Descriptions des arts et métiers
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- Par feu M. LE VIEIL
- M. D C C. I, XXIV.
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- PREFACE.
- I l n'eft point d occupation plus flatteufè pour un Citoyen que de s'exercer fur la découverte ou fur le maintien des connoiflànces qui peuvent être utiles ou agréables à la fociété. Ce fera toujours bien mériter de la poftérité que lui conferver des notions exaétes des Arts, en les mettant au jour fous tous les rapports qui leur conviennent, fiir-tout lorfqu'il s'agit de quelques-uns de ces Arts, qui, autrefois très-recommandables, tombent de jour en jour en défuétude, & fe voient menacés dun abandon général. Deux vérités dont tout homme bien intentionné fe fent naturellement convaincu.
- Ce font elles qui animent le zele avec lequel Meflîeurs de l'Académie des Sciences s'empreflènt depuis quelques années de donner au Public des def-criptions très-étendues des Arcs Sc Métiers , & de répandre fiir chacun d’eux des lumières qui, éclairant leur théorie, en rectifient la pratique, & tendent à les préferver des révolutions qu'ils pourroient éprouver dans la fuite.
- L'expérience nous apprend que toutes chofes dans la vie font fujettes à vicifïïtude. Les Arts lur-tout ont paffé par des révolutions fingulieres. Ils onc eu des fiecles heureux, où ils ont atteint à une perfection à laquelle ils n'ont pu parvenir dans d'autres, malgré les plus grands efforts. On les a vu par un progrès fùbit s'élever au plus haut degré de fplendeur, & en defcendre avec plus de rapidité. On a vu les Eleves, formés parles exemples & les préceptes des plus grands Maîtres, occuper leur place fans la remplir , remplacés eux-mêmes par des fujets moindres qu'eux. On a vu le talent enfeveli difpa-roître pendant des fiecles entiers , après s'être montré pendant quelques années. Quelquefois ces éclipfès n'ont fervi qu’à le faire briller enfuite avec un nouvel éclat.
- L'Hiftoire nous fournit un exemple frappant d'une révolution femblable par rapport à la Peinture. Supérieurement pratiqué du temps d'Alexandre, cet Art fe vit prefque anéanti fous Augufte, & la caufe de cette révolution fut l'oubli des préceptes & des réglés des anciens Peintres Grecs.
- Rome, dans les derniers temps delà République, & fùr-tout depuis le tranf-port des dépouilles de Syracufe en cette Ville par Marcellus, au rang defquelles dépouilles étoient des Tableaux rares 8c précieux de ces grands Maîtres, Rome avoir pris beaucoup de goût pour la Peinture. Ceux qui l'y exercèrent les premiers, étoient des Grecs efclaves des Romains , ou par leur propre captivité, ou par celle de leurs Parents. Confidérés de leurs Maîtres à proportion de leurs talents, ils en recevoient, ainfi que ceux qui s'adonnoient aux Sciences , les traitements les plus capables de les encourager. Mais ils étoient déjà beaucoup au-deffous de leurs Anciens ( : ils ne deffinoient pas à beaucoup,
- près fi bien, & ne traitoient plus les paffions auffi bien qu'eux. Comment eufîent-ils pu le faire ? Les Anciens étoient fi jaloux de leur Art, que les
- (d) Voyez Denys d’Halicarnaflfe, in Ifœo.
- P El u t. sur Verre. J. Pan, a
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- * PRÉFACE.
- feuls nobles & les plus opulents d'entre eux pouyoient être admis au rang de leurs Eleves. Des Edits fortis des Tribunaux de Sycione Sc de Corinthe défendoient de donner des Leçons de Peinture aux Efclaves. Si quelquefois ils les diéloient en faveur de quelqu'un de leurs plus riches Eleves, les rouleaux qui les contenoient étoient auffi rares par l'immenfité du prix quils y mettoient que par leur petit nombre.
- Il a été plus aifé à Pline, à Athénée, à Laerce, Scc. de nous conferver les noms de ces Peintres célébrés, Sc les infcriptions des fujets de leurs plus beaux tableaux, que de tranfmettre à leurs contemporains & à la poftérité des extraits de leurs préceptes fur la Peinture (rz). Avares de leurs enfeigne-ments, même envers leurs Compatriotes, ces anciens Maîtres craignoienü encore plus de les voir palier à l'Etranger.
- Delà cette première décadence de la Peinture, parmi les Grecs eux-mêmes. Delà le peu de fùccès qu’elle eut à Rome fous un Empereur, ami des Arts, qui mettoit fà gloire dans la protection qu'il leur accordoit, Sc qui ne confioit fon autorité naiflante qu'à des Minières capables dappliquer cette protection avec un fàge difcernement, ou de prefler 1 encouragement par des récompenfes qui louvent prévenoient l'attente de ceux qui les avoient méritées. Delà enfin cet oubli général que la Peinture éprouva fùcceflive-ment pendant les douze premiers fiecles de l'Ere Chrétienne, fur-tout en Occident. Trilles & déplorables effets du fordide intérêt Sc d'une jaloufe crainte ! Digne objet de la tendre follicitude de l'Académie des Sciences pour la confervation des Arts !
- De même la Peinture fur Verre , qui dans les douzième Sc treizième fiecles étoit le genre de Peinture le plus ufité, je dirois même le feul ufité dans notre France , dans l'Angleterre & dans les Pays-Bas ; celui qui s'y développoit le plus au quatorzième Sc au quinzième, qui fut fi brillant dans le feizieme & affez avant dans le. dix-feptieme, vit fes Artiftes Sc leurs travaux prefqu'abandonnés, fous le régné de Louis le Grand, & fous les yeux d'un Miniftre, Protecteur déclaré des Arts Sc des Artiftes. Elle a fùbi par-tout la même révolution que la Peinture, en général, avoit éprouvée fous l'empire d'Augufte. On en eft venu de nos jours, jufqu'à craindre, pour ainfi dire, de la norqmer entre les différents genres de Peinture (b). C'eft, dit-on, un
- fecret perdu ; c'eft un Art enfeveli qui n'intérefle plus.. .. Arrêtez.Il
- rf eft qu'en léthargie : je vais eflàyer de l'en tirer. Si je ne puis y réuflîr, qu'il me foit au moins permis, en attendant des remedes plus efficaces , de répandre quelques fleurs ou de verfer quelques larmes fur le tombeau qu'on lui deftine, avant qu'on le ferme !
- En écrivant fur un Art, dans le fein duquel j'ai pris naiflance, mon but eft que la poftérité ne fe voie pas expofée à regretter la perte des connoif-fances qui nous en reftent, comme nous regrettons celles des Anciens, par rapport à la Peinture en général ; Sc qu'inftruite de fès réglés elle veille avec d'autant plus d’empreflement à la confervation de fes anciens Monuments ,
- (a) Voye{ Traité de François Junius, De Réflexions, Paris, 1760, i/2-40. Dans les notes Pililurâ Veterum, Lib. 2. Cap. 3 & Cap. 9. au bas de la page 5 2. tous les genres de Peinture §. 7* font défignés par leur nom, fans aucune men-
- Çb) Voyez P Art de Peindre, Poëme avec des tion de la Peinture fur verre.
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- PRÉFACE.
- que, comme dit quelque part M. Rollin, les meilleurs Livres fur les Arts font les Ouvrages des anciens Maîtres qu’on voit encore for pied , & dont la bonté univerfollement reconnue fait depuis long-temps 1 admiration des Connoiffeurs.
- Pour embraffer mon objet dans toute fon étendue, j’ai cru devoir distribuer ce Traité en deux Parties ; employer la première à l’Hiftoire de cet-Art, & la féconde à fà Pratique.
- L’Hiftoire des Arts & leur defcription contribuent également à leur perfection. Si dun côté la defcription d’un Art bien méditée, dans laquelle l’induftrie de fes opérations eft exactement développée, fes befoins annoncés , fos difficultés prévues, & la voie ouverte à fà perfection par des inventions nouvelles fort beaucoup à fon encouragement ; de l’autre, le travail s’ennoblit fous la main d’un Artifte, qui connoiflànt l’hiftoire de fon Art , inftruit de fon origine & de fes progrès, commence par en concevoir une opinion favorable. Alors excité par l’émulation à forpafîér ou du moins atteindre ceux qui s'y font le plus diftingués, & dont les Ouvrages connus peuvent lui forvir de modèle, quels efforts ne fera-t-il pas pour faire palier à la poftérité fon goût Sc fes foccès, fruits d’une application foutenue par l’exemple !
- Je n’ai épargné ni foins ni recherches pour remplir ces deux objets, en remontant à leur fource. C’eft pourquoi je confidere dans la première Partie l’origine du Verre, fon antiquité, l’emploi que les Anciens en ont fait, l’ufà-ge qu’ils ont fait for-tout du Verre coloré dans les édifices publics, la maniéré dont la Peinture for Verre a pris fà place aux fenêtres des Eglifos, fon état dans les différents fiecles jufqu’à préfont, la Vie & fos Ouvrages de fes plus célébrés Artiftes, les caufes de fa décadence & de fon abandon, & les moyens poffibles de la tirer de fà léthargie aéluelie.
- Dans la féconde Partie, je rends compte des différentes Recettes autrefois en ufàge pour teindre le Verre dans toute fà maflé, & pour le colorer for une de fes forfaces feulement, de la maniéré de faire les Emaux colorants actuellement ufités dans la Peinture fur Verre, des connoiiïànces nécefo fàires à fos Artiftes, & du méchanifme de cet Art. J’y ajoute des morceaux confidérables traduits de l’Anglois, extraits d’un Ouvrage moderne qui n’a pas encore paru dans notre Langue, & qui peuvent être très-utiles pour la pratique de la Peinture fur Verre (a).
- L’Art de peindre for le Verre par la recuiflbn eft celui dont je traite ici. C eft pourquoi je ne parlerai point de deux autres genres de Peinture , afléz improprement dite for le Verre, où les couleurs qu’on emploie ne font point métalliques ou minérales, & par conféquent ne font point fofceptibles de la vitrification.
- La première de ces deux maniérés, que l’on appelleroit mieux la Peinture fous le Verre, ou comme celui qui nous en a donné un petit Traité (û), la Peinture derrière le Verre, eft fi éloignée de tout autre genre de Peinture,
- {a) Voye% l'Avertiflement qui efl: à la tête de heures, Brochure en forme de Dialogue. Paris, cette Tradudion. 175 y, chez les Libraires afîociés, pages #
- Çb) Vcyei le Moyen de devenir Peintre en trois & io,
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- vj P R É F A C E.
- que, de l'aveu de l'Auteur lui-même, pour y parvenir, il faut détangèr tordre général auquel la régie invariable ajfujettit. Nous nous rendrons avec pial-fir à l'invitation de la Marquife de fonDialogue,enfourniflant à nos neveux les moyens de remettre notre Peinture fur Verre en vigueur : mais nous laif-ferons à M. Vif pré, fon Interlocuteur & fon Maître, le foin de donner à les Eieves les leçons de fon nouvel Art, avec autant d'élégance que de galanterie.
- La fécondé maniéré (à) , quoiqu'elle fe rapproche plus de la nôtre, en différé en ce que les couleurs qu’on y emploie n'ont point de rapport avec les nôtres; car elles ne font autres que des vernis colorés, tels que la laque, le verd-de-gris, &c, qui, expofës à l'ardeur du foleil, fe lèvent par écailles, ou coulent à l’humidité. Cette fécondé maniéré rend les objets tranfparents : on s’en 1ère particuliérement à peindre fur le Verre des fujets pour les lanternes magiques:on en fait auffi des tableaux, en les appliquant fur du papier, blanc qui en fait reffortir les couleurs,
- Si l'on prend goût pour des maniérés de peindre fur Verre, fi différentes de la véritable maniéré, pourquoi if aurions-nous pas 1 efpérance devoir renaître de nos jours un Art, dont les frais, à la vérité, font beaucoup plus grands, mais auffi dont la compofitiort eft infiniment plus noble, plus brillante & plus durable; un Art, autrefois décoré par nos Rois des plus grands Privilèges , mais qui, prêt à expirer, attend de Sa Majefté unfoufle vivifiant?
- Augurons-le de la protection que Notre Monarque Bien - aimé fe plaît à accorder à tous les Arts, Quelle preuve plus éclatante du zele de Sa Majefté pour leur progrès , que l'établiffement qu'elle vient de faire en leur faveur dans la Capitale de fon Royaume ! Nous avons une Ecole gratuite de DeJJin ! Plus de révolutions, plus de viciffitudes à craindre pour les Arts. Nos neveux attendris, à la vue de ce monument éternel de fà bienfaifance , comme de tant d'autres, publieront un jour à fa gloire avec tranfport, que c'eft à un Souverain, qui n'a voulu d'autre conquête que celle des cœurs defes fujets, qu'on doit la confervation Sc la fplendeur des Arts en France (û).
- ( a ) Voyt\ l’Avis inféré dans la feuille des An- que Sa Majefté a autorifé par des Lettres-nonces, Affiches, &c. du Lundi 18 Novembre Patentes cet établiffement utile , au foutien 176$. Le fieur Reutter y annonce qu’il fait & duquel les Perfonnes les plus diftinguées, les yend toutes fortes de Peintures fur verre, com- Corps & Communautés, les Particuliers, amis me Payfages, Prairies,Chaffes, Batailles, Ports du bien public, fe font emprefles de concou-de mer, Fleurs, Fruits, Animaux & autres fujets rir par des contributions volontaires. Les Na-propres à orner les cabinets , &c. tels qu’on les tions voifines auront bientôt de femblables Eco-lui demande. Or c’eft: de cette fécondé maniéré les : il eft même déjà arrivé des lettres d’Efpagne qu’il peint fur verre. pour demander les Statuts de celle-ci qu’on veut
- (b ) C’eft fous les aufpices du Magiftratzèlé, y former. Mercure de France, Janvier 1770, chargé de veiller à la sûreté de cette Capitale, lecond Volume,pag. 160.
- Eloge
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- ÉLOGE HISTORIQUE
- DE PIERRE LE VIEIL (a)
- L’His ToiRE nous offre peu d’Artiftes auffi zélés pour fon Art & àuffi éclairés què Pierre le Vieil* Il naquit à Paris, le 8 Février 1708. Sa famille originaire de Normandie, s’y diftinguoit, depuis plus de deux fiecles, à peindre fur le Verre. Son pere défiroit fe faire Connoître dans la Capitale : il s’y rendit à ip ans. L’habiletd avec laquelle il manioit déjà la Drague & le pinceau , fixa l’attention du célébré Jouvenet , fon Parent. Il le préfente au Surintendant des Bâtiments du Roi , M. Manfard , qui le charge de peindre les frifes des vitreaux de la Chapelle de Ver-fàilles, Ôc du Dôme des Invalides. Ce fuccès flatteur pour un jeune Artifte, amateur de la gloire, lui fait préférer Paris au féjour de fes peres. Il y époufe en 1707, Hem riette-Anne Favier, fille d’un habile Vitrier. Onze enfants font nés de ce mariage, entPautres Pierre Le Vieil} dont nous allons faire l’éloge , Su Jean le Vieil qui, comme fon pere, eft Peintre fur Verre du Roi.
- Du génie, de l’imagination, de la mémoire annonçoient dans Pierre le Vieil d’heu-reufes difpofitions pour les Lettres. Penfionnaire au College de Sainte-Barbe, il fit des progrès rapides. Il acheva fes études au College de la Marche, où brilloit alors l’élite de la jeune Nobleffe. M. de la Val (b) y profeffoit l’Eloquence. Frappé de la fupério-rité confiante de le Vieil, fur des rivaux dignes de lui, il lui donne des comportions à part, lui fait traduire en vers les plus beaux morceaux du Lutrin, La palme académique fut le jufte prix de fon travail. Il faifoit les délices de fes Maîtres par la fagacité de fon efprit, plus encore par la pureté de fes moeurs.
- Au fortir des claffes, il alla à l’Abbaye de Saint Vandrille, prendre l’habit de Saint Benoît. Il avoit 17 ans. A cet âge , fon pere avoit été Poftulant dans le même Ordre ; il admiroit fa ferveur. Le jeune le Vieil foupire après l’heureux moment où il allôit rompre la chaîne qui l’attachoit au monde ; lorfque la veille du jour où il doit prononcer fes vœux, il fe fait dans fon ame le plus violent combat. Un pere hors d’état par une infirmité habituelle de vaquer à fes travaux ; une mere obligée d’y veiller & de pourvoir à l’éducation de dix enfants ; des freres trop jeunes encore pour conduire les ouvrages i un Attelier laiffé à la merci de plufieurs Ouvriers dont on craignoit la négligence : toutes ces confidérations accablantes pour un fils qui n’éprouva jamais de fes parents' que , des marques de tendreffe, fe préfentent à fon efprit ; ôc la Providence, qui le deftinoit à rejjufciter l’Art de fes aïeux, permet que l’amour filial triomphe de fes defirs. Il revient dans fa famille , regretté de fes Supérieurs. Connoiffant ce qu’ils pouvoient en attendre, ils s’étoient promis de l’affocier à leurs travaux littéraires. Sans doute le Vieil a puifé dans cette maifon fon goût pour l’étude de l’antiquité, goût fi répandu dans fes ouvrages.
- Le nouvel état qu’il embraffoit n’avoit plus fon ancien luftre. Les entreprifes de Vitrerie étoient plus confidérables que celles de Peinture fur Verre. Son pere ne jugea pas à propos de lui faire apprendre le deflin ; & faute de deflin , il n’a jamais peint fur Verre. Il fut pourtant à fond les principes de cet Art. Il voyoit fon pere les enfei-gner à Jean le Vieil ; il les voyoit peindre. Il favoit d’ailleurs préparer êc calciner les émaux pour les couleurs. Son pere, pour fe foulager, l’avoit chargé de cette opération, .l’une des plus difficiles de la Peinture fur Verre.
- Il perdit fon pere en 1731, ôt fa mere quatre ans après. Comme aîné de la famille, il fut mis à la tête de leurs entreprifes. Dès l’année 1734, le rétabliffement des belles vitres du Charnier de Saint Etienne-du-Mont, fa paroiffe, prouva fon habileté. Lever
- (a) Cet Eloge a été fait par M. S * * *, Avocat au Parlement, ami de l’Auteur.
- (i>) Mort Re&eur de PUniverfité.
- Peint. sur Verre. /. Part.
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- viij Éloge Hiftorique
- les panneaux des vitres peintes fans les brifer , les remettre en plomb neuf fans en déranger l’enfemble, rendre les Üaifons des pièces de verre imperceptibles par la délicateffe des plombs , remplacer les parties trop endommagées, par des morceaux de verre peint aflortis au ton des fujets repréfentés, les pofer en place fans rien déparer de leur premier ordre ; voilà ce qu’il exécute, avec autant d’intelligence que de goût, fous les yeux d’un Marguillier aêtif qui ne laiffe rien échapper à fa critique. Il donne, vingt-quatre ans après, dans cette Eglife, de nouvelles preuves de fon talent. Il s’agifloit de refïaurer une très-grande Forme de vitres peintes. Loin de fupprimer de haut en bas , par leur milieu , des panneaux hiftoriés , ce qu’on a fait à .Saint Merry ; il fubftitue , pour les enclaver tous * des barres de fer aux Meneaux de pierre; ôc le vuide qu’occa-lionne leur démolition, il le remplit de vitres blanches, ornées d’une lefle frife. Par cet ingénieux moyen, il conferve en leur entier les vitres peintes, ôc même enrehauffe l’éclat par l’admirable contraire que forment autour , les vitres blanches.
- Les vitreaux de la Cathédrale feront tous refaits fur le modèle de Pierre le Vieil. Pour répondre à la majefté de cette augufte Bafiiique, il a mis, dans le rond du haut du principal vitreau du San&uaire, un JEHOVAH en lettres rouges fur un fond d’or , qu’enferme un cercle de bleu céleile. Les bordures ornées de fleurs-de-lys d’or fur un champ d’azur, les chiffres de AIARIE en verre blanc fur un pareil champ, rendent l’exécution de ces vitreaux digne de l’attention des ConnoifTeurs (a).
- Dans l’Eglife de Saint Viêtor, il eut encore de fréquentes occafions de manifefter fes talents pour réparer les vitres peintes. Il avoit annuellement à l’entretien les vitrages de cette Abbaye, du Chapitre de Notre-Dame, de l’Archevêché, de l’Hôtel-Dieu , des Carmes de la Place Maubert, de plufieurs Colleges de l’Univerfité, Ôc un cours journalier de Vitrerie fort étendu. Délicat dans le choix de fes Ouvriers, il fe conduisit à leur égard plutôt en pere qu’en maître : aufli la plupart d’entr’eux l’ont toujours fécondé dans fes travaux.
- L’aifance ranimoit fon penchant pour les Lettres, ôc l’économie le mit à portée de fe former une riche Bibliothèque. Il vivoit en Philofophe, retiré dans fon cabinet. Le foir, avec un petit nombre d’amis, il fe délaffoit de fes travaux littéraires.
- L’Art de la Peinture fur Verre, ce bel Art , qui fait parler aux yeux le Verre par les émaux Ôc le fourneau ; le Vieil conçut le projet de le remettre en honneur. Il voyoit s’introduire dans nos Eglifes un goût de luxe, deftruêtif de cette Peinture ; une clarté peu religieufe fubftituée, jufques dans l’enceinte du San&uaire , à cette majeflueufe obfcurité que forment les vitres peintes. Il voyoit les vitreaux des plus grands Maîtres fe dégrader , leur démolition fréquemment ordonnée. Il voyoit les Amateurs en regretter peu la perte, annoncer fes fecrets comme perdus, craindre même de le nommer parmi les divers genres de peindre. Il voulut le faire revivre, ou du moins conferver à nos neveux les connoifTances qui nous en relient.
- Quelque floriffant qu’ait été cet Art dans l’Europe pendant plus de fix fiecles, per-fonne, avant Pierre le Vieil, n’avoit entrepris d’en donner la defcription. On ignoroit
- (4) Dans le dernier des vitreaux de la Nef, du côté de l’Orgue, eft l’Inlcription Clivante de fo compofition» peinte Cir Verre dans un ovale en lettres d’or fur un fond de marbre brun :
- D. O. M.
- Anno R. S. H. M. DCC. LV. Sub Praefe&urâ Venerabilium Canonicorum DD.
- De Corberon Cr Guillot de Montjoie , Decem feneftras Quæ
- Tùtn in cancellis ad «rientern Cùin in pronao ad meridiem Speûant,
- No vis lapidibus pareim Ferro autemfolidas,
- Et vitro tam fimplici & Francico , Quàm Bohemio , Rsgiis Liliis , Et Mari* infigaibus depifto , Intégras,
- Reftitui curaverunt Venerabiles Dccanus, Canonici Et Capitulutn Ecclelîæ Parifienfis.
- Fackbant & pittgt&ant Tttrus & Joannes le Vieil, Fratrei, Artis Vitreari# Parîfùs Magijîri,
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- ICC
- de Pierre le Vieil
- fon origine , les caufes de fes progrès, de fa perfeêüon, de fa décadence, l’hiftoire de fes Monuments, la vie de fes Artiftes. On n’avoit que quelques notions éparfes fur les procédés pour les couleurs, la maniéré de peindre, la recuiffon du Verre peint. Il ré-folut d’approfondir toutes ces parties de fon Art, de réunir dans fon Traité tRiJloire SC la Pratique de la Peinture fur Ktrre.
- Un deflein fi vafte demandoit de laborieufes recherches. Hiftoriens, Antiquaires, Voyageurs , Chymiftes, Mémoires académiques , Secrets de famille : voilà les fonds où il puifa pendant quinze ans les matériaux de fon ouvrage. \
- Tandis qu’il les raflemble, il s’apperçoit que la Peinture en Mofaïque donna naiffan-ce à la Peinture fur Verre. Flatté de cette découverte, il cherche dans la plus haute antiquité, l’origine & les ufages des diverfes fortes de Mofaïque , la voit décorer les premiers Temples des Chrétiens , paffer de la Grece à Rome, de Rome dans les Gaules ; fufpendre fes progrès dans l’Occident ravagé par les Barbares ; tomber fous les Iconoclaftes en Orient ; fe rétablir , après le dixième fiecle, en Italie, fixer fon féjour à Rome, ôc y arriver enfin à ce degré d’élévation où nous la voyons aujourd’hui , tel qu’elle peut le difputer au pinceau des plus grands Maîtres. Il développe fon mécha-nifme , ôc met au jour ŸEJJài fur la Peinture en Mofaïque.
- « L’étude de l’antiquité eft un fonds inépuifable. C’eft, difoit-il, un champ fi beau, » fi vafte, qu’on n’en fort pas comme on veut». Ses recherches lui apprenoient que fi les Anciens favoient fabriquer toutes fortes de Verre, ils n’avoient jamais penfé à en faire des vitres. La Pierre fpèculaire leur en tenoit lieu. Quelle eft la nature de cette pierre? C’eft ce que, dans une profonde Dijfertation mife à la fuite de fon Ejfai> il examine d’après le fentiment des plus célébrés Lithologiftes.
- L’homme de génie met à profit fes loifirs. Un Orateur de nos jours (a) lui lifoit dans un Ouvrage moderne un morceau d’une rare beauté fur l’excellence de la Religion. Il le traduit en Latin, le lui dédie, ôt fait voir par l’élégance de fon ftyle, que fi plus de trente années s’écoulèrent fans s’exercer dans cette Langue, il fe fouvenoit encore des Auteurs du fiecle d’Augufte (£).
- Saint Romain, Martyr, Tragédie Chrétienne, en trois Aéles, en profe, eft un nouveau fruit des loifirs de Pierre le Vieil. Il l’a compofée pour les Urïùlines de Crefpi, où deux de fes Nièces étoient Penfionnaires. Il fut y répandre tant d’intérêt par l’heureux contrafte des principaux perfonnages , qu’à la repréfentation elle eut le plus grand fuccès. D’un pinceau mâle ôt fidele, il peint dans ce drame ces beaux fiecles de l’Eglife, où la puiffance du Dieu des Chrétiens éclate dans les réponfes ôc la confiance des Saints Martyrs.
- Malgré fon application à fes travaux littéraires , jamais il ne négligea la conduite de fes ouvrages de Vitrerie. Il s’en faifoit rendre tous les jours un compte exact, dref-foit lui-même fes Mémoires. La continuelle tenfion de fon efprit, le défaut d’exercice épuiferent fes forces. Il fuccomba dans une troifieme attaque d’apoplexie, le 23 Février 1772, regretté de fes parents, de fes amis, de tous ceux qui l’ont connu. Il avoit une belle phyfionomie , un regard doux, un caraêtere toujours égal, une converfation favante, une probité intaête, une piété folide. Il a vécu dans le célibat.
- Il a fignalé par une fête ingénieufe fon amour pour fon Prince, dans ce moment où tous les cœurs François manifeftoientleur joie de fa convalefcence [c], Son zélé pour fauver fon
- (a) Le P. Villars , Carme, Prédicateur du Roi.
- (b) .....Attamen in opéré fufcipiendo , negleétis plut—
- quam triginta abhinc annis, & imbellibus in hoc certami-ni s genere viribus mets r.inus, quant tua confului indul-gentia ; ratus ( qua tua eft pietas, qua tua benignitas ) y te Religionis Jiudiofo & amanti conàonatumm , quod fcrip-tori minus purum mendofumve exciderit. Epift. dedieat. ad cale.
- (c) Le 4 Odobre 1744, jour où fà Communauté faifoit chanter le Te Deum, il fit élever, au milieu de la façade de fa maifon, une pyramide, ornee dans fa partie la plus large d’un quadre doré. Dans le haut du quadre étoit la belle Eftampe de la Thefe de M. l’Abbé de Venta-dour, d’après M. le Moine; où l’on voit SA MAJESTÉ recevant des mains de la Paix une branche d’olivier. Dans le bas, & à la place des Thefes Latines, étoit un iranf-parent avec cette Infcription :
- Amtrt mutuo félicitas parta.
- Le contour de la pyramide étoit éclairé d’une grande quantité de lampions, & furraonté d’un foleil auflï de lampions, dans le centre duquel , & en tranfparent, on lifoit cette devife allufoire au Soleil & à S. M.
- Carior an clarior ?
- Sur le refte de la façade régnoit une guirlande de lumières, formée par de petites lanternes de verre.
- Sur les deux côtés on lifoit dans deux tranfparents :
- A droite, ces deux vers , précédés d’un emblème repré-fêntant un champ , planté d’un côté, de Cyprès; de l’autre » de Lauriers ; & à quelque diftance, un jeune plant d’Oli-viers, qui, venant un jour à croître , effacera les deux autres :
- Ire , Cupreffetis reduces infurgice, Lauri :
- Nec vobis crefiens aliguando aiet Cliva-
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- x Éloge Hijlorique de Pierre le Vieil
- Art de l’efpece de léthargie où il femble plongé dans toute l’Europe, fon attention à en recueillir les précieux fragments, doivent lui mériter l’eftime des Amateurs & la reconnoiffance des Artiftes.
- Mais ce qui mettra le comble à la gloire de Pierre le Vieil, c’eft l’honneur que reçoit fon grand Traité d’entrer dans la Defcription des Arts. Prêt à le mettre fous prefle, il en fit hommage à l’Académie Royale des Sciences. Elle a bien voulu l’agréer : elle y joindra même le méchanifme de la Kitrerie , qu’il en avoit détaché, ôc qu’il comptoit publier fous le titre à?Art du V^itrier (a).
- A gauche, ce couplet fur l’Air : Jardinier, ne vois-tu $at, & c.
- Peuple heureux, réjouis-toi,
- Ton bonheur eft extrême :
- ' Vis fans crainte , plus d’effroi ÿ Fais tes délices d’un Roi Qui t’aime, qui t’aime, qui t’aime.
- Enfin une derniere Infcription , appliquée fur la muraille en gros caraéteres, & qui couronnoit tout l’édifice , expri-moit le motif de cette Fête par ces mots.
- HÆC ME JUSSIT AMOR.
- ( a ) Outre les divers Ouvrages dont il a été parlé , Pierre le Vieil laiile encore en manufcrit ï
- i% Un Ejfai fur la Peinture. Il efquifle dans une première Partie i’hiftoire de fes révolutions : trace avec ordre
- & clarté fes réglés générales d’après les grands Maîtres de l’Art ; & , pour en bannir la féchereiïe , les entre-méle de beaux vers de M. Watelet, tirés de Ion Poème de l’Art de Peindre. Dans la fécondé, il traite fiiccinôement de toutes les fortes de Peinture, & de leurs rapports avec la Peinture fur Verre.
- a0, D’amples recherches fur l’Art de la Verrerie. La création de nos greffes Verreries, & les privilèges y annexés ; la Fabrique aftuelle du Verre de France ; les différents Réglements faits pour la vente du Verre à vitres, fur-tout pour l’approvifîonncment de la Capitale, en forment la matière.
- 3°, Un Mémoire fur la Confrairie des Peintres-Vitriers, le choix qu’elle fit de Saint Marc pour Patron, fon érection en Communauté, avec l’analylè de Ces Statuts tant anciens que nouveaux, & la création du Syndic.
- Ces derniers fruits de fes veilles font confignés dans l’original de fon grand Traité, qu’il a donné à Louis le Vieil, Peintre fur Verre, fon neveu, fils aîné de Jean le Vieil, Peintre fur Verre du Roi, Editeur de l’Ouvrage de fon oncle » qui le traitoit en fils.
- EXTRAIT
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- EXTRAIT DES REGISTRES
- de l’Académie Royale des Sciences.
- Du 24 Mars 1771#
- jNo u s Commiffaires nommés par l’Académie, avons examiné un Manufcrit intitulé : Traité fiiftorique pratique de la Peinture fur Verre , par Pierre le Vieil, Peintre fur Verre , déjà connu avantageufement par fon Traité de lâ Peinture en Mofaïque.
- Cet Ouvrage deftiné d’abord à être imprimé féparément , eft pyéfenté aujourd’hui à l’Académie Royale des Sciences, à qui l’on en fait hommage; afin que, fi cette Compagnie en porte un jugement favorable, elle veuille bien le faire imprimer à la fuite des autres Arts qu’elle a déjà publiés.
- L’Editeur , qui a communiqué l’Art dont il s’agit, l’a pratiqué lui-même d’une maniéré diftinguée, en fuivant les traces, les principes & les inftruélions de plufieurs Peintres fur Verre fes ancêtres , qui ont mérité d’être comptés parmi les habiles Artiftes. L’Auteur animé par un grand zele , ou plutôt par un amour dé<-cidé pour fon état , & ayant acquis auparavant par une éducation foignée, par des études préliminaires de non interrompues , les con-noifîances capables de cultiver l’efprit , il s’eft trouvé mieux difpofé à profiter de fes travaux. Il n’a épargné ni foins, ni peines, ni dépenfes, ni recherches , pour approfondir toutes les parties de fon Art ; d’abord relativement à fon hiftoire, c’eft-à*dire, à fon origine, à fes progrès, à fa perfeélion, à fa décadence, à fes rapports avec les autres Arts, fur-tout avec les autres maniérés de peindre ; enfuite relativement à la pratique, c’efl - à - dire, à la préparation des chaux métalliques de des émaux, aux procédés pour nuancer les couleurs par les mélanges, pour les appliquer, & pour les incorporer eh les parfondant par la recuiffon ; car il faut obferver que le véritable Art de la Peinture fur Verre, le feul qui mérite ce nom, eft celui par lequel les couleurs métalliques préparées pénétrent par l’effet de la recuiffon le Verre où elles font appliquées, ôc par là deviennent inaltérables ôc indélébiles.
- On voit que les détails de cette fécondé Partie tiennent prefque tous à des opérations favantes de délicates de la Chimie; auffi les Artiftes les plus célébrés en ce genre ont-ils cultivé avec foin la partie de la Chimie, qui a trait à ces travaux importants ; ôc par-là cet Art de là Peinture fur Verre eft un de ceux qui rentrent le plus immédiatement dans le domaine dé l’Académie des Sciences, Cet Art a&uellement très-peu connut mérite d’autant plus de l’être ; que pendant plus de fix fiecles , il a fleuri en Europe, ôc qu’après avoir éprouvé jufqu’au dix-feptieme fiecle de la part de nos Rois plufieurs marques de diftin&ion très-flatteufes, il eft tombé de nos jours dans un oubli, dans un anéan-tiffement capable de faire douter qu’il eût jamais exifté ; fi parmi le très-grand nombre de monuments qui nous en relient dans plufieurs
- Peint, sur Verre. I. Pan.
- Temples ôc grands Edifices, les plus précieux de ces monuments, entre autres la Sainte Chapelle du Château de Vincennes, ôc celle du Château d’Anet , ne démontroient pas à quel point de perfeétion il a été porté , lur-tout en France.
- La Peinture fur Verre, qui dans les douzième Ôc treizième fiecles étoit le genre de Peinture le plus ufité, on pourroit même dire, le feul pratiqué en France, en Angleterre Ôc dans les Pays-Bas, celui qui s’y développoit le plus au quatorzième Ôc quinzième , qui fut fi brillant dans le feizieme , ôc allez avant dans le dix-fep-tieme, vit fes Artiftes ôc leurs travaux prefque abandonnés fous le régné de Louis-le-Grand, Ôc fous les yeux d’un Miniftre proteéteur déclaré des Arts ôc des Artiftes. Elle a fubi partout la même révolution, que la' Peinture en général avoir éprouvée fous l’empire d’Augufte. On en eft venu aujourd’hui jufqu’à craindre, pour ainfi dire, de la nommer entre les différents genres de Peinture. C’ell, dit-on, un fecret perdu ; c’eft un Art enfeveli qui n’inféreffe plus : tel eft le langage de l’ignorance ôc du préjugé. L’Art ffell pas perdu : tous fes fecrets , fes procédés, Pinduftrie de fes opérations font encore connus. Il n’eft, félon l’expreffion de l’Auteur , que dans une forte de léthargie. Or en développant ôc eu expofant au grand jour par la voie de l’Impreffion ôc de la Gravure, toutes les recherches de cet Art, dont les Artiftes ont toujours été trop jaloux , il va effayer de le tirer à jamais de l’oubli auquel il paroiffoit condamné, ôc par là coopérer , comme il l’annonce lui-même dans fa Préface, à l’exécution du vafte Sc magnifique plan de l’Académie des Sciences, pour la confervation ôc la perpétuité des Arts ; afin que la poftérité ne fe voie plus expofée à regretter la perte des connoiffances acquifes dans les fiecles antérieurs, comme nous regrettons celles des Anciens, dont à peine on nous a tranfmis quelques notices tronquées Ôc imparfaites.
- M. le Vieil, pour embraffer fon objet dans toute fon étendue , Sc pour lui donner toute l’utilité dont il peut être füfcéptibîe , a donc cru devoir diftribuer fon Ouvrage en deux parties. Dans la première , il n’oublierien de ce qui eft effentiel ou même acceffoire ^hiftoire de l’Art; en recherchant les traits les plus curieux ôc les plus intéreffants de cette hiftoire dans toute la fuite des fiecles. La fécondé, préfente les procédés ôc les détails les plus circonftanciés de la pratique. Ces deux parties réunies forment dans le manufcrit deux gros Volumes in-f3.
- Le plah général de ce Traité, tel que nous venons de lé tracer, fuffiroit feul pour en donner line idée favorable : mais nous allons en donner l’analyfe , afin que l’Académie puiffe encore mieux juger du fond ôc de la forme de l’Ouvrage*
- L’Auteur , après une courte Préface furl’ob^
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- jet & les motifs de fon travail, commence l’hif-toire de l’Art en recherchant avant tout l’origine du Verre dans la plus haute antiquité. Guidé par une érudition , par une critique fages Sc réfervées, il rapproche, il compare, il interprète les paffages les plus importants, qui peuvent porter quelque lueur fur ce point fondamental. Mais ne voulant pas pouffer trop loin ces recherches de pure érudition, il y fupplée en renvoyant à deux Lettres très-favantes & très-cu-rieufes fur l’origine Sc fur l’antiquité du Verre qu’il a inférées à la fin de la première Partie , & qu’il extrait de la Gazette Littéraire de l’Europe.
- Ce premier point difcuté, il examine la con-noilfance pratique du Verre chez les Anciens, ce qui le conduit à déterminer l’ufage que l’on fit du Verre dans ceç temps reculés, foit pour la décoration des édifices publics & particuliers , foit pour mettre les habitations à l’abri des injures de l’air , lorfque ce Verre fuccéda aux autres efpeces de clôtures fur lefquelles on entre auffi dans des détails curieux.
- Soigneux d’éclaircir tout ce qui eft relatif à ces recherches préliminaires, l’Auteur croit devoir employer un Chapitre particulier à faire connolcre l’état des fenêtres dans les grands édifices des Anciens.
- Allant enfuite plus direftement à fon but, il recherche fi le premier Verre employé aux fenêtres des Eglifes étoit blanc ou coloré ; Sc par conféquent, quelle a été la première maniéré d’être de la Peinture fur Verre : voilà proprement l’époque Sc l’origine de cet Art. Auffi l’Auteur s’attache ici à déterminer , ce que c’eft que la Peinture fur Verre , proprement dite ; & il y traite fort au long du méca-nifme de cet Art, dans fes premiers temps ; mé-canifme qu’il développe, fur-tout d’après l’étude approfondie qu’il a faite des ouvrages de ces premiers Peintres dans les anciens monuments.
- L’Art une fois érabli Sc pratiqué , il a fait des progrès fuccefïifs. L’Auteur pafle donc à l’examen de l’état de la Peinture fur Verre , d’abord au douzième fiecîe. Il la fuit pas à pas dans le treizième, dans le quatorzième Sc dans le quinzième ; c’eft ici où les monuments encore fubfiftants nous démontrent que l’Art par des degrés bien marqués s’elt approché de fa perfection. En conféquence , l’Auteur fait connoître plus particuliérement les Peintres fur Verre quife diftinguerent au quinzième fiecîe, Sc les grands morceaux qu’ils ont exécuté.
- Enfin dans le feizieme fiecîe, la Peinture fur Verre étant parvenue par de nouveaux progrès à fon meilleur temps, c’efl-à-dire, au degré de perfection dont elle étoit fufceptible , préfente un vafte champ où toutes les richeffes de l’Art & le raérite.jdes Artiftes nationaux Sc étrangers qui l’ont illuftré font déployés Sc appréciés avec autant d’intelligence Sc de goût que d’impartialité. Là font auftï décrits tous les beaux Ouvrages du même fiecîe, dont les Auteurs font inconnus.
- La perfection où cet Art étoit parvenu , ne fut pas de longue durée ; vers la fin même de ,ce feizieme fiecîe , on le voit déchoir. Il commence à tomber en défuétude : indépendamment des preuves qu’en donne l’Auteur, en parlant des ouvrages de ce temps, il cite en témoignage Bernard Palilfy, contemporain, & d’autant
- plus digne d’être cru fur ce qu’il dit de l’état de la Peinture fur Verre alors , qu’il fut d’abord lui-même un de ces Peintres. Dans l’excellent Ouvrage qu’il publia à Paris, en iy8o,il fe plaint amèrement d’avoir été forcé par l’abandon Sc le difcrédit, qui commençoient à dégrader la Vitrerie en générai, Sc la Peinture fur Verre, à chercher d’autres reflources dans l’Art ’ de la Poterie, en fabriquant des vaifleaux de terre émaillés. Car alors l’Art des émaux ayant pris faveur , ayant même contribué à la décadence de la Peinture fur Verre , ainfi que M. le Vieil le démontre, Bernard Palifly s’y appliqua beaucoup, & fit de grands progrès.
- L’Auteur ayant pourfuivi l’hiftoire de la Peinture fur Verre dans le dix-feptieme Sc le dix-huitieme fiecles, déduit Sc rapproche toutes les caufes qui ont concouru à fa décadence. En Artifte auffi inftruit que zélé, il plaide ici la caufe de fon Art .-premièrement, en répondant aux inconvénients qu’on lui reproche pour exécuter , ou pour perpétuer fon abandon ; fecondement , en préfentant de la maniéré la plus pathétique les moyens pofïïbles de le tirer de fa léthargie a&uelle, Sc de lui rendre fon ancien luftre.
- Pour ne rien négliger de ce qui peut donner une jufie idée du travail que nous analyfons, nous devons ajouter que ces defcriptions des plus beaux ouvrages en Peinture fur Verre ne font pas des notices feches & des indications fimplement bornées à cara&érifer le mérite de la compofition , de l’ordonnance Sc de l’exécution pittorefque : l’Auteur fait obferver partout les fecours réels, que l’Hiftoire, notamment la nôtre , peuvent en tirer ; en fixant des dates de pluüeurs événements importants repré-fentés par ces tableaux ; en conftatant des titres précieux Sc effentieîs à des familles, à des Eglifes, à des Villes; en rappeîlant, en démontrant les habillements, les ufages, enfin le coftume de ces anciens temps; Sc en nous confervant les portraits d’un grand nombre de perfonnes illuftres Sc célébrés, peints au naturel dans ces grands morceaux de Peinture fur Verre.
- On trouve encore dans la plupart des articles relatifs à la vie des Artiftes , plufieurs anecdotes curieufes. Une feule, que nous allons citer, pourra faire juger des autres.
- M. le Vieil, en parlant du progrès que l’on fit dans le travail des émaux, Sc qui concourut avec plufieurs autres circonftances à la décadence de la Peinture fur Verre , nous apprend que cet Art des.'émaux fut le plus perfediom né par Ifaac , Hollandois, l’un des plus fameux Alchimiftes. En conftatant ce fait, il parvient à nous inftruire du lieu où réfidoit cet Artifte, où il exerçoit fes talents, Sc du vrai temps où il vivoit. Tous ces points, jufqu’à préfent douteux Sc vainement difcutés, font ici parfaitement éclaircis; Sc la grande réputation d’Ifaac, Hollandois, déjà bien acquife par les éloges que lui ont donné Beccher, Kunckeî, Sthal, eft encore juftifiée, par ce que plufieurs paffa-ges cités par notre Auteur , Sc qui avoient échappé , prouvent, que le fameux Néry, tout habile qu’il fût, Sc déjà célébré à Florence dans l’Art de la Verrerie en 1601, avoit exprès quitté fa patrie pour fe rapprocher d’Ifaac, Hollandois , & pour fuivre auprès de lui, à Anvers, fes procédés dans l’Arc d’imiter les
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- pierres pre'cïeufes ; d’où il retourna à Florence pour imprimer fon Traité Italien fur l’Art de la Verrerie, en 1612 édition queM. de Bure
- le fils regarde comme l’original de cet Auteur.
- Tel eft l’ordre 6c le précis des matières qui font traitées dans cette première Partie hifto-rique, terminée par l’énumération des Privi-jéges honorables accordés aux Peintres fur Verre» Delà l’Auteur paffe à la Peinture fur Verre , confidérée dans fes opérations chimiques 6c mécaniques , formant le fécond Tome, aufîi étendu que le premier.
- L’Auteur toujours méthodique fait d’abord l’énumération 6c l’examen des matières qui entrent dans la compofition du Verre, 6c principalement dans les différentes couleurs dont on peut le teindre aux fourneaux des Verreries .* il donne fort en détail les recettes de ces diver-fes couleurs. A tons ces procédés,recueillis avec foin des meilleurs Traités 6c préfentés avec ordre, PAuteur ajoute fes remarques 6c fes obfervations particulières fur le beau verre rouge ancien. Il décrit enfuite la maniéré de colorer au fourneau de recuiffon des tables de verre blanc, avec toutes fortes de couleurs fondantes, auffi trarrfparentes, auffi liffes 6c auffi unies que le verre. L’emploi des émaux perfectionnés fit changer de face à l’Art, ou plutôt lui donna une nouvelle maniéré d’être. L’Auteur expofe pareillement d’après les Artiftes les plus expérimentés , toute la fuite bien ordonnée des procédés , pour compofer les émaux colorants, dont on fe fert dans la Peinture fur Verre aftuelle. Il enfeigne la conftruCtion 6c les proportions des fourneaux propres à calciner les émaux, 6c la maniéré de les préparer à être portés fur le Verre que l’on veut peindre ; mais outre les émaux , il y a d’autres couleurs actuellement ufitées qui font auffi indiquées 6c décrites, avec les méthodes de les mettre en oeuvre.
- Après avoir fait connoître toutes les efpeces de couleurs 6c leurs compofitions chimiques, l’Auteur s’attache dans un Chapitre particulier à faire fentir aux Peintres fur Verre, jaloux de réuflir dans leur Art, les raifons 6c les motifs qui doivent les déterminer à fe rendre familières , plufieurs connoiffances relatives à l’Hif-toire Naturelle & à la Phyfique expérimentale qui leur font néceffaires. Il leur recommande fur-tout de s’inftruire de la partie importante de la Chimie , concernant la calcination 6c la vitrification des fubftances minérales 6c métalliques , comme étant les bafes effentielles des recettes précédentes. Car il faut abfoiument que ces Artiftes fâchent préparer eux-mêmes leurs couleurs ; puifqu’à préfent le défaut d’emploi des Verres colorés a fait négliger 6c prefque abandonner ces travaux dans toutes les Verreries.
- Pour autorifer les préceptes 6c les réflexions auffi fages que îumineufes dont ce Chapitre eft rempli, PAuteur cite encore Bernard Paliffy, qui rendant compte de fes recherches 6c de fes travaux, prouve que c’eft principalement par les expériences affidues & continuelles, & par les études variées 6c multipliées fur tous les points recommandés par M. le Vieil, qu’il parvint à acquérir l’Art de bien émailler la terre ,
- 6c qu’il mérita le titre dont il fe glorifie , d'inventeur des rujîiques figulines du Roi & de fa Mere.
- Dans ce même Chapitre, l’un des plus étendus 6c des plus inft^udifs, eft établi que la con-
- nolffance âcquifepar des épreuves réitérées du plus ou moins de douceur ou de dureté des émaux à parfondre par l’adion du feu de recuiffon * étant effentiellement liée à la connoiffance du choix du Verre, qui doit fervir de fond au tra* vail, tout eft encore fournis fur ce dernier objet à des recherches multipliées par la feule, voie des expériences.
- Ceci amène l’examen des différents Verres fabriqués en France 6c chez l’Etranger; de leurs qualités, de leurs défauts , des motifs de la préférence qu’il faut donner aux uns fur les autres , pour être employés à la Peinture fur Verre» L’Auteur ajoute ici fes remarques fur la nature du Verre dont les anciens Peintres fe font fervi dans les meilleurs temps , 6c fes obfervations particulières fur les divers degrés d’altérations que ces anciens Verres ont éprouvé par l’impreflion fucceffïve de l’air 6c des autres éléments auxquels ils ont été depuis fi long-temps expôfés : fur tous ces points , 6c dans les détails des faits 6c des phénomènes, on reconnoît le Phyficien exaél, 6c le Chimifte éclairé.
- Enfin, l’Auteur ayant ici occafion de parler d’un Ouvrage important, publié à Londres, en i7y8, dans lequel PArt de la Peinture fur Verre 6c en Email, eft traité d’une maniéré fa-J vante, nous apprend que les Anglois paroiffent s’appliquer actuellement à la Peinture fur Verre ; puifqu’un Peintre fameux dans ce genre, réfi-dant à Oxford, a peint récemment dans un très-bon goût les vitres delà Chapelle del’Uni-verfité ; qu’un autre Artifte, Anglois, ayant peint auffi depuis peu de temps une grande croi-fée dans le goût des anciens vitreaux d’Eglife , on a trouvé les couleurs belles, vives 6c foli-des ; 6c que parmi ces couleurs de divers tons 6c de diverfes nuances, on obferve toutes celles que l’on employoit autrefois 6c dans le meilleur temps, le jaune, l’orangé, le rouge , le pourpre , le violet, le bleu, le verd , nouvelles preuves que les fecrets de l’Art ne font pas perdus, 6c que l’on pourroit aifément les faire revivre * fi ce genre de travail reprenoic faveur.
- Après avoir développé ces inftruétions, ces préceptes 6c tous ces procédés effentieîs, l’Auteur traite plus particuliérement du mécanifme de la Peinture fur Verre aétuelle ; 6c d’abord de l’Attelier 6c des outils propres à fes Artiftes. Cela le conduit à expofer les rapports immédiats de la Peinture fur Verre, avec la Vitrerie 6c avec la Gravure. Il analyfe enfuite les deux maniérés, dont on peut traiter la Peinture fur Verre.
- L’entente du clair-obfcur, que l’Artifte doit avoir acquis , lui ayant procuré dans fon tra-* Vail, exaftement tracé par les inftru&ions précédentes, ce bel effet d’union de l’obfcurité dans les maffes, par oppofition aux grandes lumières * on pourroit regarder fon ouvrage comme déjà colorié , dans l’état où l’on peut le fuppofer aduellement forti de fes mains ; mais il n’eft pas encore coloré. Ce n’eft encore qu’une forte d’eftampe, qu’il faut enluminer. L’Auteur en-feigne ici les moyens de le faire avec fuccès.
- Il ne refte donc plus au Peintre fur Verre pour mettre la derniere main à l’exécution parfaite de fes tableaux , que d’y imprimer , pour ainfi dire, le fceau de l’indeftrudibilité, en faifanü parfondre les couleurs métalliques par l’effet de la recuiffon. Dans cette derniere opération * une
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- XLV
- des plus importantes 5c des plus difficiles, fAu-teur infifte encore plus fur la néceffité de toutes les combinaifons préliminaires d’expériences qu’il a déjà recommandées , pour opérer d’une maniéré affurée ce parfait concours de fufibi-lité des divers -émaux dans un même efpace de temps 5 6c par Taéîivité d’un même feu. Car fans ce concours heureux, les uns feroient déjà brûlés, quand les autres ne feroient que commencer à fe parfondre à la recuiffon; c’eft fur le traitement îi effentiel de ce feu que l’Auteur dans le dernier Chapitre donne une fuite de préceptes sûrs, parce qu’à fes propres lumières il joint celles que lui fournirent les ouvrages des plus grands Maîtres.
- Ici finit la fécondé Partie , 6c par conséquent l’Ouvrage entier de M. le Vieil ; mais comme il n’a rien voulu négliger de ce qui peut contribuer à le perfectionner, il a cru devoir ajouter d’amples Extraits de deux Ouvrages modernes très-importants, qui lui font parvenus, après que le fien a été compofé ; l’un publié en Anglois, à Londres, en 1778, en deux tomes in-8°. fur la Peinture, tant en Email que fur Verrez 6c fur la compofition des différentes fortes de Verre blanc Ôc coloré 5 l’autre publié à peu près dans le même temps en Allemagne, très-concis , mais très-exad 6c très-clair, ayant pour titre : Y Art de Peindre fur le Verre. Tous deux lui ont paru mériter de fa part une attention particulière , en ce que dans l’Ouvrage Anglois qui enfeigne principalement la maniéré de colorer le Verre, il a trouvé fur les couleurs plufieurs compofitions différentes de celles qu’il a rapportées $ 6c que l’autre publié en
- Allemagne, c’effà-dire, chez une Nation qui a toujours paffé, à jufte titre, pour être aufîi expérimentée dans l’Art de la Peinture fur Verre , que dans celui delà Verrerie, a l’avantage de donner d’excellents préceptes fur le mécanif-me de cette Peinture. Ainu ces deux morceaux rapprochés l’un de l’autre , 6c placés à la fuite du grand Traité de M. le Vieil, en augmentent fans doute le mérite 6c l’utilité en lui fer-vant en même temps d’appui 6c de preuve.
- L’analyfe que nous venons de faire en pré-fentant lbmmairement l’ordre 6c la fuite des matières, nousparoît fuffire, pour faire apprécier le travail entier de M. le Vieil. Nous ne doutons pas que l’Académie n’adopte avec éloge cet Ouvrage, 6c ne le juge digne d’être imprimé à la fuite des Arts qu’elle publie.
- Mais nous penfons, qu’en livrant ce manuscrit à l’Imprimeur , l’Académie doit impofer la condition, que l’impreffion faite du même format in-folio que celle des autres Arts , foit en deux colonnes, 6c par conféquent d’un caractère plus petit, à caufe de l’étendue confidé-rable de l’Ouvrage , qui, fans ce moyen ne pour-roit être réduit en un feul volume. Signés, Duhamel du. Monceau, Lassone, ôc M ac qwer.
- Je certifie le préfent Extrait conforme à fort original &‘au jugement de l’Académie^ A Paris le 3 1 Mars 1772..
- Signé , Grand jean de Fouchy 5 Secrétaire perpétuel de VAcadémie Royale des Sciences,
- TRAITÉ
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- HISTORIQUE ET PRATIQUE
- DE LA
- PEINTURE SUR VERRE
- PREMIERE PARTIE.
- De la Peinture fur Verre confidérée dans fa partie hiftorique.
- CHAPITRE De l'Origine
- Ea
- n examinant dans ce Chapitre l’origine du Verre, je n’entreprends pas de le faire en Naturalifte ; je n’établirai ni fa formation, ni fa première destination dans l’état primitif de la terre par des fuppofitions philofophiques. •De telles difculïions, fupérieures à la portée de mon génie, font étrangères à l’objet de mes recherches. Je ne l’envifagerai pas comme un de ces minéraux, fi femblables au Verre, qui peuvent avoir donné lieu à fon invention, qui ont leurs vraies Minières &c qui font proprement des pierres & des fohiles. Le nom de Verre n’appartient pas à ces produûions de la nature , mais celui de Pierres & de Cryfiallifations.
- Le Verre dont je recherche ici l’origine eft cette fubftance qui, ne pouvant être produite que par l’aêlivité d’un feu très-violent, doit fon exiftence à l’Art, & eft une production de la Pyrotechnie. Bien différent des métaux, en qui faction du feu fépare les parties hétérogènes pour raffembler celles qui font de même efpece; dans le Verre cette même aêtion opéré la réunion des particules des matières dont il eft compofé, à l’exception néanmoins des fels qui furnagent la furface de fa compofition, lorfqu’elle eft dans fon degré de cuiffon défiré , & que le feu le plus violent ne peut diffoudre entière-ment.
- Peint. sur Ferre. L Pan•
- PREMIER, du Verre.
- Si l’on ne peut trop admirer l’utilité de l’invention de cette compofition artificielle, fon origine n’en devient que plus digne de nos recherches : commençons par fa défini* tion.
- Le Verre, ainfi que le définiffent les Maîtres les plus expérimentés dans l’Art de la Verrerie , elt une concrétion artificielle , formée de fels, de fables ou de pierres, qui entrent en fufion, à l’aide d’un feu violent , fans être confumés ; tenace & cohérente, lorfqu’elle eft fondue ; plus fléxible qu’aucune autre matière ; fufceptible de toutes for* tes de formes; ductile dans un jufte degré de chaleur ; fragile lorfqu’elle eft réfroidie ; tranfparente ; qui prend le poli & toutes for» tes de couleurs métalliques intérieurement & extérieurement ; plus propre à recevoir la peinture qu’aucune autre matière.
- Je laide tout ce que Pline, Dion Cahius, Ifidore & les Alchimiftes après eux , ont écrit de fa flexibilité même à froid, & de fa malléabilité. Les deux exemples que l’Hif* toire ancienne & moderne nous fourniftent de la mauvaife fortune des deux feuls hommes connus qui fe foient avifés de prêter au Verre une qualité fi étrangère à fa fubftance, femblent annoncer que cette épreuve eft au moins téméraire, pour ne pas dire de dange-reufe conféquence ; car il en coûta la vie $
- Définition du Veiççq,
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- Antiquité du Verre.
- L’ART DE LA PEINTURE
- celui qui, au rapport de Pline ( Hift. Natur. Lib. 36. Cap. 2.6 ) , propofa de la faire en préfence de l’Empereur Tibere ; ôt la liberté a celui qui redreffa & remit en fon premier état, fous les yeux du Cardinal de Richelieu, les débris d’une figure de Verre qu’il avoit à deffein laiffé tomber aux pieds de fon Eminence (a).
- Je pourrois ici, d’après Néri (b) prouver l’antiquité du Verre par le verf. 17. du chap. 28. du Livre de Job, ou l’Efprit-Saint, comparant la fageffe aux fubftances les plus précieufes, s’exprime ainfi, aurum vel vitrum non adaquabitur ei : Et quoique la plus grande partie des Interprètes ne rendent point par le mot Verre en notre langue celui de Vitrum, dont les Septante fe font fervis pour traduire le mot Hébreu de l’original, mais qu’ils l’expriment par ceux de pierres précieufes transparentes, j’aurois pu épou-fer le fentiment de Néri qui l’entend du Verre proprement dit , en prétextant la nouveauté ôc la rareté de fon invention au temps où Job écrivoit (p) ; ôc l’admiration que les contemporains de cet Ecrivain facré don-noient au brillant de l’éclat du Verre.
- Je pourrois encore citer en faveur de l’antiquité du Verre le verf. 31 du chap. 23. des Proverbes de Salomon, où le Sage blâme la fenfualité de ceux qui contemplent avec admiration la brillante couleur du vin au travers de leur verre , ôc qui fe déle&ant d’avance par l’éclat qu’il lui communique, le boivent enfuite avec plus de délices : Ne intuearis Vinum quando flavefcit : cùm fplen-duerh in Vitro color ejus , ingreditur b lande. Mais il me faudroit encore chercher une ré-ponfe à ceux qui voudroient rendre le mot Vitrum par le François Cryftal > ôt rechercher fi le Cryftal ou le Verre étoient afle^. communs du temps de Salomon, pour qu’il donnât cet avis fi général de fe tenir en garde contre cette efpece de fenfualité.
- Je pourrois adopter aulïi, comme plus vrai-femblable ôt plus analogue à l’origine que Pline donne au Verre, le fentiment de ceux qui prétendent que l’embrafement fortuit de quelques forêts , qui fit connoître les Mines ôt donna des ruiffeaux de cuivre ou de fer , pût aufTi en faire couler de verre. Pour cela ]e ferois réunir, par le feu, ces paillettes de verre dont le fable eft chargé en fi grande quantité (d). Mais en quel temps arriva cet
- (a) Haudicquer de Blancourt, Art de la Verrerie, Par. 1718 , tom. I. p. 13 & 2.4*
- ( b ) Préface de fon Traité de l’Art de la Verrerie , traduit par M. le Baron d’Holback, Par. 1751.
- (c ) L’opinion la plus commune eft que Job étoit contemporain d’Amram pere de Moyfe.
- (d) M. de Buffon, Hift. Natur. hî-4°. tom. I. p. 2,5:9. regarde ces paillettes comme une diflolution de cette mariere vitrée Ôt cryftalline qu’il croit avoir fervi d’enveloppe à la terre avant le débrouillement du cahos, 6c que l’agitation des eaux ôt de Pair réduifit enpoulïïere en les butant,
- embrafement ? Ce fentiment a d’ailleurs, ainfi que le récit de Pline , plus de contradicteurs que d’hiftoriens.
- Quoi qu’il en foit, on ne peut douter que la connoiffance de la vitrification ne date de vitrification la plus haute antiquité. Sa découverte doit date de la être auffi ancienne que celle delà Brique ôc de antiquité? laPoterie., dont il ne fe peut faire qu’il n’y ait quelques parties qui fe vitrifient dans les fours propres à leurs fabriques, par la violence ôc la durée du feu qu’on y entretient fans interruption.
- On pourroit donc faire remonter l’orN gine du Verre jufqu’au temps de la conftruc-tion de la Tour de Babel : les carreaux de terre cuite qu’on y employa,donnèrent nécef fairement l’idée de la vitrification. L’a&i-vité du feu, qui, lorfqu’ii eft trop ardent dans la cuiffon de ces matériaux, les vitrifie, ou au moins répand fur leur furface une couverte luifante comme le Verre , produifit un effet qui ne dut point échapper aux enfants de Noë. Difperfés depuis par toute la terre, ils ont pu donner aux Peuples qui font défi- ' cendus d’eux une connoiffance fufïifante de la vitrification, fans qu’un de ces Peuples fût redevable à l’autre d’une découverte qu’ils tenoient également de leurs ancêtres.
- On pourroit au moins la placer au temps de la fervitude des Ifraélites en Egypte, où l’Hiftoire Sainte nous apprend qu’ils furent employés à préparer la brique ôc à la faire cuire. Les Arts ne fe montrent que fuc» ceffivement. Dans l’enfance du monde, une découverte en a produit une autre. Le ha-fard les faifoit naître ; la réflexion ôc l’expérience les perfeêlionnoient. Souvent en ne trouvant pas ce qu’on cherchoit, on trou-voit ce qu’on ne cherchoit pas. D’où je peux conclure que la vitrification ou la pro-duêtion pofïible du Verre artificiel fut connue dans les premiers âges du monde, quoique la maniéré de le travailler n’ait été mife en ufa-ge que dans des temps poftérieurs.
- Refte à examiner ce que Néri rapporte, Examen du dit - il, d’après Pline fur la découverte du £app°r* de Verre (a). «Le hafard offrit le Verre en découverte13 » Syrie fur les bords du Belus à des Mar- du Verre par » chands que la tempête y avoit pouffés. chandlThé-» Obligés de s’y arrêter quelque temps, ils niçiens,
- » firent du feu fur le rivage pour cuire leurs
- ( a ) Néri, p. 13 de la Trad. de fa Préf. de fon Art de la Verrerie. Il n’a pas rendu fidèlement le paflage de Pline qu’il cite : c’eft ainfi que le Naturalifte ( Lib, 16. cap. 16 ) raconte cette avanture. Des Marchands de nitre , qui tra-verfoient la Phénicie, ayant pris terre fur les bords du fleuve Belus, voulurent y faire cuire des aliments ; ôc ne trouvant pas de pierres alfez fortes pour leur fervir de trépied , ils s’aviferent d’y employer des morceaux de nitre. Le feu prit à cette matière qui alors incorporée par faction du feu avec le fable, s’étant liquéfiée , forma de petits ruiffeaux d’une liqueur tranfparente, qui, s’étant figée à quelques pas de là , leur indiqua l’invention du Verre Ôc la maniéré de le fabriquer. Pline d’ailleurs ne raconte ce trait que comme un bruit que la renommée avpit accrédité : Eanw efi,
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- SUR VE R R
- » aliments. Il Te trouva dans cet endroit une s» grande quantité de l’herbe appellée Kali ( a ), »dont les cendres donnent la Soude ôc la » Rochette : il s’en forma du Verre, la violen-» ce du feu ayant uni le fel & les cendres de » la plante avec du fable ôc des pierres pro-» près à fe vitrifier». Jofephe dans fon hiftoi-re de la guerre des Juifs ( Liv. 2. chap. 5? ), Tacite dans fes Annales (Liv. y ), fournirent matière à étayer la crédibilité du récit de Pline. D’un autre côté Merret ( b ) traite çette hiftoire de vrai conte ; ôc en homme des plus expérimentés dans l’Art de la Verrerie, U aflure qu’aucun Verrier, de quelque nation qu’on le fuppofe , n’eft parvenu ôc ne parviendra jamais à faire du Verre, en biûlant ainfl au grand air le Kali, ou toute autre plante ou matière propre à cet ufage , en telle quantité que ce puiffe être , quand il y emploie-xoit l’aCtivité Ôc l’ardeur du feu. le plus violent : celui même d’un four à chaux le plus concentré ôc le plus ardent n’eft pas propre à produire cet effet. D’ailleurs il répugne que des Marchands , qui dévoient d’autant mieux connoître la nature de ce nitre ( mieux défigné fous le nom de Natrum ), qu’ils en faifoient un commerce ouvert, ayent employé des morceaux de cette fub-ftance minérale ôc inflammable pour fervir de trépied à leurs marmites, plus propres, en fe fondant au feu qui les avoifinoit, à la faire tomber & à la répandre qu’à la fou-tenir. Tout ce qu’on pourroit donc inférer des pa{Tages de Pline, de Jofephe ôc de Tacite , c’eft que la qualité du fable du rivage du fleuve Belus étant extrêmement blanche Ôc luifante , a pu fervir d’appât à ces Marchands Phéniciens pour en faire les premiers effais de la Verrerie , dont ils avoient déjà quelques idées par la connoiflance de la vitrification pofTible avec le fable & les cendres ; qu’ils chargèrent à cet effet leurs vaif-feaux d’une certaine quantité de ce fable ôc de la plante Kali; qu’ils en firent ufage à leur retour dans leur patrie ; Ôc que par con-féquent on peut les regarder comme les premiers Verriers, ôc comme ceux qui les pre-
- C & ) Le Kali eft quelquefois confondu mabà-propps avec XAlgue ou le W'arech.
- ( b ) Préface de l’Art de la Verrerie , de Merret ,.p. 31, trad. de M, le Baron d’Holback.
- E. I. Partie» %
- miers ont fait le commerce du Verre, en quoi ils ont été imités dans la fuite par beaucoup d’autres nations.
- Enfin en rapprochant des paflages cités un endroit du fécond a&e de la comédie des Nuées d’Ariftophane , on peut en conclure que la fabrique du Verre ôc fon ufage étoient déjà répandus plus de mille ans avant l’Ere Chrétienne.
- Pour moi peu crédule aux récits fabuleux qui obfcurciffent la connoiffançe des anciens temps, toujours en garde contre des opinions fouvent incertaines, le plus fouvent oppofées entre elles, je laiffe à nos plus habiles Antiquaires le foin de chercher de§ dates plus sures de l’origine du Verre. Je penfe que l’homme, qui de tout temps s’eft piqué d’étudier ôc de copier la nature autant qu’il eft en lui, a tendu de tout temps à en imiter les plus rares productions ; qu’ainfl les pierres précieufes qu’il découvrit dans le fein de la terre, telles que l’Emeraude, la Topaze, la Chryfolithe, l’Hyacinthe , le Grenat, le Saphir, le Béryl, le Diamant, le Cryftal-de - roche Ôc autres cryftallifations, ayant attiré fa jufte admiration par leur rareté ôc le brillant plus ou moins attrayant de leur éclat, conduit, comme nous l’avons dit, par la connoiflance qu’il avoit de la vitrification poflible , il fe porta de bonne heure à les imiter par l’aêtion du feu Ôc le mélange des matières fablonneufes Ôc métalliques qu’il mit en fufion ; que le premier eflfai lui donna des pierres fadices, d’abord moins conformes au modèle qu’il fe propofoit d’imiter , mais qu’il perfectionna dans la fuite par la fréquente réitération de fes opérations (a), De-là l’origine de toutes les fortes de Verre , même colorées , dont la découverte peut dater de la plus haute antiquité (à ),
- Sentîmes de f Auteur fur l’origine du Verre, ôt fur - tout du Vçnç çolpïfî
- {a) ce Les expériences réitérées, dit le Tradu&eur de a» M. Shaw ( Difc. prélim. à fes Leç. de Chimie ) ont forai me des principes : de- là la méthode de les mettre en pra-a> tique, ... La faulfe lueur a précédé la vraie lumière.. . ai Ce n’eft qu’au prix de beaucoup de peine <$c de travail ai que nous pouvons efpérer de parvenir à la perfection , si tant elle nous eft étrangère 3?, Voyez le Traité de Bernard de Palilfy , intitulé : Difcours admirable de la JS!autre des Eaux y otc. des Métaux y Ôte. des Terres, du leu & des Emaux y Paris 1580, livre très-rare, que nous aurons lieu de faire connoître plus particuliérement dans la fuite.
- ( b ) Nous donnerons à la fin de ce volume un extrait de deux favantes Lettres, fur l’origine & l’antiquité du Ferre, qui peuvent fervir à cpnfirmer ce çjue j’ai avance dans ce Chapitre.
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- L’ART DE LA PEINTURE
- CHAPITRE IL
- t
- De la connoiffancepratique du Verre cheç les Anciens (a).
- Verre,
- 'du Si l’objet principal de ce Traité n’étoit pas de confidérer le verre dans celle de fes propriétés qui confifte particuliérement à mettre les hommes à couvert des injures de l’air, fans les priver de la clarté du jour, dans les demeures qu’ils fe font conftruites; ce feroit ici le lieu d’en faire l’éloge par la confidéra-tion de tous les avantages que la fociété en retire. L’ufage du verre eft fi différencié, fi utile, qu’il eft prefqu’impoflible à l’homme de s’en palier. Semblable à l’or, le verre fe perfectionne au feu ; il y acquiert le plus brillant éclat. Produit par l’art, il poflede un avantage confidérable fur les métaux même les plus précieux. Ceux-ci ont leurs terroirs dans différentes contrées, d’où l’exportation s’en fait à grands frais dans celles qui en font privées , ou qui n’en ont pas encore découvert les minières au milieu d’elles : le verre par un admirable effet de la Providence fe peut former par tout. Les matières, d’où l’on tire une compofition fi nécefiaire, font répandues dans toutes les parties de la terre, en telle abondance , qu’en quelque lieu que ce foit on les rencontre aifément. A la vérité leurs productions font plus ou moins belles dans certains lieux que dans d’autres, foit par la nature des fables, pierres fels qui entrent dans la compofition du verre, ou des minéraux qui fervent à le colorer ; foit par l’expériençe ôc l’habileté de ceux qui le fabriquent.
- On a toujours regardé les Egyptiens comme ceux qui s’appliquèrent avec le plus de fuccès pou?lesPpius à imiter le brillant, la couleur ôc la tranfpa-habiies imi- rence des pierres précieufes. Leurs Prêtres pierres fines s’occupoient beaucoup d’opérations Chimi-par le Verre ques ôc Phyfiques : iis en faifoient au peuple coloré. un myftere aufïi caché que celui de leur Théologie. De-là cet empreffement des Grecs à fe faire initier parmi ces Sages de l’Egypte, qui, habiles Chimiftes, firent leurs délices
- _ Les Egyptiens onttou-paffé
- (a) Lorfqu’il s’agit des Arts, fur-tout de l’Archite&ure, de la Peinture 8c de la Sculpture ; quand on les confidere , ou par rapport à leur découverte , ou par rapport à leur progrès chez les Anciens, on doit entendre par ce mot, non-feulement ceux qui en furent les Inventeurs , mais encore les beaux génies de la Grece 8c de Rome qui les portèrent à leur perfection, notamment depuis le fiecle d’Alexandre le Grand, jufques vers l’an 6oo depuis l’Incarnation du Verbe, ou l’Italie fut ravagée par les Goths, les Vandales 8c les Lombards ( Encyclopédie, au mot Antique). J’ai cru devoir placer cette obfervation en tête de ce Chapitre, avec d’autant plus de raifon que c’eft dans cette époque que fe renferme la partie Ja plus initruétive des recherches que la matière que je traite m’a donné lieu de faire, entr’autres par rapporr aux Romains.
- de la vitrification, dont la connoiffance, peut-être antérieure à la Chimie,(toutes deux étant filles ou fœurs de la(^) Métallurgie,) fût reftée imparfaite fans fon fecours. En effet » toutes les fubftances qui compofent l’Uni-» vers, en tant qu’elles pouvoient tourner à » l’utilité de l’homme, devinrent le but prin-» cipal de la Chimie. Les moyens les plus » sûrs d’y parvenir furent l’objet de fon étu-» de ; ôc, diflipant petit-à-petit les ténèbres » de l’ignorance , elle répandit la clarté fur » tous les objets dont elle s’occupa. Tous les » éléments furent de fon reftort, ôc s’il n’en » eft aucun que les Chimiftes n’ayent trouvé » le moyen d’employer pour l’étendue Ôc la » perfeâion de leur art, le feu fut celui de » tous qui leur devint le plus utile, & la. » découverte du V°rre, quil leur procura , fut » regardée par eux comme la plus utile & la » plus merveilleufe ( b ) ».
- Ce fut à Coptos, ville de la haute Egypte 9 que fe fabriquèrent des vafes fins ôc tranf-parents qui rendoient une bonne odeur (c)m Suétone ôc Strabon nous apprennent qu’Au-gufte étant en Egypte fe fit repréfenter le corps d’Alexandre le Grand, renfermé dans une châfle de verre, dans laquelle Seleucus Eubiofaêtes l’avoit placé , après l’avoir tiré d’un coffre d’or où il avoit été d’abord dé-; pofé.
- Les Verriers d’Alexandrie fur-tout exceL loient dans la compofition des vers tranfpa-< rents, fémi-tranfparents, opaques ôc mêlés de différentes couleurs ; Ôc dans l’imitation des pierres précieufes , fans avoir néanmoins
- (a) La Métallurgie avoit déjà été portée à un certain degré de perfection avant le déluge ; car l’Ecriture - Sainte (Genef. Ch. 4. v. 21) nous apprend que Tubal-Caïn poffédoit l’art de travailler avec le marteau , 8c qu’il fut habile pour faire toutes fortes d’ouvrages d’airain 8c de fer.
- (b) Difc. prélimin. aux Leç. de Chim. de M. Shaw, déjà cité.
- ( c) C’eft fans doute, à l’inftar de ces vafes, qu’Athénée » dans fes Dipnofophiftes ou banquet des Savants , dit que les habitants de rifle de Rhodes formoient une pâte d’argile , de cendres de joncs 8c de myrrhe avec les fleurs de lâfran, de baume 8c de cinnamome , qu’ils paîtrif— foient enfemble 8c faifoient recuire dans un four, juf-qu’à ce qu’ils en euftent acquis l’état d’une matière vitrifiée , tranfparente, mais fi délicate que les plats qui en étoient formés ne pouvoient bouillir fur le feu, ni contenir des liqueurs chaudes fans fe cafter. Il eft aifé de reconnoître dans ces vaiffeaux ou vafes les apyrous d’Homere, diftingués par ce Poëte des agratonpyras ai-degas qui fupportoient la chaleur du feu, 8c qui reffem-bîant beaucoup à la porcelaine, doivent être mis dans la claffe des Murrhins, que Saumaife après Paufanias efti-me avoir été d’une matière plus belle que la porçelainç des Chinois»
- jamais
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- De l’antiquité des Fabriques de Verre chez les Phéni-ciens.
- SUR VER R
- Jamais pli atteindre à leur dureté & à la beauté de leur eau. Nous liions dans Vopifcus une lettre de l’Empereur Adrien au Conful Ser-vien fon beau-frere, par laquelle il lui donne avis de l’envoi qu’il lui fait de verres à boire de couleurs variées, dont le Prêtre d’un fameux temple d’Egypte lui avoit fait préfent.
- Il l’invite à en faire part à fa fœur, & à ne s’en fervir que dans les plus grands feftins ôc dans les jours de fêtes les plus folemnelles.
- Le même Auteur racontant la défaite de Firmus, un des principaux Officiers de Zé-nobie, des dépouilles duquel Aurélien s’étoit emparé après la vi&oire qu’il avoit remportée fur cette Fveine de Palmyre, dit que cet Officier avoit porté le luxe à un fi haut dé-gré que les murs de fon Palais étoient ornés de tables de verre encadrées Ôc cimentées de bitume ôc autres ingrédients qui entroient dans la compolition de ce ciment ou mafüc.
- Nous avons déjà parlé de l’antiquité de la connoiffance pratique du verre chez les Phéniciens. Il y a des Auteurs qui prétendent que les premiers vafes de verre ôt les premiers miroirs de cette matière furent fabriqués à Sidon, une des trois principales Villes de la Phénicie. Cela peut avoir donné lieu à l’hiftoire vraie ou fauffe que nous donne Pline de la découverte du verre , faite par hafard auprès de cette Ville. Ces Peuples en effet devinrent très-habiles dans l’art de la Verrerie. Il paroît qu’ils poffédoient éminemment le talent de faire prendre au verre toutes fortes de formes des plus étendues , ôt qu’ils avoient le fecret de le couler en moule, comme on coule de nos jours les canons Ôt les cloches. On peut en donner pour preuve cette fameufe colonne du temple d’Hercule à Tyr, qu’Hérodote (a) ôt Théophrafte ( b ) vantent comme une feule émeraude qui jet-toit un éclat extraordinaire. Vraifemblable-ment elle n’étoit que de verre de couleur -d’émeraude, creufe en dedans Ôt éclairée, par l’induftrie artificieufe des Prêtres de ce Temple, d’une grande quantité de lampions, qui rendoient cette colonne lumineufe pendant la nuit.
- Cette conje&ure eft appuyée fur l’hif-toire des prodigieufes colonnes de l’Ifle d’Arad, dont parle Saint Clément (c), Iile dans laquelle étoit bâtie la Tyr d’Hérodote. Ses Habitants ayant invité Saint Pierre à fe tranfporter dans leur Temple pour les voir, elles furprirent l’admiration du Prince des Apôtres par leur grandeur ôt leur groffeur extraordinaires.
- Les Sidoniens de leur côté étoient fi ha-
- (æ) Hérodote, trad. de du Ryer, troifieme édit. liv. 2. p. 240.
- (b) Traité des pierres de Théophrafte , trad. du Grec, avec les notes de M. Hill, trad. de l’Angiois , Par. 17 ,
- ». 44 & 4?.
- ( c) Récognitions de Saint Clément, liv. 7.
- Peint, sur Verre. I. Part.
- Chez les Perfes.
- E. I. Partie; $
- biles Verriers, qu’au rapport de Pline (Lib.
- 36. Cap. 25-), ils furent les premiers qui îoufflerent le verre, qui le tournèrent ôt qui gravèrent fur fa furface toutes fortes de figures à plat ôt de relief, comme il fe pratiquoit fur les vafes d’or Ôt d’argent.
- C’eft encore Hérodote qui nous apprend Chez les que la fabrique du verre étoit connue Ôt en Ethiopiens, ufage parmi les Ethiopiens. Ils en faifoient, dit-il (d), des efpeces de châffes ou tours creufes dans lefquelles ils renfermoient les corps de leurs morts, après les ' avoir embaumés. Ils les y confervoient foigneufement dans leurs maifons, pendant la première année de leur décès, jufqu’à ce que, l’année étant révolue, ils les tranfportaffent hors de la Ville dans un lieu ou ils les dépofoient.
- Chez les Perfes , avant le régné d’Alexan-dre-le-Grand , on fe fervoit de vaiffeaux de verre , Ôt les Ambaffadeurs que les Athéniens envoyèrent à ces Peuples , firent rapport de cet ufage parmi eux , comme d’une preuve capable de donner à leur nation une grande idée du luxe ôt de la magnificence des Perfes ( e ). Ils ont confervé jufqu’à ce jour l’art de la Verrerie dans les Provinces les plus recommandables de cet Empire. Actuellement encore dans Schiras, Capitale du Farfiftan, qu’ils regardent comme leur fécondé Ville , on fabrique le plus beau verre de tout l’Orient, ôt ils favent en réunir les fragments comme ceux de la porcelaine (/)*
- Dans l’Inde, fi on en croit Pline , on Dansnncie. fabriquoit du verre de toutes couleurs ôc d’une grande beauté , dans la compofition duquel les Verriers Indiens firent entrer les * cryftallifations (g ). Ce Naturalise nous apprend encore que les Gaulois ôc les Efpa-gnols tenoient déjà des fabriques de verre, avant qu’elles fuffent établies à Rome. Mais il eft bon d’obferver que le verre de tant de différentes fabii^uc» n’dvuit pas la même qualité : car fi les nations qui établirent chez elles des Manufa&ures de Verre, n’eurent pas la même fagacité pour les perfectionner, elles n’avoient pas non plus toutes les mêmes
- ( d) Hérodote de du Ryer, liv. 2, p. 382. Voy, l’interprétation de ce paffage à la derniere page de ce volume. ( e) Athénée, liv. 2. ch. 2.
- (f) Géograph. mod. par M. Nicole de la Croix, troi-fieme part. ch. 3. de la Perfe.
- ( g ) Saumaife, dans Tes Commentaires fur Solin, prétend au contraire que fi les pierres factices en Verre dç couleurs eurent tant de cours dans l’Inde, ce n’eft pas qu’on les y fabriquât , mais que les Egyptiens faifant dans ce pays un affez grand commerce de ces pierres factices d’un plus grand volume que les pierres fines , dont ils poffédoient la fource ; les Indiens les trafiquaient avec les Marchands des autres nations qui venoient chercher chez eux le Diamant, l’Hyacinthe ôc le vrai Rubis. II paroît même accufer les Indiens de fraude dans le commerce en vendant aux étrangers, qui s’y connoiffoient le moins » ces pierres faêtices pour de vraies pierreries. C’eft, fans doute, fuivant la remarque de Saumaife, ce qui fit naître dans l’ame de Pline , le fcrupule qui l’empêcha de mettre fous les yeux de fes Lecteurs les fecrets qu’il dit avoit trouvés dans des Auteurs pour contrefaire l’Emeraude ôç les autres pierres finçs.
- Dans les Gaules ôç dans l’Ef* pagne.
- B
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- 6 L'A R T D E LA
- fubftances minérales capables de rendre le x verre plus ou moins parfait.
- Parmi ces différentes nations celles qui joignoient à la poffeflion des plus belles matières vitreufes la connoiffance plus étendue de la Chimie, atteignirent plus fûre-ment au plus haut degré de perfection dans l’Art de la Verrerie ; ôt les expériences réitérées tendant toujours à corriger les premières défeCtuofités, elles parvinrent à des opérations plus fûres, plus heureufes, plus étendues ôc plus variées.
- Des Verre- Les Grecs que le commerce attiroit fur ries chez les |es c^tes de l’Afie, féjour confiant de la rccs' vanité , du luxe Ôt de la molle fie , ôt les Colonies, qui de cette partie du monde Ôc de l’Afrique vinrent s’établir en Grece, y apportèrent l’ufage du verre ôt la maniéré de le fabriquer. On trouve dans la comédie des Nuées d’Ariflophane (a), ôt dans le traité des Pierres de Théophrafle ( b ), des paffages qui prouvent que les Grecs de leur temps pratiquoient l’Art de la Verrerie, qui depuis s’étendit beaucoup parmi eux. On fait que l’Ifle de Lefbos fut autrefois célébré par fes Verreries.
- Les Romain® Les Romains connurent tout le prix de pri^duVer6 cet Art ’ avant de mettre eux-mêmes en relong-temps pratique. Au fiecle d’Augufte l’épithete Vi-avant de le tYem étoit prodiguée dans tous les genres ^uer‘ par les Poètes ôt les Orateurs à tout ce qui tenoit du verre par fon éclat ou par fa fragilité (c). Les nouveaux ufages, fur-tout quand ils joignent l’agréable à l’utile, attirent ordinairement les regards des curieux ôt les réflexions des Savants.
- Les Romains tirèrent d’abord leurs ouvrages de Verrerie de la Phénicie, de la Syrie Ôt de la Grece, avec autant de choix que de dépenfe ; témoin le fuperbe théâtre que Marcus Scaurus fit élever dans Rome avec tant de fomptuofit^, dont le fécond étage étoit orné de colonnes ôt d’incrufta-tions de verre (d) : magnificence jufqu’alors inconnue dans Rome, mais qui trouva des imitateurs, lorfque le luxe ôt la mollefle eurent pris la place de l’ancienne fimplicité des temps de la République.
- Origine Déjà fous l’empire d’Augufte, au lieu de de l’établilîe-
- (a) SchoîiesFlorentines, fur le 7Vers.
- (b) Traite' des Pierres de Théophrafle , avec les notes de Hill, n. 84.
- ( c) Voyez entr’autres les Odes d’Horace, Liv. 1. Od. jy 6c 18 , ôte.
- ( d ) Marcus Scaurus, au rapport de Pline , fit faire pendant fonEdilité l’ouvrage le plus fuperbe qui foit jamais forti de mains d’hommes. Il fit conftruire un théâtre dont la feene avoit trois étages en hauteur , 6c étoit ornée de 360 colonnes. Le premier étage étoit tout de marbre; le fécond étoit orné de colonnes, de revêtements 6c de lambris de verre ; le troifieme étoit Iambrilfé d’une boife-rie dorée. Les colonnes du premier étage portoient trente-huit pieds de haut ; 6c 3000 flatues de bronze placées entre les colonnes, mettoient le comble à la magnificence de la feene. Enfin ce théâtre étoit fi vafte qu’il pouvoit contenir 80000 perfonnes.
- PEINTURE
- tirer des nations étrangères quantité cTou- châties vrages dont les frais de tranfport augmen- Romains, toient confidérablement le prix , on fit venir les Artiftes mêmes. Leur nombre devint fi prodigieux fous fes fuccefîeurs, que la Ville pouvoit à peine les contenir. Les Verriers furent de ce nombre ; ôc au moyen de la découverte qu’on fit des fubftances propres à ces Manufactures, 011 vit s’y établir des Verreries qui, en moins d’un fiecle, y furent portées à une haute perfection.
- « Quand les loix n’étoient plus rigidement obfervées ( parmi les Romains ), dit M. de Montefquieu, les chofes venoient au point ou elles font à préfent parmi nous. L’avarice de quelques particuliers ôc la prodigalité des autres faifoient palier les fonds de terre dans peu de mains, ôc d’abord les Arts s’introdui-foient pour les befoins mutuels des riches ôc des pauvres. Cela faifoit qu il n’y avoit pref-que plus de citoyens ni de foldats : car les fonds de terre, deftinés auparavant à l’entretien de ces derniers, étoient employés à celui des efclaves ôc des artifans, inftruments du luxe des nouveaux poff fleurs, fans quoi l’Etat, qui, malgré fon déréglement, doit fubfifter, auroit péri. Avant la corruption, les revenus primitifs de l’Etat étoient partagés entre les foldats, c’eft-à-dire- les Laboureurs : lorfque la République étoit corrompue, ils pafloient à des hommes riches qui les rendoient aux efclaves Ôc aux arti- ~ fans , dont on retiroit, par le moyen des tributs , une fomme pour l’entretien des foldats (e) ».
- Mais pour revenir à fétabliflement des Verreries chez les Romains , quelques Auteurs ont prétendu que les vafes que I on fabriquoit dans l'Etrurie y donnèrent lieu. Pour fe ranger de leur fentiment, il faudroit n’avoir aucune connoiffance du genre de travail propre aux Etrufques. Ces vafes, ainfl qu’il eft aifé de le reconnoître par la quantité de toute grandeur qui s’en conferve dans les cabinets des curieux, Ôc entr’autres dans celui d’antiquités de l’Abbaye Royale de Sainte Geneviève-du-Mont à Paris, appartiennent plus à la Poterie qu’à la Verrerie ; quoique les couvertes d’Emaux dont ils font enduits foient réellement du reffort de celle-ci, à caufe v
- de leur vitrification par le feu.
- Il feroit à fouhaiter qu’il fût poflible de mettre fous les yeux des amateurs quelques monuments antiques de verre de quelqu’éten-due,que l’on pût attribuer avec certitude aux Phéniciens, aux Egyptiens , aux Etrufques ou aux Grecs. Cependant M. le Comte de Caylus, qui n’a épargné ni foins, ni recherches, ni dépenfes pour acquérir ôc nous tranf-mettre tant ôc de fl précieux monuments de
- (e) Confidérations fur les caufes de la grandeur des Romains, 6c de leur décadence. Par, 1748, f.
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- SUR VERRE. I. Partie.’
- l’antiquité, avoue qu’il n’en a pu recouvrer aucun de cette matière qu’il pût attribuer à aucune de ces nations. Plus heureux par rapport aux ouvrages des Verreries des Romains, nous nous ferons un devoir de le fuivre dans ce qu’il en dit dans fes recueils des Antiquités Romaines.
- Epoque de Pline croit que ce fut fous l’empire de cet e'tablifle- Néron que les Verreries furent établies à ,nent* Rome. Nous lifons dans Seneque (a) que de fon temps on y exerçoit l’art, inventé par un certain Démocrite , de convertir les cailloux par le fecours du feu en pierres de couleur d’émeraudes ; qu’on en faifoit même de différentes couleurs avec des pierres qu’on avoit découvertes, 6c qui dans la fufion étoient propres à prendre toutes fortes de teintures.
- Le verre des Verreries Romaines étoit déjà à très-bon compte à Rome , lorfque Pline écrivoit fon Hiftoire naturelle (b). C’étoit d’abord un verre peu tranfparent, chargé de veines de nuances vertes , dont on voit des monuments de toutes efpeces dans les cabinets des curieux. C’eft pourquoi le verre blanc dont la tranfparence imitoit celle du cryftal, 6c qui venoit de l’Etranger, étoit très-recherché par les grands & les riches (r). Les plus opulents d’entre les Romains mirent tant de délices à boire dans ces verres que l’Egypte leur fourniffoit, qu’ils leur donnèrent pour le fervice de la table la préférence fur les vafes d’or 6c d’argent. Ces coupes de verre leur coûtaient des fommes exorbitantes , puifque cette petite taffe à deux anfes que Néron brifa dans un mouvement de colere, lui avoit coûté fix mille fefterces, ce qui revenoit à 7 jo* de notre monnoie ; & que le vafe que Pétrone fit réduire en poufïiere avant de mourir, pour empêcher cet Empereur d’en orner fon buffet après fon décès, étoit d’un plus grand prix. Ces vafes différoient encore de ceux des Verreries Romaines , en ce que ces derniers fupportoient les liqueurs chaudes fans fe caffer ( à ), 6c que les premiers ne pouvoient réfifter à cette chaleur, à moins qu’on ne prît auparavant la précaution d’y paf-fer de l’eau froide. Ce verre blanc étranger, femblable aux cryftaux fa&ices de Bohême, étoit fujet à pouffer des fels qui en terniffoient l’éclat ( e ).
- Habileté Cependant les Verreries Romaines tendes Romains
- (rt) Seneque, Ep. 90. ce Excidit porro vobis eumâem 33 Uemocritum invenijfe quemadmodum decoHus calculas in 33 Smaragdum converteretur , quâ hodieque cofturâ invenii as lapides coBiles colorantur ».
- (b) Lib. 37. Cap. 13.
- (c) Martialis Epigrammatum, Lib. 12. Epigr. 75.
- Quum tibi Niliacus portet cryftalla cataplus;
- Sunt mïhi de circo pocula Flaminio.
- (d) Martial. Epigr. Lib. 14. Ep, 94.
- No(lra nec ardsnti gemma feritur aquâ.
- ( e ) Id. Epigr. Lib. 9. Ep. 60.
- Et turban levi queftus cryfiallina nitro.
- doient à cet état de perfeéHon qu’elles avoient dans l’Art de envié à l’Etranger ; 6c, dans les deux fiecles *a Verrer*e* qui s’écoulèrent depuis Néron jufqu’à Gal-iien, « l’art de vitrifier, dit M. de Caylus (/'), leur étoit auiïi connu qu’à nous. Ils profitaient le verre, le tournoient, le gra-voient & le coupoient avec une adreffe admirable. Le nombre de procédés qu’ils con-noiffoient pour employer le verre eft très-étendu, 6c nous fommes bien éloignés de favoir toutes leurs opérations... Ils firent en ce genre toutes les recherches imaginables : ils pouffèrent jufqu’à la perfe&ioi\ toutes les opérations dépendantes du feu...
- Plus on fait de recherches, plus on les trouve admirables dans l’art de perfeâionner tous les ouvrages de verre ... Ils préféraient fur-tout le verre bleu , parce qu’il étoit plus exempt de bouillons, & ne prenoit aucun fel. .. » Ils connoiffoient l’ufage de refou de r des fragments de verre fêlés. Enfin ils en échangeoient les groifils ( g ) contre des allumettes ( h).
- ' Les Verriers occupoient à Rome des quartiers féparés. On voit par un vers de Martial,
- ( i ) que de fon temps il y avoit une Verrerie dans le Cirque Flaminien ; & Martianus ( k ) les place dans le voifinage du Mont Cœlius , après les Charpentiers.
- Les ouvrages de verre les plus ordinaires Ouvrages de qui fe faifoient dans les Verreries Romaines , ^U[e^
- confifloient en uftenfiles de table, c’eft à-dire dans1es°Ver-en plats, pots, bouteilles, taffes ôt gobelets : reries 6c nous lifons dans Paul le Jurifconfulte (/), ncs’ honoré du Confulat fous l’Empereur Alexandre Sévere, que les plats ôc les vafes de verre étoient inventoriés au rang des meubles les plus précieux.
- Outre l’ufage ou étoient les Verriers Romains d’imiter en verre les pierreries de différentes couleurs, ils avoient encore le talent d’imiter de cette façon les perles, Ôc favoient leur donner la figure des véritables.
- Pétrone ( Ch. 6j ) parle de ces fauffes perles . de la groffeur 6c de la forme d’une feve ; &
- Trébellius Pollion raconte à ce fujet, que l’Impératrice époufe de Gallien avoit été trompée par un Jouaillier qui lui avoit vendu des perles de verre pour des perles fines 6c naturelles. Ces friponneries fouvent répétées donnèrent lieu à Tertullien de fe plain-
- (/) Recueil d’antiquités, Par, 175a, tom. I. p. & fuiv. tom. III, p. 93 & fuiv,
- (g) On appelle Groifils, de menues parties de Verre calfé.
- (fe) Martial. Epigr. Lib. 1.
- ........Sulphurata fraüis
- Permutât vitreis.
- Juvenalis Sat. 5.
- ........Rupto pofeentem fulphura vitro.
- ( i ) Le fécond des deux que nous avons cite's à la page précédente, note c.
- ( k ) Topograph. Rom. Lib. 4. Cap. i.
- (O Sententïarum Lib. 33. Tit. 10.
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- S L’A RT DE LA
- dre de ce qu’on vendoit un morceau de verre aufïi cher qu’une perle fine : Tanti vitreum , quanti margaritum.
- C’eft encore dans ces Verreries, que fe fabriquoient ces urnes de verre dans lefquei-les on dépofoit les cendres des morts, ôc que l’on renfermoit dans d’autres urnes de marbre. On y faifoit aufïi des lacrymatoires, petits vaiffeaux de verre de toutes couleurs, leffemblants affez aux petites phioles ufitées dans la Pharmacie , un peu plus ouvertes néanmoins par le haut, à long col ôc panfe #ronde, dont les anciens fe fervoient pour recevoir ou les larmes qu’ils verfoient fur leurs morts , ou les parfums qu’ils enfer-moient avec eux dans leurs tombeaux. Ceux de ces vafes qui fervoient au premier de ces ufages fe nommoient lacrymatoria ; ÔC les autres deftinés au fécond, unguentaria.
- Les vafes que les premiers Chrétiens employèrent dans la célébration des faints Myf-teres jufqu’au temps de Saint Jérôme, étoient de verre ; ôc les phioles, dont nous venons de parler, fanélifiées par une nouvelle deftina-tion, fervoient à recueillir le fang des Martyrs.
- Buonarota, fameux Antiquaire (a), parle de plufieurs fragments de vafes de verre dont les premiers Chrétiens fe fervoient dans leurs repas , fur lefquels étoient peintes ou in-cruftées des figures repréfentant quelques fuj ets de l’Hiftoire Sainte, afin, dit-il, de conferver, même dans leurs feftins, cet ef-prit de piété dont ils craignoient toujours de s’écarter. Il rend dans fa Préface un compte fort étendu de l’antiquité de ces vafes de verre, ôc dans le corps de l’ouvrage il examine la maniéré dont il foupçonne qu’on les pei-gnoit, doroit ou incruftoit.
- Je ne finirois pas, ôc je m’écarterois trop de mon objet, fi je voulois rechercher ici tous les différents ufages que les Romains, à l’envi des Grecs, firent du verre, ôc les diffé-
- ( a ) Voyez le Traité de Buonarota, intitulé : Obfervationes ad quœdam fragmenta Vaforum Vitreorum quafuere inventa, m Çœmeteriis Romanis ; Florentin, 1716.
- PEINTURE
- rents fecours qu’ils tirèrent (b) dans l’Agriculture , dans la Chimie, dans la Chirurgie , dans les Mathématiques ôc fur-tout dans l’Optique , Ôc dans leurs Jeux mêmes, des inftru-ments de verre fabriqués dans leurs Verreries.
- J’obferve, avant de finir ce chapitre, que ^^pA^de fi l’ufage du verre eut fes partifans à Rome,6c la Verrerie la Verrerie des amateurs, iis eurent aufïi des indifférents. Entre les partifans les plus diffin- qu’à Théo-gués du verre parmi les Romains, nous re- éofe. connoiffons Néron, Adrien ôc fes fucceiïeurs jufqu’à Gallien. Trebellius Pollion , dans la vie de cet Empereur, dit qu’il fe dégoûta du verre, comme d’une compofition trop ab~ jeêle ôc trop vulgaire, ôc ne voulut plus boire que dans des vafes d’or. Mais le même Auteur, qui nous a tranfmis ce trait d’hif-toire, nous apprend aufïi que les Verreries, qui avoient commencé de tomber fous cet Empereur, fe relevèrent de leur chute fous Tacite, qui honora les Verriers d’une effime finguliere, ôc mit toute fa complaifance dans la perfedion ôc la variété de leurs ouvrages.
- Alexandre Sévere {c), ennemi des défordres que le luxe ôc la débauche avoient occafion-nés fous l’empire d’Héliogabale, mit la Verrerie au rangées Arts fomptueux, fur lefquels il établit des impôts. Dès le fiecle fuivant, Privilèges on vit les Empereurs Conftantin ôc Confiant yecr°[eress exempter des charges ôc impôts publics les lesempereurs Verriers ôc tous les Ouvriers qui employaient Romains* le verre ( d ), exemple qui fut depuis fuivi par Théodofe le Grand, par tous fes fucceffeurs, ôc même par nos Rois, qui y ajoutèrent de plus grands privilèges.
- Enfin fi Ton en croit l’Auteur de l’Effai fur l’Hiftoire Générale, les Chinois favent Sachez les depuis 20C0 ans fabriquer le verre , mais Chinois, moins beau Ôc moins tranfparent que le nôtre.
- (b) Columel. De re rujiicat xiij, 3 — ?z.
- Martial. Epigr. Lib. 8. Ep, 62,
- Condita ferjp'tcuâ vivit Vindemta gemma;
- Et tegitur felix, nec tamen uva latet.
- (c) Lampride, en la vie de cet Empereur, p. i2r;
- (d) Cujas, fur le titre 6 s, de Excufationibus arùücum :
- au dixième Livre du Code de Juftinien, 1
- CHAPITRE III.
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- VERRE. I. Partie.
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- SUR
- CHAPITRE III.
- Emploi du Verrede couleurs à l’ornement des pavés des Temples 8c des Palais , inventé par les Grecs , imité par les Romains.
- Les appartements des Romains décorés d’efpe-ces de glaces & de miroirs.
- De l’ufage que les Anciens firent du Verre, tant pour la décoration des édifices publics SC particuliers , que pour mettre leurs habitations à l’abri des injures de l’air ; SC des autres clôtures auxquelles le Verre fuccêda.
- T i e s Grecs, dont nous avons annoncé l’ha-bileté dans l’Art de la Verrerie Ôt dans l’emploi du verre qu’ils tenoient des Phéniciens 6c des Syriens, ornèrent les premiers les pavés de leurs Temples 6c de leurs Palais de compartiments 6c de tableaux recommandables par l’imitation de la nature. Ils y firent entrer le verre de couleur, foit à caufe de fa dureté 6c de fon brillant éclat, foit à caufe de la facilité qu’ils avoient de lui donner toutes fortes de nuances, facilité qu’ils ne pouvoient trouver dans les marbres ou dans les autres pierres naturelles. Les Romains les imitèrent dans leur temps de luxe,6c en compoferent leur mojaïque qu’ils firent fervir aux mêmes ufages.
- Nous n’entrerons pas ici dans l’examen particulier de ce genre de peinture, célébré encore aujourd’hui dans l’Italie. Les détails qu’il demandoit, pour en donner au Public une connoilfance fuffifante, nous ont engagé à lui en préfenter un EJJai, auquel nous renvoyons le Leêleur(éî).
- Les Romains faifoient encore ufage dans leurs appartemens d’efpeces de glaces ôc de miroirs, 6c ils avoient un verre noir, à l’imitation du jayet, qu’ils plaçoient à delfein entre ces miroirs détachas dont les murs étoient ornés, afin de tromper ceux qui ve-noient s’y mirer : car au lieu d’y rencontrer leur relfemblance comme dans les autres, ils étoient tout furpris de n’y appercevoir que leur ombre (b).
- (a) Voyez notre Ejfai fur la. Peinture en Mofaïque, Paris, 1768 , chez Vente, Libraire, au bas de la montagne Sain e Genevieve. J’y traite de fon origine , de fes différentes efpéces, des divers ufages que les Anciens en firent, de fes progrès tant en Orient qu’en Occident, de fon déiaif-fement pendant quelques fiecles, de fa refiauration en ïtaüe 8c de fon méchanifme.
- Voyez, encore le Journal d’Agriculture, de Commerce &c de Finance , du mois d’Août 1768, où font rapportées deux Lettres de M. Pingeron, l’une fur la Mofaïque, l’autre fur le Comfofto de Venife.
- Enfin, voye\ un Traité fur la Fabrique des Mofdiques, que M. Fougeroux de Bondaroy, de l’Académie des Sciences, 8cc. vient de donner au Public, à la faite de fes Recherches fur les Ruines d’Hercuîanum, Paris, 1770, chez Defaint, Libraire, rue du Foin-Saint-Jacques.
- (b) ssPauper quis fibi videtur ac fordidus, ni fi parûtes « magnis ac pretiojts orbibus refûlferunt. . . Nifi vitro abfcon-
- àîtur caméra y Ô'c..... Quanta nunc aliqui rufticitatis » damnant Scipionem , quod non in caldarium fuum latis fpe-« cularibus diem admijefat » j’Senec. Ep. 86.
- Voyez auffi Stace , dans la defcription qu’il donne des bains d’un Etrufque.
- Peint, sur Verre, I. Part.
- Mais l’emploi du verre aux fenêtres ne date pas d’une haute antiquité. Le filence
- En parlant ici des miroirs de Verre, ufités chez les Anciens , je penfe que le Public me faura gré de lui donner par extrait une Lettre lavante , fur le miroir de. Virgile , dépofé dans le trëfor de l’Abbaye de Saint-Denys en France. Dom Boucher , Bénédictin de la Congrégation de Saint Maur , ancien Prieur de l’Abbaye de Saint Germain-des-Près, à Paris, l’a écrite à l’Abbé Le-bœuf, le 10 Avril 1749. Je l’ai trouvée dans les manufcrits de ce profond Scrutateur de l’antiquité, confervés à la Bibliothèque de MM. de la Doétrine Chrétienne de la maifon de Saint Charles en cette ville. Le Pere Serpette, Bibliothécaire, m’en a accordé le dépouillement de la maniéré la plus obligeante.
- «Ce miroir, dit Dom Boucher, avoit dans fon entier
- " uc imuicui a u ue uiamerre ; 11 rormoit un
- » ovale ; fon poids étoit de 30 livres 8c plus. 11 fubfifte-sîroit encore en entier, fi, par une complaifance qui a «été fouvent préjudiciable au Tréfor , on ne i’avoit pas « laifïe manier à un curieux, qui, voulant l’examiner de « près, le laiffa échapper de fes mains, 8c le calfa *. il refie «encore une moitié entière de ce miroir, un morceau « confidérable de l’autre moitié, 8c plufieurs autres petits » morceaux. Je vous envoie, Monfieur, un de ces mor-» ceaux : vous connoîtrez ainfi par vous-même que ce mï^ «roir eft tranfparent. On y découvre une couleur verte «adoucie par le jaune. Dans la partie la plus confidéra-«ble qui nous en refte, on a; perçoit les épreuves de «ceux qui l’ont fondé plufieurs fois pour favoir quelle «en étoit la matière. Dom Doublet, dans fon Hifioire «de l’Abbaye de Saint-Denys, a avancé qu’il étoit de «jayet.... Un Verrier habile 8c expert a mis devant moi. « dans un creufet , un morceau de ce miroir pour et «faire l’épreuve; 8c nous avons reconnu que c’étoir du dans lequel il étoit entré beaucoup de mine de «plomb , ce qui n’avoir pas peu contribué à la pefanteur* Dom Boucher me permettra d’ajouter, à fa teinte de jaune.
- Après quelques courtes obfervations fur l’invention du V^re'. & fur, f?" ufa§e .dan? l’antiquité , Dom Boucher pafie ainli a celui des miroirs chez les Anciens: «Bien avant « la découverte du Verre, ils n'étoient pas pour cela fans » miroir. Les pierres luifantes, les marbres, les bois polis • « enfuite les métaux , for, l’argent, fetain , l’airain, le fer » 8c les mélanges de ces matières, en prenoient la place : » l’eau bien claire même en rendoit l'effet «.
- Ici ce Religieux, amateur de l'antiquité, renvoie M l’Abbé Lebœuf aux Mémoires de Trévoux ( Mars 1749. Art* 14. p- 475 ) fur Ia découverte que firent les Académiciens des Rois de France 8c d’Efpagne, dans leur dernier voyage de l’Amérique « de plufieurs tombeaux dans lefquels on « trouva des miroirs de pierres brunes 8c noires. Il y en «avoit des plans, des concaves 8c des convexes, aufîj « bien polis que s’ils l’euflent été par nos meilleurs Ouvriers. « On doute cependant, ajoute - t - il, des miroirs ardents « d’Archiméde, 8c de leurs violents effets fur la flotte de «Marcellus«. De là il paffe aux moyens qui ont mis le Tréfor de Saint-Denys en pofieffion du miroir de Virgile.
- «Naples^ continue-t-il, a eu l’avantage de poü’éder « Virgile. Ceft dans cette grande Ville qu’il étudia les Let-« très Latines 8c Grecques, les Mathématiques 8c la Méde-
- Tettre lur le miroir de Virgile que l’on voit au Trélor deSainr-Denys»
- * On lit dans THiftoire Littéraire du régne de Louis XIV par M l’Abbé Lambert, Par. 175T. tom. /. p. $66, ou'e Dom
- Mabülon ayant été employé en l’année 16gj à montrer le tréfor dq Saint-Denys ; il fut déchargé de cet emploi, parce qu’il y caffa le mireir de Virgile, U eft furprenant que Dom Soucfaer ait ignoré cette Anecdote
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- L’A RT DE LA PEINTURE
- Les Grecs & des anciens Auteurs Grecs ôc Latins fur ce ne faiSient point prouve fuffifamment qu’on n’en faifoit pas ufage du pas ufage à cette fin chez les Peuples de la fenêtres!™™ Grece & deRome, quoique, fachant employer le verre de toutes les maniérés, il leur fût facile d’en faire des vitres.
- Nous avons établi ailleurs qu’ils fermoient leurs fenêtres avec ces efpece's de treillages que nous nommons jaloufies, que les Romains nommoient tranfennœ, Ôc les Grecs thyris de-diâyomenè ou thyra diaphane. Ils fe fervoient encore de pierres tranfparentes, connues de ceux-ci fous le nom de diaphanes lithos, Ôc des Latins fous celui de lapis fpecularis (a). Recherches En quel temps commença-t-on à faire ufage oh cmnrrien- àu verre aux fenêtres ? C’eft ce qu’il s’agit ça remploi d’examiner. Jaloux de voir remonter plus haut fenXres!aUX ^origine d’un art, que nous cherchons à tirer autant qu’il éft en nous des ténèbres dans lef-quelles il fe perd de plus en plus, nous avions cru lui trouver une date du premier fiecle de l’Ere Chrétienne. Un paffage de la relation que Philon Juif nous a laiffée de fon ambaffade vers l’Empereur Caligula fembloit nous y autorifer ; mais ce paffage même eft fi fuf-ceptible d’incertitude , que nous nous fouîmes vus réduits à l’abandonner.
- En effet Philon auroit-il regardé les ordres qu’il entendit donner par l’Empereur de garnir de vitres les fenêtïes de cette grande falie,où il lui donnait audience en courant, ainfi qu’à fes Co-/députés, comme un ufage affez frappant P^7 fa nouveauté pour le faire entrer dans le c^rps de fa relation, lui, à qui cet ufage, o’il eût exifté, eût dû paroître d’autant plus familier, qu’il avoit fa réfidence ordinaire à Alexandrie, Ville la plus célébré par l’art ôc le commerce de la Verrerie ?
- D’ailleurs les vitres dont il s’agit étoient-elles de verre ? Les Savants ici me plongent dans le doute. Elles étoienc de verre blanc femblable aux pierres relmfàntes, félon une
- m cine, ôc qu’il compofa plufieurs de fes belles Poéfies.'... si II mourut à Brindes, dans la Calabre, âge de ya ans. Son 3J corps fut tranfporté à Naples, ôc enfeveli à deux milles M de la Ville. II s’eft répandu plufieurs raretés du cabinet de ce grand Homme, à Naples, fans doute, plus qu’ail-leurs. Nos Seigneurs François, qui ont porté tant de fois la guerre dans ce Royaume, en rapportèrent le miroir en » queftion, qui parla fuite entra dans le Tréfor de l’Abbaye » de Saint Denys. Cependant il n’eft pas unique. On en « voit un autre , qu’on affine lui avoir appartenu, dans le » cabinet du Grand Duc de Tofcane. Virgile, auffibien » que plufieurs autres grands Hommes, n’a pas manqué « d’être regardé comme un magicien du premier rang , 33 un enchanteur, un forcier, un nécromancien, ôc fur-» tout un catoptromancien qui eut l’art de deviner par » les miroirs. C’eft par cet art fur-tout qu’on rapporte qu’il 33 exerçoit fes plus grands fecrets de magie m. Enfin Dom Boucher finit fes obfervations fur ce monument de l’antiquité , en attribuant à un certain Gervais de Tiiifburi, Anglois, qui vivoit en i no, d’avoir donné à Virgile cette nouvelle qualité, que toute l’antiquité avoit ignorée pendant onzefiecles.
- (a) Voyez notre Dijfertation fur la Pierre fpéculaire des Anciens, à la fuite de notre EJfai fur la Peinture en mo-faique, Paris, 1768, chez Vente, Libraire. La leéture de ces deux Ouvrages doit être jointe à celle de cq Traité, dont ils ont été détachés.
- ancienne traduction Françoife du Grec de Philon (a) ; de verre auffi blanc que le cryjlal, fuivant M. Arnaud d’Andilîy (b). Sigifmun-dus Gelenius ôc autres Interprétés Ôc Traducteurs Latins de cet Auteur le difent aufïi ( c ). C’étoit apparemment du talc, dit Dom Calmet ( d). Enfin un des plus célébrés Pro-feffeurs Emérites de l’Univerfité de Paris (e) a bien voulu me donner la tradu&ion du paffage de Philon conçue en ces termes :
- « L’Empereur, en courant, entra brufque-ment dans une grande falie; ôc, en ayant fait le tour, il ordonna qu’on en garnît les fenêtres avec une efpece de pierre tranfparente fort approchante d’un verre blanc ».
- Pour fortir d’embarras dans ce conflit de traductions, difons avec Saumaife (/) , fans rien conclure en faveur du verre, que les Grecs donnèrent affez indifféremment le nom de hyelion, comme les Romains celui de fpe-cular , à toutes les clôtures faites de matières diaphanes, foit qu’elles fuffent de verre proprement dit, ou de quelque pierre tranfparente qui en approchât par fon éclat ou par fa blancheur. Saumaife appuie ce fentiment de quelques paffages de plufieurs Auteurs Grecs qui emploient le terme hyelia, en * François vitres, pour défigner des endroits dont les fenêtres étoient clofes même avec des pierres fpéculaires. N’avons-nous pas par-mi-nous cet ancien proverbe : VAbbaye efi pauvre; les vitres ne font que de papier.
- M. Berneton de Perrin (g ) produit, en faveur de l’antiquité de l’emploi du verre aux fenêtres, un paffage de Séneque qui nous affure que ce fut de fon temps qu’on inventa l’ufage des vitres aux fenêtres, Ôc que ces ' vitres font paffer dans les édifices qu’elles éclairent une lumière brillante qu’elles tirent elles-mêmes d’un corps tranfparent Sans employer ici les raifons que M. de Perrin allégué en faveur de fon fentiment ^ je penfe qu’on pourroit, pour venir à fon fecours, admettre le teftâ perlucente de Séneque ; le mot tejla étant employé par les Auteurs des meilleurs temps de la Latinité également pour exprimer une compofition vitreufe cuite au feu , Ôc pour fignifier une coquille. Or Pline (Libre 36 capite )
- {a) Pierre Bellier, dans fa Traduétion Françoife des Œuvres de Philon, Par. 1588, in-S°. fol. pzj.
- ( b ) Hiftoire des Juifs, de Jofephe, traduite par M. Arn, d’And. Amfierd. 1700, in-fol. p. 7$7*
- (c) Philon. Opéra Grceco-Latina Lut. Parif, 1640. Ex Sigiftnundi Gelenii ô* aliorum interprétations, p. 1042.
- (d) Hiftoire des Juifs, de Dom Calmet, in-ia. tom. IV. p* 17i.
- (e) Feu M. Vauvilliers, Profeffeur en Langue Grecque, au College Royal.
- (/) Salmaf. in Plinian. Exercit. fup. laud. tom. IL pi 770 & 77 r.
- (g-) Differtation fur l’Art de la Verrerie,, inférée dans le Journal de Trévoux , du mois de Novembre 1735.
- (h) Séneque, Epift. 90. «.jQucedam noflrâ âemum mémo-33 riâ prodiife feimus, ut fpeculariorutn njum, perlucente Tejiâ, » darum emittentium lumen »,
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- SUR VERRE. I. Partie.
- nous apprend que les Anciens faifoient entrer dans la compofition du verre non-feulement le fable, les pierres & les cailloux, mais même les coquilles de certains tefta-cées. Ne pourroit-on pas en conje&urer, en faveur de l’antiquité de l’ufage du verre aux fenêtres, qu’ici Séneque a pris la partie pour Je tout, ôc a voulu déligner le verre proprement dit ?
- D’un autre côté ne pourroit-on pas prendre le mot tefta dans fa fécondé fignification, en l’entendant comme Cicéron d’une coquille ? Nous ne manquons pas d’exemples de coquilles employées aux fenêtres au lieu de carreaux de verre. Les Japonois, dit M. Vofgien (a) , fe fervent au lieu de vitres, de grandes coquilles qu’ils tirent des Ifles Lé-quios, où il s’en fait un grand commerce. M. l’Abbé Prévoit (b) dit que les Chinois emploient dans la conftru&ion de leurs bâtiments l’écaille d’une grolfe huître que l’on prend dans le Canal de Chan-to; que les Portugais les travaillent avec tant de finefle , qu’ils les rendent propres à tenir lieu de vitres aux fenêtres. Qui pourroit empêcher de croire que cet ufage eft ancien, Ôc que les coquilles auroient été employées au même ufage par les Romains ? Nous favons qu’ils tiroient, avec autant de profulion que de vanité, toutes les productions polïibles des pays qu’ils avoient conquis, Ôc qu’ils s’en approprièrent fous les Empereurs tous les ufages de luxe inconnus au temps de la République.
- Si l’emploi du verre aux fenêtres ne remonte pas au fiecle de Philon ôc de Séneque, on peut du moins le dater du temps de Lac-tance. Nous lifons en effet dans fon livre de la conduite de Dieu dans fes ouvrages, que
- ( a) Dictionnaire Géographique, portatif, de Vofgien , au mot Léquios.
- (b) Hiftoire des Voyages, *«-12. 1749 , tom. XX. Liv. 1. M. l’Abbé de Marly, Hiftoire moderne, Par. 1754. tom. I. p. 96, parle aufli des fermetures des fenêtres des Chinois; p. 44S , de celles des Cochinchinois ; ôc tom. IV. p. 52, de l’ufage où font actuellement les Indiens de fe fervir à cet effet de carreaux d’écaille ou de nacre, qui temperent l’éclat du foleil fans trop affaiblir fa lumière. M. l’Abbé de la Porte, dans le quatrième tome de fon Voyageur François, ajoute que les écailles de Crocodiles , ou de Tortues, ou de Nacre, employées à la fermeture des fenêtres, en rendent la lumière plus agréable par la variété de leurs couleurs. 11 paroît que cette variété de couleurs fur les vitres a toujours beaucoup flatté ; car l’Auteur de l’Hift. Mod. tom.V.p. 268, rapporte qu’à Batavia, capitale de rifle de Java, les fenêtres , dans la Chapelle du Gouverneur, font fermées par des vitrages de toutes fortes de couleurs ( qui’y ont été vraifemblable-ment importés par les Hollandois, maîtres de cette lfle ). Le même Hiftorien , tom. VII p. dit que dans la Perfe , les fenêtres des Grands font fermées de carreaux de Verre épais ou ondés de différentes couleurs , qui repréfentent des fleurs, des vafes 'àc des oifeaux ; p. 58, que leure Ouvriers réufliffent parfaitement dans des carreaux d’émaux peints en mofaïque ; p. 63, que, quoiqu’ils ayent le fecret de faire le Verre, ils ne produilent rien de parfait en ce genre ; que leur Verre eft grifâtre 8c rempli de pailles, &c. Enfin, p. zyz, que leurs bains ne reçoivent le jour que par quelques carreaux de Verre, placés au haut de la voûte, ainfi que ceux des Turcs? tom, IX, par des cloches de Verre.
- notre ame voit & diftingue les objets far les yeux du corps , comme par des fenêtres garnies de verre ou de pierre fpèculaire (a).
- Saint Jérome s’explique plus nettement,7 ôc nous indique à n’en point douter la con-noiffance pratique de l’emploi du verre aux fenêtres dans deux endroits de fes Ouvrages* Les fenêtresy dit-il, étoient en forme de retsf comme des jaloufies qui nètoient point remplies de verre ou de pierre fpèculaire, mais de bois , avec des efpaces vuides qui étoient peints en rouge ( b ). Dans l’autre endroit (c) il parle de fenêtres fermées avec du verre en lames peu étendues ou très-minces.
- Des palTages de ces deux grands hommes nous pouvons conclure que l’ufage du verre proprement dit aux fenêtres a pris naiffance vers la lin du troifieme liecle, ôc s’eft perpétué de liecle en fiecle jufqu’à nos jours , fur-tout dans l’Occident.
- Entre les Auteurs les plus anciens qui font exprelfément mention de l’ufage des vitres aux fenêtres des Eglifes, Fortunat de Poi-
- L’empîoi du Verre aux fenêtres, paroît dater de la fin du troifieme fiecle » ôc être en pleine vigueur au fî-xieme ; du moins pour les Eglifes.
- tiers , contemporain de Grégoire de Tours, s’elt linguliérement appliqué dans fes Poéfies latines, à faire honneur aux Saints Evêques de fon temps, du foin qu’ils prenoient de les éclairer de grandes fenêtres garnies de verre. Leur tranfparence, jointe à l’abonda ce de la lumière des lampes qu’on y entretenoit en tout temps, y maintenoit une clarté con-tinuelle. Le brillant éclat de ces lumières $ fur-tout aux approches de l’aurore, fe répétait dans les plafonds ôc fur les murs par celui des tableaux en mofaïque dont ils étaient ornés. La clarté du jour une fois admife dans l’enceinte de ces faints Temples fembloit y être captive, ôc ne pouvoir plus en fortir. Cette penfée fur l’effet de ces vitres était devenue li familière à ce Poëte qu’il la reproduit continuellement, foit qu’ii écrive à Saine Vital y Evêque de Ravennes , à l’occafion des vitres dont il garnit l’Eglife qu’il venoit d’y faire bâtir en l'honneur de Saint André (d), foit qu’il complimente
- (a'} Laétance, Ecrivain Eccléfiaftique du commencement du quatrième fiecle, De opificio Dei, Cap. 8. Vertus & ma-nifejtius eji méntem ejfe, qua per oculos ea quæ (unt oppo-Jita tranfpiciat, quajï per feneflras lucente Vitro aut fpe-culari lapide obduBas. M. Nixon a employé ce pafla^e dans fa Dilfertation fur un morceau de Verre trouvé à Herculanum : elle fe lit dans les Tranfaétions Philolophi-ques de Londres, tom. L. p. 60 r.
- ( b ) Saint Jérôme , dans fon Commentaire, fur le Ch. 41 d’Ezéchiel, v. 16, s’exprime ainfi : Feneflræ quoque erant faâæ in modum refis ad infiar cancellorum , ut non fpeculari lapide nec Vitro fed lignis interrafilibus & ver-miculatis iucluderentur.
- (c) 11 dit encore dans un endroit rapporté par du Cange « dans fon Glolfaire , au mot Vitres, fans citation de lieu : Feneftrœ qux Vitro in tenues laminas fufo obduBa erant,
- (d) Fortunat. Carmin. Lib. 1.
- Emicat aula potens foüdoperfeBa Métallo,
- Quo, fine noéte, manet continuata dies.
- Invitât locus tpfe Deum, fub luce perenm Grefjibus utplacidis intret amando lares.
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- i* L’A RT DE LA
- l'Evêque Léonce fur celle qu’il venoit d é-lever à Bordeaux fous l’invocation de la Sainte Vierge ( a )
- Le même Auteur fait-il la defcription de l’Eglife de Paris, conftruite ôc magnifiquement ornée par les ordres de Childebert Ôc éclairée de fenêtres garnies de verre ; il releve l’admirable effet que le jour des croifées répand fur fes murs & dans fes voûtes aux premières approches de l’aurore ( b ). Il n’oublie pas , dans l’éloge qu’il fait de l’Eglife que Félix Evêque de Nantes y avoit élevée en l’honneur des Apôtres Saint Pierre ôt Saint Paul, après avoir parlé du brillant éclat que jettoit au dehors la couverture d’étain qui couronnoit cet édifice, il n’oublie pas, dis je, celui qu’elle tiroit en dedans des grandes croifées de verre dont elle étoit percée (c).
- Enfin Fortunat reproduit fa penfée favorite fur le bel effet du verre dans les fenêtres des Eglifes, tant dans le compliment qu’il adreffe à Agéric Evêque de Verdun, fur fon zele à rétablir les anciennes Eglifes de fon diocefe & à en conftruire de nouvelles ( d ) , que dans celui qu’il fait à Grégoire de Tours fur la reconftruêtion que ce Prélat avoir ordonnée de l’Eglife de Saint Martin, Patron de fon diocefe (e).
- Nous pourrions tirer des Ouvrages de Grégoire de Tours (/ ) Ôt de la Vie de Saint Eloi, écrite par Saint Ouen Archevêque de Rouen
- (a) Ibid. De Leontio Epifcopo.
- Ecce beata facræ fundafli Templa Maria,
- Nox ubi vibla fügit femper habendo diem. Lumine plena micans imitata eft aida Mariant :
- Ilia utero Lucem, claufit & ifta diem,
- (b) Fortunat. Lib. z. §. IL De Ecclef. Parif.
- Prima capit radios Vitreis oculata feneftris, Artificifque manu claufit in arce diem.
- Curfibus aurores vaga h**- laquearïa complet,
- Atque fuis radiis & fine foie micat.
- ( O Idem. Lib. 3.
- Tota capit radios patulis oculata feneftris,
- Et quod mireris hic forts, intus habes.
- Tempore quo redeunt tenebra, mihi dicere fias fit, Mundus habet nobiem , detinet aula diem.
- (d) U. Lib. 3°. *. xxr.
- Tenipla vetufia novas pretiofius & nova condis,
- Cultior efi Domini, te famulante, domus.
- Candida fincero radiat hac aula fereno ,
- Et, fi fol fugiat, hic manet arte dies.
- (g) Id. Lib. 10,
- Fundamenta igitur reparans hæc prifea facerdos, Extulit egregius quàm niiuere prius.
- Nunc placet aida decens patulis oculata feneflris Quâ noblis tenebris clauditur arce dies.
- (f) Gregor. Turon. de Gloria Martyrum, Lib. i°. Cap. Lib. 6°. Cap. io, & Lib. 7°» Cap. zp.
- PEINT U R E
- ( a ) des palfages aufïi décififs que ceux de notre Poëte : mais je crois avoir prouvé fuf-fifamment que l’ufage du verre aux fenêtres, fur-tout des grands édifices, a pu commencer vers la fin du troifieme fiecle, ôt être en vigueur au fixieme, qui devient le terme ordinaire de ce que nous nommons les temps de l’antiquité, ôt celui que nous nous fom-mes preferiten conféquence, du moins pour l’Occident.
- Je ne puis terminer ce Chapitre fans dire un mot des fenêtres innombrables garnies de verre dont étoit éclairé le temple de Sainte Sophie. Différents Auteurs Grecs fe font plu à faire la defcription de cette fuperbe Bafi-lique, que l’Empereur Juffinien fit bâtir à Conftantinople, ôt qu’il confacra au Verbe incarné. Ils parlent tous de fes vitres, & admirent la brillante clarté qu’elles y répan-doient au foleil levant, fur - tout dans la croifée (b).
- Voilà ce que j’ai pu recueillir fur l’origine de l’emploi du verre aux fenêtres chez les Anciens. Peut-être m’ac-cufera-t-on de m’être trop arrêté fur cet objet : moins d’étendue m’auroit coûté moins de recherches ôt employé moins de temps. Mais l’étude de l’antiquité eft un fonds inépuifable : c’eft un champ fi beau,fi vafte, qu’on n’en fort pas aufïi volontiers qu’on y eft entré.Une découverte fouvent nous conduit à une autre. Grâces donc encore pour le Chapitre fuivant : j’efpere que le Public le verra avec d’autant plus d’indulgence, que la matière en a été plus rarement traitée. Il n’y a point de vitres fans fenêtres, rien donc de plus dans l’ordre que de dire quelque chofe de ces dernieres, après avoir établi l’ufage des premières dans l’antiquité.
- (a) In Vit. SanSli Eligii, Lib. z. Cap. 4î• legitur per maximam Vitriariam.
- ( b ) Paul le Silentiaire, dans la defcription particiH liere qu’il donne du Dôme de cette Eglife dit, au rap-port de du Cange, qui a traduit ôc commenté fort au long les Œuvres de ce Poëte Grec , que ce Dôme étoit percé de trois grandes fenêtres, divifées chacune en cinq parties , qui étoient garnies de petits carreaux de Verre , ôc que les approches de l’aurore répandoient dans cette Bafilique au travers des vitres l’éclat le plus brillant :Quin~ quefariam feparatd ac divifia lucis receptacula ( Concha ) aperit leviortbus Vitris operta , per quorum medium belli corufcans ingreditur aurora. Du C. ad Verf. Paul. Silent. 275:, fie interpretatum. Ailleurs ce favant Officier de l’Empereur Juftinien , en parlant des autres fenêtres de cette Eglife, avoit admiré le bel effet que ces vitres yprodui-foient : Lucentium feneflrarum arcus fabricaverunt per quas auricomæ lumen auroræ emittitur. Ib. poft lacunam Versus 90. du Cange cite Gillius fur la quantité prodigieufe de fenêtres vitrées , dont elle étoit ornée : Ad anus duos , feptentrionalemfcilicet & meridionalem, curvaturam fuam in areu Jubftrubîam habent, tenui pariete feneftellis vitreis pleno. Ib. ex Gillio. Enfin l’Auteur inconnu , dont le P. Combefis nous donne la tradutfion, parmi celle de différents Auteurs Grecs qui ont fait l’éloge de ce magnifique Temple, parle auffi de ces fenêtres : Dia ton hye-lion outônta, id eft, per vitreas vorticus. Manipul. Orig. Rerumq. Conftantinopol. var Aut. à F. Franc. Combefis, Ord, Prædicat. reddit. ôc not. illuftr. ; Ex inc. Aut, C. a 4»
- CHAPITRE IVj
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- SUR FE R R E. I. Partie.
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- CHAPITRE IV.
- De Vétat des Fenêtres des grands édifices che{ les Anciens.
- Deïagran- E N T R E les édifices des Anciens , les formedwfe- Temples ont toujours tenu le premier rang, pêtres dans Or leur conftruâion la plus ancienne n’ad-l’antiquite , mettant point de fenêtres dans l’intérieur du
- fur-tout aux I . i r* • r i
- Bafiüques ôc temple, mais quelquefois une leule ouverture aux prenne- au milieu du comble, par laquelle les Sacri-Chrétiens, ficateurs puffent appercevoir le ciel pour prendre les augures, nous ne pouvons y trouver aucune indication utile à notre fujet (a). Cherchons-en donc dans la conftru&ion des Bafiliques.
- Les Romains d’après les Grecs donnèrent le nom de Bafiliques à des bâtiments publics, où les Rois d’abord, enfuite les Mâgiftrats , rendoient la juftice à couvert. Çes tribunaux étoient ainfi diftingués du Forum , où ils tenoient leur féance en plein air. Les Bafiliques étoient compofées de vaftes falles voûtées Ôt de galleries élevées fur de riches colonnes. Des deux côtés étoient des boutiques de Marchands ôc au milieu une grande place pour la commodité des gens d’affaires. Les Tribuns Ôt les Centumvirs y rendoient la juftice, ôt les Jurifconfultes ou Légiftes gagés par la République y répondoient aux confultations. Il y en avoit à Rome plufieurs qui portoient le nom de leurs fondateurs. Les principales étoient les Bafiliques Julia, T or cia, Siciniana, Caïa , Lucia, Sefforiana, Elles étoient fort éclairées par de grandes fenêtres , percées dans la partie du bâtiment la plus élevée afin que le jour qui venoit d’en haut caufât moins d’éblouiffement ôc communiquât affez de clarté pour lire les Mémoires des parties qui venoient y con-
- lulter (b).
- Quelques-unes de ces Bafiliques furent accordées aux Chrétiens par l’Empereur Conftantin pour leur fervir d’Eglifes dans
- (a) Voyez fur la conftru&ion des Temples des Païens, le Journal de Trévoux , fécondé partie d’Odobre 1759 , p. 2579 & fuiv. Joan. Ciampini, Vetera Monimenta » Part. ia. p, 4; D. de Montfaucon, Diarium Italicum,p• 165. M. l’Abbé de la Porte, dans fon Voyageur François , après avoir reconnu une grande obfcurité dans ceux de leurs Temples, qui ont échappé à l’injure des temps, en attribue la caufe au befoin qu’ils en avoient pour la célébration de leurs Myfteres.
- (b) Ciampini, loc. cit. L’Aut, du Sant-Evremoniana
- ou Dialog. des nouv. Dieux, déd. à M. Bontemps, Par. 1700 4°3 y remarque que les Romains ne s’accordoieqt
- pas dans la maniéré dont le Barreau devoit être. « Caton ,
- dit-il, vouloit que le plancher fût tout hériflé de poin-»3 tes pour déchirer les pieds des Plaideurs : Marcellus au 33 contraire vpuloit qu’il fût toujours bien couvert con-33 tre les rayons du foleil ôc contre les injures du temps, 33 afin d’inviter plus de monde à y venir multiplier les 53 conteftations ».
- Peint, sur Ferre. /. Part.
- les temps de liberté. Ciampini, que je prends ici pour guide, comme l’Auteur qui s’eft la plus étendu fur cette matière, qu’il dit lui-même que perfonne n’avoit traitée avant lui, fait ainfi la defcription du nombre ôt de l’étendue des fenêtres de la Bafilique Sicinien-ne ( a ). Cette Bafilique , dit-il, dont il efl: parlé dans Ammien Marcellin ( Lik 27. Hift• Part, 1 ), qui du temps du Pape Simplice, ôt peut-être avant lui fous Conftantin, avoit été changée en une Eglife de Chrétiens & dédiée par ce Saint Pape fous l’invocation de Saint André in Barbara, Ôt qui depuis fut profanée ôt pillée ; cette Bafilique étoit éclairée par dix grandes croifées ou fenêtres, fans y compter la grande fenêtre du portail, dont chacune contenoit vingt-deux palmes Ôt demie de hauteur fur quinze palmes de largeur (b),
- La Bafilique SelTorîenne étoit, continue-t-il , éclairée de fenêtres en plus grand nombre ôt d’une plus grande étendue que la précédente. Chaque fenêtre des murs collatéraux portoit cinquante palmes de haut fur vingt de large (c), ôc celle du portail trente palmes de hauteur fur vingt de largeur ( d ).
- Il y avoit aufii des Bafiliques d’une moindre étendue de bâtiment, ôt dont par conféquent les fenêtres étoient moins amples. Elles fer-voient aux Ecoliers pour s’exercer dans la déclamation ; ce qui donne lieu à M. l’Abbé Fleury de dire que les premières Eglifès «les Chrétiens reflembloient beaucoup a des écoles publiques.
- Le nom de Bafilique pafia par la fuite aux édifices confacrés au culte du vrai Dieu ôc à ceux qui furent bâtis fur les tombeaux des Martyrs. Les premiers Auteurs de ces Bafiliques Chrétiennes de nouvelle inftitution admirent dans leur conftruêtion à-peu-près les mêmes proportions que dans celles des Païens. Cependant le goût de Vitruve, qui aimoit à donner beaucoup de jour à fes édifices (e) y ne fut pas toujours la réglé des
- (a) Ciampini, loc. cit. Son ouvrage efl: divifé en deux parties, ôt imprimé à Rome, la première, en 1690; la îeaonde, en 1699.
- Fb) Quinze pieds fur dix pieds.
- ( c) Trente-trois pieds quatre pouces fur treize pieds quatre pouces.
- ( d ) Vingt pieds fur treize pieds quatre pouces.
- (e) Vitruve prenoit pour établir la hauteur des fenê-r très, qu’il faifoit ouvrir, une moitié de la largeur convenue , qu’il ajoutait à cette largeur entière. Voyez la tradudion de Vitruve, par Perrault, avec des notes, Liv. 6, Ch, 6, p, 207. Edit, de 1673 , à Paris, chez Coignaçd,
- D
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- 14 L'ART DE LA
- Archke£tes de ces premiers temps de liberté, comme nous allons le voir.
- La Bafilique de Saint Paul à Rome, commencée par ordre de l’Empereur Valentinien le jeune ôc finie aux frais du Pape Honorius, avoit trois nefs. Elle étoit percée de cent vingt fenêtres.Celles des nefs avoient chacune vingt-quatre palmes de hauteur fur douze de largeur ( a). Celles de la croifée portoient quarante palmes de haut fur vingt de large ( b ), ôc chacune des trois fenêtres de la croifée étoit furmontée par une autre fenêtre ronde, ou en œil-de-bœuf, de douze palmes de diamètre ( c).
- Il eft à préfumer que ces fenêtres, fur-tout du côté de leur plus grande expofition au foleil, étoient fermées par des jalouljes qui en écartoient les rayons les plus nuifibles ; ÔC mon Auteur m’apprend que dans la Bafilique de Saint Clément, une des plus anciennes de Rome, il y avoit trois fenêtres entr’autres dont la furface étoit en pierre évuidée ôc percée à jour en forme de jaloufie (d).
- La Bafilique des Saints Martyrs Jean ôc Paul, d’une conftru&ion du quatrième fie-cle, étoit éclairée de chaque côté de treize fenêtres ôc de cinq autres au portail, dont chacune avoit quinze palmes de haut fur cinq de large ( e ), ôc étoit furmontée d’une ouverture ronde de cinq palmes de diamètre (/)•
- Les fenêtres de la Bafilique de Sainte Sabine, en même nombre que celles de la précédente, portoient vingt palmes de haut lur dix de large (g).
- Celles de l’Eglife bâtie en l’honneur des Saints Corne ôc Damien, qui exiftoit encore vers la fin du 17e fiecle, portoient dix-huit palmes de haut fur feize de large (k).
- Enfin l’ancienne Eglife du Vatican étoit percée de quatre-vingt fenêtres, d’une hauteur Ôc d’une largeur furprenante , fui vaut les plans qui en ont ëté levés avant fa démolition.
- C’eft fur les plans confervés dans les archives de ces différentes Eglifes, dont un grand nombre a été reconftruit à neuf, que Ciam-pininousa donné, félon qu’il le témoigne, toutes ces différentes mefures.
- On peut de tout ce que nous venons d’établir, inférer que toutes les grandes Bafi-liques, même celles qui ont été confinâtes avant Conftantin, étoient fort ouvertes par la multiplicité ôc l’étendue de leurs fenêtres.
- ( a ) Seize pieds fut huit.
- (b ) Vingt-fix pieds huit pouces fur treize pieds quatre pouces.
- ( c) Huit pieds de diamètre.
- (d) Veter. Monim. I. Part. p. 19. Lapideœ très fenef-trts vêtis ad infiar perforata qua Tranjennœ dicebantur.
- (e) Dix pieds fur trois pieds quatre pouces.
- (f) Trois pieds quatre pouces de diamètre.
- (g) Treize pieds quatre pouces fur iix pieds huit pouces. (6) Douse pieds fur dix pieds huit pouces,
- PEINTURE
- La première Eglife des Chrétiens, dont nous ayons une defeription exaête, eft celle que Paulin, Evêque de Tyr, y fit bâtir. Le plan de cette ancienne Eglife fervit de modèle à celles qui furent bâties après par les autres nations. Çette Eglife , fuivant la defeription qu’en donne M. l’Abbé Fleury, d’après Êufebe, (a) paroît tenir beaucoup plus de la eonftruêtion des plus fameux Tem-ples des Païens, que de celle des Bafiliques dont nous venons de parler. Or fi l’on en croit M. Perrault dans fes notes fur Vitruve, où ce Savant examine la différence des Temples Ôc des Bafiliques ( b ), « dans celles-ci » les colonnes étoient au dedans des bâti-»ments, ôc dans les Temples elles étoient » au-dehors Ôc formoient une enceinte au-» tour de la muraille du dedans du Temple » appellée Cella, qui étoit un lieu obfcur » dans lequel le jour n’entroit d’ordinaire » que par la porte ».
- Le paffage de M. l’Abbé Fleury mérite d’autant plus d’attention qu’il nous fournit d’après un Auteur, contemporain à ces nouvelles conftru&ions des Eglifes d’Orient, l’idée la plus claire ôc la plus décifive de la maniéré dont les premiers Chrétiens Orientaux fe fermèrent dans leurs Eglifes contre l’intempérie de l’air. Ce que nous en avons déjà dit ne deviendra que plus clair, par ce que nous allons copier de çet exad Hifi* torien.
- « La cour d’entrée de l’Eglife de Tyr étoit,1 » dit-il (c), environnée de quatre galleries » foutenues de colonnes, ç’eft-à-dire, d’un » périftyle. Entre les colonnes étoient des » treillis de bois, en forte que les galleries » étoient fermées, mais à jour. Les bas côtés » de la nef étoient éclairés par des fenêtres » fermées de treillis de bois d’un ouvrage » délicat, chargés de divers ornements ». Eufebe remarque de plus que le jour venoit dans l’Eglife par le grand nombre de fenêtres dont elle étoit percée par le haut (d)9
- Le goût de placer ainfi beaucoup de fenêtres dans les Eglifes paflfa dans l’Occident. Nous apprenons de Grégoire de Tours (Lib„ 2. Hift. ) que celle que Saint Perpétue, l’un de fes prédéceffeurs, y avoit fait élever, étoit ouverte par cinquante-deux fenêtres ; ôc nous avons vu Fortunat, contemporain de cet Hiftorien, appliquer fouvent, dans fes Poéfies, l’épithete patulœ aux fenêtres des Eglifes dont il y parle, pour en exprimer la grande étendue , quoiqu’il y en eût aulfi de petites, comme en Orient, fuivant la defeription de l’Eglife de Sainte Sophie.
- (fl) Difcours fur l’Hiftoire Eccléfiaftique.
- (b) Perrault fur Vitruve , 1673, Liv. ?.Ch. i.p. 141^
- (c) Fleury, Hift. Eccléf. in-iz. tom. 111. p. 4 & Juiv.
- (d) Voyez la Tradu&ion Latine d’Eufebe, par M. de Valois^ : Diverfos dijpojuit aditus f quibus cçpiojum lumen Jiipernf in esdem dijfunderçîur,
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- SUR VE R RE. 'I. Partie,
- Les petites Ici le Prélat Ciampini ne diffimule point
- fenêtres dans une difficulté qui naît de la différence des parviennent- fentiments des Savants fur la plus ou moins elles p/us à grande étendue des bâtiments & des fenêtres queiesgran- des Eglifes ffue ^on regarde comme les plus des.? anciennes. Les uns prétendent déterminer
- leur antiquité fur la plus petite étendue de leurs fenêtres. Ils prétextent pour raifon de leur fentiment, que les premiers Chrétiens, accoutumés dès les temps de perfécution à ne célébrer les faints Myfteres que dans des cryptes ou lieux fouterrains qui ne tiroient de jour que par de petites fenêtres fort étroites ôt en petit nombre, n’avoient rien voulu changer à un ufage, qui d’ailleurs écartant toute diffipation, entretenoit le repos qu’une fombre retraite procure à Pâme. L’opinion des autres,au contraire,eft que les plus anciennes Baliliques, confinâtes par les premiers Empereurs Chrétiens , fe reffentirent de la grandeur majeftueufe de leurs auguftes fondateurs ; qu’un jour abondant nous entretient dans une certaine férénité d’ame qui n’eft pas fans édification de la part de ceux que nous voyons dans ces faints lieux & par qui nous y fommes vus ; que d’ailleurs il eft befoin d’un auffi grand jour pour célébrer les faints Myfteres & pour les leêlures faintes qui fe fai-foient dans les Eglifes, que pour celles des Mémoires à confulter des plaideurs dans les Bafiliques dès Gentils ; enfin que les veftiges qui nous relient des anciennes Eglifes prouvent également leur antiquité par le grand nombre & l’amplitude de leurs fenêtres.
- A ces deux différentes opinions, Ciampini répond que dans ce qui nous relie des anciens monuments des Eglifes des premiers Chrétiens, il s’en trouve , en effet, qui ne font point éclairés, ou qui le font très-peu , ôt d’autres ouverts par de grandes fenêtres ; que les uns & les autres peuvent également dater d’une haute antiquité. Par rapport aux premiers, il prouve qu’elles avoient appartenu à des Monafteres de Religieux; que leur unique occupation dans les Eglifes étant de méditer & de prier, ils n’avoient pas befoin d’un fi grand jour ; que toutes celles au contraire qui étoient occupées par l’Evêque ôc fon Clergé ne pouvoient être trop
- éclairées. Il étoit intéreffant d’ailleurs, com tinue notre Auteur, à l’Evêque & à fes Miniftres de s’affurer par eux-mêmes de l’af-fiduité des Fideles aux faints Offices, aux Inftru&ions & à la participation aux Sacrements , & de fe procurer auffi à eux-mê? mes les moyens de faire leurs fondions avec plus d’aifance & de sûreté. Il ajoute que s’il fe trouve quelqu’une de ces anciennes Eglifes moins éclairée que les autres, même celles où les Fidèles s’affembloient, fa çonftrudion ne remonte pas plus haut que l’irruption des Vandales, qui, après le ravage & le trouble qu’ils portèrent dans l’Italie , fe char? gerent de relever enfuite les Eglifes qu’ils avoient renverfées; que ces Peuples fuivirent dans leurs nouvelles çonftrudions le goût & l’ufage de leur pays ; qu’accoutumés à ne percer que des jours fort étroits dans les édifices des contrées froides d’où ils étoient fortis, ils ne voulurent s’affujettir qu’à leurs ufages, fans adopter ceux du Peuple qu’ils avoient fubjugué ; & que telle fut l’origine de la perte du bqn goût dans l’Architec? ture?
- Les fenêtres des Eglifes étoient ou rondes , ou quarrées, ou cintrées. Elles étoient la plupart divifées par plufieurs meneaux de pierre ou de marbre, & elles gardoient entre elles une telle analogie qu’il eft aifé de reconnoître par leurs formes celles qui font d’un même temps ou d’un fieçle différent.
- En voilà affez fur les fenêtres des Egli- Des fenê-r fes confidérées jufqu’à la fin du fixieme fie- {^ss jjjj cle. Quant à celles des Palais & des Mai- Maifons def fons des Grands, elles n’étqient pas d’une Gïari—? grande étendue. Elles étoient ordinairement quarrées , ou plus larges que hautes , mais divifées par meneaux de pierre ou de marbre. On en voyoit encore d’anciens monuments a Romp au-delà du Tibre , au temps de Ciampini , c’eft-à-dire, vers la fin du dix-feptieme fîecle , fur-tout dans les ruines d’un ancien Palais auprès de l’Eglife de Saint Etienne in Rotundo* Mais le Verre qu’on employa dans ces fenêtres étoit - il blanc ou coloré î C’eft çe que nous examiner.
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- L’ART DE LA PEINTURE
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- CHAPITRE V.
- Si le premier Verre qu’on employa aux fenêtres des Eglifes étoit blanc ou coloré, ôC quelle a été la première maniéré d’être
- de la Peinture fur Verre.
- arder^ufa" -L/usage du Verre de couleur fut tou-p1 du Verre jours plus familier aux Anciens, que celui coloré aux du Verre blanc. Nous avons vu que les EgUfeTcom! Egyptiens & les Grecs eftimoient mieux le me le plus Verre coloré, quoiqu’ils en fabriquaffent de ancien* très-blanc & d’une belle tranfparence : qu’au contraire celui des Verreries des Romains étant peu tranfparent ôc tachant les objets de nuances vertes, leur Verre de préférence étoit le bleu, comme plus exempt de bouillons Ôc ne prenant aucuns fels ; qu’ils ne s’étoient jamais avifés de faire ufage pour leurs fenêtres de Verre blanc, qu’ils ne l’employoient que dans leurs pavés ou fur leurs murs, où la tranfparence étoit plus nuifible qu’avantageufe.
- Lorfque la coutume s’introduifit dans le troifieme fiecle de garnir de verre les fenêtres des Eglifes , l’hiftoire ne nous dit pas s’il étoit blanc ou coloré. Le peu de détail qu’elle nous fournit fur cette matière , nous préfente tant d’incertitude que nous fommes obligés de nous renfermer dans les conjectures qu’elle nous met à portée de tirer.
- Le plus ancien Auteur qui nous donne lieu de penfer que les vitres des Eglifes étoient de verre de couleur, efl: Grégoire de Tours. Cet Hiftorien raconte ( a), qu’un particulier ayant conçu le facrilége deffein de voler une Eglife fort riche d’un des faux-bourgs de cette ville, 8>c n’ayant pu fùrpren-dre la vigilance des Sacriftains ou Gardiens de cette Eglife, s’avifa, faute d’un meilleur butin , d’en détacher les vitres de leurs chajfis , ôc de les emporter pour faire quelqu’argent du verre qu’il en retireroit. Il ht fa route par le Berry, où ayant mis ce verre en fufion à un feu violent pendant trois jours confé-cutifs, il n’en put former que quelques maf-fes informes qu’il vendit depuis à des Marchands étrangers. D’après ce récit, ne pour-roit-on pas conjecturer que le mérite de ces vitres ne confiftoit que dans leurs couleurs , 6t que leur éclat féduifant avoit fervi d’appât au voleur qui les détacha, ôc aux Marchands qui lui comptèrent le prix des pâtes qu’il en avoit formées ? Certainement des malles informes d’un verre blanc, fale ,
- {a) LU. i. Cap. 59. De Gloria Martyrum : Fenefiras ex mors habem{ Ecclefia ) aa<s Vitro tignis indufo clan-dmtsur.
- n’auroient pas donné une tentation fi violente au premier, ôc ces mêmes mafles, brutes, fans couleur , fondues par un homme, peut-être fans expérience dans la Verrerie, n’auroient pas été d’un fi grand attrait pour les féconds. Ajoutons encore, pour appuyer cette conje&ure, l’admirable effet que le fo-leil levant produifoit au travers des vitres dans les Eglifes , effet fi préconifé par For-tunatdans fes Poéfies, ôc par Paul le Siien-tiaire, dans fa magnifique Defcription du Temple de Sainte Sophie. Or cet effet ne peut guere s’entendre que du verre de couleur : le verre blanc ne produit pas ordinairement au lever de l’aurore un effet fi remarquable. D’ailleurs l’ufage du verre coloré ne devoit point être rare dans nos Gaules , dans un temps, où , au rapport de Fortunat ôc de Grégoire de Tours, on y en employoit une grande quantité pour les tableaux de mofaïque , dont on revêtiffoit les voûtes ÔC les murs des Eglifes qu’on y conftruifoit de toutes parts : car la pratique des beaux Arts paroiffoit avoir abandonné depuis quelque temps la Grece Ôc l’Italie pour paffer en France , où ils prirent de nouveaux accroif-fements depuis le commencement du fep-tieme fiecle jufques vers le milieu du neuvième. Aînfi donc un premier effai du verre de couleur aux fenêtres en amena la mode , & le bel effet en perpétua l’ufage.
- Il ne nous refte plus de veftiges de ces anciennes Bafiliques, qui, la plupart bâties en bois , font devenues la proie des flammes, & dont celles qui avoient le plus long-temps fubfifté , venant à menacer ruine , furent démolies ôc rebâties dans l’onzieme fiecle. Il ne nous feroit peut-être pourtant pas fi difficile de retrouver quelques portions des vitres qui en formoient les fenêtres. Ces vitres,’ formées de verre de plufieurs couleurs, né-toient-elles pas d’un certain prix ? Et celles,' qui échappèrent aux atteintes du feu, ou qui reflerent des démolitions des anciennes Eglifes, méritoient bien, vu l’eflime qu’on en faifoit dans ce temps, d’être confervées dans des magafins, pour être remployées par la fuite dans les nouveaux édifices.
- C’eft ce que je crois être en droit d’augurer de plufieurs panneaux de vitres en compartiments de verre de couleur, taillées
- en
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- Les Anglois apprennent des François l’Art de la Verrerie Scia Vitrerie dans le feptieme fiecle, Sc les portent dans le huitième chez les nations Germaniques qui dans le neuvième les communiquent aux Peuples du iblord.
- SUR VERRE. I. Partie:
- en forme de Cives (a), que l’on diftingue encore dans les amortiffements des hautes formes de vitres de l’Eglife de Paris. On n'y remarque aucun trait de peinture, quoique les frifes des mêmes formes de vitres foient aflez richement peintes en feuillages Ôc rinceaux qui datent du quatorzième fiecle.
- Cet ufage ne fe renferma pas dans la France. Les Royaumes voifins en fentirent futilité ôc l'agrément. Ils fe l’approprierent ; l’Angleterre dès le feptieme fiecle, l'Allemagne & l'Italie dans le huitième, ôc les pays du Nord dans le neuvième.
- Les Anglois vers la fin du feptieme fiecle ne favoient encore ce que c’étoitque Verrerie ni Vitrerie, jufqu’à ce que Saint Vilfrid eût fait venir de France des vitres Ôc des Vitriers , pour fermer les fenêtres de fa Cathédrale d’Yorck, que Saint Paulin avoit fait bâtir. « Chofe nouvelle en ce pays , dit » M. l’Abbé Fleury , ôc nécefifaire contre la » pluie ôc les oifeaux (b)». C’eft le même Hiftorien qui nous apprend (c), d’après le vénérable Bede ôc les Aêtes des Evêques d’Yorck, que Saint Benoît Bifcop étant paf-fé en France, cinq ans après Saint Vilfrid , en emmena des Maçons pour conftruire l’Eglife ôc les bâtiments de fon Monaftere de Viremouth, dans la Grande-Bretagne ; que peu de temps après il en tira des Verriers ôc des Vitriers, qui y firent les premières vitres qu’on ait vues dans ce Royaume , Ôc en garnirent les fenêtres de l’Eglife Ôc du Monaftere ; ôc que ce fut des François que les Anglois apprirent l’Art de la Verrerie ( d ) ôc celui de la Vitrerie. Ils ne tardèrent pas à s’y rendre habiles; car les faints Evêques, Villebrod, Oüinfrid ôc Viiiehade , Anglois d’origine , en portèrent dans leurs Mimons la connoiflance pratique chez les nations Germaniques.
- Ces faints Prélats , en chaffant du milieu de ces Peuples les ténèbres du Paganifme pat le flambeau de l’Evangile, ne dédaignèrent pas d’y porter aufli la connoiflance des Arts utiles : non par efprit d’avarice ou d’intérêt perfonnel, mais dans la vue d’y détruire cette oifiveté pernicieufe, fource du brigandage ôc de la cruauté. Ainfi ces Peuples, s’accoutumant au joug de la Religion Chrétienne , remplacèrent par des travaux utiles à leur patrie & à un bon gouvernement, ces occupations de fang ôc de carnage, où les condui-foient auparavant leur naturel féroce ôc la corruption de leurs moeurs.
- {a) C’eft ainli que M. Féîibien ( Principes d’Architecture , ôcc. Par. 1690, p. 148 537 ) appelle des petites
- pièces de Verre de forme ronde, dont on faifoit anciennement les vitres , encore d’ufage en Allemagne, ôc que les Vitriers Allemands appellent Cibles.
- (b) Hiftoire Eccléfiaftique, in- iz. Edit, de 1740 , tom, VIII. Ann. 670 y p- 527.
- ( c ) Id. tom. IX. vers l’an 67^, p. 16.
- (d) Il fait aujourd’hui parmi eux une branche de leur commerce dans leurs Colonies.
- Peint, sur Verre. /. Paru
- Les Saints Anfchaire ôc Rembert, pre-miersApôtres de la Suede ôc du Dannemarck, civiliferent de même les mœurs des Peuples de ces deux Royaumes, par l’enfeignemenç. des Arts utiles, en même-temps qu’ils travaillent à les convertir à la foi. On ne fau-roit donner d’époque plus ancienne de l’ufage des vitres dans le Nord , que la con-verfion de ces Peuples , qui s’opéra dans le courant du neuvième fiecle.
- Quant aux Italiens qui connurent ôc pratiquèrent fi bien l’ufage du verre de couleur dans les ouvrages de Mofaïque, il ne paroît pas .que l’idée d’en garnir les fenêtres des Eglifes leur foit venue avant le huitième fiecle. C’eft la remarque que fait M, l’Abbé Fleury, fur un pafîage d’Anaftafe le Bibliothécaire, qui porte que le Pape Léon III fit mettre des vitres de couleur aux fenêtres de l’Eglife de Latran{a). Il dit que «c’eft la première fois, à fa connoiflance,qu’il » a été parlé de cet ufage » , J’ajoute , en termes fi clairs.
- L’emploi du verre coloré aux fenêtres des Eglifes donna naifîance à la Peinture fur Verre. Il eft, fi l’on peut parler ainfi, la premiers maniéré d’être de ce genre de Peinture ; car on a commencé par former avec le verre coloré des compartiments de toutes fortes de couleurs, avant de repréfenter fur le verre même des fujets tirés de l’Hiftoire.
- L’une Ôc l’autre maniéré a fa fource ôc fon modèle dans la Peinture en mofaïque. En effet, cet affemblage de morceaux de verre colorés, tranfparents, agréables à la vue par leur diftribution ôc la variété des couleurs, avoit beaucoup de rapport avec le travail de ces Ouvriers, connus chez les Latins, fous le nom de J9uadratarii : leur occupation particulière que les Anciens nommoient Ars quadrataria, Ôc qui tient à celle de nos Marbriers, confiftoit à décorer avec goût les planchers des falles des plus beaux édifices en pièces de rapport de marbres ou de verre de différentes couleurs ôc de différents calibres, quarrées, rondes, lozanges ou à plufieurs pans (b). Ce travail différoit de celui de ceux qu’ils nommoient Mufivarii, en ce que ceux-ci favoient repréfenter des hommes , des animaux , des fleurs ôc des fruits, par l’affemblage de plufieurs petites pierres de marbres fins , d’émeraudes communes, de morçeauxde verre coloré , quelquefois erm> ployés enfemble , quelquefois d’une feule efpece. Mais au lieu que les Italiens fe font toujours appliqués à ce genre de travail, les François l’ont abandonné, ôc ont inventé fur fon modèle la Peinture fur Verre, proprement
- ( a ) Fenefiras de abfidâ ex Vitro diverfis coloribus con -clufit. Anaftaf. Bibl. in Vit. Leon. III. fub anno 79Ç. Ex Typogr.Reg.p.139. Fleury,Hift.Eccl.in-iz. tom.X.p• 15 (b) Voyez notre Eflaj fur la Peinture en Mofaïque*
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- Premier em« ploi du verra colore en Italie , date du huitième fiecle,
- L'emploi di? verre colore aux fenêtres des Eglifes donne naif-fance à la Peinture fur Verre, ôc eft fa première maniéré d’être.
- Elle prend fa fource dan^ la Peinture en Mofaïque, abandonnée par les François , qui inventent fur fon modèle la Peinture fur Verre proprement dite.
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- îcS L'A RT DE LA PEINTURE
- dite, qu’on ne voit point s’être accréditée dans pièces de verre, dont il décora les galeries ritaiie avant le Pontificat de Jules II, ni qui régnoient à chaque partie latérale [a), même fous quelqu’un de fes fuccefTeurs. C’eft cette derniere liaifon que Saumaife Nous allons nous occuper de cet Art dans nomme, après Philoponus, Auteur Grec les Chapitres fuivants ; mais avant de finir du fixieme au feptieme fiecle, Gypfon plafii-celui-ci, il faut dire quelques mots de ce qui ken technen , à laquelle ce Savant ajoute regarde la contexture ou liaifon de ces pièces que fuccéda la jointure des vitres avec le de verre de couleur, dont les fenêtres étoient plomb (b).
- ornées au temps dont nous parlons. Nous trouvons encore l’expreflion de cet
- De îa con- La contexture ou liaifon de cet affembla- ancien ufage dans l’amortiffement de la par-liaifon6 des P*eces verre vraifemblable- tie cintrée des fenêtres qui font d’une forme
- piecesdever- roent d’abord avec le plâtre ou le mortier gothique. Cet amortiffement eft rempli de leur^e m 0U' ^ans ^es vu*^es Pratiqués dans ta pierre mê- différents ordres de pierres évuidées& per-ployéwaüx nie de ta conftruélion des fenêtres, telles cées, fuivant le goût du temps, que les fenêtres des que font ces pierres qui forment le tiffu de Vitriers connoiffent même aêluellement fous EgMès. nos r0j}s dans les Eglifes, ou l’ornement de le nom de remphjfages, & qui fert de cou-ces trop délicates baluftrades qui régnent ronnement aux pans de vitres de deffous for-autour de leurs combles. Nous en avons vu més par les meneaux de pierre qui les fé-des exemples dans ces fenêtres de pierre, parent.
- percées à jour, en forme de filets, in modum Si l’on peut mettre au rang des Arts uti-retis, de la Bafilique de Saint Clément à les , que les befoins naturels firent éclo-Rome,&dansltTenui pariete feneflellis vitreis re dans les différents âges & dans les dif-pleno du Temple de Sainte Sophie. Elle fe férents pays, l’invention de fermer les fenê-faifoit encore dans des chafïis de menuiferie très avec le verre, fur-tout dans les pays évuidés & ornés, témoin le Vitro tignis in- froids; cet Art acquit un double mérite, clufo de cette Eglife, dont parle Grégoire de lorfque nos ancêtres ajoutèrent à l’utilité de Tours. Mais nous voyons dans la fuite l’Ab- ces cloifons tranfparentes l’agréable effet de bé Didier ( a ) faire contrafter les vitraux la variété du verre de différentes couleurs, de fer remplis de panneaux de verre enchaffé C’eft ce que nous avons appellé la première
- avec le plomb , dont il orna le San&uaire la Nef & le Portail de l’Eglife de l’Abbaye du Mont-Caflin, avec les fenêtres en plâtre dur , percées à jour Ôc remplies de
- (a) Leonis Oflienfis Opéra, enfuite des ouvrages d’Aimoin, pYement dite, recueillis par Dom du Breul, Bénédi&in de Saint Ger-
- main-des-Près, Par. 1603 , Lib. 3. cap. 27. p. 60? & '-----------------
- cap. 31. p. 613. Feneftras omnes navis tituli plumbo as Vitro compaUis talulis ferroque connexis inclujit. .. lilas quidem (Feneftras) qua in navi Junt, plumbo fimul ac vitro compatlis tabulis ferro ligatis inclujit. .. Porro infron-îifpicio Ecclefiœ ipjius fenejlras très unamque in abfidâfimili
- décoré perfici jujjît....Qua vero in lateribus utriujque
- Porticus Junt ( Feneftræ ) Gypjeas quidem Jed «quepulchras effecit.
- manière d'ëtre de la Peinture fur Verre ; mais combien cette utilité ne s’accrut-elle pas, lorfqu’en lui confervant ce qu’elle avoit d’agréable, on l’employa à repréfenter des fujets d’hiftoire / & c’eft ce que nous allons confidérer comme la Peinture Jur Verre pro-
- (a) Ces galeries dans les Monafteres étoient des ef«* peces de Parloirs ( Locutoria ) ou les Religieux recevoient les vifites des perfonnes du dehors.
- (b) Plinian. Exercit. tom. IL p. 77 •• TrajeBi ad Rhénium , iyBç. Lamina Vitrex, quæ, Jîve Jint tejfera •> Jîve orbes, in-uicçm Gypjo çommittebantur., hçdie plumbo com-mittuntur.
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- SUR VERRE. I. Partie,
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- CHAPITRE VI.
- De la Peinture fur Verre proprement dite
- La fécondé maniéré d’être de la Peinture fur Verre pofté-yieure de 300 ans à la pre-piiere.
- Etat des rArts en France , depuis le huitième fie-cîe jufqu’au onzième.
- L E s premiers temps de la Peinture fur verre proprement dite, que nous regardons comme la fécondé maniéré demployer le verre de couleur aux fenêtres des Eglifes , font incertains : on peut néanmoins en regarder l’invention comme poftérieure d’environ trois fiecles à la première maniéré.
- Pour répandre ici quelques lumières favorables à ma conjeêture, j’examine d’abord quel fut l’état des Arts en France depuis l’empire de Charlemagne, c’eft-à-dire depuis la fin du 8e. fiecle jufqu’à la mort du Roi Robert, décédé vers le tiers de l’onzieme.
- Les Arts ainfi que les Sciences & les Belles-Lettres acquirent plus de fplendeur fous Charlemagne qu’ils n’en avoient eu fous Pépin fon pere. Cet Empereur s’étoit particuliérement attaché à rendre la France remarquable par la fomptuofité de fes grands édifices, foit en réparant ceux qui avoient été ruinés par lesSarrafins, foit en en faifant conftruire de nouveaux dans toutes les Provinces du Royaume. Sous fon Empire, dont la durée fut de près d’un demi-fiecle, l’Architeêlure fut cultivée principalement dans l’Occident, ôt fur-tout en France.
- On ne voit pas néanmoins que la Peinture, la Sculpture ôc la Gravure ou Cizelure fur tous métaux ayent fait de grands progrès fous fes aufpices. On deflina moins mal fous Louis-le-Débonnaire, c’eft-à-dire, depuis le commencement du pe. fiecle jufques dans le ioe, plus mal dans l’onzieme ôc dans le douzième. Dom Mabiilon nous a confervé des delfins de quelques Peintures ôc Sculptures des 10 Ôc 1 ie. fieçles. Ces Monuments, com-
- parés entre-eux, fervent à prouver combien le goût du deilin dégénéra en moins d’un fiecle dans notre France. Il ne faut pour cela que jetter les yeux fur la planche où eft repréfentée la Sculpture groffiere de la voûte de la Chapelle de FEglife de l’Abbaye de la Trinité à Vendôme , conftruite en ioj2, dans laquelle on conferve la fainte Larme , & la rapprocher du defïin des Peintures qui ornoient le Livre de prières de la Reine Hemme, femme de Lothaire, ou encore de cette table d’autel, découverte vers Fan , fur laquelle font fi élégamment repréfentés les fymboles caraêlérifti-ques des quatre Evangéiiftes (a). On peut
- (fl) Voyez les Tom. III &• iv. des Annales de l’Ordre de Saint Benoît, par Dom Jean Mabiilon.
- juger d’ailleurs du goût du defïin de l’onzieme fiecle par ce qui nous refte des bâtiments conftruits fous le régné du Roi Robert. Les fculptures des chapiteaux des colonnes ôç des piliers repréfentent des perfonnages d’un goût très - groflier ôc d’une exécution très* informe.
- Au refte, les Arts' qui dépendent du defïin ont été fujets à des révolutions étonnantes, On ne peut confidérer fans admiration un ornement que Fon conferve dans le tréfor de FEglife de Paris, ôc que Fon y connoît fous le nom de tornement de la Trinité , parce qu’on s’en fert ce jour-là feul à la Meffe. L’Art Ôc la richeffe s’y font également diftinguer. L’année dans laquelle il fut fait y eft clairement défignée fur des banderolles d’un fond de foie blanche remplies en foie noire, fur lefquelles on lit en caraêteres du 5>e. fiecle (a) : Hoc opus infigne fecitpéri dom-nus Henricus Keddekin de Vejfalia. u%_, Capelliï Thojan. Per Magifirum Jacobum anno 888.
- (&)•
- Cependantquelles que foient ces révolutions, les Arts ne s’éteignent jamais entièrement * dans leurs plus mauvais temps, il s’eft toujours trouvé quelqu’un qui les a pratiqués avec quelque étendue, ôc qui, confervant au milieu de l’ignorance, qui avançoit à grands pas, une certaine portion d’intelligence de ces Arts, Fa tranfmife à d’autres, Ces derniers par leur application les rappel* lerent à la vie. Le goût a paru en effet
- quelquefois fe dépraver , les lumières s obfr
- curcir ; mais les principes fondamentaux, les éléments de ces Arts , même de ceux qui tomboient le plus en défuétude, n’ont pas été anéantis. On s’en eft dégoûté pour un temps ; on y eft revenu dans d’autres, fouvent avec avantage pour ces Arts , qui,
- (a) On peut comparer ces caraéfceres avec ceux que M. l’Abbé Pluche nous fournit, dans fa Paléographie, pour exemple de l’écriture de ce fiecle. Speâlacle de la. Nature, tom. Vil. Entret. 20. Planch. 24.
- ( b ) Ce Chronogramme en chiffres arabes du neuvième fiecle , peu connu des Européens avant l’onzieme d’une part ; de l’autre la délicateffe de la broderie des figures, qui fervent à orner la chafuble fur-tout, ont donné lieu de croire à quelques Savants, qu’on ne peut attribuer cet ouvrage qu’à quelqu’un des meilleurs Artif-tes de la Perfe , à qui pour lors la pratique du chiffre Arabe pouvoit être plus familière , à caufe du voifinage de ces deux Peuples. Les Archives de l’Eghfe de Paris, que j’ai confultées ne font aucune mention de ce Dom Henri Keddekin de Veflalie. On n’y connoît rien du nom de la Chapelle à laquelle il fut deftiné , ni du temps ni de la maniéré dont il a palfé en propriété à çette Eglue*
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- la Peinture fur Verre proprement dite ne s’eft montrée pour le plutôt que vers le commencement de l’onziemelie-cîe.
- Nous devons ce genre de Peinture à l’ignorance &à la barbarie des onze & douzième fiecles.
- 20 L’ART DE LA
- à raifon de leur importance ou de leur néceïïité, félon les circonftances , acquirent Ôc perdirent tour à tour quelque degré de fplendeur.
- Quant à la Peinture fur verre proprement dite, il eft vraifemblable qu’elle ne commença à fe montrer que vers le commencement de l’onzieme fiecle. C’eft dans ce temps que l’on conftruifit fous les ordres du Roi Robert un grand nombre d’Eglifes dans plufieurs Provinces de France. Il paroît même que la première maniéré d’être de ce genre de peinture s’y prolongea jufques dans le i2me.
- Nous avons déjà témoigné notre furprife de ce que l’ufage du verre aux fenêtres fût refté pendant plufieurs fiecles inconnu aux Anciens, qui l’emploÿoient fi induftrieufe-ment à tant d’autres ufages. Nous ne fommes pas moins étonnés de ce que l’idée de la Peinture fur verre proprement dite, ne foit venue à nos aïeux que trois cents ans, ou environ, après le premier emploi du verre aux fenêtres ; ôc ce dans des fiecles mêmes de barbarie , dans des temps proprement appellés des temps d’ignorance, devenus tels par l’irruption des Peuples du Nord, ennemis 6c deftruâeurs des Arts.
- C’eft cependant à cette ignorance ôc à cette barbarie même,que nous fommes redevables de l’invention de cet Art. Nous en trouvons la fource dans la piété des faints Evêques 6c des religieux Abbés qui étoient à la tête des plus célébrés Monafteres du 12e. fiecle. Seuls dépofitaires, ainfi que leur Clergé 6c leurs Religieux > des Sciences 6c des Arts dont ils avoient recueilli les pré-deux relies : honorés de la prote&ion des Souverains, ils n’épargnerent dans la conf-tru&ion des Eglifes dont ils fe chargèrent eux-mêmes , rien de ce qui pouvoit contribuer alors à étendre le régné de la piété & l’amour de la Religion, Ôc regardèrent la multiplication des peintures comme un moyen très-utile de parvenir à ce but. Ils crurent que c’en feroit un très-fûr de détruire l’ignorance des fideles, confiés à leur fol-îicitude paftorale, dans un temps où non-feulement le Peuple ne favoit pas lire, mais où les Souverains favoient à peine ligner leur nom, au bas des Aêles qui émanoient de leur autorité ; car fans connoître la valeur des lettres dont il étoit formé, ils le delfinoient d’après le modèle qu’on leur mettoit fous les yeux.
- Ces Prélats ne fe contentèrent plus des peintures en mofaïque, dont leurs prédé-cefleurs avoient orné les abfides de leurs Eglifes, avec cette dédicace SanElœ Plebi Dti, qui invitoit les Laïcs à les confidérer avec d’autant plus d’attention, qu’elles paroif-foient leur être finguliérement adreflfées (æ) :
- (a) Yoy. le Chap, 5 de notre ElTaï fur la Peint, en Mof,
- PEINTURE
- ils les firent paffer dans les fenêtres. Ils s’attachèrent de ces hommes qui ont toujours fait honneur à l’efprit, de ces Artiftes intelligents que M. Pluche regarde comme les meilleurs livres après la nature, de ces hommes enfin qui, nés inventeurs, fecourus par les éleves qu’ils s’appliquent à former, s’étudient à produire des êtres nouveaux, qfii, en multipliant les ouvrages de commodité, favent les rendre aufii agréables qu’utiles. Ainfi la Peinture fur verre devint un nouveaif moyen, plus facile ôc moins long que celle en mofaïque, d’étendre ôc de perpétuer la mémoire des faits les plus remarquables, des rapports les plus effentiels entre l’ancien ôc le nouveau Teftament, ôc des Aêtes des faints Martyrs ôc Confeflfeurs que l’on propofoit au culte Ôc à la vénération des fideles.
- On fent aifément par ce que nous avons dit fur le goût de deflin de l’omJeme fiecle, que la Peinture fur verre eut des commencements très-groffiers, ainfi que tous les Arts, lorfqu’on les effaye. Félibien prétend ( a ) que lorfqu’on voulut repréfenter en tranfparent fur le verre des figures , fans lefquelles point de peinture d’hiftoire, « on » le fit d’abord fur le verre blanc , avec des » couleurs détrempées à la colle , comme » pour peindre en détrempe. Mais parce » qu’on reconnut, ajoute-t-il, que ces cou-» leurs ne pouvoient réfifter à l’injure de » l’air, on en chercha d’autres qui, après » avoir été couchées fur le verre blanc, » même fur celui qui avoit été coloré aux » Verreries, puffent fe parfondre ôc s’incor-» porer avec le verre en le mettant au feu : »en quoi, dit-il, on réufïït très-heureufe-» ment, comme on en voit des marques par » les plus anciennes vitres ».
- Je ne fai dans quelles fources Félibien a puifé ces découvertes.J’ai beaucoup étudié tout ce qui regarde le verre ; je ne les ai trouvées nulle part. Je ne puis donc les regarder que comme des conjeêlures hafardées qui pourroient perdre leur vraifemblance, en leur en oppofant de plus folides. Au commencement de ce Traité [b), j’ai donné pour bafe à l’origine de la Verrerie , le fen-timent d’admiration qu’on eut pour les couleurs des différentes pierres naturellement colorées ; j’ai établi les compartiments de marbres ou de verres de différentes couleurs fur le pavé, comme les modèles de la première maniéré d’être de la Peinture fur verre; ôc la Peinture en mofaïque des voûtes ôc des murailles, comme le prototype de la fécondé maniéré ou de la Peinture fur verre proprement dite {c) : or je penfe qu’il ne fut pas bien difficile à nos premiers Peintres fur
- (a.) Principes d’Archite&ure, Liv. i.Chap. zi. p.249.
- \b ) Voyez le Chapitre premier de ce Traite', ad calcem.
- (O Voyez le Çhapitrç précédent.
- Ses commencements très-groffiers: fentiment de Félibien fur fa premierç exécution.
- Sentiment de l’Auteur»
- verre
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- Provifions de Verre de toute couleur, de plomb 8c d'étain né-ceffaires aux anciensPein-tres Vitriers.
- Diftribution des tableaux.
- üfage des cartons.
- SUR VERRE. I Partie.
- verre,la plûpart experts , comme nous le verrons, dans les opérations chimiques, de trouver une couleur vitrihable, qui, s’incorporant avec les autres, leur fit repré-fenter toutes fortes d’objets par des traits ineffaçables. Ce fut, à mon avis, la couleur noire , qui, appliquée dès les commencements fur un verre d’un rouge pâle, fervit
- à former les linéaments, les contours des membres ; ôc fur des verres d’autres cou-leurs , à marquer les plis des draperies. Voilà ce dont on reconnoît des marques dans les plus anciennes vitres peintes. Effayons d’en développer le méchanifme, avant de fuivre cet Art dans fes progrès.
- j»
- CHAPITRE VII.
- Du Méchanifme de la Peinture fur Verre dans fes premiers temps.
- C e Chapitre, comme le précédent, eft fondé fur de fimples conjeâures : je les ai puifées dans l’étude que j’ai faite de l’exécution des , anciennes vitres peintes que j’ai été chargé de réparer, Ôc dans les ufages que nos peres nous ont tranfmis pour le faire.
- Je fuppofe d’abord dans nos anciens Peintres fur verre une attention finguliere à fe pourvoir fufïifamment de tables de verre tranfparent de toutes fortes de couleurs plus ou moins foncées, néceffaires aux différentes nuances qu’ils dévoient employer , Ôc d’environ deux lignes d’épaifîëur. C’étoit avec l’étain ôc le plomb, le fond principal de leurs atteliers. Je fens enfuite qu’ils dévoient avoir reçu , long-temps avant de vitrer, des mains de l’Architeêle qui dirigeoit la conf-tru&ion de l’édifice, le plan géométrique de la grandeur ôc de la forme des fenêtres qu’ils dévoient remplir ; ainfi que du propriétaire ou fondateur, l’ordre des fujets d’hiftoire ou d’ornement qu’ils dévoient y faire entrer. C’étoit alors au Peintre Vitrier à faire , d’après ces plans ôc ces ordres, la diftribution de la quantité de'tableaux qui dévoient fermer chaque fenêtre, ôc des fonds fur lefquels il devoit les placer. Sur les mefures données par cette diftribution, il devoit établir fon deffin , ôc l’arrêter en couleur fur fes cartons (a). Le trait du contour des figures qu’il avoit à peindre, devoit y être formé fi exactement, que les pièces prefqu’innombrables, dont chaque panneau devoit être compofé, rapprochées l’une de l’autre , en obfer-vant de biffer entre elles la place de l’épaif-feur du cœur du plomb, puffent remplir avec jufteffe tout l’efpace auquel le panneau de vitres étoit deftiné. Il paroît que ces cartons fe confervoient bien foigneufement par les entrepreneurs ; car fouvent les mêmes fujets fe trouvoient répétés dans différentes Eglifes de différentes Provinces , quelquefois bien
- (a) Voyei l’Encyclopédie, au mot Carton, article de M. Watelet.
- Peint. sur Verre. I. Pan.
- •éloignées l’une de l’autre. Telles font des vitres peintes d’un même temps dans l’Eglife des Dominicains de Poiffy, dans la Cathédrale de Cambray, dans celles de Clermont en Auvergne, Ôc de Saint Etienne de Limoges, qui fe reffemblent en diftribution, def* fm ôc exécution, Je penfe que ces cartons dévoient être triples ; un pour fervir de modèle dans l’exécution , le fécond pour être découpé en autant de parties que les différents contours des membres ôc des drap-peries demandoient de morceaux de verre de différentes formes Ôc couleurs; le troi-fieme enfin pour y établir dans leur rang les pièces dë verre taillées fuivant les contours du defîin.
- On penfe bien qu’il n’étoit pas pofïible de découvrir le trait de ces contours au travers de ce verre très-épais ôc fort haut en couleur , comme on le découvre au travers du verre blanc. Or les cartons découpés levoient cet inconvénient. On diftribuoit par ce moyen dans l attelier à différents Ouvriers la coupe du verre de chaque couleur différente. On donnoit aux uns une couleur ? aux autres une
- autre. Alors ces Ouvriers arrangeoient avec profit toutes les découpures de carton d’une même couleur fur une table de verre de cette couleur. Ils\ fignolent avec le blanc détrempé à l’eau de gomme ôc la drague, fur cette table de verre, les contours de chacune de ces différentes découpures, pour les entretailler enfuite. Les Peintres Vitriers n’avoient pas alors l’ufage du diamant pour couper le verre : il ne commença que vers le 16ç. fiecle. On fe fervoit à cet effet d’une pointe d’acier ou de fer trempé très-dur , que l’on prome-noit autour du trait, en appuyant affez fort pour qu’elle fit impreflion dans le verre. On humeâoit enfuite légèrement le contour en-* tamé. On appliquoit du côté oppofé, une branche de fer rougie au feu, qui ne man-quoit pas d’y former une langue ou fêlure, qui, par l’aêlivité de la chaleur du fer, fe continuoit autour de la partie entamée. Alors, au fecours d’un petit maillet de buis t
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- Coupe du Verre avant la découver* te du Pi<h mant»
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- Emploi de la couleur noire.
- iRecuifïbn du Verre peint.
- Quantité d’Ouvriers dont devoir être fourni l’attelier des anciensPein-tres fur verre.
- 22 IJ A RT DE LA
- ou autre bois dur , dont on frappoit les contours de la piece de verre tracée , elle fe détachoit du fond fur lequel elle l’avoit été (a). S’il reftoit dans fes contours quelque partie fuperflue ; car on pouvoit lui donner quelquefois trop d’étendue, ne fût-ce que par Tépailfeur du trait ; on ajuftoit alors fur îe fécond carton la piece taillée, de maniéré qu’elle fût toujours en dedans du trait, pour laiiïer la place du cœur du plomb dans lequel elle devoit être agencée. On employoit, pour enlever ce fuperflu, une efpece de pince ou des griffes de fer, ou, comme nous l’appelions à préfent, un grefoire ou égri-foir.Les petites dents,que laiiïoient fur le bord des pièces coupées les écailles de verre enlevées par cet outil, entroient elles-mêmes dans la folidité de l’ouvrage ; car chalfées • avec un petit maillet de buis ou de plomb contre le cœur du plomb avec lequel on les joignoit, elles l’effleuroient de très-près, ôc ainfi retenues des deux côtés, elles confoli-doient l’enfemble du verre Ôc du plomb fur lequel elles ne pouvoient gliffer.
- Toutes les pièces ainfi coupées Ôc groifées dévoient être exactement rapportées dans leur rang fur le troifieme carton. Alors le Peintre y traçoit avec la couleur noire les traits des membres Ôc les hachures des plis des draperies. Lorfque ces traits étoient fecs, on levoit toutes les pièces d’un panneau de rang : on les étendoit dans le même ordre dans la poêle à recuire fur un ou plufieurs Lits de chaux en poudre ou de plâtre bien recuit ôc tamifé, pour y par-fondre, par la recuilfon, la couleur noire qu’on y avoit employée. Après la recuilfon, lorfque ces pièces avoient atteint un jufte degré de refroidilfement, on les retiroit de la poêle dans le même ordre qu’elles y avoient été placées, pour les difpofer de nouveau fur le troifieme carton ôc les donner à ceux qui étoient chargés de les joindre avec le plomb, pour en faire des panneaux.
- On peut fur ce plan fe figurer que l’attelier d’un Peintre fur verre, de ces premiers temps fur-tout, devoit être fourni d’un grand nombre de différents Ouvriers. Je ne parle ici que des Vitriers ; car fi le Peintre fur verre exploitoit lui-même une Verrerie pour fes verres de couleurs , la quantité d’Ouvriers qu’il employoit devoit être bien plus confi-dérable. Pour s’en convaincre il ne faut que
- ( a) Voyez fur les caufes 8c le fuccès de cette opération , les Leçons de Phyfique Expérimentale de M. l’Abbé Nollet > Com, IV. Leç. XIV. p. 34p.
- PEINT U R E
- confidérer un panneau de Peinture fur verre des 12 Ôc 13 e. fiecles, 011 la quantité de pièces qui le compofent eft prefqu’innom-brable, ôc où il s’en trouve d’une fi petite étendue qu’on peut à grande peine la tenir avec les doigts.
- Il falloit dans cet attelier des Defîinateurs ôc des Peintres pour arrêter Ôc colorier les cartons, des Découpeurs de carton Ôc de verre , des Groifeurs, des Broyeurs de noir, des Peintres fur verre pour y peindre les traits , des Recuifeurs , des Fondeurs de plomb ôc de foudure dont il entroit une grande quantité dans ces ouvrages, des Raboteurs de plomb pour le refendre des deux côtés ôc le mettre en état de recevoir les pièces de verre {a). Il èft certain que les Metteurs en plomb, c’eft-à-dire ceux qui étoient chargés d’agencer ôc de joindre avec le plomb les pièces qui formoient l’enfemble des pannbaux, arrêtoient leur ouvrage avec la foudure à fur ôc à mefure qu’ils en affem-bloient les pièces : mais je penfe que, pour accélérer l’ouvrage, il y avoit d’autres Ouvriers employés a fonder fur le revers, les panneaux que les Metteurs en plomb ve-noient de finir. Ce font ceux que j’appelle des Contre - fondeurs. Il falloit encore des Pofeurs ôc des belleurs en plâtre ou mortier quand l’ouvrage étoit en place.
- L’intelligence admirable que l’œil du Maître ôc des Infpeêleurs ou Appareilleurs entretenoit dans ces atteliers , rendit cet ouvrage moins pénible ôc plus aifé à fe produire fréquemment Si c’eft quelque chofe de prodigieux^que la quantité d'Eglifes Cathédrales , Abbayes , Collégiales, Paroiffes même de Village, qui, fans fortir de notre France, furent vitrées de cette maniéré dans les 12e. ôc 13e. fiecles, ôc qui étoient fi percées de fenêtres que fouvent les vitres l’emportoient en étendue fur le corps du bâtiment ; combien doit paroître étonnante la célérité avec laquelle ces fortes d’entreprifes s’exécutoient ! On ne peut retenir fa furprife quand on lit que l’Eglife de la Sainte Chapelle de Paris , commencée en 1242, fut achevée en 1247 ôc fe trouva clofe ôc en état d’être dédiée au mois d’Avril 1248 ..... Entrons dans quelque détail fur les vitres peintes de ce s deux fiecles, ôc continuons jufqu’au nôtre, l’hiftoire des progrès ôc des révolu^ tions de la Peinture fur verre.
- (a) On n’avoit pas alors la connoilfance du Tir*» plomb> dont il fera parle dans l’Art de la Vitrerie*
- Leurs fonctions.
- Célérité avec laquelle les anciens Peintres fuç verre tra-vailloient.
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- Les plus
- anciennes vitres peintes en France font dans réglée de l’abbaye royale de S. JDenys.
- S U R VERRE. I. Partie.
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- CHAPITRE VIII.
- Etat de la Peinture fur Verre au douzième Jiecle.
- On ne connoît dans notre France de mo-nument plus ancien de Peinture fur verre a&uellementexiftant, que la plus grande partie des vitres peintes de l’Eglife de l'Abbaye royale de St. Denys. Elles paroiflent avoir été réfervées de l'avant-dernier édifice de l'Eglife de cette Abbaye & placée dans celui qui fubfifte de nos jours.
- Suger , favori de Louis le Gros & Régent du Royaume fous Louis VII. fon fils, Abbé de cette célébré Abbaye, n'avoit omis ni foins ni dépenfes pour orner & enrichir le fixieme bâtiment de l’Eglife de fon Abbaye qu'il avoit fait reconftruire, Ôt dont la Dédicace fut faite en 1 iqo. Il nous apprend lui-même dans l’hiftoire latine manufcrite qu'il a laiflee de fon gouvernement monachal , depuis traduite en François par Dom Doublet , Religieux de cette Abbaye, dont j’emploie ici la traduction ( a ), « Qu'il avoit recherché avec beaucoup de foin des faifeurs de vitres & des compofiteurs de verre de matières très-exquifes , à favoir , de faphirs en très-grande abondance, qu'ils ont pul-vérifés & fondus parmi le verre, pour lui donner la couleur d'azur ; ce qui le ravif-foit véritablement en admiration : qu'il avoit fait venir à cet effet des nations étrangères les plus fubtils êc les plus exquis maîtres, pour en faire les vitres peintes depuis.la Chapelle de la Sainte Vierge dans le chevet, }ufqu'à celles qui font au defïus de la principale porte à l'entrée de l’Eglife... Que la dévotion , lorfqu’il faifoit faire ces vitres étoit fi grande , tant des grands que des petits , qu'il trouvoit l'argent en telle abondance dans les troncs ( b ), qu’il y en avoit quafi affez pour payer les ouvriers au bout de chaque femaine. Il ajoute qu’il avoit établi à la tête de cet ouvrage , un Maître de l’Art très-expert, & des Religieux pour avoir l’oeil fur la befogne , prendre garde fur les ouvriers & leur fournir en temps & faifon tout ce qui leur étoit néceffaire; lefquelles vitres lui ont beaucoup coûté pour l’excellence & rareté des matières dont elles font compofées ( c ) » .
- (a> Antiquit. 8c Recherch. 4e l’Ab. de S. Den. par D. Doublet, Bénédict. Par. 1625 p. 243,146, 247 & 185.
- ( b ) L’ufage des troncs dans les Eglifes eft donc très-ancien.
- (c) De adminiftr. Sug. Abbat. loc. cit. ce Undè quià magni confiant magnifico opéré fumptuque profufo vi-» tri veûiti ôt faphiroruiïi materiæ, tuitioni ôt rçfe&ionî
- Ce fut dans cette occafion que cet Abbé fit préfent à l’Eglife de Paris, d’un vitreau rempli de vitres peintes , dont quelques parties qui avoient été confervées dans un des vitreaux de la galerie du chœur, re-préfentoient, très^groftiérement à la vérité, une efpece de triomphe de la Sainte Vierge, mais qui ont été démolies depuis peu. On y reconnoiffoit la même vivacité de coloris, fur-tout dans le verre bleu qui en formoit le fond , que dans les vitres du même temps qui fubfiftent encore dans quelques Cha-pelles du chevet de l’Eglife de Saint Denys, J'ai dit dans les vitres du même temps , car félon Dom Doublet même , toutes les vitres du chevet ne font pas du même fiecle» Les vitreaux, par exemple, de la Chapelle delà Sainte Vierge dans le chevet, dans l'un defquels l'Abbé Suger eft repréfenté avec une croffe ( d ), & cette infeription peinte fur verre , Sugerius abbas ; celui d’une Chapelle vers le fond du chevet où Saint Paul eft repréfenté tournant la meule d’un moulin , auquel les Prophètes apportent des facs de bled, fuivant l’infçription en vers latins , également peinte fur verre, qu'on lit au deflous , font antérieurs à celui de la Chapelle de Saint Maurice dans le même chevet , dans laquelle fut dépofé par les foins de Saint Louis , dans une châffe qu’il fit faire , le corps d’un des Martyrs de la Légion Thébaine, ainfi qu'on le lit dans
- les Vers latins également peints fur verre ,
- qui font au bas dudit vitreau (?), fur lequel font peints quelques a£tes de la vie de Saint Maurice.
- • On peut dire la même chofe de plu-fieurs autres vitres peintes de la même Eglife qui repréfentent des actes de la vie de Saint Louis ; car ce Prince n'a commencé à régner que 80 ans après la confécration de cette Eglife , reconftruite par Suger ; dont une grande partie fut rebâtie à neuf par les foins de la Reine Blanche, fuivant le témoignage de Guillaume de Nangis. S$ parfaite conftruCtion , telle qu'elle exifte , ne commença que fous l'Abbé Eudes, en
- » earum minifterialem magiftrum,.. conftiruimus, qui... » etiam admirandarum vitrearum operarios ëc materiam » faphirorum locupletem adminiftrabit ».
- ( d ) Les Abbés Réguliers n’obtinrent la mitre que fous Philippe Augufte.
- ( e ) Hic Thebœorum firenuus miles jacet tinus,
- Régit P y me arum Ludqvici nobik vtunuj.
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- 24 11 A RT DE L
- 1231, & ne fut achevée que yo ans après , fous le régné de Philippe le Bel, par l’Abbé Matthieu de Vendôme , qui jouifloit d’une grande confidération dans le Royaume, (a) Vitres pein- On doit encore mettre au rang des plus
- tes du même anciennes vitres peintes du 12e, fiecle , Se-SComre," une Partie de celles de l’Eglife de l’Abbaye de l’Ordre de Premontré à Braine-le-Comte , diocefe de Soiffons , fous l'invocation de S. Yved Archevêque de Rouen.
- Entre le nombre confidérable de vitreaux remplis de vitres peintes des 12 ôc 13 e. fiecles, dont les fenêtres de cette Eglife font fermées, il en eft un au fond du fanc-tuaire derrière le grand autel, dans lequel au-deiïbus de deux Figures qui paroif-fent préfenter de concert à la Ste. Vierge , l’élévation de l’Eglife de ce Monaftere , on lit d’un côté Robertus Cornes, ôc de l’autre Agnes Comitijja. Ce Robert étoit fils de Louis VI» dit le gros, Comte de Dreux , ôc avoit époufé en troifiemes noces en 11 y 3 , Agnès de Baudemont, héritière de Braine ôc fondatrice de ce Monaftere. Le Cartu-laire de l’Abbaye ôc YIndex Cœnoblorum Ordinis Prœmonftratenfis font mention que cette vitre avoit été envoyée à la Comte (Te de Braine par la Reine d’Angleterre fa parente.
- Cette notice qui m’a été adrefTée par un Amateur de ce canton ( M. Jardel ) , m’a paru d’autant plus digne d’attention qu’elle fert mieux à expliquer le paflage , où nous avons vu Dom Doublet raconter d’après Suger même , contemporain de la Comteffe de Braine, que ce magnifique Abbé avoit fait venir des nations étrangères des faifeurs de vitres ôc des composteurs de verre , ôc entre eux les plus exquis maîtres pour faire les vitreaux de Les Allé- fon Eglife. Ces Compofiteurs de verre étran-, étoient, fi je ne me trompe , des Aile-Veriers 6 de mands, ôc ces Faifeurs de vitres des Anglois. ce temps , En effet , nous avons avancé i°., que les les meilleurs Allemands avoient fermé les fenêtres de Vitriers. leurs édifices avec le verre contre la rigueur du froid ; 2°., que les hommes fe font naturellement appliqués à tirer toute Futilité poflibledes productions de la nature , qu’une fage Providence a répandues ou occafionnées dans les différents pays, avec une abondance proportionnée aux befoins du climat. Or les deux nations étrangères que je fup-pofe ici avoir fourni à l’Abbé Suger des maîtres fubttis & exquis pour les belles vitres de fon Eglife , avoient & ont encore toutes les propriétés favorables à ma conjecture. Quel pays en effet plus abondant en mines métalliques que l’Allemagne ! Quelle na-
- A PEINTURE
- tion a porté ôc porte encore à un plus 'haut degré que les Allemands , l’étude Ôc la con-noiffance pratique de la Chimie ! Quelles découvertes cette fcience ne leur a-t-elle pas décelées dans l’Art de la Verrerie dans la coloration du verre , avec ces fubf-tances métalliques ! N’eft-ce pas encore de la Boheme que nous tirons les plus beaux verres eryftallins ? Ces Verreries imitées à la vérité par nos Verriers d’Alface , ne fourniffent-elles pas de très-beau verre de couleur en flacons , en verroterie ôc en tables ? Il faut en excepter le verre rouge , pour la perfection duquel on peut affu-rer que les Verriers Allemands craignent plus la dépepfe que l’inutilité des tentatives.
- D’un autre côté, quelle nation plus in-duftrieufe ôc plus aCtive que les Anglois !
- Emules de la nation Françoife pour le talent , comme ils en font le modèle pour l’intelligence ôc l’étendue du commerce , ils tendent aufli à affurer leurs fuccès en tout genre en prévenant les autres dans l’invention , ou à furpaffer les premiers inventeurs par leur fagacité dans la perfection des Arts utiles, ou de pur agrément , dont ils n’avoient été d’abord que les imitateurs.
- Enfin les Allemands ont pu donner du verre de toutes couleurs aux François , aux Flamands Ôc aux Anglois. Les François dès le 7e. fiecle avoient donné des Ver-riers Ôc des Vitriers aux Anglois. Cinq fiecles après les Anglois, devenus plus"habiles dans la Vitrerie , dont la Peinture fur verre fai-foit la partie la plus étendue , font appellés à cet effet en France par Suger ; ôc la Reine d’Angleterre emploie par excellence le talent de fes fujets pour fournir à la Com-teffe de Braine le principal vitreau de l’Eglife de l’Abbaye qu’elle venoit de fonder. De nos jours même, un Auteur Anglois vient de nous prévenir, en donnant au public un ouvrage très-utile entr’autres pour l’Art de la Verrerie , ôc pour celui de colorer le verre. Il efpere , par les enfeignements qu’il y prefcrit, faire revivre en Angleterre l’Art de peindre fur verre ( a ). Qui fait fi cet Art plus long-temps négligé dans cette Ifle que partout ailleurs , n’y reparoîtra pas avec plus d’éclat?
- On comptoit encore à Paris, il y a 40 .Autres an-ans au plus , au rang des monuments de la mentsmondê Peinture fur verre du 12e. fiecle , quelques Peinture fur anciens vitreaux dans le haut du chœur de l’Eglife de Paris, dont j’ai démoli en 1741 drale&fpaï les deux derniers, pour les remplir de vitres ris » <*&«»** blanches. en I74l!
- ( a) Voy. les Ant. de S. Pen. par D. Doublet ; Duchefue tom. 4 j la vie de S. Louis par Guillaume de Nangis ; J’Hift. de I’Abb. de S. Den. par jD. Feiibien ; enfin THift. du Pioc, de Par, par M. l’Abbe' Lebœuf, in-12., tom. 3.
- (a) Voyez à la fin de ma fécondé Partie les Extraits que je donne de cet Ouvrage, lelon que je fai promis dans ma Préface.
- Toutes
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- SUR FERRE. I. Partie.
- Toutes les grandes fenêtres qui régnent autour de ce vafte édifice, dans la partie fupérieure au defïus des galeries , quoiqu’il ait été plus de 200 ans à bâtir,font uniformes dans leur conftruêtion. Une grande partie circulaire de tout le diamètre de la largeur des fenêtres furmontée dans fon amortiffement par un panneau de vitres qui la termine en cintre gothique, & flanquée d’un panneau de chaque côté formant un triangle obtus,1 femble couronner les deux pans ou colonnes de vitres du delfous , dont les fommets terminés en pointes, laiffent au milieu fous la partie circulaire un autre trian-gle ifofcele. Ces deux pans de vitres font iéparés par un meneau de pierre qui fert de fupport à la partie circulaire ; or dans les anciennes fenêtres où j’ai mis des vitres neuves, la partie circulaire étoit avant la démolition des anciennes vitres, remplie de panneaux de verre, retenus par des traverses & des montants de fer, d’un verre ' fort épais , recouvert d’une grofliere gri-faille dont les lacis (a) au Ample trait étoient rehauffés de jaune. Au pourtour de cette partie circulaire régnoit une frife de verres de différentes couleurs, coupés en lozan-ges, dans le goût de la première maniéré
- ( a ) Lacis eft le nom qu’on donne à ces ouvrages de fil ou de foie faits en forme de filets » ou de réfeuil, dont les brins font entrelalfés les uns dans les autres. C’eft de-là vraifemblablement qu’ont pris le nom de Lacis, en fait d’Architeéture, ces ornements compofés de lif-îels 8c de fleurons liés les uns avec les autres en différents fens, de maniéré que le même liflel palfe quelquefois par def-fus 8c quelquefois pardeffous celui qu’il lie. Les Vitriers pour exprimer cette forte d’affemblage fe fervent du mot entrelas 8c l’art de faire exaêtement circuler ces liftels, fans palier deux fois du même fens fur ceux qui leur répondent, fait encore à préfent, en bien des Villes de France, le fujet du chef-d’œuvre qu’ils propofent aux Afpirants à la Maîtrife. Ces entrelas entrent auffi, quoique plus rarement que par le palfé, dans la fcience des Jardiniers our les compartiments des parterres ; dans celle des culpteurs 8c des Serruriers, pour remplir les appuis evidés des tribunes ou des balcons. Les Tapiffiers 8c les Tailleurs les pratiquent auffi quelquefois avec beaucoup d’intelligence pour la conduite du galon qu’ils emploient.
- de la Peinture fur verre , dont nous avons parlé ci-devant, ainfl que les triangles des rempliflages au deffus, au-deffous & aux côtés de la partie circulaire. On y retrouva, comme il en fubfifte encore dans plufleurs autres fenêtres de cette vafte Eglife, beaucoup de veftiges des plus anciennes vitres , qui provenoient fans doute de la démolition des anciennes BaAliaues dont elle a pris la place. La même frife de la largeur de 12 à 11 pouces qui régnoit dans la partie circulaire au-deffus defdits pans ou colonnes, y entouroit de grandes figures coloflales qui portoient au moins dix-huit pieds de haut, repréfentant des Evêques coëffés de leurs bonnets en pointes, ou mitres, tenant entre leurs mains des bâtons paftoraux terminés par un Ample bouton , au lieu d’une courbe comme les crofi fes d’à-préfent ; le tout d’une maniéré très-grofliere ôt au premier trait. Leurs draperies de verre coloré en blanc , n’étoient relevées que par une efpece de galon ou de frange de couleur d’or. Ces vitres, les plus anciennes de celles qui avoient été faites pour la nouvelle Eglife, datoient au plus tard de 1182, temps où le chœur fut fini & fon principal autel confacré par Henri, Légat du Pape Alexandre III9 22 ans après le commencement de fa conftruc-tion, par Maurice de Sully fon Evêque.
- Enfin, on trouve encore dans un grand nombre d’Eglifes de notre France, qui datent du 12e. fiecle y des vitreaux en verre de couleur , qui ne font qu’un tiftfu de différents compartiments de ce verre, dont le fond eft le plus ordinairement rouge ,* verre fi commun dans ce temps , & maintenant A rare , que ce n’eft à proprement parler que par le défaut où nous fommes de ce beau verre rouge, qu’on pourroit regarder la Peinture fur verre , comme un fecret perdu pour notre Aecle.
- Teint, sur Verre. I. Parc. G
- Verre rou* ge fort commun dans Ig 1 z£. fiecle.
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- L’ART DE LA PEINTURE
- CHAPITRE IX.
- Etat de la Peinture fur verre au NSI. ficelé.
- Goût des vitres peintes , accru dans le 13e. fiecle.
- î j E goût des vitres peintes dans les Eglifes augmenta beaucoup pendant le 13e. fiecle. Leur traitement fe développa de plus en plus ; elles devinrent d’un ufage fi fréquent dans les diverfes contrées de l’Europe, ôt fur-tout dans notre France, que M. l’Abbé Lebœuf comptoit en 1754, dans la feule étendue du Diocefe de Paris , plus de quarante Eglifes de Collégiales, Monafteres ôc Paroiffes , même de Villages, où il refte encore des vitres de ce temps , fans y comprendre celles où l’on avoit remplacé ces vitres peintes par des vitres blanches ( a ). .
- On vit paroître dans ce fiecle fur les vitres beaucoup de fujets tirés de l’ancien ôt du nouveau Teftament, ou des adtes du Saint Patron du lieu , d’un goût conforme à la maniéré de defïiner de ce temps-là, d’abord au fimple trait ôc fans ombre , comme dans le fiecle précédent. On effaya enfuite d’y former quelques hachures , qui, en épargnant le fond du verre , donnèrent plus de relief aux draperies.
- Ces vitres étoient ordinairement retenues dans des vitreaux de fer d’une feule ôt même forme , ou féparés en plufieurs parties par des meneaux de pierre. Ces tableaux dont la figure ôt la fuperficie étoient fou-vent différentes dans les mêmes vitreaux , rondes ou ovales, pofées en lozanges ou coupées à pans , étoient quant à la partie hiftorique , appliqués fur un fond de vitres compofées de pièces de rapport de toutes couleurs , d’un defïin varié ôt d un affez bel effet , qui par l’ordre Ôt la difpofition des pièces ôt par le mélange heureux Ôt bien entendu de ces couleurs brillantes , formoient une mofaïque tranfparente très-gracieufe à la vue. L’exa&e fymmétrie qui régné dans cet affemblage, cette corref-pondance ôt ce jeu des parties donnent au corps de l’ouvrage cet enfemble qui féduit le fpeôlateur, plus arrêté par le charmant effet de ces fonds que par les tableaux grofliers qu’ils entourent.
- Tel"
- vitres ^
- en France, poftérieures à celles qi Suger y fit faire ; celles des deux rofes
- Sujets qu’on repréfentoit.
- Forme de ces vitres.
- Charmant effet des fonds dont les tableaux grofliers étoient entourés.
- Monuments de Peinture fur verre de ce fiecle à S. Der.ys Ôt ad* leurs.
- [a) Hift. du diCcefe de Paris déjà citée.
- latérales de l’Eglife de Paris, celles de la Chapelle de l’infirmerie de l’Abbaye de S. Viêtor de cette Ville, ôc furtout les vitres toujours admirables de la Sainte Chapelle à Paris. Elles font bien dignes de la magnificence de S. Louis, qui mit toute fa complaifance à orner un édifice qu’il avoit fait conftruire pour y dépofer les précieux relies des inftruments qui avoient fer-vis à la Paffion du Roi des Rois ; inftruments dont le recouvrement avoit fait l’objet de fes défirs les plus ardents.
- Non content de n’avoir rien épargné pour rendre ces vitres d’un magnifique éclat, ce pieux Monarque voulut pourvoir encore à leur entretien dans la poftérité la plus reculée. Nous lifons dans l’Aciede fa fécondé fondation du mois d’Août 1248 , qu’il voulut que les offrandes que les Chapelains recevroient au faint Sacrifice de l’Autel ferviffent à l’entretien de ces vitres, ôc que dans le cas où elles ne fuffiroient pas , le furplus feroit prélevé fur fon tréfor royal ou fur celui de fes fucceffeurs, dont le dépôt étoit dans le Temple, jufqu’à ce qu’il en fût par lui ou par eux autrement ordonné (a).
- Les intentions de ce faint Roi furent exactement fuivies par fes fucceffeurs. L’un d’eux ayant fait don des Régales à la Sainte Chapelle ( b ), Charles VIII. ( c ), en def-
- (a) a |De prœd'iÜïs obventionïbus & oblationibus ( qua M fiunt inmijfisad manu s facerdotum )j Verrerias ejufdera " Capellæ refici 8c reparari volumus, quotiens opus fuerit » & in bono ftatu fervari.,. Si quid ver0 defeesrit y volumus 35 & prœcipimus ut illud quod deerit do prtsdiblis obventio— v> nibus aut oblationibus ad pradicla complenda ( fcilicet d& » Verreriarum refeblione & reparatione ) percipiatur de de-33 nariis nofiris &fuccejforum nofiromm Parifiis apud Tem-» plum, quoufque Juperhoc aliter duxerîmus ordinandum oi. Hift. de la Ville de Paris par Dora Félibien , Par. i7i<.
- (b) Lettr. Pat. de Charles VII. du 19 Mars 1452.
- (c) Charles VIII s’exprime ainfi dans fa Charte du 4 Décembre 1483. « Pour plufieurs grandes confidéra-33 tions ôc mefmement que nous fommes tenus, foutenir 33 8c entretenir le fervice divin oc autres néceffités 8c char-» ges de ladite Sainte Chapelle, nous avons donné 8c oc-•> troyé, donnons 8c oétroyons., de grâce efpéciale, tous » 8c chacuns les fruits 8c prouffits, revenus 8c émoluments 33 quelconques, venus ôc échus depuis notre avènement 33 à la couronne , venants 8c iftants, ou qui viendront 8c ssefehéeront des Régales ôc droits d’icelles , qui nous 33 appartiennent 8c pourront compéter, appartenir 8c » écheoir en quelque maniéré que ce foit, de 8c en tou-3> tes 8c chacune les Eglifes , tant métropolitaines que 33 cathédrales de notre Royaume, ôc en ôc par-tout icelui si notre Royaume ou Seigneurie où lefdites Régales ont 3i lieu , ôc à caufe d’icelles ôc les droits d’icelles ; 8c les » avoir ôc prendre dorefnavant notre vie durant, à quel-» que valeur 8c eftimation qu’ils fe pourront monter, pat
- Vitres de la Ste. Chapelle à Paris.
- Entretien defd. vitres affuré par St. Louis 8c fes fucceifeurs,
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- SUR FER
- tina une partie notamment à foutenïr & entretenir fes voiries (a) ; ôc jufqu’au milieu du 17e. fiecle le revenu des Régales a fervi à l’entretien de cette augufte Bafliique {b}.
- Vitres co- L’amour de la lîmplicité ôc de la pau-b°lanc. en vreté qui régnoit dans les premiers Monaf teres de l’Ordre de Cîteaux, avoit occa-fionné dans cette Religion des défenfes portées par les ftatuts ôc réglements des Chapitres généraux, d’employer d’autres vitres que des vitres blanches : Paître a alba tantum fiant ( c ). Or ces vitres blanches ne doivent pas s’entendre à la lettre d’un verre nud fans teinture ni Couverte ; car ce dernier ufage n’a pris naiflance que vers le commencement du 14e. fiecle. La plupart des vitres qu’on appelle ici vitres blanches, étoient teintes ou couvertes d’un blanc un peu opaque ; telles que celles qui éclairent encore a&uellement beaucoup d’Eglifes des Monafleres de Bernardins, lefquelles font ornées de compartiments. On avoit vu des exemples de ces vitres blanches dès le fiecle précédent : telles étoient celles qui fubfif-toient encore en 1741 , dans les grandes parties circulaires des hauts vitreaux du chœur au midi de l’Eglife cathédrale de Paris. 0
- „ les mains du Receveur général d’icelles, tout ainfi qu’ils „ ont fait du vivant de notredit Seigneur & pere , pour si les convertir ôc employer, la moitié' à la confervation Ôc » entretenement dudit fervice divin en ladite Sainte Cha-93 pelle ; l’autre moitié en ornements d’Eglife ôc en linge 93 pour ledit Service divin, & à foutenir & entretenir les 93 voiries de lad. Ste. Chapelle ôc autres réparations d’icelle ; » lefquelles réparations, néceffités ôc autres charges delfuf-a> dites nous convenons autrement de fournir de nos » propres deniers... Si donnons en mandement par ces »» Préfentes à nos amés ôc féaux Gens de nos Comptes ôc *3 Tréforiersà Paris, que lefdits Tréforier ôc Chanoines »3 de la Sainte Chapelle ils falfent, fouffrent ôc laiffent jouir » ôc ufer paifiblement de notredit don ôc oétroi , fans leur »• y faire mettre, ni fouffrir être fait ,mis ÔC donné,aucun 33 deftourbier ou empefehement au contraire. ,,
- (a) Nom que l’on donnoit pour lors à ce que St. Louis appelloit verraria, à préfent un vitreau ou forme de vitres.
- (b) On voit dans le tom. XI. des Mémoires du Clergé , que dès le régné de François I, on contefta à la Sainte Chapelle fon don de Régale, ôc plus vivement encore , fous Henri II ôc Charles IX. Celui-ci lui en fit un nouveau don en 15 65, dans lequel elle fut encore dans la fuite tant ôc fi fouvent troublée, que Louis XIII , en 1^41, prit le parti de le révoquer. Louis XIV en dédommagement unit à la Sainte Chapelle l’abbaye de Saint Nicaife.
- (c) Capit, Gener, Cijierc. diftinffî, 1, cap, 50»
- R E. I. Partie. 27
- D’autres fondateurs moins détachés ou Vitres con-plus magnifiques dans la décoration des dTtri-temples dédiés au culte de l’Etre luprô- failles* me , introduifirent dans l’aflemblage de ces vitres blanches des fleurons de verre de couleurs. La grande Chapelle de la Sainte Vierge fous le cloître de l’Abbaye de S. Germain-des-prés à Paris , ôc l’Eglife du College de Cluni en la même ville, en font ornées : on voit, de femblables vitres qui fe font bien confervées dans la Cathédrale aux fenêtres de quelques Chapelles au nord ôc au levant, dans l’enceinte du chœur ; on en voit aiifîi dans un grand nombre d’Eglifes de notre France , dont la conf-trudion date du 13e. fiecle.
- Ces vitres font ordinairement connues Bel effet.d* fous le nom de grifailies ; les lacis qui en cesP^nmres' forment les compartiments, tout gothiques qu’ils font , les fleurons de verre rouge ou bleu autour defquels iis ferpentent ôc fe croifent, préfentent à la vue un afpedfé-duifant qui frappe Ôc éblouit en quelque façon , ôc reffemble , fur-tout dans les fleurons de verre rouge , à un grand feu , au milieu du gris, du jaune 6c du noir qui les entourent.
- Dans d’autres, ces mêmes lacis ferpen-tent autour d’autres pièces d’un fond blanc , fur lequel parodient comme brodés en or toutes fortes d’ornements au Ample trait , peints en jaune, comme des fleurs, des fruits ôc des animaux. L’exa&e circulation de ces lacis eft marquée d’un côté par un trait noir, ôc recuit fur le verre qu’ils bordent , de l’autre par le plomb qui joint enfem-ble les pièces de verre.
- Ces ouvrages d’un grand détail exigeoient Attention de la part du Peintre Vitrier un foin des dolent d^îa mieux entendus ôc des plus exaêts pour en partdel’Ar-. marier ôc détacher alternativement les cou- tifo. leurs ôc les ornements , avec d’autant plus de délicatefTe ôc de patience, que l’Artifte cherchoit à rendre ces lacis plus fpirituels ÔC plus gracieux ( a ).
- (a) Voyez les antiquités de Paris par Sauvai, édit, de 172,4 > tom. x. Uv, 4. $•
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- E A RT DE LA PEINTURE
- Etat de la Peinture en général à la fin du 13e fiecle.
- 1
- Progrès de la peinture fur verre au
- 14,
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- CHAPITRE X.
- Etat de la Peinture fur verre au XIVe. Jîecle.
- L es commencements de chaque fiecle fe font toujours reffentis ou de la barbarie de celui qui le précédoit , ou du degré de perfection que les Arts Ôc les Sciences y avoient acquis 3 jufqu’à ce que des révolutions plus ou moins heureufes y euf-fent apporté des changements en mieux ou en pis.
- Le 13 e. fiecle vers fon milieu , éprouva une de ces révolutions ; Florence avoit produit un Cimabué, ôc ce Peintre avoit formé quelques éleves. Le goût de la Peinture , prefqu’oubiié dans l’Italie depuis un très - longtemps, parut y reffufciter ; & la Peinture fur verre ii familière aux François ht de nouveaux progrès. Les Allemands, à qui fans doute on doit, comme nous Pavons dit, Pexeellence dans la pratique de PArt de la Verrerie, s’appliquèrent de plus en plus à perfectionner leurs manufactures de verre coloré : les Flamands leurs voifins les imitèrent, ôc les François qui tiroient des uns ôc des autres ce qui leur manquoit dans Part de colorer le verre, s’efforcèrent de les furpaffer par une correâion de deflin ôc d’exécution plus délicate. Mais combien l’art de peindre étoit-ii encore éloigné de ces prodiges , qui ne fe montrèrent qu’a-près deux fiecles de culture ! On arrangea mieux à la vérité les figures d’un tableau ; mais l’art de les difpofer fuivant les réglés de la compofition n’étoit pas encore retrouvé. Ces deux fiecles, dit M. l’Abbé Dubos, donnèrent quelques Peintres illustres , mais n’en formèrent point d’excellents.
- Cependant les détails trop minutieux de la Peinture fur verre des deux fiecles précédents fe traitèrent plus en grand dans le 14e ; on quitta l’ufage des panneaux chargés de petites figures fur ces fonds brillants de pièces de rapport, connus des Peintres Vitriers fous le nom de mofaïque , à caufe de leur reffemblance avec cette maniéré de peindre des Anciens. Onleurfubf-titua des figures coloffales de Saints , fou-tenues fur des pied’eftaux en forme de baluftre, ôc couronnées par des efpeces de pyramides du goût de l’Archite&ure gothique de ces temps. Les fonds fur leîquels ces figures paroiffoient appliquées, étoient ordinairement dans chaque pan ou colonne
- de vitres qu’elles rempliffoient, de verre d’une feule couleur, qui s’y foutenoit depuis le haut jufqu’en bas, Lorfque ces pans ou colonnes fe trouvoient un peu plus étendus en largeur que n’eût demandé la proportion des figures qu’on fe prôpofoit d’y peindre , on y fuppléoit par une frife de verre peint détachée du corps de l’ouvrage , ôc qui en formoit le contour. Ces frifes fi grof-fieres pendant les fiecles précédents, devinrent vers le milieu du iqf. plus gra-cieufes dans leurs ornements , fans fortir encore du goût gothique : on vit fuccéder à ces lifteaux en forme.de bâtons rompus quoiqu’affez induftrieufement entrelacés, des rinceaux ôc des fleurons en pièces de rapport. On commença à tâter l’art du clair-obfcur, des ombres ôc du reflet dans ces ornements, comme dafts les membres ôc les draperies des figures, qui auparavant n’avoient été peintes qu’au premier trait, ôc enfuite relevées par quelques hachures.
- On peignit mieux à mefure que l’art du deflin fe développa : telles font, quant aux figures, les vitres peintes de l’Fglife de S. Severin à Paris , ôc quant aux frifes, celles qui régnent autour des plus hautes fenêtres du chœur de la Cathédrale , fur-tout du côté du nord, dans lefquelles on diftingue des rinceaux avec leurs fleurons merveilleufe-ment lacés , d’un travail très-affujetti ôc d’une belle union , où les ombres ôc les reflets font déjà employés avec un fuccès qui peut les mettre au rang des plus belles de ce temps là.
- Les amortiffements des grandes fenêtres , dans leur partie-cintrée , qui auparavant n’étoient remplis que de verre nud de différentes couleurs , fans autre ordre que celui des vuides que formoit l’ordonnance de la pierre, commencèrent à être ornés de têtes de Chérubins , ou de corps ailés de Séraphins, ou de fleurons d’une certaine étendue.
- On vit s’accroître de jour en jour l’ufa-ge de repréfenter aux pieds de ces figures de Saints dont nous venons de parler , les portraits des fondateurs des Eglifes ou des donateurs de ces vitreaux : on y voit aufli leurs armoiries. Les vitreaux du fan&uaire de 1 Eglife de St, Severin, font, fuivant la
- remarque
- L’Art du clair obfcur commença à s’y faire ien-tir»
- L’ufage de peindre les portraits ôc les armoiries des fondateurs des Eglifes ÔC des donateurs des vitreaux s’accrédite pendant ce fiecle.
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- La Peinture fur verre en France eft la manierede peindre la plus ufitée pendant le il4e* fiecle.
- SUR VERRE. I. Partie. 29
- remarque de M. l’Abbé Lebœuf ( a ) , les plus anciennes de cette Ville où Ton ap-perçoive des armoiries de famille ; elles datent du régné de Charles VI. ( b ).
- On voit auffi dans la Cathédrale de Straf bourg , dont l’édifice ne fut fini qu’en 1 305, une grande quantité de vitres peintes du 13e. au 14e. fiecle, dont une partie entr’au-très repréfente au naturel les portraits de Pépin, de Charlemagne , de Charles Junior , Roi d’Allemagne ôc de la France occidentale , de Louis le Débonnaire, de Lothaire, de Louis fon fils , fondateur de l’Evêché de Bamberg, de deux Henris, dont un qualifié Rex ; de Philippe, fils de Frédéric BarberoufTe ôc. frere de Henri VI.
- Si le zele de nos Rois pour détruire l’ignorance dans laquelle leurs fujets cirou-piffoient encore dans les 12e. Ôc i^e. fie-clés , les porta à étendre jufques fur les Laïcs qui feroient quelques progrès dans la leêture , les privilèges qu’ils n’avoient précédemment accordés qu’aux Clercs , quelle protection ne méritèrent pas de leur part ceux qui s’adonnèrent à Part de peindre ! Or , la Peinture fur verre étoit la maniéré de peindre la plus pratiquée dans le 14e. fiecle. « L’attention bienfaifante des Souverains , l’admiration des contemporains pour les Arts , dit M. l’Abbé Dubos ( c ), excitent les Artiftes à une grande application par l’émulation ôc l’amour de la ré~ compenfe. Si ces deux caufes morales de* viennent ordinairement pour eux une 00 cafion de perfe&ionner leur génie , elles
- (a) Kift. du Diocefe de Paris, ôcc.
- (b) Il y en a cependant de plus anciennes dont la connoiflance peut avoir échappé à M. l’Abbé Lebœuf ; tels font en 1 Eglife cathédrale , dans la chapelle de Saint Jçan-Baptifte , placée entre celles de Gondi 8c de Vintimille , des panneaux de petites jointures de vitres peintes du 13 . fiecle , repréfentant le répas d’Hérode ôc la décollation du Saint Précurfeur de J. C. On y dif-tingue à droite le Roi Philippe le Bel à genoux , ôc derrière lui l’écufion de France femé de fleurs-de-lys fans nombre , de très-petites pièces de rapport jointes en plomb ; 8c à gauche, Jeanne de Navarre qu’il époufa en ÏZ84, derrière laquelle eft l’écufTon de Navarre de la même étendue , pareillement fait en petites pièces de rapport.
- On voit encore dans l’Eglife du College Ôc Couvent royal des RR. PP. Carmes, deux éculfons au milieu d’un cartouche très-gothique , que l’on a confervés entre un très-grand nombre d’autres fiipprimés lors du renouvellement des vitres de cette Eglife , en 1750 ÔC 1751 • ils font manifeftement antérieurs à ceux de S. Severin. L’é-cuflbn que l’on a placé dans le dernier vitreau du premier chœur de ces Religieux, à droite , eft de France parfemé de fleurs-de-lys d’or fans nombre; il peut être attribué à Charles IV, dit le Bel , au pere duquel ces Religieux doivent leur établifiement dans la rue de la Montagne Sainte Genevieve : celui qui eft à gauche, op-pofé au précédent, parti de France ôc de Bourgogne, qui eft femé de France, coticé de Bourgogne, com-pofé d’argent ôc de gueule, doit être attribué fans crainte d’erreur à Blanche de Bourgogne fa première femme , dignement remplacée dans un y, mariage par Jeanne dEvreux, qui en 1349 combla cette Eglife des plus magnifiques préfents ; fes armoiries pouvoient être également parmi celles qui ont été fupprimées , antérieures d un d,enji-fiecle au moins, au commencement du régné de Charles VI.
- ( c) Réflexions critiques fur la Poéfie ôc la Peinture.
- Peint, sur Verre. /. Part»
- leur rendent aufii le travail plus facile par les nouvelles découvertes, Ôc par le con** cours des meilleurs maîtres qui abrègent les études, ôc en aflurent le fruit. »
- G’eft ce qu’on vit arriver en France dans ce qui regarde les Arts , Ôc fur-tout par rapport à la Peinture fur verre ; les trois Monarques qui en occupèrent le Trône depuis le milieu du 14e. fiecle jufques fort avant dans le 15e, fentirent qu’un Artifte fans crédit, qui travaille par néceflité , ou qui fe trouve dépourvu des feçours dont il auroit befoin pour le faire avec utilité, n’eft: pas propre à devenir un grand homme dans fon art 3 Ôc qu’au contraire les ré-compenfes ôc les grâces diftribuées avec équité , font d’un grand encouragement pour les Sciences Ôc pour les Arts. G’eft dans ces vues fages ôc utiles aux Etats , que Charles V. Ôc Charles VI. par privilèges donnés ôc octroyés aux Peintres Vitriers , les déclarèrent francs , quittes & exempts de toutes taille s, aides fiubfide s ,garde de porte, guet,, arriere-gutt & autres fubventions quelconques ; privilèges déjà inférés au Greffe de la Prévôté de Paris le 12 Août 13.90 , dans lefquels Charles Vil. les confirma, à la /application de Henri Me Hein, Peintre Vitrier à Bourges, dans fa perfonne & dans celles de tous autres de fa condition , tant dans la-dite ville de Bourges qu autres lieux de fon Royaume ( a ).
- Les diftinétions qui méritèrent à ces Artiftes les regards de leurs Souverains ôc l’eftime de leurs concitoyens, appelèrent les Chimiftes les plus expérimentés au fe-cours des Peintres Vitriers : les uns Ôc les autres de concert donnèrent une application finguliere à la coloration du verre , ôc la rendirent plus fimple , moins difpendieufe
- ôc d3 une plus prompte exécution.
- La Flandre poffédoit vers la fin du 14e. fiecle une famille née pour i’accroîflement de l’Art de peindre, Ôc qu’elle a toujours regardée comme les premiers Maîtres de l’Ecole Flamande. Hubert ôc Jean Van-
- (cl) Les Lettres-Patentes que Charles VIL accorda dans fa Ville de Chinon le 3 Janvier 1430 , aux Peintres Vitriers, à la requête de Henri JVlellein, Peintre fut verre à Bourges, confirmées par autres de Henri II données à Saint-Germain-en-Laye le 6 Juillet 153y, ôc de Charles IX données à Melun au mois de Septembre 1563 , ôc les différentes Sentences rendues en différentes Eleétions du Royaume fur 1 tVïdimus d’icelles, pour faire jouir les Peintres Vitriers des privilèges à eux ac-* cordés par nos Rois , nous ont été confervés dans la Collection des Statuts , Ordonnances ôc Réglements de la Communauté des Maîtres de l’Art de Peinture, Sculpture ôc Gravure de la ville ôc fauxbourgs de Paris, im^ primée avec permilfion à Paris chez Bouillerot, 1671, Nous les joindrons à la fuite de cette première Partie , pour fervir à la poftérité de monument en l’honneur d’un Art qu’elle pourra voir revivre au milieu d’elle, fi l’application des Artiftes, les demandes des particu-f liers , ôc ce qui eft au-deflus de tout cela, la protection des Souverains , fe rendent par la fuite favorables à cet Art , prefque totalement abandonné de ngf jours.
- H
- Privilèges accordés par nos Rois aux Peintres Yi*? trierç,
- Les Chi-» milles viennent à leur fecours»
- Jean de Bruges Peintre Flamand Ôc habile çhi-mifte , inventeur d§§ émaux,
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- Avantages que la Peinture fur verre retire de cette découverte,
- 30 L’ART DE LA
- Eyck , natifs de Mafeyk fur la Meufe , acquéroient dans le pays de Liege une réputation de fupériorité dans cet Art, que leur fœur Marguerite voulut partager avec eux. Le cadet plus connu fous le nom de Jean de Bruges , à caufe du long féjour qu’il fit dans cette Ville , joignoit à l’Art de peindre, un goût décidé pour les Sciences , ôc en particulier pour la Chimie : inventeur de la Peinture à l’huile, il avoit fu la fubftituer à l’eau d’œuf ou à la colle. On allure ( a ) qu’il trouva aufli le fecret de diminuer dans la Peinture fur verre la dépenfe qu’entraînoit l’emploi du verre coloré, fondu tel dans toute fa malle, par l’invention des émaux ou couleurs métalliques vitrifiables. Il les broyoit ôc délayoit à l’eau de gomme, Ôc les couchoit de l’épailfeur d’une ou deux feuilles de papier fur la face d’une table de verre blanc. Elles étoient propres à fe parfondre par la recuilfon au fourneau , après laquelle cette furface paroilToit aulfi lice & aufli tranfparente que dans ces verres de toutes couleurs , fondus tels aux Verreries dans toute leur mafle ( b ).
- Ces tables de verre ainfl colorées fournirent à notre Art des moyens inconnus jufqu’alors d’en enrichir ôc d’en hâter l’exécution. Les draperies des figures devinrent plus riches lorfqu’on s’avifa de graver tous les ornements néceflaires avec l’émeri ôc l’eau, qui rongeoit la couleur Ôc découvroit le fond blanc du verre. kOn formoit une broderie par le moyen d’une nouvelle couverte d’or ou d’argent qu’on y appliquoit fuivant le coloris arrêté fur les cartons , compofée elle - même de ces nouveaux émaux. Alors les fleurs - de-
- PEINTURE
- les différents quartiers fe développèrent fur autant de morceaux de verre de la couleur de leurs champs : on y grava les pièces cara&ériftiques du blafon, on les recouvrit des émaux qui leur convenoient , couchés comme nous l’avons dit fur le revers de la gravure, où l’on avoit découvert le blanc du verre, de peur qu’à la recuiflon qu’il falloit en faire, les couleurs ne vinffent à fe mêler ôc à fe confondre.
- Tel fut entr’autres l’avantage de la découverte de ces émaux, faite par Jean de Bruges, qui par les belles qualités de fon efprit ôc l’emploi qu’il en fit, mérita fin-guliérement l’eftime de Philippe le Bon,
- Duc de Bourgogne, auprès duquel il parvint à un fi haut degré de confidération , qu’il l’admit au rang de fes Confeillers privés.
- Déjà Charles V avoit fignalé fon incli- Vitres pein-nation particulière pour la Teinture lur grancj nom-verre par la quantité d’ouvrages de ce bre dans les genre qu’il avoit fait faire. Outre les fix <^3^ y s grands vitreaux dont il avoit décoré en Roi de Fran-1360, fon Eglife favorite des Céleftins à ce*
- Paris, Ôc qui furent brifés 178 ans après, lors de l’explofion occafionnée par la chute du tonnerre fur la Tour de Billy remplie de poudre à canon , Sauvai nous apprend que toutes les fenêtres des chapelles ÔC appartements de fes maifons Royales au Louvre ôc en l’hôtel de S. Pol, étoient remplies de vitres peintes aufli hautes en couleurs que celles de la Sainte Chapelle , pleines d’images de Saints ôc Saintes, fur-montées d’une efpece de dais , Ôc aflifes dans une efpece de trône , le tout d’après les deflins de Jean de S. Romain, fameux
- lys de l’écu de France , réduites à trois par Charles V, qui étoient inférées ôc en-caftrées avec le plomb dans un carreau de verre bleu fondu tel dans toute fa mafle , percé à l’endroit des fleurs-de-lys , Ôc rempli de ces trois fleurs-de-lys de verre jaune avec autant de foin ôc de rifque que de perte de temps ; ces trois fleurs-de-lys, dis-je, fe montrèrent fur un champ d’azur d’un feul morceau , fur la furface duquel elles furent creufées ôc recouvertes d’un émail de couleur d’or, fur le revers du fond blanc que l’émeri avoit découvert. Dans d’autres écuflons les plus chargés de pièces de blafon, dont l’aflemblage avoit auparavant employé un temps confidérable à caufe de la multiplicité des pièces de rapport qui entroient dans leur exécution ,
- (æ) Voyez le Livre intitule' : Remarques favantes & curieufes de M***. Paris, 1698 , chez Langlois, p. 81.
- (10 On ne doit cependant attribuer à Jean de Bruges que l’invention des émaux autres que le rouge;car comme nous le verrons à la fin du Ch. II de notre leçonde Partie, le verre rouge employé dans les plus anciennes vitres peintes étoit en plus grande partie enduit d’un émail rouge, couché St parfondu fur un fond de verre blanc,
- Sculpteur de ce temps, que ce Monarque employoit par préférence pour la décoration de fes Palais. C’efl: encore de Sauvai que nous apprenons , qu’outre ces images , quelques-unes des vitres des appartements du Roi, de la Reine, des Enfants de France ôc des Princes du fang royal,étoientréhauflées des armoiries de la perfonne diftinguée qui les occupoit, ôc que chacun de ces panneaux Prix des coûtoit vingt-deux fols (a). Peinture^r
- Ce goût des Souverains ôc des plus puif- verre fous ce
- Monarque,
- (æ) Il eft impoffible d apprécier au jufte la valeur du pied de verre peint de ia pouces de fuperficie, par rapport a ces vitres peintes dont parle Sauvai, qui n’en donne point de mefure fixe ; il dit feulement ( tom. a. p, 20 de fes Antiquités de Paris, édit, de 1724), que les croifées des appartements du Louvre, où le Roi Io-geoit avec toute la famille royale, étoient très-petites. Quant au prix de chaque panneau qu’il fait monter à 22 fols ; en reduifant notre livre de 20 fols à io liv* 7 fols ou environ, ôc le fol à 10 fols 4 deniers , chaque panneau reviendroità u liv. 8 deniers de notre argent. Ainli ces ouvrages étoient à un très-bon compte dans un temps où l’argent étoit très-rare, l’afFoiblilfe-ment des monnoies très-commun , leur valeur numéraire fort augmentée , le peuple très-pauvre ôc le Roi fort économe , il l’on en croit l’Auteur de ÏEJfai fur l'Hijloire générale, ôte, *
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- SUR VERRE. I. Partie. -31
- fants Seigneurs de faire peindre leurs armoiries fur les vitres des Chapelles de leurs Palais ôc des Eglifes quils faifoient con-flruire dans l’étendue de leurs domaines , n’étoit pas une nouveauté de ce fiecle. On en voit des monuments dès le 13e. ( a)\ les armoiries , par exemple, de Bernard d’Abbeville joe. Evêque d’Amiens, qui veilla fur la conftruêlion de la magnifique Eglife cathédrale de cette capitale de la Picardie, fe voient encore dans le principal vitreau au-defius du maître autel de cette Eglife , achevée en 1269 : on les y diftingue blafon-nées d’argent aux trois écuflbns de gueule. Et M. l’Abbé Lebceufpour prouver que l’Eglife aêtuelle de Saint Denys n’eft pas celle qui fut finie par l’Abbé Suger, mais celle à laquelle l’Abbé Matthieu de Vendôme mit la derniere main en 1261, fe fert des armoiries accollées de France ôc de Caftiile peintes fui les vitreaux du chœur Ôc de la croifée , qu’il regarde comme des témoignages authentiques des pieufes libéralités du Roi Saint Louis ôc de la Reine Blan-
- che , qui avoient le plus contribué à la perfe&ion de cette augufte Bafilique.
- L’ufage de peindre , fur-tout fur les vitres des Eglifes, les armoiries de leurs fondateurs ou des donateurs de ces vitres , s’étendit pendant le 14e. fiecle, Ôc s’accrut beaucoup pendant les fuivants. De quelque motif qu’il procédé ( ce qu’il ne me convient pas d’examiner ici ), il fera toujours vrai de dire que nous lui fommes redevables des connoififances pratiques qui nous relient de la Peinture fur verre ; car les armoiries font prefque le feul objet fur lequel trois ou quatre Peintres Vitriers dans toute l’étendue de la France peuvent encore de nos jours exercer leur talent. C’eft de là je penfe que dans plufieurs villes principales du Royaume , fur-tout à Lyon , les Vitriers feuls font dans l’ufage, au décès des notables ôc même des fimples bourgeois , de peindre en détrempe fur le papier ou fur la carte, leurs armoiries ou chiffres pour être appofées fur des litres de velours noir.
- L’ufage de peindre les armoiries des fondateurs ou des donateurs fur les vitres des Eglifes » a feul perpétué parmi nous les connoif-fances pratiques de la Peinture fus verre»
- CHAPITRE XI.
- Etat de la Peinture fur verre au XVe. Jiecle.
- Etat de la Peinture fur verre au commencement du ijc. fiecle.
- Application des Peintres fur verre à bien finir les têtes.
- Lj Es Peintres fur verre de la fin du 14e. Ôc du commencement du ije. fiecles, ad-mettoient rarement dans chaque pan de leurs vitreaux plus d’une figure , à moins qu’ils ne fuffent dans le cas, fuivant l’ufage de ce temps , d’y introduire quelque fymbole propre à caraêtérifer le Saint ou la Sainte qu’ils s’étoient propofé de repréfenter : à l’image d’un faint Martyr ils joignoient quelquefois la repréfentation de l’inflrument qui avoit le plus contribué à fon fupplice ; à Saint Paul, par exemple , ils donnoient un glaive, pour fignifier qu’il avoit eu la tête tranchée ; des pierres fur la tête de Saint Etienne, ou dans le devant de fa dalmati-que ; un gril à S. Laurent. Ils ne repré-fentoient point Ste. Marguerite, S. Marcel ou S. Romain , fans un Dragon auprès d’eux ; ils donnoient une Biche à S. Leu, un Porc à S. Antoine , ôcc. ôte. ôte.
- Le principal favoir des Peintres ou Def-finateurs de ce temps, confiftoit dans la fubtilité ou délicatelfe des traits : leur attention principale étoit de bien former juf-qu’au moindre cheveu. On ne peut voir fans admiration dans la çlafTe de Théologie
- (h) Nous avons déjà eu occafion dans une note de ce Chapitre, d’en rapporter des exemples pour Paris,
- du College royal de Navarre , fur-tout vers la gauche , des vitres peintes du 14 au 1 je. fiecle 9 dont les têtes entr’autres font d’un grand fini: les fonds fur lefquels les figures font appliquées , repréfentent des efpeces de tapis gauffrés des couleurs les plus vives , ornés de franges d’or. Les expreflîons des vertus Théologales qui y font perfonifiées , H<2 font pas fans mérite.
- Ce n’eft pas qu’on n’ait commencé dès ce fiecle à voir des vitreaux hiftoriés ; mais ils fe fentent de toute la barbarie d’une compofition fans ordre comme fans élégance. Telles font dans l’Eglife royale ôc paroifliale de Saint Paul à Paris, les vitres que Louis Duc d’Orléans , frere de Charles VI, fit faire Ôc peindre avec fes armoiries dans cette Eglife > a en laquelle il prit le facrement de Baptême auprès des fonts de ladite Eglife ( a ). »
- Le goût gothique fe foutint encore vers Le goût le milieu du i je. fiecle : on peut le remar- gotk.lc1ue quer dans les autres vitres de cette Egiiie core au mi-ôc dans laconftru&ion même de fon édifice, |îe“ de CQ fini par les foins de Charles VII, après iec
- (a) Voy. le Teftament de ce Prince dans la Vie de Charles VI, par Jean Juvenal desUrfins, ae. Edit.P^r. 1653 * $•616, Imprimerie Royale.
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- PART DE LA PEINTURE
- que la ville de Paris fut reprife fur les An-glois. Ces vitres ont donné occafion à M. l'Abbé Lebœuf de faire une remarque fi curieufe que j'ai cru devoir la tranfcrire ici toute entière. « Dans la nef, dit-il (a)9 . à l'un des vitrages fitué du côté méridional , prefque vis-à-vis le pilier de la chaire du prédicateur, font quatre pans ou panneaux ; voici ce qu'ils contiennent. Au premier eft repréfenté Moyfe tenant de la main droite un glaive élevé, ôc de la gauche les tables de la loi. Au fécond eft peint un jeune homme vêtu de bleu, à cheveux blonds, tenant de la droite un fabre, & de la gauche une tête coupée ; c’eft fans doute la ligure du jeune David : dans le haut de ces deux panneaux régné cette infcription : Nous avons défendu la loi. Au 3 e. pan eft figuré un homme de moyen âge vêtu d’un habit court, fur le devant duquel eft pendue une grande croix potencée comme celle du royaume de Jérufalem ou du duché de Calabre, laquelle eft attachée à un collier en forme de chaîne : le Guerrier qui paroît être un Croifé , tient une épée de la main gauche, êt de l'autre le nom de Jefus , JHS élevé ; & en lettres d’or gothiques au deffus de fa tête eft écrit : Et moi la fou Au 4e. panneau on voit une femme dont la coëffure eft en bleu êt les habits en verd ; elle a la main droite appuyée fur un tapis orné d'une fleur-de-lys, & de cette main elle tient une épée ; de fa main gauche appuyée fur fa poitrine , elle tient quelque chofe qu'il n’eft pas facile de diftinguer ; au def-
- la>°rtpucelle *us t^te écrit : Et moi le roi. J'ai
- d’Orléans fur penfé continue notre Scrutateur des Anti-des vitres de qUités Françoifes , que ce devoit être la l’Egiiféde s! Pucelle d'Orléans. C’eft peut-être le feul Pau4 à Paris, endroit de Paris où foit repréfentée Jeanne d’Arc, qui rendit de û grands fervices à Charles VII contre les Anglois ( a ) : il y a apparence, ajoute-t-il, que ces vitrages ne furent faits que vers l'an 143 6, auquel Paris fut repris fur les mêmes Anglois : car quoique cette Eglife ait été dédiée en 1431 ou 1432, par l'Evêque de Paris de ce temps, qui tenoit pour le roi d’Angle-
- (a) Hift. de la ville de Paris & de tout le Diocefe, Far. 1754, tom.z. p. $zi.
- (b) Sans doute Meilleurs les Curés <k Mafguilliers de cette Paroifle s’emprefferont de conferver à la mémoire de Jeanne d’Arc un monument û précieux pour la nation, 8c dont il eft glorieux pour cette Eglife de fe trouver feule aétuellement en poffeffion. On auroit pu donner au chœur 8ç à la nef un jour fuffifant, fans détruire aucunes vitres peintes, en fe fervant des moyens qui feront rapportés au Chap, 18, de cette première Partie.
- terre , on a plufieurs exemples de dédicaces d’Eglifes faites avant que les édifices en fufîent entièrement achevés ».
- Ce ne fut que vers la fin du 15e. fiecle que Le goût l'on s'apperçut que le goût gothique commen- g°^l]nfen-çoit à céder la place à Tantique ; les architectes Tiblement à fur-tout s’appliquoient à faire revivre cet an- Ja fin du ij*. ciengoût, Ôt étoient curieux de le defti- ie ner ( a ) : on vit même dans ce temps quelques Artiftes fe révolte* contre les inftruc-tions de leurs Maîtres qu'ils n’eftimoient plus que comme une routine fans art, qui ne devoit pas refferrer des génies capables de produire d'eux-mêmes des inventions fin-gulieres. La perfpeCtive devint l’étude principale des meilleurs Peintres , les fîtes les plus gracieux Ôt la belle nature le fujet de leur imitation ; les Peintres Vitriers fous la conduite d’Albert Durer l’un d’eux qui venoit de donner un Traité de Per-fpe&ive , s’appliquèrent à en profiter. On vit alors, à la place de ces fonds comme gâuffrés , les figures fortir agréablement de ces niches en architecture délicatement peintes fur verre & d’un goût nouveau , quoiqu’encore chargés dans les commencements de quelques ornements qui fe ref-fentoient de la derniere maniéré. Telles font les vitres peintes du réfeCtoire de l'Abbaye royale de Saint ViCtor à Paris , qui, quoique du commencement du 16e. fiecle fe relfentent beaucoup du goût qui domi-noit fur la fin du if3 ôt celles de quelques Eglifes de la ville de Beauvais, dont la reffemblance parfaite femble annoncer , qu’elles fortent de la même main. On allure qu'elles ont été exécutées les unes ôt les autres fur les cartons d’Albert Durer. Un développement d'un meilleur goût de defiin, qui fe rapproche beaucoup de l'antique , fe yitres ^ss fait remarquer , particuliérement au bas Grands Au-côté de l'Eglife des Grands Auguftins à Paris, dans les figures peintes fur Tes vitres goûtpourroit à la hauteur de deux panneaux feulement. *frtvlrdem°-dans le pan du milieu de chaque vitreau. notre fiecle<? Ce goût pourroit être propofé comme un modèle à fuivre, fi la Peinture fur verre venoit à reprendre vigueur parmi nous.
- Avant de paffer à l’état de la Peinture fur verre dans fon meilleur temps, je veux dire dans le feizieme fiecle, nous dirons quelque chofe des Artiftes qui fe diftinguerent le plus pendant le quinzième.
- (a) Voyez laPré£ace du Cours d’Arçhite&ure de Daviler; édit. 16? i.
- CHAPITRE
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- Caufes de la difficulté de connoître les noms des Peintres fur verre des premiers fie-cles de cet Art.
- SUR VERRE. I. Partie.
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- CHAPITRE XII.
- Peintres fur Verre qui Je dijiinguereni au XVe. Jîecle.
- S’i L eft certain , comme on ne peut en douter, que nos peres cultivèrent l’Art de Peindre avec plus d’application que les autres nations, il eft aufll certain que le verre fut le fond principal fur lequel ils l’exercerent le premier ôc par préférence. On peut en juger par ces anciens monuments de Peinture fur verre du douzième ôc du treizième liecles, en les confidérant comme antérieurs de plus d’un fiecle auic efforts de Cimabué dans Florence.
- Si d’un autre côté on demande pourquoi les noms des Peintres Vitriers des premiers fiecles de cet Art ne font pas confignés dans nos faftes, je répondrai d’abord que les hommes ne font accoutumés à louer que ce qui eft plus rare ; qu’ainft les Peintres Vitriers de ces temps Ôc leurs ouvrages étant répandus avec une étendue prodigieufe, nos Hiftoriens ne s’emprefferent pas à nous con-ferver les noms de ces anciens Artiftes, qui de leur côté laiffoient à leurs defcendants le foin d’étendre leur renommée par une émulation qui les conduiroit à les furpaffer en capacité.
- Quant au peu de foin que ces anciens Artiftes prenoient de marquer leurs ouvrages de leurs noms, Dom Montfaucon nous apprend ( a ), que non-feulement l’ufage de mettre fon nom fur fes ouvrages n’étoit pas établi parmi les Artiftes de la haute antiquité, mais encore qu’il n’étoit pas libre aux Architectes de ces premiers temps de mettre le leur à leurs travaux, ôc que ceux qui les remplacèrent par la fuite , ne parurent pas fort curieux d’interrompre cet ufage.
- Je remarquerai avec Florent le Comte (b)} par rapport aux Peintres ôc Graveurs de ces temps, qu’il appelle les vieux Maîtres, quïls fe contentoient ( fi l’on en excepte Albert Durer qui mettoit fon nom, quelquefois même fon portrait, fur fes tableaux ôc fur fes eftampes ), d’appofer certains caractères ou certaines marques fur leurs productions , qu’il explique Ôc qu’il indique fort au long ; que d’autres, comme on voit dans certains ouvrages de Peinture fur verre des meilleurs temps, y mettoient feulement le chronogramme de l’année dans laquelle ils
- (a) Diarn Italici, p. 5>8.
- (b) Cabinet d’Archite&ure, tom. i.p. 160 ôc fuiv.
- Peint. sur Verre. 1. Pan•
- avoient été faits, quelquefois ôc ces marques ôc ce chiffre (a).
- Enfin la haute réputation d’habileté dans leur Art, que les Peintres fur verre du quinzième fiecle ôc du fuivant avoient ac-quife, leur paroiffoit fuffifante. Ils ne s’oc-cupoient qu’à la maintenir par de nouveaux progrès, ôc laiffoient à leurs admirateurs le foin de faire paffer leur nom à la poftérité.
- Aucun François avant Félibien n’avoit entrepris d’écrire fur la Vie Ôc les Ouvrages des meilleurs Peintres de fa nation ; encore dit-il peu de chofes ôc comme en paffant des meilleurs Peintres fur verre ; en quoi il a été imité par MM. de Piles ôc d’Argenviile.
- Les Flamands , dont la rivalité envers les François fe foutint long - temps dans l’Art de la Peinture fur verre, Ôc qui comme nous font actuellement réduits à la plus grande difette de ces Artiftes , ont été plus curieux de nous tranfmettre les noms de ceux qui s’y font le plus diftingués.
- C’eft dans J’efprit d’un grand attachement pour fon Art Ôc pour les plus célébrés de fes compatriotes, en quelque maniéré de peindre qu’ils fe foient exercés, que marchant fur les traces des Carie- Van-Mander, des Houbraeken, des Weyermans ôc des Van-Gool, M. Defcamps, Flamand d’origine , Peintre du Roi, membre de l’Académie Royale de Peinture ôc de Sculpture, ôccs Profeffeur de l’Ecole du de dm de la Capitale de Normandie, a donné à la France un livre qui lui manquoit fur la Vie des meilleurs Peintres Flamands, Allemands ôc Hol-landois ( b ).
- Dans le deffein où nous fommes, à mefure que nous examinons l’état de la Peinture fur verre dans fes différents fiecles, de faire connoître ceux qui fe font le plus diftingués dans cet Art, tant en France qu’en
- (a) On en voit un exemple remarquable dans les quatre vitreaux du bas côté droit de l’Eglife Paroilïiale de Saint Hippolyte à Paris, près l’hôtel royal des Gobelins, que le Brun ôc Mignard ne pouvoientfe lafler d’admirer pour la corre&ion du deffein ôc la beauté du coloris, toutes les fois que leur infpeétion fur les manufactures royales de tapifferies qui y font établies, les y appelloit. Ces quatre vitreaux qui portent le chronogramme 1561 > contiennent auffi dans les frifes dont ils font ornés ces lettres initiales, I. H. L. M. , M. Y. I. H., A. T. H. S. I. V., ôc d’autres qui font mutilées.
- (b) Cet Ouvrage en 4 voj. in-8°. , a paru en 17^3 » 1754, 1760 ôc 176}* à Paris chez Jomlerty rue Dauphine , Vefaint , Saillant, Pijfot ôcc. ; ÔC en 1769 H y a ajouté un Voyage pittoreîque de la Flandre ôc 4$ Brabant.
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- VA RT DE LA P E 1 NT U R.E
- pays Etrangers , nous profiterons avec em-prefîement de Fouvrage de ce ftudieux Artifte, qui n'a rien laiffé à défirer dans fon livre ," de tout ce qu'il a pu acquérir de connoiflances fur les noms Ôt les ouvrages des plus célébrés Peintres fur verre des trois nations qu'il parcourt. Nous y joindrons, relativement à ceux de notre nation, ce que nous en apprennent Sauvai, Florent le Comte, Félibien, des Mémoires particuliers, nos propres recherches. Voici ceux qui ont acquis le plus de célébrité dans le quinzième fiecle.
- „ S; Jaques Le premier ôt le plus connu dans ce
- 1 Allemand , r i 1 r r 1
- Dominicain, fiecle , linon par les ouvrages au moins Peintre fur par fon éminente piété, fut le bienheureux magne*!Aiîe* Jacques t Allemand 9 ainfi nommé parce qu'il eft né à Ulm en Allemagne. Après avoir parcouru PItalie , il entra dans l'Ordre de Saint Dominique, où il fut reçu en qualité , de Frere Convers. Il s’y appliqua fur-tout à la Peinture fur verre, dans laquelle il réufiit très-bien. L'obéiffance fut fa vertu principale. L'Hiftorien de fa vie remarque ' qu'un jour ayant commencé fa recuiffon ,
- que, fuivant les réglés de l'Art, il ne de-voit quitter qu’après fa perfe&ion, il abandonna , pour obéir à fon Prieur qui l’en-voyoit à la quête, le gouvernement de fon four, ôt qu'à fon retour il trouva fon ouvrage tel qu'aucune de fes recuiffons n'avoit eu le même fuccès. Il mourut à Boulogne le n Octobre 1491 , âgé de plus de 80 ans. Sa vie eft écrite par Jean-Antoine Flamand, ôt fe trouve dans le cinquième tome de Surius. Les fréquents miracles qui fe firent à fon tombeau, l’ont fait placer au rang des Saints de fon Ordre , & la Communauté des Maîtres Vitriers, Peintres fur verre à Paris, en célébré la Fête, comme de fécond Patron , le fécond Dimanche d'O&obre.
- Henry Meï- Les Lettres-Patentes que Charles VU. fur*'P verre accorda en 143 o à Henry Melle in, tant pour François. lui que pour ceux de fa profeflion, nous apprennent qu’il étoit Peintre Vitrier à Bourges. Il eft vraifemblable qu'il eft l'Au-Vitres de teur de ces vitres peintes qui font à l'Hôtel-ViiiT1 de '^ de-Ville de Bourges , dans lefquelles on Bourges. admire les portraits au naturel de Charles VU, à genoux, à demi nud, devant Renaud de Chartres, Archevêque de Rheims, en mémoire fans doute de ce que ce Monarque avoit été facré ôc couronné à Rheims par ce Prélat environ fix mois auparavant. On y diftingue aufli ceux des douze Pairs de France, Ôt celui de Jacques Cœur, fon Argentier (#), qui ont toujours paffé pour
- originaux* Il y a lieu de croire que ces Lettres-Patentes furent le témoignage le plus authentique de l'approbation que Charles VII. donna à cet ouvrage , confacré a la mémoire d’un événement fi glorieux aux armes des François ôc fi fatal à celles des Anglois.
- On doit mettre au nombre des Peintres Aiber^ fur verre de ce fiecle Albert Durer, regardé fur * verre généralement comme le réformateur du mau- Allemand, vais goût de la Peinture dans l’Allemagne, ôc par-tout où fes deflins, cartons ou gravures , ont annoncé l'étendue de fon génie.
- Ce Peintre naquit en 1470 à Nuremberg, dans le cercle de Franconie. Il fit de grands progrès dans la gravure fous Hupfe Martin,
- Peintre Ôt Graveur, ôt de plus grands dans la Peinture fous Michel ^W'olgemut. 11 eut par la fuite de grandes relations avec Lucas de Leyde , Peintre fur verre ôt Graveur, Hollandois (a), auprès duquel il pafia quelque temps pour fe remettre des mauvaises humeurs de fa femme, dont il ne pouvait adoucir le cara&ere. Ces deux grands hommes s'eftimerent , & une émulation digne d’exemple animoit la douceur de leur commerce. Les tableaux d’Albert Durer ainfi que fes deflins étoient en grande réputation dès le commencement du feizieme fiecle ; ôc la quantité qui s'en répandit dans l'Allemagne ôt dans l'Italie fut très - confidérable.
- Jamais Artifte ne mit au jour tant de productions. Ses gravures qui fe multiplièrent devinrent d’un grand feeours aux Peintres Vitriers, au talent defquels, à l’exemple de fon ami Lucas, il voulut s'aflocier. On voit de lui dans un temple de Luthériens dans le Comté de Marck en Veftphalie une forme de vitres repréfentant la Gêne du Seigneur.
- Il ne fe borna pas à la fimple pratique de la Peinture 5 il en laifla aufli des réglés par écrit. On a de lui des Traités fur les proportions du corps humain, fur la Géométrie , ôt fur l'ArchiteCture civile ôc militaire.
- On lui reproche trop de roideur dans le deflin. Plus de noblefle ôt de grâces dans l'expreflion, mcfins d'ignorance du coftume, auroient fait un homme unique de ce vafte génie, qui, fans modèle comme fans guide, ne dut qu’à lui feul fon habileté dans la pratique de tous les Arts qui font du refi* fort du deflin. Il mourut en 15-28 dans la Ville où il avoit pris naiflance, regretté de l’Empereur ôt des Grands dont il avoit
- mérité l’eftime. Enguerand
- ou Angrand
- La célébrité des belles vitres peintes de Peintre far ce temps dans plufieurs Eglifes de Beauvais, Fran~
- (2>) C’eft-à-dire, Contrôleur général.
- (a) Sa vie fera puerai celles des premiers Peintres faf Verre du fiecle.
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- Vitres de la Ville de Beauvais, féconde en bons Peintres fur verre.
- SUR VER
- nous a engagé, pour en reconnoître les Auteurs , à recourir aux lumières d’un amateur de cette Ville, auffi diftingué par les précieu-fes qualités qui conftituent le bon Magiftrat, que par fon érudition. Voici ce qu’il a bien voulu nous en apprendre ( a).
- « L’Art de peindre fur verre a été depuis » long-temps poiïedé en cette Ville par les
- Vitriers : ils y « excelloient. Nos Eglifes » renferment plufieurs chef-d’œuvres en ce » genre ; & ce qui faitjencore plus d’honneur » à notre Ville, c’efl qu’elle a produit ces » habiles gens. Le plus ancien dont on ait » connoiffance eft Enguerand ou Angrand le » Prince, natif de Beauvais, mort en i $ 3 o. » Il a fait des plus belles Peintures fur verre » qu’il y ait en aucun lieu. S. E. Monfei-» gneur le Cardinal de Janfon, Evêque de » Beauvais, les trouvoit plus belles que celles » du Château d’Anet, qui cependant paffent » pour être excellentes. Auffi cette Emi-» nence ne manquoit-eile pas de faire con-» duire à Saint Etienne, ôc aux autres Egli-» fes décorées par çes belles vitres , les » Etrangers de diftinêtion qui venoient def-» cendre chez lui. Il y conduifit lui-même » le Cardinal de Furftemberg , qui, étoit » venu paffer quelques jours à Beauvais, ôc » qui ne fe lafToit pas de les admirer ».
- « Le Prince qui ne vouloit donner que » du parfait, autant qu’il pouvoit, n’épar-» gnoit pas la dépenfe pour y atteindre. » Il envoyoit aux plus habiles Peintres » d’Italie & d’Allemagne, le deffin des com-» partiments êt ordonnances de la pierre des » vitreaux qu’il vouloit peindre, afin qu’ils
- (a) Mémoire manufcrit a nous adreffé par M. le Maréchal , Lieutenant Particulier au Prélidial de Beauvais.
- RE. I. Partie.
- » puffent mieux", dans les cartons qu’il leur » demandoit, en ordonner les figures Ôc les » ornements, dont il refte plufieurs deflins » de la derniere perfection ».
- «Les curieux, qui paffent par Beauvais, » vont voir dans l’Eglife de Saint Etienne » les vitres qu’il a peintes en la Chapelle » de Notre-Dame de Lorette, ôc dans celle » de Saint Jean , d’après les deffins de » Raphaël ; ôc encore l’arbre de Jeffé, les » vitres de Saint Sébaftien , d’après Jules » le Romain ; la Nativité dans la Chapelle » de Sainte Marguerite ; Fhifioire de Saint » Claude, de Saint André ôc de Saint Jean. » Au-defTus de l’Autel de Saint Claude le » Jugement dernier ; l’hiftoire de Saint » Etienne donnée par la famille des la Fon-» tainei Saint Nicolas fecourant un vaiffeau » agité par la tempête ; Sainte Catherine » au milieu des Docteurs. Dans l’Eglife de » Saint Martin, les douze Apôtres ôc les » douze articles du Credo, partagés & inf-» crits fur le verre au-deffous de chacune » des douze figures ; Ôc dans la Chapelle » de Sainte Barbe, en la Cathédrale, un » Crucifix. Çes treize morceaux d’après Ab » bert Durer ».
- « On voit encore dans l’Eglife de Saine » Sauveur de cette Ville fur une vitre l’hiF » toire de Sainte Genevieve ôc la Gêne dans » la Sacriftie des Cordeliers ».
- « Dans toutes ces Peintures on eft frappé » de la vivacité des couleurs, de la correc-» tion du deffin ôc de la beauté des figures ».
- « Angrand ou Enguerand le Prince eut » pour gendre Jean le Pot de Beauvais, » très-habile Sculpteur, qui devint la tige » d’autres Peintres .fur verre renommés de » ce nom». Nous aurons occafion d’erç parler dans la fuite.
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- L'ART DE LA PEINTURE
- CHAPITRE XIII.
- Etat de la Peinture fur Verre au XVIe. Jiecle , c’ejl-à- dire ,
- dans fon meilleur temps.
- JLi Es progrès d’un Art font autant de de-grés qui le portent vers la perfe&ion , juf-qu’à ce qu’en ayant atteint le fommet, il to mbe d’une chute plus rapide vers fa ruine. Traiter des meilleurs temps de la Peinture fur verre ,c’eft prefqu’annoncer le dépé-rilfement dont elle efL menacée, ôc effayer nos regrets fur fes triomphes. Ne laiffons pas néanmoins d’examiner les caufes de fa fubite élévation dans le feizieme liecle : nous * ne pouvons arrêter le cours des viciffltudes humaines ; la Providence feule peut conduire toutes chofes à leur perfection, comme elle en permet la chûte Ôt la ruine. Payons-lui donc le tribut d’hommages que nous lui devons pour nos fuccès, ôc faifons nos efforts pour lauver notre Art du péril qui le menace.
- La Pein- Avant l’invention des émaux par Jean de turefurverre Bruges, la Peinture fur verre, comme l’arc-portée tout- en-ciel, dont les couleurs variées ne ror-ài"usC°UhautU mant aucun delfein particulier, ne lailfent point de per- P2S de furprendre l’admiration ; ou telle qu’un leétion. parterre émaillé de fleurs de toutes couleurs 6c de toutes efpecès, qui quoique moins pré-cieufes les unes que les autres , concourent à l’effet de ce tout enfemble dont les yeux ne peuvent fe laffer ; la Peinture fur verre, dis-je , avoit plus frappé les yeux du corps que ceux de l’ame, par la beauté des objets re-préfentés. Telle eft maintenant encore parmi nous la fenfation qu’éprouve le commun des hommes peu connoiffeurs à la vue d’un tableau bien colorié : le coloris feul les frappe , fans égard aux autres parties de la Peinture. Cet attrait féduifant du coloris , accompagné de ce religieux frémiffement qu’infpiroit le refped dû aux lieux faints que la Peinture fur verre décoroit, d’une part ; de l’autre, l’attention que portoient à ces objets , quoique grofliéfement repréfentés fur les vitres, ceux dont l’ame Amplement Chrétienne y cherchoit des fujets d’inflruétion ou d’édification, avoient, comme nous l’avons vu , dans les Aecles précédents, accrédité l’Art de peindre fur le verre. Les Eglifes de la ville ôc de la campagne , les Palais de nos Rois ôt des Souverains, avoient pendant ce temps été fermés de vitres rehauffées de l’éclat du plus beau coloris, mais d’un deffein très-groflier. On vit tout-à-coup au i ée. fle-cle,cetArt devenir fufceptible de ces fîtes gra-
- cieux , de ces lointains agréables, qui jufqu’a-lors avoient été impraticables à fes Artiftes , ôc que l’étude de la perfpe&ive leur avoit rendu auffi faciles qu’à ceux qui s’exerçoient dans les autres genres de Peinture. Tel arbre , telle plante, qui, dans les flecles précédents , fe voyoient grofliérement chargés de leurs fleurs ôc de leurs fruits , pratiqués comme dans la mofaïque, par un lourd af-femblage de.pièces de rapport prefqu’innom-brables, jointes avec le plomb , les montrèrent réunies avec leurs troncs, leurs tiges ôc leurs feuillages , peints fur un ou plufleurs morceaux de verre blanc d’une juif e étendue, apprêtés de différents émaux colorants, ôc de leurs différentes nuances adaptées au ton propre ôc naturel de l’objet que le Peintre fur verre s’étoit propofé d’imiter. D’où pou-voit provenir un A heureux changement ?
- D’une révolution fubite qu’éprouverent dans ce Aecle tous les divers genres de Peinture.
- Déjà vers la An du i f. Aecle on avoit fenti Une reVo_ quelques avant-coureurs d’une révolution lurion heu-conAdérable dans tous les Arts qui dépendent du deflin ; elle devint complette dès le tous les gen-commencement du 16\ On vit alors tout-à-coup les SouverainsPontifes, les Empereurs, ia caufe. les Rois ôt les Grands , fe difputer à l’envi la gloire de faire revivre les Arts, ôt de tirer fur-tout la Peinture du tombeau dans lequel elle avoit été comme enfevelie durant dix Aecles, A Fon en excepte la Peinture fur verre, qui, au moins en France, n’avoit pas fouffert d’interruption. Jules II, & Léon X, Charles-Quint,FrançoisI, ôt Henri VIII ; entretenoient entre-eux une efpece de rivalité , qui leur flü déflrer Ôt. rechercher les travaux de ces hommes vraiment précieux, dignes de la haute conAdération dont ils les honorèrent, Ôc qui immortaliferent ces maîtres du monde en s’immortalifant eux-mêmes,.
- Cette heureufe révolution fe flt fentir tout-à-coup , non dans quelques Royaumes, dans quelques Etats , dans quelques Provinces , mais tout à la fois dans tous les différents Royaumes, Etats ôc Provinces de l’Europe entière. L’Italie eut prefque dans le même temps fes Raphaël, l’Allemagne fes Albert Durer, l’Angleterre fes Holbein, la Hollande fes Lucas, Ôc la France fes Léonard de Vinci, fes Roffo, ôc autres.
- «Dans ces temps heureux, dit M. le
- Comte
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- Accroiffe-ment de îa perfection.
- du defïin ; nombre con-fidérabie d’habiles peffinateurs.
- Commencement de la Gravure ; fon utilité pour tous les Arts qui dépendent du deffin.
- SUR VERRE. I. Partie.'
- 37
- » Comte de Caylus ( Tom. IP. p. le » génie de la Peinture, de la Sculpture ôc » de l’Archite&ure, contraint ôc renfermé » fous le Bas-Empire, s’eft particuliérement » développé fous le Pontificat de Léon X; v ôc Ton peut dire qu’Alexandre-le-Grand » ôc ce Pape , feront toujours à la tête des » époques les plus illuftres ôc les plus céle-» bres des beaux Arts. »
- La fcience du Deffin devint Fobjet principal de l’application des Maîtres de l’Art. Raphaël perfuadé que fans cette première ôc effentielle partie de la Peinture, les autres ne font rien, s’en occupa par préférence , ôc laiffoit à fes Eieves l’exécution de fes tableaux qu’il fe contentoit de deffiner. C’eft ce qui lui faifoit dire au fujet d’un tableau qu’il peignoit en concurrence avec Sébaftien del Piombo, dont le coloris étoit ravivant, que ce Jeroit pour lui une foible gloire de vain-cre un homme qui ne favoit pas dejfmer. Ainfi ce Prince des Peintres, découvrant à fes Difciples les tréfors d’un Art dans lequel il n’avoit trouvé que Michel-Ange pour modèle , les preffa de s’enrichir de fes découvertes. Le grand nombre des Deffinateurs multiplia celui des deffeins ; Ôc l’on vit des Éleves capables d’ajouter de nouvelles beautés aux cartons de leur Maître , qui leur laiffoit le foin de les arrêter ôc de les colorier ; mais quelque grand que fût le nombre de ces habiles Deffinateurs, qui, fortis de l’école de Raphaël, fe répandirent dans les différents Etats de l’Europe ; quelqu’éten-du que fût celui des Eleves que firent en France les Léonard de Vinci, les Roffo ôc les Primatice que les libéralités de François I avoient attirés dans fon Royaume, leurs deffins multipliés ne pouvoient fuffire à l’empreffement général avec lequel on s’ef-forçoit de toutes parts de s’en procurer.
- Albert Durer , ce vafte génie qui embraf-foit tous les Arts, avoit déjà commencé, comme nous avons dit, à faire paroître fon talent pour la Gravure dans l’Allemagne. Il l’avoit porté beaucoup plus loin qu’aucun de ceux qui s’en étoient occupés depuis la lin du 14% fiecle. La célébrité de fes Eftam-pes gravées fur bois , qui fe répandirent partout , fit recourir à la Gravure. On la regarda comme un moyen de multiplier pref-qu’à l’infini le même deffin, ôc de faire parvenir jufques dans les régions éloignées , îa penfée d’un Artifte, qui auparavant n’é-toit connue que par le feul exemplaire forti de fes mains. Marc-Antoine Raimondi, de Boulogne en Italie , fe rendit l’émule ôc même le contrefaâeur des Gravures d’Albert Durer. Raphaël Ôc Lucas de Leyde s’exercèrent à graver, Ôc comme dans ce temps tout ce qui émanoit au deffin ne pa-roiffoit pas difficile, l’Art de graver s’étendit Ôc fe perfe&ionna. On vit alors peu de bons
- Peint, sur Verre. I. Part.
- Peintres qui ne joigniffent ce talent à celui Ies bonJ de peindre ; la .Gravure devint même un Peintres joi-Art particulier ; les Artiftes qui s’en occu- *e i*a“* perent uniquement, s’emprefferent de s’af- Gravure à locier à la gloire des plus grands Peintres , ^Artdepem-en multipliant par leur talent ces ouvrages des grands Maîtres qu’ils ne pouvoient ef-pérer d’atteindre par le mérite de l’invention , ôc trouvèrent le moyen d’éternifer leur mémoire, en prolongeant celle de leurs excellents originaux. Ainll l’Orfèvrerie , la Tapifferie , la Peinture en émail, ôc tous les Arts qui prennent leur fource dans le deffin , marchoient d’un même pas vers la perfection. Le bon goût fe forma partout ; Les Feintes Peintres fur verre fentirent particulière-ment l’avantage qu’ils pouvoient attendre auffi dans la de la Gravure Ôc du commerce des Efîam- ^av“g®jJe^ pes. Les plus habites s’y exerceront, Ôc cru- un grand a-> rent devoir au progrès qu’ils y firent, ceux vantage. qui fe diftinguerent fi éminemment par îa fuite dans leur talent de Peintres fur verre.
- L’entente du Clair obfcur fi néceffaire dans la Gravure , ne l’étoit pas moins dans la Peinture fur verre, dont il réleve tout 1e mérite ; Ôc l’éclat du coloris , qui manque fouvent aux plus grands Maîtres , venoit s’y joindre : alors tes plus habiles Deffinateurs ne fe contentèrent pas de fournir aux Peintres Vitriers comme aux Tapiffiers, des cartons arrêtés ôc coloriés, que leurs Éleves rendoient avec autant de prefteffe que d’art : ils ne dédaignèrent pas d’entrer en lice avec ceux-là-même qu’ils pouvoient ne regarder que commeleurs Copiftes. Ils pratiquèrent ce travail d’un détail Ôc d’un faire tout-à-fait étranger à la maniéré ordinaire de peindre , mais que leur pratique de la Gravure leur rendoit plus ailé. Bientôt ils firent connoî-tre l’univerfalité de leur génie dans tout ce qui dépend du Deffin ; ils traitoient avec la même habileté , le crayon ôc 1e biftre , la marbre ôc 1e bois , la détrempe ôr l’huile ,
- 1e burin, 1e verre , tes émaux Ôc leur recuif-fon. Quelques-uns exercèrent ces différents talents avec la même facilité ôc la même intelligence : ainfi la Peinture fur verre fe vit portée à la plus haute perfeêlion en France , en Allemagne ôc dans tes Pays-Bas ; accompagnée ou privée du mérite de l’invention y elle y concilia une eftime diftinguée à ceux qui s’y appliquèrent, inventeurs ou copiftes. .
- La feule Italie , qui fournifibit aux Fran- de laCpe§tu! cois tes plus excellents Maîtres dans 1e def- re i.ur v5rre lin , n avoit perfonne propre a 1 emploi des fje fous jQ couleurs métalliques ufitées dans l’Art de Pontificatd§ peindre fur verre ; perfonne qui fût tes faire JuIes IIf recuire pour tes incorporer avec 1e verre.
- Jules II ne put voir la Capitale du Monde Chrétien, devenue par fes foins le centre du goût pour 1e deffin , privée d’un talent qui faifoit de fi grands progrès par-tout ailleurs ; il chargea Bramante de lui en procurer des
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- 38 L’A RT DE LA PEINTURE
- Artiftes, Bientôt, à faréquifition, frere Guillaume , de l’Ordre de Saint Dominique, ôc Maître Claude, tous deux habiles Peintres fur verre, quittent Marfeille , arrivent à Rome , ôc fous les yeux ôc les cartons de Raphaël décorent de leurs Ouvrages des vi-treaux de la Chapelle du Vatican : mais Claude n’ayant pas furvécu longtemps à fon arrivée , Frere Guillaume achevé feul les travaux commencés ; enfuite Cortone , Arezzo , deviennent le théâtre de fes veilles , ôc cette derniere ville le lieu de fa fé-pulture.
- Elle n’ Si les -^tats d’Italie furent les derniers qui prend pas eurent des Peintres fur verre , ils en furent beaucoup privés les premiers, foit à caufe du peu de
- Rients. goût que les Italiens le lentoient pour cette
- maniéré de peindre , foit par le petit nombre d’Éleves que ce Religieux y forma. On compte parmi eux George Vafari ; mais il nous apprend qu’il s’en dégoûta bientôt , Ôc qu’il s’appliqua par préférence à la Peinture à l’huile, à laquelle il travailla fous Michel-Ange , ôc fous André del Sarto.
- Elle fieu- Pendant ce temps, la France qui, comme
- çiusen Fran” nous ferons voir P^us amplement, poffé-ce, &s’yper- doit en concurrence avec les Pays-Bas, les Rffluencepar me^eurs Peintres fur verre, vit croître le desbons Def- nombre de leurs Éleves, & leur talent fe fixateurs. fortifier avec une vîtefle incroyable. C’efL „ quelque chofe de furprenant que la quantité prodigieufe des Ouvrages de Peinture fur verre de ce bon temps, dont non-feulement les Eglifes, les Palais de nos Rois, les maifons des Grands ; mais encore les lieux d’affem-blées publiques dans toutes les Villes , les Oratoires , les Cloîtres des Monafteres , les falons des riches , les appartements des {impies particuliers, les voitures même (a), furent ornées d’après les delïins Ôc les cartons des François d’Orléans, des Simon & Claude de Paris, des Laurent de Picardie, des Lucas Penni, des Claude Baldouin , des le Roy, des le Rambert, des Dorigny, des Carmoy , des Rondelet, des Mufnier, des Dubreuil , des de Hoey, des Dubois , des Rochetet, des Samfon, des Michel ôc des Janet, tous Éleves du Roffo ôc du Prima-fice , qui fournirent des delîins en fi grand nombre pour les Tapifleries ôc pour les vitres.
- Les Pein- Entre les parties de la Peinture fur verre, deScerfiede dans ^e^fiue^es ces Artifles fe diftinguerent fe diftin- le plus pendant ce fiecle , le Portrait ne guent beau- tjnt pas je dermer rang : la plupart s’appîi-
- le° portrait, querent avec mérite à cette portion de leur
- (a) Nous lifotis dans les Mémoires de la Reine Marguerite , édit, de Bruxelles i 6j2, p. 97 , que « dans fon voyage de Flandres, fa Litière et oit toute virrée , les vitres toutes faites à devifes; qu’elle portoit, tant en foie fur la doublure , qu’en peinture fur les vitres, quarante devifes toutes différentes, avec des mors en Efpagnol ou en Italien, fur le Soleil 6c fur fes effets. »
- , Art, qui en rendra toujours la confervation plus digne de nos foins.
- Outre l’honneur qu’elle fait au Peintre , en qui, pour être exaêt, elle fuppofe une grande correction de defiin, beaucoup d’intelligence , de jufteffe ôc de précifion, pour bien rendre les différentes inclinations ôc les pafïions caraêtériftiques des perfonnès repréfentées, de maniéré qu’au premier coup d^œil on puiffe y reconnoître celles que l’on a connües ; combien de fatisfa&ion ôc d’inftruc-tion même ne nous fournit pas cette fcience !
- Dans un Portrait bien rendu, nous re- de CesVor^ trouvons la figure de ce Monarque , qui par tra:ts reîati-fa valeur étendit les limites de fon Royaume, ^formes r<S ou repoufla la violence d’un ennemi qui préfentéss, vouloit s’en emparer ; ôc affinant ainfi le bonheur ôc le repos de fes fujets, voulut encore leur laiffer fous les yeux de pieux monuments de reconnoiffance envers l’auteur de tout fuccès , ôc les confacrer à l’em-beiliffement de fes faints Temples.
- Nous y reconnoiffons ce Prélat, diftin-gué par fes enfeignements comme par fon exemple , qui nous donna les idées les plus relevées du culte dû à l’Etre fuprême.
- Nous y admirons la refîemblance de ce Magiftrat défenfeur des Loix, ami de la Juftice ôc de l’équité , qui tira tant de malheureux des dangers que leur avoient fufcité des adverfaires mal intentionnés.
- Nous y confidérons celle de ce bienfaiteur de tout état, aufïi précieux à la poftérité par fes bienfaits, que par fa magnificence dans la décoration du Temple du Seigneur.
- Cette maniéré d’honorer les hommes qui Les M ^ fe font rendus utiles à l’Eglife ôc à l’Etat, ques du 13% fut obfervée chez les Anciens dans les Pein- fojr“ tures en molaïque qui ornoient les I emples exemples de des Chrétiens dès le 3e. fiecle ; elle paffa ce? p°rtra^ fur les vitres peintes dès les premiers temps fur les vitres delà Peinture fur verre, puifquenous avons dè.s Ies Pre-remarqué qu’on voit encore aujourd’hui à “e laPefntu? Saint Denys, le portrait de l’Abbé Suger re fut verre dans des vitres du 12e. fiecle, Ôc à Saint &
- Yved ceux du Comte ôc de la Comteffe de qu’auTôVreJ Braine, dans des vitres du même temps.
- On a ordinairement regardé ces monuments, comme un témoignage fincere de la reconnoiffance des fideles envers les faints Pontifes , les Empereurs, les Rois, ou autres fondateurs de ces faints Temples; ou comme un effet de leur complaifance chrétienne dans l’offrande qu’ils faifoient à Dieu de ces faints lieux, lorfqu’ils les faifoient placer eux-mêmes ; quelquefois même en ce cas, comme un a&e de vanité, ainfi que M. l’Abbé Fleury le reproche à Acace ,
- Patriarche Arien de Conftantinople.
- Quels que foient ces motifs, on ne peut ü’tîKté de favoir trop de gré à ceux qui nous ont con- relativement fervé ces monuments. C’eft dans ces portraits au çoftume que nous puifons les connoiffances les plus fjecksf^*
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- SUR VERRE. I. Partie.
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- utiles fur le Coftume des fiecles antérieurs au nôtre. Us font des garants plus fûrs des marques difiinêlives de la dignité des perfon-nes qu’ils repréfentent que les livres mêmes qui en traitent.
- Je n’ai pas de peine à croire que les Chanoines ou Comtes de Saint Jean de Lyon portoient des foutanes violetes dès le 13 e. fiecle, lorfque je les vois ainfi repréfentés fur des vitres de ce temps.
- Je conçois bien plus aifément que nos Evêques fe mettoient à la tête des armées, lorfque je vois dans les anciennes vitres de Saint Sauveur de Bruges , d’un côté les fix Pairs Eccléfiaftiques revêtus des pièces de leur blafon , portant un long manteau rejette en arriéré , la mitre en tête ôc l’épée nue à la main ; de l’autre les fix Pairs Séculiers fous le même vêtement , diftingués feulement des premiers par d’autres bonnets que les leurs (a). J’apprendrai que cet ufage n’étoit point encore aboli dans le quinzième fiecle, tant que l’on confervera ces vitres peintes de l’Hôtel de Ville de Bourges, où parmi les portraits de Charles VII, de Renaud de Chartres, ôc de Jacques Cœur, paroiflent les fix Pairs Eccléfiafîiques vêtus en militaires (b).
- Si je veux reconnoître les différents portraits des Ducs d’Orléans , la nature des ornements royaux qui revêtoient la majefté de nos Rois, ôc les marques diftin&ives des Princes du Sang Royal, depuis Charles V.
- jufqu’à François I, inclufivement, je trouverai le tout parfaitement rendu dans les vitres peintes de la Chapelle d’Orléans, aux Céleftins de Paris (a). Où peut-on encore reconnoître plus furement cette reffem-blance dans les vifages , ces marques de dignité dans les habillements, que dans celles des Cordeliers de la même Ville, de la Sainte Chapelle de Vincennes, Ôc de beaucoup d’autres Eglifes du Royaume , fur-tout à Nantes ôc à Angers ( b ), qui font du même temps f Ne jouiroit-on pas encore des mêmes avantages dans l’Eglife de l’Hôpital des Enfants Rouges à Paris, où étoient peints fur les vitres les portraits de François I, de Marguerite Reine de Navarre fa fœur, fondatrice de cette Hôpital, ôc du Préfident Briçonnet, chargé pendant le fiege de Pavie de veiller à la conf-tru&ion de cette Eglife , fi ces vitres du feizieme fiecle, dont Sauvai (e) releve la beauté, ôc qui avoient déjà beaucoup fouf-fert de fon temps, n’avoient été en plus remplacées par des vitres
- Ainfi la poftérité découvrira la forme des habits des Magiftrats du fiecle où j’écris, dans les portraits de famille dont a été ornée, au commencement de ce fiecle, la frife peinte fur verre de la Chapelle de Sainte Anne en l’Eglife Paroiffiale de Saint Etienne-du-Mont à Paris.
- grande partie blanches ?
- (a) Monum. de la Monarchie Franç. par Dom Mont-faucon , tom. 3. p. 7j\ PI. 10.
- {b) Manufcrits de M. l’Abbé Lebœuf.
- (c) Defcrip. de Par. par Germain Brice * tom. i.' (b) Monum. de la Monarchie Franç. Los.Jup. cil.
- (d) Antiq.de Paris, tom x. p. j’p4.
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- L’ A RT DE L’A PEINTURE
- Maître Claude 8c Frere Guillaume de Marfeille , Dominicain', Peintres fur verre François.
- Vitres peintes à Rome.
- Vitres peintes à Cortone & à Arezzo.
- CHAPITRE XIV.
- Peintres fur Verre quife dijlinguerent au fei^ieme Jiecle.
- S^uoiçue nous ayons déjà parlé de Maître Claude & de Frere Guillaume de Marfeille, Peintres fur verre François , ne craignons pas de répéter ce que nous en dit vafari dans fa Vie des Peintres. Il y avoit à Rome, fous le Pontificat de Jules II, un François Peintre en apprêt fur le verre nommé Maître Claude. Cet habile homme étoit à la tête des ouvrages de Peinture fur verre qui fe faifoient aux Eglifes ôc au Palais Papal. Le Bramante qui avoit entendu parler de l’habileté dans cet Art d’un Religieux Dominicain de Marfeille nommé Frere Guillaume, engagea Maître Claude à le mander auprès de lui, avec promeffe d’une forte penfion <de la part du Pape. Ce Religieux, fupé-jrieur en talent à Maître Claude, muni de l’obédience de fes Supérieurs, fe rendit à Rome, où il peignit fur verre, en concurrence avec lui, les grandes vitres de la falle près la Chapelle du Pape ( qui dans la fuite ont été fort endommagées par des coups d’arquebufade lors du fac de Rome ). Guillaume, que Vafari appelle de Marcilly, furvéquit à Maître Claude; car celui-ci, fuivant Félibien , mourut peu de temps après l’arrivée de Frere Guillaume en cette Ville. Guillaume y fit feul plufieurs morceaux de Peinture fur verre pour les appartements du Vatican & pour les Eglifes de Sainte Marie del Popolo 6c del F Anima» Le Cardinal de Cortone, qui connoiffoit l’étendue du talent de ce Religieux dans l’invention de fes fujets 6c dans l’admirable variété de fes compofitions, le conduifit dans fa Ville de Cortone, où il peignit, tant fur le verre qu’à frefque, plufieurs morceaux qui furent fort eflimés. De Cortone il paffa à Arezzo, où vivant doucement des revenus d’un Prieuré que le Pape lui avoit donné, il s’appliqua particuliérement à fe perfe&ionner dans le defîin. Il fe mit par ce moyen en état de faire de plus belles chofes que celles qu’il avoit faites à Rome. Il y peignit pour la Cathédrale les vitres des grandes fenêtres de la Chapelle des Aibergotis. Vafari qui fut fon éleve , ne craint point de dire que ces Peintures fur verre étoient fi bien traitées qu’il y avoit quelque chofe de divin dans les belles expreflions des figures , 6c fur-tout dans celle de Jefus-Chrift à la vitre où eft repré-fentée la vocation de Saint Matthieu. Il ajoute que l’Architeêture 6c les fîtes cham-
- pêtres ~9 qui entroient dans la compofition de ce vitreau, étoient d’un goût &. d’une exécution admirables. Ce Religieux Peintre fur verre, mourut à Arezzo en 1537, âgé de 62 ans ( a).
- Vers le même temps travailloit aux vitres peintes de la Cathédrale de la Ville d’Aufch, Capitale de Gafcogne, un nommé Arnaud Defmoles , très-habile Peintre fur verre François, ainfi que fon nom l’indique; car nous ne connoifîons ni le nom de fa patrie ni celui de fes Maîtres, ni le temps de la mort. François-Guillaume de Lodeve, Cardinal , Archevêque d’Aufch, que fa magnificence envers fa Cathédrale rendra à jamais mémorable à fes diocéfains, chargea ce Peintre fur verre de l’exécution de ces incomparables vitres, qui, depuis deux fiecles ôc demi, ont fait 6c feront toujours à bon titre le fujet de l’étonnement 6c de l’admiration des connoiffeurs. Ces vitreaux, dont le deffin fe trouve répété en Sculptures d’un très-bon goût fur les dofïiers des ftales des Chanoines de cette Eglife, font au nombre de vingt, de quarante-cinq pieds de hauteur fur quinze de largeur. La plûpart des figures qui y font peintes, font de grandeur naturelle,
- {a) Le peu de crédit que la Peinture fur verre a acquis en Italie lui feroit-il donc fatal même parmi nous ! On voit que toutes les tentatives qui ont été faires pour y en introduire le goût, font toujours reftées fans fuccès; en effet, il n’y avoit pas 3 c ans , queleB. Jacques l’Allemand, aulS Dominicain , étoit mort à Boulogne en Italie, après en avoir parcouru les differents Etats, en travaillant de la Peinture fur verre, où il avoit affez bien réuffi, mais fans y faire d’EIeves, lorfque Jules II fe vit obligé de faire venir des François à Rome pour travailler à peindre les vitres du Vatican. Depuis la mort de Frere Guillaume de Marfeille, c eft-à-dire, depuis plus de 200ans on ne lit point dans les‘vies des Peintres Italiens, qu’aucun d’eux, excellents d’ailleurs dans toute autre maniéré de peindre, fur-tout en mofaïque, fe foit appliqué à peindre fur verre ( * ).
- Quoi donc ! Parce que les Italiens n’ont pas montré de goût pour ce genre de Peinture, faut-il que nos François qui y ont excellé de tout temps , abandonnent auifi cet Art fi noble 8c fi noblement traité par leurs aïeux ? Neft-il pas plutôt de leur honneur de faire de nouveaux efforts pour le faire revivre i Et feroient-ils allez inconfé-quents pour creufer eux-même le tombeau d’un Art auquel ils donnèrent nailîance , dont leurs differentes Provinces ôc dont celles de leurs voifins devinrent à I’envi le ber-
- ( ) L Auteur de ce Traite n’a point connu un Peintre fur veri Italien , dont parle le grand Vocabulaire François. On y lit au me Sienne , que cc les vitres de la Rofette, qui eft au-deflusdu portail ( d la Cathédrale de cette ville ) furent peintes en 1549 , par Pafiorin >> di Giovanni Micheli de Sienne , qui apprit cet Art de Guillaume Mai 30 \illa , François , 1 un des plus grands Maîtres qu’il y eut alors poti » ces fortes d’ouvrages ». qe Guillaume Marfilla ne feroit-il pas 1 frere Guillaume de Marfeille, que Vafari appelle De Marcilly’ Il aunr pu faire un Eleve en Tofcane , puifqu’jj ,’eft fixé à Arezzo , & qu’il y tint fes jouis. Note de l’Editeur,
- Arnaud Defmoles Peintre fut verre François.
- Vitres de la Cathédrale d’Aufch.
- ôc les
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- DavH Jo-risz ou David George , Peintre fur verre Flamand ou Hollandois.
- SUR FERRE. I. Partie.
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- Ôc les principaux fujets qui y font traités font pris dans les hiftoires de l'ancien & du nouveau Teftament. La première de ces grandes vitres commence par la création d’Adam, ôc la derniere finit à l’apparition de Jefus-Chrift à fes Apôtres qui le reconnurent à la fraêtion du pain. La corre&ion du deffin , la vivacité du coloris y font également répandues. Une infcription peinte fur verre dans le dernier de ces vitreaux indique l’année dans laquelle ces vitres furent finies. Elle eft en patois Gafcon en ces termes : Acabades font las prefentes Beyri-nés a Taunour de Dïou & de Nof re-Dame, lou vingt & cinq Jouin IJ Op 9 Arnaud Def moles: c’eft-à-dire , Les préfents vitreaux, faits en l’honneur de Dieu ôc de Notre-Dame, furent achevés le 2 y Juin ifop par Arnaud Defmoles. S'il eft furprenant que nous ne trouvions pas dans l’hiftoire d’autres traces de cet habile Peintre, il eft très-glorieux pour le Chapitre de cette Cathédrale d’avoir apporté des précautions infinies pour conferver ce monument à la poftérité.
- David Jorif(_ ou George naquit à Gand d’un Bateleur, fi l’on en croit Moreri, ôc à Delft félon M. Defcamps. Il étoit, dit celui-ci, bon Peintre fur verre, plein d’efprit, d’une figure aimable ôc d’un langage fédui-fant, mais enthoufiafte. Moreri rapporte dans un affez grand détail l’hiftoire des rêveries de cet héréfiarque qui fe difoit le vraiMeifie, le troifieme David, petit-fils de Dieu non par la chair, mais par l’efprit. La guerre que les Catholiques faifoient à fes feâateurs l’obligea à paffer dans la Frife Ôc de-là à Balle, où pour fe dérober aux pourfuites delà Juftice, il prit le nom de 1Jean Uan-Broek, Il y mourut l’an 1 y y 6, Ôc fut enterré dans la principale Eglife. Il avoit promis à fes Difciples, en mourant, qu’il îortiroit du tombeau trois jours après ; Ôc l’on pourra remarquer qu'il ne fut pas tout à fait un faux devin : car le Sénat de Balle , Informé que celui à qui on avoit donné la fépulture chrétienne, fous un nom fuppofé, étoit l’héréfiarque Jorifz , fit exhumer fon corps trois jours après, Ôc livrer fon cadavre aux flammes.M. Defcamps ne dit rien de fes ouvrages de Peinture fur verre, mais feulement de quelques dellins allez corrects qui fe confervent chez les curieux. Il tenoit beaucoup de la maniéré de Lucas de Leyde.
- ceau , fous ce feul prétexte que dans l’Italie, Ecole fub-fûantedes Peintres, la Peinture fur verre eft fansconfi-dération ? Augurons mieux de leur façon de penfer : &
- Î>ar les exemples des meilleurs Peintres fur verre que nous eur remettons fous les yeux, engageons-les à fe mettre en état d'être rappelles un jour dans ce fêjour brillant de la Peinture , pour y produire en leur genre , des Ouvrages qui méritent l’admiration des Italiens, s’ils ne peuvent encore leur en infpirer le goût.
- Peint. sur Verre. I. Pan.
- Lucas de Leyden, né dans cette Ville en Lucas de 1494, ne s’eft pas tellement adonné à la Leyde, Pein-Peinture fur verre, qu’on puiffe le confidérer HolUmSi^6 uniquement fous cet afpeâ. Son pere, habile Peintre, plus connu fous le nom d'Hugues Jacobs, lui donna de très-bonne heure les premières leçons de deflln, qui furent per-feâionnées par Cornille Enghelbrechtfen.
- Sa mere craignant pour fa fanté, qu’une trop grande application dans un âge encore tendre pouvoit altérer, s’efforçoit tant qu’elle pouvoit à l’en détourner. La Gravure lui plai-foit; il s’y appliqua. Il ne fréqûentoit que ceux en qui il fentoit une même ardeur pour le travail. Dès l’âge de neuf ans,' il fe mit en état de graver. A douze il mit au jour fa fameufe planche de Saint Hubert.
- A quinze il peignit toute la vie de ce Saint.
- Travaillant jour Ôc nuit, tous les genres de peinture lui devinrent familiers. On doute encore dans quel genre il excella. Sur le verre, en détrempe, à l’huile ; dans le portrait , dans le payfage, il réuflk également.
- Ses Gravures, parfaitement traitées à leau forte, lui acquirent une grande réputation ôc fe vendirent fort cher , même de fon vivant. Cette réputation attira auprès de lui le célébré Albert Durer. La douceur Ôc les agréments de leur converfation firent naître entre eux cette aimable rivalité que produit une noble émulation. L’envie n’y prit jamais la moindre part. Ils traitoient les mêmes fujets , Ôc s’admiroient l’un l’autre. Ils crurent ne pouvoir fe donner une plus grande preuve de leur parfaite union, qu’en fe peignant tous deux fur un même tableau.
- S’il amafla de gros biens, il fçut s’en faire honneur. Il rechercha la connoiffance des plus grands Maîtres. A trente-trois ans il fit équiper un navire à fes dépens pour rendre vifite à Jean de Mabufe, excellent Peintre à Midelbourg, Ôc aux plus célébrés Artiftes de Gand, de Malines ôc d’Anvers, auxquels il donna de belles fêtes. Ce grand homme, fi digne de vivre, ne jouit pas d’une vie bien longue. Après en avoir paflfé au lit les fix dernieres années, il mourut en 1 y 3 3, âgé de 3 9 ans, ôc put à peine finir une Pallas qu’il avoit gravée dans ce tombeau anticipé. M. Defcamps nous apprend que le nombre de fes ouvrages en tout genre de Peinture fut extraordinaire ; mais il ne nous fait connoître l’emplacement d’aucun de ceux qu’il exécuta fur le verre.
- Dans le même temps vivoient deux Artif- Aert ciaef-tes, qui, par l’utilité dont ils furent pour les -Aertgen1! Peintres fur verre, méritent d’occuper une Peintre Hol-
- place parmi eux. Lievîn d?
- Le premier nommé Aert{kxmxxd)Claeffoon9 witte, Pein-mais communément appellé Aertgen9 étoit un *£e Flamand, grand Deflinateur. Né à Leyden en 1498, il pourTe?1113 entra en 1516 chez Cornille Enghelbrecht- Peintres fut
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- Charles d’Ypres, Peintre fur verre Flamand.
- Jacques de Vriendt , Peintre fur verre Flamand.
- Rogiers , Peintre fur verre Hol-landois.
- Robert Pi-naigrier , Peintre fur verre Fran-
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- fen ÔC devint habile Peintre. Il prenoit fes fujets dans l'ancien ôc le nouveau Teftament, 6c ne recommandoit rien tant que ce choix à fes élèves. Ses compofitions étoient fort belles ôc d'une facilité étonnante. Ce choix décidé pour des fujets pieux le fît rechercher par les Peintres fur verre. Il fît beaucoup de deffins ou de cartons pour eux. Il ne recevoit jamais plus de fept fols pour un defïin d’une feuille de papier : aufïi n'a-t-on jamais guere vu de Defîinateur qui ait mis au jour une fi grande quantité d’ouvrages. La modicité du gain qu'il en retiroit, ne lui permit pas une grande corre&ion de defïin. Il fe noya par une chute qu'il fît fur les bords d’un Canal en 1564.
- L'autre, originaire de Gand, fe nommoit Lievin de U^itte. Il étoit excellent Peintre d’hiftoire, d’archite&ure ôc de perfpeôtive. Ses ouvrages font rares. On voit dans cette Ville en l’Eglife de Saint Jean beaucoup de vitres peintes d’après fes cartons. On ne fait point l’année de fa mort.
- Au commencement de ce fiecle Charles d’Ypres naquit dans cette Ville, dont il porta conftamment le nom jufqu'au jour de fon décès. Il travailla beaucoup en Peinture fur verre , tant dans fa patrie que dans fes environs ; mais au retour d’un voyage qu’il fît en Italie, il peignit à frefque ôc à l’huile. Il a fourni aux Peintres Vitriers une très-grande quantité de cartons, Ôc eft mort fuicide vers 1564.
- Jacques de F'riendt, bon Peintre fur verre Flamand, eut plufieurs freres diftingués dans les Arts, entr'autres François, plus connu fous le nom de Franc Floris , Ôc furnommé de fon temps le Raphaël des Flamands. M. Defcamps dans fon ouvrage pittorefque nous apprend qu'on voit de lui une Nativité de Jefus-Chrift peinte fur une vitre de l'une des croifées de la Cathédrale d’Anvers ; ôc il a repréfenté le Jugement dernier fur le vitrage au-deffus du grand portail de l’Eglife Collégiale de Sainte Gudule à Bruxelles.
- Dans laChapelle du St. Sacrement de cette Collégiale, on voit des vitres d’un autre Peintre fur verre de ce temps nommé Rogiers. Il falloit qu’il excellât dans fon Art ; car elles font autant de préfents faits par des Souverains. La première en entrant a été donnée par Jean III, Roi de Portugal; la fécondé par Marie, Reine de Hongrie ; la troifieme par François I, Roi de France; la quatrième par Ferdinand, frere de l’Empereur Charles-Quint ; & la cinquième par cet Empereur,
- Dans le même temps vivoit un François Peintre fur verre , nommé Robert Final-
- l PEINTURE
- grier , dont les ouvrages connus feront toujours des modèles pour nos neveux. Mes recherches ne m'apprennent rien du jour ôc du lieu de fa naiflance, non plus que de fa mort. Ce qui eft certain , c’eft qu’iltravail-loit en concurrence avec Jean Coufin, Peintre fur verre François, dont nous parlerons bientôt. On voit à Chartres dans l’Eglife Paroiffiale de S. Hilaire, des vitres peintes par Pinaigrier en 1527 & iyjo, d’un bon goût de defïin ôc d’un bel apprêt de couleurs. Entre ces vitreaux on en remarque un plus particuliérement, qui depuis a été copié en différentes Hglifes de Paris. 11 eft la vive exprefïîon d’une allégorie qui rapporte à Peffiifion du Sang de Jefus Chrift, l’émanation des grâces que les Sacrements confèrent ; ouvrage néanmoins dans lequel il eft difficile de difcerner fi les vues du Peintre font plus religieufes que politiques , plus pieufes que ridicules. D’ailleurs cette allégorie, dont le premier fens eft admirable, fe trouve plus ou moins chargée d’épifodes dans les différentes copies qui en ont été faites en divers lieux (a). La defcription que Sauvai donne de cette vitre allégorique eft très-conforme à une de ces copies, mer-veilleufement peinte fur verre, qui étoit autrefois fous le charnier de l’Eglife Paroif-fiale de Saint Etienne-du-Mont à Paris, Ôc que, de l’ordre des Marguilliers de cette Eglife, j’ai tranfporté au côté droit de la Chapelle de la Sainte Vierge , qui fert de Chapelle de la Communion. Voici comme notre Auteur s’en explique : « On voit dans » cette vitre des Papes, des Empereurs, des » Rois? des Evêques, des Archevêques, des » Cardinaux, tous en habits de cérémonie, » occupés à remplir ôc rouler des tonneaux, » les defcendre dans la cave, les uns mon-» tés fur un poulain (b), les autres tenant » le traîneau à droite & à gauche ; en un » mot on leur voit faire tout ce que font les » Tonneliers. Tous ces perfonnages au refte » ne font pas des portraits de caprice. Ce » font ceux de Paul III (*•), de Charles-» Quint, Empereur, de FrançoisI,Roi de » France, de Henri.VIII, Roi d’Angleterre, » du Cardinal de Chatillon ôc autres, pref-» qu'auffi reffemblants que fi on les avoit » peints d’après eux, le tout fur ces paroles » de l’Ecriture, Torcular calcavi folus ; quare » eft rubrum veftimentum meum. Les muids » qu’ils remuent font pleins du Sang de J. C.
- (a) Voyez Les Antiquités de Paris par Sauvai, p, 3 3 de l’addit. au tom. 1. fous le Titre de Vitres ridicules.
- (bi) C eft le nom que Ion donne à deux pièces de bois arrondies , aflemblées par des traverfes, autour defquel-Ies les Tonneliers filent leurs cables pour defcendre de groffes pièces dans les caves.
- (c) Sauvai ou fon éditeur, a fait ici un lourd anachronique. Cette vitre, félon lui, a été peinte en 1*30, ôc Paul III n’a fuccédé dans le Saint Siégé à Clément VU qu’en 1534.
- Vitres de S. Hilaire de Chartres.
- Vitre allégorique très-curieufe par
- fa Angularité.
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- Vitres de Saint Ger-vais à Paris.
- Vitres de S. Vi&or à Paris,
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- p étendu fous un prefloir, qui ruiflelle de 9 fes plaies de tous côtés. Ici les Patriarches * labourent la vigne, là les Prophètes font » la vendange. Les Apôtres portent le raifin » dans la cuve : Saint Pierre la foule. Les » Evangéliftes dans un lointain , figurés par » un Aigle, unTaureau & un Lion, la trab » nent dans des tonneaux fur un chariot que » conduit un Ange. Les Docteurs de l’Eglife » la reçoivent au fortir du corps de Notre-» Seigneur , Ôc l’entonnent. Dans l’éloigne-» ment ôc vers le haut du vitreau, fous une » efpece de charnier ou galerie, on diftin-» gue des Prêtres en furplis ôc en étole qui » adminiftrent aux Fideies les Sacrements de » Pénitence ôc d’Euchariftie ».
- Le même Peintre fit aufli à Paris de très-belles vitres pour l’Eglife Paroifliale de Saint Gervais : telles font dans le chœur de cette Eglife, l’hiftoire du Paralytique de laPifcine, celle du Lazare ; ôc , dans la nef, la forme de vitres peintes de la Chapelle de Saint Michel , fur laquelle font repréfentées les cour-fes des jeunes Pèlerins , qui, près d’atteindre la cime du rocher efearpé fur lequel eft fituée l’Abbaye de Saint Michel in tumbâ, s’exercent à desdanfes ôc à des amufemencs champêtres. Ce vitreau a toujours été fort eftimé pour la correction du deflin , le vrai qui régné dans la compofitîon Ôc la beauté du coloris. 11 eft formé en partie de verre de couleurs en table, découpé fuivant les contours du deflin , ôc en partie couché d’émaux. Ce Peintre s’appliqua néanmoins finguliérement à perfectionner ôc à rendre les émaux plus fréquents dans fes ouvrages que n’avoient fait fes prédécefleurs. Il fut même regardé en France comme leur inventeur. Pinaigrier pourroit bien aufli être l’Auteur des vitres peintes de la Chapelle de la Sainte Vierge dans la même Eglife, quoique l’emploi des émaux y fuit plus rare.
- Sauvai, aux recherches duquel nous fouîmes redevables de la confervation des noms des plus habiles Peintres fur verre François de ce fiecle, qui ont laiflé dans Paris des preuves de leur favoir faire, attribue encore a Pinaigrier les vitres de la Chapelle de Saint Clair,en l’Eglife de l’Abbaye Royale de Saint ViCtor de cette Ville, fur lefquelles les débauches de l’Enfant prodigue ôc une partie de la vie de Saint Léger font repréfentées. Il dit que ces vitres ont été eftimées comme les plus belles de Paris qui ayent été peintes d’après les deflins de cet habile Maître , fur-tout à eaufe de la beauté ôc du fini des têtes. On peut néanmoins lui faire fur le deflin des vitres de cette Qhapelle, le reproche que l’on fit à Albert Durèr du défaut de la pratique du coftume , fi l’on fait attention que l’habillement des figures fe rapproche plus du goût moderne que de la maniéré de s’habiller des Juifs à qui le Sauveur adreffoit
- fa parabole. On remarque d’ailleurs dans fes ouvrages un refte du goût gothique dont Jean Coufin, le modèle de nos bons Peintres François, ne fut pas exempt.
- On pourroit attribuer à Angrand ou En-guerrand le Prince les vitres des Chapelles de Sainte Marguerite, de Saint Nicolas, de Saint Fierre, de l’Arbre de JefTé, de l’Adoration des Mages au-deflus de la porte qui conduit au cloître, ôc celles de la Chapelle de Saint De-nys, comme ayant beaucoup de reiïemblance avec celles de Beauvais, dues à cet excellent Peintre fur verre de cette Ville, dont nous avons parié à la fin du fiecle précédent. Au refte Sauvai ne nomme pas leur Auteur.
- Quant aux Chapelles du côté gauche du chœur en allant à celle de Saint Jean, ou, comme on dit, du côté de Montholon , on peut aiïurer fans crainte de fe tromper, qu’eb les ne font pas des mêmes Maîtres que les au* très. Les touches en font beaucoup plus larges ôcla maniéré d’un goût plus noble Ôc plus frappant, fans le céder aux précédentes par la vivacité pétillante de leur coloris. On pourroit en attribuer le deflin à Lucas Penni, dont le féjour à Paris peut être du temps de Montholon, ôc l’exécution à Robert Pinaigrier. Il paroît que Jean de Montholon, Chanoine Régulier de cette Abbaye , na pas peu contribué par fes libéralités à la dépenfe des vitres peintes de ces dernieres Chapelles. Ce célébré Doêteur en Droit, de qui nous avons un ouvrage de Jurifprudence, intitulé, Ereviarium Juris, imprimé en *J2Q par Henri Etienne , eft repréfenté fur les vitres d’une de ces Chapelles qui fert à préfent de facriftie à celle de Saint Jean, avec fes armoiries fur fon prie-dieu. Enfin Félibien dit que Pinaigrier fixa fon féjour à Tours, ou fes éleves fe rendirent très-célebres dans la Peinture fur verre , ôc fou-tinrent, comme nous le verrons en parlant des belles vitres du charnier de l’Eglife Royale ôc Paroifliale de Saint Paul à Paris, la haute réputation de leur pere.
- La Ville de Metz poflédoit vers le même Valentin temps, Valentin Bouc h : je ne connois ce ç0^s fpdntrQ Peintre fur verre que par une copie de fon lue verre» Teftament qu’un Maître Vitrier de cette Ville vient de me faire paffer. Ce Teftament ou Devije , comme il eft intitulé, eft daté du Mars 1J41 ; il nous apprend que Maître Valentin Bouch , Peintre & Carrier , a fait les vitres peintes de la grande Eglife de Metz, à laquelle il légué tous fes grands Patrons, defquels il a fait les varriérés de ladite Eglife , four s3 en fer sir & aider à /’avenir à la réparation a icelles varrieres , toutes & quan-desfois nêcejfité fera, 11 paroît que Bouch pei-gnoit aufli à l’huile ; car il légué à la même Eglife un fien Tableau de Notre- Dame fait en huile> avec deux èçm (fox au Joleil pour faire
- Vitres de Ig Cathédrale de Metg,
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- Legs fin-gulier de Bouch à fes confrères.
- Dirck 8c Wouter Pie-tereze Cra-beth freres , Hollandois , Peintres fur verre, auteurs en partie des belles vitres peintes de Gouda.
- 44 r A RT DE LA PEINTURE
- dorer les lettres qui font à l’entour d'icelui ta~ bleau, le tout pour prier Dieu pour fon ame. On peut juger par les différentes difpofitions de fon teftament, qu’il étoitfort riche, & qu’il avoit voyagé en Italie. Après beaucoup de legs pieux en faveur des Religieux des quatre Ordres ditsMandiants, de plufieurs Monafte-res de Religieufes de Metz , ôc des pauvres honteux ôc quêtans leur pain de ladite Ville, il légué au nommé Harman Foliq, qu’il appelle fon vieux ferviteur, outre un bechin d’argent pefant quatre onces, douze pièces de portraitures d’Italie ou d’Albert à fon choix; autant à Mangin le Peintre, fon Chirurgien , telles qu’il femblera duifant à lui ; en outre, toutes fes couleurs pour peindre Ôcune dague ferrée d’argent; à George le Varrier ) un béchin d’argent pefant environ quatre onces, 6c douze Apôtres fur papier rehauffés de blanc 6c de noir, avec un moule pour jetter du plomb.... ; à Collin, fon mortier de gray, Ôcc. Ce Teftament contient de plus une finguliere difpofition en faveur de fes Confrères; s’en donne, y eft-il dit, aux Maîtres & fisc du métier de Carrier de Mets, dix fols de Mets pour une fois pour eux aller boire enfemble le jour de^fon fervice & obit, & pour Dieu prier pour l*ame de lui. Elle eft aufïi ridicule que celle de Martin Léemskerck , Peintre Hollandois , mais moins impie. Celui-ci avoit fait un legs con-fidérable pour marier quelques jeunes filles, à la charge de danferfur fafojfe (a). Bouch donne encore à Antonin le Carrier , une robe à la difcrétïon de fa main bourfe (b), avec 400 liens de blanc voir ( verre blanc ) pour une fois, pour prier , dre. Enfin il établit Idate, fa femme, fa légataire univer-felîe , fa garde, main-bourfe & departere/fe. Ce Peintre fur verre ne furvécut à fon Teftament que l’efpace de cinq mois ; car cette Devife ou Teftament fut acceptée 6c détenue par Idate, le 22 Août 1^41.
- Les opinions font* partagées fur la patrie de deux freres Peintres fur verre, qui brillèrent le plus en Hollande vers ce temps-là. Entre les Hiftoriens de la Ville de Gouda , à qui leur mérite étoit d’autant plus connu que cette Ville poffede leurs plus belles vitres , les uns les font originaires d’Allemagne , les autres les croient François. Leur propre poftérité les fait naître aux Pays-Bas. Ces deux habiles Peintres , nommés Dirck ( Thierri ) 6c IVorner ( Gauthier ) Crabeth , réufïirent parfaitement dans l’Art de Peindre fur verre, en grand comme en petit, avec une promptitude extraordinaire , fur-tout de la part de Dirck.
- (a) Voy. Félib. Entret. fur la vie & les Ouvr. des Peintr. tom. i.p- , 8c M. Defcamps, tom. i.p, 66, Ce Peintre mourut en /574-
- {h) Son exécutrice teûamentaire.
- Voûter vifita la France 6c l’Italie ; fa coutume étoit de laiffer un carreau de vitres ou un panneau peint de fa main dans chaque Ville où il paffoit : les connoiffeurs di-fent que Voûter l’emportoit fur fon frere dans le coloris comme dans le deflin, mais que Dirck donnoit plus de force à fes ouvrages ; ce qui fit dire dans le temps que Dirck étoit fupérieur dans les ouvrages où il fal-loit une Peinture mâle , 6c Voûter dans ceux qui demandoient des lumières plus brillantes. La force de Dirck confiftoit dans des coups de pinceau plus hardis ; il formoit fes ombres par des hachures larges 6c bien entendues ; il épargnoit ( c ) beaucoup le verre dans les contours des membres Ôt des drap-peries : cela fuppofé , on a moins lieu d’être furpris de fa plus prompte exécution. Voûter, au contraire, s’étoit approprié une pratique confiante du clair-oblcur, par la dégradation du lavis de la couleur noire , habilement étendu fur le verre, qu’il épargnoit moins que fon frere , mais dont il en-tendoit parfaitement les rehauts. Or, cette maniéré àc faire ne pouvoit manquer de donner plus de brillant dans les lumières, mais lui demandoit plus de temps ôt de délica-telle.
- Nous avons en notre poffefïion un livret de 3 r pages d’impreflion , intitulé : Explication de ce qui efl reprêfenté dans le magnifique vitrage de la grande <& belle Eglife de Saint Jean à Gouda , pour la fatisfaBion tant des habitants de cette baille, que des étrangers qui viennent y admirer cette merveille, imprimé à Gouda 9 chéri André Endenburg, Imprimeur de la Ville, avec privilège, mais fans date de fon année d’impreflion. Suivant ce livret y qui fe vend à Gouda par l’autorité du Con-feil de cette Ville, cette Fglife ayant été réduite en cendres par la foudre le 12 Janvier 15* $2, fut promptement relevée par les magnifiques libéralités de Philippe II Roi d’Efpagne Ôc dernier Comte de Hollande y de la Duchefle de Parme fa fœur, Gouvernante des Pays-Bas, d’autres Seigneurs de ces Provinces , tant Eccléfiaftiques que fé-culiers , ôc des Cours Souveraines. Le peuple même y contribua par fes travaux gratuits comme par fes dons volontaires. Le monument le plus diftingué de cette reftau-ration brille encore fur fon fuperbe vitrage : Dirck ôc IVouter Pieterfçe Crabeth s’y dif-tinguerent par préférence.
- Lesvitreaux de cette Eglife font au nombre de 44, tous remplis de vitres peintes de la plus grande beauté, tant pour leur ordonnance ôc la correêlion du deflin , que
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- (a) Epargner fe dit en Peinture, d’un endroit oît on ne eouene point de lavis , ce que nous expliquerons pat la fuite relativement à la Peinture fur verre,
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- Titres de Wouter Cra-betb, à Gouda.
- S Ü R VERRE. 1. Partir 4 j
- pour leur admirable coloris. Il paroîr que les troubles de Religion qui répandirent de fi tumultueufes allarmes dans les Provins ces de Hollande , occafionnerent quelque interruption dans la continuation de cette entreprife. La datte de ces vitres, qui , commencées en iyyy* ne paroiffent avoir été finies qu’en 160? ; la différence qu’on y remara ueentre les Sujets qui y furent traités , lorfque les Provinces étoient encore Catholiques , ôc ceux qui datent d’après les exploits du Prince d’Orange, qui les arracha à la domination Efpagnole* en font unepreuve exiftante.
- Notre Livret détaille exa&ement tous ces vitreaux , rapporte les infcriptions peintes au bas de chacun par les différents bons Peintres fur verre qui les ont faits (a), dont plufieurs font inconnus à M. Defcamps , ôc diftingue les Copiftes des Inventeurs qui en ont fait les cartons. Quelques infcriptions latines annoncent les principaux donateurs , ôc font confacrées à leur mémoire.
- Entre ces belles vitres peintes, il y en a quatre de la main de Wouter Crabeth, deux de fes Êleves, neuf de Dirck ôc quatorze de fes Êleves. Nous parlerons de celles des autres Peintres Vitriers à leurs articles.
- Le premier vitreau de Wouter , repréfente Salomon dans toute fa pompe recevant la Reine de Saba. On voit au-deffous le portrait de Madame Gabrielle Boetze-laer, Abbeffe de Rynfburg, qui en a fait préfent à l’Eglife de Gouda : elle eft aiïiftée de l’Ange Gabriel, avec fes armoiries ôc celles des alliances de fa Maifon ; l’infcrip-tion mife au bas annonce qui en eft l’Inventeur ôc le Peintre: on y lit JV'outer Crabeth fig. & pinx. ( Figuravit Ôc pinxit* ) Gouda, 1561.
- La naiffance de J. C. eft peinte dans le fécond ; ce vitreau a été donné par les Chanoines de Saint Salvator d’Utrecht, qui y font figurés dans le bas, préfidés par J. C., avec leurs armoiries derrière eux ; l’infcrip-tion porte W'euter Crabeth ,&ce. 15 .
- Le troifieme repréfente l’hiftoire d’Hé-liodore .* il a été donné par le Prince Eric, Duc de Brunfwick, Ôte. qui eft peint au bas, ayant derrière lui Saint Laurent avec fes attributs. Les armoiries de la maifon du Duc font au-deffus de l’infeription, qui porte Wou* ter , Ôte. 1 $66.
- Le quatrième donné en 1562, par Mar^-guerite d’Autriche , Ducheffe de Parme ôc Gouvernante des Pays-Bas, paroît n’avoir été peint qu’en 1576. On y voit le Sacri-crifice d’Ëlie ôc le Lavement des pieds. La Princeffe y eft repréfentée au-deffous, ôc
- [a) Le feul dont notre Livret ignore le Peintre , repréfente la Décollation de Saint Jean-Baptifte ; il a été donné par le fieur Henry Van-Zwol, Commandeur de l’Ordre de Saint Jean à Harlem,l’an 1570. Au-deffous de l’hifi toire eft fon portrait, & derierre lui la figure de ce Saint.
- Peint, sur Ferre. I. Fart.
- derrière elle , fa Patrone avec un Dragon fous fes pieds. On lit dans l’infeription ou-ter, &cc. *$76.
- Deux de les Eleves ont peint, fans douté d’après fes cartons, dans deux vitreaux dè la même Eglife la Paflion, la Réfurreêtion ôc l’Afcenfion de Jefüs-Chrift. Ces vitreaux* qui avoient été deftinés pour le cloître des Réguliers d’Emmaüs dans le pays de Steyn * furent donnés à l’Eglife de Gouda * l’un par Théodore Cornelifze, Tréforier du Roi d’Ef-pagne pour le reffort de Ter-Goude, ôc par le Bourguemeftre Jean Hey ; l’autre par Nicolas Van-Nieuland, Evêque de Harlem. On lit dans leurs infcriptions : Feints par les Dif-ciples de Jf^outer Crabeth , à Gouda 1 y 8 0 ;
- Quant aux vitres peintes par Dirck Crabeth, la première qu’il a faite pouf cette Eglife repréfente le Baptême de Notre-Sei-gneur : George d’Egmont, Evêque d’Utrecht ôc Abbé de Saint Amand en eft le donateur. On y reconnoît le portrait de ce Prélat * fes armoiries Ôc celles des alliances de la maifon d’Egmont. L’infcript. porte : Theod. (Théo-doricus * en François Thierry) Crabeth, fig. & pinx. Gouda ij'y'J'.
- Il a peint dans la fécondé, d’une part Saint Jean qui baptife dans le Jourdain, dè l’autre Jefus-Chrift qui donne million à fes Apôtres pour inftruire ôc baptifer les nations. Dans cette vitre donnée par Cornille dé Mycrop, Prévôt, Archidiacre ôc Chanoine du Chapitre de Saint Salvator à Utrecht * on remarque le "portrait de ce dignitaire afllfté de la Sainte Vierge ôc de Saint Benoît, avec des attributs relatifs à l’hiftoire du Patriarche des Moines de l’Occident. On lit dans l’infcript. Theod. Crabeth , ôce. 1$ $61
- On voit dans la troifieme la Prédicatiori de Jefus-Chrift ôc les difciples de Jean députés vers le Sauveur, qui fait plufieurs miracles devant eux. En haut, dans Féloignement, eft la prifon du Précurfeur du Meflie : en bas font les portraits de Gérard Hey Gerritfze * de fâ femme ôc de fa fille , tous trois donateurs de cette vitre. L’infcript. porte : Theod* ôcc.
- Dans la quatrième, Oh apperçoit vers le haut la dédicace du temple de Salomon à Jérufalem, Ôc les offrandes qui s’y firent : au bas la derniere Cène de Jefus-Chrift avec fes Apôtres. Le Roi d’Efpagne Philippe II* donateur de cette vitre, ôc la Reine fon époufe, y font repréfentés avec toutes les marques diftin&ives de la majefté royale* On y lit plufieurs devifes en leur honneur L’infcript. porte : Theod. Ôcc. 1$
- La cinquième , donnée par l’Evêque dé Liege, Abbé de Bergue, repréfente vers le haut, David à la tête de fon armée , qui envoie des députés à Nabal pour en obtenir des vivres ; vers le bas, la première prédis cation de Saint Jean-Baptifte aux Soldats*
- M
- Vitrés dë Dirck Cia» beth à G0U3 da.
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- L'ART DE
- LA PEINTURE
- Toutes les armoiries des différentes alliances de la maifon de ce Prince Evêque y font pein-tes. On lit dans l’infcript. Theod. ôcc. I $ $ 7.
- Dans la fixieme, donnée par le Prince Philippe, Comte de Zour , ôcc. font repré-Tentées trois hiftoires, favoir, celle du baptême de l’Eunuque de la Reine de Candace par le Diacre Philippe , celle de la guérifon du Boiteux à la porte du temple, ôc celle du Paralytique de trente - huit ans auprès de la Pifcine de Bethfaïde. L’infcript. porte : Theod. ôcc. I$jp.
- La feptieme repréfente le fiege de Béthu-lie ôc la mort d’Holopherne. Au-deffous de cette hiftoire font les portraits ôc les Patrons du Prince Jean de Bade, Duc d’Arfchot ôte, Chevalier de la Toifon d’Or, ôc de Catherine, Comteffe de la Marck, fon époufe,' avec les armoiries de ces deuxMaifons ôc de leurs alliances. L’infcript. porte : Theod. ôcc. iS7i-
- Dans la huitième, donnée par Guillaume de Naffau, Prince d’Orange, on admire la belle ordonnance ôc l’excellente peinture de l’hiftoire de Jefus-Chrift chaffant les Marchands du temple. On lit dans l’infcr. Theod. ôcc. l $7 6. On y a ajouté en 16 y 7 les armoiries des vingt-huit Confeillers de Gouda.
- Enfin une neuvième vitre de Dirck , placée au-deffus des orgues de l’Eglife , repréfente Jonas fortant du fein de la Baleine, avec cette devife, Ecce plus quàm Jonas hic. Elle a été donnée par le corps des Poiffon-niers de Gouda. L’infcr. porte : Theod. Crabeth fig. & pinx. Gouda > fans Chronogramme.
- Un des Eleves de cet habile Peintre a peint pour la même Eglife, fans doute d’après fes cartons, les treize vitreaux du haut au choeur, représentant dans l’un Jefus-Chrift, ôc dans chacun des douze autres la figure de chaque Apôtre. Ils datent de iyp<f, ôcc.
- On ne fait fi c’eft le même Eleve qui a peint une vitre près la Tour du Midi , donnée fans date d’année par le corps des Bouchers de Gouda. Elle repréfente le reproche de l’Aneffe de Balaam au Prophète qui la maltraitoit.
- Tels font les magnifiques vitreaux dont Dirck Ôc Wouter Crabeth furent les inventeurs ôc les Peintres. Quoique ces deux freres fuffent amis, ils fe cachoient leur fecret,’ ou pour mieux dire leur maniéré de faire. Le frere qui recevoit la vifite de fon frere,1 couvroit fon ouvrage en fa préfence. Il arriva même qu’un des deux ayant demandé à l’autre comment il s’y prenoit pour réuffir dans ce qui lui paroiffoit fi difficile à trouver , il ne put avoir d’autre réponfe que celle-ci : Mon frere,j ai trouvé par le travail; cherchez, & vous trouverez de même. Ils fe contentèrent dès-lors de fe voir peu, Ôc de
- s’écrire lorfqu’ils avoient quelque affaire à fe communiquer. Ils firent tant de recherches ôc tant de frais dans leur Art, qu’ils fe virent obligés de travailler comme de fimples Vitriers , pour éviter l’indigence.
- Des deux freres, il n’y eut que Wouter qui fe maria. Il époufa une fille de la famille de Proyen, dont il eut un fils, nommé Pierre, qui depuis a été Bourguemeftre ; ôc une fille qui fut mariée à Reynier Parfyn, Graveur , qui a donné au Public les portraits de Dirck ôc de Wouter. Son petit-fils, nommé comme lui Wouter Crabeth, le meilleur des Eleves de Cornille Ketel, s’eft diftingué dans l’hiT-toire ôc le portrait, après avoir parcouru toutes les Villes de France ôc avoir féjôurné long-temps en Italie, entr’autres à Rome;
- Dirck (Thierry) Van-Zyl, Peintre fur verre Ejtfckyan-d’Utrecht, fut affez célébré pour être em- fUr verre? ^ ployé dans l’entreprife des vitres de Saint Hollandoii, Jean de Gouda. Les cinq qu’il a faites pour cette Eglife, dans le même temps que celles des freresCrabeth,doivent donner une grande idée de fes talents Ôc de la confiance qu’on y, mettoit. Il paroît cependant qu’il étoit plus copifte que.compoftteur; car il a peint fes cinq vitreaux d’après les deflins ou cartons de Lambert Van-Noord Van-Amersfoort. On a lieu d’être furpris que M. Defeamps n’ait parlé ni de l’un ni de l’autre.
- Suivant notre Livret, la première vitre Vitres de que Van-Zyl a peinte pour l’Eglife de Gouda à
- repréfente Saint Jean qui reproche à Hérode *
- fon incefte. On voit au-deffous le portrait ôc les armoiries de Wouter Van-Bylaert^
- Bailli de la Commanderie de Ste. Catherine d’Utrecht, qui en eft le donateur. Sainte Elifabeth eft devant lui, qui tient fon fils entre fes bras. On apperçoit par derrière Saint Jean tenant un agneau , ôc à côté Hérodias avec une épée nue. On lit dans l’infcription : Lamb. Van-Noord Van-Amerf-foort inv. & fig. Theod. Van-Zyl pinx. Utrecht i$$6.
- Dans la fécondé , on voit l’Ange Gabriel qui annonce à la Sainte Vierge l’incarnation du Verbe : elle a été donnée à l’Eglife de Gouda en iyyp, par Spiering de Wel,1 Abbé de Berne. La même infeription ne s’y trouve pas, quoiqu’elle foit due au crayon ôc au pinceau de ces deux habiles Maîtres, parce qu’ayant été maltraitée par un ouragan, mais rétablie en itfyy, on y a fubftitué ce diftique :
- 1 y yp. Me dédit antiftesBernardi îVellius olim -
- ïéyy. Æ dite s Senoi jam periijfe vêtant•
- La troifieme repréfente l’Apparition de l’Ange'à Zacharie faifant fes fondions fa-cerdotales dans le Temple, ôc laPrédidion de la naiffance de Saint Jean, On reconnoît
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- âu-deflfous le portrait de Dirck Cornelifze Van-Oudewater , donateur, celui de fa femme Ôc ceux de leurs quinze enfants» Deux fils Religieux Ôt deux filles Religieufes font figurés fous leurs habits de religion* L’infcription eft la même que dans la pre-miere vitre, avec lechronogramme i $ 6 K * La Nativité de Saint Jean-Baptifte eft peinte fur la quatrième, donnée par les héritiers de Hernies Letmatius * natif de Gouda, premier Profelfeur en Sorbonne * Chanoine ôc Doyen de l’Eglife de Sainte Marie à Utrecht. On voit les portraits de cinq d’entre-eux auprès de Saint Jean ôc de Sainte Elifabeth. L’infcription eft la même, avec le chronogr. i$6i.
- Enfin la cinquième repréfente Jefus-Chrift afïis au milieu des DoCleurs. Des lettres hébraïques marquent la loi de Moyfe. L’Abbé de Mariawaert en eft le donateur. Il eft repréfenté au-delfous de l’hiftoire aflifté de la Sainte Vierge ôt de l’Apôtre Saint Pierre, avec quatre écuffons. On lit toujours au bas la même infcription. Mais il n’y a point de date.
- Attention II feroit à fouhaiter que tous ceux qui Ségents* de ont ^té propriétaires ou dépofitaires des l’Eglife de beaux morceaux de Peinture fur verre qu’on Go°rtent à^â admire encore dans notre France ôc dans conferva- les Pays - Bas , ou qui ont été détruits en
- tonsdekurs ent*er a cau^e de ^eur délabrement, euffent vitres pein- tenu ta même conduite que MM. les Régents tes* de l’Eglife de Gouda ? qui ont foigneufement
- confervé les cartons de leurs vitres peintes. Chriftophe Pierfon, aufïi bon Poëte que Peintre célébré (æ), en a bien fenti l’utilité, lorfqu’en 1675 il fe chargea, fuivant notre livret , de defliner ôc d’arrêter en grand celui de la troifieme vitre de Dirck Crabeth qui manquoit feul. Il peignit encore en petit fur le parchemin les deflins de toutes les vitres, ôc on les conferve aufii précieufe-ment dans la chambre des Régents, ou les curieux qui paffent par Gouda ne manquent pas de les aller voir. De quel avantage ne furent pas les anciens cartons en 1655 lors du rétabliffement de la fécondé vitre de Van-Zyl f C’eft pour faciliter une femblable réparation que nous avons vu Valentin Bouch léguer à l’Eglife Cathédrale de Metz les cartons d’après lefquels il en avoit peint les vitres.
- Mkhef'a^î& tt0Uv^ dans tas manufcrits de M*
- Guillaume 1* Abbé Lebœuf, copie d’un a£le Capitulaire Commonafle du Chapitre de la Cathédrale d’Auxerre,
- PeimreJS fur 8 ^ai > qui accorde à Germain MP Verre.
- (a) M. Defcamps , qui nous a donnélaviede cet habile Peintre, n’a pas parlé de fes talents pour la Poéfie, Pierfon eft né à la Haye en 1631, ôc eft mort à Gouda en 1714. Ses portraits , fes tableaux d’hiftoire, ÔC fur-* tout fes attributs de chaffe font eftimés.
- thel, Peintre Vitrier, deux charretées de bois, pour être employées aux échaffauds néceflaires pour pofer en place les nouvelles vitres qu’il venoit de faire pour le portail neuf de cette Eglife.
- On voit encore par une copie de Compté en date du mois d’Avril 15:75 préfenté à ce Chapitre j qu’un autre Peintre Vitrier, nommé Guillaume Commonafle , avoit reçu 30 lin pour avoir rétabli à neuf la Verriere du côté de la Cité. Par la comparaifon d’un autre article de ce compte , qui porte emploi d’une fomme de 24 liv. payée au maître Maçon, pour réparations faites à là pierre de la rofe au-deflùs du grand portail * ôt pour autres faites aux dalles de pierre au-deffus de la tour * avec celle de trente livres*1 payée à Commonafle 9 il paroît que le prix des ouvrages de Peinture fur verre étoit fupérieur à celui de la groffe Maçonnerie * qui, fuivant la remarque de l’Abbé Lebœuf, ne coûtoit que deux fols le pied * dans un temps ou l’argent étoit très-rare.
- Je ne puis omettre la mémoire qu’il nous a confervée dans le même manufcrit, d’une délibération de fon Chapitre, en date du 14 Juillet 1576. Elle porte défenfes de tirer des coups d’arquebufadé fur les Verrie» res de la Cathédrale , fous prétexte de détruire les pigeons Ôt autres oifeaux avides des fels qui fe trouvent dans le mortier, qui forme 1 ejointoyement des pierres des grands bâtiments d’ancienne conftru&ion : précaution dont l’oubli ôc la négligence n’ont pas peu contribué jufqu’à préfent au dépérifle-ment des vitres peintes des autres grandes Bafiliques.
- Vitres tîê Cathédral! d’Auièïm
- Prix ée$ ouvrages dé Peinture fu£ verre au ï 6es fiecle.
- Délibération impor3-tante duCha-pitré d’Auxerre pouÊ prévenir lé dépériife- , ment de fes vitres peina tes»
- Dans un de fes manufcrits, le même Hif poriî ^ torien fait mention des belles vitres peintes hori, Prieut en 15 , dans le réfectoire des Bernardins qm&oTÎ
- de l’Abbaye de Cerfroy, dans le Soiffonnois, François / * par Dom APoyiqyï, Prieur de cette Abbaye, Peintre fui ainfi que le porte l’infcription d’une de ces ver*e* vitres , où ii fe qualifie Prior humilis. Exemple d’autant plus remarquable que la Peinture* îur verre a paru profcrite dans l’Ordre dé Cîteaux , par les ftatuts d’un Chapitre Général dont nous avons parlé ailleurs*
- Le Mémoire manufcrit des belles vitres Nicolas lé peintes de Beauvais, nous apprend que cette François f** Ville poflfédoit vers l’an i 540, un habile Peintres Vitf Peintre Vitrier , nommé Nicolas le Pot , qui vetre‘ peignoit fur-tout élégamment en grîfaille.
- L’Auteur du Mémoire dit, qu’il a de lui en ce genre, une tentation de Saint Antoine * qui s’eft très-bien confervée; on y recon-noît, ajoute-t-il, de l’imagination ôc du ta-8 lent : un des diables figuré en oifeau monf-trueux , avec un capuchon fur la tête , porté une bande ou rouleau fur lequel on voit le$ trois lettres initiales du nom du Peintre *
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- Simon Me-heftre, de la Hue pere 8c fils, Martin Hubert,René & Remi le Lagoubaul-de, Jean 8c Jean Beufe-lin, Laurent Lucas, Robert HerulTe, Philippe Ba-cot, Pierre Eudier, 8cc. François, Peintres % .verre.
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- N.L.P. 1 y40. La plupart des Vitriers de Beayvais portent encore le nom de le Pot > & font de la famille d’un le Prince, qui maria fa filleà un le Pot , Sculpteur de cette Ville ; mais aucun d’eux n’a confervé le talent defes aïeux.
- Notre Mémoire remarque encore que la Ville de Beauvais eft de plus redevable àun autre Peintre Vitrier , non moins habile, ôc qu’il ne nomme pas, d’une vitre de la Chapelle de Saint Euftache en l’Eglife de Saint Etienne , dans laquelle Charles IX eft peint au naturel, avec des accompagnements qui ont donné lieu à des critiques hiftoriques. Cette Peinture a, dit-il , mérité de trouver place dans le Livre des Monuments de la Monarchie Françoife de Dom Montfaucon, Tome V.
- Le même Mémoire nous apprend auiïi qu’il y a peu de maifons dans Beauvais ou l’on ne trouve des vitres peintes d’une bonne maniéré, foit en portraits , payfages ou armoiries d’un très-bon goût ôc d’une grande vivacité de coloris; qu’on en voit quelques-unes dans les hôtels des Compagnies d’Arbalétriers ôc autres de cette Ville; mais que tous ces morceaux dépériflent tous les jours par le nouveau goût Ôc l’ufage des croifées à la moderne.
- Divers François Peintres fur verre, à peu-près des mêmes temps, font nommés dans ces Lettres-Patentes & autres A&es ôc Sentences , dont nous avons annoncé au Chapitre X que nous donnerions copie à la fin de ce volume. Tels font les freres Beufelin, qui obtinrent de Charles IX en 15 <53 la confirmation des Privilèges des Peintres Vitriers , que Henry II en 1 y y y venoit de confirmer en faveur de René ôc Remi le Lagou-baulde pere ôc fils; à Anet, Ele&ion de Dreux, Laurent Lucas àtRobert Herujfe > à Bouffi, Philippe Bacot ; à Fécamp, Pierre Eudier ; enfin de la feule Vicomté de Caen, Simon Mehejlre , de la Rue pere Ôc fils, Martin Hubert , Gilles ôc Michel Dubofc freres, mis en jouiflance de ces Privilèges avant le régné de Henry II. Ces mêmes Aétes Ôc Sentences émanés de différents Sieges, la plupart de la Province de Normandie, ne nomment pas un grand nombres d’autres Peintres fur verre, dont ils fe contentent de nous apprendre l’exiftence par des termes colleéüfs. Mais comme il n’y eft fait aucune mention des ouvrages qui ont le plus accrédité les habiles Maîtres dont ils nous ont confervé les noms, renonçons au détail des vitres peintes ; une grande partie n’en fubfifte plus , ou par l’injure des temps qui les a ruinées , ou par l’abandon de ceux qui les ont négligées ; comme nous regrettons à Paris la plus grande partie des belles vitres peintes de l’Hôpital des Enfants xouges t ôc de
- celles du charnier de l’Eglife Paroiffialê de Saint Jacques de la Boucherie, qui, félon Sauvai, étoientde la main de Robert Pi-naigrier.
- Un HoIlandoisPeintre fur verre, nomméjean Van-Kuycky fe rendoit alors auffi fameux par fes erreurs fur la Religion, que parfon habileté dans fon Art. Arrêté à Dort Ôc emprifon-né , l’Ecoutet ou Chef de la Juftice, en con-fidérationde fes talents, employa toutes fortes de moyens pour obtenir fa grâce ; Van-Kuyck en reconnoifîance le peignit fous la figure de Salomon quand il prononce fon Jugement. Mais le reproche que les Ecclé-fiaftiques firent à ce Magiftrat, jufques dans leurs fermons , de vouloir le fauver pour s’enrichir de fes ouvrages , fut caufe de fa condamnation : moins heureux que David Jorifz, il fut brûlé vif le 28 Mars 1572 , laiftant après lui une malheureufe veuve ôc une fille âgée de fept ans.
- Un jufte fentiment de reconnoiffance nous a porté à embellir la lifte de nos Peintres fur verre du nom de ceux qui par leur habileté dans le deflïn, la facilité ôc l’excellence de leurs compofitions , doivent être regardés comme les auteurs de la célébrité d’une grande partie des meilleurs Peintres Vitriers du feizieme fiecle : ceux-ci, avec moins de talent dans l’invention Ôc une plus grande fécurité, s’eftimerent allez heureux de bien rendre fur le verre la produ&ion du crayon , de la plume ôc du pinceau de ces grands Maîtres, au rang defquels nous mettons :
- i°. Marc Villems, né à Malin es vers l’an 1^27 : ce Peintre Flamand furpaffoit fes contemporains pour le genre & la facilité de compofer. Son inclination bienfaifante qui le portoit naturellement à obliger, le rendit le compofiteur , non-feulement de beaucoup de Peintres fur verre , mais encore de nombre de Peintres ôc de Tapifliers. Ses Ouvrages lui ont mérité l’eftime des con-noiffeurs : aimé pendant fa vie , il mourut en 1 y 61 généralement regretté.
- 2°. Marc Guérards : ce Peintre un des meilleurs de Bruges , étoit, dit M. Def-camps , univerfel; il peignoit l’Hiftoire , l’Archite&ure , le Payfage. Il étoit bon Deflinateur, ôc gravoit à l’eau forte. La Ville de Bruges ôc celles des environs ont de lui de bons tableaux : il deiïina beaucoup pour les Peintres fur verre ; il arrêtoit en couleur les cartons qu’il leur fournifloit : c’eft fans doute ce qu’on a voulu exprimer en le qualifiant auffi d’Enlumineur. Il pafla de la Flandre en Angleterre, où il mourut on ne fait en quelle année.
- 3°. Lucas de Héere, né de parents qui lui avoient infpiré le goût , le talent ôc Exemple 2 ne pouyok manquer de devenir
- Jean Van-ÎCuyck, Peintre fur verre Hollandais»
- Marc Wil-!ems, Marc Guérards ,8c Lucas de Héere, Peintres Flamands ,, deffinateurs pour les Peintres fur verre.
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- Jean Cou-fin, François , Peintre fur verre.
- Vitres de S. Gervais à Paris, de la Sainte Chapelle de Vin-cennes, &c.
- SUR VER
- un grand Peintre. Il fe diftingua fur-tout par Ja propreté dans le maniement de la plume & par l’intelligence qu’il donnoit à fes defïins. Il y ajouta tant de force ôc de facilité , que Franc-Floris^, ami de fon pere, le lui demanda pour Eleve. Il ne tarda pas longtemps à égaler ôc même à furpafler fon Maître, qui le fit compofer Ôc defïiner longtemps pour les Peintres fur verre. Franc-Floris adoptoit comme liens les defïins de fon Éleve* ôc les faifoit paffer fous fon nom. De Héere le quitta pour paffer en France * où la Reine mere l’employa à faire des def-fins pour les Tapifliers, Après un long fé-jour à Fontainebleau * où il étudia les antiques de cette Maifon Royale, il revint dans fa patrie ôc y fixa fon établiffement : il y fut recherché des plus grands Seigneurs. La Peinture n’étoit pas fon feul talent ; il fut un des plus beaux génies de fon temps. Savant dans la Chronologie, il fut aufli bon Poëte ; il mit en vers le Jardin de la Poéfie* le Temple de Cupidonôc la Vie des Peintres Flamands. On a de lui quelques traduêfions de Marot. Il mourut honoré de charges diftinguées en 158^ * âgé de $0 ans.
- Le temps de la naiffance ôc de la mort de Jean Coufin* le premier modèle des Peintres François , nous efl abfolument inconnu : on fait feulement qu’il naquit à Souci* près la Ville de Sens* Ôc qu’il vivoit encore en 1585), dans un âge fort avancé.
- Bon Géomètre ôc grand Deflïnateur* il fit de la Peinture fur verre fa première ôc fa plus fréquente occupation ; il y excella comme inventeur ôc comme copifle ; il abonda en belles penfées comme en nobles ex-preffions ; les connoiffeurs lui reprochent un refie de ce goût gothique qui l’avoit devancé.
- Il feroit prefqu’impoffible de raconter la grande quantité d’ouvrages qu’il a faits pendant le cours d’une vie longue ôc laborieufe* principalement fur des vitres qu’il peignit lui-même, ou dont il fournit des cartons dans plufieurs Eglifes de Paris ôc de la Province * pour les nombreux Eleves qu’il dût ffire dans cet Art, qui pour lors étoit dans la plus grande vogue. Les plus belles de fes vitres font dans l’Eglife Paroifïiale de Saint Gervais à Paris , qu’il paroît avoir entrepris en concurrence avec Robert Pinaigrier , dont nous avons parlé. On lui attribue en-tr’autres celles du choeur de cette Eglife ; il y a peint lui-même le martyre de Saint Laurent , l’hifloire de la Samaritaine ; Ôc dans une Chapelle autour du chœur à droite , la réception de la Reine de Saba par Salomon, ouvrage digne de l’admiration des connoif feurs pour fa belle exécution ôc la brillante vivacité de fon coloris. On diflingue dans le frontifpice de l’Architeêlure du Palais de
- Peint, sur Verre. I. Part.
- R E. I. Partie. 49
- ce Roi, le Chronogramme 1 f J • • On lui attribue aufli les belles grifailles du château d’Anet* dont nous parlerons dans le Chapitre fuivant, ôc les vitres de la Sainte Chapelle de Vincennes , d’après les defïins de Lucas Penni ôc Claude Baldouin. On voit aufli beaucoup de fes ouvrages de Peinture fur verre* à Moret ôc à Sens, entr’autres, où il a peint le Jugement dernier dans l’Eglife de Saint Romain. Il peignit à l’huile ce même fujet qui l’a fait regarder comme le premier Peintre d’hiftoire en France. Cet excellent tableau qu’il avoit fait pour l’Eglife des Minimes du bois de Vincennes , ayant été arraché des mains d’un voleur par un Religieux qui furvint fort à propos , fe conferve depuis cet accident dans la Sa-criftie de cette Eglife. Il a été gravé par Pierre de Jodde* Graveur Flamand , Ôc ex-; cellent Deflinateur : il peignit encore dans une vitre des Cordeliers de Sens* J. C. en croix * figuré par le Serpent d’airain, dont l’hifloire y efl admirablement repréfentée.
- On voit fous le charnier orné de vitres peintes de l’Eglife paroifïiale de Saint Etienne du Mont à Paris, dans le vitreau qui fert de porte au petit cimetiere *. le pareil fujet repréfenté d’un goût exquis en deflin , ôc d’un merveilleux détail. Ce vitreau a été tranfporté fous ce charnier après avoir décoré pendant longtemps la Chapelle des onze mille Vierges dans la nef de cette Eglife ; il s’y trouve beaucoup de parties effacées par le peu de fufion que la Peinture noire a prife au fourneau de recuiflon. La beauté de la compofition de ce vitreau donne lieu de croire qu’il pourroit avoir été peint par Jean Coufin ou par quelqu’un de fes meilleurs Eleves d’après fes cartons.
- On voit encore dans la Chapelle du Château de Fleurigny, à trois lieues de Sens * un de fes ouvrages y dans lequel il a repréfenté la Sibylle Tiburtine , qui montre à Àugufte l’Enfant Jefus porté dans les bras de la Sainte Vierge * environné de lumière* Ôc cet Empereur qui l’adore ; le tout peint d’après les cartons du Roffo.
- Jean Coufin ne pofféda pas le feul talent de la Peinture, il y joignit celui de Ja Sculpture; le tombeau de l’Amiral Chabot* qui efl dans la Chapelle d’Orléans, en l’Eglife du Monaflere des RR. PP. Céleflins à Paris , eft dû à l’art avec lequel il manioit le cifeau , comme à la profondeur ôc à l’élévation de fon génie : enfin on reconnoît dans tous fes ouvrages la bonté de fon goût ôc l’étendue de fes talents.
- Il a écrit fur la Géométrie Ôc furlaPerfpe-ôlive : fon livre fur les proportions du corps humain, toujours eftimé ôc toujours eflimable, lui fufcitera toujours de nouveaux Eleves.
- La réputation de ce grand Maître s’accrut de jour en jour fous les régnés de Henri II ,
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- L'ART DE LA PEINTURE
- de François II, de Charles IX ôc de Henri III, donc il fut fort confidéré.
- On le foupçonna d’avoir été attaché à la prétendue réforme. La figure d’un Pape précipité dans l’Enfer , ôc expofé à toute la fureur des démons qui le tourmentent, a donné lieu à ce foupçon. Sa probité ôc la régularité de fes mœurs , lui gagnèrent pendant une longue fuite d’années l’eftime de tous ceux qui le connurent.
- Claude & Féiibien Ôc Florent le Comte, mettent r£tepeîee& au rang ^es ^0ns Peintres fur verre François fils, F Fran- Claude ôt Ifraél Henriet fon fils : ce que nous çois,Peintres faVons du pere , c’eft qu’il peignit les vitres ur verre. ^ ja Cathédrale de Chaalons en Champagne,
- Vitres de qui font de toute beauté pour la corre&ion le de*chaa- deffin & pour le choix Ôc la vivacité des ions en couleurs. Florent le Comte femble donner Champagne. ^ entendre qu’il travailla même à l’huile , ÔC qu’il fit heureufement plufieurs copies de la Sainte Famille d’après André del Sarto : il dit de plus , qu’après avoir rempli avec fuc-cès plufieurs entreprifes qu’il fit à Nancy ; où il s’étoit établi, il y mourut. Callot, Bel-lange & de Ruet reçurent de lui les premiers principes du deflin, avec fon fils Ifrael Henriet, qui fut l’ami inféparable de Callot, dont il partagea la célébrité de talents Ôc la fortune, en s’attachant par préférence au tableau. Féiibien ajoute à cela, que Claude travailla beaucoup de Peintures fur verre pour plufieurs Eglifes de Paris : il n’y a pas lieu de douter qu’on ne doive à fes talents une partie des vitres peintes dans la partie fupérieure de i’Eglife de Saint Etienne rE^iifedes! du Mont en cette Ville, parmi lefquelles il Etienne du s’en trouve qui ont les Caraéberes qu’on ad-MontàParis. mjre jans les meilleurs ouvrages de ce Peintre Vitrier, qui y travailla fans doute en concurrence avec les meilleurs de fon temps. On y en remarque entr’autres plufieurs qui pourroient avoir été faits d’après les deflins d’Angrand ou Enguerrand le Prince, de Beauvais, telles que la Nativité de la Sainte Vierge , l’hiftoire de Saint Etienne Ôt celle de Saint Claude : la defeente du Saint Êf-prit fur les Apôtres, qui eft de la plus grande beauté , n’eftpas d’après le même Peintre; ôt peut bien être de Claude Henriet, ainfi que celle qui, derrière la chaire admirable de cette Eglife, repréfente Jefus Doêfeur delà loi, i’enfeignant dans le Temple, dont les touches larges ôt faciles ôc la beauté des têtes annoncent un grand Maître.
- Monnier Onadmiroit en France vers le même temps
- Ik^Héron ’ les ta^ents des Monnier de Blois, pere Ôt François ; * aïeul de Jean Monnier, dont nous aurons par Peintres fur; ^ puite 0ccafion de parler ; on n’y eftimoit VCrrG* pas moins ceux de Héron. Entre les monuments de l’habileté de ce Peintre fur verre François, Sauvai qn diftingue un qui fut*
- fille encore de nos jours ; Ôc qui mérite bien les regards des connoiffeurs. Ce vitreau fe voit à Paris , dans la Chapelle de M. le Curé de la Paroiffe de Saint André des Arts , attenant le pairage à la tour du clocher. Ce Peintre y a repréfenté la défobéiffance de nos premiers parents ; l’Adam Ôc l’Eve font d’un delïin des plus élégants. Des Paroilfiens plus fcrupuleux que le Peintre les ont beaucoup défigurés par des feuillages peints à l’huile qu’ils ont fait ferpenter autour des corps nuds de ces deux figures : la promeffe d’un Rédempteur, qui fuivit de près leur dé-fobéiffance, y eft infmuée par cette infcrip-tion latine en forme de rouleau porté par des Anges , Rorate cœli defuper, On voit aufli à S aint Merry des vitres de Héron.
- Les chroniques de Gouda, les defcrip-tions des Villes de Harlem ôc de Delft, ÔC M. Defcamps nous apprennent que, dans le temps des freres Crabeth, parurent deux fort bons Peintres fur verre, favoir, Willem (Guillaume) Thibout Ôc Cor mile IJbrantfche Kujfeus. Il paroît que ces deux Artiftes, morts , le premier en i ypp , le fécond en itfiB, s’affocierent dans leurs entreprifes, ou travaillèrent en concurrence.
- L’Egiife de Sainte Urfule de Delft a de Thibout une belle vitre faite en 1563. Philippe II, Roi d’Efpagne, ôc fa femme Eiifabeth de Valois, fille aînée de Henri II; Roi de France, y font peints revêtus de leurs habits royaux, ayant à leur côté leur Ange Gardien ôc les armoiries de ces deux Maifons fouveraines. L’Adoration des trois Rois accompagnés d’une multitude de Peuple eft reprefentée au haut de cette vitre; le tout d’un auffi bon goût de deffin que bien peint.
- Notre livret des magnifiques vitrages de i’Eglife de Gouda, qui, comme on verra bientôt , écrit différemment le nom de famille de ces deux Peintres , dit qu’elle poffede une vitre de chacun d’eux. On voit dans celle de Thibout , donnée par les Bourgaemefîres de Harlem , la prife de Damiette en Egypte, l’an 12ip, par les Seigneurs qui fe croiferent fous l’empire de Frédéric I. On dut le fuccès de cette expédition à Guillaume fils de Florent de Harlem, qui, à la tête des troupes croifées de cette Ville, rompit la principale chaîne qui fermoit l’entrée du port de Damiette ôc y introduifit l’armée des croifés. Cette devife , Vieil vim virtus, annonce le courage du héros. On lit dans l’infcription au bas de cette vitre : Wilhelmus Tibaut, fig% &pinx. Haerlemi i$97-
- Celle de Cornille Kuffeus eft , fuivant le même livret, un préfent fait à I’Eglife de Gouda par les Bourguemeftres d’Âmfter-dam» Les armes de cette Ville font peintes
- Vitres de S. André des Arts à Paris.
- Willem Thibout ou Tibaut 6c Cornille If-brantfehe Kuffeus ou Kuffens , Hollandois , Peintres fur Verre.
- Vitres de Ste. Urfule de Delft.
- Viftes
- Gouda,
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- Vitres du falon des Butes de Leyde.
- Laurent Van-Cool , Hollandois , Peintre fur yerre.
- GoIt2ius pere 6c fils , Allemands , Peintres fur verre.
- SUR VE RR
- âu-deffous du fujet hiftorique qui repréfente les fuites différentes de la priere du Pharifien & du Publicain dans le Temple. L’infcription parle de celui qui en a fourni les cartons : on y lit, Henry Keyfer, Ingénieur d’Amflerdam , inv. Corn, KuJJensfig. & pinx, Amjl, 1S97‘
- Les mêmes Peintres fur verre repréfente-rent aufii en pied les portraits de tous les Comtes de Flandres. On les voit encore aujourd’hui, dit M. Defcamps , fur les vitres du grand Salon des premières Butes de la Ville de Leyde.
- On admire aufii dans la Chapelle du Confeil privé de Delft un vitreau peint par Laurent Van-Cool, où les Confeillers font peints grands comme nature Ôc cuiraffés depuis la tête jufqu’aux pieds. Je pênfe que c’eff de fes deffins, dont Florent le Comte ditn qu’ils furent gravés en France dans le fei-ziemefiecle fousle nom àQ Laurent le Vitrier.
- Henry Gohzius, Peintre fur verre Allemand , naquit au mois de Février i y 58 dans leBourgdeMulbrack, près de Venloo, dans le Duché de Juliers. Iffu d’une famille diftin-guée dans les Arts, il comptoit de fes aïeux & de fes oncles au rang des plus habiles Peintres ôc Sculpteurs, ôc l’illuftre Hubert Goltzius entr’autres, à qui fon voyage de Rome ouvrit une fi illuftre carrière. Henri fit voir par la fuite qu’il n’étoit pas indigne de porter le nom de ces grands Hommes. Il avoit appris le deffin de fon pere qui pei-gnoit habilement fur le verre. Dès l’âge de fept à huit ans, il avoit déjà fait tant de progrès que fes deffins lui avoient mérité î’eftime des connoiffeurs. Continuellement occupé par fon pere à deffiner fur le verre, c’eft-à-dire à retirer ou prendre fur le verre le trait du deffin que le Peintre s’eft propofé d’y traiter, ce qui avançoit le travail du pere, il n’étoit guere pollible au fils d’étudier. Il en témoigna du chagrin, ôc s’adonna de lui-même à la Gravure. Il y avança fi rapidement que Coornhert, habile Graveur, qui l’avoit demandé pour éleve à fon pere, l’employa non comme un de fes écoliers, mais comme un maître. Son burin, aufii facile que fon génie étoit profond, produifit beaucoup de bons morceaux en gravure. Il féjourna quelque temps à Harlem, où Coornhert l’avoit engagé à le fuivre, lui Ôc fa famille ; car il s’étoit marié dès l’âge de vingt ôc un an. Il avoit conçu une grande envie de voir l’Italie : fon mariage paroiffoit s’y oppofer ; il s’en chagrina fi fort qu’il en tomba dangereufe-ment malade. Il éprouva pendant trois années un crachement de fang, qui lui caufa un épui-fement confidérable. Abandonné des Médecins , foible ôc languiffanty il ne put renoncer à fa forte pafïion de voir les antiques de Rome, Réfolu , puifqu’il falloit périr, d’en courir tous les rifques, uniquement occupé do
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- la confolation qu’il fe procureroit s’il pouvoir entrevoir les beautés de Rome, il laiffe,che2 lui fa femme, fes éleves ôc fon Imprimerie , part pour Amfterdam, s’y embarque, accompagné d’un feul domeftique, parcourt les Villes d’Allemagne fous différents déguife-ments, ôc entend ainfi, fans être connu, les jugements que l’on porte de fes gravures. Le changement d’air, la fatigue améliorent fon tempérament : fa fanté* fe rétablit : fon défir de voir Rome augmente avec elle ; il y arrive enfin, ôc y vit inconnu fous le nom de Henri Bracht. Il s’y occupe avec une activité fans égale à deffiner Ôc à rechercher les plus belles antiques , au milieu même de la corruption des cadavres les plus infects que la famine ôc la mortalité y avoient alors rendus très-fréquents. En un an ôc quelques mois que dura fon voyage, il parcourt toutes les Villes d’Italie, en defline les plus beaux morceaux, Ôc rentre dans le fein de fa famille. A fon retour, il s’occupa à graver plufieurs de fes deffins. On en conîerve de lui en forme de camaïeux faits à la plume fur la toile. Ces deffins hachés comme la gravure font un grand effet. Habile dans la Peinture à l’huile, qu’il n’avoit commencé de pratiquer qu’à l’âge de 42 ans, il fit fur-tout des prodiges fur le verre. C’eft en général ce que M. Defcamps nous en apprend, fans dire rien des endroits où ces prodiges furent placés. L’air du pays lui étant vraifemblable-ment contraire , & ne ceffant de s’occuper, -il retomba dans fes anciennes infirmités , Ôc mourut à Harlem eniéiy, âgé de jp ans. Il eut plufieurs bons éleves, tels que Jacques Ma-than, de Gheyn ôc Pierre de Jode, d’Anvers.
- Jacques de Gheyn $ né à Anvers en 156Y, peignoit fur verre ôc gravoit alternativement. Ce double talent, aufii heureufement rempli par de Gheyn que par Goltzius, prouve qu’il y a une efpece de confànguinité entre la Gravure ôc la Peinture fur verre, que nous aurons occafion de faire remarquer plus particuliérement dans la fuite de cet Ouvrage. Jean de Gheyn, fon pere, étoit bon Peintre fur verre, en détrempe Ôc à gouaffe. Ce ne fut que vers la fin de fa vie , qu’il s’avifa de peindre fes cartons à l’huile fur des toiles. Il mourut en 1^82 âgé de 50 ans. Jacques fon fils n’en avoit alors que 17; mais il étoit déjà fi habile dans fon Art qu’il fut chargé de finir fes ouvrages. Son pere qui avoit reconnu fa capacité dans la Gravure , lui confeilla en mourant de quitter le pinceau pour ne fe livrer qu’au burin ; mais il ne laiffa pas de pratiquer l’un ôc l’autre.
- Il éprouva par la fuite combien eft fatale à un jeune homme la perte d’un bon pere. Les liaifons qu’il contracta dès lors trop librement avec des jeunes gens de fon âge, lui firent négliger fes travaux. Il reconnut
- Jean 6c Jacques de Gheyn pere ôcfiis, Flamands, Peintres furverre.
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- L'A RT D E LA
- enfin Ton erreur; ôc, dans l’intention de fuivre fon talent avec plus d’application, il prit le parti du mariage. Perfuadé que la Peinture conduifoit mieux à l’imitation de la nature que la Gravure, il abandonna celle-ci ôc regretta beaucoup le temps qu’il, y avoit employé. Or le coloris à l’huile lui étoit inconnu. Il ne voulut point de maître pour l’inftruire dans les différents tons de couleurs que le feul lavis ombré Ôc éclairé, ou le trait haché avec la couleur noire appliquée fur le verre coloré, opèrent dans la Peinture fur verre. Son génie lui indiqua un moyen qui lui réufiit. Il prépara une planche qu’il divifa en cent petits quarrés peints fous les différentes combinaifons des couleurs. Il donna des ombres Ôc des lumières à chacun de ces petits quarrés : il diftingua les couleurs amies d’avec celles qui ne s’accordent pas. Chaque quarré étoit numéroté, ôc il eut foin de tranfcrire fur un petit livre fes obfervations. C’eft de cette maniéré qu’il apprit à peindre à l’huile. Un pot de fleurs fut fon coup d’effai, Ôc ce tableau fut l’admiration des premiers Peintres de fon temps. Du pinceau dont il peignoit le cheval du Prince Maurice à la tête de fon armée, iltracoit Vénus & l’Amour. On ne dit pas le temps de la mort de ce Peintre, qui a fait de bons Eleves en Gravure, entr’au-tres Cornille qui paffa en France.
- Bernard de Paliffy , François, Peintre fur verre, grand Phyficien,
- Bernard de PaliJJy pouvoit alors en ce Royaume, ce que peut en fait de fcience un bon génie armé de patience ôc de perfévé-rance. Natif d’Agen, Peintre fur verre de profeffion, cet homme célébré vivoit encore en 1^84, où il avoit atteint l’âge de 60 ans. Il fut, dit l’hiftorien de l’Académie des Sciences (#), un aufli grand Phyficien que la nature feule puiffe en former un. Il nous apprend lui-même, dans le fécond de fes ouvrages dont nous allons parler, qu’il ajoutoit à la pratique du deflin ôc de la Peinture fur verre celle du Génie, de la Géométrie ôc de l’Arpentage, ôc qu’il fut chargé par ordre des Magiftrats de lever des plans qui fer-voient à régler les procédures. 11 s’étoit établi à Xaintes , où il s’employoit par préférence à la Peinture fur verre ôc à la Vitrerie. Un génie vafte ôc laborieux, quoique fans culture , le rendoit capable de beaucoup d’ob-fervations fur la nature des différents exercices auxquels il s’adonnoit. Dès 1 y 63 cet homme fans lettres avoit néanmoins fait imprimer in-40. à la Rochelle fon traité intitulé : Recette véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre à augmenter leurs tréfors, avec le dejjin d'un jardin délec~ table & utile & celui d'une forterejfe imprena-
- (æ) Hift. del’Ac. des Sciences , ann. 1710, p. y.8c fuiv. Fija, Natur. de de Buffon , in-40, tom. uf. 267.
- PEINTURE
- ble, que l’on regarde comme le plus curieux de fes ouvrages. Dix-feptans après, il en fit imprimer un autre à.Paris, fous le titre de D if cour s admirable de la nature des eaux & fontaines , des métaux, des Jels, des falines9 des pierres, des terres, du feu & des émaux 5 avec un Traité de la marne {a) nècejfaire à Pa-griculture. On y voit qu’ayant.effayé de paffer de fon premier état (b), fans cependant l’abandonner entièrement, à celui de modeler la terre ôc de la revêtir de peinture en émail par la recuiffon ; après environ vingt années d’épreuves ôc d’effais plus ruineux les uns que les autres ; après, comme il le dit lui-même , un millier d'angoijfes très - cuifantes , il réufiit enfin, ôc mérita le titre glorieux dé Inventeur des ruftiques figulines du Roi û* de la Reine fa mere. Son fécond ouvrage fut le fruit de différentes obfervations que fes effais divers fur les émaux lui avoient donné occafion de faire. Ce qu’il fera toujours difficile de concevoir, c’eft que l’expérience fuppléa chez lui la fcience à un tel point, que, fans favoir ni latin ni grec , il fe mit en état de donner dans Paris même, fous les yeux des plus habiles Phyficiens de fon temps ôc des hommes les plus expérimentés, des leçons d’Hiftoire naturelle. Après un fommeil de plus de cinquante ans , dans le cours defquels fon nom étoit tombé dans l’oubli ôc comme mort, les idées qu’il y donna fe font réveillées dans la mémoire de plufieurs Savants, Ôc y ont fait une efpece de fortune. Ses ouvrages ont été réimprimés à Paris en 1636 en un volume ùz-8°. fous ce titre : Le moyen de devenir riche, ou la maniéré véritable par laquelle tous les hommes de la t France pourront apprendre à multiplier & à augmenter leurs tréfors & pojfejfons ; avec un Difcours de la nature des eaux & fontaines tant naturelles qu artificielles.
- Nous fommes redevables à Paliffy de la connoiffance d’un autre Peintre fur verre François, mais par une anecdote que nous ferons valoir ailleurs, « J’en ai connu un , » dit-ii, nommé Jean de Connet ; parce qu’il » avoit l’haleine punaife , toute la Peinture » qu’il faifoit fur le verre ne pouvoit tenir » aucunement, combien qu’il fût favant en » cet Art. j»
- Plus nous avons avancé dans la le&ure des Fies des Peintres Flamands , <&c. plus nous avons trouvé lieu à une réflexion que nous ne devons pas omettre , ôc qui releve infini-
- (a) Dans ledit.-de Paris de i<?8o, que j’ai fous les yeux , amii que dans Moréri, édit. de 17 S9 au mot Pa-lijjy , on lit Marine ; ce qui e'tant inintelligible, j’ai cru pouvoir rendre ce terme par celui de Marne.
- (b) Nous aurons occafion de rapporter ailleurs le paf-fage où. Paliffy dit pourquoi il s’etoit détermine à quitter la Peinture fur verre 6c la Vitrerie,.
- Jean
- Connet , François , Peintre fin verre.
- Jacques Lenards ; Hollandois, Peintre fur verre.
- ment
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- SUR VERRE. I. Partie. *3
- ment le mérite ôc l’habileté des Peintres fur verre du feizieme fiecle, ôc du commen-C’étoit à l’E- cernent du fuivant. Il falloit qu’ils fuflent C°!efurverrei bien ver^s dans ^es Principes du deffin ; car chez lesHol’ ils tenoient le plus ordinairementre l’école, landois fa- par laquelle on fait paffer d’abord la jeu-formoirh 6 nefTe que les Parents ou lesProteneurs def-jeunefle def- tinent à l’Art de peindre. L’Artifte dont de peindre.** nous nous glorifions de n’être ici que l’écho dans ce que nous rapportons des Peintres fur verre Etrangers , ôc qui, comme nous l’avons dit, eft à la tête de l’Ecole de Deflin d’une des plus floriffantes Villes du Royaume , remarque dans la vie de Guérard Hoët, dont nous parlerons dans la fuite, que ce Peintre avoit toujours penfé qu’une Ecole de DefTm, en formant des Eleves dans un Pays, perfe&ionnoit le Maître lui-même. L’occafion fréquente de corriger les deflins de fes Ecoliers devient pour lui celle de defïiner fou-vent. Les plus habiles Maîtres, en quel-qu’Art que ce foit, ont toujours été convaincus qu’ils ont encore tous les jours quelque chofe à apprendre. Ce n’étoit qu’après s’être allurés de la force ôc de la corre&ion du delfin de leurs Eleves, que ces premiers Maîtres les exhortoient à palier fous les Grands-Maîtres, qui les admettoient alors au rang des leurs.
- C’eft ainli que Jacques Lenards, d’Amf-terdam, qui excelloit dans l’Art de peindre fur verre , d’une maniéré facile ôc qui lui étoit particulière, avança en très-peu de temps Guérard Pieters, ôc le mit en état d’entrer chez Cornille Cornelilfen, dont il fut le premier ôc le meilleur Eleve. Qu’il fe-roit à fouhaiter que tous les Eleves, pour fe rendre parfaits dans leur Art, eufïent de la Peinture une aulli haute idée que Pieters ! Cet habile homme conçut de fa profelïion une eftime li relevée, qu’on lui entendit fou-vent répéter au’i/ aimoit mieux être Peintre que Prince, On ignore le temps de la mort de Lenards, Ôc de Pieters qui fut un des plus grands maîtres dans le Nud,
- Vytenwaël, Les fujets des vitres de Saint - Jean de &rAckien dè Gouda changèrent avec les fentiments fur la Vrije? Hol- Religion. On choifït pour defïiner ces nou-tresdfur ve^es vitres Joachim Vytenwaël, ôc pour les re, exécuter fur verre Adrien de Vrije.
- Vytenwaël, né à Utrecht, en 1566, étoit fils d’un Peintre fur verre de^cette Ville, ôc petit-fils par fa mere de Joachim Van-Schuyck, allez bon Peintre. Il exerça la pro-feffion de Peintre-Vitrier jufqu’à l’âge de 18 ans. Mais entièrement dégoûté de cet Art, par les inconvénients qui l’accompagnent, il le quitta pour la Peinture à l’huile. Il s’y appliqua pendant deux ans fous les yeux de Jofeph de Bier, Peintre médiocre. Il prit enfuite la route d’Italie, ôc la parcourut en entier. Le féjour qu’il fit à Padoue lui procu-
- Peint. sur Verre• /. Part,
- ra la connoifïance de l’Evêque de Saint-Malo qui l’employa beaucoup à peindre pour lui.
- Il lui fut attaché pendant quatre années , dont il pafïa deux en France. Il retourna enfuite à Utrecht, où il a toujours demeuré.
- Si M. Defcamps ne défigne aucune de fes entreprifes de Peinture fur verre, nous verrons bientôt d’après notre Livret des vitres de Gouda, qui le nomme Vytenwaël; qu’il fut l’Inventeur de la compofition de deux vitres pour cette Eglife. M. Defcamps, d’ailleurs, loue fa correction dans le delfin, qui fans doute, fut le fruit de l’application qu’il y apporta dans fes premières années, paffées dans la pratique de la Peinture fur verre.
- A l’égard d’Adrien de Vrije , nous ne le connoiffons que par notre Livret, qui nous apprend qu’il a peint quatre vitres pour l’Eglife de Gouda.
- La première repréfente Guillaume II, Roi G^^es des Romains, dix-huitieme Comte de Hollande , avec les emblèmes de la Juftice Ôc de la Grandeur d’ame. Ses armoiries jointes à celles de Hollande, y font accompagnées de celles des hauts Heimraden de Rynland, donateurs de cette vitre , en mémoire des privilèges que ce Prince leur avoit accordés àLeyden, en 125 y ; on lit dans l’infcrip-tion : Adrian, de F"nje, fig, & pinx, Gouda
- W1-
- La fécondé donnée par les Etats de Zud- vitre allé-Hollande , repréfente la Liberté de confcience, ^g^epH?f" fous la figure d’une Reine en triomphe dans toiredelaRe-un char, fuivie de la Foi; la Tyrannie eft ligionenHok écrafée fous fes roues ; le char eft tiré par Iande' cinq femmes, favoir l’Amitié , l’Union, la Confiance, la Juftice ôc la Fidélité ; on distingue dans cette même vitre , les armoiries du Prince d’Orange, de la Hollande ôc de toutes les Villes de Zud-Hollande. Les vers fuivants expliquent le fens de cette allégorie.
- Ces peuples ont fenti la cruauté d’Efpagne :
- Un tyran furieux ravagea leur campagne :
- L’ambition , la mort, la difcorde 8c les feux Se raflfemblent ici 8c s’unifient contre eux ;
- Mais Dieu qui fut toujours à ces Peuples propice Fait fuccéder l’Amour, l’Union , la Juftice ,
- La Confiance s’y trouve 8c la Fidélité ,
- Traînant un chariot avec la Liberté ;
- On l’y voit triompher comme une grande Reine >
- Et fouler à fes pieds la Tyrannie même ,
- Peuples de ce Pays que vous êtes heureux,
- De qui les juftes Loix répondent à vos vœux ?
- On lit dans l’infcription , Joachim Vyten--waël tôt Utrecht, invent, Adrian, de Vrije,fig*
- & pinx. Gouda i J9 6.
- Cette infcription ôc ce chronogramme répétés dans la troifieme vitre de Vrije, nous font connoître qu’il l’a peinte la même année d’après les cartons de Vytenwael. Elle a été donnée par les Etats de Nord-Hollande, ôc eft
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- *4 L'ART DE LA
- connue fous le nom du Chevalier chrétien; elle iepréfente la remontrance du Prophète Nathan à David après fon péché, & les armoiries des Etats.
- De Vrije fut chargé l’année fuivante par les Bourgmeftres de Dordrecht, de peindre une quatrième vitre dite la Fucelle de Dordrecht. Cette vitre contient en outre les armoiries de quatorze Villes ou Bourgs de la dépendance de Dordrecht, avec cette infcription : Divce amicitiœ, cum S, P, Goudano religiosè hafôenus cultœ fanôléque dein-ceps colendœ, hocvitrum facrurn ejje voluit Sériants populufque Dordracenus, L’infcription porte : Adrian, de Vri]e 9 fig. & pinx• Gouda i$$j.
- Notre Livret nous apprend encore qu’il a peint en 15:5)3 Ôc 1 ï94, les armes de la Ville de Gouda dans les vitres de la nef.
- Van-Dyck Quelques talents que les enfants apportent Fandois Pdn" en na^ant > leurs progrès dans les Sciences ire fur verre. & dans les Arts, dépendent affez ordinairement de la bonté de leur première inftitu-tion. Le célébré Antoine Van-Dyck, pref-qu’auffitôt émule qu’éleve de Rubens , reçut à Bois-le-Duc où il naquit vers l’an 1599, les premiers principes du deflin dz Van-Dyck fon pere, habile Peintre fur verre de cette Ville. Au défaut de connoiffance de l’excel-lence & de l’emplacement des ouvrages de Peinture fur Verre de Van-Dyck pere, n’eft-ce pas faire fon éloge de dire qu’il fut le premier Inftituteur d’un fils que les Pays-Bas, l’Italie, la France ôt l’Angleterre ont généralement eftimé, ôc dont on a recherché avec une grande diftin&ion les ouvrages, fur-tout les portraits /
- Jean-Bap- Jean-Baptife Vander-Vêechen, Peintre fur
- Ve'eckender~ verre > Flamand, ne m’eft connu que par ce Flamand ,* qu’en ait M. Defcamps dans fon Voyage Peintre fur Pittorefque. Il nous apprend que la grande verre‘ croifée de la Chapelle de la Communion de l’Eglife Paroifliale de Saint-Jacques à Anvers , a des vitres peintes par Véecken, mais prefqu’effacées. Elles font d’après les def-fins de Henri Van-Baclen, qui, après avoir voyagé en Italie, mérita de tenir fa place parmi les meilleurs Peintres Flamands , Ôc fut le premier maître où ait été placé Antoine Van-Dyck.
- jean 8c Léo- Il n’eft peut-être pas de canton en France nardGonner qUj renferme des vitres peintes aulli précieu-TiarcT,* Ma- les Ôc en fi grand nombre que la ville de drain, Co- Troyes en Champagne, ôc fes environs. Les goi", Peintres Gontier , les L'inard ÔC les Madrain, qui ont lür verre, encore des defcendants dans cette Ville, y fieuriflbient vers la fin du feizieme fiecle dans l’Art de peindre fur verre ; ainfi que les ancêtres de M, Cochin, Ecuyer, Chevalier de Saint-Michel, Secrétaire 6c Hiftoriographe
- PEINTURE
- de l’Académie Royale de Peinture ôc dê Sculpture, Garde des Defîlns du Cabinet du Roi, ôcCenfeur Royal (a). Voici ce que m’écrivoit en 1759 , à l’occafion des freres Gontier, un des notables de cette Ville > qui avoit lu dans la Feuille nécejfaire, que je me préparois à donner au Public un Traité hifto-rique 6c pratique de la Peinture fur Verre, Je me fais un. vrai plaifir, Monfieur, de vous informer au il y a dans notre faille de très-belles vitres du feizieme jîecle, peintes par les célébrés freres Gontier, On les voit à la Cathédrale , à la Collégiale, à Saint- Martin-èsoigne s , à Moutier-la-Celle, à t Arquebufe. Elles méritent F attention des Connoijfeurs, & fur-prennent même J admiration de ceux qui ne le font pas. Le Dictionnaire de Moréry, édition de 17 5'p, parle avec diftin&ion des deux freres Jean ôc Léonard Gontier. Il dit qu’ils font peut-être originaires de Troyes, célébrés pour la figure Ôc pour l’ornement. Il vante entr’autres la vitre de la Chapelle de la Pa-roifîe de Saint-Etienne, que Léonard peignit à l’âge de 18 ans , remarque qu’il en peignit encore d’autres pour la même Eglife, ôc nous apprend qu’il mourut à l’âge de vingt-huit ans, laiflant un fils qui travailloit à l’ornement. Les deux Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, Auteurs des Voyages Littéraires ( Paris, 1717, Tom, I, pag, 5)3), difent que le Cardinal de Richelieu avoit offert 18000 livres , du feul vitrau qui eft dans le fond du Sanôtuaire de Sainç* Pantaléon à Troyes, ôc parlent très-avanta-geufement des vitres de la Bibliothèque des Dominicains de cette Ville, Ôc de celles de l’Abbaye de Notre - Dame des Prés, Ordre de Cîteaux, qui eft dans fon voifinage. Mais continuons notre Lettre : J*ai moi-même dlaf fez bons morceaux de ces deux Freres, Je pojfe-de9 au furplus, un manufcrit de ces deux grands Artiftes, tant pour peindre le verre de toutes couleurs que pour la recuijfon des verres peints, & empêcher quils ne cajfent au fourneau.
- On reconnoît ici un de ces Amateurs de la Peinture fur Verre, fi rares de nos jours. Qui ne croiroit que, citoyen zélé, ce notable ne m’annonçoit ce manufcrit, que dans le deffein de me charger d’en enrichir la poftérité dans un Traité, où les fecrets Ôc les préceptes de ces grands Maîtres auroient trouvé une place aufli durable qu’utile 1 Mais non ; je n’obtins rien : mes follicita-tions les plus empreffées , les offres de payer les frais du Copifte font reftées fans fuccès. Les leçons que ces Peintres célébrés
- ( a ) Que ne nous eft-il parvenu quelque Mémoire fur la réputation que fe firent dans notre Art les Ancêtres de ce célébré Artifte ! Cette découverte eût admirablement fervi à prouver ce que j’ai avancé, qu’à l’école des Peintres fur verre fe formèrent en France comme clans les Pays-Bas, les meilleurs Deffinateurs, talent qui s’eil tranfmis de pere en fils dans cette famille.
- Vitres de Troyes en Champagne.
- La ténacité des Polfef-
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- SUR VERRE. I. Partie. ÿç
- feurs des ma- âvoient laiffées à la poftérité, dans la vue nufcrirs des fans doute de l’inftruire fur un Art, dans le-dertI?aSperte quel excelloient, relieront, par la téna-des Arts. cité des Poffeffeurs de ces manufcrits, enfe-veiis fous la pouffiere dun cabinet, pour paffer enfuite à des héritiers, qui, n’en con-noiflant pas le prix, les mépriferont au point d’en faire, pour ne rien dire de plus, des fa-crifices à Vulcain. Pendant ce temps ces vitres ineftimables périffent faute d'en avoir confervé les cartons, ôt d’avoir formé des Artiftes capables de les réparer. Telles font les vitres magnifiques de Saint-Pantaléon, endommagées par de fréquents orages, auxquelles le talent des Peintres fur verre qui fubliftent encore à Troyes ne peut remédier , à caufe de la difette des verres de couleurs & de la perte des cartons.
- Combien de productions femblables à celle des freres Gontier , faute d’avoir été révélées ou rendues publiques, ont accéléré La Peinture la ruine de certains Arts! Nous ofons même fur ^u^d’au- a^urer ftue celui de la Peinture fur Verre mcaufephy- n’a point eu d’autre caufe phyfique de fiquedefadé- fon oubli. Ces habiles Peintres fur verre ôc fa perteqde en émail, qui le diftinguerent fous le régné fes fecrets. de François I, contents de mériter les grâces d’un Souverain, qui témoignoit une fin-guliere prédilection pour ces deux Arts, ôc
- de l’emporter fur les autres Artiftes par l’excellence de leurs ouvrages, ne donnèrent à leurs Eleves que d’un certain genre de couleurs , ôc fe réferverent les plus belles ôc les plus précieufes. Encore les leur donnoient- LesPeintrés ils fouvent toutes prêtes à être mifes en Yerrefrej oeuvre. A l’égard du fecret, ils le laiffoient à ventre Tes leurs enfants ou héritiers en qui ils connoif- communi-foient les qualités requifes pour le faire va- Eleves. ‘leUr* * loir, ftnon il reftoit enfeveli avec ces hommes rares, ôc fe perdoit pour leur propre famille. Alors les Eleves de ces grands Maîtres, privés de la connoiffance de la fabrique de leurs plus belles couleurs, s’ingérèrent d’en compofer à la lueur d’un génie moins éclairé : ôt comme ils ne réuflirent pas aufli bien dans leurs compofitions, ils fe virent obligés de donner à un plus bas prix des ouvrages qui n’avoient pas le mérite des travaux de ces grands Hommes, aufti bons Chi-miftes dans la coloration du verre, que fa* vants dans l’Art de peindre fur ce fond (a). >
- (a) Voyez le Livre intitulé .• T Art du Feu ou de feindre en Email, par Ferrand, à Paris, 1711» de l’Imprimerie de Colombat, vers la fin. Voye\ aufli un Mémoire de M. de Vigny , Surintendant des Bâtiments de M. le Duc d’Orléans, inféré dans le Journal (Economique, Mars
- *7S7>ïai’ I3a & fu*Vt
- CHAPITRE XV.
- Très-beaux Ouvrages de Peinture fur Verre du fei{ieme Jiecle 5
- dont les Auteurs font inconnus.
- Vitres peïn- o i Q ü E mon deffein n’ait jamais été
- tes du feizie- de donner dans ce Traité un Voyage vitro-dont ?eSC'Au- pittorefque des différents endroits où la teursfontin- Peinture fur Verre a été le plus en vigueur connus. & \Q mieux pratiquée, j’ai cru néanmoins qu’il étoit à propos de faire connoître , autant qu’il eft en moi ôc le plus fuccinâement que je pourrois, les plus beaux ouvrages de Peinture fur verre du feizieme fiecle , tant en France qu’en Flandre, Ôcc. dont les Auteurs font inconnus. Quant aux monuments de cet Art dont la connoiffance auroit pu facilement m’échapper, je laiffe, en quelque part qu’ils exiftent, aux Amateurs le foin de juger eux-mêmes de leur beauté ôc d’y applaudir , ôc à ceux qui les poffédent le défir foigneux ôc efficace de pourvoir à leur confervation.
- Vitres de TE- On doit mettre au rang des vitres pein-
- fîeà<Paris.m" tes ^e^zieme ^ec^e3 celles de la Chapelle du Saint Nom de Jefus en l’Eglife du Grand-Prieuré du Temple, à Paris. Cette Chapelle, construite par les libéralités de Philippe
- de Villiers de l’Ifle-Adam, Grand - Maître de l’Ordre de Saint-Jean de Jérufalem, ôc bénite en 1532, eft éclairée par plufieurs grandes fenêtres remplies de vitres peintes de la meilleure maniéré, où font repréfentés plufieurs traits de la vie de Jefus-Chrift. Le coloris en eft: des plus vifs : les têtes en font très-belles ôc d’un grand fini. La reffemblance de quelques-unes, de celle fur-tout du premier Mage qui eft en adoration devant la Crèche du Sauveur, avec celle qui entre dans la compofition du grand tableau de l’autel , femble annoncer que ces vitres ont été peintes d’après les cartons du Maître qui a peint ce tableau.
- Ces vitres ont été levées hors de place ôc rétablies en plomb neuf depuis une trentaine d’années, avec autant de foin que d’intelligence , par feu Nicolas Montjoie, Maître Vitrier à Paris, Ôc l’un des meilleurs de fon temps. Il ne lui manqua pour les remettre en leur premier état que le talent de la Peinture fur Verre ; mais il s’eft efforcé de le fup-
- çjBÇNAtë
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- <6 VA RT DE LA PEINTURE
- pléer, en remplaçant les pièces qui étoient caffées par d’autres afforties au mieux pof-fible.
- Vitres de On fait affez de cas à Paris des vitres pein-la Châpelle teg qUi Templiffent le haut du vitrau de la la Cathedra- Chapelle d’Harcourt en l’Eglife Cathédrale,
- Ville6 CCtte *Iue (3ue4ues panneaux au bas du même vitrau , fur lefquels on a confervé les portraits des Donateurs. Ces vitres font de la fin du feizieme fiecle.
- couleurs, mais de fimple grifaille. Les fujets y font rendus avec beaucoup d’expreflion. On diroit que les figures Portent du verre. On diftingue fur-tout le premier vitrau à gauche qui repréfente Moyfe levant les mains vers le ciel pendant le combat des Ifraélites : mais on ne fait rien du nom des Peintres de ces admirables vitres qui furent feulement ordonnées être faites Ôc peintes de cette maniéré par Philibert de Lorme qui conduifoit la conftru&ion de ce Château, en qualité d’Architeêle.
- Vitres des Cordeliersde la même Ville.
- Il n’eft pas d’Eglife en cette Ville, qui contienne une aulfi grande quantité de vitres peintes de la bonne maniéré ôc du même temps, que celle des Révérends Peres Cordeliers, fur-tout dans les vitraux du coté gauche de la Nef, qui font d’un affez beau coloris. Cette Eglife, ayant été incendiée en i j8o ôc totalement réduite en cendres, fut reconftruite en partie par la munificence de Henri III, ôc par les foins de Chriftophe de Thou, Premier Président, Ôc de Jacques Augufte de Thou fon fils, Préfident à Mortier ôc Confeiller d’Etat. On y diftingue leurs portraits, ainfi que ceux des plus grands Seigneurs de ce temps, qui, à l’exemple du Roi, avoient contribué à la reftauration de cet édifice. Il ne fut fini qu’au commencement du dix-feptieme fiecle , fous le régné de Henri le Grand, dont on y voit le portrait très - bien confervé, dans un des vitraux du Chœur, près du San&uaire à gauche.
- Vitres de Montmoren-ci, Grofiai ôc autresBourgs ôc Villages du Diocefe de Paris.
- L’enceinte de la Capitale ne renferme pas feule de belles vitres peintes du feizieme fiecle. Le goût de la Peinture fur Verre étoit fi accrédité dans ce temps , qu’elle fut prodiguée , fi j’ofe m’exprimer ainfi, dans les Eglifes même de la campagne. Celles de Montmorenci, Groflay, Margency, Domont, Ecouen , Attainvîlle, Puteau , Limours , Villeneuve - Saint - George , Brie - Comte-Robert, Goffigni, Malnoiie ôc Champeaux confervent encore de très-bonnes vitres peintes de ce fiecle. On remarque entr’autres beautés à celles de Margency une tête de Chrift ineftimable.
- Vitres du A Anet, Diocefe de Chartres, Ele&ion de Château d’A- J)reux 9 toutes les vitres du Château étoient autrefois peintes fur verre en grifaille Ôc con-tenoient divers fujets tirés de la Fable. Mais M. de Vendôme les fit ôter, pour y fubfti-tuer des croifées vitrées à la moderne. C’eft une tradition à Anet, que le grand Dauphin, qui connoiffoit ces anciennes vitres ôc en faifoit beaucoup de cas, reprocha à M. de Vendôme fon peu de goût. Au fur-plus celles de la Chapelle de ce magnifique Château, que Henri II fit bâtir pour Diane de Poitiers, fa favorite, font très-eftimées. Elles ne font pas rehauffées par l’éclat des
- Quoique la grêle en 1766 ait détruit une bonne partie des belles vitres des quinze ôc Dfe^ feizieme fiecles , dans la partie qui eft expo- plupart fort fée au couchant de l’Eglife Paroiffiale de finSulleres< Saint-Pierre à Dreux, ôc fur-tout la belle Rofe du portail, il en refte affez pour contenter les Amateurs. Les vitraux de la Chapelle de la Sainte Vierge, qui paroiffent être du quinzième fiecle , fe font bien confervés , ainfi que le Crucifix qui eft au-deffus du grand Autel. Un vitrau de la Chapelle de Notre-Dame de Pitié, repréfente un miracle arrivé en cette Ville du temps de la Ligue, ce que je rapporte fur la foi d’un manufcrit du temps.
- On y voit un âne à genoux devant une Sainte Hoftie qu’un Prêtre lui préfente. A côté de l’âne eft un homme qui lui offre de l’avoine : l’âne n’en veut point ôc paroît fe détourner.
- Mais voici une autre ridiculité qui prouve combien peu les Peintres s’attachoient au coftume. Dans la Chapelle de Saint-Crefpin Ôc Saint-Crefpinien, le Préfet, qui condamne les deux Saints à perdre la tête, eft répré-fenté dans le vitrau tenant un bâton de justice terminé par une fleur*de-lys, Ôc porte fur fa tête une couronne fermée femblable à celle du Roi de France. Le Bourreau qui décapite les deux freres eft habillé àl’Efpagnole avec un grand rabat. Dans la Chapelle de Saint-Marin , un des vitraux repréfente une hif. toire fort finguliere. Un jeune homme eft à table au milieu de plufieurs convives ; derrière lui eft un vieillard prefque nud qu’il paroît méprifer; c’eft fon pere. Le jeune homme ouvre un pâté ; il en fort un crapaud qui lui faute au vifage ôc y demeure attaché. Plus bas on voit le jeune homme aux pieds d’un Evêque qui tient un livre ouvert : il exorcife le crapaud qui fe détache ôc tombe à terre. La peinture ôc le coloris de ces vitres font admirables ôc annoncent partout Ôc en tout le fiecle ou elles ont été peintes ( a ).
- (a) On admire auffi au-defîus de la porte de la Sacrif-tie de cette Eglife , un vitrau qui date de 1640 , & repréfente la Chaire de Saint-Pierre. Le deffin en eft excellent, 6c la tête du Saint a quelque chofe de ma-jeftueux, qui frappe au premier abord. C’eft le célébré Metezeau, natif de Dreux, 6c Architecte de Louis XIII, qui fit faire ce vitrau, en réparant cette partie de l’Egli-fe , dont la voûte plate 6c le portail lui font autant d’hon-neut que la digue de la Rochelle.
- L’Eglife
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- SUR VERRE. I. Partie. <7
- L’Eglife Paroifïiale de Saint-Jean, dans un des Fauxbourgs de Dreux, poffede aufli deux vitraux très - renommés de 1580 , dans la Chapelle des Confrères de la Charité. L’un repréfente un enterrement fait par ces Confrères avec toutes leurs cérémonies, l’autre toute l’hiftoire de Tobie. Ces deux vitraux font d’un goût de deflin exquis : on diroit que les figures vont parler. Dans un panneau ou l’on voit les deux époux en prières au pied du lit nuptial, le Peintre a imaginé d’y mettre des draps blancs ôc deux oreillers fur le chevet.
- J’avois prié un des Chanoines de la Collégiale ( M. Plet ) de s’intéreffer pour moi à la recherche des noms des Auteurs de ces belles vitres : mais le fuccès a démenti fon zele. C’eft à lui néanmoins que je dois tout ce que j’en ai dit, ainfi que de celles du Château d’Anet ( a ).
- de S’il n»e£ p0înt de Province en France où feJde Rouen. les Temples dédiés au culte du Seigneur foient plus fréquents que dans la Normandie , il en eft peu où la dévotion des Fideles ait plus éclaté dans leur décoration. La feule .Ville de Rouen nous offre dans la quantité ôc la beauté des vitres peintes dont les Egli-fes Paroifïiales fur-tout font ornées , un témoignage bien certain du goût que fes habitants prirent à la fin du quinzième fiecle, ôc dans le feizieme* pour les en enrichir. Ce qui m’a furpris , c’eft que l’Auteur de l’Hifi toire de cette Ville célébré, qui par une continuité de ce goût national eft entré dans des détails affez étendus fur la beauté des vitres peintes de ces Eglifes, paroiffe avoir autant négligé fes recherches fur les noms de ceux qui les ont peintes, qu’il a apporté d’application à nous tranfmettre ceux des particuliers qui les ont fait peindre.
- Entre les vitres peintes de ces Eglifes, celles des Paroiffes de Saint-Etienne-des-Tonneliers, de Saint-Jean, de Saint-Martin-fur-Renelle, de Saint-Vincent, de Saint-André, de Saint-Nicolas Ôc de Saint-Godard, font les plus eftimées. On admire particuliérement la vivacité de coloris de celles de Saint-André, & encore plus de celles de Saint-Godard. La beauté éclatante du verre rouge employé à celles-ci a donné lieu dans Rouen, à l’afped d’un vin rouge velouté, de dire ce proverbe : Il eft de la couleur des vitres de Saint-Godard.
- Les peintures de deux vitraux de cette Eglife, dont un au-deffus de la Chapelle de
- (a) Nous avons remarqué à l’article de Jean Coufin , qu’on lui attribuoit les belles grifailles du Château d’Anet : mais Laurent Lucas & Robert Héruffe, déchargés du toile des tailles d’Anet, en 1570, par Sentence contradictoire rendue en l’EIeétion de Dreux, ôc rapportée à la fin de ce volume, parmi les Privilèges des Peintres fur verre, pourroient bien être les Auteurs de quelques vitres des Eglifes de Dreux.
- Peint. sur Verre. /, Part,
- la Sainte Vierge, communément connu fous la dénomination de l’Arbre de Jeftfé, fur left quels font peints les Rois de Juda dont elle eft defcendue ôc dont Jeffé eft la tige, Ôc l’autre au-deffus de la Chapelle Saint Nicolas , repréfentant la vie de Saint Romain , font regardées comme des plus belles qui foient en France. Les Connoiffeurs croyent y reconnoître le crayon de Raphaël ou plutôt celui de Lucas Penni, fon éleve , qui fournit en grande partie les cartons de celles de la Sainte Chapelle de Vincennes. Ces vitraux contiennent chacun trente-deux pieds de haut fur douze de large.
- On eftime aufli dans cette Capitale dé Normandie, entre les vitres peintes les plus parfaites de l’Europe, deux formes de vitres de l’Eglife de Saint-Nicolas, qui datent de la fin du feizieme fiecle, ôc repréfentent , dans la Chapelle de la Sainte Vierge, fa Vi-fitation ôc fon Affomption, que l’on dit avoir été peintes diaprés les cartons de Raphaël Sadeler.Une autre,d’après ceux de Rubens od de quelqu’un de fes meilleurs éleves, repréfente la Pêche miraculeufe.
- Ces Eglifes de la Ville de Rouen ne font pas les feules dont on célébré les vitres peintes. On y en trouve encore qui font dignes des Curieux, entr’autres les excellentes grifailles de la Chapelle du cimetiere de l’Hô-tel-Dieu, plus connue fous le nom des Saints Morts, & conftruite vers la fin du feizieme fiecle, aux frais de Guérard Louf, Allemand , Peintre ôc Sculpteur , domicilié en cette Ville. Celles fur-tout qui donnent fur le cimetiere ont mérité de tout temps l’efti-me des connoiffeurs Ôc l’admiration des fpe&ateurs.
- Je place au même rang comme étant du même fiecle les belles grifailles du Chapitre l’Abbaye de fous le cloître de l’Abbaye Royale de Saint Saint - Van-Vandrille, près Caudebec , dans lefqueiles caudebec*0" eft repréfentée l’Hiftoire des trois Chevaliers de la famille des Marchaix ôc de la Princeftfe Ifmérie, qui fert de fondement à la dévotion qui attire un fi grand concours à Notre-Dame de Lieffe, près Laon en Picardie.
- Les vitres peintes de la Chapelle de la Vitres de Sainte Vierge de l’Eglife de Blofleville en Caux, fur lefqueiles j’ai prié M. Marye, en 3UX* Receveur des Décimes du Diocefe de Rouen, à qui cette terre appartient, de me donner quelques détails, font de toute beauté, ôc il y en a peu qui approchent de leur fineftfe-Cette Chapelle eft éclairée par quatre fenêtres à chacune defquelles, fuivant le croquis qu’il me donne de leur forme, font deux pans de vitres peintes féparés dans le milieu par un meneau de pierre ôc furmontés dans l’amortiffement par un ovale rempli d’armoiries très-belles ôc très-riches dont il n©
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- déveloDpe point le blafon. Chaque pan de vitres eft compofé de quatre panneaux de hauteur, dont deux repréfentent des A&es particuliers de la vie de Saint Lezin , au bas defquels une infcription indique ce qui y eft repréfenté. Chacun de ces pans eft fur-monté par un petit panneau cintré , où font aflemblés,comme des trophées, les ornements qui ont le plus de relation aux traits hiftori-ques qui font le fujet du pan entier. L’art du Peintre ôc la correction du delïin y brillent beaucoup plus que la connoiflance du coftume. En effet fi, comme l’annonce l’inf-Cription , Saint-Lezin gagne la bataille, il place avantageufement fes batteries de canons ; au feptieme fiecle (a)l Si pour complaire au Roi & à fa famille le Saint prend le parti de fe marier, l’Epoufée ôc les Dames qui l’accompagnent font parées dans le goût du fiecle du Peintre , qui nous apprend que Saint Lezin approchant de fon affidée la trouve ladre. S’il le fait pafler de Connétable ôc de Gouverneur d’Angers à la dignité d’Evêque de cette Ville, il peint une proceffion qui va au-devant de lui, une Chapelle Epifco-pale, un Evêque entouré de fes Grands-Vicai-res, qui lui conféré les faints Ordres avec tout l’appareil du cérémonial ufité dans le fiecle où il peignoit, ôc le Saint revêtu de l’habit violet avant qu’il les eût reçus , avec ces mots Saint Lezin prend les Ordres.
- Son facre s’y fait en préfence du Roi, reconnoiflable par le fceptre ôc la couronne. Ailleurs il le fait monter en chaire , ôc laver les pieds aux pauvres revêtu de fes ornements pontificaux. Ici il eft repréfenté conférant le Sacrement de Confirmation avec toutes les cérémonies en ufage au temps du Peintre. Là fe voit une Proceffion générale dans laquelle on diftingue au milieu du Clergé un aveugle que le faint Evêque a guéri. Ailleurs on le remarque écoutant une femme en confeflion. Là habillé pontificalement il eft prêt à partir avec fon Clergé pour exorcifer une femme pofîédée qu’un homme robufte s’efforce de retenir dans l’accès de fa fureur. On lit au bas de ce panneau : Dix-fept péchés mortels pires que fept diables.
- Dans l’autre moitié de ce pan de vitres , boiteux & aveugles garis par l’impofition des mains du faint Prélat , font repréfentés en très-grand nombre avec un ordre admirable. Ici d’autres s’empreflent pour obtenir leur guérifon. II prie pour eux. Douze boiteux & aveugles s en revont garis, remportant comme autant de trophées leurs béquilles fur leurs épaules, ôc témoignant fur leurvifagela gaie-
- PEINT U R E
- té ôc la joie qu’ils reflentent de leur guérifon.
- Là les prifons font ouvertes : on y diftingue des prifonniers les fers aux pieds ôc aux mains ; ce font des prifonniers délivrés au feul Jeing de la Croix.
- Ailleurs il guérit deux ladres , ôc leur fert lui-même à manger. Jamais il n eft fans fes habits pontificaux ; ôc on remarque, quelque fonction qu’il exerce, toujours le même Prêtre à fes côtés.
- S’il s’agit de le repréfenter mourant, les Anges voltigent autour de fon lit, fur lequel il paroît couché, environné de fes Prêtres , à qui il femble donner des inftru&ions avant de les quitter. L’infcription porte '.Anges vus par Saint Lezin en mourant.
- Enfin après fa mort, au devant de fon tombeau, le Peintre a repréfenté un Crucifix, deux cierges allumés, quatre autres petites croix , fix chandeliers ôc huit flambeaux, ÔC à côté un aveugle en prières. On lit au bas :
- Aveugle né gari en priant au tombeau du Saint.
- Une compofition fi diverfifiée dans fes objets, ôc exécutée fur le verre avec tant d’intelligence qu’on ne fait ce qu’on doit le plus admirer de la beauté du deflin ou de la vivacité du coloris, auroit demandé pour être parfaite que l’Auteur y eût peint les ufages du feptieme fiecle ôc non ceux du fei-zieme. Car on peut d’autant moins s’empêcher d’attribuer à quelqu’habile Peintre de ce fiecle ces beaux vitraux, que l’on voit dans la même Chapelle une ftatue du même Saint qui date de 1577.
- L’élégante Eglife de Sainte Foy de Con- Vitres de ches, à quatre lieues d’Evreux , eft éclairée conclus,près par vingt-trois vitraux de différentes gran- Evreux. deurs, dont quatre inférieurs en mérite ôc en beauté fervent à relever l’éclat des dix-neuf autres. Entre ceux ci feize fur - tout réunifient la correction du deflin au coloris le plus vif ôc le plus brillant.
- Quoique le détail de chacun de ces vitraux foit exactement déduit dans un Mémoire que feu M. Sorhouet pere , Confeiller honoraire au Grand-Cpnfeil, m’a envoyé de fa terre de Rougy près Conches (a), nous infifterons feulement, crainte de prolixité , fur ceux qui nous ont paru les plus dignes de remarque.
- Dans le choeur, qui eft un heptagone, on compte fept vitraux de quarante pieds de haut fur treize à quatorze de large. Un cintre établi en la partie mitoyenne de chaque pan de vitres forme un cordon qui fépare en deux parties égales les fix fériés d’hiftoire qui y font
- (æ) Cette anticipation eft ici plus de'placée que celle de Milton : car, en plaçant des canons dans fa deferip-tion du combat des bons ôc des mauvais Anges, ce grand Poète n’en caraélérifoit que mieux le mauvais génie des démons, qui feuls ont pu fuggérer aux hommes l’invention de ces machines infernales.
- (a) Le choix que ce Magiftrat a fait d’un homme à talent, originaire de cette Ville ( M. Goffeaume ), pour dreffer ce Mémoire, juftifie bien le goût qu’il a voit pour les Arts, ôc ç’auroit été manquer à l’un à l’autre, de n’en pas inférer ici du moins un Extrait,
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- SUR FERRE. I. Partie.
- peintes les unes fur les autres»
- On ne peut fe laffer d’admirer le vitrau qui repréfente l’hiftoire de Sainte Foy, dans fa première divifion. On y voit, en effet , fa naiffance, fa confeflion, les différentes épreuves par lefquelles le Préfet la fait paffer , fa proftitution détournée par un miracle, qui, en la fauvant du péril dont elle eft menacée, fait écrouler la maifon ôc écrafe fous fes ruines les foldats à l’impudence defquels elle devoit être livrée.
- La vue du bûcher auquel elle eft condamnée ranime la fermeté Ôc le courage de Saint Caprais, Evêque d’Agen, qui, témoin de la confiance, fe réfout à partager fes fouffran-ces ôc fa gloire. Enfin Foy périt par le glaive. Pendant qu’on s’occupe à l’enfevelir, des boiteux ôc des malades de tout genre s’empref-fent à demander leur guérifon par fon inter-cefïlon , ôc l’obtiennent. Sa pompe funebre termine l’hiftoire ; 6c la vénération que les Fideles rendent à fes Reliques annonce la juftice du culte qu’on lui rend.
- La fécondé divifion repréfente les principales a&ions de Jefus-Chrift, fource de toute juftice, fa Réfurreôtion, fon Afcenfion ôc la defcente du Saint-Efprit fur les Apôtres.
- On admire fur tout dans cette vitre un Portique foutenu fur un grand nombre de colonnes, fur le fronton duquel font peints en miniature beaucoup de perfonnages. C’eft un morceau d’une délicateffe fans exemple. Les ruines de la maifon fous lefquelles font écrafés les foldats deftinés à corrompre Sainte Foy font fort eftimées. Le coup-d’œil le plus rapide fe trouve fatisfait dans la totalité de ce vitrau.
- Dans celui qui repréfente la Nativité de Jefus-Chrift, on admire par-deffus tout un lointain , où un grouppe de Bergers danfants forme par leurs attitudes naïves un point de vue des plus gracieux.
- Il eft un de ces vitraux dans la Chapelle de la Sainte Vierge, qui repréfente fur un fond d’azur des plus éclatants fa figure coloffale. Toutes les épithetes allégoriques par lef-quelles cette Sainte Mere de Dieu eft défi-gnée dans la Sainte Ecriture, y font peintes avec beaucoup de foin. Telle eft une Ville avec cette infcription : Civitas Dei ,* un puits avec celle-ci : P meus aquarum viventium, ôte. Enfin on y diftingue trois figures d’Anges qui déploient en trois endroits différents un rouleau fur lequel on lit cette Légende fingulie-re : Seule fans fi dans fa Conception.
- Dans un autre vitrau eft peinte PAnnon-ciation faite à la Sainte Vierge par l’Ange Gabriel. On y fent toute la force de l’imagination du Peintre qui dans le moment de la falutation Angélique fait defeendre le Saint-Efprit fur Marie, & le fait fuivre immédiatement par Jefus-Chrift portant déjà fa croix 6c annonçant à fa Sainte Mere le glaive de
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- douleur que fon humble docilité à la parole de l’Ange lui deftinoit de toute éternité, 6c dont le vieillard Siméon la fit reffouvenir lorfqu’eile alla au Temple pour fe purifier ÔC le préfenter à Dieu fon Pere.
- Celui de ces vitraux qui repréfente le Yitre Triomphe de la Sainte Vierge, quoique le gorl£lue plus compliqué de tous par la multiplicité des perfonnages . ne fouffre néanmoins aucune confufion. Trois Temples ou Palais occupent fa partie fupérieure. Le premier porte fur fon fronton cette infcription : Le Palais Virgmal; le fécond, le Temple d'honneur ; le troifieme, Palais de Jejfé. Une troupe de peuple portant des bannières , des couronnes Ôc des palmes fort du Palais Virginal i ôc porte fes pas vers le Temple d’honneur.
- Elle eft fuivie de Rois, entre lefquels on reconnoît David à fa harpe ou lyre. Jefus-Chrift portant fa croix les fuit immédiatement à la tête des fept Vertus, reconnoiffa-bles aux emblèmes qui les cara&érifent. Elles précédent le Char de la Sainte Vierge , auquel font enchaînés les fept Vices qui leur font oppofés, ôc le fuivent dans le plus grand abattement. On y voit un flambeau renverfé ôc la tête du ferpent écrafée. A travers les colonnes de fon Palais, Jeffé paroît admirer ce fpe&acle. Six vers, en ftyle du temps , expliquent ainfi le fens de cette allégorie.
- La noble Vierge va triomphant en bonheur Du Palais Virginal jufqu’au Temple d’honneur*1 jeffé en Ton Palais a la vue épandue Pour voir les douze Rois dont elle eftdefcendue $
- Et leur dit : Nobles Rois, voici de Dieu l’AncelIe Qui tous vous ennoblit, ôc non pas vous icelle*
- Les Verfets i,$,4Ôcijdu douzième Chapitre de l’Apocalypfe forment le fujet de la fécondé divifion de ce vitrau. La femme couverte du foleil y eft peinte ayant la lune fous fes pieds, de même que le ferpent roux dont la queue entraîne la troifieme parcie des étoiles du ciel, ôc dont une gueule vomit un fleuve.
- On voit aufli repréfentée dans un autre vitrau une Pâque Juive qui en occupe le tiers. Un autre tiers repréfente David recevant un des pains de propofition des mains du Grand-Prêtre. L’autre repréfente la manne qui tombe dans le défert. Il eft d’un coloris très-vif ôc d’une compofition très-variée*
- Il en eft un qui reprefente lallégorie de Jefus-Chrift dans le preffoir, avec cette légende: Torcular calcavi folus. Tous les Ouvriers qui travaillent à la vigne y font peints d’un côté, ôc de l’autre les portraits de la famille du Donateur.
- Un des plus beaux a pour fujet la derniere Cène de Jefus-Chrift avec fes Apôtres, dont tous les perfonnages font grands Ôc réguliers.
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- 6o L’ART DE LA PEINTURE
- Le cadavre du Donateur y eft peint avec le portrait de fon Epoufe à fes pieds.
- Il y a encore dans cette Eglife d’autres vitraux , dans lefquels l’art ne brille pas moins que dans ceux-ci.
- Toutes ces vitres peintes , fur-tout celles du choeur, fe font confervées dans tout l’éclat de leur origine. Si quelques-unes, entrautres du côté de l’Evangile, font un peu altérées , l’entier des perfonnages n’y laiffe rien à délirer.
- De ces beaux vitraux, qui font du meilleur temps de la Peinture fur verre, il en eft qui portent des Chronogrammes, tels que ceux de l’Annonciation ôc du Prelfoir qui datent de 15*5:2 , ôc le Triomphe de la Sainte Vierge, de ij*^.
- L’Auteur du Mémoire ne s’eft pas borné à nous donner des détails 11 circonftanciés : fes foins ont été jufqu’à feuilleter les Archives des familles originaires de Conches , pour nous faire part du nom des Donateurs de ces vitraux. Il s’eft dirigé dans fes recherches à cet égard par les armoiries qui y ref-tent empreintes.
- Noms des II donne pour certain que Mellire Jean le S^ces^? Vavaffeur, Abbé Régulier de l’Abbaye de très. Conches , fit préfent de ceux du chœur ; que la Nativité de Jefus-Chrift eft un don de M. Baudot, lors Lieutenant Général de cette Ville ; que M. Ducoudray a donné celle de l’Autel de la Sainte Vierge qui eft la plus ef-timée ; que l’allégorie du Prelfoir & l’Annonciation ont été données parM. le Tellier des Brieux ; que l’on doit à la pieufe libéra- , lité de M. Berthelot, Procureur du Roi, le vitrau admirable du Triomphe delà Sainte Vierge ; enfin que celui de la Cène a été légué par un Sieur Duval Martel, fuivant la légende qu’on y découvre.
- Quant aux Artiftes qui les ont fi admirablement inventées ou peintes fur le verre , notre Auteur avoue qu’il ne lui a pas été poflible, quelques recherches qu’il ait pu faire , d’en découvrir les noms.
- Il y a lieu de croire que les vitres de cette Eglife, celles de Bloffeville, celles des Paroiffes de Rouen, celles de la Chapelle de Gaillon, maifon de campagne de fes Archevêques, Ôc un très-grand nombre d’autres répandues dans toute l’étendue de la Normandie, auront été faites par ces excellents Peintres fur verre y domiciliés, que nous avons vus dans le Chapitre précédent ( pag. 71 ) avoir été maintenus par fes différents Tribunaux, dans les Privilèges accordés par nos Rois, dès le quatorzième fiecle , à tous ceux de cette profeflion.
- Vitres de A Nantes, dans l’Eglife Paroifïiale de Saint
- Saint - Nico- Nicolas, les vitres peintes du grand vitrau a$,a antes. Sanctuaire, au-deffus du Maître-Autel, méritent finguliérement l’attention des cu-
- rieux par la correction de leur defïm ôc la vivacité de leur coloris. Dans cette forme de vitres d’une étendue extraordinaire font repréfentés cinquante-fix miracles, émanés de la toute-puiffance de l’Homme-Dieu , dans l’ordre defqueis les cinquante-fix têtes du Sauveur fe reffemblent toutes avec la plus grande vérité, vues fur leurs différents profils.
- On ne peut fe Iaffer d’admirer à Bour-n l’Archambâud, les vitres de la Sainte pelledeBour-
- bon
- Chapelle peintes dans le feizieme fiecle car fi elle a été commencée par Jean II du nom , Ôc continuée par fon augufte frere Pierre II, Duc de Bourbon, qui lui fuccéda, elle n’a été finie qu’en 1 joS. Ces vitres, d’une grande beauté, fe font très-bien confervées. Entre les principales hiftoires qui y font repréfentées, on remarque celle de la guérifon du Paralytique fur le bord de la pif-cine de Bethfaïde, fans doute par allufion à ce que les Eaux de Bourbon ont de falu-taire pour ceux qui font atteints de cette maladie : le facrifice fanglant de Jefus-Chrift fur la croix & la figure de ce facrifice repré-fentée par celui d’Ifaac qu’Abraham fon pere eft prêt à immoler : l’apparition de l’Ange à Conftantin , ôc le ligne miraculeux de la Croix que cet Empereur vit dans le ciel, avec cette infcription : In hoc Jigno vinces : les perquifitions qu’Hélene famere fit faire pour découvrir le lieu où la croix du Sauveur avoit été dépofée : le fuccès des pieufes foili-citudes de cette Impératrice par la découverte qu’elle en fait en 326: le recouvrement de ce ligne du falut par Héraclius, après la défaite de Chofroës par cet Empereur : enfin le culte d’adoration qu’il lui rend en la rapportant les pieds nuds en grand triomphe à Jérufalem, après qu’elle eût été pendant quatorze ans entre les mains des Infidèles.
- Moréry, dans fon Diêtionnaire, au mot Bourbon^Archambauà, rapporte un trait fin-gulier relativement à ces vitres peintes. On voit, dit-il, dans ces vitres des armoiries qui font de France, avec un bâton péri en bande pour brifure ; ce què je remarque, ajoute-t-il , parce que divers Hiftoriens racontent que dans le même-temps que Henri III, le dernier des Princes de la maifon de Valois fut aflafliné, un coup de tonnerre emporta la brifure de ces armes , fans toucher au refte de Pécu; ce qu’ils regardent comme un préfage que la branche des Valois alloit céder la couronne de France à celle des Bourbons.
- bon -l’Ar-chambaud.
- Trait fingu-Iier relatif à ces vitres.
- On ne peut palier par Bourg-en-BrefTe t Vitres de fans y admirer la magnifique Eglife qui y d|
- fut conftruite entre les années 1 $ 11 ôc 1 $$6, Bourg-en* fous les ordres de Marguerite d’Autriche, veuve en dernieres noces de Philibert le
- Beau j
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- Elles font couvertes avec des treillis en laiton pour les conserver.
- Noms des Verriers qui en firent le verre.
- Vitres des Dominicains Ôc des Récollets, à Aix en Provence,
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- Beau , Duc de Savoye. Elle ne s’occupa plus depuis ce dernier veuvage,que des foins d’accomplir en partie le vœu de Marguerite de Bourbon, femme de Philippe II, Duc de Bourgogne, fa belle-mere, de faire bâtir à Brou une Eglife Ôc un Monaftere. Elle ne fit que changer la deftination , mettant fon Eglife fous l’invocation de Saint-Nicolas de Tolentin, ôc donnant à des Auguftins de la Province de Lombardie le Monaftere que fa belle-mere avoit deftiné pour des Béné-di&ins. Elle le commença dès iyo6, malgré toutes les difficultés qu’elle éprouva de la part de la fituation du lieu , ôc de la part même de fon Confeil,qui fit de grands efforts pour l’en détourner. Elle n’en fut que plus active à en preffer l’exécution ; ôc fa magnificence, dans cette entreprife, fut portée au plus haut degré. On en eftime entr’autres les vitrages , dans lefquels on ne fait ce qu’on doit le plus louer , ou'la majefté ôc la correction du deffin , ou la beauté des peintures ôc des objets qu’elles repréfentent. Nous ne nous occuperons pas d’en donner ici la defcription : on peut la voir aifément dans un petit Ouvrage qj\ie vient de rendre public un Pere Auguftin réformé de la Congrégation de France ( a). Toutes les figures de ces vitraux font parlantes ôc parfaitement caractérifées. Elles paroiffent de grandeur naturelle, malgré leur élévation. A l’extrémité feptentrionale de la croifée, il y avoit auffi des vitraux en peinture à grands perfonnages qui ont été détruits par la grêle dès l’an 1539. Cet accident a déterminé à couvrir avec des treillis en laiton tous ceux qui refterent entiers. On trouve dans les Archives de cette maifon les noms des Verriers qui en firent le verre à Brou. Ils fe nommoient Jean Brochon > Jean Orquois ôc Antoine Comment, s’écrie ici l’Au-
- teur de la Defcription , ne nous a-t-on pas tranfmis les noms de ceux qui les ont peints? On ne doit pas douter que ces morceaux ne foient des plus excellents Maîtres , puifque , comme il le dit lui-même, la France, l’Italie, la Flandre ôc l’Allemagne y fournirent un grand nombre de leurs Artiftes. Informés du deffein où étoit Marguerite d’Autriche , ôc invités par cette Princeffe de contribuer par leurs ouvrages à parfaire cette Eglife magnifique , ils s’y étoient rendus avec empreflement.
- A Aix en Provence, les vitres peintes de l’Eglife des Dominicains font remarquables par la beauté du deffin ôc par l’éclat du coloris. On y en voit auffi de très-belles, chez les Peres Récollets, fur lefquelles on recon-
- (a) Hiftoire ÔC Defcription de l’Eglife Royale de Brou , ôcc, par le Révérend Pere Pacifique Rouftélet, Auguftin réformé de la Congrégation de France , Province de Dauphiné. Paris, 1767, chez Defamt, Libraire, rue du Foin. Chap. VI. Des Vivraux de VEgliJe, $ag. 67 juf-qu’à la page 107.
- Peint, sur Verre. /. Part.
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- noît par les armoiries du Maréchal de Vitry, qu’ii en fut le donateur.
- Nous terminerons cette notice des belles vitres du feizieme fiecle, dont les Auteurs font inconnus, par celles que l’on voit en Flandres ôc dans les Pays-Bas ; ôc nous célébrerons avec les deux Bénédiêtins, Auteurs des Voyages Littéraires,
- i°, Celles du grand ôc magnifique Gloître de l’Abbaye d’Anchin , fur lefquelles font repréfentées avec des couleurs très-vives les douze plaies d’Egypte ôc le paflage de la mer rouge, où la tête de Pharaon eft, au dire des Connoiffeurs, un morceau fi parfait, que, quand on la couvriroit de louis d’or, on n’y mettroit pas fa valeur.
- 20, Celles du Cloître de l’Abbaye de Mar-chiennes , fur lefquelles la Vie de Jefus-Chrift admirablement repréfentée, devient le digne objet de la méditation des Religieux , dont l’ufage étoit de paffer la plus grande partie du jour à méditer fous ce cloître.
- 30, Celles du Cloître de l’Abbaye de Grimbergue, Ordre de Prémontré, fur lefquelles on voit tous les jours avec une nouvelle fatisfa&ion i’hiftoire de la Vie de Saint Norbert, Inftituteurde cet Ordre.
- 40, Celles du Cloître de l’Abbaye de Sta-velo, fur lefquelles font peints les portraits des Abbés fucceffifs de ce Monaftere , avec des infcriptions en vers Latins, qui ont trait aux A des de jurifdidion que ces Abbés exer-çoient fous ce Cloître fur ceux de leurs Religieux qui étoient tombés en faute.
- 50, Celles du Cloître de l’Abbaye d’Affli-ghen, en Brabant, repréfentant d’un côté la Vie de la Sainte Vierge, de l’autre celle de Saint Benoît, avec des infcriptions peintes après coup en vers Latins, compofés par Haëftem, Prévôt de cette Abbaye, qu’il réforma en 1626.
- 6°, Celles du Cloître du Monaftere des Chanoines Réguliers de Rouge-Cloître en Flandres, qui font peintes avec la plus grande délicatefîe ainfi que celles de leur Réfectoire ôc de leur Bibliothèque.
- Nous conduirons encore nos- Amateurs avec la Guide univerfelle des Pays-Bas ou des dix-fept Provinces, par le Révérend Pere Bouffingault, Chanoine Régulier de Saint Auguftin, de l’Ordre de Sainte Croix, fous les Cloîtres des Monafteres de cet Ordre à Namur, à Liege ôc à Tournay, où les Aêles de la Vie de Saint Quiriace ôc de Saint Odille, leurs Patrons, font fi merveilleufe-ment peints fur verre ; dans la Bibliothèque des Dominicains d’Anvers ; fous le Cloître des Chartreux de Louvain, auffi curieux par fa longueur extraordinaire que par l’éclat ôc la beauté des vitres peintes qui le ferment ; ôc enfin à Saint-Omer, dans l’illufi tre Abbaye de Saint Bertin.
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- Vitres de diverxes Abbayes en Flandres, ôc dansles Pays-Bas.
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- L’Art de la Verrerie 8c celui de la Peinture fur Verre tombés en difcré-dit dans quelques Provinces de France, dès la fin du feizieme fiecle.
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- 4a VA R T DE LA PEINTURE
- CHAPITRE XVI.
- Etat de laPeinturefur Verre aux dixfeptieme SC dix-huitieme fiecles.
- Wous avons avancé ailleurs que traiter des meilleurs temps de la Peinture fur verre , c’eft annoncer le dépériffement dont elle eft menacée. Bernard de Paliffy, Peintre fur verre, 6c par conféquent digne d’être cru fur ce qu’il raconte de fétat de ce genre de Peinture, dès la fin du feizieme fiecle, va juftifier notre affertion.
- « Il vaut mieux y dit-il ( a ), qu’un hom-» me, ou un petit nombre d’hommes, faffent » leur profit de quelque Art en vivant honnê-» tement, que non pas un grand nombre » d’hommes , lefquels s’endommageront fi » fort les uns les autres , qu’ils n’auront » pas moyen de vivre, finon en profanant les » Arts ôc îaiffant les chofes à demi-faites, » comme l’on voit communément de tous » les Arts auxquels le nombre des Ouvriers » eft trop grand.... ».
- L’Art de la Verrerie 6c celui de colorer le verre, fi célébré depuis quatre fiecles 6c plus , vers la fin du feizieme a commençoit » à tomber fur-tout dans le Périgord , le Li-» mou fin , la Xaintonge , PÂngoumois , la » Gafcogne , le Béarn ôc le Bigorre. Les » verres qui en provenoient étoient, continue-» t-il, méchanifés en telle forte qu’ils étoient » vendus ôc criés dans les villages par ceux » mêmes qui crient les vieux drapeaux ôc la » vieille féraille, tellement que ceux qui les » font ôc ceux qui les vendent travaillent » beaucoup à vivre. L’état de Verrier eft » noble , mais plufieurs font Gentilshommes » pour exercer ledit Art qui voudroient être » roturiers ôc avoir de quoi payer les fubfides » des Princes , Ôc vivent plus méchanique-
- » ment que les Crocheteurs de Paris.....
- » L’Art des Emailleurs de Limoges eft de-» venu fi vil, qu’il leur eft devenu difficile d’y % gagner leur vie au prix qu’ils donnent leurs » œuvres fi bien labourés ôc les émaux fi bien » fondus fur le cuivre qu’il n’y avoit peinture » fi plaifante, Les Imprimeurs ont endommagé » les Peintres ôc les Pourtrayeurs (b ). Les » hiftoires de Notre-Dame, imprimées de » gros traits après l’invention d’un nommé » Albert ( c ), vinrent une fois à tel mépris à
- (a) Difcours admirable de la nature des Eaux 8c Fontaines .... du Feu, des Emaux, 8tc. Paris, 1580, chez Martin le jeune, devant le Collegede Cambray,pag. 170.
- (b) Par les Imprimeurs, Paliffy entend ici les Graveurs d’eftampes, comme par le mot Pourtrayeurs, il entend les Delfinateurs.
- ( c) Je ne fais fi Paliffy veut parler à'Albert Durer, ou d’un autre Albert Aldegraf, né en Weftphalie, dif-
- » caufe de l’abondance qui en fut faite, qu’on » donnoit pour deux liards chacune defdites » hiftoires , combien que la pourtraitlure fût j> d’une belle invention ».
- La Peinture fur verre ôc la Vitrerie éprouvèrent le même fort. Paliffy nous apprend qu’il ne fe détermina à les quitter pour faire des vaiffeaux de terre émaillés ôc autres chofes de belle ordonnance , que parce que déjà, c’eft-à-dire, vers l’an ij7°> e^es tomboient en difcrédit dans la Xaintonge. « J’entrai, dit-il {a), en difpute avec ma » propre penfée, en me remémorant plufieurs » propos qu’aucuns m’avoient tenus en fe » mocquant de moi lorfque je peindois des » images (b ). Or voyant qu’on commençoit » à les délaiffer ail pays de mon habitation , » auffi que la Vitrerie n’avoitpas grande re-» quête.... je vais penfer ... parce que » Dieu m’avoit donné d’entendre quelque a> chofe de la pourtraiêture ... à chercher les » émaux pour faire des vaiffeaux de terre » ( entreprife que fon peu de fuccès le mit » bientôt dans la néceffité d’abandonner ). » En effet, après de grands frais, perte de » temps , confufion ôc trifteffe ( c ), il avoit » vu qu’il ne pouvoit rien faire de fon inten-» tion, ôc tombant en nonchaloir de plus » chercher le fecret des émaux ôc fur-tout de » l’émail blanc ; car touchant les autres cou-» leurs ( dont il connoiffoit la préparation » pour la Peinture fur verre qu’il pratiquoit ) » je ne m’en mettois, dit-il, aucunement en » peine ; il prit relâche pendant quelque » temps Ôc fe remit à peindre fur verre».
- On ne fera plus furpris que du temps 'de Paliffy l’Art de la Verrerie Ôc celui de la Peinture fur verre fuffent déjà fi fort déchus dans la Xaintonge ôc dans toutes les autres Provinces adjacentes ôc ultérieures, fi l’on confidere que le nouvel étabîiffement des Gabelles ôc les troubles de Religion y avoient occafionné dès le milieu du feizieme fiecle , ôc y occafionnerent encore dans la fuite des mouvements féditieux Ôc turbulents.
- Les guerres qui s’allumèrent en France ÔC dans la Flandre, préparées fous le régné de
- ciple de Durer, qui avoit faifi la maniéré de graver de fon Maître, 8c s’eft fait une grande réputation.
- (a) Difcours admirable ci-deffus cité, pag. 171.
- (b ) Ces propos étoient fans doute une fuite des progrès que la Religion prétendue réformée faifoit dans cette Province , comme nous le verrons bientôt.
- (c) Difcours admirable ci-deffus cité, pag.
- Raifons de cette déca-3 dence.
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- SUR
- VERRE. I. Partie.
- François I, Ôc continuées fous les régnés fuivants;ces guerres d'autant plus défaftreufes que la Religion fembloit leur fervir de prétexte , ne contribuèrent pas peu , jointes au déchaînement des Huguenots contre les images , à la décadence d'un Art , dont Charles IX confirma encore lui-même les privilèges, mais dont il paroît que fes Suc-cefieurs ne firent pas un grand cas.
- Les temps de troubles ôt de divifions dans les Etats, fur-tout lorfqu’elles font inteftines, n'ont jamais été favorables aux Sciences 6c aux Arts. Il n’y a que celui de la paix, qui pulffe engager les plus grands Princes à fomenter l’émulation entre les Savants Ôt les Artiftes. C’eft alors que ceux-ci s'empreffent à l'envi d’attirer les regards des Souverains fur les produirions de leur génie Ôc de mériter les récompenfes auxquelles il leur eft aufli naturel d'afpirer qu’il eft glorieux ôc intéreffant pour les Souverains de les répandre avec magnificence.
- Les mor- La confidération qu’on avoit eue pour les Pelnmre^ur Pâtures fur verre affaiblie par leur multi-verre de tude , les grandes entreprifes de Peinture fur grande exe'- verre devenues plus rares par les malheurs donnés : ex- des temps ; le verre colore devint inutile ; tinaion des jes Verriers fe virent contraints d’éteindre verrecolore^ ce grand nombre de fours qui pouvoit à peine fuffire un fiecle auparavant à la quantité confidérable d’ouvrages dont les Peintres-Les Pein- Vitriers étoient chargés. Les émaux inventés ©bHgés de^fe par Jean de Bruges, perfedionnés en France faire une par Pinaigrier, devenus fufceptibles de ces nieredepdn- nuances de détail par ces Chimiftes Hollan-dre de petits dois (a) auxquels Néri, Florentin, s’affocia
- tableaux par au commencement du dix-feptieme fiecle , les émaux. r 7
- Pointdecriti- (a) Ily auroit bien desyhofes à favoir fur le compte de que fort douteux cçs jubiles Chimiftes , je veux dire fi ifaac ôc Jean éclairci. Ifaac, font le même individu? Dans le cas contraire,
- lequel feroit le pere de l’autre ? Si le nom Hollandus eft leur nom de famille ou un furnom tiré de leur pays ? On n’avoit encore l’année derniere ( 1767 ) aucune certitude fur le fiecle dans lequel vivoit Ifaac. Un célébré Bibliographe , que j’ai confulté, m’ayant mis en état de réfoudre ce doute, je vais en rendre compte dans cette note, 8c éclaircir par fon fecours un point de critique qui paroît avoir embarraffé les Savants.
- M. Eloy, Médecin confultant de fon AltefTe Royale Madame la Princefle de Lorraine, 8c Penfionnaire de la Ville de Mon s , dans fon Dictionnaire hifiorique de la Médeciney imprimé à Liege en 1755, tom. II, au mot Ifaac, le fait naître à Stolck , Village de Hollande : mais il nous laifte dans l’incertitude fur Ta pluralité ou la fin-gularité de ces ou cet Alchimifte, dont il célébré beaucoup le mérite 8c la fincérité dans le Traité qu’il a donné fur Y Art d’Emailler & de colorer le Verre & les Pierres , qu’il regarde comme un chef-d’œuvre. D’ailleurs, il ne nous apprend rien du temps où il écrivit cil fe contente de dire qu’il yi voit félon toute apparence dans le treizième fiecle , quoique , dit-il , cela ne foit point absolument décidé.
- M. l’Abbé Lenglet du Frefnoy, qui en fait deux Auteurs , le pere fous le nom d’Ifaac, 8c le fils fous celui de Jean Ifaac, nous dit qu’ils écrivirent l’un 8c l’autre en Hollandois. Il célébré la traduéfcion Latine qui fut faite de leur ouvrage, vers les premiers temps du dix-feptieme fiecle ; mais il s’en tient aux fimples conjeétures, en les faifant vivre dans le feizieme. 11 fe fonde fur ce que, dans leurs Traités , ils parlent des Eaux-fortes 8c de l’Eau-régale, qui ne furent inventées que fur la fin du
- fuffirent aux Peintres fur verre pour colorier en petit les fujets fur lefquels ils s’exercèrent. A peine reconnoît-on dans les ouvrages de Peinture fur verre des vingt ou trente pre-
- quatorzieme. Hiftoire de la Philofophiè hermétique. Paris ,
- 1742 , tom. I. pag. 233.
- Enfin le Traducteur des Leçons de Chimie de M. Shaw, les faifoit vivre vers la fin du quinzième fiecle. Il fon-doit fans doute fa conjecture fur ce que l’Efiftoire nous apprend du renouvellement de l’Art de peindre en Email dans notre France , qui s’opéra au plutôt au commencement du feizieme.
- Pour moi je me rappellois que Néri, dans fon Traité fur Y Art de la Verrerie, déclaroit quelque part avoir fréquenté Ifaac Hollandus , dans fon voyage en Flandres , Ôc avoir reçu de lui des procédés pour imiter les pierres précieufes. Connoître le temps de Néri, difois-je, c’eft connoître le temps d’Ifaac : mais comment connoître le temps de Néri ? M. le Baron d’Holback n’en dit rien dans la Préface qu’il a mife en tête de fa traduction Françoife, non plus que Merret dans fa traduction Latine du Traité original Italien de l’Art de la Verrerie de Néri.
- Je fis part de mon embarras fur ce point à M. de Bure le jeune : il m’en a tiré de la maniéré la plus prompte, la plus obligeante 8c la plus fatisfaifante. Néri lui-même, cité par ce Savant, va nous apprendre le temps auquel il s’exerçoit dans l’Art de la Verrerie, 8c celui où il exécuta de concert avec Ifaac Hollandus, plufieurs opérations de ce genre. Voici ces paftages extraits de la traduction Latine du Traité de Néri, avec les notes de Merret, qui a paru en 1669, tels que M. de Bure a bien voulu me les faire paifer. U paroîtra moins furprenant que ces paifages m’ayent échappé dans la lecture que j’ai faite de l’Art de la Verrerie de Néri, ne l’ayant faite que dans la traduction Françoife de M. le Baron d’Holback, où le premier paffage eft totalement omis, & où le fécond, qui n’y eft employé qu’en partie, fe trouvoit dans un Chapitre qui n’avoit point de rapport avec les notions propres à la Peinture fur verre qui m’intéreftoient uniquement.
- Dans le premier de ces paftages, Extrait du Chapitre XLII du fécond Livre, vers la fin, Néri nous apprend qu’étant à Florence en 1601, il employa les recettes qu’il prefcrit dans ce Chapitre pour préparer la Calcédoine ; qu’il en fit des foucoupes d’une grande beauté dans un fourneau de Verrerie , que fon ami Nicolas de Land, célébré Emailîeur à la lampe, venoit d’y faire con-ftruire : Atque hic ille modus efi, quo ego anno c I d I d c 1 Florentin in catino & fornace Vitrariâ ufus fum, quaajla-te egregius Dom. Nicolaus Landus , familiaris meus (y ifî-Jtgnis in Jmalti ad lucernam elaborandi negotio anifex , fornacem illam extrui curabat, quo tempore etiam prapa~ rata antè materiâ & fervatis iifdem regulis , plates ex hujus generis Chalcedonio patellas infigniter pulchras fesï. Lib. 2. Cap. 42. ad calcem.
- Le fécond paflage eft extrait du même Livre , Chapitre XLIV. Néri, fur la troifieme maniéré qu’il prefcrit dans ce Chapitre pour bien imiter la Calcédoine, dit qu’il en fit l’expérience à Anvers , où il avoit établi fa réfiden-ce en Janvier 1609, 8c où il demeuroit, depuis plufieurs années , dans la maifon du Seigneur Emmanuel Ximenez, Chevalier de l’Ordre de Saint-Etienne , Portugais de Nation , 8c Bourgeois d’Anvers, ôc qu’avec la poudre, dont il donne la recette dans ce Chapitre, il fit de très-belle Calcédoine, dans le fourneau de Verrerie dufieur Girdolf : Hune tertium modum expertus fum Antuerpia anno 1609 , menje Januario , quo tempore mor abat & perplures annos habitabamin adibus DomintEmmanuelis Ximenii,Equi~ tis Sar.cti Stephani, natione Portugalienfis & civis Antuer-piani.. •. Atque hoc pulvere Antuerpiœ in fornace Vitrariâ Domini Philippi Ctridolfi, hominis valdè offeiofi, Chalcedo-ntum feci. Lib. 2. Cap. 44. ad calcem.
- Enfin dans fon cinquième Livre, Chap. XCI, il fait mention des expériences, qu’il avoit faites fous les yeux d’Ifaac le Hollandois ou Hollandus , pendant fon féjour en Flandres, 8c qu’il tenoit de lui : Hic modus imitandi gemmas, quem ab Ifaaco Hollando, cttm in Flandria ejfem, mutuatus Jïtm. Lib. 5. Cap. 91.
- Ainfi par les foins auffi éclairés qu’obligeants de M. de Bure le jeune, nous fournies en état d’établir fur le fondement le plus folide, comme des vérités incontef-tables : i°, Qu’entre nos Chimiftes Hollandois, s’il yen a eu deux, Ifaac eft celui qui s’eft le plus adonné à la connoiflance pratique de l’Art de la Verrerie, fur-tout dans la partie des Emaux colorants, par les fubftances métalliques, Science fur laquelle nous avons déjà annon-
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- <4 L’ART DE LA PEINTURE
- mieres années de ce fiecle l’ufage du verre en table coloré aux Verreries. A mefure que
- cé qu’il avoit donné un excellent Traité : i°, Qu’Ifaac établi à Anvers y avoit déjà acquis une grande réputation en 1609 : 30, Qu’il s’y rendit très-utile à tous ceux qui employoient les Emaux, 8c par conféquent aux Peintres fur verre, Flamands , qui fe diftinguerent le plus dans les commencements du dix-feptieme fiecle, par la beauté de leur coloris : 40, Que Néri déjà célébré à Florence dans l’Art de la Verrerie en 1601 , avoit quitté fa patrie pour fe rapprocher d’Ifaac Hollandus, 8c fuivre auprès de lui, à Anvers, fes procédés dans l’Art d’imiter les pierres précieufes, d’où il retourna à Florence pour y faire imprimer fon Traité Italien fur l’Art de la Verrerie, chez les Giauti, en i<Siz, in-4% édition que M. de Bure regarde comme l’originale de cet Auteur, à laquelle néanmoins les Savants ont préféré la traduction Latine : y°, Enfin que l’Art d’Email-ler à la lampe poifédoit d’habiles Artiftes dès le fei-zieme fiecle 8c dans le dix-feptieme.
- ce fiecle s’avança, ces morceâux de grande exécution , dont il formoit les draperies de différentes couleurs, cédèrent la place aux tableaux de chevalet, s’il eft permis de s’exprimer ainfi en traitant de la Peinture fur
- verre.
- Les Artiftes des derniers temps de ce fiecle ^ C’eft Ia feu-* s’étant fait en conféquence une maniéré de ^ârmî travailler différente de celle des fiecdes pré- les Peintres cédents ; c’eft de cette maniéré, qui eft celle ac~
- des Peintres fur verre aêtuels , dont nous traitons principalement dans notre fécondé Partie. Rentrons ici dans le détail, en parlant, comme nous avons fait relativement au feizieme fiecle, des noms & des ouvrages des plus habiles. Peintres-Vitriers des dix-feptieme ôc dix-huitieme fiecles.
- CHAPITRE XVII.
- B
- Peintres fur Verre qui fe distinguèrent aux dix-feptieme
- SC dix-huitieme fiecles.
- CJaës-Janf- A. ’e st à notre Livret des belles vitres de dois Peintre Saint Jean de Gouda que nous fommes rede-fur verre. vables du premier Peintre fur verre Plollan-dois de ce fiecle. Nous y apprenons qu’il fut chargé en léot par les Bourguemeftres de Rotterdam de peindre une vitre pour cette Eglife , repréfentant fhiftoire de la Vitres de Femme adultéré. Il paroît par l’infcription Gouda. quqi a peinte au bas du vitrau, qu’il étoit inventeur ôc Peintre fur verre : on y lit Claés Janfze fig, & pinx. Rotterdam, 1601.
- Corneilie-Clock, Hol-landois,Pein-tre fur verre.
- Vitres
- Gouda.
- de
- C’étoit une gloire pour chaque Ville de Hollande d’avoir contribué d’un ou de plu-fieurs vitraux à la clôture de l’Eglife de Gouda. Les Bourguemeftres de Leyden Ôc de Delft en donnèrent en 1601 ôc 1603, peints d’après les cartons de Swanenburg par Corneille Clock, Peintre fur verre de Leyden. Celui de cette Ville repréfente la levée du fiége de Samarie fortement preffée par le Roi Benadad, ôc celui de Delft celle du fiége de Leyden. Dans le bas de celui-ci, on diftingue la Ville de Delft ôc les Villages circonvoifins. On y reconnoît le Prince d’O-range, Boifot ôc les perfonnes les plus recommandables qui eurent part à cette affaire. Tout ce qui y contribua, foldats, bateaux qui les portent, ôc les magafins de munition y font admirablement exprimés. On lit au-deffous de l’un ôc de l’autre vitrau cette infcription qui ne différé que par le chronogramme : le Bourgueme/ïre Swanenburg inv. ér fig, Leyden. Corneille Clock pinx. Leyden, itioi ôc 160
- Vers le même temps fe diftinguoient à Jacques de Paris dans la Peinture des vitresdeS.Médéric, Jean
- dit vulgairement Saint Merry, Héron, dont Nogare, nous avons parlé au rang des Peintres fur pefnntfeSIS fur verre du fiecle précédent, Jacques de Paroy, verre , Au-Chamu ôc Jean JVocare. Ils repréfenterent en Jeurs5jesbel-concurrence dans le chœur de cette Eglife, Saint-Merry, qui ne fut finie qu’en 1612 , à droite, l’hif- à Pa“5* toire de Saint Pierre tirée des^A&es des Apôtres avec des citations latines ; à gauche, l’hiftoire de Jofeph dans la même ordonnance. Ils peignirent dans les vitres de la nef, d’un côté la vie de Saint Jean-Baptifte,
- Ôc de l’autre celle de Saint François d’Affife.
- Ils exécutèrent auffi fur le verre d’autres fujets pour des Chapelles de la même Eglife.
- Voici d’abord ce qu’Haudicquer de Blan-court (a) nous apprend de Jacques de Paroy. v
- Il le fait naître à Sairrt-Pourçain fur Allier, ôc le donne pour un des plus habiles que nous ayons eu pour la Peinture fur verre. Il a écrit fur fon Art {b). Son génie le portoic
- (a) A la fin de la Préface de fon Art de la Verrerie. ( b) Aucune Bibliothèque publique ni particulière n’a pu me communiquer l’ouvrage de ce célébré Peintre fur verre. Il faut qu’il n’ait paru que manufcrit. C’eft vrai-femblablement dans cette fource , connue pour lors de peu de Savants, que Félibien, dans fes Principes d’Ar-ehite&ure; Florent le Comte, dans fon Cabinet d’ArchL-teélure ; Haudicquer de Blancourt, dans fon Art de la Verrerie , Ôc les autres qui les ont copiés, ont puifé ce qu’ils ont donné fur la Peinture fur verre 8c fur la com-pofition des Emaux colorants qui lui font propres, tant leurs enfeignements ont de reffemblance entre eux.„Nous en ferons ufage dans notre fécondé Partie, mais fans les admettre comme notre feule reflource.
- naturellement
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- SUR VËRRE. I. Partie. 6$
- fcaturellement au Deflin & à la Peinture : il s’y appliqua avec affe&ion, Ôc y réuflit. Il crut ne pouvoir mieux fe perfeélionner qu’en entreprenant le voyage de Rome qu’il regar-doit comme l’école univerfelle de la Peinture Ôc de la Sculpture. Il y étudia un très-longtemps fous le célébré Dominique Zampini, dit le Dominicain. On ne peut douter qu’il n’ait fait de grands progrès fous un maître qui ne celfoit d’inculquer à fes Eleves qu’il ne devoit fortir de la main d’un Peintre aucun trait ou aucune ligne qu’elle n’eut été d’abord formée dans fon efprit ; qu’un Peintre ne devoit confidérer aucun objet comme en paffant, mais avec une longue Ôc férieufe attention , parce que c’eft à i’efprit ôc non à l’oeil à bien juger des chofes. Après avoir acquis beaucoup d’habileté fous un tel maître, de Paroy alla à Venife où il a fait quantité de très-beaux ouvrages. De retour en France & dans la Province d’Auvergne, fon pays natal, il en fit encore de fort beaux dans le Château du Comte de Catignac , Ôc depuis à Paris dans l’Eglife de Saint Merry, où l’on admire entr’autres dans une Chapelle, le Jugement de Sufanne exécuté fur le verre d’après fes deflins par Jean Nogare; ouvrage exquis, aufli bien que les vitraux du chœur, pour lefquels il paroît qu’il s’eft plus occupé d’en fournir les cartons que de les peindre fur le verre. On voit encore de lui à Gannat, près Saint-Pourçain fur Allier, dans la grande k Chapelle de l’Eglife Collégiale ôc Paroifliale fous le titre de Sainte Croix, des vitres peintes où font repréfentés les quatre Peres de l’Eglife Latine, S. Ambroife, S. Jérôme, S. Auguftin ôc S. Grégoire. Les têtes de S. Ambroife Ôc de S. Auguftin y font reconnues pour être les portraits de MM. deFilhol, dont un étoit Archevêque d’Aix. Leurs armoiries peintes fur verre font aufli répandues fur les autres vitraux de cette Eglife. Cet habile Peintre décéda âgé de 102 ans dans la Ville de Moulins en Bourbonnois, où il reçut les honneurs funèbres dans l’E-glife des Jacobins.
- A l’égard de Charnu, il y a lieu de croire qu’il fut un des meilleurs Peintres fur verre du commencement du dix-feptieme fiecle. La quantité d’entreprifes en ce genre dont il étoit chargé , attira dans fon attelier plu-fieurs Artiftes , même étrangers, entre lefquels étoit Jean Van-Bronkorft, Hollandois, bon Peintre fur verre , dont nous parlerons dans la fuite. On lui doit l’exécution d’une bonne partie des vitraux de l’Eglife de Saint Merry,d’après les deflins de Jacques de Paroy; mais Sauvai n’a point diftingué ceux qui for-tirent de fon attelier. Il paroît qu’il ne forma dans fa famille aucun Eleve de fon Art. J’ai connu dans ma jeunefle un Vitrier de ce nom qui n’avoit aucune teinture de Peinture fur verre. Il étoit entrepreneur de la Vitrerie
- Peint, sur Verre. I. Part.
- des Palais Ôc Châteaux de Monfeigtieur Philippe Duc d’Orléans, Régent du Royaume,' de qui il obtint des faveurs diftinguées pour l’avancement de fa famille.
- Sauvai ne diftingué pas davantage les vitres peintes par Jean Nogare pour Saint Merry, fi l’on en excepte celle qu’il avoit peinte d’après les cartons de Jacques de Paroy, repréfentant le Jugement de Sufanne. Cet Auteur, à l’endroit où il parle des vitres ridicules (a), cite de ce bon Peintre fur verre des vitres peintes, mais qui n’exiftent plus, dans un vitrau qui fe voyoit de fon temps dans la croifée de l’Eglife Paroifliale de Saint Euftache à Paris, du côté de la rue des Prouvantes. Jules III, Charles V, ôc Henri II, y étoient repréfentés , le premier coëffé de fa thiare, les deux autres couronnés en tête , ôc revêtus tous trois de leurs habits Pontificaux , Impériaux Ôc Royaux. Ils adoroient l’Enfant Jefus que la Sainte Vierge tenoit entre fes bras (b).
- Les charniers de l’Eglife Royale ôc Paroif- Robert, Ni-fiale de Saint Paul à Paris font fans contre- colas, jean dit les plus beaux de cette Ville. Iis font ^gder^NT-ornés de vitres peintes à l’envi par les meil- colas le Vaf-leurs Peintres fur verre du commencement Monnier ^e.an du dix-feptieme fiecle; caries plus ancien- FrançoisPer-nés datent de 1608, ôc les plus nouvelles de Deran^ives3* 1635, Nous allons extraire ce que Sauvai FrançoisPor* nous a laiffé fur ces vitraux Ôc fur les talents particuliers des Artiftes qui en ont été char- re, François, gés : nous y joindrons quelques réflexions contempo-relatives à cet Art, que l’étude particulière deTbeHes^ que nous en avons faite nous a diêtées. très des char-
- Le côté de ces charniers qui touche à la pî^Claris! Chapelle de la Communion n’eft pas d’une beauté fupérieure, quoique la plus grande partie en ait été exécutée fur les cartons de Mignon , par Nicolas le f^ajfeur, Peintre fur verre, ôc par d’autres en concurrence. C’eft: ce même Peintre qui paroît avoir peint fur les cartons du même , les quatre vitraux de la Chapelle de la Communion à main droite, où la compofition de Vignon fe fait reconnoître.
- Le côté qui regarde l’Arfenal eft moitié exécuté par les mêmes Peintres fur verre, ôc l’autre moitié par un Robert Vinaigrier.
- Ce qu’il y a peint, eft d’une bonté médiocre.
- On y voyoit autrefois fur des ovales, qui entrent dans l’ornement des foubaflements des vitraux , des payfages d’une bonne maniéré, que l’injure du temps a détruits
- ( a ) Page 33 de l’addition au tom. L de fes Antiquités de Paris.
- (b) Les hauts vitraux du Chœur de cette Eglife, ont été peints vers 1642, & repréfentent à droite 8c à gauche fous une galerie voûtée d’une affez belle perfpe&i-ve , des figures de Saints, beaucoup plus fortes que nature, à caufe de leur élévation, qui femblent diriger leurs pas vers le vitrau du fond du Sanétuaire, comme vers le terme de tout cet édifice.
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- ou que quelque main avide auroit pu s’approprier.
- La partie des vitraux de ce côté ôc du précédent, qui dans chaque vitrau eft marquée I. M. eft d’après les deflins ôc de la main de Jean Monnier,
- Félibien dit de cet Artifte qu’il fut un des meilleurs Peintres François du commencement de ce fiecle. Il avoit pour aïeul ôe pour pere des Peintres fur verre dont nous avons fait mention parmi ceux du fiecle précédent. Son aïeul étoit de Nantes, Ôc s’é-toit établi à Blois. Jean avoit appris de fon pere l’Art de peindre jufqu’à l’âge de 16 ou 17 ans. Dès-lors il copia pour Marie de Médicis un tableau d’André Solarion , dit la Vierge à l’oreiller verd. Il lui mérita une penfion de cette.Reine de France Ôc fa pro-te&ion auprès de l’Archevêque de Pife qui s’en retournoit à Florence. Ce Prélat l’emmena avec lui, ôc delà à Rome. Monnier revint enfuite en France, où il fit quantité de beaux ouvrages.
- Du même côté, vers le milieu , François Perrier a peint l’hiftoire du premier Concile de l’Eglife, ôc l’ombre de Saint Pierre gué-riffant les malades.
- Félibien ôc d’Argenville ne difent point que Perrier ait peint fur le verre. Le peu de cours que cet Art avoit en Italie où Lan-franc mit le pinceau à la main de Perrier encore jeune, ne donne pas lieu de le penfer ; mais il peut avoir fourni les cartons de ces deux beaux vitraux ôc de quelques autres de la même bonté.
- Le dernier côté qui eft parallèle à la rue Saint Antoine eft fermé par les plus belles vitres de tout le Charnier, ôc peut être aufli bonnes qu’aucunes de Paris.
- Le fécond vitrau de ce côté repréfentant l’impofition des mains par Saint Paul aux Ephéfiens, ainfi que le troifieme dans lequel on admire la guérifon des malades par l’attouchement des linges ôc de la ceinture de cet Apôtre, font l’un ôc l’autre de la main de Nicolas Defangives, Peintre fur verre, qui avoit une liberté de travailler incroyable.
- On remarque en effet une intelligence admirable dans la diftribution ôc la coupe des contours des membres ôc des draperies de fes figures. Leur jointure par le plomb eft ft délicate ôc fi peu fenfible que, loin d’appéfantir Penfemble d’un panneau, elle n’y marque que le trait néceffaire pour former les contours. Elle en réunit fi parfaitement les parties qu’on croiroic volontiers que tout le panneau n’eft qu’un même morceau , comme la toile eft au tableau : talent fi effentiel à un bon Peintre Vitrier qu’ac-tuellement même, lorfque la Peinture fur verre paroît totalement oubliée , dans plu-fieurs Villes de France , ôc notamment à
- Touloufe, les Gardes ôc Jurés du corps des Maîtres Vitriers propofent pour chef-d’œuvre à leurs Afpirants à la maîtrife, la diftribution la plus élégante des contours des figures d’une eftampe Ôc la coupe du verre la plus induftrieufe, comme fi ces morceaux, qui par leur jointure doivent former l’en-femble du panneau, dévoient être peints fur le verre.
- Le quatrième dans lequel font repréfentés les fept fils de Sceva, Magicien, chaffés par le diable, eft de Defangives ou de Porcher.
- Nous ne connoiffons ce Peintre fur verre que par ce qu’en dit ici Sauvai. Il fallait qu’il excellât dans fon Art, puifque dans l’alternative que cet Ecrivain donne fur le véritable Auteur de ce vitrau, il ne craint point de le mettre fur une même ligne avec Defangives. Nous favons néanmoins qu’en 1677 un nommé François Porcher, lors Juré de la Communauté des Maîtres Vitriers Peintres fur verre, fe porta appellant avec elle d’une Sentence de M. de la Reynie, Lieutenant de Police, qui paroiffoit favorifer le monopole dans la marchandife de Verre. Il y a même encore à Paris des Maîtres Vitriers de ce nom qui ne font point Peintres fur verre , quoiqu’ils en ayent le titre en commun avec tous les Maîtres de cette Communauté ; mais nous ne favons pas fi ce François Porcher eft celui dont parle ici Sauvai.
- Les meilleures vitres de ce charnier font la cinquième de ce côté, repréfentant Saint Paul battu par les Orfèvres du Temple de Diane à Ephefe ; la fîxieme repréfentant le départ de Saint Paul de cette Ville, & la feptieme repréfentant la réfurre&ion d’Eu-tyque dans la même Ville. On les doit à l’habileté de Nicolas Pinaigrier, que Sauvai appelle encore Yinventeur des Emaux.
- Cet Artifte, ôc ceux qui fuivent du même nom, font vraifemblablement des fils ou des petits-fils de cet excellent Peintre fur verre, émule de JeanCoufin, dont nous avons parlé au rang des bons Peintres Vitriers du feî-zieme fiecle ; ainfi ce que dit ici Sauvai, que Nicolas fut l’inventeur des émaux , ne doit pas s’entendre ftri&ement de celui-ci : nous avons vu que le premier Pinaigrier fit dans fes ouvrages un emploi plus fréquent Ôc plus détaillé des émaux que fes confrères, ce qui lui réufïit parfaitement. Nicolas, héritier des talents ôc des couleurs de fon aïeul, fe fera appliqué plus attentivement que les autres de ce nom dont nous allons parler : fes émaux plus tranfparents, plus fondants ôc plus fûrs pour ce concert de fufion à la recuiffon ft néceffaire pour la beauté ôc la bonté du coloris de la Peinture fur verre, auront pu par comparaifon aux autres , lui mériter le nom d'inventeur des Emaux.
- Les 1,8, p,io ôc 11 vitraux du même côté
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- SUR VERRE. I. Partie. 6j
- font d’une beauté paffable , ôc ont été peints ans avant fa mort ( a), par forme de conti-
- par Jean ôc Louis Vinaigrier. nuité , une partie fort étendue d’un des
- On remarque dans les vitraux que Sauvai grands vitraux de cette augufte Bafilique
- attribue aux Robert, Jean ôc Louis Pinai- qui avoit été muré depuis long-temps, fans
- grier, ôc même dans ceux de Jean Monnier rien déparer de l’ordre des anciennes vitres,
- & de Nicolas le Vaffeur, beaucoup d’émaux feront pour la poftérité un témoignage cer-qui, en bouillonnant à la recuiffon, fe font tain de la juftice que j’ai cm devoir rendre écaillés ; d’autres, qui trop durs, fe font ici à fes talents dans fa profeflion. écartés dans la fufion de ce concert au fourneau de recuiffon, dans lequel nous venons Ce feroit aêhiellement le lieu de faire Les mê-de remarquer que Nicolas Pinaigrier excel- connoître , s’il étoit pofïible, les noms des “îementAu-loit, ôc qui ne s’obtient que par l’expérience habiles Peintres fur verre qui nous ont teurs desbel-foutenue par l’étude de la Chimie. laiffé fur les vitres peintes du Charnier de atrniers*ïe
- Lès vitraux de la main de Defangives PEglife Paroiffiale de Saint Ëtienne-du- saint-Etien-
- font reconnoiffabies à cette marque Mont à Paris, les preuves les plus diftinguées n-p^Jj
- bréviation de Nicolaus Defangives fecit. de leur excellence dans leur Art, par la tes& dans le
- Elle eft pratiquée dans de petits ovales délicateffe du travail le plus fini, par la même-temps,
- qui entrent de chaque côté dans l’ornement beauté du coloris le plus éclatant, par le qui fert de bafe à ce s vitraux. concert de fufion le plus foutenu des Emaux
- Il paroît par un autre ovale refté entier dont ces vitres font rehauffées : vitres qui, dans un des meilleurs vitraux que Sauvai comparées à ces grands vitraux fortis de la attribue à Nicolas Pinaigrier, que la mar- main des meilleurs Peintres fur verre du que de ce Peintre fur verre étoit un compas feizieme fiecle, font dans leur proportion ouvert, pofé fur fes deux pointes, entre- ce qu’eft un tableau de chevalet d’un bon
- laffé d’une branche de laurier. Quant aux au- maître par rapport à un tableau de grande
- très Pinaigriers, Sauvai donne lieu de croire exécution, ôc la miniature la plus délicate qu’ils fe faifoient connoître par ces petits relativement à un bon tableau de chevalet, ovales repréfentant des payfages dont nous Le filence que Sauvai, qui s’eft fi foigneu-avons déjà parlé. fement appliqué à nous conferver les noms
- Ces vitraux, dont quelques-uns ont moins des Peintres fur verre du Charnier de Saint fouffert de l’injure du temps que de l’étour- Paul, a gardé fur ceux du Charnier de Saint derie des enfants qu’on inftruit des premiers Etienne, m’avoit paru réparable , fi je pou-principes de la religion dans ce Charnier, vois obtenir de MM. les Marguilliers de cette ôc du voifinage des foffes que l’on creufe Paroiffe , dont l’entretien m’a été confié dans le vafte cimetiere auquel il fert de cloî- depuis le décès de mes pere ôc mere , la tre , ont été entretenus autant bien que permiflion de compulfer leurs Regiftres de puiffe le permettre un fiecle qui manque de délibérations, ainfi que les comptes des an-Peintres fur verre , ôc où ce qui s’en caffe ciens Marguilliers de cette Fabrique, depuis ne peut être remplacé que par des morceaux le commencement du dix-feptieme fiecle Ôc de verre peint affortis au mieux pofTible. Cet même vers la fin du feizieme : ma demande entretien étoit confié aux foins de feu Guil- me fut accordée avec autant d’urbanité que laume Brice,Maître Vitrier à Paris. Sonintel- de joie de répondre à l’empreffement que je ligence ôc fon a&ivité dans toutes les parties témoignois à la Compagnie de tranfmettre de fa profeflion l’auroient fait regarder comme à la poflérité la mémoire d’un dépôt fi pré-un homme digne de fes meilleurs temps, deux en ce genre. J’en feuilletai les Regiftres s’il y eût joint la pratique de la Peinture fur depuis i^Bo; j’y reconnus qu’en 16o$ la verre dont il recueillit chez lui de très-bons conftruêtion de ce Charnier avoit été projet-morceaux avec autant de goût que de choix, tée fur le terrain accordé à cet effet par les Il en avoit acheté une belle fuite de la veuve Abbé ôc Chanoines réguliers de l’Abbaye de M. Rejiaut, Avocat au Confeil ôc Auteur de Sainte Genevieve-du-Mont, ôc j’y appris d’une Grammaire Françoife, le plus grand qu’en 162 2 les vitraux dudit Charnier avoient amateur de Peinture fur verre de fon temps, été achevés. Mais mes efpérances fur la décou-Ses foins au (h vigilants qu’empreffés, aufïi verte des noms des habiles Maîtres qui en heureux qu’intelligents, pour pofer en place peignirent les vitres, furent trompées ôc mes dans leur ordre primitif l’immenfe quantité recherches infru&ueufes. de panneaux de verre peint remis en plomb Tout ce que j’en ai pu recueillir, c’eft i°, neuf que contient la grande rofe de la croi- ,que la Fabrique ne s’étant point chargée de fée de l’Eglife de Paris du côté de l’Arche- la dépenfe de ces vitres, MM. les Marguil-vêché ; l’habileté avec laquelle il a confervé liers n’ont pu ni dû les porter dans leurs à la poftérité les magnifiques Ôc anciennes comptes, ôc que par conséquent les noms vitres de la Sainte Chapelle de cette Ville qu’il a remifes aufïi en plomb neuf ; le goût avec lequel il vient d’affortir, deux ou trois
- ( a) Il eft mort en 1768,
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- Noms des Donateurs de ces vitres.
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- des Peintres Vitriers qui les ont faites n’ont pu ni dû y être employés : 2°, que ces vitres peintes depuis l’année 1612, dont on recon-noît la date fur les premiers vitraux , ont été l’effet des libéralités des plus notables Paroifïïens ; qui en confièrent l’exécution à ceux des meilleurs Peintres fur verre de ce temps qu’ils payèrent de leurs deniers, Ôc dont par conféquent les quittances, foufcrites de leurs noms, refterent entre les mains de ceux qui les avoient employés : 30, que le vitrau dans lequel eft représenté le Banquet du Pere de famille, n’a coûté , y compris fa ferrure ôc le chafïis de fil-d’archal au devant, que quatre-vingt-douze livres dix fous. Enfin que l’empreffement des Paroiffiens à fermer ce Charnier de vitres peintes étoit fi grand, que la Fabrique crut faire une chofe plus utile de prier ceux qui paroifToient dans la difpofition d’y donner un vitrau, de contribuer , pour une fomme de cent livres chacun , aux frais de la conftru&ion du portail & de la fonte des cloches.
- Ce Charnier, qui forme autour du petit cimetiere de cette Eglife un cloître à trois galeries, eft éclairé par vingt-deux vitraux (a) d’environ fix pieds de haut fur quatre de large, à deux pieds ôc demi de hauteur d’appui. Ils n’ont pas pour objet une hiftoire fuivie, comme ceux du Charnier de Saint Paul ; mais celle que le goût ôc la dévotion de chaque Donateur lui ont infpiré.
- Les Regiftres de la Fabrique nous font connoître les noms de quelques-uns des Donateurs, tels que Madame la Préfidente de Viole, dame d’Andrefel ; Maître François Chauvelin, Avocat; Maître Germain, Procureur au Parlement ; MM. Boucher, Marchand Boucher, & le Juge, Marchand de Vin, qui ont été alternativement chargés de l’ftEuvre ôc Fabrique de cette Paroiffe pendant les premières années du dix-feptieme fiecle; M. Renauld, Bourgeois de Paris, qui a fait faire le vitrau repréfentant le Jugement dernier, devant lequel il a déliré d’être inhumé ; ôc enfin une dame Soufflet-Verd, qui a donné de plus une fomme de cent cinquante-cinq livres pour faire garnir de vitres peintes la rofe du grand portail, avec promeffe de payer le furplus, fi furplus y avoit.
- Entre les vingt - deux vitraux de ce Charnier , celui de la porte du cimetiere eft d’un temps antérieur à fa conftru&ion ( b ). Parmi les vitraux fuivants on ne peut fe laffer d’admirer celui qui repréfente la cruelle
- (a) Il y en avoit autrefois vingt-quatre, y compris l’impofte de la porte du petit cimetiere ; mais les changements occafionnés par l’agrandiflement de la Sacriftie du chœur, ont forcé d’en ôter deux qui ont été incorporés dans les vitraux de la Chapelle de la Vierge.
- (b) Nous en avons parlé, $ag. 4?» à l’article de Jean Coupn.
- audace de Nabuchodonofor, qui, voulant faire adorer par les Ifraëlites , la ftatue d’or qu’il s’étoit fait élever, irrité de la coura-geufe réfiftance des compagnons de Daniel qu’il avoit fait conduire captifs à Babylone , 'les fît jetter vivants dans une fournaife ardente , d’où l’Ecriture Sainte nous apprend qu’ils fortirent fains ôc faufs.
- Les deux vitraux fuivants, dont l’un repréfente le défi du Prophète Elie aux faux Prophètes de Baal, l’autre les premiers Miniftres de l’Eglife, les Empereurs, les Rois, tous les Peuples de la terre adorant Jefus-Chrift élevé en Croix, figuré dans la partie fupérieure par le ferpent d’airain, font, comme le précédent, d’une beauté admirable. Ils paroiffent tous trois dignes de Defangives ou de Nicolas Pinaigrier, qui travailloient dans le même temps à ceux du Charnier de Saint Paul.
- On pourroit encore attribuer aux Peintres qui ont travaillé avec moins de fuccès aux vitraux de ce Charnier, ceux de celui de Saint Etienne dans lefquels on remarque, comme à Saint Paul, des émaux bouillonnants qui fe font écaillés par la fuite ; par exemple, le vitrau qui repréfénte l’hiftoire de Saint Denys, ôc celui où font repréfentés la multiplication des pains ôc des poiffons, ôc la fra&ion du pain en préfence des Pèlerins d’Emmaüs. Ce dernier ne fe voit pas fous le Charnier, mais dans la Chapelle de la Sainte Vierge où il a été transporté.
- Rien ne vient fi bien à l’appui de la conjeêture qui me fait admettre Nicolas Pinaigrier au rang des Peintres fur verre qui ont travaillé aux vitres du Charnier de Saint Etienne , que les fujets repréfentés dans un autre vitrau qui a aufli été transporté dans la même Chapelle. J’ai obfervé ci-devant ( a ) en donnant la defcription de l’allégorie du preffoir, peinte par Pinaigrier en 1520 pour l’Eglife de Saint Hilaire de Chartres, que ce fujet avoit été copié par la fuite pour plu fleurs Eglifes de Paris. Or le vitrau de Saint Etienne où il eft repré-fenté doit avoir été peint par les dépendants de ce célébré Artifte, qui, propriétaires des cartons originaux de cette allégorie , en auront fait l’objet de leur complai-fance ôc de leur application , toutes les fois qu’ils auront eu occafion de répéter fur le Verre ce morceau chéri de leur Auteur. Et comme Sauvai nous apprend que les Mar-; chands de Vin avoient adopté par choix ce fujet pour en orner leurs Chapelles de Con-frairie ou de dévotion, j’en augure que le vitrau de Saint Etienne où l’on a peint cette allégorie aura été donné pour l’ornement du Charnier de cette Eglife par Jean le Juge , Marchand de Vin, un des plus grands ama-
- (a) Page 4», àl’attide deRobtrt Pinaigrier.
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- teurs de Peinture fur verre de fon temps. Je crois être fondé à le croire, par une délibération de la Fabrique de cette Paroiffe en 1610. On y lit que ce Marguiller avoit per-fiflé avec fermeté dans la réfolution qu’il avoit prife de faire peindre à fes frais la grande vitre qui eft dans la nef au-deffus de 3a Chapelle Sainte Anne, malgré l’avis de fa compagnie qui avoit arrêté en fon abfence, qu’il feroit prié de convertir en valeur, pour être employés à la confruâlion du Charnier, les deniers dejlinés à cette varriéré hiforiée, qui oteroit beaucoup de jour à cette partie de EEglife, dvja obfcurcie par le voifinage de la tour du clocher.
- On doit mettre au rang des plus beaux vitraux de ce Charnier, celui du Jugement dernier, également diftingué par le fini des figures ôc l’éclat du coloris. Mais la délicateffe du travail, la beauté des émaux, leur induftrieux emploi Ôc leur réufüte à la recuif-fon , brillent fur-tout dans celui qui repréfente la fin du Monde. La variété des objets qu’il renferme , tels que l’obfçurité que laif-fent les aftres qui tombent du firmament, la confufion des éléments , la frayeur de tout ce qui a vie dans l’air, fur la terre ôc au fein des eaux , qui touche au moment de fa def-truêtion, hommes de tout fexe ôc de tous états, animaux, poiffons, oifeaux, bâtiments, monuments de toute efpece,fruits de la nature ôc de l’art prêts à rentrer dans le néant; cette furprenante variété, dis-je, y eft caradérifée avec une exprelïion qui faiflt le fpeëtateur d’effroi à la vue de ces fujets de terreur, ôc d’admiration pour le travail de l’Artifte qui a fi bien peint ôc fi heureufement colorié fur le verre tant ôc de fi différents objets du plus menu détail.
- T el eft encore , malgré fon défaut effentiel de correction dans le defîin ôc de pratique dans le coftume, le vitrau dans lequel le Peintre s’eft occupé à rendre la parabole du Banquet du Pere de famille rapportée par Saint Luc. Tous les détails en font fur-prenants Ôc de la plus grande délicateffe. La falle du feftin entr’autres y paroît éclairée par des vitraux, dont les plus grands portent neuf pouces de haut fur un pouce ôc demi de large. On y diftingue fans confufion des frifes ornées de fleurs au pourtour d’un fond de vitres blanches, dont la façon paroît le plus exactement conduite, ôc fert elle-même de cadre à des panneaux de verre hiftoriés Ôc coloriés dans la précifion de la miniature la plus délicate. Au bas d'un de ces vitraux diftribué en quatre panneaux de hauteur , dans lefquels l’art du Peintre,.prefqu’incom-préhenfible, repréfente la Nativité, la Réfur-ïeCtion ôc l’Afcenfion de Jefus- Chrift ; on leconnojt dans le dernier panneau les armoiries duPréfident de Viole, Seigneur d’Andre-fel, dont la veuve fit préfent de ce vitrau
- Peint, sur Verre. 1. Part.
- R E. I. Partie. 69
- en iéiS. Les fleurs dont le pavé.de cette falle paroît jonché, font du coloris le plus naturel Ôc le plus vif.
- Je ne puis omettre, en faifant mention de ce vitrau , une anecdote qui n’eft pas indifférente à l’éloge du Peintre qui l’a fait.
- Tous les vitraux de ce Charnier furent réparés ôc remis en plomb neuf en 1734. par les ordres du Pvîarguiller lors en exercice, homme d’un grand fens ôc d’une vivacité encore plus grande. Il n’omettoit rien pour rendre à ce lieu refpeCtable, où le plus grand nombre des Fideles de cette grande Paroiffe reçoit la Communion au temps Pafchal, toute la décence qui lui convient. Il veilioit à toute heure fur les Ouvriers ôc fur les travaux. Sa délicateffe Ôc fa fagacité ne laiffoient rien échapper à fes remarques. Les vitres fur-tout, Ôc l’application que demandoit de la part de ceux qui y étoient employés le rétabliffement de piufieurs parties d’entre elles , par le rapport des pièces les mieux afforties qu’il falloir fournir à la place de celles qui étoient caffées, lui parurent mériter toute fon attention. Nous l’avions, mesfreresôc moi, continuellement fur les bras. On venoit de remettre en place les panneaux du vitrau du Banquet il arrive , il obferve ôc crie aufîl-tôt à la négligence. Je m’y attendois prefque ; car ce qui pouvoir occafionner fon mécontentement ne m’avoit pas échappé : Nejont-cepas là des vitres bien nettes? Que fait-là cette .mouche? Elle y fait Beaucoup , Monfieur, en faveur du Peintre, puifque la fimple imitation de cette mouche a paru pouvoir vous autorifer à ms taxer de négligence. Il n’en veut rien croire; il s’emporte , il mouille , il effuye , il gratte ; mais la mouche refte ôc reliera fans doute long-temps, pour en tromper d’autres qui s’appliqueroient à y regarder d’aufli près.
- Je ne m’attacherai point ici à donner la defcription de tous les autres vitraux de ce Charnier. Les fujets qui y font repréfentés en plus grande partie font des figures de l’ancien Teftament accomplies dans le nouveau. Ils font indiqués au bas par des inscriptions peintes fur verre dans un cartouche tant en profe latine Ôc françüife qu’en vers françois du ftyle des Poètes du temps.
- Quoique tous ces vitraux ne foient pas de la même beauté, le plus grand nombre mérite l’admiration des connoifî’eurs, ôc pourra fervir un jour de modèle aux Peintres fur verre, fi cet Art reprend vigueur, fur-tout dans des parties d’un détail aufîi menu Ôc auffi délicat que le demanderoient, ainfl que je finfinuerai ailleurs, des fujets tirés de l’Hifloire fainte ou profane , ou de la Fable, peints fur des carreaux de verre, pour orner des Chapelles domefliques ou voiler dans les appartements des Grands ces lieux qui ne demandent que le fecret.
- Enfin au défaut d’une connoiffance cer-
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- Anecdote relative à ime de ces vitres.
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- ByfertjHoI-landois,Pein-tre fur verre.
- Both, Hol-
- landois,Pein-tre fur verre.
- Jean-Ver-burg & Jean Van - Bron-khorft, Hol-landois,Peintres fur verre. Pierre Matthieu, François , Peintre fur verre.
- L'A RT DE LA PEINTURE
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- taine des noms des Peintres fur verre qui ont peint ees admirables vitres, fi nous confidérons leur date, ce qu’elles ont d’excellent , ce qu’il y a de médiocre, la ref-femblance dans la diftribution & les ornements des cartouches qui renferment leurs infcriptions, tout femble devoir nous porter à les attribuer en grande partie à ces Maîtres habiles qui ont peint celles du Charnier de Saint Paul. On peut les regarder les unes ôc les autres , toute proportion gardée, vu l’oubli prefque général de la Peinture fur verre, comme ces feux qui, en expirant, Jettent une plus brillante clarté ôc ne font jamais mieux appercevoir leur éclat que lorfqu’ils font prêts de s’éteindre.
- Ce qui eft bien digne de nos regrets, c’eft que ces belles vitres ayent été 6c foient encore expofées aux plus grands dangers dans un lieu deftiné à faire les catéchifmes des enfants, ôc dans lequel elles fervent de clôture à un petit cimetiere où l’étourderie d’unFolfoyeur, fouvent ivre, malgré les chaf-fis de fil-d’archal qui fervent à les défendre , fait voler contre ces vitres précieufes des terres ôc des cailloutages qui en ont endommagé plufieurs, inconvénient qui, pour être le même fous le Charnier de Saint Paul, paroît avoir été moins préjudiciable à celles qui le décorent, à caufe de la vafte étendue de fon cimetiere.
- Tandis que les meilleurs Peintres fur verre François du commencement du dix-feptieme fiecle fe diftinguoient à Paris aux vitres de Saint Merry, de Saint Paul, ôc de Saint Etienne, la Hollande poffédoit d’habiles Artiftes en ce genre, que nous allons faire connoître fùcceflïvement fous les aufpices de M. Defcamps, Cet Auteur ne dit qu’un mot de Bylert, Peintre fur verre à Utrecht, qui donna les premières leçons de deflin à Jean Bylert fon fils. Celui-ci les mit à profit, malgré une jeuneffe un peu bruyante ôc livrée aux plaifirs ; car il devint par la fuite un bon Peintre d’Hiftoire.
- Both, Peintre fur verre en la même Ville, ne nous eft également connu que par fes deux fils Jean ôc André, qui, toujours infé-parablement unis, pafferent de l’école de leur pere à celle d’Abraham Bloëmaert, voyagèrent en France ôc en Italie à l’aide du produit de leurs ouvrages, ôc fe diftinguerent par un beau fini dans tout ce qu’ils ont peint.
- Jean Verburg , Hollandois , Peintre fur verre, donna les principes de deflin à Jean. F~an-Bronkhorft né à Utrecht en 1603. Dès l’âge d’onze ans ce dernier avoit été confié à ce Maître, d’où il pafifa fous deux autres, mais médiocres. A dix-fept il quitta fa patrie, ôc travailla dix-huit mois à Arras chez Pierre
- Matthieu qui avoit la réputation de bien peindre fur verre. Il en partit pour Paris où il demeura long-temps chez Charnu , habile dans ce genre, dont nous avons parlé. Peu content d’un talent qu’il n’avoit exercé juf-qu’alors que comme fubordonné à l’entre-prife de fes différents Maîtres qui l’em-ployoient pour leur compte, il retourna à Utrecht, ôc y fit une étroite liaifon avec Poëlemburg. L’habitude de voir peindre ôc graver ce Maître, habile fur-tout dans l’art du clair-obfcur, le détermina à quitter la Peinture fur verre pour ne s’appliquer qu’à la Peinture à l’huile. Quelques ouvrages de Peinture fur verre qui lui étoient commandés, ôc qu’il falloit finir, le détournèrent encore quelque temps de ce projet. Sitôt qu’ils furent achevés, il s’y livra par préférence. Poëlemburg étoit paffé en Angleterre, ainfi Van-Bronkhorft ne dut fon avancement dans la Peinture à l’huile qu’à fon propre génie. On eft furpris quand on examine fes ouvrages, dans un genre fi différent de celui qu’il avoit pratiqué, du progrès qu’il y fit fans maître. Ses tableaux font recherchés ôc fes vitres admirées , fur-tout celles qu’il a peintes pour la nouvelle Eglife d’Amfterdam.
- Bois-le-Duc donna le jour à un excellent Peintre fur verre, Abraham Pan-Diépenbeke? On ignore l’année de fa naiffance £c le nom de fes premiers maîtres dans le deflin ôc dans la Peinture fur verre. Mais on fait qu’il s’y fit de bonne heure une telle réputation que Rubens l’admit volontiers dans fon école. La force de fon génie le mit bien* tôt en état de compofer lui-même les fujets qu’on Le chargeoit de peindre fur verre. Ses compo-fitions étoient agréables ; il inventoit avec génie , il exécutoit avec feu. Mais fa grande facilité à compofer ôc à defliner, la grande quantité d’ouvrages dont il étoit furchargé ne lui donnoient pas le loifir de les finir avec tout le foin dont il eût été capable, s’il eût travaillé moins à la hâte. Notre jeune Artifte, encouragé par fes fuccès, quitta la Flandre pour parcourir l’Italie, où il fut fort employé a defliner. A fon retour de Rome il revint à Anvers. Sa grande vivacité ôc fa grande promptitude n’étoient pas des difpofitions bien propres à lui faire fup-porter patiemment les inconvénients attachés a la Peinture fur verre. Les accidents de la recuiffon, dans laquelle la trop grande activité d’un feu trop hâté détruit fouvent les plus beaux ouvrages en changeant les couleurs, le rebutèrent; Ôc fà fupériorité fur les Peintres-Vitriers de fon temps ne l’em<-pêcha pas de quitter ce genre de Peinture pour s’appliquer uniquement à la Peinture à l’huile. Il rentra à cet effet à Pécole de Rubens, où, fous cet inimitable colorifte,
- Abraham Van-Diépen* beke_,Hoîlan-dois , Peintre fur verre.
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- Vitres de ce Peintre, à Anvers.
- A Bruxelles*
- A Lille.
- SUR VERRE. I. Partie.
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- il fît de grands progrès dans cette partie de la Peinture. Il donnoit à fes ouvrages une force foutenue d’une belle entente du clair-obfcur, partie la plus diftinguée de la Peinture fur verre. On voit de lui plufieurs vitres à Anvers , à Bruxelles ôc à Lille : M. Def-camps, qui en rend un compte exaôt dans fon Voyage pïttorefque, en a trouvé la com-pofition fine, fpirituelle, ôc le deflin ferme ôc correèl.
- Diépenbeke a peint à Anvers les vitres d’une des deux croifées de la Cathédrale, dédiée à la Sainte Vierge. Dans le haut font repréfentées les œuvres de miféricorde ; au bas font les portraits des Adminiftrateurs des pauvres en exercice en i y. Quelques têtes font aufli belles que fi elles étoient de Van-Dick. On conferve à la falle du Saint Efprit, dans une boëte de fer-blanc, le deflin de cette croifée. Les vitres de l’autre croifée font de la main de Jacques de Vriendt, dont nous avons parlé ailleurs (p. 42).
- Diépenbeke a encore peint dans cette Ville les belles vitres de la croifée de la Chapelle de la Sainte Vierge dans l’Eglife Paroilliale de Saint Jacques : les dix vitraux du chœur des Jacobins, où plufieurs événements de la vie de Saint Paul font bien peints ôc bien deflinés ; enfin les vitres du cloître des Minimes, où l’on voit avec plaifir quarante fujets fur la vie de Saint François de Paule. Ce font des petits tableaux tranfparents ; la couleur a l’air d’un lavis, mais dégradée de façon que l’on y apperçoit les teintes locales, Ôc des maffes qui forment des effets, fans la marqueterie des couleurs éclatantes entières & prefque opaques.
- On voit à Bruxelles avec la même fatif-fa£Hon les vitres des quatre croifées de l’E-glife Collégiale de Sainte Gudule. Sur la première cet habile Peintre a repréfenté la rréfentation au Temple, ôc l’Empereur Ferdinand ; fur un des côtés de la fécondé le mariage de la Vierge, Ôc fur l’autre côté l’Empereur Léopold ; fur la troifieme l’Annonciation , ôc au bas l’Archiduc Albert ôc l’Infante Ifabelle ; fur la quatrième la Vifitation , ôc au bas l’Archiduc Léopold.
- Enfin Diépenbeke a peint à Lille toutes les vitres du cloître des Minimes. Le ton eft à-peu-près comme des deflins lavés. Il y a plus d’harmonie que dans ce que le vulgaire admire dans les vitrages, où le ♦ beau rouge , le jaune ôc le bleu ne font qu’au tant de taches, ou des pièces de marqueterie , fans intelligence Ôc fans effet. C’eft dommage que celles-ci commencent à s’effacer.
- Diépenbeke fut nommé en 1641 Directeur de l’Académie d’Anvers , une des plus anciennes de l’Europe. Il mourut dans cette Ville en 1675*.
- L’Allemagne poffédoit dans le même spilberg * temps Spilberg, affez bon Peintre lur verre peintre fur Ôc à l’huile pour avoir été fucceflivement verre, penfionné par les Ducs de Gulic ôc de Wolfgand. Il donna les premières leçons du deflin à Jean Spilberg fon fils, né à Duffeldorp en 1619, qui, après avoir fini fes études, s’adonna tout entier à un Art de famille pour lequel il fembloit né, car il avoit un oncle Peintre du Roi d’Efpagne.
- Mais quoique le pere pratiquât la Peinture fur verre, il paroît que le fils ne s’attacha qu’à la Peinture à l’huile , dans laquelle il excella pour l’hiftoire ôc pour le portrait, d’où il devint premier Peintre de trois Ele&eurs.
- On ne fait lequel des deux talents de la Peinture à l’huile ou de la Peinture fur verre Holîandois, acquirent une plus haute réputation à Ber- Peintre fur trand Fouchier, Peintre Hoiiandois, né à Berg - op - zoom le 10 Février 1609. Il témoigna fort jeune du goût pour la Peinture.
- Son application aux leçons d’Antoine Van-Dyck, à l’école duquel fon pere l’avoit fait paffer , le rendit en peu de temps capable de bien faire un portrait. Le peu de loifir que les grandes occupations de Van Dyck lui laiffoient pour veiller fur fesEleves, déterminèrent Fouchier à quitter Anvers pour paffer à Utrecht. Il y demeura deux ans chez Jean Billaert, le même fans doute dont nous avons parlé ci-devant fous le nom de Jean Bylert, qui jouiffoit de la réputation de bon Peintre d’hiftoire. Ces deux années expirées, il retourna chez fon pere pour y exercer fon talent. L’envie de voyager ne lui permet pas de s’y fixer :*il part pour Rome. A peine y eft-il arrivé qu’il s’y fait diftinguer par fon afliduité à étudier les ouvrages des grands Maîtres, ôc à imiter fur-tout ceux du Tintoret. Urbain VIII, fouverain Pontife, proteôleur des Arts ôc des Artiftes, fembloit déjà lui préparer une grande fortune , lorfqu’une querelle d’un de fes amis, dans laquelle il prit malheureufe-ment parti, l’obiige de quitter Rome avec lui. Tous deux furent à Florence, delà à Paris, ôc de Paris à Anvers, où ils fe quittèrent. L’un s’en retourna au Fort de Wick près Utrecht, ôc Fouchier à Berg-op-zoom fa patrie, où il travailla de Peinture à l’huile ôc fur le verre. Il mourut en 1674, ôc y fut enterré dans la principale Eglife.
- Deux ans auparavant, la Hollande avoit B perdu un fort habile Peintre fur verre nom- pieLTjanf-mé Pierre Janjfem, né à Amfterdam en 1612, fens, Hollan-ôc placé par fes parents chez Jean Van-Boc- fu/ver-korft, autre Peintre fur verre ; il fuivit la re. maniéré de fon maître. On voit de lui dans les Pays-Bas plufieurs vitres qui ne font pas
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- 72 L’ART DE LA
- fans mérite. Ses deflins font d’un afTez bon goût.
- Gérard Le peu que M. Defcamps nous raconte fendais Sein c^brité de Gérard Douw dans la
- tre fur verre. Peinture fur verre, en venant à l’appui de ce que nous avons dit du choix fpécial que les Hollandois fur-tout faifoient des écoles des Peintres fur verre pour former la jeu-neffe dans le deffin, doit être confidéré comme une leçon raccourcie , mais énergique , fur les qualités plus particuliérement propres à quiconque veut s’avancer dans cet Art. En effet on remarque dans Gérard Douw affez d’intelligence dans l’art de graver ; une connoiffance bien entendue Ôc îoutenue du clair-obfcur, c’eft-à-dire de l’effet des ombres ôc des reflets, une patience infinie, une propreté exquife, ôc cette grande délicateffe de pinceau que demande le beau fini, qualités effentielles à un bon Peintre fur verre.
- Gérard Douw naquit à Leyden le 7 Avril i <513 ; fon pere nommé Douw - Janfzoon étoit Vitrier , originaire de Frife ; il s’ap-perçut de l’inclination de fon fils pour la Peinture , & le plaça en 1622 , chez Bar-tholomé Dolendo, Graveur, pour y apprendre le defïin : fix mois après il le fit entrer
- PierreKouw- chez Pierre Kouwhoorn, Peintre fur verre ;
- landois’pdn- en Peu de temPs jeune Douw furpaffa
- trefurverre, de beaucoup fes camarades; fon pere en-fuite le retira auprès de lui, & le fit travailler fous fes yeux. Satisfait au-delà de fon efpérance du gain que fon fils lui rapportoit, il ne voulut plus l’expofer aux croifées élevées des Eglifes , Ôc le plaça à l’âge de quinze ans chez Rembrand. Trois années d’étude dans cette-école lui fufîirent pour n’avoir plus befoin d’étudier que la nature ; il mit en pratique les leçons de Rembrand avec une affiduité fans égale , ôc devint un grand Peintre à l’huile ; il préparoit lui-même tout ce qui lui étoit néceffaire ; il broyoit fes couleurs, Ôc faifoit fes pinceaux : fa palette , fes pinceaux , fes couleurs étoient exactement enfermés dans une boëte, pour les préferver, autant qu’il étoit poflible, contre la poufîiere ; il tenoit les croifées de fon attelier fermées au point que l’air pouvoit à peine y paffer ; lorfqu’il y entroit c’étoit très-doucement, il fe plaçoit de même fur fa chaife ; ôc après être refté pendant quelque temps immobile jufqu’à ce que le moindre atome de duvet fût tombé, il ouvroit fa boëte, en tiroit avec le moins de mouvement qu’il pouvoit fa palette , fes pinceaux Ôc fes couleurs , Ôc fe mettoit à, l’ouvrage. Quelle gêne ! Quel efclavage ! s’écrie ici M, Defcamps ! Mais quelle gloire ne fuit pas ces attentions fi minutieufes , ( ôc fi effentielles pour le fini de la Peinture fur verre) quand on en tire le parti que ce Peintre délicieux en a tiré I
- PEINTURE
- L’afliduité de Gérard Douw à fon travail ôc le prix qu’il vendoit fes ouvrages lui procurèrent de bonne heure une fortune confidérable : dèsl’âge de 33 ans, il eut befoin de lunettes. Je puis ajouter ici que 1 application qu’il apporta à la Peinture fur verre depuis l’âge de p ans confécutivement jufqu’à 1 y , auxquels il paffa chez Rembrand, ôc les fujets en petit qu’il peignit depuis à l’huile , ne contribuèrent pas peu à lui affoiblir la vue.
- Gérard Douw mourut à Leyden ; on ne fait en quelle année ; on fait feulement qu’il vivoit encore en 1662 , lorfque Cor-nille de Bie écrivoit fa vie ; ôc qu’il eft mort fort âgé. Ses Hiftoriens au furplus ne nous apprennent rien de remplacement de fes plus beaux ouvrages de Peinture fur verre.
- On admiroit alors à Delft Abraham Toorne- foomeviiet vliet, habile Peintre fur verre Ôc le meilleur Hollandois , deflinateur du pays. Mieris, Peintre Flamand, Peintre fus qui s’immortalifa par fa maniéré de peindre, ôc furpaffa par un beau fini ceux même qui ont eu la noble ôc pénible ambition de bien terminer leurs ouvrages , fut imbu par Toornevliet des premiers éléments du deffin: fous un tel inflituteur les premiers effais de Mieris furent régardés comme des coups de maître , ôc Gérard Douw à l’école duquel il paffa, ne craignit pas de l’appeller le Prince de fes Eleves.
- Pierre Tâcheron, Peintre fur verre François, chj^re fe diftinguoit à Soiflons à-peu-près dans le Charles’ Mi-même temps ; c’eft à lui que la Compagnie nouflet,Fran-de l’Arquebufe de cette Ville doit la célé- ^verre.^3 brité des vitres de fa Salle d’aflemblée : elles ont toujours piqué la curiofité des Voyageurs les plus diftingués par leur rang comme par leurs connoiflfances. Voici la copie d’un Mémoire fur ces vitres , qui nous a été adreffé par un citoyen de cette Ville.
- La falle de l’Arquebufe de Soiffons efl j’^quebuf? éclairée par dix vitraux, dont les fix plus de Soiflons, grands portent environ dix pieds de haut fur LoukXiv!* trois de large ; ces vitraux font remplis de panneaux de vitres peintes, repréfentants plufieurs fujets tirés des Métamorphofes d’Ovide , peints en 1622 par Pierre Tâcheron , Maître Vitrier , Peintre fur verre de cette Ville : elles font d’une corre&ion de deflin ôc d’un coloris admirable. Autour de ce s vitraux hiftoriés régné une frife ornée de fleurs d’une très - belle exécution.
- Louis - le-Grand en paffant par Soiflons en 1663 pour fe rendre en Flandres, informé de la beauté de ces vitres peintes , voulut les voir : il fe fit accompagner à l’Arque-bufe par M. l’Intendant : Sa Majefté après avoir paffé l’efpace d’une heure à en parcourir toutes les beautés, demanda quatre de
- ces
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- Perrin, François, Peintre fur verre.
- Jacques Vander-Ulft, Hollandois , Peintre fur verre.
- Vitres de ce Peintre à Gorcum 8c dans le pays de Gueldres.
- SUR VERRE. I. Partie.' 73
- ces panneaux pour les faire placer dans fon cabinet : la Compagnie lui offrit la totalité : le Roi remit à lui faire connoître fa décifion à fon retour de Flandres , ôc n’y penfa plus. On attribue à ce même Peintre les excellentes vitres peintes en grifaiile que Ton admire fous le cloître des Minimes de cette même .Ville.
- Soiffons compte encore au rang de fes Peintres fur verre Charles JUinouflet , qui, entre autres bons ouvrages de fon art, a peint les vitres de la rofe de l’Abbaye Saint Nicaife à Rheims, dans le courant de ce fiecle.
- Sauvai, met au rang des bons Peintres fur verre de Paris , du même fiecle , un nommé Perrin , qui exécuta d’après les cartons de le Sueur , de très-belles grifailles , en l’Eglife de Saint Gervais pour la Chapelle de M. le Roux, à préfent à MM. le Camus. Il dit qu’elles ont été très-eftimées de fon temps pour la correêtion du deflinôt le naturel des différentes attitudes des figures : le peu qu’on en a confervé eft très-mutilé, & a été reporté dans la Chapelle de la Communion. Perrin pourroit bien avoir peint les armoiries ôc les chiffres du Cardinal de Richelieu , prodiguées fur toutes les vitres de l’Eglife ôc des bâtiments de la Sorbonne , conftruits par ordre de ce grand Miniftre, qui y a fon fuperbe maufolée dû au cifeau de Girar-don.
- On vit à-peu-près dans le même temps en Hollande un de ces hommes, dont on peut dire que c’eft un problème de favoir fi le mérite propre de l’Artifte a plus illuftré fon Art, ou fi l’Art a plus contribué à la gloire de l’Artifte. Il naquit à Gorcum vers l’annéç 1627 , & fe nommoit Jacques Van-der-Uljt : entre les qualités qui fervirent à le rendre eftimable, fon application aux Sciences ôc fur-tout à celle de la Chimie, ne tint pas le dernier rang : c’eft à l’étude particulière qu’il en fit, qu’il dut la vivacité des couleurs qu’il employa dans fes vitres peintes ; en quoi elles approchent beaucoup de celles des freres Crabeth de Gouda. On voit de Vander-Ulft de fort belles vitres dans la Ville de Gorcum , Ôc dans le Pays de Gueldres : il ne s’en tint pas à ce genre de peinture : il excella pareillement dans la peinture à l’huile, ôc mérita d’être regardé comme un des plus habiles Peim très Hollandois. Plus copifte qu’inventeur il fut en copiant fe rendre original ; fes figures étoient d’un bon goût de defliti ôc d’un beau coloris : l’efprit que leur donnoit une touche fine ôc légère , l’avantage qu’il ti-roit de l’entente du clair-obfcur pour fes grouppes , caraêlérifoient finguliérement fes ouvrages : mais ce qui le rendit encore plus
- Peint. sur Verre. 1% Pan,
- recommandable Ôc plus utile à fa patrie , ce fut la beauté de fon efprit Ôc la douceur de fes mœurs ; elles lui méritèrent les vœux unanimes qui l’éieverent à la place de Bour-guemeftre : le temps qu’il donna avec tant de capacité ôc d’intelligence au traitement des affaires publiques ne l’empêchoit point d’en trouver encore qu’il confacroit à la Peinture. Excellent Peintre, Juge intégré, ce font les titres que la poftérité lui accorde : l’année de fa mort eft reliée inconnue.
- Holfleyn peignoit alors à Harlem , à gouache ôc fur le verre ; nous ne le connoif-fons qu’à l’occafion de Cornille Holfleyn fon fils, né dans cette Ville en 1 65; 3. Celui-ci devint un bon Peintre d hiftoire fans que l’on fâche de qui il fut Eleve : on croit qu’il avoit reçu de fon pere les. premiers éléments du deffin.
- Notre Livret des magnifiques vitrages de l’Eglife de Saint Jean à Gouda, ôc M. Defcamps, parlent d’un I omberg ou l omberge, Peintre fur verre de cette Ville , qui fut chargé au milieu de ce fiecle, de la reftau-ration de quelques vitres peintes de cette Eglife.
- M. Defcamps nomme ce Peintre JVilhem Tomberge ; il nous apprend ( Tom, 1. pas. 126, ôc Tom, 2. pag, p. ) qu’il travailla fept ans chez IVejlerhom ( fans doute Peintre fur verre ) d’Utrecht ; que delà il fut à Bois-le-Duc chez Vandyck pere , qui y pratiquoit cet Art avec fuccès ; que néanmoins il fut toujours Peintre médiocre fur verre : il ajoute que les belles vitres des freres Crabeth ayant été prefque détruites par un orage ( qu’il place ) en 1 y 74, ce Tomberge (mort 104 ans après) eut ordre dans la fuite de les réparer. On reconnoît, dit-il, à leur médiocrité fes ouvrages ôc fes couleurs parmi les beautés qui relient de nos deux Peintres ; il mouruc en 1678.
- L’éditeur de notre Livret appelle ce Peintre David ( ôc ailleurs Daniel) Tom-berg ; il dit qu’il fut chargé en 15, y de rétablir une vitre donnée en 15: <rp par l’Abbé de Berne, ôc peinte par Dirck-Van-Zyl , laquelle avoit été endommagée par un orage dont il ne donne pas la date : mais il rapporte l’époque du rétabliffement de cette vitre dans un diftique que nous avons inféré (p. 46 ) à l’article de Van-Zyl.
- Il ajoute que deux ans après Tomberg reçut ordre des Confeillers de la Ville de Gouda de peindre leurs armoiries dans une vitre qu’ils avoient projeté d’agrandir, vitre donnée en 1^76, par Guillaume Prince d’Orange , Ôc peinte parDirck Crabeth.
- Or, félon M. Defcamps, ce font les vitres peintes par les Crabeth qui furent prefque détruites par un orage, ôc rétablies par Tom-
- T
- Holfleyn ; Hollandois , Peintre fur verre.
- T omberg ou Tomberge , Hollandois, Peintre fur verre.
- Vitres de Gouda.
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- L'ART DE LA PEINTURE
- berge : le Livret de fon côté n’en reconnoît qu’une qui ait été endommagée, favoir celle de Dirck Van Zyl, & ne fait mention d’aucun autre dommage fouffert par les vitres de Gouda. Ainfi c’eft ici une difcuffion de faits que je renvoie aux citoyens de cette Ville : mais ce qui fait le plus à la matière que j’ai embraffée , c’eft que la Peinture fur verre foit alfez déchue en moins d’un fiecle dans les Provinces Unies, où cet Art s’étoit accrédité avec autant Ôt plus de célébrité qu’en aucun autre Etat de l’Europe , pour qu’au moment où Tomberge fut requis pour réparer ou augmenter les vitres peintes de Gouda , ce Peintre fur verre ait pu avancer que depuis la mort des Frçres Crabèth le fecret de la Peinture fur verre étoit perdu.
- Regardons plutôt ce dire de Tomberge comme un a&e de modeftie , lorfqu’il fe vit chargé d’ajouter à la vitre peinte par Dirck Crabeth les armoiries de vingt-huit Con-feillers de Gouda ; il pouvoit bien fentir ôc annoncer l’inégalité qui fe rencontreroit entre la grande ôc belle maniéré ôc le coloris des Freres Crabeth dans une même vitre , peinte en partie par un Crabeth, ôc augmentée en l’autre partie par un Peintre dont le talent étoit affez connu pour mériter d’y faire une addition, mais qui fe faifoit un mérite d’avouer fon infériorité à celui qui l’avoit commencée.
- Qu’il me foit permis de repréfenter à M. Defcamps fur fon obfervation à l’occafion de ce dire de Tomberge , que beaucoup de perfonnes confondent affez ordinairement l’Art de peindre fur verre avec celui de le colorer. L’Allemagne ôc l’Angleterre nousfour-niffent à la vérité des tables ( ou feuilles ) ôc des vafes de verre coloré ; je ne fai fi l’Allemagne a confervé des Peintres fur verre, comme l’Art de faire du verre de toutes fortes de couleurs ; mais je fuis en état d’affurer d’après cet ouvrage Anglois, dont j’ai promis quelques extraits traduits en François , qu’en 17 , lorfque ce Livret parut,
- fi les Anglois connoiffoient l’Art de colorer des tables de verre, ils n’avoient pas, ou très-peu de Peintres qui fuffent le colorier , c’eft-à-dire en faire des tableaux tranfparents par le fecours de la recuiffon, qu’ils pourront cependant porter un jour plus loin que nous ( a ).
- Guillaume ieVieiUFran-çbis, Peintre iur verre.
- La Ville de Rouen poffédoit pour lors un affez bon Peintre fur verre, qui comptoit au rang de fes aïeux les plus reculés des Peintres de cet Art : il y naquit en 1640 de Guillaume le Vieil ôc de Marie Marye. Celui dont nous parlons, nommé auffî Guillaume ,
- (a) Voyez au Chapitre VI de la fécondé Partie, une note où je parle de deux Peintres fur verre aéhiels de cette Nation.
- donna dans plufieurs endroits de Normandie des preuves de fes talents. Entre fes différents ouvrages , on voyoit encore avant la démolition ôc le tranfport de l’Hôtel-Dieu de Rouen , dont l’Eglife étoit dédiée fous l’invocation de la Magdeleine , un vitrau qui fervoit d’impofte à la porte de l’efcalier qui conduifoit aux falles des malades. Il y avoit peint la figure de cette Sainte de grandeur naturelle, mais à demi couchée, qui n’étoit pas fans mérite. Son génie entreprenant le porta en 168$ à fe rendre adjudicataire des vitres de l’EglifeCathédrale de Ste Croix d’Orléans. Il y avoit des vitres à peindre pour les rofes de la croifée Ôc des vitres peintes Ôc blanches à fournir pour la nef de cette Eglife : cette entreprife difpendieufe l’obligea de fe féparer de fa famille. Il s’étoit marié en 1664 avec Catherine Jouvenet, d’une famille originaire d’Italie, ôc établie dans la Capitale de Normandie , où depuis longtemps elleprofeffoit l’Art de peindre (a) : il partit pour Orléans avec le troifieme de fes fils qu’il initioit déjà dans la Peinture fur verre, ôc laiffa à fon époufe la conduite de fes intérêts de Rouen ; mais le peu de fecours qu’elle avoit de fes enfants , dont l’aîné achê-voit les études , Ôc le cadet avoit à peine quatorze ans , fît qu’elle ne put les conduire avec toute la capacité poflible , fur-tout ayant été élevée dans un commerce différent qu’elle avoit jufqu’alors foutenu avec fuccès. Rappellé à Rouen par les follicita-tions de fon époufe , il fe preffa de finir fon entreprife d’Orléans : mais la mort la lui ayant enlevée en 1693, prefqu’auffitôt qu’il fe fut rapproché d’elle, il difpofa deux ans après en faveur de fon cadet de fes travaux de Rouen ; ôc ne s’occupa plus que de quelques ouvrages de Peinture fur verre avec fon troifieme fils , le feul qui ait pratiqué cet Art, ôc dont nous parlerons dans la fuite. Après de fi belles entreprifes , il mourut néanmoins peu fortuné vers la fin de 1708 : mais il eut la confolation , avant de mourir, de voir l’aîné de fes fils parvenu à la Prêtrife dès l’an 1697 ; le cadet établi à Rouen, le troifieme déjà chargé à Paris d’entreprifes de Peinture fur verre ; Ôc le quatrième à la veille d’y former un bon étabiiffement.
- Dans le même temps vivoit un Artifte > que M. Defcamps affure avoir été fans con-
- (a) Catherine Jouvenet, petite-fille de Noël Jouvenet, dont le Pouffin fut ëleve, étoit fille de Jean, Peintre à Rouen. EHe avoit pour oncles Laurent, pere de Jean Jouvenet, l’un de nos plus grands Peintres François qui ait réuni dans la pratique les principales parties de la Peinture , ôc François, Peintre de l’Académie, habile dans le Portrait. Elle avoit pour frere un autre Jean Jouvenet, Peintre à Rouen , auquel il n’a manqué que la qualité d’inventeur. Enfin elle étoit Tante à la mode de Bretagne de feu M. Refiout, mort, Reéleur de l’Académie Royale de Peinture 8c Sculpture, à caufe de Magdeleine Jouvenet fa mere.
- Vitres de Sainte Croix d’Orléans.
- Guérard Hoè't, fon pere 8c fon
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- SUR VE R R E. I. Partie.
- , /
- ftere , Hol- tredit un des plus précieux Peintres de Hol-landoisjPem- JancJe ? àBommelen 1648. Guérard Hoët , très uiverre. pe*ntre pur verre & à. l'huile , reçut dès
- fon enfance les premières leçons du deffin, de fon pere, qui peignoitfur le verre. Le goût ôc les difpofitions de Guérard, engagèrent Hoët pere à le mettre à Page de feize ans, auprès de "Warnar Van-Ryfen , qui, fort-à-propos pour lui, vint alors s’établir dans cette Ville : il ne put cependant refter qu’un an fous cet habile maître. La perte qu’il fit de fon pere, la tendreffe qu’il avoit pour fa mere, le rappellerent auprès d’elle; le pere avoit des entreprifes de Peinture fur verre déjà commencées, il crut devoir les finir de concert avec fon frere, aufïi Peintre fur verre, ôc préférer à fon propre avancement les fervices qu’il rendroit à une famille qui n’avoit pas d’autres reffources. Il n’abandonna pas pour cela fon goût décidé pour ' la Peinture à l’huile ; depuis qu’il eut quitté Ryfen jufqu’en 1672, qu’il fe réfugia à la Haye pour éviter les calamités de la guerre , il s’appliqua également à ces deux maniérés de peindre, fi différentes entr’elles : la nature lui tint lieu de maître , ôc le goût de préceptes.
- C’étoit avec la France que la Hollande étoit en guerre : un Officier général du Royaume, M. Salis, lors en quartier à Bom-mel, vit ôc acheta tous les ouvrages de Guérard Hoët : celui-ci alla quelque temps après le joindre à Reez, dans le Duché de Cleves, en fut reçu comme l’efl un grand Peintre par un amateur de Peinture, Ôc trouva chez lui trois autres Peintres dont il fut fort confidéré. Demandé en France , il y refta une année fans grande vogue , Ôc même s’y vit réduit à graver des payfages de Francifque Millé : de retour dans fa patrie, il alla à Utrecht ou il étoit connu , ôc s’y fixa en fe mariant.
- Toujours occupé de fon Art, il y ouvrit une école de deffin fur le produit de fes ouvrages ; voyant diminuer en cette Ville le nombre des acheteurs , Ôc fachant qu’à la Haye fes produ&ions étoient moins communes , il y alla en 1714 , ôc y fut fort employé ; quoique déjà avancé en âge, il avoit la touche la plus fine Ôc le génie de la jeu-neffe.
- Parvenu à une grande vieillèffe , épuifé par fes travaux ; après un an de foibleffe qui ne paffa pas jufqu’à fon efprit, mais qui le retint dans fa chambre, il rendit les derniers foupirs dans cette Ville , le 2 Décembre 1733 , entre les bras d’un fils Ôc d’une fille , héritiers de la tendreffe que leur pere avoit toujours eue pour eux.
- Ses tableaux de grande exécution dans les Eglifes des Pays-Bas, les plafonds des hôtels qu’il peignit en Hollande feront toujours des preuves du feu de fon génie, de la vivacité
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- de fon imagination, de la profondeur de fon érudition dans les ufages Ôc coutumes des Anciens qu’il avoit beaucoup étudiés, de la belle harmonie de fon coloris, Ôc*de fon intelligence parfaite dans l’art de l’oppofttion des lumières ôc des ombres , qui conftitue le grand Peintre ; comme le beau terminé de fes tableaux de chevalet annonce le Peintre précieux.
- Les Peres Récollets avoient à la fin du FreresMau-dix-feptieme fiecle , deux Freres de leur Antoine G<> Ordre Peintres fur verre , que le hafard m’a blet, Recoi-fait connoître ; il m’étoit tombé entre les ^eV &Fran" mains , comme j’avois fait une bonne partie cois,Peintres de ce traité , un Manufcrit intitulé ; U Art fur verre*
- & la manière de peindre fur le verre, tant pour faire les couleurs que pour les coucher ; avec le deffin du fourneau dr la maniéré de faire pénétrer les couleurs ; le tout tiré des vénérables F. F. Maurice & Antoine , Religieux Récollets ; très-habiles Peintres fur verre : à Paris, fans date d’année. Charmé de cette découverte, je m’adreffai au R. P. Protais,
- Défîniteur, pour avoir quelques lumières fur ces deux Freres : voici ce qu’il m’en apprend d’après le Nécrologe hiftorique ôc chronologique de fon Ordre. Article de Verdun :
- Frere Antoine Goblet, lay , natif de Dinant,
- Prof es en 16 87 , mort le 18 Avril 1721, âgé de y y ans, dr $ f de Religion, avoit le talent de peindre fur le verre. Article de Ne-vers : Frere Maurice Maget, lay , natif de Paris, Profès en 1681 , mort à JVevers le IJ Décembre Ijoy , âgé de 49 ans, & de Religion ; fans rien de plus. Ces deux Religieux étant contemporains , le Frere Maurice a pu travailler avec Frere Antoine : il exifte encore aux Récollets à Verfailles , un Frere Juvenal qui a connu le Frere Antoine, Ôc a vu plufieursde fes ouvrages, en-tr’autres fon portrait peint fur verre par lui-même ôc très-reffemblant. Nous ferons ufa-ge dans notre fécondé Partie, du Manufcrit de nos Récollets , qui nous apprend que de leur temps vivoit un Peintre Vitrier nommé Bernier, fans nous rien dire de fa capacité.
- Nous ne favons rien fur le lieu de la naif- Le Clerc, fance de le Clerc , ni fur les maîtres fous lef- François*?* * quels ce Peintre fur verre s’avança dans cet peintres fur Art ; je n’en rapporterai donc ici que ce que verre* j’en ai fouvent entendu dire à mon pere. Le Clerc fut, fuivant cette tradition , chargé de l’entreprife des Peintures des grands vitraux du choeur de l’Eglife neuve de la Paroiffe de Saint Sulpice à Paris,, ôc de quelques panneaux hiftoriés du même genre dans quelques-unes des Chapelles qui l’entourent. Il paroît avoir montré plus d’art dans ces panneaux que dans les figures de grande étendue des vitraux du chœur ; il y a tout lieu de croire qu’il fut auffi- chargé
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- des Peintures fur verre de la Chapelle du Collège Mazarin , vulgairement dit des quatre Nations , dont l’établifiement eft une fuite des difpofitions teftamentaires du Cardinal Miniftre de ce nom.
- Le Clerc a laiffé un Eleve en la petfonne de fon fils, aux talents duquelj’ai fouvent entendu mon pere donner fon fuffrage : ce fils ne pouvant élever un fourneau de recuif-fon dans Paris, parce que fon pere ne lui avoit donné aucune qualité , prit le parti de fe rendre le protégé de Michel Dor , Maître Vitrier, à la charge d’enfeigner fon Art au fieur Dor fils , dont nous parlerons dans la fuite.
- Benoît Mi-chu , Fran-
- |a Sputation d’I fur verre, & le travail le plu
- verr®.
- Benoît Michu foutenoit alors dans Paris habile Peintre fur verre , par us aflidu : je n’ai pu découvrir pi' Fiâmand" ^eu n^e temps de fa naiffance, on croit Peintre fur néanmoins qu’il était Parifien , fils & Elève d’un Peintre fur verre Flamand : ce que j’en fais de plus certain , c’eft qu’iLfut reçu en 1677 Maître Vitrier Peintre fur verre à Paris , ôc qu’il eft mort vers l’an 1730 , dans un âge fort avancé. Quoiqu’il tînt boutique ouverte de Vitrerie , il s’adonna par préférence à la Peinture fur verre. On remarque dans tous fes ouvrages un grand fini Ôc beaucoup d’intelligence du clair-obfcur ; on ne fauroit dire dans quel genre il a mieux réuffi de la figure ou de l’ornement : les frifes, les tableaux ôc les armoiries peintes fur verre que nous avons de lui fous le cloître des Feuillants de la rue Saint Honoré, font un monument public de fon habileté , qui , tant que ce cloître fubfiftera, méritera les regards des curieux Ôc l’eftime des connoif-feurs.
- Ce cloître qui forme un quarré long , eft éclairé par quarante vitraux cintrés d’une très-belle forme, favoir onze au Midi, autant au Septentrion, neuf au Levant ôc neuf autres au Couchant ; ils font remplis chacun de douze panneaux de verre à quatre de haut ôc trois de large , bordés de frifes peintes fur verre , Ôc ornés , à la troifieme rangée , dans le milieu , d’un panneau hif-torié, ôc dans ' les panneaux à côté, des armoiries des donateurs.
- On voit par les chronogrammes des plus anciennes frifes ôc par le goût de travail des Peintres fur verre qui ont fait les premiers vitraux , que cet ouvrage a été commencé dès 1624 ôc continué jufqu’en 1628 , il ne fut repris qu’en 1701,0c achevé qu’en 1709.
- Les aôfes les plus mémorables de la Vie du bienheureux Jean de la Barrière , Abbé de Feuillants , Ordre de Cîteaux , qui, ayant mis la réforme dans fon Abbaye, fut Infti-tuteur de la Congrégation de Notre-Dame des Feuillants , font le fujet des panneaux hiftoriés.
- Vitres du Cloître des Feuillants, à Paris.
- Nous ne connoiffons point les noms de ceux qui les ont commencés. Michu, Ôc P. A,
- Sempi, Peintre fur verre Flamand, les continuèrent en 1701 d’après les defiins de Matthieu Elias, Flamand d’origine , éleve du Corbéen , grand Payfagifte ôc Peintre d’hiftoire, né à Dunkerque. Elias, le meilleur de fes éleves , avoit été par lui envoyé à Paris dès l’âge de vingt ans :.il s’y étoit marié, ôc y avoit acquis une affez grande réputation.
- Des dix-neuf vitraux qui reftoient à remplir, Michu peignit les tableaux de onze ôc les frifes ôc armoiries de neuf. Le refte fut confié à Sempi. Ceux des panneaux hiftoriés qui font faits par IVJichu l’emportent beaucoup fur ceux de Sempi par l’intelligence du clair-obfcur , le chaud du coloris , la bonté ôc la tranfparence des émaux ôc leur concert de fufion à la recuiffon. Rien n’eft plus délicatement traité ôc fi heureufement colorié que les frifes ôc les armoiries de Michu.
- Michu fut aufii employé aux vitraux de Vitres de îa la Chapelle de Verfailles ôc à ceux de l’Eglife veuilles & de l’Hôtel Royal des Invalides concurrent- dei’Egiifede* ment avec Sempi ôc Guillaume le Vieil, invalides, comme nous le verrons à l’article de celui-ci.
- Il peignit aufii en 1726 les armoiries de Monfeigneur le Cardinal de Noailles qui furent placées au milieu de la grande rofe reconftruite aux frais de ce Prélat , du côté de l’Archevêché, dans l’Eglife de Paris dont il étoit Archevêque ; ôc le Chrift en Croix du Chapitre fous le Cloître de l’Abbaye de Sainte-Genevieve-du-Mon,.
- Outre une très - grande quantité d’autres Vitre delà vitres peintes qui firent l’occupation d’une vie Anneà&dnt longue ôc laborieufe, on ne peut regarder Etienine-du-fans une vraie fatisfaôlion un vitrau furmonté Jfsontî àPa* d’une gloire ôc entouré d’une frife de bon goût dans laquelle font peints les portraits ôc les alliances des familles de Meilleurs Boucher ôc le Juge , en la Chapelle Sainte*Anne de l’Eglife de Saint-Etienne du Mont.
- Michu a formé un éleve en la perfonne d’un de fes neveux dont nous parlerons dans la fuite.
- Guillaume le Vieil, contemporain de Michu , naquit à Rouen d’un Peintre fur verre dont nous avons parlé dans le cours de ce Chapitre ( pag. 74 ). Il reçut de Jean Jou-venet, fon aïeul maternel, oncle du fameux Peintre de ce nom, les premières leçons du defiin , ôc de fon pere les premiers enfeigne-ments de la Peinture fur verre. L’entreprife des vitres peintes de Sainte-Croix d’Orléans devint pour le jeune le Vieil, qui y accompagna fon pere à l’âge de dix à onze ans, une occafion d’avancer de plus en plus dans la pratique de cec Art. De retour à Rouen avec lui il s’occupa fous fes yeux jufques vers l’an 1695 a la Peinture fur verre ôc à fe perfectionner dans le defiin fous le crayon d’un
- Guillaume leyieil,François , Peintre lur verre, Auteur de plu-ileurs morceaux de Peinture fur verre en différentes Egli-fes de Paris & à Veuilles.
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- SUR VER
- autre Jean Jouvenet, fon oncle maternel (a). CouverTr de ^ avoit Pen<^ant cet intervalle lié connoiflance Saint Ouen avec un Frère Convers de /’Abbaye de Saïnt-François611 * ®uen de Fouen , qui y travailloit de Peinture Peintre &£ fur verre pour les Maifons de fa Congréga-verre. tion, ôc que fes Supérieurs envoyoient à Paris pour y peindre les frifes des vitres de l’Eglife des Blancs - Manteaux qui venoit d’être achevée. Ce bon Religieux , à l’inftance du jeune Artifte, obtint de fon pere la per-miffion de l’emmener à Paris pour l’aider à cet ouvrage. Comme il connoilfoit la fupé-riorité des talents de le Vieil fur les fiens propres, il lui fît confier pour fon coup d’effai dans cette Ville la peinture du Chriffc en croix qui eft dans le plus haut vitrau du fanêtuaire de cette Eglife. Le bon exemple excita en lui quelques mouvements de ferveur, qui dans un jeune homme de 19 ans ne font pas fouvent de longue durée. Il demanda à poftuler dans cette maifon pour y être admis au rang des Freres convers ; mais il changea de deffein , Ôc, de l’avis même des Supérieurs , paffa au mois de Janvier 1696 un brevet d’apprentiffage de Vitrerie avec François Gaillard, chargé de l’entreprife des vitres blanches de cette Eglife. Il employa à la pratique de la Peinture fur verre la majeure partie des quatre années que dure l’apprentiffage. Ayant été appellé par M. Manfart, Surintendant des Bâtiments Royaux , pour travailler à Ver-failles aux frifes des vitraux de la Chapelle du Roi ; ce fut vers ce temps que, concurremment avec Michu ôc Sempi, il fît fur des glaces d’une grande étendue les tentatives infruêlueufes d’y peindre fur un feul morceau les armoiries ôc les chiffres de S. M. La glace étant d’une compofition trop tendre ne. pouvoir fervir de fond à la Peinture fur verre. Il fut enfuite chargé feul de peindre les armoiries de Monfeigneur le Dauphin fur les vitres de l’efcalier de la tribune du Château de Meudon. Revenu à Paris chez fon maître, ôt fon temps expiré, il entra chez Pierre Favier, où il fut traité comme un homme à talent. En effet ce nouveau maître lui offrit fa maifon pour travailler fans trouble en cette Ville à fes entreprifes de Peinture fur verre. Alors par les foins du célébré Jouvenet fon parent, il fut préfenté de nouveau à M. Manfart pour peindre une partie des frifes du dôme de l’Hôtel Royal des
- (æ) Il n’a manqué à celui-ci que le mérite de l’invention. On eftime beaucoup d’excellentes copies qu’il a faites de plufieurs tableaux des grands Maîtres pour plufieurs Abbayes 8c Eglifes de la Province de Normandie. Les Capucins de Rouen le chargèrent de leur en faire une du Tableau de la mort de Saint François, que Jouvenet de Paris avoit peint pour ceux de Sotteville. Cet habile Peintre étant venu quelques années après à Rouen , y fut trompé lui-même; il prit la copie pour l’original, qu’il crut que les Capucins de cette Ville avoient engagé leurs Confrères à leur céder. Ce feul trait fait l’éloge de Jouvenet de Rouen.
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- Invalides,d’après les deffins de MM. leMoyne & de Fontenay. Les ouvrages des Invalides ne l’occuperent pas feuls. 11 peignit aufli des panneaux de verre hiftoriés , des armoiries, des frifes ôc des chiffres pour les vitraux du dôme de la grande Chapelle de la Sainte Vierge de l’Eglife Paroiffiale de Saint Roch (æ). M. le Comte d’Armenonville voyoit tous les jours avec une nouvelle fatisfa&ion, à l’extrémité d’une galerie de fon hôtel, un vitrau percé fur la rue qui paroiffoit couvert d’un rideau de damas blanc, artiftement imité fur le verre , avec une bordure en façon d’une large broderie d’or, aux quatre coins de laquelle fes armoiries paroiffoient relevées en broderie. Le Vieil peignit aufli par reconnoiffance plufieurs bons morceaux tant coloriés qu’en grifailles, d’après les eftam-pes des meilleurs maîtres, pour décorer les huit panneaux des deux croifées de la chambre de celui dont il n’étoit alors que le protégé ôc dont il devint le gendre par la fuite.
- En effet en 1707 fon maître lui donna en mariage Henriette-Anne Favier fa fécondé hile. Une entreprife allez conhdérable fui-vit de près cet établiffement. La nef de l’Eglife Paroiffiale de Saint Nicolas-du-Char-donnet ôc fes Chapelles venoient d’être h nies.
- Le Vieil fut chargé d’en fournir les/vitres tant peintes que blanches, Ôc mêt$e de réparer toutes les anciennes. Les pièces neuves qu’il a peintes pour remplacer les morceaux caffés des anciennes frifes furent calquées fur l’ancien deffin ; ainh que l’épaule gauche ôc le pied droit du Chrift en croix qui eft dans le principal vitrau du chœur. Les frifes des vitraux neufs font d’après les deffins de M. Jouvenet. Celles de la Chapelle de la Communion repréfentent divers attributs d’ornements qui fervent au culte des faints Autels. Une gloire rayonnante les couronne à travers de nuages fur lefquels on diftingue des têtes de Chérubins.
- Le Vieil fe ht aider dans cette entreprife Simon, Fran-par un jeune Peintre fur verre, de Nantes, çois, Peintre nommé Simon', qui, fe trouvant alors for- Iurverre* tuitement à Paris, ne le quitta que pour retourner en fa patrie où il continua de travailler de Peinture fur verre fans qu’il paroiiïe néanmoins qu’il ait formé aucun éleve dans fa propre famille. La Chapelle Royale du Château de Verfailles n’ayant été hnie qu’en 1705?, le Vieil fut appellé de nouveau pour en completter les frifes peintes fur verre fous les ordres de M. Audran Peintre du Roi. Il ht feul la frife du vitrau de la tribune la plus proche de la Chapelle de
- (a) Tous les vitraux de ce Dôme ornés de frifes 8c tableaux hiftoriés ont été fupprimés depuis quelques années. On y a lubftitué de grands carreaux de verre blanc de Bohême , dont le jour plus étendu fert à rehauffer l’éclat des peintures du plafond de la calotte du Dôme faites parM, Pierres.
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- la Sainte Vierge, celles des deux vitraux de ladite Chapelle, & celles des quatre vitraux au rez-de-chauffée au-deffous de cette Chapelle. M. Jouvenet , lors Directeur de l’Académie Royale de Peinture êc Sculpture , loin de méprifer le talent de notre Peintre fur verre, comme on le méprife de nos jours, ne lui refufa jamais fes delïins, fes regards & fes avis fur fes entreprifes. II deffina lui-même un Chrift en croix que le Vieil exécuta fur le verre pour le Chapitre , dans le cloître des Céleftins, & ne ceffa jufqu’à fa mort de lui donner des preuves de fon eftime. M. Reftout, digne Eieve d’un fi grand Maître, Ôc qui , comme fon oncle, a mérité le grade de Directeur de l’Académie , fuivit fon exemple. C’eft en effet d’après fes delïins que le Vieil a peint fur verre deux tableaux ronds représentants à mi-corps, l’un un Saint Pierre, l’autre un Saint Jean - Baptifte, pour être placés au-deffus des deux portes collatérales de l’Eglife Paroilîiale de Saint Sulpice. Mais ayant changé leur deftination , il fit préfent du Saint Jean à l’Eglife de l’Hôtel-Dieu, & du Saint Pierre à la Chapelle de la Vierge de l’Eglife de Saint Etienne-du-Mont fa Paroiffe. On voit encore dans cette Chapelle un panneau peint par lui qui repréfente la Sainte Vierge recevant des inftruCtions de fa fainte Mere, pendant que fon pere contemple avec admiration la docilité avec laquelle la plus humble de toutes les Vierges paroît les écouter.
- L’Eglife Paroilîiale de Saint Roch, outre les vitres peintes par le Vieil dont j’ai déjà parlé, renfermoit encore dans deux Chapelles, l’une à droite au-aeffus de la croifée, un Ange Gardien & un Saint Auguftin méditant au bord de la mer fur le Myftere de la Sainte Trinité; l’autre à gauche , dans la nef, un panneau repréfentant Jefus-Chrift qui confie l’autorité des clefs à Saint Pierre, dont le pendant eft de Benoît Michu. Autour du vitrau qui contenoit les deux premiers panneaux régnait une frife fort élégante ornée de fleurs ôt de fruits d’un beau coloris, à laquelle le Vieil avoit apporté beaucoup de foins.
- J’interromprai ici la fuite de fes ouvrages pour faire remarquer que Michu ôc lui étant d’égale force dans leur Art, vécurent & travaillèrent enfemble comme de bons émules , fans rien montrer de part ni d’autre de cette odieufe rivalité qu’une fombre jaloufie nourrit trop ordinairement entre des Artiftes. Ils s’applaudiffoient mutuellement fur leurs fuccès. Ils fe communiquoient même dans le befoin les émaux qui leur manquoient, lorfque, trop preffés de fournir leurs ouvrages , ils n’avoient pas eu le temps d’en préparer.
- Le Vieil préparoit ôc calcinoit lui-même
- fes émaux colorants. Il avoit fur cette importante partie de fon Art l’expérience que donne une longue habitude. La grande quantité qu’il en avoit vu préparer par fon pere pendant fa grande entreprife d’Orléans, quoiqu’il y eût encore dans ce temps des V erre-ries où l’on fabriquoit du verre en tables coloré , le rendoit comme certain de leur fuccès. Nos fecrets, lui écrivoit fon pere, en 170 j , lorsqu’il apprit que fon fils étoit chargé de l’entreprife des Peintures fur verre du dôme de l’Eglife des Invalides , ne réuf-fiffent que par une longue habitude : on nen vient pas à bout du premier coup.
- Le Vieil a peint plufieurs têtes d’après les delïins qui lui étoient envoyés, pour mettre à la place de celles que la grêle avoit brifées dans les beaux vitraux de la Sainte Chapelle de Bourges, & des Cordeliers d’Etam-es. On a encore de lui un très-grand nom-re d’armoiries d’une ou de plufieurs pièces pour différents Seigneurs , entr’autres un affez bon nombre pour les dames Bernardines de l’Abbaye aux Bois.
- Entre tous fes ouvrages celui qu’il finit avec le plus d’exactitude eft un panneau repréfentant Saint Pie V, fur l’eftampe gravée par De places d’après le grand tableau du Frere André Dominicain, expofé dans l’Eglife des Religieux de cet Ordre au Fauxbourg Saint Germain. Le Saint Pontife y eft repréfenté à genoux au moment où il invoque le fecours du Ciel pour en obtenir la victoire fur les Turcs, dans le temps que fes galeres jointes à celles du Roi d’Efpagne & des Vénitiens font aux prifes avec les forces navales du Grand Seigneur, fur lefquelles elles remportèrent le * cinq Octobre 1571 une victoire fignalée. Ce panneau admirable, ainfi que celui de la famille de la Sainte Vierge dont il a été parlé, avoit été peint avec la frife qui dévoie entourer le vitrau, pour être placé à Saint Roch dans la Chapelle d’un riche Financier. Mais les révolutions que celui-ci éprouva dans fa fortune l’ayant fait changer d’avis , il refta ainfi que la frife & l’autre panneau à le Vieil, qui âima mieux le garder que de le vendre au Frere André qui lui en avoit offert jufqu’à cent cinquante livres ; il met-toit toute fa complaifance dans ce panneau, qui raffembloit plus qu’aucun de ceux qu’il avoit peints jufqu’alors tous les degrés de perfection défirables dans la Peinture fur verre. Le bonheur fingulier avec lequel il avoit échappé au danger le plus certain, fembloit lui promettre une fin plus heureufe que celle qu’il éprouva. Voici le fait : le Vieil près de finir la recuiffon, dans laquelle étoit compris ce panneau , s’apperçut que le pan de bois contre lequel il avoit appuyé fon four, après y avoir fait néanmoins un contre-mur affez épais, s’incendioit. Il fait
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- adminiftrer promptement le fecours de l’eau, au rifque de perdre toute fa recuiffon. On ne la ménage pas. Le feu ne fait point heureufement de progrès ; il s’éteint, ôc la recuiffon qui devoit être perdue ôc brifée par le refroidiffement le plus précipité , fe trouve la plus belle ôc la plus entière que le Vieil eût jamais faite. Ce fuccès inefpéré pouvoit-il avoir une fin plus malheureufe ? Ce panneau, qui avoit été préfervé comme par miracle avant fa perfection, périt en un inftant par le coup le plus imprévu : il fut la viêlime d’une domeftique par l’impulfion d’unç chaife dont elle le heurta affez rudement pour le brifer.
- Pendant les dernieres années de fa vie, le Vieil fut accablé d’infirmités. Il lui furvint douze ans avant fa mort un tremblement prefque continuel dans les bras ôt dans les jambes, qui le mirent hors d’état de pratiquer fon Art, pour lequel l’indifférence augmentait de jour en jour. Il fe fit une fraéture à l’une de fes jambes ; elle fut accompagnée d’une groffe fievre ; il mourut le 21 Oétobre 1731, à l’âge de 55 ans ou environ.
- On me pardonnera fans doute de m’être un peu étendu fur cet article : c’eft un jufte tribut que je dois à la mémoire d’un bon pere qui n’épargna aucuns foins pour procurer à tous fes enfants une bonne éducation, ôc à moi en particulier des études que fa mort ôt les fecours dûs à la plus tendre des meres m’ont fait interrompre , pour partager avec le plus jeune de mes freres, décédé en 1753, le foin de fes entreprifes, qui l’ont fait reconnoître pour un des meilleurs Vitriers de fon temps, Ôc auquel il ne man-quoit, pour en faire un Vitrier accompli, que la pratique de la Peinture fur verre, dont je m’efforce ici de communiquer la théorie au Public.
- Lesdefcen- Jean le Vieil, mon frere cadet, filleul du
- feVieiffeSs ^*anieux Jouvenet s’exerçoit lors de à la mort Peintres fur de mon pere au deflin, pour la figure, chez verre, à Pa- François Jouvenet, Peintre de l’Académie , dont on a de fort bons portraits, êc frere du précédent ; Ôt pour Pornement, fous M. Varin, Fondeur ôc Cifeleur du Roi. Mon pere n’avoit pu lui donner qu’en paffant quelques leçons de fon Art, ôt la rareté des ouvrages qui étoient demandés, ne lui permit pas d’atteindre fous fes yeux à ce degré de favoir que la grande habitude du travail peut feule procurer. Ce n’eft donc pas tant aux leçons de fon pere qu’à fon application ôt aux vues naturelles de perpétuer fous fon nom un Art dont il étoit inftruit feul entre fes freres, qu’il doit le progrès qu’il y auroit fait depuis. Après la mort de Jean-François Dor , dont nous parlerons dans la fuite, il eft refté feul initié dans cet Art à Paris. Il a donné des preuves de fon talent dans l’entretien des frifes des
- vitraux de la Chapelle du Roi à Verfailles dont il a été chargé, dans plufieurs armoiries chiffres pour différents Seigneurs du Royaume, entr’autres pour M. le Comte de Rugles dans fes terres en Normandie, Ôc pour feue Madame la Marquife de Pompa-dour en fon Château de Crecy ; enfin dans Paris, à la Cathédrale, dans les Chapelles de Noailles ôt de Beaumont ; dans le fanduaire du College des Bernardins ; à l’Hôtel de Touloufe fur le grand efcalier, ôcc. ôte. Plus heureux que fon pere, Louis le Vieil, formé de bonne heure fous fes yeux à la pratique journalière de la Peinture fur verre, eft à portée d’atteindre à cette perfeêlion à laquelle l’expérience, foutenue par fon application au deflin , fous le crayon de M. Demachy, de l’Académie Royale de Peinture Ôt Sculpture , donne lieu d’efpérer de le voir ün jour parvenir , fi cet Art abandonné reprend vigueur parmi nous.
- Paris renfermoit encore dans fon enceinte, vers les commencements du dix - huitième fiecle, unPeintre fur verre , mais affez médiocre. Il étoit fils d’un Maître Vitrier nommé Langlois,principalement occupé de l’entretien des vitres de l’Abbaye Royale de Sainte Geneviève. Le fils avoit paffé la plus grande partie de fa jeuneffe au fervice de la facriftie de cette Abbaye. On ne fait fi c’eft de Michu ou de le Clerc fils que les Chanoines Réguliers lui firent prendre des leçons de Peinture fur verre. On ne s’eft jamais apperçu qu’il y ait fait de grands progrès. Les deux panneaux qu’il fit pour être placés au-défiais des tambours des portes collatérales de la Paroiffe de Saint Sulpice repréfentant l’un Saint Pierre , l’autre Saint Jean , ôt qui dévoient être remplacés par ceux de mon pere, font un monument qui attefte fa médiocrité dans cet Art. L’Abbaye de Sainte Genevieve a de lui quelques frifes Ôt des armoiries d’un fuccès aufli médiocre dans quelques vitraux autour de la châffe. Ce qu’elle en a de mieux eft un camaïeu, ou carreau en grifailles, dans une des Chapelles de l’Eglife fouterraine, affez bon pour faire douter s’il n'eft pas plutôt de la main de fon maître. Il repréfente une proceflion de la châffe de la Sainte Patrone de Paris. Langlois mourut Marchand Fayancier de cette Ville vers l’an 1725.
- M. Defcamps ne dit qu’un mot en paffant de Jean Amiqms, Hollandois, né à Gro-ningue le 1 1 Septembre 1702, relativement au talent de Peintre fur verre, qu’il y exerça jufqu’à 1’ âge de 20 ans, chez Guerard-Van-der-Véen, Prévenu en faveur de la Peinture à l’huile , il quitta le premier genre pour donner à l’autre toute fon application. A la faveur de fes heureufes difpofitions ôc de
- Langlois , François , Peintre fur verre.
- Jean Anti-quus,8c Gué-rard Vander-Véen , Hollandois, Pein-tresfur verre.
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- $o L’ART DE LA PEINTURE
- différents ouvrages qu’il entreprit dans fes voyages, fur-tout en Italie, il mérita d’être diftingué dans les faites de la Peinture, Il mourut de retour à Groningue en 17J0, âgé de 46 ans, avec la réputation de bon De Amateur, de Peintre facile ôc de bon colorifte.
- Huvé, 8c Huvé, neveu ôc éleve de Michu, vivoit
- le deeMonti- a Par*s dans *e m^me temps, mais ne f)orta gny , Fran- pas le talent de la Peinture fur Verre à un çois, Pem- au^ jiaut degré de perfedion que fon oncle, res urverre. pieur deMontigny, Maître Vitrier, char-
- gé de l’entretien des vitres de l’Hôtel des Invalides , fe l’étoit attaché particuliérement pour peindre des frifes pour les vitraux de ( l’Eglife de l’Hôtel, à mefure qu’il s’en caf-foit. Ce fut fous les leçons d’Huvé que Mlle de Montigny fit fes premiers effais dans la Peinture fur Verre, Art dans lequel elle eût beaucoup furpaffé fon maître, fi la mort ne l’eût enlevée à la fleur de fon âge.
- Huvé fut pareillement chargé de peindre des frifes d’attente pour les vitraux de la Chapelle de Verfailles, qu’il eft d’ufage d’emmagafiner pour remplacer celles qui fe caffent. Comme il n’étoit pas Maître , la crainte d’être inquiété par les Jurés de fa profeflion , à caufe de fes autres entreprifes, le détermina à fe retirer au lieu dit, laCroix-Saint-Leufroy, où il eft mort vers l’an 17^2. Il a été depuis remplacé par mon frere dans cet entretien pour Sa Majefté.
- jean Fran- Le petit cloître des RR. PP. Carmes Dé-
- f^n oDO£ ’ c^au^s fermé de vitraux ornés de Pein-
- PefntreiSfur ture fe* Verre , attribués, félon les infcrip-
- verre. tions qu’on y lit, à Jean-François Dor, Eleve
- Vitres du de le Clerc. Tous ces vitraux ne font pas de
- petit Cloître ja m£me bonté. Les panneaux qui remplif-des Carmes ^ , . . 1, . 1 t i
- réchauffés, à lent fes parties circulaires vers le haut ne Paris. font pas ce qu’il y a de meilleur. Les frifes qui entourent quelques-uns de ces vitraux , qui datent de 1717 ôc 1718 , font mieux terminées : on y remarque entr’autres quelques camaïeux repréfentant des a&es de
- la Vie de la Sainte Vierge, de fainte Thérefe, ôcc. qui ne font pas fans mérite. Les autres frifes, dont les plus nouvelles datent de 173 8 , quoiqu’elles paroiffent foufcrites du même nom, font de beaucoup inférieures pour la corredion du deflin ôc le traitement de laPein-ture.Les armoiries desalliancesdelafamillede Bec-de-Lievre, originaire de Normandie,font le fujet de la plus grande partie des panneaux circulaires qui ornent la partie fupérieure de ces vitraux. Les armoiries de cette famille font de fable à deux croix tréflées au pied, fiché d’argent , accompagnées en pointe d’une coquille de même , avec cette devife,
- Hoc tegmine tutus eris. Au bas de deux ou trois de ces vitraux, on lit, ab anno 13 63 , ad annurn 17^ 8, ce qui a trait à l’ordre des alliances de cette famille jjufqu’au temps où elles furent peintes fur les vitres de ce Cloître.
- Nos plus célébrés Villes de France man- re^r®?^r' quoient de Peintres fur Verre , lorfque la Bénédiam ’ Congrégation de S. Maur en poffédoit un qui vient de mourir au mois d’Avril 1766. verre# Nousignorons en quel temps il étoit entré dans cette Congrégation, ôc quels ont été fes premiers maîtres. Ce que nous favons du Frere Pierre Regnier , c’eft que le défintéreffement de ce bon Religieux , foutenu par un grand amour de la Réglé ôc par la plus profonde humilité, ne lui permit point d’exercer fon talent pour d’autres que pour les Maifons de fon Ordre , Ôc fur-tout dans l’Eglife de l’Abbaye de S. Denys. Il y trouva une abondante matière à fon amour pour le travail dans le rétabliffement auquel il s’y occupa des vitres peintes innombrables de cette Eglife, tronquées ôc mutilées par l’injure des temps, fans rien cependant omettre des vertus Religieu-fes, qui femblent lui promettre le rang dont l’Eglife a honoré celles du Bienheureux Jacques l’Allemand , Frere Convers de l’Ordre de S. Dominique , Peintre fur Verre , dont nous avons parlé au commencement du quinzième fiecle.
- CHAPITRE XVIII.
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- SUR VE R R E. I. Ëa&tîë.
- CHAPITRE XVIIL
- Caufes de la Décadence de la Peinture fur Verre ; SC réponfes aux inconvénients quon lui reproche pour excufer ou perpétuer fon abandon.
- Caufes de ^lous avons déjà înfinué comme caufe de del^Peintu- décadence de la Peinture fur verre, cette %t fur verre, viciflitude des chofes humaines, qui fait que les Arts Ôc les Sciences ne font jamais plus près de leur chute que lorfqu’ils font parvenus à un plus haut dégré de perfe&ion. Nous avons dit que les temps de troubles ôc de di-vifionsinteftines, Ôc fur-tout ceux que l’efprit de la Religion prétendue Réformée excita parmi nous , furent très-préjudiciables aux Arts. Les calamités qui accompagnent ces temps malheureux , ôc celles qui les fuivent, font peu propres à leur culture. On préféré alors les chofes qui font de première néceffité à celles qui font d’une moindre utilité, ou qui ne font quë de pur agrément. Quelqu’ef-timé que foit alors un Art ou une Science, fes produ&ions ne caufent plus que du dégoût par la difficulté de fe les procurer ou le prix exorbitant qu’il faut y mettre. L’abandon fuit de prèsle défaut d’émulation entre des Ar tiftes fans occupation, ôc de l’abandon à Poubli général il n’y a qu’un pas.
- Petit nom- Tel eft le fort a&uel de la Peinture fur bre de ces Ar- verre. On aura peine à croire que dans la ce, en Flan- Capitale du Royaume, au temps ou j écris dre, en Hol- ( 1768 ) il ne fe trouve qu’un Artifte de ce Alternée!" talent, dans lequel il éleye un fils âgé de 19 à 20 ans, ôc que ce feul Artifte loit allez peu occupé autour de quelques armoiries ou de quelques frifes , que fon Art ne pourroit fuf-fire à fes befoins, s’il ne joignoit un commerce de Vitrerie plus étendu à fes entre-prifes de Peinture fur verre.
- La Flandre Françoife Ôc Autrichienne, les Pays-Bas Hollandois Ôc quelques Contrées de l’Allemagne, qui donnèrent naif-fance aux plus habiles Peintres fur verre des derniers fiecles, pourroient à peine en montrer deux au rang de leurs habitans, qui s’exercent a&uellement à la pratique de cet Art. Que dis je ? Ceux qui le regrettent le Lesinconvé- plus, f°nt ^es premiers à fournir des prétextes nients qu’on pour en excufer ou même perpétuer l’a-
- fervent de bandon.
- prétextes Comment , dit-on, porter amitié a une P- Paban- c^°^e & frag^e & de b peu de vie que le «ion, verre ? (a) C’eft bien un bon exemple à fe re-
- mettre devant les yeux pour fe rappeller lé Ptemierpréê peu de durée de la vie de l’homme ôc de tou- convenient*" tes les chofes humaines , de quelque beauté Fragilité dû qu’elles foient accompagnées. verre*
- L’Art de peindre fur verre eft très-beau , Second pré* dit-on ailleurs ( a ). C’eft néanmoins un grand *“^5 /üouW dommage d’employer beaucoup de temps ôc pioSj.U l’induftrie de très-habiles ouvriers à travailler fur un corps aufli fragile que le Verre, qui doit être expofé à plufieurs accidents , fans parler de celui du plomb, qui fait l’af-femblage de tout l’ouvrage , qui fe pourrit affez facilement dans la fuite des temps ; en-forte que lorfqu’on eft obligé de réparer ou de remettre ces vitres en plomb neuf, on ne puifle le faire fans les endommager.
- Plus inftruits que nos peres , difent queL Troifiemëj ques-uns, nous favons lire, Ôc nous avons obfcuritédes des Livres d’Eglife. Comment nous en fer- jel^es peuk vir , pour nous entretenir dans l’attention due aux faints Myfteres ôc aux faints Offices,1 dans des Temples obfcurcis par tant de vitres peintes ? Il eft des Eglifes où pendant l’hiver fur tout, ou dans des jours fombres , il faut allumer de la bougie, quelquefois avant trois heures après-midi.
- D’autres nous difent encore : Il y avoît Quatrième dans beaucoup de vitres peintes de nos Egli- indécence dé fes des images fi ridicules ôc même fi indé- tïeJ^uies '** centes, que nous avons cru ne pouvoir mieux couvrir l’ignorance & la fuperftition des Peintres fur verre, même du meilleur temps, ou la corruption de leur cœur, que par la fouf* tra&ion de ces Peintures fabuleufes ou fcan^ daleufes dans lefquelles les meilleurs Artiftes dans ce genre s’étoient montrés plus exaêts imitateurs de la nature , qu’obfervateurs fidèles du refpeèl dû à la fainteté de nos Eglifes ôc du Dieu qu’on y adore.
- Enfin, nous dit-on pour dernier retranche* Cinquiemef ment, la plus grande partie de ces vitres pîûpart peintes que nous avons démolies, expofées des vitres depuis long-temps aux injures de l’air ôc du temps , étoient eftropiées. Elles étoient ref- couleur 8c tées fans réparation, faute de pouvoir trou- d ver des Peintres fur verre pour les réparer. Réparer*
- Et où ceux-ci euffent-ils trouvé des matériaux pour le faire ? Il n’y a plus de verre de
- ( a) Voyez Vanuccio Beringuccio, dans fon Traité de
- la Pyrotechnie, traduit par Jacques Vincent, Francfort, (a) Mémoires dç l’Académie des Infcript. tom. IX' Zai* lôzj, 7M &Juh.
- Peint, sur Verre. I. Pan. X
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- Rëponfe au premier prétexte ou inconvénient : on acheté bien cher des vafes 6c des bijouxde même nature que le verre.
- Les Anciens connoif-foient comme nous fa fragilité, 8c n’en ont pas pour cela profcritl’u-fage.
- On peut obvier à la fragilité des vitres peintes, en prenant les précautions nécef-faires pour les conferver.
- 82 L'ART DE LA PEINTURE
- couleur ; c’eft un fecret perdu.
- Tels font les principaux prétextes dont on effaye de couvrir l’oubli général dans lequel la Peinture fur Verre paroît enfévelie. Tâchons d’y répondre ôt de faire voir leur infuffifance pour l’anéantir.
- D’abord nous demanderons aux premiers, fi ces précieufes porcelaines qui ornent avec profufion les appartements ôt les buffets des Grands, font moins fufceptibles de fragilité que le verre ? Cependant jufqu’où le luxe a&uel ne porte-t-il pas la prodigalité dans l’acquifition difpendieufe de ces vafes Ôt de ces bijoux fi fragiles ? La France , la Saxe, l’Angleterre ôt la Pruffe, n’entrent-elies pas en concurrence avec la Chine ôt le Japon pour les progrès de leurs manufactures en ce genre, fources de dépenfes exorbitantes ? A quelle cherté ne monte pas le prix des glaces d’une certaine étendue ? Un feul carreau de verre blanc de Bohême ou de la Verrerie de S. Quirin dans le pays de Vofges, n’abforbe-Vil pas lui feul fouvent prefque le double du prix de la totalité des carreaux dont on gar-nilfoit une croifée entière du verre de France le mieux élité? Cependant toutes cescompo-fitions fi cheres , ou font du verre elles-mêmes, ou .n’en font que des modifications : ce qui nous prouve bien que les hommes ont toujours été ce qu’ils font, ôt qu’ils feront toujours les mêmes au fond, malgré les variations des modes auxquelles la légéreté les affujettit. S’ils ont apprécié l’or ôc les pierreries comme les chef-d’œuvres de la nature, ils ont toujours confidéré le verre comme celui de l’Art. Il n’eft pas d’épreuve par laquelle ils n’ayent effayé de le faire palier depuis fon origine. Ils en ont regardé la teinture ôt le coloris comme un fujet digne de leurs recherches Ôt de la confidération la plus diftinguée pour ceux qui s’y appliquoient. Ils connoiffoient comme nous fa fragilité : en ont-ils pour cela profcrit l’ufage f Non; mais ils ont oppofé à cette fragilité des précautions dans le traitement des vafes ôt des ornements qu’ils en ont tiré. N’y en a-t-il donc plus contre la fragilité des vitres peintes ? ôc feroit-elle, par rapport à cet emploi du verre , une raifon plus preffante de l’anéantir que dans les autres ufages auxquels on l’emploie? La vie de l’homme eft plus fragile que le verre ; mais les précautions d’un bon régime peuvent lui promettre une longue durée. Les belles vitres de la Cathédrale d’Aufch, ôt tant d’autres dont la conftruc-tion date de fiecles plus reculés, par les précautions que l’on a prifes pour les conferver, font encore , ôt peuvent faire long-temps dans la fuite le dipne fujet de l’admiration des fpe&ateurs. Je fais qu’il n’en eft pas contre les corrofions auxquelles certain verre eft fujet par une furabondance de fels moins épurés par uae cuite infuffifante : mais c’eft
- un vice de l’Ouvrier que toute forte de verre n’éprouve point.
- Quant à la pourriture du plomb qui fait la Rëponfe au contexture, l’affemblage Ôt la jointure des vitres peintes, on peut obvier aifément à cet peut remet-inconvénient , en les remettant en plomb JJ^uf^ies0 vE neuf, fans rien déranger de leur enfemble. Il très peintes » faut feulement les lever hors de place avec fansles gâter, la précaution qui convient à une matière fi fragile, ôt d’ailleurs fi précieufe par la beauté du travail qui y eft appliqué. Cette précaution , dont j’ai fouvent fait une heureufe expérience, confifte à lever les verges de fer qui foutiennent le panneau > à en arrachée tous les liens de plomb, à coller fur le panneau en place , après l’avoir bien broffé pour en enlever la pouffiere;des bandes de papier gris bien appliquéês fur-tout fur les bords, ôc à les laiffer fécher avant d’ôter le plâtre ou ciment de la feuillure. Alors fi malgré les foins de l’Ouvrier, il fe forme quelque rupture fous les coups de la befaigué, qui fert à cet effet, les morceaux confervés ôt retenus par les bandes de papier, réunis lorfqu’on les remet en plomb par un plomb plus étroit, ne laiffent point, ou prefque point, de traces fenfibles de cet accident.
- Nous répéterons à ceux qui fe plaignent Rëponfe
- de l’obfcurité des vitres peintes , que dès leur ?u tr01fieme;
- h r . 7 * „ les anciennes
- commencement elle entroit par cette frayeur Eglifes
- religieufe qu’elle infpiroit, dans la prépara- etoientobf-tion au recueillement que demandent la pnere inviter au re-ôt la méditation. Nous les inviterons avec cueillement. Milton (a) à confidérer ces Temples auguftes, dont les vitrages précieux n admettent quune lumière fombre , qui par-là infpirent une reli-gieufe horreur : vitrages dont les peintures font comme autant de fafies des fiecles paffes y & le précis des annales du vieux temps. Nous leur dirons que fi l’ufage où font à préfent les Fidèles de fuivre dans les Livres que l’Eglife leur met entre les mains, la récitation des faints Offices , & de fe joindre au Chœur dans la Pfalmodie, fouffre quelque difficulté de la part de cette obfcurité, fur-tout dans Onpeutleuc nos Eglifes paroiffiales, il y a déjà.quelques- procurer un unes de ces Eglifçs où l’on a trouvé le moyen de procurer aux Fidèles affemblés un jour re les vitres fuffifant : non qu’on ait détruit entièrement Peintes* les vitres peintes ; mais par des retranchements de parties qui pouvoient être fuppri-mées fans rien détruire des objets principaux, on les a confervés fur des fonds de vitres blam ches neuves, qui, les environnant, leur don-s nent un nouveau relief.
- Je me garderois bien néanmoins de con-feiller de fuivre en cela l’exemple de ce qui s’eft pratiqué depuis quelques années dans l’Eglife paroiffiale de S. Merry. C’eft un des
- (a) Voye% à la fuite du Paradis perdu de Milton 9 ton II penjïçro t traduit par le Pere de Mareuil.
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- SUR VER
- Bommâges occafionnés par le goût de ce fie-cle, ennemi de la Peinture fur verre, que le retranchement qu’on a fait dans cette Egiife d’une partie confidérable de fes belles vitres peintes , vitres dans lefquelles , comme nous l’avons dit , les plus habiles Peintres fur verre du feizieme au dix-feptieme fiecle , les de Paroy , les Charnu, les Héron & les No-gare avoient concurremment repréfenté, avec autant d’ordre que de beauté, des morceaux d’hiftoire de la plus heureufe exécution. Au lieu de leur fubftituer, en les eftro-piant 9 un pan de vitres blanches toutes nues entre des pans de vitres peintes, on auroitpu donner à cette Egiife un jour* auffi étendu que celui qu’on s’y eft procuré, ôt conferver néanmoins ces belles vitres. En détruifant peu à peu la pierre des meneaux Ôt des amortiffe-ments des croifées , on y auroit élevé à leur place des vitraux de fer, dans le milieu def-quels on auroit renfermé, comme dans un tableau, les fujets entiers d’hiftoire qu’elles contenoient. Dans le pourtour, ôt pour remplir le vuide que la démolition de la pierre auroit îailTé, on eût pratiqué des vitres blanches , bordées fi l’on eût voulu d’une frife très-lefte, ornée fur un fond blanc de filets de verre jaune , qui n’eft pas fans effet dans les vitres ou elle a été employée. Feu le fleur Denis, un des bons Vitriers de fon temps , avoit donné l’exemple de ces tableaux de vitres peintes encadrés dans des vitres blanches dans i’Eglife paroiffiale de S. Jean-en-Greve ; ôt je l’ai fuivi avec fuccès fous les ordres de M. Payen , Archite&e Juré-Expert , dans celle de S. Etienne-du-Mont.
- On fupplée D’ailleurs l’épargne de quelques bougies , dansdlsEglf- Pro<Fguées tous les jours avec plus de vanité, fes par des eft-elle donc ici d’une allez grande importance candélabres, pour fervir de prétexte à la deftruôtion ôt à l’abandon d’un Art qui renfermoit l’utile ôt l’agréable , Ôt qui fuppofoit dans fes bons Artiftes des connoiffances fi étendues / Combien de nos Fabriques fuppléent à cette dé-penfe , en plaçant par intervalle dans les Eglifes, des candélabres entretenus de lumières fuffifantes, fur-tout dans la croifée de ces bâtiments ; car c’eft-là que fe raffemblent plus ordinairement les Paroiffiens les moins aifés, Ôt qui n’auroient pas, comme ceux qui en occupent la nef, le moyen de s’éclairer à leurs dépens.
- Le feu des Si tant de Chrétiens ont oublié que le feu cierges & des des cierges ôt des bougies eft une partie du dans Acuité culte dû à l’Être Suprême, M. l’Abbé Fleu-dûàia Divi- ry (a) leur apprendra qu’il n’y fut point pri-nite* mitivement employé à raifon de l’ôbfcurité
- ôt pour la chaffer des Eglifes : que quoique ce qui pouvoit y donner lieu ôt en prefcrire
- (a) Mœurs des Chrétiens, n°. 36, fur l’ornement des Eglifes.
- É Ë* î. Partie. 83
- l’ufage comme de nécefîité dans les temps de perfécution, où les premiers Chrétiens s’affembloient pour aflifter à la célébration des faints Myfteres dans des cryptes foûter-raines, eût ceffé , on brûloit dès le quatrième fiecle, dans les temps de liberté , beaucoup de cierges dans les Bafiliques des Chrétiens, outre la grande quantité de lampes qu’on y entretenoit. C’étoit depuis long-temps , dit cet exaét Hiftorien , une marque de refpeêt Ôt de joie : témoins ces flambeaux allumés que Jafon fit porter devant Antiochus à fon entrée dans Jerufalem. ( Machab. liv. 2, che ^, v. 21. ) De-là ces deux chandeliers allumés , pofés fur une table aux côtés d’uri Livre ouvert mais voilé, qui fervoient de marques de diftin&ion aux grands Officiers de l’Empire Romain : de-là les cierges ôt les bougeoirs qu’on porte, même en plein jour $ devant nos Prélats : de-là les offrandes ôt les redevances en cire fi anciennes dans les Cathédrales Ôt dans les Paroiffes : de-là enfin ces luftres garnis de bougies Ôt ces grandes illuminations qui brillent dans nos Temples $ au milieu de la plus éclatante clarté du jour , dans les grandes folemnités, fur-tout dans ceux où le Rit Romain prévaut ; ce qui fai-foit dire à un Italien, peu éclairé d’ailleurs fur le véritable efprit de la Religion , qu’elle périffoit en France, parce que, dans une: feule Egiife de Rome, on brûloit, en un feul jour, plus de cierges en plein midi , qu’on n’en brûloit en un mois dans les Eglifes de Paris aux Saluts les plus folemnels.
- Si l’on m’oppofe ici que les Archite&es Latropgfafr n’ont introduit que peu de jour dans les Ègli- de clarté nuit les d Italie, je répondrai avec M. Dumont, ne fert dans Profeffeur d’Architeclure à Paris, que le ca- unê ra&ere propre à une Egiife eft mieux exprimé en Italie qu’en France {a) ; que l’air de recueillement y eft mieux rendu qu’en la plû-part de nos Eglifes, où, tous les jours étant indifféremment répandus de toutes parts , la trop grande clarté les rend indécis, pefants à la vue, ôc en ôte cet air tranquille, fi propre à infpirer le refpe£t dû aux lieux faints ; qu’on n’a befoin de jour dans les Eglifes que dans les^bas pour lire plus aifément, Ôt que les féconds jours ( tels que ceux que je viens de propofer comme un moyen de confervet les vitres peintes dans nos Eglifes ) fuffifent dans les chevets & au-deffous des voûtes ; qu’enfin les grands jours ne font propres que dans des belvédères ou autres édifices defti-nés à infpirer la gaité.
- En voilà je crois affez pour réfuter le fen-timent de ceux qui poudroient que l’on facri-fiât à l’efprit d’une épargne , auffi déplacée que mince, un Art dont les productions ont
- (<2) Voyez dans le Mercure de Janvier , deuxieme Volume , les Obfervations de M. Dumont, fur le ménagement des jours dans les Edifices publics.
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- Rcponfe au quatrième prétexte : Les vitrespeintes ridicules 8c fcandaleufes doivent être fupprimées.
- Néceffité du confente-ment des Donateurs des vitres peintes pour leur fup-prellioru
- Arrêt célébré qui ordonne le ré-tabliffement de vitres ,peintes fup-primées fans aucun droit.
- Réponfe au cinquième prétexte : Les vitrespeintes ne font tombées en dé-
- ART D E LA
- PEINTURE
- fait depuis plufieurs fiecles, ôc feroient encore long-temps le fujet de l’admiration , de l’édification ôc du recueillement des Fidèles.
- Quant à ces vitres peintes ridicules, fabu-leufes , ou même indécentes , c’eft entrer dans le véritable efprit de l’Eglife que de les enlever de nos faints Temples. Le Concile de Trente ( SefT. 2 y. Decr. 2. ad cale, ), les Ordonnances de nos Evêques veulent qu’on écarte des lieux faints toutes décorations profanes , licentieufes, Ôt même celles où, fous prétexte de religion, on entretiendroit les Fidèles dans des idées fuperftitieufes qu’elle n’adopta jamais, Ôc qui appartiennent plus à l’ignorance ôt à la corruption des mœurs de quelques Peintres du feizieme fiecle , fort fufpe&s en matière de catholicité, qu’au véritable ' cuite du fuprême Auteur de notre fainte Religion.
- Il n’y a pas même lieu de douter que les defeendants des Donateurs de femblables vitres , ne confentiffent à en ordonner eux-mêmes ^abolition ; confentement d’ailleurs fi néceflaire en pareil cas , que , faute de cette précaution, les Curés ôt les Fabriques ont eu des procès confidérables àfoutenir, danslef-quels ils ont fuccombé. L’Eglife des RR. ËP. Cordeliers de Paris leur avoit paru trop fombre, à caufe de la grande quantité de vitres peintes dont elle étoit remplie : ils s’étoient avifés, il y a plus de foixante ans , d’en fupprimer quelques panneaux à une certaine hauteur dans le bas des vitraux pour fe procurer plus de jour dans leur chœur, ôt de les remplacer de vitres blanches ; ils fe trouvèrent bien d’avoir confervé les vitres peintes, lorfque les defeendants des Donateurs parurent difpofés à les contraindre de remettre en place ces anciennes vitres, ou de les renouveller dans leur premier état.
- Nous trouvons dans Denifart un Arrêt de la Cour du 14 Juillet 170 y , rendu entre les Marguilliers de la Fabrique de S. Etienne de Bar-fur-Seine ôt le Chapitre de l’Eglife de Langres, dans le cas d’une fuppreffion de vitres peintes bien plus digne d’indulgence. Cet Arrêt a condamné ce Chapitre, gros Décimateur de cette Paroiffe, à faire rétablir les vitrages des crtûfées du chœur de cette Eglife , abattus par les vents & orages 9 dans le même état ôt le même deffin où étoient lefdites croifées en verre peint, quoique le Chapitre offrît de les faire rétablir en verre blanc {a).
- Enfin on allégué pour dernier prétexte que la plûpart des vitre^eintes, tombées en dégradation faute d’un entretien convenable, ne font plus qu’un afïemblage informe de
- ( a ) Colle&ion de Décifions nouvelles 8c de notions relatives à la Jurifprudence aétuelle, par Maître Denifart, Procureur au Châtelet de Paris, au mot pécimateur%
- verre de toute couleur ; qu’il n’exifte plus gradation parmi nous de manufactures de ces verres co- ^n3^*^ lorés fi éclatans à la vue, ni de ces Ouvriers giigé de 1^ qui en entendoient fi bien l’emploi , ôt qui entretenir, favoient y appliquer les tons de la Peinture.
- Mais de ce que la négligence de quelques indifférents pour toute autre chofe que pout l’accroiffement des revenus attachés à leurs bénéfices , ou gens fans goût pour la confer-vation des Arts, a laiffé périr de très-bons morceaux de vitres peintes, eft-ce une raifon pour laiffer également tomber en ruine, ou pour détruire ceux que des hommes plus foigneux nous ont confervés jufqu’àce jour avec tant de précautionsDoit-on prendre parti contre un Art , autrefois fi eftimé, parce que le grand nombre paroît l’avoir né-» gligé ôt ne tendre à le proferire que par avarice, ou peut-être par l’empreffement, aufli nuifible que déplacé, de voir ou d’être vus dans des lieux particuliérement confacrés au recueillement f Pendant combien de fiecles l’Art de peindre n’a-t-il pas paru enfeveli dans le plus profond oubli / Cimabué méritoit-il donc les dédains de fes Contemporains, parce, qu’il s’efforçoit de le reftaurer ? La Peinture fur verre a été négligée vers la fin du dernier fiecle par ceux même qui pouvoient encore mieux qu’à préfent, en conferver les bons morceaux , lorfque le nombre des Ar-tiftes, capables de les entretenir ôt d’en réparer les dégâts, étoit plus grand : fous ce prétexte faut-il détruire ce qui nous en refte ? renfons mieux : fi la ceffation des grands travaux de Peinture fur verre, dès les corn- c’eft pat mencements du dix-feptieme fiecle , a donné erreur qu’on lieu parmi nous à l’extin&ion des fours des î^fecret^dw Verreries où l’on compofoit les Verres de verredecou-couleurs, le fecret n’en eft point perdu ; la per‘î
- fécondé Partie de cet Ouvrage fera toute remplie de leurs recettes, ôt de la maniéré de peindre fur verre. Il n’y a que l’efpric d’épargne fur cette matière , plus que fur toute autre , qui empêche de la remettre e» vigueur. Nous l’avons déjà dit, nous ne nous lafferons point de le répéter : dans quelque défuétude qu’un Art ait pu tomber, il s’eft toujours trouvé quelqu’un qui le pratiquoit dans une certaine étendue, ôc pouvoit, en excitant l’émulation de ces hommes qui font de tous les temps, faire naître avec l’occa-fion , la bonne volonté , les moyens ôt les fecours néceffaires pour lui rendre fon premier luftre. Le nombre de nos Peintres fur $i le nom* verre ne peut être plus petit : mais eft ce bre des Peim ainfi, en le biffant fans occupation ôc fans SftS-petîtt demande , qu’on le verra s’accroître ? Ce il peut devçjî n’eft pas comme ont penfé ôt agi MM. les nir Çlu* Grand Prieur Ôc Religieux de l’Abbaye de ^ ^ * faint Denys , qui, pendant vingt-cinq ans ou environ, avec l’approbation du Régime de leur vénérable ôt lavante Congrégation, ont appliqué à la cpnfervation ôt à la reftauration
- des
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- II eft aifé de réparer les vitres peintes dégradées.
- Moyens jpof-fibles de tirer la Peinture fur verre de fa léthargie a&uelle.
- SUR VERRE. I. Partie. 85
- des anciennes vitres peintes prefqu’innom-brables de leur augufte Bafilique, les talents de cet excellent Religieux dont nous avons parlé à la fin du Chapitre précédent. Au défaut du verre coloré , qu’on ne fabrique plus dans nos Verreries, n’employoit-ii pas ces Tables de Verre teint de différentes couleurs dans toute leur maffe, que la Bohême , ôc à préfent l’Alface , nous fournirent, pour rétablir , au mieux poffible, les draperies des figures de ces vitres que les injures du temps ôc de l’air avoient détruites ou altérées ; pendant que, fans de grands efforts, il pouvoit faire revivre des têtes ou autres membres dont la peinture n’étoit qu’au premier trait ? Il eft encore dans Paris un Artifte de ce genre : 'il forme, avons-nous dit, unEleve dans la perfonne d’un fils dont l’application au deffin donne lieu de concevoir une bonne efpérance. Des travaux plus abondants fourniroient au Maître êç à l’Eleve des moyens plus fréquents ôc plus fûrs de faire du progrès dans leur Art, ôc les mettroient dans le cas de former eux-mêmes de nouveaux Eieves , dont le talent ôc le nombre venant à croître , pourroit rendre à la Peinture fur verre fon ancien éclat, ou du moins conferveroit fes meilleurs monuments.
- Après avoir détruit tous les différents pré-
- textes que nous oppofent les ennemis de la Récapituia-Peinture fur verre ou ceux qui la regardent ^on* d’uii œil indifférent, réduifons en derniere analyfe tous ces prétextes à celui-ci, comme à celui qui leur tient le plus au cœur. La Peinture fur verre, fuivant le cri public, eft trop difpendieufe, ôc dans fa première fourniture ôc dans fon entretien. Il eft vrai que cet Art a féduit longtemps les Souverains Ôc les riches.
- C’eft le propre de tous les Arts féduifants d’être portés à un certain excès de faveur pendant un temps , ôc de finir par devenir défagréables , parce qu’ils deviennent trop à charge. ...
- Mais ici la fédu&ion que l’on fuppofe peut-elle donc être regardée comme un pur effet du caprice ? L’Art dont il s’agit, étoit-il fans utilité ôc fans agrément ? Ces fortes de féduetions ne font pas, dans le vrai, de longue durée. Cependant nous avons fait voir que la Peinture fur verre a mérité, pendant le cours non interrompu de plus de cinq fiecles, de la part de nos Rois ôc des Grands, la protection la plus diftinguée Ôc les privilèges les plus étendus ; que faint Louis prévit même la nécefîité d’affurer l’entretien des vitres de fa fainte Chapelle , en quoi il fut imité par tous fes Succeffeurs.
- CHAPITRE XIX.
- Moyens pofjihles de tirer la Peinture fur Verre de fa léthargie actuelle , SC de lui rendre Jon ancien lu [Ire.
- S1 les morceaux de Peinture fur verre de grande exécution , ufités dans les fiecles précédents , effrayent, ne peut-on pas pour les Eglifes s’en tenir à ces frifes ôc à ces tableaux dont nous avons parlé , qui, délicatement peints fur le verre , orneroient, fans ôter le jour, les bords ôc le milieu de nos vitraux ? N’eft-il donc plus de riches parmi nous ? notre fiecle eft-il tellement celui de l’indigence qu’on n’y puiffe plus compter de ces Amateurs que l’abondance de leurs revenus rend fupérieurs à ces craintes infpirées par l’efprit d’avarice Ôc dont l’effet feroit d’étouffer les Arts même les plus utiles ? Rendons plus de juftice à notre fiecle ; l’encouragement eft offert par des Sociétés, qui protégeants les Arts de première utilité ne négligent pas ceux qui ne font que de pur agrément, Ôc fe pro-pofent de les porter tous au plus haut degré de perfection. C’eft ainfi qu’un Royaume voifin , qui a déjà fait connoître fes vues fur le renouvellement de l’Art pour lequel je m’in-téreffe, excite tous les jours une noble ému-
- Peint. sur Verre. /. Part.
- lation entre fes fujets pour l’accroiffement des Arts.
- Le dirai-je ? eh ! pourquoi ne le dirois-je pas, s’il n’eft que ce moyen de reffufciter notre Art ? Qu’un de ces riches Citoyens qui s’efforcent continuellement à repouffer les traits que l’envie ne ceffe de lancer contre l’immenfité de leurs richeffes par leur amour foutenu pour les Arts, dont les favantes productions décorent à l’envi les plus petits recoins de leurs fplendides ôc commodes demeures : Qu’un de ces hommes qui fe font un mérite propre de répandre leur munificence fur les Ârtiftes qu’ils emploient avec choix à la décoration de leurs bâtiments fomptueux , Ôc d’en former leur cour : Qu’un de ces hommes, fi utiles aux Arts, fi chéris des Artiftes , daigne marquer au coin de l’amabilité l’Art que je loue : Qu’un Grand effaye d’orner fa Chapelle domeftique dequel-ques carreaux ou de grifaille ou colorés , repréfentant quelques fujets de l’Hiftoire facrée : Qu’il introduife quelques autres fu-
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- 86 L’ART DE LA PEINTURE
- Encouragement des Peintres fur verre, ne'cef-faire pour le rétabliffe-ment de leur Art dans Ton ancienne fplendeur.
- jets peints fur le verre tirés de l’Hiftoire profane ou de la Fable, repréfentants des fîtes gracieux, des animaux, des fleurs ôc des fruits , dans les cabinets de toilette, ou dans ces endroits écartés pour la folitude defqueis il s’en rapporte à la gaze ; il aura bientôt des imitateurs. Cet ufage une fois adopté dans la Capitale , s’y foutiendra par la multiplication journalière des moyens de leur exécution, à laquelle les héritiers des talents Chimiques d’un autre Mont ami (a) fe feront honneur de fe prêter par de nouvelles découvertes. L’Artifte alors faifira avec em-preffement l’occafion d’acquérir de la célébrité dans fon Art. Encouragé par happas d’une récompenfe honnête, il tendra de jour en jour vers la perfection , & fe trouvera en état de fupporter les difficultés Ôc les rifques prefqu’inféparables de fon Art.
- Ils étoient bien moins confidérables qu’à préfent pendant le quinzième fiecle, où, comme durant les précédents, on n’employoit que des tables de verre coloré aux Verreries. Cependant ce fut fur Yhumble fupplication de Henri Mellein, Peintre-Vitrier de ce fiecle, à Bourges , expofitive de plusieurs grandes peines , pertes, dommages, quil eft convenu à fupporter , & ce au moyen de fondit Art, que Charles VII lui accorda par fes Lettres patentes la confirmation des privilèges donnés & offroyés aux Peintres-Vitriers par les Rois Je s Prêdécejfieurs. Aujourd’hui que cet Art eft devenu plus rifquable dans la préparation, l’emploi Ôc la recuiflbn des émaux colorants qui s’appliquent furie verre colorié par le travail de blanc ôc de noir du Peintre fur verre ; aujourd’hui que cet Art fe trouve dépouillé de ces auguftes privilèges transférés à l’Académie Royale de Peinture ôc de Sculpture , on ne peut, pour l’encourager , trop généreufe-ment le récompenfer. Tout en effet y dépend de la plus ou moins grande adivité du feu, qui elle-même eft dépendante de tant decau-fes, que la plus heureufe induftrie ne peut pas toujours les prévoir ôc les empêcher. Quel préjudice ne peut pas porter à la recuiflbn , qui eft le complément de l’ouvrage du Peintre fur verre ôc fa derniere opération, l’impreflion fubite d’un air plus fec ou plus humide , plus froid ou plus chaud , foit dans le temps même de la recuiflbn , foit dans fon refroidiffement lorfqu’elle eft terminée ? Un changement inopiné du vent portera quelquefois toute l’adivité du feu vers le fond ou fur un des côtés du four qui renferme l’ouvrage : les émaux y brûleront, pendant que le devant,
- (a) Habile Chimifle, auffi cher à la fociété par fes vertus que par fon application à lui rendre utiles fes connoiflances. Les fecours que ce Savant a rendus à la Peinture en Email par un ouvrage, dont nous parlerons dans le Chap. VI de notre fécondé Partie , pourront fçryir d’exemple à d’autres, pour aider la Peinture fur verre à fe reproduire fous de plus belles couleurs,
- ou le côté, moins chauffé, n’aura pu procurer la parfufion de ceux qui font expofés à une moindre aêtion du feu, ni même donner à l’Artifte par fes eflais une notion sûre de l’état de fa fournée. Enfin un refroidiffement précipité par un air trop vif fera cafter tout l’ouvrage. Il eft extrêmement difficile de trouver le point fixe qui rendroit une matière vitrifiée toujours égale. *Ce font ces rebutantes difficultés, difent les Maîtres de Verrerie dans un Mémoire qu’ils préfenterent au Confeil en 17^ 1 j qui ont fouvent culbuté la fortune de plufieurs d’entre eux. En inférera-t-on qu’il faut abandonner le travail des Verreries ? Au contraire , les repréfentations de leurs Entrepreneurs ont toujours prévalu au Confeil de Sa Majefté contre les plaintes des Vitriers, moins inftruits des malheurs attachés à l’Art de la Verrerie; malheurs qui arrivent ôc ceflent fouvent fans que les entrepreneurs puiffent en connoître les caufes. Les augmentations de prix , que le Confeil leur a accordé dans la vente de leur verre, les ont mis en état, finon de réparer les pertes qu’ils ont fouffertes , au moins de fupporter celles qu’ils pourroient craindre par la fuite.
- Ce fera par ces moyens généreux que les Grands ôc les Riches, qui aiment à fe diftin-guer par l’amour qu’ils portent aux Arts ôc aux Artiftes , donneront une nouvelle vie à la Peinture fur verre, ôc la rapprocheront de l’éclat où l’avoient portée ces célébrés Artiftes du feizieme fiecle. Ce fera par leurs libéralités ; car le nombre même des Peintres fur verre des meilleurs temps, qui ont trouvé dans leur Art les moyens d’une fortune honnête, eft très-petit, en comparaifon de ceux, qui, comme nous l’avons vu, n’ont abandonné cet Art, que parce qu’ils n’y trouvoient ni leurs foins récompenfés ni leurs pertes réparées.
- Je finis par une obfervation qui pourra ne Invitation pas déplaire aux Amateurs. Nous avons dé- teurs AcTaîl*r taillé dans cette première Partie les plus à l’Abbaye beaux ouvrages de Peinture fur verre connus, ^rSa|npa^~ tant en France que dans les Pays étrangers. vok des vi-Or pour confirmer ce que nous avons avancé tres peintes fur les progrès fucceflifs de cet Art par des feemp™spouj? exemples raftemblésjans un même lieu , s’aifurer par j’engage les Amateurs à fe tranfporter dans la ^PéTaTde célébré Ôc ancienne Abbaye royale de Saint- la Peinture Vhftor à Paris: ils y trouveront, peut-être uniquement, les moyens les plus fûrs d’afleoir ferensfiecles, leur jugement fur l’état de ce genre de Peinture en France dans les différents fiecles.
- Les vitreaux de la Chapelle de l’Infirmerie leur remettront fous les yeux des vitres peintes des premiers temps , c’eft-à-dire , du douzième fiecle ou au plutôt du treizième ; ils en verront du quatorzième au quinzième dans la Chapelle dite des Apôtres, qui fert de paftage du Noviciat à l’Eglife. La Chapelle de Saint-Denys derrière le choeur, ôc le Re-
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- SUR VER
- fe&oire fur-tout , leur en montreront du quinzième ; ils ne pourront retenir leur admiration pour celles du feizieme dont les Chapelles des bas côtés du chœur ôc de la nef, ôc la Chapelle de Saint-Thomas , fous le cloître, font fi richement ornées. Enfin, ils en trouveront du dix-feptieme dans les deux grands vitraux de l’Eglife en forme de rofes ôc dans les trois petits vitraux de la Chapelle fouterraine de la Sainte Vierge.
- C’eft dans ce notable rendez-vous que fe font rangés fous mes yeux tous ces précieux monuments des différents âges de la Peinture fur verre, qui m’ont mis à portée de juger
- R E. I. Partie. 87
- plus fainement des progrès de l’Art fur lequel je me propofois d’écrire ; ôc j’en ai fait mon étude particulière dans l’entretien qui en a paffé fucceflivement de mon pere à moi depuis plus de foixante ans.
- Je regarde d’ailleurs comme un jufte tribut de reconnoiffance de déclarer ici que c’eft dans la riche Bibliothèque de cette Abbaye fur-tout, qu’encouragé par l’accueil bien-faifant des dignes Chanoines , qui depuis neuf ou dix ans en ont la direâion, j’ai puifé la meilleure part des recherches qui font entrées dans la compofition de ce Traité.
- Fin de la première Farde.
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- PRIVILÈGES
- Accordés par plufïeurs Rois de France aux P cintres-Kitr 1er s, dès P an /JÇO, qui nous ont été confervés dans le Recueil des Statuts, Ordonnances & Réglements de la Communauté des Maîtres de l’Art de Peinture & Sculpture, Gravure & Enluminure de la Ville & Fauxbourgs de Paris, tant anciens que nouveaux, imprimés fuivant les Originaux en parchemin, & fcellés du grand fceau, &c• A Paris, che£ Pierre Bouillerot, 167Z 9 avec Permijjion.
- LETTRES-PATENTES DU ROI CHARLES VII. (a).
- Données à Chinon le 3 Janvier I43 0 , en faveur de Henri Me lie in, Peintre-Hiîrier à Bourges, & de tous autres de fa Profejfion 5 portant confirmation de Bexemption, à eux accordée par les Rois fies Prédécejfeurs, de toutes Tailles, Subfides, Emprunts , Commijfions, Subventions ,
- , Arriere-Guet , Garde-de-Porte ù* autres Charges & Servitudes quelconques, avec divers Aides qui mettent en jouijfance de ces Privilèges plufieurs Peintres-Hitriers.
- Lettres- CHARLES, par la grace de Dieu, Patentes de pvOY DE France, à noftre amé & féal Mef-en ^430, en Ære Régnier de Boullagny, Général & Confeil-faveur de 1er par Nous ordonné fur le fait & gouverne-Henri Mel- ment de toutes nos Finances, en Languedorbe furverre”& & Languedoc ; aux Capitaines des Villes & de tous autres Chafteaux, 6c Places de Bourges que Angers, de fa condi- 6c aux Efleus-Receveurs , 6c aux Colîedeurs non. commis ou à commettre à l’Impoft afîeoir , cueil-
- lir , lever, & recevoir les Aydes, Tailles , Subfides, Emprunts, Commifiions, ou autres Subventions quelconques mis ou à mettre fur lefdites Villes de Cortentin , d’Ufy, Bourges, Orléans , Angers 6c ailleurs ; 6c à .tous les autres Jufti-ciers de nollre Royaume, ou leurs Lieutenants, Commis ou Députés : Salut 6c Dile&ion. Humble fupplication de Henry Mellein, à préfent demeurant à Bourges, contenant que combien qu’il ait toujours continuellement obéi à fondit Art en toutes les befognes qui nous font néceflaires, 6c encore eft preft de faire , 6c qu’à caufe de ce qu’il eft convenu à fupporter plu-„ fieurs grandes peines , travaux, pertes, dom-
- mages , Sc ce au moyen de fondit Art, 6c à tous autres de fa condition , par Privilèges donner G* Anciens Pri- oElroye^ par nos Prédécejfeurs Roy s de France, aux vileges des
- ( a ) L’imprime' porte ici 8c par-tout ailleurs Charles VI ; mais c’eft une faute : car ce Prince, mort en 1422 , n’a pu donner ces Lettres-Patentes en 1450, neuvième année du régné de Charles VII. Elles font transcrites en entier dans l’un des Atles ci-deffous rapportés; mais nous avons jugé plus convenable de les mettre ici à leur tête , puifqu’ils n’ont été délivrés que fur le vu d’icelles. Quant aux Lettres antérieures 8c poiiérieures à celles-ci, accordées par nos Rois aux Peintres-Vitriers, on en trouvera l’extrait 8c la date dans la Sentence con-tradiôloire qui eft à la fuite. Elle fait auffi mention de plufieurs autres Actes 6" Sentences rendues en leur fa» veur, pour les faire jouir de leurs Privilèges.
- Peintres & Vitriers , ont accoutumé efire francs , Peintres fur quittes & exemts de toutes Tailles , Aydes , Subfides, nu^a/le^di" Gardes-de-Portes , Guets , Arriere-Guets & autres Lettres.* Subventions quelconques ; Néanmoins il doute que Vous Capitaines , Efieus, Receveurs, Collecteurs 6c autres defdits lieux de Bourges 6c d’ailleurs où il feroit fa demeurance , de vouloir contraindre fans avoir égard à ce que dit eft , à contribuer auxdites Aydes6cfaire Guet, Arriere-Guet, Garde-Porte, comme l’un des autres qui ne font pas de la condition dudit Suppliant, qui feroit contre fes droits, franchifes 6c liber-tez, 6c à fon très-grand préjudice 6c dommage; 6c plus pourra eftre au tems advenir , fi fur ce ne luy eftoit parNous pourveu de remede convenable ; fi comme il requeroit humblement , qu’attendu-, comme dit eft, la bonne volonté 6c intention qu’il a de foy toujours loyalement employer en noftre fervice audit fait de fondit Art, 6c aufli qu’à l’occafion de ce que deffus, dont il eft grandement endommagé, Sc pour ce il Nous plaift luy pourvoir de noftre remede fur ce; pourquoy Nous ces chofes confidérées, voulant ledit Suppliant 6c tous autres de fa condition eftre préfervez en libertez 6c franchifes ,
- 6c en faveur des bons 6c agréables fervices qu’il
- nous a fait 6c fait de jour en jour de fondit
- Art, 6c efpérons que encore fafle à l’advenir
- iceîui Suppliant ; Avons eximé ,franchifé & exem- Confirma-
- pté, eximons , franchifons & exemptons } en tant que don de ces
- Métier lui en feroit, de grace fpéciale , fr tous ceux ^dviléges,
- de fa condition par ces préfentes, de toutes Aydes,
- Subfides, Emprunts , Commifiions , Subventions,
- Guet , Arrière-Guet, Garde-de-Porte & autres chofes £r fervice quelconque, mis ou à mettre fur en quelconque maniéré , & pour quelque caufe que ce foit en nofire Royaume. Si vous mandons expref-fément ; enjoignons à chacun de vous, fi comme à luy appartiendra, que de noftre préfente
- grace
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- 'Attache ou confente-menT du Miniftre des Finances de Charles VII,
- Aéte qui met en jouif-fance des Privilèges contenus en ces Lettres - Patentes divers
- Peintres-Vi-
- trier s,
- Privilèges accordés aux Peintres - Vitriers. 89
- grâce Sc volonté 8c oftroy, vous fafliez, fouf-friez 8c laifliez ledit Suppliant & tous autres de fa condition, jouir 8c ufer pleinement 8c pai-flbîement, fans peine luy faire , mettre ou donner, ne fouffrir être à lui, fait, mis ou donné ores, ne pour le tems à venir, aucun empefche-mentne deftourbier en corps ne en biens en quelconque maniéré que ce foit au contraire ; mais fi aucun de fes biens ou chofes eftoient pour ce pris 8c arreftez, faifis 8c empefchez, les luy mettre ou faire mettre tantoft 8c fans délay en pleine délivrance, en la faifant rayer des papiers, roolles 8c écritures de vos Efleus, Commiffai-res 8c Collecteurs deïfufdhs, ëc aufîï de vous Capitaines, Lieutenants 8c autres Officiers qui auroient les Gardes des Villes, Chafteaux , Fortereffes où ledit Suppliant feroit demeuran-ce : car ainfi Nous plaift eftre fait, 8c audit Suppliant l’avons oftroyé 8c odroyons par ces préfentes de grâce fpéciale, nonobftant quelconques Ordonnances , Commandement ou deffen-fes à ce contraires. Et pour ce que ledit Suppliant 8c tous autres de fa condition pourroient avoir affaire en plufieurs lieux du double de ces préfentes, Nous voulons qu’au Vidimus d’icelles , fait fous le fcel Royal ou authentique , foit foy adjouftée comme au préfent Original. Donné à Chinon le tiers jour de Janvier l’an 1430, 8c de noftre Régné le <?e. Ainjî, parle Roy, le Maréchal, de Saint-Ovier, les fleurs de Cerifay, 8c autres préfens 8c allans, avec un paraphe : Enfemble la teneur de ladite attache.
- Nous Regnier de Boulîagny, Général, Com-miffaire du Roy Noftre Sire fur le fait 8c gouvernement de toutes fes Finances ès Pays de Lan-guedorbe 8c Languedoc : Veuè’s les Lettres du Roy Noftre Sire, efquelles ces préfentes font attachées fous noftre ligne, confentons & fouîmes d’accord en tant qu’à Nous eft, que Henry Melîein , Peintre & Vitrier, demeurant à Bourges, nommé efdites Lettres Royaux , £r tous autres de fa condition, foient francs, quittes 8c exemts de toutes Tailles, Aydes 8c Subfides, Emprunts, Com-miflions , Subventions , Guet, Arriéré - Guet, Garde-de-Porte 8c autres charges 8c fervitudes quelconques , mis ou à mettre fur noftredit Royaume , en quelconque maniéré, ne pour quelconque caufe que ce foit, 8c pour les cau-fes, tout ainfl Ôc par la forme 8c maniéré qu’ice-iuy Sire le veut 8c le mande par fefdites Lettres , & au contenu des Privilèges anciens à eux donnez, fous noftre ligne , le dix-feptieme jour de Décembre 1431* Ainjî Jîgné Enquechon.
- Al CT ES qui mettent en jouiffancè de ces Lettres-Fat ente s divers Peintre s-Vitrier s.
- A tous ceux qui ces Lettres verront ; Antoine le Comte , Notaire 8c Tabellion de la Cour Royale du Bourg - Nouvel : Salut. Sçavoir faifons qu’aujourd’huy 18e jour du mois de Juin Pan 15* 3 y, par Nous a efté veuë , tenue, leuë 8c diligemment regardée, mot après mot, une Lettre-Patente avec attache d’icelle , écrite en parchemin, faine & entière ; & dont la teneur enfuit : CHARLES, 8cc. ( comme deffus ). En tefmoin defquelles chofes, Nous avons ligné ces préfentes de noftre feing , 8c pour plus grande approbation fcellé de l’un des fceaux de
- Peint. sur Verre. /. Part.
- ladite Cour Royale de Bourg-Nouvel ledit jour, mois & an premiers dits ; préfent à ce honnefte homme Maiftre Pierre Boullay , Secrétaire du Roy & Reyne de Navarre ès Duchez d’Alençon , ôc Mathurin Boittard d’Alençon , tefmoins. Ainjî Jîgné le Comte 8c Boullay, d’eux paraphé, 8c fcellé de cire verte fur Ample queue.
- A tous ceux qui ces présentes Lettres verront; Louis Richard, Efcuyer, Garde du fcel des obligations de la Vicomté de Caen, S al ut. Sçavoir faifons, qu’aujourd’huy 2e jour de Janvier l’an ip42 , par Denis de la Haye 8c Richard Noël, adjoints de Lucas de la Lande , Tabellions Jurés 8c Commis pour le Roy Noftre Sire en la Ville 8c Banlieue dudit Caen, Nous a efté témoigné 8c relaté avoir veu , tenu 8c Jeu, mot après autres, certaines Lettres en faim fceau 8c écriture , defquelles la teneur enfuit : CHARLES, &c. ( comme deffus ). En tefmoin defquelles chofes Nous Garde deffus nommé, à la relation defdits Tabellions premiers nommés, Avons mis à ce préfent Vidimus 8c tranfcrit le fcel aux obligations de la Vicomté de Caen , les an 8c jour deffus dits : Defquelles Lettres de Vidimus eftoit Porteur Maiftre Simon Mehejire, Peintre & Vitrier, auquel lefdites Lettres ont efté rendues , & à préfent demeurées ès mains de Liom de la Rue , & de Préfent de la Rue jbnjîls dudit Art & Ejîat de Peintre Vitrier. Signé de la Haye 8c Noël, d’eux paraphé ; êc au bas eft écrit : Collation faite 8c fcellée fur double queue de cire verte ; en quoi eft imprimé une armoi-rie en forme de Chafteau ou Ville.
- A tous ceux qui ces Lettres verront ; Louis Richard, Efcuyer, Garde du fcel des obligations de la Vicomté de Caen, Salut. Sçavoir faifons qu’aujourd’hui 6e jour de Janvier,l’an 1545*, par Payen Filleul, Notaire du Roi Noftre Sire , des Sergenteries de Viîlers, 8c Charles Remy, 8c Nicolas Picot, Tabellions pour ledit Seigneur audit Siégé, Nous a efté témoigné 8c relaté avoir veu , tenu ôc leu , mot après autres , certaines Lettres en forme de Vidimus, écrites en parchemin , faines 8c entières en fceaux & écritures , defquelles la teneur enfuir : CHARLES , &c„ ( comme deffus). En tefmoin defquelles chofes Nous Garde deftufdit, premier nommé , à la relation dudit Notaire & Tabellion, avons mis à ce préfent Vidimus 8c tranfcrit le fcel aux obligations de ladite Vicomté de Caen, pour 8c à la requefte de Martin Hubert de VArt de Peintre 6* Vitrier , demeurant en la Paroiffe de Jurgues, à ce préfent, pour lui fervir 8c valoir au fait 8c liberté de fondit Art qu’il appartiendra ; les an 8c jour premiers dcffufdits, en la pré-fence de Meffire Pierre Houllebec, Prêtre de Tracy, & Noël le Roux , d’Efpiney-fur-Ouïdon, 8c defquelles Lettres de Vidimus eftoit Porteur ledit Martin Hubert, auquel elles ont été rendues. Ainjî Jîgné Payen Filleul.
- A -TOUS CEUX QUI CES PRÉSENTES LETTRES
- verront ; Louis Richard , Efcuyer, Garde du fcel des Obligations de la Vicomté de Caen, Salut. Sçavoir faifons qu’aujourd’huy 8e jour de May Pan 1 y4<? , par Payen Filleul 8c Geoffroy Hamel, Tabellions Royaux , Jurés-Commis en ladite Vicomté de Caen, Maîtres des Sergenteries de Villers, 8c en ceci, Nous a efté témoigné 8c relaté avoir veu , tenu 8c leu, mot après autres, certaines Lettres en forme de Vidimus , écrites en parchemin, faines 8c entières,
- Z
- Autre en faveur de Simon Mehef-tre 8c de la Rue, pere 8c fils.
- Autre en faveur de Mar*» tin Hubert.
- Autre en faveur de Gilles 8c Michel du Bofc, frétés.
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- Privilèges accordés aux Peintres• Vitriers,
- ôc enfain fceau Ôc écriture ; defquelles la teneur enfuit .-CHARLES, ôcc. ( comme deffus ). En tefmoin defquelles chofes Nous Garde deffufdit, premier nommé, à la relation defdits Tabellions , avons mis Ôc appofé à ce préfent Vidimus - ôc tranfcrit le fcel aux Obligations de ladite Vicomté de Caën , pour & à la requeAe de Gilles du Bofc G* Michel du Bofc , jreres, de VArt de Peintre G Vitrier, demeurant en la Paroiffe de Saint-George d’Aulnay, pour leur fcrvir 5c valoir au fait Ôc liberté de leurdit Art, ainA qu’il appartiendra, defquelles Lettres de Vidimus efloit Porteur Martin Hubert, auquel elles ont été rendues préfentement, ôc à ce préfent, demeurées audit du Bofc; le tout fait en pré-fence de Maiftre Guillaume Soufflans , PreAre , \ ôc Jean Acquan de Tracy. Signé Filleul ôc Hamel , chacun un paraphe ôc apparoiA avoir eAé fcellé.
- Et defious eji encore, ' .
- Copie des Collation faite fur l’Original de la préfente Lertres " copie en parchemin ( defdits A&es & Lettres-tesc?-deffus Patentes) portée par Charles Gruchet, ôc de-délivre'e en. meurée en fes mains après ladite Collation faite 1617,< en fa- par Nous Nicolas Helame, Notaire Ôc Tabel-lion Royal en la Vicomté de * ¥ * pour le u ier' liege de Fefcamp , ce jourd’huy premier jour d’Avril 1617; Inftance ôc RequeAe de Pierre Eudier, Peintre, demeurant à Fefcamp , pour la préfente copie lui valoir & fervir en temps ôc lieu que de raifon ; en approbation ôc vérité defquelles chofes ledit Gruchet a Agné avec Nous ces préfentes , l’an Ôc jour deffus dits. Fait comme deAus. Ain A figné, Charles Gruchet ôc Nicolas Helame, avec paraphes.
- (Il a été fait une copie collationnée defdits Ades ôc Lettres-Patentes, lors de PimpreAion en 1672, des Statuts, d’où nous les avons extraits ; car on lit encore au bas de ces mêmes Ades ).
- Collationné fur ladite copie en papier, ce fait rendue par les Notaires Garde-notes, du Roy Noftre Sire, en fon Châtelet de Paris, foujftgnés ce¥¥¥ jour de * * * 1672.
- SENTENCE CONTRADICTOIRE du Préfident de IElection de Dreux y ren~ due en 1 $70 , en faveur des Peintres-l'itriers, contre des Collecteurs qui les trou-bloient dans la jouijfance de leurs Privilège5 confirmés par Charles IX 9 en 1563.
- Sentence A tous ceux qui ces présentes Lettres de Dreux en verront ; Pierre Fournaize, EAeu pour le Roy 1570, en fa- NoAre Sire, par luy ordonné fur le fait de fes
- rentLucasa& Aydes & TailleS en la Ville & E<le«ion de Robert He- E)reux, Salut. Sçavoir faifons que entre ruffe, Pein- MaiAre Thomas de Montbrun, premier Syndic tres-Vitriersà des Manans ôc Habitans de la Ville ôc ParoiAe net* d’Annet,chargé 5c ayant pris la caufe pour Allain
- Brochand, Ôc Jacques Duraye , Colledeurs en l’année préfente mil cinq cens, feptante , des Tailles de ladite ParoiAe d’Annet, Demandeurs ôc exécutans d’une part ; ôc Mes. Laurent Lucas G* Robert Herujfe , Maijlre-ès-Arts G Sciences de Sculpture G Peinture, Deffendeurs, exécutés ôc oppo-
- fans d’autre part. Veu le Procès d’entre lefdites Parties , l’Expédition de commandement, ôc Exécution faite des biens defdits Deffendeurs, oppofans à la RequeAe defdits Colledeurs , par André de Haumont, Sergent-Commis audit An net, le 14e jour de Février dernier 1770; l’Ade 5c Appointement de conteAation donné de Nous entre icelles parties le 6e jour de Mars audit an, par lequel Nous avions icelles parties appointées en droit à écrire & fournir ôc produire dedans les délais y -mentionnez, ôc par forcluAon les écritures 5c advertiffemens defdits Deffendeurs oppofans ; l’EnqueAe par Nous faite d’un adjournement fur les faits probatifs mis Ôc déduits audit Procès par iceux Deffen^ deurs ; certain Extrait en parchemin Agné Drouart, de quelques Articles G certaines Ordonnances faites G inférées au Greffe de la Prevofté de Paris, dès le 12e jour dé Aoufi 13 90, un contenant, entr autres chofes , immunité G exemption de toutes Tailles , Sub-Jides , Impofidons , données G oôlroyées aux Perfon-nes de Veftat G fcience de Peinture G Sculpture : Autre Lettre en parchemin contenant un tranfcrit de Vidimus fait par Jean Fermethean Sc Jean Mercade, Tabellions-Jurés en la PrevoAé de Bayeux , le 8 jour d’Avril audit an 1517: Autre tranfcrit 5c Vidimus fait pardevant le Tabellion ôc Notaire Royal de la Cour Royale de Bourg-Nouvel, le 28e de Juin 1537: Autres Lettres-Patentes de feu bonne mémoire le Roy Charles VII de ce nom, Roy de France , données à Chinon le 3 e jour de Janvier 1430 , contenant immunité G exemption données G oèlroyées par ledit feu Roy à Maiftre Henri Meïlein, Peintre, lors demeurant à Bourges, & à tous autres Peintres -Vitriers, Ima-gers, Sculpteurs , de toutes Tailles , Aydes , Subfi-des, Emprunts , CommiJJions , Subventions, Guet, Arriere-Guet , Garde-de-Portes, G autres charges, que aujjî de Vattache du Général de toutes les Finances du Roy ès Pays de Languedorbe G Languedoc, portant confentement que lefdites Lettres fortifient effet : Un autre Vidimus ou tranfcrit fait pardevant MaiAre Michel le Breton, ôc Philippes Freu-chart, Tabellions en la PrevoAé de Vernon, le 15 jour de Mars 1 y y y : Et certaines Lettres-Patentes du feu Roy Henry , données à Saint- Germain - en -Laye, le 6e jour de Juillet, Van de grâce ijff, portant confirmation des Privilèges, exemptions G immunités déclarées efdites Leur es-Patentes du feu Roy Charles VII, aux Perfonnes de Maiftres René G Remi le Lagoubaulde, pere G fils, Imagers G Sculpteurs, G autres de femblable G pareil Art, eflat G vacation : Autre Vidimus en parchemin fait par Jean Jonan ôc Pierre Reoult, Tabellions Royaux en la Vicomté d’Orbec , le 8e jour de Mars 1 ^70 , fur l’Original : Autres Lettres-Patentes obtenues du Roy Noftre Souverain Seigneur Charles IX, à préfent régnant, G données à Melun, au mois de Septembre 1763, portant confirmation faite des âeffufdits Privilèges, immunité$ G exemptions à tous Maiftres Sculpteurs, Imagers, Peintres G Vitriers , à la fupplication de Maîtres Jean G Jean Beufelin ,* freres , dudit Art de Sculpture, Imagers, Peintres G Vitriers : Autres Vidimus ôc tranfcrits faits par ledit Jonan 5c Reoult, Tabellions audit Orbec , le 18e jour de Mars audit an : Un Vidimus de deux Lettres de Sentences ; la premier-e donnée à la Cour des EAeus de Rouen , le mardi 2e jour de Juin 15-44; 5c la fécondé en l’EIeftion de Caen, le 9e jour de Février 1744 -‘Pareillement deux autrer Lettres de Sentences doaaées en i’EIec-
- Anciens Privilèges in-férésau Greffe de la Prévôté de Paris , dès 1390.
- Lettres-Patentes <Je Charles VII, ci - devant rapportées.
- Lettres-Pa-tentes'd’Hen-rill,eniçf à la Rêquete de René ôc Remy le Lagoubaulde , pere ôc fils. >
- Lettres-Patentes de Charles IX, en 1Î63,àla Requête des freres Beufelin.
- Sentences rendues en conféquence en faveur de divers Peintres-Vitriers.
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- Privilèges accordés aux Peintres- Vitriers. 01
- tion d’Evreux; la première le 16e jour de Décembre 1564; & la fécondé le 7e jour de Décembre i f66 ; lefquelles Pièces appert les Sculp-
- teurs , Peintres , Imagers Cf Vitriers , y dénommés , avoir joui des Privilèges, immunité^ , exemptions &* franchifes données par ledit Roy Charles VII3\auxPerfon-> nés dudit Art & Science, fuivant iceux avoir efté dé-clarei exempts & immuns de toutes Tailles , Subjîdes & Importions. Veu auffi autres deux Lettres en parchemin , l’une fignée Varin , datée du 10 jour d’Avril 1567; & l'autre fignée Herbin 8c 1 Feroult, datée du 2pe jour de Mars dernier, par lefquelles appert de la réception aux Mai-ftres defdits eftats de Peinture 8c Sculpture def-dits Deffendeurs oppofans, 8c tout ce que par iceux a efté mis 8c produit pardevers Nous : Et que de la part defdits Collecteurs n’a efté fait, écrit, ny produit aucune chofe audit Procès, ainfi qu’il nous eft apparu par le Certificat du Greffier de cette Efleftion, en date du 8e jour de Septembre, l’an préfent 1570, mis 8c produit audit Procès par iceux oppofans. Le tout Difpofitif veu 8c confidéré , 8c en fur ce Confeil ; « N o u s âelaSenten- M pour ces caules à plein portées , contenues 8c ce de 1570, „ vérifiées par ledit Procès, D1 s o n s qu’à bonne
- a» 8c jufte caufe lefdits Deffendeurs oppofans fe dï font oppofés à l’exécution faite en leurs biens o? à la Requefte defdits Brochand 8c Duraye,
- 3D Collecteurs fufdits ; laquelle en ce faifant, » avons déclaré 8c déclarons nulle, tortionnaire »& déràifonnable , 8c que les biens pris par « icelle feront rendus 8c reftitués auxdits Deffen-« deurs oppofans ; à quoy faire feront lefdits 1 oï Collecteurs déjà 8c tous autres qu’il appartien-35 dra, contraints par toute voye deue 8c raifon-3» nable : Et lefqueîs oppofans avons déclaré 8c os déclarons, fuivant les Privilèges, exemptions 35 8c immunités à eux 8c leurs femblables don-» nées 8c oCtroyées par le feu Roy de France , 35 confirmées par le Roy Noftre Sire Charles IX , 3» à préfent régnant, immuns, exempts defdites 3> Tailles, Subfides 8c Impofitions : Difons 8c 33 ordonnons que à chacun d’eux en droit foy, 33 feront déroolez & mis hors des roolles des 33 Tailles d’icelle Paroiffe ,8c leurs cottes 8c affiet-3» tes portées 8c mifes fur la Généralité de la-33 dite Paroiffe , fans que à l’advenir ils puiffent 35 eftre affïs 8c cottifez efdites Tailles , nonob->5 ftant tout ce que par ledit Chevalier audit » nom pourroit avoir efté dit 8c empefehé, dont 35 nous le déboutons ; 8c fi l’avons condamné » 8c condamnons en l’amende de la Cour, def-
- 35 pens de l’inftance, dommage 8c intérêts, 8c 33 procédant à caufe de ladite exécution & oppo-35 fition èfcvers lefdits Deffendeurs oppofans tels os que de raifon ^ la taxe d’iceux par devers nous » réfervée par noftre Sentence 8c Jugement, en as la préfence dudit Herujfe, comparu tant pour 3> lui que pour ledit Lucas, 8c enl’abfence dudit os Procureur Syndic , le Lundi treizième jour 33 de Septembre 1570 33. Si te mandons au premier Sergent Royal de ladite EfleCtion fur ce requis , qu’à la Requefte defdits Deffendeurs oppofans, ces préfentes il aye à lignifier, notifier 8c faire deuement à fçavoir audit Procureur Syndic demandeur , luy faifant lefture du Diftum d’icelles de mot après autres ; ce fait, icelles dites préfentes mettre à exécution deue félon leur forme 8c teneur , en ce qu’elles requièrent 8c pourront requérir exécution, «Sc en ce faifant qu’il adjourne à jour certain 8c compétant, pardevant Nous ou noftre Commis audit Dreux , ledit Demandeur , pour voir décerner, taxable^ liquider les dommages <5t intérefts, efquels il eft par lefdites préfentes condamné 8c intimé , qu’il comparût ou non, que néantmoins fon abfence fera par Nous à ce procédé comme de raifon; de ce faire lui donnons pouvoir «Sc commiffion. Donné audit Dreux, en tefmoin de ce, fous le feel Royal eftabli audit Dreux, les an 8c jour deffufdits. Signé Suzarier , un mere ou paraphe, «Sc fcellée de cire verte.
- Et au bas efi écrit :
- Collation de la préfente copie cy-deflus tranf- Copie de la crite, a efté faite fur l’Original en parchemin diteàentence par Nous fouflignés, Gilles Fromont «Sc Gilles fa^
- Efcorchevel, Tabellions Royaux à Egis, Reque- veurde Phi-fte 8c inftance de Philippes Baccot, Peintre, de- lippeBaccot, meurant à Bouffi, pour lui fervir 8c valoir ce que de raifon, comme d’Original, le unziefme jour de Février 15*87. Ainfi figné Efcorchevel 8c Fromont, avec paraphe.
- ( Il a été fait pareillement une copie collationnée de cette Sentence, lors de l’impreffion en 1672 , des Statuts d’où nous l’avons extraite; car on lit encore au bas de ladite Sentence ) :
- Collationné fur une copie collationnée efiant en papier, en fin de laquelle efi une autre copie de Sentence collationnée par ledit Efcorchevel , dudit jour onfieme Février ifSj. Ce fait, rendu par les Notaires foujjîgnés U*** jour de*** 1672.
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- L’invention du V erre auf-fi ancienne que celle des Métaux. Antiquité du Verre prouvée par fon Etymologie hébraïque , ôte.
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- Extrait de deux Lettres inférées dans la Galette Littéraire de t Europe , du premier Décembre 1765 , N°. 24 > fur t Origine & Ü Antiquité du Verre.
- J’ai promis (a) de donner ici un Extrait de deux Lettres manuferites, inférées dans cette Gazette, fous le titre de Lettre d’un Savant de France à un, Savant de Dannemarck , fur VOrigine & VAntiquité du Verre, avec la Réponfe de ce dernier. Je m’y fuis porté d’autant plus volontiers que cette Réponfe contribue beaucoup à juftifier Si à étendre le fyftême que j’ai embralfé fur ces deux objets. L’Auteur Danois y établit cette Thefe :
- L’invention du Verre eft aujji ancienne que celle des Métaux ; ces deux Arts marchent d’un pas égal, &* remontent l’un & L’autre aux premiers âges du monde.
- Voici comme il le prouve :
- « Le mot propre du Verre en Hébreu eft âî Zekoukit, à puritate fie diSlum , cl radice Zakak , « parus, nitidus fuit. Tout comme le mot Latin « Vitrum vient de Videre , quia efl vifui pervium, » Ce mot Zekoukit ne fe trouve qu’en un feul en-as droit dans la Bible ; favoir , dans Job ( Ch. » XXVIII. v. 17) :Non adœquabitur ei (fcilicetfa-sspientiæ) aurum vtl vitrum. Ainfî vous voyez »> déjà que Saint Jérôme a mieux entendu ce paf-
- fage que les Interprètes modernes qui fe font a» avifés de critiquer ce favant Homme ».
- « Perfonne ne doit mieux connoître la figni-» fication Si la propriété des termes Hébreux « que les Hébreux mêmes. Or tous les Interpre-•» tes Juifs & les Rabins qui ont précédé Jefus-
- Chrift conviennent généralement que leur Lan-as gue n’a jamais eu, & n’a encore d’autre ter-as me pour défigner le verre que celui de Zekou-33 kit; Si que ce mot ne lignifie autre chofe que le a» verre. Ils appellent des vafes de verre maafé Ze-as koukita, L’ufage du verre pour les fenêtres eft à 33 la vérité moderne.. . Mais l’ufage des coupes »s de verre remonte aux premiers âges du monde. 33 C’étoit une cérémonie effentieîle des noces chez » les anciens Hébreux , de faire boire l’Epoux a» Sç l’Epoufe dans un vafe de verre, & de le « cafter enfuite 33.
- « L’Etymologie que je viens de vous préfen-» ter prouve déjà l’Antiquité du verre ; car 11 »s Job, qu’on croit avec beaucoup de fondement »3 avoir été contemporain d’Amram, a connu « le verre avec fon nom propre; on ne peut 33 guère remonter plus haut, fans toucher au press mier âge du monde 33.
- ccll eft vrai que quelques Interprètes modéras nés, voyant que, dans ce texte de Job, le ver-33 re eft mis à côté de l’or , ont traduit le mot 33 Zekoukit par celui de Diamant. Mais ils au-33 roient dû conlidérer que fi le verre a perdu 3> de fon prix, aujourd’hui qu’il eft devenu fi » commun, il n’en étoit pas de même dans ces »s anciens temps, où la Fabrique du Verre étoit 33 encore peu connue. Les vafes de verre & de 33 criftaux blancs étoient alors recherchés, efti-33 més autant que les vafes d’or. Le plus célébré 33 des Interprètes qui ayent fleuri avant Jefus-•> Chrift, dit fur un Texte du Deutéronome (b) » que nous expliquerons bientôt ; le verre blanc
- () Dans la derniere note du Chap. I. de cette première Partie.
- () Jonathan 53. V. 19.
- 33 ne le céderoit point à For , Ji la matière n en étoit 33 pas fragile 33.
- «Les Grecs appellent le verre Hualos Si Hue-33 los : ce mot vient de Huelis, qui lignifie le 33 fable dont on fait le verre ; Si Huelis vient du » mot Hébreu Hol, qui lignifie le beau fable en » général, Si en particulier celui dont on fait le 33 verre ».
- « Cette fécondé étymologie montre que c’eft » des Hébreux que les Grecs ont appris la Fabri-33 que du verre , Si que les premiers font con-3> nue de tout temps, puifque la matière dont on » le fait , Si par conféquent fa Fabrique, fe » trouvent dans les premières racines de leur 33 Langue 33.
- «Un peu de réflexion fuflit pour faire com-33 prendre que l’invention de la fufion des mé-33 taux Si celle du verre ont une même origine 33.
- «La première ou l’invention des Métaux eft 33 généralement attribuée à Tubalcaïn, d’après 33 es paffage de la Genefe ( Ch. IV. v. 22'j.Tubal-» caïn qui fuit malleator csffaber in cunSla opéra æris 33 &ferri. Mais comme l’original peut aufti figni-33 fier , Si même plus proprement, que Tubalcaïn 33 enfeigna à graver en cuivre & en fer , il y a des 33 Savants qui prétendent que l'invention des 3> Métaux eft antérieure à Tubalcaïn. Reimma-33 nus dit dans fon Hiftoire Antédiluvienne ( Sed:. 331, §. 41. pag. 39 ). Avant Tubalcaïn on ne gra~ 33 voit les Monuments que fur des pierres ; il enfei-33 gna la méthode de les graver fur le cuivre , f tr le xfer & autres métaux , pour les mieux préferver 33 des injures du temps. Aufli ne paroît-il pas pro-3obable qu’on ait pu entièrement fe paffer de » métaux jufqu’à Tubalcaïn ; Si puifque Caïn 33 étoit Laboureur, il*eft naturel de penfer qu’il 33 connut l’ufage du fer 33.
- «Mais quel qu’ait été l’inventeur de la fufion » des métaux, que ce foit Tubalcaïn ou un autre, » toujours paroît-il certain qu’on n’a pu voir la » fufion des métaux fans voir en même-temps 33 celle du Verre33,
- «Celui qui, d’une maffe aufli informe, aufti 33 grolfiere, aufti peu reffemblante à un métal 33 que l’eft un bloc de minéral fortant de la mine, 33 obtint le premier, par le moyen du feu , un 33 métal fufible , duétile Si malléable, ne put pas 33 ne pas comprendre la fufion & la fabrique du 33 Verre, puifqu’en fondant fon minéral il voyoic 33 non-feulement le métal, dégagé des pierres qui 33 letenoientemprifonné, couler au fond de fon 33 fourneau ; mais aufti les pierres Si les fcorics 33 du minéral , fondues en même-temps, nager 33 fur le métal en fonte, Sc fe vitrifier enfuite par 33 le refroidiffement lorfqu’il avoit fait couler 33 fon métal hors du fourneau. Delà il lui étoit 33 aifé de conclure qu’en employant des matières plus nettes, il obtiendroit une vitrification plus pure &plus belle, Si qu’en prenant ces matières dans le temps même de leur fufion, il pourrait les mouler Si les figurer, comme il le jugerait à propos 33.
- « La fufion des Métaux & celle du Verre paroifi fent donc deux Arts inféparables, & dépendants l’un de l’autre ; la découverte de l’un eft donc l’époque de l’origine de l’autre. Cette
- » indu&ion
- La découverte de la fufion des Métaux, époque de l’Origine duvern. re.
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- Faits qui prouventque la fabrique du verre remonte à la plus haute antiquité'.
- Confluences qui en réfultent.
- Lettres fur ï Origine & VAntiquité du Verre'. 93
- *> induction eft autorifée par les étymologies » précédentes : il s’agit maintenant de la confïr-» mer par des faits qui montrent que la fabri-» que du verre remonte à la plus haute anti-» quité ».
- « Le premier eft tiré de la Bénédiction que » Moyfe donna aux enfants de Zabulon (Deut. » 33. v, 19 ). où il dit : Qui ( fcilicet Zabuloni-» tæ ) inundationem maris quaji lac fugent, & the-» fauros abfconditos arenarum, félon la Vulgate ; » mais il y a proprement dans l’Original : Abun• » dantiam maris & thefauros recondiâjjimos arence ».
- «On doit plutôt regarder ces Bénédictions » que Moyfe donne aux Tribus , comme des 30 inftrudions fur les qualités du pays qu’elles » alloient occuper & fur les avantages qu’elles » pouvoient en retirer, que comme des Béné-» dictions proprement dites ».
- « La tribu de Zabulon confinoit du côté » de l’Orient à la mer de Galilée , Ôc du côté de » l’Occident à la mer Méditerranée. Elle pou-» voit donc jouir de l’abondance de la mer. Le » Patriarche Jacob lui avoit promis le même » avantage (Gen. 49. v. 13 ). Zabulon in littore sa maris habitabit, in fiatione navium pertingens » ufque adSidonem 00.
- te Par les tréfors Us plus cachés du fable tous les » Interprètes Juifs , tant anciens que modernes, 3o entendent le verre. Ils regardent la fabrique » du verre , comme une des trois bénédidions » que Moyfe promet aux Zabulonites. Cette » Tradition univerfelle des Juifs fur le fens de » ce texte ne peut gueres s’expliquer que par » l’effet que produifit l’avertiffement de Moyfe » fur les Habitants de ce pays-là, ôc les Ver-» reries qui y étoient établies de temps immé-» morial ».
- « Il paroît, en effet, par tous les Auteurs an-» ciens qui ont écrit fur cette contrée, que le » fable de la riviere de Bélus , qui traverfoit le » Pays de Zabulon * étoit le plus propre à faire » de beau verre ; qqe les Zabulonites compri-» rent très-bien le fens de cet avertiffement de » Moyfe, puifqu’ils établirent des Verreries dans 30 leur pays, qui ont été les premières qu’il y ait s> eu au monde ; que cet Art fe communiqua de » là en Phénicie & en Egypte ; que les verres s» & les criftaux qu’on y fabriquoit, étoient les » plus beaux qu’on connût dans ces temps-là , » ôc qu’ils conferverent leur réputation ôc leur 33 prix pendant plufieurs fiecles, 6c même jufques » fous les Empereurs Romains ( a) 30.
- « Ce verre étoit fi eftimé que fous l’empire de » Néron, on paya fix mille fefterces pour deux a» feules coupes. Nous liions dans Martial que, » les vafes de ce verre étôienlf d’un très-grand » prix, en comparaifon de ceux qui fe fabri-» quoient à Rome, 6c qu’il n’y avoit que les » grands Seigneurs qui puffent s’en procurer. » L’art 6c le travail dévoient être portés à un » beaucoup plus haut degré de perfection dans » ces anciennes Fabriques; ce qui ne contri-30 buoit pas peu à augmenter le prix de la ma-»tiere».
- « Ces faits , fi je ne me trompe, expliquent » infiniment mieux ce texte du Deutéronome 30 que toutes les imaginations des Commenta-soteurs modernes. Je crois maintenant être en
- » droit de conclure; i°, Que l’invention du ver-» re eft auffi ancienne que la fufion des métaux ; » 2°, Que Moyfe en connoiffoit la fabrique, »puifqu’il donna fur ce fujet des inftrudions » aux Zabulonites ; 30, Que ceux-ci la connoif-» foient aufli , puifqu’ils comprirent tout ce » que Moyfe vouloir leur dire, ôc fe condui-» firent en conféquence ; 40, Que ces Verreries » du fleuve Bélus font les premières Verreries » confidérables qui aycnt été établies; 50, Que » cet Art s’eft répandu de-là dans les Pays voi-» fins, 6c qu’il a été connu en Orient long-temps » avant qu’on en eût la moindre connoiffance » en Grece ».
- «Au témoignage de Moyfe, j’ajoute celui » de Salomon , lorfqu’il dit ( Prov. 23. v.31 ) : » Ne intuearis vinum quando flavefcit, cùm fplen-» duerit in vitro color ejus, félon la Vulgate; 33 mais il y a dans l’Original : Ne intuearis vinum » quando rubefcit , cùm Jplenduerit in poculo color 3» ejus. J’ai déjà remarqué que l’ufage du verre 33 pour les coupes remontoit à la plus haute » Antiquité. On en voit une nouvelle preuve »3 dans ce paffage. On fe fervoit au temps de 33Salomon de coupes de verre pour boire, & »> même de beau criftal blanc, au travers duquel »3 on fe plaifoit à voir pétiller le vin ».
- « En fe donnant la peine de fouiller plus 3# exactement dans les anciens Monuments, il »» feroit peut-être facile d’y trouver d’autres preu-33 ves de l’antiquité du verre. Mais celles que je 3» viens d’expofer fuffifent, je penfe, pour con-»j firmer ma Thefe 33.
- La réponfe du Savant Danois, que je me fuis attaché plus particuliérement à extraire , remplit parfaitement l’objet de la demande. Elle diftingue, au défie du Savant François, les différents fens dont le mot Verre eft fufeep-tible dans les Langues Orientales, 6c fur-tout celui dans lequel les Auteurs Hébreux l’unt employé , lequél a donné matière à leurs Commentateurs d’élever bien des doutes fans les réfoudre. Les Grecs fur-tout, en appellant Hualos non-feulement le verre , proprement dit, mais en général tout ce qui eft de couleur criftal-line, ont donné lieu à leurs Traducteurs, en-tr’autres à ceux d’Hérodote , de faire croire quê dans l’Ethiopie, il y avoit des verres fofliles dont les Habitants fe fervoient pour enchaffer les corps de leurs morts. Nos deux Savants font ici parfaitement d’accord ( b ) , & foutiennent qu’on ne doit entendre par le mot Verre qu’une compofîtion faite par le fecours du feu 6c de l’art ; que par conféquent on ne doit point donner le nom de verre à aucun foftîle ; que VHualos d’Hérodote n’étoit autre chofe qu’un vernis bitumineux , foffile Ôc tranfparent, dont on enduifoit le plâtre qui renfermoit les Momies, pour les garantir des injures de l’air, Ôc non du verre proprement dit; que s’il arrive quelquefois que l’on découvre dans la terre des matières vitrifiées , elles ne peuvent être produites que par des feux fouterrains; ce qui ne feroit pas rare près des Volcans. Ceci fert à redreffer ce que j’avois avancé d’après la Traduction d’Hérodote par du Ryer, dans le Chap. II de cette première Partie.
- (a) Voyei Tacite, Liv. Chap. VII; Pline, Liv. 5*. Chap. XIX ; & Jofephe, Liv. 2. de Bello 'Judciico.
- Peint, sur Verre, J. Part.
- (b) Lettre du Savant François, ad calcem : Réponfe du Savant Danois, initie.
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- On a cru mal à propos qu’il y avoit des verres fofliles.
- Le verre eft une compo-fition faite parle fecours du feu & de l’art.
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- TABLE
- DES CHAPITRES
- Contenus dans la Première Partie de la Peinture fur Verre, confidérée dans fa partie hiftorique.
- JP réface. Pag. iij
- Chapitre I. De l Origine du Vme. t
- Chap. II. De la connoijfance pratique du Vme chez les Anciens. 4
- Chap. III. De Puf âge que les Anciens firent du lierre , tant pour la décoration des édifices publics & particuliers , que pour mettre leurs habitations à P abri des injures de l'air ; & des autres clôtures! auxquelles le Verre fuc-céda. 9
- Chap. IV. De (état des fenêtres des grands édifices chez les Anciens. 15
- Chap. V. Si le premier Verre quon employa aux fenêtres des Eglifes étoit blanc ou coloré, & quelle a été la première maniéré d'être de la Peinture fur Verre, 16
- Chap. VI. De la Peinture fur Vme proprement dite. ip
- Chap. VII. Du Méchanifme de la Peinture fur Verre dans fes premiers temps. 21 Chap. VIII. Etat de la Peinture furVme au douzième fitecle. 25
- Chap. IX. Etat de la Peinture fur Vme au treizième fiée le. 2.6
- Chap. X. Etat de la Peinture fur Vme au quatorzième fiecle. 28
- Chap. XI. Etat de la Peinture fur Vme au quinzième fiecle. 31
- Chap. XII. Peintres fur Verre qui fe difiin-guerent au quinzième fiecle. 3 3
- Chap. XIII, Etat de la Peinture fur Vme au feizieme fiecle, cefi-à-dire , dans fon meilleur temps. 3^
- Chap. XIV. Peintres fur Verre qui fe diftin-guerent au feizieme fiecle. 40
- Chap. XV. Très-beaux Ouvrages de Peinture
- fur Verre du feizieme fiecle, dont les Auteurs font inconnus. 5 $
- Chap. XVI. Etat de la Peinture fur Verre aux dixfeptieme & dix-huitieme fie clés. 62 Chap. XVII. Peintres fur Verre quife dif tinguerent aux dixfeptieme & dix-huitieme fiecles. 64
- Chap. XVIII. Caufes de la décadence de la Peinture fur Vme ; & réponfes aux inconvénients qu'on lui reproche pour exeufer ou perpétuer fon abandon. • 81'
- Chap. XIX. Moyens pojfibles de tirer la Peinture fur Vme de fa léthargie aHuelle , & de lui rendre fon ancien lufire. 8 3
- Privilèges accordés par nos Rois aux Peintres Jur Verre. 8 8
- Lettres - Patentes de Charles VII , en faveur de Henri Me Hein, Pcintre-Vitrier à Bourges, & de tous autres de fa Profeffion ; portant confirmation de l'é xemption, a eux accordée par les Rois fes Prêdécejfeurs, de toutes Tailles, Subfides, Emprunts ,Commif fions, Subventions, Guet, Arriéré - Guet, Garde-de-Porte , ér autres charges & fer-vitudes quelconques. Ibid.
- Actes qui mettent enjouifiance de ces Lettres Patentes divers Peintres-Vitriers. S 9
- Sentence contradictoire du Préfident de l'Election de Dreux, rendue en 1 y JO , en faveur des Peintres-Vitriers , contre des Colle Heur s qui les troubloient dans lajouijfance de leurs Privilèges , confirmés par Charles IX, en
- Extrait de la Gazette Littéraire de l'Europe $ Lettres fur l'Origine & l'Antiquité du Ver-re- 92
- Fin de la Table de la Première Partie.
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- PS
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- HISTORIQUE ET PRATIQUE
- DELA
- PEINTURE SUR VERRE
- SECONDE PARTIE.
- De la Peinture fur Verre confidérée dans fa partie Chimique
- & Méchanique.
- CHAPITRE PREMIER.
- Des matières qui entrent dans la compojîtion du Verre, ÔC fur-tout dans les differentes couleurs dont on peut le teindre aux
- fourneaux des Verreries.
- Plan de cet- N o u s n’avons épargné ni foins ni recher-
- PartieeC0Ilde C^eS Pour mettre ^ous ^es YeuX ^u Leêteur dans la première Partie de ce Traité, tout ce qui appartient à l’Hiftoire de la Peinture fur Verre, depuis les premiers moments connus de l’invention du Verre blanc ou coloré : nous n’apporterons pas moins d’attention à celle-ci, dans laquelle nous rendrons compte de ce qui regarde fa pratique, fur-tout dans l’Art de le colorer & la maniéré actuelle de traiter ce genre de Peinture, importan- Le coloris a toujours été regardé comme ce du coloris une des plus importantes parties de la Peinture fu/ver- ture* D°nner à chaque objet cette couleur ie, naturelle qui le diftingue d’un autre & qui
- en déligne le caraêtere, c’eft à quoi les Peintres, à quelque genre de Peinture qu’ils s’exercent , ne peuvent apporter trop d’application.
- Dans la Peinture fur Verre, la beauté du coloris par l’éclat de fa tranfparence fait une
- illulion fi forte fur les fens, qu’elle y répand une efpece d’enchantement qui arrête & fur-prend les yeux du fpe&ateur, très-fouvent indépendamment du fujet même traité dans le tableau.
- Nous ne pouvons donc être trop exaêls à bien faire connoître la nature fubftantielle des couleurs métalliques vitrefcibles dont on teignoit le Verre aux fourneaux des Verreries de des Emaux colorants qu’on y a depuis appliqués.
- Mon defTein n’eft pas de traiter ici de l’Art de la Verrerie dans toute fon étendue , mais feulement des différentes matières qui entrent dans la compofion du Verre & des différentes couleurs dont on peut le teindre. Je ne rapporterai pas ce qu’Agricola de Re met allie â, Libavius dans fon Commentaire Alchimique (Part. i. Chap. 20), Ferrant Imperatus (Liv. 12. Chap. 14 & i^.) ôc Porta ( Liv. 6. Chap. 3 ) nous ont appris
- De l’Art de la Verrerie relativement à ce genre de Peinture.
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- VA RT DE
- LA PEINTURE
- fur la conftru&ion, la forme, la matière & le nombre des fourneaux des Verreries , fur la matière ôc la forme des creufets ou pots deftinés à cette Fabrique, fur les noms des inftruments dont les Verriers fe fervent, ôc fur la maniéré dont ils travaillent leur matière lorfqu’elle eft fuffifamment cuite. On peut fur toutes ces chofes confulter ces Auteurs, ainfi que ce qu en ont écrit après eux Chriftophe Merret, Anglois, dans fes Obfervations fur l’Art de la Verrerie de Neri, Florentin ( a ), & Haudicquer de Blancourt (b).
- Des matie- Je ne peux néanmoins paffer fous filence
- trôient^dans ce que Pline ( Liv. J}6. Chap. ay), nous
- la compofi- apprend fur la maniéré dont les anciens
- chez^eJAn- p^paroient le Verre. D’abord, dit ceNatu-
- ciens. ralifte, les Phéniciens s’en tinrent au mélange du nitre avec le fable qu’ils trouvoient en abondance fur la plage du Fleuve Belus. Us y ajoutèrent enfuite la Magnéfie, qu’il paroît avoir confondue avec l’Aimant, ôc que nos Verriers ont appeliée lefavon du Verre, à caufe de la propriété de cette fubftance pour le purifier. On effaya par la fuite de fubftituer au fable les pierres ôc les cailloux tranfpa-rents, même les coquilles de certains poif-fons. Enfin les fables des carrières y furent employés. On y mêla le cuivre. On mettoit ces matières en première fufion dans un fourneau. Lorfqu’elles étoient refroidies, elles donnoient une maffe de couleur de verd noirâtre. On brifoit cette maffe pour la mettre une fécondé fois en fufion. On la teignoit pour lors de différentes couleurs par le mélange des différentes fubftances colorantes. Enfin Pline, pour rendre compte de la maniéré dont on compofoit le verre de fon temps en Italie , dans les Gaules ÔC dans l’Efpagne, dit qu’on y employa le fable le plus blanc ôc le plus mol ; qu’on le réduifoit en poudre par la preffion des moulins Ôc des mortiers ; que , pour le mettre en fufion, on y mêloit trois portions de nitre ; ôc que de cette compofiti'on, après avoir paffé par plufieurs fufions différentes dans différents fourneaux, on en fai-foit des maffes de verre d’une grande netteté ôc tranfparence.
- Des matie- Les matières qui entrent a&ueliement dans res qui y en- {a compofition du verre ôc qui fe réunifient Modernes.4 * 6* à l’aide de l’Art Ôc du feu font toutes fortes de pierres fofliles ou de fables, mêlés dans une certaine proportion avec des fucs concrets ou des fels tirés d’autres fubftances, qui ont une affinité naturelle avec ces fables ou ces pierres. Parmi ces dernieres les plus claires ôc les plus tranfparentes ont toujours mérité la préférence ; ôc entre les fables, les plus mois, les plus blancs Ôc les plus
- fins ont toujours rendu un plus bel effet.
- Les pierres tachées de noir ou de jaune, un fable dans lequel on trouve des veines, quelquefois jaunes ou chargées de fer , tachent ordinairement le verre des couleurs qu’elles ont contraêtées.
- Généralement parlant toutes pierres blanches Ôc tranfparentes, que le feu ne réduit point en chaux, font plus ou moins propres a donner du verre. Mais comme elles demandent plus de temps ôc plus de dépenfe dans leur apprêt, on leur préféré le fable qui en demande beaucoup moins ôc qui eft plus fufible.
- Quant à la préparation ôc la qualité des fels propres à mettre ces pierres ou fables en fufion, on peut confulter l’Art de la Verrerie de Néri, avec les Obfervations de Merret, ôc les Remarques de Kunckel (a).
- C’eft de la calcination faite dans un four particulier de cès matières mélangées dans tion de ces une jufte proportion que l’expérience feule matières, peut dicter, que le rait la fritte , pour en mettre enfu-féparer toutes les matières graffes, huileu- lï°n. fes ou autres qui pourroient tacher le verre.
- On la met enfuite fondre Ôc fe purifier dans les pots ou creufets dont on tire le verre, lorfqu’il eft dans fon degré de fufion né-cefiaire pour le travailler. C’eft de cette fufion bien digérée, beaucoup plus que de la matière, que dépend la bonté du verre.
- On compte parmi les fubftances propres Desmatïe-à la plus grande perfeêtion du Verre laMagné- fes propres à fie ou Manganèfe. C’eft une mine de fer d’un deperfeltton gris tirant fur le noir, fuligineufe ôc ftriée du verre, comme l’antimoine. Elle reffemble beaucoup à l’aimant par fa couleur ôc par fon poids. Lorfqu’elle eft employée avec choix ôc discernement , elle contribue à rendre le verre plus blanc ôc plus tranfparent.
- Cette même fubftance mêlée avec la fritte dans des dofes différentes , connues des Verriers, fert aufli éteindre le verre en rouge, en noir ôc en pourpre.
- Nous entrerons dans le détail des recettes propres à le teindre en différentes couleurs dans les Chapitres fuivants : expofons fuc-cinêiement dans êelui-ci les ingrédients métalliques propres à ces teintures différentes.
- i°. Le faffre. C’eft une préparation fort Desin^ connue des Allemands d’un minéral nommé diens métal-Cobah. Il s’en trouve en très-grande quantité pS,eiX dans les mines de ochnee berg en Mifnie ôc le verre de dans d’autres lieux de la Saxe. On en fait un ciuleurs^ gros négoce en Hollande, où on l’envoie u u * tout préparé. Ce minéral fert à teindre le verre en bleu foncé.
- 2°. Le ferret d’Efpagne. Il s’en trouve de naturel dans les minières : mais celui qui eft: connu fous le nom d’œs uflum, eft une pré-
- (4) (b) Voyez la Tradu&ion que M. le Baron d’Holback
- a donnée de ces Auteurs, ôc fur cette^ Traduction la (a) Art de la Verrerie, Paris, 1718, z Vol. in-i% , première^ note du Chapitre fuivant, première Partie, Chapitre II ôç fuiv.
- paration
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- SUR VERRE. II. Partie.
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- paratîon du cuivre feul ou du fer ôc du cuivre, qui, dofée fuivant les réglés de l’Art conduites par l’expérience, entre dans un grand nombre des différentes couleurs dont on veut teindre le verre.
- 3°. Le crocus martis ou fafran de Mars. C’eft une calcination du fer qui donne au verre une couleur très-rouge ôc qui contribue à y faire paroître & à y développer toutes les autres couleurs métalliques, qui, fans une jufte mixtion du fafran de Mars , refte-roient cachées ôc obfcurcies.
- 4°. L’oripeau ou clinquant, qui n’eft autre chofe qu’une préparation du laiton très-propre à teindre le verre en bleu célefte ou couleur d’aigue-marine.
- Il paroît qu’entre ces matières le cuivre eft le métal qui, relativement à fes différentes préparations, entre le plus dans la teinture du verre en diverfes couleurs. Les préparations variées de ces fubftances colorantes étant exaèlement enfeignées par Néri ôc fes Commentateurs , je me contente d’y renvoyer le lecleur (a).
- Il paroît encore, comme je le juftifierai par les recettes inférées 'dans le Chapitre fuivant, que pour teindre le verre en noir, ou en blanc opaque ou blanc de lait, le plomb ôc l’étain entrent aufii dans l’ordre des fubftances métalliques ôc colorantes propres à cet effet.
- Enfin , fuivant Néri, il eft des verres de plomb qui reçoivent admirablement toutes fortes de couleurs ôc qui font une des plus belles Ôc des plus délicates compofitions qui puif-fent fe préparer aux fourneaux des Verriers. Mais cette efpece de verre très-fragile, fupé-rieur néanmoins par la tranfparence des cou-
- (cl) Néri, de la Tradu&ion du Baron d’Holback, Chapitre XXIV, XXV, XXVIII, ôc XXXI.
- leurs, n’ayant pas affez de folidité, ne peut entrer dans l’ordre des verres teints propres aux Peintres-Vitriers, mais beaucoup mieux dans celui des Emaux dont on le colore, ou des pâtes dont on fait les pierres fa&ices.
- Les fubftances métalliques colorantes pour le verre une fois connues, il eft à propos d’obferver ce qui peut le mieux contribuer à porter avec plus de perfe&ion dans le verre les couleurs dont elles font le principe.
- D’abord les creufets ou pots, dans lefquels Desprécau-on met la compofition en fufion, pour quel- |“?r”ss np^ que couleur que ce foit, ayant toujours quel- aflurer la que chofe de greffier ôc de terreftre qui peut yeear(getfint fe communiquer au verre la^premiere fois en difîéren-qu’on s’en fert, Ôc en ternir l’éclat, Néri tes couleurs, recommande de les vernir au feu en dedans avec du verre bleu avant que l’on s’en ferve.
- 2°. Il dem^pde un creufet ou pot en particulier pour chaque couleur. Celui qui a fervi à préparer une couleur, ne doit jamais fervir à la compofition d’une autre.
- Il requiert en troifieme lieu une grande attention à la calcination des poudres métalliques ôc colorantes qui doivent entrer en mixtion avec la fritte. Le trop ou le trop peu de calcination cauferoient de l’altération dans leurs mélanges.
- Il en eft qui doivent être jointes à la fritte lorfqu’on la met dans le pot ou elle doit entrer en fufion ; ôc d’autres ne doivent être incorporées qu’avec le verre fondu, lorfqu’il eft bien purifié, comme nous verrons au Chapitre fuivant.
- Enfin Néri recommande comme un foin effentiel, de bien chauffer un four de Verrerie avec un bois fec ôc dur ; le bois verd ou trop tendre, outre qu’il ne communique point une chaleur fuffifante, court le rifque de gâter par la fumée la matière qui eft en fufion.
- Peint, sur Verre, IJ. Part.
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- Recettes pour teindre des maffes de verre en différentes couleurs.
- Belle couleur de bleu célefte ou d’aigue-ma« line.
- 9S L’ART DE LA PEINTURE
- CHAPITRE IL
- Recettes des .différentes couleurs propres à teindre des maffes de Verre; avec des Obfervations fur le Verre rouge ancien.
- CD e Chapitre, dans lequel je ne fuis que le copifte de Néri ôc de fes Commentateurs, n’a de moi que l’abbréviation de quelques endroits qui m’ont paru trop diffus ( a ). J’ai tâché néanmoins de n’en rien retrancher d’effentiel : la citation que je donne des différents Chapitres, d’où j’ai extrait ces recettes , facilitera le recours à l’original. J’y ai joint quelques obfervations fur le verre rouge , qui pourront faire plaiïïr aux curieux ôc avoir leur utilité.
- Sur foixante livres de frittes, mêlez3 petit à petit ôc à différentes reprifes, une livre ôc demie d’écailles de cuivre préparées, auxquelles vous aurez ajouté quatre onces de faffre préparé , le tout mis en poudre très-fine ôc bien unie. Remuez fouvent cette mixtion. Si la fritte eft d’un cryftal bien purifié, la couleur fera plus brillante. Si la fritte eft moitié cryftal ôc moitié roquette (b) ou foude d’Efpagne, la couleur fera très-admifîible pour fa beauté, quoiqu’in-
- (,<z) Antoine Néri, Florentin, a écrit en Italien fon Art de la Verrerie. Il eft diffus Ôc peu correét dans le ftyle; mais il embraffe fon objet dans toute fon étendue, avec une exactitude qui va même jufqu’au fcrupule.
- Chriftophe Merret, Médecin Ànglois ôc Membre de la Société Royale de Londres, a fdonné une Traduction Latine de l’ouvrage de Néri, avec des Notes remplies de traits curieux, les uns relatifs à la Botaniqne, les autres à l’Hiftoire Naturelle ôc à la Chimie.
- Le célébré Jean Kunckel de Lowenftern , plus renommé chez les Chimiftes par l’opiniâtreté de fon travail, l’exa&itude de fes procédés ôc l’importance de fes découvertes, que par la profondeur de fa fcience ôc la correction de fon ftyle, après avoir répété, dans les Verreries des différents Princes qui l’employèrent fucceflive-ment, toutes les opérations prefcrites par Néri, nous a laiffé une Traduction de fon ouvrage en Allemand. Il y a joint aux Notes de Merret des Remarqués d’un très-<*rand poids. Avant fa Traduétion il en avoit déjà paru deux autres en la même Langue, dont une de Geisfler avec des Notes , qui lui attira des injures ôc de mauvai-fes plaifanteries de la part de Kunckel.
- M. le Baron d’Holback, qui a fenti, en bon Connoif-feur, toute l’importance du Traité de Néri, des Notes ôc des Remarques de fes deux Commentateurs, a fu mériter les applaudiffements du Public par la Traduction Françoife qu’il en a donnée fous le titre à'Art de la Ver-rerie y Vol. in-4°. Paris, 175a, chez Durand, rue Saint-Jacques, £r Pijfot, Quai des Auguflins. Il y a joint celle de quelques autres^Traités Chimiques fur la compofition du Verre rouge , la vitrification des végétaux, la maniéré de faire le faffre, ôcc ; ôc il promet de nous donner la traduction des meilleurs ouvrages Allemands fur l’Hif-toire Naturelle, la Minéralogie, la Métallurgie ôc la Chimie.
- (b ) On appelle ainfi ce que nous nommons ordinairement cendres du Levant. Il en vient aufli de Tripoli ôc de Syrie qui ne contient pas tant de fels que celle qui vient de Saint-Jean-d’Acre, à dix lieues de Jérufa-lem. Dictionnaire d’Hiftoire Naturelle, de M. Valmont de Bomare, £ où au lieu de Jérufalem, il faut lire Tyr. ]
- férieure à la première ( a ).
- Porta (Liv. 6. Chap. y.) ne prefcrit* our faire de cette couleur un fort beau leu célefte, qu’une dragme de cuivre calciné fur une livre de verre (b).
- Cette couleur n’admet la magnéfie ou manganefe en aucune dofe.
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- Sur cent livres de fritte de roquette, mettez une livre de faffre préparé, mis en poudre impalpable, ôc mêlé avec une once de magnéfie de Piémont préparée Ôc bien tamifée. Expofez enfuite votre pot, peu à peu au feu du fourneau avant de le mettre en fufion ; ôc lorfqu’il commence à y entrer, remuez fouvent le tout Ôt laiffez bien purifier la matière ( c ).
- Porta, fur chaque livre de fritte, ne prêtent que deux dragmes de faffre préparé. Plus on laiffe long-temps la matière en fufion, plus elle devient belle {d).
- Kunckel prétend que trop agiter la matière lorfqu’elle eft en fufion, c’eft y occa-fionner des bulles qui s’y forment par l’agitation ( e ).
- Le verre deftiné à recevoir une couleur verte doit être moins chargé de fels que tout autre : trop de fels l’altere Ôc la fait dégénérer en bleu. La magnéfie ne doit point entrer dans fa compofition.
- Pour y réufiir, fur cent livres de verre bien entré en fufion ôc bien purifié, mettez trois onces de fafran de Mars, ou crocus mardis , préparé Ôc calciné félon les réglés de l’Art : remuez la mixtion; laiffez-la repofer pendant une heure ; ajoutez enfuite à cette première mixtion deux livres de cuivre,’ calciné à trois fois fuivant l’indication des ^Chapitres 24, 27 ôc 28 de Néri, non tout à la fois, mais à fix reprifes par portions égales. Mêlez bien le tout, ôc le remuez pendant quelque temps. Laiffez repofer cette nouvelle mixtion pendant deux heures, ôc la tenez en fufion pendant vingt^quatre, en remuant fouvent, parce que la couleur eft plus claire à la furface qu’au fond (/).
- (a) Néri, Chapitre XXIX.
- (b) Merret fur ce Chapitre.
- (c) Néri, Chap. XLIX.
- (d ) Merret fur ce Chapitre.
- (e) Kunckel fur ce Chapitre & le fuivant* (/) Néri, Chapitre XXXII.
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- Couleur de faphir, ou beau bleu plus foncé que le précédent.
- Belle couleur verte , qui imite l’émeraude,
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- SUR VE R R
- Porta dît que pour faire cette couleur, qui fera d’un verd de poireau, il faut fur une couleur d’aigue-marine déjà donnée au verre, ajouter au quart de cuivre préparé, qui eft déjà entré dans la première couleur, un huitième de fafran de Mars ôc un autre huitième de cuivre préparé , le tout bien réuni, mis en poudre impalpable (a).
- Néri, Chapitre 34, fubftitue au fafran de Mars des écailles de fer qui tombent de l’enclume des Forgerons, bien nettoyées, édulcorées avec de l’eau, broyées, féchées ' ôc tamifées, en même dofe qu’au Chapitre
- 32 ; ce qui donnera un verd tirant un peu plus fur le jaune.
- Bellp cou- Sur cinquante livres de fritte de cryftal d’or?6 JaUn£ ^te avec tar^e ( ^ ) & cinquante autres livres d’autre fritte faite avec la roquette ôc le tarfe, bien pulvérifées Ôc réduites en poudre impalpable, mêlez fix livres de tartre rouge en morceaux, une livre Ôc demie de bois de hêtre ou de bouleau, ou de cette poudre jaune que l’on trouve dans les vieux chênes , le tout bien pulvérifé ôc ta-mifé. Mettez la fritte ôc les poudres enfem-ble en fufion, fans les remuer. Cette corn-pofition étant fort fujette à fe gonfler dans les pots , veut être travaillée telle qu’elle s’y trouve fans être agitée, ôc demande en même temps d’être fouvent écumée ôc purifiée de fes feîs (c).
- Bernard de Paliffy, dans fon Chapitre des pierres (d), après/avoir démontré que les pierres jaunes qui fe trouvent en terre ont pris leur teinture du fer, du plomb, de l’argent, ou de l’antimoine par l’écoulement ôc la congélation d’eaux qui paffent par des terres contenant de la femence de ces minéraux , prétend que la difîolution & putréfaction, jointe à la faculté falfitive de certains bois pourris en terre, détrempée en temps de pluie , amenant avec foi fa teinture, donnera une couleur jaune à une pierre encore tendre Ôc en opérera la congélation par les fels qui s’y rencontrent comme dans les minéraux ; « ôc de ce 11e faut douter, » ajoute-t-il ; car je fais que le verre jaune » qui fe fait en Lorraine pour les Vitriers » n’eft fait d’autre chofe que d’un bois pourri, » qui eft un témoignage de ce que je dis que ' » le bois peut teindre la pierre en jaune ».
- Cette maniéré de teindre le verre en jaune
- (a) Merret fur ce Chapitre.
- (b) Voyez fur la compofition de cette fritte les Chapitres II, III, IV, V, VI ôc VII de Néri, avec les Notes de Merret, ôc les Remarques de Kunckeï.
- Néri dit au Chapitre II, que le Tarje eft une efpece de marbre très-dur ôc très-blanc, que l’on trouve dans la Tofcane au-deflus ôc au-deffous de Florence. Voyez l’obfervation de M. le Baron d’Holback , à ce fujet.
- (c) Voyez le Chapitre XLVI de Néri , corrigé par Kunckel.
- j (d) Difcours admirable de la Nature des Eaux ôc Fontaines , Paris, 15S0, fag, 131.
- E. II. Partie. pp
- eft encore actuellement en ufage dans la Bohême , où le verre jaune que nous^ en tirons, qui eft d’une très- belle couleur d’or, eft fait de la fciure d’un certain bois qui y croît abondamment. Je tiens ce fait de feu M. Heller ôc Compagnie, Marchands de Cryftaux ôc de Verre en tables de toutes couleurs, de Bohême, qui en tiennent un fort beau Magafin au Village de S. Cloud près Paris.
- Sur cent livres de verre de cryftal ôc fur Belle cou-cent autres livres de fritte de roquette, enfemble deux cents livres, qu’on mêlera couleur de avec foin , bien pulvérifées ôc tamifées, feu> ajoutez une livre de magnéfie ou manganefe de Piémont, préparée comme il eft prefcrit au Chapitre 13 de Néri, ôc une once de faffre préparé , pulvérifé , tamifé ôc réuni à la manganefe. Mêlez le tout bien exactement : rempliffez votre pot petit à petit, parce que la manganefe fait gonfler le verre.
- Quatre jours après, lorfque le verre fera bien purifié ôc qu’il aura pris couleur à un feu continuel, vous pourrez l’employer.
- Cette couleur eft une de celles qui demandent de la part du Verrier toute l’intelligence poflïble, pour augmenter ou diminuer la dofe des poudres colorantes, félon qu’il veut faire fa couleur plus ou moins foncée ( a ).
- Kunckel contredit ici formellement Néri,
- Ôc dit qu’il s’en faut de beaucoup que les dofes de faffre Ôc de magnéfie ci - deffus indiquées donnent une couleur de grenat; que pour réuflir dans cette compofition, il faut quelque chofe de plus ( que Kunckel r
- ne dit pas ), ôc qu’après les expériences réitérées qu’il a faites de ce que Néri prefcrit ici, il n’a pu avoir qu’une couleur de rubis fpinel (b),
- Haudicquer de Blancourt, au lieu do deux cents livres de fritte pour fuppor-ter la mixtion colorante dofée par Néri, n’en prefcrit que cent livres ( c ).
- Sur chaque livre de fritte de cryftal faite avec je ^violette le tarfe (d) , mais avant qu’il entre en fufion , ou d’améthy* prenez une once de la poudre qui fuit, ôc fte* la mêlez. Compofez cette poudre d’une livre de magnéfie de Piémont Ôc d’une once ôc demie de faffre. Mêlez avec foin ces deux matières après les avoir réduites en poudre. Joignez-les à la fritte de cryftal.
- N’expofez votre pot que petit à petit au fourneau. Faites fondre ôc travaillez ce verre aufli-tôt qu’il eft purifié Ôc qu’il a pris
- O) Néri, Chap. XLVII.
- ( b ) Remarques de Kunckel liir ce Chap.
- (c) Art de la Verrerie d’Haudicquer de Blancourt, Chapitre LXIII.
- (d) Voyez fur la compofition de cette fritte la note (b) de la colonne précédente.
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- VART DE LA PEINTURE
- la couleur défirée : on peut en augmentant ou diminuant la dofe de la poudre, tenir la couleur plus foncée ou plus claire, ce qui dépend de l’expérience ou de l’intelligence du Verrier {a).
- Porta ( Liv. 6. Chap. y ) n’admet qu’une dragme de magnéfie pour mieux imiter l’améthyfte. ( b ).
- Kunckel fe réglé pour la beauté de cette couleur fur la meilleure ou la moins bonne qualité du faffre qui la charge à proportion de ce qu’il eft plus foncé. Il enfeigne que c’eft de l’habileté à trouver la dofe convenable que dépend le plus ou le moins de reffemblance de cette couleur avec l’améthyfte ( c ).
- Couleur Prenez des fragments ou groifils de verre
- )ire- de plufieurs couleurs : joignez-y de la magnéfie ôc du faffre, mais moitié moins de la première fubftance que de la fécondé. Lorsque le verre fera bien purgé , vous pourrez le travailler : il prendra une couleur de noir luifant Ôc fera propre à toutes fortes d’ufa-
- ses-
- Autre. Sur vingt livres de fritte de cryftal ôc autant de fritte de roquette, ajoutez quatre livres de chaux de plomb & d’étain , le tout bien pulvérifé ôc tamifé. Jettez ces mélanges dans un creufet ou pot déjà chaud, avant de le mettre dans le fourneau. Lorfque le verre fera bien purifié, ajoutez y fix onces de la poudre fuivante. Prenez pour faire cette poudre égales parties d’acier bien calciné Ôc pulvérifé,& de ces écailles de fer qui tombent fous l’enclume des Forgerons , également pulvérifées ôc tamifées, réunis avec l’acier. Lorfque vous aurez mêlé fix onces de cette poudre à votre verre en fufion, comme elle eft fujette à faire gonfler le verre, remuez bien le tout, ôc le laiffez pendant douze heures au feu avant de travailler votre verre (à).
- Kunckel, après avoir fait l’éloge des deux compofitions précédentes, prétend qu’en laiffant le mélange de la derniere plus de douze heures au feu , la couleur en deviendra plus tranfparente ôc fera plus brune que noire ( e ).
- J’ai omis quelques recettes prefcrites par Néri pour faire du verre de plufieurs couleurs , comme de blanc de lait, de fleurs de pêcher ôc de marbres, parce que ces couleurs n’étant point tranfparentes ôc n’étant utiles qu’à faire des vafes de verre de ces différentes couleurs, elles ne peuvent
- (a) Néri, Chap. XLVIII.
- (b) Merret, fur ce Chap.
- (c ) Kunckel, fur ce Chap.
- (à) Néri, Chap. LI & LII. Kunckel, fur ces Chapitres.
- entrer dans l’ordre de celles qui font propres aux Peintres fur verre : ainfi je paffe aux différentes recettes pour teindre des maffes de verre de couleur rouge.
- Cette couleur demande des foins fl vigi- Couleur lants ôc mérite tant d’attention à caufe des ™,uSe fon* altérations qu’elle prend au feu ôc de l’opacité qu’elle peut y contra&er, que Kunckel femble avoir abandonné Néri fur cet article.
- Il feroit à fouhaiter que l’on pût découvrir quelque jour la recette de la compofition qu’il y a fubftituée, ôcde laquelle il a obtenu, dit-il, un rouge qui imite le rubis. Celle de Néri opère, fuivant fa remarque, une couleur rouge fi foncée, qu’à moins qu’on foufflât le verre très-mince on ne pourroit en diftin-guer la couleur ( a ).
- Voici néanmoins l’indication de la compofition de cette couleur fur la recette qu’en donne Néri.
- Prenez vingt livres de fritte de cryftal," une livre de groifils ou morceaux de verre blanc, deux livres d’étain calciné. Mêlez le tout enfemble : faites-le fondre ôc purifier.
- Lorfque tout ce mélange fera fondu, prenez parties égales de limaille d’acier pulvérifée Ôc calcinée ôc d’écailles de fer bien broyées.
- Mêlez ces deux fubftances , ôc les réunifiez enfemble en poudre impalpable. Mettez-en deux onces fur le verre fondu ôc purifié. Ce mélange le fera gonfler confidérablement.
- Laiffez le tout en fufion pendant cinq ou fix heures de temps, afin qu’il s’incorpore parfaitement. Prenez garde de ne pas mettre une trop grande quantité de la poudre indiquée ; elle rendroit le verre noir, au lieu de lui donner cette couleur d’un rouge foncé ^
- qui doit néanmoins être très-tranfparente.
- Lorfque vous ferez parvenu à lui donner la couleur défirée, prenez environ fix dragmes d9as ufium préparé ôc calciné à trois fois.
- Mêlez cette poudre dans le verre en fufion , ôc la remuez plufieurs fois. Dès la troifieme ou quatrième fois votre matière paroîtra avoir pris un rouge de fang. Enfin après de fréquentes épreuves de votre couleur, fitôt que vouss la trouverez telle que vous la demandez, mettez-vous promptement à la travailler ; autrement le rouge difparoîtroit, ôc le verre deviendroit noir. Pour obvier à cet inconvénient , il faut que le pot foit toujours découvert. Quand le verre aura pris une couleur de jaune obfcur, c’eft le moment qu’il faut faifir pour y ajouter la dofe pref-crite d*as ufium. Pour lors votre verre deviendra d’une belle couleur. Il faut encore que la matière ne s’échauffe pas trop dans le pot, Ôc qu’elle ne demeure pas plus de dix heures dans le fourneau. Si dans cet intervalle la couleur venoit à diiparoître ÿ
- (a) Remarques de Kunckel, furie cinquante-huitieme Chapitre de Ne'ri.
- on
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- SUR VERRE. IL Partie,
- on la rétaBliroit en y ajoutant de nouveau de la poudre d’écailles de fer (a ).
- Rouge plus Prenez de la magnéfie de Piémont réduite clair & plus en poudre impalpable : mêlez-la à une quan-tran paren , ^a}e de nitre purifié. Mettez calciner
- ce mélange au feu de réverbere pendant vingt-quatre heures ; ôtez-le enfuite ; édulcorez-le dans l’eau chaude ; faites-le fécher; féparez-en le fel par des lotions répétées : la matière qui reliera, fera de couleur rouge. Ajoutez-y un poids égal de fel ammoniac : humeêlez le tout avec un peu de vinaigre diflillé; broyez-le fur le porphyre, & le laiffez fécher. Mettez enfuite ce mélange dans une cornue à long coi ôc à gros ventre. Donnez pendant douze heures un feu de fable Ôc de fublimation : rompez alors la cornue ; mêlez ce qui fera fublimé avec ce qui fera relié au fond de la cornue : pefez la matière ; ajoutez-y en fel ammoniac, ce qui en efb parti par la fublimation. Broyez le tout, comme auparavant, après l’avoir imbibé de vinaigre dillillé ; remettez-le à fublimer dans une cornue de même efpece ; répétez la même chofe jufqu’à ce que la magnélie relie fondue au fond de la cornue.
- Cette compofition (plus propre aux pâtes & aux émaux qu’au grand verre) donne au cryllal ôc aux pâtes un rouge tranfparent femblable à celui du rubis. On en met vingt onces fur une once de cryllal ou de verre. On peut augmenter ou diminuer la dofe félon que la couleur femblera l’exiger. Il faut fur-tout que la magnéfie foit de Piémont ôc bien choifie ( b ).
- ' Kunckel trouve ici une faute confidérable ’ •~ , dans la traduêlion Latine de l’Italien de Néri,
- . en ce qu’elle prefcrit vingt onces de magnéfie
- pi- préparée j fur une once de cryllal ou de verre.
- Après avoir confronté avec cette traduction Latine deux autres traductions Allemandes de fon Art de la Verrerie , dont une prefcrit une once de magnéfie préparée fur une once de cryllal ou de verre, ôc l’autre une once de magnéfie fur vingt livres de cryllal ou de verre , il donne la préférence à cette derniere recette , comme au vrai fentiment de Néri. Il trouve même cette derniere dofe trop forte. Il croit qu’une demi - once de manganefe fuffit, ôc qu’en fuppofant le fuccès de l’opération, on aura une couleur très-agréable. Il ne s’agit que de la bonne préparation de la magnéfie, conformément à l’enfeignement de Néri, pour en obtenir une belle couleur de grenat. Il allure même qu’il eft en état d’en montrer qu’il a obtenue de cette maniéré ( c ).
- Haudicquer de Blancourt prefcrit vingt onces de cette magnéfie fufible fur une livre
- (a) Néri, Chap. LVIII.
- (b) Néri, Chap. CXX.
- \c) Kunckel, fur ce Chap.
- Peint, sur Verre. II. Part.
- de matière en bonne fonte, ajoutant plus ou moins de magnéfie jufqu’à ce que la matière foit au degré de perfeêtion de la couleur du rubis ( a )*
- Je mets à l’écart les préparations des couleurs de rouge fanguin ôc de rofe dont on peut teindre des malles de verre. Elles font plus dans l’ordre des émaux ôc des pâtes que dans celui des verres à vitres.
- On peut voir fur ces préparations les Chapitres 121 , 122, 124, i2j, 127 ôc 128 de Néri. je me contente de rapporter la recette qu’il donne au Chapitre 125?, à caufe de ce qu’elle a de plus précieux, quoique le fuccès, comme l’afiure Kunckel, en foit très-difficile Ôc rare (b).
- On diffout de l’or dans de feau régale Rouge ttanf-que l’on fait évaporer enfuite. On réitéré plu8
- cette opération cinq ou fix fois, en remettait toujours de nouvelle eau régale après chaque opération, ce qui donne une poudre que l’on fait calciner au creufet jufqu’à ce qu’elle devienne rouge. Cela arrive au bout de quelques jours. Gette poudre mêlée peu à peu dans un cryflal ou verre en fufion ôc purifiée par de fréquentes extin&ions dans l’eau, donne une fort belle couleur de rubis tranfparente au verre.
- Merret remarque que Libavius (Livre 2.’ de fon premier Traité, Chapitre 3j)femble avoir rencontré julle en conjeêlurant que cette couleur pourroit fe faire avec de l’or*
- Voici les termes de Libavius rapportés par Merret ( c ) : « Je penfe que l’on pourroit » bien imiter la couleur du rubis, en mêlant » avec le cryflal une teinture rouge d’or » réduit en liqueur ou en huile par la dif-» folution ». La raifon qu’il en donne, c’eft que les rubis fe trouvent le plus fouvent dans les endroits où il y a de l’or ; ce qui rend probable, félon lui, que l’or s’y changé en pierres précieufes.
- Le favant, mais trop myflérieux Kunckel,1 n’ofe pas ici démentir Néri. Mais, fans fe mettre à découvert, il fe contente de dire qu’il faut quelque chofe de plus que ce qu’indique Néri pour que l’or puifïe donner au cryflal ou au verre une couleur qui tienne de celle du rubis.
- Faîtes diffoudre de for dans de f eau régale, ^ y" étendez la diffolution jaune qui en proviendra ^ pourpre dans une grande quantité d’eau claire ôc pure : de Cafiius. ajoutez enfuite à ce mélange une quantité fuffi-fante d’une diffolution d’étain, faite auffi par l’eau régale ôc faturée ( d) par plufieurs fois. Il tombera quelque temps après au fond du
- (a) Art de la Verrerie d’Haudicquer de Blancourti Chap. CLXX.
- ( b ) Kunckel, fur le Chap. CXXIX de Ne'ri. c) Merret, fur ceChap.
- d ) Voye\ le Di&ionnaire dé Chimie » par M. Mac* quer, Paris, 176$ ? au mot Saturation.
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- L'ART DE LA PEINTURE
- vaiffeau une très-belle poudre rouge ôc colorée en pourpre. Décantez alors la liqueur, ôc faites fécher cette poudre. Lorfqu’elle fera feche, faites-en fondre quelques grains avec du verre blanc ; ôc elle lui communiquera une couleur de pourpre extrêmement belle, ou une couleur de rubis.
- Par le moyen de cette expérience, Fart des Anciens pour colorer le verre en rouge, qu on a regardé long - temps comme perdu, paroît entièrement retrouvé. M. Shaw (a) la rapporte comme de Cafïius, Ôc renvoyé à la page ioy de fon Traité de Auro (b).
- Partage de fentiments des plus habiles Chimif-tes fur ia né-cefïité d’employer l’or par la diffolution, pour donner au verre une couleur rouge ou de rubis.
- Expofition du fentiment d’OrfchalI.
- On fent bien que la maniéré de produire du verre d'un beau rouge de rubis, par la diffolution de For, convient beaucoup mieux pour de petites mafTes de verre, dont on voudroit faire des rubis faSlices, que pour ces tables de verre que les Peintres-Vitriers découpoient pour leurs panneaux. Mais les Chimiftes, auteurs des différents Traités dont M. le Baron d’Holback a donné la tradu&ion à la fin de fon Art de la Verrerie, paroiffent oppofés entre eux fur la nécefîité d'employer For par la diffolution, pour donner au verre cette belle couleur rouge, approchante de celle du rubis.
- Orfchall, Infpe&eur des mines du Prince de Heffe, après avoir annoncé avec la plus ferme confiance dans fon traité intitulé : Sol fine vefie ( c ), qu’il poffede le fecret de la diffolution radicale de For, par le moyen de laquelle il fait des rubis qu’on ne pourroit lui difputer, foutient que fans For il eft impoffîble de les faire ou de donner au verre la vraie couleur de pourpre ; que ceux qui font dans le cas de peindre le verre , ou de forcer des couleurs dans les émaux, n’ont point d’autre pourpre que celui qu’ils tirent de For ; enfin qu'on ne réufïit dans ces talents qu’en fachant bien la maniéré de le travailler. Il héfite à croire Kunckel fur fa découverte du verre rouge couleur de rubis fans or, & prétend qu’il y entre au moins un foufre doré. Il n’ofe cependant pas le contredire ; car il nous apprend lui-même, en parlant de Kunckel, que ce favant Artifte en verre... cet homme qui fait parfaitement diftinguer les couleurs.. • très-verfé dans l’Art de faire des verres... qui entend fi bien la maniéré de préparer des verres Ôc des rubis, affure qu'il a la méthode de faire un beau verre rouge de cette couleur, fans y employer For.
- (a) Leçons de Chimie de M. Shaw, traduites de l’An-glois.
- . (b ) Voyez auffi le Dictionnaire de Chimie, ci-deflùs cité, au mot Précipité d'or par l'étain , ôc le nQ. $ de la SeétionIII. du Chapitre delà Peinture en Email, dans le premier Extrait de l’ouvrage d’un Auteur Anglois, dont nous donnons des morceaux, à la fin de ce Volume.
- (c) Page fi6 de l’Art de la Verrerie deM. le Baron d’Holback, qui nous a donné une Traduction Françoife de ce Traité.
- Grummer dans fon Traité Sol non [me vefie ( a ), s’efforce pour réfuter le fentiment d’OrfchalI, à prouver par des expériences que la couleur pourpre ne vient pas de For feul ; qu’on peutla tirer de tous les autres métaux, ôc que c’eft à la magnéfie revivifiée par l’acide nitreux qu’on en eft redevable. Nous allons extraire de cet ouvrage ce qui me paroît faire le plus à mon fujet, fauf à l’expérience qui eft le plus fûr gùide en matière de Chimie, à s’affurer de la vérité des faits que Grummer rapporte, ôc à lui appliquer à lui-même la réglé qu’il propofe en tête de fes opérations : Fide ; fied eut, vide.
- Il convient d’abord que la grande beauté des émaux, que les Orfèvres Ôc les Email-leurs tirent de leur poudre d’or brune, avoit excité fa curiofité, Ôc que, voulant fe mettre au fait de la préparation de cette couleur, il y avoit procédé de la maniéré fuivante.
- Il avait fait diffoudre de For dans de l'eau régale, il en avoit précipité la folution avec l’huile de tartre, il avoit mêlé la matière précipitée dans une grande quantité de verre blanc de Venife, il avoit mis le tout en fufion ; ôc, en fuivant ce procédé, il affure qu’il eut un fort beau verre pourpre ou couleur de rubis. Le fuccès le détermina à une fécondé expérience.
- Il prit des petits morceaux de verre blanc ou cryftallin, exa&ement pilés, auxquels il joignit un peu de borax ( b ) ; il mit le tout dans un creufet; il y ajouta un peu de folution d’or dans l’eau régale ; il fit fondre doucement cette compofition , ôc obtint par ce procédé un verre pourpre ou couleur de rubis.
- Encouragé par ce nouveau fuccès , il entreprit la vitrification de l’argent, qu’il fit diffoudre dans l’eau-forte jufqu’à fatura-tion ; il y verfa de Fefprit d’urine jufqu’à la ceffation de l’effervefcence ; il fit bouillir ce mélange ; il en obtint une fécondé difïcn lution de la plus grande partie de l’argent qui avoit été précipitée ; il humeéla des morceaux de verre pilés, mêlés d’un quart de borax calciné avec la folution ; il fit fondre ce mélange à un feu modéré, ÔC obtint un beau verre pourpre ou couleur de rubis. L’opération devenoit moins cou-; teufe ; il voulut l’effayer fur d’autres métaux;
- Il fit diffoudre du plomb dans de Fefprit de nitre ; il précipita la folution avec une quantité fuffifante d’efçrit de fel ammoniac, fans qu’il fût befoin d une fécondé folution dans le diffolvant, comme à l’argent ; il prit
- (a) Voyez ce Traité au rang de ceux que ce Savant a traduit : il eft à la page 543 , ôc eft précédé d’un autre qui a pour titre , Heliofcopium videndi fine vefie folem Chimicum.
- (b ) Voyez fur le Borax ôc fes propriétés’, les Dictionnaires de Trévoux , d’Hiftoire Naturelle ôc de Chimie.
- Réfutation de ce fentiment par Grummer.
- Première
- Expérience.
- Seconde
- Expérience,
- Troifieme
- Expérience,
- Quatrième Expérience,}
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- SUR VERRE. Il
- ï’eâu claire d’où le plomb avoit été précipité ; il en humeêta du verre blanc pilé, mêlé avec un quart de borax calciné ; il fit fondre ce mélange, & en obtint un verre de couleur de rubis.
- Partie*
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- Cinquième
- Expérience.
- Sixième
- Expérience»
- Septième
- Expérience.
- Huitième
- Expérience.
- Surpris du fuccès de cette opération , qu'il attribuoit à l’ame ou teinture d’or cachée dans tous les métaux, il prit une fécondé fois du plomb; il le fit dififoudre dans de l’eau - forte ordinaire , mêlée d’une bonne partie d’eau de pluie qui le fit entrer plus vite en diffolution ; il précipita la folution avec de l’efprit de fel marin ; la fit bouillir pendant un quart-d’heure au bain de fable ; le plomb tomba fur le champ en chaux blanche comme la neige : il fe fervit de ce diffolvant fort clair, qui étoit au-deffus pour mouiller le verre blanc pilé , mêlé avec un quart de borax calciné ; il fit fondre ce mélange , & en obtint un verre pourpre ou couleur de rubis , auffi beau que les précédents. Il n’ofe pourtant pas garantir le même fuccès pour cette expé-rience. Il en voulut aufli faire une fur le fer.
- Il fit diffoudre du fer dans de l’eau-forte, il précipita la folution avec l’efprit de fel ammoniac ; le fer tomba au fond fous la forme d’un très-beau crocus, fans qu’il reftât de fa fubftance dans le diffolvant ; il décanta l’eau toute claire qui furnageoit au crocus; il s’en fervit pour humeéter du verre blanc pilé , mêlé d’un quart de borax calciné ; il fit fondre le tout ; & le fer, qui donne ordinairement du jaune dans la vitrification, lui produifit un beau verre rouge tranfpa-rent, de couleur de rubis. Cette expérience le conduifit à celle du cuivre.
- Il fit diffoudre du cuivre dans de l’eau-forte ; il précipita la folution avec de l’huile de tartre ; tout le métal tomba au fond : il fe fervit du diffolvant qui étoit demeuré tout clair, pour en humeêter du verre blanc pilé & mêlé d’un quart de borax calciné ; il fit fondre le tout, & obtint pareillement un verre pourpre & couleur de rubis.
- Il obtint le même effet de l’étain diffous dans lefprit de nitre affoibli par de l’eau. Il hume&a fon verre pilé & mêlé d’un quart de borax calciné avec le diffolvant clair qui furnageoit; &, après la fufion il en eut un verre pourpre.
- A toutes ces expériences, par lefquelles Grummer dit s’être convaincu que l’on peut tirer une couleur pourpre, femblable à celle qui eft tirée de l’or , même des métaux les moins précieux, il ajoute qu’il eft encore d’autres métaux & minéraux qui , traités avec le nitre, produifent le même effet; mais réfervant de s’en expliquer à un autre temps , il s’efforce de prouver par les deux expériences qui fuivent que cette belle couleur & teinture ne doit fon origine ni à l’or, ni à l’argent, ni aux autres métaux ;
- qu’elle vient plutôt d’une autre fubftance riche en couleur. Nous allons le voir dans le procédé fuivant où il enfeigne à préparer une belle couleur de pourpre ôc de rubis par le moyen du nitre.
- Prenez, dit-il, des morceaux de verre Neuvietnè blanc ou de verre tendre de Venife, qui produit le même effet, à volonté; rédu'ifez-les en poudre ; mêlez-y un quart, un huitième , ou encore moins de nitre purifié ; vous pourrez aufli y joindre un peu de borax calciné, pour en rendre la fufion plus aifée. Faites fondre ce mélange d’une maniéré convenable ; vous obtiendrez un verre pourpre de la couleur des plus beaux rubis , qui ne le cédera en rien à tous ceux qu’on auroitfaits fuivant les procédés ci-deffus.
- Grummer s’attache ici à répondre aux différentes difficultés que peuvent lui propo-fer ceux qui fe font imaginés jufqu’à préfent que c’eft de l’or que procédé la couleur pourpre. Il garantit le fuccès de fes expériences contraires à ceux qui paroîtroient en douter* en leur répliquant que ces mêmes expériences cent fois réitérées en un jour ne manque-roient jamais.
- C’eft, prétend - il, à la magnéfie, qui eft contenue & cachée dans le verre blanc ou lé verre tendre de Venife , reffufcitée & ranimée par un fel magnétique qui contient une teinture analogue , que cette couleur pourpre eft donnée.
- Après s’être étendu fur les propriétés dé la magnéfie dans la vitrification , il paffe à d’autres objeêtions fondées fur les expériences dans lefquelles il n’eft point entré dé nitre. On peut confulter fa réponfe dans fon ouvrage même (a)9 enfuite de laquelle il paffe à la dixième expérience.
- Il y démontre que la précipitation ou la folution de l’or, quand on la joint à du verre dans lequel on n’auroit pas fait entrer originairement la magnéfie, ne donne point de couleur pourpre.-Faites, dit-il, du verre Dixième fans magnéfie : on peut fe fervir pour cela Expérience; de pierres à fufil pilées & mêlées avec une partie égale de fel de tartre ou de potaffe : on fait fondre fuffifamment ce mélange ; on le tire enfuite du pot, Ôc on le verfe pour en former des pains , tels que ceux de verre tendre de Venife. On le pile dans un mortier de fer bien net, on le tamife avec foin. Cé verre préparé de la maniéré qu’on vient de décrire porte à l’extérieur la même apparence que celui dans lequel la magnéfie eft entrée : mais fi l’on vient à l’employer de l’une des maniérés qui ont été indiquées 9 foit avec or, foit fans or , jamais il né fera poflible d’obtenir une couleur pourpre ou de rubis.
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- (a) Voyez les pages & SS4 de l’Art de la Verrerie de M. le Baron d’Holback.
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- L9A R T DE LA PEINTURE
- Pour prouver aux curieux que dans les compofitions de cette couleur avec l’or , ce même or ne fe vitrifie point, mais ne fait que fe mêler au verre, il prétexte la difiipation qui fe fait peu à peu de la couleur dans un mélange de cette efpece à un degré de feu trop a£tif ou de trop de durée. L’or, dit-il, commence d’abord à former une pellicule à la furface de la matière fondue, ôc enfin tombe au fond du creufet. Il ajoute que la même chofe arrivera à la compofition du verre qu’il vient d’indiquer, avec cette différence qu’étant dépouillé de la magnéfie, il ne le colorera point du tout.
- C’eftaudé- De ces procédés clairs ôc circonftanciés veioppement qUqi vjent donner, il fe flatte que chacun
- de la majme- + ? i.
- UV ICI llldw1"Lv 111 1
- fie par le ni- pourra conclure que la couleur pourpre du tre, 8c non VCrre ne doit point fon origine à la réduéfion
- a la reduc- . , r . A1 , °
- tion de l’or, de 1 or qu on y auroit mêlé au commencement qu’on doit la de Popération, mais à la magnéfie qui étoit ge oude^u- entrée dans la compofition du verre.
- bis.
- Obferva- J’ajoute ici quelques obfervations fur le
- verre frouge ^erre rouge > flue je dois à l’expérience que ancien. j’ai acquife par les réparations dans différentes
- Eglifes, de plufieurs vitraux de vitres peintes anciennes & modernes : ôc après avoir remarqué, avec les plus habiles Maîtres dans l’Art de la Verrerie que j’ai confultés, que, pour donner au verre différentes couleurs ôc les nuances que l’on délire, il faut fouvent effayer fa matière, augmenter ou diminuer les dofes des ingrédients colorants, hâter ou arrêter l’aêlivité du feu ; après avoir fur-tout fait obferver que la couleur rouge demande plus de foins, d’intelligence Ôc d’expérience qu’aucune autre, comme plus fujette à noircir Ôc à prendre une opacité qui lui ôte fa tranf-parence, ou enfin à perdre fa couleur qui s’efface totalement à un trop grand feu ; je dis i°, qu’entre les verres rouges des plus anciens vitraux il s’en trouve peu de celui que les Peintres fur verre nomment improprement verre naturel, terme qu’ils ont adopté pour diftinguer un verre teint dans toute fa maffe de celui qui n’efl coloré que fur une furface, ôcdont nous traiterons dans le Chapitre fuivant : 20, que pour peu qu’il s’en trouve, il eft plus mince de plus de moitié que le verre des autres couleurs : 30, que deux morceaux de ce verre rouge naturel appliqués l’un fur l’autre préfentent à la vue une couleur plus noire que rouge. J’en augure que la difficulté du fuccès dans la teinture des maffes de verre en rouge porta les Peintres Vitriers à faire, ou par eux-mêmes ou par les Verriers, l’effai d’un émail rouge fondant, qui, réduit en poudre impalpable ôc détrempé à l’eau, étoit étendu Ôc couché avec art fur le verre deftitué de couleurs, par le fecours du pinceau ou de la broffe, en autant de couches que la nuance défirée le demandoit; que ces tables, ainfi enduites de ce vernis
- rouge, étoient portées dans un fourneau pour y faire cuire ôc parfondre la couleur qui y avoit été couchée ; que delà ils obtinrent ces différentes nuances de verre rouge plus clair ou plus foncé fuivant le befoin, fans lui rien ôter de fa tranfparence.
- Ma conjecture paroît d’autant mieux fondée qu’entre tous les verres de couleur employés dans les plus anciennes vitres peintes, il n’y a guere que le verre rouge qui foit ainfi coloré, les autres étant plus ordinairement fondus tels dans toute leur maffe. J’aî entre les mains ôc fous les yeux des morceaux de verre rouge du treizième au quatorzième fiecles, fur lefquels on diftingue aifé-ment la trace de la broffe dont on fe fervoit pour étendre ôc coucher fur un verre nud ce vernis rouge, ainfi que Kunckel l’appelle. Enfin foit à caufe du précieux de l’or qui pouvoit y entrer, foit à caufe de ce double apprêt, le verre rouge, quoique coloré fur une fuperficie feulement, a toujours été plus cher que le verre de toutes autres couleurs teint au fourneau des Verriers dans toute fa maffe.
- J’ai voulu faire faire du verre rouge dans les Verreries de Bohême, d’où j’ai tiré une affez grande quantité de verre en tables de toutes les autres couleurs de parfaite beauté ( fi l’on excepte le verd ) ; Ôc quoique j’eufle confenti à une augmentation de deux tiers en fus du prix des autres couleurs , je n’aî pu obtenir des Verriers de ce Royaume de m’en faire un envoi.
- Je finis ces obfervations fur le verre rouge par la copie que j’ai trouvée dans les papiers de feu mon pere, d’un compte arrêté en iéBp, entre le fieur Perrot, Maître d’une Verrerie près Orléans, ôc Guillaume le Vieil mon aïeul, Entrepreneur des vitres des rofes ôc des vitraux de la nef de l’Eglife de Sainte Croix de la même Ville. Elle fervira entr’au-tres chofes à prouver que le prix du verre rouge étoit à la fin du dix-feptieme fiecle du tiers en fus de celui du verre des autres couleurs.
- «Du 3 Septembre 1 é8p (porte ce compte)^
- » M. le Vieil, Entrepreneur des vitres de » Sainte Croix, doit au fieur Perrot de la » Verrerie d’Orléans, pour les vitres de cou-» leur qu’il lui a livrées cejourd’hui, favoir :
- » cent trente-fept pieds ôc demi de couleur «bleue, à 2 <; fous le pied, valent 1714 iyf «Plus foixante ôc quinze pieds
- » de verre audit prix......... p 3 1 y
- «Plus foixante ôc quinze pieds » de rouge, à 35 fous le pied, 131 y» ;
- Au bas eft l’acceptation ôc reconnoiffance de cette fourniture par le Vieil, puis la quittance du fieur Perrot, de la fomme de trois cents quatre-vingt-feize livres quinze fous pour le total.
- Cette copie de compte peut encore fervir
- à prouver
- Le verre rouge a toujours été plus cher quetout autre verre de couleur.
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- Oft en fax-Toit encore dans nos Verreries à la fin du dix-feptie-me fiecle*
- Lé verre teint dans toute fa maffe étoit d’a bord fi dif-pendieux, qu’on a cherché à en diminuer la dé-penfêé
- Le fecret fie peindre fur verre n’eft pas perdu.
- SUR VERRE.
- à prouver qu’on faifoit du verre de couleur dans nos Verreries de France, même à la fin du dernier fiecle.
- J’ai confervé deux tables de ce verre de couleur d’environ un pied de fuperfîcie chacune , l’une bleue, Fautre verte, que mon
- IL Partie. tôjf
- pere fit venir de Rouen après le décès du lien. Elles montrent affez par leur contexture d’un verre dur Ôc épais, ôc leur furface ondée ôc raboteufe , combien l’Art de la Verrerie dans ce genre étoit déchu de l’état où il étoit dans le feizieme fiecle.
- CHAPITRE IIL
- r
- Maniéré de colorer au fourneau de recuijfon des Tables de Verre blanc y avec toutes fortes de couleurs fondantes aujji tranjparentes 5 aujji lijfes (a) SC aujji unies, que le Verre fondu tel dans toute fa majfe aux Verreries,
- I l n’y a nul fujet de douter que la maniéré de colorer le verre en maffe n’ait été dans le commencement très-difpendieufe , ôc qu’on n’ait cherché dans la fuite des moyens d’en di-minuerladépenfe. Nousavons vu, dans Fhiftoi-re des plus anciens monuments delà Peinture fur verre, Suger, Abbé de S. Denys, enchérir même fur celle en ufage de fon temps, en faifant entrer dans la compofition de fon verre de couleur, les matières les plus exquis fes, pour en embellir l’éclat. Mais fi ce magnifique Abbé prodigua dans fes vitres tout ce que la nature & l’Art pouvoit ajouter à leur beauté, on peut dire que les Vitriers qu’il y employa étoient très-ménagers, qu’ils favoient y faire entrer les plus petits morceaux. Leur patience dans ce traitement fe fentoit encore des temps de la Peinture en mofaïque. On étoit refferré dans des bornes très-étroites pour l’emploi d’une compofition li précieufe : on effaya par la fuite de fe mettre plus au large, en diminuant la dépen-fe ; & les Chimiftes, comme nous l’avons vu dans notre première Partie, vinrent au fe-cours des Peintres-Vitriers. C’eft ce changement qui fera fucceffivement la matière des Chapitres fuivants.
- Et d’abord celui-ci mérite d’autant plus d’attention que la pratique qui en eft l’objet eft celle qui, dans P Art de la Peinture fur verre, a été le plus négligée, ôc dont Paban-don a donné lieu au bruit qui s’eft répandu de toutes parts que le fecret de peindre fur verre eft perdu.
- Les préparations que je me fuis appliqué à en retracer ici d’après Kunckel, peuvent raffurer les Amateurs fur la fauffeté de ce bruit. Non , le fecret de la Peinture fur yerre, c’eft-à-dire de faire valoir fur des
- (a) On entend ici par l’égalité d’éclat & de fuperficie du Verre.
- Peint, sur Verre, II. Part,
- vitres l’Art de peindre fur un verre en tables coloré fur une furface feulement, découpé fuivant fes contours, ombré ôc éclairé félon le befoin, ôc recuit enfuite au fourneau, n’eft pas perdu ; il n’eft que mis à l’écart pour un temps. S’il prenoit envie de le faire revivre , les indications fuivantes fuffiroient pour rendre à la Peinture fur verre fon premier éclat ôc fon ancienne perfe&ion 5 indications enfeignées , expérimentées ôc garanties par un célébré Chimifte, qui a paffé parmi ceux de fon Art pour le plus célébré Artifte en verre, ôc qui poffédoit éminemment cette partie d’une fcience fi étendue.
- Ce que j’ai obfervé dans le Chapitre précédent fur le verre rouge qui en plus grande partie, même dans les premiers temps où il a été en ufage pour les vitres , n’étoit rouge que fur une de fes furfaces ôc non dans toute fa maffe, fe pratiqua auffi par la fuite pour les autres couleurs. Il n’en devint que plus aifé aux Verriers d’inventer dans chaque couleur une couverte fondante dont ils puffent enduire des tables d’un verre nud, qui pût fe parfondre fur le verre qui lui fervoit de fond aufli parfaitement que dans la couleur rouge ; puifque la maniéré d’appliquer ou de faire recuire cette couverte' ou vernis, comme l’appelle Kunckel, étoit déjà ufitée pour le verre rouge.
- Ce qui put occafîonner cette nouvelle recherche fut fans doute la confidération du temps qu’on employoit à compofer d’un nombre prefqu’infini de petits morceaux de verre réunis par le fecours du plomb , certains tons d’un grand détail, comme je Fallait remarquer, lorfque j’ai traité des premiers temps de la Peinture fur verre.
- Je penfe que cette invention put avoir lieu lorfque les puiffants Seigneurs , qui s’empreffoient à décorer nos Eglifes de vitres peintes, voulurent que les écuffons do
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- Origine du? verre en table.* coloré fur une de fes furfaces feulement.
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- tes Opérations prefcri-tes parKunc-kel , pour colorer ainfi le verre,vien-nent d’an excellent Peintre fur verre*
- Fondants qui fervent de bafe aux couleurs.
- i°. L’émail. Recette pour faire un bon émail fondant.
- VA RT DE LA PEINTURE
- leurs armoiries, blafonnées fur les vitres, ferviffent de monument durable à leur pieufe générofité. Quelle différence, en effet, entre le travail d’un écuffon de France d’azur aux fleurs-de-lys d’or fans nombre , de la mefure de 12 a 13 pouces de haut, fur 10 à 11 de large, fait êt compofé de pièces de verre de rapport jointes avec le plomb , ôc celui du même écuffon formé d’un feul morceau de verre coloré en bleu d’un feul côté fur une table de verre blanc, ufé, comme nous avons vu dans notre première Partie, avec l’émeri êt l’eau, du côté des fleurs-de-lys, Ôt recouvert, fur chacune d’elles, d’une couche de couleur d’or î La même obfervation peut fe faire par rapport à d’autres armoiries écartelées Ôc chargées de pièces de différents émaux.
- Suivons donc ici toutes les différentes opérations que Kunckel, lui-même, nous déclare avoir effayées , ôt dont aucune ne lui a manqué. îl affure qu’elles venoient d’un excellent Peintre fur verre dont il ne fait pas le nom, ôc qu’il les a fait examiner par un autre Ar-tifle fort verfé dans ce genre de Peinture. Il nous apprend de plus qu’il ne s’efl déterminé à les rendre publiques, que pour rendre fon Ouvrage plus intéreffant ôc plus complet, Ôc parce que le plus Ample de ces fecrets, contenant un fait vrai, mérite , par cet endroit, de la confédération (a).
- Je tâcherai de donner à ces Recettes un ordre plus fuivi que ne femble le comporter une fuite d’expériences recueillies pêle-mêle par un Artifte, plus expérimenté dans l’art d’en faire ufage pour lui-même, que dans la maniéré de l’enfeigner à d’autres. Àinfi avant d’entrer dans l’examen de la préparation des différentes couleurs que l’on peut employer, fur le verre, je commencerai par établir, d’après Néri ôt les remarques de Kunckel, la préparation des fubftances qui fervent de bafe ôt de fondant à ces mêmes couleurs, beaucoup moins opaques que les émaux qui font ufités dans la Peinture fur verre a&uelle : tels font l’émail êt le verre de fonte ou la ' rocaille.
- Prenez trente livres de plomb Ôt trente-trois livres d’étain bien purs ; faites calciner ces métaux de la maniéré prefcrite par Néri (b) : paffez-en la chaux au tamis ; faites-la bouillir dans un vafe de terre neuf verniffé , rempli d’eau bien claire. Lorfqu’elle aura un peu bouilli, retirez-la du feu. Otez l’eau par inclination : elle entraînera avec elle la partie la plus fubtile de la chaux. Reverfez de nouvelle eau fur la chaux qui reliera dans la terrine ; faites-la bouillir comme auparavant , Ôt la décantez comme on vient de le
- (a) Pr face de Kunckel, en tête de la fécondé Partie qu’il a ajoute'e à l’Art de la Verrerie de Neri,
- ( b) Au Chapitre LX1I.
- dire. Réitérez cette opération jufqu’à ce quô l’eau n’entraîne plus de chaux. Recalcinez de nouveau les parties les plus groffieres qui font refiées dans le fond de la terrine, puis retirez-en la partie la plus déliée de la maniéré que l’on vient d’enfeigner. Faites en-fuite évaporer toute cette eau qui aura emporté la partie la plus fubtile de ia chaux 9 en obfervant toujours de donner un feu lent vers la fin de l’évaporation ; autrement la chaux qui fe trouve au fond du vafe courroit rifque d’être gâtée.
- Prenez de cette chaux fl déliée Ôt de la fritte faite avec le tarfe (a) ou le caillou blanc, bien broyé ôt tamifé avec foin, de chacune cinquante livres ; de fel de tartre bien blanc, huit onces : mêlez ces matières êt les mettez au feu pendant dix heures dans un pot neuf de terre cuite. Au bout du temps vous les retirerez ; & , après les avoir pulvé* rifées, vous les mettrez dans un lieu fec» mais à couvert de toute pouiïiere.
- Cette poudre mife en dofe convenable» ainfi qu’on le prefcriradans la fuite, devient la matière principale ôc ia bafe de tous les émaux fondants (b),
- Kunckel, après avoir fait l’éloge du 6ei Livre de Néri, comme de la partie de fon Ouvrage la plus recommandable, fubflitue aux huit onces de fel de tartre, huit onces de potaffe purifiée de toutes faletés (c).
- Quant au verre de fonte ou rocaille, il y en a de plufieurs efpeces. Le meilleur eft celui qui vient de Venife en forme de gâteaux : il n’a point de couleur particulière ; fon épaifleur le fait feulement paroître un peu jaunâtre , à peu-près de la couleur de la cire la plus pure. Les grains de chapelets ou de rocaille verds , jaunes, , ôte ; l’ancien verre des Eglifes, & celui dont fe fervent les Potiers, font fort propres à cet ufage (d).
- Avant de mêîer ce verre de fonte avec les émaux colorants pour les mettre en fu~ fion, il faut le réduire en poudre très-fine , après l’avoir broyé pendant vingt-quatre heures avec le vinaigre diflillé (e),
- Haudicquer deBlancourt (/) donne la maniéré de faire la rocaille ainfi qu’il fuit.
- Prenez une livre de fable très-blanc ÔC très-fin, avec trois livres de mine de plomb ; pilez le tout enfemble au mortier ; mettez le tout dans un bon êt fort creufet bien luté ; ôc, le lut étant fec, mettez-le dans un fourneau de Verrier, ou dans un fourneau à
- (a) Voyez fur cette fritte la note (b) de la pagepp. ( b ) Néri, Chap. XCIII, qui efl le premier de fon fixieme Livre.
- ( c) Kunckel, fur ce Chapitre.
- (à) Kunckel, à la page 537 de l’Art de la Verrerie du Baron d’Holback.
- (e) Kunckel, à la page 367.
- (/) Haudicquer de Elancourt, Chapitre CCXI, de fon Art de la Verrerie,
- a0. Levers re de fonte ou rocaille.
- Maniéré de le préparer.
- Rocaille
- jaune.
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- SUR
- VERRE. IL Parîiè;
- vent, dont le feu foit violent, pour réduire cette matière en verre, ôc votre rocaille fera faite.
- Le même Auteur donne la compofition d’une autre efpece de rocaille , mais blâme beaucoup l’emploi qu’en font les Peintres fur verre ôc les Peintres en émail, comme ayant de méchantes qualités, Ôc étant pleine d’un plomb impur : la voici.
- Rocaille Prenez trois livres de fable fin , contre Verte. une ljvre <je m[ne plomb : elle fera plus ( dure. Cette matière changera de couleur en la refondant ; car elle deviendra d’un rouge pâle.
- Telle eft la préparation des fubftances qui fervent de bafe aux différentes couleurs propres à peindre fur verre. Ces couleurs fe font par les opérations fuivantes (a).
- Recettes de Prenez une partie d’écailles de fer , une
- dérouleurs Part*e t’écailles de cuivre, ôc deux parties
- fondantes de l’émail ci-deflus indiqué :
- pour colorer Ou des grains de rocaille , des écailles de
- fur une lur- r « j ,P . 7 . , i
- face des ta- ter ** de * antimoine, par parties égaies :
- blés de verre Ou des écailles de cuivre, de l’antimoine de re°cdffon! & ^es gra^ns te rocaille . par parties égales :
- Couleur O» tes écailles de fer & des grains de ro-noire. caille, par parties égales :
- Ou une livre d’émail, trois quarterons d’écailles de cuivre , ôc un quarteron d’écailles de fer :
- Ou une livre d’émail , trois quarterons d’écailles de cuivre, ôc deux onces d’antimoine : "
- Ou deux onces de verre blanc d’Allemagne , deux onces d’écailles de fer, Ôc une once d’écailles de cuivre :
- Gu trois parties de verre de plomb , deux parties d’écailles de cuivre, une partie d’écailles de fer, ôc une partie d’antimoine :
- Ou deux parties de plomb , une partie d’antimoine, ôc mêlez-y un peu de blanc de cérufe :
- * Ou des grains de rocaille Ôt d’écailles de cuivre en quantité égale ; une demi - partie d’écailles de fer : ajoutez-y des cendres de plomb ; lavez les écailles de cuivre ôc les cendres de plomb jufqu’à ce que vous en ayez emporté toute la faleté.
- Quelque recette que vous ayez adoptée entre les dix ci-deflus prefcrites, broyez les matières y défignées pendant trois jours fur une plaque de fer, en les humectant avec de l’eau claire. Vous jugerez de la perfection de votre couleur lorsqu’elle prendra fur la plaque un œil jaunâtre, ôc qu’elle deviendra affez épaifle pour s’y attacher. Relevez en-fuite votre compofition ; faites-la fécher Ôc la paffez par un tamis très-fin ; puis délayez-
- * (a) Seconde Partie, ajoutée par Kunckel à l’Art de la Verrerie de Néri, fag, faiv, de la Traduction
- du Baron d’Holback.
- la avec de l’eau gommée, ôc la portez fur le verre , Suivant l’art que j’indiquerai1, en la couchant plus ou moins épaifle à proportion que vous délirerez qu’elle foit plus ou moins noire.
- Kunckel obferve ici que dans cette com* pofition, au lieu de grains de rocaille, ort peut prendre du verre de plomb tel que les Potiers l’emploient, ôc qu’il produit le même effet.
- Autre, Prenez deux parties de cendres de Nôiit Pîü® cuivre ôc une partie d’émail ; broyez bien beau* ces deux matières avec de l’efprit-de-vin.
- Cette couleur eft très-pénétrante.
- Autre. Prenez une once de verre blanc, Noïrenco^ fix gros d’écailles de fer, une demi-once ^P^beam d’antimoine, un gros de magnéfie ou man-ganefe \ broyez toutes ces matières avec de fort vinaigre au lieu d’eau. Le refte comme à la première compofition.
- Prenez une once de verre blanc ou d’émail ; joignez - y une demi-once de bonne magnéfie : broyez le tout pendant trois jours , comme à la couleur noire , en les hume&ant d’abord avec du vinaigre, enfuite avec de l’efprit-de-vin, ou même avec l’eau claire : faites fécher, ôcc. comme au noir.
- Couleur
- bïttne»
- Prenez une demi - once de bon crayotl Càüîeüs îouge, une once d’émail bien broyé Ôc pul- rou^e* vérifé : joignez-y un peu d’écailles de cuivre , afin que le mélange ne fe confume pas fi facilement au feu : broyez bien le tout ; faites en d’abord un effai en petit fur un morceau de verre : s’il perdoit fa couleur au feu , ajoutez-y un peu d’écailles de cuivre : mêlez ôt broyez avec le refte de la compofition.
- Autre, Prenez du crayon rouge qui foit dur, c’eft-à-dire, qui ne marque pas trop aifément fur le papier, femblable partie d’é-* mail, & un quart d’orpiment :
- Ou une demi-once d’écailles de fer, une once d’émail ôc autant d’écailles de cuivre :
- Ou une partie de couperofe, une égale partie de grains de rocaille , un quart de crayon rouge , Ôc mêlez en broyant :
- Ou une partie de crayon rouge fort dur » deux parties d’émail, Ôc un quart de partie de grains de rocaille.
- Quelque recette que vous choififiiez parmi les quatre prefcrites ci-deffus, broyez les matières y défignées avec de l’eau claire , à l’exception de la première, qu’il faut broyer avec du vinaigre : faites fécher , ôcc. comme à la couleur noire.
- Autre. Prenez du faffran de mars ou de la Rouge plus rouille de fer ; du verre d’antimoine, qui eft beau* d’un rouge jaunâtre , ou de la rocaille jaune, de chacune de ces fubftances égale quantité : ajoutez-y un peu de vieille monnoie que vous aurez calcinée avec le foufre ; broyez toutes ees matières jufqu’à ce qu’elles puiffent être
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- *08 VA RT DE LA
- PE I N TU R E
- Téduites en poudre impalpable, après qu’elles auront été léchées : le refte comme à la couleur noire.
- Couleur de Prenez une demi-once de minium {a), une çhair. once de l’émail rouge dont la préparation eft indiquée dans le Chapitre précédent (b), iAprès avoir ajouté à cet émail pareille quantité de verre de fonte ou rocaille pour le rendre fondant, broyez le tout avec de l’ef-prit-de-vin fur un marbre très - dur : faites 'lécher > &c. comme à la couleur noire.
- Cette couleur demande, au fourneau de recuiffon, une calcination très-modérée, Ôc eft du nombre de celles qu’il eft bon de mettre dans le milieu de la poêle à recuire dont nous parlerons dans la fuite.
- Couleur Prenez du bleu de montagne (c) ôc de bleue. grains de rocaille parties égales ; broyez :
- faites fécher ; réduifez en poudre impalpable, comme dans les couleurs fondantes ci-deffus. Bleu d’émail. On peut fubftituer le bleu d’émail au bleu
- de montagne,. avec égale quantité de verre de rocaille. Voici, fuivant Néri (Chap. pé), la maniéré de préparer le bleu d’émail.
- Prenez quatre livres de la fritte dont on fait l’émail qui fert de bafe aux couleurs, quatre onces de faffre, ou moins, à proportion que le faffre eft plus foncé en couleur , ou fuivant la nuance bleue que vous defirez : ajoutez-y quarante-huit grains d'as uftum. Le tout bien pulvérifé doit être mis au fourneau des Verreries, dans un pot bien verniffé en blanc. Lorfque ce mélange eft bien en fufion, îi faut le tirer du pot, le verfer dans de l’eau claire pour le bien purifier, le mettre fondre de nouveau, réitérer la fufion ôc l’ex-tinêlion dans l’eau par deux ou trois fois : on obtient par ce moyen un très-beau bleu d’émail.
- * Couleur Prenez de rocaille verte deux parties, de vcrte* limaille de laiton une partie, de minium deux parties : broyez bien le tout fur une plaque de cuivre en humeêhnt avec de l’eau claire ; faites fécher: pulvérifez, ôte. comme aux autres couleurs fondantes.
- (a) Le minium eft une chaux de plomb , d’un rouge jaune affez vif. On prétend que c’eft par une calcination lente, 8c par la réverbération, qu’on parvient à faire prendre cette couleur à la chaux de plomb. Cette calcination ne fe fait qu’en grand dans les Manufaétures de Hollande, 8c rarement dans les Laboratoires. Son propre, ainfi que celui des autres chaux de plomb, eft de hâter la fufion des matieresvitrifiables. Dictionnaire de Chimie , par M. Macquer, aux mots Minium 8c Plomb.
- (b) Voyez la recette indiquée fous le nom de Couleur rouge foncés.
- (c) En latin lapis armenus ou cœruleum montanum. C’eft un minéral ou pierre foflile bleue , plus tendre , plus légère 8c plus caftante que le lapis laguli. Cette pierre fe trouve en France, en Italie, en Allemagne 8c îur-tout dans le Tirol. On la contrefait en Hollande, en faifant fondre du foufre, auquel on ajoute du verd de gris pulvérifé.
- Il eft conftaté par l’expérience , que c’eft de l’argent que fe tire le plus beau jaune propre à la Peinture fur verre (<*): or, pour le préparer, on procédé de l’une des maniérés Suivantes.
- Prenez de l’argent en lames ; faites-le dif-foudre dans de l’eau - forte : lorfqu’il fera entièrement diffous , en ajoutant dans l’eau-forte des lames de cuivre , l’eau-forte agit fur le cuivre, ôc lâche l’argent qui tombe au fond. On peut fe contenter, au lieu de cuivre , d’y verfer du fel commun diffous dans l’eau. Lorfque l’argent fera précipité au fond , décantez-en l’eau-forte : mêlez l’argent à de l’argile bien calcinée , de maniéré qu’il y en ait trois fois plus que d’argent : broyez ; faites fécher, ôte. comme dans les couleurs précédentes.
- Autre. Prenez de l’argent en îàmes à volonté : faites-le fondre dans un creufet ; lorsqu’il fera entré en fufion, jettez-y peu-à-peu affez de foufre pour le rendre friable; broyez-le, fur une écaille de mer , affez pour le réduire en poudre très-fine : joignez-y enfuite autant d’antimoine que vous aurez employé d’argent : broyez ôc mêlez bien ces deux matières ; prenez de Pochre jaune : faites-la bien rougir au feu ; elle deviendra d’un rouge brun. Faites-en l’extinêtion dans de l’urine ; prenez de cette ochre deux fois autant que de l’antimoine ôc de l’argent : mêlez bien ces matières en les broyant avec foin : faites fécher , Ôc c.
- Autre. Prenez une demi-once d’argent,' une demi-once de foufre, une demi-once d’ochre ; commencez par faire Calciner l’argent avec le foufre, jufqu’à ce qu’il devienne affez friable pour être broyé. Faites aufïi bien calciner l’ochre ; faites-en l’extin&ion dans de l’urine. Broyez l’argent ôc l’ochre pendant une journée : faites fécher ; pulvérifez, ôcc.
- Autre. Prenez de la vieille monnoie d’argent , calcinez-la avec le foufre ; prenez aufïi de la terre jaune de Cologne , telle que celle dont fe fervent les Peaufïiers ; calcinezh cette terre comme on a dit de l’ochre ; do-fez de même : broyez le tout en l’humeêtane avec de l’efprit-de-vin ; faites fécher; pulvérifez , ôcc.
- (a) C’eft une tradition affez ancienne chez les Peintres-Vitriers, que la découverte de cette maniéré dé colorer le verre en jaune, eft düe à un accident furvenu au B. Jacques l’Allemand. Ce Religieux, dont nous avons parlé parmi les Peintres fur verre du quinzième fiecle, étant occupé à empoëler l’ouvrage qu’il avoit peint, pour le faire recuire , laiffa tomber dans fa poêle un bouton d'argent, d’une de fes manches , fans s’en ap« percevoir. Ce bouton fe perdit dans la chaux tamifée, dont on fe fert à cet effet. La poêle couverte , les émaux fe parfondirent. Le bouton, ou partie de ce bouton entra auffi en fufion ; il teignit de couleur jaune l’efpace du verre au-deffus duquel il fe répandit, ôc cette couleur jaune pénétra la pièce fur laquelle celle-ci avoit été gratifiée,
- Couîeûé
- jaune.
- Jaune très-beau.
- Jaune très* beau.
- \
- Autre,
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- Jaune à préférer fur un verre dur ÔC raboteux.
- Jaune fort beau.
- Jaune clair.
- S U R VE R
- Autre, Prenez une partie d’ochre fans être calcinée, ôc une partie d’argent calciné avec le foufre: broyez, faites fécher, ôcc. Vous pourrez vous fervir de ce jaune fur un verre dur ôc raboteux.
- Autre. Prenez une drachme de limaille d’argent, ôc deux drachmes de foufre pilé; mettez-les dans un ereufet, en obfervant de placer l’argent entre deux lits de foufre. Faites-le calciner jufqu’à. ce qu’il devienne affez friable. Prenez enfuite une partie de cet argent calciné, deux parties d’ochre, une partie de verre d’antimoine ; réduifez ces matières en poudre impalpable, pour vous en fervir dans le befoin.
- Autre. Prenez de la vieille monnoie d’argent, faites-en de la limaille fine ; mettez cette limaille dans un ereufet ; faites-la rougir au feu ; jettez par-deffus , lorfqu’elle fera bien rouge , du foufre de la groffeur de deux ou trois pois ; remuez ce mélange avec une baguette de fer , afin qu’il ne s’attache point au ereufet : de cette façon le foufre confirmera l’alliage , ôc l’argent fe changera en une poudre grife : mêlez-y deux ou trois fois autant d’ochre calcinée : broyez le tout au moins pendant deux tiers de jour ; faites fécher , pulvérifez, ôte.
- Kunckel remarque que le jaune qu’il vient d’indiquer, paroît fort beau , ôc prend mieux fur le verre de Bohême ôc de Venife , pourvu néanmoins qu’avant de l’appliquer , on frotte la table de verre qui en doit être enduite , avec un morceau de drap trempé dans de l’eau bien claire, Ôc du verre en poudre qu’on y étendra en frottant, pour nétoyer parfaitement cette table de verre (*)•
- Autre. Prenez des lames de laiton fort minces, mettez-les dans un ereufet : broyez du foufre Ôc de l’antimoine fur la pierre ; répandez de cette poudre fur vos lames de laiton ; mettez d’autres lames par-deffus ;
- (a) Je crois devoir faire ici mention d’une de ces découvertes que l’expérience feule peut montrer. Il eft certain que le jaune eft, dans la Peinture fur verre, la couleur la plus tendre à fe parfondre au fourneau de recuiffon. Cependant, il eft un verre ordinaire d’une de nos nouvelles Verreries de Franche-Comté, fur lequel le jaune ne maïque prefque pas à la recuiffon, dans le temps que les émaux y font fondus plus liftes ôc plus unis que fur aucun autre verre. Je penfe qu’en pareil cas, le moyen indiqué par Kunckel, dans cette recette , ne feroit pas à méprifer. D’ailleurs, il paroît par la cinquième de ces recettes que le jaune prend plus difficilement fur un verre dur & raboteux. Alors il ne fera pas mal à-propos d’employer la compofition de la poudre qui fuit, propre à ufer le verre avant de s’en fervir pour peindre.
- Prenez deux parties^ d’écailles de fer, une partie d’é-cailles de cuivre, trois parties d’émail ; broyez le tout fur le marbre ou fur une plaque de cuivre ou de fer ; réduifez ce mélange en une poudre auffi fine que faire fe pourra : détrempez de cette poudre avec de l’eau claire : frottez en la table de verre avec un morceau d’étoffe ; le poli du verre dilparoîtra, Ôc il en deviendra plus propre à recevoir la couleur, qu-i y prendra beaucoup mieux , 8c n’en fortira après la calcination que plus tranfparente.
- Peint* sur Verre* II. Part<
- RE. II. Partie
- couvrez-les de votre poudre ^ ôc continuez cette Gratification jufqu’à ce que vous préfumiez en avoir affez. Faites calciner le tout jufqu’à ce que le feu s’éteigne de lui-même : jettez enfuite ce mélange tout rouge dans de l’eau froide ; il deviendra friable Ôc propre à être broyé. Prenez enfuite cette calcination de laiton ôc fix parties d’ochre jaune calcinée Ôc éteinte dans le vinaigre ; broyez le tout bien exactement au moins pendant deux tiers de jour fur la pierre ou écaille de mer; faites fécher, pulvérifez , ôcc,
- Kunckel obferve très - prudemment quë cette couleur eft très-tendre , ôc qu’elle entre très-aifément en fufion dans le fourneau de recuiffon ; mais qu’on peut, en variant les dofes de l’ochre, la rendre plus ou moins dure. Par exemple, pour donner au verre une couleur de bois ou d’un jaune très-clair, il faut augmenter la dofe de l’ochre jufqu’à ce que la couleur foit au point defiré. On peut en juger par des effais en petit, calcinés dans la cheminée comme pour la couleur de chair*
- Cet habile Chimifte n’ayant pas donné dans l’ordre de fes Recettes, une compofition propre à colorer les tables de verre en violet ôc en pourpre , il femble que pour le copier fidèlement, j’aurois dû paffer comme lui fur ces compofitions, ôc me contenter de renvoyer au Chapitre fuivant, où je traiterai de la préparation des Émaux colorants qui fervent dans la Peinture fur verre actuelle. Cependant, en fuivant avec attention ce grand Maître dans fes Remarques fur les Chapitres 84 ôc 107 de Néri, j’ai penfé qu’on pouvoit tirer un violet fondant propre à notre objet, en ajoutant aux recettes pour le bleu un peu de magnéfie, à proportion de la nuance defirée : broyez , féchez, pulvérifez comme à la couleur: bleue (a).
- Prenez une demi-once de minium, une once de l’émail pourpre preferit aux Chapitres 103 ôc 104 de Néri, auquel, pour le rendre fondant, vous ajouterez une pareille quantité de verre de fonte ou de rocaille : broyez, féchez, pulvérifez, Ôcc. comme à la couleur de chair.
- Voici la compofition de cet émail que Néri, dans le Chapitre 103 , donne fous le titre d’Email pourpre ou couleur de lie de vin , propre aux Bijoutiers pour l’appliquer fur l’or.
- Sur quatre livres de fritte d’émail, prenez deux onces de magnéfie : ayez foin de mettre ce mélange dans un pot verniffé affez
- (a) Voyez au furplus dans le Chapitre fuivant, à l’article de la couleur bleue , la maniéré dont Félibien dit qu’on peut faire le violet ôc le pourpre.
- E e
- Conîeu?
- violette.
- Couleur
- pourpre.
- Email pour" pre ou couleur de lie d^ vin,
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- "Autre émail pourpre»
- Manière de porter ou coucher ces differentes couleurs fur des tables de verre.
- VART DE LA PEINTURE
- grand pour qu’il y refte du vuide, parce que cette matière ne manquera pas de fe gonfler. Faites fondre le tout à un fourneau de Verrier ; lorfque la matière fera bien fondue, jettez-la dans de l’eau bien claire pour en faire l’extin&ion ôt la purification. Faites trois fois la même chofe. Quand la matière aura été mife en fonte pour la quatrième fois , examinez fi elle eft de la couleur délitée : fi vous voyez qu’elle foit d’un pourpre pâle , ajoutez-y un peu de magnéfie.
- Merret (a) préféré le fafran de mars à la magnéfie.
- Kunckel (£), qui trouve la dofe de magnéfie trop forte, remarque qu’il eft difficile de rien prefcrire ici fur les dofes ; que fi c’eft aux yeux à décider, c’eft à la direêtion du feu qu il faut principalement s’appliquer; que, les émaux demandent un feu tempéré pour être mis en fonte ; que fans cette application établie fur l’expérience , la couleur défirée difparoît à un feu violent, & qu’on en trouve fouvent une qu’on ne cherchoit pas.
- Quant à l’émail pourpre du Chapitre 104 de Né ri, il fe fait ainfi qu’il fuit.
- Prenez fix livres de la matière dont on fait l’émail, trois onces de magnéfie, fix onces d’écailles de cuivre calciné par trois fois; mêlez bien ces matières après les avoir réduites en poudre ; au furplus procédez comme dans la compofition précédente.
- Kunckel remarque que celle ci lui ayant manqué deux fois, fans favoir s’il devoit s’en prendre aux fubftances colorantes ou à la di-reêfion du feu, il réuffit la troifieme fois, lion fans y apporter beaucoup de foins ; qu’il obferva que le fuccès dépendoit de la bonté de la magnéfie, jointe à l’attention à bien ménager faéüvité du feu. Il ajoute que dans l’Art de la Verrerie, on ne peut trop pefer les circonftances, par exemple , d’un temps plus lourd, plus vif ou plus âcre, ainfi que les qualités du bois ou du charbon plus dur ou plus tendre. Ne pas retirer à propos la matière du feu, l’y laifler trop ou trop peu de temps , c’en eft affez pour manquer les compofitions les mieux dofées 6c les mieux entendues (<r).
- Lorfqu’on vouloit en faire ufage, on les dé-layoit avec plus ou moins d’eau, dans laquelle on avoit fait difloudre du borax , comme il fe pratique parmi les Orfèvres. On fe régloit en cela par le plus ou moins de force qu’on vouloit donner à fes couleurs.
- Avant de les coucher fur les tables de verre, on en ufoit la furface la plus rabo-teufe, car le verre en table a toujours un côté plus uni Ôt plus lifte: on fe fervoit à cet effet de la poudre dont nous avons donné ci-devant la préparation (a).
- Le verre ainfi préparé, on couchoit fur la furface ufée les couleurs dont on vouloit le colorer. On fe fervoit, pour les premières couches, d’une broffe de loie de porc, puis d’une autre de cheveux bien flexibîes, de la forme des larges pinceaux dont les Doreurs font ufage. Ces pinceaux écoient ordinairement emboîtés dans des tuyaux de plume.
- On couchoit ces couleurs plus ou moins épaiffes, à proportion des tons que l’on en attendoit. Un foin bien recommandé dans cette opération, étoit d’agiter continuellement la matière délayée ; la poudre ayant, par fa pefanteur, beaucoup d’inclination à fe précipiter vers le fond du vafe.
- La méthode d’ufer le verre fur une de fes furfaces avant de le colorer, & d’en ôter ainfi le poli, a pu donner lieu à Dom Pernetti d’écrire qu’ow riemploie point de blanc fur le verre , tant parce que le verre coloré en blanc paroîtroit opaque, que parce que le verre paroît blanc quand il fe trouve entre la lumière ér le fpeûateur (b). Il eft néanmoins des occafions indifpenfables de peindre le verre en,blanc, par exemple, dans des armoiries, des couleurs de linge, &c. Je donnerai la recette de la compofition de cette couleur blanche au rang des émaux qui font actuellement en ufage dans la Peinture fur verre, ôt qui ont pris la place des anciens verres de couleur teints ou colorés. Les meilleurs Peintres-Vitriers du i5e. fiecle, ont connu cette couleur blanche , ôt l’ont utilement employée. On voit encore de très belles gri-iailies anciennes, glacées d’un lavis de cette couleur.
- Toutes les couleurs dont nous avons donné la préparation dans ce Chapitre, après avoir été broyées, féchées ôt réduites en poudre très fine, étoient foigneufement enfermées dans des boëtes bien clofes contre les approches de la poufliere. On les y gar-doit, jufqu’à ce qu’on s’en fervît, dans des lieux bien fecs ôt impénétrables à l’humidité.
- Avant de paffer à la calcination Ôt recuif- Obferva-fon des tables de verre enduites de différen- mînaires^à* tes couleurs fondantes , il eft à propos d’ob- leur calcina-ferver i°. qu’il eft très-important que le verre ^ re“ qu’on fe propofe de colorer, foit tout de 1 ° ’
- même fabrique , c’eft-à dire, s’il eft poflible, du même pot, d’une même journée, ou au moins d’une même Verrerie ; car il y a différentes efpeces de verre dont la matière
- (cl) Merret, fur le Chapitre CIII de Ne'ri, d’après Libavius.
- (b) Kunckel, fur ce Chapitre.
- (c) Kunckel, fur le Chapitre CIV de Ne'ri. Les Peintres fur verre ne peuvent faire trop d’attention à cette remarque.
- ( a) Voyez la note (a) de la page préce'dente, col. 1.
- (b ) Dièt. port, de Peint. Sculpt. 8e Grav. Par. 17î7, $ag. 109 , du Traite' pratique des différentes maniérés de peindre, qui eft à la tête.
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- Calcination. & recuifTon des tables de Verre enduites de différentes couleurs.
- SUR VERRE. îî. Partis*; îit
- eft plus dure ou plus tendre (a), plus blanche ou plus bife, c’eft-à-dire, plus jaunâtre, ou tirant plus ou moins fur le verd ou fur le bleu. Or, dans le cas ou des tables de verre feroient plus ou moins blanches l’une que l’autre , elles prendroient à la calcination du fourneau de recuilïon, des tons de couleurs différents à proportion, quoiqu’enduites des mêmes couleurs. 20. Toutes les fubftances qu’on emploie pour colorer le verre, produi-fant autant de différentes nuances, ôc ayant autant de différentes qualités que la Chimie emploie d’opérations différentes pour y porter les couleurs, celles dont on fe fert ici doivent être mifes toutes, autant que faire fe peut, dans un égal degré de fufibilité , n’être pas plus dures les unes que les autres, mais également aifées à fondre , de façon qu’elles puiffent toutes s’attendre dans un parfait concert pour entrer en même temps en fufion.
- Si cette attention eft néceffaire pour toutes les couleurs en général, parce qu’elles courent rifque de perdre leur éclat & leur vivacité à un feu trop violent, elle l’eft fur-tout par rapport au jaune, qui eft de toutes les couleurs la plus tendre Ôt la plus facile à fe parfondre» Trop de feu lui ôte la couleur défirée, & lui donne un rouge fanguin plus -opaque que tranfparent, ce qu’on appelle jaune brûlé ; c’eft pourquoi, comme nous l’avons déjà fait entendre , cette couleur de jaune doré, dans fa préparation, eft fufcepti-ble d’un mélange d’ochre plus ou moins dofé, à proportion que les autres couleurs font plus ou moins dures. Cette opération dépend de l’expérience que le Peintre fur verre, ou le Chimifte qu’il emploiera à la préparation de fes couleurs , doit avoir ac-quife par les calcinations & recuiffons précédentes.
- C’eft de cette calcination ôc de cette reçu iffon que je vais traiter , en fuivant entre les enfeignements de Kunckel {b) , ceux qui m’ont paru les plus clairs. Je tâcherai d’éviter les répétitions dans lefquelles il eft tombé, en copiant lui-même le manufcrit de cet habile Peintre fur verre dont il fait mention fans le nommer (c)*
- Les tables de verre étant enduites des différentes couleurs Ôc bien feches, il faut que la poêle dans laquelle on doit les Calciner Ôc parfondre par la recuiffon, foit proportionnée, dans îon étendue, à la capacité du four dans lequel elle doit être placée. Si donc le four ou fourneau, Ôc c’eft ici la me-
- ( a ) Le verre de Venife, par exemple, entre plus vite en fufion & foptient moins l’aélivité du feu, que celui des Verreries d’Allemagne, de Heiîe Ôc de Saint-Quirin en Vofges; 8c ces derniers font plus tendres que le verre de France, qui eft bien moins chargé de fels.
- ('b) Dans la fécondé Partie, ajoutée à l’Art de la Verrerie de Néri.
- (<?) Préface dé cette fécondé Partie.
- fure la plus étendue qu’on puiffe lui donner, contient depuis le foyer jufqu’à la calotte , un pied dix pouces de profondeur dans œuvre , autant de largeur , ôc deux pieds Ô£ demi de longueur ; une forme oblongue étant toujours plus convenable qu’un quarré parfait : la poêle, qui doit toujours laiffer un efpace de trois pouces entr’elle ôc chacun des quatre parois du fourneau ; ôc donner ainll lieu à la flamme de circuler également autour ôc de l’envelopper , dtnt avoir un pied quatre pouces de large, dix pouces de profondeur, fur deux pieds de longueur. Ainfl, en gardant les proportions fufdites , moins le foyer a d’étendue , moins la poêle doit être grande , en obfervant toujours , quelque dimenfion qu’on lui donne * une diftance de flx pouces depuis le foyer jufqu’au deffous de la poêle, ôc une égale diftance du deffus de la poêle au deffus de la calotte ou couvercle du four.
- La poêle eft ordinairement de terre à faire les creufets, fans être verniffée , parce qu’elle ne doit contenir aucun efprit fubtib Kunckel préféré néanmoins à cette efpece de poêle, celles qui font faites de forte tôle ou de lames de fer.
- Lorfqu’on veut recuire les pièces de verre ou tables enduites de leurs couleurs, on prend de la chaux vive qu’on a fait rougir dans un creufet ou pot. Quand elle eft totalement refroidie, on la paffe au travers d’un tamis bien ferré ; enfuite on met au fond de la poêle deux couches de morceaux de verre inutiles. On répand par-deffus une couche de cette chaux tamifée , de l’épaiffeur du doigt * on égalife bien cette couche avec les barbes d’une plume. Sur cette couche, on place une ou deux tables de verre coloré ; on remet enfuite fur le verre , en la paffant au tamis , une nouvelle couche de chaux, ôc ainfl fucceffivemertt, jufqu’à ce que la poêle fe trouve prefque remplie, de maniéré que fur la derniere couche de verre, enduit de couleurs , il fe trouve affez de place pour y mettre une couche de chaux de l’épaiffeur d’un doigt comme la première. Enfuite on pofe la poêle fur les barres de fer adaptées aux parois du four pour la fupporter. Je donnerai une defcription exaâe de ce four à recuire , lorfque je traiterai de la maniéré a&uelle de peindre fur verre.
- La poêle ainfl pofée fur les barres de fer qui lui fervent de fupport, de façon qu’il fe trouve un vuide égal à chacun des quatre bords de la poêle , & un de flx pouces au-deffous ôc au-deffus jufqu’à la calotte, ce que nous répétons comme effentiel au fuccès de la recuiffon, on place perpendiculairement des morceaux de verre dans la chaux qui couvre le haut de la poêle, en forte qu’ils la débordent de deux pouces. On appelle ces morceaux de verre des Gardes j
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- VA RT DE LA PEINTURÉ
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- parce qu’ils fervent à faire connoître quand l’opération eft achevée; car lorfqu’ils commencent à plier & à fe fondre par la chaleur , il ne faut plus pouffer le feu.
- Avant de mettre le feu au four, on le couvre avec des tuiles ou carreaux de, terre cuite, fupportés par des barres de fer qui portent fur chaque côté des parois de droite ôc de gauche , bien joints ôc enduits de terre graffe , afin que la chaleur du feu fe concentre , ôc ne fe porte point au dehors. On ob-ferve néanmoins de pratiquer aux quatre coins de la calotte, pour la fortie de la fumée , quatre trous d’environ deux pouces de diamètre chacun.
- On prend , pour commencer cette opération, du charbon bien fec, qu’on allume à l’entrée du foyer du four. On y en fubftitue de nouveau à mefure que le premier commence à s’éteindre. On continue ce feu doux pendant deux heures. On l’augmente peu-à-peu avec de petits morceaux de bois de hêtre bien fecs, afin que la flamme en foit claire ôc donne contre le fond de la poêle, fans occafionner de fumée. On continue le feu en employant de plus gros morceaux de ce même bois, que l’on place au-deffous de la poêle de chaque côté. On obferve de les mettre les uns après les autres, c’eft-à-dire, on met un nouveau morceau de bois lorfque le premier commence à tomber en braife.
- Il y a des Peintres fur verre qui ne calcinent qu’à vue d’œil ; d’autres comptent les heures : mais le moyen le plus sûr c’eft de porter fon attention aux gardes ôc aux barres de la grille fur lefquelles la poêle eft pofée ; fi les gardes plient, fi les barres deviennent d’un rouge clair, & la poêle d’un rouge foncé; fi vous remarquez par les ouvertures des coins de la calotte ou couverture du fourneau, qui font placées fur le devant, qu’il part des étincelles de la partie fupérieure de la poêle ; fi le dernier lit de chaux vous pa-roît liquide comme de l’eau, ce qui eft l’effet d’une grande chaleur, laiffez le feu s’éteindre , vous en aurez donné fuffifamment. Pour appercevoir ces traces de feu ou ces étincelles plus diftinêlement, tirez le bois du four, de maniéré qu’il ne circule plus de flamme fur la poêle, ôc remuez la braife avec une baguette de fer : cette manœuvre vous fera remarquer les étincelles, s’il y en a à la partie fupérieure de la poêle. Quant aux gardes , fi vous vous appercevez qu’elles ont fléchi, vous aurez des fignes certains que votre verre a pris une belle couleur. Si après fix heures de feu au moins, vous ne remarquez aucune des indications ci-deffus, vous donnerez un plus grand feu jufqu’à ce que les étincelles fe forment , ôc que la vapeur qui fort de la chaux vous la faffe paroître coulante ; car alors, comme je l’ai déjà dit, il faudroit ceffex Je feu > fermer l’entrée du
- four, ôc laiffer le tout fe refroidir lentement, de peur qu’un trop grand air ne faififfe le verre , ôc ne le caffe.
- On doit encore obferver que fi dans une recuiffon on étoit obligé de mettre dans la même poêle du verre plus dur ôc d’autre plus tendre ôc plus fufible, il eft bon de placer ce dernier dans le milieu de la poêle, afin qu’il ne fente pas fi vivement l’atteinte du feu qui pourroit le gâter* Ainfi le verre le plus dur occupant le deffus ôc le deffous de la poêle , ces verres de différentes qualités fe recuiront dans le même efpace.de temps avec le même fuccès. On ne peut d’ailleurs pref-crire aucun temps limité pour cette opération. Quelques Artiftes y emploient fix à fept heures,-d’autres jufqu’à neuf. La conduite la plus exa&e confifte à ne point trop preffer le feu dans le commencement, à ne fe fervir que de charbon de bonne qualité, ôc de bois fec Ôc bien dur, coupé par éclats à proportion de la grandeur du four, ôc à bien fuivre les indications qui annoncent une parfaite calcination ôc une bonne recuiffon.
- Lorfque le four eft bien refroidi, on en retire la poêle avec foin ; on ôte la chaux avec précaution, afin qu’elle puiffe fervir plufieurs fois, n’en devenant que meilleure ; on nétoie le verre des deux côtés avec un linge doux, ôc on voit le fuccès de cette opération fi effentielle à la Peinture fur verre, ôc qui en fait tout le prix ; car fon plus grand éclat confifte dans la beauté ôc la vivacité du coloris.
- Pour fuivre l’ordre que je me fuis prefcrit, après avoir traité dans le Chapitre précédent Ôc dans celui-ci des différentes compofitions employées par les anciens Peintres-Vitriers, tant pour teindre le verre dans toute fa maffe, que pour le colorer fur une furface feulement, en lui confervant tout fon liffe ôc fa tranfparence, je traiterai dans les Chapitres fuivants de la compofition des Emaux plus opaques ôc moins liftes, dont on fe fert dans la Peinture fur verre aêluelle. Ces Emaux ont fuccédé aux anciennes couleurs vives ÔC tranfparentes, lorfqu’on a ceffé de fe fervir des verres en tables pour les draperies, Ôc lorfque les tableaux de Peinture fur verre ont été réduits , fuivant l’ufage aêluel, à des morceaux de plus petite étendue. Entre tant de différentes Recettes , qui ont pour objet la coloration du verre , ne s’en retrouvera-t-il pas quelqu’une de celles qui étoient employées par ces excellents Coloriftes, qui nous ait été tranfmife par quelqu’Artifte en ce genre plus ami de la poftérité ? L’expérience que nous avons du furprenant effet que produifent parmi nous ces pièces faêtices de toutes couleurs , dont le brillant éclat ôc la dureté même furprennent quelquefois le Lapidaire ôc le Metteur-en-œuvre, ne femble-
- t-elle
- tes émami ont fuccédé aux tables de Verre teint ou coloré % lorfqu’on a ceffé de faire des morceaux de grande exé-* cution.
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- SUR VERRE. IL PartiL.
- t-elîe pas nous affurer que nous fommes en poffeffion d’un grand nombre de fecrets dans l’Art de colorer le verre , que les meilleurs Peintres-Vitriers du 16\ fiecle ne connoif-foient même pas ? Il ne feroit peut-être pas fi difficile qu’on le penfe, fi le goût de la Peinture fur verre venoit à fe renouveller, finon de furpaffer les meilleurs Coloriftes en verre , au moins de les égaler.
- O n ne peut nier queNéri, Merret, ôt fur-tout Kunckel , ont porté très-loin leurs connoîflances pratiques dans cette partie de la Chimie. Toutes les Recettes que nous avons données fur cette matière, quelques-unes mêmes de celles «que nous allons y join*
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- dre, font extraites de leurs Ouvragés* Ce dépôt nous eft devenu plus familier par la traduction de M. le Baron d’Holback. Nous ne manquons ni dans notre France , ni parmi les autres Nations, fur-tout en Allemagne , d’excellents Chimiftes. Que le goût de la Peinture fur verre fe reproduife , que l’ufage encourage fes Artiftes, ne pourront-ils pas $ ou en fuivant les compofitions indiquées par ces grands Maîtres , ou par des découvertes nouvelles dues à la force de leur génie , quelquefois même au hafard, nous donner des couleurs fur le verre auffi fondantes Ôc d’un auffi grand effet que celles que nous admirons dans les anciens vitrages l
- CHAPITRE IV.
- Recettes des Emaux colorants dont on fe fert dans la Peinture fut Verre actuelle ; avec la maniéré de les calciner, SC de les préparer à être portés fur le Verre que Von veut peindre.
- Des émaux J E mets au rang des Émaux propres à pein-donjon fe dre Lir verre , ceux dont Kunckel dit (a) que fert dans la les fecrets lui ont coûté beaucoup de peines verre^aueî & de dèpenfes dans fes voyages en Hollande , le. ôc lui ont été communiqués par ceux qui tra-
- vailloient à la Fayence, Ôc qui, jufques-là , en avoient fait des myfteres. Car, en même temps qu’il déclare qu’entre ces différents fecrets il y en a de communs aux Peintres fur verre ôc aux Ouvriers en Fayence, il ajoute que les uns ôc les autres peuvent compter fur ces fecrets avec d’autant plus de fureté, qu’il les a vus pratiquer tous de fes propres yeux, ôc qu’il en a effayé un très-grand nombre avec fuccès. J’ai d’ailleurs appris de mon pere que travaillant de Peinture fur verre au commencement de ce fiecle pour les frifes ôc armoiries des vitraux de l’Hôtel Royal des Invalides, il fit connoiffance avec M. Trou, alors Entrepreneur de la Manufacture de Fayence ôc Porcelaine de Saint - Cloud ; qu’ils firent fur les différents fecrets de leurs entreprifes des effais réciproques de leurs Emaux particuliers avant de s’en communiquer les recettes, ôc que le fuccès fut auffi prompt ôc auffi heureux fur l’une Ôc l’autre matière.
- Mais aux recettes de Kunckel, je joindrai celles enfeignées parFélibien, Haudicquer de Blancourt ôc autres, celles qui m’ont été tranfmifes en héritage, que je nommerai mes
- fecrets de famille 9 enfin celles que ces RécoL lets Peintres fur verre , dont j’ai parlé dans ma première Partie (a), rapportent dans leur Manufcrit, précieux fur-tout pour la mani-* pulation qui y eft déduite avec étendue ôc clarté.
- Il eft bon d’obfefver d’abord que les ma-* Des maûé-* tieres néceffaires pour la compofition des ^ntqul d^ns Emaux colorants dont on fe fert a&uelie- leur compas ment dans la Peinture fur verre , font très- fiüon* analogues ôc même quelquefois femblables à celles que nous avons indiquées dans les Chapitres précédents. On y emploie les pailles ou écailles de fer qui tombent fous les enclumes des Forgerons ; mais on préféré celles qui tombent fous le marteau des Maréchaux ; le fablon blanc dit d’Etampes , ou les petits cailloux de riviere les plus tranfparents , tels que ceux de la Loire ; la pierre à fufil la plus mûre, c’eft-à-dire, la plus noire ; la mine de plomb ; le falpêtre ; la rocaille dont nous avons donné la préparation (b), mais qui nous vient de Hollande toute préparée. Cette compofition n’entre dans les matières nécefi* faires pour nos Emaux, qu’en qualité de fondant. On peut ranger dans la même claffe la glace de Venife, les ftras Ôc les criftaux de Bohême.
- Entre les fubftances minérales qui fervent à colorer ces Emaux, on compte l’argent 9
- ( a) Livre II, de la fécondé Partie , ajoutée par Kunckel à l’Art de la Verrerie de Ne'ri , pag. 407 , de là .Traduction de M. le Baron d’Holback.
- Peint, sur Verre. II. Part,
- ( a ) Vioyez au Chapitre XVII de la première Partie de ce Traité, l’article des Freres Maurice 6c AntoinSi (b) Ci-devant Chapitre III, pag. 106.
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- I
- L'ART DE LA PEINTURE
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- le harderic ou ferret d’Efpagne , le péri-gueux ou la magnéfie ou manganefe, l’ochre calcinée au feu, le gypfe ou plâtre tranfpa-rent, les litharges d'or ôc d’argent, qui font les fcories ou écumes provenants de la purification de ces métaux par le plomb.
- Entrons à préfent dans le détail de nos recettes , ôc commençons par la couleur noire.
- faire r^ere^e ^es recettes de Kunckel pour la compofi-
- leurenoire°.U" t^on de cette couleur, étant les mêmes que celles qu’il a enfeignées pour colorer une table de verre en noir, je palfe à celle qui a été prefcrite par Félibien.
- Prenez des écailles de fer , brôyez - les bien pendant deux ou trois heures au plus fur une platine de cuivre avec un tiers de rocaille ; puis mettez la couleur dans quelque vaiffeau de terre vernilfée ou de fayen-ce , pour la garder au befoin. Ce noir efl fujet à rougir au feu. Il efl: bon d’y mettre un peu de noir de fumée en le broyant avec de l3 eau claire, ou plutôt un peu de cuivre brûlé ou dyas uflum, avec la paille de fer ÿ car le noir de fumée n’a pas de corps (a).
- La recette donnée par M. de Blancourt, ne différé de celle-ci que dans la diêtion. Mais en voici une autre un peu différente, prefcrite par mes fecrets de famille.
- Prenez quatre portions de rocaille jaune , ôc deux de pailles de fer ; broyez le tout fur une plaque de cuivre un peu convexe pendant quatre heures au moins, puis mêlez-y, en broyant, quelques grains de gomme d’Arabie , à proportion de la quantité de cette couleur que vous voudrez préparer.
- Nos Religieux Artiftes étendent davantage la manipulation de ces Recettes, dont ils admettent les fubftances Ôc les dofes. Ils veulent d’abord que parmi les écailles que l’on ramaffe fous l’enclume du Serrurier ou du Coutelier, on choififfe les plus luifantes Ôc les plus minces, en prenant foin de ne les pas écrafer : les plus groffes n’étant point affez brûlées, feroient trop dures à piler ôc à broyer. Nétoyez-les, difent-ils, bien foi-gneufement fur une afïiette, pour en féparer toutes fortes d’ordure ôc de faleté ; pilez-les enfuite dans un mortier de laiton bien net & qui n’ait contracté aucune graiffe. Pour maintenir le mortier dans cet état, ils con-feillent, avant de s’en fervir, d’y piler (tant pour cette couleur que pour d’autres ) des morceaux de vieux verre que l’on y réduit en poudre, de frotter l’intérieur du mortier de cette poudre, ôc de l’effuyer promptement avec un linge blanc. Les écailles étant réduites en poudre, on les paffe au travers d’un tamis de gaze de foie. On pile de nou-
- (a) Félibien, Principes d’Architeélure, ôcc. Paris,
- j6?o, çag. ZJ4.
- veau le réfidu, que l’on paffe de même. Plus les écailles font réduites en poudre fine , moins elles font dures à broyer.
- Quant à la rocaille, après avoir obfervé que c’eft elle qui, comme fondant, fait pénétrer ôc attire à foi les couleurs, ils veulent qu’on la pile comme les écailles de fer, Ôc qu’on la réduife en poudre aufli fine.
- Après avoir mêlé ces poudres, il faut les broyer avec de l’eau bien claire Ôc bien nette fur un bajjin ou platine de cuivre rouge. Iis fe fervoient, pour broyer, d’une molette faite d’un gros caillou plus dur que le marbre, qui s’ufe trop vite fur le cuivre ; ou ils avoient une molette de bois dont le deffus étoit garni d’une plaque d’acier ou de fer, d’un demi-pouce au moins d’épaiffeur. Pour que la couleur ne pût gagner le bois en broyant, cette plaque l’excédoit de quatre à cinq lignes, ôc elle étoit retenue dans cette emmanchure par une vis qui paffoit à travers de l’une ôc de l’âutre, ôc étoit bien rivée ôc limée au niveau de la plaque. Pour raffembler la couleur, à mefure qu’ils la broyoient, ils avoient une amajfette de cuir fort ôc maniable. La corne , difent-ils, ne vaut rien à cet effet, parce qu’elle fait tourner la couleur. Us n’en broyoient jamais beaucoup à la fois, parce qu’elle fe broie mieux en petite quantité. Pour connoître fi elle étoit affez broyée, ce qui demande au moins trois grandes heures , ils en mettoient un peu fous la dent ; s’ils la trouvoient douce, c’étoit ligne qu’elle étoit affez broyée : mais lorfqu’elle crioit encore fous la dent, ils continuoient de broyer ju£« qu’à ce qu’elle fût devenue très-douce.
- Sur une quatrième partie du poids de ces poudres bien mêlées enfemble ôc broyées fur la platine, ils prefcrivent, en broyant, fur la fin, l’addition, comme d’un pois à manger , de gomme d’Arabie bien feche ôc très-blanche , ôc moitié autant de fel marin que de gomme , ce qui la tient féchement, ôc la rend plus aifée à broyer. On ne doit broyer cette addition de fel ôc de gomme, que juf-qu’à ce qu’elle ne crie plus fur la platine.
- Si vous voulez, ajoutent-ils, avoir toujours de la couleur noire prête à employer, broyez-la fans gomme, puis la mettez fécher fur un morceau de craie blanche , qui en retirera l’eau. Serrez-la promptement ; ôc , lorfque vous voudrez l’employer , vous la repilerez ôc la rebroyerez avec de l’eau claire pendant peu de temps, y ajoutant, à la fin , la gomme Ôc le fel comme deffus. Vous la lèverez enfuite de deffus la platine avec l’amaffette, ôc la ferez tomber avec un liteau de verre, qui l’en détachera, dans 1 zplaque-fein de cuivre ou de plomb, plus fur fon bord que dans le fond ; puis vous verferez fur cette couleur du lavis ou eau de gomme, dont voici la préparation.
- Prenez fix ou fept grains de gomme d’A-
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- Couleur
- blanche.
- SUR VERRE, II. PÀRtiEi it<
- rabie bien feche ; mêlez-y fix ou fept gouttes d’urine Ôc de votre couleur noire autant qu’il en fera befoin pour rendre ce lavis fort clair. Pour bien faire,. il faut que la couleur noire foit dans un petit balfin dé plomb, toujours couverte de ce lavis, afin qu’elle ne fe deffe-che pas fitôt. Ce lavis fert pour la première ombre ôc la demi-teinte (a).
- Mes fecrets de famille fubftituent, à la place des fix ou fept gouttes d’urine, fix ou fept grains de fel, ce qui eft plus convenable ôc plus propre, dans le cas où font les Peintres fur verre à3appointer ou prefîer leurs pinceaux fur le bord de leurs levres, pour les tenir pointus*
- Nos Récollets , fans donner la dofe de la gomme, difent d’en piler & de la broyer tant foit peu, de la mettre dans une bouteille où l’on fera entrer telle quantité d’eâu que l’on voudra , plutôt moins que trop. Pour la garder toujours , ajoutent-ils, il faut l’entretenir d’eau, finon elle fe fécheroit ôc deviendroit comme du favon, quand il fau-droit s’en fërvir pour broyer, ôc dès-lors fe trouveroit hors de fervice.
- Il ne faut employer au furplus la gomme dans aucune couleur, que lorfque la couleur eft fufïifamment broyée. (
- Quand vous voudrez travailler , continuent-ils , panchez le plaque-fein, afin que l’eau gommée s’incline toujours vers le bas ; mouillez enfuite votre pinceau dans l’eau ; trempez-le dans la couleur épaiffe ; effayez-en fur un morceau de verre ; adouciffez - la avec le balai. Lorfque vous voudrez reconnoître fi votre couleur eft feche, vous pafferez la langue deflùs. Si à la troifieme fois la couleur ne s’efface pas , travaillez - en ; fi elle s’efface, remettez-y de l’eau de gomme. Si elle ne tenoit pas encore, il faudroit y faire diffoudre gros comme un pois de borax de roche.
- Enfin ils terminent cet article par répéter quil ne faut jamais tant broyer de noir à la fois, ôc qu’il vaut mieux recommencer plu-fieurs fois, parce que cette couleur, qui eft la principale de toutes par le deflin qu’elle exprime feule, Ôc qui fert de fond à toutes les autres, s’emploie mieux lorfqu’elle eft fraîchement broyée.
- Les Recettes enfeignées par Kunckel {b) pour faire les couvertes blanches , quoique mifes au rang des Emaux communs aux Peintres fur verre Ôc aux Fayenciers, ayant fingu-fièrement trait à la Fayence ôc à la Peinture en émail, je les paffe ici fous filence, ôc me contente de celles qui fuivent.
- Prenez du fablon blanc ou d’Ëtampes , ou de petits cailloux blancs tranfparents ; met-
- (a) Félibien , ib. pag.
- £b ) Art de la Yenerie du Baron d’Holback, pag> 41 e*
- tez-les rougir au feu dans line cuiller dé fer î jettez-les enfuite dans une terrine d’eau froide pour les bien calciner , Ôc réitérez plufieurs fois ; faites-les fécher : pilez-les bien dans un mortier de marbre avec un pilon de même matière ou de verre ; broyez-les fur le caillou ou fur lé marbre, pour les réduire en poudre impalpable. Mêlez à cette poudre une quatrième partie de falpêtre ; mettez le tout dans un creufet : faites bien calciner. Pilez de nouveau ; faites calciner pour une troifieme fois à un feu plus vif que celui des calcinations précédentes. Retirez le tout du creufet, ôc gardez-le pour le befoin.
- Pour vous en fervir à peindre, vous en prendrez une once ; vous y ajouterez autant de gypfe, après l’avoir bien cuit fur les charbons , de maniéré qu’il foit très-blanc, ôc qu’il fe mette en poudre, ôc autant de rocaille. Vous broyerez bien le tout enfembîe fur une platine de cuivre un peu creufe , avec une eau gommée, ôc cela jufqu’à ce quelle foit en bonne confiftance pour être employée dans la Peinture, Ôc votre blanc fera préparé (a)*
- Cette Recette de M. Haudicquer de Blancourt, eft conforme à celle donnée par Félibien (£). M. l’Abbé de Marfy (c ) ne demande que deux calcinations.
- Mes fecrets de famille difent de prendre $ pour faire cette couleur, deux portions dé cailloux blancs, que l’on aura fait calciner au creufet, Ôc éteindre dans l’eau froide ; deux portions de petits os de pieds de mou-* tons brûlés ôc éteints de même, Ôc deux portions de rocaille jaune, de broyer le tous comme le noir, ôc d’y mêler de la gommé d’Arabie.
- Dans un cas preffant où le temps néceffairé pour la préparation de ces compofitions manqueroit, on peut employer pour le blanc* en Peinture fur verre, la rocaille jaune feule en la broyant finement, ôc la lavant à plufieurs reprifes après l’avoir broyée. Ce blanc*' à la vérité, ne fera pas d’une fi grande blancheur ; mais il ne fera pas fans effet. Je l’ai vu pratiquer ainfi par mon pere, lorfque le blanc plus compofé luimanquoit, ainfi que le loifir d’en préparer. Quelquefois pour donner à la rocaille plus de blancheur, il y ajoutoit moitié de fon poids de gypfe, brûlé ôc blanchi comme on a dit, c’eft-à-dire, fur deux onces de rocaille une once de gypfe , qu’il broyoit enfembîe fur l’écaille de mer aufli long-temps que le noir ôc de la même maniéré.
- , Nos Artiftes Religieux n’emploient, pour faire le blanc, que la rocaille toute pure *
- (a.) Haudicquer de Blancourt, Chap. CCI1I de fou Art de la Verrerie.
- (b) Félibien, Principes d’Architecture , pag.
- (c) Dift. abr, de Peint. St d’Archit, Paris, 1746, pagi
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- Couleur
- verte.
- ?A RT DE LA PEINTURE
- pilée ôc broyée, non fur un baflin de cuivre , ce qui changeroit le ton de la couleur, mais fur une table de glace ou de gros verre de Lorraine, d’environ un demi-pouce d’é-paiffeur, montée à-plomb fur un chalïis de bois, ôc cimentée avec le plâtre. Leur molette étoic de verre , telle que les lijfoires dont les Blanchiffeufes fe fervent pour repayer certaines pièces de linge. Cette couleur , difent-ils, eft fujette à noircir au feu, à moins qu’elle ne foit couchée fort déliée.
- Quant à leur maniéré de préparer la rocaille , ils ne font qu’ajouter au fable blanc, ou aux cailloux luifants ôc tranfparents, trois fois autant de mine de plomb rouge, ôc une demi-fois de falpêtre rafiné ; ôc ils ne font paffer le tout qu’à une calcination à un feu vif de cinq quarts - d’heure feulement, à caufe de la quantité de mine de plomb qui y entre pour en hâter la fufion. Ils connoiffent qu’elle eft fuffifamment liquéfiée , lorfque le filet de matière , qu’ils tirent du creufet avec le bout d’une verge de fer quand il eft refroidi , paroît glacial Ôc uni.
- Ils ajoutent une obfervation, qui eft plus de pratique pour les Emailleurs que pour les Peintres fur verre , afin de donner à la rocaille toutes fortes de couleurs.
- Pour la rendre blanche, ils y mettent 9 lorfqu’elle eft calcinée, un peu de cryftal pulvérifé.
- Pour lui donner une couleur verte, ils yuident le creufet fur du cuivre jaune.
- Pour la rendre rouge, fur du cuivre rouge.
- Noire , fur du marbre noir.
- Pour la rendre entièrement verte, ils jettent , en fondant dans le creufet, une pincée de paille de cuivre rouge.
- Pour la rendre d’un violet foncé, un peu de périgueux.
- Plus noire , un peu de paille de fer.
- Bleue, un peu d’azur en poudre.
- Enfin ils recommandent les cailloux blancs préparés ôc calcinés, par préférence au fable blanc, non-feulement parce que ce dernier ne fe trouve pas par-tout comme eux , mais encore parce que ceux-ci lui donnent une furface plus glaciale ôc plus liffe ; ôc parmi ces cailloux, ils veulent qu’on choififîe les plus luifants Ôc les plus tranfparents , qu’il ne s’y trouve pas de veines rouges ou noires, Ôc qu’ils ne tiennent pas de la nature des pierres à fufil.
- Pour faire le verd, prenez , fuivant Kunc-Jkel , une partie de verd de montagne (a),
- (a) Le verd de montagne eft la même fubftance que IVï. Valmont de Bomare ( DiCt. d’Hift. Natur. ) défigne fous le nom à'Ochre de cuivre , qu’il dit être un cuivre di£ fous & précipité dans l’intérieur de la terre, où on la trouve en pouffiere ou en morceaux. Il y en a beaucoup dans les montagnes de Kernaufen en Hongrie. On s’en fert particuliérement pour peindre en verd d’herbe.
- une partie de limaille de cuivre , une partie de minium , une partie de verre de Venife ; faites fondre le tout enfemble au Creufet, vous aurez un très-beau verd : vous ferez même le maître de vous en fervir fans l’avoir fait fondre.
- Ou prenez deux parties de minium, deux parties de verre de Venife, une partie de limaille de cuivre ; faites fondre ce mélange , broyez ôc vous en fervez.
- Ou- prenez une partie de verre blanc d’Allemagne , une partie de minium, une partie de limÆle de cuivre ; faites fondre ce mélange ; broyez enfuite la maffe : prenez deux parties de cette couleur, ôc y ajoutez une partie de verd de montagne ; broyez de nouveau, vous aurez un très-beau verd (a)-
- Suivant Félibien, le verd fe fait en prenant de Vas ujlum ou cuivre brûlé une once , de fable blanc quatre onces, de mine de plomb une once : on pile le tout enfemble dans un mortier de bronze ; on le met pendant environ une heure au feu de charbon vif dans un creufet couvert : on le retire ; lorf-qu’il eft refroidi, on le pile dans le même mortier ; puis y ajoutant une quatrième partie de falpêtre ; on le remet au feu jufqu’à trois fois , Ôc on l’y laiffe pendant deux heures ôc demie ou environ. On tire enfuite la couleur toute chaude hors du creufet ; car elle eft fort gluante ôc mal-aifée à avoir. Il eft bon, avant l’opération , de lutter les creu-fets avec le blanc d’Efpagne , parce qu’il s’en trouve peu qui ayent la force néceffaire pour réfifter au grand feu qu’il faut pour ces calcinations (b).
- La Recette donnée par M. de Blancourt, admet les mêmes matières , mais à des dofes différentes. Prenez, dit-il, deux onces d'as uftum y deux onces de mine de plomb, ôc huit onces de fable blanc très-fin ; pilez ôc broyez bien le tout dans le mortier de bronze , ajoutez-y une quatrième partie de fort oids de falpêtre , les broyant ôc les mêlant ien enfemble. Mettez le tout dans le creufet , couvert ôc lutté, au même feu , pendant près de trois, heures ; ôtez enfuite votre creufet du fourneau ; tirez-en tout aufli-tôt la matière avec une fpatule de fer rouge, parce qu’elle eft fort gluante. Tout le fecret, remarque-t-il, pour bien faire cette couleur, dépend de la calcination des matières, ôc d’avoir des creufets luttés d’un très - bon lut (c), parce qu’ils relient pendant longtemps expofés à un feu vif (d).
- Selon mes fecrets de famille , on doit, pour faire cette couleur , prendre un poids
- (a) Art de la Verrerie du Baron d’Holback, j>ag. 420.'
- (b) Félibien , Princip. d’Architect.pag. 257.
- ( c ) Voye£ le Dictionnaire de Chimie , déjà cité au mot Lut.
- (d) Art de la Verrerie d’Haudicquer de Blancourt, Chap. CCIX.
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- de mine de plomb , un poids de pailles de cuivre , ôc quatre poids de cailloux blancs* faire d’abord calciner le tout fans falpêtre , laiffer refroidir , piler au mortier de bronze , calciner une fécondé fois en ajoutant une quatrième partie de falpêtre, laiffer refroidir de nouveau, piler encore, recalciner une troifieme fois en mettant de nouveau falpêtre 3 le broyer pour s’en fervir.
- Ou prenez un poids de mine de plomb rouge ou minium, un poids de limaille de cuivre jaune, que vous ferez premièrement calciner dans un four de Verrerie ou de Fayencerie. Vous pilerez enfuite Ôc pafferez par un tamis bienfin; puis vous prendrez quatre fois autant de cailloux calcinés 6c pilés très-fin.Vous mettrez le tout enfemble dans un creufet de terre bien net ôt le ferez calciner pendant deux heures à un pareil fourneau, après l’avoir tamifé par un tamis fort fin : vous pilerez 6c tamiferez de nouveau ; vous y mêlerez une troifieme partie de falpêtre ; vous ferez recalciner le tout encore deux heures : vous pilerez 6c tamiferez de nouveau ; puis y ajoutant une huitième partie de falpêtre , vous calcinerez votre compofltion pour la quatrième fois, 6c vous verrez merveille.
- Cette recette fort ufitée par mes aïeux, très-voifins de la Fayencerie de Rouen, 6c par mon pere dans celle de Saint-Cloud , eft très-fondante.
- L’expérience qui nous apprend que le mélange du jaune ôc du bleu donne une couleur verte , a fourni aux Peintres fur verre l’idée d’employer quelquefois ces deux couleurs pour en faire des verds de. différents tons , ôc fur-tout du^rerdde terraffe : voici comment ils s’y prenMBj^Après avoir couché du côté du travail (^Htebdire , du côté ou le defïin, fes ombres oWfes clairs font tracés fur le verre avec la couleur noire ) ; après avoir couché, dis-je, la couleur bleue qu’ils veulent rendre verte, ils couchent de jaune fur le revers de la piece de verre, c’eft-à-dire, fur le côté où elle n’eft point travaillée, l’endroit qu’ils veulent faire pa-roître verd. Cet ufage donne, après la re-cuiffon , des différentes nuances de couleur verte, à proportion que l’une ou l’autre de ces deux couleurs ont été couchées plus ou moins épaiffes.
- Nos Récollets fuivoient exa&ement pour la couleur verte le premier des procédés que je viens d’indiquer d’après mes fecrets de famille : voici ce qu’ils y ajoutent. Pour donner le verd à vos feuillages 6c le rendre un peu plus gai ôc plus tranfparent, couchez de jaune foible derrière le travail , c’eft-à-dire , fur le côté oppofé à la peinture : pour avoir un verd foncé , couchez de jau-ne plus fort.
- Kunckel s’étant beaucoup étendu dans fes
- Peint. sur Verre. II. Part.
- Ë. IL Partie. xi 7
- différentes recettes fur la compofltion d’une couleur bleue , dont l’ufage fut commun aux Peintres fur verre comme enFayence, je me contente d’extraire ici celles qui m’ont paru plus fondantes, 6c par conféquent plus propres à la Peinture fur verre, j’ai excepté de ce nombre celles dans lefquelles il prefcrit l’ufage du tartre, par la raifon qu’il en donne lui-même, è’eft-à-dire, à caufe de l’obfcurité que peut y porter l’abondance des fels que le tartre contient.
- Prenez une partie de litharge, trois parties de fable, une partie de faffre, ou, à fon défaut, de bleu d’émail ( a ).
- Ou prenez deux livres de litharge , un quarteron de cailloux 6c un quarteron de faffre :
- Ou quatre livres de litharge, deux livres de cailloux ôc une livre de faffre :
- Ou quatre onces de litharge, trois onces de cailloux pulvérifés , une once de faffre ôc une once de verre blanc.
- Quelque recette que vous choififfiez, faites fondre ce mélange ; faites-en l’extinêtion dans l’eau ; remettez-le enfuite en fufion 5 répétez cette opération au moins trois fois* Il feroit bon de faire calciner ce mélange * le laiffant jour ôc nuit, pendant quarante-huit heures à chaque calcination, dans un fourneau de Verrerie (b).
- Pour faire la même couleur, félon Hau-dicquer de Rlancourt, prenez deux onces de faffre, autant de mine de plomb, ôc huit onces de fable blanc très-fin. Mettez ces matières dans un mortier de bronze pour les y piler le plus que vous pourrez. Met-tez-les enfuite dans un bon creufet couvert 6c lutté au fourneau à vent, auquel vous donnerez un feu vif pendant une heure. Retirez votre creufet du feu , ôc lorfqu’il fera refroidi, verfez la matière dans le même mortier ; pilez-la bien ; ajoutez-y la-quatrième partie de fon poids de falpêtre en poudre ; mêlez bien le tout enfemble ; rempliffez-en le creufet que vous couvrirez Ôc que vous mettrez au même fourneau, pendant deux heures, donnant le feu comme ci-devant* La matière étant refroidie, vous la rebroye-rez, ôc, y ajoutant une fixieme partie de falpêtre , vous ferez récalciner de nouveau au même feu pendant trois heures. Vous retirerez enfuite la matière du creufet avec la fpatule de fer rougie au feu, comme pour le verd (c)*
- Félibien , en parlant de la préparation de la couleur bleue propre à peindre fur verre , fe contente de dire (d) que l’azur ou le bleuy
- (a) Voyez ci-deflus> MT* 208 » ta tnaniere de Ièpr^ parer.
- (b) Art de la Verrerie du Baron d’Holback, j>ag* 421.
- (c) Haudicquef de Blancourt , Chap. CCVI.
- (dj Félibien, Princ, d’Archit. pag. 257.
- Gg
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- n8 L’ART DE LA PEINTURE
- le pourpre & le violet fe font de même que le verd, en changeant feulement la paille de cuivre en d’autres matières; favoir pour l’azur ou le bleu en faffre, pour le pourpre en périgueux ( a) ; & pour le violet en faffre & périgueux, à mêmes dofes , autant de l’un que de l’autre {b).
- Mes fecrets de famille en difent davantage, & donnent fur cette couleur les trois recettes fuivantes.
- Prenez trois onces de bleu d’émail, du meilleur qu’on tire de la Saxe par la Hollande; ajoutez-y une once & demie de foude de Genes ou d’Angleterre ( qui néanmoins nous vient meilleure d’Alicante en Efpagne ) : mettez le tout calciner à un fourneau de Verrier, de Fayencier ou d’un Potier de terre. Les calcinations réitérées rendront cet émail plus fondant. On peut en ufer comme au verd, quoique deux calcinations puif-fent fuffire pour rendre cette couleur fondante. !
- Autre. Prenez du fel Gemme ( c ), trois onces du bleu d’émail de Hollande, environ la quatrième partie de falpêtre Ôc autant de borax. Mettez le tout bien pilé & mêlé enfemble calciner dans un creufet : vous le bifferez refroidir : vous pilerez de nouveau dans le mortier de bronze; vous y ajouterez une quatrième partie de falpêtre, autant de borax, & ferez calciner une fécondé fois ; ce qui fuffira.
- Aune. Prenez une livre d’azur ou bleu de Cobalt ( d), une quatrième partie de falpêtre, une femblable partie de cryftal de Venife ( auquel on peut fubftituer celui de Bohême ), une fixieme partie de mercure (e),
- (a) Le périgueux, ou pierre de Périgord , en latin Lapis Petracorim, eft une fubftance métallique ou pierre pefante , compare, noire comme du charbon , difficile à mettre en poudre, qui reffemble beaucoup à l’aimant tant par fa couleur que par fa pefanteur. Elle a été ainll nommée parmi nous , parce que la première a été trouvée en terre perdue à deux lieues de Péroufe dans le Périgord. Elle eft à tous égards une forte de manganèfe, & la même que les Anciens nommoient magnéfie , qu’ils confondoient même avec l’aimant, à caufe de leur ref-femblance. La manganèfe fe trouve en plufieurs mines en Angleterre 8c dans le Dauphiné. On en apporte auffi d’Allemagne. La meilleure vient du Piémont, quoiqu’il y en ait auffi du côté de Viterbe, qui eft parfaitement bonne. Il eft encore une forte de périgueux, qui eft la plus ordinaire, mais poreufe, d’un noir jaunâtre , facile à cafter 8c difficile à mettre en poudre, qui n’eft qu’une efpece de feorie de fer ou de mâchefer. Cette dernière n’eft nullement propre à notre préparation. Dict. de Trév. 8c d’Hift. Natur.
- ( b) Cette obfervation de Félibien, peut fervir de fupplément à l’omiffion que nous avons remarquée dans le Chapitre précédent, pag. 109, avoir été faite par Kun-ckel, des recettes propres à colorer des tables de verre nud en violet 8c en pourpre fondant.
- C c) Voyez fur le fel Gemme , qui eft un foffile, M. Valmont de Bomare, au mot Sel, dans fon Diétionn. d’Hift. Natur.
- (d) Le cobalt ou faffre font une même chofe. Voyez la maniéré de le préparer dans l’Art de la Verrerie de M. le Baron d’Holback , pag. 589 & fuiv.
- (e) Le Mercure s'amalgame (s’allie) très-bien avec le bifmuth. Voyez fur les propriétés du Mercure, le Dictionnaire de Chimie de M. Macquer aux mots Mercure , Amalgame, Alliage.
- autant d’étain de glace ou bifmuth ( a ), & autant de bon borax de Venife. Faites calciner le tout à un feu très vif, pendant deux ou trois heures, & vous aurez un très-beau bleu & très-fondant.
- J’ai vu mon pere tirer des effets merveilleux de ce bleu, dont il tenoit le fecret de fes aïeux.
- Nos Artiftes Religieux ont des recettes pour cette couleur qui leur font propres.
- Prenez, difent-ils, une once de mine de plomb rouge, fix onces d’azur en poudre grofliere & foncée (b), & deux onces de falpêtre rafiné *
- Ou quatre onces d’azur d’émail (c), & une once d’aigue-marine (d) :
- Ou fix onces d’azur de mer ( e ), deux onces de falpêtre rafiné, ôc demi-once de borax de Venife :
- Ou deux onces d’azur d’émail ( f), autant d’aigue-marine , & une once de falpêtre :
- Quelque recette que vous choififfiez, pi-
- ( a ) Le bifmuth ou l’étain de glace eft un demi-métal ou un métal imparfait. On en trouve beaucoup en Saxe, dans les mines de Schnéebergôc de Freyberg, ainfî que dans toutes les mines d’où l’on tire le cobalt. La vraie mine de Bifmuth contient i°, beaucoup d’arfenic; 20, une partie femi-métaîlique ou réguline ; 30, une terre pierreufe 8c vitrifîable, qui donne une couleur bleue au verre. Le bifmuth facilite confidérablement la fonte des métaux qu’il divife 8c pénétre. Lorfqu’il a été fondu avec eux, ces métaux deviennent plus propres à s’amalgamer avec le mercure ou vif-argent. Quand le bifmuth eft en fonte , il produit, ainfi que le cobalt, qui, comme lui, a pour bafe une terre bleue propre à faire le bleu d’émail , des vapeurs d’une odeur arfénicale , très-fenfible 8c très-dangereufe dans fa préparation. Voyez fur ce mot les Diét. d’Hift. Nat. 8c de Chim. 8c l’EncycIop.
- . ( b ) Cet azur eft le même que le fmalt, exaêtement vitrifié, éteint dans L’eau 8c yulvérifé.,'plus connu fous le nom d'azur à poudrer. ' ’ r - -
- (O C’eft ce meme azur en poudre plus fine, qu’on nomme auffi azur fin.
- ( d) Cette recette ne paroît pas bien claire dans l’emploi qu’elle preferit de Y aigue-marine. Si par ce terme nos Récollets entendent la pierre précieufe que nous connoif-fons également fous ce nom, 8c fous celui de Béril ; on ne retrouvera pas dans ce procédé l’efprit de pauvreté des enfants de Saint François : car ils auroient pu fe procurer une couleur bleue, par des moyens auffi sûrs 8c infiniment moins difpendieux. Il n’appartenoit qu’à un Abbé Bénédi&in, tel que Suger, de faire broyer les faphirs dans la préparation du verre bleu, dont il enrichit les vitraux de l’Eglife qu*il fit reconftruire en l’honneur du faint Patron de fon Abbaye , la plus au-gufte du Royaume, corrime peut-être la plus riche. Il paroît que nos Religieux, Peintres fur verre, ont employé ici métaphoriquement ce terme, en l’entendant, non de la pierre précieufe, dite aigue-marine ou béril, mais de ces verres, émaux ou pâtes de couleur d’aigue-marine, dont il eft parlé dans l’Art de la Verrerie de Néri, pages 79 , 8ç , 90, i<Sa, zoo 8c x07, de la Traduction de M. le Baron d’Holback. D’ailleurs par l’in-d;cation que nos deux Artiftes donnent à la fin de leur manuferit de la demeure des Emailleurs les plus accrédités de leur temps à Paris pour la vente de ces couleurs toutes faites, on peut foupçonner que, peu verfés dans la Chimie, ils en achetoient toutes préparées plus qu’ils n’en apprêtoient eux-mêmes.
- (e) L'azur de mer doit être pris ici pour ce qu’ils ont nommé plus haut aigue-marine ; car cette couleur tire fur celle de l’eau de la mer , Iorfqu’elle eft calme 8c apperçue dans l’éloignement.
- (f) L'azur d'émail fe diftingue de Y azur de mer y en ce que Kunckel dit du renverfement des dofes des fub-ftances du premier de ces azurs au fécond. Voyez l’Encyclopédie au mot Bleu d'émail.
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- violette*
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- pourpre.
- SUR VERRE. II. Partie,
- lez, tâmifez , calcinez une bonne fois à feu Vif, ôc broyez fur la table de verre avec la molette de verre, comme au blanc.
- Pour faire le violet, prenez une once de faffre, une once de périgueux bien pur 'ôc bien net, deux onces de mine de plomb, ôc huit onces de fable fin. Broyez toutes ces matières dans un mortier de bronze, pour les réduire en poudre la plus fine que vous pourrez ; mettez ces poudres dans un bon creu-fet, couvert ÔC lutté, au fourneau à vent, ôc leur donnez bon feu, pendant une heure, puis retirez votre creufet. Lorfqu’il fera refroidi , vous en broyerez la matière dans le même mortier ; vous y ajouterez la quatrième partie de falpêtre en poudre, procédant au furplus, comme il a été indiqué ci-devant par M. de Blancourt pour le verd (a).
- Selon mes fecrets de famille, prenez un poids de pierre de périgueux avec autant de faffre que vous mettrez dans un creufet : faites fondre ; pilez enfuite la matière ; ajou-tez-y un tiers pefant de falpêtre ; calcinez le tout quatre ou cinq fois à un feu vif, en ajoutant à chaque calcination le même poids de falpêtre.
- Suivant nos Récollets, prenez une once de périgueux le plus clair ôc le plus luifant ; car le noir vaut moins ; autant de mine de plomb rouge, ôc fix onces de fable ou de cailloux calcinés. Suivez au refte tout ce quils ont dit ci-devant pour la couleur verte. A joutez-y feulement une quatrième calcination avec une fixieme partie de falpêtre.
- Quand vous emploierez, difent-ils, le violet, fi vous le voulez un peu couvert, couchez le fort épais : il n’eft pas alors fi fu-jet à noircir.
- Si vous voulez, ajoutent-ils, avoir du violet très-haut en couleur , quand vous en ferez à la derniere calcination , partagez toute la couleur vitrifiée par les trois premières calcinations en deux parties égales ; calcinez-en une pour la quatrième fois avec la dofe ordinaire de falpêtre : partagez cette moitié en quatre autres parties ; ajoutez-y une quatrième partie d’azur déjà calciné ; recalcinez de nouveau avec une huitième partie de falpêtre ; mêlez, pilez, tamifez ôc broyez comme à la couleur bleue.
- Enfin, continuent-ils, fuppofé que vous manquiez de violet, ôc de temps pour en préparer, couchez fur votre travail de l’azur un peu clair, ôc par derrière le travail couchez de la carnation toute pure, ce qui vous donnera un violet foncé.
- Pour faire la couleur pourpre, prenez, fuivant mes fecrets de famille , une portion
- (a) Haudicquer de Blancourt, Art de la Verrerie, Chap» CCVIII.
- de périgueux, deux portions de fable blanc, quatre de falpêtre ôc quatre de mine de plomb. Pilez, mêlez, calcinez jufqu’à cinq fois, Ôc mêlez à chaque calcination de nouveau falpêtre.
- Selon le manufcrit de nos Récollets, prenez une once de la couleur bleue, Ôc uné once de la couleur violette, calcinées comme deffus ; pilez , mêlez , recalcinez en y ajoutant une quatrième partie de falpêtre, ôc broyez comme à l’azur : vous aurez une très-belle couleur de pourpre.
- Lorfque vous n’en avez pas de préparé * prenez, ajoutent - ils, de l’azur & du violet calcinés ; mêlez le tout enfemble en broyant fur la table de verre avec la molette de même matière. Si vous couchez clair ce pourpre, il vous donnera une fort belle couleur de vinaigre.
- Les émaux ou couleurs propres à peindre fur verre, dont je viens de donner les recettes , fur-tout le blanc, le verd, le bleu * le violet ôc le pourpre , étant produits par des calcinations ôc vitrifications des différentes fubftances dont ils font compofés, j’ai cru , à l’exemple des grands Maîtres, dont j’ai fui-vi les enfeignements, ne devoir pas conclure ce Chapitre , fans parler de la nature ôc du choix des creufets ôc des fourneaux propres à cet effet ; ôc comme les cinq émaux fufdits s’emploient tous de la même façon , je finirai par la maniéré de les préparer avant de s’en fervir pour peindre.
- Les curieux, dit M. de Blancourt, pourront éviter les inconvénients de voir les creufets fe rompre avant que la matière foit cuite ôc purifiée, ôc de courir rifque de la gâter, en la verfant dans un autre creufet, li, au lieu des creufets ordinaires, ils en font faire de la même terre dont les Verriers font leurs pots , qui réfiftent plus de temps qu’il n’en faut pour notre cuiffon, ôc même à feu plus violent que celui qui doit nous fervir.
- Ceux d’Allemagne peuvent être encore d’un bon fecours pour cette opération , parce qu’ils endurent mieux le feu que les creufets ordinaires. Mais je veux , continue-t-il , abréger tous ces foins par une maniéré aifée de préparer le creufet ordinaire que j’ai vu éprouver ôc réfifter un très-long temps au feu.
- Il faut pour cet effet prendre un creufet ordinaire, encore mieux un d’Allemagne ; le faire un peu chauffer ; le tremper dans de l’huile d’olive , le biffer un peu emboire ôc s’égoûter : enfuite avoir du verre pilé ÔC broyé impalpablement, y joindre du borax en poudre qui aide à la fufion du verre , en faupoudrer le creufet dehors ôc dedans autant qu’il pourra en retenir, puis le mettre dans un fourneau, d’abord à petit feu, ôc le pour-
- Des creii-fers propres à la calcination ôc fufion des e'maux fufdits.
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- JJ A RT DE LA PEINTURE
- iuivre de la même force que fi on vouloir fondre. Alors le verre fe fondra ôcfe corpori-fîera fi bien avec le creufet qu'il fera capable de réfifter au feu beaucoup plus de temps qu'il n’en faut pour la cuifTon de la matière. Mais tout dépend de faire cuire les creufets à un feu très-violent qui reflerre les pores de la terre, Ôt la rend compacte comme le verre; encore mieux fi, au fortir de ce grand feu , on jette du fel commun en abondance fur les creufets, qui les rend polis comme le verre , ôt capables de retenir les efprits dans le feu ( a).
- ( M. Rouelle, dont les Cours de Chimie
- qu’il fait à Paris depuis plufieurs années font, de l’aveu même des Etrangers, ce qu’il y a jamais eu de mieux en ce genre, a éprouvé que les petits pots de grès dans lefquels on porte à Paris le beurre de Bretagne, ôc qu’on trouve chez tous les Potiers, fous le nom de Pots à beurre, étoientles plus excellents creufets qu’on pût employer ; qu’ils pouvoient remplir les défirs de plufieurs Chimiftes, qui, ayant des prétentions fur le verre de plomb, fe font plaints de n’avoir point de vaififeaux qui puflent le tenir long-temps en fonte ( b ).
- C’eft aufii le fentiment de M. Macquer , qui, examinant la difficulté de fe procurer pour les différentes opérations de Chimie des creufets plus durables , dit que des creufets ou pots de terre cuits en grès réfiftent mieux aux matières vitrefcentes ôt d’un flux pénétrant, comme le verre de plomb ( c ).
- D’autres Chimiftes ont encore employé des creufets doubles, c’eft-à-dire, un creufet juftement emboîté dans un autre creufet, pour expofer à un feu long-temps continué des mélanges difficiles à contenir. M. Pott, qui a traité expreffément delà bonté
- des creufets, a eu recours avec fuccès à cet expédient.
- Au refte les qualités eflentielies d’un bon creufet font; i°, De réfifter au feu le plus violent fans fe fendre ou fans fe caffer ; 20, Il ne doit rien fournir du fien aux matières qu’on a à y mettre ; 30, Il ne doit pas être pénétré par ces matières, ni les laifler échapper à travers de fes pores, ou à travers des trous fenfibles que ces matières fe pratiquent dans fon paroi ou dans fon fond.
- C’eft un excellent ufage de lutter les creufets en dedans ôc en dehors avec un lit de craie délayée dans l’eau, d’une confiftance un peu épaifîe.
- Des four- A l’égard des fourneaux, la plupart des neaux jjro- Auteurs que nous avons cités renvoient à vitrification. ceux de Verrerie Ôc de Fayencerie pour la
- (a) Haudicquer deBlancourt, Art de la Verrerie, Chapitre C1X.
- (b) Encyclopédie, aux mots Chimie 8c Creufets.
- (c) Dictionnaire de Chimie, au mot Poteries.
- vitrification de nos émaux : mais tous les Peintres fur verre n’étant pas à portée de s’en fervir à caufe de leur éloignement, voici la defcription d’un fourneau à vent, d’après M. de Blancourt, avec lequel ils pourront faire telle vitrification qu’il leur plaira, ayant foin d’ailleurs de bien lutter ôc couvrir les creufets ( a ).
- Ce fourneau doit être fait de bonne terre à creufet. Plus il fera épais, plus il fera en état de réfifter à un très-grand feu ôc d’en entretenir la chaleur. M. de Blancourt dit qu’on peut donner à ce fourneau, par le feu de charbon, tel degré de chaleur qu’on voudra, pourvu qu’il ait cinq à fix pouces d’épaif-feur. Mais comme il veut qu’il ait une grandeur raifonnable ; comme d’ailleurs, il ne prefcrit rien de fixe fur cette grandeur , voici la proportion la plus exacte que j’ai cru pouvoir lui donner.
- Je fuppofe le fourneau à vent de forme ronde : je lui donne trois pieds ôc demi de hauteur fur feize à dix-fept pouces de diamètre dans œuvre. Il faudra qu’il ait un pied d’intervalle depuis le cendrier, qui doit être élevé pour attirer plus d’air, jufques Ôc compris la grille , ôc deux pieds ôc demi du def-îus de la grille jufqu’au deflbus de l’extrémité du couvercle. La grille doit être de la, même terre que le fourneau, parce que le fer, fi grofies que fuflent les barres qui la compoferoient, eft fujet à fe fondre à la grande chaleur. Le couvercle aufli de même terre Ôc en voûte bien clofe. UOuvroir , c’eft-à-dire , l’efpace qui fe trouve depuis le bas du couvercle jufqu’à la grille, contiendra un pied neuf pouces de haut. Vers le milieu de l’ouvroir, on pratiquera une porte de forte tôle, par laquelle on puifle mettre ôc ôter les creufets ôc introduire le charbon dans l’ouvroir. Par conféquent le couvercle, en forme de dô.me, aura dans fon milieu dans œuvre neuf pouces de haut ^ non compris la cheminée qui lui fert de couronnement , Ôc qui doit être pratiquée de façon qu’on puifle y ajufter des tuyaux de tôle plus ou moins, à proportion qu’on voudra tirer plus ou.moins d’air. Si l’on veut avoir beaucoup d’air par le bas du fourneau , M. de Blancourt veut qu’on ajufte avec de bon lut de terre grade, à la porte du cendrier, un tuyau de pareille tôle , qui fe termine par une efpece de trompe.
- Ce fourneau ne peut faire qu’un bon effet; lorfqu’on veut calciner ôc vitrifier une portion un peu confidérable de couleurs : mais dans le cas où il s’agiroit d’en préparer une moindre quantité, on peut y fubftituer un fourneau portatif, tel que celui que je vais décrire.
- ( a ) Hgudicquec de BUiicomt, Chap, CXLVI.
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- SUR VERRE. IL Partie.
- Il y a quarante ans au moins que mon pere ayant pris avec un Milanois des engagements pour lui montrer l’Art de peindre fur verre ôc l’apprêt des couleurs qui y font propres, je fus chargé de procéder en leur préfence aux différentes opérations pour la calcination des émaux colorants ; je me fervis d’un petit fourneau de fufion, fait en terre à creufet par un Fournalifte de Paris, de forme ronde, d’environ quinze à feize pouces de hauteur, onze pouces de diamètre ôc deux pouces d’épaiffeur hors d’œuvre. Ce fourneau avoit deux anfes pour la facilité du tranfport. Il avoit une forte grille de même matière, élevée à trois pouces du cendrier. Il étoit percé de quelques trous dans fon contour, furmonté de fon couvercle en dôme, dans lequel étoit pratiquée une porte de même terre, amovible, par où l’on in-troduifoitle charbon pour l’entretien du feu, ôc pour retirer, quand la fufion étoit faite , le creufet du fourneau avec des tenailles ou inces de fer qu’on faifoit rougir par le out. Le tout réufïit àfouhait, en fuivant les indications de mes fecrets de famille, les feules qui étoient connues de mon pere, pour les avoir expérimentées plufieurs fois. J’ob-ferverai néanmoins qu’à la vitrification des fubftances colorantes pour le verd, il fe fendit deux creufets par l’efFervefcence de la compofition qui fe répandit dans l’ouvroir ôc coula dans le cendrier, cette couleur s’éle-* vant plus que le blanc, le bleu , le violet ôc le pourpre.
- Je me fouviens aufli d avoir vu mon pere vitrifier ces mêmes émaux en introduifant le creufet qui contenoit la compofition dans la café d’une forge de Fondeur (a).
- Nos Artiftes Récollets, après avoir remarqué qu’il eft plus avantageux, pour ceux qui en ont la commodité , de calciner les couleurs à la Verrerie qu’au feu de charbon , parce qu’elles en fortent plus belles ôc plus glaciales ( lijfes ), ajoutent :
- Ce feroit encore mieux faire d’imiter les anciens Peintres fur verre. Ils avoient à cet effet des creufets d’un grand pied de hauteur : ils mettoient leurs composions dans ces creufets fans y mêler de falpêtre ; ils les introduifoient dans un four à chaux, d’environ trois toifes de haut, rempli de pierres cajlr caires; ils les plaçoient vers le milieu du four , à diftance d’un pied l’un de l’autre ; ils les couvroient d’un fort carreau de terre cuite ; ils les flanquoient, dans le vuide qui fe trouvoit entre chacun d’eux ôc tout autour, de pierres à chaux bien ferrées les unes
- (æ) On appelle Café cette boëte ou four rond ou quarré, d’un pied de diamètre, 8c profond à peu près d’autant, où les charbons allumés font arrangés autour du creufet du Fondeur, 8c reçoivent le vent d’un fou-flet double qui y porte, l’air en deflous.
- Peint, sur Verre. II. Pan.
- contre les autres. Ils ne mettoient gueres que deux rangs de ces pierres au defïiis des creufets , de peur que la pefanteur des pierres ne les fît caffer. Le feu ayant été, comme il doit être, pendant vingt-quatre heures à la fournaife , leurs couleurs devenoient parfaitement belles ôc glaciales.
- Lorfque le four étoit refroidi ôc les premiers rangs de pierres retirés, ils en ôtoient les creufets ôc les caffoient pour en ^avoit la couleur qui étoit extrêmement belle, fi l’on en excepte le deffus, qui refioit couvert de l’écume dont on n’avoit pu la purger* Cette maniéré eft des plus commodes, parce qu’en une feule fois on calcine plus de couleurs que l’on n’en pourroit employer en fix mois quand on en travaiileroit tous les jours. On avoit foin de biffer dans chaque creufet au moins un pouce ôc demi de vuide, de peur que la couleur venant à fe gonfler, ne fe répandît dans le feu.
- On ne connoiffoit pas encore vraifemblable-ment au temps où nos Récollets travailloient, les fourneaux de nosFournaliftes deParis,pour faire calciner les couleurs ; car ils enfeignent dans leur manufcrit la maniéré d’en conf-truire un dans la cheminée, que nous ne rapporterons point, puifque nous avons plus qu’eux la facilité d’ufer de ces fourneaux de Chimie, qui fe trouvent par tout où cette Science eft cultivée.
- [ A tous ces fourneaux, l’Editeur fe fait un devoir d’ajouter la defcription de celui dont fon pere ôc lui-même fe fervent pour vitrifier leurs émaux. Ils en doivent l’idée à Pefprit d’économie dans la main-d’œuvre, qui doit entrer dans le plan de tout Artifte intelligent, tant qu’elle n’altere pas la bonté de fes réfultats. C’eft un fourneau quarré, bâti en brique , portant deux pieds de, largeur fur chaque face, ôc ayant deux pieds ôc demi de hauteur ; les murs ont fept pouces d’épaiffeur. On obfervera que la bafe de ce fourneau eft voûtée jufqifà la hauteur de dix pouces, ôc que le mur qui fépa-re cette voûte du refte du fourneau a fept pouces d’épaiffeur, ce qui fait depuis le fol du laboratoire, où eft conftruit le fourneau , jufqu’au fol intérieur du fourneau, une hauteur* de treize pouces ; ainfi l’intérieur ou capacité du fourneau a en dedans œuvre dix-fept pouces de hauteur, dix pouces de largeur dans toutes les faces. Cette capacité du fourneau fe divife en deux parties , dont l’inférieure, que dans tout autre fourneau on appelleroit le Cendrier, porte trois pouces de hauteur; là eft une grille qui a onze pouces de diamètre en tout fens , afin qu’ayant un pouce de fcellement à chaque face , il refte dix pouces qui font le diamètre jufte du fourneau. Cette grille diffère des autres pièces de fourneau du même nom; i°, en ce qu’elle eft formée de barreaux
- Hh
- Fourneau moderne de la famille le Vieil.
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- De la maniéré de préparer le blanc > le verd, le bleu, le violet & le pourpre , calcine & vitrifié pour s’en fer vir à peindre.
- L'ART DE LA PEINTURE
- d’un pouce d’équariffage, croifés à la diftan-ce d un pouce par d’autres barreaux de même volume , ce qui rend cette grille allez femblable à celles qui bouchent les Parloirs dans les Monafteres de Filles Religieufes ; 20, en ce qu’en fon centre ell un vuide rond de quatre pouces ôt demi de diamètre, formé par un cercle de fer fur le bord extérieur duquel viennent fe perdre les barreaux formant la grille.
- La capacité inférieure, dont nous avons parlé, a de plus fur la face intérieure • du fourneau , une porte de trois pouces en quarré qu’on ferme à volonté , foit avec un bouchon de terre cuite, foit avec un cadre de fer garni de fa porte en tôle, ôt loquet. La capacité fupérieure occupe le refte de la hauteur du fourneau. On fait faire chez le Potier de terre un dôme quarré, portant huit à neuf pouces dans fa plus grande hauteur , ôt dix pouces de largeur intérieure. On lui fait donner une bonne épailfeur, fa cheminée a trois pouces d’ouverture , ôt eft difpofée à collet pour recevoir au befoin des tuyaux de poêle de pareil diamètre. Ce dôme a , en outre , fur une de fes faces, une ouverture de cinq pouces de largeur fur trois pouces ôt demi de hauteur , qui fe bouche avec une porte de terre modelée delfus & pareillement cuite.
- Ce dôme doit fe pofer fur le fourneau ouvert , ainfi que nous l’avons dit ; de maniéré cependant qu’au lieu de dix pouces qu’il a dans fon intérieur , il ne porte que fix pouces en quarré vers cette ouverture ou orifice de ce que l’on nomme Ouvroir.
- Voici l’ufage de ce fourneau : fur fon fol on place une brique pour appuyer Ôc foutenir le creufet qu’on pofe dans le rond déjà grille, de maniéré à y être plongé à moitié de fa hauteur :1e creufet pofé, chargé des matières à vitrifier ôt couvert félon l’ufage , on pofe le dôme, ôc on allume du charbon fur le fol du fourneau par fa porte, & fur la grille parl’ouvroir ; on entretient convenablement le feu, & on l’augmente en tenant au befoin les deux efpaces féparés par la grille pleins de charbons, tenant la porte inférieure toujours ouverte, ôc plaçant le tuyau de poêle au-deffus du dôme. Il eft rare qu’a-près cinq heures de ce feu, une vitrification ne foit achevée. Ce fourneau épargne donc ôc du côté de l’efpace, Ôt du côté de la matière combuftible , & du côté du temps ; toutes épargnes qu’un Artifte ne doit pas négliger 3.
- Les cinq couleurs, ou émaux vitrifiés par les calcinations répétées, forment lorf-qu’elles font tirées du creufet ôc refroidies , des mafles de verre tranfparent, quand on les divife en écailles minces.
- Lorfqu’on veut les préparer à être portées
- fur le verre , on brife la maffe avec un marteau ; on en prend la quantité que l’on juge à propos, à proportion de l’ouvrage que l’on a entrepris ; on la pile dans un mortier de fonte ; on la pafle au tamis de foie, & on la broie fur une pierre dure comme le porphyre, ou l’écaille de mer dont la dureté ne fournit aucun mélange de leurs fubftances aux matières broyées. En broyant chaque couleur, on la détrempe avec eau fimple bien nette, jufqu’à ce qu’elle foit en bonne confiftance pour être employée, c’eft-à-dire ni fi molle qu’elle coule, ni fi dure qu’on ne puiffe la détremper avec le doigt.
- Tous ces émaux ne doivent pas etre broyés trop fins : il faut qu’ils le foient à un tel degré , que, fi on les laiffoit fécher , ils tinffent plus de la confiftance d’un fable très-fin que d’une poudre impalpable.
- Quand chaque couleur eft broyée, on la leve de deflus la pierre avec l’amaffette pour la mettre dans un godet de grès bien net. Il eft bon d’en avoir plufieurs pour chaque couleur.
- Avant d’indiquer la raifon ôc la maniéré de procéder au trempis de ces couleurs, je prie 'le Leêteur de fe rappeller que je n’ai point admis au rang des émaux propres à la Peinture fur verre ceux dans lefquels Kunckel fait entrer le tartre qui donne beaucoup d’obfcurité aux compofitjons où il entre, par l’abondance de fes fels. On peut dire la même chofe des cinq émaux colorants fujets à des calcinations précipitées par le falpêtre. L’abondance de fon fel, que la violence du feu le plus ardent ne peut confumer entièrement , venant à fe mêler à la couleur, lui ôteroit aufïi beaucoup de fa tranfparence, Ôc la mettroit même dans le cas de noircir au feu. C’eft pourquoi fitôt qu’on a mis la couleur broyée dans le godet, on commence par la détremper avec le bout du doigt dans l’eau claire, affez long - temps pour bien mêler le tout. On la laiffe un peu repofer ; on la décante en verfant la partie la plus claire par inclination dans un autre* godet, ôt ainfi fùcceflivement jufqu’à ce qu’ayant raffemblé dans un feul ôt même godet tout ce qui s’eft précipité vers le fond des premiers, la derniere eau dans laquelle on l’aura lavé refte claire ôc fans aucun mélange apparent de fel cru. C’eft ce que j’ai appellé le Trempis. On peut alors biffer furnager cette derniere eau fur la couleur qui eft reftée dans le fond du godet, jufqu’au moment où l’on voudra l’employer à colorer les différentes places auxquelles elle eft deftinée, de la maniéré que je l’indiquerai dans le Chapitre du coloris.
- Chacune de ces couleurs s’emploie à l’eau gommée. On met de cette eau dans le godet avec la couleur qu’on veut en détremper, ôc
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- Suite des émaux colorants dont on fe fert dans la Peinture fur verre actuelle.
- Couleur
- jaune»
- SUR VER
- on la délaye ex a&ement avec cette eau du bout du doigt bien net.
- On ne peut recommander avec trop de foin aux Peintres fur verre de tenir toutes ces couleurs foigneufement renfermées contre les approches de la poufliere. C’eft fou-vent d’où dépend une grande partie de la beauté de leur travail. Chaque Peintre fur verre devrait en cette partie être un Gérard Dow (a).
- Dans le manufcrit de nos Récollets, la préparation des émaux colorants par le broiement ôc les lotions répétées eft la même que nous venons de décrire, à ce qui fuit près.
- On ne doit point, y eft-il dit, broyer les émaux trop clairs. Il faut, après qu’ils ont été broyés, les couvrir d’eau bien nette ôc les laiffer repofer en cet état un jour Ôc
- (a) Voyez au Chapitre XVII de notre première Partie , l’article de Gérard Dow.
- R £. II. Partie» 123
- une nuit. Le lendemain, après avoir ren-verfé doucement l’eau qui furnageoit, on y en remet d’autre , que l’on fait tourner à l’entour & par-deffus la couleur, pour la mieux laver , ôc enlever les ordures blanchâtres qui font deffus. On doit répéter ces lotions jufqu’à quatre ou cinq fois pour chaque couleur, en confervant à part dans des godets féparés ce qui fe feroit précipité de la couleur après ces différentes lotions, pour fe fervir de ces réfidus de couleur , après de nouvelles lotions., faites comme les précédentes. La couleur étant bien égouttée , on verfe de l’eau de gomme par-deffus, fans la détremper, ni mêler. On fe contente d’en détremper un peu au bout du pinceau avec l’eau gommée, pour faire ce que nous nommons ailleurs eau de blanc, de bleu , ôcc. qui doit faire fur le travail la première affiette de chacune de ces couleurs, avant d’y en coucher de plus épaiffe, fuivant le befoin.
- CHAPITRE V.
- Des Couleurs aüuellement ufitèes dans la Peinture Jur Verre, autres que les Emaux contenus dans le Chapitre précédent.
- O u T R E les émaux colorants dont il a été parlé dans le Chapitre précédent , il en efb encore plufieurs autres , enfeignés par les mêmes Auteurs, dont nous allons nous occuper.
- Je ne répéterai pas ici les recettes que j’ai données ailleurs (a) d’après Kunckel pour la compofition du jaune ; je pafferai tout de fuite à celle de M. Haudicquer de Blancourt.
- Prenez de l’argent de coupelle ( b)\ rédui-fez-le en lames très-minces : ftratifie£ ( c ) ces lames dans un creufet avec le foufre en poudre, ou même avec le falpêtre, en commençant ôc finiffant par les poudres. Mettez ce creufet couvert au fourneau , pour bien calciner la matière ; le fouffre étant confumé, jettez la matière dans une terrine pleine d’eau ; faites la fécher ; pilez-la bien dans le mortier de marbre, jufqu’à
- (a) Voyez les recettes pour le jaune données au Chap.
- III, $ag. 108 & fuiv.
- (b) C’eft ainfi qu’on nomme l’argent le plus fin, qui a paffé par la coupelle, ou l’examen du feu , ôc qui eft ordinairement en grenaille.
- (c) Terme de Chimie, qui lignifie mettre differentes matières alternativement les unes fur les autres, ou lit fur lit, ce qu’on appelle en Latin Stratum fuper firatum. On emploie cette operation dans la Chimie, lorfqu’on veut calciner un minéral ou un métal avec des fels ou quelques autres matières. Diétionn. Hermétiq.
- ce qu’elle foit en état d’être bien broyée fur le caillou, ce que vous ferez pendant fix bonnes heures ; détrempez la matière, en la broyant avec la même eau dans laquelle vous l’aurez éteinte. Votre argent étant bien broyé, ajoutez-y neuf fois fon poids d’ooW rouge; broyez-bien le tout enfemble encore une bonne heure : alors votre couleur jaune fera faite ôc en état de vous fervir à peindre (a).
- La recette que Felibien ( b ), l’Abbé de Marfy ( c ) ôc autres preferivent pour faire cette couleur, ne différé de la précédente qu’en ce que M. de Blancourt fe contente de ne faire broyer l’argent que pendant l’ef-pace de fix heures, ôc que les autres en demandent fept ou huit ; le premier femble exiger qu’on y emploie l’argent de coupelle , les autres femblent y admettre toute efpece d’argent.
- J’obferverai ici en paffant que l’oehre jaune, rougie au feu, mérite d’être préférée à l’oehre rouge naturelle, comme plus chargée des parties métalliques dont elle approche davantage. Car , quoiqu’à proprement parler ,
- (a) Haudicquer de Blancourt, Art de la Verre#e* Chap. CCV.
- (b) Félibien, Principes d’Architeft. pag.
- (c) Diétionn. abr. de Peint, ôc d’Architeft- ŸaS*
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- 124 L’A RT DE LA
- elle ne paroifle fervir que de véhicule aux parties déliées de l'argent’ auquel elle eft mêlée; quoique ce qu’elle a de groflier Ôc de terreftre refte après la recuiflon fur la furface du verre, d’où on l’ôte avec une brofle, on peut néanmoins inférer, par la couleur rouge dont elle tache le verre lorf-qu’elle eft trop recuite, qu’elle lui communique quelqu’une des parties métalliques dont elle eft chargée.
- Selon mes fecrets de famille, prenez une once de brûlé (**),& par préférence celui des galons d’or , parce qu’il foifonne davantage : prenez de plus une once de foufre Ôc autant d’antimoine cru. Pulvérifez groflié-rement les deux dernieres matières dans un mortier de fer ; ftratifiez le tout dans un creufet, de forte que le premier ôc le dernier lit foient formés de ces deux poudres, entre lefquelles vous mettrez un lit de cet argent brûlé, Ôc ainfi de lit en lit jufqu’au dernier. Vous lutterez le creufet avec le blanc d’Ef-pagne à fec , avant que d’y rien mettre. Lorfque vous aurez ftratifié les poudres ôc le brûlé , vous couvrirez le creufet d’un carreau de terre cuite, ôc le mettrez au fourneau de fufion avec le charbon. Quand vous vous appercevrez que la flamme ne donnera plus une couleur bleuâtre ôc empourprée,mais fa couleur ordinaire, tirez votre creufet du fourneau ; verfez promptement la matière ' toute rouge dans une terrine neuve, verniflèe, pleine d’eau nette, ôc laiflez refroidir. Verfez l’eau par inclination dans un autre vaifleau : laiflez deffécher l’argent qui fe fera précipité au fond de la terrine ; broyez-le enfuite fur la platine de cuivre, ou fur l’écaille de mer pendant fix à fept heures fans interruption ; ajoutez-y douze fois autant d’ochre jaune que vous aurez fait rougir ôc calciner au feu , ôc réduite en poudre. Continuez de broyer le tout enfemble pendant une bonne heure au moins avec la même eau que defliis : levez votre couleur de defliis la platine ou écaille de mer, ôc la mettez dans un pot de fayence bien net.
- Lorfque vous voudrez vous fervir de cette couleur, vous la détremperez avec de l’eau claire, en la réduifant à la confiftance d’un jaune d’œuf délayé, ôc obferverez très-exactement de remuer continuellement la couleur , avant de la coucher fur le verre.
- Au lieu de creufet pour calciner l’argent par le foufre ôc l’antimoine mêlés enfemble, nos Récollets fe fervoient d’une cuiller de fer qu’ils faifoient d’abord rougir au feu pour
- (a) Termed’Orfévrerie, dont on fe fert pour défigner l’argent qu’on retire des étoffes ou galons d’or ôc d’argent. On les jette dans le feu pour y faire brûler la foie ou le fil auquel fargent étoit uni, de façon qu’il ne refte plus que l’argent, le refte étant converti en cendres , qu’on en fépare avec art, par le fecours du marteau dont on le frappe.
- PEINTURE
- en emporter la rouille ôc les ordures qu’elle auroit pu contracter. Ils ftratifioient dans cette cuiller refroidie un lit d’antimoine, un lit de foufre ôc un lit d’argent qu’ils avpient réduit fur l’enclume, à coups de marteau, en lames bien minces ôc coupées de la grandeur d’un fou marqué. Ils met-toient le tout fur le feu , jufqu’à ce que l’argent fût fondu. Ils le reconnoifloient pour tel, lorfque la compofition bien rouge ne donnoit plus de fumée. Alors ils la ver-foient dans une écuelle d’eau bien nette, qu’ils tenoient auprès d’eux. Ils l’en reti-roient enfuite pour la faire fécher fur un morceau de craie blanche, qui en épuife l’humidité dont il s’imbibe, ou fur une tuile feche, bien nette, échauffée fur un réchaud de cendres rouges. Enfuite ils là broyoient avec la même eau qui avoit fervi à l’éteindre ôc à la rendre friable, ou fur une écaille de mer , ou fur la platine de cuivre avec la molette d’acier.
- Pour faire une belle couleur d’or , ils broyoient huit fois autant d’ochre jaune, ou de terre glaife, ou de vieille argile provenant de la démolition d’un four, pourvu qu’elle fût bien douce Ôc point fablonneufe. Ils mettoient l’ochre ou la terre glaife au feu ; l’éteignoient dans l’eau claire , lorf-qu’elle étoit rouge ; la laifloient fécher ; la broyoient enfuite à fec ôc féparément, puis la mêloient avec l’argent qu’ils avoient broyé à part pendant fix ou fept heures : ils broyoient enfin le tout enfemble pendant une bonne heure. Quand le tout avoit été ainfi broyé, ils le détrempoîent dans un pot ou gobelet de plomb, ou ils l’avoient dépofé, peu à peu, avec la même eau qui avoit fervi à éteindre l’argent en fufion, jufqu’à la confiftance d’une bouillie claire ôc couvroient enfuite le pot avec un couvercle de même métal.
- Pour avoir un jaune plus couvert, au lieu de huit onces d’ochre ou de terre glaife rougie au feu, ils n’en ajoutoient au poids de V argent que fix onces. Il n’y a point de danger de la trop détremper, en prenant foin, avant de s’en fervir Ôc lorfqu’elle eft raflife , de retirer par inclination le trop d’eau qui y fumage , pour la réduire à l’épaifîeur défirée ; Ôc, après en avoir employé ce^qui étoit néceflaire, d’y remettre cette même eau, pour l’empêcher de fécher, ce qui nécefliteroit à la rebroyer de nouveau.
- Le jaune foible, qui fe couche derrière la couleur verte pour lui donner dans les feuillages un ton plus gai, fe fait avec la terre de l’ochre qui a déjà paffé par la recuif-fon. Qn la broffe pour l’enlever de deflus le verre recuit, ôconla ramaffe à cet effet fur une feuille de papier. On la détrempe avec de l’eau claire, en prenant la précaution d’y ajouter un peu de jaune, lorfqu’il
- paroît
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- Couleur rouge dite fcarnation»
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- paroît trop foible ; ce dont on peut juger par les efTais qu’on en fait au feu de la cheminée.
- Ils obfervent encore fort à propos, comme une chofe conftatée par l’expérience , que le jaune qui paroît encore foible en retirant les efîais du feu , fe fortifie en refroidiflant, & que la qualité d’un verre trop fec- & trop chargé de fable prend plus difficilement le jaune à la recuiffon. Ils n’aimoient point à employer pour fond dans leurs ouvrages le verre qui fe fabriquoit à Nevers de leur temps, comme étant trop eaflant au fourneau : ils donnoient auffi la préférence au verre de Lorraine fur le verre de France.
- La couleur jaune peut fe tranfporter facilement à la campagne dans une boëte bien couverte. On l’y enferme après l’avoir fait fécher, pour l’y rebroyer enfuite & l’y détremper pour le befoin avec un petit Daton garni d’un linge à l’extrémité, comme l’appuie-main d’un Peintre. Nous verrons ces Religieux faire ufage de ce petit bâton dans la préparation de leur couleur rouge ou carnation. ,
- Cette couleur qui a fait à fi jufte titre l’ob-jet des recherches de nos aïeux, ôc dont la vivacité nous furprend tous les jours dans les belles vitres peintes qui décorent nos anciennes Eglifes, foit qu’elle foit incorporée dans toute la maffe du verre, foit qu’elle foit parfondue fur une de fes furfaces feulement , eft, dans le fiecle où nous vivons, celle dont le défaut a pu donner lieu de croire ôt de crier fi haut, que le fecret de la Peinture fur verre eft perdu.
- L’habile mais trop myftérieux Kunckel, je ne faurois trop le répéter, s’eft contenté d’écrire qu’il avoit le fecret de ce beau vernis rouge pour le verre (a). Puifque pour augmenter notre jufte dépit , après nous avoir donné trois recettes propres à faire une couverte rouge commune à la Fayence & à la Peinture fur verre, il obferve que déjà de fon temps la couleur rouge n’étoit plus guere connue , Ôc qu’il s’interdit d’en dire davantage (b) ; n’aurois-je pas aufti bien fait de pafler fous filence ce qu’il prefcrit dans ces recettes, ôc de m’en tenir aux autres maniérés de préparer cette couleur, ufitées dans le fiecle précédent ôc celui-ci ? Mais comme les enfeignements de Kunckel ont tenu le premier rang dans l’ordre que je me fuis prefcrit, je ne m’en écarterai pas encore ici. J’obferverai néanmoins que les trois fortes de couvertes ou émaux tranf-parents rouges que ce Chimifte indique , étant deftinées pour être appliquées fur
- ( a ) Art de la Verrerie , trad. du Baron d’Holback, pag. 148 & 149»
- (b) Ibid, pag. +z6.
- Peint, sur Verre. II. Part,
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- d’autres couvertes opaques, comme le blanc,' produiroient difficilement, fur le verre nu , l’effet défiré. Etant d’ailleurs très-fondantes , elles ne feroient pas propres à ce concert que nous devons attendre au fourneau de recuiffon de la part de tous les émaux qui s’emploient dans la Peinture fur verre, concert duquel dépend toute la perfe&ion de l’ouvrage.
- Mon frere ayant fait effai de l’émail rouge tranfparent, dont fe fert M. Liotard dans fes Peintures fur l’émail, ne trouva au concours de fufion de fes autres couleurs qu’une teinte très-légere de ce rouge fort difficile à diftinguer, L’a&ivité du feu avoit dévoré la fubftance colorante de ce rouge qui pro-mettoit merveille avant d’y paffer. •
- Prenez, dit Kunckel, dans la première de fes trois recettes ci-deffus annoncées , trois livres d’antimoine, trois livres de li-tharge Ôc une livre de rouille de fer : broyez ces matières avec toute l’exa&itude pofli-ble, & fervez-vous-en pour peindre.
- Autre. Prenez deux livres d’antimoine trois livres de litharge, une livre de fafran de mars calciné, ôc procédez comme deffus.
- Aune. Prenez des morceaux de verre blanc d’Allemagne , réduifez-les en poudre impalpable ; prenez enfuite du vitriol calciné jufqu’à devenir rouge , ou plutôt du Ca-put mortuum, qui refte après la diftillation du vitriol verd ; édulcorez-le avec de l’eau chaude pour en enlever les fels ; mêlez avec le verre broyé, de ce Caput mortuum , autant que vous jugerez en avoir befoin. Vous aurez, par ce moyen, un rouge encore plus beau que les précédents, dont vous pourrez vous fe*-vî*• à peindre. Vous ferez enfuite recuire votre ouvrage.
- Suivant Haudicquer de Blancourt, il faut,’ pour faire cette couleur, prendre un gros d’écailles de fer, un gros de litharge d’argent, un demi-gros de harderic ou ferret d’Efpagne, ôc trois gros Ôc demi de rocaille. Broyez bien le tout enfemble fur la platine de cuivre , durant une bonne demi-heure , pendant laquelle vous aurez foin de faire piler , dans un mortier de fer, trois gros de îanguine (a). Mettez-les fur les autres matières. Ayez enfuite un gros de gomme arabique très - feche ; pilez - la dans le même mortier, en poudre ïubtile, afin qu’elle attire ce qu’il peut y être refté de fanguine.
- ( a ) La pierre hématite > le ferret d’Efpagne , la fanguine à brunir ou le crayon rouge, font des efpeces de mines de fer qui fournilfent le plus de ce métal. Le fer, dans l’état de mines , eft fufceptible des différentes formes ôc couleurs fous la dénomination defquelles nous le connoiffons. La meilleure, fous les dénominations que nous envifageons ici, vient d’Efpagne dans la Galice. Elle eft d’un rouge pourpre. Ces différentes fortes different par le plus ou moins de dureté. La plus tendre eft bonne pour faire des crayons, ôc c’eft celle qu’il faut préférer. Di&ionnaire d’Hiftoire Naturelle de M. Valmont de Bomare, au mot Fer.
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- Ajoutez-la aux autres matières qui font fur 3a platine de cuivre, mêlant bien le tout enfemble ôc le broyant promptement, crain* te que la fanguine ne fe gâte.
- Pour broyer toutes ces matières , prenez un peu d’eau, ôt n’en verfezpeu-à-peu qu’au-tant qu’il en faut pour leur donner une bonne confiftance, de maniéré qu’elles ne deviennent ni trop dures ni trop molles, mais comme toutes autres couleurs propres à peindre. Etant en cet état, vous mettrez le tout dans un verre à boire, dont le bas foit en pointe, ôc verferez au-deflus un peu d’eau claire, pour le détremper avec un petit bâton bien net, ou avec le bout du doigt, ajoutant à mefure de l’eau jufqu’à ce que le tout foit de la confiftance d’un jaune d’œuf délayé, ou même un peu plus clair. Couvrez enfuite le verre d’un papier, crainte qu’il ne tombe dedans de la pouffiere. Laiffez* le repofer pendant trois jours Ôt trois nuits, fans y toucher, Verfez le quatrième jour, par inclination , dans un autre vaiffeau de verre bien net, le plus pur de la couleur qui fumage , Ôt prenez garde d’en rien troubler. Laiffez repofer la liqueur extraite pendant deux autres jours, après lefquels continuez de verfer ce qui en fumage comme la première fois. Mettez-le dans le fond d’un matras caffé qui foit un peu creux, puis le faites deffécher lentement fur un feu de fable doux, pour le garder.
- Pour s’en fervir, on prend un peu d’eau claire fur un morceau de verre, avec laquelle on détrempe de cette couleur, la quantité dont on a befoin, ôt on l’emploie dans les carnations, à quoi elle eft très-bonne.
- A Tégard de la couleur reftée au fond du verre, ôc qui eft fort épaifle, on la fait aulfi deffécher, ôc on s’en fert pour les draperies , pour les couleurs de bois, Ôc autres auxquelles elle peut être néceffaire, en la détrempant de même avec de l’eau (a).
- Félibien (b)9 Ôc l’AKbé de Marfy (c) en-feignent pour la compofition de cette couleur les mêmes fuMances, dofes ôc manipulations que M. de Biancourt.
- Selon mes fecrets de famille, prenez deux gros de rocaille jaune, un gros de pailles ou écailles de fer, un gros de litharge d’or, un gros de gomme arabique, ôc autant pe-fant de fanguine que le tout. Pilez toutes ces matières dans un mortier de bronze, ôc les broyez enfuite fur une platine de cuivre. Quand le tout fera fuffifamment broyé, c’eft-à-dire, réduit à une confiftance plus dure que molle, levez votre couleur de deffus la platine, ôc la mettez dans un verre de fou-
- LA PEINTURE
- gere. Délayez-y le tout avec de l’eau bien claire, puis laiffez repofer la liqueur pendant trois jours confécutifs. Vous verferez enfuite lentement ce quf en furnagera fur une boudiné creufe (a) ; ôc vous le mettrez fécher au foleil, en le couvrant de maniéré que la pouffiere ne le puiffe gâter.
- Autre* Prenez un gros de pailles de fer_, autant de litharge d’argent, autant de gomme d’Arabie, un demi-gros de harderic ou ferret d’Efpagne, trois gros ôc demi de rocaille jaune,ôc autant de fanguine que le tout. Pilez les pailles de fer, le harderic, la rocaille ôc la litharge enfemble, ôc les broyez fur la platine de cuivre pendant une bonne demi - heure. Faites piler ôc réduire en poudre très-fine la fanguine avec la gomme. Mê-lez-les aux matières déjà broyées, ôc rebroyez de nouveau le tout enfemble, pref-qu’aufli long - temps que la première fois. Levez enfuite la couleur de deffus la platine la plus dure que faire fe pourra : mettez-la dans un verre de fougere , dans lequel vous la délayerez avec eau nette Ôc bien claire du bout du doigt, jufqu’à ce que toute votre couleur ait pris la confiftance d’un jaune d’œuf délayé. Vous la bifferez repofer trois jours au foleil, en la couvrant foigneufe-ment d’un morceau de verre que vous aurez chargé d’un poids affez lourd, pour empêcher que le vent ne les renverfe. Enfin le quatrième jour, vous épancherez fur un ou plufieurs morceaux de verre creux, c’eft-à-dire, pris à la boudiné, la liqueur la plus claire qui aura furnagé, en prenant la précaution de n’en rien troubler. Vous expoferez enfuite cette liqueur au foleil, de maniéré que la pouffiere ne puiffe s’y attacher.
- Cette liqueur, en féchant, fe réduit par écailles d’une couleur de rouge brun. Elle reffemble affez , dans cet état, à la gomme gutte, qui ne montre une couleur jaune que lorfqu’on la détrempe à l’eau avec la pointe du pinceau.
- Lorfque vous voulez vous fervir de cette couleur rouge , t vous laiffez tomber une goutte d’eau bien claire fur un morceau de verre bien net, en l’étendant de la largeur d’un fol marqué. Vous détrempez avec cette eau de la pointe du pinceau autant de cette couleur defféchée que vous favez devoir en employer, Ôt à proportion de la teinte plus ou moins foncée que vous défirez.
- Cette couleur eft de toutes celles qu’on emploie actuellement à peindre fur verre, quoique la moins épaifle, la moins tranf-parente Ôc la plus difficile à s’incorporer dans le verre à la recuiffon. Il eft affez d’u-
- ( a) Haudicquer de Biancourt, Art de la Verrerie , (a) On appelle de ce nom cet endroit plus épais du
- Ch. CCVir. plat de verre qui en occupe le milieu, par lequel on
- (b) Fe'libien, Principes d’Architeéture, pag, 2^. le finit , 6c dont les contours font ordiaaixemeHt plus
- (c) Diét, abr. de Peint. 6c d’Architect. pag, 332. creux que le refte de fon e'tendue,
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- Carnation des freres Maurice 8c Antoine,
- SUR VER
- fage lorfqu’on remploie dans des parties un peu étendues de coucher une teinte un peu forte de jaune fur le côté du verre oppofé au travail ; le rouge en emprunte plus de corps ôc plus d’éclat.
- Ce qui vraifemblablement a donné lieu aux Peintres fur verre de nommer cette couleur Carnation , c’eft qu’on s’en fert d’une légère teinte pour les couleurs de chair , comme pour donner à certaines fleurs Ôc à certains fruits, les demi-teintes ôc les reflets néceflaires d’après les plus fortes ombres.
- On garde les fondrilles qui font reliées dans le verre qui a fervi à détremper la maffe de cette couleur broyée. On les fait fécher ôc on les emploie à faire des couleurs de bois, de cheveux, d’oifeaux ou d’autres animaux , de grofles draperies de couleur rougeâtre, ôc des cartouches d’armoiries qui en renferment les écuffons.
- Les fubllances ainfi que les dofes que nos Récollets, Peintres fur verre , font entrer dans la compofition de la couleur rouge dite carnation, different des recettes que nous venons de donner, ôc la manipulation en ell détaillée dans leur manufcrit d’une maniéré beaucoup plus étendue. C’eft pourquoi j’ai cru devoir le copier exaêlement, ôc en faire un article féparé.
- Prenez une once de pailles ou écailles de fer, deux onces de rocaille, une demi-once de litharge d’or, autant d’étain de glace où bifmuth, Ôc le quart d’une once de gomme d’Arabie très-feche que l’on fait fondre à part. Pefez enfuite autant de fanguine que le tout; mettez la fanguine à part ; commencez par piler toutes les autres fubftances féparées l’une de l’autre, ôc la fanguine*enfuite, que vous aurez choifie entre la plus douce ôc la plus haute en couleur ; pilez-la bien menue.
- Il fera bon que vous ayez fait provifion d’eau de pluie, comme étant la plus légère, quoiqu’à fon défaut celle de riviere pût fer-vir. Vous recevrez cette eau de pluie dans un pot de terre. Lorfqu’elle aura depofé fa faleté vers le fond, ôc qu’elle vous paraîtra bien nette ôc bien claire, vous la verferez par inclination dans une bouteille que vous aurez foin de bien boucher, pour qu’elle fe garde long-temps. Faites fondre votre gomme dans une jufte quantité de cette eau , moins que plus, parce qu’il faudra qu’après avoir broyé le tout, comme nous dirons, la dofe de gomme fondue entre toute entière dans la compofition.
- Pendant que la gomme fondra, mêlez votre première compofition : prenez-en lorfqu’elle fera mêlée , peu à chaque fois, ôc la broyez fur la platine de cuivre rouge avec la molette d’acier. C’eft allez de broyer alors à moitié cette première compofition avec l’eau de pluie : après quoi, vous prendrez autant
- RE, IL Partie. X27
- de fanguine à vue d’œil que vous avez pris de la première compofition, ôc vous broierez bien le tout enfemble le plus féchement qu’il vous ferapoifible. Mettez chaque broyée dans une écueile ou taffe de fayence. Tâchez de ne point toucher cette couleur, en la ramaflant de deffus la platine avec les doigts, parce que la graille qu’ils contra&ent pourrait la faire tourner.
- Quand le tout fera bien broyé, ayez un verre de criftal le plus grand que vous pourrez : verfez enfuite un peu de votre eau de gomme dans le vaiffeau où eft votre couleur. Détrempez-la peu-à-peu avec une cuiller. Ayez un petit bâton au bout duquel il y ait un petit linge lié avec du fil, pour aider à mieux détremper la couleur jufqu’à ce qu’elle foit réduite à la confiftance d’une bouillie cuite, mais un peu claire. S’il arrivoit que vous n’eufîiez point affez d’eau de gomme pour détremper votre couleur , ajoutez-y de l’eau claire de votre bouteille, ôc prenez garde que votre carnation ne foit trop claire ou trop épaiffe.
- Lorfqu’elle fera ainfibien détrempée, vous la verferez dans le verre, ôc vous l’y remuerez encore quelque peu avec le petit bâton ci-defius. Vous l’expoferez enfuite dans un endroit où le foleil donne depuis le matin jufqu’au foir, Ôc vous la couvrirez d’un morceau de verre commun, ayant foin tous les matins ôc foirs d’effuyer avec un linge l’humidité qui aurait pu s’y attacher, ôc évitant d’ébranler le verre. Pour obvier a cet inconvénient, faites un couvercle en forme de chapiteau, compofé de quatre pièces de verre colUec enfemble ou jointes avec plomb, de façon que ce couvercle foit plus large de trois ou quatre lignes que le verre dans lequel eft la carnation. Ce couvercle fera foutenu à deux pouces au-deffus de la hau* teur du verre, par trois fourchettes de bois, fur lefquelles il pofera , qui feront plantées fur un fond de terre glaife, ainfi que la patte du verre, afin que le vent ne puiffe rien renverfer , ni brouiller, obfervant tou-jours de le couvrir avec un morceau de verre.
- Vous laifferez ce verre, qui contient la couleur, expofé au foleil, fans y toucher , pendant trois jours ôc trois nuits , ou même pendant quatre ou cinq jours , fuppofé qu’il n’eût pas fait un beau foleil. Mais ne l’y îaif-fez pas plus long-temps ; car les drogues qui doivent donner la carnation, tomberaient entièrement au fond du verre, parce que c’eft le propre de la fanguine Ôc de la rocaille , de faire ternir la couleur qui en fait la fubftance ; la litharge ôc l’étain de glace ne pouvant tout au plus fervir qu’à lui donner de l’éclat.
- Au bout de deux jours, vous prendrez garde fl la couleur s’attache autour du verre
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- ia8 L’ART DE LA
- en forme de cercle rouge. Si cela eft ainli » vous pourrez préfumer que votre couleur fera bonne.
- Après les trois ou cinq jours expirés, vous retirerez votre verre doucement fans rébranler , puis verferez doucement par inclination la fubftance, c’eft-à-dire, le deffus de la couleur qui eft le plus vif, dans une tafle de fayence.
- Lorfqu’après avoir décanté la partie la plus claire de la couleur, ce qui en refte commence à paroître noirâtre Ôc moins vif que le delfus , vous cefferez de le verfer dans la première taffe , mais dans une autre qui fera préparée pour fécher au foleil. Vous la laifferez néanmoins pencher un peu de côté, afin que s’il vous paroît encore quelque peu de la fubftance rouge qui foit bien vif, vous puifliez la verfer doucement fur la première taffe, après l’avoir biffé repofer pendant fix ou fept heures. Vous en mettrez fécher au foleil le réfidu , ôc cette couleur vous fervira à faire de la couleur de chair, en l’employant toute pure, & de la couleur de bois, en y alliant tant foit peu de noir.
- Quant à votre fubftance de carnation, vous 1a mettrez à l’ombre, couverte d’un morceau de verre.
- Ayez enfuite un petit gobelet de verre ou de fayence d’un pouce ôt demi de hauteur ou environ, que vous mettrez au même endroit qu’étoit votre verre au foleil.
- Prenez alors de 1a fubftance de carnation avec une cuiller bien nette ; verfez-la dans le petit gobelet; faites-la fécher au foleil. Quand elle fera feche , vous en verferez d’autre par-defifus, ôt ainfi jufqu’à 1a fin.
- Il faut toujours prendre avec b cuiller le deffus de la couleur. Quand vous approcherez de b fin , fi le fond eft noir, ne le mêlez pas avec 1a bonne.
- Toute b couleur étant féchée, vous mettrez le verre qui la contient, féchement ôt proprement à l’abri de 1a pouffiere, pour vous en fervir dans le befoin.
- Si après avoir vuidé dans la taffe b fubftance de carnation, vous apperceviez encore de la couleur vive dans le verre ou elle s’étoit faite, reverfez bien doucement dans ce verre un peu de la fubftance de carnation, puis 1a remuez légèrement, en tournant, pour faire détremper ce qui feroit refté de couleur vive Ôt qui fe feroit raffis. Lorfque vous vous appercevrez quil fera détrempé , vous cefferez de remuer, Ôt vous le verferez fur 1a bonne carnation.
- Vous vuiderez enfuite le fond du verre pour le faire fécher tel qu’il eft ; c’eft ce qu’on appelle/(Wn7/<?,y de carnation.
- Suppofé que vous manquaffiez de foleil pour fécher votre carnation, vous pourrez la faire fécher au feu fur une tuile pofée
- P EIN T URE
- fur un réchaud de cendres rouges J en mettant votre petit verre par*deflus, ôt tenant 1a même conduite que nous avons enfeignée plus haut.
- Vous pouvez auffi faire la carnation en hiver. Préparez - 1a d’abord , comme nous avons dit ; enfuite mettez le verre, dans lequel vous aurez détrempé votre compofï-tion, dans un poêle ou dans une armoire pratiquée dans la,cheminée, en y entretenant une chaleur douce avec un feu de cendres rouges , dans un réchaud que vous y introduirez, ou en faifant bon feu dans la cheminée, autant de jours ôt de nuits que vous l’eufïiez biffé expofée au foleil. Au furplus procédez pour l’épurer ôc 1a faire fécher, comme il eft dit plus haut. La carnation ainfi faite fe décharge davantage , ôc n’eft pas fi haute en couleur que celle qui fe fait au foleil.
- Le vrai temps pour faire la carnation au foleil doit être celui des grandes chaleurs , c’eft-à-dire , les mois de Juin, Juillet ôc Août.
- Si vous aviez détrempé de 1a carnation plus qu’il n’en faut pour remplir votre verre , vous en verferez dans deux ; mais elle eft meilleure lorfqu’elle fe fait dans un feuî. Si cependant 1a grande quantité d’ouvrages ôc l’occafion de 1a faifon vous déterminoient à en faire deux verres, pefez les drogues pour chaque verre, broyez-les les unes après les autres , ôc procédez au furplus pour chaque verre comme pour un feul. L’effet de chacun de ces verres au foleil fera plus certain que fi vous faifiez le tout dans un verre trop grand.
- Cette carnation où il n’entre point de ferret d’Efpagne, très-difficile à trouver dans les Provinces éloignées de 1a Capitale (a) 9 eft aufïi belle qu’un velours de couleur rouge , & tient très - bien fur le verre à la recuiffon.
- En voici une autre aufïi bonne , ôc qui tient encore mieux, quoiqu’il n’y entre pas tant de drogues..
- Prenez une once de fanguine, deux onces de rocaille, ôc le quart d’une once de gomme fondue à part. Au furplus procédez com-; me dans 1a précédente.
- Cette carnation ne couvre pas tant ; c’eft pourquoi on 1a couche des deux côtés de la piece, plus épaiffe du côté de l’ouvrage, ôc plus claire fur le revers.
- Notez que 1a carnation, dans laquelle on fait entrer 1a paille de fer, ne doit fe coucher que du côté du travail, d’autant qu’elle
- (a) Le ferret d’Efpagne , à caufe de fa conformation par petites aiguilles pyramidales , demande d’aiî-leurs beaucoup d’attention de îa part de ceux qui le pilent : les piquures qu’il fait > difent nos Re'collets, font fort difficiles à gue'rir.
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- SUR VER
- à plus de corps que celle où il n’y en entre point.
- Autre, Prenez une once de litharge d’or > une once de rocaille, une once de gomme mife à part, une demi-once de ferret d’Efpagne, ôc une demi-once de pailles de fer : mêlez le tout comme ci-devant, excepté toujours la gomme, ôc pefez fur lé total autant de fanguine fans la mêler d’abord : enfuite pilez ôc préparez le tout , comme dans le premier procédé.
- Cette carnation tient encore mieux que les deux précédentes. Vous pouvez au refte effayer les trois, êc vous en tenir à celle que vous jugerez la meilleure.
- Autre, Prenez une once de pailles de fer * une once de mine de plomb , une once d’étain de glace , Ôc une demi-once d’antimoine. Pilez toutes ces drogues avec deux onces de rocaille ôc une once de ferret d’Efpagne : mêlez bien le tout, Ôc pefez fur le total deux onces de fanguine ôc une demi-once de gomme. Procédez au furplus comme dans la première recette.
- Autre, Prenez une once de fanguine, le quart d’une once de rocaille , autant de ferret d’Efpagne que de rocaille ; mettez toutes ces parties féparément, puis prenez la huitième partie de votre fanguine. Pefez fur cette huitième partie autant de bifmuth ou étain de glace ; mêlez enfuite le tout ; pilez ôc broyez Ôc ajoutez, vers la fin , en broyant , une feizieme partie de gomme détrempée , ôc féchez comme dans la première recette.
- Autre, Prenez une once de pailles de fer, une once de rocaille, une once de litharge , une demi-once d’étain de glace, ôc le quart d’une once de gomme que vous mettrez à part. Mêlez le tout en le pilant, hormis la gomme. Pefez autant de fanguine que le tout. Pilez fans la mêler d’abord avec votre première compofition que vous broye-rez féparément, en y ajoutant la fanguine lorfque tout fera broyé à peu près à la moitié, puis la gomme fur la fin en broyant; procédez au furplus comme dans la première . recette.
- Enfin félon la derniere recette de nos Religieux Artiftes, prenez une once de pailles de fer, une once de litharge, une once de gomme mife à part, une once d’étain de glace, une once de ferret d’Efpagne, ôc trois onces de rocaille. Pefez ôc mêlez autant de fanguine que le tout ; au furplus comme à la première recette.
- Couleur de II eft une compofition propre à faire les chair. teintes, pour les carnations ou couleurs de chair, également prefcrite par MM. Félh bien, deBlancourt, ôcc. (a).
- (n) Félibien, Principes d’Archite&ure, pag. 158.
- Peint, sur Verre. Il. Part.
- R Ë. IÏ. Partie. 12$
- Prenez une partie de harderic ou ferret d’Efpagne , naturel ou compofé, Ôc une égale partie de rocaille : broyez bien ces deux matières enfemble , après les avoir pilées ôc paffées au tamis de foie , les détrempant avec l’eau gommée pendant l’efpace dé trois ou quatre heures, tant que cette compofition foit en bonne confiftance, comme le noir, pour pouvoir être employée fur le verre*
- A la compofition derniere , qui émané Couleur de de la couleur rouge , les Auteurs fufdits en cheveux, de ajoutent une propre a peindre lur verre des bres> &c. cheveux, des troncs d’arbres , des briques ôc autres tons rouffeâtres;
- Prenez une once de harderic ou ferret d’Efpagné, une once de fcories ou écailles de fer, ôc deux onces de rocaille : au fur-plus procédez comme dans la précédente compofition. Celle-ci vous donnera un rouge jaunâtre, dont vous ferez ufage fuivant le befoin.
- Nos Àrtiftes Religieux qui paroiffent Grifailiè avoir travaillé beaucoup en grifaille (a) , Sanche&del rouffe ou blanche , prefcrivent la maniéré dé freres Mauri-préparer ces couleurs, que nous n’avons ce ^ Ant°i” point trouvé ailleurs fous cette dénomination.
- Pour la grifaille roujfe : Prenez une once de pailles de cuivre rouge , ôc une once Ôc demie de pailles de fer : faites en quatre parts égales : pefez autant de rocaille ôc de rouil-lure de fer, que le poids d’une de ces quatre parties, c’eft-à-dire, autant de l’une que de l’autre. Pilez, tamifez Ôc broyez fur la platine de cuivre rouge avec la mollette d’acier*’
- Le refte comme à la couleur noire.
- Ou prenez une once de pailles de cuivré xuugc , «ne once ôc demie de pailles de fer ; mêlez le tout, ôc le partagez en quatre parties : prenez autant de rocaille qu’une de ces quatre parties, en réfervant les trois autres pour le befoin ; pilez ôc broyez comme à la couleur noirè.
- Pour la grif aille blanche : Prenez de l’eau gommée du godet à k couleur blanche, où même à la couleur bleue , Ôc la couchez derrière le travail, d’une maniéré fort déliée ôc fort mince.
- Ôn a pu remarquer dans ie cours de ce Couleur* Chapitre ôc du précédent, que le mélangé mixtes» ou affemblage de différentes couleurs maU trejfes ou principales formoit des couleurs mixtes. Or comme il eft aifé de fe procurer par-là les différents tons de couleur dont
- Haudicquer de Blancourt, Art de la Verrerie, Chapitre CCX.
- (a) On appelle Grifailles en Peinture fur verre, ce qu’on nomme en Peinture ordinaire Camaïeux lorf-qu’ils font Grif, on les nomme Grifailles ; Cirages, lorsqu'ils font jaunes > ôcc.
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- Obferva-tions impor-
- L’ART DE LA PEINTURE
- on peut avoir befoin, j’omets les recettes enfeignées par Kunckel, pour avoir des couleurs brunes, ou des couleurs de fer de toutes fortes de nuances, recettes plus conve-bles d ailleurs à un fond opaque, comme la fayence, qu’à un fond tranfparent comme le verre.
- Ce que j’appellerai dans les recettes Vivantes eau de blanc, de bleu, de ve'rd, de violet Ôc de pourpre, fe fait en détrempant à la pointe du pinceau, avec de l’eau gommée , une partie du plus épais de chacun de ces émaux colorants, qui, par fa pefanteur, fe précipite ordinairement au fond du godet ; ce trempis formant une nuance plus claire que celle de la couleur dans fa première préparation.
- On obtient une couleur brune, en détrempant dans un godet de grès neuf ôc bien net, de la couleur noire avec de l’eau de blanc, plus ou moins, à proportion de la teinte qu’on délire.
- On obtient une couleur grife, en mêlant dans un godet plus d’eau de blanc que de couleur noire.
- Ou en mêlant de cette eau de blanc avec du bleu, fuivant les nuances que vous délirez.
- Pour faire une couleur de fer, couchez une eau de bleu fur un lavis de noir.
- Pour faire 'an jaune mat, couchez un lavis de blanc, plus ou moins délié du côté de l’ouvrage, ôc du jaune fur le revers. Les dégradations de jaune fe font en le couchant plus ou moins épais.
- On fait une couleur de rofe pâle, en couchant un lavis d’eau de blanc du côté op-pofé à l’ouvrage, fur lequel la couleur rouge aura été couchée alfez claire.
- On obtient un rouge tirant fur la couleur de rofe foncée, fi, au lieu du rouge, on a couché l’ouvrage d’une eau de pourpre, plus ou moins chargée de cette couleur, en procédant comme defliis par rapport au lavis de blanc.
- Le marbre s’imite en laiffant tomber 9 outte à goutte, fur un lavis frais d’eau de lanc, des taches de violet, de pourpre, de verd ôc de rouge, qui doivent être promptement étendues avec la pointe du pinceau, Vivant le goût du Peintre, ôc conformément au marbre qu’il veut imiter.
- La pratique au furplus apprend mieux que les préceptes dans quelle proportion fe doivent faire ces différents mélanges ou af-femblages. Un Peintre fur verre intelligent ne doit ici confulter que le goût Ôc l’expérience. Le moyen de s’affurer de l’effet de ces mélanges eft d’en faire des effais en petit à la cheminée.
- Mais quoique dans toutes les recettes , que nous avons recueillies d’après les meil-
- leurs Maîtres , il n’y en ait aucune dont le fuccès ne foit certain , il n’eft pourtant rien de plus effentiel, Vivant Kunckel, que d’employer dans la compofition de fes couleurs de bons matériaux, dont le choix Ôc l’exaête manipulation puiffent bien établir ce parfait concert de fufibilitéàun feu de même durée, qui doit fe trouver entre les différentes couleurs que le Peintre fur verre emploie dans un même ouvrage. Sans ce concert d’où dépend tout le fuccès dudit ouvrage, ôc que la feule expérience peut établir, certaines couleurs brûler oient, ôc fur-tout le jaune , avant que les autres fuffent attachées au verre.
- C’eft, fans doute , la connoiffance pratique de ce concert poffible entre toutes les différentes couleurs employées par mes Aïeux, qui les portoit à admettre, relativement à ce degré de fufibilité qu’ils avoient expérimenté dans leurs autres couleurs à la recuiffon, trois fois plus d’ochre dans la préparation de leur jaune que les autres n’en p refcri voient.
- Nous obferverons encore comme une pratique effentielle à la Peinture fur verre , que le noir ne peut jamais être trop fondant : c’eft en effet cette couleur qui fait tout le corps de l’ouvrage ; c’eft en elle que réfide effentiellement l’œuvre du Peintre. On ne peut pratiquer cet Art, pas même le concevoir, fans le fecours de la couleur noire. Sans elle point de moyen durable de prendre le trait des formes que le Peintre fur verre fe propofe d’exécuter. La couleur noire eft à cet Artifte, ce que le crayon eft au Deflinateur, ôc le burin ou la pointe au Graveur. Point d’imitation des objets de la nature fans lignes, fans jours ôc fans ombres : dans la Peinture fur verre, cette feule couleur, ou fon lavis, fournit des lignes, des jours ôc des ombres. Avec cette feule couleur on peut, fans employer les verres teints aux Verreries ou colorés par nos émaux tranfparents, mériter le titre de bon Peintre fur verre. On connoît d’excellents ouvrages de cette maniéré, fous le nom de Grif,ailles ; c’eft à proprement parler le hfonochromate des Anciens. Cela fup-pofé, la couleur noire qui n’eft pas affez fondante à la recuiffon ne s’attachant point fur le verre, tout le fond de l’ouvrage dif-paroît, fur-tout dans les carnations, ôc le tableau n’eft plus qu’un amas informe de verre de couleurs fans trait , fans ombres ôc fans demi-teintes, lorfqu’on vient à le nettoyer.
- Nous avons remarqué dans notre première Partie , qu’on voyoit parmi les vitres peintes de l’Eglife de Saint Etienne-du-Mont à Paris, de très-bons vitraux , tant pour le deflin que pour le coloris, qui ont éprouvé cette fâcheufe altération, faute par le
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- tes fur les couleurs indiquées dans ce Chapitre ôc le précédent, fur-tout fur la couleur noire»
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- SUR VERRE. IL Partie.
- Peintre fur verre, qui les a entrepris, d’avoir rendu fa couleur noire affez fondante , ou de lui avoir donné une recuiffon fuf-fifante. Ce font ces inconvénients qui ont dégoûté de cet Art les Henri Goltzius, les Joachim Hytenwaêly les Abraham Diépenbeke,
- ôc tant d’autres, qui ayânt commencé par la Peinture fur verre l’ont quittée pour s'appliquer à d autres genres de Peinture ou à la Gravure,qu’ils ont pratiqués avec tant d’honneur ôc de gloire pour eux, & pour ceux dont ils ont été les dignes Eieves.
- C H A P I T R E VL
- jDes Connoiffances nécejfaires aux Peintres fur Verre pour réujjir dans leur Art.
- Connoiffan- E n t R E les connoiffances principales dont resauxPein- les Peintres fur verre ont befoin pour réuf-tres fur ver- fir dans leur Art, Celle de la Chimie, fur-ïe* tout en ce qui concerne la vitrification des
- de^a chimie m&aux > doit tenir le premier rang. Cette fur-tout en ce fcience, d’où dépend le coloris de leurs qui concerne ouvrages, par la jufte préparation des émaux tion des mé- qui y f°nt propres, ne leur rut jamais plus taux, néceffaire que lorfque les Verreries, faute d’emploi de leurs verres colorés, cefferent de s’en occuper avec la même afiiduité.
- Les Manufactures de Venife, de Geneve Ôc de Londres nous fourniffent, à la vérité,
- > des émaux de toutes couleurs. Celle d’Angleterre , excitée par les récompenfes de la Société pour l’encouragement des Arts , eft déjà même parvenue à un tel degré de per-feâion que , loin de les tirer des Vénitiens ôc des Genevois, comme par le paffé , les Angiois en font à préfent de fréquentes exportations. Cependant je me crois en droit d’affurer que jamais un Peintre fur verre, qui aime fon Art, n’atteindra à cette parfaite pratique du concert de fufibiiité de fes émaux par la même recuiffon, que par les effais réitérés de leurs différentes préparations. Ceux que nous tirons de l’Etranger font la plupart plus particuliérement destinés à la Peinture en émail, qu’à la Peinture fur verre, ôc par conféquent applicables fur un fond bien différent. Ceux - ci ne doivent fe parfondre qu’une fois à un même feu ôc tous enfemble ; ceux - là font dans le cas de fouffrir le feu plufieurs fois, ôc à différentes reprifes.
- L’Hiftoire Ce n’eft donc pas trop, pour rendre un Naturelle ôc peintre fur verrç sur de fon fuccès dans les ex érimenta- opérations fi incertaines de fon Art, qu’une le doivent étude un peu étendue de l’Hiftoire Nature partie de }a Phyfique Expérimentale ôc de la
- de, Chimie. Je voudrois que cette étude lut le
- premier objet de fon application, ôc comme le fondement de fes progrès futurs. Le temps que lui demandera la corre&ion du deflin, ôc les autres parties qui font l’habile Peintre lui en laifferoient trop peu, pour
- s’appliquer à la fois à ces connoiffances Ôc à celle des fubftances propres à la compofi-tion de fes couleurs. C’eft cette vue qui m’a dirigé dans l’ordre de cette partie, en donnant aux recettes propres à colorer le verre, envifagées par rapport au Peintre fur verre, le pas fur les autres connoiffances qui font partie de fon Art. J’ai voulu le mettre en état de préparer lui-même fes couleurs avant de lui enfeigner l’art de les employer. Si le fuccès n’eft pas fans difficulté pour ceux-là même qui s’en occupent avec le plus d’attention, que fera-ce pour des Artiftes, qui, peu inftruits des propriétés des émaux qu’ils emploient à tout rifque fous le fimple directoire d’une recette telle quelle, ignorant les principes qui ont dirigé ceux qui les ont préparés, ôc les différentes vues qu’ils s’y étoient propofées, travaillent aveuglément ôc fans aucune certitude de réuflir ?
- Que notre Peintre fur verre ne fe déeou- Application rage pas par les pénibles, opérations qui doi- ^ce^£egCe vent précéder fon fuccès. Qu’il apprenne dans la pré-d’un très-habile homme dans l’Art de pré- paration ôc parer ôc d’employer des émaux, également de*
- propres à fe parfondre fur un fond de verre ôc d’émail, ôc à endurer l’a&ion du feu fans fe ternir ôc s’éteindre, que cet Art n’eft pas encore pour lui fans difficulté $ qu’il né a peint que parce quil avoit des couleurs, & qu’il rien a eu que parce que fon pere, très-verfé dans la Chimie, qui cherchoit peut-être quelquautre chofe, a trouvé ces couleurs quil lui a laiffèes'avec le fecret d’en préparer d’au-très (a).
- (a) Mémoire de M, T aimai, fur les qualités ejfentiellei aux Emaux, inféré dans les Obfervations périodiques fur la Phyfique, l’Hiftoire Naturelle, ôcles beaux Arts, à Paris, chez Cailleau, Libraire j Quai des Aùguftinsj Cahier de Septembre r 7$6, pag. 171 & fuiv.
- On peut confulter fur les émaux, outre ce Mémoire » les notions élémentaires que les Editeurs de l’Encyclopédie donnent fur leurs compofitions, au mot Email; le fecret des vraies Porcelaines de la Chine & de Saxe , traduit de l’Allemand» par M. le Baron d’Holback» St inféré à la page 605 de fon Art de la Verrerie i deux Mémoires du Pere d*Entrecolle, dans les Lettres édifiantes, Tom. XII. pag. & fuiv. ou dans la Defcription
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- Moyens de s’aflurer du plusoumoins de bonté des émaux de Ve-nife , 6c c. qu’on acheté tout faits.
- L’ART DE LA PEINTURE
- Pour le mieux fortifier & encourager dans la patience, je pourrois encore le renvoyer au Colloque que Bernard de Pafiffy fait tenir entre Théorie & Pratique, fur les ennuis ôc miferes qui accompagnèrent fon labeur en l’Art d’émailler la terre. Tu te dois affurer, y eft-il dit, que, quelque bon efprit que tu ayes, il t’aviendra encore un millier de fautes , lefquelles ne fe peuvent apprendre par lettres , & que quand tu les aurons même par écrit t tu n en croiras rien, jufqu à ce que la pratique t’en ait donné un millier d’affligions.... Tu verras qu’on ne peut pourfuivre ni mettre en exécution aucune chofe pour la rendre en beauté & perfeâion, que ce ne foit avec grand & extrême labeur y lequel n efl jamais feul, aïns efl toujours accompagné d’un millier d’an-goijfes ( a ) ; mais angoiffes qu’il n’eut pas toujours lieu de regretter, puifquenous avons vu que par fes expériences aflidues ôc continuelles , il parvint à l’Art d’émailler la terre, ôc mérita le titre d’ Inventeur des Ruf tiques fgulines du Roi & de [a Mere.
- Enfin fuppofons que notre Peintre fur verre n’ait ni le temps, ni la patience que demandent ces expériences ; cherchons-lui un homme verfé dans la théorie ôc la pratique de l’Art pittorefque par les émaux , qui puiffe le mettre en état de juger avec certitude de la bonté ou de la mauvaife qualité de ceux qu’il voudroit fe procurer tout faits , foit qu’il les tire de Venife par la Hollande, foit qu’il veuille donner la préférence à ceux d’Angleterre. Qu’il écoute fur cela M. Taunai, que nous avons déjà pré-fenté comme un guide d’autant plus sûr qu’il eft plus expérimenté , moins myftérieux que Palifly. Celui-ci, par une difpofition bien humiliante pour la nature humaine, a paru £jop piqué de jaloufie d être feul dans fon Art : celui-là lui fera part de fes lumières avec autant de modeftie que de bienveillance , quoique cependant avec quelque réferve.
- « Comme, dit cet habile Artifte ( b ), dans »la grande quantité des émaux qui nous » viennent de Venife. ... (*0 tous ne peu-» vent fe trouver d’une égale perfe&ion ,
- » il faut en avoir fait ufage pour connoître _ » à peu près à l’œil leurs défauts ôc leurs
- de la Chine, du Pere Duhalde qui les a copiés ; enfin le Traité de la Fabrique des Mojaiques de M. Fougeroux, à la fuite de Tes Recherches fur les ruines d’HercuIa-num, Paris, 1770, chez Defaint, Libraire, rue du Foin, pag. 1P3 & fuiv.
- (a) Difcours admirable des Eaux & Fontaines, Par. 1580, fag. 273*
- ( b ) Mémoire fur les Emaux, cité plus haut.
- (c) Les émaux colorés de Venife nous viennent en petits pains ou gâteaux, de forme platte, de différentes grandeurs. Ils ont ordinairement quatre pouces de diamètre, 6c quatre à cinq pouces d’épaiffeur. Chaque pain porte empreinte la marque de l’Ouvrier, qui fe donne avec un gros poinçon fur l’email encore chaud. C’eft ou un nom de Jefus , ou un Soleil, ou une Sirene, ou un Sphinx, ou un Singe. Encyclopédie, au mot Email.
- » bonnes qualités ». Or, voici les marques qu’il nous donne pour reconnoître leur plus ou moins de bonté»
- «On peut connoître la qualité des différents » émaux de Venife par les cachets que les » Vénitiens appliquent deffus. Le plus ten-» dre n’eft marqué que de deux cachets, ôc »le dur de trois, ou même de quatre, félon » le degré de dureté qu’ils lui connoiffent. » Celui qui eft marqué aux trois cachets » eft le plus ufité pour les fonds blancs de » Peinture en émail, qui fervent de toile » au tableau ». Suivons cet Auteur dans ce qu’il nous enfeigne pour bien juger des émaux clairs, tranfparents, colorés de différentes couleurs.
- « L’émail bleu tranfparent efl: facile à con-» noître. Il faut caffer le pain (a ), en pren-» dre un morceau de médiocre épaiffeur, en » regarder le tranfparent au grand jour. » Pour qu’il rende un bel effet, il doit don-» ner un bleu comme celui des anciens vi-» trages, tel qu’on en voit encore à la Sainte «Chapelle de Paris, pur, fans ondes. Sur » le bord, dans l’endroit mince , il doit être » blanc comme du enflai. S’il confervoit fa » teinte dans fa moindre épaiffeur, il feroit » trop dur à la façon , ôc par conféquent » mauvais à l’effet ».
- J’omets ici ce que notre Auteur preferit fur le choix de l’émail jaune , qui n’a pas lieu entre les couleurs propres à la Peinture fur verre.,
- « L’émail verd, dit verd gai, montre fou-» vent, à fon feul afpeêl, s’il fera d’un em-» ploi favorable. Si on remarque deffus ou » deffous un ton de couleur d’or changeant , » c’eft-à-dire, imitant la gorge de pigeon , » il eft rare qu’il foit défe&ueux ; Ôc on peut, » après l’épreuve de la caffe, comme je l’ai » dit au bleu, s’en fervir avec avantage. Si » au contraire, il n’offre à l’œil qu’un noir » bien luifant, on eft bien certain qu’il eft » dur Ôc qu’il brûle plutôt qu’il ne fond «.
- «Quant à l’aigue-marine ou verd d’eau, » comme les pierres fines qui portent ce nom » font allez connues, on pourra fe rendre » certain de la perfeâion de l’émail qui les » imite, s’il fe trouve d’une couleur au fît » pure : il eft ordinairement le plus tendre » de tous les verds.... Il y a dans les verds » plu fleurs teintes : le verd jaune eft le plus » difficile à rencontrer.... ( b ) On ne peut » fe fervir du verd gai dur qu’en le mêlant a> avec moitié d’aigue-marine, ce qui fe fait » facilement en broyant enfemble ces deux
- ( a ) On cafle le pain, en le Soutenant de l’extrémité du doigt, pendant qu’on le frappe à petits coups de marteau , 6c en recueillant les petits éclats dans une fer-vîette qu’on étend fur foi.
- (b) Les Peintres fur verre peuvent y fuppléer , en couchant de jaune plus ou moins fort le revers de la pièce de verre qu’ils défirent de cette couleur.
- » émaux.
- Du choix de l’émail bleu.
- Du choix de l’émail dit verd gai f
- Du choix de l’aigue-marine ou verd d’eau.
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- Pu choix de l’émail blanc.
- Dangers qui réliiltent du défaut de choix de ces «maux.
- SUR VER
- » émaux. La facilité que Faigue-marine ou » le verd d’eau a pour fe fondre , aide au » premier à couler plus aifément, ôc du mé-» lange des deux naît une plus belle couleur » d’émeraude ».
- Quoique les émaux opaques n’entrent point dans l’ordre de la Peinture fur verre, qui n’admet que les émaux clairs ôc tranfparents, j’ai cru néanmoins ne devoir pas palfer fous filence ce que M. Taunai prefcrit par rapport à l’émail blanc, qui peut y être employé utilement dans les draperies, dans les linges ôc dans la grifaiile couverte d’un émail blanc, tel qu’on en voit dans plufieurs Eglifes , ôc fur-tout dans la Chapelle du Château d’Anet, aux vitres que Philibert de Lorme , le plus grand Architecte de fon temps, y fit faire ; vitres qui, comme il le dit lui-même (a) , font des premières peintes de cette maniéré qu’on ait vues en France.
- « Il y a de l’émail blanc de plufieurs qua-» lités, Ôc fur-tout de deux, qu’on diftingue » entre elles par les noms de dur ôc de ten-» dre. Le tendre, en le caffant, n’a point de » brillant, la mie en eft terne : il eft ordinai-» rement grifâtre ôc fort aifé à couler à la » fufion. Le dur au contraire eft d’un beau » blanc, d’un œil auiïi vif dans la mie que » fur le deffus du pain. Il eft lent à la fufion ,
- » ôc fujet à beaucoup d’inconvénients, quand » on ne le fait pas préparer comme il l’exige ».
- «Il y a, continue notre Artifte , beau-» coup de choix dans les émaux. On doit » encore remarquer en caffant le pain, s’il » n’eft pas fujet à bouillonner , ce qu’on re-» connoît aifément lorfque l’émail fe trou-» ve criblé de trous ou de vents qui fe for-aï ment lorfqu’on le coule. Il eft rare que » l’émail, dans lequel ce défaut fe rencontre » foit d’un bon fervice. Il conferve cette » imperfection à l’emploi qu’on en fait. 11 » s’élève alors fur l’ouvrage , à la fufion, des » petits bouillons que les Emailleurs appel-aï lent des œillets, dont il eft très-difficile » de guérir fon morceau, quelque précau-a> tion qu’on prenne ; ce qui fouvent chagri-» ne FArtifte, quand il n’a pas la connoif-» fance du choix ».
- Le Peintre fur verre ne peut être trop attentif fur ce choix , attendu que ces émaux imparfaits s’attachent difficilement fur le verre , ôc que ces bouillons, à la recuiffon, fe détachant de deffus leur fond, fe lèvent par écailles, de façon que le trait s’enleve même avec la couleur. Le défaut de cuiffon des émaux qu’il peut fe procurer tout faits, à prix d’argent, n’eft pas la feule caufe de . ce bouillonnement : les meilleurs émaux peuvent bouillonner lorfqu’ils font mal em-
- (a) Traité d’Archite&ure, de Philibert de Lorme, Chap. XIX.
- Peint. sur Verre. IL Paru
- R E. IL Partie.
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- ployés. Le trop de gomme avec laquelle on les délaye, les fait fouvent écailler ôc bouillonner au feu, ôc les fait brûler ou noircir à la recuiffon. Les inégalités depaiffeur des émaux en les couchant peuvent auffi caufer ces inconvénients.
- Mais ô fatalité des plus beaux émaux rou- Les meiî-ges tranfparents ! ceux qui ont efiayé votre {gs découverte avec tant de foins, qui vous térieuxfurîa ont enfin trouvé , font un fecret de la con- couîeur rou~ noiffance qu’ils en ont. Kunckel, Ôc long- ge‘ temps après lui M. Taunai, vous annoncent comme des découvertes précieufes qui leur font propres, T ai, dit M. Taunai ( a ), un carmin foncé qui a un feu très-vif, approchant de Cécarlate, <ù* dont le mérite particulier eft que plus il retourne au feu, plus il acquiert de vivacité & de beauté. Cependant aucun d’eux ne nous indique votre préparation !
- M. de Montami, cet homme ennemi du Remarque myftere , élevé au-deffus de toute confidéra- deVcoukurs tion d’intérêt, que l’Editeur de l’Encyclopé- de M. de die ( au mot Email ), nous annonce fur ce ton, Montaml‘ a laiffé un Traité des couleurs pour la Peinture en Email & fur la Porcelaine (b), où je croyois trouver des découvertes très-utiles fur-tout à la Peinture fur verre. Je n’eus rien en conféquence de plus preffé , dès que cet ouvrage parut, que de me le procurer, me propofant d’enrichir celui-ci de ce que j’y remarquerois de plus analogue à mon objet. Mais comme les procédés de l’Auteur, fondés à la vérité fur une étude profonde de la Chimie , font tous nouveaux, tant par rapport à la composition du fond qui doit recevoir les couleurs, qu’à celle de ces couleurs elles-mêmes , ôc du fondant feul propre à les parfondre ôc à les lier avec le fond fans vitrification antérieure defdites couleurs ; comme d’ailleurs, ainfi que je l’ai déjà remarqué plufieurs fois, le fond eft bien différent dans la Peinture en émail, de celui de- la Peinture fur verre , jufqu’à ce qu’une fréquente expérience en ait affuré le fuccès pour ces deux genres de Peinture , je me contente de renvoyer à ce Traité, qui par lui-même n’eft pas fufceptible d’analyfe.
- C’eft dans la vue, fi digne de l’humanité, Lumières
- de venir au fecours des hommes à talents, ^es Car verte
- que j’ai preffé un de mes amis, avant fon &c. peuvent
- départ pour la Ruffie , de me faire la Tra- tJrerd?sdf,ux
- duction d une partie du Livre Anglois mti- livre Anglais,
- tulé , The handmaïd to the Arts , dont j’ai ?ui,Ter?nt à . , j j t- . \ , r , la fin de ce
- promis de donner des Lxtraits a la luice de Volume, re-
- mon Traité. Son Auteur , fondé fur les expé- lativement
- (a) Mémoire fur les Emaux cité plus haut, article des couleurs pour peindre en Email
- (b) Cet ouvrage pofthume de M. d’ArcIais de Montami, a paru au mois d’Oétobre 1765, par les foins de M. Diderot, chargé par l’Auteur, dans les derniers inf-tants de fa vie, de le donner au Public. Il fe vend chez G. Cavelier, Libraire à Paris, rue Saint-Jacques, au Lys d’or.
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- aux fubftan-ces qui entrent dans la compofition de leurs émaux 8c à leur préparation.
- Les Peintres fur verre doivent conf-tater la valeur de leurs couleurs par de fréquentes expériences.
- Utilité dont leur peut être l’étude phyfi-que de l’action du feu.
- Seconde connoiifance néceflaire aux Peintres fur verre.
- L’ART DE LA PEINTURE
- riences réitérées qu’il dit avoir faites des fubftances colorantes propres à la Peinture en émail ôc fur le verre , entre avec un très-grand détail dans toutes les préparations des émaux tranfparents Ôc opaques. Il paroît qu’un de fes buts principaux eft de faire revivre par l’encouragement l’Art de peindre fur verre, qu’on regarde, dit-il avec nous, comme un fecret perdu. Il allure que par la recherche pratique des plus belles couleurs, les Anglois donneroient des ouvrages d’autant plus beaux dans cette maniéré de peindre, qu’ils poffédent , dans un degré plus parfait que dans les fiecles précédents, la connoiifance ôc la préparation des fub-llances colorantes vitrifiables, par les foins qu’ils ont pris de tirer des Chinois, des lumières en ce genre, fupérieures à celles de leurs devanciers (a).
- Au relie nous ne pouvons trop recommander aux Peintres fur verre ce que les Editeurs de l’Encyclopédie recommandent aux Peintres en émail : N3épargnez pas les expériences , afin de confiater la jufie valeur de vos couleurs, Ù* réemployer que celles dont vous ferez parfaitement furs par l’aélion du feu.
- Je voudrois que mon Peintre fur verre en fît une étude phylique ; il obtiendroit par là à la recuiffon de fes émaux ce concert de fufibilité, l’ame de fon Art, qui le tient dans une fi violente inquiétude, ôc le met fouvent dans le cas de perdre en neuf ou dix heures de temps le travail de plufieurs femaines.
- De la connoiifance que cet Artilte doit avoir acquife par l’expérience du plus ou moins de douceur ou de dureté de fes émaux colorants à fe parfondre à l’aêtion du feu de
- (a) Déjà même les Anglois paroiffent s’appliquer à la Peinture fur verre. M. Pingeron , dans une Lettre écrite de Londres fur l’état aftuel des Arts libéraux 8c mécha-niques en Angleterre, inférée en grande partie dans Je Journal d’Agriculture , du Commerce 8c des Finances, Vol. d’Avril 1768, nous apprend que le Peintre le plus fameux dans ce genre de Peinture, demeure à Oxford, 8c le nomme Peckitt d’Yorcky 8c quil vient
- d’y peindre tout récemment, dans un très-bon goût, les vitres de la Chapelle d’un College de l’Univerfiré. On lit auffi dans le premier Volume du Mercure de Juillet 1769 , pag. 187 , qu’un Peintre fur verre Anglois, nommé Robert Scolt Godfrey, demeurant à Paris, chez M. de Samaifon, à la haute Borne, barrière du Pont* au-Choux, fait voir une grande croifée, peinte dans le goût des anciens vitraux d’Eglife ; que les couleurs en font belles, très-vives 8c très-folides ; qu’on y trouve toutes celles qu’on employoit autrefois, les jaunes,orangées , rouges , pourpres, violettes , bleues, vertes, de différentes nuances ; qu’enfin cette Peinture que l’on croyait perdue, G' qui plairoit encore, en fachant l’employer d propos 9 y eft mieux faite pour le defiin 8c le coloris que dans les anciens ouvrages de ce genre. Je doute néanmoins qu’elle puiflé être fupérieure à celle de tant de beaux vitrages , dont nous avons parlé dans notre première Partie.
- J’ajouterai ici en paffant, comme une remarque utile à mon objet, que M. Pingeron, dans la lettre ci-def-fus, annonce que les procédés de cette maniéré de peindre font dans le Dictionnaire d’Owen, à l’article de Peinture Jur le verrue : Dictionnaire dont les Anglois font, dit-il, un cas fingulier, fur-tout pour la partie des Arts.
- recuiffon , dépend effentiellement la con-noiffance du choix du verre qui doit fervir de fond à fon travail. Tout eft encore ici matière d’expérience ôc de génie.
- C’eft un principe certain en Peinture fur verre comme en Peinture en émail que le fond doit être plus dur au feu que les fubf-tances colorantes qu’on y applique. Trop dur, le verre refufe aux émaux colorants l’union ôc l’incorporation qui s’en doit faire par la recuiffon avec le fond qu’il leur fournit. Au lieu de s’y attacher, ces émaux bouillonnent fur fa furface où fe levant après par écailles, ils ne laifferont dans une figure que des membres ifolés, dont les draperies effacées feront perdre à l’Artifte tout le fruit de fon travail. Il faudra qu’il recommence de nouveau fur un fond plus doux, à moins de vouloir courir les mêmes rifques. Trop tendre, il n’attendra pas la fufion des émaux, ôc coulera lui-même au four de recuiffon , avant qu’ils ayent commencé à fe parfondre.
- Les Peintres fur verre de l’avant-dernier fiecle, qui ont porté leur Art à la plus haute perfection, employoient un verre beaucoup moins fec ôc moins fixe que notre verre de France aêtuel. Il entroit dans fa compofition beaucoup plus d’alcali fixe par proportion à la quantité des fables. 11 atteignoit plus difficilement dans fa première forme à cette vitrification parfaite que donne l’atteinte d’un feu vif ôc prolongé, qui décharge le verre de cette Surabondance de fels Ôc qui Teul en affure l’indeftru&ibiliçé (æ). Ce verre, d’abord blanc, puis chargé des nouveaux fels effentiels aux émaux dont on le colo-roit fur une fuperficie , prenoit d’autant moins de recuite au fourneau de rebuiffon que les émaux colorants étoient plus fondants. Il n’en devenoit que plus fufceptible de foiubilité, parce que les fels furabon-dants n’étoient point fuffifamment épurés Ôc fubtilifés, ôc que les parties qui en ref-toient n’étoient pas fuffifamment refferrées. Enfin ce verre expofé aux injures de l’air eft devenu fujet à des altérations que l’a&ion des fels ôc des acides, que ce même air y charioit continuellement, pouvoient occa-fionner.
- Il eft très-ordinaire de remarquer ces altérations dans les vitres peintes du fei-zieme fiecle. Comme on n’a jamais été dans l’ufage de les nettoyer fouvent , elles fe terniffent, fe tayent, fe dépoliffent ôc fe percent comme de petits trous de ver. Elles fe couvrent d’une craffe blanche très-inhérente ôc âpre au goût, qui les rend opaques de tranfparentes qu’elles étoient , Ôc en
- ( a. ) Voye\ les Obfervarions the'oriques 8c pratiques de M. Juliiot, Apoticaire, Paris, 1756, chez J.T, Hérilfant, rue Saiat-Jacques.
- Le choix du verre qui doit fervir de fond à leur peinture.
- Dangers du défait de cette connoif-fance.
- Les Peintres fur verre du feizieme fiecle n’em-ployoientpas un verre d’une qualité'fuf-fifante.
- Effets fâcheux qui en font réfulte's.
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- SUR FER
- décompofe tellement la fubftance, que ce verre , ainfi dépouillé de fes fels qui ont paffé fur fa furface , n’eft plus au fond qu’un amas de grains de fable cohérents , qui fe réduit en poufliere , après s’être brifé fous la pointe du diamant, ou fous la pince du gréfoir. Telles font entre beaucoup de vitres de ce fiecle, même non colorées, les admirables vitres peintes des Chapelles fituées au midi dans l’Eglife de l’Abbaye Royale de Saint Vi&or à Paris, corrodées en partie par les fels furabondants qui en réfultent , ôc qui, abreuvés d’une part par l’humidité de la pluie ôc defféchés de l’autre par l’ardeur extrême du foleil, ont rendu ce verre tellement opaque en certains endroits, qu’il reflemble plus à des ardoifes ou à des tuiles qu’à du verre : effet qui ne fe remarque pas dans des vitres beaucoup plus anciennes ; mais qui étoient d’un verre plus fixe ôc moins chargé de fels.
- Dans le fiecle dernier les Peintres fur verre donnoient avec fuccès la préférence au verre des Manufa&ures de Lorraine ou de Nevers. Mais ces verres, quoiqu’ils fe prêtafîent allez bien à ce concert de fufi-bilité des émaux fi défirable , étoient fujets à fe gauchir ôc même à fe caffer dans le four de recuiffon.
- Examendes Fixé par une expérience journalière, fortesde ver- déterminons enfin notre Artifte fur le choix re qui fe fa- chi verre qui fe fabrique aèluellement dans actuellement les Verreries foit nationales foit étrangères, dans les Ver- Sera-ce affez pour cela de lui dire qu’il reries. doit proférer un verre d’une dureté médiocre , tel qu’eft le verre à vitres d’Angleterre, qu’on y connoît fous le nom de verre de couronne ? Les loix du commerce n’admettent point parmi nous les exportations dü verre d’Angleterre, Lui confeillerons-nous l’ufage du verre à vitres de France, connu dans nos Verreries fous le nom de verre de couleur ou verre à la rofe ? Nous pourrions, comme les Hollandois, qui le préfèrent par curiofité, en faire venir chez nous, en y mettant le prix comme eux ; mais malgré les foins plus particuliers que nos Verriers apportent à fa confection, malgré la meilleure qualité des matières qu’ils y emploient, il y aura toujours du rifque pour ün Peintre fur verre à confier toutes fes efpérances à un verre auffi mince que le verre de France. Le fuccès du verre double de la même efpe-ce , que l’on a quelquefois demandé à nos Maîtres de Verrerie à cet effet, n’a jamais été fuffifamment affuré, par le peu d’ufage que nos Gentilshommes Verriers ont acquis de faire de ce verre. Peut-être le verre blanc de Bohême y feroit propre f Non : il eft trop doux ôc trop tendre à l’a&ion du feu; il eft de plus fi chargé de fels, qu’il les pouffe continuellement au dehors ôc gâte les eftam-pes qu’il couvre, fur-tout fi elles font expo-
- R E. II. Partie. 13^
- fées dans des endroits humides. Il y perd fon poli ôc fa tranfparence par la taye qu’il y contracte.
- Le verre ordinaire de nos Verreries de France peut ici entrer en comparaifon avec le verre commun de la Verrerie de Saint Quirin en Vofges, plus connu fous le nom de verre d’Alface. Us ne font gueres propres ni l’un ni l’autre à fervir de fond à la Peinture fur verre. Le premier, toute proportion gardée , étant beaucoup plus chargé de fable que de fels, dont la charrée de leffives y fait la fonètion principale, donne un verre trop fec : le fécond, étant compofé des cal-cins de verre blanc qui n’ont pu parvenir à l’affinage pour en faire, ou de fonds de pots qui y ont fervi, mêlés avec une mince portion de fritte neuve, ne donne qu’un verre aigre qui craint beaucoup plus que le verre blanc la prefîion de la pointe du diamant, ôc trompe fouvent par fa frangibilité le Vitrier, qui auroit un moins bon diamant, ou la main moins fûre qu’un autre.
- Les bulles ôc les points auxquels ces deux fortes de verres font plus fujets deviennent très-dangereux au Peintre fur verre au moment de la recuiffon ; car ces deux fortes de verre, trop fecs ou trop aigres, ne fouffrent ni l’un ni l’autre avec affez de docilité Faction du feu , qui, pour peu qu’il les atteigne vivement, les fait caffer dans la poêle à recuire , comme l’émail blanc trop dur fe fond dans la moufle de l’Emaillifte.
- C’eft l’expérience qui me diète ces principes. J’ai vu plufieurs fois des armoiries peintes fur verre fur une feule piece de l’une ôc de l’autre forte de verre, du volume de douze pouces fur neuf, forties entières du fourneau de recuiffon , fe caffer d’elles-mêmes , après un jufte refroidiffement, trois ou quatre jours après , à l’endroit des émaux dont ces pièces étoient chargées, tels que le bleu, le verd ôc le finople. Iis avoient occa-fionné en fe calcinant par la recuiffon, ce qu’on appelle en termes de l’Art, de petites langues ou des étoiles, femblables à celles que forme le choc de deux bouteilles , ou fur un carreau de verre l’impulfion d’un grêlon ou d’un noyau. Ces langues ou étoiles venant à s’étendre par l’impreffion de l’air firent jufqu’à cinq ou fix morceaux d’une piece entière.
- Quel verre choifira donc notre Artifte Le verre
- pour ne pas perdre le fruit de fon travail ? d®ns* Je penfe que le verre blanc d’Alface mieux Vofges, pa-dofé dans fa compofition, beaucoup plus ,roît le m?11-cuit que les autres verres, eft le feui qui, virdefondà de nos jours, fi les foins, l’a&ivité, la vigi- J,a Peinture lance ôc la probité de M. Drolanveaii\, Au- ur verre* teur de cette Verrerie, paflent dank fes fuc-cefleurs, puifîe rendre à la Peinture fur verre un fervice, qui, mettant beaucoup de dangers à couvert, lui deviendra très-utile. J’en
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- 5°, Autres connoiffan-ces néceffai-res aux Peintres fur verre.
- CelIedel’Hif-toire, de la Fable , du Blafon , de i’Architedu-re, 8cc.
- Celle des meilleurs ouvrages fur la Peinture.
- Enfin il leur faut une application fou-tenue au def-
- fin.
- 136 L'ART D E LA
- attefte les obfervations de M. Julliot déjà citées & les pafîages de Juncker qu'il rapporte pour étayer fon fentiment ( a ).
- Je ne demanderais fans doute rien de trop à un Peintre fur verre , qui veut atteindre à un certain degré de perfe&ion , en lui fup-pofant, outre les connoififances précédentes, relatives à la Chimie, toutes celles qui conf-tituent le bon Peintre en général : & d’abord je voudrois qu’il fe familiarilatavec l’Hiftoire Sacrée ôcProphane, la Fable, le Blafon êc l’Architedure, dont la Géométrie, l’Optique ou la Perfpeétive font des parties elfentielles.
- Je voudrois encore qu’il eût fouvent entre les mains les excellents ouvrages fur la Peinture des de Pilesy des Dufrefnoy, des de Marfy, des U^atelet, des JDandré Bar don, des Lacom-be & des Dom Pernetty ( b). On a beau dire que les Peintres fur verre, n’étant que des copiées , n’ont pas un befoin réel d’être inftruits des principales qualités de la Peinture ; je réponds que la perfection eft de tous les états, qu’elle eft le but auquel les Artiftes doivent tendre, & que tout ce qui peut les y conduire n’eft jamais à négliger.
- Le delfin eft la bafe fur laquelle doit être appuyé le travail du Peintre fur verre. On ne peut trop lui recommander, comme au Graveur, qu’il doit fur-tout s’appliquer longtemps à deffiner des têtes, des mains & des pieds d’après nature, ou d’après les deflins des Artiftes qui ont le mieux delfiné ces parties, tels qu’Auguftin Carrache & Villa-mene , qui ont fourni les meilleurs exemples de ces études que la Gravure nous a confer-vés.
- Le Peintre fur verre qui les aura fous les yeux, ôc qui s’appliquera à les copier fidèlement , fe mettra dans l’heureufe facilité de corriger les cartons peu correCls qu’il eft d’ufage de lui fournir, ôc de faire remarquer plus d’exaétitude, de fini ôc de précifion dans certains détails, que certains Peintres fe font cru mal à propos en droit quelquefois de
- (a) « Admit andus efl durabilis & fermé incorruptibilis vitri fiatus , nifi nimium falis infit; ab hoc enim prœcipuè ejus folubïlitas nafcitur. . . . Longo ac vehementi igné in officinis Vitriariis fai faferfluum in auras disjicitur... Quanto major longiorque ignis adhibetur , volatiliores falinæ partes fuperflucs majoretn mollitiem alias , & folubilitatem infer entes , extra hanc unionem ejiciuntur; undè ad criflal-lum limpidijjimam & duram parandam, fritta fubindè per ofâriduum excoquitum. Junck. Confp. Chimie.
- ( b ) Voyez le Cours de Peinture par principes de M. de Piles, 8t autres ouvrages relatifs à cet Art.
- Le Poëme fur la Peinture, par Dufrefnoy, traduit du Latin en François, par M. l’Abbé de Marfy.
- Le Diëtionnaire abrégé de Peinture & d'Archite&ure , de M. l’Abbé de Marfy.
- L’Art de Peindre , de M. Watelet, Poëme avec des Réflexions.
- Le Traité de Peinture , de M. Dandré Bardon , 8c autres ouvrages.
- Le Dictionnaire portatif des beaux Arts , de M. la Combe.
- Celui de Peinture, de Dom Pernetti, avec un Traité pratique des différentes maniérés dépeindre, &c, 8cc.
- PEINTURE
- négliger. Autrement il court rifque d’ajouter de nouveaux défauts à la négligence du delfin d’après lequel il travaille, ou de tomber dans des erreurs elfentielles, faute de pouvoir lire ce que le Dellinateur n’aura qu’indiqué.
- La partie du delïln la moins a négliger, pour le Peintre fur verre, comme pour le Graveur, eft l’entente parfaite du clair - ob-feur. Elle eft cette vraie magie de la Peinture, qui, répandant fur les objets quelle traite les jours ôc les ombres que la lumière elle-même doit y répandre, fait aux yeux du fpec-tateur une li douce illufion. Un continuel ôc facile traitement du crayon ne pourra manquer de procurer à notre Artifte cette touche libre, favante ôc pittorefque, qui fera fentir l’efprit, la finelfe ôc la légéreté de la pointe de fon pinceau, qui delline la forme en retirant le trait ; ou de celle de la hampe du pinceau ou d’une plume très-dure, qui, en emportant le lavis dont la piece eft chargée , donnent les rehauts Ôc les éclats de jour ; ou de la brojfe rude qui fert à former les demi-teintes fur le lavis (a).
- Les anciens Peintres fur verre excelloient tellement dans le delfin, qu’on a vu, dans la première Partie de ce Traité, que c’étoit à leur école , chez les Hollandois fur-tout, qu’on envoyoit d’abord la jeunelfe qui fe deftinoit à l’Art de peindre.
- Enfin tous les détails de la Peinture fur verre > ainfi qu’on en pourra juger par ce que je vais enfeigner de fon méchanifme dans les Chapitres Tuivants, exigent de la part de l’Àrtifte une propreté extrême de travail. Il doit écarter foigneufement de fon ouvrage Ôc de fes couleurs , non-feulement tout ce qui auroit approché de quelque corps gras ou huileux qui pourroit s’attacher au verre qui lui fert de fond, ou aux couleurs qu’il y emploie , mais encore jufqu’aux atomes de la poufllere.
- La Peinture fur verre demande même, plus que tout autre genre de Peinture, fi l’on excepte Celle en émail, un corps fain , non-feulement de la part de l’Artifte , mais encore de la part de ceux qui l’approchent : car fi la mauvaife. température de l’air nuit fi fort à la vitrification des émaux, de même l’haleine moins pure des perfonnes qui approchent d’une piece de verre qui eft entre les mains du Peintre, peut occafionner des accidents de feu très-préjudiciables à l’ouvrage. Dès-lors avec quel foin le Peintre fur verre ne doit-il pas écarter de fon attelier, ceux fur-tout qu’il fauroit attaqués de quelqu’in-commodité deshonnête, ou même ceux qui font dans l’habitude de manger de l’ail ou des oignons. «J’ai vu, dit Bernard de PalifTy, » cet homme de l’Art fi attentif à tout ce qui
- *(a) Voyez au Chapitre fuivant l’explication de ces termes de l’Art.
- »git
- L’intelligent ce du clair-obfcur.
- Une grande propreté de travail.
- L’éloignement de tout mauvais air , ou haleine trop forte ou corrompue.
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- De PAtte* lier d’un Peintre Pur verre.
- i»
- SUR FER
- b gît eH expérience, que, du temps que les » Vitriers a voient grande vogue , à caufe » qu'ils faifoient des figures ès vitraux des » temples, que ceux qui peignoient lefdites » figures n’euffent ofé manger aulx ni oignons; » car s’ils en euflfent mangé, la Peinture n’eût »pas tenu fur le verre. J’en ai connu un » nommé Jean de Connet, parce qu’il avoit
- R Ë. îî. Partie, L37
- *> rhaleine punaife , toute la Peinture quil » faifoit fur le verre ne pouvoit tenir aucune-*> ment, combien qu’il fût favant en cet Art » ( a )
- (a) Difcours admirable des Eaux & Fontaines, &a, édit, de iç8o, fag. 113.
- * CHAPITRE VII.
- Du Méchanifme de la Peinture fur Verre actuelle ; SC d9 abord de l9Attelier SC des Outils propres aux Peintres fur Verre.
- Je me fuis affez étendu dans les Chapitres précédents fur la compofition ôt vitrification des émaux colorants, actuellement en ufage dans la Peinture fur verre ; fur le choix des creufets & la forme des fourneaux propres à cette vitrification ; ôt, à l’occafion de la préparation ôt de l’emploi de ces émaux , j’ai parlé des différents mortiers ôt pilons de fonte, de marbre ou de verre , des tamis de foie, des platines de cuivre rouge ou pierres dures à broyer, comme porphyre, écaille de mer ; des molettes de caillou dur, ou de bois garni d’une plaque d’acier ou de fer ; des amajfettes de cuir 3 de fapin ou d’yvoire 5 des godets de grès pour chaque couleur, ôte : je paffe maintenant à ce qu’on peut regarder plus particuliérement comme les outils du Peintre fur verre , après néanmoins que nous lui aurons trouvé une place convenable pour fon attelier.
- Cet attelier doit être placé en beau jour, dans un lieu qui ne foit ni humide, ni expofé à un air trop vif, ou à la grande ardeur du foleil. Trop d’humidité empêcheroit les pièces de parvenir au degré de ficcité néceffaire pour les charger dans le befoin de nouveau lavis ou des émaux colorants, ôt conduire Pouvrage à fa perfe&ion. La trop grande ardeur du foleil, comme le trop grand haie, nuiroit à tout le travail de l’Artifte. Lors de la recuiffon, dont nous parlerons en fon iieu, fi le fourneau étoit conftruit en endroit humide , les émaux noiteiroient à la calcination, A un trop grand air , le feu prendroit dans le commencement ôt dans fa continuité un degré de vivacité trop prompt qui feroit caffer les pièces dans le fourneau, avant qu’elles euffent pu parvenir à la fufion des émaux. Enfin le voifinage des aifances , ou de quelque lieu infeôt ou mal fain, peut, comme l’humidité, ternir le brillant des couleurs, ou empêcher même qu’elles ne fe lient
- Peint, sur Verre. II. Part.
- ou incorporent avec le verre qui leur fert de fond.
- L’attelier du Peintre fur verre étant placé avec les précautions fufdites, donnons-lui des outils.
- Le premier eft une table de fapin, emboîtée de chêne à chaque'bout, folidement établie fur quatre pieds, entretenus fur la largeur, à chacun des bouts, par une traverfe, ôt par une autre , dans le milieu fur la longueur , affemblée dans celles des bouts , qui ferve d’appui aux pieds de l’Artifte ; le tout de bois de chêne. Je voudrois encore que le deffus de cette table fût le même que celui des tables dont fe fervent les Deftinateurs dans l’Architecture civile ôc militaire s c’eft-à-dire, que le Menuifier, au lieu d’affembler les deux planches de devant, dont la dernieré ne doit point porter plus de trois à quatre pouces de large , laiffât entre elles un vuide de demi-pouce depuis une emboîture jufqu’à l’autre. Ce vuide ferviroit à y gliffer ôt tenir fufpendue fous la table la partie d’un grand deffin, dont le Peintre ne doit prendre le trait ôt le retirer fur le verre que fuccefïi-vement, Ôt à le remonter à fur à mefure fur la table, à chaque rangée de pièces qu’il veut retirer. C’eft le vrai moyen de conferver un deflin propre Ôt fans rifque de contracter de faux plis, ou de s’effacer par le frottement du ventre ou de la manche du Peintre,
- Cette table ne peut être trop étendue en longueur, à caufe des différents fervices que l’Artifte doit en tirer. Quant à fa largeur, on doit la reftraindre à deux pieds Ôt demi au plus. Sa longueur eft propre à étendre l’ouvrage pour le faire fécher, foie qu’il s’agiffe du premier trait avec la couleur noire, dans les morceaux les plus hors de vue ; foit qu’il s’agiffe des différentes couches de lavis dans les morceaux les plus délicats ; foit qu’il faille enfin laiffer fécher
- Mm
- De la tablèâ
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- Du plaque* fein.
- Delà drague.
- Des pinceaux.
- L'ART DE LA PEINTURE
- les couleurs qui ont été couchées fur fou- * vrage, avant de les empoëler.
- La hauteur de cette table, où le Peintre travaille le plus ordinairement aflis, doit être de deux pieds un quart du deflus de la table au fol, êc le fiege de dix-huit pouces de hauteur ; c’eft-à-dire, qu’elle doit être une fois ôc demie plus haute que le fiege. Cette table doit être pofée au niveau des fenêtres. Le jour le plus favorable eft celui qui vient à la gauche du Peintre. Il doit la couvrir, vers l’endroit où il travaille, d’un carton d’une bonne épaiffeur Ôc d’une jufte étendue , tel que celui que les Defiinateurs ôc les gens de plume nomment pancarte.
- Avant de commencer un ouvrage, la table doit être garnie i°, d’un plaque - fein. C’eft ainfi qu’on nomme un petit baflin de plomb ou de cuivre, un peu ovale, dans lequel on dépofe la couleur noire, lorfqu’elle a été broyée, -de façon qu’elle foit plus ramaflfée vers le bord que dans le fond, ôc que, quand le plaque-fein eft un peu incliné félon l’ufage, la couleur paroiffe féparée du lavis, qui doit y furnager, îorfqu’ayant ceflfé l’ouvrage on le pofe à plat ; car fi on laiffoit fécher cette couleur, elle ne feroit plus de fervice, à moins qu’on ne la reb’royât de nouveau.
- Le plaque-fein de nos Récollets, Peintres fur verre, avoit dans l’endroit où l’on dépofe la couleur noire, une bafe concave pour la retenir ôc l’empêcher de couler, lorfqu’ils en travailloient, Ôt pour laifler place à l’eau gommée. Il y avoit en outre fur les bords dudit plaque-fein, en largeur, de petites entailles pour y loger leur pinceau, lorfqu’ils ceffoient de s’en fervir.
- La table de notre Artifte doit, en fécond lieu , être garnie d’une drague pour retirer avec la couleur noire , dont on l’imbibe, le trait du deflin qui eft fous le verre. Cet outil eft compofé d’un ou deux poils de chevre, longs d’un doigt au moins , attachés ôt liés au bout d’un manche comme un pinceau. La main qui en fait ufage doit être fufpen-due, fans aucun appui, au-deftiis du verre, pour prendre le trait du deflin dès fa naif-fance jufques dans fes contours , avec la précifion du crayon le plus facile ôt le plus léger.
- La drague étoit autrefois bien plus en ufage qu’à préfent, ôt ne fervoit pas peu à éprouver la juftefle ôt la légéreté de la main d’un Eleve , dont les premiers exercices étoient de retirer avec cet outil, les contours des figures au premier trait, avant de leur donner les ombres avec le pinceau. On y a fubftitué le bec d’une plume ni trop dure ni trop molle, ou la pointe du pinceau.
- Les pinceaux d’un Peintre fur verre doivent être compofés de plufieurs poils de gris étroitement liés enfemble du côté de leurs racines Ôc ajuftés dans le bout du tuyau d’une
- plume remplie vers le haut par un manche de bois dur, auquel ce tuyau fert comme de virole. Il y a beaucoup de choix dans ces pinceaux. Ceux dont tous les poils réunis forment mieux la pointe, font les meilleurs. Pour les éprouver, on les pafle fur les levres, on en humeête un peu le poil avec la falive. Ceux qui à cette épreuve s’écartent plutôt que de faire la pointe, ne font pas bons. Un pinceau ne doit fervir que pour une couleur. On ne peut apporter trop de foin à les tenir bien nets avant de s’en fervir. On les trempe à cet effet dans un verre, plein d’eau bien claire, qui n’ait pas contraêlé la moindre graiffe. On les y dégorge en les preffant avec le bout du doigt fur le bord du verre ou gobelet qu’on change d’eau , jufqu’à ce qu’elle ne montre plus la moindre teinte de couleur. On laifle le pinceau qui ne fert qu’à la couleur noire tremper dans le lavis , tant que le Peintre a occafion de s’en fervir, de peur qu’en féchant il ne durcifle. Ces pinceaux doivent avoir le poil aufli long que ceux dont les Deflinateurs fe fervent pour laver leurs deflins.
- Le manche ou la hampe en eft quelquefois pointu. En ce cas un pinceau peut fervir à deux fins, puifqu’il fert d’un bout à retirer le trait, ou à charger d’ombres, & de l’autre à éclaircir.
- Entre ces pinceaux, celui qui fert à coucher de jaune eft ordinairement beaucoup plus fort ôt plus long de poil Ôc de manche, parce que cette couleur claire, étant renfermée dans un pot de fayence ou de plomb de fept à huit pouces de profondeur , où on la tient toujours liquide, ôc voulant être toujours agitée lorfqu’on l’emploie, il faut que ce pinceau puiffe aifément en atteindre le fond ôc mélanger continuellement l’argent broyé qui en fait le corps avec l’ochre détrempée qui lui fert de véhicule. D’ailleurs ce pinceau veut être plus plein de cette couleur qui fe couche plus épaifle que les émaux, Ôc que la pointe du pinceau fert à étendre avec d’autant plus de fécurité qu’elle fe couche du côté oppofé au travail.
- La brojfe dure.eû un outil compofé d’une trentaine de poils de fanglier, étroitement liés Ôc ferrés autour de fon manche, qu’ils excédent de la longueur de deux ou trois lignes au plus. Il fert à enlever légèrement le lavis de deflus la piece dans les endroits où le Peintre auroit à former des demi-teintes , ou même des clairs dans les endroits plus fpacieux où l’on eût épargné le verre , dans le cas où la piece n’auroit pas été couchée de lavis dans fon entier. La hampe ou manche de cet outil peut aufli être pointue ôc fervir à éclairer de petits efpaces, comme les mufcles, la barbe, les cheveux, ôcc.
- Le balai eft le même outil que les Graveurs nomment le pinceau , Ôc dont ils fe fervent pour ôter de deflus leurs planches les parties
- De la hampe du pinceau.
- Du pinceau à coucher de jaune.
- De la brofi fe dure.
- Du balai.
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- De la brof-fe à décou' cher l’ochre.
- SUR VERRE. II. Partie. 130
- ou raclures dé vernis qu’ils enlevent avec la pointe ou Yéchoppe,
- Cet outil fert dans la Peinture fur verre a enlever de deffus l’ouvrage les parties feches du lavis qui ont été enlevées avec la hampe du pinceau ou la broffe pour les clairs* Il fert encore à adoucir le lavis dans les charges de demi - teintes , ou même lorf-qu’011 couche une piece entière de lavis, à en étendre uniformément la furface. On en a de plus lofigs 6c de plus courts. Les plus longs fervent à ce dernier ufage 6c les plus courts à former en tappant ces points que le Graveur tire de fa pointe. On doit avoir bien foin de fécher légèrement le balai, en le frottant fur la paume de la main, fitôt que l’on s’en eft fervi ,-de peur que le lavis venant à s’y fécher , le balai ne s’endurciffe : car alors , en le paffant fur le lavis frais, il gâte-roit l’ouvrage en l’écorchant. Il en eft de ces balais comme des pinceaux ; ils ne doivent fervir que pour une couleur. On peut en avoir de différentes groffeurs, fuivant les différents ufages qu’on veut en faire dans les ouvrages plus ou moins fpacieux.
- On appelle broffe à découcher l’ochre, une broffe de poil de fanglier, telle que font celles dont on fe fert pour nettoyer des peignes. On en fait ufage pour broffer 6c enlever de deffus le verre recuit ce qui y eft refté de la terre de l’ochre qui a fervi de véhicule à l’argent pour faire la couleur jaune. Comme cette terre pourroit n’être pas entièrement dépouillée de toutes les particules d’argent auxquelles elle a été mêlée, on la conferve après qu’elle eft enlevée , pour la mêler ôt rebroyer avec de nouvel argent, lorfqu’on fait de nouveau jaune : auquel cas, fi la quantité de l’ochre déjà recuite étoit un peu étendue, on pourroit mettre la dofe d’ochre un peu plus forte dans la compofition d’un nouveau jaune, en y mêlant de la nouvelle.
- Le Peintre fur verre doit encore avoir fur fa table quelques feuilles de papier courantes , toujours prêtes fous fa main, pour couvrir fon ouvrage contre la pouffiere 6c même pour pofer fur fa piece, lorfqu’il travaille, de peur que l’humidité ou la féchereffe de la main n’efface ou n’écorche l’ouvrage déjà fait. Il fe fert aufîi d’un poids de plomb pefant environ trois livres pour arrêter à propos la piece de verre fur le deffin d’après lequel il peint, 6c l’empêcher de fe déranger lorfqu’il en retire le trait.
- Nos Récollets avoient deux embraffures ou pinces de bois faites d’un même morceau, avec une chaînette à couliffe, plus grofle par un bout que par l’autre. Cet outil, dont je n’ai jamais vu de modèle , leur fervoit à tenir deux pièces enfemble , lorfqu’ils reti-
- roient le trait d’après le deffin, pour n’en point déranger les contôurs.
- La grande propreté qu’exige la Peinture fur verre femble encore prefcrire à l’Artifte qui s’en occupe, de meubler fon attelier d’armoires dans lefquelles les pièces déjà finies au noir foient foigneufement préfer-vées de la pouffiere. Elle nuiroit à la propreté qui leur convient pour recevoir avec fuccès les différentes couleurs qu’on doit y coucher pour terminer l’ouvrage , ôt les empoëler lorfqu’elles feront feches.
- Ces armoires fervi ront encore à renfermer, d’une parties émaux en pains, ou en poudres* dans des caffetins féparés 6c marqués fuivant leurs différentes couleurs ; de l’autre les différents godets où elles ont été détrempées, fans jamais les laiffer découverts. Il peut fe fervir à cet effet de couvercles de carton qui emboëtent bien juftement fes godets & fon plaque-fein.
- Il fera bien aufll de tenir proprement renfermés dans une de ces armoires fes def-fins ôt fes cartons , afin que, fi par la fuite des temps il venoit à fe caffer quelques pièces, il retrouvât les deffins ou cartons qui ont fervi à l’ouvrage, pour les renou-veiler dans un parfait accord. Il pourroit y raffembler 6c conferver de même quelques bons morceaux de Peinture fur verre , comme des têtes, des mains, des pieds, des fleurs, des fruits, de petits payfages, qui fe trouvent facilement dans un temps où. l’on démolit plus de vitres peintes qu’on n’en conferve. Ces morceaux, s’ils font de bons Maîtres, feront pour lui d’excellents modèles qu’il ne peut trop avoir fous les yeux pour en imiter la bonne maniéré.
- Enfin pour ne rien omettre de ce qui peut ici contribuer à l’extrême propreté que notre Art demande, le Peintre fur verre pourroit tenir dans une de ces armoires une petite fontaine de fayence pleine d’eau bien nette , une cuvette , un effuie - main , quelques linges blancs pour effuyer les gouttes d’eau ou de couleurs qui pourroient tomber fur fa table.
- Au moyen de ces armoires dreffées avec goût, répétées avec fymmétrie par des morceaux de lambris amovibles qui ferviroient à mafquer fes fourneaux, s’il en avoit deux, le Peintre fur verre, ainfi pourvu dans fon attelier de tout fon néceffaire pour fon travail, pourroit s’en faire un lieu très-propre, où l’ordre & la netteté donnant le ton, il travaifferoit avec ce parfait contentement qui fait que la main , d’accord avec le génie 6c le bon goût, conduit toutes chofes à la perfeêlion.
- Des armoires de l’Attes lier du Peintre fur verre 4 8e de leurufa-ge*
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- Delà Vitrerie relativement à * la Peinture fur verre.
- 140
- L’A RT DE LA PEINTURE
- CHAPITRE VIII.
- De la Vitrerie relativement à la Peinture fur Verre ; âC des rapports de cet Art avec la Gravure.
- N o U s avons jufqu’à préfent fuppofé notre Peintre fur verre aflez verfé dans la Chimie pour préparer lui-même fes couleurs ; aflez inftruit pour bien difcerner les bonnes ou. mauvaifes qualités des émaux colorants qu’il fe verroit quelquefois preffé d’acheter tout faits, Ôc pour faire un bon choix du verre qui doit lui fervir de fond ; aflez bon Def-finateur pour rendre exa&ement ôc même corriger les defllns qu’on lui adminiftreroit pour les copier fur le verre : nous lui avons Fourni une Bibliothèque des meilleurs livres fur la Peinture pour les confulter; nous lui avons apprêté un attelier d’un bon goût ôc d’une grande propreté ; nous l’avons outillé de tous les inftruments néceflaires à fon Art ; avant de lui mettre la drague ou le pinceau à la main : confidérons-le dans ce Chapitre comme fumier ; car les premiers Peintres fur le verre étoient Peintres-Vitriers, ôc apprenons-lui les rapports particuliers que ce genre de Peinture a avec la Gravure : rapports que nous avons vus , dans notre première Partie, avoir fait, entr’autres des Goltzius ôc des de Ghein, d’aufli bons Graveurs que d’habiles Peintres fur verre.
- Les deflïns ou cartons que le Peintre Vitrier doit exécuter fur le verre étant faits, agréés, arrêtés par les parties, ôc même arrhes fuivant l’ufage le plus ancien, fon premier travail eft dé tracer fur ces deflins, avec un crayon aflez diftinft, les contours de la coupe des pièces de verre ôc des plombs qui doivent les joindre. Il fera des différentes parties dont ils fontcompofés, un tout dans lequel le plomb ôc les verges de fer, qui doivent maintenir les panneaux, ne coupent aucun des membres, en paflant au travers ; ce qui feroit infupportable, fur-tout dans les têtes. Cette attention ne doit pas être moins férieufe dans les frifes. La diftribution des pièces de verre qui les compofent fur la hauteur doit, même en les deflinant, être faite de maniéré qu’elles fe coupent toutes uniformément à la hauteur de la place où la verge de fer doit pafler fur la façon de vitres, fans en déranger les accords ôc fans rien altérer de leur folidité.
- Il eft aifé de fentir qu’une fleur, ou un fruit, ne doit pas être coupé de forte qu’une moitié fe trouve dans une piece & l’autre moitié dans celle qui la fuit. Enfin il faut que le
- deflin de ces frifes foit aflujetti à la diftribution donnée par le calibre de vitres blanches, pour la place des attaches de plomb qui fou-tiendront les verges de fer , fur l’alignement des crochets de fer qui doivent les porter.
- Cette diftribution exactement faite, félon les réglés de la Vitrerie , le Peintre-Vitrier s’occupera de la coupe de fon verre , prudemment choifi pour fervir de fond à ,fa Peinture. Il fuivra l’ordonnance des contours des membres Ôc des draperies dans les tableaux, ôc des ornements, des cartouches ou des fupports dans les armoiries. Il diminuera fur la grandeur du panneau un jufte efpace pour l’épaifîeur du cœur du plomb, qui, fans cette attention, le rejetteroit ôc tiendroit le panneau trop fort pour la place qu’il doit remplir.
- Les pièces ainfi détaillées ôc coupées , il eft important pour la grande propreté que l’ouvrage requiert ( ce que nous ne pouvons trop répéter) qu’elles foient exactement purgées de la crafle ou de la poufliere qu’elles auroient pu contracter. Les plus fales le feront, non en les pajfant au fable ; car la faleté graifleufe des carreaux de verre qu’on y auroit déjà nettoyés, ou l’humidité de l’eau dans laquelle on les auroit trempés, s’attachant au fable, le rendroit peu propre à cet ufage ; mais en les nettoyant avec une eau de leflive bien épurée , dans laquelle on auroit fait détremper un peu de blanc d’Ef-pagne, que l’on effuiera avec des linges doux Ôc blancs de leflive. Si ces pièces n’étoient couvertes que d’une légère poufliere, on fe contentera de l’enlever en halénant deflus ôc la refliiyant avec des linges femblables. Trop d’humidité feroit couler la couleur dont on fe fert pour former le trait, ôc la graifle empêcheroit qu’elle ne s’y attachât.
- Les pièces, ainfi nettoyées feront repré-fentées dans l’ordre où elles ont été coupées fur le carton ôc numérotées imperceptiblement tant fur lui que fur le verre. Par là chacune trouvera plus facilement fa place, lorfqu’après la recuiffon il s’agira de les joindre enfemble avec le plomb pour en faire des panneaux.
- S’agit-il d’armoiries, car à préfent c’eft prefque le feul objet de la Peinture fur verre,’ le Titré les voudra ou plus étendues, c’eft-à-dire d’un panneau compofé de plufieurs
- pièces ;
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- Des rapports de la Peinture fur verre avec la Gravure.
- SUR VE R R
- pièces; ou d’une feule piece quarrée, ronde ou ovale , qui eft la forme la plus ordinaire. Le degré d’élévation auquel elles doivent être placées , & ceci a lieu pour tout autre fujet, prefcrira au Peintre fur verre la manière de peindre qu’il doit y employer ; car nous allons lui faire voir qu’il y a deux maniérés de repréfenter les objets fur le verre , après lui avoir montré l’efpece de confanguinéité qu’a fon Art avec la Gravure.
- Le travail du Peintre fur verre > avant l’application des émaux colorants & leur recuifîon au fourneau , fe borne à une grifaille de blanc & de noir, c’eft-à-dire de lumières & d’ombres, comme celui du Graveur après l’imprelfion. L’application des couleurs eft au premier ce que l’enluminure eft au fécond.
- Entre les trois maniérés de graver foit au vernis à Peau-forte 9 foit au burin , foit en maniéré noire , quoique la Gravure au vernis ait avec la Peinture fur verre, dans la maniéré d’opérer, quelques reffemblances qui s’écartent dans l’effet, ce que le Graveur emporte du vernis avec la pointe ou l’échoppe donnant les ombres par l’opération de l’eau-forte , comme ce qu’il en épargne donne les clairs ; le rapport que je dis exifter entre la Gravure & la Peinture fur verre fera parfaitement établi , fi nous l’appliquons finguliérement à la maniéré noire.
- Pour prouver ce que nous avançons , analyfons ce que nous en apprennent Abraham Boffe (a), le célébré Artifte ( M. Cochin) auquel nous fommes redevables de la nouvelle édition & du Supplément de l’Ouvrage de Boffe, ôc d’après eux l’Encyclopédie & le Diûionnaire portatif de Peinture de Dom Pernetti, au mot Gravure.
- Le cuivre étant préparé pour cette maniéré de graver, c’eft-à-dire étant rempli de traits fans nombre qui fe croifent les uns fur les autres en tout fens avec un outil que les Graveurs nomment berceau, ou, comme ils
- ( a) De la maniéré de graver à l’eau-forte & au burin , & de la gravure en maniéré noire , par Abraham Brcrfle, nouvelle édition, Paris* 174/, chez C. A. Jombert.
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- Ë. IL Partie® 142c
- difent, la planche étant graînée} il faut que l’épreuve, qu’on en fait tirer à Timpreflion rende un noir égal d’un beau velouté bien moelleux ; car c’eft de l’égalité & de la fineffe de ce grain que dépend toute la beauté de cette gravure. C’eft enfuite au Graveur à def* finer ou à calquer fon fujet fur le cuivre avec la craie blanche, fur les traits de laquelle il peut repaffer la mine de plomb ou l’encre de la Chine pour le mieux fentir. On efface avec le gratoir de ces traits ou tailles autant qu’il en faut pour faire paroître les jours ou les clairs du deflin qu’on y a tracé, en ménageant néanmoins ces traits de façon qu’on en atten-driffe feulement quelques-uns, ce qui fertr dans les demi - teintes ; qu’on en efface entièrement d’autres pour les clairs; & qu’on ne touche pas du tout aux autres quand il s’agit des maffes ôt du fond. Cette maniéré eft la même chofe que fi on deffinoit avec du crayon blanc fur du papier noir. On commence d’abord par les maffes de lumière & par les parties qui fe détachent généralement en clair de deffus un fond brun ; on va petit à petit dans les reflets ; enfin on prépare généralement le tout par grandes parties : on le reprend enfuite, en commençant par les plus grandes lumières.
- Il faut prendre garde fur-tout de ne point trop fe preffer d’ufer le grain ; car il n’eft pas facile d’en remettre quand on en a trop ôté , fur-tout dans les lumières. Mais il doit xefter par-tout une légère vapeur de grain * excepté fur les luifants.
- C’eft ici, à proprement parler , je veux dire dans l’exprefîion du méchanifme de la Gravure en maniéré noire que nous venons de donner, que fe trouve celle de la fécondé maniéré de peindre fur verre , par oppofi-tion aux deux autres Gravures, au vernis Ôe au burin, où la pointe, l’échoppe êt le burin dans la première font la fonêlion du pinceau du Peintre fur verre chargé de la couleur noire. 7
- L’Eleve en Peinture fur verre j avec le fecours de ces notions , fentira bien mieux le méchanifme aétuel de fon Art, que je vais confidérer fous ces deux traitements.
- Peint, sur Verre. II. Part.
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- Premieïe maniéré de traiter la Peinture fur verre.
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- L’ART DE LA PEINTURE
- CHAPITRE IX.
- Des deux manières dont on peut traiter la Peinture fur Verre.
- C E T T E mâniere de traiter la Peinture fur verre, que j'appelle ici la première, eft celle des Peintres des deux derniers fiecles ôc d’une partie du quinzième, où cet Art quitta le détail minutieux des fiecles précédents, pour fe développer fur des pièces de verre d une plus grande étendue. Elle auroit lieu encore dans les morceaux de grande exécution, s'il s’en faifoit, ou dans ceux qui font moins expo-fés à la vue. Voici donc comme on y procédé.
- Le Peintre fur verre pofe devant lui à plat fur la pancarte qui couvre fa table le defïin qu'il veut peindre. Il y applique la piece de verre qui doit lui fervir de fond, ôc l'y retient avec ce poids de plomb, que nous avons mis au rang de fes outils, qui, rond dans fon contour, plat dans fon afliette, empêche que la piece ne fe dérange, lorf-qu’il veut retirer fur le verre le trait du defîîn qu'il apperçoit au travers. Cette première opération fe fait ou avec la drague, ou avec la pointe du pinceau, ou avec une plume ni trop dure ni trop molle , imbibée de la couleur noire, tenue dans le plaque-fein incliné à découvert pendant qu'il l’emploie ; car alors le lavis n'y doit plus furnager.
- Le trait en retirant doit être plus nourri du côté des ombres les plus fortes, ôc plus délié du côté des clairs. On doit déjà fentir dans cette opération la légéreté de la main de l’Eleve, ôc la facilité de la touche qu'il doit avoir acquife par le traitement fréquent ôc bien entendu du crayon. Si faute d’avoir fuffifamment couvert la couleur noire de lavis, pendant la ceffation de l’ouvrage, elle venoit à fécher en tout ou en partie, il faut néceffairement la relever du plaque-fein, la rebroyer pendant une bonne heure fur la platine de cuivre avec de l’eau bien claire, y mêler promptement vers la fin un peu de gomme arabique bien feche, fans difconti-nuer de broyer le tout jufqu'à ce que la gomme foit bien fondue ôc incorporée avec la couleur, qui, lorfqu'on la releve de deffus la platine, ne doit être ni trop molle ni trop épaiffe. La dofe de la gomme doit être de la groffeur d’une noifette, s’il y a gros comme une noix de couleur.
- Quand tous les traits d’un deflln font retirés , il faut lailfer fécher l’ouvrage pendant deux jours, de maniéré que s’il y avoit pour trois jours d’ouvrage à retirer, le Peintre fur verre pût commencer le quatrième jour à coucher de lavis, ou à croifer les premières
- hachures faites en retirant, ce que les Graveurs diftinguent par premières ôc fécondés tailles , dont les premières font faites pour former ôc les fécondés pour peindre.
- Cette première maniéré qui demande à la fois une touche ferme Ôc libre ne s’exerce guere que dans les ouvrages plus hors de portée de la vue. On y épargne le verre dans les endroits qui doivent fervir de clairs ôc de rehauts, comme on épargne le vélin ôc le papier dans la Peinture de miniature.
- Ces hachures dans les ombres fortes des draperies , ôc même dans les contours des membres ôc le gros des chairs, fe font à la pointe du pinceau garni de couleur noire. En ce cas leurs extrémités doivent toujours être plus déliées dans les chairs. Celles qui conduifent naturellement aux plus grandes lumières , Ôc qui doivent fervir à fixer la rondeur ôc le relief des chairs, fe terminent , comme dans la Gravure, par des points imperceptiblement liés les uns aux autres, de maniéré que ces hachures ôc ces points, amenés en tapant ôc en adouciffant vers les chairs avec le balai, fuivent la touche du crayon du Deflinateur ôc le moelleux du pinceau du Peintre que l’Artifte fe propofe de copier fur le verre ; ou que le tout produife fur lui l’eflfet de l’eftampe fur le papier.
- On emploie aufli dans cette première maniéré la pointe de la hampe du pinceau ou de la brojje dure , pour découvrir d’après le lavis le fond du verre, dans les endroits où il convient de le faire ; ôc ces hachures doivent toujours fe terminer, comme celles qui font faites en chargeant la pointe du pinceau de couleur noire , en adouciffant vers les grandes.lumières. Cette maniéré, qui paroît plus appartenir au fécond traitement de la Peinture fur verre, fert beaucoup aufli, dans le premier, pour les rehauts de la barbe ôc des cheveux, que les traits noirs, adoucis par le lavis, peuvent également rendre , mais d’une maniéré plus dure.
- Dans le premier, comme dans le fécond traitement de la Peinture fur verre, il eft d’ufage de coucher d’un lavis très-léger de rouge ou carnation le revers des pièces fur lefquelles l’Artifte aura peint des têtes ou d’autres membres. Cette couche doit être égale par-tout. Elle fe fait en tapant fur ce lavis encore frais avec le balai de poil de gris.
- Lorfque le lavis de carnation eft fec, fi
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- Seconde maniéré de traiter la Peinture fur verre.
- SUR VERRE. II. Partie;
- îe Peintre fur verre veut mieux faire fentir le ton naturel des chairs, dans les têtes fur-tout où la jufteffe ou l’irrégularité des proportions doivent exprimer la beauté, la laideur ôc les caraêteres des pallions ; le goût du deffin le conduira ou à charger fur le revers de quelques traits noirs, ou à emporter, avec la pointe de la hampe du pinceau, la partie de lavis de carnation, qui lui paroî-tra devoir mieux faire fortir ces effets dans les clairs ôc dans les luifants.
- Il faut aulïi qu’il prenne garde de donner à ce lavis de carnation un ton trop rouge. Pour éviter cet inconvénient, il eft bon qu’il en falfe des elfais fur de petits morceaux de verre. Il les introduira petit à petit dans le feu domeftique pour les faire recuire ôc en fentir l’effet après la recuilfon, qui eft cenfée faite lorfqu’ils font devenus bien rouges au feu.
- Le fécond traitement de la Peinture fur verre ayant quelque chofe de plus délicat que le premier, on s’en fert par préférence dans les morceaux plus expofés à la vue, comme dans les payfages, les grifailles, Ôc même dans les lointains des grands vitraux. Ses effets pour le tendre font les mêmes que ceux de la Gravure en maniéré noire.
- En effet le Peintre fur verre, après avoir bien purgé, comme nous avons dit ailleurs, fa piece de verre de toute graille, humidité Ôc pouffiere, la couvre en entier d’une teinte de lavis plus ou moins foncée, félon que le fujet qu’il fe propofe de peindre doit être plus ou moins chargé d’ombres. En ce cas il doit effayer fa teinte ou fur un morceau de papier , ou fur un morceau de verre, pour en fentir l’effet. Lorfqu’il fera fec, il doit coucher de lavis le plus promptement qu’il lui eft poffible, ôc fe fervir des plus gros pinceaux ufités pour laver fur le papier à l’encre de la Chine. On étend ce lavis fur toute la fuperficie du carreau de verre avec un des plus longs balais de poil de gris, avec beaucoup d’égalité, Ôc en halénant continuellement deffus, fur-tout dans les grandes chaleurs, ou lorfque l’air eft plus vif. Ce carreau de verre eft la planche grainée du Graveur. On ne pourra mieux comprendre la reffemblance des autres opérations qu’en fuivant exactement ce que j’ai rapporté dans le Chapitre précédent du méchanifme de la Gravure en maniéré noire, que je ne fais ici que copier par attribution au fécond traitement de la Peinture fur verre.
- Quand le lavis eft bien fec, c’eft-à-dire au bout de deux jours , le Peintre fur verre ayant pofé devant lui, à plat, fur la pancarte, le deffin d’après lequel il veut peindre, y applique la piece ou carreau couché de lavis, avec les précautions que nous avons indiquées , crainte qu’il ne fe dérange. Enfuite il efface de ce lavis avec la brojje dure, ou la
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- pointe de la hampe du pinceau , autant qu’il en faut pour faire paroître les jours ôc les clairs du deffin qu’il apperçoit à travers le verre, en ménageant le lavis de façon qu’il ne falfe que l’adoucir avec la hrojfe dans les demi - teintes , qu il 1 efface entièrement pour les plus clairs Ôc les luifants, ôc qu’il le laiffe en entier quand il s’agit des maffes d’ombres.
- Cette première opération finie, on couche pour la fécondé fois toute la piece d’un lavis plus fort, fi la première teinte eft foi-ble ; ou plus foible, fi la première teinte eft forte. On la laiffe féchèr pendant deux autres jours. On recommence les opérations comme la première fois, c’eft - à - dire en commençant par les lumières ôc les parties qui fe détachent généralement en clair dé deffus un fond plus brun : on va petit à petit dans les reflets : enfin on prépare légèrement le tout par grandes parties jufqu’à ce que l’effet de ce tout fe faffe fentir.
- C’eft alors que le Peintre fur verre ceffant d’être affujetti à fuivre ôc copier ftriclement le deffin qu’il n’a pris jufqu’a préfent qu’au travers du verre , peut rendre fa touche plus ferme ôc plus favante, en y appliquant ce goût de deffin dont il aura contraêlé l’heu-reufe facilité par une ancienne Ôc continuelle application à cette partie de fon Art. C’eft alors que tenant fa piece un peu élevée devant lui fur une feuille de papier blanc qui fait réfleter tout l’ouvrage, les yeux portés de temps à autre fur fon deffin qu’il tient à côté de lui, il peut, en commençant toujours par les plus grandes lumières , conduire fon ouvrage à fa fin. Mais le défir d’avancer ne doit jamais lui permettre de s’empreffer à ôter du lavis dans les clairs, de façon qu’il en emporte trop ; car outre qu’il lui feroit trop difficile d’en remettre, celui qu’il y remettroit après coup pourroit n’avoir pas la teinte néceffaire.
- La pointe de la hampe du pinceau, oü celle d’une aiguille inférée au bout du manche de la brode dure, lui fervira pour éclairer les plus petites parties fur lefquelles il ne doit point refter de lavis. Dans les parties les plus larges,elle fervira à attendrir ôc adoucir , Ôc la pointe du pinceau chargée de la couleur noire fournira les maffes d’ombre qui demanderont plus de force, de la même maniéré que le Graveur au vernis abandonne la pointe ôc l’échoppe pour recourir au burin ôc entamer le cuivre dans les coups de force que l’impreffion de l’eau-forte auroit pu ne pas rendre à fon gré. }
- Enfin le Peintre fur verre doit toujours conferver dans les chairs une légère vapeur de ce lavis de carnation, qui, comme nous l’avons dit dans le premier traitement, fert avec les rehauts à ea exprimer la rondeur ôc les reliefs.
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- Maniéré des Freres Maurice ôc Antoine.
- 144 VA RT DE LA PEINTURE
- Nos Artiftes Récollets defïinoient le fujet qu’ils dévoient peindre fur verre fur un papier bleu clair avec un crayon blanc ou charbon fin. Ils fuivoient dans les ouvrages les plus élevés ôc les moins en vue notre première maniéré de traiter la Peinture fur verre. Leur verre étant coupé ôc bien net, ils l’appliquoient fur le deffin, ils en reti-roient les principaux traits fur le verre ôc ombroient par hachures ôc demies-teintes fondues à la pointe du pinceau au lavis de noir, plus clair & plus adouci vers les extrémités dansles draperies, ôcc. & dans les chairs, avec ce même lavis mêlé d’un peu des fon-drilles de leur carnation, qu’ils rebroyoient enfemble, en y ajoutant deux ou trois grains de fel ôc peu de gomme, ces couleurs étant déjà gommées.
- Quant aux ouvrages plus délicats ôc plus expofés à la vue, ils retiroient d’abord les traits fur le verre appliqué fur le deffin. Lorfque ces traits étoient fecs, ils cou-choient le revers de la piece d’un fond de lavis de la couleur noire, fort délié, le plus promptement ôc le plus uniment qu’ils pou-voient, en l’étendant avec le balai. Ce fond étant fec, ils y traçoient, en l’enlevant, avec
- la hampe du pinceau , ou une plume de corbeau non fendue, le trait qu’ils avoient tracé en noir de l’autre côté ; puis effaçoient ce premier trait, en nettoyoient la place ôc continuoient leur ouvrage fur ce fond , de la maniéré que nous avons dit, en enlevant le lavis dans les clairs pour donner les rehauts, Ôc en portant dans les ombres un lavis plus fort pour donner du relief à la Peinture. Dans ces mêmes ouvrages , ils travailloient les chairs à la carnation toute pure, couchée fort claire ôc bien adoucie avec le balai, ôc couchoient le revers de la piece d’un lavis de blanc. Lorfque ce travail étoit fini, ils le laiffoient fécher pour y appliquer enfuite le coloris.
- Si ces ouvrages étoient de pure grifaille, c’eft-à-dire, s’ils ne dévoient pas être colorés de différents émaux, ils couchoient fur le revers de la piece un lavis de leur couleur rouffe, fi la grifaille de voit être de cette teinte, ou de leur couleur blanche, fi la grifaille devoit être blanche, en l’étendant ôc adouciffant avec le balai, comme le lavis de noir. Ils ne couchoient jamais de lavis le derrière des pièces qui dévoient être colorées , ce qui auroit terni l’éclat du coloris.
- TOïSiMH
- CHAPITRE X.
- Du Coloris, ou de VArt de coucher fur le Verre les différentes couleurs.
- JL/e n T e n t e du clair-obfcur que le Peintre fur verre doit avoir acquife lui ayant procuré dans fon travail, dont nous venons de lui tracer les différents traitements, ce bel effet d’uition ôc d’obfcurité dans les mafTes par oppofition aux grandes lumières, on pourroit regarder fon ouvrage comme déjà colorié, dans l’état où nous le fuppofons forti de fes mains : mais il n’eft pas encore coloré; ce n’eft encore qu’une maniéré d’eftampe qu’il faut enluminer ; enfeignons-lui les moyens de le faire avec fuccès.
- Nous nous fommes fuffifamment étendus fur la compofition ôc l’apprêt des différentes couleurs propres à la Peinture fur verre aôtuelle. Nous avons particuliérement indiqué la maniéré d’apprêter les émaux blanc, verd, bleu, violet ôc pourpre, après leur vitrification parfaite, ôc de les mettre en l’état où ils doivent être pour les coucher fur le verre avant la recuiffon. Nous nous contentons ici d’y renvoyer ( a ).
- (a) Voyez les Chapitres IV ôc V, de cette fécondé Partie.
- Nous fuppofons donc finie de blanc ôc de noir, ou pour parler fuivant les termes de l’Art, éclairée & ombrée, une fuite d’ouvrages de Peinture fur verre fuffifante pour remplir la capacité de la poêle à recuire. L’ouvrage a féché pendant quelques jours. L’Ar-tifte a apporté tous fes foins pour enlever avec le balai de poil de gris tous les atomes de poulfiere, qui, malgré fes précautions , auroient pu féjourner fur fon ouvrage. Il doit commencer par coucher de rouge ou carnation toutes les parties où cette couleur doit entrer, de la même maniéré ôc avec les mêmes foins que nous avons vus dans le Chapitre précédent pour le lavis de couleur noire.
- Elle eft, ainfi que lui, de toutes les couleurs propres à peindre fur verre celle qui porte le moins d’épaiffeur ôc celle qui eft le moins fujette à s’effacer avant la recuiffon ; c’eft pourquoi nous la mettons la première dans l’emploi des couleurs.
- Les couleurs de bois, de cheveux, d’animaux, qui tirent fur le roux, s’employant comme la carnation dans la maniéré de les
- couche?
- De l’emploi des différentes couleurs.
- De la cou* leur rouge » dite carnation.
- Des couleurs rou/Iâ-tres,
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- Du lavis de blanc.
- Des émaux verd i bleu, violet 8c pourpre.
- S Ü R VE R
- côucfet, tiennent le fécond rang dans leur emploi.
- Le lavis de blanc peut aufïi s’employer de la même maniéré.
- Quant aux émaux verd, bleu, violet & pourpre, détrempés, comme nous l’avons prefcrit ( a ), voici la maniéré de les coucher.
- On place la piece que l’on doit coucher d’un ou de plufieurs de ces différents émaux, félon l’ordre du coloris du tableau ou du
- R Ë. IL 1?afttife
- *4 S
- des membres qu’elles couvrent, de maniéré qu’elies n’en débordent pas le trait, ou qu’elles le couvrent affez pour n’y laiffer aucun vuide en s’en écartant.
- Les couches de ces émaüx colorants étant bien feches, c’eft-à-dire, deux jours au moins après qu’elles ont été appliquées fur l’ouvrage, on couche de jaune fur le côté qui lui eft oppofé.
- On couche cette couleur plus ou moins épaiffe félon la nuance qu’on en délire. On
- blafon des armoiries, dans un jufte équilibre peut en faire dés effais fur de petits mor-
- ôc dans un exad nivellement fur les bords d’un verre à boire à patte, porté fur la pancarte qui couvre le deffus de la table , couverte elle même d’une feuille de papier blanc. Alors le Peintre debout prend avec le pinceau , qui ne doit fervir que pour la cou
- ceaux de verre au feu domeftique. Il faut fur-tout prendre garde de coucher le jaune trop épais , lorfqu’il avoiline quelqu’un des cinq émaux vitrifiés, parce que cette couleur , étant très-fondante Ôc la première qui fe fait au fourneau de recuiffon, elle eft
- De i’e'mail blanc.
- leur dont il a été imbibé la première fois, fujette à s’extravafer, ôc, s’étendant fous ces
- autant de l’eau gommée de cette couleur émaux , elle les tacheroit.
- qu’il en faut, pour emboire légèrement ôt Lorfque cette couleur eft couchée fur le promptement, du côté du travail, la partie revers de la piece , on l’étend en l’agitant
- •qui doit être colorée. On prend enfuite avec légèrement entre les deux mains , comme
- le pinceau de la couleur défirée , de façon nous avons dit, pour les émaux. On prend
- qu elle ne foit ni trop claire, ni trop épaiffe. garde fur-tout qu’en la remuant dans le pot
- Trop claire , outre qu’elle ne donneroit pas avant de la coucher, il ne s’élève , en la coula teinte que l’on défire , elle courroit rif- chant, quelques bulles fur fa furface, qui ,
- que d’effacer le travail fur lequel on l’appli- venant à fécher avant la recuiffon, y laiffe-
- que* Trop épaijfe, elle ne s’étendroit pas roient des points vüides de couleurs» Si l’on
- uniment fur la furface qu’elle doit couvrir. y en appercevoit, il faudroit les crever ^
- Alors on promene légèrement , prompte- en y appliquant la pointe de l’aiguille»
- ment ôc également cette couleur avec le Comme l’eau gommée n’entre point dans pinceau , plus incliné fur fa maffe que porté l’extenfion de cette couleur, on ne peut la
- fur fa pointe. La tranfparence, fentie au tra- toucher avec trop de précaution, lorfqu’ellé vers du verre par le reflet de la feuille de eft feche. Sans cela l’on rifqueroit de l’em-papier blanc qui eft au-deffous,, en an non- porter par les frottements, ou de l’égrati-
- ce le plus ou moins d’égalité. Enfin on agite gner par la rencontre de quelque corps dur* doucement la piece en tout fens , en la La couleur jaune demande encore unè
- tenant des deux mains, de façon que l’ex- autre précaution en empoêlant j c’eft-à-dire*
- trémité des doigts ne porte pas deffus, mais en introduifant l’ouvrage dans la poêle de
- qu’ils ne faffent que la maintenir par fon recuiffon. Comme dans la fufion elle traver-
- épaifleur, afin que toutes les parties de Té- *fe toute l’épaiffeur du verre, ce que né
- mail colorant fe réunifient dans une parfaite font pas les autres couleurs , qui, parce?
- égalité. On laiffe alors fécher les pièces po- qu’elles ont un corps plus folide, ne péné-
- fées à plat ôc de niveau fur la table pen- trent pas fi avant dans le verre , ôc ne font
- dant deux jours. que s’attacher à fa fuperficie, il faut bien
- On peut traiter de la même maniéré l’é- fe donner de garde d’étendre dans la poêlé
- mail blanc, fur-tout lorfqu’on veut lui don- une piece couchée de jaune au-deffus d’une
- ner une certaine opacité au-deffus de la autre couchée de bleu. La couleur jaune en
- demi-tranfparence, comme il en eft quel quefois befoin dans les draperies blanches, ôc c.
- Dans les grifailles qu’on veut émailler de blanc, on n’emploie qu’une teinte plus ou
- fe parfondant, venant à s’infinuer dans là couleur bleue, la dénatureroit, ôc donneroit une couleur verte , au lieu de celle que le Peintre en attendoit.
- Nos Artiftes Récollets fuivoient l’ordre moins forte du lavis de ce même blanc, qui ôc la maniéré que nous venons de preferire fe couche comme le lavis de couleur noire pour coucher le coloris. Iis couchoient leur
- fur le revers du travail. carnation affez épaiffe, pour qu’on ne pût
- On ne peut, en couchant le verre de ces prefque point appercevoir le jour au travers, couleurs, apporter trop de foin pour bien après qu’elle étoit couchée ôc adoucie avec border tous les contours des draperies ôc le balai. Ils en agiffoient de même par rapport aux couleurs de bois ôc d’animaux,
- ------- " ' faites avec le mélange de la couleur noire ÔÈ
- (a) A la fin du Chapitre lv. des fondrilles de carnation.
- Peint, sur Verre• II. Partt Oo
- De la cou» leur jaune,
- Les Frèrés Maurice 8c Antoine couchoient. dé même le coloris»
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- De la conf-truétion du fourneau de recuiflon , avec la maniéré d’em-poëler le verre peint.
- Conftru&ion du fourneau, enfeignée par Dom Pernet-ti d’après F é-libien.
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- LA PEINTURE
- 146 L’A RT DE
- Pour mieux reconnoître fi les couleurs étoient couchées bien uniment ôc également, ils fe cachoient le jour avec la main portée au-devant de la piece , qui leur faifoit une ombre que le papier blanc fur lequel étoit placé le verre à patte qui fupportoit la piece, leur réflettoit. Ils couchoient l’a-
- zur plus épais, le violet de même. Ils veulent néanmoins que l’azur foit couché , de façon que, quand il a féché fur la piece, on puifle lui fentir quelque tranfparence, parce que couché trop épais, il pourroit noircir à la recuiffon.
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- CHAPITRE XI. De la Recuiffon.
- I. a recuiffon , fource de nouvelles inquié-tudes pour le Peintre fur verre par l’incertitude du fuccès , eft la derniere opération qui allure ou qui détruit tout le fruit qu’il doit attendre de fon travail.
- Nous ne lui répéterons pas ce que nous lui avons tant de fois inculqué fur l'exactitude avec laquelle il doit faire valoir , dans la compofition, la préparation ou le choix de fes émaux colorants, toutes les combinaifons d’expérience qui doivent opérer entre eux ce parfait concert de fufibi-lité , dans un même efpace de temps, à l’a&ivité d’un même feu. Sans ce concert heureux les uns feroient déjà brûlés , quand les autres ne feroient que commencer à fe parfondre à la recuiffon.
- C’eft fur le traitement de ce feu, c’eft-à-dire, fur ce qui le précédé, ce qui l’accompagne , & ce qui le fuit, que nous nous propofons de l’inftruire, avec le fecours des Maîtres qui nous ont fervi de guides, dans ce que nous avons dit de la compofition de fes émaux (a).
- Notre Artifte, avant toutes chofes, doit* fe rappeller ici ce que nous lui avons pref-crit fur le choix d’un bon emplacement pour fon attelier, dont le fourneau fait une des parties principales {b ). Il y a vu les inconvénients dangereux à la recuiflon qui, ré-fulteroient d’un mauvais emplacement.
- Lorfque les couleurs font appliquées ôc bien feches fur les morceaux de verre, on fait recuire toutes les pièces dans un petit fourneau fait exprès , avec des briques, qui n’ait en quarré qu’environ dix-huit pouces, à moins que la grandeur des pièces n’en demande un plus grand. Dans le bas, Ôc à fix pouces du fond, on pratique une ouverture pour mettre le feu ôc l’y entretenir. A quelques pouces au-deflus de cette ouverture, on fixe en travers deux ou trois verges
- quarrées de fer, qui par leur fituation puif-fent partager le fourneau en deux parties. On pratique encore une petite ouverture d’environ deux pouces au-deflus de ces barres , pour faire palfer les ejfais quand on recuit l’ouvrage.
- Le fourneau ainfi dreflfé, on pofe fur les barres de fer une poêle de terre, quarrée comme le fourneau ; mais de telle grandeur qu’elle laifle trois bons pouces de vuide entre elle ôc les parois. Cette poêle doit être épaifle d’environ deux doigts, ôc fes bords élevés d’environ fix pouces. Il faut qu’elle foit faite de terre de creufet, Ôc bien cuite, Le côté qui doit répondre au-devant du fourneau, a un trou pour les eflais.
- Ayant placé cette poêle fur les barres de fer deftinées à la porter , on répand fur tout fon fond de la chaux vive bien tami-fée, de l’épaifleur d’un demi-doigt, ou de la poudre de plâtre cuite trois fois dans un fourneau à Potier ; par - defliis cette poudre des morceaux de verre caflfé, ôc par-defliis le verre de la poudre ; enforte qu’il y ait trois lits de poudre ôc deux de vieux verre. Sur le troifieme lit de poudre , on étend les morceaux de verre peints, ôc on les diftribue aufli par lits avec de la poudre , jufqu’à ce que la poêle foit pleine , fi l’on a aflez d’ouvrage pour cela, ayant foin que le lit de defliis foit de la poudre.
- Tout étant ainfi difpofé, on met quelques barres de fer en travers fur les parois du fourneau, ôc l’on couvre la poêle d’une grande tuile, qui puifle s’y ajufter en façon de couvercle, de maniéré qu’il ne refte au fourneau qu’une ouverture d’environ deux pouces de diamètre à chaque coin, ôc une en haut pour fervir de cheminée ôc laifler échapper la fumée.
- Telle eft la conftruêlion du fourneau à recuire, enfeignée par Dom Pernetti ( a ), d’après Félibien. Nous avons préféré de '
- (a) Aux Chapitres IV & V, de cette fécondé Par- (<?) Diét. port, de Peint. &c. fag. no. du Traité tie. pratique des différentes maniérés de peindre, qui eft à
- ( h ) Voyez le Chapitre VIT, initie, la tête.
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- Conftru&ion du fourneau, felonHaudic-quer de Blan-court.
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- Copier le premier , parce qu’il a porté dans les préceptes de celui-ci plus de netteté , ôc qu’il eft plus pur dans fon ftyle. Nous obferverons néanmoins que Félibien avoit dit, au fujet du couvercle du fourneau, que fi l’on ne pouvoit s’en procurer un d’une grande tuile , ' on pouvoit en former un de plufieurs autres , en les arrangeant ôc les luttant le plus juftement que faire fe peut avec de la terre grade ou de la terre franche; enforte qu’il n’y ait aucune ouverture, excepté aux quatre coins du fourneau. Ecoutons a préfent Haudicquer de Blancourt (a).
- Le fourneau pour la Peinture du verre, Ôc pour en recuire les couleurs, doit être quarré , fait de bonnes briques, de 24 pouces de hauteur, autant de largeur ôc de profondeur , divifé en trois parties. Celle du bas, qui eft le cendrier, doit avoir fix pouces de hauteur. Celle du milieu, où le feu doit s’entretenir par le moyen d’une ouverture ou porte de cinq à fix pouces de large ôc quatre de hauteur, doit avoir une bonne grille de fer, ôc fix pouces de haut, où feront pofées trois barres de fer quaï-rées, qui traverferont le fourneau , pour foutenir la poêle de terre dont nous allons parler. La partie fupérieure de ce fourneau doit avoir un pied de hauteur, ôc une petite ouverture par-devant, dans le milieu, d’environ quatre doigts de hauteur fur deux bons doigts de largeur, pour mettre ôc retirer les ejjdis, lorfqu’on recuit l’ouvrage , pour connoître s’ils font bien conditionnés. Dans cette partie fupérieure de votre fourneau ( ôc fur les barres de fer ), il faut y mettre la poêle, dont nous venons de parler , qui foit faite de bonne terre de creu-fet réfiftante au feu, épaiflfe dans le fond d’un pouce ôc demi, ôc haute par les bords de dix bons pouces. Cette poêle doit être quarrée comme le fourneau , Ôc avoir deux
- Î)Ouces de jeu de tous côtés, pour donner ieu au feu de circuler tout autour de la poêle ôc de recuire l’ouvrage ; Payant bien placée dans le milieu du fourneau également. Par le devant de cette poêle, il doit y avoir une ouverture pareille, ôc vis-à-vis celle du fourneau, c’eft-à-dire, dans le milieu , auffi haute ôc aulfi large ; enforte que l’on puilfe y mettre ôc retirer facilement les effais qui doivent entrer dans la poêle, pour y être recuits comme les ouvrages peints qu’on a mis dedans.
- Vous aurez alors de bonne chaux vive bien cuite, réduite en poudre fubtile, ôc paffée par le tamis fin ; ou à fon défaut de bon plâtre recuit à trois fois au four à Potier, auffi réduit en poudre ôc palfé par le tamis
- (a) Haudicquer de Blancourt, Art de la Verrerie, Chap. CCII & CCXIII.
- fin. De l’une defdites poudres vous ferez un lit au fond de votre poêle, de l’épaiffeur d’un demi-doigt, le plus égal que vous pourrez ; enfuite vous couvrirez ce lit de poudré de morceaux de vieux verre caffé, fur lef-quels vous ferez encore un lit de votre'poudre , puis un pareil lit de morceaux de vieux verre caffé, ôc par-deffus un troifieme lit de poudre , de la même épaiffeur que le premier. La précaution de faire ces premiers lits de poudre ôc de vieux verre , fert pour empêcher que l’ardeur du feu qui donne fur la poêle , ne recuife pas trop ceux qui font peints, cette ardeur étant tempérée par le moyen de ces lits. Après cela, vous commencerez de mettre fur ce troifieme lit de poudre les pièces de verre que vous aurez peintes, que vous difpoferez de même que le verre caffé, lits fur lits, ôc toujours un demi-doigt de poudre de chaux ou de plâtre entre chaque piece de verre peint, très-uniment étendu; ce que vous continuerez de faire jufqu’à ce que la poêle foit remplie des pièces que vous aurez à recuire. Enfuite vous remettrez fur les dernieres pièces de verre, un lit de pareille poudre un peu plus épais, puis vous couvrirez le fourneau avec fon couvercle de terre de deux pièces , que vous joindrez bien , ôc que vous lutterez de même tout autour , avec de bon lut ôc de la terre franche , de maniéré qu’il ne puiffe y avoir aucune tranfpiration que par des trous ménagés aux quatre coins Ôc au milieu du couvercle, ôc par l’ouverture qui eft au-devant du fourneau, pat laquelle on doit mettre Ôc retirer les pièces de verre.
- Il fera aifé de remarquer, par la compa-raifon de ces deux Extraits, que leurs Auteurs ne différent guere entre eux que dans la dimenfion qu’ils donnent au fourneau : le fécond qui lui donne vingt-quatre pouces en quarré , tandis que le premier ne lui en donne que dix-huit, me paroît préférable , parce qu’il peut contenir de plus grandes pièces. D’ailleurs fes détails plus étendus laif-fent moins à défirer.
- Ce que mes fecrets de famille prefcrivent fur cette matière, eft contenu dans une Lettre du mois de Mars 170 j, écrite par Guillaume le Vieil, mon aïeul, à feu mon pere, lorfqu’il fe difpofoit à travailler aux vitres peintes du dôme de l’Eglife des Invalides.
- » Vous aurez fans doute, mon fils , des » recuiffons fort abondantes à faire pour votre » entreprife de l’Hôtel Royal des Invalides. » Vous ne pouvez mieux faire que de mar-» cher fur mes traces, en donnant à votre » fourneau la même dimenfion que j’avois » donnée à ceux dans lefquels j’ai recuit tous » mes ouvrages de Sainte-Croix d’Orléans. » Ma poêle étoit oblongue , à caufe de la » hauteur de mes pièces de frife : elle avoit
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- Conflruflîon du fourneau, félon mesfe crets de famille*
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- iaS VA R T DE LA
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- *> dix-neuf pouces de longueur, ôc quatorze » pouces de large hors - d’œuvre, un bon » pouce ôc demi d’épaifleur dans le fond & un
- pouce fur les bords , ôc douze pouces de » profondeur. Cette mefure de la poêle, » comme vous favez , doit vous diriger dans » la conftruôtion de votre fourneau. Partant » il doit avoir dans œuvre deux pieds trois » pouces de long ( pied de douze pouces ), » un pied dix pouces de large, à caufe des « quatre pouces de vuide que je fuis dans » l’ufage de laiffer entre les quatre faces de » la poêle ôc les parois du fourneau ; enfin » votre fourneau aura deux pieds dix pouces j) d’élévation ; favoir , dix pouces depuis le » carreau de la chambre jufqu’au foyer, fix » pouces depuis le foyer jufqu’aux barres qui » doivent fupporter votre poêle, un pied » pour la profondeur de la poêle, Ôc fix pou-» ces depuis le haut des bords de la poêle juf-» qu’à la calotte du fourneau. Je donne ordi-» nairement à l’ouverture du foyer fix pouces » de haut fur fept de large, ôc au pafifage des » effais fur le devant du fourneau, ôc à la » hauteur de celui qui eft pratiqué dans la » poêle, environ cinq pouces fur quatre, que » je fermois avec une brique taillée de cette » épaifieur Ôc de cette hauteur, jointe aux » autres avec l’argile, ainfi que les carreaux » de terre cuite dont je le couvre, comme » vous m’avez vu faire.
- » Ce fourneau m’a toujours très-bien réufli,
- » ôc je crois qu’avec un pareil vous ferez mer-» veille. Il eft encore une chofe à laquelle » vous devez porter foigneufement atten-» tion ; c’eft que n’étant pas toujours maître » de l’emplacement de votre fourneau , au » cas que vous foyez affujetti à appliquer » quelqu’un des parois furquelque mur fufpeôï;
- » d’humidité , vous ayez foin de le garnir » hors - d’œuvre d’une double brique de ce » même côté ».
- Mon pere employa toujours cette dimefi-fion dans la conftruôtion de fes fourneaux à recuire , d’où il a retiré de très - beaux ouvrages. Il fuivoit d’ailleurs ce qui eft prefcrit dans Félibien ôc de Blancourt, pour l’agencement ôc ftratification des pièces dans la poêle, pour laquelle il employoit la poudre déplâtré bien fine ôc bien recuite. Mais je ne dois pas paffer fous filence la précaution qu’il prenoit de ne pas couvrir en entier fes émaux de la poudre de plâtre, fur-tout le bleu , le verd, le violet ôc le pourpre : il fe contentoit de répandre du creux de la main, qu’il tenoit entr’ouverte , de petits monticules de cette poudre, qu’il appliquoit fur les autres couleurs à égale épaiffeur, fur lefquels il ftratifioit un fécond lit ; par ce moyen fes émaux, à la fufion, ne fe mêlant à aucune des parties de cette poudre, fortoient du fourneau beaucoup plus purs Ôc plus tranf-parents. L’ouverture qu’il pratiquoit pour le
- PEINTURE
- paffage des effais, étoit ordinairement à trois pouces du fond de la poêle, ôc autant au defîous de fes bords. Ges ejfais font de petites bandes de verre de huit à neuf lignes de large, fur fept à huit pouces de long, colorées fur chacune des différentes couleurs qui font employées dans l’ouvrage, que l’on agence à un pouce de diftance d’élévation l’un de l’autre dans la poêle, en empoëlant l’ouvrage , de maniéré qu’il en déborde fur la longueur un ou deux pouces pour pouvoir les retirer de la poêle lorfqu’il eft temps.
- J’ai vu quelquefois mon pere, lorfqu’il n’a-voit qu’une piece ou deux à recuire, bâtir à la hâte dans une cheminée, avec la brique , un petit fourneau, dans lequel il avoit introduit une poêle à frire qui contenoit fon ouvrage , ôc l’en retirer avec fuccès. Je ne vou-drois cependant pas propofer cette conduite pour exemple.
- [Sous une cheminée dont la hotte foit haute ôc avancée, on établit une première bâtiffe de feize pouces de hauteur, fur trois pieds de large, ôc deux pieds ôc demi de profondeur. Pour épargner le mafiif, on conf-truit cette bâtiffe avec une voûte qui a neuf pouces dans fa plus grande hauteur. Les murs latéraux qu’on éleve dans les proportions données de largeur ôc profondeur, ont neuf pouces d’épaifleur, ôc on les éleve jufqu’à la hauteur de deux pieds dix pouces, ce qui forme une capacité qui a, en dedans-œuvre, deux pieds dix pouces de haut, fur quatorze ôc dix-fept pouces de large : on comprendra inceffamment ces deux dernieres dimenfions.
- L’efpace vuide du fourneau fe divife en cinq parties ou chambres, que nous décrirons féparément.
- La portion la plus inférieure ou première chambre, qui dans l’ufage fert d’abord de foyer, ôc enfuite n’eft plus que le cendrier , a fix pouces de hauteur, fur quatorze pouces dq large ; fur la face antérieure eft une porte de pareilles dimenfions. Sur ce cendrier eft pofée une grille femblable, au trou ou rond du milieu près,à celle que nous avons décrite en parlant du fourneau de vitrification.
- Sur cette grille commence une fécondé capacité ou chambre de mêmes dimenfions, ôc clofe pareillement, dans toute fa face antérieure , par une porte de tôle : elle eft couronnée par trois barres de fer d’un pouce fcélées dans la bâtiffe à trois pouces ôc demi de diftance l’une de l’autre.
- La troifieme chambre a fept pouces de hauteur , fur dix-fept de largeur ; fa face antérieure eft toute ouverte Ôc garnie par un chaflis de tôle, compofé de trois parties ou portes, l’une, celle à droite, ôc l’autre à gauche , ayant chacune fept pouces de largeur ; enfin la porte du milieu, qui a onze pouces ôc eft d’une part attachée par fes gonds à la
- piece
- Fourneau de recuillon
- acluel de M. le Vieil.
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- Conftruétion du fourneau, félon les fre-res Maurice & Antoine.
- SUR VER
- piece à gauche , dont les gonds tiennent au fourneau, ôc de l’autre fe ferme par fon loquet dans une mentonnière placée fur la piece à droite. Cette porte du milieu eft en outre percée dans fon centre d’un trou quarré de quatre pouces de haut fur cinq de large, fermé par une petite porte de tôle de même dimenfion , qu’on appelle porte des ejfais.
- Si les deux portes de la première & fécondé chambres ne font pas aufîi compliquées ni auffi larges, c’eft qu’elles ne fervent qu’à placer du bois fur ou fous la grille qui les fépare, tandis que celle de la troifieme chambre eft deftinée à placer la poêle, à la retirer, ôc à fournir moyen d’extraire ôc examiner les efîais ; elle ne peut par conféquent pas être trop facile à ouvrir dans toute la largeur du fourneau, pour rendre l’enfournement Ôc le défournement de la poêle commodes à l’Artifte.
- La quatrième chambre eft faite en voûte : elle a la même largeur que latroifieme, porte fix pouces de haut, eft féparée de la troifie-me chambre par une grille pareille à celle qui fépare la première ôc la fécondé chambre, ôc elle a une feule porte de tôle de mêmes proportions que celles de ces deux chambres. Sa voûte eft ouverte par un trou rond de cinq pouces de diamètre à fa bafe, continué dans toute l’épaiffeur de la bâtiffe fupérieure, où il aboutit au dehors par un diamètre de trois pouces Ôc demi, ayant dans toute fa longueur neuf pouces , Ôc c’eft la cinquième partie de l’intérieur du fourneau que nous nous propofions de décrire.
- La maniéré de fe fervir de ce fourneau eft la même que celle qu’orï va décrire pour les autres; nous obferverons feulement, comme particularités de celui-ci, que pour conferver plus de chaleur fur la face antérieure prefque toute garnie en tôle peu épaiffe, quand le fourneau eft chargé, on revêt cette face de briques liées enfemble par de la terre à four, en ne laiffant à découvert que les portes né-ceffaires pour le fervice du bois ; que lorfque la recuiffon eft achevée, on met au-devant . de ces portes une large ôc épaiffe plaque de tôle, qui en ralentit le refroidiffement; enfin que pour juger de la force du feu par la flamme qui fort par le trou du haut du fourneau , on ménage au manteau de la cheminée fous lequel il eft conftruit , une porte qu’on ouvre ôc ferme à volonté, pour voir jufqu’à quelle hauteur cette flamme s’élève en fortant ].
- Nos Religieux Peintres fur verre, fujets à être tranfportés par obédience d’une Ville ou d’une Province à une autre, ne trouvant pas par-tout tout le néceffaire pour la conftruc-tion de leurs poêles & de leurs fourneaux à calciner les couleurs ôc à recuire, étoient fouvent affujettis à recourir à leur induftrie pour s’en fabriquer eux-mêmes qui puffent
- Peint, sur Verre. II. Part.
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- remplir leur objet.
- S’ils ne pouvoient fe procurer une poêle de terre de creufet, ils s’en conftruifoient une d’une grandeur proportionnée à l’ouvrage qu’ils avoient à recuire ; ils fe fervoient à cet effet de carreaux de terre cuite d’un pouce d’épaiffeur, qu’ils affembloient ôc arrêtoient avec de la terre glaife. Quand ils ne pouvoient fe procurer de carreaux de cette épaif-feur, ils en appliquoient deux l’un contre l’autre, dont ils faifoient la liaifon avec la même terre. S’ils étoient trop grands , iis en fcioient ce qu’ils avoient de furabondant. Ils obfervoient, en conftruifant cette poêle, de le faire dans le milieu du fourneau, fur les barres qui dévoient la porter, de façon qu’ils euf-fent toujours une diftance de quatre pouces entre leur poêle faêlice ôc les quatre murs du fourneau, qu’ils continuoient d’élever dans les proportions ôc diftributions prefcrites par mes aïeux , dont ils fe rapprochoient beaucoup dans leurs différentes^opérations.
- Enfin pour ne rien laiffer à délirer d’exaêt fur cette matière, nous allons rendre compte de la defcription qu’ils nous ont tranfmife dans leur manufcrit, du fourneau du fleur Bernier, Maître Vitrier, Peintre fur verre, leur contemporain , fur la capacité duquel nos Mémoires ne nous ont rien appris.
- La poêle du fleur Bernier ( car c’eft toujours la dimenfion de la poêle qui réglé celle du fourneau ) étoit de terre de creulêt : elle avoit dix-huit pouces de longueur, un pied de largeur, ôc fept pouces de hauteur, le tout hors-d’œuvre; elle avoit un pouce ôc demi au moins d’épaiffeur dans le fond, ôc un pouce fur les bords. Elle étoit ouverte fur le devant à un pouce du fond , ôc dans fon jufte milieu à la hauteur de fon bord , fur quatre pouces de largeur, pour faire ce que notre Manufcrit appelle la viftere ou le paffage des efîais. Dans cette vifiere, à demi-pouce d’épaiffeur , étoit pratiquée , du haut en bas, une rainure, dans laquelle on gliffoitles morceaux de verre qui fervoient à retenir la chaux ou le plâtre fin dans la poêlç, dans les efpaces qui fe trouvaient entre chaque rangée d’effais.
- C’eft fur ce moulé de fa poêle, ainfi que le Manufcrit le nomme, que le fieur Bernier bâtiffoit fon fourneau de la maniéré fuivante.
- Il élevoit fes murs de face, des côtés Ôc du fond, à hauteur de feize pouces au-deffus du fol, avec des briques, dont il formoit fur le devant un cintre qu’il appelloit le cendrier : c’étoit où il plaçoit fes bâtons de cotteret pour fécher , à la hauteur fufdite , fur des verges à vitres : il en conftruifoit l’âtre avec des tuileaux à un pouce d’épaiffeur.
- Au-defîus de l’âtre, ôc deux pouces plus haut, il plaçoit deux barres de fer de carillon , qui traverfoient, à quelque diftance des murs, chaque extrémité du fourneau. Ces deux barres de fer fervoient à fupporter les
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- CofiflrüéHon du fourneau du fieur Bernier , Peintre fur verre,leur contempo rain.
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- L'ART DE LA PEINTURE
- extrémités des bâtons de eotteret que l’on pofoit deffus , afin qu’ayant plus d’air , ils brûlaffent plus clair. Au défaut defdites barres , il fe contentoit de mettre quatre bouts de brique à même élévation de deux pouces au-deffus de l’âtre, aux quatre coins du fourneau : ils produifoient le même effet, ôc em-barraffoient moins pour le traitement du feu.
- Les barres de fer difpofées , il continuoit à élever les murs jufqu’à la hauteur de onze pouces , ôt pratiquoit dans le milieu du fourneau , fur le devant, une ouverture de huit pouces en quarré du niveau de l’âtre, qui fervoit à y introduire le charbon & le bois.
- A la hauteur fufdite de onze pouces, il pofoit en travers trois barres de fer quarrées, qui portoient fur les murs de côté, qui avoient, ainfi que les autres, quatre pouces d’épaiffeur, c’eft-à-dire, toute la lafgeur de la brique pofée à plat : ces barres étoient pour fupporter la poêle qui étoit difpofée de façon qu’il y eût entre l’âtre & le fond de la poêle, douze pouces de vuide , ôc quatre pouces entre ladite poêle ôc chacun des quatre murs.
- Pour affurer la poêle, il gliffoit à chacun de fes angles, une brique debout entre elle ôc le mur qui la contenoit, de façon qu’elle ne pût être ébranlée fur le devant ôc au-deffus de la bouche du four. Dans le milieu ôc vis-à-vis la vifiere de la poêle, il pratiquoit une autre ouverture d’environ fix pouces de haut ôt de l’épaiffeur d’une brique, qui fervoit à retirer les effais. Pour rendre cette brique plus aifée à retirer ôc à remettre, il y pratiquoit une ouverture, dans laquelle il intro-duifoit une verge de fer qui fervoit à cet effet; ôt lorfque les murs du fourneau étoient élevés à quatre pouces plus haut que les bords de la poêle , il étoit cenfé fini.
- Le fourneau fe trouvoit alors élevé du fol, jufqu’à fa fermeture, de trois pieds trois pouces , long de deux pieds dix pouces , y compris l’épaiffeur des murs, Ôt large de deux pieds quatre pouces, y compris la même épaiffeur.
- Lorfqu’il vouloit rendre fon fourneau amovible Ôt tranfportable d’un lieu à un autre , il faifoit faire un bâtis de fer à quatre pieds, garnis de roulettes ; il en garniffoit les faces de brique, ce qui lui donnoit beaucoup de folidité , ôt le rendoit plus durable.
- Lorfqu’un fourneau étoit neuf, s’il n’avoit pas de chaux en poudre qui eût déjà fervi pour empoêler, il prenoit de la chaux vive, qu’il avoit auparavant éteinte en jettant de l’eau deffus. Il en mettoit dans la poêle, lorf-qu’elle étoit en poudre , environ les trois quarts de ce que la poêle pouvoir en contenir Ôt par-deffus un morceau de craie tendre qu’il caffoit en plufieurs morceaux. Il cou-vroit alors le fourneau comme s’il eût voulu s’en fervir pour reclure de l’ouvrage ; c’eft-à-
- dire , il pofoit fur les murs quelques barres de fer, fur lefquelles il agençoit des briques ou de forts carreaux de terre qu’il joignoit en-femble, ôc enduifoit de terre graffe, en laif-fant dans le milieu un trou d’un demi-pouce au moins, ôc un autre de la même dimenfion à chaque angle du fourneau, pour fervir de paffage à la fumée. Alors il allumoit le feu dans le fourneau, en y brûlant, pendant fix heures au moins, toutes fortes de méchants bouts de bois, ce qui fuffifoit pour faire fécher le fourneau, ainfi que la chaux ôc la craie qu’il avoit mifes dans la poêle, ôc pour empêcher que l’humidité d’un four neuf ne s’attachât à l’ouvrage, dont elle feroit noircir les couleurs, ôc ainfi perdroit toute une recuiffon.
- Le tout étant froid, c’eft-à-dire, le four neuf ôc la chaux, paffez, dit notre Manu-fcrit, que nous allons fuivre le plus fuccinc-tement que nous pourrons fur la maniéré d’empoëler ôc de recuire le verre peint, pafi fez cette chaux par l’étamine au-deffus d’une boîte ; pour ce qui eft de la craie, mettez-la à part. La chaux fe feche encore bien mieux pour la première fois, en l’introduifant dans un four de Boulanger. On peut aufli, en pareil cas , fe fervir de plâtre bien recuit Ôc pafïé au tamis. Il eft encore bon, à chaque recuiffon, d’augmenter fa provifion de chaux, en couvrant le dernier lit de verre du deffus de la poêle, de chaux nouvelle.
- Quel que foit le fourneau qu’on aura choifi entre ceux dont la defcription précédé, ce fourneau une fois conftruit ôc mis en état de fervir , voici comme on doit procéder à em-poëler le verre pour fa recuiffon.
- Quand vous voulez empoêler, ayez une planche de la mefure du fond de votre poêle à un demi-pouce près de tout fens , pour y étendre vos pièces, afin de voir la maniéré de ménager leur place fur chaque lit que vous en devez faire dans la poêle; gliffez dans la rainure de la vifiere un morceau de verre d’environ un pouce de hauteur :faJJezÇm le fond • de la poêle environ un demi-pouce de chaux; étendez - la bien ûniment par - tout avec la barbe d’une plume : couchez par-deffus un lit de vieux verre, fur lequel vous fafferez de nouvelle chaux jufqu’à la hauteur du liteau que vous avez gliffé le long de la vifiere : unifiez la chaux de même , en fondant avec le doigt fi votre premier lit de vieux verre eft bien à-plomb.
- Vous devez avoir vos effais, couchés des couleurs qui entrent dans votre ouvrage, dans cet ordre ; d’abord du jaune dans l’étendue d’un demi-pouce , enfuite de l’azur , du verd ôc du violet dans les mêmes diftances. Il faut que ces effais foient bienfecs. Prenez-en quatre , mettez-les à côté l’un de l’autre ôc à plat, de façon néanmoins qu’ils ne fe touchent point, Ôc que tout ce qui eft cou-
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- SUR VERRE. II. Partie. iji
- ché de couleur entre dans la poêle. Vos effais ainfi placés, faffez de la chaux par-deffus ; couvrez-les enfuite d’un morceau de vieux verre tout à plat, pour les tenir fermes ; puis gliffez dans la rainure de la vifiere un autre morceau de verre , que vous aurez coupé allez haut pour venir à fon extrémité, à la moitié de la hauteur de la poêle : fouvenez-vous que c’eft l’azur qui réglé tout. Cette couleur une fois bien fondue , les autres le feront de même (a).
- Avant de procéder à empoêler l’ouvrage, il eft bon d’obferver que les émaux fur tout, même la carnation , demandant plus de chaleur pour fe parfondre que le jaune , le noir ôc les grifailles , Hs doivent occuper par préférence la place du deffous, ôc les autres le milieu : que le delïus eft, à proprement parler, la place des pièces de conféquence, parce que, quoique plus chauffées quê le milieu, elles le font moins que le deffous, plus fujet à brûler; que c’eft aufli la place des plus grandes, parce qu’étant moins chargées elles ne feront pas fi expofées à être caf-fées ; qu’il faut fe donner de garde que les pièces touchent aux bords de la poêle ; mais leur donner au moins un demi-pouce de jeu tout autour d’icelle ; qu’il eft bon de ne pas les faire toucher entre elles ; enfin qu’il eft très-avantageux de ranger toujours les plus fortes ombres vers les bords , parce que , fi elles chauffoient trop , le dégât feroit moins fenfible.
- Vos effais placés , comme il a été dit, au premier rang du fond de la poêle, commencez à prendre une pièce fur votre planche, fur laquelle vous en avez étendu deux rangs , en les mettant couleurs contre couleurs. Levez-les les unes après les autres, dans l’ordre où elles y font arrangées, en mettant le premier lit, la couleur en deffus Ôc bien à-plomb. Si vous vous appercevez, en frappant deffus légèrement du revers du doigt, que quelque piece porte à faux, rele-vez-la ; remettez de la chaux à la place qui la tenoit en défaut, pour la tenir plus ferme ; bordez aufli de chaux toutes les pièces , en les affermiffant avec le doigt ; ce qui eft à obferver dans chaque lit de pièces que l’on étend dans la poêle.
- Votre premier lit étant étendu ôc bien affermi avec la chaux vers les bords de la poêle , faffez de nouvelle chaux ôc l’étendez avec la barbe de la plume fur tous les endroits
- (a) Si les émaux n’e'toient pas d’une compofition bien fondante, telle que celles de nos Auteurs , qui, à caufe de la dofe de mine de plomb qu’ils y employoient , évitoient la répétition des calcinations par le ialpêtre, fur tout dans l’émail couleur d’azur qu’ils ne calcinoient qu’une fois, il y auroit lieu de craindre que le jaune ne brûlât, en attendant la fufion du bleu , êtc ; car, comme le remarque fort judicieusement M. Félibien, le jaune eft toujours la première couleur qui commence à fe parfondre.
- qui ne font point couverts d’émaux ou de carnation. Prenez alors de ces morceaux de craie, dont nous avons parlé, concaffés à la groffeur d’un pois ôc paffés au travers d’un crible de fer-blanc d’environ huit pouces en quarré, dont les bords foient relevés d’un pouce ôc le fond percé de trous de même groffeur. Difpofez lefdits morceaux fur les endroits couchés des couleurs fufdites de diftances en diftances à égale épaiffeur, de maniéré qu’ils puiffent fupporter, avec la chaux qui eft répandue fur le reftant des pièces , le fécond lit de verre que vous arrangerez à fens contraire au premier lit, c’eft-à- dire, la peinture en deffous (à). Cette précaution, de ne point couvrir les émaux avec la chaux, leur conferve plus d’éclat, en empêchant qu’elle ne les terniffe au moment qu’ils fe parfondent. Si cependant toutes vos pièces, n’étoient pas de grande conféquence, ftratifîez tous vos lits de verre du même fens, c’eft-à-dire, la peinture en deffus ôc de la chaux par-tout, étendue bien uniment avec la barbe de la plume à Pépaif-feur d’une ligne, ôc continuez de ftratifier jufqu’à ce que vous foyez à la hauteur du liteau de verre pofé au-deffus des effais dans les rainures de la vifiere.
- Etendez alors les effais du fécond rang, ôc faites comme au premier. Saflez ôc répandez un lit de chaux ; ôc , avant d’y étendre un nouveau lit de verre peint ( c’eft ici la place de la partie de votre Ouvrage qui eft le plus colorié en jaune ) faites un lit de vieux verre ; répandez peu de chaux par - deffus ; ftratifîez fur cette chaux un lit des pièces dans lefquelles il eft entré plus de jaune : avec cette précaution, le jaune ne gâtera point vos lits de deffous couchés d’autres couleurs, qu’autrement il eût pu atteindre, après avoir pénétré la piece fur laquelle il eft couché. Stratifiez enfuite vos lits de pièces de grifailles, en répandant fur chaque lit une ligne au plus de chaux jufqu’à ce qu’elles ayent atteint le bord du liteau de verre que vous aurez gliffé dans la rainure au-deffus de votre fécond étage d’effais. Placez enfuite votre troifieme rangée d’effais : faites comme à la première & à la fécondé, ôc gliffez de nouveau un liteau de verre dans la rainure de la vifiere qui atteigne le bord de la poêle. Répandez de la chaux en faffant ; ftratifîez les pièces que vous aurez réfervées pour le deffus, dans le même ordre ôc de la même maniéré que vous avez fait pour celles de deffous.
- S’il n’y avoit pas affez de pièces pour remplir la capacité de la poêle ( qui dans
- ( a ) L’ufage de ces petits morceaux de craie eft fup-pléé , dans nos fecrets de famille , par ces petits monticules de chaux ou de plâtre fin, diftribués par petits ef-paces hors des émaux.
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- Du traitement du feu pour la recuiffon.
- Traitement enfeigne' par Dom Pernet-ti, d’après Fé-libien ScHau-dicquer de Blancourt,
- L’A RT DE LA PEINTURE
- îa dimenfîon que le fieur Bernier lui don- dues & incorporées. Félibien ôt M. de Blan*
- noit de dix-huit pouces de longueur , douze court ajoutent pour voir Jî le jaune eft fait,
- de largeur Ôt fept de hauteur, peut contenir ce que Dom Pernetti n’auroit pas du omettre , trente-cinq pieds fuperficiels de verre peint) cette couleur fe parfondant toujours la'pre-rempliffez-la de lits de vieux verre & de lits miere.
- de chaux, afin que la fumée , qui pourroit Quand on voit que les couleurs font pref-circuler dans le vuide qui refteroit fans cela, ' que faites, cm met du bois très-fec, coupé
- ne gâte point l’ouvrage. Si au contraire il par petits morceaux, ôc Pon ferme enfuite
- vous reftoit deux ou trois lits de votre la porte, qui doit être fermée depuis qu’on a
- ouvrage à ftratifier, vous pouvez augmenter commencé à pouffer le feu fous la poêle,
- la capacité de la poêle , & la rehauffer avec Lorfqu’on voit que les barreaux qui la fou-
- des morceaux de verre le plus épais que vous tiennent font d’un rouge étincelant Ôt de
- pourrez trouver , qui feront doucement enfoncés tout autour de la poêle dans la chaux qui la borde , de maniéré que les dernieres pièces de verre peint, ayant atteint le niveau des bords de la poêle , vous rem-
- couleur de cerife , c’efl une marque que la recuiffon s’avance. Mais pour fa perfe&ion, il faut un feu de dix ou douze heures.
- Si on vouloit la précipiter, en donnant dès le commencement un feu plus âpre, on
- plifliez l’excédent en hauteur que vous don- rifqueroit de faire cafter le verre ôc de brûler neront ces liteaux , avec deux lits de vieux les couleurs.
- verre Ôt de chaux ftratifiés, ôt que votre dernier lit de chaux foit plus épais que les autres. Pour lors vous auriez foin d élever davantage le couvercle du fourneau, enforte qu’il fe trouve toujours quatre pouces du deffous du couvercle au niveau du dernier lit de chaux.
- Prenez garde fur-tout en empoëlant que, par quelqu’accident imprévu, il ne foit tombé du fel dans la chaux ou dans la poêle en l’empliffant , parce qu’il feroit caffer les pièces qui fe trouveroient dans fon voifinage.
- Tout étant difpofé avec les précautions fufdites , couvrez votre fourneau comme il eft dit ci-deffus, lorfqu’il s’agit de le faire fécher étant neuf, ôt qu’on n’a point encore commencé à recuire d’ouvrage dedans.
- Refte à examiner le traitement du feu dans la recuiffon, ce que nous allons faire dans l’ordre que nous avons fuivi.
- Les préceptes de Félibien ôt d’Haudicquer de Blancourt à cet égard ayant beaucoup de reffemblance , nous nous contenterons de rapporter ce qu’en dit d’après eux Dom Pernetti.
- Pour échauffer le fourneau, on met d’abord à îa porte feulement un peu de charbons allu- celui-ci en ce qu'il eft plus lourd , qu’il s’aimés qu’on y entretient pendant près de deux lume avec peine, ne brûle point avec viva-
- heures, pour échauffer le verre peu à peu , cité, ôt fe confume fans produire la chaleur
- afin qu’il ne caffe pas. On pouffe enfuite le qu’on en attendoit.On continue ce feu de char-charbon plus avant, 6c on l’y îaiffe encore bon pendant deux heures au moins, toujours une bonne heure ; après cela on le fait entrer à l’entrée du fourneau, pour accoutumer peu
- peu à peu fous la poêle. Quand il y a été à peu le verre à fentir la chaleur, ôc empê-
- ainfi deux heures, on l’augmente par degrés, cher qu’il ne fe caffe par une trop prompte
- rempliffant infenfiblement le fourneau avec Ôt trop vive atteinte du feu. On l’introduit
- du charbon de jeune bois bien fec, enforte enfuite un peu plus avant dans le fourneau
- que le feu foit très-vif ôc que la flamme forte Ôc par degrés, en le portant également fur
- par les quatre trous des angles du fourneau. chaque côté des parois. Alors on bouche
- Il faut entretenir le feu le plus vif pendant l’entrée du foyer, ce qui empêche le four-
- trois ou quatre heures. De temps en temps neau de tirer trop d’air, ôt le charbon de fe
- on tire de la poêle, par le trou qui répond à confumer trop vite. On le Iaiffe ainfi pendant
- celui du devant du fourneau , les épreuves une bonne heure au moins. On range enfuite
- ou effais, pour voir fi les couleurs font fon- tout le charbon allumé de chaque côté de la
- C’eft ici une affaire qui git plus en expériences qu’en préceptes : voici néanmoins le traitement du feu prefcrit par mes fecrets de famille.
- Le fourneau étant exactement fermé par Traitement le haut avec plulieurs carreaux de terre cuite, mesfecretsde tels que nos carreaux d’âtre, affemblés l’un faipilie. contre l’autre Ôt îuttés avec l’argile , en obfervant de pratiquer dans le fourneau un trou du volume d’un œuf, on y met le feu de cette maniéré.
- On met à l’entrée du foyer des charbons allumés qu’on y entretient continuellement de nouveau charbon, à mefure que le premier femble difpofé à tomber en cendres.
- Le charbon le meilleur pour cette opération ' doit être léger, fonore , en gros morceaux brillants qui fe rompent aifément. On eftime par préférence celui qui eft en rondins, Ôt qui ne refte pas chargé d’une groffe écorce. Le charbon trop menu, ne biffant pas affez d’air entre fes différents morceaux , s’allume difficilement, produit de la fumée ôt répand une odeur pernicieufe. Celui qui, étant trop v
- cuit, eft réduit comme en braifé, donne peu de chaleur. Il faut encore prendre garde que le charbon n’ait été mouillé : on reconnoît
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- S U R VERRE. IL Partie.
- poêle a égale diftance jufques vers le fond du fourneau. On fe fert à cet effet d’un inf-trument femblable à celui que les Boulangers nomment rable , ôc dont ils fe fervent à remuer les tifons ôc à manier la braife dans le four. Cet inftrument, emmanché dans le bois, confifte en une branche de fer de trois à quatre lignes en quarré, un peu recourbée vers l’extrémité oppofée au manche. Mon pere le nommoit rabiot.
- Après trois heures ôc plus de ce feu de charbon, le Peintre fur verre introduit dans fon fourneau deux bâtons de cotteret d’égale groffeur, de bois de hêtre déjà fec, ôc qu’il a encore fait fécher fous le foyer ou fur la calotte du fourneau. Il les porte avec le rabiot fur les braifes reliantes du charbon, l’un d’un côté, l’autre de l’autre, où ils ne tardent pas à s’enflammer. On préféré le bois de hêtre au bois de chêne , parce qu’il eft moins fujet à pétiller Ôc à fumer. On choifit ordinairement les plus gros bâtons pour le commencement, parce qu’ils ne donnent pas d’abord une flamme fi vive, Ôc qu’ils produifent, en tombant en braife, une chaleur plus douce Ôc de plus de durée.
- Si ces deux bâtons tombent en braife prefque dans le même moment à chaque côté du fourneau , c’eft un figne que la chaleur eft égale par tout. Alors il faut veiller , pendant fix heures au moins , à entretenir fcrupuleufement ce feu de cotte-rets, de façon qu’aufïi-tôt qu’un bâton tombe en braife, on en fubftitue un autre en fa place. Ainfi la flamme non interrompue circulera continuellement autour de la poêle, en lui donnant ce qu’on appelle un feu de reverbere.
- Si la braife vers la fin s’amaffoit en trop grande quantité dans le fourneau , ce qui pourroit fuffoquer l’a&ivité du feu , ainfi qu’on le reconnoît lorfque la flamme ceffe de jouer par les quatre coins du fourneau, ôc chaufferoit trop le fond de la poêle ; on retire de cette braife , peu à peu ôc par intervalles , en la ramenant fur le devant du foyer avec le rabiot, d’où on la fait tomber dans un réchaud ou un autre vaiffeau propre à la recevoir ôc à la répandre enfuite fur la calotte du fourneau.
- Après fix heures de ce feu de bois foigneu-fement ôc artiftement conduit, on commence à déboucher le paffage des eflais fur le devant du fourneau. Pendant qu’on le débouche , on doit avoir eu foin d’introduire dans le foyer du fourneau les pincettes dont on doit fe fervir pour retirer les eflais de la poêle, afin de donner à ces pincettes un ‘degré de chaleur convenable à celle dont les eflais font atteints , ôc que , faifis par le froid de l’inf-trument qui ferviroit à les tirer, ils ne fe caflent pas par l’extrémité qui déborde la poêle, ce qui empêcheroit de les retirer. On
- Peint, sur Verre. II. Part.
- retire ordinairement trois eflais à la fois, un du bas , un du milieu ôc un du haut, pour être également fur de l’atteinte du feu que la poêle auroit reçu par-tout avec le même concert. On les laiffe refroidir petit à petit, en les pofant de rang fur le devant du four.
- Si les émaux commencent à s’attacher, fi le jaune fe fait, on augmente l’aêlivité du feu , en introduifant dans le fourneau de petits bâtons ou éclats de cotterets bien fecs que l’on aura réfervés pour la fin. Une demi-heure après on tire de nouveaux eflais. Si les émaux, quoique plus adhérents au verre, ne paroifloient pas encore clairs, fondus Ôc liffes ; fi le jaune paroît encore foible par comparaifon au premier effai qui en a été fait au feu domeftique, vous continuerez encore ce feu d’atteinte une demi-heure ou un peu plus , félon l’indication des trois derniers eflais que vous retirerez de la poêle.
- Au refte on peut fuivre les indications des . étincelles qui fortent des barreaux, & de leur couleur de cerife.
- Les émaux font cenfés fuffifamrnent recuits, lorfqu’après le refroidiffement des eflais, vous appercevrez, fur le revers de l’endroit où ils ont été couchés , qu’ils commencent à fe divifer par petites lames, fans cependant fe féparer. C’eft ce que les Peintres fur verre appellent des émaux calcinés. Il faut alors ceffer le feu, boucher exaêlement toutes les iffues du fourneau par lefquelles l’air pour-roit s’introduire,Ôc laiffer le tout fe refroidir ainfi de foi-même avec la plus grande patience. Ce refroidiffement, fuivant les faifons, dure quarante-huit ou foixante heures^ Lorfque la calotte du fourneau ainfi que fes parois font froids , vous levez la calotte piece par piece ; ôc fi la poêle n’a plus confervé de chaleur , vous en retirerez vos pièces lit par lit, comme vous les y avez introduites, en confervant foigneufement la poudre de chaux ou de plâtre qui vous aura fervi à les firatifier, pour la garder ôc la faire reffervir, après l’avoir tamifée, aux recuiffons fuivantes.
- Toutes les pièces étant retirées de la poêle, vous découcherez de jaune toutes celles qui en avoient été couvertes (a). C’eft alors que vous reconnoîtrez le bon ou le mauvais fuccès de votre recuiffon , dont un trop prompt ôc trop impatient empreffe-ment à dépoéler peut, en un inftant, vous faire perdre tout le fruit, en faifant eaffer tout l’ouvrage.
- Le traitement du feu pour la recuiffon que nous venons d’enfeigner, eft, à la vérité 9 plus fatiguant que le précédent, à caufe de
- (a) Voyez au Chapitre VII, au rang des outils, la brojfe à l'ochre.
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- Traitement enfeignédans le manufcrit des Freres Maurice 8c Antoine.
- VA R T DE IA PEINTURE
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- l’attitude toujours baillée, dans laquelle le Peintre fur verre doit fe tenir pendant fix ou fept heures au moins, pour s’affurer du moment auquel fes bâtons tombent en brai-fe j ôc y en fubftituer de nouveaux ; mais combien de perfonnes préféreroient cette fatigue à la vapeur nuifible d’un feu de charbon qu’il faut foutenir pendant huit ou neuf heures dans le premier traitement ! D’ailleurs je fuis à portée 4’aflurer que mon pere en a retiré les plus grartds avantages.
- Je n’oferois garantir de même celui de nos Récollets, tant la différence eft grande entre l’un ôc l’autre traitement. C’eft au furplus à l’Artifte à comparer entre eux les différents traitements que nous lui donnons , ôc à fuivre de préférence celui que l’expérience lui indiquera comme le plus sûr.
- Leur manufcrit, pour le traitement du feu, recommande le temps de la nuit, comme le plus calme. En commençant, dit-il, à chauffer le fourneau vers les dix heures du foir, la recuiffon peut durer jufques vers les dix heures du matin du jour fuivant. C’eft de l’étendue du fourneau, de la qualité des couleurs qui font à recuire, ôc du plus ou moins de dureté connue du verre qu’on y a employé, qu’il en fait dépendre le plus ou le moins de durée, y ayant du verre qui ne demande à la recuiffon que neuf ou dix heures de feu, d’autre jufqu’à douze ou treize.
- Il prefcrit trois heures de feu de charbon déjà allumé , avant qu’on l’introduife dans le fourneau. Il faut le ranger également le long des murs de côté du fourneau, en y en fubftituant de nouveau à mefure que le premier fe confume, parce que la flamme fe porte toujours affez vers le milieu.
- Après un feu de trois heures de charbon, il veut que l’on commence à chauffer avec les plus petits bâtons des cotterets de bois de chêne, que l’on raffemble pour cet ufage. On les range de chaque côté des bords de la poêle, en les faifant porter de chaque bout fur les barres pofées à cet effet en travers du fourneau, ou fur les briques plus élevées que l’âtre de deux pouces, qui {aillent des quatre angles du fourneau. A mefure que ces bâtons tombent en braife, on y en fubftitue continuellement de nouveaux. Il réferve les plus gros bâtons pour la fin.
- Si au bout de quatre ou cinq heures le fourneau fe trouvoit trop plein de braife allumée, il ordonne de la retirer ôc de la porter fur la couverture du fourneau , en prenant garde déboucher les trous du milieu Ôc des quatre coins dudit fourneau qui fervent au paffage de la fumée.
- Après huit heures de ce feu, fl vous vous appercevez, continue-t-il, que la poêle commence à rougir, s’il fort par les trous des angles ôc du milieu, ôc même du def-
- fous de la poêle, des étincelles comme des étoiles, vous pourrez, en ôtant la brique qui bouche le paffage de la vifiere , retirer un effai avec des pincettes, que vous aurez fait rougir auparavant, en commençant par la rangée des effais d’en bas. Met-tez-le refroidir dans l'eau ( a ) : ratifiez la couleur avec le couteau , pour voir fi elle commence à fe fondre, ou fi elle eft entièrement fondue. Si elle ne tient pas, n’en tirez pas davantage ; continuez de chauffer , ôc brûlez quatre des gros bâtons de cot^ teret de chêne. Si elle tient, n’en tirez plus du bas ; mais tirez-en un promptement du fécond rang $ le milieu ne pouvant pas être fitôt fondu que le bas Ôc le haut, à caufe de Véloignement du feu ( b ). Ne laiffez pas que de ratifier votre effai : fi la couleur ne tenoit pas, que cela ne vous inquiète pas. Retirez* en un aufli du troifieme rang ; fi ce dernier effai eft fondu, retirez toute la braife qui eft fur la couverture : n’y en remettez plus , d’autant que vous feriez brûler les pièces qui font deffus. Si au contraire ce dernier effai n’étoit pas entièrement fondu , il faut examiner avec foin quelle continuité de feu peut être abfolument néceffaire pour achever la recuiffon.
- Lorfquil y aura un demi-quart-d’heure que les quatre bâtons feront confumés, retirez de nouveaux effais, en commençant par le bas. Si l’effai d’en bas eft bien fondu, fi la couleur menace de fe brûler, tirez-en un du fécond rang , pour voir s’il eft aufli bien fondu ; celui du pilieu l’étant, les autres le feront aufli.
- Si vos effais ne s’accordent pas avec ces épreuves , brûlez de nouveau quatre bâtons, d’autant que le verre, qui eft dans le milieu de la poêle, ne chauffe pas tant que les effais, qui font expofés à la plus grande chaleur vers fes bords.
- Si tous vos effais fe trouvôient fondus dans le même temps ( ce qui dénote la meilleure recuiffon ) ; alors il faudroit ceffer le feu.
- Le bois étant confumé, retirez tout le charbon ; rebouéhez toutes les ouvertures du fourneau ; luttez-les avec la terre glaife, à la réferve des trous des angles ôc du milieu. Vous laifferez refroidir le fourneau deux jours entiers ; au troifieme jour, lorf-que le tout eft bien refroidi, vous pouvez retirer vos pièces, en déchargeant doucement la chaux avec la plume. Il ne faut jamais lever une piece par un coin, mai9 toujours par le milieu.
- (a) Chaude ou froide ? Pour moi je penfe que l’eau froide les réduiroit fur le champ en pouifiere. Je n’en ai jamais vu refroidir à l’eau chaude.
- ( b) Il eft en effet à fix pouces plus bas que dans notre fourneau de famille, qui n’a que fix pouces de latre au-dgflbus de la poêle.
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- SUR VER
- S’il eft beaucoup plus commode que toutes les couleurs fe parfondent enfemble, dit le manufcrit, c’eft une chofe très - difficile
- ta)*
- Quand toutes les pièces, ajoute-t-il, fe-
- ( a) Il paroît que nos Re'collets , moins heureux dans le traitement du feu que dans les autres parties de leur Art, avoient fait quelquefois de fâcheufes expériences de cette difficulté ; car ils donnent fur le même ton que leurs autres enseignements, celui par lequel ils con-leillent, fi un émail colorant étoit forti du feu fans être fuffifamment fondu , de p a fier légèrement par-def-Jfus avec une plume un peu d’huile de noix pour rendre plus tranfparente la couleur qui n’eft pas alfez fondue. Ils ne veulent pourtant pas qu’on en mette fur le rouge. Ils recolloient auffi à la colle de poiffon les pièces qui fe caffoient dans la poêle. Moyens peu sûrs de fe tirer d’affaire > Sc qui n’échappent pas toujours à tous les regards.
- R E. II. Partis;
- iront hors du fourneau , brolTez le jaune ôt l’efluyez avec un linge , pour vous en fer-vir dans le befoin à faire un jaune foible.
- Notre manuferit finit, & nous finirons avec lui par la recette d’un onguent contre les 5 brûlures auxquelles les Peintres fut verre font expofés en recuifant.
- Prenez une partie de mine de plomb rou- Onguent conge , & autant d’huile d’olive : mêlez le tout J*®1 tuxquei-dans une écuelle de terre : mettez-la fur la les on eit fu-cendre rouge : remuez bien le tout jufqu’à [^ten reCLU~ ce qu’il commence à s’épaiflir. Quand vous le verrez allez épais, ôtez-le de delfus le feu : frottez enfuite vos mains d^uile d’olive : faites-en des petits rouleaux pour vous en fervir, en l’appliquant fur un linge, Ôc delà fur le mal.
- Fin de la fécondé Partie.
- j-
- V-Ç'-P
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- EXTRAITS
- SUR LA PEINTURE TANT EN ÉMAIL QUE SUR VERRE,
- 6 fur la Compofidon des differentes fortes de Verre blanc & coloré ; traduits dé un Livre Anglois , en deux Tomes in-f. intitulé, The handmaïd to the Arts, 1758. A Londres, che£ JeanNourJe ; & à Paris , che^Cavelier > rue Saint-Jacques.
- AVERTISSEMENT.
- J—/ a fécondé Partie de mon Traité étoit bien avancée , lorfqu’un ami me demanda fi j’avois confulté un Livre Anglois , annoncé dans le Journal de Trévoux ( Novembre 17S9) , qui avoit embraffé une partie de la matière fur laquelle je travaillois. Je n’entends point la Langue Angloife, lui répondis-je ; mais je confulterai le Journal. J’y trouvai, à la page 2 8 f 1 , l’annonce de cet Ouvrage, dont le titre y eft traduit par celui de la Servante des Arts (a). Je connus par l’analyfe qu’en fait le Journalifte, que , dans le premier Volume , l’Auteur donnoit des détails pratiques fur la nature, la préparation , la compofition & l’ufage des différentes fubftances colorantes employées par les Peintres , entr’autres dans la Peinture en Email & dans 1% Peinture fur Verre ; qu’il s’étendoit, dans le fécond Tome, fur la nature, la préparation ôc la compofition des différentes fortes de verre, & fur l’Art de contrefaire les pierres précieufes par des verres colorés, par des pâtes, &c. ma difficulté fubfiftoit toujours.
- M. Hernandez (6), connu par les différents morceaux qu’il a traduits de l’Anglois pour le Journal Etranger , vint à mon fecours; &: c’efl à lui que je fuis redevable de la Traduction des deux Extraits que je vais donner de cet Ouvrage.
- L’un fera fur la Peinture tant en Email que fur Verre, dont les fubflances colorantes font les mêmes ; l’autre fur la compofition des différentes fortes de Verre.
- J’aurois pu me borner à donner le premier Extrait, puifque je me fuis moins propofé pour objet dans le cours de mon Ouvrage de traiter de l’Art de la Verrerie que de l’Art de Peindre fur Verre; mais comme les Anglois ont la réputation d’être doués d’une grande fagacité dans la pratique des Arts qu’ils tiennent des autres Nations, & de les perfectionner autant qu’il eft en eux ; comme d’ailleurs ce que l’Auteur Anglois dit de la compofition du verre de couleur entre parfaitement dans mon plan , j’ai cru que le Public verroit ces deux Extraits avec la même fatisfaCtion , ôt j’ai profité de la bonne volonté de mon Traducteur pour le fécond, avec autant d’ardeur & de reconnoiffance que pour le premier.
- Les Entrepreneurs de nos Verreries pourront peut - être tirer quelqu’avantage des procédés dont les Anglois fe fervent dans la compofition & préparation tant du verre blanc que du verre plein de différentes couleurs, quoique cette entreprife ne foit pas fi étendue & autant accréditée dans l’Angleterre qu’elle devroit l’être, à caufe des droits qui s’y lèvent fur les productions des Manufactures de Verre.
- Je ne m’aftreindrai pas dans ces deux Extraits à fuivre mon Auteur de point en point : j’omettrai, dans le premier, ce qui n’aura pas trait affez immédiatement à la Peinture fur Verre, & je ne ferai ufage, dans l’un ni dans l’autre, de ce quipourroit n’être propre qu’aux Anglois.
- Cet Ouvrage eft dédié aux Membres de la Société de l’encouragement des Arts, Manufactures & Commerce de Londres.
- (a ) Mon Traduéleur, à l’infpeétion du Livre Anglois, prétendit que le mot Handmaïd feroit rendu plus sûrement par le. François la Guide, en Latin Manuduftrix, que par celui de la Servante des Arts : mais par refpeét pour les talents du Journalifte, dont il reconnoît l’habileté dans l’intelligence de la Langue Angloife , il a voulu que je confervafle le titre que porte cet Ouvra-
- ge dans fon Journal.
- (b) M. Hernandez, nouvellement de retour de Saint-Peterfbourg, ou il réfidoit depuis plufieurs années en qualité de Secrétaire du Prince Repnin , Grand Ecuyer de l’Impératrice de Ruflie, eft aétuellement Interprète du Roi, au Bureau des affaires Etrangères.
- PREMIER EXTRAIT,
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- SUR FERRE. II. Partie.
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- PREMIER EXTRAIT,
- % •
- tiré du premier tome,
- SUR LA PEINTURE TANT EN ÉMAIL QUE SUR VERRE.
- Extrait de la Préface relativement à ces deux Genres de Peinture.
- Les Peintres JLfA uteür, après avoir remarqué que les Ï4chates denS Peintres les plus habiles en huile ou en déleurs cou- trempe fe trouvent fouvent trompés, par tfétudier^ks l’avarice ôc l’ignorance des Juifs ôc des bas fubftances Artifants de qui ils achètent les couleurs pré-fonfcompo- Par^es > parce qu’ils négligent l’étude des fées, fubftances qui entrent dans leurs compofi-
- tions pour s’appliquer à des objets qu’ils regardent comme principaux, ôc immédiatement néceffaires à leur Art; après avoir annoncé que le but de fa première Partie, employée à la matière pittorefque, eft de les mettre en état de préparer eux-mêmes les couleurs, ou de juger avec certitude de la bonté de celles qu’on leur prépare ; après enfin avoir auguré de fon travail un fuccès d’autant plus afluré qu’il a, dit-il, une con-noiffance parfaite des différentes branches de la Chimie fondée fur des expériences réitérées , paffe à la Peinture en émail & à la Peinture fur verre.
- Etat de la Ce qu’il donne fur la Peinture en émail émailen Anî > dit-il> un fyftême complet de théorie ôc glcterre. de pratique. Ceux pour qui il eft écrit, en comprendront-mieux le mérite ôc l’utilité. Cet Art eft tout nouveau pour l’Angleterre. Ceux qui le poffedent de plus vieille date dans les autres parties du monde, ont foigneu-fement gardé leur fecret fur la maniéré de le travailler, comme fur la préparation ôc la fufion tant des matières qui lui fervent de fond que de celles qui produifent les couleurs. Il n’eft donc pas furprenant que les Artiftes Anglois n’ayentque très-peu de con-noiffance fur ces objets. Ils font obligés d’employer un émail blanc préparé à Venife pour faire les fonds fur lefquels ils doivent peindre, ôc à fe procurer, en tâtonnant, des couleurs plus ou moins parfaites.
- Il en faut cependant excepter quelques-uns qui préparent eux-mêmes leurs couleurs fur des recettes, mais avec les qualités précaires qui réfultent de leur aveugle exécution ; c’eft-à-dire, fans rien comprendre des propriétés générales des ingrédiens, ni des principes des opérations. Delà l’incertitude du fuccès ôc l’embarras en opérant.
- ' Eut de T Au* « Un de nos principaux objets, ajoute l’Au-
- enUI écrivant teuG a ^ ven*r au ^ecours des Peintres fur cet Ait, en émail, Art très-intéreffant pour nous au
- Peint. sur Verre, //, Paru
- moment préfent, puifqu’il eft devenu le fon-* dement d’une Manufaêlure dont nous pouvons efpérer un grand avantage. Déjà même nous la voyons tendre à une telle perfection , par la facilité du travail, qu’on nous en fait des demandes dans les Foires Etrangères, quoique le long ufage ôc le bon marché des ouvrages de Geneve, où l’on eft en poffefïion depuis long-temps de cette branche de commerce , ayent originairement procuré aux Genevois beaucoup d’avantages fur nous».
- « La Peinture fur verre avec des couleurs vitrefcibles n’eft pas, continue notre Auteur , une matière moins importante que la Peinture en émail. Elle eft regardée en Angleterre, comme un An dont le fecret ejl perdu (a ). Cet Art cependant n’eft dans le fait autre chofe qu’une Peinture avec des couleurs d’émail tranfparent fur un fond de verre par la même méthode. Les connoif-fances que nous avons acquifes récemment dans l’Art d’émailler, peuvent nous donner la même fupériorité dans l’Art de peindre fur verre. Aufli ai-je regardé cet objet comme une portion néceflaire de mon ouvrage, ôc fuis-je entré dans un certain détail fur cet Art ; je me référé néanmoins en grande partie à ce que j’ai donné fur la Peinture en émail, à caufe de l’affinité que la Peinture fur verre a avec elle , ôc je n’appuie que fur la vraie différence qui fe trouve entre l’une ôc 1 ’autre ; mais je me flatte que, malgré le peu d’étendue que j’ai donné à cette matière , quelqu’un qui y portera fon attention, deviendra un bon maître dans l’Art de peindre fur verre ( h ) ».
- L’Auteur, parlant enfuite de la préparation des couleurs qui y font propres, dit que Néri femble avoir établi la bafe de toutes les recettes qu’on en a, par fon Art de la Verrerie; que Bérallus, Mathiolle, Wor-mius , Céfalpin ôc autres ont aufli donné quelques enfeignements fur ce point ; que
- (æ) Voye\ ci-devant Chapitre VI, la note où je parle de deux Anglois, Peintres fur verre, vivants.
- (b) II paroît cependant que l'Auteur a confondu l’Art de Peindre fur verre avec celui de le colorer. Voye? la remarque que nous avons faite à ce fujet dans le Chapitre où il traite de ce genre de Peinture.
- Rr
- Ërat de la Peinture fur verre en Ani gleterre.
- Des Auteurs qui ont traité des couleurs propres à ce genre de Peinture,
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- L'ART DE LA PEINTURE
- Canéparîus , dans fon livre De Atramentis a été le copifte de Néri, fans le citer, Ôc l’a-voit beaucoup étendu, mais que fes additions n’étoient pas exemptes de défauts ; que Mer-ret, Médecin Anglois , avoit, par fa traduction Latine^cle l’ouvrage de Néri, fait con-noître cet Auteur en Angleterre , mais que ne paroiffant pas avoir eu d’autres lumières pour le diriger dans fes fentiments, que celles qu’il avoit puifées chez d’autres Ecrivains, les notes dont il l’avoit orné , n’avoient ni éclairci, ni augmenté beaucoup le texte ; que Kunckel avoit publié en Allemand le livre de Néri , avec les notes de Merret, Ôc fes propres obfervations fur l’un 6c fur l’autre ; qu’il y avoit ajouté différents procédés beaucoup plus sûrs que ceux de Néri ôc de fes prédéceffeurs ; qu’enfîn il étoit le feul qui , guidé par l’expérience, eût donné plus de détails fur cet Art.
- Maniéré de préparer L’Ochre écarlate.
- ( Avant de paffer à ce que notre Auteur enfeigne, tant fur la Peinture en émail que fur la Peinture fur verre , il eft à propos de rapporter ce qu’il dit ailleurs de la préparation de l’ochre écarlate, parce qu’il en fera fait mention dans la compofition des couleurs propres à ces deux genres de Peinture).
- Ce que c’eft » L’ochre écarlate, dit-il, page 49 du pre-que l’ochre niier Tome , eft la terre d’ochre ou plutôt ecar ate, je £er ^ ja bape vjtr}0| vercj ^ féparé
- par la calcination de l’acide du vitriol. La couleur qu’elle produit eft une écarlate orangée. On ne s’en fert point pour les fonds & dans les ombres de carnations, à caufe de fa téna'cité, ôc de fa trop grande force ou chaleur qui égale celle de l’ochre naturelle : mais on l’emploie, comme couleur fondue & mixtionnée , dans toutes fortes de peintu-t res, excepté dans celle en émail, où elle devient d’un jaune tranfparent brun, lorfque
- le fond eft trop fort. Comme couleur on la prépare de la maniéré fuivante. »
- » Prenez telle quantité que vous voudrez de vitriol verd, copperas, en François couperofe. Empliffez-en un creufet jufqu’aux deux tiers feulement; faites-le bouillir à un feu ordinaire jufqu’à ce que la matière tire vers la ficcité, ce qui en diminuera beaucoup la fubftance. Rempliffez alors le creufet, à la même hauteur que la première fois , ôc répétez cette opération jufqu’à ce que le creufet foit rempli d’une matière réduite à ficcité. Otez alors le creufet du feu ; mettez-le à un fourneau à vent ; ou fi vous n’en préparez qu’une petite quantité, continuez votre opération au premier fourneau, en raffemblant le charbon autour du creufet, ôc faites calciner le tout jufqu’à ce qu’en refroidiffant, il parvienne à parfaite rougeur. Pour vous affurer de ce degré de calcination, prenez, ati bout d’une baguette de fer, un peu de la matière dans le milieu du creufet, ôc la laiffez refroidir ; car, tant qu’elle fera chaude, vous n’aurez aucun indice apparent de couleur rouge , quand même la calcination auroit été fufïi-fante. Otez enfuite l’ochre du creufet pendant qu’il eft chaud, ôc la verfez dans de l’eau ; caffez le creufet, ôc en mettez les fragments dans'la même eau pour en extraire l’ochre qui y eft adhérente. Remuez bien le tout dans l’eau , jufqu’à ce que le vitriol qui auroit pu refter foit fondu. Laiffez enfuite repofer le tout; quand l’eau fera claire, ver-fez-la par inclination dans un autre vafe ; ajoutez-y autant d’eau fraîche que la première fois. Retirez les morceaux de creufet; répétez la même lotion que deffus. Remettez de l’eau fraîche pour la troifieme fois , afin de purifier l’ochre de toute faleté. Paf-fez enfuite le tout au tamis couvert d’un papier Jofeph, ôc le faites fécher lur une planche jufqu’à parfaite ficcité, »
- Maniéré de la préparer.
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- SUR VERRE. IL Partie.
- *59
- am^JL^>inr?TOr^
- EXTRAIT DU CHAPITRE IX. DE LA I. Partie.
- De la Nature, Préparation & Ufage des différentes matières employées
- dans la Peinture en PmaiL
- Section Première.
- Nature de la Peinture en email.
- Quatre fortes de matières entrent dans ce genre de Peinture.
- i°.Les fondants.
- Accord des fubftances colorantes avec celles des fondants*
- Un corps dur qui fert de fond.
- De la Nature en général de la Peinture en Email.
- Cette maniéré de peindre différé des autres en ce qu’elle emploie le verre, ou quelque corps vitrefcible, comme un véhicule qui fert à lier toutes les parties des couleurs, Ôt à les réunir au fond fur lequel elles doivent être appliquées* Devenues fluides par l’a&ion du feu, elles fe mêlent à cette fubftance, qui, par leur incorporation , forme, lorfqu’elle eft refroidie, une maffe dure. Ce véhicule eft à la Peinture en émail ce que l’huile, l’eau gommée ôt le vernis font aux autres genres de Peinture.
- On appelle ce corps vitrefcible du nom de flux ou fondant. Il fait une claffe principale entre les matières dont on fe fert dans la Peinture en émail. Quand il entre en fu-fion à un feu moins vif, les Emailleurs le nomment un fondant doux. Lorfqu’il faut un plus grand degré de chaleur pour le faire fondre , ils difent qu’il eft dur.
- On applique ces termes à la matière qui en fait ia bafe , Ôt aux autres fubftances vitreufes auffi bien qu’aux fondants. Mais c’eft en général une perfection pour les flux ou fondants d’être doux. Le grand point eft d’accorder les fubftances des couleurs avec celles des fondants , de façon que les unes ne foient pas plus fufibles que les autres. Il arriveroit fans cet accord que quelques-unes couleroient à la fufion, ou fe brûle-roient, avant que les autres plus dures en euffent atteint le premier degré. L’émail qui fert de fond doit toujours être plus dur que les couleurs ; car s’il devenoit fufible au même degré de feu que les émaux colorants, le tout venant à fe parfondre en même-temps, fe mélangeroit ôt confondroit les couleurs avec le fond.
- Le corps que l’on veut émaiiler, doit être capable de îupporter la chaleur néceffaire pour la fufion des émaux. Ainfi ce corps ne peut être que de l’or, de l’argent, du cuivre, de la porcelaine ou marchandise de Chine, du verre dur, ou de la terre à Potier.
- Lorfqu’on veut peindre en émail fur quelqu’un des métaux fufdits, ôt qu’il doit entrer plufieurs couleurs différentes dans le fujet qu’on fe propofe d’exécuter, il faut pour
- lors couvrir le métal d’un émail blanc vitrefcible ; mais, comme nous l’avons dit , plus dur que les émaux colorants qui doivent s’y. appliquer; c’eft-à-dire, tel qu’il puiffe foutenir un degré de chaleur plus fort que les couleurs qui doivent s’incorporer, & fe lier avec lui, Ôt affez fort pour s’attacher lui-même au métal qui lui fert de bafe* Aufli ce fond obtient la fécondé place entre les matières qui entrent dans l’ordre de la Peinture en émail.
- La troifieme claffe fe tire des couleurs ou émaux colorants, qui doivent être également vitrefcibles ôt fufibles par l’adion du feu. Les métaux, les corps terreux & les minéraux font feuls propres à la compofi-tion de ces couleurs. Les végétaux ôt les animaux ne peuvent foutenir le moindre des degrés de chaleur qu’exige ce genre de Peinture.
- La quatrième forte de matières, qui forme le fécond véhicule, eft quelque corps fluide par le fecours duquel on applique avec le pinceau fur le métal, ou autre corps qui fert de bafe, tant l’émail du fond que les autres émaux colorants que celui-ci doit recevoir Il fert de medium pour coucher ôt étendre ces émaux, qui, dans leur préparation n’étant qu’une poudre feche , ont befoin de quelque fubftance humide qui les délaie ÔC qui puiffe s’évaporer ôt fe fécher fans dépofer aucune partie hétérogène à l’émail, ou capable de l’altérer.
- On doit fe fervir à cet effet de l’effence de ces huiles qui ont l’avantage de fe fécher à la première approche du feu, ôt ont de plus une on&uofité légère qui les rend propres à être employées avec le pinceau.
- La préparation de ces différents émaux a été jufqu’à préfent beaucoup falfifiée par les Vénitiens. Celle qui s’en fait à Drefde , depuis l’établiffement de la Manufacture de Porcelaines de Saxe, eft d’une qualité bien fupérieure ; mais elle n’eft connue que de ceux qui s’exercent habituellement à en préparer. Peut-être même n’eft-il actuellement perfonne en Angleterre, qui, verfé dans la connoiffanoe de quelques - unes de ces compofitions, n’en ignore beaucoup d’autres connues par tels qui ignorent les premières.
- Les praticiens dans l’art d’émaiiler n’ayant eu jufqu’à préfent aucun moyen d’apprendre
- 3°, Les colorants.
- 4**, Un corps fluide pour coucher les émaux*
- Les émaux jufqu’à préfent ont été bien falfifiés*
- Art de les compofer , de les cou-
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- 16o
- L’ART DE LA PEINTURE
- cher Sc de les par fyftême toutes les particularités d’un
- art ^ faut P^US conno^anGe
- teur.Par U~ Chymie que n’en ont ordinairement lesPein-tres ôc autres Artiftes ; j’entrerai, dit l’Auteur, dans le plus grand détail fur la compo-fition des différentes fortes d’émaux de fonds ôc colorants. Il efpere par là fe rendre très-utile à lâ Manufacture confidérable de Peinture en émail qui s’eft formée en Angleterre* La maniéré de chauffer à propos les fonds, c’eft à-dire, de donner telle chaleur à la matière, en la couchant fur le corps qui doit être peint ou émaillé, qu’il puiffe en fupporter la fonte, ôt conféquemment de donner à la fritte ou à la partie vitrefcible de cette compofition les vraies qualités d’un véhicule, qui puiffe les unir ôt lier enfem-ble, eft encore néceffaire à connoître, ainfi que la fufion des couleurs après qu’elles ont été couchées fur le fond. L’Auteur s’engage à en faciliter l’opération par une méthode aifée, ou du moins à donner des principes affez fûrs pour corriger les défauts des premières épreuves, qui, vu la délica-teffe de ce genre d’ouvrage , ne font pas fans difficulté.
- Expérience, Il faut auffi un jugement fondé fur l’expé-cett^matfe1 r^ence Pour préparer avec certitude les coure, leurs : car les différentes parties des mêmes
- fubftances variant fréquemment dans leurs qualités , on ne peut bien connoître ces variations ôt la proportion exaête des différentes dofes que leur mélange exige , fans beaucoup d’expérience.
- Cette expérience au refte n’eft pas difficile à acquérir ; car les fubftances , qui entrent dans la compofition des émaux , font la plupart à bon marché. Ces épreuves d’ailleurs peuvent être faites au même feu qui fert à l’opération principale.
- Section IL
- i
- Des matières qui entrent dans la compofition des fondants & dans celle de l'émail blanc.
- I
- Matières des fondants.
- Le plomb rouge ou minium.
- i°. Le fel alkali fixe des végétaux.
- 3°, Le borax.
- Les matières dont on fe fert pour l’émail des fonds ôt le fondant des couleurs font ;
- i°, La mine de plomb rouge fou minium). Il faut choifir la plus pure. Elle rend l’émail doux ; mais la couleur jaune dont elle eft fufceptible, empêche de la faire entrer indiftinêtement dans toutes fortes d’émaux.
- 2°, Le fel alkali fixe des fubftances végétales. Il donne aux émaux une qualité moins douce ; mais il n’eft pas fufceptible de ce jaune.
- 3°, Le borax. Il opéré la vitrification des émaux ôt leur fufion plus qu’aucune autre fubftance. Avant de le mêler avec les autres ingrédients , il faut le calciner ôc le pulvéri-fer. Il eft très-utile, parce qu’il rend les couleurs plus douces à la fufion.
- 4°, Le fel marin eft auffi très-utile pour Le fel les fondants. Il eft extrêmement fluide ôt marm' eu tenace, mais plus fujet à pétiller que es autres corps vitreux.
- y0, Le nitre ôt l’arfenic font encore des Le nitre fondants ; mais la méthode de les employer & 1 arfemc* eft plus difficile Ôt plus complexe.
- Les matières qui forment le corps d’un Corps des émail fondant font : fondants.
- i°, Le fable blanc. Pulvérifé, il fe mêle mieux avec les autres ingrédients, ôt rend le nc‘ verre plus parfait.
- 2°, Le caillou calciné au feu jufqu’à ce Le cajh que toute fa fubftance devienne blanche. °u ca clné* Pour lors il faut le retirer du feu, le jetter dans l’eau froide, ôt l’y biffer quelque temps pour le mettre en état d’être pulvérifé.
- Quand on n’a qu’une petite quantité d’émail à préparer, il faut préférer les cailloux au fable, comme plus faciles à réduire en poudre impalpable.
- 3°, Le moilon calciné fe tourne plus Io^’Ije-m<?ï’ promptement en vitrification que le caillou n ca cme’ ôc le fable, ôc donne un fondant plus doux.
- Les matières qui entrent dans la compofi-tion de l’émail blanc dont on fait les fonds emai ‘ anCs des ouvrages de Peinture en émail, font :
- i°, L’étain calciné. Celui que les Lapidaires préparent ôc expofent en vente eft à meilleur compte. Il eft connu fous le nom de Putty , en François Potée. Il faut prendre garde qu’il ne foit falfifié, ce qui fe fait avec la chaux ou quelque terre blanche.
- Le moyen de reconnoître cette falfifica-tion eft de mettre le putty dans un creufet avec du fuif ou de la graiffe ôc de le faire fondre, en y ajoutant toujours de la graiffe jufqu’à ce que l’étain calciné ait repris fon état métallique. Car après que la graiffe eft brûlée , la terre ou la chaux qui auroit été mêlée avec l’étain refte Ôc fumage la fur-face du métal.
- Si la falfification en étoit faite avec le blanc de plomb , il ne feroit pas fi aifé de la découvrir, parce qu’il fe mêle avec l’étain à la fufion. Mais fi l’on couvre le creufet, dans lequel le putty fera fondu, avec un autre creufet, le blanc de plomb , s’il y en a, jettera une couleur de jaune brun adhérente au couvercle.
- Pour faire un émail blanc pur ôc parfait ; la meilleure maniéré eft de calciner foi-même l’étain avec le nitre ou falpêtre, ainfi qu’il fuit.
- Prenez une demi - livre de falpêtre : faîtes- Calcination le fondre dans un creufet. Lorfqu’ii fera de r,etain fondu , jettez-y de temps en temps une demi - livre de limaille d’étain le plus fin , ôc, dans les intervalles, laiffez faire fon explofion à la partie d’étain que vous aurez jettée dans le creufet. Remuez le tout avec un tuyau de pipe. Lorfque vous aurez pro-jetté tout votre étain, remuez encore le
- tout
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- 2°, L’antimoine calciné.
- Calcination de l’antimoine avec le ni-
- tre.
- 3°, L’arfe-fnicf
- Matières des émaux colorants.
- ï°j L’outremer.
- Le fafre.
- SUR VERRE. II. Partie. 161
- tout pendant un peu de temps. Otez le creufet du feu. Trempez-le dans l’eau froide jufqu’à ce que le tout foit refroidi ôc puifte être enlevé du creufet, fans, rien prendre de la fubftance dudit creufet. Quand votre étain calciné fera bien fec , mettez-le dans une bouteille, ôc bouchez-la foigneufement. S’il reftoit quelque partie de fel , il n’eft pas befoin de le féparer d’avec l’étain cal-ciné ; il ne peut lui porter aucun préjudice. *
- 20, L’antimoine calciné : mais il coûte plus de dépenfes ôc de foins pour le réduire en chaux.
- Merret dans fes notes fur Néri, ordonne autant d’antimoine que de nitre. Mais comme cette proportion ne calcine pas l’antimoine jufqu’à la blancheur, ôc comme il ne produit que le crocus metallorum, qui eft d’un rouge fale tirant fur le jaune , l’antimoine ne peut remplir notre objet. Merret fe trompe encore en difant que le régule d’antimoine eft bon pour cette opération, puifqu’étant un corps métallique malléable , il ne peut fe pulvéri-fer ; ou du moins donner une couleur blanche , s’il étoit réduit en poudre.
- Quand on veut fe fervir d’antimoine pour l’émail blanc, il faut le calciner avec le nitre comme il fuit.
- Prenez une part d’antimoine ôc trois de falpêtre. Pulvérifez le tout enfemble. Jettez ce mélange par cuillerées dans un creufet déjà rougi au feu. Laiflez agir l’explofion à chaque cuillerée, & la matière fe repofer pendant quelque temps. Otez-la du feu , ôc pour le refte opérez comme pour l’étain. La chaux d’antimoine ainfi formée fera plus fine que la chaux d’étain, Ôc par conféquent plus parfaite; mais celle d’étain, dépenfe moins de nitre , & produit plus de chaux.
- 3°, L’arfenic : mais c’eft une matière très-délicate à traiter. L’aêlion du feu transforme l’arfenic en un corps tranfparent. On l’emploie au (fi comme fondant '. mais il faut bien connoître fes qualités , ôt prendre beaucoup de précautions dans l’ufage qu’on en fait.
- Section III.
- Des matières qui entrent dans la compofition des émaux de couleurs.
- i°, L’outremer fert pour le bleu clair d’émail. Ceux qui ne connoilfent pas l’ufage du fafre ôc du bleu d’émail, s’en fervent encore dans d’autres cas. Au refte il y a peu d’occafions où le bon fafre mêlé avec le borax ôc le caillou calciné, ou le verre de Venife qui ôte la trop facile folubilité du borax , ne produife un meilleur effet que l’outremer.
- 2°, Le fafre peut donner des couleurs bleues, vertes, pourpres ôc noires. On le
- Peint. sur Verre. II. Part.
- tire d’une efpece de minéral nommé cobalt. Mêlé avec des fubftances vitrefcibles , il fe parfond avec elles, ôc devient d’un bleu pourpre ou violet. On n’en peut connoître la bonté que par l’expérience a&u'elle.
- 3°, La magnéfie ou manganefe eft une terre qui, fondue avec des matières vitreu-fes, produit une couleur de rofe fale. On l’emploie non - feulement pour le rouge , mais pour le noir , le pourpre ôc le brun. On ne peut s’afturer de fa bonne qualité qu’en l’éprouvant.
- 4°, Le bleu d’émail eft un fafre vitrifié par le mélange des fels alkalis fixes avec le fable ou le caillou calciné. On l’emploie avec un fondant ; mais comme il donne trop d’opacité au verre , le fafre lui eft préférable.
- Le bleu d’émail broyé fin ôc mêlé avec un quart de fon poids de borax réufiit très-bien lorfqu’on ne veut pas un bleu trop foncé. On juge de fa bonté par fon brillant ôc par l’épaifteur de fa couleur. Le meilleur eft celui qui tire le moins fur le pourpre. Il n’eft pas fujet à falfification, ôc on le trouve aifément chez tous les Marchands de couleurs.
- 5°, L’or produit une couleur cramoifie ou de rubis, qui, par une méprife fur la fignification du mot latin purpureus, a fou-vent été nommée couleur de pourpre par des Auteurs Anglois ou François.
- Il faut à cet effet réduire l’or en poudre précipitée , en le faifant difîoudre dans l’eau régale, ôc en le précipitant par le moyen de l’étain, du fel alkali fixe, ou des corps métalliques ôc alkaiins, de. la maniéré qui fuit.
- Prenez huit onces de pur efprit de nitre : ajoutez-y deux onces de fel ammoniac bien clair, qui convertira l’efprit de nitre en eau régale. Mettez quatre onces de cette eau régale dans une fiole convenable. Faites-ÿ diftoudre une demi-once d’or purifié que vous trouverez chez les Rafineurs fous le nom d’or de ^rain ou de départ. Pour hâter la folution, tenez laphiole dans un degré de chaleur modéré jufqu’à ce que l’or difparoiffe entièrement. Prenez pareille quantité d’eau régale dans une autre phiole : mettez-y de petits morceaux d’étain fin ou de la limaille d’étain. Ajoutez-en par degrés tant que l’ef-fervefcence dure , fans quoi le mélange échaufferoit la phiole jufqu’au point de la faire Cafter. Verfez enfuite trente ou quarante gouttes de la folution d’or dans une chopine d’eau. Immédiatement après verfez fur cette eau quinze ou vingt gouttes de la folution d’étain. La diftolution de l’or faite par l’eau régale fe précipitera en forme de poudre au fond de cette eau claire. Vous répéterez cette opération jufqu’à ce que toute votre diftolution d’or foit employée.
- Sf . .
- La ma-; gnéfie.
- 4°, Le bleu d’email.
- 3°, L’or»
- Dlflblutioh de l’or dans l’eau regale»
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- 16% L'ART DE LA PEINTURE
- Chaux de Lorfque toute la poudre d’or a été pré-d\£1Upre'cipi- cipitée, verfez le fluide clair , ôc rempliflez té par l’étain, votre phiole avec de l’eau de fource. Quand la poudre rouge fe fera précipitée au fond, verfez encore l’eau , mettez enfuite une éponge humide fur la furface du fluide qui refte avec la poudre. Lorfque vous aurez extrait toute l’eau , fai tes fécher la poudre fur une pierre de marbre ou de porphyre, Ôc prenez bien garde qu’il ne s’y mêle ni pouf-fiere ni faleté.
- On emploie quelquefois, au lieu de folu-tion d’étain , l’étain crud pour précipiter l’or : mais l’attention que demande cette méthode contrebalance la peine qu’exige cette diflolution. Car fi la diflolution n’eft pas bien lavée , elle forme un corps gluti-neux, de forte que l’étain ne peut fe féparer de l’or précipité que par des moyens def-tru&ifs des qualités de l’émail : Ôc lorfqu’on fe fert d’étain crud , il faut laver la diflolu-tion avec le triple d’eau , Ôc n’y laiffer l’étain qu’autant que l’or paroît en forme de poudre rouge fur fa furface. Il vaut mieux au refte fe fervir des deux folutions, étant plus aifé de conferver par ce moyen la couleur écarlate : ôc fi l’étain refte trop longtemps dans ce mélange, la couleur tire fur le pourpre. i
- Si l’on veut fe procurer un rouge empourpré , il faut précipiter l’or par le moyen du fel alkali fixe, comme il fuit.
- Ot fulmi- Prenez la folution d’or par l’eau régale cant* ci-deftus enfeignée, faites une folution de fel de tartre ; en en faifant fondre une demi-
- once dans un demi-feptier d’eau.Verfez cette folution dans celle d’eau régale aufli longtemps qu’il y aura de l’ébullition. Laiflez alors repofer la poudre précipitée, ôc procédez comme à la précipitation par la folution d’étain. Cette poudre eft l’or fulminant. Evitez-en foigneufement l’explofion, en écartant toute chaleur du lieu où vous la préparez , jufqu’à ce que vous la mêliez avec le fondant.
- On peut précipiter de même l’or avec le fel volatil ; ôc alors ce fel, dans la proportion de la moitié du poids de l’eau régale, peut être difîous en quatre portions d’eau du même poids : mais cette méthode ne produit pas une fi belle écarlate.
- La meilleure de toutes ces précipitations de l’or, eft celle du mercure diflous dans l’eau régale.
- De même, fi For fulminant eft fondu avec du foufre commun, la couleur en fera beaucoup plus brillante, pourvu que le foufre foit totalement évaporé au feu.
- Toutes ces méthodes néanmoins font plus hazardeufes que la première.
- 6% L’ar- 6°, L’argent fert à produire la couleur gent. jaune. On le pulvérife préalablement par la précipitation de l’efprit de nitre ou par la
- calcination avec le foufre.
- La précipitation de l’argent fe fait en diffolvant une once d’argent dans trois ou quatre onces d’efprit de nitre, procédant au furplus comme à la précipitation de l’or dans l’eau régale.
- On la fait aufli en verfant de la faumure fur la folution d’argent dans l’efprit de nitre ; mais je crois la première de ces deux méthodes meilleure que la fécondé.
- La calcination de l’argent fie fait en mettant des lames d’argent bien minces dans un creufet. Il faut les arranger par lits , couvrir chaque lit d’argent d’un lit de fleur de foufre, Ôt faire fondre au fourneau. L’argent étant calciné deviendra friable. Pulvériîez-le dans un mortier de verre , d’agate, de porphyre, ou de caillou de mer.
- On peut encore calciner l’argent en mêlant de la limaille d’argent avec la fleur de foufre ^ dans la proportion d’une once d’argent à une demi - once de foufre, ôc faites fondre.
- On peut aufli jetter le foufre dans le creufet lorfque l’argent y devient rouge.
- 7°, Le cuivre forme les couleurs vertes, bleues ôt rouges : mais il faut auparavant le calciner, ou le réduire en poudre par la précipitation.
- On calcine le cuivre avec le foufre comme l’argent : mais il faut un feu de deux heures, ôt qu’il prenne une couleur de rouge noir que l’on réduit enfuite en une poudre très-fine. Le cuivre ainfi préparé s’appelle chez les Anglois ferret à* Efpagne.
- On peut encore le calciner, en le ftrati-fiant avec le vitriol Romain : mais il faut plus de feu, ôt, félon Néri, il faut répéter jufqu’à fix fois cette opération. On juge de lâ bonté de ce ferret par fa couleur. Si fon rouge tire fur le noir ou fur le pourpre, c’eft qu’on l’a trop calciné, ou qu’on y a mis trop de foufre.
- Au lieu de cuivre crud , on fe fert d’une efpece de laiton, nommé par les Ouvriers ajfidué, clinquant en François. Mais comme les feuilles en font très-minces, Ôt qu’il faudrait trop de foufre pour les ftratifier, il vaut mieux le couper par parcelles ôt le mêler à mefure avec des fleurs de foufre. L’extrême minceur des feuilles accélérera la calcination.
- Le cuivre ôt le laiton peuvent fe calciner fans foufre en les laiflant long-temps à un grand feu. Sitôt que ces métaux font devenus friables, il faut les réduire en poudre Ôc les mettre fécher au feu, après les avoir éparpillés fur une tuile , en remuant afin que le tout fe reffente également de l’atteinte du feu ; ce qui hâtera la calcination.
- Quoiqu’il fuffife de calciner le cuivre juf-qu’a ce qu il devienne rouge, il convient quelquefois d’en préparer d’autre quantité dans un état de calcination plus force ; de
- Précipitation de l’argent.
- Calcination de l’argent.
- i
- 7°, Lecui* vre.
- Calcination du cuivre.
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- Précipitation du cuivre.
- 8% Le fer.
- Corrofion du fer.
- SUR VERRE. II. Partie# 163
- force que fa couleur foit d’un rouge pourpre, d’un gris obfcur, ou d’un noir léger. Il faut néanmoins qu’il retienne une teinte de rouge, fans quoi on ne réuffiroit pas dans la compo-fition de l’émail.
- L’autre méthode de réduire le cuivre en poudre impalpable eft la précipitation.
- A cet effet on diffoudra le cuivre dans tel acide que ce foit, & on le précipitera en y ajoutant une folution de cendres gravelées ( a ) faite avec l’eau commune. Cette calcination eft préférable pour l’émail verd.
- Pour éviter la peine de diffoudre le cuivre, on peut fe fervir du vitriol Romain , qui eft une combinaifon du cuivre avec l’huile de vitriol ; mais il faut préalablement le diffou-dre en verfant de l’eau chaude par-deffus, lorfqu’il eft réduit en poudre ; ôc, après l’avoir mêlé avec la cendre gravelée, le réduire de nouveau en poudre.
- 8°, Le fer s’emploie pour avoir un rouge orangé, faie écarlate, ou jaune tranfparent, Ôc pour aider à la compofition du verd.
- On prépare le fer par la corrofion ôc la précipitation. Le fuccès de ces deux manières différé en ce que, par la calcination, le fer étant délivré de fes acides & de fon foufre, fa chaux crue fe convertira en une couleur de rouge pourpre, lorfqu’elle n’aura pas allez de fondant pour la vitrifier ; ôc en jaune tranfparent tirant fur le rouge, lorf-qu’on y aura employé une plus grande quantité de fondant : au lieu que fi le fer n’eft que peu ou point calciné , ôc s’il n’eft point dépouillé de fon foufre, fa couleur fera plus jaune.
- Il vaut mieux fe fervir du vitriol verd, qui ne confifte que dans la fubftance du fer Ôc dans l’acide de vitriol, que d’employer le fer crud. Cela évite de la dépenfe. Mais la préparation de la rouille par le vinaigre demande le fer même.
- La première préparation du fer eft donc la rouille par corrofion avec le vinaigre, ainfi qu’il fuit.
- Prenez de la limaille de fer la plus belle : arrofez-la avec le vinaigre, de forte que le tout foit bien imbibé. Etendez-la enfuite dans un lieu frais proprement fur du papier ou fur une planche, jufqu’à ce qu’elle s’y deffeche. Eflayez alors de la pulvérifer dans un mortier de porphyre, de pierre ou d’agade avec un pilon de même matière. Si la totalité n’eft pas parvenue à une entière corrofion, imbibez de nouveau avec du vinaigre Ôc faites relfécher. PalTez au tamis de foie ce qui s’eft réduit en poufliere. Imbibez le
- (a) Les Anglois les appellent cendresde perles, P earl afhes. Voyez ce que dit l’Auteur de leur nature , ôc de là maniéré de les purifier au Chapitre ï, Seétion II ; Chapitre III, Section III; ôc Chapitre VI, Seétion III du fécond Extrait.
- réfidu de nouveau vinaigre. Séchez comme deflus , Ôc réduifez le tout en poudre impalpable.
- Le fer ainfi corrodé par le vinaigre donne un jaune tranfparent, qui fert beaucoup à faire le verd avec le fecours du bleu. Mais il eft beaucoup plus pénible Ôc moins profitable , à moins qu’on ne veuille faire un jaune plus rouge ; à quoi il réuflira mieux.
- On fe fert de la rouille pour faire le crocus martis, mais mal à propos, puifqu’à la calcination le vitriol ôc le fer corrodé font également bons, ôc qu’on s’épargne beaucoup de peines en employant le premier.
- Le fer fe calcine de lui-même fans avoir Calcination befoin d’aucun mélange. On expofe à cet du fer* effet fa limaille fur une grande furface à l’aêlion du feu pendant un long-temps, ce .qui convertit le fer en crocus martis. Mais cette préparation eft incommode, parce qu’elle demande un feu long ôc violent , fans produire plus d’avantage.
- On calcine aufti le fer par le foufre ; on y procédé comme à la calcination du cuivre : mais il ne produit pas un meilleur effet que le vitriol calciné.
- La précipitation ôc la calcination du vitriol verd font les meilleures préparations du fer, ôc fe font ainfi.
- Prenez du vitriol verd telle quantité que _ Précipîta-vous voudrez ; faites le diffoudre dans l’eau : ajoutez-y par degrés une folution de cendres gravelées faite dans l’eau , fans qu’il foit befoin qu’elle foit purifiée, jufqu’à ce qu’il n’y ait plus d’effervefcence. Quand la poudre eft précipitée, décantez-en le fluide : filtrez le réfidu : féchez la poudre. Les fels qui peuvent s’y rencontrer, ne peuvent nuire à l’émail.
- Cette ochre, ou fer précipité, fait le même effet que la rouille, ôc donne un jaune tranfparent, qui peut fervir à faire une couleur verte, en la mêlant avec le bleu.
- Le vitriol calciné fe prépare avec le Calcination vitriol crud pour faire la couleur rouge, duvimo1* comme on l’a dit ( ci-devant pag. i f 8 ) pour l’ochre écarlate. Avec moins de fondant, il donne un rouge tirant fur l’orangé ; ôc avec plus de fondant, un jaune tranfparent plus vif. ,
- Si l’on défire des teintes tirant plus fur un rouge pourpre, l’ochre précipitée réuflie fort bien, en la calcinant à un grand feu, qui en accélérera la calcination, (a)
- $°, L’antimoine eft propre à produire ^ L’anti-une couleur jaune , ôc même un fond d’émail moine* blanc, comme nous l’avons déjà dit. Cette matière eft fort utile Ôc d’un grand ufage.
- C’eft un demi-métal qui par fa texture fe prépare en le broyant ( Levigated ).
- f
- ( a) Note de l'Editeur. Je crois eflentiel d’obferver que les préparations de fer nous donnent toujours des rouges bruns par la recuilfon, Ôcjamais de jaune, quand ileftfeul.
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- Verre d’antimoine.
- io°, Le mercure ou vif-argent.
- Préparations du mercure.
- xi°, L’orpiment.
- t 2°, La bri-cme pulvérisée.
- VA RT DÉ LA PEINTURE
- En calcinant l’antimoine avec fon pareil poids de nitre, ou même moins, on obtient une couleur orangée. Toutes les parties d’antimoine ne fe reflemblent pas. Il en eft de vitiées par un foufre minéral : d’autres en font moins chargées. Mais l’antimoine eft à fi bon marché , qu’on peut établir aifément un choix entre le bon Ôc le meilleur.
- Le verre d’antimoine eft lui-même un beau tranfparent ôrangé : mais comme il n’a pas de corps , on ne peut s’en fervir qu’en le mêlant avec d’autres fubftances plus corporées. Ce verre eft à très-bon compte. On en tire beaucoup de Venife. Il faut cependant être très- attentif à la falfification qui peut s’en faire par des mélangés d’autre verre. Une couleur trop foncée eft un indice aflez fur de fa falfification.
- io°, Le mercure ou vif-argent fert quelquefois dans la peinture en émail : mais avant de l’y employer, il faut le préparer par quelque opération chimique. Les deux préparations qu’on en fait pour s’en fervir en Médecine font également propres ici. Le produit d’une de ces opérations fe nomme le turbith minéral. Il fe fait par le mélange du mercure avec l’huile de vitriol, ainfi qu’il fuit.
- Prenez vif argent pur ôt huile de vitriol, de chacun fix livres. Diftillez le tout à grand feu jufqu’à ce que-le récipient ne donne plus de fumée. Pouffez le feu auffi vivement que le fourneau peut le fupporter, Quand la retorte eft froide , ôtez-la du bain de fable, Ôc la rompez. Prenez la maffe blanche qui fe trouve au fond : réduifez-la en poudre grofliere dans un mortier de verre : verfez-y de l’eau : votre poudre deviendra de couleur jaune. Pilez le tout dans le mortier : réduifez-le en poudre : lavez votre compofition à mefure, ôc laiffez fécher le tout, qui fe réduit en maffe.
- L’autre préparation du mercure fournit un rouge, en fe précipitant, qui donne une belle écarlate, mais fujette à perdre fa couleur au feu : comme on peut fe procurer cette préparation à aflez bon compte, en l’achetant comme remede utile en Médecine, fon opération étant d’ailleurs très-délicate , je n’en donnerai pas, dit notre Auteur , le procédé.
- Mais il eft bon d’obferver fur cette fécondé préparation, qu’employée dans la Peinture en émail, la couleur qu’elle donne , ne peut paffer deux fois au feu fans perdre toute fa fubftance. Elle eft à cet égard d’un moindre avantage que la première préparation.
- ii°, L’orpiment produit erfcore un beau jaune; mais il eft auffi très-délicat au feu, ôc demande un fondant trop doux. L’antimoine y fupplée entièrement.
- 12°, La brique pulvérifée donne auffi ce même jaune ; mais comme elle n’agit qu’en conféquence de l’ochre qu’elle contient,
- elle eft certainement inférieure aux ochres dont nous avons parlé , d’autant plus qu’elle eft fujette à de grandes impuretés. Elle exige d’ailleurs plus de fondants que l’ochre pur ou le fer calciné.
- Si l’on fe fert de la brique, il faut choifir la plus rouge ; ôt celle dont le tiffu eft le • plus doux ôt le plus égal. C’eft pourquoi on préféré celle de Windfoor.
- 13°, Le tartre s’emploie encore, non qu’il J3*’*;e taru
- . , * .. / r \ i . • ^ • *re rou£e*
- uit des qualités propres a la teinture , mais à caufe de fa propriété à modifier la manga-nefe. On choifit à cet effet le tartre" rouge crud j auquel il ne faut d’autre préparation que de le purger de fes impuretés, en le broyant.
- Section IV.
- De la compofition & préparation des fondants Fondants
- propres à la Peinture en émail, propres à la
- r r Peinture en
- émail.
- On connoîtra beaucoup mieux l’efficacité Nécefïïté de des différents ingrédients qui entrent dans les naturel les compofitions propres à ce genre de Peinture, effets des in. en faifant une recherche attentive ôc foute- fompofitions nue de leur nature ôt de leurs effets, que par propres à ce les recettes particulières. Je vais néanmoins, f,ei?re de dit notre Auteur, en donner une fuite complexe , en commençant par les fondants.
- Deux fortes de matières s’emploient dans Nature la compofition des fondants.Les unes ont un dont^on^fe grand penchant à vitrifier ôc à fondre. Elles fert pour les n’ont pas feulement une capacité paflive de ft,ndants* devenir verre, elles ont encore celle de rallier ôc vitrifier tous les corps fufceptibles de vitrification.
- Les fels, le plomb ôc l’arfenic font de cette efpece : mais comme les fels vitrifiés feuls font très-diffolubles par leur humidité , le verre qu’ils produifent fe corrode à l’air , devient obfcur ôc perd fon luftre, de forte qu’il faut combiner ces fubftances avec d’autres corps qui en rendent la compofition plus durable.
- Ces correêlifs qui font l’autre efpece de fubftances plus folides que les précédentes font les pierres, le fable ôc toute matière calcaire. Etant parfaitement blanches ôc ré-fiftant à la corrofion, elles donnent de la fermeté à la compofition , fans altérer les ingrédients colorants ; à moins que leur faculté vitrifiante ne vînt à s’affoiblir avec le temps, Ôc qu’en leur qualité de fondants, elles n’eùflent pas contra&é la folidité de quelqu’un de ces ingrédients qui ne les auroient pas pris en fociété.
- Le fondant le plus actif entre les fels eft le borax. Après lui le plomb, qui, fe vitrifiant à un feu modéré , communique cette propriété non-feulement à toutes les terres, mais auffi à tous les métaux Ôc demi-métaux,excepté l’or ôc l’argent. L’arfenic tient le
- troifieme
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- Méthode générale pour préparer les fondants.
- Feu trop vif diminue la bonté du fondant.
- Du verre de plomb.
- Maniéré de le préparer.
- Fondant ordinaire modérément doux.
- SUR VERRE. Il Partie;
- troifieme rang : mais il faut le fixer, en y joignant quelqu’autre corps déjà vitrifié, fans quoi il fe fublime avant d’arriver au degré de chaleur néceflaire à la vitrification. Les autres Tels ont aufli la qualité de fondants , Ôc fur-tout le fel marin, qui néanmoins ne fuffit pas pour former un fondant allez doux. Mais comme tous ces fels ne font point colorants, ils font d’un fort bon ufage réunis avec le plomb, ou du moins avec le borax.
- La maniéré de préparer tous les fondants eft la même. Il faut les broyer enfemble fur une pierre de porphyre ou fur une écaille de mer, avec une molette de même matière ; ou bien avec un pilon d’agate dans un mortier de même fubftance. S’il failoit en préparer une forte quantité, on pourroit fe fervir d’un mortier ôc d’un pilon de gros verre commun.
- La matière bien broyée ôc pilée fe met dans des pots ou creufets qui demandent un grand choix. Ceux de Sturbridge font préférés par les Angiois. On met le creufet au fourneau à feu de charbon ordinaire, parce que quoiqu’un grand feu accéléré la vitrification , il la rend plus dure en altérant la qualité du fondant.
- Quand la vitrification paroît faite , c’eft-à-dire , lorfque la matière en fufion ne produit plus d’ébullition au dehors, il faut l’ôter du feu , la verfer fur une plaque ou dans un mortier de fer fans rouille , la pulvérifer lorfqu’elle eft refroidie ôc la garder pour s’en fervir. S’il paroît quelque faleté fur la furface, il faut avoir grand foin de l’enlever, avant de réduire la matière en poudre.
- Le verre de plomb, quoiqu’il foit un fondant très-doux, ne veut point être employé feul. L’air venant à le corroder, l’émail fe terniroit. Il eft néanmoins utile d’en connoître la préparation : ôc quoique fes ingrédients puiflent fe lier avec ceux des matières colorantes ôc des autres fondants, il vaut mieux les vitrifier féparément. Cela fervira beaucoup à les purifier des ordures qui fe forment dans la première fufion. Voici la maniéré de préparer le verre de plomb.
- Prenez deux livres de mine de plomb rouge , une livre de cailloux calcinés ôc broyés, ou, à leur défaut, une livre de fable blanc pulvérifé très-fin. Vitrifiez le tout, ôc le préparez à l’ordinaire.
- ( Notre Auteur donne enfuite la compofl-tion de plufieurs fondants ).
- N°. i. Prenez une livre de verre de plomb, fix onces de cendres graveîées ôc deux onces de fel marin. Procédez comme aux autres fondants.
- Ce fondant eft à très-bon marché, ôcfera d’un fort bon ufage par-tout où une teinte de jaune ne peut nuire, comme aufli dans les compofitions qui ne demandent pas un
- Peint, sur Verre. IL Part.
- fondant très-doux.
- N°, 2. Prenez une livre de verre de plomb, fix onces de cendres graveîées quatre onces de borax ôc une once d’arfenic, Préparez le tout à l’ordinaire.
- Ce fondant eft très-doux ôc très-propre à vitrifier beaucoup de fafre, de poudre précipitée ôc de chaux de métaux : d’où il eft très-bon pour former des couleurs très-lifles. On peut s’en fervir par-tout où l’émail ne doit palier qu’à un feu modéré.
- N°. 3. Prenez une livre de cailloux vitrifiés ôc bien pulvérifés, fix onces de cendres graveîées, deux onces de fel marin Ôc une once de borax. Préparez comme dit eft.
- Ce fondant eft propre pour les pourpres, cramoifîs ôc autres couleurs où il ne faut point de jaune , comme aufli pour le blanc le plus pur. Il eft plus dur que le fondant enfeigné au N°. 1 ; mais on peut le corriger par une proportion de borax intermédiaire entre la préfente recette Ôc la fui-vante.
- N°. 4. Prenez de la fritte faite avec les cailloux pulvérifés, ou de verre commun une livre, de cendres graveîées ôc de borax de chacun quatre onces, de fel commun ôc d’arfenic de chacun deux onces : fondez ôc préparez comme dit eft.
- Obfervez feulement de laiffer plus longtemps en fufion ce fondant que les précédents , c’eft-à-dire , jufqu’à ce que la fumée , caufée par l’arfenic fur la furface de cette compofition, difparoiflfe. Cet ingrédient ne fe vitrifie jamais aufli promptement que les autres, ôc donne au verre une fur-face laiteufe jufqu’à ce que fa vitrification foit parfaite.
- On peut varier, ici comme plus haut , la dofe de borax ôc celle d’arfenic : on peut même fe palier d’arfenic Ôc de fel marin ; mais il faut toujours obferver les dofes des autres ingrédients.
- On a fort peu entendu jufqu’à préfent les principes des fondants ôc connu la nature des fubftances qu’on y emploie. La compofition de ceux de Venife ôc de Drefde eft reliée fous le fecret de ceux qui la pratiquent. On n’apporte point en Angleterre de verre de Venife , connu chez nous tout au plus par l’ufage des verres à boire qui en viennent. Je doute fi les Vénitiens en continuent la fabrique. Peut-être ce qui nous en eft parvenu eft-il un relie de ce qui s’en eft répandu en Europe, tandis que les Vénitiens en avoient feuls la pratique.
- Ce verre eft d’un doux tempéré. Il fe lie ôc s’incorpore aifément avec toutes les fubftances colorantes. Mais la nuance laiteufe , qui en couvre la furface, eft moins avantageufe qu’un fondant parfaitement tranfparent, pour donner aux couleurs ce lifte qui fait leur plus bel effet.
- Te
- Fondant^ doux ordinaire.
- Fondant tranfparent parfaitement blanc ôc mo« de'rément doux.
- Fondant tranfparent extrêmement blanc Ôc très-doux.
- Du verre de Venife blanc, comme fondant.
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- 166 L’ART DE LA PEINTURE
- On n’en connoît pas abfolument la com-pofition ; ôc toutes les recettes qu’en donne Néri, font beaucoup plus dures. Il eft fur-prenant qu’ayant fait paffer à la poftérité , dans fon Art de la Verrerie, toutes les compofitions qui étoient de pratique dans ritalie , ôc connoiffant très-bien celles de Venife, il ne nous ait pas donné la recette de ce fondant. On le reconnoîtra toujours à fon trouble laiteux.
- Section V.
- De la compofition & préparation de l'Email blanc qui fert de fond dans la Peinture en email, &c.
- Email blanc ]S[0. i. Prenez une livre de verre de
- nîe'dfocreT^ plomb , demi - livre de cendres gravelées, ôc autant de chaux d’étain. Mêlez bien ces ingrédients en les broyant fur le porphyre, ou en les pilant dans un mortier de verre. Mettez le tout dans un creufet à un feu modéré, jufqu’à ce qu’ils s’incorporent ; il ne faut pas que la fufion en foit trop violente ou de trop de durée ; autrement la chaux d’étain, moins prompte à entrer en fufion que le relie de la matière, furnagera fur la fur face, Ôc fe mêlera dans la malle, en fe refroidilfant. Quand le degré de chaleur fuffifant aura produit fon effet, ôtez le pot du feu , Ôc verfez la matière fur une plaque de fer , ou dans des moules, pour en faire des gâteaux comme les Vénitiens.
- Cet émail eft le plus doux des émaux blancs ordinaires, ôc approchera de l’émail commun de Venife. Il n’eft pas fort blanc , ôc par conféquent n’eft pas bien propre aux cadrans de montres, ni à tout ce qui requiert un beau blanc ; mais par-tout où la peinture le couvrira , il réulfira très-bien.
- Email blanc N°. 2. Prenez une livre de verre de ^^nun£rès’ plomb, demi-livre de cendres gravelées , autant de chaux d’étain, deux onces de borax, autant de fel commun, ôc une once d’arfenic. Faites comme au précédent. Modérez l’aêtivité du feu , ôc en ôtez le creufet, lorfque votre compofition fera convertie en une maffe homogène , fans attendre qu’elle devienne parfaitement fluide.
- Cet émail fera très-doux, ôc ne peut par conféquent fervir de fond affez folide pour recevoir les couleurs ; mais fi on le def-tine à n’en recevoir aucune, fi on fe contente de l’employer dans fa propre couleur, en le mêlant avec d’autres, ôc particuliérement avec le noir, il eft préférable à l’émail dur, pouvant être travaillé avec moins de chaleur, ôc étant moins fujet, en paffant au feu, d’altérer la fubftance du métal fur lequel on l’employera.
- Email N°, 3. Prenez une livre de fritte de verre Sutde,relimak commun, une demi-livre de chaux d’étain
- de la première blancheur, quatre onces de cendres gravelées > autant de fel c ommun , Ôc une once de borax ; fondez comme def-fus, mais à plus grand feu.
- Si la chaux d’étain eft parfaitement bonne; cet émail fera parfaitement blanc ôc propre aux cadrans de montres ; il portera auflï très-bien les couleurs. S’il eft trop doux, on le rendra pins dur en fupprimant le borax.
- N°. 4. Prenez une livre de fritte de verre commun, quatre onces de cendres gravelées, -autant de fel commun, deux onces de borax ôc une once d’arfenic. Fondez comme au précédent, mais épargnez le feu comme au N°. 2.
- Cet émail eft trop doux pour fervir de fond aux autres émaux colorants ; mais il eft excellent quand on veut un émail de la plus parfaite blancheur.
- N°. y. Prenez une livre de fritte de verre , une demi-livre d’antimoine calciné , ou autant d’étain calciné avec le nitre, félon les recettes que nous en avons donné ci-devant; trois onces de cendres gravelées, autant de fel commun', trois onces de borax , Ôc une once d’arfenic. Fondez, ôte, mais évitez foigneufement trop de fufion, qui rendrait la matière trop fluide.
- Cet émail fera très-propre pour rendre le blanc du linge, ôc par-tout ou il faut de fortes touches de blanc. S’il fe trou-voit trop doux, on pourrait fupprimer l’ar-fenic, Ôc employer moins de borax.
- On fe fert fouvent pour les cadrans Ôc autres ouvrages de Peinture en émail , du verre blanc de la Verrerie de M. Bowlès en Southwork.
- C’eft un verre rendu blanc opaque par un grand mélange d’arfenic. On emploie pour ce mélange une fufion affez légère. On évite par ce moyen une trop fluide vitrification, ôc ce verre retient fon opacité. S’il reftoit trop long-temps en fufion, toute fa maffe deviendroit tranfparente. Ce penchant à perdre fon opacité en rend l’ufage plus borné ôc plus difficile, parce que, dans tous les cas où il faudra beaucoup de feu , cette blancheur opaque^ dégénérera en tranfpa-rence.
- Cet émail eft plus dur que le verre commun de Venife ; mais il eft plus caffant ôc plus facile à s’écailler. Son bon marché ôc fa parfaite blancheur, qui l’emporte fur l’émail blanc de Venife, le rendent utile aux Email-leurs qui travaillent à vil prix.
- Section VI.
- De la compoftton & mixtion de tous les Emaux
- colorants propres à la Peinture en émail avec leurs fondants particuliers.
- parfaitement
- blanc.
- Email beaucoup plus doux,&beaui coup plus blanc.
- Email très-doux, du premier degré de blancheur & propre à la Peinture.
- D’un verre comrnur blanc opaque, propre ; fervirde fon< dans les ou vrages de Peinture et émail.
- N°. 1. Prenez des fondants ci-deffus enfei-
- Couîeur rou~ ge. Roug®
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- SUR VER
- gcarlate ou gnés fous les Nos. i ou 2, ou de verre de cramoifi , Venife, fix portions : de la chaux de Caflius proprement ou a or précipité par 1 étain, comme nous fourprs d’or, lavons dit ci-devant, une portion; mêlez-les enfemble , Ôc vous en fervez pour peindre.
- Cette mixtion vous donnera une très-belle couleur d’écarlate ou cramoifi, fuivant la * teinte de l’or précipité. J’ai expérimenté plus d’une fois, continue notre Auteur , que cette recette peut produire une véritable écarlate, quoiqu’ordinairement fa préparation ne donne qu’un cramoifi tirant fur le pourpre. Si la couleur rouge n’eft pas allez forte , fi elle eft trop tranfparente, on l’augmentera en ajoutant plus d’or précipité. Rouge écar- N°. 2. Prenez fix portions du fondant
- late tranfpa- enfeigné fous le N°. 2, Ôc une d’or précipité ge cramoifi. Par Pétain ; fondez-les enfemble à un feu violent, jufqu’à ce que le tout paroilfe d’un verre rouge tranfparent : verfez enfuite la matière fur une plaque de fer, ôc la broyez bien jufqu’à ce qu’elle foit propre à peindre.
- Cette préparation fera dans la Peinture en émail, l’effet de la laque dans la Peinture à l’huile.
- Pour avoir un rouge plus foncé, augmentez la dofe de l’or précipité, ôc laifîez la compofition plus long-temps en fufion ; fi , après l’avoir broyée, vous la mêlez avec un fixieme déplus d’or précipité, vous pourrez vous en fervir fans autre fondant, ôc elle vous donnera un beau cramoifi foncé.
- N°. 3. Prenez des fondants fous les Nos. 2 ou 4, deux parts ; de rouge précipité de mercure , ci-devant enfeigné , une part ; mêlez ôc peignez.
- Cette couleur eft très-délicate ; il ne lui faut qu’un juffe degré de chaleur : aufli eft-il difficile de s’en fervir avec des compofitions plus dures.
- N°. 3 (bis). Prenez du fondant fous le N°. 1, deux parts ; d’ochre écarlate, ci-devant enfeignée, une part ; mêlez Ôc fondez, mais évitez une fufion trop longue ôc un feu trop violent.
- C’eft ainfi que fe fait le rouge commun de la Chine. On peut le rendre plus vif, en mêlant une partie de verre d’antimoine avec une partie de fondant, au lieu de fe fervir du fondant feul.
- Rouge cra- N°. 4. Prenez du fondant fous le N°. 1, moÆ a bon quatre parties , ôc un quart de part de man-ganefe : fondez enfemble jufqu’à ce que le tout foit tranfparent. Mêlez-y alors une partie de cuivre calciné jufqu’à la rougeur, ôc peignez.
- Pour donner plus de tranfparence à cette compofition , il faut vitrifier le cuivre calciné avec les autres ingrédients, & prendre foin d’ôter la compofition du feu, fitôt que la vitrification eft faite.
- Pour donner du corps à cette couleur ,
- Rouge orangé brillant.
- Rouge écarlate à meilleur marché, mais moins brillant.
- %
- RE. IL Partie. ' i67
- on peut y ajouter un peu d’émail blanc, ou, ce qui vaut mieux, un peu d’étain calciné avec le nitre , comme ci-devant ; mais la couleur en eft néceffairement affoiblie.
- Ce rouge eft très-tendre , Ôc craint un trop grand feu. Si on le trouve trop doux, il. faut y ajouter de la fritte de verre dur avec une petite partie de fondant, ôc les mêler à la manganefe.
- Cette couleur eft trop délicate pour être employée dans les ouvrages à touche légère : les compofitions par l’or précipité leur conviennent mieux ; mais elle eft fort utile dans les ouvrages fufceptibles de fortes couches ou teintes de couleurs.
- Les recettes ordinaires pour former la couleur rouge par le cuivre calciné pref-crivent une égale proportion de tartre rouge ; mais il faut, fi l’on s’en fert, former le fondant de verre de fels. Si on mélangeoit le verre de plomb avec le tartre, l’Auteur penfe que le corps du fondant en feroit dé-compofé.
- N°. y. Prenez telle que vous voudrez des Rouge cou-compofitions ci-defius, ajoutez-y de l’émail blanc, ou de la chaux d’étain préparée avec ou le nitre, ou de la chaux d’antimoine, jufqu’à ce qu’il y en ait allez pour donner à la couleur le ton défiré.
- N°. 6. Prenez fix parts des fondants fous Couleur les Nos. 1 ou 2, ou autant de verre de Veni- hleue\S!iulî
- ~ ? 1 1 1 1 a plus brillant.
- le, ôc une part du plus bel outremer : me-lez-les bien pour peindre.
- Si vous voulez obtenir de l’outremer un bleu tranfparent, ajoutez au mélange ci-def-fus , une fixieme ou huitième partie du fondant fous le N°. 2 ; gardez ce mélange en fufion jufqu’à ce que l’outremer foit parfaitement vitrifié, ôc que le tout foit devenu tranfparent.
- Si votre bleu n’avoit pas aflez de corps , augmentez la dofe d’outremer, ou, pour épargner la dépenfe , ajoutéz à ce mélange une petite quantité de bleu d’émail fondu avec quatre ou fix fois fa pefanteur de borax; fi le bleu d’émail eft de la meilleure qualité, il fera paroître l’outremer plus foncé , fans lui rien ôter de fon luifant.
- N°. 7. Prenez quatre parts des fondants Bleu plus fous les Nos. 3 ou 4, ôc une part de cendres lc2er* d’outremer : mêlez-les pour peindre.
- Cette compofition n’eft pratiquée que par ceux qui ne connoiflent pas la propriété du bleu d’émail ; mais comme les cendres pures d’outremer ont une forte teinte de rouge ôc peu de luifant, les compofitions fuivantes font préférables à celle-ci. Si les cendres d’outremer font falfifiées avec le cuivre , comme cela arrive fouvent, elles vous donneront du verd au lieu du bleu que vous en attendiez.
- N°. 8. Prenez quatre parts de tel fon- Bleutranfi dant que vous voudrez, ôc une de bleu d’émail, parent,
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- Bleu célef-îe.
- Bleu d’azur par le cuivre.
- Couleur jau* ne. Jaune luifant opaque plein.
- Jaune brillant tranfpa-rent.
- Jaune clair tranfparent , avec l’argent Sc le fer.
- L’A RT DE LA. PEINTURE
- ï68
- Fondez-les enfemble à un feu violent, jufqu’à ce que toute la maffe foit parfaitement vitrifiée Ôc tranfparente. Si la petite quantité de bleu d’émail paroiffoit retarder la vitrification , ajoutez au mélange un peu de borax, ôc elle fera parfaite. Tirez alors la compofi-tion du feu ; laiffez-la refroidir, ôc la broyez pour vous en fervir : vous aurez un très-beau bleu tranfparent. Plus il fera couché épais, plus il fe foncera.
- On peut mettre moins de bleu d’émail lorfqu’on veut une couleur plus légère.
- N°. p, Prenez celle que vous voudrez des recettes ci-deffus prefcrites pour le bleu, ajoutez-y de l’émail blanc, ou de la chaux d’étain ou d’antimoine, jufqu’à ce que vous obteniez la teinte que vous délirez. Si vous choififfez le N°. 5, les cendres d’outremer produiront tout leur effet.
- N°. 10. Prenez cinq parts des fondants fous les Nos. 3 ou 4, une part de cuivre calciné tirant fur le pourpre, Ôc autant de bleu d’émail. Mêlez-les bien enfemble ; ajoutez, en broyant, une part de chaux d’antimoine ou d’étain calcinés par le nitre, Ôc gardez le tout pour peindre.
- Le fuccès de cette compofition eft fi douteux qu’on la prépare rarement. S’il arrive qu’elle réulîiffe , le bleu qu’elle produit eft meilleur, mais plus froid que tous les autres.
- 3M°. n. Prenez quatre parts des fondants fous les Nos. i ou 2 , une part d’argent calciné avec le foufre, comme il a été prefcrit, & une part d’antimoine. Mêlez ôt fondez enfemble , jufqu’à parfaite vitrification. Broyez avec une part d’antimoine ou d’étain calcinés avec le nitre, Ôt gardez pour peindre.
- Ce jaune eft le plus parfait ôt le plus brillant que l’on puiffe employer. On peut le rendre plus foncé en diminuant les proportions d’antimoine ou d’étain calcinés.
- N°. 12. Prenez fix parts des fondants fous les Nos. i ou 2, deux parts d’argent calciné avec le foufre, ôt demi-part d’antimoine calciné. Mêlez ôc fondez jufqu’à parfaite tranfparence, ôt broyez pour vous en fervir.
- Quand on veut une tranfparence plus grande, on peut omettre l’antimoine.
- Ce jaune eft très-foncé, propre pour les fortes ombres, ôc d’une couleur parfaitement nette.
- On fe fert plus ordinairement d’un jaune tranfparent à meilleur marché, qui fait le même effet.
- N°. 13. Procédez comme ci-deffus; feulement au lieu d’antimoine, prenez du fer précipité tiré du vitriol, comme on l’a en-feigné ci-devant.
- Cette couleur fera plus tranfparente que fi vous eufîiez employé l’antimoine, qui, variant à proportion du foufre crud qu’il contient, n’eft pas toujours fufceptible d’une
- grande tranfparence à la vitrification. Au refte ce jaune fera vrai ôc très-froid ; par conféquent propre à former toutes fortes de couleurs vertes ( mêlé avec du bleu ).
- N°. 14. Prenez fix parts des fondants fous les Nos. 1 ou 2, ou de verre de Venife; une part d’antimoine , ôc une demi-part de fer précipité avec le vitriol. Mêlez-les jufqu’à parfaite vitrification, ôc les broyez avec une part d’étain calciné jufqu’à la blancheur.
- Ce jaune différé de celui du N°. 11, en ce qu’il n’eft pas auffi luifant ôc aufli plein ; mais il rendra toujours un jaune fpncé très-pur, par-tout où l’on n’a pas befoin d’un émail fi brillant.
- N°. iy. Procédez comme ci-deffus; feulement au lieu de fer précipité , fervez-vous de l’ochre écarlate, ci-devant enfeignée.
- N°. 16. Prenez fix parts des fondants fous les Nos. 1 ou 2, Ôc une part de fer précipité. Mêlez ôc fondez le tout à un feu violent, jufqu’à ce que la mafle foit vitrifiée ôc tranfparente.
- N°. 17. Prenez fix parts des fondants fous les Nos. 1 ou 2, une part d’ochre écarlate , ôc une demi-part de verre d’antimoine. Mêlez ôc fondez jufqu’à parfaite tranfparence.
- N°. 18. Prenez trois parts du fondant fous le N°. 2 , ôc une part d’orpiment rafiné ou jaune de Roi. Mêlez ôc broyez pour vous en fervir.
- Cette compofition eft très-délicate, ôc ne veut de feu quautant qu’il en faut pour lier les parties du fondant. Si vous voulez ce jaune plus chaud, ajoutez-y un peu de verre d’antimoine.
- N°. ip. A telle des compofitions jaunes ci-deffus que vous voudrez, ajoutez la chaux commune d’étain, fi vous défirez des jaunes légers. S’il vous faut beaucoup de luifant, ajoutez de la chaux d’étain ou d’antimoine calcinés avec le nitre.
- N°. 20. Prenez de l’outremer ôc du jaune, enfeigné fous le N°. 11, ci-deffus , de chacun une part; des fondants fous les Nos. 1 ou 2, deux parts. Mêlez-les enfemble pour peindre.
- N°. 21. Prenez fix parts des fondants fous les Nos. 1 ou 2 , ôc une part de Cuivre précipité par les fels alcalins ; mêlez Ôc fondez jufqu’à ce que la mafle foit tranfparente. Vous aurez un beau verd épais; mais tirant fur le bleu, ce qui eft facile à corriger, en y ajoutant une quantité fuffifante des jaunes tranfparents, enfeignés ci-deffus fous les Nos. 12 ou 13.
- N°. 22. Prenez du jaune fous le N°. 13 , ôc du bleu fous le N°. 8, parties égales, ôc les broyez enfemble pour vous en fervir.
- N°. 23. Prenez fix parts des fondants fous les Nos. 1 ou 2, une part de cuivre calciné jufqu’à couleur pourpre, autant du jaune opaque fous le N°. 14; mêlez, fondez ôc
- broyez
- Jaune opaque plein , à meilleur marche'.
- i
- Jaune
- opaque plus chaud , ou moins fenft-ble au feu. Jaune tranfparent , à meilleur mar. ché.
- Jaune tranfparent plus chaud.
- Jaune tranfparent par l’orpiment.
- Jaunes légers en couleur.
- Couleur verz te. Verd opaque luifant.
- Verd tranfparent lui-» Tant.
- Verd tranfparent luifant, partner langes.
- Verd opaque à meilleur marché.
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- Verd Opaque par mélanges^ meilleur marché.
- Verd plus léger.
- 'Couleur orangée. Orangé luifant.
- Orangé
- tranfparent
- luifant.
- Orangé tranfparent plus léger & îrès-Iuifant.
- Orangé tranfparent à meilleur marché.
- jCouleur pourpre. Pourpre opaque luifant.
- Pourpre
- tranfparent
- luifant.
- Pourpre opaque , à meilleur marché.
- Pourpre tranfparent,à meilleur marché.
- Couleur brune. Brun rouge opaque.
- SUR VERRE. II. Partie
- broyez avec une part de chaux d’étaim
- N°. 24. Prenez du jaune fous le N°. 14, & du bleu fous le N°. 8 , égales parties. Eh variant la proportion de ces mélanges, on produira du verd de mer, du verd de gazon ôc toutes fortes de teintes vertes.
- N°. 2 3. Prenez telle des compofitions ci-defîus qu’il vous plaira ; ajoutez-y de la chaux d’étain ou d’antimoine , à proportion de la légéreté que vous requérez dans votre couleur.
- N°. 26. Prenez deux parts du jaune fous le N°. 12 , une part du rouge fous le N°.
- 1} ôc demi-part du jaune fous le N°. 11 ; broyez-les enfemble pour l’ufage.
- Les compofitions qui ne font pas indiquées pour être fondues, quand on s’en fert feules , ne doivent pas entrer dans les eom-pofitions mélangées. Il faut feulement pour s’en fervir les broyer avec les ingrédients colorants, dont elles ont befoin, ôc peindre en l’état où eiles font.
- N°. 27. Prenez du jaune fous le N°. 12, ôc du rouge fous le N°. 2 , parties égales, ôc les mêlez enfemble.
- N°. 28. Prenez parties égales des compofitions précédentes ôc de verre d’antimoine ; broyez Ôc mêlez pour votre ufage.
- N°. 2p. Prenez fix parts des fondants fous les Nos. 1 ou 2, une part de cuivre calciné tirant fur le rouge, ôcune part de tartre rouge. Fondez jufqu’à ce que la matière devienne tranfparente; mais évitez, s’il eft pofiible , de continuer le feu un feul moment de plus. Broyez jufqu’à ce que le tout paroiffe rouge, en y mêlant une partie égale d’antimoine.
- N°. 30. Prenez du rouge fous le N°. 1, Ôc des bleus fous les Nos. 6 ou 8 , de chacun demi-part : mêlez-les pour l’ufage.
- N°. 31. Prenez du rouge fous le N°. 2 , Ôc du bleu fous le N°. 8. Mêlez-les pour vous en fervir.
- N°. 3 20. Prenez fix parts des fondants fous les Nos. 3 ou 4 , une part de bleu d’émail ôc une demi-part de manganefe. Fondez-les à un feu violent, jufqu’à ce que le tout foit vitrifié Ôc tranfparent. Ajoutez-y alors une part du rouge fous le N°. 4 , ôc une demi- part de chaux d’étain ; mêlez ôc broyez pour l’ufage.
- N°. 33. Prenez fix parts des fondants fous les Nos. 3 ou 4, une demi-part de manganefe , ôc un fixieme de bleu d’émail. Si vous défirez un pourpre rouge, omettez le bleu d’émail.
- Ces deux dernieres compofitions peuvent varier, ôc faire un pourpre plus rouge ou plus bleu, en diminuant ou augmentant la proportion de bleu d’émail. Si on la veut plus rouge, il faut la mêler avec du verre d’antimoine.
- N°. 34. Prenez quatre parts du rouge fous le N°. 3, ôc une part du bleu fous le N°.
- Peint, sur Verre. II. Part,
- 169
- 8 : mêlez-les pour vous en fervir.
- N°. 3 y. Prenez du pourpre fous le N°; 3 3, ôc du verre d’antimoine parties égales , ôc un cinquième du jaune fous le N°. 17 ; broyez-les enfemble pour votre ufage.
- N°. 36. Prenez deux parts du jaune fous le N°. 14, ôc demi-part du bleu fous le N°. 8 , avec un quart du rouge fous le N°. 3 ; broyez pour l’ufage.
- N°. 37. Prenez une part du jaune fous le N°. 16 9 une demi-part du bleu fous le N°. 8, ôc autant de verre d’antimoine ; broyez le tout.
- Ces couleurs peuvent fe varier en changeant la proportion des ingrédients. On petit aufli leur donner différentes teintes de brun léger, en y ajoutant des quantités fufïifarites de chaux d’étain , qui peut fe mêler avec les autres ingrédients, ou être mife après leur mélange.
- N°. 38. Prenez fix parts du fondant N°. 1 , une part de bleu d’émail 9 demi-part de verre d’antimoine, un quart d’ochre écarla-/ te, ôc autant de manganefe : mêlez ôc fondez enfemble jufqu’à ce que le tout forme un noir épais.
- N°* 39. Subftituez le fondant fous le N0* 2, à celui fous le N°. 1 ; Ôc opérez comme dans la précédente recette.
- Cette compofition eft très-bonne pour les cadrans en émail ou pour peindre fur des fonds d’émail ou de porcelaine de Chine, en maniéré d’eftampes ou de clair-obfcur, parce que, fe parfondant à un feu doux, les plus légères touches fe montreront parfaitement, fans rifque d’altérer le fond.
- Les compofitions fufdites peuvent fe varier. En les recompofant enfemble, elles donnent différentes nuances. On peut les rendre plus ou moins douces par le choix des fondants qu’on y mêlera.
- Il n’y a point de réglé abfoiue pour les dofes des ingrédients colorants qui entrent dans chaque compofition, à caufe des différentes qualités des diverfes parties de leurs fubftances. D’autres circonftances imprévues changent aufïï quelquefois l’effet qu’on en attendoit.
- J’ai néanmoins toujours donné les dofes $ dit notre Auteur; car, faute de cette con-noiffance , plufieurs Artiftes ont manqué des épreuves qui leur auroient réuffi , en faifant à propos quelques légers changements à la forme ftriCte des recettes dont ils fe font fer vis.
- N. B. (Je ne rapporterai pas ici la Traduction des Serions VII ôc VIII, de ce Chapitre, qui n’ont trait qu’au travail des Peintres en. émail ôc à la cuiffoh de leurs ouvrages. Le Mémoire de M. Taunai , dont j’ai parlé ailleurs ( a ), fournit fur ces
- ( a ) Au Chapitre VI, de notre fécondé Partie.
- Vv
- /
- Brun rougè tranfparent.
- Bruri bîivë opaque.
- Brun olive tranfparent;
- Couleur noire. Noir modérément dur.'
- Noir très-doux.
- Eh variant les compofitions fufdites,,' on obtient différentes nuances.
- Il n’y a point' de réglé ab-foîue pour les dofes.
- Pourquoi l’Auteur Ah* gîois les a> données.
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- Le fecret delà Peinture fur verre eft regardé fauffement comme perdu.
- ' Caufe de fa décadence.
- Les Anglois tiennent des Chinois des couleurs plus belles que celles dont les anciens Peintres fur verre fai-foient ufage.
- Lumières fur fa nature & fa pratique données par l’Auteur pour la faire revivre en Angleterre,
- Affinité de la Peinture fur verre & de la Peintu-
- VA RT DE LA PEINTURE
- 170
- objets des connoifiances aufli sûres que lu-mineufes : mais comme l’Auteur Anglois renvoie, dans la Se&ion IV du Chapitre
- fuivant, à ce qu’ il a enfeigné dans ces deux Serions ; j’en extrairai pour lors ce qui fera nécelfaire pour l’intelligence de celle - là ).
- EXTRAIT DU CHAPITRE X. DE LA I. Partie.
- De l’Art de Peindre fur Verre par la Recuijfon avec des couleurs
- vitrifiées tranfpar entes.
- Section première.
- De la nature engénéral de ce genre de Peinture.
- JL’A r t de peindre fur verre avec des couleurs vitrifiées j quant à leur compofition ôc leur cuiffon , eft regardé comme un fecret, parfaitement connu dans les fiecles antérieurs , mais perdu pour le temps préfent. Cependant c’eft une erreur dont il eft facile de fe convaincre, pour peu qu’on examine cette queftion. Faute d’Artiftes qui cultivent cette maniéré de peindre, parce qu’ils ne trouvent plus de patrons qui les y encouragent, la pratique bien entendue des couleurs manque, ôc l’on a ceffé de faire de bons ouvrages dans ce goût. Nous poffédons néanmoins la connoiffance de la préparation des couleurs, ôc la méthode de les cuire dans un degré plus parfait que celui des fiecles paffés, d’après les nouvelles lumières que nous avons tirées de la Chine. Si d’habiles Peintres s’appliquoient à ce genre de Peinture, ils pourroient donc nous donner des ouvrages fupérieurs à ceux que nous regardons comme les reftes de cet Art.
- Audi en faveur de ceux qui par des vues d’intérêt ou pour leur propre fatisfa&ion voudroient faire revivre cette Peinture, je vais, continue notre Auteur, répandre dans ce Chapitre des lumières fur fa nature ôc fur fa pratique. Elles mettront ceux qui peignent en huile, détrempe ou autres véhicules, en état de pofféder les détails particuliers de cet Art (a),
- La Peinture fur verre avec des couleurs vitrifiées roule précifément fur les mêmes principes que la Peinture en émail. L’opéra-
- (a) Nous avons déjà obfervé que l’Auteur Anglois, dans ce Chapitre, traite plutôt de l’Art de colorer le verre fur une fuperficie , que de l’Art de le peindre, c’eft-à-dire, de tracer fur le verre tel tableau que l’on puiife fe propofer, ôc de le rehauffer de couleurs convenables. Plus Chimifte que Peintre, il s’eft plus appliqué à donner des principes fur la nature des fubftances colorantes, ôc à prefcrire les dofes qui doivent entrer dans la compofition des différentes couleurs, qu’à donner des préceptes fur la maniéré de peindre. Aufïi, dans tout ce Chapitre, paroît - il feulement s’en tenir à ce qui a fait l’objet du Chapitre III de notre fécondé Partie.
- tion eft la même ; fi ce n’eft que dans la Peinture fur verre, la tranfparence des couleurs étant indifpenfable > il n’y peut entrer que des ingrédients parfaitement vitrefcibles. Sans cette vitrification parfaite, il ne peut y avoir de parfaite tranfparence.
- Trouver une fuite de couleurs qui foient compofées de fubftances telles que, mélangées avec d’autres corps, elles puiffent paf-fer de la fufion à la vitrification parfaite, Ôc fe parfondre à un feu plus doux qu’il ne le faut pour fondre les différentes fortes de verre qui doivent fervir de fond ; mettre ces couleurs en état d’être employées avec le pinceau , Ôc de fouffrir dans la recuiffon une atteinte de feu telle que le verre, qui leur fert de fond, n’en puiffe fouffrir aucune altération ; voilà tout le myftere de la Peinture fur verre.
- Pour ne pas me répéter, je n’entrerai pas ici, dit notre Auteur, dans un grand détail fur la préparation des couleurs, ni fur leur ufage ; je prouverai feulement que les méthodes indiquées pour la Peinture en émail font applicables à la Peinture fur verre.
- Section II.
- Du choix du verre fur lequel on veut peindre avec des couleurs vitrefcibles par la recuijfon.
- Le premier objet auquel il faut faire attention , c’eft le choix du verre qui fert de fond. Il doit être -du premier degré de dureté , mais en même-temps fans couleur propre , fans taches ni ondes. Le verre exempt de ces défauts en perfe&ion, c’eft le meilleur de ceux qu’on emploie aux fenêtres : le verre de glace, quoique clair ôc fans couleur , eft trop doux, à caufe du borax ôc autres matières qui entrent dans fa compofition. Or le meilleur verre à vitres fe nomme ( en Angleterre ) verre de couronne : c’eft un verre de fels dur ôc tranfparent qui, étant en plats ou tables, eft tout prêt pour cet ufage. Quand il eft queftion de Peintures d’une certaine conféquence , il faut fe fervir d’un verre en tables comme les glaces, mais d’une compofition particulière ( c’eft-à-dire 9
- re en émail. En quoi elles different,
- Nature particulière de la Peinture fur verre.
- Choix du verre fur lequel on veut peindre».
- Verre de glace trop doux.
- Verre decon-ronne choifî par préférence.
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- SUR VERRE. IL Partie.
- 171
- Maniéré particulière d’emboire plufieurs tables de verre pour y coucher les couleurs , quand on a à peindre des objets plus grands que le volume dlune feule table.
- fans doute plus dur qu’à l’ordinaire ).
- Lorfqu’on a à peindre de plus grands objets que le volume d’une feule table de verre, il en faut joindre plufieurs de cette maniéré : on prend une planche bien unie, de la grandeur de l’objet que l’on veut peindre, on la faupoudre d’un mélange de réfine Ôc de poix ; on l’emboit de ce ciment, en le faisant fondre avec une efpece de fer à repaf-fer : on y pofe les tables de verre defiinées à l’ouvrage ; on les ferre le plus qu’il eft poiïible l’une contre l’autre, ôc ellesfe fixent d’elles-mêmes à mefure que la réfine ôc la poix fe refroidilfent. Après le refroidifle-ment, il faut nettoyer ce verre, ôc enlever tout le ciment qui peut déborder les joints des tables, d’abord en le grattant, enfuite en le frottant avec l’efpritde térébenthine. Il fera alors en état d’être peint avec les couleurs premières. Cela fait, on ôtera les tables de verre de deffus la planche, en repaf-fant le fer chaud à un certain éloignement, qui, fondant le ciment, les en détachera , ôc alors on les fera recuire féparément fans aucun inconvénient.
- Section III.
- - Des fondants & des colorants dont on fe fert dans la Peinture fur verre par la recuijfon.
- Fondants 8c Les fondants ôc les colorants qu’on em-coiorants,les pj0je dans ja Peinture en émail, fervent éga-îT^Peinture lement dans la Peinture fur verre, ôc fe pré-for verre que parent de même ; mais, comme on l’a déjà ture dit, il ne faut ufer ici que des corps fufcep-
- mail; mais il tibles d’une vitrification ôc d’une tranfparen-
- tranfparence. ce Parfaites-
- Il fufiira donc de renvoyer aux compofi-
- tions données pour la Peinture en émail, fous leurs différents Numéros , en joignant des indications pour leurs traitements particuliers dans la Peinture fur verre.
- On fe fervira des mêmes fondants, en préférant avec difcernement les plus forts ou les plus foibles félon les cas. Si le plus dur fe trouvoit trop doux, on pourroit, après quelques efifais, y remédier par l’addition d’une dofe proportionnée de groifils du verre qui fert de fond, broyés jufqu’à une finefle parfaite.
- Blanc en Pour produire le blanc, il faut, au lieu Peinture for d’un corps chargé de cette couleur, n’em-Verre' ployer que le fond fans être coloré. S’il faut une teinte plus fale, on l’obfcurcira légèrement , la lumière modifiée fuppléant à la lumière réfléchie.
- Teintes plus Les teintes légères des autres couleurs,
- gerescfocou" te^es flue cou^eur de r°fe 3 l’écarlate ôc leurs. le cramoifi, la carnation orangée, le jaune couleur de paille ôc le bleu célefte , fe pro-duifent comme le blanc, en les couchant d’un corps de couleurs plus légèrement dé-
- trempé. Il laifîe plus aifément palier la lumière au travers du verre, au lieu que les corps plus chargés de couleurs rendent une lumière réfléchie.
- Pour y parvenir, il faut étendre les couleurs fur le fond. Si les compofitions fem-blent avoir déjà trop de corps, on les Amplifie en les détrempant* ôc y mêlant plus de fondants. Si elles deviennent trop douces ( trop tendres au feu), on y mêle du verre broyé.
- On obtient de cette façon des teintes plus ou moins légères avec autant de certitude que par l’addition du blanc d’émail Ôc des autres matières pour peindre. L’avantage de ce procédé eft d’autant plus grand que fi les couleurs manquent de luifant, elles ont plus de force que fi elles étoient plus chargées par l’autre méthode.
- Pour un rouge luifant fervez-vous de la Couleur compofition ehfeignée fous le N°. 2 (de la rou§e* Seêtion VI, du Chapitre précédent). Elle vous donnera un rouge cramoifi ou écarlate, félon la couleur de l’orque vous y aurez employé.
- Pour un rouge plus fale, fervez-vous de celle fous le N°. 4, ce rouge étant extrêmement tendre , il ne faut pas le biffer trop au feu, ni le biffer venir à parfaite fufion.
- Pour un vrai rouge écarlate , fervez-vous de celle fous le N°. 2 , avec un mélange de verre d’antimoine.
- Pour un bleu très-luifant, fervez-vous de Couleur 1a compofition enfeignée fous le N°. 6 , bleue, après l’avoir rendue très-tranfparente par une parfaite fufion. Comme elle eft formée d’outremer, qui, lorfqu’il eft bon eft fort cher, on peut y fubftituer les compofitions fuivantes.
- Pour un bleu plein ou il ne faut pas beau* coup de luifant, mais de 1a dureté à 1a fu-fion, fervez-vous de b compofition enfei-! gnée fous le N°. 8.
- Pour un bleu froid ou fufceptible d’unë chaleur moins forte, fervez-vous de celle fous le N°. 10 , fans y employer b chaux d’antimoine ou d’étain.
- Pour un bleu plus fort en couleur, mê~ lez les compofitions enfeignées fous les Nos^:
- 8 ôc 10, jufqu’à ce qu’elles produifent b teinte que vous défirez. Prenez garde néanmoins que 1a dureté du bleu du N°. 8 , pat proportion au tendre du N°. 10, ne donne à 1a couleur par la fufion un ton trop verd.
- Pour un jaune très-luifant, fervez-vous Couleur de 1a compofition fous le N°. 12, fans 1a jaune, chaux d’antimoine ou d’étain :
- Ou fervez-vous de celle fous le N°. 13.
- Pour un jaune à meilleur marché, fet-vez-vous de celle fous le N°. 1<5.
- Pour un jaune chaud, à bon marché, fei-vez-vous de celle fous le N°. 17.
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- Couleur
- verte.
- Couleur
- orange'e.
- Couleur
- noire.
- Couleur
- brune,
- Couleurs
- mixtes.
- Maniéré de coucher les couleurs fur le verre.
- i72 L’A RT DE LA
- Pour un verd très-luifant, prenez les comportions indiquées fous le N°. 16, conduit à une parfaite tranfparence, & fous le N°. 12, fans antimoine. Mêlez-les dans une proportion qui rende le verre plus tirant fur le bleu ou le jaune, félon la teinte que vous défirez.
- Cette compofiticm étant très-chere , à caufe de l’outremer qui entre dans l’apprêt du N°. i o, ôc le grand brillant étant rarement effentiel, on peut lui fubftituer la com-pofition fuivante.
- Pour un verd luifant, à meilleur marché, fervez-vous de celle indiquée fous le N°.
- 21 ; en y ajoutant une quantité fuffifante de feîs, fur-tout fi vous voulez un verd tirant fur le jaune.
- Pour un verd à bon marché , mais moins luifant, mêlez enfemble les eompofitions enfeignées fous les Nos. 8 ôc 16.
- Pour un orangé luifant, prenez celle du N°. 2, ôc celle du N°. 12 , fans antimoine.
- Pour un orangé à meilleur marché, mais plus léger, mêlez du verre d’antimoine à la précédente recette.
- Pour un orangé détrempé , appellé carnation , prenez dix parts de verre d’antimoine, une part de pourpre fous le N°. 33 ; en omettant le bleu d’émail, Ôc mêlez-les avec les fondants enfeignés fous les Nos. 1 ou 2 ( de la quatrième Seêtion ) , fuivant la couleur que vous défirez.
- Pour le noir , prenez les eompofitions données fous les Nos. 38 ou 3p.
- Pour un brun rouge , fervez-vous de celle fous le N°. 37.
- Pour un brun olive, fervez-vous de celle fous le N°. 37.
- Ou mêlez une fuffifante quantité de noir avec les recettes ci-deffus preferites pour le rouge ou pour le jaune.
- Des différentes combinaifons des compo-fitions indiquées dans la préfente Seôlion, réfulteront des couleurs plus ou moins légères : Ôc fi les objets à peindre demandent moins de tranfparence , on parviendra à la diminuer par l’addition d’une petite quantité des eompofitions d’émail blanc , dans la proportion de la nuance que l’on délire.
- Section IV.
- De la maniéré de coucher les couleurs fur un fond de Verre, & de leur recuijfon.
- L’affinité qui fe trouve entre la Peinture en émail ôc la Peinture fur verre, par rapport à la préparation des couleurs, s’étend fur la maniéré de les coucher ôc de les faire recuire.
- ( L’Auteur fur la maniéré de les coucher , renvoie à ce qu’il en a dit dans le Chapitre de la Peinture en émail; les huiles d’afpic,
- PEINT URE
- de lavande ôc de térébenthine étant, dit-il, également convenables pour l’un ôc l’autre genre de Peinture. Ainfi je vais rapporter ici ce qu’il a enfeigné fur cet objet, dans l’une des Serions dont je n’ai point donné la Tradu&ion ).
- Il faut d’abord broyer très-fin chaque matière d’émail, ôc bien nettoyer le corps qui doit être émaillé. On couchera enfuite l’émail , le plus uniment que faire fe pourra , avec la broffe ,ou pinceau , après l’avoir détrempé avec l’huile d’afpic ; ôc on ne laiffera guere de diftance entre la couche ôc la re-cuiffon, de peur qu’en féchant trop, l’émail ne courre rifque d’être enlevé par le moindre frottement. Au lieu de détremper les couleurs avec l’huile d’afpic ôc de les coucher avec le pinceau, on peut fe contenter de frotter avec cette huile la furface de la piece qu’on veut émailler, d’entourer cette piece de papier ou de plomb ( fans doute , de peur que l’émail fuperflu ne fe perde ) ; Ôc de répandre fur fa furface, par le moyen d’un tamis ( de foie très-fin ), l’émail dont on veut la peindre , jufqu’à l’épaiffeur défi-rée. On fe donnera bien de garde d’agiter les pièces ainfi faupoudrées, pour n’en pas déranger l’émail, jufqu’à ce qu’il fe foit attaché.
- On ajoute communément l’huile de térébenthine aux huiles d’afpic ôc de lavande. Les plus ménagers y ajoutent un peu d’huile d’olive ou de lin : d’autres même fe fervent de la térébenthine crue,
- ( Il eft aifé de faire l’application à la.Pein-ture fur verre, de ce que l’Auteur vient de dire fur la maniéré de coucher les couleurs dans la Peinture en émail ). Quant à leur recuiffon, quoique la méthode en général foit la même, il faut cependant, dit-il dans la préfente Seêtion, la changer ici à certains égards.
- On peut fe fervir de moufles fixes pour recuire des tables de verre peint, ou de poêles en forme de cercueil ( coffing ) pour les plus grandes tables ; mais comme la forme des tables , convexe dans la Peinture en émail, eft plate* dans la Peinture fur verre , on peut en mettre plufieurs l’une fur l’autre dans chaque poêle , parce qu’il n’importe ici que la furface des tables s’approche plus ou moins, pourvu qu’elles ne fe touchent pas. Pour les y placera leur avantage, il faut adapter à la poêle des tables de fer, garnies à chaque coin d’un petit fupport de même matière à angle droit. Ces fupports , comme autant de piliers , tiendront iefdites tables à telle diftance l’une de l’autre , qu’une table de verre pourra être pofée entre chaque table de fer, fans toucher à aucun autre corps dans fa furface fupérieure ( fur laquelle les couleurs font couchées ). Quant à celle du fond, n’ayant rien au-deffous que
- la
- Maniéré de les recuire.
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- SUR VE R R E. II. Partie.
- là matière de la poêle, elle eft fuffifamment foutenue. Ces tables de fer feront plus étendues que celles de verre, afin que celles-ci, placées deflus, n’éprouvent aucun frottement contre les foutiens, qui poferont fur les tables de fer ôc non fur celles de verre. On commencera par le bas , & toujours fuc-ceflivement jufqu’au couvercle de la poêle ; elle doit être bien luttée avant d’être introduite dans le fourneau pour que la fumée ne puiffe y pénétrer ( ce qui terniroit les couleurs ).
- ( Je .ne rapporterai point ici la defcrip-tion des fourneaux, que l’Auteur a donnée dans le Chapitre précédent ; car outre qu’elle
- eft très-longue , les matières doht ils font formés , ainfi que celles d,es creufets, moufles ôc poêles , font propres à l’Angleterre. Je terminerai feulement cette Seôtion avec l’Auteur, par remarquer que, quelque di~ menfion qu’on donne au fourneau, il faut toujours obferver la même diftance entre l’âtre & le deflous de la poêle. L’atteinte du feu, en obfervant cette diftance , qu’il dit être de huit pouces de haut, fera toujours fufhfante, quelque longueur ôt quelque largeur qu’on donne au fourneau. On fe fert en Angleterre, comme chez nous * de charbon de bois pour chauffer les four-’ neaux à recuire).
- EXTRAIT DU CHAPITRE XL de la I4 Partie,
- De la dorure de VEmail & du Verre par la recuijfon.
- le^verre* fe L Y a deux maniérés de dorer l’émail ôc important; mais à moins que le fond, fur
- dorent avec le verre par la recuiffon : l’une produit la lequel l’or eft couché, ne foit très-doux ,< il
- un fondant cohéfion de l’or par le moyen d’un fondant, faut, s’il n’y a pas de fondant, une forte cha-
- dan?.nS ^0I1~ i’autre fans ce fecours. leur pour attacher l’or, auquel cas fi le fond
- Ces deux méthodes ont néanmoins un eft d’émail, l’émail court rifque de s’endom-
- principe commun ; car elles n’ont l’une ÔC mager. Quand le degré de feu n’eft pas pro-
- l’autre d’autre objet que de faire adhérer portionné , le verre , ou l’émail qui fèr£
- l’or à l’émail ou au verre , qui fe prêtent à de fond, coule fans happer l’or,
- la cémentation de l’or par fa fufion ÔC fa liai- Quant à la méthode d’employer l’or en fon intime avec leurs propres corps. poudre au même ufage , il eft à propos ,
- Si on fe fert de quelques fondants on avant de l’enfeigner, de donner la maniéré
- doit employer le verre de borax, ou les de préparer cette poudre, autres fondants défignés pour les émaux. Prenez telle quantité d’or que vous vou-
- Onemploie La qualité de l’ôr met aufli quelque dif- d*ez 5 faites-en. la difïblution dans l’eau réga-danS for den f^rence dans cette maniéré de dorer ; car on le, ainfi qu’il a été dit ( Chapitre IX, Sec-
- feuilles ou en peut y faire ufage d’or en feuilles ou d’or en tionlll), dans le procédé de la chaux dë
- poudre. poudre. Caiïius. Précipitez-le en mettant dans votre
- Orenfeuil- Quand on fe fert d’or en feuilles , il faut difîolution des paillettes de cuivre , ôc con-
- ^.^Maiiiere humeêter l’émail ou le verre avec une légère tinuez jufqu’à ce que l’ébullition foit ceflée*
- pour dorer/ couche de gomme arabique, Ôc la laiffer Otez-les enfuite ; ôcl’or, qui s’y étoit atta-
- fécher. Le fond ainfi préparé , on y couche- ché , étant enlevé, verfez le fluide hors du
- ra la feuille d’or; ôc jufqu’à ce qu’elle s’y précipité. Subftituez-y de l’eau fraîche, ce
- attache, on h aller a deîfus. Si elle ne fufîit que vous répéterez à plufieurs reprifes juf-
- pas pour couvrir tout l’ouvrage, on en ajou- qu’à ce que le fel, formé par le cuivre ôc
- tera d’autres; ôc, tandis que l’or s’appli- l’eau régale , foit entièrement féparé de l’or*
- quera, on hallera encore deflus, jufqu’à ce Après l’évaporation , l’or fera dans l’état
- que toute la furface foit dorée. L’or ainfi convenable à votre opération.
- 1 étendu fur ce fond par le cément de la gom- * Si on ne veut pas fe donner la peine de me arabique , eft en état d’être recuit. préparer cette poudre, on fera ufage à fa
- Si, pour employer l’or en feuilles, on à place de celle de feuilles d’or ; mais ce prérecours à un fondant, on broÿera ce fon- cipité eft la poudre la plus impalpable qu’on
- dant le plus fin qu’il eft poflible, on le dé- puifle obtenir par aucune autre méthode ,
- trempera avec une légère folution de gom- ôc elle prend une plus belle cuiflon que tout©
- me arabique, & on l’étendra fiir l’ouvrage autre.
- qui doit être doré, procédant au furplus Pour dorer le verre ou l’émail avec cette comme deflus. poudre , on fe fert, ou non, de fondant,
- L’avantage que l’on trouve à ne point comme à la dorure avec les feuilles. Les
- fe fervir de fondant, c’eft que l’or eft tou- avantages qui réfultent d’employer la poudre
- jours plus également étendu, ce qui eft très- d’or avec des fondants font les mêmes 2 Ôc
- Peint, sur Verre, II. Pan, Xx
- Or enpoü' dre.
- Maniéré de le préparer.
- Maniéré dé s’en [fervir pour dorer.
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- /
- *74 L’ART DE LA
- on a de plus celui d’avoir une dorure capable de réfifter aux efforts de ceux qui la gratteroient ; mais cet avantage fe trouve contrebalancé par un inconvénient très-grand ; car fi le fondant vient à fe mêler avec l’or, il détruit fon extérieur métallique, ôc, ce qui eft pire encore, lui ôte à la recuif-fon fon véritable éclat.
- Qu’on emploie cette poudre fans fondant, ou avec fondant, il faut la détremper avec l’huile d’afpic, ôc la travailler comme les couleurs en émail. La quantité du fondant doit être un tiers du poids de l’or ; quand l’or eft ainfl pofé, l’ouvrage eft prêt à paffer au feu ; ôc cette opération, (i on excepte le degré de chaleur, fe fait delà même
- PEINTURE
- forte dans les différentes méthodes de dorer,
- La maniéré de recuire l’or eft la même Recuüronde que pour les autres couleurs ; mais les pie-ces dorées peuvent être mifes dans des moufles ou poêles, Dans le cas du verre, s’il n’y a pas de peinture, l’opération peut fe faire à feu découvert.
- Lorfqu’après la recuiffon on veut brunir Maniéré l’or, on lui donne le luftre convenable en j*™™* le frottant avec une dent de chien , un bru- cuiflon. : niffoir d’agate, ou un fer poli.
- ( Cette façon de dorer le verre ou l’émail Les chinois au feu, eft la même que celle dont les Chi- fa0poïeelSni» nois fe fervent pour dorer la porcelaine.
- L’Auteur en parle au Chapitre I, de la quatrième Partie de fon Ouvrage ).
- SECOND EXTRAIT,
- TIRÉ DU SECOND TOME,
- SUR LA NATURE ET LA COMPOSITION DU VERRE;
- Et fur 1!Art de contrefaire toutes fortes de Pierres précieufes.
- CHAPITRE I. de la IIP. Partie, Du Verre en général.
- ï)u verre qui O N entend ici fous le nom de Verre toute danfie^Ver- vitrification artificielle qui a trait à quelque reries Angloi- objet utile dans les befoins domeftiques ou fes, dang le commerce.
- L’Art de préparer avec plus de perfe&ion les matières qui entrent dans fa compofition, eft l’objet des obfervations Ôc des enfeigne-ments que nous allons donner : nous éviterons d’ailleurs toute recherche fpéculative ou philofophique ; nous omettrons même la méthode d’en modeler ou former toutes fortes de vaiffeaux.
- On peut divifer le Verre-manufa&ure en trois claffes ; favoir, le verre blanc tranfpa-le verre* de rent, le verre coloré, ôc le verre commun ou à bouteilles.
- Il y a une grande variété dans les procédés de la première efpece, parce qu’on n’en fait pas feulement des vitres, mais encore nombre d’uftenfiles domeftiques : il y en a aulfi beaucoup dans la fécondé, à caufe de îa différence des couleurs ôc de leurs différentes propriétés ; mais il n’y en a aucune dans la troifieme claffe.
- Commençons par donner des notions dif-tinêies fur la vitrification , quoiqu’avec moins d’étendue que Becker, Stahl ôc autres.
- Trois fortes de verre : le verre blanc,
- couleur , le verre à bouteilles.
- La vitrification eft le changement qui Pnneipesgtf.
- » i j c i j neraux lur la
- s opéré dans des corps fixes par le moyen du vitrification,
- " feu , pouffé plus ou moins violemment, félon la différente nature de ces corps, qui les rend plus ou moins fluides. Cette action du feu leur donne, après le refroidiflfe-ment, la tranfparence, la fragilité, un certain degré d’inflexibilité , une privation entière de malléabilité ôc de folubilité dans l’eau.
- Quelques-uns de ces effets peuvent manquer dans certains cas, fur-tout par le défaut d’une vitrification complette, ou par le mélange de certains corps : par exemple, dans îe verre blanc opaque, ou la matière, qui donne la couleur laiteufe, empêche la tranfparence j ôc dans les compofitions où il entre trop de fels ,• qui pourroient rendre le verre foluble à l’humidité, quoique parfait d’ailleurs.
- Il paroît par la nature de la vitrification que tous corps fixes peuvent être des matériaux de verre parfaits. Tous néanmoins ne font pas également convenables au Verre-ma-nufaâure dont il eft ici queftion. On ne peut regarder comme tels que ceux qu’on peut fe procurer en qualité fuflifante , Ôc qui fe vitrifient par un feul fourneau, ou par leur mélange avec d’autres. Dans ce cas, les plus parfaits fourniffent à ceux qui le font moins les propriétés qui leur manquent.
- Les principales matières qui entrent dans Matieresprin-* la compofition du Verre-manufa&ure font les £entedaniete
- t
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- tompofîtion du verre, '
- Ç Elles font de trois fortes.
- i°, Celles qui confii-tuent le corps du verre,
- 'a®, Celles dont on fe fert comme fondants,
- 3°, Celles dont on fe fert comme colorifiques.
- SUR VER
- pierres, le fable , les foffiles, les textures pierreufes ôc terreufes, les métaux ôc demi-métaux préparés par la calcination ou autres opérations, l’arfenic, le fafre ôc tous les fels.
- Entre ces matières, celles qui font les plus dures à la fufion communiquent au verre une plus grande ténacité ; d’autres beaucoup plus tendres fe vitrifient à un feu moins vif, ôc, mêlées avec d’autres corps, en accélèrent la vitrification. Cette propriété s’appelle fluxing ou fondant. L’habileté du Verrier confifte dans le choix de celle-ci ; par cette connoifiance il peut épargner beaucoup fur la dépenfe des ingrédients, ôc même beaucoup de temps Ôc de feu.
- C’eft entore un grand talent dans un Verrier , de favoir ôter la couleur première du verre pour le charger d’autres couleurs de toute efpece ; car, par le mélange qui fe fait de ces matières, il en eft qui opèrent cet effet.
- Les matières dont on fait le verre font donc de trois fortes ; i celles qui confti-tuentle corps du verre; 20, celles connues fous le nom de flux ou fondant, 30, celles qui font propres à la coloration.
- Dans la première clafie, font le fable blanc, le caillou, le talc, le verre de Mof-covie ôc les foffiles pierreux ; fi ces matières, trop dures à la fufion pour produire feules du verre parfait, ont befoin d’un mélange d’autres ingrédients qui la facilitent, elles ont l’avantage d’être à très-bon compte, en très-grande quantité , Ôc de donner au verre la dureté, la confiftance ôc l’indifîb-îubilité qu’on chercheroit en vain à fe procurer fans elles.
- Dans la fécondé clafie, c’eft-à-dire, celle des fondants, entrent la mine de plomb rouge, les cendres gravelées, le nitre ou falpê-tre, le feî marin, le borax, l’arfenic ôc les cendres de bois qui forment une maffe ter-reufe remplie de fels lixiviels produits par l’incinération.
- L’ufage de ces fondants eft très-varié pour le choix ôc pour les dofes des ingrédients , même dans une même forte de verre. Les Maîtres de Verrerie n’ont fur cela aucune réglé sûre ; ils s’attachent aux recettes qui leur paroiffent les meilleures , Ôc cachent foigneufement à leurs Confrères les découvertes heureufes qu’ils acquièrent par l’expérience, & qui leur donnent quelqu’a-vantage fur eux.
- Les matières colorantes, qui forment la troifieme clafie, font en grand nombre ôc de différentes efpeces ; tels font les métaux, les demi-métaux , les corps minéraux ôc les foffiles. \
- De quelqu’utilité que puifle être dans le commerce l’Art de donner au verre toutes fortes de couleurs, celui de favoir en ban-
- t Ë. IL î? A R T11*
- nir celles qui naiffent contre le gré du Verrier , dans la compofition du verre tranfpa-rent eft d’un plus grand avantage.;
- Le falpêtre ou nitre ôc la manganefe font les matières que les Verriers Anglais emploient par préférence pour ce dernier effet; La première augmente la dépenfe ; la fecon* de préjudicie à la tranfparence.
- Il y a une maniéré générale de combiner ces trois clafîes de matières pour parvenir à les vitrifier. On réduit eh poudre les corps qui font en trop grofles mafles, on en fait la mixtion, on la met dans des pots convenables , on place les pots dans les fours, jufqu’à ce qu’un jufte degré de chaleur amené la matière à une parfaite fufion ôc vitrification.
- Le vrai ôc parfait degré de vitrification fe connoît par l’égalité de tranfparence dans la matière vitrifiée ; on en fait i’efîai fur une petite partie qu’on laiffe refroidir. Plus les ingrédients font réduits en poudre fine ôc intimement mélangés, plus la vitrification devient prompte Ôc parfaite.
- Section Premier é«
- De la nature particulière des différentes
- fubflances qui entrent dans la compofition du Verre*
- Le fable eft prefque la feule matière dont on fe fert dans les Verreries d’Angleterre, parce qu’il ne demande pas la préparation préliminaire de la calcination , nécefîaire quand on emploie les cailloux ôc les pierres. Le meilleur eft celui de Lynn , dans le Comté de Norfolk. Il y en a une autre efpece inférieure qui vient de Maydftone , dans le Comté de Kendt. Il eft blanc ôc brillant. Dans le microfcope, il reflemble à de petits morceaux de cryftal de roche, ôc il en a les qualités. On préféré ce fable à tous les cailloux , quoiqu’étanè plus lent à fe vitrifier il exige plus de fondant ôc de feu. En ré-compenfe il eft plus clair Ôc plus dégagé des corps hétérogènes colorifiques qui font dans les cailloux, ôc qui nuifent à la franche netteté du verre.
- Le fable ne demande aucune préparation, fur-tout lorfqu’on l’emploie avec le falpêtre, qui, purgeant toujours la matière fulphu-reufe des fubftances animale Ôc végétale , conféquemment les calcine; mais comme on ne fait pas ufage de falpêtre dans les ouvrages délicats, il faut purifier le fable en verfanc de l’eau defîus, le bien agiter dans l’eau, Ôc tenir le vaiffeau dans lequel on le lave affez incliné pour que Peau en s’écoulant puifle en emporter la faleté.
- Pour du verre groflier ôc commun, on fe fert d’un fable plus doux. Outre qu’il eft à meilleur marché, il eft plus vitrifiabls
- Maniéré générale de vitrifier ces trois clafles de matières.
- À qüeïïeà marques on reconnoît la vitrification parfaite*
- fc)es matières qui confti-tuent îe corps du verre.
- 1 °, Le fable blanc,
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- '2*, Les cailloux calcinés.
- Calcination des cailloux.
- 5*, Létale.
- i
- 4°, Lesfof-liles terreux pu pierreux.
- i76 L’ART D E LA
- ôc épargne les fondants.
- Dans les eflais qui ne produifent qu’une petite quantité de verre, les cailloux calcinés font préférables au fable. La dépenfe de leur calcination ne fait pas monter le Verre au-defîus du prix courant de celui qu’on auroit eu par le fable.
- Les meilleurs cailloux font ceux d’une couleur clairè, tranfparente, tirant fur le noir. Il faut rejetter ceux qui font tachés de brun ou,de jaune, à caufe des parties ferrugineufes qu’ils contiennent, lefquelles ôtent au verre beaucoup de fa blancheur.
- On doit toujours calciner les cailloux , lion-feulement pour pouvoir les mettre en poudre, mais encore pour les purger, par l’adion du feu , d’une portion huileufe qui nuit à leur vitrification.
- On les calcine en les mettant dans un fourneau , à une chaleur modérée, jufqu’à ce qu’ils foient devenus parfaitement blancs, ce qui demande plus ou moins de temps, fui-vant leur volume ôc le dêgré de feu. On les ôte enfuite du feu pour les plonger incontinent dans l’eau froide, jufqu’à ce qu’ils foient entièrement refroidis. S’ils font bien calcinés, ils fe réduiront par menues parcelles friables & faciles à pulvérifer ; s’il s’en trouve quelque partie qui ne foit pas totalement calcinée, on les recalcinera, pour, lorfqu’ils le feront fufhfamment, les broyer au moulin.
- On fe fert aufti de talc, mais rarement dans de grands ouvrages. Il faut quelquefois le calciner, mais à plus petit feu que les cailloux, & fans l’éteindre dans l’eau froide.
- Il y a des efpeces de talc plus ou moins vitrifiables ; on les fait entrer en fufion avec le fel de tartre ou la mine de plomb. Dans les grandes Verreries, on lui préféré les cailloux, comme moins rares & exigeant moins de fondants & de feu pour leur vitrification.
- Les fofîiles terreux ou pierreux, toute matière qui fait feu avec l’acier, peuvent entrer dans la compofition du verre. Je n’en ferai néanmoins l’énumération que de deux fortes, dit notre Auteur, parce que le peu d’avantage qu’on en retire en a fait abandonner l’ufage. en Angleterre.
- L’une eft le moiion de France, qu’on trouve en grande quantité à l’ouverture des carrières : il eft fufceptible d’une prompte vitrification. L’autre eft une efpece de cail-' loux de riviere blancs, ronds & femi-tranf-parents, qui fe vitrifient aufii vite ; plus on les choifit nets & exempts de couleurs, plus le verre qu’ils produifent eft blanc ; mais pour les réduire en poudre, il faut les calciner à feu vif, jufqu’à ce qu’ils foient rouges,
- & les éteindre dans l’eau froide.
- Kunckel confond fous le nom de fable, les cailloux Ôc autres matières pierreufes, quo;-
- PEîNTURE
- qu’il mette lui-même une grande différence dans leur vitrification. Il faut, dit-il, cent quarante livres de fels pour fondre cent cinquante livres de pierres calcinées , tandis qu’il n’en faut que cent trente livres pour fondre deux cents livres de fable.
- Section II.
- Des matières quon emploie comme fondants dam la compofition du Pierre,
- On a annoncé plus haut que ces matières font le plomb, les cendres gravelées, le nitre, le fel marin, le borax, l’arfenic ôc les cendres de bois.
- Le plomb eft dans les Manufa&ures An-gloifes le fondant le plus important de ce qu’on nomme verre à cailloux ; il faut auparavant le réduire par la calcination à l’état de ce qu’on appelle minium ou plomb rouge. Il donne un verre plus folide que celui qu’on obtient des fels feuls; ce verre eft à bon marché. Foncièrement taché de jaune , il demande dans fa préparation une addition de nitre qui brûle ôc détruife la matière ful-phureufe & phlogiftique qu’il contient, & lui ôte cette couleur hétérogène. Ce nitre , à la vérité, augmente la dépenfe, qui, fans lui , feroit peu confidérable ; mais il renié’ die de plus à un autre inconvénient, fans être obligé d’en ufer au-delà d’une certaine proportion. Car lorfque le plomb entre en grande quantité dans la compofition du verre , il reçoit de l’air une impreiïion corrodante qui lui eft pernicieufe.
- Il eft inutile de donner ici la maniéré de calciner le plomb. Outre qu’elle a été enfei-gnée dans le premier Tome; il en coûte-roit plus de le calciner foi-même que de l’acheter tout calciné. Sa perfe&ion confifte dans une parfaite calcination : on la recon-noît à fon brillant & à fa couleur qui tire fur le cramoifi. Il n’y a pas d’ailleurs de matériaux rouges, à aflez bon compte, pour qu’il foit fujet à falfification , fi l’on en excepte la brique pulvérifée ôc l’ochre rouge. On s’appercevroit aifémentdans la vitrification qu’il feroit falfifié par la teinte de jaune qui s’y montreroit.
- Les cendres gravelées ( Pearl ashes ) fup-pléent aujourd’hui à celles du Levant, aux Barillajfes d’Efpagne & aux autres incinérations dont on fe fervoit en Angleterre pour la compofition tant du verre que du îavon. Par-tout où il faut de la tranfparenee, comme dans les glaces de miroirs ôc les verres a vitres, les fels font préférables au plomb comme fondants : conféquemment les cendres gravelées deviennent la matière principale, étant les plus pufs des fels lixi-viels ou alkalis fixes, qu’on peut fe procurer à bon marché.
- Desmatie* res dont on fe fert comme fondants.
- i°,Le plomb rouge ou minium.
- a°,Lescen-i
- dres de perles
- ou gravelées.
- Les
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-
-
- '36, Le nitre eu falpêtre.
- SUR VER
- Les Cendres graveiées fe préparent en Allemagne, en Rufîie ôc en Pologne. On extrait, à cet effet, les Tels des cendres de bois ; on réduit la lefTive à ficcité par évaporation Ôc par une longue calcination dans un fourneau à un feu doux. ,
- Comme on ne les prépare pas en Angleterre avec avantage, quoiqu'on pût le faire dans nos poffefïions en Amérique, je n'entrerai pas, dit notre Auteur, dans le détail de leur procédé, d'autant plus qu'elles ne font pas cheres. On connoît leur bonne qualité à leur extérieur égal ôc blanc, & à leur pureté. Lorfqu’il s'y rencontre quelques parcelles tachées de bleu par la calcination , ce n’eft point un mauvais ligne ; mais lorfqu’el-les font brunes en partie, ou grifesenleur entier, c’eft une preuve de mauvaife qua-lité. Ceci ne doit s’entendre que de celles qui fe trouvent telles à l’ouverture des caif-fes, quoique parfaitement feches ; car fi l’air y entre, elles prennent auffi-tôt cette couleur brune ou grife, par la demi-tranfpa-rence qu’elles acquièrent.
- Une autre falfification, fréquente & non apparente, c’eft l’addition qu’on y fait de fel marin, quoiqu'il ne puiffe nuire au verre, il en naît néanmoins un vrai préjudice, en ce qu’on acheté une chofe pour une autre fix fois plus qu’elle ne vaut. Voici le moyen de la reconnoître.
- Prenez une petite quantité des cendres fufpeétées ; mettez-la fur une pèle à feu fur un feu ardent. Si elles font mêlées de fel commun, on verra une légère explofton & un pétillement fenfible à mefure qu’elles s’échaufferont.
- Les cendres graveiées ne demandent de préparation que iorfqu’on les fait entrer dans la compofition des glaces ou des verres à vitres ; alors il faut les purifier.
- On fe fert de nitre rafiné, vulgairement nommé falpêtre , plutôt comme décolorant que comme fondant, à caufe de fon habileté à ôter la couleur hétérogène au verre , Ôc à détruire le phlogiftique du plomb. Comme fondant, il a moins de pouvoir que le fel alkalî fixe des végétaux. Etant beaucoup plus cher , on doit lui préférer les cendres graveiées.
- Le falpêtre qu’on emploie en Angleterre vient des Indes Orientales, dans la forme de ce qu’on appelle nitre eruà, Ôc en langage de commerce gros-petre ou rough-petre. Dans cet état il eft mêlé de fel commun. Il y a des gens qui fe font un métier de le rafiner, & de qui les Verriers l'achetent pour s’en fervir dans les compofitions où il doit entrer. Plus il reffemble à des morceaux de cryftal par fa forme, par fon luifant ôc par une pureté exempte de couleurs, plus on eft sûr qu’il eft bon, ôc qu'il n’a contradé aucun mélange étranger.
- Peint, sur Verre. II. Part.
- RE. IL Partie* ïj7
- Le fel marin s’emploie aufli comme fondant , ôc a beaucoup de force pour exciter la vitrification des corps les plus durs ; mais il en faut une grande quantité. Il produit néanmoins un verre moins folide que le plomb ou le fel alkali des végétaux : c’eft pourquoi il faüt le mêler avec d’autres fels , ôc le deffécher par décrépitation , c’eft-à-dire, le faire paffer par un feu doux, juf-qu'à ce qu’il ceffe de pétiller ; autrement fa force explofîve pôufferoit les, fubftances vi-trefcibles hors du pot. Il faut bien fe garder après cette opération de l’expofer à l'air; car il y reprendroit fa qualité pétillante.
- Le borax eft le plus puiffant des fondants ; mais à caufe de fa cherté, on ne s’en fert que dans la compofition des glaces ou autres ouvrages de prix, où il n'en faudroit pas une'trop grande quantité. On le tire des Indes Orientales, fous le nom de Tincal. La maniéré de le rafiner n’eft connue en Europe que de très-peu de perfonnes qui gardent fcrupuleufement ce fecret ; mais on s’en paffe aifément, parce qu’il eft facile de s’eri procurer de rafiné.
- On juge de la bonté du borax par la grof-feur ôc le brillant de fes malles en formé de pierres.
- On le prépare en le calcinant à un fexi doux qui le convertit en un état femblablé à celui de l’alun calciné. La calcination doit s*en faire dans un vaiffeau capable d’en con-4 tenir une bien plus grande quantité que celle qu’on veut calciner, parce qu’il eft fujet à fe gonfler Ôc qu’il occupe, en fe dilatant, beaucoup d’efpace. . . .
- L’arfenic eft aufli un très-bon fondant ; mais Iorfqu’on l’emploie en trop grande quantité , il rend le verre laiteux Ôc opaque ; ôc par cette qualité, il retarde la vitrification, ôc dépenfe beaucoup de temps Ôc de feu. Ainfi il n’eft utile que pour donner au verre cette couleur laiteufe ôc opaque.
- Les cendres de bois, tant celles de genet de bruyères que celles de tout autre végétal, font un bon fondant pour le verre à bouteilles ou le verre verd. Il faut les employer dans leur état naturel, c’eft-à-dire 5 dans leur mélange de terre calcinée ôc de fel lixiviel ou alkali fixe. En cet état elles fe vitrifient facilement ôc agiflfent fur ies autres fubftances comme un puiffant fondant. C’eft une circonftance extraordinaire qui leur eft propre : car Iorfqu’on fépare leurs fels de leur partie terreufe par une folution dans l’eau, leur partie terreufe répugne à la vitrification. Si même on y remettoit ces fels, ou fi ôn y en ajoutoit d’autres, cette terre pren-droit une nature toute différente de celle qu’elle avoit avant la féparation de fes fels.
- Ces cendres ne demandent d’autre préparation que de les cribler pour en féparef les fragments de charbons de terre ou autre»
- Yy
- 4% Le ïel marin.
- ç°, Le Borax.
- 6°, L’affenici
- 7°, Les cendres de bois;
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- syS VA RT DE LA PEINTURE
- parties de végétaux qui ne feroient pas parvenues à une parfaite incinération. Il faut auili les préferver de toute humidité qui réparerait les Tels de la partie terreufe.
- La bonté de ces cendres fe reconnoît par leur blancheur Ôc leur exemption de toute impureté. Leur abondance en fels eft encore une preuve de leur bonté ; on peut l’éprouver en faifant une lefîive d’une petite portion defdites cendres, ôc jugeant de fa force par fon poids.
- Section III.
- Des matières dont on fe fert f comme calorifiques y dans la compofition du Verre.
- Des matie- Comme les matières propres à produire (bfertcomme verre de différentes couleurs viendront calorifiques, naturellement quand je traiterai de cet Art ;
- je ne parlerai ici, dit notre Auteur , que du nitre ôc de la manganefe qui fervent à dégager le verre de toute couleur hétérogène qui pourroit en altérer la beauté. Ces deux ingrédients font les plus employés , ôc prefque les feuls dont on fait ufage, à cet effet 5 dans les groffes Verreries. i°, Leni- On a fait mention ci-deffus de la nature tre^ou falpe- générale du nitre ou falpêtre, en le confidé-rant comme fondant. Ici on ne l’examine que relativement à la couleur. Sous cet afpeêl, il a la faculté d’échauffer ôc foutenir en un état combuftible tous les corps qui contiennent une matière phlogiftique ôc fulphureufe parleur rencontre avec lui à un certain degré de chaleur. Par fon moyen la matière ful-phureufe eft détruite, ôc les corps font réduits en calcination.
- Auffi on fait entrer le falpêtre comme ingrédient dans la compofition du verre, où l’on emploie le plomb comme fondant, parce que le plomb chargeant toujours ce verre d’une teinte de jaune , le falpêtre en procure la deftruôtion. On voit cet effet en jet-tant un morceau de falpêtre dans du verre de plomb en fufion : il s’enfuit une explo-fion qui dure jufqu’à ce que l’acide du falpêtre foit confumé.
- D’après ce principe, on fent dans quel verre le falpêtre eft néceffaire, ôc quelle doit en être la dofe. Plus cher du double que les cendres gravelées , il n’a d’autre avantage fur elles que d’être moins chargé de couleurs. Il n’agit puiffamment que lorfque, purgé de fes acides, il fe rencontre avec les matières phlogiftiques : il va pour lors de pair en nature avec les cendres gravelées , mais dans la proportion d’un tiers de fa pefan-teur originaire. Le nitre ou falpêtre doit donc entrer dans les verres formés de plomb
- ôc dans les verres de fels, où il faut beaucoup de tranfparence; mais ceux-ci en exigent moins que les verres de plomb.
- La manganefe eft auffi fort utile pour ôter au verre toute couleur défagréable. Ge foffile partage la nature du fer fans en contenir beaucoup. On le trouve par-tout où il y a des mines de fer, ôc fouvent fur des couches de mines de plomb. Ce dernier eft meilleur que le premier, comme moins chargé de fer. Les montagnes près de Mondip , dans le Comté de Dorfet, en* fourniffent de très-bonne qualité.
- La manganefe reffemble aflez à l’antimoine par fa texture. Elle doit être d’une couleur de brun noir. On juge de fa bonté par l’obf-curité de fa couleur ôc par fon exemption de lignes extérieurs métalliques. Celle qui eft tachée de brun rouge ou de jaune, ôc de toute autre marque qui annonce la préfence du fer, doit être rejettée.
- Son mélange avec toute efpece de verres les fait entrer facilement en fufion. Elle donne par elle-même au verre une couleur d’un rouge fort ôc empourpré. On s’en fert à détruire toute teinte de jaune dont le verre pourroit être taché, parce que les trois couleurs primitives qui font le jaune , le rouge ôc le bleu, mêlées enfemble, s’entre-détruifent ôc ne donnent plus qu’une couleur grife dans les corps opaques, ôc une couleur noire dans les corps tranfparents.
- La teinture de la manganefe dans le verre lui communiquant fa couleur de pourpre, qui eft un compofé de bleu ôc de rouge, fe confond avec la couleur jaune ou verte du verre, ôc en détruit toute apparence , fur-tout par rapport au verd, parce qu’elle contient plus de rouge que de bleu. Alors le verre en reçoit une teinte noire Ôc obfcure proportionnée aux couleurs détruites, ôc qui n’eft fenfible aux yeux qu’autant qu’on le com-pareroit à d’autre verre moins tranfparent.
- On doit donc éviter l’ufage de la manganefe dans les compofitions de verre qui demandent beaucoup de tranfparence. On n’y doit faire entrer que les fubftances les moins chargées de couleurs par leur nature ou rendues telles, par l’ufage du nitre.
- On calcine la manganefe dans un fourneau à feu violent, ôc on la réduit en poudre impalpable, avant de la mêler avec les autres fubftances. On étoit autrefois dans l’ufage de l’éteindre à plufieurs reprifes dans le vinaigre après fa calcination, pour la purger de toute partie ferrugineufe ; mais on a aban^ donné cette pratique comme inutile.
- On parlera ailleurs de l’application de la manganefe pour colorer le verre.
- 20, La man-J ganefe.
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- Inftruments fléce flaires aux Verriers.
- Fotfrneaux Sont ils fe fer* yeüt*
- I. Verre Mans,
- Cinq fortes de verre
- SUR VERRË. iï. Partis: t*p
- CHAPITRE II.
- Des Inflruments & UJlenJiles dont on fe fert pour la compofition & la préparation du Verre.
- A plupart des enfeignements que notre Auteur donne dans ce Chapitre, ne pouvant être utiles qu’aux Anglois , je vais légèrement le parcourir ).
- Pour la pulvérifation ôc le mélange des ingrédients, on fe fert, dit-il, de moulins qui fe mènent à bras ou à l’aide des chevaux ; de pierres à broyer ôc de molettes très-dures, afin que le verre ne contracte que le moins qu’il fe pourra de la fubftance defdites pierres.
- Au défaut de moulins, on fe fert de grands mortiers de fonte de fer avec les pilons de même nature qu’on a grand foin de pré-ferver de la rouille. Dans les préparations les plus délicates, ou l’on n’emploie que peu de matière , il faudroit que les mortiers fuflent de gros verre à bouteilles, ou d’agate, ôc la pierre à broyer , ainfi que la molette, de porphyre ou d’agate.
- Les tamis doivent être d’un bon linon très-fin, ,ôc avoir, comme ceux des Apo-ticaires , un couvercle en deffus & une boëte en delfous, pour éviter l’évaporation de la poudre la plus déliée.
- Pour la fufion ôc la vitrification, on fe fert, dans les grands travaux, de grands fourneaux dont la conftruétion, dit l’Auteur, eft fi connue, qu’il eft inutile d’en donner la defeription. Mais quand on ne veut fondre qü’une petite quantité de verre , comme dans le cas de la teinture du verre en différentes couleurs ou de la compofition des pâtes qui imitent les pierres fines , on fe fert du fourneau ordinaire à vent ou de l’athanor des Chimiftes, ou enfin d’un fourneau fait exprès.
- (L’Auteur donne la conftru&ion de ce fourneau ; mais je l’omets, ainfi que ce qu’il enfeigne fur le choix ôc la préparation des terres propres à faire les pots ou creufets, pour la raifon fufdite ).
- CHAPITRE III.
- De la préparation & compojltion des différentesfortes de Verre blanc tranfi parent, actuellement en ufage ( en Angleterre ).
- Section première,
- jDes différentes fortes de Verre blanc & de leur compofition en général.
- Il y a différentes fortes de verre blanc, favoir le verre à cailloux ôc le^veçre de
- cryftal' d’Allemagne > qui fervent tous deux au même ufage ; la glace à miroirs ; le verre à vitres ôc le verre pour les phioles ou petits vaiffeâux.
- Le verre des quatre premières fortes exigé non-feulement un fondant pur qui le décharge de toutes couleurs hétérogènes, mais encore le mélange du fable blanc, ou des cailloux calcinés ou des cailloux blancs. Le verre à phid-les, ôemême certaines efpeees du verre à vitres, ne demandent pas tant de délicateffe dans le choix des fubftances ; mais ces verres font moins nets,, lorfqu’on y emploie un fable trop brun ou des fels impurs.
- Avec nos fables, plomb ôc charbon , dit l’Auteur, qui regrette ici le peu d’encouragement des Verreries d’Angleterre ôc l’importation qu’on y fait du verre des Manu-faètures Etrangères, nous ferions du verre à meilleur marché que par-tout ailleurs : Ôc cependant fious achetons à grand prix des glaces des Manufaètures de France ; du verre à vitrés des Holiandois ; des verres à boire ^ à bord doré, des Verreries d’Allemagne, lefqüels deviennent fort à la mode. La taxe qu’on a impofée fur le verre, contre tout principe de bonne politique, nous contraint à recourir à l'Etranger, ôc nuit au grand détriment de notre commerce, à l’exportation .que nous commencions à faire de quelques fortes de cette marchandée.
- Section IL
- De la nature & compofition des Vmes à cailloux <âr de cryftal à*Allemagne,
- Le verre qu’oh appelle ici verre à cailloux, parce qu’avant l’ufage du fable blanc on le préparoit avec des cailloux calcinés , eft de la même nature que celui qu’on nomme communément verre de cryftal. Il en différé néanmoins par la compofition ; car au lieu de n’y employer que les fels ou l’arfenic, on le forme en partie de plomb. D’ailleurs le corps de ce verre , au lieu d’être de cailloux calcinés ou de cailloux blancs de riviere, eft d’un fable blanc qu’on ne trouve point de la même bonté hors de l’Angleterre.
- Ce verre eft donc principalement compofd de fable blanc ôc de plomb avec un peu de nitre, de manganefe Ôc quelquefois d’arfe-nic, pour produire les effets dont nous avons parlé.
- Indépendamment du nitre on y ajouté d’autres fels , en diminuant le plomb à proportion ; diminution qui paroît par le peu de pefanteur ôc de tranfparence qu’on f trouve aujourd’hui, outre que les vaiffeauîé qu’on en fait font foufflés à moindre épaiP feur.
- Le plomb rend* à la vérité, le verre moins dur Ôc moins tranfparent que les fels, mais
- blanc â£tuel-lementenufa-ge en Angleterre.
- Tes Anglais pourraient faire du verre à meilleur compte que par-tout ailleurs, s’ils e'toient plus encouragés;
- Première 8é fécondé fortes de verre blanc * le verre à cailloux ëc le verre de cryftal.
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- Verre à cailloux le plus parfait.
- Même verre avec plus de fels.
- Même verre à meilleur marche', avec de l’arfenic.
- ï8o L’ART DE LA PEINTURE
- auffi le verre dans la compofition duquel Il entre, a l’avantage de réfléchir la lumière comme le diamant ôc la topaze. Les vaiffeaux ronds reçoivent du plomb un luftre que les fels ne leur donnent pas.
- En effet la trop grande tranfparence ôc le défaut de jeu des verres de fels donnent aux vaiffeaux qui en font faits un certain air de maigreur qui influe fur la beauté de la couleur des liqueurs qu’ils contiennent. Mais ce verre eft préférable pour les vaiffeaux polygones ou à pans, ainfi que pour ceux qui font relevés en figures incruftées ou dorées. On en peut juger par ceux qui nous viennent d’Allemagne.
- Il n’en eft pas de même pour les pierres taillées à facettes dont on fe fert pour les luftres : le verre de plomb y produit un bien plus bel effet pour les raifons ci - defliis défignées.
- Par ces différentes combinaifons , on peut épargner de la dépenfe ôc rendre fon verre plus ou moins doux. Plus on augmentera la dofe du nitre ôc des fels, en diminuant celle du plomb , plus la texture du verre fera forte , Ôc ainfi vice verfd. Je vais donc donner, dit notre Auteur, les compôfitions de ces verres , relativement à toutes ces différences.
- N°. i. Prenez cent vingt livres de fable, blanc, cinquante de plomb rouge ou minium , quarante des meilleures cendres gra-velées, vingt de nitre ou falpêtre ôc cinq onces de manganefe. Fondez a un feu fort avec le temps néceffaire.
- Cette compofition eft plus chere que celle ci-deffous, mais approche davantage de la perfection, qui confifte à réunir le luftre ôc la dureté. Si l’on veut en accélérer la vitrification , ôc la laiffer moins longtemps au feu, on peut y ajouter une livre ou deux d’arfenic.
- N°. 2. Prenez cent vingt livres de fable blanc, cinquante-quatre des meilleures cendres gravelées , trente-fix de plomb rouge, douze de nitre ôc fix onces de manganefe. Fondez au même feu.
- Cette compofition fera plus dure que la précédente, mais réfléchira moins la lumière. On pourra y ajouter l’arfenic pour les raifons ci-devant prefcrites. Si on diminue la quantité de fable, le verre fera plus doux ôc.plus foible.
- N°. 5. Prenez cent vingt livres de fable blanc, trente-cinq des meilleures cendres gravelées , quarante de plomb rouge, treize de nitre , fix d’arfenic ôc quatre onces de manganefe. Laiffez pendant un long-temps le tout en fufion, fans trop la hâter dans le commencement : l’arfenic fe fublime à un feu trop violent.
- Il eft bon d’ajouter à cette compofition une forte dofe de fragments de verre impar-
- fait : ces groifils ( ou calcins) fe fondant avant les autres ingrédients fixeront l’arfenic. Il faut les laifîer au feu jufqu’à ce que l’arfenic ait entièrement difparu ; car, malgré fa réfif-tance, il devient toujours un verre très-tranfparent, ôc communique cette qualité aux autres ingrédients. Ce verre fera moins dur que les autres, mais plus clair Ôc plus propre à former de grands vaiffeaux.
- N°. 4. Prenez mêmes dofes des fubftances Même ver* de la précédente recette, mais omettez l’ar- prix/ave^du fenic Ôc fubftituez - y quinze livres de fel fel commun, commun. Le verre eft moins caffant, mais n’eft bon que pour les vaiffeaux de moindre force.
- N°. y,-Prenez cent vingt livres de fable Même ver. blanc, trente de plomb rouge, vingt des cherdeTouT meilleures cendres gravelées, dix de nitre, avec de Far-quinze de fel commun ôc fix d’arfenic. Met- & du tez le tout en fufion a un feu modéré, mais affez long-temps pour ôter l’extérieur laiteux de l’arfenic. Ce verre fera plus doux que le dernier ôc en conféquence le pire de tous, à l’apparence près qu’il aura auflî bonne qu’aucun autre.
- N°. 6. Prenez cent vingt livres de cail- Verre ^ de loux calcinés ou de fable blanc, foixante ^3^/^ ôc dix des meilleures cendres gravelées, pius parfait, dix de falpêtre, demi-livre d’arfenic, Ôc cinq onces de manganefe.
- Cette compofition donnera du meilleur verre. On y mêloit autrefois le borax ; mais fon prix exceffif en a dégoûté, d’autant qu’on ne fe fert de ce verre que pour des ouvrages à très-bon compte.
- N°. 7. Prenez cent vingt livres de cailloux calcinés ou de fable blanc, quarante-fix de cendres gravelées, fept de nitre , fix d’arfenic ôc cinq onces de manganefe. Laiffez long-temps en fufion à caufe de l’arfenic.
- Ce verre fera autant ou plus tranfparent que le précédent, mais un peu plus caffant.
- Au refte l’arfenic eft un ingrédient fi défagréable ôc fi pernicieux à caufe de la fumée qu’il exhale jufqu’à fa parfaite vitrification , qu’il faut autant fe fervir de l’autre compofition.
- Même verre à meilleur marché.
- Section III.
- De la nature & compofition du Vnre de glaces ou à miroirs.
- Ce verre eft le plus difficile à préparer ôc celui qui demande le plus de délicateffe re bian/flê dans fa compofition. On ne peut lui don- verre de glaner autant de qualités différentes qu’au Joirs°U * verre à cailloux fans altérer fa bonté.
- Les qualités qui lui font propres font d’être fouverainement tranfparent Ôc de n’admettre aucune couleur étrangère , de réfléchir la lumière le moins qu’il eft pof-
- fible ,
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- Maniéré de purifier les cendres graciées.
- Verre de glaces le plus parfait.
- SUR VER
- ïïble , d’être entièrement exempt de bouih Ions ôc de fe fondre à un feu doux.
- La dureté de confiftance eft moins importante dans ce verre que dans le verre à cailloux : mais c’eft un avantage de plus quand cette qualité peut fe réunir aux précédentes ; car alors les glaces" peuvent être travaillées plus minces, ôc avoir le même degré de force , qualité fort utile pour la perfection des miroirs.
- Le fable blanc eft la vraie bafe de ce verre comme du verre à cailloux. Son fondant principal eft le fel alkali des végétaux que les cendres gravelées fournilfent plus que tous les autres. Mais il doit être aidé dans la fufion par le borax , ou le fel commun, qui empêche d’ailleurs la matière vitrifiée de fe figer, en la confervant dans 3e degré de chaleur néceffaire pour en former des glaces.
- Le plomb ôc l’arfenic ne doivent point entrer dans fa compofition : ils réfléchiflfent trop de lumières.
- On ne peut purger trop foigneufement de toute faleté le fable qu’on y emploie, Nous avons indiqué dans la première feêlion du Chapitre premier la maniéré de le purifier.
- Il faut au fil calciner ôc pulvérifer le borax, avant d’en faire ufage.
- Quant aux cendres gravelées, dont on ne doit fe fervir qu’après les avoir purifiées exactement, en voici la maniéré.
- Prenez telle quantité que vous voudrez de cendres gravelées : faites-les diffoudre dans le quadruple de leur poids d’eau bouillante dans une marmite de fonte de fer. Quand elles font diffoutes, ôtez-les, Ôc les verfez dans une cuvette bien nette. Laififez-les-y repofer pendant vingt-quatre heures 5 ou même plus long-temps. Séparez enfuite îa diffolution de fa lie ou fédiment, en les verfant par inclination dans la marmite , Ôc îaiftez évaporer l’eau, jufqu’à ce que les fels foiènt parvenus à entière ficcité.
- Lorfqu’on ne s’en fert pas fur le champ, il faut les conferver dans des jarres de pierre à l’abri de l’air ôc de l’humidité.
- Il faut fur - tout avoir foin que la marmite de fer ne foit point rouillée ; car la rouille donneroit à la glace une teinture de jaune très - nuifible.
- N°. i. Prenez foixante livres de fable blanc bien purifié, vingt-cinq de cendres gravelées aufli bien purifiées, quinze de fal-pêtre Ôc fept de borax. Laiffez le tout longtemps au feu, qui dans le commencement doit être très-fort, ôc plus modéré enfuite par degrés, afin que le verre foit exempt de bouillons.
- Si malheureufement ce verre étoit un peu taché de jaune, il n’y auroit d’autre remede que d’y ajouter avant de le travailler, un peu de manganefe mêlée avec autant il’ar-
- Peint. sur Verre. //. Paru
- R Ê> II. Ï^ARTif; t$i
- fenic, ôc j après avoir doublé le feu, l’y Lifter fe débarrafler de toutes les caufes qui peuvent occafionner fes bouillons.
- Si la teinte de jaune eft légère, on effaierâ d’une feule once de manganefe ; ou de deux* fi elle n’eft pas fuffifante. Mais il eft à remar-« quer que plus il y en entrera , plus le verre fera obfcur. Gette obfcurité au furplus ne fera pas affez grande pour être trop fenfL ble au premier coup d’œil.
- Le borax rend cette compofition un peu chere ; mais le prix des glaces qui eft confi-dérable peut bien en faire fupporter la dépenfe. ' . •
- N°. 2. Prenez foixante livres de fable Mêmevè^é blanc, vingt de cendres gravelées, dix de a “J® îjleufc 'fel marin, feptdenitre, deux d’arfenic Ôc marc e* une de borax.
- Ce verre -ne demande pas à la fufion un feu plus violent que le premier ; mais il fera plus frangible ôc réfléchira plus de lumières. Etant par conféquent moins bon que le précédent , il vaut mieux rifquei plus de dépenfe pour s’en procurer pat l’autre procédé. C’eft plutôt d’ailleurs Fin-duftrie ôc la façon, néceflaires pour la per-fedion des glaces, qui les renchérifîent, que le prix des ingrédients qui entrent dans leur compofition.
- Section IVV
- De la nature & compofition du Verre à vitre si
- *
- Le verre à vitres le plus parfait demande les mêmes qualités ôc traitements que les précédents. On peut fe fervir des mêmes compofitions pour ceux qui veulent y mettre le prix. Mais comme ils font rares, on fe fert pour Fordinaire 4’une compofition moins chere , ôc on s’épargne la dépenfe de la préparation qui confifte à moudre ou broyer les ingrédients.
- Le meilleur verre à vitres d’Angleterre fe nomme crown-glaff ou verre de couronne. En voici la compofition*
- N°. i. Prenez foixante livres de fable blanc, trente de cendres gravelées purifiées, quinze de falpêtre, une de borax ôc une demi - livre d’arfenic.
- Ce verre , lorfque les ingrédients font bons, eft très-clair fans être cher. Il entre en fufion à un feu modéré. Quand on veut le rendre plus fufible ôc plus doux, on ajoute une demi - livre ou une livre d’arfenic. S’il prend du jaune, on peut l’éclaircir avec la manganefe comme ci - devant.
- N°. 2. Prenez foixante livres de fable blanc, vingt-cinq de cendres gravelées j purifiées, dix de fel commun, cinq de nitre, deux d’arfenic ôc une once ôc demie de manganefe.
- Ce verre fera inférieur au précédent |
- Z z
- Quatrième' forte de verrë blanc :Ie veste à vitres*
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- Verre à vitres commun tirant fur le verd.
- Même verre à plus bas prix.
- Cinquième forte de verre blanc :1e verre de phioles.
- Verre de phioles le plus parfait.
- Même verre à meilleur marché.
- Mélangé des mate-
- î8a FART DE LA PEINTURE
- mais en purifiant les cendres gravelées au point de les dégager de toutes leurs parties terreufes qui lui donnent quelque opacité & l’empêchent de fe vitrifier, on peut le rendre plus parfait ôc moins fujet en même temps à fe charger de jaune. Lorfqu’on «’eft affuré de la bonté de ces cendres par une épreuve fuffifante, on peut s’épargner une once de manganefe, & peut être plus.
- N°. 3. Prenez foixante livres de fable blanc , trente de cendres gravelées non purifiées, dix de fel commun, deux d’ar-fenic ôc deux onces de manganefe.
- Ce verre fans trop tirer fur le verd, ne manquera pas de tranfparence Ôc fera à bon marché.
- N°. 4. Prenez cent vingt livres de fable blanc au plus bas prix, trente de cendres gravelées fans être purifiées, foixante de cendres de bois bien brûlées ôc tamifées , vingt de fel commun ôc cinq d’arfenic.
- Ce verre fera un peu plus verd de couleur , mais au meilleur compte.
- Section V.
- De la nature & compofition du Terre pour les phioles d*apothicaire, &c.
- Ce verre tient le milieu entre le verre à cailloux ôc le verre à bouteilles commun.
- N°. 1. Prenez cent vingt livres de fable blanc, cinquante de cendres gravelées fans les purifier, fdix de fel commun, cinq d’ar-fenic ôc cinq onces de manganefe. Fondez à un feu modéré, Ôc écumez de temps en temps pendant la fufion à caufe de l’arfenic. Quand ce verre réuflit, il approche du verre de cryftal.
- N°, 2. Prenez cent vingt livres de fable blanc au plus bas prix, quatre-vingt de cendres de bois bien brûlées Ôc criblées , vingt de cendres gravelées, quinze de fel commun ôc une d’arfenic. Fondez à un feu modéré : fi lefeu eft fort,'la vitrification eft plus prompte. Ce verre tire fur la couleur verte, ôc eft paf-fablement tranfparent.
- CHAPITRE IV.
- Du mélange des ingrédients qui entrent dans la compofition du Verre blanc tranfparent, <§’ de l'Art d'en mettre en fufion les différentes comportions, pour les bien incorporer & les conduire à une parfaite vitrification.
- Section première.
- Du mélange des ingrédients qui entrent dans la compojition du T?rre blanc tranfparent.
- O n procédé à ce mélange par différentes
- méthodes fuivant lâ différence des ingré-
- dients. Quand on ufe enfemble des fables ÔC des fels alkalis fixes, foit en forme de cendres gravelées, foit qu’on emploie en nature les cendres de tous les végétaux dont les premières font extraites , il faut les bien mêler ôc broyer dans un lieu fec, les mettre calciner à un feu modéré pendant cinq ou fix heures, en les remuant fouvent avec une efpece de rateau, puis les ôter du fourneau : ôc, fi on veut les garder, les mettre à l’abri de l’humidité. La matière en cet état fe nomme la fritte. Elle peut être convertie en verre fans autre préparation que d’être réduite en poudre grofïiere avant d’être mife dans le pot, à moins qu’il ne fallût y ajouter d’autres ingrédients qu’on y mêlera par les méthodes fuivantes.
- Si c’eft du nitre, le mélange s’en fait après la calcination: quand il eft bien pulvérife, on peut le mêler avec la fritte fans/les broyer enfemble. /
- Si c’eft de l’arfenic, après l’avoir bien broyé , on peut le mêler avec le nitre avant de pulvérifer ce dernier, ôc les ajouter enfemble à la fritte. Lorfqu’on n’emploie pas de nitre , il faut broyer l’arfenic avec quelques livres de la fritte, ou mieux encore avec les feîs qui entrent dans fa compofition.
- Quand on fe fert pour le verre à cailloux de beaucoup de plomb ôc de nitre, ôc, dans tous les cas de compofition d’un verre doux où l’on fait ufage de puiffants fondants, on ne calcine pas la fritte : on fe contente de bien mêler ôc broyer tous les ingrédients enfemble. Mais fi l’on emploie la fritte calcinée Ôc grofliérement pulvérifée, on la met dans le pot avec les autres ingrédients.
- Lorfque le borax eft le feul fondant-qui doit être joint à la fritte, il faut le broyer avec une petite partie de fritte , puis le mêler avec le refte. Si on y ajoute d’autres ingrédients, on peut le broyer avec eux. Avant d’employer le borax, on doit toujours le calciner, c’eft-à-dire, le mettre à un feu modéré, jufqu’à ce que de fon ébullition il paffe à ficcité.
- Quand on ufe de fel commun, on l’ajoute aux fels alkalins ôc au fable. On le broie avec eux, ce qui abrégé fa décrépitation, ôc on le met dans un’vaifîeau net à un feu doux, jufqu’à ce qu’il cefife de pétiller. Si la fritte eft préparée de forte que le fel doive fe calciner avec elle, on peut le mêler avec les autres ingrédients. Mais il faut le pré-ferver foigneufement de toute humidité, qui perdroit la matière, en la diflîpant par des exploitons.
- La manganefe employée feule doit d’abord être bien brcfyée en particulier, puis avec quelques livres de la fritte. Mais fi on ajoute le plomb, le falpêtre ou d’autres ingrédients , on les mêle enfemble pour les broyer. Quajid ta fritte ne feroit pas préparée, on
- riaux dont on fait Isl fritta.
- Mélangé des ingrédients, qu’on ajoute à la fritte, différent félon leur nature.
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- SUR VE R R È. îî. Êarîiî»
- pourroit la mêler avec chacun des ingrédients fondants , Ôc enfuite avec toute là maffe.
- Section II.
- De la maniéré de mettre en fufion les différentes compofitions pour les convertir en Verre , & des moyens de juger fi la vitrification efi parfaite.
- Maniéré Les matériaux étant bien préparés ÔC lafionlesm^ m^langés y 0n met la compofition dans les tériaux dont pots de verrerie, pour être fondue à un feu onfaitlever- proportionné à la qualité du fondant. On continue le feu jufqu’à ce que toute la maffe devienne un fluide uniforme', ôc qu’elle ait acquis les qualités néceffaires à l’efpece de verre qu’on s’eft propofé de fabriquer.
- Un foin de la plus grande importance c’eft d’écumer exactement avec une cuiller les faletés que produifent les différents ingrédients pendant la cuiffon avant de travailler le verre, fans quoi les taches qu’il contrac-teroit lui feroient perdre toute fa valeur. Cette écume fe nomme fuin de verre. Les Verriers la vendent aux Marchands de couleurs , qui la revendent aux Potiers , pour s’en fervir dans la compofition de leur couverte ou vernis.
- Temps qü’ils On ne peut établir de réglés certaines doivent être i 1 t r * i
- «n fufion, pour le temps que les compofitions de verre
- doivent relier au feu. La variété qui fe rencontre dans les différentes parties des matériaux,augmente l’incertitude fur les différents degrés de chaleur dans laquelle il faut maintenir le fourneau. La durée du feu dépend de fon plus ou moins d’adivité, ou de la force plus ou moins grande des fondants dont on peut juger par la nature & les dofes des ingrédients. Au relie, en laifiant plus long-temps le verre en fuûon, on ne rifque que le temps Ôc le charbon ; car une longue cuiffon donne toujours au verre plus de confiffance ôc de netteté.
- Moyens de Lorfqu’on veut s’affurer du véritable état
- î’état^de la vitrification ? on prend une canne de fer vitrification dont le bout foit poli ou au moins exempt de rouille, ôc on la plonge dans la matière en fufion. Plus cette matière eft du&ile ôc facile à filer, plus la vitrification eft certaine. Au furplus la matière extraite du pot étant refroidie, on juge de fa qualité par fa couleur ôc fa clarté. Si elle eft tranfparente , fans couleur, fans tache ni bouillons , elle eft dans fon état de perfedion, ôc on peut la travailler. Si ces qualités lui manquent, on la laiffe plus long-temps en fufion, en l’ef-fayant jufqu’à ce qu’on foit content de fa couleur Ôc de fes autres qualités.
- Comme il pourroit arriver que la matière, après avoir été très-long-temps au feu, n’eût pu parvenir à l’état de perfedion défiré, on trouvera dans la Sedion fuivante les
- *8$
- moyens d’y remédier, foit que la défeduo-fité vienne de la part des matériaux, foit qu’elle vienne de la compofition même*
- Section IIL
- i
- Des moyens $ accélérer & procurer la pdrfâitè vitrification des ingrédients, lorfque la compofition eft défefîueufe , & de remédier à la teinte de jaune ou de verd dont elle auroii pu fe charger.
- Si malgré tous les foins le verre ne fe Moyens cfac-' réduit pas à la fufion en un tout fluide, uni-forme, s’il paroît trouble ôc laiteux, s’il des ingré-abonde en bouillons après quelque diminu- ,dients »&
- , r . i r 1 L i .la rendre par-a
- tion du reu , il faut en conclure que le fajtei fondant eft trop foible, ôc y en ajouter dans la même proportion qu’avant la cuiffon, mais par dégrés^ de façon qu’une ébullition fubite ne faffe pas gonfler ôc extravafer la matière*
- On fe réglera pour la dofe fur ce qui paroîtrâ avoir occafionné le retard de la vitrification*
- On mettra d’abord cette dofe moins forte , fauf à augmenter par la fuite , fi elle ne devenait pas fuffifante. Le trop de fondants nuifant à la qualité du verre ôc les fels né pouvant être re&ifiés que par la durée dé la fufion , la plus petite quantité, ainfi ajoutée après coup, fait fquvent un effet qu’on ne fembloit pas devoir attendre.
- On ufe quelquefois de l’expédient fuivanf pour accélérer la vitrification. On prend quatre ou fix onCes d’arfenic, que l’on mêlé avec une once de manganefe. Le tout étant bien entortillé dans un morceau de papier en double, on l’attache au bout de la cannes ôc on le plonge au fond du pot. Alors lé verre commence à s’éclaircir vers le fond Ôc aifïfi fuccefîivement jufqu’en haut*
- Je n’approuve pas , dit l’Auteur, l’ufage de la manganefe. Car fi le verre n’a point pris une teinte de jaune, elle lui donne une couleur tirant fur le pourpre, qui, quoique peu fenfible, eft toujours une imperfection dont on s’apperçoit, fi on le compare avec d’autre parfaitement blanc. Je crois donc qu’il vaudroit mieux mêler à l’arfenic deux ou trois onces de borax calciné : cet expédient ne nuit point au verre , Ôc n’augmente pas la dépenfe, vu la quantité de marchan-dife que rend un pot de verre travaillé.
- Lorfque le verre, parfait d’ailleurs, peche Moyens dé par une teinte jaune ou verte , on la dimi- remédier à la nuera en ajoutant une ou deux livres de rfeoudeVerd nitre, fi on en a peu employé auparavant dont la con> dans la compofition. En ce cas oa fera f^charger,^ fondre le nitre avec de la fritte, ou avec quelqu’autre verre de même nature que celui qui eft dans le pot, avant de le mêler avec les ingrédients qui font en fufion acluelle,
- C’eft le moyen de le faire incorporer plus facilement avec toute la matière ôc d’en><
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- II. Verre à bouteilles.
- Matières _ dont on fait le verre à bouteilles.
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- Verre à bouteilles fans fcories.
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- VA RT DE LA PEINTURE
- pêcher quii ne s’extravafe par l’ébullition gu’occafionneroit l'humidité contenue dans îe morceau de nitre.
- Si cet expédi nt ne fuffit pas, on aura recours à la manganefe mêlée avec deux ou trois onces d’arfenic, que Ton introduira dans le pot comme deflùs , poux empêcher la craffe du verre de flotter fur la furface de la matière fondue , tandis que l’arfenic fe fublimeroit ôt ne feroit aucun effet,
- CHAPITRE V.
- &
- De la compojîtion & du traitement du
- Vetre verd commun ou a bouteilles.
- Ce verre, fi on excepte la beauté en cou-leur Ôc en tranfparence, eft le plus parfait de ceux qu'on manufaôhire. Eu égard à fon utilité , fa compofition eft d’aufli grande importance que celle de tout autre verre.
- On le forme de fables de toute efpece, mis en fufion avec des cendres de bois ou autres végétaux. Quoiqu'elles ne foient pas dégagées de leurs fels, qui feuls peuvent communiquer au verre fa tranfparence ; chargées de la partie terreufe calcinée des fubf-tances végétales dont elles font produites, elles donnent au verre fa confiftance.
- Cette partie terreufe acquiert la réfraction , étant féparée de fes fels, ôc réfifte non-feulement à ces mêmes fels, mais même aux fondants les plus aétifs ; tandis qu'unie à fes fels par l’incinération, non-feulement elle fe vitrifie parfaitement elle-même, mais encore devient fondant: car, en mêlant le fable avec les cendres en nature, il s’en convertit une plus grande quantité en verre qu'on ne pourroit en obtenir par la proportion des fels contenus dans ces cendrés, fl on les employoit fans leur partie terreufe.
- Le verre à bouteilles en général eft com-pofé des deux ingrédients fufdits : mais fi on pouvoit avoir une quantité fuftifante de fco-ïies ou mâchefer ( Clinkert ), on en tireroit un grand avantage ; car il faudroit moins de cendres de bois, ôc le verre fe trouveroit d'une plus parfaite qualité. Les fcories des grandes fonderies Ôc des grands atteîiers où l'on emploie un plus grand feu font les meilleures.
- Voici la compofition particulière de cette forte de verre ; mais les proportions qu'on donne, fuppofent le fable le plus doux. Le bon choix de ce fable procure une épargne confidérable fur les cendres de bois.
- N°. i. Prenez deux cents livres de cendre de bois ôc cent de fable. Mêlez bien le tout çn broyant.
- Voilà la proportion convenable lorfque Je fable eft bon, Ôc qu'on emploie les cendres
- fans autre addition. Mais il eft des veines de fable fi propres à la vitrification qu'on peut en forcer la dofe.
- N°. 2. Prenez cent foixante ôc dix livres de cendres de bois, cent de fable ôc cinquante de fcories. Mêlez bien le tout en broyant.
- Les fcories doivent être bien moulues avant de s'en fervir. Mais comme fouvent elles font trop dures , on les caffe feulement par petits morceaux, ôc on les mêle fans les broyer. Plus elles font dures , moins il eft important de les réduire en poudre ; car dès-lors elles entrent d’elles-mêmes plus facilement en fufion. On procédé d’ailleurs comme on a dit précédemment.
- Si on n'a pu fe procurer des fcories en quantité fuffifante, il faut du moins en avoir un peu pour en faire ufage lorfque la vitrification eft défe&ueufe : car alors il vaut mieux ajouter à la compofition une partie égale de fcories ôc de cendres de bois que des cendres de bois feules, qui, à caufe de leur variété,' peuvent être fouvent un fondant trop foible.
- CHAPITRE VI.
- Du Verre coloré ( ou teint dans toute fa majje ).
- Section première.
- Dé la nature en général du Vme de couleurs , & des différentes compofitions propres à les recevoir y relativement au Verre qui en efi empreint <& aux pâtes qui imitent les pierres précieufes , avec leurs qualités particulières,
- Le verre qu'on veut colorer peut être rangé en trois clafies, favoir, le verre blanc opaque ôc femi-tranfparent, le verre coloré tranfparent ôc le verre coloré opaque ôc femi-tranfparent.
- Le premier s'emploie comme certains verres tranfparents à faire de petits vafes, des joujoux d'enfants, Ôc quelques vaifleaux utiles dans le ménage, tels que des pots à crème, ôte, à l'imitation de la porcelaine de la Chine. On l’emploie aufli comme l’émail blanc aux cadrans , tabatières ôc autres pièces qui ne font pas dans le cas de pafler plufieurs fois au feu.
- La compofition de ce verre eft très-variée. Aucun verre fans couleur ne peut lui fervir de bafe. Sa teinte fe forme d'étain calciné , d’antimoine ou d'arfenic, ainfi que de cornes de cerf Ôc d'os, calcinés.
- Le fécond eft également varié. Il fe diftin-gue communément en verre de couleur ôc en pâtes , ôc voici le motif de cette diftinc-tion. L'objet de ce verre eft l’imitation des pierres précieufes ; ainfi pour être parfait ?
- il doit
- Verre à bon* teilles avec des fcories.
- i
- III. Verr& de couleurs.
- Trois fortes de verre de couleur.
- i°, Le ver-1 re blanc opaque ôc femi-tranfparent,
- 2°, Le verre colore' tranfparent.
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- SUR V E R R
- Il doit être clair ôc tranfparent, exempt de toutes couleurs hétérogènes , dur 6c tenace*
- Or ces qualités demandent un verre très-difficile à fondre, ôc conféquemment un feu confidérable. Mais comme ceux qui n’en préparent qu’en petite quantité, ne pour-roient foutenir un fi grand feu, on a cherché à parer cet inconvénient par des com-pofitions plus tendres qui puffent entrer en fufion à la chaleur d’un petit fourneau ordinaire ôc acquérir en moins de temps leur perfeêtion ; c’eft ce qu’on appelle pâtes.
- La dureté, qualité effentielle pour les bijoux d’un fervice journalier, étant exigée dans la contre-faêtion des pierres précieufes, il n’eft point de verre plus propre pour les imiter que le verre parfait de fels , où il n’entre pas plus de fondants qu’il n’en faut pour la vitrification complette du verre ê£ pour l’incorporation des matières colorantes.
- Il faut feulement qu’il ne contracte aucune teinte étrangère à celle que le Verrier veut lui donner.
- Quant aux pâtes, le meilleur verre pour les former eft un verre mêlé de plomb ôc de fels ; car , entrant aifément en fufion, il vitrifie en peu de temps les corps métalliques employés à fa teinte.
- Pour rendre ce verre plus fufible ôc épargner du plomb, qui, mis en trop grande quantité, en rend le tiflù trop tendre ôc trop frangible, il faut y faire entrer l’ar-fenic ôc le borax.
- Cette compofition a encore cet avantage qu’aucune autre n’eft plus propre à contrefaire le diamant ôc la topaze , parce que le plomb lui donne une réfraêtion extraordinaire. Ce genre de verre devroit appartenir à la claffe des verres blancs tranfpa-rents ; mais l’ufage qu’on en fait pour imiter les pierres précieufes, autorife à le placer au rang des pâtes.
- 3°, Le ver- La derniere forte de verre coloré fe forme
- recoloréopa- indifféremment de compofitions de verre dur âanfparSît!" ou de celles des pâtes. On s’en fert pour contre-faire les pierres femi-tranfparentes , telles que le lapis-lazuli, la calcédoine, le jafpe, l’agate, l’opale, êcc. On fait ce verre comme le précédent, à l’exception qu’on y ajoute un corps opaque blanc qui puiffe fouffrir la fufion fans fe vitrifier. Sa compofition eft d’autant plus difficile qu’elle eft fufceptible d’une variation de couleurs dans une même piece : auffi en fait-on peu.
- Section IL
- De la nature & préparation des matières dont on fe fert pour teindre le Verre.
- Matières Les matières dont on fait ufage pour dont on fe teindre le verre font, à l’exception du tartre, ürfkvSe: métalliques ôc foffiles.
- Peint, sur Verre. II. Pan,
- Ei IL Partie, i8^
- Les métaux en font la partie principale.
- Ils produifent toutes les couleurs, excepté le bleu parfait. Mais pour éviter les frais 9 on préféré les femi-métaux ôc les préparations des corps foffiles, fur-tout pour lé jaune , où l’antimoine remplace l’argenr.
- Les matières pour produire le blanc opaque, font l’étain calciné ou le putty, l’antimoine calciné , l’arfenic , la corne de cerf ou les os calcinés, & le fel commun.
- Pour le rouge ; l’or, le fer, le cuivre $ la manganefe ôc l’antimoine.
- Pour le bleu ; le fafre ôc le cuivré.
- Pour le jaune ; l’argent, le fer, l’antimoine ôc la manganefe avec le tartre.
- Pour le verd ; le cuivre , le grenat dé Bohême ôc tout ce qui donne le jaune 6c le bleu.
- Pour le pourpre ; tout ce qui produit lé rouge ôt le bleu.
- Pour l’orangé ; l’antimoine ôc tout ce qui donne le rouge Ôc le jaune.
- Pour le noir ; le fafre, la manganefe , lé cuivre 6c le fer.
- Les préparations de tous les métaux , femi-métaux 6c autres ingré(ÿqnts propres à teindre le verre, ont été, dit notre Auteur^ déjà indiqués dans le premier Tome fur la maniéré de peindre fur verre ( ou plutôt dé le colorer fur une furface, comme j’en ai fait la remarque dans l’extrait que j’en ai donné ).
- Le grenat de Bohême ne demande d’autré préparation que d’être bien pulvérifé.
- Section III.
- Frittes de Pierre dur ér de pâtes propres à recevoir des couleurs.
- Quoique tout verre fans couleur puiffe Frittes dé être teint, il y a cependant, comme on l’a verrf dur 82 déjà obfervé, quelques compofitions plus recevoiVAeé adaptées aux objets pour lefquels on fait couleurs* le verre coloré , foit par leur dureté 6c ténacité , foit par plus de facilité à être travaillées par ceux qui les manufacturent, en ce qu’elles demandent moins de feu pout leur fufion 6c vitrifient plus rapidement la matière colorifique. La tranfparence du verre Ôc la privation de couleurs hétérogènes font au refte également nécelfaires dans les verres durs ôc les pâtes. Pour s’en procurer de parfaits, on pourrait donc préparer un verre de chaque efpece où l’on fe ferviroit de méthodes plus exaêtes que ce que permettent l’intérêt 6c la main-d’œuvre des groffes Manufactures ou Verreries. Mais avant de paffer aux meilleures compofitions pour le verre dur, comme l’extrême pureté des fels alkalis fixes eft d’une grande con-féquence, il ne fera pas inutile de donner
- » Aaa
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- i86 L’ART DE LA
- la méthode de les porter au plus haut degré de perfe&ion.
- Maniéré de prenez trois livres des meilleures cendres plus parfaite- grave^es & b* onces de falpêtre ; mêlez-les ment les cen- enfemble dans un mortier de marbre ou de grave' verre. Mettez-en une partie dans un grand felsaïkaiisfi- creulet a un reu violent. Sitôt quelle elt SifCS Vege" devenue rouge, jgttez-y le refte par degrés.
- S'il ne pouvoit contenir le tout, verfez une partie de la matière fondue fur une pierre mouillée ou fur du marbre, Ôt, votre creulet vous donnant affez de place , mettez-y le refte ôt le laiffez jufqu’à ce qu'il foit rouge, Verfez enfuite le tout dans un pot de terre ou de fer avec dix pintes d'eau que vous ferez chauffer jufqu'à ce que les fels foient fuffifamment fondus. Laiffez refroidir. Filtrez la totalité à travers du papier Jofeph. Remettez enfuite le fluide dans le pot. Evaporez l'humide jufqu'à ficcité, de forte qu'il devienne aufll blanc que la neige, le nitre ayant brûlé toute la matière phlogiftique qui reftoit dans les cendres gravelées après leur première calcination.
- Fritte du N°. i, Prenez douze livres du meilleur redur111 V£r" ^ble blanc, bien lavé, fept de cendres gravelées ou fels alkalis fixes purifiés avec le nitre, une de falpêtre ôt demi - livre de borax. Le fabîç ayant été bien pulvé-rifé dans un mortier de pierre dure ou de verre, mettez-y les autres ingrédients ôt les mêlez bien avec lui.
- meilleur du N°. 2, Prenez douze livres de fable blanc, re , un peu bien lavé ) fept de cendres gravelées purifiées moins dur. avec le falpêtre, une de nitre, demi - livre de borax ôt quatre onces d’arfenic. Procédez comme deffus.
- Si on veut fondre le verre avec un moindre feu, on mettra une livre de borax au lieu d’une demi - livre, & on y ajoutera une livre de fel commun. Mais il eft bon d’obfer-ver que ce fel rend le verre plus frangible ; ce qui nuit beaucoup aux Ouvriers qui le détaillent en petits morceaux pour en faire des bijoux.
- Fritte de N°. s 9 Prenez fix livres de fable blanc, SoiKOUVeïre ^en * tïois de mine de plomb rouge, deux de cendres gravelées purifiées avec le falpêtre ôt une de nitre : procédez comme deffus.
- Autre beau- N°. 4, Prenez fix livres de fable blanc, douce.pIUS bien lavé , trois de mine de plomb rouge , trois de cendres gravelées purifiées, une de nitre , demi - livre de borax ôt trois onces d’arfenic : procédez comme deffus.
- Cette compofition très-douce fondra à une chaleur modérée 5 mais elle demande du temps pour s'éclaircir, à caufe de l'arfenic. On peut la préparer ou la teindre à un feu ordinaire fans fourneau de fujétion, pourvu que les pots qui la contiennent foient environnés de charbons allumés, & qu’on ait foin qu’il n’en tombe pas dans le creufet.
- PEINTURE
- Comme le' borax eft cher, on peut l’omettre en augmentant le feu, ou y fubfti-tuer une livre de fel commun ; mais fi on préféré le borax, le verre fera plus parfait, plus clair Ôt plus exempt de bouillons..
- Ce verre, étant très-doux, ne fera pas d’un bon fervice pour les bagues, boucles Ôt autres bijoux expofés au frottement ; mais pour boucles d’oreilles ôt ornements de col il peut avoir lieu.
- Il arrive fouvent qu’il refte au fond du pbfervations pot une partie de fable non vitrifiée ; mais il p^Srîaffurer faut bien prendre garde de n’en laiffer au- de leur bon-cune, car alors le verre étant trop chargé de te* fels ôt de plomb, ne peut fouffrir l'injure de l’air qui le corrode Ôt lui donne une obf-curité qui en ternit tout le luftre (a).
- De pauvres Lapidaires Anglois en firent, il y a quelques années, une fâcheufe expérience. Il y avoit alors une fourniture confi-dérabîe à faire de toutes fortes d’ornements décorés de fauffes pierreries, pour le commerce des Indes OccidentalesEfpagnoles.Ils y avoient employé beaucoup de pâtes colorées, la plupart tirées de Venife, qu’ils avoient achetées d'un particulier qui avoit trouvé l'occafion de fe les procurer à grand marché ; mais en peu de temps ces pâtes fe couvrirent fur la furface, d’une efpece d'écume ôt de taches qui en dévorèrent la fubftance Ôt en effacèrent le luftre , au grand détriment des Entrepreneurs.
- Il réfulte delà qu’il eft effentiel, dans les compofitions,d’ajouter plus defelôc de plomb que la dofe ci-deffus prefcrite , ôt de veiller à ce que le fable, qui fait le corps du verre , entre totalement en fufion avec les ingrédients colorants : ou fi l’on acheta ces pâtes toutes préparées, il faut s’affurer de leur bonté, fans quoi on court rifque de perdre l’argent quelles ont coûté, le temps de les tailler, ôt fon propre crédit, en vendant une marchandife fi défeêhieufe.
- On peut parer l'inconvénient de la fépa- Calcination ration des fels , en les calcinant d’avance des feîs avcc avec le fable, comme dans la maniéré de Ie fable* préparer la fritte. Mettez à cet effet le fable ôt le fel, pulvérifés ôt mêlés, fur une tuile à un feu modéré, en les remuant avec une pipe à tabac ou unè verge de fer. Placez cette tuile à l'entrée du fourneau ; lorf-que la matière paroît, en refroidiffant, former un corps dur, ôtez-îa,gardez-la à l’abri de l’humidité, ôt la pulvérifez pour la mêler avec les autres matériaux, fuivant la proportion que vous aurez obfervée à l’égard des ingrédients de cette fritte, fans autre préparation. 1
- (a) Nous exprimons cette circonlocution par le verbe fe tayer.
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- Verve coloré tranfpa-rent. Couleur rouge.
- Verre dur fin , couleur de rubis.
- Pâte, couleur de rubis.
- 'Autre pâte rouge, à meilleur marché.
- Verre dur, couleur de grenat.
- Le même,à meilleur marché.
- Pâte , couleur de grenat.
- SUR FERRE. II. Partie.
- Section IV.
- Comportions de Vmes durs & de pâtes de couleur rouge.
- N°. 1. Prenez une livre de la Fritte de verre dur, enfeignée dans la précédente Section , Fous les Nos. 1 ou 2 , & trois dragmes de chaux de Cafiius ou d’or précipité par l’étain , comme il a été prefcrit au Chapitre de la Peinture en émail, Seêtion III. Pul-vérifez ce verre avec la chaux d’or , dans un mortier de verre, de pierre ou d’agate, ôc les mettez en fufion.
- On peut rendre ce verre rouge plus ou moins foncé, en augmentant ou diminuant la dofe de l’or félon la deftination de la compofition ; car fi on l’emploie à faire des bagues, des brafielets ou tous autres ouvrages tranfparents fous lefquels on fe fert de feuilles , on peut épargner beaucoup fur la couleur du verre fans l’altérer ; mais pour les boucles d’oreilles ou autres ouvrages tranfparents , il faut une couleur pleine telle que celle indiquée fous le préfent Numéro.
- N°. 20. Prenez de la fritte des pâtes fous les Nos. 5 ou 4, une 'livre, deux dragmes de chaux de Cafiius, ôc procédez comme defius.
- Cette compofition, aufii belle que la précédente , aura feulement moins de dureté ; mais comme ce défaut en diminue la valeur pour certains objets, on peut recourir à la fuivante qui eft à meilleur marché.
- N°. 3. Prenez demi-livre de la fritte des pâtes, fous les Nos. 3 ou 4, autant de verre d’antimoine , êt une dragme ôc demie de chaux de Cafiius.
- Cette compofition , quoiqu’à meilleur compte, fait le même effet que la précédente ; mais elle tire plus fur l’orangé que fur le cramoifi.
- N°. 4. Prenez deux livres de la fritte de verre dur, fous les Nos. 1 ou 2, une de verre d’antimoine, une dragme de manga-nefe, Ôc autant de chaux de Cafiius.
- Cette compofition, qui eft très - belle, étant chere à caufe de l’or, on peut lui fub-ftituer celle qui fuit.
- N°. $. Prenez deux livres de la fritte de verre dur, fous les Nos. 1 ou 2 , autant de verre d’antimoine, ôc deux dragmes de man-ganefe.
- Si la couleur eft trop foncée ou trop empourprée dans cette compofition Ôc la précédente , on diminuera la dofe de manga-nefe.
- N°. 6. Prenez de la fritte des pâtes fous les Nos. 1 ou 2 (ou plutôt (a), fous les Nos.
- (a) Il paroît qu’il y a dans cette compofition , & quelques unes des fuivantes, une faute d’inattention de la part de l’Auteur ou du Traducteur, touchant l’indi-
- 3 ou. 4); le refte comme defius.
- N°. 7. Prenez deux livres de la fritte de verre dur, fous les Nos. 1 ou 2, une de verre d’antimoine , Ôc demi-once de fer bien calciné. Mêlez le fer avec la fritte ; fondez-les jufqu’à pleine tranfparence ; ajoutez-y le verre d’antimoine pulvérifé. Remuez le tout avec une pipe à tabac ( ou avec la canne de fer ), ôc continuez au même feu jufqu’à ce que la totalité foit incorporée parfaitement.
- N°. 8„ Prenez de la fritte des pâtes fous les Nos. 3 ou 4 , ôc faites comme defîiis.
- Dans toutes les compofitions qui précédent ôc qui fuivent, il faut obferver, relativement aux dofes des colorifiques ou matières propres à teindre le verre , que les frittes des pâtes ont plus de pefanteur que celles de verre dur, à caufe du plomb qui y entre ; qu’ainfi le volume étant moindre dans une livre de pâte que dans pareil poids dé verre dur , il faut proportionnellement moins d’ingrédients colorants pour donner à la première la même force de couleur qu’au fécond.
- Section V.
- Compofitions de Verres durs & de pâtes de couleur bleue.
- N°. 1. Prenez dix livres de la fritte de verre dur, fous les Nos. 1 ou 2 , fix dragmes de fafre , ôc deux de manganefe : mêlez ôc fondez comme defius.
- Si ce verre donne un bleu trop foncé,' diminuez les dofes de fafre Ôc de manganefe. S’il tourne trop fur le pourpre , fupprimez la manganefe.
- Si vous voulez une couleur de bleu pur , fubftituez à la manganefe demi-once de cuivre calciné , Ôc mettez moitié moins dé fafre.
- N°. 2. Prenez dix livres de la fritte des pâtes fous les Nos. 1 ou 2 ( ou plutôt fous les Nos. 3 ou 4 ) : le refte comme à la précédente recette.
- N°. 3. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les Nos. 1 ou 2 , trois dragmes ôc un fcrupule de fafre , ôc une dragme de chaux de Cafiius ou d’or précipité par l’étain : au furplus procédez comme defius.
- N°. 4. Servez-vous des fubftances ôc des dofes de la précédente recette : feulement au lieu d’or précipité, mettez deux dragmes Ôc deux fcrupules de manganefe.
- Si le mélange eft bien fait, la couleur fera fort bonne, & le verre employé ôc tail-
- cation des numéros de la fritte des pâtes , qui jufqu’ici a été indiquée fous les Noi 3 ou 4. Car on voit par la Seétion précédente que cette fritte ne peut être indiquée fous les Numéros i ou 2 ; puifque ces Numéros font ceux de la fritte de verre dur. C’eût pourquoi par-tout où, comme ici, la fritte des pâtes fera indiquée fous les Nos. 1 ou z ; j’ajouterai cette parenthefe ( ou plutôt Joui Iss Atoî. 3 oit 4),
- Verre dur* couleur de grenat vinaigre.
- Pâte, coüî leur de grenat vinaigrer
- Couleur bléüêi Verre dur $ couleur dé bleu fort.
- Pâte i couleur de bleu forti
- Verre dur 4 couleui de faphir.
- Le même,à
- meilleur mari che'i
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- Pâte, couleur de fa-phir.
- Verre dur, ow pâte, couleur de fa-phir, par le moyen du bleu d’e'mail.
- Verre dur, couleur d’aigue - marine.
- Pâte, cou* leur d’aigue-marine.
- Couleur jau-we. Verre dur? couleur d’or ou jaune plein.
- Pâte, couleur d’or ou, jaune plein.
- Verre dur, couleur de topaze.
- ï88 L’ART DE LA PEINTURE
- lé reflemblera parfaitement au vrai faphir ; mais comme la manganefe porte toujours avec elle quelque chofe d’impur , qui diminue l’éclat du verre, la recette précédente donne une couleur encore plus belle.
- N0. y. Prenez de la fritte des pâtes fous les Nos. 3 ou 4 : le refte comme defïus.
- On peut fort bien ne point employer for précipité pour colorer les pâtes : alors on fe îervira de la méthode fuivante.
- N°. 6. Prenez telle quantité que ce foit des frittes de verre dur ou de pâtes, mêlez-les avec un huitième de leur poids du bleu d’émail le plus tranfparent ôc le plus tirant fur le pourpre que vous pourrez trouver.
- N°, 7. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les Nos. 1 ou 2 ; trois onces de cuivre calciné avec le foufre , comme il a été dit dans la Section III, du Chapitre de la Peinture en émail , ôc un fcrupuîe de fafre : mêlez ôc fondez comme deflus.
- N°. 8. Prenez dix livres de la fritte des pâtes fous les Nos. 1 ou 2 ( ou plutôt fous les Nos. 3 ou 4 ) ; opérez comme à la recette prefcrite fous le N°. 6> de la préfente Seêtion.
- Section VI.
- Comportions de Verres durs & de pâtes de couleur jaune,
- N°. 1. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les Nos. 1 ou 2 ; mais fuppri-mez le falpêtre. Ajoutez pour chaque livre une once de borax calciné, même deux , fi le verre n’a pas affez de fondant ; dix onces de tartre rouge le plus épais, deux onces de manganefe , deux dragmes de charbon de faule, ou autres genres doux; ôc opérez comme defïus.
- On peut préparer cette couleur avec de l’argent; mais comme l’avantage n’en contrebalance pas la dépenfe, je n’en donnerai pas, dit notre Auteur, le procédé.
- N°. 2. Prenez dix livres de la fritte des pâtes fous les Nos. 3 ou 4, préparées fans falpêtre, ôc une once ôc demie de fer fortement calciné. Opérez comme defïus.
- Lorfqu’il entre du plomb dans la compofi-tion du verre, on ne fe Iervira pas de tartre crud ou de charbon de faule. On pourra même fe pafler de nitre, parce que la teinture jaune que le plomb donne au verre ne peut lui nuire ôc ne fait qu’ajouter à la couleur.
- On peut aufli la préparer par l’antimoine crud, aufli bien que par le fer calciné ; mais ce verre efl: plus difficile à manœuvrer, ôc ne vaut pas mieux.
- N°. 3. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les Nos. 1 ou 2 ; ôc autant du verre dur de couleur d’or. Réduifez le tout en poudre, Ôc fondez enfemble.
- Comme il y a des topazes d’un jaune plus ou moins foncé, on peut, pour les contrefaire , varier les dofes du jaune eu égard à la fritte ; car le jaune ici preferit efl; très-fort en couleur.
- N°. 4. Cette compofltion peut fe faire comme la précédente , mais on peut omettre le falpêtre : ôc pour imiter les topazes légers en couleiir, il ne faut ajouter ni pâte couleur d’or, ni autre matière colorante ; le plomb fuffit, lorfqu’il n’efl: pas détruit par le nitre.
- N°. y. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les Nos 1 ou 2, ôc fix dragmes de fer calciné. Mêlez Ôc fondez comme defïus.
- N°. 6, Prenez dix livres de la fritte des pâtes fous les Nos. 3 ou 4, préparées fans falpêtre, ôc cinq dragmes de fer calciné : opérez comme defïus.
- Section VII.
- Comportions de Verre dur & de pâte de couleur verte*
- N°. 1. Prenez neuf livres de la fritte de verre dur fous les Nos. i ou 2, trois onces de cuivre précipité à l’eau-forte, ôc deux dragmes de fer précipité.
- N°. 2. Prenez pareil poids de la fritte des pâtes fous les Nos. 1 ou 2 ( ou plutôt fous les Nos. 3 ou 4 ). Si on omet le falpêtre , on emploiera ici moins de fer que dans la précédente recette.
- Section VIII.
- s
- Comportions de Verres durs & de pâtes de couleur pourpre.
- N°. 1. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les Nos. 1 ou 2, flx dragmes de fafre , ôc une dragme d’or précipité par l’étain ; mêlez ôc fondez, ôcc.
- N°. 2. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les Nos. 1 ou 2 , une once de manganefe , ôc demi-once de fafre ; mêlez, ôcc.
- N°. 3. Prenez dix livres de la fritte des pâtes fous les Nos. 3 ou 4, ajoutez-y les ingrédients colorants preferits ci-deflus, ôcc.
- N°. 4. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les Nos. 1 ou 2, une once ôc demie de manganefe, ôc une dragme de fafre : mêlez, ôcc.
- N°. y. Prenez dix livres de la fritte des pâtes fous les Nos. 1 ou 2 ( ou plutôt fous les Nos. 3 ou 4 ) : au furplus comme à la précédente recette.
- Pâte, couleur de topaze.
- Verre dur, couleur de chryfolithe. -
- Pâte, couleur de chryfolithe.
- Couleur ver-te. Verre dur, couleur d’émeraude.
- Pâte, couleur d’émeraude.
- Couleur pour~ fre. Verre-dur , couleur de pourpre foncé ôc lui-' fant.
- Verre dur, couleur de pourpre, à meilleurmar-ché.
- Pâte, couleur de pour* pre foncé.
- Verre dur; couleur d’a-méthyfte.
- Pâte, couleur d’amé-thyfte,
- Section IX,
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- Eouleur de diamant. Pâte qui imite lediamant.
- Couleur Moire. Verre dur, parfaitement noir.
- Pâte, parfaitement noire*
- Verre liane opaque & fe-mi - tranfpa-rent.
- Verre dur d’un blanc opaque & ferai - tranfpa-rent.
- Pâte d’un blanc opaque ôc femi-îranfparent.
- Verre blanc opaque, for-tne' par l’arfe-nic.
- ~\
- SUR VER
- Section IX.
- Compofition d’une pâte qui imite le diamant.
- Prenez fix livres de fable blanc, quatre de mine de plomb rouge, trois de cendres gravelées purifiées, deux de nitre, cinq onces d’arfenic , & un fcrupule de mangane-fe. Mêlez ; mais laiffez long-temps la matière en fufion, à caufe de la quantité d’arfenic.
- Lorfque cette compofition eft parfaitement vitrifiée & exempte de bouillons, elle eft très-blanche ôt d’un grand brillant. Si à l’effai elle tire trop fur le rouge, ^joutez-y un fcrupule, ou plus, de manganefe.
- On peut donner plus de dureté à cette compofition, en y faifant entrer moins de plomb ôt plus de fels, ou en la fondant à un feu violent ; mais la diminution du plomb lui ote un peu du luftre de diamant.
- Section X.
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- Comportions de Verre dur & de pâte de couleur noire parfaite.
- N°. i. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les Nos. i ou 2 , une once de fafre, fix dragmes de manganefe, ôt autant de fer fortement calciné : mêlez, ôte.
- N°. 2. Prenez dix livres de la fritte des pâtes fous les Nos. 1 ôu 2 ( ou plutôt fous les Nos. 5 ou 4 ), préparées avec le falpêtre, une once de fafre, fix dragmes de manganefe , ôt cinq dragmes de fer fortement calciné : mêlez, ôte.
- Section XI.
- Comportions de Vmes durs & de pâtes, blancsi opaques & femi-tranfparents.
- N°. 1. Prenez dix livres de la fritte de verre dur fous les Nos. 1 ou 2 , une de corne de cerf, d’ivoire ou d’os calcinés à parfaite blancheur : mêlez, ôte.
- N°. 2. Prenez dix livres de la fritte des pâtes fous les Nos. 3 ou 4 ; le refte comme defïus.
- N°. 3. Prenez dix livres de verre à cailloux, ôt une d’arfenic très-blanc : pulvérifez le tout, ôt le mêlez en le faifant pafler au moulin. Faites fondre à un feu modéré, jufqu’à ce que ces matières foient bien incorporées ; mais évitez de les vitrifier au-delà de la parfaite réunion de leur mélange.
- Ce verre, fondu à un feu trop durable Ôt trop violent, court rifque de pafler de l’opacité à la tranfparence entière. Il eft très-frangibie, ôt bien moins folide que l’émail blanc qu’il imite allez bien ; mais il ne peut pafler au feu à pîufieurs reprifes.
- Peint, sur Verre. //, Part,
- RE. II. Partie. 18p
- On en fabrique beaucoup dans une Verrerie confidérable, près de Londres. On en fait des vaifleaux , des cadrans , des tabatières ôt autres ouvrages qui n’ont pas befoin de repafler au feu ; mais en certain cas, l’émail blanc lui eft préférable.
- N°. 4. Prenez dix livres de la fritte de verre dur ou de pâtes, telle que vous voudrez , une livre ôt demie de putti ou étain calciné , ou d’antimoine, ou d’étain , calcinés par le nitre , comme il a été enfeignë dans le Chapitre de la Peinture en émail, Se&ionll ; mêlez bien le tout, en le faifant pafler au moulin, ôt fondez à une chaleur modérée.
- Le verre de cette efpece, préparé avec la fritte des pâtes, ne différé de la préparation de l’émail blanc que par la dofe de chaux d’étain ou d’antimoine; mais fi on prépare ces chaux avec le nitre , fans lequel elles ne peuvent donner un blanc parfait, cette compofition demande plus de foins, ôt eft d’une plus grande dépenfe que les autres , fans avoir fur elles d’autre avantage que de fupporter un feu plus vif ôt plus durable qui ne lui fait pas perdre fon opacité.
- N°. Prenez dix livres de la fritte de verre dur ou de pâtes, ôt demi-livre de corne de cerf, os ou ivoire calcinés à parfaite blancheur. f '
- Ce verre blanc eft le même que celui qu’on emploie en Allemagne, pour faire des écuelles, des pots à crème, des vinaigriers, ôte.
- Section XII.
- Comportions de Verres durs ér de pâtes, colorésy opaques & femi-tranfparents.
- NV 1. Prenez dix livres de la fritte de verre dur ou de pâtes , trois quarterons d’os calcinés, corne de cerf ou ivoire, une once ôt demie de fafre , ôt demi-once de fnangane-fe. Fondez la fritte avec le fafre ôt la manganefe , avant d’y mêler les os ou autres matières calcinées, jufqu’à ce qu’il en réfulte un verre bleu d’un foncé tranfparent. Cette première vitrification étant refroidie, pul-vérifez-la ôt la mêlez avec les os ou autres matières calcinées , en faifant palier le tout au moulin. Fondez le tout à un feu modéré, jufqu’à parfaite incorporation , ôt le verfez fur une table polie de cuivre ou de fer, pour en former des gâteaux.
- Si vous voulez y faire paroître des veines d’or, mêlez à votre compofition de la poudre d’or , préparée comme il a été dit au Chapitre de la dorure de l’émail ôt du verre, avec fon poids égal de borax calciné détrempé à l’huile d’afpic. Ces gâteaux ainfi veinés étant recuits à un feu modéré, l’or s’attachera au verre aulïi étroitement que
- Bbb
- Verre dur ou pâte d’un blanc opaque par îa chaux d’étain ou d’antimoine.
- Verre dur ou pâte d’un blanc opaque &femi-tranfparent de couleur d’opale.
- Verre coh~ ré opaque ù* femi-tranfparent. Verre dur ou pâte, couleur de la-» pis-lazuli»
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- ipo L’ART DE LA PEINTURE
- Verre dur, couleur de cornaline rouge.
- Pâte, couleur de cornaline rouge.
- Verre dur, couleur de cornaline jaune.
- Pâîe, couleur de cornaline jaune.
- Verre dur ou pâte, couleur de tur-quoife.
- Verre brun de Venife , avec des paillettes d’or, communément appelle la Pierre phi-lofophale.
- fi les veines y étoient naturellement empreintes.
- Pour rendre ce lapis plus léger en couleur , on diminue la dofe du fafre ôc de la manganefe : pour lé rendre plus tranfparent, on diminue celle des os calcinés.
- N°. 2. Prenez deux livres de la fritte de verre dur fous les Nos. i ou 2 ; une livre de verre d’antimoine; deux onces de vitriol calciné , connu fous le nom d’ochre écarlate, dont nous avons donné la préparation avant le Chapitre de la Peinture en émail ; ôc une dragme de manganefe. Fondez d’abord en-femble la fritte , la manganefe ôc l’antimoine. Réduifez le tout en poudre, après qu’il fera refroidi, Ôc le mêlez avec l’ochre écarlate , en faifant paffer le tout au moulin. Fondez enfuite ce mélange à un feu modéré, jufqu’à parfaite incorporation de tous les ingrédients, fansy les laiffer au feu plus longtemps qu’il 11e faut pour les vitrifier.
- N°. 3. Prenez deux livres de la fritte des pâtes fous les Nos. 1 ou 2 ( ou plutôt fous les Nos. 3 ou 4) ; le refte comme deffus.
- N°. 4. Prenez deux livres de la fritte de verre dur fous les Nos. 1 ou 2, une once d'ochre jaune bien lavée , Ôc autant d’os calcinés, Mêlez-les Ôc fondez jufqu’à parfaite incorporation réduite en mafia de verre.
- N°. $. Prenez deux livres de la fritte des pâtes fous les Nos. 1 ou 2 (ou plutôt fous les N°s. 3 ou 4 ) ; le refte comme deffus.
- N°. 6. Prenez dix livres des compofitions de verre bleu ou pâte bleue, enfeignées fous les Nos. 7 ou 8 , de la'Seêtion V, comme imitant l’aigue-marine ; ôc demi-livre d’os calcinés, corne de cerf ou ivoire. Pul-vérifez, mêlez ôt fondez jufqu’à parfaite incorporation.
- N°. 7. Prenez cinq livres de la fritte de verre dur fous le N°. 2 , autant de celle fous le N°. 1 , ôc une once de fer bien calciné. Mêlez-les Ôt fondez jufqu’à ce que le fer foit parfaitement vitrifié , ôc d’une couleur d’un brun jaune foncé ôt tranfparent. Ce verre étant réfroidi, réduifez-le en poudre; ajoutez-y deux livres de verre d’antimoine pulvérifé. Mêlez le tout en le faifant paffer au moulin. Prenez une partie de ce mélange : concaffez-y , en les froiffant enfemble, quatre-vingt ou cent feuilles de faux or, connu fous le nom d’or de Hollande ou d'Allemagne. Lorfqu’elles feront divifées en menues parcelles, mêlez le tout avec la partie de verre que vous aviez réfervée. Fondez enfuite la totalité à un feu modéré, jufqu’à ce qu’elle foit réduite en maffe de verre, propre à former des figures ou vaiffeaux d’ufage ordinaire. Evitez néanmoins une parfaite vitrification : elle détruiroit en peu de temps l’écartement des paillettes d’or, qui, venant à fe vitrifier elles-mêmes avec toute
- la maffe, donneroient un verre de couleur d’olive tranfparent.
- On emploie cette efpece de verre pour des joujoux ôc ornements. Jufqu’ici, dit l’Auteur Anglois, nous les avons tirés de Venife , Ôc on nous en a demandé , depuis quelques années, une fi grande quantité pour la Chine, qu’on en a haufiê le prix ; mais on en a tant fait venir de Venife qu’on en regorge à préfent ( en Angleterre ). On pour-roit également les préparer ici à moins de-frais ; il fufiiroit d’en faire quelques effais.
- OH A PITRE VII.
- De la fujlon & vitrification des differentes compofitions de Verre (plein) de couleurs , avec les réglés particulières & les précautions que chacune à9elles demande dans leur détail.
- JL e s différentes compofitions ci - deffus étant préparées, fuivant les méthodes qu’on en a données, on met fes matières dans des pots de fabrique, Ôc grandeur convenables, pour qu’ils en puiffent contenir un tiers de plus. De quelque façon que le fourneau foit conftruit, il faut y placer ces pots , de maniéré que la matière puiffe recevoir une chaleur fuffifante, ôc qu’il n’y entre nPchar-bon, ni faleté. Pour prévenir cet effet, il eft bon que chaque pot ait fon couvercle, avec un trou, par lequel on puiffe y plonger une verge ou canne de fer , pour en tirer des effais Ôc s’affurer du degré de vitrification.
- Quoique les pots foient bien cuits, il eft utile de leur donner une fécondé cuiffon , iorfqu’il s’agit de verre de grand prix, où il faut beaucoup de brillant. On peut encore les faupoudrer de verre commun , mais exempt de toutes couleurs hétérogènes. Voici comme on y procédé : on réduit ce verre en poudre : on humeête le dedans du pot avec de l’eau :-on y verfe cette poudre tandis qu’il eft humide : on l’agite jufqu’à ce que l’humidité en recouvre fuffifamment l’intérieur du pot : on jette ce qui n’a pu s’y attacher de ladite poudre. Le pot étant fec , on le met dans un fourneau affez chaud pour vitrifier cette couverte : il y refte quelque temps, puis on le laiffe refroidir par degrés.
- Quand on veut fe fervir de ces pots, on y met fa compofition, ôc on les introduit dans le fourneau , fur les bancs qui doivent les porter entre chaque ouvreau , par le moyen d’une forte pèle de fer, telle que celle des Boulangers. Les pots ainfi placés , on leur donne pour la première heure , ôc même plus long-temps, un degré de feu capable de les faire rougir, à moins qu’il
- Pots propres à recevoir les compofitions ci-deflus pour les vitrifier.
- Poudre à Iutterlespots ou creufets.
- Maniéré de les introduire dans le fourneau.
- Traitement du feu.
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- On ne peut
- établir déréglé fixe à ce iùjet.
- ! Précautions que demande le verre de couleur transparent à la fufion.
- SUR VERRE. II. Partie. ior
- n’y ait une forte dofe d’arfenic dans la com-pofition; auquel cas il faut chercher à le fixer ôc à l’empêcher de fe fublimer.
- Lorfque dès le^ commencement on a bien conduit fon feu, on peut parfaire la vitrification en une heure ôc demie ou deux; mais il ne faut pas mettre la matière dans un grand degré de fluidité : elle occafionncroit la lépa-ration de quelques ingrédients, ôc retarde-roit, ou même préviendroit l’incorporation vitrifique du tout.
- On ne peut établir de réglé certaine fur le degré de chaleur néceflaire pour vitrifier les matières contenues dans les pots : il y a de la variation par rapport à leur quantité & à leur nature ; mais fi les pots en contiennent dix ou onze livres, on peut employer vingt ou vingt-quatre heures de feu pour le verre dur, Ôc quatorze ou feize pour les pâtes.
- S’il entre beaucoup d’arfenic dans la com-pofition , quoiqu’il foit néceflaire d’accélérer la vitrification, cependant il faut la laiffer plus long-temps au feu, pour la purger des nuages ( laiteux ), dont cette matière rend le verre fufceptible.
- Dans la fufion du verre de couleurs ( plein) tranfparent, il faut nécefîairement & par préférence à tout autre foin , éviter d’agiter la matière ou d’ébranler les pots dans le fourneau. Autrement on court rifque de charger le verre de bouillons , qui font très-préjudiciables , fur-tout dans les compofi-tions deftinées à contrefaire les pierreries. S’apperçoir-on que , malgré cette précaution , les ingrédients produifent des bouillons parleur a&ion mutuelle ? on laiffera le verre au feu jufqu’à ce qu’ils difparoif-fent. ôont-iis trop difficiles à détruire l on
- augmentera le feu par degré, jufqu’a ce que le verre devenu plus fluide perde fa qualité Vifqueufe.
- Après l’expiration du temps fuffifant pour amener fa compofition à une vitrification parfaite, on s’affurera de fon état, en plongeant dans le pot, par le trou du couvercle, le bout d’une pipe ou d’une canne de fer. Si la matière qu’on en a tirée,peche par le défaut de vitrification , on la laiffera plus longtemps au feu. Si la vitrification eft faite, on le diminuera par degré, on le laiffera s’éteindre ; ôc, les pots étant refroidis, on les caffera, pour en féparer la maffe de verre Ôc la tailler.
- Dans le cas où , de plufieurs pots qui feroient dans le fourneau, il n’y en auroit qu’un ou deux qui euffent atteint le degré de vitrification requis , il ne faudroit pas interrompre la chaleur du four ; mais fi le verre qu’ils contiennent n’eft pas de grand prix , ôc débiné à des ouvrages -de grande fineffe, on peut le tirer du pot, en former des gâteaux, ôc les mettre à un feu modéré, jufqu’à ce qu’ils refroidiffent ôc qu’ils foient en état d’être travaillés.
- Le verre coloré ( plein ) tranfparent acquiert un degré de perfection de plus en reliant au feu, même après avoir atteint fa vitrification parfaite : il en devient plus dur ôc plus exempt de taches ôt de bouillons ; mais les verres colorés opaques femi-tranf-parents, ôc les verres blancs opaques formés d’arfenic, doivent être tirés du feu précifé-ment lorfque les ingrédients font bien incorporés ; car une vitrification plus complette convertirent en tranfparence l’opacité qu’on y demande.
- Manière dô s’a/furer de l’état de la vitrification.
- ' Quand otl peut tirer les pots du fourneau.
- Le verre coloré tranfparent doit refter plus long - temps au feu que les verres colorés opaques.
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- L’ART DE PEINDRE SUR LE VERRE,
- Extrait du Journal (Economique, Août 17J4,/Mge 149 , Jous ce Titre :
- AVIS (ECONOMIQUES D’ALLEMAGNE.
- AVERTISSEMENT.,
- JL/ E but que je me fuis propofé de ne rien laiffer échapper des différentes connoif-fances que je pourrois àdminiftrer fur la pratique de l’Art de peindre fur Verre , m’a porté à inférer dans ce Traité ce que le Journal (Economique nous en apprend.
- Mon Ouvrage, dira-t-on , devient une compilation ; mais cette compilation peut-elle déplaire au Publie, lorfqu’il s’y agit de remettre fous fes yeux une fuite de préceptes qu’on regardoit comme perdus, de qui tous tendent au même objet, je veux dire à faire revivre , au moins dans la Théorie, un Art prefqu’oublié ?
- Cet Extrait nous vient d’une Nation qui a toujours paffé pour être auffi expérimentée dans l’Art de la Peinture fur Verre que dans l’Art de la Verrerie. Il a fur l’Ouvrage Anglois, où nous n’avons trouvé que la maniéré de colorer le Verre, l’avantage de donner quelques préceptes fur la maniéré de peindre fur ce fond. Ainfi ces deux mor" ceaux, rapprochés l’un de l’autre, entrant dans l’ordre de mon 'traité , femblent lui fervir d’appui ôc de preuve : le premier , en ce qu’il nous a fait connoitre fur les couleurs nombre de compofitions différentes de celles que j’ai rapportées ; le dernier, en ce qu’il s’accorde en partie avec les enfeignements que j’ai prefcrits fur la pratique de la Peinture fur Verre. Il eût été à défirer que fon Auteur lui eût donné un peu plus de détail; mais on peut y fuppléer* ôc cela fera facile à ceux qui ont acquis déjà quelques lumières fur cet Art.
- Suite des Secrets & Expériences curieufes fur V Art de rafiner, calciner, fondre y cffayer, couler y allier les Métaux, les rehdre malléables y &c.
- L'ART DE PEINDRE SUR LE VERRE.
- Ç] e T Art noble faifant l’admiration de tous ceux qui ont quelque goût pour le deflin ou pour la Peinture , il ne fera pas hors de propos de donner ici quelques inftruêtions aux Perfonnes ingénieufes, non-feulement pour fatisfaire leur curiofité, en leur apprenant la nature de ce travail , mais encore pour leur en enfeigner la pratique. C’eft ce que nous allons faire le plus fuccin&ement ôc le plus clairement que nous pourrons. i°, Choiftffez avant toute choie des ver-
- res qui foient clairs, unis ôc doux.
- 20, Frottez-en un côté avec une éponge Maniéré de nette ou une broffe molle Ôc fléxible, trem- [eei”e^ fur pée dans de l’eau de gomme.
- 50, Quand il eft féché, appliquez fur le côté clair du verre le deffmque vous voulez copier, ôc avec un petit pinceau garni de couleur noire, ôc préparé pour cela , comme on le dira ci-après , deffmez les traits principaux ; ôc aux endroits où les ombres paroiffent tendres, travaillez-les par
- des
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- Recuiflon du verre après qu’il a été peint.
- SUR FER
- des coups de pinceau aifés qui enjambent les uns dans les autres ( a ).
- 4°, Quand vos ombres & vos traits font terminés du mieux qu’il vous eft poflible , prenez un pinceau plus gros , ôc appliquez vos couleurs, chacune dans le lieu qui lui convient, comme la couleur de chair fur le vifage, le verd, le bleu ôc toutes les autres couleurs fur les draperies*
- 5°) Quand vous avez fini , faites fortir avec foin les jours de votre ouvrage avec une plume groffe ôc non fendue , dont vous vous fervez pour ôter la couleur dans les endroits où les jours doivent être les plus forts, ainfi qu’à ceux où l’on doit donner à la barbe ôc aux cheveux un tour finguiier.
- 6°, Vous pouvez coucher toutes fortes de couleurs fur le même côté du verre où vous tracez votre deflin : il n’y a que le jaune qu’il faut appliquer de l’autre côté , pour empêcher qu’il ne fe fonde Ôc ne fe mêle avec les autres couleurs , ce qui gâteroit tout l’ouvrage.
- Le fourneau pour recuire le verre peint doit être conftruit à quatre pans, ôc divifé dans fa hauteur en trois parties. La divifion la plus baffe eft deftinée à recevoir les cendres , ôc à attirer l’air pour allumer le feu.
- La fécondé divifion eft deftinée pour le feu ; elle a au-deffous d’elle une grille de fer , ôc trois barres aufli de fer fur le haut, pour foutenir le vafe de terre qui contient le verre peint.
- La troifieme divifion eft formée par les barres dont on vient de parler, ôc par un couvercle au fommet où il y a cinq trous pour paffer la flamme ôc la fumée.
- Le vaiffeau de terre ( dans lequel le verre à recuire eft couché à plat ) eft fait de bonne argiile de Potier, ôc moulé fur la forme ôc les dimenfions du fourneau. Il eft plat par le fond, ôc a cinq ou fix pouces de hauteur. Il doit être à l’épreuve du feu , ôc ne doit pas avoir moins de deux pouces d’efpacé entre lui ôc les côtés du fourneau (h).
- Quand vous êtes fur le point de faire recuire votre verre, prenez de la chaux vive que l’on a eu foin d’abord de faire bien recuire ôc rougir fur un grand feu de charbon. Quand elle eft froide, paflez-la par un petit tamis le plus également que vous pourrez 5 couvrez-en le fond du pot d’environ demi-
- ( a ) Cet enfeignement eft celui que nous avons appelle, dans le Chapitre IX, de notre fécondé Partie, la première maniéré de traiter la Peinture fur verre.
- (&) Nous avons vu quelques variations, dans tous les endroits où je parle de la recuiflon , fur l’efpaceque l’on doit donner entre la poêle 5c les parois du fourneau; lès uns demandant deux pouces au moins, les autres trois, ôc d’autres quatre. Ces variations viennent du plus ou moins de grandeur de la poêle. Plus elle eft petite, moins elle en exige , le feu ayant moifts de peine à atteindre le milieu d’une petite poêle que d’une grande.
- Peint, sur Verre. IL Part.
- E. IÎ. Partie. 15)3
- pouce d’épaifleur ; enfuite, avec une plumé unie, étalez-la d’une maniéré égale Ôc de niveau ; après quoi couchez-y autant de vos verres peints que la place vous le permettra , ôc continuez jufqu’à ce que le pot foit plein, en mettant fur chaque lit de verre un lit du mélange en poudre ( a ) , d’environ l’épaifîeur d5un écu ; mais par-deflùs le dernier lit de verre peint, il faut mettre une couche de poudre de la même épaiffeur que celle du fond. Quand le pot eft ainfi rempli jufqu au bord , placez-le fur les barres de fer qui font au milieu du fourneau, ôc couvrez ce fourneau avec une calotte ou couvercle fait de terre à Potier, & luttez-le exaêle-ment tout autour pour empêcher l’effet de tout autre vent que de celui qui vient par les trous du couvercle* Après avoir difpofé votre fourneau de cette maniéré, Ôc que le lut eft fec, faites un feu lent de charbon ou de bois fec à l’entrée du fourneau. Augmentez la chaleur par degrés, de crainte »• qu’un feu trop vif d’abord ne fit fêler le verre. Continuez ainfi à augmenter le feu , jufqu’à ce que le fourneau foit rempli de charbon, Ôc que la flamme forte d’elle-même par les trous du couvercle. Entretenez ainfi un feu vif pendant trois ou quatre heures ; enfuite retirez-en vos eflais, qui font' des morceaux de verre fur lefquels vous avez peint une couleur jaune , ôc placez-les vis-à-vis du pot. Quand vous voyez le verre courbé, la couleur fondue ôc d’un jaune tel qu’il vous le faut, vous pouvez en conclure que votre ouvrage eft prefque fait. On con-noît aufli par l’augmentation des étincelles fur les barres de fer, ou par la lumière qui frappe fur les pots quel eft le progrès de l’opération. Quand vous voyez vos couleurs prefque faites, augmentez votre feu avec du bois fec, Ôc placez-le de maniéré que la flamme puifîe réfléchir ôc fe recourber tout autour du pot. Pour lors abandonnez le feu ôc le laifîez s’éteindre, l’ouvrage refroidira de lui-même. Otez du fourneau votre verre, ôc, avec une brofîe nette, chaflez-en la poudre qui pourroit être tombée defe fus. Votre ouvrage eft tout-à-fait fini.
- 'Nous allons traiter des couleurs dont on fe fert pour peindre fur le verre.
- Prenez une once de mennïng ( b ), Ôc deux onces d’émail rouge ; broyez-les en poudre fine, ôc détrempez-les avec de bonne eau-de-vie fur une pierre dure* En faifant cuire
- (a) Il y a ici erreur, en ce que l’Auteur ne preferit que de la chaux, fans aucun mélange.
- (b) Je crois que c’eft le minium ou la mine de plomb rouge ; car cette recette, ôc la plupart des fuivantes , a beaucoup de rapport avec celles que j’ai données, dans le Chapitre III de ma fécondé Partie, d’après Kunckel : ce qui prouve le cas que l’on fait encore actuellement en Allemagne des enleignements de ce grand Maître , qui n’a pas craint, comme nous avons vu , de publier qu’il les tenoit d’un excellent Peintre fur verre.
- C c c
- Maniéré dd faire la couleur de chairi
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- Couleur
- noire.
- Couleur
- brune,-
- Couleur
- rouge.
- Couleur
- bleue.
- 19*
- L’ART DE LA PEINTURE
- légèrement ce mélange, il produira une belle couleur de chair.
- Prenez quatorze onces ôc demie d’écail-les de fer ramaffées autour de l’enclume ; mêlez-y deux onces de verre blanc , une once d’antimoine, ôc une demi-once de man-ganefe : broyez le tout avec de bon vinaigre, ôc le réduifez en une poudre impalpable.
- Ou Prenez une partie d’écailles de fer ôc une partie de rocailîes : broyez-les enfemble fur une plaque de fer pendant un ou deux jours. Quand le mélange commence à durcir , paroît jaunâtre, Ôc s’attache à la molette , c’eft une marque que la couleur eft afîez fine.
- Ou Prenez une livre d’émail, trois quarterons d’écailles de cuivre, Ôc deux onces d’antimoine : broyez-les comme on vient de le dire.
- Ou Prenez trois parties de verre de plomb, deux parties d’écailles de cuivre, ôc une partie d’antimoine ; puis opérez comme ci-deffus.
- Prerfez une once de verre ou d’émail blanc, ôc une demi-once de bonne manga-nefe ; broyez-les d’abord avec du vinaigre bien fin , ôc enfuite avec de l’eau-de-vie.
- Prenez une once de craie rouge , broyée ôc mêlée avec deux onces d’émail blanc de fond, Ôc un peu d’écailles de cuivre : elles vous donneront un fort bon rouge. Vous pouvez en efîayer un peu, pour voir s’il peut fupporter le feu, finon ajoutez-y un peu plus d’écailles de cuivre.
- Ou Prenez une partie de craie rouge dure, ôc avec laquelle on ne peut pas écrire , une partie d’émail blanc, ôc une quatrième partie d’orpiment : broyez-les bien enfemble avec du vinaigre ; ôc, lorfque vous vous en fervirez, évitez-en la fumée; car c’eft un poifon dangereux.
- Ou Prenez du fafran de Mars ou de la rouille de fer, du verre d’antimoine ôc du verre de plomb jaune, tel que les Potiers s5en fervent, de chacun une égale quantité, avec un peu d’argent calciné avec le foufre. Broyez le tout enfemble, ôc réduifez-le en une poudre bien fine. Ce mélange produira un beau rouge, avec lequel vous pourrez peindre fur verre.
- Ou Prenez une demi-partie d’écailles de fer, une demi-partie de cendres de cuivre, une demi-partie de bifmuth , un peu de limaille d’argent , trois ou quatre petits grains de corail rouge, fix parties de matière rouge tirée de Verrerie, une demi-partie de litharge , une demi-partie de gomme, ôc treize parties de craie rouge. Mêlez Ôc broyez.
- Prenez du bleu de Bourgogne ou du verd de terre bleue, Ôc du verre de plomb, par égales quantités : broyez - les avec de l’eau,
- ôc faites-en une poudre fine. Quand vous vous en fervirez, couchez les fleurs qui doivent être d’une couleur bleue avec ce mélange ; enfuite faites refïbrtir les parties jaunes avec une plume, ôc couvrez-les d’une couleur de verre jaune. Remarquez que le bleu fur le jaune, ainfi que le jaune fur le bleu , font toujours une couleur verte.
- Le verd de terre bleue, ou l’azur mêlé avec l’émail , donne une belle teinture bleue.
- Prenez de la rocaille verte ou des petits grains de la même couleur deux parties, une partie de limaille d’airain, ôc deux parties de menning : broyez le tout enfemble , Ôc le réduifez en poudre, vous aurez une belle couleur verte.
- Ou Prenez deux onces d’airain brûlé, deux onces de menning, huit onces de beau fable blanc ; réduifez-les en poudre fine, Ôc mét-tez-les dans un creufet. Luttez-en bien le couvercle, Ôc donnez-lui pendant une heure un feu vif dans un fourneau à vent ; en-fuite retirez le mélange du feu ; Ôc, quand il eft refroidi , broyez-le dans un mortier d’airain.
- L’expérience a démontré que le plus beau jaune pour peindre fur verre fe prépare avec l’argent : c’eft pourquoi fi vous voulez avoir une excellente couleur jaune , prenez de l’argent fin, ôc, après l’avoir battu ôc réduit en plaques fort minces, faites-le difloudre Ôc précipiter dans l’eau-forte, comme on l’a dit précédemment. Quand il a formé fon dépôt, verfez-en l’eau-forte, Ôc broyez l’argent avec trois fois autant d argile bien brûlée, tirée d’un four ôc réduite en poufliere fine ; puis avec un pinceau doux Ôc fléxible, couchez ce mélange fur le côté uni du verre , ôc vous aurez un beau jaune.
- Ou Fondez autant d’argent que vous voudrez dans un creufet ; quand il eft en fufion , poudrez-y petit à petit la même pefanteur de foufre, jufqu’à ce qu’il foit calciné ; enfuite broyez-le bien fin fur une pierre. Mêlez -y autant d’antimoine qu’il y a d’argent ; ôc ,r après avoir bien broyé le tout, prenez de l’ochre jaune, faites-le recuire, il fe changera en un rouge brun ; détrempez-le avec de l’urine ; puis en prenant le double de la quantité d’argent, mêlez le tout enfemble , ôc, après l’avoir broyé de nouveau ôc réduit en une poufliere très-déliée, appliquez-le fur le côté uni du verre.
- Ou Faites recuire quelques plaques minces d’argent, enfuite coupez-les par petits morceaux; mettez les dans un creufet avec du foufre ôc de l’antimoine. Quand elles feront difloutes, verfez-les dans de l’eau claire ; ôc, après les avoir mêlées, pulvérifez le tout.
- Mettez dans un pot de terre alternativement des plaques minces d’airain, Ôc des cou-
- Couleur
- verte.
- Belle couleur jaune.
- Jaune pâle.
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- SUR VE R R E. IL Partie* 15*5
- <ches de foufre ôt d’antimoine en poudre : brûlez votre airain jufqu’à ce qu’il ne s’en-flamme plus, enfuite jettez-le tout rouge dans de l’eau froide : retirez-le de l’eau, ôc le pulvérifez : prenez une partie de cette poudre, ôt cinq ou fix parties d’ochre jaune recuit ôt détrempé dans le vinaigre ; ôt , c après avoir fait fécher lé tout, broyez-le fur une pierre. Votre couleur fera en état d’être employée.
- Maniéré d’a- Prenez deux parties d’écailles de fer , une îe^&^deYë Part*e t’écailles de cuivre, ôt trois parties mettre en é- d’émail blanc : broyez le tout enfemble avec tat de rece- de l’eau claire fur un marbre ou fur une ture. plaque d airain ou de ter pendant deux ou
- trois jours , jufqu’à ce qu’il ne fafle plus qu’une poudre très-fine. Frottez - en votre verre par-tout, fur-tout du côté que vous voulez peindre ; les couleurs s’y appliqueront beaucoup mieux ôt plus facilement. Obfervations i°, Quand vous mettez votre verre recui-re ? placez le côté peint, en deffous ; ôc le
- ïamamerede A / j . 7 7
- peindre ôt de cote du jaune, en deffus.
- recuirelever- 2°, Delayez toutes vos couleurs avec de
- re* l’eau de gomme.
- 3°, Broyez le rouge ôt le noir fur une plaque de cuivre. A l’égard des autres couleurs , vô'us pouvez les broyer fur un morceau de verre ou fur une pierre.
- 4°, Les couleurs de verre qui fe préparent promptement font l’émail de verre qui vient de Venife, en pains de différentes efpeces , ainfi que les petits chapelets de verre que l’on tire d’Allemagne, ôt fur-tout de Francfort fur le Mein. Les vieux morceaux de verre peint brifé font bons pour cela , aufli bien que le verre verd des Potiers, Ôt les gouttes de verre qui coulent de la Poterie dans le four.
- Les mêmes couleurs , dont les Potiers fe fervent pour peindre fur la vaiffelle de terre, peuvent aufli fervir pour peindre fur le verre.
- Maniéré par- Prenez une petite quantité de graine de Oindre fur * ^cra^ez'la ; mettez-ia quatre ou cinq
- jours dans un petit fac de toile, tremper dans de l’eau de pluie que vous changerez tous les jours ; enfuite, tordant le fac, vous en tirerez une fubftance collante , fembla-ble à de la glu. Servez-vous-en pour broyer vos couleurs comme à l’ordinaire ; enfuite peignez ou deflinez avec un pinceau tout ce que vous voudrèz fur le verre, ôc donnez-lui un grand degré de chaleur. Vous pouvez aufli avec la même glu dorer le verre avant de le mettre au feu.
- Prenez de la gomme ammoniaque, fai-tes-la difloudre toute la nuit dans de bon vinaigre de vin blanc, ôc broyez de la gomme ammoniaque ôc un peu de gomme arabique avec de l’eau claire. Quand le tout effc bien incorporé Ôc broyé bien fin, écrivez ou deflinez fur votre verre ce que vous jugerez à propos. Quand cette gomme fera prefque feche, vous y appliquerez votre or , en le prefîant avec un peu de coton* Le lendemain frottez doucement le verre avec un peu de coton pour en ôter l’or qui n’ell point attaché , vous verrez alors les ornements, les figures, ou l’écriture que vous y avez mis, très-bien appliqués. Faites fécher votre verre petit à petit à une chaleur douce,que vous augmenterez par degrés jufqu’au point de le faire rougir : laiffez-le refroidir de lui-même ; l’or fera un très-bel effet, ôc fera à l’épreuve de l’eau.
- Prenez deux parties de plomb, une partie d’émeril, ôc une petite quantité de blanc de plomb : broyez-les bien fin avec de l’eau claire , ôt détrempez-les avec de l’eau de gomme ; ôc avec un pinceau doux couvrez-en tout l’extérieur de votre verre. Quand il fera fec, vous pourrez avec un pinceau y écrire ou tracer ce que vous voudrez ; enfuite augmentez le feu jufqu’au point de faire rougir le verre; laiffez-le refroidir, ôc vous verrez votre deflin ou votre écriture paroître fur le verre, fans que l’eau froide ni la chaude puiflent l’effacer.
- t;
- un verre à boire.
- Belle dôru* re pour lé verre.
- Maniéré d'écrire ou dé deffiner fur le verre.
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- Réflexions fur l’ufage des miniatures aux tabatières.
- Maniéré de peindre fur verre , propre à embellir les tabatières.
- i$6
- VA RT DE LA PEINTURE
- Maniéré de Teindre fur Verre qui imite l’Email, tirée d'un Ouvrage manufcru de M. Pingeron, fur les Arts utiles & agréables , & inférée dans la Galette étAgriculture, de Commerce & de Finance, du Mardi 6 Février 1770,
- N°. ir.
- o u s avons détruit au Chapitre XVIII. de notre première Partie les inconvénients que Ton reproche à la Peinture fur verre ; nous avons indiqué dans le Chapitre fuivant les moyens poflibles de la tirer de fa léthargie a&uelle ôc de lui rendre fon ancien luf-tre : en attendant qu’on en- falTe ufage, ne négligeons pas ceux que nous fournit ici M. Pingeron, pour la rendre utile même dans les objets de notre frivolité»
- Après quelques préliminaires cet Amateur des Arts obferve que l’émail ne réuffit parfaitement que fur l’or : cette matière pré-cieufe eft en effet la feule qui n’altere point la vivacité des couleurs dont on la couvre. Pour effayer de produire le même effet à l’œil , en évitant l’énormité de la dépenfe , on a mis des glaces fur de belles miniatures. Mais fi la miniature eft dans l’intérieur d’une tabatière, l’humidité ôc l’odeur du tabac la fait jaunir : fî elle eft extérieure, le contad de la glace fur la peinture n’eft point affez intime pour que l’illufion foit abfolument complette. Nos Artiftes, toujours inventifs, ont effayé d’y remédier, en peignant fur la glace même, ôc ont approché de plus près de leur but. Mais il refte encore à délirer que la glace qui couvre la miniature foit en même temps pénétrée par les couleurs , ôc ne faffe qu’un tout qu’on ne fauroit détruire par partie. Le moyen de parvenir à ce but, dit M. Pingeron, eft très-(impie, en fe fervant de la Peinture fur verre par tranf-parence.
- On choifit un morceau de glace bien polie, auquel on donne la forme de la partie fupérieure de la tabatière qu’il doit embellir; on le place fur le revers d’une eftampe ou d’un defïin verni qui le rend tranfparent ; on peint cette glace avec les émaux ordinaires.
- Il fjiut avoir foin de laiffer le fond de la glace pour les grands clairs, & de fuivre à peu près les mêmes réglés que pour le lavis des plans. On répand fur cette peinture du beau cryftal de Bohême réduit en poudre impalpable , ôc l’on fe fert d’un petit tamis très-fin pour cette opération. Lorfqu’on a une certaine quantité de glaces peintes de cette maniéré, on les paffe au feu, après les avoir mifes du côté qui n’eft pas peint fur un lit de chaux éteinte, répandu fur une plaque de fer ; on peut encore les paffer au feu de la même maniéré que l’émail ordinaire : la peinture fe trouve pour lors comme renfermée entre deux verres , & ne fauroit plus s’effacer. Nous avons confeillé de fe fervir du revers des eftampes vernies ; i°, pour faciliter ce genre de peinture à ceux qui ne favent point defliner ; 20, afin que la peinture étant peinte à gauche, revienne à droite, quand on la place fur la tabatière : on y met un papier blanc deffous Ôc un cercle plus ou moins riche tout autour. Les effais qui ont été faits, ont eu le fuccès le plus complet; Ôc telle tabatière dont la valeur étoit très - médiocre, a été efti-mée un prix confidérable. On remarquera que la fufion des émaux s’opère plus également dans les grands fourneaux, que fous les petites moufles.
- Il feroit à délirer, continue M. Pingeron t que cette nouvelle branche d’induftrie fournît une reffource de plus au goût Ôc à l’habileté des jeunes perfonnes qui peignent ces élégantes tabatières de carton donc le peu de folidité a fait paffer la mode : leurs talents ne leur feroient plus inutiles , ôc l’Art y gagneroit du côté de l’agrément des nouveaux bijoux ôc du côté de leur folidité.
- Fin de la féconde Partie.
- Son avantage.
- TABLE
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- *97
- ♦
- TABLE
- DES CHAPITRES
- Contenus dans la Seconde Partie de la Peinture fur Verre * ^confidérée dans là partie Chimique & Méchanique-
- Chapitre I* Des matières qui entrent dans la compofition du Verre y & fur-tout dans les différentes couleurs dont on peut le teindre aux fourneaux de s Verreries. Page p $ Chap* II. Recettes des différentes couleurs propres à teindre des maffes de Verre, avec des Obfervations fur le Verre rouge an* cien. 5)8
- Chap. III. Maniéré de colorer au fourneau de recuiffon des Tables de Verre blanc y avec K toutes fortes de couleurs fondantes auffi tranf parentes, auffi liffes auffi unies que le Verre fondu tel dans toute fa maffe aux Verreries. 105
- Chap. IV. Recettes des Emaux colorants dont on fefert dans la Peinture fur Verre aôluelle; avec la maniéré de les calciner & de les préparer à être portés fur le Verre que l’on veut peindre. 113
- Chap. V. Des couleurs actuellement ufitées dans la Peinture fur Verre y autres que les Emaux contenus dans le Chapitre précédent. 123
- Chap. VI. Des connoijfances nêceffaires aux Peintres fur Verre pour réuffîr dans leur Art. 131
- Chap. VII. Du Méchanifme de la Peinture fur Verre aduelle y <& d’abord de PAttelier & des Outils propres aux Peintres fur Verre. 137
- Chap. VIII. De la Vitrerie relativement â la Peinture fur Verre, & des rapports de cet Art avec la Gravure. 140
- Chap. IX. Des deux maniérés dont on peut traiter la Peinture fur Verre. 142
- Chap. X. Du coloris ou de l’Art de coucher fur le Verre les différentes couleurs. 144 Chap. XI. De la recuiffon. 146
- EXTRAITS d’un Livre Angloisy intitulé :
- The Hand-maïd to the Arts, 15 6
- Avertissement. Ibid.
- I. Extrait fur la Peinture tant en Email que fur V?rre. Extrait de la Préface relativement à ces deux genres de Peindre. 157 Maniéré de préparer Pochre écarlate. 15 S
- Extrait du Chapitre IX de la première Partie 5 de la nature, préparation & ufage des différentes matières employées dans la Peinture en Email. 1
- Peint. sur Verre. IL Part<
- Section première. De la nature en général de la Peinture en Email. ibid*
- Sect. II. Des màtieres qui entrent dans la compofition des fondants & dans celle de l’émail blanc. 160
- Sect. III. Des matières qüi entrent dans la compofition des émaux de couleurs. i 61 Sect. IV. De la compofition & préparation des fondants propres a la Peinture en émaih
- l6%
- Sect. V. De la compofition & préparation de l’Email blanc qui jert de fond dans ce genre de Peinture. 166
- Sect. VI. De la compofition & mixtion de tous les Emaux colorants propres à la Peinture en émail, avec leurs fondants particuliers. ibid*
- Extrait du Chapitre X de la première Partie9 de l’Art de Peindre fur Verre par la recuiffon avec des couleurs vitrifiées tranfparen-tes« ^ l7°
- Sect. I. De la nature en général de ce genre de Peinture. ibid*
- Sect. II. Du choix du verre fur lequel on vem peindre avec des couleurs vitrèfcibles par la recuiffon. ibid.
- Sect. III. Des fondants & des colorants dont on fe fert dans la Peinture fur verre par la recuiffon. 171
- Sect. IV. De la maniéré de coucher les couleurs fur un fond de Verre 9 & de leur re-cuffon. 174
- Extrait du Chapitre XI de la première Partie , de la Dorure de l’Email & du Verre par la recuiffon. > 173
- II. Extrait fur la nature <& la compofition du Verre y & fur l’Art de contrefaire toutes fortes de Pierres précieufes. 174
- Chapitre I. De la troifieme Partie. Du Verre en général. ibid.
- Sect. I. De la nature particulière des différentes fubflances qui entrent dans la compofition du Verre. 17 £
- Sect. II. Des matières qu’on emploie comme fondants dans la compofition du Verre. \jS Sect. III. Des matières dont on fe fert y com-me colorifiques > dans la compofition du V?rre. 17$
- Chap. II. Des Jnfiruments & Ufienfiks dont
- Ddd
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- TABLE DES CHAPITRES.
- ip8
- on fe fert pour la compofition & la préparation du Verre. 17P
- Chap. III- De fa préparation & compofition des différentes fortes de Vme blanc tranfparent , actuellement en ufage en Angleterre.
- ibid.
- Sect. I. Des différentes fortes de Verre blanc & de leur compofition en général. ibid.
- Sect. II. De fa nature & compofition des Verres à cailloux & de cryftal dé Allemagne, ibid.
- Sect. III. De la nature & compofition du Vme de glaces ou à miroirs• 180
- Sect. IV. De la nature & compofition du Vme à vitres. 181
- Sect. V. De la nature & compofition du Verre pour les phioles à’Apothicaire 9 &c.
- 182
- Chap. IV. Du mélange des ingrédients qui entrent dans la compofition du Verre blanc tranfparent 9 & de l’Art d’en mettre en fufion les différentes compofitions pour les bien incorporer & les conduire à une parfaite vitrification, ibid.
- Sect. I. Du mélange des ingrédients qui entrent dans la compofition du Verre blanc tranfparent. • ibid.
- Sect. II. De la maniéré de mettre en fufion les différentes compofitions pour les convertir en Verre , & des moyens de juger fi la vitrification efi parfaite. 183
- Sect. III. Des moyens dé accélérer & procurer la parfaite vitrification des ingrédients9 lorfque la compofition eft défeCîueufe 9 & de remédier à la teinte de jaune ou de verd dont elle auroit pu fe charger. ibid.
- Chap, V. De la compofition <& du traitement du Verre verd commun ou à bouteilles• 184 Chap. VI. Du Verre coloré ou teint à/*»*
- A maffe. ^ ibid.
- Sect. I. Dé la nature en général du Verre de couleurs, & des différentes compofitions propres à les recevoir 9 relativement au Vtrre
- qui en efi empreint & aux pâtes qui imitent les pierres précieufes, avec leurs qualités particulières, ibid.
- Sect. II. De la nature & préparation des matières dont on fe fert pour teindre le Verre, 183
- Sect. III. Frittes de Verre dur & de pâtes propres à recevoir des couleurs, ibid.
- Sect. IV. Compofitions de Verres durs & de pâtes de couleur rouge, 187
- Sect. V. Compofitions de Verres durs & de pâtes de couleur bleue, ibid.
- Sect. VI. Compofitions de Verres durs & de pâtes de couleur jaune. 18S
- Sect. VII. Compofitions de Verres durs & de pâtes de couleur verte» ibid.
- Sect. VIII. Compofitions de Verres durs & de pâtes de couleur pourpre, ibid.
- Sect. IX. Compofition d’une pâte qui imite le Diamant. 18 <>
- Sect. X. Compofition de Verre dur & de pâte de couleur noire parfaite. ibid.
- Sect. XI. Compofitions de Verres durs & de pâtes 9 blancs opaques & femi-tranfparents.
- ibid.
- Sect. XII. Compofitions de Verres durs & de pâtes 3 colorés9 opaques & femi-tranfparents.
- ibid.
- Chap. VIL De la fufion & vitrification des différentes compofitions de Verre de couleurs 9 avec les réglés particulières & les précautions que chacune d’elles demande dans leur détail. îpo
- Extrait du Journal (Economique 9 article dé Allemagne. ipo
- Avertissement. ibidi
- L’Art de peindre fur le Verre 9 Extrait à’un Ouvrage Allemand. Extrait de la Gazette à’Agriculture 9 de Commerce & de Finan-
- ibid.
- Maniéré de peindre fur Verre qui imite l’Email. i$$
- Fin de la Table de la Seconde Partie.
- V
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- *99.
- L ART
- DU VITRIER
- ^oosoïDeosoeoooeotoeoeoeotot^osoeotosGoototocotoeoeosoeosoK^oeotosoAoeocotet^c^otetoeotQie^OK
- TROISIEME PARTIE DE L’ART DE PEINDRE SUR VERRE.
- A VA N T-P R O P O S.
- Qu o i Q U E les Maîtres Vitriers portent encore aujourd’hui le titre de Peintres fut F erre , ils ne s’adonnent plus à ce genre de Peinture, qui immortalifoit leurs Peres ôc anobliffoit leur état ; ils font prefque tous reftraints à pratiquer la Vitrerie. Regar-dons-la donc ici comme indépendante de la Peinture fur Verre, ôc examinons ce qu’on peut appeller Y Art du Vitrier.
- Ce ne fera donc plus dans la décoration de ces anciennes Bafiliques, confacrées au Culte du Seigneur , ni dans cette antique magnificence des Palais des Grands , que nous en admirerons l’excellence ; nous allons expofcr les ufages plus modernes auxquels notre Art fut employé, depuis que les Architectes , auiïi curieux d’introduire la clarté du jour , que leurs prédéceffeurs s’étoient efforcés de l’écarter , jugèrent plus convenable de fubftituer les vitres blanches aux vitres peintes, à la toile ou au papier , dans les grands édifices comme dans les maifons particulières. En donnant à nos habh tâtions un agrément qui leur manquoit, ils procurèrent à celui pour qui elles font def* tinées le double avantage d’être moins expofé à l’intempérie de l’air , Ôc de jouir du libre afpeCt de la Nature ôc de fes poffefïions.
- C’eft cette Vitrerie familière ôc domeftique, pour ainfi dire , dont nous allons nous occuper. Nous avons traité de celle relative à la Peinture fur Verre, dans nos deux Parties précédentes, ôc nous y avons prouvé que cet Art ne pouvoit exifler fans le fecours de la Vitrerie , dont il fait la principale branche, puifqu’il en eft le complément. Recherchons d’abord les temps où l’ufage des vitres blanches paffa aux fenêtres, foit dans les grands édifices, foit dans les fimples maifons : puis nous entrerons dans les détails méchaniques de la Vitrerie moderne ; Art, qui, à force d’être Amplifié, eft prefque tombé dans l’aviliffement, en defcendant du plus haut degré auquel un Art pût fe voir; élevé, à l’état du métier le plus pénible Ôc le moins eftimé > le plus fragile Ôc le moins récompenfé, le plus ruineux ôc le moins dédommagé.
- n.
- m
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- Examen du fentiment de M. Bemeton de Perin , fur le temps où s’établit l’ufage des vitres blan-ches,
- 200
- L’A R T DU VITRIER,
- CHAPITRE PREMIER.
- Des temps auxquels l’ufage des Vitres blanches pajfa aux fenêtres, [oit dans les grands édifices , foit dans les maifons particulières de la France, SC y devint plus fréquent.
- JL l eft très-difficile de fixer au jufte le temps connût depuis long- temps Fufage des
- où lufage des vitres blanches aux fenêtres vitres , il étoit néanmoins fort rare au
- s’établit parmi nous : je veux dire le temps quatorzième, &que c’étoit un luxe que de
- où à l’imitation des Allemands, nos aïeux s’en fervir : ôc quoique ce que ce célébré
- s’en fervirent, dans leurs maifons, pourles^ Auteur ajoute immédiatement, que cet Art9 tenir clofes dans tous les temps de l’année porté par les François en Angleterre en contre les vents froids, la gelée Ôc les brouii- 1180, y fut regardé comme une grande
- lards, en y confervant la lumière. magnificence, paroiffe contraire à ce que
- Félibien (a) établit pour exemple des j’ai établi (. a ) fur l’excellence avec laquelle
- vitres blanches les plus anciennes, ce qu’il les Anglois pratiquoient dès le douzième
- appelle des cives, telles qu’il s’en voit en Aile- fiecle le double Art de la Verrerie ôc de
- magne (Æ), c’eft-à-dire de petites pièces rondes la Peinture fur verre, par préférence aux
- de verre qu’on y affembloit avec des mor- François, de qui ils le tenoient dès le
- ceaux de plomb refendus des deux côtés , feptieme fiecle ; ce qu’il en dit n’eft pas
- pour empêcher que le vent ôc Feau ne favorable à l’opinion de M. de Perin fur la
- puffent paffer ; mais fans indiquer le temps fréquence de cet ufage au treizième fiecle ,
- où l’on ufoit de cette forte de vitres. Le Livret puifqu’il le regarde comme une fuite du
- intitulé : Origine de l'Art de la Peinture fur luxe des treizième ôc quatorzième fiecles
- Verre, autrefois imprimé à la tête d’une lifte auxquels il étoit félon lui très - rare,
- des Maîtres Vitriers , contient auffi des 20, Selon Sauvai ( b ) d’après FHiftoire notions fur Fétabliflement des Verreries : de Charles VI écrite par Jean Juvenel des
- il prétend que cette forte de verre fe fabri- Urfins, ce ne fut guere que vers la fin
- quoit à Gaftines fur Loire dans une Ver- du quatorzième fiecle que Jean, Duc de
- riere appartenante à M. de Tourville (c), Berry, après avoir fait rebâtir magnifique-
- mais fans en marquer le temps, non plus ment fa maifon de plaifance de Bicêtre
- que Félibien. Enfin M. Berneton de Perin ( h ), ôc l’avoir enrichie de quantité* de
- dans fa Differtation fur l’Art de la Verre- Peintures, pour dernier emhellijfement, il y
- rie (d) avance (cependant comme une fini- ajouta des chajfs de verre qui ne faifoient pie conjecture ) que les François employé- dans le temps que de commencer à orner rent le verre à vitres pour fe mettre à FArchitecture. Or cette diftinêtion entre la couvert de l’intempérie de l’air dans leurs quantité de Peintures & ïembellijfement des maifons dès le treizième fiecle, ôc que cet chajfs à verre, eft trop fenfiblement ame-ufage étoit aflez fréquent. Voyons s’il eft: née par cet Auteur contemporain du Prince d’accord avec les Hiftoriens , ôc avec les dont il écrivit l’hiftoire, pour que nous n’y plus anciens monuments. reconnoiflions pas fous le nom de Peintures
- i°, L’Auteur de l’Effai fur FHiftoire même les Peintures fur verre, ôc fous celui générale de toutes les Nations, Ôcc. (e) de Chajfs de verre les vitres blanches dont allure que quoiqu’au treizième fiecle on Fufage ne faifoit que commencer à orner,
- ï Architecture.
- (a) Principes d’Architeéture , Chapitre XXI de la Vitrerie.
- (b) C’eft de ces cives ou cibles dont Jean-Marie Catanée, dans fes Commentaires fur Pline le Jeune, dit que de fon temps, c’eft-à-dire, vers la fin du quinzième fiecle, on fe fervit pour chalfer des maifons, en Italie, l’âpreté des vents froids par un affemblage de plateaux de verre, ronds, réunis oc joints enfembleavec une efpece de maftic. Sicut nofirâ tempefiate vitreis orbibus conglutinatis frigus & ventos arcemus.
- (c) La Maifon de Tourville , eft une des plus anciennes de la Balfe-Normandie.
- (d) Journal de Trévoux, au mois de Novembre 1733.
- (e) Geneve, 17$6, chez les Freres Cramnaer, in-8°. Chapitre LXÏX , pag, 170.
- PafTons aux monuments. Je crois être Monument autorifé à mettre au rang des monuments den^de IV les plus anciens de vitres blanches appli- très blanches quées aux fenêtres même des Eglifes, les aux fcn^tïc^ fix vitraux qui étoient encore en ij6i dans
- (a) Voyez le huitième .Chapitre de la première Partie.
- (b) Antiquités de Paris, Liv. 7 , Chap. VII, pag. 7z: ( c ) C’eft par corruption qu’on nomme ainfi ce Château ; on devroit plutôt le nommer Vinceflre, du nom de Jean, Evêque de Vincefter en Angleterre, à qui il avoit appartenu dès l’année 1104.
- 1
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- III. Partie. De l’Art de Peindre fur Pierre*
- la galerie autour du chœur de l'Eglife de Paris au-deiïus de la ceinture du fanSuaire,
- & que de Tordre du Chapitre j’ai remplacé par des vitres neuves. Ces fîx vitraux étoient en vitres blanches fans aucune couverte de peinture blanche ; mais d’une ordonnance qui annonçoit le peu d’ufage où Ton étoit pour lors de faire des vitres de cette forte. Le verre, qui en étoit très-blanc, avoit fes furfaces ondées & raboteufes ; leurs compartiments étoient en pièces quarrées pofées en pointés, comme la lozange, d’un très-mauvais goût. Dans un de ces vitraux , étoit un feul panneau de verre peint, dans lequel on diftinguoit un Eccléfiaftique revêtu d’une dalmatique , qui /tenant debout entre fes mains le plan en élévation d’un de ces vitraux rempli de vitres blanches , dans le même compartiment que delfus, fembloit en faire l’inauguration. Au bas de ce panneau étoit en lettres noires, fur un fond du même verre que le reliant du vitrau , une infcrip-tion très-dérangée dans fon contenu , dans laquelle je retrouvai néanmoins en caractères du quatorzième fiecle, (a) Michael de Darenciaco cap.... us has fex vitriarias...
- anno.......curieux de recouvrer, s’il étoit
- polïible , la date de ces vitraux, remarquables par le mauvais goût de leur ordonnance, j’eus recours à M. l’Abbé Guillot de Mon-joie, Chanoine de Paris, l’un des deux Intendants de la Fabrique, dont les foins infatigables , la vigilance & le bon goût pour les réparations ôt l’embellilfement de la Cathédrale , font au - delfus des éloges qu’une plume aulli foible que la mienne entrepren-droit. Aulïi-tôt M. l’Archivifte du Chapitre fut chargé de rechercher ce qu’on pourront découvrir fur le nom François de ce Donateur , fur le rang qu’il tenoit dans le Chapitre , & fur le temps auquel il pouvoit avoir fait le don de ces fix vitraux. Les recherches nous apprirent qu’il y avoit eu un Chapelain de Saint Ferreol dans l’Eglife de Paris du nom de Michel Darancy , très-riche ; & qu’il avoit fait en faveur de cette Eglife un tellament en date de l’an *358-On peut donc inférer de ce monument que l’ufage des vitres blanches, même dans les Eglifes, n’étoit pas encore fréquent dans les premières années du quatorzième fiecle. Si l’on examine fur-tout la nature du verre qui fut employé dans ces lix vitraux , la grolfiéreté de leurs compartiments , & le mérite que ce Chapelain parut s’en faire comme d’une chofe rare, dont il voulut que }a mémoire fût confervée dans le panneau / où il s’étoit fait repréfenter, ôc dans l’inf-cription qu’il y avoit fait inférer, je ferois prefque tenté de croire que les Peintres-
- ( a ) Ce qui eft ici pondue avoit e'te' brifé.
- Peint, sur Verre. III. Part.
- 2‘OÏ
- Vitriers qui embraffoient alors les deux Arts, préfageant dès - lors la ruine que les vitres blanches pourroient caufer à la Peinture fur verre, ne fe prêtèrent pas volontiers à les employer ; tant il répugne de fe figurer que des mains fi habiles dès le treizième fiecle à traiter les compartiments de toutes fortes de grifaiiies en lacis, dont nous avons parlé en traitant de la Peinture fur verre de ce temps-là , dont la plûpart des Eglifes de l’Ordre de Saint Benoît ôt de Saint Bernard, Ôt donc l’Eglife de Paris conferve elle - même des vitraux dans quelques Chapelles au pourtour du Chœur, ayent fi groffiérement traité les vitres blanches dont nous venons de parler.
- Les Hiftoriens & les monuments même ne nous montrant rien de favorable à l’opinion de M. de Perin, recourons maintenant au temps de l’établifTement de nos groffesVer-reries de verre à vitres. Or les premières ne datent que du quatorzième fiecle, fous Philippe VI & le Roi Jean. Et fi en moins d’un demi-fiecle, ils en établirent jufqu’à neuf, on ne doit pas s’imaginer que l’ufage des vitres blanches fût déjà allez accrédité, pour en être la feule caufe : car quoiqu’il paroiffe qu’on n’y fabriquoit que du verre en plats , il eft certain que tous les plats de verre qu’on y ouvroit n’étoient pas de vitres blanches. Les Vitriers, dans les démolitions qu’ils font journellement des vitres peintes de ce temps-là , trouvent fouvent des boudinés de verre de couleur qui avoit été ouvert en plat (a).
- L’utilité 6c l’agrément qui provenoient de ces Manufaêlures, encouragées par ces Monarques, donnèrent lieu dans le quinzième fiecle à l’ufage plus commun des vitres blanches dans les maifons , & fous Louis XI à la création de la Communauté des Maîtres Vitriers.
- Dès le feizieme fiecle , on perça les bâtiments de fenêtres plus grandes que par le paffé. François I en donna l’exemple, en faifant aggrandir celles du Louvre pour la réception de l’Empereur Charles-Quint. La confommation du verre, ou peint, ou blanc* fut beaucoup plus grande. L’Art de la Peinture fur verre s’étoit, comme nous avons vu (h), beaucoup étendu pour la décora-i tion des Eglifes. Ce qu’on en plaça dans les maifons, ne confifta plus qu’en quelques tableaux fouvent d’une feule piece, pofés fur un fond de vitres blanches, dont l’ufage prévalut feul au fiecle de Louis le Grand.
- (a) Philippe de Caqueray, Ecuyer, fleur dé Saint Immes, en faveur de qui Philippe VI, créa en 1330, la première de nos grofles Verreries, eft Inventeur des plats de verre en boudiné, fous le nom de Verre de France.
- (b) Voyez les Chapitres de la première Partie, oii je traite des Peintures fur verre du dix-feptieme fiecle*
- Eee
- Les vitré! blanches aux fenêtres, datent du quatorzième fiecle , 8c deviennent communes dans iequiri5 zieme 8t les fuivanîs.
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- /
- . \
- 202
- L'ART DU VITRIER;
- CHAPITRE II.
- Du Méchanifme de la Vitrerie, ou VArt du Vitrier.
- Çjomme je me fuis déjà fort étendu ( a) ailleurs, en entrant dans des détails pratiques 6c importants qu’il feroit ennuyeux de répéter ici, d’ailleurs communs à la Vitrerie ôc à la Peinture fur verre , comme Arts co-relatifs ; je ne traiterai dans toute la fuite de ce Chapitre que de ce qui regarde les vitres blanches 6c la façon de les traiter, tetf danAu" L’ufage des vitres blanches s’étant beau-
- Chapitr?. Ce C0UP accrédité vers la fin du feizieme fiecle,' alors le Vitrier laborieux Ôc intelligent chercha tout à la fois à faire entrer la variété des compartiments ôc la folidité dans les ouvrages dont il fut chargé. On vit les vitres blanches prendre plus fréquemment dans les Eglifes mêmes.. la place des vitres peintes. Leur plus grand éclat féduifit plus facilement ceux qui, moins recueillis que leurs peres , voulurent un jour plus gai, jufque dans les faints Lieux, dans lefquels une fombre lumière édifioit leurs aïeux, ôc leur infpiroit ce goût pour la priere, auquel les neveux ont fubllitué fi légèrement une dangereufe démangeaifon de voir ou d’être vus. C’eft par une fuite de ce nouveau goût que les plus grands carreaux prennent à pré-fent auffi dans nos Eglifes la place des panneaux de verre en plomb , comme ils l’ont prife dans les maifons , ou on ne peut avoi* trop de jour ; mais comme cet uiage, fruit de la vicifîitude ôc de la légéreté, pourroit à fon tour voir revivre celui defdits panneaux ; comme l’efprit d’épargne pourroit un jour fuccéder au luxe prefqu’inconce-vable qui s’étend fur cette portion des bâtiments ; j’ai cru devoir à la poftérité la defcription que je vais lui donner dans ce Chapitre de la pratique de cet Art relativement aux panneaux de verre en plomb qui eft plus particuliérement l’Art du Vitrier. Des différen- Nos aïeux accoutumés à trouver dans
- tesfaçons cte pufage des vitres non - feulement l’utilité
- vitras uisn* j • « « • « d * •
- ches qui fuc- de 1 abri contre les injures de i air , mais cédèrent aux encore ce qui pourroit récréer la vue tes, trouvèrent iun ôc 1 autre, dans 1 applica-
- tion des Vitriers à donner différentes figures de compartiments aux vitres blanches qu’ils façonnèrent, ôc qui parurent fuccef-fivement fous différentes dénominations.
- Les plus anciennes furent la piece quarrêe
- ( a ) Voyez les cinq derniers Chapitres de la fécondé Partie de mon Traité , où je traite du me'chanifme de la Peinture fur verre , 8c en particulier le Chapitre VIII, où je traite de la Vitrer ie relativement à la Peinture fur verre.
- ôc la lozange. Il y en eut d’autres par la fuite qu’on appella bornes en pièces couchées, bornes en pièces quarrêes, doubles bornes, triples bornes, foit en pièces quarrêes, ïoiten bornes couchées au tranchoir pointu, bornes longues au tranchoir pointu, tranchoir en lozanges , ou miramondes, tranchoirs pointus en tringlette double, tringlettes en tranchoirs, chaînons de bout, ôc chaînons renverfés, moulinets en tran-choir s Jîmples , moulinets à tranchoirs évuidés , moulinets doubles , moulinets au tranchoir pointu à la table d'attente^ croix de Lorraine, mollettes d'éperon * feuilles de laurier, bâtons rompus , dn défimp le , du dé à la table d'attente , de la façon de la Reine, de la croix de Malthe, de la roje, de Lyon, de la façon du Val-de-Grace ; ôé encore bien d’autres dont les compartiments différents fe font arrangés fous le compas des inventeurs.
- De toutes les façons de vitres les plus folides font celles où il y a plus de croix de plomb foit en fautoir, foit de bout ; parce que les quatre branches de -plomb qui forment cette croix, aboutiffant l’une à l’autre, arrêtées ôc réunies par une foudure bien fondue ôc bien liante., ont toujours plus de force pour le maintien des vitres, ôc pour leur plus grande fiabilité, que les autres jointures de pjomb qui ne font compofées que de la réunion de deux ou trois bouts de plomb fou-dés enfemble.
- On n’emploie plus, fur-tout à Paris, dans les vitraux des Eglifes que la lozange ou la borne couchée , ce qui dépend de l’Architeâe à qui l’on s’en rapporte ordinal-; rement fur le choix.
- La grande régularité dans les différentes façons de vitres confifte en ce que chaque De l’Ordon-panneau commence ôc finiffe en quatre coins nance des égaux; c’eft-à-dire,én ce que les pièces de l’ex-trêmité de chaque panneau foient les mêmes cîîes en en figure Ôc en grandeur à chaque coin du plonib* panneau : ôc dans le cas où la mefure donnée des panneaux ne le permettroit pas, cette égalité doit fe trouver dans la hauteur de deux panneaux, où la fin du premier devienne la réglé du commencement du fécond.
- On procéda d’abord à cette diftributiori de la maniéré fuivante.
- Les Vitriers avoient une ou plufieurs tables de bois de chêne, ni trop dur, ni trop tendre. On imprimoit ces tables d’un blanc de légère détrempe à la colle ; on traçoit en pierre noire la hauteur ôc la
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- lit. Partie. De t Art de Peindre Jur, Verre * 203
- largeur de chaque panneau qu’il falloît exécuter ; on déduifoit fur chacune de ces parties la fuperficie de la verge de plomb qui dévoie fervir à encadrer les pièces de verre deftinées à en former l’enfemble : fans cette précaution que le Vitrier appelle la diminution du plomb , le panneau deviendroit ÔC trop haut ôc trop large. O^t diftribuoit enfuite à l’aide du compas cette hauteur ôc cette largeur en autant de quarrés parfaits ou oblongs, fuivant la façon de vitres acceptée par le devis, en nombres pairs, fi la façon de vitres le demandoit , comme dans la iozange ôc la borne couchée ôte, en nombre impair, comme dans la borne enpiece quarrée, ôte. Ces échiquiers, ( car c’eft ainfi qu’ils nommoient cette diftribution tracée dans le quarré du panneau par des lignes très-légérement décrites perpendiculairement Ôc horizontalement de chaque point de diftribution parallèle ), fervoient de guides, lorf-qu’il s’agiffoit d’y figurer d’une maniéré plus fenfible , les pièces qui dévoient compofer Fenfemble du panneau par leur rapport entre-elles, fuivant les ferions que demandoit la façon de vitres.
- Ainfi le delfein entier de leur panneau de vitres tracé fur la table leur fervoit de patron pour la coupe ôc la jointure des pièces qui dévoient le compofer.
- Cet ufage eft encore fuivi par les Allemands ôc les Flamands, même dans les façons de vitres qui ne font affujetties à aucune figure circulaire ; mais les François ont trouvé un moyen plus fur ôc plus expéditif dans l’ufage des calibres. Ils fe contentent de tracer avec la pierre blanche fur leurs tables, qui n’ont d’autre couleur que celle qui eft naturelle au bois, la hauteur ôc la largeur de leur panneau ; enfuite ils s’affurent par le compas du nombre de quarrés qui entreroit dans leur échiquier, s’ils le traçoient en entier, fuivant la façon de vitres qu’ils doivent y exécuter ; en obfer-vant néanmoins de diminuer la trace blanche de toute la hauteur ôc celle de toute la largeur de deux ou trois lignes, pour l’épaif-feur des cœurs du plomb qui doit les joindre , afin qu’il n’y ait rien à couper fur les bords, lorfqu’on en mettra l’enfemble en plomb. Ils portent enfuite fur une carte ou carton mince ôc bien uni autant de ces quarrés qu’il en faut pour figurer la plus grande piece qui entre dans ladite façon de vitres.dDans le quarré que les différents petits quarrés réunis leur donnent, ils arrêtent au trait noir par forme d’analyfe toutes les différentes pièces dont l’affortiment entre dans l’harmonie proportionnelle de ces vitres, foit pour les pièces entières, foit pour les demi-pieees, foit enfin pour les quarts de pièces qui doivent former le contour de chaque panneau , le commencer ôc le terminer,
- C’eft fur ce quarré analytique, qu’ils appellent calibre, qu’ils coupent, avec le plus de jufteffe qu’il leur eft poflible, toutes les pièces de leurs panneaux, qui, pour être réguliers, doivent former perpendiculairement Ôc horizontalement un accord exaêt dans l’harmonie qui doit régner entre toutes les pièces du panneau, ôc tous les plombs qui les joignent. C’eft de ce calibre que fort comme de fa fource dans nos plus grands vitraux une multitude de vitres toutes égales entre-elles, d’autant plus régulières quefup-pofant dans chacun des panneaux une hauteur ôc une largeur égale, un feul panneau de vitres devient la réglé de tous les autres , comme le calibre eft; devenu celle dû panneau entier.
- L’ancien ufage de blanchir les tables eft encore ufité parmi nous dans l’exécution de nos chef-d’œuvres, qui font compofés d'entrelacs, dont les différents contours, dans les paffages d’une piece à l’autre, forment des pièces de verre fi différentes entre-elles, qu’on ne peut les bien couper Ôc les joindre en plomb qu’après les avoir lignées fur la table, fur laquelle elles ont été tracées.
- Nous nous fervons encore de tables blanchies dans ce qu’on appelle des vitres en diminution.
- On donne le non de diminution aux panneaux de vitres qui rempliffant en partie un vitrau circulaire dans fon entier, ou feulement dans la partie cintrée d’un vitrau quarré vers le bas, font rayonner la façon de vitres en fe racçourciffant ôc fe rétrécif faut par gradation vers le point de centre. Cette diminution, dont l’effet eft très-agréable à la vue, a été particuliérement ôc fa-vamment ordonnée dans quelques vitraux de la Nef de l’Eglife Paroifïiale de Saint Jacques-du -haut-Pas à Paris vers le milieu du dix-feptieme fiecle , par le fieur Dulac l’un des plus habiles Vitriers de fon temps.
- Or il y a en Vitrerie de deux fortes de diminutions 5 l’une plus compliquée, ôc l’autre plus (impie.
- La diminution plus compliquée dont nous allons donner les réglés, ne fe pratique que dans des vitraux totalement circulaires. Pour-le faire d’une maniéré plus intelligible, prenons pour exemple un vitrau parfaitement circulaire à remplir de panneaux de vitres en pièces quarrées en diminution : fup-pofons encore que nous voulions partager ce vitrau en huit ferions ou panneaux : ces ferions arrêtées, nous diviferons chacune d’elles, en commençant par la grande ligne circulaire, en douze parties ou points parfaitement égaux entre-eux ; de chaque point donné par cette diftribution , nous tirerons des lignes ou rayons dont chacun aboutira au point de centre : puis étant convenus de la hauteur que nous voulons
- Dés pân»' neaux de vitres en dirni-i nution.
- De îâ dtmU
- nution pkrâ compliquée i qui n’a lieu que dans les vitraux cira culaires*,
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- De la diminution plus (impie.
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- L’ART DU VI TRIER,
- donner au premier rang de pièces, nous en défignerons l’efpace par un point marqué à la tête de chaque feêtion au-deflous de la grande circulaire ; enfuite nous tirerons du point de centre au point défigné ci-deflus une fécondé circulaire qui pafîant à travers des rayons donnera la largeur du bas de chacune des pièces qui doit former le premier rang. C’eft cette largeur donnée par la fécondé circulaire qui déterminera la hauteur des pièces du fécond rang, après en avoir tracé Fefpace au-deflous de la fécondé circulaire par un point, auquel amenant du centre une troifieme circulaire, qui, paflant comme la fécondé à travers des rayons, fixera à fon tour la hauteur des pièces du troifieme rang. On continue ainfi de rang en rang en faifant fervir la largeur du bas de chaque piece du rang de deffus de hauteur aux pièces du rang de deflbus jufqu’au douzième rang ; nous trouverons par ce moyen la mefure donnée d’un vuide circulaire , que cette diminution entoure, & que l’on remplit ordinairement par un panneau de vitres en entrelacs, ou par un panneau de vitres peintes furmonté par une frife ou de pièces entrelacées ou de pièces peintes qui les encadre. Cette diminution qui n’eft pas fans effet récrée beaucoup la vue, fur-tout fl le grand cercle eft lui-même furmonté par un pareil cadre.
- Ce que nous venons d’établir par rapport à la piece quarrie, peut fervir de réglé en l’appliquant à chaque façon de vitres, en obfervant d’en diftribuer les échiquiers en nombre pair ou impair, fuivant que la façon de vitres le demande : on obfervera néanmoins de n’en tracer les traits que bien légèrement fur la table , à la mine de plomb ; parce que, comme nous l’avons déjà dit, ils ne doivent fervir que de guides, pourdefliner les traits principaux qui figurent Ôt caraêté-rifent les pièces de la façon de vitres qu’on s’eft propofé d’exécuter.
- Or tous les rangs de pièces qui doivent être dans la diminution d’un vitrau parfaitement circulaire, pour en faire un tout régulier , dans quelque façon de vitres qu’il s’exécute, fe raccourciflant, ôt fe rétréciflant en-tre-elles, ôt étant par conféquent fort inégales ; on ne peut mieux faire que d’en defliner une ou plufieurs ferions ou panneaux fur la table blanchie à cet effet. Alors on coupe toutes les pièces fur la table, en obfervant de le faire avec le plus de juftefîe ôt en dedans du trait pour retrouver les épaiffeurs des coeurs du plomb, de façon qu’en finif-fant la jointure de chaque panneau , il ne fe trouve rien de fuperflu à retrancher fur les pièces de la ligne qui le termine.
- Il eft encore une diminution plus Ample qui peut s’exécuter dans les parties ceintrées qui couronnent la partie quarréed’un vitrau: prenons encore la piece quarrée pour modèle
- de cette diminution, Diftribuons la partie cintrée du vitrau en quatre ferions ou panneaux égaux ; divifons la plus grande demi-circulaire de chaque feêtion en autant d’échiquiers ou efpaces qu’en comporte chaque panneau quarré dans fa largeur en nombre pair ou impair, ainfi que la fufdite largeur fe comporte puis partageons chaque ligne droite ou diagonale de chaque fe&ion en autant d’efpaces égaux : tirons enfuite du point du centre à commencer par la rangée d’en-haut des demi-circulaires qui commencent ôc aboutiflent à chacun des points marqués fur les lignes droites ou diagonales de chaque fe&ion, ôt ainfi de point en point nous arriverons à la dernière circulaire, que nous diviferons enfuite en autant d’efpaces que la première; de-là nous ferons pafler fur les points marqués dans la grande circulaire d’en-haut, ôc dans la plus petite vers le bas, qui fe répondent, des lignes ou rayons qui fixeront l’étendue de chaque piece, ôt, confervant la même hauteur à chaque rangée de pièces, fe rétréciront feulement à fur ôc mefure qu’elles avanceront vers le centre, dont le vuide pourra être rempli comme dans la précédente diminution.
- Cette maniéré d’opérer la diminution plus fimple, mais moins favante que la précédente, doit être également deflinée fur la table pour y couper les pièces ôc les joindre avec le plomb , en faifant les mêmes obfer-vations pour la coupe des pièces que dans l’article précédent. Elle eft d’un plus grand jour, étant moins reflerrée par les plombs qui la joignent.
- On n’emploie guere la diminution que dans les vitraux qui ont trois panneaux de large. Le vuide que laifferoit dans le milieu un vitrau, qui dans fa partie quarrée auroit quatre panneaux de large, devenant trop grand , on ne pourroit qu’y continuer la façon de vitres pleines dans les deux panneaux du milieu , ce qui feroit fans grâce ; la diminution n’étant gracieufe qu’au tant quelle forme une efpece de cadre autour d’un autre objet*que celui que la façon de vitres répandroit dans tout le vitrau.
- On peut inférer de ce que nous venons d’établir, que les premiers outils de néceflité pour le Vitrier font une ou plufieurs tables, de grandes réglés pour relever la mefure des panneaux d’après les chaflis ou vitraux ; d’autres pour en tracer les lignes de hauteur ôc de largeur fur la table, ôt d’autres plus petites, dites réglés à main avec un tenon y attaché avec clous vers le milieu, qui la maintienne fermement ôc l’empêche de varier fur le verre, qui foit afîez mince pour entrer fans réfiftance dans les finuofités du verre} lequel n’eft jamais droit ; des compas, dont un grand, qu1 on appelle ordinairement faujfe
- équerre
- Des outils propres à préparer & à couper le verre pour les panneaux de vitres*
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- ïïï. Partie de l’Art de Peindre fur P*eri £ àôf
- cqrterre pour tracer fur la table les plus grands compartiments d’un panneau , ce que les Vitriers appellent équarnr ; ôc des petits pour y marquer les différents compartiments des différentes façons de vitres, ou pour en faire le calibre : une ou plu fleur s grandes équerres de fer poli, percées d’efpaces en efpaces pour la clouer ôc arrêter fur la table , & à bifeaux en dehors pour mettre les panneaux a l’équerre, ôc y introduire un côté de lâ verge de plomb qui doit les encadrer. Cette équerre peut être d’une feule piece ; elle vaut mieux cependant coupée en deux parties en angle exaêt dans le coin où elles doivent fe rapprocher : cette derniere eft néceffaire lorfque la mefure fur laquelle on doit faire les panneaux ne forme pas un quarré régulier.
- Nos anciens joignoient à ces outils le plaque fin ôc la drague. Le plaquefn étoit un petit badin de plomb grand comme la main, ôc le plus fouvent de forme ronde ou elliptique , dans lequel ils détrempoient le blanc dont ils fignolent le verre, félon la figure qu’ils vouloient lui donner d’après les compartiments qu’ils en avoient tracés fur la table. Ils fe fervoiént à cet effet de la drague , qui étoit compofée d’un ou deux poils de barbe de chevres, longs d’un doigt, attachés dans un tuyau de plume, avec fon man- fale, étoit la plus éclatante , la plus riche
- celle du fer rouge 9 qui fervoit à conduire là première langue ou fêlure qu’elle y avoir formée à l’endroit qui avoit été mouillé dii bout du doigt humeêté de falive , en faifanè prendre au verre telle figure que Ton défiroit fuivant la ligne tracée ; nouâ noué contenterons, avant que de paffer à l’ufage de là pointe de diamant, dont les Vitriers fe fervent avec plus de diligence, de remarquer que cet ancien ufage de couper le verre n’eft pas fans utilité dè nos jours, Ôc que c’eft par une fuite de cette ancienne maniéré qu’un Vitrier économe ôc adroit qui apperçoit dans un plat de verre , entier d’ailleurs, quelque langue qui pourroit préjudicier à la totalité du plat, fait la conduire ou il veut avec un fer chaud ou un petit bout de bois allumé.
- Ce ne fut que vers le commencement du De i’üfage feizième fiecle, que l’ufage du diamant pour ^ diamant couper le verre s’introduifit parmi les Vi- pour cdupér triers. Il paroît que cette découverté , le verre, comme tant d’autres, fut l’effet du hazard.
- Il avoit fallu bien des fiecîes pour apprendre aux hommes que le diamant, cette efpece de caillou dont l’extérieur annonce fi peu l’excellence, qui reffemble affeâ ordinairement à un grain de fel ou à un fimple caillou d’un gris blanchâtre, terne ÔC
- che comme un pinceau ; on trempoit ces poils dans le blanc liquide Ôc broyé à cet effet, en y ajoutant très-peu de gomme, afin qu’il s’attachât fur le verre. Cet ufage fe conferve encore dans les pièces de chef-d’œuvre , dont on releve avec le blanc le deffm entier de deffus la table fur un feul carreau ou table de verre, ce qu’on appelle le contre-fing, qui refte au Juré de chambre, chez qui le chef-d’œuvre a été fait.
- Dans les autres façons de vitres , les Vitriers ne fe fervent que du calibre dont nous avons parlé ci-devant. Ce calibré demande tant de jufteffe & de précifion, que pour conferver la régularité dans des vitraux fujets à l’entretien, & n’en pas déranger l’en-femble, les anciens Vitriers faifoient établir en fer ces calibres armés de pointes à tous les points donnés. Ils appliquoient ces pointes fur le carton ; ôc d’après ces points effen-tiels, ils tiroient fur la carte au crayon les lignes néceffaires pour former les pièces entières, demies; ou quarts de pièces qui commençoient ôc terminoient les bords de chaque panneau.
- On voit d’après ce que nous venons de dire, qu’il ne s’agit à préfent que de couper le verre pour le mettre enfuite en œuvre, en joignant toutes fes différentes parties avec
- ôc la plus dure production de la nature. On ne connut bien le mérite de cette pierre précieufe, qu’après qu’on eut découvert l’art de la tailler, art, qui ne date pas même de trois cents ans, Ôc qui eft dû à Louis de Befquen,natif de Bruges, Ge jeune homme de famille noble, qui n’étoit pas deftiné au travail des pierreries , ôc qui fortoit à peine des claffes, avoit éprouvé par hazard que deux diamants s’entamoient fi on les froc-toit un peu fortement l’un contre l’autre; c’en fut affez pour faire naître dans une tête induftrieufe ôc capable de méditation des idées plus étendues. Il prit deux diamants , les monta fur du ciment, les égrifa l’un contre l’autre, ôc ramaffa foigneufement la poudre qui en provint; enfuite à l’aidé de certaines, roues de fer qu’il inventa, il parvint par le moyen de cette poudre à polir parfaitement le diamant, ôc à le tailler de la maniéré qu’il le jugeoit à propos; il en fit fdrtir par les facettes ces jeux de feu , qui éblouiffant les yeux, jettent un éclat h brillant. Une fi belle découverte piqua vivement la magnificence des Grands, qui ne connoifioient dans le diamant que des bruts ingénus, des pointes naïves $ à angles & facettes tranfparentes, tirant fur le noir, fans
- beaucoup de jeu ni de vivacité , n’ayant le plomb. Comme nous nous fommes affez prefque d’autre effet qtfe des morceaux d’a-étendu fur la maniéré dont les anciens cou- cier uni, tels que l’agraffe du manteau qui poient le verre le plus épais, foit avec Yéme- fert au Sacre de nos Rois ( qu’on croit être ril, foit avec la pointe d*acier le plus dur, ôc du temps de Saint Louis ), ôc ceux de plu-
- Peint, sur Verre. III. Part. Fff
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- «og VA RT DU
- fleurs Reliquaires ornés de pointes naïves , noires ôc fans agrément pour la vue, que Ton voit dans les tréfors de nos plus riches Eglifes.
- ï>e l’origine Cette découverte étoit encore dans fa e cetulàge. prjmeur ? lorfque François I, curieux d’Hif-toire Naturelle, & fur-tout appliqué à la connoiffance des métaux ôc des pierres , occupé des foupçons d’infidélité qu’il crai-gnoit d’éprouver de la part d’Anne de Piffe-leu , fa favorite , ÔcDucheffe d’Eftampes, effaya de graver fur le verre avec le diamant de fa bague , la rime qui fuit , ôc qui fe voit peut-être encore dans un cabinet de fon château de Chambord, à côté de la Chapelle;
- Souvent femme varie,
- Mal habil qui s’y fie.
- L’effet de fimprefïion d’une des pointes de ce diamant fur le verre, fe fit remarquer non-feulement par la gravure des ca-raêleres qui y refterent tracés, mais encore par le jour qui s’étant fait' fous les traits, laifferent appercevoir que les parties en étoient définies ôc coupées ; ainfi un nouvel hafard prouva que le diamant étoit très-propre à couper le verre, & donna lieu fans doute à l’ufage qu’on en fit par la fuite à cet effet. Les recoupes qui reftoient de la taille des diamants, devenus plus à la mode, ôc les plus petits de ces diamants qui ne purent fouffrir Yégrifage & la taille, furent appliqués à cet ufage (a).
- Ils devinrent d’autant plus utiles que le verre devenant plus mince de jour en jour avoit befoin pour être coupé, fans dommage , d’un outil plus léger, ôc qui par-là Cort-venoit d’autant mieux à cette légéreté de main, fi néceffaire à un Vitrier.
- Entre les différentes couleurs de diamants ; car il y en a de blancs, qui font les plus eftimés dans la Joaillerie, d’incarnats, de bleus couleur de faphir, de jaunes, de verds de mer ou feuille morte ; l’expérience fait préférer par les Vitriers ceux qui font de couleur incarnate, ou qui en approchent le plus, ôc qui ( comme ils difent ) font de couleur de Vinaigre*
- Ces petits diamants fe vendent chez les Lapidaires, au poids de grain. Les plus efti-mables font ceux dans lefquels une bonne vue peut découvrir plus de pointes ou de coupes ; parce que ces pointes étant plus ou moins fujettes à s’adoucir par un long ufage, un diamant qui a plus de pointes peut fournir plus de coupes.
- De h ma- Autrefois les Vitriers plus jaloux de leur monter2 & montoient eux-mêmes leurs dia-
- (a) On appelle Diamants de Bord, ces petits diamants qui font ordinairement bruns.
- VI TRIERt
- mants dans des viroles de fer rondes J qui de s’en fer venant en diminution vers leur pointe, fe ter- vir* minoient vers le haut par un manche de buis, ou d’ébene, ou d’ivoire, à leur choix.
- Ils fe fervoient pour inférer le diamant dans le creux de la virole, de cire d’Efpa-gne qui fe contenant dans une confiftance mollaffe dans la virole qui avoit été chauffée, leur donnoit le temps de les tourner ôc retourner fur les pointes ou coupes qu’ils croyoient les plus avantageufes , jufqu’à ce qu’ils euffent bien rencontré pour la pofi-tion de leur main. Les uns, en effet, en coupant le verre ont le poignet plus oit moins renverfé ; ou en devant, ce qui dénote une main pefante, ou en arriéré , ce qui ,procure plus de légéreté ; ou fur le côté hors de la réglé, ce qui fait varier la coupe , ôc eft bien moins sûr ; ou en penchant fur la réglé, ce qui donne à la main plus d’appui 9 par conséquent plus de sûreté, Ôc à la coupe une direâion plus égale. Delà vient qu’un Vitrier peut rarement ôc difficilement fe fer^ vir du diamant d’un autre.
- Depuis quarante ans, au plus, quelques Vitriers qui éprouvoient à leurs dépens que leur main étoit moins sûre , crurent fe procurer un expédient plus utile en faifant en-châffer cette virole dans une autre , fur laquelle du côté de la coupe écoit brafée une petite plaque d’acier qui leur fervoit de conduite ; ôc c’eft le nom qu’ils donnèrent à cette nouvelle monture , qu’ils traînoient au long de la réglé.
- Enfin depuis une vingtaine d’années, ils ont confié le foin de monter leurs diamants à des hommes, qui adroits f à faifir la pente naturelle de la main de ceux qui les em-ployoient, fe font fait une profeffion de l’art de monter les diamants, à l’ufage tant des Vitriers que des Miroitiers. Ces hommes , la plupart Vitriers eux-mêmes, inventèrent des montures d’une nouvelle forme f dont la virole de cuivre, dans laquelle ils enchâffent le diamant avec de la foudure d’étain fondu , eft enfermée dans un fût d’acier, au travers duquel elle paffe. Ils donnèrent à cette monture le nom de Rabot. Le côté plat qui frotte le long de la réglé, fe trouve parallèle à la coupe ou pointe du diamant , fuivant la flexion habituelle du poignet de celui qui doit s’en fervir, ôc pous lequel on a eu intention de le monter.
- On tient le diamant comme la plume pour écrire, avec cette différence néanmoins qu’au lieu que la plume paffe entre le pouce ôc le fécond doigt, le manche du diamant doit paffer entre le fécond Ôc le troifieme doigt qui lui fert de conducteur, pendant que le pouce lui fert d’appui, le fécond doigt qui tombe négligemment fur le manche fervant uniquement à l’entretenir dans & jufte pofition.
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- ilî. Partie de ïArt
- On juge de la bonté d’une coupe, lorfque filant avec un cri, ni trop aigre, ni trop doux, fur le verre qu’elle preffe, elle y forme une trace noire, fine, qui s’ouvre lentement , Ôc devient, lorfqu’elle eft ouverte, auffi claire qu’un fil d’argent, fans laiffer fur la furface du verre aucune poulïiere blanche : car alors le verre ne feroit que rayé fans être coupé. Il ne faut pas non plus que la coupe ouvre trop, pour lors l’air s’in-troduifant trop vite dans la première ouverture que la pointe du diamant auroit faite dans le verre, il y auroit danger que venant à fe caffer , il ne prît en fe fra&urant toute autre route que celle qu’on vouloit lui tracer avec la pointe du diamant. Enfin le meilleur indice de la bonté d’une coupe ; c’eft lorfqu’après la défunion des deux morceaux qui ont été coupés, on fent au long de la tranche qui forme leur féparation, que les deux furfaces de chaque divifion font unies ; toute coupe raboteufe étant fujette à former des langues qui peuvent devenir rui-neufes au Vitrier.
- Au refie, les mêmes diamants ne mordent pas également fur toutes fortes de verres. Tel diamant eft propre à couper le verre commun, qui ne preffe point le verre blanc, celui-ci étant ordinairement plus dur. II y a même dans le verre commun, du verre fec comme le grais, fur lequel la coupe la plus vive ne fait que blanchir ( a ).
- Cet outil, depuis fa découverte* eft devenu le premier terme de l’induftrie du Vitrier ; il eft de l’état conftitutif de ce Métier. Son ufage , comme de droit, femble ne devoir être autorifé en d’autres mains que dans celle des Ouvriers , dont l’état eft de tailler le diamant, comme les Lapidaires , ou dont la profeffion fert en détaillant fur des matières vitreufes, comme la glace * le cryftal, le verre, Ôte.
- Bn Eréfoir °n Peut mettre le Xr‘foir » entre les ou' b * tils propres à couper le terre, ou au moins
- à le difpofer à la jointure qui doit s’en faire
- avec le plomb. Nous avons déjà parlé de
- cet outil, que les Italiens nomment G ri-
- ( a ) C’eft à la coupe que l’on reconnoît la bonté' de la fecuiflon du verre en platé. Un plat de verre mal recuit fe coupe difficilement. Le diamant y prend mal ; le trait s’ouvre avec peine; fouvent ilfe cafte fkfe met en pièces avant que le trait foit ouvert. La main qui foütient le plat de verre en l’air pour en diriger la coupe 6c la faire ouvrir, en le frappant fe trouve alors répouf-fe'e par les morceaux qui fe détachent du plat, à-peü-près comme elle le feroit par un reffortqui fe débande-roit. La raifon de ce phénomène eft le refroidiffement trop fubit du verre, dont les parties ont fouffert un degré de contraction , qui en a fait comme de petits refforts bandés, qui, venant à fe débander par la preffion de la pointe du diamant ou par les effôrts que l’on fait pour l’ouvrir , font un effet différent ; car quelquefois le plat éclate par morceaux, quelquefois le trait, que îa pointe du diamant y a empreint, s’ouvre dans toute fa longueur avec une rapidité incroyable. Que de rif-que en coupant de tel verfe ! car outre la perte de la marchandife, combien y a-t-il de Vitriers eftropiés ou du moins blelfés par de tels accidents !
- de Feindre fur Verni 267
- fatoio ou Topo y parce qu’il ronge ôc mord le verre.
- Il y a de plufieurs fortes de gréfoirs, qui ne différent l’un de l’autre que par la grof-feur. Les plus petits que l’on nomme Ca~ voirs, fervent à ronger les contours circulaires ôc les angles des pièces percées ôc évui-dées de toutes figures qui entrent dans la compofition des pièces de verre en entrelacs ou dans les rempliffages oü fonds de ces mêmes pièces dans les chef-d’œuvres.
- Félibien mettoit encore au rang des outils du Vitrier , une pointe d’acier propre à percer des pièces de verre d’un feul morceau dont on remplit enfuite le vuide, en les joignant avec le plomb, par un autre mor- L
- ceaü de verre de la même configuration que le vuide. On a trouvé pour cet effet uti expédient plus aifé Ôc plus sûr, en fe fer-vant d’une pointe de diamant monté en foret fur un archet ; ouvrage de fantaifie, qui <
- fuppofe dans le Vitrier beaucoup de loifir Ôc de patience, de légéreté de main ôc dV dreffe ? dont la pratique étoit néanmoins très - fréquente Ôc plus nécefïaire dans les vitres peintes des quinzième ôc feizieme fie-cîes, ôc fe foütient encore dans plufieurs Villes de France, où l’on donne aux afpi-xants des chef-d’œuvres , dans, lefquels il fe trouve de ces pièces très-difficiles dans leur exécution. C’eft une réglé indifpenfable en matière de chef-d’œuvre de Vitrerie, que toutes les pièces en foient terminées par la groifure.
- Le plomb que le Vitrier deftirie à join-dre fes pièces de verre taillées dans l’ordre parer ilpre~ que demandent les différentes façons de vi* plomb, pour très, ne doit être ni trop aigre ni trop dou£. vitrerie des Trop aigre, il eft plus fujet à avancer la ruine outils’ pro-des rouets ou tire-plombs ; à fe caffet, non-feu- pJ-es a cet lement, lorfqu’on le tire pour l’employer, mais même après l’emploi, au collet de la foudure. Trop doux , ou il fe pliffe, en s’allongeant dans le tire-plomb, ou il fe coupe, en paffant entre les couffinets, qu’il engorge , à moins qu’on n’ait foin d’en retirer de temps en temps les bavures qui s’y amaffent; ce qui fe fait, en faifant mouvoir les pignons à rebours, ou bien il fe chiffonne en1 remployant.
- C’eft pour cela que les Vitriers ont foin y lorfqu’ils font prêts de fondre leur vieux plomb, de Vénouer , c’eft-à-dire, d’en fépa- *
- rer tous les nœuds de foudure, qui rete-noient les différentes branches de plomb dans la jointure des vieux panneaux qui leur font rentrés , ou pour les remettre en plomb neuf, ou pour en faire des neufs. Ils coupent, à cet effet, avec des cifeaux tous les nœuds de foudure, ôc les mettent à parta Si on les fondoît avec le plomb pêle-mêle , ils le rendroient trop aigre. Ces nœuds ainft mis à part, entrent dans la compofition de
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- -«>& L'ART DU .V1 T RI E R.
- !a foudure ; comme nous le dirons en Ton temps: le plomb étant ainli énoué, on y ajoute , en le faifant fondre, telle partie de plomb neuf que Ton juge à propos pour rendre le plomb moins aigre. On fe fert, à cet effet , d’une marmite de fonte de fer plus ou moins grande , fuivant les fontes que le Vitrier eft dans l’habitude de faire. Les plus grandes marmites ne contiennent guere que fix à fept cents livres pefant de plomb fondu. On pofe cette marmite le plus de niveau qu’il eft pofïible , fur un trépied plus ou moins fort, à proportion que la capacité de la marmite eft plus ou moins grande, de maniéré que la marmite ne penche pas plus fur un côté que fur l’autre , ôc qu’on puifîe la remplir également. On entoure ordinairement le trépied de gros pavés de grais, qui maintiennent la chaleur, ôc qui tiennent toujours le bois élevé , de maniéré que la flamme entoure Ôc chauffe le haut de la marmite , pendant que la braife en échauffe le fond. Quelques-uns élevent autour delà marmite , ôc jufque vers le bord un mur de brique, en laiflaht un efpâce de trois pouces entre l’un ôc l’autre pour mettre le bois. Iis pratiquent vers le bas, fur le devant, -une ouverture d’environ huit pouces en quar-ré , pour laifler écouler le plomb, qui peut tomber dans le foyer en rempliffant la marmite , ôc pour donner au feu plus d’acfivité. Le bois qu’on emploie pour fondre, doit être fec ôc de nature adonner plus de flamme que de braife. On remplit continuellement la marmite à fur êt à mefure que le premier plomb qu’on y a mis eft fondu. Lorfque la marmite eft pleine, c’eft-à-dire, à 2 ou 3 doigts au-deffous du bord, on agite avec une bûche de moyenne grofleur les cendrées & le fable qui furmonte le plomb fondu. 'Alors on jette fur ces cendrées petit à petit des morceaux de vieux fuif qui venant à fe fondre avec elles prennent aifément feu , ôc les brûlant, en détachent vers le fond de la marmite le plomb qui s’y trouvoit encore mélangé , ôc fervent à i’adoucin Lorfque les cendres commencent à rougir, on en diminue peu à peu le volume, en les retirant de la marmite avec une petite poêle percée en forme d’écumoire à manche de bois arrondi, qu’on agite au-deflus de la marmite , afin que le plomb fondu, qui pour-roit s’y trouver mêlé y retombe. Le plus gros de ces cendrées, qu’on jette à part dans un des coins de la cheminée , ou dans quelque vaiffeau qu’on y difpofe à cet effet, afin que la fumée qui s’y évapore , incommode moins les Fondeurs, étant ainfi enlevé, on continue de remplir la marmite, jufqu’à ce qu’elle fe trouve pleine de plomb fondu ; on recommence à écumer en détachant du fond de la marmite la cendrée qui auroit pu s’y attacher. Alors le plomb paroiffant
- bien net fur fa furface, ôc feulement cou-vert d’une efpece de crème qui s’y forme , lorfqu’ii bouillonne, on fe met en devoir de le verfer dans les moules deftinés à cette opération.
- Ces moules qui fe nomment Lingotieres Des font compofés de deux bandes de fer plat, de dix-huit à vingt lignes de large, envi- à couler ié ron fix lignes d’épâiffeur, fur feiz:e à dix- l°a'
- huit pouces de longueur, avant d’être façonnées. Ces deux bandes de fer s’enclavant vers le bas entrent l’une dans l’autire ; percées vis-à-vis l’une de l’autre, elles fe joignent enfemble par une rivure qui les tra-verfe, ôc en fait une charnière qui les fait mouvoir en rond fans fe féparer, ôc tourner fur un même centre.
- Chacune de ces bandes, de fer oppofées entre elles doit être eftampée fur fa largeur en trois creux de là forme des trois lingots , dont chaque bande doit former la moitié, fuivant l’épaiffeurque l’on veut donner aux ailerons de chaque côté du lingot ; l’efpace qui dans le milieu de chaque creux fépare les ailerons reftant plein fur environ une ligne de face. '
- Ces deux bandes de fer, ainfi creufées ôc refouillées par la lime > ferrées l’une contre l’autre , forment en rempliffant leurs creux de plomb fondu les trois lingots entiers , dont les ailerons font pleins ôc le milieu creux, fur l’un Ôc l’autre fens, eil y confervant néanmoins une certaine épaif- ‘ feur qui refte folide, pour en former, lorT que le lingot paffera au rouet, ou tire-plomb j ce qu’on appelle le cœur de la verge de plomb tirée , comme le vuide avec fes ailerons de chaque côté deffus ôc deffous doit y former la chambrée de ladite verge de plomb * dans laquelle feront logées les épaiffeurs dii verre qu’elle doit fervir à joindre.
- Le haut de ces bandes de fer ainfi jointeâ ôc creufées fe replie fur elles-mêmes en dehors. La partie à laquelle le manche doit être adapté, forme un rond, dont le milieu vuide eft traverfé par une rivure moins forte que celle de la charnière. Ce manche eft une tige de fer quarrée, terminée par le bas par une poignée de bois arrondie, ôc vers le haut, par une embrafure formée de la tige de ce manche, refendue quarrément en deux branches percées à chaque bout , au travers defquelles pafle la rivure qui joint le tout enfemble. Cette embrafure qui fe nomme la bride de la Hngotiere, doit être affez ouverte pour pouvoir embraffer fans gêne deux fois au moins l’épaiffeur des deux bandes de fer enfemble. Dans la partie op-pofée, là bande de fer reployée aufli fur elle-même en dehors à même hauteur que la précédente, forme une efpece de coin renverfé ou mantonnet plus fortement ferré Ôc prêffé par la bride, lorfqu’on appuie
- plus
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- ÎIL Partie de l’Art de la Peinture fur V*erïe. no y
- plus fort fur le manche, en rempliffant la mité, de la main gauche * la droite enleve lingotiere de plomb fondu. cette fuperfluité avec un couteau. Le moins
- On emplit la lingotiere de plomb fondu tranchant y eft le plus propre,
- avec une cuiller de fer , à manche de bois Les Vitriers qui font le plus de vitres arrondi, au bord de laquelle on a pratiqué en plomb , ne fondent guere qu’une fois
- un Bec, pour, après avoir puifé le plomb dans la marmite , en écartant toujours la cendrée, qui s’élève fur la furface , y verfer
- l’année.
- Ce travail qu’il eft à propos de ne pas quitter, lorfqu’il eft en train , eft un des
- le plomb. On le verfe lentement ôc de plus plus pénibles du Métier, les Ouvriers ref-
- haut, fi le plomb ou la lingotiere fe trou- tant quelquefois vingt-quatre heures ôc plus,
- vent trop chauds ; plus vite , fi l’on s’apper- expofés à l’ardeur d’un grand feu ôc à la va-
- çoit qu’il refroidit. peur nuifible du plomb. Dans les boutiques
- Dans le premier cas, le plomb fuyant, au où il y a un plus grand nombre d’Ouvriers,
- / lieu de féjourner dans la lingotiere, les creux ce travail fe partage de maniéré, que quand
- du moule ne fe rempliront pas. Dans le le plomb eft prêt àêtrejetté dans les mou-fecond, le plomb venant à fe figer ne def- les ou lingotieres, pendant que trois ou qua-cend pas jufqu’au bas du moule, ôc ne le rem- tre aftis autour de la marmite s’occupent
- plit pas. Il eft très-avantageux de remédier à la vuider dans les moules, les autres coude bonne heure à ce dernier inconvénient, pent les têtes des lingots , en attendant qu’à
- en ranimant l’aêlivité du feu; autrement, la fécondé marmite ils reprennent la place
- il feroit à craindre que le plomb fe figeant des premiers qui les remplacent à étêter.
- dans la marmite ne fe convertît en une Le plomb étant étêtê , on le dole ôc on le De la fou* - mafîe , qu’il feroit difpendieux de liquéfier ferre dans un cofre, le plus à l’abri de la j^re
- de nouveau. poufliere qu’il eft poflible. la maniéré d©
- C’eft aufîi de la fermeté du poignet de La provifion de plomb fondu Ôc lingoté la préparer, celui qui remplit fon moule, que dépend la étant faite, les Vitriers qui ont le plus d’ou
- perfe&ion des lingots.
- Plus la lingotiere eft jufte ôc fermée vers fa charnière, plus la partie d’en haut s’ouvre facilement, comme par une efpece de xefiort , lorfque cefiant d’appuyer fur le manche on lâche la bride, Ôc féparant les deux parties, on glifife le couteau d’un des
- vrage de vitres en plomb , font dans l’ufage aufli de faire celle de la foudure.
- Ils prennent, à cet effet, une certaine quantité de livres pefant de ces nœuds, dont nous avons parlé plus haut ; ils y ajoutent un poids égal de meilleur étain fin qu’ils mettent fur le feu dans une petite marmi-
- côtés du manche pour détacher les lingots te de fonte, jufqu’à ce que le tout foitfon
- du Ôc mélangé ; ils ont foin alors de faire brûler avec un peu de poix-ré fine qu’ils jettent dans la marmite, Ôc qui y prend aifé-ment feu, les cendrées que les nœuds y oc-cafionnent, afin que la vieille foudure s’en détache ôc refte fondue dans la
- de leurs creux, Ôc les en retirer.
- Une lingotiere donne trois lingots , dont l’un eft féparé de l’autre par un plein d’une ligne Ôc demie de face ou environ entre chaque creux; mais ils fe réunifient vers le haut dans toute la largeur du moule par une tête qui s’y forme, lorfqu’il eft rempli, alors ils enlevent ces cendrées avec la cuil-
- On coupe cette tête ou avec des cifailles 1er ou poêle percée, dont ils fe fervent pour folidement retenues fur le Banc du tire-plomb, la même opération par rapport au plomb, ou fur un billot avec un maillet, ôc un fer- jufqu’à ce qu’ils voyent la furface de la fou-
- marmite
- moir quand on veut féparer les trois lingots l’un de l’autre.
- Si les deux parties de la lingotiere n’ont pas été aflez ferrées l’une contre l’autre , le plomb qui s’extravafe du creux des lingots, lorfqu’on emplit la lingotiere , formera de fortes Bavures, que l’on eft obligé d’enlever avant que d’en faire pafier les lingots au rouet ou tire-plomb, ôc qui s’enlevent avec d’autant plus de peine qu’elles font plus épaifies. Ce n’eft pas que quelque précau- profondeur, ayant en tête un demi-cercle
- dure fondue nette ôc dégagée de toute faleté, pour la couler enfuite dans l’inftrument qu’ils appellent Vais à la foudure.
- L’ais à la foudure eft une planche de trois pieds au moins de long, fur neuf à dix pouces de large. On choifit, par préférence , une planche de bois de poirier ou de hêtre , comme moins fujet à fe gerfer à la chaleur» Cet ais eft feuillé en huit efpaces, de cinq lignes de face chacun fur trois lignes de
- tion que l’on prenne, il ne refte toujours quelque fuperfluité à enlever fur les côtés du lingot. Ce#e opération s’appelle âoler le plomb , ôc fe fait en pafiant un bout de latte dans la ceinture du tablier, qui, affermi contre les bords de la table, reçoit le bout
- plus large que le refte du feuillet, dans lequel on verfe la foudure fondue. On le tient pofé de niveau fur fes genoux. On verfe la foudure que l’on a prife dans la marmite, avec une cuiller de fer à bec, dans les enfonçures arrondies qui font à la tête
- de la verge de plomb à laquelle il fert d’ap- de chaque feuillet. On en remplit trois au pui, pendant que tenue, par l’autre extré- plus à la fois de foudure; puis élevant un
- Peint, sur Verre. III. Part. G g g
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- Du rouet ou tire-plomb.
- 2io L’A RT D U
- peu Vais du genou gauche , on porte promptement la cuiller vers l’extrémité des trois feuillets y pour y recevoir ce qui fe trouve de trop de foudure fondue , après ce qui a fuffi pour en former trois branches, en s’arrêtant dans le feuillet, où elle fe refroidit ; ainfi de feuillet en feuillet jufqu’à la fin. Plus la foudure eft chaude, moins elle s’étale dans le feuillet, ôc moins la branche eft large ou épaiffe. Une branche de foudure bien jettée y ne doit avoir au plus que trois lignes de large, ôc l’épaiffeur d’un fol marqué. Cette opération eft longue ; car dans le cas où elle feroit de cent livres de foudure , elle feroit capable d’employer au moins deux tiers de jour de deux Ouvriers, dont au moyen de deux ais, l’un jetteroit les branches, & l’autre les détacheroit du premier ais , pour les dreffer ôc en faire des paquets, pendant que fon camarade empli-roit le fécond ais, ôc ainfi fucceflivement.
- 11 eft intéreffant d’entretenir toujours la foudure dans la marmite dans un même degré de chaleur. Trop froide, elle fe fige à l’entrée du feuillet, ne coule pas, ou donne des branches trop épaiffes, ce qui empêche l’Ouvrier de fonder proprement ; trop chaude , elle donne des branches trop menues, qui donneroient au plomb le temps de fe fondre lui-même fous le fer, avant qu’il eût reçu la quantité de foudure qui doit le joindre, fans le difïoudre.
- La lingotiere, dont nous avons donné la defcription ôc la maniéré de s’en fervir, peut à bon droit être confidérée comme un refte de l’ufage le plus ancien pour employer le plomb dans la jointure des vitres. Rien en effet ne reffemble tant au plomb que les anciens Vitriers y employoicnt, ôc qu’ils appelaient plomb à rabot, que les lingots qui fortent de ces moules, à la vérité beaucoup plus gros, mais dont nous avons trouvé le moyen de diminuer le volume en les allongeant ôc les preffant par l’ufage du rouet ou tire-plomb.
- Quoiqu’on ne puiffe pas établir précifé-ment le temps où les tire-plombs pafferent en ufage dans la Vitrerie , on peut néanmoins avancer que leur invention ne remonte pas plus haut que les dernieres années du feizieme fiecle. Ce n’eft en effet que de ce temps qu’on voit des panneaux de vitres joints avec un plomb plus foible; c’eft-à-dire, moins épais dans le cœur 6c dans les ailes que celui des fiecles précédents, ce qui femble annoncer l’invention d’un outil plus expéditif que le rabot y Ôc qui, ménageant plus de temps ou de matière donna plus de foupleffe au plomb, 6c au Vitrier plus de facilité pour l’employer.
- Une tradition confervée dans une famille de Lorraine , qui eft encore de nos jours très-indyftrieufe dans le méchanifme du tire-
- vitrier,
- plomb y nous apprend que la connoiffance de cette machine lui étoit venue des Suiffes . Vitriers qui s’en fervoient en courant, comme on dit, la losange , dans l’Alface , la Lorraine Ôc la Franche-Comté , ce qu’ils font encore de nos jours. Un des aïeux de cette famille , nommé Haroux, célébré Armurier , établi à Saint - Mihel, ayant examiné de près cette machine , en connut l’utile, en corrigea le défectueux, en polit le grofïier, ôc la porta à un degré de perfection, où depuis ce temps on a bien pu l’imiter, fans le furpaffer.
- Cette machine, telle qu’elle fort des mains des defcendants de Haroux, fe nomme tirez plomb d’Allemagne.
- Avant de rendre compte de la maniéré dont nos François cherchèrent à la fimpli-fier, nous allons donner la defcription du tire-plomb à*Allemagne,
- Les détails que nous donnerons fur fa conftruCtion, ne fervirontpas peu à faire con-noître la maniéré de le gouverner , les cau-fes de fes dérangements, ôc les moyens d’y remédier. C’eft ce que nous allons tâcher de faire, non en Philofophe, pour qui il eft intéreffant de faire des recherches fur la vraie méthode de déduire des loix du mouvement des principes pratiques de la mécha-nique, mais en fimple Vitrier, quiconnoif-fant par l’expérience, ôc les obfervations qu’elle lui fait faire, la portée de ces mêmes principes en ce qui concerne fon Art, s’eft mis en état de combiner, ôc de prévoir les effets des inftruments qui lui font propres % avec une certitude convenable à fon état laifïant aux premiers ces recherches qui ne font pas toujours néceffaires aux progrès des Arts.
- Le tire-plomb d’Allemagne eft compofé de deux jumelles ou plaques de fer trempé , de cinq à fix pouces de hauteur, de dix-huit à vingt lignes de face, ôc de fept à huit lignes d’épaiffeur.
- La jumelle de devant eft terminée par le bas par une efpece de patte prife dans le même morceau, mais amincie pour lui donner plus de face: cette patte eft aufîi haute que l’épaiffeur du banc, fur lequel on doit monter le tire-pied.
- Ce banc qui doit être d’un bon cœur de chêne, ne peut être trop folidement arrêté. La patte de la jumelle de devant doit être percée de trois trous ( 2 ôc i ) , pour recevoir les trois vis en bois qui affujettiffent le tire-plomb fur le banc, ôc l’y retiennent dans un jufte niveau.
- Cette jumelle n’eft point*fujette à être démontée fréquemment de deffus fon banc auquel fa patte la tient appliquée ; mais bien la jumelle de derrière qui porte fini-plement fur le nud du banc fans y être retenue par aucun empattement.
- Defcription d’un tire-plomb d’Allemagne,
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- III. Partie de VArt de la Peinture fur Verre. ai1
- Ces deux jumelles fe joignent enfemble par deux entre-toifes à vis & à écrous fur la jumelle de derrière, ôc rivée fur celle de devant, ce qui donne la facilité de féparer la jumelle de derrière toutes les fois qu'il s’agit de changer les pièces qui gar-niflent l’intérieur du tire-plomb. Nous rendrons compte fuccelfivement de ces différentes pièces.
- Chaque jumelle efl: percée à égale dif-tance des entre-toifes de deux trous garnis chacun dans fon épaiffeur d’un dé d’acier calibré en rond fur le diamètre des arbres qui doivent y rouler. Entre ces deux trous de chacune defdites jumelles eft ajufté Ôc folidement rivé fon porte, - couffinet entaillé dans le milieu, de la largeur du couflïnet qui doit y être inféré, de maniéré que quoique amovible à volonté, ce couflinet ne foit fufceptible d’aucune variation, lorfque la machine efl: en mouvement.
- Chaque couffinet doit être de fer de la trempe la plus dure, qu’on nomme trempe au paquet. La hauteur de chacun des deux coufïinets doit être de l’efpace qui fe trouve entre les trous des jumelles dans lefquels les arbres doivent rouler, échancré en rondeur vers le milieu pour le jeu defdits arbres. Un couflïnet doit avoir deux engorgeures, une plus évafée ôc plus enfoncée vers l’entrée du lingot qui diminue de face Ôc augmente d’épaifleur dans l’endroit où la verge de plomb acquiert la face qu’on veut lui donner en largeur, c’eft-à-dire, où pendant que les roues le fendent, les coufïinets en pref-fent les ailes entre les deux ourlets ( ce qu’on appelle la cote des couffinets ) , ôc dirigent la verge vers fa fortie par Tautre engorgeure moins haute, moins évafée ôc moins enfoncée que la précédente.
- Il efl: d’ufage de donner aux couffinet s une certaine épaiffeur qui empêche que les ju^ melles ne joignent les entre-toifes qui doivent laifler un vuide d’une ligne ôc demie au moins entr’ellcs ôc la jumelle par laquelle pafîent les vis. Ce font les couflinets qui donnent à la verge de plomb tirée la largeur ôc la force défirée. Ainfi l’on peut avoir fur un‘même tire-plomb autant de paires de couflinets y ajuftées que l’on veut fe procurer de différentes fortes de plomb plus ou moins larges de face, ou plus ou moins épais aux ailes, ou avec un plus ou moins fort ourlet. Il y a aufli des couffinets deftinés à former ces petites branches de plomb nommées communément des attaches ou liens, qui foudées fur le panneau aux endroits convenables embraffent les targettes ou verges de fer qui fervent à fupporter le panneau. Cette invention a été habilement fubftituée à ces moules femblables à un go-frier, dans lefquels les anciens couloient plu-fieurs de ces liens ou attaches à la fois.
- Ces couflinets façonnés comme les précédents, ont plus qu’eux vers le milieu un avant-corps d’environ une ligne d’épaifleur pris dans le couflïnet même. Cet avant-corps reflemble affez à un grain d’orge , dont il a pris le nom. Sa pointe regarde le milieu du couffinet du côté de fa plus grande engorgeure. Cette pointe aiguë ôc tranchante ainfi que fes côtés, fert à prendre fur les ailerons du lingot, ce qui dans les autres couflinets formeroit les ailes de la verge de plomb, pour en faire à droit Ôc à gauche deux branches de liens de chaque côté j pendant que l’entaille faite ôc pratiquée dans le milieu du grain d’orge aufli tranchante que fes cotés fert à divifer le cœur du lingot d’avec le lien. Chaque lingot par ce moyen forme quatre branches qui s’alongent jufqu’à deux pieds ôc demi ôc plus fur une ligne ôc demie de face, ôc une demi-ligne au moins d’épaifleur. Quelques Vitriers fe fervent du cœur lorfqu’il efl: détaché des quatre autres branches, comme d’une cinquième branche; ils coupent enfuite ces branches avec des petites cifailles, à la longueur de trois ou quatre pouces, fuivant la groffeur des verges qu’elles doivent entourer.
- Les couflinets étant les pièces du tire-plomb qui s’ufent les premières, à caufe de la fréquence des frottements, font plus fujets à fupporter des rafraîchijfements. C’eff ainfi que les Ouvriers en tire-plomb nomment le rétabliflement en neuf qu’ils font foit aux couffinets, foit aux roues, qu’ils font obligés de détremper à cet effet, pour les refouler, les relimer, Ôc les mettre dans leur premier état, en les trempant de nouveau.
- Or ceuc opération emportant toujours quelque chofe fur l’épaiffeur du couffinet^ empêcheroit à la fin,fans la précaution fufdite, l’aâion des écrous qui fervent à preffer les parties du tire-plomb, en les tenant toujours dans un point jufte entre-elles. La juftefle de ce point efl: effentielle pour mettre le lingot à tirer dans un état où les ailes ne fe coupent , ou ne fe plifîent point, ce qui arrive quand elles font trop preffées entre les roues par les couflinets, ou qu’elles ne prennent trop d’épaifleur, ou qu’elles ne forment des bavures ou dentelles fur l'ourlet, ce qui arrive lorfque le tire-plomb efl: trop lâche.
- Le tire-plomb d3Allemagne efl: en outre compofé de deux arbres ou effieux de fer trempé aufli dur que les couflinets. Celui d’en-haut fe termine du côté de la jumelle poftérieure en une forme ronde juftement calibrée fur le dé d’acier qui garnit le trou de la jumelle , que cet arbre doit traverfer* Quarré dans fon milieu, on y introduit une roue, dite aufli la bague, trempée comme les couflinets, percée quarrément dans fon milieu à la mefure jufte du quarré de l’arbre
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- qui la reçoit, hachée fur fes deux faces de quelques coups de lime, Ôc taillée fur fon épaiffeur de demi - ligne en demi - ligne pour lui donner plus de prife fur l’épaif-feur du milieu du lingot qui doit former le cœur de la verge de plomb.
- Cette roue ou bague placée dans fon lieu y eft retenue par un chaperon pris du même morceau de l’arbre qui l’empêche de s’échapper. C’eft d’après ce chaperon que cet arbre fe termine fur la jumelle de devant par une partie ronde qui la traverfe, comme dans celle de derrière ; ôc enfin d’après l’épaiffeur de ladite jumelle, par une partie quarrée dans laquelle paffe un pignon retenu en fon lieu par un écrou.
- VArbre à'en-bas eft en tout femblable au précédent, pour fa faculté de rouler dans les jumelles, de recevoir dans fon quarré une roue ou bague femblable à celle de Varbre d’en-haut, à la réferve qu’il doit être plus long fur le devant j parce qu’il doit porter plus que lui la manivelle qui s’y ajufte au devant du pignon, ôc doit être retenue par une vis à écrou.
- Ces roues ou bagues qui doivent occuper le milieu du corps du tire-plomb , doivent être exaêlement rondes ôc paffées au tour, ainfi que la partie ronde des arbres. On donne à ces roues ou bagues l’épaiffeur que l’on défire donner à la chambrée de la verge de plomb tirée, pour y loger un verre plus ou moins épais ; comme la diftance qui refte entre-elles perpendiculairement fert à former ce que l’on nomme le cœur de ladite verge ; plus fort, fi elles font plus éloignées l’une de l’autre ; plus mince, lorfqu’elles fe rapprochent davantage. Au refte un des principaux foins d’un Ouvrier en tire plomb eft de difpofer toutes chofes de maniéré que le cœur du plomb foit exa&ement placé dans le milieu de la verge, ôc que chaque côté des ailes ne foit ni plus haut ni plus bas que l’autre.
- Enfin les pignons à qui la manivelle donne le mouvement néceffaire pour l’effet qu’on en attend, doivent être comme les couflî-nets ôc les autres pièces, d’une bonne trempe.
- Ils font ordinairement à douze dents qui doivent être exa&ement taillées à diftances & formes égales, ôc s’engrener très-jufte, fans former aucun fautillement ou cahot, très-nuifibles à la machine, Ôc à la verge de plomb quelle produit.
- Ces fautillements ou cahots qui fe font fentir en abattant ou en relevant la manivelle , peuvent être encore occafionnés par le défaut de rondeur des arbres, ou des trous par iefquels ils paffent : de-là vient fouvent, comme du même défaut, lorfqu’il fe trouve dans les roues ou bagues, cette inégalité qu’on remarque dans l’épaiffeur du cœur de la verge de plomb, qui la rend
- VITRIER,
- fujette à fe caffer lorfqu’on la tire pout l’allonger, ou à fe percer quand on l’ouvre avec la tringlette , ou à rejetter un bon ouvrier dans la conduite de fon Ouvrage.
- Quant à la manivelle, elle eft ordinairement de fer, formée en S, de dix-huit pouces de longueur, fe termine en faillie par un manche de fer de fept à huit pouces de long, recouvert par une poignée de bois arrondie ôc tournante autour de fa tige, rivée au bout par une petite plaque de fer ou de cuivre, que les deux mains puiffent embraffer, une deffus, l’autre def-fous, pour la faire mouvoir.
- C’eft cette manivelle qui fait tourner P arbre d’en-bas, par le moyen de fon pignon» qui s’engrenant dans celui de deffus, fait aufli tourner l’arbre d’en-haut : alors le lingot de plomb fendu dans le milieu, par les roues qui en forment le cœur, paffe entre les coujfmets qui en preffent les ailes ôc les applatiffent des deux côtés, ôc à proportion que les engorgeures des couffinets font plus ou moins enfoncés, donnent à la verge de plomb des ailes plus ou moins épaiffes.
- Outre les pièces que nous venons de décrire comme appartenantes au tire-plomb d’Allemagne, il eft encore des pièces doubles, qui doivent commencer l’opération, ôc que , par allufion à la reffemblance qu’elles ont avec l’ancien plomb à rabot, on nomme encore parmi nous pièces de rabot ou d’embauche.
- Ces pièces, dont l’agencement ôc la forme eft la même que dans celles que nous venons de décrire, confiftent en deux roues de l’épaiffeur d’une ligne Ôc demie ou environ, deftinées comme les précédentes à fendre le plomb par le milieu , Ôc en deux couflinets dont les engorgeures plus enfon** cées forment des ailes plus épaiffes que dans la verge de plomb qu’on fe propofe d’employer pour joindre les vitres. Ainfi un lingot de plomb de douze à treize pouces que les pignons mus par la manivelle font filer fous ces roues entre les couflinets d’em-bauche, s’alonge par cette première opération, jufqu’à.deux pieds Ôc plus, fuivant la groffeur Ôc la longueur dû lingot : fur quoi j’obferve, en paffant, que les ailerons d’un lingot ne doivent point être trop hauts, ce qui occafionneroit aux couflinets des frottements trop rudes ; ni trop appla-tis ou trop épais, ce qui fatigueroit trop ôc les roues qui le fendent ôc les couflinets qui le preffent.
- Cette première opération qui n’eft pas la plus pénible , s’appelle tirer des embauches. On peut en tirer une certaine quantité par provifion, lorfque l’ouvrage preffant moins d’ailleurs donne au Vitrier plus de loifir.
- On garde ces embauches, ainfi que les lingots enfermés dans un cofre, où ils ne
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- Defcrip-tion du tire-plomb Fr an? §ois.
- III. Partie de l'Art
- foîent point expofés à la poufiiere, pour les faire paffer dans le befoin fous les roues > ôc entre les couflînets propres à finir la verge de plomb, qui s’alonge quelquefois du triple de ce qu'elle portoit, lorfqu’elle n’avoit encore paffé que par Y embauche.
- Cette première opération eft inféparable du tire-plomb d'Allemagne ; fans elle le plomb feroit trop rude à tourner, ôc ne venant jamais bien au degré de perfection qu’il doit acquérir, fatigueroit envain les pièces du tire-plomb, ôc les forces de celui qui le fait mouvoir; au lieu que les verges & embauche étant déjà préparées par la première opération, qui a diminué le volume du lin-ot, en le preffant Ôc l'aiongeant, fileront ien plus doux dans la fécondé opération.
- C’eft fans doute cette double opération qui détermina le François, qui aime la diligence dans l’exécution, à tenter les moyens de Amplifier cette machine, en obtenant par une feule opération ce que le tire-plomb d'Allemagne ne donnoit qu’en deux, comme noüs allons bientôt le développer.
- Les Franpis qui Amplifièrent le tire-plomb lui donnèrent deux jumelles terminées par le bas de chaque côté, par deux empattements, d'environ deux pouces de faillie, po-fés à plat fur le banc du tire-plomb. Chaque jumelle eft percée à diftance égale de quatre trous. Celui d’en haut ôc celui d'en bas fervent à faire paffer dans la jumelle de devant les vis des deux entretoifes defti-nées comme dans le tire-plomb d’Allema-gne , à affembler les deux jumelles avec les mêmes précautions relatives au rafraîchiffe-ment des coujjinets. Les deux trous parallèles de la jumelle de derrière fervent à introduire les talons qui doivent former fur cette partie les rivures de chaque entretoife. Les deux trous du milieu de chaque jumelle font ouverts en un rond calibré, fur la grof-feur des arbres qui doivent y tourner. Chaque arbre porte dans fon milieu une roue Taillante prife dans le même morceau que l’arbre, polie ôc arrondie au tour, Ôc taillée fur fon épaiffeur de demi-ligne en demi-ligne, comme dans le tire-plomb d’Allemagne.
- Ces arbres fe terminent enfuite de la partie ronde qui doit rouler dans la jumelle de derrière par un quarré plus petit que cette partie ronde, Taillant hors des jumelles, dans chacun defquels paffe un des pignons calibrés dans leur ouverture du milieu fur le même quarré ; ils y font retenus par un écrou à vis.
- L’arbre d’en-haut qui paffe dans la jumelle de devant, n’excede point en faillie l’arrafement de la furface de ladite jumelle. Celui d’en-bas eft femblable au précédent fur le derrière ; mais il eft beaucoup plus long, ôc fe termine fur le devant en une
- Peint, sur Verre. III. P a,
- de ta Peinture fur Verre. ai3
- tige quarrée qui doit recevoir la manivelle , qui n’y eft point retenue, comme dans le Tire-plomb d’Allemagne, par un écrou à vis* Il n’eft pas néceffaire de répéter ici ce que nous avons dit fur la fonêtion des roues de ces arbres : elle eft la même que dans le Tire - plomb d’Allemagne, ainfi que celle des couffinets, beaucoup plus étoffés dans les Tire-plombs François; ils font retenus fur chacune des jumelles, où ils font appliqués par des tenons ou queues Taillantes qui entrent jufte dans des entaillés pratiquées dans l’épaiffeur des jumelles. On voit par ce que nous avons dit plus haut, que les pignons , au lieu d’être fur la jumelle de devant, comme dans les Tire-plombs d’Allemagne , faillent fur la jumelle de derrière | mis en mouvement par la manivelle 5 ils produifent par une feule opération le même effet que le Tire-plomb d’Allemagne produit en deux ; en forte qu’un lingot de plomb de 12 à 13 pouces, paffé une feule fois pat le Tire-plomb de France, fournit une verge de plomb finie de cinq pieds ôc plus de longueur , félon que le lingot eft plus ou moins fort, ou que la verge de plomb aura plus ou moins de face ou de force.
- On fent aifément par la comparaifon de ces deux machines, que la main-d’œuvre du Tire-plomb François doit être bien plus pénible pour celui qui le fait mouvoir ; que par. conféquent toutes fes pièces, bien plus fujettes à s’échauffer dans l’action, doivent être d’un volume plus fort, pour, avec la dureté de la trempe, qui leur eft fi néceffaire , être plus en état de réfifter à la plus forte preffion qu’exige cette unique opération,’ aux frottements qu’elle leur fait éprouver avec plus d’inftancc.
- Il n’y a que les pignons ôc les roues qui , n’ayant pas plus de dimenfion ôc de force que ceux ôc celles du Tire-plomb d’Alle-magne , font aufli plus fujets à fe caffet Ôc à s’égrener.
- Ces accidents, à la vérité, feroient plus rares, fi on ne paffoit dans un T ire-plomb quelconque que des lingots moulés dans une lingotiere faite exprès pour le Tire-plomb* Les Tire-plombs François s’arrêtent fur le banc avec quatre vis en bois , qui paffent au travers des trous percés dans chaque empattement des deux jumelles ; ou bien, ce qui eft beaucoup plus folide, ils y font retenus par des montures qui fe terminent en-haut par un T, ôc qui, ferrant de chaque côté les deux empattements, ôc paffant à travers l’épaiffeur. du banc, font arrêtées par de forts écrous à vis contre ce banc, que l’on garnit en deffus d’une forte femelle de fer, contre laquelle l’écrou ferre la vis plus étroitement qu’elle ne feroit contre le bois nud.
- On pratique en devant du Tire-plomb d®
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- Pourquoi le tire-plomb d’Allemagne s’échauffe moins vite , ôc fouffre plus l’huile que le tire-plomb François.
- L’A RT DU VITRIER.
- France, comme du Tire-plomb d’Allemagne , du côté de la plus grande engorgeure des couflinets, une plaque ordinairement de cuivre ou de tôle polie, qui s’y applique ou en couliffe fur le bord des deux jumelles, ou par une efpece de reffort ajufté fur l’en-tre-toife d’en-haut. Au milieu de cette plaque eft percé un trou quarré directement oppofé à la fufdite engorgeure. On nomme cette plaque le Conducteur , parce que le lingot de plomb paffant au travers de ce quarré, fe trouve dans un point de direction qui l’empêche de vaciller à droite ou à gauche, lorfqu’il file dans le tire-plomb. Ce Conducteur facilite aufli aux roues le moyen de preffer également le cœur du lingot ou de Y embauche.
- Enfin fur le côté oppofé Ôc vis-à-vis la plus petite engorgeure des couflinets, à fa hauteur, on ajufte une couliffe de bois de cinq à fix pieds de longueur qui reçoit la verge de plomb au fortir du tire-plomb.
- On ne peut ufer de trop de propreté pour conferver le plomb fondu en lingot, ou tiré en embauches , avant que de le faire pafîer au rouet ou tire-plomb : un grain de fable qui s’y rencontreroit, étant capable de faire caflfer une roue, d’écorcher un coufli-net ou de faire égrener les dents d’un pignon.
- Il eftbon aufli de nettoyer de temps en temps avec un linge doux, les pièces d’un tire-plomb pour en enlever une efpece de cambouis qui fe forme autour des pignons des arbres, ôc quelquefois même des couj-Jïnets.
- Ce cambouis efl: occafionné par le peu d’huile que l’on introduit autour de ces pi®~ ces, & dont on frotte même les lingots de plomb, avant que de les introduire, ôc par le mélange qui fe fait de cette huile avec les particules de fer qui fe détachent par les frottements, ôc la poufliere qui vole fans cefle, quelque foin que l’on prenne de couvrir le tire-plomb, fitôt que l’on cefle de s’en fervir.
- Une légère goutte d’huile fuffit pour oindre chacune’de ces pièces, ôc le plus léger frottement d’un lingot de plomb paffé par l’extrémité des doigts que l’huile n’a fait qu’effleurer, efl plus que fuffifant pour le faire gliffer, ôc diminuer la force dés frottements réitérés des furfaces des pièces du tire-plomb, qui s’échaufferoient trop tôt, fi on négligeoit de mettre de l’huile.
- Mais pourquoi les pièces d’un tire-plomb d’Allemagne, bien moins étoffées que celles. d’un tire-plomb François ( à l’exception des pignons ôc des roues qui font les mêmes ), font-elles moins promptes à s’échauffer ? Pourquoi les tire-plombs d’Allemagne fouffrent-ils plus d’huile fans rebuter le
- plomb, que les tire-plombs de France (a) t C’eft que les roues ou bagues d’un tire-plomb d’Allemagne étant hachées fur leurs furfaces par des coups de lime en tout fens, l’huile qui en remplit les inégalités les plus groflieres les rend plus liffes ôc plus propres à gliffer fur les ailerons du lingot, pour accélérer l’aêtion des couflinets qui les pref-fent, pour en former les ailes de la verge de plomb tirée ; ôc que le trop d’huile la retarde dans les tire-plombs de France , dont, comme nous l’avons dit ailleurs , les roues font déjà trop liffes au fortir de la main de l’Ouvrier.
- Le tire-plomb d’Allemagne a encore cet Autre? avan-avantage lur le tire-plomb François, que la pi0mb d’Ai-même carcafîe ôc les mêmes arbres peuvent |el^gn<prut* fervir, pour y tirer des verges de plomb de François°,m toute forte de calibres, en changeant feulement les couflinets fuivant le befoin, ôc pour donner à la verge de plomb telle chambrée que l’on veut, en changeant de roues plus ou moins épaiffes.
- Il y a des tire-plombs d’Allemagne qui peuvent donner des verges de plomb depuis deux lignes, jufqu’àfix lignes de face,
- Ôc depuis moins qu’une ligne jufqu’à deux lignes de chambrée.
- Dans le tire-plomb François le changement de couflinets y ajuftés peut bien opérer des plombs de faces différentes ; mais les roues n’étant pas amovibles , ôc ne fai-fant qu’un avec l’arbre, lorfque l’on a befoin d’une chambrée plus ou moins large, d’un cœur plus ou moins fort, il faut fur un tire-plomb autant de paires d’arbres qu’on en délire de différentes chambrées, ou cœurs, qui augmentent le prix du tire-plomb, chaque arbre coûtant trois livres, ôc plus félon leur force.
- Ces avantages du tire-plomb d’Allemagne fur le tire-plomb François , ôc fur-tout la douceur du premier, bien moins fatiguant que le fécond, confirmés par l’expérience , ont attiré les regards des Vitriers les plus verfés dans l’emploi du plomb dans les vitres, fur le fuccès avec lequel 1e. fleur Lamotte, Eleve -d’un des defeendants de ce Haroux de Saint-Mihel en Lorraine, dont nous avons parlé, fe diftingue dans la Fabrique des tire-plombs d’Allemagne ( même des tire-plombs François , ôc de tous les outils qui concerne la Vitrerie ). Domicilié à Paris , depuis près de 40 ans, il en fournit des premiers plus que jamais dans la Capitale, ôc même pour les contrées les plus éloignées. Les Vitriers ne font pas les feuls qui connoiffent fon habileté en ce genre;
- l Voyez les Leçons de Phyfîque de M. l’Abbé ; j u>m, 1, pag. 117, ôt tom, IV. fag. »38*
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- III Partie de l’Art de la Peinture fur Verre. 211
- ies Savants dans la Méchanique Font honoré de leur eftime en employant fon talent ; ôc feu M. d’Ons-en-Bray a fait placer un tire-plomb de fa façon , entre les machines que l’Académie des Sciences conferve dans fes Cabinets.
- Nous finirons ces defcriptions en difant que toutes les différentes pièces dont un tire-plomb d’Allemagne ou de France eft compofé, doivent être exaêlement établies ôc repairées entr’elles par des points ou des lettres alphabétiques, tant fur les jumelles , que fur lefdites pièces refpe&ivement ; afin que quand on les a démontées, on puiffe les remettre toutes à leur place, fuivant les repaires établis. Ceci demande une attention fcrupuleufe de la part du Vitrier. Une piece dérangée de fa place , arrêteroit l’effet de la machine , Ôc en avanceroit la deftru&ion.
- On appelle tourner le plomb, l’opération qui fe fait par les machines que nous venons de décrire. Les compagnons Vitriers étoient autrefois dans l’ufage de tourner le plomb qu’ils dévoient employer ; mais l’utilité que les Maîtres , fur-tout ceux qui font le plus employés à faire des vitres en plomb, ont trouvée à faire faire cet ouvrage rude Ôc pénible par d’autres que leurs Compagnons, les a portés à y employer des hommes forts ôc robuftes, qui , quelquefois dans une journée , en tournent cinq à fix cents lingots , qu’on leur paye au cent.
- Desdifféren- Nous avons dit qu’on pouvoit tourner ^omb^ue^6 ^ur un m^me tire-plomb de France ou d’Al-Von peut6 îemagne, des verges de plomb de différen-tourner fur tes faces, depuis deux jufqu’à fix lignes.
- plomb6' quel ^Le P^om^ ^eux %nes ne s’emploie
- qu’il foit, ôc guere que pour les chef-d’œuvres , dont il de leurs dif- prenc| \Q nom. Un plomb trop large maf-^reiîts u a- ^uer0*t ja délicateffe des entrelacs , ôc la jufte précifion de la groïfure. Il peut aufïi fervir à joindre dans les vitres peintes, lorf-qu’on les rétablit en plomb neuf, certaines pièces fêlées qui ne font pas trop de remarque. Dans des têtes, par exemple, il feroit plus à propos Ôc moins diffonant d’en réunir les morceaux à la colle de poiffon fondue dans l’eau-de-vie, ôc chaudement appliquée fur l’épaiffeur des morceaux défunis.
- Le plomb de trois lignes de face s’em-ployoit autrefois très-fréquemment, lorfque l’ufage des carreaux entourés de plomb étoit plus ufité. Ceux qui l’avoient accrédité vers la fin du dernier fiecle, fur-tout dans les Maifons Royales, prétendoient que des carreaux de verre entourés de plomb, dont les ailes bien relevées par dehors, enfuite rabattues autour de la feuillure étoient retenues dans fes angles avec quatre pointes, Ôc contrecollées en dedans avec des bandes de papier étroites, tenoient les appartements bien plus clos, que ceux qui n’étoient que
- collés ôc contre-collés ; mais les dépenfes plus fréquentes qu’occafionnoit non-feulement le renouvellement de ce plomb , mais encore le dépériflfement des croifées dans lefquelles l’eau de la pluie féjournant dans la chambrée du plomb, Ôc fe répandant dans les feuillures, y croupiffoit ôc les pourriffoit ; la découverte du maftic, qui rempliffoit le même objet, d’une maniéré plus sûre ôc moins difpendieufe , parce qu’elle étoit moins fujette à l’entretien, firent proferi-re cet ufage. Il eft vrai que cet ufage étoit allez agréable à la vue par dehors, lorfque le plomb étoit neuf ; mais fon afpeêl deve-noit aulfi difforme, lorfque les croifées fe trouvoient remplies en partie de carreaux anciennement entourés, dont le plomb étoit devenu terne ôcfale, ôc en partie de carreaux nouvellement fournis , ôc entourés de plomb neuf, à la place de ce qui s’en étoit cafté.
- Au refte, ce même ufage tenoit encore les Vitriers affujettis à des prêchions géométriques , dans les carreaux cintrés de différentes mefures de certaines croifées , dont les impolies fe terminoient en éventail, ôc dont il leur falloit rapporter Ôc équarrir exaêtement les mefures fur la table avant que de les couper Ôc de les entourer de plomb neuf, en obfervant, comme dans les panneaux , d’y diminuer l’épaifteur du plomb qui devoit les entourer.
- On ne donne pas à préfent beaucoup plus de face au plomb qu’on emploie dans certaines façons de vitres y autrefois fi communes dans les croifées des appartements ; auxquelles on fubftitue tous les jours des croifées à grands carreaux : ufage qui en répandant plus fie jour a déchargé les propriétaires de la dépenfe que leur occafion-noit l’entretien de ces mêmes panneaux, qu’ils étoient tenus de faire rétablir en plomb neuf, lorfque le plomb étoit dégradé par vétufté.
- Le plomb de quatre à cinq lignes de face s’employoit plus ordinairement dans les façons de vitres , dites lozanges ou bornes cou-chêes , peu ufitées ailleurs que dans les Êgli-fes ou dans les falles des Hôpitaux, ou autres lieux publics, où les grands carreaux par la quantité qui pourroit s’en cafter de-viendroit d’une trop grande dépenfe.
- On appelle auffi ce plomb, plomb à pièces quatre es, parce qu’on l’emploie par préférence dans cette façon de vitres , où les pièces devenant tous les jours plus étendues, ôc par conféquent moins planes, ou plus gauches, elles ont befoin d’une enchâffure plus large.
- On ne fe fert guere du plomb de fix lignes que pour les lanternes de verre en plomb , ou pour les cloches fur les couches des jardins.
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- De la maniéré d’employer les verges de plomb tourné pour en faire des vitres , ôc i°, des outils propres à cette opération.
- 'ART DU VI TRIER,
- Ce n’eft pas toujours de la largeur de la face d’une verge de plomb que dépend la folidité des vitres. Un bon plomb eft celui qui ayant une bonne ligne de cœur eft fortifié vers le milieu dans fes ailes en s’amincif-fant vers leur bord, pour donner la facilité convenable pour les relever, lorfqu’il s’agit d’y inférer de nouvelles pièces à la place de celles qui fe caftent. Cette efpece de plomb , fur-tout lorfqu’il eft un peu arrondi fur le milieu de fa furface eft d’un très-bon ufage pour la jointure des vitres peintes, où le verre plus épais a aufli befoin d’une plus haute chambrée, ainfi que d’une plus forte épaifleur dans le coeur de la verge , à caufe de fa pefanteur.
- On lui donne cette rondeur en enfonçant un peu en creux le milieu de la côte des coufîinets. Un plomb trop large dans la jointure des vitres peintes en rend les contours moins gracieux Ôc plus pefants.
- Le plomb de jointure ne doit prefque point avoir d’ourlet fur le bord des ailes ; car alors n’étant pas fujet à fe pliffer, il prend mieux la forme des contours qu’il enchâffe, ôc leur donne plus de folidité par fon adhéfion. Un plomb plus étroit aflu-jettit le Vitrier à maintenir un panneau de jointure de vitres peintes dans fa première forme , lorfqu’il le remet en plomb neuf. Car pour peu qu’il altéré avec le gréfoir la première ordonnance des pièces, lorfque le tout a été bien mis enfemble dès la première fois , un plomb étroit décéléra bientôt fa faute , en laiflant appercevoir du jour en certains endroits.
- Les outils propres à employer les verges de plomb tourné pour en faire des vitres, outre la table Ôc l’équerre de fer à bîfeau , dont nous avons parlé, font la tringlette , le couteau à meme en -plomb, la boïte à la rêftne & l’étamoir, le fer à fouder > ÔC les mouflettes.
- Les Vitriers nomment tringlette , un morceau d’ivoire ou d’os de cinq à fix pouces de long, Ôc environ vingt lignes de face, dont les extrémités un peu arrondies fe terminent par une pointe obtufe , amincie vers les bords de chaque côté. On préféré ordinairement les tringlettes d’os à celles d’ivoire , parce que les premières étant un peu cambrées vers le milieu, elles tiennent la main de l’Ouvrier plus au-deflus de fon ouvrage, Ôc l’empêchent de ternir le plomb tourné par le frottement du revers de fa main, qui en ôte tout le luftre, ôc nuit beaucoup aufli pour la foudure. Nous verrons l’utilité de cet outil dans la fuite. *
- Le couteau à remettre en plomb , doit être tranchant des deux côtés, mince fur les bords, plus élevé ôc à côtes dans le milieu.
- Il doit être en forme de fer de pique, large dans fon milieu d’environ deux pouces ôc
- demi, ayant dans cette partie en dehors de chaque côté, un dos uni de l’épaiffeur d’une bonne ligne , fur lequel le fécond doigt puifle fe repofer fans danger, en appuyant defliis pour couper le plomb.
- On l’emmanche affez ordinairement d’un morceau de buis, de trois à quatre pouces de longueur, ôc d’autant de circonférence, à pan, afin qu’il ait plus d’afliette fur la table. Ce manche eft ordinairement garni par le bas, à la hauteur d’un pouce ôc demi ou environ, d’une mafle de nœuds de plomb fondu. Les Vitriers fe chargent ordinairement du foin de cette garniture ; ils pratiquent à cet effet à une certaine hauteur à l’extrémité du manche des entailles ôc des trous qui fe répandant de tous les côtés également, fe rempliffent de cet alliage de plomb fondu, fe traverfent Ôc fini fient par une mafle de la groffeur du manche ; car ils ont eu l’attention de pratiquer avec des cartes qu’ils ficelent le plus ferré qu’ils peuvent autour du manche, une efpece de moule, de même diamètre que le manche , qu’ils empliffent debout le plus promptement qu’ils peuvent de cet alliage de plomb fondu, Ôc le biffent ainfi refroidir.
- Outre que cette garniture par fon poids donne plus de coup au couteau , elle fert encore à ckajfer les pièces de verre vers le cœur de la verge de plomb avec moins de rifque de les cafter qu’avec le bois ; ou encore à enfoncer légèrement dans la table les pointes de fer , dont on fe fert pour y arrêter l’ouvrage, à fur ôc à mefure qu’il s’avance* afin qu’il ne fe dérange pas de fon enfemble.
- Le couteau à raccoutrer eft de la forme d’un couteau de table , dont la lame feroit courte ; fa pointe obtufe reffemble affez à' celle de la tringlette , quoiqu’un peu plus étroite : il ne doit point être tranchant. Ce couteau fert à relever les ailes du plomb , lorfque l’Ouvrier veut fournir quelques pièces à la place de celles qui fe feroient caf-fées. Alors, avant de contre-fouder les panneaux , il fe fert de ce couteau pour relever les ailes du plomb qui entoure la piece caf-fée , ôc pour y inférer la piece neuve ; puis à rabattre , fur la piece qu’il a fournie, ces mêmes ailes, en les renverfant fur le verre. On s’en fert aufli pour rabattre les bords du plomb qui entoure un panneau que l’on leve hors de fonchaflis pour le réparer,Ôc pour en gratter les foudures caffées qui font à refaire , ôc fur-tout à la place des liens ou attaches de plomb caffées, au lieu defquelles il en faut fournir de neuves.
- La boéte à réfine 9 eft une efpece de poivrière fermée par le haut, par un bouton amovible percé d’un petit trou. C’eft par ce trou que l’on répand un peu de cette poix-réfine en poudre que l’onamifedans la boëte,
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- III* Partie de 1* Art de Peindre fur Verfè,
- De la ma= niere de façonner un panneau de vitres en plomb, 6c de les tranfpor-ter à leur destination.
- par petites élévations fur chacun des endroits du panneau, où les bouts de plomb fe joignent enfemble pour y être foudés.
- A cet effet, on frappe avec le manche du couteau à raccoutrer, ou avec la tringlette , à petits coups fur cette boëte , en tenant du bout du doigt à demi-bouché le trou par lequel la réfine doit fortir, de peur qu'il ne s’en répande trop ; ce qu’on appelle bat-tre la réfine, qu’on y écrafe enfuite avec l’extrémité du fécond doigt pour l’attacher plus fortement au plomb où elle fert de fondant à la foudure.
- Le fer à fonder eft formé par une tige de fer menue par le haut, où elle fe termine par une efpece d’anneau qui fert à le tenir fufpendu, lorfqu’on ne s’en fert pas , un peu plus groffe vers le bas, mais groflie ôc recouverte parune maffe de fer, bien réunie ôc pétrie au feu avec cette tige, de la groffeur d’un œuf de poule d’inde, en pointe par le bout.
- Toute défunion , paille ou gerfurê, qui pourroient s’y former, fi le tout n’étoit pas bien refoulé, eft nuifible , parce qu’elle ôte la chaleur du fer.
- On fe fert pour tenir le fer quand il eft chaud, de mouflettes; c’eft ainfi que l’on nomme deux morceaux de bois arrondis creufés l’un ôc l’autre par un demi-canal qui en em-braffe le manche au-deffus de fa plus forte extrémité que l’on appelle la pomme. Cette pomme doit être limée avec le demi-carreau» fur-tout vers la pointe.
- Uétamoir eft un petit ais avec un manche pris du même morceau de bois, recouvert d’une tôle mince ou de fer-blanc, relevée fur les bords. On y fait fondre avec le fer à fonder, quand on eft prêt à s’en fervir, un peu de poix-réfme ôc de foudure ; on y promene en tous fens , Ôc à différentes reprifes, la 'pointe du fer qui, lorfqu’il eft à un degré de chaleur convenable, s’y étame, en fe couvrant d’une lame de foudure fondue'qui en rend la pointe blanche Ôc luifante, ôc fait que cette foudure fe liant avec celle de la branche qu’il fera fondre fur le plomb, fert à l’y attacher.
- Nous avons expliqué ci-devant la maniéré de rapporter fur la table la mefure du panneau , que le Vitrier fe propofe d’exécuter en plomb neuf. Nous fuppofons, comme nous l’avons dit, fes pièces de verre taillées fur fon calibre, ôc même ( ce que nous n’avions pas dit ) levées de rang de deffus la table où elles avoient été difpofées , fui-vant l’ordre qu’elles dévoient tenir entre elles, en les joignant avec le plomb tourné quelques jours auparavant. Alors le Vitrier formant au bout de chaque verge de plomb qu’il doit employer un anneau qu’il paffe ôc arrête dans un gros clou à crochet, ou dans un petit gond placé à cet effet
- Peint, sur Verre, III. Part.
- dans le voifinage de fa tablé, il la tire par l’autre extrémité dont il fe fait un autre anneau entre les doigts. Ce plomb ainfi détiré s’allonge d’autant plus qu’il eft plus vieux tourné , ôc fe met dans le point où il doit être, pour être employé, c’eft-à-dire , fans rides ôc fans plis. Moins flexible qu’au-paravant, il acquiert par-là une certaine roideur qui donne la facilité de le manier fans le chiffonner : alors l’Ouvrier coupe les anneaux des extrémités, ôc. il difpofe les verges fur fa table qu’il aura eu grand foin de broffer, pour en chaffer toutes les ordures ôc la pouffîere qui y auroient féjour-né, ôc fur-tout fous l’équerre à bifeau par laquelle il va commencer fon panneau.
- Il prend alors une de ces verges de plomb qui font devant lui, dont il deftine une partie pour la largeur du panneau , l’autre pour la hauteur : il l’entaille avec la pointe du couteau à remettre en plomb , fans la fépa-rer à l’endroit de l’aile dans laquelle l’équerre doit entrer ; puis ouvrant cette aile avec la tringlette dans la longueur de la verge de plomb, où il la gliffe légèrement, il la pouffe d’abord vers l’angle de l’équerre, ôc tout de fuite fur la hauteur Ôc la largeur du pan-neau tracé fur la table , puis ouvrant avec le même outil l’aile qui regarde l’ouvrage , il preffe le cœur de la verge contre l’équerre, ôc arrête les deux extrémités , de crainte qu’elles ne s’écartent. Alors il inféré dans ladite verge de plomb, en commençant du côté de l’angle, la piece de verre par laquelle le panneau doit commencer, ôc con-tinue à agencer avec une autre verge de plomb qu'il coupe en autant de parties que le demandent les diftances convenables, toutes les pièces qui font deftinées à le parfaire , en continuant d’en ouvrir les ailes avec la tringlette , Ôc d’en entailler certaines parties où il convient, fans qu’elles fe quittent, ou en les coupant tout-à-fait où il convient.
- Il n’eft pas poffible de décrire ici toutes les différentes coupes de plomb que demandent les différentes façons de vitres. C’eft une de ces chofes que l’expérience feule peut indiquer, ÔC que l’intelligence de l’Ouvrier doit fentir en s’affujettiffant à’ ne point s’enfermer, c’eft-à-dire, en prenant la coupe qu’il aura fuivie dans le commencement de fon panneau , pour réglé de celle qu’il doit fuivre, ôc en combinant le tour qu’il aura fait prendre à fes premières coupes, en conduire la fuite jufqu’à la fin ; de forte que toutes les pièces puiffent fans fe nuire être jointes entre elles dans l’ordre qu’elles ont été levées de deffus la table.
- Lorfqu’on joint les pièces de verre avec le plomb , on les chaffe pour les ferrer également contre le cœur du plomb , fait avec
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- l’extrémité du manche du couteau à remettre en plomb, foit avec un bout de réglé un 'peu épaiffe ; de maniéré que toutes les croix de plomb , lorlque la façon de vitres en comporte, foient régulières , ôc que chacune des branches de la croix fe rapporte vis-à-vis celle qui lui répond.
- Dans la jointure des .vitres peintes que Ton remet en plomb neuf, les coupes de plomb pratiquées dans Fancien panneau qui eft fur la table de celui qui doit le remettre en plomb, fervent à le diriger pour celles qui doivent joindre les pièces du panneau que l’Ouvrier doit remettre en plomb neuf.
- Cet ufage pour ce qui eft des vitres blanches à remettre en plomb neuf, ne peut qu ê-tre fort utile aux commençants, en fe conformant pour la coupe de leur plomb à celle qu’ils fentent avoir été pratiquée dans le vieux panneau qu’ils remettent en plomb neuf.
- Lorfque toutes les pièces qui doivent compofer un panneau , font bien jointes entre elles par le plomb , ôc affleurent le trait du dehors du panneau qui en prefcrit fur la table la hauteur ôc la largeur, on entoure l’équerre avec une verge de plomb, qu’il étoit autrefois plus qu’à préfent d’ufage de ferrer avec des tringles à bifeau, comme celles de la première équerre, arrêtées par dehors avec des pointes de fer fur les bords. Cette opération fervoit à bien reffer-rer l’enfemble d’un panneau ; alors on rabat les ailes du plomb, en les couchant fur le verre avec l’extrémité de la tringiette , de forte qu’un ne s’élève pas plus que l’autre , ÔC que toutes les jondiorxs foient prelfées fi uniment que la pointe de fer qui va les fou-der , ne trouve rien qui l’arrête.
- Avant de fouder, on a foin de battre la refîne fur tous les points de réunion des différentes coupes de plomb, de Fécrafer, comme nous avons dit, ôc de fouffler avec la bouche ce qu’il y en auroit de trop. Ce fu-perflu échauffé par la chaleur du fer s’appliquant fur le plomb, le gâte, foit que l’Ouvrier foit affez négligent pour l’y laiffer, foit qu’il le gratte avec le bout de la m»-glette pour l’enlever, ce qui raye le plomb autour de la foudure , ôc lui ôte fon poli ôc l’ornement d’un panneau qui ne peut être fini trop proprement.
- U art de fouder proprement ôc folidement demande de la part du Vitrier beaucoup d’attention, comme étant ce qui donne la force à l’ouvrage, ôc ce qui le conduit à fa perfedion, Pour bien fouder , il ne faut point que le plomb ait été gâté par des mains graffes ôc fales, ni qu’il ait contradé aucune humidité. Ces inconvénients empê-eheroient la foudure, en fe fondant, de s’in-fmuer avec le, plomb , dont nous avons déjà dit qu’elle doit lier ôc réunir les affembla-
- VITRIER.
- ges , fans les diffoudre, en mettant le plomb lui-même en fufion ; ce qui arriveroit encore, fi le fer étoit trop chaud, où s’il n’étoit pas bien étamé (a). Ceux qui foudent le mieux, font ceux qui tenant le fer à fouder de la main droite avec les mouflettes qui embraffent le bas de fon manche, après en avoir effuyé légèrement la pointe avec un chiffon , l’élevent perpendiculairement fur le Heu de la foudure que cette pointe laiffe à découvert ; alors le corps un peu incliné fur la droite, les yeux appliqués vers la pointe du fer dont le manche doit être .comme collé au coude, ils gliffent adroitement fous cette pointe la branche de foudure qu’ils tiennent de la main gauche, n’en laiffant fondre que ce qu’il faut pour faire une foudure ronde, qui bien fondue lie également tous les cœurs de plomb en diminuant d’épaiffeur vers l’extrémité des ailes , qui ne foit pas trop élevée au-deffus du plomb, qui, comme on dit, foit ronde & plate , un peu plus forte à l’endroit des croix, Ôc de la largeur d’une lentille aux autres jonctions.
- Une des principales attentions qu’un bon Soudeur apporte, c’eft de bien connoître le jufte degré de chaleur d’un fer à fouder ; trop chaud, il ne s’étame pas bien, Ôc court rifque de faire fondre le plomb, ce qu’on appelle brûler la foudure ; trop froid, il donne une foudure épaiffe ôc mal fondue qui ne lie point les parties qu’elle devoit réunir , parce qu’elle ne fent point affez de chaleur pour s’y étendre. C’eft ce qui arrive ordinairement à ceux qui font pareffeux à changer de fer, lorfqu’ils s’apperçoivent que celui dont ils fe fervent commence à fe refroidir. On ne doit omettre aucune jondion dans le corps du panneau , ou fur fes bords, fans la fouder.
- Ce côté du panneau par lequel on a commencé Ôc fini l’ouvrage, ôc que Fon appelle du foudê, étant achevé, on le tire de l’équerre à bifeau. On en rabat les bords avéc la tringiette, on le broffe pour en enlever la poufliere ou la poudre de réfine qui auroit pu y féjourner, Ôc on le retourne de Fau-tre côté. On rabat les ailes du plomb avec la tringiette que Fon paffe auffi fur toutes les jondions des plombs. On bat la réfme, on l’écrafe, on la fouffle, ôc on foude, comme de l’autre côté ; à la réferve qu’on n’en fonde pas les bords ( au moins à Paris ; car il eft des Villes, où il eft d’ufage, comme à Rouen, ôte, de les fouder des deux côtés ).
- (a) Voyez ce que nous avons dit en parlant de l’e-tamoir. Il y a encore une autre maniéré beaucoup meilleure d’étamer un fer à fouc ’r, c’eft de faire un petit creux dans une brique, & après y avoir fondu un peu de re'fine ôc de foudure avec la pointe du fer, l’y agiter en tournant de tous fens, afin de la conferver de la blanchir egalement.
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- III. Partie de l'Art
- Quoiqu’on ne les foude pas des deux côtés à Paris , les vitres n’en font pas moins foli-des; mais on obvie par-là à un inconvénient, qui, lorfque les bords font foudés des deux côtés, empêche qu’on n’en rabatte les ailes fi facilement dans la feuillure, ce qui occafion-ne la rupture des pièces du bord. On appelle ce côté d’un panneau le contre-foudé. C’eft le plus ordinairement de ce côté que fe fou-dent les croix, fi la diftribution du panneau le permet, les attaches ou liens de plomb qui doivent embrafîer les verges de fer defti-nées à les retenir en place.
- Les Vitriers fe fervoient autrefois pour porter l’ouvrage en Ville d’un fléau. Cette machine ne différoit des crochets, dont-on fe fert pour porter des fardeaux, qu’en ce que les montants du fléau étoient traverfés par deux longues tringles de bois applaties, qu’on nommoit les aîles du fléau. Elles fervoient à foutenir la longueur des panneaux que l’on tranfportoit en Ville. La partie inférieure de ce fléau, au fieu de fe terminer, comme dans les crochets, en deux efpeces de V, l’étoit par deux confoles affemblées dans chaque montant, recouvertes d’une planche unie retenue en rainure fur les montants , ôc en mortaife fur le devant. Deux bouts de fangle paflês à la hauteur convenable dans une traverfe aflemblée avec les deux montants, recevoient par une boucle formée à leur extrémité les deux pieds du fléau, & formoient les braflieres qui le fixoient fur le dos du Vitrier, après qu’il y avoit fixé l’ouvrage par des cordes qui s’entrelaçoient dans les aîles pour le retenir.
- On a fubftitué à Paris, depuis que l’ufa-ge des vitres en plomb y eft moins fréquent, à ce fléau, un chaflis d’aflemblage de menui-ferie, que leVitrier porte fur l’épaule , ôt auquel la tête fert d’appui. La planche qui porte les vitres eft foutenue par de bonnes équerres de fer attachées avec clous fur les montants des chaflis, & qui retiennent ladite planche, qu’elles traverfent en defious, Ôc qu’elles débordent fur le devant par un talon. Les Vitriers ont donné à ce chaflis le nom de Porte-vitres. On fe fert encore néanmoins du fléau dans les Provinces , lorfqu’il faut tranfporter l’ouvrage dans les Villages & Châteaux voifins des Villes , où rien n’eft fi commun que de voir un Vitrier à cheval avec le fléau garni de vitres fur le dos.
- Les panneaux de vitres fe placent ordinairement ou dans des chaflis de bois dormants ou ouvrants, que les Menuifiers nomment Croifées à ta Franpife, dans les bâtiments ordinaires , ou dans des vitraux de fer, ou dans des formes de vitres divifées par des meneaux de pierre, comme dans nos Eglifes.
- Avant de placer un panneau de vitres
- de Peindre fur Verre. 2, iy
- dans un chaflis de bois, fi c’eft un vieux chaflis , on a grand foin de ranger du fond des feuillures toutes les petites pointes rompues qui pourroient s’y loger ; enfuite l’Ouvrier tenant fon panneau, de façon que le côté des attaches ou des liens foit vis-à-vis de lui, ouvre avec la tringlette les aîles du plomb qui borde le panneau, pour les rabattre enfuite avec le même outil fur le devant du panneau, enforte qu’il n’y ait que le cœur du plomb qui pofe fur le fond de la feuillure, pendant que l’aîle rabattue la borde fur le devant ; puis en commençant par les angles de la traverfe d’en-bas du chaflis, on l’attache fur le fond de la feuillure avec les pointes de fer qui fortent de l’extrémité des clous dont les Maréchaux fe fervent pour ferrer les chevaux, Ôt qu’ils rompent avec leur tenaille. Redrefler les pointes, qui font ordinairement courbes & tortues vers le haut, eft la première befo-gne que l’on donne aux Apprentifs Vitriers# On enfonce ces pointes avec le marteau , vers le milieu de la face des plombs, à une certaine diftance, pour les rabattre enfuite fur le plomb même, afin de tenir le panneau plus ferme en’ place ôc d’empêcher de vaciller au gré du vent, ou que l’air ne pafîe entre la feuillure ôc le panneau. On place alors les verges de fer ou targettes vis-à-vis des liens ou attaches qui font foudés à cet effet fur le panneau. Ces verges de fer qui portent ordinairement deux lignes de face , fur trois à quatre lignes d’épaifleur, font terminées à chaque extrémité par de petites pattes arrondies Ôc percées, qui débordent la feuillure d’un pouce ou environ, que l’on attache fur le chaflis ou avec une pointe, en la rabattant fur ledit chaflis, ou avec du clou à tête ronde.
- On fent par-là que le marteau fait partie des outils du Vitrier. Ce marteau, tel que Félibien l’a fait graver fur une de fes planches expofitives des outils du Vitrier, por-toit autrefois une tête à pans coupés ( fans doute pour gliffer plus légèrement fur le plomb fans rifque de l’écorcher en enfonçant les pointes ), avec une panne de l’autre bout, refendue en deux parties, qui fer-voit à relever la tête des pointes avant de les arracher du fond de la feuillure avec des tenailles , lorfqu’il s’agifloit de lever les panneaux hors de place pour les réparer. De l’extrémité de la tête à celle de la panne , il pouvoit avoir quatre à cinq pouces : fon manche étoit de fer rivé, fur la tête<?» goutte de ’fuify creux en-dedans pour y recevoir une poignée de buis, qu’on y in-troduifoit, ôc qui y étoit retenue par de petits boutons de fer qui la traversaient de diftance en diftance , ôc qui y étoient rivés comme defîùs. A préfent le marteau de Vitrier a fa tête ronde ôc fa panne, plus
- De la maniéré de placer des pan* neaux de vitres en pîomb> 8c dô les arrêter dans des chaflis de bois.
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- Des vitres en plomb dans des vitraux de fer , 8c de îa conftruc-tion de ces vitraux.
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- ouverte ; Sc propre à arracher de plus gros clous * en pefant fur le manche. Ce manche, tout de fer , fe termine en efpece de cifeau qui fert de pince, pour attirer à foi les croi-fées ôc chafjis à coulijjes qui font trop ferrés dans les tableaux, ou à enlever les fiches à tête des croifées à deux ventaux.
- Quant aux tenailles, telles quelles font deflinées dans lefdites planches de Félibien , elles paroiffent plus convenables aux Vitriers de fon temps qui travailloient plus en panneaux qu'en carreaux. Chaque branche en étoit pîatte, en quarré vers le haut : ainfi appliquées contre la feuillure d’un chaflis, elles paroiffoient en s’ouvrant donner plus de prife, pour arracher la pointe, qu’elles ferroient par l’angle de ce quarré. On leur a fubftitué depuis des tenailles femblables à celles des Menuifiers, mais de, moindre groffeur, à ferres rendes ; elles font fi connues qu’il eft inutile d’en donner une def-cription particulière , n’y ayant point de ménage, pour peu qu’il foit uftenfilé, qui ne foit fourni de ces fortes de tenailles.
- La pofe des vitres en plomb dans des vitraux de fer, eft , à prpprement parler , la partie de l’Art du Vitrier qui doit lui fuppofer un efprit de réflexion ôc de juftefle capable de combinaifons ôc de rapports. Ici le Vitrier fert de guide au Serrurier ; c’eft, en effet, au premier à prefcrire au fécond les détails de fon ouvrage, ôc à veiller fur la conduite qu’il y tient, pour en former de concert un tout régulier.
- Je fuppofe donc qu’un Vitrier foit chargé de remplir une grande fenêtre de panneaux de vitres en plomb dans un vitrau de fer 5 c’eft à lui de prendre exactement la mefure de l’ouverture de la baye : ou c’eft un chaffis de fer qui doit régner autour d’elle , fur lequel les montants Ôc les traverfes ou les gonds des portes ou guichets ouvrants dudit vitrau, leurs verrous Ôc leurs man-tonnets doivent être rivés ; ou ce vitrau ne doit être compofé que de montants ôc de traverfes de fer fcellées à l’arrafement de la feuillure. S’il s’agit d’un chaflis de fer au pourtour du vitrau , le Vitrier obferve-ra de prendre exactement la mefure des contours du cintre, ou plein rond ou fur-baiffé, ovale ou anfe de panier , & de la partie quarrée dudit vitrau, s’il n’y a point de chaflis de fer.
- Il n’a befoin que de la hauteur du milieu du cintre des deux hauteurs de la naif-fance du cintre de chaque côté ôc de la partie quarrée. Ces mefures exactement pri-îes, il en rapporte le plan fur le papier , en les réduifant du grand au petit. L’ufage le plus ordinaire eft de réduire l’échelle qu’il doit fuivre à un pouce pour un pied. Ainfi il combinera le nombre de panneaux qu’il peut donner au vitrau , de maniéré qu’ils
- vitrier.
- foient égaux entre eux en largeur Ôc en hauteur dans la partie quarrée, ou qu’ils ayent tous la même mefure, ou quarrée ou oblongue, toute forme plus large que haute n’étant point gracieufe à la vue. Sa partition ainfi faite fur le papier ôc tracée par des lignes au crayon, il peut y tracer à l’encre la largeur du fer , moitié de chaque côté du milieu de ces lignes ; ce qu’il obferve dans la partie cintrée, lorfqu’il y en a une, en la diftribuant en autant de rayons que la mefure Ôc le bon fens peuvent lui en indiquer. Le nombre ôc la mefure de fes panneaux étant arrêtés, il partage , à l’aide du compas ( comme nous l’avons dit ci-devant , en parlant de l’ordonnance des différentes façons de vitres blanches ) ( a ), en partant de la ligne du milieu , îa hauteur Ôc la largeur de chaque panneau en autant de petits quarrés égaux ou prolongés qu’en demande la façon de vitres preferite ou acceptée par l’ArchiteCle. C’eft au moyen de ces échiquiers ( ainfi que les Vitriers les nomment ) qu’ils tracent fur le papier les différentes figures Ôc compartiments de pièces qui doivent compofer l’enfembie de chaque panneau du vitrau , par leur rapport entre elles > ôc qui par conféquent doivent leur en donner le calibre. Le Vitrier fent alors la quantité de verges de fer qu’il peut donner à chaque panneau , pour le foutenir en force , la place qu’elles doivent y occuper , celle des crochets de fer qui doivent porter les verges , celles des nilles propres à recevoir le panneau ôc à lui former, pour, ainfi dire, une encadrure qui l’affure en place , par le moyen des clavettes de fer qui, paffant au travers de ces nilles , retiennent les bords du panneau.
- Un Serrurier expérimenté dans cette forte d’ouvrage,qui n’eft pas fort fréquent,pour-roit fur le fimple plan exécuter le vitrau , ôc le Vitrier fes panneaux pendant que le premier feroit fa ferrure. Celui-ci regardant toujours la tige du milieu du deflin comme le milieu de fon fer , ne peut fe tromper, quand il n’auroit que le modèle en petit.
- Cependant le vitrau doit être entouré d’un chaflis de fer, pour éviter la mal-propreté qu’occafionnent par la fuite les graviers du fcellement, qu’il faut démolir 3 toutes les fois que l’on veut lever les panneaux pour les nettoyer ou les réparer. Il eft expédient, fur-tout lorfqu’il eft cintré , d’en tracer le plan en grand dans un lieu affez fpacieux , ôc d’y marquer exaêlement avec la largeur du fer la diftribution des panneaux qui doivent le compofer, la place
- ( a ) Voyez au commencement de ce Chapitre , 8c le Chapitre VIII de la fécondé Partie, où je traite de la Vitrerie relativement à la Peinture fur Verre. Il contient plufieurs obfervations auxquelles je me contente de renvoyer Iç Lecteur, afin de ne pas trop çne répéter.
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- III. Partie de l'Art de Peindre fur Vetttl âàî
- des nilles, ôc celle des crochets pour les verges de fer, afin que le Serrurier s’y rapporte.
- Un vitrau de fer eft quelquefois compofé de fimples barres de fer, de feize à dix-huic lignes de face , fur cinq à fix lignes d’épaif-feur, garnies, comme nous avons dit, de nilles ôc de crochets ; ôc quelquefois ces barres de fer font recouvertes de plates-bandes de forte tôle ou de fer battu , entaillées ôc percées à l’endroit des nilles qui les tra-verfent, où elles font retenues par des clavettes. Quant aux crochets, on les rive fur ces plates-bandes ; quelquefois aulïi ce font des boulons à vis & à écrous rivés fur les montants ÔC les traverfes , qui pailant au travers des plates-bandes ôc même au travers des verges de fer applaties & percées par les bouts, tiennent la place des nilles ôc des crochets , ôc les écrous ferrent le tout enfemble ; mais cet ufage doit être regardé comme le moins à fuivre , à caufe de la facilité avec laquelle ces écrous fe rouillent, & de la difficulté qu’il y a à les dévijjer, lorfqu’ils font rouillés, ou à caufe du rif-que de cafTer une vis en la forçant , ou de perdre les écrous, qui peuvent échapper de la main de l’Ouvrier , ôc dont le tarreau féroit difficile à retrouver , ou à refaire 5 au lieu qu’un léger coup de marteau chafle aifément la clavette de fa nille , ôc que l’Ouvrier ne craint point d’être renverfé du haut d’une échelle , ou d’un échafaud , par la faute ou de la vis qui lui manque en fe caftant, ou de Ta clef qui gliflfe fur l’écrou , au lieu de l’embraftfer ; ce qui n’eft malheu-reufement pas fans exemple*
- Comme je ne me propofe point ici de prefcrire au Serrurier ce qui eft particuliérement de fon induftrie , je veux dire l’af-femblage des montants ôc des traverfes d’un vitrau , je dirai feulement que le plus ordinairement après avoir coupé la quantité de montants nécefîaires pour la hauteur du vitrau , après avoir laiftfé au premier ôc au dernier un peu plus de longueur qu’aux autres pour le fcellement, lorfqu’il n’y a pas de chaffis de fer, il les joint enfemble par des croifillons appliqués de l’autre côté des vitres fur chaque montant, en biffant entre chacun d’eux un vuide capable de loger la traverfe qui eft arrêtée entre les deux montants, par un boulon à tête du même côté que les croifillons , Ôc à vis du côté des vitres, laquelle paffant à travers d’une rondelle de forte tôle ferrée, qu’on y place, lorfque les vitres font pofées , eft ferrée par un écrou contre les coins de quatre panneaux qu’elle empêche de s’entr’ou-vrir.
- C’eft ainfi que font affemblés les vitraux de fer neuf que j’ai remplis de vitres neuves dans l’Eglife de Paris, ôc qui font d’une
- Peint, sur Verre. III. Pi
- grande folidité*
- Rien de fi ordinaire que de voir dans nos anciennes Eglifes de grandes formes de vitres qu’on diftingue , par ce nom , des vitraux de fer. Elles font divifées fur leur largeur en un ou plufieurs morceaux de pierre montants, qui en foutiennent les amor* tiffements de la partie cintrée, conftruite de pierres de différentes ordonnances ou contours , qu’on appelle autrement les remplif fagest
- Or je fuppofe, qu’au lieu des anciennes vitres peintes, dont les formes de vitres étoient remplies, ôc qui tomboient tous les jours en ruine , ou par vétufté, ou par un défaut d’entretien, quelquefois occafionné par le goût de notre fiecle antipathique avec la Peinture fur verre , on charge un Vitriet de les garnir de vitres blanches, de la façon qui aura été choifie ou acceptée par l’Ar-chite&e ; alors le Vitrier doit obferver fi les morceaux ne font pas contretenus par plufieurs fortes bandes de fer dormantes, qui * les traverfant, font fcellées par les extrémités dans l’épaifleur des murs, telle qu’eft ordinairement celle qui porte la partie cintrée d’une defdites formes de vitres. S’il n’y a que celle-là, il doit prendre la mefure de l’efpace qui fe trouve dans la hauteur de chaque pan ou colonne de vitres , par un meneau de pierre , du deflous de la nille de ladite traverfe dormante, jufqu’au fond de la feuillure d’en bas > Ôc s’affurer de même de la largeur de chacun defdits pans ; puis , confidérant chaque pan comme un vitrau particulier, il fuivra, pour la diftribution des panneaux ôc du calibre, la même route que nous avons dit plus haut qu’il dévoie tenir, pour donner à chacun de fes panneaux une diftribution qui finiffe , autant qu’il fe pourra , par quatre coins égaux, pour lef-dits panneaux être féparés entr’eux par une traverfe de fer, garnie de fes nilles dans les efpaces convenables, amovible, ôc qui fera fcellée d’un bout dans la feuillure ou fur la rainure du meneau, de l’autre dans la feuib lure ôc fur la rainure du mur, autant de fois répétée que l’étendue dudit pan ou colonne peut comporter de panneaux.
- Les Vitriers nomment barloderes , ces traverfes de fer, moins fortes ordinairement d’épaiffeur ôc de face que la traverfe dormante , parce qu’elles n’ont pas un poids fi lourd à fupporter. Les nilles dont elles font garnies , y font la même fon&ion que dans les vitraux de fer. Quant aux verges qui doivent maintenir le panneau en force, elles font retenues dans la rainure Ou dans la feuillure des meneaux ôc des mur9 , créa-* fées à cet effet avec la befaiguë, dans lef-quelles on les inféré par forme de revêtifle-ment. Lorfque les vitres neuves font pofées en place, les verges étant arrêtées par les
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- Des jsàft1 neaux de viJ très en plomb dans de grandes formes confr truites en pierres.
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- VA RT DU VI TRIER.
- attaches ; dont on les entortille avec les doigts, ( comme cela fe pratique dans toutes les vitres en plomb ) , on les fcelle fur chaque rainure ou feuillure en dehors, fi elles font pofées par dehors, ou en dedans fi elles le font en dedans , en plâtre ou en mortier, fuivant l’ufage des lieux , avec une petite truelle de fonte de cuivre ou de fer, formée comme une feuille de laurier.
- Au furplus, les Vitriers fe fervent pour préparer le plâtre ou le mortier, propre à fceller les panneaux de vitres des Eglifes, d’une petite auge de bois , moins étendue que celle des Couvreurs , percée vers le haut de chaque côté , fur fa longueur , de deux trous, dans lefquels ils font paffer une corde, qui lui fert d’anfe & eft retenue par un crochet de fer en S , qui la tient fufpen-due fur la main de l’Ouvrier dans un des bâtons de l’échelle, dont il fe fert pour pofer fes vitres en place.
- S’il fe trouve dans ladite forme de vitres une fécondé ou même une troifieme traverfe dormante, femblable à celle qui fupporte la partie cintrée , le Vitrier doit tenir , par rapport aux efpaces qui fe trouvent entre chacune defdites traverfes dormantes , le même ordre que deflus, en allongeant ou raccourciffant, fuivant le befoin, fes échiquiers fur leur hauteur feulement.
- Quant à la partie cintrée des amortifle-ments, il en leve exactement le plan, en y obfervant fidèlement la largeur de la pierre du fond de fes feuillures ou rainures, ôc tous les compartimens qui en règlent l’ordonnance , qu’il trace fur le papier à pouce pour pied ; puis prenant pour réglé les échiquiers qui ont donné le calibre qu’il a fuivi dans la partie quarrée,en obfervant de mettre toujours dans le milieu la piece principale de la façon de vitres qu'il y a fuivie, il les trace fur toute la hauteur ôc fur toute la largeur de ladite partie cintrée , comme fi toute cette partie ne devoit faire qu’un feul panneau, ôc laiffant nuds les contours de4 la pierre fur laquelle fes traits ont paflfé, il fe contente de deffiner la façon de vitres dans les vuides qui doivent être remplis de vitres, dont la pierre eft cenfée occuper la place dans toute fon ordonnance.
- Il répété enfuite la même opération en grand, d’après ce modèle en petit fur fa table , ou par moitié , ou par tiers, ou par quart, fuivant l’étendue dudit rempliffage , pour y couper toutes fes pièces ( comme à la diminution) (a) Ôc les joindre avec le plomb lorfqu’elles font coupées.
- Il eft des Eglifes où les vitres fe pofent en dehors , qui, comme la Cathédrale de Paris, ont des plates - formes , fur lefquelles le
- (a) Voyez au commencement de ce Chapitre, où je traite de la diminution.
- Vitrier fefait échaffauder ou s’échaffaudeîui-même, fuivant l’ufage ou le devis & marché qui en a été fait ; ôc de deflus fon échaffaud , folidement fait, il pofe fes vitres de plancher en plancher, en obfervant que les boulins ôc autres pièces de bois ne lui nuifent point en paflant au travers des lieux qui doivent être remplis de vitres ; c’eft de toutes les maniérés de pofer les vitres d’Êglife la moins rifquable pour le Vitrier. Il eft d’autres Eglifes fans plate-formes dont on ne peut pofer les vitres, foit par dedans , foit par dehors , comme dans FEglife de l’Abbaye de Saint Denys en France, qu’en fe fervant de la cage ou rw-heille, dans lefquelles le Vitrier , fufpendti vis-à-vis la partie de la forme des vitres à laquelle il doit travailler, eft monté ôc descendu par des cordages qui filent dans un ou deux moufles, garnis de leurs poulies, avec un autre cordage attaché à ladite cage ou corbeille , qui fert au Vitrier à tirer vers lui tout ce dont il a befoin, ôt que celui qui le fert pour le monter ou le defcendre félon le befoin, attache audit cordage (a).
- Il s’en faut de beaucoup que cette façon de pofer les vitres foit aufli prompte ôc aufli facile que la première ; elle eft aufli plus rifquable , à caufe de la sûreté qu’elle demande de la part de la folidité des moufles Ôc f
- des cordages.
- Les panneaux de vitres neuves en plomb De la manle-fe payent au Vitrier au pied fuperfide! de [|s paenp|aux 144 pouces en quarré , mefure de Roi ; car de vitres nea?. le pied de verre eft fiqet à différentes mefures ves f*1 dans différentes Provinces. Il y en a telle où p il n’a que 1 o pouces en quarré, ôc telle autre où il n’en a que 8 , fuivant la plus ou moins forte qualité du plomb ôt leur expofition plus ou moins facile pour les mettre en place. Le prix n’étant pas le même pour les panneaux attachés fur chaflis de bois , pour les panneaux ou vitraux de fer à chaflis de fer, ôc pour les panneaux de formes d’Eglifes, fcellés en plâtre ; on n’en paye que moitié du prix , lorfqu’on les remet en plomb neuf.
- Dans les maifons particulières, lorfqu’on les loue à un locataire , il eft d’ufage de lui donner les vitres, nettes par la main du Vitrier; fi ce font des panneaux, on doit les lui donner fans pièces caflées ni fêlées 5 Ôc il eft tenu de les lui rendre en même état, à. moins que le propriétaire ne jugeât à propos d’en excepter les pièces fêlées ; alors il en conftate le nombre avec le locataire , qui les lui rend en même nombre. Quand il s’agit de. renouveiler les panneaux en plomb neuf, ce. qui eft toujours à la charge du propriétaire,
- ( a) Nous ne nous fommes point appliqués à donner ici la description de ces cages ou corbeilles. Ce font de ces machines dont le méchanifme fe développe mieux 4 la vue que fut le papier. Il eft d’ailleurs peu d’Eglifes qui n’en foient fournies pour le houffage qui s’en fait de temps à autres, ou pour fervir au Vitrier.
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- Des réparations des panneaux de vitres en plomb*
- III. Pa r tie de l'Art de ta Peinture fur Verre. lâj
- lorfqu’il eft hors d’état de prouver que c’eft par violence que le plomb en a été altéré, les pièces fêlées regardent le propriétaire feul ; ôc lorfque les panneaux s’étant talfés par le mauvais état des chaffis, ils font devenus trop courts ou trop étroits , les pièces du bord qu’il faut réformer, pour en fournir de plus longues , regardent également le propriétaire.
- Lorfque le locataire veut faire nettoyer fes vitres en panneaux, ou pour entretenir la clarté & la propreté dans fa maifon, ou pour les rendre nettes & en bon état, en la quittant , on nomme cette réparation racoâtrage* Elle confifte d’abord, en les ôtant de place, pour la première fois, à marquer fur le plomb des panneaux vers le haut, avec le bout du couteau ou de la tringlette , dans le milieu, l’ordre des croifées en chiffres romains, ôc dans le coin, du côté du mur , à chaque panneau,l’ordre qu’il tient dans chaque croifée Cette précaution, prife la première fois , fert pour les réparations fuivantes à les remettre en place dans le même ordre ôc fans rien déranger ; on leve les verges de fer, ôc on arrache avec les tenailles les pointes qui les retiennent. Les panneaux étant apportés à la boutique, on paffe le couteau à racoûtrer fur toutes les ailes du plomb Ôc fur les bords du panneau. On redreffe avec l’extrémité des doigts les liens ou attaches qui font encore bons ; on arrache celles qui font rompues ; on gratte avec le même couteau le nœud de celles qu’on a arrachées ; on en fait autant à la place des foudures qui pourroient être rompues fur les bords ou dans le corps du panneau , lorfqu’elles ne font pas en trop grand nombre ( car en ce cas on les remet en plomb neuf). On refait les foudures, ôc on reffoude d’autres attaches neuves , de la maniéré que nous l’avons dit en parlant des vitres neuves , puis on mouille les panneaux à la broffe, pour enfuite les fécher au fable avec une autre broffe, ôc les remettre en place avec les mêmes précautions dont nous avons parlé pour les vitres neuves.
- Quand il s’agit de rendre les panneaux de vitres en état, comme réparation locative, le locataire eft tenu des pièces de verre caffées, des verges de fer qui retiennent les panneaux de verre en plomb , lorfqu’elles manquent ou qu’elles font caffées, à moins qu’on ne reconnût que des -pailles qui étoient dans les verges de fer euffent contribué à les faire caffer ; car pour lors elles feroient au compte du propriétaire.
- On fuit cette même méthode pour la réparation des panneaux de vitres en vitraux,
- ou en formes de vitres ; on les refcelle en plâtre ou en mortier aux endroits ou ils l’étoient , après avoir préalablement bien nettoyé les feuillures ôc rainures de tout l’ancien plâtre ôc ciment; ce qui fe fait aved la befaiguê, dont nous avons déjà parlé. Cet outil eft une efpece de marteau, dont la tête eft d’un côté en forme de cifeau, qui fert à enlever le plâtre ôc la pierre qui pourroit nuire dans les feuillures ou rainures : vers la panne, il fe termine en une efpece de coin pointu, qui fert à démolir le vieux plâtre Ôc à faire dans le mur ou dans la pierre des meneaux, les trous de revêtiffement nécef-faires pour y placer les verges de fer qui fe mettent au-devant des panneaux.
- Il eft affez d’ufage de donner les vitres d’une Eglife à l’entretien , au Vitrier , moyennant un prix fixe chaque année, par un bail de fix ou neuf années. LeVitrier, qui reconnoît par le marché avoir reçu les vitres en bon état, s’oblige de les rendre telles. Cet ufage eft bon, lorique les vitres, faites depuis peu, ne demandent qu’un entretien qui les maintienne en bon état, en y exceptant le cas de grêle , ouragans ou vents impétueux , ou autres cas imprévus. Mais à la fuite des temps cette maniéré d’entretien peut devenir ruineufe aux Fabriciens Ôc aux Vitriers. Fera-t-on fupporter aux héritiers de celui-ci les frais d’une réparation qui fur-viendroit par caufe de la vétufté des plombs , qui, aufli anciens dans tous les panneaux enfemble, pourroient périr en même-temps ? La fortune la plus forte pourroit à peine palrer , de la part du Vitrier , une pareille révolution ; alors, ( ce qui a toujours été plus conforme à la Loi, qui charge le Propriétaire de réparer les plombs , dégradés par vétufté ) la réparation tombera toute entière fur le compte des Fabriciens.
- Il eft donc mieux de conftater de part ôc d’autre l’état des vitres , ôc d’après cet état fixer au Vitrier, par un bail de fix ou neuf années, la quantité de panneaux qu’il fera tenu de lever dans l’Eglife pour les nettoyer , ôc celle qu’il conviendra d’en remettre en plomb neuf : l’ordre qu’il doit tenir dans cette réparation annuelle , eft d’y mettre un prix raifonnable , au moyen duquel le Fabricien fera sûr de la quantité d’ouvrage que le Vitrier aura fait, comme le Vitrier de la jufte valeur de fon,payement.
- Mais ce qui eft encore le plus à propos ôc le moins à charge au Fabricien ôc au Vitrier, il vaudroit mieux payer au Vitrier les réparations , à l’eftimation , lorfqu’on les fait faire, ou comme on dit à la piece.
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- L’ART DU VITRIER.:
- CHAPITRE III.
- Des Lanternes publiques, tant de verre en plomb qu’à réverbere, pour éclairer pendant la nuit les rues des grandes Villes ; ôC des petites Lanternes en ufage dans les réjouijfances publiques.
- Origine de l’ufage d’é-clairer les rues des grani des Villes pendant la nuit.
- i Ton en croît plufieurs Auteurs tant anciens que modernes, à la tête defquels un Savant Prélat Italien (a) , place, Saint Clément d’Alexandrie (b), ffufage d’éclairer les rues des grandes Villes pendant la nuit paffa des Egyptiens aux autres Nations. Nous voyons Tertullien (c), fe plaindre de ce que les portes des maifons des Chrétiens étoient alors plus éclairées que celles des Païens même. Rien de plus probant fur cet ufage que ce que nous en apprend M. de Valois, dans fes notes fur divers Auteurs de l’Antiquité. Il y cite avec éloge les dépenfes que fai-foit Conftantin pour éclairer les rues de Conftantinople les veilles de Noël & de Pâque, avec plus de profufion qu’on n’avoit coutume de le faire les autres jours, & qui effaçoit celle des illuminations des Egyptiens à la fête de Minerve (d). M. de Valois nous apprend encore (f8), que ces illuminations étoient journalières dans plufieurs grandes Villes, & l’une de leurs principales décorations ; que le foin d’allumer ces lampes & de les entretenir d’huile, étoit confié par les Magiftrats à de pauvres Gagnes-deniers ; que la folie impétueufe de ceux qui, dans un excès de débauche, auroient coupé , à coups de fabres ou d’épées, les cordes auxquelles on les fufpendoit, étoit regardée comme un attentat puniffable ; que l’interruption de partie de ces lumières publiques étoit d’ufa-ge dans les jours de trifteffe & de deuil. Nous voyons dans Saint Bafile (f), qu’il en regarde la ceffation comme une des calamités la plus dure que fa Ville Epifcopale eût fupportée de la part de l’Empereur. Il la fait aller de pair avec l’interdièlion des lieux de public exercice. Nous entendons aulïi Pro-
- (a) Qampini, Veter. monim.part. primé cap. zi°.pag. ipo.
- (b) Stromat. lib. i°.
- (c) De Idololatriâ, n. ro. Voyez encore Cazalius, de veteribus Ægyptiorum monumentis. Fortuit* Licetty de Lucemis antiquis.
- ( d) Henri de Valois, notes fur la vie de Conftantin , par Eufebe de Céfarée.
- (*) Notes fur Ammien Marcellin , 8c fur plufieurs Harangues de Libanius. Amm. Marcel!, dit au liv. 14. circà initium : ( Gallus) Vefperi per tabernas palabatur 8c compita. ... Et hæc confidenter agebat in urbe ( An-tiochiâ ) ubi pernoflantium luminum claritudo dierum filet imitari fulgorem.
- (fi) Voyez la 74e. (aliàs 379e. ) Lettre de Saint Bafile le Grand, à Martinien.
- cope (a) blâmer Juftinien de s’être emparé de tous les revenus des Villes, qui par-là fe voyoient hors d’état d’entretenir les lumières publiques ; il dit que ce Prince les a privées de leur plus douce confolation. Enfin Saint Jérôme (h) rapporte qu’un jour, dans la chaleur d’une violente difpute, quelques Lucifériens ayant brifé les lampes publiques, s’étoient retirés fi échauffés, qu’à la faveur des ténèbres ils fe crachoient au vifage.
- Qui ne croiroit à la feule infpe&ion de ce que nous venons de rapporter en faveur de l’ancienneté, de l’ufage des lumières publiques pendant la nuit, que nous ne foyons en état de le faire remonter très-haut dans notre France, au moins dans la Capitale l Car comme remarque fort bien le Commif-faire la Marre (c), fi toutes les Nations disciplinées ont pris des précautions extraordinaires contre les périls no&urnes, dans quelle Ville plus que dans Paris, où pendant que tout eft calme pour les gens de bien , une foule de fcélérats favorifés par les ténèbres qui les cachent, s’efforcent d’exécuter leurs pernicieux deffeins : dans quelle Ville , dis-je , fut-il plus néceffaire d’étendre ces foins qui doivent veiller à la fûreté de fes Habitants ! Cependant l’établiflement qui y fut Date jeS fait des lanternes publiques , qu’auroit pu in- lantemespu-diquer l’ufage, très-connu des anciens, des ^Icïues à lanternes portatives (d) , ne date que du mois de Septembre 1667.
- C’eft aux foins infatigables de M. de la Reynie, décoré le premier par Louis XIV de la charge de Lieutenant Général de Police, que les Parifiens doivent , outre l’établiffe-ment du Guet, le nétoyement des rues , Ôc plufieurs autres beaux Réglements qui s’ob-fervent encore de nos jours , celui des Lanternes publiques : établiffement auquel les fucceffeurs de ce grand Magiftrat fe font efforcés de donner la perfe&ion.
- Ces premières Lanternes étoient à huit Lanternes __________________________________________ à feau.
- ( a ) Anecdote de la vie de Juftinien.
- (b3 Dialogue contre les Lucifériens.
- ( c ) Traité de la Police.
- (d) Voyez fur cet ufage chez les Anciens, Pline, Liv. VIII, Chapitre XV. La corne du bœuf fauvage , nommé Unis, qui fe coupoit par lames très-minces 8c tranfparentes, îèrvoit à cet effet. Plaute parle de ces lanternes de cornes dans le prologue de fon Amphitryon, ainfi que Martial, Liv. XIV , Epigjr, 61.
- pans
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- III. Partie de V Art de "Peindre fur Verre. zzf
- pans ; ôc avoient la figure dunfeau. Elles portoient environ dix-huit à dix-neuf pouces de haut, y compris l’épaiffeur des plombs. Elles étoient compofées de vingt-quatre pièces. Les liteaux, pofés fur le fond, pou-voient avoir quatre pouces un quart de haut fur quatre pouces trois quarts de large ; la piece du milieu fept pouces un quart de haut îur même largeur ; la piece de cheminée fix pouces trois quarts fur ladite largeur par le bas, ôc trois pouces trois quarts par en-haut, à l’endroit de la fermeture.
- Le fond de chaque Lanterne étoit un panneau oûogone de fept pièces de verre plein ôc d’une vuide. Deux des pièces pleines étoient échancrées en rondeur, pour que l’Allumeur paffât plus aifément la main dans le vuide de la huitième piece. La chandelle étoit retenue au milieu par une platine de fer noir qui portait deux bobèches , l’une pour la grofle chandelle, l’autre pour la plus petite, félon les temps. Les deux bobèches étoient d’un feul morceau de fer noir ou menue tête rivé fur la platine avec clous. Ces Lanternes étoient montées de quatre fils de fer d’environ une ligne Ôc demie de groffeur, retenus fur quatre des huit pans , Ôc en-deffous du fond par des liens ou attaches de plomb foudées. Les quatre fils de fer ve-noient aboutir vers le milieu de la platine, & la foutenoient. Enfin ces Lanternes étoient furmontées d’un couvercle élevé d’un bon pouce au-defîus du corps de la Lanterne, dont il débordoit le diamètre d’un pouce ôc demi au plus.
- L’aggrandiflement de la Capitale, les malheureux événements noôhirnes devenus plus fréquents, les rapports des CommifTaires des quartiers, les obfervations de l’Infpeêfeur finguliérement prépofé à cette fon&ion de Police, donnèrent lieu à M. Hérault de changer la forme des Lanternes , ôc d’en multiplier le nombre.
- Lanternes Elles prirent alors la forme d’un cubde-à cul-de-Iam- lampe, fermé à une diftance égale vers le pe* bas comme en-haut. Leur hauteur fut por-
- tée à vingt-un pouces un quart au moins, non compris l’épaiffeur des plombs. Les pièces qui forment le corps de chaque Lanterne , refterent fixées au nombre de vingt-quatre, d’un Verre choifi fans boutons. Mais chacune des huit qui en compofent le milieu, devoit avoir huit pouces une ligne de hauteur fur cinq pouces dix lignes de largeur; ôc chacune de celles formant le cul-de-lampe ôc la cheminée , fix pouces fept lignes de haut, fur cinq pouces dix lignes de large par le bout qui touche à la piece du milieu, ôc fur quatre pouces fept lignes par ceux qui avoifinent le couvercle ou forment le cul-de-lampe.
- Le fond de la lanterne étoit, comme aux premières , de fept pièces de verre plein ôc
- Peint, sur Verre. III. I
- d une vuide ; mais on ordonna que la platine occupant le milieu du fond , feroit de fer-blanc très-fort, percé de plufieurs trous, fur-tout au droit des deux bobèches : qu’entr’elles feroit placé un fil d’archal de deux lignes de gros, Ôc fept pouces de hauteur , formant par le haut un ovale de deux pouces dans oeuvre pour maintenir droite la chandelle ; ôc par le bas , pour s’affermir contre la main de l’Allumeur Ôc lui donner palfage, un double coude inhérent aux bobèches : qu’elles feroient de tôle neuve ôc forte d’un pouce ôc demi de hauteur, d’un feul morceau fe joignant, ôc leur diamètre d’un pouce à la grande Ôc de neuf lignes à la petite.
- Pour contretenir les pièces du cul-de-lampe , on aflujettit le Vitrier à tenir plus fort que foible le panneau du fond. Les plombs ôc la platine qu’ils entourent dévoient être étamés par dedans, ôc blanchis de foudure. Le tour du vuide lai fié pour l’Allumeur,fut bordé par un plomb, dans la chambrée duquel Ôc auprès du cœur étoit en-caftré un brin de fil de fer d’une feule piece qui en fait le tour. Sur ce fil de fer étoient relevés les ourlets du plomb pour le$ éta-mer, en coulant la foudure au devant des ourlets.
- Au - deflfus du vuide , au dedans de la îan-terne, on ajufta d’abord une trappe de fer noir , percée de plufieurs trous , comme la platine. Le bord de cette trappe, creux ôc arrondi du côté du pan du cul-de*lampe, étoit traverfé par un fil de fer moyennement gros, dont les bouts , paffant au travers des plombs montants, y étoient retenus par un crochet, qu’on y formoit avec une pince. On y a depuis fubftitué, pour effacer l’ombrage formé fur le pavé par la platine , ôc par cette trappe, un chaflis de fer-blanc à couliffe , dans lequel, par le côté le plus large, qui étoit de quatre pouces fept lignes, ôc qui par conféquent n’excédoit pas la largeur du plomb , on inféroit une pièce de verre qui le rempliffoit , en prenant la précaution de faire fouder par le Ferblantier, en dedans , un renvoi aufli de fer-blanc, d’un pouce de faillie , pour le faire retomber fur le fond lorfque l’Allumeur retire fa main.
- La jointure des pièces qui compofent le corps de la lanterne , étoit, ainfi que le panneau du fond , faite avec un plomb de fix lignes de face tout tiré.
- Chaque lanterne étoit montée de quatre fils de fer de deux lignes de diamètre. Les deux fils , qui fe trouvent vis-à-vis l’un de l’autre, traverfoient en deffous le fond de la lanterne, pour y être arrêtés ôc foudés d’une extrémité à l’autre , de la largeur du fond , fans boucher le trou de la bobeche* Les deux autres étoient coupés de longueur à joindre les deux premiers , en paffant par - deffous
- m, LU
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- Zeïe deM.de Sartinespour conduire à fa perfection i’établifTe-inentdes lanterne» publiques.
- L’A RT D U
- eux. Tous dévoient être attachés avec des liens forts ôc larges, réunis deffous ôc defïus par une foudure.
- Ces fils de fer dévoient encore être de longueur à maintenir un couvercle de tôle légère , du diamètre de la fermeture , percé de trous pour laiffer paffage à la fumée , ôc empêcher le vent, en fe rabattant fur la chandelle , de la pouffer trop vite. Par def-fus étoit un premier couvercle de tôle plus forte. Les quatre fils y paffoient comme dans le précédent, par quatre trous jufte-ment efpacés à l’endroit des liens de plomb. Entre ce premier couvercle ôt le bord de la fermeture ou cheminée, étoit un efpace d’environ un pouce ôc demi. Ge couvercle étoit de quinze à feize pouces de diamètre , peint par-deffus de deux couches de couleur à l’huile, ôt rafraîchi de couleur tous les deux ans.
- Malgré tant de précautions pour faciliter la clarté, malgré le nombre de lanternes porté à plus de fept mille, Paris ne fe trouvoit encore que foibîement éclairé. Les chandelles, ne pouvant être mouchées, entretenoient un jour louche , & les plombs formoient fur le pavé de grandes ombres, d’autant plus multipliées qu’il y avoit plus de lanternes. Loin d’en tirer les avantages qu’on avoit lieu de s’en promettre tant pour la commodité que pour la sûreté publique, elles ne compenfoient pas même les frais qu’occa^onnoit leur entretien. Depuis le premier quartier de la Lune de Mai, jusqu’au lendemain delà pleine Lune d’Août, elles n’étoient point allumées. Il étoit ré-fervé au Magiftrat a£tuel de la Police, dont le défintéreflèment égale la profondeur de fes vues, de remédier efficacement à ces inconvénients. Un prix de deux mille livres , puifé dans fes propres fonds, fut propofé pour quiconque, au jugement de l’Académie des Sciences , décou vriroit la meilleure maniéré d'éclairer pendant la nuit les rues d'une grande Ville , en combinant la plus grande clarté , la facilité du fervice Ôt l’éco-nomie. Après diverfes tentatives , fruits de l’application la plus confiante ôt du zele le plus pur pour le bien public, on trouva ce qu’on cherchoit > dans les lanternes à réverbere , auffi agréables à la vue qu’utiles par la clarté qu’elles produifent ( a).
- (a) Le premier que M. de Sartine crut devoir ré-compenfer , fut le nommé Goujon , lors compagnon, maintenant Maître Vitrier à Paris. Il en reçut une gratification de deux cents livres, pour avoir, au jugement de l’Académie , corrigé plusieurs défauts dans les lanternes lors en ufage, tant en diminuant leurs ombres qu’en gatantiffant mieux les chandelles de l’aétion du vent. De concert avec ce Magiftrat, la même Académie délivra, en trois gratifications, le prix de deux mille livres aux fleurs Bailly , Bourgeois 8c le Roy., pour avoir, par des tentatives variées oc des épreuves alfez long-temps continuées, mis le Public en état de com-
- VITRIER.
- La forme de ces nouvelles lanternes eft r
- , -nn j , Lanterne*
- hexagone. Elles font garnies de carreaux de à réverbere. verre, Ôc ont deux , trois, quatre , cinq becs de lumières, fuivant leur deflination.
- La cage eft en fer brafé fans foudures, ôc montée à vis ôc écrous.
- Celles à cinq becs de lumière ont deux pieds trois pouces de hauteur, vingt pouces de diamètre par le haut, ôc dix par le bas. Celles à trois ôc quatre becs, deux pieds de hauteur, dix-huit pouces de diamètre par le haut, Ôc neuf par le bas.
- Celles a deux becs, vingt-deux pouces de hauteur, feize pouces de diamètre en haut, ôc huit en bas. Leur chapiteau eft compris dans la hauteur.
- Chaque lanterne a trois lampes de différentes grandeurs, félon la durée du temps qu’elles doivent éclairer : & chaque bec de lampes un petit réverbere. Un grand réverbere , placé horizontalement au - deffus des lumières, entreprend toute la grandeur de la lanterne , pour diffiper les ombres. Tous les réverbères font de cuivre argenté mat, de fix feuilles d’argent, ôc ont un tiers de ligne d’épaiffeur.
- Une feule tige avec fes agraffes, fert pour monter les réverbérés néceffaires ôc les lampes de chaque lanterne. Les porte-mèches font en fer, ôc vont dans toutes les lampes.
- Les chapiteaux extérieurs de chaque lanterne , ôc leurs chaperons, font de cuivre.
- Ils ont comme les réverbérés, un tiers de ligne d’épaiffeur. Pour donner plus de foli-dité aux chapiteaux, ainfl qu’aux grands réverbères, ils font réunis avec des plates-bandes de fer par des vis ôc des écrous,
- Le deffous de chaque lanterne s’ouvre ôc ferme avec des crochets Ôc des charnières de fer, montés à vis Ôc écrous. Par-là ni la chaleur de la lampe, ni l’injure du temps ne peuvent rien endommager. Chaque chapiteau a un crochet.
- Enfin il y a par lanterne trois poulies de cuivre, montées de leurs chapes, avec des vis ôc des crochets. Il y a auffi des pommelles pour’ celles qu’il faut fceller dans le mur , lorfque le cas l’exige.
- Le bail de ces nouvelles lanternes a com- Entretien mencé le premier Août 175p. Les Entre- défaites Ian-preneurs , qui ne font plus du corps des ternes* Vitriers, font chargés pour vingt années des fourniture ôc entretien de la quantité néceffaire de lanternes pour éclairer toute la Ville. Elles doivent être allumées l’année entière , depuis la fin du jour jufqu’à trois
- parer divers moyens d’éclairer. Enfin entre les pièces remplies de difcufüons phyfiques 8c mathématiques, qui conduifûienr à différents moyens utifes, dont elles expo-foient les avantages 8c les défavantages, l’Académie ayant distingué celle du fieur lavoifier ; le même Magiftrat lui fit accorder par Je Roi une médaille d’or, que le Préfident de l’Académie lui remit publiquement. Cadette de France, article de Paris f du 14 Avril 1766*
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- Des petites lanternes de verre en
- filomb pour es illuminations aux Fê« tespubliques.
- III. Partie de l’Art
- heures du matin, même les jours de lune, dans l’intervalle qu’elle n’éclaire point {a). Pour que le fervice fe faffe avec grande exa&itude, vingt lanternes au plus font confiées à chaque Allumeur. Tous font fur-veillés par quatre Infpe&eurs & dix ou douze Commis, chargés également de veiller fur l’illumination.
- Les Entrepreneurs font tenus en outre de fournir ôc renouveller tous les ans, fui-vant l’ufage, les poulies, cordages ôc autres chofes néceffaires à la fufpenfion des lanternes ; d’entretenir les boites & potences de fer ; de faire réargenter les réverbères au befoin ; de remplacer les verres caflfés par quelqu’accident que ce foit ; de fournir cinq lanternes par cent avec tous leurs accef-foires pour fuppléer à celles hors d’état de fervir; ôc de payer les Allumeurs.
- Ils doivent encore avoir deux entrepôts généraux de chaque côté de la riviere, & huit ou dix entrepôts particuliers dans le centre de chaque département. Leurs magasins doivent toujours être pourvus, fuffi-famment pour une année entière, d’huile d’olive de bonne qualité , feule dont les lampes doivent être remplies. Tous les uften-ciles néceffaires dans les entrepôts , comme baquets, paniers pour les Allumeurs, linge Ôc bois pour épurer les huiles, font à leur compte, ôc généralement tout ce qui eft relatif à l’illumination (b).
- Les lanternes à réverbères s’introduifent de jour en jour pour éclairer les cours, pacages & efcaliers. On ne fe fert plus guere à cet effet des anciennes lanternes, branche de Vitrerie qui n’a plus lieu que pour les réjouiffances publiques.
- C’eft l’ufage en France , dans fes jours de Fêtes, d’illuminer de petites lanternes de verre en plomb les Palais des Grands, les Hôtels de Ville ôc les Monuments qu’on éleve pour la décoration. Ceux qui ont écrit fur les mœurs des Chinois, nous apprennent qu’ils en font un grand ufage le jour qu’ils appellent finguliérement dans leur premier mois la fête des lanternes ^ trop connue pour la fépéter ici ( c).
- Cet ufage s’accrédita parmi nous, principalement aux Fêtes publiques pour le Mariage de Madame Louife-Elifabeth de France avec l’Infant Don Philippe , Duc de Parme. Plus féconds en verre que les Chinois , qui nous font infiniment fupérieurs dans les
- (a) S’il n’y a pas de lune la nuit de Noël 8c celles du Jeudi, Dimanche , Lundi 8c Mardi gras, elles doivent e'elairer jufqu’au jour.
- (b) Arr. du Confeil du 30 Juin 1769, qui reçoit la Soumiffion des Entrepreneurs de la nouvelle Illumination de la Ville de Paris.
- (c) Voyez la defeription de l’Empire de la Chine, par le Pere du Halde, tom. IL pag. 96 ; ou le Dictionnaire de Tréyoux, au mot Lanternes.
- de Peindre fur Verre, my
- émaux colorants Ôc dans les couleurs végétales , nous nous en fommes tenus à la feule tranfparence du verre blanc, qui n’eft pas fans effet. En défendant la lumière renfermée dans nos petites lanternes contre la violence du vent, elles fe prêtent mutuellement un éclat, qui fans être aufli varié que la foie tranfparente & peinte des Chinois, eft très-radieux ôc très - frappant, par la réfraêtion des lumières d’une lanterne aux autres. Telle eft l’admirable effet de ces luftres de fer , garnis de trente, quarante Ôc plus de ces petites lanternes, qui y font fuf-pendues.
- On fe fouvient encore avec étonnement de l’effet merveilleux que produifit le nombre confidérable de ces petits bateaux, qui garnis de ces lanternes aux mâts , aux cordages , à la pouppe, a la proue, ôc fur leurs bords à fleur d’eau, vinrent avec ordre fe ranger dans le baflîn de la Seine, entre le Jardin de l’Infante ôc le College des quatre Nations, fous les yeux du Roi, dé la Reine, de toute la Famille Royale ôc wd’une multitude de Spe&ateurs. L’éclat furprenant de cette Fête , donnée'par la Ville fous les ordres de M; Turgot, lors Prévôt des Marchands , ôc par les foins de M. Rouffet, Ingénieur célébré , occafionné 'par la pro-digieufe quantité de lumières qui fe répé-toient dans l’eau , fembloit le difputer, pendant la nuit, à la plus brillante clarté du plus beau jour.
- Ces lanternes, toujours prêtes à tout événement joyeux, fe confervent dans les magafins de la Ville, pour fervir dans les Fêtes qui furviennent. Elles font à quatre pans , à cul-de-lampe. Chaque pan eft de dix a onze pouces de haut, compofé de trois pièces , dont une quarrée dans le milieu, d’environ quatre pouces de hauteur fur trois pouces un quart de largeur ; ôc les deux de la cheminée ôc du cul-de-lampe, de trois pouces un quart de haut ou environ fur la même largeur par un bout, & fur deux pouces Ôc demi de large par l’autre. Dans le plomb qui borde le cul-de-lampe , eft encaftré un fond quarré de fer-blanc , fur lequel eft attachée avec clous rivés une bobeche de huit à neuf lignes de hauteur fur fept à huit lignes de diamètre, pour porter la bougie.
- La fermeture eft furmontée par un couvercle quarré de fer-blanc, qui déborde tant foit peu le corps de la lanterne. Il y eft attaché par quatre branches de fil de fer , arrêtées au-deffus de la piece quarrée par quatre crochets retenus par les liens de plomb foudés fur chaque montant. Un de ces quatre pans s’ouvre & fe ferme dans le milieu par une piece entourée de plomb de la mefure des autres du milieu, retenue vers le haut par ces mêmes fils de fer
- Forme de ces petites lanternes.
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- De l’emploi du verre en grands carreaux.
- De l’emploi des grands carreaux de verre en les collant*
- aag L'ART DU
- qui fupportent le couvercle, & s’accrochent avec un brin de fil de fer encaftré dans le plomb & foudé par-deffus. Cette porte s’élève & s’abbat par ce moyen fur le cul-de-lampe, & procure un fervice très-prompt pour l’illumination , en introduifant par cette porte les bougies déjà allumées.
- vitrier.
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- Ces lanternes s’accrochent par des anneaux inhérents au couvercle dans les branches des luftres de fer , que l’on defcend à la commodité des Allumeurs , pour les remonter lorfqu’ils font allumés.
- Les petites lanternes portatives font fur le même modèle.
- CHAPITRE IV.
- De la maniéré de garnir les croifées de chajjis h Verre
- à prêfent la plus ujitée.
- L’art du Vitrier ne s’exerce plus guere que dans l’emploi qui fe fait du verre en grands carreaux , coupés, ou dans des plats qui fortent des Verreries de Normandie en paniers, ou dans des tables de verre qui viennent de l’Alface, de la Franche-Comté , ou d’autres Verreries tant nationales qu’étrangeres. Or des maniérés d’employer le verre en grands carreau^, la première la plus ancienne, à préfent tombée en défué-tude , confiftoit à les entourer de plomb neuf en les contre-collant par derrière avec des bandes de papier étroites. Celles qui font, à préfent les plus ufitées fe} réduifent i°. à coller les carreaux attachés en feuillure avec pointes, ou par dehors feulement, ou par dehors & par dedans , ce qu’on appelle contre-coller , a°. à les recouvrir de bandes de maftic. Ce font les deux maniérés d’employer les grands carreaux de verre qui vont faire le fujet de ce Chapitre, ainfi que les réparations locatives de Vitrerie en carreaux collés, ou maftiqués.
- Comme en coupant les carreaux de verre d’une croifée quelconque fur le carton ou l’on en a tracé la mefure, parce que plus fouple que la table il fe prête plus aifément aux finuofités de la furface du verre , l’inégalité des mefures des carreaux dans une même croifée exige du Vitrier de laiffer à chaque carreau une bonne ligne d’équerre à recouper, en les plaçant en feuillure. G’eft par-là qu’il doit commencer, en difpofant les carreaux avec affez d’attention pour que les plus défectueux foient hors de vue. Il les releve enfuite du chaffis dans lequel ils ont été coupés, dans le même ordre où ils ont été placés , & trace avec la pierre blanche fur le chaffis êt fur le premier ou fur le dernier carreau (ce qui eft arbitraire) le même chiffre qui en défigne la place ; pour après les avoir mouillés à moitié dans le baquet, dans lequel il a foin d’entretenir toujours de l’eau, les porter égoutter dans une auge.de plomb placée près de la table
- au fable. Cette table eft ordinairement de bois de chêne, bordée fur le derrière ôt fur le côté de planches y attachées folidement, pour porter les tas de carreaux, lorfqu’on les nettoie. On fe fert pour cela d’un fable doux que l’on promene légèrement fur le carreau des deux côtés l’un après l’autre, pour en refïuyer l’humidité & la craffe avec un torchon de vieux linge , jufqu’à ce qu’il foit bien net. G’eft affez ordinairement l’occupation des Femmes ou des Apprentifs, quî doivent apporter une attention finguliere à refaire les mêmes marques qui ont été empreintes fur un des carreaux de chaque tas* L’Ouvrier qui a levé les carreaux de rang , les replace, lorfqu’ils font nets, dans le même ordre dans la feuillure ; où il les attache avec quatre pointes de clous de maréchal, ou de clous de fil d’archal, vulgairement dits clous d’épingle fans tête, pour palier enfuite entre les mains de celui qui doit les coller.
- Le papier dont les Vitriers fe fervent le plus ordinairement pour coller les carreaux eft du quarré moyen entier, beau, plus communément dit bon trié, de quinze pouces trois quarts de haut fur vingt pouces de large, ou du papier bulle de Thiers en Auvergne dit à ia main, haut de douze pouces, Ôc large de vingt. Le premier par fa hauteur Ôc fa blancheur, lorfqu’il eft bien collé ôt fans grandes cajfures,eft préférable au fécond ; mais le fécond étant toujours beaucoup plus collé, eft moins fujet à fe détremper fur Fais & à fe caffer, lorfqu’on leve les bandes de deffus ledit ais pour s’en fervir. Celui-ci fert plus ordinairement à contre-co Uer.
- Il eft avantageux aux Vitriers d’avoir toujours plufieurs mains de papier coupées en bandes ; plus le papier eft anciennement coupé, ce que l’on fait dans certains moments où l’on n’eft pas fi preffé , plus il eft foigneufement enveloppé ; plus il fe feche , moins il fe détrempe en le collant fur l’ais.
- On
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- III. Partie de VArt
- Ôn prend à cet effet une demi-main de papier qui, ployé en deux par le milieu , forme l’épaiffeur d’une main, fur laquelle on coupe des levées de bandes, & ainfi fuc-ceffivement fuivant la quantité de mains que l’on veut couper. On fe fert à cet ufage d’un couteau qui coupe bien , dont on pane d’abord le dos en appuyant fur la levée que l’on veut faire. Le pli qu’il y forme fert de guide au tranchant du couteau j que Ton conduit de la main droite, pendant que la gauche appuyée fur la levée, tenant le papier ferme, empêche qu’il ne fe dérange. Ainfî toutes les levées feront coupées nettes fur leurs bords ôc fans dentelure.
- Le papier fe coupe fur deux fens : ou fur fa hauteur, pour former ce que les Vitriers appellent des bandes de hauteur , qu’ils emploient auffi fur la largeur des feuillures, îorfqu’eile excede dix pouces ; ou fur toute fa largeur, pour en faire ce qu’ils appel* lent des bandes d3équerre, c’eft-à dire, qui entourent l’équerre d’un carreau, dans les mefures qui le comportent ; ou pour border deux largeurs, lorfque les carreaux ne paffent pas dix pouces de large.
- Ces bandes font ordinairement de onze à douze lignes de face. Le papier à contre-coller fe coupe aufli par bandes, mais plus étroites ; car elles ne doivent pas porter plus de quatre à cinq lignes de face. On les coupe ordinairement de mefure jufte, pour entourer le carreau à quatre reprifes ; c’eft pourquoi on n’en coupe que pour le befoin.
- Pour coller , il eft bon que la colle foit prête un jour avant que d’être employée. Trop chaude elle formeroit trop d’épaiffeur fur le papier ; outre qu’il feroit plus difficile de l’étendre, elle feroit plus longtemps à fécher.
- Dans les Boutiques où on en emploie le plus, on a une chaudière de fonte de fer qui contienne dix-huit pintes d’eau; on y mefure d’abord quatre litrons Ôc demi de la meilleure farine de froment, qu’on délaye petit-à-petit avec cette eau , en fe fervant d’une cuiller ou fpatule de bois, & la battant , comme on fait pour la bouillie. On y ajoute peu à peu , & en l’agitant toujours, l’eau néceffaire pour remplir la marmite, que l’on pofe enfuite fur le trépied qui doit la recevoir. Ceux qui veulent la colle meilleure, jettent fur le tout deux onces d’alun. Ce fei aftringent, outre qu’il fert à donner à la colle plus d’adhérence du papier collé fur le verre, le tient plus ferme & moins fujet à fe détremper fur l3ais, 6c empêche la colle de tourner 6c de s’aigrir fitôt pendant les grandes chaleurs de l’été. Alors on ne ceffe d’agiter la colle fur le feu, 6c toujours vers le fond de la chaudière, de crainte que la farine ne fe pelote par gru-
- Peint, sur Verre. III. Part.
- de Peindre fur Verrêl 229'
- meleaux, ou ne brûle dans le fond. Dès qu’on s’apperçoit qu’elle s’épaiffit, alors on ceffe de i’agiter, jufqu’à ce qu’elle commence à s’élever par bouillons ; car fi on la laiffoit bouillir, elle s3étoufferoh Ôc tourneroit en eau. On juge que îa colle eft bien cuite, Iorfqu’eile donne à l’odorat cette odeur qui fixe le degré fuffifant de cuiffon pour la bouillie. Enfuite on la verfe toute chaude dans un feau, ou dans une terrine verniffée, dans laquelle on la laiffe refroidir, Ôc non dans la chaudière, où le gratin venant à fe mêler avec la colle la noirciroit, tacheroit le papier , ou au moins en terniroit la blancheur.
- Dans les temps de difette de farine, on ne prend pour femblable quantité d’eau que deux litrons de farine ôc deux livres d’amidon , qu’on prend un grand foin de bien détremper ; mais le papier imbibé de cette colle n’eft pas fi adhérent au bois, ôc fe leve bien plus vite dans les temps de pluie. En revanche cette colle eft inhérente au verre, d’où on a beaucoup de peine à la détacher.
- Lorfque la colle eft un peu trop épaiffe , on peut la détremper avec un peu d’eau froide, ou chaude, en mêlant bien le tout, jufqu’à ce qu’il foit réduit en une confif-tance égale, de façon qu’elle ne perce pas trop à travers du papier.
- Les Vitriers, pour étendre la colle fur le papier , fe fervent d’un ais ou planche de bois de chêne de deux pieds de long au moins, de douze à quinze pouces de large , peinte en huile du côté où ils doivent appliquer les bandes de papier. Ils doivent avoir grand foin de laver cet ais ôc de le frotter avec une broffe, fitôt qu’ils ceffene de s’en fervir, pour en détacher la colle qui autoit pu s’y arrêter. Ces précautions empêchent le papier de tenir à 13ais, lorfque l’on recommence à s’en fervir.
- Ils ont une broffe qu’ils nomment le pinceau à la colle, parce qu’elle en a la forme* Son manche eft ordinairement de neuf à dix pouces de longueur ; le volume par bas d’environ fix pouces de circonférence formé de poils de fanglier de cinq pouces de longueur, bien ficelés ôc arrêtés autour du manche. C’eft'avec le bout de ce pinceau qu’ils prennent de la colle , qu’ils ont à cet effet verfée dans un petit feau, dit feau à la colle, du volume d’un baril à anchois, auquel ils ajuftent une anfe de gros fil de fer, qui leur fert pour le cranfporter d’un lieu à un autre. Us étendent de cette colle fur l3 'aïs, affez pour retenir les bandes de papier, lorfqu’ils les y arrangent l’une contre l’autre. Alors ils prennent de nouveau de la colle au bout du pinceau, ôc en même temps qu’ils l’étendent de la main droite vers l’extrémité des bandes, ils en
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- L’A R T DU VITRIER,
- retiennent l’autre extrémité avec la paume de la main gauche , jufqu’à ce qu'ils y ayefit auffi paffé le pinceau, pour enfuite le ramener vers le milieu, & le promener au long des bandes, jufqu’à ce qu’elles foient fuftifamment 6c également imbibées de colle, obfervant de paffer moins fouvent le pinceau fur le papier, lorfqu’il eft plus tendre.
- Les bandes de papier étant ainfi collées fur fais, le Vitrier les enleve l’une après l’autre, en les prenant par l’extrémité qui eft à fa gauche ; il en laiffe couler la plus grande partie dans le creux de la main gauche, 6c commençant par le bas du chaffis qu’il a difpofé à cet effet fur la table, tenant de la main droite l’autre extrémité de la bande, après l’avoir appliquée fur Fangle de la feuillure, il la conduit en droite ligne au long du carreau avec le bout des doigts, de maniéré que le bord de la bande appliquée ne paroifle pas excéder par dedans le bord de la feuillure ; enfuite rompant la bande vis-à-vis ce qui lui en refte dans la main gauche, il s’en fert pour continuer la largeur du carreau qui eft fur la même ligne, ou pour la première hauteur, fi elle fe trouve affez longue pour en faire l’équerre ; ainfi continue-t-il ae bandes en bandes, de maniéré que le haut recouvre le bas, ce qu’on appelle coller en tuile. Il doit encore obferver de bien appliquer la bande dans les angles des feuillures autour des pointes pour l’empêcher de fe lever, ce qui occafîonneroit des fifflets infupportables à l’oreille, lorfque le vent viendroit s’y loger.
- Comme il refte affez ordinairement quelques bouts de bandes, on les réferve, pour réunir fur la plinthe les quatre extrémités des bandes , en les y appliquant en lofanges. Un des foins particuliers du Vitrier, eft de ne point tacher les carreaux de colle, foit en la faifant haver au long de la bande, ce qui arrive lorfqu’on en met trop fur le papier ; foit en laiffant échapper fur le carreau le bout de cette même bande.
- Enfin , les bandes de papier qui font collées fur les bords du chaflis en dehors , doivent être appliquées fur une même ligne, ôt les quatre coins bien quarrés, fans qu’aucun bout de bande excede l’autre.
- A Lyon , qui, après Paris, eft la Ville où l’ufage de coller les carreaux eft le plus fréquent, quand le papier collé eft bien fec , il eft d’ufage de paffer par-deffus une ou deux couches de blanc à huile.
- Les fournitures de carreaux de verre , en croifées neuves, font ordinairement au compte du Propriétaire. Ces carreaux fe payent félon leur grandeur, ôc fe mefurent au pied de Roi, fuperficiel de 144 pouces.
- Quoiqu’il n’y ait guere de Profeflion plus fufceptible que la Vitrerie , de quelques concédions d’ufage, à caufe des rifques
- occafionnés par la fragilité de la matière fur laquelle elle s’exerce, il n’y en a pas dont le toifé foit plus fcrupuleufement réduit. Ses plus petites fractions y font multipliées l’une par l’autre , auiïi ftriêtement que dans la dorure. C’eft un caffe - tête pour un Architecte que le toifé d’un Mémoire d’ouvrages neufs de Vitrerie au pied ; & je nç crois pas qu’il en foit un qui ne préférât le réglement d’un Mémoire en toifé, foit de maçonnerie, foit de charpente, montant à 10000 liv. 6c plus, à un Mémoire de 500 1. de fournitures neuves de Vitrerie en carreaux de différentes mefures.
- On connoît cependant trois ufages de con-ceflion que la plupart des Archiceàes (a), qui ont écrit fur cette partie de leur Art accordent au Vitrier. Tel eft i°. celui de porter à un plus haut prix , que le prix courant, tout carreau de verre dont la fuperfide excede un pied en quarré. 20. De toifer un carreau circulaire, comme quarré dans fa fuperficie , en multipliant fa plus grande hauteur par fa plus grande largeur. 30. Dans des impolies en éventail, qui dominent fur des croifées neuves, ils prennent le dans - œuvre de tout l’impofte ; c’eft-à-dire, fon diamètre 6c fon demi-diametre, Ôc multiplient l’un par l’autre ; ôc le produit eft le nombre de pouces quarrés que doit être compté l’impofte entier que l’on réduit enfuite en pieds quarrés, fans rien rabattre , ni pour l’étendue du vuide du circulaire, ni pour les petits bois , Ôc à caufe des pertes , déchet, caffe 6c fujétion de la coupe du verre. Autrefois le prix des carreaux fe faifoit à la piece, 6c ils étoient plus ou moins chers , à proportion de leur grandeur plus ou moins étendue, 6c des acceffoires qui les accompagnoient, comme d’être entourés de plomb, ou collés feulement d’un côté, ou contre-collés, ou enfin maftiqués.
- Le nom de mafiic, en fait d’Arts, eft ap- De l’emploi pliqué à différentes fortes de colles ou com- des 8rands pofitions, qui lervent a joindre un corps avec verre, en les un autre. Celui dont nous avons occafîon de nwûiquast, parler ici , qui fert à retenir les carreaux de verre en feuillure, & à défendre les appartements des injures de l’air d’une maniéré plus folide , plus clofe 6c plus fourde que les bandes de papier collé, nous vient des Anglois , dont le pays infulaire eft bien plus fujet à cet inconvénient. Les premières compofitions qu’ils en firent, étoient un mélange afforti de gros blanc écrafé 6c tamifé , de blanc de cérufe, de mine de plomb rouge, 6c de litharge, qu’ils pétriffoient avec de l’huile de noix ou de lin, fur laquelle ils ajoutoientune petite quantité d’huile graffe. On fent aifé-
- (a) Voyez le Cours d’Architecture de Daviler, i^r, édit, in-40. & l’Archite&ure pratique de Bullet, nouvelle édition avec des additions, Paris» 1755 » chez J. T. HérifTant.
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- III. P artie de VArt
- hient combien ce maftic étoit prompt à durcir à l’air; ce qui fans doute avoit rendu l’ufage du maftic problématique, par rapport à l’avantage ou au dommage que fon emploi ouvoit procurer au Propriétaire , dans le ois comme dans le verre.
- Nous avons remédié à cet inconvénient en compofant un maftic moins dur, & par con-féquent moins difficile à lever, lorfqu’il s’agit de fournir des carreaux à la place de ceux qui font caffés, ou de les lever de place, lorfqu’il faut faire réparer le chalfis par le Menuifier.
- Nous préparons ce maftic avec le blanc qui fe fait aux environs de Marly, vulgairement connu par le nom de blanc-d3EJpagne ,
- " écrafé & paffé au tamis de toile de crin ordinaire. On le délaye avec l’huile de lin , après y avoir mêlé un peu de blanc de cérufe, à proportion de la quantité que l’on veut en faire ; c’eft-à-dire , environ deux onces par livre d’huile. On pétrit le tout enfemble, en l’agitant , ôc le battant jufqu’à ce qu’il ait acquis la confiftance de la pâte à faire du pain. Si P on veut le tenir moins ferme , Ôc empêcher qu’il ne durcifle fitôt.on peut y employer par préférence l’huile d’œillet ou femence de pavot, comme plus on&ueufe. L’avantage de l’ufage qui devient plus fréquent parmi nous tous les jours , de maftiquer les croifées au lieu de les coller, confifte en ce que les careaux mieux enfermés ne font pas fi fujets à fe cafter, que ceux qui ne font que collés , que le vent agite bien plus facilement, lorf-que les pluies ont ôté au papier la glutinofité de la colle : s’il s’en fêle, reftant folidement joints, ils ne donnent point au Locataire l’occafion fi fréquente dans le collage de les joindre avec des bandes de plomb en écharpe, jufqu’à ce que , preftfé de rendre les lieux en bon état à la fin de fon bail, il foit obligé d’en faire remettre d’entiers.
- Pour maftiquer les croifées, il faut que les chaffis foient peints jufqu’au fond des feuillures, au moins en première couche , ou encore qu’on lésait frottés avec de l’huile, afin que le maftic y foit plus adhérent ôc qu’il foit moins fujet à s’écaler.
- Alors l’Ouvrier tenant dans fa main gauche une certaine quantité de maftic, qu’il a aflfez manié, afin qu’il s’y amollifle , en prend de la droite, au bout du couteau à raccoutrer , dont nous avons parlé ailleurs, pour former une bande , en commençant par parties, depuis un angle de la feuillure , jufqu’à l’autre, & en ramenant la pointe obtufe de ce couteau à fens ôc à contre - fens , pour la prefier contre la feuillure , ôc ainfi de bandes en bandes, en obfervant de former dans chaque angle une efpece de pan incliné, qui leur donne de la grâce , ôc fur - tout de tenir la bande aftfez étroite pour qu’elle ne patoifîe pas déborder la feuillure par dedans»
- de Peindre Jur Verre• 23 r
- Quand un chaffis eft maftiqué’ eh entier, ce qui ne fe peut faire fans tacher un peu les carreaux, on répand légèrement fur chaque carreau un peu de blanc en poudre, que l’on reflfuie auffi légèrement avec une brofîe , dont les foies ou poils foient longs, ôc plus doux que ceux des brofifes ordinaires, ôc par ce moyen on enleve les taches.
- Il y a des Ouvriers qui maftiquent fi habilement , qu’ils égalent quelquefois en vîtefta ceux qui collent le mieux ; mais ils/ont très-rares.
- Il eft d’ufage, Ôc avantageux même pour le maftic, de ne paffer la fécondé couche en huile fur le chaffis, du côté des feuillures, qu’après que les carreaux en ont été mafti-qués, cette couche formant fur le maftic une croûte qui le conferve.
- Le pied de verre maftiqué fe paie ordinairement 2 f. par pied plus cher que leverre collé, à caufe de l’emploi du temps ôc de la plus forte dépenfe que le maftic emporte; ôc encore parce que le verre , pour être maftiqué , demande plus de choix. Les carreaux de verre , trop gauches ou bombés, tels fur-tout que ceux qui approchent le plus de ce nœud, qui fe trouve au milieu d’un plat de verre, que l’on nomme la boudiné, ôc qui s’élèvent au-deffus de la feuillure , n’étant pas propres à être maftiqués.
- Le lavage des vitres, foit collées, foit maftiquées, eft mis au rang des réparations locatives. Le Propriétaire doit les vitres nettes au Locataire qui entre dans fa maifon, ôc le principal Locataire doit les donner telles au fous - Locataire qui vient y occuper une chambre ou un appartement. 11 eft donc jufte que l’un Ôc l’autre les rendent telles en fortant. Le principal Locataire eft tenu de rendre toutes les vitres faines ôc entières, fans boudinés ni plomb qui joignent celles qui font fêlées , lorfqu’il s’agit de grands carreaux ; à moins qu’on n’eût conftaté, par un état, figné double par les Parties, que les vitres n’ont pas été données nettes par la main du Vitrier, ou qu’il y avoit un tel nombre de carreaux fêlés, joints avec des plombs en écharpe , ou de boudinés ; fans cette précaution, il eft préfumé > que le principal Locataire les a reçus fains ôc entiers, ôc en bon état de toutes réparations ; il eft en tel cas obligé de les rendre telles.
- Il y a ici une obfervation à faire par rapport aux carreaux de verre des croifées dé» efcaliers ( a ). Si c’eft un principal Locataire qui tient la totalité de la maifon à bail, l’entretien de l’efcaiier devient fujet aux réparations locatives, lorfque les vitres en font fales , ou qu’il y en a de caffées ou hors de
- (a) Voyez les Loi* des bâtiments par M. Defgodets, avec les notes de M. Goupy, Architecte expert, Bour-gçpisj fécondé Partie , f>ag, p ôc 11.
- Des repa» rations locatives de Vitrerie, en carreaux coliés ou maftiqués.
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- TA RT B U VI TRIER,
- -places : s’il n y a point de principal Locataire, ou que ce foient différents Locataires qui tiennent les lieux qu’ils occupent, du Propriétaire immédiatement, les réparations des vitres de l’efcalier, font à la charge du Pro-riétaire, à moins qu’il n’ait eu foin dans fes aux particuliers de charger chacun de fes Locataires des vitres de l’étage de l’efcalier qui a rapport à fon appartement ; claufe également réciproque entre le principal Lo-cataire Ôc le fous-Locataire, vis-à-vis de qui il peut prendre de femblables précautions, à moins qu’il ne foit manifefte que les vitres auroient été caffées , par quelque fardeau qu’on auroit laiffé tomber deffus, ôc non par le taffement ôc fléchiffement des murs ; car, dans ce dernier cas, les réparations regardent le Propriétaire feulement quant aux vitres caffées ou fêlées , ôc le ravage refte à la charge du principal Locataire, s’il les a reçues nettes.
- La réparation des vitres , collées en papier, confifte à lever l’ancien papier en les lavant , à les nettoyer au fable , après les avoir levées de rang hors des chaflis, à les replacer, lorfqu’elles font nettes , dans le même ordre, à les attacher en feuillures avec pointes, & à les recoller en papier neuf, comme nous l’avons dit à l’occafion des vitres neuves collées.
- La réparation des carreaux de verre maf-tiqués, confifte à nettoyer les carreaux avec le blanc dit d’Efpagne, détrempé avec l’eau,
- & des morceaux de vieux îîngô, & à en brok fer les chaflis avec des broffes de poil de fanglier, un peu plus fortes , mais de la même forme que celles qui fervent à broffer les habits , pour enlever la poufïiere qui pourroit relier fur les carreaux, ou celle qui îeroit autour des chaflis.
- Enfin cette réparation confifte encore à fournir des carreaux neufs où il y en a de caffés , à les remaftiquer, ôc à fournir du maftic neuf aux endroits où il s’en eft levé ou écaillé , à moins que cet accident ne fût occafionné par le taffement des tableaux des croifées, ce qui regarderoit alors le Propriétaire ; en ce cas, le maftic fe paye féparé-ment à la livre, y compris la peine de l’employer, ^
- On regarde encore comme une fuite deâ réparations de Vitrerie, le foin de calfeutrer avec des bandes de papier gris, plus ou moins larges, le pourtour des ckaffis à coulijje , en une ou deux parties. Ces croifées ne font plus guere en ufage ; on leur a fubftitué les croifées, dites à la Manfarde, ou à deux vantaux à noix , ou à gueule de loup, dont le dormant arrêté dans les tableaux avec pattes, ôc fcellé avec plâtre mêlé de poufïiere , refte toujours en place ; par ce moyen les tableaux des croifées ne font plus fi fujets à être déchirés par la quantité de clous qu’on étoit obligé d’y enfoncer pour tenir les croifées à couliffe en place, d’où le calfeutrage n’eft plus fi ufité que par le paffé.
- CHAPITRE V.
- De VEncadrement des Eflampes fous Verre blanc.
- L’ufage d’en- Jamais l’ufage d’encadrer les Eftampes, ôc tam^es^fous Eir-tout ^es plus grandes, fous le verre blanc, verre devient qui fait partie de l’Art du Vitrier, exclufi-de^our^en vement à tous autres, ne fut tant accrédité, jour. que depuis une vingtaine d’années. Avant ce temps, il eft vrai que l’on faifoit*du verre blanc en plats dans nos groftfes Verreries. Celle de Cherbourg, avant d’être érigée par M. Colbert en Manufacture de glace , fa-briquoit de ce verre, (a) M. de Saint-Vincent, Maître de Verrerie, en fit le dernier dans
- ( a ) François de Ne'hou, en faveur de qui Louis XIV créa la Verrerie de Cherbourg en Normandie, eft l’Inventeur de ce verre, qui prit dans la fuite le nom de verre blanc par excellencê. Les premiers paniers en furent employés à vitrer l’Eglife du Monaftere du Val-de-Grace, qu’Anne d’Autriche, mere de ce Monarque, venoit de faire bâtir. C’eft après la mort deM. deNéhou, que M. Colbert en a fait une Fabrique de glaces, actuellement fous la direction de Mdueurs les Intéreffés dan's les Manufactures des glaces du Rpyaume.
- fa Verrerie des Routieux ; cependant les plug grands plats de verre blanc de France pou-voient à peine fournir des carreaux de 18 à ip pouces d’un fens, fur 14 à 1 $ de l’autre, fans approcher du gauche de la boudiné.
- Si l’on vouloit monter fous verre des inconvé-4 Eftampes d’une plus grande étendue , on nients étoit obligé d’y faire entrer la boudiné. On de France en l’ufoit à cet effet, pour la diminuer d’épaif- platspourles feur, comme on ufe les bifeaux d’une glace, e? eCï ôc du gros verre de Lorraine dont on fer-moit les Voitures publiques. Peu de Vitriers poffédoient ce talent qui étoit particuliérement propre au feu fieur Morillon. Quelquefois on employoit, pour éviter l’inconvénient de la boudiné, la plus grande partie circulaire d’un plat de verre blanc, ôc on fuppléoit aux vuides qu’elle laiffoit dans les angles du cadre par des coins du même verre artiftement rapprochés de la partie circulaire,
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- Le verre de Bohême a auffi fes inconvénients.
- Avantage du verre blanc de la Verrerie de Saint-Quirin en Vofges,àcet effet.
- De l’art de bien monter une eftampe fous verre.
- ÎII. Partie de l’Art de
- cil emportant l’ourlet avec le diamant , ou en le laiffant. Ces maniérés de monter l’Eftampe non-feulement étoient dé-fagréables à la vue , mais encore elles en ôtoient le mérite , malgré les attentions que cet appareil demandoit. Quels foins en effet ne falloit-il pas apporter pour éviter de placer cette boudiné, toute ufée Ôc repolie qu’elle étoit, vis-à-vis de quelque tête, ou de quel-qu’autre partie du corps d’une figure , donc elle auroit dérangé Fenfemble ? Quel rifque 'ne couroit pas de l’autre côté l’Eftampe de fe tacher à l’endroit de la réunion de ces coins rapportés? Pour peu qu’une piece approchât de la boudiné, fon gauche ou fon épaiffeur formoient par rapport au reftant de fa furface plus plane, un vuide qui, empêchant l’Eftampe de fe rapprocher du verre, y laiffoit des ombres qui la défiguroient. Enfin notre Verre blanc en plats, d’ailleurs fi favorable à l’Eftampe par fa couleur bleue, ne produifoit d’effets heureux que fur celles dont le verre ne tenoit rien de la boudiné. Le haut prix de la glace ne permettoit pas à tout le monde de l’y employer pour les grandes Eftampes ; d’ailleurs fon ton de couleur ne favorifoit pas l’Eftampe , à laquelle elle donnoit un œil tirant fur le jau-* ne qui paroiffoit la rouffir.
- Le Verre de Bohême en tables, capables de couvrir des Eftampes de trente-fept fur vingt-fept pouces, de trente-huit fur vingt-fix, de trente-trois fur vingt-neuf pouces, qui étoient les plus grandes mefures , devint connu. Il effaça les difficultés ; mais il en oceafionna d’autres. Ses ondulations défiguroient i’Eftdiupc, u déroboient aux yeux dans certaines pofitions fane pû<-
- l’appercevoir. Placé dans des falles un peu humides, il étoit fujet à pouffer des fels qui en tayant le verre gâtoient auffi l’Eftampe.
- Enfin * M. Drolanveaux obtint du Roi la permiffion d’établir une Verrerie à Saint-Quirin en Vofges, près Sarbourg. Il annonça fon Verre blanc en tables fupérieur à tous égards à celui qui venoit de Bohême, comme étant plus beau, c’eft-à*dire, d’une furface plus unie , moins onduleufe ; plus dur, c’eft-a-dire , (comme il l’explique lui-même dans le Tarif qu’il a rendu public ) nullement fujet à fe tayer ôc à fe calciner à l’humidité Ôc au foleil, ôc du double plus épais. L’effet juftifie fes engagements ; ôc depuis qu’il en fabrique, il eft peu de perfonnes tant foit peu aifées qui ne placent dans leurs appartements ou dans leurs chambres des Eftampes montées fous verre.
- C’eft un talent de favoir bien monter une Eftampe. Cet ouvrage demande de la part du Vitrier qui s’en occupe beaucoup de goût, d’attention, ôc de propreté ; de goût, pour favoir placer à propos ces points, ces petites bulles, ces inégalités caufées par les
- Peint, sur Verre. III. Pari,
- Peindre fur Verre. 333
- ondulations qui fe rencontrent dans toutes fortes de Verre , même de Saint-Quirin , quoiqu’il en foît plus exempt , de façort qu’elles ne marquent pas trop fur les têtes ôc fur les principaux fujets d’une Eftampe ; d’attention, pour effacer les plis d’une Eftampe ployée mal-à-propos par des perfonnes peu intelligentes , pour en coller avec égalité les bords feulement fur le revers du carton , en ne laiffant ni trop ni trop peu de blanc en marge ; en laiffant à l’Eftampe affez de jeu, pour qu’elle ne foit pas trop reffer-rée dans fa feuillure , ce qui y occafionne des plis ôc des rides, qui la défigurent ; de la propreté, afin de ne pas appliquer des doigts fales fur l’Eftampe , ôc de ne pas gâter ou écorcher l’or des cadres dans lefquels il faut la monter. Auffi voyons-nous que ceux d’entre les Vitriers qui font de cet ouvrage leur plus familière occupation, ne cultivent pas beaucoup les autres parties de la Vitrerie , qui ne quadrent pas avec celle-ci. Ils ont foin, fitôt que le verre blanc eft placé en feuillure ôc retenu ayec de petits clous d’épingle qui fe rangent dans fes angles fans la déborder, de le coller très-étroitement dedans, afin d’empêcher la pouffiere Ôc la fu-mée de pénétrer Ôc de s’attacher à l’Eftampei1 On ne l’applique fur le verre avec le carton qu’après que le papier eft bien fec ; on ar-rête le tout en feuillure avec des mêmes clous , ôc on le colle par dehors fur le car-» ton avec des bandes de papier plus larges g après néanmoins qu’on y a cloué fur le ca-i dre les anneaux, ou l’anneau qui doit le te-» nir fufpendu, enobfervant que l’inégalité du poids du verre ne porte le quadre , lorfqu’il
- s’agira de le pofer en place, plus d’un côté que de i'u
- Le Verre blanc de la Verrerie de Saint» Quirin, s’emploie par préférence pour couvrit les paftels. M. de Bernieres , Co’ntrô-? leur des Ponts Ôc Chauffées, dans une lettre à M. de la Tour, Peintre en Paftel le plus célébré, en date du 12 Mai 1764, (a) ne craint point de le préférer pour cet ufage aux glaces , même les plus minces , parce que, malgré les foins ôc les dépenfes que les Chefs delà Manufacture s’empreffent d’apporter pour les rendre parfaites, ayant jou-, jours un peu de couleur , elles peuvent altérer; celles que ce Peintre célébré fait fi bien em•; ployer, Ôc qui, par leur minceur, plus fu-jettes à être fracaffées au moindre choc } pourroient par leurs éclats , détruire en un infiant un chef-d’œuvre , dont la perte eft d’autant plus fenfible quelle efl irréparable ; mais M. de Bernieres voudroit que le verre, pour acquérir une plus grande perfe&ion , paffât
- (a) Voyez cette Lettre inférée dans le Mercure d© Juin de la même année.
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- De l’ufage aéluel de garnir des croi-fées de verre blanc , en très-grand carreaux.
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- dans les fours de fa Manufacture , ou fur un moule convenable. Il affure qu’il lui fait perdre fon gauche Ôc fes ondulations , fans rien perdre de fa tranfparence ôc de fon éclat; comme il entreprend de lui faire prendre régulièrement toutes fortes de coudes, ainfi qu’à la glace. Ces verres courbés, dont M. de Berniere n’eft pas à Paris le feul Entrepreneur , font fort utiles à vitrer des retours de chaffis cintrés de comptoir , de montres de Marchands, de Bibliothèques, ôcc. (*)• Les Vitriers qui s’occupent le plus de ce talent, font aufli en particulier un commerce de Verre blanc de Saint-Quirin , pour en garnir des voitures , ôc fur-tout des croifées, où il s’emploie avec le maftic. L’ufage de garnir les croifées des appartements de grands carreaux de verre blanc eft tellement accrédité dans Paris , depuis i’établiffement de la Verrerie de Saint-Quirin , qu’il eft étonnant que cette Verrerie qui fournit feule de ce verre depuis que les Marchands Forains de cryftaux de Bohême ont ceffé d’en faire venir de ce Royaume, puiffe fuffire à la quantité qui s’en emploie non-feulement dans Paris, mais encore dans les Provinces, où ce verre eft importé.
- (*\Voyez fur cette maniéré de courber le verre, 1 Archite&urepratique de BuIIet, déjà citée, $ag. 373.
- VITRIER,
- Il s’en faut de beaucoup que celui qu’elle nous envoie, ait autant de qualités que fes premières Montres , fur-tout par rapport à fon épaiffeur. Si cette Verrerie en fournit encore d’épais, il en vient à préfent beaucoup plus de mince. S’il y a encore de ces pièces d’une netteté admirable , il en vient auiïi beaucoup de défe&ueufes. Les plus belles font ordinairement dans les plus grandes mefures , foit que les Verriers commencent leurs journées par les plus petites , ôc que la matière plus affinée par la continuité du feu foit employée pour les plus grandes , foit qu’ils débitent en petites pièces ce qu’ils trouvent de trop défedueux dans les grandes.
- Ces tables de verre de différentes mefures fe vendent au paquet. Il y en a depuis une pièce pour deux paquets, une piece pour un paquet ôc demi, ôc ainfi de N°. en N°. jufqu’à y 5 pour un paquet.
- Nous fuivrons ici pour Tarif celui que M; Drolanveaux communiqua au Public au commencement de l’établiffement de fa Verrerie , quoiqu’elle ne s’en tienne pas ftri&e-ment à ces premières mefures. Elle fe réglé à préfent fur les commandes des différentes mefures de carreaux qu’on lui envoie , en les réduifant fuivant leur fuperficie , dans le même ordre de paquets: voici le Tarif,
- Tarif fourni d’abord par M. Drolanveaux, du prix des grands carreaux de verre blanc, de fa Verrerie de SaintQui-xin.
- N°. 1.
- N°. 2.
- N®. 3-
- N°. 4-
- NV 5-
- N°. 6.
- N°. 7-
- N°. 8.
- N®. 10.
- N°. 12.
- N°. 14.
- N°. 16.
- 3 Feuilles de 30 pouces fur 2 y pouces ôc demi, font deux Paquets , 1 Feuille de 36 pouces fur 30 pouces,, fait deux Paquets,
- 1 Feuille de 33 pouces fur 29 pouces ., fait un Paquet & demi,
- 1 Feuille de 32 pouces fur 27 pouces ôc demi fait un Paauet^
- 2 Feuilles de 29 pouces fur 0.9
- 3 Feuille© Jw ^5 pouces fur 21 pouces,
- 4 Feuilles de 26 pouces fur 19 pouces, y Feuilles de 24 pouces fur 18 pouces,
- 6 Feuilles de 23 pouces fur 17 pouces,
- 7 Feuilles de 22 pouces fur 16 pouces,
- 8 Feuilles de 19 pouces fur iy pouces,
- 10 Feuilles de 18 pouces fur 12 pouces,
- 12 Feuilles de 16 pouces fur 12 pouces.,
- 14 Feuilles de 14 pouces fur 11 pouces ôc demi.,
- 16 Feuillesde 14 pouces fur 10 pouces*
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- Nous omettons les autres Numéros inférieurs , attendu qu’on n’en tire point au-deffous des mefures que nous venons de dé-figner, ôc dont le prix étoit fixé par le Tarif .à raifon de dix-huit livres le paquet à prix Marchand.
- Cette Verrerie a toujours eu, avec la per-
- miffion de M. le Lieutenant Général de Police , un magafin établi à Paris, où le Com-millionnaire du Maître de cette Verrerie le vend aux Vitriers par paquets , ôc non en feuilles. Ce débit en feuilles ne fe fait que par les Vitriers qui en font le mieux affor-tis.
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- III. Partie de tArt de Peindre fur Verre.
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- CHAPITRE VI.
- De l’ufage de garnir des ChaJJis en Papier au lieu de Verre.
- N o u s avons dit ailleurs que l’ufage de fermer les fenêtres contre les injures de Pair avec le verre étoit beaucoup poftérieur à celui de le faire avec la corne bouillie , le parchemin huilé, la pierre fpéculaire ou le papier d’Egypte {a). C’eft pourquoi nous ne nous étendrons point dans ce Chapitre fur l’antiquité de cet ufage, mais fur l’Art de le faire tel qu’il eft ufité parmi nous , Ôc ce afin de ne rien laifler à délirer fur ce qui concerne l’Art de la Vitrerie ; ce n’eft pas que nous ignorions que l’ufage de garnir des chaflis de fenêtres de carreaux de papier huilé n’a pas toujours été propre aux Vitriers exclufivement. A Lyon, par exemple , cette occupation fait encore de nos jours une partie du métier des Charpentiers qui façonnent les bois des croifées, ôc les garnirent de papier, concurremment avec les Vitriers. A Paris même, vers la fin du dernier fiecle, ceux qui les garniffoient ainfi , étoient connus fous le nom de Chajfijfiers ; ôc le Vitrier qui réparoit ou nétoyoit les vitres des croifées de dedans des falles du Palais ôc dépendances, laifToit au Chajfiffier le foin de renouveller les doubles croifées en papier.
- Les cliaflis gcu-uio papier étoient autrefois fort en ufage dans Paris, ou n «^g_ rare d’en trouver encore; fi ce n’eft dans les atteliers des Peintres 04 des Graveurs. Ces chaflis tenoient les appartements plus clos Ôc plus fourds contre le bruit du dehors. Le jour qu’ils rendoient, étoit plus uniforme, ôc fatiguoit moins la vue. Le foleil ne pafîant point au travers des pores du papier , comme il perce ceux du verre, ne dardoit pas jfi vivement fes rayons dès le matin, ôc le pur que le papier paroiffoit renfermer dans les appartements fembloit s’y perpétuer le foir avec plus de durée. Il n’y avoit point de lieux d’étude ou de Communauté Reli-gieufe qui n’eût des doubles chaffis garnis de carreaux «de papier. Ces chaflis y tenoient lieu de rideaux contre l’indifcrétion de la curiofité de dehors ou de dedans.
- L’ufage d’y inférer un rang de carreaux de verre parut l’approprier par la fuite à la profeflion de Vitrier ; ils demandoient de la part de ceux qui les garnifîoient beau-coup de foins ôc de précaution. On en
- jugera par leur appareil que nous allons décrire.
- On employoit alors du papier d’Auvergne, bon , c’eft-à-dire, dont les feuilles fuflent entières, fans tache d’eau Ôcfans trous de grattoirs^ Ces défauts qui fe rencontrent dans le papier retrié, le rendent impropre à cet ufage. Le papier d’impreflion eft préférable , comme moins collé : trop de colle empê-cheroit les matières graffes ôc onêtueufes ^ dont nous verrons qu’on fe fert pour donner au papier plus de tranfparence , de le pénétrer également.
- A Lyon, où l’ufage des chaflis à papier s’eft perpétué dans les Fabriques d’Etoffes de Soie, où il fournît aux Ouvriers un jour plus égal que le verre ne peut faire , on n’emploie guere que du papier de Franche-Comté.
- Lorfque l’on veut garnir des doubles chafi fis en papier, avant que de le couper, on y rapporte la mefure des carreaux, en obfer-vant de laifler autour du vuide du carreau environ fept à huit lignes d’excédent, pour ce qui s’en doit appliquer fur le petit bois. Il n’y a guere qu’à Lyon où les carreaux des croifées font aflez petits pour qu’une feule feuille puifle en couvrir quatre à la fois. Les mefures les plus ordinaires à Paris étoieuw a • ^ après avoir èbarbé les
- bords dune feuille de quinze àfeize pouces de haut fur vingt pouces de large., pour l’empêcher de goder (a) , pouvoit couvrir le vuide de deux carreaux de douze à treize pouces de haut fur huit à neuf pouces de large chacun. Quant aux carreaux qui excé-doient cette mefure en largeur, on n’en pre-noit qu’un dans une feuille. Le furplus fe coupoit en bandes qui fervoient pour le col* lage, ce qui ( je crois, plus que toute autre caufe ), a introduit dans Lyon l’ufage de coller les carreaux de verre, comme à Paris , pour appliquer plus utilement l’emploi de ces bandes. L
- Le papier étant coupé , le Chafliflîer étendoit fur la table un morceau de grofle toile d’une grandeur convenable, fur lequel on arrangeoit les carreaux de papier coupé deux à deux, & toujours fur le même fens. A chaque tas de deux en deux carreaux , (en fuppofant le papier de la qualité que
- (a) Terme ufité dans la Papeterie.
- ( a) Voyez le Chapitre ÏII de la troifieme Partie.
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- a3<f L’ART D U
- nous avons prefcrite) on le mouîlloit avec un chiffon bien doux imbibé d’eau claire , que Ton paffoit légèrement defTus, pour ne pas l’écorcher.
- On fuivoit pour cela l’ordre des croifées & des différents chaffis qui étoient à garnir ; on les arrangeoit l’un fur l’autre , de maniéré que quand tout le papier étoit mouillé , en retournant le tas entier fens defTus deffous, les premiers carreaux mouillés fervoient à garnir le premier chafïis de derrière du tas de chafïis qui étoit à recouvrir en papier.
- On mettoit enfuite le papier en preffe, après l’avoir couvert d’un linge , 6c par-deffus le linge d’un ais que l’on chargeoit d’un poids plus ou moins lourd, à proportion que le tas de papier mouillé étoit plus ou moins épais.
- Toute faifon n’eft pas également propre à garnir des chaffis de carreaux de papier. La féchereffe pendant l’été , l’âpreté de l’air pendant l’hiver, refferrant trop vite le milieu du carreau , le fait féparer ôc caffer fur les bords , qui refient plus longtemps humides , 6c alors tout l’Ouvrage eft perdu. La faifon la plus favorable eft l’automne. De même trop d’humidité dans un temps de pluies continuelles empêchant le papier de fe tendre , en fe refferrant, retarde l’opération , qui confifte à le frotter avec les matières graiffeufes , dont nous parlerons bien-tôt.
- Pendant que le Chajfiffier coupe 6c mouille fon papier, un autre a foin d’enlever le vieux papier ; fi ce font d’anciens chafïis à renouveller en papier, en grattant au vif les petits bois, qui en font couverts , afin que l’huile ou la fubflance graiffeufe dont il a ornt, n’empêfîlio pas lu cippnquer.il
- les broffe, pour en enlever la pouffiere, 6c en fait un tas dans le même ordre que le papier a été coupé , afin d’éviter la confufion qui pourroit y être occafionnée par la quantité des mefures différentes.
- La colle qu’on employoit, devoit être préparée pour s’en fervir dans le befoin. C’étoit affez ordinairement le foin de la Ménagère.
- Cette colle fe fait avec la colle de Flandres la plus claire ; on la rompt par petits éclats , que Ton laiffe tremper à l’eau froide. Lorfque l’on s’apperçoit qu’elle s’eft beaucoup renflée Ôc amollie, on la fait fondre fur un feu doux, en la remuant fréquemment, de crainte qu’elle ne s’attache au fond Ôc qu’elle ne s’y brûle. La colle étant bien fondue , de façon qu’on n’y distingue plus aucun corps épais, on lui laiffe prendre un ou deux bouillons, en veillant a ce quelle ne monte pas par-deffus le vafe dans lequel on la fait cuire , jufqu’à ce que l’on reconnoiffe quelle tient au bout du doigt en refroidiffant. On s’en fert alors x
- VITRIER,
- en la tenant toujours chaude fur uil réchaud ; dans lequel on entretient du feu éloigné du chaffis , fur lequel on va l’employer.
- A cet effet un Ouvrier, qui eft affez ordinairement PApprentif, s’il y en a un dans la boutique , trempant un pinceau, ou petite broffe ronde, à long manche, garnie de poils, ôc de groffeur d’un pouce ou environ de diamètre, dans un vaiffeau où il a verfé de cette colle chaude, l’étend également fur toutes les parties du bois que le papier doit couvrir, en commençant par le carreau d’en bas ôc fucceffivement comme nous avons dit par rapport au collage des carreaux de verre. Alors le Chajfiffier , levant avec l’extrémité des doigts de chaque main une feuille ou carreau de papier de deffus le tas mouillé , Ôc la portant au-deffus de fa bouche, en pince légèrement l’autre extrémité entre les le-* vres, où il la retient plus élevée , pendant qu’en s’inclinant vers le chaffis , il l’applique quarrément avec les deux mains fur la furface des petits bois , où il l’étend uniformément, lâchant d’entre fes levres l’autre extrémité qu’ri y tenoit renfermée : enfuite, il paffe légèrement le bout des doigts par-deffus , fur-tout dans les coins , pour mieux l’appliquer, fans la trop gênejc en l’étendant.
- Les chaffis, àmefure qu’ils font garnisJ doivent être mis à l’abri contre la trop grande féchereffe , comme nous avons déjà dit, ou contre une trop grande humidité , de maniéré que la colle Ôc le papier féchent enfemble avec plus de lenteur que de pré-,
- cipitation. " #
- que le Chajfîjjier connoiffoit que fors
- ouvrage étoit bien fec, il prenoit ordinairement de l’huile d’œillet , qu’il préfé-roit comme la plus blanche Ôc de meilleure odeur ; puis la verfant dans un godet, il y trempoit un linge bien doux, qu’il prome-noit légèrement fur toute la furface du carreau , ôc même fur le papier qui recouvre les petits bois. Cette huile donne aux carreaux de papier une tranfparence plus claire que celle qui lui eft propre, en même temps qu’elle lui communique plus de force Ôc de réfiftance contre l’intempérie de l’air.
- On fe fervoit encore à cet effet de fui£ de mouton le plus blanc, que l’on faifoit fondre à un feu modéré dans une terrine ^ dans laquelle on trempoit un linge doux que l’on promenoit de la main droite fur le papier, pendant que la gauche tenoit au-deffous du carreau , à une diftance fuf-fifante pour échauffer le papier , fans le brûler , un réchaud de feu qui fervoit à faire fondre ce fuif ôc à l’étendre également.
- Quelques perfonnes à qui l’odeur de l’huile ou du fuif devenoit incommode, voulaient que leurs chaffis fuffent cirés. Au
- lieu
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- III. Partie de VAn de
- lieu de fuif, le ChaJJijfier fe fervoit de fain-doux fondu avec la cire vierge mêlés par moitié , qu’il étendoit fur le papier de la même maniéré qu’il faifoit pour le fuif de mouton.
- Il eft encore une autre façon de. garnir des chaflis de carreaux de papier huilé, qui, en la pratiquant en faifon convenable , eft beaucoup plus prompte. Ceux qui en avoient Fufage , commençoient par frotter d’huile fur une toile cirée , étendue fur la table, les carreaux de papier, en épargnant les bords, qui dévoient s’appliquer fur le bois : ils les mouilloient enfuite par le côté oppofé à celui qu’ils avoient frotté d’huile ; ils les appiiquoient fur le chaffis, après les avoir laîfles pendant quelques heures en preffe. Sitôt qu’ils étoient fecs, il n’y avoit plus à y retoucher , Ôc on en po« foit les chaffis en place.
- Les perfonnes les plus économes, lorf-que les carreaux de papier de leurs doubles chaffis étoient d’une dimenfion plus étendue que l’ordinaire, faifoient attacher dans les angles des petits bois, avec de petits clous d’épingle à tête, de menues ficelles , fou-vent des cordes a boyau, qui traverfant l’étendue du carreau en fautoir , étoient en outre retenues fur le carreau de papier par des bouts de bandes de papier appliqués en lozange fur le carreau par une légère im-preffion de colle-forte.
- Cette mince garniture de chaffis , qui
- Peindre fur Verre. 237
- expofée à la pluie , au foleil & au vent , ne pouvoit réfifter à leurs attaques plus d’une année , ôc par conféquent devoit être renouvellée tous les ans , occafionnoit plus de dépenfe que lé lavage ordinaire des cai> reaux de verre collés ou maftiqués ; ÔC c’eft, je crois, ce qui n’a pas peu contribué à en proferire l’ufage de la part des plus ménagers. Par rapport à d’autres moins fages , ôc feôfcateurs des modes , le recueillement que l’ufage des carreaux de papier fembloit perpétuer , n’entrant point dans le goût de frivolité, de diffipation , ou de luxe qui les animoit, ils les ont fait difpa-roître , comme ils ont fait à l’égard des vitres peintes, ôc des vitres en plomb, objets principaux de ce Traité hiftoriquè & pratique de la Peinture fur verre ôc de la Vitrerie ( * ).
- ( * ) Extrait du Supplément à la Gazette d'Utrecht du 14 Décembre 1773. De Madrid le 10 Novembre.Ce fiecle offrira à la poftérité plufieurs découvertes utiles à l’humanité 8c aux Beaux-Arts. L’Efpagne 7 brillera ainfi que les autres Contrées de l’Europe. Depuis long-temps on a perdu le fecret de donner aux Peintures fur le Verre ce feu, ce coloris 8c cette durée que l’on admire encore fur les vitres de plufieurs anciens bâtiments. Ce fecret, s’il eft perdu, vient d’être remplacé par un autre non moins admirable; celui de peindre le Verre au feu, avec toutes fortes de couleurs, 8c avec autant , fi cé n’eft pas plus , de perfection qu’anciennement. Un Peintre nommé Don Manuel Moreno Aparicio, des environs de Tolede, a découvert ce fecret ; 8c les expériences que l’on a faites , prouvent que cette Peinture réfiftera également à l’eau 8c aux intempéries de l’air.
- Addition à la Page 2itf.
- Dans la defeription que nous avons donnée des tire-plombs Allemand ôc François , ôc des plombs qui en réfultent, nous n’avons pas fait mention d’un autre tire-plomb ôc des plombs qu’on y tire, qui n’eft pas encore connu en France , Ôc qui eft fort en ufage en Allemagne. Nous n avons décrit jufqu’à préfent, que des plombs de fix lignes de largeur, tout au plus ; mais il s’agit préfentement de faire voir qu’on peut tirer d’autres plombs , qui ont jufqu a dix lignes de largeur , Ôc qui contiennent le long de leur axe un gros fil de fer.
- Le plomb dont il s’agit fe fait en deux pinces femblables ; elles portent une chambrée quarrée d’un côté, ôc une demi-ronde de l’autre. On fent bien que lorfqu’on tire ce plomb , il eft nécefiaire qu’une roue du tire-plomb ait fa circonférence quarrée, Ôc l’autre plus épaifte, ôc demi-ronde ; l’une de ces chambres eft pour recevoir le verre, ôc l’autre le gros fil de fer. Lorfqu’on a ainfi tiré la quantité de verges de plomb dont on peut
- Peint, sur Verre. III. Paru
- avoir befoin, on en affemble deux fur une table , le demi-rond contre l’autre demi-rond , avec le gros fil de fer entre deux, que les deux demi-ronds embraffenc, ôc on foude ces deux pièces enfemble, avec un fer , dont le bout foit plat ôc allez large pour cela, ou bien avec les fers ordinaires. Il faut mettre à cette foudure bien moins de plomb qu’à l’ordinaire , afin que la verge de plomb en foit plus blanche. Quand on a ainfi étamé ôc foudé une face de cette verge, on la retourne, ôc on en fait autant fur l’autre face.
- La verge de plomb en cet état n’a encore rien de gracieux à la vue ; elle n’eft pas même folide, parce que le fil de fer n’eft pas allez ferré ; mais on remédiera à ce double inconvénient, par une autre ôc dernière opération , qui confifte à repalfer cette verge dans le tire-plomb ; mais il faut auparavant en changer les deux roues ôc les deux arbres , ou fimplement les deux roues fi elles font mobiles fur l’arbre. Les deux
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- 23 8 VA RT DU VITRIER.
- roues doivent être plus petites de diamètre de toute la quantité que l’épaiflfeur du gros fil de fer jointe avec les cœurs des deux moitiés de la verge peut exiger. Les coufilnets doivent porter des moulures convenables.
- Lorfqu’on a ainfi repaffé la verge de plomb dans le tire - plomb monté comme nous venons *d’en donner l’idée , elle efi: alors fort belle , bien unie, bien blanche ôc très-folide , attendu que cette derniere opération l’a façonnée Ôc a bien ferré le gros fil de fer. On fuppofe qu’on a bien dreffé auparavant le gros fil de fer, qui doit être tiré exprès pour cela, afin qu’il fe trouve de la groffeur convenable , à la largeur de la verge qu’on fe propofe de faire.
- On doit avoir plufieurs lingotieres pour fondre les verges de plomb de la dimen-fion proportionnée à la force ôc à la largeur des verges que l’on doit paffer dans le tire-plomb ; il faut en dire de même des coufïinets ôc des roues. Il eft nécefîaire d’en avoir de toutes les formes ôc dimen-fions convenables à l’ouvrage qu’on veut faire. On fait de ces verges, depuis fix lignes jufqu’à dix de largeur. Dans celles-ci le fil de fer efi: bien plus gros que dans les premières.
- Lorfqu’on doit affembler de ces verges rde plomb pour monter une vitre, on coupe d’abord, avec le couteau propre à cet ufa-ge, le plomb , ôc on fe fert d’une lime pour couper le fil de fer. On ménage fi bien les chofes qu’on ne coupe le fil de fer que des verges d’en haut ôc d’en bas , qui aboutiffent contre une verge tdie ,
- dont on fe garde bien de couper le fil de fer. Quelquefois la folidité de la vitre demande qu’on coupe la verge horizontale au
- lieu de la verticale : cela dépend de la direction ôc du jugement du Vitrier. Lorfqu’on a ainfi a (Terni) lé les quatre parties 5 ôc qu’on les a foudées, on les recouvre des deux côtés d’une piece de cuivre qu’on a coupée Ôc même cifelée avec un étampe fur une maffe de plomb ; on l’étame fur le deffous _j on la perce par la face étamée fur l’afTemblage7, ôc par la feule application du fer à fouder , fuffifamment chaud , on foude ces deux lames de cuivre minces , qui non-feulement couvrent la difformité de l’afTemblage, mais encore fervent d’ornement.
- Bien fouvent on n’eft obligé de faire aucun affemblage : on met tout en une piece les verges de plomb, lorfque les croi-fées ne font pas bien larges. On voit des vitres ainfi conftruites, qu’on pofe dans une feuillure de la croifée , ôc on recouvre cette feuillure d’un chafiis allez mince, de fer, qu’on fait tenir avec des vis ôc des écrous. Chacun peut fuivre fes idées là-def-fus.
- On ne peut rien voir de plus avantageux , de plus folide ni de plus propre, que des vitres montées avec ces fortes de verges de plomb. Elles donnent plus de jour, ne pour-rififent ni ne fe gâtent jamais. Les croifées coûtent beaucoup moins, attendu que ce qu’on appelle petits bois, efi: bien plus cher ôc ne dure pas long-temps. Comme la mode préfente efi: de faire toutes les vitres à grands carreaux , ces verges de plomb y feront très-propos. LoiAju’on regarda rpo vitres en dehors, la blancheur Ôc la propreté de ces verges font plaifir à voir ; elles décorent beaucoup les fenêtres. Du refte on peut les ajufter dans les croifées foit de bois ou de fer.
- Fin de la troijicme Tarde.
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- *3 P
- 'WJ:.*
- TABLE
- Z>£.î CHAPITRES
- Contenus dans cette Troifîeme PartieJ
- AvANT -propos; Pag. ipp Villes; & des petites Lanternes en ufage
- Chapitre I. Des temps auxquels F ufage dans les réjouijfances publiques. 224
- des Vitres blanches pajfa aux fenêtres 9 foit Chap. IV. De la maniéré de garnir les dans les grjmâs édifices , foit dans les mai- croifées de chajjis à Verre 9 à préfent la plus
- fons particulières de la France9 & y devint ufitée. 228
- plus fréquent. 200 Ch AP. V. £>£ F encadrement des Ejlampes
- Chap. II. Du Méchanifme de la Vitrerie ; fous Verre blanc. 232
- oæ Vitrier, 202 Chap. VI. D* F ufage de garnir des chafi
- Chap. III. Des Lanternes publiques 9 tant fis en papier au lieu de Verre* 23 £
- de verre en plomb qu'à rêvefbere 9 pour
- éclairer pendant la nuit les rues des grandes Addition, 237
- Fin de la Table de la Troifîeme Partie,
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- *ssssss=s=mmmmm , 55555555
- DE ^IMPRIMERIE DE L\ F. DELATQUR 3 1774,
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- EXPLICATION DES PLANCHES.
- PLANCHE PREMIERE.
- Ufienfiles pour le Dejfîn, & la Préparation des Couleurs du Peintre fur Ÿerré*
- i g v r e i. Plaqiie - fein; efpece de petit baflîn de plomb ou de cuivre qui fert pour mettre les Emaux & Métaux broyés;^ eftleplaque-fein; B, le pinceau.
- Figure 2 , Platine de cuivre rouge , qui fert à broyer les métaux , comme l’or, l’argent, & le fer ; A eft la platine, B eft la molette d’acier.
- Figure 3 , Autre pierre à broyer ; A eft une glace, enchâiïee dans un cadre de bois B ; la molette £ eft toute de cryftal.
- Figure 4, eft une plume , qui fert à éclairer là première teinte de couleur noire, appliquée fur le verre.
- Figure y , Brofle dure , formée en A par plu-fieurs poils de fanglier qui font liés 6c ferrés autour d’une hampe de bois B, terminée en pointe obtufe G.
- Figure 6 , Pinceau formé en A , de poils de petit gris , 6c ajufté dans un tuyau de plume B , lequel s’emmanche dans une hampe de bois C.
- Figure 7 , Balai, efpece de pinceau très-gros, en forme de brofle, compofé de poil de gris A $ affujetti à des tuyaux de plume B, lefquels font eux-mêmes afîujettis à un manche de boic r
- Figure 8 , Pot de fayence A , avec fon anfe B ; il eft plus haut que large 5 fon ufage eft pour contenir l’argent broyé avec l’ochre , qui fert de véhicule à l’argent, qu’il faut mouvoir continuellement avec une fpatuîe de bois C, lorfqu’on l’emploie.
- Figure 9 , Brofle , qu’on appelle BroJJe à découcher l’ochre, compofée de poils de fanglier, pour enlever de deflus le verre l’ochre après la jrecuiflfon du verre peint. La figure 10 repréfente
- un petit tamis , dont ïa toile eft de foie * pour paflèr les émaux pilés dafts le mortier de cuivré A , avec le pilon de même métal B , de la figure
- 11.
- Figure 12, Fourneau pour la vitrification des émaux , tel qu’il eft employé par la famille le Vieil : A , Adéfigné les murs de ce fourneau i B , eft la porte du cendrier ; elle eft de niveau avec fon fol: C, voûte inférieure|quiménage la maffe du fourneau, 6c fért en même-temps à ferrer les gros uftenfiles. D, chapiteau, ou dôme portatif, donc l’ouverture fe bouche avec la porte de terre E.
- Figure 13 , Plan du fourneau : on y voit en A , A, l’épaiflfeur de fes murs. Sa grille B eft remarquable , en ce qu’elle eft faite en treillage, 6c qu’elle a dans fon centre un trou rond C, dans lequel doit entrer jufqu’à moitié le creufet D, ou celui E , qui eft foutenu par le bas fur un culot de terre F;
- Figure 14, coupe du fourneau précédent, garni de fon creufet. A, A , A , A , font les murs ; B , la voûte inférieure.; C, la porte du cendrier ; D, la grille de la figure 13 , pofée de maniéré à féparei en deux parties le vnide intérieur du fourneau : on voit en £, le creufet , pofé tel qu’il doit être pendant l’opération ; 6c en F, l’orifice fupérieur du fourneau, qui doit être d’un diamètre moindre que fa capacité : G , eft le dôme de terre , dont H défigne l’ouverture; F, I, la cheminée. On néglige d’indiquer, par des lettres* des bandes de fer qui entourent extérieurement cef fourneau pour lui donner plus de folidité*
- , PLANCHE IL
- Fourneau à cuire le verre peint, de la Famille le Vieil.
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- Figure i , Vue de face du fourneau à cuire. A ,A ,A , A, murs du fourneau ; B , voûte inférieure; C, première porte de tôle, qui eft de niveau avec le fol du cendrier ; D, fécondé porte de tôle, qui eft de niveau avec la grille inférieure ; E , autre porte de tôle', qui d’un côté tient par des couplets à une fécondé G, & de l’autre côté par des loquets , à une troifieme porte F; en forte que l’Artifte puiflfe à volonté n’ouvrir la porte du milieu , ou n’ouvrir les trois portes que quand il s’agit d’enfourner fa poêle , 6c de la retirer quand le temps qu’il faut la laiflfer eft
- Feint, sur Ferre. III. Pan,
- expiré f cette porte E a dans fon centre una petite ouverture H, qu’on appelle la Porte aux EJfais. L eft une derniere porte fupérieure , don£ la bafe eft de niveau avec la grille ; car ce fourneau a trois grilles ; une entre D ScC; une entre' F 6c D , 6c une troifieme I, E. K eft le manteau de la cheminée, où eft établi lé fourneau : L, eft une efpece de foupape , qui fert à voir la hauteur de la flamme , 6c fa couleur: M, eft le tuyau de la cheminée ; N, eft une plaque de tôle * aflez grande 6c large pour recouvrir les portes CtD, F, H, I. On a marqué danscecee figure
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- Explication des Planches.
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- q>ar a & b, les bandes de fer qui foutiennent la maçonnerie.
- Figure 2 , Coupe du fourneau ‘,A,A, A,At fous les murs. B , la voûte inférieure ; C, ce que nous avons appellé la première chambre ; elle a pour plancher fupérieur une grille en treillage D : vojt\ fïg. 3, où elle eft repréfentée fcellée en B» B, ayant la face A , du côté de la porte : E, eft la fécondé chambre ; elle a pour plancher fupérieur une grille F, compoféefeulement de trois barreaux ; voye\ figure 4, où A, A, montrel’épaiffeur des murs : b, h, bs les trois barreaux en queftion ; C, la place des portes, Sc d, une bande de fer. H, repréfente la troifieme chambre , dans laquelle eft pofée la poêle G, fur la grille F. I, eft une grille femblable à celle de la figure 3 , qui fert de plancher à la quatrième chambre K, formée en voûte, dont le milieu eft percé par le trou L qui fe perd dans la cheminée , fous la-
- quelle eft établi le fourneau : M ,défîgne cette cheminée ; N, la foupape ; O, le tuyau.
- Figure 5 , expofe le chafiîs de fer fur lequel doivent être montées toutes les portes de la figure 1 ; il eft divifé en quatre parties. A, B, C, D ; atc font les mentonnières de ces portes ; b b, d d, e e, g g % font les gonds. On a défigné dans la partie C, par des chiffres r , 2,3 , les trois portes qui doivent être dans cette partie du chafîis.
- Figure 6, Poêle de tôle battue , dans laquelle font placées les pièces de verre peint pour recuire. A, eft cette poêle : on y diftingue les bandes de fer qui en foutiennent l’affemblage a , a, a; Sc b , b, b , font les ouvertures des effais ; C, elt le couvercle de la poêle, & l’on voit en d, d, d, d, à fes quatre coins, cette efpece de talon qui emboîte le couvercle avec la poêle.
- PLANCHE III.
- Verre au trait , & peint.
- Figure ï. Verre au trait, A, A , A, A, exécuté de maniéré à donner l’idée, fuivant les eft le fond du verre ; B, eft le trait de l’écu de principes du Blafon, dont il doit être peint Sc France , que l’on retrouve dans la figure 2 , coloré.
- P L A N C H E IV.
- Grande forme de Peinture fur verre, qui repréfente tEternel dans fa gloire.
- Figure 1. On a marqué par a, b , Z, m, les montants ; Sc par c, à , e ,/, g , h , i, k, les traverfes du chaflis de fer deftinées à recevoir lq uinze panneaux numérotés depuis 1 jufqu’à 13 , dont l’enfemble doit former le tableau ; on y diftingue dans le panneau i » les traits
- qui entourant la tête du Chérubin & le nuage , défignent les plombs par lefquels font réunies les pièces de verre peint. Dans le troifieme panneau
- on a marqué les cinq tringles de fer afîujetties à leur extrémité par des crochets , Sc de l’autre fcellées dans l’épaiffeur de la pierre de cecte forme; ce qui ferr pour Inexécution de
- cp virraaw , projecté par la Fabrique de Saint Germain-l’Auxerrois à Paris, pour être placé dans l’Eglife, derrière le maître - Autel, qui n’eft pas encore exécuté.
- PLANCHE V.
- Figure i , Vitreau des Travées de la Cha- M. de Fontenay, Peintre du Roi , exécutée au
- pelle du Roi à Verfailles , pour donner l’idée pourtour d’une grande glace , peinte Sc colorée
- d’une frife moderne, peinte d’après les deflins de fuivant les principesùlu Blafon.
- PLANCHE V I. •
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- Figure i , Vitreau de la Cathédrale de On y diftingue d’abord les couleurs du Blafon, Paris, pour donner l’idée d’une frife antique , les pièces du chaffis de fer , puis les tringles, Sc
- fervant de cadre à des panneaux ; elle a été jufqu’aux clavettes de fer, qui fervent à retenir
- exécutée par l’Auteur. les panneaux fur les chaflis.
- PLANCHE VIL
- Vignette. Atellier du Peintre fur verre & du Vitrier,
- A , Fourneau de recuiflon d’Haudiquer de Blancour; B , marmite de fer pour la fonte du plomb : C1 , Porte-vitre moderne ; les Ouvriers le portent fur l’épaule : C 2, ancien porte-vitre ;
- il fe porte fur le dos comme des crochets: D ; pot à colle ; E, caifle de verre en table ; F, plat de verre ; G, établi du Vitrier.
- 1, Vitrier occupé à peindre fur verre; 2, Ouvrier
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- faifant mouvoir le tire-plomb ; 3 , autre qui reçoit le plomb fortant du tire-plomb ; 4 , Ouvrier fai-fant des lingots de plomb ; y , autre qui redreiïe une verge de plomb pour Te difpofer à commencer un panneau ; 6, Vitrier coupant du verre.
- Figure 1 , Fourneau d’Haudiquer de Blan-cour , fait en terre à Potier , pour la recuiffon des émaux. A , eft le cendrier , B, le foyer , dont C eft la porte de tôle ; D , dôme du fourneau ; E, cheminée ; F , tuyau pour allonger cette cheminée. Celui marqué G, qui eft en entonnoir , eft deftiné pour être placé à la porte du cendrier A : on voit en H le creufet qui doit être dans le foyer B.
- Figure 2 , Diamant pour couper le verre. A, eft la pointe de ce diamant ; B , eft fon rabot, efpece de châfte légèrement arrondie pour donner plus de faillie à la pointe ; C, petit manche très-court, fur lequel eft monté le rabot.
- Figure 3 , Grefoir. A, eft une tige de fer plate équarrie ôc arrondie par fes deux extrémités , échancrée, comme l'on voit en B ôc C»
- Figure 4, Drague , efpece de pinceau qui fert à tracer fur le verre les contours que le diamant doit parcourir: il eft compofé de petits poils légers  , rafiemblés dans un petit manche de bois B. La figure 5 défigne le plaque-fein dans lequel eft le blanc délayé qui fert à draguer.
- Figure 6, fer à fouder. A, eft l’extrémité que l’on tient chaude; elle eft pour les Vitriers de forme ôc grofteur d’un œuf de poule d’inde * en pointe ; dans le bout B , eft la tige qui fe termine en C j par un crochet ou anneau, pour le fufpen-dre quand on ne s’en fert point. D, mouflette ou morceau de bois demi-cylindrique ôc creux, qui fert pour empoigner la tige du fer à fouder , lorfqu’il eft chaud.
- Figure 7, Boîte à réfine de fer-blanc;.^, eft fon corps ; B , eft fon bec dentelé ; C, eft fon couvercle.
- Figure 8, Etamoir. C’eft un petii aie de bois, ayant un manche B , pareillement de bois , garni d’une feuille de fer-blanc A.
- Figure 9 , Lingotiere. A , eft une des tiges de la lingotiere; B , autre tige; elles font réunies en charnière par leur extrémité G ; l’extrémité C, de la tige A, eft arrondie, de maniéré à fail-
- Explication des Planches. 243
- lir au dehors. La tige B eft au contraire terminée
- par une efpece d’anneau quarré D, emmanché en E & en F, de maniéré à être renverié fur la faillie C, d’où il réfui te que l’Ouvrier appuyant fur fon manche F, réunit exadement les deux tiges de la lingotiere.
- Figure 10, Ais. C’eft une planche de bois de chêne épaifle A, dans lequel font huit cannelures creufes B, B, B, B , pour couler Pétain.
- Figure 11 ; grande Equerre de fer, compofée de deux pièces féparées ; elle fert à dreffer les plombs pour les panneaux , en l’aflujettiflant fur la table par les trous 1 , 2,3. A , eft la branche courte ; B, la branche longue , brifée en C pour former l’équerre.
- Figure 12 , autre Equerre de bois , dont les deux ailes en A Ôc B font aftemblées en C.
- Figure i 3 , Tenaille de fer, A , A, font les pinces ; B, font les branches, ôc C, le tranchant.
- Figure 14, Hachette à peu près fembîable à celle des Maçons ; A, en eft la tête ; B , la pointe ; C, l’œil ; D, la tige, emmanchée dans le manche de bois E,
- .Figure 1$ , Marteau de fer. A, la panne; B , la tête ; C, l’oeil ; D, le manche, dont l’extrémité E forme le cifeau. *
- Figure 16, Poufle-fiche. Cet outil eft compofé d’une tige ronde B , ôc d’une autre tige , dont l’extrémité A forme le cifeau ; elles forment en-fembîe un angle droit.
- Figure tj , Brofle de poil de fanglier, pour nettoyer les panneaux de verre en plomb dans le fable.
- Figure 18 , Une pointe d’acier le plus dur ; pour percer des pièces de verre d’un feul morceau , terminée en pointe aiguë par les deux extrémités A, B ; échancrée vers le milieu du manche en demi-cercle C. Cet outil fe monte fut un archet lorfqu’on veut s’en fervir.
- Figure 19 , deux Couteaux ; A , eft la lame étroite, ôc l’autre lame B a la figure d’une feuille de rnyric , l’une tabar les ailes du plomb a ÔC l’autre fert à le couper.
- Figure 20 , Tringlette. C’eft un morceau d’ivoire rond, ôc aminci par les deux extrémités. Il fertpour ouvrir la chambre des verges de plomb pour y loger le verre.
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- PLANCHE VIII.
- T ire-plomb François.
- Figure 1. Tire-plomb françois tout monté. A , A, les deux jumelles ; B , B , les deux entre-toifes, dont on voit les vis en C, C , avec leurs écrous ; D , D , couflinets ; E, arbre fu-périeur ; F, F, roue ou bague ; G , arbre inférieur; H, tige quarrée de cet arbre; F, K, les deux extrémités des arbres, fur lefquelles s’amftent Jes deux pigpons, retenus comme l’on voit par deux écrous ; L a bout arrondi de l’arbre fu-périeur.
- Figure 2, Jumelle de derrière, A , eft cette jumelle ; B , C, font les deux entre - toifes qui tiennent à ladite jumelle ;E,E, vis, ou l’extré-' mité de c es deux entre - toifes , dont la partie quarrée doit entrer dans la jumelle de devant ; D , D , trous ronds, dans lefquels doivent rouler les arbres ; E, £ les deux petits trous, deftine's à
- recevoir les deux chevilles dü couiïinet.
- Figure 3 , Jumelle de devant. A, eft cette jumelle ; B , B , font les trous quarrés qui doivent recevoir la partie quarrée des deux entre - toifes de la première jumelle: C, C , font les trous ronds , dans lefquels doivent rouler les arbres ; D, les deux petits trous, deftinésà recevoir deux chevilles du couffinet.
- Figure 4, Monture, piece de fer fur laquelle s’arrête le tire-plomb. Elle eft compofée d’une tige A , équarrie vers la partie b , & formée en vis vers le bout B; C, eft la femelle quarrée ,.entrant dans la tige, qu’on ferre fur le trou quarré D ; elle eft maintenue par l’écrou E ; cette femelle fe pofe en traverfant les empâtements des jumelles du tire-plomb , Ôc le maintient dans l’endroit où l’on veut l’aflujettir.
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- Explication des Planches.
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- Figure y , eft f écrou des vis des entre - toifes du tire-plomb. A, eft la vis intérieure; B, la partie quarrée de l’écrou, & C, fa partie ronde.
- Figure 6 , Arbre fupérieur ; A, eft la tige ; B , la roue ou bague ; C, eft la partie quarrée de la tige , deftinée à recevoir un pignon;D, eft la vis ; E, eft l’écrou.
- Figure 7, Arbre inférieur. A, eft la tige ronde ; B , la roue ; C, la partie quarrée qui reçoit le pignon F par fon trou quarré G ; D , eft la vis ; £ , eft l’extrémité plus longue & équarrie , qui fert à recevoir la manivelle.
- Figure 8 , Coufîinet, vu par derrière. A, couf-fînet ; B , l’échancrure fupérieure 6c inférieure pour le jeu des arbres ; b, b, cheville qui af-fujettit les côuflïnets dans les jumelles.
- Figure $, le même, vu de face. A , eft le couf-finet; C, C, les deux échancrures; B, engor-geure , par laquelle pafle le plomb, dont on voit l’efquifle en D, 6c une coupe en £,
- Figure io , autre couftïnet à grain d’orge, pour former des attaches de plomb en petites lames minces.^, eft le couftïnet ; JD, D, les deux échancrures ; B , engorgeure ; C, grain d’orge, qui coupe le plomb , comme l’on voit en £.
- Figure ii , .Couftïnet Allemand. A, corps du couftïnet ; B , B> échancrure du couftïnet ; C , engorgeure ; D , D , vue des roues ou bagues , dans la même fituation qu’elles doivent être montées fur le tire-plomb ; E , cheville quarrée, par laquelle les couflinets s’aflujettiftent dans la ju-
- melle. Ce couftïnet ne* fait que la moitié de cè qui doit former un plomb ; d’un côté'il forme une chambre quarrée , & de l’autre un demi-cer cle ; la première pour recevoir le verre , & l’autre la tige de fer.
- Figure n bis. Couftïnet dans lequel paffent les deux verges de plomb affemblées fur une tige de fer , comme on voit en E 6c F: A, eft le corps du couftïnet; B , C, les deux échancrures ; D , D , engorgeure , dont fort le plomb E, montée fur la tige de fer F.
- Figure 12, donne l’idée de ce plomb plus ec grand. A, eft la chambre fupérieure qui reçoit le verre ; B, la chambre inférieure ; C3 tige de 1er, fur laquelle fe réunifient les deux verges en paf-fant par le grand couftinet ; on voit leur coupe D.
- On a repréfenté dans la figure 13 , ces deux plombs prêts à être réunis fur la tige de fer; A, F, eft la chambre qui doit recevoir le verre ; JB, F, font les demi-cylindres creux qui doivent emboîter la tige D ; on voit une de leurs coupes en C.
- Figure 14, Eflais de réunion de ces plombs,' qui forment la croix , difpofés à être dans un chaftis. A 6c B , font deux pièces coupées , deftinées à rentrer dans les échancrures de la piece C, D , ainfi que l’on voit dans la figure 1 y, où cette réunion eft cachée par la piece quarrée E , qui peut avoir la figure d’une rofette, comme l’on voit figure 16.
- PLANCHE IX.
- Tire-plomb d!Allemagne.
- Figure i. , eft le tire-plomb ; JB , B , le bout de bois épais , fur lequel il eft aflujetti ; C C, montant ou pied de ce bout ; D , D. bande de fer qui le rend pins foiiHc , E , manivelle du tire-plomb.
- Figure 2 , tire-plomb entier. A, A , jumelles; B, JB , entre - toifes ; C, C , vis 6c écrous def-dites entre - toifes ; D, D , arbres qui ne font arrondis que dans la partie qui pafle dans les trous des jumelles ; E , roue ou bague ; b, couflinet ; F, porte couflinet ; G , G ; pignon; H, H , vis & écrous des arbres ; I, partie faillante de l’arbre inférieur, pour recevoir la manivelle ; K , patte inférieure d’une des jumelles , percée de trois trous 1,2 6c 3 , pour recevoir chacun une vis M, 6c l’écrou N ; O , P, défigne leporte-couflïnet, dont O eft le talon, P Q , la mentoniere , dont l’efpace reçoit le couftïnet.
- Figure 3, première jumelle de devant, à patte. A} eft la jumelle ; B , la patte , avec fes trous ’i , 2 , 3 ; C , C, font les deux entre-toifes , avec leurs vis D, D, qui tiennent à ladite jumelle, 6c leur écrou L ; E , E , font les deux trous ronds, deftinés à recevoir la partie ronde des arbres, qui doivent y rouler ; F, trou quarré, dans lequel entre le talon du porte-couflïnet.
- Figure 4 , fécondé jumelle A ; JB, porte-couft finet ; C3 C , trous quarrés, qui doivent recevoir la partît quarrée des entre-toifes de la première jumelle ; 1,2 , trous ronds par où pafle la portion arrondie des arbres qui doivent y rouler.
- Figure y , Couflinet vu de deux faces. A , derrière du couftïnet ; jB , B, échancrures pour le jeu des arbres ; C, C , échancrures par lesquelles le couftïnet entre dans les porte - couffin ets ; D, engorgeure du couftïnet, par lequel pafle le plomb.
- Figure 6, Arbre fupérieur. A, B, partie arrondie de l’arbre ; C, partie quarrée , 6c vis deftinée à recevoir le pignon G, par fon trou quarré H ; D , centre de l’arbre ; il eft quarré, 6c a un talon faillant qui reçoit la roue ou bague E, par fon trou quarré F.
- Figure 7, Arbre inférieur. Il ne différé du précédent , qu’en ce que fa partie quarrée A eft plus longue devant recevoir, outre un pignon fem-blable , l’œil de la manivelle toute aflujettie par un écrou G.
- Figure 8, roue ou bague , vue de face ; A, eft le corps de la bague ; B , fon trou quarré.
- Figure 9 , clef de fer pour monter 6c démonter le tire-plomb ; A, eft fon œil ; B, fa tige de fer ; C, fon manche de bois.
- PLANCHE
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- Explication des Planches, £4S
- PLANCHE X.
- Panneaux de differentes façons de vitres , dont les traits marquent les plombs•
- Figure i , N°. 1, fe nomme pièce quarrée : N°. 2, lozange : N°. 3 , borne fimple en pièces quarrées : N°. 4, doubles bornes en pièces quar-rées : N°. 5 , fimple borne couchée : N°. 6, double borne couchée : N°. 7 , dez à la table d’attente : N°. 8 , doubles bornes, longue au
- tranchoir pointu: N°. 9 , dez fimple : N°. 10, guillotin : N°. 11 , façon de la Reine : N 0 12 5 rofede Lyon : N°. 13 , borne couchée au tranchoir pointu, & table d’attente : N°. 14 , moulinet au tranchoir pointu : N°. iy , bâton rompu au tranchoir à huit pans.
- planche xi.
- N°. 16 , Chenon debout : N°. 17; chenon ïenverfé : N°. 18 , tranchoir à la table d’attente : N°. 19 , bâton rompu : N°. 20, tranchoir pointu à la double tringlette : N°. 21, mollete d’éperon :
- N°, 22 , moulinet au tranchoir évuidé :N°. 23 * moulinet au tranchoir pointu : N°. 24, mouline t au tranchoir fimple : les Nos. 25* (& 26, expériences pour la réception d’un Maître,
- PLANCHE X IL
- Panneaux en œuvres.
- Fi g u r æ 1® On trouve dans un chaffis de fer ; que dans les figures 2 8c 3 , fous les mêmes nu-marqué A, B, B, B 3B 9C 3 C 9C ,C, tous les méros, nommés dans les Planches ioⅈ D 9 mêmes panneaux de vitres en diminution, ainfî écufîbn de France.
- P L A N C H E XIII.
- Rofette en panneau.
- A, Af A , À , grand diamètre de cette forme de vitre, dite borne couchée , pofée dans des meneaux de pierre ; le premier rang B y B, B, B t efl divifé en vingt-quatre panneaux 5 le fécond } C, C, C9 C, en meme nom-
- bre ; le troifieme D , D, D, D, en douze panneaux , & le rond-point milieu E, E, E , en fix demi-cercles, pour placer un écuflbn , ainfî qu’on le voit dans la figure première de la douzième Planche.
- Fin de tExplication des Planches.
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- Teint, sur Ferre. III. Paru
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- Art dit Peintre sur Ferre; Usteticiles pour le Dessein et la Freparahort des Couleurs. FL.I.
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