Descriptions des arts et métiers
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- DE FAIRE LES TAPIS.
- FAÇON DE TURQUIE.
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- CONNUS SOUS LE NOM DE TAPIS DE LA SAVONNERIE.
- Par M. D U HAMEL DU MONCEAU, -
- M* DCC. LXVI.
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- ART
- DE FAIRE LES TAPIS.
- FAÇON DE TU RQU I E>
- CONNUS SOUS LE NOM DE TAPIS DE LA SAVONNERIE ;
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- Sur les Mémoires 3C Irtflruclions de M. de Noinville , ancien DireBeur de la Manufacture Royale de Chaillot.
- Par M. Duhamel du Monceau.
- JLa Description ( * ) des Arts intérelïe différentes perfonnes.
- i?, Les Ouvriers à qui on indique les meilleures pratiques qu*ils doivent fuivre.
- 2°, Ceux qui veulent faire des établilTements, trouvent dans THiftoire des Arts les découvertes qui ont été faites, ce qui leur épargne des efforts inutiles pour chercher ce qui eft déjà connu. Comme les uns & les autres doivent avoir des connoiflànces dans l'Art qui fait l'objet de leur occupation, ils entendent avec facilité les détails les plus compliqués, & ils font en état de
- (*) Je n’ai rien trouvé dans le dépôt de l’Académie qui eût rapport à cet Art, ni Deffeins, ni Mémoires ; mais Tachant que M. de Noinville en pofledoit fupérieurement tous les détails, je le priai de m’aider de Tes connoiflances : & ayant agréé ma propofition , non-feulement il a eu la complaifance de venir avec moi à Chaillot, & de m’expliquer toutes les manoeuvres, mais de plus , il m’a donné des Mémoires fur toutes les opérations de cet Art. Je dois encore des remer-ciments à M. du Vivier pour toutes les politefles que j’ai reçues de lui dans cette Manufacture Royale dont il eft actuellement Directeur.
- Pour effayer de rendre l’Art que je publie le plus complet qu’il feroit poflible , j’ai cru devoir m’informer de ce qui fe pratique dans la Fabrique d’Aubuflon, qui, depuis 1740, fait des Tapis de pied , façon de Turquie. J’étois bien informé que les tapis qu’on fabrique à Aubuflon, n’approchoient pas de la perfection de ceux qui fortent de la Manufacture Royale de Chaillot; mais comme les ouvrages d’Aubuffon fe vendent un prix très-modique, en cojnparaifoü ceux
- Art des Tapis.
- de la Savonnerie de Chaillot, je jugeai que la main-d’œuvre devoit être beaucoup plus expéditive; & pour en être exactement inftruit, je m’adreflai,' fous les aufpices de M. Trudaine, à M. Château-favier, InfpeCteur des Manufactures à la réfiden-ce d’Aubuflon , dont je connoiflois le zele pour le progrès des Arts & la capacité. On verra, par les notes que m’a envoyé M. Châteaufavier, que la principale différence entre ces deux Fabriques confifte dans la finefle des matières.
- La Manufacture d’Aubuflon a un avantage bien effentiel ; c’eft celui d’occuper journellement syo perfonnes , qui en tirent toute leur fubfiftance. On ne pouvoit l’établir dans un endroit plus convenable par le bas prix où y font les denrées ; d’ailleurs on y voit l’efprit inné du Métier dès les plus tendres années, la preuve en eft évidente : les Ouvrières commencent à travailler à ces tapis dès l’âge de neuf ans, & on eft furpris de voir la dextérité & l’aifance avec laquelle elles s’y prennent, prefque dès le premier inftant qu’elles s’y adonnent : elles fe contentent d’un falaire très-modique ; & c’eft pour cette
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- £ A RT D ES TAPIS,
- comparer fans peine la différence de leurs pratiques d'avec celles qu’oft leur indique.
- 3P, La Defcription des Arts intérefle encore ceux qui , curieux de connoître les progrès dé l’efjprit humain, veulent avoir une idée générale de toutes les inventions ; il eft vrai que ceux-là ne le propofànt pas de pratiquer l’Art qu’ils examinent, ils n’en laififfent ordinairement que l’Hiftoire & les principaux traits $ prefque tous les détails leur échappent, ou ils les négligent.
- Un quatrième avantage qui a peut-être plus contribué que les autres à faire entreprendre à l’Académie la Defcription des Arts, & qui oblige à ne négliger aucun des petits détails de pratique, eft d’avoir un dépôt qui puifle f mettre fur la voie de retrouver les Arts qui fe feroient perdus.
- Il ne faut cependant pas s’imaginer que ceux qui voudroient les faire renaître, y pufTent parvenir fans peine à l’aide des Defcriptions exaétes qu’on s’efforce de rendre les plus claires qu’il eft poffible. On ne peut tranfrnettre ce qui dépend du génie des Maîtres & del’adreffe des Ouvriers; mais avec de l’intelligence & de la perfévérance, ils pourront, après avoir fait des eflàis groffiers y parvenir peu-à-peu au degré de perfeélion où ils defireroient atteindre.
- Malgré la difficulté qu’il y a à bien pratiquer l’Art que nous nous propofons ici de décrire > on ne peut douter de fon ancienneté, püifqu’il étoit connu des anciens Perfes ; & il s’eft toujours confervé dans le Levant, où on le pratique encore aujourd’hui.
- taifôn qu'où s’eft attaché à n’occuper que des femmes & des filles à cette Fabrique ; il auroit fallu au tùôins tripler la fomme qu’on leur donne
- Î)our y employer des hommes, ce qui auroit porté es Tapis à un trop haut prix, & infailliblement par eettè raifon elle n’auroit pû fe foutenir.
- On ne connoîtfur cette matière qu’un Ouvrage intitulé: Stromatourgie ou de V excellence de laManufac-ture des Tapis de Turquie nouvellement établie en France, fous la conduite de Noble-homme Pierre Dupont, Ta-pijjîer du Roi efdits Ouvrages. Paris t en la Maifon de VAuteur, en la Gallerie du Louvre, 163 2, Volume in-40 de 34 pages.
- Cet Ouvrage eft moins une defcription, qu’un éloge de l’Art. Il eft divifé en 4 Chapitres qu’il appelle Parterres. Le premier contient la défîni-nition & l’explication du mot Stromatourgie. Ce mot eft compofé de deux mots Grecs erpu/ua, Tapis, 8c %pyov , Ouvrage.
- Le fécond Chapitre ou Parterre, traite de l’antiquité & excellence de l’invention des Tapiffe-ries, qu’il fait remonter jufqu’au temps du Tabernacle, & aux habillements que Dieu ordonna à Moyfe de faire faire pour le Grand-Prêtre ; mais ces ornements n’étoient pas de la Fabriqué dont il s’agit ici, puifqu’ils n’étoient que peints ; 8c il paroît au rapport de Pline, que l’on n’y employoit que couleurs, le blanc, le verd, le rouge 8c le noir, otre Auteur dit que de fon temps les Turcs « n’empîoyoient encore dans la compofition de leurs Tapis, que les fept couleurs principales.
- Après avoir parlé des Tapiflîers Sarrafinois, i| rapporte une Sentence du Châtelet de Paris $ rendue en i2pf, en faveur des Tapiflîers de Haute-lice contre les Tapiftiers Sarrafinois ; ce font les Ouvriers qui travaillent les Tapis à la façon du Levant.
- Dans le 3 e Chapitre ou Parterre, l’Auteur dit fort en bref comment on doit fixer & établir une Manufacture de Tapis de Turquie ; comment on les travaille ; quel eft le nom des Outils ; comment on monte la Chaîne ; mais il ajoute que le Point de Turquie ne peut s’enfeigner que par la pratique.
- 4e Chapitre ou Parterre. Hiftoire de l’établif-fement de la Manufacture de Tapis de Turquie à Paris, en faveur de Pierre Dupont, Inventeur de ladite Manufacture , fils de François Dupont, Tréforier de la Gendarmerie en 1604. Le Roi Henri IV fe propofoit d’établir cette Manufacture dans toute la France , comme il avpit fait celle des Tapifferies de Flandre, de l’or de Milan , 8c des étoffes de Drap d’or 8c de foie, afin d’empêcher le tranfport de l’or & de l’argent qui fe fait hors de France, par le trafic continuel def-dites Etoffes , 8c par ainfï, difoit ce grand Prince , enrichir la France, 8c faire travailler une infinité de Fainéants 8c de Vagabonds 5 mais la mort ayant empêché ce Prince de fuivre l’exécution de ce projet , ce ne fut qu’en 1626 que Pierre Dupont fut établi avec Simon Lorefctec fon Apprentif.
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- FAÇON DE TURQUIE. 3
- Il y a quelque lieu de préfumer que, dans l’irruption que les Sarrafins firent en France du temps de Charles Martel, quelques Ouvriers s’y établirent ôc firent des Tapis à la façon de leur Pays ; on en a la preuve par les Réglements faits au Châtelet de Paris pour la Communauté des Maîtres Ta-piffiers de cette Ville, puifque, par les Statuts de cette Communauté, les Ouvriers Sarrafins font reconnus comme les plus anciens de ce Corps,
- La Fabrique des Tapis, façon du Levant, s’eft infiniment perfectionnée fous le Régné de Henri IV, où, en confervant la même Méchanique qui y étoit établie, on parvint à exécuter des Ouvrages bien plus parfaits.
- Sur la fin du feizieme fiecle & au commencement du dix-feptieme, vivoit un Particulier nommé Pierre Dupont, qui avoitfait de bonnes études, & qui avoit appris par délaffement l’Enluminure , chofe affez d’ufage dans ce temps4à : les malheurs de la Ligue lui ayant enlevé fon état & fa fortune, il chercha une reflource dans le travail en Tapifferie, & choifit le point Sarra-finois. Frappé du peu de goût de ces fortes d’Ouvrages, & fon génie lui fai* fànt appercevoir qu’il étoit poflîble de les perfectionner au point de pouvoir imiter toutes fortes de Tableaux, il imagina des changements qui perfectionnèrent cette Fabrique, & elle devint entre fes mains infiniment plus eftima-ble.
- Ces fiiccès firent que Henri IV 1© nomma fon Tapiffier ordinaire , & lui donna un logement par brevet dans fa Gallerie du Louvre en 1608. Ses •fucceffeurs ont continué à perfectionner le même Art. Cependant on apper-çoit, qu’avec quelques légers changements & quelques dépenfès de plus, il pourroit encore être porté au-delà de ce qu’il a été jufqu’à préfènt; on peut en juger par de petits morceaux qu’on s’eft attaché à faire avec plus de foin que les grands tapis. Il eft effectivement furprenant de voir avec quelle vérité & quel effet on peut repréfenter tous les objets de la nature ; cette Fabrique fournit tous les moyens défaire avec facilité les mélanges les plus parfaits dans les couleurs, ôc de rendre le moelleux ou le gras des plus beaux Tableaux. Son velouté occafionne la répétition des ombres, & donne parla beaucoup d’ardeur fans dureté.
- Malheureufement la partie du génie qui eft néceflàire pour atteindre à ce degré de perfection, ne peut le tranfinettre. Il faut, à la vérité, beaucoup de pratique & d’étude ; mais cela ne fuffit pas, Sc chaque Ouvrier devient plus ou moins habile , fuivant l’étendue de fon intelligence, & la fugacité de fon efprit.
- Nous ne nous propofons donc d’expofer ici que la méchanique de cet Art, puifque c’eft la feule chofe que l’on puiffe décrire. Et pour traiter notre fujet avec ordre, nous le diviferons en trois Parties.
- i°, Les matières avec lefquelles fè font les Tapis du Levant.
- 2°, La Defcription du Métier, & la façon de le monter.
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- 4 ART DES TAPIS,
- 3 °> Ce qui regarde la maih de l’Ouvrier.
- Des Matières qui doivent former le Tijfu.
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- La Chaîne eft faite avec au moins trois brins d’une laine line J point jarreufo & retorfe pour qu elle ait plus de force ; elle doit, de plus, être filée bien également ; cette chaîne qui forme le cannevas fur lequel l’Ouvrier doit travailler, fe monte lur un métier, & c’eft fur les fils de chaîne qu on lie la laine qui forme véritablement le point, ainli que nous l’explique» rons (a).
- Le TilTu de ces tapis préfonte un velouté fait d’une laine fine teinte en toutes fortes de couleurs alfez nuancées pour former les différents Deffeins que repréfontent les Tableaux qu’on veut imiter (b).
- Il faut que cette laine foit de bonne qualité, & fur-tout aflez moëlleufo pour recevoir la Teinture jufques dans le cœur ; car comme on la coupe, l’intenfité de la couleur feroit fort diminuée, fi la teinture n’avoit pas pénétré dans l’intérieur. Il faut de plus quelle foit filée bien également ; ces deux conditions contribuent beaucoup à la perfeétion de l’ouvrage.
- Il faut encore du fil de chanvre qui foit alfez fin pour tenir peu de place ; cependant il doit avoir fuffilàmment de force pour réfifter au peigne (c). Ce fil qui fort à lier tout l’ouvrage, ne doit point paroître, étant entièrement, recouvert par la laine du tiffu ; il s’enlace comme une trame entre les fils de la chaîne. On verra l’emploi de ces différentes matières, lorfque nous ex-5 • ' pliquerons le travail de l’Ouvrier (d).
- On doit remarquer que fi l’on veut faire des meubles ou d’autres petits ouvrages de cette étoffe, la chaîne doit être plus fine que quand on fait des tapis, qui, étant pour l’ordinaire de grandes pièces, exigent plus de force Sc de confiftance (e).
- (a) La chaîne des tapis qu’on fabrique dans la » Manufa&ure d’Aubuffon en laines groffieres , eft I compofée de fix brins retors enfemble, d’étaim qu’on tire de Tulle en Limofin, très-fort & moelleux ; après une multitude d’expériences, cette
- Qualité a paru la plus convenable pour ces fortes ‘ouvrages ; on s’en fert également pour les tapis fins, excepté qu’on n’y met que quatre brins ; mais aufli les portées en font plus multipliées.
- (b) La laine qu’on emploie à Aubuflon pour le velouté dans les tapis ordinaires, vient de Marin-gue, haute Auvergne : on en a éprouvé de plufieurs autres Provinces, & même de l’Etranger ; elle a paru la plus propre, foit pour la force, foit parce qu’elle eft infiniment plus amoureufe que toute autre pour la teinture : les autres coupées fe montroient blanches au-dedans, ou n’a voient le plus fouvent reçu qu’une légère imprefîion de la teinture ; d’ailleurs elles étoient pour la plupart
- cotonncufés, ce qui fâifolt encore un mauvais effet.
- (c) On fe fert communément à la Savonnerie de fil de Bretagne.
- (d ) Dans les premiers Tapis qui ont été fabriqués à Aubuffon, on s’étoit îervi, à l’inftar de la Savonnerie, de fil de chanvre pour la paffée j mais on s’apperçut qu’il écorchoit la chaîne , & qu’il rendoit les tapis trop roides, il y en eut même des plaintes, parce qu’on ne pouvoit les tendre parfaitement fur les parquets : on eut donc recours à la laine, & on s’en trouve bien : elle eft de qualité équivalente à celle de la chaîne, excepté qu’elle n’eft qu’à deux brins, aufli retors enfemble.
- (e) On a rarement fabriqué à Aubuflon d’autres meubles que des tapis; on s’eft fervi de chaîne & de paflee plus fine, lorfqu’on a été dans le cas de faire des écrans, des fauteuils, & c.
- Détail
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- FAÇON DE TURQUIE.
- Détail des Pièces qui compofent le Métier.
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- Le Bâtiment où Ton a deflein de placer les Métiers deftinés à cette Fabrique , doit être compofé de falles fort vaftes, puifque Ton fait des tapis de trente pieds de largeur ; il faut que le Métier ait toujours quatre ou cinq pieds plus de largeur que le tapis que Ton veut monter, cet excédent étant néceffaire pour les manœuvres dont nous parlerons dans un inftant (a).
- Pour les meubles , les Métiers doivent être plus petits ; mais le travail eft toujours le même.
- Un métier eft compofé de deux montants A C, B D, ( PL i & i ) > que l’on appelle Cotterets, Ce font, pour des Métiers de trente pieds de largeur (P/.//), deux pièces de bois de chêne de vingt ou vingt-deux pouces de large, de fept ou huit pouces d’épaifleur, 8c de neuf à dix pieds de hauteur ; il faut que chaque cotteret foit percé de deux trous , un en haut, l’autre en bas, d’environ un pied de diamètre, & ces trous doivent être éloignés les uns des autres d’environ fix pieds E F, (fig. i & 2); ils doivent être parfaitement ronds. Ces deux pièces A C, BD forment les côtés du chaffis du Métier à la droite & à la gauche des Ouvriers (b ).
- Ces montants font aflembiés par en bas à un fort patin de Menuiierie CDy (PL II, fig, i ) , Sc -liés par en haut B , aux poutres ou aux folives du plancher, par de fortes brides de fer qui les attachent aux poutres, ou par des arcboutants de fer qui répondent à plufieurs folives.
- Il faut de plus deux cylindres ou enfiouples de bois de lapin (c) parfaitement rondes GH> IK9 ( PL I\fig, 2,3 & 4 ) ; elles doivent être garnies de frettes de fer aux deux bouts de peur qu’elles n’éciatent ; on voit ces frettes en GH, (fig' 3)* Si les enfouples étoient de bois de chêne, elles feroient trop pelantes & difficiles à rouler ; il faut qu’elles aient, pour les grands Mé^-tiers, 18 à 20 ou 22 pouces de diamètre; qu’elles aient dans toute leur
- (a) Il n’y a point à Aubuffon de Bâtiment particulier deftiné pour cette Fabrique. Dansfon origine, le Roi fit la dépenfe de fix Métiers munis d’uftenfiles, qui furent donnés à deux Maîtres Ouvriers au fait de la conduite de ces Ouvrages, pour y avoir travaillé en Angleterre ; ils les placèrent dans leurs maifons avec affez de gêne ; fuc-cefîivement à proportion qu’on a vu que les Tapis prenoient faveur, on a augmenté le nombre des Maîtres qu’on avoit à cette intention formé de longue main, & en même temps celui des Métiers, y ayant actuellement cinq Maîtres qui font travailler chez eux chacun pour leur compte ; quatre fe font très - commodément logés , ayant fait conflruire des’ Bâtiments exprès , & le cinquième fe propofe , lorfque fes facultés le lui permettront, d’en faire autant : ils ont entr’eux tous vingt'quatre Métiers de différentes grandeurs*, il y en a qui ont jufqu’à 30 pieds ; lorf-
- Art des Tapis.
- i que les Tapis font plus grands, on fait les bordures féparément, & on les rapporte fans qu’il y paroiffe.
- Par la vérification qu’on a faite , avec toute l’attention poffible,de chacune des pièces qui compofent les Métiers de la Savonnerie, ôc de leur forme; il eft reconnu qu’il n’y a nulle différence d’avec ceux d’Aubuffon; ils font exactement les mêmes.
- '(b) Nous avons repréfenté fur la Planche I un petit Métier pour meuble, où tout eft proportionnellement plus petit qu’au grand Métier (PI, II) , que nous décrivons plus en détail que l’autre.
- (c) Comme il n’y a pas de fapins à Aubuffon, les enfouples & toutes les pièces des Métiers généralement quelconques , font de chêne. Après plufieurs effais d’autres efpeces de bois plus légers, on a été forcé de revenir à cette première.
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- £ ART DES TAPI Sy
- longueur une rainure de deux pouces de large, fur deux pouces & demi de profondeur ; que les deux bouts de ces enfouples foient tailles en forme de tourillon pour pouvoir entrer dans les trous EF (fig. i ) des cotte-rets ; & fi le diamètre de 1’enfouple eft de deux pieds, celui des tourillons -eft réduit à un pied. Ainfi il faut concevoir qu'il doit y avoir deux enfouples pareilles, une en haut du Métier, l'autre en bas, 8c que leurs extrémités entrent dans les trous EE, FF (fig- i & 2 ) des cotterets : elles font donc comme deux traverfes GH,IK (fig- 2 ). Il y a une autre traverfe LM ifig- % & 5 ), qu’on nomme la Perche de Lijfie ; c’eft une piece de bois ronde qui doit avoir la même longueur que les enfouples, 8c environ 6 pouces de diamètre. Qn la place en avant du Métier , comme on le voit, (fig- 2 ). Elle doit être portée par des barres de bois N, de deux pouces d equarriflà~ ge (fig. 1 & 2), qui fe placent dans les trous qui font fur le devant des cotterets, 8c fur un montant qui eft en avant des cotterets, afin de pouvoir monter 8c baiffer cette perche deliffe fuivant le befoim Aux grands Métiers , cette traverfe N, (PL II) eft foutenue par un montant n ; aux petits métiers ( PL / ), la traverfe ÀT, qu’on voit auffi (fig- 9 ) ne tient que par fon tenon.
- Aux grands Métiers, les cotterets ne font point liés l’un à l’autre par des traverfes; mais ils font aflujettis au plancher de l’Attelier par leur bout d’en haut B ( PL IIy fig. 1 ) , & affermis par les enfouples & le patin d’en bas qui eft très-folide.
- Il faut encore des Planches O >(PL IV\ fig. 1 & 2) de la longueur des enfouples ; elles fervent de bancs aux Ouvriers qui s’affeyent devant le Métier.
- Ce qu’on appelle Y Equipage du Métier confifte en quatre Ardieres, deux pour fenfouple d’en bas, 8c deux pour l’enfouple d’en haut. Ce font de groffes cordes a (PL I ,fig. 11), & A (PL II, fig. 1 ). Voici comme on arrête les ardieres à l’enfouple u, (PL I,(fig. 11 ) ; le cylindre eft percé de quatre trous diamétralement oppofés, dans iefquels on met des chevilles qui fervent à arrêter les bouts de la corde qu’on nomme Ardiere ; elle fait plufieurs révolutions autour des enfouples, & forme une anfe dans laquelle on paffe un levier h, qu’on nomme Bandage. Il faut donc quatre ardieres pour les quatre bouts des enfouples. Celles de l’enfouple d’en bas ne fervent qu’à la tenir en état avec un bandage b , qu’on lie au cotteret avec le lien ou la comende?, (fig- n)* Mais celle d’en haut, qui doit faire beaucoup de force 5 reçoit un bandage ou levier de 9 à 10 pouces de diamètre, fur 6 pieds de longueur fif( PL //, fig. 1 ), avec un fort cable h h, qui eft tendu par un moulinet ou treuil H (fig- 1 & 2 ) , retenu par des crochets de fer t i, qui font fcellés dans la muraille , vis-à-vis des deux cotterets du Métier 8c derrière les Ouvriers. Les cordages h des treuils H répondent aux banda-
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- FAÇON DE TURQUIE. 7
- g es ou leviers de l’enfouple d en haut, & fervent à la tourner pour tendre la chaîne , ce qui exige beaucoup de force. On n’en fera pas furpris , quand on fera attention qu’il faut tendre, avec une parfaite égalité, un grand nombre de fils de chaîne qui ont 30 pieds de long ; & quelque greffes que foient les enfouples, elles plient infailliblement dans le milieu , ce qui fait que les bords de la chaîne font toujours plus tendus que le milieu, inconvénient auquel on n’a point encore remédié. Je crois qu’il feroit poffible d’empêcher les enfouples de fléchir en les armant de quatre bandes de fer plat, qui feroient arrafées à la circonférence des enfouples (a ).
- Nous avons dit que les enfouples, ( PL I, fig. 3 6*4) étoient creufées d’une rainure dans toute leur longueur; ces rainures font deftinées à recevoir des tringles de bois a a , {fig* 8 ) d’environ un pouce de diamètre ; ce font, en termes de Tiflerand, des Verdillons qui fervent à recevoir une des extrémités de la chaîne. On les arrête dans les rainures avec des chevilles de fer , qu’on place de 10 en 10 pouces, comme on le voit aux Figures 3 & 4, Sc comme nous l’expliquerons dans la fuite. *
- Aux petits Métiers pour faire des meubles, au lieu des ardieres & des bandages dont nous venons de parler, la frette du bout de l’enfouple d’en bas, ( PL I,fig* 3 ) eft percée de trous , Sc au-deffus eft fortement attachée une douille a , {fig* 6) , dans laquelle eft reçue la cheville b qui entre dans les trous H de la frette (fig* 3 )*
- Au bout de l’enfouple d’en haut IK {fig. 4 ) , font des roues dentées dans les dents defquelles entre le linguet c { fig. 12) : cet ajuftement fe voit en place EF {fig* 1 )•
- Outre le Métier & fon équipage ? il faut encore avoir , pour bien arranger la chaîne fur les enfouples, un Vautoir {fig* 7 3 PI* /) ; il doit être de '8 ou 10 pouces plus long que la largeur de la piece qu’on fe propofe de rnonter , & d’autant plus fort que la piece eft plus' grande. Un vautoir, pour un Métier de 30 pieds , eft compofé de deux tringles de bois de chêne aa> b b, {fig* 7) chacune de 3 pouces de largeur, fur 2 pouces & demi d epaiffeur, & longue de 30 pieds. La partie de deflous a a doit être garnie de dents ou chevilles de fer, à peu-près à quatre ou cinq lignes de diftance les unes des autres , mais toujours bien également diftribuées. Dans toute la longueur, à l’extrémité ou aux deux bouts de cette première piece, îl doit y avoir deux mortaifes ; la partie de deflits b b eft précifément d’égale
- (a) On a éprouvé à Aubuffon le môme inconvénient ; toutes les enfouples faites de bois vert ont plié dans le milieu à un tel point , qu'on a été obligé dJen changer plufieurs : mais les nou* veaux Métiers de bois fec n’y font prefque pas fujets ; il y en a même qui n’ont pas du tout fléchi. On a auffi la précaution, lorfqu’ils refient un certain temps fans travailler, de mettre aux enfouples des étais ; on les foutient avec de gros
- cordages bien tendus, qui paffent dans un anneau de fer attaché au plancher d’en haut. L’Inf-peffeur, pour faire des épreuves , a laiffé des enfouples toutes prêtes à monter , deux ans expofées au grand foleil & aux rigueurs de l’hy-ver, en ayant le foin de les faire, de temps à autre , tourner fur différents fens ; le bois ayant une fois fait fon effet , elles ont été les meilleures.
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- S- ART DES TAPIS,
- dimenfion que celle de defTous ; elle doit avoir une rainure tout du long-J dans laquelle les dents de fer de celle de deflbus puiffent entrer, & à chaque bout un tenon qui entre dans la mortaife de celle de deffous, afin que ces deux pièces réunies foient fermement jointes lune à l'autre, & que la chaîne qui doit être diftribuée, avec beaucoup d’égalité, dans chaque e£ pace entre les dents de fer, ne puiffe s’échapper, quoiqu’elle ait la liberté de couler entre les dents, fans en fortir.
- Nous avons parlé de la matière qui forme l’Etoffe, & des pièces qui compofènt le Métier, ainfi que de fes dépendances ; il faut détailler l’ufàge que l’on en doit faire. „
- Maniéré de monter la Chaîne fur le Métier•.
- Il convient d’abord de décider la largeur & la hauteur qu’on veut donner à la piece qu’on fe propofe de monter fur le Métier ; par exemple, pour monter un Tapis de 26 pieds de largeur, il faut un Métier de 30 pieds, parce que le Métier doit excéder l’Etoffe de deux pieds par chaque bout. Cet exemple fuffit pour les Tapis de toute forte de grandeurs ; car il eft fen-fible qu’on choifit, à proportion de l’étendue des Tapis, des Métiers plus ou moins grands. Il eft de l’intérêt du Fabriquant de ne pas employer de grands Métiers pour de petits Tapis.
- On doit commencer par monter la chaîne fur le Métier, puifque c’eft elle qui fait la bafe du tiffu. Pour un Tapis de la grandeur que nous venons de fuppofer, il faut, efitre 70 ou 80 livres de fil de laine blanche, plus ou moins, fuivant qu’elle eft plus ou moins fine ; à quoi il faut ajouter un dixième de la même laine qui doit être teinte en bleu, pour que dans la chaîne montée fur le Métier , le dixième fil fe diftingue des autres par la couleur ; c’eft ce qui réglé l’Ouvrier pour bien exécuter fon deflein (a ).
- Il eft fenfible que pour les Tapis, comme pour tous les autres Tiffus , il eft néceffaire que les fils de la chaîne fe divifent en deux plans, entre lefquels on paffe les fils de la trame. Ainfi , pour ourdir la chaîne des Tapis, il faut, comme pour tous les autres tiffus , faire une grande & une petite croifée. On ne fe fert point pour les Tapis d’un ourdiffoir tournant, comme pour les Draps & les pièces de toile qui ont beaucoup de longueur.
- Caries chaînes des Tapis ayant peu de longueur, on s’établit, pour les ourdir, dans une làlie qui ait plus de longueur que la chaîne n’en doit avoir ( PL III, fig. 1 ) : à un bout font fcellées trois chevilles rz, c, (fg> 1&2 , éloignées les unes des autres de 8 à 9 pouces. C’eft fur elles qu’on
- (a) Le long ufage qu’ont à Aubuflbn les Maîtres Ouvriers Conduftenrs , Ôc les diverfes épreuves bien conflatées, d’après lefquelles on a déterminé la quantité de chaîne qu’il faut, eu égard à la grandeur de chaque Tapis, les mettent en
- état de ne jamais fe tromper ; on l’évalue à une livre, Sc autant pefant de tiffu par chaque aune quarrée , qui comprend 28 portées, com-pofées du même nombre de fils que celles de la Savonnerie, diftinétes chacune par un fil noir.
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- forme la grande croifée, & à 2y ou 26 pieds de ces chevilles plus ou moins, fuivant la longueur des pièces, on fcelle une autre cheville d (fg* 1 & 3), pour faire la petite croifée (a).
- On croit pouvoir fe dilpenfer d’expliquer fort en détail ce que c’efl: que la grande & la petite croifée , non - feulement parce que cet Article efl: expliqué fort au long dans l’Art du Drapier, mais encore parce qu’on peut s’en inftruire aifément chez tous les TilTerands.
- Il fiiffit de dire qu’on attache le fil à la cheville d (fïg. 1 & 3 ) , puis on va le pafler fur la cheville a (fg* 1 & 2 ). En defcendant, on le palfe devant la cheville b, puis encore en defcendant derrière la cheville c qu’on enveloppe, & en remontant, on palfe le même fil derrière la cheville b, puis encore en remontant fur la cheville a. Ces enlacements fe voyent fenfible-ment à la Figure 4 , alors la grande croifée efl: faite, & on va palfer le fil fur la cheville d> (fg- 1 & 3 ), ce qui fait la petite croifée , puis on revient faire une nouvelle croifée fur les chevilles a, b, c.
- Nous avons dit qu’il falioit mettre la cheville unique d à 25 ou 26 pieds des trois chevilles a, b, c, quoique nous ayons fixé la longueur du tapis à 20 pieds ; mais cet excédent eft néceifaire pour les bouts de la chaîne qui refirent fur les enfouples fans être tiifus,parce que, dans ces Fabriques, on ne fe fert point de fils de pêne, comme le font les TilTerands & les Drapiers.
- Nous avons dit encore que, fuivant la grandeur des Tapis, il falioit rapprocher ou éloigner la cheville d des chevilles <2, b> c. Pour le faire commodément , on attache , avec des chevilles de fer, la piece de bois e e (fg-1 & 3 ) à des pattes qui font fcellées dans le mur ff (fig* 1 ) , & avec d’autres chevilles de fer, on attache folidement fur la piece de bois e e la cheville d par le bout g où elle s’élargit 3 & 5 ).
- On voit en h Çfg> 1) une boîte divifée en deux ; on met, d’un côté, les pelottes de fil blanc, & de l’autre celles de fil bleu.
- Avant de commencer l’ourdiflage, il faut fàvoir la quantité de fil nécefi faire pour la chaîne d’un tapis, auquel on fe propofe de donner, par exemple, 26 pieds de largeur, ce qui fe fait en calculant le nombre des dixaines (b), qui monte environ à 324, toutes compofées de dix points , & par confisquent de vingt fils , puifque , comme on le verra dans la fuite , le point efl: compofé d’un fil de devant, & d’un de derrière, dont il y a 18 de blancs, & deux^de bleus; en conféquence, les 324 dixaines compofent fix mille quatre cents quatre-vingt fils tant de devant que de derrière, fans y comprendre les lifieres qui doivent toujours avoir au moins à chaque bord vingt-quatre fils, ce qui fait 48 fils de plus, qui, étant ajoutés aux 6480, font en tout 6^28 fils.
- (a) Â Aubuffon, on regarde l’ourdifTage com- (b) Les dixaines tiennent lien de ce que les me allez important pour que les Maîtres-Ouvriers Drapiers ôc les TilTerands nomment des Portées. falTent eux-mêmes ce travail.
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- Comme les chevilles abc & d, qui font fcellées à la muraille , ne peuvent être chargées que de dix dixaines de fils qui compofent cent points, 8c par conféquent deux cents fils , dont on doit toujours, en ourdiffant, mettre neuf points blancs 8c un bleu, ce qu’on obferve fuccefîîvement ju£ qu’au nombre de cent points ; les chevilles étant alors chargées de tout le fil quelles peuvent porter , on paffe des ficelles dans les Croijîeres ou croifées qui ont été formées fur les chevilles, de forte que ces ficelles tiennent la place, une de la chevillée, l’autre de la cheville b {fig* i, 2 & 4), & une autre de la cheville d, (,/%• 1 <§3) ; quand on a noué les cordons bien ferrés, on ôte de defïus l’ourdiffoir cette centaine, & pour qu’elle ne fe mêle point, on l’enlace , comme on le voit Çfg. 6 ) , enfuite on recommence une autre centaine, ce que l’on continue toujours de même jufqu’à ce qu’on ait ourdi le nombre de 3 24 dixaines : alors l’ourdiffage eft fait.
- Nous ferons feulement remarquer qu’il faut toujours ourdir fil à fil, parce que fi l’on ourdiffoit plufieurs fils enfemble , comme font les Tifferands 8c les Drapiers , la chaîne feroit tendue moins également, & ces inégalités occafionneroient dans la Fabrique des godes qui rendroient la piece défa-gréable , au lieu qu’en ourdiflànt fil à fil, on rend l’étoffe bien plus unie.
- Cette attention n’eft néceflàire que pour la chaîne de nos Tapis, qui efl d’une laine retorfe & dure; dans les autres Fabriques où les chaînes font faites avec de la foie, du fil, ou même du coton, ou un fil fimple de laine , l’inconvénient n’eft plus le même, ces fils étant plus Mes 8c plus fouples , ils coulent plus aifément & plus également entre les doigts.
- Voila la chaîne ourdie, & toute prête à être montée fur le Métier. Nous allons tâcher d’expliquer la maniéré de la mettre en place, c’eft-à-dire , de la monter.
- Comment on monte la Chaîne fur le Métier.
- Pour bien monter une chaîne fur le Métier, il faut que tous les fils qui la compofent foient rangés bien régulièrement dans toute la longueur des en-fouples ; c’eft à quoi fert admirablement bien le vautoir ( PL /, fîg. 7) ; pour cela on le place le long de l’enfouple d’en bas : comme il eft compofé de deux pièces aa>bb, (fîg*j')> on ôte la piece de deffus b b, quia Amplement une rainure ; on ne laiffe fur l’enfouple que celle de deffous aa, qui porte les dents de fer ; alors on marque fur le vautoir la mefiire de la piece qu’on veut monter, nous l’avons fixée à 26 pieds. Il faut mettre fur chaque bout 3 pouces de plus , pour tenir lieu du rétreciflàge ; la mefure étant bien marquée, on compte les dents du vautoir ^qui font comprifes dans cette étendue ; alors on fait le calcul des fils de chaîne ; 8c en divifant le nombre des fils par celui des dents du vautoir, on voit combien il doit entrer de fils comme 6 ou 7 ou 8 entre deux dents, afin que la chaîne divifée par
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- centaine , foie placée tout du long du vautoir par le bout où ëft la double croifure , c’eft-à-dire , par celui où elle a été' fur le bout de l’ourdilfoir où font les trois chevilles abc. Pour la répartir fur le vautoir , on en défait les ficelles avec beaucoup de foin ; puis on pafle dans la croifure d’en bas un bâton que les Tiflerands appellent Verdillon aa9 ( PL l,fig* 8 ) ; il doit être d’un pouce de diamètre. On a déjà dit que le verdillon eft deftiné à être logé dans la rainure de l’enfouple d’en bas; on palTe encore, dans les deux croi-jfiires, une petite corde moins grofle que le doigt P P (Jig* 2) , pour pouvoir conferver bien exaétement les croifures ; alors on défait totalement les ficelles qui lioient les centaines pour mettre la chaîne- en liberté : on lailfe cette partie de chaîne fur le‘devant du vautoir, & on jette tout le refte de la chaîne derrière le Métier. Quand cela eft fait, on diftribue cette portion de chaîne dans chaque dent du vautoir , fuivant le calcul qu’on en a fait; y étant bien diftribuée, on répété la même opération fur toutes les centaines qui doivent former la totalité de la chaîne ; alors on apporte la partie fupérieure du vautoir b b, & on la place fur celle de deflous a a, fai-fant entrer les dents de la partie inférieure du vautoir dans la rainure de celle dé deflus.
- Quand les deux pièces du vautoir font bien alfemblées, on les lie l’une à l’autre, le plus ferré qu’il eft poffible, de deux pieds en deux pieds, afin que la chaîne ne puifîe s’échapper.
- U faut enfuite monter le vautoir à 6 pouces de l’enfouple d’en haut, & toute la chaîne s’élève avec lui. On le tourne fur le côté, de forte que la partie où eft le bâton ou verdillon, qui eft palfé dans la double croifure, foit tourné du côté de l’enfouple d’en bas ; car le verdillon & les cordes qui confervent les croifures, doivent refter entre l’enfouple d’en bas & le vautoir : on arrête fermement le vautoir ainfi placé, en le fulpendant par des cordes de diftance en diftance. Alors on prend le verdillon deftiné à être dans l’enfouple d’en bas, 8c qui eft déjà paffé dans la chaîne ; on le tire en en bas ; il attire la chaîne avec lui jufqu’à ce qu’il foit à portée d’être placé dans la rainure de l’enfouple d’en bas, où on l’aifujettit avec les chevilles de fer qui l’arrêtent, comme on le voit ( PL I,fig. 4). Quand il eft folidement alfujetti dans cette rainure, on jette l’autre partie de la chaîne qui eft au-delfus du vautoir, 8c qui fait la plus grande partie de la pièce, fur l’enfou-pie d’en haut ; elle retombe par derrière le Métier ; pour lors on prend le bâton ou verdillon qui eft deftiné à être placé dans la rainure de l’enfouple d’en haut, après avoir défait les petites ficelles qui lient toutes les centaihes par ce bout-là, on y place le bâton, & on le lailfe dans la chaîne : il faut après cela tourner l’enfouple d’en bas, 8c rouler la chaîne delfus jufqu’à ce que le bâton d’en haut foit venu vis-à-vis la rainure de l’enfouple d’en haut, où on le place 8c on l’arrête, comme on a fait le verdillon d’en bas,
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- ART DES TAPIS, des chevilles de fer qui font deftinées à cet ufàge ; alors c’eft l’enfouple d’en haut qu’il faut rouler , & qui attire à elle toute la chaîne qui étoit fur l’enfouple d’en bas qu’on déroule à mefiire.
- ' Au moyen du vautoir, la chaîne fe place également 8c régulièrement fur cette enfouple ; car le vautoir, qui n’en eft éloigné que de 6 pouces , dirige ainlî tous les fils de la chaîne régulièrement fur toute la longueur de l’enfouple. Comme ils font placés dans le vautoir , il ne s’agit que de les bien étendre , & de prendre garde qu’il n’y ait des brins qui fe croqueviilent. Quand la chaîne eft toute placée fur l’enfouple d’en haut, il failt ,^pour la bien établir fur celle d’en bas, prendre l’aplomb de la chaîne d’en haut, ce qui fe fait en comptant les dixaines ; 8c partant de celle du milieu, on établit la chaîne en bas fuivant cet aplomb * en marquant jufte la largeur du tapis fur l’enfouple d’en bas , de forte qu’il y ait 13 pieds de chaque côté, qui font les 26 pieds que la chaîne doit avoir. On arrange régulièrement tous les fils par dixaines ; ce qui étant fait, on place à demeure le bâton ou verdillon dans la rainure de l’enfouple d’en bas ; on l’arrête fermement avec les chevilles de fer ; pour lors on fait ufàge de l’équipage, & on arrête l’enfouple d’en bas avec les ardieres , les bandages 8c le cable ou la commende , afin quelle foit bien fiable 8c folidement arrêtée. Enfuite on place un pareil . équipage à l’enfouple d’en haut ; mais comme celui-ci eft deftiné à bander la chaîne très-fortement, on fe fert du treuil ou moulinet H (PL II9 jîg. 1 & 2), qui eft fcellé dans la muraille , vis-à-vis des deux cotterets du Métier.
- Quand la chaîne eft bien bandée fur le Métier, on paffe entre les fils de devant 8c ceux de derrière, un bâton Q Q (PL /, jîg. 2 & 10) , qu’on nomme Bâton d!entre-deux ; il fert à diftinguer encore plus aifément les fils de derrière de ceux de devant, & aufti à faire les liffes.
- On fait que les liffes font de menues ficelles qu’on attache à tous les fils ou points de derrière : on voit en N ( PL 1, jîg. 1 ) une liffe attachée à un fil; elle fert à ramener en avant les fils de derrière, foit pour faire le point qui forme l’ouvrage, foit pour paffer la trame qui doit arrêter les points compris dans une rangée. Comme les liffes font d’ufage pour toutes fortes de tiffus, il eft affez inutile d’expliquer fort en détail comment on les fait; nous ferons feulement remarquer que, comme au Métier que nous avons décrit, il n’y a point de marche, on tire, au moyen des liffes, avec la main gauche les fils de derrière qu’on veut porter en avant, 8c toutes les liffes font enfilées par le bâton de liffe LM (jîg. 2 & y, TV. /).
- Quand on a mis , à la hauteur où peut atteindre la main gauche de l’Ouvrier , qu’on fuppofe aifis fur fon banc, la perche des liffes L M ( Pl. Iffg. 2, & PL It^yjîg- 1 & 2 ) , on abaiffe à la même hauteur le bâton d’entre-deux QQ( PL /) ; & pour que les liffes foient toutes d’une même étendue , il \ faut faire enforte que la perche des liffes 8c le bâton d’entre-deux foient
- arrêtés
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- arrêtés fixement à une certaine diftance l’un de l’autre. Pour cela on pofe de diftance en diftance 4, y ou 6 petites plaques de fer entaillées par leurs extrémités , & quon nomme Calais , m (fig- 3 , PL II) , de forte qu’une entaille du calais porte fur la perche des liftes, & que l’autre entaille repofe furie bâton d’entre-deux ; de cette façon , ces deux perches ne peuvent fe rapprocher; alors on tend, vis-à-vis la perche des liftes LM( PL fi fig. 2. & ^ ) y une ficelle Im (fig. y), fur laquelle on doit lier toutes les liftes : un fécond Ouvrier fe place derrière le Métier ; l’Ouvrier du devant du Métier lui paffe une ficelle ; celui de derrière prenant dans cette ficelle un fil de derrière de la chaîne, il repafte la ficelle à celui de devant qui l’arrête 8c la noue fur la ficelle l m qui eft tendue devant la perche des liftes ; & en continuant de même de fil en fil, tous les fils de derrière font pris par une anfe de ficelle qu’on nomme Liffe, comme on le voit (fig. 1 ) en N, 8c toutes les liftes font liées fur une ficelle Im (fig-j), & enfilées paf* la perche des liftes LM. Tout cela eft repréfenté en fituation (PL I > fig* 2, PL 11, fig. 1, & PL IV) fig. 1 & 11). On releve un peu le bâton d’entre* deux QQ au-defliis de la perche des liftes LM (PLIKfig. 2) ; alors la chaîne eft montée, & en jétat d’être travaillée. Nous allons dire un mot des outils dont les Ouvriers ne peuvent fe paffer.
- Outils nc'ujfaires aux Ouvriers.
- ïl convient , avant de mettre l'Ouvrier à l’ouvrage, de donner la connoiflànce des outils dont il a befoin.
- Il faut, 1?, un peigne d’acier A ( Pl. IV\ fig- 3 ), dont les dents foient de bonne trempe 8c très-polies. Les dents de ce peigne ont deux pouces de long; la partie pleine qui porte ces dents, deux pouces & demi ; & tout le peigne avec le manche porte ^ pouces de longueur. On l’a repréfenté fur le côté en B (PI- IV, fig. 3), pour faire voir qu’il a une inflexion au défaut du manche (a).
- 20, Un tranche-fil ( fig. 4) de p pouces de long, dont la lame a, longue de 3 pouces, foit bien affilée , & qui ait un anneau ou crochet au bout b (b).
- 30, Des cifeaux (fig* y ) qui foient coudés par les branches b, -8c longs de 8 pouces (c).
- 40, Il faut encore une boîte (fig- 6) deftinée à y placer les broches ; elle a environ 14 pouces de large fur 18 pouces de long ; elle eft divifée en petits compartiments quarrés de 4 pouces chacun, ce qui doit faire douze fé-
- (a) Les peignes d’Aubuffon, qui ont la même figure que ceux de la Savonnerie , ont, avec les manches, 11 pouces de longueur ; les dents, au nombre de douze par chaque peigne , ont deux pouces : ils pefent une livre & un quart.
- (b ) A AubufTon, les tranche-fils ont un pied 6 pouces de long, la lame ou tranchant <? pouces \
- Art des Tapis,
- la tige de ceux dont on fe fert pour les Tapis en laines communes, a fix lignes de grofieur, Ôc celle pour les Tapis fins, quatre : la longueur de ces derniers efl: la même que celle des premiers.
- (c ) A Aubufibn, la longueur des cifeaux eft de p pouces,
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- i4 ART DES TAPIS,
- paradons dans lefquelles on place les broches qui fervent à faire les points. Elles doivent être garnies de laines des différentes nuances , chaque nuance ayant fon petit compartiment. (a ).
- y°, Il faut encore avoir un compas de 6 ou 7 pouces de longueur pour mefurer l’ouvrage, & s’affurer de temps en temps fi Ton fuit exaélement le delfein auquel on doit s’aifujettir, & qui repréfente les objets qu’on doit imiter.
- 6°, L'Ouvrier a encore befoin d'un poinçon (P/. III9 fig. 7), pour relever les points de l'ouvrage, quand il s'apperçoit qu'il s’eft trompé, Sc que fa rangée eft finie ; ceux qui fe fervent pour cela de la pointe de leurs cifeaux, courent rifque de couper la chaîne.
- 7?, Les broches ( PL IK 5 fig. 7 ) qu’on charge de laine pour faire les points, doivent être de bon bois dur , longues d’environ 6 ou 7 pouces, & ayant 9 lignes de diamètre ; elles doivent être bien rondes ; on ne charge de laine que la partie a b (fig> 7 ) ; on emploie ces broches en plus ou moins de quantité, fuivant la nature de l’ouvrage & la variété du delfein ou des couleurs dont il eft compofé, & qui exigent plus ou moins de nuances ( t> ).
- Des De [feins ou Tableaux que V Ouvrier doit imiter.
- Il est néceilàire, avant d’entrer dans le détail de l'opération , de dire fur quoi font faits les Delfeins ou Tableaux que l’Ouvrier doit imiter. U faut avoir une planche de cuivre ( PL III, fig. 8 ), fur laquelle font gravés des traits par dixaines comme aaySc que le dixième trait fbit plus marqué que les autres , parce qu'il indique le fil bleu de la chaîne. On imprime, avec cette planche, des feuilles de papier. Quand les feuilles de papier font imprimées, il faut les doubler en collant par-derriere d’autres feuilles de papier, pour qu’elles aient plus de confiftance, & qu’elles foient à peu-près auffi fortes qu’un foible carton ; enfiiite on les colle enfemble jufqu’à ce qu'on ait la même largeur & la même hauteur que doit avoir le Tapis. C'eft fur ces feuilles de papier réunies qu'on fait peindre à l’huile le Delfein du Tapis qu’on veut exécuter, comme (PL III, fig. 9), ou, pour éviter la confufion , on n’a marqué fur les feuillages du delfein que les traits qui indiquent les fils bleus ou les dixaines ( c ).
- U faut encore obferver que, pour les Meubles & petits Ouvrages, on a
- (a) A Aubuflbn, les Métiers étant prefque tous placés dans le même appartement, il y a deux ou trois & jufqu’à quatre Apprentiffes, fuivant qu’il y a de Tapis montés, dont l’occupation habituelle confifte à garnir les bobines ou broches de laines de toutes les couleurs qu’on y emploie ; elles font chargées d’en faire la diftribution aux Ouvrières , qui leur demandent celles dont elles ont befoin : chaque couleur a fa Café dans de grandes Cailfes , de maniéré qu’elles l’ont à la main dans l’inftant. Cela ne feroit pas pratiqua-
- ble à la Savonnerie, à caufe de la multitude des nuances.
- (b) A Aubuffon, les broches qu’on appelle Bobines, ont J pouces 6c demi de long fur trois quarts de pouce de diamètre ; jufqu’à préfent on n’a fait nulle diftinftion du bois dont on les a faites.
- (c ) A Aubuflbn, on peint les Defleins en détrempe , pour ménager fur tout, 6c être en état de fournir les Tapis à meilleur compte.
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- FAÇON DE TURQUIE. ry
- des planches dont les dixaines font plus fines, parce que les fils de la chaîne font plus fins. Au refie le papier s'imprime de même.
- Avant de remettre les Cartons au Peintre , on pique avec un poinçon les traits qui marquent les dixaines pour pouvoir les reconnoître, lorfque la couleur a trop caché les traits qu’on a marqués fur le papier ; & quand le Peintre rend fon ouvrage, le Tapiflier reconnoît, par les trous du poinçon, la pofition des traits qui indiquent les dixaines ou qui répondent aux fils bleus, Sc c’efl le plus important ; les autres s’arrangent avec une exaéiitude foffifànte prefque à la vue.
- Pour que l’Ouvrier ait toujours fous les yeux le deffein qu’il doit exécuter , on coupe le carton par bandes, & on attache la bande qu’on travaille aéluellement fur la perche des lifïes avec quelques clous, comme on le voit QPL IVi fig. i, 2 & 8 ) , de forte que tous les forts traits du deffein répondent aux fils bleus de la chaîne, Sc que l’Ouvrier, en levant les yeux, apperçoive ce qu’il a à exécuter.
- Pour guider les jeunes Ouvriers dans leur travail, on eft convenu de dif* tinguer les fils de chaque dixaine par des termes qui font entendus de tous les Ouvriers. Pour les dix fils qui fo croifent ( PL II, fig. 4 ), on diftingue les horizontaux, en appellant le plus élevé le premier fil: il efl: défîgné par le trait j & 1 ; le fécond rang de point s’appelle deux de deffious, 2 Sc 2 ; puis trois de defious , 3 Sc 3 $ quatre de defious , 4 & 4 ; enfin cinq de dejfious , y & y. Enfuite, en commençant par en bas, c’efl un de dejfius, 1 Sc 1 ; deux de defius , 2 Sc 2 jufqu’à y. Les dix traits verticaux fe divifent également en y; ceux: de la droite, qu’on appelle 1 en deçay 2 en deçà, jufqu’à y ; ceux de la gauche s’appellent 1 en-delà, 2 en-delà 9 y en-delà.
- Il efl bon de remarquer que les 9 traits de la Figure 4 marquent les fils blancs compris entre les fils bleus. On a fait la figure fur une grande échelle pour rendre plus fenfible ce que nous avions à dire.
- Façon de travailler.
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- Nous avons laiffé le Métier monté, & les lifïes faites ; alors les Ouvriers qui, pour un Tapis de 26 pieds , doivent être au nombre de quatre ou cinq (a ), fe mettent chacun à leur place affis for une planche o ( PL IV') ayant la chaîne devant eux, & ils commencent par tirer deux lignes tout le long du Métier fur la chaîne ; elles doivent être tirées bien de niveau , & à un pouce de diftance l’une de l’autre ; il faut enfuite pafler quatre cordes , les deux premières moins groffes que le petit doigt, & les deux dernières à peu-près, ou même un peu plus groffes que la ficelle à faire les lifïes ; on paffe la première corde en trame, & précifément for la première
- (a) A Aubuffon, quand l’ouvrage preiïe, on met dix & onze Ouvriers fur un Tapis de 2$ pieds 5 quand l’ouvrage ne preffe pas, on en*met moins.
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- i6 ART DES TAPÎS,
- ligne qu’on a tirée : en conféquence la dernierefe pafle en duite & fur la fécondé ligne, afin que les fils de chaîne fe trouvent naturellement féparés en fil de devant Sc fil de derrière. J’expliquerai dans la fuite ce que c’eft que de palfer un fil en trame Sc en duite. Il faut que chaque corde foit tendue avec beaucoup de force pour quelle foit bien roide. C’eft par le moyen de ces quatre cordes qui tiennent les fils de chaîne en état, qu’on arrange pour la derniere fois les points de chaîne bien exaélement par dixaine avec le poinçon dont j’ai parlé à l’Article des Outils , fe conformant bien exactement aux traits & à la mefure du delfein qu’on doit imiter.
- • Pour cela on mefure exactement fur le delfein l’intervalle des fils bleus de 3 2 en 3 2 dixaines, Sc on vérifie fi l’intervalle eft le même entre tous les fils bleus de la chaîne qui indiquent les dixaines; enfuite on vérifie de même les diftances des dixaines de xS en 16, de 8 en 8, puis de 4 en 4, enfin de 2 en 2 ; de cette façon les petites erreurs fe répartilfent fur toute l’étendue de l’Ouvrage, Sc elles ne font point fenfibles.
- Les points ou les fils étant bien arrangés, chaque Ouvrier commence devant lui la lifiere d’en bas, qui n’eft qu’un tilfu fans velouté ; & pour qu’elle foit bien égale, on tire fur la chaîne une troifieme ligne de niveau, afin de terminer la lifiere bien également Sc uniformément fur cette troifieme ligne, qui marque la largeur que la lifiere doit avoir.
- Pour palfer un fil en duite, l’Ouvrier place fa ma in entre les fils de devant Sc ceux de derrière, ce qui eft aifé , parce que ces fils font féparés par le bâton d’entre-deux QQ (PI: I,fig. 2), Sc tirant à lui une quantité de fils de devant, comme deux, trois ou quatre dixaines, il palfe de la gauche à la droite une broche chargée de fils ; ayant répété cette même manœuvre dans toute la largeur du Tapis, ce fil eft pafle en duite. U faut encore le palfer en trame de la droite à la gauche. Pour cela l’Ouvrier tire à lui les fils de derrière, ce qu’il exécute en prenant une poignée de lifles qu’il tire à lui ; donnant plufieurs petites fecoufles pour que les fils de derrière fe dégagent de ceux de devant, & tirant alfez à lui les lifles, il palfe la broche chargée de fil entre les fils de derrière Sc ceux de devant ; c’eft ce qu’on appelle paffer en Trame : ainfi la différence qu’il y a entre le fil de duite Sc celui de trame, eft que celui-ci pafle derrière les fils de devant, & le fil paffe en duite y par derrière les fils de derrière. Comme les Ouvriers ne peuvent pas travailler fur la partie de la chaîne qui eft roulée fur l’enfouple, il y a une certaine longueur de chaîne qui relie inutile Sc qui eft perdue ; car, comme je fai dit, on ne fe fert point de pêne comme les Tiflerands.
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- Façon de faire le Point.
- Le point eft ce qui caraétérife cette étoffe, Sc ce qui la diftingue de toute
- autre ; car, aux velours, les fils de foie qui font coupés pour faire le poil du
- velours ?
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- velours , ne font retenus que parce qu’ils font entrelacés & ferrés entre les fils de la chaîne & ceux de la trame ; mais ici les fils qui forment le velouté* font liés à chaque point fur un fil de la chaîne : c’eft ce qu’il faut expliquer* On prend de la main droite b ( PL IV^, fig. i & 8) une broche garnie de laine de la couleur 8c de la nuance que marque le deflein ; c’eft ce que les habiles Ouvriers apperçoivent promptement ; & pour en faire le premier point, on fàifit avec les doigts de la main gauche a (fig. i & 8 ) le premier fil de devant de la première dixaine, fur lequel on fak feulement une palfée c (fig. 8 ), & ramenant par le moyen de la lilîè avec le doigt de la main gauche a, le fil de derrière * on fait fur ce fil un nœud coulant d qu’on ferre bien ferme; voila ce qui s’appelle le Points qui s’exécute fi promptement, que l’œil du fpeélateur a peine à appercevoir ce que fait l’Ouvrier. Le premier point fait, le fécond fe fait précifément de même. Quand on a fait la paflee fur le premier fil de devant, avant de faire le nœud fur celui de derrière , on place le tranche-fil e (PL I fig. 8) dans la laine de la paflee ; on fait enfuite le nœud qu’on ferre. On conçoit que le fil de la paflee étant arrêté par le tranche^fil, forme un anneau, qui étant coupé, produit le velouté, 8c ce velouté eft fermement arrêté dans l’étoffé par le nœud qu’on fait fur le fil de derrière ; on continue de même à faire de nouveaux points jufqu’à ce que le tranche-fil foie plein ; alors en le fàififlant par l’anneau ou crochet b, (fig- 4) on le tire d’une petite quantité, 8c la lame coupe les anneaux de laine qui enveloppoient la partie c (fig. 4) du tranche-fil, ce qui forme le velouté. Mais il ne faut le tirer en entier qu’à la fin de chaque rang, parce que le tranche-fil doit refter attaché à l’étoffe par plufieurs révolutions de laine, le travail en eft plus aifé , 8c s’exécute plus régulièrement. Avant de tirer le tranche-fil, on frappe légèrement defliis avec le peigne (fig. 3 ), comme le fait l’Ouvrier (fig. 2 ) pour ferrer les points qui font fur le tranche-fil. Mais lorfqu’une rangée eft totalement faite d’un bout du Tapis à l’autre, l’Ouvrier qui eft à la tête du Métier pafle un fil de chanvre en duite, qui doit aller d’un bout à l’autre du Tapis , & être tendu aflèz ferme ; enfuite il en pafle un en trame ; mais il faut que celui-ci foit affez lâche pour faire toutes les inflexions des fils de la chaîne. Alors on bat fortement, avec le peigne, & les fils 8c les nœuds jufqu’à refus. Cette circonftance contribue beaucoup à la perfeéfion de l’ouvrage. Toutes les rangées fe font'comme nous venons de l’expliquer. Quand on fait de grandes Pièces qui doivent avoir beaucoup de force, on tient quelquefois le fil qu’on pafle en trame plus fort que celui qu’on pafle en duite.
- Pour trouver aifément la lifle qui répond à un fil, l’Ouvrier pince entre deux doigts le fil de devant du point qu’il fait ; confervant ce fil entre les deux doigts, il remonte fa main jufqu’à la hauteur des lifles ; 8c paffant le doigt dans la lifle qui fuit, il tire en avant le fil de derrière fur lequel il doit achever fon point/ Art des Tapisk E
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- On conçoit que les deux paffées de fil en duite & en trame lient tous les points enfemble ; elles les réunifient, & par leur moyen le tout ne fait qu’un feul corps 5 car ces paffées fe renouvellent à toutes les rangées, & toujours de même jufqu’à la fin du Tapis , ou de telles autres Pièces qu’on travaille.
- Par ce que nous venons de dire, on conçoit que chaque point qui doit faire le velouté , eft attaché par un nœud fur un fil de chaîne * & que tous les points font liés les uns aux autres à chaque rangée par les fils de duite & de trame. Tout le tiflii étant bien frappé par le peigne qui eft d'acier & pelant, il en réfulte une étoffe de la plus grande folidité.
- On finit la piece par une lifiere, ainfi qu’on l’a commencée.
- Il eft bon de remarquer que le tranche-fil ne coupe jamais bien net le poil de la laine, ni aflez ras. C’eft pourquoi à toutes les rangées on ébarbe le velouté , & on le rend plus ras avec des cifeaux (Jtg* 5 ) qui ont les branches courbées, pour que les lames appuient plus exactement fur 1 étoffé. Et pour que la main ait plus de force pour appuyer la lame de deffous des cifeaux liir l’étoffe qui eft faite , on pafle le pouce dans un des anneaux, & le petit doigt ou celui qui fuit, dans l’autre anneau, afin de pouvoir appuyer deux ou trois doigts fur la branche ; on appuie donc la lame de deffous fur l’étoffe qui eft faite, & on tond avec la lame de deffus la rangée de points qu’on vient de faire le plus ras & le plus également qu’il eft poffible. Les Ouvriers intelligents arrangent même les points de la derniere rangée qu’ils viennent de'faire pour coucher les poils du côté qui convient pour que cette rangée fe marie exactement avec celle qu’on va faire ; on gratte aufli le velouté avec le dos des lames des cifeaux, en allant & venant pour rebroufler tous les poils qu’on coupe enfuite ; & afin de couper les fils dans tous les fens, on dent le deffus de la main tantôt en haut, & tantôt en bas.
- La Icience des Ouvriers confifte à bien choifir les nuances pour imiter exactement le Tableau ; & pour mélanger encore mieux les couleurs, ils marient quelquefois deux nuances enfemble, en chargeant les broches.
- Pour charger les broches, on a un tour (PLIVyfig>. io), où, au lieu d’une broche, il y a en a une boîte b, dans laquelle on met le bout c d’une broche (fig. 4), qu’on affujettit au moyen de la visd. L’ajuftement e fèrt à avancer ou à reculer la bobine, pour tendre plus ou moins la corde/; g eft une lame pour couper la laine quand la broche en eft aflez chargée ; h eft une boîte dans laquelle on met les pelottes de laine dont on doit charger les broches. (a).
- On voit, par ce qui vient d’être dit, que pour faire les Ouvrages, façon
- (a ) On n’a pas l’ufage de fe fervir de tour à Aubuffon, pour charger les broches ou bobines ; on met dans une boîte les pelottes de laine, & les Ouvrières qui ont ce détail, les dévident à la
- main fur des broches. M. Châteaufavier fe pro-pofe de faire faire un tour, & d'engager les Maîtres à s’en fervir.
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- du Levant , il faut tendre verticalement des fils de laine retorfe pouf faire la chaîne, Sc les féparer en deux plans, de forte qu'il y ait toujours alternativement un fil du côté de l'Ouvrier, qu'on nomme le fil de devant, & un fil du côté de la face poftérieure du Métier , qu'on nomme le fil de derrière* Or, pour faire le point, on fait une fimple paffée fur le fil de devant, qui le pré-fentetout naturellement à la main del'Ouvrier; enfuite, au moyen des liffes, on tire en devant un fil de derrière, fur lequel on fait un nœud, Sc le point eft fait ; comme cette étoffe doit être veloutée , on embraffe par la laine la partie arrondie du tranche-fil, ce qui forme des annelets ou de petites anfes qu'on coupe avec la lame du tranche-fil, & qu'on ébarbe enluite avec les cifeaux. On joint enfemble tous les nœuds avec un fil de chanvre paffé en duite, Sc un autre paffé en trame ; enfin on ferre tout ce tiffu avec un peigne d'acier , dont les dents déliées paffent entre les fils de chaîne , Sc qui ayant un certain poids, frappe fortement fur la trame Sc les nœuds, pour que l'étoffe foit bien ferrée ; mais à mefure que le tiffu fefait, la partie ou les Ouvriers doivent travailler, devient trop élevée pour qu'ils puiffent y atteindre ; Sc comme c'eft une grande opération que de rouler la partie de l'étoffe qui eft faite fur l'enfouple d'en bas, Sc de dérouler la chaîne de defïus l'en-fouple d'en haut, pour s'épargner la peine de répéter fréquemment cette pénible opération , les Ouvriers élevent les planches fur lefquelies ils font affis, ôc proportionnellement la perche des liffes Sc le bâton d'entre-deux; peu à peu ils s’élèvent ainfi prefque jufqu'au haut du Métier ; mais quand ils y font arrivés, il faut de néceftité rouler fur l'enfouple d'en bas la partie de l'étoffe qui eft faite, Sc dérouler proportionnellement une partie de la chaîne qui eft roulée fur l'enfouple d’en haut.
- Quand l'étoffe fabriquée eft roulée fur l'enfouple, elle eft à couvert de la pouffiere ; mais lorfqu'elle eft fur le Métier, elle y feroit expofée, fi on ne la couvroit pas avec une toile qu'on tend deffus, à mefure que les Ouvriers avancent leur ouvrage ; Sc avant delà rouler fur l'enfouple, on ver-gette, avec une broffe de chiendent ou un balai de bouleau , l'étoffe qui eft faite.
- Les Ouvriers tirent tout leur jour de derrière eux * Sc comme leur pofi-tïon eft toujours un peu de côté, leur corps ne fait point d'ombre fur la partie qu'ils travaillent ; ils voyent leurs fils de chaîne, les laines dont ils forment les points Sc le Tableau qu'ils doivent imiter ; mais l'hyver, les jours étant fort courts, les journées finiroient de bonne heure , s'ils ne travail-loient pas à la lumière. Ils s'éclairent avec des chandelles des quatre à la livre qu'ils mettent dans des chandeliers , tels qu'on en voit dans quelques boutiques de Barbiers, où un bras brifé, qui s'élève Sc s'abaiffe fur une tige verticale, porte la bobeche ; de cette façon l'Ouvrier porte la lumière à l’endroit qui lui eft le plus commode.
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- D’abord on fe fervoit auffi de chandelles à Aubuflon ; mais on a trouvé plus économique 8c plus commode de travailler avec des lampes que les Ouvrières mettent dans des plaques de fer blanc qu elles attachent fur leur poitrine , { PL II, jig. y ).
- Ce qui rend les Ouvrages d’Àubuflon beaucoup moins chers que ceux de la Savonnerie, eft 1^, qu’on emploie à Aubuflon des laines moins fines quà la Savonnerie ; 2°, que prefque tout le travail eft fait par des femmes & des filles dans un pays où les vivres font à bon compte * ce qui fait que les journées font à beaucoup meilleur marché qu’à Paris; 3°, qu’un point des Tapis d’Aubuflon équivaut à quatre points de la Fabrique des Gobelins ; 4°, que comme on s’eft apperçu qu’il n’y avoit que le bon marché qui pût favorifer le débit des Tapis de pied d’Aubuflon , on s’eft attaché à écono-mifer fur tout, & ona renoncé à faire des Ouvrages auffi parfaits que ceux de la Manufaéture Royale de la Savonnerie.
- EXPLICATION DES PLANCHES
- DE L’ART DE FAIRE LES TAPIS, FAÇON DE TURQUIE.
- PLANCHE PREMIERE.
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- JC iG l/R £ 1» Elle repréfente les deux principaux montants ou les deux eot-terets d’un petit Métier propre à faire des meubles : BD, un cotteret vu par la face qui regarde le dedans du Métier : E, la coupe de l’enfouple d’en haut : F, la Coupe de l’enfouple d’en4 bas : N, le fupport du bâton des lifles : M, la coupe du bâton des lifles : O , la coupe du bâton d’entre-deux , qui fépare les fils de devant de la chaîned’avec les fils de derrière. Ces deux fils font marqués fur la Figure, & on voit que la lifle P répond au fil de derrière. On apperçoit encore que les deux fils s’étendent depuis l’enfouple d’en haut jufqu’à l’enfouple d’en bas.
- On voit à l’enfouple E d’en haut la coupe de l’entaille où fe loge le ver-dillon, & un linguet qui engrene dans une roue dentée , qui eft aux deux .bouts de cette enfouple aux petits Métiers pour meubles.
- A l’enfouple d’en bas F, on voit la coupe de l’entaille où fe loge le verdil-lon, 8c une douille avec une cheville qui fixent cette enfouple, & l’empêchent de fe dérouler. On voit toutes ces pièces féparées^y^. 6 : c, le linguet de l’enfouple d’en hauti?:u,la douille qui eft au-defliis de l’enfouple d’en bas/7, avec fà queue a qui traverfe le cotteret, & qui y eft fixée par l’écrou d : b, la cheville qui entre dans la douille a, 8c dans des trous qui font aux deux bouts de l’enfouple. Je reviens à la Figure x : AC, eft un cotteret vu par la face de
- dehors :
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- dehors : S * le trou ou s’aflemble la traverfo d'en bas, ainfi que celle d’en haut : E y trou qui reçoit l'extrémité dè l'enfouple d'en haut :f, trou où paffe la queue de la douille a de la Figure 6 : F* trou qui reçoit l'extrémité de l'enfouple d’en bas : M> le bâton des liflfes : N 9 fupport de ce bâton : P9 une lifte.
- Figure 2 y la chaîne montée fur un petit Métier pour meuble : S, S> tra-verfes du haut & du bas du Métier : A C, BD , les deux cotterets : IK , l'enfouple d’en bas. On voit auprès de Fia. douille avec la cheville qui entre dans les trous de l'extrémité de l'enfouple pour la tenir alfujettie : ML> le bâton des lilïes : N N, fupport de ce bâton : O, O , les lilïes dans lefquelles le bâton eft enfilé • QQ, le bâton çffentre-deux : P P, corde qui pafle entre les fils du devant & ceux de derrière : G H, l'enfouple d'en haut : EE y on voit aux bouts de cette enfouple deux roues dentées, avec un linguet à chaque bout qui empêche l’enfouple de fe détourner : R y la chaîne : T, l’ouvrage commencé.
- Figure 3 , l'enfouple d'en bas : G* H* les bouts-frettés^les frettes font percées de trous pour recevoir la cheville b de la Figure 6.
- Figure 4 * l'enfouple d'en bas : on voit aux extrémités IK les roues dentées : on apperçoit auffi aux deux enfouples les rainures pour recevoir les verdillons.
- i
- Figure y y le bâton des liftes LM y avec les liftes Im.
- Figure 7, le vautoir : a a y la piece de delfous : b b y la piece de delîus : a a y bby les deux pièces réunies.
- Figure 8 > un verdillon ou une perche qu’on palfe dans les croifées, &e qu'on place dans les rainures des enfouples.
- Figure 9 , une des pièces N N de la Figure 2 > qui fervent à fupporter le bâton des lilïes.
- Figure io ? le bâton d’entre-deux Q Q, fig. 2.
- Figure il y elle a rapport aux grands Métiers dont nous allons parler.
- PLANCHE IL
- Figure i , un Métier pour faire de grands Tapis de pied : FAEB 9 un des cotterets avec fon patin de charpente CD y qui eft attaché au plancher par des étriers de fer : B y la tête du cotteret qui eft attachée à la poutre avec des liens de fer : Ey un bout de l'enfouple d'en haut : F, un bout de l'enfouple d’en bas : b} bandage ou levier quifert à tourner l'enfouple d'en bas* au moyen d'un cordage qui entoure l’enfouple* & qu'on nomme Ardiere5 le bandage eft arrêté au cotteret par une corde ee. Tout cela s'apperçoit mieux à la Planche l,fig. il : A B , un cotteret : dy l’enfouple d’en bas : a>y l'ardiere : b * le bandage : e * la corde ou la commende qui arrête le bandage
- au cotteret. Je reviens à la Figure 1 de la Planche 11 : ff9 le bandage qui Art des Tapis. F
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- *2 ART DES TAPIS,
- fert à tourner l’enfouple d’en haut. Comme il faut tourner l’enfouple d’en haut avec beaucoup de force , on attache un cable au bout du bandage/*vers h, & qui fiiivant la direction de la ligne ponéluée h h, va fe rouler fur le treuil H qui tient à la muraille par de forts crampons de fer i9i, & on tourne le treuil par les leviers Z, Z. Tout ce qui regarde le treuil eft indiqué par les mêmes lettres , & repréfenté dans un autre point de vue à la Figure 2. M, jig. i,eft le bâton des lilfes qui, aux grands Métiers, eftfoutenu par un aifem-blage de Menuiferie n n, qui porte une traverfe N N, fur laquelle repofe le bâton des lilfes : Q, eft le bâton d’entre-deux. Après ce que nous venonsde dire, & l’explication que nous avons donnée du petit Métier à faire des meubles , on prendra aifément une idée jufte de la difpofition des grands Métiers.
- Figure 3 , elle indique comment on fait les Mes : p, un fil de devant : q, un fil de derrière, auquel il faut mettre une Me : Q , le bâton d’entre-deux : AIy la perche des lilfes : m, petit inftrument de fer plat, qu’on nomme Calais, qui s’appuie par les extrémités fur le bâton des lilfes Sc fur le bâton d’entredeux : M, n, la Me qui embralfe le fil q q.
- La Figure 4 a rapport à la Planche III, Sc la fig. J a rapport à ce qui eft repréfenté fur la Planche IV.
- PLANCHE II î.
- Figure i , elle repréfente un Ouvrier qui ourdit une chaîne le long d’une muraille : A , l’Ouvrier en travail : a y b y c y les trois chevilles qui font repréfentées en grand, Fig. 2, fur lefquelles on enlace les fils pour faire la gratfde croifée, comme on le voit Fig. 4 : d, Fig. 1 Sc 3, cheville unique, fur laquelle on fait la petite croifée 5 il faut que cette cheville d s’approche ou s’éloigne des chevilles a y b, c y fuivant l’étendue qu’on fe propofe de donner à la chaîne, ce qu’on fait aifément en changeant la polîtion de la piece de bois e e, au moyen des chevilles B, B ( fig. 1 ), qu’on met dans différents trous, & des pattes ou palettes f9f qui font fcellées à la muraille : on voit en g, Fig. 3 & y, comment la cheville eft folidement attachée à la piece de bois ee:hy Fig. 1, la boîte ou.l’on met les pelotes de laine, les unes blanches, les autres bleues, qui doivent fervir à faire la chaîne.
- Figure 6, elle fert à faire voir comment on enlace une portée de chaîne ourdie pour qu’elle ne s’emmêle pas : c9 b,d, les liens qu’on met aux endroits oùétoientles chevilles indiquées par les mêmes lettres.
- Figure 7, un poinçon qui fert à arranger les points & à piquer les delfeins.
- Figure 8, un papier imprimé avec une planche de cuivre, & qui eft chargé de raies qui marquent les points. Les greffes raies ay a, a marquent les dixai-nes ou les fils bleus , Sc les petites, les fils blancs. Un carreau n eft repréfenté en grand fur laPl. II, fig. 4, pour faire concevoir comment on indique les différents points aux Apprentifs,ainfi que nous l’avons expliqué dans le difeours.
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- FAÇON DE TURQUIE: aj-
- Figure 9, ceft.un papier femblable à celui Fig. 8 , mais fur lequel on a defliné un bouquet de rofe qu’il faudra exécuter fur l'Ouvrage.
- PLANCHE IV.
- Figure ï 9 un Métier monté : A> B > les cotterets : G H 9 Fenfoupie d’en haut : 1K 9 Fenfoupie d’en bas : P 9 P , les cordes qui palfent entre les fils de devant & ceux de derrière : Q Q >-le bâton d’entre-deux : ML , le bâton dés lilîes auquel eft attaché le delfein qu’il faut imiter : N N9 le /apport de ce bâton ; on Fa fait comme aux petits Métiers pour meuble , afin de moins embarra/fer la Figure. Sur Fenfoupie d’en bas IK 9 eft la partie de l’ouvrage qui eft travaillée : V 9 Ouvrier qui fait le point : a, la main qui amene le fil de derrière en avant : b 9 la main qui fait le nœucf. Cet Ouvrier eft aflis far une planche o o9 fur laquelle on voit la boîte où font les broches chargées de laine de différentes nuances.
- Figure 2, on y voit tout ce qu’on a repréfenté fur la Figure r, excepté que l’Ouvrier X frappe les points avec le peigne.
- Fig ure 3 , le peigne d’acier: A, les dents : B9 le manche. On Fa repréfenté de plat & vu de côté.
- Figure 4, le tranche-fil : a9 le tranchant : b 9 le manche.
- Figure y , les cifeaux vus de plat & par le côté : a 9 les lames : b 9 les branches & anneaux.
- Figure 6 x une boîte divifée par compartiments * dans laquelle on met les broches chargées de laine.
- Figure 7, une broche vuide & une chargée de laine.
- Figure 8, elle repréfente plus en grand ce qu’on a déjà vu Fig, x : a, la main gauche qui tire les lilîesb 9 la main droite qui tient la broche : c d 9 indique l’enlacement du fil pour faire le nœud : e9 le tranche-fil engagé dans les points.
- Figure 9 % le tour pour charger les broches : A, la grande roué : C, la manivelle : B 9 la corde qui fait tourner la bobine b 9 qui eft attachée par deux collets de cuir à la poupée e 9 qu’on approche ou qu’on éloigne de la roue au moyen de la vïsf: au-deffus de cette poupée eft une lame g qui fert à couper la laine : la bobine b forme une boîte dans laquelle on met le bout de la broche, & on l’y alfujettit par la vis d : la partie c qui excede la boîte fe charge de la laine qui eft dans la cailfe H 9 quand on fait tourner la roue A.
- Figure 10 , un Ouvrier qui charge de laine des broches.
- Figure 11 , une Ouvrière qui dévide des écheveaux de laine pour en faire des pelotes.
- On voit, PL II9jig. y , comment à Aubu/Ton les Ouvrières placent fur leur poitrine une plaque de fer blanc, avec une lampe pour travailler à la lumière.
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- ART DES TAPIS
- EXPLICATION
- De quelques Termes qui font propres à l'Art de faire les Tapis
- Façon de Turquie.
- A
- A RDiere : c’eft une groffe corde qui fe roule autour de l’enfouple, Ôc qui forme une anfe dans laquelle on paffe un levier fur lequel on agit avec force pour tourner l’en-fouple.
- B
- Bandage : ce qu’on nomme Bandage eft un levier qui fert à tourner l’enfouple au moyen de l’ardiere. /
- Baston d’entre-deux : c’eft une perche allez menue, qu’on place entre les fils de devant de la chaîne ôc ceux de derrière 3 pour aider l’Ouvrier à les diftinguer.
- Broches ou Bobines, morceaux de bois ronds qu’on charge de laine, ôc que l’Ouvrier tient dans la main droite pour faire le point.
- C
- Calais , petites plaques de tôle, qui fervent à fixer la longueur des lifîes. Le calais repofe d’un bout fur le bâton des lifîes, ôc de l’autre fur le bâton d’entre-deux.
- Cartons : on fait les Deffeins fur du papier où l’on a marqué des carreaux avec une planche de cuivre gravée : on colle ces Deffeins fur plufieurs papiers, ce qu’on nomme des Cartons.
- Ch aine : elle eft, comme aux autres tiflus, formée par des fils qui s’étendent fuivant la longueur de l’étoffe. Les fils qui la forment font divifés en deux plans : les uns fe nomment les fils de devant, Ôc les autres, les fils de derrière.
- Cotterets : on nomme ainfi deux fortes pièces de bois quarré placées verticalement, ôc qui terminent le Métier dans fa largeur.
- D
- Duitte : pour paffer un fil en duitte , on tire en avant les fils de devant, Ôc on paffe le fil de duitte entre les deux plans de fils ; pour paffer un fil en trame, on tire les liffes des fils de derrière en avant, ôc on paffe le fil de trame derrière ces fils, ôc devant ceux de devant.
- E
- Ebarber : c’eft couper avec des cifeaux les brins de laine qui n’ont pas été tranchés net par le tranche-fil.
- Ensouples : ce font deux fortes pièces de bois cylindriques ; on roule fur celle d’en haut la chaîne, ôc fur celle d’en bas l’étoffe à mefure qu’on la fait.
- Equipages d’un Métier font plufieurs cordages ôc leviers qui fervent à tendre la chaîne : ils confiftent en cable, ardiere, bandage, treuil, ôte.
- F
- Fils : les fils de la chaîne font divifés en deux plans qu’on diftingue en fils de devant ôc fils de derrière , qui équivalent à ce qu’on appelle les fils du pas d'en haut , Ôc ceux du pas d’en bas, aux tiffus qu’on fait avec des marches. Les fils qui croifent ceux de la chaîne , fe diftinguent en fils pajfiês en trame , ôc fils pajfiés en duitte : confultez ces mots,
- L
- .Lisses î ce font des ficelles, au moyen defquelles l’Ouvrier tire en avant les fils de derrière.
- M
- Moulinet. Voyez Treuil.
- P
- Peigne : c’eft un infiniment d’acier ôcpe-fant, qui a à un bout un manche par lequel on le faifit, Ôc à l’autre, des dents qui entrent entre les fils, ôc qui fervent à frapper fur la trame.
- Perche des Lisses : c’eft un affez gros morceau de bois rond3 dans lequel on paffe les lifîes qui répondent aux fils de derrière.
- Point : le point farrafin eft celui qu’on emploie pour faire les Tapis, façon de Turquie ; chaque point de laine eft lié fur la chaîne.
- S
- Stromatourgie , mot imaginé par Pierre Dupont, Tapiflier du Roi pour le Point Sar-rafîn : il eft compofé de deux mots Grecs, qui fignifient Tapis & Ouvrage.
- Savonnerie , Maifon de Chaillot où eft établie la Manufa&ure Royale des Tapis , façon de Turquie , c’eft pourquoi on nomme fouyent ces Tapis de la Savonnerie.
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- FAÇON DE
- T
- Tapis : ce font des pièces de quelques étoffes dont on couvre des tables, des bar-reaux, ou qu’on étend fur les parquets pour les rendre plus chauds. On les nomme Tapis de pied : c’eft de ceux-ci dont il s’agit.
- Trame. Voyez Duitte*
- Tranche-fil : c’eft une broche d’acier ronde fur laquelle on noue le point : à un bout , elle porte un crochet pour la tirer commodément ; & à l’autre, une lame tranchante pour couper la laine & former le velouté quand on tire l’aiguille & le tranche-fil.
- Treuil 3 cylindre de bois pofé horizontalement, & dont on fe fert pour tour-
- TURQUIE.
- ner avec force l’enfouple : fouvent les Ouvriers le nomment Moulinet.
- Turquie. Les Tapis, façon de Turquie : ils fe font à la Manufaâure Royale de Chail-lot, connue fous le nom de Savonnerie : il s’en fait aufli de plus communs à Aubuffon.
- V
- Vautoir , efpece de râtelier entre les dents duquel on diftribue les fils de la chaîne > pour la bien répartir fur toute la longueur des enfouples.
- Verdillon, perche de bois qu’on paffe dans les croifées de la chaîne, & qu’on logé dans les rainures des enfouples.
- Fin de l’Art des Tapis , Façon de Turquie.
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- De ^Imprimerie de L. F. DE LATOUR. 17 66.
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