Descriptions des arts et métiers
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- DE LA DRAPERIE,
- PRINCIPALEMENT
- V.
- POUR CE QUI REGARDE LES DRAPS FINS.
- Par M. D U H A ME L DU M O N C EAU,
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- LA RT
- DE LA DRAPERIE,
- P RINCIPALEMENT
- POUR CE QUI REGARDE LES DRAPS FINS.
- Par M. D v ha m e l du Monceau.
- INT R O D UCTION.
- Il fort biên des efpeces de Draps des Manufactures (*) répandues dans les différentes Provinces du Royaume. Les Fabriquants de draps en font de plus ou moins fins, de plus ou moins communs, fuivant les laines qu ils emploient ; car chaque fabrique travaille ordinairement une elpece particulière de draps. Les draps de Julienne & les plus belles fabriques de Sedan, tant en écarlate qu’en autres couleurs fines, & en noir, conviennent aux gens riches. Il en eft de même pour la finelfe & les mélanges des draps de Van-Robais & des Andelis. Les Louviers conviennent aux gens aifés. Les Elbeufs aux Ouvriers. Châteauroux fournit des draps pour les gens de livrée. Carcaffonne, Nîmes, des draps fins & légers, pour le commerce du Levant. A Romorantin, IfToudun, Lodeve, on fabrique des draps pour rhabilleraient des troupes : il y a encore des draps plus communs qui fervent pour le vêtement des Payfàns & des gens de fatigue. Ainfi les différentes fabriques fourniffent des draps plus ou moins chers, & propres aux per-fonnes de toute condition.
- On juge bien que toutes ces fabriques n emploient pas les mêmes laines, & qu’on ne les travaille pas de la même façon : les uns, après les avoir dégrailfé, les font filer en blanc , & les autres ne les font filer qu’après les avoir teintes & mélangées de différentes couleurs : on teint auflî quelquefois en
- ( * ) J’éviterai de m’étendre ici fur les avantages du Commerce & des Manufactures ; ces objets me meneroient trop loin,, & ils ont été bien difcutés dans quantité de Traités ; je me bornerai à faire remarquer qu’on doit entendre par Manu-fafture, une réunion de quantité d’Quvriers qui,
- D RA P E RI E,
- font les uns une chofe,les autres une autre, 6c qui concourent tous à exécuter un même travail. Un Armurier de Paris ne fait point une manufacture ; mais la réunion des Ouvriers Armuriers *jui font auprès de Sedan 6c à Saint-Etienne font une manufacture d’armes.
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- a ART DE LA DRAPERIE.
- écheveau les laines filées en blanc , & d’autres fois on ne les teint qu’après que les draps ont été tilïiis.
- Les Gobelins & Sedan filent ordinairement en blanc. Abbeville * Lou-viers, Elbeuf , &c, font filer les laines, foit après qu’elles ont été teintes & mélangées, foit même avant. A Rheims & ailleurs, on fait filer en blanc, 3c on teint les écheveaux avant de les livrer aux Tiffeurs,
- Une expofition fcrupuleufement détaillée de toutes les opérations de chacune de ces différentes fabriques, offre un champ trop étendu pour que nous ofions l’entreprendre : nous nous fommes particuliérement attachés à traiter en détail de la fabrique des draps fins ; mais comme le fond de la fabrique eft le même pour toutes les efpeces de draps, & comme les différences ne roulent principalement que fur les differentes qualités de laine qu’on proportionne à chaque efpece de draps, & aufll fur quelques circonftances qui regardent les apprêts ; il s’enfuit que quiconque fera inftruit de la fabrique des beaux draps, connoîtra bientôt celle des draps plus communs. Cependant nous ne négligerons pas de dire quelque chofe de ceux-ci, quand l’occafion s’en préfentera ; & afin que le Public n’ait, s’il fè peut, rien à defirer, même fur les draps communs, nous recevrons avec plaifir les inftruéHons quon voudra bien nous donner, & nous nous engageons de les tranfmettre au Public, lorfque nous aurons occafion de traiter de la fabrique de quelques autres étoffes de laine : car quoique nous ayons eflàyé de ne rien dire. que d’exaét, nous fommes bien éloignés de croire qu’il ne nous foit échappé aucune faute; nous ne ferons aucune difficulté d’avouer celles qu’on nous fera appercevoir, & même de nommer les perfonnes à qui nous aurons obligation de les avoir relevées.
- Voici l’ordre que je me propofe de fuivre dans cet ouvrage: je traiterai fucceflivement : i°, du choix des laines & de leurs differentes qualités: 2°, des différentes opérations, depuis le dégraiflàge jufqu’au tillage: 30, du foulage : 40, des autres apprêts qui concernent les Tondeurs, ce qui certainement eft de la derniere conféquence, foit pour le lainage, foit pour la tonture (*).
- (*) J’ai trouvé dans le dépôt de l'Académie plufieurs defleins relatifs à l’art du Drapier, mais îans explication de figures , ni aucun difeours. Quand je me fuis chargé de décrire cet Art, je connoiflois affez bien la fabrique des gros draps, mais j’ignorois celle des draps fins. M. de Julienne a bien voulu me mettre en état de prendre les connoiiïances qui me manquoient, en me faifant voir toutes les opérations de fa belle fabrique des Gobelins, & en recommandant à fes Contre-maîtres de me fournir toutes les con-noifianees que je defirerois à cet égard.
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- M. Paul Drouin, Fabriquant à Sedan, m’a confié un très-bon Mémoire fur fon Art ; ce Mémoire m’a été fort utile, & je me fais un plaifir de lui en témoigner ici ma reconnoilfance. M. Char-dron, Fabriquant delà même Ville, m’a prêté des fecours à peu-près pareils ; & après que mon Mémoire a été achevé, je l’ai fait paffer fous les yeux de M. Rousseau; je l’ai encore envoyé à Louviers ; avec de pareHs fecours, j’ai lieu de préfumer que l’ouvrage que je préfente au Public, ne contiendra que des chofes vraies, & que j’y aurai omis peu de procédés importants.
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- ART DE LA DRAPERIE>
- Des Laines*
- La perfection des draps dépend principalement du choix des laines* car il n’y a point d’apprêt qui puifle en corriger la défeéhiofité. Les laines les plus fines pouvant être filées fort fin, elles fourniffent plus que les groffes, 8c leur douceur fait que les draps ont un maniement plus fàtisfaifànt, 8c quil eft, en terme de fabrique, plus amoureux ; il eft donc néceflàire que les Fabriquants faffent une étude réfléchie de la connoif-lance des différentes efpeces de laines & de leurs qualités.
- On lait qu’on nomme Toifon, la dépouille entière des moutons, cefbà-dire, la laine que la tonte a enlevée fur toutes les parties du corps des moutons , béliers, brebis & agneaux,
- On emploie pour les draps des laines étrangères , 8c celles du Royaume.
- L’Efpagne feule en fournit plus de foixante mille balles, dont il entre plus de la moitié en France (a). Suivant leurs différentes qualités, elles font propres à différentes manufactures : chaque balle pefe environ 250 à 300 livres, poids de marc. L’ufàge efl en Caftille de tondre les moutons dans le mois de Mai ou au commencement de Juin : on les tranfporte aux la^ voirs de Ségovie qui paffent pour les meilleurs de tout le Royaume, à caufe de la qualité des eaux ; & on les trie avant que de les laver ; car
- ceux qui font le commerce des laines dans le pays , les achètent en toifon;
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- On diftingue dans une toifon trois fortes de laines ; la première qui eft appellée Prime, eft celle depuis le defliis du dos jufqu’à la moitié des côtes, 8c celle du defliis du cou. J’ai oui dire que la laine la plus fine eft celle qui fe trouve entre les cuifles, attendu qu’elle eft nourrie par la fueur ou Juin de l’animal ; je ne donne point ceci pour certain, mais fi le fait eft tel, cette partie n en fournit gueres. La deuxieme appellée Seconde, fe tire du bas des côtes , des cuifles 8c de la queue ; la troifieme appellée Tierce; eft prife du ventre 8c du deflbus du cou. Ce triage étant fait, on lavefepa-rément chaque efpece, dans le mois d’Août ; on emballe auflî féparément chaque forte, & on met fur les balles une marque particulière, favoir, pour les primes un R, qui fignifie refin ou refleuret ; pour les fécondés une F9 qui fignifie fin; 8c pour les tierces une S, qui fignifie fécondé, quoiqu’à dire vrai, ce foit la troifieme forte. L’affortiment eft ordinairement de 80 balles (b ) de primes, quinze balles de fécondés, cinq balles de tierces; total, cent balles. Ou plutôt l’affortiment eft formé de deux tiers de R, & un tiers de baffes fortes ; car c’eft ainfi qu’on a coutume de nommer les F 8c les S, 8c
- O Les Manufactures de France, d’Angleterre, O Ce que nous nommons Balle, s'appelle de Hollande, de Venife, tirent des laines d’Ef- Ballin dans plufieurs manufactures, pagne pour leurs plus beaux draps.
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- dans ce tiers, il doit y avoir un tiers de S, Sc deux tiers de F; en forte que fur une partie de 99 balles, il y en a 66 R, 22 -F, & 11 5, total, 99.
- On tranfporte ces laines à Bilbao, depuis le mois de Septembre jufqu’à la fin de Tannée par balles de moyenne grofleur, qui pefent 200 à 210 livres ; on ne leur donne que ce poids, afin que les mulets puiflent en porter deux dans les montagnes qu’ils font obligés de traverfer. L ufàge eft de refaire les balles à Bilbao pour en former de plus grofles, qui pefent depuis 22J jufqu’à 2jo livres, poids de marc ; & alors elles font en état d etre tranfportées plus facilement dans différents Etats de l’Europe.
- L’Efpagne eft le feul endroit d’où Ton tire les laines pour les manufaéiures de draps fins: les plus belles font celles du Royaume de Caftille, d’Arragon; celles de la Navarre font plus groflîeres même que plufieurs de France.
- Les prairies de Saragofle dans "l’Arragon , celles de Ségovie & de la Province de Léon, fourniiïent les laines les plus eftimées ; on les .nomme Ségonces & Lêonijfes ou Ségovies LéojieJes. Dans ces deux Royaumes, on diftingue entre les laines les plus belles, la pile des Chartreux, ou Polac9 & celle de l’Efcurial des Jéronymites ; enfuite celle du College Impérial des Jéfuites (a) ; Nles piles de la Styrie, de la Quadra & de Tlnfantado font aufli très-recherchées.
- On donne aux laines des noms pour les faire diftinguer dans le commerce.
- Les plus belles s’appellent Primes, en y ajoutant le nom du lieu d’ou elles viennent ; ainfi on dit Prime Ségovie, Prime de !Efcurial , Prime Lèonijje ou de Léon (b ), pour défigner que c’eft la plus belle qui fe tire de ces endroits; c’eft aufli dans ce fens que Ton dit, qu’on n’emploie dans telle fabrique que de la Prime Efcuriale, dans d’autres, que de la Prime de Ségovie, de même pour d’autres fabriques des fécondés Sc des tierces, &c.
- Les fécondés de toutes les laines font belles à proportion de la beauté des primes qu’on en a tirées , & les tierces à proportion des fécondés. C’eft donc avec la prime Ségovie qu’on fabrique les draps les plus fins; comme elle eft la plus fine, elle eft aufti la plus courte. Quelques perfonnes ver-fées dans cet Art, penfent qu’il feroit à propos , quand on veut fabriquer
- (a) Suivant les mémoires fur la manufacture des draps, les premières piles font les Ségovies Léo-nefes , qu’on nomme de l’Infantado de l’Aftrée, des trois Couvents de l’Efcurial, de Polac, de Qua-draloupe, des Ducs de Huefcar, Mondexar & de la Torré, des Comtes & Marquis Valparaïfo, Pifla-dilla, Santiago, Loriana, des Dona Antoina de Vilario d’Alcantara, Maria Calaffia de Torrés, Dona Sanilles Texada , Dom Bernardin Mendés Jofephe fieur de Vittoria. Ces piles peuvent fournir chaque année9 j200 d’arobes;le poids del’a-robe eft de 25 livres. Les laines d’Arragon, de Valence, d’Andalouiie haute & bafte, de Murcie,
- de PEftramadour, deGandie, Caftille & Navarre, font de qualités très-inférieures.
- (b ) On prétend que le Royaume de Léon ne fournit pas de plus belles laines que le refte de l’Efpagne ; mais que les troupeaux de Caftille qui vont en hiverpaître dans les montagnes de Léon , y acquièrent une finefle de laine bien fupérieure à celle des troupeaux qui reftent en Caftille: celles-ci ne font que Ségovianes ; elles valent par cent, depuis 120 jufqu’à 130 réaux de moins que celles des troupeaux qui ont été dans le Royaume de Léon : la laine de ces derniers moutons , fe nomme Stgovie LéoniJJ'e, ou feulement Ségovie.
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- des draps de prime de Ségovie, tant en chaîne qu’en trame , de féparer la plus longue pour en faire la chaîne , Sc de réferver la plus courte pour être employée en trame, les chaînes en foroient meilleures. Pour faire cette réparation, il faudroit, avant de pendre la laine pour la faire fécher , la bien battre dans les mains ; la plus courte tomberoit en partie fous la longue ; celle-ci fo mettroit fur les perches, & on étendroit la courte fur le plancher.
- Comme la fécondé Ségovie eft tirée des toilons de Ségovie, elle eft inférieure à la première en finefle 5 on l’emploie néanmoins dans les draps de. première qualité de cinq quarts, Sc dans ceux de quatre tiers,fécondé qualité, pour noir.
- Ce qu’on nomme dans le commerce Prime Ségovienne, eft inférieur à la Ségovie ; mais comme cette laine eft longue, ou en terme de fabrique, haute, Sc agi elle a du nerfy c’eft la meilleure qu’on puiile employer pour le fil de chaîne 5 c’eft pourquoi on en fait ufàge dans les draps de cinq quarts, première qualité, Sc de trois quarts, fécondé qualité.
- La fécondé Ségovienne étant tirée de la prime, eft plus courte, Sc plus ronde Sc moins parfaite que la prime : on l’emploie dans les draps communs.
- Il y a encore une laine quon nomme Sorte Sc Aihara^in forte plus commune : on emploie l’une Sc l’autre , tant prime que fécondé, dans les draps de ba(Je taille, ou plus communs ; celles de Navarre font encore plus communes. Comme toutes ces efpeces fe féparent en prime , fécondé Sc tierce, cm peut employer les trois forces Ségovie pour les draps fins, ainfi ,que la prime Ségovienne ; mais la fécondé & tierce Ségovienne, ainfi que les trois fortes Sorte , ne s’emploient que pour des draps plus communs.
- Les Marchands de Bilbao envoient toutes les années un grand nombre de balles à des Commiffionnaires ou des Négociants d’Orléans & de Rouen, qui les tirent en droiture pour les fournir aux Fabriquants : outre les lettres R,FScS, on met encore fur les balles des caraéleres qui indiquent les lieux, Sc même les piles qui les ont fournies ; la Grille, le Cadran, Scc.
- Choix de la Laine d’Efpagne, ÔC Vopération du dégraiffage dans
- le pays.
- Lorsque le Fabriquant veut connoîtrela qualité de la laine dont il fo propofo de fairè l’achat, il doit examiner l’échantillon que lui préfènte le Marchand, pour en connoître le nerf ou le corps ; c’eft-à-dire, la forcé Sc la finefle , Sc voir, fi en la maniant, elle a de la douceur, fi elle n’eft pas trop chargée de foin ou mélangée de différentes fortes de laines, ce qu’on nomme fourbandree, marinée, ou échauffée en magafin.
- D RAP E RI E*
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- On peut donc dire qu'en général, la bonté des laines fe connoît àl'inf-peétion, à Todeur & au fon. A l'infpeéiion ; on voit aifément fi elle eft fine, foyeufe, longue & non galeufe , forte dans fa fineffe, fi elle provient d'un même troupeau , fans aucun mélange de laine d'un troupeau inférieur ou d'agnelins , on nomme Cavalières celles qui ne font point mélangées ; fi elle eft bien triée, & s'il n’y a point de fàletés ; elles cfofvent être bien nettoyées de paille, filaffe, crotins, &c ; fi elles étoient trop chargées de fuin, elles produiroient beaucoup de déchet. On eftime celles qui ont un œil un peu roux. Il ne faut pas que les filaments foient collés les uns aux autres ; & plus la laine fe gonfle au fortir de la balle, meilleure elle eft. A l’odeur : fi elle eft nouvelle ou mélangée de laines anciennes : fi elle {ènt le fuin, on la juge nouvelle ; fi elle a une odeur de graiffe ou de re-lant, on la fuppofe mélangée de laines de plufieurs années, c’eft ce qu'on nomme Laines de dîmes, parce que les Curés les raflemblent de plufieurs années, pour en mettre en vente une certaine quantité à la fois : les laines de dîmes ne conviennent que pour la fabrique des draps noirs ou des draps mélangés. Ceci peut fouffrir de la difficulté ; car des Connoiffeurs dans ce genre de commerce , prétendent qu'une bonne laine peut être confervée en gras plufieurs années fans perdre de fa qualité ; cependant les cavalières font toujours plus eftimées que les mélangées.
- Le fuin ou fuain eft un gras ou huileux adhérant à la laine, qui provient de la tranfpiration du mouton , tant dans le Parc que dans la Bergerie. Lorfque les moutons font toujours renfermés dans les bergeries , le fuin qui devient trop adhérant à la laine , diminue de fa qualité par le déchet qu'il occafionne.
- On connoît encore à l’ouie fi la laine eft vieille ou nouvelle : pour cela on en prend une petite poignée , on l'approche de l'oreille, & la froiflânt entre le pouce & l'index de chaque main, on tire cette laine comme fi fon vouloit l'alonger, & on lui donne une fecouffe ; fi elle rend un fon aigre, elle eft feche & creufe, ce qui arrive aux laines anciennes ; fi elle rend un fon moelleux , elle eft de l'année. Enfin la laine doit être douce au toucher, Sc néanmoins forte ou avoir du nerf. On eftime celle qui bouffe & fe renfle au fortir de la balle.
- Si l'on choifit de préférence les laines nouvelles, c'eft, parce qu’étant fort douces, elles fe tirent plus en long, & donnent plus de fil fin ; au lieu que les laines anciennes étant plus feches, le fil en doit être plus gros ; fi l’on vouloit lui donner le même degré de fineffe, il fe romproit, ou, comme l’on dit, il éclat'eroit dans les outils de la filature. On doit encore examiner avec foin fi les laines de brebis & de moutons ne font pas fourrées de celles d agneaux, qu'on appelle Laine d’agnelin. Ces laines, ainfî que celles des bêtes mortes de maladie, n'ayant pas affez de force pour
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- réfifter au foulon , tombent dans le lainage ; c’eftce que Ton appelle vuider au chardon , & la corde fe découvre. On connoît ces laines défeétueufes après le dégraiiïàge Sc le lavage : elles font plus blanches & paroiffent mieux dégrailfées que les autres ; mais elles font droites, fans frifures, & elles fe rompent facilement.
- Le vrai moyen de connoître la qualité d’une laine par l’échantillon, eft donc de le faire dégraijfer, laver , ficher, battre & plujer; ces différentes opérations fervent à connoître ce qu’on en peut efpérer quand on la fera travailler, & à juger du bon Sc mauvais rapport qu’elle pourra faire ; car il y en a qui donnent beaucoup de déchet ; & quoique des laines qui déchoient beaucoup, puiflènt d’ailleurs être de bonne qualité, il y a toujours de la perte pour le Fabriquant qui ne gagne jamais à employer des laines inférieures.
- Il faut que les laines foient feches, Sc convenir d’un bon de poids pour latarre de l’emballage.
- Les laines de Portugal font à peu-près de la même qualité que celles d’Efpagne ; cependant on prétend qu’elles ont le défaut de beaucoup rentrer au foulon fur la longueur & peu fur la largeur ; je ne comprends pas que cela puiffe être quand on emploie la même laine pour la chaîne & pour la trame : je crois donc qu’elles foulent plus que celles d’Elpagne, parce qu’elles ont moins de corps Sc de nerf, mais qu’elles rentrent Sc fur la largeur Sc fur la longueur.
- Il y a de bonne laine en Angleterre, principalement celle de Cantor-béry ; mais comme il eft défendu d’en fortir de ce Royaume, il en vient peu en France. On en diftingue de deux fortes; l’une douce Sc courte qu’on carde pour les draps, & les François ne cherchent pas à s’en procurer ; l’autre extrêmement longue, forte Sc bien nourrie, mais feche Sc élaftique, fe. peigne’& fe conferve pour le fil de chaîne de différentes étoffes rafes, telles que les étamines, les camelots, les calemandes qui fo font à Rheims, à Amiens, Lille, Scc. On ne connoît gueres dans nos fabriques les laines de Hollande & de Flandre ; ces Provinces n’en pro-duifent pas fuffifàmment pour leurs manufactures ; d’ailleurs, celles de Hollande , dont la fortie eft défendue, font fort cheres, quoique d’une qualité fort inférieure à celles d’Angleterre.
- Comme on eft dans l’ufàge, en Angleterre Sc en Hollande,de laver les moutons avant de les tondre , elles donnent moins de déchet lorfqu’on les lave au panier après la tonte de l’animal. Nous ne nous étendrons pas davantage fur la laine d’Angleterre, parce que, comme nous l’avons dit, par la difficulté delà tirer, on n’en emploie point ou prefque point dans nos fabriques de draps.
- La Suede Sc le Danemarck fourniffent de très-bonnes laines; mais elles
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- lie font pas comparables à celles d'Efpagne & de Portugal. Enfin on tire par la voie de Marfeilie des laines de Conftantinople , de Smyrne & d'Alexandrie , dont on emploie une affez grande quantité dans le Languedoc (*)• Comme il y a beaucoup de manufaélures qui emploient les laines de France, il n'eft pas hors de propos d'en dire quelque chofe.
- Les meilleures font celles du Berry, du côté d'Iffoudun , quon nomme de la plaine de Vatan : elles valent io à n pour cent de plus que celles des environs de Bourges : on en fait les achats aux foires de la Saint-Jean
- 6 de la Madeleine. On donne 104 toifons pour cent ; & chaque toifon pefe une livre & demie jufqu'à trois quarts : c’eft à Iifoudun même qu'on les trie & qu'on les lave au panier : dans cette derniere opération , les laines diminuent de plus de moitié quand on les lave à fond ; mais comme ordinairement elles ne font qu'à demi-lavées, les Fabriquants font obliges de les laver une fécondé fois. Les laines d'Auxois en Bourgogne & celles des environs d'Abbeville font affez bonnes.
- Il y a différentes qualités de laines en Languedoc: celle de Béziers eft une des plus eftimées ; elle approche beaucoup de celle de Portugal , & eft plus fine que celle d'Ifîoudun, qui eft à peu-près de même qualité que celle des environs de Bourges.
- Celle du Diocèfe de Lodève qu'on appelle Ruffe, celle nommée Longue Rouviere , & celle de Montagne , du Diocèfo d'Agde , font très-communes, particuliérement les longues Rouvieres. Les laines de Corbière & de Narbonne, qu'on nomme Clape > font de la même qualité que celle de Béziers, appellée Quarente. Toutes ces laines fe vendent en furge ou foin au poids de table de 14 onces.
- Les laines de la plaine de Salanque en Rouffillon font eftimées.
- Les laines de Sologne ne font pas fi fines que celle de Berry : les meilleures font au-delà d'Orléans, du côté de Vanne, Ides, Viglain, Vilmur-lain & les environs : on les vend aux foires de Château-Vieux le jour de Saint Barnabé & de Saint Géroux : les toifons pefent depuis une livre jufqu'à deux. Comme il n'y a point,en Sologne d'eau propre au lavage, on
- (*) Tavernier dit, Tom. I, p. 130, qu’il a apporté de Perfe à Paris une laine fi parfaite, qu’on n’y en avoit jamais vu de fi fine. Comme on defiroit de favoir précifément d’où on la ti-roit, fe trouvant à fon troifieme voyage à Ifpahan fur la fin de l’année 1647, il rencontra un Gaure ou ancien Perfan, de ceux qui adoroient le feu, qui lui en montra un échantillon, & lui apprit que la plus grande partie de ces laines fe trouvoit dans la Province de Kerman, qui efi: l’ancienne Caramanie, & que la meilleure fe tiroit des montagnes voifines de la Ville, qui porte le même nom que la Province; que les moutons de ces cantons - là ont cela de particulier, que lorfqu’ils ont mangé de l’herbe nouvelle , depuis Janvier jufqu’en Mai, fa toifon entière s’enleve comme
- d’elle-même, 8c Iaiflfe les bêtes entièrement nues* de forte qu’on n’a pas befoin de les tondre; qu’ils battent cette laine dont il ne relie que ce qui eft le plus fin ; que quand on fepropofe de les tranf-porter, avant de les emballer, on les afperge d’eau falée, ce qui empêche que les vers ne s’y mettent 8c qu’elles ne fe corrompent.
- On ne teint point ces laines ; elles font prefque toutes d’un brun clair ou d’un gris cendré agréable : il y en a peu de blanches. Quand elles font blanches, elles font fort cheres, parce qu’elles fervent à faire les ceintures 8c les voiles dont les Mouftis fe couvrent la tête pendant leurs prières; 8c que dans tout autre temps ils portent en forme d’écharpes.
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- ART DÈ LA DRÂPÈRÎË* $
- lês transporte a Orléans pour les laver dans la Loire. Il y a une forte de iainé des deux côtés de la Loire au - deffous d’Orléans* qu’on nommé Laine dâ Val 9 qui eft beaucoup plus belle que celle de Beauflè.
- Les meilleures laines de Beaufle font au-delà de la forêt d’Orléans , <îü! côté de Villeneuve* aux-Loges. Celles du côté d’Eftampes leur font infé^. rieures, toutes ces laines fe vendent en fuin ; chaque toifon pefe depuis deux jufqu’à quatre livres. On vend enfemble les toifons dès agneaux & celles des moutons 8c brebis.
- La laine de Champagne eft tendre 8c creufe ; elle eft ordinairement fort fale , particuliérement au colet de l’animal, ce qui vient de la négligence de ceux qui les élevent.
- Les laines de la Hogue, qui eft la partie la plus feptentrionale de la Normandie, font auffi fines que celles de Berry : les Fabriquants de Cherbourg 8c de Valogne les achètent aux foires en fuin & par toifon. Ce font eux qui les dégraillent : elles diminuent à cette opération de plus de moitié.
- Les laines du Cotantin ne font pas fi fines que celles dont nous venons de parler ; celles du Beflîn font encore plus communes ; toutes ces laines fe vendent en forge ou fuin * à la toifon.
- Les laines des Ardennes font des plus communes; celles d’au-delà de Bouillon le font encore plus. Ces différentes efpeces de laines s’emploient à Doncheri, Poix ôc dans d’autres petites Manufactures qui ne font connues que dans les environs ; & foivant leur qualité, on en fait des draps plus ou moins communs, ou des étoffes de laine de différentes fortes. Ce n’eft pas qu’on n’emploie quelquefois de la laine d’Efpagne à Doncheri, mais c eft en petite quantité.
- Il faut ajouter, à ce que nous venons de dire fur la qualité des laines, que toutes les années, les laines d’un même endroit ne font pas toujours dè la même qualité ; de même que les pâturages ne produifent pas toutes les années du fourrage de bonne qualité : les laines fe fentent aufîi de l’intempérie des foifons. Ce n’eft pas ici le lieu d’expofor les précautions que les Bergers doivent prendre pour ménager la qualité de la laine de leurs troupeaux : le Drapier n’a aucune inlpeélion for eux ; mais il doit faire un bon choix entre celles qu’on met en vente, & les préparer le mieux qu’il eft pofîible*
- Premier lavage des Laines.
- Par ce quon a dit plus haut, on a vu que dans certains pays on lave foî-gneufement les moutons avant de les tondre, & cette précaution qui eft très-bonne, dilpenfe prefque de laver les toifons coupées : dans d’autres endroits où l’on peut jouir d’eau claire & courante, on lave les toifons auffi-tôt après la tonte : pour cela, après ayoir féparé les laines primes, fécondés Draperie* C
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- & tierces, fi ce font des laines d’Efpagne, ou des hautes laines 8c baffes , fi ce font des laines du Royaume; on les écharpit dans les mains, 8c on ouvre les floccons, en les tirant en large & non pas en long, pour ne point brifer les filaments laineux. Enfuite on les met dans des paniers affujettis avec des pieux dans une eau claire & courante; des hommes qui fe mettent dans l’eau jufqu’à la ceinture , écharpiffent encore les floccons avec leurs mains, 8c ils agitent les laines dans beau pour en emporter toute la craffe avec une partie du fuin. Quand ces laines font bien lavées, on les étend au foleil pour les faire fécher : on verra dans la fuite qu’il feroit mieux de les laiffer fécher à l’ombre. La plupart des Fermiers vendent leurs laines en toifon , 8c telles qu’elles fortent de deffus l’animal ; c’eft ce qu’on nomme Lame en furge ou en fuin. Les Marchands qui les achètent en cet état, les trient 8c les font laver avec plus ou moins d’attention; mais toujours faut-il revenir à les laver encore 8c à les dégraiffer dans la manufacture, comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- Les eaux douces qui difïolvent bien le fàvon, font plus propres pour ce lavage que les eaux crues qui n’attaquent point le fuin; Les eaux tiedes font aufîî préférables aux eaux très-froides : peut-être, pour cette raifon , feroit-
- 11 mieux de commencer par les laver à l’eau tiede dans des cuveaux, avant de les laver à la riviere.
- On remarquera qu’il ne s’agit ici que du premier lavage qu’on donne ordinairement aux laines avant de les fournir aux Fabricants ; car dans les fabriques , on ne dégraiffe & on ne lave les laines du pays , que quand on les teint avant d’être filées, parce qu’elles le font füffifèmment pour être filées, 8c il en coûte moins d’huile pour parvenir à la filature. Ceci fe peut pratiquer pour le ménage, le fuin tenant lieu d’huile ; mais dans les bonnes fabriques , on dégraiffe à fond, attendu que le fuin qui refteroit concentre dans le drap eft toujours nuifible, fur-tout à l’égard de ceux qui font fabriqués en blanc, 8c qui doivent être mis en couleurs fines, comme écarlate 8c autres , car par la fuite le fuin noirciroit & terniroit les couleurs.
- Remarques fur les Laines quon fe propofe de teindre, SC fur les
- inconvénients d’y laijfer du Suin.
- x°, Si l’on fe propofe de faire des draps teints en laine, il faut toujours prendre la laine qui a le plus de corps 8c qui eft la plus nerveufe, pour qu’elle foit en état de foutenir la chaleur du bain de la teinture, 8c l’aélion des différentes drogues & des fels qui entrent dans les couleurs que l’on veut faire prendre à la laine ; car fi l’on n’avoit pas foin de choifir pour mettre en teinture la laine dont les brins ont de la confiftance, en un mot, fi l’on employoit une laine baffe, il eft d’expérience qu’elle ne pourroic
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- recevoir les différents apprêts qui font indifpenfàbles pour prendre parfaitement la teinture * & donner un œil uni à la couleur. On prétend que pour avoir une laine qui prenne uniformément la teinture * il faut qu’elle foit d’une même efpece, ôc , pour ainfi dire, d’un même troupeau; mais comme on fait que cela n’eft point poftîble, il fuffit que la laine foit de même qualité ; l’attention du Teinturier fait le réfte ; car les Teinturiers peuvent beaucoup ménager les laines en ne leur donnant pas un bain trop chaud, Sc en les tenant proportionnellement plus ou moins long-temps dans le bain.
- 2°, Il faut que la laine foit bien braffée dans la chaudière, car celle qui eft à la fuperficie de la chaudière, prend moins de teinture que celle qui eft au bouillon, Sc celle qui eft au fond en prend encore davantage; enfin fi l’on évente la laine en la faifimt fortir de la chaudière pour la tenir un inftant à l’air, elle fe charge bien plus de couleur que celle qui eft reftée pendant tout le temps du bain dans la chaudière , fàns en fortir.
- 30, Quoique dans les grandes Manufactures on foit dans l’ufàge de teindre les laines & les draps , nous ne parlerons point ici de la maniéré de les teindre , parce que lateinture des laines doit faire un Art particulier; nous nous contenterons de faire remarquer que, quoique le gras qui pourroit refter dans la laine n’empêche pas la folidité de la plupart des couleurs , principalement du noir Sc du bleu, les bons Fabricants foutiennent qu’il faut dégraiffer foigneufement Sc à fond les laines avant de les mettre à la teinture , parce que le gras ternit la vivacité des couleurs. Les Teinturiers ne* l’expérimentent que trop, fur-tout quand il eft queftion de teipdre des draps blancs mal dégraiffés ; ils fe trouvent mal unis, en forme de placard, fur-tout aux couleurs fines, même en bleu, la corde ne fe teignant point à fond , ce qui s’appelle, en terme de teinture, nétre point tranché. Le fuin empêche que la laine ne fe carde parfaitement ; Sc le foulon n’emporte que très-difficilement le fond de graille qui refte dans une laine mal lavée & imparfaitement dégraiffée. On regarde comme, impoffible, que le foulon puiffe emporter la graiffe qui eft concentrée jufques dans l’intérieur de la chaîne ou Corde en terme de fabrique. Cela doit s’entendre du fuin ; car l’huile d’olive qui n’adhere que peu à la laine , eft néceftàire pour le cardage , Sc ne nuit jamais autant que le fuin. Cependant toute graifle, tant du fuin qui doit totalement partir au dégraifïàge en laine, que de l’huile mife après coup pour la droujjer, Sc par conféquent la carder Sc filer, & enfin faire le drap en toile, doit être totalement enlevée au dégraifïàge en toile, fi l’on veut avoir une couleur vive. On verra que l’huile eft néceftàire pour faire le drap ; mais enfuite il faut qu elle en forte entièrement.
- Quand, dans les fabriques, on veut faire laver une laine? foit étrangère^
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- foit de difFérentes Provinces du Royaume, on la livre à des Ouvrières pour la plufcr en fuin, c’eft-à*dire , l’éplucher : elles en tirent le chanvre & les autres faletés ou corps étrangers qui peuvent s’y trouver ; cette première opération eft très-importante, puifque fans ce plufage, les draps feroient remplis de poutilles qui ne prendroient aucune teinture; & comme ces fubftances étrangères blanchilfent comme la laine au dégrailîàge, on a d’autant plus de peine à les trouver que la laine efl: mieux dégraiffée; d’ailleurs, cette opération fait quelle s’ouvre mieux dans la chaudière.
- Pour bien faire le plulàge, on dépouille les balles fans couper les ficelles avec lefquelles elles font coufues, afin que les brins de chanvre ne fe mê-lent point avec la laine. L’emballage étant ôté, on nettoie attentivement toute la fuperficie de la balle, enfuite on fait prendre la laine aux Plufeufes, par petites poignées, afin qu’elles trouvent plus aifément les corps étrangers qui peuvent être mêlés avec la laine. On fera bien aufiî deplufor les laines çiu Royaume, après qu’elles auront été lavées.
- Mélange des Laines*
- Ce s t après cette opération, je veux dire, ce premier plufage, que Fon peut mêler enfemble des laines de différentes fortes pour en faire des draps de qualité inférieure ; parce que les autres opérations , telles que le dé-graiflàge, le lavage & le battage, mêlent plus parfaitement ces différentes fortes de laines, & en font une efpece de laine uniforme. Pour faire ce mélange, on étend la laine plufée en gras, dans une grande place; & après en avoir fait une couche, on étend pardeffus les laines qu’on veut mélanger avec elle.
- Du Lavage ôC du DégraiJJage.
- Quoique ce foit prefque par-tout l’ufàge de laveries laines avant de les livrer aux Fabricants, on ne peut fe difpenfer, comme il a déjà été dit, de recommencer cette opération dans les fabriques, au moins à l’égard des laines d’Efpagne & des laines fines du Royaume, pour ôter un refle de fuin qu’on leur a laiffé, & qu’il étoit même utile de ne pas ôter, lorfqu’on n’étoic pas dans le cas de travailler promptement les laines, foit pour leur conforver une certaine foupleffe, foit pour les garantir des infeéïes ; mais avant de travailler les laines, il faut leur ôter ce relie de fuin ; & pour prouver fonfî-blement que ce dégrailîàge & ce lavage font néceffaires, il fuffit de faire attention que les laines qui ont fouffert cette opération, deviennent blanches de rouffeâtres quelles étoient.
- Lors donc que la laine a été bien plufée en fuin, on la dégrailîe.
- Il y a deux maniérés de faire cette opération : l’une convient particuliérement
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- ment aux laines qui ont déjà été lavées ; l’autre eft principalement en ufage pour les laines qui ont été achetées en furge, 8c qui ont tout leur fuin.
- Cette derniere façon s’exécute, en mettant dans une futaille ou une cuve 30 à 40 livres de laine, de maniéré qu’elle y foit à l’aifè; on remplit la futaille ou cuve d’eau chaude à un degré de chaleur qui permette d’y tenir la main * trop chaude, elle recuiroit le fuin ; trop froide, elle ne pourroit le détacher ; on remue fans ceffe la laine avec un bâton, pendant un quart-d’heure ; après l’avoir laifle repofer environ une demi-heure, on la retire 8c on la met dans des mannes qui font plongées dans une eau courante, où on l’agite avec une efpece de rateau ; on répété cette même opération, jufqu’à ce qu’on ait dé-graiffé toute la laine qu’on fe propofe de travailler; &, chaque fois qu’on retire la laine de la futaille pour la mettre dans la manne, on jette l’eau qui fe trouve trop chargée d’impuretés.
- Ce travail le fait depuis la Saint-Jean jufqu’aux fraîcheurs de l’Automne. Si*on étoit obligé de le faire en Hiver, il faudrait couvrir la cuve pour y confèrver la chaleur , parce quelle eft néceflàire pour ouvrir les pores de la laine 8c emporter la graiffe.
- Cette méthode eft bonne pour les laines qui ont tout leur fuin ; mais il y a des laines mal lavées par les Marchands, 8c d’autres dont le fuin eft trop adhérant pour être entièrement emporté par le procédé que nous venons de décrire ; en ce dernier cas, il faut attendrir le fuin qui s’eft defféché fur la laine j & pour cela on conferve l’eau où l’on a dégraifte de la laine en filin, on la fait chauffer à y pouvoir tenir la main, & on la verfè fiir la laine qui n’a pas été parfaitement dégraiffée : cette eau impreignée de graifle, attendrit le fuin defféché, 8c le met en état d’être emporté au lavage à la riviere; 8c Ton continue cette manœuvre tant qu’il y a de la laine à dégraiffer.
- Quand la laine qu’on veut dégraiffer pour une fécondé fois, eft plus fine que celle en fuin qui a engraiffé l’eau, il faut paffer l’eau graflepar un tamis pour ôter la laine plus commune, & empêcher quelle ne fe mêle avec celle qui eft plus fine.
- La méthode que nous venons de décrire, eft encore très-bonne pour dégraif fer des laines qui ont été manquées à l’urine : on en parlera dans un inftant* Quand la laine en fuin a été bien lavée, elle diminue de jo à 60 pour cent ; cependant, au dégraifîàge qui fe fait dans les fabriques, elle diminue encore de plus d’un quart, enforte que de 100 livres de laine telle qu elle fort de deffus l’animal, on n’en retire, hors de toute graiffe, que 32 livres, un peu plus ou un peu moins.
- L’autre méthode eft de dégraiffer à l’urine ; mais avant de parler de ce dégraiffage, il eft bon de faire attention que les graiffes ne fe diffolvent pas dans l’eau, mais bien par les fubftances alkalines ; ainfi pour retirer la graillé de la laine, on emploie de l’urine dont les fels qui fe volatilifent 8c s’alkalifenç D RAP E RI D
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- aHiment, diflolvent la graifle dans le bain chaud où il fe forme une forte de favon ( a ) ; c’eft pourquoi quand on a retiré la laine , l’eau du bain eft blanche comme fi Ton y avoit diffous du favon ordinaire; aufli feroit-il pof-fible de dégraiffer la laine avec de beau de favon ; mais ce dégrais plus dif-pendieux que burine , diminue beaucoup de la douceur de la laine. Je pafle à Topé ration.
- Lorfque la laine a été lavée par les Marchands, on la donne dans la fabrique au Dégraiffeur qui la met dans un bain compofé d’eau & d’urine ; lavoir, fur fept féaux de liqueur, on met un feau d’urine (b ). Les pratiques fur ce point ne font pas uniformes, 3c elles ne peuvent pas l’être, parce qu’il faut aug-menter la dole de l’urine quand les laines font vieilles, 3c lorfque le fuiny eft fort adhérant. On fait chauffer le bain dans une grande chaudière jufqu’à n’y pouvoir tenir la main qu’avec peine ; on y abat 9 c’eft-à-dire , on y plonge jo ou 12 livres de laine à la fois feulement ; on l’y laiffe un quart-d’heure ou plus, & on la remue fans difcontinuef avec un gros bâton en la promenant fur la fuperficie du bain , d’où même on la fort de temps en temps pour la replonger fur le champ, afin que le bain pénétré également dans toutes les parties de la laine ; on la retire quand elle eft ouverte, & qu'elle blanchit fur le bâton. Quelques-uns la mettent dans un filet pour la plonger dans le bain ; mais alors il eft difficile de la remuer auflî parfaitement que quand on fuit la précédente méthode.
- Pour connoître fi la laine eft bien dégraiffée , on en prend une poignée quon preflfedansla main pour en exprimer l’eau; il faut qu’en ouvrant la main, elle le gonfle beaucoup.
- Si le bain étoit trop chaud, il pourroit endurcir le fuin ; s’il ne l’étoit pas aflez , il ne le diflToudro.it pas : le degré de chaleur convenable eft, comme nous l’avons dit, qu’on y puiffe tenir la main avec peine.
- On ne renouvelle jamais ces bains ; on ne fait qu’y ajouter de temps en temps de l’eau & de l’urine pour remplacer celle que la laine a confommée.
- Lorfqu’on eft obligé de nettoyer la chaudière pour ôter les ordures qui font forties de la laine, ce qui arrive rarement, on tranfvafe le bain, &on remet cette liqueur dans la même chaudière après quelle a été nettoyée ; mais ce fécond bain n’eft pas auflî bon que le premier, peut-être à caufe du fuin qui y eft diflbut ; on fe contente donc d’emporter, de temps en temps, une efpece de crème qui s’élève à la fuperficie du bain quand il y a repofé quelque temps. Il faut que le Dégraiffeur ait foin de ménager ce bain fuivant les efpeces de laine : quand il s’apperçoit que le fuin ou la graifle a de la peine
- (a) Quelques Fabriquants préfèrent l’urine un peu vieille; & comme elle eft alkalifée, elle pa-roît plus propre à difloudre les graifles & peut-être trop ; d’autres Fabriquants prétendent qu’elle énerve la laine, & pour cette raifoji, ils n’em-
- ploient que de l’urine récente.
- (b) Quelques-uns mettent trois quarts d’eau Sc un quart d’urine, en augmentant celle-ci, à me-fure qu’on s’apperçoit que le fuin eft plus difficile à enlever,
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- à fe détacher, il peut y ajouter un demi-feau d’urine, mais toujours avec ménagement.
- Il eft auffi du devoir de cet Ouvrier de prendre garde que fon bain ne fe corrompe , ce qui arrive quelquefois dans les temps d’orage, ou par d’autres? caufes ; car dans ce cas il n’y a d’autre parti à prendre que de jetter le bain , & d’en faire un nouveau ; mais il faudroit que le bain fût bien corrompu fi le tartre blanc battu ne le réparoit point, en y en mettant un quart deboif* feau plus ou moins, félon la grandeur de la chaudière.
- On peut dégraiffer très-bien les laines en fe fervant d’eau chargée de fuin* au lieu d’urine : j’en ai déjà dit quelque chofe, mais j’en parlerai encore plus amplement dans la fuite.
- Quand la laine eft dégraiffée, on la leve ou on la tire du bain pour la mettre égoutter pendant un demi-quart-d’heure dans des mannequins à jour, ou fur une civiere placée au-deffus de la chaudière ; & pendant qu’elle eft encore médiocrement chaude, on la porte à la riviere pour y être lavée.
- C’eft pour ne point laifler perdre toute la chaleur, qu’on a foin que la dégrailferie foie à la portée d’un ruiffeau ou d’une riviere, parce que quand la laine fe trouve bien dégraiffée , on la remet entre les mains du Laveur de laine, qui a fon lavoir fur l’eau. Aufli-tôt que la laine a été dégraiffée, elle eft, comme je l’ai dit, remife au Laveur pour qu’il la lave fur le champ, & pendant qu’elle eft encore chaude ; c’eft pourquoi on ne doit pas permettre au Dégraiffeur d’en avoir trop d’avance : après que le Laveur a emporté la laine qui a été dégraiffée, le Dégraiffeur en prépare, comme nous l’avons dit, une autre quantité de io, 12 ou 15 livres,ayant foin qu’il y ait fuffifam-ment de vuide dans fa chaudière, pour qu’il puiffe remuer continuellement la laine.
- L’attention du Laveur eft de bien remuer la laine dans l’eau, f élevant à quelque diftance au-deffus du bain , & la rabattant avec effort, afin qu’elle ne conferve rien de l’odeur que l’urine du bain a pu lui avoir fait contracter. Cette opération ne réufïit pas également bien dans toutes les fàifons ni dans toutes fortes d’eau: l’ufàge fait remarquer que la fonte des neiges rend l’eau trop crue ; les grandes pluies en Eté la faliffent par la grande quantité de fable ou de vafe qu’elles entraînent. Quelques-uns prétendent que dans les grandes chaleurs l’eau manque d’activité ; mais je n’admets point ce fait ; car il paroît que l’eau tiede eft plus propre à diffoudre le fuin déjà attendri par l’urine, que l’eau froide. Depuis le mois de Mai jufqu’au mois de Septembre , on ne lave plus les laines à la riviere ; le mieux eft de les laver, autant qu’il eft poffible, dans des fources dont l’eau n’eft fujette, ni à être troublée par les pluies , ni à être trop froide en hiver. Mais comme on n’en a pas toujours à fa portée, il feroit à defirer qu’on pût choifir une faifon favorable pour parvenir à la perfection d’un bon lavage, parce que cette
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- opération eft effentielle ; car la laine mal dégraiffée, ne s’ouvre pas fous les coups de baguette; elle conferve des faletés, elle ne fe file jamais fi bien; enfin il eft impoflîble que le foulon puiffe purger la graiffe qui fe trouve dans un drap fait avec des laines mal dégriffées. Quoiqu’il femble que les? eaux douces qui diffolvent bien le favon, foient plus propres à enlever le fuin que les eaux crues & dures , néanmoins on a remarqué dans la fabrique de M. de Julienne * que le lavage réuflït mieux dans la riviere des Gobe-lins , que quand on étoit obligé de laver les laines dans la Seine ; mais il eft: probable que cette différence vient de ce que les laines qu’on portoit à la Seine, s’étoient réfroidies : nous avons dit ci-deflus, qu’il étoit important que les Laveurs reçuffent les laines fort chaudes, & immédiatement au for-tir du dégraiflàge.
- Ceci bien entendu on lave la laine par parties de io, 12 à if livres dans de grands paniers à claire-voie, beaucoup plus longs que larges, qui font traverfés par une eau coulante ; deux hommes agitent la laine avec des râteaux de bois jufqu a ce que le luin foit tout-à-fait forti, & que la laine ait entièrement perdu l’odeur de l’urine dans laquelle on l’a dégraiffée.
- Le fuin(étant diffout par l’urine, rend d’abord l’eau trouble & blanchâtre; mais quand la laine en eft entièrement dégorgée, l’eau fort des paniers très-clair e. Comme la laine eft alors parfaitement dégraiffée, on la retire des paniers , & on la met égoutter fur une plate-forme de pierre qui eft à côté du lavoir, ou dans des cages.
- Afin que la laine foit bien lavée , il faut la changer d’eau au moins trois fois ; ce qui fe fait, ioit en la tranfportant d’un panier dans un autre, foit en foulevant le panier, & le failànt fortir de l’eau avec le rateau : à chaque fois qu’on change l’eau, il faut que le Laveur donne 30 ou 36 coups de rateau : l’eau doit être coulante pour emporter ce quelle détache de la laine; mais un courant trop rapide, entraîneroit la laine fur un des côtés du panier, Sc empêcheroit l’effet du rateau.
- A Sedan, on laiffe les cages ou grands paniers remplis de laine qui viennent du lavoir, en égout pendant quelque temps, afin de lui laifïer perdre la plus grande partie de fon eau.
- A Elbeuf ou l’on.teint prefque toutes les laines avant de les filer, on les porte au Teinturier au fortir du lavoir.
- Inconvénients gui arrivent au DégraiJJage.
- Les laines mal dégraiflees font beaucoup de tort aux Fabriquants : elles coûtent plus de façon à caufe de leur pefànteur qui vient de ce qu’elles ne s’ouvrent pas au battage ; la poudre & les pailles ne s’en feparent pas à la baguette ni auplufage, à caufe qu’elles font poiflfeufes. Elles ne peuvent
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- pas fe filer aufli long que celles qui auroient été bien dégrailTées , elles éclatent dans les outils; & fi le fil qui en provient, eft mis en chaîne, comme cette chaîne eft fortement tendue fur le métier, les fils caftent à chaque inf* tant, il refte des vuides dans le drap, en terme de fabrique des traces, ou fils courants, dont nous parlerons ailleurs ; ces laines fe ranciflent promptement; &les draps qui en font fabriqués, ont toujours un œil gras Sc fom-bre, à moins qu'au foulage on ne force de terre Sc de làvon.
- Il fe trouve des laines vieilles ou mal confervées, qui ont perdu une partie de leur gras naturel : quelque précaution qu’on prenne, on ne peut parvenir à les dégraifler à fond ; elles fe mettent en cordelettes, & confervenc une graifle poiflànte qui empêche qu’on ne puifle les ouvrir & les travailler ; elles prennent tout ce qu’il y a d’aétif dans le bain, qui ne peut enfuite fer-vir à dégraifler d’autres laines. Pour tirer partie de ces laines défeélueufes, on pourroit les tenir un peu de temps dans de l’eau imprégnée de fuin , Sc en mêler une feizieme ou dix-leptieme partie avec d’autres laines nouvelles de même qualité , pui£ tenter le dégraiflàge qui a été propofé plus haut.
- U fe trouve des laines dont la graifle eft fort tenace j alors", félon la ténacité du fuin, il faut plus ou moins de chaleur, Sc plus ou moins d’urine ; c’eft au Dégraifleur à fe régler par les eflais qu’il doit avoir faits fur des échantillons.
- U faut fur-tout qu’il prenne garde d’échauder fa laine, qui, ayant perdu tout fon reflort, n’auroit plus de corps. Ce défaut peut être produit, ou par la faute de l’Ouvrier qui auroit employé une leflîve trop chaude & trop forte, ou par la qualité de la laine qui eft aifément attaquée par cette leflîve : je m’explique. Il eft certain qu’on peut difloudre toutes les elpeces de laines par un fort alkali ; ainfi un bain trop fort d’urine vieille, peut altérer les laines, Sc les altérer d’autant plus que les filaments laineux feront plus tendres ; il fuit delà qu’il faut que le bain foit aflez fort pour difloudre le fuin, mais non pas aflez pour attaquer la fubftance des filaments laineux : c’eft pour éviter ce défaut, que les bons Fabriquants ne veulent pas employer de laine vieille.
- On connoît qu’une laine eft bien dégraiffee Sc bien lavée ; i°, quand elle eft bien blanche, mais ouverte Sc douce au toucher ; car elle peut être blanche en la forçant d’urine, le Dégraifleur voulant abréger fon opération ; mais dans ce cas cette laine fera blanche fans être douce; 20, quand elle ne poifle pas la main ; 30, quand elle n’a confervé aucune odeur du bain.
- Quand une laine a été mal dégraiflee, on s’en prend louvent au Laveur qui l’a travaillée en dernier lieu ; l’acculàtion eft fondée quand elle conferve une odeur d’urine, car c’eft une preuve qu’il n’a pas aflez battu Sc repaumé fa laine; mais quelque foin qu’il prenne, il ne parviendra jamais à la dégraifler, fi la graifle n’a pas été difloute dans le bain ; Sc alors, c’eft la faute du Dégraifleur.
- Lorfqu’on ne peut pas jouir pendant tout le courant de l’année d’eau de Draperie, * E
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- fource pour laver, on effaye de beaucoup laver quand les eaux y font propres , & lorfque le temps eft favorable pour fécher ; alors les Fabriquants font des provifions de laines lavées : mais ces laines de provifion ne peuvent être confervées qu'en tas ; & pour peu qu' elles aient été manquées au dé-graiffage, elles s'échauffent, elles deviennent poifïàntes & difficiles à travailler : on fera donc mieux de ne laver qu a fur & à mefure, quand on pourra profiter de l'eau d'une fource ou d'un ruiffeau dont l'eau foit pure.
- Quand la laine a été lavée , on la laifïe égoutter dans des cages ou corbeilles à claire-voie pendant plus ou moins de temps ; en Eté, vingt-quatre heures fuffifent; mais en Hiver, il faut la laiffier égoutter pendant trois jours, & quelquefois plus, à moins, comme nous l'avons dit, que ce ne foit des laines deftinées à être teintes ; car en ce cas on les remet toutes humides au Teinturier.
- Du Séchage.
- La première opération après le lavage eft le fichage. Il faut fécher la laine à l'ombre ; le foleil la rendroit dure. Il convient auffi de la remuer fou-vent , de crainte qu’elle ne fermente & quelle ne s'échauffe : pour cela on prend la laine dans les cages ou grandes mannes à jour, dans lefquelles les Laveurs l'ont apportée dans les greniers pour la faire égoutter : les greniers deftinés à cela, doivent être bien expofés à l'air. L'Ouvrier, (PI. l.fig. i ) prend dans la cage A une poignée de laine qu'il bat dans fes mains ; enfuite il étend cette laine fur les grandes perches ou gaulettes C C, ( Fig. i) 3 placées en travers dans les greniers; lorfque la laine eft trop courte pour être mile aux perches, on l'étend fur le plancher *.
- Lorfque la laine a féché fuffifamment d'un côté, on la jette à bas pour la retourner , la battre de nouveau dans les mains, Sc la remettre fur les perches, ce qu'on répété jufqu'à ce qu'elle foit entièrement féchée.
- Il y a des Ouvriers qui, pour accélérer le defféchage, expofent les laines au foleil ; cette pratique eft plus sûre, que fi on la faifoit fécher au feu j mais communément on peut s'en difpenfer, parce que la laine étendue fur les perches ne s'altéré pas, quelque temps qu'elle foit à fécher.
- Remarques fur le lavage des Laines du Royaume.
- I l suit de ce que nous avons dit fur le lavage & le dégraifîàge des laines, qu'on peut nettoyer affez bien les laines enfe contentant de les laver en Eté , c'eft-à-dire, pendant les mois de Juin, Juillet & Août, dans une eau courante, pourvu qu’on ait l'attention d'écharpir les laines avec les mains, d ouvrir les matons en les tirant en large, de froiffer la laine dans les mains, comme quand on lave le linge.
- * Pour fécher les laines au fortir de la teinture,
- Tufage eft d’établir des gaulettes en paliflade, fur
- lefquelles on étend la laine, qu’on a foin de faire retourner, pour que tout feche également.
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- On fe borne à ce lavage pour les laines baffes du Royaume. Comme on ne les emploie que pour des étoffes très-communes, leur bas prix ne permettroit pas de leur donner des préparations plus recherchées. Quelques uns même foutiennent que ces laines communes feroient altérées, fi on lenr donnoit les dégraiffages quon emploie pour les laines fines : je me garderai d’affurec que cette prétention eft fondée.
- Un lavage & un dégraiflàge un peu plus recherché, efl: de les paffer d’abord dans de l’eau chaude, de les y ouvrir, & de les traiter comme nous l’avons expliqué, puis de les laver dans des mannes à la riviere : ce lavage efl: d’ulàge pour les hautes laines du Royaume ; telles font celles du Berry, dite Plaine de Vatan ; celles dites Clapes, qui viennent du Diocèfe de Narbonne ; celles du Rouflillon , de la plaine de Salanque ; làuf, pour achever d’emporter la graiffe de ces laines , d*ÿ apporter des attentions particulières pour les dé-graiffer dans les foulonneries. Ce n’eft pas que quelques Fabriquants plus attentifs , ne traitent ces hautes laines du Royaume , comme celles d’Elpagne.
- La troifieme façon de laver & de dégraiffer les laines , efl: de les paffer à l’urine ou au fuin : c’eft la plus dilpendieufe, celle qui caufe plus de déchet & qui exige plus d’huile à 1’enjïmage ; mais auiïï c’eft la plus parfaite. C’eft pour cette raifon qu’on l’emploie pour les laines d’Elpagne. Cependant quelques-uns prétendent qu’on peut faire un très-bon dégraiflage, en prenant toutes les précautions requifes pour paffer les laines dans l’eau chaude avant de les laver à la riviere. On m’a affuré que des Fabricants fuivoient cette méthode, même pour les Primes d’Elpagne.
- Remarques fur les Laines quon veut teindre avant de les filer.
- Si l’on fe propofe de faire teindre ces laines , il eft bon de leur con-ferver un peu d’humidité , ce qui les rend en état de prendre beaucoup mieux toute la vivacité des couleurs, qu’elles ne feroient fi on les laiffoit fécher entièrement : quelques-uns les portent à la teinture au fortir du lavoir, comme nous l’avons dit ; ces laines étant féchées, fe battent & fe plufent après qu’elles ont été teintes.
- Battage SC Droujfage ; Pajfer dans le Loup.
- L’instrumen t qu’on nomme un Loup à la manufacture des Gobelins, eft une elpece de corps de buffet A ( PLJI.fig. i ). La partie B de devant s'ouvre ainfi que celle de derrière C, n étant fermée que par quelques volets Dy E ( Fig. z ) , qui tiennent au corps d’armoire par des couplets. La partie inférieure F G ( Fig. z ) , forme un coffre. Cette efpece de buffet eft traverfé par un axe //*/, (Fig. z) terminé par une manivelle K f
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- ( Fig. 1,2,3 & 4 ), qui eft en dehors ; à cet axe HI, font attachées des ailes L ( mêmes figures), au bord defquelles font attachées de longues dents de fer M ( Fig. 2 & J ) y & dans le dedans de la machine, à peu-près à la hauteur de Taxe, eft établie une efpece de grillage de barreaux de bois JV, iFiS• 2 >3 & y ) 9 de forme circulaire, fur lequel tombe la laine mife dans le loup.
- On remplit de laine féchée la partie N ( Fig. 5 ) ; enfuite les volets D E étant fermés , on fait tourner avec vîteffe le moulinet L ; la laine s’accroche dans les dents M; elle s’en détache ,& eft reprife par les dents d’une autre traverfe ; ce qui fecoue tellement la laine, qu’il s’en fépare une aftez grande quantité de filetés qui font jettées par le vent des ailes vers les parois de la caifle, d’où elles tombent par la grille iV, au fond de la caiffe où nous en avons trouvé une plus grande quantité que nous ne nous l’étions imaginé : cette machine que j’ai vu établie à la Manufacture des Gobelins eft fort bonne. De temps en temps on ouvre le volet DE; & en tournant le volant en fens contraire, la laine eft jettée hors la machine, où on la ramaftè pour la battre, comme nous allons l’expliquer.
- Quand la laine eft bien féchée & qu’elle a été démêlée dans le loup, les Batteurs B ( PL I. fig. 2 ) , Ouvriers prépofés pour battre la laine, viennent la prendre dans les greniers au fortir du loup ; ils la portent fur une claie C (PL I.fig. 2,3 & 4 ) , faite avec des baguettes ou avec des cordes tendues , affujetties fur un chaflîs de menuiferie, que l’on place fur un pied de table (Fig. y) , garni de voliche, comme on le voit (Fig. 2 & 4), afin que ce qui tombe fous la claie , ne fe mêle pas avec la bonne laine : il eft affez indifférent que les claies foient de cordes ou de baguettes. Dans quelques Fabriques, avant de battre la laine, on la donne à de jeunes gens E,(PLI.jîg. 6), qui en ôtent la poix avec laquelle les moutons avoient été marqués, ou le crottin*. La poix eft un déchet qu’on pourroitéviter, fi l’on employoit, pour marquer les moutons, des drogues moins tenaces. Un ou deux Ouvriers, &c, prennent la laine de ces enfants, & ils la battent pour faire tomber les faletés, comme fable , pouffiere ou laine morte. La laine morte paroît noirâtre, grenue à peu-près en forme de petites lentilles, & comme galeufes ; cette opération contribue encore à ouvrir la laine, la faire gonfler & la rendre plus légère.
- Le Batteur D ( Fig. 2 ), ayant détiré la laine en gros fur le large, en met fur la claie deux ou trois livres , & il a l’attention de ne battre que fur le chaflîs de menuiferie, c’eft-à-dire, qu’il doit obferver que fes baguettes ne frappent point la laine à plomb de toute leur longueur, mais feulement par leur reffort ; car comme le battage fert non-feulement à faire tomber'les faletes , mais encore a ouvrir le corps de la laine, fi les baguettes tomboient à
- * Il feroit encore mieux de faire leplufage qu’on nomme égaler, avant le dégraiflage.
- plomb
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- plomb fur la laine , au lieu de l'ouvrir , elles la refferreroient davantage, ou 9 comme ils difent, elles la feutreroient.
- Cette opération qui par elle-même paroît de peu de conféquence, eft néanmoins très-effentielle ; car une laine bien battue eft douce & aifée à employer, elle s'ouvre convenablement, & facilite beaucoup le plufage en maigre qui fuit le battage.
- Inconvénients qui peuvent réfulter du Battage.
- Si la laine n'a pas été bien battue, ce font les Plufeufes qui en fouffrent principalement, parce que leur travail en devient plus confidérable.
- Les Batteurs tiennent une baguette de chaque main : quoiqu'on n'ait re-préfonté dans la figure qu'un foui Batteur, il y en a prefque toujours deux l'un vis-à-vis de l'autre.
- On bat abfolument de la même maniéré les laines blanches & les laines teintes. •
- Du Plufage en maigre.
- Nous avons dit que dans quelques Fabriques, on faifoit plufer grofïiére-ment la laine par de jeunes garçons avant de la battre ; mais dans toutes les Fabriques, on plufe plus exactement en maigre après que la laine a été battue. Pour cela, plufieurs femmes ou filles raffemblées dans un même endroit , s'occupent de cette opération, qui eft nommée Plufage en maigre, pour la diftinguer du Plufage en Juin, qui fe fait avant le dégraiflàge. On leur porte la laine battue dans de grandes corbeilles faites pour cette opération : elles font aftîfes autour de ces corbeilles, & elles ont chacune fur leurs genoux, une claie ou volette plus longue que large, fur laquelle elles mettent la laine par petites poignées pour l'écharpir ou l'ouvrir fur le large fans la rompre : ainfi , s'il fe rencontre un floccon , elles ne tirent pas les filaments fuivant leur longueur ; mais en les tirant de travers , elles les défuniflent, ce qui fait un bon effet ; car plus la laine eft veule & ouverte, mieux elle reçoit l'huile 5 on en tire avec foin les plus petites ordures : ces Ouvrières ôtent aufli les brins des laines groflieres qui s'y trouvent mêlés. Il eft néceflàire qu'elles redoublent leur attention quand ces laines font deftinées à faire des draps écarlates, c’eft-à-dire, en blanc pour écarlate ; car quand même le brin de laine feroit fin, pour peu qu'il fût d'un blanc différent , il faudroit l'ôter, autrement cette laine cauferoit des barres dans le drap mis en teinture *.
- * Tout ce que je dis ici de ce qui fe pratique à Louviers, je le rapporte d’après M, Louis Piéton, Fabricant de Louviers, qui a bien voulu m’aider de fes lumières.
- D RA P E R J E%
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- art de la draperie.
- D i g res s i o n fur La différence qu’il y a entre une Laine peignée
- ôC une Laine cardée.
- Avant de filer la laine, il eft néceflàirede la peigner ou delà carder. Ce font deux travaux differents qui ont aufli deux objets diftinéls : le premier regarde les Sergetteries, le fécond , les Draperies.
- On peigne la laine pour en tirer Xétain dont on fait les étamines, les ferges & autres étoffes à deux étains : comme le mérite de ces étoffes confifte à montrer une belle corde 8c bien unie, il faut un fil qui ait ces deux qualités. On fait encore d’autres petites étoffes qui ne doivent pas montrer la corde , & qui cependant doivent être légères , telles que les Marocs, Dauphines & autres : la chaîne de celles-ci eft de laine peignée , & la trame de laine cardée & filée au grand tour.
- Par le travail du peigne, la laine n’eft pas brifée , elle eft feulement démêlée ; les poils en font rangés 8c couchés de leur longueur les uns près des autres, dans les intervalles des dents du peigne. La perfeélion de cette opération eft que la laine qui fait l’étain, foit bien féparée d’une laine courte, grofllere & jareufe, appellée Peignon, qui refte dans les dents du peigne : ces peignons, avec d’autres laines, s’emploient dans la trame des étoffes les plus groftieres.
- Les barres de l’étain doivent être bien nettoyées des petits matons reliés de la laine morte. On peigne deux fois l’étain blanc pour le bien affiner y 8c trois fois quand ce font des couleurs mêlées, pour les fondre enfemble 8c les nettoyer parfaitemement.
- La préparation qu’on donne ainfi à la laine, procure le moyen d’avoir un fil très-fin, très-liffe 8c très-uni ; & comme elle eft filée au petit rouet ou au fufeau , le tors qu’elle y reçoit, 8c la quantité des fils dont les chaînes de ces étoffes font remplies, font fuffilànts pour les faire durer, fons qu’elles aient befoin d’être feutrées par le foulon.
- Il n’en eft pas de même de la laine deftinée à faire des draps, dont le principal mérite confifte dans un feutre bien lié Sc qui puiffe être perfectionné par les derniers apprêts, fans découvrir la corde. Pour avoir ce feutre, il faut que la laine foit un peu brifée, à quoi la carde eft plus propre que le peigne, parce que les dents en font plus ferrées 8c en bien plus grand nombre. Ce léger brifàge multiplie les poils de la laine , rend les fils plus hériffés & plus velus, & par conféquent plus diipofés à fe lier 8c à fo condenfer les uns avec les autres par l’opération du Foulon ; c’eft en quoi confifte la perfeélion du feutre, qui eft l’objet qu’on fo propofo, en failànt carder la laine. Il eft aifé de conclure delà que le cardage à la grande 8c à la petite carde, font les opérations les plus importantes de la Fabrique de draps. En effet, une laine bien cardée fe file mieux, 8c caufo moins de dé-
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- chet ; le drap Te tiffe mieux ; le foulage eft plus facile, plus parfait , & les apprêts font plus beaux.
- Des Cardes.
- Pour qu’une laine lolt bien cardée, il faut avoir de bonnes cardes. Il ÿ en a de plufieurs fortes , diftinguées par le nombre de leurs dents & la grof feur du fil de fer dont elles font faites. Cette groffeur eft graduée depuis le numéro i jufqu’au n° 7, qui eft le plus fin. On donné différents noms à ces cardes, ou DrouJJettes, comme on les appelle dans plufieurs Manu-faélures.
- Suivant les différents travaux qu’on donne à la laine, elles doivent être plus ou moins garnies de dents, faites avec du fil de fer plus gros ou plus fin, relativement à leur deftination. Les premières qui s’appellent Plaque-rejffes, font moins garnies de dents: celles du fécond travail en ont plus, & le fil de fer eft plus fin que celui des premières ; elles fe nomment Eto-quereJJ'es : celles du troifieme travail, RepaffereJJès^ & comme elles fervent à affiner la laine, le nombre des dents en eft encore plus grand &: le fil de fer plus fin. On conçoit la raifon de ces différences : il eft fenfible qu’une laine qui n’a pas été travaillée étant dans toute fà force, les cardes qu’on emploie à ce premier travail doivent avoir moins de rangs de dents , & le fer en doit être plus fort que celui des cardes qui font le fécond travail, la laine ayant alors plus de difpofition à fe carder. Il en eft de même d’une laine fine par comparaifon à une plus commune.
- Les cardes étant un outil de grande conféquence , il eft bon d’entrer dans quelques détails fur la maniéré dont elles doivent être faites pour rendre un bon fervice (a).
- Comme les cardes de Hollande paffent pour être mieux conftruites que celles de France, ce font leurs proportions qu’on fuivra dans ce détail (b).
- Le fût des grandes cardes ou Drouffèttes ( PL III. fig. 4 ), doit avoir dix à onze pouces de longueur fur fix pouces de largeur ; le talon ou poignée de ces fûts a trois quarts de pouce d’épaiffeur, Sc un quart de pouce au bas ou à la pince : il eft important que les fûts foient faits de bois foc & pris dans la demi-largeur d’une planche , pour qu’ils fo tourmentent moins.
- Le côté fur lequel le cuir eft attaché, doit être un peu convexe ou bombé,
- (a ) Par exemple, pour plaquer les laines communes , on emploie du fil n°s 2 & 3 ; & pour plaquer les laines fines, on fait les cardes avec du fil, n° 3 ou 4 ; pour étoquer les laines fines, ou pour repafler les communes, les cardes font garnies de fil, n° J ; & pour repafler les laines fines , de fil, nos 6 Sc 7. Le nombre des dents varie fuivant la groîTeur du fil qu’on emploie & la fi-nefle de la laine qu’on a à travailler : pour plaquer , depuis quarante dents à chaque rang ju£»
- qu’à cinquante, Sc pour repafler, depuis cinquante jufqu’à foixante : le nombre des rangs eft depuis foixante jufqu’à quatre-vingt. Il faut que le Car-dier fe conforme à l’intention du Fabricant, car tout ceci n’eft qu’une fuppofition.
- (b) On en fait à Sedan qui valent mieux que les Hollandoifes ; elles font montées fur une peau ou cuir qui s’applique fur une planche, qu’on nomme le Fut : le manche eft du côté du talon.
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- du talon à la pince. La raifon de cet arrondiffement qu'on remarque aux cardes de Hollande, eft quun fût un peu convexe du côté ou le cuir eft attaché, ne peut devenir creux de ce côté : par ce moyen le cuir dans lequel les dents font paffées, refte toujours tendu, les dents ne peuvent changer de fituation; au lieu que le fût des cardes de France étant plat , la moindre humidité le rend creux en dedans, c’eft-à-dire, du côté où le cuir eft attaché , qui fe lâche alors, c’eft-à-dire, en terme de Fabrique, qui fe bouffe, 8c par conféquent n’étant plus exaélement tendu, la carde ne peut plus fervir : en ce cas, pour ne point perdre la carde , l'Ouvrier démonte les bords de ce cuir tenu par des broquettes, il le tend plus ferme , moyennant quoi la carde peut encore rendre quelque fervice.
- Les Cardiers ne devroient employer, pour paffer les dents des cardes, que des peaux de veau bien tannées, .d'une force proportionnée aux ef-peces de cardes auxquelles on les deftine, ôc jamais des peaux de mouton, nommées bafanes, parce qu'elles font trop foibles 8c ne réfiftent pas au travail. Celles de veau ont plus de force; elles donnent un jeu 8c un reflbrt à la carde qui rend les fils nageants, ce qui eft très - avantageux pour bien démêler la laine.
- Les Cardiers à qui les peaux de mouton coûtent moins, fuppléent à la force qui leur manque , en y collant des feuilles de papier les unes fur les autres, ce qui ne vaut rien, parce que ces cardes n’ayant d'autre folidité que celle que ce papier leur donne, cette folidité fe détruit au travail par l'huile dont elles font toujours imbibées, de forte qu'elles ne durent pas longtemps.
- Le crochet desrf dents de toutes les grandes cardes f^doit être placé à un tiers de la pointe de la dent ; les deux autres tiers font la longueur de la jambe. On a coutume dans plufieurs Manufactures, de faire le crochet de la dent à une égale diftance du pied & de la pointe, ce qui eft un défaut ; parce que le crochet fe trouvant au milieu , on n'y peut mettre que peu de bourre, 8c par confëquent il y entre plus de laine qui ne fe démêle pas ü bien ; d’ailleurs , un long crochet fe redrefle au moindre effort, & alors il n'eft plus en état de carder la laine, il ne fait que la rouler.
- Il n'en eft pas de même quand le crochet eft près de la pointe de la dent, parce qu'étant plus court, il fe releve plus difficilement, 8c la carde rend plus de fervice; un crochet court a plus de force & carde mieux la laine; enfin, plus le crochet eft près de la pointe de la dent, plus la jambe eft longue, plus il faut mettre de bourre dans la carde, 8c moins on y peut mettre de laine, qui fe carde alors bien mieux, & les couleurs du mélange fe fondent plus parfaitement les unes avec les autres.
- A l'égard des petites cardes , on les diftingue en cardes pour la chaîne, & en cardes pour la trame. Leur longueur eft de dix pouces : celles pour la
- chaîne
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- chaîne ont deux pouces & demi de largeur ; celles pour la trame trois pouces ; leurs fûts font plats des deux cotés.
- La raifon de cette différence de largeur dans les cardes , efl: que la chaîne devant être filée plus fine que la trame , il faut que les volets ou ploquettes dont les fileufes de chaîne ont befoin , foient plus déliés , 8c qu'il y aie moins de laine qu'à ceux de la trame ; par conféquent ces cardes doivent Être moins larges.
- Quant au crochet de ces petites cardes, il doit être à peu-près au milieu de la dent , attendu que ces cardes étant faites pour travailler fur les genoux, elles feroient trop difficiles à conduire, fi le crochet étoit auffi court que celui des grandes cardes ou drouffettes, dont l'une efl: attachée fur un chevalet , pendant que le Drôuffeur conduit l'autre à deux mains ; d’ailleurs, comme elles font à proportion garnies d'un plus grand nombre de dents que les grandes cardes, lorfque la laine a déjà été travaillée par ces dernières , les inconvénients des longs crochets ne font pas à craindre.
- Les Cardiers doivent avoir grande attention à ce que l'inftrument qui fert à doubler les dents, foit fait de façon qu'on n'en puifle doubler qu'un rang à la fois, & non plufieurs , comme ils font quelquefois pour aller plus vite, attendu qu'en doublant plufieurs rangs de file à la fois , celui de deffous efl: moins large que celui de deffus, ce qui rend les dents d'une longueur inégale : par la même raifon, on ne doit crocher qu'une ou deux dents à la fois.
- Toutes les cardes doivent être bien habillées à la pierre, pour faire fauter toutes les dents de fer aigre & caffant, de même que celles qui font fendues par la pointe, qu'il faut remplacer par d'autres. Ce travail fert encore à aiguifer la pointe & à en ôter le morfil que les cifeaux ont fait en les coupant ; enfin il faut rétablir les crochets des dents qui ont pu fe re-dreffer en faifimt la carde.
- C’efl: un défaut, tant aux drouffettes qu’aux cardes , d'avoir quelques files qui excédent les autres de hauteur ; on les appelle des Cavaliers ; ce défaut empêche toutes les dents de cadencer également.
- Les cardes, foit grandes, dites Drouffettes, foit les petites , dites Cardes, ne doivent être ouvertes ni fermées ; c'eft-à-dire, que les dents doivent être à une égale diftance les unes des autres. Pour cet effet, il faut féparer les lignes avec le Refendoir pour les bien efpacer ; il faut auffi redreffer les dents qui fe font écartées de leur ligne, avec le Dreffoir, afin que le tout foit bien rangé & d'une égale hauteur.
- On appelle Cardes ouvertes ou fermées, quand , de deux en deux lignes, les dents fe touchent ou laiffent entr'elles de grands efpaces vuides, dans lefquels la laine refte fans être travaillée , ou, comme l'on dit, tranchante. Les laines travaillées dans toutes leurs parties font Touvrage le plus tranfpa-D RAP E RIE. <3
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- rent : cette attention eft, fur-tout * importante pour les draps mélangés; ainfî les cardes pour les laines des draps mêlés doivent être plus parfaites que celles pour les draps blancs. Ce défaut qui eft ordinaire aux cardes communes, ne fe trouve point dans celles de Hollande. Les Anglois font encore mieux leurs cardes à repaffer ; les dents y font pofées en échiquier, & par ce moyen il n'y a aucun poil dans la laine qui ne foit travaillé ; ce qui rend leurs draps gris-de-fer, beaucoup mieux mélangés que les draps communs de France.
- Beaucoup de Fabricants fe fervent de cardes, façon de Hollande ; comme elles font un peu plus larges que les autres, il fèroit dangereux de les donner indiftinétement à toutes fortes d'Ouvriers; car s'ils les chargeoient trop , la laine ne feroit pas également fendue, & il fe formeroit, ce qu'on nomme des Talons : ce terme fera expliqué.
- On fe fert en Normandie de trois fortes de grandes cardes pour les draps de couleur qui font beaucoup mélangés. Nous avons dit que les premières font nommées Plaquerejjes ; elles ont dix à onze pouces de longueur fur fix de largeur : les fécondés , dites Etoquerejjes, ont huit pouces & demi de long fur cinq de large, & font compofées dé foixante rangs de pointes doubles fur leur longueur, d'un fil plus fin que celui des Plaquerefles ; elles ont trente-fix rangs de pointes fimples fur leur largeur : les dernieres qu'on appelle RepaJJereffes, font de même largeur que celles à étoqucr ; mais elles ont foi-xante-dix rangs de pointes doubles de fil encore plus fin. Avec la Plaque-relfe on fait 4J à yo cardées à la livre; avec l'Etoquerelfe on en fait 7J à 80,' & avec la Repalfereffe cent à cent dix.
- Pour les laines des draps fans mélange, on ne fait ufàge que de deux cardes , qui font les Plaquereffes & les Repalferelfes ; dans ce cas il eft bon de donner quatre tours de placage.
- Dans quelques Manufaélures où l'on ne fait que des draps blancs communs , on ne fe fert fouvent que d'une feule forte de grandes cardes, & une de petites, ce qui ne divife pas aflfez la laine pour être bien filée.
- A CarcalTonne, on palfe la laine, avant de la grailfer, fur une forte de Droufjhte , qu'on nomme Scardajje : l'intention eft d'ouvrir la laine ; mais il y a à craindre que, par cette opération, on ne la rompe ; cependant les Anglois fuivent cette pratique ; mais on dit que leurs ScardaJJ'es font beaucoup plus douces que celles de CarcalTonne.
- Pour les draps de grand mélange, tels que les gris-de-fèr, les gris argentés de toutes les nuances, de toutes les couleurs, où le mélange eft tranché en rouge vif, en aurore, &c , toutes les laines qui font teintes dans les couleurs qui doivent former ces mélanges, font travaillées à peu-près comme en France, fiir trois différentes cardes de plus en plus fines ; mais enfiiite on les travaille encore avec des cardes très-fines, faites avec du fil de fer fi fin & fi ferré, que les mélanges fe fondent admirablement bien : c’eft particu-
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- liérement à cette efpece de carde, que les Anglois font redevables de la perfection de leurs draperies en couleurs mélangées.
- On ne fe fert point trop long - temps de ces cardes : quand elles font à moitié ufées, on les raccommode pour fervir à des laines plus communes.
- En général, les cardes des Anglois font plus parfaites que la plupart des nôtres: ils emploient des peaux de veau d’un an qu’ils font tanner exprès; Sc ces peaux qui font fortes, font feulement clouées tout autour de la monture , fans y être collées, ce qui donne un reffort, très-avantageux ; car la laine, au lieu de fe rompre, fe démêle, Sc les dents reviennent d’elles-mêmes à leur place.
- Les dents, pour les petites cardes, font très-forrées, rangées en diagonale, & d’un fil très-fin.
- Pour faire les meilleures cardes d’Angleterre , on tire d’Oxfort le fil groffiérement trait ; on le décape dans une eau aigre pour l’éclaircir ; on le palfe à la filiere pour lui donner le degré de fineife convenable : on en fait de dix à douze grolfeurs différentes, & chacune eft affeétée à une efpece de carde : ces fils font doux Sc ne rompent point, Sc néanmoins ils font élafti— ques ; ils ne le fendent point en deux, comme cela arrive aux cardes faites fans précaution.
- Toutes ces attentions augmentent néceflàirement le prix de ces cardes ; mais aufli elles font d’un très-bon fervice. Nous avons en France des Cardiers qui les exécutent très-bien ; ils les font payer plus cher que d’autres, Sc avec faifon.
- Un Maître Serrurier de Paris, nommé Chopitet, a inventé une machine fort ingénieufo pour percer les cardes avec une précifion Sc une régularité
- Nous n’avons parlé ici des cardes, qu’autant qu’il convient pour l’inftruc-tion des Drapiers ; car nous nous propofons de donner un mémoire particulier fur l’Art du Cardier.
- y
- Graijjer ou enfimer ÔC drouffer la Laine.
- Lo r s que les laines ont été exaéfement plufées, on les paffe à la grofîe carde ou drouffette ; Sc pour faciliter cette opération , on graiffe la laine, c’eft-à-dire, qu’on l’imbibe d’une certaine quantité d’huile qui la rend foyeufe, douce Sc aifée à carder, parce qu’alors elle peut être tirée fans fe rompre ; on emploie ordinairement, pour quatre livres de laine, une livre d’huile d’olive ; quelques-uns prétendent que quatorze onces fuffifent quand la laine eft plus commune ; Sc qu’une trop grande quantité d’huile la feroit tourner en poux, c’eft-à-dire, qu’il s’y formeroit de petits nœuds ; d’autres mettent une livre d’huile fur 8 livres de laine quand on la deftine pour la chaîne, Sc le double, pour la laine qu’on deftine à faire la trame ; parce que, difent-ils, la chaîne doit être filée un peu torfe ; Sc que devant être collée, elle ne pourroit pren-
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- £8 art de la draperie,
- dre aIfez de colle fi elle écoit trop chargée d’huile, & qu’il n’en eft pas de même de la trame qui doit être filée plus gros, moins torfe, & relier mollette ou veule.
- Ces raifons ne font point admifes dans toutes les Fabriques : il y en a qui prétendent que fi on charge d’un peu plus d’huile un fil, ce doit être pour la chaîne, parce qu’il faut tirer au fin ; mais ilspenfent que, fauf l’oppofition de l’Ouvrier quand il eft queftion de changer fa pratique ordinaire , rien n’eft plus facile à filer que la trame ., qui ne demande, en terme de Fabrique, que d’être endormie, c’eft-à-dire, extrêmement douce. C’eft donc -mal-à-propos qu’on doubleroit la dofe d’huile à la laine deftinée pour la trame ; ce feroit furcharger le drap en toile, d’une grailfe inutile , & préparer plus de travail au Foulon chargé de faire le dégraiflage, vu qu’en infiftant à faire partir la grailfe, le drap acquiert de la foule, ôc Y Epinçage en devient plus dur, outre que les Ouvriers font forcés de faire des jours au drap ; ce qui eft un défaut confidérable. Enfin ils ajoutent que plus la laine eft gralfe, plus elle eftmatte, c’eft-à-dire, lourde. On voit par-là que les fentiments font partagés : nous nous contentons d’avoir expofé les différents fentiments fans prétendre décider la queftion ; mais il convient d’augmenter un peu la quantité de l’huile dans les grandes chaleurs de l’été, parce que la laine eft fujette à déchoir Sc s éclater. Expliquons en détail cette opération.
- On étend dans une elpece d’auge de bois A ( Planche III. fig. j ) y qu’on nomme Bacq ou Graijjoir, la laine liir laquelle l’Ouvrier en s’inclinant, fait filer l’huile par l’extrémité de fes doigts qu’il a trempés dans un petit vale rempli d’huile (ici les doigts fervent de goupillon).Dans les bonnes Fabriques, on emploie ordinairement de l’huile d’olive qu’on tire de Séville ; elle eft plus gralfe Sc moins chere que celle de Provence ; néanmoins il faut la choifir claire , tranlparente, lampante, comme difent les Ouvriers, Sc fans odeur : les huiles de graines ficcatices qu’emploient les Peintres, ne valent rien pour cette opération , parce qu’elles font enquicher le fil lorfqu’on le garde quelque temps , quelles fe fechent, fe durcilfent, Sc que le Foulonnier ne peut les emporter : plus il y a d’huile dans le fil, fur-tout dans celui de la trame , plus elle eft fujette à s enquicher. Quand on a répandu la moitié de l’huile, on retourne la laine avec une fourche de bois pour quellefoit exactement grailfée ; puis on répand le relie de l’huile , & on retourne encore la laine.
- Si la laine eft blanche, on y met à peu près la quantité d’huile qu’on vient d’indiquer ; mais quand elle eft teinte, il faut y en mettre un peu plus.
- Lorfque la laine a été bien pénétrée, ou, comme l’on dit, encimée d’huile, l’Ouvrier la met par petites parties fur fon genou , & il la tire par trois re~ prifes : cette opération qui démêle un peu la laine, la met en état d’être droufjce. x
- DrouJJer, n’eft autre chofe que carder en long Sç démêler la laine avec
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- de grofles cardes ( Fig. 4 ) , qu’on nomme DrouJJettes. Elles ont dix pouces de largeur fur cinq pouces & demi de hauteur. Les fils de fer qui forment les rangs de dents doivent être fins, Sc porter dix lignes de longueur, y compris le croc qui eft de trois lignes ; l’une de ces droufletes eft attachée fur un chevalet avec des crampons a ( Fig. y ), & l’autre eft entre les mains de l’Ouvrier qui la fait agir fur la première (Fig. 7), obfervant de tirer cette fécondé carde en ligne droite de haut en bas, afin de carder tous les durillons làns déchirer la laine ; c’eft pour cette raifon quelles fils de fer doivent être fins, ferrés & compofés de 42 rangs doubles fur la largeur, ôc de j2 fur la hauteur : de plus, ces drouflettes doivent être rembourrées de Noppe ou bourre entaflee bien également jufqu’à la nailfance des crocs : pour les mettre en train , lorfqu’elles font neuves, on graifle une poignée de laine ou de bourre tontifle avec beaucoup d’huile, & on la travaille. Cette huile entafle, & colle en quelque forte la noppe ou bourre, ce qui l’aflujettit dans la drouflette. Cet article eft important ; car des drouflettes ou cardes enfrayées avec attention, font 10 à iy pefées de plus que d’autres qui n’auroient pas été bien garnies de bourre.
- La première livre de laine qu’on carde avec des drouflettes neuves, fe nomme monture ou enfrayure de drouflettes; elle doit être mile à part , parce qu’elle eft trop grafle & trop rompue ; cependant pour ne la pas perdre , on la diftribue par petites parcelles dans celle qui fe travaille après.
- Quand, en terme de Fabrique, on enfraye une paire de drouflettes, le Droufleur doit obferver de tirer doucement les premiers traits qu’il fait en commençant avec des drouflettes neuves,parce que s’il brufquoit ces premiers traits, il déferoit par ce mouvement ce qu’il prétend faire, je veux dire qu’il débourroit fon outil, rendroit les fils de fer trop-tôt nageants, enforte qu’ils ne feroient prefque point de fervice au Fabricant. La première pefée $ enfrayure s’emploie ordinairement pour la trame*
- Lorfque la drouflette n’eft point rembourrée aflez haut, le deflus des drouflees fe trouve, comme l’on dit, paré; mais le deflous relie gréleux.
- Quand les drouflettes font en état, le Droufleur (Fig. 2), fe met jambe deçà, jambe delà, fur fon chevalet B ( Fig. y, 6,7, 8 ,) qu’on nomme quelquefois pour cette raifon un Baudet ,qui eft garni d’un métier D (Fig. J, 7, 8 f)le corps de ce métier eft rempli de laine graiflee. Dans cette pofture, l’Ouvrier prend une poignée de laine, & la frottant fur la drouflette immobile , elle s’y attache; quand il y en a trop, il en retranche ; enluite il pôle la drouf* fette mobile fur la laine, la tire en defcendant & en appuyant ; il répété cela cinq à fix fois; enfuite il leve la laine attachée à la drouflette mobile, en rabattant de la main gauche celle qui déborde par les deux côtés, il la retourne & lui donne neuf à dix coups ; il la retourne encore pour une troifieme fois, & lui donne autant de coups de drouflette qu’il en faut pour rendre la cardée Draperie, H
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- unie & effacée', ce qui n’arrive fouvent qu’après avoir répété quatre fois cette opération.
- D’ une livre de laine huilée, le Droufleur fait 40 & même yo cardées au moins. A chaque fois que cet Ouvrier retourne la laine, il doit avoir foin de bien refendre par moitié le feuillet d’en haut, & d’éviter les barrures ; il doit aufli pofer les drouflettes exactement l’une fur l’autre , & faire attention que l’une ne furmonte pas l’autre, afin que la bordure de la drouflee ne fafle point de bourrelet, ou, comme on dit, de talons trop épais, qui s’amaflent au bas des cardes ; car cette laine qui n’efl: pas exactement démêlée, elt plus difficile à carder fur le genou, & à bien filer.
- Il ne doit charger la drouflette à chaque fois , que d’un quart d’once de laine grade, fi elle elt belle ; mais fi elle étoit d’une qualité inférieure, il peut charger la drouflette d’un tiers d’once, parce qu’étant plus pelante que l’au* tre, elle ne fait pas un plus gros volume.
- Pour que la laine foit bien drouflee, il faut quelle foit démêlée , peignée à fond 5 que les feuillets de la drouflee foient tranfparents des deux côtés y fur-tout, fi c’eft de la laine blanche, qu’ils forment de petits filions arrangés les uns près des autres fans faire de matons \ que la bordure d’en haut, dite le Talon y ne foit point grofle ; qu’il y ait au bas de la cardée une barbe qu’on nomme Soie, & qui aide beaucoup à faire de beau fil. Pour faire cette foie, il faut bien tirer en long ; & pour éviter le talon, on doit avoir attention de couper net fa cardée.
- Le Droufleur obfèrvera que quand il y a des gras ou coromps de trame, il doit les mélanger & les bien confondre dans le refte de fa laine, afin qu’il ne s’en trouve pas plus dans un endroit que dans un autre.
- Cet Ouvrier peut, avec la même paire de drouflettes, façonner deux cens livres de laine huilée. Les laines imparfaites font réformées 8c vendues aux Fileurs de chaîne de lifieres : on peut en retirer à peu-près le tiers du prix qu’elles ont coûté : fouvent ce font les Fileurs de chaîne qui graillent 8c droulfent la laine qu’ils doivent filer.
- Digrefjion fur le Mélange.
- Nous avons dit ci-devant que , dans certaines Fabriques, on fait tous les draps, blancs ou de la couleur naturelle de la laine & fans être teinte ; qûé d’autres font leurs draps de couleurs mêlées, & qu’alors les laines font teintes de différentes couleurs, & tellement fondues enfemble, qu’elles forment, par leur union, une couleur qui participe de celles qui font le inélange j que d’autres font des couleurs pleines ; & qu’alors la laine, foit de la chaîne, foit de la trame, eft teinte d’une feule & même couleur; que quelquefois la laine delà chaîne èft entièrement d’une même couleur, 8c que celle de la
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- trame eft d’une autre : enfin que, quant aux draps faits de couleurs pleines * on pouvoit indifféremment teindre la laine en bourre, ou lorfqu’elle eft filée.
- Comme les étoffes pleines fe teignent fouvent en pièces & affez rarement en laine, nous allons parler des étoffes mêlées qui font d’un ufage plus commun , & qui exigent des attentions particulières.
- Les draps de couleur gris-d’épine, gris - de - perle, marron 8c café, font faits avec des laines teintes en différentes couleurs, mêlées les unes avec les autres pour en former, foit une efpece de jafpé, foit une couleur uniforme: dans ce dernier cas, il faut que le mélange foit fi intime, que le tout paroiife être une couleur pleine ; dans l’autre cas, le mélange doit être uniforme , afin que le jafpé foit le même par-tout. Les Fabricants, par le mélange de différentes couleurs, produifent des teintes nouvelles qui augmentent le débit de leurs draps, quand elles fe trouvent d’un goût nouveau qui plaît au Public ; c’eft par cette raifbn que les Fabricants tentent le mélange des laines teintes, de même que les Peintres tentent le mélange des couleurs fur leur palette ; pour cet effet, ils mêlent 8c cardent des laines de différentes couleurs, en variant la quantité de chacune, ils feutrent dans leurs mains ces laines mêlées jufqu’à ce qu’ils aient réufiî à trouver une couleur agréable , & ils fuivent, en travaillant en grand, le même mélange de feflài qu’ils ont fait en petit.
- Quand ils ont fixé parleurs effais l’efpece, le nombre 8c la quantité de chaque couleur, il s’agit de faire les mélanges. On fuit pour cela différentes pratiques : les uns mêlent les laines avant qu’elles foient drouffées 8c peignées ; d’autres commencent par drouffer féparément chaque couleur, & il eft certain que cette opération difpofe la laine à être mêlée plus exactement. Quand on ne met dans chaque cardée qu’un petit lopin de mélange, il eft fans contredit que, pour le diftribuer également, il eft néceffaire que ce mélange ait été cardé auparavant. Quelques-uns voudroient, pour éviter de brifer les filaments laineux, qu’on peignât les laines au lieu de les drouffer : cela pourroit paroître bon pour les fils de chaîne ; mais je crois appercevoir qu’il y auroit de l’inconvénient à fuivre cette pratique : i°, parce que les laines peignées ne peuvent fe filer qu’au fufeau, opération très-difpendieufe ; 2°, parce qu’en peignant les laines, on retire la plus haute, c’eft-à-dire, la plus longue ; & il me paroît que pour faire un bon feutrage, il faut qu’il refte de la laine courte avec la longue , pour que la chaîne fe marie mieux avec la trame ; 30, c’eft pour ces raifons qu’on n’emploie les fils de la laine peignée, que pour les étoffes rafes qu’on ne foule point ou prefque point. mais indépendamment de toutes ces raifons , la méthode de peigner les laines ne peut être avantageufe pour le fil de trame, non-feulement parce que la laine bien cardée, doit fe mêler plus intimement que celle qui eft peignée*
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- mais encore parcequ'en peignant, on fépare la laine longue de la courte, 8c que pour le fil de la trame, fur-tout, il femble avantageux que les deux laines foient mêlées enfemble ; cependant on peut dire, généralement parlant, que la trame eft faite pour couvrir les draps fins ou communs, & même les fer-ges , quoique bien imparfaitement à la vérité, n'étant point deftinées pour la plupart, ni à être foulées, ni à être lainées; or c'eft toujours la trame, telle qu'elle foit, qui couvre le drap, & jamais la chaîne ; c'eft même un défaut qu'elle foit attaquée par le chardon ; c'eft dans la vue de l'éviter, que l'une eft torfe pour foutenir le corps du drap , & l'autre douce pour couvrir la chaîne, ce que l'on appelle jentré, & en terme de fabrique, garnie; c'eft pourquoi la laine pour la trame eft toujours aftez longue, pourvu qu'elle foit tirée de celle qui forme la chaîne ; & il fera vrai de dire que la bonne chaîne fait le bon drap , comme la belle trame fait le beau drap. C’eft aux habiles Fabricants à fe décider 5 il nous fuffit d'avoir fait appertevoir en gros qu'on peut avoir des raifons pour varier ces pratiques. Je reviens aux mélanges des laines teintes. On fuit dans les différentes Manufactures des méthodes qui leur font particulières, pour mêler les laines de différentes couleurs > lorfqu'elles ont été bien drouflees & cardées.
- Dans plusieurs Fabriques, trois, quatre, fix ou un plus grand nombre de femmes, prennent dans leur tablier chacune une couleur de laine , bien en-entendu que plufîeurs femmes prennent de la même couleur quand elle doit être répandue en plus grande quantité que les autres. Ces femmes tournant fur la circonférence d'un cercle qu'elles décrivent fur l'aire du plancher , elles jettent en marchant de petites pincées de la laine dont elles font chargées ; au centre de ce cercle , eft un Ouvrier qui réglé la marche de ces femmes Sc la quantité de laine qu'elles doivent jetter ; il a à la main une baguette avec laquelle il éparpille les flocons qui lui paroiffent trop gros. Au refte, le nombre des femmes eft fixé par le nombre des fortes de laines dont le mélange doit être formé, & la quantité de chacune ; fi, par exemple, l'on veut compofer un mélange par l'addition d'une feule couleur , comme du rouge, à la quantité d'un tiers, ôn n'emploie que trois femmes ; la première & la troifieme fè chargent de la couleur principale, qu'on luppofe être un café ; elles en jettent une certaine quantité , & la fécondé qui marche entre les deux autres , répand le rouge. Quand on n'emploie, comme cela fe pra^: tique ordinairement, cette couleur rouge, que fur le pied d'un ou deux pour, cent ; la femme qui porte cette couleur, n'en jette que de très-petites parcelles. Si l'on travaille un mélange ou l'on ajoute deux couleurs à la principale, on emploie cinq ou fept femmes, fuivant qu'on ajoute une moindre ou une plus grande quantité de chaque couleur à la première. Deux ou trois de ces femmes répandent la couleur principale; les autres, celles du mélange,dans la proportion qui leur eft prefcrite. Elles doivent jetter un certain nombre de - pincées
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- pincées à chaque révolution : il faut un peu de temps pour les ftiler à ce travail qui doit s'exécuter avec beaucoup d’ordre ; le mélange alors imparfait, deviendra plus intime par les préparations qu'on donnera à la laine avant de la filer ; Sc cette méthode eft fuffifamment bonne pour les étoffes ou l'on defire voir un peu de jafpé. Mais quand on veut que les couleurs foienc mieux fondues, on ramalfe cette laine; on en fait des paquets très-ferrés; puis un Ouvrier fe mettant à genou fur un de ces paquets, il en tire la laine par petites pincées qu'il jette devant lui comme s'il plumoit une volaille ; il a encore l’attention d’éparpiller toutes les parties où il fe rencontre trop de laine d’une même couleur ; enfiiite il mêle encore les laines fur les drou£ fettes, ayant toujours l'attention d’éparpiller les petits paquets de laine qui ne fe trouvent pas bien mêlés.
- Quelques Fabricants font tout leur mélange fur les drouflettes : quand le Drouffeur a mis fur la drouflette, par exemple, un quart d’once de la laine principale, il répand pardeflus des petits flocons de laine rouge, bleue, &c; Sc afin que ces flocons foient employés dans une proportion convenable ôc uniforme, on divife la quantité qu’on lui en remet pour cent livres de laine huilée, en quarante parties égales, ou en un plus grand nombre, fuivant le poids de chaque cardée. Pour que ce mélange foit parfait, on ne peut fe difpenfer de redrouffer plufieurs fois les laines teintes, comme nous allons l’expliquer.
- Si l'on veut que les petits flocons foient bien diftribués par ce plocage, il eft à propos de donner quatre façons ou quatre tours.
- Il faut fur-tout mêler à plufieurs fois, lorfque ce font des couleurs extrêmement mélangées, telles que les gris-de-fer, gris-d'épine , Scc : à l'égard de la laine où il ne doit y avoir qu’un petit mélange, on U encime à part pour la carder feule, Sc en faire enfuite de petits flocons qu’on diftribue également dans chaque cardée du plocage ; mais on donne quatre façons ou travaux aux couleurs de fort mélange, tant à la chaîne qu'à la trame : s'il n'y a que la trame qui doive être mélangée, on ne travaille que celle-là, & on lui donne les quatre façons dont nous avons parlé ; lavoir, le plocage , Veto-cage Sc deux repajjages ; on ne donne à la chaîne que le plocage Sc tout au plus le repavage, on ne donne de même qu'une ou deux façons tant à la chaîne qu’à la trame, quand il ne doit point y avoir de mélange.
- Le Droufleur doit travailler toute la laine au plocage avant d3étoquer, Sc finir Yétocage avant de repafler.
- Entre chaque travail, il doit rompre la laine par flocons, afin que le mélange en devienne plus parfait Sc que les couleurs foient mêlées uniformément. Cette réglé eft pour la chaîne comme pour la trame, quand l'une Sc l'autre font de laines mêlées : au refte, il faut donner quatre tours à chaque D RAPE RI E, I
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- drouflee , & avoir l'attention de ne pas mettre trop de laine dans les drouf-fettes, afin que les couleurs fe mêlent mieux.
- On voit que pour le parfait mélange des laines teintes , on ne peut fe dif* penfer de beaucoup drouffer Sc carder; cependant il faut faire enforte de ne pas rompre la laine, fur-tout pour le fil de chaîne; c’eft pour cela que quelques Fabricants évitent de faire de forts mélanges pour la chaîne. Si, par exemple , dans une couleur de café, ils mettent dix fur cent de laine rouge; pour celle qui doit faire le fil de trame, ils ne mettent que cinq fur cent dans celle qui doit faire le fil de la chaîne ; moyennant cette attention, ils ne fatiguent pas tant la laine qui doit faire la chaîne , Sc le mélange fait tout fon effet dans la trame. Mais comme on ne peut fe difpenfer de carder beaucoup la laine pour la trame, tout ce qu’on peut faire pour la ménager, eft d’employer des cardes très-fines & fort ferrées.
- Les Fabricants ne font pas d’accord fur un point important : les uns pré-tendent que la laine qui n’a éprouvé que deux drouflàges, fè file mieux que celle qui, pour en avoir éprouvé un plus grand nombre, fe trouve rompue : d’autres foutiennent que la laine fe file d’autant mieux, qu’elle a éprouvé plus de façons ; &, en conféquence, ils la font fucceffîvement paffer fur quatre drouffettes. Il femblero'it dangereux de trop fatiguer la laine ; mais aulîi il faut l’ouvrir fuffifàmment pour qu’il n’y refte point de flocons com-paéts ou ferrés. En général, pour qu’une laine fe file bien , il faut qu’elle foit bien drouflee ; mais il faut éviter l’excès ; il n’y a point de réglé fans excep-r tion : une laine d’une certaine efpece peut être trop fatiguée par les opérations , que telle autre pourroit fupporter. On expérimente tous les jours qu’un outil trop ufé eft préjudiciable au travail, parce que l’Ouvrier fe trouve obligé d’augmenter les traits de drouffettes, ce qui rend la laine écourtée Sc prefque point barbue ; ou, félon le terme ufité, elle a perdu fa foie.
- En général, on peut dire qu’il eft toujours avantageux que le mélange de la chaîne foit égal à celui de la trame, pour éviter certaines ombres ou bri-fages qui fè remarquent dans le drap : il eft d’expérience qu un habile Ouvrier qui fe fèrt de bonnes cardes , fait ménager tellement la laine , qu’elle peut être travaillée en chaîne Sc en trame, Sc fupporter tous les apprêts; Cependant ceux qui font des draps blancs ou de couleur pleine, ne drouf-fent Sc ne cardent qu’autant qu’il eft néceflfaire pour ouvrir la laine ; Sc ils ont toujours foin de moins fatiguer la laine qu’ils deftinent au,fil de chaîne , que celle qui doit être filée pour la trame : à l’égard de la laine teinte, l’attention , la vigilance , le favoir-faire du Fabricant remédient à l’inégalité de couleur qui fe trouve dans fon teint, & qui réfulte de la différence des laines , les unes prenant plus que d’autres la teinture, fuivant leurs degrés de fineffe Sc félon la façon dont elles ont été lavées, ou de ce qu’elles n’ont pas été fuffifàmment repaumées à chaud ou à froid.
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- En récapitulant ce que nous venons de dire fur les draps mélangés de toutes fortes de couleurs, nous dirons que l’ufàge des bonnes fabriques , eft de commencer par mêler enfemble toutes les couleurs, comme nous l’avons dit; enfuite on les trépigne, ceft-à^dire, qu’on en fait des paquets qu on tire par petites parcelles ; on a foin de bien mêler les couleurs ; le mélange fo perfectionne dans Vencitnage> en retournant la laine avec une fourche; en-fuite on ploque de fuite tout l’ouvrage ; puis on trépigne & on dépiece de nouveau, ou on rompt les cardées ; après quoi on étoque tout l’ouvrage , & on rompt encore les cardées pour les mêler une quatrième fois; on carde avec les repaifereffes qui doivent être très-fines, & l’on a l’attention de charger légèrement les cardes ; enfin les Fileurs palfent encore ces laines dans leurs petites cardes avant de les filer. Quand toutes ces opérations font bien faites, le mélange doit être uni, les couleurs bien fondues, tant dans la chaîne que dans la trame.
- U eft bon de lavoir en général, que pour faire un drap de bonne qualité, on doit employer environ deux cinquièmes de la laine pour faire la chaîne, Sc trois cinquièmes pour la trame ; ou, plus Amplement, que la chaîne doit être à la trame, comme deux eft à trois, ou encore mieux, un tiers plus de trame que de chaîne ; de forte que s’il faut 40 livres pelant de fil pour une chaîne, il en faut foixante pour la trame.
- Au relie , nous ne donnons ces proportions que pour des àpeu-près; car on verra dans la fuite quelles dépendent de la force qu’on veut donner aux draps : plus les fils de la chaîne font dans un compte ferré, & plus le fil de la trame eft délié, moins il en entre de celui-ci : nous éclaircirons cela dans la fuite.
- Du Cardage avec les petites Cardes.
- Le cardage eft une opération nécelïàire pour parvenir à un bon filage. Il fe fait ordinairement par les Fileurs à qui Fon donne la laine au poids, 8c qui la rendent auffî au poids après qu’elle a été filée.
- Les cardes qu’ils emploient font bien plus délicates que les drouffettes. Elles n’ont que cinq à fix pouces de long, & elles n’exigent pas tant de force : elles font plus garnies de fil de fer, & ce fil eft plus fin. Elles doivent être rembourrées, comme les droulfettes, avec de la bourre de la même couleur que la laine qu’on veut carder : de temps en temps il faut rembourrer de nouveau ces cardes quand elles deviennent graffes ; & pour éviter les barres, il eft indifpenfàble de les rembourrer de nouveau toutes les fois qu’on change de couleur. '
- L’Ouvrier Cardeur ( PL IV-fig- 1), pofe fur fon genou gauche le pas de delfous de la carde qu’il tient de la même main gauche, ' & de l’autre main il tient la carde du deffus qu’il fait agir à peu-près comme les drouiïeftes :
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- $6 ART DE LA DRAPERIE.
- après quil a retourné trois fois les feuillets de laine , il en forme deux P loques ou Loquettes extrêmement légères j car plus elles font claires 8c tranlparentes, plus la laine eft douce, foyeufe & exempte de bourlotes ou matons , mieux elle eft cardée, & aufïï plus elle eft facile à filer.
- Il eft bon que les Cardeurs aient un tablier de cuir , & non de toile ; car les dents des cardes pourroient en détacher des filaments de chanvre qui fè mêleroient avec la laine, & qu’il faudroit ôter à Y e'p outillage, parce que ce corps étranger ne prend point la teinture comme la laine. Il faut auflî que l’Ouvrier ait l’attention de ne point mettre de bande de toile fur le talon de fies cardes, fous prétexte de le raffermir.
- Les poils de la laine qui eft brifée légèrement par cette opération, fe trouvent multipliés 8c rendus plus propres à faire un fil velu, qui garnit d’autant mieux dans le foulage du drap.
- On a foin de faire les ploques plus légères lorfque la laine eft deftinée pour le fil de chaîne, lequel doit être filé plus fin que celui de trame, qui doit couvrir le drap & fournir du poil au lainage, dont nous parlerons.
- Pour que les ploques foient bien cardées, on exige dans des Fabriques qu’en les fecouant perpendiculairement, elles puiffent s’alonger d’un tiers, 8c qu’elles fe féparent fi on les alonge davantage ; dans d’autres Fabriques, on penfe que plus les ploques s’alongent, meilleures elles font, parce que c’eft une marque que la laine a été bien cardée 8c bien mêlée fans être rompue. Il eft naturel que les ploques fe féparent d’autant plus difficilement, que les filaments laineux ont plus de longueur.
- Ce qu’on appelle à Sédan des ploques, fe nomme Loquettes à Elbeuf, bailleurs Boudins; parce que les feuillets qui fortent des cardes, étant roulés, forment des cylindres ou boudins.
- Du Filage.
- Les rouets, façon de France J ont leur table horizontale, 8c la broche eft de fer. Ceux , façon de Hollande, ont leur table inclinée, 8c leur broche eft d’un bois dur & pefant.
- Le filage (PL IV. jig. 2), fe fait à Sédan, à Louviers, chez M. de Julienne 8c en beaucoup de manufactures, avec un rouet A (Fig, 2 & 6), façon de Hollande, dont le devant pofe à terre , & la broche B ( Fig. 2 , y & 6), qui eft de bois, n’eft élevée que d’un pied au-defliis du terrein. Cette po-fition donne plus de facilité aux Fileufes pour filer également , 8c à plus longue traite. La broche de bois a l’avantage de fe moins échauffer que celle de fer. La Fileufe doit prendre garde de ne pas rompre la ploque qu’elle tient dans fa main ; elle doit lever hardiment la main pour en former le fil,
- ne lâcher de laine que ce qu’il en faut pour filer un trait,
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- ART DE LA D RAP E RIE.
- On file ordinairement la chaîne Sc la trame fur les mêmes rouets, dont là table a cinq pieds de longueur, Sc la roue trois Sc demi de diamètre: quelques-uns ne lui donnent que trois pieds pour filer la trame.
- En Angleterre, à ce qu’on m’a dit , on file la chaîne avec des rouets qui fe tournent avec le pied; fouvent une même Fileufe fait deux fils à la fois, un de la main gauche & un de la droite *.
- A l’égard du fil de trame, leurs rouets font encore plus élevés que ceux à la Françoife, la broche étant à la hauteur de la main. Les Fileufes tirent leur fil prefque horizontalement, & elles ont foin que la roue du roüet ne foie pas grande pour que le fil foit peu tors, ce qu’on regarde comme avantageux, principalement pour la trame. Dans les Manufactures de France où l’on fait filer des enfants, on proportionne la grandeur de la roue à leur taille : les petites roues ont cet avantage que le fil en eft moins tors.
- Nous avons dit qu’on faifoit les Ploques ou Loquettes pour la trame plus groffes que celles qu’on deftine pour la chaîne : on doit filer les grofles loquettes pour la trame en trois aiguillées, comme les petites qui font pour la chaîne, Sc donner à chaque aiguillée deux tours de moins de roue que quand on file de la chaîne ; ainfi la plus grande quantité de laine qu’on fournit pour chaque aiguillée, Sc les deux tours de roue qu’on donne de moins, font que le fil de trame eft plus gros Sc moins tors que celui de chaîne. Comme ce travail doit s’exécuter régulièrement, fans exiger de ré~ flexion & par habitude, on fera bien d’affeéler des Fileurs pour la trame, & d’autres pour la chaîne.
- La Fileufe doit faire enforte de filer également Sc au degré de fineffe qu’on lui prefcrit ; cette fineffe eft néanmoins relative à celle de la laine ; cette Ouvrière doit aufti prendre garde qu’il n’y ait pas de pointes ni de bouts de broches ; ce font des défauts effentiels.
- La Pointe fe fait quand la Fileufe n’a pas foin de mettre tout le trait fur la fufée ou bobine, quand elle en file un fécond > ce qui en refte alors, fè tord encore , & forme ce qu’on nomme une pointe.
- Les pointes que les Fileufes font, tant en trame qu’en chaîne, dépendent fouvent de ce qu’elles n’ont pas foin de rogner le bout de leur broche quand elles font à crans & à vis ; car la ploque qui devient fil en fortant de leurs mains , s’engage dans les crans de la broche, fe ferre Sc forme une pointe au-deffus de laquelle eft ce qu’ on appelle un boyau.
- Le bout de broche eft le contraire. C’eft une laine mile fur la broche, en y mettant le trait, de façon qu’elle ne fe trouve pas torfe ; Sc une fois qu’elle eft roulée fur la broche, elle ne peut fe tordre davantage, parce qu’en terme d’Art, elle a trop renvidè fur la broche. Le devoir de la Fi-
- * Il y a en Bretagne des Fileufes de chanvre qui travaillent de même à deux mains.
- Draperie. K
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- 58 ART DE LA DRAPERIE.
- leufe eft d'éviter ces deux défauts , qui font également préjudiciables pour la chaîne & pour la trame *.
- Il y a des Manufaélures où l’on tord à l’excès le fil pour la chaîne ; on le perfuade donner par-là plus de force au fil ; mais on fe trompe : un fil trop tors fe cafteplus aifément quun autre ; d’ailleurs il prend mal la colle, il fe laine & fefoule moins bien ; dans le tijfage, il fe marie mal avec la trame; à 1 egard du fil de trame, quand il eft peu tors, le drap en eft plus couvert, & il fuffit qu’il le foit aflez pour être lancé dans la chaîne : tout le monde convient que le fil de chaîne doit être plus tors que celui de trame ; mais auflî il faut éviter de porter cette différence trop loin.
- On verra dans la fuite que plus on veut avoir un drap corfê, & plus la trame doit être grofle, molle & frappée dans la chaîne : ceci s’éclaircira, je n’en parle préfentement, que pour faire comprendre qu’un Fabricant doit varier Sc la grolfeur Sc le tors de fes fils, fùivant l’efpece de drap qu’il fe propofe de faire.
- La chaîne qui doit être plus fine Sc plus torfe que la trame, fè file à corde ouverte ; Sc la trame qui eft d’un fil plus gros Sc plus moëlleux, fe file à corde croifée; la noix de la broche fur laquelle onia roule, eft auflî plus grofle pour former un fil moins tors : la Fileufe y contribue, en donnant moins de tours de roue.
- L’effet de la corde ouverte D (Fig. 6), eft différent de celui de la corde croifée, défïgnée par la ligne ponétuée ; car la trame que l’on file toujours à corde croifée, fe tord de droite à gauche, Sc la chaîne qui fe file à corde ouverte , fè tord de gauche à droite. Cette différence dans le tors du fil, fait qu’au foulage, les cordes du drap, tant en chaîne qu’en trame, fe détordent, ou plutôt, les filaments qui compofent les fils, fe dilatent dans des fens oppofés, ils fe lient enfemble avec facilité, Sc produifent par-là un meilleur effet dans l’opération du Foulon.
- Le filage fe fait indifféremment par des hommes Sc par des femmes ; celles-ci filent ordinairement mieux que les hommes; c’eft peut-être parce que ce travail n’eft point fatiguant, Sc qu’elles ont la main plus adroite ; mais la raifon principale eft que les hommes ne s’occupent à ce travail que dans leur première jeunefte , Sc qu’aufli-tôt qu’ils ont acquis plus de forces, ils paflent à d’autres travaux plus pénibles ; au lieu que les femmes qui reftent au filage toute leur vie, l’exécutent communément mieux.
- Du Devidage.
- Quand les Fileufes ont filé une certaine quantité de fufées, on les de-vide fur un dévidoir nommé Afpe(Fig. 3 & 8 ) Sc l’on en forme des éche-
- * Le rond qui fert à accoter le fil fur la broche, fe nomme Efquive.
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- ART DE LA DRAPERIE. &
- veaux, qu'on nomme Echets y fi c eft du fil de chaîne, & Pérots fi c’eft du fil » de trame : enfuite de ces échets de fils de chaîne , on fait des bobines ou bobinaux pour pafTer à Vourdifage ; 8c l'on dévidé les pérots de trame fur des Cépoules pour en garnir les navettes.
- La circonférence de 1 ’afpe peut varier dans les différentes Fabriques ; mais elle doit être fixée & être toujours la même dans chaque Manufacture : on en va voir laraifbn.
- Le fil qui entoure l’afpe, doit, par exemple, avoir une aune & un quart de long ; ainfi l'on eft fur que chaque révolution de l'afpe confomme une aune & un quart de fil. Il y a à côté de l’afjpe & auffi dans fon effieu > plufieurs petites roues dentées ( Fig. 7 & 8 ) > qui engrainent les unes dans les autres ; le diamètre de ces roues dentées eft tellement compenfé * que T effieu de la derniere ne fait quune révolution pendant que l'afpe en a fait foixante. Or la petite roue, en achevant fon tour, rencontre un petit levier qui fait fon-ner une clochette ou frapper un petit coup de maillet ; ce bruit avertit l'Ou-vriere que fon afpe a fait foixante tours. Cette longueur de fil mis en éche-veaUj fe nomme un fon ou une maque *. Aufïï-tôt que la clochette a fonné, ou que le maillet a frappé, l'Ouvriere marque ce fon avec une cheville qu'elle pafle dans l'un des trous qui font percés fur la table ou fur un des bouts de l'afpe : foixante tours de l’afpe font un fon ; & fuivant l'ufàge des differentes Fabriques , il faut plus ou moins de fons ou de chevilles pour compofer un Echeveau ou Echet> c’eft alfez ordinairement douze ; unéchet étant com-pofé de douze fois foixante tours , il eft de 660 révolutions : les pérots pour la trame, ont un fon de moins ; ainfi ils ne font formés que de 600 révolutions. Dans les Fabriques de Louviers, les échets pour la chaîne font corn-pofés de 660 tours d’afpe, & ceux de trame de doo tours ; le contour de l’afpe eft de cinq quarts.
- Ce nombre de fons ou de chevilles eft réputé peler une livre : fi le fil eft gros y les douze fons , par exemple, de fil de chaîne, pefent plus d’une livre; fi le fil eft fin, ils ne pefent pas une livre : néanmoins c’eft fur le nombre des échets quon paye les Fileufes ; & comme, félon cette méthode, elles font payées à la mefure 8c non au poids, elles fe trouvent engagées à filer le plus fin qu’il leur eft poffible.
- Il y a des afpes plus parfaits qui marquent fur un cadran le nombre des fons, de forte que l'Ouvriere eft dilpenfée de mettre des chevilles à chaque fon : l'échet eft réputé fini y quand l'aiguille 3 qui marque les fons, a fait fa révolution.
- Quelque bonne que foit cette pratique > elle n'eft pas fuivie dans toutes les Fabriques : je crois qu’on véafpe point à Sedan y 8c qu'on y paye les Fileufes de trame à la livre.
- * Je crois que Maque eft corrompu de Marque*
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- 4o ART DE LA DRAPERIE.
- ChezM. de Julienne, les écheveaux ou échets pour la chaîne doivent avoir mille tours d'afpe, & lepérot de trame feulement foixante. Le fil de chaîne fe nomme auffi jild!Etain ou fil d’Etame. A Sedan les échets doivent contenir 1210 aunes de ce fil. <
- On fait bobiner les écheveaux de chaîne , & Ton obfèrve de mettre deux écheveaux fur chaqueb obine. Quant aux écheveaux de trame, on les donne à des enfants qui les dévident fur des Epoules, qui font de petits brins de rofeau coupés de longueur à pouvoir entrer dans la poche de la navette.
- ^ Du Bobinage.
- Bôèiner, ceft deviderles échets déchaîné fur des bobineaux ou bobines A 9 ( PL V. fig. I ) pour les ourdir enfuite. On met ordinairement trois échets fur chaque bobine : il faut que la Bobineufe falTe la bobine d'une égale grolîeur , fans aucune Boffette ; qu'elle ferre le fil entre les doigts pour caflèr les pointes, & ôter les bourlottes qui pourroient fe rencontrer ; qu'elle renoue proprement tous les fils qui rompent, & qu'elle prenne garde qu’aucun ne fe double fur la bobine. Cette opération fe fait fur un rouet ( PL V. fig, 7 ), comme quand on retord du fil.
- En Languedoc, on fe fert, pour bobiner, d'un moulin qui retord le fil de chaîne , en faifant tourner les bobines pour les charger de ce fil : félon cette pratique, il n’y a pas beaucoup à gagner fur le temps, & l'ouvrage en efl: moins régulièrement exécuté.
- Méthode pour connaître combien il entre d’échets dans une chaîne.
- A Louviers , le contour des ourdifloirs efl: ordinairement de trois aunes trois huitièmes ; mais il y en a d’un peu plus grands , & d'un peu plus petits.
- Chaque tour de l'ourdilfoir fait une enfeigne ou marque.
- Ceci bien entendu, on fuppofe que l'échet de 22 maques ou fons, contienne 1210 aunes de fil ; que le tour de l'ourdifloir en emporte trois aunes un fixieme ; on fuppofe encore une chaîne de ip enfeignes, ou, ce qui efl: la même chofe, de ip tours de l'ourdiffoir, contenant 3400 fils. Il faut multiplier ip par 3 un fixieme, & l'on trouvera 60 aunes un fixieme. Enfuite fi l'on multiplie 3400 par 60 un fixieme ; on trouvera 204$66 aunes, qu'on ,divifera par 1210 aunes, qui efl: la longueur du fil d'un échet ; on trouvera au quotient i6p échets Mais comme la mefure des échets n'eftpas toujours exaéle, & qu'on éprouve néceffairement quelque déchet en bobinant & en ourdiffànt,il faut compter pour une chaîne de ip enfeignes3400 fils, & y comprenant un échet de furplus , que l'on donne au Tilfeur pour alonger & remplacer les fils qui caifent (ce fil pour remplacer, fè nomme
- Lingat ),
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- ART DE LA DRAPERIE. 4*
- Lingat ), il faut au moins 172 échets. Cette même réglé peut fervir pour toute forte de comptes & de longueurs de chaîne.
- On conçoit que les Fileufes Sc les Bobineufes, pour augmenter leur pro-* fit, pourroient raccourcir tous les échets d’une maque ou une demi-maque ; mais il eft facile de reconnoître, en ourdiflànt une chaîne, fi chaque Fi-leufè donne à tous les échets les longueurs qu’ils doivent avoir : pour cela on attache à chaque paquet qu’on reçoit, un billet qui indique la date du jour de fà réception, avec le nom de la Fileufe & le nombre des échets ; on oblige encore la Bobineufe de marquer toutes les bobines du nom de chaque Fileufe ; l’Ourdiffeur connoît, en confultant le tarif ci-delfous, la fraude des Fileufes, & celles qui l’ont commife 5 & l’on eft en droit de leur faire payer ce qui manque fur la longueur du fil, fans rechercher fur quel échet peut tomber la fraude.
- TARIF.
- La bobine qui contient deux échets, doit courir fur une chaîne de xy Enfeignes ou de iy tours d’ourdiffoir . ... 26 portées 10 tours.
- Celle de 3 échets . . . . . . ... 39P. . . • £
- Sur 16 Enfeignes.
- Celle de 2 échets . . . . î . . . . ay
- Celle de 3 . . . ....................... 37 . . . f
- Sur 17 Enfeignes.
- Celle de 2 échets ...........................23 ... £
- Celle de 3....................................3y . . 8 . £
- Sur 18 Enfeignes.
- Celle de 2 échets . . ... . . . . . . 22 . . 4
- Celle de 3 ..................................33 . . 6
- Sur 79 Enfeignes.
- Celle de 2 échets ..............2X
- Celle de 3 . . .................51
- Sur 20 Enfeignes *.
- Celle de 2 échets .......... 20
- Celle de 3................... 30
- r
- * J’ai dit qu’une Enfeigne eft un tour d’ourdiffoir : on me l’a défini, la longueur de la navette qui contient une aune de Brabant ou une varre d’Efpagne : leur rapport avec celle de Paris, eft de cinq Enfeignes pour une aune de Paris ; cette
- Draperie,
- définition ne me paroîtpas aflez claire. Ce que j’ai pu trouver de plus clair, eft que tes Cinq aunes de Brabant font une enfeigne, & que l’en* feigne équivaut à trois aunes de Paris.
- L
- t
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- ART DE LA DRAPERIE.
- Remarques générales fur VOurdijfâge.
- La quantité des fils qu’on emploie pour compofer la chaîne 5 dépend de la largeur que Ton donne à l’étoffe, Sc de la qualité qu’on fe propofe de lui procurer ; les unes Sc les autres exigeant différents nombres de portées.
- Chaque portée eft prefque toujours compofée de 40 fils, ou de deux demi-portées de 20 fils.
- Les Réglements fixent la quantité de fils que doit avoir la chaîne Sc la largeur du Rot. Les Fabricants doivent s’y conformer ; mais comme ces Réglements n’entrent dans aucun détail à cet égard, & qu’il eft nécefTaire qu’un Manufacturier {bit inftruit des raifons des différentes proportions, fur-tout lorfqu’il veut faire de nouvelles efpeces de draperies, il eft bon d’examiner ce point, & d’entrer dans quelques détails nécefïàires.
- On peut fabriquer autant de fortes de draps, qu’il y a de différentes qualités de laine, en proportionnant la fineffe du fila ces qualités pour les rendre d’un bon fervice. Mais pour ne parler que de ceux qui font fabriqués avec de .bonnes laines d’Efpagne, & dont il eft ici particuliérement quef-tion , on en fabrique , i°, de très-forts ; {avoir, les doubles broches, j’em* ploie ce terme qui eft ufité, mais j’aimerois mieux les appeller draps forts ou for-foulés * ; deux de forts, trois de minces ou fuperfins ; Sc dans chacune de ces qualités , on en fait de différents prix pour les Particuliers qui, félon leurs facultés ou félon leur goût, en veulent acquérir, ôc cela contribue à étendre le commerce.
- La différence du prix des draps du même nom de fabrique Sc de même largeur, vient de la qualité ainfi que du prix des laines qu’on y emploie, & aufîï des façons qu’on leur donne. On trouve à acheter des draps de cinq quarts, depuis 12 jufqu’à 15 Sc 16 livres, Sc des draps de quatre tiers, depuis 17 jufqu’à 22 Sc 24 livres.
- La différence de ces prix vient du plus ou du moins de perfection, que l’on donne aux draps dans les différentes opérations de leur Fabrique; c’eft ce qui diftingue les bons Fabricants, excite leur induftrie, & donne de l’émulation aux autres, d’où fuit la réputation que fe font acquifes plufieurs de nos Manufactures.
- Un des principaux moyens pour donner aux draps différents degrés de force, eft de proportionner le nombre des fils de la chaîne Sc la largeur du Rot, à la quantité de trame qui doit y entrer, pour produire l’effet qu’on fouhaite ; car c’eft la trame qui donne du - corps, puifqu’un drap fait de
- * Les doubles broches font fabriquées différem-joaent des autres draps ; il y a plus de portées à la chaîne, les Rots ÔC les Lames font plus étendues; ces draps , quoique plus larges fur le métier, fe trouvent réduits parle Foulon à la même largeur
- que les autres, ôc ils perdent aufli de leur longueur: ils acquièrent par-là de la force ; mais lorfqu’ils font fur-foulés, ils n’en valent pas mieux : c’eft ce que nous ferons appercevoir dans la fuite.
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- chaîne fur chaîne, où le fil de chaîne feroit mis en chaîne & en trame, feroit auffi fort ou auffi difficile à déchirer qu’un drap où il feroit entré 72 livres de trame,quoiqu’on n’y eût employé que 30 livres de fil de chaîne au lieu de trame. On en voit la preuve dans les Fabriques, fi-tôt que le drap eft drap, c’eft«à-dire, qu’il eft prêt à être tiré au chardon ; car il arrive quelquefois par inadvertance,qu’un pérot ou échet de chaîne trop tors pour la trame* fe trouve fur une efpouble dans la navette du Tifleur ; cette portion de drap refte, pour ainfi dire, dans fà même nature, c’eft-à-dire, quelle ne garnit point la chaîne , & qu’elle fait une efpece de camelot; en conféquence point de feutre au foulon, point de garni au chardon ; enfin cet endroit du drap eft tout-à-fait défeélueux. Ainfi plus on veut que le drap ait de corfàge, plus il faut qu’il y entre de trame, à quoi on ne peut réuffir qu’en diminuant le nombre des fils de la chaîne ; ou, Ji l’on confèrve le nombre de ces fils, il faut augmenter la largeur du rot, parce que la chaîne étant alors plus claire, elle fe croife mieux, Sc donne à la trame la facilité de s’approcher davantage 5 bien entendu que la finefle de cette trame doit être proportionnée à celle de la chaîne, 8c à l’efpece de draperie qu’on veut faire.
- Suivant ce principe qui paroît inconteftable , une réglé générale à ob« ferver, eft qu’il faut pour faire un drap très-fort, tel qu’une double broche, dans une largeur de rot, femblable à celle d’un drap ordinaire, qu’il y ait moins de fils en chaîne, pour qu’il y entre plus de trame. r Si au contraire on veut faire un drap très-mince ou fiiperfin, tel qu’on le demande dans certaines Provinces, ou pour l’ufàge des Perfbnnes de qualité , Sc cependant de la même largeur après le foulage, qu’un drap d’une force ordinaire, il faut, ou diminuer un peu la largeur du rot, par exemple , d’un huitième d’aune, ou y mettre quelques centaines de fils de plus en chaîne, qu’à celui d’une force ordinaire. Il paroît préférable de maintenir la même largeur au rot, afin que les fils {oient à l’aifè, en multipliant les broches félon la quantité de fils qu’on veut faire entrer de plus.
- Il eft bon d’avertir ici que, quand nous avons parlé de double broche, il s’agifloit des draps dont on fait des furtouts ; car pour ceux qu’on deftine à faire des redingotes ou des manteaux, comme ceux-ci doivent être très-forts, il faut qu’avec le même nombre de fils en chaîne qu’ont les draps d’une force ordinaire, le rot foit un peu augmenté environ d’un huitième d’aune en largeur, comme nous l’avons dit ci-devant dans une note; au moyen de quoi il y entrera plus de trame ; il eft fenfible que ces draps pour redingotes feront plus forts que ceux à doubles broches fins, après qu’ils feront amenés à une pareille largeur que les fins, par l’aétion du foulage.
- La raifon de ces différentes proportions vient de la néceffité de contribuer à tout ce qui peut favorifer le foulage des draps : cette opération eft d’une
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- fi grande conféquence, que tous les premiers travaux qu’on donne aux laines doivent tendre à cet objet*
- On verra ci-après, en parlant du foulage, que bien qu’un drap doive fouler fur la largeur & fur la longueur , il faut éviter fur toutes chofes, & autant qu’il fera poffible, de le tordre pendant l’opération; cette maniéré de fouler eft la plus contraire à la perfeélion, parce que lorfqu’un drap eft trop tors dans la pile, l’aélion des pilons qui tombent deffus les différents plis de la piece ainfi torfe, fait que certaines parties de l’étoffe rentrent plus que d’autres, ce qui caufe des ribaudieres & des faux plis d’autant plus ineffaçables, que c’eft la chaleur qui les a formés, de façon que la fuperficie du drap en eft toute gripée.
- On peut bien tordre jufqu’à un certain point quelques parties pour faire rentrer le drap en ces endroits & l’égaler ; mais un Fabricant qui cherche à faire de' bonne marchandife, préféré de perdre quelque chofe fur le lainage, plutôt que de permettre à fon Foulonnier de tordre le drap dans la pile.
- Cettedigreflion fur le Foulon , quoiqu’anticipée , nous a paru nécefïàire pour faire comprendre que, fi une double broche avoit autant de fils en chaîne , paffés dans un rot de pareille largeur que dans un rot d’un drap de force ordinaire, il ne pourroit rentrer en laiffe lorfqu’onle fouleroit aplat, & qu’on feroit obligé de le tordre durant toute f opération pour lui donner la largeur prefcrite ; au lieu qu’ayant moins de fils en chaîne, il y entre plus de trame, qui fe feutre plus aifément, fans être obligé de tordre le drap, Sc qui donne la force requife à cette efpece d’étoffe.
- Un drap d’une force ordinaire, qui auroit au contraire plus de fils en chaîne, mais dans la proportion convenable à la quantité de ceux de la trame qui doit y entrer, pour que ce drap foit d’une bonne qualité, doit être plus foulé fur la longueur que fur la largeur.
- Il en efl de même d’un drap très-fin ; il y entre moins de trame que dans un drap d’une force ordinaire, parce que la chaîne efl plus garnie ; mais comme elle efl plus fine ôc que le rot efl moins large, le drap rentre trop tôt dans fa largeur : ainfi, pour lui donner la fermeté qui en fait le mérite, on efl obligé de le fouler à plat fur la longueur.
- Au refie, les Fabricants intelligents doivent, avant d’entreprendre dema-nufaélurer quelque nouvelle étoffe, faire différentes épreuves , pour fe régler fur le plus ou le moins de fils de la chaîne, & fur la largeur du rot ; car ce que je dis ici, n’efl qu’une réglé générale qui doit admettre des exceptions , fuivant l’intention des Fabricants.
- Quand il efl queftion d’imiter un drap , le meilleur moyen de réuflir dans les proportions, c’eft de choifir un beau drap de la force qu’on defire imiter, ôc dépareille largeur après le foulage que celui qu’on veut fabriquer, bien
- proportionné
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- ART DE LA D R AP E R IE. 4f
- proportionné en chaîne Sc en trame, & de fe régler fur cet exaîtien, tant pour le nombre des fils de la chaîne, que pour la largeur du rot.
- On ne peut augmenter la force des tifius qui ne font point foulés, par exemple , celui des Toiles, qu’en augmentant le nombre des fils de là chaîne , fans rendre le rot plus long, & encore en frappant beaucoup plus la trame pour fournir le tiflfu de beaucoup de fils ; mais on peut augmenter davantage la force des tifius de laine, par le moyen du foulon qui réduit à une aune & un quart la largeur d’un drap qui, en toile, & au fortir du métier, fe trouvoit avoir deux aunes & un quart de largeur. Onpourroit, par le foulon, réduire le même drap à une aune de largeur ; & en ce cas il feroit plus ferré & plus épais, mais ilpourroit n’en être pas meilleur ; car il fe cou-peroit en peu de temps ; ainfî il y a un milieu à obferver entre la force du tiflii en toile , & celle qu’on lui procure par le foulage.
- On peut varier encore le maniement des draps en les faifànt rentrer à la foulonnerie, foit fur leur longueur, foit fur leur largeur.Tout cela s’éclaircira dans la fuite ; mais j’ai cru devoir donner ces idées générales qui font nécef* {aires pour l’intelligence de ce que je dirai fur le tillage.
- Il fuit encore de ce que je viens de dire, que comme les petites étoffes ne peuvent pas être beaucoup foulées, elles doivent être fort garnies de fils en chaîne.
- Injiruments qui fervent pour Ourdir•
- Les inflruments dont fe fervent les Ourdifleurs font, i°, une efpece de chevalet qu’on nomme Cannelier ( PL V. fig, i), qui a environ quatre pieds de hauteur ; il foutient fur deux plans différents EFG H, dont l’un efl: plus élevé que l’autre de 8 à 9 pouces, 24 bobines, 12 à chaque rang plus ou moins ; car fi la portée devoit être de 40 fils , on placeroit 20 bobines à chaque rang 3 fi elle devoit être de 32 fils , on en placeroit 16 pour qu’il y ait toujours un égal nombre de bobines à la rangée fupérieure & à celle d’en bas ; chaque rang devant faire ce qu’on appelle une branche, ou caijj'ette ou demi-portée. Comme chaque bobine efl traverfée d’une broche de fer attachée au chevalet, on augmente ou on diminue, comme nous venons de le dire, le nombre des bobines , fuivant le nombre des fils qui doivent être à chaque demi-portée , dont la moitié doit être roulé fur les bobines d’en haut, & l’autre moitié fur celles d’en bas. Aux deux bouts de chaque étage , il y a deux ficelles a b , cd> qui s’étendent dans toute la longueur de la rangée , & entre lefquelles paflent les fils des bobines pour les tenir fur le même plan , & faciliter le devidage.
- 20, UOurdijfoir (PL V’. fig. 2 & >4 , & PL VL jîg. G) , qui efl compofé d’un arbre vertical Sc tournant de fix pieds de hauteur , fur environ 3 pouces de diamètre. Cet arbre vertical qui pofe par le bout inférieur fur une cra-Draperie. M
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- 46 ART DE LA DRAPERIE.
- paudine, 8c qui eft reçu par l'autre bout dans un colet, eft traverfé à deux ou trois hauteurs différentes , par des bras horizontaux , à l'extrémité def-quels font affemblées quatre tringles verticales , ce qui forme comme un gros cylindre de trois ou quatre aunes, mais plus fouvent trois aunes un feizieme de circonférence , plus ou moins , fuivant l'emplacement de la Manufacture : en un mot c'eft une grande afpe pofée verticalement; au lieu que celles qui fervent à former les échets font horizontales. Deux des tringles verticales qui forment la circonférence de l'ourdiffoir, font liées l'une à l'autre vers leur partie fupérieure par une traverfe fixe, dans laquelle il y a trois broches ou chevilles de bois Z), C, B, ( PL V. fig. 2. 8c G , F, E, PL VLfig. G) qui font horizontales 8c qui fàillent au dehors de l'ourdifToir d'environ 8 à 9 pouces : cet excédent fert à tenir partagés les fils qui forment la croifiire de la chaîne.
- Il y a auffi au bas de ces deux mêmes tringles verticales une autre traverfe, qui eft mobile 8c qui repofe feulement fur les bras ; cette traverfe porte deux chevilles horizontales /, H3 femblables à celles de la traverfe d'en haut ; elles fervent à faire ce qu'on appelle la petite Croifée : les Tifferands la nomment le Comptoir.
- On laiffe la traverfe d'en bas mobile, pour pouvoir diminuer la longueur de chaque piece de drap d'un quart, d’une moitié, Sec ; 8c en ce cas on place cette traverfe , foit au côté oppofé à celle d'en haut, foit ailleurs.
- De POurdiJfage.
- Comme il entre un grand nombre de fils dans la chaîne d'un drap qu'on monte fur le métier à deux aunes & demie de largeur, il ne feroit gueres poffible de manier à la fois ce grand nombre de fils ; mais on les divife par faifceaux, compofés ordinairement de 48 fils. Ces faifceaux fe nomment des portées : on étend d’abord les fils par demi-portées de 24 fils, 8c en confé-quence on met fur le cannelier 24 bobines.
- Quand il eft queftion de pofer la chaîne fur le métier, il faut la dift-pofer de maniéré que la moitié des fils puiffe être élevée pour former ce qu’on nomme le Pas d’en haut, & que l'autre moitié puiffe être abaiffée pour former le pas d’en bas ; de forte qu'alternativement un fil doit s'élever pendant que le fil voifin s'abaiffe, afin de former un croifement dans lequel on paffe la trame, pour former un entrelalfement ou tilfu femblable aux toiles ordinaires.
- En conféquence, on conçoit que pour ourdir une demi-portée qui doit être de 48 fils, il faut étendre à la longueur de la piece de drap les fils des 24 bobines qui font fur le cannelier, & outre cela les croifer. Pour rendre cette opération plus fenfible, je vais fuppofer qu'on veut faire une portée de huit fils.
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- ART DE LA DRAPERIE. 47
- On prend quatre bobines> deux du rang d’en haut A (PL Vl.fig. r)* & deux du rang d’en bas B ; & pour que les fils ne fe confondent pas, & que l’Ouvrier puiffe diftinguer ceux du rang d’en haut d’avec ceux du rang d’en bas , ce qui eft néceflàire pour faire la croifée , il les pafle , en obfervant le même ordre qu’ils ont fur le cannelier, dans les trous de la palette F: alors ces quatre fils forment le faiféeau Z, qu’on nomme une demi-portée.
- Enfuite ( PL VI. fig. 2), on arrête les quatre fils A fur la cheville B j puis faifimt un nœud en C, on place la palette F à une petite diftance du nœud, à peu-près comme le repréfente la figure première; puis tenant la palette de la main droite , on croife les fils entre le pouce & l’index de la main gauche, ainfi que le repréfente la figure troifieme ; pour cela on prend le fil a qu’on abaiife fous le pouce , & qu’on fait pafler fur l’index , le fil b palfe fur le pouce & fous le doigt index; le fil c palfe fous le pouce Sc fur le doigt index ; enfin le fil d paflfe fur le pouce & fous le doigt index. De cette façon tous les fils fe trouvent alternativement croifés entre le pouce & le doigt index , comme on le voit dans cette figure ; ce qui forme la croi-fée : on verra dans la fuite que les fils a, c> font le pas d’en haut, & les fils bP dyle pas d’en bas.
- Pour conferver le croifement des fils , on les pofe entre les chevilles C, D ( Flg- ^ ) : la pofition des quatre fils eftencore repréfentée plus fenfible-ment par la figure 4 : la cheville C tient lieu du pouce de la figure 3 ; & la cheville D du doigt index : cette difpofition le voit encore fur la Planche V* {Fig. 1 ).
- La grande croifée étant ainfi placée, on fait paffer les quatre fils réunis autour de la cheville E ( PL VI. fg. z ) ; puis tenant de la main gauche la palette F, pour que les fils confervent toujours leur même pofition relpec-tive , & de la main droite les quatre fils réunis * on va enlaffer le faifceau de quatre fils qui doivent faire la demi-portée, entre les trois chevilles I, H, G, qu’on fuppofe éloignées des chevilles C, Dy E, de 2y aunes ; fi la piece avoit cette longueur, ce dernier enlalfement fe nomme la petite Croifée : pour faire la portée entière, il faut, en tenant toujours la palette F dans la même pofition, reporter le faifceau K jufqu’à la cheville E ; puis croifer les fils a, b, c, dy ( Fig. 3), comme la première fois , & palfer cette croifée dans les chevilles D, C: alors la portée de huit fils efl: ourdie; & en faifànt une autre croifée en defcendant, on recommence à ourdir une nouvelle portée > pour laquelle on répété exaélement la même opération.
- Il efl rare qu’un Fabricant ait un emplacement affez étendu pour ourdir une demi-portée d’un feul trait, comme nous l’avons fuppofé dans la figure 2 ; maison peut opérer le même effet en brifant la demi-portée fur des chevilles, autant de fois qu’on le juge à propos. Ainfi ayant formé (Fig. y ) la grande croifée fur les chevilles C, D, E > on va porter la demi-portée fur la che-
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- ville P, puis fur la cheville O, puis fur la cheville N, puis fur la cheville M, enfin fur la cheville G ; & ayant fait la petite croifée fur les chevilles E\ F, la demi-portée K fera portée de G en M, de M en 2V, de N en O, de O en P ; puis de P en. E, en fuivant la route qu’indiquent les lignes ponétuées en obfervant exactement tous les zigzags de la demi-portee, fins quoi on feroit ce qu’on nomme un Cheval, & alors il feroit impoffible de monter la pièce fur le métier.
- Quand on eft parvenu à la cheville E, on fait la grande croifée fur les chevilles D, C, tant en montant qu’en defeendant ; & l’on recommence une nouvelle portée.
- Il faut obferver, i°, que les demi-portées que nous avons fuppofé, pour rendre la démonftration plus claire,. n’être formées que de quatre fils, le font ordinairement dans les Fabriques de draps de 24 fils ; 2°, que quand on a ourdi une fuffifante quantité de portées, on fubftitue à la cheville C, une perche qui feloge dans la rainure de la grande Anfouple ; 30, qu’on fubftitue à la cheville D, une corde, fur la longueur defquelles on diftribuera toutes les portées dans le même ordre quelles étoient fur les chevilles, pour attacher les fils aux liffes des lames, comme nous l’expliquerons ; 40, comme il faut coller la chaîne avant de la monter fur le métier, afin d’empêcher que les croifées ne fe confondent, on les lie avec un ruban, comme le repréfente la Figure ? PL V- au lieu de les diftribuer dans la longueur de la perche & de la corde, comme je viens de le dire : cette opération ne fe fait que quand la chaîne eft collée.
- Mais ce que nous venons de dire, ne fe pratique point dans les Manu-faélures de draps; c’eft une fuppofition que nous avons cru utile pour mieux faire comprendre ce qui eft d’ufage. Les Fabricants fe fervent de l’ourdifloir ( Pl. VI. fig. 6), dont nous avons donné la defeription : cette méthode eft beaucoup plus expéditive, comme nous allons le faire connoître.
- Dans les Fabriques de draps, les Ourdilfeurs dévident à la fois le fil des 24 bobines qui font fur le cannelier. S’il y en a douze plus élevées que les douze autres, c’eft afin que l’Ouvrier puifle aifément former fur fes doigts le croifement dont nous avons parlé plus haut, & qu’on foit difpenfé d’avoir à la main la planchette F, qui deviendroit très-embarralfante fi l’on avoit des portées compofées.d un grand nombre de fils.
- Comme les 24 fils ne font qu’une demi-portée, il faut doubler cette demi-portée pour en former une portée entière compolee de 48 fils.
- On conçoit qu’au lieu d’étendre les fils le long d’une muraille de E en P, de P en O, de O en N, de iVen M, & de Men G ( PL VI. fig. y ), il revient au même, & il eft bien plus commode de rouler la demi-portee fur la circonférence de l’ourdiffoir (Pl. VI. fig.'6 , ou Pl. V.fig.i) qu’on fait tourner, pour faire décrire au faifeeau qui fait la demi-portée, un hélice,
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- depuis le haut de l’ourdilfoir où Ton a fait la grande croifée > jufqu’eri baâ ou l'on fait la petite croilee.
- La grande croifée qui fe fait au haut de l’ourdilfoir, range tous les fils dé maniéré qu’ils puilfent faire aifément fur le métier, l’entrelalfemént qui forme le pas d’en haut & le pas d’en bas. Cette grande croifée fe fait donc au haut de l’ourdilfoir fur les chevilles B, Cy D y(PLVy ou E > F ,G, PL VI. ) > 8c elle forme la tête de la chaîne.
- La petite croifée fe fait au bas de l’ourdilfoir fur les chevilles /, H, ( PL VI. ) & elle fert à ranger toutes les portées à leur place, ce qui forme la queue de la chaîne.
- L’Ourdilfeufe ou l’Ourdilfeur K ( PL V. fig. 2 ), (car les hommes & les femmes peuvent exécuter ce travail qui n’exige pas beaucoup de force), doivent tenir la demi-portée plate comme un ruban, 8c prendre bien gardé qu’elle ne tourne fur elle-même; quand elle a formé la petite croifée, elle doit, tournant l’ourdilfoir en fens contraire, remonter fa demi-portée du bas au haut de l’ourdilfoir, foivant exaélement toutes les dévolutions qu’elle a formées en defoendant, & éviter qu’un tour ne palfe fur l’autre, ce qu’on appelle faire un Cheval> elle doit encore marquer avec un crayon rouge on bleu, chaque tour que la chaîne fait fur l’ourdilfoir, ce qu’on nomme une Enfeigne ; 8c quand la chaîne eft: finie, elle doit palier un ruban dans chacune des croifée, comme on le voit ( Planche V.fig. 3 ), & le lier bien ferme, de crainte quelles n’échappent & qu’elles ne fe mêlent, ce qui feroit une confulion très-difficile à réparer. Après ces idées générales, je vais entrer dans les détails, &fuivrepied à pied l’Ourdilfeufe dans toutes fes opérations*
- Lorfque l’Ourdilfeufe veut faire les portées d’une chaîne, elle commence, je fuppofe, par mettre fur fon cannelier ( Pl. V. fig. r ou 2), 24 bobines aux broches de fer qui font fur les traverfes E F, 8c G H; lavoir 12 à la traverfe EF, 8c autant à la traverfe G H. Elle prend les bouts des fils de ces 14 bobines , elle les noue enfemble comme en 5 ( Fig. 1 ), ce qui forme une ef-pece de cordeau qu’elle tient de la main gauche ; de après s’être un peu éloignée du cannelier, elle fépare exaélement les fils du haut E F, &c du bas G Hy ce qu’elle fait avec les doigts, fur-tout le pouce 8c l’index de la main droite, (PL VI. fig. 3) comme nous l’avons expliqué : ce croifoment eft repréfenté par les chevilles D, C (PL V.fig. 1), que nous avons dit tenir lieu dés doigts de la Figure 3 ( Pl. VI). Elle bailfe donc le premier fil du haut ef ; & avec le pouce, elle releve le premier fil du bas g h : enfoite avec le doigt index , elle bailfe le fécond fil du haut, & avec le pouce, elle releve le fécond fil du bas : elle continue cette opération jufquà ce qu elle ait pris les 14 fils ; de maniéré que ceux qui étoient en haut fo trouvent en bas, mais entrelalfés l’un dans l’autre, comme on le voit enD C( PL V.fig. 1 ) : elle accroche enfuite à la cheville B ( PL V.fig. a, ou E, PL VI. fig. 6 ) de l’ourdilfoir, le bout du Draperie. N
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- cordeau noué ou de la demi-portée qu'elle tient de fà main gauche ; puis elle fait entrer les chevilles C D> dans la croifée qu'elle a faite, & qu'elle tient de la main droite ; enforte que les fils qui viennent des bobines E,F, qu'on pafîe fur la cheville C, paffent enfuite fous la cheville D ; & les fils des bobines G,H, qu'on paffe fur la cheville D, paffent enfuite fous la cheville C : c'eft ce qui forme la grande croifée. Cet entrelaffement fe voit encore en CD ( PL Vfig. i.)
- L'Ourdiffeufe K ( Fig. 2 ) * tenant de la main droite les 24 fils réunis, fait tourner l'ourdifToir avec la main gauche ; &, à mefure qu'il tourne, elle baiffe infenfîblement la main droite jufqu'à ce que le cordeau qui fe nomme demi-portée , foit parvenu au bas de l'ourdifToir, 8c que la chaîne ait la longueur que l'on a voulu lui donner ; pour lors, quand elle eft au bas, elle arrête l'ourdifToir, 8c paffe la demi-portée en faifceau fur la cheville H & fous la cheville H (PL V» fig. 2 & PL VI.fig. 6) ; puis en retournant 8c revenant fur fes pas, elle la paffe fous la cheville F, 8c de cette façon elle fe croife ; ce qui forme la petite croifée HI ( PL VI. fig. 2) ; enfuite l'Ouvriere K (PL V. fig. 2 ), donne à l'ourdifToir un mouvement oppofé à celui qu'il avoit en premier lieu, & elle conduit fa demi-portée de bas en haut ; enfuite quand elle eft arrivée au haut de l'ourdifToir, elle fépare ces fils avec les doigts, comme il a été dit ci-deffus ; elle les fait entrer dans les chevilles C, D, ( PL V.fig. 2, ou IHy PL VI. fig. 6 ), 8c delà à la cheville B, ( PL V> ou E, PL VI. ) autour de laquelle elle fait paffer la demi-portée : alors la portée eft faite en entier. Elle continue cette manœuvre jufqu'à ce que l'ourdifToir foit chargé du nombre des fils qui eft néceffdre pour la chaîne.
- L'Ourdiffeufe doit avoir foin d'examiner très - fréquemment fi toutes les bobines tournent ; car s'il y avoit un fil ou deux de moins à une portée qu'aux autres, il en réfulteroit un défaut dans le tiflàge ; ainfî elle doit fuivre toujours , foit en defcendant, foit en remontant, les mêmes cordons ou demi-portées ; autrement il y en auroit moins, & cela ne vaudroit rien : elle doit auffi veiller à fa croifée ou demi-portée qu'il faut quelle conduife bien à plat, comme fi c'étoit un ruban ; 8c aufîi-tôt quelle s'apperçoit que les fils viennent à fe rompre, il faut qu'elle arrête l'ourdifToir pour les renouer avec propretés-car fi les nœuds étoient trop gros, ils ne pourroient pas paffer dans le tiflàge, 8c fe romproient dans le paflàge des lames 8c du rot, ce qui fait un mauvais
- effet. Elle doit auflî avoir foin de conduire & de tenir toujours le cordeau
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- ou la demi-portée tendue avec une égale force; fans cette attention, il y auroit, lors du travail fur le métier, des poches dans la chaîne qui paroîtroient infailliblement dans le drap. Quand la chaîne eft ourdie, on arrête les croifées avec des rubans ( PL V.fig. 3 ) : on démonte la chaîne de l’ourdifToir (Fig. 4), 8c on la remet au Colleur, ordinairement enlaffée comme on le voit ( Fig. y ).
- L'ourdifToir eft, comme on vient de le dire, un grand dévidoir ou afipe, qui fert à deyider les bobines de fil de chaîne, 8c à les difpofer de façon qu'ils
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- puilîent faire une chaîne de la longueur que l'on a déterminée. Cet infiniment la divife par portée de 48 fils, ou de 40 ou de 36 fils, fuivant le nombre de bobines qui ont été montées fur le cannelier ; & chaque portée en deux parties de 24, de 20 ou de 18 fils chacune, Tune & l’autre de ces deux parties s'appelle branche, demi-portée ou cuijjette ; ainfi deux branches font une portée ( * ).
- Aux Andelis, la chaîne eft ordinairement de 80 portées de 40 fils chacune , faifimt 3200 fils ; & la chaîne des draps à doubles broches , eft de 3 6qo fils : pourfuivons nos détails.
- L’Ourdiffeu£e monte fur fon cannelier ( je le luppofe ) 20 bobines, 10 en haut & 10 en bas, ce qui fournit en defcendant, puis en remontant, 40 fils ; ces 40 fils compofent une portée.
- Pour ourdir un drap de deux aunes 8c un quart de large qui, après avoir été foulé, fe réduira à une aune & un quart, il faut 3000 fils qui, divifés par 40, nombre des fils d’une portée, donnent 75 portées.
- Pour ourdir un autre drap de deux aunes un quart, qui doit le réduire , étant foulé à une aune un tiers , il faut 3 800 fils, lefquels divifés par 40, forment py portées. 1
- Quoiqu’il n’y ait de différence qu’un douzième d’aune, entre un drap d’une aune un quart, & celui d’une aune un tiers, on ne laiffe pas d’ajouter au dernier iy portées; ce qui ne paroît pas proportionné aux différences de
- (*) Quoique les Tifferands faffent des toiles avec du fil de différente groffeur, Sc aufïi de différents lez, & que pour cette raifon ils foient obligés de mettre plus ou moins de fils à leur chaîne lorfqu’ils la montent fur leur métier; ils ont cependant coutume de former toujours leur demi-portée de 20 fils ,'de forte que les portées fe trouvent de 40 fils. Mais ils augmentent ou ils diminuent le nombre de ces portées fuivant la groffeur de leur fil, & félon la largeur qu’ils veulent donner à leur toile.
- En fuppofant que le lez eft le même, & qu’un iTifferand ait à faire une toile avec du fil affez gros, & un autre avec du fil plus beau & fin, il eft certain qu’il doit mettre un plus grand nombre de fils à la chaîne de cette derniere piece de toile qu’à la première ; c’eft le rot qui lui indique le nombre des fils qu’il doit employer à l’une Sc à l’autre , ainfi que nous allons l’expliquer.
- Il faut être prévenu que le Tifferand doit avoir différents rots, fuivant les differentes groffeurs de fils qu’il doit employer, & qu’il a foin de joindre à chaque rot, un échantillon du fil qui y convient,ce qu'il nomme des marques ; il réunit enfembîe vingt des fils dont il doit faire fa toile, & il en forme un faifceau abc (PL VL fig. 7 ) ; il enlaffe ce faifceau avec celui à ef (Fig.7),qui eft formé aufti de 20 fils d’une groffeur proportionnée au rot auquel cette marque appartient ; ces deux faifceaux formés chacun de 20 fils, étant enlaffés comme on le voit (Fig. 7 ), on les tortille entre les doigts comme on le voit ( Figure 8 ) : il eft évident que fi la partie A , eft formée de fils plus gros que la partie B 1 le cordeau A fera plus gros que le cor-
- deau B, qui eft la marque relative à un rot ; en ce cas, l’Ouvrier prendra un rot dont les dents feront moins ferrées, Sc il fera la même épreuve avec une autre marque. Quand il en a trouvé un qui donne un cordeau de même groffeur que le fil qu’il doit employer, il reconnoît s’il doit fe fervir d’un rot de douze cents, ou d’un de quinze cents, Scc ; pour lors, fachant que chaque portée eft de 40 fils, 7il voit qu’il faut deux portées Sc demie pour faire un cent de fils ; que 5" portées font 200 fils; que 10 portées font 400 fils ; 20 portées 800; à quoi ajoutant 10 portées qui font 400 fils,fil aura pour ourdir fa piece, 1200 fils en 3 o portées.
- Chaque rot doit avoir fa lame, dont le nombre des liftes foit proportionné au nombre des dents du rot.
- Quand on veut faire des toiles de différents lez, mais dont les fils foient d’une même groffeur, on fe fert des mêmes lames &des mêmes rots, Sc l’on fe contente de diminuer le nombre des portées qui, dans ce cas, n’occupent que le milieu du rot Sc des lames, ce qu’on nomme détraire.
- Comme on fait peu de toiles dont le fil ait été filé par une même main, il y en a néceffairement qui font un peu plus gros les uns que les autres : les Tifferands doivent entremêler ces fils fur le cannelier, pour qu’ils foient diftribués à peu- près également fur toute la largeur de leurs chaînes ; fans cette attention, la toile fe fabriqueroit mal.
- Quoique l’Art du Tifferand doive être traité à part, nous avons cru que le peu que nous venons de dire , jetteroit quelque jour fur le tiffage des draps.
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- largeur; mais on obferve cette différence, parce que la chaîne des draps d’une aune un tiers, eft communément plus fine que celle des draps d’une aune un quart ; ce qui oblige d’employer un plus grand nombre de fils pour le tiffer : je crois d’ailleurs qu’ils font tiffus dans un plus grand, large.
- On a depuis peu ajouté 200 fils aux draps d’une aune un quart, pour les rendre plus fournis en laine.
- Les draps fins de Louviers, font compofés de 82 portées & demie, lef-quelles, à quarante fils par portée, font le-total de trois mille trois cents fils.
- Ce que nous venons' de dire eft relatif aux draps fins ; 8c l’on conçoit que pour les gros draps , on diminue 8c le nombre des fils 8c celui des portées ; mais ce font des détails dans lefquels il feroit affez inutile d’entrer, fur-tput après la note qui regarde leTifferand de toile ordinaire, que nous avons mile plus haut.
- Du Collage.
- O n encolle la chaîne pour la rendre plus ferme & plus aifée à employer, 8c afin qu’elle réfifte au frottement du rot fans bourer ( Voy. PL V. fig. 6
- On peut coller les chaînes avec quatre ou cinq livres de colle de Flandre pour une chaîne de 40 ou 45 aunes, qui pefe 30 à 32 livres ; mais communément on fait la colle avec des rognures de peaux de gand ou de chamois ; la meilleure eft faite de raclures de parchemin , ou, encore mieux, avec des piquures de cribles. Chez M. de Julienne, on fait la colle avec des peaux de lapins dépouillés de leurs poils ; on les acheté chez les Chapeliers Fabricants.
- Pour préparer la colle quson doit faire à fur Sc à mefure qu on en a be-foin, on prend de ces peaux ; 8c après les avoir mis tremper 8c les avoir tordues 8c lavées, on les met dans une chaudière ; quand elles y ont trempé quelques heures, on les fait bouillir douze à quinze heures & même jufqu’à trente, plus ou moins luivant la fàifon, 8c la quantité de colle qu’on veut faire ; quand elles font fondues, on paffe la liqueur à travers un panier d’o-fier bien ferré, pour la purifier de fon marc, enfuite on la met dans un cuveau ( PL V. fig. 6 ) : quand elle eft refroidie au point d’y pouvoir mettre la main, on y trempe la chaîne de fils que l’on comprime avec les mains pour la faire imbiber; on la retire fur le champ; on la tord par parties, 8c on la fecoue afin que la colle fe répande uniformément, ôc pour en faire fortir ce qu’il y en a de trop, qu’on nomme le Brevet, 8c qu’il n’y refte que la quantité de colle néceflàire pour faciliter le tillage.
- Un bain trop chaud, diffout & attendrit la laine ; il ne donne point de con-fiftance a la chaîne : un bain trop froid fait le même effet que fi l’on n’avoit pas tordu la chaîne également ; c’eft-à-dire, qu’il lailïe des placards de colle qui attachent les fils les uns avec les autres, ce qui porte un obftaçle infini
- , dans
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- Hans Fopération du tiflàge, Il faut cependant que la colle foit plutôt un peu trop chaude que trop froide, parce que la chaleur fond le plus gros de l'huile qui fe trouve fur la chaîne , laquelle fait place à la colle. On laifle la chaîne toute collée, étendue également fur un plancher fort net jufqu’au lendemain, pour qu’elle fe réfroidifle & quelle prenne là colle : il faut pendant cet intervalle de temps la retourner plufieurs fois, fans quoi le deiïbus feroit plus collé que le deflus. On tranfporte enfuite la chaîne quand elle eft bien collée , dans les champs où l'on a dilpofé des perches fur des piquets plantés en terre ( PL V. fig. 8), ce qu’on nomme un Penteur ; c’eft fur ce penteur ou pental qu’on étend la chaîne pour la faire fécher. On prétend qu'un foleil trop ardent fait perdre à la colle une partie de fa ténacité, peut-être eft-ce une prévention ; quoi qu’il en foit, quand il fait de grandes chaleurs, on étend les chaînes collées le matin & le foir après que la rofée eft tombée ; Sc en hiver, on l'étend pendant le haut du jour.
- On frife la chaîne ; c’eft-à-dire, qu’on a grand foin de la bien ranger & de la tirer èn longueur pour étendre les fils & les détacher les uns des autres ; on élargit les croifées, Sc on divife la chaîne par petits cordons, afin de pouvoir remettre à leur place tous les fils rompus qui pendent en deflous.
- Quand le temps eft mauvais, on étend la chaîne collée dans des chambres où l’on met à differents endroits du charbon allumé pour la faire fécher ; en ce cas, on prétend qu'il faut que la colle foit plus forte ; peut-être les Colleurs n’emploient-ils ce prétexte que pour épargner le charbon.
- Remarques fur la Colle.
- Les grandes chaleurs & fur-tout les temps orageux gâtent la colle (*)} cependant quand une chaîne eft mal côllée , la piece manque de fermeté, & elle refte plus courte, parce que le fil n’ayant pas fuffifamment de force pour foutenir les efforts de la chaffe & des marches, il fe rompt plus fouvent, & le grand nombre de fils rompus & fàillants, forme un vuide dans le corps du drap, qui occafionne que la piece rentre plus vite fur fa largeur quand on la foule : en pareil cas, Sc pour éviter qu’elle ne devienne trop étroite, il faut la fouler fur fa longueur, autrement elle manqueroit de force; & alors on perd fur l’aunage ce qu’on aurôit perdu fur le lez.
- Il eft vrai qu’une chaîne féchée en plein air, fe trouve toujours mieux collée que quand elle a été féchée au feu ; mais dans le premier cas, il faut prendre garde qu’elle ne reçoive de la pluie, & qu’on ne foit obligé de la retirer avant qu’elle ait pu fécher, parce qu’alors elle feroit toujours mal collée.
- ( * ) Je crois qu’en mettant de Taiun dans la colle, on rempêcheroît de tourner, Sc je penfé qué la force de la colle n’en feroit point diminuée ; c’eft une chofe à éprouver. On pourroit aufti effayet l’effet du tartre crud en poudre.
- Draperie.
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- Dans le cas d’une pluie imprévue, il faudroit la retirer des penteurs, la mettre à couvert, & l’étendre de nouveau aufli-tôt que le beau temps feroit revenu.
- Quand par les orages ou une pluie imprévue, une chaîne a été mal collée, on la recolle ; mais la chaîne en fouffre beaucoup, il eft impofîible de la bien monter fur 1 ’ enfouple, & le tiflàge n eft jamais bien exécuté.
- DU TISSAGE.
- L’opération du tiflàge eft une des principales de toute la fabrique, & elle demande beaucoup d’attention, d’exaélitude & de fidélité de la part des Ouvriers : nous allons commencer par décrire le métier.
- Defcription du Métier âC des uflenjiles qui fervent au Tiffeur ou
- Tifferand.
- Le verdillon Y ( Planche VIL ) eft une perche de bois ronde & unie, qui doit avoir fix pouces de plus en longueur de chaque côté que la largeur de la chaîne. On la pafle dans les petites croifées, & elle tient en ordre le bout des portées, ou la queue de la chaîne ; ainfî on pafle le verdillonY dans les anlès formées par les chevilles /( PLVI.fig. 2 ) * & la corde y du verdillon pafle dans les anfes ( PL VI. fig. a) formées par la cheville.
- Quand on a arrangé lur le verdillon le bout des portées qui doit faire la queue de la piece, on place le verdillon couvert de la chaîne dans une rainure creufée dans la grande enfouple A ( PL VIL fig» i ), & il y refte enveloppé par la chaîne, jufqu’à ce que la piece foit entièrement tiflue.
- La Figure 2 ( PL VIL ), eft une coupe de la grande enfouple A, perpendiculairement à là longueur, pour faire voir le verdillon Y> placé dans la rainure $ e font quelques fils de la chaîne ; Z eft une coupe du vateau dont nous allons parler.
- Le Houeteau ou Vateau ou Voteau, & quelques-uns difent Rateauy Z (Fig: 1 <& 3 ) *, eft compofé de deux tringles de bois a b,c d, parallèles l’une à l’autre, qui s’aflemblent & s’appuient lur les deux traverfes a c & bd. Ce cadre contient des chevilles de bois g gy & c, qui ont environ deux pouces & demi de longueur. Ces chevilles entrent à force dans la tringle d’en bas c dy Sc elles font reçues dans des trous percés à des diftances égales lur la tringle d’en haut a b ; cette tringle a des trous de rencontre en nombre pareil & à égale diftance que ceux de la tringle d’en bas cdy & aflez larges pour que les chevilles puiflent y entrer & en lortir fans peine, afin que la traverlè<z£ puifle s’enlever aifément.
- Le Voteau doit avoir un peu plus de longueur que la largeur qu’on veut donner à la piece, par exemple, deux aunes & demie, afin que la piece puifle * Nota, Les mêmes lettres indiquent les mêmes parties du métier fur les Planches VII, VIII. IX.
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- y occuper deux aunes un quart. Enfin il doit y avoir autant de chevilles au voteau que le drap doit avoir de demi-pôrtées. Ainfi quand on met au drap un nombre différent de portées, ou quand on fait des draps de différente largeur* il faut changer de voteau.
- Le voteau Z étant en bon état & garni de toutes les chevilles /on leve la tringle fupérieure a b, & divifànt en deux les portées qui font fur le verdillon Y y on paffe entre chaque cheville du voteau une demi-portée* comme on le voit en g ( Fig. 3 ) * par des fils qui repréfentent les demi-portées. Si Ton ne mettoit au voteau qu’autant de chevilles qu'il y a de portées à la chaîne, les deux demi-portées qui fe trouveroient entre les chevilles fe toucheroient, & elles pourroieflt fe confondre ; c’eft pour cette raifbn qu’on met autant de chevilles au voteau qu’il y a de demi-portées * afin que la chaîne le diftribue plus uniformément fur toute la longueur de la grande enfouple. Les branches ou demi-portées étant toutes ainfi placées entre les chevilles * on remet la tringle fiipérieure a b > comme on le voit enZ( Fig. 3 ) * ; & afin qu’elle ne forte pas des chevilles * on la lie à la tringle c d avec des cordes ou tous autres liens qui y font attachés.
- On doit* comme je l’ai déjà dit * avoir plufîeurs voteaux, & en choifir un qui foit auffi large que les chaînes * & qui ait autant de chevilles que la chaîne doit avoir de demi-portées * afin de ne faire ni vuide ni plein. Quand le voteau fe trouve trop long, on eft obligé de faire plufîeurs vuides qui occafion-nent que la chaîne eft molle à ces endroits : quand le voteau eft trop court * on ne peut fe difpenfer de faire des pleins, c’eft-à-dire, de mettre deux demi-portées dans une broche, Sc alors on eft expofé à rompre beaucoup de fils en montant la chaîne,
- C’eft à l’aide de ce voteau qu’on roule lâ chaîne bien réguliérément à plat fur la grande enfouple A, où l’on voit la rainure dans laquelle doit être placé le verdillon Y, & les deux demi-portées * dont une paffe d’un côté & l’autre du côté oppofé, de chacune des chevilles du voteau Z.
- La grande enfouple A ÇFig. 1,4, y & 7), eft, comme nous venons de le dire, un gros rouleau ou cylindre de bois qui tourne fur des colets. Dans prefque toute fà longueur* elle eft creufée d’une profonde rainure pour recevoir le verdillon Y. A un de fes bouts font des chevilles pour la tourner * comme on le voit ( Fig. 4), quand on monte la chaîne, & empêcher qu’elle ne fe détende! L’anfouple doit être plus longue que le voteau, parce quelle déborde le métier par fes deux extrémités. Pour monter la chaîne fur ce cylindre, on met le verdillon Y dans la rainure de l’enfouple A, en rangeant bien régulièrement toutes les demi-portées à côté les unes des autres, par le moyen du voteau. A mefure qu’on tiffe la toile, on détend l’enfouple pour fournir de la chaîne ; c’eft pour cela qu’elle eft placée derrière le métier.
- ** On arepréfenté dans la Figure 3 les chevilles du voteau beaucoup trop greffes & trop écartées, afin de faire mieux comprendre comment il eft fait*
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- Les Figures 4 8c y repréfentent le métier vu par derrière, afin quon puifîe appercevoir la grande enfouple A.
- U eft important que l’anfouple no foit point courbe dans le fens de là longueur, afin que tous les fils de la chaîne foient également tendus. Néanmoins comme il arrive fouvent que la chaîne mollit vers le milieu, parce que les li-lieres qui font aux deux bouts, font une épaiffeur qui groffit l’enfouple en ces endroits, il y a des Fabricants qui font tenir la grande enfouple un peu plus greffe vers le milieu qu’aux extrémités.
- Les lames Q, font montées fur des tringles /, /, m> m ( Fig. 6 & 8), qu’on nomme Liais. A ces tringles font attachés par le haut & par le bas des brins de fil retord de lin ou de chanvre, ou encore mieux de laine : on les nomme Lijjes. Les liais ont près de dix pieds de longueur ; car les lames doivent être auffi longues que la largeur de la piece ou de la chaîne, y compris les lifieres.
- Au milieu de chacun des fils qui forment les liffes, il y a un anneau n ( PL VII. jig. 8 ) > fait du même fil que les liffes. Ces anneaux fe nomment mailles,8c c’eft par ces anneaux que paffent les fils de la chaîne avant de fe rendre au rot *. Les deux lames font chacune garnies d’une même quantité de liffes j de forte que fi l’on travaille un drap dans lequel il entre 3800 fils à la chaîne, non compris les lifieres, la lame du pas d’en haut doit avoir ipyo liffes, 8c celle du pas d’en bas le même nombre : les 100 liffes qui excédent le nombre total des fils de la chaîne, font pour les lifieres.
- Les deux lames font fufpendues par une même corde n ( Fig. y ), qui fè replie fur une poulie E> & dont les deux bouts répondent, l’un à la liais du pas d’en haut, 8c l’autre à celle du pas d’en bas, elles y font attachées par des lacets ; de plus, les lames répondent aux marches M N ( Fig. y ), par des cordes ou porte-marches attachées d’un bout aux liais inférieures de chaque lame, 8c de l’autre aux marches.
- Si l’on n’attachoit ces liais que par un bout, ces tringles de bois qui ne font pas trop fortes, pourroient rompre ; c’eft pour cette raifbn qu’on ajoute fouvent au-deflus & au-deffous des liais, deux petites tringles de bois qu’on nomme Billettes, qui s’attachent aux liais par deux gances, 8c au milieu eft le porte-marche ; la liais étant ainfi fàifi par quatre endroits, elle eft plus en état de fupporter l’effort des marches.
- On conçoit maintenant que , quand on a abaiffé une marche, 8c par confé-quent une lame, il faut que l’autre lame remonte, parce que le courant, /z, eft d’une piece, & qu’il roule dans une poulie ; c’eft donc par le jeu des marches 8c celui des lames qui hauffent & qui baiffent alternativement, que les fils de la chaîne fe croifent pour recevoir ceux de la trame ; mais il faut pour cela qu’il y ait alternativement un fil de la chaîne qui paffe dans les liffes de la lame du pas d en haut, 8c un fil voifin qui paffe dans les liffes de la lame du
- * J’expliquerai ailleurs plus en détail la façon de faire les Lijfes. *
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- pas d’en bas. C’eft pour produire cet effet qu’on fait la grande croifée fur four* difloir ; & pour que les croifées ne fe confondent pas , on paffe dedans deux baguettes qu'on nomme Verges ( Voy. PL VILjig. i).
- Les Tiffeurs mettent derrière les verges une réglé de bois d’un quart dé pouce d’épaiffeur , fur un pouce & demi de largeur ; & au lieu que les fils font croifés un à un fur les verges, ils le font deux à deux fur cette réglé, qu’on nomme quarteron.
- Le rot R (PL VII. fig. 4<&6), eft une efpece de peigne dont les dents font de rofeau : pour qu’elles foient bien Mes &c d’une même grolfeur, on les paffe dans une filiere qui unit la partie intérieure du rofeau, car la partie extérieure eft toujours naturellement très -polie *. Ces dents qu’on nommé Broches ou Pues, font retenues haut & bas fur les tringles d’un chaffis de bois, & aflujetties à l’un &• l’autre bout par les révolutions d’un fil retors*
- La longueur du rot eft déterminée par la largeur du drap; & le nombre des broches, par celui de la moitié des fils, à quoi on ajoute le nombre des fils des lifieres ; fa hauteur eft toujours de quatre à cinq pouces , & fon épaiffeur d’environ deux lignes. Les fils retors qui tiennent les broches aflujetties , doivent être gaudronnés, fans quoi l’eau dont la trame eft imbibée, les pour-riroit promptement : on colle du papier fur le fil goudronné.
- L’office du rot eft de comprimer le fil de la trame dans les angles que font les fils de la chaîne en fe croifànt ; ainfi il faut qu’il paffe deux fils de la chaîne entre chaque broche du rot ; favoir, un du pas d’en haut, & un du pas d’en bas ; ces broches doivent être très-précifément à égale diftance les unes des autres*
- Il faut que l’écorce des rofeaux foit en dehors, tant à droite qu’à gauche, & qu’elle regarde les bouts du rot ; c’eft pourquoi la partie intérieure du rofeau des deux dents du milieu eft tournée l’une vers l’autre ; par ce moyen la face extérieure du rofeau eft tournée toujours vers le dehors, tant à droite qu’à gauche, c’eft-à-dire , vers les deux bouts du rot.
- Le rot devant frapper le fil de la trame aufli-tôt qu’il a été lancé entre les fils de la chaîne, fait partie de ce qu’on nomme la chajje. Pour produire cet effet, il faut que la face du métier foit d’environ fix pouces plus élevée que le derrière, afin que la chafle qui eft fufpendue près de Vencouloir où les Ouvriers travaillent, foit mieux difpofée à battre fur la trame : on tient les métiers dans un plan horizontal quand on travaille des étoffes minces.
- La Chajje (PL Vlly VIII, IX,) eft compofée de deux pièces verticales LF qu’on nomme les Epées ; à leur extrémité fiipérieure, elles font retenues fermement au moyen d’un écrou , aux traverfes d’en haut du métier, la tête des vis eft retenue par un tourillon dans une piece de fer à enfourchement, fermement attachée au bout fupérieur des Epées, & qui permet à la chajje
- * Je donnerai ailleurs plus en détail la façon de faire ces fortes de peignes.
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- Savoir un mouvement de balance : les Epées font pofées verticalement aux deux extrémités de la chaffe dont elles forment les côtés.
- Aux deux extrémités d’en bas des épées , font aifemblées deux traverfes horizontal es. La traverfe fupérieure R fe nomme le Chapeau ; & la traverfe inférieure, le Sommier. Chacune de ces deux pièces porte une grande rainure, dans lefquelles le rot entre librement à couliffe ; je dis librement, car il faut que le rot puifle couler aifément entre les deux pièces dont je viens de parler , lavoir, le chapeau qui fait le'delïus de chalfe, & le fommier qui eft au-delfous pour fo prêter aux inflexions de la chaîne. En conféquence, le rot fo trouve placé entre le fommier & le chapeau > c’eft fur le chapeau72 que l’Ouvrier pofe la main pour faire agir la chajjè.
- Sous les bras des Ouvriers, eft une piece de bois /, qu’on nomme la poi-* triniere, couloire, ou ençouloire : on la voit en différentes portions dans les Planches VII, VIII &IX.fElle eft refendue dans toute fa longueur, pour laiffer pafler la partie de l’étoffe qui eft tiffue.
- Sous l’encouloire eft la petite enfouple G ( PL VII, VIII & IX ), fur laquelle on roule l’étoffe au fortir de l’encouloire, & à mefure quelle eft fabriquée.
- Le métier qui porte toutes les pièces dont nous venons de faire le détail, doit être de bon bois de chêne, bien fec pour qu’il ne fe déjoigne pas, & il doit être très-folide. Sa hauteur totale doit être de huit à neuf pieds ; car plus les épées W qui tiennent les chaffes font longues, plus elles ont de force pour frapper le drap.
- Le bâti du métier fe nomme la Chapelle, les montants ef\ g h, s’appellent les Chandeliers; les traverfes f g, lient les chandeliers par le haut. La partie eh , jufqu’à la hauteur de la grande enfouple K, 8c de l’encouloire /, eft le pied du métier. Toutes ces pièces font affermies par des traverfes & des liens. On en a fopprimé une, partie pour moins embarraffer les figures.
- Les marches M, N font des pédales fur lefquelles les Tiffeurs appuient alternativement le pied droit & le pied gauche, pour faire monter une lame pendant que l’autre baifle ; elles font arrêtées en O, parle piquet des marches qu’on nomme auflî Marionnettes.
- On appelle Penne des bouts de fils retors, auxquels on attache les fils de la chaîne pour commencer la piece : nous en parlerons ailleurs.
- On nomme Temple une barre qui porte à une de fes extrémités une cré^ maillere ; elle fert à entretenir le drap dans une largeur uniforme.
- On met quelquefois fous le métier un râtelier X, ou faudet, pour empêcher que le drap ne porte à terre & ne fe fàliffe, lorfqu’on l’ôte de deflus la petite enfouple, On voit ce râtelier en X fur les Planches VIII & IX.
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- Des Navettes,
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- Les Navettes ( PL VIII. fig. 3 ) font faites de buis ; elles font larges dans le milieu a , de deux pouces une ou deux lignes, & fe terminent en pointe à chaque bout b. Elles ont deux pieds deux pouces de long : le milieu a, eft évidé, Sc forme une efjpece de boîte ovale, qu’on nomme poche , de trois pouces & demi de long, d’environ deux pouces de large, & d’un pouce & demi de profondeur. Au fond de cette poche, il y a une ouverture d’une ligne de largeur fur trois pouces de longueur, par laquelle l’eau des fépoules peut s’écouler.
- Cette poche ou boîte eft plus élevée dans le milieu d’environ un quart de pouce, & fe termine en pente douce vers les deux extrémités de la navette, dont l’épaiflèur, vis-à-vis le milieu de la poche, eft d’un pouce trois quarts, & fe termine infenfiblement en pointe vers les extrémités. Au moyen de l’élévation du milieu de la navette, la fépoule qui eft logée dans la poche, eft: garantie du frottement contre la chaîne, & elle fe dévidé fans aucun obftacle.
- Les navettes ont leur plan de delfous relevé imperceptiblement vers les extrémités ; cette forme les rend plus coulantes.
- Les deux extrémités des navettes font garnies d’une pointe de fer relevée en forme de patin, afin qu’en coulant dans la chaîne, elles n’en arrachent pas les fils.
- Le contour extérieur de la boîte eft garni de cuivre percé dans le milieu vers a, d’un trou garni d’un petit anneau de fer, par où palfe le fil ou duite de la fépoule.
- Aux deux bouts de la boîte font percés deux autres trous dans le corps de la navette * au fond defquels il y a de petits.reiforts en forme de tire-boure. C’eft dans ces trous qu’on place une petite broche de bois, appellée Prime, qui traverfe la fépoule, & fur laquelle elle tourne.
- Tout le refte du plan de la navette eft recouvert par dehors de lames de corne blanche, d’environ trois quarts de pouce de large & de deux lignes d’épailfeur : enfin le delfous eft un peu évidé dans la longueur d’un pied. Les navettes de Hollande font plus légères, & elles roulent mieux que celles de France.
- Des Sépoules.
- On appelle Sépoule une elpece de petite bobine a (PL VIII. fig.4), placée dans la poche de la navette, & traverfée par la prime b, qui eft retenue aux deux bouts par des reftorts c, c.
- Cette bobine ou fépoule eft une piece de rofeau fur laquelle on dévidé mollement le fil de la trame. L’Ouvriere qui charge la fépoule (PL IX.fg.i),
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- doit avoir attention de mouiller le fil de la trame également, & de ne pas trop ferrer les doigts quand le fil y pafîe en dévidant ; & s’il fe rompt dans cette petite opération, elle ne doit pas négliger de le renouer proprement. d> eft une boîte dans laquelle les TifTeurs mettent les fépoules. On place cette boîte au milieu du métier, comme on le voit(Fl. VIII. fig. I. & PL
- IX.fig.*).
- Monter lii Chaîne fur le Métier. .
- Quand la chaîne eft bien collée & féchée, on la monte fur le métier des Tilfeurs ou Tilferands. Il faut quatre Ouvriers pour cette opération : le premier qui efl: repréfenté ( PL VIL fig. 4 ), prend la chaîne à deux mains , en dehors du métier, du côté de la grolfe enfouple A, elle palfe fur la traverfè c , du devant du métier ; & il la tient du côté de la chaîne, qui répond à la grande croifée.
- Entre cette barre & la grolfe enfouple, efl: placée un fécond & un troisième Ouvrier * qui tiennent le voteau Z ( Fig. x & 4 ) , qui eft, comme on l’a dit, une efpece de râtelier de bois : dans chacune des broches de ce voteau , font diftribuées les demi-portées de la chaîne que l’on y a fait entrer % après avoir dénoué le lien qui tenoit la petite croifée : la chaîne palfe perde ffu s la barre c ; & au moyen de ce voteau, l’on arrange la chaîne fur toute la longueur de la grolfe enfouple, fuivant la largeur que le drap doit avoir. On a palfé, comme il a été dit, dans les boucles des portées, une baguette & une corde appellées Verdillon Y (Fig. 1), que l’on fait entrer enfuite dans la rainure de la grolfe enfouple A, (Fig. 1 §4). Deux Ouvriers tiennent le voteau, l’un par un bout & l’autre par l’autre : ils doivent avoir grande attention qu’aucun des fils qui peuvent calfer,ne palfe d’une des dents à l’autre , ou qu’il n’y ait quelques demi-portées qui fe trouvent brouillées & mêlées avec d’autres ; cet inconvénient mettroit la chaîne en rifque d’être rompue.
- Celui qui tient la chaîne en dehors de la grolfe enfouple, doit la tenir bien ferme, & ne pas lâcher d’une main plus que de l’autre; celui ou ceux qui font tourner l’enfouple A : fe tenant du côté où font les lames, doivent tourner bien doucement & uniformément ; de plus, ils doivent veillera ce que la chaîne foit montée bien ferme fur l’enfouple, parce que plus elle eft montée ferme, plus les Tilfeurs ont de facilité à ouvrir facilement leur croifée , & à bander fermement leur drap ; ils doivent aulïî conduire les en-feignes très-égales.
- A'uffi tôt que la chaîne eft montée ou roulée fur la grande enfouple, on été le voteau en démontant la barre de delfus, qui ne tient que par fes extrémités ; & l’on palfe dans la grande croifée deux longues verges à la place des liens qui la tenoient ; on alfure ces verges aux deux bouts par des liens
- * Nota. Les Ouvriers qui tiennent le voteau, ne font pas repréfentés dans la figure.
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- afin que la croifée n'échappe point ; on dilpofe enfuite la chaîne à palfer dans les lames Q, qui font placées fur le métier, à peu-près parallèlement l'une à l'autre : dans la première, on fait palfer les fils du pas d’en haut ; & dans la fécondé, les fils du pas d'en bas; enfin l'on attache ces fils les uns après les autres aux fils de pennes qui traverfent les lilfes ( PL Vil. fig. y L'Ouvrier ne fauroit avoir trop d’attention pour nouer tous ces fils, & prendre garde de ne pas mettre un fil du pas d’en haut dans le pas d'en bas, ce qu'on appelle for-nouer, ce qui fe fait en nouant un fil du pas d'en haut avec un fil du pas d'en bas ; s'il fe trompoit, la chaîne feroit nouée hors de pas.
- Pour comprendre ce que c’efl: que les fils de penne & leur ulàge , il fuffit de faire attention qu'on pourroit palfer tous les fils de la chaîne; i°, par les li(fes\ 20, par le rot ; 30, enfuite par la fente de Vencouloire , & les attacher à la petite enfouple ; alors la chaîne feroit en état d'être travaillée ; mais la toile ne commence à fe tilfer qu'un peu en avant de Yencouloire ; ainfi toute la longueur des fils comprife depuis le rôt jufqu'à la petite enfouple, feroit perdue. Pour éviter cette confommation inutile, on a des fils qui s'étendent depuis la petite enfouple jufques palfé les lilfes; ces fils qui fervent pour plu-fieurs pièces de toile , Sc qu'on nomme penne, palfent entre les broches du rot & dans les mailles des lilfes. On lie chaque fil de penne à un fil de la chaîne ; &, en tournant la petite enfouple, on fait palfer tous les nœuds par les mailles, puis entre les broches du rot ; & quand ils approchent de l'en-couloire, on commence à former le tilfu*
- On a remarqué qu'il eft fuperflu d'avoir des fils de penne aulîî longs que je viens de le dire ; &afin de les rendre fort courts, on les attache à une baguette qui doit entrer dans la rainure de l'encouloire; il part de cette baguette plufieurs petites ficelles qui vont fe rouler fur la petite enfouple : on conçoit qu’au moyen de ces ficelles , on peut tirer en arriéré la baguette & en même temps les pennes qui répondent aux fils de la chaîne. On voit en q ( PL VH* fig- 6 ), les fils de la chaîne noués par faifoeaux d'un certain nombre , pour pouvoir les trouver plus aifément quand on les lie avec les fils de penne.
- S’il fe trouve des fils de chaîne ou de penne cafles, on doit laiffer la place vuide ; parce qu'enfuite, lors du travail du drap à l'endroit où manqueroit ce fil, comme on ne les trouveroit point, on y fubftitueroit un fil appelle Linga ou Courant.
- Pour achever de palfer la chaîne & de la mettre en état d'être travaillée, on fulpend les lames par des lacets qui fe trouvent à peu-près au fixieme des bouts des liais du haut des lames; on attache ainfi le côté droit avec une corde qui palfe dans la moufle ou poulie £; & le côté gauche, à une pareille moufle E ; enfuite ces cordes viennent s'attacher, après avoir paifé fur la moufle , aux liais de l'autre lame.
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- Perpendiculairement à ces cordes, on attache d’autres lacets à chaque liais du deflous des lames, lefquelles font auflî attachées aux marches , qui par ce moyen fe trouvent fufpendues. On met enfuite le rot dans la chaffe du métier ou il fe maintient, au moyen des rainures creufées dans le deffus & le delfous de chaffe, qu’on appelle dans quelques Manufactures le Chapeau & le Sommier, dans lefquels le rot eft affiijetti à l’aile, tant en deffus qu’en deflous. Le chapeau a la liberté de s’élever lorfqu’on veut mettre le rot en place ; mais il faut qu’il foit enfuite retenu fermement pour réfifter aux efforts que les Tiiïèurs font pour frapper la duite ; & pour empêcher que ce chapeau ne retombe fur le rot, il eft ordinairement affujetti, dans une pofition convenable, par une cheville qui le traverfe & qui paffe dans les épées.
- Tout étant ainfi difpofé, deux Tiffeurs, l’un placé à droite & l’autre à gauche ( PL IX. fig. 2 ) , font enforte, par de petits mouvements qu’ils donnent en pouflant les lames vers la grofle enfbuple A, que les liffes reçoivent dans leurs mailles les nœuds qui joignent la chaîne avec les pennes ; les nœuds paffés dans les mailles des liffes, fe trouvent entre les lames & le rot ; & pour leur faire paffer le rot, il faut commencer par détourner la groffe enfouple A, d’environ quatre doigts , & tourner enfuite la petite en-fouple G, fur laquelle fè roule le détour de la grofle ; après quoi, en foule -vant peu à peu & partie par partie, le fil avec ménagement du côté des lames, les nœuds paffent dans le rot, qu’on remet en place dans la chaffe, & la chaîne fe trouve en état d’être travaillée : il ne refteplus qu’à diipofer les lifieres.
- Des Lifieres.
- Les lifieres des draps font faites ordinairement avec du poil de chevre ou de la laine qui vient d’Allemagne , ou même avec des laines communes du Royaume : on n’a point égard à leur fineffe ; mais il faut qu’elles foient fortes & fort longues.
- Je crois que dans la Mariufaéture de M. de Julienne, on emploie pour les lifieres du poil de chien noir.
- On fait les lifieres des draps de couleur, avec des laines teintes du pays.
- On graillé le poil comme la laine avec de l’huile d’olive ; on emploie environ cinq quarterons de cette huile pour neuf à dix livres de poil.
- On donne la préférence au plus gros & au plus long poil, parce qu’il ne rentre pas fi vite à la foulerie. On le drouffe, on le carde, on le file comme les groffes trames, & on le double pour le retordre ; enfuite on le bobine comme une chaîne ; mais comme ce poil foule plus vîte que la laine du drap, on fait les lifieres plus longues que la piece. Si, par exemple, la chaîne d’une piece porte foixante aunes 8c un feizieme, & qu’elle foit deftinée à être foulée à l’urine, la chaîne des lifieres portera 6j à 68 aunes : fi le drap doit être
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- foulé en fàvon, on augmentera encore la longueur de la lifiere, parce que le fàvon fait plus rentrer le poil que l’urine.
- L’Ourdiffeur a foin de diftribuer proportionnellement cet excédent de longueur fur chaque enfeigne , afin que le Tilfeur, en la travaillant avec le drap , puiffe la conduire jufte 8c également jufqu’à la fin.
- Avant de travailler les chaînes, il faut les fouler fous le pied ; cette opération leur tient lieu de colle. La pratique des Ouvriers varie beaucoup fur ce point : les uns les foulent avec des cendres, d’autres avec la boue des rues, d’autres avec de l’urine, d’autres avec de la craie blanche, d’autres enfin avec de la terre à foulon. Comme ces différents foulages produifent des effets différents, parce que les uns font retirer les lifieres plus que d’autres, & qu’il faut néanmoins que toutes les lifieres foient d’une égale longueur, il eft convenable de faire obforver une pratique uniforme dans une même manufacture, & le Fabricant doit obliger fes Tiffeurs à fouler les lifieres avec les mêmes matières, ou prendre foin de les faire fouler par d’autres Ouvriers qui leur adonnent toute foulée ; car dans l’opération du foulage, le drap fe trouveroit pliffé fi les lifieres étoient trop courtes, ce qui empêcheroit l’effet du chardon dans le lainage, & celui des cifeaux dans le tondage, parce que les couteaux ne peuvent porter également fur toute la largeur de la table; 8c qu’au contraire les lifieres trop longues rendroient les côtés du drap plus minces & plus alongés que le milieu : on voit par - là combien il eft effentiel de connoître fi le poil de la lifiere foule trop ou trop peu.
- Quand les trames de lifiere font feches , 8c que la chaîne du drap eft montée & nouée, chaque Tiffeur prend fà lifiere de fon côté; il ne la roule point fur la groffe enfouple, mais ilia fait paffer fur les barres de fon métier B ; il lui fait faire un feul tour fur l’enfouple ; il en paffe les fils dans les mailles de la lame & dans les broches du rot pour la joindre au drap.
- Afin de la conduire également, il paffe dans le milieu de cette chaîné de lifiere, un petit crochet auquel il fufpend un poids, qui eft iouvent un fà-chet dans lequel on met des cailloux ; au moyen de ce poids il rend fà tramé lâche ou roide à fon gré, pour que la lifiere s’uniffe exactement avec la chaîne du drap ; fi la chaîne de lifiere eft trop lâche, il met une pierre dans le là-* chet ; fi elle eft trop roide, il en ôte.
- On voit en B ( PL VIIL fig. i & 2 ) , les pelotons de chaîne de lifieres qui pendent ; & en B 2, (Fig. 2), les poids dont nous venons de parier ê qui fervent à tendre la chaîne.
- Quand on n’a pas réuffi à bien conduire les lifieres, ôn eft obligé de les couper 8c de les rentraire en les coulant dans toute la longueur de la piece : ce moyen eft affez bon ; mais les acheteurs peuvent foupçonner qu’on ait coufu la lifiere d’un beau drap fur un plus commun ; d'ailleurs c’eft un objet de dépenfe.
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- ART DE LA DRAP E RIE.
- Du travail des Tijferands ou Tijfeurs.
- Tisser, un drap, c’eft en former une efpece de toile. Il faut pour cette opération, que deux Ouvriers ( PL IX. fig. z ), montent fur les marches M,N'(fg 4). Celui de la gauche appuie le pied gauche fur la marche qui eft de fon côté gauche; & le pied droit fur celle qui répond à ce même pied; le Tiffeur de la droite pofe le pied gauche fur là marche gauche, & le droit fer là marche droite ; 8c tous deux appuient à la fois fur les marches gauches , & font baiffer la lame du pas dJen bas, à laquelle ces marches font attachées : ce mouvement fait remonter les marches de la droite , & par conféquent la
- lame du pas d’en haut ; ce qui forme à la chaîne entre les lames 8c le rot,
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- une ouverture qui partage la chaîne par moitié, dont une partie eft baiffée & l’autre eft élevée. Le Tiffeur du côté droit, tient là main gauche fer le chapeau de la chaffe, & là droite lui fert à recevoir & à lancer la navette : au contraire, le Tiffeur du côté gauche, tient là main droite appuyée fur le chapeau de la chalTe, & c’eft avec fa main gauche qu’il reçoit 8c qu’il lance la navette. Ils pouffent enfeite la chaffe & le rot du côté des lames Q. Dans l’ouverture que forme le croifement des fils, & qui fe trouve pour lors entre le rot & l’encouloire, le Tiffeur de la gauche lance fa navette garnie de trame, & le Tiffeur de la droite la reçoit, ce qui forme une duite ; puis tous deux enfemble baiffent la chaffe 8c le rot, & frappent huit coups fur cette duite ces huit coups ne lont pas donnés de feite ; quatre feulement portent fer la trame même ; puis fermant la cfoifee, par le moyen du pied qu’on appuie fer l’autre marche, elle fait lever la partie de la lame qui-tenoit baiffée la moitié des fils, tandis que celle qui s’étoit levée., s’abaiffe par le même mouvement , enforte que les fils de la chaîne fe croifent fer la partie de la trame qui vient d’être lancée ; alors on frappe les quatre autres coups, c’eft ce qu’on appelle frapper moitié chaîne ouverte & moitié fermée, ou bien quatre coups ouverts & quatre coups fermés. Dans quelques fabriques , on frappe quatre fois à chaîne ouverte, 8c cinq fois à chaîne fermée. Ainfi quoique l’Ordonnance ne prefcrive que de frapper huit coups pour certains draps, le plus fouvent on en frappe un plus grand nombre.
- Après que lesTiffeurs ont frappé les quatre ou cinq coups à chaîne fermée;
- ils pouffent la chaffe & le rot du côté des lames Q. Le Tiffeur de la droite
- lance fa navette dans cette fécondé ouverture, & le Tiffeur de la gauche la
- reçoit; ils frappent enfeite les huit'coups, la chaîne ouverte ou fermée , 8c
- continuent cette manoeuvre jufqu’à ce.que la chaîne foit remplie des duites
- de la trame; enforte que chaque fois que l’on appuie fer les marches de la
- gauche, c’eft le Tiffeur de la gauche qui lance la navette ; & , au contraire ,
- quand ils appuient fur les marches de la droite, c’eft au Tiffeur de la droite à
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- lancer la navette. Attention
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- Attention des Tiffeurs.
- ï°, Ils doivent obferver de bien mouiller leur trame avant que d’en faire * des fèpoules, pour mettre dans leurs navettes, parce que la laine, lorfqu’elle eft humide, perd de fon élafticité Sc de fit roidenr, & la duite s’entaffe mieux fous les coups de la chaflfe & du rot ; car il eft très-important que le drap foit bien fourni de trame, fans quoi la toile feroit mince & claire ; elle fe reti-reroit beaucoup au foulon, & le drap perdroit de là largeur ; ou bien il faudroit le tirer de la pile avant qu’il fut parfaitement foulé, & fuffîfàmment feutré. On pourroit effectivement faire retirer le drap fur la longueur; mais on n’eft pas maître de faire beaucoup rentrer les draps dans ce fens. La plupart des Foulonniers accoutumés à une routine, ne s’en écartent gueresj & comme ils lavent que ce qui manque fur la longueur , caufe un préjudice notable au Fabricant, ils cherchent à n’être pas obligés d’avoir recours à ce moyen. Les draps mal tiffus reftent donc clairs & incapables de fupporter les apprêts.
- 2°, Il faut qu’ils aient attention de bien bander la chaîne par le moyen de la roue dentée qui eft à la tête de la petite enfouple G (/7. IX).
- 3°, De marcher bien ferme ôc de même temps,alternativement fur les marches de la droite & de la gauche, afin que la chaîne foit ouverte bien uniment.
- 4°, Iis doivent frapper exactement, Sc en même-temps les huit coups fur chaque duite ; fans cela le drap feroit mou, parce qu’il ne feroit pas affez rempli de trame.
- y0, La chaîne doit ête tenue d’une largeur égale, par l’inftrument qu’on nomme Temple, qui s’agriffe par fes deux bouts dans les lifieres du drap qui vient d’être tiffu ; de façon qu’à chaque coup de rot qu’on donne fur le fil de trame lancé dans la chaîne, ce temple doit s’ébranler également par-tout: les Tiffeurs doivent prendre garde que le temple ne déchire la lifiere ; ils ne doivent pas non plus attendre que le drap foit trop près des lames pour templer \ c’eft à-dire, changer le temple de place.
- Cette barre qui fe nomme Temple, eft faite pour maintenir le drap dans là largeur, & donner aux Tiffeurs le moyen de bien frapper, parce que le temple tient le drap ferme. Les Ouvriers ne doivent pas approcher le temple trop près du rot; c’eft-à-dire, qu’il faut qu’il y ait au moins la diftance d’un pouce entre le temple & le rot ; fans cela il fe feroit des coupes , ce qui eft un défaut effentiel : ils doivent auffi avoir attention, quand ils ont fait trois pouces de drap , de dérouler la grande enfouple A, de la même quantité; Sc de faire venir ces trois pouces de chaîne du côté de l’encouloire par le moyen de la roue dentée en faifant rouler le drap fur la petite enfouple G.
- 6°, Les Tiffeurs doivent obferver de ne point laiffer courir des fils caffés, D RA P E RI E. R
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- fur-tout s’il y en a deux de fuite ou peu éloignés l’un de l’autre : ce défaut forme un vuide fur le métier qu’on nomme Rofée ; & lorfque le drap eft foulé, on apperçoit une noirceur qui diminue le lainage & affoibiit le drap ; il faut donc avoir grande attention de renouer les fils qui caftent, foit entre les lames Q , ou entre le rot & les lames, faute de quoi ceux - ci romp-proient d’autres fils de chaîne en travaillant , ce qui feroit un défaut, que l’on appelle pas de chat, qui eft plus dangereux que les trous.
- On aionge les fils caffés de la chaîne quand ils font trop courts, avec un fil collé femblable à ceux delà chaîne; on le nomme Lingat, & ce fil le prend fur les bobines T ( PL P'III.fg. i ), où l’on a foin de le devider.
- 7°. Lorfque les Tiffeurs lancent leur navette, fi le fil de la trame qu’elle contient, vient à cafter, ou quelafépoule finifte, ils doivent, en relançant leur navette , commencer à l’endroit où la fépoule a fini, autrement ils fe-roient des doubles duites qu’ils nomment moutade, de même que s’ils n’avoient pas foin de prendre garde que la duite foit bien étendue : les doubles duites font deux fils de trame placés dans la même ouverture de la chaîne Les Epin-ceufes peuvent tirer une partie des doubles duites ; mais c’eft du temps & de la laine perdus. U faut encore éviter de faire les doubles traces, qui font deux fils caftes près l’un de l’autre fur le même pas de chaîne.
- A l’égard des pas de chat dont nous avons parlé, ils fe font ordinairement, quand les mailles des liftes fe trouvant ufées, fe joignent enfem-ble, de façon que plufîeurs fils de chaîne ne travaillant plus, forment dans le drap un défaut qui ne peut fe réparer qu’en détiflànt ; je ne fais pas même fi cela eft poflible ; car on ne détifle pas ordinairement ; on laifle fubiîfter ce défaut qui eft fi effentiel, fur-tout pour les draps de couleur, que les Tiffeurs qui le font, font punis par une amende.
- 8°, Us doivent à chaque fois qu’ils ont fait cinq ou fix aunes, dérouler le drap qui fe trouve fur la petite enfouple G, & le faire fécher en le mettant fur un râtelier oufaudet^L, qui fe trouve fous les métiers : pour les draps de couleur, il faut dérouler & lifter tous les jours, fur-tout quand il fait chaud & humide, fans quoi la couleur feroit altérée.
- p°, Il y a encore d’autres défauts qu’ils doivent éviter, qui font les ClaU rures &c Lardures : je vais expliquer ces termes.
- Les Clairures fe forment quand le drap n’eft pas tiflu uniformément, Sc qu’il s’y trouve des endroits où les duites ne font pas allez entaflees: ce défaut vient fouvent aufiî d’une fépoule qui ne fera pas fuffifàmment mouillée, ou bien de ce que quand les Tifleurs commencent à fe remettre à l’ouvrage, ils n’ont pas foin de mouiller les dernieres duites de leur drap; les nouvelles qu’ils y lancent enfuite, ne pouvant fe marier avec celles-là, forment une clairure.
- Les Tiflfeurs doivent donc avoir foin d’humeéter quatre ou cinq duites
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- quand ils recommencent à travailler ; la plus grande partie fe contentent de .mouiller une fépoule qui étant lancée, fe ferre beaucoup plus fort que le drap vieux travaillé, & occafionne des ribottages au retour du foulon.
- Si les Tiffeurs nont pas foin de frapper également le même nombre de coups & d’une force égale fur chaque duite > quand ils ont manqué de donner quelques coups de chalfe avant de lancer la première duite ; s'ils négligent ces attentions, ils feront des claires-voies ou entre-bas : comrhe ces endroits, plus foibles rentrent très-promptement au foulon, il faut, pour équarrir ces pièces fur les rames, tirer fortement ces parties qui deviennent quelquefois foibles au point de fe déchirer.
- Les Lardures fe font quand les Tifïeurs ne marchent point affez ferme, ou, en terme de fabrique, qu’ils ne font pas a]fe{ de foule : quand la chaîne eft mal montée ; quand elle n’eft pas ouverte uniformément, pour lors des fils de chaîne qui ne fe trouvent pas tendus, font lardés par la trame qui paffe deffous ou deffus, ce qui fait un mauvais effet.
- Un article important pour qu’un drap foit tiffu également, c’eft qu’il faut que la petite enfouple foit d’ün pouce plus groffe au milieu qu’aux extrémités, parce que, comme les bouts font remplis par les lilieres ; il faut, pour que la chaîne ne foit point molle au milieu, que la groffeur de l’en-fouple foie plus confidérable en cet endroit qu’aux extrémités.
- Pour faire un bon tifîàge , il faut que tous ces défauts foient évités. Pour connoître fi lesTiffeurs ont fait leur devoir, quand ils rapportent leur drap chez le Fabricant, on le paffe fiiccefïïvement dans toute fa longueur fur deux perches horizontales éloignées l’une de l’autre de deux pieds, comme on verra dans la fuite que font celles des Laineurs, & l’on examine à jour & à contre-jour toutes les parties du drap pour en reconnoître les défauts.
- Un drap bien tiffu eft beaucoup plus aife à fouler qu’un drap mal tifliu
- Inconvénients qui arrivent au Tijjage.
- Un Tiffeur qui monte fa chaîne molle &: qui la travaille de même, qui, outre cela , laiffe courir beaucoup de fils fans les remplacer , fait immanquablement un drap qui n’a point d’aunage , quoiqu’il contienne beaucoup de trame; parce que cette trame n’ayant pas été étendue en travaillant le fil, forme le genou , & les fils faiilants font un vuide qui, par ces raifons, s’emplit de trame ; en confequence, le drap s’accourcit à la foulerie & mange fur la longueur. Ainfi , au lieu d’obliger lesTiffeurs à remplacer les fils rompus à chaque demi-aune , il y a des Fabriques où , pour les draps fins , on les affujettit à les refaire fi-tôt qu’ils font fuffifamment longs pour être attachés à la duite ; il eft clair que comme l’endroit où eft la refaite générale de ces fils, fe trouve plus plein que la portion du drap précédemment tiffu où ces
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- fils manquoient, cette partie ne peut rentrer fi facilement à la foulerie , ce qui occafionne des inégalités de largeur & même des poches ou douilles, lorfque beaucoup de fils rompent, ou quand les Tifleurs ne refont leurs fils que deux fois par jour.
- Quand on voit des poches fur la largeur d’un drap qui revient de la foulerie , on en attribue la caufe à ce que la trame étoit trop grofle & trop torfe ; cela peut bien arriver quand les poches font 'petites ; mais les grandes poches qui rendent le drap inégal en force & en largeur, procèdent du Tifleur , qui trouvant fa trame trop fine & trop douce, la trempe dans de l’eau corrompue, & l’y foule avec fes mains pour la rendre plus grofle & plus ferme, & qui après l’avoir battue dans fes mains, la fait fécher.
- Par cette manœuvre, le fil peut rentrer d’un quart de là longueur ; or cette trame qui ,eft déjà foulée, ne peut plus rentrer autant quelle dé-vroit faire à la foulerie, ce qui eft bien capable de produire les poches donc il eft queftion.
- Il fe trouve encore des draps maigres le long des lifieres, & cependant fermes dans le milieu : on croit que cela arrive quand un Tifleur ne donnant pas le loifir à fes lifieres de fécher avant de les travailler, elles s’échauffent & communiquent leur défeéluofité aux bords du drap.
- L’étendue du métier contribue encore à la perfection de l’ouvrage ; bien entendu qu’il s’agit ici de l’efpacedel’enfouple à l’encouloire ; plus cet efpace eft long, plus le fil a la facilité de s’étendre, ôc le pas s’en ouvre mieux. '
- Un drap qui eft ras au for tir du tillage, aura de la longueur & de la fermeté ; il n’en faut pas être furpris : car un tiflli qui renferme en lui toute fà matière, doit mieux réuflir que celui qui aura une partie de fes poils flottants. Il y en a qui flottent pardefliis, Sc d’autres pardeflous $ c’eft pour cette raifon qu’on prefle quelquefois l’envers du Tifleur pour en faire l’endroit du drap. On attribue cette variété à ce que quand le rot eft à duite, c’eft-à-dire, lorf qu’il penche ou s’incline du côté des lames, le drap flottera en defliis ; fi au contraire le rot penche du côté de l’encouloire, le drap flottera en deflbus, parce que le rot qui frappe plus defliis que deflous,poufle le flot en deflbus, & le contraire arrive quand le rot frappe plus deflbus que defliis.
- Il faut donc pour qu’un drap forte ras du métier autant qu’il eft poflible , que le rot foit droit lorfqu’il eft à duite.
- On a vu ci-devant à l’article du filage, que les Fileufes font payées félon la quantité d’écheveaux ou échets qu’elles rendent, chaque écheveau étant formé d’un nombre de tours de l’afple ; il en eft de même dans certaines Manufactures pour le tiflàge des draps ; les Tifleurs font payés félon la quantité d’écheveaux de trame qu’ils font entrer dans la piece de drap ; ainfi plus ils en font entrer, plus ils gagnent, ce qui les engage à bien frapper. Cette méthode devroic être adoptée dans les Manufactures où l’on fait des doubles
- broches;
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- broches ; mais dans celles où l’on veut des ouvrages déliés, quoique fermes dans le pied, les draps trop frappés feroient mâtinés Sc fujets à fe couper eifcpeu de temps.
- Travail des Nopeufes en gras pour énouer ou épincer.
- Aussi-tost que le drap efl: tiflu, & qu'il a paifé à la perche chez le Fabricant , il eft remis aux Nopeufes, que Ton appelle aufll Epinceufes; ce font des femmes ou des filles qui remettent ce drap dans leur ouvroir encore une fois fur les perches, fi ce font des draps blancs, ou fur une table couverte de plufieurs couches de drap, fi ce font des draps de couleur. L’épinçage fe fait mieux quand le delfus de la table efl: incliné en forme de pulpitre : cette table doit être tournée au jour, de façon qu'elles puilfent voir diftinclement tous les défauts du drap. Ces Ouvrières ont chacune une petite pince de fer pointue qu'elles tiennent de la main "droite ; elles tirent les pailles, les brins de chanvre,les doubles duites, les nœuds & autres corps étrangers oufuperflus qui peuvent fe trouver dans le drap.
- Leur travail confifte à réparer une partie des imperfections qu'elles peuvent appercevoir. Elles doivent prendre garde, en tirant un nœud, de ne pas caifer le fil de la chaîne ; car lorfque la chaîne & la trame font caifées l'une fur l'autre, il en réfulte des trous qui peuvent s'agrandir au foulage : il faut fur-tout ménager foigneufement la chaîne.
- Uénouage ou épinçage altéreroit beaucoup plus le drap fi on le faifbit plutôt après le dégraiflàge qu'avant : les Nopeufes doivent bien fecouer leur drap avant de le rendre au foulon, parce que s'il y relloit quelques nœuds, des bouts de trame ou de chanvre, ces fils, quoiqu'arrachés, fe marieroient par l'aéliôn des maillets avec la fuperficie du drap, comme fi les Nopeufes ne les avoient pas arrachés.
- De la Foulerie.
- Les opérations de la foulerie font très-effentielles à la fabrique des draps; elles demandent une attention fuivie, & des connoiiîànces qui ne s'acquierent que par une longue expérience; ainfi les Fabricants doivent en faire une etude particulière pour être en état de guider par eux-mêmes leurs Foulon-niers, s'ils veulent que leurs draps fortent parfaits de leurs mains. De toutes les opérations de la draperie, c'efl: le foulage qui exige plus d'attention, de rai-{onnement & de bon fans : fi le dégraiflàge & le foulage font manqués, tous les foins qu'on s'efl: donnés julques-là font perdus ; & inutilement eflàyera-t-on de réparer les défauts qui auront été produits dans la foulerie ; car les apprêts donnés avec la plus grande intelligence, ne pourront que les maf quer. Cependant ces opérations fi elfentielles font fouvent confiées à des gens de routine & peu intelligents.
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- De l’effet du Foulon.
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- Il faut que les avantages qu'on procure aux Draps en les foulant, foient bien réels , pour avoir fait pafTer fur les inconvénients confidérables qui accompagnent cette opération : dans l'ufàge, nos étoffes ne s'ufent que par les tiraillements & par les frottements.
- On porteroit long-tems un drap avant quil eût fouffert , par le fervice, des tiraillements & des frottements équivalents à ceux quil éprouve dans l'opération du foulage. On ne peut pas douter que le foulon ne lesufe: cependant , quoique fon opération lui faffe fubir tout ce qui peut faire ufer un drap, il le garantit néanmoins d'être ufé aufîi vîte qu'il le feroit s’il n’avoit pas été foulé. On fera fans doute curieux d’approfondir les raifons phyfiques & méchaniques qui rendent les draps foulés fupérieurs aux étoffes de même genre qui ne feroient que tiffues ; quoique je n'ofe efpérer de fàtisfaire fur cela le Leéleur, je vais cependant préfenter quelques idées qui le mettront peut-être fur la voie.
- Un drap en toile qui fort du métier eft mou, lâche 8ç mince, fouvent percé de quantité de petits trous, quoiqu'il ait été bien travaillé, quoi-* que la trame ait été frappée autant qu'il étoit poffible , & par de bons Ouvriers ; ce même drap , après avoir été foulé, eft infiniment plus ferme fans être dur ; il eft moins mou , & cependant plus moëlleux ; il eft plus ferré, quoique les fils qui forment fon tiffu y aient perdu une partie de leur fubftance.
- Pour poncevoir en général ce qu’opere le travail du foulon, confidé-rons chaque fil qui fait la chaîne d'une étoffe, Sc le fil, qui par fes tours répétés, forme la trame qui lie les fils de la chaîne , comme autant de petites cordes : fuppofons pour un inftant, que ces cordes font de fil de chanvre , c'eft-à-dire, qu'au lieu d'un tiflii de laine, c'eft un tiffu de toile que l'on veut faire.
- Dans les blanchifleries de toiles, on les bat dans des Moulins à fouler, ou au moins fous des battoirs : un linge qui a fervi plufieurs fois, qui a fouffert plufieurs blanchiffages, qui a été battu un nombre de fois par les Lef* fiveufes, devroit être, relativement au linge neuf, ce qu'eft un drap de laine foulé, par comparaifon à celui qui ne l'a pas été ; cependant la toile eft d'autant plus molle quelle a été plus fouvent lefiivée & battue ; fon tiflii devient de plus en plus lâche, au lieu que les étoffes de laine deviennent d’un tiffu plus ferré.
- Plongeons dans l’eau une piece de toile neuve, mouillons - la bien , retirons - la de l'eau, nous la trouverons à la vérité plus ferme & plus dure qu'elle n’étoit avant, parce que l'eau eft 8 à 900 fois plus denfe que l'air qui rempliffoit les efpaces que l'eau occupe : fi l'on a eu la précaution de
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- melurer la longueur 8c la largeur de cette toile avant de la mouiller, 8c qu'on la mefure de nouveau fuivant les mêmes dimenfions après qu'elle a été mouillée, on la trouvera un peu diminuée dans l'un & l’autre lens , 8c on appercevra en même-temps que la toile eft plus épaifle étant mouillée, que lorfqu'elle étoit feche.
- Une feule corde mouillée peut donner l'idée de ce qui arrive à la toile qui eft formée d'un affemblage de petites cordes : cette corde bie'n imbibée d'eau devient plus courte de plus grofle qu'elle n'étoit étant feche ; tous les fils qui forment la toile augmentent de même de grofleur, & diminuent en longueur ; & la toile prend de l'épaifleur proportionnellement à l'augmentation de grofleur qu'ont acquis les fils de la chaîne & de la trame.
- Mais une corde, en le féchant, reviendra à fa grofleur primitive ; 8c par une tenfion peu confidérable, elle reprendra fa première longueur. Si la toile ne refte plongée dans l'eau que pendant peu de temps > l'eau fe placera entre les fils, mais elle ne les pénétrera pas fi intimement que s’ils y avoient trempé long temps ; par un plus long féjour dans l'eau, ce fluide s'infinue dans les fils avec d'autant plus' de force que les elpaces deviennent plus petits; les fils fe gonflent & fe ferrent d'autant plus les uns contre les autres ; mais fi l'on bat & fi l'on manie cette toile dans l'eau, on mettra ce fluide en état de pénétrer dans des efpaces où elle ne pouvoit entrer ; & les inflexions qu'on fait prendre aux filaments du chanvre dans des fens oppofés à ce qu'ils étoient, permettent encore à l'eau de s'introduire dans leurs interftices ; & c'eft ce qui opéré le raccourcifle-ment & la diminution de largeur d'une toile : cependant une toile faite de fibres végétales ne fe foule pas, au lieu que le tiflu fait avec des poils d'animaux fe foule.
- En répétant fur la toile ces opérations analogues à celles du foulon , les fils perdent une partie de leur fubftance ; de forte que quand la toile eft feche , elle revient aifément à fon premier lez & même au-delà , & elle eft plus claire & moins ferme qu'elle n'étoit auparavant, ce qui prouve quelle n’a point été foulée.
- Si d'une toile de lin on pafle à une toile de laine , à une pièce de drap, on aura précifément les mêmes raifonnements à faire, à cela près, qu'à celles-ci il fe préfente une difficulté à l'introduélion de l'eau. La laine, grafle par elle-même, a encore été enduite d'huile pour être cardée & être filée ; l'eau non-feulement ne s’attache pas aux corps gras, elle ne les mouille même pas ; d'où il arrive que l'eau ne pénétré pas fi intimement un tiflu gras quelle feroit celui quelle mouille. On ne pouvoit rien imagf ner de mieux, pour lever cette difficulté, que ce qui fe pratique dans les Foulonneries. On y bat les draps avec des maillets de bois qui ouvrent le
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- tifïu ; ôc en même-tems on le dégraifle en employant des terres qui ont la propriété de s’unir avec les grailTes ; l’urine qui s’alcalife fi aifément, fait, avec les grailles, une elpece de làvon ; St le favon a par lui-même la propriété de fondre St de dilïbudre les corps gras : enfin , la chaleur que le drap contraéle dans la pile, aide à l’aétion de toutes ces fubftances : il ne faut cependant pas trop priver la laine de toute graiffe ; la laine trop dé-graiffée devient feche St incapable de fe bien fouler. Je crois même que l’effet des drogues qu’on emploie pour fouler ne le borne pas au feul dégraiffage; je penfe quelles agilTent fur les poils mêmes qui fe crifpent & s’engagent les uns dans les autres, ce qui n’arrive pas aux fils de lin êc de chanvre 5 ceux-ci fe retirent à proportion qu’ils augmentent de gro£ feur, par les raifons que nous avons détaillées ci-deffus ; St l’on écraieroit entièrement la toile , on la réduiroit en pâte propre à faire du papier,' plutôt que de lui faire prendre le feutre qu’acquierent les poils des animaux par l’aélion du Foulon. Il faut donc concevoir que les cordes ou les fils du drap fe font gonflés,qu’ils fe font défilés, que les poils de la chaîne fe font entrelaffés avec ceux de la trame , St qu’il en a réfulté une forte d’étoffe qu’on peut comparer aux feutres des chapeaux. L’étoffe des chapeaux ne reçoit aucune forte de tiflu , cependant elle acquiert une fermeté qui eft telle, qu’elle réfifte à l’eau, St quelle eftdifficile à déchirer ; cette confiftance n’eft due qu’au feul effet du Foulon ; fon tiffu n’eft qu’un entrelaffement de poils les uns dans les autres. C’eft encore par un pareil entrelaffement que fe font ces boules de poils qui fe trouvent dans l’eflomac de plufieurs animaux, que les Naturaliftes nomment EgagropiUs. Cette efpçce de feutrage fe fait fur les animaux mêmes quand ils ont des poils fins St longs, tels que font les poils des Chats,’ dits d’Angora, les peaux de Loups - Cerviers dont on fait des Manchons Stc.
- L’effet du foulage , comme je l’ai dit, ne fe fait appercevoir que fur les poils des animaux , ou fur quelques duvets végétaux ; enfin , la foie, le lin, le chanvre, le coton en font peu fufceptibles ; peut - être eft - ce par la raifon que leurs poils font trop longs, St qu’ils s’amolliffent trop dans les opérations du foulage, pour qu’ils puiffent s’enlaffer les uns dans les autres , St fe feutrer. Néanmoins j’ai trouvé aux bords de la Méditerranée certaines boules qui font formées par une plante marine que les flots de la Mer ont décompofées en filaments , qu’ils ont enfuite réunis à force de les battre fur le rivage. Malgré cette obfervation, quoique les toiles de lin & de chanvre augmentent d’abord un peu d’épaiffeur quand on les foule, on peut dire en général que le foulon ne produit fon effet que fur les poils des animaux , Sc principalement fur les poils les plus fins.
- A mefure que l’étoffe devient plus ferrée par l’union qui fe fait des
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- filaments des fils de Ja chaîne avec ceux de la trame, l'étoffe perd confidé-rablement de fa longueur & de là largeur : il fembleroit même que le raccourciffement des fils de la chaîne 3c de ceux de la trame devroit être proportionnel aux longueurs de les fils. Il n’en eft cependant pas ainfi; un drap fe retire beaucoup plus fur fa largeur que fur fa longueur ; celui qui eft tiffu pour deux aunes ne fe trouve avoir , au fortir du foulon , qu'une aune de largeur ; il efl: rentré de la moitié de fon lez ; & il s'en faut de beaucoup qu'un drap ourdi à 20 aunes, n'ait que dix aunes au fortir du foulon : il en a ordinairement 16, & il n'efl: rentré que d'un cinquième; ou , plus correctement, un drap qui, au fortir du métier, a 43 aunes de longueur fur 2 ? de largeur, pour être bien fabriqué, ne doit avoir, au retour du foulon, que 24 aunes de longueur fur une aune trois feize de largeur : il gagne un feize aux aprêts, ce qui le rend à cinq quarts.
- Dans le meilleur foulage , le drap fe retire de moitié ou de j fur la largeur, & pas tout-à-fait d'un tiers fur la longueur : on obfèrve encore qu'un drap bien garni de chaîne rentre bien plus difficilement fur la largeur que celui qui feroit proportionnellement plus fourni de trame : la >raifon de ce fait n'elt pas aifée à donner. Il efl: vrai que la chaîne efl: filee plus tors que la trame 5 que la colle la foutient ferme ; que le Tif-feur, en la montant fur le métier, la tend le plus qu'il eft poflîble ; au lieu que la trame efl: filée mollette 5 qu'en la lançant elle n'efl: pas à beaucoup près auflî tendue ; qu'on la met tremper dans l'eau avant de la fépoukr : toutes ces circonftances peuvent influer pour faire plus rentrer les draps fur la largeur que fur la longueur. Outre cela, je fens bien que , par la dilpofition delà piece dans le pot ou la pile du Moulin , les Foulonniers font les maîtres de faire rentrer à leur gré, un peu plus fur la longueur ou fur la largeur. Mais cet effet ne s’étend pas bien loin ; je crois plutôt que le feutrage ne fe pouvant faire que les fils ne fe foient éfilochés, il s'enfuit ; i°, que les fils de la trame étant beaucoup moins tors que ceux de la chaîne , ils doivent être plutôt en état d'être feutrés ; 20, que comme les fils de chaîne font collés, ils ne peuvent s'éfilocher & fe feutrer que quand cette colle eft détruite : les fils de trame, au contraire, font dif-pofés à recevoir du premier coup l'effet du foulon. 30, Nous avons dit que les poils avoient d’autant plus de difpofition à fe feutrer, qu'ils étoient plus fins ; or, comme on choifit pour la chaîne les poils les plus longs -ces poils font toujours moins fins que ceux de la trame.
- Delà vient que certaines laines’ rentrent plus que d'autres ; que la même laine différemment filée Sc tiffue plus ou moins ferré , rentre inégalement dans différents endroits de la longueur d'une piece de drap ; &l'on peut dire, en général, qu'un tiffu lâche rentre promptement, mais qu'il ne fait jamais un drap ferme & ferré : ces faits prouvent que la qualité Draperie, T
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- des poils & la fermeté du tiffu font plus ou moins favorables à l'effet du foulon. Si une piece ne rentre pas fuffilàmment dans quelques endroits, les Foulonniers y remédient en mettant à ces endroits du làvon, ou quelques-unes des autres fubftances qu'on employé pour favorilèr le foulage ; ce qui prouve bien fenfiblement que ces drogues agiffent fur le poil.
- C'eft en conféquence de cela qu'on employé en général deux méthodes pour fouler les draps : la première eft de dégraiffer avant de fouler : la fécondé méthode eft de fouler les draps avec leur graille , 8c de les dégraiffer enfuite.
- Pour la première méthode , on fe fert du fàvon & de la terre ; pour la fécondé , on employé l'urine, la terre , l'huile , le crotin de Brebis. Je crois que la première méthode eft fuivie dans les Manufactures d'Elbeuf, de Sédan, des Gobelins & autres; & que la fécondé eft en ulàge à Abbeville & aux Andelis ; mais je n’en fuis pas certain : les Anglois pratiquent l'une & l'autre méthode.
- Quelque bonne idée que j'aie de ces méthodes , cependant celle de commencer par dégraiffer fëmble promettre quelqu'avantage : les opérations du dégraiflàge commencent à ouvrir les fils , & la toile étant , comme l'on dit , ébroujfée , femble plus difpofée à être foulée. Mais la raifon la plus effentielle eft que ceux qui commencent par dégraiffer, font épincer une fécondé fois en maigre, & que les Epinceufes ont bien plus de facilité à tirer les fàletés d’un tiflix dégraiffé Sç non foulé, que de celui qni eft foulé ; parce que le foulon engage dans le corps de l’étoffe les ordures qui échappent à la vue, & qu’on a beaucoup plus de peine à fàifir avec les pinces , fans endommager l’étoffe.
- D’ailleurs , il eft quelquefois bien difficile de tirer entièrement la graille & le fuin d'une étoffe feutrée.
- A Louviers, on fait tremper les draps, afin qu’ils foient bien pénétrés d’eau, & pour enlever la colle & l'huile ; lorfqu’ils font bien dégorgés de ces fubftances , on les bat avec de la terre, on les épince avec foin , & on les renvoyé à la foulerie pour les faire rentrer félon la proportion qui convient.
- La chaleur facilite beaucoup le foulage. Les Chapeliers foulent leurs chapeaux dans de la lie de vin très-chaude; & les pilons procurent aux étoffes une chaleur qui eft néceffiire pour remplir parfaitement l'objet qu'on fe propofe : quelques-uns augmentent cette chaleur en mettant de l’eau chaude dans les pots ou piles.
- Ces idées générales recevront des éclairciflements de ce que nous dirons dans la fiiite.
- Il y a certains ouvrages de laine & de poil qu’on foule à la main ; fi l'on pouvoit employer ce moyen pour les draps, il arriveroit moins d’accidents ; mais comme les pièces de drap font trop grandes& trop lourdes,
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- il faut abfolument avoir recours à des machines pour cette opération.
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- Des Moulins à Foulon.
- On peut employer différents moteurs pour faire agir ces machines : les chevaux entraînent de grands frais; le vent eft incertain; 8c comme , indépendamment de la quantité d’eau qui eft nécelïàire pour faire agir les Moulins * il en faut encore beaucoup pour laver 8c dégorger les draps ; en fuppoïànt qu’on fe fèrvît du vent pour faire agir les Moulins , il faudroit encore élever avec des pompes l’eau nécelïàire pour dégorger ces étoffes, ce qui feroit une dépenfe conlîdérable ; c’eft pour cette raifon que les Moulins pour fouler & dégorger, font prefque toujours établis fur des Rivières : à l’égard des frifes, elles font fouvent mues par des chevaux.
- Une Foulerie doit donc être établie fur une Riviere ou fur un Ruilïeau ; mais autant qu’il eft poffible, elle eft beaucoup mieux placée fur un Rui£ feau, parce qu’elle n’y eft pas fi fujette aux inondations & aux groffes eaux qui la mettent hors d’état de travailler; 8c que d’ailleurs le travail d’une Foulerie placée fur un Ruiffeau eft toujours plus régulier par la facilité que l’on a de régler l’eau, & par conféquent les draps ne font pas autant expofés à avoir des tares ou des trous.
- La plupart des Fouleries qui font fur les Rivières font diïpofées de maniéré que l’eau coule fous les roues à aubes, parce qu’on y manque de chute : dans beaucoup de celles qui font fur les Ruiffeaux, l’êau tombe delfiis la roue qu’on nomme à augetsy 8c celles-là méritent la préférence , parce que le mouvement en eft toujours plus gai 8c plus réglé , 8c qu’il faut moins d’eau pour les faire mouvoir, ce qui eft bien avantageux quand les eaux font baffes. Au^refte^il eft rare qu’on ait le choix; on profite de tous les courants dont on peut diïpofer.
- Il eft cependant très-important qu’il fe trouve aflez d’eau pour que les pilons puiffent jouer toujours gaiement en été comme en hyver : le drap en tourne mieux dans la pile, & il y prend la chaleur qui lui eft nécelïàire. On ne peut jamais bien laver & parfaitement dégorger avec une eau trouble & vafeufe; les eaux crues qui ne diffolvent point le fàvon, ne pro-duifent jamais un auflî bon effet que les eaux douces.
- La plupart des Moulins à foulon font très-fimples ; ils n’ont ni rouets ni lanternes. La roue à aubes ou celle à augets b ( PL X. fig. i ) fait tourner • l’arbre ay qui, au moyen des leves p, fait agir les maillets.
- On exécute deux manœuvres dans une Foulerie, favoir, le foulage 8c le dégraijfage ou dégorgeage. On foule dans un pot B ( Fig. i creu fé oreïque circulairement dans une groffe piece de bois. On dégraifle 3 on dégorge, 8c 'on lave dans une autre machine (Fig. 2 ) qu’on nomme dégorgeoir : la pile eft différente du pot de la foulerie ; elle eft creufée en forme d’auge dans
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- l'arbre d ( PL X) , & le fond efl: prefque horizontal, ou en portion de cercle , dont le centre eft à l'axe L ( Fig. 2 ) des maillets : les deux côtés ou joues s'élèvent perpendiculairement ; le bout de devant efl: un peu creufé fur-tout par le bas, & par le haut elle avance un peu. Cette forme efl: très-avantageufe pour retourner le drap : comme cette machine fert à quantité ' d'ufages dans une foulerie , lorfqu'ii y a deux pots pour fouler, il faut qu'il y ait 3 dégorgeoirs.
- Les Moulins à foulon pour l'une & l'autre des méthodes dont nous avons parlé plus haut, font de deux çonfeudions différentes. Les uns ont leurs pilons en forme de maillets, ( PL X.fig. 1 ), aufli les appellerons-nous aflez fouvent Moulins a maillets : les autres font nommés Moulins façon de Hollandej les pilons de ceux-ci, ( PL X//.) tombent perpendiculairement comme aux Moulins à piler le Tan , & leurs piles font, quand on le veut, exactement fermées par des couliffes K , de forte qu'on augmente ou diminue à volonté la chaleur que l'aétion des pilons produit dans les piles ou pots.
- On peut, avec ces Moulins façon de Hollande , fouler au fàvon comme avec ceux à maillets ; on les regarde même d'un œil de préférence, quoique leur conftruétion foit plusdifpendieufe, & leur entretien plus onéreux; mais ils ont l'avantage d'avancer plus l'ouvrage , parce que les coups de maillets font plus fréquents ; & le foulage fe fait mieux parce que l'étoffe s’échauffe plus aifément. Cela n'empêche pas qu’un Foulonnier habile ne foule très-bien les draps les plus fins avec un Moulin à màillets , & même mieux qu'un Foulonnier de capacité médiocre ne le pourroit faire dans un Moulin façon de Hollande. On trouvera dans l'explication des Figures ; une defcription plus détaillée dé ces deux machines, ainfi que du Moulin à dégorger.
- Des Ingrédients nécejfaires au Foulage.
- Les ingrédients qui fervent au foulage des draps font i° , la terre glaife ou grade, appellée Terre a foulon, qui efl: une terre plus ou moins grife, auffi douce dans les mains que le fàvon, foit quand elle efl: féche, foit quand elle efl: mouillée. Pour ‘que cette terre foit bien préparée , il faut avoir dans chaque Foulerie un hangard couvert par deffus & à jour où on la dépofe,’ afin quelle y feche ; car la terre humide ne fe diffout que très-difficilement dans l'eau.
- La meilleure fàifon pour tirer cette terre efl: dans les mois de Mars, Avril & Mai, pour qu'elle ait le temps de fe fécher pendant l'été ; le mieux fe-roit même d'en faire des provifions pour deux ans , parce qu'une terre bien feche fe fond dans l'eau prefque auffi promptement que la chaux.
- Le Foulonnier doit avoir une grande attention à bien délayer cette terre ; il doit la vifiter pour en ôter tous les graviers qui pourroient s’y
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- trouver > & qui dans l’opération feroient des trous au drap.
- La bonne terre à foulon doit donc, foit feche, foit humeélée , être douce comme du favon , & former une moufle quand on la délaye dans l’eau* Celle qui efl; rude & alliée de fable ufe le drap, coupe la laine & l’empê~ che de fe fouler*
- Le feul moyen qu’on employé pour fe garantir des graviers, efl: que le Foulonnier, en faifànt fondre la terre dans des Cuveaux avec de l’eau pour en former une efpece de pâte , la manie exaélement, enforte qu’aucun gravier ne puifle lui échapper ; il la pafle enfuite dans un panier.
- Il ne feroit pas impoflible de la paflfer dans une palïbire de cuivre , comme les Rafineurs font leurs terres ; ou bien ,a près l’avoir délayée fort claire, on laifferoit précipiter les graviers & le làble ; puis en verfànt ce qui furnageroit dans d’autres Cuveaux , la terre fine & très-grade s’y précipiteroit exempte de tout gravier.
- On trouve de bonne terre à foulon à Eflonne fur le chemin de Fontaine^ bleau ; en Normandie, près Elbeuf ; à la Ghapelle-Tireil, près Sédan ; à là Chapelle-Bâton en Poitou, &c. Mais il y a de grandes Fabriques ou le manque de bonne terre oblige de fe fervir de favon.
- 20. Du favon de Marfeille , de Toulon ou de Gênes : les plus gras font les meilleurs pour fouler les draps teints en laine , c’eft-à-dire, ceux qui font teints avant d’être fabriqués. Dans quelques Provinces, onfe fert de favon liquide, fous le nom de favon noir ou gras. •
- A l’égard des draps qu’on teint en toile , il faut les mettre en toiie hors de graiffe avant la teinture ; & quand ils font teints, on les foule au favon.
- On foule aufli au favon tous les draps deftinés pour blanc uniforme, ou pour Moine, de même que ceux qui doivent être teints en écarlatte, ou en autres couleurs pleines.
- On verra dans la fuite qu’il efl: très-important de n’employer le favon que quand il efl: bien diflous dans l’eau. Pour cet effet, on remplit d’eau une chaudière de cuivre montée fur un fourneau , dont la bouche répond au travers de la muraille dans une autre chambre : ôn coupe le favon par petits morceaux qu’on jette dans l’eau de la chaudière ; le favon fe fond aifement dans cette eau chaude ; on le remue avec une fpatule jufqu’à ce qu’il forme une efpece de gelée ; alors il efl: en état d’être employé.
- Un avantage du foulage au favon efl: qu’il fe fait plus promptement ; 24 heures font plus que fuffifantes ; au lieu qu’à un même degré de chaleur il en faut 36, quand on fe fert de l’urine.
- 3°. On pouroit fouler au favon toute forte de draps; cependant ceux qui font deftinés à être teints en noir font ordinairement foulés à l’urine, parce qu’on croit avoir remarqué que l’urine conferve aux draps une dou-* D RA P E RI E, V
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- ceur qu’il faut ménager , parce que la teinture noire altéré toujours cette
- Quoiqu’il y ait des Fabriques où l’on employé l’urine pour les draps de couleur , les Fabricants ne penfent pas tous auflî avantageufement du foulage à l’urine. A Louviers, on prétend qu’elle ôte de la douceur à la laine, & qu’elle fait que la teinture n’eft pas folide ; en conféquence on évite dans les Manufactures où l’on travaille beaucoup de draps de couleur > d’employer de l’urine , qui a encore cet inconvénient quon a bien de la peine à épincer exactement les * draps.
- Plufieurs conviennent que l’urine donne de la longueur & de la fermeté aux draps ; mais ils nient qu’elle puifle leur procurer de la douceur 5 ils prétendent que fon alkali fait crifper les filaments de la laine , qu’il échauffe le drap dans la pile , & qu’il le fait rentrer ; & ils foutiennent que l’étoffe n’eft pas défilée ni feutrée comme quand on y employé le favon. En employant l’urine , le drap n’a pas befoin d’être dégraiffé ; il fe dégraiffe & fe foule en même-temps : mais on dit qu’après le dégorgeage, il n’eft jamais auflî clair ni aufîî net que quand on a employé le favon. Dans les belles Fabriques de M. de Julienne , & de M. Rouffeau on ne fe fert que de favon ; ce qui eft une préemption contre l’ufage de l’urine. Il femble que l’urine vieille , & par conféquent alkalifée > doit conferver une onéluofité qui peut corriger fon âcreté: quelques bons Fabricants prétendent cependant que l’urine en cet état altéré le poil, 8c ils foutiennent qu’il ne faut employer que de l’urine fraîche. Nous nous abftenons de décider cette queftion qui partage les Fabricants : nous nous bornons à expofer ici les différents fenti-ments.
- 40. Comme les crottins de Brebis font très-aftringents, on ne les employé que vers la fin du foulage ; encore tempere-t-on leur action avec de l’huile * que plufieurs regardent comme la meilleure drogue qu’on puiffe employer pour faire un bon foulage.
- Opération du lavage dfun drap en toile avec Vurine.
- O N ne lave en toile & à l’urine que des draps pour blanc, pour bleu, pour couleur uniforme , &c. Cette opération fe fait avant le foulage au fà^ von , en mettant le drap dans le pot de la machine ( PL X. fig. i# ). A mefure qu’il y entre , on verfe par-deffus de l’urine autant qu’il en faut pour le mouiller &_le faire tourner ; enfiiite on lâche l’eau du Ruiffeau fur la roue qui fait tourner l’arbre , lequel par le moyen de fes leves fait agir les maillets qui tombent fur le drap dans le pot ou dans la pile de la machine ; le mouvement de ces maillets retourne & preffe le drap dans le pot, & le force à fe bien imbiber d’urine.
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- On le laiffe battre à l’urine environ trois quarts-cTheure , après quoi on le tire du pot pour le remanier & le ll^er ou étriquer. Cette manœuvre que nous décrirons dans la fuite fert à étendre l’urine également par-tout ; car on en remet où il en manque ; de plus, en le rempotant, on en change les plis , & on remédie aux faux plis; on le laiffe tourner pendant une heure 8c demie ; pendant ce temps , l’âcreté de furine diffout Thuile dont il a été imbibé ; 8c ces deux fubftances forment un fàvon que l’eau peut enlever ; ainfî quand feau qui fort du drap devient blanche & laiteufe, on lui donne durant une heure un petit fil d'eau que l'on fait couler dans le pot ; 8c en-fuite, pouf rendre le drap net & hors d’urine , on lui donne encore l’eau en abondance pendant une heure, de façon que le lavage d’un drap en toile exige environ quatre heures de temps.
- Si, au lieu de dégraiffer & de laver le drap , on vouloit le fouler à l’urine ; lorfqu’on le rempote , comme il a été dit, on peut le laiffer tourner jufqu’à ce qu’il ait pris le foulage ; puis on le retire du pot, on le liyé à deux perforines qui tirent l’une contre l’autre le drap par fes lifieres pour l’étendre & effacer les faux plis qui auroient pu fe former ; enfuite on le remet dans le pot, & on le laiffe tourner jufqu’à ce qu’on s’apperçoive qu’il avance au foulage ; alors on le tire encore du pot, on le lize, comme il a été dit, & on préfente la mefiire deffus pour voir s’il eft à fa largeur. Oit fait des marques avec les plis du drap aux endroits où il eft le plus large, 8c en le rempotant, on le tord aux endroits marqués, plus ou moins fort, fuivant qu’il eft plus ou moins large : 8c aux endroits où il eft jufte , on le met fur fon plat dans le pot fans le tordre ; car il faut favoir que plus un drap eft tordu dans le pot, plus il fe foule fur fa largeur , 8c plus par ce moyen on parvient à le rendre d’une largeur égale.
- On doit répéter ces opérations jufqu’à ce que le drap fôit d’une largeur égale,& bien foulé ; car un drap eft réputé foulé lorfqu’il eft rentré à la largeur qu’il doit avoir. Mais il faut en même-temps qu’il ait acquis une force con. venable ; car fouvent un drap happé au foulage fera à fa largeur, quoiqu’il n’ait pas acquis fuffifamment de force ; en ce cas il faut le fouler de plat fur fa largeur, puis le dégorger, comme nous le dirons dans la fuite.
- Autre Lavage ou Dégraijfage.
- O n lave encore les draps en toile d’une autre maniéré, fi on le juge à propos ; mais quoique cette opération dure huit heures, elle convient mieux pour le foulage au favon.
- Voici le détail de cette opération, dont le but eft d’enlever au drap l’huile dont on a imbibé la laine, 8c la colle de la chaîne.
- Le Foulonnier met tremper le drap pendant huit à dix jours dans le courant d’une Riviere : il doit être plié en deux fuivant fa longueur, 8ç retenu
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- par un pieu bien arrondi , 8c planté au milieu de l’eau : on met ce pieu dans le pli : ce pieu doit être de bois blanc , 8c avoir trempé quelque temps dans Feau pour qu’il ne tache pas le drap. On change de temps en temps l’endroit du pli ^ afin que le drap ne s’échauffe pas en cet endroit * & qu’il ne fe fatigue pas en appuyant continuellement fur le pieu qui le retient contre le courant de l’eau. D’autres , pour imbiber d’eau le drap en toile, le- mettent dans le pot avec de l’eau claire.
- Dans quelques Manufactures , après avoir ainfi fait tremper les draps fept à huit jours dans une eau courante, on les met ( comme Ton dit ) en tombeau ; c’efl: - à - dire , qu’on empile plufieurs pièces les unes fur les autres pour qu’elles s’échauffent par une efpece de fermentation , ce qui facilite le dégraiflàge qu’on fait enfuite avec la terre.
- On met pour cette opération le drap dans le pot, dans la pile ou cuvette de la machine à dégorger, 8c au lieu d’urine on y verfe environ deux féaux de terre à dégraiffer qu’on diftribue dans le drap : on laiffe battre le drap en terre environ quatre heures ; puis on donne, pendant deux heures, un petit fl d’eau, 8c enfuite on lui donne pendant deux autres heures toute l’eau néceffaire pour le rendre net 8c hors de terre ; ce qu’on reconnoît quand l’eau en fort fort claire.
- Dans quelques Manufactures , on retire le drap de la pile pour le houer au bouillon du Moulin, à l’endroit où l’eau fort de defîbus la roue avec rapidité. Quand il a été bien houé où lavé, on le remet dans la pile pour achever de le dégorger, 8c on lui donne de l’eau en abondance : cette pratique paroît fort bonne.
- On fuit encore les pratiques fuivantes : après avoir diftribue la terre dans le drap , on bouche les trous de la machine, 8c on fait battre ou bar-botter pendant un quart-d’heure, donnant de l’eau feulement ce qu’il en faut pour imbiber la terre & le drap ; après ce temps on retire le drap pour changer les plis , égalifer la terre de en mettre où il en manque ; on remet le drap dans le pot, où on le laiffe battre jufqu’à ce qu’on s’apperçoive que la graiffe 8c la terre font bien confondues ; alors on débouche les trous de la machine; on lâche fur le drap un filet d’eau pour délayer la terre peu-à-peu, &fans la noyer ; on augmente l’eau à mefure que le lavage s’avance; puis, fur la fin, on en donne en abondance jufqu’à ce qu’elle forte claire.
- Quand c’efl: un drap qu’on doit renoper, il faut prendre garde qu’il n’é-paiififfe 8c ne fe foule pas trop au lavage ; car les Nopeufes ne pourroient pas, fans lui faire tort, tirer les corps étrangers que le lavage a découverts ; dans ce cas on peut fuivre la méthode que nous avons précédemment détaillée ; car il n5y a point d’inconvénient que le drap reftegras , pourvu qu’il foit clair & blanc ; puifque quand même il feroit hors de graille , il lui faudroit encore une terre pour le difpofer à être foulé.
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- Il eft bon de faire fèntir qu'entre ces différentes méthodes pour dégraiffer les draps, il y en a qui font fiijettesà quelques inconvénients.
- Nous avons dit que dans quelques Manufactures on faifoit tremper le drap pendant fept à huit jours dans le courant d'eau qui fait tourner le Moulin, & que l'on avoit foin de changer de place le pli qu'il prend fur la perche ou pieu qui le retient. L'intention eft de détremper l'huile & la colle de la chaîne, & que le drap étant ainfi lavé, on puifle mieux appercevoir les corps étrangers que les Nopeufes doivent ôter : mais n'y a t-il pas à craindre que l'eau ne diminue trop de l'élaflicité de la laine, & encore qu'elle ne la defleche trop de fon gras naturel ; car l'on fait combien l'onéluofité eft importante pour le foulage , & que la laine étant ainfi appauvrie, l'étoffe pourroit le déchirer dans le Moulin.
- D'ailleurs, pendant ce long féjour fur l'eau, il y a des parties qui étant plus expofées au foleil font plus deiféchés, ce qui occafionne des flammes qui font des ondes de différentes couleurs qui paroiffent fur la fuperfîcie des draps, fur-tout quand ce font des étoffes teintes. Il eft vrai que l'onc-tuofité du fàvon peut rendre à la laine ce qui lui manque, & que l'attention du Foulonnier peut prévenir les flammes ; cependant pour éviter ces inconvénients, on ne les laiffe, dansplufieurs Fabriques, tremper que vingt-quatre heures & même moins : aufli-tôt que le drap eft bien pénétré d'eau , on le retire, on le laiffe égoutter trois ou quatre heures ; & après l'avoir plié & mis fur le plancher, on le couvre pendant dix à douze heures ; la colle & l'huile s'échauffent, s'attendraient & fe trouvent plus en état d'être emportées par la terre détrempée dont on arrofe le drap en le mettant dans la pile.
- Lorfqu'on fent que le drap eft chaud, on le met en rond dans la pile (PL X.fig. 4) ; on l'arrofe d'un bout à l'autre de deux féaux de terre bien délayée ; on le laiffe piler pendant une heure ; on le retire enfuite pour le lifer & pour examiner fi la terre eft bien répandue dans toute l'étendue de la pièce de drap : fi elle ne l'eft pas, on en met aux endroits ou elle manque.
- On remet le drap à la pile, ce qu'on répété jufqu'à ce qu'en le tordant, on en voie fortir une humeur vifqueufe , qui indique que la graiffe a été diffoute par la terre ; alors on le change de pile, & on le met dans celle à dégorger, en lâchant par-deffus un filet d'eau qu'on augmente peu à peu. On life le drap deux ou trois fois, & on finit cette manœuvre quand on voit que l'eau fort bien claire de la pile ; enfin on le met laver au faut du Moulin, comme il a été dit.
- D'après ce que nous venons de rapporter, on voit qu’on peut très-bien dégraiffer les draps fans les faire tremper à la riviere , & fans y employer de la terre ; pour cela, on les imbibe d'eau en les travaillant d'abord dans la pile avec de l'eau pure. On retire le drap pour le laiffer égoutter, Draper je. X
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- puis on l’empile de nouveau avec un demi - feau d’urine & autant d’eau» On le life à plufieurs reprifes , & on le rempile, en donnant toujours, pendant que le Moulin travaille , un filet d’eau, afin de prévenir que le drap ne fe feutre , ce qui empêcheroit de reconnoître les ordures ; on fait marcher le Moulin lentement, pour que le drap -ne s’échauffe pas trop en tournant, & qu’il ne fe feutre pas : il eft encore néceffaire que le trou de la pile foit ouvert pendant l’opération pour donner facilité aux impuretés de fortir avec l’eau.
- Ordinairement l’urine & l’eau fuffifent pour emporter la graiffe ; mais quand les laines ont été mal dégraiffées en fuin , ou quand les draps font anciennement fabriqués, on eft obligé de joindre à l’urine une eau de terre; & de répéter quelquefois cette opération trois ou quatre fois ; nonobftant cela, on eft prefque toujours obligé de donner encore deux terres avant de les fouler ; mais ce n’eft qu’après les avoir nopé ; nous parlerons de cette opération dans un inftant : on finit toujours par laver les draps à grande eau. Ce travail dure douze ou quinze heures pour les draps ordinaires, & vingt à vingt-quatre heures pour les draps fins.
- Comme le bon dégraiflàge dépend de la qualité de l’huile qu’on a employée pour /’enjimage des laines , de la qualité des terres qu’on employé ; de la perfeétion du lavage de la laine, enfin de la nature des eaux, on eft quelquefois obligé de remettre plufieurs fois de la terre, quand le fuin eft trop adhérent à la laine. Pour connoître fi les draps en toile font bien dé-graifles, on trempe dans un feau d’eau claire un coin du drap, on le frotte dans les mains, & après l’avoir replongé dans l’eau à plufieurs reprifes, on le préfente au jour : s’il ne paroît aucunes traces jaunes, grifes ou noires, on met le drap au dégorgeoir, en lui donnant d’abord peu d’eau pour le pénétrer ; enfuite on donne l’eau en abondance jufqu’à ce quelle forte bien claire.
- Il eft important que les draps foient bien dégraiffés avant de les mettre au favon ; car le favon qui attendrit la graiffe fans la diffoudre fiiffifàmment, forme une fubftance gluante qu’on a bien de la peine à emporter : cependant en Languedoc où l’on manque de bonne terre, on dégraiffe les draps avec du favon noir.
- ’ Quand les opérations du dégraiffage font bien faites, les fils fe font ouverts & dipofés à recevoir l’opération du foulon dont nous parlerons, après avoir détaillé*le travail des Nopeufes.
- Du Nopage ou Epinçage.
- Le drap étant bien lavé ôc dégraiffé, foit avec de la terre, foit avec le favon ou l’urine , on l’envoie aux Tondeurs qui le font fécher ; SC
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- quand il eft fec , ceux-ci le remettent entre les mains des Nopeujes ôu Ëpin-ceufes qui les vifitent & qui recommencent leur opération , comme nous l’avons dit précédemment, pour en tirer les pailles , les brins de chanvre , les fils peigneux , les bourgeons & autres corps étrangers qui peuvent s’ÿ trouver. Quand les doubles Duites font grandes, les Ouvrières doivent rapprocher les fils de la trame pour remplir les places vuides ; car elles doivent encore prendre plus d’attention en épinçant un drap maigre pour éviter d’endommager la chaîne , que quand elles épincent en gras : les petits trous qu’elles font à la trame , ne font de nulle conféquence* parce que le foulon les répare aifément.
- Au fortir des mains des Nopeujes ou Epinceufes , on trace à l’aiguille fut le chef & fur la queue du drap, le nom du Fabriquant, le lieu de fa demeure , & le numéro de la piece de drap. On emploie pour cette marque de la laine blanche, rouge ou noire, fuivant la couleur du drap ; puis on ïenverfe, c’eft-à-dire, qu’avec deux chardons des plus foibles, on fait comme fi on vouloit le garnir ou le lainer, mais feulement pour faire partir toutes les Nopes, Nœuds, ou Bourgeons, &c. qui relient fur la fuperficie du drap en toile, & qui couvrent principalement le côté qui doit former l’envers. Si on laiffoit ces corps étrangers furie drap, le foulon les y réuniroit, & eau-feroit des défauts confidérables, fur-tout aux draps blancs, Sc qui doivent être teints en couleur forte. Cela fait, on renvoie le drap à la Foulerie pour le préparer, & le fouler enfuite au fàvon.
- Manière de préparer les Draps, principalement quand ils doivent
- être teints en toile.
- Préparer un drap> en termes de Foulonnier, c’eft, au retour des Nopeu-fes, le mettre dans la machine, lui donner environ deux féaux de terre * & le laiffer battre en terre deux heures & demie : on lui donne enfuite un1 petit fil d’eau pendant trois à quatre heures , puis on le manie, ou on le life, c’eft-à-dire, qu’on le tire delà pour examiner s’il ne s’eft point fait de faux plis, en le détirant exactement de main en main par les lifieres opposées ; on le remet de nouveau dans la machine, & on lui donne autant d’eau qu’il eft poflible durant le cours de trois heures, pour le rendre abfolument net : cette opération dure environ dix heures, après quoi l’on tire le drap de la machine, & on le fait bien égoutter fur un chevaletX (PL XI ,Jlg. i )..
- Nous avons expliqué plus haut comment on lave à l’urine : cette mé^ thode eft plus fimple que celle de laver avec la terre , & elle rend les draps fort blancs ; mais quelques-uns prétendent quelle eft trompeufe, & quiL refte fouvent un fond de gras qui eft préjudiciable, fur-tout quand on 1g veut teindre.
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- Si le drap doit être teint en toile, ce n’eft qu après le dégraiflàge dont nous venons de parler quon le fait, parce quil doit être abfolument hors de graifle, & que cette condition eft néceifaire pour qu’il prenne la teinture très-également.
- Quand il a été teint, on le renvoie à la Foulerie pour y être foulé : le drap ainfi teint en toile, eft foulé au fàvon, comme plufieurs autres draps.
- Du Foulage en fort ou au favon.
- Pour fouler un drap au fàvon, l’on commence par faire fondre du favon dans de l’eau fur le feu ; quand il eft fondu, & comme en gelée ou en moufle, on met le drap dans le pot avec fept à huit livres de fàvon fondu ; on en prend le quart au plus, à quoi on ajoute de l’eau chaude pour avoir la quantité de deux féaux d’eau de fàvon, qu’on appelle eau blanche , dont on arrofe le drap d’un bout à l’autre : on le plie en trois fur fà largeur pour le mettre en rond dans la pile (PLX 9fg. 4 ) ; enfuite on lâche l’eau du ruiffeau fur la roue qui fait tourner l’arbre, lequel par le moyen de fes levées , fait élever alternativement les maillets, qui tombant l’un après l’autre, retournent le drap & le foulent dans toutes fes parties.
- On ne met d’abord qu’une eau blanche, & on laifle ainfi foulpr doucement pendant deux à trois heures fàns toucher au drap , pour ne point précipiter le foulage ; au bout de ce temps , on le tire du pot pour le-tendre, l’équarir fur fà largeur, changer les plis, effàcer les ribaudansl graifles ou anguilles, qui font des efpeces de poches ou de faux plis cau-fés par les coups de maillets ou de pilon : cette opération s’appelle manier ou lifer ; l’intention eft de réparer les faux plis qui fe formeroient dans le pot, & qui fe marieroient enfemble fi le drap n’étoit point manié exactement*.
- U y a des Foulonniers qui tirent & manient leur drap de trois quarts d’heure en trois quarts d’heure ; ils l’étendent, le lifent, le chargent de fàvon j & le difpofent à bien rouler dans la pile : cette attention eft fur-tout importante pour les draps minces ; & il eft bon de fàvoir que les faux plis font plus à craindre au commencement du foulage qu’à la fin. Il n’eft pas nécef faire de manier fi fbuvent les draps épais & forts, & l’on peut faire battre les maillets plus vite. Cela fait, on remet le drap dans le pot ; on le laifle fouler encore trois à quatre heures avant de le remanier ; & quand il a foulé fept à huit heures , & qu’il eft bien échauffé , pour lors on lui donne du fàvon plus fort pour nourrir & empêcher qu’il ne fe deffeche ou qu’il ne durciffe dans le foulage. On rend aufïï le jeu des maillets plus vif pour donner de la fermeté au drap.
- Au troifieme lifage , on augmente encore la dofe du fàvon.
- Quand le drap a foulé dix à douze heures, on doit avoir foin, en le
- remaniant,
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- remaniant , de prendre garde s’il foule également : pour cet effet , & en le maniant, on préfente de diftance en diftance la mefure du lés que le drap doit avoir; & s’il fe trouve des endroits où le drap ne foit pas égal, c’efb à-dire, qu’il ne foit point rentré par-tout à la même largeur, on jette du favon fur les endroits plus larges, 6c on tord ces endroits en remettant le drap dans le pot : cela le fait rentrer ou rétrécir plus également.
- On continue cette manœuvre, en obfervant de manier le drap toutes les deux à trois heures, jufqu’à ce qu’il foit réduit à la largeur que l’on veut lui donner ; ce qui s’exécute en plus ou moins de temps, fuivant la nature de la laine, la façon dont le drap a été tiffu, 6c encore même fuivant la différence des couleurs ; de forte qu’il faut quelquefois, pour qu’un drap parvienne à être bien foulé, vingt-quatre à trente heures, Sc d’autres fois quarante-huit ; enfuite on le tire du pot pour être dégorgé.
- Remarques fur le Foulage.
- Quand la laine eft nouvelle Sc fine, & que les maillets frappent chacun quarante coups par minute, le drap peut être {uffifàmment foulé en quinze ou dix-huit heures.
- Pour reconnoître file foulage va bien, on prefTe entre les doigts un pli du drap ; fi la liqueur qui en fort efl: comme de la crème , c’eft un bon ligne ; mais fi elle efl comme de l’eau pure, il faut ajouter du fàvon, fans quoi la laine, au lieu de fe fouler, fortiroit du drap qui deviendroit creux.
- Le foulage au fàvon blanc efl le meilleur ; cependant on peut faire un bon foulage avec le favon noir. Les uns foulent à chaud, d’autres à froid, c’eft-à-dire, qu’on arrofe le drap dans le pot avec de l’eau chaude ou de l’eau froide : on prétend que l’eau chaude convient fur-tout aux draps qui doivent être forts. On foule avec de la terre les draps communs qui font d’un bas prix ; mais ce foulage ne vaut pas celui qui fe fait au fàvon.
- Les accidents qui arrivent au foulage font ordinairement produits par l’inattention 6c la négligence duFoulonnier : quelques particules de bois qui peuvent tomber dans le pot font des tarres à l’étoffe ; les petites pierres occafionnent des trous ; un pli qui s’échappe & s’entortille autour de l’arbre, déchire la piece d’un bout à l’autre. Quand les maillets ne tombent pas bien jufte à plomb, ils font des caffures qui équivalent à des trous ; fi on néglige de retirer fouvent le drap pour le manier ou le lifer, les faux plis fe coupent ; enfin fi la piece ne retourne pas bien fous les maillets, le drap fe vuide au lieu de fe fouler, ou bien il fe foule inégalement. Non-feulement ces accidents n’arrivent prefque jamais aux Foulonniers attentifs Sc intelligents , mais même les bons Ouvriers parviennent à tirer parti des laines défeétueufes ; & ils lavent encore corriger en partie les défauts qu’ils apper-? Drap erie. Y
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- çoivent dans les draps en toile. Quand le drap eft aux trois quarts de la foule , on doit lui donner une eau blanche , pour rendre le fàvon plus coulant ; quelquefois on fait marcher debout, c’eft-à-dire, qu’on Foule fur la longueur ( Fig. j pour équarrirhi piece. Tout le monde convient qu’un drap bien foulé doit être ferme, corfé , tenant, nerveux, & cependant doux & moelleux : il ne peut aquérir ces qualités, fi les différentes parties de la corde ne font bien fondues 8c unies ou liées enfemble ; or cette üaifon ne fe peut faire tant que toutes les parties de la corde ne s’éfilo-chent pas ; il faut pour que funion fe forme , que la corde foit défilée, c’eft-à-dire , que les fils s’ouvrent 8c fe dilatent ; & c’eft à quoi on parvient par un bon dégraifîàge , ainfi qu’en commençant le foulage paç une eau de fàvon foible, & en ménageant les coups de maillets.
- Comme un drap ne doit pas entrer en foulerie que la corde ne foit défilée, c’eft à tort que les Foulonniers, pour aller plus vite, mettent beaucoup de favon en empilant le drap pour la première fois., & qu’ils employent de la fiente de mouton fi on le foule en graiffe ; ces ingrédients crifpent le poil avant qu’il foit en état de fe lier, il tombe en bourre, & ne forme pas un feutre affez ferme pour fupporter les derniers apprêts.
- On affure qu’en Angleterre, pour éfiler la corde avant de la mettre au foulon , on fe fert de farine , de gruau, d’avoine ou de feves, dont on met à différentes reprifes environ vingt-quatre pintes fur un drap de trente aunçs de long 8c de cinq quarts de large : ces Manufacturiers difent qu’en augmentant la dofe du gruau, ils rendent leurs draps d’autant plus fermes. Quelques-uns prétendent que cette fubftance farineufe fait l’effet d’empois ou de colle , mais que cette matière étrangère doit être préjudiciable au drap : on a peine à fe perfuader qu’une colle de farine puiffe réfifter aux effets de la foulerie, 8c il eft plus probable qu’elle agit fur les poils mêmes d’une façon plus avantageufe : au relie, ce point mérite d’être fournis à des épreuves.
- Dans quelques grandes Fabriques, on foule à la fois deux demi-pieces de drap : cette méthode eft mauvaife. Comme les draps doivent être foulés fuivant leur qualité, il eft rare que les Foulonniers prêtent les attentions néceffaires pour que deux pièces foient également foulées. Il vaut mieux tenir les piles moins grandes, & ne fouler à la fois qu’une demi-piece.
- A Sédan, les pièces qui font de quarante-huit aunes fur le métier, n’en font proprement qu’une ; car elles ne font point féparées, ni .pour le foulage , ni pour les apprêts. On ne partage cette piece en deux qu’à la prefîè, toute la longueur de cette piece eft affez également bien foulée ; mais ce qu’on allégué contre cet ulàge, c’eft qu’ordinairement un bout de ces pièces eft moins bien fabriquée que l’autre, parce que YEnJiible fur laquelle eft roulée la chaîne étant plus pleine, la chaffe revenant d’elle-même fur la trame, frappe beaucoup mieux.
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- Nous aurions encore piufieurs remarques à faire fur le foulage, mais nous croyons devoir remettre à en parler quand nous aurons expliqué la maniéré de fouler à l’urine , dont nous ne ferons mention qu’après avoir parlé du dégorgeage & du dégraiflàge.
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- Du Dégorgeage.
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- Comme on dégorge les draps après le dégraiflàge, pour quil n’y refte point de terre ; il efl: néceifaire auffi de dégorger ceux qui font foulés au favon ou à l’urine, afin de les mettre , comme l’on dit, hors de fàvon ou d’urine. '
- Cela fe fait en les houant par deux fois à la noue du moulin : on ne houe point à Sédan, mais bien dans les Fabriques de Normandie. Quand ils ont été houés, on les met dans le pot de la machine, où on les fait battre durant une heure avec un fil d’eau qu’on lâche par-deflus, enluite dans le cours d’une autre heure, on leur donne peu à peu toute l’eau né-ceflàire ; il efl: bon de les manier de temps en temps, pour qu’ils dégorgent également ; puis quand l’eau fort bien claire, on les tire de la machine ou pile, ôc on les renvoie aux Tondeurs pour être lainés & tondus en harmant i c’eft-à-dire, en première eau.
- L’harmant efl: la première opération du lainage : on ne donne que trois à quatre voies de chardons, c’eft-à-dire, que la piece efl tirée au chardon, Üavallé en ayallé, quatre fois d’un bout à l’autre.
- Ce lainage ne fert uniquement qu’à effleurer le drap ; il ne tire que le poil jarreux, c’eft-à-dire, l’excrément du feutre occafionné par le foulon : c’eft pour cela quôn fe fert du chardon le plus foible.
- Le drap laine & tondu en harmant, comme je viens de le dire, Sc comme je l’expliquerai encore dans la fuite, efl renvoyé à la foulerie pour être dégraiflfé, & rendu le plus net qu’il efl poffible.
- Du Dégraijfage.
- Pour dégraifler un drap foulé & tondu en harmant, on le met dans la machine, avec deux féaux de terre bien détrempée, qu’on diftribue dans le drap à mefure qu’on l’arrange. D’abord on ferme les trous ; on donne un filet d’eau pour difloudre la terre & mouiller le drap ; on laifïe couler l’eau deflus pendant un quart-d’heure pour confondre le drap avec la terre ; on life enfuite, pour égalifer la terre & en mettre où il en manque ; après quoi on le laiflTe bien battre avec cette terre diflfoute pendant deux ou trois heures, afin quelle ait le temps de bien s’incorporer dans le drap ; en un mot on laiflè battre julqu’à ce qu’on s’apperçoive que le fàvon ou la
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- graifle, ( fi le drap a été préparé à Turine ), font en mouvement, c’eft-à-dire, qu’il fe forme une efpece de fàvon : enfuite on lui donne durant deux ou trois autres heures un fil d’eau ; puis après on lui donne pendant trois à quatre heures toute l’eau néceffaire pour le mettre hors de terre ; enfin le* drap fe trouvant net, on le retire de la machine , & on le renvoie aux Tondeurs , qui le pouffent dam les apprêts pour achever de le rendre parfait.
- Remarques fur le Dégraijfage SC le Dégorgeage.
- v Un drap efl: réputé dégrailfé quand , expofé au grand jour, il paroît net, 8c que l’eau en fort auffi claire qu’elle y eft entrée : cependant il s’en_ faut quelquefois beaucoup qu’il ne foit dégraifle à fond. Il faut bien examiner s’il ne refle pas de terre. maftiquée dans le fond du drap, parce qu’en ce cas il faudroit lui donner une eau de fàvon tiede pour dilïoudre le fond de graiffe, & l’emporter enfuite avec une nouvelle terre.
- Ce défaut vient quelquefois de ce que la terre a été mal fondue & mal délayée ; car cette terre qui efl: une efpeice de corroi, fe poiffe fur la place où on la met, 8c ne fe dilTout point, fur-tout quand on ne clonne pas l’eau avec ménagement. Il efl: difficile d’appercevoir ce défaut dans le drap blanc ; mais il fe montre lorfque le drap efl: teint, & efl: encore plus vifible au débouilli > delà il arrive que l’on impute au Teinturier une faute que le Foulonnier a commifè.
- On peut foupçonner ce défaut quand, au fbrtir de la teinture, le poil fe trouve chargé d’une petite gale ; elle fe voit quand on dégorge le bleu à la foulerie ; car en ces endroits la teinture devient blanchâtre. Les traces que laiffent les limafles en pafiànt fur le drap, produiroient le même effet, fi on n’avoit pas l’attention, avant de les mettre à la teinture, de les emporter avec, un linge mouillé. ,
- Le dégraiflage, fur-tout pour les draps de couleur, exige des attentions particulières ; il y en a qui s’altèrent plus aifément que d’autres qui exigent plus de terre : ceci doit être entendu pour le premier dégraiflage comme pour celui qu’on fait après la tonture en harmant.
- Du Foulage en gTüiffe ou à Vurine.
- Nous avons déjà dit qu’on fouloit particuliérement à l’urine les draps qui doivent être teints en noir ; mais nous n’avons alors détaillé cette opération que très-fuperficiellement : nous allons en parler ici plus amplement.
- La colle qui produit de fi fâcheux effets quand on néglige d’en purger entièrement un drap qif on veut fouler au fàvon , ne porte aucun préjudice au foulage dont il efl: ici queftion. L’huile qui efl; déjà dans la corde, & celle
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- qu’on y ajoute, jointe^vec la fiente de mouton, détache cette colle, & fert à défiler la corde.
- Quand on veut fouler un drap en graiffe , on l’envoie à la foulerie après l’avoir bien nettoyé de fes ordures, ainfi qu’on l’a dit plus haut ; on le met en rond dans la pile, en l’arrofànt d’un feau d’urine mêlé avec autant d’eau ; on laifle agir les maillets pendant deux heures, après quoi on lui donne la première lifée : on le remet dans la pile pour deux ou trois heures ; à cette fécondé lifée, on l’arrofe d’une livre d’huile , plus ou moins, fuivant que le drap a été fabriqué depuis plus ou moins de temps, & on ajoute un peu d’urine. Cette pratique n’eft pas la même dans toutes les Fabriques ; car à Sédan où l’on foule à l’urine, on n’ajoute ni huile ni crottin de brebis. Quoiqu’il en foit, on life le drap une troifieme fois, puis deux heures après on fait la quatrième lifée ; à cette fois on ajoute une poignée de crottin de brebis tamifé , & délayé dans un peu d’urine : lorsque le drap eft aux trois quarts de fa foule, on le foule debout pour le dreffer & l’équarrir, & quand il eft rendu à la largeur qu’il doit avoir, on le met dans la pile à dégorger.
- Du dégorgeage des Draps foulés en graiffe;
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- Nous avons dit comment on dégorgeoit les draps foulés au làvon : comme cette opération eft un peu différente pour les draps foulés à l’urine, il eft néceflàire de parler de ce dégorgeage.
- On met le drap dans la pile à dégorger ; on lâche delfus un filet d’eau pour en faire fortir les impuretés ; & pour cet effet, on débouche le trou de la pile ; on manie le drap deux ou trois fois, & l’on continue ce travail, jufqu’à ce que l’eau forte claire ; alors on le retire de la pile, & on le laiffe égoutter pendant fept à huit heures. Comme ce premier lavage n’eft fait que pour enlever les impuretés de la fuperficie du drap, pour le nettoyer à fond ; après qu’il a été bien égoutté, on bouche le trou de la machine à dégraiffer, on y remet le drap, & on l’arrofe d’un bout à l’autre avec plufieurs féaux de terre bien délayée , & on laiffe agir les maillets jufqu’à ce qu’il s’échauffe , & que la terre fe foit chargée des impuretés : pendant cet efpace de temps, on life deux ou trois fois pour égalifer la terre ; lorfqu’on s’ap-perçoit que la graiffe eft diffoute, on débouche le trou de la pile, & on arrofe le drap avec un demi-feau d’urine ; & lâchant un filet d’eau , on fait travailler le moulin pendant trois quarts d’heure, puis on le life & on le remet dans la pile avec la même quantité d’urine, & le même filet d’eau. On répété cette manœuvre une troifieme & quatrième fois; mais on augmente peu-à-peu le filet d’eau jufqu’à ce que l’eau forte claire $ alors on retire le drap pour le laver au courant de la rivière.
- Draperie.
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- po ART DE LA DRAPERIE.
- Quand le drap eft laine & tondu en harmant , comme nous l’avons déjà dit, & comme nous l’expliquerons dans la fuite, on le renvoie au foulon pour être dégraifle , de la maniéré que nous venons de le dire; puis les Tondeurs y donnent les apprêts néceffaires pour le mettre en état d’être teint : auffi-tôt qu’il eft forti de la teinture, foit en noir foit en bleu, on le renvoie à la foulerie pour y être lavé.
- Du lavage des Draps noirs ou bleus.
- En sortant des mains des Teinturiers, les draps font chargés de beaucoup plus de teinture qu’ils n’en peuvent conferver ; fi l’on négligeoit de les décharger de ce furcroît de teinture , ils tacheroient tout ce qui en approcheroit : il convient donc d’emporter la partie de la teinture qui n’eft pas intimement adhérente à la laine ; c’eft ce qu’on fait par une opération du Foulonnier qu’on nomme le lavage, 8c que je vais décrire.
- Le lavage des draps noirs ou bleus, fe fait en mettant le drap dans l’auge du dégorgeoir, où on lâche de l’eau pour le laver à fond pendant trois à quatre heures & à grande eau, & pour emporter le barbouillage ou la partie de teinture qui n’a pas pénétré le poil. Les Ouvriers appellent cela , mettre le drap noir ou bleu, hors de gras ; enfuite on le tire de l’auge, puis on le remet dans la machine avec environ deux féaux de terre grafle en pâte molle ; on bouche les trous de la machine, & on le laifle bien battre en terre, fans y mettre d’eau, durant une demi-heure ; on le retire pour le manier, égalifer la terre, & en mettre où il en manque ; & quand il a été battu en terre pendant cinq ou fix heures , on lui donne un petit fil d’eau pendant quatre à cinq heures, pour délayer peu-à-peu la terre, ce qui s’appelle le laifjer défiler ; après quoi on le remanie, & on le remet dans la machine, où on lui donne toute l’eau néceftàire pour achever de le rendre net, & de temps en temps on le remanie à plufieurs fois, fans quoi il pourroit fe mêler & fe déchirer.
- On voit par l’eau qui en fort, fi le drap eft net ; il faut quelle foit aufiî claire que celle qui y entre. Si en remaniant le drap, on s’apperçoit qu’il tache encore le linge, il faut le remettre en terre une fécondé fois. Cette opération étant faite, on le tire de la machine, & on le renvoie aux Tondeurs qui achèvent de l’apprêter. Il faut vingt-cinq ou trente heures pour bien laver un drap teint.
- De la Vijîte au retour du Foulon.
- Le drap étant rapporté du Foulon à la Fabrique, eft mis à la perche pour voir s’il eft de force & de qualité à fupporter les apprêts.
- Plufieurs des défauts qu’on apperçoit, peuvent être une fuite del’inatten-
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- tion du Foulonnier, mais d’autres font tout-à-fait indépendants de fa vigilance. Comme dans ces vifites où le Foulonnier doit être préfent, pour éviter bien des conteftations, il faut que le Fabricant foit alfez inftruit du devoir des Foulonniers pour affeoir un jugement équitable entre lui & fon Ouvrier ; nous croyons devoir joindre ici, à ce que nous avons dit du foulage, des réflexions qui pourront avoir leur utilité.
- i°, Nous avons dit que le Foulonnier-devoit > à fes différentes lifees, jet-ter la mefiire fur le drap, pourvoir s’il entre également en lez par-tout; & comme cela n’arrive prefque jamais, le Foulonnier doit tordre les endroits larges , 8c faire fouler à plat les autres. Pour comprendre pourquoi les endroits d’un drap qu’on a tordu rentrent plus vite en lez que ceux qui ne l’ont pas été , il fuffit de faire attention à la différente fituation où font, dans la pile, les parties torfos du drap, & celles qui ne le font pas. L‘es premières font placées de façon qu’elles reçoivent les coups de pilon ou mailiets fur la largeur de l’étoffe, qui étant remplie de trame 8c peu torfe , fe feutre aifé-#ment ; au lieu que les parties qui ne font pas torfes, 8c qui ont été mifes à plat, reçoivent les coups de pilon fur la longueur ; & comme la chaîne qui fait cette longueur eft beaucoup plus torfe que la trame , elle fe foule plus difficilement.
- C’efl pour cette raifon que les mauvais Fabricants, plus avides de gain, que jaloux de leur réputation, & qui ne s’embarraffent pas de la qualité de leurs draps, pourvu qu’ils aient la largeur prefcrite, recommandent à leurs Foulonniers de tordre leurs draps, afin qu’ils rentrent plus vite en lez , 8c qu’ils aient deux ou trois aunes de plus en longueur, que ceux qui font foulés fur la longueur & fur la largeur. Quelques-uns, par le même motif, regardent, comme une perfeétion, de faire fouler debout ou à plat, ce qui efl: une erreur ; car, comme la bonne qualité confifte dans un feutre bien lié, ce feutre fera d’autant plus parfait que la chaîne 8c la trame feront bien fondues l’une dans l’autre ; ôc il faut, pour y parvenir, que les pilons agiffent tantôt fur la longueur & tantôt fur la largeur, c’efl à-dire, fur la chaîne & fur la trame.
- Comme l’inégalité de la largeur d’un drap caufo fouvent des contefta-tions entre les Fabricants 8c les Foulonniers, il efl bon d’examiner d’où elle provient, afin de connoître fi les Foulonniers doivent être fouis ref* ponfobles de ces inconvénients, & de plufieurs autres accidents qui arrivent affez fréquemment dans cette opération, 8c s’il n’eft pas jufte que les Fabricants en fupportent quelquefois leur part.
- Les Foulonniers doivent être fouis refponfables des taches de fovon ou autres, des acrocs & échauffures, parce qu’ils ont pu les éviter en y donnant attention.
- Mais fi les inégalités qufon remarque viennent de çe que la laine aura été
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- C2 ART DE LA D RAP E RIE.
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- brûlée à la teinture , alors c eft le Fabricant ou le Teinturier qui doivent en répondre.
- Les inégalités dans la largeur, doivent être fupportées tantôt par le Fabricant, Sc tantôt par le Foulonnier ; car les draps inégalement tiflus, ne peuvent rentrer dans le foulage à une largeur légale , parce que. les parties moins garnies de trame, rentrent plus promptement en largeur, que celles qui en font bien fournies. -
- Ce défaut arrive encore quand il y a beaucoup de fils de chaîne caifés, ou quand une chaîne efl inégalement torfe 5 car les fils plus tors fe défilent plus difficilement que ceux qui le font moins.
- Il ne feroit pas jufte de rendre les Foulonniers refponfàbles du mauvais ouvrage des Fileufes Sc des Tiflfeurs ; néanmoins, comme dès les premières « lifées ils s’apperçoivent des endroits qui rentrent plus que les autres ; Sc comme, avec beaucoup d’attention à faire battre tantôt debout, tantôt à plat, ou en tordant ou en mettant plus de fàvon, ils peuvent parvenir à corriger ces défauts, il efl: jufle quils fupportent une partie , mais non* la totalité du dommage, parce que c’eft aux Fabricants à prendre garde que les Fileufes Sc les Tiifeurs faflTent leur devoir. Les Foulonniers font particuliérement dans leur tort, quand le Fabricant les a prévenus des défauts d’une piece en toile, & qu’il leur a recommandé de redoubler d’attention.
- Ces détails font voir que le Foulonnier doit bien examiner le drap avant de le mettre dans la pile, & voir s’il efl: bien ou mal tiflfu, pour en fuivre les mouvements pendant toute l’opération, afin de varier fes manœuvres, foit qu’on le foule en graiflTe, foit qu’on le foule avec le fàvon.
- S’il apperçoit que la piece efl: mal tiflfue, il doit commencer par la fouler à l’urine, Sc la finir avec le fàvon : comme cette fubfiance fait rentrer promptement le drap, il refteroit peu dans la pile, il paroîtroit épais à la main, mais lâche Sc mol dans le pied ou dans le fond , Sc les poils altérés ne pourroient fupportçr les apprêts ; au lieu qu’il ménagera fon poil, Sc il tiendra plus long-temps fon drap en pile, s’il foule d’abord à l’urine. Quand . le drap commencera à avoir fa lai^e , il le fortira de graiflTe avec la terre , comme on l’a dit plus haut ; Sc quand il aura été bien dégraiflTé, il l’ache-vera avec le fàvon , en fe conformant à l’ufàge ordinaire. Malgré toutes ces attentions, un drap qui aura été très-mal tiffu ne rendra jamais un bon ftrvice ; mais il feroit injufte de s’en prendre au Foulonnier.
- Il y a des Réglements qui fixent la largeur des draps au fortir du foulon : le Foulonnier fera bien de tenir fes draps d’un pouce ou d’un pouce Sc demi plus étroits que ne le prefcrivent les Réglements, parce que tous les draps augmentent de largeur dans les apprêts qu’on leur donne au retour du foulon, fans quoi on ne pourroit parvenir à équarrir la piece ; ainfi la
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- largeur des draps doit être comptée au fortir des apprêts : fi on étoit même certain qu’on eût donné aux draps en toile une largeur convenable , & que le tiffàge en ait été bien ferré , on devroit regarder d’un œil de préférence celui qui étant fini feroit un peu trop étroit * parce quil s’enfuivroit qu’il auroit beaucoup rentré au foulon.
- Il ne faut pas prendre à la rigueur la dofe des drogues qu’on a fixée pour dégraiffer & pour fouler, non plus que le temps des opérations ; car toutes ces chofes varient fuivant beaucoup de circonftances : par exemple, fi un drap eft fec & anciennement tilTé, il faudra lui donner plus d’huile fi on le foule en graiife, que s’il fortoit du métier; & fi on le foule au fàvon, on lui en donnera plus fréquemment. On en ufera de même quand on s’ap-percevra que le drap fe pele ou fe bourre : il en eft de même d’une laine nouvelle, qui exige moins d’ingrédients qu’une ancienne; ainfi il eft toujours à propos d’avertir le Foulonnier de la qualité du drap qu’il a à travailler.
- Nous avons dit qu’il étoit commode & avantageux de mettre au courant de l’eau les draps qu’on fait tremper ; mais pour cela il faut pouvoir établir un canal droit d’environ dix toifes de longueur fur deux à trois toifes de largeur : il faut qu’il n’y ait au fond de l’eau, ni vafè , ni pierres,1 ni racines, qui pourroient déchirer le drap ; que les bords aulïï foient bien nettoyés de fouches & de racines ; que l’eau foit abondante, claire, vive &%courante. On peut mettre fept à huit pièces au trempoir fur chaque pieu , qui doit avoir au moins un pied de diamètre. Les draps qui ont bien trempé pendant cinq à fix jours, fe lavent & fe foulent plus promptement & beaucoup mieux : cependant cette pratique pourroit altérer les couleurs foibles & faufles des draps'mélangés.
- Quoiqu’il ne foit pas poffible de détailler tous les accidents qui arrivent à la Foulerie, cependant pour ne rien omettre d’important fur un objet aufli eifentiel, nous allons parler de ceux qui arrivent le plus ordinairement, & indiquer les moyens d’y remédier.
- On voit quelquefois une humeur gluante qui fe répand fur la fuperficie d’un drap qu’on foule au fàvon ; & on en conclut avec raifon qu’il a été mal dégraiffe : le meilleur moyen d’enlever cette efpece de boue qui empêche le feutrage, eft de donner au drap un demi-feau d’urine ; elle dilfout cette boue grade, Sc la corde fe défile.
- Si le même accident arrive aux draps qu’on foule en grailfe pour y avoir mis d’abord trop d’urine ; comme dans ce cas, le défaut vient de ce que le poil a été trop dégraifTé, il faut, pour y remédier, lui rendre de l’huile.
- Quoiqu’on fe perfuade avoir pris toutes les précautions néceflàires, il arrive quelquefois qu’un drap qu’on croyoit net en fortant de la pile, fe trouve gras quand il a reçu les derniers apprêts ; voici ce qu’on peut faire
- pour remédier à cet accident.
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- On délaye de la terre dans de l’eau , en forte quelle foit liquide comme de la crème douce ; on la laiffe repofer un demi-quart-d’heure, afin que le plus groflier de cette terre tombe au fond de la cuve : on prend la fuper-ficie de cette eau dont on arrofe le drap à fec ; on le met travailler un quart-d’heure dans la pile à fouler ; on le retire pour le lifer & voir s'il eft également imbibé ; on le remet dans la pile pendant une heure * ayant foin de lui donner de cette eau de terre à mefure qu’il en a befoin ; on le retire de la pile pour le lifer, on l’y remet pendant une heure ; & s’il eft net , on le met dans la pile à dégorger, en lâchant par-deffus un filet d’eau qu’on augmente peu-à-peu jufqu’à ce qu’elle forte claire ; mais il ne le faut mettre à dégorger que quand il paraît bien net : on finit- par laver le drap au courant d’une Rivière.
- On a mis le drap dans la pile à fouler pour qu’il s’échauffe, & on emploie une eau légèrement chargée d’une terre fine pour ne point altérer la qualité du drap.
- Quelques Foulonniers prétendent avoir le moyen d’élargir le lez d’un drap qui eft trop rentré, en le faifant battre ; mais c’eft une erreur : tout ce qu’un bon Foulonnier peut faire , c’eft de faire plus rentrer fbn drap fiir fa largeur que fur fa longueur, ou le contraire ; mais quelque chofe qu’il faffe, ce drap rentrera toujours dans l’un & l’autre fens, au lieu de s’étendre. *.
- Récapitulation abrégée des differentes maniérés de fouler, qui font en ufage dans différentes Manufactures.
- PREMIERE Me’T HO DE 9 qu on fuit en Normandie.
- Avant de dégraiffer un drap, on le met dans un courant d’eau, où il fé jour ne huit, dix, & jufqu’à quinze jours : le drap étant retiré de la Riviere, on le laiffe égoutter $ on le met dans la pile avec deux féaux de terre détrempée ; quand on juge que la graiffe eft difîoute / on le met au dégorgeoir pour le mettre hors de terre & de graiffe.
- On le porte aux Nopeufes qui l’épluchent. Il revient aux Foulonniers qui, après l’avoir trempé & laiffe égoutter, le mettent dans la pile avec fept à huit livres de favon diffous dans de l’eau ; après une heure de foulage, ils lifent le drap, ils le remettent dans le pot ou pile avec un peu de favon , ce qu’ils répètent de deux en deux heures, jufqu’à ce que la laiye foit revenue à cinq quarts moins une lifiêre.
- Alors on porte le drap fur deux larges planchers pofés en forme de pont fur le travers d’une Riviere, dans laquelle on jette le drap partie par partie, & à chaque fois on le frappe quatre ou cinq fois avec un Bouloir. On le paffe ainfi deux fois dans le courant de l’eau pour commencer à le dégor-
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- ger de favon ; & on achevé d'enlever le favon en le tenant pendant deux: heures dans le dégorgeoir.
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- Seconde Méthode.
- On met le drap dans les piles, fans le faire tremper dans la Riviere, & fans le dégraiffer, en un mot, tel quil fe trouve au fortir du métier.
- On y verfe peu-à-peu un feau d’urine mêlée avec de l’eau ; après qu’il a refté dans la pile une heure, on le life, on le remet en pile ; Sc toutes les heures Sc demie on le life : cette opération dure huit à neuf heures ; mais quand on s’apperçoit que la graiffe ne fe diflout pas bien, on ajoute de temps en temps un peu de crottin de brebis.
- Quand le drap eft revenu à une aune un quart, plus une lifiere, on verfe dans le pot, à différentes reprifes, un feau d’urine, pour rendre la graiffe plus coulante ; on le lave au dégorgeoir , Sc le lendemain on le remet au pot avec une eau de terre Sc un peu d’urine pour le dégraiffer ; on finit par le mettre hors de terre Sc d’urine en le rinçant au dégorgeoir.
- Troisième Méthode , qui convient aux gros Draps.
- Pour les draps fins, on employé du favon blanc en table ; mais on ne fe fert pour dégraiffer & fouler les gros draps que de favon noir ou liquide,1 Sc on en emploie treize à quatorze livres tant pour dégraiffer que pour fouler ; bien entendu qu’on emploie de la terre à peu-près comme pour le foulage à l’urine : quelquefois, pour ménagerie favon , onfe fert d’une lef-five au lieu d’urine 5 mais c’eft une fraude dont les Foulonniers n’ont garde de convenir.
- Opérations qui s'exécutent dans la belle Fabrique de Monjieur
- Rousseau àSédan.
- Pour, préfenter une forte de récapitulation qui remette fous les yeux du leéleur les opérations dont nous venons de parler plus en détail, je vais expofer ce qui fe pratique à Sédan, dans la Fabrique de M. Rousseau : je ne peux choifir un meilleur exemple.
- i°, On lave les draps à la terre avant le foulage;
- 20, On les noppe en maigre, comme on a fait en gras.
- 30, On les renvoie à la Foulerie, où on les prépare par un fécond lavage avec la terre, afin d’ouvrir les pores du fil, effiler la chaîne Sc la trame,4& les difpofer à fe marier dans le foulage.
- 40", On foule avec du favon blanc.
- 50, On fait dégorger le drap avec de l’eau, Sc on renvoie tondre en harmant.
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- 6°, Le drap revient à la Foulerie pour être dégraiffé : on le bat en terre, afin d’enlever ce qui auroit pu relier de favon ou d’huile.
- 7°, On donne un filet d’eau, de on l’augmente peu-à-peu pour laver parfaitement le drap qui efl enfuite porté aux apprêts.
- Pratiques du Languedoc.
- Comme les terres font ordinairement mêlées de fable, on n*en emploie que peu ou point ; on dégraiffé & on foule avec du fàvon liquide. Mais comme ce là von efl: fait avec de l’huile d’olive & de bonnes cendres, il fait auffi bien que le favon en pain : ce làvon cependant efl à meilleur marché que celui en pain, parce qu’il eflmoins cuit, Sc qu’il conferve plus d’eau que l’autre.
- De lAttelier des Apprêteurs, Laineurs 3C Tondeurs
- en général.
- 'Quand le drap efl foulé de tout point, on le rend à l’Apprêteur qui doit lui donner là derniere perfeétion. Cet Ouvrier doit examiner avec attention comment le drap a été fabriqué & foulé, pour lui donner les apprêts, relativement à là qualité ; c’efl où les plus habiles le trompent fouvent.
- Si c’efl un drap clos , ferme Sc fort , l’Ouvrier pourra lui donner tel apprêt qu’il voudra ; fi au contraire il efl mou , creux Sc ouvert , il doit le ménager au chardon & avoir continuellement l’œil deffus, pour lui donner de l’eau quand il s’appercevra qu’il en aura befoin ; fi le drap n’a pas été autant défilé qu’il devroit l’être à la Foulerie, il pourra par Ion attention réparer ce défaut.
- Pour prendre une idée générale de l’apprêt, il faut favoir qu’il confifte à faire venir le poil fur le drap, & à le ranger par le moyen des griffes du chardon, enfuite couper le poil bien uniment avec de groffes forces; puis le broder, le plier, le preffer &c l’emballer.
- D ans les bonnes Fabriques, ce font les mêmes Ouvriers qui lainent & qui tondent ; & cela efl: important , parce qu’il faut qu’ils ~ donnent le chardon conformément aux obfervations qu’ils ont faites en tondant* Comme les Laineurs Sc les Tondeurs font à Paris deux corps de métiers diflinéls, il s’enfuit que les apprêts ne font jamais donnés parfaitement ; Sc l’on voit quelquefois des draps exaélement travaillés en toile & bien foulés , qui font moins avantageux.à la vente par la faute des apprêts , que des draps plus communs, mais mieux apprêtés , & qui par-là méritent la préfé-, rence. Cette raifon fait que les Drapiers connoiffeurs n’aiment point les apprêts faits à Paris. On remédieroit à cet inconvénient qui efl confidéra-ble, fi l’on réuniffoit ces deux corps de métier,, de forte que ceux qui lainent feraient auffi Tondeurs. Je
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- Je fuppofè un drap bien dégraiffé ; car s'il i’étoit mal, FApprêteur ferolt obligé de le renvoyer à la Foulerie, 8c en ce cas, il perdroic tous les ap-.prêts qu’il auroit * donnés précédemment. On aune ce drap ; 8c fuivant fon aunage9 on réglé le nombre des avalées qu’on doit faire, 8c aufli le nombre des paires de chardons qu’on doit employer ; car deux avalées doivent con-fommer une paire de chardons ; ainfi un drap de vingt aunes fera divifé en vingt avalées, 8c confommera dix paires 8c demie de chardons par trait qui eft toute l’étendue du drap depuis la queue jufqu’à la tête.
- Four favoir ce que c’eft qu’une avalée, il faut être prévenu que pour lainer le drap, on l’étend fur deux perches, A B B, ÇPL XIII, fig. 3 ), placées de travers à fix ou fept pieds d’élévation du plancher ; ces deux perches font diftantes l’une de l’autre de douze à treize pouces , pour que les Laineurs puiffent pafler un de leurs bras entre les deux portions du drap qui pendent des perches.
- Ces perches font établies au-deflus d’une grande auge de bois C, qui eft d’une forme quarrée, & dont les bords ont quatre pouces de hauteur ; c’eft ce qu’on nomme le bac ; il fert à recevoir les deux bouts de la piece de drap qui pendent des perches, 8c à les entretenir mouillés , de forte que dans les chaleurs , le bac eft fouvent à moitié plein d’eau. Quand deux Laineurs ont travaillé un des bouts de la piece qui pend des perches, ils l’abattent dans le bac, pour qu’une autre portion du drap prenne fa place. C’eft cette quantité de drap qu’on fait defcendre des perches, qu’on nomme ,une avalée. Comme elle doit s’étendre depuis les genoux des Laineurs jufqu’à la hauteur où ils peuvent élever leurs bras, elle eft d’environ une aune.
- Dans quelques Manùfaélures, au lieu des perches dont nous venons de parler , on fe fert, pour les draps communs, d’un tour ou moulinet, corn-pofé de deux cylindres creux de quinze à feize pouces de diamètre, ôc un peu plus longs-que le drap n’eft large , pofés horizontalement 8c parallèlement l’un à l’aùjtre, à trois ou quatre pieds de diftance entr’eux ; entre les moulinets & à chaque extrémité , s’élèvent deux montants de trois pieds de hauteur, aflemblés par le haut dans une traverfe. On roule tout le drap fur le cylindre de derrière, en commençant par la queue ; on pafle la tête fur la traverfe, & on l’arrête au cylindre de devant qui eft garni de clous à crochet. Le drap dans cette fituation eft en"état d’être lainé, ce qui fe fait ordinairement par deux hommes qui tiennent à chaque main une croifee garnie de chardons. Comme cette maniéré de lainer fatigue plus le drap que ne font les perches, on ne l’emploie jamais pour les draps fins.
- Quelques Fabricants avoient imaginé d’attacher le chardon à la circonférence d une grande afp le qu’on faifoit tourner, en l’approchant aifez du drap pour qu’il fût attrapé par les chardons qui étoient à la circonférence.
- D RAP ERI E* Bb
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- On a tenté encore de fubftituer de petites cardes aux chardons ; mais ce$ méthodes n’ont point été adoptées : par-tout on met les draps fur les perches , & on laine à bras, comme on le voit dans la Planche XIII, figure 3*
- Du Grenier aux Chardons.
- Les chardons lainiers ou à foulon dont le fervent les Drapiers, font les têtes épineufes ( Fig. 4 ) d’une plante que les Botaniftes nomment Dip-facus. Il y ,en a de fauvages dont les pointes font droites, & qui ne font d’aucun ufage pour les Apprêteurs : ceux qu’on cultive pour les vendre aux Ouvriers qui drapent les ouvrages de laine, ont chacune de leurs pointes terminée par un crochet ; plus le crochet eft ferme & fin, meilleur eft le chardon ; c’eft pourquoi on préféré ceux qui font bien mûrs & qui ont crû fur les coteaux, à ceux qui ont été cultivés dans des vallées ; & comme les chardons font de meilleure qualité dans les années feches que dans les humides, les Fabricants en font provifion dans les années où les têtes fe trouvent être de bonne qualité.
- Quoique nous ayons dit qu’il faut que les chardons foient bien mûrs, il faut cependant les cueillir avant que toutes les fleurs foient épanouies : le vrai temps de cueillir les têtes efl: quand plufieurs étages du bas font bien fleuris ; quand on attend que toutes les fleurs foient épanouies, les pointes fe deflechent, & perdent leur force.
- On donne aufll la préférence aux anciens chardons, parce que les crochets de ceux qui font nouvellement cueillis font plus tendres que ceux qui fe font defféchés dans le magafïn.
- Le Grenier, ou la Cabanne dans laquelle on met les chardons, doit avoir beaucoup d’air, afin qu’ils puiiïent fécher facilement ; car comme le drap efl: mouillé quand on le laine, le chardon qui fe pénétré d’eau devient mou, & il eft hors d’état de fervir jufqu a ce qu’il fe foit defleché.
- Ce Grenier eft garni de Râteliers à neuf étages de hauteur, fur chacun defquels il n’y a qu’une même forte de chardons ; lavoir, à l’étage d’en bas qu’on nomme les premiers, ou la première forte, font les plus doux & les plus ufés ; à l’étage au-defliis qui fe nomme les féconds, les chardons font un peu moins ufés; les troifiemes, les quatrièmes, les cinquièmes, les fxiemes Sc les feptiemes , qu’on nomme demi-pojlels, encore moins ; & fuivant leur deg ré d’ufure, chacun occupe fon étage , ainfi que les huitièmes qui n’ont fervi qu'une fois, & qu’on nomme poflels : à l’égard des neuvièmes chardons, ils font toujours neufs ; enforte que tous ces étages forment une progreflïon ou une nuance depuis les plus vieux jufques aux plus neufs qui font les neuvièmes.
- En conféquence, quand les chardons neufs pnt fervi une fois, ils devien-
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- nent'pdjlels ; les poftels après avoir fervi une fois, deviennent demi-pofiels : & ces derniers, après avoir fervi encore une fois , entrent dans les fept étages dont nous avons parlé, & ils n’en fbrtent plus que pour reprendre leur tour jufqu’à ce qu’ils foient ufés.
- Pour entretenir le Grenier aux chardons dans l’ordre ci-delïus ; quand les neufs qui font les neuvièmes, & les poftels qui font les huitièmes, onc fervi alternativement chacun une fois , on fait defcendre les poftels ou huitièmes , au feptieme étage ; & les neuvièmes qui étoient neufs d’abord , prennent la place des poftels ; on en fait établir d’autres par l’Ouvrier qui le nomme le Monteur de Chardons, (P/. XllLfig. 2), pour remettre au neuvième râtelier ou doivent être les neufs. Pour faire place aux neufs, on réforme des premiers , & alors les féconds deviennent les premiers ; les troifiemes deviennent les féconds, & ainfî des autres.
- Cet ordre eft néceflàire; car on verra dans la fuite qu’il faut toujours commencer par lainer les draps avec des chardons doux, pour tirer peu-à-peu la laine fans la rompre : les Ouvriers tendent toujours à fe fervir de chardons neufs, pour avancer l’ouvrage ; mais moyennant l’ordre qu’on tient dans le Grenier aux chardons, on les oblige de fe fervir d’abord des premiers, puis des féconds, & enfin des poftels & des neufs.
- On conçoit que quand les crochets fe font remplis de laine, ils ne peu* vent plus mordre fur le drap ; d’ailleurs, comme on juge du lainage par la laine qui refte dans les chardons, on a foin , à mefiire que les Laineurs s’en font fervi, tant d’un côté que de l’autre, de les faire nettoyer, & l’on charge de cette opération un enfant de huit à neuf ans ( Fig. 1 qui avec une petite curette en forme depeigne & une brofle, ôte les nopes qui fe trouvent dans les chardons, & ils les frappent les uns contre les autres pour en faire fortir l’eau qui fe trouve dedans ; ils ont foin encore que les chardons foient tous nettoyés quand les Laineurs en ont fini l’efpece, afin qu’en allant en chercher d’autres, ils rapportent fécher ceux qui font nettoyés, & qu’ils les remettent au Grenier à la même place où ils les avoient' pris.
- Pour faire ulàge de ces chardons, on les monte fur trois morceaux de bois qu’on nomme croifée ou croix ( Fig. y ) ,* où ils font fortement attachés fur deux rangs de hauteur. On appelle une paire de chardons, une * croix garnie de chardons, parce quelle a deux faces ; & ce terme eft d’autant plus convenable que chaque face travaille l’une après l’autre. Voici comment on monte les chardons fur la croix.
- On a une croix de bois ( Fig. y ), dont la traverfe A B eft double, & le montant C D eft unique ; on pafle les queues du rang d’en haut, & celles du rang d’en bas entre les deux petites planches qui forment les branches AB de la croix ; on place en premier lieu, un chardon du rang
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- d’en haut, quon prefle contre le montant CD ; puis un du rang d’en bas quon prefle de même contre le montant, enfuite un du rang d’en^aut; qu’on prefle contre le premier chardon , puis un du rang d’en bas ; & quand on en a mis trois au rang d’en haut, 8c trois au rang d’en bas, toutes les queues étant engagées entre lés petites planches qui forment la traverfe A B, on met une feptieme tête de chardon E>. qui appuyé contre les deux rangs; enfuite avec une ficelle, on ferre bien fort l’une contre l’autre les deux planchettes entre lefquelles font les queues , 8c on garnit l’autre bras de la croix ; puis on pafle la corde fur tous les chardons dans une entaille qui eft au haut du montant C, 8c on lie l’un contre l’autre, avec le bout de la même ficelle, les deux autres bras de la croix D 3 alors la croix eft garnie de fes chardons, 8c en état de fervir, comme on le voit par la Figure (î.
- liée générale des Apprêts.
- Il s’agit ici d’une opération bien importante ; car un bon Apprêteur répare les défauts des opérations précédentes, au lieu qu’un ignorant gâte le drap qui a été bien fabriqué. Toutes les opérations qui s’exécutent dans les Fabriques concourent fans contredit, à faire un beau drap ; mais il y a peu de draps où il ne fe trouve quelques défauts qui dépendent tantôt d’une opération, tantôt d’une autre. Le Foulonnier répare une partie de ces dé-» fauts , & les apprêts font le relie ; mais pour cela il faut que le lainage 8c le tondage Toient faits par les mêmes Ouvriers, ainfi que nous l’avons dit plus haut ; & comme il faut que chaque efpece de drap foit gouverné fui-vaut fa force ; ce travail ne peut être le fruit d’une routine. Pour parvenir à faire un apprêt parfait, il faut de l’expérience & de l’intelligence. La plupart des Apprêteurs font contents quand ils ont rendu un drap fort 8c bien couvert. Ces conditions font à la vérité importantes 3 mais elles ne fuffifent pas ; car avec ces qualités, un drap pourroit être, comme l’on dit , bouché , de maniéré qu’un drap de fécondé forte, bien apprêté, pourroit être préférable à un de première forte qui le feroit mal.
- Il eft à-propos, avant d’entamer le détail des ' opérations qui regardent cet Attelier, de rapporter en général les vues qu’on fe propofe. Elles confiftent à garnir la fuperficie du drap d’une laine courte 8c bien fournie.1 Pour remplir cet objet, il faut employer de bons chardons, 6c bién mouil-1er le drap. Nous avons déjà dit en quoi confifte la bonté du chardon;
- La fécondé condition pour un bon lainage, eft que le drap foit bien pénétré d’eau : en général, la laine mouillée fe tire fins fe rompre ; comme elle eft plus fouple, elle fe range mieux : mais cette opération doit varier -jliivant differentes circonftances.
- Les draps fins, 8c même les draps ordinaires, quoique mal foulés, doivent
- toujours
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- toujours être trempés dans l’eau , afin que le chardon n’arrache point la laine 8c ne vuide pas l’étoffe 5 fans cette attention , ils montreroient bien-tôt la corde.
- Les draps rendus extrêmement durs par le foulage , ou fabriqués de grolîe laine , veulent être travaillés plus à fec, pour que le chardon faffe plus d’effet.
- Pour l’entiere perfeélion du lainage, on ne fait pas affez d’attention à la qualité de l’eau qu’on emploie pour mouiller le drap , & on emploie l’eau qui le trouve plus à portée. Cependant plufieurs Laineurs foutiennent que l’eau de Riviere douce 8c corompue , facilite mieux le feutrage & le gar-niflàge, 8c qu’elle produit un bien meilleur effet que l’eau de puits 8c l’eau crue ; que celles-ci refferrent le poil, 8c que l’eau de Riviere l’attendrit 8c ouvre les fils du drap, ce qui eft important pour un bon lainage, étant effentiel que le chardon pique de fond, fans arracher la laine, ouvre la duite pour multiplier le poil, 8c rendre l’étoffe plus couverte.
- Quand on veut voir fi les Ouvriers ont bien rempli leur devoir, on préfente le drap au grand jour, 8c on releve la laine avec la main pour examiner fi le fond du drap eft bien nettoyé ou dépiété, c’eft-à-dire, également bien garni, 8c s’il n’y a point de place où le chardon n’a pas tiré la laine ; car on doit voir la naiflànce de tous les poils, pour ainfi dire 7 comme on voit celle de la foie au velours.
- On donne ordinairement trois voies de chardons aux draps fins ; quelquefois quatre , félon la force du drap. C’eft à celui qui eft chargé des apprêts à prefcrire .aux Laineurs 8c aux Tondeurs ce qu’ils doivent faire.
- Comme le lainage eft un article important, 8ç comme dans ce travail il faut faire enforte de ne rien négliger, nous allons, avant que de parler des autres opérations du lainage , dire quelque chofe de plufieurs petits détails qui pourroient nous échapper.
- Il faut, comme nous l’avons déjà dit, deux Ouvriers D, E ( Fig, 3 ) pour lainer un drap. Ces Ouvriers mettent la piece fur des perches de y à 6 pouces de circonférence, en commençant par la queue du drap, 8c finiffant par le chef, & ils font enforte que la partie qui eft en devant 8c qui doit être travaillée la première, tombe en dedans du bac.
- Les deux Laineurs ou Apprêteurs ( Fig. 3 ) fe placent chacun vis-à^vis une lifîere, 8c tenant d’une main une croix garnie de chardons , 8c de l’autre une croix vuide , ils mettent le drap entre leurs deux bras, puis chacun attaque la lifîere avec une des faces de fon chardon *, en rapprochant les deux bras l’un de l’autre pour ferrer le drap entre la, croix vuide, & celle qui eft garnie de chardons ; 8c ils travaillent comme s’ils broffoient de haut en bas. Ils doivent donner trente-fîx coups, depuis la perche juf-
- * Les deux Laineurs portent enfembîe leurs bras en haut, & ils les abaiftent en même-temps; lî l’on a repréfenté dans la Figure 5 , un Ouvrier
- Draperie.
- tenant les bras élevés, & un autre les bras abai£> fés, c’eft pour faire voir quelle eft leur attitude dans les deux polirions.
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- ART DE LA DRAPERIE. quà la hauteur de leurs genoux , toujours en avançant de la moïtié de la largeur de leur chardon ou d’un demi-chardon, jufqu’ à ce que les deux Laineurs fe foient croifés au milieu du drap, 8c de même en reculant vers les lifieres ; ce qu’ils continuent jufqu’à ce que les trente-fix coups foient donnés 8c diftribués également, favoir en commençant, quatre coups fur chaque lifiere ; fept coups pour gagner le milieu , & fept autres coups en reculant , ce qui fait en tout trente-fix coups : ainfi un coup de chardon eft l’efpace que l’Ouvrier parcourt fur le drap, depuis la perche jufqu’à fes genoux.
- Il faut que les Laineurs placent bien leur chardon, qu’ils le tirent droit & doucement ; car des fecoulfes romproient les filaments, 8c effondrer oient le drap.
- Les Laineurs doivent augmenter l’eau à mefure qu’ils fè fervent de chardons plus forts, ôc ils ne doivent point épargner l’eau quand ils voient que les chardons fe chargent de laine, fans quoi ils vuideroient ou effondreroient le drap.
- Nous avons fuffifamment expliqué ce qu’on doit entendre par une avalée ; ainfi quand le bout ou avalée qui pend a reçu trente-fix coups de chardons , on fait couler le drap fur la perche ; on fait enfuite une fécondé avalée pour que le drap qui eft lainé, tombe dans le bac, & qu’une autre portion prenne fii place pour être lainée à fon tour de trente-fix coups de chardons. On continue cette manœuvre jufqu’à ce qu’on foit parvenu au chef de la piece, ce qui s’appelle une voie de chardon. On réitéré trois fois de fuite le lainage ; 8c quand ces quatre lainages, voies ou traits de chardon font faits, on dit que le drap eft lainé en première eau ou Charmant. Le terme de pfemiere eau vient de ce qu’on fait tremper le drap dans l’eau toutes les fois qu’on le veut lainer, excepté quelquefois la première, lor£ qu’en fortant du foulon, on juge le drap alfez mouillé. Ce que nous venons de dire, doit faire connoître ce qu’on entend par lainer en première, en fécondé , en troijîeme 8c en quatrième eau. On conçoit encore quune voie ou un trait de chardon eft un lainage fait depuis la tête jufqu’à la queue de la piece. Un fécond lainage, dans toute la longueur de la piece, eft une feeonde voie ; ainfi l’on dit, que le lainage en première eau eft de quatre voies y parce qu’on a lainé quatre fois dans toute la longueur du drap. Comme nous emploierons ces différents termes, il falloit commencer par expliquer leur lignification.
- Du Lainage en harmant.
- ApRe’s la vifite du drap , au retour du foulon, on le remet à deux Laineurs ou Apprêteurs qui lui donnent deux ou quatre traits de chardon doux, & une coupe, avec des forces peu tranchantes, qu’on nomme Botres
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- ou Défertes. Cette opération qu’on nomme harmant, fertà couper les poils j areux que la foulerie a pouffes hors du drap ; ainfi pour lainer le drap en harmant , il faut lui donner quatre traits ou quatre voies des premiers chardons ; favoir, des plus ufés ou morts, afin , difent les Ouvriers , de mettre doucement le drap en train.
- Les Laineurs commencent par humeéler un peu le drap. Si lorfqu’il revient de la foulerie il n’eft pas affez humide, ils le mettent tremper dans un grand baquet , puis ils le pofent fur le bac ; ils prennent le bout du drap par la queue, & le font paffer par-defiiis les perches, ce qui s’appelle mettre a la perche ; & chacun tenant leurs chardons d’une de leurs mains par devant le drap, & de l’autre main une croix vuide par derrière pour former un point d’appui, ils lainent le drap, c’eft-à-dire, qu’ils en tirent les poils avec les crochets des chardons, qu’ils traînent du haut en bas le plus droit poflîble , 8c ils font fuivre à l’envers la croix qui n’eft point garnie de chardons, mais qui fert àfoutenir le drap le long de la route que le chardon fuit vers l’endroit : ils donnent de cette façon leurs quatre traits ou voies de chardons , en obfervant les attentions que nous avons rapportées plus haut. Quelques Fabricants ne font donner que deux traits; mais il paroît plus convenable de tirer le poil à fond.
- Une voie de chardons eft formée, pour un drap de vingt aunes, de dix paires & demie de chardons ; pour un drap de vingt & une aunes, de onze paires & demie, &c. Mais en liippofimt que le drap n’a que vingt aunes, le trait fera fait avec dix paires & demie ; & comme il faut donner quatre traits ou voies, on doit, pour un drap de cette longueur, employer quarante-deux paires de chardons, ce qui fait les quatre traits à dix paires &c demie chacun.
- Les Laineurs, pour faire leurs quatre traits avec quarante-deux paires de chardons, entr’eux deux, tirent le drap de deffus la perche en vingt 8c une fois, ou en terme de l’art, en vingt 8c une* avalées ; & ils donnent chacun fur chaque avalée trente-fix coups de chardons du haut en bas, employant toujours le même côté du chardon ; à la fécondé avalée, ils retournent les chardons, & donnent trente-fix autres coups. Les chardons après cela paffent aux Nettoyeurs ; les Appreteurs reprennent d’autres chardons , & continuent leurs opérations jufqu’à ce qu’ils aient employé les qparante-deux paires ; ce qui leur fait chacun vingt & une paires, nombre fuffifànt pour donner un trait dans toute la longueur d’une piece.
- Il y a des Fabriques où l’on paffe les draps fur une feule perche ; alors les Laineurs ayant dans chaque main une croix garnie de chardons, lainent des deux mains, & à la fois les deux côtés du drap qui pend de la perche: cette méthode avance l’ouvrage; mais le drap eft, par avalées alternatives, laine à poil 8c à contre-poil, ce qui n’eft pas un grand inconvénient pour
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- le s premières opérations ; il n’en feroit peut-être pas de mêmé pour les autres, le poil n étant jamais bien couché aux endroits où il efl: laine à' contre-poil ; quoiqu'il n’y ait, fuivant l’ufage ordinaire, que le chardon de devant qui tire , il faut enfuite tirer à contre-poil, ce qui ne fait point de tort pour les premières opérations.
- Après que le drap a été lainé en hannant, on le porte fécher ; & quand il efl: fec, on le fait tondre en harmant avec des forces déferres qui coupent peu , & on le renvoie à la foulerie pour le dégraiffer, comme nous l’avons dit ci-devant ; car le drap fe trouvant ouvert par le chardon, la terre va chercher le fond de graiflfe qui étoit relié dans la corde.
- Du Lainage en demi-laine ou en fécondé eau.
- Le lainage en demi-laine eft de là derniere conféquence, fur-tout en blanc ; car pour les couleurs elles viennent mieux au chardon ; mais comme le blanc efl; crud, il faut des Laineurs forts & vigoureux qui appuyent le chardon, même dès la première & à tous les degrés, c’eft ce qui fait un pied garni. On ne doit employer les chardons neufs que pour réduire la dureté du drap & par nécefïïté, pour remonter la cabanne ou grenier aux chardons. Il faut, fur la fin de ce lainage que la laine que le chardon a fait venir foit haute comme la laine d’un molleton ; détaillons l’opération.
- Quand la piece de drap a été dégraiflee & renvoyée de la foulerie, on la vifite, pour vérifier s’il n’y a point de trous provenants de la faute du foulon.; les Laineurs prennent le drap & le mettent dans un cuveau ; ils jeltent de l’eau par-delTus pour le mouiller à fond & également par-tout ; quand il efl: bien mouillé, ils ôtent le drap du cuveau, & le mettent égoutter fur un chevalet au moins pendant une heure ; enfuite ils l’arrangent fur le bac, & paflent le bout du drap fur les perches pour le lainer en demi-laine : cette opération doit lui procurer de longs poils.
- Pour faire cet apprêt , on commence à lainer le drap avec les premiers chardons qui font les plus doux, & on lui en donne fix traits avec foixante-trois paires de chardons pour un drap de vingt aunes ; ces fix traits donnés, & les chardons reportés au Grenier ou à la Cabanne / on lui donne fix autres traits avec les deuxiemes chardons. Il efl: bon de changer ou de rompre les avalées, parce que l’Ouvrier a plus de force au milieu de chaque coup de chardon qu’il donne qu’au haut & au bas ; ainfi pour que la totalité du drap foit lainée également, il faut, comme nous le remarquons, rompre les avalées, c’eft-à-dire, que la partie du drap qui étoit au-deflfus de la tête au premier trait, fe trouve au fécond à la hauteur de l’eftomac du Laineur.
- Ces fix féconds traits fe donnent à contre-poil des fix premiers ; & quand
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- ils ont été donnés , on reporte les chardons au Grenier, 8e on donne au drap fix autres traits des troifiemes chardons à contre-poil des féconds ; autant des quatrièmes, à contre-poil des troifiemes, & autant des cinquièmes à contre-poil des quatrièmes. On laine de vingt-quatre à trente traits, alternativement à poil & à contre-poil, plus ou moins, fuivant la qualité du drap, pour donner du fond & du pied à la laine fans la rompre ; car il y a des draps qui ne peuvent fupporter tous les traits, ôc d’autres à qui il en faut jufqu’à foixante. Sur quoi il faut prendre garde qu’à la fin de ce lainage le drap ne foit point trop mou, & lui laiffer de la force pour la troifieme eau : fi le drap efl fort, il faut le tondre un peu plus qu’entre-deux laines ; s’il efl: foible, on le tond entre deux laines feulement.
- Je dois remarquer que l’ufàge de donner à la fécondé eau des traits à poil & à contre-poil efl: bon pour les draps deftinés à être teints en noir , parce qu’au moyen de cette pratique, les poils n’étant pas parfaitement couchés, le drap en efl plus velouté. Sur la fin de ce lainage , il faut même traverfer les deux bouts, c’eft-à-dire, prendre un chardon pour chaque Ouvrier, de deux degrés plus fort que celui qui a fervi fur la demi-laine pour garnir les deux bouts qui n’ont point été tirés à contre-poil. Il ne faut point non plus que le drap foit en pleine eau à ce lainage attendu que le chardon ne tireroit qu’un poil jarreux ; & cependant il efl: à propos de le maintenir dans une certaine humidité ; car l’eau efl néceflàire pour empêcher la laine de fe rompre. Le lainage à contre-poil ne convient point aux draps de couleur, parce que comme leur mérite confifte à avoir l’éclat de la foie, il faut que les poils en foient bien couchés ; ainfi quand il s’agit de draps de couleur, on laine toujours à contre-poil, à la troifieme eau ; mais comme après le fécond lainage on doit toujours lainer à poil, on coud les deux bouts du drap enfemble, afin que le drap tourne autour des perches comme une chaîne fans fin, & on le laine à poil en lui donnant cinq traits des fixiemes chardons compofés de cinquante-deux paires Sc demie. Cela fait, on reporte les chardons à la Cabanne, 8c on donne au drap trois voies des feptiemes chardons compofés de trente 8c une paires & demie que l’on reporte aufli à la Cabanne, pour donner au drap un trait des huitièmes que l’on nomme pojlels compofés de dix paires 8c demie, & encore un trait avec les neuvièmes chardons qui font les neufs; enfuite on découd le drap, de au lieu de tirer l’avalée par devant, on la tire par derrière, & on achevé de lainer le drap à poil, en lui donnant un trait des neuvièmes chardons de dix paires & demie.
- U efl: de l’attention 8c du devoir des Laineurs de donner au drap, à chaque changement de chardon, le même degré d’eau, fans quoi la laine le trouvant feche fe romproit, & le drap feroit énervé.
- Quand les Laineurs ont fini de lainer le drap en demi-laine, ils le tablent 9 Draperie* Pd
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- c’eft-à~dire , qu’ils le replient ; & fur un des bouts de la piece pliée Sc tablée, ils paflent une corde pour l'attacher Sc le laiffer égoutter , avant que de le porter au féchoir.
- Le lainage en fécondé eau efl: de vingt-quatre voies de chardons. On vient de voir quil fe fait précifément comme le lainage en première eau, mais avec des chardons plus vifs Sc moins ufés. Il faut veiller fur les Laineurs ; car, pour avancer l'ouvrage, ils font toujours difpofés à fe fervir de chardons neufs ou peu ufés. Le lainage efl: beaucoup plus parfait quand on tire peu-à-peu les poils avec des chardons qui ne font pas trop rudes; il faut, comme difent les Ouvriers, débrouiller la laine ; le chardon doux ne tire que la laine extérieure : à chaque lainage on augmente le degré du , chardon pour pénétrer plus avant dans le drap ; enfin on lui donne le chardon le plus fort pour aller jufqu’au cœur du drap.
- Le drap étant féché, efl: remis au Tondeur pour le tondre en demi-laine par deux fois avec des forces très-tranchantes ; Sc delà, il repaffe aux Laineurs pour le lainer en troifieme eau.
- Je laiflfe à part tout le travail des Tondeurs > afin de fuivre fans interruption celui des Laineurs.
- Du Lainage en troifieme eau.
- Quand le drap efl: bien foulé, & qu'il n’a point été trop fatigué à la demi-laine , il doit prendre du corps quand on efl près de lui donner le chardon de la cinquième forte ; comme il commence alors à fe draper, on augmente peu-à-peu la force du chardon jufqu'à ce qu'il devienne un peu mollet, ou maniant, comme l'on dit ; mais il faut lui ménager de la force pour l'apprêt en dernier lainage.
- Ce troifieme lainage fert à nettoyer le poil à fond , à le coucher Sc le ranger.
- Dans cette opération, comme on laine toujours à poil, les Laineurs commencent par coudre les deux bouts du drap enfemble ; mais ils doivent obfer-ver de changer de lifieres toutes les quatre voies, parce qu'ordinairement il fe trouve un Laineur plus fort que l’autre, Sc fans l'attention dont nous venons de parler, un côté du drap feroit plus lainé que l'autre. Après avoir coufu les deux bouts du drap, ils le remettent dans le cuveau pour le mouiller à fond ; puis ils l'en retirent, Sc, fans le laiffer égoutter, parce qu'il faut qu’il foit fort baigné d’eau, ils le mettent fur le bac où ils le rangent, Sc lui donnent encore de l'eau qu’ils verfent par-deflus ; enfin ils font palier les deux perches dans le drap, Sc les remettent à leurs places pour lainer le drap en troifieme eau.
- On laine en troifieme eau, en donnant trois ou quatre voies des premiers
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- chardons compofés de trente & une paires 8c demie pour vingt aunes ; trois voies des deuxiemes ; deux voies des troifiemes, compofés de vingt & une paires ; deux voies des quatrièmes, 8c deux voies des cinquièmes chardons.
- Les Laineurs obfervent, quand ils font prêts à donner la derniere voie des cinquièmes, de découdre auparavant le drap ; 8c au lieu de tirer leur avalée par-devant dans ce dernier trait, ils la tirent par derrière pour achever de le lainer par la queue du drap.
- Le lainage en troifieme eau eft donc de trente-quatre voies de chardons * & il fe fait de même que les deux précédents, c’eft-à-dire, qu’on donne au drap quarante coups ou traces de chardons à chaque avalée, 8c toujours , en fe fervant vers la fin de chardons plus vifs , fi toutefois la qualité du drap le permet. Cela fait, les Laineurs mettent égoutter le drap, & ils le font fécher, pour être enfuite envoyé aux Tondeurs qui le tondent deux, trois ou quatre fois, fuivant que le fond du drap le permet.
- Les draps teints en laine font quelquefois lainés & tondus en quatrième 8c en cinquième eau, jufqu’à ce qu’ils faifent un beau drapé.
- Obfervadons fur les Apprêts. 1
- i°, Quand les draps doivent refter blancs, & qu’ils ne font pas deflinés à être teints en noir ou en bleu , Tes Laineurs les font tremper une quatrième fois , 8c ils les lainent pour la quatrième & derniere fois. Ce lainage eft feulement de douze voies de chardon. Enfuite on les met fécher au grand air ; lorfqu’ils font focs, les Tondeurs achèvent de les tondre ; ordinairement ils leur donnent dix à onze coups en tout, y compris la coupe de l’envers 8c celle en première eau dont nous avons parlé.
- 2°, Aux Andelis, on ne donne que fept à huit coups, y compris celle de l’envers.
- 3°, Si le drap doit être teint en noir, en bleu, en jaune ou autres couleurs unies ; les Tondeurs doivent apporter beaucoup de foin à les tondre en troifieme eau ; après quoi on les porte à la teinture.
- 4°, Nous difons qu’il faut tondre avec beaucoup de foin les draps qui doivent être teints, parce qu’il eft difficile d.e les beaucoup tondre après,’* d’autant que les couleurs n’entrent que médiocrement dans l’intérieur de la corde, 8c que la tonte blanchiroit le drap ; cependant on ne tond pas extrêmement près les draps qu’on deftine à être teints en écarlate, parce qu’une laine un peu haute fait paroître la couleur écarlate plus vive 8c plus brillante, l’éclat de la couleur n’étant que fur la fuperficie de la laine. Il ne faut pas non plus tondre de trop près les draps deftinés à être mis en noir ; mais quand ils ont été teints en noir, on ne peut leur donner trop de
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- coupe ; plus ils en reçoivent, plus le poil eft arrondi, plus les draps font tranchés, plus ils font doux & beaux.
- Ÿ* Il fout s'attacher à bien lainer les draps , for-tout ceux qui font defti-nés à être teints en noir, bleu, écarlate & en autres couleurs unies, parce qu'étant une fois teints on ne peut les lainer de nouveau fans détruire une grande partie de la couleur, attendu qu elle ne pénétré pas dans le fond de la corde.
- 6°, Il ne faut point permettre aux Tondeurs de trop rebroufler le drap, for-tout aux coupes d'apprêt, parce qu'une coupe trop approchée dégrade 4e drap, & lui ôte fo tranche & fon brillant : ceci regarde principalement les draps noirs & écarlates.
- 70, On dit que les Anglois ont une maniéré particulière de lainer leurs draps. Quand iis font revenus du foulon, on les met tremper dix à huit heures dans de l'eau nette ; & après les avoir laiifé égoutter, au lieu de les paiïer for les perches, on les met for une table rembourée, couverte 'd'une forte toile & un peu bombée dans le milieu. Cette table eft un peu plus longue que la largeur du drap ; fes pieds font pofés dans un grand bac de quinze à dix-huit pouces de profondeur ; & à fept ou huit pouces du fond, il y a une claie d'ofier pour recevoir le drap à mefore qu'on le laine ; cette claie permet à l'eau qui fort du drap de s'écouler , en même-temps qu'elle garantit le drap des mal-propretés. On plie le drap for le derrière de la claie, & on place le chef for la table qui eft élevée à la hauteur de la poitrine de l'Ouvrier.
- Les Laineurs tiennent à chaque main une croifée garnie de chardons qu'ils trempent dans de l'eau claire qui eft à leur portée & dont ils arro-fent la partie du drap qui eft for la table ; ils travaillent, en faifant agir la chardon foivant la largeur de la table ; ils donnent à chaque tablée trente-cinq à quarante coups de chardon ; la première tablée étant lainée, ils la tirent en en bas for la claie pour travailler celle qui foit comme la première , & ainfi des autres jufqu'à la fin de la piece qui pour lors a reçu une voie.
- On recommence ce travail pour lui donner de nouvelles tablées, autant qu’on juge que le drap en a befoin. Les draps fins reçoivent quatre eaux, les ordinaires deux, & les communs une.
- Les croifées de chardon dont les Anglois fo fervent à la troifieme eau ont trois rangs de chardons les uns for les autres. Il femble qu'un drap ainfi étendu for une table bien rembourée eft dans une pofition avantageufe pour que le poil fe tire aifément & fans endommager la fermeté du feutre.
- 8°, Les draps étant teints, foit en noir foit en bleu, on les va vifiter en teinture pour voir s'il n'y a point de tarres&de trous avant que de les remettre pour la derniere fois au Foulonnier qui doit les laver, & les dégorger ; comme on l'a expliqué plus haut.
- Quand
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- Quand ce font des draps noirs, il faut fur-tout les laver fur le champ ; car plus ils retient fans être lavés, plus ils durciffent, fur-tout dans les chaleurs , parce que le fel de la couperofe qui s'élève dans le poil y laide des taches grisâtres, où il ne paroît point de poil. Nous parlerons duJlricage> lorfque nous aurons dit quelque chofè des préparations qu’on peut donner aux draps deftinés à faire des redingotes, des furtouts, des manteaux, ou des habits pour les Troupes.
- Des Draps pour Redingotes, Surtouts9 SC Habits de Soldats.
- Il est bon de rapporter ici une petite préparation qu’il eft à-propos de donner aux draps qu’on deftine pour faire les redingotes , furtouts, & même ceux qu’on deftine pour l’habillement des Troupes, afin de les rendre impénétrables à la pluie. Cette façon confifte à leur donner une bonne voie de chardon mort à l’envers & à l’endroit, avant de les fouler.
- On commence donc à donner une voie de chardon mort, chardon devant, chardon derrière, de forte que le drap foit en même-temps laine à poil & à contre-poil ; enfuite on le plie en trois,, on l'empile à la foulerie pour le faire travailler pendant trois heures avec de l’eau feule pour lui faire prendre lainage ; après quoi on retire le drap pour lui donner une voie de chardon fur le côté qui a été en dehors ; en reployant le drap, on met en dedans le côté qui étoit en dehors ; on empile la piece, & on la fait travailler pendant deux heures ; on la retire encore pour mettre en dedans le côté qui a été l’envers le premier, & qui devient l’endroit de la piece ; alors on lui donne du fàvon, & on le foule à la maniéré ordinaire.
- La laine de la fuperficie du drap le trouvant dégagée de la corde par le moyen du chardon, eft* plus difpofée à fe défiler ; le feutre augmente de plus en plus pendant que le drap fe foule, & enfin il devient feutré comme l’étoffe d’un chapeau fur laquelle l’eau glifle.
- La maniéré d’apprêter ces draps, confifte àleur donner deux bonnes voies de chardon mort du côté de l’endroit, pour en ôter la laine morte & jareufeyps l’aélion des pilons a fait pouffer fur la fuperficie ; & enfuite deux coupes, à l’endroit de la piece, & une à l’envers. On penfe qu’il eft tout-à-fait inutile, pour ne pas dire nuifible, de donner d’autres apprêts aux draps deftinés pour les Troupes. Un plus fort lainage & plus de coupes de tonture leur don-neroient véritablement plus d’œil & plus d’apparence ; mais ces opérations les affoibliroient ; & comme ils ont plus befoin de bonne qualité que de brillant, le fimple apprêt qu’on vient de dire paroît leur fuflîre : quelques-uns portent cela à l’excès, & prétendent qu’on ne doit prefque pas tondre les draps deftinés pour les Troupes, & qu’une longue laine les fait durer davantage ; parce que, difent-ils, pendant que la laine s’ufe, le corps du D RAP E RIE. Ee
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- drap ne fbuffre pas. Ce fentiment eft une erreur d'autant plus grande que c'eft cette longue laine qui le fait ufer plus vite. La raifon eft, qu'une longue laine retient fur un habit la pluie plus long-temps, le rend plus difficile à fécher, & la pouffiere y tient davantage, laquelle jointe à l'humidité, ronge & pourrit la corde en peu de temps ; rfU lieu qu'à un drap dont le chardon a ôté la laine jareufe de la luperfîcie, & qui eft bien tondu, la pouffiere n'y tient pas, l’eau coule deffus, & il fe feche plus vite, ce qui contribue à le faire durer plus long-temps : cette longue laine ne fert qu’à cacher une greffe & vilaine corde que le chardon n'a pu couvrir. Il eft certain que les apprêts donnés à-propos ne nuifent jamais, même à un drap groffier : pour peu que la corde d'un drap foit d'une certaine fineffe , le jare étant ôté par le chardon, il ne peut être tondu de trop près ; car c'eft une erreur de filer gros le drap pour les Troupes. L'expérience montre qu’en filant d'une certaine fineffe, & augmentant les fils de la chaîne à proportion, les draps font d'un meilleur fervice.
- Ce ne font pas les draps les plus épais , & où il entre beaucoup de laine qui durent davantage. Cette qualité vient principalement d'un tiflàge ferré & d'un foulage bien condenfé : or le gros fil eft contraire^ ces deux opérations : en voici la raifon. Quand le fil de la chaîne eft filé gros, il ne fe croife pas bien fur le métier, & if empêche par-là les fils de la trame de s’approcher parfaitement ; ils laiffent entr'eux un intervalle que l’opération du foulon ne peut remplir exactement ; tout ce que cette opération peut faire, c'eft d’enfler les fils, niais fans parvenir à les lier & à les feutrer les uns avec les autres ; d'où il arrive que les draps faits de gros fils , faute de liaifon, fe caffent plus aifément que ceux dont la filature eft d'une moyenne groffeur ; parce que la chaîne de ces derniers fe croifànt mieux fur le métier, & la trame s'approchant davantage, le foulon alors a plus de facilité à les lier & à les condenfer enfemble ; ce qui rend le drap de bon nfé.
- Du S trie âge ou Lainage qui fe fait après le lavage des Draps fins,
- Q’u a n d le drap a été lavé & qu’il eft de retour de la foulerie, il doit être vifité pour voir s'il n'y a point de trous ; enfuite on le remet aux Lai-neurs pour le friquer, ce qui fe fait, en mettant le drap fer le bac ; & l'on jette de l'eau deffiis pour qu'il foit bien mouillé & couvert d'eau avant que de lui donner fes derniers traits : on fait paffer enfuite le bout de la tête du drap par-deffus les perches, & on lui donne, toujours baignant dans l'eau, 3 , 4, y & 6 traits avec de vieux chardons morts, ou bien une voie des premiers chardons de dix paires & demie pour vingt aunes , & un autre trait avec de vieilles cardes. Cela fait, on table le drap, & on
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- le porte à la rame pour y être mis à fon aunage & équàrré à fa largeur : le drap étant cloué fur les rames, les Tondeurs, avec de vieilles cardes, courent le drap le long de la rame, & d’autres avec des brodes -, le courent auflî pour lui coucher le poil ; après quoi on le laide fécher en cet état.
- Propriétés des Forces ÔC de la Tonte des Draps.
- Â voir travailler un Tondeur, on s’imagineroit qu’il ne fatigue pas ; cependant il eft reconnu que le métier de Tondeur eft le plus rude de toute la Fabrique : les Tondeurs fatiguent encore plus quand ils ont de mauvaifes forces, ou qu elles font mal émoulues. Dans ce travail, tous les membres font en aétion, & continuellement tendus pour tenir la force en refpeél ; le talon de la main droite eft lur-tout la partie qui fatigue le plus ; audî les Apprentifs fe plaignent-ils qu’ils fouffrent de tous leurs membres, & fur-tout du bras droit qui leur devient enflé.
- On a dit plus haut qu’après qu’on a donné chaque lainage ou chaque eau aux draps, on les faifoit fécher , & qu’enfiiite les Tondeurs en cou-poient la laine que le chardon avoit tirée du drap : ces tontes fucceflives font néceflàires ; car fi Fon donnoit tous les lainages fans tondre, la fuper-ficie de l’étoffe fe trouvant couverte des premières laines, le chardon ne pourroit plus faire fon effet fur le fond du drap ; au lieu que la laine étant coupée entre chaque lainage, le chardon couvre la corde d’une nouvelle laine. Il faut que chaque coupe foit bien unie ; car les filions qu’on nomme écriteaux, empêcheroient le chardon de tirer de nouvelle laine \ 8c ce défaut, s’il étoit confidérable, feroit très-difficile à réparer.
- Je dis s’il étoit confidérable ; car il a palfé en proverbe de dire : Point de Tondeurs fans écriteaux, qui font de petits filions que les Tondeurs font au drap lorfqu’ils vont trop vite à cette befogne. On auroit tort de faire un crime aux Tondeurs pour des écriteaux, fur-tout aux premières coupes comme à l’harmant ; mais ils doivent être moins confidérables à la demi-laine, encore moins à la troifieme : lès coupes d’apprêt doivent être tondues uniment 8c bien battues, pour que le drap puîfle acquérir de la tranche, c’eft-à-dire, le brillant dont il eft fufceptible.
- Avant de parler du tondage des draps, il eft à-propos de donner une idée de ce qui eft néceflàire pour cette opération.
- De la Table des Tondeurs.
- Il y a fous la table fur laquelle doivent travailler deux Tondeurs, un râtelier ou faudet, A ( PL XIV. Fig. i & 7 ), pour recevoir la piece de drap; Il faut que la table B ( Fig. 1.6 & 7 ), foit garnie ou rèmbourée avec des nopes9
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- eu bourres provenantes de la tonte des draps ; & Ton y ajoute une double couverture de toile de coutil qu'on lace par delîbus la table, & qu'on cloue liir lès deux bouts ( Fig. 6 ), afin que cette garniture foit bien ferme, 8c qu elle foit rembourée bien quarrément, pour que la force puilfe couper en pointe, en talon & par le milieu, en un mot dans toute fa longueur.
- Cette table a dix pieds de long fur -£• d'aune de largeur ; elle eft pofée fur deux forts tréteaux C, D ( Fig. i, & 7 ) ; les pieds de l'un font plus courts que ceux de l'autre , enforte que la table a dix à douze pouces de pente fur fa longueur.
- Au bas de cette table eft un marche-pied E, fur lequel les Tondeurs montent pour travailler ; il doit avoir la même pente que la table.
- Des Forces.
- Pour réuflir dans cette opération , il faut être pourvu de bonnes forces; ce font des efpeces de grands cifeaux (Fig. 3 ), compofés de deux feuilles ou couteaux AB , d'environ deux pieds de longueur, dont les bras fe ter_ minent en deux branches.ou verges CD, qui fe joignent par un reffort E en forme d'anneau. Ce reffort fert à ouvrir la lame ; le deffus & le deffous de chaque couteau le nomme planche ; ainfi plancher une force, c'eft diminuer l'épaiffeur de fes couteaux. Le couteau A , qui eft celui qu'on pofè fur la table à tondre eft appelle femelle ; fon tranchant doit être planché fort mince, afin qu'il puiffe entrer en laine & la couper plus près de la corde: ce tranchant eft formé par un bifeau très-peu fenfible ; on charge ce couteau femelle de yo, 70 ou 80 livres de poids, félon la qualité des draps, pour donner de l’affiette & de la fermeté à la force, & pour la faire entrer en laine.
- L'autre couteau B y que l'on nomme mâle> pafle fur le premier en travaillant ; fon tranchant n’eft pas fi mince que celui de la femelle ; il eft terminé par un bifeau beaucoup plus fenfible & plus large. Le bifeau du male eft plus épais, afin d'être en état de fupporter l'effort du marteau dont l'Émouleur fe fert, pouf former fon tranchant,après l'avoir paffé fur la meule; car il ne frappe prefque point fur celui de la femelle.
- On donne le mouvement à la force par le moyen d'une courroie de cuir F (Fig.f) attachée par un bout au dos delà femelle,& par l'autre au manche d'une petite mailloche G, qui tourne fur le dos du mâle : c'eft la méthode qu'on fuit en Normandie. Dans les Manufactures du Languedoc, & dans quelques autres Manufactures où l’on fuit les ufàges de Hollande , les Ouvriers, au lieu de fe fervir de la mailloche, paffent la courroie entre leur pouce 8c leurs doigts * tenant dans la même main un morceau de bois qui tourne fur le dos du mâle, & qui le fait approcher de la femelle.
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- La perfection d’une force confifte à être d’une trempe dure, & qui cependant ne graine pas ; elle doit* dans fes couteaux, avoir une certaine forme ou contour qui rend le travail plus facile, 8c la met en état de couper la laine de plus près ; c’eft ce qu’on nomme dans les Fabriques être (Tun bon calibre ; on appelle une force précife, celle qui embrafle régulièrement la table du Tondeur : une force plate ne peut gueres être précife.
- Les tranchants doivent être fans molieres , pailles , ni filandres : ces deux derniers défauts viennent de la trempe ; 8c le premier, de ce que la chaleur n’a pas été égale dans toute la longueur du tranchant ; car pour la perfection de la trempe, il eft néceflaire non-feulement d’avoir un certain degré de chaleur hors duquel on ne réulîit pas, mais il faut encore que cette chaleur foit égale par-tout, afin que le tranchant foit également dur dans toute fa longueur.
- Les filandres font de petites caflures ou pailles qui arrivent plus ordinairement aux tranchants des femelles qui n’ont prefque pas de fer pour fou-tenir l’acier.
- Lorfqu’il y a des filandres au tranchant de la femelle , le bifeau du mâle venant à porter fur ces petites callures , les augmente peu à peu , & le morceau fe détache, alors la force ne peut plus fervir.
- Enfin un des points principaux de la perfection des forces confifte dans une finefle de monture qui exige de la précifion, foit à l’égard des planches de la force , qui doivent être très-minces > foit pour la netteté 8c la vivacité de leurs bifeaux.
- Les forces font faites avec de bon fer, & les tranchants font garnis d’une lame d’acier de trois ou quatre pouces de largeur ; ori conçoit que cette lame d’acier eft foudée fous la planche qui forme le mâle ? 8c fur la planche qu’on nomme la femelle, afin qu’en coulant l’une fur l’autre dans le travail, elles puiflent couper la laine. Il faut que les deux couteaux foient trempés d’une même dureté , fans quoi le couteau le plus dur entameroit l’autre.
- Les couteaux ou planches , les branches & l’anneau fe fabriquent dans les grofles forges d’où on les tire Amplement dégroflies. Ce font des Forgerons particuliers qui les finiflent, les calibrent, les augent & les cofinent, après avoir foudé les lames d’acier : expliquons ces termes.
- Calibrer une force, c’eft donner aux couteaux , fur leur plat, un tel contour qu’ils puiflent fe coucher exactement fur la table des Tondeurs qui eft bombée dans le milieu ; car malgré cette courbure il faut que la force pofedans toute fa longueur fur le drap. Il eft vrai que les Tondeurs pourroient former leur table fuivant le calibre de leur force ; mais fi le calibre fe trouve trop grand , la force fatiguera l’Ouvrier , parce qu’elle ne gliflera pas fi aifément en travaillant ; fi elle eft trop peu calibrée, elle gliflera trop vite, & le Tondeur ne pourra bien battue fes coupes : ainfi le Forgeron doit * obferver un milieu entre ces deux inconvénients.
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- Auger une force, c eft donner au couteau un certain contour en aile de moulin qui fait entrer fes tranchants en laine ; & c’eft pour cette raifon qu’on tient le bifeau de la femelle fort mince pour couper la laine fort près ; le couteau mâle doit être plus auge que le couteau femelle , & former un angle plus aigu, le couteau femelle devant être plus plat pour couler aifément fur la table.
- Le cofinage eft encore un autre contour que doivent avoir les deux couteaux de la force, fur leur tranchant : comme ils font un peu plus larges à la pointe quasi talon, il faut que les tranchants foient un tant foit peu concaves. Cette difpofition fait qu’ils coupent la laine dans le même inftant, & d’un bout à l’autre dans toute la largeur de la tablée ; au lieu que.fi les tranchants étoient tout droits, la pointe & le talon ne couperoient qu’a-près que le milieu auroit coupé: cette courbure eft prefque imperceptible, fur-tout au couteau femelle. C’eft dans ces trois contours que confifte particuliérement la difficulté de forger les forces. Mais il eft encore alfez difficile de les bien émoudre ; il faut pour cela tenir les lames bien à plat fur la meule, & n’appuyer pas plus fur un endroit de la planche que fur un autre, afin qu’elle foit bien unie ; il faut avoir la même attention pour le bifeau. On n’y peut réuftir. qu’en ayant une meule bien ronde & le coup d’œil jufte, Sc que l’Émouleur ait afifez de force pour bien manier ces planches.
- Les forces étant émoulues, il faut les ranger au marteau fur la rajfiette, qui eft une efpece d’enclume,pour réparer les petits défauts qui ont pu arriver en les planchant ; car s’il reftoit des inégalités, il arriveroit que le cifeau mâle venant à paffer fur le défaut du cifeau femelle, il ne couperoit pas la laine également à ces endroits. Ces défauts-là font manquer en partie ; aufîl les Tondeurs ont-ils bien de la peine à faire de bon ouvrage quand ils n’ont point un Émouleur habile ; & quand ils ont une force qui va bien, ils la ménagent comme une chofe très-précieufe. Ces défauts du couteau femelle font de petits filions ou manquûres fur une partie des tablées ; les mêmes filions fe formeroient s’il y avoit des défauts au bifeau du couteau mâle : en un mot, il faut que les deux couteaux foient bien planchés, & que les bifeaux foient bien unis & exactement droits pour bien trancher la laine.
- On ragrée ou l’on range les forces, en donnant des coups de marteau fur le mâle, aux endroits qui n’approchent pas, afin que les tranchants le touchent dans toute leur longueur, & qu’on n’apperçoive aucun jour en fermant les forces.
- Le défaut le plus ordinaire des forces eft que la trempe eft tantôt trop dure, & que d’autres fois elle ne l’eft pas aflez ; dans le fécond cas, les tranchants s’émouffent en peu de temps, & ils ne font plus que hacher
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- la laine , Ce qui rend la coupe baveufe Sc point tranchée : dans le premier cas , la moindre chofe les fait grainer, ce qui caufe des traces fur la fuper-ficie du drap.
- De plus, les forces que l’on fabrique en France ont l'anneau plus petit que celles d'Angleterre, ce qui les rend difficiles à mener, &les rend trop roides. Les meilleures forces pour les draps fins font communément celles d'Angleterre : leur calibre eft fait avec précifion ; elles font très-tranchantes, & faites avec un acier très-fin.
- La façon de monter une force pour la mettre en état de travailler, eft de la pofer de travers fur la table, Sc de la charger de plaques de plomb H (Fig. 5) ; les uns en mettent plus, & d'autres moins. Suppofons ( Fig. 7), qu'on en mette quatre a,byCyd : la première plaque a, fe nomme plomb de pointer, celles b y Cy dy plombs de talon. Ces plombs font contre la manique ou billete e9 qui eft une piece de bois, à un bout de laquelle eft attachée la ficelle qui tient les plombs & la bride ou corroie qui paffe fous la mailloche.
- Le bas de la manique ou billete eft lié au dos de la femelle : auprès du talon eft un crochet de fer K qui embraffe le dos de ce couteau. Ce crochet excede d'un pouce ou environ une piece de bois I(Fig. 8 ), qui fe nomme tajjeauy auquel le crochet qui le traverfe eft affujetti à demeure par le moyen d'un écrou k : au haut du taffeau eft un trou dans lequel paffe une corroie F qui embraffe par fon autre bout la mailloche G.
- Toutes ces pièces font repréfentées féparément les unes des autres, Sc cotées des mêmes lettres.
- Quand l'anneau des forces eft trop léger, quelques Tondeurs, pour rendre la force plus aifée à manier dans le tondage, ajoutent au bout de l'anneau un poids de plomb d’environ trois livres ; de maniéré que la charge de la force eft de cent livres, plus ou moins, fuivant l'efpece d'étoffe que l’on tond.
- On nomme mailloche l'inftrument G ( Fig. 8 ), qui eft de bois, Sc qui fert lui feul à faire agir la force.
- La table 8c la force étant ajuftées, comme nous venons de le dire, le Tondeur eft en état de travailler.
- Du Tondage des Draps.
- Pour faire-cette opération, il faut deux Tondeurs,chacun avec une force. Ils mettent la piece de drap fur le râtelier ou faudet A (Fig. I & 7, ) 8c ils font paffer le bout de la piece L par-deffus la table ; après quoi ils montent fur le marche-pied E ; Sc ils attachent la piece de drap par les lifieres à la table avec cinq ou fix crochets M. Ils doivent prendre garde qu'il n'y ait point de plis, parce que les forces en paffant deffus les couperoient infailliblement , & feroient des trous ou des pinces.
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- Le drap étant ainfi mis en table, les Tondeurs (Fig. 2) relevent le poil du drap avec la rebrouffe ou avec la lame N O ( Fig, 4 ) ; après quoi ils tondent le drap, & quand ils font au bas de la table, ils recouchent ou jlriquent ce qu'ils ont tondu avec la rebroufle ou une vieille carde B O ( Fig. 7 ). Cette tablée étant finie, on en recommence une autre. Voici comme on fait agir la force : le Tondeur ( Fig. 1 ) paffe fà main gauche dans la bride qui fe po'fe fur la mailloche qui eft fur le dos du couteau mâle ; il fait monter ce couteau fur la femelle, & tient la force en ouvrage ou en refpeét par le moyen de la billete qu'il dent avec les doigts de la main droite ; puis ferrant la force contre lui avec le talon de la même main qui pofe contre la branche du mâle, il coupe le poil en démarchant doucement fans donner, que le moins qu'il eftpoiïible, du branle à la force.
- Quand on commence une fécondé coupe, il faut changer la difpofition de la tablée, pour que ce qui, à la première coupe, répondoit à la pointe & au talon des cifeaux, fe trouve placé au milieu de la table, & puiffe répondre au milieu des lames, afin de rendre la tonture plus égale.
- A chaque tablée les Tondeurs trempent un doigt dans de l'huile & en frottent légèrement le couteau femelle ; il eft inutile d'encimer le couteau mâle, mais feulement le couteau femelle en deffus, parce que le couteau mâle fe trouve encimé en venant à couler fur le couteau femelle : cette huile graiffe le couteau mâle, afin qu'il coule mieux, & que les tranchans ne fe détrempent point.
- Il faut fur-tout défendre aux Tondeurs defefervir, pour encimer, d'aucune graiffe ou flambart ; car le drap qui prendroit de la graiffe fe rempliroit de pouflîere.
- Il eft d'ufage dans beaucoup de Fabriques, de mettre deux Tondeurs fur chaque table 5 & chaque Tondeur fait la moitié d'une tablée. Dans d'autres, il n'y a qu’un feul Tondeur fur chaque table. Quand il y a deux Tondeurs, ils fatiguent moins, parce que chacun n'a à tondre que la moitié de la largeur du drap ; mais comme il eft rare que les deux forces travaillent également bien, & que les deux Ouvriers foient aufli habiles l'un que l'autre, il arrive fouvent que la moitié de la largeur d'un drap eft mieux tondue que l'autre : c’eft pour cela que quelques Fabricants préfèrent de ne fe fervir que d'un feul Tondeur. '
- Pour qu'un drap foit bien tondu , il faut qu’il foit bien battu, bien approché, fans écriteaux, ni filions ni queues de rat, &c, fur-tout aux dernières tontes.
- Nous allons fuivre ,les unes après les autres, les différentes opérations des Tondeurs.
- PREMIERE
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- Première Opération du Tondage : coupe en harmant.
- La première opération du tondage fe nomme, comme nous l’avons déjà dit, tondre en harmant, ce qui confifte en une feule coupe ou tonte que Fon donne aux draps déjà foulés & laines en harmant lavec des forces défertes , c’eft-à-dire, peu tranchantes ; après quoi on les renvoie à la fou-lerie pour être dégraifles ; car comme le chardon a tiré des poils de l’intérieur, ces poils relient un peu imbus d’huile ôc de làvon qu’il faut emporter ; mais après ce dégraiflage on les juge en état de recevoir tous les autres apprêts de la tonture : ainfi on les tond en demi-laine , comme il a été expliqué.
- Seconde Opération : coupe en demi-laine.
- Le drap, après avoir été lainé en demi-laine, eft remis aux Tondeurs pour lui donner deux ou trois coupes plus ou moins, fuivant là qualité, avec des forces nouvellement émoulues & très-tranchantes , moins cependant que celles dont on le lèrt pour préparer les coupes d’apprêt ; caf il n’eft pas poffible que la tranche paroilïe, parce qu’elle a encore beaucoup de lainage à fupporter ; c’efl ce qu’on appelle tondre en demi-laine. Enfuite le drap repaffe aux Laineurs pour être lainé en troifieme eau.
- Si c’efl: un drap pour blanc ou pour écarlate, &c ; après qu’il a été lainé en troifieme eau, on le porte à la rame, pour y être mis à fon aunage, <Se équarri félon là largeur.
- Le drap étant ainfi ramé, les Tondeurs courent la piece avec dés vieilles cardes, le long de la rame , pendant que d’autres fuivent avec des broffes, afin de bien coucher le poil ; cela fait, on le lailfe fécher.
- Vijîte des Draps que Von tond\
- Quand un drap a .eu fes deux coupes en demi-laine, on le vifitepour voir s’il n’a ni écriteaux, ni mâchures , ni témoins , ni banqueroutes, ni entre* deux , ni queues de rat, ni ancrure ; enfuite on le laine , & on le tond en troifieme eau : il eft à propos d’expliquer ces termes.
- Les écriteaux font des coups de force, ou des filions trop marqués ; ce qui arrive quand l’Ouvrier, pour avancer l’ouvrage, veut prendre trop de laine à la fois dans fes cifeaux ; quelquefois suffi 5 quand une force ferre trop fur les tranchants, il fe fait des écriteaux. Un petit écriteau ne fait point de tort au drap, fur-tout dans les premières tontes : on ne doit pas faire de reproches aux Tondeurs fur des chofes qui n’entraînent aucune imperfeétion.
- Les entre-deux arrivent, quand on a trop tablé , parce qu’une partie refte fans être tondue.
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- On fait des queues de rat> quand on tond fur de faux plis.
- Uancrure fe dit, quand on laiffe fléchir la force en démarchant ; & cet accident arrive, lur-tout aux forces trop évidées au talon par l’Emouleur.
- Mâchure fe dit, quand la force , au lieu de couper le poil, le ferre entre les deux lames ou planches de la force. Les fenêtres ou dindriures occafion-nent ce défaut.
- On appelle des témoins, quand le Tondeur d’en haut ne delcend pas aflez bas pour croiler l’endroit où Ion camarade a commencé , ou quand il laifle un endroit fans être tondu.
- Banqueroute fe dit, quand un Tondeur table plus avant que la force n’a coupé. Banqueroute le dit encore, quand un Tondeur étant à la fin de là piece, laifle, làns être tondu, un bout de piece qui n’efl; pas aflèz long pour faire une tablée.
- Pour faire la vifite dont nous parlons, on pôle le drap liir une table t au grand jour. On pafle la main à contre-poil pour relever la laine à differents endroits de la totalité de la piece ; par ce moyen on voit fi le poil eft coupé bien uniment, s’il eft bien arrondi 6c bien roulant, & s’il a quelques-uns des défauts dont nous venons de parler plus haut. On doit auffi examiner fi le drap a été alfez approché, & tondu aflez près à la troi-fierne eau, pour que le chardon puifle ranger le fond du drap ; mais en général il faut plus approcher un drap fort qu’un foible : on regarde auflï fi le drap a été bien garni par le chardon.
- Enfin on doit examiner avec grande attention fi le drap ne paroît pas gras ; car dans l’examen qu’on a fait au fortir du foulon, on n’efl: point abfolument certain qu’il ne relie point de graifle au fond du drap. Une petite quantité de graifle ne fe manifefte point quand le drap eft mouillé* mais elle s’apperçoit dans le cours des apprêts, lorfque le drap a été expole au foleil, & qu’une partie de la laine a été emportée : fi le foulage en har-mant n’a donc pas luffilamment dégraifle le drap, il faut le renvoyer à la foulerie ; & il faut auflï faire retondre les pièces qui ne l’ont été qu’im-parfaitement.
- Troisième Opération : tondre en troijieme eau.
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- Le drap pour blanc ou pour écarlate &c. étant bien féché, les Ton-' déurs lui donnent 4,5 & 6 coupés, fuivant là qualité ; & à la fin de chaque tablée ou de chaque piece que les Tondeurs ont tondue, ils prennent une vieille cardé pour ranger & coucher le poil du drap qu’ils avoient été obligés de relever avec la rebroufle ou la lame. Ce tondage, dans ces fortes de draps , fé nomme tondre en troifieme eau, & en dernier apprêt.
- Il ne faut point permettre aux Tondeurs de trop rebroufler le poil aux
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- dernieres coupes , ftfr-tout à celles d’apprêt ; le pied du drap en feroit dégarni, ce qui diminue de foti brillant, ou, en terme de Fabrique, ce qui nuit à la tranche : mais pour t harmant, on rebroulfe avec une rebroufle à dents O ( PL XIV. Fig. 4 ) : quant aux autres coupes, les rebroufles N ( Fig. 4 ), n’ont point de dents.
- On emploie pour ces opérations des forces qui ont fervi à tondre en demi-laine ; fi elles étoieftt fort tranchantes, elles ne couperoient pas le poil fi uniment; mais il faut qu’elles le foient plus que pour tondre en harmant; ainfi les forces nouvellement émoulues fervent pour tondre en demi-laine; quand elles ont fervi quelque-temps à cet ulàge , elles fervent pour les deux dernieres coupes, & enfuite on les emploie pour tondre en harmant.
- Toutes ces fortes de draps font tondues d’envers, c’eft-à-dire, à l’envers d’une coupe, que l’on doit donner bien uniment.
- Quatrième Op é r a t i o n.
- Je crois avoir déjà dit que le Tondeur doit avoir foin de rompre les tablées aux coupes d’apprêt, c’eft-à-dire, de mettre en talon ce qui étoit en pointe ; parce qu’ordinairement on approche plus en talon qu’en pointe, vu qu’au planchage de la femelle, l’Émouleur eft plus dilpofé à appuyer le talon fur la meule, parce qu’il eft plus en force ; ce qui rend le talon trop évuidé : la force alors eft fujette à criteller, c’eft-à-dire, à faire de petits écriteaux ; ce qui fait un mauvais ouvrage.
- On tond en troifieme eau, comme on vient de le dire, les draps defti-nés à être teints en noir ; & on leur donne deux, trois, ou un plus grand nombre de coupes , fuivant leur qualité ; après quoi on les porte à la teinture ; & quand ils ont éçé teints, lavés, ftriqués, on les fait ramer. Dans la Manufaétüre de M. de Julienne, on dohne quatre eaux, afin que les apprêts en foient plus parfaits.
- Quand les draps deftinés pour écarlate ont été lavés 8c tondus à fin, avant dé les envoyer à la teinture , on les litte ; ce qui fe fait, en coulant une petite corde au bord de chaque lifiere en-dedans, tant à l’envers qu’à l’endroit, pour empêcher que la teinture n’y prenne, afin de conferver un filet blanc qui fe trouve entre la lifiere noire & le drap teint, ce qui releve l’éclat de l’écarlate.
- Mettre aux Rames.
- Quand le drap a reçu la derniere eau , avant que les Tondeurs lui donnent la derniere coupe d’apprêt , il faut le ramer pour le drelfer & l’équarrir.
- Les rames font un affemblage de pièces de charpente de fept à huit pouces
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- d’équarriflâge qui forment une barrière d’environ fix pieds de hauteur , 8c d’une longueur fuffifante pour étendre les plus longues pièces de drap. Cette barrière eft formée par des poteaux debout Solidement affermis en terre ^ & liés à leur bout fupérieur par des pièces horizontales. Vers le bas 3 il y a un pareil cours de pièces horizontales , dont les extrémités font reçues dans de larges rainures qui font aux poteaux, ce qui fait qu’on peut les hauflèr, les baiffer à volonté, & les alfujettir à la hauteur quon veut, avec des chevilles de fer : les deux cours de traverfes horizontales font garnis dans toute leur longueur de clous à crochet , ainfi que le premier poteau vertical.
- On accroche la piece de drap par un bout à ce premier poteau ; & l’autre bout eft accroché de même à un chevron de trois pouces de large fur deux d’épaiffeur, plus long que la largeur du drap : à cette piece mobile eft une poulie dans laquelle on palfe une corde dont un bout eft attaché au dernier poteau vertical ; un Ouvrier tient l’autre bout de cette corde, & en la tirant, il tend le drap tant & fi peu qu’il veut, dans le fens delà longueur ; quand le drap a été rendu à la longueur convenable, l’Ouvrier arrête la corde à un des poteaux, afin que le drap conferve le degré de tenfion qu’on lui a donné ; alors on accroche les lifieres aux crochets des folives horizontales du haut, enfuite à celles d’en bas. Si le drap eft trop étroit, on l’élargit en appuyant fiir les folives du bas qui font mobiles, & qu’on écarte de celles d’en haut ; quand le drap eft parvenu à la largeur qu’il doit avoir, on arrête les travées d’en bas avec les chevilles quipalfent dans des trous faits aux poteaux.
- On conçoit par cet expofé que les rames fervent à tendre les draps dans le fens de leur longueur & dans celui de leur largeur.
- Cette tenfion eft néceflàire pour que les draps- aient précifément 8c dans toute leur longueur, la largeur qu’ils doivent avoir , & qu’on n’a pas pû leur donner dans le foulage, outre qu’elle efface les ribaudieres & faux plis que les maillets auroient pu leur donner. Mais comme il y avoit des Fabricants qui, pour augmenter leur aunage, tendoient prodigieufement leurs draps fur les rames , il en rélultoit que ces drapsXe*retiroient beaucoup quand ils relfentoient quelque humidité, & en outre ils éprouvoient un dommage confidérable dans leur qualité. Pour obvier à cet inconvénient , il eft dit, par les Réglements, qu’un drap fabriqué qu’on mouilleroit & qui ne fè retirer oit que d’un feiziemefurla largeur d’un drap de cinq quarts, 8c d’une demi-aune fur la longueur d’un drap de vingt aunes, feroit réputé bien fabriqué.Une plus grande retraite emporte une amende, & même confiscation quand elle eft trop confidérable. ( Voyez l’Arrêt du 20 Février 1718.) Enfin on laiffe le drap fécher fur les rames.
- Les draps blancs deftinés à être teints en écarlate ou en autre couleur,
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- ne font point rames ou tendus fur leur longueur, mais feulement équarris.
- A l’égard des draps teints en piece, on ne les rame que quand ils font revenus de la teinture , Sc qu’ils ont été lavés Sc dégorgés, comme on Ta dit plus haut.
- Pour qu’un Ouvrier ne tende pas trop un drap à la rame fur là largeur,1 la piece porte un plomb de l’auneur juré; s’il s’en écartoit, il feroit con-* damné à l’amende : Sc il peut connoître aifément la longueur que porte fon drap, parce que les aunes font marquées dans toute la longueur des rames.
- Cette opération qui eft néceflaire peut donc occafionner des fraudes. Tous les draps fabriqués, foit en couleurs mélangées, foit ceux qui doivent refter dans leur couleur naturelle , ou ceux qui ont été teints tout fabriqués, doivent, comme nous venons de le dire, être mis fur les rames. Si une piece fe trouve trop étroite d’une lifiere , il n’y a point d’inconvénient à la ramener à fon trait, pourvu qu’on fe détermine à perdre quelque choie fur l’aunage, comme un quart ou un tiers d’aune. Sur quoi il eft bon de remarquer que, par le lainage Sc le tondage , le drap étant toujours tendu fur fa longueur, une piece de dix-huit à vingt aunes gagne environ une demï-aune fur là longueur. Quand on n’eft pas obligé d’élargir les draps fur la rame, on peut leur conferver cet avantage de longueur, quoique certainement il fe perdra par l’emploi qu’on en fera, ou quand on le mouillera. Mais on ne peut fe dilpenfer de conferver au Fabriquant ce bénéfice de longueur, quand, pour bien équarrir le drap, efïàcer les plis qui auroient pu être faits chez les Rentrayeurs, les Teinturiers Sc les Foulonniers, on n’eft pas obligé de beaucoup tirailler le drap fur la largeur ; mais quand un drap a néceflàirement été trop tiré fur fà largeur, il faut fe déterminer à perdre quelque chofe fur la longueur, linon on eft dans le cas de la fraude.
- ClNQplEME ET DERNIERE OPERATION iDuTonddge des DrapS
- qu’on nomme frifés,
- Le tondage ou la tonture des draps noirs dont on a parlé en dernier lieu , s’appelle tondage en dernier apprit. Ces draps reçoivent, comme on l’a dit, trois, quatre & cinq coupes, plus ou moins, fuivantleur qualité , Sc il faut que toutes ces coupes foient bien unies.
- On tond auffi tous les draps d’envers d’une feule coupe ; puis on frile quelquefois les draps noirs d’envers, ce qui dépend du goût des pays ou, ils doivent être vendus ; ainfi, on frife les uns à l’envers, Sc les autres ne le font pas.
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- Draperie.
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- ART DE LA DRAPERIE.
- Des perfections que doivent avoir les Draps bien apprêtés.
- iIls doivent être bien garnis d’une laine courte & bien peuplée.
- 2°, Le poil doit être bien tranché , tondu fort près & uniment.
- 30, Quand on renverfe le poil, on ne doit découvrir que très-peu la corde , 8c appercevoir un fond clair & piqueté , c’eft>à-dire, qu’on doit entrevoir la chaîne qui forme un fàblé.
- 4°, La fubftance de l’étoffe doit être mollette & douce au toucher, fans être lâche : toutefois cette molleffe doit être proportionnée à la fineffe du drap ; car il ne feroit pas raifbnnable d’exiger qu’un drap fait avec une laine de France, fût auffi doux au toucher que celui qu’on feroit avec une prime d’Efpagne.
- y°, Il faut que les couleurs foient bien fondues dans les draps mêlés , & bien diftribuées dans les draps jafpés.
- Nous ne parlons point de l’œil brillant & foyeux qu’on donne aux draps de couleur : ce luftre n’eft qu’un acceffoire, dont nous n’avons point encore parlé.
- On ne frife jamais que l’envers des draps noirs & fins qu’on fournit pour Paris : cette opération eft commune à plufieurs autres étoffes auxquelles on donne la même façon. '
- De la Frife.
- On frise plufieurs étoffes de laine, & particuliérement les ratines. Cette opération confifte à rouler les. uns fur les autres les poils qui couvrent la fuperficie de l’étoffe, & qu’on laiffe pour cette raifon un peu longs, de forte qu’un nombre de ces filaments étant réunis par petits paquets & roulés les uns fur les autres, forment autant de petits boutons. On juge bien que cette opération ne donne aucune force à l’étoffe, que les boutons fe détachent au fervice, & que par la fuite l’étoffe devient rafe ; mais on a trouvé qu il étoit agréable d’avoir une étoffe comme labiée ou couverte d’un nombre confidérable de petits boutons qui fe touchent prefque les uns les autres. S’il ne s’agiffoit que de ratiner un petit morceau d’étoffe, il fuffiroit de l’étendre & de l’attacher fur une table rembourée bien ferme & le plus plat qu’il feroit poffible, prendre enfiiite une planche fur laquelle on auroit étendu de la cole-forte, & fàupoudrée du fable affez fin , & faire ce que les Apprê-teurs de drap nomment une tuile, & dont nous parlerons dans la fuite ; il n’y auroit qu’à appuyer cette tuile fur la furface du drap qu’on veut ratiner, & lui imprimer un mouvement rapide & circulaire, les poils en fe joignant, sentortilleroient les uns fur les autres, & le morceau d’étoffe fe trouveroit ratiné. Mais ce moyen qui efl: peu expéditif & fatiguant, ne feroit pas praticable en grand ni pour un nombre confidérable de pièces
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- d'étoffe qu’on voudroit frifor 5 c’eft ce qui a fait imaginer d’exécuter cette opération par le moyen d’une machine très ingénieufe & très-expéditive, que l’on nomme frife : nous en donnerons par la fuite une defoription particulière & détaillée.
- Du Pontillage SC Rentrayage des Draps.
- Les draps de toute elpece, après avoir été tondus en dernier apprêt, ainfi que les draps noirs après qu’ils ont été frifés, font portés à PEpon-tilleufe : cette Ouvrière, ainfi que les Nopeufes, a le foin de tirer avec des pinces les pailles & les nœuds qu’elle peut appercevoir. La Rentrayeufo répare encore les trous & les tarres qui peuvent s’y trouver. Ces rentrai-tes ne font pas de tort aux draps, à moins qu’elles ne foient fort grandes ; mais elles font préjudice au Fabricant par la dépenfe quelles lui occa-fionnent. Un Fabricant de bonne foi doit marquer fur la lifiere, avec une ficelle, les tarres un peu confidérables , afin que les Tailleurs puiflent les éviter en taillant les habits. Après ces opérations, on remet ces draps à un Ouvrier qui doit les brolfer.
- Du Couchage 9 Brojfage SC Tuilage.
- Quand un drap a paffé par toutes les préparations que nous venons de décrire , on le couche fur une table femblable à celle de la Planche X V, ( Fig. 1 ) , qui eft inclinée vers le grand jour , qu’il faut prendre de face , au lieu que les Tondeurs prennent le jour de côté. Cette table eft garnie de nopes, comme la table des Tondeurs, & couverte d’un tapis de drap.
- C’eft-là où l’on donne le dernier apprêt, qu’on appelle hrojjer 8c enfuite tuiler ; ce qui s’exécute en metttant le drap fur le fauiet qui eff: fous la table. On fait palfer le bout du drap par-deffus la table, puis l’Ouvrier avec une tuile qu’il tient à deux mains, couche, par plufieurs traits, le poil du drap ; & à la fin de chaque tablée, il prend un balai de bouleau qui efl: fur la table, & dont les rameaux font dépouillés de leur écorce, il balaye le drap pour ôter la pouffiere ; il continue cette opération d’un bout à l’autre de la piece, & la répété cinq à fix fois, afin que le drap foit bien net, & le poil bien rangé : cela fait, il plie ou double le drap en long par le milieu, en mettant l’endroit dedans, & les deux lifieres l’une fur l’autre ; il roule enfuite la piece & la porte à la preflfe.
- Ce qu’on nomme la tuile efl: un morceau de bois léger épais d’un bon pouce, long environ de deux pieds & demi, fuivant la largeur du drap, & large de cinq à fix pouces ; il efl: enduit d’un côté de maftic fait avec de la poix réfine & de la cire, ou avec de la colle forte. Sur ces enduits, on faupoudre à travers un tamis pendant que le maftic ou la colle font encore
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- chauds, du verre pilé , dugrais, du fable fin, ou, fuivant queïquéls-uns, de la limaille de fer ; c'eft ce côté de la tuile qui eft rude, mais d'un plan parfait, qu'on fait agir fur le drap toujours d'un même fens pouf en coucher le poil : on tient cet inftrument à deux mains ; un autre Ouvrier mene la broffe ou le balai avant qu’on palTe la tuile une 2e ou 3e fois.
- Dans quelques Fabriques, on brolfe & on tuile les draps quand ils font parfaitement fecs ; & cela eft néceflàire quand on entremêle le prelîàge d'un tuilage. Ceux qui fuivent cet ulàge tuilent les draps, puis ils les pref-fent, enfuite ils les tuilent pour une fécondé fois ; après quoi ils les pref-fent encore.
- De la Prejje.
- Les prelfes des Fabricants de draps font de bois, garnies d'étriers de fer. Pour donner une idée de leur grandeur, nous allons prendre pour exemple celles de la Fabrique de M. de Julienne qui font d'une grandeur moyenne. Les jumelles A, B (PL XVFig. 2 & 3.) ont huit pieds, deux à trois pouces de hauteur, ôc dix à onze pouces d'équarrilïàge. La diftance d'une jumelle à l'autre eft de trois pieds quatre pouces , les plats-bords C, fous lefquels on met les pièces pour les prelfer, ont quatre pouces d'épailfeur , & les plateaux O , qu'on met entre chaque piece de drap font épais d'un pouce. La lanterne G, les vis E, l'écrou F y font proportionnés à la force des jumelles. On y peut prelfer quatre pièces à la fois ; & l'on met quatre hommes fur le levier/, pour ferrer la vis.
- Dans certaines Fabriques, les prelfes font beaucoup plus grandes ; & l'on met au bout du levier un moulinet Z, qui aide à prelfer > au moyen d'un eable qui fe roule fur un treuil vertical, qui augmente beaucoup la force. Il y a des Fabricants qui ont des prelfes dont la vis eft de fer, & l'écrou de cuivre : celles-ci prelfent beaucoup plus fort que celles de bois.
- On dit que les Anglois lailfent très-long-temps leurs draps en prelfe. A Sédan, on les y lailfe au moins deux fois vingt-quatre heures ; mais quand il s'agit de draps de couleur qu'on veut luftrer en les lailîànt féjourner longtemps fous la prelfe, les poils prennent un pli qui eft permanent 5 ainfi il eft toujours avantageux de lailfer long-temps ces draps fous la prelfe, juf-qu'à ce qu'ils ayent perdu leur chaleur.
- Après le tuilage le drap étant roulé, comme on l'a dit, lePrelfeur (Fig.6y le table, c’eft-à-dire , qu'il le plie en zigzag de la largeur des cartons qu’il met entre chaque pli ; fi ce font des draps noirs, comme ils ne demandent pas beaucoup de prelfe, on retire les cartons à mefure qu'on les plie.
- U y a donc plufieurs maniérés de palfer les draps à la prelfe. On prelfe à froid les draps noirs & ceux en écarlate ; à chaud & en vélin , ceux auxquels on veut donner beaucoup de luftre. Nous allons décrire c es dilfé-rentes pratiques. Si
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- Si c’eft un drap noir, on recire les cartons qui , dans cette elpece, n’ont fervi qu’à régler la grandeur des plis ; & le drap étant plié eft mis fous la prefle pour y être feulement écati. Ces draps n’ont pas befoin d’être preffés au vélin ; ils ne féjournent même pas long-temps fous la prefle , parce que le luftre diminueroit le velouté que doit avoir le noir & même l’écarlate.
- Ainfi, pour écaûrlts draps, on les plie d’abord en deux fur la largeur, l’endroit en dedans ; puis on les plie fur la longueur, à peu-près comme on les voit dans les magafins des Marchands Drapiers, à l’exception que les plis fur la longueur, font plus larges qu’on ne les voit chez les Marchands : on ne fait que quinze ou vingt plis dans la longueur d’une piece* On met, comme il a été dit, entre chacun de ces plis, un carton fin qui touche les deux côtés du drap par fon endroit ; on en met auffi de plus communs qui touchent l’envers ; ces cartons font aufli larges que les plis du drap qui ne les déborde qu’à l’endroit des plis. Comme les lifieres font plus épaifles que le drap, elles empêcheroient les draps d’être prefles fi l’on n’au-gmentoit pas l’épaifleur du drap en mettant de temps en temps plufieurs cartons du côté de l’envers du drap, fans quoi on feroit de faux plis. J’ai dit qu’on mettoic à l’endroit du drap, des cartons fins : ces cartons font faits comme ceux des cartes à jouer, avec des feuilles de papier collées les unes fur les autres : comme ils font fermes & unis, ils font préférables à ceux qui font faits de pâte de papier : ( voye^ l’Art du Cartonnier. )
- On met deflus & deflous la piece de drap ainfi encartée, un plateau de bois D aflez mince, par deflus, une autre piece aufli encartée , & ainfi juf. qu’à trois & quatre, & l’on termine la portée de la prefle par une piece de bois ou plateau de quatre pouces d’épaifleur. On prefle fortement ces piles de drap ( Fig. 7 ) 5 on les laifle vingt-quatre heures plus ou moins fous la prefle ; enfuite on deflerre la prefle, on retire les cartons, on déplie le drap fur fa longueur, & on le replie de nouveau, non dans les mêmes plis, mais de façon que les endroits qui débordoient les cartons, & qui par conféquent n’ont point été prefles, foient mis à la place des endroits du drap qui ont été prefles ; ceux-ci à leur tour débordent le carton qu’on met cette fois-ci fur les endroits non prefles. On remet les pièces à la prefle avec les mêmes plateaux de bois ; & lorfqu’ils y ont refté douze à treize heures , on les en retire, & on les livre en cet état aux Marchands*
- Cette légère préparation à la prefle eft bonne pour les draps noirs & écarlate ; mais pour ceux qu’on veut luftrés , il faut les laifler trois jours fous la prefle , pour la première fois ; pour la fécondé quatre jours ; Sc pour la troifieme fix à fept jours , & même plus long-temps fi l’on n’a pas befoin de la prefle.
- Pour donner encore un plus beau luftre au drap, on prefle au vélin i Drap erie. Ii
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- particuliérement les draps blancs pour uniforme, 8c tous les autres draps fins de couleur. Cela fe fait en mettant entre chaque pli & vers l’endroit du drap, un vélin, & à l’envers un ou deux cartons , fuivant l’épaiffeur des lifieres : les draps ainfi pliés font en état d’être mis fous la preffe ; mais plufieurs Fabricants, avant de les y mettre, commencent par placer au fond de la preffe une forte plaque de fer , chaude ; deifiis cette plaque, plufieurs cartons ou un plateau de bois; delfus ce plateau, une piece de drap ; & par-deffus la piece de drap on met encore un plateau ou des cartons avec une plaque de fer, chaude, en delfus ; 8c Ton en fait autant entre chaque piece s’il y en a plufieurs à prelïer.
- Cette méthode n’efl: pas généralement approuvée, & elle feroit abfolu-ment mauvaife fi les plaques de fer qu’on emploie étoient trop chaudes.
- Dans d’autres Manufactures, on met entre chaque pli du drap des plaques de tôle ou de cuivre chauffées, à l’envers du drap, 8c entre deux cartons. Cette méthode rend les draps plus durs au toucher ; 8c pour que les draps contractent moins de roideur, on les humecte un peu un jour ou deux avant de les mettre à la prelfe ; le luftre qu’ils acquièrent par ce moyen eft aifément emporté par la pluie. Quelques-uns fe contentent de faire chauffer les cartons ; & ils n’humectent le drap que près des lifieres.
- Dans les bonnes Fabriques, on ne met que trois plaques, une deffous la piece , une au milieu & une par-deffus ; encore ces plaques font-elles très-peu chauffées.
- Comme on aime que les draps foient très-luftrés & fàtinés, on les arrofo quelquefois, avant de les mettre pour la première fois à la preffe, avec une eau très-claire de gomme arabique. Il efl: confiant que cette gomme jointe à la chaleur, écatit le drap de telle façon qu’il devient dur & roide ; mais lorf qu’il efl: expofé pour la première fois à la pluie, cet apprêt fe convertit en taches, le poil le releve, la corde fe montre, & le drap devient lâche 8c mou ; cet apprêt n’efl: donc propre qu’à fafoiner les yeux de l’acheteur.
- Comme on ne peut mettre d’apprêt aux draps qu’on preffe à froid, l’Ap-prêteur eft alors obligé de tondre plus ras, 8c les draps en confervent plus long-temps leur beauté. Ces draps étant mis fous prefle, comme on vient de le dire, on les y laifïe quelquefois trois à quatre jours, enfuite on les tire de la preffe pour les changer & les retourner ; l’on y remet les mêmes vélins & cartons , & on les remet fous preffe fans plaques chaudes ; on les laifïe encore ainfi deux , trois & même jufqu’à fix & fept jours. Toutes les opérations que nous venons de détailler étant faites, on tire les draps de la preffe pour en ôter les vélins & cartons, & on les replie encore dans d’autres plis ; on les remet fous la preffe pour achever de les écatir au degré qui convient, après quoi on les retire pour les mettre dans des toilettes, 8c on les range ainfi entoilés fous la preffe pour en former un ballot.
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- Récapitulation des Apprêts à la prejfe*
- Il suit de ce que nous venons de dire:
- i°, Qu il ne faut pas fe propofer de donner du luftre aux draps en noir & en écarlate , & qu’on ne doit pas les preffer autant que les autres ; enfin qu’il faut les preffer à froid.
- 20, Que les draps mêlés, auxquels on veut donner du luftre, peuvent êtreluftrés à froid, d’une façon très-durable, pourvu qu’on ait de fortes prelfes, & qu’on puilfe y lailfer les draps très-long-temps. Au refte, cet apprêt, qui exige bien du temps, ne convient qu’aux draps bien corfés.
- 30, Il n’y a point d’inconvénient à preffer à chaud , quand on n’emploie qu’une chaleur modérée : l’expérience des cheveux que l’on frife au feu, prouve que la chaleur fait conferver aux poils le contour qu’on leur donne; il n’y a pas même d’inconvénient que le drap quon prelfe à chaud foit légèrement humeélé.
- 40, On diminue beaucoup du maniement du drap, quand on le mouille beaucoup en le mettant à la prelfe, & quand on excite une grande chaleur par le moyen des plaques de fer chaudes : il y a même certaines couleurs qui ne peuvent fupporter cet apprêt.
- y°, Il ne faut jamais employer d’eau gommée : elle peut à la vérité donner du brillant aux draps ; mais cet éclat fe détruit à la moindre humidité.
- Connoijfances nécejfaires pour juger de la qualité des Draps
- fabriqués.
- i°, Quand la laine n’a pas été alfez cardée, les ploques qui en pro* viennent ne fournilfant pas également leur foie, le fil eft d’inégale grolfeur : on reconnoît cette imperfection dans le drap en le maniant, parce qu’a-lors on peut juger s’il eft également fort par-tout.
- 20, Nous avons dit qu’il falloit éviter d’employer des laines de moutons morts. On reconnoît ce défaut en maniant le drap qui fe trouve mollaffe 8c fans foutien , parce que cette" mauvaife laine fe détruit lors des apprêts.
- 30, Il faut que les lifieres foient égales par-tout ; qu’elles ne foient pas plus lâches dans un endroit que dans un autre ; & que la largeur de l’étoffe foit par-tout la même.
- 40, Selon les différentes qualités du drap, on emploie des laines plus ou moins fines, ce qu’on connoît à leur douceur.
- 50, On ne doit point fabriquer d’étoffe au-deffous d’une demi-aune de largeur ; chaque efpece doit être uniforme par-tout ; 8c tous les aunages .doivent fe rapporter à l’aune de Paris.
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- 6°, Tous les draps doivent être marqués en tête, du nom de l'Ouvrier , Sc porter le plomb de la fabrique.
- 70, On doit faire, à la lifiere, des marques qui indiquent aux Tailleurs les endroits où il y a des rentrayures confidérables.
- 8°, Pour connoître fi une étoffe teinte en écarlate éft de bon teint, on en fait tremper un morceau dans du vinaigre diftillé : il doit conferver & couleur en féchant.
- 5°, On peut éprouver la bonté du teint des draps de couleur en les roulant fur une carte, & les expofànt à l'air : fi la teinture eft bonne, il doit y avoir peu de différence entre la partie qui a été frappée par le füleil & celle qui eft reftée à l'ombre.
- io°, Pour juger de la perfeélion d'un drap, il faut, avec le pouce mouillé, en relever le poil, & en ôter l'apprêt autant qu'il eft poffible ; on voit alors fi le drap eft bien tondu j on juge de la fineffe du filage, de la proportion de la chaîne avec la trame, & fi le drap eft bien ferré : quelquefois, pour mieux examiner la corde, on brûle le poil qui la recouvre.
- EXPLICATION
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- EXPLICATION DES FIGURES
- DE L'A R T DU DRAPIER.
- PLANCHE I.
- O N v o 1 t dans la Vignette ( Figure 1 ) , des laines lavées qu'on a mis fécher fur des perches pofées horizontalement , & foutenues par un bâti de Menuiferie : A, le bâti ; C, la laine qui pend aux perches.
- La Figure 2 repréfente un Ouvrier qui bat de la laine avec deux baguettes. Cette laine eft pofée fur une claie à claire-voie, faite par un Vannier, ou fur des cordes tendues, comme on le voit dans la figure 3 ; ces claies de bois, ou ces cordes tendues , font fupportées par un pied de table (fig. y ), revêtu de planches, tel quon le voit (fig. 2 & 4), pourretenir la pouf-fiere qui fort de la laine , 6c l'empêcher de fe répandre ailleurs : voyez figures 2 & 4.
- On voit dans la Figure 6, deux jeunes gens qui plufient, c’eft-à-dire, qut épluchent de la laine, dont ils retranchent les poils qui ont été poiiTés par la marque 'que l’on fait aux moutons, & qui ôtent les brins de paille ou de chanvre, en un mot tout ce qui pourrait altérer la pureté de la laine.
- PLANCHE' IL
- Cette Planché eft uniquement employée à faire connoître un très-bon inftrument dont on fait un grand ufàge dans la Manufacture des Gobelins, & qu’on nomme le Loup.
- La Figure r repréfente le loup fermé ; A, eft le delîiis ; B, le devant ; C, le derrière ; K, une manivelle. Le tout enfemble ne fait voir qu’un corps d’armoire.
- Dans la Figure 2 , les volets D, E, d’un des côtés du loup font ouverts ; & ceux de l’autre côté ont été enlevés. On apperçoit au-deffous de la traverfe F G, une claie N N, pliée circulairement, fur laquelle on met la laine épluchée avant de la battre : au-deflus de la traverfe F G, on voit un moulinet formé de quatre traverfes L, L, qui font armées de dents de fer M, M: K eft une manivelle qui fait tourner fort rapidement ce moulinet.
- Dans la Figure 3 , le loup eft vu de face, & les mêmes parties y font repréfentées & indiquées par les mêmes lettres ; FG, traverfe ; N N, claie pliée circulairement ; L, une des traverfes du moulinet ; My M, les dents de fer dont ces traverfes font armées; if, la manivelle qui fait tourner le moulinet.
- Draperie.
- Kk
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- i3o ART DE LA DRAPERIE.
- ' Dans la Figure 4 , le deflus du loup paroît enlevé pour laifler voir le moulinet LL y la manivelle K , & les volets D y D ouverts.
- La Figure y fait voir un des bouts du loup dépouillé des planches qui le recouvrent : on apperçoit les quatre ailes du moulinet L} L y les dents de fer M 9 M, & toute rétendue de la claie N N.
- PLANCHE III.
- Figure I > Ouvrier qui répand de l’huile avec fes doigts iur la laine qui eft dans un bac ou graifloir. En A, eft un autre Ouvrier qui fait un paquet de laine grailfée pour la porter au Droufleur.
- Figure 2 9 Droufleur en aélion de travail : on le voit fur fon chevalet, jambe de-çà, jambe de-là, qui tire à lui avec fes deux mains la carde ou drouffette fiipérieure.
- La Figure 3 fait voir comment on enmagafine la laine fuivant lès différentes qualités & les différentes préparations qu’elle a fubi. Dans le fond ; on voit de la laine qui eft étendue fur des perches.
- La Figure 4 repréfente deux grandes cardes oudroufiettes ;A> eft la carde • qui refte fixée ; B, celle que l’on fait mouvoir à deux mains.
- Figure y , Boîte qui eft au bout du chevalet, & qu’on nomme le métier ; D y caifle où l’on met la laine qui doit être drouflee ; E y carde fixée fut cette boîte par quatre crampons a y a.
- Figure 6 y Banc ou pied du chevalet fur lequel l’Ouvrier eft aflis, comme on le voit dans \à figure 2.
- Figure jy Le chevalet en entier ; A y fes pieds; B , l’endroit où s’afleoit l’Ouvrier; D, caifle où l’on met la laine qui doit être cardée ; E} carde fixe ; Gy carde mobile.
- Fig ure 8 y Le même chevalet vu par-derriere.
- PLANCHE IV.
- Figure I y Ouvrier qui carde fur fon genou & qui le fert de petites cardes pour faire ce qu’on appelle des ploquettes. '
- Fig. 2y Fileufes.
- Figure 3 , Ouvrier qui fait des échecs ou écheveaux.
- Figure 4, Petite carde à travailler fur le genou.
- Figure y y B y Broche de bois préparée pour être mile fur le rouet ou tour ; Cy fait voir comment on ajufte cette broche fur le rouet.
- Figure 6 y Rouet monté & préparé pour filer >Ay la table ; B, la broche ; D y la carde : la ligne pleine indique une corde ouverte ; la ligne ponctuée indique une corde croifée ; E, roue.
- Figure 7, La partie de l’afpe où l’on ajufte des roues pour compter les fcns, par le moyen defquels on fait les écheveaux d’une même longueur
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- de fil ; A, elîîeu de l’alpe ; la partie B de cet elîîeu eft taillée en pignon ; C, roue dentée dont l’efîîeu D eft taillé en pignon ; E 3 grande roue dentée qui ne fait qu’un tour, pendant que la manivelle en a fait foixante; c’eft cette roue qui fait frapper les fons.
- Figure 8, Afpe monté & prêt à travailler; A> eflîeu de l’afpe, dont la partie B eft taillée en pignon ; C, petite roue dentée dont l’effieu eft pareillement taillé en pignon ; E, grande roue dentée qui fait frapper les fons ; F, le marteau qui les frappe ; G > traverfes de l’afpe fur lefquelles fe forme l’échec ou écheveau /, à mefure que la laine filée fe dévide de deflus la broche ; H > K , font des échecs roulés & en état d’être portés au magafin.
- PLANCHE V.
- La Figure r, repréfente ce qu’on nomme un Canelier, qui eft une efpece de chevalet portant deux étages différents E F & G H , de broches , dans lefquelles on met des bobines ou bobinaux chargés de fil pour faire la chaîne ; au-devant de ces bobines font tendus d’autres fils a b & c d, qui empêchent que ceux de la chaîne ne fe confondent j 5, les vingt fils réunis en faifceau au point C 3 D , & croifés de forte que ceux qui paffent fur la cheville D, paffent fous la cheville C ; & ceux qui paffent fous la cheville D, paffent fur la cheville C;A, bobine vuide.
- Figure 2, Ourdiffeufe en aétion de travailler ; EF GH, le canelier ; K, tous les fils réunis dans une des mains de l’Ourdiffeufe, qui fait tourner de fon autre main i’inftrument qu’on nomme Ourdijfioir : au haut de cet ourdif-foir, font des chevilles B, C, D, qui fervent à faire la grande croifée de la tête d’une piece ; & en bas, font les chevilles E, où fe fait la petite croifée de la queue de la piece : on arrête ces croifées avec des rubans, comme on le voit dans h. figure 3.
- Figure 4, Ouvrière qui ôte une chaîne de deffus l’ourdifloir, qui l’en-trelaffe & la lie pour qu’elle ne s’emmêle point, comme on le voit dans la figure y.
- Figure 6, Deux Ouvriers qui collent une chaîne en la trempant dans l’eau de colle ; après quoi ils la tordent , pour en faire fortir ce qu’on nomme le brevet, c’eft-à-dire, ce que la laine auroit pu prendre de trop de colle.
- Figure 7, Rouet pour bobiner ou pour charger de fil des bobines fem-blables à celles qui font marquées A (fig. 1 ).
- La Figure 8 repréfente en petit le pental ou penteur, qui confifte en plu-fleurs perches fur lefquelles on étend les chaînes nouvellement collées pour les faire fécher.
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- PEA N C HE VI.
- Cette planche eft deftinée à donner une idée des opérations de l'our-diffage.
- La Figure i fait voir la maniéré de pouvoir diftinguer les fils A, qui appartiennent à letage d'en haut du canelier, d'avec les fils B, qui appartiennent à l'étage d'en bas du même canelier : tous ces fils font réunis en L ; la palette F 9 fert à entretenir ces fils féparés les uns des autres. Il eft donc eflentiel que tous ces fils puiflent fe diftinguer pour former la grande croi-fée, telle qu'elle eft repréfentée par la figure 2 ; les quatre fils a 9b 9 c9 d9 étant réunis en A9 font attachés à la cheville 2? ; on fépare les fils des deux étages du canelier au moyen de la planchette F ; on croife alternativement les fils a c 8c les fils b d9 comme dans la figure 3 ; & en place du pouce & du doigt index qui ont fervi à former cette croifure, on employé les chevilles C 8c D (fig. 2 ) ; puis tous les fils étant réunis en i, on pafle d'abord les quatre fils réunis derrière la cheville G 9 enfuite devant la cheville H9 enfuite autour de la cheville 7; & en remontant, ce faifceau pafle derrière la cheville FI, 8c fur la cheville G j alors on reporte ce faifceau K fur la cheville E ; 8c comme par le moyen de la planchette F 9 on peut aifé-ment diftinguer les fils d'en haut d b 9 des fils d'en bas a c 9 on fait, en remontant, la même croifiire que nous avons détaillée ci-devant : alors, ce qu'on nomme une portée, eft finie.
- La Figure 4 fait voir encore plus fenfiblement la maniéré dont les fils font croifés fur les chevilles B, C, D ; car on peut fuivre d'un bout à l’autre la route de chacun de ces fils par les lettres qui les indiquent.
- La Figure y repréfente précifément la même chofè que la figure 2 j & les croifures y font repréfentées par les mêmes lettres : elle eft particuliérement deftinée à faire voir comment on pourroit s'y prendre pour ourdir une longue chaîne fur une muraille, 8c la plier fur les chevilles M, N9 O, P : la ligne pleine marque la demi-portée qu’on fait en premier lieu, 8c la ligne ponéluée, l'autre demi-portée qui achevé la portée entière. On ne fuit point cette méthode dans les Fabriques de draps, parce qu'il eft bien plus commode de fe fervir de l'ourdifloir de la figure 6, qui eft ici repréfenté plus en grand que fur la Planche V. On voit que les chevilles du haut de l'ourdifloir E9 F, G (fig. 6)9 répondent aux chevilles C9 D , E des figures 2 & 5 ; & que les chevilles 7, H, de l'ourdifloir de la figure 6, répondent aux chevilles 7, 27, des figures 2 & y.
- Comme une chaîne ne pourroit pas fe bien travailler fi elle étoit formée de fils d'inégale grofleur , les Tifleurs fe fervent d'un moyen bien fimple pour reconnoître fi les fils qu'ils doivent employer pour ourdir une chaîne, font d'une même grofleur : ils font avec les deux fortes de fils a c 8c f d
- (Jgure 7 )
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- ART DE LA DRAPERIE> 133
- (Jg. 7 ) qu’ils veulent comparer, deux faifceaux, formés d’un pareil nombre de fils ; ils les plient & les enlaflent l’un dans l’autre, comme on le voit en abc 8cf e i (fig. 7 ) ; puis ils tordent le tout enfemble comme dans \à figure 8 : fi les deux cordons A 8c B , qui font néceflàirement également tords, fe montrent d’une même groffeur, ils en concluent que les fils font égaux en groffeur ; car l’inégalité de groffeur des deux cordons rend fenfible celle des fils.
- PLANCHE VIL
- Figure r, La grande enfouple repréfentée en A, eft un gros rouleau de bois plus long que le métier n’a de largeur :c’eft fur cette enfouple qu’on roule les fils qui doivent compofer la chaîne. On voit au milieu de ce rouleau une profonde rainure, dans laquelle fe met le verdillon dont nous allons parler. Y y eft une perche.de bois appellée verdillon, qu’on paffe dans l’anfe que forment les demi-portées en fe repliant pour former la portée entière, 8c l’on paffe la corde y dans la croifure des demi-portées ; ainfi le verdillon tient ici lieu de la cheville I, 8c la corde ^ de la cheville H, que l’on voit (Planche VI, figure 2 ). On place le verdillon , fur la longueur duquel on a rangé les portées, dans la rainure de la grande enfouple ; Z , eft le voteau \ab cde& le chaflis qui retient les chevilles entre chacune defquelles paffent une demf-portée ; V, V, deux perches, ou une perche & une corde qui paffent dans la grande croifée, en place des chevilles C, D, de h figure 2, (Planche VI'), 8c qui tiennent en état la grande croifée.
- La Figure 2 eft une coupe tranfverfàle de la grande enfouple 8c du voteau ; A, l’enfouple ; Y, le verdillon placé dans la rainure de f enfouple ; Z , la coupe du voteau ; e,f, deux fils qui repréfentent les demi-portées qui paffent des deux côtés des chevilles du voteau.
- Figure3, Voteau deffiné en grand 8c hors de proportion ; abcdchaf-fis qui affujettit les chevilles g, g, g ; Y, le verdillon. On voit ici comment les demi-portées paffent entre les chevilles du voteau.
- Figure 4, Métier monté 8c vu par derrière ; Y, le verdillon placé dans la rainure de la grande enfouple ; A, la grande enfouple fur laquelle on roule la chaîne avec des chevilles qui fervent de leviers : il devroit y avoir deux Ouvriers repréfentés fur l’enfouple ; mais on n’en a mis qu’un pout éviter la confufion. On voit de l’autre côté un autre Ouvrier qui tient la chaîne bien ferme : cette chaîne paffe par-deffus la traverfe d’en haut du métier ; 8c, pour qu’elle s’étende bien dans toute la longueur de la grande enfouple A , les demi portées paffent entre les chevilles du voteau Z. On n’a mis ici qu’un feul Ouvrier, au lieu de deux, pour tenir le voteau par chaque bout, par la même raifon que ci-deifus. Les fils paffent par-deffus Draperie. Ll
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- 534 ART DE LA DRAPERIE.
- la batte & le rot R; on ôte ordinairement le rot pour monter la chaîne ; remontants du derrière du métier h, montants du devant: ces montants font > liés les uns avec les autres par plufieurs traverfes, que Ton voit repréfen-tées dans la figure 4. T, T, deux bobines placées au haut du métier, chargés de fil de chaîne pour réparer ceux qui fe rompent > W, épées qui foutien-nent la batte & le rot \ /, encouloire ou poitrinlere qui porte une fente dans laquelle paffe Tétoffe tifîiie pour aller fe rouler fur la petite enfouple $ Gy petite enfouple fur laquelle on roule l'étoffe qui efl: tiffue ; M\ N y les deux marches fur lefquelles montent les Tiffeurs ou Tifferants : il faut deux Tiffe-rants pour travailler un drap ; O y endroit où s’attachent les marches.
- Figure y y Le même métier vu encore par-derriere;£,/Jg,^montants du métier affujettis par plufieurs traverfes \ MyNy les marches ; TyT, les bobines chargées de fil de chaîne ; Wy une des épées qui foutiennent la batte ;E y poulies ou mouffles dans lefquelles paffent les laffets Uy qui foutiennent les lames > Qy les deux lames , favoir, celle du pas de devant , & celle du pas de derrière ; i , les liais ou tringles de bois où font attachées les liffes qui forment les lames ; Gy petite enfouple de deflbus, placée fur le devant du métier. On voit outre cela deux Tifferants qui lient les fils de chaîne un à un avec les fils de penne , avant de commencer la piece.
- La Figure 6 repréfente quelques pièces détachées du métier ; Y y le ver-dillon garni d’un bout à l’autre de fils de chaîne j Q y les lames ; /, 772,72,0, liais ou tringles de bois qui portent les tiffes qui , par leur affemblage, forment les lames 5 IP R y la batte ; P, le rot ; / , le fommier ; R , le chapeau fur lequel les Tifferants mettent la main pour faire agir la batte ; q , q, fils de chaîne liés par paquets pour que les portées ne fe confondent pas les unes avec les autres : on les délie pour les joindre fil à fil avec les fils de penne, comme le font les Ouvriers de la figure J.
- Dans la Figure 7, on voit la chaîne roulée fur la grande enfouple A ; on paffe des cordes, ou plus ordinairement des baguettes Vy pour conferver la grande croifée jufqu’à ce qu’on coupe les fils; la piece étant fur le métier, on réunit enfuite ces fils par paquets q Ç fig. 6 ), pour les lier avec les fils de penne.
- La Figure 8 repréfente la coupe tranfverfàle d’une lame /; m, coupe des liais ; n, une liffe avec la maille dans laquelle un fil de chaîne doit paffer.
- PLANCHE VIII.
- Cette Planche fait voir une piece montée fur le métier, en l’état où on la travaille.
- Figure 1, Le métier vu par-devant ; eyfy montants ou chandeliers du du devant ; g, le haut des montants du derrière du métier ; Q, les lames en place ; 772, les liais ; E , les mouffles ou poulies 3 n, les laffets qui fuf-;
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- pendent les lames ; T, bobines fur lefquelles on dévidé du fil de chaîne pour réparer les fils qui rompent. La chaffe eft compofée des épées W, du rot P9 qui eft tenu entre le chapeau R 8c le fommier I : la lettre /, marque . auffi la couloire ou poitriniere par laquelle paffe l'étoffe qui eft tiffiie ; L, planche inclinée comme un pulpître, fur laquelle les Tiffeurs s'apuyent en tra-vaillant -, d, boîte attachée à cette planche, 8c dans laquelle on met les fépoules ; G, la petite enfouple fur laquelle fe roule l'étoffe tiffue, Ôc d'où elle tombe dans le faudet X. On voit au bout de la petite enfouple les chevilles qui fervent pour la tourner, & le linguet qui l'empêche de fe dérouler ; O y le derrière des marches avec la cheville qui les traverfe ; BBBy la chaîne pour les lifieres ; S, étoffe tifliie & qui tombe dans le faudet.
- Figure 2, Le même métier vu par derrière -, ef 8c g h , chandeliers ou montants du métier ; B, chaîne des lifieres qui s'étend depuis la grande enfouple^ :elle paffe par-deffus le métier, 8c elle eft raffemblée en pelotte;
- B 2 , poids qui tiennent la chaîne des lifieres médiocrement tendue y E y poulies ou mouffles ; n, laffets qui fulpendent les lames Q par les liais ;
- /, m y épées de la chaffe W qui foutiennent le rot : on apperçoit en P une partie du chapeau 8c du fommier de la batte -, s, étoffe travaillée, en partie roulée fur la petite enfouple G, & dont une autre partie tombe dans le faudet X ; M N y les marches vues par devait ; d, la boîte où l'on met les fépoules ; b, petite broche de bois qui paffe dans la fépoule ; c, refforts qui arrêtent la fépoule dans la poche de la navette.
- Figure 3, Deux navettes, dont une eft placée comme elle doit être dans la chaîne quand on la lance s l'autre eft pofée fur le côté pour faire voir la fépoule dans la poche a, '
- PLANCHE IX.
- La Figure I repréfente une Ouvrière fépouleufe qui charge des fépoules avec du fil de trame.
- , Figure 2y Métier monté, & deux Tifferants fur les marches 8c en aétion de travailler : celui de la droite lance fa navette, que celui de la gauche fe difpofe à recevoir : ils ont l'un 8c l’autre une main fur le chapeau de la chaffe ; comme toutes les pièces de ce métier font indiquées par les mêmes lettres que dans les figures précédentes, nous n’entrerons dans aucun détails
- Fig ure 3 , Métier vu par un des bouts -, ef 8c g h, montants du devant 8c du derrière ; A , la grande enfouple ; Q9 les lames -, ü, le chapeau de la batte ; au-deffous eft le rot, & encore plus bas le fommier -, G, la petite enfouple.
- La Figure 4 repréfente le métier coupé par le milieu, de Lavant à farriéré -, A, la grande enfouple fur laquelle la chaîne eft roulée ; Q , les lames
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- ar36 ART DE LA DRAPERIE*
- qui féparent en deux les fils de la chaîne pour former le pas de devant & le pas de derrière : on voit l’angle où l’on doitlancer la navette j S, piece de drap travaillée, qui après avoir paffé dans lencouloire/, le roule enfuite fur la petite enfouple G , & tombe dans le faudet X ; 12, planche inclinée fur laquelle les Ouvriers s’appuyent en travaillant : on voit encore les marches M >N, 8c les porte-marches qui répondent aux lames ; O, eft l’endroit où font attachées les marches : on voit au-deffous le marche-pied fur lequel les TifTerands fe placent, quand iis ne font pas fur les marches : laT moufïle, la chaffe, & tout ce qui lui appartient font cottées des mêmes lettres que dans les figures précédentes.
- PLANCHE X.
- On a repréfenté fur cette Planche deux machines à fouler les draps.
- La Figure 1 repréfente unmoulin à maillets ; a > l’arbre tournant qui eft emporté par la roue à aubes b : cet arbre eft garni dans fa longueur de cames ou levées p , qui foulevent les maillets par la partie M\ N, coin qui fertà affermir le maillet C fur fon manche M : ces manches font traverfés en K par un boulon L qui eft le centre de leur mouvement : les maillets C ont une dent ou échancrure en O ; A, très-groffe piece de bois dans laquelle' font creufées les piles ou pots B. Il y a toujours deux maillets qui frappent dans la même pile, ainfi qu’on le voit ici repréfenté : chaque couple de maillets eft féparée par une piece de bois R, qui leur fert de conducteur: on voit en Q, une chaîne* à laquelle on accroche les maillets lorfqu’on ne veut pas qu’ils travaillent.
- La Figure 2 qu’on appelle dans quelques Fabriques la machine, eft un dégorgeoir : les maillets font fiifpendus prefque perpendiculairement par le tourillon L > qui eft le centre de leur mouvement j ils frappent prefque horizontalement, mais avec bien moins de force que les maillets de la première figure ; a, arbre tournant qui porte les cames p, lefqueiles attrappent les manches des maillets par la partie M ; c, maillet fermement attaché au manche K par le coin N : ce maillet eft arrondi, & il a une dent en O ; B, pile creufée dans une piece de bois qui s’étend jufqu’en d : la piece de bois A , doit être très-forte pour n’être point ébranlée par les coups des maillets ; b, eft le deffous de la pile qui doit être très-près du deffous des maillets c.
- La Figure 3 eft uniquement deftinée à faire voir une roulette S, que l’on ajufte quelquefois à la piece M, & qui diminue le frottement des cames p , en donant plus de facilité à la machine de tourner.
- Figure 4, Pile ou pot du moulin de la'figure 1, dans lequel on voit la piece de drap roulée 8c pliée en rond : on l’arrange quelquefois en zig-zag, comme dans la figure y.
- PLANCHE
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- ART DE LA DRAPERIE. PLANCHE XL
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- Cette Planche repréfente en perlpeétive le moulin à maillets de lal > ( Planche X ). On voit dans ces plans perlpeétifs quatre paires de maillets > au lieu que fur la Planche X, on n’en a pu reprêfenter qu’un feul.
- Figure x, b, la roue à aube ;a, l’arbre tournant qui porte les camesp\ A y forte piece de bois , dans laquelle font creufées les piles ou pots ; c, les maillets ; R > Prifons, pièces de bois qui féparent les maillets deux à deux ; H Gy bâti de forte charpente, qui renferme & àffujettit les prifons/? ; au-deffus eft un treuil Ty qui fert à foulever les maillets qu’on ne veut point faire travailler ; fur la circonférence des roues font des cordes fans fin , qui fervent à faire tourner le treuil ; K y les manches des maillets ; Ly l’axe de ces maillets : cet axe traverfe les montants h qui font alfemblés haut & bas dans les traverfes iy g ; I E F, cage de charpente qui renferme toute la machine : Wy dalle qui porte de l’eau aux piles ; a y petit filet d’eau pour rafraîchir l’axe de l’arbre qui porte les cames ; Q, chaînes auxquelles on accroche les maillets levés.
- Cette explication eft relative auffi à la figure 2, où les mêmes lettres indiquent les mêmes choies.
- Figure 3 y coupe d’un pot par Ion milieu : comme on a employé les mêmes lettres que pour les figures précédentes y je ferai feulement remarquer que le maillet C (figures 3 & 4 ) , n’eft ainfi tâillé par deux dents aiguës, que quand on foule de groffes étoffes ; car ces dents pourroient endommager les draps fins.
- PLANCHE XI L
- Cette Planche repréfente un moulin à foulon > dit moulin de Hollande * où les pilons font verticaux.
- La Figure 1 repréfente le moulin vu de face ; on voit dans la figure 2, le même moulin repréfenté de côté 5 b, roue à aubes;/?, roue en hériflon pofée fur le même arbre c que la roue b : cet hériflon engrene dans une lanterne D 3 qui emporte l’arbre E 9 qui porte les cames qui fervent à élever les pilons F y reçus entre des pièces Ç) 8e L, qui fervent de conducteurs : le bas des pilons G eft taillé par des dents qui contribuent à faire tourner l’étoffe dans le pot ou la pile H : on ferme par devant le deffus des piles avec des volets K, au moyen de quoi l’étoffe qui y eft renfermée s’échauffe , ce qui favorile le foulage ; il y a à chaque pilon vers le point T9 un lévier pour foulever les pilons lorfqu’on ne veut pas qu’ils travaillent : ce moulin à pilons eft très-bon pour les grandes Manufactures.
- Draper ie>
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- art de la draperie,
- PLANCHE XIII.
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- Cette Planche repréfente le travail des Laineurs, dont la fonction eft de tirer les poils du drap avec les griffes d’une plante, que les Botaniftes nomment Dipjacus feu Carduus Fullonum, & que les Ouvriers appellent Chardon a laineri une tête de cette forte de chardon eft. repréfentée dans la figure 4 ; on y voit les crochets qui doivent prendre dans la laine ; ces chardons fe montent fur une croix ( figure y ) * comme on l’a repréfenté dans la figure 6 ; un Ouvrier ( figure 2, ) monte les chardons fur cette croix : on voit (fig* 3 ) des Ouvriers au travail. La piece de drap paffée fur les deux perches AA, B B, pend dans le bac C, Sc deux Ouvriers DE, tiennent dans une de leurs mains, une croix garnie de chardons, & dans l’autre une croix vuide telle qu’elle eft repréfentée dans Iz figure y : cette croix fans chardons, forme un point d’appui à celle qui en porte Sc qui tire le poil de la piece du drap. On a repréfenté par la figure 3 , un Ouvrier D , qui a les bras élevés, & un autre E, qui les a baiffés ; l’un Sc l’autre cependant élevent Sc abaiffent en même - temps leurs bras ; mais il nous a paru convenable de les repréfenter dans les deux polirions. Le jeune Ouvrier repréfenté dans la figure x , eft occupé à nettoyer les chardons avant de les reporter à la cabanne.
- PLANCHE XIV.
- Cette Hanche repréfente les opérations du tondage des draps.
- Figure 1, deux Tondeurs en attitude ; B, table des Tondeurs fupportée par les traiteaux C D : cette table eft repréfentée par-deflbus dans ldi figure 6. Le drap L tombe dans un faudet A, & il eft attaché à la table par des crochets M M, que l’on voit repréfentés plus en grand dans h figure 4. Les cifeaux dont fe fervent les Tondeurs font formés de deux lames ou couteaux A B (figure 3 ) , qui ont deux branches CD, lefquelles font jointes par un reflbrt E.
- Pour mettre les cifeaux en état de fervir, on charge une des lames A, d’un poids H (figure 5 ) ; pour faire agir ces grandes Sc pelantes lames, on attache à la lame A, la piece I ( Figures y ê 8 ) ; & fur la lame B > la piece G, Sc ces deux pièces fe joignent par une courroie F : de plus, on attache la piece e à la branche C : alors l’Ouvrier làijfiflànt de la main gauche la piece e, il affermit fur la table la lame A , Sc de la droite la mailloche cotée G ; il pouffe en dehors cette mailloche G, qui fait gliffer la lame B fur la lame A. On voit à côté à^s figures y & 8 , les mêmes pièces féparées, dont on peut prendre une idée plus précile. On a repréfenté dans la Figure 7, la pofition des cifeaux fur la table : & on s’eft à deflein écarté
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- des réglés de la perfpeéHve qu'on a obfervées dans la figure ï9 pour mieux; faire voir la pofition de ces cifeaux fur la table.
- La figure 2 repréfente deux Tondeurs occupés à relever le poil d’une pièce de drap avec les inftruments N, O de lafigure 4.
- PLANCHE XV.
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- Figure 1, Ouvrier Àpprêteurqui couche le poil d'une piece de drap avec une petite planche quon appelle tuile : la piece de drap eft pofée fur un faudet fous la table ÿ l'Ouvrier la fait palfer partie à partie fur la table , & il couche le poil avec la tuile qui efl: garnie fur la face extérieure de maflic & de fable.
- Figure 2 , Prefle pour les pièces de drap ; A, A , les jumelles entre lefquelles on met le drap fiir le fbmmier D ; B>B, le haut des jumelles ; F y le chapeau qui porte l'écrou* & qui efl fermement aflemblé aux jumelles, 3c fortifié encore par des liens & étriers de fer ; Ey vis ; G, lanterne ; C, fort plateau qui pofe fur les pièces de drap.
- Figure 3 , La même prefle garnie de. plufieurs pièces de drap, entre chacune defqu elles on met une planche épaifle O : on voit ici le lévier /, qui efl engagé dans la lanterne G : quelquefois * pour augmenter la force de la prelfton , on ajoute le treuil vertical K.
- Au-deflous de la figure 3, on voit la même prefle repréfentée en plan*
- Figure 4 * Coupe de cette prefle.
- La Figure 5 fait voir quelques pièces détachées de la prefle ; G, lanterne ; H9 un des plateaux de la lanterne ; D , planches pour mettre entre les pièces de drap.
- Figure 6 y Ouvrier Apprêteur occupé à plier une piece de drap pour la mettre enfuite à la prefle.
- Figure 7, Pièces de drap arrangées comme elles le doivent être pour être mifes à la prefle.
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- J
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- ART DE LA DRAPERIE.
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- E X P L I C A T I O N
- De plujieurs Termes qui font en tufage dans l’Art
- de la Draperie.
- A
- A G N E L1N : la laine dite d'Agnelin eft celle que Ton tire des peaux d’agneaux , ôc qui n’a pas allez de corps pour foutenir les apprêts.
- Ancrure : défaut qui fe trouve dans un drap par la faute des Tondeurs : voyez page 118.
- Apprester un drap ; c’eft le lainer, le tondre, le paiïer à la preffe ; en un mot, lui donner toutes les façons qu’il doit avoir après qu’il a été foulé, 96.
- Approché : quand un drap eft tondu fort ras, on dit qu’il eft bien approché, 116.
- Aspe ; dévidoir qui lert pour faire les échets, ou perrots, 39.
- Avalée : fe dit de la quantité de drap qui s’étend depuis l’endroit où peuvent agir les Laineurs, jufqu’à la hauteur de leurs genoux.
- Auger : fe dit d’un certain contour en aile de moulin que l’on donne aux couteaux ou planches de la force dont fe fervent les Tondeurs, n^.
- B
- Bac : efpece d’auge de bois dans laquelle on met la laine qu’on veut graiffer : on le nomme quelquefois graiffoir, page 28.
- Le bac des Apprêteurs fert à entretenir le drap humide pendant qu’on le laine, 97.
- Bain : les Dégrailfeurs & les Teinturiers nomment ainfi la liqueur imprégnée d’urine ou de fubftance colorante qui eft dans la chaudière.
- Balle : une balle de laine eft un gros paquet ' renfermé par un emballage. Mais il eft bon d’avertir à l’occafion de la note qui eft au bas de la page 3, qu’on appelle proprement ballin , l’enveloppe de la balle ; cette enveloppe eft un gros tifîù de chanvre : les Marchands de laine défalquent par eftimation le poids de cet emballage, fur la totalité de celui d’urte balle de laine.
- Banqueroute : défaut qui provient du travail des Tondeurs, 118.
- Barres : les barres dans un drap, font les endroits où l’on remarque des changements de couleur ou de luftre , & qui s’étendent fuivant la largeur du drap*.
- Basses-laines : on appelle ainfi les laines les moins eftimées du Royaume.
- Baudet : on appelle ainfi le chevalet dont les Droujjeurs fe fervent. 29.
- Billette. Voyez Manique,
- Biseau , Chanfrein qui forme le tranchant des couteaux des forces ,113.
- Bobiner ; charger de fil de chaîne des bobines qui font des morceaux de bois tournés & creufés en gouttière.
- Botres : on appelle ainfi les forces qui font peu tranchantes, 102.
- Bouts de broche : défaut dans la filature ,37.
- Branche : on appelle ainfi une demi-portée. Voyez Portée.
- Brevet : on nomme ainfi l’eau de colle qui fort de la chaîne lorfqu’on l’exprime après l’y avoir trempée.
- C
- Cabanne aux Chardons : c’eft l’endroit où l’on arrange graduellement les chardons : on l’appelle aulïi Grenier aux Chardons.
- Cadencer : terme de Cardeur. On dit qu’une carde cadence bien, quand tous les fils font d’une même groffeur, d’une même longueur & d’une même élafticité, & qu’ils travaillent tous également, 25.
- Calibre : on dit qu’une force eft d'un bon . calibre, quand les planches dont elle eft compose , ont une courbure convenable, 113.
- Cannelier : chevalet qui porte les bobines chargées de fils de chaîne, 43.
- Carde : inftrument compofé d’une planche couverte d’un cuir hérilfé de pointes de fil de fer : il y en a de différentes formes, 23.
- Cavalier : en terme de Cardier, c’eft un fil ou une dent qui fe trouve plus longue que les autres, 2j.
- Cavalière : on appelle une laine cavaliere9 celle qui n’eft point mélangée, & qui eft bien triée : ce terme n’a lieu que pour les laines d’Efpagne.
- Chaîne : la chaîne d’une piece de drap tou de toile eft compofée de fils étendus fur le métier dans toute la longueur que l’on veut donner à la piece.
- Chaîne ouverte & fermée, voy.page 64.
- Chapeau. Voyez Chajje.
- Chasse efpece de chafïis mobile qui fert à frapper la trame à travers les ouvertures de la chaîne. La chalfe eft formée par deux pièces verticales , qu’on nomme épées ,
- & par deux autres horizontales qui affujet- * tiffent le rot ; l’une fe nomme 1 q Chapeau 9 & l’autre le Sommier.
- Cheval : on dit qu’une Ourdiffeufe a fait un Cheval, quand en remontant la fécondé
- demi-
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- ART DE LA
- demi-portée fur l'ourdi Hoir , elle manque à fuivre les révolutions de la première demi-portée : voyez page 48.
- Clairures : ce font des défauts qu’on remarque dans les draps qui ne font pas tiffus ôc frappés uniformément, 66.
- Corsé , fe dit d’un drap qui a beaucoup de corps, qui eft bien fourni de laine. On dit aufîi tout Amplement drap qui a du corps : dans quelques Fabriques, on employé le terme de Corfage.
- Coupes. Les coupes qui fe font pour trancher le poil avec les forces, fe diftinguent en coupes en harmant , coupes en demi-laines ôc coupes d'apprêt : celles-ci font les dernieres.
- Courant. Voyez Lingard.
- Goûte aux : on fe fert quelquefois de ce terme pour dire les planches <Pune force*
- Criteler : pour dire faire des Ecriteaux, ce qui eft un défaut dans le drap. Voyez ce mot, & page 1 ip.
- Cuissette : c’eft la même chofe que demi-portée* Voyez Portée.
- D
- Dégorgeoir • moulins où les maillets frappent horizontalement : ils fervent à laver 6c à dégorger les étoffes.
- Dégorger : dégorger un drap , c’eft le battre à grande eau dans la machine qu’on nomme Dégorgeoir , pour le nettoyer de la terre, du fa von, ou de l’urine: on dégorge aufli les draps teints en couleur pleine.
- Dépiété : un drap dépiété eft celui qui eft également bien garni , où il n’y a point de place qui n’ait été attaquée par le chardon.
- Désertes : Forces défertes , font des forces peu tranchantes. Voyez Botres, & page 103.
- Dressoir : outil du Cardier ou Faifeur de cardes, qui fert à redreffer les dents des cardes, 23.
- Drousser ; voyez page 28.
- Droussettes : grandes cardes pour travailler la laine .Voyez Cardes, & page 23.
- Duitte : on appelle ainfi le fil de trame qu’on lance avec la navette entre les intervalles des fils de la chaîne. Double Duitte : défaut qui provient de ce que les fils de la trame fe trouvent doubles en quelques endroits, 66.
- E
- Eau : on laine en première, féconde, troisième ôc quatrième eau : c’eft ainfi qu’on di-ftingue les différentes voies de chardon ,102.
- Ebroussé : terme de Foulonnier ; c’eft comme qui diroit éfilé.
- Ecati : on écatit les draps noirs ôc écarlates qu’on ne veut pas luftrer : c’eft-à-dire, qu’aux apprêts , on fe contente de les preffer médiocrement ôc fans cartons, 123.
- Draperie*
- DRAPERIË. î4î
- Echets : fynonyme d'ècheVïau , 39.
- Ecriteaux : terme de Tondeur pour ex^ primer les filions qu’on fait dans les poils d’une piece avec les forces , ni.
- Effondrer un drap aux apprests : c’eft rompre la laine au lieu de la tirer à la fuper-ficie ; ce qui arrive quand on laine à fec, ôc lorfqu’on emploie d’abord des chardons neufs.
- Encouloire : c’eft une forte piece de bois qui eft à l’avant du métier : elle eft tra-verfée fuivant fa longueur par une grande fente dans laquelle paffe l’étoffe à mefure qu’elle eft tiffue.
- Énervé : un drap énervé eft celui qui ayant été fatigué aux apprêts a perdu fa force ôc fon maniement.
- Enfrayure. Voyez Monture.
- Enseigne : c’eft une marque que les Our-diffeufes font à chaque tour de l’ourdiffoir 40.
- Ensimer de la laine : c’eft l’imbiber d’huile, 27.
- Ensouple : grande Ôc petite enfouple ; Rouleaux qui font partie du métier des Tiffeurs : les fils font roulés fur la grande enfouple, ôc l’étoffe tiffue eft roulée fur la petite*.
- Enverser un drap : c’eft le travailler avec des chardons ufés pour emporter ce que les Nopeufes ont détaché du drap ; car fi les nopes, bourgeons ou nœuds reftoient fur la laine du drap, le foulon les y attacheroit, ôc ces corps étrangers occafionneroient des défauts : le mot enverfer vient de ce que ces corps étrangers font à l’envers.
- Epinçeuses. Voyez Nopeufes,
- Esquive. Voyez la noto, page 38.
- Etain : on nomme ainfi les laines qu’on peigne ôc qu’on ne carde pas, 22.
- Etocage : opération de carder fur les Etoquerefes.
- Etoqueresse : forte de carde, 26,
- , F
- Faudet : efpece de cage à jour qu’on met fous les métiers Ôc les tables pour empêcher que le drap ne tombe à terre Ôc qu’il ne fe fali.ffe.
- Femelle: on nomme ainfi l’une des planches ou lames des forces, 112.
- Fermée: on dit qu’une carde eft fermée, quand les dents en font trop rapprochées, 25V
- Feutre, Feutré, Feutrage : c’eft le feul entrelacement des poils fins des animaux qui forme le tiffu des chapeaux : quoique les draps foient tiffus en toile , les poils de la laine fe feutrent au foulon , ce qui fait la différence d’un drap d’avec une étoffe non foulée.
- Filandres : défaut des planches, lames ou couteaux des forces, 113.
- Nn.
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- A RT DE LA
- Flammes : ce font des ondes de différentes couleurs qui paroiffent à la fu perfide del’étoffe.
- Forces : grands cifeaux dont fe fervent les Tondeurs, voyez page 112.
- Fort-nouer : faute que font les Tiffe-rands en nouant un fil du pas de devant avec un fil du pas de derrière, 61.
- Fourbandré : on appelle laine fourban-drée, celle qui eft: mélangée de diverfes fortes de laines.
- Frise : machine qui fert à ratiner différentes étoffes de laine, en roulant les poils en forme de petites houpes ou boutons.
- Friser une chaîne : Voyez page 43 , / %" lS > c la fecouer ôc la faire courir l’efpace de deux ou trois aunes fur le plancher en tenant un bout de la piece dans la main, pour pouvoir la jetter ôc la retirer, la fecouer d’un côté ôc d’un autre : alors lachaîne s'ouvre, les fils fe détachent, la colle s’imbibe également, ôc la corde fe gripe de maniéré qu’elle paroît frifée.
- G
- Garni : un drap bien garni eft celui dont les poils font bien feutrés.
- Genou : on dit qu’un fil fait le genou quand, au lieu d’être tendu bien droit, il fe replie, 68»
- Graissoir. Voyez Bac.
- H
- Habiller une carde : c’eft ôter avec une lime-douce ou une pierre à éguifer le mor-iîl des fils de fer.
- Harmant : la tonture en harmant eft la première qui fe fait au drap ; comme le premier lainage fe nomme en harmant, 202.
- Hautes-laines ; on nomme ainfi les laines les plus parfaites du Royaume.
- Hors de pas : quand la chaîne eft hors de pas, le Tifferand ne peut travailler, 61.
- Houeteau. Voyez Vateau.
- J
- Jarre : nom que Ton donnfe à une laine grofïiere prife fur les jarrets de l’animal, qui fournirent des poils longs, durs Ôc groffiers : une laine jarreufe, eft celle qui eft mêlée de ces fortes de poils.
- Jarreux : les poils jarreux font ceux qui étant de mauvaife qualité, fe feutrent mal au foulon, ôc fe rompent fous le chardon , au lieu de fe tirer.
- L
- Lainage : opération des Apprêteurs qui tirent la laine du fond du drap avec des chardons : le lainage en demi-laine, fe donne après le lainage en harmant, 104, 106.
- Laize ou lez : largeur du drap ; il eft im-
- DRAPERIE.
- portant qu’une piece de drap ait exaôteménfc la laize ou la même largeur dans toute fon étendue.
- Lame : efpece de couteau fans tranchant ni dents, qui fert à coucher le poil, 116.
- Lames du Tisserand s ce font des fils qu’on nomme liffes, qui s’attachent haut ôc bas à des tringles de bois qui s’appellent liais ; au milieu des liftes eft un anneau appelié maille , dans lequel pafle chaque fil, ,56.
- Lamier : Ouvrier qui fait les lames.
- Lardure : on nomme lardures les endroits où la duitte pafle deflus ou deffous plufteurs fils de la chaîne de fuite, 67.
- Liais. Voyez Lames.
- Lingard : fil de chaîne qu’on dévidé fur une bobine placée au haut du métier, ôc qui fert à réparer les fils de chaîne qui fe rompent.
- Liser ou manier un drap qu’on foule , c’eft l’ôter du pot ôc le tirer par les lifieres , pour détruire les faux-plis ; examiner s’il rentre également en laize ; voir fi le favon ou la terre font diftribués également, 84.
- Lisières : tiflu dont on borde les draps: il eft beaucoup plus fort que l’étoffe , ôc fert à accrocher la piece fur les tables des Tondeurs ou fur les rames, 62.
- Lisses. Voyez Lames.
- Loquettes. Voyez Bloques;
- Loup : infiniment pour nettoyer la laine. Voyez fa defcription, page iÿ.
- M
- Machures : défaut des Tondeurs, quand leurs forces ne coupent pas bien, 117 Ôc 118.
- Mailloche : partie de la monture des forces, 11 y.
- Male : on nomme ainfi l’une des planches ou lames des forces , 112.
- Maniant : un drap maniant eft celui qu’on trouve mollet au toucher.
- Manier. Voyez Lifer, & page 84.
- Manique ou billette : partie de la mon-; ture des forces, 11 y.
- Maque. Voyez Son.
- Métier : les Tiffeurs ou Tifferands montent les chaînes fur un métier pour les tifler enfuite avec la trame, ôc former l’étoffe; ce métier eft compofé d’un affez grand nombre de pièces. Voyez*en la defcription, 34 &fuiv. On donne aufli ce nom à la partie du baudet des Drouffeurs qui foutient les drouf-fettes, ôc dans lequel on met la laine qu’on veut drouffer, 29,
- Moliere : Défaut qui fe rencontre dans les planches des forces, 113.
- Monteur de Chardons : celui qui arrange ôc attache les chardons fur des croix ou croifées.
- Monture de droussettes : on nomme
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- ART DE LA
- ainfi une laine très-chargée d’huile, qu’on travaille fur les drouffettes neuves pour les mettre en train , 29.
- Morts ou morets : on nomme ainfi les chardons qui font fort ufés.
- Moulin a foulon : machine qui pile & foule les étoffes : il y en a de deux efpeces outre les dégorgeoirs ; fa voir, ceux à maillets Ôc ceux à pilons, 75.
- Moutade. Voyez Doubles duittes.
- N
- Nageante : 011 dit qu’une drouffétte ou carde eft nageante, quand les dents ne réfif-tent pas allez à l’effort de la laine : les vieilles cardes deviennent nageantes , 29.
- Navette : petit inftrument en forme de bateau , qui fert à faire paffer la trame entre les fils de la chaîne.
- Nettoyeur : les Nettoyeurs de chardons font de petits garçons qui reçoivent les croi-fées de chardon des Laineurs, pour en ôter les nopes qui relient engagées entre les crochets.
- Nope : bourre qui provient de la tonte des draps.
- Nopeuses : Ouvrières qui tirent avec des pinces toutes les nopes, c’eft-à-dire, les corps étrangers qui fe trouvent mêlés dans le drap tiffu, 82.
- O
- * Ourdir : c’eft difpofer les fils de la chaîne d’une étoffe d’une maniéré convenable pour les monter fur le métier du Tifferand.
- Ourdissoir : efpece de dévidoir ou d’afpe pofé verticalement, ôc qui fert à former les portées de la chaîne, 43.
- Ouverte : on dit qu’une carde eft ouverte , quand les dents en font trop écartées, 29*
- P
- Pailles : défaut des planches, ou lames , ou couteaux des forces , 115.
- Pas : comme la moitié des fils d’une chaîne doit être élevée ôc l’autre baillée dans l’action du métier, on diftingue ces deux parties de fils , en ceux du pas d'en haut, ôc ceux du pas d'en bas ; ou pour mieux dire, pas de devant ôc pas de derrière, 4 6.
- Pas-de-chat : défaut du drap, endroits où il manque des fils de chaîne, 66.
- Peignon : laine courte ôc jarreufe qui s’amaffe dans les peignes, quand on fait de l’étain ; ou dans les cardes, quand on prépare la laine pour les draps.
- Penne : fils qui relient du côté de la petite enfouple, Ôc fur lefquels on noue les fils de la chaîne.
- Penture ou Pental : on nomme ainfi une difpofition de perches qui fervent à éten-
- DRAPËRÏË. \ *43
- dre la chaîne pour la faire fécher qüand elle a été collée, 33.
- Perche : mettre un drap à la perche , c’eft le paffer fur une perche pour examiner fuc-celfivement au jour ôc à contre-jour la piece dans toute fa longueur, ôc en reconnoître les défauts, ou pour en ôter les corps étrangers qui peuvent y être reliés.
- Perrots : écheveaux de fil de trame, 39*
- Peuplé : on dit qu’un drap eft bien peuplé quand il eft bien garni de poils, 122.
- Pile. Voyez Pot.
- Planches : on nomme ainfi les lames des forces : plancher une force , c’eft l’émoudre. L’une de ces lames s’appelle planche mâle 9 ôc l’autre femelle, 112.
- Plocage : l’opération de carder fur les ploquerejfes.
- Plomb : on charge les forces de deux plombs, dont l’un fe nomme plomb de pointe, ôc l’autre plomb de talon, 11$.
- Ploqueresses : forte de cardes, 26.
- Ploques : on appelle ainfi les feuillets de laine cardée, 36.
- Plus er : éplucher de la laine, en tirer les petits corps étrangers qui y font mêlés, 21.
- Pointes : défaut des Fileufes, 37.
- Poutillage : cette opération confifte à tirer avec des pinces toutes les pontilles, c’eft-à-dire, les petits corps étrangers qui relient adhérents au drap, 12.3.
- Portées ; les portées ôc demi-portées font des faifceaux d’un certain nombre de fils de chaîne, formés fur l’ourdiffoir, 46.
- Postels : on nomme ainfi les chardons qui font les plus forts après ceux qui n’ont pas encore fervi.
- Pot : le pot d’un moulin à foulon eft l’endroit où l’on met les pièces de drap pour recevoir les coups de pilon ou de maillets qui doivent le fouler.
- Précise : on dit qu’une force eft prêcife quand elle embraffe exaêlement la table des Tondeurs, 113.
- Préparer : préparer un drap, 83.
- Prime : on défigne par ce terme les laines d’Efpagne de première qualité : elles font prifes fur le dos de l’animal jufqu’à la moitié des côtes : les fortes inférieures font dites fécondés ôc tierces.
- Q
- Queue de rat : défaut dans le travail des Tondeurs, ud ôc 118.
- R
- Rames : bâti de charpente fur lequel on tend ôc on équarritles pièces de drap , 120.
- Ranger : on appelle ranger les forces, lorf-qu’on frappe à petits coups de marteau fur la planche mâle, aux endroits où les tian* chants ne fe touchent pas affez, 114.
- RateaU, Voyez Vateau*
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- 144 ART DE LA
- Rebrousse : fe dit d’une lame dentée dont les Tondeurs fe fervent pour relever le poil du drap, né.
- Refendoir : outil du Cardier, pour efpa-cer également les dents des cardes, 2$.
- Renoper : c’eft recommencer l’opération de tirer du drap les petits corps étrangers qui peuvent y être reftés. Voyez Nopeufes.
- Rentraire : rétablir à l’aiguille les trous ôc les déchirures qui font dans un drap , 125.
- Repassage : opération de carder avec les repajjerejjés.
- Repasseresses : fortes de cardes, 26.
- Repaumer : c’eft rabattre dans l’eau un drap ou toute autre chofe qu’on veut laver : ainfi on repaume le drap à la riviere en l’enfonçant dans l’eau avec une efpece de bouloir : on repaume la laine qu’on veut laver en l’enfonçant avec des efpeces de rateaux.
- Ribotage : crifpures ou froncements qu’on apperçoit fur le drap, 67.
- Ribotures ou Ribaudieres : on appelle ainfi les rides qui régnent dans toute la largeur d’une piece de drap.
- Rosée : changement de couleur qu’on apperçoit aux endroits où le drap eft moins fourni de laine qu’en d’autres , 66.
- Rot : efpece de peigne dont les dents ou broches font de rofeau ou de bois : fon ufage eft d’entaffer la trame entre les ouvertures de la chaîne.
- S
- Scardasse : forte de droujjette, 26.
- Secondes : on appelle ainfi les laines d’Ef-pagne qui font prifes depuis le milieu des côtes jufques fous le ventre de l’animal.
- Sépoules : efpeces de petites bobines de rofeau de grandeur à tenir dans la poche de la navette, & qu’on charge de fil de trame pour fournir la duite à mefure qu’on lance la navette : ce travail s’appelle fépouler ; & les Ouvrières qui le font font nommées Sépou-leufes.
- Sillons. Voyez Ecriteaux.
- Soie : on appelle ainfi des barbes ou des filaments fins qui bordent les ploques, quand les laines ont été bien cardées, 34.
- Sommier. Voyez ChaJJe.
- Son ou maque : c’eft un coup de cloche ou de marteau , qui marque le nombre des révolutions de l’afpe, 3p.
- Stricage : c’eft un dernier lainage qu’on donne aux draps fins, 110.
- DRAPERIE.
- Suin ou suain :ic’eft une certaine grâîlTè adhérente à la laine, qui provient de la tranf* piration du mouton.
- Surge : fynonyme de Suin. Voyez ce mot.’ T
- Tasseau : piece de la monture des Forces* 11 T-
- Témoins: défaut dans l’Ouvrage des Ton« deurs, 118.
- Temple : réglé de bois qui porte à fes extrémités des crochets qu’on pafle dans les lifieres pour maintenir l’étoffe d’une piece dans une même'largeur, éj.
- Tierces : on nomme ainfi les laines d’Efi-pagne de la troifieme forte ; celles-ci font prifes fur les cuiffes, à la queue & fous le cou du mouton.
- Tisser : hjftr une étoffe, c’eft paffer avec la navette les fils de la trame entre ceux de la chaîne ; les Ouvriers s’appellent Tiffeurs ou Tfferands , ôt leur opération, tijjage, 34.
- Toile : on appelle drap en toile celui qui fort du métier des Tiffeurs, & qui n’a encore été ni foulé, ni lainé, ni tondu , &c.
- Tondre: tondre un drap, c’eft en couper avec des forces le poil qui a été tiré par les chardons.
- Trait de Chardon : c’eft la même chofe que voie. Voyez ce mot , & la page 102.
- Trame : la trame d’une étoffe eft compo-fée de fils qui s’entrelacent dans ceux de la chaîne , & qui fe croifent à angle droit.
- Tranché : on dit qu’un poil eft bien tranché lorfqu’il eft coupé de près & bien uniment , 122.
- Trépigner : aêlion de mêler les laines de différentes couleurs, 3y.
- V
- Vateau : efpece de râtelier, entre les chevilles duquel on pafle les portées de la chaîne pour quelle fe range bien fur l’enfou-ple, 5Ï-
- Verdillon : perche que les Tiffeurs paf-fent dans les petites croifées de la chaîne , S4-
- Voie : une voie de chardon fe dit quand le drap a été paffé au chardon dans toute fa longueur , ou quand toutes les avalées font faites depuis la tête jufqu’à la queue de la piece. Voyez Avalée, & page IQ2,
- • Voteau. Voyez Vateau.
- ADDITIONS
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- ADDITIONS ET CORRECTIONS
- fur l’Art du Drapier.
- J’A I dit que M. Rousseau avoit bien voulu lire nos Mémoires fur l’Art du Drapier , 6c me fournir plufieurs remarques qui affurément doivent rendre notre travail plus parfait. Comme j’ai uniquement en vue la fatisfaêlion du Public , je me fais un vrai plaifir de les publier, ôc il m’a paru qu’il convenoit de le faire dans un article particulier ôc féparé du refte de l’Ouvrage : j’y joindrai les fautes d’imprefïïon qu’on a pu y découvrir.
- Page 2. J’ai dit , qu’on teignoit quelquefois en écheveaux les laines filées en blanc. J’aurois dû avertir que cette méthode n’eft point praticable pour les draps d’une feule couleur, à moins qu’ils ne foient très-grofïiers, ou pour les draps flambés ôc chinés. Comme on eft obligé, pour ces fortes de draps, de réferver certaines parties blanches , on enveloppe de fil ou de ficelle quelques endroits des écheveaux qu’on veut qui relient blancs avant de les plonger dans la teinture ; Ôc comme la teinture ne peut prendre aux endroits recouverts de ficelle , ces écheveaux , au fortir de la cuve, font en partie teints , ôc relient en partie blancs. C’ell enfuite aux Tilfeurs à faire rapporter, en travaillant, ôc relativement au défi fein qu’ils veulent exécuter, le blanc avec le blanc ôc les endroits teints avec ceux qui le font.
- Mais on ne pourroit parvenir à faire un drap en couleur pleine ôc bien unie, parce que toutes les parties d’une même laine ne prennent jamais également la teinture ; il fe trouve toujours des floccons de laine plus grolïïere ôc jarreufe foit d’agnelins, foit de laine morte , qui prennent la teinture plus imparfaitement ou plus lentement ; c’ell pourquoi, avant de donner les laines aux Drouffeurs, on fait placer avec plus d’attention les laines teintes , que celles qui doivent relier en blanc, pour ôter tous les floccons qui n’ont pas bien pris la teinture , parce qu’ils formeroient des barres dans le drap.
- Pag. 3. Nous difons , qu ordinairement les balles de laines d’Efpagne pefent environ 2$o à 300 liv. ; ôcpag. 4, 225- ou 2^o. fur quoi il n’ell pas hors de propos de remarquer que les balles de laines d’Efpagne pefent ordinairement 210 à 220 liv. On les appelle alors balles régulières ; il s’en trouve de plus pefantes ; mais ce font des balles refaites à Bilbao, foit parce que le balin étoit mauvais , foit pour la commodité du tranf-port ; les Fabricants aiment moins ces bal-Draperie,
- les refaites que les balles régulières , parce que fouvent on trouve du chanvre mêlé dans l’intérieur.
- M. Rousseau me fait obferver que les droits que les laines payent à la fortie d’Efpagne, montent à 43 réaux de Veillon par arobe du poids de 2$ livres ; ce qui fait à peu près 11. liv. f f. de notre monnoie. Rendue dans les Fabriques de Sédan > cette laine d’Efpagne revient à fo pour cent de plus qu’à un Fabricant d’Efpagne qui l’emploie dans ce Royaume. Ces droits de fortie font égaux pour toutes les laines 9 excepté pour les communes d’Ellramadour qui payent quelque chofe de moins.. Il faut ajouter à cela, que les draps fabriqués qu’on envoyé en Efpagne payent ? pour différents droits , à l’entrée de ce Royaume ,23 pour cent, ôc outre cela 10 livres par cent de frais. Malgré cette inégalité de 83 pourcent que fupportent nos Fabriques , nos draps font cependant moins chers à Madrid ôc à Cadix, que ceux de même laine que l’en fabrique en Efpagne, à caufe de l’intelligence de nos Fabricants ôc de la main-d’œuvre qui eft moins chere en France.
- Pag. 4 , Polac 3 lifez : Paular... . Jèronimi-tes 3 lifez, Hiéronymites... A la note de Pg-lac de quadraloupe 3 lifez, de Paular de Gua* daloupe , de Negnette de Luco, ôcc.
- Pag. 4, A l’occafion de ce qui eft dit fur les Prairies , M. Rousseau remarque que les prairies de la plupart des provinces d’Ef-pagne réputées les plus propres à fournir de bonnes laines fontmontagneufes comme celles du Dauphiné, du Vivarais, de la Savoie , Ôcc. Le Royaume de Léon eft principalement rempli de montagnes ; l’herbe qui y croît eft d’une fineffe extrême , ôc bien préférable à celle des vallées ôc même des plaines, p^hrîa nourriture des moutons,dont la fineffe de la laine dépend bien moins qu’on ne penfe du climat, que de la qualité des pâturages; car, ajoute- t-il, on remarque que dans les troupeaux d’une même province , la laine de ceux qui font établis à mi-côte eft plus fine que celle des moutons qui paiffent au pied de la même montagne ; c’efl ce qui fait que les laines des piles de Caftille ôc de Léon ne font pas toutes de même qualité.
- Les plus beaux troupeaux ne fortent pas de la Caftille ôc de Léon ; ils vont de l’un à l’autre pendant toute l’année; de maniéré qu’ils ne couchent gueres deux nuits au même endroit. Les propriétaires des grands troupeaux ont des terres tout le long de
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- 1/^6 Additions et
- la. route, ou bien ils en louent. Les propriétaires des piles de l’Efcurial ôc du Paular ont des laines fupérieures à toutes les autres, parce que ces deux Monafteres poffedent les meilleurs pâturages dans les deux Royaumes.
- Nous ajouterons encore que ce qui eft appellé {pag. 4) Ségonces ôc Léonijfes,eft plus communément connufous les noms de Ségo-vie ôc Lêonoife.
- Pag. 6. A l’occafîon de ce que nous avons dit des laines fourbandrées, mariné es ôc échauffées en magafin, M. Rouffeau remarque que (1 des laines arrivent humides, ou fi on les dé-pofe dans un magafin humide , la laine s’y échauffe, elle y fermente , la graiffe fe recuit , elle fe defféche , ôc elle s'attache fi intimement à la laine, quon a bien de la peine à l’enlever ; alors cette laine contracte une mauvaife odeur, ôc elle prend un œil roux. C’eft pourquoi, quand nous difons plus bas qu’on eftime la laine qui a un œil rouge,il faut entendre ce rouge de carmin qui eft particulier aux laines d’Efpagne, mais non pas un roux terne qui indique une abondance de fuin endurci.
- Lorfqu’on laiffe les laines s’échauffer encore plus dans le magafin , elles s’y altèrent, elles y perdent toute leur force , ôc deviennent incapables de foutenir les apprêts.
- Il ne faut pas, remarque M. Rouffeau, s’en tenir dans le choix des laines au fon dont nous parlons , ( pag. 6 ) ,* car on peut rendre le fon moelleux en expofant la laine à la vapeur de l’eau : du moins faut-il con noître cette fraude pour n’en être pas la duppe.
- Quand nous avons dit ( pag. 6 ) que les laines de Dixme qui font mêlées de laines de différentes qualités , ne font propres qu’à faire les draps noirs ôc mélangés , il faut entendre toujours que ce font des laines triées avec foin, ôc d’une même forte; car, comme le remarque M. Rouffeau , fi ces laines font mélangées de groffes Ôc de fines , elles feront une filaffe ôc un tiffu inégal ; le drap ne fera pas également couvert ; ôc, à la fin des apprêts, il fera bar*é ; ce qui eft un défaut, même dans les draps noirs.
- M. Rouffeau penfe qu’une laine décheoit de qualité , ôc quelle devient dure ôc coriace quand on la conferve plus de deux ans en gras. Il penfe, comme nous,fur les laines de Portugal qui viennent d’Eftra-madoure ôc d’Andaloufie.
- Pag. 13. A Sédan ôc dans les autres Fabriques ou l’on emploie des laines d’Efpagne , on ne dégraiffe point à l’eau chaude, fnais a l’urine , comme nous l’expliquons dans la fuite ; ainfi le lavage dont nous avons parlé, ne convient que pour les laines du pays qu’on acheté en toifon ôc en fuin , Ôc il tient lieu du lavage fimple à la riviere que font les Marchands de laine ; quand dans
- Corrections
- les Fabriques on a mis tremper dans une eau de fuin de vieilles laines dont le fuin eft trop endurci pour être emporté par l’urine , on n’eft pas difpenfé de les paffer à l’urine après que le fuin a été attendri par le moyen que nous expliquons à la pag. *3-
- Pag. 14, lig. 16. On l'y laiffe un quart-dé heure : lifez, y ou 6 minutes. Car fi on laif-ioit la laine trop long-temps dans burine , ce bain eft fi aêtif qu’il attaqueroit le corps de la laine , & la durciroit.
- Même pag. lig. 16. En la promenant fur la fuperficie du bain. Il eft mieux de plonger la laine au fond, où on la remue : le Dégraif-feur juge, félon la facilité ou la réfiftance qu’il éprouve en l’enfonçant, fi le bain eft fuffifamment chaud ôc affez chargé d’urine ; connoiffance qu’il acquiert par l’expérience.
- Pag. iy. lig. p : On peut dégraiffer très-bien, &c. Nous avons déjà fait une reftric-tion fur cette maniéré de dégraiffer. M. Rouffeau ne l’approuve cependant pas;ôc il dit qu’on s’eft quelquefois bien trouvé d’étendre de la vieille laine fur une volette au-deffus de la vapeur de l’eau bouillante ; qu’elle s’y ouvre Ôc devient plus aifée à dégraiffer par le moyen de burine* On peut encore parvenir au même but par différents moyens.
- Pag. ip , lig. ïp. Cependant quelques - uns prétendent , &c. M. Rouffeau penfe, Ôc je crois que c’eft avec raifon , que cette opinion n’eft admife dans aucune Fabrique de draps fins, prime ou fécondé d’Efpagne.
- Pag. 23 , lig. 26. Je parle avantageufe-ment des cardes de Hollande ; cependant dans la note ( b ) de la même page , je dis qu’on fait de très-bonnes cardes à Sédan. M. Rouffeau confirme ma note, ôc dit qu’il y a à Sédan un Ouvrier nommé Day qui en fait de très-parfaites en tout genre, pla-quereffes, étoquereffes Ôc repaffereffes, foit en diagonale, ou en échiquier, enfin de quelque forme qu’on les lui commande ; c’eft ce même Ouvrier ,qui en fournit à M. de Julienne , ainfi qu’à plufieurs autres grands Fabricants : il emploie pour certaines car-" des du fil bien plus fin que celui dont on garnit celles du N°. 7.
- Pag. 27 e^28. J’ai dit, que les fentiments étoient partagés fur la quantité dé huile quil falloit donner à la laine qu'on define pour la chaîne ou pour la trame.
- M. Rouffeau penfe que comme le fil de chaîne eft d’une laine moins rompue dans les cardes nôc les drouffetes que le fil de trame , ôc que d’ailleurs il eft plus tors , il a plus de force ôc qu’il n’a pas befoin d’autant d’huile pour être filé fin, parce que la laine eft plus longue ; au lieu que la trame eft d’une laine plus courte ôc qu’elle doit refter veule ; qu’il n’y a que la quan-
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- sur l*A r t du Drapieri 147
- tité d’huile qui lie enfemble les brins de laine ôc qui empêche les ploques de fe rompre, outre qu’elle leur donne la facilité de s’alonger.
- J’ai dit que la colle ne prendroit pas fur un fil trop gras. M. Rouffeau ajoute dans fes remarques , que l’huile a bien plus de peine à quitter la chaîne dans l’opération du dégraiffage, qu’à fe féparer de la trame qui eft plus ouverte.
- On lit (pag. 28.) que dans la plupart des Fabriques on emploie de !huile de Séville , ôcc. Cela eft vrai ; mais M. Rouf-feau eft perfuadé qu’il faut toujours effayer de confommer par préférence les matières que fournit le Royaume ; il ajoute qu’on emploie maintenant plus d’huile de Provence que de Séville; qu’on en trouve de graffe dans cette province , ôc qui revient à meilleur marché que celle qu’on tire de l’étranger ; qu’il ne s’agit que d’avoir un bon Commiflionnaire , ôc que l’on trouvera fûrement de l’avantage à employer l’huile de Provence.
- Pag. 30, lig. 27; les laines imparfaites : lifez les droufièttes imparfaites.
- Pag. 34, lig. 13, Tout ce quon peut faire pour la ménager (la laine )’, Fefi dé employer des cardes très - fines & fort ferrées. M. Rouf-feau dit qu’il eft mieux de la faire palfer d’abord par des cardes très-larges, ôc de ne l’amener que par degrés aux plus fines.
- Pag. 3 y, lig. iy. H c/l bon de favoir en général, &c. Cette propofition en général, qui eft affez vraie, a cependant befoin de l’éclaircifTe'ment que me fournit M. Rouf-feau. Sur une chaîne , dit-il , qui péferoit 40 livres , il n’y auroit communément que 4 y liv. d’huile, ôc par conféquent 3 y liv. ~ de laine ; 6c fur 60 liv. de trame , il y auroit 12. liv. d’huile; par conféquent il refteroit 48 liv. de laine : d’où il s’enfuit que la chaîne feroit à la trame, comme 3; f eft à 48 , ce qui n’eft pas, quoiqu’on ne puiffe pas aiïigner une proportion jufte , parce que cela varie à chaque piece.
- Dans la balance qu’un Fabricant fait au bout de chaque mois ou au bout de l’année , il fe trouve qu’il a confommé , à peu de chofe près, f de la laine en chaîne ôc
- en trame : la trame qui entre dans une piece de drap pefe cependant plus de deux fois la chaîne ; mais cette différence vient de l’excédent de l’huile.
- Pag. 3p , lig. 28. Ce nombre de fions efi réputé pour une livre. A Sédan,où l’afpe a ii aune j- de tour, il faut 22 maques pour faire un échet; la maque eft de 44 tours de l’afpe, ainfi l’échet a 968 tours de l’afpe, ou bien 1290 f d’aunes ; il faut fix échets & demi pour une livre ; ainfi une livre de laine filée en chaîne doit donner 83897 d’aunes de fil en 6292 tours de l’afpe.
- Quant à la trame, M. Rouffeau la paye à la livre , fuivant qu’elle eft filée fin , Ôc fans la mefurer fur l’afpe.
- Pag. 39 9 lig. 23 ; il eft de 660: lifez ; de 720 révolutions.
- Pag. 39, lig. 24 ; de 600 révolutions : lifez , de 660 révolutions.
- Pag. 40,lig; 2 ; & le perrot de trame feu-lement 60 ; lifez, 600.
- Pag. 40, lig. j ; deux écheveaux : lifez, deux ou trois écheveaux. Et enfuite , lig. 11 ; trois échets : lifez , deux ou trois échets.
- Pag. 40 , lig. 4 ; 121 o : lifez, 1290 7 de fil en 22 maques, de 44 tours de l’afpe chacun.
- Pag. 40 , lig. 7 ; époules : lifez 9fépoules.
- Pag. 41, lig. 1 ; Lingat : lifez , Lingar.
- M.. Rouffeau approuve la définition que j’ai donnée de l’enfeigne dans la note du bas de la page ; elle a cinq fois la longueur de la navette, ou y aunes de Brabant, ou 3 aunes 7 de Paris.
- Pag. 43 ) lig* 7 9 efpouble: lifez, fépoule.
- Pag. 43 , lig. 7 : Cette portion de drap , &c. Ce qui eft dit ici eft vrai : cependant M. Rouffeau ajoute pour plus grand éclair-ciffemont, que ce défaut vient de ce qu’une fépoule de trame ôc qui eft par conféquent torfe, fe trouvant tiffueàcôté d’une fépoule douce, l’une foule beaucoup ôc l’autre point du tout ; ce qui fait que la partie qui a beaucoup foulé devient plus courte Ôc fait griper l’autre qui devient plus longue ; ce qui produit des ribotures ou rides qui régnent dans toute la largeur du drap. On occa-fionne des faux plis lorfqu’on tord le drap au foulage ; ce défaut qui eft irréparable eft fenfible jufqu’à ce que le drap foit ufé. Ces rides ne permettent pas au chardon de tirer le poil , ni à la force de le couper : voilà pourquoi ces endroits reftent fans apprêt ôc montrent la corde. Il arrive fouvent que les Tondeurs coupent le drap en ces endroits qui ne peuvent s’étendre bien uniment fur la table ; enfin ce défaut produit des inégalités dans la couleur. Mais il eft important de faire remarquer qu’on peut faire, ôc qu’on fait en effet de beaux draps de chaîne dans chaîne , ôc ces draps reçoivent les aprêts ; ainfi les défauts dont nous venons de parler viennent prinçipalement de l’inégalité du tors ; une chofe des plus effentielles eft que la trame foit filée également. Malgré ce que nous venons de dire des draps tiffus chaîne dans chaîne , il eft certain qu’une chaîne très-douce ôc très mollette , eft toujours la meilleure.
- Pag. 43 5 %• 11 : corfage. Dans quelques Fabriques on emploie ce terme , mais il eft plus ordinaire de dire corps.
- Pag. 43 , lig. 27. Ilparott préférable, (dre. Le principe qu’on a établi en cet endroit eft vrai ; mais la phrafe n’eft pas claire.
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- T4§ Additions è
- Car il eft évident qu’un nombre de fils fe-ront autant à Faife dans un petit rôt, qu’un plus grand nombre dans un rot plus large , fi Fon garde des proportions entre la largeur du rot ôc le nombre des fils. Mais fi Fon augmente le nombre des fils, fans augmenter la largeur du rot , le drap, au foulage , fera plutôt réduit à fa largeur ;
- au contraire, fi Fon augmente la largeur du rot, il faudra fouler le drap fort longtemps pour Famener à fon lez ; mais alors il fera furfoulé.
- Pag. 44 lig. p, A Sédan , on dit Riboture, Ôc non Ribaudiere.
- Pag. 44, lig. i 3 ; lainage : lifez, Fauftage.
- Pag. 44, lig. 17. Je dis en cet endroit, qu’en général, pour avoir un drap mince , il faut, indépendamment de la fîneffe de la laine, augmenter le nombre des fils de la chaîne ôc diminuer la largeur du rot, pour qu’au foulage il revienne promptement en laize ; Ôc que pour avoir un drap fort, il faut diminuer le nombre des fils de la chaîne , ou augmenter le rot; i°, afin qu’il y entre plus de trame ; 2,0. pour qu’il refie plus long-temps au foulage , 'afin de le ramener à la largeur qu’il doit avoir, £cc. Cela n’eft point abfolument contraire au fentiment de M. RôufTeau , qui dit, que pour faire un drap à double broche , on augmente le nombre des fils de la chaîne & la largeur du rot, félon la fîneffe qu’on veut lui donner ; qu’il faut néceffairement le furfouler pour le ramener à la largeur ordinaire, Ôc que ç’eft ce qui le rend double broche.
- S’il fe trouve quelque différence entre mon avis ôc celui de M. RôufTeau, je me garderai bien de vouloir défendre mon fentiment : il me convient mieux de foufcrire à celui d’un homme aufft habile ôc auffî expérimenté.
- Au relie, s’il y a en cet endroit quelque obfcurité fur la façon de conduire le foulage , j’efpere qu’elle s’éclaircira dans la fuite.
- Pag. 44, lig. 20 ; rentrer en laijfe : lifez 3 en laize.
- Pag. 44 , lig. 23. A la quantité de ceux de la trame. Il eft bon de remarquer que cette quantité fe réglé par le poids. On ne compte point les fils de la trame.
- Pag.<; 1, lig. 14. 3000 fils. Cela eft bon pour les draps de couleur, parce que la laine qui a été teinte fe foule moins aifément que celle qui ne Fa pas été; mais pour les draps fabriqués en blanc , il en faut davantage.
- Pag. 31 9lig. 17 : 3800 fils. M. RôufTeau trouve que la disproportion eft trop confi-dérable ; parce que la fîneffe des chaînes ne peut varier beaucoup dans les draps d’une même qualité, puifqu’on les mefure fur le
- * C O R R È C T ï O N $
- même afpe, ôc que ce n’eft pas la chaîne qui fait la qualité du drap, mais la trame.
- Pag. 52, lig. 6 ; pour les rendre plus four-nis en laine. Gela conviendroit pour donner du corps à un drap qu’on voudrôit fabriquer mince ; mais, comme le remarque M. RôufTeau, ôc comme je Fai dit plus haut,’ l’effet de cette augmentation des fils de la chaîne eft de rendre les draps plus déliés, parce qu’il doit y entrer moins de fil de de trame fi la largeur eft reftée la même.
- Pag. 52 , lig. 29 : à travers un panier d’o« fier bien ferré. Un tamis vaut mieux, parce qu’il retient mieux le marc.
- Pag. 53 , lig. 12 : peut-être eft-ce une prévention , ère. M. RôufTeau dit que le foleii fait éclate*, la colle, ôc quelle fe leve par écailles lorfque le foleii eft fort chaud.
- Pag. S 3 > lig. 13 5 le foir , après que la ro-fée eft tombée. Il faut dire : le iiiatin , après que la rofée eft tombée ; ôc le foir, avant le ferein : en un mot il faut éviter ôc la chaleur du foleii, ôc l’humidité de la nuit.
- Pag. 33, lig. 21 : peut-être les couleurs, &c. Ce n’eft pas principalement la confomrna-tion du charbon qu’on cherche à épargner ; mais le Fabricant n’emploie ce moyen que lorfqu’il y eft forcé par les mauvais temps d’hiver ; i°, parce qu’il y a beaucoup à perdre fur la longueur de la chaîne lorf-qu’elle n’a pas été étendue en plein air ; 2 % le collage au feu devient mauvais ; parce que pour peu que le feu n’ait pas été bien ménagé , la colle s’éclate, ôc tombe comme fi elle avoit été expofée à un trop grand foleii.
- Pag. 33, dans la note : Je crois qiien met* tant de J alun , &c. M. RôufTeau dit qu’on a effayé ce moyen fans beaucoup de fuccès ; ôc qu’on s’eft mieux trouvé d’employer du fromage mou. On pourroit encore tenter l’effet du tartre blanc, dont quelques Fabricants de papier fe fervent avec fuccès.1
- Pag. 37, lig. 3 ; les tijfeurs mettent derrière , &c. L’ufage de Sédan eft plus commode. On ne fe fert pas de cette barre; les quarterons font marqués fur les lames ôc fur le rot par des liffes Ôc des broches d’une couleur différente.
- Pag. 61 , lig. 23 : On a remarqué quil eft fuperflu, &c. Voici la méthode qu’on fuit à Sédan ; elle a l’avantage d’être plus fim-ple. Lorfqu’un Lamiervend ou raccommode un rot ou une lame, il a foin de les ren-fraire’, c’eft-à-dire, de faire paffer avec un crochet un fil de laine dans chaque anneau des liffes , tant du pas de devant que du pas de derrière ; enfuite de les faire paffer fuccefîivement deux à deux dans chaque entre-deux des broches du rot, en obfervant de mettre toujours enfemble un fil du pas de devant ôc un du pas de derrière : quand cela eft fait, il noue tous ces fils en devant du
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- rot par paquets de 25 à 30 , Ôc ainfi de même derrière les lames ; enfuite il • livre la lame Ôc le rot enfemble.
- Quand le Tiffeur a monté fa chaîne Ôt qu il ne lui refte plus quà nouer les fils, il dénoue les paquets que le Lamier a noués derrière les lames , ou bien il les coupe ; il trouve tous les fils rangés dans Tordre qu il doit les nouer ; ôc lorfqu’il veut commencer fon travail , il paffe en devant du rot une baguette à travers tous les paquets de fil, ôc il attache cette baguette avec des ficelles à la petite enfouple.
- Lorfque la piece eft finie Ôc que le ver-dillon eft rendu tout près des lames, le Tiffeur pouffe ôc foutient le rot en arriéré ; il coupe entièrement la chaîne à 6 doigts du rot ; ôc il noue tous les fils par paquets comme avoit fait le Lamier : il tire enfuite le verdillon qui affujettit la queue de la chaîne derrière les lames : lorfqu’il veut nouer une autre chaîne du même compte de fils, il répété la même opération : fi on lui en commande une d’un autre corftpte y on lui fournit une autre lame ôc un autre rot tout renforcés.
- Pag. 62 , lig. 3 ; on met enfuite le rot dans la châjfe,&c. lifez .* on a mis aufji, &c. Car comme le rot ôc les lames s’accompagnent toujours y il feroit impofiible que le Tiffeur mît après coup le rot * dans la châfie.
- Pag. 62 , lig. 23. La laine pour les lifieres qu’on nomme Poil d’autruche,fe tire principalement de Hambourg : il y en a de noire, de grife ôc de blanche. La noire s’emploie pour les draps en écarlatte : on teint la blanche en toutes fortes de couleurs.
- Pag- <*3 , lig- 6 ; Avant de travailler les chaînes: lifez y Avant de travailler la chaîne des lifteres.
- Ibidem , lig. 30 ; il rend fa trame lâche : lifez y il rend fa liftere lâche.
- Pag. 6$ y lig. 6 y le drap per droit de fa largeur : lifez y le drap perdroit de fa longueur.
- Pag. 66 y lig. p ; Lingat : lifez y Lingar.
- Pag. 66 y lig. 21 ; fe joignent enfemble : lifez, fe rompent enfemble.
- Pag. 66, lig. 27 ; cinq à fix aunes : lifez y une ou deux aunes.
- Pag. 67 y lig. 31 ; parce que cette trame : lifez y parce que la chaîne 3 Ôc mettez la virgule avant ces deux mots 9 le fil, &c.
- Pag. 67 y lig. 3 6 y fi-tot qu'ils font ftjfifam-ment longs , &c. lifez , fi-tot quils ont couru fept à huit aiihesî"S>ils ne font pas fuffifam-ment longs y on les alonge avec du lingar.
- Pag. 68,lig. 19 ; elles s’échauffent ôc communiquent, ôcc. ajoutez:Ce défaut vient fouvent de ce que les lifieres font mal conduites ou trop longues ; car quoiqu’on ourdiffe
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- les lifieres bien plus long que la chaîne > parce quelles foulent davantage y il y a pourtant une proportion à garder pour qu’elles ne foient ni trop longues ni trop courtes : trop longues , il eft certain que le drap fera plus fort dans le milieu, ôc que la partie qui touche aux lifieres fera flottante , ôc n’aura pas de qualité : trop courte > ce fera le contraire, le drap doit être plus mince dans le milieu que vers les bords; l’un ôc l’autre défaut empêche le chardon d’agir ; la force du Tondeur ne peut couper facilement le poil Ôc peut couper le drap ; ils rendent encore les draps très-difficiles à être bien rangés fous la preffe, fur-tout à chaud ; Ôc malheureufement on ne peut reprocher ce défaut à l’Ouvrier ; cependant l’inconvénient augmente encore dans certaines faifons de Tannée , où Ton remarque que les lifieres fe retirent plus que dans d’autres.
- Pag. 6$ y lig. 27. quelquefois l'envers du Tijfeur y&c. C’eft prefque toujours Tenvers du Tiffeur qu’on apprête. Les métiers à draps doivent pour cette raifon flotter par deffous , Ôc ils font montés pour cela ; car la chaîne incline un peu du côté de l’encouloi-re, d’où il réfulte que l’Ouvrier dont tout le mouvement doit être dans le poignet, en fatigue beaucoup moins.
- Pag. ép , lig. 21 ; après le dégraijfage, &c. •lifez , après le lavage. Car le dégraiffage fait le foulage ; ôc le lavage le précédé. On nope cependant une fécondé fois les draps après le lavage; mais c’eft légèrement. On y fait la recherche des ordures qui n’a-voient pu être apperçues lorfque le drap étoit fombre de graiffe, mais qui deviennent fenfibles lorfqu’il a été blanchi ôc qu’il eft bien net.
- Pag. 74, lig. 7. A Sédan, on lave le drap ; enfuite on le foule , puis on le dégraiffe : c’eft affez la méthode que Ton fuit pour les draps fins ; cependant il y a des Fabricants qui foulent en gras, ôc qui dégraif-fent enfuite à l’urine.
- Pag. 74, lig. 17 ; dégraijfer : lifez , laver« Sur quoi il eft bon d’obferver que quand on fait les trois opérations dont on a parlé plus haut ; la première s’appelle laver, quoiqu’elle emporte la graiffe , la colle y ôcc; ôc il eft d’ufage que l’opération qu’on nomme dégraiffage y n’emporte qu’un refte de graiffe ôc de fa von.
- Pag. 77 , lig. 25 : 24 heures font plus que fujfifantes, &c. La durée du foulage varie de 10 heures à 24 , fuivant les faifons , félon la force des draps , le poids de leurs trames , leur largeur , le nombre des fils de la chaîne Ôcc.
- * Nota. Il 7 a à Sedan un très-bon Lamiér, nommé Henry du Pleins le fils ; fon pere avoit inventé une Machine très - ingénieufe pour faire les Rots.
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- Pag. 77, lig. 2 8 : Cependant ceux qui font dèjïinés -à être teints en noir, &c.
- A Sédan tous les draps fins font foulés au favon ; l’urine les rendroit durs & Coriaces : le noir plus que tout autre a befoin d’un fond doux ; la teinture noire le rendant revêcbe.
- Pag. 72 , lig. 27 ; Angora : lifez , Angola.
- Pag. 79, lig. 32 y fur la largeur : lifez 9 fur la longueur.
- ‘Pag. 79 , lig. 14: lorfqu'on le rempote. A Sedan, on dit ; lorfquon le remet dans la machine. Car on entend par pot la cuvette où l’on foule ; & par machine , celle où on lave & où l’on dégorge & dégraiffe les draps.
- Pag. 79 , (au Titre ) Autre lavage & dé* graijfage. Comme on nomme lavage la
- première opération , quoiqu’elle dégraïffè* & qu’on réferve le terme de dégraijfage pour une opération qui fe fait après que les draps ont été foulés, lainés & tondus une première fois , il feroit plus exaét de retran-cher là le mot dégraijfage.
- Pag. 80, lig» 1 $ 1 On laijfe battre le drap en terre , environ , &c. Ordinairement le temps de cette opération ne dure que quatre heures ; ainfi il y a moitié à retrancher fur chacune des opérations.
- Pag. 80 , lig. 23 ; achevé de le dégorger .* lifez , achevé de le laver. Car dégorger c’eft mettre le drap dans la machine immédiatement en finiflant le foulage y & lui lâcher de l’eau en abondance, pour lui faire‘rendre la plus grande partie de fou. favon*
- Fin de l'Art du Drapier.
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