Descriptions des arts et métiers
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- Par M. le Comte de Milly,
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- Les Arts utihs font naître laprofpêritê; ils Ont dans tous les temps marqué l’époque de la félicité publique ; & les plus beaux Jiecles que l’HiJloire nous tranfmet, font ceux où. le goût du fayoir a prévalu :
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- É P I T R E.
- tels font, SIRE , le Jîecle d'Augufie , & celui de Louis XIV.
- L e Roi, votre Aïeul-, d'immortelle mémoire .
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- ainfi que VOTRE MA JESTÉ, protégeait les Arts, récompenfoit les Talents, & fa magnificence encourageait les Sciences, que la barbarie avoit difperfées & prefque anéanties ; mais en revanche, elles tracèrent le chemin qui l'a conduit à l'immortalité.
- Vou s faites plus, SIRE: non-feulement VOTRE MAJESTÉ protégé les Sciences & les Arts utiles , mais Elle daigne encore s’en occuper; comme le prouve VÉtablijfement vraiment Royal de la Manufacture
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- de Sève , qu’Elle a pris fous fa protection. J'ai cru que l'Art de la Porcelaine pourvoit lui être agréable, en contribuant à la perfection de celle de France, & je m’en fuis occupé depuis long-temps : je prends la liberté de mettre aux pieds de VOTRE MAJESTÉ, le réfultat de dix ans d'expériences , & le fruit des moments de loifir, que mes occupations militaires m'ont laijfés ; mais pour m'ajjurer fi mon Ouvrage avoit quelque valeur , & pouvoit être préfenté à VOTRE MAJESTÉ y je l’ai fournis au jugement de votre Académie Royale des Sciences , qui l'a approuvé. Le
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- L e fuffrage du Corps le plus Javant de lEurope, m’enhardit, SIRE; mais ma plus grande confiance efi dans la bonté naturelle de VOTRE MAJESTÉ, qui me fait efpérer qu’Elle voudra bien recevoir mon Ouvrage, comme une preuve de mon %ele, qui égale le très-profond refpeSl avec lequel je fuis,
- SIRE>
- .DE VOTRE MAJESTÉ,
- Le très-humble, très-fournis,
- & très-fidele Sujet,
- Le Comte de Miely.
- Porcelaine. b ' .
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- RAP P O RT fait par les Commijfaires nommés par F Académie Royale des Sciences, pour examiner un Mémoire fur la Porcelaine d’Allemagne , lu dans une des Séances de ladite Académie le treize Février 1771.
- Messieür s de Laflbnè, Macquer 8c moi, (M. Sage) Commiflàires nommés par l'Académie , avons examiné un Mémoire for la Porcelaine d*Allemagne , connue fous le nom de Porcelaine de Saxe, que M, le Comte de Milly a lu dans une de nos Séances particulières.
- L’objet de l’Auteur eft de décrire en entier, & fons nulle réferve, tout l’art de préparer cettè belle Porcelaine d’Allemagne ; 8c fon but eft l’utilité publique. Ses Defcriptions font exaéles 3c bien détaillées ; les Procédés qu’il donne ont toute la clarté 8c la précifîon requifos.
- Pour la cômpofition de la Porcelaine d’Allemagne, on n’emploie que quatre fobftances; lavoir, l’Argille blanche, le Quartz blanc, des Teflons de Porcelaine blanche, & du Gyps calciné. On fait en différentes proportions trois mélanges, foiyant la place que la Porcelaine doit occuper dans le laboratoire du fourneau , 1 mtçnlité du feu varie. L.a quantité d’Argille qu’on emploie
- eft toujours la même ; celle des Teflons, du Quartz 8c du Gyps lont differentes , & M. le Comte de Milly détermine toutes les différences avec la plus grande précifîon pour tous les cas*
- On fait calciner le Gyps ; enfuite on le mêle avec l’Argille purifiée, les Tef-fons 8c le Quartz réduits en poudre très-fine. On forme du tout, avec de l’eau de pluie , une pâte qu’on laifle en macération pendant fix mois \ elle devient bleue, 8c prend une odeur fétide : on doit l’attribuer au foie de foufre qui fo forme dans le temps de la décompofition du Gyps. M. le Comte de Milly remarque que l’on conferve toujours de l’ancienne pâte pour fervir de ferment à la nouvelle.
- Pour préparer la * Couverte , on emploie les mêmes matières, c eft-à-dire, le Quartz , les Teflons de Porcelaine blanche, 8c les Cryftaux de Gyps calcinés : on fait trois compofitions de Couverte en differentes proportions, pour être appliquées fur les trois Bifcuits relativement aux différences de l’intenfité du feu qu’on leur fait éprouver. Les matières de la* Couverte font auflî fou-mifes à une macération pareille à celle qu’on pratique pour la compofition du Bifcuit.
- On applique la Couverte, en plongeant le Bifcuit dans un vafe rempli d’eau , qui tient fufpendues les matières néceflàires ; ces matières , par cette raifon, doivent être alkooltifées, c’eft-à"dire, réduites en poudre impalpable. Les pièces
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- féchées, on les fait cuire dans le fourneau de Porcelaine : on a foin de fuivrè Tordre de la compofltion pour placer les Gafettes dans le laboratoire du fourneau.
- Pour ne rien laifler à délirer, M. le Comte de Milly a donné le plan du Fourneau détaillé dans toutes fes parties , avec les proportions exaétes. Ce Fourneau, comme nous Tavons déjà dit, a Tinconvénient de produire trois difr férents degrés de chaleur dans le laboratoire, ce qui exige trois différentes com-pofitions. MM. de Montigny & Macquer, à qui le Gouvernement a confié les travaux de la Manufaéture de Sève, ont fait conftruire un Fourneau où le degré de feu eft par-tout égal, ce qui épargne la peine de faire trois compo-fitions differentes : ils ont fait de plus, en employant le Kaolin que leur a procuré M. de Bertin, Miniftre éclairé, & Directeur de cette Manufacture , une nouvelle compofitiond’où a rélulté une Porcelaine qui a été mile fous les yeux de l’Académie, & qui réunit tous les caraéleres des plus belles & des meilleures Porcelaines connues.
- Le Mémoire de M. le Comte de Milly nous paroit mériter des éloges fur tous les points, & nous le croyons digne d’être imprimé dans le Recueil des Savants Etrangers.
- Extrait des Regijlres de VAcadémie Royale des Sciences.
- Du 20 Février 1771.
- Mbssxbu b. s de Laffone, Macquer 6c Sage, qui avoient été nommés pour examiner un Ecrit fur la Porcelaine à*Allemagne, connue fous le nom de Porcelaine de Saxe, lu dans les Affemblées de l’Académie par M. le Comte de Milly, en ayant fait leur rapport, TAcadémie a jugé cet Ouvrage digne de Timpreflion ; en foi de quoi j ai figné le préfent Certificat. A Paris, le 23 Février 1771. -
- GRANDJEAN DE FOUCHY, Secrétaire perpétuel de l'Académie Royale des Sciences.
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- AVANT-PROPOS.
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- AVANT-PROPOS.
- Si Ton en doit croire les Relations que nous avons de la Chine, la Porcelaine, que les Habitants de ce Pays-là nomment Thsky ,y a été connue de toute antiquité; mais on ignore le nom de l’Inventeur (*) > ainfi que l’époque de la Découverte : tout ce quon fait de pofitif , c’eft que cette Poterie précieufe nous vient de ce vafte Empire; 8c il y a apparence , dit le P. d’Entrecolles, que ce font les Portugais qui, les premiers ayant fait le voyage de la Chine, nous en ont apporté la première Porcelaine qui ait paru en Europe, le nom même femble le défigner; car Porcelaine vient de Porcelana, qui lignifie en Portugais TaJJe, Ecuelle. Quoi qu’il en foit, ce neft que le fiecle dernier que le hazard, à qui l’on doit tant de découvertes utiles , fît connoître en Saxe la compofition de cette Porcelaine, qui ne le cede ni en bonté, ni en beauté à celle du Japon.
- Un Gentilhomme Allemand , nommé le Baron de Boetlcher * Chymifte à la Cour d'Augufte , Electeur de Saxe , en combinant enfemble des Terres de différentes natures pour faire des crcufets, trouva ce précieux fecret, qui s’eft confervé depuis avec foin dans la Manufacture de Meiffen près de Drefde. Cette Découverte fit du bruit en Europe, & chacun chercha à dévoiler ce nouveau fecret* Tous les Chymiftes des Nations voifines travaillèrent à l’envi à faire de la Porcelaine. Les Ànglois firent venir à grand frais de la terre à Porcelaine delà Chine, nommée en Langue du pays Kaolin, 8c ils crurent avec cette feule terre pouvoir faire de la Porcelaine, fans faire attention que pour y parvenir, les Chinois mêlent avec cette première terre plufieurs autres fubftances, dont une fe nomme Pe-tun-tfé; aufiî* au lieu de Porcelaine, ils ne firent que des Briques* On prétend que les Chinois qui leur avoient vendu le Kaolin , ayant appris l’ufage qu’ils en avoient fait, leur dirent l’année fuivante, que leur tentative reffembloit à celle d’un homme qui prétendroit former le corps d’un animal fans offements & avec de la chair feule ; la comparaifon étoit d’autant plus jufte, que le Pé-tun-tfé peut être regardé comme
- (* ) Voyez riîiftoire des Voyages, Tome VÎL
- Porcelaine* «
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- les os de la Porcelaine , dont le Kaolin eft la chair (*).
- Les François cherchèrent auflî à imiter la Porcelaine de la Chine ; 8c pour cet effet, le Gouvernement chargea les Miflionnaires à la Chine d’envoyer des matériaux de ce pays-là , pour fervir d'objets de comparaifon avec ceux que notre continent pouvoit fournir.
- Le P. d’Entrecolles, Jéfuite, homme de mérite, remplit le mieux la commiflion dont il fut chargé ; mais malheureufement il joignit à l’envoi qu’il fit des matières premières , des obfervations fur le travail des Chinois, peu jufles, & il vit les chofes avec des yeux fi peu exercés, que fa relation induifit en erreur tous ceux qui voulurent travailler d’après ce qu’il avoit écrit : en effet, n’ayant pas affez de connoiffances dans l’Hifloire Naturelle, & encore moins en Chymie, il fe trompa fur la nature des fubfîances & fur la façon de les préparer. Par exemple, il prit pour de la crème de Pé-tun-tfé de l’ar-gille blanche délayée dans de l’eau , pour pouvoir en féparer les fables 8c les parties hétérogènes (**) ; 8c pour de l’huile de pierre, du quartz réduit en poudre , & mêlé avec des matières vitrifiées dont on forme le vernis, qui fert de couverte aux vafes de Porcelaine.
- Je rapporterai en entier les Mémoires du P. d’Entrecolles fur la Porcelaine delà Chine, parce que malgré les erreurs qu’ils contiennent, ils peuvent donner une idée des matières qu’on y emploie, 8c qui font les mêmes que le hazard a fait employer en Saxe, comme on pourra aifément en juger en comparant les procédés que j’indique dans le Mémoire fur la Porcelaine d’Allemagne, avec ceux rapportés par le P. d’Entrecolles.
- Ce fut d’après les faux expofés de ce Millionnaire, que les premiers Chymiftes François travaillèrent, 8c ne purent réuffir, à faire de la vraie Porcelaine; d’où ils conclurent, que l’Europe ne pourroit jamais rien produire d’aufli excellent, en fait de Porcelaine, que la Chine ou le Japon : enfin le temps qui détruit tout, même jufqu’aux erreurs, a fait voir depuis , que notre continent produit des matières, ainfi que la Chine, propres à former de la Porcelaine auflî bonne 8c plus belle que celle qui faifoit autrefois notre admiration.
- ( * ) M. de Reaumur penfe que le Kaolin Chinois eft un Talc pulvérifé ; mais quelque refpeft que nous ayons pour ce grand Phyficien, nous avons des raifons de croire que cette fub-ftance eft abfolument de la nature dçs Argilles,
- qui n’eft peut-être elle-même qu’un Talc dé-compofé.
- (**) Voyez le Mémoire fur la Porcelaine d’Allemagne, page 5.
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- M. de Tfchirnhaufen trouva une eompofition de Porcelaine qui, félon les apparences, eft la même dont on fait ufage en Saxe , & que j’ai publiée dans le Mémoire que j’ai lu à l’Académie ; il ne la confia en France qu'au feul M. Homberg, fon ami , & ce fut à condition qu’il ne la communiqueroit à perfonne qu’après fa mort/ M. Homberg lui tint parole, quoiqu’il furvécût à M. Tfchirnhaufen de plufieurs années, il n’apprit rien de ce fecret au Public. Après lut vint le célébré M. de Reaumur, qui fut le premier de nos Savants qui, à force de génie, foupçonna quelles étaient les vraies fubftan-ces qui entroient dans la eompofition de la Porcelaine de la Chine* Eclairé par la Chymie, cet Académicien , dit l’Auteur du Dictionnaire de Chymie, » qui s’étoit propofé de connoître à fond cette n matière, prit la vraie route pour y parvenir ; auffi > quoiqu’on ne d) puilfe diffimuler qu’il fe foit trompé fur quelques articles, & qu’il » ait négligé de faire entrer dans fes confidérations quelques-unes » des qualités elfentielles à connoître pour bien juger la Porcelaine , » il n’en eft pas moins vrai que c’eft lui, qui le premier, nous a donné » les idées les plus juftes fur cet objet. Sans s’arrêter au coup d’œil * n ni aux peintures & dorures, qui ne font que des ornements pour n ainfi dire étrangers a la Porcelaine , îl voulut en examiner l’inté-» rieur ; & ayant brifé des pièces de Porcelaine du Japon, de Saxe, *> & de quelques Manufactures de France , il reconnut aulîi-tot des 3) différences fenfibles dans leur grain ou mie (*); le grain de la Por« *> celaine du Japon lui parut fin, ferré, compaCte ,médiocrement lilfe, & un peu brillant ,• la mie de la Porcelaine de Saxe fe préfenta v comme une fubftance encore plus compacte , point grenue, lilfe, >5 & prefque aulfi luifante qu’un émail ; mais celle de S. Cloud avoit un grain beaucoup moins ferré & moins fin que celle du Japon , » peu ou point luifant, & reffemblant à peu-près à du fucre.
- » Ces premières Obfervations firent d’abord appercevoir à M. de Reaumur des différences fenfibles entre ces Porcelaines : en pouf* fant l’examen plus loin , il leur fit fupporter à toutes l’aCtion d’un » feu violent, &par cette épreuve, il connut bien-tôt que ces mê-;
- mes Porcelaines différoient encore plus elfentiellement entr’elles ;
- » que par la nature de leur grain ; puifque la Porcelaine du Japon » réfifta à ce feu violent fans fe fondre ni fouffrir la moindre altéra*
- (*) Ce font les noms qu’on donne à la fubftance intérieure de la Porcelaine*
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- » tion , 8c que toutes celles d’Europe au contraire s’y fondirent abfo-o) lument (*). Cette différence, très-elfentielle entre ces deux Por-5) celaines, fit naître à cet habile Obfervateur une idée très-ingé-nieufe 8c vraie à bien des égards , fur la nature de la Porcelaine en général. Comme toutes les fubflances qui portent ce nom ont :» quelque reffemblance avec le verre, par leur confiflance & leur » tranfparence , quoiqu’elles foient moins compactes & fur-tout » moins diaphanes que le verre, M. de Reaumur regarda les Porce-» laines en général comme des demi-vitrifications. Or toute fuh-3) fiance peut paroître & être en effet dans un état de demi-vitrifi-» cation de deux maniérés ; car i°. elle peut être entièrement coin-» pofée de matières vitrifiables ou fufibles, 8c dans ce cas, en Tex-» pofant àl’adion du feu, elle fe fondra en effet, ou même fe cham :» géra entièrement en verre, fi la chaleur efl affez forte 8c affez long. » temps continuée pour cela ; mais comme ce changement ne fe » fait point en un inflant, fur-tout lorfque la chaleur n’efl point » trop violente, 8c quelle paffe par différents degrés, d’autant plus » faciles à faifir, que cette chaleur efl plus ménagée, il s’enfuit qu’en » ceffant à propos de chauffer une Porcelaine faite de cette maniéré, 5> on pourra l’obtenir dans un état moyen , entre l’état terreux 8c j) celui de fuiîon ou de vitrification complette; elle aura alors la » demi-tranfparence 8c les autres qualités fenfibles de la Porcelaine :
- mais il n’efl pas moins certain que fi on expofe une fécondé fois » de pareille Porcelaine à un degré de feu plus fort, elle achèvera de t» fe fondre 8c même de fe vitrifier entièrement. Or la plupart des Por-» celaines d’Europe fe font trouvées avoir cette fufibilité, 8c M. de » Reaumur en a conclu qu’elles étoient compofées fuivant le prin-» cipe dont on vient de parler.
- » En fécond lieu, une pâte de Porcelaine peut être de matier© » fufible & vitrifîable, mêlée dans une certaine proportion avec une » autre matière réfradaire ou abfolument infufible au feu de nos four-» neaux ; & l’on fent bien qu’en expofant un pareil mélange à une » chaleur fuffifante, pour fondre entièrement la matière vitrifîable » qu’il contient, cette matière fe fondra en effet,- mais qu'étant entre-
- (*) Cette expofition prouve que M. de Réau-mur ne fit fes expériences que fur les Porcelaines vitreufes de France ; & qu’il n’eflaya pas celle de Drefde qui, loin de fe vitrifier, peut foutenir le degré de feu le plus violent que l’on
- puiffc produire dans nos fourneaux, fans changer de nature : elle tient le verre de plomb en fufîon ; de plongée dans les creufets des Verreries, elle peut y demeurer des femaines entières fans fe vitrifier.
- mêlé©
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- A F A N T-P R O P 0 S. ùciij
- » mêlée avec une autre matière qui ne fe fond point, & qui conferve » fa confiftance & fon opacité, il doit réfulter du tout un compofé, » partie opaque 8c partie transparent, ou plutôt demi-tranfparent, » c’eft-à-dire, une demi-vitrification ou une Porcelaine , mais d’une » efpece bien différente de la première ; car il efl évident que la » partie fufible de cette derniere ayant produit tout fon effet, c’efl-» à-dire, ayant été auffi fondue qu elle puiffe l’être pendant la cuite , » on aura beau l’expofer une fécondé fois à une chaleur même » beaucoup plus violente, elle ne fe rapprochera pas davantage de » la vitrification complette, 8c fe foutiendra dans fon état de Porce-» laine ». Or, comme c’eft exactement ce qui arrive à la Porcelaine d’Orient, M. de Reaumur en a conclu, avec raifon, que c’étoit fur ce principe quelle étoit compofée.
- Il examina enfuite les matières que le P. d’Entrecolles, Millionnaire à la Chine, avoit envoyées de ce pays-là , & dont les Habitants de ces contrées font leur Porcelaine; il reconnut que le Pé-tumtfé efl une efpece de pierre dure, de la nature de celles que nous nommons
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- vitrifiables, 8c le Kaolin une fubflance taîqueufe ; il devoit dire argil-leufie, 8c il auroit approché de plus près de la vérité ; mais ce mefl pas le lieu d’examiner la nature de ces terres, «qui font nhfhlument •étrangères à mon objet , mon but étant de donner l’Art de la Porcelaine d’Allemagne , & de démontrer quelle égale en bonté 8c en beauté celle de la Chine, quoique compofée avec des matières de notre continent*
- M. de Reaumur, occupé fans doute à d’autres chofes, ne pouffa pas plus loin fes travaux fur cet objet ; car je n ai aucune connoiffance qu’il en ait parlé depuis l’année 1729, fi ce n’eft dans le Mémoire qu’il lut en 1735?, où il donne un procédé pour transformer le verre commun en une efpece de Porcelaine à laquelle on a donné fon nom, 8c dont je parlerai dans la fuite de cet Ouvrage, pour completter l’Art des Porcelaines.
- Enfin, depuis M. de Reaumur, plufieurs Savants ont fuivi la carrière qui avoit été ouverte par ce Phyficien ; 8c MM. de Lauragais , Guettard, Montamy, Laffone, Raumé , Macquer , Montigny, & Sage (*), tous Chymiftes du plus profond favoir, fe font occupés
- (*) La Chymie doit à M. Sage la découverte <3e l’Acide marin, comme minéralifateur de la ylus grande partie des fubftances métalliques : découverte bien intéreftante ? qui avoit échap-
- P0RCEL4INE^
- pé à la fagacité des plus grands Chymiftes, âc qui fait honneur aux talents & au favoir de cel Acade'micien,
- J
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- fruâueufement du même objet. MM* Macquer & Montigny ont enrichi la Manufacture de Sève d’une nouvelle compofition qui réunit toutes les qualités défirables, St ils font parvenus à employer le Kaolin St le Pé-tun-tfé François, avec autant de fuccès que les Chinois & les Saxons emploient le leur.
- Jufqu à*cette époque , on n’avoit fait dans les Manufactures de Porcelaine établies en France, fans en excepter celle de Sève, que des Porcelaines vitreufes , qui n’avoient que l’apparence extérieure de Porcelaine , mais qui n’en avoient aucune des qualités réelles ; elles fe calfoient à la moindre chaleur; St expofées à un feu un peu confi-dérable , elles s’y fondoient comme du verre, tandis que celles de Saxe St de la Chine pouvoient foutenir, fans fe caffer ni s’altérer, le .feu de Verrerie le plus violent. M. le Comte de Lauragais préfenta en i j66 de la Porcelaine de fon invention à l’Académie ; elle fut reconnue pour être aufli parfaite que celle qu’on vient dénommer : mais il n’en a point publié la compofition. Je travaillois aufli furie même fujet depuis long-temps, St ayant été à même dans mes voyages de vifiter différentes Manufactures établies en Allemagne > j’ai joint à mes expériences les obfervations que j’ai faites fur les procédés que j’ai vu pratiquer, & que j’ai enfuite communiqués à l’Académie royale des Sciences dans un Mémoire que j’ai lu le 13 de Février 1771. L’Académie ayant reçu favorablement cet Ouvrage , me chargea de donner l’Art de la Porcelaine. C’efl: pour remplir fes vues que j’ai joint à ce Mémoire le Traité des Couleurs propres à peindre fur la Porcelaine : j'y ai rapporté tous les procédés que j’ai vu employer par les Artiftes Allemands, & j’en ai extrait d’autres du Traité des Cou- 5 leurs de M. deMontamy, de l’Art de la Verrerie de Kunckel, des Mémoires de l’Académie de Berlin, St de M. Hellot, St j’ai répété moi-même une partie des expériences tirées de ces Auteurs. Je n’ai pas la vaine prétention d'avoir donné quelque chofe de nouveau fur les Couleurs St la façon de les employer ; en publiant ce fécond Ouvrage, j’ai cherché à être utile plutôt qu’à être original mais en convenant de bonne foi que les procédés fur les Couleurs ne font pas neufs, j’ofe me flatter que ceux que j’indique pour compofer la Porcelaine d’Allemagne, n’ont été connus jufqu’à préfent que de très-peu de perfonnes, qui en ont fait un fecret.
- On trouvera dans le fécond Mémoire, qui forme la fuite de cet
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- Ouvrage, non-feulement la maniéré de faire les Couleurs, la façon de les employer, celle de les faire fondre , mais encore un fourneau de nouvelle conflruétiori qui épargne le charbon , & plus commode que ceux ufités jufqu’à préfent. Ceux qui voudront avoir de plus grands détails fur les Couleurs, pourront confulter le Traité des Couleurs pour la peinture en Émail, par M. de Montamy , l’Art de la Verrerie de Néry , Méret, Sc Kunckel ; le Dictionnaire de Chymie, les Mémoires de l’Académie royale des Sciences, l’Encycio* pédie, &c. Il me refie encore, pour completter l’Art de la Porcelaine , Sc pour mettre fous les yeux des Artifles Sc des Amateurs ce qui a été dit de plus intéreffant fur cette matière, à rapporter mot à mot ce que le P. d’Entrecolles, Jéfuite , a écrit fur la Porcelaine de la Chine. Voici comme ce Millionnaire s’exprime fur ce fujet.
- » Les Chinois nomment Thsky ou Tfeky les ouvrages de cette » poterie précieufe, qu’en Europe Sc particuliérement en France on *> appelle Porcelaine; ce dernier nom, qui n’efl guere connu à la » Chine que par quelques Ouvriers ou quelques Marchands qui en font commerce avec les Européens, femble venir de Porcelma9qui » lignifie en Langue Portugais, une Tajje ou une Ecuelle.
- » Il y a bien de l’apparence que les Portugais, qui ont été les pre-» miers Européens qui ont eu connoiffance de la Chine, & qui ont » fait quelque négoce à Quantong , donnèrent d’abord à tous les » ouvrages du Thsky le nom qui ne convenoit qu’aux Taffes Sc aux » Ecuelles ; ces uflenfiles de ménage ayant été fans doute les pre-» miers ouvrages de Porcelaine qui leur furent préfentés. Ce qui doit » cependant paroître bizarre, c’eft que les Portugais , par qui le » nom femble être palfé à toutes les autres Nations de l’Europe, ne » l’ont pas confervé pour eux , Sc appellent Coca, en leur Langue, » ce que les autres Nations nomment communément Porcelaine.
- » On ne fait pas à qui l’on doit la découverte de la Porcelaine; Sc y> les Annales générales de l’Empire Chinois, qui contiennent tout » ce qui arrive de mémorable, non plus que les Annales particulières » des Provinces, qui confervent la mémoire des faits finguliers qui :» s’y paffent, n’en font aucune mention (t).
- » On n’efl guere mieux inflruit de l’époque de cette invention ;
- (*) Voyez la Relation delà grandeTartane, I l’Hiftoire des Voyages , Tome VU» Voyez jauiîj fînprlméç à AmfteidaEQ * in-12, en £7y 7 ; & dans | le Di&ionnaiie de Savary.
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- » & tout ce quon en fait, c’eft quelle doit être au moins du cour :» mencement du cinquième fiecle de l’Ere Chrétienne. Les Annales » de Feoulam rapportent que depuis la fécondé année du Régné de l’Empereur Tam ou Te, de la Dynaftie de Tarn , c’eft-à-dire, vers » l’an 442 de Jefus-Chrift, les Ouvriers en Porcelaine de cette pro-» vince en avoient feuis fourni aux Empereurs , qui envoyoient » deux Mandarins pour préfider à l’ouvrage*
- <c II fe fait de la Porcelaine dans diverfes Provinces de la Chine, 8c particuliérement dans celles de Fo-kien (f) , de Quantong &d-e Kin-)> té-thing (**) ; mais celle qui fe fabrique dans les atteliers de cette » derniere eft la plus eftimée, & c’eft celle que, par diftinétion, ort :» appelloit autrefois en langage Chinois, 8c comme en efpece de pro-» verbe, les Bijoux précieux de Jo-at-cheou*
- n On doit confidérer quatre chofes elfentielles dans la fabrique de la Porcelaine ; fçavoir, la matière dont on la fait, Fart d’en former r> des vafes ou d'autres fortes d’ouvrages ; les couleurs qui fervent à » la peindre, & enfin la cuilfon, qui eft, pour ainfi dire, la fcience 5) de pouffer le feu au degré qui lui eft propre.
- Matières dont eft compofée la Porcelaine de la Chine.
- » Il entre dans la compofition de la Porcelaine deux fortes de ter-» res 8c deux efpeces d’huile ou de vernis : des deux terres, l’une s'ap-» pelle Pé-tun-tfé, terre blanche , très-fine 8c très-douce au taâ: (***) , & l’autre Kaolin*
- » A l’égard des huiles, celle qui fe tire des Pé-tun-tfés, fe nomme , )) Yeou de Pe-tun-tfé 9 c’eft-à-dire Huile de Pé-tun-tfé ou Tft - Pe-tuti-» tfé, ce qui fignifie Vernis de Pé-tun-tfé ; l’autre qui fe fait avec de r> la chaux, s’appelle Huile de Chaux
- (*) Celle du Fo-kien & de Quantong eft aufti blanche que ia neige ; mais elle eft peu luifante, ’ & n’èft pas peinte de diverfes couleurs.
- (**) Bourgade de la Chine où l’on compte plus d’un million d’Habitants : c’eft la grande Manufacture ; elle fournit de la Porcelaine à tout l U-• nivers, fans en excepter le Japon. Voyez l’Hif-toire des Voyages , lome VII, page 121.
- (***) Le Pé-tun-tfé eft, félon Mfcde Reaumur, .toutes les terres, tous les fables, & tous les cailloux qui fe fondent au grand feu; âc le Kaolin , c’eft le Talc ou le Gyps qui eft une fubftance incapable ou très-peu capable de vitrification : ainfi nous avons les mêmes matières que les
- Chinois. Le feuî avantage qu’ils ont fur nous,
- c’eft de pouvoir nourrir un Ouvrier à un fou pat jour. Hijloire de VAcad. années 1727 , 1729
- I73P*
- (****) Pourpéu que Fon ait de connoiftance en Chymie, il eft aifé de juger que le P. d’Entre-colles s’eft trompé dans la dénomination ainfi que dans la choie ; car, premièrement , on ne tire point d’huile de la chaux; il eft vrai que les anciens Chymiftes ont donné très-improprement le nom d'huile de chaux au fel qui réfulte de î’unioiï de l’acide marin avec la chaux , dans la décompofition du fel ammoniac, îorfqu’on diftille de l’efprit volatil de fel ammoniac ; mais cette prétendue Huile ne fauroit produire le lui-fane du vernis que l’on yç>R A)f les Porcelaines
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- AVANT-PROPOS. xvh
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- y> Le Kaolin eft parfeméde corpufcules qui ont quelque éclat. Le
- 5) Pé-tun-tfé eft blanc, très-fin, 8c doux au toucher. Toutes ces ter-
- i» res fe trouvent dans des carrières , à vingt ou trente lieues deKing-
- » tfé ching, Ville où font établis les atteliers dans lefquels fe fait
- » la plus belle Porcelaine de toute la.Chine, & où ces terres, ou
- » plutôt les pierres dont on fait ces terres, font tranfportées fur un
- 5> nombre infini de petites barques, qui montent 8c defcendent fans
- » ceffe la riviere de Jo-at-che ou.
- >> Les Pé-tun-tfés arrivent à King tfé-ching en forme de briques ;
- « ayant été taillés fur la carrière, où ils ne font naturellement que des
- ^morceaux d’une roche très-dure : le blanc du bon Pé-tun-tfé doit
- tirer un peu fur le verd. La première préparation des briques de
- » Pé-tun-tfé, eft d’être brifées & réduites, à force de bras, en poudre
- » affez groffiere, avec des maillets de fer; on achevé enfuite de le
- broyer avec des pilons dont la tête eft de pierre armée de fer, qui
- ont leur mouvement, ou par le fecours de l’eau, ou par le travail
- » des hommes , àpeu-près comme dans nos moulins à tan ou à pou-
- dre.
- » Quand la pierre eft aftez broyée, 8c que la poudre eft prêfque n impalpable, on la jette dans une grande urne remplie a’oau, Sc on la remue fortement avec une efpece de pèle de fer : après que l’eau n s’eft repofée quelque temps-, on leve de deffus la fuperficie une » fubftance blanche qui s’y forme de répaiffeur de quatre ou cinq » doigts, & l’on met cette efpece de crème (*) dans un autre vafe » rempli d’eau , continuant alternativement de remuer l’eau de >> la première urne 8c de l’écrémer , jufqu’à ce qu’il ne refte plus » que les graviers des Pé-tun-tfés, qu'on remet de nouveau au n moulin pour en retirer de la nouvelle poudre.
- y> A l’égard de la fécondé urne où l’on a jetté ce qu’on a î> recueilli de la première, lorfque l’eau eft bien repofée, & quelle
- de la Qiine.V\ Si c’étoît de l’huile quelconque, préparée avec de la chaux, elle ne pourroit ré-fifter au feu ; car on fait que « toutes les huiles » en général font volatiles, c’eftà-dire, qu’il » n’y en a aucunes qui, étant expofées à un cer-» tain degré de chaleur, ne fe réduifènt & ne 33 s’élèvent en vapeurs : la chaleur néceffaire 33 pour faire évaporer les huiles les plus fixes 33 n’eft pas même fort confidérabîe 33. DiSlion. de Chy. à Varticle Huile. Ainfi la prétendue huile du P. d’Entrecolles, n’eft qu’une préparation des mêmes matières qui entrent dans la composition
- Porcelaine.
- de la Porcelaine, mais en différentes propor-»' rions, & combinées avec une plus grande quantité de fondants. Voyez le Mémoire fur la Porcelaine d’Allemagne, page 4.
- (*) Cette prétendue crème n’eft vraisemblablement que les parties les plus légères Sc les plus divifées de la terre, qui ïeftent fufpendues dans l’eau, tandis que les graviers & les parties les plus groffierês fe précipitent au fond : c’eft cette opération qu’on nomme laver les terres, 3c en Allemand Schwemmen. Voyez le Mémoire Sufi la Porcelaine d’Allemagne * page y.
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- » efl: devenue tout-à-fait claire , on la vuide par inclination ; Sc du fédiment qui relie Sc qui s’épaifïit en forme de pâte * on en « remplit des efpeces de moules , d’où, quand elle efl feche , on la retire pour la couper en carreaux, qui font proprement ce qu’on appelle des Pé-tun-tjes, qu’on met en réferve pour les mêler avec v> le Kaolin, dans la proportion qu’on expliquera dans la fuite.
- » Le Kaolin qui, comme on l’a déjà remarqué, efl la fécondé y> terre qui entre dans la compofition de la Porcelaine, eli beaucoup 3> moins dur que le Pé-tun-tfé quand on le tire de la carrière j & c’ell cependant fon mélange avec celui-ci qui donne de la fermeté :» à l’ouvrage.
- » Les montagnes d’où l’on tire le Kaolin, font couvertes au de*> hors d’une terre rougeâtre ; les mines en font profondes, &il s’y y> trouve en grumeaux à peu-près comme la pierre de craie , fi » connue en Europe : la terre blanche de Malthe, qu’on appelle terre » de St. Paul, n’ell guere différente du Kaolin, à l’exception des petites particules argentines qu’on ne trouve point dans la terre de Malthe. » L’huile de pierre ou T fi, quifignifi q Vernis, efl la troifieme ma-tiere que les Chinois font entrer dans la compoiltion de leurs Por-» celaines fines ; ceit une fubftance blanchâtre Sc liquide qu’on tire du Pé-tun-tfé, c’efl>à-dire , de la pierre dure dont on fait les Pé-tun-tfés ; toute forte de pierre n’y efl: pas également propre, & l’on n’y » emploie que celle qui efl: la plus blanche Sc dont les taches font lès 3) plus yertes. Le premier travail conlifte à purifier de nouveau les Pé-» tun-tfés Sc le Kaolin, pour en ôter entièrement le marc qui peut y » être relié, ce qui fe fait à peu-près pour le Pé-tun-tfé, de la maniéré » qu’on a décrite ci-devant pour la préparation des carreaux de Pe-» tun-tfé ; car à l’égard du Kaolin , comme il efl plus mol Sc qu’il fe » dilfout aifément, il fuffit, fans le brifer ni le broyer , de le plon-» ger dans une urne pleine d’eau (*) , enfermé .dans un panier très-» clair : le marc qui relie de l’un Sc de l’autre efl: inutile, Sc l’on en j) vuide les atteliers après qu’on en a amalfé quelque quantité.
- » Ces atteliers font de vaftes enceintes de murailles, où font éle-» vés divers grands appentis de charpente , fous lefquels travaillent
- (*) Par ce feuî expofé, il eft aifé de décider que le Kaolin n’eft point une pierre, mais de l’argille blanche bien cara&érifée , chargée de particules talqueufes ; car û c’étoit des pierres,
- elles ne fe délayeroient pas dans l’eau , 3c Von feroit obligé de les mettre en poudre, comme les Pé-tun-ttés, avant de les laver,
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- » les Ouvriers. Il y a encore quantité d’autres bâtiments qui leur fer-» vent de demeure ; il eft prefque inconcevable combien eft grand *> le nombre de perfonnes qui font occupées à ces Ouvrages 5 n y ayant guere de morceaux de Porcelaine qui ne palfent dans plus 5) de vingt mains avant que d’être portés aux atteliers des Peintres, » Sc par plus de foixante avant que d’avoir leur entière perfection.
- » Pour faire le jufte mélange du Pé-tun-tfé & du Kaolin, il faut avoir » égard à la fineffe de la Porcelaine qu’on veut faire : on met autant de l’un que de l'autre pour les Porcelaines fines; quatre parties de :» Kaolin fur fix de Pé-tun-tfé pour les moyennes , Sc jamais moins ^ d’une partie de Kaolin fur trois de Pé-tun-tfé (*), même pour » les Porcelaines les plus groffieres. En général, tous les Peintres de la Chine, particuliérement ceux qui font les figures, font de très-médiocres ouvriers; Sc il faut avouer que la Peinture eft un Art que cette Nation, d’ailleurs fi ingénieufe en toutes chofes , femble » avoir entièrement négligé. Ce défaut fe trouve parmi les Whapeys *> ou Peintres en Porcelaine, encore plus, ce me femble, que parmi » les autres ; & à la réferve des fleurs, des animaux, & des payfages » qui font fupportables , Sc qui ont quelques régularités , il eft cer-» tain que les plus médiocres Apprentifs d’Europe . furpaflent de » beaucoup leurs plus grands Maîtres, pour la beauté Sc Texaâitude » du deffin.
- 3) 11 n’en eft pas de même des Couleurs que les Whapeys emploient ; y> elles font fi vives Sc fi brillantes, qu’il feroit difficile d’efpérer que » les Ouvriers d’Europe puiffent jamais les imiter dans leur ouvrage » de Porcelaine fine (**)..
- » Il fe fait à la Chine des Porcelaines de toutes couleurs , foit » pour les fonds , foit pour les deflîns dont on les orne. A l’égard des » couleurs des payfages, Sc autres fujets, quelques-unes font fimples, » comme de toutes bleues ; ce font celles que l’on voit plus commu-3) nément en Europe ; d’autres font mêlées de toutes fortes de teintes;
- ( * ) Le Kaolin étant la matière qui doit fer-vir de gluten , pour lier les parties du Pé-tun-tfé, & le mettre en état d’être travaillé fur le tour ou dans des moules, il n’eft pas trop vrai-femblable qu’une feule partie de Kaolin , fur trois de Pé tun-tfë, foit fuffifante. Nous croirions plus volontiers l’inverfe de ce procédé ; c’eft-à-dire , que c’eft trois parties de Kaolin fur une de Pé-tun-tfé : il y a apparence que le P. d’En-trecolles s’efl; trompé fur les dofes, comme fur
- la préparation de la prétendue crème,
- (**) $i le P. d’Entrecolîes avoit vu les fuper-bes & magnifiques Peintures qui forcent des Manufactures de Sèves , de Frackendal , & de Meiifen , il auroit été convaincu que les Ouvriers Européens peuvent employer des couleurs aulfi belles & maniées avec bien plus d’art Sc de goût, que les Whapeys Chinois n’emploient les leurs.
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- ^ d’autres font relevées d’or : les Européens en exportent auffi quel-» ques-unes de ces dernieres ; & quand elles font de bonnes mains, » elles font fort eftimées. Le bleu fe fait avec de l’azur, qu’on prépare » en le faifant brûler pendant vingt-quatre heures dans un fourneau, » où on rènfevelit dans du fable à la hauteur d’un demi-pied ; quand » il efh affez cuit, on le réduit en poudre impalpable ,non fur un n marbre, mais dans des mortiers de Porcelaine qui ne font pas ver-niffés, & avec des pilons dont la tête eft de la même matière (*). » Malgré le grand nombre de Porcelaines qui fe fabriquent dans » prefque toutes les Provinces de l’Empire de la Chine, elles ne laif-fent pas d’y être extrêmement cheres , mais non pas autant qu’elles l’étoient autrefois : les Annales confervent la mémoire des temps » où une feule urne coûtoit jufqu’à quatre-vingt-dix écus,& même » davantage, Sc encore n’y en avoit-il pas fuffifamment pour fatif-» faire l’empreffement des Curieux , qui les enchérilfoient même » avant qu’elles fuffent tirées du fourneau.
- 5) Ce qui caufe préfentement la cherté de la Porcelaine, & fur-tout » le prix extraordinaire quelle fe vend en Europe, c’eft qu’il eft rare qu’une fournée réullîffe entièrement, que fouvent même elle eft toute perdue, Sc qu’Ü arrive affez ordinairement qu en ouvrant le « fourneau, au lieu de trouver de belles Porcelaines, on ne trouve n qu’une maffe informe & dure, dans laquelle ont été réduites les » Porcelaines & leurs caiffes, foit que celles-ci fuffent mal condition-:» nées , foit qu’on eût mal dirigé le feu, Sc qu’on l’eût pouffé trop » fort.
- » Une autre raifon qui tient ( même parmi les Chinois ) le prix x> des Porcelaines affez haut, c’eft que les matières qui entrent dans » leur compofition , Sc les bois qui fervent à la cuiffon, devenant tous les jours plus rares, deviennent auflî plus chers ; outre que les » vivres font enchéris, & que les Ouvriers étant moins habiles, ne » peuvent fournir affez d’ouvrage aux Marchands.
- On peut ajouter une troifieme raifon qui augmente le prix delà » Porcelaine, mais qui ne regarde que les Européens ; elle confifte 5) en ce que prefque toutes celles que l’on tranfporte en Europe, fe
- ( * ) Helot, dans fon Mémoire fur la Teinture, année 1723 , remarque à l’article A%ur ou Email, que la raifon pourquoi le bleu de la Porcelaine moderne des Chinois eft beaucoup infé-
- rieur à celui de la Porcelaine ancienne , eft que la pierre d’azur étant devenue rare, ils lui ont fubftitué l’émail ou l’azur en poudre, que les Hollandais leur portent.
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- faifant
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- » faifant ordinairement fur des modèles nouveaux, fouvent bizarres/ » 8c où il eft difficile de réuffir. Pour peu qu’il s’y trouve de défauts * » elle eft rebutée par ceux qui font commandée, 8c refte entre les » mains de Y Ouvrier qui, ne pouvant pas la vendre aux Chinois , » parce quelle n’eft pas à leur ufage ni dans leur goût, augmente le » prix de la Porcelaine qu’ils livrent, afin que les pièces qu’on prend « portent les frais de celles qu’on rebute.
- » On fait auffi de la Porcelaine en Perfe , qu’on ne recherche « que par fa fingularité; fon fond blanc a le ton jaunâtre ou roux ; 8c » les couleurs qu’on y appliqueront prefque toujours dures 8c crues. » Les rivaux que les Chinois auroient le plus à craindre dans ce « genre de fabrique, font les Japonois. On peut dire que la Porce-» laine du Japon eft, en général, fupérieure à celle de la Chine, pour » la fineffe du grain, pour la perfection de la main-d’œuvre, la for-» me & Taccord des couleurs. Cette fupériorité fe remarque princi-«paiement dans les anciennes pièces de Porcelaines des deux Na-« tions; car on eft obligé de convenir que les Manufactures modernes « fe font rapprochées, en quelque forte, en fe familiarifant égale-« ment avec le médiocre cc. DiUion, du Citoyen.
- Il s’enfuit de tout ce qui vient d’etre dit dans la Relation du P. d’Entrecolles, que la Porcelaine de la Chine 8c du Japon eft corn* pofée au moins de deux fubftances, l’une vitrifiable 8c l’autre réfrac* taire , mais qu’on auroit de la peine à reconnoître d’après la defcrip-tion de cet Obfervateur ; & il n’eft pas le leul Auteur qui ait mal défini la terre propre à compofer de la Porcelaine: Valérius lui-même s’eft trompé fur cet article. Voici comme il s’explique en parlant de cette fubftance.
- cc La Porcelaine, dit-il, eft une fubftance pîerreufe, dure, mais « caftante & vitreufe, d’une couleur blanche ou bleue, faite avec « de la terre à Porcelaine, ou de la terre à Pipe (*) : il y a i°, la
- (*) Cette définition ne peut guere inftruirè le Le&eur. Qu’eft-ce que de la terre à Porcelaine f quel eft le caradere diftindif de cette fubftance ? eft-elle calcaire , vitrifiable, ^ ou ré-fraftaire ? enfin dans quelle clafle doit-on la ranger ? Sc dans quel lieu la trouve-t-on ?
- La définition auroit été plus intelligible Sc plus jufte, fl M. Valérius a voit dit que la Porcelaine eft un compofé de plufieurs fubftances , l.es unes vitrifiables, Sc les autres réfradaires ; telles que l’ArgilIe blanche , le Gyps , Sc le Quartz : il n’eft pas le feul Auteur qui ait regardé la matière propre à faire de la Porcelaine , comme une fubftance fimple, homogène ? produite
- Porcelaine.
- par la nature. La plupart des Chymiftes modernes , d’ailleurs fort eftimables , ont cru que le Kaolin des Chinois étoit une fubftance que l’on trouve toute préparée dans la Minière par les mains de la Nature , propre à produire de la Porcelaine fans aucune préparation ; ils ont même adopté de terme Chinois, pour défigner la matière cûmpofée pour faire de la Porcelaine. Le -Kaolin des Chinois doit être de l’ArgilIe tal-queufe ; Sc lé Pé-tun-tfé, une pierre vitrifiable , tel que le Quartz & fes femblables , ou peut-être le Spath fufibje, qui a la propriété, par excellence 3 de vitrifier les terres avec lesquelles on le combine. Voye% la Lithogeog. de Pou
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- » vraie Porcelaine ; elle elt demi-tranfparente, compacte, femblable j> au verre dans la fraéture, & d’une couleur qui tire fur le bleu ( * ) : » elle ne fe fend pas quand on y verfe la liqueur la plus chaude.
- 2°. La faullc Porcelaine : elle elt entièrement opaque , paroît » inégale & grumeleufe dans fa fra&ure, Sc fe brife lorfqu’on y verfe » de l’eau bien chaude.
- » La terre à Porcelaine eft une elpece de marne tendre ( ** ), blan-» che ou d’un gris tendre, fort légère, molle au toucher; cependant » elle eft quelquefois alfez compaâe pour pouvoir être polie : il y » en a auffi qui eft inégale, rude au toucher, & brillante comme du » fablon fin ; l’adion du feu la change en un verre demi-tranfparent, » foncé Sc blanchâtre » (***).
- Enfin cet Auteur, d’ailleurs fort eftimable, fe trompe ablblument fur les terres dont il s’agit ; il nomme cette fubftance Minera plumbi fpathacea , ou Plumbum arfenico mineralifatum , minera fpathi-formi~ alba vel grifea (****) ; il en compte cinq variétés différentes difficiles à reconnoître : fa divifion auroit été plus vraie, s’il avoit rangé cette terre dans la claffe des Argilles, Sc qu’il eût fuivi les variétés de cette efpece de terre qui font très-nombreufès ; comme argille blanche , bleu, rouge, verte, terre à pipe > terre à four , terre à foulon , argille talqueufe , este.
- Il eft certain que d’après les principes établis par M. de Reaumur , on fera toujours de la Porcelaine, en combinant toutes les efpeces d’argilles avec des matières vitrifiables ; telles que les quartz, les fpaths fufibles , Sc d’autres matières invitrifiables (*****) ; telles que les gyps, la craie, &c, en proportions convenables; mais toutes ces différentes Porcelaines feront plus ou moins colorées, en raifon de
- ( * ) La belle Porcelaine ne refîemble point au verre ; elle eft lifte dans fa fra&ure, compacte, mais mate comme l’émail, & fait feu contre le briquet.
- ( ** ) On ne peut pas donner une définition plus faufte en tous les points que celle-là ; car la marne eft une terre calcaire mêlée d’argille, qui fait effervefcence avec tous les acides, & fe change en verre fpongieux dans le feu. La terre à Porcelaine eft argilleufe, ne fermente point avec les acides; elle donne de l’alun lorfqu’elle eft combinée avec l’acide vitriolique , ainfî que M. Baumé l’a démontré dans fon Mémoire fur les Argilles : cette terre poufiee au feu , s’y durcit au point de faire feu contre l’acier.
- (***) Minéral, de Valérius. Tome I, page 40, Sc Tome II. page 173.
- {****) Minera plumbi fpathacea de Wall f eft fui-
- vant les Eléments de Minéralogie Doeimaftique de M. Sage, le plomb minéralifé par Pacide marin.
- (*****) On fe fert de cette dénomination très-improprement confacrée par l’ufage , pour dé-ftgner les Gyps, les Pierres à Plâtres 3 les Craies, & les Pierres calcaires ; car toutes ces fubftances, regardées jufqu’à préfent comme réfraftaires , font, fuivantles expériences de M. d’Arcet, très-fufibîes, fi on lesexpofe à une chaleur convenable. Voyez le Mémoire fur l’a&ion d’un feu égal, violent Sc continué , Scc. page 44.
- L’Argille Sc le Gyps, ain.fi'que la Craie Sc l’Argille, fe fondent mutuellement, Sc fe changent en un verre très-dur : c’eft à M. Pot à qui l’on doit la découverte de ce phénomène fingu-lier.
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- la pureté de l’argille ; c’eft de la blancheur Sc de l’homogénéité de cette terre que dépend la beauté Sc la blancheur de la Porcelaine : il y a même de l’argille qui ne feroit pas propre à en produire ; toutes celles, par exemple, qui contiendroient des parties métalliques feront fufibles, Sc ne produiront jamais de Porcelaine.
- Une Porcelaine parfaite feroit celle où la beauté Sc la folidité fe trouveroient réunies à la beauté des formes > à la correction du def-fein, & à la vivacité des couleurs ; mais malgré les efforts qu’on a faits pour perfectionner cette matière, il en exifte peu de pareille ; il fuffit pour s’en convaincre , de faire attention aux différentes qualités qui doivent rendre, Sc qui rendent en effet la Porcelaine recommandable.
- On peutdiflinguer, pour ainfi dire, deux efpeces de beautés dans ce produit de l’Art. La première eft l’affemblage des qualités qui frappent généralement tout le monde ; comme une blancheur éclatante ,* une couverte nette , uniforme , Sc brillante; des couleurs vives, fraîches, Sc bien fondues ; des peintures élégantes Sc correûes ; des formes nobles bien proportionnées , Sc agréablement variées ; enfin de belles dorures, fculptures , gravures, Sc autres ornements de ce genre.
- La fécondé efpece de beauté dans la Porcelaine, coniïite dans plu-fleurs qualités intrinfeques, Sc dont la plupart tiennent à la bonté Sc à la folidité. Cette forte de beauté n’eft bien fenfible qu’à ceux qui fa vent plus particuliérement ce que c’eft que la Porcelaine; elle eft réfervée pour les connoiffeurs : il faut pour l’appercevoir dépouiller, pour ainfi dire, la Porcelaine de fes ornements extérieurs, la mettre à nud, & l’examiner, à la maniéré de M. de Reaumur, dans fes fragments. La plus eftimée à cet égard, fera celle qui fera affez réfraétaire pour réfifter au feu le plus violent, Sc qui pourra paffer du froid au chaud & du chaud au froid fans fe caffer, dont la caffure préfente un grain très-fin, très-ferré , très-compacte, & qui s’éloigne autant du coup d’œil terreux ou plâtreux, que de l’apparence de verre fondu : les plus belles que l’on connoiffe dans ce genre , font l’ancien Japon & celle de Saxe. La Porcelaine moderne de la Chine n’a pas les qualités de l’ancienne, ni de celle de Saxe ; la mie en eftgrumeleulè ; Sc avec la loupe on y découvre des pores, ce qui dénote une pâte peu liée ; mais le liffe de la Porcelaine de Saxe , que bien des gens, peu
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- Xxiv A V A N T-P R O P O S:
- connoiffeurs , ont regardé comme un défaut, annonce une com-binaifon de matières plus parfaite , & une pénétration réciproque des parties conftituantes de cette Porcelaine, plus exaéte que dans les autres Porcelaines, comme le remarque très-bien le favant
- Auteur du Dictionnaire de Chymie.
- « La plupart des gens croient de la meilleure foi du monde, dit » cet Auteur, que la Porcelaine ne peut être eftimée qu’en raifon de » fa reffemblance avec celle du Japon, Sc fur-tout une multitude de « prétendus Connoiffeurs, li finguliérement fcrupuleux fur cet arti-» cle, qu’ils vont jufqu’à faire un démérite à la Porcelaine de Saxe , » d’une qualité par laquelle elle eft réellement lupérieure à celle 33 du Japon; je veux dire de ce que fa caffure eft plus liffe, plus lui-» fante, & moins grenue que celle du Japon. On fent bien que c’eft « la reffemblance de cette caffure, avec celle du verre, qui a donné » lieu à cette idée ; Sc elle feroit bien fondée , fi cette denfité & ce » luifant ne venoient en effet que d’une qualité fufible Sc vitreufe ; » mais comme il n’en eft rien , 8c que cette Porcelaine eft tout aulïï » fixe & tout aufli infufible que celle du Japon, fa denfité, bien loin 33 d’être un défaut, eft au contraire une qualité très-eftimable. On ne » peut difconvenir en effet, que toutes choies égales d’ailleurs, celles « de ces matières qui font les mieux liées Sc les plus compactes, ne » foient préférables aux autres, parce que cela indique plus de liai-« fon & une incorporation plus intime entre les parties ; ainfi la 33 plus grande denfité de celle de Saxe, bien loin de la faire mettre 33 au-deffous de celle du Japon, doit au contraire la faire eftimer 33 davantage (* ).
- Enfin le degré de demi-tranlparence convenable, eft encore une partie effentielle de l’elpece de beauté dont il s’agit ici. La tranlpa-rence de la belle Porcelaine doit être nette & blanche, fans cependant être trop claire ; il faut quelle s’éloigne totalement de l’apparence du verre Sc de la girafole. Enfin la caffure de la Porcelaine décele encore aux Connoiffeurs une partie du mérite de la couverte, qui ne doit point être un cryftal diftind de la pâte de la Porcelaine; elle doit être analogue à cette pâte , point vitreufe , Sc feulement plus liffe 8c plus brillante que lebifcuit quelle couvre, & d’un blanc parfaitement tranfparent, fans aucun mélange d’aucune fubftance
- (*) Dictionnaire de Chymie, Tome II, psg. 285.
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- AVANT-PROPO $. xxv
- mate 8c laiteufe comme la couverte des Fayances : elle fe fait avec les mêmes matières que la pâte.» que l’on rend feulement plus fufî-blés, en y ajoutant des fubflances vitrifiables en plus grande dofe que dans la pâte. Toutes les fois que fon mettra une couverte purement vitreufe fur une Porcelaine infulible , les deux fubflances n’étant point homogènes , la couverte fe gerfera , naura prefque point d’adhérence à la pâte, & la couverte s’écaillera à la moindre chaleur; en un mot, lorfqu’elle eft belle, elle doit être femblable à un vernis très-mince , fans couleur , fans gerfure ; elle ne doit lailfer appercevoir que le blanc de la pâte fur laquelle elle eft pofée.
- Il en efl de la bonté de la Porcelaine comme de fa beauté, on peut la divifer en deux efpeces. Une Porcelaine eft réputée bonne pour le Public, quand elle foutient, fans fe cafter ni fe fêler, le degré de chaleur de l’eau bouillante, celle du café, du thé, du lait, du bouillon , &c. qu’on y verfe brufquement : mais il eft néanmoins d’autres qualités qui tiennent eflentiellement à la bonté de cette matière, & qu’on ne peut reconnoître que par des épreuves particulières.
- La Porcelaine parfaitement bonne, par exemple, rend', quand on en frappe des pièces entières , un fon net & timbré, qui approche de celui du métal : les fragments jettent, fous les coups de briquet, des étincelles vives & nombreufes, comme le font tous les cailloux durs ; enfin elle foutient le plus grand degré de feu, celui d’un fourneau de Verrerie, par exemple, fans fe fondre, fans fe bourfouffler, en un mot, fans être altérée d’une maniéré fenfible : on peut dire qu’une Porcelaine en général, eft d’un fervice d’autant meilleur , quelle foutient mieux les épreuves dont on vient de parler.
- Il eft encore des qualités recommandables pour la Porcelaine, qui intéreffent en même temps le Manufacturier & le Public, c’eft l’économie & la facilité avec laquelle elle peut fe travailler. Il n’eft pas douteux qu’il n’y ait un avantage infini à avoir une pâte de Porcelaine , dont la compofition foit fimple, & dont les matières premières foient abondantes, peu coûteufes, 8c dont l’Ouvrier puiife faire promptement & facilement des vafes de toutes formes & de toutes grandeurs ; une pâte qui ne foit point fujette à fe fendre dans la déification, à fe tourmenter & à fe déformer lorfqu’on la cuit ; aflez ferme pour ne point être étayée de tous les côtés quand on la met dans les gafettes ; enfin, une pâte dont on puiife faire des fournées d’une réuffite foutenue & confiante. Il a été impolfible juf-Porcelaine. g
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- XXVj AVANT-PROPOS.
- quà préfent de réunir tous ces avantages dans une même Porcelaine , ainfi ils fe trouvent partagés. Celle des Indes eft excellente , mais elle peche par la blancheur, qui n eft pas telle quon pourroit le defirer ; celle d’Europe, au contraire , eft d’une beauté & d’une blancheur admirable; mais la plupart, à l'exception de celle d’Allemagne & la nouvelle de France, font vitreufes & ne réftftent pas au feu : celles d’Allemagne , qui poiïedent toutes les bonnes qualités dont on vient de parler, pechent par la régularité des formes & du delfein. La Porcelaine de France eft, de l’aveu même des Etrangers fupérieure à tout ce qu’on peut voir de plus agréable & de plus parfait, pour l’élégance des formes, la correction du deflein, le brillant des couleurs , le vif éclat du blanc, le brillant de la couverte ; mais elle étoit, il n’y a pas long-temps, fi fragile, & en même temps fi difpendieufe, qu'elle ne pouvoit fervir , pour ainfi dire , qu’à orner des? appartements ; fi on la droit delà pour l’expofer à la moindre chaleur , elle étoit fujette à fe fêler comme le verre de la nature duquel elle participoit.
- Mais la nouvelle que l’on compofe depuis peu à la Manufacture royale de Sèves, peut être regardée comme la première du monde, tant par fa magnificence extérieure que par les qualités de la nouvelle pâte. MM. Macquer & de Montigny, chargés par le Gouvernement de veiller aux travaux de cette Manufacture, ont trouvé une nouvelle compofition de Porcelaine auffi fupérieure à l’ancienne, que les peintures admirables, dont elle eft ornée, le font aux deffeins incorrects de celles du Japon. Enfin , par les talents de ces deux o Académiciens , 8c par les foins de M. de Bertin , Miniftre d’Etat, qui anime les Arts autant par fes lumières que par fon crédit auprès du Roi, on a pouffé dans la Manufacture de Sèves la perfection de l’Art de la Porcelaine auffi loin qu’il peut aller. Les avantages que la France retirera d’une pareille découverte , ne peuvent manquer d’être fenfibles dans peu de temps, fur-tout fi l’on peut donner la Porcelaine commune à un prix à portée de tout le monde ; nous ferions alors affranchis du tribut que nous payons aux Indes & même à nos Voifins pour leur Porcelaine, dont nous ne pouvions pas nous paffer; & il y a apparence que les Etrangers donneront la préférence à notre Porcelaine , quand ils fauront que les qualités de fa pâte égalent celles de fa beauté & de fes ornements extérieurs.
- SaMajeftéa pris fous fa protection la Manufacture établie à Sèves,
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- A VA N T-P R O P 0 S. xxvïj
- proche S. Cloud. L’Arrêt du Confeil du 17 Février 1760, réfilie le Privilège ci-devant accordé, 8c porte qu’à commencer du premier Octobre 1769 , cette Manufacture, 8c tout ce qui en dépend, appartiendra à Sa Majefté, & fera exploité fous le titre de Manufacture Royale de Porcelaine de France. Cet Edit permet feulement aux autres Fabricants de Porcelaine & Fayance, d’en continuer la fabrication en blanc, 8c de peindre en bleu, façon de la Chine, feulement ; il leur eft défendu d'employer d’autres couleurs, 8c notamment l’or; & de fabriquer ou faire fabriquer aucune figure, fleur de relief ou autres pièces de fculpture, fi ce n’eft pour garnir 8c les coller aux ouvrages de leur fabrication.
- Les Porcelaines qu’on fabrique en Angleterre ne valent abfolu-ment rien, 8c ne font que des vitrifications imparfaites auxquelles il ne manque qu’un degré de feu un peu plus fort pour en faire du verre; malgré ces défauts , les Anglois fubfîituent , autant qu’ils le peuvent , leur Porcelaine à la vailfelle d’argent.
- La Manufacture de Franckendhal, dans le Palatinat, fait honneur aux progrès de l’induftrie Européenne , & ne le cede pas dans fes ouvrages à celle de Saxe ; elle devient tous les jours plus intéref* fante 8c plus digne de la protection du grand Prince qui l’a appellée dans fes Etats, & qui lui a donné, dans la fituation la plus avanta-geufe, ces bâtiments immenfes, qu’exigent les différentes préparations de la matière, & les travaux variés & divifés de cette fabrique, qu’il ne celfe d’encourager par fes bienfaits. Cette Manufacture, qui doit être précieufe au Palatinat, où elle occupe un grand nombre d’Ouvriers de toute efpece, eft une nouvelle rivale des Manufactures des Indes, qui concourt heureufement à la deftruCtion d’une branche de commerce ruineufe pour l’Europe, mais qui n’arrivera vraifemblablement que quand on fera parvenu à pouvoir donner la Porcelaine d’Europe à un auffi bas prix que celle de la Chine.
- La Porcelaine de Franckendhal a le même fond de richefTe que celle de Saxe 8c de France ; elle eft comme ces dernieres, bien au-delfus de celles de la Chine & du Japon ; elle eft fur-tout recommandable par l’éclat de l’or qu’on applique en feuille avec tant d’adrefîe, qu’on prendroit les vafes qui en font enrichis pour être faits avec de l’or maffif. Cette Manufacture excelle auflî dans les figures; elle a atteint le degré de perfection de celle de Saxe, & approche de celle de France par la variété 8c le deiïin correCt des ftatues, par la force
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- Dcxvii) AVANT-PROPO S.
- Sc le naturel des attitudes , & par la vérité de l’expreffion : à ces bonnes qualités on a ajouté l’avantage du bon marché, le prix étant de près d’un tiers au-deffous de celui des Porcelaines de Saxe.
- Il y a encore une autre Manufacture établie par la magnificence du Duc de Wurtemberg, à Louisbourg, près de Stuttgard , qui ne le cede guere à celle de Franckendhal ; la pâte en eft des plus réfractaires , elle réfifîe au feu le plus violent, Sc foutient le paffage fubit du froid au chaud Sc du chaud au froid fans fe caffer ; les formes en font agréables ; Sc l’on y exécute des morceaux d’Architecture pour la décoration des defferts , d’une grandeur énorme : nous en avons vu paroître, fur la table du Duc, de quatre Sc cinq pieds de haut, Sc du meilleur goût ; mais la pâte a le défaut de n’être pas d’un blanc auffi parfait que celui de Saxe Sc de France ; elle eft d’un gris cendré, Sc refte grenue dans fa caffure ; la couverte participe au même défaut, & n’eft jamais de ce beau blanc qui plaît à l’œil & qui caraCtérife les belles Porcelaines : il feroit aifé d’y remédier. Voyez le Mémoire fur la Porcelaine , pages 6 j. Il y a encore plufieurs Manufactures de Porcelaine en Hollande Sc en Italie ; mais comme elles ne different entr'elles que du plus au moins, Sc que je n’ai pas été à portée d’examiner avec foin les pièces de Porcelaine qui en fbrtent, je n’en ferai aucune mention. Je crois en avoir affez dit pour mettre le LeCteur en état de juger les qualités d’une Porcelaine ? Sc de pouvoir en fabriquer lui-même s’il le juge à propos.
- Pour completter cet Ouvrage, on y a joint la defcription,le plan, la coupe, Sc l’élévation d’un Fourneau propre à cuire les Porcelaines les plus réfraCtaires, où l’intenfité du feu eft par-tout à peu-près égale, &qui, par conféquent, n’a pas le même inconvénient que le Fourneau dont on fe fert en Saxe Sc en Allemagne (* ), dont j’ai donné la defcription dans mon Mémoire fur la Porcelaine d’Allemagne , Sc qui exige trois compofitions différentes dans la pâte.
- Le Fourneau dont je parle actuellement, eft le même ( à ce qu’on affure ) dont on fait ufage à la Manufacture de Sèves. M. Guettard, de l’Académie Royale des Sciences, qui a travaillé avec tant de fuccès à la découverte des matières propres à faire de la Porcelaine, en pré-fenta les Plans Sc les Modèles au Miniftre, qui les remit à la Manufacture Royale de Porcelaine, avec un Mémoire très-intéreffant fait par un homme de mérite qui lui eft attaché, Sc qui s’occupe du
- C * ) Planche II, Figure i ; & Planche III, Figures i & 2,
- progrès
- !
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- XXIX
- A VANT-P R O P O S. progrès des Arts qu’il cultive avec fuccès.
- Je rapporterai ce Mémoire en entier, pour faciliter aux Artiftes intelligents les moyens de conftruire & même de perfectionner ce Fourneau, qui doit donner, par la réunion de quatre foyers en un centre commun, une chaleur bien fupérieure à celle de tous les autres Fourneaux connus.
- On peut l’employer non-fèulement pour la cuite de la Porce-laine, mais encore à cuire les vailfeaux de grès fi utiles dans les Arts,-Sc fur-tout en Chymie, fans parler des différentes expériences qu’on ne peut pas pouffer auffi loin que les Artiftes le défirent, faute d’un degré de feu fuffifant : c’eft donc un fervice effentiel qu’on rend aux Arts d’en publier la defcription. Voici comme l'Auteur de ce Mémoire s’explique.
- \
- Mémoire fur la Conftruclion d’un Four à cuire de la Porcelaine dure,
- pour la Manufacture de Sèves.
- « La pâte dont on fabrique actuellement la Porcelaine de Sèves, » efl une fritte d’une grande beauté par fa blancheur, mais qui n’a » pas la dureté des Porcelaines du Japon, de la Chine, & de Saxe. » On efl parvenu, après plufieurs recherches , à trouver une terre
- ft
- » blanche , très-fine, dont les effais ont rempli les efpérances de » MM. les Académiciens, qui s’occupent du foin de perfectionner les » ouvrages de la Manufacture de Porcelaine du Roi ; mais le Four » dans lequel on fait cuire actuellement la Porcelaine de Sèves, ne » peut pas fervir pour une nouvelle Porcelaine, qui ne le cédera ni » en dureté ni en blancheur aux Porcelaines des plus belles Manu-» factures de Saxe & du Japon : il efl donc queflion de conftruire un » Four qui puiffe donner une chaleur par-tout égale, & d’un degré « de force capable de faire éprouver une demi-vitrification à la pâte » de la nouvelle Porcelaine , dans laquelle il n’entre point de fon-» dant.
- » Les Fours dont on a donné les dimenfions jufqu’à préfent, ne » paroiffent pas remplir cette intention, & ne font pas propres à la » folution du problème.
- » J’ai donné à la Manufacture le deffin des Fours dont on fe fert, » dit-on, à la Chine, pour cuire la fameufe Porcelaine de Chin-the-» chin ; ce font quatre tours conftruites fur un terrein difpofé en Porcelaine. A
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- OC OC 00 AV A N T-P R O P O S.
- » pente ; elles font contiguës, Sc fe communiquent de Tune à l’autre » par des ouvertures très-larges & de la hauteur de la voûte, prife » fous la coupole de chaque tour : la chauffe (*) eft au devant de la » première tour, dans laquelle la flamme entre avec rapidité Sc par-» court ce long efpace pour fortir au fommet de la derniere tour. De » cette maniéré, le feu qui tend à s’élever du moment ou il entre » dans la première tour, frappe l’aire ou le fol de la fécondé, qui eft plus élevé que celui de la première , Sc ainfi fucceffivement en » montant jufqu’à la quatrième.
- » Cette conftruûion ingénieufe eft connue en France, dans les » Poteries de grès de Picardie, où lesFours font conftruits,fuivant le »> même principe, fur un fol en pente , afin que la poterie fe cuife » également fur une longueur confidérable. Cette conftruction a » sûrement l’avantage de l’économie ; mais elle paroît fujette à l’in-» convénient de l’inégalité du feu, qui doit être plus violent à l’en-» trée du four qu’au milieu Sc à l’extrémité oppofée , puifque fa » vivacité eft interrompue par les ouvrages qui, les premiers, en » reçoivent le choc & le rompent ; ainfi les pièces qui font fur le » devant du four, doivent être plutôt cuites que celles qui font plus :» éloignées du foyer.
- » Cet inconvénient fubfîfte dans le Four Saxon, auquel on ne peut 5> remédier qu’en compofant une pâte à différents degrés de fixité, » fuivant la place qu elle doit occuper dans le laboratoire du four-» neau (**), où l’intenfité du feu varie.
- » Ce défaut eft capital dans une Manufacture qui ne doit avoir » qu’un genre de pâte homogène toujours égale, Sc qui foit fufcepti-» ble de foutenir le plus grand feu.
- » Un Four rond, pour peu qu’il fôit élevé, ne chauffe pas égale-» ment : on en a fait l’expérience à la Manufacture de Sèves ; ainfi on » eft encore réduit à chercher un meilleur Four, qui rempliffe les y> conditions du problème : donner une, chaleur très-forte > par-tout égale> » & long-temps continuée au même degré\
- » Pour parvenir à ce point, j’ai penfé qu'il falloit premièrement » donner une plus grande quantité de feu qu’on n’en donne ordinaire-» ment dans les fours , Sc fuivre ce précepte de Boherhaave, dans » fon Traité du Feu : quune plus grande quantité de feu, réunie dans
- (**) Le Laboratoire du fourneau eft la place où l’on expofe les pièces pour les faire cuire.
- <*) Terme technique, dont les Ouvriers fe fervent pour exprimer le foyer qui contient les alimQfcts du feu.
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- XXX]
- AV A N T-P R O P 0 S,
- » tz/2 petit ejpace , produit un plus grand effet.
- » Secondement, je crois quon doit préférer le Four rond à toute » autre forme, parce que, fuivant le même Auteur, le mouvement » de rotation, que la flamme eft forcée d’y prendre, produit le feu le plus violent. En effet, toutes les autres formes ne fauroient pro-duire un feu parfaitement égal, puifqu’elles le donnent plus » violent dans le point de leur foyer; la forme parabolique le donne *> plus près du fommet de la courbe ; Sc la forme elliptique , plus » éloigné , mais toujours dans un point où la réflexion produiroit » une fufion totale , tandis que les ouvrages cuiroient à peine dans » les autres points du fourneau.
- » D’ailleurs , toutes ces coupes, étant compofées ou produites par » des mouvements oppofés, ne fauroient donner un feu de réflexion « égal par-tout : cela pofé , j’ai cru devoir adopter, pour le projet » du Four que je propofe, un Plan qui m’a paffé fous les yeux, Sc » que j’ai fait deflîner à la fuite de ce Mémoire.
- » Ce Four eft d’une forme circulaire; il eft percé par quatre gor-» ges cfppofées , dont les lignes collatérales tendent au centre, Sc » par lefquelles on chauffe également par quatre endroits : le plan géométral A, Fig. /, PI. V, en fait connoître la conftruâion. Il y » auroit néanmoins plufieurs changements à faire , fi l’on fe déter-» minoit à l’exécuter ; telle eft, par exemple, l’épaiffeur des murail-» les du Four, qui devroit être au moins de trois pieds au lieu de » deux, parce que, fuivant tous les principes, le feu de réflexion eft » plus grand en raifon de l’épaiffeur & de la denfité de la matière y> qui lui réfifte. Je voudrois aufïi que le Four fût conftruit avec du » grès fcié proprement comme du marbre , afin que les parois du » Four préfentaffent une furface plane Sc unie , ce qui contribue » beaucoup à réfléchir également une plus grande chaleur.
- » On pourroit choifîr du grès de Palaifeau, ou de quelque autre » endroit, qui feroit reconnu le plus dur Sc le plus compacte ; les » liaifons fe feroient avec de l’argille la plus réfraétaire poffîble.
- » Je paffe à l’explication du Four. 11 y auroit entre deux foyers 5) une porte affez élevée pour qu’un homme pût y paffer ; on la » place à trois pieds au-deffus de l’aire du Four, parce quelle doit être w murée du même grès après qu’on y aura arrangé laPorcelaine;&peut-» être même cette oppofttiondonneroitdu froid à faire du four, ou » tout au moins cette partie ne chaufferoit pas autant que les autres.
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- xxxi) AVANT-PROPO S.
- » Au furplus, on voit dans les Fourneaux Chinois une porte pareille, »par laquelle on met les pièces dedans.
- » Enfin, quand on voudra enfourner la Porcelaine, on pofera les » premières pièces à l’aide d’un marche-pied , jufqu’à ce qu’on foit » au niveau du feuil de la porte; ou bien deux Ouvriers, placés un » fur la porte & l’autre dans le four, feront le fervice.
- ' » Il feroit peut-être utile de lailfer un intervalle entre le mur 8c » les gafettes , qu’on rangeroit au milieu du Four. On ne s’étendra » pas davantage fur une queftion que la première épreuve décidera » bien plus sûrement que les plus longs raifonnements. Les gafettes » feront pofées les unes fur les autres, comme cela fe pratique à la » Chine, & comme on alfure qu’on le pratique auffi dans la Manu-» faâure de Porcelaine de Saxe.
- » Pour connoître le point de cuilfon de la Porcelaine , on prati-» quera au milieu de l’elpace, qui eft entre les gorges ou chauffes, » des trous quarrés, pour y placer, fur des palettes, des montres (*)t » qu’on retirera, pour connoître le point de cuilfon où les ouvrages » font parvenus ; ces trous fe bouchent exactement avec des*pierres » de grès taillées en quarré & parfaitement de mefure , pour s’y >> ajufter avec une faillie qui fervira à les tirer quand on voudra exa-» miner les montres.
- » Il y aura quatre foupiraux près delà voûte du Four,fans compter « le foupirail principal G, Fig. 3, PL qui fera à la clef de la voûte.
- » Quand la cuilfon de la Porcelaine fera parfaite, on celfera de » mettre du bois ; & quand il ne fortira plus de fumée, on lailfera » tomber les quatre portes de fer, pour fermer exactement les quatre » gorges C, Fig. 2., PL V, pour empêcher l’air extérieur de pénétrer » dans le Four. Enluite on fermera, peu de temps après, le grand fou-» pirail & les quatre petits, afin de concentrer la chaleur & de lailfer » recuire la Porcelaine ; ce qui contribue à la rendre plus folide & » moins fujette à fe rompre par le contaCt de l’eau bouillante.
- » On ne retire en Saxe la Porcelaine du Four que huit jours après » quelle eft cuite ; cette méthode paroît très-bonne à obferver. Il » elt inutile d’entrer dans les détails des motifs de l’adopter ; ils fe » fentent fuffifamment, quand on connoît les effets de la réaâion de » l’air Sc du feu ».
- ( * ) Les montres font des morceaux de Porcelaine que les Ouvriers mettent dans le four, pour favoir quand la Porcelaine eft aflez cuite.
- Voyez le Mémoire fur la Porcelaine d’Alle-magne, page 12. MÉMOIRE
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- MÉMOIRE
- SUR LA
- Porcelaine d’Allemagne ,
- CONNUE SOUS LE NOM DE
- PORCELAINE DE SAXE.
- L a Porcelaine d'Allemagne eft une des plus réfraétaires qui exifte ; elle a toutes les qualités de celle du Japon, & peut-être lui eft-elle fupérieure par la beauté de fon grain, qui eft beaucoup plus compaél & plus brillant ; ce qui prouve une combinaifon & une pénétration réciproque des matières , plus intime & plus parfaite.
- Elle réfifte au feu le plus violent, pour le moins auffi bien que celle du Japon ; j’en ai tenu une TalTe pendant plufieurs heures à un feu de Verrerie , fans quelle fe mît en fufion.
- Elle foutient l'alternative du froid & du chaud; & les Plats de cette Porcelaine peuvent fe réchauffer , {ans fe cafter, à la flamme de l’elprit-de-vin ; ce qui la rend d’autant plus intéreflànte , que fon u(âge met à l’abri des inconvénients du verd-de-gris, dont la Vaiffelle d’argent n’eft pas exempte > par l’alliage Sc la foudure qu’elle contient.
- k II feroit donc à délirer que l’ufage s’en multipliât, Sc que le prix de cette Poterie précieufe devînt à la portée de tout le monde ; c’eft ce qui m’engage à rendre publics les procédés & les détails de la manipulation néceflaire pour fabriquer cette Porcelaine.
- Les grandes précautions qu’on prend en Allemagne dans toutes les Manufactures de Porcelaine, pour cacher les préparations des matières premières, aînfi .que la forme & les proportions du fourneau > font qu’il eft prefque impoffible de rien lavoir de pofitif fur ces chofes importantes. Mais ayant été, avec la per-million du Roi, pendant plufieurs années attaché à un Prince Allemand qui a une Manufaélure de Porcelaine dans fès Etats, j’ai été à portée de voir par moi-même > Sc j’ai eu là-deiïus les détails les plus circonftanciés > dont je vais rendre compte dans ce Mémoire.
- Porcelaine* à
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- M É M 0 I R E
- On a regardé jufqu’à préfent comme impoflible, de pouvoir déterminer au jufte un procédé général pour faire de la Porcelaine, comme le dit le favant Auteur du* Diétionnaire de Chymie , page 2JI ; mais on verra par la fuite de ce Mémoire, qu’en fuivant exactement les procédés qui y (ont indiqués , on peut facilement en fabriquer , & trouver dans prefque toutes les Provinces du Royaume, les matières néceflaires pour faire la plus belle 8c la meilleure Porcelaine.
- Ce que Ton nomme à la Chine Petunt^e, eft appellé en Allemagne Kijel, qui fignifie caillou, & n’eft autre chofè que du Quartz blanc 8c vitrefcible : on nomme Porcelan erde ( terre à Porcelaine ) , ce que les Chinois défignent par Kaolin, & qui eft de l’Argile blanche ; mais ces deux matières de première néceffité ne fùffifent pas pour produire de la Porcelaine ; il faut encore y ajouter dans des proportions convenables, deux autres fubftances 3 qui font le Gyps & des fragments de Porcelaine, que les Allemands appellent Scherben, 8c les François Tejfons : on peut fuppléer à ces Tefïons, comme je le dirai dans la fuite.
- Mais avant d’entrer dans les détails de la manipulation & des différentes dofes des matières qui compofènt la Porcelaine d’Allemagne, il eft nécelîaire de donner une idée générale du Fourneau, que le plan 8c le modèle ci-joints expliqueront plus en détail.
- ^ Ce Fourneau eft un parallélipipede plus plein que vuide ; la partie fupérieure eft creufe 8c fùrmontée d une voûte ; c eft cet efpace qu’on nomme le Labo~ ratoire, où l’aétion du feu agit fur les pièces quon y expofe renfermées dans des étuis nommés Gafettes par les Ouvriers. Le foyer où fe met l’aliment du feu, eft placé en dehors, à une des extrémités du Fourneau , & vis-à-vis de la cheminée, qui eft à l’autre bout oppofé : la flamme entre dans le Laboratoire par plufieurs ouvertures difpofées à cet effet, circule dans l’intérieur, 8c fort par la cheminée.
- Ce Fourneau étant deftiné à produire & à foutenir pendant long-temps le plus grand feu poflible , il eft abfolument néceflàire que le foyer 8c le Laboratoire foient conftruits avec les matières les plus apyres ; il faut pour cet effet faire faire des briques de la même compofition que les gafettes, dont je parlerai dans un inftant*
- La grille qui, dans les autres Fourneaux eft de fer, doit être faite dans celui-ci avec ces mêmes briques pofées fur champ, 8c dont la partie fupérieure doit être prifmatiqne, afin que préfèntant moins de fùrface , la cendre ne puifle pas s’arrêter deflus, 8c tombe plus aifément dans le cendrier. La chaleur que ce Fourneau produit eft fi grande, que fi la grille étoit de fer, elle fe fondroit ; cependant comme la flamme eft obligée de parcourir un long efpace depuis la partie antérieure du Fourneau jufqu’à celle où eft la cheminée, il eft aifé de juger que le degré de feu ne peut être par-tout de la même force, 8c que la partie
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- SUR LA PORCELAINE. 3
- antérieure, marquée n°. r , étant plus voifine de la matière embrafée , fervant d’aliment au feu , doit éprouver une plus grande chaleur que la partie n°. 1, du milieu du Fourneau, qui eft plus éloignée du centre de la chaleur, <&. celle - ci plus que la partie n°. 3 , qui eft à l’extrémité du Laboratoire , & proche de la cheminée. Voilà donc le Laboratoire du Fourneau, qui fe divife de lui-même en trois parties ; & cette divifion exige trois compofitions différentes, dans la pâte dont on doit former les vafes de Porcelaine : la première doit être la plus réfractaire , pour être expofée à la partie du Fourneau ou la chaleur eft la plus forte ; la fécondé eft pour le milieu, & la troifieme pour l’extrémité, où il y a moins de chaleur.
- Voici les différentes compofitions.
- N°. r*
- Argille blanche..............
- Quartz blanc.................
- Teflons de Porcelaine blanche Gyps calciné.................
- Y
- N°. 2,
- Argille blanche................
- Quartz blanc...................
- Teflons de Porcelaine blanche.... Gyps calciné...................
- Parties. . .100 ....9 ....7
- ....4
- 100
- ..9
- ..8
- ..5
- N°. 3.
- Argille blanche......................................... 100
- Quartz blanc............................................ 8
- Teflons blancs............................................ p
- Gyps calciné.............................................. 6
- Telles font les dofes des matières qui entrent dans la compofition de la pâte de Porcelaine, nommée par les Ouvriers Maffe, dont on forme les differents vafes fur le Tour à potier, Fig. 3 , PL 2 , ou dans des moules; mais cela ne {uffiroit pas pour produire de la belle Porcelaine : il faut non-foulement le choix des matières , mais encore le procédé fecret, qui foui conftitue la beauté & la bonté de la Porcelaine ; car fans lui on ne parviendroit pas à unir & combiner parfaitement les matières, & la Porcelaine fe déjetteroit au feu, feroit grume-leufe, grenue & bourfoufflée, & femblable à la faufle Porcelaine que l’on nomme vitreufc,
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- 4
- MÉMOIRE
- Ce procédé dont on fait un lî grand fecret en Allemagne, confifte à faire macérer les matières dans une menftrue convenable , pour en faciliter la com-^binailbn parfaite , comme je l'expliquerai par la fuite.
- La macération , en occaGonnant un mouvement inteftin dans les molécules des parties conftit-uantes de la maffe , les combine , facilite leur pénétration réciproque y Sc chafle fair interpofé entr elles , qui ne manqueroit pas, en fe raréfiant dans le feu, de faire éclatter les vafes, ou du moins de les déformer a Sc de couvrir leur {urface de petites bulles que les Ouvriers AUemands nomment biûfen.
- Il faut encore, après avoir préparé la pâte, compoler le vernis dont on couvre la Porcelaine , en Allemand Glafur, Sc que Ton nomme en François Couverte,
- Cette Couverte fe compofe dans les mêmes proportions que la maffè, c eft-à-dire, que les pièces qui font deftinées à cuire dans un dégré de feu confidé-rable, doivent avoir une autre couverte que celles qui ne doivent fubir qu’une chaleur plus modérée.
- Compojidon des différentes Couvertes.
- N°. r.
- Quartz très-blanc.......
- Teflbns blancs..........
- Cryftaux de gyps calcinés
- Parties.
- ...8
- •i 5
- ...p
- N°. 2.
- i
- Quartz très-blanc.......................................... .17
- Telîons blancs..............................................16
- Cryftaux de gyps calcinés...................................7
- ' N°. 3..
- Quartz très-blanc...................................11
- Teflons blancs.. .......................................18
- Cryftaux de gyps calcinés...............................12
- Choix des Matières.
- Le caillou à Porcelaine eff un quartz blanc que Ton trouve en abondance dans les montagnes du Charolois, Sc qui n eft pas rare dans les autres Provinces du Royaume. On choifit le plus blanc, on le lave pour le 'dépouiller exactement des parties terreufes ; enlùite on le caflè avec une mafîè en petits morceaux ,
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- pour en féparer ceux qui font colorés, ainfi que les autres pierres hétérogènes qui pourroient être adhérentes au quartz.
- L’Argille doit être bien blanche, Sc féparée exactement de toutes molécules métalliques, & des terres étrangères avec lefqueiles elle pourroit être alliée.
- Le Gyps tranfparent & cryftallifé eft préférable ; mais à fon défaut on fo fort de la pierre à plâtre, ou albâtre gypfëux : il faut pareillement le féparer , avec le plus grand foin, 'des terres & autres impuretés qu’il contient. Le choix des matières fait , on procédé à leur préparation, qui s’exécute par la pulvérifation $ calcination , lavage, tamifation , Scc*
- Préparation des Matières.
- De I Argille. ( * )
- Après avoir choifi l’Argille la plus blanche, & en avoir féparé les terres étrangères, fi elle contenait quelques parties végétales & inflammables, comme des racines , du bois , paille , Scc , il faudroit lui faire éprouver une légère tor-; réfaction ; mais fi elle eft pure, il ne s’agit que de la délayer dans fuffifimtei quantité d’eau de pluie, que l’on ramafle ordinairement dans les équinoxes, on l’on prétend quelle eft plus chargée de cotpufcules fermentefcibles provenants des végétaux & animaux détruits * dont les parties ont été portées dans l’air pendant leur décompofition, ce qui fait croire que l’eau de pluie eft plus propre à accélérer Sc faciliter une nouvelle combinaifon. On broie à la main ou autrement cette Argille , & l’on y ajoute aflez d’eau pour la délayer exactement ; on la jette dans un vaifleau cylindrique de trois ou quatre pieds de haut, fermé avec des douves comme un tonneau, & auquel il y a des robinets de haut en bas, de fïx pouces en fix pouces, voye£ la Fig. 4, Planche IVy on emplit ce vafe avec Teau dans laquelle l’Argille eft délayée ; & après avoir bien agité le mélange, on le laifle repofer quelques fécondés, pour donner le temps au fable, dont la pefànteur fpécifique eft plus grande que celle de l’Argille de fo précipiter au fond ; alors on foudre la liqueur par le premier robinet , Sc focceflivement du premier au fécond, & du fécond au troifieme, ainfi de fuite, jufqu’à ce qu’on foit parvenu au dernier, qui doit être placé à deux ou trois pouces au-delTùs du fond du tonneau. On met la liqueur décantée dans des vafos de terre cuite, en forme de cône tronqué Sc renverfé , voye£ la Fig. 8, PL II ; on la laifle repofer jufo qu’à ce que l’Argille, qui étoit fulpendue dans l’eau, fe foit précipitée ; on verfe cette eau par inclination, & l’on ramafle foigneufement cette Argille, qui eft extrêmement fine ; enfiiite on la fait fécher à l’ombre Sc à l’abri de la pouflîere
- (*) L’Argille qu’on emploie en Allemagne pour la Porcelaine, eft un mélange de quatre fubftances ; i°. de l’Argille blanche; 20. du Mica , en Allemand Jîlber klett , efpece de talc grillant ; du Quartz tranfparcnt : ccs trois
- Porcelaine*
- fubftances ne font point effervefcence avec les acides; d’une très-petite quantité de Ter e calcaire, femblable à de la craie , qui fc diffouq avec effervefcence dans les acices,
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- € MÉMOIRE
- pour la pefer 8c la dofer avec les autres matières. On conformera auffi le fable qui s’eft précipité dans le fond du tonneau, pour l’ufage que je dirai par la fuite ; 8c fi ce précipité contient encore des morceaux d’Argiile qui ne fe foient pas détrempés dans le premier lavage, on les délaye de nouveau, & on les lave avec d autre Argille, comme ci-devant.
- Des Cailloux•
- O N caflè les Cailloux en morceaux de la groflèur d’un œuf de poule, 8c ou les met fur un grand gril de fer, difpofé de façon que les morceaux ne paflent point à travers ; on allume un feu de charbon deflous, & lorfque les Cailloux font rouges, on les jette dans l’eau froide pour les rendre plus friables: on répété cette opération jufqu’à ce que Ton puiflè les piler aifément ; alors on les porte au moulin. Quand le Caillou a été mis en poudre fine, on le palfo par le tamis de foie, & Ton repile celui qui eft refté fur le tamis*
- Des Tepnsi
- On prend des morceaux ou fragments de Porcelaine; on choifit Jes blancs de préférence, fur-tout pour ceux qui font deftinés à entrer dans lacompofition de la Couverte ; on les pile le mieux qu’il eft polîible dans un mortier d’agat® ou d’autres pierres dures, & enfoite on les pafle au moulin pour achever leur pulvérifàtion. Quand on na pas de Tefibns pour commencer un travail en grand, on prend la compofition du N\ 3 , dont on forme des petits pains d® X’épaiffeur dun écu de fix francs ; on les fait cuire en Porcelaine, enfuite on les traite comme les Teflbns: mais il eft plus sûr d’avoir des morceaux de Porcelaine caftes.
- Du Gyps.
- Premièrement on pile bien le Gyps ; & lorfquil eft réduit en poudre fine J on en remplit une chaudière de cuivre, & l’on donne un feu de calcination : la matière femble d’abord bouillir, for - tout quand l’eau de la cryftallifàtion commence à fe diflîper ; on continue le feu jufqu’à ce que le mouvement ceflè, 8c que la poudre fo précipite for elle-même au fond de la chaudière , ce qui eft le ligne d’une calcination foffifimte.
- Quand le Gyps eft refroidi, on le pile de nouveau & on le pafle par le tamis de foie ainfi que le Caillou.
- Du Mélange SG de la Macérationi ,
- Toutes les matières ainfi préparées, & l’Argille après avoir été lavée i bien féchée & réduite en poudre, on pefe les dofes & on les mêle exactement^
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- SUR LA P ORCELAINE. 7
- en les paflant plufieurs fois toutes enfomble par un tamis de crin moins ferre que céux de foie, dont on s’eft fervi pour les premières préparations ; enfuite on les arrofe avec de l’eau de pluie , pour en former une pâte qui puifle être tra* yaillée fur le tour ; on met cette pâte dans un foflfé en forme de baflïn creufé en terre, ou dans des tonneaux que Ton couvre, pour garantir la Maflè de la pouflîere , avec des couvercles de bois qui ne joignent pas exactement, afin de laiffer accès à fair ambiant néceflàire à la fermentation : on s’apperçoit quelle cil à fon’terme à fodeur, à la couleur & au taét ; à l’odeur, qui fe rapproche du foie de foufre décompofé , ou à des œufs pourris ; à la couleur, qui de blanche eft devenue d’un gris foncé ; & au taCt, car la matière eft plus moëlleufe Sc plus douce au toucher qu’avant la fermentation : plus la Mafle eft vieille, Sc mieux elle réuffit. C’eft un uSàge dans les Manufactures en Allemagne , de préparer la Mafle deux fois par an , c’eft-à-dire, aux deux équinoxes ; parce que l’on croit avoir remarqué que l’eau de pluie, dans ce temps, eft plus chargée du ferment univerfel, & quelle exécute plus promptement & plus complette-ment la fermentation. Il faut avoir grand foin que la matière ne feche point, 8c il faut entretenir l’humidité néceflàire à la fermentation, en l’arroSànt de temps à autreVvec de l’eau de pluie.
- On conferve toujours de l’ancienne Mafle pour Servir de ferment à la nouvelle 1 & l’on n’emploie, pour former les Vafes, que de la Mafle qui a au moins fix mois. C’eft là en quoi confifte la manipulation fecrette, & le tour de main que l’on cache foigneufement, Il n’y a jamais qu’un feul homme dans la Manufacture qui ait ce détail, & duquel on s’eft afluré par le ferment. Il fe cache pour dofer les matières ; 8c le lieu où la Mafle fermente eft toujours fermé, & perfcnne ne peut y entrer. On ne lave point la poudre de Caillou, ni celle des Teflons ; car ces deux fubftances ayant une peSànteur Spécifique plus grande que celle de l’Argille , il s’enfuivroit que fi l’on mêloit c es trois matières pour les laver enfomble, les Cailloux & les Teflons fe précipiteraient, & il ne relierait dans la Mafle que l’Argille feule ; c’eft pourquoi il faut pafler ces deux poudres par le tamis de foie, toutes les deux féparément f pour les mêler enfiiite avec l’Argille préparée, comme il a été dit ci-defliis.
- Dans plufieurs Manufactures d’Allemagne, on conferve le Sable qui s’eft précipité pendant le lavage de l’Argille, lorSqu’il eft pur, blanc, & homogène , ce dont on s’aflure par le moyen de la loupe ; alors on le pile , & après l’avoir tamifé on l’ajoute à la Mafle, en diminuant à proportion la quantité du Caillou que l’on de voit y mettre ; la raifon de cela, c’eft qu’on croit que l’Argille eft produite par le fable décompofé, & par conféquent que le Sable contenu dans l’Argille, lui eft plus analogue que le Quartz qu’on y ajoute. Ce Sentiment eft d’autant plus vraifemblable, qu’il fe rapproche du fyftême de l’illuftre M. de Buffon,à qui la Nature femble avoir dévoilé fes myfteres les plus fecrets. Voye2 la Théorie de la Terre, Tome I, page 382 , de la petite Edition nouvelle,
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- MÉMOIRE
- De la maniéré de former les Vafes de Porcelaine fur le Tour,
- SC dans les Moules.
- Quand la matière a été préparée de la Façon que je viens de le dire , <52 quon juge, d’après les lignes que j’ai indiqués, que la macération a été com* plette, le Tourneur 8c le Mouleur fe dilpofent à en former des Vafes de différentes formes. Je vais parler fuccintement du travail de ces deux Ouvriers, qui eft trop connu pour m’y arrêter long-temps.
- On commence à humeéler la pâte qu’on veut tourner ou mouler, avec de l’eau de pluie, & on la pétrit de nouveau avec les mains, pour l’amollir au point quon le délire ; enfuite le Tourneur en prend des morceaux d’une groffeur proportionnée à l’ouvrage qu’il veut faire ; il pofe cette pâte fur le centre de la roue ( a ) du Tour, Fig. 3 , PL III ; il la met en mouvement par le moyen de la grande roue ( b ) , qui fe meut avec le pied, & il en forme des Vafes groffiers 8c très-épais , avec des outils de bois, Fig. ij, 18 , ïp, ^20 , 219 22 8c 2 3 PL II: il met ces Vafes ainfi ébauchés fer une planche, qui pofe elle-même fer la tablette (</), Fig. 3 , PL III. Quand cette planche eft affez chargée, on l’enleve pour l’expofer à l’air, afin que la plus grande partie de l’humidité des Vafes puiiîe s’évaporer ; 8c quand ils font au point de ficcité convenable, on les remet fer la roue pour achever de les tourner le plus délicatement qu’il eft poffible avec des outils d’acier bien tranchants, Fig. 16, PL 11, propres à cet ufege ; c eft ce que les Ouvriers nomment tournajjer ; enfuite le Tourneur prend la piece qu’il a rendu très-mince, il’la trempe dans l’eau, 8c la met dans un Moule 'de plâtre quil a devant lui fer la table (G) du Tour, Fig; 3 , PL III ; il palîe une éponge légèrement par-delfes, pour faire prendre au Vafe la forme exaéle du Moule : c eft ainfi que toutes les pièces de même nature fent toutes de la même hauteur, & ont toutes la même dimenfion. Quand on commence à ébaucher les pièces fer le Tour dans le premier travail dont j’ai parlé, on fe fert de l’inftrument Fig. if , PL //, qui eft une efpece de jauge , pour que les Vafes ïoient à peu près de la même hauteur, & qu’ils puiffent mieux entrer dans les Moules. La defcription de cet înftrument fe trouve à l’Explication des Figures# C’eft ainfi que le travail du Tourneur s’exécute.
- Le travail de celui qui fait les figures n eft pas fi long ; mais il exige bien plus d’adreffe, parce que le Modeleur doit lavoir deffiner 8c bien fculpter : il a, de même que le Tourneur, des Moules de plâtre dans lelquels il enfonce la pâte ; êc après f y avoir laiflee repofer quelques moments, pour lui donner le temps de fécher un peu, il en retire les figures moulées. Lorique ces figures ne peuvent pas fe retirer toutes entières, on réunit les morceaux avec de la pâte de Porcelaine délayée dans Peau ; enfeite on achevé de les réparer avec des petits outils de bois ou d’ivoire , un pinceau & une éponge j après quoi on les fait fécher.
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- SUR LA PÔRCÊLÀINË. p
- Les Moules dont on fe fert pour ce travail doivent être faits par un habile Sculpteur : ils font ordinairement de pièces St de morceaux tous numérotés, pour reconnoître leurs places. Si le Moule n’étoit que d’une ou deux pièces, les groupes ne pourroient pas fe retirer des creux, & fe gâteroiènt en fortant des moules.
- Ordinairement le Sculpteur fait les Modèles avéc dé la terre ou de la cire à modeler, & il les donne enfiute au Mouleur , qui exécute fès Moules deffus.
- Si l’on veut mettre quelques ornements aux Vafes de Porcelaine , commé des fleurs, des feuillages, ou des fruits en relief, il faut les former à part dans des Moules, Sc les attacher avec de la pâte délayée. Il eft ablolument néceflaire que TOuVrier qui èft chargé de cette befôgne, lâché defîmer Sc fculpter, pour être en état de finir fon travail fans gâter fouvrage du Sculpteur, Sc fans perdré les beautés du Modèle*
- Préparation de la Couverte,
- O N prépare lès matières deftinées à former la Couverte, Sc dont les dofes ont été données ci-devant, en les paflànt par le moulin , ou en les pilant dans des mortiers d’agate ou de pièrres très - dures ; on les paftè par le tamis de foie très-fin ; enfiute on les mêle exactement, & fon en forme une pâte comme là Maffe de la Porcelaine, que Ton fait macérer de la même maniéré.
- Dans cette préparation on n’emploié pas le lavage, qui ne convient qu’à l’Argille feule. Quand cette compofition a fubi le degré de macération convenable , ce qu’on reconnoît aux mêmes lignes indiqués pour la Maffe, on la met dans Un grand valffeaii de bols ou de terre, pour la délayer dans une fuffifante quantité d’eau diftillée, ou tout au moins filtrée, de maniéré que le tout devienne comme de la crème, d’une liquidité moyenne ; mais pour connoître au jufte la denfité néceflaire de cette crêmé, dn prend un morceau de cette Porcelaine , que fôn fait cuire en Bifcuit ; on le trempe dans cette compofition , que l’on a foin d’agiter préalablement ; ce Bifcuit abforbe dans un inftant l’eau qui tenoit la Couverte fufpendue, Sc laifle cette matière fur la furface du Bifcuit, étendue également 5 on gratte alors avec l’ongle ou avec un morceau de bois, pour découvrir l’épaifleur de la Couverte , qui ne doit pas être plus épaifîe qu’une feuille de papier à fiicre ; fi elle n’étoit pas aflez liquide, on y ajouteroit de l’eau ; & fi elle fétoit trop, on y mettrok plus de matière, jufqu’à ce qu’on ait trouvé le degré de denfité convenable.
- Il faut toujours remüerla compofition à chaque piece que l’on trempe dedans, fâns quoi la matière'fe précipiterait au fond, Sc les pièces ne fe couvriraient pas également, ce qui rendroit la Porcelaine truitée & défagréable à la vue.
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- Vorcelaine*
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- MÉMOIRE De la Cuite du B if cuit.
- Planche
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- O n appelle Bifcuït, la# Porcelaine qui na eu que le premier degré de cuifîbn, qui na pas reçu la Couverte, & par conféquent qui na aucun luifànt.
- Pour la mettre en cet état, il n eft pas nécefïàire de lui faire éprouver un degré de feu auffi fort que quand elle a reçu la Couverte, & qu’on veut lui donner le degré de chaleur qui doit la conftituer Porcelaine.
- On lé fert pour cette première opération, d’un Fourneau ordinaire de Fayan-cier, Fig. 6 (*).
- Dans cette première cuite, il n’efl pas nécefïàire d’obforver les numéros des différentes compofitions , puifque toutes les pièces font expofées à-peu-près au même degré de chaleur, qui n’efl pas plus fort que celui que l’on fait éprouver à la fayance.
- On enferme les Vafos de Porcelaine dans les étuis nommés Gafettes, que l’on empile les unes for les autres jufqu’au haut du Fourneau , & on les lute ayec de la terre à potier, de la maniéré que l’indique la Fig. j, PL IL
- Pour connoître le degré de cuiflon nécefïaire pour mettre les pièces de Porcelaine en état de recevoir la Couverte , on a des morceaux de Bifouit, que l’on retire du Fourneau de temps en temps ; & après qu’ils font froids , on les met for la langue : s’ils s’y attachent fortement, c’efl une preuve que le Bifo cuit eft allez cuit; on éteint le feu, Sc lorfque le Fourneau eft froid, on en retire les pièces, que l’on plonge les unes après les autres dans la Couverte , comme il a été dit.
- Il faut toujours échauffer le Fourneau par degrés, pour donner le temps à l’humidité de la Mafîe, de s’évaporer petit à petit, Ians quoi on courroit rilque de tout gâter.
- Il faut apporter la plus grande attention à ne point confondre les différentes compofitions, & pour cet effet mettre for les pièces le numéro de leur Mafîe, foit pour les mettre en Couverte, foit pour la fécondé cuite, où chaque piece doit éprouver un degré de chaleur proportionné à la matière dont elle eft compofée.
- Des Gafettes.
- Les Gafettes font des vafes de terre qui doivent foutenir le feu le plus violent; elles font formées avec trois parties d’argille la plus pure, & deux parties de la même argille, cuite en grais ; plus ou moins foivant la duélilité de l’argille
- ( * ) Quoique la Figure 6 foit fuffifante pour donner une idée du Fourneau de Fayancier, qui fert à la cuite du Bifcuit, 8c qui eft connu de tout le monde , en voici les proportions, qui ne font point exprimées dans la Figure.
- io pieds de long fur 7 pieds de largeur, & p
- pieds de haut en tout; la voûte inférieure de^ pieds & demi de haut ; la porte ne doit être que de la largeur de trois briques, c’eft-à-dire, à peu-près 20 pouces de large , pour pouvoir y entrer de côté. Foyei la Fig. 6. PL II.
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- SUR LA PORCELAINE. ïï
- & du fable qu elle contient ; car pour les Gafettes, on ne fe donné pas la peine de laver l’argille, quand elle ne contient que du fable pur*
- On en fait de différentes grandeurs, fliivant les pièces que f on veut y enfermer ; elles font deftinées à recevoir les Vafes de Porcelaine que ion veut faire cuire, pour les garantir du contaél immédiat de la flamme, & fur-tout pour empêcher les pièces de s’écrafer par leur propre poids, fi on les entaffoit les unes fur les autres-. '
- On en forme de différentes façons, les unes avec des fonds * & les autres fans Fonds ; ces dernieres ne font, à proprement parler , que des efpeces de cercles qui fervent à augmenter la hauteur de celles qui ont des fonds ; il faut qu’elles foient faites de maniéré à pouvoir fe placer les unes fur les autres, & par confisquent d’un diamètre égal.
- Outre ces deux efpeces de Gafettes, il faut encore avoir des plateaux ronds de la largeur du diamètre extérieur des Gafettes , lefquels plateaux fervent de fonds ou de couvercles aux Gafettes qui n en ont pas. Les fonds & les plateaux doivent être percés d’un trou à leur centre , pour donner paflàge à la chaleur & à la vapeur qui s’élève dans la première cuite. Voye£ les Fig. y & 10 > PL IL Il faut obier ver de laifler toujours un petit efpace entre les Gafettes, quand on les met dans le Fourneau de Fayancier, pour la cuitte du Bifcuit, afin que la flamme puiflè circuler & frapper également toutes les pièces*
- Les Gafettes fans fonds, que je nommerai cercles, font très-commodes , en ce que l’on peut y mettre différentes pièces, & qu’on peut, par leur moyen , augmenter la hauteur de ces Gafettes à volonté , en mettant plus ou moins de cercles les uns fur les autres. Quand on veut charger le Fourneau de Fayancier * pour cuire la Porcelaine en Bifcuit, on commence par mettre un plateau qui fert de bafe à la Gafette, enfuite un cercle deflus, & la piece de Porcelaine dans ce cercle ; on couvre le tout d’un autre plateau , on pofe un fécond cercle deflus, & l’on fait ainfi une pile de Gafettes jufqu’au haut du Fourneau.
- Cuitte de la Porcelaine*
- Cest f opération la plus difficile, la plus délicate , Sc qui exige la plus grande attention : il y a plufieurs chofes à confldérer ; la façon d’arranger les pièces de Porcelaine dans leurs étuis ou Gafettes, l’arrangement de ces mêmes Gafettes dans le Laboratoire du Fourneau , & la conduite du feu.
- Le Fourneau à Porcelaine fe divife, comme je l’ai dit, en trois parties égales : voyez le,plan ci-joint, Fig. 3 ; il ÿ a une ouverture latérale par laquelle un homme s’introduit dans l’intérieur du Fourneau, appellé Laboratoire, pour y placer les Gafettes ; il commence à charger la partie antérieure, marquée No. 1 , avec les pièces qui font formées de la Mafle la plus réfraétaire, qui répond à ce numéro: on commence par pofer une Gafette avec un fond, fur lequel on
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- Planche
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- MÉMOIRE répand un peu de fable bien fec, & fur ce fable on pofe la piece de Porcelaine. Ce fable eft deftiné à empêcher le contact de la piece avec la Gafette , à laquelle, fans cette précaution, elle pourroit s’attacher par la violence du feu ; ? enfiiite on met fur la Gafette un plateau , Fig. 10 ; fur ce plateau on répand du fable , on pofe un cercle 8c une piece de Porcelaine ; & fuccefîivement on forme une colonne de Gafettes jufqu’au haut du Fourneau qui touche à la voûte : on fixe cette colonne avec des coins faits avec de la même pâte que la Porcelaine , le plus folidement qu’il eft pofllble , pour que la force du feu ne puifle pas la renverfer, ce qui arriveroit fans cette précaution ; car lorfque le feu commence à être un peu vif) il fe forme un courant d’air & de flamme d’une force étonnante.
- Quand la partie du Fourneau N°. x, eft chargée avec les pièces analogues à ce numéro, on procédé à celle du milieu marquée N°. 2 , & ainfi de fuite , juf-qu’à ce que la capacité du Fourneau foit remplie ; mais on ne fàuroit trop répéter d’avoir la plus grande attention à ne pas confondre les differentes compo-fitions ; pour cec effet, non-feulement les pièces doivent porter le numéro de la Malle dont elles font formées, mais les Gafettes doivent avoir aufli le même numéro, que l’on marque deftus avec du charbon ou de la craie, afin que ce numéro puifle s’effacer, & que la Gafette puifle fervir à une autre cuitte, pour une piece de differente compofition.
- Il faut, en arrangeant les Gafettes dans le Laboratoire du Fourneau , faire enforte qu'il y ait toujours un petit efpace entr’elles pour laiflèr le paflàge à la flamme, de façon qu elle puilfe jouer entre les Gafettes ; ainfi il faut avoir attention que les colonnes des Gafettes ne fe touchent pas de trop près.
- Quand tout eft arrangé, on ferme l’ouverture latérale du Fourneau par où l’on étoit entré, avec des briques de la même compofition que les Gafettes ^ qu’on lie avec de l’argille ; on laifîe feulement un petit trou de la largeur d’une brique , qui eft deftiné à tirer hors du Fourneau les Epreuves ou Montres.
- On appelle Montres des morceaux de Bifcuit de forme cylindrique ou pyramidale , qui ont été mis en Couverte comme les pièces de Porcelaine, & qui font deftinés à faire connoître le degré de cuiflon de la Porcelaine. Pour cet effet quand le Fourneau eft chargé, on met en dernier lieu*, devant le trou que l’on a laifîe ouvert, une Gafette, que l’on nomme Gafette £'épreuve ; laquelle a une ouverture latérale, par laquelle on introduit les morceaux d’épreuve.
- L’ouverture de la Gafette doit répondre exactement à celle du Fourneau , afin que l’on puifle , quand on le voudra, en retirer les montres.
- Avant d’allumer le feu , on bouche avec une brique l’ouverture d’épreuve • on a foin de la luter avec de l’argille ; enfuite on allume le feu.
- On fe fert de bois bien fec, & qui s’enflamme aifément, tel que le fàpin & tous les bois légers, que l’on nomme bois blancs ; il faut en avoir une bonne quantité ; car s’il venoit à manquer pendant l’opération, on courroit rifque de
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- SUR LA PORCELAINE. gâter fon travail, bu du moins le bois déjà confbmmé feroit à pure pertes.
- Ce bois doit être coupé exactement de la longueur du foyer, qui eft de trois _ pieds, afin que la bûche deftinée à entretenir le feu, pofefur les deux repaires ii , PL II, Fig, iér2, qui font aux deux côtés intérieurs du foyer , Sc deftinés à la recevoir ; ce foyer doit fe fermer avec une lame de fér battu. Vôye^ là Fig. 24, PL IL Les bûches coupées de la longueur que je viens de dire, doivent faire l'office de cette lame de fer , comme on le verra dans uii inftant.
- On commence à échauffer le Fourneau par un très-petit feu, que l'on allumé dans le fond du cendrier, avec un peu de bois bien fèc, mais qui n'a pas de longueur ni de largeur déterminée, comme celui qui doit brûler dans le foyer.
- On ferme la partie fupérieure du foyer avec la lame de fer Fig. 24, qui eft deftinée à cet ufage, Sc l'on ouvre la porte du cendrier ; on continue ce feu pendant fix heures : les Allemands le nomment lavier ftuer ; mais fi le Fourneau, en allumant le feu, ne.droit pas allez, il faut jetter par la cheminée de la paille f du papier, ou des copeaux enflammés, ce qui, en raréfiant la colonne d'air qui prefle fur la cheminée, détermine fur le champ un courant d'air à fe diriger du bas en haut, en paflànt par le Laboratoire du Fourneau *
- Après fix heures de ce feu doux, on ferme exactement la porte du cendrier j Sc l'on ouvre la partie fupérieure du foyer , où l'on commence à y faire un nouveau feu le plus vite qu'il eft poffible, afin que le feu inférieur du cendrier ne s'éteigne pas avant que celui du foyer fbit allumé*
- Pour cet effet on met un morceau de bois coupé de mefure fur les deux ré-' paires ii,Fig, 2, PL IL de l’ouverture fupérieure du foyer où il doit entrer jufte J ce morceau de bois échauffe par la chaleur inférieure, prend bien-tôt feu, Sc lorfi qu'il eft bien enflammé, la perfbnne deftinée au fer vice du Fourneau, & qui tient une bûche à la main, frappe un coup dans le milieu de celle qui brûle fur l'ouverture du foyer ; cette bûche n'étant foutenüe que par les deux extrémités , fe cafte facilement, Sc tombe toute enflammée fur la grille du fourneau , où elle achevé de fe confumer ; dans l'inftant qu'elle tombe , elle eft remplacée par une autre , qui ferme exactement la partie fupérieure du foyer ; celle-ci s'enflamme pareillement, Sc elle eft précipitée de même par celui qui fèrt le Fourneau , ainfi de fuite. Il faut que les morceaux de bois foient fort minces, pour qu'ils puiffent non-feulement s'enflammer aifément, mais encore fè rompre avec facilité quand on frappe dans le milieu pour les faire tomber fur la grille du Fourneau.
- Petit à petit le feu s’augmente , Sc plus il acquiert d'activité , plutôt lai bûche, qui fait l'office de porte à l'ouverture fupérieure du Fourneau, s'enflamme aifément ; ainfi il faut que la perfonne qui fert le Fourneau, ait toujours une bûche à la main, pour remplacer, avec la plus prompte diligence * celle qui eft brûlée , afin que le foyer ne refte jamais ouvert. Le feu augmente toujours de plus en plus ; Sc fur la fin de l'opération, il acquiert tant de véhémence , que l'on diroit que le Fourneau va fe liquéfier. Il faut dans, ce moment Porcelaine* • D
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- obferver exactement la flamme qui fort par la cheminée : elle pafle foccefllve-ment du rouge pâle au blanc étincelant ; quand elle efl: dans cet état, & que le dedans du Fourneau efl; abfolument enflammé au point de ne pouvoir plus difo tinguer les Gafottes d’avec la flamme qui les environne, ce que Ton peut voir facilement par l'ouverture pratiquée au-deflus du foyer, voye^laFig. 2, PI. II} on examine les morceaux d’épreuve ; pour cela on débouche l’ouverture d’épreuve , & l’on en tire avec des pincettes les montres , on les laifle refroidir, enfoite on les examine ; & fi l’on trouve qu’elles ne foient pas aflèz cuites , on continue le feu ; mais II elles ont reçu le degré de cuiflon convenable, on ceflfe le feu, & on ferme l’ouverture du foyer avec la lame de fer, Fig. 24, PL II ; enfoite on laifle refroidir le Fourneau, ce qui dure à-peu-près 48 heures , & 27 pour la cuiflon.
- Quand les pièces de Porcelaine font forties du Fourneau, il arrive prefque toujours que la violence du feu a fait fondre le fable qu’on avoit parfemé dans le fond de chaque Gafette, & for lequel on avoit pofé les pièces de Porcelaine. Ce fable à demi vitrifié, s’attache au pied des vafes de Porcelaine, & en rendrait l’ufàge défàgréable, fi on les laiflbit telles qu elles font en Portant du Fourneau ; c efl pourquoi elles exigent encore un dernier travail pour leur ôter ce fable vitrifié qui leur efl: attaché. On a dans les Manufactures un Ouvrier def* tiné à ce travail, qui fo fort d’une roue d’étain ou de fer fomblable en tous points à celle dont on fo fort pour tailler les verres & les flacons de cryftal, voye{ la Fig. I, PL U. Cette roue de fer, qui eftpofée horifontalementforun axe de même métal , tourne for un crapaud d’acier fixé dans une bafo ; l’axe efl; chargé d’une poulie , autour de laquelle fo dévuide une corde de boyau, qui paflfe autour d’une autre grande roue de bois bombée, dont l’axe vertical efl: pofé parallèlement à celui de la petite roue de fer ; dans la partie fopérieure de la grande roue, efl une manivelle pour la mettre en mouvement, & elle le communique à la petite roue de fer : ordinairement le diamètre de la grande roue, efl à la poulie de la roue de fer, comme I efl à 12; ainfi le mouvement de la petite roue de fer efl très-accéléré : on répand de l’émeri broyé à l’eau for la roue de fer, Sc on paffo les Porcelaines , qui tiennent ce fable vitrifié, for cet émeri, jufqu’à ce que le fable vitrifié foit entièrement emporté ; c’eft pourquoi les petits cercles qui fervent de pieds aux Afllettes & aux Tafles de Porcelaine, 11e font jamais couverts de vernis, & l’on apperçoit la pâte de la Porcelaine à nud.
- REMARQUES.
- Quand on obforve l’intérieur du Fourneau, par le moyen du trou placé à la porte antérieure au-deflîis du foyer, & que l’on nomme tœil du Fourneau , il faut avoir foin de le refermer tout de foite avec une brique qui efl faite pour cet ufage, & qui doit fermer exactement.
- Je ne crois pas avoir rien oublié de ce qui concerne la préparation de la
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- pâte, ainfi que la façon de conduire le feu ; & fai lieu d’efpérer qu’en fuivant les procédés contenus dans ce Mémoire, on fera de la Porcelaine auffi bonne que celle de Drelde , mais qui lui fera bien fupérieure par l’élégance des formes, quand elle fera traitée par nos Artiftes François, qui l’emportent autant, pat leur habileté, fur les Etrangers, que la pâte de la Porcelaine de Saxe l'emporte , pour là fixité, fur la nôtre.
- Il ne relie plus qu’à parler des couleurs , de la façon de les préparer, & de la maniéré de les appliquer, ce qui fera le fiijet d’un fécond Mémoire.
- Maniéré de transformer le Verre en uneefpeee de Porcelaine, appelléef du nom de fon Inventeur, Porcelaine de Reaumur.
- L’eSpece de Porcelaine dont il s’agit ici, a été trouvée par le célèbre M. de Reaumur. Ce grand Phyficien cherchant les moyens de tranfinuer le fer en acier, & ayant remarqué les effets étonnants de la cémentation fur ces métaux, voulut en eflàyer l’efficacité fitr différentes efpeces de matières ; & d’expériences en expériences, il parvint à tranfinuer le Verre même, en une fubflance dont on n’avoit, jufqu alors , aucune idée. Elle approche de la Porcelaine par là fixité Sc par là couleur. Je rapporterai les propres termes de l’Auteur, tirés des Me* moires de l’Académie des Sciences de l’année 1739.
- » Il relie (dit M. de Reaumur ) une troifieme maniéré de faire de la Forcer » laine, qui a été ignorée jufqu ici, que je me luis contenté d’annoncer dans yy les Mémoires précédents , & que je me propofe de faire connoître aujourd’hui*! » Cette elpece de Porcelaine doit intérelîèr les Phyficiens , par la fingularité & » la fimplicité des procédés qui la produifent, Sc parce quelle peut leur don* » ner beaucoup de connoiflànces nouvelles fur la propriété Sc la nature du » Verre.
- >> C’efl avec le Verre même que je fais la nouvelle elpece de Porcelaine J y> j’ai dit ailleurs qu’on pouvoir faire entrer le Verre dans la compofition de Por* « celaines, qui auroient le caraétere de celle de la Chine ; Sc qu’après l’avoir » réduit en poudre on pouvoir, avec fuccès, l’aflocier à une matière non vitri* » fiable. Ce que nous avons à propofer actuellement, dépend d’un tout autre » principe ; c’efl avec ce Verre feul que nous voulons apprendre à faire de la i> Porcelaine, qui, fans le dilputer en beauté aux Porcelaines antiques, ne fera » guere inférieure aux meilleures en aucune des qualités effentielles.
- » Nous allons enfeigner le moyen de convertir des ouvrages de Verre , en » ouvrages de Porcelaine, fàns altérer leur forme ; ou pour nous fixer à quel-»ques exemples, c’efl de changer des bouteilles du plus vilain Verre, telles » que celles qu on fert journellement fur nos tables, en bouteilles de Force-
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- » laine blanche ; c’eft de transformer une de ces cloches de Verre, deftinées » à couvrir les plantes de nos jardins, en un vafe qui, par là blancheur, puille » mériter d'être mis en parade. On ne s’attendroit pas qu'une transformation fi » finguliere pût être faite avec tant de facilité, & avec aufli peu de frais qu'elle y> le peut être. On n'imagineroit pas que pour changer une de nos bouteilles à » vin, en une bouteille de Porcelaine , il n en dût coûter guere plus qu'il n'en » coûte à un Potier pour faire Cuire le pot de terre le plus commun. Les moyens » d'y parvenir font fi fimples , qu'il n'y a perlonne qui ne foit en état de rendre » toutes les bouteilles de là cave , des bouteilles de Porcelaine.
- » Il eft aifé de juger que les ouvrages d’une pareille Porcelaine, doivent être » donnés à grand marché : on emploie moins de temps & moins d'appareil dans » les Verreries, pour faire prendre au Verre les formes qu'on veut lui donner, » qu’un Potier n'en emploie à former les vafes de terre les plus grofliers. Si » quelques ouvrages de Verre ne lont pas à grand marché, c'eft lorfque la corn-» pofition de leur Verre vient de matières choifies. Or, comme fi tout devoir » concourir à rabaiffer le prix de la nouvelle Porcelaine , on verra dans la fuite » que le Verre par lui-même le moins cher & le plus commun, y eft le plus » propre. Mais avant d'expliquer les moyens de la faire, je crois devoir prouver » qu'aucun des caraéleres eflentiels à la bonne Porcelaine ne lui manque. Un » des moins équivoques, comme nous l'avons établi dans d'autres Mémoires, » eft celui que nous fourniffent les caflures ; celles de tout Verre & de tout émail » ont.un poli, un luifànt qu'on ne voit point aux caflures des vraies Porce-» laines : celles-ci ont des grains , & c'eft en partie par la finefle de ces grains » que les caflures de la Porcelaine different de celles des terres cuites ; & » c'eft enfin par la groffeur & la dîfpofition de leurs grains, que les Porce-» laines different entr'elles, & qu'elles s'éloignent ou s'approchent plus ou y> moins du Verre. Notre Porcelaine par tranfmutatiôn, ou notre Porcelaine de » Verre , a des caflures qu'on ne fauroit confondre avec celles d'aucun Verre: » elles font bien éloignées du brillant, du luifant ; elles ont une efpece de mat » fatiné. Ces caflures d'ailleurs ont non-feulement le blanc qui paroît fur la » furface de la piece entîere, mais elles en ont un qui furpaflè celui-ci ; aufli n'y » auroit-il rien à defirer pour la beauté de cette Porcelaine, fi on étoit par-» venu à donner à fon écorce la nuance de blanc qu’a fon intérieur.
- » Si les caflures de la Porcelaine par tranfmutatiôn, la diftinguent fi bien du » Verre, elles la diftinguent aufli de toute efpece de Porcelaine ; leur mat eft wfoyeux: il femble quelle foit compofée de fibres, de filets de foie d'une » extrême finefle , couchés les uns contre les autres ; elle n'offre pas de fimples » grains ; elle offre des fibres compofés de grains extrêmement fins. La ftruç-» ture de les caflures eft par-là tout-à-fait finguliere, & donne un caraélere bien » marqué qui diftingue cette Porcelaine de toute autre.
- )> Si cependant on ne lui aimoit pas cette tiffure, & fi on la vouloir grainée
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- » comme left la Porcelaine ordinaire , il ferait aifé dy réuflir. Quand nous » expliquerons les moyens de faire cette Porcelaine, nous en donnerons de la y> faire grainée , fi on la defire telle ; mais il y a apparence qu’on l’aimera mieux » avec des fibres, lorfque nous aurons parlé des avantages qui lui reviennent de » cette tiflure.
- » Un autre caraétere de la bonne Porcelaine , c’eft d’être moins fufible que le «Verre , ou plutôt de pouvoir être amenée difficilement à être du Verre : nous » l’avons dit ailleurs , c’èft la vraie pierre de touche , la coupelle, qui fait » diftinguer la Porcelaine de la Chine , de la plus grande partie de celles d’Eu-» rope : expofée à un degré de feu très-violent, elle fè foutient fans cefier d’être » Porcelaine ; au lieu qu’un degré de feu bien inférieur, réduit les autres à n’être » que Verre. Entre ces dernieres 3 les unes peuvent être vitrifiées plus ou moins » aifément, félon qu’elles font plus ou moins imparfaites ; mais il n’en eft aucune y> de ces dernieres qui puiiTe loutenir un feu pareil à celui auquel réfifte notre d Porcelaine par tranfmutation. Les Tafles qui en font faites pourroient iervir de » creufets dans lefquels on fondrait les Porcelaines d’Europe. Enfin dès que » nous aurons expliqué les principes d’où dépend là formation , il lèra aile de « juger qu’on pourra la rendre auftï fixe qu’on le délirera, peut-être plus fixe,' » s’il en eft beloin, que celle de la Chine.
- y> Voilà donc le Verre transformé dans une matière qui ne peut être méconnue1 y> pour de la Porcelaine, puifqu’elle en a toutes les qualités elTentielles. On peut « hardiment & fans précaution , la mettre fur le feu. J’ai fait bouillir de l’eau y> dans des vales de cette nouvelle Porcelaine, lànsles ménager autrement qu’on » ménage en pareil cas les caffetieres de terre & celles de fer-blanc ; à delîèin j « je ne rempliflbis pas entièrement le vafe d’eau ; je le pofois brufquement au-: » près des charbons les plus ardents : l’eau s’y échauffoit & bouilloit dans le » vafè; je le retirais du feu plein d’eau bouillante, & quelquefois je le polbis yy fiir un marbre froid : après toutes ces épreuves, auxquelles peu de Porcelaines » réfiftoient, ce vafe étoit parfaitement fain.
- y) Quelquefois j’ai fait encore plus, j’ai mis un gobelet de cette Porcelaine % S) la forge fur des charbons ardents, & dont l’ardeur a été animée par des coups » de fouffiet réitérés pendant un quart-d’heure ; en un mot, j’ai fait fondre du « Verre dans ce gobelet fans que la forme en ait fouffert.
- y> Nous pouvons aflurer que par rapport à nos ufàges, il n’eft point de meiL* » leure, & peut-être n’eft-il point d’auffi bonne Porcelaine que celle qui doit » Ion origine au Verre. Elle auroit toutes les prééminences, fi elle avoit de » même celle de la beauté ; mais je dois avouer que les elfais que je n’ai pas eu » la facilité de répéter en grand autant que je l’euftè voulu, n’en ont pas en-w core produit qui puiflè dilputer, pour la nuance de blanc, avec la Porcelaine » ancienne. Mais ne fera-ce pas aflez pour une Porcelaine qui fera à fi bon » marché, fi fon blanc eft fupérieur à celui de nos Porcelaines communes qui fe Porcelaine. E
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- » font au Fauxbourg S. Antoine ? s’il eft auffi beau que celui de la Porcelaine de » Saint-Cloud, quon vend cher, quoiqu’elle ne foit que médiocrement bonnetf » enfin fi fon blanc n’eft pas inférieur , & s’il eft même fupérieur à celui de beau*. » coup de Porcelaines des Indes ! Or les eflàis m’en ont donné de telles, & je » n’ai garde de croire que les Porcelaines par tranfmutation, ne puiflènt pas ï> prendre un blanc plus parfait que celui que je fuis parvenu à leur donner ; la » blancheur de leur intérieur me prouve trop évidemment le contraire. La ma-; » niere de la faire eft un Art tout nouveau ; & il n’eft point d’Art qui dès fort » origine ait fait tous les progrès qu’il peut faire. Cette nouvelle Porcelaine fera Y) fufceptible d’être peinte en différentes couleurs, comme l’ancienne ; & fi Tort » veut embellir nos Porcelaines par tranfmutation, elles recevront, comme les y) autres Porcelaines, toutes les couleurs qu’on voudra appliquer fur leur » extérieur; mais ce ne font là, après tout, que des accefloires : en fait de Por-* » celaine, l’eflèntiel eft la matière dont elle eft compofée.
- , » Mais pour mettre mieux en état de juger des avantages de cette nouvelle » méthode de faire de la Porcelaine, & pour faire voir aux Phyficiens ce qu’elle » a de fingulier, venons enfin à donner une idée générale des procédés qu’elle » exige, & de la route qui nous a conduit à les trouver. Toutes les recher-» ches de Phyfique & de Méchanique fe tiennent, & fe tiennent beaucoup « plus qu’on ne fe l’imagineroit. Je n’eufle certainement pas imaginé, lorfque *> je commençai à chercher les moyens»de convertir le fer en acier, & ceux de s> rendre traitables les ouvrages de fer fondu , que j’étois fur la voie de trouver » une nouvelle façon de faire de la Porcelaine ; j’y ai pourtant été conduit par ces y) mêmes expériences que je faifbis fur le fer & fur l’acier.
- y> Toutes les expériences dont il s’agifïbit alors, avoient été faites par ce » qu’on nomme vulgairement des recuits, c eft-à-dire, que les ouvrages fcit de » fer, foit de fonte, avoient été renfermés dans des creufets bien lutés, entou* » rés de certaines poudres, telles que celles de charbon, de fuie brûlée , d’os » calcinés, foit feules ou mêlées enfemble, foit mêlées avec des fels. Les creu-» fets étoient enfiiite expofés à un long feu plus ou moins violent, fuivant que » l’on jugeoit que l’opération le demandoit. La Chymie qui nous a fourni tant » d’expériences faites par la voie de la fufion & de la calcination à feu ouvert, » & par la voie de la diftiilation, a, ce me femble, trop négligé celles qui fe font >> par la voie quelle a nommée cémentation.
- y> Ce que la cémentation opéré par rapport à la converfion du fer en acier, Sc » par rapport à l’adouciflement du fer fondu, auroit du, ce me femble, nous en v) faire efpérer beaucoup d’autres produétions fingulieres & utiles. C’eft peut-être » la façon d’opérer qui approche le plus de celle de la Nature, qui ne fait fbs » mélanges que doucement & imperceptiblement, & qui, de même, ne décom* i> pofe les corps que peu-à-peu & très-lentement; tout eft mêlé trop brufque-» ment par la fulion ; & fouvent les matières, avant d’être combinées, ont fouf-
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- y> fert trop d'altération; mais la chaleur que fouffre un corps folide pendant un » recuit de longue durée , dilate les parties , elle les écarte, elle ouvre un mil-1 » lier de paffoges , où s’infinuent les parties volatiles, qui font détachées conti-*
- » nuellement des matières qui le touchent de tous côtés, ou des particules pro*. p près à ce corps s’en échappent, fa compoiîtion s’altere, fe change infenfî-'
- » blement, & après le recuit il n eft plus le même : on a un nouveau compofé » dans un état très-différent de celui où il étoit avant que d’être enfermé dans p le creufet.
- » L’idée que j’avois de cette façon de faire agir le feu , m’a porté à efïàyet » l'efficacité des cémentations for différentes matières , foit métalliques foit fim~ » plement minérales ; il feroit trop long de rapporter ici tous ces effois, dont » plufîeurs n’ont été ni allez foivis ni affoz variés ; mais je fouhaite que quelqu’un » veuille fo charger de pouffer ces fortes d’expériences plus loin, & je foisœn-» vaincu que fon travail fera récompenfé. Ce qui doit engager à faire de pareilles » tentatives, ce font celles que j’ai faites for le Verre ; quoiqu’on l’ait regardé » comme le dernier terme de l’aélion du feu, je voulus voir fi le feu n’y pro~ » duirolt point des altérations fenfibles, lorfqu il feroit renfermé dans des creu-» fers bien lutés & remplis de quelques matières aétives ; ce fyftême me con-y> duifit à penfer que le Verre commun, le Verre fait avec des cailloux , les » fobles & les cendres, poürroit peut-être être décompofé , comme le peuvent » être les Verres métalliques, & cela en introduifànt dans le Verre des matières » folforeufes ou des fels contraires à la vitrification ; cette idée me détermina à » renfermer dans des creufets bien lutés, des morceaux de Verre , où les uns » étoient environnés de toutes parts de poudre de charbon, de foie & de fol >>-marin, tel que je l’avois employé pour l’acier ; les autres l’étoient de poudre » d’os, ou d’un mélange de cette poudre & de charbon, dont on peut faire ufoge 5) pour adoucir les ouvrages de fer fondu ; le feu fut donné plus ou moins de » temps ; mais le détail des foccès de ces premières épreuves, foroit trop long >> & inutile ; il fuffit de fovoir que plufieurs me firent voir des morceaux de y> Verre totalement méconnoiflables ; mais ils avoient confervé leur forme exté-» rieure. Les caffores de ces morceaux me firent voir des changements encore » plus confidérables : elles étoient d’une très-grande blancheur, 8c montroient » des filets extrêmement fins, couchés avec régularité en lignes droites à côté les » uns des autres ; il auroit été impoffible de reconnoître cette matière pour du » Verre, & encore de deviner quelle en eût été autrefois. Je vis donc que la » cémentation avoit opéré dans le Verre, une compofition, ou, pour mieux y> dire, une décompofition très-finguliere ; je fongeai à avoir des vafes de ce » Verre métamorphofé ; j’efpérai qu’en me forvant de diverfes matières, j’er» »rencontrerois quelqu’une, qui, en rendant le Verre opaque, lui conforve-; » roit à fo forface cette blancheur qu avoit fon intérieur ; en un mot il me parut » dès-lors que le Verre pouvoit être transformé en une nouvelle efpece de Porj » celaine, Voilà où mes premières recherches me conduifirent.
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- « Mais lorlque je fis mes premières expériences, je ne prévoyois pas toutes » celles qui me reftoîent à faire ; ce n’étoit pas affèz de lavoir faire changer de « nature au Verre, il falloit trouver les matières les plus propres à le faire paroî-» tre ., après là métamorphofe, une Porcelaine d’un blanc agréable. Combien de « matières m’a-t-il fallu éprouver ! Les Verres mêmes m’ont occafionné une » longue fuite d’eflais ; je me convainquis qu’il y en a de beaucoup d’elpeces » qu’on tenteroit làns focçès de rendre Porcelaine ; & entre les elpeces en qui « ce changement peut être fait, il y en a qui ne Ibnt propres qu’à en donner de » très-vilaines.
- « Il faut d’abord choifir la matière fur laquelle on veut opérer. Pour mettre « en état de faire ce choix, je diftingue les Verres en quatre dalles. La pre-« miere efl compofée des Verres les plus tranlparents, les plus blancs & les plus « tendres, c’eft~à~dire , les plus fufibles: tels font ceux que nous nommons « les Cryflaux, les Verres blancs des eftampes, les Verres a vitres > les Verres » dont nous failons nos glaces, nos Verres à boire,& beaucoup d’autres elpeces « de Verres, parmi lelquels il y en a de plus ou moins blancs & de plus ou moins « tendres , qui font rangés dans la fécondé clafle. Nous mettons dans la troifieme » claflè tous ceux qui ont une couleur qu’on ne cherche pas à leur donner ^ « comme font les Verres de nos bouteilles à vin , ceux des cloches de jardins ; «tels que font fouvent les Verres de la plupart des matras 8c des cornues.1 «Enfin nous donnons à la quatrième clafle, tous les Verres qui font chargés « de matières métalliques, & qui en font fort chargés, parmi lefquels les « émaux tiennent les premiers rangs. Nos expériences forces differentes elpeces « de Verres, nous ont mis en état de donner pour réglé que les Verres les plus « durs fe recuifent le plus àifément. C’eft inutilement que j’ai tenté de con* « vertir en Porcelaine le Verre appellé Cryjlàl > 8c tous les émaux. Avec des « précautions, on peut changer en Porcelaine les Verres à frites, les Verres à « eftampes, & les Verres appellésg/^ces. Mais il paroîtra fingulier que les Verres « les plus beaux & les plus tranlparents, ne donnent pas d’auffi belle Porce-» laine que ceux de la troifieme claffè, qui nous déplaifont par leur vilaine cou-« leur; un morceau de la plus belle glace, ne peut parvenir à la blancheur que « prend le Verre d’une très-vilaine bouteille.
- « La matière la plus propre’à changer le Verre en une Porcelaine blanche ï « eft le-gyps cryftallifé, ceft-à-dire, cette matière appellée vulgairement du » talc, dont les carrières de plâtre de Montmartre & d’autres lieux des envi-i » rons de Paris, nous fourniflent abondamment. Le labié peut aufîî opérer cette » tranfmutation ; & un mélange de fable très-blanc, tel que celui d’Etampes i » avec le gyps calciné, donne une poudre compofée qui doit être employée par » préférence au gyps feul, ou au fable feul.
- Quand on veut opérer, il faut premièrement avoir une provifion de gyps cryfo îallifé, que l’on fait calciner dans un creufet ou dans une chaudière de métal ^
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- '( comme je 1 ai enfeigné dans le Mémoire fur la Porcelaine d’Allemagne , p&g£ 6;) « enfuite on le pile très-fin Sc on le paiTe au tamis; on le mélange en « partie égale avec du fable blanc appellé vulgairement fablon : celui d’Etampes y> eft le meilleur; enfuite on choifira les ouvrages d’un Verre convenable, que l’on » mettra dans des galettes ou dans de grands creufets de grandeur convenable : on » aura attention de remplir les vafès avec la poudre de gyps Sc de fable, & on en » mettra l’épaiiTeur d’un demi-doigt au fond des galettes ou creufets, afin que » le vafè de Verre ne touche pas' le fond du creufèt , qu’on emplira de cette » même poudre jufqu’au haut du creufet ou gafette, de maniéré que les vafès de » Verre foient abfolument enfèvelis dans la poudre de gyps Sc de fable, de façon r> qu elle touche Sc preiîè les ouvrages de Verre de toutes parts, afin que non-» feulement ils ne fè touchent pas entr’eux, s’il y en a plufieurs dans la même » gafette , mais encore qu’ils ne touchent pas les parois du creufet qu] les con-» tient. La poudre ayant été bien preflée, bien empilée , on couvrira la gafette » ou le creufet de fbn couvercle, qu’on lutera bien avec de la terre à four; quand » le lut fera fec, on mettra la gafette ainfi préparée , dans le Fourneau d’un Po-» tier de terre , dans l’endroit où l’aélîon du feu eft la plus forte. Quand la pot-» terie de terre fera cuite, on retirera le creufet ou la gafette ; Sc lorfqu on » l’ouvrira, on aura le plaifir ( dit M. de Reaumur ) de voir que les ouvrages de » Verre font devenus de belle Porcelaine blanche : la même poudre qui a fervl » pour la converfion des premiers ouvrages,. peut encore fervir pour Celle de » beaucoup d’autres ; Sc je ne fai s’il vient un temps où cette poudre ne puiile » plus être employée. Nous n’avons mis qu’une feule gafette dans le Fourneau ;
- » mais on juge bien qu’on peut y en mettre autant que les Fayanciers en mettent ï) dans les leurs.
- » J’ai regret de ne pouvoir m’arrêter à décrire ici tout ce qui fe paflè pendant » que fe fait la converfion du Verre en Porcelaine, & de ne pouvoir raconter ÿ aflez en détail comment le Verre qu’on recuit, prend fùcceflivement diffé-p rentes nuances de bleu ; dans quel temps fa furface commence à blanchir ; de >> faire remarquer qu’alors il eft entouré d’une couche , d’une enveloppe de » fibres très-courtes, dont chacune eft perpendiculaire à la furface d’où elle part;
- » comment ces fibres s’allongent, & comment celles des deux fùrfaces oppofées yy viennent enfin à fe rencontrer vers le milieu de la piece.
- » Mais je ne finirai point fans faire remarquer que le peu que je viens de dire » de cet Art, fuffit pour le rendre, dès à préfent, utile à la Chymie ; il peut » lui fournir des vailfeaux tels quelle les a défirés depuis long-temps ; des vaif-« féaux qui ayant, comme ceux de verre, l’avantage de contenir des matières » qui tranfpireroient au travers de ceux de terre, n’expoferoient pas aux mêmes v rifques qu’on court avec ceux de Verre.
- y) Combien de temps, de feu & de diverfes dépenfes euffent été épargnées l p Sc combien d’expériences, peut-être, eulfent été amenées à une heureufe fin,' Porcelaine. e
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- » fi les Chymiftes euflerit pu avoir à leur difpofition des vaifleaux de Porce-» laine, & d’une Porcelaine qui, fans fe cafler ni fe lêler, eût réfifté à l’aétion » d’un grand feu ? Il ne tiendra à préfent qu’à eux de convertir leurs cornues , » leurs cucurbites, leurs matras de Verre, en vaifleaux de Porcelaine. Pour être » en état de le faire, ils n’ont pas befoin d’inftruéfions plus étendues que celles » que je viens de donner : il leur importe plus de mettre leurs vaifleaux en état » de réfifter au feu, que de leur donner un blanc parfait ; de la Porcelaine brune » par dehors, leur fera aufîi bonne que la plus blanche ».
- Voilà à peu-près ce que dit M. de Reaumur fur l’Art de tranfmuer le Verre en une Porcelaine qui peut être utile en différents cas ; mais il n’a point donné les raifons phyfiques de cette finguliere tranfmutation. Il y a apparence, dit M. Macquer (*) , que l’acide vitriolique contenu dans le gyps, quitte la bafe terreufe dans laquelle il eft engagé, pour fe porter for les fels alkalis du Verre ; & j’ajouterai que comme toutes les fubftances qui fe volatilifent , emportent avec elles des parties des corps, même les plus fixes, avec lefquels elles étoient combinées, il eft vraifemblable que l’acide vitriolique, en portant fbn aétion fur les fels du Verre, entraîne avec lui des particules de la terre calcaire du gyps , qui fe trouvent par ce moyen interpofées entre les molécules vitreufes , & donnent à la mafle ce blanc laiteux 8c demi-diaphane , qui carac-térife la Porcelaine. Les filets blancs, perpendiculaires à la furface d’où ils partent , & parallèles entr’eux, qu’on obferve après la tranfmutation, dans les morceaux de la nouvelle Porcelaine, femblent autorifer mon fentiment ; d’ailleurs cette nouvelle compofition acquiert la faculté de réfifter au feu le plus violent : cela feul dénote aflèz que des particules d’une matière réfraétaire, fe font introduites entre les molécules du Verre ; car fans cela le Verre auroit confervé là fufibilité : or, ces matières ne peuvent provenir que de la terre calcaire contenue ou dans le fable ou dans le gyps ; & l’acide vitriolique avec lequel elles étoient combinées, leur a fervi de véhicule pour les introduire dans le Verre, où il les dépofe enfuite pour former une autre combinaifbn avec les fels alkalis, avec lefquels il forme fans doute un fèl neutre qui fè vitrifie pas l’ardeur du feu, & fert de gluten aux molécules calcaires qu’il y a apportées*
- ( * ) Dictionnaire de Çhymie, page 291, Tome II,
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- MÉMOIRE SUR LES COULEURS,
- /æ Peinture en Porcelaine.
- J’a i donné, dans le Mémoire que j’ai lu à l’Académie, les moyens de faire la Porcelaine blanche de Saxe : pour completter cet Art, je vais décrire la compofition des différentes Couleurs dont on £è fert dans les Manufactures, que j’aî été à même de voir en Allemagne, la maniéré de les employer, & la façon de les parfondre.
- J’ai trouvé dans le Traité des Couleurs pour la Peinture en email, Ouvrage intéreffimt, publié par M. de Montamy, des procédés utiles, que je rapporte auffi tels qu’ils font décrits dans cet Ouvrage, afin que l’Artifte intelligent fè décide pour ceux qui lui paraîtront les meilleurs.
- Il y a plufîeurs choies à obfèrver dans l’Art de peindre la Porcelaine : la compofition des Couleurs, les fondants qui leur donnent de la liailon 8c de l’éclat ; le véhicule pour appliquer ces mêmes Couleurs, qui eft un compofé gras, qui en lie toutes les parties, 8c leur donne affez de confiftance pour être appliquées avec lé pinceau ; & enfin le feu néceflàire pour fondre ces mêmes ;Couleurs fur les vales de Porcelaine qui en font décorés*
- Avant de parler de la compofition des Couleurs, je décrirai les différents véhicules, dont on fe fert pour les employer avec le pinceau. Je parlerai enfuite des fondants avec lefquels on mêle les Couleurs, pour leur communiquer le degré de fufibilité convenable.
- Des Véhicules.
- O NT appelle Véhicules , dans l’Art de la Peinture en Porcelaine, une matière liquide * avec laquelle on broie les couleurs lur le verre à broyer, pour en lier toutes les parties les unes aux autres, & pouvoir les appliquer fur la Porcelaine, comme le Peintre à l’huile applique les fiennes fur la toile.
- On a employé diverles liibftances à cet ufàge, telles que le fucre, les gommes , les colles 8c les huiles ; mais toutes ont leur inconvénient : le lucre eft non-feulement fujet à bourfouffler dans le feu, quand on veut parfondre les couleurs; mais il attire pendant l’été les mouches, qui mangent les couleurs 8z détruifent le deffin avant qu’il foit fec. Les gommes en féchant, font fujettes à s’écailler & à fe détacher du fond lifîe de la Porcelaine , avec lequel elles n ont point d’adhérence. L’huile eflentielle de lavande , eft ce que l’on a trouvé de mieux ; mais cette huile n’ayant pas affez de corps, coule trop vite du pinceau, les traits s’élargiflent & le deffin celle d’être correét. Pour obvier à cet inconvénient > Mi de Montamy propofe de faire épaiffir l’huile effentielle de lavande
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- MÉMOIRE
- au foleii, c eft-à-dire, faire évaporer la partie la plus éthérée pour avoir une huile plus épaifïe pour pouvoir broyer les couleurs, & les appliquer enfuite : mais la méthode propofée par M. de Montamy , a deux inconvénients , la perte de la matière & celle du temps. Quand, avec de la patience, on fera parvenu à avoir de l’huile telle qu’on fa defire, fi on ne l’emploie pas fur le champ, l’évaporation des parties volatiles continuant, cette huile s’épaiffira de plus en plus y & dans peu de temps on ne pourra plus s’en fervir, fur-tout l’été, où la chaleur de l’atmofphere accéléré l’évaporation.
- Voici une méthode qui remédie à ces inconvénients, & par laquelle on peut 9 en tout temps, mettre cette huile au degré de denfité qu’on defire.
- Prenez la quantité d’huile eflentielle de lavande qu’il vous plaira, non adul~ térée, mettez-la dans une cucurbite de verre, dont les deux tiers relient vuides j adaptez-y un chapiteau Sc un récipient ; lutez le tout avec des veilles mouillées ^ ou avec des bandes de papier collées , fur lefquelles vous mettrez du lut gras ; procédez enfuite à la diftillation au bain-marie ou au bain de fable, à un feu doux : l’huile la plus éthérée palîera la première. Quand les deux tiers feront palfés, arrêtez la diftillation, & confervez à part, dans des vafes differents, les deux efpeces d’huiles , c’eft-à-dire, l’huile éthérée, & celle qui relie dans la cucurbite ; il eft évident qu’en combinant enfuite ces deux fubftances, dont l’une eft épaiftè, & l’autre limpide , on aura un réfiiltat d’une denfité moyenne telle qu’on la délire. Si ce compofé venoit à s’épaiflîr, on y ajouteroit de l’huile éthérée ; fi au contraire le mélange étoit trop clair, on fépaifliroit avec l’huile la plus épaifte.
- Des Fondants»
- Ce n’eft pas allez d’avoir un moyen d’appliquer les couleurs fur la Porcelaine J il faut avoir une fubftance qui puiflè faciliter leur fufion, lier les parties fans changer leur intenfité, & leur donner de l’éclat : cette fubftance doit être vitreufe & très-fufible par elle-même, pour pouvoir communiquer la fufibilitéw On fe fert en Allemagne des chaux de plomb , unies aux cailloux & au borax ; mais cette compofition eft fujette à de très-grands inconvénients ; car les chaux de plomb fe revifîent aifément lorfqu’elles font combinées avec des matières abondantes en phlogiftique ; or l’huile dont on fe fert pour l’application des cou. leurs, rend au verre de plomb fà forme métallique, & noircit les couleurs avec lefquelles on l’emploie par le phlogiftique que l’huile contient ; ainfi il faut éviter avec foin les préparations de plomb dans la compofition des fondants. J’en donnerai cependant la recette, telle que je l’ai vue employer en Allemagne , pour ceux qui voudront en elfayer.
- N°. x.
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- SUR LA PORCELAINE.
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- N®. r.
- Fondant pour les Couleurs difficiles à fondra
- m
- .. Trois parties de Litharge;
- Trois parties de Quartz blanc calciné.
- Deux parties de Borax.
- On pulvérife ces matières & on les met dans un creufet, dont la moitié refte vuide ; on donne un feu gradué pour laifler bouillonner le borax ; on augmente le feu au point de mettre le tout en fufion; quand la matière eft bien liquide, on la coule fur une pierre polie que Ton a échauffée auparavant ; on recommence cette opération, & à la fécondé fois on la réduit en poudre finô J on la met dans des boîtes bien fermées pour la garantir de la poufîîere.
- N°. 2.
- Fondant pour les Couleurs aifèes a fondre«
- R) . Quatre parties de Litharge.
- Deux parties de Quartz calciné.
- Une partie & demie de Borax.
- ' On traite ces matières comme les précédentes ; mais je ne confeillerois pas de fe fervir de ces deux fondants pour des ouvrages précieux, par les raifons que j’ai dites ci-devant ; le peu de vivacité & d’éclat des couleurs de la plupart des Porcelaines d’Allemagne, n’eft dû qu’aux chaux de plomb, qui entrent comme parties conffituantes des fondants que l’on emploie. Il faut donc donner la pré-; férence au fondant décrit par M. de Montamy, qui n’eft pas fujet aux mêmes inconvénients.
- Il faut trois fubftances pour faire ce fondant, le Verre, le Nitre purifié Sc -le^Borax. Nous examinerons ces trois fubftances en particulier, parce que. la Téufïite de l’opération dépend du choix des matières.
- Du Verre*
- • O n prend des tuyaux de verre avec lefquels on fait les Baromètres,.on choific • les plus tranfparents & les plus aifés à fondre : pour s’aflurer s’il n’eft point entré de plomb dans la compofition de ce verre, M. de Montamy dit avec raifon qu’il faut en faire l’eflài en expofànt ces tubes au chalumeau ou à la lampe de l’Emailleur ; fi la flamme ne les noircit pas, & qu’ils fondent avec facilité , on peut s’en fervir avec confiance ; mais fi après les avoir bien efluyés avec un Porcelaine. G
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- 3.6 M È M O I R E
- linge, fendrait qui a été expofé à la flamme refte noir, il faudroit les rejetter, comme contenant ou du plomb ou d’autres matières nuifibles à la perfeétion du fondant (*)*
- Quand on eft aflüré de la qualité du verre, on le pile dans un mortier de Porcelaine , de verre ou d’agate ; on doit éviter de fe fervir de ceux de métal & de marbre, parce que les parties qui pourroient s’en détacher par la contufion , coloreroient le fondant qui doit être {ans couleur ; fi cependant l’on étoit obligé de fe fervir d’un mortier de fer ou de marbre, il faudroit le bien nétoyer & jetter enfuite le verre pilé dans une eau compofée d’une partie d’efprit de nitre, 8c de trois parties d’eau diftillée, pour enlever à ce verre pulvérifé , les parties métalliques , ou la terre calcaire qu’il pourroit contenir ; après quoi on le laveroit plufieurs fois dans l’eau diftillée , jufqu’à ce qu’il n’imprimât plus fur la langue aucune laveur ; après .cela on le feroit fécher ; & après l’avoir pafle dans un tamis, de foie, on le conforveroit dans des boîtes à l’abri de la pouffiere.
- Du Borax*
- On choifît le plus tranfparent ; on le concafle groflîérefnent, & on le met dans un creufot dont les deux tiers reftent vuides ; on met ce creufot fur des cendres chaudes, & on l’entoure de charbons ardents, à deux pouces de difo tance, afin que le creufet s’échauffe par degré, & que le borax, enfe calcinant,’ ne fe gonfle pas au point de fortir hors du creufet, comme cela arriverait fi l’on donnoit un trop grand feu, qui pourroit d’ailleurs vitrifier le borax, ce qu’il faut éviter foigneufement. Il ne faut point toucher au creufot, que le bruit occa-lionne par la calcination ne foit entièrement pafle ; quand tout fera tranquille , on retirera le creufot du feu, & l’on détachera avec une fpatule de bois ou de verre, ce borax qui étant calciné, eft blanc, léger & fpongieux.
- Du Salpêtre.
- X E falpêtre le plus pur eft le meilleur ; pour cet effet on choifit celui qui eft cryftallifé en aiguilles ou prifmes bien tranfparents, qui eft le foui qui donne de beau verre. Si l’on n’en trouvoit pas de tout préparé, il faudroit le purifier en le diffolvant dans de l’eau bouillante ; enfuite on filtre la diflolution par le papiet gris ; on fait évaporer, & on porte le vaiffeau, qui contient la diflolution , à la cave, ou dans un lieu frais, pour faciliter la cryftallifation ; on retire les cryfo taux qui fe font formés, & l’on recommence l’évaporation & la cryftallifation % jufqu’à ce que la diflolution ne fourniffe plus de cryftaux.
- . i ( * ) Voyez le Traité des Couleurs en Email, page 21;
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- SUR LA PORCELAINE.
- Dojèi.
- a7
- Poudre de verre*' % * • *..;** 4 gros*
- Borax calciné. . . . . . . . . * . % gros Sc 1% grains*
- Nitre purifié. . . % ; * \ . . » * . 4 gros 8c 24 grains*
- On mêle exactement le lalpêtre & le borax dans un mortier de verre, avec Un pilon de la même matière ; enfiiite on y ajoute la poudre de verre, & Ton triture le tout enfemble au moins pendant une heure ; on laifle enfuite repofet le mélange pendant douze heures à l’abri de la poufîiere ; après quoi on le met dans un bon creufet de Hefle , dont? les deux tiers reftent vuides, & dont l’intérieur aura été frotté avec le doigt & un peu de blanc que Ton prépare à Rouen> pour boucher les pores , 8c empêcher que le verre qui doit réfulter de la com-pofition, ne perce le creufet. On a du charbon allumé dans un fourneau à torréfier, ou même dans une cheminée ordinaire ; on place le creufet couvert au milieu, après en avoir écarté les charbons; on les rapproche enfuite peu-à-peu, 8c on découvre le creufet. Cette opération, que les Verriers nomment friter, eft pour, purifier la compofition de toutes les matières conbuftibles qu’elle pouvoit contenir, & dont la fumée pouvoir gâter le verre : elle doit fe faire très-lentement 8c par degré ; il faut avoir foin de bien couvrir le creufet toutes * les fois que ion rapproche le charbon, parce que s’il tomboit dedans la moindre parcelle de cendre ou de charbon , le verre feroit enfumé & gâté. Lorfqu on voit que la compofition commence à rougir, on met le couvercle fer le creufet j & on l’environne de charbons ardents ; on entretient le feu de la même force pendant environ deux heures, pendant lefquelles la matière bouillonne 8c jfe gonfle confidérablement. Quand elle fe raflit & tombe au fond du creufet, on laifle éteindre le feu ; 8c lorfque tout eft froid, on trouve la compofition qui paroît opaque & d’un rouge très-foncé: on couvre alors le creufet avec fbn cou* vercle fans être luté, 8c on le place dans le fourneau à Porcelaine, dans l’endroit le plus expofé à la violence du feu, pendant la cuite de la Porcelaine. On ne lute pas le creufet avec fon couvercle , parce qu’on a remarqué que le lut venant à fe vitrifier y couloit quelquefois dans le creufet, 8c gâtoit la compofition* . On doit fe fervir de creufets de Hefle, parce qu’ils réfiftent mieux au verre en fufion ; mais ils ne font pas tous également bons ; & pour ne pas mettre fon travail & la réuflite de l’opération au hafard, il faut premièrement bien nétoyer le dehors du creufet qui contient la compofition, & le mettre dans un fécond creufet, de façon que celui qui contient la compofition ne touche pas le fond du fécond, dans lequel on l’a emboîté : par ce moyen fi le verre pafloit au travers du premier creufet, il fe trouveroit raflemblé en entier dans le fécond ( * ).
- Si fon n avoit pas des tuyaux de verre de Baromètre, ou qu’on doutât de 1$ j * ) Yoycï le Traité des Couleurs en Email, page 27*
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- *8 MÉMOIRE
- qualité du Verre qu’on voudroit employer, M. de Montamy enfeigne la compo-fition d’un cryftal pour faire un fondant, qui feroit trop longue à rapporter ici.; on peut confulter l'Ouvrage que fai déjà cité.
- Il ne faut jamais broyer & tamifer le fondant, que lorfqu'on veut l’employer ; parce qu'on s'eft apperçu quil s'altère ; & qu'étant gardé un certain temps, le luifànt des Couleurs avec lefquelles on le mêloit, n'étoit plus aufli parfait : phénomène bien fingulier ! car une fubftance changée en un verre qui réfifte à l'aélion des acides minéraux les plus concentrés , fembleroit ne devoir pas s’altérer à l'air : perfpnne, que je lâche, n'en a donné la raifon ; mais s'il m'eft* permis de hafàrder mon fentiment, je»crois«que l’altération très-fenfible qu'on remarque dans le fondant, ainfi que dans les émaux, lorfqu'ils font préparés long-temps d'avance, n'eft due qu’aux différents corpufcules qui font répandus dans^l’atmofphere , & qui fe dépofent dans tous les lieux où l’air peut pénétrer; ce fluide fe trouve donc toujours chargé d’une quantité de matières hétérogènes qui, venant à fe mêler avec une fubftance quelconque, en altéré la nature (*). On peut fe convaincre par l’organe feul de la vue, du nombre prodigieux de corpufcules qui nagent dans l’air, û l’on obferve un rayon de foleil qui entre par un trou dans un lieu obfcur ; ou fi l’on fait attention à la quantité de poufliere qui fe dépofe fur les meubles d'un appartement inhabité, Sc qui ne peut y être introduite que par l’air où elle étoit fefpendue (**)•
- Le fondant fait dans la Peinture en émail Sc en Porcelaine, le même effet que l’huile, la colle Sc la gomme font dans les autres genres de Peinture ; lorsqu'il entre en fufion, il fert de lien aux petites molécules de la couleur, les fixe à la ferface de l’émail blanc, ou de la couverte de la Porcelaine , & il aide à la vitrification des chaux colorantes ; il s'enfuit de-là que l'on ne peut point eirr ployer de fiibftance dont le feu enleveroit la couleur avant que ce fondant fût entré lui-même en fufion, telles que les couleurs tirées des végétaux.
- Il le trouve des febftances qui fe vitrifient avec le fondant plus ou moins facilement ; ainfi il faut obferver exactement fer chaque Couleur la quantité de fondant qui lui eft nécelfaire pour la faire entrer dans une parfaite vitrification. Si l'on mettoit trop peu de fondant, la Couleur s’attacheroit bien à* la ferface de l'émail blanc ou de la couverte ; mais n'étant point pénétrée par une quantité de fondant néceflfaire pour la vitrifier , elle refteroit terne Sc fans aucun luifànt ; mais fi l'on en mettoit trop, la Couleur fe trouveroit noyée, s'étendrait, les contours ne feroient point exaéfs Sc terminés, & les traits déliés ne r-efteroient pas tels que le Peintre les auroit faits.
- Il faut donc examiner avec la plus grande attention les eflais qu'on fait de chaque Couleur, fer des morceaux de Porcelaine dont je parlerai dans la fuite ,
- ( * ) Les Tels & les matières les plus pefantes fe diffipent avec le temps dans ratmofphere. Chym. Métall.de Geller, 7 ome I, page 11 6.
- O*) C’eft une des facultés de l'air, de faciliter
- l’évaporation des matières volatiles ^uï fe dégagent des corps dans leur décCHnpoÛtion. de Chym% Tçme I, page de?»
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- SUR LA PORCELAINE. sp
- afin de connoître non - feulement l’intenfité de la nuance, mais encore pour déterminer au jufte la quantité de fondant néceffàire pour chaque couleur.
- - On a éprouvé que toute Couleur qui exige plus de fix fois fon poids de fondant doit être rejettée, parce qu’alors elle ne coule plus facilement, & ne peut plus s'appliquer avec le pinceau?
- Après avoir parlé des fondants, je vais paffer aux Couleurs avec lefquelles on les mêle ; je commencerai par celles dont on fe fert en Allemagne, & je paiferai à celles décrites par M. de Montamy.
- Maniéré de préparer tQr pour être appliqué fur la Porcelaine.
- O n parvient à divifer FOr pour être employé dans la Peinture, de plusieurs maniérés, qui toutes réufiiiîent également.
- La première s’exécute en prenant un gros d’or en feuilles ; on le met dans un creufèt que l’on place dans le feu pour le faire rougir ; on met dans un autre creufet une once de mercure revifïé du cinabre ; on le fait chauffer jufqu’à ce qu’il commence à fumer ; quand l’or efl: rouge, on verfe deffus le mercure chauffe ; on remue bien ce mélange avec une baguette de fer; 8c lorfqu’il commence à fumer, on jette promptement le tout dans un vaifleau de terre verniffé, rempli d’eau : on laifle repofer quelque temps ; 8c lorfque cet amalgame efl froid, on décante Peau , 8c on pafle l’amalgame par une peau de chamois pour en féparer le mercure ; enfuite on met la matière qui refte dans le chamois, dans une foucoupe de Porcelaine , qu’on place fur un feu de charbon pour faire évaporer le mercure ; mais il faut éviter la fumée : par ca moyen on trouve dans la foucoupe l’or réduit en poudre très-fine.
- Autre Maniéré.
- On prend de l’or le plus pur de coupelle, ou à fon défaut de l’or de ducat ; on le bat entre deux parchemins fur un tas d’acier, jufqu’à ce qu’il foit réduit à l’épaiflêur d’une feuille de papier fin ; on le coupe en petits carreaux de quatre à cinq lignes de largeur , dont on fait de petits cônes.
- On prend enfuite de l’efprit de nitre en fiiffifànte-quantité, qu’on met dans un matras ; on jette un de ces morceaux d’or plié en cône dans le matras, & on verfe goutte à goutte, fur l’efprit de nitre, de l’efprit de fel, jufqu’à ce qu’on apperçoive que ces deux acides combinés portent leur aétion fur l’or, 8c que le petit cône fe couvre de bulles: c’efl: une marque que la difîolution du métal commence ; alors il faut mettre le matras en digeftion fur des cendres chaudes pour faciliter l’opération.
- Quand le premier morceau d’or fera diflous , on en met un fécond , & ainfi * de fuite jufqu’à ce que l’eau régale foit parfaitement fàturée & ne dilfolve plus rien.
- Porcelaine.
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- 3© MÉMOIRE
- On étend alors cette diflolution dans de l’eau diftillée ; on rémue le tôut avec un tube de verre J on a enfuite de l’alkali fixe en liqueur , & on en verfè petit à petit dans la dilïolution d or ; il fe fait peu-à-peu un précipité de couleur jaune tirant fur le roux ; quand il ne fe précipite plus rien, on décante la liqueur qui fumage, Sc on édulcore le précipité dans 3é l’eau bouillante, jufqu?à ce qu'il n imprime plus aucune faveur fur la langue.
- Alors on le fait fécher dans une foücbupe de Porcelaine ou dans un vafe de’ verre, & on le conferve dans une boîte bien fermée à l’abri de la poufïiere (*).
- Quand on veut dorer une piece de Porcelaine , on mêle de cet or en poudre avec un peu de borax & de Peau gommée, & avec un pinceau on trace les lignes ou les figures qu on veut. Lorfque le tout eft féché, on pafïè la piece au feu , qui ne doit avoir que la force néceflaire pour fondre légèrement la furface de la couverte de Porcelaine, & pour lors on éteint le feu. En fortant du fourneau for eft noirâtre ; mais-on lui rend fon éclat en frottant les endroits dorés avec du tripoli très-fin, ou avec de l’émeri ; enfuite on le brunit avec le brûniilbir.
- Autre maniéré de préparer 1*0ri
- La manière dont il s’agit actuellement eft purement méchanique : elle confiffe à prendre de l’or en feuilles, & la moitié à-peu-près de fon poids de fiicre candi ; on triture ces deux matières dans un mortier de verre ou d’agate ; & quand Je tout eft réduit en poudre, on broie cette poudre fur un verre à broyer aveû une molette, jufqu’à ce que le tout foit réduit en une poudre impalpable ; alors on jette ce mélange dans une fuffilànte quantité d’eau chaude pour dilïoudre le lucre ; l’or fe précipite au fond du vafè en une poudre très-fine.
- On peut traiter l’argent de la même façon; Sc pour cet effet on prend des feuilles d’argent dont les Doreurs Sc Argenteurs fe fervent pour argenter le cuivre. La maniéré de l’appliquer fur la Porcelaine, eft la même que celle qui eft expliquée ci-deflus.
- (*) On ne doit jamais fe fervir pour diiïoudre l’or qu’on veut employer fur la Porcelaine , d’une eau régale compofée avec le fel ammoniac, parce que la chaux d’or qui en réfulte, acquiert la propriété de fulminer à la moindre jchaleur, de même que l’or qui eft précipité d’une eau régale quelconque par l’alkali volatil.
- La raifon de ce phénomène étonnant, fui-vantle fentiment desChymiftes, & particulière-mentM. deBeaumé, eft, qu’il fe forme un foufre nitreux dans le temps de la précipitation, par l’union du phlogiftique contenu dans l’alkali volatil avec l’acide nitreux.
- Ce foufre nitreux eft alors mêlé & adhérent à
- chaque molécuje d’or , Sc s’y trouve commé enfermé ; de façon que lorfqu’il s’enflamme, il produit un fracas d’autant plus terrible , qu’il eft démontré que tous les corps fufceptibles d’ex-pîofton en font une d’autant plus forte, qu’ils font plus refîcrrés Sc compreffés.
- Toutes les fubftances qui pourront oceafion-ner une nouvelle combinaifon Sc décompofer le foufre nitreux, doivent enlever à cet or fa propriété fulminante ; Sc c’eft en effet ce qui arrivé fi on y mêle exaélement de l’alkali fixe , ou de l’acide vitriolique. Dift» h Chym, Tomê II3 pagt 171.
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- SUR LA PORCELAINE.
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- Pourprt.
- Il faut Compofer , avant tout, une eau régale qui le fait ainfi:
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- .. Efprit de fel, efprit de nitre , 5c fel ammoniac, quantité égale ; mettes cette compofition fur des cendres chaudes, jufqu’à ce que le fel foie diflbus; & ne bouchez le matras que légèrement pour éviter l’explofion (* ).
- Prenez enfuite un ducat de Hollande ou de Cremnitz ; ce dernier eft , dit-on , préférable ; faites-le rougir, 8c réduifez-le en feuilles très-minces, en le battant entre deux parchemins avec un marteau fur un tas d’acier ; coupez cette feuille en très-petits morceaux ; ayez un matras où il y aura de l’eau régale ci-defliis décrite, & jettez dans ceÙnatras un petit morceau d’or ; mettez le tout fur des cendres chaudes en digeftion, pour faciliter la dilïhlution de l’or ; quand il fera diflous, vous en mettrez un autre morceau , 5c fuccefïïvement jufqu’à ce que l’eau régale fok fàturée 5c ne difîblve plus d’or.
- 2°. Prenez enfuite deux gros d’étain pur de Cornouaille ; à Ion défaut, ayez de l’étain doux réduit en feuilles, ou prenez des feuilles d’étain avec lequel on étame les glaces ; faites-les diflbudre petit à petit 5c le plus doucement poffible , dans une eau régale, compofée avec une partie de bon efprit de fel, fur cinq parties en*poids de bon efprit de nitre ; prenez deux onces de cette eau régale , que vous mettrez dans un matras, 5c fur laquelle vous verferez fix onces d’eau diftillée ; quand lafolicule d’étain fera difloute, yous en ajouterez une autre, ainlî de fuite jufqu’à ce qu’il ne s’en difîblve plus.
- 3°. Prenez un demi-gros d’argent de coupelle, réduit en grenaille ou en limaille, faites-le diflbudre en eau-forte ; mêlez les deux diflblutions numéros % 5c 3 , c’eft-à-dire , l’étain 5c l’argent, 8c filtrez le tout enfemble; confèryez ces différentes diflblutions pour l’ufage que je vais dire.
- Ayez un grand verre cylindre, Fig. a y , PL /, qui contienne énviron dix ou douze onces d’eau ; rempliffez-le à deux doigts près ; remuez cette eau d’une main avec une verge d’étain d’Angleterre, 8c verfbz dedans de l’autre main , fins difeontinuer le mouvement, dix ou douze gouttes de la diflolution d’argent & d’étain mêlées enfemble ; enfuite ajoutez de la même maniéré huit ou neuf gouttes de la diflolution d’or ; ce mélange prendra d’abord une couleur rouge très-foncée, qui deviendra d’un beau pourpre ; continuez ainfi jufqu’à ce que vous ayez employé vos diflblutions métalliques ; enfuite laiflez repofer le tout ; 5c quand l’eau qui fumage fur le précipité fera devenue claire, vous décanterez la liqueur ; verfez deffus de l’eau diftillée ; agitez bien le mélange, 8c laiflez repofer ; décantez la liqueur une fécondé fois ; verfez de nouvelle eau, &
- (*) Cette eau régale eft celle dont les Ouvriers Allemands fe fervent, & qui réuffit auiïi tien que l’eau régale ordinaire qui fe compofe
- avec Tefprit de nitre & l’efprît de fel, dont on peut varier les proportions à volonté. .
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- répétez cette opération jufqu à ce que le précipité pourpre foit bien édulcoré ce que Ton connoîtra quand Peau en fortira infîpide ; alors on le fera fécher. Pour cet effet quand on aura décanté la derniere eau, on mettra le précipité dans une fbûcoupe de Porcelaine ; on prend une meche de coton mouillée, dont on mettra un bout dans la foûcoupe, &, lautre bout pendra hors du vafe. Cette meche mouillée fera l’office de fiphon ; l’eau montera le long des fils , Sc coulera goutte à goutte hors de la foûcoupe ; on la portera enfuite dans un lieu chaud , à l’abri de la poufliere, pour achever la difliccation ; alors le précipité fera en état d’être employé, en y ajoutant, en fiiffifante quantité, du fondant n°. i, décrit pag, 25, ou de celui décrit page 27.
- Violet.
- Pour obtenir le Violet, il faut fuivre le procédé que je viens de décrire pour le Pourpre, & ajouter à la dilfolution d’or, étendue dans l’eau, plus de difîblution d’étain & d’argent mêlées enfemble ; le relie du procédé, ainfî que la quantité néceflàire du fondant, efl abfolument le même que pour le Pourpre,
- Couleur brune nommée en Allemand Ferné.
- Cette Couleur fert pour exprimer des objets qui doivent être couverts par < une Couleur principale, comme les nervures Sc les fibres d’une feuille d’arbre , qui Ibnt couvertes par le verd qui forme la feuille , qui étant fondu devient transparent, & laifle appercevoir ce qui efl exprimé par le ferné, que l’on fait ainfî.
- Prenez de la difîblution d’or dans l’eau régale, comme ci-cJefîus, page 31; étendez-la dans de l’eau diftillée, dans les mêmes proportions que pour le Pourpre ; remuez de même avec la verge d’étain d’Angleterre ; ajoutez-y de la difîblution d’étain feule fans argent ; l’eau deviendra noire ; verfez deflus.de la difîblution de fel commun, & vous obtiendrez au lieu de Pourpre, un précipité d’une couleur foncée tirant fur le Violet, qui efl celle que l’on defire ( *).
- On emploie cette Couleur fans fondant, parce qu’elle doit être couverte par une autre ; mais fi on vouloir l’employer comme Couleur dominante, on pourrait y ajouter du fondant comme pour les autres Couleurs.
- . Rouge.
- Pre N e z de la limaille de fer autant qu il vous plaira, faites-la difloudre dans de l’eau-forte ; précipitez-la avec du fel de tartre ; décantez la liqueur, & mettez le précipité fur une lame de fer que vous expoferez Ibus une moufHe à un feu de charbon, jufquà ce qu’il prenne une belle couleur rôuge, que l’on calcinera enfuite dans un creufet avec le double de fon poids de fel marin purifié & décrépite, après l’avoir bien trituré dans un mortier de verre ou de Porcelaine pendant
- (*) On*peut varier le précipité d’or de Cafïiûs pur. Les différents alliages de ce métal changent à l’infini, en employant de l’étain plus ou moins la couleur du précipité.
- long-temps
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- long-temps pour mêler ces deux matières enfemble ; la calcination commencera par un feu très-doux, & fera poufîee jufqu’au plus violent pendant deux heures, fans cependant le vitrifier. On retire la matière du feu, on la laide refroidir , & on la triture dans le même mortier dont on s’eft fervi la première fois ; on verfe enfuite de l’eau chaude defîus, que Ton agite bien avec une lame de verre ; on décante tout ce que l’eau peut emporter de la couleur ; on continue de verfèr de l’eau chaude fur ce qui eft refté au fond du mortier, juf-qu à ce qu’on voie que l’eau ne fe teigne plus ; alors on jette ce qui relie au fond du vafe. Toutes les eaux qui ont entraîné de la couleur, ayant été miles dans un grand gobelet de verre, on les laifle repofer ; & quand tout s’eft précipité au fond , on décante l’eau qui fumage , & on en met de nouvelle fur le réfidu ; on réitéré cette manœuvre cinq ou fix fois ; on verfe enfuite le précipité dans une taffe de Porcelaine, on l’y laifle repofer , & on retire l’eau par une meche de coton , comme je l’ai dit ci-devant. Ce fàfran de Mars eft devenu très-fixe au feu par cette opération , de volatil qu’il étoit, ainfi que toutes les Couleurs tirées du fer, que l’on ne peut rendre fixes qu’en les traitant avec le fel marin,’ comme on vient de le dire, ce qui les rend propres à être employés avec toutes les Couleurs poffibles, fans courir les rifques d’en gâter aucune (*).
- Autre Rouge.
- O N choifit du meilleur vitriol de Hongrie , réduit en poudre groflîere • on le met fur un teft que ion expofè fous une mouffle à un feu doux, continué pendant quatre jours , jufqu’à ce que cette poudre ait acquis une belle Couleur rouge : il faut rejetter les morceaux qui feront reftés verds.
- On peut fe fervir, au lieu de teft 8c de mouffle, d’un creufèt pour la calcination ; mais il faut garantir fbigneufement la matière du contaél de la flamme 8c de la vapeur du charbon. On met enfuite cette poudre rouge dans du vinaigre diftillé pendant trois ou quatre jours, 8c même davantage ; car plus elle y reliera, & plus le Rouge fera beau. Il faut enfuite édulcorer la matière dans de l’eau diftillée, & recommencer la même opération, en obfervant de donner un
- (* ) Toutes les Couleurs rouges tirées du fer ôu du vitriol martial, font extrêmement volatiles dans le feu ; ce qui fait un fl grand inconvénient , qu’on avoit renoncé à les employer dans la Peinture en Email & en Porcelaine : elles deviennent très-fixes en les calcinant avec le fel marin : la raifon de ce phénomène n’a pas été déterminée. J’ai lieu de croire que dans la calcination du vitriol martial, il refie toujours une portion de l’acide vitriolique, unie à la chaux métallique, que les lotions ni la calcination ne peuvent pas enlever ; mais lorfqu’on emploie cette chaux métallique, mêlée avec le fondant yitreux dans la Peinture en Email, la matière entrant alors en fufion, l’acide vitriolique s’échappe & fe combine avec le phlogiftique de la
- Porcelaine.
- portion de matière grafle qui entroit comme partie conftituante du vitriol, & qui avoit échappé à la calcination : par l’union de l’acide vitriolique & du phlogifiique, il réfulte un foufre qui fe voîatilife par l’ardeur du feu, & emporte avec lui la chaux: métallique ; mais fi l’on calcine du fel marin avec les fafrans de Mars, il fe fait une nouvelle combinaifon , l’acide vitriolique s’empare de la bafe du fel marin, avec laquelle il a plus d’affinité qu’avec la chaux métallique , l’acide marin devient libre & efi chaffié par la chaleur dans l’atmofphere ; il réfuîte un fel de gîauber , qui étant diffoluble dans l’eau, eft emporté parles lotions ,& la chaux métallique refie pure & devient très-fixe.
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- feu encore plus modéré que la première fois ; après cela OH traite Cette matière avec le fel marin comme la précédente.
- Noir.
- O n prend du kobalt, de la chaux de cuivre, nommée en latin œs ujlum, de la terre d’ombre , autant de l’un que de l’autre ; on réduit-le tout en poudre impalpable dans un mortier d’agate, & l’on emploi^cette Couleur avec trois parties du fondant N°. x , page 2 y , ou de celui page 27, qui eû le meilleur.
- Autre Noir.
- Bl Chaux de cuivre, quatre parties ; fmalt ou bleu d’azur foncé, une partie ; mâche-fer ou foories de fer, une partie ; le tout en poudre impalpable , avec trois parties du fondant ci-delïus.
- Verd foncé.
- *. Le cuivre folfuré appelle en latin œs uflum9 mêlé avec un peu de bleu & du fondant N°. 2, page 2 y , donne un Verd foncé,
- Verd clair.
- Bleu de montagne mêlé avec le fondant N°. 2. Le cuivre folfuré , ou ces ujlum , mêlé avec un peu de jaune , donne un verd clair 9 en y ajoutant du
- fondant N° 2. #
- Autre Verd clair.
- Trois parties de chaux de cuivre calcinée, deux parties de verd de mon* tagne mêlé & mis en poudre avec le fondant N°. 2.
- Verd jaune.
- Deux parties de verd de montagne 9 deux parties de chaux de cuivre 9 une partie de fmalt , le tout alkoolifë & mêlé avec le fondant N°« 2, (* )
- Bleu.
- . Smalt choifi & broyé, avec un peu de fondant N°. X. Cette Couleur fo mêle très-bien avec les Verds ci-deffos, pour former des nuances.
- Bleu foncé.
- . Du fmalt le plus foncé, connu fous le nom de bleu dta^ur, & qui n eft que le verre de kobalt, mêlé avec du fable ; faites fondre cette matière dans un
- (*) La bafe de la couleur verte efl: toujours la chaux de cuivre mêlée avec fondant quelconque;
- on peut varier l’entenfité de cette coureur, efl y ajoutant du bleu ou du jaune à volonté, y
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- SUR LA PORCELAINE. 35
- creufet en un verre bleu foncé ; mettez-le enfuite en poudre impalpable dans un mortier d agate , & ajoutez-y du fondant No. 2.
- Jaune tendre.
- ,. Blanc de plomb de Venife, calciné dans un creufet, ou fur un tefl: fous une mouffle, pour éviter le contaél des charbons, jufqu’à ce qu il ait acquis une
- couleur jaune : on le mêlé avec du fondant N°. 2.
- \
- ^ Autre Jaune.
- Jaune de Naples, avec fùffifànte quantité du même fondant : il faudra tâtonner la dofe. Le Jaune de Naples fe fait ainfi : cérufe, douze onces ; antimoine diaphonique, deux onces ; alun & fel ammoniac, de chaque demi-once : on mêle le tout dans un mortier de marbre ; on le calcine enfuite fur un tefl: à un feu modéré, qu’on continue pendant trois heures : il faut avoir foin d’entretenir pendant tout le temps de la calcination, la capfule rouge. Suivant la quantité de fel ammoniac qu’on emploie , la couleur du Jaune de Naples varie. C’efl; M. de Fougeroux, de l’Académie des Sciences , qui a rendu ce procédé public.
- Orange.
- Quatre onces d’antimoine, deux onces de litharge d’or ; on pulvérifè le tout, & on met le mélange dans un creufet, que l’on expofe à la plus grande chaleur du fourneau de Porcelaine ; enfuite on pulvérifè une fécondé fois le Verre que l’on trouve dans le fond du creufet, & l’on ajoute trois parties du fondant N°. 1 ; on remet le tout dans un creufet neuf, frotté avec du blanc de Rouen, comme je l ai expliqué ci-devant, page 27 ; on fait fondre cette com-pofition une fécondé fois ; on réitéré ainfi jufqu à ce que cette compofition ait acquis une belle couleur Jaune.
- Si l’on defire obtenir un Jaune clair , on y ajoute du Jaune de Naples préparé avec fon fondant, comme il a été dit ci-deflus. Cette Couleur efl; d’autant plus avantageufe pour la Peinture en Porcelaine, que l’on peut la mêler avec toutes les autres.
- Brun.
- .. La terre d’ombre bien lavée pour la dépouiller de fes parties hétérogènes,' féchée & calcinée , enfuite mêlée avec du fondant, donne une Couleur brune.
- Après avoir parlé de la compofition des Couleurs & des fondants, je vais donner la façon de combiner ces deux fubftances enfemble, dont la grande exactitude dans la préparation, contribue à la perfeétion de la Peinture en Porcelaine. . x
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- MÉMOIRE
- Préparation des Couleurs.
- On pile les Couleurs dans un mortier d’agate, de Porcelaine ou de verre, avec le pilon de même matière, le plus proprement poflible & à l’abri de la pouffiere ; enfoite on les broie for une glace adoucie & non polie, qui eft fixée dans un cadre de bois qui eft rempli de bon plâtre, for lequel elle eft pofée de niveau parallèle avec la planche qui fort de fond au cadre, pour lui donner une affiette folide ; il faut prendre garde quelle porte par-tout également, fans quoi elle fo cafïèroit par la preffion. La molette doit être aufîi de verre adouci comme la glace ; on prend, avec un pinceau deftiné uniquement à cet ufoge , des deux elpeces d’huiles préparées comme je l’ai dit page 24 ; on met ces huiles for le verre à broyer avec la Couleur, & l’on ajoute du fondant en différentes proportions , que l’on a foin de pefor exactement, ainfi que la Couleur, pour lavoir au jufte ce que l’on a employé, & pouvoir fo régler d’après les effais que l’on fait en tâtonnant. La réglé générale pour les fondants N°. I Sc N°. 2 , eft de mettre deux fois Sc demie autant de fondant que de matière colorante ; mais il y a des Couleurs qui en exigent moins, Sc d’autres plus ; par exemple, le fmalt n’en demande que la moitié en fos de fon poids.
- Il faut avoir grande attention de ne broyer les Couleurs qu’avec une petite quantité d’huile, parce que fi l’on en mettoit trop, cette huile , en s’évaporant * laiffèroit des vuides entre les molécules colorées , Sc le deffin foroit imparfait^ d’ailleurs les Couleurs étant des chaux métalliques, courroient rifque de fo revifîer par le phlogiftique que l’huile leur fourniroit ; c’eft pourquoi il eft abfo-lument néceflaire de faire fécher la peinture for un poêle, à une chaleur aflèz confîdérable avant de la mettre au feu. On broie les Couleurs comme celles qu’on emploie dans la miniature, jufqu’à ce que l’on ne fonte plus d’afpérités fous la molette ni fous les doigts : leur fluidité doit être telle , que l’on en puifïe faire aifément un trait léger & net avec un pinceau ; alors on prend de ces Couleurs ainfi .préparées pour former les Inventaires.
- Des Inventaires.
- Les Peintres en Porcelaine nomment Inventaires, des morceaux de Porcelaine larges d’un pouce, de trois ou quatre lignes d’épaiflèur , qui ont reçu la couverte blanche comme les pièces qui font à peindre : on fait for ces morceaux de Porcelaine des traits, de deux ou trois lignes de largeur , avec le pinceau & la couleur que l’on veut eflayer ; on a foin de mettre à côté de chaque trait un numéro qui réponde à la Couleur dont il a été formé, Sc ce numéro répond à celui de la boîte dans laquelle la Couleur eft renfermée ; enfoite on met les Inventaires fous une mouffle pour y fondre les Couleurs ; il faut auflï
- remarquer
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- remarquer l’efpace de temps qu’il faut pour vitrifier ces Couleurs. Les traits qui font fur l’Inventaire au fortir du feu déterminent la force ou la foibleffè des Couleurs , ainfi que la quantité de fondant qu’elles exigent.
- Il faut tenir un regiftre exaét, comme ledit M. de Montamy , de la qualité, de la quantité & des proportions avec lefquelles on les a mêlées avec le fondant, ainfi que du temps qu elles ont demeuré au feu. Toutes les Couleurs , après avoir été pilées dans un mortier , comme je fai dit ci-devant, feront renfermées dans des boîtes d’ivoire ou de buis qui ferment exactement, & qui auront les mêmes numéros que les Inventaires : on les fortira de ces boîtes pour les broyer fur le verre à broyer, quand on voudra s’en fer vif, mais jamais d’avance.
- Les Inventaires une fois faits ferviront de réglé pour compofer la palette du Peintre en Porcelaine; & par une fuite plus ou moins confidérable d’eflais numérotés , on parviendra à fe procurer des teintes comme le Peintre à l’huile. Voyez l’expofidon abrégée de la Peinture en Email.
- De la façon de charger la Palette%
- ï l faut avoir pour chaque Couleur primitive , un morceau de verre adouci & non poli, que l’on pofera fiir un papier blanc pour pouvoir mieux juger des Couleurs. Alors on prend de ces couleurs primitives avec la pointe d’un couteau , pour en former les teintes au gré de l’Artifte, que l’on tranfporte fur un autre verre adouci, fous lequel il y aura du papier blanc ; il faut avoir attention de marquer fur le papier les même numéros de l’Inventaire , que l’on pourra lire à travers le verre , & l’on pofera à côté de ces numéros les Couleurs qui y répondent, afin que le Peintre puifle juger de l’effet de ces Couleurs quand elles auront paffé au feu.
- Les Peintres en Porcelaine n’ont pas l’avantage de voir fur la palette lê ton de la couleur, comme le Peintre à l’huile ; les Couleurs en Porcelaine ou en Email font prefque toutes brunes avant d’avoir paffé au feu ; ainfi ce n’efl: que par le moyen des Inventaires dont j’ai parlé , qu’ils peuvent déterminer leurs teintes*
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- Les pièces de Porcelaines au fortir des mains du Peintre feront expofées , comme je l’ai dit, à la chaleur d’une étuve très-chaude, pour faire fécher les couleurs & évaporer l’huile ; pour cela on les met fur une plaque de tôle percée de plufieurs trous ; enfuite on met ces pièces dans la mouffie pour parfondre les Couleurs & leur donner le vernis.
- De la façon de donner le, feu pour parfondre les Couleurs.
- I l faut avoir des mouffl.es de différentes grandeurs ; ce font des vafos de terre à Porcelaine qui doivent réfifter au feu, & dont la partie fupérieure eft Porcelaine. K
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- — circulaire en forme cle voûte; la Fig, 12 donnera une idée de leur forme t
- Planche elles fe fermeront exactement avec une porte de même matière qui eft oppofée a la partie b , Fig. 12, où eft le canal où tuyau d’obfervation. On introduit les pièces de Porcelaine peintes dans ces moufHes, de façon qu’elles {oient ilolées de ne touchent point aux parois de la mouffle , afin que lorfque ces Couleurs fe fondent, elles ne s’effacent pas par le contaél.
- Ces moufHes ainfî chargées de leurs pièces de Porcelaine , fe placent fur les grilles b y b y b9 dans les c&fes a y a> a du fourneau, Fig. 13.
- Ce fourneau eft formé par un mur de briques liées avec de la terre à four, de la hauteur à-peu-près de cinq pieds & demi ou fix pieds. Ce mur eft divifé en differentes réparations élevées perpendiculairement fuir le mur principal. La Fig, 13 y a y a y a y donnera l’idée de ce fourneau & de fes divifions, qui forment autant de cafés pour placer les moufHes : il en faut de differentes grandeurs , proportionnées aux pièces de Porcelaine que l’on veut y préparer. A deux pieds de haut, on pratique deux coulifTes pour chaque café , dans les parois des petits murs en brique , qui forment les féparations , pour y loger un plateau de fer ou de tôle épaifte c, c, c , qui doit fe mouvoir dans ces couliflès , par la raifbn que j’expliquerai dans la fuite^
- A deux pouces & demi ou trois pouces au-defïus de ce plateau , ôn fixe dans le mur des grilles de fer b > b, b, deftinées à Ibutenir les moufHes. Voye^ la Fig, 13.
- Quand on voudra parfondre les Couleurs, il faudra premièrement avoir du charbon de hêtre ou de chêne bien choifi & bien làin , au point qu’il né fume pas en brûlant ; la mauvaife qualité du charbon feroit capable de gâter tout l’ouvrage. On met ce charbon fur les plateaux c y c , c , 8c on en remplit l’efpace jufqu’aux grilles b , byb y lur lefquelles on pofe les moufHes, Fig. 12. On entoure les moufHes avec du charbon jufque fur le dôme ; enluite on remplit les petits interftices que les morceaux de charbon ont laifîes entr’eux, avec de la braife de Boulanger ; fi bien que les moufHes fe trouvent enfevelies dans le charbon : il ne doit fortir hors du charbon que le tuyau ou canal b deftiné à voir ce qui fe pafle dans la moufHe : on met dans ce canal des petits morceaux de Porcelaine larges de deux lignes , lur lefquels on a mis des Couleurs les plus difficiles à fondre, pour pouvoir juger du moment où l’on doit ceffer le feu. Toutes les choies étant ainfi, on allume le feu avec quelques charbons ardents, que l’on met autour de la moufHe, & on les laiffe s’embrafer d’eux-mêmes : on doit avoir la plus grande attention à retirer les charbons qui donnent de la fumée.
- Quand tout fera embrafé, & que la mouffle paroîtra rouge, il faudra retirer les montres ou épreuves qui font dans le canal d’obfervation b, Fig, 12 , Sc fi les Couleurs font bien fondues & brillantes, on arrête le feu fiir le champ, en retirant brufquement les plateaux de fer c, c, c, qui fe meuvent dans
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- SUR LA PORCELAINE. 39
- des couliflês , & for lefquels étoient les charbons qui tombent dans le cendrier, & le feu celle.
- On laiile enfoite refroidir le tout pour retirer les pièces de Porcelaine. Pour ne pas perdre le charbon qui n eft pas encore confomé, il faut avoir de grands vafes de tôle ou de cuivre, que Ton nomme Etouffoirs> qui ferment exactement, dans lefquels on met les charbons ardents qui tombent de deflus les plateaux c, c, c : quand on ceflè le feu, on ferme ces étouffoirs, la braife s’éteint & peut fervir à une autre opération.
- On ne làuroit trop recommander de bien choifir les charbons deftinés à parfondre les Couleurs ; il faut voir tous les morceaux les uns après les autres, Sc rejetter ceux qui ne font pas bien noirs, Sc qui ont encore des parties li-
- Non-feulement les mauvaifes qualités du charbon peuvent nuire à un ouvrage , mais on croit encore que la température de l’air, & l’haleine forte des perfonnes contribuent au peu de réuffite. M. de Montamy confeille aux Peintres vigilants d’éloigner d’eux tous ceux qui auroient mangé de l’ail, ou que l’on fcupçonne de faire ufàge de remedes mercuriels.
- Voilà à-peu-près tout ce qui fe pratique avec quelques fuccès dans les Manufactures de Porcelaine que j’ai eu occafion de voir ; mais pour completter l’Art de la Porcelaine Sc là Peinture, j’ajouterai ici les procédés que M. de Montamy à donnés pour la compofition des Couleurs en Émail, qui feront tirés en entier de fon excellent Ouvrage, auquel je renvoie les Amateurs qui délireront avoir un plus grand détail.
- Blanc de M* de Montamy.
- Cette Couleur eft fi néceflàire au Peintre pour former une fuite de nuances, & furmonter la difficulté de ménager le fond pour faire paroître le Blanc dans les petites parties où il eft indilpenfable de l’avoir pur, par exemple, les deux petits points blancs qui doivent être exprimés dans les yeux fur la prunelle , & c. que le défir de tous les Artiftes étoit d’avoir la compofion d’un Blanc que l’on put employer avec le fondant général, Sc combiner avec les Couleurs foncées, pour en compofor une fuite de teintes, comme les Peintres en huile. M. de Montamy a réuffi à en compofer un qui réunit tous c es avantages.
- Il faut deux fubftances pour le compofer ; le fel marin Sc l’étain le plus pur. Celui d’Angleterre connu fous le nom d’Etain vierge, feroit le meilleur ; mais 51 eft fi difficile de s’en procurer, qu’on lui fubftitue celui que les Potiers appellent Etain neuf ou Etain doux, qu’ils vendent trente fols la livre.
- Le fel marin fe purifie en le diiïolvant dans l’eau chaude diftillée ; on le filtre par le papier gris , comme je l’ai dit en parlant du falpêtre ,page 26. Enluite on met la diifolution fur le feu dans une capfule de Porcelaine bien propre ,
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- 4o MÉMOIRE
- & Ton fait évaporer jufqu’à fîccité ; on met enfuite ce fel, qui eft très-blanc, dans un creufet couvert pour le faire décrépiter ; on le laifîe dans le feu jufqu à ce que le bruit de la décrépitation foit ceffé ( * ),
- ‘Dojes.
- Etain doux............................................i gros.
- Sel préparé...........................................2 gros.
- O N commence par mettre un creufet au feu, après l'avoir couvert, de peur qu’il ne tombe* dedans du charbon ou de la cendre ; loffque le creufet eft rouge , ôn y met l’étain; on le laifîe ainfi jufqu'à ce qu’on juge que rétain foit non-feule-Uient fondu, mais même qu'il foit rouge ; alors on met dans le creufet, fans le retirer du feu , le double du poids de l’étain , de fel marin préparé comme il a été dit ; on a une verge de fer bien propre, dont on a fait chauffer un bout , avec laquelle on remue le mélange jufqu’au fond du creufet, afin de bien mêler rétain fondu & le fel. On recouvre le creufet que l’on continue de bien tenir entouré de charbons ardents; on le découvre de temps en temps , pour remuer la compofition avec la baguette de fer, dont le bout doit être propre & bien chaud. Lorfque l’extrémité de cette baguette qui trempe dans le creufet corn-frience à blanchir, c eft une marque que la calcination eft bientôt à Ion terme : on continue cette manœuvre pendant une heure ; après onretire le creufet du feu*
- On écrafe la matière que Ton à'tirée hors du creufet dans un mortier de verre bu de Porcelaine, & on la met dans un teft à rôtir qui n'eft qu'un teftbn des petits pots de grès dans lefquels on apporte du beurre de Bretagne ; on le met au milieu des charbons ardents , en prenant garde qu'il n’en tombe pas dedans , & on le couvre d'une mouffte ouverte par les deux bouts. On met d’abord un peu de charbons ardents fur la mouffte pour l'échauffer , Sc on augmente le feu par dégré jufqu'à ce que la mouffte foit entièrement enfevelie dans les charbons ardents : ôn continue le feu de cette façon pendant trois bonnes heures ; après quoi l’on dégage la mouffte du charbon qui eft autour ; on retire enfuite du feu le teft avec des pincettes.
- On trouve la matière afiez dure & un peu attachée au teft ; on la fait tomber avec la lame d’un couteau dans un mortier de verre ou de Porcelaine, & on la broyé bien long-temps avec un pilon de la même matière.
- Lorfque la matière eft réduite en poudre , on la met dans un grand vafè de verre ou de cryftal, & on verfe deffus de feau filtrée très-chaude jufqu'à ce que l’eau fiirpaffe la matière de deux ou trois doigts ; alors on agite fortement cette eau avec une lame de verre ou de Porcelaine, & tout de fuite on verfè l’eau par inclination dans un autre vafe, en prenant garde de ne pas verfer ce qui fè trouve au fond : on remet de nouvelle eau chaude fur la matière qui eft^reftée
- (*) Pour avoir le fel marin le plus pur qu’il favorifer la cryftallifation ; enfuite on retire les efl: poflible, il faut après avoir filtré la diffblu- cryftaux , & on choifit, pour l’opération donc tion par le papier gris , la faire évaporer jufqu’à il s’agit , ceux qui font cryftallifés en cubes ou pellicule, la mettre dans un lieu frais, pour en trémies,
- au
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- S V R LA PORCELAINE, 4t
- au fond, qu’on agite 6c qu’on décante enfoite, comme on a fait la première fois* On continue cette manoeuvre tant que feau chaude devient blanche ; on garde à part ce qui eft demeuré au fond 6c qui ne teint prefque plus l’eau : en broyant ce réfidu fur une glace , & reverfànt de l’eau chaude deffos comme ci-devant, on en tireroit encore un blanc, mais qui n’étant pas de la même fineffe & de la même beauté que l’autre, ne pouroit fervir que dans les mélanges des Couleurs*' On laide repofer toutes ces eaux blanches dans un vafo où on les a réunies , jufqu’à ce que la matière blanche qui les colore fe foit précipitée, 6c que l’eau foit devenue claire; on verfe doucement cette eau claire, 6c on remet de nouvelle eau fur le blanc qui eft refté au fond; on continue les lotions jufqu’à ce qu’on juge que la matière foit allez édulcorée , & que les eaux aient entièrement emporté le fel ; ce que l’on apperçoit lorfque l’eau fort infipide de delîus le précipité. Ordinairement for trois gros de matière , for laquelle on a mis un demi-feptier d’eau (qui équivaut à huit onces) , il foffit d’avoir renouvelle cêtte eau cinq ou fix fois;
- On tranfporte enluite le blanc dans un grand pot de terre bien vernifte , contenant au moins deux pintes d’eau , on verfe defîus de l’eau diftillée jufqu’à ce qu’il foit plein, & on le fait bouillir à gros bouillons pendant deux heures, en remettant toujours de nouvelle eau chaude à la place de celle qui s’évapore ; plus le pot contiendra d’eau, 6c mieux l’opération réufîîra: on ôte le pot du feu, 6c on laifle repofer l’eau pendant plufieurs heures ; après quoi on panche doucement le pot, 6c on décante l’eau tant qu’elle refte claire : on verfe le refte dans un gobelet de verre, qu’on achevé de remplir avec de l’eau fraîche diftillée. On vuide cette eau lorfqu’elle eft devenue claire , & on verfe le blanc dans une fou-coupe ou dans une taffe à café : vingt-quatre heures après , quand le blanc eft tout-à-fait dépofé au fond, on applique dans le peu d’eau qui fumage, une mèche de coton quon a imbibée d’eau auparavant, & dont le bout qui pend hors de la taffe, eft plus long que celui qui eft dedans : l’eau s’écoule ainfi peu-à-peu -6c le blanc refte fec.
- Si la calcination n’a pas été affez forte, ce qui refte au fond de la tafîe après toutes les lotions faites, 6c que l’on a mis à part, reftera d’un gris brun, alors il ne peut pas fervir ; mais fi la calcination a été bien faite , ce réfidu qu’on appelle le marc, eft d’un gris blanc ; dans ce cas il faut le broyer for la glace à broyer, en l’humeélant avec de l’eau pendant long-temps, alors il devient très-blanc ; on le lave enfuite dans plufieurs eaux, & on le fait •bouillir dans un grand pot* comme on a fait le premier blanc , dont il différé très-peu pour la beauté & la bonté. Ce blanc pourroit s’employer avec avantage dans la Peinture à l’huile avec laquelle il fe mêle très-bien.
- On couvre la taffe où eft refté le blanc avec du papier, pour empêcher la pouffiere d’y pénétrer, 6c on laifle fécher le blanc tout-à-fait , ou , fi l’on étok: preffé, on met la taffe for un poêle, ou dans un lieu chaud à l’abri de la pouffiere. Cette poudre broyée for le verre à broyer, avec trois fois fon poids du For celai ne. L
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- 42 MÉMO IRE
- fondant décrit >pag. 26 , donne un très-beau blanc. M. de Montamy avertit,pag% y 8. Traité des Couleurs , que Ton manquera l’opération ci-deffus, fi Ton n a pas eu foin d’employer l’étain le plus pur & le plus fin que 1 on puifle trouver chez les Marchands :
- Si dans la calcination, il eft tombé des parcelles de charbon ou de cendre dans le creufot ou dans le teft :
- Si le charbon fumoit & n’étoit pas bien allumé avant de s’en fervir :
- Si la calcination n’a pas été affez longue ni aflez vive :
- Si l’on n’a pas verfé de l’eau chaude auflî-tôt après la derniere calcination, & h on lui a laiffé le temps de prendre l’humidité de l’air.
- Enfin fi en dernier lieu on n’a pas fait bouillir le blanc dans une allez grande quantité d’eau & aflèz long-temps.
- On ne fàuroit trop recommander dans cette opération la plus grande propreté , qu’il faut pouffer jufqu’au fcrupule.
- Pourpre.
- I l faut avoir l’étain le plus pur qu’il eft poflible, celui de Melac eft ce que l’on peut avoir de mieux. On le réduit en feuilles minces en le battant entre deux feuilles de papier avec un marteau fur un tas d’acier. On peut aufli employer les feuilles d’étain dont les Miroitiers fe fervent pour étamer les glaces de miroir. On prend enfuite de l’or à 24 karats ; s’il efl poflible, on le bat de même entre deux papiers pour le mettre en feuilles très-minces ; on coupe ces feuilles en petits morceaux ; on fait difloudre premièrement l’or dans de l’eau régale ; que l’on fait en mettant une partie de fel ammoniac bien purifié dans quatre parties d’efprit de nitre , on met l’efprit de nitre dans un matras fur des cendres chaudes, & on y ajoute peu-à-peu ce fel ammoniac par petits morceaux , & l’on attend pour en mettre de nouveau que les précédents fcient entièrement diflous. Quand l’eau régale eft faite, on la filtre par un papier gris ; on met cette eau régale dans un matras que l’on pofe fur des cendres chaudes , & on laifle tomber dedans l’or par petites parcelles : lorfque cet or eft diflous, on entremet de nouveau, & toujours ainfi, jufqu’à ce qu’il en refte au fond du vafo qui refufe de fo difloudre.
- Voici encore une autre fadbn de compofer une eau régale pour difloudre l’or. On prend de bon efprit de fel que l’on met dans un gobelet de verre ; on met dedans des petites lames d’or très-minces ; on ajoute enfuite dans ce gobelet de l’efprit de nitre goutte à goutte, en obfervant au travers du gobelet le moment où l’or commence à être attaqué, ce qui fo voit lorfqu’il monte dans la liqueur de petites bulles qui partent de l’or ; il faut très-peu d’efprit de nitre pour produire cet effet : on ceffe alors d’ajouter de l’efprit de nitre, & l’eau régale eft faite : on y ajoute de l’or petit à petit comme ci-deflus, jufqu’à ce que l’eau régale en foit faturée & n’en diffolye plus.
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- La diflolution d’étain demande une attention beaucoup plus grande, parce que le fuccès de la couleur rouge produite par la précipitation de l’or , dépend ab-folument de la façon dont cette diflolution efl combinée avec l’eau qu’on doit néceflàirement y mêler, afin d’affoiblir le difïolvant de façon que la diflolution fe faflè lentement & fans ébullition. On fait cette eau régale propre à cette opération en mêlant enfemblecinq parties (en poids) de bon eiprit de nitre, avec une partie d’elprit de fel : on prendra la quantité que Ton voudra de cette eau régale quon verfera dans un matras ; on ajoutera à cette eau une double ou même une triple quantité d’eau diftillée ; ce mélange fait, on mettra dedans une feuille d’étain battue auffi mince qu’une feuille de papier, & grande comme une piece de vingt-quatre fols.
- Cet étain commencera par devenir noir, enfuite il fo mettra en pièces , & finira par fe difîbudre avec le temps : il fe dépofera une poudre noire au fond de la bouteille : vingt-quatre heures après, on mettra dans le matras une nouvelle feuille d’étain comme la première, ce que l’on continuera ainfi pendant fix jours; après ce temps la liqueur prendra une petite teinte jaunâtre ; alors on la fera pafler à .travers un papier gris dans un entonnoir de verre à filtrer, on féparera par ce moyen la poudre noire reftée au fond de la bouteille ; on mettra cette diflolution dans une bouteille bien bouchée , & on la laifîera repofer deux ou trois jours , après quoi elle fera en état d’être employée.
- On peut encore précipiter l’or en rouge , en mettant dans l’eau régale ci-deflus deuxfois autant (en mefure & non en poids) d’efprit-de-vin que l’on a mis d’eau régale; on y.ajoute des feuilles d’étain toutes les vingt-quatre heures,-comme on a fait dans la compofition précédente, à l’exception que dans celle-ci il n’en faut mettre que pendant cinq jours pour quelle foit à fon point ; alors on la filtre par le papier gris.
- Il efl: à remarquer que les diflohitions d’étain perdent au bout d’un certain temps la propriété de précipiter l’or en rouge, c’eft-à-dire , au bout de trois femaines ou d’un mois , fuivant le temps plus ou moins chaud ; mais loxfqu’on s’en apperçoit, il fufEt pour la leur rendre entièrement, de mettre dedans la même quantité d’étain en feuilles que l’on en avoit mis la première fois ; & vingt-quatre heures après, la compofition, fe trouve avoir acquis la même vertu d’opérer la précipitation rouge ; ce qui peut fe réitérer autant de fois qu’elle l’aura perdue.
- Il faut encore obferver qu’en ne mettant que deux mefures d’eau diftillée for une mefore d’eau régale , la compofition quoique très-claire quand elle efl: nouvellement faite , commence quelques jours après à être trouble , & devient enfin opaque ; mais dans cet état, elle n’en efl: pas moins bonne à précipiter l’or en rouge ; on s’apperçoit même au bout de quelque temps que cette compofition s’éclaircit peu-à-peu & redevient tranfparente comme elle étoit, fans plus redevenir opaque, Icfrfqu’on efl: obligé de mettre dedans de nouvel 4tain. Celle dans
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- Planche
- II.
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- laquelle on a employé trois mefures d’eau diftillée Contre une d’eau régale ; n’eft pas fi fujette à devenir trouble.
- Quand la difiolution a les qualités requifes pour produire fon effet, on met un demi-poiflon ,ceft-à-dire, deux onces d’eaudiffillée dans un vafe de verre, Fig. 2y, on prend un tuyau de baromètre aflez gros dont une des extrémités , a été mife en pointe, Sc l’autre arrondie par le moyen du chalumeau d’un Emailleur ; on trempe ce tuyau par la pointe dans la difiolution d’or à une hauteur que l’on a foin de marquer avec un fil ; & tout de fuite on le tranfporte dans l’eau qui efl: dans le vafe Fig. 2y , on l’agite un peu afin qu’il dépofe ce qu’il a emporté avec lui de la difiolution d’or ; on retourne enfuite le tube , Sc on le trempe par l’extrémité arrondie dans la difiolution d’étain en l’enfonçant dedans au moins à la même profondeur que l’on a enfoncé la pointe dans la difiolution d’or ; on tranfporte tout de fuite ce tube dans l’eau du vafe, dans laquelle on a déjà mis de la difiolution d’or; on agite un peu l’eau , afin de -lui communiquer ce que le tuyau a emporté de la difiolution d’étain ; on nétoye ce tube, & lorfqu’on voit que la liqueur devient rouge , on remet encore de la même maniéré deux fois autant de difiolution d’étain que l’on en a mis la pre-
- mière fois.
- C’eft alors que la liqueur fe teint d’une belle couleur rouge foncé comme du gros vin; on la verfe dans un grand vafe de verre ou de cryffal ; on recommence à faire la même teinture dans le vafe Fig. 2y, après l’avoir bien nétoyé ; on verfe enfuite avec l’autre dans le grand vafe, quand on le croit aflez rouge. On continue cette manœuvre jufqu’à ce qu’on juge que l’on ait une fuffifànte quantité de Couleur dans le grand vafe.
- On laifie repofer le tout pendant vingt-quatre heures. Lorfqu’on voit la couleur rouge bien dépofée au fond, & l’eau qui la fumage bien claire, on décante cette eau par inclination jufqu’à ce que la Couleur foit prête à fortir avec l’eau ; alors on remplit ce vafe avec de nouvelle eau , qu’on laifie repofer jufqu’à ce que la Couleur foit précipitée, Sc que l’eau qui fumage foit claire : alors on décante cette eau comme on a fait la première fois, & on en remet de nouvelle à fa place. Si le vafe efl: aflez grand, il fiiflit de faire cette manœuvre trois ou quatre fois. Lorfqu’on croira la Couleur aflez lavée , on décantera l’eau jufqu’à ce que la Couleur foit prête à fortir , on remuera bien le vafe , & on verfera brufque-ment la Couleur & l’eau reliante dans une tafle de Porcelaine; on l’y laiflera repofer pendant un jour; après quoi on mettra dedans une meche de coton , comme il a été dit page 32 ; par ce moyen toute l’eau s’écoulera, & la Couleur reliera au fond de la tafle, femblable à une elpece de gelée de grofeilles rouges ; on enlèvera la meche de coton , Sc on laiflera fécher à l’ombre ce précipité qui diminuera prodigieufement de volume, & paroîtra comme une poudre noirâtre lorfqu’elle fera tout à fait féchée. On fera tomber cette poudre fur la glace à broyer, & on la ramaftera en un petit tas ; on prendra de l’eau diftillée avec
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- le bout du doigt, que Ton fècouera fur la couleur qii’ôn broyera avec la nioletté pendant long-temps, ayant foin d'humeéter la couleur lorfqu’elie vient à fè trop fécher. On la laiflera enfuite fécher à l'ombre à l'abri de la pouflîere j Sc quand la defîiccation fera parfaite, on la ramaflèrà avec un couteau à couleur.
- Il eft aifé de varier la nuance de Ces Pourpres : on vient de décrire la manipulation qui fait ordinairement les plus beaux; fi l’on met une plus grande quantité de diflolution d'étain, les Pourpres qui en viendront feront d'un violet foncé. Il eft poflible aufll de produire des Pourpres bruns, cela dépendant de l'alliage plus ou moins grand que l'or ou l'étain contiennent.
- Pour avoir un Pourpre tirant fur le noir, ôn mettra fur un demi-poiflbn d'eau (deux onces) de la diflolution d’or, jufqu'à ce que l'eau commence à prendre une petite couleur jaune très-légere ; on fiilpendra dans cette eau avec un fil, un petit morceau d'antimoine jovial, fait avec trois parties d'étain & deux parties de régule d'antimoine ; on trouve cet antimoine tout préparé chez les Apoti-quaires, on laiflera pendant douze ou treize jours ce morceau fufpendu dans la liqueur , ayant foin de l'efluyer de temps en temps légèrement , afin que la diflolution d'or puifle mordre deflus ; après quoi on retirera le morceau d'antimoine; on verfera la liqueur Sc la poudre qui fera précipitée au fond dans un plus grand vafe qu'on remplira d'eau ; lorfque la poudre fêta tout-à-fait tombée au fond, Sc que l'eau qui fumage fe trouvera claire, on décantera cette eau claire , & l'on en mettra d'autre à la place à plufieurs reprifes, pour bien édulcorer la matière, & on achèvera le refte de l'opération comme il a été dit ci-devant pour les autres Couleurs. Chacune de ces poudres , broyées avec fix fois fon poids du fondant général, produit des Pourpres de différentes nuances, Sc très-folides.
- On auroit pu faire Ces précipitations ; tout-d'ün-Coup , en employant une plus grande quantité d'eau , & à proportion plus de diflolution d’or, & plus de diflolution d’étain ; mais cela feroit peut-être embarraflànt pour des Artiftes peu accoutumés à mefurer , ou à pefer des diflolvants ; il fuffit d'avertir , ceux qui voudront prendre ce parti, qu'il faut mettre plus de trois fois autant ( en mefures ) de diflolution d'étain, que de diflolution d’or*
- Bleuà
- L e fuccès de l’opération qui doit produire du Bleü , propre à être employé dans la Peinture en Porcelaine, dépend entièrement de la bonté du cobalt ; on ne peut donc apporter trop de précaution pour s'en procurer de la meilleure qualité ; pour cet effet il faut s'en affuret par des expériences, que l'on fait en mettant un très-petit morceau de chaque efpece de cobalt que l’on veut eflàyer , fans être calcinés , dans de l'efprit de nitre affoibli par deux tiers d'eau ; & le meilleur fera celui qui donnera une Couleur rouge à la diflolution. Porcelaine, M
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- Il ne faut pas Cependant s’attendre que dans le premier inftant, la diftolu^ tion du cobalt prenne une couleur rouge , ce ne fera qu’au bout de quelques jours que la dilîolution s’éclaircira d’elle-même , Sc deviendra d’un beau rouge , & pour la faciliter il faudra de temps à autre la mettre fur les cendres chaudes ; quand elle fera telle qu’on la defire, on décantera la liqueur en prennant garde que ce qui eft au fond du vafe ne fè mêle point ; on verfe fiir ce réfidu de l’eau, Sc de nouvel efprit de nitre, dans les proportions fufdites, c eft-à-dire deux tiers d’eau fur un tiers d’eau-forte , que l’on fait digérer lùr les cendres chaudes, comme on a fait la première fois, pour tirer encore de la teinture rouge.
- On met toutes ces teintures rouges dans une taflè de Porcelaine , Sc Ton y joint alors ( * ) , fur fix gros de teinture rouge , un gros Sc demi de fel marin purifié; on agite le fel avec un tuyau ou lame de verre, pour accélérer là dilîo-lution ; on laide enfiiite repofer le tout pendant quelque-temps ; on verfe la liqueur par inclination, & on jette ce qui a pu relier au fond ; on remet enfuite la liqueur dans la talîe de Porcelaine fur des cendres très-chaudes, Sc s’il fe fait après quelques heures d’évaporation un peu de dépôt au fond de la talîe, il faut encore décanter la liqueur pour jetter le dépôt qui a pu le faire.'
- Quand l’évaporation fera au point que la dilîolution commence à s’épailïir, il fe formera des cercles verds à la fùrface ; & fi le cobalt étoit d’une médiocre qualité , cette couleur verte fè communiqueront à toute la liqueur à mefure qu’elle s’épailîlroit ; alors il faut remuer le tout avec une lame de verre ou de cryllal, de peur que la compofition ne s’attache au fond de la talfe ; ce verd fe change bien-tôt en rouge , Sc le rouge en bleu.
- Mais fi le cobalt eft de la meilleure qualité, tel que celui qui vient d’EA pagne , la couleur verte ni la rouge ne paroilfent point, & la dilîolution en s’épailîilîànt palîe tout-d’un-coup à la couleur bleue la plus décidée. On continue de remuer fans celle avec la plus grande attention, pour détacher tout ce qui tient au fond de la talîe, jufqu’à ce que la compofition paroilfe fous la forme d’un fel grainé d’un beau bleu ; alors les vapeurs nitreufes s’exhalent en grande quantité , & il eft à propos de s’en garantir en faifànt l’opération fous une cheminée. On continue de tenir le fel fur le feu Sc de le remuer, jufqu’à ce qu’il devienne prefque fec; car il ne faut pas le priver totalement d’humidité , c’eft-à-dire , qu’il faut l’ôter de delîus le feu, lorfqu’il n’exhalera prefque plus de vapeurs nitreufes ; il ne faut pas prelfer le feu , mais au contraire le ménager avec prudence fùr-tout vers la fin de l’opération, qui dure à-peu-près deux heures. On la lailïe fe refroidir fur les cendres; Sc quand tout eft froid, on retire la talîe que l’on expofe à l’air libre ; le fel y prend un peu d’humidité, & une petite teinte de rouge, qui augmente chaque jour au point de le faire devenir prefque cra-moifi ; alors il faut remettre la talfe fur les cendres chaudes , le fel y repren-
- ( * ) Ce procédé eft de M. Heîlot.
- M. Cadet, de l’Académie des Sciences, habile Chymifte, à qui l’on doit un travail des plus
- intéreffants fur la nature du borax , s’eft auffî exercé fur la Porcelaine & fur la Couleur tirée du cobalt.
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- cira ta couleur bleue dès que la chaleur s y fera fentir. Si Ton porte la taiïe fous le nez , on s’appercevra qu’ il s’exhale encore des vapeurs nitreufes. Il faut toujours remuer le fel bleu avec la lame de verre, fans quoi il fe mettront en grumeaux ; on le tient ainfi à une petite chaleur pendant une heure, enfuite on l’expofe à l’air de nouveau pendant quelques jours. Il attire l’humidité , St la couleur rouge reparoît , mais plus lentement & en moindre quantité. On continue la même manœuvre pendant un mois ou fix fomaines , en expofànt le fel alternativement for les cendres chaudes, & enfoite à l’air froid î on s’ap~ perçoit que les exhalaifons nitreufos diminuent à chaque fois que l’on expofele fel à la chaleur, Sc qu a la fin on n’en font prefque plus du tout, Sc que l’humidité ainfi que la couleur cramoifie reviennent plus lentement*
- Par cette manœuvre réitérée, on parvient à fixer la couleur dans la bafo du fel marin , de façon qu’elle peut foutenir l’édulcoration fans quelle fo mêle avec l’eau , ce qu’elle nauroit pu faire, fi on l’avoit édulcorée aufll-tôt après les premières dejflîccations. Pour s’aflurer que ce fol eft parvenu au point defiré 9 on peut eiîàyer d’en mettre un peu , au fortir du feu , dans un petit vafo de cryftal ou de verre, Sc après avoir verfé doucement de l’eau deflus , de façon qu’ellene fornage le fel que de trois ou quatre lignes, & fa voir laifle pendant une demie hëure, fi l’on voit le fel devenir rouge fans communiquer aucune couleur à l’eau, on peut être afliiré que ce fel eft en état de donner la couleur bleue fixe ; mais fi l’eau fo chargeait de la couleur rouge , il faudroit continuer l’opé* ration précédente , c’eft-à-dire, expofor de nouveau le fel alternativement for les cendres chaudes, & à l’air froid, pendant quelque-temps.
- Lorfqu’on s’eft alluré par l’eflài dont on vient de parler, que le fel peut fop-porter l’édulcoration, fans que la couleur teigne l’eau , il faudra, peu de temps après l’avoir retiré de deflus les cendres chaudes, verfer doucement de l’eau par-deflus, de façon qu’elle fornage le fol d’environ un pouce ; un quart-d’heure après on décante cette première eau pour en remettre la même quantité de nouvelle ; & ainfi en réitérant, jufqu’à ce que le fel qui étoit bleu devienne rouge» Il arrive très-fouvent qu’en faifant chauffer & fécher ce fol rouge , comme on vient de le dire, il ne reprend que très-peu d’humidité à l’air ; alors il faut verfer fur ce fel à-peu-près la même quantité d’eau qu’on y avoit mifo d’abord , & remettre de nouvel efprit de nitre, peu-à-peu , jufqu’à ce que la diflolution le refaflfe de nouveau ; quand tout le fol eft dilîbus ; on décante l’eau qui a repris la couleur rouge ; on jette ce qui s’eft dépofé au fond , &l’on recommence l’évaporation, & à mettre le fel en grain comme on a fait ci-devant, en obfor-vant que ce fol qui devient bleu , ait encore paflàblement d’humidité lorfqu’on le retire du feu.
- Ce fel devient rouge auflî-tôt qu’il eft refroidi. Vingt-quatre heures après, on remet la tafle de Porcelaine qui le contient for les cendres très-chaudes ; alors ce fel devient bleu à mefure qu’il font la chaleur ; on prend garde qu’il ne
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- •s’attache au fond de la tafte ; on prévient cet inconvénient en lé remuant y avec une lame de verre à mefore qu’on le fait chauffer. On continue à remettre ce fel for le feu à différentes reprises , comme on a fait la première fois ; enfin on procédé en tout de même , 8c après en avoir fait l’eflai comme il a été dit, & que l’eau ne le teint plus en rouge, on fait fécher la couleur fur les cendres chaudes , enfiiite on la met fur un teffon de Porcelaine ou fur un teft à rôtir, le plus mince qu’il eft poffible ; on place le tefîbn au milieu des charbons ardents , de façon que les charbons fbient autour fans le toucher, mais plus élevés que le tefîbn fur lequel la couleur eft placée ; dans le moment la couleur rouge fe change en une belle couleur bleue, qui ne devient plus rouge , à moins qu’on ne la garde long-temps ; 8c alors on lui rend la couleur bleue , en l’expofànt de nouveau au milieu des charbons ardents , comme on a déjà fait. Cette couleur employée fur la Porcelaine ou fur l’Email avec trois fois fbn poids du fondant général , fait un très-beau bleu bien fondant , 8c fort facile à employer.
- On ne peut pas diffimuler que ce bleu ne perde beaucoup de l’intenfité de fa couleur, lorfqu’on le broyé fur l’agate avec le fondant & de l’eau , comme on a coutume de faire aux autres Couleurs ; mais on peut remédier à cet inconvénient, en faifànt difïoudre dans un peu d’eau de l’indigo ou du bleu de Prufîe , 8c en fecouant quelques gouttes de cette eau bleue avec le bout du doigt fur la couleur mêlée avec le fondant, afin de broyer tout enfemble ; alors la couleur paroîtra en l’employant d’un bleu auffi fort 8c approchant de celui quelle acquerra dans le feu : ces bleus qu’on ajoute à l’eau fe brûlent dans le feu , 8c ne font aucun tort au fond de la couleur bleue du cobalt, parce qu’ils font difïipés par le feu , avant que le cobalt 8c le fondant fbient en fonte. Il y a encore un autre moyen de donner un grand éclat à ces bleus, c’eft de mettre avec le fondant 8c le cobalt, partie égale ou même deux fois autant que Ton a mis de cobalt, d’un très-beau bleu d’azur, que l’on vend à Paris fous le nom de Bleu d'argent y quoiqu’il n’en foit pas tiré, & que ce ne foit quune préparation de cobalt faite avec plus d’étain; cet azur fe vend un écu le gros ; il faut feulement avoir attention d’ajoüter un poids égal de fondant au poids que l’on a mis de cet azur , indépendamment des trois parties de fondant que l’on a déjà miles avec le cobalt : ce mélange préfente à l’emploi une couleur bleue fuffifànte pour pouvoir juger de celle qu’elle acquiert au feu ; ils font très-bien à tous les feux, &font for la Porcelaine ou fur l’Email, un bleu auffi brillant que le plus bel outremer. Si l’on apperçoit que le bleu de cobalt vienne à rougir en le gardant, c’eft une preuve qu’il contient encore trop d’acide nitreux ; dans ce cas, il faut le remettre dans l’eau , comme on a déjà fait, & après l’avoir lavé deux ou trois fois dans différentes eaux, on le fait fécher 8c on l’expofe de nouveau for un teflon au milieü des charbons ardents.
- Toute cette opération eft longue 8c ennuyeufe ; mais elle eft indifpenfàble, pour pouvoir tirer du cobalt la couleur qui eft fi belle & fi fine quand elle eft
- entrée
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- entrée en vitrification ; mais qui eft en même-temps fi volatile, qu’il eft facile de la perdre avant quelle loit en fufion: lorfqu’on vitrifie du cobalt , on n’a
- quelquefois que du noir au lieu du bleu que Ton defire, (*)
- <
- * I
- La Couleur Jaune.
- O N prend trois parties de plomb quon expofè dans une capfule de fer à un grand feu de charbon ; 8c lorfqu’il fera fondu , on y ajoutera une partie d’étaîn J qui fè réduit à la furface du plomb, en une poudre jaune qu’on retire à mefîirô qu’elle fè forme : enfuite , il faudra faire réverbérer cette poudre jaune qui n’eft qu’une chaux d’étain ; après cela on la mêlera 8c triturera avec du fël marin bien pur, & on l’expofera au feu fous une mouffle, comme on a fait pour les fafrans de Mars; & après l’avoir traité de la même maniéré que ces fafrans, on pourra la joindre avec le fondant général, 8c s’en fervir pour peindre fur l’Email 8c la Porcelaine,
- - Autre Manière„
- O N prend un creufêt que P on met au milieu des charbons ardents , & lorf* qu’il eft chaud, on y jette deux parties de nitre ; & quand ce fèl eft bien fondu f on y joint quatre parties d’étain ; enfuite on anime le feu avec un foufflet , & ilréfulte une chaux jaunâtre que l’on fait réverbérer} 8c qu’il faut laver enfuite dans un grand nombre d’eaux pour l’édulcorer ; après quoi on la mêle avec le fondant , & on s’en fert pour peindre.
- Autre Jaune.
- I l faut prendre le plus beau jaune de Naples, que l’on troüve tout préparé chez les Marchands de Couleur, & le mêler & triturer avec le double de fôn poids de fèl marin purifié, & l’expofer à un feu de charbon , de la même maniéré que les fafrans de Mars, c’eft-à-dire, pendant deux heures, & donner un grand feu fur la fin de l’opération ; enfidteil faut l’édulcorer par un grand nombre de lotions , 8c le faire fécher pour le mêler avec le fondant.
- « Le jaune de Naples, félon M. de Montamy, eft une efpece de minéral, » qu’on tire de la terre aux environs de Naples ; cette efpece de pierre, dit-il, » dont il y en a de jaune plus ou moins foncé, eft très-poreufè, 8c paroît être y> compofée de grains de fable jaune foiblement liés les uns avec les autres , » puifqu’on les écrafe facilement avec le pilon : cette matière ne change point » au feu, & ne fait point d’effervefcence avec les acides ; il y a apparence quelle » doit être produite par quelque volcan. (**) »
- ( *) Henkel Flora Saturais. Tradu&ion Fran-çoife,page s06.
- Porcelaine.
- (**) Voyez les Mémoires fur différents fu-jets, par M. de Montamy, page 260*
- N
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- jo MÉMOIRE SUR LA PO RC E LAINE.
- M. de Montamy s’eft trompé fur la nature de cette fubftance, qui eft un produit de l’art. M. de Fougeroux, de l’Académie des Sciences, en a publié la composition, que fai rapportée dans ce Mémoire , 'page 35.
- Couleur Jaune-Citron ; procédé tiré des Mémoires de t Académie de Berlin ,
- trouvés par M. Margraf.
- On fait difîoudre une demi-once d’argent fin de coupelle, le plus pur & le plus dépouillé de cuivre qu’il eft poffible, dans une fufüfànte quantité de nitre très-pur , jufqu’au point de fàturation ; enfuite on diftout dans quatre onces d’eau diftillée, une once de fel d’urine , qui fait la bafe du phofphore ; on fait tomber cette diflolution goutte par goutte dans l’efprit de nitre, contenant l’argent diflous, qu’il faut étendre dans quatre parties d’eau ; on continue à laiflèr tomber la diflolution de fel d’urine , jufqu’à ce qu’il ne fe précipite plus rien ; par ce moyen on obtient un précipité de la plus belle couleur de citron % qu’il faut enfuite traiter avec le fel marin , & édulcorer comme il a été dit ci-devantr
- Maniéré d'obtenir le Sel d'urine nécejjaire à I opération précédente m
- I l faut amafler une grande quantité d’urine de perfbnnes faines ; on l’expo-fera à une chaleur modérée pour la faire putréfier ; enfuite on la fera bouillir lentement dans des vafes de terre vernifles , ju'qu a ce que l’urine prenne la con-fiftance de firop ; on les portera dans un lieu frais pour faciliter la cryftallifation : au bout d’un mois, & même plutôt, on aura des cryftaux que l’on difloudra dans de l’eau chaude diftillée; on filtrera la diflolution toute chaude par le papier gris ,& l’on fera évaporer & recryftallifer comme ci-devant, en répétant cette opération, jufqu’à ce que les cryftaux foient parfaitement blancs, & fans aucune odeur : jao pintes d’urine donnent à-peu-près trois ou quatre onces de fel.
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- Extrait des Regijlres de VAcadémie Royale des Sciences•
- Du 27 Novembre 1771.
- Nous avons examiné par ordre de l'Académie, MM. de Laflone , Macquer & moi, le Mémoire de M. le Comte de Milly, fur les Couleurs pour la Peinture en Porcelaine : cet Ouvrage eft deftiné à fervir de fuite au Mémoire fur la maniéré de préparer la Porcelaine de Saxe , dont rfous avons rendu compte à l'Académie le ao Février de cette année.
- Dans ce dernier Mémoire , M. le Comte de Milly donne la maniéré de préparer les principales Couleurs , décrit les fondants qu'on emploie en Saxe , & qui fervent à donner de la liaifbn & de l'éclat aux differentes chaux métalliques ; enfuite il parle des véhicules qui fervent à les appliquer à la fur-face de la Porcelaine»
- • t'huile effentielle de térébenthine, fuivant l'Auteur de ce Mémoire , eft le yéhicule auquel on doit donner la préférence ; mais comme cette huile éthé-rée eft très-fluide , M. le Comte de Milly preferit, pour lui donner la confif» tence convenable, de la diftiller au bain-marie; par cette diftillation, on en retire f huile la plus fluide , celle qui refte dans la cucurbite s'eft épaiflie , & eft propre à être employée pour fervir de mordant ;fi elle étoit trop épaifle, on lui
- rendrok la fluidité néceflàire en y mêlant de l'huile éthérée : ce procédé nous paroît'préférable à l'épaiftiflement Ipontanée de l'huile effentielle de térébenthine expofée à l'air.
- Le fondant eft compofé de borax calciné , de nitre & de verre blanc, dans la compofition duquel on s’eft alluré qu'il n'eft point entré de plomb : M. de Milly dit qu'on ne peut point prefcrire la quantité de fondant qu'on doit employer, quelle dépend delà nature des Couleurs, & qu'il faut les eflayer & en tenir regiftre pour l'employer enfuite avec fucçès,.
- M. de Milly décrit differentes manieras d)e c|ivifer l'or qu'on peut appliquer fur la Porcelaine ; i°. l’amalgame ; la précipitation de l'or diflous dans l'eau régale faite fans fel ammoniac par l’alkali fixe ; 3°. la divifion de l'or en feuille par le moyen de la trituration avec du fuçre candi.
- Enfuite il donne la maniéré de préparer les Couleurs primitives, le rouge, le bleu, & le jaune , qui par leur mélange donnent naiflànce aux autres Cou-
- leurs.
- M. de Milly prépare les Couleurs pourpres, le violet & le brun foncé que les Allemans nomment Ferai, avec de l'or diflous dans de l'eau régale & de l'argent diflous dans de l'acide nitreux ; il dit que la Couleur de ces précipités varie fuivant la quantité d'étain qu'on a mis dedans pour les obtenir : on ne fait point entrer d’argent dans la préparation du ferné.
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- On trouve dans le même Mémoire un moyen de préparer un beau rouge avec le fer; pour le fixer, il foflit d’avoir eu foin de le calciner avec deux parties de fel marin.
- Pour préparer la Couleur noire , M. le Comte de Milly emploie parties égaies de cobalt, de cuivre fulphuré & de terre d’ombre. Le brun fe fait avec de la terre d’ombre, & le verd avec du cuivre. Telles font les Couleurs que M. le Comte de Milly a décrites ; il prépare fon Jaune comme M. de Fougeroux, qui a rendu publique cette préparation.
- M. de Milly parle enfoite de la maniéré de broyer les Couleurs avec le fondant , Sc de l’ufage des Inventaires, qui font des morceaux de Porcelaine blanche,1 fur lefquels on elïàie les Couleurs pour déterminer leur ton.
- M. le Comte de Milly termine ce fécond Mémoire par les deforiptions des moufles & du fourneau où l’on doit parfondre les Couleurs qu’on a appliquées for la Porcelaine.
- Nous ayons trouvé dans cet Ouvrage, le même ordre, la même précifion & la même exaélitude que dans le premier Mémoire ; il nous paroît digne d’être pareillement imprimé parmi ceux des Savants Etrangers, Signés, MACQUER , LASSONE ,& SAGE.
- J E certifie le préfient Extrait conforme à fon original, & au jugement de /Académie ; a Paris le 28 Novembre 1771.
- Signé, GRANDJEAN DE FOUCHY,
- Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Sciences,
- 1
- EXPLICATION
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- EXPLICATION DES FIGURES
- DE L’A RT
- DE LA PORCELAINE*
- T j e bas-relief du Frontifpice , repréfentè plufîeurs petits Amours occupés aux: différents travaux préparatoires de la Porcelaine. A la gauche du Speélateur, eft un vaifleau à laver les terres, & un Amour qui en fbutire la terre â Porcelaine délayée dans feaü. La fécondé Figure fait voir le travail de celui qui forme les vafes fur le Tour à Potier. La troifieme Figure, eft un petit Amour qui cafte les cailloux avec la maflue. La quatrième Figure, eft un autre Amour qui pulvérile les terres dans un Mortier à meule. La cinquième & la fixieme Figure , font deux Amours qui arrangent le bois de fàule pour chauffer le Fourneau à Porcelaine , qui eft repréfenté à la droite du Speélateur.
- PLANCHE PREMIÈRE*
- €
- L a Planche première repréfente les différents travaux préparatoires pour mettre la Porcelaine en état d’être mile au Four.
- La Figure I repréfente un Ouvrier occupé à rompre les cailloux avec une mafle de fer , pour les faire calciner fur un gril de fer, Fig. 4.
- La Figure % eft un Mortier de pierre dure, pour broyer les cailloux après quils ont été calcinés à blancheur.
- La figure 3 repréfente la Tamifation des terres.
- La Figure 4 eft un grand Gril de fer chargé des cailloux qu’on calcine à un violent feu de charbon.
- La Figure y eft l’Attelier où le travail du Potier s’exécute.
- La Figure 6 eft le Fourneau de Porcelaine allumé, &un Ouvrier qui conduit le feu*
- La Figure 7 repréfente la Fofle où l’on délaye les terres.
- La Figure 8 eft un Ouvrier occupé à plaquer contre un mur des morceaux de terre toute préparée, pour la faire fécher & pouvoir enfiiite la conferver julqu’au moment d’en former la pâte; alors on délaye ces efpeces de gâteaux dans de l’eau de pluie, & on les laiffe en macération pendant le temps néeeflaire, avant d’en former les vafes*
- Porcelaine.
- O
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- EXPLICATION
- PLANCHE DEUXIEME.
- Fig ure I, Coupe du Fourneau.
- A AA A, Maffif du Fourneau en briques communes.
- BBBB, Partie de Maçonnerie en briques de Porcelaine, pour rélifter à î’aétion du feu.
- C, Cheminée.
- DDD, Enveloppe en maçonnerie faite avec des briques communes, pour cacher les proportions du Fourneau aux Curieux.
- • EE, Intérieur du Fourneau, nommé Laboratoire• f, Ouverture pour l’entrée de la flamme.
- G , Foyer où l’on met l'aliment du feu. ,
- H , La Grille en briques de Porcelaine.
- /, Repaire fait avec une brique de Porcelaine, deftiné à fbutenir les bâches de chauffage, & une porte de fer.
- K y Le Cendrier.
- L, Voûte du Cendrier.
- M, Pallier ou plate-forme où fè tient celui qui dirige le feu.
- N, Ouverture latérale pour entrer dans le Laboraroire, $c y placer les pièces de Porcelaine.
- O , Porte du Cendrier.
- Figure 2, Coupe du Foyer & du Cendrier. ‘ a a a , Voûte du Fourneau en briques de Porcelaine. b, Œil du Fourneau pour obferver l’intérieur.
- C, Cheminée.
- DDDD 9 Enveloppe en maçonnerie. fffy Ouverture pour l’entrée de la flamme.
- H HH y Grille du Foyer en briques de Porcelaine.
- J y Repaire pour fbutenir la porte du Foyer & la bûche de chauffage.
- K y Cendrier.
- Figure 3 , Plan du Fourneau. 9
- a a a a , Epaifleur des murs.
- ffff 9 Ouverture pour l’entrée de la flamme.
- HH HH y Grille en briques de Porcelaine.
- N y Ouverture latérale pour entrer dans le Laboratoire»
- O y Porte du Cendrier.
- Figure 4, Cheminée. •
- P y Partie inférieure de la Cheminée.
- Qy Partie fupérieure comprife dans l’épaîfleur de la voûte du Fourneau. Figure y , Plan de la Cheminée.
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- DES FIGURES. 5;
- r r , Ouverture inférieure* s y Ouverture fupérieure.
- Figure 6, Fourneau de Fayancier pour cuire la Porcelaine en bifcuit. a , Foyer du Fourneau , qui n a point de cendrier. b y Trou par où la flamme entre du Foyer dans le Laboratoire. c y Porte du Fourneau très-étroite, mais allez grande pour qu’un homme puiflù y pafler pour charger le Fourneau des pièces que l’on veut cuire.
- dy Ouverture du Foyer, par laquelle on met l’aliment du feu, & par où Ton retire les cendres. On ferme cette ouverture d’une porte de fer , où il y a une ventoufe, qui eft une petite ouverture pour le paflàge de l’air. ey Place nommée par les Ouvriers cornes extérieures du Four. fy Partie fupérieure du Fourneau, où il y a des trous qui répondent exaéle-ment en ligne perpendiculaire à ceux de la partie inférieure b, lefquels font numérotés.
- ( Nota. ) La Figure de ce Fourneau n’eft deflinée fur aucune Echelle ; elle n’eft que pour en donner une idée : en voici les proportions, io pieds de long fur 7 pieds de large , & p pieds de haut ; la voûte inférieure efl: de 3 pieds & demi de haut 5 la porte ne doit être que de la largeur de trois briques, c’eft-à-dire, à-peu-près 20 pouces, pour pouvoir y entrer de côté.
- Figure 7, Gafettes lutées avec de la terre à Potier.
- Figure 8, Capfules de terre cuite pour mettre l’argille lavée.
- Fig ure 9 y Gafette avec un fond.
- Figure 10, Plateaux pour fervir de couvercle ou de fond à une Gafette: a y Trou pour lailfer pafler la chaleur & l’humidité pendant la cuite des vafès. Figure 11, Mouffle où l’on met les pièces de Porcelaine lorfqu’elles font peintes , pour fondre les Couleurs.
- a y Petite Cheminée pour le paflàge de la vapeur. b y Canal pour voir ce qui fe pafle dans la Mouffle.
- Fig ure 13, Fourneau de torréfaélion, qui fert pour griller les cailloux, & pour faire fondre les Couleurs.
- a a a, Différentes Cafés pour placer les Mouffles. b b b y Grille de fer pour foutenir les Mouffles.
- c c c y Plateaux de fer fur lefquels on met le charbon , & qui fe meuvent ‘ dans des coulifles par la raifon qui efl: expliquée dans le Traité de la Peinture en Porcelaine, qui fait le fùjet du fécond Mémoire.
- Figure 14, Brunifloir de fànguine ou d’agate, pour brunir l’or.
- Figure 15 , Inftrument qui fert au Potier-Tourneur, pour prendre la mefùre en hauteur des différents vafes.
- d y efl: un Plateau de bois plombé qui fert de bafe* c, efl: la Tige cylindrique qui paflfe dans la virole c. e y efl une Virole qui coule le long de la tige c.
- s'
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- 56 EXPLICATION
- cl , eft une Vis en bois pour fixer la virole e à la hauteur qu’on defire. b 9 eft une Traverfe de baleine qui fait l’équerre double, & qui eft mobile par le moyen de la virole e, dans laquelle elle eft fixée.
- Fig ure 16 y eft un Infiniment d’acier, tranchant dans fos extrémités, qui font Courbées en angles droits. Cet infiniment fort au Tourneur pour tournafler les pièces de Porcelaine quand elles font féchées à demir
- Les Figures 17, 18, 1^, 20, 21,22 Sc 23 , font des Inftruments de bois durs , aiguifés en bifoau à leur extrémité, qui fervent au Potier-Tourneur pour donner la forme à la pâte qui eft fur le Tour, Fig. 3 , PL III.
- Fig ure 24, Couvercle de tôle épaifîe, qui fort à fermer l’ouverture fopérieure du Foyer G, lequel couvercle pofo fur les deux repaires marqués i, Fig. 1,
- P L IL
- Figure 25 y Vafo de verre cylindrique, qui fort à faire le précipité de Caffius. Voyez le Mémoire fur les Couleurs.
- PLANCHE TROISIEME.
- Figure x, Fourneau pour la Porcelaine vu de côté.
- Figure 2, Le même Fourneau vu en face.
- Fig ure 3 , Tour pour former les vafos de Porcelaine.
- a y Plateau de bois à l’extrémité de Taxe, fur lequel on met la pâte dont on veut former les vafos.
- b y Grande Roue de bois qui fort à mettre en mouvement la petite roue ou le plateau fupérieur a : cette grande Roue fe meut avec le pied.
- d y eft une Planche for laquelle le Tourneur pofo les vafos qu’il vient de finir. Cy eft une Planche pofée obliquement, contre laquelle le Tourneur s’appuie. e y Autre Planche où l’on pofo la pâte avant qu’on la mette fur le plateau a. fy eft une elpece de Réglé de bois, aiguifée en bifoau dans la partie fopérieure , for laquelle le Tourneur racle fos mains pour en ôter la terre qui s’y eft attachée.
- Gy eft une Planche épaifle & très-folide, dans laquelle pafte l’axe des deux roues a & b, & for laquelle on pofo la terre préparée pour former les vafos.
- PLAN CH E QUATRIEME.
- Figure X , ABCDEFGy Cage de bois féparée en deux par un plancher
- H I K ; la partie fopérieure contient une roue vdentée N, dont les dents
- engrainent dans la lanterne M, Fig. 6 : on fait aller cette roue par la manivelle
- Ly fixée à une des extrémités de fon axe. L’effieu qui traverfo la lanterne M,
- & qui eft pofé verticalement, s’attache au pilon après avoir traverfo le plancher
- HI K. La partie fopérieure du même effieu, eft chargée d’un poids de plomb O y
- dont la fonétion eft d’affujettir le pilon Q, contre le fond concave du mortier ,
- pour faciliter la molination. La Figure y repréfente ce pilon qui eft de deux
- morceaux
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- DES FIGURES.
- morceaux aflujettis enfemble ; i, trou quarré dans lequel entre la partie 4, de Taxé de la lanterne M, Fig, 6 ; 5, portion de la partie fupérieure du même axe.
- Figure 2, Machine à triturer, de l'invention de Kunckel ; c'eft üne boîte dont on a fupprimé les planches antérieures pour qu'on put voir le dedans de là machine ; A B D , un des longs cotés de la boîte, fur lequel font fixées hori-fontalement plufieurs barres de bois E F, entre lefquêlles, & celles de la partie oppofée, peut couler une planche L, Fig, 7 & Fig, 8. La Figuré 8 eft le deflus de cette planche, au milieu de laquelle eft un difque de bois r, au centré duquel s'élève une cheville ; c’éft fur cette cheville qu'on monté la poulie G , Fig, 2, à qui elle fert d'axe t on fait mouvoir cette poulie par le bouton H, qui y eft fixé, au moyen d'une corde à la maniéré des Gagne-petits ; cette cordé n'eft point repréfentée dans la Figuré. A l'autre extrémité de la boîte, font quàtre barres M N, dont on en voit deux, les deux autres font fiippofées dans la planche antérieure : c'eft entre ces barrés que coule le châffis P Q, qui eft traverfé par l'axe du pilon R, Cet axe porte une petite poulie O, fur laquelle^ ainfi que fur la grande poulie G, pafle une corde làns fin V% qui fait tourner lé pilon dans le mortier S ; mais comme il pourroit arriver que la corde V ne fût pas fuffilàmment tendue, on éloigne ou on approche la grande poulie G9 dé la petite poulie O > par le moyen de la vis /, que l'on fait tourner par la manivelle K. Cette méchanique fe voit clairement dans la Fig, 7, quirepréfenté le porte-poulie L, vu en defîous ; I, i, eft la vis ; T, l’écrou.
- Figure 3 repréfente une troifîeme Machine à triturer., A, eft un riiortier dans lequel tourne la meule B 9 qu'on fait mouvoir par la manivelle C.
- Figure 4 eft une Machine propre à laver les terres ; on les délaye dans dé l'eau ; on les laiffe enfiiite repofer un inftant, pour donner le temps aux particules les plus groffieres de fe précipiter au fond du vafè ; & on foudre , par les robinets Z, la liqueur chargée des parties les plus fines de la matière qu'on Veut laver. .
- j ZZ, font des Robinets à 6 pouces les uns des autres.
- PLANCHE CINQUIEME.
- t
- La Figure i repréfente le travail qui fe fait fur le Tour du Lapidaire, pour ôter les grains de fable qui fe font attachés au cul des vafès pendant la cuite de la Porcelaine.
- Figure 2, Tour du Lapidaire vu en perfpeélive.
- a, eft la Table de bois de chêne bien folide Sc attachée au plancher ; cette Table eft divifée en deux parties a & b , par le diaphragme q.
- c, eft une Roue de fer qui eft mile en mouvement par la grande Rouer,
- PûR CELAI NE. P
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- 58 EXPLICATION
- Fig. 3 , qui fe meut elle-même par la manivelle S , Fig. 2 Sc Fig. 3*
- eft une Piece de bois dur un peu conique , qui entre à vis dans la piece de fer en potence m ; cette piece de bois renferme dans la partie infe^ rieure, un morceau de cuivre un peu creux, pour recevoir le fommet de laaxe de fer i, de la Roue de métal c * dont le bout inférieur pofe fur la traverfo h y au point h, où il y a un morceau de cuivre nommé crapaud. Ce crapaud eft pour faciliter la rotation de la Roue c.
- e, eft une Piece de bois enfilée dans une verge de fef fixée à la table, pour foutenir la main de l'Ouvrier. f , eft une Virole de bois , qui tient à la manivelle S. gy Mortaifos où fe meut la traverfe h; cette traverfe fe fixe à la hauteul quon defire, par le moyen de deux chevilles de fer K.
- K y eft une de ces chevilles ; l’autre n’eft pas exprimée ; mais il eft aifé de voir où elle doit être.
- I y Axe de fer de la Roue r, Fig. 3 , qui pofe for la traverfe n au point A. m y Piece de fer fixée à la table & coudée en m y qui a un écrou en u y Fig. 3, pour recevoir la piece conique d9 qui aune vis en t y Fig. 3 y dont l’ufage eft de recevoir le fommet de l’axe de la petite Roue de métal e ; la partie inférieure, de cet axe eft chargée d’une poulie x, Fig. 3 , fur laquelle fe dévuide la corde y y Fig. 3 : cette poulie eft fixée à l’axe par un anneau de bois Z y Fig. 3 y qui tient par vis à l’eflieu L n y Grande Traverfe de bois.
- 0000 3 Pieds de la Table.
- p p y Traverfe aflèmblée à tenons dans les pieds de la Table. q y Diaphragme de bois qui divifo la Table en deux parties.
- Figure 3 , r, Grande Roue de bois autour de laquelle eft une rainure oü poulie pour recevoir la corde de boymy, pour communiquer le mouvement à la petite Roue c. s y Manivelle de fer.
- Figure 4, Gafette vue en perfpeétive.
- Figure 5, Coupe de la même Gafette, où l’on voit l’arrangement des pièces de Porcelaine fou tenues par des chevilles de Porcelaine.
- Figure 6 y font ces mêmes Chevilles faites avec de la terre à Porcelaine.
- PLANCHE SIXIEME.
- 1
- Figure 1 y A y Plan d’un Four nouveau pour cuire la Porcelaine, dont l’intérieur a 14 pieds 8 pouces de hauteur, fur 8 pieds 3 pouces de diamètre, & dont les murs ont 21 pouces d’épaifleur.
- BJ3 B B y Quatré Gorg es diamétralement oppofées, dont les lignes collatérales
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- DES FIGURES. 59
- tendent au centre. Leur ufàge eft de donner paflàge à l’air néceflàire pour animer le feu des quatre Foyers C, qui chauffent le Fourneau par quatre endroits en même temps, afin de produire une chaleur plus forte par la réunion de la flamme en un centre commun.
- CCCC9 Quatre Foyers qui ont chacun un pied de profondeur au-dellous du foi
- DD DD, Quatre Ouvertures d’un pied & demi de hauteur, fut un pied io pouces de largeur, ou on allume le feu, qu’on entretient avec du bois debout pendant quelques heures avant de le tranfporter au-deffus de la gorge , où les bûches fe placent en travers : ces ouvertures D fe ferment avec une plaque de fer de même grandeur. Le mur des gorges a 3 pieds 4 pouces de hauteur , fur un pied d’épaifïèur.
- E, Porte élevée de 3 pieds aü-deflus du loi, de 2 pieds de largeur, fur y pieds 1 o pouces de hauteur : cette porte fert pour introduire les Galettes dans 1 intérieur du Fourneau.
- Figure 2 Plan du Bâtiment dans lequel eft conftruit le Fourneau.
- Figure 3 , Coupe du Bâtiment , faite fur la ligne P Q du plan A> Fig. 1;
- PLANCHE SEPTIEME.
- /
- Figure r, Elévation en perfpeétive du nouveau Four à cuire la Porcelaine.
- Figure 2 9 Coupe géométrale de ce Fourneau, prife fur la ligne MNdu plan A , Fig. 1, PL VL
- E9 La même Porte, dont Ÿexplication eft à la Planche VI, Fig. r.
- Fy Trois Trous quarrés pour placer les Montres, diamétralement oppofes 9 pratiqués au milieu de l’elpace qui eft entre les gorges B, à 4 pieds 8 pouces au-deflus du foi
- G, Cheminée au milieu de la voûte, d’une forme conique, d’un pied 6 pouces de diamètre à l’ouverture inférieure, & d’un pied à la liipérieure.
- Figure 2 , HH, Soupiraux placés au-defîus des trous E, dont la coupe eft marquée AA9 Fig. 3. .
- /, Plateau rond de fer, foutenu par quatre piliers de même métal.
- L, La Coupe géométrale prife lùr la ligne M N, Fig. 1, PL VL ' Figure 3 , Coupe des Soupiraux HH«
- PLANCHE HUIT 1 E ME.
- La Planche VIII repréfente l’Attelier où s’exécutent les travaux des Peintres, des Sculpteurs & des Modeleurs.
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- 6o
- EX? LIC A T10 N DES FIGURES.
- La Figure i repréfente le Fourneau & la Mouffle où Ton fait fondre les Coù*
- leurs fur la Porcelaine (*).
- La Figure n eft TAttelier des Sculpteurs.
- La Figure 5 repréfente un Ouvrier cjui broie les Couleurs 9 & un autre cjuî les tamife.
- La Figure 4 eft le travail des Peintres : on y voit trois Artiftes occupés à peindre différents vafes de Porcelaine.
- (*) Ce Fourneau a été placé par le Graveur très-mal à propos fur une table dans la Planche VIII : il doit être bâti en briques liées avec de m terre à four. Les murs doivent partir du fol & s é-
- lever jufqu’à la hauteur preferite dans le Mémoire fur les Couleurs, page 3 8, où l’on trouvera la defeription de ce Fourneau, ainfi que fes pro? portions.
- Fl N D E L*E X P El CA Tl O IV DiES Fl G U RE S'.
- >
- K-
- )
- DE L’IMPRIMERIE DE U F. DELATOUR. 1772;
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- Fautes ejfentielles à corriger.
- JKy ANT-P R OP OS , page xxxj, ligne 20 » Fig. 1 , PI. V : life?, Fig. 1, Pi. VI.
- Page xxxij, ligne 23 , Fig. 3 , PL VI : Ufei > Fig. 2, PL VII.
- Idem, ligne 27 , les quatre gorges C, Figure 2, PL VI: lifeles quatre gorges B 9 Figure 2 Planche VII.
- Mémoire fur la Porcelaine , page 5*, ligne 22 , fermé avec des douves : life{, formé avec des douves. Page 31, ligne 26, Fig. 2/ , Pl. I ; lifeç, Fig. 23* , PL II.
- Page 34, ligne 32 , mêlée avec fondant quelconque : 1ife\, mêlée avec un fondant quelconque.
- Page y 9, ligne 32 ; Fig. 3, coupe des foupiraux 3HH: life1, Fig. 3 , AA , coupe des foupiraux HH. A la Planche IV, Fig. 3 » le Graveur a oublié de marquer la lettre C au bout de la manivelle•
- V
- y
- Porcelaine.
- Q
- /
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- 4'
- 1 Art de la Pot
- -ceh
- a aie
- PU.
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- *
- Qutils et Coupe d un Fourneau a cuire LPo rtielauie •
- PL II
- IhdnnT^lar^^cJïrî^Fcslïïllÿ
- ^rnv^^arW^^vu^amte^'
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- PL. IV.
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- Dessiné et Gravé par JSF. Ransonneüe .
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- Pi K
- Deé'd'vu^î^foâ.ve par N- Ratwûnmtte
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- Pi VI.
- Dessine et 6rave par Æ Ransonnette .
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- Pl. PE.
- EchelU de
- f f r.f- f
- Piedr.
- Elévation enPenrpeciwe d un Fourneau a ctare la Porcelaine >
- Dcoo-iiié et Gravé par tV. Raihfonnette
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