Descriptions des arts et métiers
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- TABLE
- DES TITRES
- DE L’ART D’EXPLOITER LES MINES
- DE CHARBON DE TERRE.
- SECONDE PARTIE.
- Plan de cettë seconde Partie,
- Wagi ipy
- r e m ï è r e SectioN;
- “Différents degrés de pendage des Veines : Art. IV. De VArchitefture fouterraine des Mi-maniérés de les défigner dans les travaux de nés. 24a
- l’exploitation au Pays de Liege. Page 207 Des bures ou folTes à Houille en général. 2.42 Pendage de Platteures. idem. Fofle à Houille , nommée Maître-bure , Grand
- Pendage de Roiffe. 206 bure , Bure de chargeage. 245
- 'Article premier. Ouvriers employés dans une Des grandes ou longues Mahires -, 8c du parti-Houilliere & à la Houillerie au Pays de Liege. bure. "** 246
- Des deux: courtes Mahires. 247,
- 20p
- Art. II. Des Inflruments , Outils, Uftenfiles, autres équipages -de Houillerie au Pays de Liege.
- 212
- (1°. Inflruments* idem*
- 2°. Outils pour reconnoître l’intérieur* 217
- Outils de Ferronnerie , d’üfage au Pays de Liege, pour foffoyer, avaler les bures. 217
- Courte Mahire, appellée ‘Mahire d’Athier, ou Mahire d’amont-pendage. idem.
- Courte Mahire, nommée defcendante ou de deT. ceïite , Mahire d’Avallée, ou d’aval-pendagev
- idem.
- Burtay, ou Bure d’airage. 248
- Bure à pompes. ' 250
- Première fouille. Outils employés pour la couver- Spouxheux, Puifeüx, Büre avant pendage. 25* if
- ture terreufe. ’ 218
- Seconde fouille. Outils dont on fe fért pour la couverture pierreufe. 219
- Outils employés pour attaquer, tailler, détacher, ^defpieffer la Veiné. 222
- 3 . Uftenfilc3 employés dans les Ouvrages intérieurs.
- Coffres, Panniers, Traîneaux, pour *;L£,r^er & emporter les Houilles dans l’intérieur. 2*3
- Uftenfiles qui fe tirent au jour par les cabeftans* 227 Uftenfiles ou vaîfféaux pour l’épuifement 8c pour l’enlèvement des Eaux. 22 6
- Des Tailles 8c des Voyes foüterraines en général.
- 231]
- Des Tailles 8c Voyes fouterrianes en particulier.
- 2$6
- Niveau ou le Vays du Bure.
- Main droite 8c Main gauche du Levay.
- Boigne - levay , ou Borgne - niveau , ou treflë , Queftrelîe du niveau du Bure*
- Des Montées.
- CoiftreffL , on Gnftftrp.ffè de montée. Demi-montées.
- Des Vallays, ou Vallées.
- Uftenfiles fervant autranfport delà Houille arrivée Demi-Vallay, ou demi-Vallée
- au jour. 228
- Uftenfiles relatifs à quelques manœuvres 8c opérations extérieures. idem.
- Uftenfiles à feu; Uftenfiles d’airage. 229
- Forge du Maréchal, ou approvifionnement de Maréchaudage. 230
- Matériaux de Charpenterie. Ouvrages extérieurs.
- 231
- Intérieur des Ouvrages. 232
- Art. III* De la Houtte, ou Houtehe, & du Her-
- \ 234
- idem*
- Coif-238
- idem, idem2 2$6 idem. 2 60
- Soignes vallays, ou Borgnes vallées. idem.
- Coiftreffes, Queftreftes de Vallays ou de Vallées.
- idem;
- GralleSo idem»
- Demi-Graliê. 261
- Coiftreffes, ou Queftreffes de Gralles* idem;
- .Torrets. idem„
- Bouxtays. _ 262
- De l’air dans les tailles 8c voyes fouterraiiîes des Houillieres. 262s
- Maniéré de tâter le Fouma. 263]
- Mâfchines établies a demeure fur la fuperficie, 8c Manière de fe préfer ver des vapeurs* 264!
- dans 1 intérieur des Houillieres, pour les travaux Du renouvellement dè l’air par le Bure d’aira^e.
- fouterrains. 26&
- 237
- Machines hydrauliques. 238 Ruvalwettes, ou Voyes d’airage*
- Charbon de Terre. IL Part.
- 2 66
- a
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- lJ
- TABLE
- 'Airage des Montées. 267
- Airage des Vallays. idem.
- Aewes. Eaux. 268
- Travaux relatifs aux obftacles qui en rëfultent. idem. Pratiques obfervées pour fe rendre maître des Eaux, avant de les enlever au jour. 271 Des repos puifards ou réfervoirs, & des coupures èc rigoles qui y conduisent les eaux. 272 Du Bougnou, èc de fa conftruétion. 273
- Des Réfervoirs de la Vallée, nommés en particu-, lier Pahages. idem.
- PaxhifTes. 275*
- Cowellement, Cuvellement, Cuvelage. 276 Platte-couve. 277
- Epuifement des Eaux. • idem.
- Areine, Xhorre , Candis, Caniculus. 279
- Travail fur les deux niveaux du Bure. 281 ^Travail d’une Veine qui s’eft trouvée dans la bufe du Bure. 282
- Ouvrage delïous eaux. 283,284
- Art. V. Marche & conduite des ouvrages des Houil-leries , depuis le premier enfoncement fuperjîciel , jufqu’aux travaux dam une mine de Charbon à la plus grande profondeur pojfble. 284
- De l’avallement d’un Bure, sc des Ouvrages qui en dépendent. 285*
- (Euvres de Veines, ou travaux qui s’exécutent dans le Charbon de terre. 288
- Ouvrages d’aval- pendage ou au-defïous du levay, comprenant la pourchafle des Veines non xhor-rées, autrement appellées, Veines de delïous la main, Veines fubmergées, Veines inférieures, Veines au delïous du niveau du xhorre. 293
- Eaux des Ouvrages inférieurs.
- Propriétaire des Minéraux ou Terrageür. 323 Des Maîtres de folles, leurs droits & leurs privilèges. 326
- Du Seigneur arénier, ou Hurtier de l’areine , èc de fes prérogatives. 328
- Des affujettiffements coutumiers concernant les areines. 329
- Des conteftations à vuider par une defcente des Jurés dans les ouvrages fouterrains, de la mefure en terre & au jour, du mefurage des eaux , èc de tout ce qui a rapport aux vilîtes de folfes. 3 3 T Vifites des folfes par autorité de Juftice. 335* Modèle des Rapports de vifites des folfes. 337. Premier Rapport. idem.
- Second Rapport. idem.
- Troifieme Rapport. 338
- Police pour les Bures èc Ouvrages que l’on interrompt pour un temps, ou que l’on abandonne tout à-fait. idem.
- De la reprife des Bures abandonnés ou interrompus ; formalités à obferver lorfque ce font de nouveaux Maîtres qui entreprennent le travail.
- . 34®
- Chartres & privilèges du métier des Houilleurs de la Cité, franchile èc Danii&w© JLiege, concernant la Police du métier èc du commerce. idem.
- i°. Police du Corps de Houillerie. 3411
- Des Gouverneurs 6c Jurés du Métier. idem.
- Des différentes Permilïîons. 342
- Des Compagnons du. Métier, ou des Ouvriers qui ont acquis la grande rate. 343
- Aliémblées du métier de Houillerie. 344
- 2 q6 ^Petite rate du Métier.
- Ouvrages d’amont-pendage , comprenant la pour-chalfe des Veines fupérieures ou’Veines xhor-rées, appellées aulïi Veines fur la main. 298
- Du nivellement fouterrain. 299
- Maniérés de conduire les Ouvrages dans les différents pendages de Veines, èc dans quelques
- occafions particulières. 300
- Travail des Platteures. idem.
- Exploitation des Veines en pendage de roilfes. 302 Maniéré de profiter de la machine à chevaux, pour enlever à la fois tous les Charbons d’une Houilliere, tant ceux qui proviennent des Ouvrages d’amont, que ceux qui proviennent des Ouvrages d’aval-pendage , èc pour amener au Bougnou les eaux trop abondantes des Paxhif-fes. 305
- Travail des Veines défeéïueufes. 309
- Pourchalfes des Ouvrages, quand les Veines fe trouvent interrompues. idem.
- De la conduite particulière à tenir dans l’exploitation, relativement aux principales défeétuo-fités du toit des Veines. 312
- Travail par balfe-taille, ou exploitation des Veines qui ont peu d’épailfeur. idem.
- Miner par Tombes. 313
- Reprifes d’un vieux Bure. 314
- Art. VI. Coutumes & Ufages de Houillerie. idem. Cour des Jurés ou Echevins du Charbonnage. 315* Fondions , obligations èc droits de ces Juges.
- idem.
- Des Sentences & des Amendes. v 318 Des différents Propriétaires, èc des différentes cef-fïons de leurs droits, appellées rendages, redditions de prifes. 319
- . Arnier , ou Maître des mines. 3 20
- Hurtier, ou Maître de la fuperficie ou polfelfeur des combles. 321
- Des Maîtres du fonds ou du Seigneurage, 3 23
- 2°. Police entre Tes Maîtres de folfes, leurs Four-nilfeurs , & les Ouvriers Houilleurs. idem.
- Des journées des Ouvriers, & de l’ordre établi pourries contenir dans leur devoir. 345
- Articles dë-Police en faveur des différents Four-nilfeurs. 3 48
- 30. Police de vente ou de commerce de Houille.
- ’ , 3 4P.
- Offices de Houillerie, ou Offices d’une foffe. 37a Mefures de Houille èc Charbon. 371
- Articles de Police concernant le Commerce. 3 $2. Art. VII. De Vutilité de la Houille dans le Pays de Litge. 3 S3\
- Méthode d’apprêter le Charbon de terre pour le chauffage dans le Pays de Li*3*- 355
- Préparation en des Houilles ou Terroules
- pour ^ «chauffage. 35^ » 694
- d^eparation de la Terroule dans le Mar-quifat de Franchimont. 378,694
- Méthode de fe fervir des Houilles èc Terroules pour le chauffage. idem, 694
- Des porte-feux, nommés à Liege, fers à feu. 3^9 Des feux de Houille ; maniéré de les difpofet dans les cheminées. idem.
- Maniéré de conduire, d’entretenir èc de renouveler le feu , lorfque les hochets ont produit la plus grande partie de leur effet. 361!
- Feux de Terroule. idem.
- Feux de Poele dans le Limbourg èc dans le Marquifat de Franchimont. 3 62, 695*
- Des Cheminées d’Appartement.
- 1°. Cheminées en Chapelle.
- 2°. Cheminées en ceil-de-bœuf.
- 30. Cheminées à deux ufages.
- Des Cheminées de Cuifine.
- Garnitures, fers de feux, ou uflenfiles de cheminées. 3 66
- Pays d’Outre-Meufe > Comté de Dalem, 368,
- 363 ,364 idem,
- .3<s,r,
- idem;
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- DES TITRES.
- Ouvrages ou bois de Charpenterie employés pour letançonnage & aux travaux fouterrains. 370 Détails particuliers fur les mines de Charbons de Houfe 6c de Sarrolay. 371
- Exploitation d’une Veine furjettée, ou débauchée en furjet. . . 574
- Exploitation d’une mine en Niaie, ou en Bou-routte. ^ '37 S
- Réglement général en matière de Houillerie, pour la Province de Limbourg, du y Mars 165)4.
- 727
- Réglements anciens & nouveaux, concernant la Navigation de Condé en Hainaut....... Statuts
- & Ordonnances fur la conduite de la Navigation d’entre les Villes de Mons & Condé ; en-tretenement des Rivières ; Réglement des Ven-tailles 6c tenues d’eaux y fervantes, du 17 Mai
- ryp6. . * 734
- Arrêt du Confeil d’Etat du Roi, en forme de Réglement, du 4 Septembre 1718, concernant la Navigation de Condé» 73 y
- Seconde Section*
- Article I. Exploitation commerce du Ckarbon
- de terre en Angleterre. 376
- Des Terres marneufes & argiileufes. idem.
- Chalky-Land. 377
- Clay-Lands. ' 378
- Supplément aux defcriptions des mines des Charbons d’Angleterre, par ordre des couches qui les compofent- • 3 79
- Etat des différentes couches ( bed ) , dont eft com-pofée la mine de Charbon de Tipton , près Bir-mengham & Wolverhampton en Warvick-Shire , avec la hauteur de chaque couche, félon les mefures Angloifes. 380
- Duché de Cumberland. 382
- jComté de Durham * à quelques milles du chemin de Newcaftle. idem.
- Ecoffe. ' 383
- iTableau plus corred & plus abrégé des mines de Charbon d’Angleterre, décrites dans la première Partie. Extrait de la Brochure An-gloife , publiée en 176p. 384
- Pays d’entre Durham & Newcaftle, rempli particuliérement de mines de Charbon. idem.
- Lancashire. idem.
- Northumberîand, ,à Widrington près de Ber-wick. 385
- Scotland à l’Orient de Lothian, Tranent, Bal-doe , Maidftone, Falkirk. idem.
- JStasfordshire, tirant un peu à l’oueft de Dudley.
- idem
- Près Litchfield. * 386
- 'A Burnet Queen-Charîeton , ou Brifleton dans le Comté de Sommcrfet. idem
- Sommerfetshire. Chew-magna ; à Sutron 9 pr^s Stowy. 387
- Stony-Eafton, plufieurs mines. idem.
- Shropshire, dans le Brofely, le Bently, Pitche-ford, &c. idem.
- Maniéré de traiter avec cet Ouvrier , fes engagements. 397
- Royaltie ou Privilège Royal , 6c autres ufages concernant la fouille d’un terrein. 398
- Des Recherches préliminaires à l’enfoncement d’un puits de mine. 3 99
- Grande machine à enlever le Charbon des mines de isewcaftie.
- Petite machine à enlever le Charbon, appellée communément The Wim-Gin. idem.
- Chariot à Charbon ( Coal-Waggon ) pour tranf-porter en magafin près de la riviere, du Charbon qui fe tire d’une mine fituée fur une hauteur. 698
- Travail qui fe fait pour arriver à la Veine , 6c s’y ouvrir un premier chemin. 400
- Des vapeurs de mines dans les carrières de Charbon de Newcaftle. 402, 65)9.
- Travaux pour détourner les eaux , Stream-Wotks.
- 4°4
- Etat de la Pompe à feu, exécutée pour la mine de Charbon de Griff, près de Cowentry, en Warwick-Shire. 408
- Différences de qualité «dans les Charbons d’Angleterre. 412'
- Des Charbons de Newcaftle, & de ceux qui font d’une qualité approchante. idem.
- Maniérés particulières d’apprêter les Charbons de terre pour divers ufages. 414
- Des Charbons de terre étouffés & torréfiés au feu. 417,701
- Tentative faite en Angleterre pour fondre la mine de fer dans des fours de réverbere, avec des Charbons de pierre. 416, 699
- Qualités de Charbons d’autres endroits de l’An-gicton-rp , de l’Ecofle 6c de l’Irlande. 418 Province de Mercie. idem.
- Province de Wetfex. 419
- Exploitation des mines de Charbon en Angleterre, Commerce du Charbon de terre en Angleterre 5 confédérée dans quelques points particuliers, fon origine 6c fes progrès. ’ 422
- &c. 388 Du commerce de Charbon de terre à Newcaftle
- Tarriere Angloife. 388,697
- Defcription de la Tarriere Angloife, (Berkbo-rer, Mitzngeh’ohr - Leupoldi ) par M. Martin Triewald, de l’Académie Royale des Sciences de Suede. 389,697
- Partie fupérieure ou tête de la Tarriere. 390 Partie moyenne. idem.
- Partie inférieure. ibid.
- Du &rou de fonde, 6c de la maniéré de fe fervir de la Tarriere.
- Appareils pour élever & faire retomber la Tarriere, ou la retirer du trou de fonde. 393 Pit-man , Ouvriers mineurs. ^97
- Du Maître Foreur»
- en particulier, & de fes îoix. 4,29
- Gouverneurs, Intendants & Clercs de la Confrairie des Hoaft-men de Newcaftle. 430
- Police pour les Débitants de Charbons, les Propriétaires de Navires, les Allégé^ du Port dans Newcaftle, &c. 432
- Prix des Charbons de terre en différents endroits de la Grande-Bretagne. 434
- Des Droits fur les Charbons de terre. 435*
- Commerce ou trafic du Charbon de terre dans la Ville de Londres. 437
- Loi contre les Affociations tendantes à hauffer le prix des Charbons de terre pour l’yfage de
- 397 Londres & de fon voifinage.
- 432
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- 'V
- TABLE
- IV
- Art. II. Notice Hiftorique de Mines ou Carrières de Charbons de terre en différentes parties du Globe. 440
- Afie. 441
- .Terres Ar&iques ou Amérique feptentrionale, dite Mexicane. idem.
- Partie feptentrionale de l’Afie & de l’Europe 442 Mer Baltique , ou Mer Interne. idem.
- Europe. idem.
- Charbon de terre dans une mine d’Ardoife, fituée près la Manufacture d’AIun , Terre de Maetorp,
- à Bellinger, Saeter, Seigneurie de Wadsbourg en Weffgothie. 444
- Hainaut Impérial, ou Hainaut Autrichien. 4J2 Comté de Namur. idem.
- Obfervation d’une abflinence de nourriture fur un Houilleur enfermé pendant huit jours dans une Houilliere de Charleroy. 4^4
- Pays Montois. 45 6
- Différents ufages auxquels on emploie la Houille à Tournay. 460
- Troisième Section.
- Exploitation , commerce 8c ufage du Charbon de terre en France. 461
- Article I. Provinces dont les Charbons ne peuvent être exportés dans la Capitale. 462
- Hainaut François. idem.
- Exploitation. idem.
- Outils & uftenffles employés dans les folTes du Hainaut François. idem.
- Dénominations des eaux de mm©e dans le Hai-naut François ; différentes machines employées à les enlever au jour. 46y
- Defcription de la pompe à feu, établie pour la mine de Charbon de Frefnes, proche Condé.
- 468
- Exploitation des premières folles qui ont été ouvertes dans la Banlieue de Valenciennes. 477 Manœuvre pour la conftrudion 8c le cuvelage d’une foffe. idem.
- Allures des Veines, 480
- Ouvrages de Veines. 481
- Etat des Ouvrages à Anzin 8c à Frefnes, dans l’année 175” 6. 482
- Qualités, prix 8c ufages du Charbon de terre du Hainaut François. 485
- De la Houille employée au chauffage dans le
- territoire de Valenciennes. 48^
- Procédé ufïté à Valenciennes pour faire des Bri~ quettes propres au chauffage , terres qu’on y emploie, 8cc. 487
- Exploitation 8c commerce du Charbon de terre
- par charrois 8c par bateaux. 485?
- ‘Hiftoire des droits fur les Charbons de terre dans les diredions de Lille 8c de Valenciennes, juf-qu’au 4 Mai 1761. 490
- Obfervations. 493,701
- fBoulonnois. 494
- Artois.
- Franche-Comté. 496
- Lyonnois. 49 &
- Des Charbonnières ou Carrières de Charbon du Lyonnois., S°4 s J02
- Defcription d’une carrière de Charbon du Lyon-nois, par M. delà Tourette, Secrétaire perpétuel de VAcadémie Royale des Sciences > Arts & Belles-Lettres de Lyon , Correfpondant de l’Académie Royale des Sciences de Paris, yo6 Extraction du Charbon; maniéré d’attaquer, de fendre la mine, par M. Gaultier. 508, 703 Travail du raffou ou de la mine de deffous. y 10 Travail du fomba ou de la mine de deffus. yn Des Eaux. y 12
- Touffe, force, défaut d’air. 513
- Arpentage appelle Mensuration fôüterraine, ou Boulage. y 14
- Ufages pour l’entreprife de la fouille des carrières de Charbon, avant 8c depuis la conceflion. y 17
- Différences 8c qualités de Charbon des carrierei
- de Rive-de-Gier, y 17.
- Commerce du Charbon de terre du Lyonnois. y 19 Contenance des Benes. 7°4
- Ufages particuliers auxquels on emploie le Charbon de terre dans le Lyonnois. S22
- Notice des Pierres que l’on réduit en Chaux dans les fours établis le long du Rhône : conftruc-tîon d’un fbur uù. l’or» ouïr des Cailloux de ce fleuve, pour faire de la Chaux : manière de gouverner cette calcination. idem.
- Poêles économiques à l’ufage des pauvres, pour fe chauffer 8c pour faire une petite cuifine. y 24 Effais de fabrication de Charbon de terre de Rive-de-Gier , avec des terres des environs de Lyon. S2S\
- Confommation de Charbon dans le Lyonnois. 707 Beaujolois. 521 > l1 II
- Haut-Dauphiné, ' 527
- Graifivaudan. 528
- Gapençois. 529
- Provence. idem.
- Comtat Venaifïin. idem.
- Languedoc. y 3°
- Haute-Guyenne. S31
- Obfervations faites fur la Montagne de feu, par M. l’Abbé Marie. y32
- ExtraéHon 8c ufages de Charbon de terre, y3^ Maniéré de fécher au feu de Charbon de terre
- de grandes 8c de petites provifions de châtai-
- gnes. S3S
- Commerce du Charbon de terre des mines de
- Rouergue. $3 7t
- Périgord. 537
- Bas-Limoufîp- 540
- J3 n jr'T’A G N E . J4X1
- Gomté Mantois. idem.
- Outils employés aux travaux de la mine de Chapelle-Montrelais. y 42
- Idée générale des travaux de mine, 8c du corn-;
- merce du Charbon de Montrelais. y 43
- Mine de Charbon de Nort J qualité 8c commerce de ce Charbon. yq4
- Haut 8c Bas-AnJou. y4yj
- Saumurois. idem.
- Précis fur les mines d’Anjou , fur la maniéré dont elles fe travailloient, & fur les ufages qui s’ob-fervôient pour leur entreprife. y47
- Mémoire hiftorique touchant les concevions obtenues fur les mines de Charbon de la Province d’Anjou» kJS°
- Etat des travaux fuivis dans les mines de Saint-Georges-de-Chatelaifon, dreffé par M. de Voglie , Ingénieur du Roi en chef pour les» Ponts & Chauffées à Tours. y y 3.
- Etat des travaux de la mine de Charbon de Saint-
- Aubin- de-Luigné,
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- ES TITRES,
- Âubin-de-Luigîié, par M. de Voglie» , sss Exploitation des mines d’Anjou, par M. de Tilly» 559
- Qualité du Charbon de terre d’Anjou. J64 Commerce du Charbon de terre d’Anjou. 567 Résultat de Comparaison. . 5
- De quelques Droits particuliers qui fe perçoivent fur la riviere de Loire. 711
- Droit de Boîte, Fait des Marchands, Compagnie des Marchands fréquentants la riviere de Loire.
- 712
- Cloifon. Clouaifon ; Droit de Cloifon. 71 J*
- Basse-Normandie.
- Bocage ou Pays Beflin ; commerce du Charbon de terre étranger dans la Haute-Normandie, au Havre-de-Grace 2c à Rouen. 569
- Provinces dont les Charbons peuvent venir à Paris. SI1
- Bourgogne. idem,
- Charolois. idem,
- Nivernois. _ J74
- 'Art. II. Provinces qui fournirent Paris. 578
- Bourbon nois. idem,
- Noyan. 582
- Forez. .
- Indications des principales Charbonnières duForez, accompagnées de Remarques fur la qualité du Charbon quelles fourniflent. J84
- Des mines de Charbon de terre de la Limagne.
- J**
- Fofles de Sainte - Florine, de Frugeres 2c de Bralfac; prix & qualité des Charbons qui en proviennent. $92.
- Megecote, mine qui brûle. 59y
- Commerce du Charbon de terre d’Auvergne fur les rivières d’Allier 2c de Loire. 5*97
- Islê de France.
- Recherches faites en 177!, dans les endroits qui ont été fouillés près de Noyon, pour trouver du Charbon de terre. - 596
- Remarque fur les fubftances foiïiles, appellées Charbon minéral, Charbon fojjile » Terroule, Tourbe, 2c autres fujettes à être prifes pour du Charbon de terre. 604
- Légiflation Françoife relative aux mines ou car-* rieres du Charbon. 609
- Arrêt du Confeil d’Etat du Roi, portant Réglement pour l’exploitation des mines de Houille ou Charbon de terre, du 14 Janvier 1744.
- , « / , 612
- Examen de ce Reglement ^ 2 ^
- Le préambule de l’Arrêt n’autorife en aucune maniéré les conceffions. 618
- Le Réglement maintient les Propriétaires dans tous leurs droits. 622
- Réflexions de M. de Voglie fur ce Réglement de 1744. 624
- Obfervarions fur les remarques de M. de Voglie.
- 629
- Commerce du Charbon de terre en France. 626 Hiftoire raifonnée des différents Droits d’entrée, impofés en France fur le Charbon de terre étranger, fuivie des Réflexions fur l’augmentation de ces Droits à l’entrée, & fur l’exemption totale à la circulation. 627
- Réflexions fur le premier moyen. 6^1
- Réflexions fur le fécond moyen. <5^
- Arrêt du Confeil d’Etat du Roi, qui réglé les Droits à percevoir fur les Charbons de terre étrangers qui viennent dans le Royaume par mer, &c, du 18 Septembre 1763. 719
- Du jaugeage des Bâtiments de mer. 720
- Charbon de Terre. II. Part.
- y.
- Obfervations fur les différentes mefurèâ d’ufagé dans le commerce du Charbon de terre.
- 636, 722
- Navigation du Charbon de Forez, de l’Auvergne , du Bourbonnois & autres, par le Canal de Briare jufqu’à Nemours. 63%
- Àdminiftration économique, ou Police de navigation fur le Canal. 639!
- Police de commerce fur le Canal de Briare, ou Jurifdidion du Bureau de la Ville fur la navigation du Canal. . 642
- Canal de Loin. 643;
- Du commerce du Charbon de terre dans la Ville de Paris. 645;
- De l’Hôtel-de-Ville de Paris ; origine de fon inf-pedion fur le commerce de Riviere. 644 Bureau de l’Hôtel-de-Ville. 648
- Grands-Officiers de Ville ; leurs privilèges, idem» Idée générale des Loix du commerce des Mar-chandifes voiturées par eau, pour la provifion de Paris, 2c qui arrivent & font déchargées dans les Ports de cette Capitale, d’après l’Ordonnance de Louis XIV, du mois de Décembre 1672, pour la Ville de Paris. 6yo
- Des Marri’»"'1* charbon de terre. 6$4
- Marchands Forains. 65y.
- Marchands Bourgeois. idem.
- Petits Officiers de Ville, nommés Officiers fur les Ports. - ^ 676
- Gardes - Bateaux, Equipeurs, Boutes - à - Port * Metteurs-à-Port,Débacleurs, Planchéïeurs. idem. Déchireurs 2c Infpe&eurs au déchirage des Bateaux. 658
- Charges 2c Offices établis fur les Ports pour la vente du Charbon de terre, droits, fondions, émoluments, profits, privilèges , exemptions, franchifes & gages attachés à ces Officiers. Des anciens Officiers-Mefureurs de Charbon de terre de la Ville, Fauxbourgs & Banlieue de Paris.
- idem.
- Nouveaux Officiers Jurés Mefureurs & Porteurs.
- 6611
- Ordonnance de Charles VI, du mois de Février 1415 , concernant la Jurifdidion de l’Hôtel-de-Ville de Paris. Des Mefureurs de Charbon.
- 662
- Ordonnance de 1672, concernant la Jurifdidior* de la Ville de Paris, 2c les fondions des Jurés-Mefureurs. 664
- Sentence du 21 Juin 1708 , concernant le Charbon de terre, entre les Syndics 2c Communauté des Officiers-Mefureurs , Contrôleurs 2l Vifiteurs de Charbon de la Ville, Fauxbourgs 2c Banlieue d® P
- î»ri«î , Demandeurs & Défendeurs; & Jean Foyneau , Marchand de Charbon de terre Forain, Propriétaire de la Char-bonnerie de la Roche en Forez, Défendeur & Demandeur. idem*
- Anciens Jurés-Porteurs de Charbon. 66%
- Droits attribués aux Offices de Jurés Mefureurs 2c Porteurs de Charbon de terre. 666
- Garres, Entrepôts, Magafins de Charbon de terre dans la Banlieue de Paris. 669
- Police qui s’obferve dans les Garres & Ports au-deffus 2c au-defïbus de Paris, tant pour le lâchage 2c garrage des Bateaux aux Ports de deftination, que pour le placement & la décharge des Marchandées, &c. 671
- Police relative aux Charbons de terre amenés par eau pour la confommation de Paris, au-deffus de la Ville, 2c autres defeendants la riviere de yieine en paffe-de-bout. 673
- b
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- TABLE
- vj
- Entrepôt de commerce du Charbon de terre dans la Ville de Paris. 676
- Police de Vente dans la Ville & les Fauxbourgs
- ""de Paris. 678
- Mefurage, Mefure. 680
- Droits qui fe perçoivent fur les Charbons de terre
- entrant dans Paris. 681
- Domaine & Barrage. 682
- Vingtièmes de l’Hôpital. idem.
- Sols pour livre. idem.
- Droit de Halle & Garre, ou Droit de Ville. 683
- Droit de Riviere, Droit de Contribution, idem.
- Droit d’arrivage. idem.
- Droit principal, ou Droits des Officiers de Char-
- bon de terre & de bois , & des petits Officiers
- fur les Ports. idem.
- Etat du produit des Droits fur les Charbons de terre entrés à Paris pendant la troifieme année du bail d’Henriet, commencé le premier Octobre 1778, & fini au dernier Septembre
- Ï75P. . 684.
- Etat des différents Droits qui fe perçoivent fur les Charbons de terre arrivants par eau à Paris pour y être vendus, & d’autres frais. 686
- Quittance du Receveur des Droits. 687
- Recherches & remarques fur la charge des bateaux de Charbon de terre, qui viennent dans les Ports de Paris : fur la confommation de ce fofiile dans cette Capitale, & fur fon évaluation en argent. 688
- Concîufion de ces trois premières Sedions. 692.
- Quatrième Section.
- Effai de Théorie pratique fur l’Art d’exploiter les mines de Charbon de Terre, & fur les différentes maniérés d’employer ce fofiile dans les Atteliers ou Manufaétures , pour les ufages domeftiques , &c„ 75^
- De la recherche des mines de Charbon de Terre.
- 741
- Vues générales fur la fuperficie extérieure de la terre, comparée avec fa fuperficie ifltérieure. 742 Divifion des Montagnes. 74/
- Montagne du premier ordre, Montagnes primitives ou de la vieille Roche, appellées aufîi Montagnes à filons. idem.
- Montagnes du fécond ordre, Montagnes par couches , par dépôts. 746
- Couches des Montagnes du fécond ordre. 750 Pente des Montagnes. 751
- Marches différentes des lits de fubftances terreu-fes. idem.
- Article premier.
- Des connoiflances qui ont rapport à l’ufage des Inftruments de Géométrie dans la pratique de l’exploitation. 75*2
- Abrégé de Cofmographie Aftronomique, relatif aux opérations des mines. 754
- Des cercles de la Sphere en général, & de leur divifion. idem.
- Des principaux cercles de la Sphere, & de leurs différents rapports entr’eux, 756
- Des Pôles. 76j.
- Points de l’horizon. idem.
- ïnftruétîon pou* s’orienter de jour & de rm'«- 7^3
- Des Inftruments propres à meiurer le temps & à marquer les heures. 764
- Des Cadrans folaires. idem.
- Méthode facile pour tracer des Cadrans verticaux à toutes fortes de pofitions. 769
- Des Cadrans dire&s ou réguliers. idem.
- Des Cadrans déclinants ou irréguliers. 770 Des Montres. 773
- De quelques attentions à prendre en portant ou pofant fa Montre. 774
- Avis concernant les moyens de régler les Montres, tant (impies qu’à répétition. 775
- Maniéré de régler une Montre en fe fervant d’un cadran à bouffole ou bouffole horaire. 776 Ufages de la Table. 777
- Remarque première. idem.
- Remarque fécondé. idem.
- De l’application des Mathématiques aux travaux des mines. 778
- Des mefures mathématiques. 78*-
- Des mefures courantes employées à la menfuration des mines. idem*
- Echaîne, plus communément appellée Chaîne 9 Arvipendium. 7 82
- Des Inftruments qui peuvent compofer l’appatei!
- mathématique d’un Ingénieur-Houilleur. 783] Niveau. Chorabatte. G. Wasser- Waage. Grad Bogen. Libella. 784.
- Fauffe Equerre, Récipiangle, Mefure-Angle. 785* Pomme en forme d’Equerre d’Arpenteur. idem« Rapporteur; îranfportatorium circulare. 786,
- Graphometre , demi-cercle. Hemi-Cyclium. , idem» Aftrolabe. Afirolabium, Cojmolabium, AJlrolapfus 9 Sufpenforium, Armilla fufpenforia , Planijphe-rium ; Latin. Athlantica, Alphantia, Albanthica* Arab. Walzagora. 787
- Du Compas de proportion, & de celui appelle SeBeur Anglois. 788
- Quartier de Rédudion. 79W
- Ligne ou Echelle des nombres, Réglé logarith-; mique de Gunter ; Echelle Angloife , ou Echelle des Logarithmes. 792
- Du Magnétifme. • idem•
- De la Pierre d’Aimant ; maniéré de trouver fes pôles principaux, de lui procurer de la force» de la lui entretenir, & de communiquer fa vertu aux aiguilles de Bouffoles. 795
- Du compas de mines , nommé ordî«*«cuient Bouffole de mmzs - manuelle ou Bouffole de
- main m 796
- I>u limbe circulaire de la Bouffole. 7517
- Circonftances remarquables, relativement à l’aiguille de la Bouffole. idem*
- Ecarts ou variations de l’aiguille aimantée ; maniéré de les connoître ; caufes qui les occafion-nent; moyens d’y remédier. 799
- Pratique abrégée de Géométrie fouterraine. 800 De iTchnographie ou plan géométral d’une mine. 802
- Orthographie, profil, plan élevé ou coupe d’une mine , ReBa piBura.
- Principaux problèmes de Géométrie fouterraine , avec leur folution. 804
- I. Déterminer la profondeur d’un puits de mine.îdem.
- II. Déterminer quel point de la furface» de la terre répond au-deffus d’un point donné dans une des Galeries fouterraines de la mine. idem.
- III. Déterminer un point de la mine qui cor-
- refpondra verticalement à un point donné au-deffus. 805*
- IV. Communiquer d’un point fur la furface de la
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-
-
- V
- ES TITRES.
- terre * à un point ou lieu donné dans l’intérieur de la mine. 805*
- ,V. Tracer la communication ou la ligne qui communique d’une mine à une autre. idem,
- LVI. Déterminer la direction d’une Galerie dans
- laquelle on ne peut faire ufage de la Bouflble , l’aiguille étant troublée par l’a&ion d’une mine de fer. idem.
- Vil. Tracer une ligne droite fur un terrein inégal , & incliné à l’horizon. . 806
- VIII. Tracer une ligne droite à travers un terrein impraticable, ou plutôt trouver les deux extrémités , & la direftion à chaque extrémité de la ligne que Ion fuppofe traverfer le terrein. idem,
- IX. & X. Trouver la fituation , c’eft-à-dire, la direction & le pendage de la Veine. idem,
- XI. Application des principes établis à un cas
- particulier : ou opérations qui doivent fe faire à la furface du terrein, pour la réfolution de la plupart des problèmes. 808
- Digne qu’il faut mefurer à travers des plans inclinés. idem.
- Réglé particulière pour convertir les décimales en pouces. 810
- XII. Déterminer le tempo a. pour re«
- monter un puits de y 00 pieds , dans une mine où il y a un fécond puits , pag, 811. Voyez Analogie, Table des matières.
- XIII. Calculer combien il refte à fouiller un puits en profondeur, pour rencontrer le niveau d’une Areine commencée au pied de la montagne. 812
- XIV. Maniéré de tracer les concédions. 814
- *
- Article Second.
- jConfidérations préliminaires fur les fouilles de Char- ' bon de terre à entreprendre en grand. 8 3 y Parère ou avis & confeils fur les Sociétés, pour les entreprifes de mines. 818
- Modèle de defcription ichnographique d’une mine ou carrière de Charbon de terre. 820
- Modèle de defcription orthographique d’une carrière confédérée en exploitation. * 821
- Spéculations principales, relatives à l’adminiftra-tion d’une mine.
- Des loix 8c de la procédure fur le fait des mines ; cara&eres elfentiels qui conviennent à cette Ju-rifprudence ; remarques fur celle qui eft établie au pays de Liege. 827
- Rôle ou Plan minuté pour procéder aux vifïtes d’Ouvrages fouterrains. g^
- iTableau général des dépenfes qu’evïge un éta-bliflement de mine. idem.
- Réfumé pour fervir de Journal d’exploitation. 839 Equipage d’un attelier de mine, ou dénombrement des approvifionnements néceflaires pour l’exploitation d’une carrière de Charbon de terre. idem.
- Des deux principaux atteliers & approvifionnements des mines. 840
- Du Fer confidéré à la forge. 842
- Maniérés de reconnoître les qualités du Fer. 847 Maniérés ufitées en Suede 8c en Angleterre, d’ef-fayer la qualité du Fer. 848
- De l’Acier. 849
- Procédé pour reconnoître à la fois le degré de chaleur qui convient pour fouder l’Acier, pour le tremper avec avantage, & connoître fa qualité par la beauté de fon grain, 850
- Méthode d’acérer les Outils. gj2
- De la trempe de l’Acier. idem.
- Du Recuit. 854
- Des différents bois à emmagafiner pour les en-
- treprifes de mines. idem*
- Aulne de nos Bois. Bourgene. Verne.’ 8yy
- Bouleau. idem,
- Gerifier. 8y6
- Charme ordinaire des Jardins & des Bois, idem. Chêne des Bois. idem*
- Cormier, Sorbier ordinaire. 8yj
- Cornouillier. idem.
- Frêne de la grande efpece, 8y8
- Hêtre , Fouteau, f au. idem*
- Meleze. idem.
- Orme. 859
- Peuplier blanc à large feuille ; le grand Tremble noir. idem.
- Saule ordinaire , Saulx. 86o
- De quelques autres matériaux en général, comme Pierres , Briques, &c. idem.
- De la Poudre à canon. 86li
- De la fituation favorable d’une mine. 862.
- Remarques générales fur la grandeur avantageufe des Roues des voitures de tranfport ; éclair-ciffements fur le chariot I levier de la mine de Worthington en Angleterre , & fur la conftruc-tion du chemin fait exprès pour cette voiture.idem. Commentaire # fur quelques principales circonf-tances pratiques, 8c fur différentes manoeuvres de l’exploitation. g 6g
- Des Failles. idem.
- Des eaux, des fentes aqueufes ou ouvertures qui donnent > de l’eau dans les mines, & de l’iffue qu’on pratique à ces e^ux au pied d’une montagne. ! 871
- Détails circonftanciés fur la marche particulière que les Veines de Charbon tiennent dans la terre.874 Diredion, Cours, Allure des Veines.
- Maniéré de défigner cette circonftance par les degrés de la Bouffole. 875*
- Pendage desVeines;maniere de le défigner parles degrés de la bouffole, de le reconnoître à l’aide de ces inftruments, &de différentes méthodes. 876 Différents moyens pour la perquifition de l’alluré & du pendage des Veines. 8 81]
- Explication détaillée de la Planche 34. 884
- Premier appareil, j%. 2. 886
- Second appareil, fig, 5. . 887
- Des Foffes ou Puits de mines confidérés dans leur nombre , profondeur, &c. idem.
- Du nombre des Bures ou Puits de mines fur une Houilliere. . 888
- De l’étançonnage des Puits & des Galeries de mines. 891
- Réfumé abrégé fur quelques points de l’exploitation , à la maniéré des Houilleurs Liégeois 8c
- des Houilleurs: Augloic. $94
- Maniéré d’exploiter avec avantage, félon la métho* de de M. Triewald, une Veine de Charbon à pendage de platteure , qui ne peut être entamée par une galerie de pied. 898
- Menfuration, mefure de mines ; maniéré de fe paTer de l’aimant pour communiquer la vertu magnétique à la bouffole. 901
- Des travaux de mines qui s’exécutent par le fe-cours des machines. 909
- Nécefïité de la méchanique pour le fuccès de ces opérations. idem,
- Puiffances méchaniques, plus proprement dites forces mouvantes, 911
- Du levier; Veëtis , Porreétum, 912
- Des Poulies & des Roues, autrement appellées Mollettes ; par les Liégeois, Rolles ; en latin, Tm« chlidium9 Monofpajies^ Orbiculus, Trochleafimplex,
- r
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- Vllp
- TABLE
- Du Treuil, & des machines qui s’y rapportent. 914. Axe dans le tambour, ou Eflieu dans le tour ; roue dans fon eflieu, ou Amplement tour ; Axis in peritrochio. 915
- Machines funiculaires, Funes duttarii, cordes, G.
- Gepel Seil. 916
- De la force des cordes, comparée avec la fomme des forces des fils ou brins qui les compofent, de avec leurs poids. 917
- Des Machines compofées en général. 92/1
- Des Rouages ou Roues dentées. 924
- Généralités phyfiques fur l’air, appliquées aux vapeurs ou exhalaifons fouterraines, de au choix des moyens propres à établir dans les mines un libre courant d’air. 928
- Des Vapeurs fouterraines, ou de l’air des mines de des phénomènes qui lui font ordinaires, idem. Des propriétés de des qualités de l’air en général. 934
- Des Inftruments propres à déterminer les différents changements qui arrivent à l’air, confi-déré comme corps à reffort, de comme pefant ; & fes degrés de température. 9 37
- Des Baromètres. idem.
- Des Thermomètres. 939
- Table comparée des degrés des Thermomètres les plus connus, avec le Thermomètre de M. de Réaumur. idem,
- Obfervations barométriques & thermométriques, faites dans plufieurs mines métalliques, de dans quelques carrières de Charbon de terre. 940 Obfervation thermométrique, faite dans la mine de Charbon de terre d’Ardinghem, le iy Juillet 1741, avec le Thermomètre de Mi-cheli. 941
- Obfervations barométriques, faites dans la mine de Sahlberg en Suede, dans la Weftmanie (4), par le Profeffeur André Celfius. idem.
- Obfervation barométrique, faite à la follicitation de M. de la Hire le fils , en 1711 , par M. Vallerius, Diredeur des Mines de Fahlun, nommées aufii Copperberg, extraite d’une Lettre écrite d’Upfal. 942
- Expérience barométrique , faite dans les mines par M. Stroemer. 944
- Obfervation thermométrique & barométrique, faite en hiver dans la mine de Cheifly, en Lyon-nois, par M. Jars, avec le Thermomètre de M. de Réaumur. idem.
- pbfervations thermométriques, faites dans des jours chauds de l’été, dans la même mine de Cheifly , par M. Jars. idem.
- Différents moyens de changer l’air des mines. 946 Obfervations fur la circulation de les
- mines , par feu M. Jars. . 947
- De la marche de l’air dans les puits de mines, comparée avec celle du courant de l’air dans les cheminées, par M. Franklin. 949
- Du changement d’air naturel dans les mines. 991 Du changement artificiel d’air dans les mines. 974 Puits à air ; leurs différences. 95* y
- Puits de refpirations , foupiraux, burtaux des Liégeois; G.Windfchachty lat. Putei fpiritales.
- idem.
- Des Puits à air, ou Puits d’airage proprement dits. 9 5 6
- Bure d’airage félon la méthode Liégeoife. idem. Tuyaux à air, Canaux à vent ou Porte-Vents, nomûiés dans les mines métalliques , Ventoufes.
- 9 y s
- Machines a air, Machinæ pneumatieæ, Machinée fpiritales : G, Gezeige, Sowetter, Bringen. 961^
- Des Machines à air, mues par l’air extérieur feuï* ou par l’air extérieur aidé de quelqu’autre puiflance. 962
- Hutte ou Baraque à air, de l’invention de M.
- Triewald. 964
- Des Soufflets fimples. 969
- Réflexions fur les moyens précédents. 966 Des Soufflets nommés Ventilateurs. idem.
- Machine > Roue à foufflet, Roue centrifuge du Do&eur Etienne Haies. idem.
- Soufflets ventilateurs du Doéleur Defaguliers. 967 Du feu appliqué à l’embouchure des mines, pour y renouveller l’air des ouvrages fouterrains. 968 Du Fourneau ventilateur de M. Sutton, nommé en Ecoffe, Lampe à feu. 969
- Exécution du Fourneau ventilateur de M. Sutton, dans la mine du fieur Richard Ridley, appel-lée Biker, à quelques lieues de Newcaftle , par M. Triewald ; de remarques du Conftruâeur à ce fujet. 970
- Réflexions générales fur les différentes maniérés d’établir la circulation de l’air dans les mines, de fur ce qu’il y auroit à faire pour les porter au degré de perfeélion , dont elles peuvent
- être fufceptibîec 97^i
- Recherches & Confeils de Médecine fur les Maladies & accidents qui mettent en danger la fanté de la vie des Ouvriers de mines. 977 Des incommodités ou maladies que les Houilleurs peuvent contraéler à la longue. 979
- Difficulté de refpiration, fa caufe & fa curation.
- 980
- Des accidents graves 8c fubits auxquels font ex-pofés les Ouvriers de mines. 9 83,
- De la nature du feu grieux. idem.
- Méthode ufitée parmi les Ouvriers des mines, pour ceux qui ont été brûlés par le feu grieux.,
- 9$ 4
- Moyens pratiqués dans les mines pour fecourir les Ouvriers étouffés par le fouma. 985*1
- Des Ouvriers tenus pour morts par l’effet de la mouffette explofîve de de la mouffette fuffocante. 98# Différentes opinions touchant la maniéré dont les vapeurs fuffocantes & explofives, agiflent fuc les Ouvriers de mines. 98
- Confidérations fur la poflibilité de rappeller, d’un© mort apparente à la vie, les Houilleurs fuffo-qués ou noyés dans les mines ; motifs qui doivent engager à mettre en ufage, pour cet effet 9 tous les moyens imasrin^Ki^. ^ 990
- Avis pour don”** fecours a ceux que l’on cro;t noyés, d’après la copie imprimée au Touvre en 1740.
- Réflexions fur les différents moyens confeillés dans cet Avis, de fur leur adminiftration. 99$ Tentatives à faire fur les Ouvriers fuffoqués dans les mines, pour les rappeller à la vie, ou au moins pour conftater la mort abfolue de ceux qui ont éprouvé, foit cet accident, foit celui de la fubmerfion. ioor,
- Méthode abrégée pour fecourir les perfonnes fuf-foquées accidentellement. 1005*
- Indice auquel on peut juger du temps qu’il convient d’abandonner les tentatives. idem, Defcription de la Boîte portative, contenant les chofes qui fervent à fecourir les noyés, d’après rétabliflement que la Ville de Paris a fait en leur faveur. *007
- Développement de la Boîte. 1008
- Idée générale des Machines hydrauliques qui fe 'conftruifent à la fuperficie des mines, pour en tirer les eaux. 1010
- Des
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-
-
- DES TITRES.
- Des Pompes en général. 1012
- Des différentes efpeces de Pillons. 1013
- De l’équipage d’une Pompe en général. 1016 Sur les meilleures proportions des Pompes. 1020 Des Soupapes, & de leurs différentes efpeces. 1022 ffhéorie fondamentale fur l’aélion des Pompes.
- idem.
- Des Clapets, ou Soupapes à Clapets en particulier, & des ouvertures qu’elles couvrent. 1023 De la bonne conflruélion des Soupapes. ^ 1023 Du corps de Pompe & du Piflon. 1027
- Des caufes les plus ordinaires des dérangements qui arrivent dans le jeu des Pompes. 1028 Des différentes forces appliquées aux Pompes. 1025) Hernaz ou Machines à vent hydrauliques, ou Moulins à Pompes à la Hollandoife. idem. Machine à vent, décrite par M. Louis-Guillaume de Cambray , Sieur de Digny. 1030
- D es Machines hydrauliques mues par l’eau. 1032 Nouvelle Grue propre à élever des poids par l’action de l’eau. idem.
- Des Aubes, & de la difpofition la plus favorable à leur donner. 1034
- Machine ou Angin à barres ou à tirants horifon-taux. G. Feld Geftangen. 103 8
- Machine hydraulique, qui peut être aufîî mue à volonté par le vont, par des nommes , par un ou plufieurs chevaux. 1047
- Des Pompes ou Machines dont la force motrice eft empruntée du feu. 1049
- Différentes efpeces de Machines , nommées Machines à jeu ; particularités remarquables dans quelques-unes. 1073
- Machine à feu fans balancier. idem.
- Machines à balancier , ou à levier, 105 4
- Particularités de quelques Machines à feu en Angleterre. 10$ 6
- Defcription du Steam-Engine , établi à Londres, à Ïork-Buildings , fur le bord de la Tamife ; & de la Pompe afpirante & refoulante exécutée dans cette Machine. idem.
- Defcription des parties du Piflon du Steam-En-gine , de York-Buildings. 1038
- Defcription de la Pompe à feu, établie fur une mine ouverte dans l’année 1767 , à fix milles de Newcaftle. 10$9
- Defcription d’une Machine à feu de la mine-de Walker, à trois milles à l’Eft de Newcaftle. 1060 Des Machines à feu, dites à répétition, c’eft-à-
- dire, à plufieurs corps de pompes. 1062
- Particularités de quelques Machines à feu en France.
- 1063
- Remarques fur les Pillons pour les grandes Pompes , conftruits comme ceux qui font exécutés dans la Machine de Frêne. 1064
- Conflruélion du Piflon des Pompes & des Soupapes de la Machine à feu de Frêne, defîinés & décrits par M. Bélidor. io6y
- Révifion générale de la Machine à feu fur les Planches. 10 66
- Explication détaillée des parties de la Machine à feu, à levier, établie à Griff en Angleterre, démontrée par les figures. idem.
- Aiffieu tournant du Régulateur. idem,
- Defcription particulière du Régulateur. 1068 Maniéré de joindre enfemble les verges de fer des Pompes qui puifent l’eau dans le puits. 1070 Defcription particulier-* des corps de Pompes Ôc des Arbres percés, PI. XLVIÎI, jig. 10, 11 & 12. 1071
- Examen de la bâtiffe où la Machine eft établie ; particularités de la conflruélion de l’Alambic &
- Charbon de Terre. IL Parc.
- IX
- du Cylindre ; maniéré de plaéer fÀiamfclc dans un fourneau de briques, & d’arrêter le Cylindre au milieu de la bâtiffe, PI. XLVIII, jig. 1»
- 1072
- PL XLVII, jig. 2. Coupe verticale des quatre murailles de la bâtiffe, dont C D & E B font fuppofés être vis-à-vis l’une de l’autre, idem„ Fig. 2, PI. XLVIII, Plan ou coupe horifontale du fourneau de briques qui eft fous f Alambic»
- idem.
- Fig. 3 , Coupe verticale de l’Alambic & du Fourneau. ie>73
- Figure 4. ^ idem.
- Repréfentation du Cylindre & du fommet de l’Alambic, jig. 6, 7 & 8 , PI. XLVIII. idem. Maniéré d’entretenir l’Alambic. io74
- Opération ou maniéré de mettre en mouvement la Machine à feu, PI. XLVIII, fig. 18, & PL XLIX. idem,
- Propofitions générales fur les principaux phénomènes de la vapeur de l’eau bouillante. 1073* Calcul de la force de la Machine à feu. 1076 Calcul de la force du Steam-Engine, par M. Henri Beighton. 1078
- Exemple de l’ufage de cette Table. idem.
- Remarque de M. Defaguliers. idem.
- Réflexions générales fur les caufes qui diminuent
- l’effet des Machines à feu, par M. Lavoifîer.
- l079i
- Obfervations & Recherches fur le nombre des impulfions que donne une Machine à feu , & fur la quantité d’eau élevée à chaque. 1080 Principales efpeces de matériaux nécefïaires pouf la conflruélion d’une Machine à feu.
- Bois & Charpenterie. 1083
- Métal, idem.
- Fer. • 1084
- Fer battu réduit en tôlçs, , idem.
- Cuivre. idem.
- Plomb» idem.
- Cuir. 1085
- Huiles, Graiffes, Enduits & Vernis différents, idem% Vernis & Ciment généralement adoptés dans les mines de Newcaftle, pour les jointures des Chaudières de la Machine à feu, afin de les empêcher de couler. idem.:
- Etat abrégé en forme de Devis, ou Mémoire gé^ néral des parties & articles de conflruélion de l’équipage d’une Machine à feu, expliqué en détail & par renvoi foit aux defcriptions, foit aux Planches, avec les qualités, façons, proportions , dimenfions , &c, 1086
- Première ClafTe» idem;
- Fourneau. idem.
- Alambic. 1087
- Chaudière ou fond de rAlambic, appellée aufïi Cucurhite. 1088
- Chapiteau, Dôme, ou Couvercle. io8p
- Cylindre ou corps de Pompe à vapeur. idem. Grand Piflon , ou Piflon du Cylindre, PL LUI, jig. H, 12 & 13. 1090
- Balancier. lopi
- Régulateur ou Diaphragme» 10^2
- Seconde ClafTe.
- Ouvertures, Cylindres ou tuyaux qui en dépendent. Io93
- Soupapes à cliquets, Ventoufes. 1093*
- Robinets. 1096
- Coupes , Godets, idem,
- Fontaines, Cuvettes, Bafîins, Réfervoirs. idem, Troifieme ClafTe,
- Principaux articles de conflruélion. iopS
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- X
- TABLE
- Pompes, 1099
- Etat des frais & de dépenfe totale pour l’établif-fement d’une Machine à feu, & pour la con-fommation du fourneau dans les mines les plus connues, iiOD
- Pour frais d’adminiftration. I loi
- Moyens d’économifer le combuftible dans le fourneau des Machines à feu, en diminuant la fumée, & d’augmenter la quantité de vapeurs dans l’alambic. 1103
- Des Machines pour élever les eaux & les Charbons dans des féaux & dans des caiffes ; & des différentes puifïànces qu’on y applique, 11 oy Examen de la force des hommes ou des chevaux, pour faire agir des Machines. 110 6
- Des hommes appliqués aux Machines à élever, idem. Machine qui agit par un feul homme, propofée par M. Camus. 1109
- De la force des chevaux appliquée à élever les Eaux ou les Charbons au jour. 1110
- Machine à moulettes d’une nouvelle invention , avec laquelle on enleve le Charbon de la mine de Walker, aux environs de Newcaftle. 1112 Du Manege ou Trottoir en général, appellé par les Houilleurs Liégeois, le Pas du Bure. 1113
- Article troisième.
- Idée générale des différentes maniérés de fe fervir du Charbon de terre pour les Arts, & pour les Ufages domeftiques ; & Expofition raifonnée de celles qui font les plus importantes. 11 iy Propriétés médicinales du Charbon de terre dans la mine même & hors de la mine. 1117
- Mâchefer. 1122
- Différents Arts dans lefquels le Charbon de terre en fubftance, fa fuie , fes cendres , fon mâchefer, ou quelques autres de fes produits , font de quelque ufage. 1127
- De la Suie. 1128
- Archite&ure, Maçonnerie.
- Différentes préparations de Mortier & de Ciment, dans lefquelles entrent le Charbon de terre brut, ou fes cendres ou fon mâchefer. 1129
- Ciments, Mortiers, avec la Houille brute, ou en cendres, mêlée avec de la chaux. idem.
- Ciment de Fontainier, ou Ciment perpétuel, idem. Cendrée de Tournay, appellée dans l’idiome
- Languedocien, Cendrailles, pag. 460, il30 Maniéré de faire de bon Mortier avec de la Cendrée de Tournay, par M. Lucotte. idem.
- Procédé du Ciment fait avec la Cendrée de Tournay , par M. Carrey. 1131
- Mortier ou Maçonnerie du Béton. 1134
- .Verrerie, Encre d'imprimerie, Bleu de PrulTc, Teinture en petit temt, Peinture, Defïins, &c.
- 1135
- Teinture. 1136
- Vernis, Goudron, Cambouis, Huile. 1157
- Fourneau employé à cette opération dans les forges de Sultzbach , vu dans fa capacité, Pl. LVIII,
- fig- 2- ... "39
- Coupe du Fourneau, jig. 2, fur la ligne T U ^ de la figure 2. idem.
- Coupe traverfale du Fourneau, jÇg-, 4. idem.
- Elévation du derrière du Fourneau, fig, 6. 1140 Lumière pour éclairer l’entrée des Ports & des Rivières. idem.
- De l’Ufag e économique du Charbon de terre, comme combuftible , po(ur les Arts. idem
- De la chaleur que donne le feu de Houille en général. 1142
- Obfervations & expériences fur la chaleur dufeu de Charbon de pierre & de terre, comparée à celle du feu de bois, faites à Lyon par ordre de la Cour, dans des Poêles, en 1740 , communiquées à la Société Royale de Lyon, par feu M. Deville, Ingénieur en Chef du Lyon-nois. 1144
- Plus grand détail. Expérience, le 23 Mars 1740.
- n4y
- Le 24 Mars. 1146
- De l’effet du feu de Charbon de terrefur les Chaudières & autres uftenfiles de ce genre, chauffés avec ce combuftible. 1147
- Caraéteres de bonté dans les Charbons de terre en général. 114P
- Qualités de la Houille à déduire de la maniéré dont elle s’embrafe & dont elle flambe au feu, de la fumée, de l’odeur quelle répand & du réfidu de fa combuftion. np
- Du Charbon de terre pour les ouvrages de Forges, & pour les travaux métallurgiques. ny8 Extrait des Epreuves faites par ordre du Miniftre de la Marine, dans les Ports de Breft & de Rochefort, des Charbons de Saint-Georges-Chatelaifon , d’Angleterre, &c. 1163
- Extrait du Procès-verbal de la fécondé Epreuve faite à Rochefort. idem.
- Extrait d’une première épreuve faite à Breft.
- idem.
- Extrait de la fécondé Epreuve faite avec du Charbon extrait de la mine de Saint-Georges depuis plus de deux ans. 1164
- Extrait de la troifieme & derniere Epreuve faite à Breft. uéy.
- Du feu de Charbon de terre appliqué à la réduction des minerais, en particulier de la mine , de fer. idem,
- Hiftoire des procédés connus pour rendre ce combuftible propre à ces opérations ; connoif-fances fondamentales de Métallurgie à rapprocher de ces tentatives faites ou à faire, idem, Coup-d’ceil général fur la fonte des mines dans les principales circonftances qui Conftituent cette opération. 1168
- Des mines de fer. idem.
- Des Fondants. 117H
- Des Charbons de bois.
- Effai de comparaifon entr’eux & les Charbons de terre. 1174
- Différentes efpeces de Braifes de Charbon de terre ;
- leur fabrication en grand. 1177
- Fabrication de de Charbon de terre,
- nomn1^®® sa Angleterre Coaks, pour fondre le minerai de fer, ( Îron-Stoiïe ), à Carron en Ecoffe. 1178
- Fabrication de. Braifes de Charbon de terre, nommées Cinders, pour fondre le minerai de fer, dans la Forge de Clifton, entre la Ville de Cockermouth & celle de Wittehaven. idem. Préparation de Braifes de Charbon de terre, nommées Cinders, dans des Fours à Newcaftle. 1179 Des Braifes de Charbon de terre en Cinders, ré-fultantes des Fourneaux à deffécher, ou de diftillation, employés dans les Forges de Suîtz-bach , pour la fonte de la mine de fer, que l’on croyoit propre aux Manufactures de fil d’archal. 1181
- Cuiffon de Charbon de terre, exécutée en meule à Saint-Bel en Lyonnois, par M. Jars. 1183 Moyen propofé par M. de Morveau , pour rendre le Charbon de terre propre à l’ufage des Fourneaux de fonte, en privant ce foflile de fon
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- DES TITRES.
- humidité futabondante, ou en l’employant en pelottes. n8f
- Qualité générale du feu de Braife de Charbon de terre , pour les opérations métallurgiques.
- Recherches fur la réduction des Charbons de terre
- en Braifes. 11 ^
- Obfervations générales fur les Braifes reliantes d’un feu ordinaire de Charbon de terre , & fur les différents états par lefquels le Charbon de terre paffe fucceflivement avant d’être con-fumé. npo
- Analyfe des procédés indiqués pour faire des Braifes de Charbon de terre en alumelles 8c dans des fours. 1 T92
- Préparatif êc appareil. idem»
- Cuifage du Charbon. Gouvernement du feu. 119 5 Réflexions fur le cuifage du Charbon de terre dans les Fourneaux diftillatoires, à la maniéré ufitée aux Forges de Sultzbach. 1199
- De la chaleur propre aux Braifes de Charbon de terre préparées convenablement. 1200
- Opérations métallurgiques exécutées 8c tentées avec le feu de Charbon de terre brute, ou de fes braifes. 1201
- Grillage ou Rôtiffage des mines ( Ufîulatio ) G.
- Roflung. idem.
- Des Minerais de Fer, qui fe traitent dans quelques Forges en Angleterre, & de leur grillage.
- 12.02.
- Grillage de la mine de fer aux Forges de Car-ron, & à Clifton en Angleterre. 1203
- De la fonte des Minerais en général. 1204. Fonte des Minerais de fer dans des hauts Fourneaux aux Forges de Carron en Ecoffe. 1205* Fourneau à vent, ou Fourneau Anglois, en ufage à Newcaftle & à Swal-Eel , pour fondre la gueufe de fer, avec le Clod Coal réduit en une efpece de Cinders appelle Coak, fans aucune addition de Charbon. 1206 Des Fenderies. 1208
- De la maniéré de fendre & couper le fer en baguettes , ainfi que de l’étendre & de l’applatir fous les cylindres, félon la méthode ufitée dans le Pays de Liège, en Angleterre 8c en Suede. 1209
- Du Fourneau où l’on fond la mine de fer au feu de Coaks, à Sultzbach. idem.
- Chaufferie 8c perfectionnement de l’Acier ; trempe des limes au feu de Charbon de terre, en Suede 8c en Angleterre. 1211
- Extrait des effais faits dans le Marquifat de Fran-chimont aux Forges de Theux , & remarques propofées fur ce fujet par M. de Limbourg l’aîné. 1214.
- Réfultat d’une conférence tenue à Paris fur les Mémoires 8c fur les Effais précédents. 1215* Effai en petit fur la réduction de la mine de fer par le Charbon de pierre de Montcenis, préparé en meule fur les lieux, par M. de Mor-veau, Avocat général au Parlement de Bourgogne , Correfpondant de l’Académie Royale des Sciences de Paris. 1217
- Tentative faite en Languedoc. 1218
- Epreuves faites avec différentes proportions de mélange de Charbon de bois & de Houille.
- 1 1219
- Fonte de gueufe de fer exécutée avec fuccès à la forge d’Aizy en Bourgogne , dans l’année *77y > avec le Charbon de terre de Montcenis.
- _ 1220
- Mines de cuivre ; leur fonte. idem.
- De la fonte des mines de cuivre à^Briftol en Àn* gleterre, par un fourneau à vent ou de reverbete»
- 1222
- Fonte des mines dé cuivre d’Ordahlen en Nor<* wege , avec du Charbon de terre qu’on faifoit venir d’Angleterre. 1223
- Fonte des mines de cuivre de Konifbetg en Nor-wege. 1229
- Fonte de la mine de cuivre de Sain Bel en Lyon*-nois, avec des braifes de Charbon de terre , en 1769 , par M. Jars. 1225*
- Rafinage de cuivre par le feu de Charbon de terre crud , ou de fes braifes» 1227
- Liquation du cuivre* 1228
- Fabrique de laiton. 1230
- Orfèvrerie. 1231
- Plomberie : fonte de plomb à Fintshire, Princi* pauté de Galles, dans un fourneau de réverbere nommé Cupol. 1232
- Fonte de la mine de plomb en Ecoffe, avec la tourbe 8c le Charbon de terre. 1233
- Affinage du plomb en Angleterre. 1234
- Affinage du plomb en Ecoffe, par le feu du Charbon de terre» 123S\
- Refonte de la litharge fraîche en plomb ,en Ecoffe»
- 1235
- Calcination du plomb. idem•
- Fonte de l’étain.
- J237
- Fourneau propofé par M. de Genffane, pour fon-dre toutes fortes de mines par le feu du Char^-bon de terre. 1238
- Séparation du bifmuth, de l’antimoine, du mercure , de leurs minerais, par le feu de Charbon de terre. idem.
- Opérations fur les calamines. 1239
- Extraéfion du foufre des pyrites 8c des autres matières qui le recèlent. idem.
- Du Charbon de terre comme combuftible, propre à chauffer, foit fours , foit fourneaux à chaudière pour les Arts & Manufaéhires. 1240 Fours Fourneaux de cuifage, pour calciner des terres 8c des pierres. Fours à chaux. 1242
- Briquetier, Tuilier, Potier de terre. I24^
- Fourneau de Boulanger & de Pâtiffier. 1247 Cuite de la Porcelaine ; chauffe des Verreries, des Glaceries. 1248
- Obfervation communiquée à feu M. Venel , par M. Allut, de la Société Royale des Sciences de Montpellier, Entrepreneur & Dire&eur de la Glacerie de Rouelle près Langres, fur l’emploi de la Houille pour la chauffe des Glaceries.
- 1249
- Calcination du Safre/5 vitrification du Smalt. 12y I Fourneaux a Chaubier.es. 123*2
- Opérations de Chimie & de Pharmacie. 12$ 6 Du feu de Charbon de terre appliqué au chauffage & aux ufages domefliques. 1277
- Du chauffage de Charbon de terre comparé à celui de bois , ou de Charbon de bois dans fa conforn-mation , fa durée, fa chaleur. 12 y 9
- Economies particulières qu’on peut fe procurer dans le chauffage du Charbon de terre. 1260 Remarques & obfervations générales fur les dangers que l’on croit inféparables du feu de Charbon de terre pour le chauffage. 1264
- Des effets incommodes qui peuvent réfulter dans certains cas de la vapeur du Charbon de terre embrafé. t26j
- Remarques particulières fur quelques circonftances relatives à l’emploi du Charbon de terre, au chauffage dans les cheminées, dans les poêles> &c, 1271.
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- XI]
- table
- Defcription de différentes efpeces de Kangs, fourneaux ou étuves Chinoifes, pour chauffer les appartements avec le Charbon de terre ou autre combuftible, par le Pere Grammont, Millionnaire à Canton. 127^
- Du Charbon de terré apprêté pour mitiger fa fumée, & pour donner un chauffage économique en retardant fa confommation , augmentant fa durée, &c. 1282
- Entreprife formée à Paris dans l’hiver de 1770 à 1771 , pour faire connoître dans cette Ville le chauffage avec la Houille apprêtée. I2ÿ2
- Renfeignements fur la fabrication du Charbon de
- terre apprêté pour rendre fon chauffage plus
- economique.
- 3°4
- Des Terres d’impaftation, ou des Terres propres à la fabrication du Charbon de terre apprêté, & de leur choix. Inftruââons fur la différence de YArgille & de la Glaife. 1305
- De i’Argille commune en général & de fes efpeces.
- f3°7
- Argilles communes ou Argilîes-terre, nommées par les Ouvriers Terres-fortes. Première efpece : Ar-gille, dite Terre à briques. 1310
- Argilles communes , dites Terres à four, Terres des Poëliers. idem.
- Argilles communes , fécondé efpece : Argilles-terres ou Argilles-fables. 1311
- Argille-Glaife, connue généralement fous le nom de Glaifefa quelquefois nomm éelerre à Potiers. 1312 Glaife calcaire ou Marne. 13 t 4
- Terres à Pipes, Terres à Fayence communes. 13 iy Qualités générales requifes dans les Argiil^ pour être appliquées à la fabrication de la .douille apprêtée. idem.
- Endroits où il fe trouve des Argilîes-terres & des Argilles-gîaifes, dans l’étendue de la banlieue de Paris , & une lieue plus loin, avec des remarques fur les différentes terres de ces endroits. 13 17
- Quartier de Vincennes. idem.
- Grand Bafïîn. 1318
- Difpofitions de ces fables gras en terre ; maniéré de les fouiller. 1319
- Des Glaifîeres en général, & des fubftances fof-files qui font particulières à l’Argille-glaife. idem. Glaifieres des environs de Paris. Glaifieres de Vitry. v 1321
- Glaifieres du grand Gentilly & d’Arcueil, à une petite lieue du centre de Paris. idem.
- Glaifiere du petit Gçntilly, près l’Hôpital de Santé, au haut du fauxbourg S. Marcel. 1322 Defcription détaillée de la Glaifiere du petit Gentilly , par M. Sage. idem.
- Glaifîeres de Veuves , autrement nommées Glai-fieres déljfy. # *324
- Outils & uftenfiles employés dans la fouille d’une Glaifiere ; maniéré dont fe fait la fouille. 13 23 Vues générales fur un premier effai de fabrication de Charbon de terre, à continuer plufieurs années. 13 26
- Plan raifonné & détaillé d’un Attelier de fabrication , pour un établiffement en grand : fitua-tion de T Attelier. 1329
- Etat des uftenfiles d’un Attelier de fabrication.
- 1330
- Journaliers employés aux manoeuvres, Commis 8c autres Prépofés. 1334
- Divifion d’un Attelier par quartiers. 13 33 Charbonnier , ou Magafin de Charbon. 1336
- 1. Clos des Pâtes. Apprêt de la Glaife, pour la rendre propre à fe mêler intimement avec le
- Charbon de terre-. Î337
- II. Quartier de remuage , ou Quartier des clayes.
- Triages des Charbons. 1338
- III. Quartier du manege. Impaftation de la Houille
- avec les terres graffes. 1341
- IV. Quartier des Metteurs en forme. 13 42
- Examen de quelques particularités , qui font de
- la dépendance de la main-d’œuvre exécutée par les Metteurs en forme. 1344
- De la quantité de pelottes que donne la mife en forme dans la fabrication d’une mefure fixée, Ôc du nombre de pelottes que l’on peut obtenir dans un efpace de temps déterminé. idem.
- Avantages des briques de Houille faites dans des moules, fur celles façonnées à la main, & des briques volumineufes fur celles qui le font
- moins. I345’
- Utilité des effais de fabrication fur de petites quantités de Charbon de terre, avant de procéder à de grandes fabrications. 1348
- Efïais de fabrication en petit pour s’affurer de la qualité 8c des proportions de terres à corroyer avec différentes qualités de Houille. I3S° Effai fur trois minots. I35I
- Effai fur une voye, autrement dit, muid de Charbon de terre. idem.
- V. Séchoir , ou Halle à fécher, & premier dépôt
- pour les briques de Houille, après leur dernier relèvement dans ce quartier. idem.
- Parc des uftenfiles de fabrication. “13y 3
- Tranfportdes briques de Houille par charrois. 13 y 4 Entrepôts & fous-entrepôts de vente ; économie fur le chauffage dans le poufîier, & dans les cendres des pelottes. 1359
- Etat des objets fur lefquels" tombent les frais d’une fabrication de trente voyes, exécutée dans la Province. 137S
- Tableau de confommation du chauffage avec le Charbon de terre apprêté pour différents feux ; de la qualité de pelottes de Charbon & de leur valeur par jour, & pour fix mois de l’année, idem. Avis au Relieur. 13 y<5
- Mémoires sur les Feux de Houille ou
- Charbon de terre.
- Des avantages des feux de Houille pour le chauffage, & pour les befoins domeftiques. (1)
- Des phénomènes particuliers au feu de Houille, (y) De la nature du feu de Houille, relativement à la Santé. (8)
- De la vapeur, de l’odeur & de la fumée du Charbon de terre. (20)
- De la pouflïere ou cendre, 8c de la fumée du Charbon de terre. (24)
- Pièces juftificatives. Lettre de M. Del-Waide, Licencié en Médecine de la Faculté de Louvain , ancien Préfet du College des Médecins de Liege, fur l’effet attribué à la Houille , de nuire à la poitrine. N°. A. C33)
- Extrait des Regiftres de 1 Académie Royale des Sciences. B. (36)
- Décret de la Faculté de Médecine de Paris. C. (3 8) Déclaration du College des Médecins de Liege.
- P- . (3S>>
- Avis des Médecins de Valenciennes. E. (40)
- Avis communiqué au Bureau d’Adminiftration de l’Hôpital général de la Charité & Aumône générale de Lyon, par le Médecin de cette maifon. (41 )
- Certificat de MM. les Receveurs & Adminiftra-teurs de l’Hôpital général de la Charité 8c Aumône générale de Lyon, en conféquence de l’Avis précédent. ( 42 >
- Déclaration
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- K V
- DES TITREES.'
- Déclaration de la Société de Médecine de Londres. ( 43 )
- Certificat du Bureau de i’Hôtel-Dieu de la Ville de S. Etienne. (44-)
- Supplément au Catalogue Alphabétique des différents Charbons dé terre , des différentes fubjiances qui s'y rencontrent en les exploitant , ou dans les environs de ces Mines. 13 57
- 'Précis de VOuvrage avec Additions, pour fervir de
- ÔCiij
- Table de Matières à la fécondé Partie * relative à Vextraction ou exploitation, éclaircie par un Die~ tionnaire des termes exptefjions en differentes langues , relative aujji aux différents ufages & au commerce du Charbon de terre dans plujieurs Pays»
- *36 3
- Avertiffement fur les Planches.
- Errata pour cette fécondé Partie,
- Fin de la Table dés Titres*
- /
- i
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- Charbon de Terre. IL Parti
- Ci
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- v
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- 3K9BBXSK
- EXTRAIT DES REGISTRES
- DE L’ACADÉMIE ROYÀLE DES SCIENCES.
- Du 2 Septembre 1772.
- ]NIo u s avons été chargés par l’Académie, M. le Roy & moi, de lui rendre compte de la fécondé Partie de la Defcription de l'Art d'exploiter les Mines de Charbon de terre, par M. Morand. Nous allons effayer de lui donner une idée de la maniéré dont eft traité cet important Ouvrage.
- Il eft peu de connoiffances fur lefquelles les Savants François foyent aulïi en retard , par rapport aux autres Nations, que fur l’exploitation des Mines en général. Les Angiois , ôc fur-tout les Allemands, peuvent citer un grand nombre d’Ouvrages ou les travaux de Mines font décrits dans tout leur détail ; les François n’en peuvent citer aucun.
- Il eft aifé de fentir d’après cela combien un travail fuivi fur l’exploitation des Mines de Charbon de terre, entrepris & exécuté dans le fein de l’Académie , eft intéreffant pour les Savants, pour l’Etat ôc pour le Public.
- L’exploitation du Charbon de terre a beaucoup de chofes communes avec l’exploitation des Mines en général. Si le travail de ces dernieres eût été décrit par quelque Ecrivain François ; fi l’Art en eût été donné parmi ceux de l’Académie, M. Morand auroit pu , comme il l’obferve lui même, fe difpenfer d’entrer dans une infinité de détails ; il n’auroit traité que ce qui étoit abfolument propre au Charbon de terre, ôc il auroit renvoyé pour tout le refte aux Arts déjà décrits. M. Morand a été privé de ce fecours, de forte qu’une partie de fon Ouvrage peut être regardée, en quelque façon , comme une Introdu&ion au travail des Mines en général.
- M. Morand a divifé en deux Parties l’Art d’exploiter le Charbon de terre. La première (*) eft déjà entre les mains du Public ; il n’y avoit envifagé ce Minéral que comme objet d’Hiftoire Naturelle, ôc il avoit décrit dans cette vue tout ce qui a rapport à la fituation des banc$, à la nature des fubftances qui les accompagnent, aux fingularités qui s’y rencontrent. M. Morand dans la fécondé Partie, dont il s’agit aujourd’hui, envifage le Charbon de terre comme branche importante de Commerce ; il affemble en conféquence dans cette fécondé Partie tous les détails relatifs à l’extraâioh, à l’emploi ôc au Commerce du Charbon de terre : ces trois objets forment à peu-près la divifion de fon Ouvrage.
- M. Morand dans la première Se&ion de cette fécondé Partie , étoit entré dans quelques détails fur les ufages économiques du Charbon de terre, Ôc fur fa combinaifon.avec les Argilles. L’importance de cet objet, l’a engagé à la développer dans la quatrième Seêtion ; il s’eft attaché fur-tout à y déterminer la qualité de chaque.efpece de Charbon, & à donner les caraêleres qui peuvent fervir à les diftinguer : il entre dans les mêmes détails fur les argilles, & il indique quelle efpece d’argille convient à chaque efpece de Charbon, Ôc réciproquement. Il a appliqué particuliérement fes connoiffances au local de la ville de Paris ; il décrit tous les endroits de fes environs ou l’on tire de la Glaife, de la Marne, ou d’autres terres propres à être alliées au Charbon de terre ; enfin il donne dans le plus grand détail l’art de faire cette union : il décrit les différents atteliers qu’il feroit néceffaire de conf-ftruire pour une opération en grand, les Ouvriers qu’il faudroit employer, leurs manipulation , ôcc.
- Il eft aifé de voir d’après le compte que nous rendons de l’Ouvrage de M. Morand , qu’il n’a pas eu pour objet de donner une fimple defcription des travaux relatifs à l’extradion du Charbon de terre de fa Mine : il a fuivi ce minéral dans fa Mine, dans le Commerce ôc dans les différents Atteliers qui en font ufage ; il a envifagé fon objet relativement à l’Hiftoire Naturelle, relativement aux travaux minéralogiques, relativement à l’Adminiftra-tion. Sous tous les points de vue , nous croyons que M. Morand à rempli le plan qu’il s’eft formé ; nous ne doutons pas en conféquence que fon Ouvrage ne foit très-utile ôc très-favorablement accueilli du Public, ôc nous croyons que l’Académie doit en permettre l’impref-fion. Fait à l’Académie, le 2 Septembre 1772.
- Signés, LE ROY, LAVOISIER.
- Je certifie le préfent Extrait conforme à l'original & au jugement de ïAcadémie, A Paris ce 13 Novembre 1776.
- Le Marquis DE CONDORCET,
- Secrétaire perpétuel de l'Académie Royale des Sciences.
- \*) Jugée par le Rapport de MM. Hellot, Macquer & le Roy ( du 18 Juillet 1764 ) utile , & méritant d’être imprimée à la fuijie de la Defcription des Arts.
- ARTICLE
- l
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- E T DE SES MINES. II. Part. *tt;
- ARTICLE TROISIEME,
- Idée générale des différentes maniérés de fe fervir du Charbon de terre pour les Arts , ôC pour les ufages domefiiquesi
- Et expojitîon raifonnée de Celles qui font les plus importantes.
- Les travaux dilpendieux, pénibles & continus, auxquels on ne Fait paâ difficulté de fe livrer pour exploiter en grand une Carrière ou Mine de Charbon de terre , ne laiffent aucun doute fur futilité de ce foffile : fes avantages font prouvés de refie , quand on vient’ à fe repréfenter la multitude de perfonnes auxquels il fournit, en différents genres, matière à occupation , depuis le premier inftant qu’on en foupçonne la préfence dans un endroif y jutl^u’au moment où on va le chercher à des profondeurs confidé-râbles. Ce foffile ne fait pas feulement foccupation du Propriétaire , de l’Entrepreneur de la Mine, des Ouvriers qui le détachent des entrailles de la terre , ou de ceux qui l’emploient comme combuftible : réduite , par l’ignition, en corps ou maffe > calcinée en cendres , en fuie , la Houille n’eft pas encore une matière de rebut, entièrement dépourvue d’utilités ; plufieurs Arts tirent parti de fes différents réfidus. Tandis que le Phyficien médite fur les travaux connus auxquels la Houille donne lieu, pour éclairçr les Artiftes & perfectionner leur main-d’œuvre, l’homme de Commerce ou de Finance les foumet à fes calculs, le Politique à fes Ipéculations ; l’homme d’Etat SC le Souverain mettent à profit leurs fpéculations réunies : l’exploitation, l’exportation du foffile eft favorifée, les efforts que fait l’induftrie pour appliquée le feu de ce foffile à différentes opérations des Arts, font encouragés. Voyez: la Préface. ^
- Telles font les faces multipliées fous lefquelles le Charbon de terre fe prete a des recherches de differents genres , tant Ipéculatives que pratiques.! Parmi les Arts auxquels ce foffile fournit une reffource, le plus noble de tous, la Médecine * foeur de la Philofophie , qui a fous fa fauve-garde l’humanité entière, confidere à fa maniéré ce foffile ou fes mines, & cette maniéré n’eft ni la moins variée ni la moins digne d’attention ; tantôt feule Sc tantôt aidée par la Chimie , elle embraffe tout à la fois l’Hiftoire naturelle, phyfique Sc médicinale, tant du Charbon de terre que de fes mines ; elle s’étend encore fur ce que 1 on pourroit appeller la Médecine préforvative Sc curative des Ouvriers de mines. En effet, la nature des évaporations du Charbon de terre dans les galeries, reconnues par les recherches du Médecin Phyficien , exempte de cette qualité dangereufe Sc malfailànte particulière aux autres fortes de mines, devient un fujet de confolation & d’encouragement pour le Houilleur Charbon de Terre, IL Paru D 13
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- in6 DU CHARBON DE TERRE
- déjà enhardi, ou par fa propre expérience ou par l'exemple qu il a (ous fes yeux , des autres Ouvriers qu'il voit s'adonner aux mêmes travaux fou-terrains. '
- Le même Houilleur eft-il confidéré dans fes atteliers, expofé aux inconvénients de l'humidité , du défaut d’air , du feu , des inondations ? Cès dangers ont été l'objet de l’attention bienveillante de plufieurs hommes célébrés ; Agricola', Ramazzini, Henckel, Lehmann , ont pris foin en particulier de pourvoir à la fureté des Ouvriers de mines ; la Médecine moderne n'y veillera pas avec moins d'avantage , en perfectionnant les méthodes déjà pratiquées de fecourir efficacement les Houilleurs fuffoqués ou noyés dans les mines. Voyez page 977.
- S'agit-il des hommes raffemblés en fociété dans l'enceinte des Villes, Sc qui * par la fuite des temps, feroient dans le cas d'ufer du Charbon de terre pour le chauffage ; la Médecine, à qui appartient la connoiflànce des choies falubres ou nuifibles, raffure les Nations contre les préjugés défavorables à ce feu. Les Hoffmann, & d'autres Praticiens dignes de toute confiance , n'héfitent pas à prononcer que la fumée de ce chauffage eff: propre à foulager les phthifiques, les fcorbutiques, & peut même être utile dans la rougeole, Sec: Enfin la voie d'analyfe , de diftillation , de diffolution , de décompofition , ou autres, adoptée ou employée par la Chimie pour découvrir la texture Sc la nature foit du Charbon de terre , foit des couches qui l'avoifinent, décélent dans ces fubftances des principes médicamenteux ; rien ne feroit fi facile que de les approprier, fuivant l'exigence des cas, à la confèrvation du Houilleur / qui fe voue à paffer une partie de fa vie dans l'obfcurité , à la confèrvation de l'Ouvrier qui emploie ce combuftible, h celle de l'Agriculteur, des Artiftes qui en tirent avantage, du Commerçant, du Financier, du Politique, de l'homme d’Etat, du Philofophe.
- Le Charbon de terre en nature peut lui-même fervir à imiter plufieurs remedes de conféquence qu'il faudroit aller fouvent chercher au loin ; cette circonftance mérite grande attention, puifque par-tout où il y a le moindre Ouvrier en fer, bn eff: fur de trouver auflî du Charbon de terre.
- Ces différents points de vue utiles , fous lefquels ce foflile fe préfente * font tracés affez en détail dans le courant de notre Ouvrage : il ne nous refte, en le terminant, qu'à rapprocher dans ce dernier article fous un coup d'œil général les ufages variés auxquels s'applique le Charbon de terre , Se éclaircir par une théorie pratique, comme nous avons fait pour l'exploitation, quelques-unes des méthodes employées pour des ufiiges eiïèntiels : voici l'ordre dans lequel nous parcourrons les différents Arts qui font entrer pour quelque chofe dans leurs opérations , ou le Charbon de terre ou quelque partie qui en réfulte.
- La fanté étant le premier de tous les biens, qui feul donne la facilité de
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- ET DE SES MINES, IL Part. *117 Cultiver les Arts ; les ufàges médicinaux du Charbon cle terre , pour rétablit la fanté, doivent tenir la première place dans notre récapitulation.
- Aucun Art, après la Médecine, n’eft plus utile, na plus detendué, èi ne touche l’homme de plus près, que celui qui s’occupe de la fertilité de la terre, qui bonifie nos moiflons, qui pourvoit à notre fubfiftance, ôcc » pour augmenter cette fécondité admirable & améliorer cette immenfe quantité de végétaux, dont les racines, les feuilles , les fleurs & les fruits fourniffent à difcrétion foit aux hommes , foit aux animaux, une variété de nourritures égales à la fantaifie des premiers Sc aux befoins des féconds : l’Agriculture applique avec fuccès à l’amendement de certaines terres * les cendres de Houille*’ Cet Arc noble par fon objet, par fa première origine , par fon premier Maître, fon premier Inventeur, mérite auffi d’être mis à la tête des Arts dans l’efpece de revue qui va faire la matière de cette derniere Seérion.
- Après avoir rappellé fommairement les différentes fubftances qui fe retirent du Charbon- Ue terre , nous confïdérerons ce fofïïle dans les différents Arts auxquels il eft néceflaire comme combuftible ou économique, ou plus avantageux pour leurs opérations (1).
- Nous terminerons, en l’examinant de la maniéré la plus détaillée poflible* comme combuftible propre au chauffage ; nous difeuterons les avantages de ce chauffage ; les préventions que l’on a dans plufîeurs pays fur ce point, nous ont paru mériter d’être dîfcutées en particulier : il ne tiendra pas à nous que la Houille ne prenne dans l’idée des François la place qu’elle mérite parmi les combuftibles utiles. 1
- Propriétés médicinales du Charbon de terre dans la miné meme ,
- & hors de la mine.
- Les Chimiftes font ceux d’entre les Phyficiens qui fe font le plus attachés à connoître la nature du Charbon de terre ; mais ce foflîle eft de toutes les produirions des trois régnés, celle qui préfente plus de finguiarités & do difficultés à l’analyfe. Les réfultats des analyfes de Charbons de terre de plufîeurs pays font tous différents ; quelques-uns de ces fofliles demanderoient, je crois* à être fournis à cet examen au fortir de la mine.
- (1) En 1772 , les Etats de la province de Languedoc, où la difficulté de fe procurer du bois à brûler, peut fe réparer par l’ufage du Charbon de terre, dont il y a plufîeurs carrières dans cette province , ont demandé pendant leur affemblée un corps d’inftruffions fur l’emploi du Charbon de terre , comme combuftible propre à différents Arts ; ces inftruffions ont fait le fujet d’un Ouvrage publié en 1775 , fous le titre : Inftruftions fur l’ufage de la Houille9 plus connue fous le nom impropre de Charbon de terre, pour faire du feu ; fur la maniéré de Vadapter à
- toutes fortes de feux t & fur les avantages tant publia que privés qui réfulteront de cet ufage : l’Auteur étoit M. Venel qui avoit été chargé de cette partie : la recherche des différents endroits de la province où il fe trouve des mines de Charbon a été confiée à M. de Genfanne, qui vient de publier à ce fujet VHiJioire naturelle de la province de Languedoc 9 partie minéralogique 6* géo-panique , avec un Réglement inftruBif fur la maniéré d’exploiter les mines de Charbon de terre ( compofé de $6 articles ) 1776. Tome 1,
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- On fait en gros que les principes conftituants du Charbon de terre font tous terreux , falins , bitumineux , &c. Voyez page 22 & fuivantes.
- Il eft certain que la Médecine pratique n’en tire aucun feryice. M.Lieutaud, en obforvant qu’il eft de peu d’ulàge dans Fart de guérir, ajoute : Virtute tamen refolvente gaudet , & fauftè admovetur tumidis glandulis cervicis , cæterarumque partium (1).
- Plufieurs recherches, fur-tout d’anciens Auteurs, comme Libavius , Théo-phrafte, Sennert, Frédéric Hoffmann le vieux , donnent auffi à préfumet félon l’obfervation de M. Kurella (2) que loin d’être inutile , & à méprifer dans l’art de la Médecine, le Charbon de terre peut au contraire fournir des remedes affez avantageux, pour mériter dans quelques occafions, fur d’autres remedes, la préférence, & peut - être une forte de réputation lorf-qu’on en auroit obfervé attentivement les effets.
- Ces différentes autorités, Sc , ce qui eft encore plus fort, l’intérêt général de l’humanité, font des motifs bien fuffifonts pour réveiller Fattention des Médecins : ceux en particulier auxquels le voifinage d’une mine de Charbon de terre peut donner les facilités de foumettre à l’expérience des remedes auffi fîmples ou auffi répandus, ne doivent point négliger ce moyen d’enrichir Fart de guérir : nous leur frayerons ici le chemin que nous leur indiquons, èn commençant par confîdérer les mines de Charbon de terre, dans les avantages particuliers qu’on peut en retirer pour la fonte , abftraélion faite du foffile qu’elles produifent (3).
- On a déjà eu occafion , dans la première Partie de cet Ouvrage, de faire
- Voir que les exhalaifons de l’air naturel, des fouterrains d’une Houilliere bien
- ;
- airée , peuvent être refpirées avec fuccès dans quelques affeélions de poitrine. Voyez page 39.
- On a vu auffi Première Partie, page 28 , que les eaux qui fo font jour S travers des mines de Houille , s’imprégnent des parties folines, grafîès ou bitumineufes, onélueufes , minérales , & deviennent médicamenteufes 3 elles font même , ainfi que les eaux folées & les terres alumineufes , regardées comme indices.
- De Fanalyfe faite par M. Monnet des eaux de la Houilliere de Littry en baffe Normandie, il réfulte (4) que ces eaux contiennent de la félénite (5),
- (1) Synopjis univerfce praxzos-Medicce , nova sdit. 1760 , tom. 2 , p. 347.
- (2) Sed. ip.
- (3) Les argilles mêmes, fi communes dans les couches de Gharbon de terre, ne font pas inutiles à la Médecine. En Hollande , on emploie en cataplafme pour les ihumatifmes le chou blanc bouilli dans un pot de terre avec de la terre à Potier, & fuffifante quantité d’eau pour la détremper , jufqu’à ce que le chou foit réduit en pulpe ; du tout on fait un onguent qu’on appliquera un peu chaud fur la partie. J’ai
- fouvent prefcrit avec fuccès aux pauvres ce topique, indiqué par M. Chôme! pere , lequel avoit connu à Paris plufieurs perfonnes qui avoient été guéries avec ce remede.
- (4) Traité des Eaux minérales, avec plufieurs Mémoires de Chimie relatifs à ces objets. Paris, 1768 , in-12.
- (5) En Chimie , on entend par ce nom un fel neutre produit par la combinaifon de l’acide vitriolique Sc d’une terre calcaire, telle que la craie, la marne. Ce fel eft en aiguilles très-déliées, Sc n’eft plus ou prefque plus foluble dans l’eau.
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- du fel de Glauber (i) , & l’union de l’acide vitriolique avec le fer dans l’état qu’on appelle Eau-mere (2}.
- Le même Chimifte, dans un autre Ouvrage (3) , prétend que la terre qui enveloppe la mine de Charbon de Littry , en baflè Normandie, n’eft prefque entièrement que la terre même du fel d’Epfom (4) , mais combinée avec du foufre.
- Il dit que cette terre calcinée fe convertit en fel d’Epfom ; que l’acide du foufre fo combine alors avec elle, la diffout, & forme ce fel d’Epfom.
- Après cette opération , il en a obtenu ce fel, au moyen du lavage & de la cryftallifation, & Ta trouvé mêlé avec un peu d’alun.
- Dans l’avant-derniere guerre , les Anglois attaqués de la dyflenterie, Sc cantonnés dans le pays de Limbourg, avoient trouvé leur guérifon dans la boiffon de l’eàu d’une fontaine de^ cette efpece, venant d’une Houilliere, lîtuée derrière Argenteau fur la Meufe : la remarque qui en fut faite, détermina à faire garder la fource par des fentinelles.
- Plufieurs Charbons leffivés à* l’eau froide donnent à l’évaporation une bonne quantité de vitriol de Mars, bien cryftallifé , allez femblable au vitriol yerd du commerce.
- Les eaux imprégnées naturellement ou artificiellement de Charbon de terre, laiflent appercevoir en général les mêmes chofes qui fe remarquent toutes les fois qu’on diflout du vitriol martial : il fe précipite au fond de la diflb-lution une terre jaunâtre, produite par la décompofition du fer qui eft contenu dans ce fel, Sc qui eft ce qu’on appelle ocre factice , qui acquiert par la calcination une couleur rouge allez vive dont on fait le crayon rouge , & une couleur propre aux Peintres.
- Ces différentes obfervations de fait, toutes fimpies qu’elles font, peuvent s appliquer au Charbon de terre , confidéré dans le temps qu’il eft voituré au loin par bateaux. Dans le cours d’un voyage, il eiluie fucceûlvement l’aélion des eaux du ciel, qui fejournent au fond du bateau , & la chaleur du Soleil qui occafionne une forte de digeftion chimique artificielle.
- * Ces Charbons ainfi leffivés à l’eau de pluie, précipitent une alfez grande abondance de la terre martiale, des fels, & de la graiflè minérale,, foit du
- (1) Ce fel neutre en colonnes tranfparentes , facile à s’eftleurir à l’air, & qui fe fond aifément au feu, réfulte de la combinaifon de l’acide vi-triolique avec la bafe du fel marin.
- (2) On appelle ainfi en Chimie une liqueur faline, inconcrefcibîe , réfultante des diflolu-tions de certains fels, & qui eft le réfidu de ces diffolutions épuifées du fel principal par des évaporations Sc des cryftallifations répétées : les eaux-meres les plus connues font celles du nitre , du fel de Mars, du vitrioL, & celle du fel de Seignette.
- Charbon de Terre. II. Part.
- (3) Hydrologie.
- (4.) Sel vitriolique à bafe terreufe, qui eft la même combinaifon que le fel de Glauber, excepté qu’au lieu de la bafe marine , c’eft la terre dégagée de cette bafe qui eft combinée avec l’acide vitriolique. Cet acide, le plus général, répandu dans notre atmofphere Sc dans le fein de la terre, domine dans la Houille ; étant en quelque maniéré plus acide que les autres , il poftede à un plus haut degré les propriétés communes à tous les acides,
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- bitume du fer attaché à la terre métallique jaune , foit du bitume du vitriol où le feu eft déjà très-divifé ; cette eau préfente par conféquent une eau minérale faélice que Ton pourroit encore rendre plus efficace, & convenable à plufieurs cas, en la coupant avec de l’eau de chaux , ou en y ajoutant félon les circonftances quelque fel neutre : les Ouvriers de mine & les Pauvres pourroient en faire ufage, foit en bain , foit en boiflon. Il ne feroit queftion que de connoître par l’analyfe , les différentes combinaifons générales des principes qui s’y trouvent noyés dans des proportions vraifèmblablement affez inégales.
- Ce travail auquel nous invitons les perfonnes à portée de le luivre, enrichiroit la Médecine, & donneroit quelques nouvelles lumières fur la nature de la Houille. Nous ferons connoître dans un inftant d’autres maniérés de fe procurer des eaux minérales faétices avec le Charbon de terre , lorlqu’on s’en eft fervi aux feux domeftiques.
- Les boues naturelles des eaux minérales de S. Amand en Flandres ont été jugées, par MM. Geoffroy & Boulduc, tenir leur vertu du bitume &de l’acide du Charbon de terre.
- L’expérience a conftaté l’efficacité des boues minérales artificielles , préparées avec ce foffile, pour les mêmes 'maladies dans lefquelles on emploie ordinairement comme derniere reffource les boues des fontaines de S. Amand (i). De femblables découvertes de moyens de guérir les malades, fans qu’ils foient obligés de le déplacer de chez eux, ne fàuroient trop être connues ; & leurs Auteurs, ne cefîant point d’être utiles après leur mort, ont un droit imprefcriptible fur la reconnoiiïànce de toute la poftérité.
- Ces boues faélices, dont l’idée & les premiers effais font dûs à mon pere , ( voyez Part, i , pag. 30, note 1 ) font aujourd’hui recommandées avec railbn dans la pratique (2).
- M. Lieutaud, dans le même Ouvrage , en confeillant le Charbon de terre broyé & mêlé avec de l’huile de lin en confiftance d’onguent , ajoute : Luto thermarum minime cedlt.
- Une des parties conftituantes , principalement remarquable dans le Charbon de terre, eft fa partie-graffe ou bitumineufe : félon quelques Naturaliftes, elle eft de la nature des huiles végétales ; c’eft auffi ce que donne à penfer le nom Kedria , donné par les Grecs à la poix minérale , appeilée auffi Naphthe, Afphalte, &c , fans doute pour exprimer différents degrés de pureté (3).
- (1) Les cas de foiblefles de membres , gonflements de jointures , rétraélions des tendons & des nerfs, à la fuite des grandes bleflures. Voyzi les Mémoires de VAcadémie royale de Chirurgie, tom. 3 , p. 6.
- (2) Én i75'6,lorfque j’étois Médecin des Camps de la Hougue & de Cherbourgje Secrétaire d’Etat
- ayant le département de la Guerre, avoit envoyé à tous les Médecins des Hôpitaux militaires établis fur les côtes, une Lettre circulaire pour employer les boues artificielles.
- (3; Voyez au mot Végétal, Table des matières de la Iere. Partie de cet Ouvrage , pag. 17p.
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- Quoi qu’il en toit, la préfence du bitume dans ce foflile eft évidente, ainfi que fon rapport avec le petrole (r).
- Les eaux faétices ou naturelles, réfultantes d’une imprégnation de Charbon de terre bitumineux , feroient, avec une addition de fel marin , des bains très-efficaces, afTez femblables à ceux d’eau de mer.
- Les anciens Médecins employoient cette partie bitumineufe du lithanthrax, &lui attribuoient, lorfqu’elle étoit pure, les mêmes vertus qu’à l’huile de fuccin» M. Wolkman (2) remarque que ce foflile , diftillé par la cornue, donne un efprit acide Sc une huile furnageante , laquelle reétifiée avec l’acide nitreux concentré, devient claire, fubtile, & fi agréable quelle furpaffe l’odeur fuave du fuccin Sc du mufc : il ajoute quelle peut aller de pair pour la vertu Sc l’efficacité avec le pétrole naturel.
- Sthal eft d’avis que l’huile de Charbon de terre, fur-tout lorfqu’elle eft bien reétifiée , peut être fubftituée à l’huile de foufre minéral dans les maladies vénériennes. Suivant Buinting , elle n’eft pas à méprifer pour les écrouelles , les accès de goutte , Sc dans les douleurs invétérées. L’Auteur d’un Ouvrage connu foupçonne (3) que le foufre diiïous dans cette huile reétifiée , fourniroit un médicament que l’on pourroit appeller baume univerfel, terrefire & minéral.
- Glauber vante cette même huile pour deffécher les abfcès, pour la teigne & pour les dartres écailleufes : il prétend qu’en projettant dans une cornue tubulée du falpêtre & du Charbon de pierre , il en fort un efprit très-propre à mondifier Sc à réunir les plaies. M. Kurella a obfervé que , dans cette opération , il s’eft fait une violente détonation par la combuftion du phlogiftiqu e: l’acide nitreux s’eft détaché, & a paffé dans un récipient où il avoit mis de l’eau diftillée, qui s’eft trouvée avoir une faveur acidulé ; mais ce qui reftoic dans la cornue * n’étoit autre chofe que l’alkali du nitre avec un peu de cendres du Charbon que quelques perfonnes prétendoient être un excellent remede pour l’afthme.
- Cet efprit Sc cette huile de lithanthrax , ont place dans la Pharmacopée de Londres de 1691 , traduite en Anglois par Guillaume Salmon , Profeffeur en Médecine ; on y trouve la maniéré d’obtenir ces produits par la diftillation, & la dofe à laquelle il faut les donner (4). Cette dofe eft depuis quatre jufqu’à douze gouttes ; les propriétés qui leur font attachées, fe rapportent avec ce qui vient d’être dit d’après les Anciens : ils font anodins & antihyftériques, vulnéraires Sc adoucifîants dans les cas de plaies, bons réfolutifs pour les tumeurs, les nodus \ ils conviennent dans la goutte, les obftruétions de la rate, les douleurs
- (1) L’huile diftillée de la pierre de Shropfire qui appartient aux couches de Charbon de terre voyez page 417 eft réputée pouvoir fuppléer pour les ufages médicinaux , au Pifiaphalte, à 1 huile de petrole <3c a 1 huile de terebenthine r on s’en eft fervi comme d’un calmant.
- (2) Silejïa fubterranea, Cap. 12.
- (3) Minéralogie de la montagne des Géants.
- (4) » Il faut dijlilltr le Charbon de terre comme » le fuccin ; & alors on a un ejprit une huile » qui, étant reBïfiès, ne font pas inférieurs à l'huile »& à ïefprit de fuccin ». Ch. 12 , Liv. 3 , p. 403,
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- tin DU CHARBON DE TERRE
- hyftériques , les coliques cTinteflins avec tranchées , les convulfions, les migraines ; ils guériflent les paralyfies , les apoplexies , les épilepfies.
- Tout ce qui fe rapporte à mon fujet, confidéré fur-tout de la maniéré dont je le traite pour Tinftant, doit fixer mon attention : un ancien Journal de Trévoux, qui m’eft tombé , il y a peu de jours, fous la main , & que j ai parcouru, renferme une relation affez finguliere, envoyée aux Auteurs de ce Journal, dans le mois de Juin 1713 , par M. Muratori, concernant la guérilon d’un épileptique , opérée en très-peu de temps avec une efpece de Charbon de terre. Le fait en lui-même , les circonftances dont il eft accompagné , l’âge du malade, le genre de foffil, défigné par le nom de Charbon (1), font des points intéreifants qui font encore à vérifier, à éclaircir & à conftater par des expériences réitérées : l’obfervation femble avoir été négligée dans le temps où elle a été publiée , & être refiée entièrement dans l’oubli ; il ne peut être qu’utile de la faire revivre. La nature d’un mal auffi fâcheux que l’épilepfie, & dont on ne connoît pas encore le remede, doit inviter, & les malades qui en font affligés, & les Médecins auxquels parviendra mon Ouvrage, à éprouver un remede fimple Sc innocent (2).
- Mâchefer.
- Quelques Charbons de terre biffent, après une entière ignition, une maffe noirâtre, fpongieufe, en partie vitreufe dans les uns, à demi fcorifiée dans les autres , & qui, dans quelques-uns * reflèmble beaucoup au récrément des forges, appellé indiftinélement Laitier, à cette efpece de métal grofïier à demi vitrifié , qui fe fépare du fer fondu. Cette efpece d’écume durcie, appellée auffi quelquefois Laitier (3) , & plus ordinairement Mâchefer 9 préfente
- (i) Le Monte Viaie, quelques collines fablon-neufes 8c argilleufes de la vallée de Signori, & d’autres endroits du Vicentin , du Véronois, 8c d’autres cantons de l’Etat Vénitien, préfen-îent des couches de Charbon de terre.
- (2) Epilepfie guérie par une efpece de Charbon de terre.
- «Un jeune homme fut attaqué d’épilepfie : » les Médecins lui prefcrivirent des fucs d’herbes » particulières, à prendre dans la faifon de la » canicule. Ce temps venu, le pere vint un jour » fe confoler avec le Pere Maur Lazarelli, aï Bénédictin ; ce Religieux demanda au pere, » s’il étoit préfent quand fon fils avoit éprouvé » la première attaque d’épilepfie , 8c s’il fe fou-» venoit précifément de l’endroit & de la fitua-» tion où étoit fon fils lorfqu’il tomba ; le pere » répondit, qu’il fe fouvenoit diftin&ement que » fon fils étoit alors dans une certaine chambre 03 près d’une table : Je vous enfeignerai un re-a» mede infaillible, reprit le Bénédictin, faites » fouiller la terre perpendiculairement , à la s» profondeur de quatre ou cinq brades ; vous » trouverez une motte de terre qu’on appelle
- 33 à Venife Charbontirez-îa, 6c faites en prendre 33 à votre fils'quelques drachmes en poudre pen-33 dant un mois. Le pere crut qu’on fe moquoit; 33 le Pere Lazarelli l’aflura que le remede avoit 33 réufli à Venife, où l’on dit qu’un Médecin Grec » l’a apporté. Le pere du malade tenta l’avan-33 ture, il fit fouiller, il trouva la motte de terre 33 tendre, encore , mais qui fe durcit bientôt à 33 l’air; il en donna en poudre au malade, qui 33 n’a depuis reflenti aucun accident de fon mal 33. Journal de Trévoux , Décem. 1714, Nouv. dTtalie.
- (3) Le réfidu de toutes les parties du minéral qui ne font point métalliques , des portions métalliques décompofées & vitrifiées, des fondants 8c même des aliments du feu, fe nomment dans les.forges Laitier, ce qui répond au mot générique Scorie , employé par les Chimiftes. M. Grignon, qui donne cette définition , remarque , que dans les forges on abufe du terme de Laitier, pour exprimer généralement toutes les matières qui ne font point métalliques 8c qui fortent fluides des fourneaux , quoique ces laitiers different beaucoup entre eux , comme on le fait, en nature, couleur, confiftance 8c qualité. Mémoires de Phyfique , in-40. Paris 177e. Ille. Seft. pag. 296.
- deux
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- deux variétés générales, félon qu’elle eft uniquement le réfultat d’un Charbon confumé au feu pour des ufàges domeftiques, ou félon que cette fcorie eft le produit d’un Charbon de terre, qui aura été employé au feu de forge.
- Si l’on confidere ce laitier , quant aux propriétés médicinales qu’il peut avoir, on ne peut s’empêcher de diftinguer ces deux efpeces : la première comme fimple , fur-tout û la terre argilleufe du Charbon eft naturellement alliée avec beaucoup de mars : l’autre, comme un compofé particulier , à raifon des portions ou des débris du fer qui a été rougi & travaillé au feu , qui fe trouvent ajoutés avec des parties indeftruétibies du Charbon , ou avec le fer propre à tout Charbon de terre ; ce qui eft caufe que quelques Houilles , fans avoir été employées au feu de forge, fe changent en une' fcorie noire charbonneufc , comme fait une efpecede Manganaife de Stirie , Braun~ flein , dont parle M. Bruchmann , qui ne reffemble en rien à celle des Verriers ; comme fait auffi la pierre connue fous le nom de Pierre de Péri gueux (O
- Les Chimiftes ont conftamment tourné leurs vues & leurs expériences lùr le Caput mortuum du Charbon de terre diftillé. M. Kurella eft le feul que je feche qui ait porté fes recherches fur le mâchefer proprement dit, que j’appelle de la première efpece , ou Mâchefer fimple.
- Les expériences faites par ce Chimifte avec le réfidu du Charbon de terre $ réduit par l’ignition en fcorie, n’ont occafionné aucune féparation métallique ou martiale fenfible, & n’ont démontré qu’une terre argilleufe, brûlée, 8c quelque bafe martiale en allez grande quantité.
- Quant à la fécondé efpece de Mâchefer, réfultant du Charbon employé au feu de forges , la combinaifcn qui s’eft faite des cendres de la Houille avec une portion de fer qui a contribué à leur donner de la fulibilité , étant entrée pour quelque chofe dans la fufion dont il eft le produit, on peut préfumer que ce Mâchefer doit tenir de la vertu , non-feulement de celle du fer fondu , mais encore des propriétés réunies 8c des parties bitumineufes du fer, & de celles que le Charbon de terre lui a tranfmifes. On fait qu’il y a dans le fer une matière grade du genre des bitumes, qui n’eft pas parfaitement unie avec les autres principes, ou qui eft en trop grande quantité.
- La difficulté de purifier cette fcorie , l’extrême dureté de cette maffe, devenue infoluble dans les aqueux , pourroit rendre équivoque fcn ufàge , peut-être même fufpeéb de bleffer les entrailles en fhbftance ; mais pénétré
- (1) Ce n’eft pas feulement dans les forges des Ouvriers en fer, qu’il fe produit du mâchefer ; dans les endroits où l’on fait du charbon de bois, il s’en fait une efpece dont la formation eft due à la vitrification qui fe fait des cendres avec une portion de fable & avec la portion de fer contenue dans toutes les cendres des végétaux ; la pierre de Périgueux, du moins la plus ordinaire qui fe trouve fur la furface des
- Charbon de Terre. IL Part.
- terres en plufieurs endroits, autres que levoifi-nage des petites fonderies ou des volcans, eft peut-être une pierre de cette efpece.
- Quelque mâchefer que l’on prenne, foit de Houille, foit de Charbon de bois , fi on lé broie, on y trouve toujours une petite quantité de fer pur & du fablon ferrugineux que M. de Buffon eftime abfolument femblabîe à celui de la platine.
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- 1X24 -DU CHARBON DE TERRE de parties bitumineufes, le Mâchefer probablement n’eft pas II dur que le fer qui a été mis en fulion par le foufre , & iln'y a nulle abfurdité à penfer qu'en faifànt éprouver à cette fcorie une grande divifion fur le porphyre , elle pourvoit être employée en Médecine, de même que le fer & l'acier , qui, étant bien alkoolifés , fe fubdivifènt à l'infini dans les aqueux, & dont on ne craint rien ; ou comme la rouille de fer, fur laquelle il pourroit peut-être mériter la préférence.
- Parmi les remedes ufités autrefois à l'Hôtei-Dieu de Paris, le Mâchefer s'employoit pour les pâles couleurs & pour lever toutes fortes d'obftruélions : j'infere ici cette préparation pour futilité des Pauvres des Villes & des Campagnes.
- 8?. Du Mâchefer le plus léger, la quantité de deux livres ; pilez-les ,v jufqu'à ce qu'elles foient réduites en poudre impalpable $ lavez plufieurs fois cette poudre dans de l’eau de fontaine , jufqu’à ce que l'eau qui aura fervi à cette lotion en revienne parfaitement claire 5 alors , laîflez bien fécher la poudre, & mettez-la en infufion pendant deux fois vingt-quatre heures dans une chopine de la plus forte eau de canelle diftillée toute pure ; retirez enfuite la poudre , faites-la fécher dans un plat d'argent, fiir un réchaut, jufqu'à ce que toute l'humidité en ait été féchée ; alors, gardez-la pour fufage.
- Cette poudre fe donne à la dofe de douze grains, deux fois le jour, dans du pain à chanter ; la première le matin, & la fécondé quatre heures après dîner ; obfervant de laiflèr, pour manger enfuite, deux heures d'intervalle. On continue cette poudre pendant quinze ou vingt jours, & on fe purge avec une tifànne laxative.
- Des fcories d'un Charbon de terre très-ferrugineux, il feroit pofîible de faire auffi une teinture ou liqueur aftringente, en les arrofànt de vinaigre, & les laiflant en digeftion jufqu'à ce que le menflrue prenne une couleur rouge ; alors, en mettant le tout dans un pot de fer , & le faifànt réduire à la confiftance meliagineufe , on tirera la teinture par le moyen de l'efprit-dervin.:
- L'analogie de la partie bitumineufe du Charbon de terre avec le pétrole , d'où s'enfuit naturellement une fimilitude de propriétés entre ces deux fùb-flances , a fourni à M. Navier (1) l’idée d'une combinaifon de cette partie grafle de la Houille avec l'alkali minéral, pour en former une mafle fâvon-neufe minérale dont nous parlerons dans un inftant, & qui a les propriétés de certaines eaux médicinales, comme celles de Plombières, & autres de cette nature.
- Le Médecin de qui nous tenons cette préparation , l'a employée avec fuccès ; elle confifte en une efpece de bitume dur & calfant , fait avec le Soufre commun, le Charbon de terre, le Pétrole, le Succin & le
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- (1) Correfpondant de l’Académie royale des Sciences, & Praticien très-eftimé à Châîons.fur-’ Marne,
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- ET DE SES MINES. II. Part; 112$
- Natrum (1), le tout intimement uni par le moyen dune fubftance ferru-gineufe, de maniéré que le Karabé y eft ouvert Sc en état de donner à l’eau une grande quantité de fos principes ; ce qu’il ne peut faire, comme on le fait, que difficilement dans les dilfolvants fpiritueux ; d’une autre part, la partie afkaline du Natrum fo trouve jointe au foufre & aux parties graffes du lithan-thrax Sc du pétrole , d’où il réfulte un foie de foufre fin , fàvonneux Sc pénétrant. La matière ferrugineufe qui entre dans le bitume, contient un peu de fel de Glauber ; enforte qu’une once de ce bitume, pulvérifé Sc infufé dans quatre pintes d’eau bouillante, leur communique environ un gros de fel de Glauber & demi-gros de Natrum uni aux fubftances fulphureufes & onc-tueufos.
- Si l’on avoit befoin d’ufer du Mâchefer avec moins d’apprêt pour faire une eau minérale , on pourroit s’y prendre de la maniéré fuivante :
- Scories de Charbon de terre lavées , une once ;
- Vin blanc , une chopîne ;
- laiflez le tout pendant vingt-quatre heures ; enfuite , paflez par un linge ployé en double dans un vaiffeau rempli de trois pintes d’eau de rivière ; gardez cette eau bien fraîche dans des bouteilles bien bouchées, pour en faire une boifibn ordinaire pendant iy jours, en faifant de l’exercice, Sc après avoir
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- fait précéder une purgation.
- Scheutzer (2) indique une maniéré très-fimple Sc fort intérefïànte de faire au coin de la cheminée une eau minérale , femblable aux eaux de Schim^nach , connues autrement fous le nom de Habsbourg (3) : il ne s’agit que de prendre des pelotes fabriquées à la façon Liégeoife, ou autre de cette forte, pendant qu’elles font au feu Sc tout embrafées, & de les éteindre dans de l’eau froide.
- Cette eau , dit l’Auteur, exhale une odeur Sc prend un goût femblable à l’odeur Sc au goût des eaux de Schintqnach, Sc à la couleur noire de la diffolution de la pyrite de Horge , dont la nature a été indiquée page y60 (4); Il feroit facile, par ce procédé, d’avoir deux eaux artificielles différentes , lavoir, celle qu on pourroit faire avec le Charbon bitumineux , Sc celle qui pourroit fo faire avec le Charbon que j’appelle py rit eux ou Julphureo-bitumineux : cette derniere, à mon avis, approcheroit fort de celle préparée par M. Scheutzer.
- Dans 1 hiver de 1 année 1771 2 3 ? en Février , j’ai compofé des eaux minérales
- (1) Sel froid, aîkali fixe, tout fait par la nature.
- (2) îtîneris Alpini defcriptio.
- (3) Bains chauds, ainfï nommés du village de Schintinach , vis-à-vis duquel ils font fituës, au Canton de Berne } Bailliage de Lint%bourg} au-deffous de Habsbourg j l’un fort du milieu même de la riviere de VAar, dont on a détourné le cours , afin de conduire les eaux par des canaux dans les Bains r ils conviennent pour toutes
- efpeces de blefifures & de vieilles plaies.
- (4) M. Venel, en parlant de Tubage des Forgerons de mouiller leur Charbon de terre de temps en temps, a remarqué, page 221 , que ces Charbons , dans le moment même où ils éprouvent une diminution foudaine de chaleur, répandent la vapeur fulfureufe , propre à leur état languifiant ; & il obferve que cette analogie mérite quelque attention.
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- nié DU CHARBON DE TERRE de cette efpece, en éteignant à plusieurs reprifes dans de l’eau de Seine du Charbon de terre de Fims, embrafé, & qui avoit été empâté avec de l’ar-gille à la façon Liégeoife.
- Une de ces imprégnations étoit avec de ces hochets en pleine flamme ; dans la fécondé eau, où pareille extinétion avoit été faite, les hochets 11e flamboient plus & étoient encore rouges, La première efpece étoit jaune , le fyrop de violette y a verdi ; la leconde étoit de couleur citronnée ; toutes deux ont paru être chargées d’huile , dans un état favonneux. J’avois mis de côté ces eaux dans deux bouteilles , pour les examiner à loifir ; les ayant négligées julqu’en 1776 -, je m’apperçus , dans la gelée extraordinaire de cette année, qu’elles étoient glacées, Sc que les bouteilles étoient caflees : j’ai alors veillé à ne point les perdre lorfqu’elles viendroient à dégeler ; & nous les avons examinées M. Defyeux & moi , après les avoir laifle repofer ; toutes deux avoient formé un dépôt ferrugineux (1) , 8c avoient perdu l’odeur délàgréable qu’elles avoient ; une chopine de la première eau , imprégnée de hochets enflammés, a été évaporée jufqu’à ficcité ; les réaétifs n’ont rien donné ; elle ne contenoit point de félénite, & il ne s’y eft trouvé qu’un demi-grain de réfidu terreux ferrugineux (2) ; une chopine de la fécondé eau , qui s’efl: trouvée avoir le goût très-ferré , a noirci par tous les réaélifs ; la diflolut-ion du mercure a formé une précipitation jaune , elle contenoit de la félénite, & a donné deux grains de réfidu beaucoup plus ferrugineux que la première eau.
- J’avois encore compofé avec M, Parmentier, dans le laboratoire des Invalides , une autre eau de cette elpece , mais plus pure, en y éteignant de très-bon Charbon de Fims pur : dans le fort de fon embrafement, l’imprégnation bitumineufe étoit fenfible au goût & à la couleur ; l’opération avoit fait contracter de toute nécefîlté un goût & une odeur de fumée à cette eau ; nous l’avions mife dans une bouteille, pour voir fi, avec le temps, elle perdroit ces deux qualités accidentelles ; comme dans ce deflèin nous n’avions pas mis de bouchon à la bouteille, le Garçon du laboratoire la confondit avec d’autres vaifleaux dont le loin le regardoit , & notre examen n’a pu avoir lieu : depuis ce temps, il m’etoit facile de revenir fur ces expériences , mais je n’en ai pas eu le loifir. Quelqu’imparfaites qu’elles fbient, j’ai cru devoir les faire connoître ici en faveur des perfonnes qui voudront s’en occuper ; il ne peut manquer d’en réfulter de l’utilité : j’ajouterai feulement que la bouteille, dans laquelle on met cette eau, doit être bouchée fur le
- (1) La décompofition que la glace a dû (2) Je crois me reffouvenir que l’eau de cettq occafionner dans ces eaux eft à remarquer, première extinftioa étoit de l’eau diftillée. relativement à l’examen qui en a été fait.
- Différents^
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- ET DE SES MINES> IL Part. 1*27
- 'Différents Arts , dans lefquels le Charbon de terre en fubflance , fa fuie , fies cendres , fon mâchefer, ou quelques autres de fis produits
- font de quelque ujagek
- * Agriculture,
- ^/Agriculture trouve différentes reflources dans l’ouverture des mines de Charbon de terre ; on a vu qu’une efpece de glaife bleue ou noire qui fe rencontre dans ces mines, &qui peut être regardée comme un Charbon informe, eft très-bonne pour les.terres chaudes , Sc fur-tout pour les prés. Voyez pages 49,377,378.
- Il eft reçu que toutes les cendres contiennent un fel extrêmement propre à la fertilité des terres, & font les meilleurs engrais qu’on puiffe employer pour les terres froides Sc humides , fur-tout quand on garde cet engrais dans un endroit fec où la pluie ne puiffe pas emporter leurs fels : les cen-dres de Houille , quoique différentes des cendres des végétaux -9 ne pOU-vant n’être réputées que des terres brûlées , des efpeces de Po^olane (i) , ne font pas à beaucoup près fans propriétés : il n’en eft pas de meilleures pour tuer les vers, ou qui durent davantage. Les Agriculteurs conviennent unanimement que ces cendres fournifîent un bon amendement pour lès terres labourables. Ces cendres doivent:elles cette qualité aux fels ou à la terre qui y font contenus (2) ?
- M. Kurella n’a reconnu aucun atome falin dans les cendres de Houille qu’il a examinées (3) ; la terre calcaire y eft en petite quantité ; celle qui s’ÿ, trouve, eft de nature alkaline ; Sc on fait que les terres de cette efpece four-; niflent les engrais les plus utiles.
- A Saint-Etienne en Forez, on emploie beaucoup les cendres de Charbon de terre pour amender les terres ; elles réuffiflent très-bien pour les prairies Sc pour les terres a bled, fur-tout mêlées avec le fumier de bœuf ou de cheval (4), En Angleterre , les cendres de Charbon de terre réduits en braifes
- (1) Plufieurs fortes de terre de ce genre, telles que celles des environs de Naples , de Tofcane, ou Mont-d’Or en Auvergne, font exprimées par le mot Italien Po^olane, que les Auteurs Latins défignoient autrefois par le mot Carbun-culus, qui s’applique à tout ce qui a été réduit en charbon ; de maniéré qu’on appelloit de ce nom toute terre qui contenoit des morceaux pierreux & noirs, ( quoique lès Po\\ôlaties foient i ordinairement rougeâtres ) : un champ dont le terrein étoit de cette nature s’appelloit Carbun-culofus ager.
- (2) M. Venel ne regarde pas du tout comme i certain qu’elles contribuent au bon effet de la ; Cendres de Touvnuy t la raifort q-u’il donne de fon opinion, eft que cette propriété, pour l’engrais des terres, eft reconnue même à un point
- Charbon de terre. II. Part,
- éminent dans la chaux pure ; mais en total Pex~ périence eft tout-à fait oppofée aux doutes dé M. Venel.
- (3) Les Charbons dont ce Chimifte s’eft fervi pour fes effais, font celui d’Angleterre , celui de Siléfie & celui de Wettin. M. Venel n’a point trouvé de fel lixiviel dans les cendres dé la Houille de GraiJJefac , de la meilleure efpece de Houille â’Alais, ni de celle de FuPeau en Provence.
- (4) Selon M. de Genfanne ; on pourroit employer la cendre de Houille avec modération à l'engrais des mûriers , comme étant très-propré à corriger la trop grande ténacité de la feve de ces arbres , fans altérer la feuille, ni être pré-* judiciable aux vers-à-foie*
- . G 13
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- îî^g DU CHARBON DE TERRE
- nommées Cinders , font employées avec fuccès aux mêmes ufages (i). Il paroît qu’à cet égard il eft à propos de faire une différence, en raifon de la qualité des Charbons, pour choifir la cendre de tel ou tel autre félon la nature des terreins trop arides, trop vifqueux, &c. La cendre de Houille graffe eft très-bonne pour l’engrais des marais y des potagers & autres terreins où Ton cultive des légumes : celle de Houille maigre eft très-propre à fer-tilifer les prairies ; on s’en fervoit autrefois dans beaucoup de pays pour ces ufàges. Le tombereau pefant environ cinq muids , fe vendoit neuf livres. On en droit autrefois beaucoup du pays de Mons ; mais, depuis quelques années, on préféré les cendres de mer, qu’une Compagnie , formée à Valenciennes en 1731, a tirées de Hollande (2).
- Agricola fait mention d’un onguent, qu’il ne fpécifie pas autrement qu’en difant, que les Gens de la Campagne tirent du Charbon de terre une graille qui préferve les vignes de toute efpece d’infeéte : ce pourroit être avec les cendres ou la fuie de ce foflile.
- De la Suie.
- Ce produit de la combuftion du Charbon de t;erre, eft préférable à tous les autres pour l’engrais des terres ; il eft très-bon pour le foin 8c pour le grain. •
- Dans le pays de Liege , cette fuie eft employée à fertilifer les terreins froids : on la répand aufîi au pied des plants de houblons, afin d’en écarter ou de faire périr une forte d’infeéte ( ver mineur ) qui dévore tous les ans une grande quantité des feuilles de cette plante.
- La pratique ordinaire en Angleterre , eft de mettre quarante boiflèaux par Acre de terre (3) : il y a cependant des terres qui en demandent davantage. Cet engrais produit un foin très-gras & très-doux, détruit les vers & toutes les mauvaifes herbes.
- Si on emploie cette fuie pour les terres à bled, il faut attendre le mois de Février, pour que les pluies & les neiges ne la diflblvent pas trop ; il ne faut pas non plus différer plus tard, afin que la féchereflè ne la brûle point.
- Les cendres réfultantes de la Houille qui a fervi au feu après avoir été empâtée avec de l’argille, font également propres à cet ufàge, & forment encore fur la fabrication uné économie véritable pour celui qui confomme de ce chauffage.
- (1) Ces cendres fe vendent à Newcaftle trois pinces ( faifant à-peu-près fix fols de France ) la tonne ou vingt un quintaux : il fera queftion à part de la fabrication de ces braifes.
- (2) On appelle ainft les cendres de Tourbe , auxquelles on fubftitue auffi les cendres de terres
- combuftibles de Beauvais, d’Amiens, quoiqu’elles ne foient pas de même qualité que celles de Hollande. Voyez pages 166, 167 & 603.
- (3) La mefure de terre ainfi nommée dans plusieurs pays, eft en Angleterre, comme ea Normandie, de 160 perches quarrées,
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- ET DE SES MÏNËS. IL Paris îï29
- Architecture, Maçonnerie*
- Différentes préparations de Mortier & de Ciment , dans lesquelles entrent le Charbon de terre brut , ou fes cendres 9 ou fon mâchefer (i).
- Les Charbons de terre, félon M* Bomàr, abondent fi Fort en terré calcaire, que la plupart,en donnent après leur uftion : il prétend que ceft de là que, dans certains pays, on eft dans l’ufàge de brûler diverfes efpeces de Charbons très-maigres, pour en obtenir une chaux propre à l’Architeéture ï il s’explique (2) fur ce qu’il entend par Charbons maigres, en difànt que ceft en phlogiftique ; car fi ces Charbons contenoient une égale abondance de phlogiftique & de chaux , lacide préféreroit à s’unir au phlogiftique , & laifferoit la fubftance calcaire.
- On ne voit pas trop fur quoi eft Fondée cette opinion de M, Bomar : l’effer-yefcence marquée , quoique médiocre ôc paiîàgere , que produit l’acide nitreux! fur les cendres de quelques Charbons de terre, annonce que la terre eal^ caire y eft en petite quantité.
- Ciments , Mortiers, avec la Houille brute, où en cendres,
- mêlée avec de la chaux.
- Depuis quelques années, on a inventé pour les baffins & les canaux dani lefquels on veut retenir des eaux, un mortier ou ciment, dans lequel ori fait entrer le Charbon de terre : la préparation de ce mortier confifte à prendre une partie de briques pilées & palfées au fas, deux parties de fable fin de riviere, de la chaux vieille éteinte en quantité fuffifante & paffée a la claie ; le tout étant bien broyé , on y ajoute de la poudre de Charbon de terre & de la poudre de Charbon de bois; alors on l’emploie promptement.
- Ciment de Fontamier, ou Ciment perpétuels
- La poudre artificielle dont on fait affez fouvent ufàge fous ces differents noms, eft compofée de pots & de vafès de grès caffes & pilés, de mor-* ceaux de mâchefer auffi réduits en poudre, mêlés d’une pareille quantité de ciment, de pierre de meule de moulin & de chaux ; on en compofe un mortier excellent, qui réfifte parfaitement dans l’eau.
- (1) La fuie du Charbon de terre, mêlée avec de 1 eau j comme cela fe pratique pour corroyer le mortier & le faire prendre promptement,
- pourroit être de bon ùfage dans les pays où le plâtre eft rare.
- (2) Ve vol. des Savants Etrangers, pag. 624,
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- DU CHARBON DÉ TERRE
- 1130
- Cendrée de Tournay, appellée dans [idiome Languedocien Cendrailles*
- Voye% pag. 460. *
- . - Dans la fixieme partie des Mémoires de l’Académie de Suede , il eft fait metî** tion de la découverte de l’emploi du Charbon de terre pour crépir les caves voûtées.
- Ce moyen paroit fe rapprocher de l’ufege connu des cendres réfultantes des fours à chaux 9 ou on emploie la Houille , & qui ne font autre chofe que de la chaux , dont une partie calcinée 9 une autre réduite en cendres * s’eft mêlée en tombant fous la grille avec des parcelles de Charbon de terre ; on lappelle vulgairement Cendrée , & fouvent Cendrée de Tournay* parce qu’il s’en tire beaucoup des environs de cette Ville, où fe cuit au feu de Houille d’excellente pierre à chaux; le mortier qu’on en fait, convient lin-* gulierement aux ouvrages qui fe bâtifient dans l’eau , par la propriété qu il a de s’y durcir en très-peu de temps, 8c entr’autres par celle qui le différencie de la plupart des autres ciments , de ne point fe gercer , & de ne jamais éclater lorfqu’on l’emploie dans une faifon convenable.
- La fabrication du mortier avec la cendrée de Tournay a été publiée au Louvre ; nous la placerons ici, en rappellant le doute que nous avons annoncé pag. 460 , fur la confiance que l’on peut avoir dans l’exaélitude de l’Ecrivain ; elle fera précédée de ce qui fe trouve fur le même fujet dans l’Encyclopédie , où l’on a rapporté des circonftances dignes d’attention, & qui font omifes dans la defcription de M. Carrey.
- Maniéré de faire de bon Mortier avec de la Cendrée de Tournay ,
- par M. Lucotte (i).
- Il faut d’abord nettoyer le fond d’un baffin qu’on nomme Batterie, qui doit être pavé de pierres plates & unies, & conftruit de la même manier© dans fa circonférence, dans laquelle on jettera de la cendrée ; elle fe mêle quelquefois avec un fixieme de tuileau pilé; M. Bélidor préféré la cendre de Hollande (2) : om éteindra enfuite dans un autre baffin qui communique au premier, de la chaux , avec une quantité d’eau fuffifente pour la bientdifloudre ; après quoi on la laiffera couler , dans le baffin où eft la
- (1) Diétionnaire encyclopédique, Tome IX, pag. 823. Maçonnerie.
- (2) Poudre grife employée aux Pays-Bas, & en France, pour la conftru&ion des ouvrages dans l’eau, au défaut dePozzolanne \ elle eft faite d’une terre qui fe cuit comme le plâtre, qui s’écrafe & fe réduit en poudre avec des meules de moulin : il eft allez rare que cette
- poudre foit pure 3c non fophiftiquée ; quand elle eft pure, elle eft excellente, réfifte également à l’humidité , à la fécherefle & à toutes les faifons , & unit fortement les pierres en-femble. La cendrée de Tournay, la terrafle de Hollande & la pozzolanne, s’emploient les unes pour les autres.
- çendré,e £
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- ET DE SES MINES. II. Part. h3î
- cendrée, à trayers une claie faite de fil d’archai ; tout Ce qui ne pourra pas pafTer par cette claie fera mis au rebut : enfin on battra le tout enfemble dans cette batterie pendant dix à douze jours confécutifs & à différentes reprifes avec une demoifelle ou cylindre de bois ferré par-deflous, du poids d'environ trente livres, julqu’à ce qu’elle fafle une pâte bien grafïè Sc bien fine.
- Ainfi faite, on peut l’employer fur le champ , ou la conferver pendant plufieurs mois de fuite , fans quelle perde fa qualité, pourvu que Ion ait foin de la couvrir & de la mettre à l’abri du loleil, de la pouffiere & de la pluie.
- Il faut encore prendre garde , quand on la rebat pour s’en fervir, de ne mettre que très-peu d’eau, & même point du tout s’il le peut ; car à force de bras , elle devient affez graffe & affez liquide ; c’eft pourquoi ce fera plutôt la parelîe des Ouvriers , & non la néceffité, qui les obligera d’en remettre pour la rebattre ; ce qui pourroit très-bien , fi on n’y failbit pas attention , la dégraiiïer Sc diminuer beaucoup (à bonté.
- Ce mortier doit être employé depuis le mois d’Avril jufqu’au mois de Juillet, parce qu’alors il n’éclate jamais.
- Procédé du Ciment fait avec la Cendrée de Tournay , par M. CjRRÇTi
- » La chaux de Tournay & des environs, cuite avec le Charbon de terre ^ » eft diftinguée en trois elpeces.
- »i°, La chaux & la cendre, telle qu’on la retire du four.
- » 2°, La chaux pure , c’eft-à-dire, la chaux féparée de la cendre.
- » 30, La cendrée pure, qui n’eft autre chofe que la cendre du Charbon » de terre, mêlée d’une infinité de particules de chaux, extrêmement divifées » par 1 aélion du feu ; elle pefe un quart plus que la fécondé elpece.
- » C eft avec la cendrée pure que fe fait le ciment pour bâtir contre l’eau ; » on commence par en mettre une demi-manne (i) en un tas , que l’on » ouvre enluite pour y jetter un peu d'eau , Sc éteindre les particules de » chaux fans aucun mélange.
- » Cette demi-manne étant éteinte , on en éteint encore une autre que jy l'on entaffe avec la première , & ainfi de fuite jufqu’à ce qu’il y en ait une » quantité fuffilante pour entretenir l’Ouvrier pendant un jour & même plus; » on peut laiffer repofer ce tas auffi long-temps qu’on veut pendant l’été r» fans aucun danger, & meme la cendrée le bonifie , pourvu qu’elle foie
- o) a 1 ombre ; il n en eft pas de même en hiver , loin de le bonifier, elle le » gâte.
- (i) Mefure dofier que les Ouvriers appellent Charbon de terre, mais différente félon toute Manie. , en ufage auffi dans ce pays pour le apparence. Voyez page ^8(5.
- Charbon de Terre. IL Pan. H 13
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- îï3i DU CHARBON DE TERRE
- » La cendrée ainfi éteinte , on en emplit une auge de deux pieds en qtiarrê » jufqu’à^deux tiers ou environ : les bords font élevés de neuf pouces, afin « que la cendrée ne s’échappe pas en la battant ; la quantité qu’on y peut h mettre eft d’environ une brouettée (i) ou, fans s’arrêter à la brouettée, y> une demi-manne, qui eft un peu plus petite.
- » La quantité de cendrée qu’on met dans l’auge à chaque reprife , fe nomme » Battée : il eft néceffaire d’écrafer la cendrée jufqu’à ce qu’elle fafle une » pâte unie & douce au toucher, par la feule force du frottement, & fans Y) y mettre que le peu d’eau qu’il y faut pour l’éteindre.
- » Pour faciliter le travail de l’Ouvrier, on place l’auge contre un mur 5 » dans lequel on enfonce le bout d’une perche , dont l’extrémité oppofée y> vient rendre fur le milieu de l’auge ; on conçoit que là fituation doit être Y> horizontale : les Manœuvres l’appellent Rejet.
- » On fufpend au bout de cette perche une efpece de demoifelle , que y) les Ouvriers nomment Batte , avec laquelle on pile la cendrée ; cette » demoifelle eft de fer ou de bois armé de fer, & a trois pieds de hauteur Y) fur deux pouces & demi à trois pouces de diamètre , elle en a moins lorf» » qu’elle eft de fer ; fa forme eft d’un cône, furmonté d’un anneau immobile , » par ou l’on pafle une corde , par le moyen de laquelle la demoifelle eft y> fùfpendue au bout de la perche, qui fait le reftort, comme celles dont fa » fervent les Tourneurs ; ainfi le Manœuvre n’a d’autre peine que d’appuyer » la demoifelle fur le mortier & de la conduire , la perche ayant par fon élafticité y) une force fuffifànte pour l’enlever par un mouvement contraire au fien.
- » Il eft aifé de fentir par cette manœuvre que l’auge doit être faite d’une y> pierre dure, & capable de réfîfter à la chute & aux coups réitérés de la *> demoifelle.
- » On choifit pour cet effet à Lille un grès que l’on trouve auprès d’Arras , yï en tirant du côté de Douay , 8c qui eft la meilleure pierre qu’on emploie y> dans cette capitale de la Flandre Françoife, qui n’a dans fes environs qu’une » pierre de craie tendre & blanchâtre.
- y> L’Ouvrier a foin de ramafler de temps en temps le mortier avec une y> pelle au milieu de l’auge , dont le tour peut n’être que de bois, mais
- y* dont le fond doit néceflàirement être de pierre ; il continue de piler
- Y) chaque battée pendant une demi-heure ou environ, après quoi il la retire y> de l’auge, & en fait un tas : comme l’Ouvrier a onze heures de travail ^ » hors les repas, il y a environ vingt blttées dans un jour d’été.
- » Il ne fuffit pas de battre ce ciment une première fois, pn doit laifler
- y> repofer le tas jufqu’à ce qu’il ait atteint le dernier point de fécherefle, qui y> permet encore de rebattre la cendrée fans y mettre d’eau, & au-delà duquel elle y) deviendroit fi dure , qu’elle feroit une maflè intraitable & abfolument inutiles
- (i) Jauge de Lille.
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- ET DE SES MINES, ïî> pAkt; itjj
- » L ufage foui peut apprendre quand il eft temps de recommencer à battre un tas de cendrée ; comme cette matière eft très-fujette aux influences » de l’air * on doit fe régler fur la température du froid & du chaud ; c eft » beaucoup que d’attendre trois jours dans les grandes chaleurs ; & dans une » grande humidité , ce n eft pas trop de fix.
- » On ne rifque jamais rien de battre la cendrée a'uffi fouvent & àuflî » long-temps qu’on le veut , fut-ce pendant une année ; car plus elle eft » broyée & battue , mieux elle vaut > il y a cependant des bornes à ce » travail*
- » En effet, à force de battre la cendrée, on la réfoüt en une pâte qui y> devient toujours plus liquide ; & fi Ton continuoit trop long-temps de fuite , » elle le deviendrok au point de perdre une forte de confiftanee qui lui eft » néceffaire pour être battue ; c eft pourquoi l’on reftreint le broiement de » chaque battée à une demi-heure , après lequel temps on la laiffe repofet » deux ou trdîs jours ; alors on la reprend pour la remettre au même état » qu’elle étoit quand TOuvrier favoit quittée*
- » Toutes les fois qu’on rebat la cendrée , l’économie veut qu’on le faffo «toujours à propos, c’eft-à-dire, qu’on attende le moment qui précédé irtH » médiatement celui ou il commenceroit à être trop tard de le faire ; avec » c es intervalles, il fuffit de rebattre dix fois la cendrée, pour qu’elle acquipre « un degré de bonté dont on doit fe contenter ; au lieu qu’en la rebattant Y) coup fur coup , on recommencera plus de vingt fois, fans quelle foit meifo «leurs que fi on ne l’eût battue que dix fois, mais dans les temps conve* » nables ; & par ce moyen les frais de main-d’œuvre, qui font les plus con* « fidérables, fe trouveroient doublés en pure perte.
- « La cendrée étant ainfi préparée par un broiement répété dix fois ou « davantage, s’il furvienc un embarras qui empêche de l’employer, on ne « doit pas difcontinuer de la rebattre tous les trois jours plus où moins félon « les faifons , fans quoi elle fe durcîroit , & ne feroit propre , comme on « l’a dit , à aucun ufàge.
- « En prenant ces mefures, un tas de cendrée peut fo conforver des années « entières : mais on font qu’alors l’excellence du mortier feroit trop achetée * « par la dépenfe & la fujétion de le rebattre : cependant il peut y avoir des « cas où cette dépenfe eft encore préférable à la perte d’un tas de cendrée * « dont la préparation a déjà coûté beaucoup de frais ; il faut en pareille cir-« confiance le dépofor dans un fouterrain ou dans un endroit inacceflible aux « rayons du foleil & a la chaleur • 1 humidité qui y régné s’infinue à travers » les pores du mortier , & 1 entretient dans fon état de pâte molle, qu’il yy conforve une fois plus long-temps que s’il étoit dans un lieu foc ; on eft » par confequent obligé de rebattre la cendrée moitié moins fouvent , ce? >> qui diminue les frais dans la même proportion.
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- 1134 &U CHARBON DE TERRE
- y> L'excès du froid & du chaud eft également nuifible ; on remédie aux » grandes chaleurs en couvrant l'ouvrage d'une couche de terre glaife , de » paillaffons & de planches, & oppofant aux rayons du foleil une épaiffeur » qu’ils ne puiffent pénétrer : il y a moins de remede pour la gelée, qui détache » la cendrée lorfqu’elle la faifit avant quelle ait pu fécher ; une faifon tem-» pérée ou même humide, eft celle qui convient le mieux ; & fi la cendrée » a le temps de fécher fans être atteinte ni de la gelée ni d'une chaleur » exceflive , elle devient inaltérable à l'un comme à l'autre, Sc le temps qui » détruit tout, ne fait qu'augmenter fa folidité ; enforte qu'il eft beaucoup » plus aifé de pulvérifer les pierres Sc les briques, que de la pulvérifer elle-» même.
- » La cendrée pourroit être employée à toüs les ufages auxquels on emploie » le mortier de fable & de chaux, fi l'on vouloit en faire la dépenfè ; car » elle réfîfte à trois éléments auxquels rien ne peut réfifter, le feu, Tair Sc » l'eau ; mais elle a fur-tout une propriété merveilleufè contrë ce dernier ; » quelques minutes après qu'elle a été appliquée, lui fuffifent pour faire corps » avec la pierre, après quoi il n'y a nul inconvénient de lâcher les eaux » contre l'ouvrage, pourvu qu’elles dorment comme dans un baffin, Sc que » ce ne fbit pas une rivière dont le cours fût aflez rapide pour la dégrader*’ » Dans ces derniers cas, on doit avoir la précaution de retenir les eaux i> un jour, ou feulement quelques heures ; Sc fi cela ne fe peut pas, il con-» vient d'enduire l'ouvrage d'une couche de glaife, que l'on défend encore » avec des planches contre l'effort de l'eau.
- » Une muraille ainfi conftruite durera plufieurs fiecles au milieu d'une riviere^ » fans qu’il foit à craindre que fà violence, quelque grande quelle foit, la » faffe crouler, ni même qu'elle l'endommage ; elle aura donc toute la folidité y> qu'on peut défirer, mais les eaux pourront filtrer au travers ; & fi l'ouvrage?
- » eft deftiné à les retenir, la conftruétion doit être en conféquence (i).
- »
- Mortier ou Maçonnerie du Béton.
- On y emploie indiftinélement la terraffe de Hollande ou la po^olane (2} ou la cendrée de Tournay, ou même le mâchefer, à la quantité de douze parties de l'une de ces matières fur une de chaux , mefûrée fans doute vive, Sc éteinte en même temps qu’on fera le mortier , afin que l'effervefcence qui fe fera puilïe produire plus exaélement la diflolution de la biocaille Sc de la pozzolane qu'on doit y incorporer. M. Bélidor, dont nous empruntons cette compo-ütion (3) , dit qu'il a été conftaté, qu'après deux mois de féjour dans la
- (1) Nous avons cru pouvoir omettre ici celle qu’a décrit M. Carrey.
- (2) La po^çolane , réfervée en général pour Ja conftruétion des édifices hors de l’eau, eft plus tendre que le tuf, 8c plus dure que le fable ordinaire.^ M. Hill croit que c’étoit la rerre
- de Tymphéa, propre à dégraifter les habits , ap-: pellée par les habitants de Tymphéa 8c des en-; droits voifins Gypfe, Gypfum Tympheicum,
- (3) Architecture hydraulique, Tom, IV, pag. 186—189,
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- ET DE SES MINES. IL Part; 1135;
- mer , cette maçonnerie compofoit un corps fi dur qu on trouva plus de difficultés à féparer fes parties que celles d un bloc de la meilleure pierre.
- Comme quelques détails fur la maçonnerie de Béton ne peuvent manquer d’intéreffer les perfonnes qui pourroient fe trouver dans le cas de l'employer , nous rapporterons ici des expériences très-exaéles faites à Toulon fur la quantité de matériaux de chaque efpece qui entrent dans une toife cube de cette maçonnerie , leur poids, le temps qu il faut pour la faire & la plonger dans Peau , entre 10 & 18 pieds de profondeur.
- Pour remplir une fondation qui contenoit 16 toifes cubes , on a employé.
- (avoir :
- 942 pieds cubes de poqolane rouge , à 90 livres le pied, pefànt
- enfemble....................................... 84780
- 477 pieds cubes de fable à 115 livres , pefant enfemble ; . 54iéy
- 1020 pieds cubes de recoupes de pierre à no livres, pefant
- enfemble .............................................112200
- 23 J pieds cubes de mâchefer conca/Té , pefant enfemble . . 1880O
- 705 pieds cubes de chaux vive concaflee , pefànt chacun 76 1.
- Sc enfemble . ..............................
- 618 pieds cubes de pierre à 160 liv. chaque , & enfemble . . 98880
- Total trois mille neuf cents quatre-vingt-douze pieds cubes de
- matériaux, pefant enfemble ......... 422421
- Verrerie, Encre d'imprimerie , Bleu de Prujfe , Teinture en petit teint,
- Peinture , Dejjîns, 6c.
- Les Verriers font généralement dans l'idée que le mélange des cendres de Houille ne peut être utile dans les matières propres à faire du verre : la fimple infpeélion de ce qu'on appelle mâchefer , ou on apperçoit dif-tinélement une efpece de vitrification , rend très-douteufe l'opinion des Verriers (1).
- A Sultzbac, Principauté de Naflàu, la fuie du Charbon de terre que l'on calcine dans le fourneau dont nous parlerons tout à l'heure, étant recueillie dans la chambre où débouche la cheminée, eft employée très-utilement en place du noir d'ivoire pour entrer dans la compofition de l'encre d'imprimerie ; elle peut auffi , félon M. de Genfanne, fervir à faire la fécule bleue , nommée le bleu d'Erlinghen , qui ne le cede en rien au plus beau bleu de Prujfe , que
- l'on fait n’être autre chofe que la terre martiale précipitée par l'alkali phlo-giftique.
- (1) M. Venel 9 Chap. 2. , Se&. 3 , allure, d’après fa propre expérience, que ces cendres pouflees au feu dans des creufets entrent en fon-
- te , même fans addition, & qu’elles fe convertirent en un* matière vitreufe analogue au mâchefer.
- Charbon de Terre. II. Part. I 13
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- DU CHARBON DE TERRE
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- Teinture.
- Les Teinturiers en foie , laine 8c fil, emploient la fuie de cheminée pour les couleurs brunes, mufques, & autres femblables , défignées en général fous le nom de petit teint (1). La fuie de Houille ne pourroit-elle pas fervir à ce même ufage ? Je n’ai pas eu le loifir de m’en afîurer par l’expérience, aifée à faire cependant, & il eft probable qu’elle réufliroit j les analyfos de cette fuie démontrent qu’il n’y a entre elle & celle des feux de bois, d’autre différence que la préfence du bitume dans l’émanation de la fumée du feu de Houille (2).
- Les Teinturiers ont deux fortes de préparations de fuie , l’une nommée Bidunet, & l’autre Bijlre ; ce dernier nom appartient fur-tout à la fuie la plus recuite & la plus brillante , pulvérifée, pafîee enfoite au tamis pour être mifo en petits pains, après avoir été pétrie dans un peti d’eau gommée.
- Cette préparation de fuie , affeétée au petit teint , & qui donne une couleur brune , couleur de terre ou un peu jaunâtre , appellée Bijlre , eft auffi d’un grand ulàge pour l’enluminure & le lavis des plans.
- On s’en fert encore pour peindre en mignature : la maniéré de le
- compofer , confifte à broyer de la fuie de cheminée avec de l’urine
- d’enfant fur l’écaille de mer, jufqu’à ce quelle foit parfaitement affinée ; on
- l’ôte de deffus la pierre pour la mettre dans un vaiffeau de verre de large encolure, & on remue la matière avec une fpatule de bois, après avoir rempli le vaifleau d’eau claire ; on la laiffe enfuite repofer pendant une demi-heure ; le plus gros tombe au fond du vaiffeau, & l’on verfe doucement la liqueur par inclinaifon dans un autre vaiffeau ; ce qui refte au fond eft le biftre le plus groffier, qu’on jette ; on fait de même de ce qui eft dans le fécond vaiffeau ; on remet la liqueur dans un troifieme, & on en retire le biftre le plus fin , après l’avoir laiffe repofer pendant trois ou quatre jours.
- On doit procéder de la même façon pour faire toutes les couleurs donc on doit fo fervir en lavis, afin d’avoir des couleurs qui ne fallent point corps fur le papier , ce qui feroit un mauvais effet à l’œil ; car la propreté que demande le defîin ne fouffre que les couleurs tranfparentes.
- On prépare encore le biftre en failànt bouillir la fuie de cheminée cinq ou fix gros bouillons avec de l’eau à difcrétion dans un chauderon expofé fur un grand feu ; on la remue de temps en temps avec un petit bâton s
- (1) L’Art de teindre, par rapport aux étoffes de laineries , fe diftingue en France en grand & bon teint, & en petit ou faux teint : le premier eft celui où il ne s’emploie que les meilleures drogues, & celles qui font des couleurs affurées : le petit teint eft celui où il eft permis de fe fervir de drogues médiocres , & qui font de fauffes couleurs ; de maniéré que les moindres
- étoffes font réfervées pour le petit teint , renfermé dans le fauve & le noir. Le bon & le petit teint expriment différents mélanges prefcrits par les Ordonnances, & d’où réfultent des couleurs plus ou moins fines.
- (2) Voyez la Thefe foutenue aux Ecoles de Médecine de Paris, citée page ^2^.
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- ET DE SES MINES. II. Part. 1137 on s’en fert pour les mêmes ufages après avoir fait évaporer , cette couleur liquide , Sc réduite en petits pains ou paftilles, qu’on nomme Bijlre (i)*
- frémis , Goudron , Cambouis 9 Huile.
- E n faifant bouillir le Charbon de terre dans de l’huile cuite ou dans un vernis gras, comme celui des Peintres (2), on a, félon M. Kurella, un beau vernis tanné qui fe feche bien.
- Avec l’huile de pin, épaiffie au foleil, on a une chaleur douce ; il donne un beau vernis jaunâtre , qui demande feulement beaucoup de temps pour fécher : en faifimt bouillir partie égale de Charbon de terre Sc de poix blanche, & les tenant long-temps au feu & les y remuant fans cefle , il réfulte une matière tenace qui s’attache fi fortement au bois & au fer , qu’on pourroit en faire une efpece de goudron pour préfèryer les navires de la piquàre des vers, & empêcher le fer de fe rouiller dans l’eau.
- Le Mémoire de M. de Bafville fait mention d'un Charbon Sc réfine minérale dans le Diocefe de Béziers, dont on fait une fubftance molle Sc tenace comme le goudron.
- Le Grand Prieur de Lure a imaginé de tirer de l’huile du Charbon de Rouchamps.
- M. de Genflane, dans l’Ouvrage qu’il vient de publier, avance que lorfque le Charbon, qui fe tire des mines des environs du Saint-Efprit en Languedoc , a peu de confiftance, & fur-tout lorfqu’ii eft molaflè (3) , on peut en extraire un cambouis ou une matière huileufe, fort gluante, à demi-fluide , très-propre à graifler les voitures. On fera bien aife de comparer ce procédé avec celui pratiqué fur la pierre de Shropfire ; il confifte à faire bouillir le Charbon de terre avec de l’eau dans des chaudières de fer, & à écumer le bitume qui fumage à l’eau. Quand il ceflè decumer, le dépôt fableux ou terreux, ordinairement blanchâtre, qui relie au fond de la chaudière, fe retire ; on remet de nouveaux Charbons dans 1 eau , Sc on continue jufqu’à ce qu’on ait autant de graille qu on en veut. Cette matière ell mifè dans des Vafes de bois pour repofer ; on en ôte l’eau qui s’en ell féparée , le bitume eft mis de nouveau fur le feu, & on le fait bouillir feul jufqu a ce que toute la partie aqueufe foit évaporée : il eft à remarquer que cette graifle a beaucoup d’odeur, mais n’a rien de nuifible.
- (1) Voyez l’expérience de M. Deflandes avec le Charbon de terre d’Angleterre, Part. Ire, p. 21. Le Dictionnaire Encyclopédique Sc le Dictionnaire de Trévoux font mention d’un noir de terre qu’emploient les Peintres qui travaillent à frefque., Sc qu’ils difenc être une efpece de Charbon foflîle , qui néanmoins n’eft que la terre d’ombre calcinée. Voyez Argilla dans la Table des matières.
- (2) L’huile grafîe que les Peintres mêlent dans
- leurs couleurs pour les faire fécher, Sc qui eft compofée d’huile de noix ou de lin Sc de litharge, qu’on fait bouillir, puis on laiffe repofer la litharge au fond du vafe ; & ce qui fumage eft l’huile grade.
- (3) Cette forte de Charbon , appelle par l’Auteur (Charbon jayet, ( Sc dont je n’ai nulle idée) eft quelquefois , félon lui, fi mou qu’on le pelotte dans la main. Hifl, Nauir, du Languedoc.
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- 5138 DU CHARBON DE TERRE
- L'Art d'extraire du Charbon de terre le bitume & le foufre furabondant £ fans détruire ce compofé qui conferve le principe inflammable, & peut par conféquent être fubftitué aux Charbons de bois, eft connu en Angleterre, au rapport de M. Jars : la même pratique s’eft établie par les foins & aux frais du Prince de Naflau Saarbruck aux forges de Sult^bach, dans la Principauté de Naflau ; on y a cru pendant long-temps .qu'on retiroit de ces braifes de Charbon un grand avantage pour la fonte de la mine de fer : nous parlerons de cet ufàge à là place. M. de Genflàne a eu occafion de voir cet établiflement i qui confifte en fourneaux compofés fur le modèle des fourneaux de Coupelle (r). La cornue pour épurer le Charbon eft une grande moufle (2) de terre , capable de réfifter au feu , 8c qui ne reçoit la chaleur qu'au travers de fes pores : le bitume fondu & détaché par la chaleur, coule en bas, 8c eft reçu dans un vafe , tandis que le foufre volatilifé monte dans une chambre fupérieure par un canal. Le Chapitre XII du Traité de M. de Genflàne. renferme une defcription complette de cet établiflement , la conftruélion, l'ufàge de ces fourneaux * les dimenfions & les proportions qui leur conviennent (3). Nous nous bornerons ici à faire connoître la méthode pour ce qui a rapport à la diftillation du bitume per defcenfum (4), Sc à l'évaporation qui fépare le foufre.
- Les deux opérations fe font en même temps dans une efpece de four , dont l'effet eft à-peu-près le même que celui d'une cornue ; on en prendra la première idée fur la Planche LVIII, ou l'on a repréfenté les principales parties , que nous expliqu erons après une defcription fommaire.
- Ce four., conftruit d'une pâte ou mortier très-réfraélaire , fe ferme exactement lorfqu'ii eft rempli de Charbon. Au bas de fa capacité eft une rigole & une feule ouverture ronde, garnie d'un long tuyau de cuivre incliné ; ce tuyau va s'emboucher dans une marmite de fer fondu, qui fert de récipient pour le bitume coulant ; un autre tuyau de cuivre, montant perpendiculairement, eft implanté fur le tuyau defcendant ; celui-ci fert à l'évaporation des vapeurs du foufre (j). Cette efpece de four eft enveloppé d’une voûte qui lui fert de fourneau , ayant une grille , un cendrier 8c une cheminée
- ( 1 ) Des Coupelles , font des vailfeaux pour purifier For & l’argent des différents métaux avec lefquels ils peuvent être alliés : ces Coupelles font faites d’une matière qui a la propriété de tenir en fufion tous les métaux parfaits 8c imparfaits, tant qu’ils confervent leur état métallique , & de les abforber , ou pour parler le langage du métier , de les boire, dès qu’ils font vitrifiés.
- (2) Petit four mobile différemment confirme, faifant partie effentielle du fourneau d’efiai ou de coupelle.
- (3) De la conftru&ion 8c de l’ufage d’un fourneau propre à la préparation du Charbon de terre , pour le mettre en état d’être employé 2 fonte des mines de fer, & à tous les autres
- ufages auxquels on emploie le Charbon de bois,; pag. 263 , Tom, I.
- (4) DiJUllation par le bas , c’efi-à-dire , dans laquelle l’appareil eft conftruit de maniéré que les matières foumifes à l’opération forcent du vaiffeau par la partie inférieure.
- (5) L’Auteur a fuivi dans cette expreffion l’opinion générale dont nous ne croyons devoir faire reproche à perfonne : il nous fuftira que l’on foit prévenu de notre fentiment à cet égard, & que réellement cette partie dite fuîphureufe eft une huile très-légere, un alkali volatil réfous 8c très-aqueux, qui fe diffipent dans l’air, au moyen d’une efpece de foupirail , adapté au tuyau , par lequel les principes moins volatils font portés dans le récipient.
- qui
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- ET DE SES MINES. IL Part. ir3<> qui débouche dans une chambre conftruite au-defîous ou o ircule la fumée du Charbon qu’on brûle pour chauffer ce four : on mêle le Charbon avec du bois pour l’allumer ; lorfqu’il eft rougi , on le maintient moyennement dans cet état ; & à ce degré de chaleur, le bitume coule dans la marmite de fer qui eft à moitié enterrée ; le foufre s’évapore par le tuyau de cuivre vertical: lorfque ces vapeurs ceffent de fortir, l’opérationqui dure ordinairement trois fois vingt-quatre heures, eft achevée.
- Le Fourneau vu dans fa capacité extérieure E, F, G, H, Planche LVIII, fig. 2;
- 1, K, L, M y la capacité intérieure du fourneau. a y c, n> 772, dy b9 P, q, les deux chauffés (1) du fourneau. e y f y gy h y les portes des chauffes. ty u y intérieur de la cornue.
- r 9 s y tuyau de cuivre par où coulent l’huile & le bitume. v y tuyau d’évaporation.
- P y marmite de fer qui 1ère de récipient , dans laquelle fè rendent l’huile & le bitume, Sc qui eft couverte d’un couvercle bien jufte.
- Q, R y porte de la cornue, grille des chauffes.
- Coupe du Fourneau y fig. 2, fur la ligne tu de la fig. 3.
- Ey Gy F y H y murs du fourneau.
- N y o y X y u y t y dedans du vafe .faifant fonélion de cornue. x y fol du terrein.
- Q y R y porte inférieure de la cornue.
- Y, porte fupérieure de la cornue. y y cheminée du fourneau.
- r y s y tuyau de cuivre par où fortent l’huile & le bitume. v y tuyau d’évaporation.
- O y mammelon du récipient, dans lequel emboîte le tuyau de cuiyre;
- P y marmite de fer qui fert de récipient.
- Coupe tranfoerfale du Fourneau. Fig. 4.
- N 9 u, X y fol de la cornue, formant une rigole au milieu, par où s’écoulenl l’huile & le bitume.
- O y voûte de la cornue.
- (1) Les Ouvriers entendent par cette expreffion, le foyer qui contient l’aliment du feu^
- Charbon de Terre. IL Part. K 13
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- ï*4o DUC H À R B O N DE TERRE
- e.fgh , 'deffous de la chauffe, par où l’air s’introduit fous la grille* T, voûte en croifillon , ou chambre fupérieure.
- K9 cheminée du fourneau.
- Elévation du derrière dit Fourneau. Fig. 6.
- O n ne voit pas ici la porte de deffous la chauffe, par où s’introduit l’air fous la grille , ni les portes du fourneau , mais bien en 114 4 , les tirants de fer avec leurs clefs, fervant à empêcher que les murs ne fe fendent.
- O , mammelon du récipient, dans lequel s’emboîte le tuyau de cuivre;
- P, marmite de fer qui fert de récipient.
- v y le tuyau d’évaporation.
- Le bitume , provenant de cette opération , eft très-gras, & peut être fub-fiitué au meilleur cambouis pour grailler les roues des voitures (1). A l’égard de l’huile, elle différé du pétrole, en ce qu’elle eft moins inflammable ; les Payfans s’en fervent en guife d’huile pour s’éclairer, comme il fe pratique près de Beckal en Sibérie avec le malte qui fe tire de quatre puits.
- Lumière pour éclairer /’entrée des Ports & des Rivières.
- Les feux qu’on allume de nuit fur les phares pour fervir de guide aux vaiffeaux , pourroient être de Charbon de terre flambant ; la clarté en feroiç augmentée confidérablement à l’aide d’une plaque de métal poli, placée à une diftance convenable du foyer , du côté qui n’a pas befoin d’être éclairé pour faire effet de réverbere. Chaque bâtiment, abordant au port, feroit tenu d’être leflé d’une certaine quantité de Charbon de terre pour cet ufage. Dans l’un des ouvrages extérieurs des fortifications de la ville d’Oftende , on a conftruit, par ordre de Sa Majefté Impériale & Royale, un fanal qui éclaire avec ce combuflible (2).
- De Puf âge économique du Charbon de terre , comme combuflible ,
- pour les Arts•
- Lorsque l’on envifàge le Charbon de terre comme combuflible, propre à plufieurs Arts, ou aux ufages domeftiques, on préfume d’abord qu’il eft
- important que l’on fâche en faire un ceux de mauvaifo qualité , ou pour
- (1) Bêcher, à ce qu’il paroît dans Ton Ouvrage , intitulé: La folle Sagejfe, N°. 36, con-noififoit la maniéré de purifier le Charbon de terre, & d’en tirer une efpece de cambouis ou de goudron aufti bon que celui de Suede.
- (2) Le 15 Décembre 1772, on l’a allumé
- choix convenable , ou pour rejetter difeerner ceux dont la chaleur & la
- pour la premiers fois ; la colonne de feu, d’environ cent pieds de haut, eft furmontée d’un grillage de fer, dans lequel on entretiendra toute la^ nuit un feu de Charbon de terre, qui pourra être découvert de loin,
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- ET DE SES MINES. IL Part. nqr
- flamme font les plus favorables aux opérations auxquelles on veut les appliquer , ou pour tirer parti de ceux dont on eft à portée*
- Les différents degrés de feu ou de chaleur à donner , fur-tout aux fers que Ton forge, félon leur nature, c’eft-à-dire , félon qu’ils font les uns ou les autres capables de fe dilater ou de fe condenfer par différents degrés de chaud , félon la diverfité des ouvrages , doivent dépendre beaucoup de la nature du Charbon que Ton emploie ; il en eft de même de tous les autres Arts auxquels on applique le feu de ce combuftible: il eft probablement plus ou moins convenable à quelques opérations félon fa qualité : h vivacité de fa flamme, de fa chaleur, Sc cette différence des phénomènes , réfultant de la diffolution de ce foffde par fembrafement, ne peuvent être que relatifs , foit à la texture du Charbon dont on fe fert , foit à la différente combinailon de fes parties conftituantes. Dans un grand nombre de Houilles, leur organifation particulière eft aifée à reconnoître en fiiivant attentivement des yeux la maniéré dont fe détruit un Charbon de terre que Ton foumet à fignition , voyez pag. 554 ^ la portion eftentieliement combuftible eft , raflemblée Sc cantonnée dans des alvéoles paraliélogrammiques (i).
- Selon que ces molécules font plus ou moins analogues à la matière du feu , ceft-à-dire , bitumineufes , félon que leurs enveloppes ont de conflftance , ou que leurs pores font plus ou moins ouverts , que leur communication eft diverfement interrompue par des matières hétérogènes , le feu que produira tel ou tel Charbon de terre fera différent; il faudra plus ou moins de temps pour que fon aélion fe tranfmette dans le Charbon mis au feu, le progrès de l’embrafement eft rallenti, &c.
- La connoiflance du Charbon de terre , dans les variétés les plus communes , eft par conféquent à ajouter à celle de l’Art même , pour lequel s’emploie le feu de ce combuftible ; les difficultés que comporte cette connoiflance * ne font ni moins réelles ni moins confidérables. Dans les petites forges, où il eft tout aufll néceflàire que pour d’autres travaux de difeerner les qualités de Charbon de terre, on voit que tout fe réduit de la part des Ouvriers à une Ample routine que 1 expérience n’a point encore perfectionnée : nous la difeuterons à part, ainfi que la maniéré ordinaire de juger de ce foflile* lorfque nous le confidérerons employé pour les travaux métallurgiques.
- Il feroit tres-pofflble que les Charbons de terre, confidérés Sc examinés attentivement dans les circonftances qui fe découvrent à'la Ample vue, four-niflent fur leur qualité des induélions capables d’éclairer le Confommateur fur les propriétés des uns Sc des autres , & de le guider dans les ufages quon peut en faire. Le Pere Grammont, Millionnaire à Canton en Chine, remarque dans un Mémoire communiqué par M. le Doéteur Maty , à la Société
- (i) Ce qui feroit juger que ce que l’on pour-roit appeller les molécules de Charbon n’ont
- pas îa figure cubique apperçue par M. l’Abbé de Sauvages, Voyez pag, 53^.
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- 1142 DU CHARBON DE TERRE
- Royale de Londres (i) , que les Charbons de terre de Chine pourroient donner quelques idées fur la formation, les qualités, l’ufàge & la nature dlu Charbon de terre.
- Ces lignes, quels qu’ils puiflent être , méritent d’être appréciés expérimentalement par les Artiftes intelligents ou par les perfonnes curieufes, à même de vérifier ces cara&eres extérieurs des Charbons de terre. Nous nous fommes contentés de les faire preffentir dans la première Partie , page 73, il eft à propos de les développer ici > après nous être arrêtés fur la propriété générale de ce folïile de donner de la chaleur.
- De la chaleur que donne le feu de Houille en général.
- La propriété commune à tout Charbon de terre , comme combuftible j eft de répandre en brûlant plus ou moins de chaleur , ou félon l’efpece de Charbon employé, ou félon le volume fournis à i’ignition, &c. Nous n’avons ici à confidérer cette chaleur que quant à fon intenfité, & quant à l’aéHon qui peut lui être particulière fur les uftenfiles ou vaifleaux que l’on chauffe avec le Charbon de terre : la chaleur du feu de Charbon de terre eft communément eftimée de feize degrés , & celle du grand feu de bois de dix-fept degrés.
- Suivant le Chevalier Newton (2), la chaleur d’un petit feu de Charbon de terre , & celle du fer qu’on y avoit fait rougir , jétoit de ( •+* 3 2 = )
- 1049 degrés ; & une verge d’acier échauffée dans le feu jufqu’à ce quelle fût rouge , a été trouvée par le Doéteur Muflchenbroek ÇTentamen Acad. Com. II, p. 48 & 49 ), allongée de 364 degrés ; par conféquent, elle avoit été échauffée jufqu’à notre ( 4, 32 = ) iopye degré ; ce qui diffère
- bien peu de la chaleur du petit feu de Charbon , dont il vient d’être parlé d’après Newton.
- Ce grand Phyficien ( PhiL Tranf ihid. ) donne la chaleur d’un petit feu de bois , comme plus grande , montant peut-être à fon 200 ou 2ioeme degré ;
- ce qui correfpond à notre ( --*-'80 -h 32 = ) 1408e degré ; & il regarde avec juftice un plus grand feu, comme encore plus chaud, particuliérement fi on le poufle avec des foufflets.
- M. Venel, dans fes Injlruclions, n’a pas négligé de s’arrêter à cette cir-conftance du feu de Charbon de terre : cet Auteur compare ce foflîle embrafé pour tous fes phénomènes aux métaux rougis au feu ; il lui reconnoît une chaleur très-ardente, mais ne s’étendant pas au loin, & d’une expanfibilité inférieure à celle du bois ; il fait cependant la diftinélion des cas dans lefquels
- (1) Sur les différentes étuves Chinoifes pour chauffer les appartements , & dont nous ferons ufage à l’article du chauffage.
- (2) Effai fur l’Hiftoire natyrelle Si expéri-
- mentale des différents degrés de chaleur des corps, par le Dofteur Martine, de la Société Royale de Londres, Seât. VII.
- cette
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- ET DE SES MINES. II. Part.- rrqj
- cette chaleur eft animée par les foufflets ou par différentes conftruétions de fourneaux propres à opérer une ventilation : il obferve qu alors le Feu de Houille peut , non-feulement être élevé au plus haut degré , mais encore être porté au loin avec toute fa chaleur , Sc même fous la forme d’une flamme vive. L’Auteur a foin de faire remarquer, en même temps, que ce peu d’expanfibilité de la chaleur fpontanée de la Houille brûlante , ne doit pas faire croire que cette chaleur foit peu confidérable ; qu’elle eft au contraire fort vive & très-ardente dans le fein & auprès du foyer, tandis que le feu y eft dans fa plus grande force. Cette façon dont l’Auteur s’exprime fur ce point eflentiel , ne donne , à mon avis, qu’une idée incomplette , & même inexaéte, de la flamme & de la chaleur du feu de Charbon de terre , annoncées peu expanfibles en foi, c’eft-à-dire , tant quelles ne font excitées que par la ventilation à-peu-près néceffaire pour, produire Sc maintenir ces phénomènes. Les perfonnes qui ne connoiiïent ce feu que par ce qui fe voit journellement dans les Villes , chez les petits Ouvriers en fer 3 en prendroient une médiocre opinion. Je crois pouvoir afliirer que cette chaleur, dans la maniéré dont elle fè propage , eft au moins égale à celle de toute autre efpece de feu : la chofe m’a paru telle pendant plufieurs mois que j’ai pafles de fuite, foit à Liege , foit ailleurs , où l’on ne fe chauffe qu’avec de la Houille : pendant deux hivers confécutifs, j’ai ufé à Paris de ce chauffage , fans avoir rien changé à la conftruélion du foyer de ma cheminée ; & mon expérience propre m’a confirmé dans l’opinion , que s’il y a fur cela une différence, telle qu’elle puifle être déterminée , les Ecrivains , qui en ont jugé au défavan-tage de la Houille , en ont jugé par des Charbons de l’efpece que l’on nomme foible 5 Sc nullement par ceux que l’on appelle quelquefois Charbons flambants y dont la flamme fournit beaucoup de phlogiftique, puifqu’elie fort d’un Charbon très-bitumineux.
- En 1740, l’Ingénieur en chef du Lyonnois, chargé par le Miniftere de faire des recherches fur ce fujet, a vérifié que les avantages du Charbon de terre font en raifon fuperieurs a celui du bois de hêtre pour la durée Sc pour la chaleur, comme de cinq à un : l’Auteur, qui étoit de l’Académie des Beaux 'Arts de Lyon, fit part de fon travail à cette Compagnie ; les liaifons que je me fuis fait un plaifir d’entretenir depuis 1750 avec la Société Royale de Lyon ( 1 ) , l’une des premières Académies qui m’aient honoré de leur bienveillance 9 m ont donné la facilité d’avoir communication du Mémoire en entier, avec permiflïon d en faire ufàge : l’utilité de l’objet m’engage à profiter de cette liberté.
- (1) La même que celle établie pour la première fois , fous le nom d'Académie des Beaux Arts en 1713 , & confirmée par Lettres-Patentes en 1724 , honorée en 1748 du titre de Société Royale des Beaux Arts par Lettres-Patentes du Roi, réunie par de nouvelles Lettres^Patentes
- Chjrbon de Terre. //. Pan.
- en 1758 , fous le titre à'Académie des Sciences ? Belles-Lettres & Arts, à une Société Littéraire formée dès l’année 1700 dans la même Ville, fous le nom d'Académie des Sciences & Belles-Lettres,
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- ïr44 DU CHARBON DE TERRE
- Qbfervations & Expériences fur la chaleur du feu de Charbon de pierrè Ù* de terre , comparées cl 'celles du feu de bois , faites à Lyon , par ordre de la Cour, dans des Poêles , en 1740 ; communiquées a la Société Royale
- de Lyon , par feu M. Deville , Ingénieur en chef du Lyonnois.
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- O n a pris trois thermomètres, fàvoir, celui conftruit félon les principes / de M. de Reaumur, placé au Nord en plein air ; les deux autres pofés, l’un dans une grande falle où il n’y avoit point de feu, l’autre dans une grande falle de 6S pieds de longueur, fur zp de largeur, Sc 16 de hauteur; cette falle , percée de deux portes & de dix fenêtres , cinq au Nord, cinq au Sud : le thermomètre de M. de Reaumur étoit à un degré au-deflùs de la congélation, les deux autres à p degrés Sc demi au-deflous du tempéré ; il étoit alors 7 heures Sc demie du matin. Au milieu de la grande falle étoit un poêle non allumé , de 24 pouces de longueur, iy pouces de largeut,
- Sc 27 pouces de hauteur, ces dimenfioris prifes dans œuvre. A cette même heure, on a chargé le poêle de 28 livres de Charbon de terre , & de deux ou trois livres de fagot pour l’allumer ; & les fenêtres étant fermées, on a mis le feu au poêle. Les portes ont été tantôt ouvertes , tantôt fermées ; elles donnent dans l’intérieur de la maifon. Le feu ainfi mis à 7 heures Sc demie du matin , a duré jufqu’à 7 heures du foir ; & pendant cette opération , on a attentivement examiné le thermomètre de demi-heure en demi-heure , jufqu’à midi que la liqueur s’eft trouvée montée dans le tube de 10 degrés Sc demi $ & baiflant infenfiblement, elle s’eft encore trouvée à fepe heures du foir à fept degrés Sc un quart au-deflùs de ce qu’elle étoit à fept heures Sc demie du matin. La température de l’air a été aflez égale ce jour-là, les deux autres thermomètres n’ayant varié que d’un demi-degré ; ce qui établit que c’eft abfolument la chaleur du poêle qui a fait monter celui de la falle de 10 degrés & demi.
- Après donc avoir conftaté que 28 livres de Charbon de terre ont fait monter le thermomètre de 10 degrés Sc demi, on a voulu voir de combien pareille quantité de bois feroit élever la liqueur dans le même thermomètre. Pour cela, le lendemain , les chofes difpofées comme le jour précédent, le thermomètre de M. de Reaumur à un degré Sc demi au-deflus de la congélation , Sc les deux autres à 10 degrés Sc demi au-deflous du tempéré, on a mis dans le même poêle de la grande falle 28 livres de bois de hêtre,
- Sc deux à trois livres de fagot, & les fenêtres aufli fermées, on a mis le feu au poêle.
- Le feu ainfi mis à la même heure que la veille , c’eft-à-dire, à 7 heures Sc demie du matin , n’a duré que jufqu’à onze heures, Sc le thermomètre n’a monté que de 8 degrés Sc demi ; ce qui fait, dans l’efpece préfente ,
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- ET DE SES MINES. IL Part; xr4y deux degrés de différence de la chaleur du Charbon de cerre à celle du bois.
- • La température de Pair s’eft également foutenue durant cette matinée, au rapport des deux autres thermomètres. Le réfultat de ces deux opérations comparées, eft que 28 livres de Charbon de terre ont fait monter le thermomètre de dix degrés Sc demi, & ont duré douze heures ; que 28 livres de bois n’ont fait monter le thermomètre que de huit degrés Sc demi, Sc n’ont duré que trois heures ; d’où l’on peut conclure que la chaleur du bois eft à celle du Charbon de terre comme 4 eft à j1 , la durée de l’un Sc la durée de l’autre comme 3 eft à 12 ; par conféquent la raifon compofée comme 12 eft à 60 ; c’eft-à-dire, qu’en fuppolànt l’égalité dans la valeur, il y a les quatre cinquièmes à épargner dans l’ufàge de ce Charbon. Mais cette épargne feroit véritablement déplacée, û d’ailleurs le Charbon, dont il eft queftion, pouvoit intéreffer la fànté : j’ai fait là-deffus quelques recherches dans la ville de Saint-Etienne , qui eft le lieu où l’on en brûle le plus ; Sc je nai point appris qu’il occafionnât aucune maladie particulière, il n’y a que les poitrines foibles , & principalement les afthmatiques qui s’en trouvent incommodés, attendu l’épuifement de l’air.
- Plus grand détail.
- Expérience.
- Le 23 Mars 1740.
- Dans une grande lalle fur le rez-de-chauffée, qui a en œuvre 68 pieds de longueur fur 29 pieds & demi de largeur, Sc 16 pieds de hauteur , il y a un poêle au milieu, dont la longueur en œuvre eft de 2 pieds, la largeur un pied huit pouces , Sc la hauteur 2 pieds 3 pouces ; cette fàllô a cinq fenêtres au Nord , Sc autant au Sud , Sc une porte à chaque fond. On avoit laiiïé quelques fenêtres ouvertes le matin , Sc un thermomètre vis-à-vis le poêle entre deux fenêtres , qui marquoit à 7 heures & demie du matin 9 degrés & demi au-deflous du terme qui défigne le tempéré. On a mis dans le poêle 28 livres de Charbon de pierre , Sc deux à trois livres de fagot pour l’allumer : on a fermé les fenêtres , & on y a mis le feu à 7 heures Sc demie, les portes ont été tantôt ouvertes Sc tantôt fermées, elles donnent toutes les deux dans l’intérieur de la maifon :
- Le feu mis à 7 heures & demie du matin.
- A 8 heures le thermomètre étoit à 7 degrés fous le tempéré.
- A 8 heures Sc r . . . . . à ^ degrés.
- A 9 heures....................à 3 f
- A 9 heures Sc f ..... à 2 ; r ^
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- xr-46 DU CHARBON DE TERRE
- A io heures..........................à o 7 degré au-deflus,'
- A 11 heures..........................à o t degré.
- A cette heure les Penfionnaires font venus dîner ; il y avoit iyo perfonneS fins compter les domeftiques qui fervoient ( i ) ; au fbrtir du dîner, vers le midi , le thermomètre étoit à 4 degrés au-deffus du tempéré*
- A midi & i . . . . . à 1 degré, &c. delfus.
- A une heure • . . . à t
- A 1 heure & 7 . . . *. au tempéré.
- A 2 heures . . . * . à 1 degré 7 delfouS;
- A 2 heures & 7 . • . . à 2 degrés 7.
- A, 3 heures . .... à 3
- A 4 heures . . « . • • a 4
- A y heures 7 . . . . à y __ _ — « m m
- A 6 heures, le feu entièrement éteint, 6 degrés au-delïbus du tempéré,'
- A 7 heures.....................à 6 i deflous.
- Les Penfionnaires font venus louper, & après le louper le thermomètre étoit à 2 degrés lous le tempéré.
- Le thermomètre de M. de Reaumur étoit le matin au point du jour à t degré au-deflus de la congélation ; le temps a été tout le jour nébuleux Sc pluvieux , le matin le chaud & le froid ont été allez uniformes. On a dit que le thermomètre de M. de Reaumur eft expofé au Nord en plein air.’ Un thermomètre qui eft dans une grande chambre, où Ton ne fait point de, feu , étoit entre midi & une heure au même degré qu’entre 7 à 8 du matin.
- * Le 24, Mars, ,
- Le thermomètre de M. de Reaumur, au point du jour, étoit à 1 degré &f feus la congélation ; les chofes difpofées comme hier , le thermomètre qui eft dans lafàlle de l'expérience marquoit vers les 8 heures que Ion a allumé le poêle, 10 t degrés au-deflbus du tempéré , c’eft-à-dire o de glace: on a mis dans le poêle 33 livres de bois de moule de hêtre , & un peu de fagot pour allumer.
- A 8 heures & t le thermomètre marquoit 9 degrés,
- A 9 heures ^ . . . . . . . . . ^ 6 f
- À 9 heures & 7 . ....................4 *
- Ai x o heures , %
- A10 heures & r....................... - • 2
- A 11 heures, le feu éteint, 2 degrés au-delfous ; de forte que la chaleur n’eft pas montée aujourd’hui jufqu’au degré qui défigne le tempéré ; le thermomètre ci-delfus, qui ne varia pas hier depuis 7 a 8 heures jufquàmidi, n’a varié que d’un demi-degré.
- ( 1 ) Cette circonftance e(l à remarquer.
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- ET DE SES MINES. II. ParW
- 1147
- De l’effet du feu de Charbon de terre fur les Chaudières & autres ujlenfles
- de ee genre , chauffés avec ce combuffible.
- Plusieurs expériences montrent que le phlogiflique, Fourni par la flamme du Charbon de terre , n’eft pas pur. Dans les atteliers où on travaille le fer, les plus fortes barres, ou grilles de fourneaux, font corrodées en peu de temps : les plaques de fonte , qui couvrent la voûte, fous louvrage des fourneaux de fonderies , font fouvent détruites en un an ou deux ; elles deviennent plus cafîantes que le verre. La première idée qu’ont préfentée ces obfèrvations de fait , réunies à l’odeur de foufre qui fe fait fentir dans les forges, & dans quelques fourneaux où il n’y a pas de fer , a porté fur un principe fulphureux, allié à ce foflîle ; Chimiftes, Phyficiens, Ouvriers,* Speélateurs, tous fe font donné le mot pour ne point chercher d’autre caufe qu’un véritable foufre brûlant & vorace (1). En même temps, cet effet, connu au feu de Charbon de terre, d’attaquer le métal qui eft expofé à fon a&ion , donne lieu aflez généralement d’appréhender l’ufàge de ce combuftible dans quelques atteliers où les chaudières & autres uftenfiles de ce genre; que l’on a befoin de chauffer continuellement, font adaptées fur un fourneau , de maniéré que la chaleur du feu porte, non-feulement fur toute l’étendue du fond extérieur de ces uftenfiles , mais agit encore beaucoup fur leurs parois (2),
- On doit convenir qu’il feroit difficile de reprocher à un combuftible un plus grand défaut que le défaut d’être deftru&eur, & d’obliger de renouveller trop fouvent des uftenfiles qui , dans ces Manufactures , font l’agrêt principal ; mais l’opinion où l’on eft fur cela, eft-elle bien fondée même d’après ce qui fe voit dans les forges !
- Le Forgeron porte fà barre directement dans le foyer d’un1 feu concentré; & même réverbéré (3) , qui a la propriété de fcorifier toutes les matières vitrifiables qu on lui préfente, fur-tout fi la flamme eft accompagnée d’un degré de feu confidérable; ce n’eft pas tout, l’Ouvrier excite l’embrafement par une ventilation foutenue 8c réitérée foigneufement. Dans les fourneaux à chaudières, ces chaudières n’éprouvent point la chaleur de la même façon ; fi le Charbon qu’on emploie eft du Charbon flambant, la flamme qui n’eft
- (ï) Nous nous contenterons, quant à préfent, de faire remarquer que les anciens Chimiftes & les anciens Naturalises donnoient le nom de foufre à toutes les fubftances huileufes & à toutes les graifles des trois régnés, aux bitumes, & à toutes les matières inflammables.
- (2) Il n’eft pas trop facile de voir fur quel fondement M. Genneté attribue le peu de durée de l’alembic de la machine à feu de Saint-Gilles prèsLiege, à l’encrouftement ou dépôt qu’y for-
- Charbon de terre. II. Part,
- ment les'eaux qui fortent de la veine Domina ^ comme M. de Tilly attribue cet effet dans la machine de Litry , en baffe Normandie , aux eaux de la mine. Voyez pag, 5 dp.
- (3) En Phyfique , on appelle en général JRé-verbération , faélion d’un corps qui en repoufle & en réfléchit un autre, après en avoir été frappé. Réverbérer, c’eft frapper une fécondé fois. Flamme réverbérée t ou qui fe réfléchit fur elle-même,
- M 13
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- Ï148 DU CHARBON DE TERRÉ
- point la partie la plus chaude du feu, venant à rencontrer à une Certaine hauteur le fond du vaiffeau, s’y applatit, devient divergente, & perd encore de fà force. La ventilation, opérée pâr un courant d’air précipité du cendrier dans un foyer elpacé, d’où les vapeurs du feu & l’air prennent iffoe par un débouché , eft toute différente de la ventilation des fourneaux de forges : il n’y a donc point de comparaifon à faire entre ces deux maniérés.
- La queftion^ réduite d’ailleurs à une queftion de fait, devient facile à réfoudre : on ne manque pas de Manufaétures où l’on fe fert de Houille pour chauffer les chaudières ; c eft à ceux qui font à la tête de ces atteliers à prononcer (r).
- Quant aux barreaux ou grilles de fer , perpétuellement expofées à l’ardeur de ce feu, on ne peut encore favoir précifément à quoi s’en tenir fur leur dégradation, que dans les grandes Manufactures (2).
- Les grilles des foyers de chauffage & de cuifine, dans les pays où l’orï ne fe fert que de la Houille , durent en générai allez long-temps , pour qu dnn’aye point fait fur cela de remarque précife ou exaéle jufquà un certain point. Il eft vrai qu’il y a une grande différence dans la maniéré dont le feu agit for les grillages qui le contiennent.
- J’ai cependant voulu obferver par moi-même l’effet de ce feu for une barre de fer qui y feroit, pour ainfi dire, expofée continuellement : je crois utile de rapporter cette expérience ^ qui n’a été faite par perfonne. Pendant les deux hivers de 1770 & 1771 > que je me fois chauffé à la Liégeoife, la conduite de ceux qui s’étoient chargés de l’entreprife des nouveaux chauffages économiques , m’ayant fait juger qu’elle n’auroit pas de fuite (3), je n’avois rien changé à la conftruétion de mes cheminées * & j’avois donné le même confeil à des perfonnes en place qui fe propofoient de faire arranger leurs cheminées convenablement à ce chauffage particulier 5 les grillages, ou fers afeu, étoient Amplement placés contre la plaque dans une très-grande piece de mon appartement , où le feu étoit entretenu du matin au foir, & on ne l’éteignoic pas pour la nuit ; le grillage , foutenu Amplement for mes chenets, étoit plein , & compofé for chaque face de trois barreaux d’un demi-pouce d’équar-riffage ; ceux qui formoient la longueur du gril, for le devant & for le derrière , avoient quatorze pouces de longueur..
- (1) M. Vend, Chap. V, Seft. I, pag. 148, avance que les chaudières de cuivre de la Ra-ünerîe de lucre établie à Montpellier , de l’épaiffeur de trois ou quatre lignes , expofées continuellement à un feu violent de Houille, durent des trente années- Ce même Savant a encore obfervé que les plaques de fer fondu , qui forment les poêles des étuves de la même Manufaéture, durent cinq à lix ans.
- (2) Des barreaux de deux pouces d’équarrif-fage au plus , qui forment les grilles des fours de Verreries fervies avec de la Houille, refirent
- à ce feu énorme jufqu’â trois ou quatre jours ; & c’ell beaucoup , ajoute M. Vend , ce feu étant tel, qu’il eft capable de fondre le fer.
- (3) Tant qu'il ne fera rien innové dans ce que j'ai arrêté pour le choix des Charbons, tant qu'on m s'écartera pas des attentions nécejfaires pour les façonner , je puis répondre que Vufage de ce nouveau, chauffage fe maintiendra fufffamment parmi nous , pour gagner avec le temps. Je m’exprimois en ces termes dans PAvertiflement placé à la tête de PEdition in-12 publiée en 1740 , des Mémoires qui termineront ce dernier Article.
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- ET DE SES MINES. II. Part.1 «4*
- Afin d’être fur de l’expérience que je voulois faire , la même face étoic toujours appuyée contre le contre-cœur de la cheminée ; les trois barreaux de cette partie du grillage ont par conféquent éprouvé toute l’aèlivité du feu pendant deux hivers. Voici ce qu’on y a remarqué enfuite : le barreau fùpérieur étoit entièrement détruit dans fon milieu, & laiffoit un vuide de deux pouces deux lignes ; les portions reliantes qui fe répondoient lune à l’autre avoient éprouvé dans leur furface , à commencer à-peu-près à la moitié de la longueur reliante, une diminution telle qu’elles repréfentoient deux forts pitons , bien aigus à leur extrémité , Sc abaiffés fenfiblement à cette extrémité , comme s’ils avoient été ramollis ; le barreau fuivant, qui etoit celui du milieu , étoit aulîî diminué dans fon calibre , & manifeftement déjetté de dedans en dehors , ce qui annonçoit qu’il avoit aulîî éprouvé un amollilTement fuffilànt pour qualors il eût cédé de temps en temps au poids de la pile de Charbon, chaque fois que ce combuflible étoit dans le fort de l’embrafement.
- Caractères de bonté dans les Charbons de terre
- en général.
- Le Charbon provenant d’une mine , difpofée par veines , & celui qui prcH vient d’une mine en majje , doivent avoir des qualités différentes. Toute impénétrable que foit la nature dans fon premier fecret de la formation des mines, ce que nous avons dit, page 73 , & le bon fens donnent à penfer que les mines dilpofées en couches, bancs ou filons , nommées veines, refïerrées dans une enveloppe qui leur eft propre y qui les accompagne partout, qui contient, comme dans une barrière, les efffux minéralifants, feront mieux conditionnées , plus parfaites ; que celles au contraire qui fe préfentent fous une forme d’entaffement, font des mines déformées qui non-feulement ont fouffert dans leur union intime , dans leur concrétion originaire , mais qu elles ont encore perdu * fi l’on me permet de m’exprimer ainfi , une partie de leur miner alité ; cette qualité primordiale ne s’y fera pas confervée aulîî entière que fi elles fuffent toujours reliées dans leur matrice : elles ont éprouvé , du moins a 1 inflant du bouleverfement dont elles portent toute la marque, un éventement, qui n’a ceffé d’avoir lieu qu’après que tout ce mélange confus a, avec le temps, fait un nouveau corps (1).
- (1) Le volume confidérable de ces mines de Charbon en mafies n’a rien qui doive étonner, Sc qui infirme le fentiment où je fuis, que plu-fieurs mines de Charbon font de ce genre ; il doit même s’en rencontrer un plus grand nombre pour ce fofiile que pour les mines métalliques, où l’on en connoît d’une très-grande étendue ; tel, par exemple , que celui d’une des quatre mines exploitées du département d’AItemberg, dont M. Hellot fait mention en note dans la Traduétion de Schulter, tom. 2, p. 591 & 592. Il ne s’en trouve point de femblable dans toute rhiitoire des Mines ; il a environ 20 toifes de
- circonférence, Sc fournit de la mine d’étain de-ï puis le jour jufqu’à 150 toifes de profondeur perpendiculaire. Ces fortes de filons en malle n’ont que rarement une direction réglée ; mais ils ont leurs bornes , qui quelquefois eft une pierre feche, quelquefois un roc, que les Mineurs appellent féparateur, & qui vraisemblablement ell ce qu’Agricola nomme intervenium,, lequel, die cefavant Auteur, eft tout-à-fait hors de la portée de la vue, lorfqu’il appartient auxveines dilatées; Sc au contraire dans les veines précipitées , qu’il appelle profondes, laifîe découvrir fon fommet, & fon pied fe perd dans un grand enfoncement.
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- îrrj'o DU CHARBON DE TERRE
- De tout cela, il doit réfulter, entre les mines de la première & les mines? de la fécondé elpece , une différence réelle & marquée ; on obferve même dans ces mines en majje, plus que dans celles qui font par veines, un défaut d’égalité dans la qualité du Charbon qu’elles donnent dans tout le temps de leur exploitation , quelque confidérable qu’il puiffe être. Cet inconvénient eft tel qu’on ne peut jamais efpérer ni préfumer que toute la mafle foit également bonne ou également mauvaife : cela eft très-différent dans les mines de la première claffe , tant que la veine continue là marche , elle contient pour l’ordinaire Houille & Charbon de même qualité ; on n’en excepte, d'après ïopinion reçue par-tout ou ton connoît de ces carrières, que les Char-
- bons foperficiels, qui font réputés d’une qualité inférieure à ceux qui font plus enterrés. Cette maniéré de juger de la qualité du Charbon minéral a été difoutée Section IXe de la première Partie : on fe contentera de faire obforver qu’il y a des exemples du contraire, voyez pag. no de la première Partie. Le Charbon pourroit auffi avoir une qualité différente, félon qu’il provient d’une veine en pendage de platture ou de roijfe.
- Dans quelques endroits les Houilles , qui ont été tirées du milieu de l’eau ; paffent pour avoir acquis par ce féjour un degré de bonté ; c’eft fans doute d’après l’effet avantageux, produit par l’infperlîon de l’eau for le Charbon de pierre dans les travaux ordinaires, que cette idée a acquis une forte de vraifemblance ; mais lorfque nous en ferons à examiner les moyens de recon-noître à l’ufage le bon Charbon de terre, nous ferons voir que cette induction eft fautive.
- De toutes les ckconftances extérieures du Charbon de terre , il eft des lignes qui peuvent auffi mériter attention ; celui qui fe fait remarquer le premier, & qui eft une des propriétés eflèntielles de ce foffile , c’eft la couleur : nous commencerons donc par nous y arrêter.
- Les nuances de noir fourniffent des renfeignements affez juftes : s’il eft d’un beau noir, luilànt, on pourra le regarder de la meilleure qualité ; ce brillant lui vient de la quantité & de la pureté du bitume ; en conféquence ç félon qu’un Charbon s’en éloignera, il deviendra moins bon ; de maniéré que ceux qui, à l’œil, font ternes 8c fombres, qui paroiffent plutôt gris que noirs, ne valent rien, 8c ne tiennent pas le feu long-temps : ceux-là auxquels je donne le nom de Charbons terreux , pourroient former une troifieme elpece de Charbon.
- Quant à ceux qui font d’une couleur autre que de couleur noire , comme elle n’eft qu’accidentelle, 8c provenant d’un mélange étranger, on en parlera à leur place.
- Un caractère qui fùrement n’eft point fondé en conjectures, eft la con+ JiJlance ; en total, les Charbons different entre eux, comme on l’a vu page 73 , de la première Partie , par la dureté 8c par la friabilité ; 8c fouvent
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- ET DE SES MINES. îï. lPARf.: tï|t
- bn ne diftingue les Charbons qu’en Charbon dur & compabl, & en Charbort tendre & friable.
- Le Charbon décidément fblide, compaél plus analogue à la pierre » Sd d’un beau noir luifant, tel que celui que les Houilleurs Liégeois nommer^ Charbon ferré, & à Rive-de-gier Charbon peyrat, eft en général réputé de bonne qualité : on verra tout-à-l’heüre en quoi elle confifte*
- La maniéré dont il fe fépare quand on le rompt, eft encore une annonce affez confiante ; celui qui fe cafle quarrément, eft en général le meilleur ; celui qui fe cafle, comme ils difent, en filets , d’ou on l’appelle Houille tolrchée , Houille filandreufe , eft inférieur. On doit obferver que la texture de cette efpece n’eft point en fils droits. D’autres font fî tendres qu’ils ffe féparent en pièces de toutes fortes de formes.
- Pour décider de l’excellente qualité du Charbon, ce n’eft pas aflez qui! foit compaél, il faut encore qu’il foit pur ; on doit entendre par-là, exempt de tout mélange, qui diminue, qui gêne pMogiftique, ou qui lui fafle contraéler des défauts particuliers: cette netteté fe juge par l’intérieur de fe cafle**
- Dans la diverfîté de ces accidents, on peut comprendre des feuilletages pierreux de différente efpece , de différente épaifleur, défignés dans quelques mines par des noms particuliers, comme les Gorres dans les mines du Lyon-* nois, Caillettes dans les mines de Montrelais. Le Berg-Banck , qui, félon M*’ Jars, eft un Charbon très-pierreux, faifant un lit de quelques pouces de-paiffeur, fuivant toujours le Charbon, & qui, dans les mines de Wettin, divife en deux parties la couche de Charbon, pourroit auffi être du genre de ces arrêtes9 que les Liégeois appellent Nerfs.
- Les matières qui communiquent au Charbon une odeur différente de celle 'qui lui eft ordinaire, une fenteur infeéle & défegréable, doivent être rangées par-deffus tout au nombre des matières étrangères qui altèrent la pureté de ce foflile ; elles donnent par elles-mêmes , quelquefois à la fîmple vue , les marques de leur préfence : nous en parlerons à part.
- Le poids du Charbon de terre eft encore une circonftance de marque (r) : l’air contenu dans le Charbon de terre ne laifle pas que de contribuer à {on
- . D’après les expériences de M. Haies (f) fur l’air contenu dans les corps J & fur les quantités qui s’en dégagent par la diftülation , & par la combinaifon avec l’eau forte, un pouce cubique, ou 316 grains de Charbon de Newcaftle % a produit par le premier moyen 360 pouces cubiques , c’eft-à-dire, 102 grains d’air, ce qui fait le tiers du poids total. Sur pareille quantité de Charbon (un pouce cubique) un pouce cubique d’eau forte a abforbé 18 pouces cubiques d’air, dont 12, furent reproduits les joursfuivants.
- (1) La pefanteur fpêcifîque du Charbon de terre eft 1. 24.
- Charbon de Terre. II, Part.
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- (2) Statique des végétaux*
- . n n
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- xip DU CHARBON DE TERRE
- Il eft aflez naturel de croire que ce foflile eft encore plus ou moins pelant Félon qu’il eft chargé de pyrites ; les Houilleurs Liégeois donnent à la Houille mêlée de pyrite blanche, le nom de Houille argentée. Moins la Houille eft légère , meilleure elle eft en général ; car il s’en trouve qui , quoique légère, eft de très-bonne qualité : telle eft celle décrite parmi les Houilles chaudes, page 77 de la première Partie ; elle eft nommée par les Liégeois Houille à œil de crapaud, à caufe des petites facettes arrondies & luifantes dont elle eft femée : on pourroit la nommer Houille à miroirs, lithanthrax fpeculare.
- Qualités de la Houille h déduire, de la maniéré dont elle s’embraje & dont elle flambe au feu, de la fumée, de l’odeur quelle répand & du réfidu de fa combuflion.
- Les Charbons de terre brûlent d’autant plus long-temps qu’ils prennent 'difficilement le feu ; ils fe confument d’autant plus promptement qu’ils s’enflamment plus aifément : ces circonftances font plus ou moins marquées félon que les Charbons font purs, bitumineux & compaéles ; ainfi celui qui s’allume difficilement en donnant une belle flamme claire & brillante, comme fait le Charbon de bois, en brûlant longuement & durant long-temps ayant de fe confumer, eft réputé de la meilleure elpece ; à cet égard , elle a quelque/apport avec les huiles grades qui s’enflamment plus tard que i’efprit-de-vin ou que l’elprit-de-térébenthine, mais dont l’embrafement porte un degré de chaleur bien plus considérable ; fi au contraire le Charbon de terre fe décompofe ou fo défunit facilement, s’il fo confume aufli aifément qu’il prend flamme, il eft d’une qualité inférieure.’
- Une des propriétés du Charbon de terre eft de s’étendre en s’enflammant comme l’huile, le foif, la cire, la poix, le foufre, le bois & autres matières inflammables ; on doit en général juger avantageufoment d’un Charbon qui, au feu, fo déforme d’abord en fo griffant, 8c qui acquiert enfuite de la folidité ; les unes , & ce font les meilleures, comme la Houille grafle, le Charbon dit de Maréchal, flambent, fo liquéfient plus ou moins en brûlant comme de la poix , fo gonflent, fo collent enfemble ; dans les vaifleaux fermés, ils fe réduifent entièrement en liquefcence. On remarque que cette elpece ne fe diflout ni dans l’eau , ni dans les huiles, ni dans l’efprit-de-vin ; les autres enfin s’embrafent & fe confument fans donner ces phénomènes.
- Le Charbon de terre eft encore de bonne efpece quand il donne peu de fumée, ou lorfque la fumée qu’il répand eft noire , quand fon exhalaifon eft plutôt réjïneufe que fulphureufe, & quelle n’eft point incommode.
- Toutes ces circonftances , tant dans la maniéré dont il brûle que dans les phénomènes réfultants au feu fur-tout l dépendent, comme de raifon,
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- de la qualité plus ou moins bitumineuje, plus ou moins pyriteuje du Charbon*
- Un Charbon qui eft en grande partie , ou en totalité , bitumineux, brûle fort vite , en donnant une odeur de naphthe : celui qui l’eftpeü, nefefbu* tient pas facilement en maffe quand le feu lattaque à un certain degré; il en eft qui eft d’aflez bonne durée , mais le feu diffipant promptement la portion de graille qui y étoit alliée, les petites alvéoles ou loges dans lesquelles elle étoit renfermée, fe défunifTent, fe féparenf par petites parcelles* quelquefois affez grandes ; ou félon l’expreflion desLiégeois, ils tombent en Heurre. Ces fortes de Charbons ne peuvent tenir au fouffiet, le vent les enleve, & ils font très-peu profitables au feu ; d’autres au contraire qui étoient friables, font d’un bon ufàge, leurs parties fe réunifiant & le collant au feu*
- De même que le bitume eft dans quelques Charbons le feul principe inflammable , il s’en trouve d’autres qui doivent à la pyrite prefque feule leur inflammabilité: la mine de Zuickaw en Saxe, celle de Wettin en Mifhie* en fourniffent de cette elpece. C’eft ainfi que les Charbons , félon qu’ils font plus ou moins chargés de pyrite , fe confument plus ou moins lentement t celui de Newcaftle eft long à fe confumer ; mais celui de Suntherland, au comté de Durham, qui eft très-pyriteux, brûle plus long-temps encore juP qu’à ce qu’il fe réduife en cendres*
- Lifter (r) paroi t être de ce fentiment, en obfervant que les Charbons de terre durent au feu d’autant plus qu’il y a de pyrite ou de foufre mêlé parmi les matières fchifteufes. Ce Doéteur, au rapport de M. Bertrand (2) ^ avoit un morceau de Charbon d’Irlande qu’on difoit pouvoir confèrver avec une couleur rouge la forme qu’il avoit, & une grande chaleur pendant vingt-quatre heures. J’ai tout lieu de croire que ce Charbon par fon poids & fà couleur reflfembloit beaucoup à la pyrite même , & n’étoit abfolument autre choie.
- Il eft facile, à mon avis, de décider les yeux fermés de la qualité que j’appelle primitive du Charbon de terre : l’odeur qui lui eft propre, lorfqu’il brûle, eft variée, de maniéré à en diftinguer deux principales. La premier© jeft une odeur dépendante de l’efpece d’acide allié avec fbn pétrole, & que l’ufàge générai taxe d’odeur de foufre , ce qui fait appeller ces Charbon^ fulphurcux (3). La fécondé eft l’odeur mêlée qu’exhalent les Charbons que je diftingue par le nom de pyriteux , & qui fe rapproche véritablement de l’exhalaifon fulphureufe plus ou moins décidée , & qui pourroit plutôt que les autres les faire appeller fulphureux.
- Perfonne, félon moi , n’a mieux que le célébré M. Hoffmann, défini lâ nature du Charbon de terre qu’il a obfervé ; les expreiïions dont il fe fers
- (1) De fontibus medicatîs Angliœ.
- (2) Tremblement de terre, p. 313.
- (i) Le Tage Kholen dé Loebegin, & fur-
- tout de Wettin, eft femé de lames mincesfuîphïi* reufes , comme la Pyrite , ( indice ordinaire dé foufre ) de comme le God-S'ilbèr? Voyez page $48*
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- *ï?4 '&'V CHARBON DE TERRE
- pour fpécifîer celui de Wettin Sc de Loebegin , renferment tout, Sc font d’uni Obfervateur attentif: celle de bituminofo-fulphurei, appliquée aux Charbons de Wettin , caraétérifè dans ces Charbons la préfence du bitume dans une proportion au moins égale à la pyrite , & celle de filphureo-acidi, indique dans ceux de Loebegin la pyrite furabondante au bitume. Notre célébré Ecrivain établit par-là d’üne maniéré exaéïe &précife la difparité des Charbons à raifbn de la diverfité du phlogiftique qui fait leur partie conftiruante , &à raifbn de la diverfité de la proportion dans laquelle il y eft uni.
- Cette différence de combinaifon influe néceffairement pour beaucoup fur Todeur différente qui s’exhale du Charbon de terre dans là combuftion, ainfi que fur les différentes efpeces de ce même foflile , que font appercevoix les opérations chimiques.
- J’ai recueilli un très-grand nombre de ces analyfes faites en différents pays par plufieurs Savants fur différents Charbons.
- En mon particulier, j’en ai fait plufieurs dans le Laboratoire de l’Hotel Royal des Invalides, avec M. Demachy, M. Parmentier Sc M. Defyeux ; je ne faurois trop répéter que de toutes ces analyfes qui forment un tableau des plus intéreflants, il réfulte inconteftablement que fidée reçue de l’exif-tence du foufre dans les Charbons de terre quelconques, n’eft pas auffl fondée quelle avoit paru fêtre (i). Il fe déclare en effet dans la combuftion de ce foflile une exhalaifon plus ou moins décidée, plus ou moins fugace d’acide Jïdphureux volatil ; dans les Charbons pyriteux ou fulphureo -acides , elle paroîc plus caraéiérifée que dans ceux que j’appelle Charbons bitumineux (2). Nous laiffons aux Chimiftes l’explication de cette combinaifon artificielle, ou de cette exhalaifon dam principe fulphureux qui fè reconnoît pareillement dans des cas où on n’a point à l’imputer au Charbon de terre. Un poêle de fonte de fer, par exemple, qui n’eft échauffé que par le b rafler qu’il contient, répand dans l’étuve , échauffée par ce poêle , une odeur fulphureufe incommode ; Sc fon effet eft d’autant plus violent que le feu eft ardent, que le poêle eft neuf, que le lie%eft clos, &c. On lent pour fordinaire quand on allume les fourneaux une odeur de foie de foufre, quelquefois même de foufre brûlant ; dans la fonte en fufîoÉi, Sc dans les forges, cette exhalaifon eft confidérable , Sc la plupart du temps elle provient autant du fer rouyerain que du Charbon de terre.
- Au lieu de cette odeur Amplement bitumineufe , ou Amplement fulphu-
- (1) M. de Genflane , dans fon Hiftoire Naturelle du Languedoc , afture que le Charbon de terre renferme tons les principes du foufre, Sc que , dans lè moment de la combuftion , ces mêmes principes fe développent, fe combinent enfembie , Sc forment un véritable foufre. Il porte à cet égard les chofes plus loin que personne ; félon lui, le Charbon de terre eft Une caine de foufre plus caraétérifée que la pyrite
- même , parce que ce dernier foiïile ne contient que le principe^acide qui, dans la calcination, fe combine avec le principe inflammable du bois ou du charbon , & donrîe le foufre, au lieu que le Charbon de terre contient tout à la fois le principe acide & le principe inflammable.
- (2) Voyez la Thefe foutenue aux Ecoles de Médecine de la Faculté de Paris en 1771. Corollaire lî, pag, 5 , & Coroll, 111, page 7.
- reufè^.
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- reufé , pour me fervir de Texpreflion 'commune, il en eft de différentes Sc particulières à quelques Charbons ; celle qu’exhale les Charbons , nommés aLiege Bouxtures, eft très-pénible à lodorat (i) , ainfi que ceux qui font femés de Poutnures. Ces petits nerfs appelles Poutnures * voyez p.21 &71 9 produifent dans les Charbons qui en font fèmes la meme vapeur incommode ^ défignée dans les Charbons de bois par le mot fumeron , & par les Allemands Brand (2). On trouve encore dans plufieurs pays des Charbons dont l’ex-halaifon eft d une nature contraire à la fànté, comme à PeterwifTprès Drefde, & dans plufieurs autres pays ; ce font fans doute ceux dont parle Boetius de Boot O) 9 & probablement c’eft une fèmblable efpece dont le commerce a été interdit il y a une vingtaine d’années par un Arrêt du Parlement de Metz (4)* Il en eft particuliérement une efpece * qui eft la plus fujette à donner une odeur, non-feulement fétide & défàgréable , mais encore nuifible ; il eft facile de la reconnokre au premier coup* d’œil avant de l’employer : elle eft remarquable par une couleur changeante , pareille à celle que l’on voit à la furface des eaux minérales ferrugineufes , ou fur les verres reftés longtemps en terre ou expofés à l’air» Les Minéraiogiftes ont diftingué une efpece
- (1) Le mot Êrafil > par lequel on défigne dans quelques Mines d’Angleterre une forte de mé-taîliration ou de marcajfites, fans doute à caufe de leur couleur de cuivre jaune ( appelle du même nom Brafil, ) qui eft aufïi celle de pîu-lieurs pyrites dont plufieurs Charbons de terre font femés , fourniroit une explication pîau-libîe de la dénomination de la troifteme couche de la Mine de Charbon de Weidneifbury, ap-pellé Corn ou Brafil, qui pourrait bien n’être autre chofe qu’une Bouxture. Voyez page 107.
- M. Genneté, dans la defcription des veines de la montagne Saint-Gilles à Liège , avance que la douzième veine , dite Domina , placée fous un lit de Bouxtures qui fe rencontrent même dans le Corps de la veine, pue tellement quand elle brûle, qu’on eft obligé de quitter l’endroit ; il ajoute que la fumée produite par ce Charbon , tombant fur les habits , les brûle , comme feroit la chaux-vive. Je puis affurer que ces deux allégations font abfolument imaginaires : la première pourroit fe foutenir quant aux Bouxtures , relativement à la vapeur qui en réfulte ; aufti n’en fait-on point d’ufage à caufe de cette odeur pénétrante, approchante de l’odeur d’ail ou de l’arfenic , produite peut-être par la préfence de quelque partie de zinc connu pour être inflammable, & à la génération duquel on fait que la pyrite concourt ; d’ailleurs la Bouxture, proprement dite , o’eft point un Charbon de terre : la fécondé allégation qui fe rapproche fort des dires ordinaires, quant aux Charbons de terre , a été avancée, avec quelques différences de termes, dans un Ecrit très-grave & très-férieux par fon objet: elle fera discutée en particulier.
- M. Veneî prétend que l’exhalaifon légère £a~ eide fulphureux volatil ^qui n’eft pas différente de la vapeur propre au foufre brûlant en plein air
- ne fe remarque dans les Charbons de terre qu’avant leur entière deftrudion au feu, & unique* ment à l’inffant où le feu eft Ianguiflant ou expirant. Ce Savant penfe que c’eft ce que les Liégeois ont voulu exprimer par le mot Poutnures ; mais en cela il n’a point pris garde à la diftinèlion que j’ai faite de ces Poutnures & des Bouxtures qu’il a confondu mal à propos»
- (2) Je n’âi pu vérifier Ci la Houille de Can-tabre , dans le Diocefe de Vabres , dont parle M. Venel , 8c qui exhale une odeur fétide dans les premiers temps de fa combuftion, eft: de'cette efpece , à moins que ce ne foit une Houille de l’efpece de celle cl’Aubaigne, voyez page 52p. J’ai cependant trouvé depuis mes premières obfervations, que ce Charbon d’Aubai-gne , brûlé long-temps après avoir été tiré de la mine , ne répand plus cette mauvaife odeur.
- (3) Oh eam quâ pollent virtutemi majoris ejficacice quàm ulla ligna , ignem efficiunt, capiti tamen ob virulentos habitus, multùm incommodi ajjerunti Voy« pag. 340.
- (4) M. de Genffane , Chapitre premier, de VHifioire Naturelle du Languedoc , fait mention d’une efpece qui m’eft tottilement inconnue. D’après ce qu’il en rapporte, il appartient à une veine qui s’exploite près du Pont-Saint-Efprit} il s’y rencontre affez fréquemment de très-beaux morceaux de fuccin, fi pur 8c fitranfparent, qu’à l’odeur près, on le prendroit pour de l’ambre» Je 11e puis me défendre du doute que j’ai que ce foit véritablement du Charbon de terre, mais feulement du Charbon de bois tourbe : il ajoute que la fumée 8c l’odeur de ce Charbon font fi pénétrantes qu’elles infeftent, même à une diftance affez confidérable , les raifîns des vignobles cii> convoifins des fours à chaux où on l’emploie.
- Charbon de Terre. IL Fart. G 13
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- DU CHARBON DE TERRE d’antimoine, ainfi coloré, par la dénomination couleur de gorge de pigeon ; les Anglois par celle de queue de paon. J’ai parlé de ce Charbon Verrort , pages ioo, .101 & 108 de la première Partie, ainfi que du Schelly Veim7 qui annonce fon voifinage (i).
- Il ny a pas de pays où on ne rencontre de ce Charbon , il s’en trouve dans plufieurs de nos mines de France, où il n’a point reçu de nom particulier de nos Ouvriers ; les Charbonniers Anglois font les feuls qui Payent difiingué par une dénomination particulière ; peut-être les Allemands ont-ils voulu le défigner par l’expreflion A^ur-kokL
- La veine de la Houilliere du Bois-Pedé, au Duché de Limbourg (2), nommée PInconnue , découverte par M. le Mayeur Firket, qui la exploitée le premier , donne un Charbon de cette efpece, des plus puants & des plus mal-fàins. Je crois devoir à cette occafion ne point paffer fous filence une remarque qui .paroît confirmer le fentiment de M.Triewald, voyez pag. 60.
- Ce n’efl: que dans la partie de cette veine, placée entre deux foilles , Sc de 6 poignées environ de hauteur, que le Charbon efl coloré de cette maniéré. Lorfqu’au fortirdu bois la veine reprend fon allure, dans les prairies du Château Sc dans la campagne de Hou^e, elle efl: très-brune, quoique réduite à quatre bonnes poignées de hauteur.
- Sans nous arrêter à examiner ici d’où cette couleur rouge mêlée efl: particulière-à ce Charbon , il fuffit d’être prévenu qu’en général celui qui eft de cette efpece efl: regardé comme très-nuifible au fer, venenum ferrL
- On n’a pas de peine à concevoir que tous les différents changements que le feu opéré fur différents Charbons, dépendent de leur compofition ; & attendu qu’elle peut quelquefois être jugée en général au foui coup-d’œil,1 2 il efl: de même poffible de juger d’avance une partie de ce qui doit réfulter de la combuflion d’un Charbon dans lequel ïargille ou la glaife dominera, ou de la combuflion d’un autre Charbon , qui annoncera, comme c’efl: le plus ordinaire, une bafe martiale.
- Par l’épreuve du feu, & par le réfidu de rignition du Charbon de terre,' on diftingue trois efpeces de ce foflile : il en efl:, comme, par exemple la Houille grajfe, que le feu réduit toute en cendres ; parce que , félon M. Hill, cette efpece contient plus de bitume pur, voyez pag,. 114. Ce produit, appelle par les Anglois, du moins à Newcaftle, Fraijll (3), pré-
- (1) J’avols cru que cette expreffion défïgnoit uniquement la texture feuilletée ou écailleufe de ce lit ; mais j’ai vu dans le cabinet de M. Sage, mon confrère à l’Académie des Sciences , un morceau de cette couche , femée en effet de débris de coquilles ayant encore, une partie de leur nacre , parmi lefquelles on diftingue une moitié de Telline.
- (2) A Houze, appartenante à l’Abbaye du y al-Dieu.
- (3) Il paroît que cette expreiïion défigne particuliérement les qendres de Charbon de terre en général, foit qu’elles foient en poufîicre, foit qu’elles foient pelotonnées ou raiïembîées fous une forme concrète; de maniéré qu’un Charbon éteint, à demi-confumé , 6c recouvert de ce pouflier cendreux., eft quelquefois appellé Fraifil, voyez pag. 414 6c 421 , nom donné dans quelques Ateliers au pouftier de Charbon.
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- fente dans quelques Houilles des variétés de couleur ; les cendres de Charbon d’Uflon font blanchâtres $ Ie Charbon de Suntherland donne des cendres rouges qui annoncent une bafo martiale.
- Quelques Charbons , comme la Houille maigre , demeurent' noirs après la combufüon , Sc biffent un corps poreux , léger, fpongieux , très-fom-blable à la pierre ponce,,
- Ce qui refie de quelques autres, lorfqu’ils font entièrement brûlés, e-ft cette maffe nommée Mâchefer ; les Charbons <TArdoife en donnent beaucoup, Sc demandent un feu léger Sc découvert : par cette raifon , ils ne peuvent point aller dans les forges ; mais ils. fervent feulement pour les befoins du ménage.
- Cette maffe fcorlfiée efl différente félon la matrice glaifenfe ou pierreufe du Charbon qui a fubi l’aéiion du feu ; dans quelques-uns, ce réfidu ref femble beaucoup au laitier , voyez page 3.
- Les Chimifles inftruits que fargille n’efl point propre à dégénérer en fcorie, Sc qu’il n’en efl pas de même de la glàtfe , font par-là en état de juger de la nature de la terre qui efl entrée dans la première compofition de la Houille, Sc de l’efpece de feu , de chaleur que peut donner tel ou tel Charbon.
- Il efl donc important de raffembler ici , pour le choix des Charbons à employer au chauffage & à d’autres ufàges, les connoifîànces que nous avons cherché à inculquer, pour aider à diflinguer les efpeces qu’on appelle à Liege maigres , fortes , greffes , chaudes , moyennes , douces , tendres, &c.
- La maniéré de défigner la Houille ou le Charbon par ces épithetes , s’applique également à la Houille & au Charbon ; elle efl néanmoins plus ufitée quand on parle des Charbons ; à Liege, on fe fert plus communément des qualifications gras , chaud.
- Pour commencer par les Houilles, on a vu, page 78 de la première Partie ce que c’eft que la Houille grajfe, & ce que ceft que la Houille maigre.
- La Houille chaude, à beaucoup d’égards, efl meilleure que la Houille grajfe ou fortes par exemple , pour les Verreries, les Brafferies , les Briqueteries, les Chimifles , les Métallurgiftes.
- A fon défaut, on fe fert pour ces ufàges du Charbon moyen, ou de la Houille moyenne , qui efl une Houille douce, communément appellée Houille à u^uine, parce que les Forgerons Sc les Maréchaux s’en fervent aufîi pour échauffer leur fer.
- Les Houilles employées feules , ou quelquefois avec du Charbon léger en boulets ou pelottes à laprêt économique , font du menu Charbon gras.
- Un Charbon qui peut être employé foui s’appelle Charbon moyen, parce qu’avec ce Charbon on mêle à-peu-près un quinzième de dieille ou Carrée %
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- cette Houille moyenne , ou ce Charbon moyen , font préférables à tous les autres pour les cuifines (i). Pour chauffer les cafferoles, & faire les ragoûts fur les fourneaux, on emploie feulement les Krahays ou braifbns de Houille maigre.
- Pour les Charbons, c’eft le contraire des Houilles ; on fait peu de cas des Charbons maigres, chauds ou légers, (car c’eft la même chofe), ne pouvant être employés qu’avec un mélange d’un quart, d’un tiers, de trois quarts ou de deux tiers de Charbon fort ; auffi ils font réfervés pour la cuifîon des briques, & pour les Chauffourniers , voyez pag, 8r.
- Ce qu’on appelle Charbon doux, Charbon tendre, neft autre choie que de la Terroule , dans le fens que l’entendent les Liégeois,
- On peut revoir ce que nous avons dit, dans la première Partie, des Charbons pour les ouvrages de forge, p. 3 , des Chd.tbons gras, & des Charbons maigres% p. 76 8c 77 ; des Charbons foibles ou tendres ou Charbons des Cloutiers 8c des petites forges, pag. 80.
- Du Charbon de terre pour les ouvrages de forge & pour les travaux
- métallurgiques.
- La propriété combuflible du Charbon de terre a du nécefîairement , dès le premier inftant qu’elle a été reconnue, être appliquée à tous les travaux qui s’exécutent par le moyen du feu, principalement à ceux qui demandent un feu vif, une chaleur forte & aétive.
- Les Métallurgiftes qui ont befoin pour toutes leurs opérations d’un combuflible finguliérement aélif , par l’énergie de la chaleur réfultante de l’embrafement, n’ont pas été fans doute les derniers à employer le Charbon de terre dans leurs ateliers , pour chauffer leurs fourneaux de fon-î derie, de macération , d’affinage, de chaufferie , &c. Mais on s’efl bientôt apperçu que ce fbffile ne préfentoit pas à beaucoup près pour toutes les opérations de Métallurgie , les avantages que l’on croyoit d’abord pouvoir fe promettre, foit par fa chaleur trop aétive , foit par quelque principe qu’on ne connoît pas encore , quoique qualifié expreffément fulphureux ; le Charbon de terre, fuivant fes différentes qualités , nuit aux fontes de métaux dans différents degrés ; il en a été banni, & eft refté le combuflible des petites forges, où il n’eft queftion que de ramollir le fer, & de lui donner des formes particulières comme font le Serrurier, le Maréchal, & autres de ce genre ; encore efl-il vrai comme nous aurons bientôt occafion de le faire voir , que la pratique ou plutôt la connoiffance expérimentale des Charbons de terre dans ces ateliers , quoique fuffifante pour les ouvrages groffiers qui s’y exécutent, n’eft pas bien précife.
- (ï) M. Tnewald eftime cjue les Charbons leurs pour ces deux ufages 9 des cheminées 8c provenant des veines en roiiles font les meii- de la cuifine.
- Comme
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- ET DE SES MINES. II. Par?. ^ n^î?
- Comme nous avons fait un article à part du fer, confidére a la forge, nous examinerons d abord féparément le Charbon de terre dans cet atelier , par rapport aux differentes qualités qui peuvent y être employées, & aux maniérés de juger celles qui conviennent à ces ouvrages.
- Nous nous attacherons enfuite d’une façon particulière à donner une con-noiffance exaéte du procédé, par lequel on peut parvenir à rendre ce foflïle propre à plufieurs opérations importantes de Métallurgie.
- Nous pallerons de là à celles des opérations métallurgiques auxquelles ce com-buftible eft effectivement appliqué , ou peut 1 être ; en nous bornant cependant à expofer fommairement ou à indiquer les principales.
- Le Pere Grammont, dans la lettre envoyée au Doéteur Maty, que j ai citée plus haut, rapporte que les Chinois prifent beaucoup pour l’ufage de leurs forges, le Charbon qui pétille & qui fe brife au feu (i) ; quand la flamme en eft bleue , le feu en eft très-ardent ; mais ils regardent alors le Charbon de mauvaife qualité, parce que félon eux le fbufre y domine.
- Parmi nos Ouvriers en fer , les Charbons réputés les plus propres à la forge font de l’efpece compade & pefante, fe réduifant en fcories , & tenant plus du principe bitumineux que du principe nommé par les Ouvriers fiufreux , ce qui les fait durer plus long-temps au feu, & donner une flamme plus vive , plus confiante»
- Cette adoption par préférence d’un Charbon bitumineux , c’eft-à-dire gras & non foufreux, eft un motif raifonnable de fufpeéter, au moins dans les travaux de forges, l’ufage de toute efpece de Charbon qui donne des indices de foufre , & d’exclure en conféquence les Charbons que j’appelle pyriteux ; à moins qu’en les mêlant avec ceux que l’on nomme bitumineux, on ne leur rende le principe huileux qui leur manque , ils paroiflent devoir être exclus de ces ateliers (a).
- C’eft particuliérement pour les ouvrages en fer, que la eoniiftance, le poids,’ & autres renfeignements tirés de l’extérieur du Charbon de terre , ont befôin
- (1) Ils attribuent ces effets à l’abondance du nitre. Cette propriété de pétiller au feu, connue aufû dans les Charbons de bois , paroît moins marquée dans les Charbons de bois tendre que dans ceux qui font d’un bois plus com-pade ; ceux qui ont pris de l’humidité, pétillent aufïï & s’écartent de toute part, en conféquence de l’explofion que leur caufe l’humidité.
- (2) M. Vend a cependant fait une remarque intéreffante fur un Charbon de Languedoc , qui eft de nature pyriteufe ; c’eft celui de Carmaux , nommé à Bordeaux Charbon de Gaillac , lieu de fon entrepôt. Ni dans les premiers inftants de la combuftion , ni dans aucune circonftance particulière , cette Houille, quoique pyriteufe , ne donne pas le moindre veftige d’exhaîaifon d’un principe fulphureux quelconque ; elle fe comporte dans le feu comme parfaitement exempte de tout alliage de foufre; & il ajoute , qu’à la forge elle ne produit pas fur le fer le même effet
- Chardon de Terre. II. Part.
- rongeant & calcinant de la Houille de Fuveau, qui eft aufti pyriteufe ; d’où il conclut que les Houilles de cette nature peuvent être propres-aux Forgerons : il appuie encore fon opinion, p. S31 » tar ta Houille de Fims en Bourbonnois, principalement employée pourîes forges des Maréchaux , Serruriers , Taillandiers, &c , & il la dit finguîiérement marquée de taches pyri-teufes. J’aurois fort defiré être en état d’apprécier moi-même l’obfervation Sc l’opinion de M. Veneî, que je ne crois pas bien exaftes : il eût été pour cela néceffaire que je connufte pat moi-même la Houille de Carmaux Sc la Houille de Fuveau ; mais je n’en ai pas trouvé dans ma colîeétion : je puis feulement affurer que ce Savant a été induit en erreur par l’échantillon de Charbon de Fims, d’après lequel il a porté fon jugement. Voy. pag, 6f, la maniéré d* juger d’une mine.
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- au60 DU CHARBON DE TERRE J’êtrre décidés par l'expérience , foit qu’ils puiflent être employés feuls, foie que par raifon d’économie, on cherche à marier un Charbon foible avec un plus fort, foit lorfqu’il eft néceflaire de mêler un Charbon de moindre qualité avec un meilleur, pour corriger ce que les Charbons inférieurs ont de dé-feélueux , & leur ajouter ce qui leur manque ; c’eft ainfi que les Charbons de Newcafile fe mêlent avec ceux d’Ecofle , pag. 413 , qui ne font pas fi bons pour la forge , quoiqu’on Ecofle ils y foient employés, pag. 420 & 421.'
- Dans tous les pays à Charbon, ce mélange efl: un point eiïèntiel, voyez pag. 69 & 80 ; mais il paroît que, dans un même atelier, tel Charbon eft préféré par quelques Ouvriers , Sc peu eftimé par d’autres ; que tous ne portent pas un jugement uniforme fur un même Charbon ; Sc qu’en confé-quence, iis ne fe conduifènt pas de la même maniéré lorfqu’ils marient dit; férents Charbons enfemble.
- Nos Serruriers de Paris, qui n’ont que trois efpeces de Charbons de terre à employer , eftiment que celui à3Auvergne (r) efl: fableux, qu’il ne fe foutienc pas au feu, ne donne que du mâchefer , Sc ne produit pas beaucoup de chaleur.5
- Celui de Moulins pafle pour donner le plus de chaleur, & efl: très-bon mêlé avec celui de l’Auvergne.
- Le Charbon de Saint-Etienne eft regardé le meilleur après celui de Moulins* il y a plus d’acquit à s’en fervir; il eft parfait lorfqu’il eft en gros morceaux, Sc non en menus.
- Ces trois Charbons, mêlés enfemble dans des proportions étudiées, font très-bons : ils rendent au feu la barre blanche , & ne craflent point le fer.
- Dans l’épreuve du Charbon de terre à la forge , qui eft un moyen fur lequel on peut compter, les renfeignements que donne ce foflile font de deux fortes , les uns fe marquent au feu , les autres fur le fer.
- Au feu , ce font fa durée , fa flamme , là chaleur, la maniéré dont il s’y comporte en s’élevant en forme de voûte , ce qui le rend très-propre à forger le fer ; la confiftence , la durée de l’efpece de croûte qu’il forme.
- (1) C’efl-à-dire , celui qui vient aujourd’hui des mines de cette province , 8c qui efl décidément inférieur à tous les autres ; car autrefois il en venoit de très-bon de la mine de la FoJJe , abandonnée en 1768 , voyez pag. 55*3 , qui a été reprife en 1774 , appellée maintenant Mine de Sadourny. Ce que j’ai vu de cette nouvelle fouille efl en mafTes vraiment pierreufes, très-dures , Ôc difficiles à mettre en morceaux ; elles fe. réparent en pièces de forme ôc de volume inégaux & différents comme les corps pierreux ; c’eff une réunion de parcelles de Charbon micacées , difpofées quelquefois en petites bandes ou filets confus Sc interrompus : le Charbon efl beau , éclatant 8c argentin.
- Cette diffemination abondante, quoiqu’irrégu-Jiere de Charbon , fait que ces groffes pierres, en s’échauffant, rougiflent peu à peu, prennent
- feu en boui.lonnant à l’extérieur, fe gonflant; fe collant, fe gerçant, fe fendant 8c fe tourmentant comme les mafles d’argille devenues compares 8c pierreufes ; elles donnent une flamme rouge, foncée 8c ardente, accompagnée d’une bonne fumée, 8c fe confomment comme l’ar-gilîe en cendres grifes ; quelques portions donnent des cendres rouges : le pouflïer de ce Charbon ne paroît pas fe coller, 8c paroît n’être que de la terre.
- On vient aufïi de reprendre la mine appellée la taupe, qui étoit fouillée il y a environ cinq ans à la profondeur de 36 pieds, 8c qui avoit été fermée, afin de faire pafler le Charbon de JaFofle. Cette nouvelle fouille , qui a aujourd’hui 45 pieds de profondeur, tombe dans ce qu’ils appellent en Auvergne une Carpe de Char-bon%
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- ET DE SES MINES, IL Part. ttSt
- Les Ouvriers donnent comme un figne décifif d'excellente qualité, lorsque ce foflile brûle Sc chauffe mieux étant humeélé ou arrofé d'eau ; per-fonne n'ignore l'ufàge ou ils font de le tremper, pour y ajouter , à ce qu'ils imaginent > une qualité , ou pour augmenter celle qu il a. On fait encore que cette propriété de l'eau d'augmenter l'inflammation des bitumes , eft avancée par des Auteurs anciens (i).
- Cette propriété reconnue dans le plus grand nombre de Houilles, de donner une plus longue braife quand elles ont été mouillées , n'efl cependant pas fi particulière qu'elle ne puifle être entendue & expliquée de plus d'une façon. Le feu * quand il agit en force fuffifànte , produit des effet5 d’autant plus grands que fon aélion a été plus retardée ; quand une fois cette aéïion devient viétorieufe, elle dilate , elle agit avec d'autant plus de promptitude , & d'une maniéré d'autant plus complette que les parties de cette maffe lui ont oppofé plus de réfiftance avant de céder ; ainfi, quoique le Charbon de pierre mouillé aye plus de peine à s'allumer, le feu en dure effectivement davantage : l'Ouvrier , quand il s'apperçoit que Ion fer brûle un peu trop à la fuperfîcie (2) , ramafle encore fon Charbon allumé , l’afi-perge de nouveau avec de l'eau , pour concentrer la chaleur , rendre fon feu plus aétif, & plus fort & plus long-temps ; en effet, il forme par ce moyen une efpece de voûte , dont il empêche foigneufement i'embrafement, fous laquelle le feu, comme dans un petit fourneau de réverbéré, fe concentre Sc exerce prefque entièrement fon aétion fur le métal qu’on chauffe : tout cela efl: pour diriger la vivacité de fon feu à volonté ; Sc félon le befoin, en retarder la confommation , & non précifément pour l'animer.
- L'idée des Forgerons n'efl donc qu'une induétion à leur guife de ce que leur apprend l'expérience , puifqu’il efl aifé de concevoir que les parties du Charbon allumé que l'on a mouillées , ne pouvant fe difîîper & le heurter violemment, le feu doit, de toute néceffité , en devenir plus concentré.
- Cette propriété de 1 eau , au fùrplus, fur le Charbon de terre au feu, fouffre des exceptions , &peut en fouffrir ; on rencontre des efpeces de Charbons , tels que, par exemple , ceux que j’appelle pyriteux , qui, certainement, ne pren* droient point feu G on y jettoit de l'eau. Le contraire, qui en effet s’ob-ferve plus communément, efl donc encore à expliquer ; cela tient-il à la qualité de ces Charbons de terre ? cela ne pourroit-il pas dépendre des veines d’où ils ont été tirés ? Quelques Charbons font fujets aux inflammations fpon-tanées (3) , Sc peut-être à occafionner des tremblements de terre. Les
- (1) Aquâ accenditur, oleo verb rejiinguitur ; quod in fabrorum officinis quoddie obf&rvare licet• qui fiquam in accenfos Carbones fpargunt, ut nimis ex-panfum calorem réprimant, ac in centro vividiorem ignem efficiant• Agricole.
- (2) On dit que le Charbon brûle le fer , lorf-qu’il en détache trop d écaillés & de feories.
- (3) M. Venel regarde ces embrafements de Houille comme douteux. M. le Chevalier de Solage, propriétaire des mines de Carmaitx, dont le Charbon a cette qualité de s’échauffer , même fort peu de temps après qu’il efl: mis en tas , a remarqué fur cela, que le plus grand effet de cette chaleur avoit été de brûler four*
- •a»
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- nfo DU CHARBON DE TERRE
- Phyficierïs ont obfervé que ceux qui font les plus difpofés à former uni incendie fouterrain , font ceux qui font placés allez fuperficiellement en terre, pour que les premières couches qui les couvrent ne faflent pas ob-Racle à ce que les Charbons puiflent recevoir l’aâion de la chaleur du Soleil; Y auroit-il quelque rapport de cette particularité à celle de la fituation fu-perficielle des Houilles dans la mine !
- Si Ton veut difcerner au feu , c’eft-à-dire, par l’eflài, le bon Charbon de terre d’avec le mauvais, on pofera un foc de charrue , ou un morceau d’acier quelconque , fur un morceau de fer ; li le Charbon eft de bonne qualité, l’acier eft auffi-tôt joint avec le fer; quand il eft mauvais, Tacier eft plus Ion g-temps à fe joindre, & il faudra augmenter la quantité de Charbon,
- L’avant-coureur a publié (i) une Méthode , éprouvée par M. de M . . . i ; pour juger de la qualité des Charbons, relativement à l’ufàge qu’on en fait le plus communément.
- Elle confifte « à remplir un creufet du Charbon que l’on veut éprouver; à « placer au milieu de ce Charbon # un ou deux petits barreaux de fer, & » à tenir ce creufot exactement luté au plus grand feu , pendant cinq à fix » heures , <Ians un fourneau de jujîon , ou même au feu de la forge.
- « Si le Charbon eft de mauvaife qualité , il fe formera à la furface du » fer 9 pendant cette efpece de cémentation (2) , une croûte qui fera d’autant «plus épaiile que le Charbon fera d’une qualité plus inférieure; on peut « s’afîurer que cette croûte n’eft pas formée par le Charbon, mais que c eft » réellement une portion de la fubftance du fer ; en en détachant quelques » parties, & les préfentant à l’aimant, elles feront fur le champ attirées * « parce que le fer brûlé dans les vaifleaux clos, conferve cette propriété (3) »;
- En 1774 » le Mini lire de la Marine fit faire dans les Ports de Rochefort & de Breft des épreuves de comparaifon de deux efpeces de Charbons, Sc de celui d’Angleterre : dans l’Extrait qui a été imprimé de ces épreuves i un de ces Charbons n’eft point nommé (4) ; l’autre eft celui de Saint-Georges * dont nous avons fait connoître la qualité d’après M. de Voglie, pag. y64 ^ & que le Procès-verbal du Subdélégué de Saumur en 1757 » déclare s’être trouvé dans un eflai fait à la Verrerie de Saint-Florent, d’une qualité inférieure, pour ces fontes, à celui du Forez, de plus d’un cinquième.
- dement, ceft-à-dire, de noircir ou de couvrir d’une couche légère de Charbon, des ihorceaux de bois qu’on enfonçoit dans le tas. Voy. pag. 6 2.
- (1) N°. 36, 4 Septembre 175p.
- (2) Cémentation, prife dans le fens le plus étendu, eft une opération chimique, par laquelle on applique des métaux enfermés dans un crcufet, dans une boîte de fer , même dans line cornue , & ftratifiésavec des felsfixes, avec différentes matières terreftres, 8c quelquefois des phlogiftiques , à un feu tel que ces métaux rou-giffentplus ou moins, mais fans çntrer aucune-
- ment en fufion.
- (3) Ce que l’on nomme Battitures , 8c qui eft une chaux, calx martïs, qui fe détache par écailles du fer rougi 8c calciné , font du fer privé d’une bonne partie de fon phîogiftique , mais qui en conferve affez pour être entière-; ment attirable par l’aimant.
- (4) Les mêmes raifons que j’ignore encore; pour lefquelles on a Amplement défigné ce Charbon, fans le nommer , ont empêché que je n’aye pu favoir de quel canton il eft; vrai-, fembîabtemenc e’eft de quelque mine voifine.
- Ce
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- ËT DE SES MINÉS. II. Part. îïS*
- Ce Charbon de Saint-Georges pefe 7 livres par pied cube plus que celui de * * *, 8c 5 livres plus que celui d’Angleterre ; on attribue cet excédent de pefanteur à une plus grande quantité de parties onélueufes.
- On a remarqué, dans la première épreuve faite à Brefl:, que ce Charbon a offert un intérieur de la plus grande netteté , qu’il efl d un noir plus foncé , qu’il paroît plus gras & plus liant que celui de * * * ; il en a réfulté , dans cette épreuve, une économie de matière affez confîdérable.
- Dans la première épreuve , faite à Rochefort, il a été trouvé pour la qualité, la durée au feu , & la chaleur quil rend prefqu’au même degré que le Charbon d’Angleterre , & fupérieur en tout à celui auquel on le com-paroit. Ces épreuves, imprimées en extrait (1) , nous ont paru pouvoir fervif de modèles, pour fe rendre compte à foi-même, ou dreffer un rapport de femblables opérations ; ce qui nous détermine à donner ici cet extrait.
- Extrait des Epreuves faites par ordre du Miniflre de la Marine dans les Ports de Bref & de Rochefort , des Charbons de Saint- Georges** Châtelaifon, d* Angleterre , & de * * *.
- Extrait du Procès-verbal de la fécondé Epreuve faite a Rochefort.
- Nous avons jugé, après l’elfai, que celui d’Angleterre a le feu plus vif, chauffe un peu plus promptement le fer que celui de Saint-Georges ; que ce dernier forme également bien la voûte, qu’il différé peu en bonté de celui d’Angleterre, 8c qu’il efl: bien fupérieur à celui des mines de*** qui a peu de confiftance, & rend beaucoup de craffe ; celui de Saint-Georges rfen fournit guéres plus que celui d’Angleterre : la confommation efl: à-peu-près la même dans l’emploi ; il chauffe bien le fer, n’efl; point fulphureux^
- & dure allez long-temps à la forge ; conféquemment nous l’avons reconnu
- "v \
- de bonne qualité , & très-proprÇ à être employé pour le fervice du Roi. En foi de quoi, nous avons figné , collationne par ordre du Roi. Signé VaLl iet*
- Extrait d une première Epreuve faite h Bref, les 19 & 20 Décembre 1774*
- Charbons de * * *
- Charbon délivré . . , . . 500 liv.
- A refté après l’ouvrage .... 86
- Employé . . . . . , . . 414
- Charbon, non-confommé ... 52
- Cendres ........ 120
- Fer délivré ....... 22y
- Mâchefer ....... 23
- Corps mort forgé (2) . . . • 192
- Fer de retailles (3) .... 7^
- Déchet........................ s f
- Nombre de Chaudes . . 10
- Durée de l’ouvrage, 4 heures 4. Nombre d’hommes. 12.
- Charbons de S. Georges.
- • • • • • . yoo liv.
- . 132
- • ’ 348
- • • • • • • .8*
- . . • • • . 64
- • • • • • . 223
- • • • • • . 23
- • • • • • • ip 4
- . 26-t
- • • » • 9 4 heures 41 minutes*
- » • . 12
- pour amarrer les vaiffeaux»
- (3) Rognures.
- £ r3
- ; (1) Petit i/i'4° de quatre pages.
- , (2) Piece ordinairement de bois, mife en ^travers dans la terre, & où tient une chaîne
- Charbon de Terre. II. Part,
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- H<?4 DU CHARBON DE TERRE
- La voûte du four que ce Charbon a formé a été d’une affez grande folidité pour fupporter après la première chaude trois coups de pelle fans être entamé , Sc a duré jufqu’à la quatrième chaude ; là flamme paroiflant graffe, & d’un blanc jaunâtre ; fbn feu concentré efl très-vif ; ces qualités font l’effet d’un grand nombre de parties huileufes qu’il contient.
- Ce Charbon efl d’un noir plus foncé , paroît plus gras & plus liant que celui de * * *. Il en a réfulté une économie de matière affez confidérable.
- Extrait de la féconde Epreuve, faite a Bref avec du Charbon extrait de la Mine de Saint-Georges depuis plus de deux ans.
- Charbon de * * *
- Charbon délivré ..... yooliv
- Refté après l’ouvrage . . . . i$o
- Employé ........ 310
- Charbon non-confommé ... 8<>
- Cendres . . ..... . 57
- Fer délivré ....... 22£
- Mâchefer ........ 3 3 ~
- Poids du corps forgé . . . . 180
- Fer provenant des retailles . . 4 -
- Déchet ........ 40 £
- Nombre de Chaudes . 12
- Durée de l’ouvrage, $ heures 5 $ minutes. Nombre d’hommes, 12.
- Charbon de S. Georges,
- .........500 liv.
- ......
- ........3 *4 r
- .........9* i
- •••••• 4?
- ...... 22 ^
- ........
- ...... 168
- ...... 7 T
- .........4P T
- . . ... 13 x
- . . 6 heures 50 minutes.
- • . • 12*
- Nota. Il nefl fait dans cet extrait aucune mention de la folidité de la voûte du Charbon de Saint-Georges qui efl une qualité des plus eflentielles} elle a duré jufqu’à la quatrième chaude ; & il a fallu la brifèr : celle de * * * na pas réfifté à la première chaude. On voit que ce Charbon a rendu un dixième de mâchefer, & i de cendres de plus que celui de Saint-Georges; ce qui prouve qu’il contient beaucoup plus de parties hétérogènes.
- La différence de 4 livres & I de Charbon , & de 9 livres de fer de déchet fur des objets auflï confidérables ne lignifie rien ; elle efl d’ailleurs l’effet du peu d’aélivité des Ouvriers ; ce qui efl prouvé par une chaude qu’ils ont employée de plus pour le Charbon de Saint-Georges, tandis qu’il devoit y en avoir une de moins par la confiftance de la voûte qui rendoit néceffairement le feu plus vif : on s’en rapporte fur le tout aux plus habiles Forgerons.
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- ET DE SES MINES. IL Part.
- 116$
- Extrait de la troifieme & derniere Epreuve faite à Bref
- (Charbon de *** Charbon d’Angleterre, Charbon de S. Georges,
- Pièce de fer pourformer une clef de mât du poids de ; ; ; . • . , 104 liv.
- 104 liv. • • • ; n . 104 liv.
- Réduit forgé à • . 9l 88 92.
- Retaille . . . . ♦ t . 1 X ******* %.
- Déchet ..... r • if nf
- 104 ......; 104 ....... 104
- Charbon délivré . .207 207 i ....... 207
- Charbon enflammé
- non-confommé . • 46 48 f . . . . . ; . 61
- Charbon neuf reliant 40 78 f • 78
- Mâchefer .... 11 . II S i
- Cendre & C. confom-
- mé 110 ....... 69
- .207 : 207
- Rien ne prouve mieux la qualité fupérieure du Charbon des mines de Saint-Georges, que ce réfultat de la derniere épreuve faite à Breft.
- Du feu de Charbon de terre , applique à la réduction des Minerais, en particulier de la Mine de fer.
- Hifoire des procédés , connus pour rendre ce combufible propre à ces opérations * Connoijfances fondamentales de Métallurgie à rapprocher de ces
- tentatives faites ou à faire.
- De tous les métaux, le fer eft celui auquel le feu de Charbon de terre eft le plus défavorable ; les ouvrages les plus groffiers, dans les forges ordinaires , ne laiflent point de doute fur le défaut qui eft particulier au feu de ce foffile de recuire les parties du fer que Ton veut diffiper (1), fi le fer eft de nature fiilphureulè.
- Les foufres du Charbon de terre, félon Swedemborg, ajoutés à celui du fer, durciflent & rendent réfraélaire ce que le métal a par lui-même de doux & de duétile , ou bien ce quil a de plus parfait, & les (confient, fur-tout quand les Charbons agiflent fur la mine ; & comme la partie fulphureufè faifit le fer par .préférence, elle le fait évaporer en fumée , ou défunit la partie nerveufe de ce métal , le rend en confequence aigre & difficile à traiter, au point que, foit quon le travaille à chaud ou à froid , il s’ouvre , fe gerce, enlbrte qu’on ne peut faire une barre qui ne foit fendue par-tout > ce
- (1) Fabri cerarii, &* ferrarii , Carbonum vice, ferrum , & fragile facit, qui fubdlia opéra efficiunt * Uthanthracs utuntur, fed quia fuâpinguedine inficit eo non ututKut, Agric. de Nat, Foûalium, Lib. IV.
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- XI66 DU CHARBON DE TERRE
- fer , en un mot, ne peut être d’un grand ufage , à moins qu’il ne foit combiné avec un autre de meilleure qualité.
- L’expérience démontre de même que le Charbon de terre , dans l’état ou il fe tire de la mine, eft abfolument contraire à la réduction du minerai de 1er, il ronge & détruit fur-tout une grande quantité cfé métal dans les fontes. Dans le fourneau à manche (i), il brûle le métal qui ne fe fépare pas des feories ; ces dernieres ne fe liquéfient point affez pour couler hors du fourneau.
- Les raifbns qu’en donne M. Grignon (V) 9 font i°, que fon phlogiftique eft uni à un acide vitriolique abondant qui forme du foufre, 8c que l’abondance de ce foufre rendroit la fonte de fer trop pyriteufe, fi l’on ne fe fervoit point d’intermede pour abforber une partie du foufre qui s’eft formé dans ce foflîle ; 2°, que le Charbon de terre contient ordinairement trop de principe terreux qui ne pourroit être vitrifié qu’avec une perte confidérable de fà chaleur , laquelle feroit une fouftraélion trop grande, peut-être notable 5 à celle que l’on fe propoferoit d’appliquer à la réduction du minerai.
- L’abondance de ce principe terreux & des intermèdes ou correélifs pour enlever au Charbon de terre le foufre qui s’y eft produit, faifànt un volume trop confidérable 9 diminueroient i’intenfitë de la chaleur , au point de caufèr des embarras fans remede.
- Quel que foit le vice particulier à ce foflîle , foit qu’il réfulte de la graifle bu de l’acide , ou de la fumée, foit qu’il réfulte de la trop grande aétivité du feu que donne ce combuftible * on s’eft occupé férieufement dans plufieurs pays des moyens d’approprier aux opérations Métallurgiques le feu & la chaleur que fournit le Charbon de terre. Bêcher, dans un de fes Ouvrages 9 rapporte qu’un Allemand 9 nommé Blavenftein , avoit enfeigné en Angleterre une façon de travailler la mine de fer avec ce fofflle ; c’étoit peut-être en faifànt des boules de mine & de Charbon , afin de les expofer au feu de réverbere » fans doute pour appliquer immédiatement le phlogiftique à la mine. Le Prince Robert 9 en Angleterre, a fait beaucoup de tentatives pour réufîîr par ce procédé avec le Pick-kohl (3). Par les expériences qui ont été continuées pendant quelques femaines 9 voyezpag. 41b, on a obfervé que le foyer fe trouvoit toujours rempli de craiïès & d’une matière tenace & bourbeufe ; l’autre maniéré, décrite par Swedemborg, confifte , comme nous l’avons dit auflî.
- (i) Appelle auflî fourneau Allemand ou fourneau courbe , qui a un baiïin de réception , & un baffin plus petit pour la percée 3 il faut comprendre fous la dénomination de fourneau courbe tous ceux qu’autrefois on appelloit fourneaux d’écoulements , c’eft-à-dire , qui donnent écoulement à la fonte , les fourneaux de rafraîchijfemsnt 8c de liquation pour le cuivre tenant argent, ainfi que plufieurs autres. La hauteur de tous les fourneaux courbes eft à-peu-près la même j mais
- ils font différemment conftruits. La Pî. XXVII de la fonte des Mines, traduit par M. Hellot a repréfente un fourneau courbe ordinaire.
- (2) Mémoire de Sidérotechnie , contenant des expériences , obfervations, & réflexions fuc les moyens de laver 8c de fondre les mines de fer avec économie. Seft. 11 , pag. 102 , des Mémoires de Phyfique , 1/2*4°. Paris *11$'
- (3) Voyez pages 3 8c 1,24 fefpece de ce Charbon.
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- ^ ET DE SES MINES. IL Parï. nSy
- à employer ce Charbon après l’avoir préalablement étouffé , de la meme ma-6 niere qu'il fe pratique pour les Charbons de bois , & lui avoir enlevé par une combuftion portée à un certain degré de torréfaction , ou la matière grafie qui le rend impropre au traitement des mines, ou cet acide qui eft difficile à fe marier avec le fer»
- Swedemborg, en rapportant le procédé en entier tel que nous Tavons rapporté , ne sen déclare pas à beaucoup près le partifàn ; on vient de voir qui! n'ignoroit pas les inconvénients du feu de Charbon de terre pour la fufion de la mine de fer , & qu'il ne le regardoit point du tout propre à la purger de fes hétérogénéités.
- A en croire cependant la tradition de Château-Lambert en Franche-Comté * on tiroit de l'or des mines de cuivre de cet endroit, & c'étoit par le moyen du feu de Charbon de terre (i). Les Chinois s'en fervent pour la fufion du cuivre ; la maniéré qui étoit employée à Château-Lambert n'eft point connue ; le moyen employé par les Chinois eft ignoré ; enforte que dans le traitement des mines, l'ufage du feu de Houille eft reftreint à ce qui concerne le grillage & les fontes préliminaires, après avoir fait effuyer à ce foiïile un procédé préalable. C'eft1 2 3 4 * 6 ainfi que les Anglois l'emploient à rôtir les mines de fer, & n'ont befoin du Charbon de bois que pour fondre avec moins de perte la mine rôtie & défoufrée ; ils s’en fervent auffi pour griller les mines de cuivre , & en affiner le métal (2).
- Le fourneau dont on fe ferc dans la Grande-Bretagne pour affiner avec ce foflîle le plomb tenant argent (3), autorifè à ne point douter qu'il ne foie également poffible de tirer parti du Charbon de terré pour les demi-métaux (4), & les métaux imparfaits qui font d'une facile fufion : l'Auteur du Traité de la fonte des Mines, par le feu de Charbon de terre, eft perfuadé qu'il y auroît un bénéfice de moitié fur la dépenfe des fontes, & d'un dixième fur le produit du minéral (y) ; il penfe auffi qu'il feroit poffible de parvenir à fondre toutes fortes de mines par le feu de Charbon de terre. Sur ces principes , il a imaginé une conftruélion de fourneau dont il a publié la defeription parmi tous ceux qui compofent fon Traité (6).
- Les difficultés attachées à l'emploi du Charbon de terre pour la fonte des métaux , ont de tout temps été apperçues, & n'ont pas été unanimement regardées comme infùrmontables. Après Bêcher,Tholden (7), Krautermann (8),
- (1) Voyez le Mémoire de M. de Genffane , fur l’exploitation des mines d>Alface& du Comté de Bourgogne, 4e Vol. des Savants étrangers, p. iy<?*
- (2) Purifier , dégager des parties hétérogènes.
- (3) Décrit dans l’Èffai fur les mines , tom. y, pag-95-
- (4) Appelles auffi faux métaux, pour les diflm-guer.
- (y) Préface du Tome I , pag. xj,
- (6) Cet Ouvrage dont le fécond volume pa-ïoît a&uellement, & les Voyages Métallurgiques de M. Jars, renferment tout ce que l’on peut
- Charbon de Terre. II. Part.
- délirer touchant le point de vue , fous lequel le Charbon de terre feroit à confidérer ici. Les perfonnes qui connoîtront le Traité de la fonte des Mines de Schlutter , le Recueil qui vient d’être donné par M. Grignon , la Defeription de l’Art des Forges & Fourneaux à fer , Sc fur-tout le Supplément au Tome II de VHifloire du Cabinet du iioi, ne rifqueront point de s’égarer1 dans les effais auxquels elles pourroientfe livrer.
- (7) Haligraphie , en Allemand , C. 3 , pa?. 3 6rSp.
- (8) Regnum minérale, p. 128.
- R 13
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- H68 DU CHARBON DE TERRE
- font dans cette idée; Zimmermann eft de ce fentiment : pourvu, félon lui, que les Charbons de terre ne foient pas trop écailleux (i), ils peuvent être purifiés & employés (ans danger à la fonte des métaux : d’un autre côté , M. Henckel rejette formellement l’ufàge du Charbon de terre pour ces opérations , comme plus propre à retarder la fufion, à caufe de l’acide de fon foufre qui eft, félon lui, un obftacle à la fufibilité.
- La façon , d’abord groffiere & imparfaite de corriger cet inconvénient, perfectionnée en Angleterre où elle a pris naiffance , exécutée avec avantage dans ce pays & dans plufieurs autres, affaiblit allez l’opinion de ce Savant, pour autorifer à penfer que l’on ne doit pas défefpérer de tirer encore un meilleur parti de ce combuftible.
- Aujourd’hui que l’on a fort approché de la connoifîance de la nature des matières qui font parties efîentielles du compofé métallique , nommé fer, que le choix du fondant (2) , celui des Charbons de bois , autre dépendance de l’Art de la Métallurgie, font fixés par l’expérience , ou guidés par les lumières de la Chimie ; aujourd’hui fur-tout que la fcience de conduire le feu a fait de grands progrès, les recherches à faire pour fubftituer dans la fonte du fer les Charbons de terre aux Charbons de bois, ou les mêler enfemble, doivent rencontrer bien moins de difficultés, & conduire enfin à cette découverte importante, fi elle eft faifable.
- Un coup-d’œil général fur la fonte des mines dans chacun de ces articles expliquera mon idée , c’eft-à-dire, la maniéré dont j’envilàge la choie.
- Coup-d'œil général fur la fonte des Mines, dans les principales circonfiance s
- qui confiituent cette opération.
- L’o b j e T qu’on fe propofè dans la fonte du fer, c’eft de le purifier, ceft-à-dire, de lui laiffer les parties convenables du nerf & du rempliflage , , félon la qualité effentielle de chaque elpece de mine. L’Artifte eft pour cela obligé d’en mêler de plufieurs fortes, dont les effais l’ont mis à portée de connoître la nature, de déterminer la quantité de chaque, de les traiter différemment , félon qu’elles font plus ou moins chargées de foufre dans les pays où elles font de cette elpece.
- Le fuccès des opérations métallurgiques tient donc à ces différens points.
- Des Mines de fer.
- ^Qüant aux différentes efpecesde mines de fer connues , fans vouloir ici
- (1) L’Auteur, par cette exprefïïon , a vrai-femblablement défigné ceux que l’on nomme quelquefois Charbons maigres.
- m (2) Matières propres à faciliter la fufion, en vitrifiant les fubftances terreufes & pierreufes avec lefquelles la mine eft mêlée.
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- ET DE SES MINES. IL Part. xï69 les confîdérer ni en Naturaiifte ni en Chimifte , on eft allez generalemène dans l’opinion que leur nature eft autant diverfifiee que leurs bafos , Sc autant que le font la couleur Sc la forme fous laquelle elles fe rencontrent > ce qui y domine toujours particuliérement, eft une fubftance bitumineufe , alliée avec un fel vitriolique , embarralfée de beaucoup de terre métallique vitri-
- fiable.
- Selon que le fer eft diverfement minéralifé , félon qu’il eft chargé de parties hétérogènes, ou à proportion de la grolfeur du grain de ces mines , elles font réfraéïaires ; les parties terreufes, alliées à la mine de fer, nuifent différemment à fa fonte , le rendent fragile , félon leur nature , félon quelles y font en trop grande ou en trop petite quantité. Les mines de fer qui proviennent , par exemple , d’une terre fàblonneufe ou caillouteufe, font plus faciles à fondre ; celles qui fe tirent d’un terrein gras, font plus réfraéiaires. On a l’expérience que les mines, venues dans Yarbue (i), portent avec elles un degré, foit de réfraétion, foit de facilité à là fufion proportionnée à l’arbue dont elles reftent pénétrées ou imprégnées ; celles produites dans la cajline (2) ont les mêmes qualités, dans un degré proportionné aux parties de caftine qu’on n’a pu leur ôter.
- Les mines de fer ne font pas moins vicieufes, lorfqu’elles contiennent du foufre , comme les mines en roche (3) , qui fe tirent à de grandes profondeurs, & qui précifément conviennent aux ouvrages de fonderies auxquels toutes les mines ne font pas également propres ; mais on verra bientôt que les autres mines ne contiennent pas ce principe.
- Il en eft même qui contiennent de l’arfenic, comme le mica ferrugineux que l’on travaille quelquefois dans les forges, & qui, à raifon de l’arfenic, donne communément un fer aigre Sc caftant (4).
- Si l’on en croit Swedemborg , la mine de fer du pays de Liege eft dans quelques endroits de ce territoire de l’efpece de celle qui conftitue une efpece de mine de fine ferrugineufe, telle eft aufli la mine de fine des environs de Goflar, regardée par M. Henckel comme une vraie mine de fer : il s’en trouve même qui, à raifon du zinc quelles contiennent, forment au haut des
- (1) Herbue, Aubue, efpece d’argille ou de terre vitrifiable , douce au toucher, de couleur rougeâtre.
- (2) Catien- jîein, chat, gros gravier calcaire & fans mélange de terre ; félon M. de Buffon , il s’en trouve de plufieurs efpeces. Nous aurons bientôt occalion de parler de l’arbue Sc de la caftine, comme fondants f ajoutés ordinairement dans la fonte des mines : il eft important de con-noître les effets que leurs différents mélanges produifent dans le feu.
- (5) Formées de parties de fer , réunies en-femble par le moyen de l’eau, & qui ont pris de la folidité à mefure que l’eau s’eft repofée ; les mines de Suede & d’Allemagne font de cette efpece. *
- (4) Cette fubftance argilleufe, graffe , fer-rugineufe , nommée à tort mica ferrugineux, Eijen-Glimmer en Allemand , fe trouve communément entremêlée dans les endroits où il y a de Hiématite , fur-tout de l’hématite d’un rouge vif; le nom de fer de chat qu’on lui donne auffi, lui convient mieux pour annoncer la médiocrité de cette mine ; ce n’eft que de l’hématite dé-compofée ; elle eft d’un brillant obfcur, noir , rouge , couleur d’or ou d’argent ou gris-de-fer, Sc peut fe réduire entre les doigts en petites parcelles qui y laiffent leur couleur, leur luifant ; c’eft ce qui fe débite dans quelques endroits fous le nom de Brand ou rouge fin d'Angleterre,
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- *170 D U CHARBON DE TERRÉ
- fourneaux des fiiblimations naturelles de cadmie en croûtes très-épaiffes (1)*
- De ces variétés de mines de fer & des produits différents qui s’en obtiennent , il ne faut cependant pas conclure que les mines de fer loienc réellement autant diverfifiées qu’on fèroit naturellement porté à le croire i ce n’eft abfolument qu’une erreur accréditée par l’ancienneté ; & probablement elle fubfifteroit encore , fi un Savant de nos jours, conformément à fon génie , qui ne lui permet d’enyilàger & de voir les chofes qu’en grand, n’avoit fuivi la voie des expériences , pour approfondir cette matière (2). Les travaux de M. de Buifon ont conftaté fur tout cet objet des faits de la plus grande conféquence qui trouvent ici leur place.
- Il eft certain, d’après ce Phyficien , que toutes les mines de fer, du moins les mines en grains (3), font également fufibles, qu’elles ne different les unes des autres que par les matières , dont elles font mélangées, Sc point du tout par leurs qualités intrinfèques , qui font abfolument les mêmes ; qu’enfin le fer , comme tout autre métal, eft un dans la nature. Nous ajouterons à cela une autre obferyation non moins importante, qui eft encore dûe au même Auteur ; lavoir, que toutes nos mines de fer en grain, telles que celles de Bourgogne, Champagne, Franche-Comté, Lorraine, Nivernois , Angoumois , &c, c’eft-à-dire , prefque toutes les mines dont on fait nos fers en France, ne contiennent point de foufre , comme les mines en roche , ou en contiennent fi peu qu’on n’en fent pas l’odeur quand on les brûle : de cette différence , il réfulte un très-grand avantage que nous ferons remarquer quand il fera néceflàire.
- Sans trop lavoir ce qui diftingue entre elles les différentes elpeces de fer réfuitantes des opérations métallurgiques , & qui fe réduifènt, par rapport au produit qui en eft différent, à deux feulement, le fer fort à la lime, & le fer tendre , voyez pag. 843 , il nous fuffit, pour notre objet, de rappeller ici que ce qui conftitue ces qualités ou autres qui peuvent être appellées qualités relatives du fer , viennent du travail ; & qu’il eft aufïï facile d’altérer que d’épùrer le fer, par tel degré de chaleur ou de travail, d’affermir ou d’apauvrir le nerf, la liailon, &c. Il eft encore prouvé, qu’avec toutes fortes de mines on peut toujours obtenir du fer de même qualité ; qu’enfin , c eft un préjugé abfolument faux , quoique très-ancien, que la qualité du fer dépend de celle de la mine.
- (1) Je ne puis me rappeller l’Ouvrage dans lequel eft avancée cette obfervation que je fuis sûr d’avoir extraite dès le commencement de mon entreprife de la defcription de l’Art d’exploiter les mines de Charbon de terre : j’ai même communiqué cette notice à M. Grignon, lorfqu’il lut à l’Académie fon Mémoire , dans lequel il prouve que les mines de fer de France contiennent beaucoup de zinc, & qui eft ren -
- fermé dans fon Ouvrage, pag. 250 ' ce Phyficien n’a nulle connoiflance de cette obfervation.
- (2) Hifioire Naturelle générale & particulière , ferrant de fuite à la Théorie de la Terre, &c. Suppl. Tome II, Neuvième Mémoire.
- (3) Dont quelques-unes font nommées mines graineléçs, à caufe de la compofition de leur maffe,
- C’eft
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- ET DE SES MINES. IL Part, îi7î C’eft uniquement de la conduite du feu Sc de la manipulation de la mine que dépend la bonne ou la mauvaife qualité de la fonte du fer & de 1 acier* Les magnifiques expériences de M. de Buffon, dont on peut voir le détail dans fon Ouvrage, font décifives fur ce point : avec une mine qui donnoit le plus mauvais fer de la Bourgogne, ce Phyficien a fait du fer aufti duéiile > au (fi nerveux , auflî ferme que les fers du Berry, qui font réputés les meilleurs de France.
- Des Fondants»
- Pour ce qui eft des terres ou pierres dont on fe fert Comme de fondant Sc de correétif dans les forges , telles que la cajline, ïherbue , il eft prodigieux combien il y a de différence dans chacun de ces deux fondants ; il paroît que chaque pays a Ci caftine Sc fon herbue » ou plutôt il eft tout fimple que dans chaque endroit on emploie les efpeces qui s’y trouvent.
- Dans les mines de fer de Nord-mark, à trois lieues de Philip-ftads , la caftine dont on fe fert eft une pierre à chaux , blanche, à facettes dans fà caflure , laquelle fe trouve en aflez grandes mafles dans ces cantons.
- Dans le Comté de Stolberg, en Thuringe, on en trouve de différentes efpeces.
- Attenant le Couvent dlldefud, aux environs de Nord-haufen près du Hartz, on rencontre une montagne qui n’eft qu’un compofé d’une pierre pelante , employée en guife de caftine ou de fondant dans les forges du voifinage, où elle facilite la fufion de la mine de fer*
- Dans plufieurs provinces de France, il s’en tire dont la couleur ne différé point de ïherbue : on en fouille dans les plus mauvaifes terres ; c’eft un gros fable de riviere*
- Communément c’eft une efpece de pierre à chaux , qui eft blanche dans le Berry Sc dans le Nivernois , grife dans d’autres pays 5 il s’en voit qui n’èft qu’une marne commune, d’autre qui n’eft qu’une marne graveleufe ; ailleurs c’eft une efpece de terre mêlée avec du fable Sc de la pierraille ; les cailloux même, & le fable , peuvent être regardés comme une efpece de caftine, mais qui s’emploie plus rarement* On emploie avec fiiccès pour telle la marne la craie , les teftacées, fofliles Sc vivants, & le gravier calcaire de riviere | ce dernier même eft le plus commode de tous, par la facilité de s’en pro^ curer, & par fon état de comminution»
- M. Grignon remarque que la caftine n’eft pas abfolument un corps naturel particulier : tout corps ayant pour bafe une fubftance calcaire , une terre ab-fbrbante , qui n’eft point faturée d’acide, eft propre à fervir de caftine, parce que l’effet de ce fondant, devenu chaux par un premier degré de chaleur , abforbe les parties fulphureufes du minerai ; elle fait alors fonction de eorrofifl Charbon de Terre• IL Pan. S 13
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- tiji DU CHARBON DE TERRE
- Cette chaux unie aux parties quartzeufes, fulphureufes & terreufes du minerai , aux parties argilleufes de ¥ herbue aux cendres des Charbons , compofe une mafle de matières hétérogènes qui fe fervent mutuellement de fondant, & fe réduifent en une fubftance vitreufe qui perfectionne la fufion , couvre le métal en bain, le préferve par-là de la trop grande action du feu.
- La caftine de bonne qualité fe connoît aifément au microfeope par toutes les parties qui en font tranfparentes & propres à la calcination : il ne faut cependant pas prendre pour caftine des pierres qui portent des grains brillants } & qui réfléchirent la lumière comme le grès ; la meilleure efpece eft .celle qui occafionnera le plus aifément la fufion.
- Malgré l’obligation indifpenfable où Ton eft de faire ufage de la Caftine que Ton a fous la main , toute elpece ne doit cependant pas effectivement être égale pour toute elpece de mine ; elle doit être aufli mefurée propor-tionnément à la quantité , & relativement à la qualité du minerai.
- Les mines les plus difficiles à fondre & les plus ailées à brûler, demandent différentes caftines. La caftine qui convient aux mines en gros morceaux , ne convient pas à celles qui font déliées ; celle qui eft en pierre ou en marne , eft employée pour les grofles mines ; on la concafle en morceaux gros comme des noix ^ ou au plus comme des œufs. Pour les mines en grains fins , comme celles de Bourgogne, de Franche-Comté, on emploie pour caftine une efpece de terre graffe qui fe tire en maffes affez groffes & très-dures ; elle eft fem-blable à la terre £herbue 9 que les Forgerons emploient pour empêcher leur fer de brûler, & dont nous dirons un mot à part. Si on employoit pour les mines en gros morceaux une caftine trop aifée à fondre , la caftine fe fondroit & fe rendroit en bas de fourrage , avant que la mine eût eu le temps d’être allez chauffée pour fe fondre ; il y- a cependant des mines en grains fins, comme celles d’Allen , Bailliage de Beaune , pour lefquelles on fe fort d’une caftine, qui eft une efpece de pierre compofée de feuilles très-minces.
- M. de Buffon eft d’avis que c eft une erreur de croire que l’on ne peut fe paffer de caftine. Lorfquune mine de fer eft nette & pure , il eft poflible de fo palier de toute efpece de fondant ; ces fortes de mines qui n’en ont pas befoin, font nommées Mines vives ou pliantes : il eft vrai qu'alors il fe brûle une quantité affez confidérable de mine qui tombe en mauvais laitier, & qui diminue le produit de la fonte. Il s’agit donc , pour fondre le plus avantageufement qu’il eft poffible, de trouver d'abord le fondant approprié à la mine ; & enfoite la proportion dans laquelle il faut ajouter ce fondant, pour quelle fe convertiffe entièrement en fonte de fer, & quelle ne brûle pas avant d'entrer en fufion.
- Lorfque la mine de fer ne contient point de matières vitrifiables, & n eft mélangée que de matières calcaires, il n’eft queftion que de reconnoître la proportion de fer & de matière calcaire : on eft alors inftruit de tout ce qui
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- ËT DE SES MÏNËS.ît Part. iï'7| eft nécefïàire pour fondre avec fuccès ces mines qui portent avec elles leur eaftine (i) ; car fi elle s’en trouve naturellement furchargée en grande quantité -9 il faut , au lieu de ce fondant , employer de ïaubue ou herbue pour la fondre avec avantage.
- Selon la qualité de la mine & de la eaftine, on fait entrer plus ou moins de ce fondant dans chaque charge. Dans différents pays, 8c même peu éloignés * on fuit là-deflus différents ufages >, mais prefque par-tout on peche par l’excès de eaftine qu’on met dans les fourneaux ; il y a même des Maîtres de forgé affez peu inftruits pour mettre de la eaftine & de fherbuè enfèmble ou fé-parément, félon qu’ils imaginent que leur mine eft trop froide ou trop chaude*
- La trop grande quantité de Caftîne le reconnoît aux cralîes trop liquides; celles qui font tenaces 8c gluantes , annoncent trop d'herbue*
- On juge de l’excès ou du défaut de proportion de eaftine ou d’herbué par les laitiers ; lorfque ces récréments font trop légers, Ipongieux 8c blancs $ prefque femblables à la pierre ponce 9 c’eft une preuve certaine qu’il y a trop de madete calcaire i ën diminuant la quantité dé cette matière , on verra le laitier prendre plus de folidité ék former un verre ordinairement de couleur vèrdâtfe , qui file i s’étend, 8c coule lentement au fortir du fourneau s fi au contraire le laitier eft trop vifqueux, s’il ne coule que très-difficilement 9 s’il faut l’arracher du fommet de la Dame (2) , on peut être sûr qu’il n’y a pas affez de eaftine* ou peut-être pas affez de Charbon proportionnellement à la mine.
- La confiftance, & même la couleur du laitier, font les indices les plus surs du bon* ou du mauvais état du fourneau 9 8c de la bonne ou mauvailè proportion des matières qu’on y jette : il faut que le laitier coule fèul* & formé un ruiffeau lent fur la pente qui s’étend du fommet de la dame au terrein ; il faut que là couleur ne Ibit pas d’un rouge trop vif ou trop foncé , mais d’un rouge pâle 8c blanchâtre ; 8c lorfqu’il eft refroidi 9 on doit trouver un verre folide * tranfparent 8c verdâtre , auffi pefant, 8c même plus , que le Verre ordinaire* Rien ne prouve mieux le mauvais travail du fourneau oü la difproportion des mélanges que les laitiers trop légers * trop pelants, trop obfcurs ; 8c ceux dans lefquels on remarque plufieurs petits trous ronds * gros comme les grains de mine , 11e font pas des laitiers proprement dits i mais de la mine brûlée qui ne s’eft pas fondue.
- L’efpece d’argillë , connue dans les forges lous lés nortîs d'Erbüe 9 Arbue $ Ârbuc y 8c employée dans certains cas , de même que la eaftine , à fondre les mines de fer, eft très-commune i les Taillandiers s’èn fervent auffi , en la faifant fécher 8c la réduilànt en pouffiere ; cette t'erre eft préférable * dans h*
- (î) Les mines qui ont befoin de fondant, font appellées par les Métallurgistes Mines feches.
- (2) Dans les greffes forges, on nomme ainfi Une picee d’environ un pied de hauteur qui
- ferme îa porte du creufet, qui donne dans h# chambre, à la réferve d’un efpace d’environ 7 à 8 pouces , nommée la coulée , & par lequel paffe toute la fonte contenue dans le creufet
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- *174 DU CHARBON DÉ TERRE
- façon du fer, aux autres matières vitrifiables , parce qu’elle eft plus aifée à fondre que les autres caftines , les cailloux & les autres matières vitrifiables. Elle eft plutôt en état d’agir contre la mine , 8c d’empêcher l’aéliou immé-^ diate du fer , qui, au lieu de fondre , brûleroit promptement le fer de ces petits grains 5 on brife cette terre d’herbue avant de la jetter dans le fourneau ; on la mêle même dans quelques endroits avec un gros fable de rivière, ou de femblable qualité : il s’en trouve de différentes couleurs ; celle de Bourgogne eft rouge ; en Franche-Comté , il y en a de rouge & de grife.
- Uarbue du meilleur ufage, fe reconnoît lorfqu’elle n’eft point mélangée d’autres corps ; qu’au toucher elle eft douce ; que la couleur n’en eft point d’un rouge foncé ; que pétrie avec un peu d’eau , elle devient bien com-paéle, feche à l’ombre fans crevafte, & réfifte long-temps au feu.
- Celle que la charrue a travaillée eft la plus nerveuje , la plus douce 8c la plus huileufe , foit parce que les plantes en ont pompé une partie des fels , foit que le foleil & la végétation ne laiflent que les parties les plus nerveufes des engrais * comme moins propres à la fublimation. Le mélange qui peut s’y rencontrer des parties de certains fumiers la rendent plus graffe, plus compacte , plus tenue, 8c par conféquent plus en état de réfifter au feu.
- L’arbue qui, mêlée à la mine,, réfifte le plus long-temps au feu , eft de la meilleure efpece ; c’eft à fa vitrifcibilité qu’elle fe reconnoît, comme la caftine fe reconnoît à fa nature calcaire. Ces fondants fe mêlent enfemble avec la mine pour la fonte ; fi on les mettoit féparément, la caftine fondroic d’abord , & la mine tomberait toute crue; l’arbue, qui réfifte plus long-temps, refteroit; au lieu que, dans le mélange, tout defcend uniformément.
- D es Charbons de bois.
- EJfai de comparaijbn entre eux & les Charbons de terre;
- L’article des Charbons de bois, dans une fonte de" mine , n’eft pas le moins intéreffant, foit qu’il s’agi (Te de ne point forcer la confommation déjà confidérable du combuftible, foit qu’il s’agiffe de n’employer que les Charbons qui conviennent ; 8c il en eft de même pour toute efpece d’opération métallurgique.
- Sur la quantité précife, néceflàire à une fonte, M. de Buffon a reconnu le point fixe ; apres un grand nombre d’effais réitérés, il eft parvenu à trouver qu’il ne faut qu une livre fept onces & demie , ou tout au plus une livre huit onces de Charbon pour une livre de fonte : ce calcul ne fouffre point de difficulté ; avec 2800 livres de Charbon , lorfque fon fourneau a été pleinement animé, notre Savant a obtenu conftamment des gueufès de 187^,’ Jpoo 8c i^jo livres*
- Quant
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- ET DE SES MINES. II. Part. 117;
- Quant aux degrés de chaleur, proportionnée aux opérations qui demandent un feu brillant, chaud, moelleux , on connoîc ceux que donne telle ou telle efpece de Charbon de bois , il eft confiant, dans la pratique , que tout feu violent , trop continue, fait avec des bois aigres, gommeux ou faims, loin de donner de la qualité au fer , attaque fa propre fubflance, la détruit Sc l'appauvrit ; tandis qu’un feu de bois doux, comme les efpeces de peuplier , de faule, & autres analogues réfineux, lui donnent toujours de la qualité. Il n’eft pas indifférent de fe rappeller , pour la comparaifon qui pourroit s’établir entre les Charbons de bois Sc les Charbons de terre , que les Charbons de bois tendre donnent une moindre chaleur, Sc que dans les uns ou dans les autres la trop grande vétuflé eft réputée pouvoir diminuer la force du feu.
- La théorie & l’expérience, qui s’éclairent mutuellement, ont fait voir fucceffivement que ces Charbons ne font pas tous indiftinélement propres aux opérations de chaque Arrifle, ou à celles qui s’exécutent dans les uzines.’
- Que les Charbons de bois de terreins différents ne font pas tous le même effet dans les foyers à fondre les mines de fer (1) , ou dans ceux à affiner le métal.
- Ce n’eft sûrement pas du premier coup-d’œil qu’on a reconnu que les Charbons de bois dur, tels, par exemple , que ceux du hêtre , du chêne, font moins utiles pour les forges que ceux qui font doux à un certain degré ; qu’ils brûlent & détruifent le fer, en détruifant le nerf.
- Pour les Ouvriers en fer ou en acier , le Charbon de frêne , de chêne , de fàule , de châtaignier , eft excellent ; aux Orfèvres, il faut des Charbons d’une efpece ; aux Fondeurs , il en faut d’une autre.
- Dans l’état où font les différentes connoifîànces, qui font le nœud des opérations de Métallurgie , peut-être ne s’agit-il plus que de faire une étude comparée des effets Sc des qualités des Charbons de bois Sc des Charbons de terre. Ce qui eft connu, à cet égard , fur l’un Sc l’autre de ces combuftibles , rapproché attentivement, laifîe du moins entrevoir des motifs raifbnnables de préfumer qu’on pourroit parvenir, comme on y a réuffi pour le Charbon végétal, à fixer la nature, la qualité des Charbons de terre , propres à fondre différentes mines de fer, Sc que cet emploi doit ou peut être fufceptible d’une marche à-peu-près femblable à celle qu’a éprouvé l’emploi du Charbon de bois. L’examen extérieur des deux combuftibles n’eft déjà point défavorable à la comparaifon qu’on voudroit faire de l’un Sc de l’autre ; le Charbon végétal, comme le Charbon de terre, tire plus ou moins fur le noir ; il en
- (1) On appelle Foyer de forge , quelquefois Creufet, Ouvrage , un endroit pratiqué dans Taire de la cheminée , & arrangé avec des plaques de fer j. pour recevoir le fer, ou bien l’endroit dans
- Charbon de Terre. II. Part.
- lequel s’opère la cuiffon ou la liquation du fer crud que Ton prépare à être étendu fous le marteau : en Latin , il eft appellé Catinus, de en gé-* néral Tigillum 5 en Suédois Hoerd.
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- ii76 DU CHARBON DE TERRE
- eft où ce noir eft femé de couleur d’iris ; dans d’autres, tels que les Charbons de bois blancs & de bois réfineux, il eft pâle, tirant fur le fauve.
- Dans quelques Charbons de terre brutes, mais fur-tout lorfqu’ils ont paffé au feu , & qu’ils ont été éteints, la vue feule fait remarquer une texture abfo-lument pareille à celle qui s’obferve dans quelques Charbons de bois (i). Je ne ferois pas éloigné de croire , qu’il feroit très-poffible d’en diftinguer qui,’ par la nature de leur feu , fe rapprochent de la qualité des Charbons de bois blanc & des Charbons de bois dur.
- M. Bellot, Direéleur de la Verrerie de Seve, a fait cette remarque , à mon avis, très-judieieufè (a) ; & je crois qu’on ne doit pas la perdre de vue dans les recherches auxquelles on pourroit fe livrer , fur l’emploi du Charbon de terre, foie dans les travaux métallurgiques, loit dans Ion application aux Arts qui ont befoin du feu. A cette obfervation , il faut ajouter que le Charbon de bois ne donne pas, à beaucoup près, autant de chaleur que le Charbon de terre.
- M. de Genfïàne , malgré l’opinion où il eft fur le Charbon de terre, voyez pag. 11y 4, eftirne que le phlogiftique renfermé dans ce foflile eft pour le moins auffi analogue aux métaux que le Charbon de bois. Les Ephémérides d’Allemagne avancent que le Charbon de terre, à railbn de fà partie huileufo , rend le fer plus doux , & plus traitable fous le marteau (3) ; mais que pour peu qu’on augmente la chaleur, le fer fe fond, & n’eft plus facile à employer.
- D’après cette obfervation, les défauts que le fer contraéle au feu de Houille ne viendroient-ils pas en partie de la chaleur trop prompte & trop vive que donne ce foflile ? En s’attachant, comme on l’a fait jufqu’à préfent, à chercher dans l’acide du Charbon de terre, la caufe unique qui le rend impropre à la fonte des mines, & fur-tout des mines de fer , n’a-t-on point été trop efclave de cette première idée ? au moins eft-il sûr qu’il y a quelque analogie entre le feu de quelques Charbons de terre & celui qui eft particulier à chaque efpece de bois. On lait que ce dernier, félon fa qualité moyenne , félon fa pefanteur, & d’autres circonftances dont quelques-unes dépendent même du local, donne un Charbon différent par un feu plus ou moins vif, par plus ou. moins de phlogiftique.
- Je dois me borner quant à préfent à ces réfultats fommaîres, fur les Charbons de bois employés dans les travaux métallurgiques, & fur les rapports que
- (3) Stedlen rapporte qu’on en a trouvé en Franconie, près de Grunsbourg, une efpece dans lequel cette relfemblance étoit frappante, de que l’endroit de la fra&ure étoit îuifant comme de la poix. Ce n’eft pas de ceux-là, que je crois pouvoir appeller Charbon de bois tourbe 9 dont je parle ici.
- (2) Voyez le Mémoire de M, Lavoifier, cité pag. 10 6%>
- (3) C’eft vraifemblablement ce qu’entendent quelques Ouvriers, en difant d’un bon Charbon de terre , qu’il manie bien le fer. Le langage des étrangers que nous avons entendus fe fervir de cette expreiïïon , nous l’a fait interpréter autrement page p77 , en parlant des Charbons de Décize ; mais il paroît qu’elle ne lignifie point manger le fer, & qu’elle défigne au contraire une bonne qualité.
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- ET DE SES MINES. IL Part. 1177
- l’on pourrait appereevoir entre ce combuftible ordinaire & le Charbon de terre : à rnelùre que j’indiquerai les opérations des grandes forges , qui s exécutent avec ce foffile , j’aurai foin de fixer davantage l’attention du Leéteur fur ces différents rapports , dont l'idée m’a femblé mériter d’être approfondie, & qui pourroient ouvrir de nouvelles vues fur les tentatives à faire, ou perfectionner celles déjà faites pour priver le Charbon de terre de ce qui le rend contraire à la fonte des mines.
- Pour répandre fur cette matière tout le jour dont elle eft fufceptible, nous commencerons par les différentes maniérés de préparer le Charbon de terre.
- Differentes efpeces de braifes de Charbon de terre ; leur fabrication en grand.
- Parmi les différents tempéraments , imaginés pour purifier le fer en le féparant des matières étrangères à Ion effence, Sc pour retenir de fon minerai tout ce qu’il peut fournir, on doit regarder comme principale l’efpece de combuftion que l’on fait efîùyer au bois pour le réduire en Charbon * qui doit être l’aliment du feu. Quand on a longé à employer au même ufige le Charbon de terre qui exigeoit vifiblement une forte de purification , il a été affez naturel de chercher à rapprocher ce foffile de Tétât dans lequel le Charbon végétal eft reconnu propre à cette opération.
- Dans la fabrication Angloife, pour priver les Charbons de leur acide fui* phureux , fi on veut le qualifier tel, on s’y prend de deux maniérés : j’ai décrit fommairement, pag. 41$ 9 celle qui fins doute a été la première ufitée , & qui d’ailleurs a la commodité de pouvoir être exécutée d’un inftant à l’autre. Chaque fabrication fe réduifint à un appareil, dont la façon ne coûte rien aux Ouvriers, il ne fera pas inutile de faire connoître ici ce procédé tel qu’il eft pratiqué , nommément dans deux endroits de l’Angleterre.’ L’Auteur des Voyages Métallurgiques » de qui nous empruntons ces delcrip-tions, nous donnera la facilité d’y joindre la maniéré de faire cette préparation dans des fours , dont nous n’avons rien dit.
- Les Charbons fournis à l’aélion du feu, de Tune ou de l’autre maniéré , donnent une braife connue pour être de deux fortes, ou du moins diftinguée vaguement parles noms de coaks Sc. de cînders. Les différences de Tune à l’autre brailè n’a pas trop bien été Ipécifiée par les Ecrivains qui en ont parlé ; leur fabrication peut un jour devenir de la plus grande importance dans beaucoup de pays : je me flatte de rendre fi réuffite plus affurée par la maniéré dont je vais la déyeloper dans toutes fes circonftances.
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- ii78 DU CHARBON DE TERRE
- Fabrication de Braijès de Charbon de terre , nommées en Angleterre Coaks ,
- pour fondre le Minerai de fer y Iron-Stone (i), àCarron en Ecojfe (2).
- « Cette opération eft à-peu-près la même que celle pour convertir le bois » en Charbon; elle confifte à former en rond, fur le terreîn , une couche » de clod-coal, voyez pag. 383 & 415 , de douze à quinze pieds de diamètre , » autour duquel il y a toujours un mélange de poufliere de Charbon & de » cendre des opérations qui ont précédé.
- » Cette couche circulaire eft arrangée de façon qu’elle n’a pas plus de » fept à huit pouces d’épaifleur à fes extrémités , & un pied & demi au plus » d’épaifleur dans fon milieu ou fon centre ; c’eft-là qu’on place quelques y> Charbons allumés qui, en peu de temps , portent le feu dans toute la » charbonnière* Un Ouvrier veille à cet embrafement, & avec une pelle de » fer prend de la pouffiere qui eft autour , en jette, dans les parties où le » feu eft trop ardent, la quantité fuffifante pour empêcher que le Charbon » fe confume, & point aflez pour éteindre la flamme qui s’étend fur toute » la flirface : c eft alors une marque de la deftrudtion du bitume , véritable *> objet de l’opération. Le pouflîer qu’on jette deflus fert à éteindre le Charbon » lorfqu’il eft privé de fon bitume , qui n’y eft pas fort abondant 5 l’opération » dure environ quarante heures.
- » Le Charbon, réduit en coaks dans les forges de Carron, eft beaucoup » plus léger qu’il ne l’étoit avant d’être grillé, il eft aufli moins noir ; cependant » il l’eft plus que les coaks, appellés cinders : il ne fe colle point en brûlant ». M. Jars eft porté à préfumer de là que le Charbon, de l’efpece de celui de Newcaftie, n’auroit pas les mêmes propriétés, quoiqu’on en fafle le même ufage.
- A Coal-Brook-Daal, en Shropfire, on fait une quantité confidérable de coaks pour les ufages particuliers de cent milliers de fer par femaine.
- Fabrication de Braifes de Charbon de terre , nommées Cinders, pour fondre le Minerai de fer dans la forge de Clifton , entre la ville de Cockermouth ô celle de Wittehaven (3).
- «On fait une place ronde d’environ 10 à 12 pieds de diamètre que l’on » remplit avec de gros Charbons, rangés de façon que l’air puifle circuler » dans le tas, dont la forme eft d’un cône d’environ cinq pieds de hauteur
- (1) Il doit être effentiel, pour appliquer ces braifes à la fonte d’un minerai quelconque, de faire attention à la qualité du minerai, de même qu’à celle de la braife dont on fe fert : lorfque nous en ferons à ces opérations , nous ferons connoître ces circonftances particulières.
- (2) Par M. Jars, Voyages Métallurgiques, Troi-fieme Mémoire, pag. 272.
- (i) Voyages Métallurgiques, 12e Mémoire , Forges & Uzines du Duché de Cumberland, pag, 236.
- » depuis
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- ET DE SES MINES. IL Pau*; 1179
- » depuis le Ibmmet julqu’à là baie. Le Charbon ainfi rangé 9 on en place » quelques-uns allumés dans la partie fupérieure , après quoi on couvre le » tout avec de la paille, lùr laquelle on met la terre & la pouffiere de Charbon » qui fe trouve tout autour, de façon quil y en ait au moins un bon pouce » d’épaiffeur fur toute la furface. :
- y> On a toujours plulîeurs de ces fourneaux allumes a la fois 5 deux Ouvriers » dirigent toute l’opération, l’un pendant le jour, l’autre pendant la nuit ; » ils doivent avoir attention d’examiner de quel côté vient le vent, 6c de » boucher les ouvertures, lorfqu’il s’en forme de nuifibles à l’opération , ce » qui contribueroit à la deftruétion des coaks après quelles ont été formées.
- » Ces brailès de Charbon ne reffemblent point aux coaks qui le font à » Carron, mais plutôt à des cinders très-poreux.
- Préparation de Braifes de Charbon de terre, nommées Cinders, dans des fours
- a Newcajlle.
- On compte à Newcaftle julquà neuf fourneaux attenants les uns aux autres , placés fur un même allignement. Dans quelques endroits les fourneaux forment trois corps de maçonnerie ; chaque corps renferme dans * là eonftruétion trois fourneaux : il y en a de grands & de petits, par conféquenc de différente contenance, voyezpag. 415, mais tous à-peu-près femblables (1).
- La baie de ce fourneau eft quarrée ; dans une des quatre faces eft une ouverture qui fait environ le tiers de fa longueur , & qui eft prife fur prefque toute la hauteur ; elle eft munie d’une porte de fer.
- Au-deflus de l’alignement de cette ouverture , chaque paroi du fourneau commence à le rapprocher l’une de l’autre pour s’élever infenfiblement en pointe , de maniéré qu’elles forment fupérieurement vers le fommet un cône tronqué, terminé en un foupirail étroit : cette partie exhauffée du fourneau repréfente abfolument la même forme d’un grillage de mine, tel qu’il s’exécute pour les mines métalliques (2) à Rammelsberg en Saxe , au-deffus de la ville de Goflar.
- Quoique la bafe du fourneau foit quarrée extérieurement, le fol intérieur eft rond, 6c toute la capacité intérieure eft conique, au-deffus des parois quadrangulaires ; c’eft uniquement dans ce bas fond, prefqu’au niveau de là hauteur, que l’on place le Charbon, dont le tas ne s’élève pas plus haut. iVoici maintenant comment s’exécute l’opération (3).
- ( 1 ) La Planche XI des Voyages Métallurgiques, repréfente une vue, une coupe, & le fol d’un de ces fourneaux. Nous avons cru qu’il fuffiroit d’en donner une courte defcription , à laquelle il ne manquera pour la plus grande exactitude que les dimenfions qui ne fe trouvent pas
- dans l’Ouvrage de M. Jars.
- (2) Voyez lett. E, Planche VÏI de l’Ouvrage de Schlutter , traduit par M. Hellot.
- (3) Voyages Métallurgiques * Dixième Mémoire > pag. 20p.
- Charbon de Terre, IL Part,
- y 13
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- xi8o DU CHARBON DE TERRE
- ï> Quand on a mis dans le foui à griller la quantité de Charbon néceffaire, »bn-y met Je feu avec un peu de bois’, ou avec du Charbon déjà allumé,
- » qûe l’on prend dans un des autres fourneaux; rarement néanmoins on eft » obligé de s’y prendre de cette maniéré , attendu que pour l’ordinaire on » introduit le Charbon lorfque le fourneau eft encore chaud & prefque rouge, » ainfi il s’allume de lui-même.
- - On ferme enfuite la porte * & Ton met de la terre dans les jointures, aXenlement pour boucher les plus grandes ouvertures qui proviennent de la ©.dégradation de la maçonnerie ; car il faut toujours laifler un paflàge à l’air, »fans lequel le Charbon ne pourroit brûler. L’ouverture qui eft en-deffus é du fourneau, & qu’on peut appeller cheminée , eft deftinée pour la fortie » de la fumée , & par conféquent pour l’évaporation du bitume ; l’embou-» chure de cette cheminée n’eft pas toujours également ouverte.’ La Icience V de l’Ouvrier confifte à ménager le courant de la fumée, fans quoi il rifqueroit » de confirmer les cinders à mefure qu’ils fe forment. La réglé qu’on fuit » à cet égard, comme la plus sûre, eft de n’ouvrir la cheminée qu’autant v qu’il le faut, pour que la fumée ne reflorte point par la porte ; pour cela «on a une grande brique que Ton pouffe plus ou moins fur l’ouverture à » mefure que l’opération avance , & que par conféquent le volume de la « fumée diminue ; à la fin on bouche prefque entièrement l’ouverture de la « cheminée.
- » Cette opération dure 30 à 40 heures; mais communément on ne retire y> les cinders qu’au bout de 48 heures. Le Charbon , réduit en cinders , forme » dans le fourneau une couche d’une feule mafle , remplie de fentes & de n crevafïès, difpofées en rayons perpendiculaires au fol du fourneau , de toute « i’épaiffeur de la couche ; on pourroit auffi les comparer à des briques placées de champ : quoique le tout fafle corps , il eft fort aifé de le divifèr pour « le retirer du fourneau. A cet effet, lorfque l’Ouvrier a ouvert la porte , » il met une barre de fer en travers devant l’ouverture, afin de fupporter « un rable de fer avec lequel il attire une certaine quantité de cinders hors y> du fourneau , fur lefquels un autre Ouvrier jette un peu d’eau ; ils prennent yy enfuite chacun une pelle de fer en forme de grille, afin que les cendres y> & les menus cinders puiffent paflèr au travers : ils éloignent ainfi de l’em-yy bouchure du fourneau les cinders , qui achèvent de s’éteindre par le feul s> contaél de l’air.
- y> Le fourneau n’eft pas plutôt vide qu’on y met de nouveau Charbon , « néceffàire pour une fécondé opération ; & comme ce fourneau eft encore » très-chaud & même rouge , le Charbon s'y enflamme auffi-tôt, & le pro-» cédé fe conduit comme ci-devant.
- » On eftime à un quart le déchet du Charbon dans cette opération, c’eft-à-dire, i> le déchet du volume ; quant au poids, il eft bien moindre, voyez pag. 416^
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- ET DE SES MINES. II. Part. ïiU
- »Les cendres qu’on retire du fourneau , font paffées à la claie , fur une » claie de fer, pour en féparer les petits morceaux de clnders , lelquels font » vendus féparément.
- Des Braifes de Charbon de terre en Cinders , rêfiiltantes des fourneaux à defecher , ou de dijlillation , employés dans les forges de Sultzbach , pouf la fonte de la mine de fer, que Von çroyoit propre aux Manufactures de fil d’archal {*)•
- La fabrication des braifes, exécutée en alumelie ou dans des fours , rend ce foffile propre à la fonte du fer & à quelques opérations métallurgiques intérefîàntes, auxquelles ce foffile n'auroit , fans cette efpece de purification 9 jamais pu être appliqué ; mais en même temps que la chaleur, à laquelle on foumet ce foffile , diffipe , volatilife çe qu'il renferme de plus délié & de plus fubtile, que l’on appellera foufre fi Ion veut, la même chaleur defo feche, détruit une autre matière fixe , dont i'exiftençe y eft bien plus démontrée , Sc dont on peut tirer parti pour d’autres wfages ; cette confidé-ration n’eft pas indifférente; elle avoit conduit à chercher un moyen de féparer à peu de frais cette partie fixe & cette partie volatile par la voie de la dif* tillation & de l'évaporation libre tout à la fois. Les fourneaux en grand, employés à Sultzbach, dontnous avons repréfonté une partie,fig. 2,PL LVIII, produifoient ce double effet * dont la dépenfe étoit payée à-peu-près par le bitume & par l'huile qui fe retiroit. Nous avons donné , pag. 1138 une idée de cette opération , dans laquelle le bitume tombe par le tuyau r s dans la marmite ou récipient P9 tandis que la vapeur fulphureufe, forcée de fortir également par le même tuyau , ne pouvant fe rendre dans la marmite où elle fe trouve trop condenfée, s'évapore par le tuyau v.
- Nous devons ici confidérer ce fourneau pour la fabrication des coaks , Sc chercher à déterminer la différence entre ces braifes Sc celles qui réfui-tent des autres maniérés de les préparer. Ce fourneau, tel qu’on le voit fig. 2, PL LVIII, tient à plufieurs autres placés en alignement, afin de communiquer enfemble : chacun eft de neuf pieds & demi de long , fur huit pieds & demi de large I M% de fix pieds & demi de longueur, 8c en IK de fix pieds de largeur dans là capacité intérieure ; les murs ont dix-huit pouces d'épaiffeur ; les deux angles I K font arrondis, de maniéré que depuis les points /, K , jufqu'au commencement de l'arrondiflement aux points a , by il y ait un pied neuf pouces de diftance , ce qui forme une e/pece de cintre à anfe de pannier , comme on le voit dans la figure.
- (1) M. de Genffane, depuis la publication de cette Méthode dans le premier volume tie fon Traité de la fonte des Mines avec le Charbon de terre, a appris que pour obtenir ce fer doux & propre aux filières, on étoit obligé d*affincr
- la gueufe au moins deux fois, ce qui occafionné un travail & un déchet fi conMérables qu’on a abandonné cette méthode. H poire Naturelle du Languedoç , Difcours préliminaire t page 17,
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- Ii8i DU CHARBON DE TERRE
- >>Le Charboft voituré auprès du fourneau (i) en morceaux bien nets, de » la grofleur des deux poings, plus ou moins,.un homme entre dans le vafe (2), » & à mefure quun autre homme le lui fert avec une couche, il l’arrange
- » tout à l’entour, comme s’il faifoit un mur à fec, en prenant bien garde
- » d’endommager le vafe, & en reculant toujours vers la porte à mefure que ï) le fourneau fe remplit j de maniéré qu’étant parvenu jufqu’au bord de la
- » porte Q R , il fort par là, en la rempliflànt jufqu’au bord ; après quoi il
- » entre par la portefupérieurey 9 & remplit tout l’elpace vide X9 o, u qu’il » n’a pu remplir en bas ; enfuite il ferme ces deux portes, qu’il a foin de bien ï) luter avec la même matière dont eft fait le vafe , mêlée d’un peu de fiente » de cheval (3).
- » La charge du fourneau achevée, ce qui emploie environ deux milliers pefent » de Charbon crud (4) ; & pour le chauffer , neuf cents pefànt de pareil » Charbon, mais du plus mauvais, qui a été féparé de celui deftiné à la » cuifïon 5 on allume le feu fur les grilles avec un peu de bois , & par-deffous » du même Charbon de terre qu’on a trié du premier, & l’on conduit ainfi » le feu par degrés jufqu’à ce que le vafe devienne légèrement rouge ; pour d lors on entretient le feu à ce même degré, c’eft-à-dire ,. dans un état moyen ; »> la chaleur fe communique peu à peu au Charbon qui efl dans le vafe, & » liquéfie fa partie bitumineufe : lorfque le Charbon eft dépouillé de fon bi-» tume, il commence à devenir légèrement rouge, c’eft le degré du feu le » plus convenable pour lui faire abandonner fa partie fùlphureufe, & il ne »refte de ce Charbon que ce qui eft néceflàire pour qu’il conferve encore » la propriété combuftible.
- » Le fourneau avertit de lui-même lorfque le cuifege eft achevé : le tuyau » d’évaporation v fume confidérablement dans toute la durée de l’opération, » & exhale une forte odeur de Joufre ; mais dès que le Charbon eft cuit, » ce tuyau celle de fumer, & ne rend prefque plus d’odeur ; on ouvre alors » la porte d’en bas de la cornue , & avec un rable on retire la braife encore » toute rouge, & qui s’éteint auffi-tôt qu’elle eft hors du fourneau ; dès qu’elle v* eft refroidie, on la porte au magafin.
- « Il y a toujours au moins trois de ces fourneaux allumés pendant que les
- (1) Chap. XII, pag. 278 , tome I,
- (2) Selon M. de Gentiane, ce va & , Jïg. 3, PI LVIII, doit avoir fix pieds de longueur fur trois pieds fix pouces de largeur , le tout de dehors en dedans,
- G) Dans les premiers temps de rétablifîement, ce vafe étoit de fortes feuilles de tôle, clouées enfemble , dont on lutoit bien les jointures j on s’apperçut bientôt que le feu les cribloit de toutes parts , & les réduifoit en crocus ; les Charbons fe réduifoient en cendres. Après bien des eflais, on s’en eft tenu à faire ce vafe avec ies mêmes matières dont les Verriers fe
- fervent pour faire leurs pots ou creufets. M. de Genflane qui fait cette remarque, confeille de fe fervir des matières propres à faire les creufets pour la fonte du laitier.
- (4) Le fourneau, conftruitfur les principes de M. de Genffane , en contiendra un peu davantage , parce qu’il n’y refte aucun vide ; & il eftime que c’eft toute la grandeur qu’on peut lui donner. Si on les faifoit plus grands , le Charbon qui fe trouve vers les parois, rifque-roit d’être trop cuir, avant que la chaleur eût pénétré celui qui eft au centre.
- » autres
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- ET DE SES MINÉS. If., Part. tx83
- » autres fe refroidiflènt ; quand le Charbon eft à moitié cuit dans les trois » premiers, on met le feu à trois autres ; & à demi-cuilîôn de ceux-ci, on » allume les trois derniers.
- » Comme la cuiffon dure ordinairement trois fois vingt-quatre heures, on » retire chaque jour le Charbon cuit de trois fourneaux, on en charge trois » autres, Sc le Charbon cuit dans trois autres.
- » U eft vrai que le fourneau ne confomme point tout le Charbon que l’on j» cuit chaque jour ; mais comme on eft obligé de faire de temps à autre » quelques réparations aux fours a cuire, on a la précaution de le faire une » provision de Charbon d avance, pour ne point être expolé à un chômage » qui, comme on fait, eft très-coûteux dans une forge.
- Les deux milliers pefant de Charbon perdent dans l’opération , fuivanc M. de Genflàne, un huitième de leur pefànteur , qui fe trouve alors être à celle du Charbon de hêtre à-peu-près comme cinq eft à trois.
- Pour ce qui eft des propriétés qu’il conferve après ce re/Tuage, M. de Genflàne remarque qu’il n’exhale plus la moindre odeur quand il brûle Sc qu’il a fur le Charbon de boîs l’avantage de durer au feu au moins le double *
- il peut au refte s’employer fans aucun inconvénient aux mêmes ulàges.
- Cuijfon de Charbon de terre , exécutée en meule à Sain Bel en Lyonnais
- par M. Jars (r),
- » Après avoir formé un plan horizontal fur le terrein, on arrange le Charbon » morceau par morceau, pour en compofer une pile d’une forme à-peu-près » femblable à celle que l’on donne aux alumelles pour faire du Charbon de » bois, & de la contenue d’environ cinquante à foixante quintaux : il eft né-» ceflâire de ne point donner à ces Charbonnières trop d’élévation, quoique , » dans le même diamètre ; l’inconvénient eft encore plus grand, fl on avoir » placé indifféremment le Charbon, Sc de toutes groflèurs.
- » Une Charbonnière , conftruite de cette maniéré, peut & doit avoir dix, » douze, & julqu’à quinze pieds de diamètre, & deux pieds Sc demi au «plus de hauteur dans le centre.
- » Au fommet de la Charbonnière, on ménage une ouverture d’environ fix » à huit pouces de profondeur, deftinée à recevoir le feu qu’on y introduit » avec quelques Charbons allumés quand la pile eft arrangée ; alors on la » recouvre, Sc on peut s’y prendre de diverlès maniérés.
- »La meilleure Sc la plus prompte, c’eft d’employer de la paille & de » la terre franche qui ne foit pas trop feche ; toute la furface de la Char-» bonniere fè couvre de cette paille, mile aflez ferrée pour que l’épaiflèur
- (i) Voyages Métallurgiques, Quinzième Mé~ I additions, Sc correftions relatives à l’Art du moire, pag. 325 , année 1769 , inféré dans les | Char honnier de bois 3 page
- Charbon de Terre, II. Part. X ^
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- 1184 DU CHARBON DE TERRE
- ry d’un bon pouce de terre Sc pas davantage , placé deffiis , ne tombe pas
- » entre les Charbons , ce qui nuiroit à l’aétion du feu.
- » On peut fuppléer au défaut de paille , par des feuilles feches , lorfqu’on » eft dans le cas de s’en procurer : j’ai aufifi effayé de me fervir de gazons ou » mottes ; mais il n’en a pas réfulté un bon effet.
- » Une autre méthode qui , attendu la cherté Sc la rareté de la paille > » eft mife en pratique aujourd’hui aux mines de Rive-de-gier , par les Ouvriers » que les intéreffés aux mines de cuivre y emploient à cette opération, avec » un fuccès que j’ai éprouvé , eft celle de recouvrir les Charbonnières avec » le menu Charbon ; cela fe fait comme il luit :
- » L’arrangement de la Charbonnière étant achevé, on en recouvre la partie » inférieure, depuis le fol du terrein jufqu’à la hauteur d’environ un pied » avec du menu Charbon crud, tel qu’il vient de la carrière, Sc des déblais » qui fe font dans le choix du gros Charbon ; le reliant de la furface eft » recouvert avec tout ce qui s’eft feparé en très^petits morceaux , des coaks.
- » Par cette méthode, on n’a pas befoin, comme par les autres, de pra-» tiquer des trous autour de la circonférence pour l'évaporation de la fumée ; » les interftices qui le trouvent entre ces menus coaks, y fuppléent Sc font ï> le même effet ; le feu agit également par-tout.
- ï> Lorfque la Charbonnière eft recouverte jufqu’au fommet, l’Ouvrier ap-» porte * comme il a été dit, quelques Charbons allumés qu’il jette dans y> l’ouverture, & achevé d’en remplir la capacité avec d’autres Charbons ; » quand il juge que le feu a pris, Sc que la Charbonnière commence à » fumer, il en recouvre le fommet, & conduit l’opération comme celle du » Charbon de bois, ayant loin d’empêcher que le feu ne pafle par aucun » endroit, pour que le Charbon ne fe confume pas , & ainfi du refte jufqu’à » ce qu’il ne fume plus , ou du moins que la fumée en forte claire , ligne y> confiant de la fin du difoufrage : pour toute cette manœuvre, l’expérience » des Ouvriers eft très-nécelîàire.
- » Une telle Charbonnière tient le feu quatre jours , & plulîeurs heures » de moins II l’on a recouvert avec de la paille & de la terre : lorfqu’il ne j>fume plus, on recouvre le tout avec la pouffiere pour étoufer le feu, & » on le laifïè ainfi pendant douze ou quinze heures ; après ce temps, on » retire les coaks partie par partie à l’aide des rateaux de fer, en féparant » le menu qui fert à couvrir d’autres Charbonnières.
- » Lorfque les coaks font refroidis, on les enferme dans un magafin bien fec ;
- » s’il s’y trouve quelques morceaux de Charbons qui ne foient pas bien dé-s> foufrés, on les met à part pour les faire paffer dans une nouvelle Charbon-» niere: on en a de cette maniéré plufieurs en feu, dont la manœuvre fe » fuccede.
- «Trois Ouvriers ayant un emplacement affez grand , peuvent préparer,
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- ET DE SES MINES. II. Part. ii%
- » dans une femaine trois cents cinquante, jufqu’à quatre cents quintaux de » coaks.
- Par le décompte détaillé des Charbons de terre des mines de Rive-de-gier * mis en défoufrage à Sain Bel depuis le 20 Janvier 1769 jufqu’au IQ Mars fuivant, rapporté à la fuite du Mémoire de M. Jars (1), il eft conftaté que ces Charbons perdent ou déchetent dans cette opération de trente-cinq pour cent , c’eft-à-dire , que cent livres de Charbon crud font réduites à 6 y livres de braifes.
- Ce fait a été vérifié plufieurs fois aux mines de Rive-de-gier, ou, depuis le premier Avril 1769 » les Intérefles des mines de Lyonnois occupent trois Ouvriers à cette préparation ; d'où il réfulte que le quintal de ces braifes , rendu à Sain Bel, revient, tous frais faits , achat du Charbon , façon des Ouvriers , emplacement pour la préparation, proyifion & tranlport, à environ deux livres quatre fols poids de marc.
- Je renvoie l’opération de la fonte exécutée avec le feu de ces braifes a l’article qui va fuiyre , dans lequel je raflemblerai plufieurs de ces tentatives.
- Moyen propofê par M. DE Morve AU , pour rendre le Charbon de terre
- propre à l'ufige des fourneaux de fonte , en privant ce fojjile de fin humidité furabondante (2), ou en 1!employant en pelottes.
- M. m Morveau convaincu par l’analyfe qu’il a faite du Charbon de terre de Montcenis, que ce Charbon brut ne contient pas plus de jfoufre que le Charbon végétai, n’appréhende point en conféquence qu’il brûle le fer ; il penfe que ce n’eft pas par le défoufrage que la coétion le rend propre à l’ufàge des fourneaux de fonte (3). Selon lui « cette préparation deviendroit » inutile , même défàvantageufe pour cette efpece, puifqu’elle ne fe fait » qu’avec un déchet confidérable, &que le feu en eft, félon lui, moins ardent J y> mais Monfieur de Morveau a éprouvé que l’humidité dont ce Charbon eft » chargé, l’emporte au premier degré de chaleur , au point de lui faire faire » voûte. Cette voûte s’épaifliflànt fans cefle par les nouvelles charges, obftrue » le fourneau, y lailfe un vide dans lequel les mines fe calcinent & où le » foufflet ne fert plus qu’à refroidir la partie inférieure : cet inconvénient
- (1) Sous le titre Obfervations ^ pag. 12;
- (2) Il paroît que M. de Morveau comprend fous ce nom la partie grade volatile unie à ce Charbon ; il pourroit être utile de rapprocher de cette opération l’analyfe faite par ce Savant du Charbon de Montcenis, comparé avec celui d’Epinac, & qu’il a publié dans le Journal de M. l’Abbé Roîier en Décembre 1773 > rom. II, j>ag. 448.
- (3) M. de Morveau, dans le même Mémoire lu à l’Académie de Dijon, obferve que ce Charbon crud prend feu plus promptement & le
- conferve fenfiblement plus long-temps que les Charbons fragiles , & il le range par cette rai-fon dans la claffe des Charbons durs, quoi--qu’affez légers & très-friables ; il rapporte qu’a» près la combuftion , il donne une matière bour-ibuflée , noire , fpongieufe Sc brillante , 8c que fon réfidu ne fe lailfe point attaquer par l’huile de vitriol, même à l’aide de la chaleur; l’odeux qui s’en exhale lui a paru quelquefois approcher de celle que donne toute huile végétale , gr<pf-fiere, telle que celle dont on fe fert pour les lampes, feule remarque différente de la mienne.
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- ‘ n86 DU CHARBON DE TERRE
- » feroit peut-être moins fenfible dans les grands fourneaux , ou plus aifé à » prévenir : au relie, même en fuppofant qu il lui fallût une préparation, » il feroit facile d'en remplir l'objet d'une maniéré moins difpendieufe, moins y> embarrafïànte, qui entraîneroit moins de perte que la méthode de faire des » coaks ; une fimple torréfaélion dans une efpece de bafcule fufpendue au-» deflus du gueulard (i), fuffiroit pour lui enlever cette humidité furabondante, » d'autant plus que l'huile à laquelle elle tient eft très-volatile. On pourroit » encore eftàyer de parer à l’inconvénient dont je viens de parler, en fof-»mant avec ce Charbon, aifé à fe réduire en poujjiere, des efpeces de pe~ » lottes qui, fe touchant en moins de points, defcendroient avec plus de » facilité, Sc feroient moins fbfceptibles de fe réunir en maflès ».
- Qualité générale du feu de Braife de Charbon de terre, pour les opérations
- Métallurgiques.
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- De quelque manière que le Charbon de terre ait été torréfié, foit qu'il l’ait été à l'air libre , foit qu'il lait été dans des fours, comme à NewCaftle , ou dans les fourneaux de l’efpece employée à Sultzbach , l'expérience ne lui a encore été avantageufe que pour les ouvrages qui fe jettent en moules. (2) Dans les grandes opérations métallurgiques, ce Charbon, fi l'on veut fuivre l'idée commune , dont nous ne voulons faire un crime à perfonne, n'ell pas encore fuffifàmment défoufrè ; les braifès qu'il donne ne remplifiènt pas à beaucoup près le but qu'on le propofè (3). Le fer provenant des forges de Sultzbach, & qui, porté à la filiere, fè trouvoit une fonte grife & fort douce (4) , a été reconnu être le produit de plufieurs affinages. En total, la fonte du fer qu’on obtient avec leur feu , a toujours deux défauts con* fidérables ; on convient d'abord généralement que la qualité du fer eft avilie , qu'il eft caftant & hors d'état de rendre beaucoup de fervice (y). Dans la quantité de métal fondu au feu de Charbon de terre crud, ou converti en braifes, il le trouve toujours un déchet confidérable ; dans l'efpace d'une
- (1) On appelle Regiflre ou Gueulard une ouverture pratiquée à l’ouverture fupérieure du fourneau, pour fervir de pafîage aux vapeurs ôc au torrent de l’air.
- (2) M. Jars, dans une tournée qu’il fît en 1768 aux forges d’Hombourg en Alface , en fit faire un efîai quiréujGTit très-bien.Voy. le Mémoire in-folio. jP*337* ^ne cédule du Roi d’Efpagne ( en 1771 ) pour l’exploitation de deux mines de Charbon dans une province de ce Royaume, annonçoit qu’on fe propofoit d’employer ce foflile feul dans les Fonderies royales de l’artillerie ; il n’eft rien venu à ma connoifîance fur cette opération.
- (3 ) Quoi qu’en dife M. Venel, qui avance que les coaks, même de l’efpece la moins bonne, font employés à la fonte du fer dans les hauts fourneaux , c’eft-à dire, qui ne peuvent fe char-
- ger qu’en portant la compofîtion qu’on veut y verfer au haut d’un efcalier de plufieurs marches, 6c aux fontes analogues dans les fourneaux à manche. Addition au Chapitre quatrième, I. Part« P• $32-
- (4) La fonte de fer grife eft, félon M. Grignon , celle que l’on obtient par une jufte proportion du minerai, des fondants, des correctifs 6c de la chaleur, d’où il réfulte une fufîon exaéte des parties métalliques : cette efpece de fonte produit le meilleur fer ; enforte qu’il eft poffible de tirer de bon fer des plus mauvaifes mines , en obfervant de les réduire en fonte grife.
- (5) M. Venel, troijieme Part. Chapitre troijîeme , ne paroît pas être entièrement perfuadé de ce défaut,
- Termine,
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- ET DE SES MINES. II. Part; 1187 femaine, on avoit fondu à Lancashire, avec le feul Charbon de bois, quinze ou feize tomes de fer (r) ; & avec les Houilles , on a’en a eu que cinq ou fix.
- Cet inconvénient fe marque également pour toutes les autres efpeces de mines : un fourneau de reverbere Anglois, chauffé avec le bois de hêtre , même avec des fagots , fait rendre à la mine de plomb dix pour cent de plus que lorfqu’on le chauffe avec le Charbon de terre.
- Depuis plus de quarante ans on a commencé à vouloir l’employer , mais inutilement 3 pour lâ mine de cuivre : il y a 28 ans qu’on avoit encore voulu eiïâyer en France, dans le travail d’une mine de cuivre , d’introduire l’ufàge du Charbon de terre y tant pour le grillage que pour la fonte du minéral ; on le mettoît fur du bois dans le grillage, & on en mêloit neuf parties avec une partie de Charbon de bois dans le fourneau Allemand pour la fonte. Une portion du cuivre, traitée de cette maniéré, s’eft trouvée détruite, & a caufé des pertes confidérables qui ont obligé les Entrepreneurs d’abandonner cette fabrication.
- A cette époque, & dans toutes celles qui pourront en être rapprochées par la circonftance du prix du Charbon de bois inférieur ou égal au prix du Charbon de terre, on fera fondé à regarder de fèmblables entreprifes comme folles & hazardeufes ; mais il eft plus que permis de fe tr-anfporter en idée dans les temps à venir , où la difette de bois, qui par-tout devient de jour en jour plus fenfibîe, ne laiffera pas la reffource du choix entre ce combuflible & le Charbon de terre : le déchet de métal dans les fontes, obtenues par le feu de ce fofïile, ne pourra alors, quelque confidérable qu’il puilfe être , entrer en ligne de compte , ou bien il faudra renoncer à toutes les richeflès dépendantes des mines , à tous les Arts auxquels elles fourniffent ou des ma-: tériaux ou des inftruments ; les travaux , les tentatives faites d’avance fur cet objet, ne font donc point à négliger. Le moment où il n’y aura plus à balancer fur l’ufàge du Charbon de terre , fera celui où nos obfervarions feront pré-cieufes : nous fommes affurés de rendre fervice , en ralfemblant tout ce qui a rapport foit à la maniéré de préparer le Charbon de terre , foie à la façon de l’employer dans les opérations métallurgiques ; il ne nous relie plus , quant au premier article , que de l’éclaircir par quelques remarques qui puiffent fixer des vues fur les moyens de perfectionner les méthodes ufitées. Ces ob-fervations feront fuivies d’un précis hiflorique des opérations qui ont été exécutées , même fans fuccès ; nous terminerons par une récapitulation abrégée des différentes opérations 3 des grillages, fonderies 8c autres, qui peuvent s executer ou qui l’ont été avec ces braifes de Charbon de terre.
- Quelques-unes de ces opérations feront décrites en entier d’après Schlutter j
- Y 13
- (1) La tonne pefc environ deux milliers.
- Charbon de Terre. IL Fart.
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- ïi88 DU CHARBON DR TERRE
- cet Ouvrage doit être entre les mains de tout Fondeur & Maître de forges : nous aurions pu nous contenter d’y renvoyer ; mais nous avons cru utile, ainfi que nous l’avons annoncé , de rapprocher de chacune de ces defcriptions les différentes confidérations, relatives , foit aux efpeces de Charbons de bois, appliquées dans l’ufàge ordinaire à telle ou telle autre opération , foit aux efpeces & qualités de mines dont nous ferons connoître le traitement avec le feu de Charbon de terre. Ces efpeces de renfeignements ou d’avertiffe-ments, propres à fixer l’attention fur ces pratiques dans les points ou elles font comparables, avec les mêmes pratiques exécutées au feu de bois, auroient perdu leur mérite fi elles n’étoient point rapprochées de cette maniéré des defcriptions auxquelles elles fe rapportent.
- Recherches fur la réduction des Charbons de terre en Braifes.
- A en juger par les defcriptions que nous venons de rapporter, rien de fi fimple que ces procédés , rien de plus facile à imiter ; le fùccès qu’a eu M. Jars , & depuis lui plufieurs autres perfonnes , donne cette idée ; néanmoins avec quelques réflexions , on reconnoît bientôt rinfuffifànce de ces defcriptions ; elles ne préfèntent point les vues qui conftituent ce qu’on doit appeller une vraie méthode, & elles laiffent par conféquent à délirer l’effentiel: y oyez pag. 3 5* y.
- Il eft à propos de fe rappeller que cette fabrication de braifes s’exécute principalement par deux procédés en apparence les mêmes, Sc néanmoins différents ; dans l’un, l’opération fe fait à feu plus exactement clos, que dans l’autre : le degré de chaleur particulier à chacune de ces combuftions , & même au relïuage dans une cornue, ( quand bien même les Charbons, qui y font fournis, ne feroient pas différents)doit néceflairement influer fur la propriété confervée aux braifes qui en proviennent ; & comme dans la fabrication en meule , l’ignition eft inévitablement inégale , fouvent imparfaite ; tandis que par la cuiflon dans des fours, les braifes doivent approcher très-aifément d’un état de calcination ; toutes les efpeces de Charbon, par l’une ou par l’autre combuftion, ne peuvent manquer de fe trouver altérés diver-fement dans leur volume, dans leur poids, dans leur couleur, dans toute leur forme extérieure , changés enfin en braife d'un genre analogue à leurs parties conftituantes & intégrantes, qui rendent les uns difpofés à fe renfler en maffe fpongieufe, les autres à fe convertir en fcories, les autres à fe réduire en cendres, félon le degré de feu qu’ils effuyent. Voy. pag. 1157.
- De là il fuit clairement, que foit à raifon de la nature du Charbon étouffé dans le feu , ou defféché à la chaleur par un même procédé , foit à raifon de la différence du procédé qui aura été employé pour réduire une même efpece de Charbon . le genre de braife fera différent ; c’eft-à-dire , qu’il doit
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- ET DE SES MINÉS. IL Part. n8p
- y avoir en conféquence une forte de dépendance entre le procédé a employer pour cette opération » & la nature du Charbon qu’on le propofe d y; foumettre. On a dû, par exemple , remarquer que les braifes du Charbon de Carron en Angleterre reffemblent davantage à des cinders très-poreux, ou braifes qui fe font à Newcaftle ; que ces mêmes braifes font différentes de celles du Charbon de Clifton, qui brûle plus difficilement que celui de Carron : dans cet endroit, ainfi qu’à Clifton, la fabrication s’exécute cependant par le même procédé. Quelle efl: la caufe de cette différence ? Elle provient probablement de l’efpece de Charbon que donnent les mines de fun Sc de l'autre endroit. M. Jars trouve dans les braifes que l’on appelle coaks une couleur plus foncée que dans les cinders ; eft-ce l’efpece de Charbon, ou l’efpece de procédé, qui produit cette autre différence (i) ?
- M. Jars > à qui l’on a en France l’obligation d’avoir le premier donné la connoiffance de ces procédés, pratiques Àngloifes, M. de Genfànne qui en a parlé dans fon Ouvrage, ne paroiffent pas s’être occupés de faire remarquer les circonflances qui répandent du jour fur la pratique. On ne voit pas que M. Jars fe foit attaché à la faire fentir. Nous nous propofbns d'y fuppléer , c’eft-à-dire, d’eflàyer de donner une jufte idée de l’effet du cuifage en alu* melles (2), & de celui à feu clos ; de maniéré que le procédé général, pour l’une & l’autre fabrication , puifïè fervir de bafe à une pratique raîfonnée.
- Les mêmes Ecrits dont nous venons de faire ufage, ceux de M. Jars , de M. de Genfànne , feront les fources dans lefquellei nous puiferons les principes & les réflexions que nous établirons : n’ayant fur cet article en particulier aucune notion qui nous foit propre, nous n’avons pu prendre d’autre guide ; mais les connoiflances fuivies que nous avons prifes fur toute cette matière , depuis feize ans, nous ont mis fuffifàmment en état d’analyfer les remarques éparfes dans les Mémoires de M. Jars, de les éclaircir dans quelques points, & d’en déduire des réglés qui afïurent le fuccès de cette pratique dans l’appareil préliminaire , & enfuite dans la maniéré de gouverner le feu.
- Une confidération, tirée de la chofe même, mettra d’abord fur la voie le Leéteur le moins au fait du fujet que nous allons traiter.
- (1) M. Vcnel s’eft, je crois , trop preffé de conclure fur ce point, pag. $32. -Addition. La couleur grife & cendrée des cinders , moins noire que celle des coaks, même dans les coaks préparés en alumelles , n’eft point décidément une preuve que ces braifes font plus pauvres ; le degré de calcination qu’elles auroient éprouvé ne feroit-il pas ici pour quelque chofe ?
- (2) Tas de bois que l’on arrange en pile pour les Charbonnières de bois : nous nous fervirons
- pour la fabrication des braifes de Charbon de terre, à l’air libre, des termes employés pour les Charbonnières , où le tas achevé en pile, habillé & prêt à recevoir le feu, comme il efl re-préfenté Planche XXXV, fe nomme Fourneau ; le tout allumé s’appelle un feu. Le lieu où s’affied la pile , ou le fourneau , fe nomme place à Charbon , fojfe à Charbon , Charbonnière , Faulde ; ÔC a , pour les grands fourneaux, huit enjambées de diamètre j le fol fe nomme Maire du fourneau.
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- DU CHARBON DE TERRE
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- Obfervadons générales fur les Braifes rejlantes d!un feu ordinaire de Charbon de terre 9 & fur les differents états par lefquels le Charbon de terre pajfe fucceffjîvement avant d’ëtre conffumé.
- *
- Il ne faut qu’avoir vu quelques feux de Houille 9 8c en avoir ufé en chauffage, pour avoir remarqué que la plupart du temps la braife de ce Charbon éteint pourroit être prife pour de la braife de Charbon de bois ordinaire. Si l’on examine avec quelque foin de ces Charbons, on reconnoît que les uns fe font éteints plutôt, les autres plus tard 9 avant d’être confirmés , 8c tous font voir clairement à l’œil les différentes modifications que leur ont fait fubir les différents degrés de chaleur qu’ils ont éprouvés. Il eft aifé d’ en conclure , que fi l’on cherchoit à avoir deux ou trois braifes différentes 9 il ne s’agiroit que de rallentir , retarder ou arrêter la combufiion de la Houille ; 8c que félon le point d’ignition 9 plus ou moins avancé, ces différentes braifes feroient propres à donner de nouveau au feu une chaleur différente, & fe trouveroient appliquables en conféquence à différents ufàges.
- Le premier degré, par exemple 9 ne confifteroit qu’à avoir laiffé fécher le Charbon à un feu très-doux, pour lui enlever uniquement l’exhalaifon humide & la partie la plus grofliere de fon bitume* de maniéré qu’il n’auroit proprement éprouvé qu’un rejfuage 9 8c qu’il ne feroit exactement que grefillé.
- Ce que j’appellerois fécond degré , fe rapporteroit à celui où le feu plus continué 8c une chaleur plus foutenue, ménagés cependant avec attention 9 auroient cuit 8c même recuit le bitume du Charbon , qui enfuite pourroit s’allumer de nouveau , plus facilement encore qu’il n’eût fait avant ce cui-fage, donner de la flamme comme le Charbon grefillé par un premier degré de feu, 8c moins de fumée.
- En laiflànt agir le feu fur un autre Charbon aflez complettement pour le priver de toute fà vapeur grafle fans le convertir en mâchefer , ni préjudicier à la cohéfion de fes parties, rapprochées d’un état de calcination, on auroit une troifieme efpece de braife brillante à l’œil, fonore comme un Charbon de bois fec , femblable en tout à une véritable braife éteinte de Charbon végétal , & qui remis au feu rougiroit 8c donneroit encore de la chaleur. Telles font les trois différences que l’on pourroit établir dans les braifes qui réfultent journellement d’un grand feu , éteint de lui-même ou avec de l’eau , ou étouffé à volonté lorfqu’il eft parvenu à différents degrés d’intenfité : ce font ces braifes qu’on appelle vulgairement à Liege Krahays , à Valenciennes Grouejffes , en Auvergne Eficarbilles y en Provence Efcabrilles 9 en Lyonnois Greffilions, Recuits9 dénominations qui caraélérifent aflez bien deux altérations diftinétes : les coaks, les cinders, fubftitués par les Anglois au Charbon de bois, dans plufieurs circonftances , ne font pas autre chofe.
- Il
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- ET DE SES MINES. II. Part. 1x91
- 11 eft certain que par cette combuftion arrêtée de quelque manière que ce foit , le Charbon de terre devenu dans le même état, ou 1 on réduit le bois pour en faire du Charbon, eft converti en une fubftance purement mmhnftible dépouillée plus ou moins des parties qui exhalent cette fumée qu’on reproche à ce foffile ; qu’il eft purgé ou de fon bitume , ou de fon foufre , ou de l’acide quelconque qui lui eft propre, & qui eft contraire i certaines opérations ; qu’il pourrait en un mot être employé avec plus de
- fuccès en cet état à plufieurs ufages.
- Il y aurait un moyen très-facile d’avoir fur cela une obfervation en petit
- alfez complette ; ce ferait d’allumer plufieurs feux , & de ne faire entrer dans chacun de ces feux qu’une feule & même efpece de Houille ou Charbon en morceaux, à peu-près d’un volume égal; comme de Houille grajfe ou Houille chaude , de Houille maigre, de Clutte, de Charbon fon, de Charbon faible, & en particulier de Fouaille : on s’attend fûrement & avec raifon , qu’après avoir étouffé ou éteint ces feux d’une maniéré quelconque l’examen qui feroit fait des braifes de chacun de ces feux préfenteroit des
- différences fenfibles. , , , , „
- Selon les qualités des Charbons fournis a ces differents degres de combuftion , les uns confumés en partie , feraient conféquemment réduits à un moindre volume qu’ils n’avoient avant de paffer au feu ; les autres, au contraire, feroient gonflés, renflés comme une efpece d’éponge , & diminuent de poids, ainfi qu’il arrive à ceux de Montcenis, & à quelques-uns des carrières de la
- Limagne. V?y. pag. 574 & 593*
- Toutes les efpeces ne peuvent donc point etre foumifes a une meme intenfité de feu ; les Houilles maigres , par exemple , & celles que j’appelle Houilles pyriteufes , ne peuvent fubir qu’une forte de redudfion que 1 on pourroit nommer un rejjuage ; les Houilles grafTes , ou qui, comme difent les Anglois, forment croûte ou gâteau, Caking coal, pag. 74, 413, font feules fufceptibles d’être foumifes, félon l’intention, aux trois différents degres, mais bien entendu par trois degrés de feu détermine. Il eft facile de conce-/ voir maintenant que la fabrication exécutée par le procédé en grand , comme " les Alumelles, eft incomplète & fautive pour obtenir à volonté ces différentes fortes de braifes : pour peu que le bauge âge ou 1 habillement (1) du fourneau foit mal fait, l’air s’introduit dans la mafTe du Charbon embrafé ,'tout fe confume & fe réduit en cendres ; fi la communication de 1 air eft interceptee, tout s’éteint, le cuifage eft manqué ; & c’eft probablement l’idée de M. dp Genffane , lorfqu’il avance dans fon Traité de la Fonte des Mines avec le Charbon de terre (2) , quon a vainement tenté de cuire le Charbon de terre en meule, comme celui de bois, en couvrant le tas avec de la terre &
- ( i ) Bauger, couvrir de terre. I (2) Chapitre XII, tome I, page 2dp.
- Charbon de Terre. II. Part, Z 13
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- ïï5* DU CHARBON DE TERRE
- du gazonnage (i). Examinons maintenant en détailla pratique des Anglois* le procédé exécuté par M. Jars, & la conduite quil conviendroit de tenir.
- Analyfe des procédés indiqués pour faire des Braifes de Charbon de terre
- en Alumelles , & dans des Fours.
- Quel que puifle être le procédé auquel on youdroit donner la préférence pour la réduétion des Charbons de terre, il faudra toujours diftinguer deux temps dans cette fabrication, l'appareil préliminaire, & le gouvernement du feu.
- Pour mettre de l'ordre dans l’examen de ces deux principales circonftances 9 nous commencerons par celle qui compofe le préparatif, quant au choix du Charbon , à fà qualité , fa pureté , quant au volume des morceaux qui doivent former la mafîè, quant à la quantité de Charbon qui peut être convertie à la fois en braife , enfin , quant à la maniéré d’arranger , d’habiller la pile ou le fourneau , & à la préférence à donner à la préparation en meule , ou à la fabrication dans des fours, félon la nature des Charbons.
- La marche de l’embrafement, comprendra ce qui tient à la conduite & à la durée du feu , ce qui regarde les lignes auxquels on peut reconnoître que l’opération eft achevée , & qu’il faut étouffer les brailès , le déchet marqué dans une partie de la fubftance du Charbon par l’altération de fon volume > la diminution de fon poids primordial.
- Préparatif & Appareil.
- Comme tous les Charbons de bois ne font pas propres à donner un bon Charbon , les Houilles font dans le même cas. La perfection de la méthode pour faire des grefülons , des recuits , des cinders 9 qui font les trois modifications différentes , indique la néceffité de fpécifier pofitivement les qualités du Charbon les plus favorables à l’opération , foit en Alumelle, foit dans des Fours.
- En Angleterre, l’efpece de Charbon, feule employée à tous les ouvrages métallurgiques , eft celui de Newcaftle, connu plus généralement fous le nom dzPitch coal ; voy* pag. 3 : on doit cependant obforver , & c’eft la même chofe dans tous les quartiers de quelque pays que ce foit d'où l’on tire de ce foffiie, que le Charbon n eft point d’une bonté égale dans toutes les mines de Newcaftle ; il s’y en trouve de plus ou moins bitumineux , pyriteux , & même pierreux ; cette derniere qualité y eft même très-commune.
- ( i ) La différence du cuifage en Alumelles , au défavantage de celui fait dans des Fours, eft fenfible à cet égard , quoique M.
- Venel juge la fécondé moins parfaite , & ne procurant pas le moindre avantage de plus : on ne voit pas pourquoi cet Auteur rejette la
- préparation des Cinders, comme une mauvaife fabrication obtenue avec un appareil inutile 5 il eft vrai que dans ces braifes , le phlogifti-que eft prefque détruit } mais cet état peut être déûrable pour certains ufages.
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- ET DE SES M 1 N E S. II. Part. ttpj
- Le nom de Charbon de poix, par lequel on a rendu en François le mot Anglois , exprime la qualité du Charbon favorable à ces opérations ; il eft gras , fo fond au feu comme la poix, dont il a le brillant; il fe colle en malle ou gâteau , Caking coal ; plus communément il eft diftingué fous les dénominations de Charbon de forge, Charbon de maréchal : pour le défigner plus convenablement, abftraétion faite des dénominations * c’eft celui qui au fortir de la mine, fe trouve dur , compacte, fonnant, foc & d’un beau noir luifant. Les caraéteres extérieurs de ce folïile que nous avons raftemblés fous un même article, fourniront ici des renfoignements fuffifànts pour ne point employer un Charbon terreux, pyriteux, impur , & s’en tenir Amplement à celui qui eft de nature bitumineufe , voyez pag. nyo.
- En s’attachant à ce genre de qualité qui n’eft pas toujours dans des proportions également riches , il pourroit être à propos, pour quelques-uns de ces Charbons, de ne point foumettre à cette fabrication ceux qui auroient été trop expofés à l’air ou à la pluie, te Pour exécuter cette opération par fourneaux, » ainfi que par la diftillation , on préféré le menu Charbon ou celui qui » fo réduit en petits morceaux ; c’eft toujours ce qui foifonne le plus dans les » mines, & qui fo vend quelquefois par cette raifon à meilleur marché, que » le Charbon qui eft en gros morceaux (i) ».
- Dans les Charbons de bois , il n’y a pas julqu’à l’humidité & aux malpropretés dont ils peuvent être mêlés , qui fouvent donnent au fer de mau-vaifos qualités ; les braifos de Houille , à raifon du focond défaut, peuvent de même nuire aux fontes. Le Charbon de terre , tel qu’il fo vend au pied de la mine, ou lorfqu’ii apaffe dans le commerce par plufieurs mains, eft fouvent mêlé de Charbon d’ardoife, pag. 70 & 125, ou de Slip per coal, pag. ioy , de pierrailles fehifteufos, & autres rebuts de mine, ou même de portions du toît ou du plancher ,-réfultantes d’une mauvaifo exploitation qui a entrepris fur ces envelopes : ce font autant de parties étrangères qu’il faut foigneufoment retrancher du Charbon deftiné à être converti en braifo : ces pierres nommées nerfs 9 gorres 9 voyez pag. 70 & 518 , reliées adhérentes dans les cinders , s’y ap* perçoivent aifément , & les rendent d’un mauvais débit. M. Jars exclut aufti de l’opération , le Charbon mêlé de nerfs.
- Il eft effontiel , dit cet Académicien, de bien dépouiller le Charbon, de la roche & des pierres qui peuvent y être mêlés : on a éprouvé que foie par défaut d’expérience des ouvriers , foit par leur négligence , plufieurs Charbonnières n’ont produit que des coaks imparfaits, qui, dans la fonte,’ ont occafionné beaucoup d’embarras. M. Jars en conclut que l’acide du Charbon n’avoit pas été fufEfamment détruit , & que l’on n’en avoit pas féparé les pierres qui ne fondoient pas & s’accumuloient dans l’intérieur du fourneau (2).
- ( 1 ) Sur les Mines de Charbon de Newcaftle, I (2) Quinzième Mémoire, page 333* en Tannée 176J, dixiéme Mémoire, page zoy. |
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- ïi94 DU CHARBON DE TERRE
- L'inconvénient de ces corps étrangers a été reconnu dans l’eflài fait de la Houille de Sainte-Foy - TArgentiere, à trois lieues de Sain Bel, qui a eu les mêmes défauts au bout de quelques heures de fonte , étant unie à une grande quantité d’une efpece de fehifte réfraétaire , & par con-féquent peu propre à cette opération ; tandis que les coaks réfultants de la Houille choijie des Mines de Rive-de-Gier (i), ont procuré dans la fonte des minerais de cuivre , tout le fuccès qu’on pouvoir en attendre (2), comme on pourra en juger par le détail que ion verra bien-tôt.
- La groffeur des morceaux de Charbon qui doivent entrer dans la malle foumife à la combuftion , n’eft pas indifférente, d’après la defeription de M. Jars ; en fe mettant à féparer des Charbons les arrêtes pierreufès, ner-veufes, qui s’y trouvent mêlées, ( ce que l’on ne peut faire qu’en les calfant, ) M, Jars veut qu’on conferve aux morceaux qui en réfultent, la greffeur de trois ou quatre pouces cubes ou de très-gros œufs ; cette attention eft peut-être néceflàire pour que le feu puiffe s’étendre & agir également dans toute la meule : il pourroit fe faire que cela ne fut pas d’une néceffité abfolue, fur-tout lorfque la fabrication s’exécute dans des fourneaux, comme àNewcaftle ; la chaleur du feu communiquée à la cheminée du fourneau , étant capable de pénétrer les Charbons d’un volume plus confidérable que celui indiqué par M. Jars. En jettant les yeux fur la PL XXXV de la fécondé Partie, on prendra une idée générale de l’arrangement & de la forme à donner à l’entaffe-ment (3). ' ,
- La quantité de Charbon qui peut être fournis à une fabrication, fomble auffi, d’après M. Jars, être un point à obferver ; cet Auteur eft d’avis que l’on ne doit pas en cuire à la fois plus de jo à 6ù quintaux ; il penfe que dans une mafle d’un plus grand volume, l’aétion du feu fur chaque morceau de Charbon ne feroit pas convenablement égaie & uniforme , qu’il y en auroit alors d’entièrement calcinés, & d’autres qui n’auroient éprouvé aucune forte d’altération.
- En fuppolant la fabrication exécutée en Alumelle, on ne voit pas trop à quoi tient la difficulté de préparer à la fois une bien plus grande quantité de Charbon, que celle à laquelle l’Hiftorien s’eft borné; il eft certain que fi dans une très-grande meule compofée avec un Charbon très-abondant en bitume , on ne porte d’abord qu’autant de matière enflammée qu’il en faudroit pour embrafer une petite meule, le Charbon éloigné du centre venant à fe gonfler par la chaleur , ne formeroit en fe collant qu’une mafle croûteufe à
- (1) C’eft-à-dire de la bonne efpece , & débarraffée de gorres.
- (2) A cela près, le déchet dans la fonte.
- ( 3 ) M. Veneî avoit été vifiter à la ferme de Gravenant, fur la montagne de Rive-de*Gier , les Alumelles de Charbon de terre : la différence convenable qu’il établit entre elles 6c celles du Charbon de bois , eft que ces dernières au lieu d’être en cônes allongés 6c affez élevés, ne font que des bafes de cônes fur-
- baiffés , peu épaiffes, de iy à 16 pouces tout au plus, ou des cônes furbaiffés 6c tronqués à la hauteur de iy à 16 pouces. Il apprit de l’Ouvrier qui dirige l’opération, que le feu ne prendroit pas jufqu’au fond fi les tas .étoient lus épais ; les bords en font uniformément ra-attus 6c considérablement inclinés; 6c, à cela près , tout le deffus du tas eft à peu-près plat ou applati. Chapitre IV. Efpeces artificielles de Houille, Se&. I. du Cçak ou Charbon de Houille} notepag, 76.
- travers
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- ET DE SES MINES. II. Part. 119; travers laquelle le feu ne pourrait pénétrer , d’où il réfulteroît utl obflacle à un cuifage uniforme ; mais il eft clair qu’on peut facilement obvier à cet inconvénient, en portant dans la meule plus ou moins de bois enflammé , félon le volume de l’entaflement de Charbon : il paraîtrait cependant plus fur en général, de ne point en préparer à la fois plus de 60 quintaux environ;
- L’habillement de la meule confifte, félon M. Jars , « à recouvrir les Char-» bonnieres dans la bafe de la pile, depuis Y aire du fourneau , jufqu’à la hau-» teur d’environ un pied, avec du menu Charbon crud, tel qu’il vient de la » carrière, Sc avec des déblais qui fe font dans le choix du gros Charbon , » Sc d achever le refte de l’habillement fuperficiel avec les menus braifons » reliants des fabrications précédentes ». U obferve en même-temps, » que cette » maniéré difpenfe de pratiquer, comme pour les autres méthodes, des trous » autour de la circonférence , afin de favorifèr l’évaporation de la fumée , » & que les interftices qui fe confervent entre ces même coaks, y fuppléent Sc » font le même effet pour que le feu agifle également par-tout (i) ».
- Cuifage du Charbon ; Gouvernement du Feu•
- \
- Après avoir pourvu à ce que le tout s’allume enfemble Sc uniformément,* le plus difficile eft d’aflurer le feu, c’eft-à-dire, lui donner Sc lui conferver par-tout une force égale, « Lorfque la Charbonnière commence à fumer , » l’Ouvrier recouvre le fommet, & conduit l’opération comme celle du Char-» bon de bois, ayant foin de reboucher les ouvertures par lefquelies le feu » a pafle, pour empêcher que le Charbon ne s’y confume ; il continue cette » manœuvre jufqu’à ce qu’il ne fume plus , ou du moins jufqu’à ce que » la fumée en forte très-claire, ligne certain de la fin de l’opération ».
- A Carron, on reconnoît d’une autre maniéré la deftruélion du bitume du Charbon ; c’eft lorfque la flamme s’étend fur toute la furface de l’alumelle (2),
- Ces deux renfeignements font également bons, celui de la fumée fur-tout. Le volume Sc la couleur de cette exhalaifon , pourraient même dans le courant de l’opération, aider utilement à juger du point où en eft la fabrication.
- Cette fumée qui précédé la flamme dans le Charbon de terre, doit, comme dans le Charbon de bois, varier, à raifon de l’effet qu’y produit la différente progreflîon de la chaleur que lui communique le feu ; dans le feu
- ( 1 ) Selon M. Venel, le feu agit fuccefflve-ment du centre à la circonférence. Des fumées blanches mêlées d'efpace en efpace de quelque flamme légère, partent de ce centre , & paroif-fent? fuccefïivement contenues dans des cercles à peu-près concentriques, qui vont s’aggrandif-
- fant à mefure que le feu s’infinue dans le centre $ 8c gagnent de fuite & affez uniformément la circonférence , Chapitre IV. pag. 7p.
- (2) Voyages Métallurgiques, treizième Mémoire , page 273.
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- Charbon de Terre, II. Pan,
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- np<5 DU CHARBON DE TERRE
- de bois , lorfque le principe humide eft furabondant, cette vapeur, la fumée,
- eft blanche, & n’eft que de l’eau raréfiée*
- Cette première eft fuiyie d’une fumée noire, quand fembrafement s’avance. A cette fécondé fuccede une troifieme fumée d’un rouge obfcur , fignal de la flamme prête à fe développer, laquelle montre elle-même des nuances graduées, félon quelle eft encore plus ou moins embarraflee de la partie humide ; de brune, elle devient d’un blanc pâle, & prend enfuite la couleur d’un blanc vif, dans laquelle on apperçoit, quand elle eft pure , les couleurs qui fe diftinguent dans un verre prifmatique.
- Ces diverfes apparences remarquées par M. Grignon , dans la fumée du feu de bois, ne feroient pas difficiles à étudier dans un fourneau de Charbon du terre en alumelle. Quand fur-tout la flamme vient à fo montrer à la fuperficie , elle s’y promene, s’y interrompt à plufieurs reprifes, en papillotant 8c en badinant , il n’y a point de doute alors qu’elle a achevé fon aétion fur-tout le corps de la meule , & que le Charbon eft dépouillé de la partie la plus grofliere de fon bitume : c’eft ordinairement l’affaire de quarante heures en alumelle, & de trois fois vingt-quatre heures dans des fours , comme à Newcaftle. La durée de ces differentes cuites , par quelque procédé que ce puiffè être, doit toujours être en raifon de la qualité du Charbon que l’on traite; celui, par exemple, qui fera fort gras, demandera plus de temps à cuire, que celui qui l’eft moins. M. de Genflane a fait cette judicieufe remarque pour le cuifage à la maniéré de Sultzbach. Il fe préfente encore fur cela une obfervation à faire ; & fur laquelle il ne fe trouve rien dans les defcriptions de M. Jars ; c’eft la différence du temps auquel la force du feu fera plus ou moins capable de réfifter. Lorfqu’il pleut * la combuftion à l’air libre éprouvera un retard qui peut être confidérable ; il en fera de même à feu clos dans un fourneau, dont la chemife ne pourra point rougir ni s’échauffer comme en temps fec*
- Il doit donc y avoir pour ces préparations une fàifon favorable , comme les mois de Juillet, Août, Septembre 8c Octobre.
- Les changements qui fe font remarquer fur les Charbons de terre convertis en grejlllons, ou en recuits , font de deux efpeces ; dans le poids, il y a un déchet fenfible. M. Jars a obferyé fur la Houille de Rive-de-Gier, que la benne de Charbon nommé Charbon de forge > pefant 270 à 280, doit pefer de 170 à 180 lorfqu’il eft réduit en coaks : l’Auteur ne parle ici que des Charbons qu’il a employés ; mais il doit y avoir à cet égard une différence dans les Charbons fort gras, & dans ceux qui le font moins.
- A Newcaftle, on eftime à un quart le déchet du volume du Charbon (1).
- ( 1 ) Dixième Mémoire, Voyages Métallurgiques , page 211.
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- ET DE SES MINES. II. Part. 1197 Dans une fabrication faite à Alais, dont parle M. Venel, les Charbons de la première qualité ainfi réduits en braifes , avoient fouffert un déchet de moitié ; il foupeonne à cette occafion de la méprife dans les Mémoires qui lui ont été fournis , ou quelque mal-façon dans la préparation (1). Quant au changement de volume qu’éprouve le Charbon après cette fabrication, ce doit être en général ( à moins que ce ne fût un Charbon pyriteux ou très-maigre ) le contraire de ce qui arrive au Charbon de bois (2). La Houille, pour peu quelle abonde en bitume > doit augmenter affez confidérablement de volume, puifqu’elle fe renfle, fe bour foufle en brûlant, & elle ne commence à diminuer qu’en fe confumant. Ainfi le Charbon de Newcaftle dont on eftime à un quart le déchet du volume (3), eft un Charbon ou pierreux ou pyriteux ; ou bien cette altération annonce décidément la différence de l’effet des fourneaux à feu clos, peu propres à dejfecher & cuire Amplement le Charbon , mais bien à le réduire en braifes qui approchent d’un état de calcination marquée par l’extrême porofité, & peut être défignée par le mot cinders, qui in cineres abeunt.
- M. Venel a accompagné de quelques remarques la defcription de M. Jars ; il dit qu’il ne conçoit pas comment les Charbons ainfi préfentés au feu , peuvent acquérir du volume : les tas ou les Charbonnières après la cuite , ne lui ont point paru gonflés : il avance encore qu’il a interrogé fur cela les Ouvriers, & qu’ils font convenus qu’ils n’avoient fur cela rien appert çu de fenfible ; voyez page ^16.
- Ce fçavant Chimifte, en ajoutant qu’il regarde cette circonftance comme peu importante , paroît n’avoir pas aflez réfléchi fur la nature des Charbons qui communément font fournis à cette fabrication ; ce font des Charbons de poix , c’eft-à dire, gras ; tous ceux de cette claffe fe bourfoufflent néceflàire-ment au feu plus ou moins, & de ce que celui du Gravenand a confervé fon même volume , de ce que celui de Newcaftle en perd un quart, celui d’Alais environ la moitié, on ne peut qu’en déduire avec certitude une différence ou dans la qualité de la Houille ou dans le cuifage , c’eft-à-dire, dans le degré de feu que le Charbon a éprouvé. M. Venel a été aufli induit en erreur par la comparaifon qu’il a faite de ces braifes faétices réfiiltantes de la com-buftion , Sc de celles qui font le réfidu d’un Charbon diftillé.
- Dans la fabrication en alumelle, il doit fou vent y avoir des braifes dont la , combuftion eft manquée ; & de même que les Charbons de bois mal cuits exhalent une humidité acide huileufe qui peut nuire aux opérations, ceux-ci ne peuvent non plus fervir aux opérations auxquelles on veut employer les coaks bien faits.
- (1) Chapitre IV, Partie î , Se&. I. page 81.
- (2) Dans les Charbonnières de bois, on remarque en général, que le bois ne devient Charbon
- qu’en perdant à peu-près les trois quarts de fon volume.
- (2) Dixiéme Mémoire, page air,
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- M. Jars eft d’avis de faire repaffer ces braifes une fécondé fois dans les Charbonnières ; mais je ne crois pas ce confeil bon à fuivre : il vaut mieux garder ces coaks pour des feux domeftiques ou de quelques Manufactures, comme Verreries ou autres.
- Par tous ces éclairciflements, il eft facile de voir que la méthode de faire des braifes de Houilles, quoique facile en quelque maniéré, porte fur une eonnoiflânce plus exaéte & plus étendue qu’on ne le croit communément, de la nature des Charbons ; c eft eifentiellement à l’aide de cette eonnoiflânce, que .l’on peut juger les différentes altérations ou modifications dont tel ou tel Charbon eft fùfceptible par un degré d’intenfité de feu déterminé.
- Les coaks & les cinders qui fe fabriquent dans un endroit, ne reflemblent point aux coaks Sc aux cinders qui fe fabriquent dans un autre, parce que ce n’eft pas le même Charbon : voyez page 415.
- Tel Charbon qui eft dur Sc compaéte , ne peut fe réduire en coaks par le même procédé.
- » Les cinders de Newcaftle font une braife d’un gris cendré très-poreux, » mais ayant beaucoup plus de confiftance que ce qu’on appelle coaks, & qui *> ne font auffi qu’un Charbon privé de fon acide fulphureux, mais par un » procédé différent (1) ».
- Au contraire les cinders du Charbon de Kinneil en Ecofîe, ceux des environs d’Edimbourg, ceux employés à Wînlington pour les limes, ne re£ femblent en rien à ceux de Newcaftle ; ces dernieres braifes en particulier font très-poreufes, très-légeres , moins confiftantes & plus noires ; elles ne donnent pas de fumée fenfîble, & donnent moins de flamme que le Charbon de bois (2).
- ' Ce qui fe pratique pour préparer au moment qu’on en a befbin, des coaks ou braifes propres à quelques ouvrages particuliers , dans l’York Shire, achevé de venir à l’appui de ces différentes remarques , & notamment de celles que fournit l’examen attentif d’un feu de Charbon de terre conduit & entretenu dans une cheminée ; on regarde comme certain que le bitume du Charbon de terre augmente le déchet de l’acier , Sc même qu’il en gâte la qualité ; la Ville de Sheffield eft renommée pour fes fabriques de limes, « auxquelles on emploie y> communément l’acier cementé ; mais avant de les forger , ainfi que tous ouvra-» ges quelconques en acier, on prive le Charbon de fon bitume ; à cet effet, on » met une très-grande quantitéde Charbon (3) fur le foyer; on fouffle jufqu’àce
- (1) Dixiéme Mémoire , page 212.
- (2) Dans la Ville de Newcaftle, les cinders fe vendent communément un tiers de plus que le pareil volume de Charbon de terre qui les a produit ; la mefure en eft différente de celle pour le Charbon : le chaîdron des cinders n’eft <|ue de la moitié du chaîdron des Charbons, Sc contient feulement douze brouettes.
- Vingt-quatre brouettes de Charbon coûtent communément dix à douze fehelings, & produisent dix-huit brouettes de cinders, dont les
- douze brouettes fe vendent neuf à dix fehelings : ils ne font pas d’un fi bon débit lorfqu’ils font mêlés de nerfs pierreux. Les petits morceaux de cinders qu’on retire des cendres des fourneaux de Newcaftle , fe vendent trois fehelings les douze brouettes, pour être mêlés avec le Charbon employé à cuire la chaux. Voyages Métallurgiques , dixième Mémoire , page 211.
- ($) Ce Charbon eft à peu-près de même nature que celui de Newcaftle, cependant moins bitumineux,
- que
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- ET DE SES MINES. IL Part; irpp » que le tout foit allumé , & que la flamme & la fumée du bitume foit détruite ; » alors on retire le Charbon & on l’éteint avec un peu d’eau. C’eftavec cette » efpece de coaks ou cinders qu’on forge les ouvrages en acier (i) ».
- Le Charbon de terre avec lequel on chauffe l’acier dans la même Ville & aux environs , où il fo convertit une grande quantité de fer en acier, eftaufïî réduit en coaks pendant l’opération même , & la façon en eft bien Ample. €
- » Comme il y a prefque toujours dans le foyer un très-gros feu , on a » foin de mettre le nouveau Charbon par-deffus le tas, de forte que quand » ce Charbon arrive à l’endroit où eft l’acier, il eft privé de fon bitume (2) ».
- Réflexions fur le culfage du Charbon de terre dans les Fourneaux dljlillatolres, a la maniéré ufetée aux Forges de Sult^bach.
- La combuftion du Charbon en alumelle ou dans des fours, la première fur-tout qui fe fait à l’air libre, chaffe de ce foffile & y détruit beaucoup plus de principes, que le cuifage dans une efpece de cornue, comme à Sultz-bach ; cette derniere maniéré y accumule au contraire , foivant le fondaient de M. Venel (3) , une grande quantité de matière inflammable, dans l’état que les Chimiftes appellent fixe , ce qui rend alors la braife fufceptible d’un embrafement vif & de durée. Cette fabrication pourroit bien à cet égard avoir quelque avantage fur la combuftion en meule & celle dans des fours.
- ' M. Venel a cherché à s’aflurer en petit, des différences par la voie de comparaifon. Ce Savant avoit diftillé (4) au fourneau de reverbere dans une cornue de verre lutée, quatre livres de bonne Houille concaffée de mine f appeUée mine de la foret, près Alais (5). Le réfidu de cette diftillation à un feu pouffé graduellement, pefoit trois livres & demie, & avoit par conféquent perdu demi - livre (6), & il s’eft confumé au feu en s’embrafant & rougiflant médiocrement, fans répandre ni odeur ni fumée. Dans deux femblables dif dilations, 1 z caput mortuum repréfontant les coaks préparés à Sultzbach par la diftillation en grand, a été, félon M. Venel, à peu-près les fopt huitièmes de la Houille qui avoit été foumife à l’opération, ou, ( pour s’exprimer autrement ), la Houille avoit perdu, comme dans la diftillation en grand , un huitième de fa pefanteur feulement, c’eft-à-dire, douze 8c demi pour cent; tandis que félon les obfervations de M. Jars, les Charbons brûlés en meule , perdent trente-cinq pour cent ; M. Venel en inféré que les coaks préparés par la diftillation en grand, & qui ne perdent qu’un huitième de leur pefanteur dans cette opération, font plus riches , c’eft-à-dire, moins
- (1) Onzième Mémoire, pag. 229 , 233.
- (2) Voyages Métallurgiques, douzième Mémoire , page 2j$.
- (3) Chapitre IV. Se&. I. page 87. Part. 1.
- (4) Chapitre II. Se&ion V. Analyfe de la Houille, Part, 1,
- Charbon de Terre. Il, Part,
- (y) Ce Charbon fort terreux, comme il et* juge très-bien par la quantité de produits de fa diftillation, eft vraifemblablement celui employé pour la cuiffon de la chaux ; voyez ce que j’en ai dit, page 15*3 & 530.
- (6) Chapitre I, Scâion V, page 48, Part, î%
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- 1200 DU CHARBON DE TERRE
- épuifés de matière combuftible que les braifes fabriquées en alumelle ; & que cette braife, la plus riche auffi bien que la braife la plus pauvre, poffede la propriété defirée , lavoir , celle de brûler d’une part fans flamme, de lautrê fans fe ramollir Sc s’empâter au feu.
- Ces réfidus contenus dans le fond de la cornue, n’ont point paru s’y être •beaucoup gonflés ; dans la diftillation , la quantité confidérable des parties ter-reufes unies au bitume de cette Houille, s’oppofé à ce bourfouflement, & a certainement influé auffi, comme dans toute efpece de combuftion, fur la pefan-teur qu’il s’eft trouvé avoir : M. Venel, en eftimant cette qualité par la quantité de bitume , ne paroît point faire affez attention aux parties terreufes.
- De la chahut propre aux braifes de Charbon de terre
- préparées convenablementm
- Nous avons expofé en général les qualités du feu de Charbon de terre pour les opérations métallurgiques ; il refte à confîdérer en particulier ce même foffile cuit ou réduit en braife, quant à ce qu’il conferve de propriété inflammable , néceffiüre pour les travaux de Métallurgie auxquels on voudroic lappliquer dans cet état.
- D’après les principes que nous croyons avoir fuffifàmment établis fur la différence des Charbons, & fur l’aétion graduée ou modifiée du feu pour les fécher ou refluer, & pour leur faire efluyer une forte de cuifage , on recon-noît qu’il eft dans ce cuifage ménagé convenablement, un point que l’on pour-; roit appeller point moyen , par rapport à l’état des braifes qui réfultent de cette fabrication ; c’eft ce que j’entends par braifes préparées convenable-ment. Des Charbons choifis d’abord avec connoiflànce, & fournis au cuifage par un feu gouverné avec attention , arrêté à point , ne font pas épuifés de leur partie inflammable ; ils relient tout à fait fufceptibles de recouvrer dans le feu , non pas uniquement l’éclat d’une fimple incandefcence, mais de prendre flamme, & de produire tous les effets propres à un combuftible doué de la plus grande aélivité.
- M. Jars (i) , & M. de Genfanne (2) , fondés fur leurs obférvations* fbW d’accord pour attribuer à ces braifes de Charbon de terre, une chaleur encore bien plus vive & plus durable que celle du Charbon végétal ; & félon M. de Genfanne, les coaks de Sultzbach durent au feu au moins le double du temps du Charbon de bois.
- M. Jars, en parlant de cette circopftance, remarque que ces braifes s’allument plus difficilement que le Charbon crud : c’eft encore un point qui peut
- ( 2 ) Préface, tome I. pags ; & Chapitre XII* page 180.
- ( 1 ) Maniéré de préparer îe Charbon de terre pour le fubftituer au bois dans les travaux métallurgiques, Addition au Charbonnier de bois, p. 7.
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- ET DE SES MINES. IL Par*; ilôt
- dépendre ou de la qualité du Charbon , ou du degré de cuifàge ; il pour-roît par conféquent n’être pas regardé comme général pour toute efpece de braife de Houille.
- -Opérations Métallurgiques exécutées & tentées avec le feu de Charbon de terri
- brute , ou de fes braifesfc
- Les travaux qui vont être paffés en revue, font une dépendance direéte dê la préparation des braifes de Charbon de terre que nous avons eflàyé de faire connoître à fond : de toutes les opérations qu’embrafïè ce que Ton doit appelles proprement la Métallurgie, nous nous bornerons, comme de raifon, à celles pour lefquelles* on peut fubftituer au feu de bois, celui ou du Charbon de terre brut, ou du Charbon de terre converti en braifes, & à en décrire uniquement les procédés ; c’eft tout ce qui convient aux Maîtres Fondeurs, tels qu’ils font le plus ordinairement gens de routine rarement habiles (i), & qui ne doivent plus être réputés que des Ouvriers. Il faut à ces Ouvriers , dit M. Hellot (2)^ non des inftruéiions qui demandent de la réflexion, mais des exemples dans lefquels ils puiflènt appercevoir alternent ce qui fè rapproche de leur routine , & ce qui en différé. Ce ne fera point s’écarter du fentiment de ce célébré Chimifte , que d’indiquer fommairement à chaque opération la nature du minerai qu’on y traite, ou de rappeller en même temps d’une maniéré générale les qualités de Charbons de bois, ou degrés de feu déterminés par l’expé-tience. Le Leéteur a été prévenu de l’utilité que nous attachons à ces additions,]
- La première forme fous laquelle un métal quelconque pafle dans le Commerce & dans les Arts, eft le minerai qu’on jette dans le fourneau de fonderie ; la fécondé eft lorfqu’il fort du fourneau fous différents degrés de pureté, de confiftance, de couleur & de propriété ; c’eft ce qu’on appelle première fonte ou fonte h dégrojfr y en Allemand Roh-fmal^em, & dont les réfultats fubfoquents font encore diftingués par différents noms ; les Allemands défignent par le nom de Rohjlein, la matière impure & mélangée qui s’obtient après cette première fonte ; & par celui de fpurfiein, la première matte ou matte crue, matière .moyenne entre le minéral & le métal ; mais on prépare le minerai à cette fonte par une opération nommée grillage.
- Grillage ou Rôtijfage des Mines. (Uftulatio). G, Roftung.
- Ci feu préliminaire que l’on fait efïùyer aux mines, ouvre & difllpe, dans Celles qui font foufreufes, les foufres qui ont minéralifé le métal, & qui ne lui font pas liés dans la mine : il eft très-avantageux pour toutes efpeces de
- (1) Préface , page xîvij*.
- (2) Préface de la Traduélion de Schluter, tome 11. page x«
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- iioa DU CHARBON DE TERRE
- mines de fer, même aigres Sc réfraélaires, pour en obtenir un fer de bonne 'qualité Sc en grande quantité, fur-tout des mines pyriteufès & quartzeufes ; ce grillage y influe beaucoup, ainfi que la qualité douce du Charbon»
- Ce grillage, pour les mines auxquelles cette préparation efl nécefîàire ï fe pratique ou au feu de bois, ou au feu de Charbon : la plupart des Métallur-giftes préfèrent le feu de bois à celui du Charbon, foit par économie, foit parce qu’il ne chauffe pas fi vivement, Sc qu’il remplit les mêmes vues ; le meilleur bois efl: fans contredit le bois de pin & de fàpin ; à leur défaut , le bois dur, comme celui de chêne ou de hêtre ; on peut auffi fe fervir de fagots : il y a des endroits où on emploie du bois vert & mouillé ; mais l'expérience ne laiffe point de doute fur l’avantage du bois fec. Au furplus le grillage fo pratique, ou avant de donner aux mines la première fonte au fourneau de fufion , ou bien il fe pratique fur la matte , ce qui fait qu’on diftingue deux efpeces de grillage, celui de la mine , & celui de la matte.
- La grande diverfité qui fo trouve dans la combinaifon des différentes mines , efl: caufe que les méthodes qu’on emploie pour l’un Sc pour l’autre grillage , ainfi que pour les autres opérations , font très-variées , & different autant que les mines elles-mêmes : de là vient auffi qu’on eft obligé d’en griller quelques-unes un très-grand nombre de fois, & que d’autres n’exîgent qu’un très-petit nombre de grillages : nos mines de fer de France n’ont pas même befoin pour la plupart d’être grillées ni traitées de la même maniéré que les mines en roche , & ne demandent pas à beaucoup près autant de travaux ; il fuffit de les laver : il ne fera ici queftion que de la maniera ufitée dans les forges d’Angle* .terre, pour griller la mine de fer au feu de Charbon de terre.
- Des Minerais de fer, qui fe traitent dans quelques Forges en Angleterre %
- & de leur grillage,
- L’Iron Stone , minera ferri faxea , page loy, note y , fo trouve par couches nombreufes & très-variées dans beaucoup de mines de Charbon, tantôt au-defo fus , tantôt au-defîbus du Charbon , comme près de Litchefieid & de Dudley*' L’Auteur du petit Traité Anglois fur les mines de Charbon , penfe que la pierre métallique dont j’ai parlé, page 108, qui fe trouve près de Vigan en Angleterre , efl: de cette nature. Dans les mines de Lancashire, cette efpece de pierre fe trouve auffi non-feulement dans les pays à Charbon, mais encore dans beaucoup d’autres ou on ne connoît point de Charbon; quelquefois elle forme une couche enfoncée à une très-grande profondeur: l’Auteur de cette Brochure en a rencontré quelques-unes à la profondeur de quarante aunes avec des feuillets minces de Charbon qui y tenoient, & de répàiifeur d’un écu environ. Cette efpece reffemble à quelques autres Iran Stone qu’on rire des mines près de Dudley. ( Voye\page 104
- Selon
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- ET DE SES MINES. II. Part. 1203 Selon M. de Bufïbn , le nom de pierre de fer pourroit être donné en général à la mine en roche, c’eft-à-dire, en maffes dures, fblides & compares , qu’on ne peut tirer 8c féparer qu a force de coins, de marteaux 8c de malles,
- M. Jars a obfervé (1) que Hron Stone fe tire d'une terre molle & argil-leufe , 8c fe trouve en morceaux près la fuperficie de la terre ; elle eft très-leche 8c tres-pauvre,
- » La mine de fer proche Carron, en Ecofle, eft en rognons dans une e/pece » de couche d’argille approchant de la ligne horifontale ; fon inclinaifon eft » au Sud-Eft • la plus commune eft plate & arrondie à fes extrémités ; au-» delTous de la couche d’argille, il y en a une de plufieurs pouces d’épaiffeur » d’un fchifte bleu noirâtre, femblable à celui qui fe trouve au - deffus de » chaque couche de Charbon ; & en effet il fert auffi de toît à un lit de cinq » à fix pouces d’épaiffeur d’affez bon Charbon.
- » Quelquefois le Charbon touche immédiatement le minerai de fer. Au-y> deffus de la couche d’argille qui renferme le minerai de fer , font plu-» fleurs couches irrégulières d’un fcfiifte un peu blanchâtre , 8c par deffus » un rocher de fable qui fert de foutien aux ouvrages pratiqués pour extraire » le minerai, à laide de quelques petits piliers de bois droit.
- » La nature du minerai eft d’un gris noir , & d’un grain ferré. Le même » Sçavant dit qu’il ne reffemble à aucun des minerais de fer qu’il connoiffe. » Il y a des morceaux qui, en les caffant, ont différentes cavités dans l’inté-» rieur, fans aucune forme régulière ; les cavités font enduites d’une matière » blanchâtre, fort tendre : on prétend que ce minerai eft le meilleur (2) », VIron oar ou mine de fer , eft à peu-près ce que les Allemands nomment Glass-Kopft,regardé par quelques Maturaliftes comme une efpeced'hématite* les Anglois l’appellent Kidney oar, mine en roignons> tête vitrée ; elle n’a, comme l’hématite, pas befoin d’être grillée; on la fond crud avec les autres minerais; elle eft plus riche que 1 ’lron Stone : deux parties en donnent une de fer ; elle fe fubdivife en deux autres efpeces ; l’une eft chargée de foufre, l’autre n’en a point (3).
- Grillage de la Mine de fer aux Forges de Carron , & à Clifton
- en Angleterre (4).
- » O n étend fur le terrein de gros Charbon de terre, dont on fait une » couche de dix-huit à vingt pieds de long, de fix à fept pieds de large, 8ç
- (1) Voyages Métallurgiques, troifieme Mémoire , page 270.
- (2) Voyez fes différences dans l’état des Mines d’Angleterre, & à la Table des Matières, première Partie.
- (3) La mine de fer qui fe trouve auffi dans les couches de Charbon de terre de Littry , en baffe Normandie, eft, félon toute apparence, de la même efpece que celles dont il eft parlé
- Charbon de Terre. II. Part.
- ici ; elle a fait le fujet des recherches d’un Membre de l’Académie de Caen : fi fon travail peut me parvenir avant que rimpreflîon de mon Ouvrage foit achevée, je Je placerai à la fin. Il eft dit dans l’Etat des Mines de France, placé à la tête de la Tradu&ion deSchlutter, qu’elle eft très-aigre, au rapport des Maréchaux de Caen.
- (4) Voyages Métallurgiques, treizième moire, page 27 2,
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- » de fix pouces d’épaiffeur, fur laquelle on met le minerai de fer en morceaux » de fept, huit, neuf, dix livres ; on le forme en dos-d âne, dont la perpen-» diculaire abailfée du fommet a environ trois pieds.
- » Cela fait, on met le feu à une des extrémités en y portant quelques » charbons allumés ; à mefure que le feu gagne en avant, on recouvre le tout » avec du pouffer de charbon & la cendre qui fe trouve autour , afin de corn » centrer la chaleur. Il faut plufieurs jours avant que le feu ait pénétré toute » cette maffe , laquelle efl rôtie fuffifamment après cette opération ; elle » prend alors une couleur rougeâtre, & reffemble à un minerai de fer ordinaire.
- » A Clifton , comme le charbon ne brûle pas fi aifément que celui de » Carron , on y rôtit le minerai par un autre procédé qui efl à peu-près le » même. On a des fourneaux à peu-près femblables à ceux dont on fait ufàge » en Angleterre & en France pour brûler la chaux ou le Charbon de terre : » on met le charbon 6c le minerai fucceffivement, Sc Ton en grille de cette y> maniéré auffi longtemps qu’on veut ».
- M. Jars ne fait pas mention du déchet qui fe trouve dans le minerai qui a 'été fournis à cette opération.
- Il paroît d’après l’obfervation de M. de Buffon , que la quantité de matière humide ou volatile que la chaleur enleve à la mine de fer, efl en général à peu-près d’un fixieme de fon poids total ; & il efl perfuadé que fi on la grilloit à un feu plus violent, elle perdroit encore plus.
- De la fonte des Minerais en général.
- Certains métaux fe fondent très-aifément, & ne doivent, pour ainfi dire, que pafïer au travers du fourneau de fufion ; d’autres ne fe fondent qu’avec peine , & doivent y féjourner très-longtemps ; il en efl, tels que l’étain & le plomb, que le feu diffipe ou calcine & change promptement en chaux , tandis que d’autres réfiftent plus fortement à fon aélion. Les fourneaux de fufion doivent en conféquence être analogues à la nature des mines ou des métaux que l’on a à traiter, Sc proportionnés pour la hauteur 8c la capacité à la durée & àTintenfité de la chaleur qu’on veut leur faire éprouver : ces différences de fourneaux à employer à raifon de ces circonftances, n’entrent pour rien dans mon objet.
- Il nous fuffira de remarquer que ceux dont on fe fert, font de l’efpece appellée fourneaux de reverbere (i) ; ceux employés pour les mines de plomb & de cuivre dans toute l’Angleterre, ou on les nomme cupols, vraifemblabié-
- (0 Ainfi nommés , de la maniéré dont le feu s’y conduit, 6c dans lefquels la flamme réfléchie par les parois du fourneau ou par d’autres obf-tacles , ne peut s’échapper librement, Sc eft déterminée à retomber fur elle-même ou à fe frapper continuellement. Cette aéfion reverbératrice de la flamme, a donné lieu de difïinguer quelques
- fourneaux fous le titre de fourneaux de reverbere 9 comme ceux où le feu excité par l’air qui entre par le cendrier dans le foyer qu’on nomme la chauffe, porte 6c réfléchit fa flamme fur le corps qui lui efl: fournis , fans circuler autour; tel efl le grand fourneau Anglois, tels font encore ceux employés à l’affinage.
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- ET DE SES MINES. IL Part. isoy
- ment à caufe de leur conftruétion voûtée en coupole, font aujourd’hui généralement adoptés dans les travaux métallurgiques, parce qu’on y exécute avec avantage, prefque fans diftinélion, le grillage & la fonte des métaux les plus réfraéfoires , les affinages de cuivre, la liquation, l’opération des coupelles, &c.
- L’avantage particulier qu’on retire de ces fourneaux, c’eft que comme ils n’ont pas de foufflets, on n’a pas befoin d’un courant d’eau pour les faire agir , ainfi on peut les conftruire près de l’endroit d’où fe tire le minerai. En France, ils font connus fous le nom de fourneaux Anglois ; ce font les mêmes que ceux appelles en Allemagne fourneaux à vent ; & on comprend fous cette dénomination tous ceux dont le feu n’eft point animé par les foufflets, mais feulement par le jeu de l’air ; en forte que le nom de fourneaux a air leur con-viendroit mieux. Les fourneaux fervant à fondre les métaux , & qu’on appelle fourneaux defufion , font plus fouvent de cette forte ; quelquefois ils vont par le moyen du foufflet.
- La durée d’une fonte, bien conduite d’ailleurs , dépend aufll de la qualité du Charbon. Comme à la forge Sç dans l’affinage des fontes, on obferve que fi au lieu de fe fèrvir de Charbons de bois doux, on emploie des Charbons violents, foit pour l’elfence du bois, comme du chêne ou autre bois gommeux crûs dans des terreins arides , fbit par la cuite qu’ils ont effuyée, le fer devient fragile, & brûle plutôt que de fe chauffer : on doit pour les grands fourneaux à fondre les mines de fer, préférer le Charbon de bois de chêne. Le meilleur eft cependant le Charbon mêlé ; l’opération eft fort lente quand on emploie du Charbon fans mélange , fur-tout de celui fait avec de vieux hêtres.
- Fonte des Minerais de fer dans des hauts Fourneaux, aux Forges *
- de Carroti, en Ecojfe.
- M. Jars n a point vu ces fourneaux ; fur le rapport qui lui en a été fait (i) , ils font femblables à ceux ufités en Allemagne & dans plufieurs Provinces de France ; leur hauteur eft de trente pieds ; l’intérieur forme un ovale dont le grand diamètre a huit pieds. Chaque fourneau a deux très-grands foufflets de cuir Amples (2) , mus.par une très-grande roue, à l’arbre de laquelle il y a quatre mentonnets pour chaque foufflet.
- La flamme qui fort de ce fourneau , eft tellement femblable à celle que donne la fonte au Charbon de bois, qu il eft impoflible d’en faire la différence : l’opération s’y fait auffi abfolument de la même maniéré ; chacune eft d’environ quarante quintaux.
- Les minerais qui fe fondent dans ces fourneaux, font, au rapport de M. Jars, de fix différentes elpeces ; favoir, cinq de celui nommé Iron Stone, & qu’on
- (1) Voyages Métallurgiques, treizième Me- I (2) Comme le fourneau appelle en Anger-moire, page 27^. j manie ? Tve&U-Ijng , fourneau à deux vms%
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- grille auparavant ; Sc la fixieme efpece eft ce qu’on nomme tête vitrée ; oh eh ajoute très-peu à chaque charge, & on la fond crue ; on y mêle un peu de pierre à chaux pour fervir d abfcrbant ; on recouvre le tout avec les coaks : on y affine cette gueufe en la mêlant avec d’autres ; on prétend même qu’on l’affine toute feule au feu de Charbon de terre. Après que le fer eft forti de l’affinerie & a été battu une fois., on le chauffe une fécondé fois dans un foyer dont le feu eft tout en Charbon de terre.
- La gueufe provenant de cette fonte au Charbon de terre , qui ne peut jamais produire un bon fer battu, eft très-douce ; on la lime, on la coupe pref-que auffi aifement que le fer forgé , avantage très-confidérable pour mouler toutes fortes d’ouvrages en fer coulé : c’eft auffi le principal objet de cet éta-bliffement ; on y coule fur-tout les plus gros cylindres pour les machines à feu d’Ecoflè Sc d’Angleterre, à l’inftar d’une forge très-confidérable dans la Principauté de Galles. M. Jars a vu jetter un cylindre de cinquante pouces de diamètre.
- Tourneau h Vent , ou Fourneau Anglois , en ufage à Newcaflle & a Swal-weel, pour fondre la gueufe de fer , avec le Clod coal , réduit en une efpece de Cinders appelle Coak, fans aucune addition de Charbon.
- $> C’est celui décrit par Schlutter , à l’article de la fonte des mines de » plomb Sc de cuivre en Angleterre : il eft à peu-prés femblable à celui exécuté » dans les mines de Pompean * en baffe Bretagne ; il en différé néanmoins , » félon M. Jars (i), en ce que devant le milieu, il n’a qu’une ouverture qui » eft bouchée pendant l’opération : elle fert pour refaire le fol du fourneau, & » pour y introduire la matière; après quoi on rebouche entièrement cette ouvert » ture : à l’extrémité du fourneau , du côté oppofé à la chauffe, c’eft-à-dire , » du côté de la cheminée, il y a une ouverture d’un pied en quarré, elle fert » à retirer les craffes dans le fourneau pour la fonte du minerai de plomb. » Cette porte eft fermée pendant l’opération avec une brique de la grandeur » de l’ouverture, au milieu de cette brique, il y a un trou d’environ un pouce » & demi de diamètre que l’on bouche avec un petit cylindre de terre, Sc » que l’on ôte chaque fois qu on veut voir fi la matière eft fondue Sc quel » eft fen degré de chaleur, ce que l’expérience apprend au Fondeur : au-» deffous de la porte eft pratiqué le trou pour la percée.
- » Le fol du fourneau fe prépare avec du fable de mer battu tout uni-» ment dans le fourneau , Sc l’on ménage une pente affez forte du côté » où doit fe faire la percée ; on y forme même un très-grand baffin.
- » Le fourneau étant ainfi préparé, ( ce qui fe fait tous les matins de la » même maniéré) , on ferme avec une porte faite en brique la grande ouverture
- (i)Voyages Métallurgiques', onzième Mémoire, ^^213»
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- fi qui eft devant le fourneau ; les briques font affemblées par un grand
- s) lien de fer qui en fait toute la circonférence ; on met du Charbon de terre
- » dans la chauffe par une ouverture qui n’a pas plus de fix pouces en quarré ,
- » & qui fe bouche avec du Charbon. Lorfqu on en a mis fuffifamment ,
- » on continue de la même maniéré chaque fois qu’on remue le Charbon » pour faire tomber les cendres qui font fur la grille, & ajouter de nouveaux » Charbons. On chauffe ainfî le fourneau pendant trois ou quatre heures, au » bout defquelles on ouvre la grande porte de brique qui eft fufpendue à une » chaîne de fer paffée fur une poulie, & Ton met dans le fourneau tout le fer de » gueufe qu’on a deflein de fondre (1) ; il pefe communément quarante à qua-» rante-cinq quintaux pour chaque fonte ; on ferme enfuite exactement toutes » les ouvertures, & l’on donne un feu violent pendant quatre, cinq & fix » heures , temps néceflaire pour mettre toute la matière en fufion.
- » La confommation du Charbon pour fondre la quantité de matière qui » vient d’être dite, eft eftimée de vingt-deux ou vingt-trois quintaux, & quel-» quefois plus.
- » Pendant que l’on chauffe le fourneau Sc qu’on fond la gueufe , on prépare v les moules pour tous les ouvrages qu’on veut couler, de la même maniéré » qui fe pratique par-tout. A l’extrémité du fourneau, il y a une foffe très-» profonde, on y range les moules pour les groffes pièces (2). Les moules y> des groffes fe placent dans la foffe verticalement ; on bat bien du*fable tout » autour jufqu’à ce que la foffe foit pleine ; enfuite on charge le tout avec » des poids de fer, afin que le feu ne faffe faire aucun effort ; on forme enfuite » un canal qui va répondre au trou de la percée , Sc on le divife en deux » branches proche de la piece. Quand la matière eft dans une parfaite fufion ,
- » on perce avec une forte baguette de fer fur laquelle on frappe à coups de » mafle ; la fonte fe rend alors dans les moules. Deux Ouvriers avec des ' » morceaux de bois arrêtent dans le canal la craffe qui vient avec la matière ,
- » afin de l’empêcher d’entrer dans les moules : auffi-tôt qu’il eft plein, ainfi que » les canaux, on bouche le trou de la percée avec un gros morceau d’argille ï> mis au bout d’un bâton ; on couvre enfuite avec du petit Charbon de bois » le fur plu s de la matière qui eft dans les canaux, afin qu’elle ne fe refroi-» difle pas trop promptement 5 & que la piece qui eft dans le moule ne » coure aucun rifque de cafler.
- » On ouvre enfuite la porte qui eft au-deflus de la percée, & avec de » grandes cuillères de fer enduites auparavant d’argille & bien chauffées ,
- ( 1 ) L’Auteur obferve que la gueufe de fer que l’on fond de cette maniéré, fe tire d’Ecofle & d’Amérique ; elle vient en morceaux de deux ou trois quintaux pefant ; mais on fond fur-tout des débris de fer coulécomme marmites caf-fées, petits canons de fer, &c.
- Charbon de Terre. II. Part,
- (2) M. Jars y a vu couler un tuyau de pompe de quinze pieds de longueur ; on n’y peut pas fondre des cylindres qui ayent plus de vingt-deux pouces de diamètre, le fourneau n’étant pas alfez grand pour contenir la matière d’une plus grande piece.
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- » on puîfe par l'ouverture la matière fondue, & on va la verfer dans » differens moules préparés à cet effet ; ce qui ne fert que pour former de ÿ) petites pièces , comme marmites , pots ou autres dont les modèles ont été » fournis en bois. On les moule dans du fable mis dans des cadres ou chaflis » de bois, comme font ordinairement tous les Fondeurs.
- » Comme il arrive prefque toujours qu’il refte de la matière qui n’eft pas » fondue dans les extrémités intérieures du fourneau , & qu’elle en retient » d’autre qui eft en fufion , on a un grand ringard de fer que l’on paiïe par la î> porte > & avec lequel on forme un levier afin de détacher du folles morceaux, *> & que le fer fondu (i) puiffe fe rendre dans le baffin. Si l’on voit que ce qui » refie ne foit pas bien fondu ou ne foit plus affez chaud , on referme la porte, » 6c l’on donne de nouveau une chaleur violente au fourneau, pour pouvoir » jetter en moule ce qui refte de matière, à l’aide des mêmes cuillères ou » d’autres femblables, préparées & chauffées de la même maniéré.
- » C’eft ordinairement le foir qu’on coule la matière qui a été fondue pen-» dant la journée ; on nétoye bien le fourneau pendant qu’il eft chaud, & on » ouvre toutes les ouvertures afin qu’il refroidifle pendant la nuit, & qu’on » puiffe le lendemain matin y former un nouveau fol pour la fonte du jour. » Pendant que l’on prépare & que l’on commence à chauffer le fourneau f » on ôte de la foffe la piece qui a été fondue la veille, afin d*y fubftituer lin » autre moule pour la fonte fuivante. Le fer coulé provenant de cette fonte » paroît de la meilleure qualité ; la lime y fait prefque le même effet que fur » le fer forgé ».
- Des Fenderies.
- L e but qu’on fe propofe dans le travail des fenderies (2), eft de difpofer le fer à être employé à différents ufàges, en épargnant le temps, les charbons & le travail : l’opération confifte à divifer une lame en plusieurs baguettes fuivant l’échantillon que l’on juge à propos. Pour faire cette divifion avec méthode, il faut que les barres de fer fbient de la même épaiffeur, ce qui fe fait par des cylindres.
- Il ne feroit pas poffible d’applatir & de fendre une barre de fer fi elle n’étoit adoucie au feu , ce qui donne lieu à une efpece de conftruétion de four, pour les chauffer en grand nombre & à peu de frais.
- Le fer dans les fenderies où on fe fert de Charbon de terre, comme celles qui font dans le Forez fur la rivière de Gier ôc ailleurs, qui refendent fix à
- (1) Des Auteurs donnent à la fonte de fer le nom de Fer fondu. M. Grignon trouve cette expreffion d’autant plus impropre , que le fer proprement dit , ne fond point ; que lorfqu’il a été fondu, il n’eft ni fer, ni fonte, & que la
- fonte n’a pas encore acquis l’état de fer & fes propriétés , Mémoire de Sidérotechnie, pag. 62.
- (2) On ne fait guere ufage de fenderies, que dans les forges où le fer eft aigre.
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- ET DE SES MINES. IL Part; rao$ {ept millions de fer , fe chauffe dans des cheminées bâties comme une chaufferie ave^ fouffets (i) ; le fer s’y place par barres de deux pieds & demi à trois pieds de longueur dans la quantité de trois à quatre cents pelant à la fois , qu’il faut environ une heure pour chauffer : on emploie environ pour fix francs de Charbon pour fendre un mille de fer 5 une fournée de mille peut être fondue en une heure.
- De la maniéré de fendre & couper le Fer en baguettes, ainfi que de l'étendre & de l'applatir fous les cylindres, félon la méthode ufitée dans le pays de Liege, en Angleterre & en Suede*
- Sans s’arrêter ici au détail de la machine & des fours, pour l’intelligence delquels il faudroit des figures, il fuffit de dire (2) que dans quelques Penderies le four eft fimple, dans d’autres il eft double. On y place les bandes de fer ; ces bandes font quelquefois épaifles de deux doigts, Sc larges de quatre ; on les cafte de la longueur d’environ un pied neuf pouces : le cendrier eft fous le foyer. On met dans un four environ deux cents morceaux de fer que l’on arrange obliquement les uns fur les autres, afin que la flamme & le feu puif-fent aller librement par-tout; on les difpofe ainfi afin qu’ils forment une elpece d’arc fous lequel on met les Houilles (3) ; les morceaux de fer ainfi chauffés au reverbere, font tirés du four pour être applatis fous deux cylindres d’acier.
- Lorfqu’un morceau de fer, de la dimenfion donnée ci-deffus, a paffé fous les cylindres, il eft allongé & étendu de façon qu’il a deux aunes de long & fix doigts de large ; les morceaux applatis fie remettent une fécondé fois au four ; & quand ils font chauds, on les repaffe fous les cylindres qui leur donnent environ cinq aunes de longueur. Quand le fer fort d’entre les cylindres , un Ouvrier le (àifit avec une tenaille, & le préfente aux taillants, qui le divilènt en trois, quatre, fix verges ou baguettes, fuivant qu’on le juge à propos. Une fenderie qui travaille tous les jours, peut fendre cinq à fix mille poids de marine de fer dans un an.
- Il faut obferver que pendant que le fer paffe entre les cylindres ou les taillans, il y a un courant d’eau qui tombe continuellement fur les cylindres Sc le fer rouge ; on croit que fans ce fecours le fer pafferoit difficilement $ d’ailleurs les cylindres qui font d’acier, s’échaufferoient & perdroient leur dureté.
- Du Fourneau où ton font la mine de Fer au feu des Coaks , h Sulvfachi
- Les mines de fer qui fe fondent dans cette forge, font de deux elpeces,
- (1) La Chaufferie en général , eft un creufet delliné à recevoir les pièces pour les chauffer, à tnefure qu’on achevé de les battre.
- (2) Extrait de Swedemborg, traduit dans la quatrième Se&ion des Forges Sc Fourneau* à
- fer, pag. 12$, PL IX. Fig. 29, de cette traduc* tion.
- (3) Les Charbons employés à Liege pour les Fenderies dans les fours à reverbere, font de l’ef; pçce nommée Charbons doux*
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- tiro DU CHARBON DE TERRE
- & fembiables à celles dont on fait ufàge dans le pays de Trêves & dans quelques forges de la Lorraine Allemande (i).
- La première eft une forte de fchifte ferrugineux, de couleur d’ocre ; feuilleté à fa furface, & plat pour l’ordinaire ; d autres morceaux ont la figure d’une lentille avec un noyau fouvent creux, comme celui des pierres d’aigles 5 c’eft le minéral auquel, dans quelques forges de France, on donne le nom de mine à gralleu
- O
- L’autre efpece eft noire, marquetée de taches rouges, & ne fe trouve guere que dans des couches de fable ; c’eft en effet un fable ferrugineux qui eft très-commun en France ; ce minéral n’eft point riche, & rend au plus le tiers de fon produit en fonte, & fon produit pafle rarement trente à trente-deux pour cent : il fe fond crud fans être rôti.
- Quant au premier, on le calcine légèrement au feu de coaks préparés dans le fourneau, décrit page 1181 ; pour cela on prend la pouflîere Sc le plus menu de ce qui a été retiré du fourneau , Sc l’opération fè fait à peu-près de la même maniéré que l’on cuit la chaux en France avec le Charbon de terre , mais avec un feu bien inférieur.
- Le fourneau où elles fe fondent, eft entièrement femblable à ceux des autres forges , & différé très-peu pour les dimenfions de celles que M. le Marquis de Courtivron a déterminées dans fon Mémoire fur l’Art des Forges.
- Les précautions que Fon prend dans le travail de la fonte, n’ont point paru à M. Genfanne différentes de celles qu’on a coutume de prendre pour les fontes au charbon de bois , fi ce n’eft qu’il lui a femblé que le vent des foufflets eft un peu plus vigoureux , & que l’œil de la tuyere (2) a moins d’éclat que lorfqu’on fond au charbon de bois.
- On charge le fourneau de la maniéré qui fuit : on commence par y jetter deux couches de mine calcinée , pefant chacune environ cinquante livres ; enfuite cinq panniers de charbon de cinquante à cinquante-cinq livres chacun ; puis trois couches de mine crue, à peu-près du même poids ; enfuite trois couches fembiables de pierre à chaux ou caftine , & par-defîùs le tout on met cinq couches de mine calcinée.
- De là on voit que chaque charge eft compofée d’environ cinq cents pefant de minéral, de foixante & quinze à quatre-vingt livres pefant de caftine , & de deux cents cinquante à deux cents foixante livres de coaks; on charge fix fois toutes les vingt-quatre heures, & par conféquent on confomme pendant ce temps environ cinq milliers de minéral, fept à huit quintaux de pierre à chaux ,
- Ci) Traité de la Fonte des Mines par le feu de Charbon de terre, tom. I. Chap. XII.pag. 266.
- (2) Conduit par où pafle le vent des foufflets. Cette partie eft différente dans un fourneau de fonte & dans un fourneau d’affinage ; dans la tuyere d’un fourneau de fonte nommée par
- les Allemands, Formen, il y a deux foufflets ; dans la fécondé appelle Kannen, il n’y en a qu’un ; aux fourneaux à fondre du bas Hartz , les tuyeres font de cuivre ; dans le haut Hartz, elles font de fer fondu; & dans les fourneaux d’affinage, elles font de tôle ou de fer battu.
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- ET DE SES MINES. IL Part, hit & deux mille fix cents pelant de Charbon de terre , ce qui produit pendant le même intervalle de temps, une gueufe d'environ mille lix cents livres.
- Au relie, ajoute l'Ecrivain, ces dofes ne concernent que cette forge : on fent parfaitement que lorfqu'on a des mines différentes à fondre , on doit fe régler fur la qualité du minéral. c
- La fonte qui provient de ce fourneau eft II douce, qu’elle ne diminue I l’affinerie que de vingt-cinq à vingt-fix pour cent, & rend un fer de la plus haute qualité ; il eft entièrement nerveux, & n’a prefque pas de grain (i).
- Chaufferie & perfectionnement de t Acier ; trempe des Limes au feu de Charbon de terre , en Suede & en Angleterre.
- En Suede, àForfmak, dans la chaufferie de l'acier, les loupes réfeitantes des morceaux de petite gueufe fondue fur un foyer de forge, Scc. font chauffées avec un feu de Charbon de terre qu’on fait venir d'Angleterre (2).
- L'acier obtenu à Nevrcaftle par la cémentation , eft perfectionné au feu de Charbon de terre par une autre opération abfolument femblable à celle qui fe pratique en Stirie; on la nomme réduire en acier à1 Allemagne, parce qu’alors , l'acier relfemble parfaitement, pour le grain & pour la qualité , à l'acier qui fe fabrique en Allemagne (3).
- A Sheffield & dans les environs de cette Ville (4), on convertit une grande quantité de fer en acier, dans des fourneaux la plupart femblables à ceux employés à Newcaftle pour la même opération , mais plus petits : le fer qu’on emploie eft celui de Suede , & s’arrange dans le pot avec le pouffier de charbon ; le tout fe recouvre avec du fable. L’acier cementé , qui eft alors ce qu'on appelle acier bourfoujfeé, eft porté dans les martinets : on y chauffe l'acier avec du charbon tout à fait recuit, c’eft-à-dire prefqu'emtiérement privé de fon bitume, lorfque ce charbon arrive à l’endroit où eft l'acier , voye^ pag. 1199 ; l'Ouvrier a feulement l’attention, en remuant fen feu , de ne point faire tomber le nouveau charbon proche de la tuyere.
- Les limes fe fabriquent encore à Sheffield (y) avec le Charbon de terre réduit ainfl en coaks dans le foyer même, voy.pag. 1198.
- Les limes fe forgent de même d'une façon particulière, & fent mifes le feir dans une grille de feu de Charbon de terre, telle que les grilles d'appartement : on les y laiffe pendant toute la nuit pour les attendrir, après quoi on les porte aux meulieres pour être polies grofîîérement fur les meules, enfuite on les taille à bras d’homme à l'ordinaire : après les avoir trempées & fait fécher devant
- (1) Foy.Note 1, Article desBraifes de Charbon préparées à Sultzbach, page 1181.
- (2) Voyages Métallurgiques, huitième Mémoire ; Fabrique £ Acier par la fonte, p. 142.
- (3) Onzième Mémoire, page 226.
- Charbon de Terre, II, Paru
- (4) Douzième Mémoire, Converjion du fer en acier ; page 2y 6.
- (y) Fabrique de limes, à Sheffield, douzième Mémoire,page 2f? & 260.
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- Tin DU CHARBON DE TERRE
- ie feu, on les chauffe avec des coaks , & on les.trempe dans l’eau froide.
- A Winlington-Mill, à quatre milles de Newcaftle, il y a des Manufaélures de limes (i) auxquelles on emploie auflî l'acier forci de la cémentation , forgé au martinet & réduit en ce qu’on nomme acier commun.
- Afin d’attendrir davantage les limes forgées & refroidies convenablement, il y a deux procédés ; dans l’un les limes le mettent tout uniment pendant la nuit dans une grille avec un feu de Charbon de terre.
- Dans l’autre, les limes fe mettent dans un petit fourneau de reverbere , qui eonfifte en une place pour mettre l’acier deftiné pour les limes , au-deffus de laquelle il y a une cheminée; de chaque côté, on place un petit fourneau à vent, afin d’y faire du feu avec le Charbon de terre ; on chauffe l’acier dans ce fourneau pendant fept à huit heures, après quoi on polit chaque piece fur la meule.
- Le charbon dont on fait ufàge pour tremper les limes, a d’abord été réduit en cinders fur le même foyer de la forge qui fert à chauffer les limes pour les tremper , de maniéré qu’ayant été reflué lentement il s’eft bourfoufflé , eft devenu poreux , très-leger , & plus noir que les cinders qui fe font à New caille ; les braifes ne paroiffent pas donner de fumée en brûlant, Sc donnent moins de flamme que le bois.
- A deux milles de Newcaftle , les petites limes fe font comme à Winlington-Mill , à la trempe près, qui eft un peu différente (2) : à la forge on emploie des cinders préparés comme dans le même endroit, mais réduits en plus petits morceaux , gros à peu - près comme une noifette ; on en met devant le fbufflet, & par-deflus un vieux pot ou poêle de fer, de façon que cela faffe une petite voûte ; le pot eft recouvert avec un peu de cinders : c’eft fous cette petite voûte qu’on met trois, quatre, cinq & jufqu’à fix petites limes à la fois ; la chaleur que donnent ces cinders eft affez marquée, pour que l’Ouvrier doive être très-attentif à examiner le degré de chaleur. Afin que les limes ne fe déforment pas, l’Ouvrier les retourne de temps en temps ; à mefure qu’il en voit une prendre la couleur de cerife, il la retire & la trempe.
- Nous nous fommes crus obligés de nous en tenir fur ces différentes opérations , à rapprocher les fimples notices que nous donnons relativement au combuftible qu’on leur applique ; on peut du refte confulter les Mémoires de M. Jars, que nous indiquons, dans lefquels on en trouvera tous les détails.
- (1 )Onzième Mémoire,page 22S,Manufactures ! (3) Voyages Métallurgiques, douzième Mér
- de Limes, * moire , page 233.
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- ET DE SES MINES. II. Part; 1*13
- EJjais faits dans le Mar qui fat de Franchimont aux Forges de Theux, pays de Liege, par M. de Limbourg Vaîné, Docteur en Médecine.
- Tous les endroits qui pofledent des mines de fer & des carrières de Houilles, ïoat finguliérement intéreffés à la réuffite de l’application de ce foffile aux operations métallurgiques : le pays de Liege riche en Charbons de terre finguliérement différents, & en mines de fer de la première qualité (r) , eft un de ceux auxquels la perfeétion de ces moyens feroit de la plus grande importance. Le feu Comte d’Outremont, Evêque 8c Prince de Liege, entre divers avantages utiles & honorables qu’il avoit en vue de procurer à fa Patrie, mais dont elle a été fruftrée par la mort de ce Prince, étoit particuliérement occupé des moyens de faire conftater , de fixer la méthode de faire ufàge des Charbons de terre dans les ouvrages métallurgiques. A la faveur d’encouragements de toute efpece , M. de Limbourg l’aîné s’occupoit de ce travail aux forges de Theux. M. Jars paroît avoir eu connoiÆànce de ces efïàis : dans fon Mémoire fur la maniéré de préparer les braifês de Charbon de terre , qui eft de 3769, il avance que les Liégeois emploient à la fonte des mines de fer, les charbons purifiés. M. Venel (2) ajoute que cette préparation 8c les opérations qui s’y rapportent, font perfectionnées à plufieurs égards par M, de Limbourg ; mais ce fùccès n’eft rien moins que complet, & il n’eft plus queftion de la continuation de cette entreprife , depuis la mort du Prince qui en étoit le principal moteur 5 des circonftances d’adminiftration détournent encore pour le préfent l’attention du nouveau Prince & des Etats de deflus cet objet ; il y a tout lieu de préfumer que dans un temps plus heureux & plus favorable, ce travail fera repris & fécondé comme il mérite de l’être. Le Prince & les Etats , en mettant à profit les facilités que le foi leur fournit en abondance, pour yarier 8c réitérer toutes fortes d’eflàis , & travaillant pour l’intérêt de la Patrie , jouiront de la douce fàtisfaélion d’être utiles à toutes les contrées qui ont un même intérêt au fuccès de ces tentatives. En mon particulier, je n’envifàge point fans plaifir, dans la rédaction que j’expofe ici, & qui pourra guider leurs travaux, l’efpoir de contribuer quelque chofe à la gloire qui en reviendra au Prince & aux Etats. En attendant , on fera bien aife de fàvoir où en étoit
- (1) Swedemborg rapporte que la mine de fer du pays de Liege , eft ordinairement jaune ou rouge ; qu’elJe fe tire de plufieurs endroits dans les marais & fous la terre végétale , ce qui eft caufe qu’elle eft enveloppée de beaucoup de terre. Après la calcination qui eft feulement de vingt-quatre heures, elle refte de couleur rouge. Cette def-cription fuccinte de Swedemborg, rapporte la mine de fer du pays de Liege , à celle délignée par Vallerius, ferrum Argillâ mimralifa-tmi , minerâ intrinfecâ colore ferreo vel cœruleo. Minera ferri fuba<iuofa , appellée Myrmalm par
- les Suédois-, Le fer qui provient de la mine du pays de Liege eft , continue Swedemborg , très-tenace 8c très - fonore quand on le frappe, ce qui fait qu’on le coule en lames minces pour former différentes marchandifes , comme pots , marmites, &c. Il ajoute que quand le fer eft mis en barres, cent livres de fer crud, rendent quatre-vingt-fix livres de fer battu ; âc que la perte ou le déchet n’eft que de quatorze pour cent. Defcript. des Forges Fourneaux à fer , p. po.
- (2) Troifieme Partie, Sefi, IL Chap. III. pag. 503.
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- iii4 DU CHARBON DE TERRE
- M. de Limbourg, lorfqu’on paroiffoit dans l’intention de fuivre la chofe eri grand, auffi loin qu’il efl: poffible : l’état de la tentative à eette époque * fe trouve configné dans deux Ecrits de M, de Limbourg, qui m’ont été communiqués du vivant du feu Prince Comte d’Outremont, par fon Minifire à la Cour de France ; je vais en donner un extrait.
- Une fonte commencée avec le?Charbon de bois, fut continuée vingt-neuf heures ; on en obtint douze à treize quintaux de fer , qui fut du fer fort, mais brifent chaud, quoique travaillé de nouveau à une forge de Maréchal ; mais en petit, il fut très-malléable.
- Il efl: à remarquer , avec l’Auteur, que ce fer devoit participer du Charbon de bois employé immédiatement auparavant, Le fourneau fut ferchargé de mines, & la fonte précipitée par la chaleur de ce Charbon, y d’ailleurs quelque dérangement qui rend ce premier eflài moins concluant.
- Ayant enfuite fait conftruire un fourneau de moitié de hauteur & de largeur des fourneaux ordinaires, c’eft-à-dire, ne contenant qu’un huitième, M. de Limbourg l’aîné & fon frere , fondit pendant trente-cinq jours , premièrement avec du Charbon de bois, ensuite pendant cinq jours confécutifs avec parties égales de Charbon de bois & de Charbon de terre.
- Chaque fois on a obtenu moins de fer en gueufe qu avec le Charbon â& bois ; & celui de la première épreuve , a été très-difficile à affiner ; l’autre en partie facile & en partie difficile, 3c tous deux brifant chaud.
- D’après ces efîàis, M. de Limbourg foupçonne que l’inconvénient du Charbon de terre, ne provient que de l’excès de quelque matière vitrifiable ; il établit pour queftions, s’il fuffiroit de diminuer la caftine, ou s’il faudroic y ajouter d’une terre réfraétaire telle que de Hargdle % mais on efl; affuré que cette terre » quoique non fufible par elle-même , ne la feroit pas par la rencontre de la caftine & d’autres matières mêlées avec le métal dans la mine ; & fi cela arrive f peut-on s’attendre que le fer fe combine moins avec ces matières, lorlqu’il y aura de l’argille, que quand il n’y en aura pas ?
- L’Auteur de ces Mémoires n’ignoroit point dès-lors la mauvaife réulîite des opérations du fourneau de Naffau-Sarbruck, annoncée (i) dans les obfervations failànt partie des additions 3c correélions relatives à la defcription de l’Art de Charbonnier de bois, par M. Duhamel,page y : il obferve que les Entrepreneurs voyant que le produit en gueufe étoit à peu-près le même par la fonte avec le Charbon de terre qu’avec celui de bois, du moins n’en appercevant pas alors la différence , (car à la fin on a obfervé quelle rendoit beaucoup moins de fer ), refterent dans une entière fécurité, jufqu’à ce qu’en ayant plus d’un million, ils trouvèrent à i’affinerieplus de déchet en les réduifant en barres ,J
- (i) Par M. Dangenouft, Capitaine en premier dans le Corps Royal d’Artillerie.
- se
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- E T DE SES MINES. II. Part. nrç Sc en obtinrent du fer brifant chaud * ce qui leur fit abandonner cette entreprife avec une perte confidérabie, malgré les plus belles apparences qu'ils avoient eues lors de leur fonte.
- Il eft donc conftaté jufqu'à ce jour (pourfuit l’Auteur des Mémoires), que de la fonte par le Charbon de terre , il réfulte plufieurs mauvais effets ; i°. la moindre quantité de fer ; 2°. fa pureté moindre à ce qu'il paroît par la difficulté de l’affinage , Sc par lamauvailè qualité du fer. M. de Limbourg penfè que ces inconvénients pourroient provenir de ce que la Houille n’a point été dépouillée à la diftillation d'une matière vitrifiable , dont une partie s'attache au fer de la gueulé, & dont une autre partie fe fàifît dune grande quantité de métal quife trouve dans le laitier.
- Ce Phyficien fait confifter la réuffite à trouver une matière qui ayant beaucoup d'affinité avec le laitier ou le verre, fe combine avec lui, & faffe un compofé ou un laitier nouveau 3 dont l'affinité foit moindre avec le fer, que celle du laitier précédent ; ou bien, félon M. de Limbourg, il ne s'agit que de retrancher ou de diminuer la caftine.
- i
- Réfultat d'une Conférence tenue à Paris fur les Mémoires 6 furies Effais précédents.
- L a queftion traitée dans les deux Ecrits de M. le Doéleur Limbourg, fur la fonte des mines de fer par le feu de Houilles converties en braifes, Sc que M. le Chevalier de Heuzy, ancien Bourg-Meftre de Liege, & Miniftre de S. A. Celfîfîîme le Prince Evêque près Sa Majefté, m'a remis en main, m'a paru mériter d'autant plus d'être pelée mûrement, que le deffein eft d’en chercher la folution dans l’expérience en grand : j’ai cru devoir, par cette raifon , commencer par fou mettre l'objet d’un travail de cette conféquence aux lutnieres de plufieurs de nos habiles Chimiftes : M. Macquer, Doéleur Régent de la Faculté de Médecine, Sc Aflocié ordinaire de l'Académie des Sciences ; M. Dorcet , Doéleur Sc ancien Profe/feur de Pharmacie , & M. Demachy , Apotiquaire de Paris Sc Membre de l'Académie des Sciences de Berlin, tous connus par des découvertes en Chimie.
- La queftion avoit d'abord été propofée à chacun d'eux féparément, &; iis ont bien voulu fe rendre aujourd’hui, après la féance de l'Académie, dans la fàlle où fe tiennent les affemblées, à une conférence à laquelle j'avois eu l'honneur de les inviter; on y a repris la leéture des Mémoires de M. le Doéleur Limbourg , l’un fourni en Décembre 1770, l'autre daté du 14 Mars 1771, ayant pour titre : Remarques ultérieures fur la Fonte des Mines de Fer 9 ajoutées au Mémoire donné à ce fujet au commencement de Décembre 1770.
- La chofe a été difcutée avec attention , Sc les Articles fuivants ont été rédigés d'un avis commun.
- Charbon de terre. IL Part. F 14
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- Xii6 du CHARBON DE TERRE
- M. le Doéteur Limbourg eft prié de nous dire fi l'opération du Bocardjl dont il parie dans le premier Mémoire , a été faite fur le laitier, s’il en a été fait un cffai docimaftique, & combien cet eflài a rendu de fer.
- ' Quant à Tefîài fait, il y a deux ans , par MM. Limbourg, pour finir une fonte avec parties égales de Charbon de bois & de Houille, il a été obfervé qu'il feroit à propos que M. le Doéleur Limbourg voulût bièn encore faire •deux fontes égales en poids & en qualité, l’une en Charbon de terre dégraijfé, l’autre en Charbon de bois, & de nous en envoyer les réfultats juftes.
- Il eft encore néceflaire de lavoir de quelle nature eft la Cajllne qu’on emploie à Liege, pourquoi on l’emploie, à quelle dofe & à quelle efpece de mine de fer on l'applique.
- - Pour ce qui eft du plan qu’on fè propofe de fuivre dans l’opération, il comporte la confommation dont ci-joint l’état.
- Cinq à fix milliers de mines de fer qu'on eft dans l'ufàge de traiter à Liege,
- Environ quinze milliers en gros morceaux du Charbon de terre à U^uinne , qu’on emploie ordinairement aux fontes ; de la Cajline en quantité double de ce qu’on a coutume d'en mettre pour la fonte du poids des mines.
- Un échantillon de gueufe & du laitier provenu tant d'une fonte faite en Charbon de bois, que d'une fonte faite en Charbon de terre.
- Afin d'affurer le fuccès du travail dont ces MM. fe feront un honneur de fe charger , il a été jugé que pour la conduite du fourneau, il feroit nécef* faire qu'ils euffent à leur difpofition deux des meilleurs Ouvriers de Liege expérimentés à ces opérations.
- Fait au Vieux Louvre , dans la Salle des Séances de l'Académie Royale des Sciences , le 13 Avril 1771. Signé .Morand.
- Sur la fin du mois de Février de cette année 1776, M. Blakey (1) étant à Liege , fit part à plufieurs perfonnes, qu'il avoit le fecret infaillible de fondre la mine avec la Houille, offrant d'en donner les preuves réitérées à fes frais , pour enfuite vendre fon fecret à l'Etat de Liege, moyennant la fomme de cinq cents mille livres, ou pour l'exécuter en fociété, moyennant, entre autres conditions, le produit pour lui d un quart de l'utile, qui, comme il l'annonçoit, devoit être au moins à foixante-quinze pour cent : un Citoyen très-intelligent , inftruit & zélé pour fa patrie , s’étoit chargé d’abord de former la fociété , & a eu en conféquence plufieurs pourparlers avec, M: Blakey , tant fur la maniéré dont la fociété acquerroit le fecret, que fur les moyens de le mettre à exécution. M. Blakey propofoit d’établir les fourneaux & fes forges contigus aux Houillieres, fans égard fi elles font ou fi elles ne font pas à portée de rivières ; il projettoit de tirer avec des machines
- (1) Auteurjde la Defcription de l’Art de conftruire les Pompes à feu, approuvée par l’Académie,
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- hydrauliques conftruites félon fes principes , une fuffilànte quantité d eau pour faire tourner toutes les roues qu’il emploie à fes opérations ; les fourneaux & les foufîlets dévoient être d’une toute autre forme que ceux ufîtés j ces derniers étoient, félon lui, capables de renverfer d’un feul coup l’homme le plus robufte : la dépenfe de la conftruétion d’un des fourneaux avec deux affi-neries, devoit fe monter à cent vingt mille livres , dont M. Blakey auroit la difpofition. La même perfonne chargée de ces entrevues , lui a repréfenté que fes Aflociés lui propofoient d’abord la fonte dans des fourneaux ordinaires, & fe faifoient fort de ne point manquer d’eau fuffifànte. L’affaire n’a point été fuivie ni de part ni d’autre.
- Effai en petit fur la réduction de la Mine de Fer, par le Charbon de pierre de Montcems, préparé en meule fur les lieux , (i) par M. de Morve au , Avocat Général au Parlement de Bourgogne , Correfpondant de VAcadémie Royale des Sciences de Paris•
- » Le 5 de ce mois , j’entrepris de faire cette réduétion ; je me fèrvis pour » cela d’un fourneau de fufion de forme Amplement cylindrique, n’ayant » d’ouverture qu’au cendrier, du diamètre de huit pouces, de la hauteur de » vingt-deux pouces jufqu’à fon dôme , terminé par une ouverture de deux » pouces , pour recevoir les tuyaux dont on le furmonte ordinairement. Je » fais qu’il efl: d’ufàge de rétrécir le fond où la matière doit fe raffembler ; mais » j’avois remarqué que cette forme qui peut être très-avantageufe en grand , » empêchoit la chute des charbons, & cauloit un refroidifîement qui laifloit » l’intérieur des matières crues, & occafionnoit la calcination de leur lùrface » par l’éloignement du phlogiftique ; c’eft pour cela iàns doute que M. Cramer y> a également donné la forme cylindrique, feulement un peu renflée dans » le milieu, au fourneau qu’il a propofé pour fondre Trans carbones , dont on » trouve la defcription dans l’Encyclopédie (2).
- » Je me contentai donc d’ôter la grille , de luter un talut fur le bord qui » la (outenoit, pour que rien ne s’y arrêtât, & de fermer le cendrier par une » brique , ne laiffant qu’une ouverture au - deffus pour placer le nez du » foufflet.
- » Tout étant ainfi difpofé , j’ai jetté dans ce fourneau, par l’ouverture fupé-» rieure de fon dôme, des coaks ou charbons de pierre cuits à Montcenis, » fuivant la méthode de M. Jars, & dont M. de la Chaize m’avoit fait remettre » une fuffifante quantité ; j’avois eu attention d’allumer les premiers au feu y> de la forge, parce quils prennent ajffe£ difficilement : j’ai continué de charger
- (1) Lu à l’Académie de Dijon , le iy Février $age 45*0.
- 1771 , inféré dans le Journal de M. l’Abbé (2) Tome VII, au mot Fourneau, page 24’tf. ïtozier , mois de Décembre 1773, tome II,
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- ruS DU CHARBON DE TERRE
- ,» ainfî le fourneau pendant cinq heures de nouveau charbon de la même » qualité , fans employer un feul morceau de charbon de bois ; j’y ai ~ » jette à différentes fois de la mine de fer mêlée avec les feuls fondants dont » on fe fert dans les travaux en grand , qui font fargille & la pierre calcaire ; yy & j’ai trouvé après l’opération plufieurs parties de régule de fer aufli parfaites
- que l’on puiffe l’efpérer par le charbon de bois : leur couleur annonce une » fonte bien pure ; aufli cedent-ils à l’aétion de l’aimant avec une aélivité yy prefque égale à celle d’un morceau de fer de pareil volume.
- » La forme de ces morceaux prouve néanmoins que la féparation du métal y> & des fcories , ne s’eft pas abfolument bien faite ; mais il eft très-difficile de » l’obtenir dans un eflai en petit ; le volume de la matière n’eft pas aflez » confidérabie pour former un bain liquide, le défendre des imprefîîons du » froid , & l’entretenir aflez long-temps pour que la pefànteur refpeélive yy en fafle la féparation. Je m’étois déjà bien convaincu par l’expérience , qu’il » eft impoflibie dans ces fortes d’effais de faire couler la fonte hors du fourneau, » ni même le laitier, parce que le refroidiflement eft toujours très-prompt ; » j’avois donc pris le parti de laifler former le culot fous les fcories, & de yy ne rien remuer jufqu’à ce que tout fût folide, au rifque d’entamer le four-yy neau pour en tirer le culot ; mais le peu d’épaifleur des petits fourneaux yy empêche qu’il n’y ait au fond affez de chaleur pour opérer cette féparation , yy à moins que l’on n’entretienne tout autour affez de charbons allumés pour » le défendre du contaél de l’air, comme je l’avois fait dans un précédent yy eflai d’après le confeil de M. Lewis. Au refte , cette circonftance ne change yy rien au réfultat, puifqu’elle ne peut dépendre de la nature du charbon , yy & qu’il n’en eft pas moins acquis par cette expérience 3 que les coaks du yy charbon de pierre de Montcenis peuvent réduire complettement la mine yy de fer ; & je ne dois pas omettre que ces charbons ont encore l’avantage yy de durer près de quatre fois autant que les charbons de bois, en faifànt un yy feu moins vif à la vérité que le charbon de pierre brute 9 mais plus fort que yy le charbon de bois ».
- Tentative faite en Languedoc.
- Dans le quartier d’Alais, il y a beaucoup de mines de fer (i) : elles ont été pendant quelque temps exploitées avec avantage ; mais la cherté du bois, devenu très-rare, en a fait abandonner depuis long-temps l’exploitation.
- Il y a quelques années que' M. de la Houliere, Brigadier des Armées de Sa Majefté, & Lieutenant de Roià.Salfes, inftruit par feu M. l’Evêque d’Alais, qu’il vit à Cotterets , de l’abondance des mines de Charbon de terre dans
- ( i ) Dans la Vallée de Trépaîou, les veines de fer traverfent celles de charbon.
- cette
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- ÈT DE SES MINES. II. pAkf* îixp cette Province imagina , d’après l’ouvrage de M. de Geniîane, de faire du fer fondu, & même du fer forgé, avec ce combuftible. M. de Genffiane fut invité de fe rendre à Mais ; on conftruifit des fourneaux, on purifia le Charbon de terre , on fie venir des Ouvriers des Pyrénées (î) : mais toutes les opérations n’aboutirent à rien ; on n’eut point de fer. M. de la Houlliere, outre une fomme très'Confidérable que les Etats donnèrent pour favorifer cette entreprife , y a beaucoup dépenfé du fien : ce manque de fuccès ne le déconcerta point J inftruit que ce procédé étoit connu Sc pratiqué en Angleterre, il s’y tranfporta aux frais du Gouvernement ; il fut témoin du fficcès de l’opération : au mois de Janvier 17j6 , il eft revenu à Alais avec deux Anglois que le Gouvernement avoit chargés d’examiner avec M» de la Houlliere la nature du Charbon de terre, la bonté des mines de fer * Scc. mais leur rapport n’a pas été favorable ; leur avis a été , qu’il falloit renoncer au projet d’avoir du fer forgé, & fe borner à faire du fer fondu ; que le Charbon de terre tiré de la mine nouvellement ouverte à Troulhay, n’étoit pas même, quanta préfent, propre à cette opération ; ils firent obferver d’ailleurs que dans le cas où il s’en trouveroit par la fuite, l’entreprife deviendroit ruineufè par la lîtuation du local, & par les frais du tranlport.
- Epreuves faites avec differentes proportions de mélange de Charbon de bois
- & de Houille.
- Afn d’économifer le Charbon de bois dans les opérations métallurgiques $ il feroit au moins • poffible, en changeant quelque chofe à la conftruélion intérieure du fourneau, en donnant fur-tout plus de chute aux étalages ; if feroit, dis-je , poffible de parvenir à une fufion parfaite. M. Dangenoux (2) , parmi fes Obfervations , faifànt partie des additions & correétions à la deferip-tion de l’Art du Charbon de bois, rapporte que d’après les éclairciiïèments fournis par M. Jars fur les établifîements de Sarbruck, M. de Hayange a employé dans un de fes fourneaux pendant 34 heures, de la Houille dans les, proportions fuivantes.
- Quatorze charges (3) de mine avec cinq fixiemes de charbon, & un fîxieme de houille.
- Treize charges de mine avec deux tiers de charbon , & un tiers de houille*
- Dix-huit charges de mine avec moitié de charbon, Sc moitié de houille.
- Le réffiltat de ces charges a été que les deux premières proportions ont parfaitement réuffi ; la fonte a été belle, & le laitier fort coulant ; mais avec la
- (1) M. Vcnel fait une fimple mention de cette entreprife, Chap. III. Sett. IL Part. III. pag. 5 04.
- (2) Cahier faifant partie de la Colleftion des Defcriptions des Arts & Métiers, page y.
- (3) Charge, quantité déterminée de matériaux
- Charbon de Terre. IL Part.
- qui doivent opérer & fubir les effets de la digef-tion, Sc qui fe mettent dans le fourneau dans Ties temps à peu-près également efpacés, au fur Sc àmefure de la confommation.
- G 14
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- *120 Dû CHARBON DE TERRE
- derniere, la fufion a été plus lente , le creufet plusembarraffé, les fcories féches, & le Fondeur affujetti à un travail continuel ; cependant la tuyere toujours claire.
- Le produit du fourneau a été à l'ordinaire ; on a forgé les différentes fontes avec fuccès ; elles fe font trouvées aifées à affiner.
- Fonte de Gueufe de fer 5 exécutée avec fuccès à la Forge d’Ai^y, en Bourgogne 9 dans [année 1775, avec le Charbon de terre de Montcenis.
- Ayant été informé de cette opération lorfqu’elle a été exécutée, je fuis parvenu à avoir un morceau du fer qui en a réfulté, & qui eft très-bon , quoique la mine foie de médiocre qualité : les recherches que j'ai faites Sc les mouvements que je me fuis donnés pour être inftruit de toutes les circonftances de cette opération, m'ont procuré la leéture du réfultat détaillé & du procès verbal qui doivent être publiés â part : il ne m’a pas été permis de les inférer ici.
- La braife de charbon qui a été employée , a été travaillée à Breteuil au Perche, chez M. le Vaché, Maître de Forges : l'échantillon que j'en ai, me fait juger que la préparation eft bien faite. J'étois principalement curieux de favoir par quel procédé on a obtenu ces braifes ; mais la perfonne qui a conduit cette fabrication s'en réferve pour l'inftant le fecret. Cette particularité à laquelle je ne m’attendois nullement, fuppofe une méthode différente de celles qui font connues, ou digne de préférence, & feroit regretter qu'elle reftât ignorée ; mais les Métallurgiftes doivent être exempts de cette crainte ; tout le monde cônnoît le zèle du Miniftre qui a dans Ion département la partie des mines ; c'eft à là proteélion que le Public eft déjà redevable de pluiîeurs Ouvrages intérelîànts fur le fait des mines & fur la Métallurgie. Si dans la maniéré dont a été préparé le charbon employé à la fonte de la gueufe dans la forge d'Aizy, il y a du nouveau ou quelque perfection , M. Bertin occupé feus relâche de faire répandre en France des lumières fur tout ce qui concerne les mines , de favorifer, de récompenfer à propos les entreprifes qui concourent à fes vues , làura bien lever le voile du fecret dont l’Auteur juge à propos de couvrir le procédé qui a été exécuté à Breteuil , & à en donner la connoillànce au Public.
- Mines de Cuivre ; leur Fonte.
- Il n'y a que le fer qui, après le cuivre , foit plus dur & plus difficile I fondre ; le cuivre rougit long-temps au feu avant d'entrer en fufion ; il donne à la flamme une couleur qui tient du bleu & du verd : un feu violent & continué pendant long-temps, diflipe une partie de ce métal fous la forme de
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- ET DE SES MINES. IL Parï*
- vapeurs ou de fumée (i), tandis qu’une partie eft réduite en une chaux rougeâtre qui n’a plus la forme métallique ; c’eft ce qu’on appelle chaux de cuivre * ou cuivre brûle.
- U y a différentes fortes de mines de cuivre ; la plupart font fi fulphureufes qu’il eft impoffible d’en chalfer entièrement le foufre par les grillages ; ainfi ces mines ne rendent pas fi facilement leur métal, que les mines de plomb & d’argent rendent l'œuvre (2). Elles ne donnent d’abord que de la matte ; il y a cependant quelques endroits, à la vérité ils font rares3 ou la mine de cuivre contenant peu de foufre, rend du cuivre noir dès la première fonte*
- Il eft peu de mines auxquelles il faille donner un fi grand nombre de feux pour les griller , 8c qui dans la fonte foient auffi chaudes 8c auffi rongeantes» Le nombre des feux de grillage doit être réglé fur la qualité de la mine ; enfin le traitement de celles qui ne contiennent que du cuivre, eft different de celles qui contiennent cuivre 8c argent , cuivre , plomb & argent.
- Dans la fonte des mines de cuivre , on obferve encore de la différence fuivant les fourneaux qu’on emploie. Ces méthodes peuvent fe réduire à deux principales, indiquées par l’Auteur du Traité de la Fonte des Mines (3), » i°, Par la percée , proprement dite , dans laquelle font compris l’ufage des » hauts fourneaux & celui des fourneaux courbes ; 20, par les fourneaux à » lunettes, ou à double baffïn de réception (4).
- » Si l’on a beaucoup de mine de cuivre pyriteufe ou de mine feuilletée ï) dite en ardoife, il convient de fe fèrvir du haut fourneau , parce qu’on y » peut continuer la fonte pendant plufieurs fèmaines. Lorfqu’on n’en a que de yy petites quantités, il faut les fondre dans des fourneaux courbes , ou dans » des fourneaux à lunettes».
- » Quant à leur fufibîlité 8c à leur réfiftance au feu , on doit obferver que ï> celles qui font dures , conviennent aux hauts fourneaux 8c aux fourneaux » courbes , parce qu’on les prépare avec une brafque pelante 8c dure, 8c la » matière qui fond, peut tomber très-vîte 8c extrêmement chaude dans la trace : » au contraire, les mines fufibles rendent beaucoup de feories , 8c ne s’at-» tachent que rarement à la brafque ; ainfi on les fond aifément dans le » fourneau à lunettes , pourvu néanmoins que les feories foient tellement » fluides, que la matte (j) qui fe forme dans le fourneau, puilfe les traverfer » & fe précipiter pure 8c nette.
- (1) Connue en Me'tallurgie fous le nom de cendrée de cuivre , parce que ce font des petites parties cuivreufes qui s’élèvent de la furface du cuivre comme de la cendre.
- (2) Plomb riche.
- (3) Schlutter, Chapitre CXXXlï. page 600, Tome II.
- (4) Autrement nommé Catin, qui eft un ma-
- çonnage fait dans rlntérieur ou au-dehors du fourneau, avec une matière appropriée à l’opération , & qu’on appelle brafque.
- (y) Parmi les produits réfuitants des différentes opérations fur le cuivre , on diftingue les feories * la matte pauvre, riche, moyenne, & le cuivre noir. La matte crue} nommée aufli pierre de cuivre , eft la fubftance métallique qui provient de la
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- » La mine de cuivre feuilletée ou en artloife convient au haut fourneau > » parce qu'elle y demeure plus long-temps que dans un fourneau plus bas, 8ç » qu'elle a le temps d'achever de fe griller avant de fe fondre.
- » A l'égard des fourneaux d'une hauteur extraordinaire, on fent que le » charbon a perdu toute là force lorfqu'il eft defcendu dans l'endroit où il » doit fondre le minéral, parce qu'il relie très-long-temps dans le fourneau » avant d'être parvenu à cet endroit ; au lieu que dans un fourneau courbe, » il n’eft que deux heures à defcendre ».
- De la Fonte des Mines de Cuivre , a Brijlol en Angleterre ( i ), par un Fourneau à vent ou de Réverbere.
- Les mines qui fe fondent dans ce fourneau, viennent du Comté de Cornouailles Sc du Devonshire, Sc de la Nouvelle York en Amérique. On les cafle en morceaux de la groffeur d'une petite noix ; la flamme pafle par-deflus, & en procédant lentement, elle commence par fe griller , finit enfuite par fe fondre en matte. Après l'avoir fait couler de nouveau dans ce fourneau, on la grille une fécondé fois de la même maniéré.
- Ce fourneau (2), dit l'Auteur de qui nous empruntons le détail fuivant; eft le même que celui dont nous parlerons dans un inftant, avec lequel on fond aufli la mine de plomb à Flintshire 3 il n'a point de foufflets, ce qui fait qu'on n'a pas befoin de courant d'eau pour le faire agir, & qu'on peut le conftruire auprès de la mine.
- Ses murs font épais Sc retenus tout autour avec de grofles barres de fer ; on fait au-deflbus un canal pour faire évaporer l’humidité du terrain ; leur longueur eft de dix - huit pieds en y comprenant la maçonnerie ; leur largeur de douze pieds , Sc leur hauteur de neuf pieds Sc demi ; le foyer eft élevé de trois pieds au-deflùs du fol de la fonderie : à côté de ce fourneau eft la chauffe où la place du feu ; elle a un foupiraii ou cendrier , Sc une grille de fer; de l'autre côté, on fait un foyer ou baflîn de percée que l'on entretient couvert de feu lorfqu'il en eft befoin : il y a à la face antérieure du fourneau une cheminée qui reçoit la flamme du Charbon de terre après qu'elle a pafle par-deflus le minéral qu'on a étendu fur le foyer ; ce foyer qui eft dans l'intérieur du fourneau, eft fait d'une argile qui réfifte au feu ; c'eft de la terre à pipe , pilée & humeétée avec du fable de mer (3).
- première fonte d’une mine qui a été traitée dans le fourneau de fufion, & qui pafle par piufieurs travaux fubfëquents pour la dégager de piufieurs autres fubftances étrangères qu'elle contient encore , outre le métal qu’on a voulu en tirer.
- On appelle cuivre noir, l’état dernier auquel on tend ^ par les calcinations Sc les fufions réitérées , à réduire toute la mine, en la faifant pafler par des états de matte différents ; on lui a donné
- ce nom, parce qu’ordinairement il fort noir de fa fonte.
- (1) Traité de la Fonte des Mines, par Schlut-ter , Chapitre CIII, page 49 d, Tome IL
- (2) Chapitre XIII, Tome II. page uy.
- (3) Ce fourneau ôc les deux qui vont fuivre, fe rapportent à la Planche XLII de la traduâion de Schlutter , Tome IL
- Le
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- Le foyer de ce fourneau 8c le baflin pour la percée (i), fe préparent avec du fable de mer , & on les chauffe quand ils font finis avec du Charbon de terre ; on y met la mine fans la griller , 8c on la chauffe avec du Charbon de terre , ce qui tient lieu de grillage ; mais on n’y fait entrer d’abord que quatre quintaux de cette mine par l’efpece de trémie qui eft au haut de la voûte du fourneau , puis on ferme le trou de cette trémie ; 8c de quatre heures en quatre heures, on en ajoute une même quantité : il y a à côté de ce fourneau une chauffe ou réyerbere à la grille, fur laquelle on jette le Charbon de terre , dont la flamme entre dans la partie voûtée du fourneau ; elle y grille d’abord la mine, puis elle la fond ; ainfi il fe forme des fcories qu’on retire par une ouverture deftinée à cet objet.
- Quant à la matte, nommée dans ce pays métal crud, on perce toutes les vingt-quatre heures pour la faire couler : on tient ce fourneau en feu quelquefois plus d’un an ; 8c ceft fur le même foyer que l’on grille la mine, qu’on la fond, 8c qu’on raffine le cuivre noir qui en vient à la fin de toute l’opération.
- Après avoir cafle en morceaux le métal crud qui a coulé du fourneau , on en remet deux milliers fur le même foyer, où on le tient pendant dix-huit heures toujours échauffé par la flamme du Charbon de terre : on perce enfuite pour faire couler la matière dans un baflin qu’on fait avec du fable de mer. Cette opération qu’on nomme encore grillage, fe répété huit fois, 8c quelquefois jufqu’à douze, avant d’avoir du cuivre noir : quand ce cuivre commence à paroître , on le fait couler en gros lingots dans un autre baflin aufli préparé avec du fable, enfuite on le remet dans le même fourneau où on le chauffe jufqu’à ce qu’il foit entièrement purifié , après quoi on le fait couler dans le baflin de fable, d’ où on le jette dans l’eau pour le grenailler.
- Fonte des Mines de cuivre d'Ordahlen en Norwege, avec du Charbon de terre
- quon faifoit venir d!Angleterre (2).
- Vers 1726 y quelques Anglois ayant pris à ferme des mines de cet endroit , 8c celles de Konisberg, ils conftruifîrent dans le premier endroit où elle paroiffoit riche 8c mêlée de mine bleue (3), un fourneau à l’Angloîfe de l’efpece dont il s’agit.
- Ces fourneaux , au rapport de Schlutter , ont un trou par-devant pouf retirer les fcories, & à côté , un foyer formé en creux avec du fable, 8c dans
- ( 1 ) Chapitre CIII, tome II, page 496.
- ( 2 ) Traité de la Fonte des Mines , par Schlutter, Tome II, Chapitre XIII, page 11J , 8c Chapitre CIII, page 497.
- ( 3 ) Dite Mine d’azur , Pierre d’azur , Mine de cuivre azurée; Lapis laçuli,LapisCya-neus Antiquorum ; pierre un peu cuivreufe, reflem-
- Charbon de Terre. IL Part.
- blante, dans l’endroit où on la cafle, à du verre, qui tient de la nature du jafpe, 8c dont on prépare pour la Peinture à l’huile, & qu’on nomme bleu £ Outremer : WolterdorfF, la met au rang des Mines de cuivre ; mais tous les Auteurs ne la regardent point comme telle. *
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- lequel on fait, pour cette fonte des mines de cuivre, des traces oblongues , dans lefquelles la matte & le cuivre noir fe moulent en barres.
- Voici le détail de conftru&ion que l’Auteur donne de ce fourneau (i)„
- Il y a dans ce fourneau au-deiïus des canaux pour l’humidité , un fol de terre d’un pied d epaiffeur ; fur ce fol , un lit de fable de mer tamifé & humeété. Ce lit de fable eft épais d’un pied quatre pouces autour de fes bords, & feulement d’un pied dans le milieu, avec une pente vers la percée ; par-deffus ce lit, on met du verre pilé qui étant fondu dans la fuite, enduit lé baffin d’une efpece de vernis. On n’y laifïe pas éteindre le feu ; & quoiqu’on y fonde rarement deux jours de fuite , il n’en coûte jamais tant à y entretenir le feu , qu’à le chauffer quand on l’a laiffé refroidir. On peut le chauffer pendant les trois ou quatre premières heures avec du bois, pour le grillage de la mine ; mais enfoite on n’y emploie que des Charbons de terre qu’on fait venir d’Angleterre. Le baffin pour la percée fe fait avec du fable , & l’on a foin de le bien chauffer.
- On ne grille pas les mines avant que de les mettre dans ce fourneau on les pulvérife & on les y jette crues, fans y ajouter d’autre fondant qu’un* peu de fel qu’on a foin de répandre fur la mine. Si la fonte parolt rebelle, on y met quelques baquets de vieilles bouteilles caflees ; on attend que le fourneau foit bien chaud pour y faire tomber par le trou de la trémie dix à douze quintaux de minéral, & l’on referme ce trou auffi-tôt; puis avec du bois on fait un feu doux pendant trois ou quatre heures, remuant le minéral avec un rable de fer, jufqu’à ce qu’il foit fuffifàmment grillé ; enfuite on ferme le fourneau avec une porte de fer garnie de left ; alors on chauffe vivement avec le Charbon de terre, ce qu’on continue jufqu’à ce que la mine fe foit mife en fuGon. Si le charbon de la chauffe ne donne pas allez de flamme , on le remue fur la grille avec un ringard (2) ; on retire les foories qui fe forment avec le rable, & quand il n’en refte plus que très-peu , on fait couler la matte dans le baffin de percée. La fonte de ces douze quintaux de mine dure dix ou douze heures, au bout defquelles on en remet dans le fourneau dix à douze autres.
- On ne grille pas la matte crue fur des grillages ordinaires ; mais après avoir ramaffé celle de plufleurs fontes, & l’avoir calïee en morceaux un peu menus, on en met dix à douze quintaux dans le fourneau, & l’on chauffe doucement pendant trois ou quatre heures, remuant h matière de temps en tempr avec le^rable; c’eft ce qui tient lieu du grillage : enfuite on ajoute des foories pilées & lavees, puis on fait le feu avec du Charbon de terre pour fondre la matière ; on retire les foories, & l’on perce pour faire couler cettp
- (1) Chapitre ClII, tome II, page 49S. J déferré le devant du fourneau, & donne aux {2) Afin d’aider la réparation du me'tal ; cela J crafes la liberté de fortir.
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- fécondé matte ; on répété la même manœuvre huit ou dix fois, & ion a du cuivre noir.
- Le cuivre noir, provenant de toutes ces fontes , fe rafine comme on Y a dit dans le même fourneau , où Ton fait le feu le plus violent, en remuant fouvent le Charbon de terre fur la grille : le déchet du cuivre noir dans le raffinage , eft de huit livres par quintal. On brûle pendant le travail entier, de douze heures en douze heures , fix ou fept bariques de Charbon de terre. A Tégard des fcories de toutes ces fontes , après les avoir pilées & lavées, comme on la dit ci-defîùs, on les met au fourneau avec la matte crue.
- Fonte des Mines de Cuivre de Konisberg en Norwege (i).
- Le fourneau efl pareil au précédent ; mais le travail fut, à quelques égards, différent de celui qui vient d’être décrit : on prit pour la fonte de la mine de cuivre ferrugineuje , de la mine de plomb mêlée de blende, dont le quintal tenoit une once deux gros d’argent, trois livres de cuivre & dix-huit livres de plomb. Ces mines n’étoient ni triées, ni lavées, mais feulement caflees de la grofleur d’une petite noix ; on fît le baffin dans le fourneau avec du fable qu’on n’avoit point fait venir d’Angleterre, & qui ne tenoit point de fer ; puis on le chauffa doucement avec du Charbon de terre mis fur la grille du réverbere ; enfùite on mit fur ce baffin du verre pilé & des fcories de cuivre , & 011 augmenta le feu pour fondre ces matières ; on jetta par-deflùs douze quintaux de mine concaffee, & on ne fit qu’un feu doux pendant quatre heures ; puis on l’augmenta jufqu’à ce qu’elle fût en fufion, & on fit fix percées pendant les vingt-quatre heures : il en vint de la matte riche en cuivre , mais point d'œuvre ; ainfi on n’eut point l’argent de cette mine , on brûla pour ces douze quintaux de mine trois banques & demie de Charbon de terre.
- On mit enfùite quinze à dix-huit quintaux de matte crue fur le même foyer ; on la grilla à feu doux jufqu’à ce qu’elle parût fpongieufè & percée d’une infinité de trous; enfùite on la chauffa à grand feu pour la fondre & lui faire rendre fon cuivre noir. Ayant amaffé douze quintaux de ce cuivre noir, on le raffina dans le même fourneau avec le feu le plus violent.
- Fonte de la Mine de Cuivre de Sain Bel en Ly onnois ( 2 ) , avec des braifes de Charbon de terre, en ijôÿ, par M. Jars (3).
- » Le 7 Mars 1769 , à deux heures & demie après midi3 on commença
- (1) Traité de la Fonte des Mines de Schlutter, tome II, Chapitre CIII, page 500.
- (2) Le minéral de cuivre de Sain Bel eft ferrugineux : M. Piganiol de la Force, dans fa Defcription de la France, dit qu’une partie fe trouve dans une pierre d’ardoife, l’autre dans une pierre fabîoneufe femée de petites pointes dont il exifte plufîeurs filions, & que c’eft la
- même mine qu’à Cheyfîy , où la bonne mine eft tantôt noire , tantôt verte, appellée Malagiotte, & qu’il y en a auffi de la bleue , comme l’Outremer.
- (3) Voyages Métallurgiques , quinzième Mémoire, page 333 ; & page 10 des Additions & Corre&ions à l’Art du Charbonnier.
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- y> la fonte de comparaifon dans deux fourneaux courbes ou à manches, d’une yy grandeur femblabie , & allant d’une égale vîtefle ; on garnit l’un en yy charbon de bois ordinaire, & l’autre en coaks (i). La fonte fut continuée » jufqu’au 18 à la même heure ; elle avoit été interrompue pendant » treize heures le Dimanche 12 , pour préparer & refaire les baflins » d’avant-foyer & de réception : on employa donc pour le total de la fonte » cent quatre-vingt-deux quintaux de minerai, mêlé de la mine du pilon & » de celle de Chevinay (2) , rôtis à quatre feux, fuivant l’ufàge ».
- Il réfulte de cette fonte de comparaifon , qu’avec une quantité de coaks coûtant fept cents vingt-fept livres, on a retiré en deux cents cinquante-une heures, de flx cents foixante - douze quintaux de minerai , cent quatorze quintaux de matte ; & que d’un fourneau garni de charbon de bois , dont la dépenfe fut fept cents quarante-deux livres douze fols , on retira dans le même efpace de temps de cinq cents dix quintaux de minerai, quatre-vingt-neuf quintaux de matte ; que par conféquent le coaks procure une épargne de temps & de dépenfe, ( le prix du coaks étant dans le lieu de l’expérience deux livres quatre fols la voie , & celui du charbon de bois, deux livres fept fols. )
- M. Jars, dans le compte détaillé qu’il a publié de cette opération, a obfervé que le fourneau ou on a fondu avec les coaks, a été plus endommagé que l’autre , c’eft-à-dire, l’ouvrage , & qu’il s’y efl formé dans l’intérieur des cavités plus grandes ; ce léger inconvénient produit par la plus grande aéHvité du feu efl: peu de chofe en comparaifon des avantages qui réfuL tent de l’ufage de cette matière ; toutefois pour le prévenir en partie , on peut mêler les coaks à moitié ou au tiers avec le charbon de bois : cela fe pratiquoit depuis dans les Fonderies de Sain Bel, & on en avoit reconnu un bon effet.
- On comprend aifément, dit M. Jars, que le mélange dans la fonte de deux matières combuftibles, ne donne pas les mêmes avantages que l’emploi des coaks fiuh ; mais ils feront toujours aflez grands pour les faire préférer à tous égards au charbon de bois fans coaks.
- Les Ouvriers Fondeurs en ont remarqué la différence , & donnent la préférence au mélange pour avoir une fonte plus égale ; d’ailleurs il efl: con£ tant que de quelque maniéré qu’on emploie les braifes de Charbon de terre f ils accélèrent la fonte des matières ; les fourneaux fupportent une charge plus forte de minerai fans augmenter la quantité de charbon, & la dépenfe eft moindre.
- (1) On doit remarquer que la Houille convertie en braife , étoit, félon l’expreffion de M. Jars, une Houille choijîe.
- (2) Tout ce quartier, vis-à-vis Saint - Pierre de Chevinay Sc Sain Bel , dans les Montagnes de Saint-Bonnet - le - Froid , eft couvert d’une
- argille fine, durcie, & d’une marcaffite cuivreufe grife : il renferme auffi une pierre duxe avec des paillettes cuivreufes. Etat des Mines de France ,par M. Hellot , premier volume de la traduction de Schlutter f page 30.
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- Une autre obfèrvation très - eflentielie , c'eft celle du degré de chaleur qu’acquiert la matte ou irsafïe réguline dans l'intérieur du fourneau, pendant le cours de la fonte, dont il a fait plufieurs fois la comparaifon dans les percêé de l'avant-foyer , ou baflîn de réception ; de cette augmentation de chaleur , réfulte un très-grand avantage , on conçoit que la matte plus échauffée fe purifie'& fe dégage d'autant plus des parties felphureufes qu'elle renferme; on l'obtient à la vérité en moindre quantité , mais elle eft plus riche en métal, doù naît néceffairement l'économie du bois dans les rôtiflàges qui fuivent l'opération, & du charbon dans les fontes.
- Raffinage du Cuivre par le feu de Charbon de terre crud, ou de fes braifes.
- Des expériences de M. Jars, il fuit que les braifes de Charbon de terre ont leur utilité pour les ouvrages qui fe jettent en fonte , & que leur ufàge eft très-bon pour Vaffinage des mattes (i).
- Le raffinage des matces ou raffinage du cuivre , n'eft autre chofe que la fonte par laquelle on diffîpe ce qui le conftitue cuivre noir , pour le conduire de cet état à celui de cuivre de rofette. M. de Genflàne eft dans l'opinion que cette fonte réuffit parfaitement au feu de Charbon de terre, il prétend même qu'elle s'y améliore, par un effet de la propriété qu’a toute matière bitumineufe d'augmenter le phlogiftique des métaux (2). Il n'eft point de notre objet d'examiner cette raifon fur laquelle M. de Genflane fonde fon fentiment ; il eft bien vrai que la flamme fournie par une matière très-bitu-mineufe, donne une très-grande chaleur ; mais l'expérience laifle tou joues de grandes prélomptions contre la qualité avantageufe du phlogiftique du Charbon de terre , qui détruit une partie du métal ; & on obferve que la mine de cuivre près de Wiederftal, qui eft affez fufible, & mêlée d'un peu de Charbon de terre, rend plus de matte que les autres.
- Quel que foit le principe contenu dans le Charbon de terre, & favorable à l’affinage des cuivres, la perfuafion où eft M. de Genfànne à cet égard , l'a engagé à détailler dans fon ouvrage la conftruétion d'un fourneau de réverbere propre' à cette opération, & qui eft différente de celle des fourneaux fervis au feu de bois (3) : il ne s’agit, félon lui, que de connoître le degré de finefle du cuivre ; il donne fur cela les principaux indices qui caraéiérifent ces degrés: il ne s’agît encore, feivant lui, que d’être prévenu que ce métal exige un feu plus vif, & le plus court poflible.
- (1) Affinage fe dit généralement de toute manœuvre par laquelle on fait palier une portion de matière folide fur-tout,quelle qu’elle foit d’ailleurs , d’un état à un autre, où elle eft plus dégagée de parties hétérogènes, & plus propre aux ufages •qu’on fe promet.
- (2) Chapitre V. page' 148^ tome I.
- Charbon de Terre, II, Part. I 14
- (3) Tome I, Chapitre IV. page 74, & Chapitre V, page 138. L’Auteur annonce aufîi ce fourneau propre à plufieurs fortes de fontes , telles que la fonte du mélange du cuivre avec le plomb, pour la liquation ôc pour la fonte des cloches.
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- Liquation du Cuivre.
- O n comprend fous ce titre les différentes opérations à faire pour féparer du cuivre fondu & moulé en tourteaux ou gâteaux , ( nommés pains de liquation ), l’argent qu’il peut contenir, M. de Genflane dit qu’elles peuvent s’exécuter facilement dans le fourneau dont nous avons fait une fimple mention, page 700 ; nous nous fommes bornés suffi alors à en repréfenter feulement trois parties, Figure 1,2 & 3, Planche XXXV* Nous achèverons d’en donner ici une idée par le détail de ces trois figures, d’après l’Au--teur même (1),
- On voit dans la figure 1, le centre du fourneau en R, d’où la rigole qui doit régner de chaque côté fur le milieu du fourneau , part en Q > au bas de la porte de la coulée T, depuis l’extrémité G H de la chauffe, jufqu’à la porte de la coulée.
- Les pains de liquation devant être pofés de champ fur les plans inclinés du canal, & leur configuration s’oppofànt à ce qu’ils puiflènt fe foutenir dans la fituation qu’ils doivent avoir dans le fourneau ; ils tomberoient les uns fur les autres : il en réfulteroit à la fin de l’opération un très-grand embarras, pour féparer les tourteaux les uns des autres.
- On obvie à cet inconvénient par le. moyen de chevilles de fer enduites de terre grajtfe, enfoncées de fix à fept pouces dans le mur du pourtour , Sc contre lefquelles les pains de liquation s’appuyent & font maintenus en fujétion ; une affife de briques de quinze à feize lignes d’épaifleur for quatre pouces demi environ de largeur, eft rangée tout au pourtour, de maniéré qu’il refte entre ces briques un vide d’un bon pouce & un quart , comme on peut le voir en a b, fig. 3 ; par-deffos on met une féconde affife de pierre ou de briques, ce qui forme autant de trous, dans lefquels on enfonce les chevilles de la moitié de leur longueur, & contre l’excédent defqueiles on appuie les tourteaux à mefore qu’on les range dans le fourneau ; de cette maniéré les pains fe touchant du côté de la chauffe par un feul point de l’extrémité de leur difque, font retenus par les chevilles à l’autre extrémité, & il refte entre eux affez de jour pour que la chaleur s’y introduife, & les pénétre par-tout également. -
- A deux pouces ou environ au-deffus des chevilles, on pratique trois pbrtes ou ouvertures V, V9 T, Fig. 1, de cinq pouces de largeur , fur quatre de hauteur en dedans du fourneau, & de la même hauteur en dehors fur quinze pouces de largeur : ces fenêtres font uniquement pour examiner comment le tout fe pafle dans le travail, & voir s’il faut augmenter ou diminuer le
- bon de terre, Chapitre VI, Tome I,page 1^9;
- (1) Devis Sc proportions d’un fourneau propre à la liquation du cuiyre, par le moyen du Char-
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- ET DE SES MINES. IL Part, ^9 feu ; Sc comme le couronnement du fourneau fe termine à quinze pouces au-deflus du plan incliné , Sc que ce couronnement doit être fait, autant qu il eft poflible , avec de bonne pierre de taille , il fera bon de tailler ces portes dans 1’épaifleur même de ces pierres.
- Outre ces portes , il faut encore percer dans ces mêmes pierres quatre ouvertures S, de trois pouces de largeur fur huit de longueur ; ces quatre ouvertures doivent prendre naiffance dans Fintérieur du fourneau à la même hauteur des portes, Sc fortir par-deflus le fourneau fur le bord du commencement ; elles fervent tout à la fois & de cheminée Sc de regiftre à ce fourneau ; car lorfque le feu devient trop violent, on bouche ces ouvertures en gliflànt une brique par-deffus, Sc on les ouvre lorfqu’on veut augmenter le feu ; de cette maniéré , pour peu qu’on lâche ménager le charbon, on donne à ce fourneau tel degré de feu qu’on peut fouhaiter.
- La figure 2 , eft relative au chapeau : ce couvercle, formé en voûte, eft mobile , pour pouvoir l’ôter toutes les fois qu’il eft queftion de faire quelque réparation dans Fintérieur du fourneau , ou de charger le cuivre.
- Il doit porter de trois pouces tout à l’entour fur le couronnement du fourneau ; Sc comme ce couronnement a quinze pouces d’épaiffeur, Sc que le fourneau a quinze pieds Sc demi de diamètre, il s’enfuit que le diamètre du chapeau doit être de fept pieds & demi de dehors en dehors ; & qu’en outre il doit former une calotte ou courbure en axe de quinze pouces au plus a en conféquence le cercle E, jig. a, de fept pieds Sc demi de diamètre, fe forme avec des plates-bandes de fer de deux pouces de largeur fur quatre lignes d’épaifleur, pofées de champ, bien rivées & foudées les unes au bout des autres. Alors on prend quatre autres barres de la même force Sc de longueur fuffifante que l’on coule, de maniéré quelles forment le bombement ci-deflus: ces quatre barres doivent enfuite être affemblées par le milieu avec un fort rivet, de forte qu’elles forment huit rayons a9 b d, e, Sc c. jig. 2 , qui viennent s’alTembler à égale diftance fur le cercle ci-defliis, de la maniéré qui vient d’être décrite ; puis on fait un fécond cercle Z, avec des plates-bandes de pareille force qui s’attachent avec de bons rivets fur le milieu de chaque rayon, de maniéré que dans Fentre-deux des rayons, ce cercle foie un peu enfoncé, afin que la furface de deffous foit au niveau de celle des rayons.
- On paflè enfuite quatre forts crochets au travers de quatre trous, qui doivent être percés aux extrémités oppofées de quatre de ces rayons, dont la courbure h doit faillir par - deflus , & où ils doivent être retenus par de fortes têtes qui fe trouveront au-defïus : on pafle dans ces crochets les anneaux des bouts de deux fortes chaînes G G, qui vont fè croifèr au point m9 où elles font faifies par un autre crochet F, dont la longue tige eft retenue par un boulon placé dans un œil au - deflus d’une bafcule deftinée à élever le chapeau , Sc qu’il eft facile de fuppofer ici, ainfi que l’autre petite grue
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- deftinée à porter les points de liquation dans le fourneau, & à les y arranger commodément, au moyen d’une corde dont on ne voit qu’une partie.
- La cage du chapeau .étant ainfi aflemblée, on a de la forte tôle, nommée tôle à porte-cochere, dont on couvre toute la furface du defîbus de la cage y en l’attachant aux rayons avec de bons rivets placés de deux en deux pouces y au moyen de trous faits préalablement fiir toute la longueur du cercle du milieu Sc des rayons ; il faut obferver que les têtes de ces rivets doivent être fabriquées de maniéré qu’elles faillent d’un bon pouce par-deffous hors de la tôle : ces têtes ainfi {aillantes, qui ne fe trouvent point allez marquées dans la figure, fervent à contenir le lut dont le chapeau doit être enduit $ Sc comme on chaffe ces rivets à force de coups de marteau qui applatifîènt Sc écachent un peu l’extrémité de leurs têtes , c’efl: ce qui les rend d’autant plus propres à l’ufage auquel ils font deftinés. i
- A mefure que l’on ajufte les feuilles de tôle fur les rayons de la cage, on doit avoir foin de les courber un peu, afin que le tout prenne la forme <î’un fègment de fphere concave.
- Le caffin de coulée Yyfig. i, & jîg. 2.
- Le caffin dans lequel fe rend le plomb féparé du cuivre par la liquation Sc tombé dans le canal , eft formé de trois pierres , ayant chacune deux pieds de hauteur fur 22 pouces de largeur, & y à 6 pouces d’épaiffeur.
- Elles doivent être pofées de champ fur leur hauteur, Sc enterrées de fix bons pouces, enfbrte quelles forment une efpece de coffre B , D9N> Py jîg* 2 , qui faillira hors de terre de dix-huit pouces , Sc dont le defîus fe trouvera prêcifément de niveau avec le bas de la porte de la coulée ; on remplit enfuite ce coffre de brafque pefante , bien taffée Sc pilée jufqu’à ce que le tout foit d’une confîftance bien dure Sc compaéte, dans laquelle on creufe le calîin Y, avec une efpece de couteau courbe, Sc auquel on donne dix-huit à vingt pouces de diamètre , fur huit à neuf de profondeur, en le faifànt un peu empiéter dans la retraite N$ P, qui fait partie du coffre.
- Afin de procurer au canal une pente qui puifle déterminer le plomb à fè rendre tout de fuite dans le caffin à mefure qu’il abandonne le cuivre, fans féjourner dans le canal , on le garnit de brafque empilée & entaffée, de maniéré que cet enduit, fans aucune fente ni gerçure, formant le fol du canal, foit à 2 pouces de fbn bord en Q, h, fig. 1, & aille en pente vers Q9qy où il doit être à 9 pouces des bords du canal, & finit enfuite en baillant vers la coulée 7*, ou il doit joindre la brafque du caffin.
- Fabrique de Laiton.
- Pour les fourneaux propres à la fabrique du Laiton , on peut indifféremment employer le Charbon de terre , ainfi qu’il fe pratique dans le Duché de
- Limbourg^
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- ET DE SES MINES. II. Part.
- Limbourg, à Stolberg, dans la Thuringe , à Namur , & à Baptift-Mills près de Briftol en Angleterre, où il fe fond chaque année jufqu’à trois cents tonnes de laiton (i).
- M. de Genfîâne a décrit dans le plus grand détail les fourneaux de ces différentes Manufactures , Sc la éclairci par plufieurs planches (2). Toute cette partie eft bonne à confulter.
- Nous nous bornons ici à faire connoître une pratique particulière employée à Baptift-Mills , pour exalter la couleur du laiton , par une chauffe qu’on lui donne avant de le foumettre à l’aétion des martinets (3) ; le fourneau employé à cet ufàge (4) * & qui eft chauffé avec du Charbon de terre, eft long & large de cinq pieds en quatre, de quatre pieds de hauteur, & voûté intérieurement ; les parois ont un pied Sc demi d’épaiffeur ; fur les côtés du fourneau & à la naiifance de la voûte, il y a deux trous par lefquels darde la flamme de la Houille, Sc qui peuvent s’ouvrir ou fe fermer , félon que l’on a plus ou moins befoin de vent pour entretenir l’aétion du feu. La chappe de ce fourneau qui a trois ou quatre pieds de long fur deux de large, eft conftruite de barres de fer de fonte de fix à fept doigts d’épaiiïeur , Sc pofe fur des roulettes ; il y a encore d’autres barres de fer placées dans là longueur du fourneau,' Sc recouvertes d’argille, fur lefquelles on arrange l’un fur l’autre, & deux à deux les creufets qui contiennent le laiton : ces creufets font recouverts de deux couvercles bien lutés , Sc on les porte dans le fourneau par le moyen d’un levier ; il y a au-devant du fourneau une porte quarrée de fer, qui s’élève Sc s’abaiffe avec une chaîne : on tient ainfi les creufets pendant deux ou trois heures à une chaleur égale Sc toujours la même,
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- Orfèvrerie.
- O n a vu dans un attelier confldérable les cinders employés avec avantage par un Orfèvre (5) ; il avoit un fourneau à vent au-defliis duquel étoit une cheminée pour établir un grand courant d’air; les creufets dont il fe fervoit, étoient des creufets d’Allemagne ordinaires où il mettoit l’argent. Dans un de ces fourneaux, il plaçoit fon creufet Sc rangeoit des cinders tout autour,' comme ailleurs on difpofe le charbon de bois ; l’opération eft un peu plus longue, parce que les cinders font un peu plus difficiles à allumer, mais ces braifes donnent un feu très-vif Sc une flamme peu différente de celle du charbon de bois j d’ailleurs elles produifent abfolument le même effet , Sc
- (1) La tonne équivaut à 3900 livres pefant, ou dix-neuf quintaux & demi, fuivant le poids de Cologne. On doit obferver que la Calamine d’Angleterre fe tire d’une mine de plomb , & qu’elle eft en grande partie chargée de ce métal, accompagnant conftamment la mine, & y étant adhérente.
- (2) Tome IL, Chap. V & VI, page 51 , Chap, XII, page 108, Chapitre XV, page 128.
- (3) Il eft peu d’endroits, félon M. de Genf-
- fane , où l’on faffe du laiton d’aufli bonne qualité, & aufti haut en couleur, qu’à Baptift-Mills.
- (4) Extrait de Swedemborg, traduit par feu M. Baron , de l’Académie des Sciences, dans la Defcription de l’Art de convertir le Cuivre rouge ou Cuivre rofette, en laiton ou Cuivre jaune, page 49.
- (5) Voyages Métallurgiques , dixième Még moire, page 212.
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- Charbon de Terre. IL Part.
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- *232 DU CHARBON DE TERRE
- l’on en confomme moins à proportion : on s’apperçoit très-peu de la différence du temps , fi Ton a plufieurs fontes fucceffiyes à faire.
- Plomberie.
- Fotite de Flomb a Fintshire, Principauté de Galles , dans un Fourneau
- de réverbere nommé Cupol.
- Cê fourneau d’ufàge à Fintshire, Principauté de Galles, efl: le même que celui employé à Briftol , pour la fonte de la mine de cuivre, & que nous avons décrit précédemment. Le minerai fe met fur un plan couvert d’une voûte ovale, qui a fans doute fait donner à ce fourneau le nom de cupol, mais qui efl: oblongue, 8c comme une cheminée couchée.
- Le foyer où fe mettent les charbons, efl: à l’uri des bouts de cette voûte avec qui il communique par une ouverture. Le métal fondu va fe rendre dans un creux qui efl: à côté ; la maniéré dont s’opère cette fonte par le fèul feu de la flamme qui ne touche point au charbon , s’entendra facilement au moyen du détail de la conftruélion du fourneau & de l’opération, que Schlutter en a publié (i).
- Sur le fol de maçonnerie, il y a un lit fort épais d’argille qui réfifte au feu, & fur lequel on forme un foyer avec du fable de mer & de la terre à pipes bien mêlés enfemble, pilés & humeéiés.
- On trie la mine fur le lieu même de l’extraélion ; on porte au bocard ce qui efl: plein de gangues pour en avoir le Schlich (2), 8c l’on met le tout, fans être grillé, dans le fourneau par une efpece de trémie qui le trouve dans fa voûte, & qu’on referme auffi-tôc qu’on a fait entrer le minéral, dont on met deux ou trois tonnes à la fois : la matière demeure dans ce fourneau , depuis vingt jufqu’à trente heures fans fe fondre, ce qui lui donne le temps de fe griller ; lorfque cette quantité efl: fondue, on la fait couler par une ouverture qui efl: à l’un des côtés du fourneau , dans un baflîn de réception formé avec du fable de mer, puis on remet de la mine dans le fourneau pour une autre fonte, ce qu'on continue tant que le fourneau peut fervir (3) ; on ajoute quelquefois de la chaux vive ou du Ipath , ou d’une autre forte de pierre blanche qui fe trouve dans le pays, 8c dont on fe fert pour la fonte des mines d’argent 8c de cuivre , quand elles font difficiles à fondre ; parce que fans çes abforbants des foufres, toutes ces mines deviendroient fi pâteufes, que le métal ne pourroit jamais s’en féparer, & l’on efl: même obligé dans quelques endroits de l’Angleterre d’ajouter de la ferraille pour faire couler le plomb de fa mine.
- (1) Chapitre LX, page 35*3, Tome IL (2.) Les Allemands appellent Schlich ou Chlique, !e minerai en poudre, lavé & préparé de maniéré qu’on n’a plus qu’à le faire griller s’il en a befoin, & le porter au fourneau j alors on lui
- joint les fondans nécefîaires, & on le mêle avec du charbon.
- (3) B peut travailler plus d’un an de fuite fans être conûdérablement endommagé.
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- ET DE SES MIN ES. U. Part: 1233
- Depuis quelques années (i) on fo jfèrt d’unfondant qu’on nomme Kole (2)* Ce fourneau de réverbere a une chauffe garnie d’une grille , fur laquelle on jette le charbon : le feu excité par l’air , qui entre fous cette grille par le cendrier , donne une flamme qui pafle de la chauffe dans le foyer , où on a étendu le minéral, & comme la cheminée eft à l’autre extrémité de ce foyer , & vis-à-vis la bouche de la chauffe, cette flamme circule fous la voûte du fourneau, grille le minéral & le fond. On retire avec un fer une partie des fcories de cette fonte , le relie coule avec le plomb dans le bafîïn de fable ; on le leve de ce bafîin pour le mouler en fàumons ou culots de 250 à 300 livres. Communément 500 quintaux de mine rendent 300 quintaux de plomb bon à vendre.
- Fonte de la Mine de Plomb en Ecojfe , avec la Tourbe
- & le Charbon de terre.
- Schlutter remarque (3) qu’il y a en Ecolîe trois fortes de mines de plomb ; la première , nommée Lump lead> qui efl: prelque plomb pur (4); la fécondé, Swelling lead ou Smethom , efl la mine triée; la troifieme , efl la mine pauvre (j) : on ne fond point la première ni la féconde j on les vend aux Potiers de terre pour vernir leurs poteries (6)•
- L’Ecrivain qui nous fournît la matière de toute cette Métallurgie au feu du Charbon de terre, a appris (7) de deux Seigneurs Ecoflois, qui faifoient travailler eux-mêmes aux mines de ce pays , que ces fourneaux font de fer fondu, dont les pièces font ajuftées enfemble ; que leur profondeur horifontaîe efl de 20 pouces fur 15 de largeur , & qu’ils ont 2 pieds de haut ; qu’il y a au bas du fourneau une plaque de fer qui panche un peu vers le devant ; que cette plaque a une efpece de rainure creufe, qui fort à faire couler le plomb dans un pot de fer que l’on met devant, & d’où on le puife pour le verfer dans des lingotieres ; enfin, que les foufflets font placés derrière ces fourneaux, comme le font ceux du Hartz* ' Comme on n’emploie pas de brafque (8) à préparer ce fourneau, on y met
- (1) En datant de l’année 1738 , qui efl celle de la publication de l’Ouvrage de Chriflophe-André Schlutter, à Brunfwick, en 2 vol. in-fol. fous le titre : Inflruftion fondamentale des Fonderies & Fontes > ôcc.
- (2) L’Auteur, en parlant ici de cette fubf-tance, ne la fait connoître que d*une maniéré très-vague. C’éft, dit-il, une matière noire, légère, qui fe trouve avec le Charbon de cerre , dans la Province de Galles & dans la Cornouailles. 'A l’article où il traite de la Fonte d’étain, dont nous dirons un mot, il ajoute que cette matière différé du Charbon de terre ordinaire, en ce qu’elle a bien moins de foufre, & que l’huile qu’elle renferme, efl moins inflammable, qu’elle a par conféquent moins de phlogiflique. Ces différents cara&eres fe rapportent affez au charbon Kulm. Voy. ce que nous en avons dit 9 page 4
- de la première Partie, & page 445-* de la fécondé.
- (3) Chapitre LV, page 323.
- (4) La dénomination Angloife pourroit fe rendre par le mot de mine en rognon.
- (y) On appelle mines pauvres, celles qui contiennent trop peu de métal, ou qui font réfractaires.
- (6) C’efl vraifemblablement la galene ou mine de plomb en cubes, qui efl la mine de plomb la plus ordinaire, appellée dahs le commerce Al-
- QUtFOULX»
- (7) Tomeî, Chapitre X, §. 17?page p8 , ôc Chapitre LV, page 325*.
- (8) Couche dé frafinféché, c’efl-à-dire, de charbon de terre en poudre , quelquefois mêlé avec de l’argille, ôc diflinguée alors de la première , appellée brafque legere, par le nom de brafque pefante.
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- DU CHARBON DE TERRE
- une plaque de fer qui a une rainure en forme de trace , pour faire couler le plomb fondu dans un pot de fer, fous lequel il y a toujours du feu.
- Pour fondre le minéral, on le mêle avec de la chaux.
- En 8 heures on fait pafler par ce fourneau environ 20 quintaux de minéral $ qui rendent 10 à 12 quintaux de plomb :on tire ce plomb du pot de terre pour le couler en petits faumons, & le vendre.
- Affinage du Plomb en Angleterre.
- L’affinage du plomb, c’eft-à-dire, la féparation de l’argent qu’il renferme^ a pafle par différents degrés de perfeétion, avant de parvenir à celui où il eft aujourd’hui.
- Par la méthode qui eft encore en ufage dans toute l’Allemagne, 8c qu’ont appelle en conféquence affinage à UAllemande , ou affinage fous le chapeau (1) i on réuflit à diminuer beaucoup la perte du plomb occafionnée par Y affinage fous bûche ; mais cette perte ne laiffe pas encore que d’être confidé-rable (2).
- Cet inconvénient & la difette de bois, ont fait imaginer aux Anglois des coupelles qui fe chauffent avec du Charbon de terre dans des fourneaux , fur le fond defquels elles font adaptées (3),
- La flamme roule par-deffus le plomb & la coupelle : afin de refroidir & de changer en litharge le plomb, qui, comme les autres métaux imparfaits, ne peut point fe vitrifier fans le contaél de l’air, les foufflets foufflent en croix fur le plomb : ce moyen réuflit d’autant que dans le fourneau qui fut imaginé , le plomb fe convertit prefqu’entiérement en litharge , & qu’il s’en imbibe très-peu dans la cendrée, & que l’affinage y dure beaucoup moins. M. de Genflàne donne les proportions de cette efpece de fourneau , & la maniéré de le conftruire (4) ; mais il eft compofé d’un grand nombre de parties auxquelles on ne fauroit trop faire attention en le conftruifànt ; néanmoins M. de Genflàne eftime qu’elles ne nuifent en rien à fa fimplicité, étant toutes à demeure, excepté la coupelle.
- Nous nous en tiendrons ici à la defcription tirée de l’Ouvrage de Schlutter (j).
- Le fourneau dont on fe fert ordinairement, & tel qu’il avoit été conftruit
- (1) Par rapport à une efpece de grande calotte de fer , dont on couvre le fourneau, comme dans celui repréfenté, Planche XXXV. Figure 2.
- (2) M. de Genffane a vu des affinages faits de cette maniéré, où la perte du plomb a été jufqu’à 32 pour 100; & on regarde ces fortes J d’opérations comme très*bien faites , lorfque cette perte ne va qu’à 25 pour 100,
- (i) Cette coupelle étant mobile, il eft à propos,
- comme le remarque M. de Cenffiane, d’en avoir toujours au moins deux, afin que fi pendant le travail, il arrivoit quelqu’accident à l’une, on puiffie lui en fubflituer une autre.
- (4) De la conftru&ion d’un fourneau de coupelle, propre à féparer l’argent du plomb par le feu de Charbon de terre, Tome V, Chapitre VIIIy page 15)8.
- (<) Tome I, Chapitre IV, page $6.
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- ET DE SES MINES. II. Part. ïi3£
- à Pompéan en Bretagne, a y pieds de face, fur 4 pieds & demi de hauteur , & (5 pieds de longueur, à prendre du côté par lequel la litharge coule.
- La profondeur de la chauffe eft de 4 pieds en terre, & de trois pieds au-deflus de la terre : dans le milieu, à 2 pieds & demi d élévation de terre, eft la porte par laquelle on met le charbon.
- Cette porte a 16 pouces d’embrafure , réduite à 8 pouces en quarré en dedans delà chauffe. Le foyer a 18 pouces de large & 2 pieds de long: il a 1 pied de hauteur au-deflus des barres, formant la grille, jufqu’à l’iflue ou fortie de la flamme. Cette iflue de la flamme qui réverbere fur la coupelle % eft de 18 pouces d’ouverture en dedans, & de 7 pouces de hauteur, réduite à 4 pouces en dedans, fur 22 pouces de largeur aufll en dedans. L’efpace dans lequel on difpofe la coupelle fur deux barres de fer enclavées dans les murs du fourneau, eft de 2 pieds & demi de large, fur 21 pouces de hauteur -, de façon que la coupelle doit être de 3 pieds 2 pouces en fa plus grande partie ovale, & de y pieds .5 pouces en fà plus petite. Il y a au-defîus de l’efpace de la coupelle, deux trous de 4 pouces chacun en largeur, fur 2 pouces & demi de hauteur, au niveau de l’iflue de la flamme; c’eft par ces deux trous que la flamme eft portée dans la cheminée du fourneau. Le tuyau de la cheminée, de dedans en dedans , eft d’un pied quarré l9 & en dehors, de y pieds quarrés de mafle : la porte par laquelle s’écoule la litharge , a 16 pouces d’embrafure en dehors, réduite à 8 pouces en dedans , fur 7 pouces de hauteur : au-deflus de cette porte, eft une iflue pour la fumée & pour les foufres du charbon, chafles par le vent du foufflet dans une petite cheminée d’un pied de diamètre en dedans. Ce petit tuyau communique à celui de la malle , par une ouverture qui y eft pratiquée à 8 pieds de hauteur de têrre : derrière ce fourneau , font d’un côté l’entrée du foufflet, & de l’autre, l’entrée du plomb en barres que l’on met à l’affinage j ces ouvertures ont chacune 6 pouces en quarré en dedans ; celle du plomb a 2 pieds & demi d’embrafure à prendre au milieu. Tous les murs de ce fourneau ont 16 pouces d’épaifleur ; ils font faits de briques du pays en dehors, & en dedans, de briques que les Anglois qui travailloient à Pompéan faifoient venir de Windfbr.
- Affinage du Plomb , en Ecoffe 3 par le feu du Charbon de terre,
- O N fond beaucoup de plomb en Ecofle ; mais on en affine peu, parce quil n eft pas riche en argent, d’ailleurs le bois, & par conféquent les cendres y manquent : quand néanmoins on y trouve du plomb aflez riche pour être regardé comme œuvre (1) , on l’afEne au feu de Charbon de terre, par la
- ( 1 ) Quand le plomb a été fondu avec le cuivre dans le fourneau , les deux métaux que l’on obtient de ce mélange, fe nomment œuvre, -dont on fait enfuite ia réparation par un procédé
- Charbon de Terre♦ IL Paru
- nommé liquation , dans laquelle le plomb qui découle du fourneau, & qui a fervi à dégager l’argent contenu dans le cuivre noir , s’appelle particuliérement, plomb d'œuvre.
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- i%l6 DU CHARBON DE TERRE même méthode qui eft uiitée en Angleterre. Le teft ou fond de la coupelle i uniquement fait de cendres d’os fins autre mélange, n’a, félon Schlutter ( I ) , que 2 pieds de long, fur i pied & demi de large ; il eft couvert d’un chapeau de fer fondu , placé fur le fourneau, qui efl: suffi de métal. * ,
- On met delïus 16 quintaux d1 œuvre , mais peu à peu : le feu fe fait avec du Charbon de terre quon jette fur la grille d’une chauffe ou réverbere qui eft à côté , & la flamme de ce charbon eft forcée de circuler très-bas fur Y œuvre en bain.
- M. Hellot remarque que dans quelques Fonderies de France, on affine de même avec le Charbon de terre ; mais que ce foff4e donne une flamme fi fui-fureufe, qu’elle détruit toujours un peu d’argent ; il ajoute que l’avantage de la flamme par la coupelle Angloife , par rapport à la célérité, fur la coupelle Allemande, eft compenfé, en ce que la litharge qu’on en obtient, tient quelquefois jufqu’à 5 & 6 gros d’argent, au lieu que celle du Hartz n’en tient que il ou 12 grains.
- Refonte de la Litharge fraîche (2) en plomb , en Ecojfe.
- L a qualité de la mine de plomb de ce pays, qui eft pauvre en argent, y rend très-rare l’opération dont il s’agit , qui ne doit fe faire en général que quand la litharge (3) ne peut fe vendre, ou être employée à des fontes de mines; cependant, lorfqu’on a amaffé aflèz de litharge pour la revivifier en plomb, Schlutter rapporte (4) qu’on le üert des fourneaux de fer fondu dont il a parlé, page 1233, & l’on fait le feu avec des coaks, qui ne donnent plus du tout de flamme ; le plomb coule du fourneau dans un pot de fer placé devant, & qu’on chauffe avec du Charbon de terre ordinaire î on le leve avec une cuiller pour le mettre en fàumons. v
- Calcination du Plomb.
- Cette préparation qui fe fait lentement & par la réverbération, & dont réfulte une chaux de plomb colorée en rouge mêlé de teinte jaune , connue fous le nom de Minium, ne s’exécute guere en grand que dans les Manufactures de Hollande.
- Dans le Comté de Derbi-shire en Angleterre, le Minium fe fait au feu de Charbon de terre.
- ( 1 ) Chapitre LXXI, Tome II, page397.
- (2) A Frcyberg, en Haute-Saxe, on diftingue îa litharge en 4 fortes, la noire qui vient après les craffes, la rouge & la jaune qui fe mettent à part pour être vendues, & la verte non friable & en gros morceaux} ç’eft cette dernierc qui
- ailleurs efl: appcllée litharge fraîche.
- (3) Minium pouffé à un degré de feu plus vif que îa chaux de plomb, le Mafîicot & le Minium proprement dit.
- (4) Tome II, Chapitre LXXVIII, page 412;
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- ET DE SES MINES. IL Part.
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- Fonte de VE tain.
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- L a mine d’étain qui fe trouve en Cornouailles, eft d’une efpece qui n eft connue en Angleterre que dans cette Province , à Schlakemberg , à Cinnyaldt en Bohême , à Ehrenfriedersdorf en Saxe (1) près d’Altemberg.
- On la nomme Pierre d’Etain (2), & on la diftingue dans le pays en Etain aigre & dur, & en Etain doux, riche ou pauvre: quelquefois elle eft feule, quelquefois elle eft mêlée avec de la mine cryftallifée (3) ; d’autres fois en filons rangés par couches, & en Stok-werk; enfin quelquefois en grenailles parmi le fable.
- En même temps que le feu de Charbon de terre eft employé à la fonte de l’étain en Cornouailles, on fe fert encore de ce foffile en poudre, afin de lui donner du phlogiftique ; mais ce n’eft point le Charbon de terre ordinaire, qui, avec le phlogiftique qu’on cherche à ajouter à l’étain, communiqueroit tout le foufre qu’il renferme, au minerai fur lequel on le jetteroit. On préféré pour cela le charbon Kulm , au charbon ordinaire & au jlux noir (4), en même quantité de ce dernier.
- M. Hellot, dans le premier volume de la Traduélion de Schlutter (ÿ), rapporte qu’à la Monnoie de Lyon , pour aider la calcination de l’Etain dans la coupelle , M. Groffe jettoit fur ce vaifleau un mélange de Charbon de terre & de falpêtre ; ce mélange qui y détonnoit, augmentoit de beaucoup l’aéiion du feu à la fuperfîcie, pendant que le fer contenu dans le Charbon de terre fe joignoit à l’étain qui fe trouvoit mêlé au plomb„ fe calcînoit avec lui, le divifoit, & facilitoit par conféquent i’aétion du feu fur ce métal: ce moyen, ajoute l’Ecrivain, réufïlflbit fort bien.
- {1) On peut voir dans le neuvième Mémoire ide FOuvrage de M. Frédéric Zimmermann , que j’ai cité , page 828, note 3 , une Defcription de l’état de cette mine de Saxe en 1746, par M. Jean Gotlob Bluhr, Diredeur des Mines.
- (2) Ou Etain minéralifé dans la Pierre 3 & qu’il ne faut pas confondre avec la Mine purifiée, à laquelle on donne le nom de Pierre d'étain ; c’eft ce que Vallerius nomme Minera ftanni faxofa , vulgarisa Lapides fianniferi ; Stannum ferro arfenico mineralifatum , minerâ lapideâ , lapidibus fimplicio-ribusfimili : Stannum Àmorphumpttrâ variâ vefiitum, jWolt. Zinn-Spath, Zinn-Graub. Germanor. Elle n’a point de figure déterminée, & reffemble à une pierre ordinaire : elle eft pefante, devient rouge au feu , & y exhale une odeur arfénicale.
- (3) Stannum polyédrum , irregulare, plerumque jiigrum. Wolt. Stannum miner alifatum ponderofum, cryfiallis arclè aggregatis compofitum. Cartheuser Minera Cryfiallorum Stanni. Stannum ferro & arfe-nico mineralifatum , minerâ irregulari , cryfiallis mineralïbus Stanni minimis ac lapide compofita. !Waller, Zuitter Germanorum.
- (<p) Le flux qui s’emploie dans la plupart des eftais, eft compofé de deux parties de tartre & une partie de falpêtre. On les pile chacun à part on les pafle par le tamis ; puis on les mêle enfemble , & on les garde dans une boîte pour l’ufage ; c’eft ce qu’on nomme flux crud ou flux blanc. La plupart des Effayeurs de mines font fulminer ce mélange ; & alors, comme le tartre fe réduit en charbon pendant la fulmination, on le nomme flux noir. Ce tartre qui n’a pu être alkalifé , renferme un phlogiftique qui abforbe une partie du produit. M. Crammer recommande de le faire à mefure qu’on en a befoin, parce qu’il ne vaut rien îorfqu’il a pris de l’humidité ; mais M. Hellot a obfervé qu’en le tenant dans un lieu fec 8c dans des bouteilles bien bouchées, il eft encore très-bon au bout de deux ans. Au refte, fi avant de l’employer on s’apperçoit qu’il eft humide, il fuffit de le faire fécher dans une cuiller de fer. Schlutter préféré le flux crud, au flux noir, dans les efîais des mines,
- (y) Tome XI, page 216,
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- DU CHARBON DE TERRE
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- Fourneau propofé par M. de Genffane , pour fondre toutes fortes de Mines
- par le feu du Charbon de terre (1).
- n
- f
- Ce fourneau , dont nous avons parlé, page 116 j , propre fur-tout pour certaines mines de cuivre ferrugineufes & réfraétaires, eft un fourneau mixte , failànt à la fois les fondions d’un fourneau à manche & d’un fourneau de réverbere. A l’égard des mines de fer , il eftime qu’il conviendra d’augmenter un peu les proportions, fur-tout celles du caflin, qui dans ce cas doit contenir affez de métal pour former une gueufe médiocre (2).
- L’Auteur avertit en donnant la defcription de ce fourneau, que fes effets ne pourront être connus que lorlqu’il aura été exécuté en grand, & il a foin de prévenir qu’il n’en a pas eu l’occafion (3).
- 1
- Séparation du Bifmuth , de VAntimoine, du Mercure, de leurs Minerais y
- par le feu de Charbon de terre.
- Selon M. de Genflane, ces trois demi-métaux n’exigent point de grandes précautions pour leur fonte, il ne s’agit que de la conftruétion de fourneaux propres aux manipulations qui leur conviennent.
- Pour ce qui eft du Bifmuth (4) , il eft d’ufage de le fondre fur bûche , ainfi que l’Antimoine, à peu-près de la même maniéré qu’on calcine les autres mines. M. de Genflane eftime que cette opération peut fe faire très-commodément au fourneau de réverbere, par le feu de Charbon de terre ; il juge même qu’on aura alors l’avantage d’avoir le régule de SpeijJ\ très-propre & féparé de toutes hétérogénéités (5),
- Il confeille pour cette opération , le même fourneau qu’il a décrit pour la fonte des mines de plomb, avec quelque différence feulement dans la conduite du travail (6).
- Il finit cependant par prévenir qu’il n’a point vu exécuter cette fonte en grand ; mais que comme ce qu’il propofe eft la même mécanique du tejl
- (1) Tome I , Chapitre X , page 236 , ôc Chapitre XI, page 2$ 6.
- ( 2 ) On appelle gueufe un gros lingot de fer, qui ordinairement eft de 18 à 22 pieds de longueur, fuivant le produit du Fourneau , ou fui-vant que le local le permet, & environ de ipoo à 2400 pefant.
- ( 3 ) M. Grignon juge très-poflible de fe fervir avec fuccès de réverbere pour la fonte du fer, en combinant le minerai avec du charbqp de bois, pour lui donner du phlogiftique, & lui appliquer le feu de Charbon de terre. En fai-fant l’éloge du travail de M. de Genffane fur cet objet, il penfe que ce fourneau a befoin d’être perfectionné, afin que le minerai ne tombe
- pas crud dans la fonte en bain ; Ckap. J, Secl. Il ; du développement du feu de fan aUion fur le Minerai, page £9. ,
- (4) Connu fous le nom d’étain de glace.
- (y ) Matte, matière très-aigre, particulière au Cobalt, & fur-tout au Bifmuth, regardée par M. de Genffane comme un véritable régule de Coboît, & en ayant toutes les propriétés : certaines mines de plomb, félon lui , donnent à la fonte une matte de cette efpece , qui fe forme au - deffus du plomb , après qu’on en a fait la coulée : les Fondeurs d’Alface le diftinguent fous le nom de Porc.
- (5) Tome fl, Chapitre XXXIII ; page 364,
- fous
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- ET DE SES MINES. II. Part. 1239
- fous la moujle où la chofe réuffit, il prélume qu’elle doit avoir le meme fuccès dans le fourneau à réverbere.
- Quelque fimple que foie la méthode ufitée en Hongrie pour fondre l’AN-timoine par defeenfum & à vailfeaux fermés , elle n’eft point pratiquable avec le feu de Charbon de terre ; M. de Genflane a imaginé d’y fuppléer par un fourneau à chapeau , dont il détaille la conftruétion dans fon Ouvrage (1) : quatre ou cinq heures d’un feu vif & continuel, doivent fuffire, félon l’Auteur, pour faire rougir les creufets & fondre le minéral : il n’a point vu ces fortes de fontes en grand.
- Le fourneau imagin é par le même Auteur pour la féparation du Mercure avec le feu de Charbon de terre (2), eft de toute nécefllté fort compofé , par rapport à l’extrême volatilité du minéral qu’il s’agit d’y travailler ; quoique M. de Genflane le juge exempt de défauts, & très-propre à l’ufage auquel il le deftine, foit qu’on veuille employer le feu de bois, foit qu’on veuille employer le feu de Charbon de terre ; il s’en rapporte au jugement des connoif feurs & à l’expérience.
- Opérations Jiir les Calamines.
- Les Calamines ou Mines de Zinc, ainfi que quelques mines arfénicales, font allez fréquemment riches en or & en argent pour mériter les frais de leur exploitation, fans avoir égard aux autres produits qu’on en obtient ordinairement ; mais on y réuffit rarement par la méthode ordinaire. M*>4e Genflane a publié (3) la defcripdon d’un fourneau propre aux calcinations ( que demande ce traitement ) par le feu de charbon de bois, & encore mieux par le feu de Charbon de terre.
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- Extraction du foufre des Pyrites , & des autres matières qui le recèlent.
- M. de Genflane croit qu’il feroit poffible de fc fèrvir utilement, en ob-fervant les mêmes manipulations , du fourneau dont il a donné la deferip- . tion pour les mines arfénicales ; les feules différences à apporter , félon lui, confiftent à ( 4 ) conduire le feu avec ménagement , attendu que dans cette opération il fuffic que les creufets foient maintenus légèrement rouges ; & qu’au lieu de récipient (j) fait avec de la terre à creufets, on y en emploie de grès ou de terre ordinaire , afin que pendant le travail, on
- ( 1 ) Chapitre XXXVI, Tome II, page 416.
- (2) Chapitre XXXV, Tome II,page 35?o.
- (3) Chapitre XXXVII, Tome II, page 431.
- (4) Voyez Tome II, Chapitre XXXVIII.
- Charbon de Terre. 11, Part, M 14
- ( j) On donne ce nom a toute efpece de vaiffeau propre à recevoir les produits des opérations.
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- X24o DU CHARBON DE TERRE
- foie à même de les remplir d’eau au tiers ; ce qui ne pourroit pas être s’ils
- étoient de terre à creufet.
- Du Charbon de terre , comme combujllble , propre a chauffer foit fours, foit fourneaux à chaudière pour Arts Ô Manufactures,
- Il efi bien prouvé par le fait , qu’avec le feu de Houille , on peut fondre les métaux, jufques-là même que l’aélivité de fà chaleur les brûle & les détruit. On ne conteflera pas fans doute qu’il foit également propre , (fauf les conftruélions particulières des fourneaux, ) à cuire des terres, à calciner des pierres à fondre des fèls, à faire bouillir promptement les plus grandes chaudières. ^
- Cette reconflruélion de fourneaux , variée félon les différents objets auxquels on voudroit appliquer le feu de Houille ; le défaut d’habitude ou d’expérience pour conduire le feu , ne peuvent en rien contrebalancer les avantages d’un combuftible auquel il ne manque aucune des conditions requifes pour remplacer le bois avec fuccès : les fours & fourneaux appropriés à cet ufàge par leur conftruélion , font plus commodes, moins embarraflànts que ceux dans lefquels on brûle du bois. On y retrouve bientôt par l’épargne fur l’entretien du feu , un dédommagement marqué de la dépenfe de cette reconflruélion.
- L’économie , cet article de conféquence , dans toute efpece d’écabliffe-ment, fe fait fentir du premier inflant qu’on s’approvifionne de Charbon de terre , au lieu du combuftible ordinaire ; elle eft fenfible par la comparaifon aifée à faire , foit de la différence des frais de main-d’œuvre néceffaire pour préparer le bois , foit de la différence du local pour ferrer le Charbon de terre * qui n’a pas befoin d’autant d’efpace ; par la diminution qui s’enfuit du loyer des magafins , dont on pourroit même, dans les endroits peu éloignés de la mine , fe paffer en fe pourvoyant fucceffivement & à mefure aux entrepôts de mines ; enfin, au gain fur le capital ordinairement confidérable , deftiné à l’achat du bois , il eft raifbnnable d’ajouter les moindres rifques d’incendie.
- En fe retraçant à l’idée , les variétés nombreufes que l’on peut appercevoir dans les Charbons de terre de différents pays, les différents degrés de chaleur dont les uns & les autres font fufceptibles au feu, 8c qui à cet égard , four-niffent peut-être plus de reffource que les charbons de bois; en fe rappellant la même variété remarquable dans-les braifes qu’on peut en préparer ; on entrevoit d’abord qu’il pourroit encore y avoir moins de difficulté 9 que’ pour le bois, à connoître par l’ufàge, la qualité ou la quantité convenable à employer, ou de Charbon de terre brut, ou du même réduit en braifes, pour produire Sc pour entretenir la chaleur au degré capable d’exécuter les différentes opérations
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- ET DE SES MINES. IL Part. ^4r
- qu’on fè propoferoit , depuis celles qui demandent le feu le plus vif> juf* qu’à celles qui demandent la chaleur la plus douce : on reconnoîtra en un mot, qu’il n’eft pas plus difficile de mettre à profit le feu de Charbon de terre , que celui de bois , de graduer à volonté l’effet des fours & des fourneaux dans lefquels on embrafe ce foffile.
- Il eft donc de toute inutilité de s’arrêter ici à aucune des objections que l’on youdroit alléguer contre l’introduction de ce combuftible dans les grands atte-liers ; ces objections font moins des difficultés pertinentes 8c réelles, que de fimples prétextes, tels qu’en fuggere tous les jours , ou une indifférence mal-entendue, quand il s’agit des plus legeres améliorations, ou un afferyif fement aveugle à l’autorité de l’ufage & de l’habitude ; heureufement ces motifs d’oppofition , fondés uniquement fur un manque de réflexion. , ne rendent pas tous les hommes fourds à la railon.
- Pour s’y rendre , il fuffiroit prefque de confidérer les endroits où le combuftible, quel qu’il foit, eft à un prix médiocre 8c à portée des Manufactures; celles qui fe trouvent dans cette poficion , font celles qui fleuriflenc le plus.
- L’accroiffement fbccefîîf du commerce intérieur de l’Angleterre dans les Provinces feptentrionales , n’a d’autre origine que ces deux circonftances ; les feules Manufactures.auxquelles le bon marché & l’abondance du Charbon de terre, à Liege 8c à Newcaftle , ont donné naiffance , ne peuvent fe compter ; Koyeç page 429 : on a vu qu’en France, le Forez ( 1 ) , l’Auvergne , le Bourbonnois 8c d’autres Provinces, tirent les plus grands avantages de cette production : nous avons fait connoître à chaque endroit où il s’en trouve, {oit ,en pays étranger , foit dans l’étendue du royaume , les ufàges particuliers auxquels on l’applique. Nous nous propofons ici de réduire dans une efpece de tableau général, les Arts les plus importants auxquels on applique ce combuftible , 8c ceux auxquels on commence dans quelques endroits à étendre fon ufàge.
- Nous éclaircirons en même temps la pratique de quelques - uns de ces Arts, auxquels le Charbon de terre eft connu avantageux.
- Nous nous bornerons à renfermer l’ordre que nous fuivrons , dans la divifion générale de fours 8c de fourneaux à chaudières (2) ; nous finirons par le chauffage.
- ( 1 ) Introduction , page xiv.
- (2) La troifieme Farde des InftruSlions fur Tufage de La Houille, par M. Venel, roule particuliérement fur les opérations des différents Arts qui s’exécutent dans des chaudières fixes ou placées à demeure fur des fourneaux parfaits ou complets ; il eft entré fur tous les objets dans les plus grands dé-
- tails , & les a accompagnés des principes fondamentaux de PArchitecture de ces fours ; Ch, IK, page <40. Ces développements étoient néceiïai-res dans un Ouvrage entrepris par M. Venel, qui avoit pour but , de faire adopter dans le Languedoc Tufage du feu de Houille auffi univer-fellement qu’il eft poffible. ^
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- DU CHARBON DE TERRE
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- Fours SC Fourneaux de cuifage, pour calciner des terres
- SC des pierres.
- Fours cl Chaux.
- La chaux fe cuic, en général, dans des fours cylindriques âvec toutes fortes de bois, même avec différentes fortes de broflailles ; mais cette cuite réuffit mieux avec les bois tendres , autrement nommés bois blancs , qui , lorfqu'ils font bien fecs, font beaucoup de flamme claire 8c un feu ardent.
- Les perfonnes qui ont voyagé dans la Weftphalie, la Hollande , la Flandre , le Hainaut, l'Artois , & quantité d'autres endroits, n'ignorent pas que l'on peut très-bien, pour cette cuite, 8c pour celle des tuiles 8c de la brique , fe fervir de Charbon de terre. Ce foflile donne même un feu plus propre que celui de bois , à s'étendre également dans tout le cercle du four, ce qui eft à defirer pour cette opération , & eft encore par-là beaucoup plus favorable à la calcination de la pierre. Philibert de l'Orme l'eftime auflî bien fupérieur au bois pour cuire la chaux ; félonJ cet Ecrivain , il vaut beaucoup mieux , parce que non-feulement il rend la chaux beaucoup plus graffe & plus onélueufe , mais encore parce qu'elle eft plutôt, cuite ; au furplus, il n'y a rien à oppofer à l'expérience confiante des pays, qui font à portée d’avoir du Charbon de terre , & où de toute ancienneté les Chaufourniers s'en fervent de préférence au bois. Nous n'avons ici à confidérer l’opération de ces Ouvriers, que relativement à cet article.
- C'eft, en général, le charbon menu 8c de la plus bafle qualité qu’on emploie à cet ufàge dans plufieurs endroits ; on le défigne en confequence la plupart du temps , par des noms relatifs à cette propriété ; en Auvergne, les Ouvriers l'appellent Chaujfine ; ailleurs Charbon de chaux ou pour cuire la chaux ; les Anglois, Lime-coax,, Voy. page 10 r (1).
- M. Bomare prétend même que ce n'eft qu'un pouffer noirâtre, luifànt, d'un grain très-ferme & groffier, qui fe trouve direéiement fur la couche du bon charbon (2). Les Chinois l'employent en mortier fous le nom de chaux noire avec la chaux blanche (3). Dans quelques pays, le choix du Charbon
- ( 1 ) Je n’ai pu avoir aucune forte de renfei-gnement fur Pefpece employée uniquement à cuire la chaux en Irlande , & que Ton nomme Peigne. Gérard de Boate n’en dit rien dans la Seétion IV , du Chapitre XX , de fon Hiftoire Naturelle d'Irlande , ou il parle de la maniéré d’y faire la chaux dans des fours formés en cône ou en quarré , comme les fourneaux à fondre la mine de fer. L’efpece de pierre, félon cet Auteur , très-commune en Irlande , fur-tout dans les Provinces de Munfter & de Connaughc, eft
- grife, tirant fur le bleu brun, & donne quand on la cafte une pouftiere blanche ; elle eft peu enfoncée en terre , 8c quelquefois placée abfolument à la fuperficie.
- (2) Mémoires des Savants Etrangers, Tome II, page 27r.
- (5) En décrivant les étuves Chinoifes chauffées avec le Charbon de terre, il fera parlé de ce ciment, dont la Cendrée de Tournay eft une imitation imparfaite,
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- ET DE SES MINES. IL Pa*t. 1243
- de terre polir les chauffours, porte fur les charbons les plus légers, les plus mois , les plus friables , qui s allument plus difficilement, ( parce qu’ils (ont terreux en plus grande partie ) * 8c pris dans 1 elpece appellée par les Allemands. Tage-kohlen , charbons du toît.
- Les Allemands regardent comme excellent pour cuire la chaux , le charbon quils nomment charbon fulphureux, ( parce qu’il n’eft: point bitumineux , mais allié avec beaucoup de pyrites ) comme celui de Gibunftern , à demi-lieue de Hall , 8c celui de Lay en Beaujollois (1). r
- Au contraire , dans les fours à chaux près Saint-Loup , aux environs de Bains en Lorraine , où Ton chauffe les fours à chaux avec la Houille de Cham-pagné, celle qui eft très-pyriteufe, eft réputée la moins propre à cet opération , parce que le foufre qu’elle contient, diminue la qualité & la quantité de la chaux.
- Le Charbon de terre vers Laudun , dans le Diocèle d’Uzès , employé aux fours à chaux , n’eft réputé guere propre qu’à cet ufage, parce qu’il a le défaut d’être trop bitumineux, 8c qu’il a beaucoup d’odeur; il en eft de même du charbon qui s’exploite auprès du Font - Saint - Efprit (2). La différence marquée dans les qualités de Charbon de terre employé en divers endroits à cette fabrication, fembleroit d’abord impliquer une contradiction évidente ; mais cela ne tient qu’à la différence , ou des pierres avec lefquelies on fait la cliaux, & qui demandent des charbons en plus grande ou en plus petite quantité (3) , & fulceptibles de degrés particuliers de chaleur ou à la différence de l’opération , c’eft-à-dire du four de cuifàge, difpofé & arrangé félon que l’on fe fert d’un feu plus ou moins flambant, qui exige un foyer , ou félon que l’on fait ufage d’un petit feu , 8c pour lequel les matières combuftibles doivent être ftratifiées avec les pierres.
- Quant aux différentes' matières , ou pierres propres à faire de la chaux, les Naturaliftes favenc qu’elles peuvent être renfermées dans deux claffes : les
- ( 1 ) C’eft un charbon de Pefpece commune en Cumberland , & dans les Montagnes d’Alfton-moor, où on l’appelle Crow Coal. M. Jars remarque qu’il eft fans bitume, qu’il conferve fa chaleur, & ne donne point de fumée, d’où il eft a$ez bon pour chauffer les appartements.
- Les couches de ce charbon ont tout au plus un pied d’épaiffeur , ce qui fait qu’elles ne méritent pas d’être exploitées en réglé : plufieurs perfonnes en tirent de trois couches différentes pour leur ufage & pour cuire la chaux.
- M. Briflbn cité par M. Alîeon du Lac, dans fon Ouvrage , auquel je m’en fuis rapporté, page f2j , a publié en 1771, des Mémoires très-circonftanciés fur la Province de Beaujollois, qui lui eft parfaitement connue ; il n’y fait mention que de cette mine de Lay, tout avoifinant Saint Symphorien , qui n’en eft pas éloigné d’un quart de lieue, ainft celle deSaint~Cyr U Chatoux, de Regny, qui eft du Lyonnois ôc non du Beau-
- Charbon de Terre. IL Part.
- joîloîs, & de Montagny y doivent être fuppriméei de cet article.
- (2) C’eft celui dont j’ai parîé.p^g. 1 i yy, note 4. Je ne puis me difpenfer de faire connoître ici le doute que j’ai fur la nature de ce charbon. M. de Genftane dit qu’il fe trouve affez fréquemment dans fes veines, de très-beaux morceaux de fuc-cin ; il y en a de fi pur ôc fi tranfparent, qu’à l’odeur près, on le prendroit pour de l’aiqbre : cette particularité eft tout à fait neuve pour moi, & me donne tout fujet de préfumer que c’eft du charbon de bois Tourbe ou Holt% kohlen.
- (3) Dans quelques endroits on eftime que pour la pierre dure ou pour la pierre tendre, il faut indiftin&ement un quart ou 5*4 pieds de Houille par toife de chaux. M. Fourcroy a reconnu que certaines pierres exigeoient jufqu’au tiers de leur cube de Houille, & que d’autres n’en deman-doient qu’un fixieme , quoique ces deux extrêmes lui aient paru rares. La proportion réduite
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- ï&44 D U CHARBON DE TERRE
- unes , telles que toutes les albâtres , tous les marbres, les fpaths (i), font plus compares, font auffi plus dures à calciner ; les autres , telles que celles dont on fait la chaux ordinaire aux environs de Paris , ou qui font pierres à plâtre, contiennent moins de parties capables d’être enlevées par le feu : il s’en trouve pourtant de ces pierres tendres qui réfiftent fort à la calcination , iorfqu’elies font reftées longtemps expofées à lair , & fur-tout au foleil, ou roulées par les eaux , & arrondies par les frottements ; ces dernieres en particulier , font bien moins favorables pour une calcination égale , que les pierres en moellons caffées irrégulièrement (2) , & on fent qu’en général les pierres tendres confomment moins de Houille, & diminuent dans le cuifàge beaucoup plus que les pierres dures.
- La facilité plus ou moins grande que certaines pierres ont à être calcinées ; laifïe à juger que la Houille capable de donner le feu le plus aélif, le plus vif, n’efl point contraire au fuccès de la cuite delà chaux pour quelques pierres, & qu’elle convient même à plufïeurs d’entre elles : il y auroit donc de la mal-adreflè ou de l’ineptie à s’attacher uniquement à un ulàge local, qui peut être bon pour la pierre employée dans un canton en particulier. Le choix de la Houille pour cette opération , doit dépendre elîentiellement, ou du volume confervé au moellon , ou de la qualité de la pierre à réduire à chaux, dont l’une exigera de la grofle Houille, donnant un feu de flamme grande, vive & claire , principalement quand on emploie du bois, des broflàilles , des bruyères , & dont l’autre demandera un feu beaucoup moins flambant, quand le combuftible eft interpofé couche par couche dans le corps de la charge (3).
- Ainfi , quoiqu’il n’y ait pas grande induftrie dans l’Art du Chaufournier, & que dans les fours de forme conique l’opération ne foit point aftreinte à une grande précifion pour fes degrés de chaleur, la connoiflance delà pierre du canton où l’on veut établir des fours pour la réduire en chaux, n’efl cependant pas * à beaucoup près, indifférente ; il exifte, félon toute apparence , entre cette conrtoiflànce & la qualité de la Houille à préférer, ou même la conftruétion du four de cuilàge , un rapport qui peut fervir de guide au Chaufournier, foit que l’on veuille donner au four à petit feu la forme en pyramide ou en
- entre la pierre dure & la Houille néceffaire pour la convertir en chaux , dans les temps calmes, eft à peu-près , félon cet Auteur, de 60 à 6y pieds cubes de Houille par toife cube de pierre du toifé des carrières. Les Chaufourniers d’Alais & de Nifmes dans le Languedoc, prétendent qu’il faut environ 18 livres de la plus mauvaife Houille , pour chaque quintal de chaux.
- (1) Voyez Calcaire y Calcarius lapis, Partiel, au Catalogue alphabétique des différents Charbons de terre , & des fubftances minérales qui fe rencontrent en les exploitant, ou dans leurs environs.
- (2) Les pierres qui fe cuifent au défaut de toute autre efpece dans les fours à chaux, des bords du Rhône au-deffous de Lyon, Ôc qu’on y appelle
- improprement'gallets oncaïlloux, Voy.page 5*28^ par rapport à leur forme accidentelle, ne font que des pierres calcaires choifîes fur le rivage du fleuve. M. de la Tourette , Correfpondant de l’Académie , dans fon Voyage au Mont-Pilat, page 49 , a donné fur ces pierres, qu’il a reconnu n’être autre chofe que des fragments de marbre ou de pierre à chaux, une note très-inté-reffante bonne à rapprocher de celle de M. Seillier , Art du Chaufournier, page y 1.
- (3) M. Gallon remarque que la groffe Houille, c eft-à-dire, en gros quartiers, perd moins à l’air que la Houille menue, ôc qu’il faut fur-tout ne point employer pour cette fabrication, la Houille anciennement tirée, qui s’eft éventée.
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- ET DE SES MINES. IL Part. *245*
- cône renverfé (i) , comme l’ont tous ceux de la balle Meule , de Liège , de l’Efcaut y de la Scarpe , du Lys , de la Flandre Maritime y du Boulonnois , de Vichy , du Lyonnois (2) ; foit qu il s agifTe d’avoir des fours à grande flamme de forme ellipsoïde comme en Lorraine 9 ou de forme cubique 9 comme en Alface, ou de forme demi-ellipfoïde, comme àTournay; la première chofe à connoître, c’eft la pierre que l’on a à calciner (3).
- B riquetier , Tuilier , Potier de Terre•
- Les Arts de faire des briques , des tuiles, des carreaux , de la poterie de terre, ont beaucoup d’analogie avec celui du Chaufournier ; ils ne different que par l’argille qui eft propre aux uns ou aux autres, & qui doit être pour les ouvrages de poterie plus forte que pour les tuiles, plus forte pour ces derniers ouvrages que pour la brique , &c. La connoiflànce de ces terres , afin de bien juger de la qualité du Charbon & de l’aélivité du feu qui convient au fourneau , eft en conféquence aufli néceflàire pour ces fabrications , que la connoiflànce des pierres à réduire en chaux i’eft pour le Chaufournier ; c eft même pour les Arts dont il s’agit ici le plus difficile & le plus embarraflant.
- Le choix attentif de ces argilles, lorfqu’il s’agit de les amalgamer avec du Charbon de terre, pour avoir un chauffage plus économique, influe également fur la perfeétion de cette fabrication. Nous décrirons dans un inftant cette maniéré d’augmenter l’avantage du feu du Charbon de terre j nous entrerons alors fur ces argilles dans des détails qui fe trouveront n’être point étrangers aux Arts dont il s’agit ici, que nous n’avons à confidérer que dans ce qui eft relatif à la fubftitution du Charbon de terre au bois. Les fours à briques dans lefquels on emploie ce dernier combuftible , ont l’inconvénient de vitrifier ce qui eft contigu au feu , avant que le refte de la fournée foit à moitié cuit : de cette cuiflon, il réfulte quantité de défauts , foie dans les, briques , foit dans les tuiles & dans les ouvrages de poterie qui pourroient être cuits plus également avec le Charbon de terre, dans des fours exécutés convenablement.
- La mauvaife qualité des carreaux fabriqués par nos Potiers de terre, fe fait remarquer depuis bien des années ; le manque d’attention ou l’ignorance
- (1) Ces fours où le feu ne s’éteint point tant que dure la fabrication, font appelles par les Ouvriers fours coulants, parce que l’on en fou-tire journellement la chaux à mefure qu’elle fe fabrique, comme cela fe fait dans les fourneaux où l’on fépare les métaux de leur minéral.
- (2) Les fours coniques qui fe voyent dans le pays de Liège, ont ordinairement 40 ou 45 pouces de diamètre par le bas. M. Fourcroy obferve qu’il eft défavantageux que ces fours confommenc plus de Houille que ceux de la
- Flandre qui en ont 20 à 28 , & qu’ils ne rendent par jour, réduélion faite, qu’un cinquième de ce qu’ils contiennent.
- (3) Ces différents fours font décrits dans l'Art du Chaufournier , publié par MM. Gallon 8c Fourcroy.
- (4) En Provence & dans le Languedoc, on fait dans les mêmes fours la chaux, la brique Sc la tuile. La fig. 1 de la planche 11 , de la Description de l’Art du Briquetier , repréfente un de ces fours, ôc eft expliquée page *13.
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- ï*4« DU CHARBON DE TERRE
- dans le choix des terres propres, font entrés fucceflîvement pour beaucoup dans cette détérioration ; mais les renchériffements fucceffifs des matières com-buftibles , ont aulîi probablement obligé les Ouvriers à économifer fur le feu ; le carreau ne recevant pas alors le degré de chaleur convenable, l’ouvrage ne peut plus avoir la folidité requife ; 8c sil ne peut être d’ufage , il fait une perte pour le vendeur.
- Les briques faites en France indiftinélement avec toutes fortes de terres i quoique peu propres à cet objet , font encore très-fujettes à cette mal-façon, commune dans tous nos ouvrages de tuileries 8c de poteries ; il eft vrai qui! s’en trouve affez rarement en France qui foit véritablement bonne ; auffi pour ne pas en tirer de l’étranger, comme on fait pour quantité d’autres objets, nous manquons abfolument de .briques propres à des ulàges de conféquence , telles que celles qui ont à foutenir un feu violent 8c continu , comme dans les fourneaux pour les réverbères, des fenderies , des ferblanteries, des verreries , &c. ou celles qui entrent dans des ouvrages expofés à l’air, dans les ouvrages de fortifications , &c. Cette difette & ce manque de qualité dans nos terres cuites , ne font pas feulement des défauts fâcheux pour la conftruétion de nos murailles , pour les revêtiffements des chauffées ou au moins des rues détournées, battues uniquement par les gens de pied ; ils s’étendent encore fur les tuiles , ces matériaux fi utiles pour les couvertures de bâtiments , que Ion ne fauroit trop perfeétionner (1). Si dans les Provinces à portée de bonnes terres 8c de Houille , on profitoit du bon marché de ce combu&ible tiré de la première main, pour fabriquer des briques bien conditionnées, quel avantage nos Villages, dont les rues font la plus grande partie de l’année des bourbiers infeéts, ne trouveroient-ils pas à fe fervir de briques en guifo de pavé ? Dans le Hundington-Shire en Angleterre, les rues & plufieurs chauffées de Saint-Yves font en briques, que l’on y cuit avec du peath, dont ils ont en abondance ; la propreté des Villes, des Bourgs & Hameaux de Hollande, efl: en grande partie due à la facilité que donnent les tourbes de ce pays pour cuire des briques, dont plufieurs routes 8c trotoirs des rues & des canaux font pavées. Les pauvres Paylans de nos campagnes , dans leurs mauvaifes cabanes conftruites en bauge & couvertes de chaume, ne feroient-ils pas plus féche-ment, plus fainement & plus décidément à l’abri des intempéries de l’air, fi la tuile pouvoit être à bon marché \ Les incendies qui dévaftent fi fréquemment , & en un inftant, des hameaux entiers, ne feroient-ils pas plus rares 8c moins fâcheux ?
- L’Auteur d’un Mémoire fur la fabrication des briques , inféré dans le Journal Economique (2), prétend que la chaleur du feu de Charbon de terre,
- (1) Les Mémoires Sc Obfervations recueillies par la Société Economique de Berne, année ,176^ » renferment un excellent Mémoire fur la maniéré de perfectionner les Tuileries, commu-
- niqué à cette Société , par M. Droz , Avocat au Parlement de Befançon.
- (2) Mois de Février 17yp.
- quoique
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- quoique beaucoup plus vive que celle du bois, ne s’étend pas à une fi grande diftance ni dans une proportion fi égale. Conféquemment à cette idée , il n’adopte implication du Charbon de terre comme combuftible à la fabrication des briques, que quand le four aura d’abord été chauffé avec du bois, & qu’il n en fortiraplus que très-peu de vapeurs ; ou fi on fe fort de Houille, il avertit de donner moins d’élévation au four à briques.
- L’Ecrivain aura fans doute été induit en erreur d’après l’emploi de quelque Charbon de terre extrêmement foible , & qui ne convenoit point à Tefpece de terre, qu’il a vu employée à faire de la brique , ou à la conftruétion du four ; au furplus, l’avis qu’il donne, préfente toujours une économie fur le bois : mais bien loin que la Houille ne donne pas affez de chaleur , le feu de quelques-unes eft capable de vitrifier ou de mettre même en fufion certaines briques : il eft donc au contraire efientiel de prendre garde d’employer indiftinéiement toute efpece de Houille ; en général, celle qu’on préféré eft celle qui eft très-brillante & argentée, plus en pouflîere qu’en morceaux, afin de pouvoir être répandue en charbonnée ou en cayette entre les champs de brique. On affure que M. Chauvelin , Intendant du Commerce , lorfqu’il étoit Intendant de Picardie, obligea tous les Briquetiers à ne fe fervir que de Charbon de terre; malgré l’opinion populaire il fe trouva que les briques ainfi fabriquées, étoient beaucoup fupérieures à celles qu’on faifoit auparavant.
- Dans la Defcription de l’Art du Briquetier, on fait monter la quantité de Houille à 6 à 7 pieds cubes par millier de briques à cuire, Sc dans d’autres fours , à moins de 4 pieds cubes par millier de briques.
- La différence de la Houille maigre & moyenne , ou de la Houille d’une qualité plus forte pour la cuite des briques , doit dépendre de plufieurs circonf-tances , comme de la qualité des briques à cuire , de la conftruélion du four , ou de la maniéré d’y difpofer le combuftible plus ou moins favorable, pour que le four reçoive l’impreffion de la chaleur. '
- Dans les fours à chaux coulants , établis auprès de la Verrerie de Carmaux en Languedoc, on met à profit la plus grande partie des ejcabrilles provenant de cette Verrerie : M. Venel eftime ces braifes très-propres à cuire de la brique & de la tuile , ce qui pourroit être, en diftinguant cependant û ce font des braifes de Houille graffe ou de Houille maigre.
- Fourneau de Boulanger 6 de PâtiJJîer.
- Les Anglois , dans les cuifines de vaiflèau , brûlent communément la Houille à plat, c’eft-à-dire , làns être exhauffée fur un grillage. Le Directeur de la Houilliere de Graiffefac a afîuré à M. Venel , que les Ouvriers de cette carrière chauffoient leur four à cuire le pain de cette maniéré, avec la Houille mife à plat au milieu du four. Cet Ecrivain juge l’emploi de la HouilLe très-propre à chauffer les fours de Boulangers & de Pâtiffiers, làns y faire Charbon de Terre. IL Pan. O 14
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- aucun changement. Il propofe (1) pour en tirer un plus grand avantage, unë conftruéiion qui eft abfclument la même que celle des grands réverbères : la Planche V de fon Ouvrage , repréfente une coupe de ce four. On peut, confulter le détail qui y a rapport.
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- Cuite de la Poreelaine ; Chauffe des Vmerles, des Qlaceries.
- M. Venel'eftime (2) que tout bifcuit de porcelaine peut très-bien fe cuire au feu de Houille , & que toute porcelaine qu’on voudroit enduire d’une .couverte jaune, brune, fabiée, & peindre de couleurs peu éclatantes, fc pré-
- pareroit toute entière avec fuccès à ce feu.
- La belle porcelaine très-blanche, & qu’on voudroit peindre de couleurs éclatantes fur une couverte du plus beau blanc, ne peut pas être traitée au
- feu de Houille depuis la cuite du bifcuit.
- Cet Auteur propofc d’appliquer à cette fabrication , l’expédient que les Anglois ont trouvé pour intercepter toute communication entre les pots dans lefquels ils fondent leur Flint glajf (3) , & le foyer qui produit cette fufion ; cet Auteur croit aulfi que les coaks ou braifes de Charbon de terre * peut-être même le Charbon de terre apprêté à la Liégeoife , pourroient opérer cette cuite avec fuccès dans des cadettes (4) abfclument fermées.
- Les fourneaux de Verreries , dont on peut prendre une idée à Sève prés Paris , ou l’on emploie le Charbon de terre , ont une forme approchante des fourneaux de coupelle, & ne font, à proprement parler , que des fourneaux de fufion, la vitrification n’étant elle-même qu’une fufion , mais qui demande un degré de feu fcpérieur à celle des métaux.
- Dans les Verreries établies à Ingrande & à Saint-Florent près Saumur, on emploie avec fuccès le charbon d’Anjou. Près de la mine de Charbon de terre de Saint-Jean de Valerifque en Languedoc , il y a une Verrerie où on emploie le Charbon de terre de cette mine, de même qu’à Hérepian le charbon de Graiffefac.
- Quelques fourneaux de la Glacerie de Saint-Gobin, & de celle de Cher-bourg en Baffe-Normandie , font chauffés avec la Houille, mais feulement jufqu’à ce qu’on écume. Après cette opération faite, on achevé de chauffer avec du bois jufqu’à ce que le verre foit fini.
- Dans les fourneaux de Verrerie où les creufets demeurent toujours ouverts, la fumée de ce combuflible paroît être nuifible ; les verres prennent fouvent une teinte brune , ou bleuâtre, ou noire ; c eft l’opinion de tous les Verriers
- François.
- (1) Chapitre VI, Partie III, page 428.
- (2) Chapitre II, Se&ion II, Partie II, p. 48;*.
- (3) Ferre à cailloux, connu fous le nom de Verre blanc ou Cryflal d'Angleterre, qui, jufqu’à préfent, n’a pu être imité dans aucune Manufac»
- ture.
- (4) On nomme ainfi des vafes de terre cuite , dans lefquels on place les pièces de porcelaine pour les cuire, fans pouvoir fe déformer & & fa-lir.
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- ET DE SES MINES. IL Part. *249
- M. de Genlîàne aflure que cette allégation efl: faufle (i), & en fuppofanc qu’il refte quelque doute fur cet article, il propofe pour remede de couvrir les pots lorfqu’on mettroit de nouveau charbon, & de les découvrir fi Ton Vouloit lorfque la première fumée feroic paflee*
- Il prétend au furplus que cette précaution n’eft pas néceflaire ; car le feu de Charbon de terre étant bien plus vif que celui de bois, la fufion des matières fe fera également bien, quoique les pots foient couverts ; à la bonne heure d’employer le bois aux heures de travail ; ce feroit même, félon M. de Genflane, un avantage pour les Maîtres Verriers , que de les obliger de s’établir auprès des mines de charbon, parce que l’entretien de leur feu leur coûteroit beaucoup moins qu’avec du bois , qui en ruine beaucoup.
- Quoi qu’il en foie, il efl: certain que les Anglois pour leur Flint glaff\ ne fe fervent dans toute l’opération que du Charbon de terre ; ils ont pour fondre la Fritte (2) , des creufets exactement fermés qui ne communiquent point avec le foyer , & dont les couvercles font fcellés d’une part au creufet, & de l’autre au bord intérieur de fenêtres ou d’ouvertures par lefquelles on introduit la Fritte dans les creufets.
- Il fembleroic polïïble d’abord d’adapter cette conftruélîon aux fours de Glacerie. M. Venel rapporte que feu M. Roux (3) avoit eu cette idée ; mais que ce Savant avoit reconnu qu’elle n’étoit pratiquable que pour les glaces foufflées , attendu que pour les glaces coulées , il faut tranfvafer la matière du pot dans une cuvette , ce qui ne peut fe faire qu’en plein fourneau , & par conféquent en expofimt le verre dans l’un & dans l’autre vaifleau aux émanations de la Houille.
- Objervatiofi communiquée a M. Vtnel, par M. Allut, de la Société Royale des Sciences de Montpellier, Entrepreneur 6 Directeur de la Glacerie de Rouelle près Langres , fur l'emploi de la Houille pour la chauffe des G lace rie s (4).
- » La Houille s’emploie très-bien pour la chauffe des Verreries, & il » y a bien des Manufactures de ce genre qui s’en fervent. La Verrerie de » Pierrebénite, celle de Givors, l’une & l’autre dans les environs de Lyon; » celle de Seve près Paris, ne donnent pas d’autre aliment à leur feu. Celle » nouvellement établie à Hérepian en Languedoc , travaille de la même
- (1) Tome I, Préface du Traité de la fonte des Mines avec le feu de Charbon de terre , page ix , &Tome II , Chapitre XXIX, p. 319.
- (2) C’efl ainfi qu’on appelle le mélange des différentes fubflances qui doivent être fondues eofemble , pour former un verre ou du cryflal.
- (3) Qoàeur-Régent de la Faculté de Médecine
- de Paris, chargé, lorfqu’iî vivoit , parles Inté-reffés de la Manufacture Royale des Glaces de Saint-Gobin , des Recherches & Expériences tendantes au perfectionnement de ces travaux.
- (4) Addition au Paragraphe Verreries, Glace-ries, page $3%, des Inltruétions fur Pufage de la Houille.
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- X2p DU CHARBON DE TERRE
- » manière. On a appliqué auffi l’ufàge de la Houille à la fabrication des glaces » foie à Saint-Gobin , foit à Tour-la-ville.
- » Les fours qui chauffent avec de la Houille, font intérieurement conflruits » comme ceux qui chauffent en bois. Ils en different en ce que l’âtre & les » tonnelles ne font qu’une grille fur laquelle on pofe la Houille, & que les » fours font établis fur 2 voûtes d’environ 8 pieds d’élévation, fur 6 pieds » de large , qui fè coupent à angles droits, & à la fèélion defquels fe » trouve l’âtre du four. Les deux voûtes forment, comme on voit, quatre » courants d’air abfolument néceftàires pour faciliter la combuftion, & fervent » en même-temps de réceptacle aux cendres.
- » La Houille eft d’un très-bon ufage pour les Verreries en verre noir ou » en verre verd ; mais elle n’eft pas fans danger pour la fabrication de toute » efpece de verre blanc. Les exhalaifons qui s’en élevent, rendent le verre » non-feulement moins blanc, mais encore moins tranfparent. Au commen-» cernent de la fufîon , les parties de la Fritte lailfent entre elles plus d’inter-] » valles que le verre bien fondu ; les vapeurs de la Houille s’introduifent » dans les vides, & à mefure que la fufîon s’avance, il en réfulte un double » inconvénient t partie de ces vapeurs peut demeurer enveloppée dans la » maffe du verre , qui alors eft plus terne ; & partie de ces mêmes vapeurs , en » fe volatilifant, entraîne la manganèse (1), aflez prompte à difparoître, & le » verre -eft néceffairement moins blanc , puifque la préfence feule de la » manganeze lui donne cette couleur.
- » Si l’emploi de la Houille peut nuire à l’état du verre blanc pendant la » fufîon , lorfqu’on deftine ce même verre au foufflage , on eft encore expofé » à un danger réel pendant le travail. Il eft impoflîble de tirer d’un creufet, y> en une feule fois, tout le verre néceflàire pour une pièce un peu confîdé-y> rable. On commence donc par envelopper la canne de verre , & on la » retire du four , pour laifîer la matière un peu durcir & pour l’arranger » autour de la canne ; on augmente enfuite la maffe de verre, en retrempant » de nouveau la canne dans le pot. Si les vapeurs qui s’élèvent frappent le » premier coup de verre, & dans le même inftanc fe trouvent enveloppées » par le fécond, elles forment dans le corps du verre une fumée qui détruit » abfolument la beauté de l’ouvrage.
- » C’eft pour éviter cet inconvénient qu’on a pris à Saint - Gobin l’ufàge
- (1) Manganejîa officinarum, Magnejîa. Magalœa, lapis Manganenjis, CæsALPIN. Ferrum mineralifa-tum mimrâ fuligineâ manus inquinante , quâ pajjim firih couvergentibus confiât, Wall. Ferrum nigri-cans, fplendens, è centro raàiatum , Wolst. Ferrum mineralifatum , nigricans , obfoletè fplendens , fibro-fum, Cartheus. Brunnfiein, German. Manganèse ou Magnésie des Verriers. Mine de fer pauvre, aigre pour l’ordinaire, quand le fer en-
- tre dans la compofition de cette pierre, à laquelle il eft comme étranger ; elle contient quelquefois un peu de plomb & d’étain, 8c fe trouve toujours dans fa Minière en mafles affez grofles & de différentes figures ; celle dont les Potiers de terre fe fervent communément pour noircir les couvercles de leurs Poteries, eft d’une efpece particulière, qui eft la Manganefe vulgaire.
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- ET DE SES MINES. Il Part; rsyr
- fi de chauffer en bois après l’écrêmage , parce que c’eft l’inftant on Ton
- «^commence à fouffler les glaces, & que c eft d’abord pour le foufflage que
- » Ton a employé le feu de Houille. Si, depuis ce temps , on a confervé cette » pratique au coulage , ce que j’ignore, il n’en peut réfùlter qu’un bien ; ce
- » feroit de purger le verre des vapeurs qui s y feroient mêlées, Sc qui fe diffi-
- » peroient par faction d’un feu qui n’en fourniroit pas de nouvelles.
- » Je ne doute pas que l’emploi de la Houille n’équivalût en tout à l’ufàge » du bois, fi l’on pouvoit prévenir les inconvénients que je viens d’expofer ; » mais on ne peut fe diffimuler la difficulté d’y réuflir ; peut-être diminueroit-» on le danger, en laiflant à la voûte des fours une ou plufieurs cheminées
- » pour le paflage des vapeurs qui, fe dirigeant toujours vers le haut, pren-
- » droient aifément cette route, comme on le fait dans quelques Verreries » d’Allemagne , pour le partage des fumées , foit du bois, foie du fel de
- » verre ; mais on auroit à craindre que la voûte moins régulière ne donnât à
- » la flamme une direction moins favorable.
- i> Je ne vois guere de meilleur moyen que de féparer la chaufferie des » creufets, comme elle 1’eft dans les fours à la Françoife, ou dans ceux y> dont on trouve le détail dans l’Art de la Verrerie de Kunckel. Il eft vrai » que ces fortes de fours commencent à être peu en ufage pour les grands » travaux ; mais on pourroit les y rendre plus propres. On fe trouveroit aufll » très-bien de. couvrir les creufets d’un couvercle qui joignît exactement v> la bouche du pot, & fût aboutir à U ouvreau, (i) , où il préfenteroit un fécond » orifice ; par-là l’Ouvrier auroit la facilité de cueillir fon verre, la matière » forôit à l’abri des fumées & de toute efpece de vapeurs : on en ufe ainfi en » Angleterre pour la fabrication du F Vint glaff ; & une Cryftallerie qui avoit » été établie à Chaumont-fur-Loire près de Blois , a fuivi quelque temps » les mêmes errements ».
- Dans la Verrerie nouvellement établie à Fromanteau , Paroiffe de Juvi/y près Paris, où -il fe fait du verre blanc, MM. de Beaufleury fe propofent d’eftàyer de chauffer entièrement leur four à la maniéré des Anglois. J’ai vu dans cette Manufacture le modèle d’un fourneau Allemand, qui fera exécuté pour cet objet.
- Calcination du Safre ; Vitrification du S malt (2).
- Ces opérations, qui font une dépendance de l’Art de la Verrerie, pour le travail de l’Emailleur, peuvent au moins, pour ce qui eft du calcinage i
- (.1) Fenêtre ou ouverture dont il a été parlé ci-devant.
- (2) On appelle ainfi deux fortes de marchan-difes qui fe fabriquent dans les Manufactures de bleu d’Email j la première appellée Saflor ou
- Charbon de Terre. II. Part,
- Safre, eft un mélange du Cobalt & du Silex » deftinée au verniflage des Poteries & des Fayen-» ceries communes pour les peindre en bleu, ÔC pour quelques autres ufages;la fécondé, nommée Smalt ou Schmalt, verre colorié en bleu, pro-
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- 7^2 VU CHARBON DE TERRE
- s’exécuter au feu de Charbon de terre , d’autant plus qu’il eft bien décidé aujourd’hui, que le cobalt (i) n’eft pas le feul minéral propre à colorer le verre en bleu (2). Si au furplus les bluëttes du feu de Charbon de terre comme plus terreux , pouvoient altérer la couleur du Smalt dans la vitrification , cet inconvénient ne feroit pas à craindre dans les fontes, ou au fourneau de vitrification.
- Au fourneau d’ufage dans les |Manufactures de Smalt, & qui ne différé en rien de ceux dont on fait ulàge dans la plupart des Verreries, M. deGenf-fàne eft d’avis qu’on fubftitue celui décrit par 3VL Crammer (dans là Docimafie), dont la voûte eft d’une forme parabolique , & que M. Crammer nomme fourneau de Verrerie. M, de Genflàne en donne la delcription ( 3 ) d’après celui qui eft établi près de l’Abbaye de Fontfroide en Languedoc.
- Les avantages que M. de Genffane s’eft propofé dans le fourneau de M. Crammer, font d’occuper par là figure , un petit elpace de terrein , de pouvoir y placer aifément julqu’à huit creufets , & d’y donner place a huit Verriers ; quant à là capacité intérieure, beaucoup moindre que celle des fourneaux quarrés , il en réfulte que le feu y acquiert un degré de chaleur bien fupérieur à ces derniers, qui eft encore augmentée par la forme parabolique de là voûte, & qui n’a pas befoin d’autant d’aliment du feu.
- Dans le cas où la vapeur du Charbon de terre enflammée lèroit capable d’êtrd nuifible au Smalt, M. de Genflàne croit qu’on remédieroit à cet inconvénient \ en prenant la précaution de fondre à creufet couvert.
- 1
- Fourneaux a. Chaudières.
- V'
- Les Fourneaux de Brasseries , dans les pays où la biere fert de boiflon ordinaire, font ceux pour lefquels le Charbon de terre eft un combuftible de la plus grande conféquence. A Liège & dans le territoire de cet Etat, où il fe brade une grande diverfité de biere, excellente & très-faine , ce
- venant du mélange de Cobalt, de Silex & d’Al-jkali,réduits en pouffiere impalpable, connus en France fous le nom de Ferre bleu dit A^ur, ou Bleu d’Email, parce qu’on l’emploie aux émaux, aux peintures , &c. Le fin & le fuperfin fervent dans les Blanchifferies à donner aux toiles l’œil bleuâtre qui fait le beau blanc: ainfi, pour ce qui concerne les matières qui entrent dans la compofition duSaffre & du Smalt, il n’y a point de différence : mais le Safre n’eft pas vitrifié ; il éft feulement calciné jufqu’à un certain point : le Smalt, au contraire, doit non-feulement être ré* duit en verre; mais il doit encore fupporter nombre de différentes préparations. Traité de la fonte des Mines par le feu de Charbon de terre. T. II, pag. 294.
- (1) Mine dans laquelle l’arfenic eft la partie dominante j mais toutes ces mines de Cobalt, non
- plus que toutes les mines arfénicales, ne donnent pas la matière du bleu dont on fait le Safre & le Smalt.
- ( 2 ) Cette découverte, dont Becher, par amour pour fa patrie, faifoit un fecret, a été publiée de nos jours par M. Gellert, Confeil-ler des Mines de Saxe ; elle prouve que parmi les matières propres à la fabrique du Smalt, on peut ranger les Speijf que donnent certaines mines de plomb , & quelques pyrites arfénicales, fondues au fourneau à manche, comme les mines de cuivre à la fonte crue, c’eft-à-dire, fans aucune calcination préliminaire. M. de Genffane, dont nous empruntons cet article, eft entré fur toute cette pratique dans les détails les plus intéref-fants. Tome II, Chapitre XXI, des Matières propres à la compofition du Smalt, page 175*.
- ( 3 ) Tome II , Chapitre XXIX, page go§;
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- ET DE SES MINES. II. Part; utf font les gros quartiers de charbon qu’on préféré pour échauffer le four (i) , dans lequel on fait fécher le grain ; ces gros quartiers fe vendent plus cher, & il s’en exporte beaucoup en Hollande.
- Outre différentes opérations particulières , relatives fur-tout aux travaux métallurgiques auxquels on emploie les cinders en Angleterre , le principal ufage de ces braifes eft de chauffer ces étuves , dans lefquelles on fait germer , rôtir 8c réduire l’orge en Malt ou MaltDerby eft la première Ville qui ait fubflitué ces braifes à la paille pour cet ufage , ce qui donne à la biere qui s’y brafîe , la blancheur 8c la douceur qui l’ont mife en réputation.
- Les Teinturiers d’Aix-la- Chape lie 8c des environs de cette Ville , ceux de Verviers dans l’Evêché de Liège, n’emploient pas autre chofe dans leurs fourneaux à chaudière que de la Houille. A Alais & dans quelques cantons de la baffe Provence, le même ufage commence à s’introduire parmi les Chapeliers, les Distillateurs d’Eau-de-vie , d’Esprit - de - Vin , foit limple, foie parfumé , au rapport de M. Venel.
- Ce dernier Art de retirer en grand, par le moyen de la diftillation des liqueurs vineufes, une fécondé liqueur plus forte 8c plus inflammable, 8ç des efprits ardents , peut même d’autant mieux s’exécuter au feu de Houille , qu’après un feu vif que donne ce combuftible, fà chaleur eft aifée à entretenir égale 8c uniforme ; il n’eft même aucun Art auquel le feu de Houille paroifle plus approprié qu’à la diftillation des efprits ardents, dont le fuccès dépend de l’égalité inaltérable du feu , avantage qu’on ne peut attendre de celui du bois, pour lequel l’attention de fournir de temps en temps de la nouvelle matière , eft chofe 'prefqu’impoflîble à demander à un Ouvrier.
- En 1772 8c en 1773, M. Venel a exécuté dansTattelier du fleur Clément* Fabriquant de Pézenas , à la faveur de fourneaux dont il donne la deferip-tion (2), des diftillations de toutes les efpeces d’efprits qu’on a coutume de fabriquer au moyen de l’appareil ordinaire ; il obferve qu’il n’a jamais dépenfé au-delà de 60 livres de Houille (3)pour une chauffe, ou paffe entière de vin, en y comprenant l’écoulement de la repafle , de forte qu’il ne lui reftoit que très-peu de feu dont il eût pu profiter pour l’opération fuivante, excepté les efcabrilles > bonnes ou à mettre en train les chauffes qu’on auroit voulu commencer , ou à entretenir le feu.
- M. Ricard, Négociant de la Ville de Cette, a fait aufli conftruire pour
- (1) Cette partie principale d’une Braderie, nommée en Wallon Terray , vulgairement Tou-raille, & dans laquelle M. Duhamel a corrigé l’inconvénient de la fumée en l’exhalant au-dehors , eft une étuve faite comme une trémie , ou pour mieux dire , c’eft le comble tronqué ou renverfé d’un pavillon quarré ; il n’y a de différence qu’en ce que le chaflis du haut de la
- tourailîe eft la même chofe que les plattcs-formel qui pofent fur les murs d’un pavillon.
- (2 ) Dijîillation des Efprits ardents , SeB. Il, du Chap. Vy de la troifieme partie de fon Ouvrage i page 37P avec une figure, N°. i. PL FIL ( 5 ) A Pézenas, la Houille coûte de à 30 fols le quintal petit phids, & le bois 15 fols.
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- 12^4 du charbon de terre_
- diftiiler des Eaux - de - vie , des fourneaux où il emploie le Charbon de? terre d'Alais die de fécondé qualité (i). De fes expériences, il réfulte que pour fabriquer la même quantité d’Eau-de-vie, il falloit au moins une quantité de bois double de ce qu’il faut de Houille ; doù il fuit qu’en fe fervant de ce foffile, on trouve une économie de 20 fols par quintal. Cette économie fe trouve établie dans le Procès-verbal drefle par le Subdélégué de l'Intendant de la Province. M. l'Abbé Rozier, qui a rendu compte en détail de cette opération , l’a accompagné d'un deffein du fourneau ( 2 ) ; il nous fuffira d'en donner ici une firpple notion & les dimenfions générales : la largeur du cendrier eft de 9 pouces, la hauteur du fol à la grille a 10 pouces, la profondeur eft la même que la longueur de la grille ; la porte du foyer eft de même largeur Sc hauteur que l'ouverture du cendrier ; la grille eft de p pouces , large de 10, fur 1 pied 10 pouces de longueur. Le diamètre du foyer eft de 2 pieds 10 pouces.
- La chaudière ne doit avoir que 2 pieds 8 pouces de diamètre dans là plus • grande circonférence, afin de laifler un vide de 2 pouces entre celle-ci Sc la maçonnerie. Ce vide fe trouve couvert par-les bords de la chaudière qui portent fur la maçonnerie.
- L'Auteur confeiile de pratiquer à ces fourneaux un tuyau de cheminée 4 qui doit commencer à la hauteur des anfes de la chaudière, vis-à-vis la porte du foyer Sc en forme de pyramide renverfée , ayant 3 pouces Sc demi en quarré à fa naiflànce, Sc 6 pouces dans le haut, qu’on conduira dans les cheminées qui fervent aux fourneaux ordinaires.
- En Angleterre Sc à Liege , la Distillation des Esprits acides nd s’exécute pas autrement qu’avec le feu de Houille, & on n’obforve rien de particulier dans les appareils. \
- M. Venel (3) propofe pour la diftillation du nitre, un grand vaifîeau de fer de fonte à deux becs , Sc adapté dans un petit fourneau de réverbere ordinaire pour être fubftitué aux cornues de verre, Sc aux vailfoaux de terre qui ne font pas toujours bien bons. ^
- Dans les Diocèfes d’Uzès Sc d'Âlais, on eft aflqré par l’expérience j que le feu de Charbon de terre de la plus mauvaife elpece, appliqué aux Fourneaux de tirage ou filature de Soie , n'eft |>as nuifible à la qualité des foies. M. Venel remarque que la conftruétion des fourneaux ordinaires dans lefquels on brûle du charbon de bois, outre différents vices de conftruélion très-groffiere, a l’inconvénient d expofer finguliérement la Fileufo ( qui eft dans l’habitude de fe placer devant le fourneau ) aux vapeurs pernicieufes du charbon de bois brûlant, Sc fouvent mêlé de fumerons.
- CO Qui eft celui dont les Chaufourniers font pfage.
- (2) Janvier ïh6, page $6 > Planche IL
- (S) Diftillation des Efprits acides, Ckap. VIII j Paru II9 page ^37,
- Les
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- ET DE SES MINES. II. Part. 125*
- Les fourneaux que cet Ecrivain a vus à Alais, chauffés avec la Houille , ont un foyer régulier, pourvu d’un foupirail qui s’élève plufieurs pieds au-deflus de la tête de la Fileufe, & dune porte proprement dite , c’eft-à-dire, d’une ouverture plus étroite que le foyer auquel elle appartient 5 on peut voiries dimenfions de ce fourneau dans l’Ouvrage (1).
- Le feu allumé d’abord à l’ordinaire dans ce foyer, avec un feu de flamme, n y brûle enfuite qu’à la maniéré des feux fuffoqués, & fiiffilàmment pour porter en une heure de temps, une quantité d’environ 42 livres d’eau (petit poids ) à un degré de chaleur marqué par le frémiflement, & même d’élévation dans la bafîine , en communiquant à l’eau la blancheur qui eft le degré voifin de la pleine ébullition : chaque fourneau confume à Alais de 120 à jyo livres de Houille par jour.
- M. Venel s’efl; fort étendu fiir les vices qui tiennent immédiatement à l’emploi & au gouvernement du feu dans toute la méthode ufitée au pays d’Alais, pour l’Art du tirage de la foie ; il propofe des corrections qui ren-droient cette opération plus commode pour les Ouvriers, & garantiroient la foie des effets quelconques de la fumée de Houille # & qui fur-tout diminue-roient de moitié la confommation qu’entraîne la méthode fuivie (2) ; il a fait chaque Journée (3) avec une quantité moyenne de 28 livres de Houille de Graillefac du prix de 8 à 9 fols (4) , favoir, avec environ 1J livres {tour la première demi-journée, & 13 pour la fécondé : les Fileufès trouvoient cent fois plus fupportables les fumées de la Houille, que les vapeurs de charbon de bois.
- Près de Montpellier, fur la rivière Dulez (5), il y a un Moulin a huile ou les chaudières font chauffées avec du Charbon de terre , ainfi qu’à Alais, ÔC on épargne au moins moitié. M. Venel a perfectionné la conftruction de ces fourneaux , en appropriant les fourneaux ordinaires où l’on fe fert de bois à l’ufàge du feu de Houille (5).
- L’Art de purifier , blanchir et mouler le sel essentiel des Cannes a sucre , peut encore s’exécuter avec fuccès par le feu de Charbon de terre.
- Dans les Rafineries de fùcre d’Orléans & d’Angoulême, ce foffile eft employé à deux opérations ; lorfqu’il a fondu le fucre, & qu’il a perdu fà première ardeur, on le tire de deffous les chaudières, fes braifes font mifes en monceau ; on les mêle eofùite avec du nouveau charbon qui n’a point encore paffé au feu , & on s’en fert ainfi une fécondé fois dans les étuves pour fécher les fucres.
- (1) Filature de foie, Se&ion III du Chapitre V de la troifîeme Partie , page 387.
- ( 2 ) La Figure 1 , PL VIII de l’Ouvrage de M. Venel, repréfente la coupe defon fourneau.
- ( 3 ) La journée à Pezenas eft de 10 heures; elle eft partagée en deux demi-journées, à la fin de chacune defquelles on jette Peau desbaftines,& on y opéré un même degré de chaleur qu’à Alais.
- (4) Le prix commun eft de 25* à 50 fols le quin* tal j & 35* livres environ de charbon de bois qu’il faut pour une journée , coûte 17 fols 6 deniers, (y) Attenant le moulin à bled de Sauret, à un quart de lieue de Montpellier.
- (6) Moulins à huile, Seftion I du Chapitre Vt Paru III, page 3 46.
- Charbon de Terre, IL Faru Q 14
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- t2f6 DU CHARBON DE TERRE
- La Rafinerie établie à Montpellier , chauffe fes chaudières & fes poêles avec de la Houille.
- M. Venel (i) propofe des correélions économiques dans les poêles des étuves de cette Manufaéture, pour, avec 15 ou 16 livres de Houille, renouvelée trois fois en 24, heures tout au plus j produire une chaleur plus que fuffifante à une très-grande étuve.
- L'Art du Saunier , ou l'Art de retirer le fel marin par l'évaporation de l’eau ou de la mer ou des lacs ou des puits falants, & d’enlever le même fel des mines de fei-gemme , peut également s’exécuter avec le feu de Charbon de terre.
- M, de Genflàne obferve que * trois ou quatre fàlines que nous avons en France , font une confommation étonnante de bois, tandis que les habitants de leur voifinage en manquent pour leurs befoins. En fait d’opérations auffi fimples , l’exemple devroit fervir de loi Sc de raifon : il n’eft pas aifé de concevoir ce qui a empêché Sc ce qui empêche d’imiter à cet égard ce qui fe pratique dans quantité d’endroits, comme à Halle, & ailleurs en pays étranger, où les Ouvriers qui font le fel marin font évaporer leur faumure au feu de Houille : il y auroit fur cela d’autant plus à gagner , que la Houille de plus bafïè qualité eft bonne à cet ufàge (2) ; on pourrait ajouter à cette confidération, qu’il eft peu de fource falée qui ne foit dans le voifinage de quelque mine de Charbon de terre.
- Opérations de Chimie & de Pharmacie!
- M. Spielmann ( 3 ) exclut des laboratoires chimiques les Charbons de terre ; il en donne pour raifon, i°, la ventilation dont il penfe que ce foffile a indifpenfablement befoin ; 20, l’odeur Sc la fumée ; 30, les cendres réfùltantes de ce combuftible füjettes à fè pelotonner en maffes plus ou moins fortes , Sc dont la ténacité eft plus grande que celles du charbon végétal, ce qui exige des cendriers plus vaftes Sc des grilles plus larges.
- s.
- Le fentiment de cet illuftre Chimifte me paroît fondé , fur-tout quant à la quantité de cendres que donne le Charbon de terre ; M. Venel cependant (4) fe croit autorifé à avertir les Chimiftes & les Pharmaciens , que tous leurs feux , fans diftinétion, peuvent fe faire avec de la Houille, ou ce qui eft la même chofe, ce font les termes de l’Auteur, qu’ils peuvent opérer avec cet aliment du feu dans toute la latitude de leur feu ufuel, depuis la digeftion à la plus foible chaleur, jufqu’à la fonte des matières les plus
- ( 1 ) Rafïnenes de fucre , SeB, IV. Chap. V> Part. III, page 412.
- C 2 ) En Angleterre les Sauniers, pour avoir une tonne ou 40 boiffeaux de fel , conformaient 3 chaldrons de charbon, coûtant 16 cheîlins
- & 6 fols; \
- (3) Inftitutiones Chemiæ, Seêl. XXI, pàg. 17 % Editio altéra , 1776.
- (4) Chapitre I, Se&ion II, de la trQifiefflÇ partie de fon Ouvrage, page 473.
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- ET DE SES MINES. IL Part. utf rebelles, & cela commodément, fûrement, efficacement & économiquement.1 2
- Je ne déciderai point entre ces deux Savants ; je crois feulement qu’en admettant les cas ou ion na rien à appréhender de l’impreffion de la fumée lui* les corps traités dans ces deux Arts , & dans les vaiffeaux dont on fe fèrt, une folidité capable de refifter long-temps a 1 aétion du feu, il faudra toujours bannir les Charbons de terre dont la nature participe de la nature pyriteufe ou fulphuréo - acide.
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- Du Feu du Charbon de terre appliqué au chauffage & aux ufages domefliques.
- E N démontrant la très - grande abondance de veines ou de mines de Charbon de terre répandues dans la furface du globe , en décrivant tout ce qui a rapport à fon extraélion , mon deffein n’a pas été uniquement de préfenter aux curieux une idée générale quoiqu’exaéle de la matière que j ai traitée ; on a dû certainement s’appercevoir que j’ai cherché à remplir ce que j’ai promis dans l’Avant-propos de mon Ouvrage, à être utile, à faire connoître & à rendre faciles, fur-tout en France, les travaux qu’exige l’exploitation d’un foffile plus précieux que bien d’autres, lorfqu’on voudra pourvoir à la nécef-fité inftante d’arrêter le dépériffement de nos Forêts ; qu’enfin je me fuis occupé d’exciter ma Patrie à profiter de l’exemple du pays de Liège & d’Angleterre, pour accroître fon commerce intérieur d’une branche à laquelle on n’a pas encore ‘affez fait attention, & particuliérement pour remédier à la difette de bois dont on efl: menacé dans tout le Royaume , même dans la Capitale (r).
- On ne peut difconvenir que dans toutes les grandes Villes, le bois propre au befoin le plus répété & le plus effentiel, celui des cuifines 8c autres néceffités de ce genre, celui du chauffage pendant fix mois de l’année, eft maintenant, après la fubfiftance, l’objet le plus difficile , le plus difpendieux , comme le plus indilpenfable pour un ménage (2). Les habitants de Londres ont été infenfiblement réduits à la difficulté , puis à l’impoffibilité de trouver du bois à leur portée, Voy. page 422 ; ils font tellement accoutumés aujourd’hui à la Houille, qu’ils la préféreroient au bois s’ils en avoient. Le peuple Liégeois naturellement avifé, l’a été fur ce point plus que toutes les autres Nations ; une fage prévoyance , qui toujours garantit de plufieurs inconvénients, a averti les Liégeois de faire ufàge d’un foffile qu’ils ont en
- (1) Feu M. Fagon, Intendant des Finances , avoit, dans cette même vue , introduit dans Tes bureaux & dans fes anti-chambres , l’ufage du Charbon de terre.
- (2) En 1730 , la corde de bois fe vendoit à Arras tout'au plus 14 livres ; elle coûte préfen-
- tement 30 à 35* livres; en Picardie, le bois qui valoit 30 livres en 1740 , vaut présentement 40 livres; cette augmentation ne peut avoir pour principe que celui de la confommation , qii produit la dévaluation de nos forêts*
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- I2j8 du CHARBON DE TERRE
- abondance (i), & dont ils pourroient avoir befcin 5 mais ils n’ont pas attendu cette derniere extrémité.
- En Angleterre particuliérement, & dans le pays de Liège , le feu de •Charbon de terre eft généralement adapté à tous les ufages domeftiques ; la maniéré de s’en ffirvir, non moins intéreflânte, que pour exécuter les opérations de différents Arts , eft en foi fuffifimment connue , par ce que nous avons dit dans notre Ouvrage. Un objet de cette importance, foit pour le peuple des provinces , foit pour le rétabliffement de nos forêts, devenu douteux ou impoflible, fi par une délicateffe mal entendue on s’obftine à ne pas employer cette production, ne fiuroit être trop développé dans tout ce qui y a rapport : c’eft ce que nous nous propofbns ici, en confidérant de nouveau le Charbon de terre fous le même afpeét, c’eft-à-dire, comme reffource affinée, commode & peu dilpendieufe, contre le prix exorbitant du bois de chauffagè (2), Pour remplir notre but, il nous a lemblé à propos, relativement à cet ufàge, d’examiner d abord, autant que cela fe peut, ce fofîïle par comparaifon, prix pour prix & dans fi durée au feu , avec le combuftible qu’il remplacera un jour chez nous , d’établir de même un parallèle entre ces deux combuftibles , quant à la chaleur qu’ils donnent l’un & l’autre ; d’éclairer enfin d’avance fur les principales difficultés qui ne font ignorées de perfonne , concernant l’innocence de ce chauffage. Il n’en eft pas de ces difficultés fur lefquelles eft fondé l’éloignement à fe fervir de la Houille dans les foyers domeftiques , comme de celles que l’on pourroit oppofer à fon emploi dans les fourneaux de Manufactures , Voy, page 1241 ; l’éloignement, l’inquiétude fur cet objet, tiennent à la confèryation de la finté ; ils demandent les plus grands égards, & à être traités à fond, ce qui ne pourroit fe faire ici, fins donner lieu à une digreflion trop longue : nous ne nous y arrêterons auffi pour l’inftant, de même qu’aux deux autres confidérations , qu’autant que cela peut être nécefîaire pour difpofer le Lecteur à fuiyre notre defeription avec un peu moins de préventions.
- Les avantages généraux & particuliers du feu du Charbon de terre employé brut ou préparé, les objections que l’on a coutume d’oppofer à fbn ufige, feront amplement difiutés à la fin de notre Ouvrage , dans les Mémoires que nous ayons annoncés, page 486 (3).
- (1) Voyez l’Introdudion, page iv.
- (2) UObfervateur François à Londres , troi-fieme Partie, Vol. II, Lettre LXXV, pag, 329, remarque très-bien que quand ce combuftible ne feroit employé que dans les anti-chambres, les poêles, les cuifines, ce feroit un grand bien ; il enréfulteroit, dit cet Ecrivain, moins de confom-mation de bois, plus d’aftivité pour l’exploitation des mines de Charbon de terre, &, ce qui eft encore d’une grande conféquence, une grande diminution de dépenfe pour les particuliers.
- (3) Imprimés aufti en format in-12 , en faveur des personnes qui n’ont point la collection des Arts que public l’Académie. Le célébré M. Wan-Swieten , dans une Lettre du 21 Septembre 1771 , marquoit à l’Auteur, que S. M. l’Impératrice penfoit très-avantageufement de l’ufage de la Houille, qu’elle donnoit des récompenfes aux Maréchaux ferrants, aux Faifeurs de briques, ôc aux Chaufourniers qui s’en fervoient, attendu la diminution des bois, ôc l’augmentation du prix de ce combuftible , Ôc qu’en préfenxant à fon
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- Du chauffage de Charbon de terre , comparé à celui de Bois ou de Charbon de bois , dans fa confommation„ fa durée , fa chaleur.
- Les expériences & les recherches auxquelles on voudroit fe livrer pour connoître ces différences refpeétives , ne peuvent abfolument comporter la précifion requife ; les différences de Charbon de terre, celles des bois ou des charbons de ces derniers combuftibles, leurs prix dans chaque Province n'étant pas les mêmes , ne donneroient toujours que des réfultats difficultueux & fautifs (i). Le particulier feul eft à même de fixer, autant qu’il eft poffible , cette comparaifon par fès propres expériences ; ce que l’on peut avancer fur cela en général, c’eft que le progrès du feu fur les Houilles de bonne qualité & en gros morceaux, eft plus lent que fur le bois, V'oy. page 1152; en conféquence la confommation de Houille doit être moins rapide, en admettant enfuite comme certain, que les corps retiennent leur chaleur en proportion du temps quil a fallu pour les chauffer. On pourroit rapprocher avec avantage cete notion des queftions à établir fur cet objet.
- M. Deville eft parti de ce principe (dans le Mémoire dont nous avons fait ufage , page 1144) pour en déduire une eftimation. Selon l’Académicien de Lyon, cette confommation comparée eft à peu - près en même raifon que trois à douze, c’eft-à-dire, que fl vingt livres de bois durent trois heures 5 vingt livres de Charbon de terre en dureront douze.
- Entr’autres façons d’apprécier la quantité du feu par fà durée & par fès effets, celle que M. Venei a fuivie mérite confidération ; & je penfe comme ce Savant, qu’on peut en faire des applications fort étendues : j’en donnerai ici une idée (2).
- » Dans un fourneau à chaudière où l’égalité des circonftances a été » obfervée autant qu’il a été poffible , où la même chaudière a été chargée S) de la même quantité de liqueur , d’eau du même puits, par exemple , on a » fait du feu avec des quantités égales de différentes matières mifes en » comparaifon, par la même température de l’air, autant qu’il a été poffible, » ou en tenant compte de la variété à peu-près inévitable de ces températures, » on a obfervé le progrès de la chaleur dans l’eau , la durée de la plus grande y> chaleur ou de l’état d’ébullition, & enfin la quantité d’eau qui a été éva-» porée par l’aélion entière de chaque feu.
- » On a exécuté des expériences équivalentes dans le feu ouvert tel qu’il
- Augufte Maîtrefîe, un exemplaire de ces Mémoires , il l’avoit prié de le lire & de le faire lire par fon Confeil.
- (1) Dans l’Annonce publiée en 1770 d’un établiffement tenté pour procurer au peuple de Paris un chauffage de Houille apprêtée , il a été fourni une note très - défeétueufe fur le
- Charbon de Terre. II. Part.
- prix &‘la quantité de ces pelottes, comparés avec le prix & la quantité de ce qu’il faudroit de bois en falourde, pour cuire trois pots au feu de trois livres de viande.
- (2) Comparaifon du feu de Houille & du feu de bois, relativement à l’économie particulière, Si U. II3 Chap. VE Part, I, page 186,
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- latfo DU CHARBON DE TERRE
- » f eft dans les âtres de cuifine, de chauffage, 8cc ; enfin on a pouflé à la forge yy les matières de chaque clafte qu'on a coutume d'y employer , fàvoir, d’une » part, la Houille brute, les braifons ou efcarbilles ; & de l'autre, le charbon de » bois que les Maréchaux, les Serruriers, &c, emploient dans les paysoùils » n'ont point de Houille, les Orfèvres par-tout , & les Chimiftes prefque » généralement auffu
- » Il a réfulté de toutes les expériences faites d’après ces attentions, que » les feux de bûches & de rondins de différents bois fecs dans les foyers » ordinaires, coûtent ( dans le Languedoc ) à peu-près plus du double que » les pareils feux de Houille faits fur les grilles ordinaires, & encore en » négligeant la valeur, très-réelle néanmoins, des braifons ou efcabrilles que » laiffe le feu de Houille , & auxquelles rien ne correfpond dans les feux de » bois ; car le feu de bois vif, ne laifle pas ou prefque point de braife ».
- Non-feulement la chaleur du feu de Houille eft plus ardente que celle du feu de bois, mais lorfqu’on vient encore à comparer cette chaleur avec celle du charbon de bois , ce dernier combuftible n’aura point la fupériorité. L'expérience apprend que dans toutes les occafions où l'on emploie le Charbon de terre, un boiffeau de ce combuftible fait autant d’effet que trois boiflêaux de charbon de bois, qu’il donne en même temps moins d’embarras à l’Ouvrier 9 & produit de meilleur ouvrage ; ainfi en fuppofànt un boifleau de Charbon de terre , revenant à un prix plus cher qu'un boifleau de charbon de bois, il y aura toujours un bénéfice à s’en fervir.
- Economies particulières que Von peut fe procurer dans le chauffage
- du Charbon de terre.
- Les braifes & les cendres de feu du Charbon de terre, préfentent fpécia-lement une particularité que nous ne devons point paflèr ici fous filence, attendu le bénéfice réel qu’on peut en retirer dans les petits ménages qui doivent s’occuper d’économie : tout le temps que dure l’embrafèment, il fe détache du Çharbon de terre employé brute ou empâté avec des argilles, des morceaux plus ou moins volumineux ; ces Krahays ou braifons tombés hors du fer h feu, ne peuvent plus fè foutenir dans 1 état d ignition ; ils s’éteignent 9 mais ils ne font point confommés, & ils font encore combuftibles félon qu’ils ont éprouvé un degré plus ou moins fort de chaleur plus ou moins fou-; tenue (i) ; un feu ordinaire produit une quantité confidérabie de ces braifes, principalement fi on attife le feu trop fréquemment. Le rateau introduit
- ( i ) On fuppofe ici que les Houilles employées font de bonne qualité : car fi elles étoienc mêlées de nerfs ou d'arrêtés, on n’auroit que des vraies pierres, à peine changées de figures, ou diminuées de volume, & qui ne peuvent être fut
- ceptibles d’un nouvel embrafement. M. Venel, page 5*3 , range parmi les mauvais charbons * celui nommé à Rive*de-Gier , Charbon Perat ; mais il a confondu celui qui eft mêlé de Gorres.
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- parmi les pièces de garnitures de fer , n’a été imaginé que pour jféparer des cendres tout ce que Ton peut de ces braifes , & y en laifîer le moins poflible.
- Ces deux réfidus méritent des obfervatîons fur leur quantité & fur leur qualité. M. Venel remarque que les bonnes Houilles brûlées dans un bon foyer à la quantité de 30, ou 40 livres , & en morceaux dune livre ou deux # lui ont aflez communément donné deux cinquièmes d'efcabrilles dans les foyers ouverts * & environ un tiers dans les foyers fermés (1) ; ' leur effet & leur durée au feu lui paroiffent tels qu’ils correfpondent au moins au quart du feu de Houille neuve ; félon fon calcul, les efca-brilles réfultantes de 80 livres de Houille, par exemple , fourniifent un feu à peu-près équivalent à celui de 20 livres de Houille brute (2).
- Tout ce qu’avance M. Venel eft bien pofitif, bien fpécifîé, & eft conforme en tout à ce que nous avons fait remarquer fur les braifes d’un feu ordinaire, page 1190. M. Venel regarde avec raifon ces braifes comme un objet d’économie très-confidérable & donnant un très-bon feu (3). Dans le fait, ce font de vrai cinders , tels que ceux avec lefquels on eft dans l’ufàge , en Angleterre, de chauffer les appartements , parce qu’ils ne donnent pas de fumée , & M. Venel reconnoît une grande analogie entre ces efcarbilles 8c les braifes nommées par les Anglois coaks (4) , qui fe trouvent communément être fupérieures à la braife de bois,
- On ne voit pas comment après s’être expliqué auffî précifément, l’Auteur annonce ailleurs , qu’on ne doit, pour les befoins domeftiques , faire nul cas de ces braifes , & pourquoi il regarde comme peu économique & ma! entendu l’ufage qu’on voudroit en faire, ainfi qu’il prétend l’avoir prouvé dans plufieurs endroits de la première partie de Ion Ouvrage (^).
- Le chauffage de Houille donne beaucoup plus de cendres que le feu de bois. M. Venel s’eft encore occupé de déterminer la proportion de ce réfidu que donnent les bonnes Houilles (6) ; pour cela il a fait des feux de 30 à 40 livres , dans des fourneaux où la ventilation fpontanée étoit Amplement fuffifante ; la proportion commune & moyenne des cendres à la Houille qui les a fournies, a été à peu-près d’un quart.
- L’état particulier aux cendres de Houille, forme un fécond article digne d’attention ; d’après ce que nous avons dit de la quantité de braifes qui fe détachent du feu, ces cendres ne font pas complettement des cendres (7) ; à moins qu’elles n’ayent été tamifees ou paffées fouvent & avec le plus grand foin au rateau , elles font toujours mêlées, ou de beaucoup de Krahays qui
- (1) Se&ion II, Chap. II, Part. I, page 33 , des Efcabrilles ou Efcarbilles.
- (2) Se&ion II, Chap. VI, Part. I, page 150.
- (3) Partie II, Chapitre VI, Seétion II, Com-paraifon du feu de Houille & du feu de bois, relativement à Véconomie particulière, page ipo.
- (*) Seftion I, Chapitre IV , Partie 313page 73,
- EJpeces artificielles de Houille. Et ïbià. page 9 j, (3) Chapitre IV, Partie II, Appropriation des efpeces tant naturelles qu*artificielles de Houille aux différents feux , page 2j6.
- (6) Seftion III, Chap. II, Part. I, page 36.
- (7) M. Venel les qualifie cendres imparfaites.
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- peuvent aifément fe trier afin de ne point les perdre, ou de menus Krahays en pouflîere ; la preuve en eft, qu’en jettant fur le feu ces cendres , même celles du Charbon de terre apprêté & mis en pelottes, on en voit une partie s’enflammer , & une autre partie parvenir à un degré d’incandefcence marquée (i).
- On n’eft point étonné après cela des différentes petites économies que ces cendres de Houille grafie, chargées fans ceffe de Krahays en poufliere imperceptible , peuvent fournir aux pauvres ou à ceux qui font dans le cas de chercher à ménager. Il ne paroîtra en conféquence rien d’extraordinaire dan» ce qu’avance M. Kurella, qu’avec des cendres feules pétries avec de l’eau , il ait réuflî à faire des gâteaux qui ont brûlé au feu auffi bien que des pelottes neuves, en donnant une chaleur d’une aufii longue durée. A Maftricht, les pauvres font par ce procédé des gâteaux quarrés, longs & plats de toute la grandeur du feu , pour recouvrir leur feu le matin & le loir.
- On peut donc dire ( en faifant grâce à la maniéré finguliere donc nous croyons pouvoir nous exprimer )} (2) qu’il eft poffible de tirer parti à l’infini de ces cendres, & quelles font propres a redonner fans ce fie un feu qui na pas de fin ; fi au furplus cette expreflion préfente quelque paradoxe, comme elle a paru à M. Venel (3), nous devons l’éclaircir ici, 8c cela eft facile. Nous convenons avec ce Savant , que cette propriété n’appartient qu’aux braifès ou Krahays f comme à la braife de bois, & point précifément à la cendre, qui pourroit néanmoins, chaque fois qu’on la repaffe au feu , s’imprégner de nouveau d’une fuffifànte quantité de vapeur grafle inflammable.
- M. Venel paroît dans ce moment avoir oublié la maniéré dont ii qualifie lui-même ces cendres de feu de Houille ; c’eft parce qu’elles font imparfaites > & qu’elles le font prefque toujours , que nous les regardons fufceptibles de cette propriété, qui ne devient plus finguliere, autant quelle a paru l’être à M. Venel : je ne crois point du tout, comme lui, que ces cendres , quand elles font encore mêlées de quelques morceaux vraiment combu£' tibles, agiflent Amplement dans les nouveaux feux en les contenant, & non pas en contribuant à les entretenir (4). En admettant une fois, comme le faiç M. Venel, des Krahays encore combuftibles dans ces cendres, c’eft une inconfé-* quence manifefte de prétendre qu’elles ne font dans les feux de Houille que ce que font dans les feux de bois les cendres engendrées dans le foyer dont on couvre quelquefois ces feux ordinaires
- Sans que M. Venel s’en doute, la remarque par laquelle il finit, infirme fon propre dire, & vient à l’appui du mien.
- (1) 11 eft effentiel de ne point perdre de vue l’efpece particulière de Houille , bonne à employer en chauffage à l’air libre , qui eft celle nommée par les Liégeois Houille grafie.
- (2) Dans les Mémoires fur le feu de Houille ou de Charbon de terre, en traitant des avanta-
- ges de ces feux pour le chauffage 8c pour les befoins domeftiques.
- (3) 101 j note a.
- (3.) Seffion 1, Chapitre IV, Partie I, pag. 100 } Des cendres imparfaites,
- (y) Ibidem,
- Cet
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- O.t Ecrivain dit , que le feu de Houille bien ardent & bien embrafe apporte mieux , que les feux femblables de bois , les cendres quon met deffus , 3c que le premier eft contenu par ce moyen avec beaucoup plus d’avantage que le dernier : cette phrafe ne différé de la mienne, qu’en ce quelle eft un foible apperçu du vrai point de fait ; il fe feroit préfenté plus clairement àM. Venel, s’il avoit été à portée d’avoir quelque bonne Houille graffe , dont les Krahays font toujours plus chauds que les Krahays de Houille
- maigre.
- Il eût vu autrement la chofe, s’il eût porté attention au parti que les pauvres, à Liège , tirent des cendres de leurs feux en les fai Tant entrer dans la com-po/ition de hochets économiques, à la quantité d’un boiffeau , fur autant de terre graffe , avec deux boiffeaux de Fouaye, afin d’animer le chauffage» M. Venel paroîc avoir ignoré cette pratique , ou n’en avoir fait aucun cas ; mais elle ne fuppofe pas moins que ces cendres ont toujours dans l’opinion commune ( fauf à être difcutée ) une forte de valeur réelle pour donner de la chaleur. Ce mélange fraîchement corroyé , donne des peloctes qui font un feu joli , agréable 3c chaud : les pauvres qui Font imaginé , le font tout uniment dans le coin de leur cheminée : il a l’inconvénient, au moment qu’on le prépare , d’exhaler une odeur fétide d’hépar > mais qui fe diffipe dans le defféchement à l’air ou au feu, & n’a nul défagrément. M. Venel paroît n’avoir pas pris garde non plus dans mon Ouvrage , pag. 8r & 362 , que la Teroule fine & douce, amalgamée avec un peu d’Arzée, donne une chaleur très-appropriée à l’ufàge que les femmes font des chauffrettes, auxquelles il recommande avec raifon de fubftituer un morceau de fer ou de brique chauffée (ij.
- Les expériences du genre de celle dont M. Venel a été chargé, les connoif-lànces qu’elles donnent, font fujettes aux mêmes inconvénients remarqués par M. Zimmermann, dans les Defcriptions de Charbon de terre d’un feul pays , Sc dans les conféquences qu’on en tire , Foy. page 61. Ces expériences , ces connoiflances pour être précifes 3c fûres, demandent à être faites, prifes Sc fuivies par comparaifon répétée , ou fur les charbons de diverfes contrées, ou encore mieux dans les pays mêmes où ce chauffage eft pratiqué généralement , ou l’on voit à tout inftant en grand 3c habituellement dans fbn foyer Sc dans celui des autres , les pratiques & les particularités de ce chauffage. M. Venel, preile par les circonftances de travailler à la hâte fur une matière qui étoit ablblument neuve pour lui, au moment qu’il a entrepris d’en faire un objet de travail, n’a pu fe former fur certains objets des idées fixes 3c invariables , ni connoître exactement tous les détails de l’ufage des feux de Houille.
- (1) Se&ion V, Chapitre V9 Partiel, page 158, Manque de feu pour Us chauffrettes.
- Charbon de Terre. IL Pan, * S 14
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- Remarques & Obfervadons'générales Jur les dangers que ton croit inféparables de Vufage du feu de Charbon de terre pour le chauffage•
- Nous annonçons fuffifàmment par ce titre général* que nous ne prétendons point, ainfl que nous en avons déjà prévenu, nous occuper pour l’inftant en aucune maniéré des objections que Ton a coutume d’oppofer à ce chauffage , foit relativement à la fànté , foit relativement aux incommodités qui lui font attribuées ; nous voulons uniquement mettre le Lecteur dans le cas de fuf-pendre fbn jugement fur fes propres préventions. Tout ce que M. Venel dit, concernant cet objet (i) , fe rapporte abfolument à ce que nous avons publié avant ce Savant, dans notre Mémoire fur les feux de Houille (in-12 , 1770. ) Pour calmer les premières inquiétudes qui fe préfentent fur le fait de la fànté, nous n’emprunterons de fbn Ouvrage que deux obfèrvations (2).
- On a expofé un chardonneret dans fà cage, pendant une heure entière, à une fumée très-épaifle & très-abondante de Houille, enforte quil en étoic fouvent enveloppé au point de ne pouvoir être apperçu : pendant tout ce temps, l’oifeau n’a pas donné le moindre ligne de mal-aife 5 il a bu, il a mangé, & même de temps en temps fait un petit ramage. Les moineaux connus dans la contrée de Carmaux en Albigeois fous lé nom de moineaux verriers, font bien un autre exemple en grand, que la fumée de Houille brûlée, n’eft point fulphureufe dans la maniéré dont on l’entend communément, & n’eft nullement comparable à la vapeur du foufre brûlant, dont on fait fi bien fè fervir à la campagne , pour faire une efpece de chafle aux petits oifeaux * en plate campagne. Dans la Verrerie de Carmaux, où le fourneau eft chauffe avec de la Houille , les pigeons & les moineaux nichent dans le toit de la halle où eft renfermé le fourneau ; les moineaux particuliérement s’y retirent pendant l’hiver, & habitent le toît par préférence à tous ceux des bâtiments voifins, fans doute à caufe de la chaleur quils y rencontrent. On ne peut douter qu’ils ne foient bien complettement expofés tant aux fumées de Houille, qu’aux cendres qui s’enlevent en même-tems ; car leurs plumes en deviennent noires , & même la peau qui en eft recouverte , ce qui a fait donner à ces moineaux enfumés , le nom de moineaux verriers.
- Il eft encore facile de préfumer favorablement de l’innocence des exhalai-fons de Houille enflammée, par l’ufage où l’on eft dans les Cévennes, non-feulement de faire éclore à la chaleur de ce feu des vers-à-foie, mais même d’élever ces vers dans des endroits fermés exactement & au milieu de la fumée de ce foffile. Il a été ajouté à M. Venel, que loin d’avoir obfèrvé que
- (i)Seétionl, Chapitre II, Partie I,p. 14, Ves fumées vapeurs ; Chapitre V, Tableau général dés préjugés ou erreurs populaires contraires à Remploi de lu Houille» Réfutation de ces erreurs, page Ii2.
- Chapitre VI, Avantages des feux de Houille tant abfolus que conjidérés en oppojîtion aux défavantages ou aux moindres avantages des feux de bois, pag«i6i, (2) Se&ion I, Chap. XII, Partie I, page *8.
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- ces fumées fuiïent nuifibles aux vers-à-foie, elles paroifloienc produire fur eux des effets avantageux, que ces vers fe trouvent plus vigoureux que ceux que Ton chauffoit avec le bois, 8c leurs produits étoient d’un fixieme plus forts que celui des vers chauffes avec le bois (i).
- Ces faits pourront paroître de peu d’importance ; mais ils font diamétralement oppofés à tous les préjugés répandus dans quantité d’Ecrits fur ce point, 8c en particulier à ce qui fe trouve configné dans un examen analytique de la tourbe, publié en 1758 par la voie d’un Journal (2). L’Auteur de ce Mémoire regarde la Houille comme un foflile métallique ; il admet dans fa compofition du mercure, des parties arfénicales ; enfin , comme quelques autres perfonnes , il attribue à la Houille la manie de fe tuer fouvent par compagnie.
- ' Cette maladie fur laquelle nous ne négligerons pas de nous expliquer, autant que le permet le motif pour lequel nous en parlerons , fait le fujet d’un Traité compofé^x profejjo par unMédecin, Anglois de nation (3). Iln’eff; feulement pas venu dans l’idée de l’Auteur d’inculper ni de difculper les exhalaifons du feu de Charbon de terre : au furplus , ce que je crois pouvoir avancer dans les Mémoires, {oit pour perfuader de l’utilité de cette reffource, foit pour raffurer fur les dangers regardés aflèz univerfellement comme inféparables du feu de Houille , eft fufïifàmment étayé par les Pièces juftifîcatives que j’ai placées à la fuite de ce cahier : telles que l’Extrait des Regiftres de l’Académie des Sciences , le Décret de la Faculté de Médecine ( 4 ). J’y ai joint une Lettre intérefiante de M. Del-waide , Médecin de Liège , fur l’opinion que la grande quantité de Houille qui fe brûle dans cette Ville , rend fes habitants très - fùjets aux maladies de poitrine; opinion à laquelle tiennent, outre le vulgaire, plufieurs perfonnes faites pour être détrompées.
- (1) Article intitulé : Addition à la fin de VOuvrage,
- (2) Par lefieur Dupré Daunay ; Journal Economique, Avril.
- (3) Angliœ fiagellum, feu tabes Anglica , numeris
- cmnibus inflruËta , ubi omnia quœ ad ejus tum cogni-tionem tum curationem pertinent, dilucidè aperiuntur, Authore Theophilo de Garencieres, D. Medico, 1647. _ .
- (4) J’ai reconnu depuis par les anciens Regiftres de la Faculté de Médecine , que dès l’année iyip au commencement d’Août , cette Compagnie s’étoit déjà expliquée favorablement fur ce fujet : voici la traduction littérale de ce qui s’y lit au Regiftre IV.
- La Faculté affemblée à larequifition de MM. de la Cour de Parlement 6c du Prévôt de Paris, qui demandoient fi l’ufage d’une certaine terre d’Angleterre néceffaire aux Serruriers, n’étoit point nuifible à la fanté à caufe de fa mauvaife odeur; il fut conclu que la fumée de cette terre ne pouvoir apporter aucun dommage au corps humain, dum reclo bono artificio prœpararetur,
- Il eft probable que c’eft encore fur cette même matière que la Faculté fut confultée en 1666: les Regiftres n’en ont confervé aucune mention ; voici ce qui fe trouve à ce fujet dans les Lettres de Gui Patin, Lettre CLIII, du 22. Novembre 1666. Il y a ici un Italien qui die avoir été mandé exprès pour Un certain fecret, qui eft d’une terre compofée qui échauffe incontinent une chambre fans odeur 6c fans fumée ; plufieurs ont été nommés pour en voir l’épeuve, dont il y a eu deux Médecins, favoir M. Mathieu 6c moi. MM. Blondel, Guenaut, Bruyer 6c Moriffet, s’y font aufti trouvés ; nous avons ligné 'que ces boules de terre faifoient un feu beau 6c clair fans fumée Sc fans aucune mauvaife odeur : il nous dit qu’il en donnera un ioo pour 10 fous. Chaque boule eft plus groffe qu’une baie de tripot : on a ordonné qu’on en chauffe-roit le four , 6c que l’on nous donnera à chacun un des petits pains qui s’y cuira, pour en tâter : j’y ai falué M. le Premier Préfident, 6c rien davantage; car il y avoitplus de 300 perfonnes.
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- Entre les témoignages de plufieurs Médecins tres-eclaires & tres-repandus dans la pratique, qui ni avoient a (Taré à Liège la fauffete de cette imputation, je m’étois borné dans mon Ouvrage à citer celui d un d entre eux inftruit dans la bonne & véritable théorie , & doué de ce génie propre à l’obfervation , génie qui caraétérife le vrai Praticien. Lorfque le Gouvernement prit connoif-fance de mes opérations fur nos Houilles de France , je fongai que ma façon de voir & de penfer touchant l’influence de ce chauffage fur la fanté, ne pourrait être trop étayée ; perfuadé que les Compagnies célébrés fur l’avis defquelles cette méthode prenoit faveur dans l’opinion des Miniftres, ne verront qu’avec plaifir d’autres Sociétés favantes avoir les mêmes fentiments, & porter un jugement auffi éclairé fur le même objet, je me fuis occupé à recueillir de toutes parts de nouveaux témoignages, fiir-tout parmi 1 etranger.
- Les correfpondances honorables que j’ai confervées dans Liège , ont dû naturellement me faire longer à m adrefler au College des Médecins de cette Capitale ; tous les Doéteurs ou Licenciés qui y font aggrégés, ont été aflem-blés extraordinairement par ordre exprès de M. le Baron de Haxhe de Hierlet, Préfident du College, & Tréforier de la Cathédrale.
- Le Préfet M. Maureal , premier Médecin de S. A. Celfiff ( i ), y a fait la leélure de la Lettre par laquelle je demandois que cette Compagnie voulût bien examiner régulièrement une alfertion défavorable du célébré M. Hoffmann , fur ce qui regarde l’effet qu’imprime à l’air de la ville de Liège la Houille qu’on y brûle dans toutes les maifons. On verra que la déci-flon des Médecins qui exercent dans cette Capitale , eft formellement contraire à l’allégation du favant Profelfeur de Halle. Les réfléxions qu’ils lui ont oppofées, fe font trouvées les mêmes que celles que j’avois fait entrer dans les Mémoires, auxquels j’aflure que je n’ai fait fur cet article, ni addition, ni changement d’après la déclaration du College de Liege.
- Peu de perfonnes ignorent que la coutume d’appliquer le feu de Houille aux ufages domeftiques, a palfé dans le Hainaut François ; c’eft depuis que les travaux de M. le Vicomte des Androuins ont mis cette frontière du Royaume en pofleflïon d’un tréfor qui n’y étoit ‘pas connu. Cette heureufe époque n’eft ni trop récente, ni trop éloignée pour qu’on puifle ne pas regarder comme aflfez conftaté ce qui s’en eft fuivi d’avantageux & de défavantageux. Les Médecins de Valenciennes dévoient par cette raifon être confultés ; ils font à portée de voir les effets qu’a pu produire fur les habitants l’exha-laifon continuelle des feux de Charbon de terre , en comparant la conftitu-tion aéluelle de leurs concitoyens avec celle dont ils jouiffoient avant qu’on eût introduit chez eux le chauffage de Houille (2) ; leurs obfervations inférées
- (1) Alors Comté d’Outremont.
- (a) Le plus ancien des Médecins de cette
- Ville y exerce depuis le commencement de cet ufage.
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- â la fuite du fécond Mémoire > donnent un nouveau degré d’évidence & de certitude à ce que j’ai avance tant en général qu’en particulier , pour combattre un préjugé capable de retarder parmi nous lintroduélion d’un combuftible qui devient de jour en jour indifpenfàble : ces décifions de Compagnies faites pour prononcer, ou de perfonnes choifies dans leur fein , Ynéritent effentiel-lement l’attention ; c’eft auffi la maniéré dont le miniftere public ufe dans les affaires qui intéreffent le bien général : il y a apparence que lors de l’intro-duélion de ce chauffage à la façon du Hainaut François dans nos corps-dégagés , pour nos Troupes à Briançon, le Miniflre de la guerre fuivit cette même voie en confoltant des perfonnes éclairées. J’ai trouvé dans les papiers de mon pere la minute d’une Déclaration dreffée à ce fujet ( à Paris & à Verfailles ) , pour examiner le Charbon de terre du Briançonnois par comparaifon avec celui du Hainaut ; nous joignons ici cette Piece (i).
- Des effets incommodes qui peuvent réfulter dans certains cas de la vapeur
- du Charbon de terre emhrafé\
- L’action du feu fur les Charbons de terre, en diffipant une partie de facide vitriolique qu’ils contiennent , développe dans quelques-uns un© odeur d’acide fulphureux volatil ; cette exhalaifon, la même que celle qui fo diftingue dans le voifinage des fours à brique & des fours à tuile , eft quelquefois marquée & peut être considérable ; j’ai eu foin de prévenir quelque part , que cette vapeur avoit quelquefois produit des accidents graves dans les perfonnes qui y avoient été expofées; nous avons auffi fait obferyer que cet effet n’eft point particulier à la Houille.
- M. Venel qui a reconnu dans certains temps de l’embrafement du Charbon de terre de ces bouffées de vapeurs fulphureufes , Voy. page 1155, prétend (2)
- (1) Ce jourd’huï 30 Décembre 1727, en exécution des ordres de Monfeigneür le Blanc , Miniftre & Secrétaire d’Etat de la Guerre ; nous, fouffignés, avons fait pour la troïfieme fois l’épreuve du Charbon de terre du Briançonnois comparé à celui de Flandres, & pour cela nous avons fait faire de ce charbon concaffié des boules de la groiïeur d’une boule de mail, qui ont été arrangées par couches dans une grille de fer pareille à celles qu’on emploie dans le Briançonnois ; & après y avoir fait mettre le feu , nous avons obfervé ce qui fuit ; favoir, i°. Que le charbon du Hainaut , qui eft compofé de parties plus grades, fulphureufes 8c bitumineufes , s’enflamme plus promptement que le charbon du Briançonnois, 8c qu’il produit de la flamme & une fumée épaiffe, noire, dune odeur très-défagréable Ôc difficile à fup-porter.
- . 20. Que le charbon du Briançonnois qui paroît compofé de parties terreufes plus féches 8c moins bitumineufes que l’autre , a été allumé dans une demi-heure, 8c n’a produit ni flamme, ni fumée,
- ni odeur capable de nuire à la poitrine.
- 3°. Que celui du Briançonnois fe confomme moins vite , 8c paroît conferver plus de chaleuc lorfqu’il eft bien pris , que celui du Hainaut.
- Des expériences réitérées nous donnent lieu de croire que le Charbon de terre du Briançonnois ne peut point produire de vapeurs nuifi-bles à la fanté de ceux qui s’en fervent ; que la noirceur des habits qu’on attribue à’quelques vapeurs élevées de ce charbon, vient plus vrai-femblabîement de la cendre qui doit être très-légere 8c très-affinée, le charbon étant du temps à fe confommer; qu’enfin s’il brûle moins vite que celui du Hainaut, c’eft qu’on n’eft point auffi avancé dans les mines du Briançonnois que dans celles du Hainaut, 8c qu’il eft probable qu’en approchant du coeur de la mine, le charbon fera moins terreux 8c chargé de parties plus bitumineufes 8c plus combuftibles. En foi de quoi nous avons ligné le préfent Procès-verbal le jour 8c an que deflus.
- (2) Chapitre I, Partie II, page 216, Maniéré commune iï allumer & de gouverner les feux de Houille.
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- 12(58 DU C H A RB O N D E TERRE qu’il n’y a rien de plus facile que de s’en délivrer ou de fe les épargne? d’avance. Le moyen qu’il propofe confifte tout uniment à éteindre le feu lorfqu’il eft voifin du temps de cette exhalation, temps qu’il eft très-aifé de prévoir à l’aide de la plus légère habitude ; le confeii qu’il donne pour y parvenir en l’éparpillant, ou pourréuflîr encore plus promptement, en jettant deflùs des cendres froides ou de l’eau, eft fur ; mais il faut avouer que s’il n’y avoit pas d’autre fecret que de déranger ainfi ou d’éteindre le feu, il feroit bien plus fimple de n’en pas faire.
- Si cétoit la peine (i), ceft-à-dire, fi le temps pendant lequel le feu de Houille répand fes vapeurs produifoit un effet qu’il fût à propos de modifier , il y auroit encore , dit M. Venel , des expédients faciles pour y prévenir la génération de cette vapeur ou pour l’abforber ; il ejl très-probable , par exemple , que fi on mêloit à la Houille quelque terre calcaire, comme marne, cendres végétales, & c, ou que fi on formoit les pelottes avec une argille mêlée de terre calcaire , on obtiendroit cette correction ; mais ajoute M. Venel, cette exhalaifon foible & paflàgere ne mérite pas d’être ménagée (2).
- Nous fommes fâchés de dire que nous n’entendons rien à cette irréfolution, que l’Auteur laifle appercevoir fur l’exiftence , fur la durée , fur l’inconvénient de cette vapeur ; le fait eft certain, cette moffette eft commune à toute efpece de feu renfermé ; perfonne ne l’ignore, non plus que la façon de s’en garantir. Les premières & véritables attentions à avoir, comme pour toutes fortes de chauffages, font de rejetter les fumerons , les pouxtures, les bout-neures , & fùr-tout de pourvoir à ce que cette vapeur ne foit pas renfermée ; on eft fur alors de ne reffentir aucune des incommodités dont il y a des exemples connus.
- La Société Royale de Londres en a publié une Obfervation (3). L'équipage envoyé en 1596 par les Hollandois pour découvrir une nouvelle route en Chine, fut très - tourmenté par un femblable accident, étant arrêté à la Baye des Courants dans le port des glaces : la relation s’en trouve dans le troifieme Voyage des Hollandois par le Nord le long de la Norwege, &c, pour aller au Royaume de Cathâi & de la Chine, par permiflïon du Confèil de la Ville d’Amfterdam : la voici telle qu’on peut la lire dans un Ouvrage connu (4).
- Le 7 Décembre 1596, le Confeii ayant décidé qu’on iroit chercher au
- (1) Ibid, note a.
- (2) La grande probabilité, infinuce ici par M. Venel, fur l’efpece de correBif que donne au Charbon de terre un amalgame marneux, eft eflen-tiellc à remarquer : lorfque nous traiterons de l’apprêt du Charbon de terre avec des terres graffes, le Le&eur voudra bien fe refiouvenir qu’il ne paroît pas à M. Venel, ni évidemment vrai, ni évidemment faux , que le mélange de
- terre grafle corrige Todeur du Charbon de terre enflammé.
- (3) TranfaBions Philosophiques , Année 1763; Article 5p.
- (4) Tome I, page 72 , du Recueil des Voyages qui ont fervi à l’étabîiflement & aux progrès de la Compagnie des Indes Orientales , formée dans les Provinces-Unies des Pays-Bas. Amfterdam. M. DCC. II.
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- vaifleau le Charbon de terre qui y étoit, pour réfifter au froid, on fît un gros feu qui réchauffa merveilleufoment les Voyageurs ; mais pour l'entretenir & en jouir le plus de temps qui! leur feroit poffible , ils bouchèrent exaélement leurs fenêtres & allèrent fe coucher très-fatisfaits d’être bien chaudement, ce qui les avoit rendu plus gais qu a l'ordinaire, & leur donna lieu de caufer long-temps enfemble après être couchés : à la fin, iis fe trouvèrent tous attaqués de tournoiements de tête St de vertiges, dont celui qui s’en trouva le plus incommodé fe plaignit le premier ; tous avoient de la peine à fe foutenir, quelques-uns cependant furent en état de fe traîner à la cheminée St à la porte pour les ouvrir : le froid les rétablit.
- Il eft donc très-poffible que le Charbon de terre, doit par défaut d’attem» non à maintenir fon feu dans un air libre, loit par fa qualité particulière, occafionne , de même que la braife, la fuffocation & un danger pour la vie ; nous ne pouvons encore oublier que même les loifirs du Médecin doivent, lorfque foccafion le permet , porter lempreinte de la Philanthropie, Nous avons payé notre tribut à l’égard des Ouvriers fufïoqués ou noyés dans les mines i lorfque nous préfentons le mérite du chauffage quelles procurent, foroit-il jufte que nous fuflions plus indifférents fur le danger que pourroient courir les perfonnes qui fe feroient expofées imprudemment à la vapeur qui en réfulte ? On fait que ces perfonnes qui ont éprouvé jufqu’à un certain point la malignité de cette moffette, paroiflent entièrement privées de la vie. Le {avant Traduéieur des Ouvrages de M. Franklin , compare avec raifon un homme en cet état, à une bougie nouvellement éteinte, dont la mèche encore rouge & fumante na befoin que d’un fouffle pour fe rallumer (i) : en effet ; l’expérience démontre que des impulfions variées à l’extérieur d’une maniéré intelligente, diffipent avec fuccès la ftupeur mortelle dont les organes de la vie font affeétés. Les accidents fobits de différents genres, dont celui-ci eft du nombre , excitent depuis plufîeurs années la vigilance des Médecins , & ils ont l’avantage de voir leur zèle couronné par les foccès les plus {àtisfaifànts j leurs Mémoires & leurs Obfervations applaudis avec juftice du Public, ne nous donnent lieu ici qu a un réfumé très-fimple & très-abrégé de ce qui peut être regardé comme plus eflentiel dans la pratique de ce traitement important, & à une notice de la maniéré de prévenir ces accidents.
- Dans la Defoription de la Chine (2), il eft remarqué que la vapeur de charbon eft quelquefois fi délàgréable, qu’elle fuffoqueroit ceux qui s’endorment près des poêles, s’ils n’ufoient de la précaution de tenir près d’eux un baffin rempli d’eau j ils prétendent qu’il attire la fumée & en diminue beaucoup l’odeur. Le Pere
- (1) M. du Bourg, Do&eur Régent de la Faculté de Médecine de Paris. Voye\ fa Lettre à U. Francklin : Paris, 1 $ Avril 1773 » T°mc
- page 322.
- (2) Biflôire Générale âts Voyages, Tome’VI, Se&ioa lll, page <$86.
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- Grammont > en donnant la Defcription qui va fuivre des étuves Chinoifos $ obferve que pour enlever les vapeurs nuifibles de l’air conftamment échauffé par le feu du Charbon de terre, les Chinois font dans l’ulàge de tenir toujours dans les appartements de grands vafes remplis d’eau , qu’ils renouvellent de temps en temps : les poiflbns dorés qu’on tient dans ces mêmes vafes, fervent en même-temps d’ornement & d’amufement au Palais de l’Empereur. A cette évaporation continuelle , fe joint celle de l’humidité de pots à fleurs, & de petits orangers qui décorent les appartements.
- Les Philofophes de la Chine prétendent que c’eft-là le meilleur moyen d’adoucir Pair, & d’abforber les particules ignées qui y font difperfées ; ils ont foin en même-temps de laifler deux carreaux ouverts nuit & jour au haut de chaque fenêtre, afin de renouveller l’air qu’ils croyent être trop raréfié par la chaleur. Les pauvres trouvent dans l’eau chaude qu’ils tiennent pour faire leur thé , les mêmes avantages d’une évaporation qui humeéte l’air de la chambre.
- M. de GiÜibert, Major de l’Hôtel Royal des Invalides, occupé d’une collection d’Hiftoire Naturelle intéreflànte , dans laquelle il y a des oifeaux empaillés , a imaginé d’employer ce même expédient pour fe débarraffer de l’odeur que ces pièces répandoient dans fon cabinet, & s’en eft bien trouvé.
- Les moyens de remédier à la vapeur du charbon * font, comme de raifon y d’un autre genre que ceux qui font propres à la prévenir.
- Le fait qui n’eft que cité, pag. 99 i, regarde prédfément un Ouvrier foffoqué par des exhalaifons de charbon allumé dans une mine (i) ; ce malheureux étoit froid, fans mouvement, on n’y en fentoit pas le moindre , ni au cœur, ni dans les arteres , & il fut tenu pour mort trois quarts-d’heures dans la mine ; fes yeux étoient fixes & brillants , la peau froide, M. Toflack le rappella à la vie en lui foufflant dans la bouche jufques à enfler la poitrine ; le cœur fît fentir immédiatement après, fept ou huit battements très-vifs ; la poitrine reprit fon mouvement alternatif, Sc le pouls fe fit fentir : on lui ouvrit alors la Veine au bras; on frotta, on fecoua le malade vivement; en une heure de temps il reprit connoiflànce, quatre heures après il s’en retourna chez lui, & au bout de quatre jours il fe remit au travail.
- On juge facilement que les malades peuvent, ainfi que l’a remarqué judi-cieufement M. Lorry (2), avoir été affeétés par cette vapeur dans différents degrés, & qu’en conféquence , les moyens à employer peuvent être variés. Mais en tout ils fe rapportent abfolument à ceux que le célébré M. Lieutaud indique , & que nous avons expofés, page 1005. Il paroît fur-tout conftaté aujourd’hui par d’heureufes expériences , que ce qu’il y a de plus preffé à
- (1) La Mine de Charbon iïAlloa en Suifîe, qui prit feu par accident ; ce fait vient d’être inféré dans le détail des fuccès de l’établiflement que la
- Ville de Paris a fait en faveur des perfonnes noyées , quatrième Partie, année 17755P• 167; (2) Dans fa Thèfe de Baccalaureat, en 1747.
- faire,
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- faire, (& l’impreffion que Ton éprouve en entrant dans uü endroit infeété par cette vapeur en diéle le confeil ) eft de donner au malade de l’air Frais même froid 5 l’infofHation de 1 air dans les poumons , eft aufîi un fecours puiffant : enfin on doit afligner un rang diftingué parmi ces fecours, à la projeétion fubite, continuée, fans interruption, ou réitérée, de l’eau froide au vifage & à une certaine diftance ; Fimmerfion précipitée dans l’eau la plus froide, tout ce qui peut produire un treffàillement, & par-deflus tout, per-févérance dans l’adminiftration de ces moyens (1).
- Ceux de nos Lèéleurs qui feroient dans le cas de defîrer une connoifïance plus entière de ce qui convient dans ces fortes de cas, doivent confîilter un Mémoire publié par M. Hermant , Médecin de Nancy , imprimé & diftribué en extrait par les foins de M. Pia , ancien Echevin (2).
- Remarques particulières ffur quelques circonjlatices relatives a temploi du Charbon de terre , au chauffage dans les cheminées ,
- dans les poêles , 6 c.
- A la rigueur, le Charbon de terre brut ou apprêté, pofé tout fimpîe-* ment à plat fur le foyer de Pâtre , peut fournir dans une cheminée telle qu’elles font conftruites par tout pays, un feu propre au chauffage ou aux: befoins ordinaires ; il faudroit feulement, pour hâter la communication du feu dans un tas de Houille à plat, ou dans un foyer fermé , tel qu’un four , avoif attention , comme remarque très-à propos M. Venel (3) , de former ou d’établir ce tas fur une couche de bonne braife brûlante , ou fur des morceaux refendus de bois bien foc.
- Dans les âtres ordinaires , on conçoit que les cheminées confiantes comme elles le font dans les pays où ce combuftible eft ufité ( Voye[ PL XXX & XXXI, Partie //) & les grillages dans lefquels on le contient, font plus décidément appropriés à ce feu. Avant de reprendre aucun détail de ce qui demande à être rappelle ici, ou de ce qui eft à connoître fur ce chauffage dans les cheminées, nous nous arrêterons à quelques circonftances préliminai^ res ; nous fuivrons la même marche pour ce qui eft des poêles*
- On a vu que ce foffile brûlé, donne beaucoup de cendres ; mis en pelottes avec des terres argilleufos , il en fournit beaucoup davantage au moyen de l’addition du réfidu cendreux de ces terres ; cette quantité confidérable de cendres exige quon s’en débarrafle dans la journée à differentes reprifes ,
- (1) On doit maintenant efpérer que les per-fonnes frappées de la foudre, dont l’état pourroit être du même genre , lorfqu’il n’y a point de déchirement de fibres , de paralyfie nerveufe, de corruption de liqueurs produite par l’accident, auront bientôt leur tour, dans Fempreflement des perfonnes de Fart, à apporter du fecours
- Charbon de Terre. IL Part.
- contre des accidents qui étoient trop négligés.
- (2) Avis patriotique concernant les perfonnes fuf-foquées par la vapeur du charbon qui paroijfent mortes , & qui ne l’étant pas, peuvent être rappellées k la vie , par M. Pia : 177 6, ly pages.
- (3) Chapitre I. Partie II ,page 213 , Maniéré commune d?allumer & de gouverner les feux de HouilUt
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- pour l’ordinaire, chaque fois qu’on renouvelle le feu, ce qui eft deux oii trois fois en tout temps : dans les petits ménages, on en réferve à chaque côté du fer à feu une pile fuffifante pour pouvoir fervir à pofer la marmite ou quelqu’autre uftenfile de ce genre.
- Il n ’eft pas inutile d’avertir que les cheminées de tôle nommées cheminées à la Prujfienne9 ne font en aucune maniéré favorables à ce chauffage ; le feu exhauffé fur le grillage, porte une grande partie de fon aétion dans la couverture qui forme chapiteau, y eft entièrement retenu & renfermé ; les rebords pendants de cette couverture empêchent que la chaleur ne s’étende dans tout l’appartement, & s’oppofent d’une autre part à la facilité du fervice du feu , foit pour le renouveller , foit pour l’accommoder quelquefois avec les pincettes ou autrement.
- Comme ces cheminées, au lurplus , n’ont d’autre utilité que de remédier à la fumée , on aura recours à tous les autres moyens connus ou polïibles ; ces expédients n’ayant point de rapport fpécial à notre objet, nous fommes entièrement difpenfés d’en rien dire , li ce n’eft pour rappeller par occafion le moyen adopté par les Chinois , Koye£ page 1270, 6c une maniéré finguliere qui lui eft un peu analogue , & qui fe trouve rapportée dans un Mémoire des plus intéreflânts (1) , comme ayant été éprouvée dans un endroit ou la cheminée fumoit beaucoup (2).
- Quant aux grillages ou fers à feu , fig. 4 & fig. y , Planche XXXI9 Part. 2e , les barres qui.les compofent font ordinairement de fer battu > quelquefois bien limé. J’ai vu de ces fers à feu à l’Angloife ainfi polis à la lime» M. Venel n’y reconnoît point davantage particulier (3) ; mais j’aurois plus de confiance dans l’expérience d’une obfervation fuivie, telle fans doute qu’elle eft conftatée par les Anglois, qui ne connoiiTent d’autre maniéré de fe chauffer ; la remarque facile à faire par tout le monde fur nos chenets celle que j’ai faite fur mes fers à feu, dont je me fuis fervi pendant deux hyvers, & qui prennent, quand ils ne fervent point, beaucoup de rouille , donneroient lieu de préfumer que ce poli à la lime a pour objet de rendre les barreaux de fer moins fujets à cette rouille.
- Pour ajouter à ces feux une chaleur réverbérée , ces grillages doivent être appuyés, comme nous Pavons dit page 359 , fur une maçonnerie de briques pofées en faifant un rebord à plat, repréfentée fig. 6, PL XXXI, Pan. II;
- ( 1 ) On étoit parvenu à fe garantir de cet inconvénient, en fufpendant dans le milieu de la hauteur du tuyau une bouteille de pinte remplie d’eau. La cheminée commençant à fumer de nouveau , avertiffoit que la bouteille étoit vuide 9 & qu’il falloit la defeendre pour la remplir. DiJJertation Phyjîque , Chimique & Economique fur la nature & la falubrité des eaux de la beim.
- (2) M. Genneté , dans l’Ouvrage que nous avons cité de lui, page 248, note 3 , a donné auffi pour cet objet la conftrudion en bois avec figures, de la tête d’une nouvelle cheminée fur une feule, ou fur un plus grand nombre de cheminées ordinaires, où l’on brûle de la Houille & des tourbes, page 34.
- (3) Sed. I, Chap. II , Part. II, page 227^ Des grilles,
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- Sc Vue de profil en e , fig. y , ainfî que dans la fig. 4 , PL XXXIL De la grille au murray, il faut toujours qu il y ait au moins une diftance de 6 à 7 pouces pour les moindres feux , & pour les cuifines, de 8 jufqu’à p & 10 pouces ; à ce murray , on peut fubftituer une plaque de fonte de 3 ou 4 doigts depaifleur & percée de plufieurs trous, afin d’empêcher quelle ne fè fende.
- Les grillages ou fers à feu les plus fimples ou les plus ordinaires Sc à plus bas prix , comportent néceflairement quatre montants principaux d’environ 1% pouces de hauteur, dont la partie inférieure forme 4 pieds , 4 traverfes de côté, 4 traverfes de face , qui peuvent être en fens oppofés aux 4 montants : la figure 4 de la Planche XXXI, en repréfente des deux façons. On eftime que les barres pofées perpendiculairement , comme les 4 montants, ne font pas fi avantageu fes pour retenir dans le grillage les charbons ou Krahays, à mefiire qu’ils diminuent de volume en fe confumant, & defcendent dans le fond du grillage, Voye^page 364. Les traverfes formant le fond du grillage, demandent à être remarquées ici par rapport à leur élévation, Sc par rapport à leur
- difpofition différente des autres placées en longueur.
- Leur élévation au-deffus du foyer peut varier félon la quantité du Charbon de terre ; les feux de charbons chauds doivent être plus élevés que ceux de charbons foibles : pour la première qualité, il faut en général 4 à 5 pouces d’élévation afin de laiffer un efpace fuffifant pour les cendres qui tombent du grillage , Sc où l’air puifie agir librement. Allez communément, cette élévation n’eft guere différente de celle qui fe remarque aux chenets de bonne grandeur, de maniéré que fi abfolument on vouloit ne point fixer ce grillage au murray, on pourroit^ en ajoutant deux autres traverfes oppofées à celles de face, ftyoir Amplement un grillage fans pieds qui poferoit fur les chenets, Sc qui deviendroit portatif dans les différentes chambres où l’on voudroit avoir feu. - \ .
- Quel que foit le grillage , il paroîtrok> utile que les barreaux du fond, au lieu de préfenter leur quarré, préfentaffent le tranchant, afin qu’il s’amaflat moins de cendres dans ce fond : enfin il eft à propos que les barres du fond qui ne tiennent point aux montants, au lieu d’être fixées à demeure comme les autres , foient Amplement affemblées à crochet fur les traverfes de côté ; avec cette précaution, il feroit aifé, quand à la longue elles viennent à fe détruire , de leur en fubftituer de nouvelles, fans être obligé de toucher au corps du grillage.
- La qualité du fer à employer pour ces barres, ne peut être que dépendant© des mines dont il eft provenu, & qui eft différente félon les Provinces où l’on voudroit faire ufage de ce chauffage (1) ; le prix , par rapport à la
- (1) Le fer du Nivernoîs, de Senonches au I doux & très-fin, eclui de Bourgogne Teft me* Perche, eft très* doux ; celui de Boche eft très- | diocrement ; le fer de Vibrais, près Montmirail,
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- T274 DU CHARBON DE TERRE
- main-d'œuvre, varie auffi en conféquence : on donne à juger en paflânt* de ce que ces grillages peuvent coûter par Tétât fuivant, fourni par un Ouvrier de Paris, & qui fans doute eft encore fufceptible de diminution même dans cette ville.
- Un grillage conftruit, comme nous l'avons dit d'abord, de feize barres ou tringles de bon fer de Berryexcepté les quatre montants formant le corps; & les quatre pieds, peut donner en tout trente pieds de fer, tant quarré qu'applati, & le poids (i) de huit livres en tout, & revenir à'fix livres dix fols, & pourra durer*quatre ans fans qu'on ait befoin d'y toucher.
- Une grille des plus (impies en fer en lame de Berry , de 18 pouces de hauteur, fur iy pouces de large, p pouces des côtés, péfera environ 20 liv. & coûtera 12 livres.
- Une autre de 25 livres pelant de pareil fer, coûtera iy livres.
- Une autre de 30 livtes pelant de pareil fer, coûtera 18 livres.
- Un gril de cuifine de 2 pieds de hauteur , fur 3 pieds 6 pouces de large , fut un pied des côtés de fer de carillon à double grille , pefera environ 200 livres , 8c coûtera 120 livres.
- Une grille à l'Angloife avec pieds eh roulettes , de 22 pouces de hauteur; à coulHTes, de 3 pieds à 4 pieds & demi, fur un pied des côtés, à double grille de fer de carillon , pefera environ 220 livres , & coûtera, compris les roulettes & les pommes de cuivre, iyo livres.
- Pour difpofer , on commence par garnir le fond du porte-feu de mor-; ceaux de pelottes neuves & de quelques pelottes de la veille entremêlées julqu’àTépaiffeur dê deux ou trois doigts ; fur ce premier lit, on place quelques morceaux de menu bois , auquel on met le feu 5 une allumette fuffit pour cela : finon quelques charbons & quelques coups de foufflet jufqu'à cff que le menu bois foit allumé , en font l'affaire ; on recharge le porte-feu jufqu'ati comble de pelottes neuves & de pelottes vieilles. Il feroit à propos , & il fera indifpenfable pour les cuifines , d'entremêler le tout de bon charbon de terre pur (2), pour animer le feu & lui donner de la force : ces morceaux de Charbon de terre fe placent fur le devant du grillage. On furmonte ce dernier lit, félon le degré de force qu'on veut donner au feu , d'une ou trois rangées de pelottes entières & couchées en travers fur le côté , ce qui en comporte 4, y ou 6 en pyramide. Le tout fe recouvre de pelottes reliées du feu de la veille , réduites en braifes , obfervant que dans cet entalfement, l'air & le feu puilfent fe faire jour bien librement. Si les pelottes viennent
- au Mans ; eft aufïi de bonne qualité, mais plus ferme j le fer de Champagne dont le grain eft plus gros, eft caftant ; celui de Normandie I’eft encore davantage ; les fers de Suede 8c d’Allemagne font la plûpart meilleurs ; le premier connu fous le nom de fer de Carillon, qui n’a
- que 8 à 9 lignes en quarré, eft très-bon & très-fort. Il revient à 11 fols la livre.
- 0) Le poids de forge eft de 40 livres par 1000.
- (2) A Paris , Charbon de la mine de Finis,
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- ET DE SES MINES. IL Part. VïJS à fe coller enfèmble, ce qui arrive quelquefois, on les fépare avec l’efpece de broche repréfèntée en f9 PL XXXIII, ou ayec une pincette.
- Dans tout cet arrangement, il faut obferver avec grande attention de con-ierver par-tout beaucoup d’air, en évitant de trop entafler ce chauffage en morceaux.
- Lorfqu’on ne veut faire qu’un petit feu bourgeois, au lieu de mettre des pelottes entières fur le haut, on achevé de furmonter le porte-feu de pelottes en morceaux , toujours recouvertes de pelottes reliées de la veille. Quand il eft allumé, on jette par-deflus, pour qu’il ne fe confume pas trop vite, du pouflîer de ces pelottes y trempé avec un peu d’eau.
- Pour ce qui eft des cailles ou bacquets deftinés à garder ou dans une anti-chambre , ou près de la cheminée , une provifion de pelottes pour un ou plufieurs jours ( Voyeç PL XXXIII lettres a al) ; il n’efl pas nécelîàire d’obferver que ces cailfes doivent être proportionnées à l’approvifionnement que l’on veut tenir près de foi ; mais afin d’être plus fur que le menu pouffier qui fe détache toujours des pelottes ca(Técs ou entières , ne s’échappe point de la caille • quelque bien jointes que puiffent être les pièces qui la compofent, il pourroic y avoir de l’avantage quelles fulfent fpalmées en dedans & en dehors ayec du courroy.
- Le petit marteau à pointe pour cafter les hochets, eft toujours dans té petit baquet ; ce marteau fe voit en b, près d’un morceau de pelotte marquée a 9 qui a déjà palfé au feu, & que l’on veut cafter pour avoir des braifes de differente groffeur ; & au-deflus, un morceau de charbon pur.
- Les pincettes ou pinces à feu deftinées aux appartements , ne doivent point dans ce chauffage être regardées du même œil , que dans le chauffage avec le bois ; ces uftenfiles ne doivent ici abfolument fervir qu’au belbin pour ramafler ce qui tombe du grillage, & l’y replacer ; l’arrangement du feu , l’économie de ce chauffage fouffriroient beaucoup fi on s’en fervoit lorfqu’il n’y a point de nécefllté.
- Les poêles employés pour^ le chauffage rentrent dans le genre des fourneaux; on fe propofe fur-tout par leur conftruétion ,\ 1°, de tenir un appartement échauffé avec peu de feu ; 2° , de faire en foire que le charbon s’enflamme par degrés & s’y confume ; 30, de conduire la chaleur ou l’air qui en eft échauffé par différentes circonvolutions qui le retiennent, Sc le communiquent à celui de la chambre, au lieu d’être emporté dehors ; 40, enfin de conferver long-temps la chaleur & le feu à la matière échauffée.
- Des différentes maniérés imaginées pour répandre plus avantageulèment dans tout un appartement la chaleur d’un feu peu confidérable, en le renfermant dans un fourneau qui s’exhale par un tuyau , les poêles prêtent plus aux Techerches propres avarier, ou à multiplier les avantages de ce chauffage* il n’eft point d’endroit où Ton n’ait travaillé pour perfeélionnèr ces fourneaux Charbon de Terre. IL Part, X 14
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- I276 du charbon de terre
- à l’infini (i) , foie dans la conftruétion ordinaire à laquelle on a .confervê le nom de poêles , foie dans celle défignée par les Chinois fous le nom d étuves , foie dans celle appellée à Philadelphie chauffoirs.
- M. Deville , dans fon Mémoire communiqué à la Société Royale de Lyon, prétend que les poêles ou Ton brûle le Charbon de terre, confervent affez long-temps leur chaleur après que le' feu en eft éteint , tandis que ceux chauffes avec le bois fe refroidiffent prefque fur le champ.
- A Liège, on fe fert rarement de Houille pour les poêles, c’eft toujours du bois qu'on y emploie : la Houille maigre de Herftal feroit très-propre à cet ufage. D'après la pratique du Marquifàt de Franchimont & du Limbourg, pour les feux de téroulles & les feux de poêles , page 361 & 362 ; on recon-‘-noît, que fi l’on veut échauffer un appartement avec un poêle , il ne faut point employer de Houille graffè, ni par conféquent de pelottes ou briques deftinées au chauffage dans les cheminées & formées de cette efpece de charbon; il en réfulteroit une chaleur trop forte, & en même-temps le fourneau en fouf-friroit. Ces poêles doivent être munis de deux portes au-deffus l'une de l’autre, une pour la facilité de fe débarraflèr des cendres plus abondantes dans toutes les Houilles maigres , & la fécondé pour l'entretien & le fervice du feu ; celle-ci peut être placée fur le derrière du poêle , c'eft-à-dire , à l'oppofé de l'autre ouverture; mais elle doit être commode par rapport à i'ufage auquel elle eft>deftinée ; fans cela on ne pourroit ni arranger commodément les pelottes , ni en remettre facilement de nouvelles quand le befoin le demanderoit.
- Les détails dans lefquels nous fbmmes entrés à l'article des feux de téroulles & des feux de poêles , donneroient à penfèr que les fourneaux d'une petite ' grandeur , comme il s'en voit quelquefois , ne parodient pas pouvoir être échauffés avec ces pelottes, qui doivent toujours être arrangées de maniéré à former des pyramides ; cependant les poêles les plus communs , à couvercle , peuvent également être d’un très-bon ufage avec ce chauffage ; lorfqu’une fois les pelottes y ont été arrangées 8c allumées, toutes celles qu'on y jette enfuite , en levant le chapiteau , comme on feroit pour y remettre de nouveau bois, y prennent feu & s'y confirment fans avoir befoin d'aucune forte d'arrangement. Dans le Magafin établi à Paris pour ce chauffage en Novembre 1770 , on ne fe fervoit que d'un poêle de cette efpece à couvercle, & on n'y a reconnu aucune différence d'incommodité pour fon fervice ; il eft à propos fur-tout de faire attention que plus la Houille dure, moins il faut ouvrir le poêle.
- Le grillage qui s’adapte fur le fol des poêles, doit avoir un rebord fur
- (1) Nouveau poêle ou fourneau très-économique , approuvé par la Société Royale de Berlin. Gûçctte d Agriculture £?* du Commerce, frcjdu Samedi 31 Août, année 1771,.page yy^, N° 70.
- Poêle hydraulique, économique Sc de fanté, approuvé par la Faculté de Médecine , en 1771. Voyei la Defcription imprimés, chez Vdadz 3 K77a.
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- ET DË SES MINES. IL Part, xijj le devant, fi la porte eft de côté , Sc il doit être élevé de quatre ou cinq doigts pour les cendres : on peut même fe pafler de gril ; on croife quelques morceaux de bois fec les uns fur les autres ; dès qu’ils commencent à brûler * on arrange les pelottes les unes fur les autres en les croifant, forts trop les ferrer ni les éloigner, de maniéré que la flamme puifle fo répandre par-tout, Il eft de ces charbons dont le feu dure communément 12 à 15 heures 9 fans qu’il foit befoin d’y toucher ; on peut après ce temps les recouvrir avec du Charbon de terre en pouflîer Sc mouillé ; ils peuvent alors fe continuer 6 à y heures de plus, ce qui arrive aux fortes téroulles des environs de Liège $ qui font différentes de celles du Limbourg. Ce font uniquement les braifes de poêles dont on peut fe fervir pour les fourneaux de cuifine.
- On ne peut rien imaginer de plus commode Sc de plus ingénieux dans fa fimplicité , que les poêles en ufage parmi les pauvres du Lyonnois, Sc qui fervent à la fois pour cuire les nourritures & pour chauffer ; ces poêles dont nous avons parlé page 3*24, font de fer fondu, Sc fe tirent de la Bourgogne Sc de la Franche-Comté 5 il j en a de plus ou moins ornés , de différente grandeur Sc de différente forme. On leur affeèle le plus communément la forme paralléiipipede & la forme cylindrique ; cette derniere eft la meilleure ; la figure 2, de la Planche LEIII, repréfente un de ces poêles compofé de trois pièces, le pourtour , la grille , Sc le couvercle,
- Ces poêles font montés fur des pièces de quatre à cinq pouces de haut, à la faveur defquelles on place un cendrier fous la grille.
- Les poêles où il entre le moins de pièces, font préférables aux autres, parce qu’ils font plus exactement clos.
- Un Phyficien Allemand (1) a publié la defeription d’un poêle ou d’un fourneau très-fimple , qui , dans fo conftruétion particulière , réunit les avantages de ne point donner de fumée , d’augmenter la chaleur, d’échauffer en peu de temps Sc à bon marché : en voici la defoription qui peut fe fuivre fur la figure placée au-deffous de la fig. J, marquée 6, Sc qui doit être y:
- Le tuyau eft courbé dans fes deux parties en A Sc en B , plus large en A, où eft un gril pour porter le chauffage, plus étroit en B ; i’air paflant davantage dans le tuyau plus large Sc plus court A, que dans le tuyau plus étroit & plus long B, la flamme ne tend point en A, mais en B : par cette raifon on font du froid en A , & au contraire la chaleur eft vive en B , mais fans fumée : l’air preflànt toute la fumée, & la flamme defcendant au lieu de monter; les parties de la fumée font plus divifées Sc atténuées ; elles font converties en feu, de maniéré qu’une ' grande chambre s’échauffe en peu de temps Sc à bon marché * par cette fumée fans aucune incommodité de fa part, & fans inconvénient pour la fonte.
- (1) Herman. Frid. Teichmeyeri Elementa Philofo-phiœnaturalis & experimentalis. îenœ, 1733 , p. 48. Stru&ura furni , fumo non molefti, & magnum
- conclave brevi tempore, pauciffimif^ue fumpth bus calefacientis.
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- I2?8 du charbon de terre
- M. de Puifieux (r) a communiqué la defcription & le deffein d’un four-* neau très-ingénieufement imaginé par M. Lewis, de la Société Royale de Londres , & qui peut fervir de poêle ordinaire : on en prendra l’idée par la fié* S 9 ‘P* rePré!ente la coupe intérieure de ce fourneau , pofé fur un trépied de fer, avec un plateau auffi de fer pour recevoir les cendres.
- Ce fourneau, de forme eliïpfoide , peut être diftingué en deux parties, celle qui forme le fond ou la partie la plus baffe , qui eft le foyer, muni de fà petite grille ; la porte ne peut fe voir dans cette coupe , elle doit être ouverte afin de laiffer entrer Pair ; la partie fupérieure du fourneau en cône renverfé, eft chargée dans fon grand axe de pelottes, neuves & de pelottes faites avec des cendres, de forme ronde les unes & les autres , & foutenues fur une grille ; par cet arrangement, il y a toujours des vuides entre toutes les pelottes.
- Un tuyau dé fer inféré latéralement dans la plus grande partie du dôme, relevé de 8 ou io pouces dans l’autre bout , communique avec la cheminée de la chambre. Le fourneau chargé de pelottes entretiendra une chaleur modérée Sc à peu-près égale pendant plufieurs heures ; les pelottes y brûleront lentement : on peut y remettre au befoin de nouvelles pelottes par la porte qui eft au-defïus de la grille. L’obftacle que les boules apporteront au mouvement de l’air à travers le fourneau , en rendra la confommation très-lente ; & on peut encore la ralentir à volonté en bouchant une partie de l’ouverture qui donne entrée à l’air , ou l’ouverture du tuyau qui va dans la cheminée j mais cette derniere ne doit, pour plus grand fuccès, être fermée que lorfqu’il n’y aura plus d’exhalaifon.
- Les poêles ouverts, dont on fait uïàge en Penfylvanie, & imités en Angleterre , font extrêmement avantageux , en ce qu’ils obvient aux inconvénients des feux de charbon allumés à découvert dans des endroits clos, que de plus on y brûle moins de combuftible , qu’ils empêchent en même-temps la fumée , & rendent les cheminées moins fujettes à fe remplir de fuie , foit parce qu’on y brûle moins de combuftible. Cette maniéré fe rapporte à quelques égards aux cheminées en œil de bœuf que nous avons décrites , page 364 , & elle fe trouve détaillée dans un Ouvrage qui doit être entre les mains de tout Phyficien (2).
- (1) Expériences phyjîques & chimiques fur plufieurs matières relatives au Commerce & aux Arts 3 Paris, 3768» Tome J, pags 26, 68.
- £a) Nouveaux Chauffoirs économiques de
- Penfylvanie pour y brûler du Charbon de terre : imprimé à Philadelphie en 174J 5 inféré dans le fécond volume des Ouvrages de M. Franklin, page 81.
- Defcription
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- ET DE SES MINES. II. Part. • 1279
- Description de differentes efpeces de Kangs , Fourneaux ou Etuves Chinoijes ,
- pour chaufferies appartements avec le Charbon de terre, ou autre combujlible%
- par le Pere Grammont, Miffionnaire à Canton (i).
- Le Kang eft une efpece d’étuve, chauffée par le moyen d’un fourneau qui y répand toute là chaleur. Il y a en Europe bien des étuves, poêles & fourneaux, qui reffemblent en quelque chofe au Kang; mais les Chinois paroiffent avoir trouvé le moyen de réunir dans leur étuve tous les avantages connus aux autres.
- Il y en a de plufieurs efpeces ,' lavoir le TT Kang ou le Kang pavé ou carrelé, le Kao-Kang ou Kang dans lequel on se tient assis, & le Tpng~ Kang ou le Kang a cheminée , conftruits tous trois fur les mêmes principes, 8c compofés d’autant de parties , lavoir :
- i°. Un fourneau. '
- 2°. Un tuyau pour la chaleur.
- 3°. Une chambre ou étuve carrelée en briques.
- 40. Deux conduits pour la fumée.
- Il fuffira donc de s’en tenir ici à la defcription du Kao-Kang dont on a pris le modèle , flanche LVI1I * , où ion voit, Jig. 2, la coupe &le profil de tout le fourneau Chinois ; fig. 3 , le fourneau détaché, vu par derrière 8c en deflous ; jig. 4, une vue fupérieure de la cave, fervant de cendrier , fur lequel s’adapte le fourneau ; & fig. 5 , l’entrée de la flamme & de la chaleur dans l’étuve ou fourneau.
- Le fourneau eft proportionné à la grandeur de la chambre ou étuve qu’il doit chauffer. A , eft le trou pour la cendre ; .Z?, la cave ; C, le fourneau ; d, r ouverture ou la bouche qui conduit la flamme & la chaleur dans l’appartement; E, eft le conduéteur ou canal de la chaleur ; F 9 commence à l’embouchure du fourneau D 9 8c forme un canal qui tombe en angle droit fur un autre , qui paffe entièrement d’un bout à l’autre au milieu de la piece fous le fol, & ce dernier canal eft pourvu de trous à vent G , pratiqués ça & là 5 le fol ou plancher de la chambre eft conftruit en briques H 9 qui étant fupportées aux quatre bords par de petits piliers folides /, laiffent un petit efpace vuide entre elles & le pavé inférieur où la chaleur refte enfermée, & chauffent le parquet H ; les conduits de la fumée font aux deux extrémités de la chambre, avec une petite ouverture M au-deflùs de l’étuve , 8c une autre en dehors N.
- Rien n’eft plus Ample que l’effet réfultant de l’affembîage de toutes ces
- (j) Envoyée le 22 O&obre 1765?, au rée dans le volume LXI desTranfaétionsPhilo-Dofteur Maty , Secrétaire de la Société Royale fophiques, pour l’année 1771, Part. I9page de Londres, par M. Etienne de Vifme; & infé-
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- Charbon de Terre. IL Part. Y 14
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- **8q . DU CHARBON DE TERRE
- parties. La chaleur du fourneau D, chaflee par l’air extérieur & attirée par Tair raréfié de l’étuve Hf perce à travers l’ouverture, monte dans le conducteur E , fe répand dans l’étuve par le moyen des trous à vent G, échauffe le parquet en carrelage, êc en conféquence tout l’appartement ; la fumée qui a un pafTage libre, s’échappe par les canaux L.
- Cette courte defcription, fuffifànte pour l’intelligence du modèle, demande maintenant à être éclaircie elle-même par le détail de ce qui a rapport à la conftruétion variée du Rang.
- * Le fourneau peut fe placer, ou dans l’appartement même, ou dans une chambre voifine , ou en dehors. Les pauvres qui fe fervent plus volontiers de l’étuve dans laquelle on fe tient affis pendant le jour, & couché pendant la nuit, placent le fourneau D dans la chambre même (i) ; les gens aifés le mettent dans la chambre voifine ; les riches l’ont en dehors, & aflez communément dans le côté du mur qpi regarde le Nord.
- Ce fourneau doit être placé beaucoup au-deflous du niveau de l’étuve H, afin de faire monter la chaleur & la flamme avec d’autant plus d’impétuofité dans le conduéleur D , & de ne pas faire monter la cendre : ce fourneau a la forme d'un cône un peu voûté, afin que l’aétivité de la flamme & de la chaleur fe répande dans la totalité de l’étuve, & qu’elles ne s’échappent pas quand on vient à découvrir l’ouverture qui eft au fommet. Dans la partie baffe du fourneau , on a foin de ménager un efpace leparé uniquement par des planches , qui ne font point à demeure ; elles s’enlèvent quand on veut def» cendre dans ce petit caveau, pour débarrafler la cendre.
- L’ouverture du fourneau C eft étroite, & la partie inférieure du conduéleur D, s’eleve en droiture dans les étuves H. Le conduéleur doit être entouré bien étroitement de tous côtés d’une maçonnerie de brique , & bien cimenté avec un mortier fait avec de la chaux vive ; celui dont les Chinois fe fervent, eft fait avec une partie de chaux blanche & deux parties de chaux noire (2).
- La bafe ou le plancher de l’étuve H, peut être fait en terre glaife battue, ou, ce qui vaut beaucoup mieux, fait de briques couchées fur le bord , ou de tuiles larges à pavés.
- Les canaux conducteurs de la fumée L , doivent être faits avec grand foin ; quelques-uns les conftruifent de maniéré qu’ils fe terminent en petites cheminées , par lelquelles la fumée va fortir au-deflus du toit. Dans le modèle , l’ouverture M N de ces canaux, donne dans la chambre ; & c’eft ainfi qu’on
- (1) Les Chinois emploient pour fe chauffer toutes fortes de combuftibles ; la plus grande partie du peuple bmîe du charbon de terre ; les pauvres de la campagne brûlent du genêt, de la paille, des bouzes de vache, &c.
- (2) Cette chaux noire dont le Pere Grammont a envoyé un échantillon avec la defcription , fe trouve à ce qu’il dit, à l’entrée des mines de
- Charbon de terre, & ne lui paroît autre chofe que des charbons diffous par i’eau de pluie ; il affure en même-temps que cette fubftance mêlée avec de la chaux blanche , forme le plus excellent mortier, & reffemble très-fort au ciment ; il réfifte au foleil & à la pluie : on s’en fert pour couvrir & garantir, tout ce qui eft expofç à Pair.
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- ET DE SES MINES. II. Part. i±Îï
- les trouve chez les pauvres de la ville ; mais dans les campagnes 8c chez les perfonnes aifées, ils font en dehors.
- Il eft effentiel que les petits piliers I qui fupportent les briques du grand quarré du plancher H, foient très-folides, 8c que les briques foient bien épaifles 8c parfaitement quarrées : les Chinois les lient avec une efpece de ciment fait avec de la chaux noire 8c blanche, mêlée avec du Tong-yeou, qui eft une efpece de vernis (i) ; nous préfumons que l'huile de noix,ou de lin bouillie rendroit le même fervice.
- Dès que le Kang eft achevé, on allume du feu dans le fourneau C, pour le rendre ferme 8c égal ; ilfautauffi l'examiner foigneufement, afin de boucher tous les trous par lefquels la fumée pourroit s'échapper. Les riches, qui veulent rendre leur Kang plus propre 5c en modérer la chaleur, enduifent d’huile les briques du plancher H, & allument du feu pour faire pénétrer davantage l’huile & mieux fécher les briques. Cette huile eft encore le Tong-yeou, auquel on pourroit fuppléer , comme nous l’avons dit.
- Le Tl-Kang ou Kang pavé , eft fait comme le Kao-Kang, ou étuve dans laquelle on fe tient affis , dont on vient de donner la defcription ; les feules différences confiftent, i% dans le .tuyau de la chaleur D, lequel s’élève de la bouche du fourneau C, & s'étend vers l'extrémité oppofée de l'appartement ; 2% ce tuyau ne communique point avec un fécond, comme dans le modèle; 30, les trous à vent G, qui conduifent la chaleur dans l'étuve, font tous très-étroits près le fourneau, & s'élargiflent du côté de l'étuve ; 40, les conduits de la fumée L, aboutiffent tous au-dehors, ou à de petites cheminées ; f, dans le Palais de l'Empereur, l'étuve eft couverte de deux rangs de briques , pour contenir la fumée 8c tempérer la chaleur.
- Notez que dans les appartements du Palais de l'Empereur , où l'on ne brûle que du bois ou bien une efpece de charbon qui n'a ni fumée ni odeur, 5c qui brûle comme de l'amidon, les briques ont deux pieds en quarré , 5c quatre pouces d'épaiffeur ; elles coûtent près de 100 couronnes (2) la piece; leur beauté, leur qualité, leur dureté font telles, qu’on ne fauroit s’imaginer rien de femblable en Europe ; elles font de couleur ' gnfe , ce qui provient de la maniéré ufitée en Chine pour cuire les briques 8c les tuiles , laquelle approche plus de la maniéré des anciens que de la nôtre. Quand ces briques font peintes 8c vernies , elles paroiffent auffi fines que le marbre.
- La théorie des étuves à cheminées, & des Kangs, eft la même ; elles différent uniquement des étuves pavées par leur pofition perpendiculaire.
- Le Kang s’échauffe en allumant du feu dans le fourneau C ; la fumée 8c même la flamme paffent avec violence dans le tuyau D, 8c s’étendent
- (1) Efpece d’huile qui s’applique fur le Tfi3 | (2) Six cents livres»
- ou vernis, quand il eft bien fec* *
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- X2$2 DU CHARBON DE TERRE dans toute l’étuve par le moyen des trous à vent G 5 ainfi renfermées, les briques du plancher s’échauffent en y ou 6 heures ; & quand un Kang eft entièrement échauffé, il faut très-peu de feu pour l’entretenir dans cet état. Quoique pendant tout l’hiver le thermomètre foit à 9, 10 , même à 12, 13 degrés au-defîous du point de congélation , quoique tous les appartements foient à rez-de-chauffée , 8c qu’ils n’ayent à toute la façade communément tournée vers le Sud, que de fimples fenêtres même de papier, la chaleur du Kang fuffit pour conferver la température à 7 ou 8 degrés au-delfus de la congélation, en y entretenant un feu très-modique. Dans les appartements de l’Empereur, rarement la chaleur eft portée au-deffus de 4 à f degrés , à caufe du double rang des briques ; mais la chaleur en eft très-agréable 8c très-pénétrante (1).
- Du Charbon de terre apprêté pour mitiger fa fumée, réprimer fon odeur au feu , & pour donner un chauffage économique , en retardant fa confommation , augmentant fa durée , &c.
- Je crois pouvoir diftinguer par un nom particulier le Charbon de terre,?? qui, au lieu d’être brûlé pur , ou pour s’exprimer plus correctement, tel qu’il fort de la mine , reçoit préalablement un apprêt avec des terres graffes : cet apprêt ne confifte pas uniquement dans une impâftation de quantité & d’efpece arbitraires de Charbon de terre, avec toute quantité & toute efpece d’argille ; il fuffit pour s’en convaincre de fe rappeller 8c d’examiner par corn-paraifon ce même apprêt, dans les endroits ou nous l’avons décrit. A Liège, la proportion ordinaire eft d’un huitième ou d’un dixième d’argille fur une charrée de Houille ; fi c’eft une Houille maigre , on met julqu’à douze parties de deie : à la téroulle ordinaire, qui peut être regardée comme une elpece de Houille foible , c’eft une fixieme partie d’argille ; à la téroulle forte, c’eft une partie de deie fur cinq mefures de cette téroulle, & une partie de Fouaye. A Aix-la-Chapelle, pour les charbons de l’efpece qu’on y appelle datte , la proportion eft de cinq parties de clutte , & de deux parties d’ar-gille.
- A Mons, c’eft deux livres de charbon ( pour quelques-uns ) fur deux tiers d’argille, qui Ce trouve dans le pays. Suivant une note fournie à M. de la Lande, de l’Académie des Sciences, & qui a bien voulu, à ma priere, prendre auffi des renfeignements fur ce point dans la même ville de Mons, on eftime
- (1) Quoique la pofition de Pékin , qui eft la réfidence de l’Empereur , foit d’environ neuf degrés plus méridionale que celle de Paris, le climat de cette grande ville de la Chine eft très-différent du nôtre : le froid y eft fouvent beaucoup plus grand, & en général plus confiant qu’a Paris } les vents y font aufîi-plus fréquents
- Sc plus confidérables : fîx années d’obfervations météorologiques , faites dans cette ville par le Pere Amiot, Jéfuite , conftatent ces renfeignements d’une maniéré certaine ; elles ont été mifes en ordre par M. Meflïer , de l’Académie des Sciences , & publiées dans Je fixieme Volume des Savants Etrangers, page $1$.
- que
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- ET DE SES MINES. IL Paict. x*8$'
- que de la quantité de charbon que contient une voiture ( I ) , qui enfuite eft paflee au crible pour être paîtrie avec de l’argille délayée (2), il xéfùlte environ 700 livres de charbon menu avec 175 *ou un cinquième d argille , donnant à peu-près 875 livres, mife après avoir été piétinés, en boulettes de deux livres & demie , de lîx pouces de longueur fur trois de largeur, & deux & demie de hauteur, de deux livres & demie de poids chacune;
- Dans une cheminée ordinaire , on brûle environ dix de ces briques par jour, ce qui fait vingt livres de charbon pur, & viftgt-cinq livres en pelottes ou hochets (3).
- Le Mouy, dont fe fervent les Chinois, Voye^ page 3^3 , n’eft autre chofe que leur Charbon de terre pilé , & réduit en molécules , comme du gros fable, mêlé enfuite avec un tiers, même avec parties égales de bonne terre glaifè jaune.
- Des pelottes fabriquées par M. Venel , d’après la méthode qu’a publiée M. Carrey, fe font trouvées contenir, après la parfaite deflïccation, à peu-* près parties égales de glaife & de Houille (4).
- Il eft clair par ces feules différences de proportions de charbons & de pâtes, que la defcription du procédé donné par M. Carrey, & imprimée au Louvre, Voy.pag. 460 & 486, eft plus quinfuffifànte ; il n’eft pas moins évident encore que les offres annoncées dans ce même temps pour voir à VEcole Vétérinaire d'Alfort f près Charenton , de ces fortes de briques, & les ujlenfiles nécefjaires à leur manipulation (y) , n’étoient point propres à éclairer fur cette pratique, toute groflîere qu’elle eft ; on Voit enfin que l’indication d'un Ouvrier Flamand très-expert dans cette fabrication , pour la montrer au plus fimple Ouvrier en deux heures de temps, n’étoit point réfléchie, & péchoic par défaut d’une vraie connoifîânce de la chofè. Voye£ page 355*.
- Cet amalgame, qui fait le mérite de ces pelottes, & qui peut en altérer auffi la bonne 'qualité , eft en proportion de la qualité du charbon ; félon qu’il eft plus ou moins gros, plus ou moins fin, plus ou moins fec , il eft plus ou moins facile à s’amalgamer avec les argilles : le gros charbon eft plus difficile à s’empâter , & le charbon fin eft efTeûtiellement celui qui demande moins de terre (6).
- (1) De 6 muids, pefant environ 4800 livres du pays, qui font à peu-près égales aux liv. poids de marc.
- (2) A la quantité d’un cuveau & demi chacun de deux pieds de diamètre, fur 10 pouces de hauteur , ou 45*30 pouces cubes , ce qui fait ij o boiffeaux de Paris.
- ( 5 ) Les perfonnes qui achètent ces briques toutes faites , payent 4 efcalins par muid de charbon, & un efcalin, tant pour la terre que pour la façon.
- (4) Se&ion IV, Chapitre IV, Partie I , p. 108 : Des Pelottes ou Briques. Il n’eft point dit quelle
- Charbon de Terre. II. Part.
- nature de charbon avoit été employée * ni fi ces pelottes ont bien réuffi au feih
- (j*) Gazette d’Agriculture, Commerces Arts & Finances, Année 1770 , du Mardi 11 Septembre ; N°. 73 * page 661 s Article de Paris du 5» Septem* bre*
- (6) Le nom de charbon fin, mérite d’être ap* précié ici pour ne pas être confondu avec ce qu’on peut, ou qu’on doit appeller poujjier, Sc quon nomme quelquefois Fraifil : dans les Pays où l’on paffe au crible ou à la clayela Houille qui fe vend pour être formée en pelottes ou briques , la partie de Houille triée par Lune ou par l’autre
- Z 14.
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- DU CHARBON DE TERRE
- 3V1. Vend s’eft occupé d’expériences utiles pour tâcher d’enrichir ces gâteaux de différentes matières, qui lui avoient d’abord femblé pouvoir fournir à la Houille une addition de combuftible , comme de marc de raifin , de tan, & fur-tout de marc d’olives ; mais on juge bien, & M. Venel l’a eu bientôt reconnu , que ces mélanges fe confumant promptement & beaucoup plus que le fraifil de Houille , ne produifent plus alors d’effet (i).1 J’aurois déliré que M. Vend eût eu plus de temps à lui, pour multiplier des recherches qu’il étoit bien capable de fuivre. La partie de la Mer Méditerranée qui borne d’un côté la Provence , à laquelle ce Savant faifoit honneur, fourniffoit entre-autres la facilité de vérifier une propriété de l’aigue-marine , très-abondante fur-tout fur les côtes du Languedoc.
- Le Doéleur Beal , Collecl. Acad. Tome II, page j6, affure , d’après plufieurs de fes Confrères du College de Cambridge , que rien n’efl: comparable à cette plante pour remédier au froid , & qu'elle dure autant que deux feux de Houille (2). Les perfonnes qui habitent fur les côtes de la mer où il croît des algues-marines, pourroient en conféquence eflàyer de com-pofer des pelottes ou gâteaux avec cette plante de du Charbon de terre ( ou de la tourbe , qui fe trouve auflî près de Touloufe J.
- Si dans les différents endroits qui viennent d’être rappelles & dans plufieurs autres , l’apprêt du Charbon de terre avec des argilles eft pratiqué conftamment, il eft à préfumer qu’on reconnoît à cette façon quelques avantages particuliers ; il eft permis d’en être le panégyrifte.
- En ne propofant point aux perfonnes accoutumées au feu de bois, de fe modéler fur les habitants de Londres, de Saint-Etienne-en-Forez, qui em-ployent fans crainte le Charbon de terre brut, on a cru être fondé en railons.
- Dans la maniéré fimple & toute naturelle de fe fervir de la Houille non apprêtée , le tas où l’amas de Houille qu’on allume , donne au premier moment & tout le temps qu’elle brûle , jufquà ce qu’elle foit réduite en krahays ou braifes, une maffe de fumée , une fomme de vapeurs proportionnée effentiellement à la qualité^ouà la quantité de matière qui eft en feu;
- opération , eft du charbon menu, Sc n’eft pas précisément du fraijll} ceferoitune mal façon, que de mettre en hochets du charbon fin en pouftier ou fraifil. M. Venel qui ne connoît point cette préparation , a pris une fauffe idée de ce criblage , & eft tombé dans cette méprife en adoptant comme moyen d' économie , la fabrication du fr aijil en hochets , pour rendre ce pouffer propre à être employé dans les foyers domefliques, avec autant Sl avantage que les gros morceaux, p. ip 2. Cette prétention eft afifo-lument contraire à lexpérience ; le fraifil feul ne feroit propre à être mis en forme de cette maniéré , que pour contribuer à entretenir le feu
- avec une certaine économie, ainfî qu’il fe pratique à Saint Chaumont en Lyonnois, & c’eft où M. Venel aura pris fon idée : dans cet endroit , on fait avec la cendre du feu , & quelque peu de menu charbon , une pâte mêlée avec un peu d’eau, dont on couvre le feu quand il eft bien allume, Sc qui s embrafe elle-même après avoir beaucoup fume.
- (1) Chapitre IV, Sedion V, page 112 ; Gâ~ teaux ou mottes de marc d'olive , de marc de raifin, de tan, avec du fraifil de Houille.
- (2) Tranfadions Philofophiques, An. 1666. N°. 21, Art. IX.
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- ET DE SES MINES. II. Part. ia8f Sc connoît - on quelque chauffage qui ne donne pas de fumée avant de s’enflammer ?
- La méthode ufitée à Liège & ailleurs, pour employer aux mêmes ufages la même matière intimement liée avec des terres argilleufes , préfente dans la marche progreflîve de l’embrafement <5c de la combuftion, une différence remarquable de phénomènes.
- L’aétion du feu fur ce mélange de partie d’argille & de partie de Houille^ ne fe fait qu’au fur & à mefure ; ces dernieres ne commencent à être attaquées que lorlque la terre graffe perdant fon humidité , s’échauffant & fe def* féchant peu à peu, communique de proche en proche fa chaleur aux molécules de Houille qu’elle enveloppe ; la graiffe, l’huile ou le bitume qui y*eft incorporé , fecuit parjdegrés au point de s’étendre aulîî de proche en proche à ces molécules d’argille, & de venir à la fiirface de la pelotte, d’ôu elle découle quelquefois en pleurs, en gouttes. La malle d’air fubtil qui n’a pas un libre eflbr, fe dégage en même-temps, s’échappe peu à peu ; les vapeurs fulphureufes , bitumineufes , odoriferes ou même malfaifantes qu’on voudra y fuppofer, ne pouvant point fe difllper enfemble Sc former un volume , s’en féparent & s’évaporent infenfiblement.
- Dans cette efpece de corollaire, on entrevoit deux propriétés diftinéles qui appartiennent à la façon donnée au Charbon de terre, i° une économie fur la matière même , 2° une forte de correélif des vapeurs de Houille.
- Le premier effet réfoltant de cette impaftation paroît fenfible , puifque le feu n’a point une prife abfolue fur le combuftible fournis à fon aélion ; l’argille ajoutée au charbon arrête la combuftion , retient, tant qu’elle ne fe con-fume pas, une portion de Houille, de maniéré que cet amalgame, en ne réfiftant point trop au feu , y réfifte affez pour que la Houille ne s’en fépare point avant d’être confumée ; la deftruélion du charbon par le feu eft rallentie en conféquence ; il s’en confomme néceflâirement une moindre quantité dans un même efpace de temps, que fi le charbon recevoir à nud l’aélion de la flamme.
- La Houille brûlée feule , lorfqu’elle eft parvenue au degré de combuftion qui la réduit en krahays, s’éteint, à moins que le feu ne foit entretenu par une matière neuve ; ces braifes reliantes , font toujours en affez grande quantité. La même chofe s’obferve dans le chauffage avec du charbon apprêté ; mais je crois, fans pouvoir cependant faflurer, que ce produit de braifons eft plus abondant , ce qui confirme l’économie de ce chauffage ; il relie toujours pour le fécond feu près de la moitié, ou le tiers de ce qui compofoit la charge de la grille : à moins qu’on n’aye fouvent ajouté au feu des morceaux de charbon brut, qui ont accéléré la réduction des krahays en cendres. *
- Les Rédaéteurs de l’Encyclopédie ne font point difficulté d’avancer que
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- \i%6 DU charbon de terre
- ces pelottes donnent une chaleur douce, durable ; mais plus durable & plus ardente que celle du Charbon de terre feul.
- Les Chinois ne trouvent pas feulement que leur mouy, ou pelottes de houille," donne une chaleur beaucoup plus forte que le bois, & qui coûte infiniment moins ; outre l'avantage qu'ils y trouvent de ménager leur bois , ils prétendent encore par cet apprêt fe garantir de fincommodité de fodeur.
- Plufieurs Auteurs Phyficiens font du même fentiment. M. Zimmerman (i) donne cette préparation , comme un moyen de brûler le Charbon de terre fans défagrément & fans danger. M. Scheutzer , dans fon Voyage des Alpes (2) , que M. Venel cite à l'article de l'analyfe de la Houille , penfe de#même ; l'opinion des Commiflàires nommés par l'Académie des Sciences , eft auflî pofitive fur ce point. M. Venel n'eft pas de cet avis, ni fiir l'économie de ce chauffage , ni. fur la modification des exhalaifbns par l'addition de terres argilleufes.
- En tout, cet Auteur regarde uniquement cette méthode ( 3 ) « comme » favorable, pour déguifer une matière réputée incommode, & pour tromper » les dédains d'habitants d'une grande Ville 3 en leur annonçant des correct » dons & des apprêts ». L'Auteur d'un Journal (de Bouillon, autant que je-puifle me le rappeller, ) a prétendu avant M. Venel, que ces préparations n’étoient rien moins qu'utiles, & que l'établiffement qui a eu lieu à Paris , n’avoit pu prendre.
- L'idée que je me fuis formée des avantages de l’impaftation du Charbon de terre avec des argilles, foit pour rendre fon chaulfage plus économique que fi ce foffile étoit employé brut , foit pour corriger fa fumée , fon odeur (4), eft donc conforme au fentiment du plus grand nombre des perfonnes qui ont examiné ce point ; je n'ai cherché , dans la comparaifon rapprochée , d'un feu de Houille brut , & d'un feu de Houille apprêtée , qu’à rendre fenfible ou probable l’effet que produit fur une même quantité de Houille,' l'amalgame argilleux proportionné en quantité & en qualité , à la nature du charbon. Je pourrois me contenter d'oppofer à M. Venel les fuffrages que je viens de citer , & refter attaché à mon opinion perfonnelle ; mais je n'y tiens pas plus qu’à celle que j'ai cru pouvoir avancer fur la propriété des cendres d'un feu de Charbon de terre, de retenir toujours du combuftibie, & d’être par - là toujours avantageufes dans le feu ; c'eft précifément parce que cette idée fur cet objet ne m'eft point particulière , que je me crois encore plus permis de la défendre & de la fàuver du reproche tacite,
- ( 1 ) Journal Economique Avril iyyi;
- (2 ) Carbonum fojjilium frujla grojfa impaflavi, cum luto , fxperturusu fum in furnis Chimicis fub tamino , qui ex voto fuccedit, & fœtidum carbonum ipforum odorem non parum tempérât*
- (S) Seétion IV, ChapitreIV, Partie I, p. 109, Des Pelottes, Briques ou Boulets.
- ( 4 ) Que M. Venel qualifie aromatique 9 Ch. I, Part. I, page 5.
- de
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- JET DE SES MINES. II. Part. 1287 de n’être qu’une induélion tirée fans réflexion de l’ufàge fuivi de temps immémorial dans plufieurs pays ; 8c en effet, fl cette impaftation n’avoit aucun des avantages que Ion s en promet , il feroit très-inutile de prendre cet embarras pour foi ; quant aux perfonnes qui auroient à acheter de ces briques ou pelottes toutes faites , ce ne feroit qu’un renchériflement de la choie. Pour difcuter cet article avec une certaine attention, je n’ai plus , après ce que j’en ai déjà dit, qu’à rendre fidellement ici, & à pefer fans prévention ce qu’avance M. Venel ; le Leéteur jugera fi je puis prendre le ton affirmatif.
- » On a, dit-il, attribué à ces pelottes (i) beaucoup de propriétés particulières.
- » On a prétendu nommément que la glaife opéroït une efpece de correction de » la Houille , Sc que le mélange intime de ces deux corps prévenoit rincom-» modité de la fumée, & les autres inconvénients les plus graves de la Houille » brûlée. On a cru encore que l’ufàge de ce foflile , fous forme de pelottes,
- » étoit beaucoup plus économique que celui de la Houille brute ou neuve.’ M, Venel prétend que fes recherches & fes expériences font abfolument contraires à ces prétentions ; il a trouvé «que la Houille brute mérite tous » les éloges qu’on a donnés depuis quelque temps aux pelottes de Houille ,
- » qu’on avoit encore nommées Houille apprêtée , & que cette derniere » n’étoît pas même plus économique que la première ; enfin, que tous les » avantages des pelottes de Houille fur la Houille brute, fe bornoient peut-» être à tirer un meilleur parti du fraifil, à difpenfer de remuer , de fourgonner y* le feu , & peut-être enfin à fe moins noircir les doigts en maniant ces yy pelottes , qu’en maniant la Houille brute.
- M. Venel (2) avance » que les hochets ne lui ont jamais paru produire » un plus grand effet dans le feu , que celui qui eft proportionnel à la » quantité de Houille qu’ils contenoient : des hochets formés avec parties » égales de fraifil de Houille & de glaife , n’ont produit dans un fourneau » à chaudière un effet égal à celui de la Houille neuve, que lorfqu’on les a » employés en une quantité double de celle de la Houille brute. Il a fallu, » par exemple, 40 livres de pelottes , pour produire le même effet que » 20 livres de Houille brute.
- Ce Savant conclut « qu’on n’a qu’une vaine opinion de l’effet de la terre » dans cette préparation ; il ajoute qu’on a trop compté fur la chaleur qu’elle » retenoit après l’entiere extinétion de la Houille, avec laquelle elle avoit » été intimement mêlée pendant la combuftion 5 il pourra bien fe faire, dit-il, » que dans le chauffage cette terre qui s’eft réellement très-échauffée , tandis » que le feu a duré, pourra répandre un refte de chaleur plus confidérable que » celui qu auroient retenu & répandu les Efrcarbilles, & les cendres qui auroient
- (1) Des Pelottes, Briques ou Boulets, Seft.IV, ! (2) Chapitre VI» Se&ion II, Partie I 4
- Chap. IV , Part. I, page 108. | page 1p0,
- Charbon de Terre, IL Part, A 15
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- 1288 DU CHARBON DE TERRE
- » refté à nud dans le foyer ; mais cette fource de chaleur doit être bien ?> foible , & encore un coup, elle a paru fans effet dans nos expériences » les plus exaétes ».
- Quant à l’économie réfultante de la terreajoutée au charbon, dans l’apprêt à laLiégeoife, à la Flamande, à la Chinoife, pour peu quelle fût douteufe, il vaudroit mieux négliger cette préparation 5 le raifbnnement employé par M. Venei, pour en prononcer l’exclufion , feroit fans réplique ; il eft fimple, le voici mot pour mot.
- » Le nom de chauffage économique appartient uniquement au feu de Houille » brute, & non pas au feu de pelottes : les pelottes font le produit d’un Art. » Or les opérations quelconques des Arts fe payent; quelqu’un gagne à faire des » pelottes. Le prix de ce labeur eft à la charge du confbmmateur : donc les » pelottes fourniffent fous ce rapport un chauffage moins économique, que » la Houille brute qui n’exige point une préparation , & par conféquent une » dépenfe préliminaire (1) ».
- Cet argument, malgré la forme fyllogiftique, dans laquelle il eft préfenté, n’en eft pas plus concluant. M. Venel n’y fpécifîe que les pelottes faites par un Journalier 3 qui en emporte falaire pour fon travail, pour la pâte qu’il a fournie, ou les pelottes fabriquées par des Entrepreneurs en fociété, dont les opérations en grand font certainement encore plus difpendieufes ; mais cela ne réfout point la queftion première : l’aprêt fait par le particulier lui-même , auquel il n’en coûte rien en conféquence que fon temps , ajoute-t-il ou n’ajoute - t - il pas aux pelottes le bénéfice d’économie dont il s’agit ? Les recherches & les expériences qu’a faites M. Venel pour s’afîurer de l’un ou de l’autre , font toutes contraires à l’affirmative (2) ; ce Savant prend parti pour la négative : quelles font ces recherches, ces expériences! Les pelottes exécutées par M. Venel félon la méthode de M. Carrey, contenoient environ parties égales de terre & de Houille : en fuivant M. Venel, dans tout cet articlexde fon ouvrage, les hochets qu’il compofoit étoient de fraiffl ou de poujffïer ( Voy* notre remarque’6> p. 1283 : nous avons toujours cru reconnoître que les efpeces employées par M. Venel, étoient des Houilles maigres ; & alors partie égale de pâte appauvrit encore le chauffage qui en réfulte ; à plus forte raifon dans les hochets fabriqués par M. Venel, compofés de fraifil ou de pouffer de Houille de cette nature ; je n’ai pas de peine à croire ce qui a été remarqué par M. Venel : une fabrication auffi peu conforme aux principes que nous avons établis, & qui font fondés autant fur l’expérience que fur une vraie connoif fance du Charbon de terre, n’a pu produire un chauffage économique. Ce n’eft point du tout du fraifil, ou du pouffer de fcharbon, mais du charbon menu) qui peut être employé avec avantage à faire des briques ou pelottes, & en
- (1) Seft. II, Chap. VI, Part. I, page 191, note a.
- (2) Se£t. IV, Chap. IV, Part. I, page 10 S.
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- cela le procédé Liégeois, à la faveur duquel il fe fait un triage de menu charbon, Voye£ page 3$6 9 eft fupérieur à l’ulàge du crible, à moins que les clayons ou réparations de cet uftenfile , lorfqu’on s’en fert, foient affez Sc point trop écartés les uns des autres,
- M. Venel convient expreffément que c< les pelottes de grofteur ordinaire , » entières , pelant environ 4 livres , font encore plus difficiles à allumer » que les morceaux de Houille pure de pareille grofleur (1) ». La combultion eft donc rallentie au moins dans ce moment, Sc vraifemblablement tout le temps que la pelotte dure au feu ; donc il y a inconteftablement économie ; cette conféquence néceflàirea échappé à M. Venel; ce Savant remarque même, à Foccafion d’efîàis qu’il a tentés avec des mottes de marc d’olive , de marc de raifin , de tan , avec du pouffier de Houille » , que les pelottes font plus » avantageufes, parce qu’elles gardent leur forme Sc leur confiftance dans le » feu pendant toute là durée Sc même après l’extinétion (2) ». N’eft-ce pas encore laiffer à entendre ce que nous prétendons, que ces pelottes ou briques donnent un chauffage économique ? Le particulier qui fabriquera lui-même fon charbon, y trouvera certainement fon compte ; il ne refte qu’à examiner fi l’économie eft affez marquée , pour que le moyen qui la produit ne foit pas onéreux à celui qui en paye la façon ; cette appréciation, pour être faite au jufte, demande à être cherchée dans les pays où Fufàge des briques eft adopté , où on a les mines à là portée , où les mains - d’œuvre ne hauiïènt pas trop le prix de la chofe fabriquée ; à cet égard on peut juger, parce qu’il en coûte à Mons, Voye^ page 1283 , note 3 , fi cette augmentation du prix des briques mérite une attention bien rigoureufe : l’argumentation de M. Venel ne fera valable par conféquent que dans les grandes Villes où ces avantages ne fe trouveront point, ou bien dans une entreprife en grand par une Compagnie ; mais cet inconvénient local ne détruit pas le point de fait ; Sc le principe mis en avant par M. Venel, Sc fur lequel il paroît avoir un peu compté dans fa maniéré de raifonner , eft avoué de tout le monde : ce pour les matières de première néceffité, paiïbns-nous d’apprêt autant » qu’il eft poffible (3) ». Mais ce principe ne devient point applicable ici, je n’ai par conféquent pas befoin de m’arrêter à le difouter, ni comme vrai , ni comme faux.
- La fécondé propriété qui femble particulière au Charbon de terre apprêté n’eft pas moins effentielle ; elle intéreffe for-tout les perfonnes qui auroient de la peine à fo déclarer en faveur du chauffage de Houille: Nous prouve-! rons ailleurs qu’il n’a rien de préjudiciable à la lànté ; mais dans la foppofî-tion que parmi les charbons dont on fe ferviroit, il s’en trouvât qui euffent
- (1) Chapitre I, Partie II ; Maniéré commune d'allumer & de gouverner les feux de Houille, p. 209.
- (2) Se<3ion V, ChapitreIV, Partie I,page in.
- (3) Se&ionI, Chapitre VI, Partiel 9 Avan-
- tages principaux & fondamentaux des feux de Houillé fur le feu de bois, déduits des phénomènes des effets refpettifs de l’un de l'autre feu, page 180 , note a.
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- ïüpo DU CHARBON DE TERRE
- été pris fans choix ; que quelques-uns fuffent unis à des parties décidément fulphureufes, vitrioliques, même arfénicales , ( ce qui n’eft pas connu , ) ou de toutes autres capables de nuire ; qu’enfin on employât des Houilles qui donnent beaucoup de fumée , beaucoup d’odeur ; les argilles qui entrent dans l’apprêt que nous difcutons ici, deviennent pendant le temps de la combustion de la Houille une efpece de correélif qui met un frein aux différentes évaporations qu’on pourroit reprocher au feu de Houille brute.
- Sur ce point, M. Venel eft encore contraire , je ne dis pas à mon avis, mais au jugement qu’en ont porté d’autres que moi, & à l’opinion reçue dans les pays où cet apprêt eft uflté : ce Savant auroit dû au moins motiver fa réclamation. Il a jugé à propos de s’en tenir féchement à la négative (i). Je pourrois n’avoir befoin ici de lui répondre que par ce qu’il avance lui-même ; on recon-noîtra d’abord qu’il avoit de cette propriété correétive des argilles mêlées avec le Charbon de terre, quelqu’idée imparfaite , à la vérité, & fl imparfaite , qu’il n’a pu une fécondé fois être d’accord avec lui-même.
- La chofe lui fembloit probable, lorfqu’il parloit des bouffées de vapeurs (2).' En traitant de l’emploi du Charbon de terre pour les fourneaux de Verrerie, M. Venel dit que « les pelottes diminueroient peut-être jufqu’à un certain » point les émanations fuligineufes de la Houille « (3) s c’eft , fi je ne me trompe , foupçonner fortement la chofe même , & la chofe même qu’il a niée expreffément.
- Sur cela, je vais en tout plus loin que M. Venel : la propriété que nous attribuons à l’impaftation de la Houille , n’eft pas a la vérité fufceptible d’une démonftration aufli rigoureufe qu’on pourroit peut-être l’exiger ; mais on peut* je crois, y fuppléer : l’examen attentif d’un feu de Charbon de terre brut, comparé avec un feu de Charbon de terre apprêté, fournit une explication plaufible de l’effet des terres argilleufes ; quelqu’un qui fuivra des yeux ce feu de pelottes, & qui ne fera point prévenu, fera porté à juger par la marche graduée plus lentement, & de l’embrafement & de l’ignition , que la fumée ou vapeur qui contient la fuie & autres matières, eft abforbée, détruite & dévorée à mefure qu’elle s’échappe, ce que n’auroit pas le temps de produire un grand feu flambant, qui ne feroit qu’entraîner ces parties fubtiles dans fon éruption ; du moins cette explication Ample paroîtra n’être pas affez dépourvue de vraifemblance pour que l’on ne foit autant embarraffe à décider pour, qu’à décider contre.
- Nous fommes donc toujours fondés à regarder la chofe comme probable, ainfî qu’elle fembloit l’être à M. Venel, lorfqu’il s’agi Ifoit des bouffées de vapeur, & nous n’héfitons point à penfer, comme je l’ai avancé page 3^4, que toutes
- (O Sed. IV, Chap. IV, Part. I , page 108. (2) Voyez robfervation que j’ai rapportée page 126B , & la note 2.
- (3) Sed. I , Chap. Il, Part. III, page q8o , Verrerie, Glacerk,
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- les parties exhalantes du Charbon de terre, objet des préjugés de quelques perfonnesN& de 1 inquiétude de quelques autres, font réprimées autant qu’on peut le délirer, pour que la Houille fuppofée nuifible ne le foit plus, & que dans le dernier temps de la combuftion, ce que l’on peut qualifier du nom de vapeurs, fbit beaucoup plus rare (i).
- Une des plus fortes préemptions que Ton pourroit faire valoir, à mon avis, contre la certitude pour laquelle je panche , des avantages de cette impaftation de Houille , ce feroit TétablilTement tenté pour fhiver de 1770 à 1771 : perfonne n’ignore qu’il n’a pas eu de fuite ; peut-être efl-ce là la fource de l’elpece d’indécifion dont M. Venel n’a pu fortir. Dans un voyage très-court que ce Savant fit à Paris , après avoir publié le ProfpeBus de l’Ouvrage que nous analyfbns ici dans les points qui ont befoin d’être difcutés , nous eûmes enfembie une converfàtion fur la matière qu’il fe propofoit de traiter: je Pavois fait prévenir par un ami commun (2) de plufieurs méprifes , dans lefquelles je trou vois qu’il étoitprès de donner; il devoit définitivement, lorfqu’il eft parti, revenir chez moi prendre communication , que je lui avois promife , de toute cette derniere partie de mon Manufcrit, à laquelle j’ai été obligé depuis de joindre des remarques fur l’Ouvrage de M. Venel. Il n’a point été queftion entre nous deux du chauffage qui avoit été annoncé pour Paris & pour la Province. Si le Journal de Bouillon lui avoit laifle quelque doute concernant la ceflàtion de l’entreprife, il avoit pu être éclairci, par ce que j’en ai dit page 601, & par l’AvertifTement qui a paru dans le temps fur ce fujet. C’eût été alors manquer au Public , qui avoit honoré ce projet de fon fuffrage * c’eût été en particulier manquer d’égards pour les différents Corps de Magiftrats & de Savants, dont les avis favorables avoient forcé la confiance générale ,, que de ne pas inftruire, comme il a été fait (3) , les Habitants de Paris & enfuite ceux de la Province (4), de la nature des empêchements qui fe font oppofés, non au fuccès, mais à la continuation de cette entreprife* L’hiftoire de cet établifïement, premier pas fait à l’introduélion de cet ufàge en France, peut-elle être mieux placée que dans un Ouvrage fur cette matière confacré au Gouvernement & à la Nation : on verra d’ailleurs qu’il importe pour la fuite des temps quelle foit connue.
- (1) On peut voir dans l’Ouvrage de M. Venel, le détail dans lequel il eft entré fur les différences de la fumée , & des vapeurs qu’exhale la J-fouille brûlante, Se<ft. I, Chap, 11, Part. I. Des fumées Or vapeurs.
- (2) M. le Roi, Profeffeur en Médecine de PUniverfité de Montpellier, Correfpondant de l’Académie Royale des Sciences, &c.
- (3) Avertijfement concernant Vétabliffement du chauffage éçonomiquç avec le Charbon de terre dans
- Paris. Mercure de France, Novembre 1771; page 188. Gazette d’Agriculture, Commerce, Arts & Finances, 22 O&obre 1771, page 673 , N°. 8 y.
- (4) Avertijfemment concernant Vétabliffement du chauffage économique avec le Charbon de terre dans les Provinces. Mercure de France , Décembre 1771 ,page 193. Gazette d’Agriculture &c, 26, Octobre, page 681, N°. B6,
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- Charbon de terre. 11. Pan.
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- DU CHARBON DE TERRE
- ’Entrcprifi formée à Paris dans l’hiver de 1770 à 177T , pour faire connoître dans cette Ville , le chauffage avec la Houille apprêtée.
- Les premiers jours que je me trouvai à Liège (dans une faifon ou Ion fe chauffe), avant d’avoir reçu l'invitation de l'Académie de travailler fur la Houille, ce qui me frappoit le plus, c étoit le fpeétacie d'un peuple nombreux,1 d'Ouvriers de toutes fortes d’atteliers & manufaétures, vieillards, femmes , enfants, rentrant chez eux , gais & contents , oubliant tous dans leur petit ménage, vis-à-vis un bon feu , leur état de médiocrité , leurs fatigues, jouif-fànts à l'aife de ce bonheur dont Plaute félicite les Serruriers, Taillandiers ï Forgerons & autres Ouvriers de cette clafîe , d’être toujours dans le cas de ne point reflentir le froid : l’avantage que le peuple de Liège trouve dans fos HouilliereSj de fe procurer au jour le jour un combuftible fùffifant à la fois , pour le chauffage, pour les ouvrages & befoins domeftiques, avoit produit fur moi la plus vive impreffion en faveur des pauvres de nos Campagnes, & de nos pauvres de Paris.
- Les habitants du pays d’Aunis, du Poitou, & d’une partie de la baffe-Normandie , favent que les Payfans de ces Provinces font réduits à n’avoir d’autre moyen de fe chauffer en hiver, que de brûler les excréments d’animaux qu’ils ont féchés, & dont ils ont fait foigneufement provilîon dans l’été : il n'eft pas difficile de croire que mes réflexions fur une reflource auffi trifte, fe por-toient enfuite fur Paris , où l’on compteroit aifément plus d’un quart de fes habitants hors d’état en hiver de fe procurer du bois, fruftré par conféquent d’une poffeflion , qui, dans cette faifon, peut bien être appellée la moitié de la vie : alors le Citoyen pauvre ou mal-aifé , efl: en proie aux maux les plus réels, à ceux qu’entraîne l'impoflibilité de fe garantir du froid. Cette claflè d’infortunés, auflî précieufe que nombreufè, efl toute compofée de Journaliers, d’Artifans, de Manœuvres, tous néceffaires à l’Etat pour la population, tous utiles à la fociété par des talents divers : les plus viles de leurs occupations font précifément celles dont on ne peut fe pafîer ; les autres font relatives à des fécondés néceffités.
- Dans quelque circonftance que l’on veuille confidérer cette foule travaillante , la difette de chauffage les plonge inévitablement dans l’état le plus digne de compaflion : ceux d’entre eux qui ont un métier, jouiffent-ils d’une fanté robufte, le froid oblige de fufpendre leurs travaux ; leur exiftence , celle de leur famille , communément nombreufe, perd cette précieufe fanté, & périt ; ont-ils le malheur d’être accablés de maladies, le froid, nouveau fléau, attaque avec plus de danger pour eux des corps défendus à peine par des haillons & des lambeaux , épuifés déjà par de chétives nourritures; ils fe trouvent alors furcharger les Paroiflès ; peres, meres de familles, veuves,
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- enfants, orphelins ou maladifs, indigents de toute efpece, de tout âge ; le forcroît de mifere attaché à la rigueur de la fàifon , leur rend à peine fenfible les efforts des Pafteurs les plus zélés & les plus intelligents. Les perfonnes charitables, les Médecins , les Eccléfiaftiques reconnoîtroient ce tableau qu’ils font fouvent à portée de voir ; avec une ame honnête & fenfible, on s’en fait aifément une idée fans lavoir vu. En le comparant avec celui que m’offroit dans Liège, ville très-peuplée (1) , la même claffe d’hommes à l’abri, grâce à la Houille, d’ être forcé dans aucun temps de fufpendre le travail ou de Voir languir fà famille ; je regrettais vivement que la France n’eût des mines de charbon , que pour ce qu’en confbmment des ufàges bien moins importants ; ceux des Arts, qui ne marchent qu’après le néceffaire ; alors j’ignorois nos richeffes en carrières de Houille; en avançant dans mon travail, je les reconnus bientôt : ce point de vue me parut d’abord pouvoir devenir utile. Dès cet inftanc je n’eus aucun doute que les défauts, les incommodités reprochés au Charbon de terre, ne puffent aifément s’effacer aux yeux & aux nez des malheureux habitants des villages d’Aunis, de Poitou, de baffe-Normandie; je me perfuadai auffi que l’empire de l’ufage for l’efprit des pauvres de Paris , ne les empêche-roit point, lorfqu’ils pourroient voir de ce chauffage, de fentir la différence entre le feu aétif & réel de la Houille, & la chaleur, fi peu digne de ce nom , qu’ils refîèntent en confirmant le charbon de bois, le poudrer, la braife , la fciure de bois, les mottes à brûler, &c.
- L’efprit & le cœur pénétrés des avantages fans nombre attachés au chauffage de Houille , il me feroit impoflîble de rendre le plailir que j’éprouvai en m’arrêtant fur l’idée d’appliquer cette méthode à nos charbons de France, de la faire connoître de maniéré à efpérer de la rendre familière avec le temps ; ne le devînt-elle abfolument que parmi le petit peuple, l’Etat s’en reflentiroit ; la nouvelle confommation , en produifant un bénéfice aux poffeffeurs de mines , leur donneroit une émulation qui ne pourroit manquer de faire naître ou fleurir une nouvelle branche de commerce.
- Parmi les différents fujets que j’embraffois dès-lors dans mon plan & qui font entrés dans mon Ouvrage, quelques-uns, entre autres, me flattoient agréablement à traiter, c étoit ceux qui me rappelloient direélement aux fondions de mon état, vis-à-vis de l’humanité en butte aux maladies ; de ce nombre étoit l’indication des remedes que l’art de guérir peut tirer des Charbons de terre & de fes mines ; l’indication des moyens que la Médecine employé pour conferver la vie & la lànté des Houilleurs ; l’avantage beaucoup plus étendu, le foulagement du pauvre que devoit produire l’adoption d’un chauf-
- (1) Par un relevé fait en 1776, des morts & des naiffances de cette Ville ; les naiffances excé-doienc de plus dun cinquième le nombre des morts, Ejfai fur le projet de l’établijfement d’un
- VHôpital-Général dans la ville de Liège, & fur celut d’extirper la mendicité , de la prévenir d'occuper utilement. les Citoyens, 1770* 1
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- S2P4 1)17 CHARBON de terre
- fage à & portée, étoit fait pour me toucher encore fènfiblement; prendre à tâche de fixer l'attention générale fur une pratique affinée, pour préfervet des rigueurs de l’hiver cette foule de Citoyens néceffiteux qui fe voyent dans tous les quartiers de Paris Sc même dans la Province, étoit pour moi le comble de la fatisfaélion ; en réuffiflànt à la faire connoître , le bien qu’au-roient pu faire plufieurs Médecins enfemble ^ celui de conferver l’efpece humaine, bien auffi flatteur afïiirément, que le foin de lui rétablir la fànté, je jouifïbis du^plaifir de l’opérer.
- Je commençai donc par m’occuper des Charbons de terre qui s’exportent à Paris ; je les eflàyai de toutes les maniérés propres à en reconnoître la nature la qualité, à fixer ceux qui étoient les plus convenables à être apprêtés , & à préfçnter un chauffage économique bien conditionné & exempt de toute mauvaife qualité : mon deflein étoit de décrire enfuite les procédés de cette fabrication d’une maniéré affez circonftaociée pour en donner une idée juffe , Sc principalement pour la rendre d’une exécution facile dans tous les endroits où l’on feroit difpofé à la mettre en ufàge ; mais la rédaétion entière de mon Ouvrage, qui n’eft achevé qu’aujourd’hui, & dans lequel dévoient avoir place les détails qui vont fuivre, dans lequel dévoient être développés tous les avantages de cette méthode, n’a pas dû & n’a pas pu être l’affaire d’une année ; quand même cela auroit été poflible, ce n’étoit encore rien faire connoître aux néceffiteux que j’envifageois feuls.
- Le peuple auquel cette reflource eft particuliérement deftinée dans les villes & dans les campagnes , n’eft pas ordinairement plus à même de fe préparer ce chauffage ; fi le pauvre n’eft pas logé trop à l’étroit, il eft dans le courant de la journée occupé à gagner par fon travail, loit hors de chez lui, foit dans fon particulier la fubfiftance dont il a belbin pour lui Sc pour fa famille.
- Dans les villes cette fabrication ne pourroit guere être profitable au Citoyen d’une condition aifée ; il en eft peu qui vouluflent employer chez eux un domeftique ou un homme de journée à une préparation qui entraîne de l’embarras, qui demande une place commode plus ou moins étendue, Sc uniquement facrifiée pour fes differentes opérations. Le defir que j’avois d’alléger fur ce point la dépenfe du Citoyen mal traité par la fortune , de rendre à l’indigent fa mifere moins onéreufe * fe trouvoit donc de toute part nulle & infruétueufe.
- Ce n’eft pas non plus en voyant une chofe , même habituellement dans un feul endroit, que l’on fe perfuade efficacement de fes avantages, ni que l’on fe décide à en eflàyer; l’exemple qu’avoit voulu donner M. Fagon, Foyei page 1*57, n’avoit eu aucun pouvoir, je ne devois pas me promettre par les éclairciflements, les inftruétions les plus détaillées, de voir aucune fuite heureufe a la bonne envie que j’avois d’alléger dans ce point la dépenfe
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- rtlu Citoyen mal-traité par la fortune; on a beau parler fur tout au vulgaire, il ne change rien à fes maniérés : ce qu’on lui confoille -, fût-il de la plus férieufe importance, il ne fe détermine à en profiter, que lorfqueles chofes lui font préfentées toutes faites ; il faut le mettre, pour ainfi dire, enjouifîance ; cette indolence paflive ne fe dément for rien. Bien avant l’établiffoment fait en faveur des Noyés, on réitéroit de temps en temps avec la plus grande publicité les avertiffoments les mieux détaillés , for les focours à apporter dans cette flialheureufo fituation ; ces avis n’ont été efficaces que de l’inftant que le Bureau de la Ville a imaginé de tenir tout prêt pour le befoin, ce qui étoit nécefîàire à employer dans ces fortes de cas. Ce qui s’efl vu , touchant la méthode du nouveau chauffage, fe rapporte bien plus direélement à ce dont j’étois inquiet lors de mes premières idées: dans le même temps de l’entreprifo, dont nous donnons ici l’hiftoire, la Capitale, les Provinces ont été inftruites, par la voie des Journaux, du procédé qu’a décrit M. Carrey ; perfonne ne s’efl: déterminé, ni à faire foi-même , ni à faire fabriquer des pelottes pour fon ufage ; la facilité d’en voir exécuter à l’Ecole Vétérinaire , tandis qu’à l’attelier ouvert à la Râpée , chaque méteur en forme faifeit près d’un millier de pelottes dans une journée, n’a pas été plus efficace.
- Je ne voyois d’autre parti à prendre, que de faire , (bit chez des perfonnes connues, foie dans des endroits publics & à plufieurs reprifos, même continues & renouvellées chaque hiver, une montre de ce chauffage.
- Dans une ville comme Paris, tout ce qu’on n’y a point encore vu , devient en peu de temps le fujet des converfations : après cette montre, mon deflein étoit de faire fabriquer publiquement dans une faifon favorable, une grande quantité de ce chauffage. Telle étoit la marche que j’avois projettée, pour faire dans le Public ce qu’on appelle Jenfation : ce plan n’étoit point d’une difficile exécution ; pour la partie des frais, il n’étoit même point à ma charge ; je n’étois nullement embarraffé de trouver des perfonnes qui eufîent concouru volontiers à une forte d’expérience publique ; le produit en eût toujours tourné à l’avantage du pauvre, qui n’auroit pas mieux demandé que d’en effayer ; les Hôpitaux, quelques pauvres Communautés, quelques Guinguettes des fauxbourgs de Paris, quelques Etrangers habitués à ce chauffage , s’en foroient forvi tant qu’ils en auroient trouvé : ce n’eft pas une fimple conjeéture.
- Je me doute très-fort que ce plan ne fora pas jugé bien bon, il peut même avoir quelque chofe de fingulier ; mais c’étoit le foui qui fixât mon idée, c’étoic ainfi que je voyois la chofe ; il manquoit encore‘à mon travail, à mes fabrications une derniere perfeétion. J’étois déjà affez inftruit de la maniéré dont le commerce de Charbon de terre fe fait dans Paris, pour fentir, attendu les mélanges auxquels il eft fujet malgré les défenfos précifos , que je ne pouvois pas compter entièrement fur mes expériences ; le charbon qui m’avoit été Charbon de Terre. IL Part. C iy
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- iap* DU CHARBON DE TERRE 'donné pour Charbon de Moulins, pour Charbon de Forez, étoit-il pur ? étoit-il bien de la mine dont on prétendoit qu’il venoit? Pour indiquer les proportions exadtes de pâte, qui convenoient à chacun des charbons des différentes mines de ces trois Provinces, il étoit néceffaire que je ne fuffe point trompé fur ces articles.
- Afin d’être plus certain de mes effais & de mes expériences exécutées avec foin à diverfes reprifes fur des Charbons de terre que j’avois fait acheter, foie au Port Saint-Paul, foit chez des Marchands , j’en faifois venir directement des trois Provinces qui approvifionnent Paris (i). Un Particulier fixé dans cette capitale, 8c qui appartient à une famille très-eftimable , me procuroit quelques-uns de ces envois ; il étoit fouvent, ainfi que tous ceux qui venoient chez moi, préfent à mon travail; il fut témoin par conféquent du fuccès avec lequel je parvins à donner à cette fabrication de nos charbons , la même per-* feétion quelle a dans quelques Pays Etrangers : les vues que j’avois 8c que je yiens dexpofer , nétoient point un myftere ; il me propofa de remplit mon objet, en me fauvant à cet égard les embarras qu’entraînoit la route que je voulois fuivre : n’ayant d’autre idée que de voir tourner cette partie de mon travail au profit du Royaume, l’offre ne pouvoit qu’être fort de mon' goût ; celui qui me la faifoit, ne m’étoit perfonnellement pas connu autrement que par les relations que mon état me donnoit depuis bien des années, foit avec lui, foit avec partie de fa famille ; il me parut fufîifant qu’il fût ce que je favois qu’il étoit, verfé dans les opérations de calculs, intelligent dans ce qu’on appelle affaires , 8c qu’il eût du loifir, toutes chofes qui me manquoient,1 Sc bon Citoyen, comme je le croyois, pour prendre à cœur le fond de mes idées : je ne fentis aucune répugnance à accepter fes offres ; je lui donnai en conféquence toutes les notes que j’avois raffemblées, concernant les droits fur les Charbons de terre , fur les Charbons de bois, fur les bois, pour déterminer une comparaifon exaéle entre la dépenfe de ces différents combuf* tibles. Peu de temps après , le Miniftre du département de Paris fut informé de mes recherches par ce Particulier ; il fentit qu’il feroit important pour la peuple de Paris , & même de la plupart des Provinces , de pouvoir fubjlituer le Charbon de terre a celui de lois , dont le prix ejl prejque par-tout inaccej-fible pour lui ; qiiil étoit de plus intereJJ'ant, pour la ville de Paris en particulier9 de diminuer cette confommation de première nécejjité qui s augmente tous les
- (1) Je n’ai pas fait difficulté enfuite de me détourner de mes occupations pour me tranfporter fur les lieux ; j’ai fait exprès un voyage dans le Bourbonnois & en Auvergne ; j’ai defeendu dans les mines afin de conftater leur état ; j’y ai réitéré mes expériences fur les différents Charbons qu’elles produifent , pour m’affurer de leur conformité , avec celles que j’avois faites; les mêmes foins, comme on le verra bientôt, ont été donnés de ma part pour les matières
- convenables à Yapprêt qu’ils doivent recevoir. En un mot, j’ai tellement rendu ce travail complet , que tant qu’il ne feroit rien innové dans ce que j’ai arrêté pour le choix des charbons, tant qu’on ne s’écarteroit pas des attentions né-ceffaires pour les façonner, je pouvois répondre que l’ufage de ce nouveau chauffage, fe main-tiendroit fuffifamment parmi nous, pour s’accréditer avec le temps.
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- jours, & devient effrayante (1). Defirant régler für l'avis de l'Académie des Sciences , l'idée qu’il dévoie prendre de ce travail, il louhaita que je remifle à cette Compagnie les différents Mémoires contenant le détail & les réfultats de mes recherches particulières, afin de connoître de quel degré d'attention ils pouvoient être dignes.
- L'elpece d'impoffibilité de la part des pauvres , comme de la part du citoyen aifé , d’apprêter chez lui du charbon , l’anéantiffement de cette relïource par cet obftacle, le manque d’apparence que jamais perlonne pût s’avifer d'entreprendre en grand pour le Public une fabrication & un trafic d'un fuccès auffi équivoque ; ces réflexions & quantité d'autres, avoient toujours 1 comme on l'a vu , donné à mes idées unevtournure qui fe fentoie allez de la difficulté que devoit fouffrir leur exécution.
- Le premier coup d'œil porté fur cet objet par un Miniftre adonné dès fà plus tendre enfance à faire (tant que l'homme en place en a la pleine liberté,) le bien de fon Département, fixa mes appréhenfions & mes incertitudes.
- Ce n'étoit pas néanmoins à beaucoup près fur les mêmes principes, que le Particulier qui agifloit, dirigeoit fes démarches (2) : les fuffrages donnés à mon travail par les Commiflàires de l'Académie des Sciences, par ceux de la Faculté de Médecine, favoriferent l'obtention d'un Privilège ( en date du 13 Décembre 1769, ) qui autorifoit l'entreprife projetée de préfenter aux habitants de Paris & même de la Province , un chauffage économique & bien conditionné, préparé avec du Charbon de terre : toutes les formalités ufitées, pour la vérification des Lettres-Patentes, furent favorables (3).
- A la faveur des Lettres-Patentes , de l’Arrêt d'enregiftrement & de toutes les Pièces relatives à cette conceflion, le Particulier qui en étoit toujours relié nanti ( & qui ne s’en eft défaifi que le 24 Novembe 1771,) trouva l'argent néceffaire pour mettre fon plan en exécution.
- Les préparatifs de l'établiflement furent annoncés dans le mois d’Août & de Septembre 1770 ; ils furent accueillis de la maniéré la plus favorable. On lie
- (1) Lettre de M. le Duc de la Vrilliere, écrite de Fontainebleau au Secrétaire de l’Académie Royale des Sciences, le 14 O&obre 1765;.
- (2) On le verra par les motifs qji’il avoit fait énoncer dans les Lettres-Patentes.
- (3) Toute cette réuflite fe trouvoit être véritablement le fruit de l’intelligence , fi on veut Fappeller ainfi, du Solliciteur ; il y avoit mis la plus grande aétivité ; le Privilège lui avoit été remis d’abord, avec injonction fpéciale d’en communiquer avec moi, pour voir fi les claufes étoient à mon gré : ainfi le porte la Lettre par laquelle je fus informé du fuccès , dans lequel, fans doute, mon travail entroit pour quelque chofe : ce fut alors, que pendant du temps, il ne me fut pas poflible d’avoir de 1 homme & de ce qu’il étoit devenu , plus de nouvelles que s’il étoit abieflt y celles que j’en eus à la fin a ou
- par lui-même en perfonne, ou par billets, finif-foient toutes par éluder ce qui lui avoit été preferit. J’eus à ce fujet une entrevue avec un de fes proches parents, homme judicieux 8c efti-mable : mes intentions uniquement tournées vers la chofe publique, que je voyois avec piaf; fir fécondée dans tous les points, me déter-minetent, pour ne pas y apporter du retardement, & par égards pour le parent du Négociateur , à regarder comme indifférents aü fond de la chofe, tous les faux-fuyants que j’avois ap-perçus, 8c qui pouvoient ne m’être que particuliers. Je n’en fais ici mention en paiTant, qu’à caufe du rapport qu’ils fe trouveront avoir par la fuite avec l’entreprife même, qui, fi elle eût été examinée bien férieufement, n’auroit point trouvé de fécours pécuniaires pour être exécutée dans Paris.
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- X298 DU charbon dë terre
- craint point de dire que peu d’entreprifes ne dévoient autant que celle-ci s'attendre à des oppolitions & à des contradictions multipliées > il n’en eft pas moins vrai qu’aucune n’avoit jamais eu plus de motifs d’encouragement : du premier inftant, cet établiflement fut regardé d’un œil bien différent de tous ces projets d’induftrie enfantés par le luxe , & qui ne confervent d’exiftence qu’autant que le goût ou la fantaifie du public ont de durée. En préfumant les Entrepeneurs fûrs de leurs calculs & de leurs combinaifons, il ne reftoit pas le moindre doute fur la certitude d’un bénéfice légitime pour eux ; leur fucces étoit devenu un vœu unanime ; tout devoit aflurer, aux habitants de Paris fur-tout, un établiflement auflî folide qu’il étoit jugé utile.
- Cet efpoir étoit toujours combattu dans mon elprit par les préoccupations qu’y aVoit jetté tout ce que je ne pouvois encore démêler dans la conduite extraordinaire du Sieur .,,, „ elles m’infpiroient beaucoup de méfiance fut l’article de la geftion (i). Deux confidérations qui me paroifïbient de bon augure, me raffuroient un peu. Premièrement, le très-petit nombre de ce qu’on appelle dans une entreprife, Afîbciés ; celui qui avoit toujours été l’am£ de l’affaire, & qui vraifemblablement étoit jaloux de jouer ce rôle exclufivement, tant qu’elle pourroit fe foutenir , ne s’étoit aflocié que le Bailleur de fonds : la méfintelligence, fléau deftruéteur de toutes les entre-prifes les mieux concertées & les plus utiles , me fembloit ne pouvoir trouver accès entre deux perfbnnes intéreflees l’une à gagner, l’autre du moins à ne pas perdre ; fècondement, & c’étoit encore le plus heureux à mon avis j la fimplicité de l’affaire étoit telle , qu’en fuppofànt quelqu’erreur de calcul de la part des fpéculateurs qui alloient exercer le privilège, il étoit de toute impoflibilité que celui qui y apportoit des fonds, courût aucun rifque de les perdre.
- La difficulté gifloit dans un point aifé maintenant à appercevoir, parie tableau que j’ai donné des droits fur le Charbon de terre : ce combuftible qu’il s’agifïoit de fubflituer au bois pour le chauffage & pour les ufages domeftiques , étant arrivé aux portes de Paris, eft déjà très-cher ; lorfqu’il cft pour être confbmmé dans la ville, fon prix doublé par tous les droits
- (1) Dans les Lettres-Patentes , il s’étoit fait donner un rang qui ne lui convenoic nullement ; il étoit de plus défigné pour être l’un des auteurs du travail, «5c parvenu à force de facrifices, d’expériences aujji difficiles que difpendieufes, à procurer au Charbon de terre par une opération chimique, un degré (Futilité qui en fauvoit les inconvénients. Sans doute ces motifs controuvés lui avoient paru propres à fervir de bafe au projet qu’il avoit tramé de fe rendre maître abfolu de toute la manutention ; il agifloit & parloit comme ayant feul commiflion & pouvoir ; il avoit réuffi à
- perfuader au Bailleur de fonds, qu’il n’avoîs befoin d’être guidé ni éclairé en rien dans les opérations de fabrication auxquelles, dans fon arrangement qui eut lieu, il devoit préfider feul : tout ce que je pus faire, ce fut d’exiger qu’il feroit dépofé à PHôtel-de-Ville un étalon des moules à fabriquer les pelottes ; mais la fuite fera voie que probablement il avoit fu déranger cette précaution, & fe mettre à l’abri de ce qui pou-voit en réfulter contre lui, <5c que l’étalon dépofé , étoit d’avance réduit à fa fantaifie.
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- auxquels
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- ET DE SES MINES. IL Par fi ïa99
- auxquels il efl: aflùjetti, devient excefiif : cette première confédération navoic pu manquer d occuper 1 attention au moins du premier fpéculateur.
- Le plan qu'il en avoit préfenté au Bailleur de fonds , avoit dû néceffaire-rent être appuyé fur le prix de cette marchandife ; le furcroît d’augmentation que le Charbon de terre à apprêter, devoir enfuite fupporter par les différentes mains-d'œuvre, par les frais dun établiffement en grand, formoit le fécond chef de fupputation ; c’eft où les Entrepreneurs fe font abufés, fans qu’il foit trop facile d’imaginer comment la chofe a pu arriver à des perfonnes très-inftruites, telles qu’elles étoient.
- Peut-être eût-il été poffible de trouver dans une fàge économie » un dédonv magement raifonnable de la méprife ; mais cette économie qu’ils avoient incon-fidérément fait entrer dans leur calcul & dans leur plan , même dans l’exécution , portoit fur des changements dont ces Entrepreneurs n’étoient point en état d’apprécier les défauts & les conféquences.
- Perfuadés qu’il ne devoit pas y avoir tant de façons à obferver dans une fabrication que je déclarois moi - même n’être qu’une imitation, ils regardèrent comme abfolument fuperflus , les détails par lefquels je vais finir, Sc dont je leur préfentai des copies ; ils ne fe doutoient point que ces Mémoires que je voulois leur communiquer pour être leur loi, étoient appuyés fur la connoiflànce de la nature, de la qualité des charbons qu’ils avoient à employer , ainfi que des pâtes qui dévoient entrer dans l’apprêt ; que tout le procédé en un mot, étoit fixé avec une précifion étudiée & réfléchie d’une maniéré convenable à la polition où ils fe trouvoient, d’avoir à éviter les moindres imperfections, les moindres négligences ; qu’il n’étoit pas poflibie enfin de s’écarter de la méthode particulière à l’efpece de charbons qu’ils em-pioyoient, de rien innover dans le choix des charbons , dans les attendons nécsjjaires pour les façonner , &c , fins rifquer d’enlever à ce nouveau combuf-tible tous les avantages dont les Entrepreneurs eux-mêmes avoient conçu la plus haute idée (i).
- Le fleur.........travailla pendant iy jours ( Sc on verra la quantité
- immenfe de pelottes qui fe peut faire dans cet efpace de temps,) fans retrouver les mêmes qualités d’un chauffage bien conditionné qui réfultoic de ma fabrication : à la pâte que j’avois fixée, il avoit fubftitué de fon chef une mauvaife terre Salluvium (2). Je ne parvins à contre-quarrer la continuation de ces opérations, qu’en menaçant de porter des plaintes fur une fabrication dont les réfultats ne pourroient que tromper l’attente où étoit le Public d’un
- (1) Par une Angularité affez difficile à expliquer , & qui ne peut guere être qualifiée qu’un effet du hazard, le fleur.... s’étoit complettement Infmué dans la confiance du Bailleur de fonds, au point d’endormir fa vigilance & fa prudence fur fes propres intérêts ; il étoit chargé de toutes
- les dépenfes, on s’en rapportait à lui fur-tout ; Sc il trouva même moyen d’éloigner affez longtemps la reddition de fes comptes.
- (2) Je parlerai en fa place, de cette efpece d’ineptie.
- Charbon de Terre. IL Part.
- D 1s
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- I3oo DU CHARBON DE TERRE
- chaiÆge en même-temps économique 8c bien conditionné , tel que celui qui avoit été approuvé, & qui ayoit eu le fuffrage légal du Lieutenant Général de Police, & du Procureur du Roi au Bureau de la Ville,
- L'Aflbcié qui avoit apporté des fonds dans l'entreprife , commençoit à écouter mes avis fur les changements faits par le fleur .... dans le procédé que j'avois fixé, & dont je prétendois que l'exaélitude afluroit à fentreprife , fuppofée bien combinée , l'avantage de la Capitale 8c de l'affaire : pour achever de lui defliller les yeux , j'avois fait travailler à différentes reprifes en fa préfence 8c celle des Ouvriers, un minot de charbon à ma façon : on y employoit pour les fabrications les moules que j'avois fait porter, qui étoient tels que deyoit être celui dépofé à l'Hotel de Ville * & ceux de l’attelier ; il en réfultoit toujours un nombre à très-peu-près égal de pelottes ; au contraire , des opérations du fieur .... faites avec les moules qui étoient à fa difpofition , comme tout ce qui étoit à l’attelier, il réfultoit dans chaque fabrication de fortes variations, qui annonçoient des défeéluolîtés de diffé-; rentes efpeces ; & le plus fouvent ces variations fe trouvoient, relativement à une marchandife qui fe débitoit au compte , porter un préjudice notable aux acheteurs : la différence de la qualité du chauffage que cet Affocié reconnut chez lui 8c vint reconnoître chez moi, n'étoit pas moins remarquable,
- Tout devenant fufpeét dans ce Directeur, que rien ne pouvoit ramener (r) / mon honneur & celui des perfonnes refpeélables que je voyois à la veille d’être compromifes , me forcèrent de prendre le parti d'inftruire M. le Lieutenant Général de Police, 8c deux perfonnes en place, qu'il étoit à propos d'en impofer à i’Afîbcié titulaire érigé en principal Commis : fes opérations arbitraires , le refus de s'en expliquer, avoient déjà commencé , mais infruélueu-fement, à exciter les réclamations] du Bailleur de fonds ; ces réclamations fe convertirent en plaintes motivées par écrit.
- Les informations régulières faites à i'attelier , fur les malverfations du
- fieur.....les interrogations èc déclarations des Employés , des Ouvriers,
- étoient fur tous les points à fa charge ; les comptes enflés à fon avantage , fes dépenfes, dont il ne pouvoit juftifier, mirent à découvert l'abus répréhen-fible d'une manutention dirigée dans toutes les parties à fon profit, 8c firent reconnoître qu'il n'avoit été fi jaloux d'être Titulaire principal du Privilège, Chef, Directeur, & le héros de l’affaire , que pour frauder fur la qualité, fur la
- (i) Parvenu à maîtrifer îes Employés & les Ouvriers, il ne gardoit aucune retenue dans fa conduite , & le minot employé dans l’atte-lier (où il avoit fixé fa demeure,) au mefurage du charbon qui fe délivroit pour être fabriqué , étoit de grandeur fauffe & inexaéte; les moules ou lunettes avoient été fans cefîe rognés, diminués à fa fantaihe ( fans doute pour les rapprocher de l’étalon qu’il avoit dépofé à la Ville).
- Bans le charbon de Finis, qui devoit être employé pur dans les pelottes pour les cheminées , il en mêîoit de moindre qualité, comme celui des lacs, qui ne devoit entrer que dans îes pelottes pour les poêles : les Ouvriers qui s’apperce-vojent des fautes & des déprédations de leur chef, croyoient & difoient tout naïvement & indiferétement qu’il étoit gagné pour ne point faire réuffir fentreprife.
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- ET DE SES MINES. II. Part: t^ox
- melure* & fur le prix 5 pour diftraire honteufement des fommes dont le maniement lui étoit confié, &c (i). Ce fut alors que la perfonne intéreffee à la confervation de les fonds , ne put s empecher de déclarer qu’il lui devenoit impoffible de remplir l’engagement annonce dans le Public , ou plutôt l’intention qu’elle avoit eu de contribuer au bien general : entre autres récom-penfes de fes peines & de fes foins, c’étoit la plus glorieufe fans doute , & celle dont un defîr aveugle lui avoit probablement fait illufion ; ç’a été auffi le plus grand regret de l’homme honnête que le fieur .... avoit eu l’adreffe de s’alîocier.
- Je ne dois pas laiiïer ignorer les efforts qu’a faits le Miniftere pour lever cette difficulté réelle qu’oppofe la cherté du Charbon de terre à la continuation de cette entreprife dans la Capitale : lorfqu elle a été abandonnée, M.le Contrôleur-général , fur l’expofé de M. Trudaine & des Fermiers généraux, n’a pas fait difficulté de propoler l’abandon des Droits du Roi. Cette.remife jointe à celle qui avoit déjà été faite aux Entrepreneurs dès le commencement de l’établiffement par les Mejîireurs 8c Porteurs 9 fe trouvoit trop médiocre pour donner à la fuite de l’affaire une facilité fuffilànte pour la maintenir ; les mêmes Officiers marquèrent encore dans ce moment dé la bonne volonté pour favorifer une nouvelle confommation qui, par la fuite, devoit faire un bénéfice de leur charge. Des circonftances relatives à ces charges, dont la confervation ne leur étoit plus affinée à cette époque, ne leur permirent point de prendre fur cela un parti.
- Au milieu de ce défordre, qui n avoit point une certaine publicité, fin* térêt que les habitants de Paris prenoient à cet établiflèment , la confiance même fe foutenoient. Dans tout le courant de l’hiver de 1770 à 1771, M. le Duc d’Aiguillon avoit fait de ce chauffage une confommation fui vie dans un cabinet ; ce Miniftre trouvoit cet ufage tellement à fon gré , qu’il fe propofoit de faire accommoder fes poêles & quelques cheminées de la maniéré qui convient à ce feu, pour en augmenter les avantages. Je détournai l’exécution de ce projet, en informant que je doutois beaucoup que l’entreprife prît corn fi fiance* M. le Procureur du Roi au Bureau de la Ville, n’a point difcontinué d’en ufèr tant qu’il y en a eu des fournitures : dans une Ctifon qui diminue partout le nombre des feux domeftiques , & qui en conféquence avoit fait fermer la vente, ( au mois de Mai 1771, ) il avoit encore été débité plu-fieurs milliers de pelottes chez le nommé Marville, qui s’étoit accommodé du reliant de l’entrepôt de la rue Betifi, où il n’avoit été porté qu’un triage auffi exaét qu’il a été poffible de le faire pour ne point mettre en vente ce qui avoit réfulté d’opérations défeétueufes. Dès la fin de Septembre fuivant, on
- (1) Ces différentes pièces ont paffé entre les mains de l’Exempt de Police M. le Grand, du
- CommifTaire Laumonier , & au Bureau de la Policej j’ai eu des copies de quelques-unes,
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- *3Q3 du charbon de terre
- fe préfenta chez lui pour en acheter, & il s’en eft vendu à 4 fols la dou^ zaine, 1 livre 4 fols 13 deniers le cent, 8c 16 livres 13 lois 4 deniers le millier. Le fuccès d’une efpece de montre publique, faite dans les Ecoles fupé-rieures de la Faculté de Médecine (1) , doit tenir ici fa place parmi les faits à rapporter en faveur de ce chauffage. Les Aétes de la Licence commencent à 6 heures du matin 8c finiffent à midi : les Doéteurs qui viennent en grand nombre dans cet intervalle de temps entendre le Bachelier & juger delà capacité,’ vont fe chauffer dans une falie particulière * le premier Appariteur avoit fubfti-tué ce jour-là au feu de bois, celui qui faifoit la matière de la Thèfe. Parmi tous les Doéleurs qui ont vu ce chauffage , il ne s’eft trouvé aucun Cenfeur qui ait élevé fa voix, 8c beaucoup de Doéteurs allèrent à la chaire du Préfident , auteur de la Thèfe , lui marquer combien ils ét oient jfàtisfaits de la dé mont tration ajoutée à la queftion agitée dans les Ecoles. A midi , le feu étoit encore dans toute fa vigueur, 8c il dura jufqu’à 6 heures du fuir.
- Les perfonnes qui en appellent au jugement des autres , & qui aiment à fe décider fur l’expérience , en ont affez pour juger que l’appréhenfion ou l’indifférence fur> cette maniéré de fe chauffage , ne peuvent provenir que du manque d’occafion de la connoître , ou de manque d’attention dans l’examen qu’on auroic pu en faire.
- Plus on conGdere à quel point on commence aujourd’hui à s’inquiéter dé la rareté & de la cherté du bois de chauffage, plus on doit regretter qu’une entreprife de l’efpece de celle dont nous venons de donner i’hiftoire, ait été ou mal menée, ou faite légèrement.
- Tout le monde aujourd’hui parle uniformément de l’efpece de difette ou l’on efl pour le bois. Les Citoyens qui font les moins en état d’en raifbn-ner , conviennent à cet égard, que le moment efl: venu de s’occuper des moyens propres à y remédier. Le remplacement du bois à brûler par le Charbon de terre , ou brut , ou apprêté, ne paraît déjà plus une fîmple précaution fur laquelle on puiffe penfer arbitrairement ou raifonner diverfement ; il efl décidé expédient, indifpenfabie, facile & certain : les habitants de Paris fe font trouvés fi heureufement difpofés , quand il en a été queftion ; ils ont marqué un fi grand empreffement à tirer parti de ce nouveau combuftible , que les préjugés les plus enracinés contre cette pratique étrangère , n’ont pu fe prévaloir des circonftances qui ont contre-quarré le début d’une entreprife qui, {ans le prix exceffif du Charbon de terre, pouvoit être utile ; le Public à fii difcerner judicieufement la chofe telle qu’elle devoit être, d’avec celle qui a réfulté de méprifes d’Entreprerieurs inattentifs, d’une geftion fautive, 8cc. 8c n’a rien réformé dans le jugement
- (1) Rapporté à la fu'te de l’extrait de cette iTlièfe , dans le Porte - feuille hebdomadaire du
- famedi 6 Avril, page 222»
- avantageux ,•
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- ET DE SES MINES. II. Part. 1303
- avantageux , qu’il avoit d’abord porté fur cet objet : l’époque de cette tentative abandonnée, feroit, dans le cas d’une reprife, fùffifànte pour former des conjectures, 8c peut-être des conféquences plaufibles contre la choie même : cet ulàge ne pourroit alors etre prefenté de nouveau, ni aux habitants de Paris , ni aux Miniftres , fans efîùyer les plus fortes contradictions. L’intérêt que les habitants de la Capitale ont pris a cet etabliiTement, ùi’eft donc pas ici le leul motif qui a impofe 1 obligation d entrer, comme on l’a fait , en éclairciffement, fur les caufes qui en ont privé le Public; elles n affoibliflênt en rien futilité particulière & l’importance politique de ce chauffage en lui-même ; le véritable empêchement nVft que pour la capitale, où les droits con-fîdérables fur le Charbon de terre aux entrées, enlèvent pour le moment à fon ufage le mérite effentiel de féconomie.
- En réfléchiffîmt un peu fur f obftacle qui a annuilé l’entreprife, il n’y â rien de déraifonnable à prévoir que le Gouvernement qui a fàifî fous fes véritables points de vue, le projet de fubftituer le Charbon de terre à un combuftible prefqu’entiéremem épuife , pourra par la fuite des temps fe trouver dans la nécefîité de favori fer efficacement, & s’occuper ferieufement à aider l’introduction de ce chauffage dans Paris ; d’après ce dont j’ai été témoin fur l’accueil accordé à ce projet, je me crois permis , & on voudra bien me le pardonner, d’envifàger toujours la méthode de préparer ce foffîle , pour rendre fon chauffage encore plus économique , comme devant tôt ou tard devenir une pratique Françoife : cette maniéré de voir les chofes dans le lointain , plutôt pour l’intérêt de ceux qui viendront après nous, n’aura pas fans doute aux yeux de tout le monde le défaut du ridicule; les patriotes ne traiteront point mon travail auffi légèrement ; d’ailleurs , la reffource que préfente le Charbon de terre apprêté pour le chauffage , refte dans fon entier pour les Provinces qui poffedent des mines de Charbon ; cette matière dont le prix modique au pied de la mine ne monte pas à plus de i y livres la voie au premier port, ne peut s’accroître à un certain degré, ni par les frais de première exportation, ni par ceux de location , de terrein, de main-d’œuvre ; tous ces objets d’un coût bien inférieur dans les endroits éloignés de Paris, comportent fi peu de dépenfe pour toute cette fabrication, qu’un Poffeffeur ou quelque Directeur de mine, ne rifqueroit rien de former un établilfement de ce genre dans l’endroit où ce foffîle s’emmagafine au port de rembarquement. Les pelottes du même volume que celles qui fe font fabriquées dans f attelier de Paris, pourroient être vendues à moins de 2 fols la douzaine, à 16 fols le 100, &à 8 livres le millier (1). La générofité, la bienfaifance ne font point bannies de nos Provinces ; il s’y trouvera quelque
- (1) Il eft feulement à propos de faire remar- parce que c’eft fur elles qu’a e'té faire Ja fup-qtier qu’il conviendroic quelles fufîent plus grof- pucation que l’on prélente, les que celles qui font prifes ici pour exemple ,
- Charbon de Terre. IL Part% Ë xy
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- Citoyen animé du défir flateur de foulager la mifere de fon canton 9 Sc qui cherchera à tirer la reffource fur laquelle mous infiftons de l'anéantiffement où elle pourroit refter longtemps. Dans une grande Ville , les Directeurs de pauvres Communautés, les Adminiftrateurs d’Hôpitaux , les Curés de Paroiffes réunis enfemble pour concourir à cette fourniture de chauffage, comme j'avois projetté d'abord de les y inviter & de les y déterminer , feroient fûrs de faire un grand bien Sc à peu de frais. Je ne fouhaite plus que d'avoir fait une impreffion capable de tranfmettre quelque part ce défir ; c'eft effentiei-lement en faveur des pauvres, que j'ai expofé dans mon Ouvrage les différents points de vue fous lefquels ce chauffage agréable , commode & économique , peut convenir à toutes fortes de perfonnes. Afin d'achever de com-pletter ce tableau, je vais le faire fuiyre d’une defcription raifonnée de la fabrication du Charbon de terre apprêté * la détailler d'une maniéré propre à la rendre pratiquable, Sc à avoir fon foccès dans toutes nos Provinces : pour cela je commencerai par quelques inftruétions fur les terres propres à l'im-paftation en général qui conftitue cet apprêt ; ces notions pourront être utiles aux perfonnes qui voudraient entreprendre cette fabrication hors de la Capitale, où les charbons ne font point chargés des mêmes droits auxquels ils font affujettis , quand ils arrivent au Port Saint-Paul ; j'indiquerai fpécia-lement pour la ville de Paris , les terres graffes qui fo trouvent dans fes environs ; je viendrai enfuite aux détails capables de fervir de guides dans un établiffement foppofé à faire dans la Province. Le plan détaillé Sc expliqué d'un attelier diftribué comme il conviendrait de faire, & éclairci par une planche des outils Sc uftenciles , rendra fenfible aux yeux toute la manipulation.
- Renfeignements fut la fabrication du Charbon de terre apprêté, pour rendre fon chauffage plus économique,
- Avant de décrire le procédé fuivi à Liège dans cette fabrication, nous avons fait obferver page 3 jq , qu'il n’y aurait rien d'étonnant que cette méthode, toute fimple qu'elle paraît, ne réufsît point d'abord, à beaucoup près, comme il fembleroit qu’on devrait s’y attendre ; l’examen réfléchi que nous avons fait de ce chauffage , la difcufîion dans laquelle nous femmes entrés pour infirmer l'avis de M. Venel, laiffent appercevoir clairement que le procédé ne confifte pas encore uniquement dans le choix du Charbon defliné à être formé en pelottes ou hochets : cette attention pour la matière combufti-ble, eft bien effentielle (ans doute ; mais elle ne doit pas être moindre pour la fubftance qui lui eft ajoutée : les terres de la nature de celles qui pourraient etre employées, fo trouvent dans beaucoup d'endroits, & on peut fo fervir de quelques-unes qui font d’une affez médiocre qualité , telles que font
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- Celles de Try, près Valenciennes 8c ailleurs , où on n’eft point délicat ni difficile ; mais fi Ton veut avoir de bonnes pelottes qui remploient le mieux poflible l’objet que Ton a en vue , toutes ces terres n’y font pas également propres. Cen’eft point allez que par leur nature, par leur qualité , elles puiflent fe lier intimement avec le même charbon 5 il faut que cette liaifon qu’on lui donne , foit plus ou moins fufceptible de s’affermir dans le feu , de s’y maintenir dans fa confiftance au point de fe durcir en cuifant. Les Entrepreneurs de letabliffement formé à Paris en 1770 , ont fait eux-mêmes défagréabiement l’expérience de l’utilité de ce choix des terres ; tout ce qui vient de précéder , démontre que le défaut de connoi (Tances générales & particulières fur les qualités des terres à appliquer à cette fabrication , influera défavantageufemenc fur la bonté ou la perfeétion de l’apprêt , ainfi que du chauffage qui en réfulte.
- Par la même raifon que nous nous fournies arrêtés à indiquer tout ce quî peut aider à diftinguer la nature des Charbons de terre , 8c ceux qui font les plus propres au chauffage , Voye^ Partie I, page 77 , & Partie II , page 1157 ; nous devons en faire autant pour les pâtes d’amalgames.
- Des Terres i'impaflation oit des Terres propres a la fabrication dit Charbon de terre apprêté, & de leur choix. Infractions fur la différence de /’Argille & de la Glaise.
- Ce que nous nous propofons ici, eft d’autant plus néce (faire, que les différences de noms appellatifs donnés aux argilies par les Manufacturiers, par les Natu-ratifies 8c les Chimiftes , ne peuvent être d’aucun fecours pour guider dans le choix, ou dans fexclufion des terres que l’on auroit à appliquer à la fabrication , ni même pour défigner aucune de ces terres d’une maniéré précife.
- La glaife & l’argille, feule 8c même fubftance à la vérité, différentes néanmoins , ne font point du tout affez diftinguées par ces deux dénominations iynonymes en Chimie 8c adoptées par l’ufage ; on en conviendra fans peine , puifqu’une argille n’eft point glaife , & qu’en même-temps une glaife eff de l’argille, ainfi cette maniéré de défigner chimiquement l’argille, confond l’argille-Glaifè avec l’argille , 8c avec une variété prodigieufe de terres de cet autre genre, qui font néanmoins différentes ; telles font le Bol rouge 8c on élu eux , nommé en Picardie Bief, l’Erbue, l’argille glaifeufe, chargée de beaucoup de fubftances étrangères & métalliques , appeliée Beflieg, Eetten ; plufieurs terres défîgnées par les Manufacturiers qui les employent lous les dénominations relatives à leurs ufages , comme les terres nommées terre à four, la terre à potier , qui eft la glaife 5 celles avec lefquelles fe font les tuiles , qui approchent davantage de la terre à potier, 8c qui
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- l$oë CHARBON DE TERRÉ
- {ont bien fùpérieures à la terre à brique ; quelques marnes, de quantité
- d'autres qui ne fe reflemblent même point à la vue.
- Dans les Manufactures de Poterie, de Fayence , où l'expérience a établi la diftinélion des matières propres à cet ouvrage, on reconnoît deux fortes d'argilles : la première nommée argille ou pâte longue» eft celle qui fe manie facilement, qui eft extrêmement ductile , & qui par conféquent eft la plus propre à faire des ouvrages en grand ; la fécondé appellée argille ou pâte courte , dont le ka-o-lin eft une efpece, fe manie moins aifémeht.
- Les Naturaliftes n'ont pas fi bien diftingué fargille & la glaife. L'argille , difènt4ls, fe trouve à la fuperficie ; la glaife eft placée plus profondément en terre. L'idée que donne cette diftinction eft bien incomplette, puifqu'elie ne porte avec elle aucun des caraéleres diftinctifs, que la fimple vue fait apper* cevoir dans fargille proprement dite , & dans la glaife ainfi nommée.
- Ayant ici à paffer en revue les dilférentes argilles ou terres grafies dont on peut tirer avantage dans la fabrication du Charbon de terre apprêté, & fur-tout à les défigner aux perfonnes qui voudroient entreprendre de faire de ces pelottes, j'établirai deux fortes d'argilles caraélérifees, diftinguées, fune par le nom & argille , l'autre par le nom de glaife.
- J'e comprends fous le nom & argilles ou argilles communes, parce qu'en effet beaucoup de terres & de fables font de ce genre, les matières terreufès placées fuperficiellement fur le globe, qui, à la confiftance terreufe , joignent plus ou moins fenfiblement les qualités vifqueufès & tenaces de la glaife proprement dite, dont elles tiennent une plus ou moins grande quantité de molécules ; c'eft à la préfence de ces molécules qui ne fe trouvent point liées entre elles, & qui n'ont point cette denfité, cette dureté propre à la glaife, que les argilles doivent cette propriété de fè réunir, de fè mouler ; de fe durcir au feu , quelquefois jufqu'à donner alors des étincelles avec le briquet ; mais quand fargille eft pure, ces parties ne peuvent point fè vitrifier au féu le plus violent connu jufqu'ici.
- On doit appeller , comme on fait, glaife, fargille enfoncée profondément en terre , mais qui au lieu de cette apparence , de cette confiftance friable de terre propre à fargille avant qu’on fait maniée , fe trouve en maffeliée , compaéte , comme fi elle avoit déjà été corroyée de maniéré à ne pouvoir dans la fouille qu'on en fait, être coupée que comme des fubftances molles & continues : ainfi fargille nommée glaife, pourroit être nommée argille en maffe , Argilla cumulata , afin de la diftinguer de fargille, dont les molécules ne font que contiguës : cette courte définition afligne mieux la différence que nous cherchons à établir , que la maniéré dont la préfènte M. Valmont de Bomare, qui dit (i), que la glaife ne fe rencontre pas feulement à la
- i ) Vittionnain cCHifloire Naturelle, au mot Glaifèt ^
- furface 3
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- ET DE SES MINES. IL Part. 1307
- fîjrface , mais encore à une très-grande profondeur ; il auroit fallu ajouter au moins que dans ce dernier cas, elle le trouve en bancs folides connus fous le nom de glaifi.
- Cet état glaifeux , ou C Ton veut argilleux , fous forme compacte , eft le produit d'une elpece d'affinage de l'argille délayée , humeélée, ramaflee eri bande épaifîe , que le plus ignorant reconnoîtra toujours pour être ce qu'on appelle glaife , & non ce qu’on appelle argille, quoique ce foit la même chofe ; dans les fouilles de glaife, on rencontre toujours beaucoup d’eaux , & le terrein qui les renferme fe trouve toujours avoilîner, ou avoir été autrefois voifin de quelque prairie, de quelque terrein marécageux, de quelque lit de ruiffeau, de quelque bras de riviere ; ce font ces eaux qui ont concouru à cette elpece de dépôt particulier en couches folides, tantôt de faujje glaife, c'eft-à-dire , qui perd plus aifément à l'air fon humidité, s'y défunit en çonféquence plus promptement, tantôt de la véritable glaife de bonne qualité (1). Le bois pourri , les détriments de racines ligneufes très-dures quî approchent de la nature des Holt^-kohlen, les petits lits même de tourbe qu'on trouve toujours en grande quantité dans la glaife ; les couches glaileufes peu épaifles, qui (è trouvent dans toutes les carrières de pierres, font des décompo-litions opérées par la préfence de l'eau vitriolifée en terre.
- En fomme tout, un Chimifte pourroit dire que Vargille eft la terre vif-queufe, réfultante de la deftruétion des végétaux fur la furface de la terre, & qui conferve encore aflez de matières végétales non détruites , pour lui devoir la propriété qu'elle a de fe modeler. La glaifi au contraire eft la même terre enfouie plus profondément ; par cette pofition en terre, elle a été par fuc-ceffion de temps expofée à des délavations continuelles, qui en même-temps quelles la dépurent, y ont tranfporté quelque acide minéral, notamment le vitriolique , qui concourt à augmenter la ténacité de cette terre par l'état prefque falin qu'il lui donne.
- Pour fuivre dans l'ordre le plus naturel, l'état que nous allons donner des differentes terres graffes, qui entrent dans notre manipulation ; nous commencerons par les argiiles, proprement dites,. placées à la fuperficie, plus que la glaife ; nous y comprendrons les fables qui tiennent de la nature de l'ar giile, ou les argiiles qui font mêlées avec beaucoup de fable ; nous pafferons en-fuite au fécond genre que nous appelions glaife.
- De VArgille commune en général , & de fis efpeces;
- LVrgille , que j'appelle ainfî, pour la diftinguer de l’argille-glaifo, eft
- (1) Comme je l’ai remarqué dans le terrein qui a été fouillé* pour la Garre , en face de l'Hôpital ; fur le bord de la Seine, & dans
- Charbon de Terre. II. Part.
- 1 Iile, fur laquelle eft aujourd hui le nouveau Pont de Neuilly. Voye\ L’Hiftoire de VAcadémit Royale des Sciences 9 Année 176p.
- F ïjf
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- ïjoS vu CHARBON DE TERRE
- une terre ordinairement placée fuperficiellement , Sc plus commune par cette raifon que Tautre, compofée de parties grainues , douces au toucher, tenant toujours une quantité plus ou moins confidérable £ humus, de glaife , de fable , de gravier , de craie * de marne , de mica, de talc, de parties ferrugineufes & autres fubftances étrangères, alkalines ou calcaires ; ces mélanges variés altèrent à l’infini la ténacité & la vifcofité des argilles, & pro-< duifent, quant à leurs diverfités , quant à leurs proportions & leurs efpeces , les variétés effentielles que préfentent non-feulement les différentes argilles, confidérées ici, mais même celles qui font enfouies profondément ; ce qui les fait diflinguer par plufîeurs Auteurs en quantité d’efpeces : Vallerius en compte dix ; Lifter, en Angleterre , en porte le nombre jufqu’à vingt-deux»’
- Plus l’argiile eft exempte d’alliage, plus elle approche dei*argilie-glaife, Sc plus elle eft pure» de maniéré qu’il feroit poffible de diftinguer Tune de l’autre,* en appellant la glaife, argille de première qualité ; Sc l’argiile commune, argille de fécondé qualité , fans que néanmoins cette dénomination £ argille pure puiflè être prife dans un fens ftriét, puifqu’il n’y en a point qui foit abfolument de cette efpece , & qu’elle ne l’eft jamais que par comparaifon : en parlant de la fécondé efpece d’argille ou argille-glaife, qui par l’homogénéité que l’on y remarque, fe rapproche davantage de cet état de pureté , nous indiquerons les différents fignes auxquels on peut le reconnoître : nous n’avons ici qu’à indiquer les propriétés générales de l’argiile.
- Cette terre fe diftingue aifément à l’impreffion onélueufe qu’elle laifîè fui la langue. Cette vifeofité eft tellement particulière à l’argiile , que l’eau dans laquelle on en met détremper, paroît giutineufe. Les parties qui la compofent ne s’y réfoivent pas avec facilité ; mais quand elles y font une fois réfoutes,1 elles s’en précipitent difficilement. Les argilles enfin ne fe diflolvent point par les acides.
- On doit ranger dans une clalîe féparée, une efpece de terre, qui fe trouve prefque par-tout, dans les campagnes, fur-tout dans quelques Provinces & aux environs des terrains marécageux ou humides : les gens de pied qui paffent dans ces endroits , connoiffent bien vite ces terres à l’incommodité qu’elles ont de fe pelotonner fous leurs pieds , de s’attacher aux fouliers en grand volume ; les voitures qui charroyent en temps de pluie dans les terreins de ce genre, en remportent toujours fur toutes les parties des roues un enduit maftiqué par couches qui fait croûte très-dure Sc très-épaifîè.
- Quelques - unes de ces terres font allez duéliles à la main pour pouvoir fe manier en apparence , Sc fufceptibles, à force d’être corroyées, de fe tourner ^ ce qui les rapproche fort d’une véritable argille, même d’une glaife ; cette fubftance n’eft cependant qu’un humus léger, très-peu fertile, plutôt vafeux Sc limoneux que gras Sc argilleux, Sc qui ne peut abfolument être nommé ni argilUy ni glaife. J’ai examiné plufieurs de ces terres : lavées Sc paffées au tamis.
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- Et DE SES MINES. II. Part. no9
- elles en fortent affez facilement, prefque tout entières , ne laiftant qu’un dépôt de fragments de coquilles, de petites pierres, &c; auffi une bonne moitié eft foluble dans les acides.
- Les attende ments ramaffés dans le voifînage ou fur le bord des rivières,1 font de la même efpece, mais d’une qualité moins inférieure ; il fe trouve de ces alluvium (i) qui fe font durcis à la longue , & forment des couches qui vont jufques à 15 pieds d’épailfeur : il s’en eft trouvé dans.la fouille faite pour la Garre ( commencée au-deflus de la Salpêtrière, ) & qui portoit fur un lit d’argille maigre d’une épaiffeur de deux ou quatre pieds.
- Dans l’enceinte de l’attelier établi à la Râpée , fur le bord de la Seine , par les Entrepreneurs du chauffage économique , préparé avec le Charbon de terre, il s’étoit trouvé une terre de cette efpece : le Particulier auteur du projet de privilège , qu’il gouvernoit & expioitoit prefque feul , n’ayant de l’apprêt en queftion que l’idée d’une impaftation , que cette connoiftance grof-fiere décrite par M, Carrey , avoit regardé cette terre S alluvium, placée à la portée de fa befogne , comme propre par fa duélilité à remplir l’objet ; de fon chef, il la préféra à l’argille que j’avois adoptée.
- U paflà un temps confîdérable à faire fabriquer fous fes yeux une grande fourniture de pelottes , dont le chauffage ne repréfentoit en aucune façon celui dont les Commilfaires de l’Académie & de la Faculté de Médecine avoienc approuvé la qualité. Dans les endroits où on n’auroit pas de bonne argille * on pourroit à la rigueur tirer parti de ces limons ; mais leurs inconvénients font aifés à juger, & ils ne font pas indifférents : i°, la difficulté que ces terres ont à être bien corroyées , eft un défaut pour la manipulation ; 20, en fo delféchant au feu, elles fe féparent aifément, mettent en prife à l’aéHon du feu tout le menu charbon ; c’eft précifément le contraire de ce que l’on cherche ; dès-lors l’ufage de cette terre ne remplit point l’objet qu’on fe pro-* pofe dans l’impaftation : 30, pour peu que ces terres foient vafeufes ou limo-neufes, elles peuvent dans le feu exhaler une odeur fœtide : dans le début d’une entreprife telle que celle dont il s’agiffoit, il étoit important de vifèr à une fabrication la plus parfaite pofïible , & l’emploi de cette terre , qui avoit l’avantage de ne rien coûter, devenoit une économie vicieufo à tous
- Les terres qui appartiennent vraiment à la claffe des argilles Communes, & qui peuvent entrer dans la fabrication du Charbon de terre apprêté, font celles employées par plufîeurs Manufaéturiers en terres, fous le nom de terres fortes : nous allons les paffer en revue.
- (1) Sable ou limon apporté par degrés par les eaux., à la rive d’un fleuve ou d’une riviere,
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- VU CHARBON DE TERRE
- ^3x0
- Argilles communes ou Ârgilles-Terres , nommées par les Ouvriers ;
- „ Terres fortes.
- • >
- Première espece. !Argilles dites Terres a Briques.
- Au défaut de terre propre à faire de bonnes briques qui n’eft pas com-« mune en France , les Manufacturiers dont lès opérations s’exécutent fur les terres communes , comme les Tuiliers, les Briquetiers fur-tout , & meme ceux qui fabriquent des creufets, employent indifféremment , telles qu’elles fe trouvent , pour peu qu’elles foient ductiles, différentes terres franches qu’ils nomment Terres fortes , 8c ils les appellent improprement TerresÀ à briques.
- Ce manque de choix eft peut-être suffi ( comme nous l’avons fait remar-î quer, ) en partie caufè des imperfections & des défauts de nos briques ; il faudroit pour ces Ouvrages une terre d’une qualité moyenne entre les argilles communes qui font trop maigres, & l’argille-glaife ; dans ce pays, on emploie communément les différentes terres tenant argille , ou les fables de cette nature dont nous allons parler , en les mêlant avec la glaife appel!éz belle > 8à que les Ouvriers appellent par cette raifon ? mais mal-à-propos , Terre à brique y Terre a tuile , Terre à Potiers : la defeription de l’Art du Tuilier 8c du Briquetier , renferme tout ce qu’on peut defirer fur les efpeces de terres j appliquées en différents endroits à ces ufàges. Un Ecrivain (i) définit celle qui y conviendroit une cinquième qualité de glaife, qui différé de la glaife , en ce que l’eau filtre aifément au travers, & quelle n’eft point mêlée de pierres ; celle dont on fe fert dans plusieurs pays , & avec laquelle on fait de très-bonnes briques fort dures & fort compactes, eft une argille bleue, groffiere , rude au toucher , & qui fè précipite aifément au fond de l’eau (2); Il s’en trouve près de Perpignan en Rouffillon une très-bonne ; je n’en con-nois point la qualité.
- Argilles communes dites Terres a Four, Terres des Poeliers.
- . - ;
- L’Argille ou l’efpece de terre argilleufe, nommée Terre à four, parce qu’on s’en fèrt pour la bâtifle des fours, celle dont fè fervent les Poeliers 8c qui en porte le nom, font de la claftè de celles qui font connues fous la qualification générale de Terres franches , mais qui font mêlées à une afîez grande quantité de terre argilleufe , maigrie par une certaine proportion de
- . (O Dont ]e ne puis me rappeller ni le nom, ni l’ouvrage.
- (2) drgiUaplajlica particulis erajjîonbus^AttER.
- Argilla rudis martialis multo fabulo mixta , dut li-mus. Wolstjerd, Argilla rudis arenofa martialis. Cartreus,
- fable ,
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- ET DE SES MINES. IL Part. r3rc fable, ce qui fait qu’elles font moins fufoeptibles de s’étendre & de fe gonfler dans l’eau , que les argilles : en raifon des proportions de fable, elles font plus ou moins légères, Sc font diftinguées par les noms de Terres fortes ou de Sables i les différentes couleurs qui fe remarquent dans les unes Sc dans les autres , font dues à des terres ferrugineufos, & n influent en rien dans les ufàges auxquels on les applique.
- Celle qui eft réputée la meilleure pour ces ouvrages & pour ceux des Potiers, eft nommée Terre forte , afin de la diftinguer des autres de ce genre, qui fe rapprochent moins des terres argiileufes ; elle eft douce au toucher ; dans l’état de ficcité , elle eft communément . friable fous les doigts ; légère Sc d’un jaune clair : dans l’eau elle s’étend & fe gonfle > au feu elle fe defféche en fe gerçant.
- Argilles communes.
- Seconde espece. Argilles - Terres ou Argilles - Sables. .
- Dans cette clafle, il faut ranger des terres qui approchent plus de l’état fableux que de l’état argilleux , & qui femblent avoir perdu leur vifoofité par quelque caufe antérieure : fraîches ou feches, elles ne font point douces au toucher, comme celles appellées Terres fortes ; leur compofition ordinaire eft formée de fables ou de particules quartzeufes égales , communément mêlés dans une proportion convenable avec une argilie feche diverfoment colorée, qui donne du corps à ce fable, Sc le rend propre en général à faire des moules pour les Fondeurs.
- Ces différents fables affez communs dans plufieurs environs de Paris , ne font point effervefcence avec les acides : au feu ordinaire , ils pétillent , blanchiflent, fe durciffent fans fe gercer ; pouffes à un degré plus violent, ils fe vitrifient. 1
- Il s’en trouve de focs , de friables , comme farineux & moins mélangés de parties argiileufes ou autres, ce qui fait qu’ils font blanchâtres / & ne peur vent point prendre la confiftance néceffaire pour qu’on puiffe y former le creux de cë qu’on veut y mouler (2) ; mais il y en a de gras au toucher, Sc qui n’entrent pas en fufion fans addition. Le coteau de Marly-le-Roi eft riche en terre franche de ce genre, un peu fableufe Sc affez grafle.
- Les efpeces de ce fable diftinguées par les Naturaliftes, font au nombre de deux, favoir ; le Sablon terreux ou Argilleux grossier (3) ; le Sablo^ Argilleux fin (4).
- [1) darea Terrea, aut Argillofa: Glarea fuforia, | (3) Glarea Argillofa craJJîor. Waller,
- (2) Sable ftérile des Fondeurs. ] (4) Glana Argillofa tenuior. Waller.
- Charbon de terre. II. Part. G 15
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- t^ï2 DU CHARBON DE TERRE
- Celui qui eft préférable à tous , eft celui qu’on nomme fable jaune des Pondeurs , connu fous le nom de Terre forte (i) , également jaunâtre ou pâle , & en maflès pelotonnées femblables à de la terre, c’eft-à-dire , friables Sc arides ; les parties en font groflieres, très-faciles à diflinguer , mais d’un grain égal , ce qui les rend un peu plus doux au toucher : la terre quon remarque autour de ces grains fableux, les rend propres àfe lier, & comme on dit, à fe taper ; la terre a quelque fouplefle & eft capable de compreflion ; d’où elle a de la difpofïtion à s’accrocher & à former ainfî un corps. L’ef» pece fupérieure Sc la plus èftimée parmi tous ces fables argilleux des environs de Paris, eft celui de Fontenay-aux-Rofes, dont nous parlerons en particulier.
- Les argilles de la première efpece pourroient entrer dans Tapprêt de la Houille pour le chauffage ; mais elles font allez rares dans les enyirons de Paris ; dans les endroits ou il s’en trouveroit qui fulfent un peu trop fortes , Sc qui fo rapprochaflènt de la glaifo, on pourroit les maigrir en y ajoutant des terres de la fécondé qualité. Ces dernieres qui pourroient convenir à l’apprêt de Houilles foibles ou moyennes, n’étant pas foffifàntes pour d’autres, elles ont l’avantage de pouvoir être employées utilement avec quelques bonnes terres franches, ou avec la glaife qu’il eft néceffaire de maigrir pour la rendre propre à cette fabrication , ou avec quelques 'marnes, dont la nature fo rap-> proche de celle des argilles (2).
- Argille-Glaise , connue généralement fous le nom de Glaifo , & quelquefois
- nommée Terre a Potiers.
- La glaifo eft proprement l’argille ; mais c’eft, comme nous l’avons dit, la portion la plus affinée de grains & de molécules bolaires diffolubles, qui conftitueht l’argille-terre dont eft formée la première enveloppe du globe , où elles fo régénèrent fins celle par la décompolîtion des matières végétales Sc animales : ces parties argilleufesles plus tenues, quand elles fe font trouvées au-deflus de couches telles que celles qui fe reconnoiffent dans le maffif du . terrèin des glaifieres, ces parties ont éprouvé au travers de ces couches un$ forte de filtration, fo font dépofées dans une plus grande profondeur que l’argille-terre , fe font réunies en une maffe homogène d’une épaifleur confi-dérable. Cette idée for l’Hiftoire Naturelle & fur la formation de la glaife , différente de l’explication par les anciens attériffements de rivières, Sc qui tient à l’hiftoire & à la théorie de la terre, fi magnifiquement développée par M. de Buffon ( 3 ) , prend un nouveau degré de probabilité , lorfqu’on porte
- ( 1 ) Glarea , Terra fortis di£la. Arena lutea fuforia,
- ( 2 ) Il fera bon fur ces différentes argilles ou marnes dont il va être parlé, de fe rappeller Tétât que nobs en avons donné dans le tableau général des Mines de Charbon d’Angleterre,
- Part. I, page $2, & dans la IIe. Scêt. de la IP. Part. page 376.
- (3) Hiftoire générale & particulière du Cabinet du Eoi, Tome I, Article VII, fur la produo tion des couches du fol de la terre.
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- JET DË SËS MINES. Il Part. 231$
- attention aux couches qui fe rencontrent dans les fouilles où il fe trouve de la glaife. Les différents bancs places au-deffus des lits de glaife , font la plupart de coquillages , de cailloutages , de fables , de tuf , de pierres tendres & légères, de Jlratum , feuilletés, Sc autres matières propres à fer-vir de filtres aux eaux qui étoient parvenues jufqu’à elles ; j*en ai fait pour la première fois la remarque , en fuiyant la fouille exécutée en 1751, 17^2 & 1753, dans une des avenues plantées derrière la cour du dôme de fHô-tel Royal des Invalides , pour établir le grand puits de l’Ecole Royale Militaire ; le terrein dans lequel il eft affis , n’eft prefque qu’un maftif de lits glaifeux différents par la pureté , la couleur, la confiftance , & qui ne font interrompus dans une profondeur de près de 120 pieds, que par quatre bancs de rocs, dont un feul, à peu-près vers le milieu de la fouille , eft dur Sc entier (1). Le banc de glaife de 102 pieds d’épailfeur, rencontré à 130 pieds de profondeur, en creufant un puits à Amfterdam, n’eft précédé que-de lits de fable, matière parfaitement analogue à iargille, & du même genre, félon la remarque de M. de Buffon , & que l’on reconnoît très-favorable à ce fuintement de matières limoneufes détrempées. La defeription d’une giai-Êere publiée par M. Guettard (2) ; celle de la glaifiere du petit Gentilly, par M. Sage , & que nous donnerons ici, viennent abfolument à l’appui de cette efpece de tranfcolation de l’argille fuperficielle , pour former les argilles-
- Dans cette profondeur où eft placée Uargille-glaife , plus généralement connue du vulgaire que Yargille - terre , là confiftance eft naturellement molle , au point de pouvoir recevoir différentes formes qu’elle conferve étant féchée & durcie , Sc d’être la feule qu’on puiffe tourner à la roue : fa texture eft fine , ferrée, point grenue ; elle fe corroyé difficilement dans l’eau, & conferve très-longtemps l’humidité qu’elle contraéte.
- Sa couleur eft d’un gris varié, depuis le plus foncé jufqu’au clair; il s’en trouve aufli de couleurs plus relevées ; dans les ocrieres, il y en a de violettes, de bleuâtres , dê gris-de-lin ; on diftingue encore celle des Sculpteurs, que les Ouvriers employent par préférence. Il y en a de couleur verte : au petit Gentilly, près Paris, on tire de la glaife blanche ; à Vitry, fîtué fur la pente de la montagne de Villejuif, on en tiroit de la bleue dont fe fervoient les Potiers. M. Darcet (3) a remarqué que celle-là fondoit au feu , Sc que fa feori-fication étoit ferrugineufe : enfin il s’en trouve de rouge qui ne fert que pour les Diftillateurs d’eaux - fortes.
- (1) On peut voir le détail que M. Guettard a donné de ces différentes couches, dans le volume des Mémoires de l’Académie des Sciences , pour l’année 175*3. Mémoire fur les Poudingues.
- (2) Defeription Minéralogique des environs de Paris, Mémoire de VAcadémie des Sciences, 17$6, page 227.
- (3) Mémoire fur l’adion d’un feu égal, violent & continué pendant pîufieurs jours fur un grand nombre de terres, de pierres . & chaux métalli ^es^ffayées pour la plupart telles qu’elles fortent du fein de la terre , lu à l’Académie Royale des Sciences, les 26 6c 28 Mai 1776*
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- *314 DU CHARBON nË TERRE
- M. Darcet obferve, quant aux couleurs des glaifes, que celles qui font blanches, ont en général moins de liant que les glaifes bleues.
- La pureté de l’argille fè reconnoît de deux maniérés ; l’effervefcence fen-ïible qu’elle fait avec les acides, indique la préfence des fubftances alkalines ou calcaires.
- ' Dans le feu , largille pure fe diftingue en ce quelle fe reflreint, diminue beaucoup plus de volume, & y acquiert plus de dureté que celle qui eft moins pure ; car plus les argilles font pures, plus elles fe calcinent, 8c acquièrent de la dureté, au point de s’y confolider , de prendre corps, jufqu’à y acquérir la confiftance de pierre dont on peut tirer des étincelles avec le briquet.
- M. Darcet a reconnu que l’argille blanche a éminemment la propriété de réfîfter au feu , qu’elle eft d’autant plus pure, qu’elle eft plus blanche : lorjf-, quelle eft dans cet état, & que le lavage l’a bien féparée des pierres & du fable qui l’accompagnent, cette argille lui a toujours paru abfolumant infu-Cble ; au feu, elle prend affez de corps pour faire feu avec le briquet, mais cela a fon terme. *
- Cette ténacité qui rend l’argille plus ou moins propre à être maniée par l’Ouvrier, ou à réfîfter à l’aélion du feu avant de le mettre en'fufîon* & qui lui eft communiquée-par un bol dilîbluble qu’on lui enleve avec l’acide vitriolique , varie à proportion* que l’argille eft plus ou moins mélangée de terres métalliques fableufes ou calcaires, pourvu toutefois que ce mélange n’aille pas jufqu’à lui ôter là confiflance ferrée ; car alors elle eft argille - terre ou marne.
- i ’ *
- Glaife calcaire ou Marne.
- Cette efpece, très-différente de l’argille-terre & de l’argille-glaifè, 8c qui s’en rapproche affez, eft molle & forte quand on la tire de terre, mais fè réduit aifément en pouffiere quand elle eft expofée à l’air ; au goût, elle eft feche, infipide & tient à la langue.
- Les marnes font toutes ou la plupart argilleufès , c’eft-à-dire , qu’elles ont la glaife pour principale terre ; mais elles different beaucoup des argilles-terres , en ce qu’au lieu de fable, elles ont la craie fous fes différents états , pour conftituer leur état argilleux. Il eft donc important de ne point confondre les argilles avec les marnes ou glaifes calcaires, comme cela eft très-ordinaire parmi les Agriculteurs (i). Par l’état des différents fols reconnus dans une fouille faite à ioo pieds de profondeur , £our un puits à Marly-la-
- (0 On peut en général diftinguer trois fortes de marnes, la marne argilleufe ou marne à Foulons, différente de YargïlU à Foulons, la marne ardoi-
- Jiere, c’eft-à-diro, vraifernblablement qui fe débite par feuillets a & la marne coquilliere. Yoy-p- q-88.
- Ville,
- i *
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- ET DE SES MINES. IL Pa&ï, *31;
- tVille , ou il s’eft trouvé beaucoup de couches dé marne ; il pârok que la compofition du terrein , qui fort de matrice à la glàifo-calcaire , eft très-différente de celle des terreins qui renferment l’argille-giaifo (1).
- Les caraéteres diftinétifs des marnes, font entre autres plus de finefle dans leur tiffu, la propriété qu’elles ont principalement de fe diffoudre en entier dans les acides 8c dans refprit-de-vin , de ne pas fo lier dans l’eau, 8c au contraire de s’y défunir promptement, enfin de fertilifer les terres en fo réfolyant à l’air.
- i
- Terres a Pipes, Terres a Fayence communes*
- Les terres à pipes font mifes par l’Auteur du Diélionnaire d’Hiftoîré Naturelle, au nombre des marnes ; celles que M. Rigaüd , Phyficien de la Marine, a foumifes à fos obforvations, appartiennent à la claffe des argilles (2).' La première des couches qui forment le banc donnant la terre à pipes pourroit être employée à l’apprêt du Charbon de terre ; quelques mines de charbon, Voye£ Partie I, page 46, en renferment ; elle eft affez commune autour de Boulogne, 8c fur les bords de la Seine au-defïus de Rouen.
- La terre à fayence qui fo fouille près de Nevers fur une hauteur , efl: une efpece de marne placée for un lit de fable épais de 3 à 4 pieds , affez fo-lide quand on la tire de terre, 8c perdant jfà confiflance à l’air. Voy. pag<
- Qualités générales requifes dans les Argilles , pour être appliquées , à la fabrication de la Houille apprêtée.
- De toutes les argilles-glaifes, celles qui en fe defîechant au feu, fo gerfent j fo retirent, c’eft-à-dire , qui après qu’elles ont été calcinées , occupent moins de volume qu’avant la calcination * ne conviennent point tant à l’apprêt des Houilles, que les argilles dures à cuire, qui fe fondent & même qui fo vitrifient au feu.
- Le fable qui entre pour beaucoup dans la compofition de l’argille * influe for la qualité de cette terre 8c fur fon effet pour le mélange avec la Houille ; fi ce fable efl par gros grains, s’il efl le réfultat de débris de filex, s’il efl accompagné de pierres calcaires, comme il s’y en rencontre en grande quantité , l’argille qui en contiendra, étant expoféedans le feu , éciatte, 8c n’eft point propre à entrer dans la préparation du Charbon de terre ; ce fable eft-ii fin & de bonne qualité ? efl-il difpofé à prendre de la tranfparence dans le feu, à fe changer plus ou moins aifément en verre ? n’eft-il pas en trop grande abondance l l’argille de bonne qualité en proportion de ces variétés , n’eft point défayantageufo
- ae
- ( 1 ) Voyez cet état publié dans T Article VII FHiftoire du Cabinet du Roi.
- (2) Defcription de VÀrt de faire les Pipes à fumer du Tabac, par M. Duhamel ; 1771,
- H ij*
- Charbon de Terre. IL Part•
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- D V
- CHARBON DE
- TERRE
- dans l'apprêt dont il s’agit. Celles qui ont une difpofition plus ou moins grande à la fufion , telle qu’elles fe fondroient prefque feules, qui feroient vitrifiées par l’ardeur du feu du Charbon de terre , y conviennent plus que les argilles tenantes toute autre efpece de fable ou de terre étrangère qui les rendent réfraétaires & infufibles. Dans les eflâis nombreux que j’ai faits avec toutes fortes de Charbons de terre mêlés dans des proportions étudiées à différentes fortes d’argilles, j’ai eu occafion de remarquer quelquefois une particularité affez intérelfante touchant l’effet des bonnes argilles dans le feu avec le Charbon de terre : des pelottes ou hochets de charbon chaud amalgamé avec de la bonne elpece d’argille vitrifiable , maniés dans le fort de l’embrafoment avec la pincette , ou fondés avec le fourgonnier , fe trouvoient amolis dans leur totalité , au point qu’il s’attachoit à ces uftenciles des portions de matière liquéfiée que je ramenois en filandres (i) : un Charbon de terre , gras à un degré éminent, abondant en bitume, ne m’a jamais paru produire feul un effet auffi marqué. Qu’il me foit permis de hafarder ici les idées que m’a préfentées cette obfervation. Une des propriétés de l’argille eft de fe charger volontiers des matières gralfes ; elle a auffi une affinité bien certaine avec la Houille ; on a vu quelle eft toujours une des parties conftituantes de ce foffile ; l’aélivité du feu d’un charbon chaud, l’huile ou le bitume auquel ce foffile doit une partie de la propriété inflammable , ne feroient-ils pas capables d’opérer une forte de vitrification d’une bonne argille qui y feroit alliée ? Le Laitier, réfultant de la Houille brûlée toute feule, n’en offre-t-il pas des veftiges \ Les glaifes ne font-elles pas déjà elles-mêmes regardées pas un lavant Phyficien Naturalifte, comme les fcories ou les parties décom-pofées d’une matière qui originairement a été vitrifiée ?
- En tâchant par les notions générales que nous venons de donner fur les différentes terres graifos , d’aider à connoître par l’inlpedUon , par la com-* paraifon , les argilles-terres, les argilles- fables, les argilles-glaifos calcaires , nous ne prétendons point que cela foit encore fuffilànt pour guider complette-ment dans le choix à faire des unes ou des autres, pour l’apprêt du Chàrborï de terre dans les proportions variées de leurs mélanges, ou foules ou enfom-ble, félon la nature du charbon; l’épreuve à l’eau-forte , moyen très-fûr & très-prompt (2) , ne feroit pas même décifîf; lorlqu’îl s'agirait d’une fourniture de chauffage pour un hiver , on juge qu’il foroit très-défagréable de m pas l’avoir bien conditionnée : il n’y a rien de mieux‘pour s’affurer de la bonne
- (1) M’étant chauffé pendant deux hivers consécutifs , avec des pelottes ou hochets , de quantité de différents Charbons de terre, & apprêtés différemment, il ne m’a pas été pofflble de reconnoître bien précisément quels étoient ceux qui font le fujet de cette obfervation ; mais je crois pouvoir être certain que cétoit de très-bon charbon de Fims, avec du fable de Fontenay feul.
- {2) Qui ^fait connoître , ^lorfque les efprfts acides diflblvent ces matières fur le champ avec chaleur & effervefcence, qu’elles font calcina-bles ; & que celles au contraire qui réfiftent à cesf efprits, & fur lefquelles ils ne font aucune im-preffion, font vitrifiables. Voy% pag. > note 3 note 4. _
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- ET DE SES MINES, IL Pau*. 1317
- qualité de ces argilles & de leur mélange bien entendu , que de faire daà eflais en petit fur des demi-minots de Charbon de terre»
- Comme cette fabrication pourroit être exécutée en petit où en grand Ïi0r$ de Paris , où le prix du Charbon de terre ne feroit pas encore augmenté exor-bitamment par les droits , j’indiquerai ici , pour rendre plus certain le fuccès des premières opérations que Ton vôudroit tenter, les différents endroits de nos environs, ou fe trouvent les argilles-glaifes propres à entrer dans cet apprêt ; les endroits où fe trouvent les argilles-^terres 8c les argilles-fables, propres à être mêlées avec l’argille-glaife, 8c dont quelques-unes peuvent à la rigueur être employées feules à Yimpafladon de la Houille; attendu auffi l'avantage qu il y auroit pour une entreprife de ce genre , d’établir l’attelier dans le voifinage de quelqu’une de ces terres , & même de prendre le terrein à bail ou en toute propriété, nous dirons un mot de ce qui a rapport à la fouille de ces différentes argilles*
- Endroits où il fe trouve des Argilles-' Terres & des Argilles - Glaifes, dans P étendue de la Banlieue de Paris , & une lieue plus loin ; avec des remarques fur les differentes Terres de ces endroits.
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- i ,
- Pour commencer par les argillesnerres 8c les argillesffables 3 nommées par les Ouvriers terresffortes ; elles fe trouvent abondamment dans deux parties de la Banlieue de Paris (i). Celle où elle paroît répandue en plus d’endroits, forme une efpece de demi-baffin environné de la riviere de Seine * a prendre cette riviere en remontant à ïvry 8c à Vitry, & fuivant enfuite fon cours jufqu’à Ifly , de maniéré que la plaine de Montrouge pourroit être regardée comme le centre : l’autre partie, directement oppofée à la plaine d’Ivry, eft le quartier de Vincennes.
- Quartier de Vincennes.
- Le quartier qui avoiline Picpus j entre Saint-Mandé 8c Vincennes , m fournit que des argilles-fables, nommées par les Manufacturiers terres ffran-ches 8c terres à four, Dans deux endroits fort près lun de l’autre, on en trouve de très-différentes en qualité.
- Le premier endroit efl: au fortir de la rue de Picpus, dans le chemin qui fait fourche, pour aller d’une part à Charenton, & de l’autre à Saint-Mandé ; celle-là, de couleur grife, paroît affez graflè j mais elle efl feche 8c fort fableufè.
- (i) Il fera à propos de fe rappeîler que ces différentes terres, different, non en raifon de ce qu’elles font plus ou moins fableufes, comme on pourroit les défigner ( car elles le font tou-
- tes ), mais en raifon de ce qu’elles tiennent plus ou moiqs de parties argilleufes ou glai-j feules.
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- ï3i3 D u charbon de terre.
- L'autre eft à peu de diftance , derrière ce monticule , dans les vignes qui bordent le chemin, allant joindre celui par lequel finit la rue de Picpus 9 tout à l'extrémité de la rue de Reuilly, débouchant dans la vallée appellée grande vallée de Fécamp : cette terre eft très-graftê & la meilleure de toutes celles de ce canton que je connoifle ; elle laifle voir un mélange naturel con-fidérable de glaife toute faite ; elle eft femée de beaucoup de marrons glai-feux, dont il y en a de gros prefque comme le poing , & remarquables par une fingularité ; la mafle en le féchant en dedans > le trouve compofée de pièces qui fe font défunies , & qui en laiflànt un vuide au milieu , fonnent lor£ qu'on agite ces marrons, efpeces de géodes glaifeux.
- Grand Bajjîn.
- L e terrein que je défigne par ce nom, eft différent de l’autre , étant borné dans la moitié de Ion étendue par la rivière de Seine ; on y trouve non-feulement de l'argille-fable, mais encore de l'argille-glaife.
- Tout le quartier de la campagne, avoifinant les fauxbourgs de Paris, ou l'on a formé les nouvelles promenades derrière les Chartreux, 8c tout le fauxbourg Saint-Jacques jufqu'au Clos-Payen , n’eft prefque à droite & à gauche , fur-tout à droite , que de la première elpece de fable dont nous allons parler d'abord.
- ^Au petit Montrouge , à l'endroit ou la route du Maine vient le rendre dans la grande route d'Orléans : c’eft de là que le fournit la Fabrique dé -carreaux établie à Vaugirard.
- A Fontenay - aux - Rojes. C'eft un fable de couleur tirant fur le jaune ; fort doux 8c un peu gras, un peu coulant (i), très-fin, très-liant, compofë de grains d'une égale grofleur, mêlé d’argille jaunâtre & ferrugineulè , qui a la propriété de fécher facilement. Les Maîtres Fondeurs de Paris le prétendent li fupérieur à tous les autres pour leurs ouvrages , qu'il s'en envoie en pays étranger ; ils le corroyent pour s'en fervir : la voie de ce fable coûte 5 livres.
- Outre la propriété d'être liant qu'a le fable de Fontenay , il a encore celle d'être très-fin, & en général celle d'être d'une égale groffeur de les grains ; ce qui n'occafionne point de fêlures ni d'inégalités fur les pièces que Ton jette dans les moules faits avec ce fable , d'où il procure des fontes parfaites (2).
- Monjivry , entre Villejuif & Bicêtre , petit canton , fur le haut de la montagne où paffe le grand chemin de Paris à EfTonne, immédiatement avant
- détachent facilement du fable dont le moule eft compofé : ce fable prend une couletit noire , qu’ils nomment fable noir , mais qui, comme on voit, n’eft pas une différence naturelle.
- d'arriver
- (1) Ou mouvant, dont les parties font les plus déliées, Glarea mobilis.
- (a) Par la pouiïiere de charbon dont les Fondeurs faupoudrent leurs modèles, afin qu’ils fe
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- ET DE SES MINES. IL Part. *315* d'arriver à Villejuif, à main gauche , tout à la tête du village ; c’eft un fible peu gras , très - délié ; les Potiers de terre en envoyent prendre ; ils l'eftiment plus que tous les autres (1).
- Difpojîtions de ces Sables gras , en terre ; Maniéré de les fouiller.
- Ces argilles - fables, ou fables gras, & ces terres argilleufes , forment dans le terrein où elles fe rencontrent, des lits d'une épaifleur confidérable , comme les Sablonnieres ; on obferve feulement que cette épaifleur pour les argilles moins fableufes , va au-delà de quinze pieds, & que pour celles qui le font davantage, elle n'eft guere que de cinq pieds environ.
- Cette épaifleur n'eft point ce qui réglé dans l'extraâion des terres ; la fouille fe fait comme pour les Sablonnieres , excepté qu'elle n’a point autant d'étendue en circonférence : ce qui s’en enleve d'abord, fraye un chemin à la voiture ; la fouille qui fe fait enfuite, ne le continue que dans une profondeur fuffilànte pour que l'Ouvrier puifle jetter hors du trou , qui alors le trouve toujours plus bas que l'ouverture de la tranchée où peut arriver le tombereau ; cela forme en tout , félon l'expreflion des Ouvriers , ry pieds de découverte pour les terres qui font moins fàbleufes, 8c 5 pieds pour celles qui le font davantage.
- Lorfque l'Ouvrier efl parvenu au point, qu'il lui efl: impofiible de jetter fes • pellerées de terre hors du trou , il ne creufe pas plus avant, il démolît la couche extérieure du terrein, qui formoit les bords du folle dans lequel il travailloit ; avec cette terre qu'il démolit, il remplit le même trou qu'il va abandonner.
- Des Glaiferes en général, & des Subjlances fojfles qui font particulières
- a t Argille - Glaife.
- L'idée que nous avons donnée de la compofition des terrains qui renferment de la glaife , n'écoit qu'un éclairciflement de la différence que nous avons établie entre cette argille & l'argille - terre éparfe dans les couches fupérieures ; outre ces différents lits , qui n’ont fixé notre attention que relativement à la formation de l’argille-glaife , il fe trouve des fubftances inflammables qui femblent particulières à quelques couches glaifeufes, & qui fe rencontrent plus ou moins ordinairement dans les fouilles de glailîeres > ce font des matières pyriteufes & des terres tourbes , remarquables en particulier par l'analogie quelles annoncent entre les argilles - glaifes, le hoh
- (5) Les Poëîiers fe fourniffent de leurs terres à la vallée TifTar, dont j’ignore la Ctuation.
- Charbon de Terre. IL Part; I 15
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- 1320 DU CHARBON DE TERRE
- kohleti ou charbons die bois tourbe , la tourbe 8c le Charbon de terre ; les notes que pourroient mériter ces différentes fubftances, lorfque nous viendrons a les nommer dans Tétât des lits de glaifo , pouvant interrompre cette description , nous avons jugé devoir en faire ici un article à part,
- La principale fubftance qui fe rencontre le plus ordinairement dans ces fouilles, eft la pyrite; elle s'y trouveroit encore en plus grande quantité , fans les eaux qui la détruifent dans les couches quelles traverfent.
- Les pyrites des glaifieres font communément martiales & rarement cui-^ vreufès ; on les y rencontre fous différentes formes.
- Les pyrites configurées irrégulièrement , font appellées par les Ouvriers employés aux travaux, fer à mine ; celles - là ne font point martiales ; les Potiers les appellent clous.
- Quand elles font configurées en gâteaux ou plaques de peu depaifîeur* ils les nomment plaquettes.
- Une fubftance remarquable dans les différents lits terreux qui précédent la couche glaifeufo, 8c qui en efl; le tectum, c’eft la terre-tourbe ou la tourbe elle-même. Dans les puits d’Amfterdam , dont nous avons parlé plus haut % le premier banc de glaife molle , épais de 9 pieds , n’eft féparé de la terre franche, qui forme une couche de 7 pieds d’épaiffeur, que par un lit de tourbe de 9 pieds d'épais, fervant de toit au lit glaifoux.
- Le véritable banc de la glaifiere du petit Gentilly, eft recouvert d'une couche du même genre, appellée la cendrée ou le cendrier ; quand on la tire de terre f elle efl: noirâtre & femblable à quelques terres tourbières, dans la claffe de£ quelles je crois qu’elle peut être placée ; ce n’eft qu’au bout d’un temps qu’elle prend la couleur qui lui a fait donner Ion nom. Elle eft feuilletée, & fos couches font affez liées les unes aux autres ; au feu elles ne fe défuniflent point, elles y rougiffent en exhalant une odeur fenfibîe d’hépar fulphureux. M. Sage, dans l’énumération que nous donnerons d’après lui des différents lits dont eft compofée la glaifiere du petit Gentilly (i), penfe que cette couche eft dépourvue de tout le gluten qui en lioit les parties, & croit qu’elle a éprouvé une violente chaleur ; je foupçonne qu’il en a jugé par quelque morceau de cendrée , qu’il n’aura examiné que longtemps après qu’elle aura refté expofée à l’air.
- Dans la fouille du puits de l’Ecole Royale Militaire , la neuvième couche étoit une glaife cendrée de forte confiftance. M. Guettard Ta regardée propre à être employée aux maffifs de glaifes qui entrent dans la conftrudion des batardeaux. Parmi les bancs de terres glaifeufes & de glaifes, qui forment, félon M. Guettard, l’affife des montagnes des environs de Paris, il s’en trouve une de couleur noire, dont les caffures font brillantes prefque comme du jayet (2).
- (î) Examen chimique de différentes fubftan- I (2) Mémoires de F Académie des Sciences,1 ces minérales, &c, in-12,17^. I Année 17^6 f 227,
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- ET DE SES MINES. IL Part. i$it Dans le chef-d’œuvre de bouleverfement exécuté par M. Peronnet, pour applanir la montagne de Saint-Germain-en-Laye, à l’endroit ou eft la grande route de Normandie du côté de Marly-le-Roi, des tranchées qu’il a fallu ouvrir pour détourner une fource d’eau très - abondante qui détruifoit les travaux, ont fait découvrir à 2p pieds de profondeur, dans le cinquième lie glaileux noir, qui formoit la malle de la montagne , un morceau de bois fofïile jayeté & converti en vrai jayet qui portoit fur un lit de pyrites (i}»
- Glaisieres des environs de Paris. Glaifiere de Vitry ,
- Cette Glaifiere, fituée à environ deux lieues de Paris, fur la pente de la montagne de Villejuif, à peu de diftance de la Seine 9 n eft plus travaillée : la glaife qui en provenoit étoit de couleur bleue, très - belle , très-fine & très-onélueufe.
- Glaijîeres du grand Gentilly & d'Arcucil> à une petite lieue du centre
- de Paris.
- Dans cette longueur de collines qui forment le vallon de la riviere des Gobelins, depuis Arcueii jufqu’àu petit Gentilly, il y a plufieurs puits dont on tire de la glaife.
- Le premier endroit eft à la tête du grand Gentilly , du côté d*Arcueii ; la profondeur du puits eft de 40 toifes ; le banc de glaife eft de y pieds d’épaifleur environ , & partagé en deux membres qui fe féparent naturellement l’un de l’autre , quoiqu’il n’y aie aucune matière intermédiaire ; il eft couvert d’un lit de glaife^, qu’ils appellent faujje glaife , qui eft de couleur verdâtre.
- La couche la plus fuperficielle eft nommée reteinte ; elle a une teinte moins foncée que celle qui eft au-deflous, & qu’oii appelle la rouge, parce quelle eft dans là plus grande partie femée de couleur marbrée en rouge ; on y trouve même de temps en temps des places marbrées , entièrement remplies d’ocre fmguine, qui, détrempées par l’eau, occafionnent ces taches; La rouge eft employée par les Diftillateurs d’eau-forte ; la reteinte pour les terres de fayence (2).
- Elle fe vend fur le lieu 6 livres la voie , compofée de yo quartiers $ tous de la même étendue , réglée par la bêche employée à les couper en place , & pelant chacun de yo à 60 livres : il y a cependant des mottes qui ne pefent que 30 livres. La voie eft quelquefois d’une voie & demie , &
- (1) Voyez les Mémoires de l’Académie , Année 2770, page 2S1 2-
- (2) Les Fournaliftes de Paris font de très-bonnes mouilles de trois parties de la glaife de ces
- environs Ôc de celle d’ÏÏTy, mêlées avec deux parties de pots à beurre de Normandie, réduits en poudre médiocrement fine,
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- îrja* DU CHARBON DE TERRE
- alors il y a pour le profit du Voiturier 4 fols par morceaux de furplus de la voie, à laquelle on ajoute ordinairement deux au cent : la diftance de Tendroit où il faut la faire voiturer, fait fur le prix total une augmentation qui, dans Paris , peut aller au double de ce que la voie revient à la glaifiere. Le chemin de celle-ci eft prefque impratiquable en hiver.
- Glaijîeres du petit Gentilly près U Hôpital de Santé , au haut du fauxbourg
- Saint - Marcel.
- Au fortir du village , dans plufieurs parties de la cote oppofée, on voit plufieurs fouilles dont on tire de la glaife.
- La profondeur à laquelle elle fe trouve, eft differente de celle du puits iltué du côté de Bicêtre : elle eft près de moitié moindre.
- Dans le premier endroit, plus voifîn du fauxbourg Saint - Marcel, on y diftingue dans le lit, un troifieme membre, qu’on nomme glaife blanche i Quoique moins éloignée de Paris , 8c moins enfoncée que la glaife de l’autre puits, elle me paroît moins affinée & moins belle , 8c fe vend néanmoins le même prix que celle dont les puits font plus éloignés du fauxbourg*1
- Defcripdon détaillée de la Glaifiere du petit Gentilly , par M. Sage
- Sous Y Humus , terre végétale de 7 ou 8 pouces d’épaijfeur, vient la Roche, ainfi nommée, parce que ce lit eft affez dur 8c pierreux ; il le trouve toujours par morceaux ; là couleur eft d’un blanc jaunâtre mêlé de points blancs , 1 pied & demi.
- II. Banc blanc, pierre dont le grain eft peu ferré, & friable par conféquent: la couleur eft gris blanc ; Ion épaiffeur, 1 pied & demi.
- III. Coquilliere blanche, pierre d’une lolidité moyenne , empreinte de fragments de coquilles, femée de points blancs , 2 pieds.
- IV. Banc gris, pierre très-dure , qui pourroit être propre aux bâtiments; de couleur jaune , plus foible que la couche précédente , 8c lardée de coquilles entières, % pieds.
- V. Cailloutage, très-dur , d’une couleur un peu plus foncée que le banc gris, mêlé de taches vertes , 8c femé quelquefois de coquilles , demi pied.
- VI. Banc verdy lit tendre, d’un jaune fale, tiqueté de points verds 8c blancs , femé quelquefois de fragments de caillou, 3 pieds.
- VII. Coquilliere rouge y d’un jaune qui tire fur l’ocre. On y trouve quantité de coquilles, dont les unes font entières, les autres font brifées, 3 pieds t
- r f1Dans la brochure citée précédemment & Cous. le titre ; Manière dont on retire l'Argille ou Terre
- glaife dans les environs de CentiUy, pag,
- 00.
- VIII,
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- ET DE SES MINES. II. Part; 1323
- VIII. Sable , banc qui eft traverfé d’un courant d’eau difficile à détourner :
- 9 pieds*
- IX. La Groffe Roche, fable dont les grains font peu liés , ce qui le rend friable ; on y trouve des coquilles : il eft de couleur blanchâtre femé de
- points verds : 1 pied 6 pouces.
- X. Pierre de chien , ainfï nommée à caufe de fa dureté, qui fait qu’on ne
- peut la cafter que par morceaux. Ordinairement elle eft Sun pied d’é-paiffeur, & de deux pieds de large. On y trouve auffi quelques débris de coquilles : fa couleur eft d’un blanc fale , tiqueté de points jaunes : 1 pied.
- XI. Fauffe terre de 8 pieds d’épaiflëur dans fa totalité, arrofée de diftance en diftance de plufieurs petits filets d’eau, qui, lorfqu’on veut la détourner à l’aide de la glaife , fè fait jour d’un^ autre côté, d’où les Ouvriers appellent cette eau , maligne.
- Cette fauffe terre donne à l’œil l’idée de trois couches diftinétes ; la première, de.2 pieds d’épaiflëur, eft une terre noire, friable, tant foit peu grade , mêlée de charbon & de beaucoup de pyrites très-noires à l’extérieur & en partie décompofées (1).
- La fécondé , de 2 pieds d’épaiflëur , eft une véritable terre glaife * noirew La troifieme, qui lui fert de bafe , eft d’un gris foncé, & de 2 pieds d’épaiflëur.. Total 6 ou 8 pieds.
- XII. Terre verte , paroît d’une nature peu différente de l’argille ordinaire;
- elle eft entremêlée de taches vertes & grifes : 1 pied & demi.
- XIII. Le cendrier ; terre feche , prefque point liée, à laquelle la couleur
- cendrée a fait donner le nom : ^ 3 pieds.
- XIV. Terre argilleufe rouge : on y remarque effèélivement des taches rouges ;
- mais le fond de fa couleur eft gris ; elle eft femblable à la terre glaife ordinaire , & en a l’onéluofité, on n’y trouve point de pyrites :
- 8 pieds environ.
- XV. Fauffe Belle ; ainfi nommée, parce que fa couleur n’eft pas fi rouge que
- . celle du lit précédent : 1 p'tedm
- XVI. Reteinte ; de couleur grife : on y trouve des pyrites, que les Ouvriers
- appellent fer à mine : y pieds.
- XVII. La B elle : la couleur de cette glaife eft grife , fans aucune veines:
- 40 pieds environ.
- • Total 5? y pieds 8 pouces. A cette defcription, il manque pour être complette, le lit placé fous cette belle, mais auquel on évite toujours foigneufement de toucher à caufe des eaux, qui donnent avec une violence & une abondance capable de remplir
- (1) L’Auteur de la nouvelle Expofition du régné minéral ( 1762, ) prétend que la pyrite qui fe trouve dans les glaiÇieres de ces endroits 3
- Charbon de Terre. IL Parc.
- eft la vraie pierre à feu des anciens, autrement nommée Pierre £arquebufade ; Pyrites fulphureus ^ purus 3 nudus Wallejb, La Pyrite folide,
- K iS
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- *314
- DU CHARBON DE TERRE
- €n peu de temps toute la carrière ; les Ouvriers ont même grand foin, par rapport à ce danger pour eux, de ne pas fouiller trop profondément cette derniere couche.
- Glaifieres de Veuves,' autrement nommées, Glaifieres r>’I s S y.
- Au bas de la côte qui borde lavenue du Château de S. A. S. Mgr. le Prince de Condé , fe trouvent ces glaifieres , formant le pied de carrières de pierres que Ion a fouillées anciennement, & qui sappelaient Carrières de Montargis , du nom de M. de Montargis , Confeiller d’Etat , à qui étoit alors le Château.
- On y trouve le banc de pierre, nommé Banc verd, qui fe trouve dans les carrières du canton de Moxouris, proche la Maifon de Santé , & qui n’eft, félon M. Guettard (i) , qu’une continuité de celui des carrières qui font dans" ce même canton. Il croit que ce banc doit prendre l’inclinaifon de la pente de ces montagnes, & bailler ainfi pour former ce banc dans les glaifieres. On remarque qu’après avoir gardé le plan horifontal pendant un long efpace, il plonge &defcend félon la pente de la montagne, trayerfe les vallées , Sc remonte de l’autre côté dans les montagnes voifines * où il fe retrouve fouvent à une hauteur différente de celle où il étoit dans les premières montagnes*1
- Les glaifieres dont nous parlons, font peu éloignées d’un ruiffeau venant de Clamart, Sc qui paffe entre Ifly & Venves , dont il fait le tour, & où il entre par - deifous une longue muraille qui eft au-deflus de l’Eglife, tombe dans un large canal fervant à faire la leffiye , & fe répand dans plufieurs jardins (2).
- La fituation de ces glaifieres fur une pente dont on a déjà tiré des pierres , ne laifle pas que d’abréger la fouille ; cependant une partie du puits eft encore enfoncée dans une maflè de groffes pierres , qui rendent cette extraétion dangereufe.
- Ces puits ont, en conféquence de l’inégalité du terrein, différentes profondeurs , quoique très-voifins les uns des autres. Sur le bas qui regarde le chemin du village d’Iffy, il y en a de 9 , de 12 toifes de profondeur avant d’arriver au banc de glaife ; celui qui eft à la tête de l’avenue fur la hauteur, a foixante pieds. La glaife du puits haut eft .marbrée , ce qui n’eft qu’une empreinte de chaux de fer, due aux pyrites décompofées : la belle eft grife fans aucune veine ; les autres puits n en fournifloient pas encore de bien belle , lorfque j’ai été yifiter ces glaifieres, Sc les eaux incommodoient fort les Ouvriers.
- (1) Uefcription Minéralogique des environs de Paru: Mémoires de l’Académie des Sciences, Annee 175*6, page 2.36.
- (2) Quelques Cartes marquent la chute de ce
- ruiffeau dans la Seine, vers le moulin de Javelle; mais on n’en découvre aujourd’hui aucune trace dans la plaine ; je foupçonne qu’il fe perd dans les glaifieres.
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- ET DE SES MINES. IL Part*
- 132;
- Outils & ujlenjiles employés dans la Fouille dune Glaifiere ; maniéré dont fi fait la Fouille,
- Les outils employés à la fouille d’une glaifiere ne font point nombreux ; ils fe réduifent à ceux qui (uivent : une efpece de pioche, nommée par les Ouvriers incifiir ; le manche a 2 pieds & demi de longueur ; la lame affilée par le bout a 2 pieds de long , 2 pouces & demi de largeur , & 4 lignes d’épaifleur.
- Un hoyau ; il ne différé de l’incifoir que par le manche qui n’a pas plus de 8 pouces : c’eft une efpece de couteau dont la lame a les mêmes proportions que l’incifoir ; enfin une barre de fer pour caffer les pierres.
- Les uftenfiles confiftent en cables , un crochet recourbé en S , un ou plufieurs tonneaux pour enlever les eaux, ou pour avoir dans l’occafion des cuvelages tout faits.
- Les préparatifs & les manœuvres relatives à la fouille , font très-fimples ; nous nous fervirons pour en donner une idée , de la dejfcription qu’en a donnée M. le Sage (r).
- A l’endroit où l’on veut ouvrir le puits , on établit un moulinet fimple , femblable à celui ufité dans les mines de charbon d’Auvergne ; il fert de même pour defcendre & monter les Ouvriers , ainfi que pour enlever ce que l’on extrait ; tout près de l’ouverture du puits , on confirait une petite hutte, deftinée à être le dépôt des pièces dè gîaife à mefure qu’elles arrivent au jour : le puits a 5 pieds de diamètre en largeur jufqu’à ce qu’on {bit parvenu à une profondeur de 20 pieds ou environ ; au-defious, on ne lui donne que 2 pieds & demi de diamètre, qui eft celle de tonneaux, dont on garnit cette partie bafle, comme on le verra par la fuite.
- Lorlque le Carrier apperçoit la couche nommée banc verdy il {onde afin de s’affurer du lit qui lui fert d’affife & qu’on emploie à bâtir. '
- Pour détourner l’eau du dixième lit , on place dans le puits un tonneau défoncé ; l’efpace qui l’entoure fe revêt de glaife 5 on puifb enfuite l’eau qui s’amaffe dans fon intérieur avec un fécond tonneau d’un diamètre moins grand, qui s’adapte dans le premier ; on en ajoute ainfi d’autres fuccefîîvement, en rempliffant les interftices avec de la glaife & de la moufle. Cette bufi , faite de cette maniéré , fe conduit quelquefois jufqu’au fond de la carrière.
- Comme le banc appelle la grojfi roche fe trouve dans l’eau , on eft obligé de fe fervir de la barre de fir pour la cafler, & pour faire le puits.
- La largeur des routes eft d’environ 3 pieds ; leur hauteur eft de y pieds Sc
- ( 1 ) A la fuite de l’état des couches de la Glaifiere de Gentilîy.
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- DU CHARBON DE TERRE <îemi ou environ ; on s’y éclaire avec des lampes ou des chandelles qu’il faut toujours tenir penchées; fl on les tenoit droites elles s’éteindroient, à caufe de l’air de la carrière qui a un courant horifontal, & quon eft obligé de renouvelier en faifant au moins deux puits.
- Quand on eft arrivé au banc de glaife , il s’agit d’y tailler des quartiers qui ïoient tous de même grandeur, & d’un affezgros volume, comme on l’a vu , de les féparer de la mafîe dont ils font partie. Voici la façon de procéder: afin que la glaife ne s’attache point à Yincifoir, l’Ouvrier commence par mouiller la lame de cet outil ; il frappe deux ou trois grands coups, mouille de nouveau l’outil, & continue à frapper ; en huit à dix coups, il coupe en longueur & en largeur le morceau qu’il veut détacher , de maniéré qu’il a une forme quarré long, d’environ 18 pouces de longueur & 8 de largeur;
- Pour détacher ce morceau , il enfonce le hoyau à différentes reprifos, après l’avoir mouillé, & parvient à détacher une piece de yo à 6o livres, qu’on appelle moue ; un Manœuvre l’enleve, & la porte au pied du puits , en l’appuyant fur le genou , qui à cet effet eft garni d’un morceau de chapeau ; quand il en a porté trois morceaux, il les attache au cable , au moyen du crochet en S qui embrafle cette corde , & l’Ouvrier qui eft à l’ouverture extérieure du puits, tourne la manivelle , enleve les trois mottes : quand elles font arrivées au jour , il fixe d’une main le moulinet, de l’autre il attire à lui la charge, la détache & la tranfporte dans la cabanne.
- Chaque carreau eft de y à 6 fois, & la voiture, qui en contient environ 40 , eft du prix de 4 livres y fols à l’endroit ; s’il y a yo mottes , elle coûte y livres. L’éloignement des endroits où il faut la tranlporter, l’augmente en proportio n : au fauxbourg Saint-Antoine, le Chartier a pour prix de là voiture chargée de yo mottes , y livres, ce qui fait au total io à 12 livres.
- Vues générales fur un premier ejfai de fabrication de Charbon de terre
- à continuer plufeurs années,
- »
- L’essai qu’il feroit poffible de tenter d’une fabrication de cette efpece , ne doit avoir d’autre but que celui de venir au fecours des pauvres, de les défendre particuliérement en hiver des atteintes multipliées que cette fàifon porte à leur individu : ce motif n’eft guere de nature à entrer dans ce qu’on appelle projets de finance ; rarement il a des attraits pour ceux qui méditent ces fortes de projets ; néanmoins le point de vue fous lequel nous préfentons ici la poflïbilité de cette entreprife, eft inconteftablement le feul qui puifle conduire à s’affiner de ce quelle pourroit promettre d’avantageux à des particuliers, qui, pour le bien public, auroient le courage de s’en charger. Le chauffage avec le Charbon de terre apprêté, malgré tout ce qu’il réunit en là faveur, ne s’introduira, pour ainfi dire, qu’avec l’agrément que peuvent
- lui
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- ET DE SES MINES. IL Pa*t. 1317'
- lui donner les Citoyens dont nous avons dépeint la fituation, page 12Ç2 ; ceft à eux feuls qu’appartient de droit cette reffource , & malheureufemenc cette claiîe eft affez étendue pour produire feule une confommation capable de foutenir un établiiîement tel que celui dont nous defirerions infpirer 1’exécution.
- On ne doit donc d’abord s’occuper abfolument que du menu peuple , & fe borner en commençant au débit en detail : pour ne point fe départir de ce plan, il n’eft queftion que de refufer ceux qui en demanderaient un© grande quantité. Le peuple n’eft jamais en état de faire des provisions ; il fe fournit au jour le jour , quand il le peut, de ce qu’il fait lui être néeeftàirs ; car fou vent il eft forcé de fe palier de ce qu’il pourra fe procurer le lendemain , ou de ce qu’il a pu fè procurer la veille : le confommateur pour qui ce chauffage feroit uniquement deftiné, n’eft par-là que trop facile à recon-noître, & par là même, il eft aifé de lui aflurer cette préférence, fur laquelle nous croyons devoir infifter. On conçoit aifément que le confeil que nous donnons de refufer des fournitures confidérables , ne doit pas regarder MM. les Curés, les pauvres Communautés ou des Particuliers qui fe préfen-teroient pour revendre en détail de ce chauffage , dans des quartiers éloignés de celui où feroit le magafin de vente.
- Dans la marche que nous propofons, ce premier effai feroit reftraint à un© fabrication modique, par exemple , de foixante voies ou muids de charbon , fai-fànt la charge de deux bateaux ( achetés fur les lieux, ) dont un de charbon pour les cheminées , l’autre de charbon pour les poêles : en ne faifànt fup-porter au confommateur que peu de chofe au-delà des frais , fait de l’achat, foit des uftenfiles & des mains-d’œuvre, la fourniture qui réfulteroit de cet efîài, ne refteroit certainement point au magafin (1).
- Dans une ville un peu confidérable, l’entreprife trouvera immanquablement des facilités particulières ; le motif intéreftant qifelle fe propofe, procurera la liberté de faire travailler dans une cour d’hôpital ou de communauté, d’employer à la fabrication les pauvres ou les domeftiques de la maifon, dont la main-d’œuvre feroit à bon compte ; en ne procédant à la fabrication que dans le mois de Septembre , on auroit peut-être auffi la facilité de pouvoir y ferrer la fourniture toute faite.
- (1) En fe rappeîîant la maniéré dont fc fait le commerce du Charbon de terre, page 64.3, le prix d’un bateau , fa charge, fur laquelle il y a pour l’acheteur un avantage dans la mefure du lieu de chargement, le Fabriquant de chauffage commence à entrer en bénéfice ou en dédommagement ; par exemple, en prenant fur les différences de ces mefures un terme moyen pour deux bateaux , dont l’un de Moulins, l’autre d’Auvergne , bloqués de 30 voies de charbon, & payant environ la fomme de 75-0 «
- Charbon de Terre. IL Part.
- livres de droit aux entrées , voyt\ page 686 3 chacun de ces bateaux, à caufe de fix voies de bénéfice réfultant de la mefure au pied de la mine , & qui ne payent pas de droit, puif-qu’ellésne font point déclarées, donne d’abord à l’Entrepreneur iyo livres de bénéfice pour ces fix voies, 30000 liv. pour 1200 voies, fi le travail fe fait hors de Paris: la revente du bateau aux Déchireurs, au prix de 80 livres pour l’ordinaire , produit auffi une diminution fur lachac du charbon,
- L 13
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- £328 DU CHARBON DE TERRE
- D’année en année , on doubleroit la fabrication ; il eft probable que le£ gros Manufacturiers, qui ont befoin de feu pour leurs ouvrages, ne tarde-roient pas à augmenter le nombre des confommateurs, & que l’autre partie de la fociété, que l’on n’avoit point fait entrer en ligne de compte dans l’entreprife , s’y joindrait bientôt ; lorfqu’on fe verroit dans le cas de répondre aux demandes qu’en feroient les Particuliers ou Bourgeois, qui en emportent une grande confommation pour le chauffage , on doubleroit la quantité de fourniture qui s’étoit faite l’année précédente.
- Il n’y auroit rien d étonnant qu’on s’apperçût beaucoup plutôt qu’on ne l’auroit imaginé, de raccroiflement de la faveur de ce chauffage , 8c que l’on fe vît obligé de longer à former un établiifement dans toutes les régies, d’établir un attelier en grand, & de l’alléger par quelques entrepôts, par des fous-entrepôts de vente, dont on augmenteroit le nombre d’année en année.
- Tel fera, félon toute apparence, la récompenfe de premiers efîâis, qui n’auront eu en vue que le pauvre : alors les Entrepreneurs ne peuvent trop s’atta-i cher à ne point s’écarter de l’objet qui a été leur moteur ; l’établiiïèment, tant qu’il aura lieu, doit annoncer dans toutes lès dépendances, la fimplicité de loti origine , de Ion principe , de la claffe de Citoyens à qui il fera redevable d’une exiftence fblide ; la préférence qu’il faudra continuer au pauvre , doit annoncer dans tous les temps que l’entreprife n’a point été fondée for la curiofîté paflagere du Public, & qu’on fe propofe toujours de loulager le peuple.
- Si l’établiflement échoue , ce qui n’eft aucunement dans le fort des choies conduites for le plan que nous venons de tracer, l’entreprife ou le projet honnête de faire le bien , emportera les regrets & les éloges du Public.
- En faifant attention à l’étendue du commerce qui fe fait dans Paris de mottes à brûler , au plus vil prix, qui ne dédommage que d’environ une treizième partie du prix de la tannée (1 ), & qui affurément ne donne point un vrai feu, ni une véritable chaleur, je ne fai pourquoi il ne viendrait point à l’idée des Marchands Bourgeois, ou des Officiers Mefureurs <5 Porteurs de Charbon de terre , d’entreprendre l’elîài de fabrication du Charbon de terre apprêté : ce commerce n’eft bien connu que par eux ; ils auroient l’avantage de fe défaire du charbon en gros morceaux, qui ne feroit point entré dans l’apprêt. Si cette affaire efl fofcçptible d’être entreprife avec économie & d’être conduite à bien , aucune Société, ni de Particuliers, ni de Financiers, ne feroit plus en état d’y réuffir (2).
- (1) Vieille poudre d’écorce qu’on retire des foffes quand les cuirs font tannés, & qu’on a coutume de réduire en ce qu’on appelle mottes a brider , pour l’employer d’une maniéré plus commode. Voye\ la defeription de l’Art du Uanneur, par M. de la Lande.
- (2) Ces Offices, ainû que tous ceux créés en
- différents temps, fur les ports, quais, halles ; marchés & chantiers de Paris, devant uniquement leur origine aux befoins de l’Etat; la fup-preflion , le rétabliffement de ces Charges, ont conféquemment été prononcées à diverfes re-prifes, félon les circonftances, comme onéreux aux peuples 3 & inutiles à la police qui avoie
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- ET DE SES MINES. II. Part.
- Plan raisonné ET détaillé d’un. Attelier de
- pour un Etablijjemem en grand»
- Fabrication
- Situation de P Attelier.
- La fabrication ou lapprêt de la Houille pour former des magafins de vente dans différents quartiers d’une grande ville, telle que Paris, par exemple , exige quelques confidéracions générales ; la première doit regarder l’endroit propre à la lituation de l’attelier ; la fécondé, concerne l’approvi-laonnement des uftenfiles.
- Quant au premier objet, il eft effentiel que le chantier de fabrication ïbît le plus près poffible de l’endroit de la riviere oui l’on pourra faire approcher les bateaux de charbon; obfèrvant, bien entendu, que l’attelier loit à l’abri de la crue des eaux & des inondations en hiver (i), attendu que dans cette fàilon , ce chantier de fabrication fèrvîra de principal magafin , d’où le fourniroient les entrepôts & fous - entrepôts.
- Une autre proximité qu’il faut encore chercher pour un attelier de fabrication , c’eft celle des endroits ou le fouillent les terres propres à l’impaftation, Sc fur-tout les argilles-glaifes, moins communes que les argilles-terres.
- En fuppofànt une entreprife à Paris, le Port-à-l’Anglois, à portée des glai-ïieres de Vitry (2), le quartier de Saint-Bonnet, où ces mêmes terres peuvent arriver , & qui d’ailleurs peut fe fournir aifément $argilles-terres du quartier de Vincennes , feroient très-favorables.
- Le moulin de Javelle, jfitué à peu-près de même que le Port-à-l’Anglois, relativement aux glaifieres de Venves ; la pointe de Vitry, par rapport aux glaifieres du petit Gentilly, feroient encore des emplacements commodes.
- A la faveur de pofitions précifément de l’efpece ci-deffus, le chantier de fabrication fe trouvant près de la riviere , on ne feroic quitter le port à chaque
- fervi de prétexte à leur établiffement. Nous avons donné , à l’article de l’hiftoire de ce commerce dans Paris , les différentes époques de ces créations & de ces fuppreffions fuccef-fives , & la nature des droits attribués à ces différents Offices ; ( pages 660 , 58 r ). L’affran-chiffement de plufieurs branches de régie oné-reufes , & l’amélioration d’une partie des revenus annoncés aux peuples par l’Edit de Septembre 1779 , par celui du mois de Mars I1750 , & la Déclaration de 1758 , qui ne îaiffoient plus aux Titulaires des Offices qu’une jouiffance provifoire, en leurs affinant les indemnités fixées à leur égard dès l’année 1730, par l’Article II de l’Edit de Juin, ont été définitivement prononcés par un Edit du Roi, (du 5 Février 1775 , regiftré en Parlement le 12 Mars de la même année, ) portant fuppreffion de ces différents Offices , dont les produits ne
- fuffifent plus à ces Communautés, pour l’acquittement des charges dont elles font grevées ; en conféquence de ce nouvel Edit, les droits qui étoient aliénés à ces Communautés font réunis dans la main du Roi, 8c régis fous fes ordres par l’Adjudicataire des Fermes générales ,• employés au paiement des arrérages , & au rem-bourfement des capitaux dûs aux Officiers fup-primes, 8c a leurs créanciers : de cette perception au profit de Sa Majeffé font exempts les droits réunis au Domaine 8c patrimoine de la Ville de Paris , qui continuent d’être perçus au profit de ladite Ville.
- (1) L’emplacement choifi à Paris parles Entrepreneurs de rétabüffemenc de 1770 , auroit effuyé cet inconvénient.
- (2) Elles ne font plus exploitées depuis que la Manufafture de Tuiles n’eft plus dans cet endroit.
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- *33° &ü CHARBON DE TERRE
- bateau de charbon deftiné à la conlommation de l’entreprife , qu’au fur 8c à mefore qu’on voudrait le faire arriver à la portée de I’attelier, pour fabriquer de même le charbon à mefure qu’on le déchargeroit du bateau.
- Cet arrangement procureroit une diminution de frais fur trois objets ; le falaire du Garde-bateau dont on n’auroit pas befoin longtemps * I’attelier n’auroit pas befoin d’un emplacement pour amaffer & garder le charbon jufqu a ce qu’on le fabrique ; le coup de main à donner pour porter le charbon à fabriquer du Charbonnier au quartier où il doit recevoir la première façon , n’auroit pas lieu ; un bateau , par exemple, contenant trente voies , faifant quatre cents cinquante minots , arrivant près de i’attelier, feroit déchargé à mefure , foit par hottées , foit par tombereaux dans le premier quartier ou le charbon doit être fournis au remuage avant d’être mêlé avec les pâtes , & qui par cette raifon eft le quartier le plus voifin de. l’entrée de i’attelier.
- Etat des Uflenfiles d'un Attelier de fabrication»
- Les uftenfiles dont il conviendrait de fe pourvoir pour cet établiflement en grand , n’ont rien de particulier, La fabrication à laquelle il fe rapporte , ne différé de celle des briques à bâtir , que par le mélange du Charbon de terre qui s’ajoute aux argilles déjà corroyées, par un nouveau corroyement j & en ce que ces pelottes nommées auffi par cette raifon briques, font deftinées à être entièrement confumées par le feu du Charbon de terre, dans des cheminées & dans des poêles, au lieu de fubir une fimple cuiflon dans des fours conftruits exprès.
- On peut en tout regarder un âttelier pour la fabrication du Charbon de terre apprêté , comme celui d’une Briqueterie ; quelques outils que nous y employons, quelques exprefîîons pour défigner certaines opérations , font empruntées de l’Art de faire des briques. Le rapport exaét entre ces deux opérations, nous difpenfe abfolument d’entrer dans certains détails fur cet âttelier ; les perfonnes qui ont l’idée d’une Briqueterie , & qui joindront à cela les attentions relatives au choix des pâtes & du Charbon de terre , ne feront point embarraffées de former un établiffement bien entendu de pelottes ou hochets pour le chauffage.
- On verra dans un inftant que pour quelques opérations, il eft néceffaire que les Ouvriers ayent toujours de l’eau fous leur main ; des pompes deftinées à en fournir à volonté, fans attirail, auroient en même-temps l’avantage d’être un fecours de conféquence dans le cas d’incendie ; I’attelier doit en être pourvu. A celles qui font généralement connues, on ne doit pas héfiter de préférer au moins une couple de pompes portatives de l’efpece en ufage fur les vaiffeaux Hollandois pour raffraîcbir les voiles hautes, les huniers &les
- perroquets t
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- ET DE SES MINES. II, Part. perroquets dont on fe fertauffi dans les villes de ce pays pour laver le pavé des rues 8c les vitres des maifons ; ces pompes font de très-peu de dépenfe, le fervice en eft très-commode , & n’a rien d’embarraflànc.
- 1°. La figure 17 de la Planche LVII, N°. 1, repréfente une de ces pompes garnie, en état d’agir (1) ; elle confifte en deux cylindres ou branches A D , maintenus, comme on le voit, dans leur écartement refpeètif par une tringle de métal ff9 de maniéré qu’elles forment un angle d’environ 30 degrés ; ces branches font de bois d’orme ou de métal, & creufées en dedans , avec cette différence que le diamètre intérieur de la branche qui reçoit le pifton, dont on voit le manche E , efl: double du diamètre intérieur de la branche expul-five DC y & depuis leur jonélion £7, toutes les deux diminuent proportionnellement. Le pifton, ou comme on l’appelle dans la Marine, la Gaule , s’ajufte exactement au canal creufé dans la branche A ou elle eft reçue, & qui eft fermée par fon bout inférieur i i l i , percé de plu fleurs trous : c’eft par ces trous que l’eau s’infinue dans cette branche que l’on plonge en entier dans un bacquet rempli d’eau , 8c qu’elle s’élève à mefure qu’on en retire le pifton E , lequel repou fiant à fon tour l’eau ainfi montée , l’oblige de fortir par la branche oppofée D. Un homme fèul, avec quelque adrefle , la manie & la fait mouvoir très-aifément ; on adapte à la branche expulfive des ajoutoirs différemment conftruits , félon qü’on veut envoyer de l’eau ou en arrofoir, ou en nappe, ou en Ample jet, dans un des quartiers de l’attelier.
- 20. Plufieurs cuves ou bacquets de grandeur, de forme 8c de conftruction arbitraires , bien folides & toujours remplis d’eau pour le fervice des quartiers , où il. eft néceflàire que les Ouvriers en ayent à leur portée ; dans la figure 2 de la Planche LVI, N°. r , & dans la Planche LVI , N°. 2 , Jîg. 9, on a repréfenté de ces bacquets, afin de compléter l’idée que l’on doit avoir de tous les uftenfiles de l’attelier de fabrication.
- 30. Plufieurs clayes de 6 pieds de hauteur & d’une longueur appropriée à la largeur du quartier où elles fe placent par rangées, lorlque le remuage du charbon fe fait par ce coup de main, au lieu de fe faire à la pelle fur le tas même du charbon, comme on le voit dans la figure r , Planche LVIy N°. r. Ces clayes doivent être formées de branches d’ofier ou de châtaignier, ou autre bois groffier, comme pour les clayes dont on fe fert pour pafler le fable, afin d’en féparer les cailloux. Les brins peuvent avoir la groffeur du doigt & être éloignés les uns des autres de 6 à 8 lignes , afin de laiffer paffer avec le menu charbon des morceaux un peu forts.
- 40. Quand au lieu de remuer le charbon à la pelle , on le paffe à la claye ou au crible, il peut être utile de fe pourvoir de maffès ou dames en bois ; billot de forme cylindrique, cerclé en fer feulement à la circonférence
- (1) Traité fur différents fujets de Phyfique, par M. Demandes, CoramifTaire de la Marine, in-12;
- Charbon de Terre. IL Part. M ij
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- ï332 DU CHARBON DE TERRE
- fupérieure & inférieure dans le cylindre qui fait maillet, jÇg. 6, Pl. LVII, T , afin de brifer les gros morceaux de* charbon qui n'auroient pu pafler au travers de la claye ou du crible, & les réduire en charbon menu pour être jetté de nouveau fur la claye. Peut-être vaudroit-il mieux, pour épargner des bras d'Ouvriers, faire pafler fur ces morceaux un cylindre aflez pefànc pour ne brifer le charbon qu'en menu & ne pas le réduire en pouflier ; un cheval feroit cette opération.
- J°. Des brouettes de différentes formes , une à l'ordinaire fig. 12 , pour tranfporter dans le quartier du manege le charbon pafle en claye ou remué à la pelle , Sc dans le charbonnier, les kauchetays Sc les morceaux nommés roulans (1). Une autre efpece de brouette, fig. 13 , pour tranfporter la pâte dans le quartier où le mélange doit s'en faire avec le charbon, Sc pour tranf~ porter le charbon amalgamé dans le quartier où on le met en forme de briques ; la partie du coffre qui regarde la roue dans cette brouette , eft élevée Sc un peu renverfée en doflier, afin de contenir plus de pâte.
- 6°. Si le dépôt pour les briques entièrement en état d'être relevées effi peu éloigné du féchoir, il faudra que l'attelier foit pourvu de hottes deflinées à ce tranfport.
- 70. Des rateaux à dents de fer, fig. 4, pour féparer après le remuage * fait à la pelle ou à la claye, les roulants qui ne feront point employés, Sc qui feront tranfportés dans le charbonnier*
- 8°. Des triwelles ou pelles de fer, N°. 3 , pour enlever les roulants , Sc les mettre dans les brouettes : une autre pelle, N°. 2 , pour le quartier des pâtes Sc pour le quartier où on les çorroye avec le charbon.
- 90. Pics ou hoyaux , fig. y , pou* le quartier des pâtes. Rabots ou boUf loirs, fig. 8 , pour labourer , aflbuplir , corroyer, atténuer le mélange , en faire un mortier un peu ferme.
- io°. Pelles de bois creufes, garnies en fer, dans la portion qui s'introduit la première dans le tas que l'on veut manier, fig. 3.
- il0. Bêches ou louchets,fig. 2, pour le quartier où l'on corroyé le Charbon de terre avec les pâtes.
- 12°. Rouables Sc balais, fig. 7, pour nétoyer le terrein dans les différents quartiers, ramafler ce qui y eft épars Sc qui pourroit s'emporter avec les pieds des Ouvriers.
- 130. Lunettes ou moules (2), pour donner au charbon corroyé avec les
- (1) Voyeç page 3 y6, ce que c’efl: que les kauchetays \ les roulants font les plus gros morceaux qui roulent au bas du tas , Voy. PL LVI. n°. 1, fig. 1, & qui ne font point employés à l’apprêt en briques, à moins qu’on ne les brife pour les réduire en menu charbon.
- (1) Celles dont on s’eft fervi à l’attelier de Paris, ont varié pendant long temps, en diminuant toujours de capacité j les premières que
- j’avois fixées , donnoient des peîottes de 5* pouces de long , fur 2 d epailfeur & 3 de largeur ; ces peîottes dévoient être vendues 4 fols la douzaine : dès le milieu du mois de Novembre , je m’apperçus qu’elles n’avoient que 4 pouces de long fur 3 de large , Sc 1 pouce feulement d’épailfeur ; on doit fe reffouvenir, [Voye\ page 1300, note 2) que cette infidélité frauduleufen’étoic l’ouvrage que du Directeur Sc
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- ET DE SES MINES. II. Part. 1333
- pâtes la forme que l’on veut. Sur cette Planche, on a repréfenté la fimple configuration linéaire des moules dont on fe fert à Valenciennes ; dans la Planche XXXIII , lettre x , on vole une de ces lunettes , telles qu’elles font ufitées à Liège j 8c dans la Planche XXII , une pelotte ou brique qui a été façonnée dans un de ces moules. La Planche LVI, N°. 2 , achevé de donner une idée de ces lunettes & des pelottes qui en réfultent : on juge quelles peuvent être de différente grandeur ; celles de Liège ont environ 6 pouces de longueur fiir 4 pouces de largeur , 8c 2 pouces 8c demi de hauteur , fans comprendre dans la dimenfion de la longueur & de la largeur i’épaifleur du fer, qui, dans ces fortes de lunettes , eft de 2 lignes & demie , 8c donne à la piece de fer une longueur totale de 17 pouces, du poids d’environ une livre onze onces. Les lunettes doivent avoir une de leurs ouvertures plus grande de quelques lignes que l’autre ; l’opération à laquelle elles fervent, en fournira la raifon ; c’eft afin qu’à l’aide d’une petite fecouffe donnée par l’Ouvrier , le hochet, quand il eft fabriqué, puiffe fortir aifément du moule. Il feroit à propos, afin de diftinguer le chauffage pour les poêles 8c le chauffage pour, les cheminées, dont le charbon eft d’une efpece grafle & forte , que les moules deftinés à fabriquer l’un & l’autre fufient d’une grandeur • fenfiblement différente , ou bien qu’en confèrvant aux moules pour les cheminées la forme ovale on donnât aux autres la forme cylindrique.
- 140. Des battes ou palettes, fîg. 1 r, toutes en fer, plattes, de forme ovale , qui répond à celle des lunettes de cette forme, & de même grandeur, pour comprimer, battre & rapprocher la pâte mêlée avec le charbon.
- 15°. Cordes pour charettes & pour le puits. La fituation du puits dans l’at-telier eft indifférente : nous en avons indiqué un..en P , entre le quartier des metteurs en forme & le clos de pâtes , pour avertir feulement de la néceflité d’en avoir un ; Voye^ la Planche LVIi. N°. 2.
- _ i(5°. Paillaffons pour couvrir les pelottes , s’il venoit à pleuvoir pendant qu’elles lèchent.
- jy°. Voitures montées fur roues, de deux efpeces; une fig. 16, pour tranfporter le charbon du bateau à l’attelier : la conftruélion que nous avons imaginée 8c que l’expérience rectifiera ou perfectionnera , a deux objets ; le premier eft d’éviter qu’à force de faire un même trajet, fur-tout en partant du bord de la rivière ou fe fait le déchargement du bateau, 8c qui eft toujours plus ou moins en pente , la voiture ne fafie point d’ornieres ; pour cela chaque roue, dont on en voit deux par derrière fur l’alignement de cette voiture, eft plutôt une portion de rouleau qui rabat continuellement le ter-rein que,parcourt la voiture , rend fon mouvement 8c fon roulage plus
- Chef des travaux, qui s’étoit emparé de l’exercice abfolu du Privilège, dont les pièces ne font
- venues à ma polTelîîon que deu* ans Sc deipi après qu’il a été obtenu.
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- commodes. L’autre partie de conftruétion eft relative à la facilité dh chargement & du déchargement de cette voiture ; étant peu exhauflee fur fon train , elle peut approcher du bateau auflî près que Ton veut, fur un plancher que Ton établit jufqu’à bord du bateau, & les garçons de la pelle y jettent très-aifément le charbon : fon déchargement à l’attelier s’exécute en un inftant, au moyen de deux articles de conftruétion. 5i°. La planche qui forme le derrière de la caifle efl: Amplement arrêtée à charnière au haut de l’extrémité de chaque panneau qui compofe les flancs de la caifle ; par le bas, elle efl: aflujettie pendant que la voiture efl: en mouvement, par une ou deux fortes chevilles: 2°, la caifle efl: difpofée fur l’eflieu de derrière, de maniéré qu’en lâchant Sc le crochet qui la retient à la tête du train & la clef du panneau de derrière, la caifle fe renverfè fur le derrière, fait bafcule, comme on le voit exprimé en points fur la figure ; en même-temps le panneau à charnière qui n’efl plus retenu en bas, s’écarte dans cette partie du derrière, qui, par-là, fe yuide en entier.
- La figure iy reprélènte une voiture que j’ai rencontrée pîufieurs fois dans Paris, Sc que j’imagine pouvoir être propre à conduire daqs les rues & dans les entrepôts les pelottes dont on veut évacuer l’attelier ; la caifle qui n’efl: exhauflee qu’autant qu’il le faut pour que les pelottes puiflent y être prifès à la main par un homme fur fes pieds hors de la voiture , paroît très-commode pour le chargement Sc le déchargement, fans que le Charretier, par négligence , foit obligé de les jetter de haut , pour charger ou pour décharger.
- i8°. Comme de temps en temps , fur-tout en commençant à alluftier le feu , il efl à propos d’y faire entrer des morceaux de charbon pur , il convient de vendre de ces roulans dans une proportion relative à ce qui s’achete de pelottes ; cela peut fe faire au mefurage par demi-minets, ou au poids; dans ce dernier cas, qui ne feroit peut-être cependant point fi commode, il y auroit dans le charbonnier où feroient les roulans deux mefures en bois telles qu’il s’en voit une près du rateau 4, qui ferviroient de bafîin à une balance (1).
- Journaliers employés aux manœuvres , Commis & autres Prépofés.
- Sous ce titre, on ne doit entendre ici rien de ce qui fe rapporte eflen-tiellement à la geftion ; on imagine bien que je ne prétends point m’immif-cer par aucune forte de réflexion dans cette partie. Défigner Amplement les Journaliers & les Prépofés qui pourroient être néceflâires, c’eft remettre en raccourci fous les yeux la marche des opérations qu’il faudra dans un inftant
- (1) La plûpart de ce qui efl: outil & uftenfile elt vraifemblablement dans le cas d’avoir b< foin d etre renouvelié à peu-près tous les anî un des Employés doit: avoir en particulier '
- charge de veiller à leur entretien, de les vifî-ter tous les jours lorfque les Ouvriers font retirés, & fur-tout de fe faire rapporter les moules par chacun des Metteurs en forme.
- rapprocher
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- rapprocher de la diftribution de l’attelier ; c’eft en même-temps donner une idée générale de la dépenfe fur cet article 5 dans un établilïèment à de* meure , tel quon pourroit le fuppofèr à faire dans une grande ville , il ne relie qu’à fixer les falaires pour les Journaliers, 6c les gages pour les Employés, en faifant feulement attention que la première claffe, celle des Journaliers , n’eft point attachée à l’établiflement 9 qu’elle n’entre dans la dépenfe que pendant la fabrication, qui n’a lieu que pendant la plus petite partie de l’année (1).
- Cette bande de gens de journée efl compofée,
- Des Garçons de la pelle, loit au bateau, foit à l’attelier, dans différents quartiers.
- Des Brouetteurs dans chaque quartier.
- Des Marcheux, pour piétiner corroyer les pâtes , ôc pour le corroyement du charbon avec ces pâtes.
- Des Metteurs en forme.
- Des Porteurs au Jéchoir.
- Des Releveurs qui retournent les pelottes pendant quelles féchent»
- Parmi les Employés attachés àl’attelier, on peut comprendre ceux qui fùivent :
- Commis à la décharge du bateau.
- Régijfeur chargé de l’emmagafinement du charbon arrivant à l’attelier * ïî la fabrication ne s’exécute pas au fur & à mefure. .
- Un Commis qui préfide au mélange de la pâte avec le charbon, 8c qui veille fur tous les autres quartiers.
- A chaque côté de la porte d’entrée, un Commis ; l’un pour prendre l’état des voies de charbon entrant à l’attelier ; l’autre pour tenir regiftre des voies de pelottes qui peuvent être achetées fur le lieu , ou qui en fortent, pour être portées aux entrepôts.
- Un Gardien ou un Commis ambulant pour ces magafins de vente» Divifion d*un Attelier par Quartiers.
- La diftribution avantageufe d’un attelier, eft relative à l’ordre des manœuvres qui s’exécutent fiicceffivement fur le Charbon de terre arrivant à l’attelier , & relative à ce que j’appelle les dépendances de la fabrication; comme emmagafinement du charbon, travail préliminaire des pâtes, qui doi* Vent être toutes prêtes à être amalgamées avec le charbon ; le premier coup
- (1) Un inconvénient de conféquence , auquel i’entreprife pourroit être expofée de la part de ces Journaliers, engage à une réflexion qui pourroit ne pas fe préfenter d’abord. Ces Ouvriers n’étant employés que pour un temps paflager, ^croient capables, par méchanceté, ou par mé-
- contentement , de fe donner le mot pour abandonner l’ouvrage & fe retirer : il ferait peut-être à propos, afin d’obvier à cet embarras, de faire pendant la fabrication fur leur paye, une ré-ferve qui ne leur feroit donnée que quand on les congédieroit.
- H if
- Charbon ve terre. JL Part.
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- ï33<S dU CHARBON DE TERRE
- de main ayant rapport au fécond, le fécond au troifieme & ainfi de fuite $ les différents quartiers doivent, pour bien faire , fe tenir les uns aux autres , conféquemment à cette fuite de main-d’œuvre ; ,pour^ la célérité & la facilité dans les différentes opérations & dans leur fervice : pour que les Ouvriers, Porteurs ou Brouetteurs, ne s’écartent point, ne s’arrêtent point en chemin, l’entrée Sc la fortie de chaque quartier doivent être refpe&ivement correlpondantes & prefque en face les unes des autres ; l’avantage de cette divifion , qui renferme tout ce que l’on peut defirer * fera facile à concevoir en jettant les yeux fur la Planche LVII, N°. 2, où l’on a repréfenté le plan d’un attelier appliquable fur toute efpece de terrein, en donnant à chaque quartier plus ou moins d’étendue félon le befbin , Sc laifîànt toujours les ouvertures de communication réciproques marquées fur le plan ; la clôture d’enceinte de chaque quartier * excepté celle du Charbonnier Sc du parc des uftenfiles , doit être en échalas de cœur de chêne , n’ayant pas plus de 4 pieds Sc demi de hauteur, afin que les Prépofés puifîènt avoir l’œil for les Ouvriers de différents quartiers : on ne doit donner aux chemins de féparation, que la largeur fuffifànte pour laiffer le paflage libre à deux brouettes; le fol de chaque quartier doit être battu & bien uni, ou même revêtu de briques ou de carreaux dans les endroits où ces ouvrages de terre cuite font à bon marché.
- On a ménagé entre le parc des uftenfiles Sc le féchoir, une place pour les chariots , lorlque les ouvrages font finis ; Sc entre le clos des pâtes Sc le charbonnier, une place pour une écurie.
- Charbonnier ou Magajin de charbon.
- Si l’on ne fabrique point le charbon à fur Sc à mefure qu’il arrive du bateau, on eft obligé d’avoir dans l’attelier une très-grande place pour le garder, Sc alors il ne faut point mêler enfemble les deux elpeces dont on s’eft pourvu ; le charbon deftiné à entrer dans la fabrication en pelottes pour les cheminées, eft d’une qualité différente de celui deftiné à être mis en pelottes pour les poêles 5 de plus, il faudra réferver du charbon de la premier© elpece pour être vendu dans une certaine proportion avec les pelottes aux-; quelles il convient d’en ajouter, fur - tout lorfqu’on arrange le feu pour l’allumer. Le Charbonnier doit donc former trois corps de magafins.
- L’aétion de l’air fur les charbons , paroît avoir des inconvénients ; on fera bien d’y obvier , en faifant un toît au Charbonnier (1) ; de grandes averfes, des lavaffes fréquentes peuvent Sc doivent être préjudiciables au charbon gras , en lui enlevant une portion de fon bitume, qui eft un de fes principes inflammables ; la Houille maigre n’eft pas moins fufoeptible des effets de la pluie qui la priveroit de fes fels. Voye[ page 76.
- (ï) La démolition des bateaux fournira des I ufages pour lefquels on a befoïn de planches* aïs pour les différentes conftruftions & autres 1
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- ET DE SES MINÉS. ÎL Pahï< Î337
- Les charbons de nature pyriteufe fur-tout, en fe féchant ou s’effieurifTant * perdent de leur qualité & de leur force 5 les Ouvriers font dans cette opinion * & appellent ce charbon, charbon éventé (1) : la pluie dans de grands tas de Charbon de terre , ainfî expofés à l’air, peut les échauffer , au point d'y occa-lîonner un embrafement par Taélion continuelle & le paflàge libre du grand air : il eft de conféquence, fi ce n’eft pour cet inconvénient qui eft rare, du moins pour celui de l’effleuriffement, de ne point recevoir des Maîtres de mines des charbons de l’elpece connue pour être fujette à cette détérioration occafionnée dans les uns ou dans les autres par les pyrites, les fels vitrioliques # & alumineux : on peut confulter à ce fujet, ce que nous avons rapporté page 3 y , Partie Ire.
- Le charbon en gros morceaux , s’évente moins à Pair ; mais il n’en éprouve pas moins une véritable altération : il feroit à defirer pour mettre les char** bons à l’abri des effets de l’air & de la pluie dans tout le cours de la navigation , que les bateaux de tranfport, partant du lieu de l’embarquement, fuflènt couverts en planches, formant un toft en dos-d’âne furbaiffé, & qu’ils ne fuft lent chargés au pied de la mine que de charbon nouvellement tiré (1).
- I. Clos des Pâtes.
- 1
- Apprêt de la Glaife , pour la rendre propre à fe mêler intimement
- avec le Charbon de terre.
- L a préparation à laquelle ce quartier eft deftiné, eft abfolument la même que celle qui s’exécute fur la même elpece de terre, par les Potiers fabriquants de briques, de fourneaux & autres ouvrages de ce genre ; elle confifte dans le trempement & le corroyement des terres ; pour cet effet le terrein fera creufé en forme de baffin, dont le fond pourra être garni de planches de bateaux bien arrangées, fans aucune ferrure : cette humeéfotion pourroit encore fe faire dans une cave qui feroit fituée à l’endroit où le clos des pâtes eft marqué fur le plan, ou fous le quartier dont nous allons parler bientôt : il y auroit même un avantage à faire cette préparation en cave, la pâte s’y pourrit mieux, y devient plus maniable ; alors la luperficie du terrein feroit employée à un autre ulàge, comme fécond féchoir, ou comme pre-
- (1) Dans ma colle&ion de charbon, qui juf-qu à prêtent n’a toujours été qu’enfermée avec foin dans des boëtes & enveloppée de papiers, je trouve de temps en temps quelques morceaux tout-à-fait détruits, ainfî que le papier qui les enveloppoit ; ceux du Forez & d’Auvergne font très-fujets à cette forte de deftruâion ; j’en ai trouvé qui pefant 8 onces dans cet état, mis enfuite dans l’eau & paffés ^ ne pefoient plus étant fecs, que 6 onces moins deux gros, ce qui fuppofe, que la partie pyriteufe faline, y
- eft en grande quantité.
- (2) M. Venel n’adopte point fcette opinion généralement adoptée parmi les Ouvriers habitués à l’ufage de la Houille : il croit, après beaucoup de recherches & d’informations faites à ce fujet, qüe ce n’eft qu’une opinion vulgaire très-vague & très - incertaine , & que cëtte véritable décompofition n’influe en rien fur la qua*< lité ; SeSl. III, Chapitre FI, Partie I, page 194, note a ; mais nous croyons qu’il eft plus raifon-nable de s’en rapporter à l’expérience*
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- X338 DU CHARBON DE TERRE
- mier dépôt pour les pelottes , quand elles font entièrement féches. I/aj** prêt que doit fubir l’argille, peut fe faire de deux maniérés, ou au moment f c eft-à-dire, quelques heures avant le temps d’y mêler le Charbon de terre (1), ou quelques jours en avant.
- Si l’on ne fait cet apprêt de la pâte que pour le moment de l’ajouter au charbon , il feroit de conféquence de prendre garde à la quantité d’eau que peut fupporter la terre pour l’humeéter fuffifamment, & ne pas y en mettre trop, ce qui nuiroit à la fabrication à plufieurs égards.
- Autant qu’il eft pofîîble d’évaluer exaélement la proportion d’eau fur une proportion de charbon , elle doit aller à 3 pintes pour un boiflfeau de pâte, qui eft la proportion pour un minot de charbon ; ainfi pour la demi-voie, c’eft-à-dire, pour un minot & demi de pâte, il faudroit 18 pintes d’eau, & lur le charbon d’Auvergne, iy pintes.
- Xa maniéré la plus ayantageufe eft de travailler ces argilles, bien avant de les mêler au Charbon de terre ; elles n’en font que meilleures pour l’impafta-tion de la Houille, quand elles ont été humeétées, imbibées & pénétrées longtemps avant d’être employées.
- Pour bien préparer une glaife jugée de bonne qualité, d’après ce qui a été dit fur les argilles (2) , qui eft bien grade , qui file lorfqu’on la rompt, on commence par jetter deffus une affez grande quantité d’eau , pour excéder de plufieurs pouces la folle ou le haflin dans lequel on la ramalfe (3) : après l’avoir lailfée tremper deux ou trois jours , on la hache, on la laboure , on la retourne à la bêche à différentes reprifes , on la piétine de temps en temps , on la pétrit avec les mains partie par partie, afin d’aider l’eau à la pénétrer, d’y reconnoître les pierres , les pyrites ou autres matières étrangères qu’on en fépare, & en faire une bouillie lavée & délayée, approchant d’une pâte duétile ôc maniable.
- Il n’eft pas inutile de la maigrir, c’eft-à-dire, de diminuer de fa force, en y ajoutant, lorfqu’on la corroyé , une certaine quantité de la fécondé efpece d’argille, nommée terre maigre ou bien d’argille-fable , en obfervant que la mafle devienne à l’œil entièrement homogène ; par ce mélange l’argille-glaife perd fa facilité à fe retirer au feu, & elle eft difpofée félon les remarques de M. d’Arcet 5 à pafîèr plutôt même que l’argillepure à l’état de verre.
- I I. Quartier de Remuage ou Quartier des Clayes.
- Triages de Charbon.
- O n doit confîdérer ce quartier ainfi que tous les autres dont nous allons
- (1) Les Tuiliers , les Briquetiers* en préparent de cette maniéré un monceau d’environ 5 0 pieds cubes dans Pefpace d’une heure & demie.
- (2) Celle appellée la belle, qui eft grife 8c fans veine, eft très.propre à la fabrication.
- (3) A quelque diftance du puits que foit cet endroit, on y en enverra aifément la quantité que I on voudra avec la pompe portative, fig. 17,
- Pl.LVII, N°. 1.
- parler £
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- ET DE SES MINES. IL Part, *339
- parler, quant aux uftenfiies dont on y fait ufage , quant aux opérations qui s’y exécutent, à fa fituation dans l’attelier, fon étendue & fa diftribution*
- Les uftenfiies du quartier de remuage, font pelles 9 rateaux, brouettes f clayes, dames ou cylindres.
- Si un établiffement de ce genre a lieu près des mines de charbon, ou au magafin près les ports d’embarquement , le remuage du charbon le plus favorable eft celui qui fe fait à la peüfe fur la meule même y Voy. fig. 19 PU LVIy N°. i; tout ce qui refte en roulans n’a pas befoin alors d’être réduit en menu par aucun procédé, pouvant être repris par les Maîtres de mines ou par les Marchands de Charbon de terre qui feraient entrer ces roulans dans le commerce ; ce débouché bien fimple fauve le coup de main des chaideurs (1) avec la dame, ou avec le cylindre ; il n eft jamais poffible de s’en fervir d’une maniéré affez égale pour que la compreffion produite à bras d’homme par ces outils, ne faife point trop de pouflïer ou de fraifil (2). De quelque façon qu’on s’y prenne pour ce remuage de charbon , il eft à propos de ne point oublier que cette main - d’œuvre n’a pas feulement pour objet de trier du menu charbon, propre à être corroyé avec les pâtes, Sc de mettre à part les morceaux qui roulent au pied Sc tout autour du tas ; on doit encore en féparer différentes fubftances fouvent mêlées avec le charbon, qui donneroient au chauffage quelque imperfeétion Sc quelque incommodité : les mines en majfes ou en bouillonsy les mines qui font mal exploitées, ou dans lefquelles les Extrac-* teurs ne font point attentifs fur le choix Sc le triage de leur charbon page j 67, font particuliérement dans le cas de demander une certaine attention dans le remuage ; ces fortes de mines font des efpeces d’un tout qui a été bouleverfé ; en conféquence, le charbon de bonne qualité eft confondu avec celui d’une qualité moindre ; il n’eft point rare qu’une mefure de charbon provenant d’une de ces carrières, fe trouve mêlée en grande quantité avec des portions de kreins , de nerfs, de roches, de gangues y qui faifeient partie de l’enveloppe du charbon, mais qui ne font point combuftibles, qui fouvent répandent au feu une mauvaife odeur, & enfin avec du mauvais pouffier de char-; bon , dont ces fubftances font ordinairement encroûtées ; ces différents mélanges plus ou moins abondants, font caufe que l’on diftingue fouvent dans une mefure, comme deux ou trois efpeces de charbon, & à moins qu’il ne s’y en trouve une quantité dans une certaine proportion , ces mines prêtent fort peu à cette fabrication : il vaut mieux en brûler le charbon crud.
- Le Quartier dans lequel s*exécute le remuage du Charbon de terre, doit être fitué en face de l’entrée de l’attelier, Sc tout à fait ouvert dans cette partie. Ce quî eft marqué fur le plan, au lieu d’être une clôture d’échalas, comme le refte
- (1) Dans les mines d’Alface, on appelle chai-deurs, les Ouvriers qui pilent la mine à bras.
- (2) Dans l’attelier de Paris, tout le charbon
- Charbon de Terre. IL Paru
- étoit cafle avec la dame tfig. 6 > PL LV1I, N°. i ï je ne fuis point décidé en faveur de cette opération.
- O
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- î34ô du charbon de terre:
- de {on enceinte, n’eft qu’une pierrée peu élevée au-deffus du niveau dû terrein, pour que le Voiturier arrivant avec la voiture, fig. 16, PL LVII, N°. r, n’avance pas plus loin , 8c fafle porter fur cette pierrée le derrière de û voiture lorfqu’il la décharge ; la diftance de cette entrée du quartier de remuage à la porte de l’attelier, doit être telle qu’il relie entre ces deux entrées un terrein dans lequel la voiture puiffe venir décharger , 8c retourner enfuite commodément pour regagner la porte de l’attelier.
- Le quartier de remuage étant également defliné pour faire fubir cette main-d’œuvre au charbon pour les pelottes de cheminée, & pour les pelottes de poêles, il eft à propos, afin d’éviter la confufion, d’employer à part un pur ou un temps à ce façonnement pour chaque elpece de charbon.
- S’il elt pofïible de choifir toujours un temps favorable pour la fabrication * ce quartier & les autres peuvent être à découvert ; mais dans tous, le fol doit être ou planchéié , ou battu à ciment, encore mieux carrelé & briqueté ; par-là il eft plus aifé de balayer de temps en temps le terrein , 8c on perd moins de matière , que les Ouvriers emporteroient {ans ceffe avec leurs pieds.
- L’étendue à donner au quartier du remuage eft aifée à juger ; les opérations qui s’y exécutent, confiftent à remuer le charbon à la pelle ou à le pafler {bit à la claye, {oit au crible , à battre le gros charbon pour qu’il n’y en ait pas trop de relie , à enlever celui que l’on veut réferver pour la vente avec les pelottes : l’étendue de ce quartier doit donc être proportionnée au nombre de meules que l’on veut y remuer, à celui des rangées de clayes que Ton veut y placer pour cette même opération , en biffant toujours la place pour le battage des roulans : 8c pour que les Brouetteurs, qui en portent au charbonnier, ou qui enlevent les bouxtures 8c roches de rebut, puifi fent aller 8c venir librement ; leur entrée 8c leur {ortie eft ménagée à droite 8c à gauche de la pierrée, qui marque les limites de cette partie du quartier.
- En détaillant toute l’hiftoire de la Houillerie Liégeoife , nous avons fuffi-{àmment décrit le remuage à la pelle ; il eft rendu encore plus intelligible par la figure i de la Planche LVI, N°. i, où l’on voit cette main-d’œuvre, aînfi que les Jubféquentes, exécutées feulement par des femmes, ainfi que c eft l’ulàge au pays de Liège.
- Il ne nous refte qu’à éclaircir le remuage à la claye, fi l’on jugeoit à propos de l’exécuter de cette maniéré ; le charbon déchargé fur la pierrée qui fépare ce quartier de la cour d’entrée , étant jetté à différentes reprifes par les garçons de la pelle, lur la rangée de clayes exprimée dans ce quartier, il en paffe une partie de l’autre côté des clayes ; cette manœuvre s’exécute jufqu’à ce que tous les morceaux qui reviennent au bas de la claye, foient décidément trop gros pour paffer au travers, comme on le voit autour de la meule, fig, i, Planche LFI 9 N°. I : pendant ce même temps, les Brouetteurs les attirent avec les rateaux de deflous le coup de main des Ouvriers de
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- ET DE SES MINES. IL Part. Ï341
- la pelle, en emportent une partie au Charbonnier, fur lés brouettes, 8ctransportent l’autre à droite & à gauche du terrein qui refte derrière les clayes i là ces morceaux font battus à la dame par les chaideurs ou autrement ; le menu charbon qui a pafle derrière la claye, eft porté par les Brouetteurs dans le quartier du manege ouvert en face de la fortie du quartier de remuage , lorlque le Prépofé de ce quartier en demande*
- III. Quartier du Manege.
- Impajlation de la Houille avec les Terres-grajfes*
- Les uftenfiles de ce quartier fe réduifent à des pelles , des brouettes 8c des bacquets remplis d’eau.
- Le charbon menu qui a été trié à la clayé ou au crible, ou à la pelle , étant arrivé dans le quartier du manege , le Prépofé fait apporter du clos des pâtes une quantité de pâtes relative , foit à la mefure , foit à la qualité du charbon qui va être amalgamé avec les terres : Voye{ page 1282 $
- *283.
- Avant d’être fournis à la manœuvre qu’il doit fubir dans ce quartier, le charbon peut quelquefois fupporter un mélange d’autre charbon ou plus fort ou plus foible, félon les différentes vues.
- Ce mélange utile dans quelques occafions, doit être réglé fur une con-ïioillance bien précife des charbons que l’on a à employer; le tâtonnement par des eflais en petit, eft ce qu’il y a de mieux , pour s’aflùrer foit de la nature du charbon , foit de la proportion des mélanges, fcit même de la pro-portion de la pâte à ajouter à un charbon feul.
- Il fuffit d’obferver que lorfqu’il s’agit de fabrication de pelottes deftinées au chauffage dans les cheminées, il faut, tant que faire fe peut, exclure de ce mélange tout charbon ayant une odeur forte ou pénible.
- Dans un endroit où Ton n’a pas à choifir le charbon d’une mine préférable* ment à celui d’une autre mine, & où il n eft pas pofïible d’avoir féparément des charbons de différents degrés de force , comme cela eft nécefîàire, félon qu’on voudroit l’employer aux cheminées , ou félon qu’on voudroit l’employer dans les poêles , on pourroit empâter le charbon deftiné aux che* minées avec un fixieme de pâte feulement, & celui réfervé pour les poêles, avec un cinquième de terre ; l’ouvrage qui fe fait dans ce quartier , a pour objet de mêler bien intimement le menu charbon avec les pâtes, en corroyant de nouveau le tout enfemble, de maniéré qu’ils fafîent un feul 8c même corps. Ceft cette opération qui eft repréfentée , fig. 2 , Planche LVI, N°. r. 8c qu’on appelle à Liège triplage. Les Houilles maigres peuvent fe
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- *34* DU CHARBON DE TERRE
- tripler à pieds de cheval pour une grande fabrication ; quant aux Houilles
- graffes, il efl préférable de les tripler à pieds d’hommes.
- Dans un établiflement tel que celui pour lequel on foppofe ici un grand attelier , ce triplage fait avec foin , conftitue une opération capitale.
- Pour opérer cette liaifon intime , & des terres grafles déjà corroyées dans le clos des pâtes Sc du Charbon de terre qu’on y ajoute, les marcheux ref* faflent , retournent le tout à force de pelle , d’abord ainfi qu’il a été dît page 356, Sc comme s’ils corroyoient tout nouvellement les terres, marchent deifus en appuyant à plufieurs reprifes, relèvent enfuite avec des pelles tout ce qui s’eft étalé fur le terrein par cette manœuvre, pour la piétiner de nouveau , en ajoutant de fois à autre, félon le befoin, de l’eau qu’ils puifent à la main dans des bacquets placés à leur portée , en prenant garde de ne point trop humeéter leur pâte.
- La proportion de terre , qui doit être mêlée avec chaque efpece de charbon que l’on fabrique, n’eft pas la feule chofe qui varie félon la nature du charbon; v Une trop grande eau peut extraire de ce foffile Sc des argilles ce quelles contiennent de fàlin , & la matière graffe la plus groffiere : cette partie grafle contribue à la qualité de la Houille, Sc dans les argilles conftitue la ténacité ou vifcofité qu’elles doivent avoir jufqu’à un certain degré ; il faut donc dans ces humeélations à la main prêter attention à la quantité d’eaù qu’on ajoute à la maffe. Le charbon de Fims , par exemple, ne laifle pas que d’en avoir befoin ( 1 ). Le charbon d’Auvergne , qui pour la plus grande partie eft un p ouflîer terreux , en a peu befoin ( 2 ) ; dans le cours de la navigation & julqu’au moment qu’il eft apporté au magafin , il a déjà été abreuvé des eaux de pluie, & eft déjà fort mouillé.
- Cette proportion d’eau eft encore à confidérer relativement à la préparation que cette pâte doit fubir dans le quartier où elle doit être tranfportée enfuite : en décrivant la main-d’œuvre qui s’y exécute, nous ferons remarquer l’inconvénient qui réfulteroit d’une pâte trop humeétée*
- I V. Quartier des Metteurs en Forme.
- Le principal uftenfile de ce quartier, ce font les moules ou lunettes ; dans un coin, nous avons réfervé pour elles un petit retranchement, afin de ne point les laifïèr traîner ou s’égarer , lorlque les Ouvriers quittent l’ouvrage; Il eft à propos d’avoir deux fortes de lunettes, foit pour la forme, foit pour la grandeur , pour les temps où l’on veut travailler les briques deftinées aux cheminées, & celles deftinées aux poêles* Cette petite ferre eft encore
- (1) Il paffe même pour gagner de la qualité à | (2) Si le bateau n’a point été couvert comme
- la pluie. Voy, pag. 5*81. J nous l’avons recommande.
- commode
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- ET DE SES MINES. IL Part. i343
- commode pour emmagafiner de la fcieure de bois menu ou de l’argille-fàble j & les palettes, fi on s’en fert pour battre la mafie dans les moules.
- Outre les brouettes néceffaires pour le tranfport des pelottes au féchoir , ce quartier doit encore être pourvu de diftance en diftance , dans l’intérieur de fon pourtour, de baquets remplis d’eau.
- Les Ouvriers de ce quartier ayant reçu des brouettes de la mafie qui a été corroyée, s’agenouillent autour d’un tas ; Voye^fig. 3 , PI, LVI, N°. 2* Chaque Ouvrier fai fit une forme ou lunette avec les doigts , en p a fiant la main dans la plus petite ouverture, & attire dans le vuide du moule par la plus grande ouverture, tout autant de matière qu’il en faut pour le remplir & au-delà ; cette forme étant alors placée à terre fur la face la plus ouverte, le Metteur en forme ajoute de la mafie dans la lunette à pleines mains ^ de maniéré que tout ce qui excede le niveau de la lunette , puifie être frappé à plufieurs reprifes, ou avec les mains, ou avec le plat de la palette (ï) , pour bien ferrer toute cette mafie ; il en remet encore à la main dans le moule , en frappant de nouveau plufieurs fois , 8c traînant de temps en temps fur le terrein la forme qu’il tient bien appuyée (2) ; quand il juge qu’il ne peut plus y ajouter, & que le tout eft bien battu , il embrafle le moule avec tous les doigts , le releve de maniéré qu’une des extrémités ovales puifie être frappée légèrement fur le terrein ; il en fait autant fur l’autre extrémité ; la pelotte fe détache alors des parois du moule, la fecouffe la plus légère la chafie entièrement de fa capacité, 8c la porte dans la main de l’Ouvrier qui la place près de lui avec légéreté : la même manœuvre fe recommence fur le tas pour faire une autre brique , 8c ainfi de fuite : de temps en temps , l’Ouvrier avant de fe fervir de fon moule, le trempe dans feau , pour que les pelottes en fortent plus aifément, & il réitéré ainfi cette opération fur toute la partie préparée.
- Lorfque l’Ouvrier eft obligé de raffraîchir ou d’humeéler fa pâte avec ufi peu d’eau ou de mouiller fa lunette , il doit le faire avec ménagement ; fi les pelottes étoient trop trempées en fortant du moule, la liaifon qu’on a cherché à donner à la mafie par une compreffion réitérée à coups de palettes, fe perdroit à mefure que les briques viendroient à fe fécher , 8c quand elles paroîtroient être tout-à-fait feches, le feul cahotage de la brouette fufiîroit pour les déformer.
- Les briques de Houilles toutes fraîches 8c au fortir des mains du Metteur en forme * font en état d’être employées dans un feu qui eft en train , en les plaçant fur le haut de la pile de hochets déjà embrafés ; là elles fe fechent par degrés, 8c fe trouvent en état de s’enflammer à leur tour ; mais pour enlever
- (1) Pour faire de gros hochets } les mains peuvent fuppléer aux palettes ; les petits hochets dans les petites formes, ne pourroient être bien battues qu’avec les palettes.
- Charbon de Terre. II. Pan.
- (1) Quand on fait de ces briques pour fou ufage, la partie qui regarde l’Ouvrier travaillant , eft toujours excédente du niveau du moulie, & forme une faillie arrondie.
- P 1;
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- s . DU CHARBON DE TERRE
- la fourniture qui vient detre fabriquée , & la placer dans l’endroit où on l’em-magafine, il faut au préalable laitier fécher les pelottes. Avant de confidérer ce dernier temps de l’opération, Sc celui de mettre les hochets en depot, il eft des queftions qui pourraient venir à 1 idee des perfonnes prefentes à cette mife en forme ; nous allons nous y arrêter.
- Examen de quelques particularités, qui font des dépendances de la main-d œuvre
- exécutée par les Metteurs en forme.
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- Les détails que nous venons d’ajouter à la connoiffance générale que nous avions donnée de cette main-d’œuvre , page 3$6, conduifent naturellement à l’examen & à la recherche de quelques circonftances concernant les pelottes faites ou à faire ; ces particularités regardent le nombre de hochets que peuvent produire des fabrications de mefùres différentes , le nombre de briques qu’il eft poiïible de mettre en forme dans un temps donné ; on pourrait encore demander s’il eft indifférent de faire ces pelottes dans des moules ou de les faire à la main , de leur donner indiftinélement un gros volume ou un petit volume»
- De la quantité de pelottes que donne la tnije en forme dans la fabrication dé une mefure fxee , (S* du nombre de pelottes que l on peut obtenir dans un efpace de temps déterminé.
- Quant à la queftion que Ion pourroit établir furie premier article, le nombre cie pelottes réfultant de cette opération définitive exécutée, par exemple, fur un minot, fur une voie de charbon corroyé avec les pâtes , eft, comme de raifon ^ différent, félon la grandeur du moule dont on s’eft feryi ; il l’eft suffi félon la qualité du charbon fur lequel on a travaillé , & qui a demandé un cinquième ou un fixieme ou une autre proportion de pâte : mais il eft à cet égard une remarque dont il eft à propos d’être prévenu ; elle n’eft pas indifférente pour les perfonnes auxquelles il ne faut, qu’une petite fourniture , & auxquelles la totalité de hochets qu elle leur a produits, peut feryir à calculer une confom-mation réglée par jour , par mois (i) ; c’eft que par le nombre de pelottes réfultant d’une petite mefure donnée, il feroit très-poffible de juger de la perfection de la main-d’œuvre des Metteurs en forme, & fixer exactement la quantité de pelottes que produira enfuite une fabrication double , triple , quadruple, fextuple &c. de la même mefure : le détail dans lequel j’entrerai fur les avantages des effais en petit, développera comment cela eft poffible.
- Le temps qui peut être employé à faire une certaine quantité de pelottes,
- <i) Uniquement pour le chauffage dans les cheminées ou dans les poêles.
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- ET DE SES MINES. II. Part. 134*
- dépend de même du plus ou moins d'intelligence ou d’adrefle de l'Ouvrier, appliqué à cette main-d'œuvre, ou de ce qu'il eft plus ou moins expéditif; dans l'attelier de Paris, deux hommes fuffifbient en douze heures de temps pour piétiner & pour mettre en moule la quantité de 5000 pelottes , telles qu'elles fe fabriquoient (1); fi elles euflent écé plus volumineufès, il aurait fallu moins de temps pour en fabriquer davantage ; en comparant la feule main-d'œuvre de mife en forme , à celle ufitée dans les Briqueteries , & qui eft la même , il eft de fait qu'on peut mouler par jour 4000 briques à bâtir.
- r
- Avantages des Briques de Houille faites dans des moules, fur celles façonnées
- à la main, & des briques volummeufès fur celles qui le font moins.
- Quand on fabrique ce chauffage chez foi & pour fou propre ufàge , le charbon tout corroyé avec les pâtes , peut être façonné tout fimplement à la main en boulets (2) , quoiqu'à beaucoup près cette maniéré ne fuit pas fi favorable; & alors on n'a pas befoin de moules. M. Venel, en parlant de ces briques en boulets pelottés à la main, par comparaifbn avec la méthode anciennement fuivie à Valenciennes, telle qu’elle a été décrite par M. Carrey, Voye^ page 486 > obferve judicieufement que ce façonnement de la Houille dans des moules avec des argiiles, eft plus avantageux (3) ; il remarque très-bien que les pelottes mifes en forme dans des moules, comme les briques à bâtir, font plus lijfes , plus égales dans leur confifiance , & font du meilleur emploi (5) ; quoique cet Auteur ait refufé au Charbon de terre apprêté la propriété économique que nous lui attribuons, ce qu'il a entendu par cette expreffion du meilleur emploi, eft expliqué clairement par la raifon qu'il en donne, & eft une nouvelle contradiction avec lui-même fur ce point : ce que nous avons dit pour appuyer à cet égard notre opinion , qui nous eft commune avec beaucoup d'autres Savants .(5) , achevé de démontrer la fupério-rité des hochets façonnés dans des lunettes , fur ceux fabriqués à la main ; il n'eft pas nécefïàire de beaucoup de réflexions pour la concevoir; puiique fi la terre ajoutée , mêlée à la Houille, pour faire corps dur , qui doit fe re(Terrer , fe durcir , fe cuire au feu , vient à fe définir, à fe féparer en pièces, la Houille eft confumée trop promptement, ou fi en fe détachant de la pâte qui n'a point aflez de liaifon pour la retenir, elle tombe & s’éteint dans les cendres fans avoir produit fon effet ; c'eft un inconvénient très-fenfible pour la qualité du chauffage , & les pelottes ou boulets faits à la main , doivent y être plus fu jettes ou plus difpofées.
- (1) Leur poids & leur volume feront indiqués dans un inftant.
- (2) Tels qu’on en a repréfenté, PI. LFI, iV° 2, figure 4.
- (3) Ce Savant paroît n’avoir vu à Liège faire
- de ces briques qu’à la main , ce qui annoneeroîc qu’il a paffé bien précipitamment dans cette ville.
- (4) Se&ion IV, Chap. IV 9 Part. I, page 107.
- (j) Voyei page 12$Ç.
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- f 34» DU CHARBON DE TERRE
- Dans le cas d'une fabrication de chauffage en grand pour être un objet de commercé , & tranfporté par charrois en différents endroits, cette folidité à donner aux pelottes , n’eft pas feulement effentielle pour les rendre plus durables au feu ; elles fe trouvent encore plus propres à réfifler au cahotage des voitures , & font toujours de débit, au lieu qu’elles ne le feroient point C elles étoient caffées.
- Une autre circonftance qui mérite quelque difcuffion , c’eft le plus ou moins de volume qu’il convient de donner à ces briques de Houille ; qu’elles foient façonnées à la main ou dans les moules, la groffeur qu’il faut leur donner a’eft pas un article abfolument indifférent, ni pour le fabriquant, ni pour le détailleur, ni pour le confommateur.
- Dans la fabrication, il n’y a point de doute qu’une voie de Charbon de terre i par exemple , apportée toute corroyée avec les pâtes dans le quartier des Metteurs en forme, ne foit plutôt travaillée en faifant de gros hochets , que fi on les faifoit petits; ces hochets devant enfuite devenir une marchandife qui fera voiturée dans différents quartiers, & vendue au compte, le débit des groffes pelottes eft bien plus commode & d’une expédition plus ailée pour le détailleur.
- Une condition indifpenfable dans les pelottes, pour, qu’elles acquièrent en les mettant en moule, & qu’elles confervent enTéchant, la dureté qui les met à l’abri d’être caffées lorfqu’on les tranfporté ou qu’ôn les détaille , c’eft d’être bien battues & bien ferrées dans le moule ; il paroît plus que difficile d’imaginer que des pelottes peu vulumineufes, puiiîent recevoir convenable-ment cette façon ; une petite maffe ne peut guere être pétrie qu’à la main, à peu-près comme elle l’a été avec les pieds , pour mêler intimement la pâte Sc le charbon ; mais lorfqu’il eft queftion de lui donner de la fermeté & de la lolidité, il eft néceffaire que cette maffe foit comprimée, rapprochée par un battage répété qui ne peut bien s’opérer que fur une maffe d’une certaine étendue ; faute de confifiance , ces petites pelottes , particuliérement fi la terre d’impaftation qu’on a été obligé d’employer n’eft point de bonne qualité, ces pelottes ne pourront guere même refter en piles fans fe déformer , fans fo cafter ; difficilement elles arriveront entières dans les entrepôts où il faudra les charroyer ; & malgré l’application qu’on peut faire de ces pelottes de rebut au chauffage des entrepôts de vente, ce déchet peut fur une grande quantité de pelottes, être porté à un point qui devienne une perte pour l’Entrepreneur.
- Les inconvénients des petits hochets, & qui n’ont pu être bien comprimés, ou qui ne l’ont été qu’à la main , ne font pas moins réels pour le confommateur ; à chaque remuement que ces pelottes ont effiiyé pour être em-magafinées, pour être débitées au compte, elles perdent confidérablement de matière ; fur une fourniture d’un millier ou davantage , cela devient
- pour
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- ET DE SES MINES. IL Part. *347, pour l'acheteur un objet en moins ; on en jugera par ce que nous obfèrverons fur ce pouffier , dans les endroits où on le ferre.
- Il eft un autre inconvénient qui réfulte pour l'économie, de la confiftance moins parfaite dans les hochets d’un petit volume * que dans ceux d’un plus grand volume : on juge facilement que des pelottes émincées , telles que celles qui fe débitoient dans rétabliflement fait à Paris en 1770 , ne font point propres à tenir longtemps dans des porte-feux , dont les tringles ou les barres font en longueur, comme dans celui fig. 3 , PL XXI; la difpofition, le nombre des barres formant la cage dzsfers à feu , la diftance plus ou moins grande que ces barres laiiïent par conféquent entre elles, félon qui! y en a quatre, ou félon quil n’y en a que trois, donne, au moins fur le Volume que peuvent avoir ces pelottes, une réglé bien fimple ; ces boulets doivent avoir une groffeur à la faveur de laquelle elles puiffent être contenues dans le grillage la plus grande partie de la durée du feu; fi leur volume n’étoit pas proportionné jufqu’à un certain point aux diftances que ces tringles laiffent entre elles, à peine les hochets auroient-ils commencé à diminuer en brûlant , qu’ils tomberoient hors de la caiflè : d’ailleurs il en eft de ce combuf* tible comme de tous les autres ; un feu compofé de trois ou quatre morceaux de bois, donnera toujours un chauffage meilleur Sc de plus de durée , que fi ces mêmes trois ou quatre morceaux étoient partagés en fix ou en huit.
- La groffeur dont ces pelottes font le plus communément à Liège , me parole la plus convenable. Dans l’établiffement fait à Paris , j’avois infifté fur l’avantage de fe conformer à cet ufage Liégeois, comme le plus favorable pour le débit au compte , Sc pour la folidité du chauffage : pour mes travaux particuliers Sc pour mon chauffage pendant deux hivers, j’ai toujours donné la préférence à ces greffes briques ; elles pefoient au fortir du moule deux livres neuf onces & demi gros, & lorfqu’elles étoient entièrement lèches, deux livres trois onces Sc demie ; le minot en donnoit quarante & une, & la voie quatre-vingt-deux ; en obfervant qu’étant battues avec les mains & non avec la palette , il y a toujours un excédent qui furpaffe le niveau du moule (1) ; cinq de ces hochets partagés chacun en deux lorfqu’on auroit voulu n avoir qu’un petit feu , en auroient repréfenté environ douze de ceux qui dévoient fè fabriquer Sc entrer en vente : il étoit indifférent pour l’acheteur d’avoir fon chauffage en plus ou en moins de morceaux ; mais avec de gros hochets , fon compte eût été plutôt fait.
- Les moules qui avoient été adoptés , avoient fix pouces de longueur , fur trois de largeur, Sc deux pouces deux lignes de hauteur ; les pelottes qui en réfultoient, pefoient étant fraîches une livre neuf onces oc demie, & étant féches, une livre cinq onces Sc demie, Sc demi gros. La capacité convenue
- (1) Cette quantité d’un minot fabriquée à | duifoit en total 102 pelottes, à raifon delàtro£ J’attelier par deux minots avec ces moules, pro- | grande quantité de pâte qu’on ajoutoit. >
- Charbon de Terre. IL Part. Q iy
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- X348 du charbon de terre
- -de ces formes , avoit été par degrés altérée, Voy cépage 1300, au point que la plupart des pelottes qui en réfultoient , ne pefbient plus étant fraîches, & fuppofées même faites convenablement , que douze onces Ôc demie , & lorfqu’elles étaient bien féches , onze onces deux gros & dem*
- (0*
- Utilité des Efaais de fabrication far de petites quantités de Charbon de terre g avant de procéder a de grandes fabrications•
- La difficulté, on peut dire, l’impofîibilité de connoître avec la derniere précifion, quand on n’a point l’ufage de cet apprêt, la qualité du Charbon de terre dont on voudroit fe faire un chauffage plus économique, la difficulté par le manque d’habitude de juger à la fimple vue de la proportion de pâte qui lui convient, avertiffent, comme nous avons eu foin de le remarquer, que pour plus grande fûreté , il étoit à propos de faire des eflàis en petit : cette pré-; caution réunit deux avantages ; le premier eft que fi on n’eft point parvenu dès la première fois à faire de la bonne befbgne, cette petite quantité n’eft point perdue, & qu’on eft certain de réuffir en recommençant un fécond , même un troifieme eflài, s’il eft néceflâire, jufqu’à ce qu’on ait reconnu par l’expérience au feu, que la quantité Sc la qualité de la terre ajoutée, font ce qui convient à la nature du charbon ; on eft fur de ne point manquer une grande fourniture.
- Le fécond avantage, pour ceux qui voudroient régler leur chauffage , eft de favoir précifément le nombre de hochets que donnera, relativement aux moules dans lefquels on les formera , une mefure quelconque , quelque répétée qu’elle puifle être.
- Lorfqu’une fois l’article des pâtes & de leur proportion eft fixé , une fabrication bien ordonnée , foignée dans le corroyement des pâtes, furveillée dans la proportion de ce mélange avec le Charbon de terre, dans le façonnement avec les moules, une telle fabrication eft conftamment régulière dans fon produit ; je veux dire quelle donne ou doit donner conftamment au minot, par exemple, ou à la voie, (tant qu’on enfabriqueroit féparément un minot ou une voie, ) le même nombre de pelottes qu’on auroit eu du premier minot ou de la première voie fabriquée (2), de maniéré que ces premiers eflàis reconnus à l’épreuve dans le chauffage, devoir fèrvir par la fuite de modèles à toutes les fabrications, quant à la proportion des pâtes, fixent précifément combien ces fabrications fubféquentes, exécutées féparément avec le
- (1) Epreuve faite d’après un de ces moules que j’ai été à même de me procurer dans l’attelier, lorf-que l’entreprife a été abfolument abandonnée : ce moule ne fe trou voit avoir que 4 pouces Sc demie 2 lignes de longueur, & 3 pouces de largeur , fur 1 pouce 5; lignes de profondeur.
- (2) Différent feulement, mais également dif-
- tinét en inégalité de nombre , dans une fabrication de charbon gras pour les cheminées, Sc dans celle du charbon maigre pour les poêles, qui, à raifon de la différence de proportion de pâte, donne pour le premier charbon quel-ques pelottes de moins, Sc pour le charbon maigre, quelques pelottes de plus.
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- ET DE SES MINES. II. Paut. 1349
- même moule > fur une même quantité de charbon, donneront de pelottes : comme feulement la mife en forme ne peut être d’une parfaite égalité dans toute une fabrication , il arrive que ce nombre eft quelquefois différent à trois ou quatres pelottes près, fur un demi-minot , par exemple , tantôt en plus , tantôt enmoins , ce qui vient toujours en compenfàtion réciproque.
- Cette égalité de produit des pelottes par mefure eft fi confiante, que les fabrications qui en donneroient plus que moins, pourroient être regardées comme une preuve certaine d’une opération inférieure de la part du Metteur en forme ; celles qui en donnent plus, font un renfeignement infaillible à cet égard. Au moyen d’une fourniture ou d’une provifion de cette efpece par morceaux ou malles de volumes femblables, dont un nombre eft capable d’entretenir pendant douze heures de fuite un bon feu , il eft facile aux particuliers qui peuvent être dans le cas de le defirer, de régler leur chauffage pour fix mois, d’évaluer à très - peu - près cette confommation , félon que chacun veut ou peut fe chauffer à grand feu toute la journée, ou à un feu bourgeois, ou à un très-petit feu de ménage, ou à un feu encore bien inférieur.
- Aucune occafioti nétoit plus favorable pour avoir des réfultats précis fur Ces différents points , que l’attelier de fabrication ouvert à Paris en 1770, qui devoit avoir pour but de rendre fervice à l’Etat, & de fbulager le pauvre en lui procurant un chauffage économique & bien conditionné. Si le projet de cet établiffement, fur lequel la Capitale, le Miniftere & les Pays étrangers çnt eu les yeux ouverts, au lieu d’avoir été diète (comme toutes les apparences donnent lieu de le préfumer ) par des vues perfonnelles & peu honorables , avoit eu pour principes des vues honnêtes , & eût été conduit en conféquence , il auroit offert dans tous les temps , même malgré un mauvais fuccès, un tableau auffi utile que curieux, pour les pays où i’ufàge de ce feu n eft point connu. Le défordre inoui, répandu non-feulement dans la geftioii de l’affaire, mais encore dans toute l’exécution du projet, par celui même qui s’en étoit chargé, & dont il nous a fuffi de rendre le compte le plus fîiccinét (1), a porté dans cette partie des opérations une telle confufion , qu’il a été de toute impoffibilité de tabler fur aucun des réfultats de fabrication ; en même-temps qu’ils s’étoient fort éloignés de ce que j’avois toujours reconnu dans mes effais (2) , ils ne fe rapportoient point du tout entre eux ; le minot (3) , d’après la déclaration d’Ouvriers fur lefquels on pouvoir compter , produifoit de 420 à 440 pelottes , réduites au petit ^volume remarqué pag. 1332 , note 2e, ce qui feroit pour le terme moyen la quantité
- (1) Notes de la page 1297 & fuîvantes.
- (2) Dès le mois de Novemb.que jem’apperçus rdes diminutions faites fur la capacité des moules, cette fraude étoit déjà à un point, que fur un millier de pelottes, il devoit y en avoir cent
- cinquante de moins que ce que le moule aurois du en donner.
- (5 ) On doit fe reflbuvenir que cette mefure n’étoit pas exa&e.
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- *3*6 DU CHARBON DE TERRE
- -de 6000 pelottes, au plus foible, par voie ou muid , & pour 430 ou 440 J
- au minot, 612.1 pelottes par voie (1).
- Le tableau qui va fuivre du produit de pelottes de différentes mefures don-fiées de charbon, mêlé à différentes proportions de pâte, & mifes en forme dans des moules d’une dimenfion donnée ; le tableau que je donnerai auffi de la confommation de ce chauffage pendant fix mois, quoiqu’incomplets (2) par les raifons que je viens d alléguer , donneront une idée de ce que j’avois cherché à reconnoître, & qu’il fera facile, dans les endroits où on voudroit faire ces opérations, de fixer par des expériences réitérativement conftatées ; il ne reliera qu’à remplir le nombre de pelottes dans les parties où il n’a pu être marqué dans le premier tableau , ainfi que les autres articles qui fe trouveront en blanc dans le fécond.
- Effais de fabrication en petit, pour saffiirer de la qualité & des proportions de terres à corroyer avec différentes qualités de Houille.
- Le moule dont je me fuis fervi comme le plus favorable pour l’avantage du travail & de la confommation, eft celui à la Liégeoife (3).
- Les mefures qui y font nommées font le minot, & la voie ou le muid de Paris ; le minot du poids de 184 livres , Foye[ page <58o, note 3 ; la voie contenant 15 minots & un de furplus pour droit de Maréchal, faifimt 2944 livres de poids total, différent au pied de la mine. Voye^page $98. Les proportions de pâtes ont été évaluées par des mefures fixes, afin d’approcher
- davantage de l’exaélitude.
- (1) Ces disparités, le manque "de conformité entre les déclarations des Ouvriers , & celle du Direfteur des travaux qui avoit feul la geftion en main , n’avoient d’autre folifce que l’augmentation du produit fiétif du minot ; fraude imaginée fans doute , pour faire perdre de vue le produit réel de confiant de cette mefure , de laquelle ( s’il n’y avoit pas eu d’altération dans les moules ) on pouvoit toujours partir raifonna-blement, en comptant par minot ou par voie , qui dévoient l’un 8c l’autre être repréfentés par un nombre donné de pelottes.
- Cette fabrication irrégulière 8c combinée, qui étoit encore défectueufe par une trop forte addition de pâte, îaiflbit en conféquence en arriéré un furplus multiplié de charbon en nature , qui étoit cenfé être entré dans les fabrications, 8c qui ne devoit plus entrer dans les comptes du charbon reliant ou à employer : il ne pouvoit. que devenir au préjudice du Confommateur, fruf-îré d’un chauffage économique & bien conditionné, un profit fecret, dont l’efpece n’a pas befoin de qualification. Cela n’a pas empêché que dès le i Février, on ait encore trouvé de manque fur la totalité du charbon à employer, 14 voies, 3 minots J 8c malgré cette abondance frauduleufe
- de pelottes , foit au minot, foît â la voie, un déficit de 87807 pelottes : les Calculateurs trou» veroient aifément la fomme que produifoient ces déficit obfcurs ; les recettes , les dépenfes embrouillées répondoient à toute cette marche, qui ne m’eft connue dans ce détail circonflan-cié , que par l’examen de l’inventaire 8c autres papiers relatifs, fait par une perfonne entendue.
- (2) Le premier, pour les réfuîtats de fabrication en pelottes ou briques , dont je fixe uniquement celui d’une fabrication dans laquelle il entre un cinquième de pâte ; le fécond , potîc d’autres réfuîtats auxquels il fera de même aifé de fuppléer.
- (3) J’ai indiqué ,pag. 1333, fes dimenfîons 8c le poids des pelottes qui en réfultent. 92 livres de Charbon gras de Liege ( poids du pays ) , mi» fes en forme pendant la pluie , à Liege même, avec une lunette de 16 pouces trois lignes , pied de Roi, en pourtour, ayant 6 pouces 2 lignes de longueur, fur 3 pouces 2 lignes de largeur , & 2 pouces une ou deux lignes de hauteur , on|?f donné 40 hochets un pefoit.,„au fbrtir du
- moule, 3 livres 8c ^, 8c z livres*- îorfqu il a été fec,
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- ET DE SES MINES. II. Par* Ï3J*
- EJfai Jïir trois Minots:
- Minots. .... 7 de pâte ,. faifant 2 M. ou 8 boiflfeaux de pâte. Donne Pelottes*
- 7 de pâte , faifant de M. ou 3 boiflfeaux. P.
- r? de pâte, - ou 1 boiflfeau. 4 P.
- Y de pâte, '1 minot ou 4 boiflfeaux. P.
- Part, égale de pâte, 1 4 ou 6 boiflfeaux. P.
- ~ de pâte, ou deux boiflfeaux. P.
- 7 de pâte , ou deux boiflfeaux & 7. Donne 246 Pelottes ;
- à la Liégeoife. \
- 1 ? EJpii Jitr une Voie y autrement dite , Muid de Charbon de terre ,
- faifant fei{e Minots (1).
- Une Voie 7 de pâte , ou 10 Minots de pâte. Donne Pelottes,
- 7 de pâte, ou 3 M. -J. P.
- rr de pâte, ou 1 M. 7. P.
- 7 de pâte, ou 5 Minots. P.
- Partie égale de pâte, 7 Minots & P.
- ~ de pâte, ( ou 2 M, & 2 boiflfeaux. P.
- 7 de pâte, 3 Minots. 3*0004 P.
- V. Séchoir ou Halle a sécher , (? premier Dépôt pour les briques de Houille , après leur dernier relèvement dans ce quartier.
- Les Metteurs en forme , en continuant leur befogne fur une grande mafle > comme on le voit, £g.'3 , Planche LV1, N°# 2 , ont befoin qu’on débarrafîè leur terrein des pelottes dont ils Font couvert autour d’eux. Ce premier relèvement néceflaire pour faire place à de nouveaux hochets , s’exécute le plutôt poffible : je donne à l’endroit deftiné à recevoir les pelottes fraîches, le nom de Jéchoir , parce qu’elles achèvent d’y prendre à l’air la confiftance fblide qui les rend propres à être emmagafinées quelque part que ce foit.
- Ce qu’il y a à remarquer pour ce quartier, concerne (à fituation<;relativement à la diftribution de l’attelier, les difpofitions qu’on peut y faire, l’arrangement qu’on y donne aux pelottes pour accélérer leur deflechement, fon étendue Sc fon enceinte.
- Par rapport à la fituation du féchoir dans l’enclos de l’attelier, il doit avoifiner le quartier où les pelottes fe mettent en forme , afin que les pelottes tranfportées encore fraîches , rifquent moins de fe enfler ou de fe déformer , n’y ayant pas loin de l’un à l’autre ; & dans cett^
- ( 1 ) Au lieu de quinze, à caufe du droit de bonne mefure ou droit de Maréchal.
- Charbon de Terre. II. Part. R
- 1
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- *3p DU CHARBON DE TERRE
- même vue , l'entrée & la fortie de ces deux quartiers doivent être relpeélî-yement en face.
- L'étendue du féchoir doit être relative a la maniéré dont les pelottes font placées dans ce quartier, lorfqu’on les y apporte pour fe fécher complette'4 ment ; on pourroit élever fur le fol des féparations étagées à claire voie1 comme dans les briqueteries : cette conftruétion exigeroit une toiture , Sc feroit commode pour faire fécher une grande quantité de briques à la fois.*
- En ne choififlant pour cette fabrication que les faifons les plus favorables, il feroit poffible, à mefure qu'on apporteroit fur des planches ou autrement les briques qui fe relevent du quartier des Metteurs en forme, il feroit poffible de les placer tout Amplement à terre ; il faudroit alors les arranger de maniéré qu'elles ne fe touchaffent point, & que l'air les frappât de tout côté , & qu’en même-temps le releveur eût l'aifenee convenable pour fe tranlporter par-tout , pour tâter & retourner les pelottes ; le moment de les retourner fe reconnoît lorfqu’en les tâtant les doigts ne s'impriment point deflus ; on voit qu'alors le féchoir doit avoir plus d'étendue que fi on les rangeoit for des étages à claire-voie, & qu’on doit être pourvu de paillaffons pour couvrir les pelottes s’il venoit à pleuvoir.
- Dans l'une Sc dans l'autre maniéré de fécher les pelottes , le fol de ce quartier doit être foigneufement battu à ciment, afin de pouvoir balayer de temps en temps, & tirer parti de ce qui fe détache des pelottes en féchant î dans une grande fabrication, ces débris forment un objet qui n'eft point i négliger.
- La plupart des mains-d'œuvre qui conflituent la fabrication du Charbon de terre apprêté, cette derniere for-tout, lailïe appercevoir foffifitmment que toutes les faifons de l'année ne lui font pas propres ; les temps de froid & d© gelée font abfolument contraires à ce travail ; le froid exceffif, en arrêtant l'évaporation de l'humidité, & en durcifiànt trop promptement les pelottes, ne ' feroit qu'y retenir l'eau fans qu'elles foient réellement féches ; & fi elles viennent à être feifies par le froid, lorfqu’elles font encore fraîchement faites, ou qu'elles ne font pas entièrement féches ; elles fe défont for le champ lorf-qu’on vient à les mettre au feu : l'eau qui y avoit été fixée & glacée, éteint les pelottes qui ne peuvent s’embrafer ; cette fabrication ne peut donc avoir lieu que dans les temps où il ne gele point : dans le mois de Mars, il y a quelquefois de beaux jours où le foleil accompagné d'un petit vent de bife efl alfez favorable.
- Pour obvier aux inconvénients du froid & de la gelée , fi on étoit obligé , d’en travailler alors, il feroit poffible de fabriquer dans des caves ou dans tout f endroit où l'on pourroit tenir jour & nuit un feu de Houille ; mais cela n'eft
- point pratiquable en grand, Sz ne peut avoir lieu que pour une confommation particulière.
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- ET DE SES MINES. Il Part. 13*5
- te trop grand hâle Sc la trop grande chaleur , ne font pas non plus autant favorables qu’on pourroit d’abord l’imaginer; les briques, en fe deflechant trop promptement, peuvent fe déjetter & fe crevaffer, ce qui les empêcheroic de prendre beaucoup de dureté : il feroit aifé de ralientir l’évaporation de l’humidité , en faupoudrant les pelottes de fciure de bois , Sc encore mieux d’argille-fable.
- Lorfque le temps eft chaud Sc fec, douze ou quinze heures fuffifent pour efluyer les pelottes , au point de pouvoir les tranfporter dans l’endroit où on veut les emmagafiner, où elles achèvent de fe fécher en les y arrangeant convenablement (r).
- L’efpace de temps qu’il faut le plus ordinairement, hors des chaleurs, eft de trois jours ; dans les temps humides & pluvieux , il en faut davantage (2).
- Si l’on pouvoiü pour le travail choifir un temps bien favorable, on n’auroit , pour ainfi dire, pas befoin de féchoir ; ce quartier alors feroit employé à fervic de magafin de pelottes.
- Quand elles ont acquis a fiez de confîftance pour pouvoir être maniées fans fe déformer , on les portera au dépôt où elles achèveront de fe fécher complettement ; mais il ne faut point les y porter qu’elles ne foient bien féches, fans quoi la charge de l’empilement en écraferoit Sc en gâteroit beaucoup.
- On réferve pour ce dépôt toute la partie du mur qui fait l’enceinte extérieure du féchoir, Sc qui doit être plus élevée que dans toutes les autres parties de l’enclos ; cette muraille ainfi exhauflee, fert d’appui aux pelottes entièrement féches, ou peu s’en faut, qu’on mettra en piles les unes fur les autres, comme on le voit, Planche LV19 N°. 2 , fig. 3, & encore mieux en difpofànt ces pelottes de maniéré que dans toutes les rangées elles ne fe touchent que par les extrémités , Sc donnent accès à l’air par-tout : cette élévation de la muraille, aura encore l’avantage d’ôter aux Ouvriers la facilité de diftraire des pelottes, foit pour leur ùfage, foit pour les vendre, en les jettant hors de l’attelier par-deffus le mur.
- Parc des Ufenfiles de fabrications
- Comme il eft néceffaire d’avoir toujours des uftenfiles en réferve , afin de fuppléer à ceux qui fe trouveroient d’ün inftant à l’autre hors d’état fervir, on a réfervé fur le plan un endroit deftiné à cet objet, & à ferrer tous les uftenfiles de l’attelier pendant le chaumage des travaux ; cet endroit £n conféquence doit être fermé par-tout Sc couvert.
- Enfin, à droite Sc à gauche de la porte de l’attelier, on doit ménager une
- (i) Il ne faut pas davantage, lôrfqü’il fait guedoc, huit jours de foleil Sc de vent du Nord g J>eau & foleil, pour reffuyer les briques à bâtir, même en hiver, fufïifenti
- {2) M, Venel eftime que dans le bas Lan-
- V.
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- *3$
- DU CHARBON DE TERRE
- chambre pour deux Commis, l’un chargé d’infcrire le nombre de voitures de charbon arrivant du batteau à l’attelier , l’autre chargé de tenir régi Ares des livraifbns aux acheteurs & des voitures qui portent aux entrepôts de l’attelier*
- Tranfport des Briques de Houille par charrois.
- Les voitures de tranfport, quelles quelles foient, même celles appliquées à cet ufage pour l’attelier, fig. i$ , Planche LVI1, N°. I, (i) doivent être garnies intérieurement d'un paillaflbn ou dune forte toile, pour retenir.le pouffier que les mouvements de la voiture détachent des pelottes , & qui peut très-bien entrer dans les feux de ménage ; une charette à ridelle portoit de l’attelier à l’entrepôt de Paris trois mille pelottes , évaluées à environ, trois mille pefant.
- Entrepôts & fous - Entrepôts de vente.
- La vente 3c le débit de ce chauffage, bien conditionné, 8c à un prix raifomî nable qui le rende économique 9 n’auroit pas lieu dans une ville pendant un hiver , quil fe préfenteroit des perfonnes pour en tenir des entrepôts dans les différents quartiers (a). Il eft à propos en conféquence de faire connoître la maniéré dont doivent être difpofés les lieux que l'on voudroit deftiner à cet uïage. Tout endroit couvert eft propre à garder ce chauffage ; les caves feules doivent en être exceptées ; les rez-de-chauffée fans contredit , font les endroits où ce chauffage peut s’emmagafiner le plus commodément ; dans les grandes maifons, comme Communautés 8c Hôpitaux 3 il fuffiroit de conftruire un hangard dans lequel on dilpoferoit des planches par étages , fur lesquelles on rangeroit les pelottes ; dans les entrepôts en chambre par bas y il fuffiroit que le fol fût couvert de planches qui n’y fuffent pas à demeure * 8c aflez exhauffées au-deffus du terrein, pour d’une part défendre de l’humidité les pelottes qui porteroient immédiatement fur ce plancher , 8c d'une autre part laiffer un vuide qui auroit d’abord été balayé avec foin, dans lequel s’ammafferoit le pouffier détaché par les remuages : ce pouffier, ramaiïe chaque fois qu’on renouvelleroit l’entrepôt ou cette ferre, n’étant mêlé avec aucune ordure, pafferoit pour le compte du chauffage de l’Entrepreneur, avec les pelottes qui fe trouveroient caffées ou féparées de maniéré à ne pouvoir être de débit & reçues par les acheteurs*
- (1) L’efpace de terrein qui eft entre le cîos des pâtes & le Charbonnier, peut fervir d’écurie j celui qui eft entre la partie des uftenfiles & le féehoir, peut être employé à remifer les voitures.
- (2) En connoiftant les hommes, il n’y a point <3e doute que dans les endroits où le Charbon de terre eft à bon marché, un feul Manufacturier pu une feule Communauté, qui fe décideroit à
- ne fabriquer de ce chauffage que pour leur ufage; s’appercevroient bientôt de l’envie qui naîtroic dans leurs environs , de tirer avantage de la même reflource ; en ufant de quelque réferve pour fe prêter à en faire part, tout le monde voudroit en avoir , & ils feroient en peu de temps dans le cas d’en faire en gros & en détail un négoce confidérable.
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- Pour
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- ET DE SES MINES. IL Part. t^S
- Economie far le chauffage dans le pouffer & dans les cendres des pelolteSs
- Dans les atteliers de fabrication & dans les entrepôts ou fous-entrepôts de vente , où cette marchandifè eft remuée fans celle pour le débit, le bénéfice du poufîier qui s’en détache, balayé & ramalTé lorfque le magafîn tire à là fin * forme un profit qui n’eft point médiocre.’
- Au fécond magafîn formé à Paris pour l’hiver de 1772, de ce qui fut tranfporté du magafin de l’hiver de 1771 ? il fe trouva fur cent mille pelottes deux tombereaux de poufîier ; fi les briques ou hochets, dont il étoit les débris , eufïènt été fabriqués convenablement, on eût pu remettre ce poufîier en forme pour en faire un chauffage propre aux poêles.
- Le poufîier réfultant de vingt-fept mille pelottes , telles qu elles fe débî^ toient, mouillé & remis en forme fans aucune addition, ni de pâte , ni de charbon , donna fèpt cents pelottes faites dans le moule de grand volume à la Liégeoife, ce qui feroit alors quatorze cens pelottes * félon la qualité de la pâte ; partant fur un millier de pelottes, on retrouveroit un bénéfice de cinquante pelottes (1).
- Pour faciliter dans la Province une fabrication de TefpeCe fur laquelle nous nous îbmmes étendus autant qu’il nous a paru nécefîàire, nous allons donner un Tableau raccourci dont les articles feront aifés à remplir , & nous
- (1) Comme dans tout ceci nous envifageons toutes les utilités que peut réunir ce chauffage s particuliérement en faveur du citoyen malaifé que la néceffité force de fe rendre attentif fur toutes les petites économies, on doit remarquer qu’au profit à retirer des menus débris des pelottes emmagafînées, & qui regarde uniquement, foit ceux qui feroient commerce de ces pelottes , foit ceux qui en feroient de grandes provisions , on doit ajouter le profit à retirer des cendres de ce chauffage.
- Ce réfidu, pour rîêtre d’aucun ufege dans les lefiives * n’en eft pas moins de défaite ; il eft aifé de fe rappeller fa propriété pour les terres où l’on cultive des légumes & pour l’engrais des prairies. M. de la Tôurette, Correspondant de l’Académie, dit que ces cendres font fingulié-ïement propres à détruire là moufle des prés, lorfque fur-tout avant de répandre ces cendres, on a eu la précaution de fcier la prairie avec la charrue deftinée à cet ufage ; il feroit très-facile aux débitants de ce chauffage , foit aux entrepôts, fous-entrepôts & ailleurs, de s’accommoder de ces cendres avec les particuliers qui les leur rapporteroient, & de les vendre aux Marachers, aux Jardiniers & à ceux qui ont des prairies.
- L’Auteur d’une Brochure publiée en 1777 , fous le titre : Examen de la Houille conjîdérée comme engrais des terres, 40 pages in-12, eft tombé dans la méprife de nom contre laquelle nous avons effayé de prémunir nos Ledeurs ; la Houille , qui fait la matière de ce travail, n’eft autre çhofe que ce que j’ai appellé terre-Tourbe, Ôc qui
- Charbon de Terre. IL Part.
- fe trouve dans prefque toute la Picardie. Voyef page y96, Quoique l’Auteur ait eu foin d’obier-ver que ces terres-Houilles ne font pas un vrai Charbon de terre, il les confond cependant par-tout dans fon Ouvrage avec le Charbon de terre de Severac, qu’il met mal-à-propos dans la claffe des faux Charbons de terre, page 9, ou des efpeces de fchiftes de Charbon de terre , page 4, parce que vraifemblablement il n’en a point vu ; aucun dés inconvénients qu’il attribue aux cendres de ces terres-Houilles ou terres-Tourbes pour l’engrais des terres, ne fe rapporté en aucune façon aux cendres de Charbon de terre, qu’il prétend , fans l’avoir prouvé, être en général de nature fulphureufe, bitumineufe , vitriolique , ferrugineufe, cuivreufe, arfénicale, principe qui ne fe trouve , ni dans les terres-Tourbes, ni dans les Houilles proprement dîtes.
- Autant qu’il a été poflible d’évaluer ce produit particulier du chauffage de Charbon de terre apprêté , j’ai cru pouvoir avancer , que cent pelottes qui n’ont point fouffert de déchet par aucun remuage, ni tranfport, donnent un boiffeau & un quart de cendres ; il s’en fuivroit qu’un demi-minot de charbon fabriqué , donnant cent foixante - cinq pelottes , produira au particulier deux boiffeaux de cendres : fi en-fuite on veut évaluer la voie de cendres fur le même pied que celle de charbon, c’eft-à-dire, à quinze ou feize minots , il devient aifé (en fuppofant la voie de ces cendres vendue 8 livres ) d’évaluer le taux réel auquel le chauffage reviendra au Confommateur occupé d’économie.
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- ï3j6 du charbon de terre
- le ferons fuivre du Tableau que nous avons promis fur la confommation de c® chauffage.
- E? AT des objets fur lefquels tombent les frais d'une fabrication de trente voies 9
- exécutée dans la Province.
- Trente voies à . . • la voie. . . . .
- Pâte , . . à . . .la voie............
- )
- Marcheux pour les pâtes , & pour les corroyer avec le charbon. . . . . . ; ...
- Metteurs en moule. .........
- Location du magafin.
- Commis.
- Total* . « . .
- Les trente voies produiront mille pelottes.
- A deux fols la douzaine 5 feroit .....
- Prix du charbon & frais. . . . ... .
- Bénéfice réel par trente voies. .... . T “"*
- TA B LE AU de Confommation du Chauffage 3 avec le Charbon de terre apprêté pour différents feux -de la quantité de Pelottes de Charbon & de leur valeur > par jour & pour Jîx mois de Vannée.
- S Ç A V O I R:
- Qualités des Feux. Matin. Pelottes Midi. Pelottes Soir. Pelottes Par En Pelottes
- ir. Feu. .... IZ IZ 24
- ze. Feu. .... 1f if 30
- 3e. Feu Bourgeois, If If • if 4f
- 4e. Feu 20 zo zo 60
- 5e. grand Feu. . 33 34 33 100
- En
- Charbon
- Pour S mois.
- En
- Pelottes
- En
- Charbon
- Minots.
- En argent par jour.
- Pelottes
- Charbon
- En argent pour 6 mois
- Pelottes.
- Charbon.
- Prix dis Pelottes.
- La douzaine Le demi-cent. Le cent. Le mille.
- AVIS AU RELIEUR.
- Le Cahier de 44 pages , intitulé : Mémoires fur les Feux de Houille, &c, doit être placé immédiatement après cette page 1356.
- MÉMOIRES
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- SUR LES
- FEUX DE HOUILLE,
- OU CHARBON DE TERRE.
- ^iwwauicaBwmiMJii''» " <« If*n rmt'wiiwwwiBWBwg——b—cg—pg—B——www—w—^
- Des avantages des Feux de Houille pour le chauffage , & pour tes befoins
- domefiiques.
- r|”"i
- A elles font les differentes maniérés de fe procurer avec le charbon de terre, fort dans les cheminées, foit dans les poêles, un chauffage économique.
- Sa fupériorité fur le feu de bois, tant pour la commodité que pour d’autres circonftances, eft établie fur des preuves difficiles à contefter : en ^ effet, allumer promptement du feu qui n’a pas befoin de l’aide du foufïlet; le voir toujours fe foutenir fans ce fecours dans l’état quon veut, fans être obligé de l’arranger continuellement ni de pourvoir à fon entretien ; échauffer facilement une chambre; être plus qu’avec le bois à l’abri d’une fumée auffi incommode pour la poitrine que pour les yeux, la houille fatisfait pleinement à tous ces moyens. Tels font les avantages du charbon de terre apprêté ; il n’eff perfonne qui ne fâche que ces avantages fe trouvent rarement réunis dans le chauffage avec du bois, & que, quelque peu de bois qu’on prenne dans les chantiers, les meilleurs portent fouvent, en brûlant, de très-grandes incommodités, ce qui a donné occafion à des traités particuliers, tant fur la conffruâion que fur la difpofition des cheminées.
- I. Ces pelotes embrafées ne quittent jamais le grillage dans lequel elles font contenues ; elles ne renvoient jamais, comme le bois, des éclats enflammés. Ces circonftances ne font point indifférentes pour les perfonnes qui habitent des appartenions parquetés, pour peu que l’on fe rappelle les incendies furvenus par le défaut d’attention à écarter les meubles des cheminées, où l’on fait des feux de bois. A
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- II. On ne peut douter non plus que ceux-ci ne folent plus convenables pour les logemens abrités du foleil, ou pour les faites baffes, dont l’humidité malfaine, particuliérement pour les tempéramens fluxionnaires, ne peut jamais être corrigée par le feu de bois qui, quelque grand qu’on veuille le faire, eft difficilement égal & uniforme dans fon aûivité comme l’eft celui-ci, dont la chaleur étant plus vive, s’entretient bien plus long-tems la même.
- III. L’effet ordinaire à toute efpece de feu (la fumée) ne fe trouve pas à beaucoup près le même dans ce chauffage, que celle du bois : il mérite même par-là la préférence pour les appartemens, dont les cheminees renvoient la fumée; cet inconvénient, fupérieur à l’intelligence très-bornée à la vérité de tous les Fumiffes, puifqu’elle échappe fouvent aux renfeignemens de la bonne phyfique, ne laiffe dans certaines maifons d’autre alternative, ou que d’éteindre le feu & d’être alors faifi par le froid de l’appartement, ou, fi l’on veut ne pas être fatigués de rougeurs, de maux d’yeux cuifans, de fouffrir le vent d’une porte, d’une fenêtre, d’un Wajf-ifl-dafs. Le feu de houille reftreint, on ne peut davantage, l’importunité de la fumée, foit quelle dépende de la place que la cheminée occupe dans la chambre, de la difpofition du foyer, de la tournure de l’appartement, foit quelle ne tienne qu’à des caufes paffa-geres, relatives au tems, au vent, à l’air, au foleil donnant pour quelques quarts d’heures fur la cheminée, & à d’autres femblables, auxquelles il n’y, a point de remede.
- La fumée du feu de houille, quelque confidérable qu’on la veuille fuppofer,1 on ne doit cependant pas s’en former une idée fâcheufe, d’après ce qu’on voit chez les ferruriers qui en ufent pour leurs ouvrages. Cette fumée ne dure que pendant que les pelotes s’allument. Lorfqu’une fois toute l’humidité qui s’y étoit confervée eft diffipée, ou que la flamme a gagné toute la pyramide & enveloppé ou détruit l’exhalaifon de bitume ( or ce tems eft fort court), il ne refte plus qu’un grand brafier bien allumé, fans aucune vapeur fenfible à l’œil : auffi les linges renfermés dans des armoires, les dentelles, les coëffures, les autres ajuftemens, fe confervent dans leur blancheur, dans leur netteté; on ne les trouve point (quoi qu’on en puiffe dire) rouffies, comme on le voit ordinairement dans nos pays. J’en parle d’après l’expérience confiante des Liégeoifes, qui font au moins auffi curieufes que nos Françoifes de conferver la blancheur à leur linge & à leurs ajuftemens.
- IV. L’odeur ou la vapeur qui s’échappe de ces pelotes foumifes à l’aêHon du feu, fuivent la même marche que la fumée; déjà bien moindre que celle qu’on connoît dans les atteliers des ferruriers, ou autres, elle fe diffipe lorsque le feu eft embrafé. Elle eft fouvent fi foible, que j’ai vu ici des perfonnes qui ne la trouvoient pas, & qui ne pouvoient décider de la matière dont ils voyoient réfulter un beau & bon feu (i).
- (0 M. le duc de la Vrilliere ayant defiré juger de Fleury, & une affemblée nombreufe qui fetrou-par lui-même de l’effet de ce chauffage, il en a été voit à l’audience, en ont marqué une fatisfa&ion dreffé dans une piece de fon hôtel un très-grand unanime, feu. M. le comte de Maurepas, M. le préfident
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- Il eft d’ailleurs très-facile, pour ceux qui y répugneraient, de ne pas en refientir la moindre impreffion. Il n'y a qu’à régler fon chauffage , c’eft-à-dire la quantité de pelotes, ou fur le degré de froid, ou fur la grandeur de la pièce qu’on veut échauffer, ou ne pas trop s'approcher du feu, & communément on en eft difpenfé. On pourroit encore n'employer dans la piece où l’on fe tient, que les pelotes reftéesla veille du feu de fa cuifine,ou de tel autre appartement. Il y auroit un autre moyen fort fimple , qui feroit de faire allumer le feu, comme il fe pratique pour le chauffage avec le bois, avant de paffer dans l'appartement.
- Les poêles, d’ailleurs, fourniffent un remede à ces craintes, aufli peu fondées que toutes les autres, qui dans un moment feront amplement examinées.
- Une circonftance fingulierement digne d’attention dans ce chauffage, dont il feroit difficile de détailler les nombreufes reffources pour les perfonnes réduites à la trille œconomie, qui fe borne à fatisfaire au befoin forcé, c’eft que les cendres du feu peuvent long - tems profiter au même ufage. Cette pouffiere s'efl engraiffée d'une portion de la matière réfineufe qui s’eft con-fo minée, de maniéré qu’elle retient toujours l’aliment du feu, & quelle peut, ou dans ce même état de cendres, répandues légèrement fur la pile de pelotes, ou avec un nouvel apprêt, entrer dans la compofition d’un nouveau feu.
- Cette propriété , qui n'eft pas difficile à concevoir, en exemptant à volonté de mettre dans fon feu un même nombre de nouvelles pelotes, diminue encore la dépenfe, puifqu'on eft maître de tirer parti à l’infini de ces cendres, & que l’on peut y trouver fans ceffe un feu qui n’a point de fin*
- Outre la maniéré dont on peut employer ces cendres tout fimplenlent, il y en a d’autres, comme d’en détremper plus ou moins avec de l’eau dans une terrine ou autrement. Cette lotion verfée fur d’autres hochets embrafés, y forme une croûte, & augmente considérablement la chaleur du feu.
- Il eft même encore pofîible, pour une plus grande œconomie, d'en former de nouvelles pelotes, comme nous l’avons décrit à fa place.
- VL Pour lescuifines, le feu de houille eft incomparablement fupérieur à celui du bois ; l’avantage qu’il a de donner une chaleur plus grande & plus pénétrante , doit le faire préfumer. Il peut y avoir dans cette application du feu de houille aux befoins de la cuifine, quelques attentions particulières fur la diftance qu’il convient d’obferver pour approcher les viandes que Ton veut faire rôtir ; il paraîtrait affez raifonnable de penfer qu’en n’obfervant point fur cela une certaine réglé , qui s’acquiert facilement par l’ufage, les émanations lituminéufes, en s’introduifant dans les viandes, peuvent les ramollir, & pourraient même leur faire contraûer un goût étranger. Ce qu’il y a de certain, c'eft que l’idée eft affez générale dans Liege, que le feu de houille eft plus propre à rôtir les viandes, & quelles acquièrent plus de goût; je l’ai conftaté fur les viandes que l’on fait cuire fur un gril. Eh ! n’eft-on pas obligé d’avoir les mêmes attentions pour rôtiraufeude bois, ou griller à celui
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- <Je charbon ? Si le cuifinier n’obferve pas une diftance raifonnable, outre que les viandes font havies ou brûlées, elles contractent Todeur de la fumée, ou cette odeur difgracieufe qui émane des charbons. Il n’y a donc ici rien d’extraordinaire, rien de nouveau,
- L’auteur de la minéralogie imprimée en ijéz affirme le contraire ; il l’affirme comme fçu de tout le monde, comme étant ce qui s’y reconnoît le plus ordinairement. ISObfervateur François à Londres (i), pour lequel le Public eft prévenu favorablement, ne par oit pas du même avis que M. Valmont de Bomare.
- Je me garderai bien de ftatuer fur une fenfation auffi diversifiée que fon organe même, dont les anatomiftes n’ont encore pu convenir, aufîi Subordonnée aux mets qui lui font fournis, & à l’imagination qui en juge : un article de cette efpece, fur lequel il eft décidé qu’on ne peut jamais difputer, ne pourroit donner matière qu’à une difcuffion rifible. Je m'en tiendrai à ob-ferver que j’ai été témoin de la furprife de plus d’un François , en ne trouvant pas ce goût déplaifant auquel ils s’attendoient, & même de la difficulté qu’ils ont eue à fe periiiader que leur repas, qu’ils avoient trouvé fort à leur goût, a voit été préparé au feu de houille. Cela fuppofe au moins que fi les viandes rôties contrarient à ce feu quelque chofe de défagréable, l’imagination ou la préoccupation contribuent beaucoup à faire trouver cette faveur bien légère & bien imperceptible ; qu’il n’eft pas, en conféquence, poffible d’avancer ce fait comme chofe bien certaine,
- VII. L’égalité du feu de houille, mentionnée n°. 11, préfente tout d’un coup à l’idée un grand avantage pour les journaliers, ou pour les particuliers peu ailes, fans domeftiques, ou qui n’en ont qu’un. Ce feu n’eft: point fujet à varier ni à fe déranger, comme on l’a vu n°. 11 ; il difpenfe les premiers de veiller à la conduite du feu pendant que leurs nourritures fe cuifent : pour les féconds, leurs domeftiques ne font point détournés des autres occupations du ménage. Les perfonnes logées en chambre garnie, & qui veulent ne point confier la clef de leurs appartenons. Les hommes de cabinet, ne feront pas des derniers à fe décider en faveur de cette nouvelle maniéré de fe chauffer.
- Si donc on envifage Amplement le charbon de terre appliqué à ces ufages fur lefquels roulent les befoins de la vie les plus répétés, il eft: clair qu’il l’emporte fur le bois : on fera fans doute furpris, lorfqu’on connoîtra fes effets particuliers fur l’air. Comme cette propriété eft tout-à-fait oppofée aux idées reçues , je ne traiterai pas ici cette raifon de préférence; elle deviendra plus frappante & fe préfentera d’elle-même à l’efprit, lorfqu’en examinant les reproches que l’on fait à l’ufage du charbon de terre, relativement à la faute, je montrerai que le feu réfultant de ce foffile, loin d’y être contraire, lui eft favorable.
- (i) Ou lettres fur l’état préfent de l’Angleterre , relativement à fes forces, à fon commerce & à fes
- mœurs, 3 e part. volume, lettre 75e, p. 33 6.
- Des
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- Des phénomènes particuliers au Feu de Houille.
- L’emploi très-étendu que l’on fait du charbon de terre pour exécuter quantité d’ouvrages, ainfi que l’application sque les habitans des pays où il s’en trouve favent en faire en chauffage, aux cuifines & à tous les autres be-foins du ménage, ne devroient pas laiffer matière à aucune forte de crainte fur ce fofïile allumé chez les particuliers.
- Il eft vrai, & je l’ai remarqué (i), qu’il y a des charbons de terre préjudiciables *, mais ces charbons exclus (& leur petit nombre eft facile à recon-noître) n’empêchent pas que tous les autres venant du même pays, ne foient d’un grand profit & d’une reffource dont on eft bien loin de fe plaindre. Comment donc le feu de houille, que l’on fait être recherché conftamment dans quantité de pays, eft-il généralement méfeftimé, on pourroit dire décrié dans quelques autres ? Ce feroit ignorer la force des préjugés que de lutter contre ceux que les habitans de Paris, fur-tout, témoignent fur cet objet, & qu’ils croient d’autant mieux raifonnés, qu’ils trouvent leurs préventions établies entr’autres dans des écrits publics, en pofTeflion bien ou mal fondée de fixer les doutes & les incertitudes fur les chofes qu'ils annoncent. Les voyageurs inftruits, qui ont parcouru les pays où ce feu eft employé, convaincus de fes avantages, n’en font pas moins furpris que des ouvrages qui devroient être le dépôt où le génie du fiecle confîgne fes progrès, fe foient bornés fur l’article du charbon de terre, à tranfmettre fans aucune reftriéHon, fans aucune réflexion l’opinion vulgaire de leur nation, démentie par l’expérience dans un grand nombre de pays, & qui par conféquent méritoit bien d’être difcutée par les auteurs d’un vafte diâionnaire.
- Mon objet n’eft point d’eflayer de faire revenir le public François de l’opinion défavantageufe où il eft fur l’emploi du charbon de terre pour le chauffage. Il en reviendra lui-même. J’ai penfé feulement que ce feroit donner un nouveau degré de force à ces préjugés, fi je les laiflbis fubfifter dans des ouvrages qui font aujourd’hui plus que jamais en faveur, qui font prefque devenus, félon l’expreflion de Bayle, une voie aufft abrégée que commode de devenir favans a peu de frais ; enforte qu!à ce titre ils tiennent, pour bien du monde, lieu de bibliothèque.
- Celui de ces ouvrages qui par fon titre doit tenir le premier rang, eft néanmoins celui qui, fur l’article du charbon, fe trouve le plus défeâueux. L’auteur du diâionnaire univerfel du commerce (i), en décrivant fommai-rement les qualités & les circonftances apparentes de ce foflile, n’étoitpas tenu à l’exaâitude que l’on feroit en droit d’exiger d’un naturalifte. Peut-être attribueroit-on à mauvaife humeur, fi je reprenois l’auteur fur fa définition
- Îi)V. feél. 8e art. i de la première partie.
- 1) Cet ouvrage extrêmement utile, dont l’entre-prilë même, moins bien exécutée , feroit très-loua-
- ble, contient une infinité d’articles excellens; mais il y en a d’autres où l’exa&itude ne régné pas toujours ; l’auteur hors d’état d’approfondir par lui-
- «
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- hafardëe, d’autant qu’au défaut dune bonne définition, quon nira pas chercher dans cet ouvrage, le refte de fon objet n’en eft pas moins rempli de façon à le faire toujours regarder comme un très-excellent livre. Il eft cependant néceffaire, pour ce qui va fuivre, de faire obferver fans autre difcuffion que le moindre forgeron, ferrurier, taillandier, chauderonnier, ou autre artifan de ce genre, habitués à manier ce foffile avec toute l’inattention qui leur eft permife, qu’un enfant même , né dans les endroits qui en produifent, feroit en état de la contredire (i). Il en eft de même de la différence qu’il y établit entre le charbon de terre & le charbon de pierre (2). On en peut juger par ce qui a été dit, feâ. 9, art. 1 de la première partie. Il eft de fait que dans le public on confond prefque toujours le charbon de terre avec la tourbe, nommée par plufieurs auteurs latins terra carlonaria. L’auteur ne feroit-il pas tombé lui-même dans cette méprife ? Les fauffes idées qu’il donne du charbon de terre, autorifent au moins à penfer que cette tentative, rapportée à l’année 1714 pour fuppléer à la rareté du bois (3 ), a été faite avec de la tourbe, & non pas avec du charbon minéral. Suppofé au furplus que ce que l’on voulut introduire alors, pour le chauffage de Paris, fût véritablement du charbon, dont la defcription très-fautive préfente l’idée dune autre fubf-tance, il eft probable qu’on avoit fait un mauvais choix de houille ; que celle qui fut mife en vente étoit quelqu’une de ces efpeces de qualité réellement incommode, & connues telles dans les endroits d’où elles viennent, & dont je parlerai dans la fécondé partie.
- Les mêmes défauts d’exaûitude, fur la connoiffance de cette fubftance minérale, fe trouvent dans un autre ouvrage, jouiffant des honneurs de plufieurs éditions, & de nos jours, des honneurs d’un fupplément (4). Le rédacteur veut que Ton diftingue le charbon de terre du charbon de pierre (5). L’un & l’autre y ibnt mal définis (6).Il a embraffé l’opinion commune de nos pays fur les effets prétendus du charbon de terre, de falir le linge en le rendant noir, de donner lieu a des maladies poitrinaires, & d!exhaler une vapeur maligne, dont l’odeur efi infupportable a ceux qui ny font pas accoutumés.
- Le troifieme ouvrage (7), fidele imitateur de ces volumes groflïs parle recueil indigefte de tout ce qui fe trouve épars dans ceux qui les ont précédés, a féchement divulgué les mêmes imputations rebattues dans les uns ou
- même le grand nombre de matières différentes que (on objet embraffoit, s’eft quelquefois adrefte, pour avoir des mémoires, à des gens qui ne poffédoient pas le fujet qu’ils ont traité, qui même n’en avoient que des idées confufes. EfTai fur l’état du commerce d’Angleterre , 2 vol in-12 , tom. 1.
- (ïj Le charbon de pierre eft une efpçce de pierre-ponce noirâtre , mais plus compacte, moins fpen-gieufe , & beaucoup plus dure & plus pefante que la véritable pierre-ponce. Définition de l’auteur que nous critiquons.
- (2) Le charbon de terre & le charbon de pierre, n’ont abfolument rien de commun, que leur qualité inflammable. Idem.
- (3) Le bois étant devenu très-rare & très-cher à Paris, on y amena quelques batteaux de charbon de pierre ; mais la malignité de fes vapeurs, & fon
- odeur de foufre en dégoûtèrent bientôt. Il fe ven-doit en gros au quintal, & fe débitoit à la livre. Id,
- (4) Didionnaire économique, contenant divers moyens d’augmenter fes biens & de conferver fa fanté, &c. par Noël Chomel, curé de Saint-Vincent de Lyon , 4e édition , 1740.
- (5) Quelques-uns le ( charbon de terre ) confondent mal à propos avec le charbon de pierre.
- (6) Le charbon de terre eft une efpece de terre
- noire & fulphurettfe.......Le charbon de pierre
- eft une pierre minérale , feche & fulphureufe. , . . On le débite ordinairement en gros morceaux, à peu près comme les tourbes de Hollande; mais d’une figure moins régulière.
- (7) Didionnaire d’agriculture & de jardinage ; de fauconnerie, chaffe, pêche , cuifine & manège, in-40, 1752, au mot Charbon de terre.
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- dans les autres, ou répétées par tous ceux qui les y ont puifées. Ces încon-véniens, défagréables & fâcheux, font encore à être expofés de façon à guider au moins l’idée jufle & précife qu’on doit s’en former, & à préferver 1 imagination d’un leâeur de la difpofition à fe groffir des objets mal préfentés. *
- Le diâionnaire moderne d’hiftoire naturelle eftaufîî, fur cet article (i), marqué au même coin de tous ces commentaires alphabétiques. Il paroît avoir refpeûé la crédulité vulgaire touchant le danger de la vapeur du charbon de terre employé au chauffage. La maniéré dont le public s’eft prévenu favorablement pour cet ouvrage, ne peut être pour nous une raifon do> trouver l’auteur ex'cufable de ne s’être point diffingué de ces compilateurs -ordinaires ; d’avoir laiffé entrevoir des doutes & des inquiétudes (z), fur lesquelles il y a ceci de remarquable dans l’énoncé, quelles Semblent ne pouvoir fe concilier avec les réflexions des favans qu’il cite lui-même (3); d’avoir enfin livré fes leâeurs aux ténèbres d’une indécilîon qui ne doit pas avoir lieu fur le danger de ce chauffage. Ceux fur-tout qui ont connoiffance de l’effai de minéralogie, publié en 1761 par le même auteur (4), où il avance que la houille caufe a quelques fer forints, notamment aux Anglois, des maladies de poitrine ou de confomption, ne Savent fi ce danger n’eft que pour les Anglois, s’il n’appartient qu’à la houille en général, ou s’il appartient accidentellement au charbon de terre d’Angleterre. Quantité dé articles du dictionnaire demanderoient de meme a être éclaircis. Un de nos naturalises, célébré par l’étendue de fes recherches, ayant pris foin d’en avertir, on a tout lieu de compter fur ces éclaircifeme ns a chaque nouvelle édition (5).
- Cette courte analyfe d’ouvrages qui n’afpirent qu’à favorifer le goût du fiecle, dans fa prétention à funiverfalité de connoiffances, doit être plus que iûffifante pour mettre dans un jour fenfibie les défauts qui y font répandus fur notre objet. Mais en nous bornant à ces écrits, ne feroit-ce pas faire injure aux leâeurs attentifs, en pré fumant mal à propos de leur incuriofité, ou en leur prêtant cet efprit de contradiâion qui nç fait Songer qu’aux raifons à oppofer, & qui rej ette celles qui peuvent perfuader? Ne nous eft-il pas permis de fuppofer que l’on attend de nous que nous détruifions en détail des préjugés que nous n’avons fait qu’expofer? L’obligation où nous nous Sommes trouvés de relever ou d’indiquer fommairement les articles défeâueux des ouvrages dont nous nous Sommes d’abord occupés, entraîne décidément la néceiiité de les réformer dans tous les points fur lefquels portent les .préjugés qu’ils ont entretenus, qu’ils ont multipliés, tant fur la vapeur ou
- (1) Diflionnaire raifonné tiniverfeî d’hiftoire naturelle , contenant i’hiftoire des animaux, des végétaux & des minéraux, édition de 1768, in-40, au mot Charbon minéral, Charbon de terre , Houille.
- (2) La grande quantité de vapeurs qui s’élèvent du charbon de terre, dont on fait un fi grand ufage à Londres , occafionne peut-être la maladie connue en Angleterre fous le nom de confomption.
- (3) Il eft vrai que Valerius Se Hoffman onrobfervé que la phthifie & autres maladies confomptives ,ont été moins communes en Saxe , Se ne font prefque
- point connues en Suède , depuis l’ufage du charbon de terre ; mais il peut fe trouver dans des charbons de terre de quelque pays, des matières étrangères pernicieufes,quinefe trouvent point dans d’autres.
- (4) Minéralogie, ou nouvelle expofition du régné minéral. Paris, 1762 , tom. 2. Charbon de pierre ou houille. Obfervations , pag. 251 Se 252.
- (5) Mémoire fur différentes parties des fciences 8e Arts, par Mr Guettard , de l’Académie Royale des Sciences, trois vol in-40,tom* ï » page 210.
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- la fumée, que fur l’odeur & la cendre ou la pouffiere, réfultantes de la com--buftion du charbon de terre.
- Ces trois chefs ne donnent pas matière à des objeûions également impor-tantes^ le moindre de ces inconvéniens cependant, (s’il étoit impoffible de ne pas en demeurer d’accord) eft de nature à donner au chauffage, dont il s agit, un motif d’exclufton, dont la révocabilité ne feroit jamais que l’effet du tems, c’eft-à-dire, de l’extrême difette de bois, qui forceroit à paffer fur toute efpece d’incommodité ; il eft par cette raifon indifpenfable de fou-mettre féparément chacune de ces allégations, chacun des phénomènes qui fe remarquent dans le feu de houille,, à un examen régulier ; ce n’eft qu en les approfondiffant que ces avantages pourront être balancés raifonnable-ment avec ceux du bois, lorfqu’il eft trop cher. Mon idée à cet égard étant de mettre à portée de décider fi ce chauffage, dont quantité de pays s’accommodent fi bien , mérite le diferédit où il eft dans quelques autres, je me fuis rendu attentif à toutes les raifons qu’on a coutume d’alléguer. J’irai chercher avec foin, par-tout où je le pourrai, les différentes objeâions que l’on a coutume de faire contre cet ufage, & le leâeur ne pourra me taxer de m’en être caché à moi-même , ni d’avoir voulu lui en déguifer aucune.
- De la nature du Feu de Houille relativement a la fanté.
- Des difficultés que l’on a coutume d’oppofer à l’ufage de ce foffile pour le chauffage, celles qui ont rapport à la fanté, & qui dès-lors emporteroient fa profeription, doivent principalement attirer notre attention. Nous commencerons suffi par confidérer à cet égard les effets de la vapeur & de la fumée du charbon de terre.
- Sa fumée acide, abforbe une partie de l’air, & détruit pour quelque tems fon élafticité ; fi elle eft reçue de trop près, il peut en réfulter de la toux ,même delà fuffocation, c’eft-à-dire que ces effets font très-poffibles dans l’ufage de quelques efpeces de houille, félon la difpofition des fiijets, ou le concours de différentes caufes. Ces effets ne different point de ceux du charbon de bois.
- Perfonne n’ignore que fans être refpirée trop long-tems , celle de ces derniers eft fufîocante & affoupiffante ; quelle produit des grands maux de tête,’ défaillances, des apoplexies incomplettes.
- Ceux qui fe chauffent avec des charbons de bois dans des poêles fermés, font également fujets à reffentir des engourdiffemens, des pefanteurs de tête, quelquefois à être attaqués d’afthmes chroniques, & d’autres effets contraires à la fanté (i), dangereux même pour la vie. La trifte certitude de la malignité de cette vapeur, qui donna la mort à l’empereur Jovien, fuggéra à Marius l’idée d’impofer à Quintus Catulus ce genre de mort, dont l’empereur Julien fut garanti à Paris par l’art des médecins. Il n’eft pas d’hyver où il ne fe renouvelle des exemples tragiques de cet effet dans toutes les grandes villes.
- (i) Judicium de noxâ carbonum accenforum. Fred. faculté de Paris, fous la préfidençe de Mr François Hoffmann opéra. Voyez aufE la lavante thefe de M. Pouffe, le 4 mai 1747»
- Lorry , foutenue aux écoles de médecine de la
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- Ce feroitmême manquer à ce que nous devons par état à la fociete, que ne pas prévenir que celle du charbon de terre enfermée, peut devenir toutauffi préjudiciable. J’en rapporte dans^cette fécondé partie quelques accidens; mais 1 expofé fidele qui en a été fait par les obfervateurs, n’y laiffe reconnoître autre chofe que des imprudences particulières, dont on ne peut rien conclure.
- Nos ferruriers ne font-ils pas autant de témoins qui dépofent que ce ne font pas-là les effets ordinaires du feu de houille? Ces artifans s’expofent journellement à la fumée, à la vapeur de ce foffile, avec autant de fécurité que d’impunité; on ne remarque point qu’ils foientplus fujets que d’autres aux maladies ordinaires , ni même fujets à des maladies particulières. Les feules qu’on leur connôiffe font d’avoir les yeux chaffieux, pleureux, échauffés, des ophtalmies; incommodités qui, comme l’obferve Ramazzini(i), dépendent plutôt de ce que ces artifans ont toujours la vue fixée fur le feu* fur la lumière éclatante du métal qu’ils font rougir, & font l’effet de l’irritation continuelle que les exhalaifons du fer chauffé & rougi produifent fur les yeux , plutôt que des exhalaifons du charbon. Ces ouvriers en font encore à fe douter que cette vapeur de houille foit maligne (i) , & jamais on ne parviendra à les intimider fur ce point.
- La grande quantité de lumières , dont on ne fe méfie pas communément, qui éclairent aujourd’hui prefque toutes nos antichambres, font la plupart du tems aufîi fufceptibles d’inconvéniens que pourroient l’être la fumée ou la tapeur du charbon, tant de terre que de bois. Ces exhalaifons onûueufes d’huiles, de qualité différente , ou de graiffe fouvent mélangée, & dont quelques-unes font plus nuifîbles que d’autres, en s’engageant dans les bronches, font très-pénibles & non moins fâcheufes pour quelques poitrines (3). Ileft peu de perfonnes qui ne foient d’abord affeâées par ces fumées fuiffeufes en entrant dans les falles de fpeâacle, & dans les appartenions où elles fe trouvent ramaffées & retenues en grande quantité. De fait, elles gênent fenfîble-ment la refpiratiôn, excitent la toux, produifent des maux de tête (4). On ne laiffe pas d’employer ces moyens (économiques fans avoir la moindre inquiétude.
- La vapeur du charbon minéral n’a donc rien que de commun avec ce que l’on reprocheroit à celle du charbon de bois ( s’il s’agiffoit ici de décrier ce chauffage) , quand on s’y expofe indiferetement ; mais ce danger n’eft pas plus confidérable de fa part que des autres vapeurs auxquelles on peut la comparer , ou même de toute efpece de feu conduit irrégulièrement. D’ailleurs ont doit toujours fe rappeller que cette vapeur &les autres circonflances que nous traiterons dans cet article , ne font pas dans un degré égal à celui qu’on leur connoît dans les atteliers où l’on brûle du charbon de terre ; que les
- (1) De morbis artificum, Diatriba Bernardi Ra-mazzini in Patavino Ârchi-Lycæo pra&icæ medici-iîse publici Profefîbris. Mutinse, M. DCC.
- (i) Di&ionnaire univerfel du commerce. Dictionnaire economique. Dî&ionnaire d’agriculture, &c.
- (j) De candelarum febacearum perniciofo nido-re. Solenander, conf. 6 , pag. 461.
- (4) Avis au peuple fur fa fanté ; par Tiffot, tom*
- 2-, pag’ 443 &444-
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- phénomènes de ce feu ne font pas également marqués dans toutes les houilles.
- Si à ces confidérations on ajoute celles que les inconvéniens qui peuvent y être attachés tiennent à des circonftances (i) fufceptibles, comme on la vu» d’être corrigées par des moyens Amples & connus ; qu’il eft très-facile de fe garantir de ces inconvéniens , de les réduire prefqua zéro par la conftruc-tion des cheminées, des poêles, &c. (2) on avouera que ces imputations, fort férieufes en elles-mêmes, ne font que des argumens généraux, appuyés fur des vérités mal rapprochées, & ne prouvent rien contre lufage dont nous entreprenons la défenfe*
- - Un des reproches que l’on avance le plus fouvent fur le feu de charbon de terre , ceft d*affecter les poumons, de donner des maladies de poitrine, d’être la confie de la conjomptian à laquelle les Anglais font extrêmement fiujets (3)* Cette imputation grave eft fi répandue, & s’eft établie fi fort dans les efprits, qu’infenfiblement on l’a regardée comme de toute certitude. Si les Anglois étoient le feul peuple du monde qui faffe ufage du charbon de terre pour le chauffage, cette alléguation (en accordant que la confomption eft endémique en Angleterre ) pourroit être de quelque poids. Mais au Japon, il ne manque point de ce fofiile ; il y en a une grande quantité de mines en Chine, ou les habitans auroient de la peine à vivre fans cette reffource. En un mot, on a vu, dans la première partie de cet ouvrage, qu’il y a un nombre confidéra-ble de pays, autres que l’Angleterre, où l’on fait de la houille un ufage pref* qu’aufii général. Il eft inoui jufqu’à ce jour que la confomption foit fenfible-ment commune dans tous ces endroits ; c’eft donc bien gratuitement que nos diâionnaires, & après eux le public François , ont attaché aux habitans de la Grande - Bretagne le privilège d’être plutôt, que ceux des autres pays, les viâimes des funeftes imprefîions attribuées à lufage du charbon de terre.' Un excellent chymifte de F Allemagne, qui a traité de ce fofiile, révoque en doute cette opinion. M. Zimmerman dit expreffément : lin ejl pas certain fi a Londres , la maladie endémique des Anglois a pour caufe la vapeur du charbon de de terre , ou la manière dont elle affecte l’air (4). Pourquoi confulter ici l’étranger par préférence ? Perfonne n’ignore que la nation Angloife a été fertile en médecins, aufii fupérieurs dans l’obfervation que dans la pratique. Comment cette particularité a-t-elle pu échapper à Sydenham, à Willis & à quantité d’autres illuftres écrivains de cette profeffion, dont aucun n’a laiffé dans les faftes de la médecine le moindre veftige de leur attention fur cet objet important ? M. James, dans fon diûionnaire que des favans ont fait connoître par la traduâîon en notre langue (5 ), a traité cet article à l’avantage du charbon de terre, d’après ce qu’a dit M. Hoffman (6), dont il paroît adopter le
- (1) V. ce qui précédé dans cette même feétion. (2.) V. ce qui concerne cet article.
- (3) Dictionnaire économique. Dictionnaire d’agriculture.
- (4) Part. 5, de regno animali. C. V. demateriis bituminolis.
- {b) Dictionnaire uniyerfelde médecine, de phy-
- sique, de chymie, de botanique, de chirurgie^ d’anatomie , de pharmacie, &c. traduit de l’an-glois, au mot Charbon.
- (6) Fridiric. Hofîmaani obfervationum phyfico-chymicarum feleétiorum, libri m, &c. in-4% Halæ, 1746. Obfervatio 3 4 de carbonibus fofiilibus, ÔC eorum vapore, non adeo noxio.
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- fentiment: ce qui rendaflezprobable que laconfomption (fi elle eft réellement plus fréquente parmi les Anglois que parmi d’autres peuples ) tient , foit au grand ufage qu’ils font du ponche, foit à d’autres circonftances dont la recherche n’a pas de rapport à notre difcufiion. Les médecins Anglois n’ont jamais penfé à imputer au feu de charbon de terre cette fréquence de phtifie exagérée par les autres peuples, d autant qu il eft notoire que les poitrinaires décidés, foutiennent l’aâion de ces vapeurs tout au moins auffi bien que celle du feu de bois. On verra à la fin de ce cahier ce que penfe à ce fujet la fo-ciété de médecine de Londres (i). En cherchant néanmoins à remonter à la fource de cette fauffe Aeithiologie de la confomption angloife, trop légèrement établie par des compilateurs qui ne doiventpas faire loiici, je trouve à achever de la détruire fans réplique. *
- Le leâeur le moins inftruit n’a qu’à fe rappeller la fimple idée qu’on a communément de cette maladie, & qui eft aflez jufte ; il reconnoîtra que cette pthijie angloife eft une confomption hypochondriaque, c’eft-à-dire fuccédant aux affeûions de ce nom, connues fous celui de mélancoliques ou vaporeufes. Quelques auteurs, parmi les modernes, les rangent suffi dans la clafle des af-feélions nerveufes, mais du genre des affeâions confomptives qui ne tiennent point à la poitrine.
- Les auteurs de ces diâionnaires ignorent que la maladie angloife (2) , fi on veut 1’dppeller ainfi, & qui attaque quelquefois les François comme les ha-bitans d’autres climats, eft d’un genre tout différent, puifque la caufe immédiate réfide dans les vifceres du bas-ventre, & fur-tout dans la région épigaf-trique , où fe paffent les premiers défordres : les embarras qui furviennent au foie, à la rate, dans les voies hémorroïdales, dans le bas ventre, occafion-nent un dépériflement infe.nfible de toute la machine ; ce n’eft que dans le dernier état de la maladie que la fievre, la tou^, la gêne dans la refpiration, furviennent.
- Se réduira-t-on à regarder cette propriété malfaifante de la houille d’Angleterre , comme privativement particulière à celle de ce pays ? L’objeêfion n’eft plus la même ; elle rentre dans la thefe générale, que je vais reprendre , &j aurai occafion de difculper les charbons d’Angleterre, ainfi que ceux des autres pays.
- Le champ quelle ouvre devant nous eft d’autant plus vafte, que, puifqu’aux preuves de fait, qui nedevroientpas trouver de réfiftance dans les efprits, 011 oppofe uniquement des oui-dire, une efpece de tradition nationale, nous fommes en force pour étayer ces mêmes preuves d’expériences qu’il ne nous eft pas permis d’abandonner, de témoignages puifés dans des fources fûres, des fentimens de plufieurs auteursprofonds, avec lefquels il feroit injufte de vouloir faire entrer en parallèle des citations d’ouvrages dont nous avons fait voir les imperfeûions & les erreurs, & dont le principal mérite eft fouvent
- A) Piece marquée F F.
- {ij Atrophia nervofa Morton, de phtyfi nervofâ, cap. 1 . Tabes nervea. Lorry, de melancnoliâ’, pag, nBl. Nofologia Medica Francifci Boiffier de Sau-
- vages, clalT. x. Cachexia, macies, atrophia, feUio iii , tom. 2 , p. 460.
- (3) Atrophia Angliça, & Virginiana Morton»
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- de paffer légèrement en revue des connoiffonces fuperficielles.
- On juge facilement que je veux parler des minéralogiftes, des chymiftes & des médecins ; les uns, comme faifant leur étude de la fcience générale des minéraux ; les autres , comme portant leurs vues au-delà de ce qui s’apperçoit à l’œil, découvrant les phénomènes fugitifs & fecrets, les principes confti-tuans des corps ; les autres , comme réduifant en pratique tous ces travaux communs , les comparant & les rapprochant enfemble , pour juger les propriétés & les forces des chofes bonnes ou nuifibles.
- C’eft à ces différens physiciens, occupés à confidérer fous un afpefï différent les produâions de la nature, à philofopher, chacun félon leurs réglés, fur leurs objets refpeâifs, qu’il appartient de prononcer ; il feroit extraordinaire que, fur un fait qui tient à la fanté, on ne les interrogeât point ni les uns ni les autres. Plufieurs d’entre eux, célébrés par leur fa voir, Hoffman, Willis parmi les praticiens, & que les auteurs de l’encyclopédie ont cités à ce fujet (i), Zimmerman parmi les chymiftes, ont réfou les difficultés capitales ; nous ne faifons qu’emprunter le jugement de ces favans : aufli ofons-nous dire que nous ne laifferons rien à defîrer aux perfonnes qui ne fe refufent point à l’évidence, & qui ignorent les moyens de repouffer ou d’obfcurcir la vérité.
- Une obfervation très-finguliere, par laquelle je ne puis me difpenfer d’entrer en matière , c’eft qu’au milieu de cette efpece d’unanimité de la nation Françoife à redouter, à bannir l’ufage du charbon de terre pour le chauffage, toutes les autorités qui doivent prévaloir ici, fe réunifient pour difliper les, nuages de ces préjugés.
- La feule qui fembleroit être défavorable fe trouve dans un traité ineftima-ble, traduit du latin en françois (i). L’auteur, Anglois de nation, recommande aux valétudinaires qui ont leur réjîdence dans Londres & dans les grandes villes, ou ton fe chauffe avec de la houille ou de la tourbe , defe garantir en hyver des vapeurs humides & chargées déxhalaifons minérales ; il exhorte fur-tout les aflhmatiques , & tous ceux qui ont la poitrine délicate, a s9 abfenter de la ville ; à aller a la campagne , ou du moins d éviter l’air dufoir.
- Si l’on prend cet énoncé en général, il eft abfolument conforme à ce que la phyfique médicinale apprend fur les effets de l’air chaud, dansles a ffeâions de l’efpece dont parle notre auteur, fans former une difficulté réelle contre l’ufage du charbon de terre dans les cheminées ; il n’a befoin d’éclairciffement que pour le particulier. M. Gheyne n’a pu parler que du feul chauffage connu en Hollande : le feu que donnent ces matières, employé à cet ufage dans ces pays, eft plus ardent que tout autre. L’expérience fait connoître que les afth-matiques ne peuvent fupporter l’air des chambres chaudes, ni celui des villes, devenu en hyver trop peu élaftique par la grande quantité de chauffage qui s’y confume.
- Le confeil de M. Gheyne porte-t-il plus fur le feu de houille que fur les autres? Il ne s’eft pas expliqué affez clairement; car deux fubftances qui ne fe
- (1) Tom. 2, au mot Charbon de terre. tra&atus de infirmorum fanitate tuendâ, vitâque
- (2) Georgii Chæynæi , medicinæ do&oris , produçendâ. Cap. de aëre.
- reffemblent
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- reffemblent point y font clairement délignées : gleba pinguis & fulphurea, & pmcipué carbo fojjilis.
- Dans le cas où Ton ne pourroit difconvenir que M. Cheyne étoit évidemment dans l’idée que ce chauffage peut porter préjudice en particulier, à ceux qui ont de la difpofition aux maladies de poitrine, il ne feroit point difficile de combattre une opinion qui pouvoir etre propre à ce médecin. Elle ne s'accorde ni avec ce que la chymie afaitreconnoître le plus communément dans ce foffile , nommément dans celui d'Angleterre , qui feul pouvoit être fufpeQé, d'après M. Cheyne , ni avec les principes reçus touchant les propriétés du foufre, même en fuppofant fon exiftence dans tous les charbons de terre#
- r°. Si Ton invoque les lumières de cet art, à l’aide duquel on eft parvenu à pénétrer dans la texture la plus voilée de toutes les produirions des trois régnés, le fentiment de M, Cheyne, dont on voudroit s’étayer, ne peut fe foutenîr.
- Les charbons de l'Angleterre, au rapport de M. Kureîla qui les a ana-lyfés, ne contiennent point dans leur texture un foufre naturel, dont les vapeurs ou exhalaifons puijjent être contraires a la poitrine (i).
- On peut encore oppofer aux craintes de M. Cheyne, prifes dans le fens -qui n'eft pas le véritable , une preuve de fait : l’expérience confiante de fes propres concitoyens. Le procédé de diminuer par un alliage l’odeur du charbon de terre, eft connu dans quelques provinces d'Angleterre. Sous le régné de Charles I (i), il fut accordé pour l’efpace de vingt-quatre ans, à lire John Hack & à Oüavius de Strada,un privilège exclufif de faire valoir leur fecret, de brûler le charbon de terre fans que l’odeur de fa fumée fût incommode. Les habitans de Londres, pour leurs appartenons, emploient le charbon de terre, tel qu’il fe tire de la mine , fans recourir, ni à des conf-truâions particulières de fourneaux, nia des moyens capables de diminuer Lcdeur & la vapeur réfultans de ce chauffage, tant ils font préoccupés qu’il doit être exempt de malignité.
- Pour ce qui eft de la nature du charbon de terre, s'en tiendra-t-on à ac-cufer en général les exhalaifons de ce foffile , à raifon de fon odeur & de fa vapeur, appellées fulpkureufes, ou fi l’on veut, à raifon du foufre qu’il recele ? On a vu, feâ. 4, art. i & 5 de la première partie, que l’exiftence du foufre naturel dans le charbon de terre, du moins dans le plus grand nombre, n’eft pas une chofe prouvée. Il a été remarqué, feâ. 9, art. 4, que les charbons de terre ne doivent pas tous être réputés de nature fulphureufe, du moins qu'ils ne tiennent pas effentiellement du foufre. On y a expliqué ce que les houilleurs entendent lorfqu'ils difent que tel ou tel charbon eft fulphureux. . A en juger par les effets, M. Zimmerman remarque très-judicieufement, que ni les maréchaux, ni les forgerons, ni les autres ouvriers qui emploient le charbon de terre, ne font attaqués de maladies connues pour être produites par les vapeurs du foufre.
- (i) EfTais & expériences chymiques ,in-8°, Ber-| (1) Tom. 18 , fol. 870 , du Fœicm. üo, 1756, en allemand, paragr. 18. |
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- En fuppofant pour un inftant que tout charbon de terre eft imprégné de foufre -, il refteroit à faire voir que le foufre en général eft contraire à la fanté : aiTez communément on eft avec raifon dans une opinion très-différente/& ce n’eft pas à tort que les Médecins font nommé balfamum puU monum : Gallien étant à Rome , envoyoit les phtyfiques refpirer l’air du volcan ; quelques médecins Anglois, à l’exemple de Celfe, confeillent à ceux qui font difpofés à cette maladie, d’aller refpirer l’air de Naples. A quoi bon déplacer des malades qui, fans fortir de chez eux, fe trouveroient au milieu des exhalaifons fulphureufes de tous les feux de la ville? Enfin, fi décidément une fumée fulphureufe étoit auffi nuifible qu’on veut le dire ; les habitans de Falun, qui font environnés d’un atmofphere de vitriol fulphureux {i ), devraient être beaucoup plus fujets à la confomption que les Anglois.
- Nous n’avons pas même befoin de nous étayer à cet égard d’aucune corn-paraifon que l’on pourroit récufer, entre des exhalaifons diffemblables en quelques points ; favoir, celles de ces foufres qui ne contiennent rien d’onctueux , mais toujours l’acide vitriolique & le phlogiftique, & ces exhalaifons de l’acide huileux, des matières réfineufes, foffiles, connues fous le nom de bitumes. Gallien leur attribue une vertu halfamique, & on pourroit l’admettre dans le charbon de terre, puifque l’analyfe y fait reconnoître un efprit qui a fur les métaux le caraâere du baume de foufre (z). Quelle que puiffe être la vapeur réfultante du charbon de terre employé au chauffage,1 nulle difficulté à s’élever contre les idées reçues généralement à fon défa-vantage, fort qu’on envi fa ge ce foffile comme fulphureux? foit qu’on l’envifage (impiement comme bitumineux ? & donnant une vapeur graffe & épaiffe : ii cette exhalaifon étoit de nature à porter le moindre préjudice à la fanté, fi les corpufcules que le feu débarraffe de ce foffile, portoient avec eux la plus légère empreinte dé malignité, (ur le cerveau, fur les parties nerveufes ou autres organes, ce feroit particuliérement dans ces lieux qui fervent d’afyle à toute forte de pauvres & d’infirmes, qu’on devroit s’en appercevoir. Il eft de ces endroits où le charbon de terre eft employé à différens ufages, qui en produifent une affez grande confommation , pour donner fur cela des éclairciffemens non équivoques. L’adminiftration des hôpitaux de Lyon, modèle inimitable de vigilance & de police, qui font le plus folide fondement de ces précieux établiffemens, a adopté l’ufage du feu de houille. L’Hôtel-Dieu s’en fert dans les falles de convalefcens ; l’hôpital de la Charité l’emploie pour les cuifines, pour les leffives, pour les poêles. On n’en a remarqué aucun inconvénient (3). Dans quelques hôpitaux militaires duHainaut François, on s’en fert pour tous les befoins ordinaires : ceux de l’armée du Bas-Rhin, lors de
- la derniere guerre, en ont pareillement fait ufage ; il n’en eft jamais revenu de la part ni des officiers de fanté, ni des intendans , ni des malalades , aucune
- plainte qui vienne à l’appui de l’opinion défavantageufe que les habitans de Paris ont de ce feu.
- (1) V. fe£t 5, art. 5, de la première partie I (3) Voyez les pièces juftifîcaîives , G G.
- £^)V. fe&. 4, art. 5, de la première partie. j
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- Ceft un fait en médecine , qui! efî avantageux pour quelques indil^ofî-tions de poitrine, -de vivre dans une athmofphere chargée d’exhalaifons fui-phureufes(i). Willis avance, comme prouvé par l’obfervation, que la phtyfie fait peu de ravages dans les pays ou 1 on brûle Xle la houille (2,). Le célébré M. Hoffman , qui a traité ce feul objet dans toute l’étendue qu’il peut mériter, fait, dans une obfervation que j’ai déjà citée (3), une remarque très-importante à ce fujet : cefi, dit-il, une vérité que tout le monde regarde comme confiante, que depuis environ vingt ans que Ion fait dans notre ville de Halles, un grand ufage de charbon de terre pour cuire le fil, on ny connoît plus de fievres malignes & pétéchiales , de difente rie s & de maladies fcorbutiques , qui étaient fi communes avant ce tems ; une autre preuve, pourfuit-il, que cette fumée efl falutaire, cefi que les habitons des maifions par le [quelles elle pajfe continuellement, rien éprouvent aucun dérangement dans leur fanté. Ce qu’il ajoute eniuite, ne laiffe aucun doute, que c’efl: à la vapeur du feu de charbon de terre, & non à l’exhalaifon de la partie graffe du fel, qu’il attribue l’effet dont il rend compte. Nous ne craignons point de faire appercevoir qu’on pour-roit taxer notre célébré médecin d’être ici en contradiâion avec lui-même , paroiffant dans un autre endroit (4), regarder la péripneumonie, Vafihme fec, & la phtvfie comme endémiques a Londres & a Liege, par le trop grand ufage du charbon de terre. Nous devons obferver que c’efl- en parlant des charbons allumés dans des chambres trop renfermées, qu’il fait cette remarque; elle ne paroît porter que fur cette circonftance accidentelle, fans quoi il y auroit contradiâion maniféfte. Nom avons feulement à infirmer ou à réfuter l’idée bien diftinôe de l’auteur, touchant fendémie des affeâions de poitrine dans la ville de Liege, qui fe réduit à une erreur de fait, fur laquelle on ne peut être du même avis ; je ne me permettrai pas de dire encore rien fur cela de mon chef. Tout le monde doit, comme moi, déférer au jugement des médecins qui exercent leur profeffion dans cette capitale. On y en a vu de tout tems, dignes par leurs lumières & par leur fuccès, de la réputation dont ils ont joui: un d’eux, avec lequel je tiens à honneur , d’être lié particuliérement d’eftime & d’amitié (5), m’a affuré plus d’une fois que ces maladies ne font point à Liege fenfiblement plus ordinaires & plus fréquentes quelles ne doivent être dans tout endroit où il y a beaucoup d’habitans (6). Ce n eft pas qu’il ne puiflfe y avoir des Médecins, prévenus que l’air imprégné
- (1) Craffo & imprimis fulphureo gaudens,... urbis fumofæ auram pinguem & hebetiorem hau-rire. Willis , tom, z , p, 1&4 , c. vi, de phthyji put-monari, edit. Amjlel,
- (2) Communis obfervatio eft, regiones iftas, (ive in Angtiâ, five in Belgio , ubi cefpite ignés nutriun-tur , & od<?rem valde fulphureum fpirant, tabem ra-riîis infeftare : quin imo ioca ifta phtyfi obnoxiis , aut câ laborantibus maximè falubria vel fanativa exifte-re. Willis, ibid.
- ( 3 ) V. ejufd. opéra omnia phyfico -'medica. Genevæ , 1744» Pacholog. c. 4. Schoiion. feétio-
- ms 24, pag. 212.
- (4) Frideric. HofFmanni opéra omnia phyfico-me-dica. Genev. 1740, tom. 1, c. 3. Scolion. fectionis x, p. 105.
- (5) M. Delle-Waide, licentié en médecine de la faculté de Louvain , ancien préfet du college des médecins de Liege.
- (6) Cet habile médecin, qui depuis que j’ai quitté Liege s’eft prêté obligeamment à entretenir avec moi un commerce de lettres, a bien voulu m’envoyer , il y a deux ans, un rédigé de nos Converfa-tions fur ce point. V. pag.
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- des exhalaifons du charbon de terre , notamment celui de Londres ou de Liege, foit plus' ou moins mal - fain. On ne peut avoir égard qu’à ceux qui ont rendu leur opinion publique dans quelque ouvrage imprimé; les autres d’ailleurs, ne font de même dans cette idée que par manque d’attention fuffifante, ou faute d’être informés convenablement : comme cependant je n’ai rien négligé pour faire toutes les perquisitions imaginables, & que mon deffein eft de ne rien cacher de tout ce que je Saurai fur cela, on me permettra de citer ici un écrit que j’ai' entre mes mains, & qui eft d’aur* tant plus grave , qu’il étoit relatif à une tête augufte qui m’a honoré de fa confiance,
- Un des motifs de réloignement du feu prince de Liege (i) pour fon habitation dans fa principauté & dans fa capitale, étoit fondé fur la difpoli-fition de l’air de cette ville, chargé des exhalaifons de la houille, auxquelles il attribuoit une toux convulfive, dont aucun remede n’a été capable de le délivrer, C’eft précisément fur l’article de la Santé, que nous Sommes plus dit pofés à acquiefcer aux idées de ceux qui nous environnent, & dont nous con-noiffons rattachement. Le Cardinal de Bavière s’étoit familiarifé infenfi-blement avec l’opinion qu avoient fait naître dans ceux qui compofoient fa cour, une inquiétude bien louable for fa confervation ; dune autre part, quelques médecins qui avoient été confultés, avoient penché pour cet avis, & avoient rejette expreffément fur l’air de Liege la caufe de l’état du Cardinal. J’ai été chargé de la conduite de ce Prince, dans un féjour de près d’une année à Paris, où il avait été attiré par l’efpoir de trouver enfin dans le bon air de nos campagnes, & dans l’habileté de nos médecins, un terme a Son mal. On fe doute bien que pour me mettre au fait de la fituation de cet ilktfire malade, j’ai dû avoir communication des mémoires qui avoient été répondus en différens tems. Il ne m’eft donc pas poffible , fans encourir quelque reproche de’déguifement, de paroître ignorer que l’air de Liege, à raifen de la grande quantité de houille qui s’y confome, avoit été jugé pernicieux : d’ailleurs, en difcutant cet avis particulier, j’aurai occafion de repréfenter fous une nouvelle face le fujet que jfai entrepris d’épuifer. Entre plusieurs de ces confoltatîons, je m’arrêterai à celle qui m’a paru la plus frappante. Le confeil (i), en recherchant la première origine de la maladie de S, A. S. E. décide dans le mémoire écrit en bon latin (3) qu’on ne peut l’attribuer à d autres caufes qu’à la nature de l'air fombre & greffier de la ville de Liege. Les raifons qu’on en donne, ne portent que for le préjugé que nous avons toujours à combattre. On ne peut, dit-il, y méconnoitre la prêfence des vapeurs épaiffes, le mélange des fumées fulphureufes qu exhalent fans cejje les houilles dont on y fait une grande confommation ; elles occupent, fous la forme d! un nuage fombre & jaunâtre, la bafje région de l’air > non feule-
- (1) Jean-Théodore, duc de Bavière, premier prêtre cardinal de la (ainte églife romaine , du titre de faint Laurent in Lucinâ.
- (2.) M, Srebbier, profeffeur en médecine , çon-
- feiîler de S. A. S. éleâeur de Bavière , & premier médecin de S. A. E. de Bavière, Prince de Liege. (3) Datée de Munich, le 2 décembre 1757»
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- trient au-défi us de la ville, mais encore au - défi us de chaque hameau ; il ne faut enfin qu avoir de U odorat , pour ne pouvoir pas révoquer en doute la qualité fui-phureufi de l’air de ce pays (i). M. Stebbler renchérit à cet égard fur les idées ordinaires ; il crée dans ratmofphere de Liege des molécules , dont la pefanteur ne leur permet pas de relier long-te ms fufpendues en l’air. Nous examinerons ailleurs ces allégations : les preuves qu’il en donne, feront con-fidérées en même tems ; je ne veux ici examiner à fond l’avis de M. Stebbler»
- que par rapport à Finduâion qu’il en tire, pour décider que la maladie du prince provenoit des exhalaifons de la houille. On juge bien que ce n’ell qu’une répétition de la même idée que nous avons à combattre, & qui fera achevée de difcuter dans le courant de cet article. En effet, le confultant, après s’être étendu fur les mauvais effets que doivent produire des corpuf-cuîes pefans i fulphureux & fétides, en agaçant & moleflant l’organe de la refpiration, il en conclut, qu’on ne peut que s’attendre à un préjudice considérable à la fanté de S. A. S. E. s’il s’expofe de nouveau à l’aâion d'un air imprégné de miafmes fétides & fulphureux, dans lefquels a pris naiffanee la toux convulfive dont le prince a éprouvé les premières atteintes, lors de fon féjour triennal à Liege.
- L’hifloire fommaire de la fîtuation du malade fera juger fi le fait efl bien démontré. Le prince Théodore, trois ans après fon éleèlion & fa première réfidence à Liege, fut attaqué d’une toux qui,ne cédoit à aucun remede : la fanté d’un Souverain efl toujours un dépôt bien délicat. Un médecin qui s’en trouve chargé ne fauroit être trop attentif; une fimple conjeâure, à l’aide de laquelle fon malade peut recouvrer fans rifque la fanté, doit le décider prefqu’autant qu’une certitude. Il eût été indifcret, & c’eût été fe compromettre, de ne pas vouloir penfer, avec tous ceux qui approchoient le prince, que l’air de Liege pouvoir bien lui être contraire : il étoit plus que raifonnable de s’en affurer, le moyen étoit fimple & indiqué partout le monde. Le changement de place pouvoir être profitable, on en effaya. Le prince paffa à fon évêché de Freyfingen ; une réfidence de quatre ans dans cette ville, ne répondit pas aux vœux de la cour. La toux ne laiffa jamais de relâches entières. La cité de Liege eut encore la fatisfa&ion de jouir de la préfence du prince Théodore ; mais l’opiniâtreté de l’incommodité, qui préfageoit une maladie chronique très-rebelle, la perfuafion inquiette des courtifans, que la première caufe de cette toux importune tenoit à l’air de Liege, déterminèrent à abréger ce fécond féjour. Quelle raifon de défefpérer que le mal, en éloignant le prince du climat que l’on accufoit, trouveroit enfin de l’adouciffement dans un air différent?Le remede le mieux indiqué n’a pas toujours d’abord le fuccès qu’on a droit d’en attendre. Il étoit naturel de
- (i) Si verb in rheumaticæ ejus, & fpafticæ tur-{is origiriem indagare lubeas, à præjudicii pravitate liberæ menti nihil priiis oecurret qnàm Leodienfis aeris, denfa , tetrica fpiflifque vaporibus & fulphu* reo fœtaathmofphæra, quæ exacceniis foffiliumcar-
- bonum glebis exhalans, non dicam civitati, fed cuilibet etiam pago, fufcæ ad inftar nebulæ incuni-bens , remotis longé oculis Te prodit, atque infu-per nares ferit, feque de Tulphureâ indoie parti* cipaj*e dubium non relinquit.
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- faire encore l’effai de celui de Freyfingen. La tentative fut aufîi infruâueufe que la première, les chofes même empirèrent : non-feulement la toux augmenta , les accès fe rapprochèrent ; mais les fecouffes violentes de la poitrine^ donnèrent des alarmes fur l’effet du fang porté avec trop d’impétuofité au cerveau. Ces alarmes étoient redoublées par la dyfcrajîe de ce fluide altéré d’un levain dartreux, qui étoit la vraie caufe immédiate, & dont on pouvoit craindre une fâcheufe métaftafe.
- Ce prince , également tourmenté de fa toux en Bavière, dont le ciel naturellement pur & ferein n’y avoit pas trouvé l'avantage que procure ordinairement l’air natal ; & prévenu défavorablement contre celui du pays de Liege, déclaré l’auteur de la difpofition valétudinaire qui avoit fuccédé à une conftitutionr obufte, a porté par-tout ailleurs cette toux eonvulfive, cathar-raie, qui n’étoit que fymptomatique.
- Dans ce court & fidele expofé, on ne voit rien qui établiffe folidement les effets nuifibles de l’air qu’on refpire à Liege. De ce que le prince, trois ans après fon éleûion, avoit été attaqué d’une toux rebelle à tous les remèdes , qu’il a confervée toute fa vie , & dont il n’eft point mort (i), il ne s’enfuit pas que cette maladie foit provenue de l’air de Liege. Si cela eût été, l’air natal refpiré à deux reprifes différentes pendant un terns fufHfant, celui des campagnes des environs de Paris, auroient apporté du changement dans la maladie : en regardant même comme bien certain que cet air a été fâcheux au prince Théodore en particulier, on n’a pu en déduire rien de général, puifque de tous les princes fes prédéceffeurs, ceux qui n’étoient point du pays, n’ont éprouvé dans leur fanté aucun dérangement auquel on ait fongé à afligner cette même caufe.
- Les perfonnes raifonnables, qui ne fe laiffent point féduire par l’opinion, feront bien-aifes qu’on leur faffe appercevoir combien l’idée vulgaire, fur les dangers du feu de charbon de terre, efl: oppofée à la vraifemblance. Outre que plufieurs médecins-praticiens reconnoiffent des utilités médicinales dans ce chauffage, on ne manque point (en y réfléchiffant un peu) de préfomp-tions pour imaginer qu’il efl: plus falutaire que nuifible.
- Le célébré chymifte que nous avons déjà eu occafion de citer plufieurs fois, M. Zimmerman, eftirne que ce feu purifie lf air ; que non-feulement cette vapeur peut être avantageufe pour les phtyjies pulmonaires 3pour lever les obftruc-tions fehirreufes des glandes bronchiales 3 mais quelle peut être encore un excellent remede dans les tems de pefle. Cette derniere conjeôure ne doit pas être regardée comme une chimere, en faifant attention à l’analogie de cette vapeur (V. feâ. 4, art. 5 de la première partie), avec ces fumées réfineufes de forêts que fit brûler Hypocrate, pour faire ceffer la pefte dont la Grece fut affligée.
- les ans à Parrîere - faifon, & dont on étoit venu à bout de le perfuader qu’il étoit guéri radicalement.
- Mort d’accident dans ion palais epiicopal de Liege , le 27 janvier de l’année 1763 ,fept jours après l’application de compreffes d’eau de Cologne, Lur unrefte de fes dartres, qui reparoiffoient tous
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- L’inutilité du moyen propofe par notre auteur contre un fléau heureufe-ment devenu des plus rares, mais qui peut s’appliquer également aux maladies épidémiques & contagieufes, n’empêche point que cette idée, cette fpé-culation, fl l’on veut, n’aille tres-bien à notre objet, loin d’y être indifférente.
- Le feu de houille, plus vif & plus ardent, efl:, par fon plus grand mouvement, plus capable que celui du bois, d’agiter l’air,d’obvier à fa ftagnation, plus propre à difliper les mauvaifes exhalaifons. Ce ne feroit pas avancer un paradoxe, que de prétendre qu’il efl: encore par fa partie bitumineufe y & par un principe qui s’en détache dans la combuftion (i), plus propre à corriger l’air, & que, pour quelques affeâions de poitrine, il efl: une efpece de palliatif, & même un remede; dès-lors le chauffage de charbon de terre devient une chofe précieufe pour les familles indigentes, qui forment le plus grand nombre des habitans d’une grande ville; pour le petit peuple, dont les retraites pourroient fouvent, fans injuftice, être regardées comme autant de cachots prêts à fe peftiférer.
- Dans le grand nombre de maladies de langueur qui font comme endémiques parmi ce qu’on appelle petites gens, dont quelques-unes font conftam-ment le trifle partage du défaut d’aifance, on ne fauroit douter qu’il n’y 'en ait plufieurs qui doivent leur origine à l’air étouffé, refpiré en commun dans un même endroit toujours trop refferré (2). Une troupe d’enfans aufli mal tenus pour l’ordinaire, fouvent auffi mal-fains que ceux dont ils ont reçu l’être, entafles dans un même lit, au moins dans une même chambre, dont tous les recoins exhalent la mal-propreté, ne refpirent certainement pas un air falubre. Ce défaut de pureté ne tarde pas de s’accroître à un degré bien plus fâcheux, fi quelqu’un de la bande vient à tomber malade, oufe trouve affeâé de vice fcrophuieux ou autre , de nature à fe communiquer.
- Peut-être efi-ce la caufe pour laquelle la pulmonie fur-tout, phtyfie devenue aujourd’hui fl commune qu’on pourrcit la nommer confomption françoife9 fait plus de ravage dans le bas peuple que dans les familles aifées. Cette maladie, en effet, ne fe borne pas à celui qu’elle a gagné le premier dans cette chambre : elle étend facilement fa contagion fur une bonne partie de la famille miférable, qui refpire un air infeâé de myafines purulents. Si ces infortunés avoient été, dans les grands froids, en état de corriger de te ms à autre par un peu de feu le mauvais air de leur habitation, il efl: permis de préfumer que le premier attaqué, ou quelques-uns de ceux qui ont par la fuite contraâé la difpofition maladive, euffent réfifté aux atteintes peftilen-tielles de l’air qu’ils refpirent (3). *
- On fait que dans les froids exeeflifs, les pauvres font en butte à tous les
- (1) lien fera queftion page 21.
- (2) Avis au peuple fur fa fanté, 4e édit. Paris , 1760 , tom. 1 , c. 1, fe£L 9, p. 38.
- (3) Enim vero non nullis Phtyiicis, tanta efl: hujus (aëris) infiuentia, ut morbi caufa, aëris in
- quo degunt incongruitati, quandoque ferè in to-tum adïcribatur , & pro curatione foli aut cœli mutatio, cœteris quibufcumque remediis prsefera-tur. Wïllis, opéré citato.
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- fléaux de l’indigence: quand bien même on fuppoferoit que ces malheureux ne recourroient à ce chauffage que paffagérement & dans les tems les plus rigoureux, cette propriété de corriger à peu de frais le mauvais air (de quelque maniéré qu’on l’entende), eft un avantage très-digne de confidération*, il entre dans la claffe de ces médicamens, dont l’art de guérir prefcrit la vapeur ou la fumigation pour les affeâions de poitrine ; ce moyen paroîtroit même de'nature à l’emporter fur l’habitation dans des étables, dont on avoit voulu faire une méthode Spécifique.
- Les deux autres circonftances appartenantes au feu de houille, ne font pas auffi effentielles, puifqu’elies ne concernent pas la fanté ; elles ne font, pour ainfi dire, que d’opinion, c’eft-à-dire fondées uniquement fur des apparences. Pour aller au nœud de la queftion, concernant l’odeur que donne le charbon de terre brûlé, & trancher toute difficulté fur ce point, il s’agit de nier ou de convenir que les défagrémens & les incommodités qu’on ne pourra faire dif-paroître dans l’ufage de ce foffile, tant de la part de l’odeur qu’il exhale que de la pouffiere qu’il répand, font bien fenfibles. Il s’agit d’examiner en quoi ils font mal entendus ou exagérés. Ceci ne comporte abfolument qu’une ré-vifion de faits vérifiés foigneufement, & difcutés avec impartialité.
- De la vapeur, de l’odeur & de la fumée du charbon de terre.
- La maniéré dont on eft prévenu contre le feu du charbon de terre relativement à ces incommodités, ne peut avoir fa première fource que dans le récit de ceux qui ont été dans les pays où l’on en fait ufage. La plus grande partie des voyageurs tient effeftivement un langage affez uniforme au défa-vantage de ce chauffage. Sans vouloir ici les déprimer, à la faveur du reproche que l’on fait à ceux qui viennent de loin, naturellement portés à s’écarter de la vérité, je demande férieufement fi tous ceux qui font fortis de chez eux font dans le cas de mériter une confiance aveugle fur ce qu’ils racontent ? Les uns, & ce nombre eft grand, n’ont porté dans les pays étrangers qu’ils ont vus, que des yeux fafcinés par des préjugés^ & ne rapportent à leurs compatriotes que les fauffes idées qu’ils avoient avant leur départ.
- D’autres, tout-à-fait ignorans fur les modes, fur les pratiques, comme fur les particularités des pays où ils ont été , uniquement infatués d’un voyage qu’ils ont fait en courant, s’arrogent impérieufement des droits fur la crédulité de leurs auditeurs, dont peu font en état de les contredire ; ils prennent d’ordinaire un ton affirmatif, même décifif, qui ordonne aux autres de ne pas douter.
- Combien dans tous ces différens voyageurs, dont on écoute les récits, y en a-t-il, je ne dis pas feulement qui fâchent obferver, mais qui aient voulu fe donner la peine de voir & d’examiner ? Le point auquel j’en fuis, me fournira ici la preuve de ce manque d’attention & de difcernement des voyageurs , d’après lefquels on croit connoître exaâement les effets du feu de houille.
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- Dans le compte que rendent la plupart d'entre eux, de leurs fenfations à cet égard, aucun n’a fait mention dune circonftance également compétente aux fens, &, à mon avis, auffi frappante que les autres phénomènes du chauffage , dont ils relevent fi fort les incommodités ; c’eft précifément hors des tems qu’il n’y a pas de feu allumé dans un appartement, enconfé-quence lorfqu’on ne peut y penfer, lorfqu on ne s y attend pas même , que la circonftance dont je viens de parler a lieu. J’en ai dit un mot en paffant, page 17 de la première partie. Voici ce dont il s’agit : La graijje ou l’huile du charbon de terre, en parcourant dans l’état obfcur de vapeurs le tuyau de la cheminée , s’y eft ammoncelée, s’y eft refroidie à différentes hauteurs & avec différentes circonftances : elle s’eft convertie en fuie plus ou moins réfinifiée ou bituminifét. La partie qui n’eft point confolidée avec la fuie déjà formée, tient encore beaucoup de fon humidité, qui, au moyen de l’ab-fence du feu dans la cheminée, n’eft point chaffée dans le haut, & que le tems pluvieux empêche d’y parvenir, ou de fe difliper à l’extérieur : elle reflue donc plus ou moins feiifiblement dans la pie ce ; à l’odeur près, c’eft ce qu’cn éprouve quelquefois dans des chambres chauffées par des poêles. A rai-fbn ou du peu d’étendue du tuyau, ou de la dire&ion qu’on a été contraint de lui donner, ou de fexpofition de fon iffue , fur laquelle on eft également gêné, les poêles renvoient en tems de pluies, lorfqu’on n’y allume point de feu , une odeur de fuie allez, forte : cette remarque peut être faite affament.
- Je ne puis d’ailleurs mieux défigner cette odeur au commun de mes le fteurs, qu’en leur difant qu’elle tient de celle des charbons de terre & de celle des charbons de bois. Il eft plus facile d’en donner une idée à ceux qui ont quelques con-noiffaffces de chymie. C’eft abfolument l’odeur propre au commencement de décompofition des bitumes ou des réjines, & plus de ces dernieres, qu’on obtient des bois réfineux &c, par leur diftillation à la cornue. L’odeur qui s’exhalera dans cette opération par le trou du ballon, comparée à celle de la fuie dans les tems humides, démontrera mon idée ; & fi les charbons de terre donnent en brûlant une odeur mixte, dans laquelle on diftingue celle dont il eft quef-ftion, c’eft une préfomption de plus pour penfer, avec beaucoup de Phyfi-ciens, que les charbons de terre ont une origine végétale.
- La difficulté qu’il y auroit ( comme dans tout ce qui eft du reffort des fens ) à trouver tout le monde d’accord, ne me permet pas davantage de fpécifier l’impreffion que cette odeur pourroit produire fur les uns ou fur les autres. Je donnerai feulement mon idée à cet égard, & je la crois raifonnable; elle eft une fuite de l’opinion de quelques auteurs que j’ai cités, fur la propriété du charbon de terre de donner au feu une exhalaifon bonne pour la fanté, &qui eft étayée de l’avis des médecins de Liege & de Valenciennes. Je ferois dif-pofé à penfer que cette odeur, renvoyée de tems en tems des cheminées dans les appartemens, en agiffant fur l’organe de la refpiration, comme elle affeâe l’odorat, ne contribue pas peu à rectifier l’air des villes & des maifons où l’on brûle de la houille.
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- Je paffe maintenant à quelques autorités fur lefquelles on imagine pouvoir ne pas douter de l'inconvénient de ia pouffiere , de l’odeur & de la fumée que donne le feu de charbon de terre. Les témoignages des perfonnes qui habitent à la proximité de quelque manufacture , où l'on emploie beaucoup de charbon, comme d une verrerie, &c. font ceux auxquels on fe croit autorifé d’en appeller davantage : félon eux , ces défagrémens font réels & confidérables.
- Dans le voifinage des endroits où il y a des manufactures qui confomment une grande quantité de charbon de terre , pur, & non apprêté, on ne con-noît que l’incommodité indifpenfable d’un grand volume de fumée , comme par-tout où l’on brûle d’autres matières ; mais cette fumée plus épaiffe, & plus fenfible à la vue que celle du bois, efl: moins nuifible pour les yeux ; on n’en n’a jamais vu réfuiter aucun dommage, ni aucun inconvénient ; ces atteliers ne peuvent nullement être donnés pour exemple ; on ne peut trop répéter que la fomme de vapeur, de fumée, de pouffiere, réfultante du charbon de terre, préparé tel que je l’ai dit, ne reffemble en rien à ce que l’on efl: à portée de voir dans ces endroits : ce feroit en juger très-mal que d’en juger par-là. C’efl: à tort qu’un journal, recherché par le choix de notices courtes, Jimples & précifes, fur les nouvelles productions des arts & de Findujlrie 9 desfciences & de la littérature (i) , en difcutant les avantages des pompes à feu, appliquées à d’autres objets qu’à répuifement des eaux de mines, taxe l’odeur du charbon de terre, nécelfaire pour le fervice de ces machines, d odeur pernicieufc*
- Nous conviendrons afliirément que fon odeur, fa fumée &c., préfenteront une idée défavantageufe, lorfqu’on voudra comparer les feux de houille pure avec les feux de bois;cette maniéré affez naturelle de prendre l’idée de ce chauffage, pourra d’abord ne pas lui être favorable. A Londres , dans les premiers tems qu’on en brûla, on s’éleva contre fon ufage. Les hiftoriens de cette ville rapportent « qu’en 13 o 5, vers la fin du régné d’Edouard I, les marchands qui » avoient befoinde beaucoup de matière combuftible, comme les teinturiers, » braffeurs, &c, ayant commencé alors à employer le charbon de terre, » une grande partie de la haute, de la petite nobleffe & des autres bourgeois, » repréfenterent au roi que cet ufage étoit incommode au public, & que de la » permiffion qui fut donnée d’informer, il s’enfuivit une ordonnance févere » pour défendre l’ufage de cette matière , fous peine d’amende, confifca-» tion, &c. ». Les mêmes hiftoriens rapportent « que ces marchands éprou-» vant la rareté & la cherté du bois de chauffage , qui portoit coup à leur » commerce, employèrent le charbon de terre, & en tirèrent, peu de tems » après , de NeWcaftle fur la Tine ».
- Il feroit difficile de citer, en aucun pays , l’exemple d’une contravention auffiheureufe. Aujourd’hui que dans ce royaume les mines de charbon de terre donnent l’exiftence à une pépinière de matelots, réputés les plus habiles , & que ce commerce efl: devenu li confidérable qu’on y affigne une par-
- (1) Avant-Coureur, n° 33 , an. 176§ , lundi 15 août, p. 524, en rendant compte du 3e mémoire <le M. Defparcieux, fur le projet d’amener à Paris, la rivierç d’Yvette.
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- tie des fubfides que la nation a coutume d’accorder pour les befolns de l’état, nous nous croyons plus que difpenfés de nous arrêter à la moindre réflexion, pour faire remarquer combien on penfe différemment fur cette matière qu’on ne penfoit en 1305.
- Le favant hiftorien de la police de Paris (1) mérite trop d’égards pour paffer fous filence ce qu’il dit fur cette odeur, qu’il caraâérife mieux que la plupart de ceux qui en ont écrit. En parlant de ce chauffage, ufité dans les pays qui produifent de la houille, il s’exprime d’une maniéré qui ne prévient pas en fa faveur (2) ; mais il eft facile d’imaginer que fur cela il n’a fuivi que l’idée commune. Les propriétés qu’il donne enfuite à cette odeur* fans doute d’après quelque témoignage, font preuve qu’il n’a jamais prétendu fe rendre garant de ce qu’il avance (3).
- Voudroit-on * en fe dépouillant un inftantde toute efpece de préoccupation, favoir ce qui en efl: de l’odeur du charbon de terre quand il brûle, delà fumée qui s’en exhale ? Rien de plus aifé ; il n’eft pas befoin pour cela d’avoir voyagé en Angleterre, à Liege, ni d’avoir été dans le Hainaut François , ou dans les autres provinces qui emploient ce foffile à leur chauffage. On ne peut faire beaucoup de chemin dans les rues de Paris fans paffer auprès de quelque boutique, d’où la vapeur, la fumée, l’odeur de cette fubftànce s’étende dans le voifinage : on s’en apperçoit d’abord ; mais quoiqu’elle prenne affez fortement au nez, on n’a jamais remarqué que perfonne donne fur cela le moindre figne de déplaifance. En tout cas, loin d’être nuifible , on feroit fondé, avec le célébré M. Hoffman (4) , à réputer cette vapeur amie du genre nerveux , comme la plupart des fubftànce s dont on fait refpi-rer la fumée, & qui, quoique d’une odeur défagréable, font décidément, dans les affeâions nerveufes, plus efficaces que les parfums.
- Feu M. Fagon , intendant des finances, avoir été à portée, dans les contef-tations furvènues à l’occafion des mines de Raifmes & de Saint -Waft au Hainaut François, de connoître l’importance & l’étendue de la reffource dont pouvoit être le charbon de terre. Soit qu’il voulût faire connoître fon utilité pour le chauffage, foi t idée particulière, il a voit adopté le charbon de terre pour échauffer fes bureaux & fes antichambres. L’odeur que l’on appréhende tant, & fur laquelle on annonce une fi grande répugnance, n’a-voit donné lieu à aucune raillerie, ni à aucune contradiêHon fur cette fantai-fie, fi on veut l’appeller ainfi.
- Dans l’hyver de l’année 171X5 environ, plufieurspensionnaires du collège de Louis-le-Grand fe trouvèrent très-bien de l’idée de leurs parens, qui, à
- (1) Traité de la police, prr M. Delamare , confeiller commiffaire du roi au châtelet de Paris, 4 vol.in-foî. dont le ieren 1705, le 2e en 1710, le 3e en 1719 , & le 4e continué par M. Leclerc du Briilet , fur les mémoires de feu M. Delamare, -publié en 1738.
- (2) ïi ne peut y avoir qu’une longue habitude qui puifle rendre ce chauffage fupportable ; car ce charbon en brûlant rend toujours fon odeur natu-
- relle de bitume, qui efl: fort incommode à ceux qui n’y font pas accoutumés. Tom. 3, édition in-40 ,
- P- 933* , , .
- ( 3 ) Cette mauvaife odeur a neanmoins cette
- bonne qualité, qu’elle chafle ou tue les ferpens. Se£L 4, p. 933 ,tom.
- (4)Fred. HofFmani obf. 24, de carbonibüs fofz filibus, Si eorum vapore, non adeo noxio.
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- ïoccafion du prix auquel fans doute le bois de chauffage étoit porte dans ce moment, envoyèrent à leurs enfans du charbon de terre. Ce fait m’a été af-furé par une perfonne auffi éminente par fes qualités perfonnelles, que par les places diftinguées qu elle a occupées, & elle étoit du nombre de ceux qui fe chauffèrent avec du charbon de terre.
- Quant à la fumée réfultante de ce foffile, fi on en juge par ce que Ton en voit chez les ouvriers qui emploient le charbon de terre dans leurs travaux, ridée qu on en prendrait ferait abfolument fauffe. Les charbons dont ils fe fervent font ceux qui communément ont le plus d’odeur, & donnent le plus de fumée, 6c par cette raifon ils ne conviennent pas fi bien au chauffage ; & on ne doit pas oublier qu en employant le charbon de terre, apprêté comme je lai décrit, l’odeur & la vapeur n’en font plus les mêmes que celles qui fe remarquent dans ces atteliers.
- Dans la différence dont il s’agit ici, la fabrication à laquelle la houille a été foumife, pour l’appliquer aux ufages domeftiques, corrige réellement les défauts qui paroiffent au François une raifon d’exclure ce foffile des ufages do-’ meftiques.
- On doit bien s’attendre qu’entre plufieurs perfonnes, au jugement def-quelles on voudra s’en rapporter dans une matière de cette efpece, les avis fe trouveront partagés ; mais je n’ai fur cela qu’une obfervation à faire : je n’héfite point d’aflùrer que ce ne fera toujours que le plus petit nombre qui trouvera infupportables l’odeur, la fumée ou la vapeur de ce chauffage. L’i-* magination n’aura-t-elle pas, dans cette maniéré d’être affeûé, plus de part que la réalité ? La préfomption en eft du moins permife.
- Je fuppofe encore que quelqu’un, libre de tout préjugé fur cet objet,foit affeâé défagréablement pendant les premiers momens que la pile s’enflamme. Il eft , pour ceux qui auront dans leur maifon plus d’un feu, un moyen aifé de ne pas fe douter de ces effets, c’eft de n’employer pour le chauffage de leurs appartemens que les pelottes qui feront reftées de la veille du feu de la cui-fîne, ou des autres pièces ; on en fera quitte pour être obligé de renouveller plus fouvent ce feu, fans que l’économie, qui fait un avantage effentiel de ce chauffage , en fouffre aucunement.
- De la pouffiere ou cendre, & de la fumée du charbon de terre„
- A en croire tous ceux qui ont été dans les pays où l’on brûle du charbon de terre, la pouffiere ou la cendre, & la fumée, qui s’écartent loin des cheminées & des villes , répandent jufque dans l’air un noir faliffant dont il n’y a pas moyen de fe garantir. Cette pouffiere altéré la blancheur des linges, la netteté des vêtemens, l’éclat des dorures, dont il femble qu’on ne puiffe plus fe paffer dans les appartemens, dans les meubles & fur les ajuftemens.
- Je fuis honteux d’être tenu de réfuter férieufement des objeâions qui n’ont
- rien de grave que le ton avec lequel on a coutume de les annoncer, & fat-
- tache de la multitude. Quoique la plupart foient fi peu fondées qu’elles pourraient
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- roient être taxées de ridicules, je les traiterai. S’il falloit, en fe chauffant avec de la houille, renoncer à la propreté, foit dans fa maifon, foit en ville, il eft certain que ce ne feroit pasunefoible objeâion contre cet ufage, tout agréable & commode qu’il feroit d’ailleurs ; mais il ne fuffit pas que ces oui-dire foient reçus généralement, il faut que le point de fait fur lequel ils font appuyés , foit avancé de maniéré à être lié avec les circonftances qui l’éclairciffent, & que chacun ne puiffe pas fe le repréfenter à fa fantaifie.
- Suffit-il, par exemple , qu’un écrivain nous déclare ( i ) que la ville de Saint-Etienne en paroit comme toujours couverte de nuages ou d'un brouillard épais; que cette fumée noircit les maifons, & fait peut-être perdre a cette ville, du côté de lagrément, une partie de ce quelle gagne du côté du commerce & des ri-chejfes ? La chofe paroît vraifemblable, & on n ofe pas imaginer que cela puiffe être autrement; mais je m’en tiens à renvoyer, pour le premier objet , à la lettre de M. Dell-waide ; & à l’examen que j’ai fait de la conful-tation de M. Stebbler, quant au fécond.
- Dans une ville telle que Londres, Liege, ou autre, dans lefquelles on ufe du feu de houille pour tous les befoins d’un ménage, dans lefquelles tous les quartiers fervent de paffage aux voitures qui tranfportent fans ceffe cette matière de tous côtés , il fera fùrement impoffible de ne pas s’appercevoir des traces de cette importation dans les rues, dans quelques parties des maifons, comme les cours, ou les endroits où l’on ferre Fapprovifionnement. On fait, par exemple, que Saint-Etienne en Forez eft rempli de fabriques d’armes à feu, de fenderies, ufines, martinets, manufaûures de quincaillerie. De tout ce qui fe confume de charbon dans l’enceinte de cette ville, n’eft-ce pas la plus confidérable quantité quip affe dans ces atteliers ? Et y a-t-il quelque chofe à conclure d’une grande habitation occupée par des forgerons qui, fans interruption & tous les jours, brûlent du charbon à l’aide des fouffiets, dont le vent détache & enleve des molécules, ou en nature, ou en cendres ? Jugeroit-on des inconvéniens des cendres & de la fumée de ce chauffage , parla malpropreté qui régné univerfellement dans les petits ménages, & qui s’étend fur leurs vêtemens, fur tout ce qu’ils touchent, ou ce qu’ils approchent ? Il faudroit ignorer que le menu peuple eft par tout pays reconnoiffable par fon extérieur fal & négligé. J’ai entendu très-fouvent chercher la preuve de ces allégations touchant la propriété de falir & de s’infinuer par-tout, des cendres & de la pouffiere de la houille, dans la prétendue précaution que prennent les Anglois & les Liégeois, de choilîr des redingottes & des habits gros bleu ; il n'eft pas cependant difficile de voir que le menu bourgeois, le commun du peuple, ou l’homme de commerce, trouvent Amplement dans cet habillement , & dans la couleur qu’ils préfèrent pour l’ordinaire, l’avantage de s’exempter du foin réitéré de leur ajuftement. U y a même fur cela, fi je ne me trompe, une remarque que tout le monde eft à portée de faire ; c’eft que ces étrangers, pris dans le même ordre, en voyageant dans d’autres pays où
- (i) Mémoire pour fervir à l’hiftoire naturelle des provinces du Lyonnois, Forez & Beaujolois, par
- M. Alleon du Lac, avocat en parlement, & aux cours de Lyon, tonu 68,
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- Ton ne brûle pas de charbon de terre, ne fe départent point de ce choix d’habillement; que s'ils ont à fe faire habiller hors de chez eux, ils fe décident affez volontiers, par préférence à toute autre, pour cette couleur groffiere. On ne peut pas dire que c’eft alors de leur part un choix raifonné fur les inconvéniens de la pouffiere du feu de houille, entièrement inconnu dans le pays où ils fe trouvent.
- Les perfonnes qui s’imagineront que ces étrangers fe font uniquement conduits en cela par une fage & prévoyante économie relative à leur prochain retour au milieu de la fumée poudreufe de leurs pénates, auront à prouver que telle a été l’intention; alors je n’aurai rien à répondre.
- Ce neft pas que le charbon de terre, employé prefque généralement dans une grande ville, ne produife une cendre dont une bonne partie doit fe répandre en l’air & retomber de tous cotés. Ce n’eft pas une fuite auffi nécef-faire de ce chauffage , que nous avons à contefter : nous ne prétendons que réduire à fa jufte valeur l’opinion que l’on a de l’effet de cette pouffiere fur tout ce qui peut être fournis à fon contaû. Une courte obfervation fuffira pour cela : c’eft qu’à voir, à examiner même avec cet efprit de prévention les appartenons, les ameublemens, je ne dis pas feulement des maifons honnêtes, mais encore du commun & du plus petit artifan de la ville de Liege , les ha-billemens,les linges de corps & de table, on ne croiroit point du tout qu’il ne s’y fait de feu, pour quelque chofe que ce foit, qu’avec de la houille.
- Je dois ajouter à cela que dans le général on y eft affez dans l’ufage des rideaux blancs, tant pour les lits que pour les croifées ; cette couleur, la plus facile de toutes à s’altérer, & qui ne pourroit fe concilier avec cette propriété de la houille, d’être faliffante, annonce clairement que cet inconvénient n’eft pas tel qu’on le prétend communément. Où eft donc le fujet d’inquiétude que le François, fi recherché fur l’article de la propreté, n’ait point le talent de s’y maintenir au milieu du chauffage dont il s’agit ; de conferver cette propreté qui n’eft inconnue ni à Londres, ni à Liege, ni en Hollande, où l’on fait quelle eft (fi on peut parler ainfi) portée à l’excès, quoiqu’on n’y brûle que de la houille ou de la tourbe ?
- Il y a affurément un manque d’attention, ou une prévention bien mal rai-fonnée, à aller chercher dans la fumée qui doit néceffairement s’exhaler en grande quantité, dans un endroit fort peuplé, une explication de cette vapeur qui paroît au-deffus de la ville de Liege ; c’eft affurément une des moindres caufes de ce que l’on peut avancer fur cela. Le voile nébuleux qui, fi l’on veut, obfcurcit l’air au-deffus de Liege, n’eft guere différent, ni plus con-fidérable que celui qui couvre les grandes villes, & qui eft toujours remarqué par les voyageurs arrivant à Paris (i).
- Je ne puis retenir mon étonnement de ce qu avance M. Stebbler dans la confultation donnée pour le feu cardinal de Bavière. Ce médecin va jufqu’à prononcer que ces efflux fulphureux & fondes, entraînés en bas par leur propre poids y communiquent au fol du pays une couleur noire, pénètrent jufque dans les (i) V, ce ue dit fur cela rObferyateurFrançois ,page 331, lettre 75, 2e vol. i
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- lourfes; que V or & l’argent qui y font renfermés ri y font pas a l'abri ri une altération marquée (i). L’explication du fond de la couleur du terrein de Liege, par une caufe extérieure telle que les molécules de la houille, trop pefantes pour pouvoir relier fufpendues en l’air, ne peut être réfutée férieufement.
- - Pour ce qui eft de l’effet de ces exhalaifons fur l’or & fur l’argent, le lecteur inftruit doit fe rappeller ce qui a été dit à cet égard, pag. z6 & 27 de la première partie. Les chymiftes connoiffent cette propriété dans l'efprit du charbon de terre, lorfqu on le foumet à la diftillation ; mais M. Stebbler avance ici un fait tout neuf & abfolument ignoré des Liégeois, & de ceux qui y ont féjourné affez long-tems pour y avoir de l’argent en caiffe, ou en facs. En accordant au furplus un inftant cette propriété , très-propre à frapper les efprits crédules, on ne voit pas comment M. Stebbler a pu en tirer une induâion contre la falubrité de l’air de Liege, dans le cas pour lequel il donnoit fon avis relativement à la fanté du feu cardinal de Bavière, & à la néceffité d’éviter de le refpirer. Cet e/prit reconnu par l’analyfe, & qui véritablement noircit l’or & l’argent, n’eft, au fçu de tous les chymilles, qu’une efpece de liqueur balfamique, & il devient alors plus que difficile de le foup-çonner d’être nuifible à la poitrine.
- On ne fauroit croire à quel point on a été extrême fur ce préjugé, jufqu’à prétendre que la pouffiere ou la vapeur de la houille ont un effet marqué fur la peau, que la blancheur du teint du vifage fe ternit par cette fumée.
- Il n’ell pas trop facile d’imaginer fur quel fondement porte cette abfurdité. Seroit-ce d’après ce que l’on voit tous les jours fur les ouvriers employés dans les mines & dans les magafins de houille, ou à des travaux qui obligent d’être du matin au foir au milieu de cette pouffiere, ou de la vapeur ? Certainement l’afpeû de cette grande partie du menu peuple qui habite l’extrémité de quelques fauxbourgs de Liege, & qui ne connoît d’autre occupation que celle des mines ou du commerce de houillerie, rendra au vrai le tableau que je donne du corps des houilleurs, fe£l. première de cette fécondé partie. Les ferruriers, les ramoneurs doivent être, des pieds à la tête, de la même couleur que nos charbonniers ; comme les boulangers, les plâtriers doivent être remarquables par une couleur toute oppofée : mais on n’ofe fe perfuader que ces troupes d’artifans, enfumés ou barbouillés, puiffent fournir aucune forte de conféquence en faveur de fe propriété que l’on attribue au charbon de terre, d’altérer foncièrement la couleur de la peau.
- Nous aurions fort defiré n’avoir pas encore à faire ici un nouveau reproche à un démonftrateur d’hiftoire naturelle, dont les cours publics font fort fui-vis (2). En croyant avec le vulgaire à cette influence du feu de houille furie teint du vifage (3), il ne devoit pas négliger de nommer les pays, les villes dans lefquelies il a conftaté cette obfervation importante pour la plus agréable
- ( 1 ) Hœc fane citm fœtore juncla fuiphurea cfjlu-via, fcut fuo prejfa pondéré , nïgro terras colore in-ficiunt, reconditumque in cijlis aurum 6* argentum defortni rubigine imbuunt.
- (2) Minéralogie, ou nouvelle expofition du régné minéral , par M. Valmont de Bomare.
- (3) La vapeur qu’exhale ce foffile, lorfqu’il brûle, noircit le linge, & rend le teint tout bafané.
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- portion de la fociëté. Je puis affurer que ce n eft pas à Maëftricht (i), dont le £exe eft bien éloigné d’avoir un teint défagréable. Les habitantes de Liege ne font pas plus mal partagées à cet égard, que ceux de Maëftricht. Il faudroit être difficile, pour accufer le lang des Liégeois d’être fruftré de cette heu** reufe aptitude à faire briller fur Pextérieur du corps & du vifage, cette blancheur & cette fleur qui ajoutent un furcroît d’agrément aux traits de la phy-fionomie.
- A Valenciennes, dans le Hainaut François, où depuis quarante ans on n’emploie de même que le charbon de terre pour le chauffage, les femmes ne fe font pas encore apperçues que cet ufage ait fait aucun outrage à leur teint. Les perfonnes de l’un de l’autre fexe, qui pourroient être intéreffées dans cette allarme, en reviendront d’elles-mêmes , en faifant attention que les An-glois n’ont rien moins que le teint olivâtre. On fait que la couleur brune n’eft pas même chez eux la couleur dominante.
- Si les phyfiologiftes ont eu de bonnes raifons pour regarder la blancheur du teint du vifage des habitans d’un pays comme un ligne de fa falubrité, que deviendra la qualité prétendue mal-faine du climat de Londres, ou de ce brouillard perpétuel qu’on y refpire ? Une chimere.
- A la veille de mettre ces mémoires à l’impreffion, il m’eft parvenu un ouvrage fait pour intére fier à plus d’un titre. La plume dont il fort, habituée à jetter de l’agrément fur tous les fujets qu’elle traite, eft également en poffef-fion du fuffrage du public. La curiofité des François fur les mœurs & les cou-, tûmes de la capitale d Angleterre, s’eft déclarée depuis plufieurs années juf-qu’à déterminer le curieux à y voyager pour en juger par lui-même. Tous ne le peuvent cependant pas ; & ces derniers curieux feroient bien à plaindre, li l’homme de lettres qui s’y eft tranfporté, ne refpeâe pas la vérité dans le compte qu’il leur rend de ce qui l’a frappé ; fi l’imagination vient fe confondre avec l’impartialité qu’il annonce ; fi enfin, à la faveur d’une épigraphe applicable à toutes les grandes capitales (i), on fe permet des inconféquences fous la forme de l’érudition qui dit tout & n’approfondit rien. Dans l’ouvrage piquant, intitulé Londres (3), on trouve un article allez long fur ce que le chauffage du charbon de terre a de défagréable. Le ciel de cette ville y eft repréfenté, comme un manteau formé d'un nuage qui oppofe pendant huit mois de tannée environ, une barrière impénétrable aux rayons du foleil, qui revient fans cejfe fur lui-même, pour * empêcher les habitans d'entrevoir la lumière du jour (4).
- L’auteur affure que fi Londres continue de s’accroître autant quelle en paroît fufceptible , les fumées du charbon de terre forceront les habitans de renoncer à ce féjour. Les édifices, auxquels on a certainement apporté le plus de foin pour en rendre la conftruâion magnifique & folide, fe reffentent déjà
- (1) O a ne voit descendre tous les ans fur la Meule, qu’un feui bateau de bois, pour l’ufage de cette ville.
- ' (1} Tranjivi f ut vidèrent fapientiam , errorefque,
- & jlultitiam. Ecclefiaft.
- (3) Laufane , 1770 , 3 vol. in-12.
- (4) Tom. 1, nouveau Londres, p. 77.
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- de cette fumée infupportable, qui enveloppe exaSement & continuellement la ville. « Non-feulement l’extérieur des maifons porte évidemment l’empreinte » de la couleur fale & déplaçante de cette fumée , mais encore leur iolidité » en eft fenfiblement altérée ; les pierres de l’ancienne cathédrale, détruite par » un incendie en i66é,avoient toujours été l’objet dé réparations suffi fréquen-» tes que difpendieufes, occafionnées par l’aâion infenlîble de la fumée (i) ».
- Qui oferoit, après de pareils effets préfentés d’un flyle féduifant & léger, contredire, même révoquer en doute la propriété nuifible & mal-faine des vapeurs de ce chauffage * ne pourroit paffer que pour un entêté. Ne pas redouter l’aftion corrofive de fes parties terreflres St minérales fur lefang, dans lequel elles fe mêlent avec l’air qu’on refpire, feroit une inconféquence grof liere. Auffi l’auteur(i) ne manque-t-il pas de faire entrer en compte, parmi les caufes phyfiques de la mélancolie des Anglois, cet athmofphere dont il s’efl: plu à faire une peinture frappante; je pourrois dire une cargature.
- Que réfulte-t-il de toutes ces allégations? linon que toute nation, quelque éclairée quelle foit, n’efi: pas à l’abri des préjugés. Il efl feulement fâcheux qu’ils aient quelquefois pour panégyrifles, les perfonnes qui en devroient être les deftrudeurs. Je ne crois pas au furplus, qu’elles méritent attention, fi on les compare à l’analyfe que j’ai déjà faite de la confultation de M. Stebbler, fur la fanté de feu Son Eminence le Prince de Liege, St aux détails dans lefquels je fuis entré fur toute cette matière ; je regrette fur-tout que M. Grofley n’ait pas eu connoiffance d’un ouvrage , fort répandu néanmoins, qui traite le même fujet que lui. L’observateur François a Londres, fans favoir que le Gouvernement fongeoit à favorifer î’établiffement adopté aujourd’hui* a difcuté fommairement & judicieufement cette opinion françoife. M. Grofley eut apperçu dans la lettre Lxxv que j’ai citée, un antagonifle qui n’efi pas indifférent. Le leâeur trouvera bon que je l’invite à comparer ces deux pièces, dans lefquelles il trouvera le pour & le contre ; St c’efl le moyen de juger avec connoiffance de caufe. Je crois devoir faire obferver, que fi la falubrité de l’air de Londres avoit befoin d’autres garans que les perfonnages célébrés, compofant la fociété de médecine de cette ville , qui ont répondu, par leur fecrétaire , à mes queftions fur ce fujet, comme on le peut voir par la piece FF, il ne feroit pas déraifonnable d’en tirer une conséquence avantageule à cet air. Ce que prouve de plus le caraâere du peuple d’Albion, perfonne ne l’ignore, il ne s’efl démenti dans aucun tems, dans aucune révolution: parmi des hommes qui pafferoient leur vie dans un air greffier & mal-fain, ou qui feroient partagés d’un tempérament cacochyme St valétudinaire, trouveroit-t-on cette hardiefle à entreprendre, ce courage à exécuter, cette aptitude pour les feiertees (3), que tant de fois on admire dans les Anglois ? Les phyficiens, à qui il appartient de raifonner fur les effets de la fanté St de la maladie, ne peuvent paffer à M. Grofley fes induirions, fes opinions fur la mélancolie, à laquelle il attribue, on ne voit
- (1) Londres, tom. 1, p. 79, | (3) Idem, pag. 373*
- (z) Idem, p, 77, 78, 79.
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- fur quel fondement, toutes les modifications de cette force extraordinaire de l’ame. Un état de maladie, telle que la mélancolie , le mal-aife, la lenteur , raffaiflement qu elle répand dans l’habitude de lame & dans celle des corps, ne comporta jamais cette obflinaiion prétendue, que Von fait être ordi- , naire aux Anglais, pour des objets difficiles, ni aucune efpece de bravoure, ni cette chaleur qui échauffa Rome & la Grèce, & qui produira les mêmes fruits en Angleterre. M. Grofley eft le premier à qui l’idée foit venue de donner a ünefievte quarte de fept ans de durée, la plus légère influence fur la réputation du chevalier Ëayard ( i) ; d!attribuer en partie là victoire de Fontenoy au délabrement de la famé du Maréchal de Saxe (z) ; d’expliquer enfin par l’affeâion hypocondriaque & mélancolique, le caraâefe d’une nation. Qui connoît l’auteur, fes talens & fa gaieté, fait que penfer de l’influence de la mélan-
- Les travaux des Bacons , des Boyles, des Newtons, toutes leurs découvertes dues aux plus vigoureufes opérations de l’efprit humain, ne pourront jamais fuppofer dans leurs auteurs, qu’un état bien décidé de fanté. Faire dépendre d’un excès de mélancolie pu de fievre, les grandes avions des hommes , feroit fabaiffer d’une façon finguliere le Grand Condé, nos Montmorency , Châtillon, Luxembourg, les Bouillon , Bertrand Duguef* clin, les Richelieu, Colbert, Louvois, Jerome Bignon, Ifaac le Maître, les Lamoignon, qui dans la France, où l’on riefi: pas mélancolique , ont donné des exemples de cette fupériorité, qui, fi l’on veut, ont montré ce noble orgueil, qui fut toujours le mobile des grandes aâions. Pour ce que M. Grofley avance de l’aûion rongeante des fumées de charbon de terre fur les pierres & fur les édifices ; l’Anglois, à moins qu’il ne regarde l’allégation de l’atlteur François, comme une caricature, faura défendre fes pierres.
- On reconnoitra aifément qu’aux rifques d’abufer de la patience du lecteur „ j’ai fait une exaâe perquifition de tout ce qui peut être dit, ou qui peut avoir été écrit contre l’ufage du charbon de terre, employé au feu; fi néanmoins je ne renfermois pas fcrupuleufement dans cette récapitulation tous les écrits qui peuvent être venus à ma connoiflance, on ne manqueront pas de regarder cette ontiffiort comme volontaire. Afin de lever ce foupçon , je finirai par l’examen d’un ouvrage d’une autre efpece que ceux que j’ai difcutés jufqu’ici, mais non moins impofant par le fuffrage que le public lui a accordé dans fon tems (3). L’auteur , en parlant de la ville de Liege, dont on ne le taxera pas d’avoir flatté le tableau, ajoute, au fujet de la houille (4) : le chauffage en eft très-défagréable parla mauvaife odeur, qui furpaffe infiniment celle du charbon d!Angleterre , & qui rend Liege en hiver auffi noir & auffi fombre que Londres. On ne peut s’exprimer d’une maniéré plus précife & plus pofitive.Tout ce qui vient d’un auteur, homme de con-
- (0 Bravoure, p. 494.
- (2) Idem, p. 79, p. 395.
- (3) Lettres du Baron de Pollnitz, contenant les obfer valions qu’il a faites dans fes Voyages, &
- le cara&ere des perfonnes qui compofent les principales cours de l’Europe. Edit. 5 e. Londres, 1747*
- (4) Troilieme vol. des Mémoires, p.168,
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- ditiorr y qui a voyagé avec les avantages de ce qu’on nomme une belle éducation y devient pour quelques perfonnes une déciüon dont elles imaginent ne pouvoir pas rappeller. Il neft point de Parifienqui, d’après le baron de PoMnitz, ne fe regarde comme très-difculpé de fa prévention contre l’ufage du charbon de terre. On me permettra d’apprécier ici ce pafiage , je crois feulement devoir prévenir que la chofe donne matière à un commentaire raifonné.
- La réputation la plus méritée d’un ouvrage ne difpenfe jamais un leâeur d’avoir préfent à refprit f fur quel point porte le mérite du livre dont il veut faire fon profit, ni de chercher à connoître le cara&ere de fon auteur. On fait, quant au premier, que ces lettres & mémoires du baron de Pollnitz, dont il ne fi: pas difficile de prendre une jufte idée par fa préface , font efientiellement Fhiftoire particulière & fecrette des cours dans lefquelles ce feigneur Allemand avoit eu accès par fa naiffance qu’à cet égard, la liberté avec laquelle Fauteur rend compte de la conduite des princes dans leur dôme fti que , de celle de leurs courtifans , a rendu cet ouvrage intérefiant en a peut-être feul fait la réputation ; que d’ailleurs, le refie qui forme véritablement la partie des voyages, y efi écrite auffi agréablement que légèrement , nous ne craindrons pas de le dire , fuperficiellement.
- Pour démontrer que l’avis de notre auteur, au fujet de ce chauffage, n’efi: point un oracle, nous n’avons ici qu’à ajouter à notre difcuffion quelques obfervations générales. Il efi malheureufement trop ordinaire aux voyageurs ( & les plus raifonnables ont affez de peine à s’en défendre ) de ne fe former une opinion des villes où ils ont pafle, de leurs habitans, &c. que fur quantité de petites circonftances fortuites qui ne font rien moins que décifives.
- Un feigneur d’une des maifons les plus illuftres de France , par fon ancienneté & par l’éclat dans lequel elle fe fondent encore de nos jours depuis fon origine, préfente très-bien cette remarque (i), que l’on voit à chaque inftant fe vérifier dans les cercles & dans les conventions.
- Un voyageur qui, en féjournant dans une ville, y aura rencontré une compagnie aimable, qui lui aura procuré des amufemens,des connoiflknces, un accueil favorable, fe fait de l’endroit, même de toutes les autres fociétés qu’il n’a point fréquentées, une idée avantageufe qu’il porte par-tout. Il y auroit de l’incivilité à ne pas ajouter foi à l’hiftoire. Un autre étranger qui fe trouveroit dans le même endroit, précifément dans le même tems,mais que le hafard n’aura pas favorifé comme le premier, qui y aura éprouvé quelque aventure fâcheufe ou malheureufe, peut - être même quelque dé-plaifir cuifant, fera à fon retour chez lui un portrait tout oppofé ; il fera cru de même.
- (i) Si l’affe&ion qu’on porte naturellement à un pays , joint avec les obligations qu’on en reçoit , non d’un particulier, mais de tout le général, doit induire ma plume à en écrire du bien; i’Eçoffe
- furpaffe non feulement tous les autres pays que j’ai vus, mais même me convie de l’égaler en cet endroit à ma nation. Voyage du duc de Rohan , fait «n fan i6oq , en Italie, en Allemagne,
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- Si l’inattention, la prévention, ou même la partialité , n influent en rien fur les fentimens d’un voyageur à l’égard de la nation, au milieu de laquelle il s’eft trouvé tranfporté ; l’idée qu’il s’en formera pourra quelquefois prendre fon principe, fans quil s’en doute lui-même , de la compagnie quil aura vue. L’auteur que je prétends trouver ici en defaut, rend tres-bien raifon lui-même de la différence qui fe remarque toujours dans les portraits des nations. Il dit, page 7 de la préface, quun étranger ne peut juger fainement d’un endroit, que par ceux qu’il fréquente : à prendre le baron de Pollnitz par fes propres paroles, il efl: fâcheux (cette réflexion me fera permife) qu’au portrait qu’il fait, page 166, lettre xxlv, tom. 3, des habitant de Liege , des plaifrs qui font de leur goût y de lafociétéy du pajfe- tems des hommes, &c, on puiffe avoirquelque fujet d’imaginer qu’il a dépeint le peuple, ÔC non la bonne compagnie de cette capitale.
- Si l’auteur eût voulu prendre la peine de diflimuler de l’humeur, il auroit mis quelques leQeurs inattentifs dans le cas de prendre le change en tout fur la nation Liégeoife, qui, dit-il, feroit toujours celle avec laquelle il liera le moins de fociété. Cette déclaration énergique n’eft pas inintelligible dans ce pays, où le baron, après avoir été pendant quelque tems reçu dans les meilleures maifons de Liege, détruifit en un inftant, au Staminai, la bonne opinion qu’on avoit de fa perlbnne ( 1 ). L’anecdote feroit ici hors de place; mais ayant à prouver que l’auteur, tant fur le portrait de la nation, que fur tout ce qu’il a cru voir à Liege, efl: fufpe£t d’aigreur & de partialité; on fe contentera d’affurer, que la maniéré dont il a été regardé dans cette capitale , a été de nature à lui faire voir en noir cette ville, & âne pas lui en rendre le fouvenir agréable. S’il étoit befoin de donner la preuve que cet étranger n’a voulu, par un mépris fîmulé, que fe venger de celui qu’il s’efl acquis, un ouvrage connu dans toutes les bibliothèques ( z), dont la publication a précédé les lettres & mémoires du baron de Pollnitz, la donne complètement. Quoique cet ouvrage foit plus enjoué que férieux , & ne paroifle pas ici devoir faire une autorité , il efl: cependant permis d’y renvoyer en particulier , pour l’hiftoire du baron de P. L’auteur, homme grave, & connu pour exa£ï dans les anecdotes dont il a égayé fon fujet, garantit l’hiftoire de ce feigneur, qu’il donne en grand détail, comme ayant été publique à Spa, où on s’en fouviendra long-tems (3).
- Une remarque à faire néanmoins en faveur du baron de Pollnitz, c’eft qu’il a l’honnêteté , pag. 167, de laiffer aux autres la liberté de ne pas y trouver les mêmes ckofes qui lui ont paru, & d’en concevoir une idée différente ; ce qui ne fera pas difficile pour ceux qui, inftruits de l’hiftoire particulière de ce pays, ou de celle des fciences & des arts, n’ignorent point le nombre de grands hommes qu’a produits la nation Liégeoife, ou de ceux encçre exift tans, qui font honneur à leur patrie.
- (1) Chez Clonckart, rue du Dragon, à Liege, du baron de P. . ; ; :
- <yers 1 année i73°. (3) Voyez lVmtiÆement de l’éditeur,
- (2) Amufemens des eaux de Spa, 1.1, Hüloire la fin.
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- Je crois en avoir aflez dit, pour que toutleâeur judicieux reconnoifle que dans les faits particuliers, il n’eft pas obligé d’adopter fervilement l’opinion de fon auteur, fur-tout lorfqu’elle eft dénuée de vérité & de preuve ; que l’on doit toujours être convaincu d’avance , que le voyageur raifon-nable ne prétend pas dépeindre les chofes comme elles font, mais feulement telles quelles lui ont paru. L’auteur de l’ouvrage fur lequel on s’eft étendu ici, fait lui-même dans fa préface, pag. viij, cette fage obfervation ; j’ai cru devoir l’employer contre lui-même ; la confiance dont le public honore fon ouvrage, a rendu ce détail nécefîaire & indifpenfable. Si à quelques égards ou pour quelques perfonnes, il a eu l’air d’une digreffion, on voudra bien me le pafîer, en faveur du fouvenir que je fuis particuliérement obligé de confer-ver, des honnêtetés & des accueils que j’ai reçus dans une ville à laquelle je ne fuis pas tout-à-fait étranger , ayant eu le double honneur d’y être ag-grégé à un corps de médecine recommandable à plufieurs titres, & d’être confervé dans fes faites d’une maniéré diftinguée, & digne d’y faire époque.
- PIECES JUSTIFICATIVES.
- LETTRE DE MONSIEUR DEL -WAIDE,
- Licencié en Médecine, de la Faculté de Louvain l ancien Préfet du College
- des Médecins de Liege, fur l'effet attribué à la Houille, de nuire a la poitrine.
- J E me rappelle très-bien, Moniteur & cher confrère, que dans votre fé-jour ici, nous nous femmes entretenu plus d’une fois, & d’une maniéré aflez fuivie, fur ce que les étrangers imaginent des mauvais effets de notre chauffage avec la houille : vous n’y croyez pas plus que moi ; tout ce que je vous ai obfervé fur cela vous a plu, & vous defirez avoir par écrit un réfumé rédigé de mes idées & de nos conventions : j’y fatisfais avec plaifir. Vous me demandez en particulier s'il efi vrai ou faux que la péripneumonie, Vafihme fec, la phthife,foient. a Liege plus ordinaires que dans toutes les villes ou il y a plus d’ha^ titans y & y foientprefqu endémiques. Je n’ignore pas que c’eft une idée prefque générale ; & au moyen que cette allégation eft toujours liée avec la raifon qu’on en donne d’abord, des vapeurs de la houille brûlée, elle acquiert par une caufe plaufible un degré de vraifemblance, qui conftitue pour bien du monde un fait fans réplique : ce n’eft pas autrement que l’opinion a de tout tems prévalu fur la vérité.
- Les maladies dont il s’agit, Moniteur , s’obfervent ici comme ailleurs : fi çlles y font plus communes en apparence, ce n’eft que dans une clalfe d’hommes parmi lefquels on les rencontre en général plus fréquemment, parce que leur état les expofe particuliérement à contraâer ces maladies. Il eft clair que c’eft en proportion d’un grand nombre d’artifans, occupés ici à certaines pro-feffions, & point du tout à raifon de la grande quantité de houille qui s’y con-
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- fnme, que l’on voit dans quelques faifons ces maladies plus ou moins nom-breufes; c’efl: uniquement à raifon du plus ou moins d’ouvrage qu’ils ont à faire, ou de différentes imprudences auxquelles toute efpece d’ouvrier eft plus fujette. Ces maladies, par exemple , ne font point rares parmi ceux qui creufent & qui nettoient les puits, parmi les tonneliers, qui fûrement ne les gagnent pas en fe chauffant au feu de houille, mais dans des caves & des celliers , dont la fraîcheur ne le cede point à celle des glacières ; elles font de même communes parmi les chaufourniers, les bateliers, qui tranfportent la chaux fur la Meufe, les maçons qui la collent & la mettent en œuvre , parmi ceux qui habitent trop tôt des maifons confiantes à la chaux, ou qui couchent dans des chambres qui en font fraîchement enduites. Les boulangers, qui ne fe fervent que de bois pour échauffer leurs fours, font encore dunombre des gens de métiers que ces maladies attaquent fréquemment, ainfi que les al-chymiftes, les chymiftes, les diflillateurs d’efprits minéraux, les buveurs de liqueurs fortes, les doreurs en pâte , les plombiers , les potiers d’étain, les fondeurs en cuivre, les étameurs, dont la plupart, au lieu de travailler fous leurs cheminées, font leurs fontes au grand air. On ne pourra dire affurément que le feu de charbon de terre entre pour rien dans ce qui occafionne à ces ouvriers les maladies fur lefqueîles vous me demandez mes obfervations.
- Si de ces profeflions on paffe aux autres états & conditions , loin que ces maladiespuiffent être regardées comme endémiques, ouprefqu endémiques,' dans notre ville de Liege, parmi les gens de ces métiers, on peut avancer hardiment , qu’à prendre la ville & la banlieue, il n y a pas de proportion du nombre de ceux qui en font attaqués , au nombre de leurs habitans.
- A confidérer même ceux de ces métiers qui s’expofent le plus aux impref-ïions des vapeurs & de la fumée de la houille, comme ceux du maréchal, du ferrurier, du cloutier ; quoique ces artifans, ainfi que les braffeurs, les cuifî-niers, allument de grands feux, quoiqu’ils travaillent la plupart dans des falles baffes,dans des réduits,par conféquent fujets à fumer,quoiqu’ils aient du matin au foir, en hyver comme en été,le nez & la bouche fur un tourbillon de feu & de fumée (ce qui n arrive qu’à eux feuls ) ; en un mot, quoiqu’en comparaifon des autres hommes qui emploient le feu de houille, ils refpirent une bien plus grande dofe de fumée, quoiqu’ils effuient l’aâion d une bien plus grande quantité de vapeurs, quoique les exhalaifons foient appliquées fur leurs organes im-médiament, les maladies que Ton prétend être endémiques à Liege ne fe font voir que très - rarement parmi ces ouvriers ; & ce n’efl: jamais autrement qu’accidentellement.
- L’opinion qui décide de tout, Monfieur & cher confrère, attache à la nation Angloife une difpofition particulière à la confomption, & l’attribue au grand ufage qu elle fait du charbon de terre pour les befoins qui exigent du feu : on entend fpécialement par ce mot une maladie poitrinaire. Voici ce que je puis affûter quant à cela ; nous avons à Liege une communauté de Sé-pulchrines , compofée aujourd’hui de vingt-fept profeffes , fans compter les fçeurs çonverfes & les penfionnaires, toutes Angloife s, ou Angloifes-
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- Amériquaines: elle ne fe chauffent qu’avec de la houille. Je fuis depuis dix a" douze ans le médecin de cette maifon, & je ny ai pas encore vu une feule phthifie, ou obfervé aucune efpece de maladie de poumons.
- On n’a jamais accufé de cet effet que la fumée & les vapeurs qui fe développent de la houille lorfqu’elle brûle. Peut - être quelqu’un pourroit l’imputer aux exhalaifons fpontanées que ce foflile répand dans l’athmofphere ; il ne fera donc pas hors de place d'examiner ici leur effet : fi ces exhalaifons abondent quelque part, c’eff fans doute au fond des galeries fouterreines de la mine; l’air qu'on y refpire doit en être chargé : nous voyons néanmoins nos houilleurs vivre dans cet air, fans éprouver des maux de poitrine. Sortent-ils de ces foffes pour être employés à ouvrir de nouveaux bures, à la furface de la terre, au travers de lits de terre, d’argille, de craie,. de marne, de fable , de bancs de rochers, ils éprouvent, dans le cours de leurs opérations, que leur poitrine s’afféâe de plus en plus d'un jour à l’autre ; & avant d'avoir atteint la veine de houille, qui eff l’objet de la fouille, ils contraâenî des afthmes.
- On compte cinq fiecles & demi depuis la découverte de la houille dans le pays de Liege, ou, fi l’on veut, depuis qu’on y a commencé à fe fervir de ce foflile pour le chauffage. Malgré le penchant qui porte les riches à fe diftin-guer en tout des gens du commun, ils ont adopté le feu de houille , dans un teins où l’on était pourvu abondamment de bois, & ils ont retenu cet ufage jufqu’à aujourd’hui. Les étrangers qui fe fixent ici ( il y en a beaucoup d’opulens) y fentent leur refpiration aufli libre que dans le pays d’où ils ve-noient ; ceux qui avoient quelques inquiétudes fur l'inconvénient du mélange de ces exhalaifons avec l'air, renoncent à leur préjugé & nous imitent.
- Au centre du pays , dans cette capitale , où fe braffe la plus faine de toutes les bierres, on traduit tous les jours l'ufage qu'on y fait de la houille, comme préjudiciable à la fanté. Cette prétention ne fe trouve que dans des nouveaux venus, qui ne s'appuient que fur des raifonnemens. Qu'alleguent-ils en effet ? L'odeur, la fumée, la vapeur de la houille, annoncent, félon eux, une qualité fubtile, qui fe communique infailliblement à l’air : Liege eft couverte de brouillards qui empêchent qu’on ne puiffe l'appercevoir de deffus les hauteurs qui la dominent, tandis que celles-ci font pleinement éclairées du foleil : c’eft, difent-ils, une marque certaine du mélange impur de ces vapeurs & de ces fumées avec l’air : ce font ces exhalaifons qui l'épaifliffent ; il ne peut en réful-ter qu’une athmofphere propre à caufer toutes fortes de maladies, & notamment des affe&ions de poitrine.
- Toutes ces conféquences font détruites par le fait, & par ce qui a précédé: Ja réponfe à ce dont on fe fert pour les établir efl: fort Ample. La fumée que donnent nos feux offenfe l’odorat d’un étranger qui arrive : il s’en prend à la houille feule; mais la fubftance que l’on mêle à ce foflile, pour rallentir l’ardeur du feu qu’il donne, contribue , autant que la houille même, à cette fumée qui n’eft que paffagere. Pourquoi ne fe plaint-on pas aufli hautement d’autres chauffages, plus défagréables dans quelques-uns des phénomènes qui
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- leur font particuliers ? On ne s’avife pas de décrierl’ufage de la tourbe, dont la fenteur eft plus forte & plus incommode, des charbons, même du bois* dont les vapeurs & la fumée révoltent l’odorat & bleffent les yeux, pour le moins autant que celles de la houille.
- Quant à cet air nébuleux qui fe découvre aü-deffus de Liege, les perfon-nés qui ne fe difpenfent pas de réfléchir ^conviendront que la Meufe qui parcourt notre ville, rimmenfe quantité de denrées qui y entrent & qui s y con-fomment, la multitude d’habitans & d’animaux, & tout ce qui s’enfuit, ont plus de part à la formation de nos brouillards que toute la houille qui s’y brûle. *
- Si l’on fe place fur les montagnes, il n’y a qu’à fe retourner & porter fet regards au loin * on verra leur fommet auffi embrumé que le baflin où notre ville eft affiffe.
- Il eft fur-tout à remarquer , Monfieur, que nos voifins font défolés de plusieurs maladies , telles que le fcorbut, les fievres pourprées & intermittentes ( maux endémiques chez eux ), que nous verrions bientôt difparoître d’ici, û nous n’avions plus de commerce avec eux.
- L’hiftoire des maladies qui s’obfervent ailleurs, m’eft affez connue pour affurer que les fluxions & les autres maux de poitrine y font bien plus fré-quens que dans notre ville de Liege ; d’où l’on doit conclure que cette affertion de M. Hoffman eft fautive & contredite par l’obfervation : elle fera jugée de même par quiconque aura féjourné quelque tems ici. On ne peut juftifier l’illuftre profeffeurde Hâlle, quen préfumant qu’il l’a avancé fur ie témoignage de quelques-uns de ces voyageurs qui aiment mieux prononcer au hafard fur le pays où ils ont été, que de paroitre n’être pas affez informés pour, porter un jugement ; d’ailleurs il s’en exprime autrement dans un autre en-’ droit.
- Extrait des Regijlres de Y Académie Royale des Sciences.
- M. Morand, fils, nous a auffi donné communication d’un article important, qui, dans fon ou vrage, vient à la fuite de tous les détails relatifs à la préparation des charbons de terre, à rarrangement des feux, la conftruâion des cheminées dans lefqueiles on veut fe chauffer & faire la cuifine. Il examine dans cet article les idées où l’on eft communément en France fur les inconvé-niens des charbons de terre : le point èffentiel eft celui qui tient à la fanté.
- Nous fommes d’accord avec M. Morand, que les inconvéniens ne font pas réels. L’ufage de ce foffile employé au chauffage, ne nous paroît pas préjudiciable à la fanté, la vapeur ayant une iffue libre au dehors, comme il en eft de tous les autres chauffages : les autorités qu’il cite font exaâes & pofitives ; de maniéré qu’il paroît que nos diâionnaires n ont point approfondi les fources dans lefqueiles ils ont puifé ce qu’ils avancent de défavorable à ce fujet.
- Il refaite de tout cela que l’odeur étrangère de ce foffile, tel qu’il doit être choifi pour être employé, eft bitumîneufe, & non pas fulphureufe9 comme plufieurs auteurs l’ont prétendu} que la fumée, ainfiqueI’odeur, font, parla
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- préparation dont on fe fert dans le pays de Liege & le Hainaut François, corrigées autant qu’on peut le defirer, pour que le chauffage de cette matière ne produife aucun effet incommode ; que lufage confiant que Ton en fait à Liege depuis le treizième fiecle, fans y avoirobfervé aucun inconvénient, & l’autorité de plufieurs célébrés médecins, paroiffent prouver qu’on n’en a rien à craindre ni à redouter.
- D’où nous concluons que nous ne voyons aucun inconvénient à introduire dans ce pays ci, lufage du charbon de terre, de la nature de celui qu’on emploie à Liege & félon la maniéré que nous venons d’expofer; que nous y voyons même plufieurs avantages, ne doutant pas que l* expérience, aidée de notre indujlrie, ne foumijje plufieurs moyens d'en perfectionner l’ufage, foit en variant les proportions du mélange qui en fait la bafe, foit en trouvant des maniérés plus commodes & plus avantageufes de s’en fervir.
- A l’Académie, le 15 novembre 1769, Yaucanfon, Laffone, le Roi.
- Je certifie l’extrait ci-deffus, conforme à l’original, & au jugement de l’Académie , à Paris le z6 novembre 1769.
- Grandjean de Fouchy, Secrétaire perpétuel de l’Académie royale des Sciences.
- C. Decretum faluberrimœ Facultatis Parifienfis.
- *>Die veneris primâ menfis decembris anni reparatæ falutis humanæ millefimi » feptingentifimi fexagefimi noni,faluberrima Facuîtas convocata in fcholis fupe-» rioribus, horâ fefqui decimâ matutinâ, de morbis graffantibus, necnon de re-9> bus ad facultatem pertinentibus deliberatura, audita relatione clariflîmorum » virorum qui deputati fuerant ut carbones fofliles,vulgo houilles ou charbons de ‘ » terre, ad pauperum ufum & utilitatem, juxtà methodum in traûu Leodienfi » antiquitùs obfervatam, indeque in Hannoniæ Gallicæ provinciâ adoptatam, *> præparatos & accenfos examinarent, diûorum carbonum præparationem à 1» clariflimo collegâ nofiro M. Morand propofitam & traditam , unanimi con-» fenfu comprobavit, ipfamque ab omni periculo immunem declaravit, modo » liber vaporibus & fumo pateat exitus, qui in aliis quibufcumque comburen-» dis æqualiter eft fervandus.
- » Itaque fie conclufit. L. P. F. R. le Thieullier, Decanus.
- » M. Natalis Maria de Gevigland, Regiorum in Germaniâ ducum & mi-P> litum Nofocomiorum nuper medicus.
- » M. Claudius Jofephus Gentil, militarium Nofocomioaum ad regis exer-» citum medicus.
- »M. Claudius Guillelmus de Preval, Criftiani YII. Daniæ & Norvegiæ » regis confiliarius medicus, à medicis confiliis, nec non rerum medicorum à relatione.
- » M. Petrus Abrahamus Pajon de Moncets, eques, focietatis litterariæ Ca~ ^talaunenfis focius.
- » De mandato D. D. Decani & do&orum regentium faluberrimæ facultatis
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- *>Parifienfis, præfens decretum fubfignavi & parvo facultatis figillo munivï* ^Th. P. Cruchot, major Facultatis apparitor, &fcriba.
- c. Décret de la Faculté de Médecine de Paris.
- Le vendredi,premier du mois de décembre de Tannée 17^9, la Faculté de médecine,convoquée à dix heures & demie du matin dans les écoles fupérieures, pour y conférer fur les maladies régnantes, & délibérer fur d’autres affair es* ayant ouï le rapport de Meilleurs les do&eurs qui avoient été nommés pour examiner des feux dreffés & allumés avec du charbon foffile , vulgairement houille ou charbon de terre , préparé à Tufage des pauvres, fuivant la méthode fui vie de toute ancienneté dans le pays de Liege , & adoptée depuis dans le Hainaut François, a donné unanimement fon approbation à cette maniéré d’apprêter le charbon de terre, propofée & communiquée par M. Morand , notre confrère ; elle a déclaré cette fabrication exempte de toutes efpeces de danger, en confervant à ce feu ( ainfi quil en eft de tous les autres ) une libre iffue aux vapeurs & à la fumée.
- Et a conclu. L. P. F. R le Thieullïer ^ Doyen.
- D. Declaratio Collegii Medicorum Leodienjîum*
- » Nos præfeéhis & affeflores collegii medicorum Leodienfium, omnefque & finguli in collegium noftrum cooptati medici, juffu perilluftris viri D. D. »præiidis noftri fpecialiter convocati & congregati,ad audiendas litteras nobis » fcriptas per pefitiftïmum dominum J. F. C. Morand, collegam noftrum, falu-»berrimæ facultatis, in univerfitate Parifienfi doâorem regentem, regiæ fcien-»tiarum academiæ focium ordinarium, & à bibliothecâ, &c. &c. quibus lit-» teris opinionem noftram pronuntiarï requirit de quæftione, utrîitn peripneu-» monta, aflhma Jîccum & phthijîs in Leodio endemici Jînt morbi, ex ufu fcdicet car-» bonum foffilium producîi ?
- » Quæftione igitur maturè perpenfâ, dicïmus & declaramus quod, exami-; 1» natis & obfervatïs per longævos annos prædi&is morbis, numquam credide-» rimus endemicos elfe, præfertim cùm è contrario conftanter obfervaverimus » extraneos hifce morbis laboxantes in cïvitate noftrâ Leodienfi, meliùs quàm ?>alibi, femper fefe habuiffe.
- » Non obftat igitur quod dicit D. Hoffmannus, Iib. 2, cap. é, tit. de aeris ad vfanitatem ufu, in verbis :neque aliudquidquam nijinimiuscarbonumufus incausâ » ejl quare peripneumonia , aflhma Jîccum & phthijîs, morbi & Leodii, & Londini » funt endemici :nam præterquàm quod fibimetipfi contradicere videtur, tiun in *> fuâ oryélographïâ Hallenfi, tum in fcholio, fe£h 24, cap. 4, ubi legitur : plures » morbos, ex quo carbonum JoJfdium ufus in cafis falinarüs increbuit, ex finibus î>Hallœ exceffiffe ; ulteriùfque in obfervationibus fuis phyfico-chymicis , obf. » 14, tit. de carbonibus foffdibv s & eorum vapore non adeo noxio, ubi conclu dit }> idem clariffimus Hoffmannus , nullum mixturœ fanguinis vel partïbus tenuijfimis » corporis nojîri infejlum , nihilque arfenicii vd aliquid minérale hic ejje reconditum ;
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- » ignem etiam è carbonibus petreis acccnfis innoxium plané, Ut fuprà diximus, » experientia docet, & hucufque per nos obfervatum fuit.
- » Quapropter præfentem hanc, figillo noftro munitam, dedimus.
- 5>Leodii, hâc nonâ decembris anni millefïmi feptingentefimi fexagefimi-» noni. H. Baro de Bierset , Præfes. A. de Moreal , Præfeâus & celfiflimi principis Archiater.
- » Ex mandato, P. C. Bacquet , Secretarius collégii medicorum » Leodienfium.
- d. Déclaration des Médecins de Liege.
- Nous préfet & affefleurs ou confultans du college des médecins de Liege l affiliés de tous les médecins admis, infcrits & approuvés par^notre college, a fie mb lés & convoqués fpécialement par ordre deM. notre très-illuftre préfi-dent , pour entendre la leélure d’une lettre qui nous eft adreflee par Me J.
- 4 F. C. Morand notre collègue, doâeur-régent de la faculté de médecine de Paris, aflocié ordinaire de l’académie royale des fciences, lequel defire que nous donnions notre fentiment fur la queftion : favoir Ji la péripneumonie , Vajlhme fec & la phthifie font dans notre ville de Liege, des maladies endémiques , Ô fi elles ontpour eau fe l’ufage que l'on y fait , pour le chauffage , de charbon de terre.
- Après avoir pefé mûrement la queftion propofée, nous difons & déclarons qu’ayant examiné & obfervé pendant maintes années les maladies énoncées ci-deffus, nous navons jamais penfé qu elles fuffent endémiques dans cette ville, puifqu’au contraire nous avons conftamment remarqué que les étrangers atta^ qués de ces maladies, fe font toujours mieux trouvés dans notre ville de Liege qu’ailleurs.
- C'eft donc à tort & fans fondement que M. Hoffmann a avancé , livre 2 cbap. 3, titre de tufage de l’air pour la Jante, qu’il ne faut pas chercher ailleurs que dans le grand ufage des charbons de terre, la raifon pour laquelle la péripneumonie, l’ajlhme fec, la phthifie, font des maladies endémiques a Liege & a Londres * car, outre que cet auteur paroît fe contredire lui-même tant dans fon oryfîtographie de Halle , que dans la feholie de la feûion 24, ch. 4, où il dit expreffément que depuis que ton a introduit tufage des charbons fojfiles dans la fabrication du fil, on a vu difparoître de ce pays plufieurs maladies qu’on y voyou très - fréquemment ; & qu ailleurs, dans fes obfervations phyfiques & chymiques, obf. 24, intitulée, des charbons de terre & de leur vapeur, qui nefi pas aujfi nuifible quon le prétend, le même M. Hoffmann conclud de Fanalyfe phyfique & chymique de ce foflile, qu 'on n’y reconnoît rien de préjudiciable a la fanté ; l’expérience nous apprend la même chofe, ainfi que nous l’avons dit ci-deffus, quant au feu réfultant de ces charbons de pierre allumés ; ce qui fe rapporte avec ce que nous avons obfervé jufqu’à préfent.
- Pourquoi nous avons délivré & expédié cette préfente, munie de notre fceau.
- A Liege, le famedi 9 Décembre 1769. H. Baron de Bierset, Pré-fident, A. de Moreal, & P. C. Bacquet, Secrétaire.
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- E. 'Serttentia Medicorum V alencenenjium.
- »Nos, doâores medici & in hâc urbe Valentianâ praâicantium feniores," *> à fpeâabili D. D. decano noftro fpecialiter in confilium vocati,audituri epif-» tolam quam nobis honorificenter refcribit fapientiflimus magifter Morand,falu-»berrimæ facultat» Parifienfis do&or-regens & profelfor emeritus, &c, à nobis » portulans an peripneumonia, aflhma Jicciim & phthijis 3 aliive ajfeclus morblfici, *> endemicijint in agro Valentiano morli* ex ufu fcilicet carlonum fojfdium pro-vducli.
- » Confultè igitur ponderatâ & penfitatâ quertione, pronunciamus, affirma-3> mufque hos morbos non adeô elfe endemicos ab anno millefimo feptingente-» fimo-quadragefimo, ex quo lythantracum ufus in focis fieri ceeptus eft, ut » contrà ab eo tempore infrequentiores fint: quam falubritatem tùm in car-» bonis, tùm in aquæ ufu ( haud fpontanæâ incolarum fobrietatè, fed eorum »paupertate ex vini adufti (i), cerevifiæque nimio pretio orta), reponendam » cenfemus.
- » Quod autem à nobis obfervatum eft , de ufu carbonis foftilis, nibil, ut » priùs, motfborum epidemicorum vidimus ; id judicio noftro debemus, par-» tibus carbonis bituminojis raptis fumo contagiofam caftigante athmofpheram » cœli, quod crebris ab oriente & feptentrione hujufce urbis paludibus » vitiatur.
- » Quocircà, fubfignatam hanc fententiam, teftimoniali appolito figillo nof-*> tro, certiorem conceffimus.
- » Valentianarum, die lunæ decimâ quintâ menfis januarii anni 1770.
- » P. J. Lagon, decanus, nofocomii generalis medicus.
- »F. H. Simon.
- » J. Macartein.
- » Andréas Dufrefnoy, univerfitatis medicinæ Monfpelienfis, caftrorum & » exercituum regis in Germaniâ pronuper medicus, regiique nofocomii mili-taris Valencenenfis.
- Prévôts., jurés & échevins de la ville de Valenciennes, certifions à ceux qu'il appartiendra, que les fleurs Lagon, Simon, Macartein & Dufrefnoy, qui ont ligné ci-delfus, font réellement médecins pratiquans en cette ville. En foi de quoi nous avons, aux préfentes lignées de notre greffier civil, héréditaire, fait appofer le feel ordinaire de ladite ville, où le papier timbré n’eft pas en ufage, & où le contrôle & le petit fcel font lupprimés par abonnement.
- Donné à Valenciennes le 15 janvier 1770. J. B. Boufez. e. Avis des Médecins de Valenciennes.
- Nous do&eurs en médecine, & les plus anciens de ceux qui exercent dans
- {*) Eau-de-vie , en flamand , Brandevin , qui fignifie vin brûlé. Vinum igné eyaporatum.
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- là ville de Valehcieriîlôs âü Hairiaut François, convoqués expteffément par M. notre doyen, pour entendre la leâure d’une lettre que nous adreffe M. Morand, écuyer, doâeur-régent, & ancien profeffeur de la faculté de médecine de Paris, par laquelle il requiert notre fentiment fur cette quef-tiotî : la péripneumonie > ïafihfne foc, la phthfie & autres affections morbifiques, font-elles, dans le territoire de Valencieunes , des maladies endémiques , & peut-on les Regarder ùccafionnées par Vufoge du chàrbôn de terre ?
- La matière iïiife en délibération & pefée attentivement, nous déclarons & aflurofts que les maladies ci-deffus dénommées, loin d’être ici endémiques depuis l’année 1740 , quona commencé à fe fervir du charbon de terre, s’y obfervent au contraire plus rarement depuis cette époque : différence que nous jugeons provenir, tant de la grande confommation du charbon de terre qui fe fait ici , que des impôts mis fur la bierre & fur l’eau-de-vie, qui ré-duifent les pauvres habitans de cette ville à ne boire que de l’eau.
- Mais une chofe que nous avons obfervée* c’eft que depuis l’ufage du charbon de terre, nous n’avons plus vu de maladies épidémiques comme eide vant, ce que nous attribuons aux parties liiumineufes du charbon, enlevées avec la fumée, & qui corrigent les qualités contagieufes de l’air qui nous vient des marais dont la ville eft environnnée à l’orient & au feptentrion.
- Pour quoi nous avons donné la préfente déclaration munie de notre fceau.
- A Valenciennes, ce 15, janvier 1770.
- P* J. Lagon, doyen & médecin de l’hôpital général.
- F. H. Simon.
- J. Macartein.
- André Dufrefnoy, doSeur en médecine de funiverfité de Montpellier, ancien médecin des camps & armées de Sa Majefté en Allemagne, & préféntement médecin de l’hôpital royal & militaire de Valenciennes.
- F, Avis communiqué au Bureau d’adminfiration de l’hôpital général de la Charité & Aumône générale de Lyon, par le Médecin de cette maifon.
- Nous foufîigné, doâeur en médecine, profeffeur aggtégé au college des médecins de Lyon, médecin de l’hôpital général de la charité, de l’aca-démiè des fciénces, belles-lettres & arts de la même ville, ayant été confulté par MM. les reâeurs & adminiftrâteufs dudit hôpital, fur l’effet du charbon de terre relativement à la fanté des pauvres, nous certifions que nous n’avons jamais apperçu ni ouï dire dans cet hôpital * ou dans le refte de la ville, que la Vapeur & l’ufage de ce charbon de terre aient nui à la fanté de qui que ce foit, & que loin de donner lieu à la phthifie pulmonaire, nous obfervons depuis oftfce ans, que le nombre des phthifiques eft fucceffivement diminué dans cet hôpital; ce que nous attribuons tant à la plus grande confom-mation qu’on y fait du charbon de terre , dans des grilles & dans des poêles, qu’à la fage adminiftration qui, en plaçant, autant qffil eft pof-fibie, les enfans à la campagne, travaille de la manière la plus efficace à leur
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- fanté. Nous croyons devoir ajouter à ce témoignage des faits paffés journellement fous nos yeux, que les villes de S. Chaumond & Rivedegiers , dans cette province ne confomment prefque pour le chauffage & les ufages do-mefliques, que du charbon de terre, & que cependant nous n avons aucune forte de connoiffance quil en réfulte aucun inconvénient, pour la fanté des habitans de ces villes , quoiqu’il s’y faffe un grand emploi du charbon de terre, par nombre d’ouvriers en fer, qui travaillent dans des rez-de-chauffées, dont les planchers font très-bas. A Lyon, le 13 mars 1770.
- Rast, fils.
- f. Certificat de MM. les Recleurs & Adminiflrateurs de l'hôpital général de la Charité & Aumône générale de Lyon, en conféquence de l’avis précédent.
- Nous, reâeurs & adminiflrateurs de Fhôpîtal général de la charité & aumône générale de Lyon, certifions à tous qu’il appartiendra, que la con-fommation journalière du charbon de pierre extrait des mines du Forez, qui fe fait dans cet hôpital depuis longues années, ne fl en aucune maniéré nuifible à la fanté des pauvres que ledit hôpital renferme , & que nous ne nous femmes jamais apperçu que Tufage de ce charbon ait occafionné aucun fâcheux accident. En foi de quoi nous avons donné & Ligné le préfent, & àicelui fait appofer le cachet aux armes dudit hôpital. A Lyon , le 28 mars 1770. Montmorillon, grand cuflode. Joivant rainé. Boulard de Ga-^ tellu. Charier. Verger. Imbert cadet. Le Pêcheux. Duperel. Vernier, Giraud cadet. Raynard. Fayolle l’aîné. Parent.
- G, Confultum Societatis Medicæ Londinenfis.
- D. D. Dri Morand
- Societas Medica Londinenfis, S. P. D.
- « Falfa omninô videtur opinio, à veflratibus aliifque exterîs recepta , de » morbisapud Londinenfes endemicis ; nullum enim morbum hic lociendemi-» cum novimus. Pro rato habemus , tum phthifim, tum'peripneumoniam , in » variis hujufce infulæ partibus frequentiores effe , licèt ibidem parcior vel » nullus fitlithanthracum ufus. Carbones foffiles immeritô culpatos fuilfe jam » vides, neque ufquàm fortafsè gentium quàm in hâc urbe, ubi illorum accen-» forum vaporibus, aër continué faturatur , magis illibata fanitas reperietur.
- » Tabellis publicis, mortuorum numerum&morbos definientibus, vix ulla » fides adhibenda efl, quoniam fub uno eodemque nomine morbi diverfifîimi » generis afcripti funt.
- ' » A focietatis propofito quæflionibus refponfum dare longe alienum efl ; » nihilominùs inpræfentiarum,veflræ, de re tam gravi, poflulationi fatisfa-» cere volumus.
- » Tho. Dickfon, foc. à fecretis.
- » Londini, kalendis aprilis 1770.
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- g. Délibération: de la Société de Médecine de Londres.
- Lopinion établie parmi vos compatriotes & d'autres étrangers fur les maladies propres & naturelles aux habitans de Londres, paroît abfolument imaginaire ; car nous ne connoiffons ici aucune maladie endémique ou nationale; nous regardons comme un fait, que la phthifie, la péripneumonie font plus fréquentes dans diverfes parties de cette ifle, quoique dans ces mêmes endroits on y fa (le peu ou point d’ufage de charbon de terre; en conféquence,c’eft à tort qu’on s’en prendroit aux charbons foffiles; & on ne trouvera peut-être dans aucune autre partie du monde, la fanté des habitans plus intafte & plus entière que dans notre capitale , où l’air eft continuellement engraiffé des vapeurs de ce chauffage.
- Les regiftres publics des morts, qui déterminent leur nombre & les maladies, ne donneraient fur cela que des enfeignemens incertains, parce que l’on y enveloppe indiflinâement, fous un même nom, les maladies dun genre très-différent.
- Quoique la fociété foit dans l’ufage de ne point répondre aux queftions que l’on propofe, nous avons cependant été d’avis pour cette fois, de fatisfaire à votre demande fur une matière aufli grave.
- Tho. Dickfon, fecrétaire de la fociété. . ,
- Londres, kalendes d’avril 1770.
- Je ne crois pas indifférent de faire obferver que les membres de cette compagnie , qui ont autorifé le fecretaire à ligner cette délibération, font :
- Le Dr Pitcairne, médecin de l’hôpital de S. Barthélémy.
- ‘ Le Dr Fothergill.
- Le praticien Quaker, le plus employé de Londres, & également fameux par fon humanité & fes connoiffances d’hiftoire naturelle.
- Le Dr Broklesby, du college royal des médecins.
- Le Dr Silveilre, de la fociété royale de Londres , & ci-devant médecin de l’hôpital de Londres.
- Le Dr Morris, Irlandois, excellent chymifte, médecin de l’hôpital de Wçftminfter.
- Le Dr Watfon, médecin de l’hôpital des enfans trouvés , naturalise & phyfîcien diftingué.
- Le Dr Huch , médecin de l’hôpital de S. Thomas.
- Le Dr Hunter, grand anatomifte, médecin confultant de la reine.
- Le Dr Maty, fecrétaire de la fociété royale.
- Le Chevalier Duncan, médecin du roi.
- Le Dr Knight, intendant du mufeum , & connu par fes découvertes magnétiques
- Le Dr Armflrone, médecin très-eftimé, & connu par diverfes productions littéraires.
- Le Dr Pye, ancien médecin.
- Le Dr Wilbraham, médecin de Weftminfter, de la fociété royale de Londres,
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- H- Certificat du bureau de l’Hôtel-Dieu de la ville de Saint-Etienne
- en Forei-
- Nbus, re&eurs & adminiftrateurs de la maifon de l’hôtel-dieu de la ville de S. Etienne , certifions à tous qu’il appartiendra, que nous n avons reconnu aucun inconvénient dans l’ufage habituel que fait cet hôpital, du charbon de pierre. En foi de quoi nous avons délivré le préfent certificat pour valoir ce que de raifon.
- Fait audit hôtel-dieu, le bureau affemblé, 6 feptembre 1770. De Liflieu* Du Lac, curé, M. Alleon. M. Grivet. Praire Famé. Tupier.
- M. Paré, do&eur en médecine, exerçant depuis vingt ans à S. Etienne; ou dans cette partie du Forez, na reconnu aucune maladie dont la caufe primitive puiffe être attribuée à la vapeur qui réfulte du charbon de terre brûlé ; en même tems qu’il a obfervé que îafihme convulfifi, la phthifie, ne font pas plus communes dans cette province qu ailleurs. Il remarque que quand cela feroit ainfi, ce feroit moins l’effet de ce combuffible, que delà grande chaleur imprimée à l’athmofphere, par la quantité de fourneaux allumés de toute part dans cette ville , de l’intempérance & des excès du
- travail, auquel les ouvriers font forcés de fe donner dès leur plus tendre jeuneflè.
- Les maladies putrides, qui devroient être fort communes à S. Etienne J fi l’on confidere que les ouvriers font entaffés les uns fur les autres dans des logemens fort étroits, qu’ils croupiffent dans la craffe & la mal-» propreté ; ces maladies font fort rares ^ de même que les maladies cutanées ,' la pierre, &c.
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- Apprêt dus Charbon de Terre pour le CÂaa/fape 2, elart, J^t.L VI. n°i
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