avoir au moins deux fers, afin qu’il y en ait toujours un au feu, tandis qu’on tient l’autre : on les chauffe fur un réchaud de fer de forite ou de terre cuite, qui eft plus long que large, 8c qui contient du charbon allumé. (Voyez la Fig. 65.) Je reviens au travail de l’Approprieur, qui dreffe le Chapeau.
- Lorfqu’il a humeélé , comme je l’ai dit, Sc paffé le fer pour la première fois fur toute la face du bord, oppofée à celle qui touche la table ; il charge la tête du Chapeau avec une forme qu’il pofe deflus, afin que le lien porte également par-tout fur la table; Sc dans plufieurs fabriques, on eft dans l’ufage de placer la tête du Chapeau fur une autre forme, qui n’a que la moitié de la hauteur ordinaire, Sc dont le tour, au lieu d’être cylindrique, fait un angle un peu aigu avec la bafe. Le Chapeau étant ainfi difpofé, l’Ouvrier mouille une fécondé fois avec la broffe àiuftrer, la face du bord, qui eft tournée en en-haut; il la repaffe au fer , & de fuite affujétiffànt ce bord avec la main gauche, il le fai fit avec la droite auprès de l’arête, Sc il le détire tout autour en pouffant toujours en avant la partie qu’il tient ; ce travail aidé d’une chaleur humide qui amollit l’apprêt, Sc qui donne de la foupleffe au feutre, augmente l’étendue du bord du côté de l’arête, & l’abbat de maniéré qu’il fe range tout à plat fur la table; mais comme ilrefte toujours quelques plis après que l’Ouvrier l’a ainfi détiré, il achevé de les effacer avec le fer, qu’il paffe encore en appuyant fur les endroits qui en ont le plus de befoin.
- Pour travailler fur l’autre face du bord, T Approprieur fait entrer la tête du Chapeau dans le trou d’un bloc, & alors cette face fe préfente à lui, il l’hu-meéte légèrement, Sc la paffe au fer dans toute fon étendue, en appuyant de toute fa force, & en s’arrêtant un peu fur les Endroits où il a remarqué des plis ou des bourfouflures. Enfuite pour relever le poil du feutre, il broffe partout en allant de la tête à l’arête, & finit par un coup de fer qu’il donne légèrement tout autour.
- Le Chapeau étant ainfi dreffe de bord, l’Ouvrier le met fur une forme un peu haute, afin qu’en tournant, il ne frotte point fur la table; il mouille légèrement toute la tête avec la broffe à Iuftrer, & paffe au fer tout le tour qu’il tient appuyé fur le bord de la table, ayant le bord appliqué fur fa poitrine & fur fon ventre. Enfuite il y paffe la broffe rude pour relever le poil, Sc finit par un coup de fer léger.
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- Après avoir ainfi drefle le tour , il pafle le fer en tournant fur le haut de la tête, le brofle un peu rudement, 8c y repafle le fer.
- Après toutes ces façons, le Chapeau fe trouve fuffifamment drefle dans toutes fes parties; mais la face du bord, qui fera la plus apparente quand le Chapeau fera retroufle, a befoin qu’on lui fafle encore revenir le poil, & c’eft ce que fait l’Ouvrier après avoir ôté la forme ; la tête du Chapeau étant tournée en en-bas, & le bord étant pofé fur celui de la table, il broffe fortement la face qui eft tournée vers lui, en faifimt tourner le Chapeau, jufqu’à ce qu’elle ait été brolfée dans toute fon étendue ; il fait d’abord aller 8c venir là brofle du lien à l’arête & de l’arête au lien ; mais il finit par coucher le poil dans un même fens en broflant à grands coups, du lien à larête feulement; 8c en faifant pafler le fer légèrement 8c fans mouiller, fur toute la face qu’il vient de remettre à poil*
- Enfin, il pofe à plat fur la table, la face qui eft finie; il dontle à l’autre quelques coups de brofle, non en tournant autour de la tête du Chapeau; mais en allant droit d’une partie de l’arête à l’autre : il en fait autant fur toute la tête , 8c pafle légèrement le fer pour la derniere fois, fur tout ce qu’il vient de brofler.
- Une attention que l’on doit avoir en dreflànt les Chapeaux, c’eft de ne les humecter qu’autant qu’il faut pourfaciliter l’abbatage; car s’ils reftoient mouillés confidérablement en fortant des mains de l’Approprieur, les bords ne manque-roient pas de fe relever, & de prendre de mauvais plis en fe féchant ; il faut même avoir l’attention de ne les point tenir dans un lieu trop chaud, jufqu’à ce qu’ils foient parfaitement fecs.
- Quelque foin que les Coupeufes & les Arracheulès ayent pris pour féparer le gros poil du fin; quelque attentifs que les Compagnons ayent été à ébourer leur ouvrage à la foule ; quand le Chapeau efl: fini 8c luftré, on y apperçoit pref-que toujours desbrins de jarre que le feutre a pouffes au-dehors, en rentrant, & qu’on ne manque pas d’enlever aux caftors 8c demi-caftors. Cette façon s’appelle éjarrer ; on y employé des femmes qui travaillent ordinairement chez elles * 8c à qui l’on porte les Chapeaux. Elles enlèvent le jarre avec une pince d’acier (Fig. 66 ) qui fait reflort,& qui s’ouvrant d’elle-même, fe ferme quand onia ferre avec la main : on paye à Paris i’Ejarreufe fur le pied de 24 fols par douzaine*
- Les Chapeaux qui reviennent de chez I’Ejarreufe font un peu déparés; quelquefois même ils y contractent de mauyais plis ; pour y remédier, on les fait re-^ pafler par les mains de l’Approprieur qui les rebrofle, & qui leur donne un coup de fer pour les reluftrer avant qu’on les garnifle*
- Chez les Chapeliers, il y a un endroit qu’on nomme boutique, s’il efl: au rez-de-chauflee & fur la rue, ou magajïn quand il efl fur le derrière de la mai-^ fon ou dans le haut; c’eft-là que les Chapeaux font garnis par des Garçons qui
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- font à Tannée, Sc quelquefois par des Ouvriers qui n'ont que cela à faire (a).
- Garnir un Chapeau, c’eft y faire Sc y attacher une coëffe; y mettre un cor--don ou quelque chofe d'équivalent pour ferrer plus ou moins la tête à l'endroit du lien, y coudre des attaches pour tenir le bord retroufle, un gallon Sc un plumet, s’il doit y en avoir.
- Les coëffes fe font, pour la plupart, avec du treillis teint en noir, qui eft gommé & calendré : celles des Chapeaux blancs que l'on envoie dans les colonies Elpagnoles, font de fatin, & de différentes couleurs; toutes les fortes de rouges , le bleu, le vert, font les couleurs qu'on employé le plus, avec quelques jaunes. Pour les Chapeaux les plus communs qui fe font dans les provinces, on prend de gros treillis qui fe font ou qui fe vendent à Cholet en Anjou : mais les plus fins & les plus beaux fe tirent de S. Gai en Suifle, Sc font connus à Paris fous le nom de treillis d'Allemagne; ils font de bon teint, parce qu'ils font pafles au bleu avant que d’être mis en noir ; les pièces font de fix aunes ou un peu plus ; elles ont au moins trois quarts de large, & fe payent fuivant leur degré de finefle , depuis 6 liv. julqu'à 18.
- La coëffe d’un Chapeau fe fait de deux pièces : Tune fait le tour, l’autre le fond. Soit qu’on la fâfle de latin ou de toile, la pièce du tour ne fe prend pas de droit fil : on la coupe de biais, afin qu’en prêtant,!elle s’accommode mieux à la partie qu’elle doit doubler ; la pièce de treillis (Fig. 67) eft pliée en deux fur fa largeur: on commence par retrancher la partie a b c> faifant a b de trois ou quatre doigts plus long que b c ; puis on plie fucceffivement liir les lignes de,fg, Se c. pour marquer des bandes de trois ou quatre pouces de largeur que Ton coupe avec des cileaux, en leur faifant fuivre le pli. Comme la toile eft double, chaque bande que Ton détache ainfi, fournit deux tours de coëffe, que Ton fépare en coupant fur la ligne a d.
- Les fonds fe prennent fur une autre pièce de treillis femblable à la première ; & pliée comme elle en deux fur la largeur : on en fait des bandes de fix pouces & demi de large, comme h ikl> hkmn, Sec, lefquelles, à caufe du doublement de la toile, donnent chacune cinq carrés, comme 0 k p /, 0 qr p, &c, qui font autant de fonds.
- L’Ouvrier ( ou T Ouvrière) qui garnit, commence par alfembler les tours en coufant le bord a d, avec c e; Sc puis il attache le fond par une couture qu’il mene circulairement dans le carré 0 kl p ; il prépare ainfi un certain nombre de coëffes, qu’il tient les unes plus grandes, les autres plus petites, pour les a£ fortir enluite à des Chapeaux de différentes grandeurs.
- Quand il veut attacher une coëffe, il choifit donc celle qui convient le mieux au Chapeau; il l'y fait entrer en appliquant l'envers du treillis contre le feutre; il la range tout autour Sc au fond avec fes doigts ; il remploie en-
- (a) Les Garçons garniffeurs font à Tannée , logés & nourris ; leurs gages font depuis 150 liv',; jufqu’àaooliv.
- • dedans,
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- dedans, c'eft-à-dire, contre le bord delà tête, ce qui excède , & il le coud avec du fil teint en foie, (a) ayant attention que les points de la couture fe perdent dans l'épaiffeur du feutre. Après cela il arrête encore la coëffe fur le tour de la tête en-dedans, & à une petite diftance du fond, par un bâtis en gros fil de Bretagne, dont il cache encore le point dans répaiffeur de l'étoffe.
- Lorfque les coëffes font de latin, on eft allez dans l'ufage d'arrêter un morceau de papier arrondi entr' elles, & le fond du Chapeau ; c'eft, dit-on, pour foûtenir l'étoffe de foie qui n'a pas autant de corps qu'un treillis gommé & calendré. Aux Chapeaux ordinaires, quelques particuliers font mettre une ca« lotte de veflie fous la coëffe ; mais le Chapelier ne fait rien mettre qu'on ne lui demande, fi ce n'eft peut-être, une petite bande de maroquin noir, delà largeur de deux doigts qu'on ajoute par-deffus la coëffe, pour empêcher que la fueur du front ne pourrifle trop-tôt le treillis*
- Le bas de la tête du Chapeau doit être garni en-dehors de quelque 11*-? gament qu'on puiffe ferrer ou lâcher fuivant le befoin : le Chapelier y met un cordon de crin (b) teint en noir, qui fait plufieurs tours, & qui s'arrête par un nœud coulant : cela n'a point l'inconvénient d'une ficelle qui fe reflerr© confidérablement fi elle eft mouillée, & qui fe lâche de même en fe féchant# En place de ces cordons, bien des gens font mettre une trefle de foie, d'argent ou d'or, avec une boucle, ce que Ton appelle bourdaloue. Ci-devant cela n’avoit que quatre à cinq lignes de largeur; aujourd'hui ce font des galions en clinquant large d'un pouce, qui ceignent la tête du Chapeau à la moitié de fa hauteur, & même plus haut, formant une double rofette à l'endroit du nœud. Mais ce font des ornemens que le Chapelier fait payer à part quand il eft chargé de les fournir*
- Il eft rare qu'on porte un Chapeau avec le bord entièrement abbatu, à moins que ce ne foit pour fe garantir d'une greffe pluie, ou de la trop grande ardeur du foleil. Dans l'ufage ordinaire, le Chapeau eft plus ou inoins retrouffé, félon l'état & le goût de celui qui le porte : quoiqu'il y ait fur cela une grande variété ; & que la mode qui régné fur tout, nous montre chaque année cette coeffure fous différents afpeéls ; cependant on ne fort point de l'habitude où l’on eft depuis long-temps de relever le bord du Chapeau en trois parties, & de lui faire prendre par-là une forme triangulaire, à peu-près comme il eft repréfenté par la Fig. 68. Les anciens Chapeaux étant plus grands de bord que ne le font les nôtres, on peut croire qu'en les retrouflànt ainfi, l'on a eu intention de fe procurer trois goutieres , deux au-deflus des épaules, & une au-deflus de la face , aflez avancées pour jettër au loin l'eau d'une groffo
- (a) Le fil à garnir, connu fous le nom de fil à Chapelier j fe tire de Rouen; il eft de bon teint/ & le paye depuis 6 liv. jufqu’à p liv. la livre.
- Çh/ Les Cordons de crin fe font <Sc fe teignent à Rouen ; les Suiffes en font aufli à Paris ; cela fa vend 3. liv* la douzaine de paquets.
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- pliïle ;• s’il n’y en avoit que deux, le corps feroit moins à couvert quavec trois ; quatre ne laifleroient pôint à l’eau la pente qu’il lui faut pour s’écouler. Pour les Religieux & pour les Eccléfiaftiques qui portent les leurs moins retrouves que ceux des laïcs, on ne fe fert point d’attaches ; mais on y met plus d’âpprêt, 8c lorfqu’ils font encore moites, on releve le bord en trois parties égales, que l’on courbe un peu du lien à l’arrête, & on l’aflujétit dans cet état jufqu’à ce qu’il foit bien fec; alors il s’y maintient de lui-même à l’aide de la colle qui s’eft durcie dans l’épaifleur du feutre.
- Aux autres Chapeaux, on fait approcher le bord plus près de la tête, & on l’y retient avec des portes & des agraffes ; ou bien avec une ganfe de foie doublée, coufue d’une part à la tête, 8c portant de l’autre un clavier qu’on fait palier d'ans la porte (Fig. 69'). Outre cela un des trois côtés eft orné au milieu, d’un bouton , qui reçoit une double ganfe attachée à la tête du Chapeau ( Fig. 70. ) 8c qui eft alfortie, ainfi que le bouton, à la Bourdaloue 8c au gallon qui borde, s’il y en a un (a).
- Les Chapeaux qu’on envoyé dans nos Colonies, font retroulfés àtAngloife; c’eft-à-dire, qu’on n’employe ni portes ni agraffes ; le bord efl; comme coufu à la tête, de la maniéré lui vante. Par le moyen d’une greffe aiguille que l’on nomme Carrelet, on fait pafler une ganfe de foie noire du dedans de la tête à la face extérieure du bord, en a, par exemple, (Fig. 71), on la fait repaffer par le pointé; on la ramene en-dehors par le point r, & enfin on la fait rentrer par d : les deux bouts fe retrouvent alors dans la tête, 8c on les tient alfez longs, pour avoir la liberté d’abattre le bord quand on le veut; on les re£ ferre 8c on les noue enfemble, quand il faut le retroulfer.
- Les trois cornes égales au Chapeau, parurent une chofe ufée & trop commune, il y a quelques années; les jeunes gens, pourfortir de cette infipidité, ne firent plus qu’un bec très relevé par devant, lailfant les deux autres cornes beaucoup plus larges (Fig. 72.) Cette mode vient de faire place à une autre toute oppofée. Aujourd’hui il efl: du bel air de refferrer les deux cornes latérales, & d’ouvrir beaucoup celle de devant, pour lailfer briller une large ceinture de clinquant en argent ou en or, dont la tête du Chapeau eft décorée, fans compter un gland qui fort par la corne gauche. Voyez la Fig. 73.
- Dans ces différentes maniérés de retroulfer le Chapeau, le bord refte en fon entier, 8c le nombre des cornes eft toujours le même : mais il y a des oc-cafions ou celles des côtés deviennent incommodes, 8c l’on a cherché à s’en
- (a) 1. Les portes, agraffes, & claviers noirs dont les Chapeliers font ufage , fe font chez les Epin-gliers dans les fauxbourgs de Paris , & fe vendent à la livre depuis 24 jufqu'à 28 fols. Pour fçavoir comment ces petits ouvrages fe font & fe teignent en noir, voyez VArt de VEpinglier, par M. Duhamel pages yi & y* & planche V. Fig. 21.
- 2. La ganfe ronde , & celle en chaînette , fe vend par pièce de 72. aunes 3. liv. iy. fols , en foie commune ; 6. liv. en foie de Grenade chez les Ouvriers qui travaillent au boiffeau, ainfi que les treffées en foie.
- 3. Les boutons de crin fe tirent de Beauvais ; il y a aufîi des Suiffes qui en font à Paris : cette marchandée fe paye 28. fols la groffe : ce font les Maîtres Boutonniers qui fournilfent aux Chapeliers comme aux Tailleurs, les boutons en or & en argent.
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- débarrafler. De-là font venus le Chapeau en Cabriolet , (Fig» 74. ) & le bon-* net à tAngloife ( Fig. 75 ).
- Le Chapeau en cabriolet fe fabrique & fe met en apprêt comme les autres; il n’a guere que trois pouces de bord; & il eft rare qu’on le mette à la teinture ; le plus fouvent on lui laifïe la couleur naturelle du feutre : ce qu’il ai de particulier, c’eft qu’on découpe le bord fymmétriquement, à peu-près comme il eft repréfenté par la Fig. 76 ; 5c pour ne point faire de faulfe coupe* on le trace auparavant foivant un modèle de carton ou de gros papier que l’on peut préparer de la maniéré fuivante*
- Décrivez le cercle abc d de fix pouces 8c demi de diamètre, qui repréfente la tête du Chapeau ; & à un demi-pouce de diftance un autre cercle concentri-que efg; Décrivez encore dumême centre deux cercles h 1 k,8clmn, le premier ayant 13 pouces & demi de diamètre, 8c le dernier un pouce de moins. Tracez la ligne droite 0 p égale, & parallèle au diamètre c d; divifez le rayon r f en deux parties égales, 8c coupez-le à angles droits parla ligne Im; faites palfer le crayon 8c enfoite les cifeaux par les points h 0 e Inm g p, 8c vous aurez le modèle dont il s’agit:puis ayant renverfé le Chapeau, vous appliquerez ce patron concentriquement fur fbn bord; vous en tracerez le contour avec de la craie * & vous le découperez en fuivant le trait. Le Chapeau étant ainfi découpé, on attache les deux ailes /, m, à la tête avec des agraffes 8c des portes* on releve & on attache de même la pièce h en la faifant plier fur la ligne op\ ou bien on la retient avec une double ganfo qui embrafle un bouton placé au milieu du delfus de la tête.
- Le bonnet à l’Angloife eft encore un Chapeau blanc dont on échancre le bord en deux endroits pour le retroufler contre la tête : mais il n’a point reçu d’apprêt; 8c quand on l’a mis en forme en le drelfant à la foule, on s’eft di£— penfé d’abattre le bord, comme on le fait ordinairement : on y fait donc deux échancrures, comme on le peut voir en a 8c en b (Fig. 77.) 8c comme il eft fort fouple, on replie en fuivant la ligne ponétuée a d b> prefque la moitié dé la largeur du bord fur l’autre moitié 8c on les retient appliquées contre la tête avec deux boucles de ganfes que l’on coud en a 8c en q, 8c deux boutons en b 8c en f: en g 8c en h font coufues deux pareilles boucles , qui s’attachent à un bouton , & qui font approcher de la tête les deux bords h /, g k> ce qui forme la corne A du bonnet, comme on le peut voir par la Fig. 75* ; alfez ordinal rement, les attaches de ce bonnet font en or : la corne A qui fe met pardevant eft bordée d’une petite trefle 8c enrichie de quelque ornement en broderie.
- On lait encore chez les Chapeliers des bonnets de pofte, qu’on nommé auffi bonnets en bateau, à caufe de leur forme ( Fig. 78.) qui font feutrés comme les Chapeaux , 8c qu’on lailfe auffi fans apprêt & en blanc , de même que les bonnets à l’Angloife : comme on n’y met guere que trois onces d’étoffe , on les baftit à deux capades triangulaires a b c? dont l’arête eft rentrante, luivant
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- la courbe b de. Ils font cenfés finis à la foule, lorfqu’on les a mis en forme ; car il eft aifé de voir que le bord ne doit pas être abbatu; on cherche au contraire à le ferrer le plus que l’on peut contre la tête, que Ton tient auffi plus profonde que celle d’un Chapeau : ce bonnet doit fe foutenir fans attaches ; mais on a coutume de le border en or, & de broder les deux pointes.
- Les Eccléfiaftiques qui ont perdu leurs cheveux par le grand âge ou autrement, & qui ne veulent point porter de perruque, fe garantiffent du froid pendant les offices, en faifant ufage dune calotte très-profonde, que Ton nomme pour cela Calotte à oreilles, ( Fig. 79* ) Les Chapeliers en font de feutre, & ils les bâtiffent de deux petites capades, qui ont la même figure que celles des Chapeaux ; on les foule de même ; on les drefîe for une forme haute & convexe par le deffus : on les met à la teinture, & on les finit comme les autres ouvrages de chapélerie, avec cette différence, quon n’y met point d’apprêt. La grandeur & le chantournement du bord fe règlent en dernier lieu, fuivant la tête Sc le goût du particulier qui l’achete ; enfin on la garnit d’une coëffe, qui eft ordinairement de toile de coton, & d’un petit bordé de padou noir.
- C’eft le Marchand de gallons, qui vend au poids les bords qu’on met aux Chapeaux, ainfi que les treffes en or ou argent : le Chapelier n’eft tenu que de les attacher, & cet ouvrage regarde encore l’Ouvrier qui garnit : quant au plumet, tantôt c’eft le Plumaffier qui le pofe, tantôt c’eft le Chapelier; mais ces ornemens faifant l’objet de deux autres Arts, Sc étant comme étrangers à celui que je décris, puifque le Chapeau eft complettement fabriqué quand il les reçoit, je ne m’arrêterai point aux différentes façons dont ils font fofceptibles, ni aux qualités qu’on doit y rechercher.
- U n’eft guere poffible de manier tant de fois un Chapeau pour le garnir, fans lui faire perdre une partie de fon luftre ; l’Approprieur le lui rend en le repaffant à la brofle, au fer, Sc en dernier lieu en le poliflant avec une pelotte couverte de cette efpece de velours qu’on appelle pane ou peluche. Voyez la Fig. 8 o.
- On ferre ordinairement les Chapeaux au magafin, quand ils font feulement apprêtés Sc appropriés : il eft aflez d’ufàge de ne les garnir que quand ils font deftinés ou vendus; ceux qui font en noir ne craignent guere que la pouffiere; on les en préferve en les enfermant dans des armoires garnies de larges tablettes , fur lefquelles on les met en piles, les têtes des uns dans celles des autres ; mais fi ce font des Chapeaux blancs ou gris, il faut fe défier des teignes (a) qui ne manqueroient pas de s’y mettre Sc de les ronger : il faut les vifiter
- (a) La teigne eft une petite chenille qui s'attache aux ouvrages de poil Sc de laine , Sc qui fe fait un foureau des matières qu’elle ronge ; elle vient d'un petit papillon qu'on voit voler le foir autour des lumières, Sc qui dépofe fes œufs fur les meubles & fur les habits ; ceux qui font teints en noir y font moins fujets, à caufe du vitriol Sc du vert-de-gris qui entrent dans la teinture,& qui en écartent apparemment cet infeéte*
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- fouvent, leur donner un coup de brolTe, & l’on ne feroit point mal dfenfermer avec eux quelques morceaux d'étoffe * de linge, ou de papier enduits de térébenthine ; les odeurs fortes éloignent les infeéles; Sc l'on ne doit pas cfaindrè que celle-là s'attache inféparablement au Chapeau; il la perdra bientôt dès quil fera expofé au grand air.
- Quand le Chapelier , ou fon garçon de magafin* va livrer un Chapeau à quelqu'une de fes pratiques, il le porte tout retrouffé comme on le peut voir par les Fig, 68, 73 , &c, Sc U eft renfermé dans un étui de carton (d), Il a eü foin d'en prendre la mefure auparavant fer un Chapeau qui a fervi à la même perfonne ; le compas du Chapelier (Fig, 81 ), eft compofé de deux pièces; la première eft un tuyau cylindrique qui.a cinq pouces de longueur fer quatre lignes de diamètre, avec un bouton plat fer lequel eft gravée la marque du Maître ; la fécondé eft une tige C D de même métal, qui a quatre pouces Sc demi de longueur, ronde & d'une égale groffeur par-tbut ; avec un autre bouton plat. Elle gliffe avec beaucoup de frottement dans la première J de forte que quand on la tiré, elle demeure comme fixe au point où on là met, & donne entre les deux boutons telle mefere que l'on veut3 pour iè diamètre de la tête d’un Chapeau, Chacune de ces deux pièces porte une divi-fïon fur une partie de fa longueur : la partië B E fur la première eft de 17 lignes , & elle eft divifée en ro parties égales & numérotées ; la partie D F fer la fécondé eft de 9 lignes fans aucune divifîon : mais le refte, à compter du point F jufqu'enC, eft partagé en 14 parties égales, que le Chapelier -appelle des points. Cette derniere divifîon fert à prendre la mefere de la tête du Chapeau ; on en prend le diamètre intérieur en faifant rentier la pièce C D dans A B, autant qu'il èft nécefïàire, & l'on compte le nombre des points par les chifres qui fe trouvent à découvert hors de la pièce A B. Là divifîôii qui eft fur cette derniere pièce fert à meferer la largeur du bord d'un Cha^ peau ; on compte qu'elle n'eft jamais moindre que la longueur B D 2 c|uand elle eft plus grande , fon excès s'exprime par le chifre auquel elle atteint.
- Le compas du Chapelier n’ayant rapport à aucune mefere connue; chaquô Maître jufqu'à préfent a été obligé de faire copier celui de fon confrère pour s'en procurer un : avec la defcription que je viens d'en faire 3 on fera diC penfé d avoir un modèle ; l'Ouvrier qui fçaura travailler le métal en quelque éri-droit que ce foit, pourra exécuter cet infiniment : Au reftè, il eft aifé de sien. paffer; on peut meferer en pouces &: en lignes la tête d'un Chapeau par foii diamètre, fa hauteur, la largeur de fon bord : & le pied de Roi fe trouvé par-tout.
- Ici fe termine l'Art dû Chapelier proprement dit, cet Art qui à pour objéi de conftruire un Chapeau feutré de quelque grandeur Sc de quelqué formé
- (£)Ce font les Cartonniers qui préparent fes étuis à Chapeaux : ils les vendent 3. liv. la douzaine âuig Chapeliers.
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- qu’il puifle être ; car je ne crois pas quon doive lui attribuer certains effais qui n’ont pas réuffi , ou que le public ri’a point adoptés ; on a fait, par exemple > des bas feutrés fans couture; mais n’ayant pas la fouplefle que cette elpéce de chauffure doit avoir efîentiellement, ils s’appliquoîent mal fur la jambe , fe dur-ciffoient en peu de temps, 8c fe déchiroient au moindre tiraillement: on a feutré de même des morceaux dont un Tailleur pouvoit compofer des veftes & des julle-au-corps; mais aveç les inconvénients dont je viens de parler, ces morceaux taillés 8c aflemblés, ne foutenoient point la couture , 8c tout cela devenoit plus cher que ce qu’on travaille au tricot, ou ce qu’on fait avec des étoffes ourdies, qui font d’un meilleur ufage. De toutes les parties de l’homme, il n’y a donc jufqu’à préfent que la tête qui ait pu s’accommoder du feutre.
- - Quoiqu’un Art femble être confommé quand il a conduit fon principal objet à fa perfeélion, néanmoins il peut encore s’étendre au-delà, en fourniffant les moyens de le conferver ou de le réparer. Les vieux Chapeaux font un objet de commerce allez confidérable & affez important pour mériter notre attend tion; en les remettant en état de fervir, on diminue la confommation, 8c par conféquent la cherté des matières premières, dont une grande partie fe tire du pays étranger, & l’on empêche que les ouvrages neufs ne montent à un trop haut prix. D’ailleurs le racommodage des vieux Chapeaux, où l’Art trouve encore à s’exercer, efl une reffource pour un grand nombre de pauvres Maîtres qui n’ont pas le moyen de fabriquer, 8c pour un nombre infini de partie culiers, qui fans cela porteroient par néceffité plus que par goût, leur Chapeau fous le bras. Ces confidérations m’engagent à dire ici ce qui fe pratique dans le repaffage des vieux Chapeaux : cela ne fera pas long, parce que je ne rapporterai que ce qu’il efl: néceffaire de fçavoir.
- De la maniéré de repajjer les vieux Chapeaux.
- Un Chapeau qui grife, c’efl-à-dire, dont la couleur efl: ufée, qui a perdu là forme, 8c dont le feutre ne fe foutient plus, peut fe rétablir ; & c’eft ce qu’on appelle repajfer. Le Chapelier fabriquant ou qui tient magafin de Chapeaux neufs, fuivant les ftatuts de là Communauté, ne peut entreprendre le repaf-fàge que pour fes pratiques : quand les Jurés vont en vifite chez lui, les vieux Chapeaux qui s’y trouvent doivent être marqués chacun d’un numéro, & inf* crits fur un livre avec les noms des perlonnes à qui ils appartiennent. Le droit de travailler en vieux efl: réfervé aux Maîtres qui n’ont pas le moyen de fabriquer pour leur compte, ni de faire le commerce en marchandife neuve ; mais ce droit ne leur efl: acquis que quand ils ont déclaré qu’ils s’en tiendront à ce travail; Sc ils en font déchus dès qu’ils veulent ufer de la liberté qu’on leur conferve toujours de recommencer leur commerce en neuf, quand ils en auront le moyen. Le Chapelier n’eft admis à opter pour le vieux, que quand il a fix années de Maîtrife ; encore faut-il que pendant cet efpace de temps il ait vendu du neuf avec boutique ouverte.
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- ART DU CHAPELIER. ?x La vente des Chapeaux repaiïes ne peut fe faire qu'en chambre ôü dans certains lieux défignés pour cela, comme on le voit fous la voûte du petit Châtelet, & fous une des portes de la halle au bled. Par le même Réglement il efl dit, « Que les pauvres Maîtres qui auront fait l'option du vieux, après » avoiracheté des Chapeaux, avant de les vendre, auront foin de les nétoyer, » dégraifler bien & duement, 8c lexiver au bouillon de teinture, pour en cor-» riger tout le mauvais air, à peine de grande amende 8c de punition exetn-plaire. »
- Pour repalfer un vieux Chapeau, on devroit donc commencer par le bien :dégorger dans une eau de fa von bien chaude, 8c l'égôûter à plufieurs feprifes jufqu'à ce qu’il eût perdu tout fon vieux apprêt & la craflè dont il s'efl: chargé en vieiiliflant ; mais pour abréger, le Chapelier en vieux fait une teinture, avec les drogues dont j’ai fait mention ci-defliis, auxquelles cependant il ajoûte du fiel de bœuf, pour hâter & faciliter le dégrailfage ; il prépare cette teinture dans une chaudière de dégorgeage femblable à celle qui efl repréfentée par la Fig, 8a, FL V, 8c lorfqu'elle efl encore bouillante, il y met tremper, pendant une bonne demi-heure ou davantage, une vingtaine de Chapeaux * qu’il tire l'un après l'autre fur le banc, pour les égoûter de toutes parts & à plufieurs fois avec là pièce, ou avec une femelle de bois taillée en bifeau.
- Lorfque tous les vieux Chapeaux ont été ainfi dégorgés à la teinture, s’ils n’ont befoin que d’un fimple repaflage, on les lave à plufieurs eaux, & on les dilpofe à l'apprêt : mais s'il faut qu’ils foient retournés, on les aflortit fur des formes, mettant en-dehors ce qui étoit en-dedans, on les ferre avec une ficéllè qui fait deux tours, que l’on arrête avec un nœud coulant, 8c que l'on fait defc cendre jufqu’aubas de la forme, en la preflfant avec l’avaloir, ou avec le choc* comme on lefait pour aflortir les Chapeaux neufs ; les Chapeaux en cet état font remis dans la chaudière pour une bonne demi-heure, 8c dégorgés en-fiiite fur le banc, comme je l'ai dit précédemment.
- Après la teinture 8c le dégorgeage dont je viens de parler, on lave les Chapeaux à froid & à chaud, jufqu'à ce qu'ils ne teignent plus l'eau, on les égoutë & on les fait fécher à l'étuve : après quoi on les brofle fortement 8c on les luftre à l'eau froide, à peu-près comme je l'ai dit en parlant des Chapeaux neufs, page yj.
- Les Chapeaux repafles s'apprêtent comme les autres, tant de bord que dë tête, fi ce n’eft qu'on leur donne une dofe d'apprêt moins grande ; on les garantit , on les encolle 8c on les met à la buée des bafîîns ; on leur fait revenir le poil le plus qu’on peut au carrelet & à la brofle ; du refte on les finit au fer* comme il a été dit ei-deflus, lorfque'j'ai parlé du travail de l'Apprêtëur.
- Quelque attention qu'un Fabriquant puifle apporter au choix de fes matières , 8c à l’emploi qu'il en fait faire , il n’eft pas polfible que dans la quantité de Chapeaux qui fe fabriquent chez lui, il ne s'en trouve dë défeéiueujÉ qui
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- font mis au rebut : les Chapeliers en vieux s’en accommodent > les achèvent de teinture, d’apprêt, Scc , & les vendent. Tant qu’ils font vendus comme Chapeaux défectueux, cela ne fait tort à perfonne; & c’eft une reffource ouverte au Fabriquant, pour qui, fans cela, cette marchandife tourneroit en pure perte. Mais les abus fe gliffent par-tout : parce que le Chapeau de rebut eft un Chapeau neuf, on le fait acheter comme bon au particulier qui ne s’y connoît pas, Sc qui confondant ces deux qualités , s’imagine qu’une marchandée qui eft neuve doit être bonne : d'un autre côté, il arrive fouvent que le Chapelier foi-difant en vieux, tient magafin de Chapeaux neufs Sc de bonne qualité, qu’il vend comme tels en prétextant un commerce de Chapeaux de rebut. C’eft une contravention d’autant plus difficile à réprimer, qu’il s’agit de déterminer au jufte, à quel point de défeétuofité un Chapeau doit être cenfé marchandée de rebut. Cela occafionne des failles de la part des Jurés, Sc des procès qu’on a peine à finir.
- On eft furpris, & avec raifon, de voir combien on tire parti d’un vieux Chapeau qui eft affez fouvent plein de trous, tout encroûté par la colle qui fe montre à la lurface, fouple comme un morceau de drap, abfolument raz, Sc d’un noir ufé tirant fur le roux. Un bon repaffeur en lui donnant un nouveau teint, le purge de toute fa malpropreté; il lui fait revenir le poil, & lui fait prendre la confiftance d’un Chapeau neuf par le nouvel apprêt qu’il lui donne : une main adroite répare les endroits déchirés ou troués par des pièces artiftement ajuftées, par des coutures dont les points font perdus dans l’é-paiffeur du feutre, Sc qu’un coup de luftre donné à propos fait difparoître aux yeux de l’acquéreur; mais malheureufement tout cet art ne produit point des avantages d’une longue durée; affez ordinairement, la première pluie après quelques jours de fervice fait fortir la colle en-dehors; le feutre redevient flafque, Sc les coutures qui fe montrent après quelques tiraillements, décèlent tout le mal qu’elles tenoient caché.
- Quand le Chapeau eft ufé fans remede, Sc qu’il ne peut plus abfolument fervir de coëffure, les François fçavent encore en tirer parti ; tous ceux qui font jeunes, Sc même une grande partie de ceux qui ne le font plus, par attention pour leur frifure, vont la plûpart du temps la tête découverte , portant fous le bras les débris d’un Chapeau qui ne mérite de leur part aucun foin , comme ils n’exigent de lui aucun fervice : j’en connois cependant quelques-uns , qui plus délicats apparemment pour leurs genouils, qu’ils ne le font pour leur tête, Sc jsour tirer quelque utilité de ce fimulacre de chapeau, l’ont fait rembourrer, Sc s’en fervent pour fe mettre à genouil dans les églifes, quand ils . n’y trouvent point leurs commodités.
- Enfin le Chapeau mis en pièces, fert encore dans une infinité d’occafions : on en fait des femelles pour doubler en-dedans celles des fouliers pendant l’hyver; on en met des morceaux entre les pièces qu’on veut joindre exactement
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- ART DU CHAPELIER. ment, pouf empêcher le pafïàge de quelque fluide: on en garnit celles qu’on veut faire choquer mollement & fans bruit : les Carreleurs, les Couvreurs, Sec* s’en font des genouillères pour conferver leurs hardes; les fileufes font tourner dans des ailes de feutre la broche qui porte leur fufeau , pour empêcher qu’elle ne s’ufe trop vite, & qu’elle ne s’échauffe par le mouvement rapide que lui donne le rouet, &c. &c : de forte qu’on peut dire que cette efpece d’étoffe, primitivement faite pour coeffer un homme, eft d’un ufage très-commode, & très-fréquent pour beaucoup d’autres choies, & quelle ne celle d’être utile, que quand elle a louffert une entière deftruétion. ^ -
- RECAPITULATION -
- out
- - Table des matières contenues dans cet ouvrage*
- üiconque n’aura pas vu faire des Chapeaux, ou n’aura point appris par la leélure ou autrement comment on les fabrique, n’imaginera jamais par combien de mains la matière qu’on y employé doit palier, ni lé travail quelle exige de chaque ouvrier, pouf devenir cette èlpece de coëf* fure dont le Chapelier fait fon unique objet : je finirai la delbription de cet Art en remettant fous les yeux du Leéleur, un tableau de ces différentes façons, que j'ai expliquées en détail dans les quatre Chapitres qui compofent Jcet ouvrage. >r ; i ) / ‘
- PREMIER CHAPITRE,
- Des matières avec tefquelUs on fabrique les Chapeaux en France.
- ! ' * < j
- C E s matières font i°. tes laines & les poils dont on fait choix dans le pays, a0 Les laines & les poils qu’on tire du pays étranger.
- Laines de France ; celles de Normandie
- Champagne Bourgogne Berry Saintonge
- pris en bonne faifon.
- Poils de Erance \ ceux de Lapin
- Lievre
- Chevreaux
- Veau
- les plus courtes.
- Chapelierj
- T
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- ART DU CHAPELIER.
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- . On peut employer auffi la foie parfilée & hachée, / n ; ;
- Laines étrangères, celles de Carménie rouffe, ou blanche. i:- '
- ' ’ d’Autriche
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- ’ 1 ' ^ ^ ; Agnelins d’Hambourg -
- Poils ^étrangers , ceux: de Vigogne, rouge ou blanc.
- ' ~ ~w w 1 ' ' Pelotage, noir ou roux. * ' *
- : r Chameau, commun ou fin.
- ~~ ~ ' Caftor gras, fec , ou veule.
- Le choix de ces matières, l’œconomie avec laquelle on doit les employer; la jufte proportion de leur mélange, exigent de la part du maître Chapelier des connoiffances & des attentions d’où dépend elfentiellement le fucçès de fa fabrique & de fon commerce.
- SECOND CHAPITRE.
- Comment on prépare les matures avec lefquelle s on fabrique les Chapeaux,
- Ck a préparations çonfiftent dans les Façons fui vantes.
- * i° Eplucher les laines & poils qui font prefque toujours chargés d’excré** ments delfechés, de gravier, de terre, & autres corps étrangers.
- ~ a0 Dégrailfer & laveries laines qui ont befoin de cette préparation.
- 3° Arracher^ aux peaux de caftor & à celles de lapins, le jarre où poil grofi fier , qui ne peut point entrer dans la compofition du feutre. . ;>
- 4° Secréter ou paffer à Feau fécondé certains poils pour les mettre en état* de fe feutrer, & de rentrer à la foule.
- j0 Faire paffer les peaux fecrétées à l’étuve ouïes étendre au foleil pour les faire fécher.
- , 6° Décatir ou ouvrir le poil de ces mêmes peaux que l’eau fécondé a pe-* lotonné.
- 7° Humeéter à l’envers du poil les peaux de caftor & autres, pour les rendre foupies & les mettre en état de s’étendre fur l’établi de la Coupeufe.
- 8° Couper les différents poils & en faire le triage.
- p° Compofer lçs mélanges pour fabriquer différentes fortes de Chapeaux. io° Faire les pefées & régler par-là le poids des Chapeaux qu’on veut faire. ii° Baguetter les mélanges pour ouvrir le poil, & faire difparoître les pelotons.
- 12° Carder ces mêmes mélanges, Sc les repaffer jufqu’à ce que les différentes efpeces de poils qui entrent dans la compofition foient parfaitement effacées. ' ’
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- A R T D U CHAPELIER.
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- TROISIEME CHAPITRE.
- Delà maniéré de fabriquer les Chapeaux.
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- (2 * Chapitre comprend le travail de, l'arçon, celui du baftiflàge, 8c celui
- de la foule. 1 . ' —
- ; > - ~Travail de ï Arçon.
- i° L’Arçonneur partage fon étoffe * fuivant le nombre de Chapeaux qui!
- «
- doit rendre , & fuivant le poids que chacun d'eux doit avoir.
- 2° Il partage l’étoffe de chaque Chapeau, fuivant le nombre & la grandeur des pièces dont il doit être compofé. \
- 3° Après avoir battu & vogué chaque partie de fon étoffe, il forme les capades. «
- 4° Il les marche au clayon 8c à la carte.
- y II en arrondit les arrêtes, il en dreffe les côtés, & les plie.
- 6° Il bat & vogue ce, qu’il a retiré des capades en les dreffant & les arron-diffant, pour en former une pièce d’étoupage qu’il marche de même.
- 7° Il prépare de la même maniéré les travers & les pointus, fl le Chapeau doit avoir de la dorure ; 8c lés io ou iz pièces du plumet, s’il a deffein d'en faire un. ^
- *
- Le Baftifage.
- r
- i^Lé Compagnon marche les quatre capades deux à deux dans la feu-* triere, pour leur donner la confiftance néceflàire.
- 2° Il en affemble deux* ayant bien foin d'effacer tous les plis.
- 3° Il les marche en tous fens dans la feutriere, pouf faire prendre l'alTern-blage.
- 4° Il décroife & affemble les deux autres capades.
- 5° Il les marche comme les deux premières, 8c en décroifànt plufieurs foi si 6° Il garantit les endroits foibles avec des morceaux quil déchire à la pièce d’étoupage.
- r
- 7° Il marche dans la feutriere tout ce qu'il vient d'appliquer pour garantir, -8° Il applique les travers qui doivent fervir de dorure à l'une des faces duÉ bord.
- p° Il marche dans la feutriere ces deux pièces pour les faire prendre. io° Il plie fon bâtiflàge pour le porter à la foule*
- Travail de la Foule. ;
- i° Un Compagnon emplit d'eau la chaudière, y met la quantité de lie convenable, allume le fourneau ; chauffe le bain jufqu'à ce qu'il commence
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- à bouillir ; l'écume, 8c donne avis à Tes camarades, que la foule eft prête.
- 2° Chacun d'eux prenant un baftilîàge, le trempe amplement dans la chaudière , le retire & le Foule dans tous les fens ; mais avec les mains nues 8c mollement pendant la première demi-heure.
- 30 II l'arrange pour le garantir à la foule.
- 4° Il garnit tous les endroits foibles avec des pièces d’eftoupage, & il les fait prendre.
- j0 II applique les pointus qui doivent faire la dorure de la tête * 8c il les fait prendre l'un après l'autre.
- 6° Il continue de fouler avec les maniques 8c le roulet.
- 7° Il applique 8c fait prendre les pièces du plumet , fi le Chapeau doit en avoir un.
- 8° Sinon il achevé de fouler au roulet & avec les maniques, jufqu à ce que le Chapeau foit fuËfamment rentré.
- <?p II ébourre le Chapeau de partout 8c il le met en cloche pour le dreflèr»
- io° Il met le Chapeau en coquille.
- ii° Il le met en Forme.
- ^ i Il abat le bord. * V
- 130 II l'eftampe, il l'égoûte de toutes parts, 8c 11 y met fa marque.
- 14e II l’arrange avec les autres dans l'étuve pour fécher.
- 1f Son Chapeau étant fec, il le ponce de bord 8c de tête, 8c le rend au Maître.
- QUATRIEME CHAPITRE.
- Delà Teinture, de l’Apprêt, de V Appropriage '& de la Garniture
- des Chapeaux»
- Teinture.
- L e Chapelier Teinturier ayant préparé fon bain, donne au Chapeau les fa-
- çons fiiivantes.
- j° Il le robe de toutes parts avec un morceau de peau de chien de mer. a° Il l'alfortit fur une forme convenable.
- 3° II lui donne fucceffivement huit chaudes d une heure & demie chacune , 8c autant d'évents de même durée.
- 4° il le lave 8c le brofle à l’eau froide.
- 5 II le lave & le brolfe à l’eau bouillante.
- 6 II Pégoûte de toutes parts avec la pièce.
- 7° Il le fait fécher à l’étuve.
- 8° Il broffe la teinture.
- II le luftre à l’eau froide. xo° Il le remet à l’étuve pour fécher;
- U Apprêt
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- L’apprêt & Vappropriage.
- 1° L’Appreteurgarantit le bord du Chapeau, c’eft-à-dire, qu'il commencé par appliquer de l'apprêt aux endroits qu’il trouve foibles, en maniant le feutre* 2° Il apprête en plein la même face du bord.
- 3° Il met à la buée pour faire rentrer l’apprêt.
- 4° Il retire le poil à la broflè & au carrelet* y0 II apprête en tête, & met à fécher*
- 6n II drefle lé Chapeau au fer*
- *7° Il le luftre.
- 8° Il l’envoye à l’Ejarreufe qui enleve le gros poil avec une pince* y II le repafle au fer & à la brofïe.
- io° Il arrondit l'arrête en retranchant avec des cifeaux, ce qui rend le bord plus large dans un endroit que dans l’autre*
- Garniture.
- Le Chapeau doit être garni, i° d’une coëffe de treillis ou de latin*
- 2° D’un lien , qui eft un cordon, ou un bourdaloue.
- * 3° De plufieurs attaches pour le retrouver*
- 4^ Allez fouvent d’un galon que l'on coud tout autour du bord*
- 5° Quelquefois d'un plumet qu’il faut %y attacher*
- 6° Si le Chapeau eft retroufle à l'Angloife, en bonnet de pofte, ou en bonnet de chambre, on l’envoye fouvent au Brodeur, pour y mettre les ornements dont il eft fufceptible.
- 7° Après que le Chapeau eft garni l'Approprieur le repafle encore au fer, & lui donne le dernier luftre.
- Chapelier.
- V
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- EXPLICATION DES FIGURES.
- planche 1.
- L a Vignette repréfente l’attelier dans lequel on prépare les matières propres à fabriquer des Chapeaux. On y voit des tas de peaux dont on n’a point encore ôté le poil ; des monceaux de poils déjà féparés du cuir ; des tonneaux couverts, dans lefquels on tient ces marchandifes, pour empêcher que les in-feéies ne les attaquent.
- Fig. i, ïArracheur, c’eft l’ouvrier qui enlève le jarre y ou poil groffier des peaux de caftor ; il eft affis fur une chaife de paille qui n’a point de dos ; A chevalet de bois arrondi par le deffus, fur lequel eft étendue, fuivant fa longueur, Scie poil en-dehors, la peau fur laquelle il travaille.
- Fig. 2, le Tire-pied, c’eft une corde ou une courroie terminée par deux boucles : elle embrafle le bout du chevalet le plusprès de l’Arracheur, qui ayant palfé fes pieds dans les deux boucles, s’en fert pour aflujettir la peau.
- Fig. 3 , la Plane 9 efpece de couteau à deux tranchants, garni d’un manche de bois à chaque bout, & avec lequel l’Arracheur enlève le jarre.
- Fig. 4, Couteau de la Repaffeufe-. il eft emmanché avec du bois, & il eft allez femblable au tranchet d’un Cordonnier, hors qu’il eft tout droit, & qu’il eft garni de linge ou de peau, à l’endroit où le manche joint la lame.
- Fig. $ , la Repaffeufe, Ouvrière qui achevé d’arracher avec le couteau de la Fig. 4, le jarre qui eft aux bords de la peau, où la plane de l’Arracheur n’a pu atteindre.
- Fig. 6,1’Arracheufe, Ouvrière, qui avec un couteau femblable à celui de la Repaffeufe, arrache le jarre aux peaux, 8cc.
- Fig. 7, la Brojfe du Secréteur.
- Fig. 8, le Secréteur y Ouvrier qui paffe de l’eau fécondé avec la brolïe de la Fig. précédente, fur le poil des peaux de caftor dont on a enlevé le jarre, & fur celui des peaux de lapins, en tenant d’une main la peau afliijettie avec un bâton.
- Fig. $ y la Coupeufèy Ouvrière qui coupe le poil de caftor & de lapin après que le jarre eft ôté, & qui le trie à mefure pour en former des tas de différentes qualités.
- Fig. io, Couteau de la Coupeufèy efpece de cifèau emmanché avec du bois, 8c garni de linge un peu au-deffous du manche, pour empêcher qu’il ne blefle la main de l’Ouvriere.
- Fig. il y les deux mains de la Coupeufe defTinées plus en grand, afin de rendre fon aétion plus fenfible.
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- Fig. 12 , Violon , infiniment compofé de 16 cordes, dont on fe fert danse plusieurs fabriques au lieu de baguettes , pour battre les mélanges de poils ou de laines qu'on veut employer à faire des Chapeaux,
- A B y Bareau de bois auquel font attachées toutes les cordes à deux pouces de diftance les unes des autres,
- CDy deux Crochets de fer par le moyen defquels on arrête le bareau A B au bas de la muraille de l'attelier.
- E F, Pièce de bois courbe qui raffemble toutes les cordes dans un efpace de iy pouces.
- G , Manche de bois , long de 16 pouces, que l'Ouvrier prend à deux mains pour faire agir les cordes.
- Fig. 13 * le Violon mis en jeu fur un tas de poil.
- Fig. 14, le Car deux, Ouvrier qui peigne le poil ou la laine avec des cardes, & qui le mêle de maniéré qu'on ne peut plus diftinguer les différentes matières dont le mélange efl compofé.
- PLANCHE 11.
- La Vignette repréfente l'Attelier où Ton arçonne, & où l'on prépare les pièces qui doivent entrer dans la conftruétion d'un Chapeau ; il efl: divifé en trois cafés.
- Dans la première à gauche, on voit à découvert la claie qui efl fur l'établi; les balances avec lefquelles chaque Compagnon partage fon étoffe ; des ca-pades finies & pliées. L'Ouvrier qui a ceffé de travailler a détendu, comme cela fe pratique , la corde de fon arçon, avant de le mettre de côté.
- Le Compagnon de la fécondé café fait agir l'arçon, il vogue fon étoffe ; à fa droite efl le clayon qui lui fert à la ramafïer, à la preffer légèrement, 8c à régler le contour de la pièce qu'il a deffein de former.
- A la troifiéme café, l'Ouvrier marche la capade avec la carte, piece de parchemin femblable à celle qui efl attachée à la muraille fur la droite.
- Les Caflèttes qu'on apperçoit fous les établis, doivent fermer à clef; chaque Compagnon a la fienne pour renfermer l'étoffe ou l'ouvrage qu'on lui a confié.
- Fig. iy. Arçon, infiniment avec lequel on achevé de divifer, de raréfier, 8c de mêler la laine & le poil, quand ces matières ont été baguettées & cardées.
- AB, Perche de bois defapin, qui a environ huit pieds de longueur, 8c tout au plus deux pouces de diamètre.
- C le Bec de corbin ; c'eft un morceau de bois plat 8c chantourné, qui a environ 8 pouces de faillie, avec une rérïure en-deffus pour recevoir la corde à boyau. '
- D9 le Panneau; c'eft un bout de planche percé à jour, long de 14 pouces,
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- So A R T D U CHAPELIER.
- fur 8 de large; ayant fes deux petits côtés plus épais que lerefte.
- E F, le Cuiret, laniere de cuir de caftor, appliquée fur le petit côté du panneau, & foulevé d’une ligne par une lame de bois, qu’on nomme Chanterelle.
- GH, Tir ans qui retiennent le cuiret fur le petit côté du panneau.
- I K, petits Leviers qui fervent à bander les tirans, pour donner le ton à la chanterelle. - '
- L, L, L, Chevilles, qui fervent à recueillir & à bander la corde à boyau*
- M, Poignée, dans laquelle l’Ouvrier pafle fa main, pour faifir la perche, & manœuvrer l’arçon.
- Fig. 16, la Çoche ; c’eft une efpece de fufeau de bois dur, long de 8 pouces Sc terminé par deux boutons taillés un peu en champignon : c’eft avec cet instrument que la corde de l’arçon Te met en jeu.
- Fig. ij, l’Arçon en jeu: on voit comme il eft fufpendu par le milieu de la perche ; & comment l’Ouvrier en le maniant de la main gauche, agit avec la coche qu’il tient de la main droite, pour mettre la corde en vibration. «
- Fig. 18 , partie de la claie qui couvre chaque établi, deffinée en grand , pour en faire remarquer la ftruélure, & la figure des mailles.
- Fig. 19 , le Clayon, petite Claie d’ofier fin & écorcé, garnie d’une poignée au milieu ; l’Arçonneur s’en fert pour ramaffer fon étoffe, quand il l’a battue ou voguée, & pour la preffer légèrement avant de la marcher à la carte.
- Fig. 20, figure & proportions d’une Capade.
- A a, B b , les Ailes de la ‘Capade.
- A E B, l’Arrête de la Capade.
- A D ,B D, les Côtés de la Capade. ' f '
- D dl,' la Tête de la Capade.
- , Fig. 21, Coupe fuivant la longueur, du tas d'étoffe qui doit former la Capade.
- Fig. 22 , Coupe fuivant la largeur, du même tas d’étoffe.
- Fig. 23, la Capade marchée à la carte & pliée en deux, une aile fur l’autre.
- AGE, Arc de cercle, qui a fon centre en D, & fuivant lequel la capade doit être arrondie. 1
- Fig. 24, Capade pliée pour être portée au baftiffage : on fuppofe quelle étoit déjà pliée en deux, comme elle eft repréfentée par la Fig.^23.
- A 1, Ligne fur laquelle fe fait le premier pli. * r:‘
- GH, Ligne fur laquelle fe fait le fécond pli. *>x * v •'£
- * Fig. 2f , Plan de la pièce qui doit donner les deux Travers. ! f ;
- A E B, l’un des Travers. - - . ü
- Fig. 26, la Pièce des deux Travers, roulée fur elle-même de B en E F, & de C vers la même ligne Fig. 2 f.
- g h, Ligne fur laquelle on divife le double rouleau, pour avoir les deuxTra-yers C E B, C F B, Fig. 2 5.
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- FLANCHE III
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- ART DU CHAPELIER.
- 8 x
- PLANCHE 121.
- Dans la Vignette* ôn voit l’attelier du BaflifTage : comme ce travail fe faifoit autrefois fur une platine de métal chauffée par un réchaut qui étoit delîbus ; pour ne point s'écarter de cet ufage par un excès oppofé, on le fait encore pour les Chapeaux fins * dans un lieu où l'on entretient un certain dé-gré de chaleur* par le moyen d’un poîle, quand la faifon eft froide.
- L’Ouvrier qui eft à gauche marche les capades dans la feutriere avant de les âflembler; il en a un certain nombre fous fon établi,*& il les prend deux à deux. On voit à côté de lui le petit feau qui contient de l’eau* dont il fait de temps en temps une légère afperfion for fon ouvrage * avec un bouquet dé petit houx ou fragon, qui lui fert de goupillon.
- A droite eft un autre Ouvrier qui travaille un Chapeau dont les capades font affemblées.
- t/un & l'autre font tournés en face du jour.
- Fig. 27, Ouvrier qui marche les capades deux à deux dans la feutrieré * pour les mettre en état d’être affemblées.
- Fig. 28, la Feutriere renfermant deux capades; c'eft un îüorcéau de toile bife bien foupîe* d’une aune de large & de cinq quarts de long.
- C c, D d, grandeur de la Feutriere déployée* en foppofant CD un petî plus bas.
- A B * Ligne for laquelle on plie la Feutriere * pour renfermer les capades.
- G K* H1, Lignes for lefquelles on plie les deux angles de la Feutriere* pour les amener * en E & en F.
- Fig. 29, Flanche 2. première maniéré de plier* pour marcher les capades dans la Feutriere.
- Fig. 30, fécondé maniéré de plier, pour marcher les capades dans la Feutriere*
- Fig. 31* troifiéme maniéré de plier* pour marcher les capades dans la Feutriere.
- Fig. 32 * le Lambeaux c’eft un morceau de papier*épais & fort, mais fans roi-deur* que l'on met avec quelques foppléments de pareil papier, entre les capades que fon affemble, pour empêcher quelles ne s'attachent l'une à l'autre* à d’autres endroits qu’à ceux par lefquels on veut les joindre.
- Fig. 33* une Capade couverte du lambeau & de fes foppléments.
- a D * le Lambeau.
- b c * les Suppléments du lambeau.
- A B, AC; Côtés de la capade avant quils foient rabattus for le lambeau.
- aby a c9 Côtés de la capade * rabattus for le lambeau Sc for les foppléments*
- Fig. 34* maniéré d’appliquer les deux dernieres capades, lorfque les deux premières font aflemblées.
- Chapelier.
- X
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- ART DU CHAPELIER.
- efgy le Chapeau compofé de deux capades, & applati fur lui-même.
- EFG h, troifiéme ou quatrième capade appliquée fur le Chapeau applati.
- Ee, F/, G g, quantités dont la nouvelle capade déborde les côtés du Chapeau applati.
- f i, f k, f h, Scc. Lignes par lefquelles on fait paffer fùccefîivement le pli fe du Chapeau affemblé, pendant tout le travail du baftiffage ; ce qui s'appelle
- décroijer.
- Fig. 35, Ouvrier qui garantit le Chapeau au baftiflage, en mettant des morceaux d’Ejloupage aux endroits qui lui paroilfent foibles ; il les reconnoît en pinçant légèrement l'étoffe avec fes doigts, & en regardant le jour à travers l'épaifleur.
- Fig. 3 6, application de la dorure.
- L M N O, grandeur de chaque travers avant la réduétion.
- Imn o y Pun des travers réduit à la grandeur qu'il doit avoir.
- R Q y Ligne fur laquelle on doit faire venir le côté RO, en décroifànt, pour achever avec une bande de dorure, ce qui manque entre les deux travers.
- Fig. 37, maniéré de plier le baftiflage pour le porter à la foule.
- A B y Ligne fur laquelle fe fait le premier pli.
- E F y Ligne fiir laquelle fe fait le fécond pli, pour amener D en c.
- EGyFHy Lignes fur lefquelles on plie les deux ailes, pour les porter Tune vers l'autre.
- 1K y Ligne fur laquelle fe fait le dernier pli.
- Fig. 38, Planche 2. le Baflijfage entièrement plié, & prêt à être foulé.
- PLANCHE IV.
- D a n s le haut de la Planche, on voit tout l'appareil de la foule : deux Ouvriers qui travaillent l'un en face, l'autre de côté, ont autour d’eux les outils dont ils ont coôtume de faire ufage dans cet atteiier.
- Sur la droite, on voit utfe étuve qui reçoit la chaleur du fourneau de la foule, & dans laquelle on|kfeit fécher les Chapeaux, quand ils font finis de fouler. •
- Fig. 39, la Chaudière de la foule; c'eft un vaiffeau de cuivre rouge, qui a environ 4 pieds de long, fur 14 pouces de large par en-haut ; il a 15 à 16 pouces de profondeur, & les parois de fes quatre côtés vont en fe rapprochant vers le fond.
- Fig. 40, Plan de l'étuve 8c du fourneau de la foule.
- AB C, le Fourneau qui eft bâti en briques ou en tuileau, mis de chant.
- A y 1 Entrée du fourneau.
- .a ayb byc c yd dy Barres de fer quarrées, fur lefquelles on pofe le bois, pour chauffer le fourneau.
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- ART DU CHAPELIER. 83
- ef, le Fond de la chaudière qui doit fe trouver fept pouces au-deflus des barres de fer, qui fervent de chenets.
- D E F G> Mâçonnerie dont le fourneau eft revêtu*
- O, l’Entrée de l’étuve.
- A M N O, les Parois de Pétuve , avec leur épaifleur.
- Fig. 41 > Coupe de la foule fuivant fa longueur.
- efg h Chaudière.
- K, L, Boutons qui retiennent le roulet, quand l’Ouvrier ne s’en fert pas*
- P, Canal de communication, du fourneau à Pétuve ; il fè nomme la Ventoufe.
- Q R, Tuyau par où fort la fumée, qui vient du fourneau dans Pétuve.
- m n, Couülïè dans laquelle on fait glifler la tuile, pour retenir la chaleur , quand il n’y a plus de fumée à fortir.
- 11, Chevillettes de fer, attachées aux parois de Pétuve , & auxquelles on accroche les formes qui portent les Chapeaux.
- Fig. 42 , Coupe de la foule, fuivant fa largeur.
- efg h, la Chaudière, dont le rebord g Æ,eftpris&arrêté dans la mâçonnerie*
- HI, L M, les deux Bancs de la foule.
- KL,kl> Boutons qui retiennent le roulet, quand l’Ouvrier le quitte.
- Fig. 43 , Outils dont le compagnon Chapelier fe fert à la foule.
- A, le Roulet, c’eft un morceau de bois tourné, qui a 18 à 20 pouces de long* fur 12 à 14 lignes de diamètre ; le milieu eft un peu plus gros que le refte.
- R, la Jatte; febille ou écuelle de bois, qui.peut contenir environ une pinte de liqueur.
- C, la Brojfe ; elle eft de poil de fanglier, & reflemble à celles dont on fe fert pour frotter les parquets des appartements.
- D> le Choc, plaque de laiton un peu courbe fur fa longueur, dont l’Ouvrier fe fert pour frapper la corde autour du Chapeau quand il eft fur la forme, & pour la faire defcendre. *
- E, la Pièce y autre plaque de laiton, droite, & qui a le bord E aminci ; cet outil fert à égoûter le Chapeau, c’eft-à-dire, à en faire fortir Peau & la lie, qui y entrent à la foule*
- F, Pince, avec laquelle l’Ouvrier enlève les ordures, ou corps étrangers qu’il apperçoit à la fuperficie du Chapeau, à mefure qu’il le travaille.
- Fig. 44 , Baflijfage applati fur lui-même ; c’eft-à-dire, un Chapeau, lorfque les capades viennent d’être aflemblées, & qu’on l’applatit fur une table.
- A, la Tête du baftiflàge; c’eft cette partie qui fera le milieu de la tête du Chapeau, quand il fera achevé.
- BCDy P Arête : on nomme ainfl l’extrémité du bord d’un Chapeau.
- E F G, le Lien : c’eft l’endroit où 1q bord joindra la tête du Chapeau quand il fera dreifé : c’eft-là où doit être la plus grande épaifleur; le baftiflàge va en s’aminci flànt depuis la ligne E F G, jufqu’à la tête A d’une part; & de l’autre, jufqu’à Parête B C D.
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- 84 ART DU CHAPELIER*
- Fig. > Baftiflage foulé en tête; c’eft~à~dire , lorfqu'on le roule en partant du point A pour aller en E & en jB.
- Fig. 46, Baftiflage foulé en lien ; lorfqu'on le roule en portant le côté A B, vers AD) ou celui-ci vers l'autre.
- Fig. 47, Baftiflage foulé en arête ; c’eft lorfqu on le foule en roulant lur la ligne B CD) ou qu' on fait aller de même, la partie D vers C & vers B.
- Fig. 48, Baftiflage que Ton commence à fouler, ed æ , défigne comment on plie la tête.
- B b , fait voir de quelle maniéré on plie l'arête.
- Cc)D d) montrent comment on plie les ailes.
- Fig. 49 , Baftiflage que l'on garantit à la foule > & auquel on applique les pointus, qui font la dorure de la tête.
- A B) maniéré d'ouvrir le baftiflage, Sc de replier fon bord* pour tâter Sc examiner les endroits qui ont befoin d’être garantis, c'eft-à-dire , garnis de quelques pièces d'étoupage.
- C D E, Pointus , c eft-à-dire, une petite capade fort mince de caftor, que l'on applique, pour dorer la tête du Chapeau. •
- Fig. 50, Baftiflage prefque achevé de fouler, Sc tel qu'il eft, lorfque le Compagnon examine s'il eft rentré fuffifamment, Sc fi le bord Sc la tête font réduits à la grandeur qui leur convient.
- F hl ni) partie deftinée à faire la tête du Chapeau, Sc fur laquelle le Compagnon applique la bafe de la forme pour voir fi cette partie eft aflez réduite.
- IG m H) partie deftinée à faire le bord du Chapeau, & dont le Compagnon doit mefurer la largeur aux endroits / G,IKym H,pour voir fi elle eft égale par tout. Fig. 51, Chapeau en Cloche 9 comparé au Chapeau drefle,.
- ABC) le Chapeau en Cloche; c'eft lorfqu'il eft achevé de fouler, qu'on l'ouvre , Sc qu'on le pôle debout lur fon bord.
- f g b c, le Chapeau, quand il eft drejfé, c'eft-à-dire, quand la tête eft moulée fur une forme, & que le bord eft rangé dans un plan, qui pafle par la bafe de la forme , ou de la tête.
- Fig. 52, le Chapeau en Coquille ; c'eft la figure qu'on lui fait prendre pour le drefler.
- Fig. 53, Coupe diamétrale du Chapeau en coquille; pour faire entendre pomment on forme les plis circulaires, qui le mettent dans cet état. lk) l'Arête relevée.
- m m, premier Pii, la pointe du Chapeau étant apportée d9u en 0. p p ) fécond Pli, la pointe étant portée d'0 en n. q qy troifiéme Pli, la pointe étant rapportée d’n en r. tt) quatrième Pli, la pointe étant portée d'r en s.
- Fig. 54, la forme fur laquelle on moule la tête du Chapeau ; c'eft un morceau de bois d’orme, pris fuivant fon fil, arrondi au tour fous une figure prefque
- cylindrique ;
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- ART DU CHAPELIER. 85
- cylindrique ; un peu plus menu cependant par le haut que par la baie ; il à en-; viron 4 pouces de haut , fur 6 à 7 pouces de diamètre, au plus gros*
- Fig. 55 3 Chapeau dreffé, dont le bord n’eft point encore abattu.
- PLANCHE V.
- On voit dans la Vignette, les différentes opérations du Teinturier.
- A gauche eft la Chaudière qui contient le bain, ou la teinture préparée, avec les Chapeaux quon y a plongés ; deux Ouvriers les retirent un à un? & les pofent fur le bord de la chaudière ; un troifiéme les enlève à mefure > 8c les place fur des tablettes pour leur faire prendre l’évent.
- A droite eft la Foule du dégorgeage, où l’on voit un Ouvrier qui égoûte un Chapeau avec la pièce : il a derrière lui fur une planche, des formes à choi-fir : à côté de lui, eft le billot fur lequel il frappe les formes pour les faire entrer dans les Chapeaux qu’il affortit ; & devant lui fur le bureau, eft la brofte dont il fe fert pour frotter les Chapeaux.
- Au-deffous de cette Foule, on voit un puits 8c un grand cuvier, dans lequel fe fait le lavage des Chapeaux, après qu’ils ont été tirés de la teinture; le Laveur a auprès de lui une claie, ou un parquet formé de plufleurs planches , fur lefquelles il étend fes Chapeaux à mefixre qu’il achevé de les laver.
- Fig. 56, l’Avaloir ; c’eft l’inftrument avec lequel on prefle la corde qui lie le Chapeau fur fa forme ; le bout a une rénure dans laquelle on engage la corde, afin quelle ne puiffe point échapper, 8c l’Ouvrier le prenant par le manche qui eft gros 8c court, appuie fon pouce fur une efpece d’oreille pratiquée au haut de l’inftrument.
- Fig. 57,Coupe diamétrale delà chaudière du Teinturier, montée fur fon fourneau.
- A B C, le Fourneau bâti en briques ou en tuileaux, 8c dont l’entrée eft dé-lignée par la lettre A.
- DEF G 9 la Cuve, ou chaudière, formée de plulieurs plaques de cuivre rouge.'
- HIKL,MNOP, Maçonnerie dont la chaudière & le fourneau font revêtus.
- Q, jR, 5, T, les Jantes, ou pièces de bois, qui forment enfemble un cercle fur lequel eft arrêté avec des clous, le bord plat de la chaudière.
- X, le Tuyau de la ventoufe, qui porte au dehors la fumée du fourneau.
- y y, Gouliffe qui reçoit la tuile, quand on veut fermer la ventoufe.
- Kl N O, Banquette qui règne autour de la chaudière, pour mettre les Ouvriers à portée de travailler commodément. * ’
- Fig. 58, maniéré de retrouffer 8c d’arranger les Chapeaux fur les tablettes, pour leur donner l’évent.
- Fig. 59, le double fourneau de l’Apprêteur, repréfenté à droite en entier, 8c à gauche, par fa coupe de haut en bas.
- ~ A Fourneau couvert de la plaque de fer, de fà toile mouillée, 8c d’un Chapeau qui reçoit la buée.
- Chapelier.
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- 86 ART DU CHAPELIER.
- By Fourneau coupé diamétralement, pour laiflèr voir la grille du fond.
- Au milieu, entre les deux fourneaux, eft une petite marmite qui contient l’eau, & le bouquet de fragon, dont l’Apprêteur fe fert pour mouiller la toile. Fig. 60, (Planche VI}. l’Apprêteur.
- Fig. 61, Bloc ou petite table percée à jour au milieu, pour recevoir la tête d'un Chapeau qu’on apprête de bord*
- Fig. 62 y Broffe de l’Apprêteur.
- Fig. 63 , Chapeau nouvellement apprêté, faifi avec une fourche de bois, pour être accroché aux chevilles.
- Fig. 64, Fer à repaffer de l’Approprieur.
- Fig. 65, deux fers à repaffer, fur le réchaud long de l’Approprieur.
- Fig. 66 y Pince de i’Ejarreufe, c’eft-à-dire, de l’Ouvriere qui ôte le. poil greffier qui fe montre à la furface du feutre, quand le Chapeau eft fini d’apprêter.
- P L A N C H E VI.
- La Vignette repréfente la boutique du Chapelier : à gauche on voit un Ouvrier qui applique l’apprêt au Chapeau ; devant lui eft la marmitte qui contient cette efpece de colle toute fondue, Sc entretenue chaude par un réchaud plein de feu, fur lequel elle eft pofée 2 il travaille for un bloc, & il a à côté de lui une table avec des formes.
- A droite dans la même Vignette, on voit une Ouvrière qui garnit un Chapeauj & un Cavalier qui en effaye un devant le miroir ; de tous côtés font des Cha-* peaux en piles, ou accrochés à des clous, les uns tout-à-fait finis, les autres, prêts à être garnis.
- Fig. 6j, pièce de Treillis, propre à faire des coëffes de Chapeaux. a b c y partie que l’on retranche avant que de tailler des tours de coëffes. a c d ey d ef g, Bandes à tailler de biais, pour faire des tours de coëffes. h i kl, mhnk y Bandes à tailler en travers de la toile, pour faire des fonds de coëffes. '
- 0 p qr y 0 p kl, deux Carrés dont-chacun fait deux fonds de coëffe ; parce que la toile eft double. x
- h i qr y Demi-carré qui fait un fond de coëffe, parce que la toile eft pliée en deux fizr la ligne h i.
- Fig. 68, Chapeau retrouffê à trois cornes égales.
- < Fig. 6ÿ, Attache compofée d’une double ganfe, d’un clavier & d’une porte. Fig. 70, une double Ganfo avec le bouton.
- Fig. 71, Chapeau retrouifé à l’Angloife. a b y c d, Ganfe qui attache le bord à la tête du Chapeau.
- Fig. 72, Chapeau à grand bord, retrouffé, avec une des trois cornes courte & relevée.
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- ART. DU CHAPELIER. 87
- Fig. 73, Chapeau à petit bord, avec la corne de devant fojrt large : & un bourdaloue à rofette.
- Fig. 74, Chapeau en cabriolet*
- Fig. 7y , Bonnet à l’Angloife.
- Fig. j6y maniéré de découper le bord du Chapeau en cabriolet.
- Fig.77, maniéré d’échancrer le bord pourrétroufifer leBonnet âTAngloife.
- Fig. 78, Bonnet de polie.
- a b de, Contour des capades avec lefquelles on fabrique le Bonnet de polie.
- Fig. 79 , Calotte à oreilles.
- Fig. 80, Pelotte couverte de pluche, pour luftrer les Chapeaux*
- Fig. 81, Compas du Chapelier.
- A B y Tuyau de cuivre, qui porte une divilîon avec laquelle on prend la melùre du bord d’un Chapeau*
- C D, Tige qui glilïe avec frottement, dans la pièce A B, & qui porte la divilion, avec laquelle on mefure le diamètre de la tête du Chapeau.
- Fig. 8%, ( Flanche V. ) Foule de dégorgeage. Voyez ce qui an a été dit touchant la Vignette de cette Planche, pag.
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- A R T D V CHAPELIER.
- g XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXI
- SUPPLEMENT
- CONCERNANT
- L'HISTOIRE D E LA CHAPE LE RIE.
- h’ usage des Chapeaux en France ne remonte point au-delà de trois fiécles : Charles VII ayant repris Rouen entra dans cette ville, coëffé d’un Chapeau ; voilà le premier dont l’hiftoire faffe mention. Si notre nation a toujours aimé les nouveautés comme elle les aime aujourd’hui* on doit croire que cet exemple a été promptement luivi. Le Chaperon qui étoit alors la coëffure commune des François fut abandonné par tous les particuliers* qui n’étant affujettis à au-cun uniforme * fe trouvèrent libres de fe coëffer à la nouvelle mode ; les Ec-cléfiaftiques * les Religieux* les gens de loi 8c les fuppôts de l’UniverCté * le gardèrent plus long-temps : nous le reconnoillons encore ( quoiqu’il ait bien changé de forme) dans le Capuchon, dans le Camail, & même dans le Bonnet carré Sc la Chauffe des Doéleurs : car le Chaperon dans ces temps-là* cou-vroit la tête & flottoit du relie fur les épaules. On a commencé par féparer ces deux parties ; on s’ell couvert la tête d’un bonnet* auquel on a fait quatre pinces par en-haut pour le prendre commodément; & l’on a ramaffé la partie flottante fur une feule épaule, le tout étant compofé * comme auparavant, de quelque étoffe, qui eft devenue une marque diftin£tive par fa qualité ou par fà couleur.
- Indépendamment des attraits de la nouveauté * on fut porté par des motifs raifonnables, à préférer le Chapeau au Chaperon ; aucune étoffe ourdie n’eft capable comme le feutre de rélifter à l’eau & à l’ardeur du loleil; & ce grand bord qu’on peut abattre devient au befoin * une elpece de parapluie qui vaut toujours mieux qu’un collet ou une rotonde de drap ou de camelot.
- U ne faut pas croire cependant que les Chapeaux ayent été d’abord tels qu’ils font aujourd’hui* ni pour la couleur, ni pour la forme. Il y a encore des provinces en France où les gens de la campagne en portent* qui n’ont jamais été teints : & nous voyons par les habillements des Aéleurs comiques * qui empruntent le ridicule des ulages furanés* que nos peres ont porté des Chapeaux, qui différoientbeaucoup des nôtres, tant par la tête que parle bord. Les Chapeliers ont été obligésplus d’une fois de renouveller 8c de changer les formes fur lefquelles ils moulent les Chapeaux ; on vouloit d’abord que le deffus de la tête
- fût
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- ART DU CHAPELIER. 89
- fat convexe ; après cela on a mieux aimé qu’il fût tout-à-fait applati. Àiijour*' d’hui l’on veut bien qu’il foit plat , mais on demande que l’angle foit arrondi à l’endroit où il joint le tout de la tête, & tandis quon le fait ainfi pour nous le Prêtre Efpagnol exige que cet angle, au lieu d’être arrondi, foit au contraire très-vif, & que le tour de la tête, au lieu d’être cylindrique, foit creux du milieu. Quels changements n’a point éprouvés le bord du Chapeau depuis quel* ques années feulement ? Tel qui avoit acheté un Chapeau à la mode, de fix pouces de bord, na pas pul’ufer qu’il n’en fîtfupprimer le tiers ou la moitié pour être coëffé comme le plus grand nombre.
- Comme les nouvelles inventions ne fe préfentent point d’abord avec toute la perfeétion dont elles font fufceptibles, je croirôis volontiers que les premiers Chapeaux feutrés, n’ont été au commencement, que des bonnets pointus dont on relevoit le bord tout autour. Si ma conjecture eft jufte, le Chapeau étoic fini lorfqu’il étoit en cloche ; c’eft-à-dire, lorfqu’il étoit foulé jufqu’au terme où on le prend pour le dreffer. On aura imaginé enfuite d’abattre le bord dans le plan qui pafle par la bafe de la tête pour mettre les épaules à couvert, fauf à le tenir relevé avec des attaches, dans le beau temps, ou pour la jeuneffe : & puis cette pointe fuperflue & incommode, qui furmontoit la tête, aura été tronquée de plus en plus, à mefiire que l’on aura trouvé les moyens de la rabaif-fer en l’élargi {Tant.
- Avant l’ufage du caftor & des autres poils fins, les Chapeaux étoient fi gfofi* fiers, que les gens du bon air les faifoient couvrir de velours, de taffetas, ou de quelquJ autre étoffe de foie ; on ne les portoit nuds que par œconomie, ou pour aller à la pluie.
- Quelque progrès qu’ait pû faire l’ufàge des Chapeaux en France, il fe paflà un temps allez confidérable, avant que les Chapeliers fiffent corps entr’eux, 8c que leur Art fût affujéti à des Réglemens. Ce fut Henri III qui leur donna les premiers, en 1578. Ils en obtinrent la confirmation d’Henri IV au mois de Juin 1594, & de Louis XIII, avec quelques changements au mois de Mars 1612. Enfin, ces mêmes Reglements furent rédigés de nouveau en 38 articles, & autorifés fous le règne de Louis XIV. par Lettres-Patentes du mois de Mars i6y8. Je me difpenferai de les rapporter ici en entier, parce qu’ils font imprimés avec d’autres pièces concernant la Communauté des Maîtres Chapeliers, dans un petit volume qu’on peut aifément fe procurer (a). J’ob* ferverai feulement que parmi ces 38 articles, il y en a quelques-uns dont les progrès de l’Art, & les circonftances du temps ont comme affranchi les Chapeliers , & que perfonne d’entr’eux n’obferve plus. Tel eft, par exemple, le Ve, qui ordonne pour chef-d’œuvre, un Chapeau d’une livre de mere-laine
- (a) Articles, Statuts, Ordonnances & Réglements des Gardes-jurés, anciens Bacheliers & Maîtres de la Communauté des Chapeliers de la ville, fauxbourgs, banlieue, Prévôté & Vicomté de Paris.
- Chapelier.
- Z
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- 9o ART DU CHAPELIER.
- cardée, teint & garni de velours; un Afpirant, qui ne feroit capable que d'un tel ouvrage (qui d'ailleurs n eft plus d'ufage) ne mériteroit pas aujourd'hui quon le reçût Maître. Tel eft encore l'article XXIIIe, qui défend de faire aucun Chapeau, dit cajlor, qui ne Joit de pur cajlor. Cette marchandife eft devenue fi peu commune &fichere, qu’on ne fait plus de tels Chapeaux, que pour ceux qui les commandent expreffément ; & l'on ne laîfîe pas que de nommer cajlor s, ceux où l'on fait entrer quelque partie d'autres poils.
- Suivant le Xe article defdits Réglements, la Communauté des Maîtres Chapeliers de Paris, eft régie par un grand Garde, & trois Jure'sy dont l'élection fe fait à la pluralité des voix, tous les deux ans, le Septembre, par-devant le Procureur du Roi au Châtelet , avec preftation de ferment de leur part. On choifit toujours le grand Garde parmi les anciens Jurés, & les trois autres doivent avoir chacun xo ans de Maîtrife au moins. Les fonétions de ces quatre Officiers font, de veiller à l'exécution des Réglements, d'af-fifter aux chefs-d'œuvre ; de faire les vifites chez les autres Maîtres, pour prévenir Sc empêcher toutes contraventions, & généralement de faire en juftice Sc ailleurs toutes les démarches qu'exigent les intérêts de la Communauté : afin qu'ils puiffient y donner le temps néceflaire, ils font exempts, pendant les deux années d'exercice, de toutes commiffions de ville Sc de juftice, tant ordinaires qu'extraordinaires.
- L'apprentiiTage eft de cinq ans, après lefquels il faut encore avoir travaillé pendant quatre années chez les Maîtres en qualité de Compagnon, pour être admis à la Maîtrife. Les fils de Maîtres y font reçus gratuitement, Sc font dif-penfés de tout chef-d'œuvre : les Apprentis de ville qui époiifent des veuves, ou des filles de Maîtres, ne payent que le tiers des droits, c’eft-à-dire, une fomme de 200. liv. ou à peu-près. Les veuves jouifïènt des privilèges de la Communauté, pendant leur veuvage feulement, à moins qu'elles n'épou-fent en fécondés nôces des Maîtres Chapeliers.
- Autrefois les Compagnons Chapeliers avoient une Confrairie, qui leur don-noit lieu de s’affembler à certains jours marqués dans l’année, & par extraordinaire, lorfqu'ils avoient à délibérer entr'eux : les Maîtres ont prétendu qu’ils en abufoient, pour leur faire la loi, tant fur le prix des ouvrages, que fur le choix & l'emploi des Ouvriers, & ils en ont porté leurs plaintes. Par une Déclaration du Roi donnée en 1704, il fut expreffément défendu aux Compagnons Chapeliers de faire aucune affemblée en quelque endroit que ce fût, fous prétexte de Confrairie ou autrement : Sc par des Lettres-Patentes fur Arrêt du 2 Janvier 1749 > la même défenfe leur fut réitérée, avec celle de quitter fans congé les Maîtres chez qui ils travaillent, Sc avant d’avoir achevé les ouvrages commencés ; de cabaler entr'eux pour fe placer les uns les autres chez tels ou tels Maîtres, ou pour en fortir : d'empêcher de quelque maniéré
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- ART DU CHAPELIER. n que ce Toit lefditsMaîtres de choifir eux-mêmes leurs Ouvriers* foit François* foie Etrangers, fous peine de cent livres d'amendé.
- Voilà, je crois , ce qu’il y a de plus intéreffant dans l'hîftoire de la Chapellerie : ce Supplément avec ce que j'en ai dit par occafion dans différents endroits de cet ouvrage, foffira pour le plus grand nombre des Leéteurs qui feront peut-être plus curieux de connoître l'Art tel qu'il eft aujourd'hui, que d'apprendre de point en point, comment il eft parvenu à fà perfeélion * & comment il s'y maintient.
- ADDITION pour la page 61. immédiatement avant l'article qui commence par ces mots : C’eft le même Ouvrier qui apprête, &c.
- J'Ai dit précédemment qu’on peut Fabriquer, avec un tiers de foie 8c deux tiers de poil, & même avec moitié foie 8c moitié poil fécrété, des Chapeaux qui s'arçonnent, fe baftiiTent, fe foulent, 8c fe fîniffent comme ceux de pur poil; je puis ajoûter qu'ils vont bien à la teinture, parce que je les y ai fuivis, & mis à l'épreuve enfuite ; mais je dirai avec la même impartialité, qu'ils ne réufïïffent pas auffibien aux apprêts ordinaires : ils les reçoivent avec la même facilité, & les gardent de même ; mais s’ils font mouillés enfuite par la pluie ou autrement, ils deviennent fort durs, & ont peine à reprendre de la fou-pleffe : c’eft un défaut qui ne me paroît pas fans remede ; c’eft au Chapelier intelligent à étudier quelque compofition d'apprêt plus convenable à cette étoffe, & à n’en faire entrer dans le Chapeau, que la quantité néceffaire pour le contenir.
- F I N.
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- 92 ART DU CHAPELIER.
- TERMES USITÉS DANS LACHAPELERIE*
- Avec des renvois aux endroits de cet Ouvrage
- & expliqués.
- A
- Abattu e le bord du Chapeau à la foule.
- page 47.
- ... » *..... en appropriant. 61.
- Agnelins d’Hambourg. 4.
- Ailes de Capade. 27.
- Apprêt des Chapeaux neufs. 53. SC fuiv.
- — . ------ noirs, ibid.
- .................... blancs. 3p.
- » - ....... —— vieux. 71.
- Apprêter. 5*8.
- ------de bord. 60,
- — ---— de tête. ibid.
- Appreteur. 58. Planche C. Fig* do. Approprier. 61.
- Approprieur. ibid.
- Arranger le Chapeau à la foule. 42.
- Arçon , infiniment. 24. PL z. Fig. l Arçonner. 29. SC fuiv.
- ArçONNEUR. ibid. PL 2. Fig. IJ.
- Arete, en parlant de poils. 7.
- -. en parlant d’une capade. 27;
- —:------ en parlant d’un Chapeau fait. 41. 4p.
- 60. &C.
- Arracher le poil aux peaux de caflor. 11.
- »" .....— aux peaux de lievre 13.
- Arracheur, ii .PL 1. Fig. 1. Arracheuse. 13. PL 1. Fig. C.
- Arrondir l’arête d’une capade. 28. PL 2. Fig. 23.
- Assortir les Chapeaux avant la teinture. 31. Attacher la coëffe aux Chapeaux. 64.PL (T, dans la Vignette.
- Avaloir; inflr. 52. PL 3. Fig. 3C.
- B
- Baguetter l’étoffe des Chapeaux. 21.
- Bain de la teinture. $3. 37.
- Bancs de la foule. 37. PL 4. HI, L M. Fig.4 z.
- Bassins de l’apprêt. $9,
- Bastir le Chapeau. 30. toute laPlanche 3.
- — -- au baffin. ibid.
- —» à la foule. 3 7.
- Bastissage , Chapeau préparé pour la foule.
- 3 5. PL z. Fig. 38.
- Battre à l’arçon. 26.
- Bec de Corbin; partie de l’arçon. 24. PL 2. C. Fig. 1$.
- Billot ; dépendance de l’attelier de la tein-ture. 32.
- Bloc de l’Appréteur. 3p. PL 3. Fig. Cl. Bois d’Inde pour la teinture. 33.
- Bonnet à l’Angloife. 6j. PL C. Fig. 7$• —-— de pofte ou en bateau, ibid* Fig. J 8. Bourdaloue. 69.
- Bourgeon dans l’étoffe que l’on carde. 22. Boutique du Chapelier. 63. PL. C. toute la Vignette.
- Boutons aux bancs de la foule. 37. PL 4.
- K9 L , Fig. 41.
- Briser en cardant. 22.
- Brosse appartenant à la foule. 37• PL 4. C. Fig. 43.
- ——- pour appliquer l’apprêt. ,60. PL 3*
- Fig. Cz.
- ........ dont on fe fert après la buée, ibid.
- ------rude de l’Approprieur, 61.
- . à luflrer. ibid.
- Brosser la teinture. 37.
- Bue’e de l’apprêt. 3p. ^
- Bureau , partie de la foule. 37.'
- C
- Calotte , ( mettre une. ) 20.
- ------— à oreilles. 68. PL 6. Fig. 7p.
- Capades * maniéré de les préparer. 24. toute la PL 2.
- Carde ; inflr. pour peigner la laine êc le poil. 22.
- ----(tour de, & trait de) ibid.
- Carder, ibid.
- CardEUR. ibid. PL I. Fig. 14;
- Carmeline ; ( laine de ). 4. 74.
- Carmenie; (laine de ). ibid.
- Carrelet, ou petite carde. 13. 36. 60. 71. Carte ; inflr. 27. PL 2. dans la Vignette à droite.
- Castor ; animal. 7.
- -------(poil de). 7.
- -------- gras. p. 74.
- ----fec ou veule. ibid.
- ------— de Mofcovie. 7.
- Castors ; Chapeaux. 18.
- Chameau, (poil de). 7.
- Chanterelle , partie de l’arçon. 24. PL 2.
- EF, Flg- IS-Chapeau commun. 18.
- -------- en cabriolet. 67. PL 6. Fig. 74.
- ------- feutré. 1.
- Chaude; (donnerla). 34.
- Chaudière de la foule. 36. PL 4. Fig. 39:
- ---------— delà teinture. 32. PL 3. Fig. 37.
- ——«— du dégorgeage. ibid.
- de l’apprêt. 38. PL 6. dans la Vignette a gauche.
- Chevalet de l’Arracheur. n.Pl.i .A. Fig. 1.
- Chevillettes
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- n
- ART DU C
- Chevillettes dans les étuves. 48; PL 4* 119 ôcc. Fig. 41.
- Chevrons ; poil. &
- Chiquettes. i 1.
- Choc; inftr. de la foule. 37. 47. PL 4. D. Fig- 43-
- Claie fur l’établi de l’Arçonneur. 24. PL 2. Fig. 18.
- Clayon ; outil de l’Arçonneur. ibid. Fig. 19. Cloche ; ( mettre le Chapeau en ). 4;. Coeffe de Chapeau , en treillis ôc en fatin. 64. PL 6. Fig. 67.
- Coquille ,*( mettre le Chapeau en). 45*.
- P/. 4. p & 5*3.
- Couper en baguettant. 21.
- «— le caftor & le lapin. 11.
- Couperose. 54.
- Coupeusè. 16. PL 1. Fig. 9.
- Couteau de la Coupeufe. ibid. Fig. 10.
- •----delà Repaffeufe. 12. ibid. Fig. 4.
- Crin ; (cordon de). 6$.
- ~ ( toile de ) 44.
- CuireTj partie de l’arçon. 24. PL 2. Fig. 1 y.
- D
- Dauphin , Chapeau. 18.
- De’bourer à la ponce. 48.
- De’croiser à la foule. 4t.
- — ------au baftiflage. 33. PL 3. Fig. 34.
- D’egorgeage des Chapeaux, y 1. 71. PL y.
- dans la Vignette à droite.
- De’gorger après la teinture. Ibid.
- Demi-castor , Chapeau. 18.
- Dorure. 19. 28. PL 3. Fig. 36. & PL 4, Fig. 4y).
- Dossiers fur l’établi de l’Arçonneur. zy. P h ' 2..Fig. i7.
- Dresser à la foule. 40. PL 4. Fig. yo. yi; y2. y3. y4& yy.
- ~ à l’Appropriage. 61.
- E
- Eau fécondé pour fecréter. 14.
- Ebarber les peaux de lievre. 13*
- Ébôurrer le Chapeau à la foule. 42* Effacer en baguettant. 21.
- --—— les plis au baftiflage. 33*
- ---------a la foule. 47.
- Egouter avec la pièce. 4y, PL y, dans la Vignette à droite.
- Éjarrer. 63.
- Êjarreuse. ibid.
- Épluchage, ti*
- Éplucher, ibid.
- Estamper avec la pièce. 48.
- Étoupage , (pièce d’). 28.
- Étuve pour fécher les peaux fecrétées. iy.
- ------- de la foule. 37. PL 4. Fig. 41.
- — --du Teinturier, y 6.
- -----pour les Chapeaux apprêtés. 61.
- Évent; ( donner 1’). y y, PI. y. Fig. y 8, Chapelier*
- Il A P È L I E R.
- F
- Fer à repaffer de l’Approprieur. 6uPL yi Fig. 64 SC 6y.
- Feutrante, (qualité.) 3.
- Feutre, étoffe du Chapeau, ibid. Fêutriere , fon ufage. 30. PL 3. Fig. 28* Flamber le Chapeau. 4;.
- Fond de coëffe. 64. PL 6. k l 0 p. Fig. 6j'. Forme , fur laquelle fe moule la tête du Cha* peau. 47. PL 4. Fig. 34.
- Foule, (appareil de la) 36. SC fuiv. PL 4, Fig. 40. 41 ôc 42.
- — de dégorgeagé; yi. PL y. dans la Vignette à droite.
- Fouler le Chapeau , ( maniéré de ). 3$
- SC fuiv.
- —- .. à la main. 41.
- ——... au roulet. 42. PL 4. Fig. 41 & 42-,
- *———. en arrête. 41. PL 4. Fig. 47.
- ......en lien. ibid. Fig. 40.
- —— en tête. ibid. Fig. 4y.
- Fourgon, inftr. de la foule. 39.
- Fourneau de la foule. 3 6. PL 4 Fig. 40*
- 4ï.4^.
- .. « de l’Apprêteur. y 9. PL y. Fig. y p*
- ———- du Teinturier, y3. ibid. A B C± Fig. j7.
- Fourneaux des étuves. ly. $6.
- Fragon , ( bouquet de). 31. y9.
- G
- Garantir au bafllft. 34.’
- — à la foule. 40* -
- — -à l’apprêt, y p.
- Garnir les Chapeaux. 64.
- GaRnissEUR. ibid. PL 6. dans îa Vignette
- à droite.
- GoMxME d’Arabie, y 8.
- *-----de pays, y3.
- Griser , en parlant d’un Chapeau dont la teinture fe paffei 70;
- I
- Jantes de la chaudière du Teinturier, yy* F4 y. Ç, R, S, T. Fig. si-Jarre , poil groftier des peaux, i t.
- Jatte , inftr. de la foule. 3 7. PL 4. B. Fig. 4 j.
- L
- Laine d’Autriche. $.
- * de France. 3.
- Lambeau au baftiflage. 32.
- Lapin , ( poil de ). 6.
- Lavage des laines. 10.
- — des Chapeaux après la teinture, y y. Laveur, ibid. PL y. au bas de la Vignette à droite.
- Lievre , ( poil de ). 6.
- Lustrer en appropriant. 6i.
- A a
- \
- (
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- 5?4
- À RT DU CHAPELIER.
- M
- Magasin du Chapelier. 68;
- Maniques , inftr. de la foule. 37.
- Marcher à la carte. 27. PL 2. dans la Vignette à droite•
- ...— à la feutriere. 31 .PL 3. Fig. 27.
- 28* 2p. 30. 31.
- Mathieu * montre une nouvelle maniéré de fecréter les peaux. 14.
- Me’langes , ou comportions d’étoffes pour les Chapeaux. 20.
- N
- Noix de galles. 54.
- O
- Ouvrir le poil du Chapeau. 41.
- Ouvrir, (s’) en parlant d’un Chapeau qu’on commence à fouler. 40.
- P
- Panneau ; partie de l’arçon. 24. PL 2. £>.
- Fig. iy.
- Pelotage. 63.
- Pelote à polir les Chapeaux. 67.
- Perche, partie de l’arçon. 24. PL 2. A. £. Fig. 15.
- Piece, (la) ; inftr. 37. 47. PL 4. E. Fig. 43. Pince de la foule. 37. PL 4. F, Fig. 43.
- .... de l’Éjarreufe. 63. PL f. 66.
- Plier la capade. 28. PL 2. Fig. 24.
- —— le baftiffage. 3f. P/. 3. Fig. 3 7. ôc JY. 2. Fig* 3$.
- Plumet ,. ( Chapeau à). 2p.
- Poigne’e de la perche à l’arçon. 24, PL 2. M. Fig. 15*.
- —-— du fer de l’Approprieur. 62,
- Poils catis. 30.
- — de France. 6.
- - étrangers. 7. *
- ..morts. 3 o.
- Pointus , pièces de la dorure. 2$: PL 2. Fig. 2$.
- Poncer le Chapeau. 48.
- Poucier de la Repaffeufe. 12.
- Poussoir , inftr. de la foule. 3 7.
- R
- Rafraîchir la teinture, f 3; Rafraîchissement, ibid.
- Re’chaut de l’Approprieur. 62, PL £. Fig. 65.
- Relever le poil des Chapeaux à labroffe. $6, Rentrer à la foule. 42.
- Rentrer l’apprêt ( faire ). 61.
- Repassage des vieux Chapeaux. 70. Repasser en cardant. 22.
- — -----— en appropriant. 61.
- »--------- les peaux d’après l’Arracheur,)
- 12.
- Repasseuse, ibid. PL 1. Fig. 5*.
- Retirer les Chapeaux après le dégorgeage
- S*- /.
- « —— à poil. ibid. '
- Retrousse’ à l’Angloife. 65. PL 6. Fig. 71. Retrousser le Chapeau de différentes façons. ibid. Fig. 68. 72. 73.
- Robber les Chapeaux avant la teinture. 4 Rouler la plane. 12. PL 1. Fig. 1. Roulet, inftr. de la foule. 37. PL 4. Am Fig. 43.
- Roux, en parlant du poil de lievre. 17. Rozette d’apprêt. 61.
- S
- Secret, fon hift. & fa compofition. 13; Secre’ter lestpeaux. ibid. PL 1. Fig. 8. Soie, (Chapeau de). 10. 50. 61.
- Suin, ( laine en ). 8.
- Supple’ments du lambeau. 32. PL 3. b, c % Fig. 33.
- • T
- Tamis, (le). 44.
- Teinture des chapeaux neufs, fo. SC fuiv.
- — .....-des Chapeaux vieux. 71.
- Tenir les Baiïins. 60.
- Tete de la capade. 27. PL 2. D. Fig. 20; Tirepied de l’Arracheur. 12 .PL 1 .Fig. 2. Tours de coëffes. 64. PL 6. a d c e. Fig. 67. Travers, pièces de dorure. 2p, PL 2. Fig. 25 & 26.
- Treillis d’Allemagne. 64.
- ».....» de Cholet. ibid.
- V
- Ventouse de la foule. 37. PL 4. P. Fig. 41; Verd , en parlant de poil. 18.
- Verdet, pour la teinture. 54.
- Vigogne, (laine de). $.
- »— rouge, ibid.
- — ’ 1 blonde, ibid.
- Violon , inftrument en ufage dans quelques fabriques. 22. PL 1. Fig. 12 Ôc 13. Voguer à l’arçon. 26.
- Voler en parlant du poil que l’on baguette ou que l’on arçonne. 21.
- FAUTES A CORRIGER.
- Page 64. ligne 1. Ouvriers, lifez Ouvrières.
- 66.....14. à la bourdaloue, lifez au bourdaloue.
- 68.....1. forme, lfe\_ Cloche.
- So*...» 36. A E B, lifez7 C E B.
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