Descriptions des arts et métiers
-
-
- p.n.n. - vue 1/46
-
-
-
- y
- . >.
- I
- ;!
- \
- ;
- ’f
- >
- f
- t 1 '
- ( . ••• •
- k
- I
- v
- k .
- •/ ^ .• " /
- ' -r
- !
- L
- I
- /
- I
- u;
- É V
- ?V
- (
- \
- t
- /
- i'
- 4
- /
- f
- S
- (
- \
- «*.
- -ÿf
- y' i.r
- V
- y
- \
- p.n.n. - vue 2/46
-
-
-
- p.n.n. - vue 3/46
-
-
-
- CONNU SOUS LE NOM
- ¥
- X
- DE FIL' D’ARCHAL.
- Par M. Duhamel du Monceau.
- M. D G C. LXVIII.
- Il
- ** -
- Page de titre n.n. - vue 4/46
-
-
-
- I
- O
- $+ ^ -V -, 1
- * ' - ' " ; ' . - ' : ... V
- J
- i
- T
- r
- s
- v
- \ - «
- (
- *
- t
- yî
- t
- «*
- r
- y,.'
- A
- 0
- ; '1
- /-.r
- s
- ,r
- «
- /
- U* .
- *
- #
- V.
- #T*
- *
- .• -* .
- p.n.n. - vue 5/46
-
-
-
- ART
- DE RÉDUIRE
- LE FER EN FIL
- CONNU SOUS LE NOM DE FIL D’ARCHAL.
- Par M. D ühamEt du Monceau.
- Le fer eft un métal fort ductile ; quoiqu’il ne le foie pas autant que For 9 Fargent, le cuivre , &c , il a la propriété dé s’amollir dans le feu , & alors on l’étend aifément fous le marteau. On peut même le contraindre à entret dans le creux d’un moule. îi eft bien moins duéiile lorfqu’il eft froid ; cependant il ne laide pas d’être fufceptible de prendre une extenfion afifez confidé-râble : à mefure que Ton comprime fes parties, il fe durcit & s’aigrit, ou, en termes d’Art, il s'écrouit ; mais on lui rend fa foupleffe, en lui faifànt éprouver un certain degré de chaleur, ce quôn appelle recuire. Toutes ces cho-fes fe remarquent dans beaucoup d’Arts, mais particuliérement dans celui du Serrurier : il s’agit dans celui que nous nous propofons de décrire , de profiter de la duélilité du fer à froid, pour qu’en le Contraignant de paffer par des trous de différents diamètres, il devienne un fil plus ou moins fin. On trouve à Paris, chez les Marchands de fer, du fil de fer de toutes grofteurs en augmentant depuis le plus petit échantillon qu’on appelle Manicordion, avec lequel on fait une partie des cordes de Claveflins, Plàltérions, St autres inf-truments de mufique, jufqu’à celui d’environ 6 lignes de circonférence qui eft employé par les Chauderonniers pour border leurs Ouvrages (excepté cependant ceux de Paris, auxquels il eft défendu de border fur du fer ). On en fait pour les Serruriers de 4 à y lignes de diametré ; mais pour parvenir à réduire ainfi le fer en fil, il faut lui faire fubir différentes opérations qué nôus allons expliquer *.
- * Je n’ai trouvé dans le Dépôt cie l’Âcadémîe que deux Planches gravées & quelques Deifeins. Hcureufement ayant autrefois examiné des Tréri-leries auprès de la Trappe , j’avois confervé des Mémoires qui m’ont été utiles :8c après avoir fait l’Art, je l’ai fait paifer fous les yeux de M. Magné
- Fil d’Archal.
- de ta Londe, Receveur des bois de la Maîtrife dé Belefme, qui fait convertir beaucoup de fer en fild’archal dans les Tréfileries du Perche, ce qui m’a mis en état de joindre à mon Mémoire plu* fieurs Articles intéreflants.
- A
- p.1 - vue 6/46
-
-
-
- a ART DE REDUIRE
- Il faut que le fer palTe par quatre différents atteliers , quand on veut le -réduire en fil très-fin.
- -i° , Gn commence par choifir un fer qui {oit affez duétile pour s’étendre ' - en fil fans fie rompre. 20, On refend ou bien on forge le fer pour le réduire à une groffeur qui permette de le paffer par les plus grands trous des filières. L’Attelier où le fer reçoit cette préparation , fe nomme !Âlleman» derie.. ,3°, On le palTe à la filiere jufqu’à ce qu’il foit réduit à une certaine groffeur. Cette opération appartient à la Tréfilerie, &c’eft l’eau qui la fait agir. 40, Quand on veut que le fil foit très-fin, on le paffe , à force de bras , par des filières plus déliées ; c’eft le travail des Agreyeurs> ou même des Tireurs à la bobine, quand le fil doit être très-fin.
- ARTICLE f REMIE R.
- Du choix du Fer.
- Le choix du fer eft un article très-important. Il paroîtroit d’abord qu’on devroit donner la préférence au plus doux , parce que ce fer devant s’étendre beaucoup à froid, il eft nécefïàire qu’il foit très-duétile : cependant il y a des fers doux qui font pailleux, qui ont des grains , Sc dont les parties ne font pas bien liées les unes aux autres ; ceux-là font fujets à fe rompre. Ainfi la douceur du fer n’eft pas toujours d’accord avec fa ductilité. D’un autre côté, il y a des fers durs Sc de bonne qualité qui étant chauffés à propos , beaucoup maniés, & étirés fous le marteau, prennent du nerf, Sc deviennent capables d’une grande extenfion. Au refie, l’adreffe du Tréfileur peut le mettre en état de tirer un bon parti des fers qu’il doit employer; cette adreffe confifte, fi ce font des fers mous , à arranger la tenaille de façon qu’elle ne tire qu’une petite longueur de fil à la fois; en répétant ainfi les tirées, le fil en fouffre moins. Lorfque le fer eft très-doux Sc mou, la feule tenfion peut l’alonger avant que de paffer dans la filiere, Sc l’affoiblir au point de le faire rompre ; mais le Tréfileur intelligent fait ménager cette matière fort tendre en la faifant paffer par un plus grand nombre de trous, afin qu’elle n’éprouve à chaque fois que peu de réfiftance. Si le fer eft dur & caffant, on lui donne du nerf en le forgeant dans l’Allemanderie ; Sc s’il eft effentiellement de bonne qualité, il devient de plus en plus duéïi-le en paffant dans les trous de la filiere.
- Au refte il me paroît que, fuivant l’ufàge qu’on veut faire du fil qu’on tire , il convient de choifir du fer dur, ou du fer mou. Si l’on deftine le fil de fer à faire des conduites de fonnettes, ou des treillages, ou certaines chaînes, comme nous l’avons expliqué dans l’Art de l’Epinglier, ce fil ne peut pas être trop mou ; mais fi l’on veut en faire du clou d’épingle, ou des épingles, ou des broches pour tricoter, ou des hameçons, ou des cardes,
- p.2 - vue 7/46
-
-
-
- L E F E R È N F I L 3
- 11 efl bon qu’il foie dur Sc élaftique. On prétend de plus que de fer prend mieux le blanchiment d’étain, Sc qu’il le conferve mieux, C’efi pourquoi on dit qu’à l’Aigle on donne la préférence au fil de Normandie > pendant que pour d’autres Ouvrages, &,particuliérement pour les treillages 3 on préféré celui d’Allemagne Sc d’Alfàce : bien entendu qu’il faut que les différentes efpeces de fer qu’on emploie ayent été bien chauffées > forgées„ & étirées dans rAllemanderie, pour qu’il n’ait ni pailles , ni enflures, ni grains; Sc c’efi: à ce point que fe réduit communément Tattention des Tré fi leurs qui fe contentent de choifir le meilleur fer des forges qui font dans leur voi-ilnage : par exemple , les Tréfileurs de Normandie emploient le fer qu’on fait aux environs de Conches, Sc de même des autres.
- Quand on tire du fil d’acier, c’efi: ordinairement celui de Hongrie qu’on acheté en barres, Sc qu’on forge, comme nous l’expliquerons dans la fuite,
- ARTICLE I L
- De rAllemanderie,
- J’aî vü auprès de la Trappe trois Tréfileries, où l’on fe fer voit de fer plat de 2i à 22 lignes de largeur, Sc de 6 à 7 lignes d’épaiffeur, qu’on fendoit en trois avec des cifeaux ou tranches; ces tringles qui avoient environ 3 pieds de longueur , fe nommoient Catons : enfuite on les forgeoit à bras fur une enclume pour les réduire à 3 ou 4 lignes de groffeur, Sc les mettre de calibre à paffer par les filières ; par cette manœuvre, les catons acquièrent 12 pieds de long. Cette pratique efl: fans contredit la meilleure de toutes ; le fer étiré à petits coups de marteau prend du nerf, Sc acquiert de la qualité : mais elle occafionne beaucoup de main-d’œuvre, Sc une grande confommation de charbon. C’efi: pour ces raifons qu’elle n’ett gueres en ufage dans les Tréfileries.
- Affez fôuvent on tire des fenderies le fer en verge, Sc on fe contente dé l’arrondir un peu fous le petit marteau des Allemanderies ; mais il efl: beaucoup mieux de faire venir des greffes forges , où l’on fait que le fer efl de bonne qualité, du fer quarré en barres de la groffeur du carrilldn de 10 à
- 12 lignes quarrées. On le forge dans les Allemanderies, comme je l’explique^ rai, pour le réduire à la groffeur du doigt, afin qu’il puifïe paffer dans les filières.
- Ceux qui prennent des verges refendues ont l’avantage que ces verges approchent beaucoup de la groffeur du fer qu’on doit travailler dans les Tréfileries ; mais il n’efl: propre qu’à faire du gros fil de fer pour les Serruriers Sc les Chauderonniers, Sc il efi: beaucoup mieux d’employer du fer en barres ; fur-tout quand on fe propofe de faire du fil fin. En voici la raifon : pour faire du fil fin,il faut du fer très-duélile>& qui ait de longues fibres ; or en étirant le
- p.3 - vue 8/46
-
-
-
- 4 ART DE RÉDUIRE
- fer en barres fous les gros marteaux des Allemanderies , on lui donne cette qualité ; le fer prend du nerf par les coups de marteau qu’on lui donne pour changer les barres en ce qu’on appelle des forgis, qui font des verges longues 8c menues, au lieu que les fibres font raccourcies par les couteaux de la fenderie qui ne fuivent pas régulièrement les inflexions que les fibres ont prifes, lorfqu’on a étiré le fer fous le gros marteau > c’eft pour cette raifon qu’on réduit en forgis , ou qu’on travaille encore dans les Allemanderies le fer qu’on deftine à être tiré en fil fin.
- Je ne dis pas que dans quelques Fabriques on ne tire des grofles forges les forgis tout prêts à être travaillés dans les Tréfileries ; mais le fer étiré comme nous le difons, eft meilleur, & dans les Allemanderies on apporte plus d’attention à fouder les endroits où il y a des pailles.
- Les Allemanderies font aflez femblables aux petites forges où l’on fait le carriilon. Une roue à aube A, ( PLI. Fig. i & 2 ) mtie par l’eau, fait tourner un gros arbre B, qui fait feize tours par minute ; il eft renflé en deux endroits de fa longueur en forme de tambour C 8c D : ces tambours portent les cames Q, qui font lever le gros & le petit marteau E 8c F, ( Fig. T. 2 , & 4 ). Celles du petit marteau font de fer acéré ; celles qui font agir le gros font fouvent de bois dur ( a). Mais ces marteaux frappent avec des vîtefles très-différentes ; car le petit eft relevé à chaque tour de l’arbre par 16,cames; ainfl à chaque tour de la roue il frappe 16 coups' 8c 25 6 coups par minute (b), au lieu que le gros marteau n’étant relevé que par 8 cames n’en donne que huit à chaque, & 128 par minute.
- Le gros marteau qui eft de fer fondu pefe 100 liv. Il ne fert qu’à relfou-der les barres qui fe rompent, 8c à rétablir les Outils. Il n’y a que le petit qui travaille pour faire les forgis ; il eft de fer acéré, & pefe qy liv.
- On conçoit, fans qu’il foit befoin de le dire, que ces barres fe forgent à chaud ; c’eft pourquoi, il y a auprès des martinets une Forge G „ ( Fig. 2 ) qui fuffit avec un Forgeron pour faire les chaudes, 8c fournir le fer en état d’être forgé au Forgeron qui fait les forgis.
- Le Chauffeur doit être habile & attentif à bien conduire fon feu, pour que la chaleur pénétré jufqu’au centre du fer qui a 12 à 14 lignes de gros, 8c faire en forte que la fuperficie ne foie point brûlée ; les mauvais Chauffeurs occafionnent des déchets confidérables.
- On prend des bouts de fer de carriilon, tel qu’il vient des forges ; le Chauffeur en fait rougir à la forge 6 à 8 pouces de longueur , & il donne cette barre au Forgeron, qui la fait paffer fur l’enclume E , 8c fous le mar-
- (a ) M. de la Londe a fait faire les cames du gros marteau d’acier, & s’il y a 16 cames au petit, il en a mis 8 au gros marteau ; s’il y en a 20 au petit, il en a mis 10 au gros.
- ( b ) M. de la Londe dit que fon gros marteau frappe 3^0 coups par minute , & qu’il pefe 150 Jiv.
- tinet
- p.4 - vue 9/46
-
-
-
- I È F Ê A È N F I L: $.
- tînet E, en lë tournant d’un mouvement égal & très-prompt ; en mêrne-tëmps il l’avance, 8c le recule> pour que le fer fôit étiré & alongé danè toute la partie qui a été fuffifàmment chauffée, évitant de laiffer frapper deux coups de marteau de fuite fur le même endroit, qui ferbit immanquablement coupé. Un bout dé barre d’un pied de longueur acquiert 6 ou 8 pieds fuivant la groffeur du carrillôn *, 8c en cet état ôn le nommé du Ferfor gis, L ( PL //, Fig. 14 ). Un bon Ouvrier peut forger 200 lm de fer par jour ; mais on compte ordinairement fur 15b lm
- Ce travail exige unè adrêffe qu’on ne peut acquérir que pâr un IbAg exercice; le marteau E frappant avec beaucoup de vîteffe, l’Ouvrier doit être continuellement occupé à retourner fa barre, 8c à l’avancer à mefurè quelle s’alonge.
- Il eft aftis far une planche M ( Planches I 8c //, Fig. 2 8c r J ) qui lui fournit un fiege mobile qu’il peut approcher ou éloigner .de l’enclume avec fes pieds, 8c fins le fecours de fes mains, qui font occupées à tenir la barre.
- Ce fiege eft une planche Àf, dont un bout N eft retenu par un crochet 8c un anneau qui permettent à la planche dé décrire horizontalement un mouvement circulaire : la même planche eft de plus foutenue vers les deux tiers de là longueur, par une chaîne de fer O ( Fig. ij ) attachée au plancher, ou à quelque traverfo de la charpente.
- Au moyen de ce fiege mobile, le Forgeur fe place à la hauteur qui lui Convient relativement à celle de l’enclume, 8c il peut s’en approcher, 8c s’en éloigner fuivant que les circonftances l’exigent.
- Il y a dans les Allemanderies une gouttière de fer P ( Fig. 2 8c 1 y ) qu’ôn ne voit point dans les Forges ordinaires ; on la nomme Dalle. Un de fes bouts eft à la hauteur de la table de l’enclume ; elle fert à recevoir la partie de la barre qui a été réduite en fbrgis pour la maintenir droite, ou l’empêcher au moins dè devenir très-courbe.
- Fendant que l’Ouvrier qui travaille au martinet fait un fbrgis} le Chauffeur conduit le feu de la forge, afin qu’auffi-tôt que la partie de la barre fera étirée , le Forgeron en reçoive uneautre du Chauffeur à qui il remet celle qu’il vient de travailler, pour que le Chauffeur la redreffeavec un marteau à main fur l’enclume R ( PL /, Fig. 2 ). Car les barres qui fortent de deffous le martinet ne font jamais bien droites. Il mouille la partie qui a été travaillée > pour qu’elle chauffe moins que le refte.
- Si le Chauffeur apperçôit quelques pailles bu quelques caffures dans lë fer forgis, il fait chauffer cet endroit prefque fondant, 8c il le forge fous le gros marteau F ( Fig. 2 8c iy ) pour fouder cette partie ; c’eft prefque la feule occafion où l’on fe ferve de ce gros marteau.
- * On voit dans les Figures un échantillon du carrillôn , Figure 4,
- Fil d Arc h al.
- B
- p.5 - vue 10/46
-
-
-
- 6
- ART DE RÉDUIRE Suivant le rapport des Ouvriers, on perd 32 ou 33 liv. pour cent en réduilànt les barres en fer forgis, ce qui fait près d’un tiers ; mais on m’a ^ffuré que le déchet, pour réduire les barres enfer forgis, n’eft que de 26 pour cent, Sc que 108 liv. de fer produifent 75 liv. de fil de fer ébroudi. On m’a affure auffi que dans une Allemanderie où l’eau ne manque pas , deux Ouvriers font 80 douzaines de fer forgis par femaine : la douzaine de forgis pefe 12 livres , d’où il fuit que deux hommes travailleroient par femaine 960 liv. de fer ; mais àcaufè des Fêtes Sc des autres chommages, le travail ne fournit, du fort au foible par femaine dans une année, que 50 douzaines qui pefent 62y liv. (a)
- Les cames (9 ( PL I, Fig. 1 & 2 ) du petit marteau font de fer acéré , & aflujetties par des coins de bois. Celles du gros marteau font de bois dur , ou , comme nous l’avons dit, d acier.
- Les marteaux font retenus dans leur manche par des liens de fer , Sc des coins de bois S ( Fig. 10 Sc 13 ) ; ils frappent de leur largeur fur une plaque de fer.
- Chaque came fait baiifer la queue du marteau , dont le poids la fait relever ; ainfi c’efl le poids du marteau qui détermine la force du coup* Les manches des marteaux paffent entre les pieds-droits T ( Fig. iy ) ; ils font fufpendus fur deux pivots d’acier V ( Fig. 10 & 13 ) qui fervent d’aiflieu à une hcufc de fer de loupe, fortifiée par un fort lien qu’on ferre avec des coins de bois frappés tout autour du manche. Les tourillons repofènt fur des coufîînets de fer fondu, ou encore mieux de fonte ; Sc pour arrêter les martinets , on met defîbus leur manche un morceau de bois X ( PL /, Fig. 4 ) pofé verticalement, qu’on ôte par un coup de maillet, quand on veut que les marteaux recommencent à travailler.
- L’Enclume R ( PL /, Fig. 2 ) qui efl: auprès de la forge , fert à raccommoder les marteaux , & les enclumes des martinets, ou à redreffer les forgis. Et ce travail fe fait ordinairement avec un marteau à main.
- Il y a au bout de l’arbre une manivelle Y ( PL I Sc //, Fig. 2 Sc 1 y ) qui fert à faire agir les foufflets (b).
- On fait encore dans les Aliemanderies des forgis avec du fer fendu par les couteaux. Ces forgis qui coûtent moins que ceux pris dans des barres, fervent à faire de gros fil de fer ; mais pour le fin, il efl: bon que le fer ait été étiré , comme nous l’avons expliqué.
- On m’a affûté que dans quelques fenderies on faifoit du fil de fer gros comme le bout du doigt fans le paffer par la filiere ; je n’ai point
- (a) Suivant M. de laLonde, la douzaine de
- forgis doit être de 13 livres 8c demie qui rendent en ébroudi 12 livres 8c demie, 8c en en-greflés 12.
- (b) M. de la Londe fait mouvoir fon foufflet par une efpece de marche femblable à celles des tifferands , qu’une came attachée à l’arbre fait mouvoir en appuyant deflus.
- p.6 - vue 11/46
-
-
-
- LE FEREN FIL; 7
- vu de cts établiffements ; je fais qu’on en fait de cette groiTeur à la filiere : mais voici l’idée qu’on m’en a donné.
- Quand on a fendu le fer en verges plus ôu moins épaiffes fuivant la groffeur du fil qu’on fe propofe de faire, pour arrondir 8c aîonger ces verges, on fe fert de deux rouleaux de fer placés l’un fur l’autre, comme ceux des applatifferies ; mais fur la circonférence de chacun de ces rouleaux, il y a une ou plufieurs cannelures creufées dans leur épaif feur ; elles forment une gouttière qui enveloppe chacun des rouleaux ; ces cannelures font d’une largeur & d’une profondeur égale , & elles font pofées bien exaéiement l’une fur l’autre, de telle forte que ces deux cannelures forment enfernble le moule dans lequel la verge doit s’arrondir ; fi en paflant dans .ces cannelures , elles ne font pas bien arrondies , comme cela arrive ordinairement, on les fait paffer par une troi-fieme ; mais comme il refte néceffairement un petit intervalle entre ces deux rouleaux, il y a toujours des bavures à ce gros fil ; & fi l’on vouloir l’avoir bien rond , il faudroit le faire paffer par deux ou trois trous de filiere.
- J’ai déjà averti que je n’avois point vu faire du gras fil darchal de cette façon, & que je ne parlois que fur le rapport qu’on m’en a fait*
- J’ai feulement vu à Effonne près Corbeil une Machine à peu près femblable, .très-bien exécutée par un Maître Serrurier de Paris , nommé Chopitel ; il s’en fervoit pour calibrer des tringles rondes de différeptes groffeurs, ainfi que des plates bandes chargées de moulures très-exa-élément travaillées.
- On fait rougir dans des fours les verges qu’on veut paffer entre les cylindres.
- Pour difppfer les forgis à paffer par la filiere, on les recuit couleur de cerife fur un feu de braife ou de charbon qui a 12 pieds 8c plus de longueur; puis on le donne à l’Ecoteur, qui le graiffe avec du lard, du beurre, du fuif, ou de l’huile; & en le paflant 3 ou 4 fois par les trous de la filiere qui diminuent toujours un peu de diamètre , il en fait ce qu’on nomme du Roulage. Comme il s’eft écroui & durci dans cette opération , on le recuit, 8c l’Ecoteur le paffe dans trois trous de filiere. On recuit encore l’écotage , puis le Tréfileur le pafle dans trois trous de filiere , 8c alors on le nomme Ebroudage ; quand on l’a recuit & palîe par trois autres trous, on l’appelle Ebroudi. Voilà une idée générale de tout le travail ; mais il faut entrer dans les détails.
- p.7 - vue 12/46
-
-
-
- $ A RT DE RÉDUIRE
- ARTICLE III.
- Defcription des Tréfileries ou Von tire le Fer for gis.
- JMous avons expliqué ce que c’eft que le fer forgis ; ainfi Ton fait <que ce font des verges de fer rondes grolfes comme le petit doigt qu’on a étirées Sc forgées fous les gros marteaux pour les difpofer à être étendues; Sc arrondies, en paffant par les filières; c’eft ce dernier travail * qu’on fait dans les Atteliers nommés Tréfileries , peut-être parce qu’on a coutume d’y tirer à la fois trois fils. J’ignore pourquoi on s’eft fixé au nombre de trois.
- Peut-être auffi le terme de Tréfilerie vient-il de traire. Car on dit du fil trait, ou bien le terme de trait vient-il de ce que le fil a été ti- j ré dans les Tréfileries.
- Dans ces Atteliers, le fil engagé dans la filiere, eft faifi par une pince qui en s’éloignant de la filiere, force une certaine longueur de fil à paffer par le trou de la filiere ; la pince auffi-tôt fe rapproche de la filière , elle faille de nouveau le fil, elle s’éloigne ; & continuant ces mêmes mouvements , elle fait paffer toute la longueur du fil par la filiere ,
- Sc fuccefiivement, par des trous de plus en plus petits, ce qui alonge, arrondit Sc polit le fil : tout cela s’exécute par une Machine affez fim-ple A mais très-ingénieufèment imaginée, qui reçoit fes mouvements d’un courant d’eau , & «d’une roue à aube A Sc a dans la Vignette , PL III > pareille à celle des Moulins à moudre les Grains. Il eft fenfible que la grandeur de cette roue varie fuivant la chûte de l’eau& la quantité d’eau dont on peut difpofer.
- Cette roue a pour axe un gros arbre horizontal qui porte des cames B C y à peu près femblables à celles qui font agir les gros marteaux dans les Forges, ou dans l’Attelier où l’on fait les forgis. Comme ordinairement il y a trois tenailles dans les Tréfileries , il y a fur l’arbre trois rangs de cames b, c, d y ( Vignette y ) éloignées les unes des autres de plufieurs pieds , & ces cames font pofées fur un même cercle qui entoure l’ar-% bre ; la première tenaille devant faire paffer les forgis par la filiere , elle a befoin d’être plus forte que la fécondé, & celle-ci eft plus forte que • la troifieme.
- Pour faire agir la première tenaille Figure 2 , il n’y a fur la circom férence de l’arbre que trois cames qui font à des diftances égales l’une de l’autre; il y a de même trois cames c, c, c( Vignette} y pour faire agir la fécondé tenaille, & il y en a quatre dy d 9 d, d y pour la troifieme; mais pour que l’effort de la Machine foit toujours à peu près le même , on place les cames de la fécondé tenaille dans le milieu de l’efpace qui eft
- entre
- /
- p.8 - vue 13/46
-
-
-
- LE FER EN FIL 9
- entre les cames de la première tenaille. Enfin il y a quatre cames ’pout mener la troifieme tenaille , & on les place de façon qu’elles n’agiffent point quand les autres travaillent.
- Tous les uftenfiles qui dépendent de chaque Tréfilerie font placés fur un gros & fort madrier qu’on nomme Bûche PL III, h i k( Vignette ) & K, ( Fig. 7 & 8 ). C’eft à ce madrier que la filiere eft folidement affu-jettie, & c’eft fur ces madriers que repofent les tenailles. Tout cela s’éclaircira par la fuite.
- Les trois bûches font dans une même pofition : celui de leurs bouts qui eft tout auprès de l’arbre, eft plus élevé que l’autre, & cette pente eft néceflaire pour que les tenailles gliffent deffus, & qu’elles fe rendent d’elles-mêmes, & par l’effet de leur poids auprès de la filiere , comme nous l’expliquerons plus amplement. Le bout des bûches le plus éloigné de l’arbre, s’appuie contre une forte piece de bois parallèle à l’arbre, & fur laquelle les trois bûches tombent perpendiculairement // ( Vignette ) 8c M ( Fig. 7 & 8 ).
- Chaque bûche eft vis-à-vis un des rangs de cames, 8c il refte entre elles une efpece de fentier, ou un elpace affez large pour qu’un homme puiffe y paffer.
- Comme ces trois bûches fe reffemblent, à la force près, il nous fof fira d’en examiner une ; ce que nous en dirons conviendra aux autres. La filiere P P ( Fig. 8 ) eft attachée fur la bûche K , de forte que fa longueur traverfe la largeur de la bûche ;• pour la retenir bien ferme, il y a-for la bûche quatre forts barreaux montants, ou jumelles de fer N, N> ( Fig. 7 & 8 ) placées deux à deux vis-à-vis l’une de l’autre; on met la filiere de champ entre ces montants, on la ferre en cette fituation avec des coins de bois; 8c afin qu’elle ne puiffe point s’élever, 8c pour rendre les montants plus inébranlables, les deux montants qui font vis-à-vis l’un de l’autre font liés au bout d’en haut par une cheville à clavette O ( Fig. 7 ) qui les traverfe.
- Le fil qui eft engagé dans la filiere eft fàifi entre la filiere 8c l’arbre par de fortes tenailles H ( Fig. 7 & 8) qui le ferrent ; & en s’éloignant enfuite de la filiere, elles contraignent une certaine longueur, de ce fil à paffer par le trou de la filiere , où on l’a engagé. Ces tenailles étant arrivées au bout de leur courfe, reviennent, par leur propre poids, auprès de la filiere pour commencer une autre tirée. Cette courfo n’eft pas longue ; car la tenaille de la première bûche ne tire à chaque coup que 2 pouces de longueur de fil ; la tenaille de la fécondé bûche 4 pouces'; celle de la troifieme bûche y pouces. Et comme l’arbre fait à peu près 16 tours par minute, la petite tenaille tire environ 80 pouces de fil par minute, & les autres à proportion ; les tenailles, les Fil lïArchal. Ç
- p.9 - vue 14/46
-
-
-
- ART DE RÉDUIRE
- filières, & tout ce qui dépend de la première bûche eft plus gros 8c plus maffif que tout ce qui appartient aux autres. Cet ajuftage pour la première bûche pefe environ 200 liv. pour la fécondé iyo , pour la troifieme 100. Quand les tenailles ont reculé d’une quantité convenable, elles s’ouvrent, elles abandonnent le fil qu’elles tenoient ; & en gliffant à caufe de la pente de la bûche, elles reviennent le prendre de nouveau tout auprès de la filiere pour en tirer une fécondé longueur, lorfqu’elles retourneront en arriéré ; I il faut expliquer comment s’opère ce jeu alternatif des tenailles qui produit j tout l’effet de la machine.
- Après ce que nous venons de dire, on conçoit que c’eft toujours tout près de la filiere que la tenaille doit laifir le fil pour en tirer une certaine longueur, quand une force obligera la tenaille de s’éloigner de la filiere, & de fe rapprocher de l’arbre ; puis cette force ceflànt d’agir, la tenaille , par fon propre poids , fe rapprochera de la filiere : & afin de faciliter 1 ce mouvement, on met fur la bûche & fous la tenaille une planche fort unie // ( Fig. 7 & 8 ) qu’on nomme la Tuile, qui eft encore plus inclinée que la bûche ; elle eft arrêtée par un bout tout auprès de la filiere , & fon autre bout repofe fur un taffeau qui l’éleve ; on le voit ( Fig. 7). Cette tuile J recevant les frottements de la tenaille, elle préferve la bûche d’en être endommagée, & il eft facile de changer cette petice planche quand elle eft ufée;
- Parce que nous venons de dire, on apperçoit qu’il faut que la tenaille s’ouvre en defcendant fur la planchette ou la tuile, pour s’approcher de la * filiere, & qu’elle doit fe refermer pour làifir le fil de fer, quand la force agit pour l’éloigner de la filiere : voici comment cela s’exécute. Les deux branches de la tenaille paffent dans un anneau ovale G, & un peu applati qui porte une queue c ( Fig. 7, 8 & 9 ) ; cet anneau & fa queue fe nomment un Chaînon ; comme les deux branches de la tenaille fe renverfent en dehors, on voit que quand le chaînon eft tiré en arriéré, il fait force pour rapprocher les branches de la tenaille, & par conféquent pour ferrer les mâchoires a> a ( Fig. 8 & 9) qui faififfent le fil de fer, & elles le ferrent d’autant plus qu’il faut plus de force pour faire paffer le fil par le trou de la filiere ; mais quand l’anneau ou le chaînon eft pouffé en avant, les branches & les mâchoires s’ouvrent, & la tenaille n’étant plus retenue par le chaînon, coule fur la tuile; elle fe raproche ainfi de la filiere, & elle mord le fil de nouveau quand on tire le chaînon en arriéré.
- Pour comprendre comment le chaînon eft retiré en arriéré, il faut lavoir que fa queue c ( Fig. 7,8 & 9 ) eft repliée en crochet ; que le crochet paffe dans l’anneau d’un piton qui tient à la branche verticale F d’un le-1 vier de bois D F (Fig.7), recourbé en équerre , qui fait avancer & reculer le chaînon, comme nous allons l’expliquer.
- Cette équerre a donc deux branches, une verticale F à laquelle eft at-
- p.10 - vue 15/46
-
-
-
- LE FER EN FIL. ir
- taché le chaînon , l’autre horizontale D qui eft abaiflee par la came C ( Fig* 7 & 8 ) de l’arbre. Une cheville de fer V( Fig. 7 & 8 ) traverfe cette équerre affez proche de l’angle où fe réunifient fes branches , & cette cheville ou boulon forme un aifiîeu dont les extrémités traverfent la bûche à fon bout qui eft élevé, & placé du côté de l’arbre.
- Cette extrémité de la bûche eft entaillée pour recevoir l’équerre, ainfï l’équerre peut tourner fur fon aifiîeu fans que rien s’y oppofe.
- La branche verticale F de cette équerre qui tient la queue du chaînon , & qui eft toujours plus élevée que la bûche, eft plus courte que la branche horizontale, & c’eft vers le milieu de fa hauteur qu’eft le piton dans lequel paffe la queue du chaînon.
- La branche horizontale D excede la bûche d’une grande partie de fà longueur, & elle eft a (fez longue pour aller rencontrer une des cames de l’arbre que l’eau fait tourner. Il faut donc concevoir que, quand une came rencontre la branche horizontale de l’équerre, elle appuie deflus avec beau-» coup de force ; elle l’oblige de defcendre ; l’équerre tourne fur fon axe ; la branche verticale obéiflànt à ce mouvement, fe porte en arriéré ; elle tire dans ce fens le chaînon, ainfi que la tenaille qui contraint le fil de palfer par la filiere, parce que le chaînon rapprochant les branches des tenailles, il fait fàifir & ferrer le fil par les mâchoires.
- Quand la branche horizontale de l’équerre eft échappée de la came, cet* te branche eft relevée par une chaîne q ( Vignette ) Sc Z Y ( Fig. 7 ) qui répond à une perche à reflbrt p 0 8c Y X qui a été pliée par l’effort de la came ; la branche verticale de l’équerre fe rapproche donc de la filiere Sc pouffe devant elle le chaînon ; alors les tenailles s’ouvrent, elles gliffent fur la tuile & fe rapprochent prefque d’elles-mêmes de la filiere.
- Comme il y a trois équerres à relever , une pour chaque bûche, on établit , pour tenir les trois perches à reffort en état, un chaflis foutenu pat quatre montants mn, mn ( Vignette ) Sc T, T( Fig. 7 & 8 ) affez forts, & huit plus menus qui font diftribués, quatre à la face de devant, Sc quatre à celle de derrière qui regarde l’arbre tournant. Ceux-ci font plus courts que ceux que j’ai appelles de devant ; les perches font attachées par leur gros bout à la traverfe du chaflis qui eft foutenue par les montants du devant > & environ aux deux tiers de leur longueur ; elles s’appuient fur la traverfe de derrière qui, comme je l’ai dit, eft plus baffe que celle de devant 5 par cet ajuftement, toute la longueur de la perche fait reflbrt.
- Comme pour tirer le gros fil, il faut plus de force que pour tirer le fil fin, on tient les cames qui répondent à la première bûche plus courtes que celles qui répondent à la fécondé, & les cames qui répondent à la troi-fieme bûche font les plus longues de toutes : c’eft pour cela que la tenaille de la première bûche ne tire que deux pouces de longueur de fil ; celle de
- p.11 - vue 16/46
-
-
-
- 12 ART DE RÉDUIRE
- la fécondé," 4; Sc celle de la troifieme 5. L’arbre fait ordinairement 16
- tours par minute.
- A mefure que le fil pafle par la filiere , il acquiert de la longueur ; & quoique le jeu de la fécondé &de la troifieme tenaille foit plus grand que celui de la première , le fil déjà alongé ne palferoit pas dans le même temps que celui qui ne Tell pas , fi, outre la plus grande tirée* il n’y avoit pas trois cames pour la première & la fécondé bûche , Sc quatre pour la troifieme.
- Maintenant que l’on conçoit le jeu de la Machine * nous pouvons expliquer comment elle travaille.
- On< commence par donner un recuit au forgis * avec du charbon de bois ( Fig. 1 ) ; enfuite on prépare le bout qui doit entrer dans le premier trou qui eft'affez large pour effacer ou rabattre les éminences les plus {aillantes & les arrêtes qui n’ont point été effacées par le martinet; on fait * dis-je, rougir le bout du forgis * & on le bat fur l’enclume pour qu’il entre aifé-ment dans le trou de la filiere. La première bûche devant dégroffir le forgis, a toutes fes parties plus fortes que les autres. L’Ouvrier qui eft attaché au fervice de cette bûcffce * fait mordre les mâchoires des tenailles fur le bout qu’il a fait paffer par la filiere jdl a même l’attention de conduire les tenailles pendant qu’elles tirent les deux ou trois premières longueurs ; la Machine enfuite fait le refte * Sc toute l’occupation de l’Ouvrier ( Fig. 2 * Uignette ) fe réduit à recevoir le fil à mefure qu’il fort de la filiere ; il donne enfuite un recuit à ce fil, il l’appointit & il le paffe dans un autre trou un peu moins gros qui arrondit le fil 5 puis il le paffe encore dans un trou un peu moins gros que le précédent ; & alors en le recevant au fortir de la filiere , il le roule, comme on le voit dans la Figure, & ce gros fil fe nomme Fer de roulage.
- Un bon Ecoteur ( c’effi ainfi qu’on appelle l’Ouvrier qui eft attaché à la première bûche , ) doit étudier la nature de fon fer ; quand il eft mou ou cafïànt, il doit diminuer la tire de fes tenailles, Sc dégorger fa filiere * c’eft-à-dire, augmenter un peu le trou par derrière ; car il faut que la partie la plus étroite du trou, celle qui agit principalement fur le fer, foit à la fortie du trou , fans cela le fil fe trouve gêné dans le trou : les tenailles, il eft vrai, le forcent de paffer; mais il fe forme des grains qui fe découvrent par la fuite , & occafionnent des ruptures, fur-tout quand le fer eft tendre ; en ce cas il doit ôter une hape de fon chaînon pour raccourcir le trait,1 Sc n’en tirer à la fois qu’une petite longueur, comme 2 pouces , au lieu que quand fon forgis eft bon, il peut en tirer 3 ou 4 pouces à chaque tenaillée. Je reviens aux opérations qui fe font à la première bûche , & dont }’ai interrompu le détail.
- On voit que, quand la Machine eft en train , & lorfque les tenailles ont agi deux ou trois coups, l’Ouvrier la laiffe faire tout l’ouvrage; il s’affîed
- fur
- p.12 - vue 17/46
-
-
-
- LE FER EN FIL 13
- fur une planche F* qui eft encre les bûches , Sc il n’a autre chofè à faire que de recevoir le fil qui a paffé par la filiere , &de le rouler pour en former une efpece d'écheveau, fans quoi il pourroic fe mêler & arrêter le jeu des tenailles ; mais comme ce fil, au forcir de la filiere, eft très-chaud, pour ne fe pas brûler , il ne le manie qu’avec des chiffons.
- Quand le fil a paffé par le premier trou qui ne fait qu abattre les principales éminences'& les coups du martinet, on le paffe dans un trou plus petit , & enfuite dans un troifieme qui achevé de le dégroffir.
- Pour que le fil gliffe plus aifément en traverfànt la filiere , il eft bon qu’il foit toujours gras ; & pour cela on ajufte dans un nouet de toile , un morceau de lard que le fil traverfe avant que de paffer par le trou Q {Fig. 7 3c 8).
- Après que le fil a été paffé par trois trous , Sc qu’il a été réduit en roulage , parce qu’alors on peut le rouler en lui faifant décrire un affez grand cercle, on lui donne un nouveau recuit ; on forge la pointe pour entrer dans la filiere de la même bûche, où on lui donne deux trous pour le réduire à la groflèur qu’on nomme Ecotage ; enfuite on le recuit, & on le porte a la fécondé bûche.
- L’Ouvrier qui eft attaché à cette bûche le fait paffer par trois trous de fà filiere pour en faire un fil d’Ecotage ; Sc comme le fil gagne beaucoup de longueur, il eft auffî long-temps à paffer parles trous de la fécondé bûche , qu’il avoir été à paffer par les trous de la première, quoique les cames foient plus longues, Sc les tirées plus confidérables. *
- Après avoir donné un troifieme recuit, Sc avoir formé la pointe , ou avec le marteau, ou avec la lime , ce dont on ne peut fe difpenfer toutes les fois qu’on change de trous de la filiere, on porte le fil à la troifieme bûche. Les mouvements de cette tenaille font plus vifs que ceux des précédentes, parce qu’à cet endroit l’arbre a quatre cames, au lieu qu’aux autres bûches, il n’en a que trois. Comme cette tenaille fatigue moins que les autres, elle eft un peu moins forte ; on y fait paffer le fil par trois ou par quatre trous ; quand il a paffé par trois trous , on le nomme Fil d! ébroudage ; quand il a paffé par quatre trous, on le nomme Ebroudis, de forte que pour réduire le fil en ebroudis, il paffe par huit ou neuf trous. On n’eft pas plus de temps à réduire le fer en ébroudis dans les Tréfileries, qu’on n’a été à le convertir en forgis fous les martinets.
- Les Ouvriers travaillent 9 heures par jour au tirage, & ils emploient 4 heures pour recuire & brider les filières, c’eft-à-dire, pour affortir les trous > Sc affujettir les filières dans les crampons.
- Il n’arrive guere qu’on tire le fil dans les Tréfileries plus fin qu’en ébroudis ; paffé ce terme , on le tire à bras, comme nous l’expliquerons dans la fuite., Il me paroîtroit cependant poffible d’établir dans les Tréfileries une quatrième bûche plus légère, ainfi que les tenailles, pour tirer du fil plus fin^ F il n3 Arc h al. n D
- p.13 - vue 18/46
-
-
-
- i4 'ART DE RÉDUIRE
- comme on en a quelquefois qu’on fait mouvoir à bras ; ou bien pour éviter les mâchoires des tenailles qui endommagent le fil délié, on pourroit tirer le fil avec une bobine que l’eau feroit tourner.
- Dans toutes les opérations de la Tréfilerie, il y a fur-tout deux chofes qui méritent une attention particulière : l’une eft de proportionner la grandeur des trous de la filiere à la groffeur du fil ; fi le trou de la filiere étoit prefque de la même groffeur que celui d'où le fil fort, on perdroit fon temps , mais la qualité du fil n’en fouffriroit pas ; fi le trou étoit trop fin , comme le fil éprouveroit trop de réfiftance à paffer par le trou , ce que les Ouvriers appellent donner trop de faix, ou le fil romproit, ou il auroit des bouillons; il feroit, comme difent les Ouvriers, la queue de renard.
- Il faut avoir grande attention que la partie du trou la plus étroite foit toujours à la fur face par où fort le fil, fans quoi le fil romproit ou feroit la queue de renard ; c’eft pourquoi nous avons déjà dit que l’Ouvrier devoir avoir foin de dégorger fà filiere en faifant entrer le poinçon par derrière. Quelquefois le fil, au lieu d’être rond, eft ftrié & comme cannelé ; cela vient de ce que le trou de la filiere n’eft pas bien arrondi, & qu’il a de petites bavures : en ce cas il faut réparer le trou défeélueux avec le poinçon.
- Il arrive encore qu’il fe fait dans le trou de la filiere, ce qu’on nomme un Cograin. Ce font de petits grains de fer qui s’attachent fi intimement au dedans du trou qu’ils y font comme foudés ; ce cograin fait des rayures confidérables au fil de fer qui fort rude & défeélueux de la filiere , & le fil ne tarde pas à rompre.Quand l’Ouvrier s’en apperçoit, il prend un poinçon qui eft plat par fon petit bout; il introduit le poinçon par le bout étroit de la filiere , & avec un petit coup de marteau il détache le cograin. Il eft évident que s’il paffoit fon poinçon par l’ouverture large de la filiere , il pourroit fermer entièrement le trou avec le cograin. Après que le cograin eft parti, il doit poinçonner le trou pour l’arrondir. Tout cela fe fait par derrière ; mais quelquefois il donne un petit coup par devant pour fortifier les bords du trou qui doit être bien calibré , pour que l’extenfion fe faffe peu à peu & par degrés.
- On a vu qu’il y a un homme deftiné pour le fervice de chaque bûche, & que cet homme eft prefque uniquement occupé à rouler le fil qui paffe par la filiere. Il ne paroîtroit pasdmpoflible d’imaginer un moyen pour que le fil fe dévidât fur un moulinet que l’eau feroit tourner ; mais cette Machine ne difpenferoit peut-être pas d’attacher un homme à chaque bûche pour veiller à ce que tous les mouvements allaffent régulièrement, pour arrêter la tenaille , 8c rajufter le fil quand il fe rompt, &c.
- Une filiere coûte environ dix livres, & elle ne dure guere que deux mois ; ce font les Ouvriers de la Tréfilerie qui apprêtent l’œil des filières ; il y a pour cela fur les bûches une mortaife dans laquelle ils alfujettilfent ver-
- p.14 - vue 19/46
-
-
-
- LE FER EN FIL. ( iy
- ticalement, avec des coins, la fiiiere, & ils calibrent l’œil avec un poinçon d’acier trempé ; quand l’œil eft trop large , ils le diminuent en appuyant la filiere fur un morceau de bois, & frappant tout autour de l’œil avec la panne d’un marteau.
- »
- On mefure la grofleur des fils de fer avec une elpece de compas d’épaif-feur qu’on nomme Jauge d ( Fig. 8 ) ; elle eft faite avec un fil de fer , ou de \ laiton qu’on plie en zigzag, mais de telle forte qu’entre chaque inflexion, il I y ait jufte un efpace femblable au diamètre que doit avoir chaque numéro de fil.
- Indépendamment des noms qu’on donne aux fils de fer qui ont pafle par les différentes filières, on les diftingue encore par des numéros relatifs aux nombres de trous par lefquels ils ont paffé. Le roulage fait le N°. 6 ; l’Ec'o-tage, No. 7 ; l’Ebroudage à trois trous, N°. 8 ; celui à quatre trous, N°. 9*
- Toutes les fois qu’on a recuit le fil, on l’éclaircit avec du grès pilé fin, ou quêlqu’autre matière. L’Ecrieur qui fait ce travail ( Fig. y Vignette ) , eft comme le garçon du Tréfileur. Cet Ouvrier qu’on nomme VEcrieur ou CE* broudeur, attache à un clou à crochet placé à la hauteur où fon bras peut atteindre, un bout du fil quia été recuit; &il éclaircit le fil en le frottant avec un morceau de toile écrue & du grès ; quand il a donné cette préparation à une certaine longueur de fil, il en forme un écheveau tu ; ü le fil n’eft pas bien ébroudi ou écrié, & qu’il relie du grès attaché au fil de fer, il eft fujet à rompre , & il endommage les filières. Cependant le beau poli du fil de fer vient de ce qu’il eft en quelque façon fourbi par le frottement qu’il éprouve dans la filiere.
- Nous avons dit que les Ouvriers recevoient le fil au for tir de la filiere , Sd qu’ils le rouloient en écheveau pour qu’il ne fe mêlât point : il faut faire le diamètre des écheveaux d’autant plus grand, que le fil eft plus gros ; l’Ouvrier peut, en donnant une certaine pofition à fa filiere, diipofer le fil à fe rouler en écheveaux plus ou moins grands.
- Car fi la filiere penche en devant, elle donne un petit tour au fil ; fi elle penche en arriéré, elle lui donne un grand tour : la même chofe arrive lorfque les trous de la filiere font mal percés ; fi l’inclinaifon du trou porte en l’air , il fe forme un grand tour; s’il s’incline en bas, il fe forme un petit tour : ainfi l’Ouvrier réglé fa filiere par des coins de fer qu’il place entre les crampons, pour que le fil fe difpofe à faire un grand ou un petit tour , ou pour reétifier le défaut d’un trou qui n’eft pas exaélement percé.
- Dans quelques Atteliers, on donne les recuits à la forge ; mais il faut prendre garde de brûler le fer dans quelques parties qui romproient infailliblement ; j’aimerois mieux le recuire dans un four chauffe avec du bois comme dans certaines Refenderies ; quand le fil eft fin , on le recuit différemment , ainfi que je l’expliquerai dans un inflant.
- p.15 - vue 20/46
-
-
-
- 16 ART DE RÉDUIRE
- -M. de la Londe fefert d’un four qui a 12 pieds de longueur fur 4 de largeur ; il y a] dans l’intérieur 3 ou 4 chantiers de fer, furlefquels on mec les écheveaux de fil ; on fait deflous un feu clair avec de la bourrée ; il y a au fond du four un trou de 4 ou y pouces en quarré qui fert de foupirail pour attirer la chaleur vers le fond, & animer le feu; ce four contient deux cents douzaines de marchandife , ce qui fait qu’il en coûte moins qu’avec du charbon ; on retire les paquets quand ils font couleur de cerife.
- On tire ordinairement par jour 9 douzaines du fil nommé Ebroudi.
- Le cent de forgis fait 53 6 pieds de longueur étant réduit en écotage ; le cent d’écotage donne 947 pieds d’ébroudage ; & cent livres d’ébroudage donnent en ébroudis 1592 pieds de longueur.
- En paflànt par le premier trou de la filiere, dix aunes de forgis s’alongent à peu près de fept aunes.
- En paflànt par le fécond trou, dix aunes s’alongent environ de fix aunes.
- En paflànt par le troifieme trou,* dix aunes s’alongent environ de cinq aunes.
- En paflànt par un 4e trou, dix aunes peuvent s’alonger de quatre aunes.
- Au refle le fer s’alonge d’autant plus qu’il efl plus doux ; & quand le trou efl petit, l’alongement efl: plus confidérable que fi le trou dif-féroit peu de celui dont le fil fort ; mais on ne doit pas tendre à avancer ainfi l’ouvrage : ordinairement un fil trop ferré dans la filiere rompt, ou au moins il en fort* mal conditionné ; il efl fendu , 8c a des criflures ; fi le fil a des pailles, c’eft prefque toujours la faute de celui qui a fait les forgis, qui n’a pas bien corroyé fon fer. Ce qu’on nomme les Mautures vient de ce que le fer a été chauffé inégalement & brûlé en quelques endroits qui le feront trouvés dans le vent de la tuyere , ce qui arrive par la faute du Chauffeur., qui n’a pas bien attifé fon feu 8c débouché la tuyere. Quand le trou de la filiere efl trop ferré, il fe forme ce qu’on nomme des Pierres, c’efk à-dire, que le fil demeure creux, & qu’il fe déboucle, qu’il fe file par nœuds, ce qui le fait cafler, ou le fil refte défeélueux. Il efl donc toujours à propos de faire pafler le fil dans un grand nombre de trous dont le diamètre différé peu , afin de ne point trop forcer le fil.
- Il faut cependant que le trou de la filiere foit proportionné à la grofleur du fil ; quand le trou différé trop peu du trou précédent, il efl vrai que le fil éprouve peu de réfiftance ; mais comme la filiere n’agit que fur la fuperficie du métal, l’extenfion ne fe fait pas dans toute l’épaifleur du métal, ce qui fait que le fil efl mal conditionné, parce qu’il n’y a que le bord du trou qui agifle fur le fer; toute la gêne, comme l’on dit, fe fait au fortir du trou 5 fi le trou efl trop petit, le fil caflè , ou il devient frifé ; mais quand la grandeur du trou fe trouve proportionnée à la grofleur du fil, & que la filiere efl bien percée, la gêne commence un peu en arriéré de l’œil à cet éva-fement quon nomme Permise 8c la filiere, comme difent les Ouvriers, commande
- 1
- p.16 - vue 21/46
-
-
-
- L E F E R È N F I L: i7
- mande plus long-temps au fil, ce qui fait un fil bien conditionné , pourvu que le fer foit de bonne qualité : car quand le fer fe trouve avoir cé que les Ouvriers appellent du blanc ployant on des taches-couleur de charrie, il eft bien difficile d’empêcher qu’il ne fe déchire à la fortiedu trou , & qu’il ne forme ce que l’on nomme la queue de renard ou de canard ; au contraire le Tréfileur peut travailler'hardiment, quand fon fer a ce qu’on nomme à noir ploiant.
- Voilà le fer ébrôudi, & en état d’être travaillé par les Âgreyeurs i fui^ vons-le dans cet autre Attelier. *
- ARTICLE IV.
- Maniéré de tirer les Fils de Fer éhroudis jufquau dernier degré
- de finejje.
- ;
- Le fil de fer ébroudi, ou, tomme nous l’avons expliqué, réduit à n’avoir qu’un tiers de ligne de diamètre, n’eft plus tiré dans les Tréfiieries : il eft acheté par des Ouvriers établis auprès de ces Attelier s , ( on les nomme Âgreyeurs , ) qui travaillent dans leurs boutiques à le rendre beaucoup plus fin ; ou bien ce fil eft vendu à des Marchands qui le diftribuent à des Ouvriers établis dans des Villes éloignées.
- Comme rien n’eft plus avantageux dans les Fabriques que de ménager la main-d’œuvre, on continuerait apparemment à tirer le fil dans les Tréfiieries plus fin qu’on ne fait, fi l’expérience n’avoit appris qu’il demande alors à être plus ménagé > à être tiré moins brufquement, pour n’être point entamé par les mâchoires des tenailles ; il eft devenu plus caftant à proportion qu’il a perdu de fa grofleur : peut-être néanmoins gagneroit-on à le tirer un peu plus fin en employant des outils moins greffiers, & en rendant les mouvements plus lents, ou en faifànt agir la tenaille par un cheval, au lieu d’employer la force des hommes. Mais fuivantl’uftge, au fortir de la Tré-filerie, il n’eft plus tiré qu’à bras, à la bûche , puis à la bobine.
- La première fiiiere par où on le fait pafler eft dilpofée à peu près comme celles des Tréfiieries, je veux dire, qu’elle eft de même arrêtée fur une piecè de bois aflez maflive appellée Bûche ( PL 1F, Fig. i & 6 ), qui a de longueur 3 pieds 6 pouces, de largeur 8 à 10 pouces, & d’épaifleur 5 à 6 pouces ; un des bouts de la bûche pôfe à terre, & l’autre eft fbtitenu par deux forts pieds d’environ 2 pieds quelques pouces de hauteur. Le fer y eft auflî tiré par des tenailles qui ne différent de celles des Tréfiieries que par leur grandeur ; la pofition inclinée de la bûche a encore ici le même ufage ; elle fait que les tenailles, après avoir été éloignées de la fiiiere , s’en
- '(*) On fera bien de confalter ce que M. Gallon a dit dans VArt de convertir le cuivre de rofette en laiton y pâg. 37 , où il s’agit défaire du fil de lai-
- Fil d Arc h al.
- ton : on y trouvera la Defcription d’une Tréplerie autrement difpofée que celle dont nous venons de don* ner la Defcription.
- E
- p.17 - vue 22/46
-
-
-
- *g À R T D E RÉDUIRE
- rapprochent pair leur propre poids ; enfin les tenailles font tirées ici de k même maniéré, à cela près que la main droite a ( Fig. ) M Fig. i & p , ) & 7) de TOuvrier pefe fur une , pièce N (Fig. 10 ) femblable à celle qui v eft rencontrée par les cames de d'arbre.
- Le bout delà bûche le plus élevé a une entaille , où eft arrêté unaiflieu de fer £ ( Fig. 10 ) autour duquel tourne le levier fur lequel TOuvrier agit ; ce levier eft de bois, & fait à peu près en équerre ; le boulon b qui lui fert d'axe5 le traverfe auprès de fon angle ; les deux bras font inégaux; le plus long fort d’environ 18 pouces Lors de l’entaille; c’eft celui for lequel la force de TOuvrier s’applique \ l’autre s’élève au deAus de la bûche ; à celui-ci eft attaché un anneau qui eft au bout d’un piton qui traverfe le bras , & y eft arrêté par une clavette*,
- Les deux branches des “tenailles font encore paflees ici dans une elpece d’anneau applati, appellé Chaînon O ( Fig. 11 ) , & ce chaînon a une queue 'ou verge de fer dont le bout recourbé paife dans l’anneau du levier.
- La longueur des tenailles & celle du chaînon font comparées de telle forte> que quand la petite branche du levier eft verticale , les mâchoires des tenailles touchent la fiiiere ; aufîi-tôt que TOuvrier appuie fur la branche horizontale , il l’oblige à s’abaiffer ; il éloigne donc de la fiiiere le bout de la bran*» che verticale; elle tire à elle le chaînon, & par conféquent les tenailles tirent le fil de fer, fi elles'le tiennent faifi entre leurs mâchoires: dans l’inftant l’Agreyeur releve la queue ou longue branche du levier ; il fait avancer le chaînon vers la fiiiere, & les tenailles entraînées en partie par leur propre poids, ne manquent pas auffi de defcendre.
- Outre Tinclinaifon de la bûche, afin que ces tenailles deicendent plus aifément, elles font immédiatement pofées for une petite planche afle£ mince I (Fig. 6 & 7 ) qu’on nomme Tuile, dont le bout le plus éloigné de la fiiiere eft plus élevé d’un pouce que l’autre : l’ufage de cette planchette eft , comme dans la Tréfilerie, de ménager la bûche. Quand cette planchette eft ufée, ou que les frottements y ont caufé des inégalités, on lui en fubfti-eue une autre.
- La main droite de TOuvrier agit feule pour tirer le fil; étant aidée d’un ^flez long levier, elle a de la force de refte ; ainli la gauche n’eft chargée que de conduire les tenailles for-tout pendant les premiers coups, comme on le voit en b ( Fig. r ) , lorfqu’elle paroît fe déplacer, & enfoite d’arranger le fil de fer qui vient d’être quitté par la tenaille : ce fil monte vers le haut d’un bâton R ( Fig. 6 ) attaché contre un des côtés de la bûche ; on le nomme la Chambrière ; il porte une elpece de petit anneau de fil de fer ou de laiton, & c’eft dans cet anneau qu’eft conduit le fil nouvellement tiré ; delà on le fait tomber à terre , autrement il s’en alfembleroit trop for la Lûche; il pourroit être un obftacle au. mouvement & à l’aélion de la
- p.18 - vue 23/46
-
-
-
- L E F E R E N F I L: lp
- tenaille ; on a attention de l’y difpofèr, autant qu’il eft poffible, en efpecê d’écheveau.
- Chaque fois qu’on fait paffer lè fil par un nouveau trou , bn lui fait une . pointe , &'toujours avec la lime; on l’appuie pour cela fur un billot de bois appelle EJlibot, qui eft arrêté contre le bout le plus élevé de la bûche -, qu’il excede de quelques pouces; autour du même billot > on entortille une efpece de torchon , appelle la Chiffe $ ce torchon n’eft pas inutile à l’Agreyeur* qui a fouvent à manier un fer très-gras & chaud ; car ici le fil paffe encore au travers d’un morceau de lard G ( Fig. 6 Sc 7 ) , avant que d’entrer dans là filiere ; le lard eft enfermé dans une efpece de nouet de toile pofé fur la bûche immédiatement contre la filiere ; fon ufage apparemment l’a fait nommer l’Affile , effectivement'elle contribue à faciliter le pafîàge du fil -, comme fi elle le filoit ; un peu par delà le fac au lard, il y a dans le deflus de la bûche un affez grand enfoncement quarré P (Fig.. 7.) qui contient les outils néceffaires à l’Agreyeur, Sc les empêche de tomber ; ils fe rédui-fent à un marteau , un poinçon, Sc une jauge Q ( Fig. 6 Sc 7).
- Cette maniéré de tirer le fil avec la tenaille donne de l’avantage à la force \ de l’Ouvrier , mais elle eft un peu lente ; chaque coup de tenaille n’en fait \ paffer qu’environ une longueur de trois ou quatre pouces 5 Sc comme les f mâchoires entament un peu le fil, cette compreffion endommage le fil fin 5 auffi quand le fil eft parvenu à une certaine fineffe, on s’y prend d’une autre maniéré ; quelques Ouvriers même ne tirent à la tenaille qu’un pied ou envi^; ron du fille plus gros; quand ils en ont tiré une certaine longueur, ils pofent fur leur bûche une groffe bobine T ( Fig. 3 & 8 ) dont l’axe efl foutenu par deux montants de fer Y arrêtés pour cet ufage contre la bûche j chaque bout de l’axe peut s’engager dans une manivelle V, après avoir arrêt© le bout du fil fur la bobine , &. ils le contraignent de la forte à paffer plus vite par la filiere ; ils font toujours recuire leur fil après l’avoir fait paffer par deux trous, comme font les Ouvriers de la Tréfilerie.
- Il eft à remarquer que le fil de fer s’écrouit moins qu’on ne croiroit, ert paflânt par la filiere , Sc cela parce qu’il s’échauffe. Je crois que cette chaleur produit un peu l’effet du recuit ; cette preffion rapproche les parties dit J fer, & la chaleur les écarte*
- Mais quand le fil de fer a acquis une certaine fineffe, on abandonnera bûche , Sc on le tire fur des bobines verticales difpofées fur un établi (iïg ares 4, 5 & 9 ), à peu près comme celles des Tireurs d’or; il paffe entre ! les mains de nouveaux Ouvriers : ou bien les Agreyeurs qui travaillent comme les Tireurs d’or , prennent un nouveau nom ; on les appelle Tireurs de fen J
- Leur établi a environ 4 pieds Sc demi de longueur, 1 pied & demi de largeur , & y ou 6 pouces d’épaiffeur. Cet établi eft fuppôrté par deux forts piliers, à environ 3 pieds du terrein ; ces piliers entrent en terre, où ils fone
- p.19 - vue 24/46
-
-
-
- a© Â HT DE RÉDUIRE
- icelles dans une maçonnerie ; près d’un des bouts de cet établi, il y a un petit -arbre de fer autour duquel tourne librement une bobine 2 3 haute de 6 ou 7 pouces, qui en a 6 de diamètre; on la* fait tourner par le moyen d’une manivelle en équerre V, dont une branche eft arrêtée furie bout fupérieur de la bobine. Celle-ci a depuis le centre de la bobine jufqu’à l’angle de l’équerre, 8 à 9 pouces de longueur ; l’autre branche de la manivelle eft verticale -, ôc a un manche de bois appelle la NilleV ( Fig, y ).
- A l’autre bout de l’établi eft un tourniquet 1 ( Fig, 4, y & 9 ) aflez femblable à quelques-uns de ceux qui fervent à dévider les fils de lin ou de foie ; on le nomme en quelques endroits Lanterne ; il eft compole de plufieurs bâtons ou fufeaux , longs chacun d’environ 8 pouces ; ils ont pour bafe commune une plancrhe ronde, plateau j ou tourteau, dans laquelle leurs bouts font engagés autour de la circonférence d’un cercle divifé en autant de parties qu’il y a de bâtons ou fufeaux ; leurs bouts fupérieurs font arrêtés dans une planche plus petite, & auffi autour d’une circonférence de cercle moins grande $ l’arbre autour duquel tourne ce tourniquet eft de bois , & planté verticalement fur l’établi. On tient le tourniquet moins large en haut qu’en bas, pour avoir la facilité de retirer aifément l’écheveau.
- Le fil que l’on veut tirer étant en écheveau , le tourniquet fort à porter cet écheveau; la filiere 3 eft entre la bobine & le tourniquet, mais deux ou trois fois plus proche de la bobine ; la filiere eft retenue par trois fiches ou chevilles de fer 4, dont deux font plantées fur une même ligne entre la bobine & elle , & l’autre eft: vis-à-vis le milieu des deux précédentes,-de l’autre côté de la filiere.
- Le travail, n’a pas befoin de grande explication. On commence à l’ordinaire par faire une pointe au fer en le limant fur l’eftibot 6; on le paffe par un trou de la filiere, on le tire un peu avec des tenailles à mains, on mefureavecla jauge quel eft le diamètre de la partie qui a pafle, pour s’aflurer fi on l’alon-gera dans la proportion qu’on fouhaite, ou s’il faut choifir un autre trou ; on tire enfuite toujours avec les tenailles à mains environ une aune de fil, Sc cela afin de pouvoir en arrêter le bout fur la bobine. Elle a près de fon bord fupérieur, un petit anneau de fer 10 , qu’il a plu de nommer la Porte ; c’eft-là où l’on paffe , & où l’on entortille le bout du fil, après quoi il ne refte à l’Ouvrier qua tourner la manivelle.
- « ^
- Quelques-uns, au lieu de lard, fe fervent d’huile, pour faire mieux gliffer
- le fil ; on en frotte de temps en temps la filiere ; il y a un petit trou creufé dans rétabli qui eft le petit réfervoir où on la trouve. L’établi a auffi comme la bûche une plus grande entaille quarrée 7, qui fort en quelque forte de boîte pour loger les outils ; & enfin contre un de fos bouts eft arrêté un billot 6, fur lequel on raccommode les trous de la filiere qui fo font agrandis.
- Comme les filières qu’on acheté neuves ne font point percées de parc
- en
- p.20 - vue 25/46
-
-
-
- LE FER E N F I L 2t
- en part, elles n’ont que les pertuis des trous , ou le côté évafé d’ûüV^rt J lorfqu’ils veulent en percer une, ils la pofent en y ( Fig. y 8c 9) perpendiculairement dans une entaille qui traverfe d’outre en outre l’établi ; ils l’y alFujettiflent avec des coins, & ouvrent entièrement le trou en frappant fur des poinçons d’une groffeur convenable.
- Les ufàges qu’on fait des fils de fer ne demandent pas qu’ils foient tirés auflî fins que les fils d’or & d’argent, & il ne feroit guere pofiible d’y réuffir, le fer n’étant pas fi duétile ; le fil de fer le plus délié dont on ait befoin eft employé aux cardes fines des Ouvriers en foie ; il n’a qu’environ un huitie* me* de ligne de diamètre. Les Tireurs fontpaffer le fil le plus fin qui fort des Tréfileries, par environ 18 pertuis avant que de l’avoir réduit au dernier degré de fineffe. Il y a du fil nommé Manicordion, pour les épinettes & claveffins >f qui eft encore plus fin : mais je ne crois pas qu’on le fafle dans le Royaume ; & la façon de faire ces fils fins ne s’écarte pas de ce que nous venons de dire: il s’agit d’avoir de bonne matière * & de la faire palier par un grand nombre de trous.
- On en fait même peu dans le Royaume de la groiïeur qui convient aux: cardes fines ; il n’y a que dans quelques Villes de Province, où des Ouvriers s’adonnent à ce travail ; ils choififlent le fer le plus doux ; ils prétendent qu’il n’y a que celui d’Allemagne qui leur convienne, (*) qu’ils ont effayé fans fuccès de celui de plufieurs forges du Royaume ; mais il y a apparence qu’ils n’ont pas fait leurs épreuves fur ceux des meilleures forges, & ce feroit une expérience qui mériteroit d’être fuivie.
- Quoi qu’il en foit, pour rendre le gros fil qu’ils emploient plus traita-; ble , ils lui donnent des recuits. Quand le fil eft un peu gros , ils le met* tent dans un four de Boulanger lorfque le pain eft tiré, & ils le cou* vrent de braife : mais quand le fil eft parvenu à être fin, ils lui donnent un recuit particulier qui ne contribue pas peu à l’adoucir ; ils en mettent une certaine quantité comme depuis yo jufqu’à 100 liv. dans une marmite de fer k l ( Fig. 2 dans la Vignette ) ; la marmite a aufil un couvercle de fer qu’ils lutent avec de la terre grafle ; ils la mettent ordinairement le couvercle en bas dans un fourneau conftruit de briques 8c de terre fur un feu de mottes de Tanneur; ils l’entourent de tous côtés avec ces mottes ; ils en conformaient 7 à 800, pour donner le recuit à roo liv* de fil. Ce feu dure 10 à 12 heures ; le fil de fer y prend le degré de chaleur néceflaire pour être amolli fans courir rifque de fe brûler , ni de devenir acier en fe furchargeant de phlogiftique. On laifle la marmite
- * Il n’y a en effet que les fils fins d’Allemagne & d’Alface qui foient propres pour les infiru-ments de Mufique; les plus fins qu’on faffe en Normandie , font ceux qui font defiinés pour les
- Fil dArchal«
- cardes; mais auffi ils font parfaits dans leurs qualités , & au - deffus de ceux d’Allemagne ôc d’Alface, parce qu’ils font plus fermes & plus roides.
- F
- p.21 - vue 26/46
-
-
-
- 22 A RT D E R È D U I R E
- refroidir tout doucement fur le fourneau même, c’eft-à-dire, qu’on ne Ten retire que io à 12 heures après que la grande chaleur du feu eft paffée. On en ôte enfuite le fer qui eft en état d’être amené à fon plus grand degré de finefte fans qu’on ait befoin d’avoir recours à de nouveaux recuits. Il femble pourtant qu’il feroit à propos de répéter ces recuits , le fer fe cafleroit moins fouvent ; au moins faudroit-il les répéter 's’il paroiiToit trop aigre, ou fi l’on avoit envie de pouffer fa fineffe à un plus grand degré. Cependant il faut, après le-dernier recuit, faire palier le fil par plufieurs trous pour lecrouir, & lui donner de la roideur*
- Quand la marmite a fervi 9 ou ro fois, elle n’eft plus bonne, parce que le feu y a fait de petits trous imperceptibles qui font que le fil qui touche à la marmite , rougit trop promptement, & fe brûle.
- Le mérite de ce recuit eft de ne point engendrer d’écailies au fer, & de le rendre auftl doux que du plomb.
- La première fois que les Agreyeurs tirent leur fil, il s’alonge comme 10 à 18; ainfi 10 pieds en dnnent 18.
- Les fils qu’on nomme a rouet», ceux à épingle, s’alongent ordinairement comme 10 à 20; de forte que 10 pieds en fourniffent 20. ’j
- Les fils fins pour cardes s’alongent comme 10 à 30, en forte que ZQS J pieds en fourniiTent 30 (*).
- Fil d*Acier»
- Il y a des ouvrages pour lefquels il eft befoin d’avoir du fil d’acieri Les bonnes aiguilles, par exemple, en doivent être faites, & l’acier naturellement plus aigre que le fer eft aufll plus difficile à tirer. C’eft celui de Hongrie, auquel les Tireurs d’acier donnent la préférence. Ils en font chauffer dix barres, & en les forgeant ils les réduifent en verges rondes, groffes à peu près comme le petit doigt, même moins ; ils font eux-mêmes ce que les Allemandiers font pour les Tréfileurs. Et cela eft néceff faire, parce que l’acier demande beaucoup plus de ménagement pour être chauffé & forgé que le fer» Ils réduifent leur abier en barreaux ou tringles, femblables au fer forgis. Ils le tirent enfuite à bras fur des bûches lemblables à celles des Agreyeurs ; & s’ils veulent le rendre bien fin, ils fe fervent enfuite de bobines ; mais il eft à remarquer qu’ils ont fou-vent befoin d’employer des recuits ; quelques-uns les donnent dans des marmites de fer à feu de mottes de Tanneur, comme nous l’avons dit en parlant du fil de fer le plus délié ; ils chauffent la marmite jufqu’à ce que l’acier qu’elle contient foit devenu rouge ; d’autres le font recuire immé-
- (*) On peut confulter ce que nous avons dit au commencement de l’Art de l’Épingîier fur la façon de raire ou traire le fil de laiton.
- p.22 - vue 27/46
-
-
-
- LE FIL É N F E ÏL ^
- *diatément fur les mottes, & d'autres enfin fur du charbon qu’ils choififient de bois blanc. ^
- La quantité defil de fer ou d’acier qu’on travaille, fe compte par douzai~ nés de livres.
- Il faut environ trois jours de temps pour tirer une douzaine de livres» du plus gros fil d’acier , & il faut ij jours ou 3 femaines pour tirer une douzaine de livres du plus fin , bien entendu que "cela dépend de la force de l’Ouvrier.
- Pii de Laiton*
- Tout ce que 'nous avons dit des fils de fer St d5acièr,nous exempte d’entrer dans le détail de la maniéré de tirer le fil de laiton , qui d’ailleurs a été très-bien décrite par M. Gallon , dans l’Art de convertir le cuivre rouge en laiton , St nous renvoyons au Tireur d’or pour lavoir comment on tire le cuivre allez délié pour le rendre propre au tilfu. On lait que le laiton eft un métal compofé de cuivre & de pierre calaminaire. Cet alliage le rend plus dur que le cuivre de rofette , & plus propre aux épingles &. à d’autres Ouvrages. On nous l’apporte d’Allemagne en fil allez gros , que nos Ouvriers rendent plus fin par le moyen de filières pofées fur des bûches femblables à celles des Agreyeurs, ou fur des établis pareils à ceux des Tireurs de fer. Comme ce travail regarde les Épingliers * on peut confulter la defcription 'de leur Art , où Ion trouvera ce qu’il a de particulier.
- 'Maniéré de faire les Filières pour les Tréjileries SC les Tireurs de
- Fil de Laiton, de Fer SC d’Acier*
- On forge exprès dans les girolles forges des bandes de fer plat pour ceux qui font les filières. Ces bandes ont deux pouces de largeur fur un pouce d’épaiffeur ; & dans les grolfes forges, on ne donne point d’autres préparations à ces bandes de fer qu’à tous les autres fers étirés.
- Le Forgeron qui travaille les filières, coupe un bout de ce fer plat d’environ un pied de longueur ; il le fait rougir à la forge dans du charbon de bois , & il le bat fur le plat feulement d’un côté avec une mafTe pour auger ou creufer cette furface , afin qu’elle puilfe plus aifément retenir ce qu’on nomme le potin , qui n’eft autre chofe que des fragments de vieilles marmites de fer fondu. Cependant la fonte de la vieille marmite ne fait pas de bonnes filières ; c’eft un potin brûlé qui a perdu toutes fes parties ductiles. M. de la Londe aifure qu’un potin neuf, ou qui n’a point été au feu , eft beaucoup meilleur.
- L^Forgeron caffe, à coups de marteau, ce potin fur £on enclume ; il mêlé ces morceaux de potin avec du charbon de bois blanc ; il le met à la fosrge > & il le fait fondre de forte qu’il en forme une efpece de pâte j & pour l’é-* purer, il répété ces fufions jufqu’à xo ou 1.2 fois, & à chaque fois il le
- p.23 - vue 28/46
-
-
-
- 24 A R T D E R.É D U I R E
- prend avec des tenailles pour le plonger dans l’eau. Ces fontes répétées avec du charbon de bois, affinent le potin qui fe charge de phlogiftique, & je crois qu’on le jette dans l’eau pour-tremper cette matière qui efl: très-aigre, & la rendre plus aifée à brifer par morceaux.
- Quoiqu’il enfoit, en-fondant ce potin plufieurs fois, on lui donne un corps & unediaifan avec lui-même qui approche de Tacier ; & loin d’être aigre, il faut qu’il ait du nerf en confervant fa duélilité, enforte qu’il fe bat, & obéit au marteau & au poinçon pour élargir ou rétrécir le trou de la filiere.
- Lorfque la filiere a palfé une certaine quantité de fil, il faut la recuire avec du charbon de bois blanc; alors ce potin qui étoit devenu acier dur, s’a-doucit^par la cuflFon , & devient plus traitable au marteau ainfi qu’au poinçon , & le ' fil de fer pâffe beaucoup mieux. Le bois blanc & fort charbon adoucirent beaucoup le fer par le recuit ; quand une filiere aigre eft retirée du feu, “on met deffus de l’argille brûlé'& réduit en poudre, & on la lailTeTe refroidir' tout doucement. Il efl: bon de ne pas ignorer ces petites manœuvres.
- Quand ce potin efl: ainfi purifié, & que la'barre de fer qu’on a creufée eft refroidie, on arrange fur cette face creufée des morceaux de potin, on en fait une couche d’environ dix lignes d’épaiffeur fur toute l’étendue de la femelle, & on recouvre cette couche de potin avec un linge qu’on a trempe dans de l’argille détrempée dans de Teau.
- On met le tout au feu, la femelle rougit, 8c le potin qui efl: plus fufibfo que le fer forgé , fe fond. On retire de temps en tempsda barre ; on pofe la femelle fur la table de l’enclume*; on frappe à petits coups fur la couche de potin pour la fonder, 8c en quelque façon l’amalgamer avec le fer de la femelle, ce qui ne Te peurfaire que peu à peu ; & en remettant le tout rougir à plufieurs reprifes ,1e potin bouillonne & pétillé, il fe forme une croûte de craffe à la fuperficie que l’on ôte avec précaution ; quand on voit que le potin eft bien net, & qu’il s’eft mêlé avec la fuperficie du Ter de la femelle, on jette deJTuS'deTargiile feche & en poudre ; on prétend que ce mélange adoucit le potin.
- Quand on a ainfi attaché & uni le potin à la femelle, & qu’on l’a, comme Ton dit, fait refuer, on fait rougir la filiere à la forge; deux Ouvriers la forgent ; ils l’étirent ; elle prend environ deux pieds de longueur , 8c quand elle efl: bien unie fur les quatre faces, la filiere efl: parée.
- On fait que le fer fondu ne peut pas fe forger, qu’il fe rompt & s’émiette fous le marteau ; cependant dans l’occafion préfente il s étire fur la femelle, & il s’étend affez pour qu’étant originairement d’un pied de longueur, il en acquière deux ; apparemment qu’il a acquis cette duélilitë par les différentes fontes qu’on lui a fait éprouver avec le charbon, & parce que le potin s’eft allié avec le fer de la femelle.
- On
- p.24 - vue 29/46
-
-
-
- L E F E R E N F I L
- On perce les filières à chaud avec des poinçons d acier d’Allemagne trempes & fort pointus qui font emmanchés dans une hart comme les tranches. On en a de quatre différentes groffeurs. On commence le trou par le plus gros poinçon qu’on trempe auparavant dans l’eau & enfuite dans de la graiffe ; & ayant pofé la fiiiere fur la table de l'enclume, on frappe fur le poinçon avec la maffe : on approfondit enfuite tous les trous avec le fécond poinçon plus menu que le premier, puis avec le troifieme * Sc enfin le quatrième qui eft le plus menu de tous ; ainfi on fait rougir quatre fois la fiiiere à un feu de bois ; & quand les poinçons s’émouffent, on leur fait la pointe avec la lime.
- Les filières fortent des mains de l’Ouvrier fans être entièrement percées ; ce font les Tireurs qui achèvent les trous avec des poinçons d’acier très-fins , Sc iis proportionnent la grandeur des trous à la groffeur du fil qu’ils fe pro-pofent de tirer Il faut que cette matière foit très-dure , au mains fur la face ou Ton a mis le potin, puifqu’elle doit réfifter à la compreffion du métal quon paffe dans la fiiiere ; il faut néanmoins qu’elle foie un peu duétile , puifque quand les trous font un peu trop grands, on les referme en frappant avec la panne d’un marteau , Sc à petits coups tout autour du trou qu’on veut rétrécir.
- La forge du Faifeur de filières eft femblable aux forges des Maréchaux de Village.
- Il n y a qffun Faifeur de filières.] qui demeure à Ëncin près l’Aigle, qui a lé fecretd’en faire. Il vend les groiles 17 liv. elles pefent 25 liv. Les petites fe vendent 9 liv. Sc pefent 2 à 3 liv. Il en fait de différentes grandeurs pour fàtisfaire à la demande des Tireurs.
- Il eft important que le fond des trous aille toujours en feretrécifîàntpar une nuance infenfible , afin que le fer fe tire peu à peu Sc fans fe rompre ; mais, comme je l’ai dit, ce font les Tireurs qui achèvent les trous ; pour que cette diminution fe fa fie fans reflàut, on eftime les filières qui ont un plus grand nombre de trous»
- G
- Fil e?Arciîàl*
- p.25 - vue 30/46
-
-
-
- ART DE RÉDUIRE
- 2&
- EXPLICATION DES FIGURES
- DE LA TR ÉFl LE RIE.
- /
- PLANCHE PREMIERE.
- Cette Planche a rapport à V Attelier ou l'on fait les for gis.
- Fi gu re i, A} la roue "à aubes, BBy l'arbre tournant. C,D, renflements fur cet arbre à l'endroit où font les cames Q Q* E, le manche du marteau. K , la tête du marteau & l'enclume.
- Figure 2 , plan de tout cet attelier, où l'on voit la courfive qui conduit Peau fur la roue à aubes A. B, l'arbre tournant. C, le renflement à l'endroit ou font les cames du petit marteau , qui eft fortifié par des frettes de fer. Q , les cames. D> endroit où font les cames Q du gros marteau. Il y a quel^ quefois en cet endroit un renflement comme en C. £, la tête du petit marteau. K, fon enclume. M, planche fur laquelle s'afîied l'Ouvrier qui fait les * forgis. iV, boucle qui fert d’attache à un des bouts de cette planche. P, goût**, tiere de fer qui reçoit les forgis à mefure qu'ils font travaillés. F, la tête du gros marteau, /,1a grofle enclume. Y, manivelle qui, au moyen d'un renvoi, fait jouer le foufflet. G , petite forge. R , petite enclume pour re-drefler les forgis avec un marteau à main.
- Figure 3 3 elle repréfente la tête du petit marteau avec fon enclume en AT*
- Figure 4, E 3 une portion du manche du petit marteau avec un morceau deb ois X qu'on met fous ce manche , lorfqu'on ne veut pas que le marteau travaille. K, l'enclume. L> le forgis fur l'enclume. Nota qu'il eft mal placé,& qu'au lieu d'être dans la pofition ab, il devroit être dans la pofition cd(Fig.j).
- Figure y 3 une portion du manche du gros marteau.
- Figure 63 -cette même portion du manche avec une coupe de l'arbre tournant, & des huit cames deftinées à faire jouer le gros marteau.
- Figure 7, le plan de l'enclume.
- PLANCHE II.
- Elle repréfente encore V Attelier où Von fait les forgis.
- Figure 8, une portion du manche du marteau & de l'enclume vue en plan.
- Figure p, AT, l'enclume où aboutit la gouttière de fer qui reçoit les forgis ; mais elle eft repréfentée trop près de l'enclume.
- Figure io, elle repréfente l'aiffieu V fur lequel roule le petit marteau.
- p.26 - vue 31/46
-
-
-
- LE FER EN FIL 27
- S, coins de bois qui aflùjettiffent le manche du petit marteau dans l'embraffure de fer V V.
- Figure ir , tenailles courbes pour le fervice de la forge.
- Figure 12 j le petit marteau vu de face avec les forgis L fur f enclume K.
- Figure 13 , toute la longueur du manche du petit marteau 5* vu de côté* On apperçoit fon axe V l'enclume K.
- Les Figures 14 & autres détachées repréfentent les coins qui fervent à affujettir le marteau au bout de fon manche.
- Figure 15, T.L montants entre lefquels font reçus les manches des marteaux. M, l'ouvrier alîis fur la planche mobile N. E, boucle qui attacha un des bouts de cette planche à un des montants T, O > chaîne qui foutient la planche, & répond au plancher. K, l'enclume. Z, le forgis qu'on travaille. Py gouttière de fer qui reçoit les forgis à mefure qu'ils font travail^ lés. Fy le gros marteau. Y> manivelle qui fert à faire jouer le foufflet de la petite forge.
- PLANCHE III.
- Elle repréfente VAttelier de la Tréflerie.
- Figure i , Ouvrier qui appointit fur une enclume le bout d’un fil de fer, pour le difpofer à paffer par les trous de la filiere.
- Fig ure 2 , Ouvrier qui reçoit du fil de fer de roulage, à mefure qu’il pafle par la filiere.
- Figure 3 , Ouvrier qui reçoit le fil dit Ecotage à mefure qu’il pafle par h filiere. N
- Figure 4, Ouvrier qui reçoit l'ébroudage à mefure qu’il pafle par la filiere. a a y roue à aubes. b,c,d, les cames qui font fur l'arbre tournant, & qui fervent à faire agir les tenailles des trois bûches h, i, k. e>fg> les trois leviers en équerre qui fervent à faire mouvoir les trois tenailles. r, r, r font les petites planches qu'on nomme Tuiles , fur lefqueiles coulent les te^ nailies. s ,s,s, des enfoncements ménagés au bout de chaque bûche pour y mettre les petits outils. Ces mêmes lettres peuvent défîgner auili les filières. //, piece de bois folidement aflùjettie, fur laquelle aboutiflent les trois bûches. m montants qui portent un chaflîs n n n , qui foutient les per-
- ches à reflort 0p qui doivent relever la queue q des leviers en équerre.
- Figure y, y, Ouvrier nommé Ecrieur,qui éclaircit du fil de fer en le frottant avec un torchon & du grès, x eft une portion du fil qu'il faut éclaircir, tu, celui qui l'a été.
- Figure 6, morceaux de forgis qui approchent plus ou moins de l’état où ils doivent être pour être travaillés dans les tréfileries.
- Fig ure 7, une bûche avec tout ce qui en dépend. K, la bûche. S, l'enfoncement où l'on met les outils. V, l’aiflteu du levier coudé en équerre.
- p.27 - vue 32/46
-
-
-
- *8 ART DE RÉDUIRE
- D, h grande branche de ce levier. F\ la petite branche. 7?,C,les cames d£ 'l'arbre tournant. X Y> la perche à reiTort. Z 3 la chaîne qui releve la branche D de i’aifiîeu coude. T,T, les montants qui foutiennent les chaflïs qui porterttvles perches à relfort. G, maillon qui faifit les branches de la tenaille H. 7, la tuile qui eftfupportée en arriéré par un talfeau. NN, montant de fer avec la traverfe O qui fervent à alfujettir les filières.,(7, morceau de lard pour gratifier lefil R, qui va palfer dans la filiere. Af?piece debois fur laquelle aboutirent toutes les bûches.
- Figure 8 , la même chofe repréfentée en plan. A, la roue à aubes. 7?,C>les cames qufifont fur l'arbre tournant. D , le grand bras du levier coudé en équerre. E} la coupe du petit bras qui s'élève verticalement. T7,/7, les tour-rillons? qui fiipportent *ce levier recourbé. L, L , échancrures faites dans la bûche^T / pour permettre le jeu du levier recourbé, c, anneau qui reçoit le maillon. G , le maillon: b'I, les branches de la tenaille. 77, le corps de la tenaille, a , a3 les ferres de la tenaille. 77,1a tuile. N, N, les fupports de la filiere PP. Q, le fac de grailfe. i’, l'enfoncement ou l'on met les outils. 7/jauge ou compas pourmefurer la grolfeur des fils. R, le fil de fer qui doit palfer par la filiere. A7, piece de bois fur laquelle aboütilfent toutes les bûches. Tyla coupe des montants .Tfde la figure précédente. Vb la planche qui fert de fiege à l'Ouvrier.
- -Figure 9 , la tenaille vue en grand & féparément. ^, fes mâchoires.1 b 3 b, fes branches, cqueue du maillon qui entre dans l'anneau, 'h, le clou fur lequel elles fe meuvent. G^ le maillon.
- " .PLANCHE IV.
- Oit Ton a détaillé la maniéré Fagreyer SG de tirer le Fil de F en
- Figure i , Agreyeur qui fait palfer le fil par la filiere en ab ai fiant ia queue d'une «équerre de bois; une de fes makis conduit la tenaille ; c'efl: ce qu'on appelle tirer -à la bûche.
- Figure 2 3 marmite de fer dans laquelle on fait recuire le fil de fer.
- Figure 3 , deux hommes qui font palfer le fil par la filiere en faifànt tourner un tambour fur lequel fe roule le fil à mefure qu'il a palfé par la filiere.
- Fig ure 4, Ouvrier qui tire du fil fin. Comme il ne faut pas autant de forces pour traire le fil fin que le gros, un Ouvrier fuffit pour cette opération. On met le fil à traire fur un tourniquet f ; il palfé par la filiere h , & il va fe dévider fur la bobine g.
- Quand on a palfé le fil par trois trous de la filiere, on le fait recuire dans la marmite de fer kl. On voit en kÇFig. 2) la marmite l ren-verfée dans un fourneau de briques ou il y a des mottes à brûler.
- Figure y, la bûche de l’Agreyeur vue en perlpeétive & garnie de fes uftenfiles. Figure 6,
- p.28 - vue 33/46
-
-
-
- LE FER Ë :N F IL. 29
- Figure 6, eft la même bêche vue en plan. AB, la bûche ; près de À eft le morceau de bois qu'on appelle étibot , fur lequel on lime le bout du fil de fer pour commencer à le faire paffer dans la fîliere : on voit autour de cet étibot Figure i, la chiffe pour manier le fil de fer fans le brûler. C, la place de la lime. E, la fîliere. F, F, crampons qui fervent à arrêter la fîliere au moyen de coins de fer qui la ferrent dans les crampons. H, les tenailles. 1, Planchette fur laquelle coulent les tenailles. K , le chaînon qui embraffe les branches de la tenaille. L > endroit où le chaînon eft arrêté à la branche verticale & fupérieure de l'équerre. M> branche de l'équerre qui eft prefque horizontale quand les tenailles font auprès de la fîliere, O O , l'aiflieu de l’équerre. P, enfoncement dans la bûche pour mettre les outils qui fervent à ajufter la fîliere ; on y voit un marteau & un poinçon» Q, jauge pour mefurer la groffeur des fils de fer. R, la chambrière qui fert à recevoir le fil qui a paflfé par la fîliere. Ce fil paffe dans une efpec® d'anneau S.
- Figure 7, N, le levier recourbé M des Figures 5 & 6*
- Figure 8, le maillon K des Figures y 8c 6.
- Figure 9 y qui a rapport à la Figure 3 de la Vignette > eft une bûche à bobine vue en perfpeétive. T eft la bobine fur laquelle fe roule le fil de fer à mefure qu'il a paffe par la fîliere. V, F, les manivelles où fe placent deux hommes pour faire tourner la bobine.F, un des montants qui portent.faiftieii' de la bobine. Le relie eft à peu près comme à la bûche à équerre, & eft in**4 Jdiqué par les mêmes lettres*
- Figure 10, l'établi où l'on tire le fil de fer fin ? vu en plan*
- Figure 11 > le même établi vu en perfpeélive. 1, le tourniquet où l'on met l’écheveau de fil. 2 , bobine fiir laquelle on tire le fil* 3 ? la filiere. 4,4, 4 > chevilles de fer qui la retiennent, y, la fiiierê placée verticalement, comme on la pofè quand on ajufte les trous. 6 , l’étibot ou l'étibois fur lequel on lime la pointe des fils de fer pour qu'ils entrent dans les trous de la filiere* 7 , billot appellé chouquet, fur lequel on rabat les filières. 8, la jauge pour mefurer la groffeur des fils de fer. 9, trou où l'on met de l'huile. 10, port® pu anneau de la bobine où Ton accroche le bout du fil de fer.
- 1
- PLANCHE V,
- s
- Où Von voit des Fils de fer de differentes grojffeurs.
- On a repréfenté fur cette Planche toutes les grofleurs de fil de fer qui fè trouvent dans les boutiques de Ciincaillerie les mieux aflbrties depuis le plus fin qu'on nomme Pajfe-Perle marqué pp, jufqu’au numéro 29.
- * Comme eft celle de M. le Marié, à ia Garde de Dieu, ftir le quaide la Ferraille.
- Fil d’Archal. H
- p.29 - vue 34/46
-
-
-
- 5o ART DE RÉDUIRE
- Les Serruriers emploient du fil de fer pour beaucoup de leurs ouvrages, & on leur en fournit depuis le numéro 8 jufqu au numéro 26, & même quelquefois jufqu’au numéro 29. Ils donnent la préférence au fil Normand qui eft roide & élaftique, particuliérement pour les relforts de fonnettes 8c de flores, à quoi ils emploient les fils depuis le numéro IJ jufqu’au numéro 19. ,
- Pour faire les clous d’épingle, on prend du fil de Franche-Comté que dans le Commerce on nomme de Limoges. Ce fil eft plus doux que le Normand , & Ton emploie à cet u&ge depuis le Pafle - Perle jufqu’au numéro 17.
- Pour les treillages, on fe fert de fil d’Allemagne depuis le numéro 8 jufqu’au Pafle-Perle. Le fil d’Allemagne efl bon & propre ; mais il eft fou vent pailleux, & l’on ne fait point de difficulté de lui fubftituer du fil Normand ou de Limoges quand il s’en trouve de groffeur convenable.
- Les Pofeurs de fonnettes emploient ordinairement pour les renvois du fil depuis le numéro 1 jufqu’au numéro 3.
- On emploie pour les cordes des inftruments de Mufique, des fils beaucoup plus fins ; mais ils le font trop pour avoir pu être repréfentés fut; cette Planche.
- Il ne nous a pas non plus été pofllble de repréfenter une filiere dans fa grandeur naturelle; mais pour qu’on pût en prendre une idée, nous en avons fait graver une en petit ; elle eft vue de plat.
- La Figure 30 repréfente donc cette filiere vue par les, côtés de la femell# ou les trous font plus larges.
- La Figure 31 eft une coupe de la filiere par fon épaiffeur, & par fax® des trous qui, comme l’on voit, font coniques. Les bouts évafés a, fë nomment Permis ; le petit bout b s’appelle l'Œil.
- La Figure 32 eft une jauge pour mefurer la grolfeur des fils de fer depuis le numéro ij jufqu’au paffe-perle.
- La Figure 33 eft le poinçon d’acier qui fert à calibrer les trous.
- p.30 - vue 35/46
-
-
-
- LE FER EN FIL.
- 3Ç
- ««S™
- EXPLICATION
- de quelques Termes propres à VArt de la Tréfilerie.
- A
- A ffile. On nomme ainfi un nouet de toile dans lequel il y a un morceau de lard ou de graille. On fait palier le fil de fer à travers ce nouet pour lui faciliter le paflage dans la filiere. F âge ip
- Agreyeur. Ouvrier qui fait palier, à force de bras, les fils de fer déliés par la filiere. 2,17 Allemanderie. Attelier où l’on forge
- fous un petit martinet le fer pour le réduire de grofleur à palier par les plus grands trous de la filiere. 2
- Applatisserie. C’eft un attelier où l’on fait palier le fer rougi entre deux rouleaux pour le tirer en barres plates. 7
- Auger. C’eft creufer en gouttière une des furfaces d'un morceau de fer plat qu’on deftine à faire une filiere. " 25,26
- B
- Blanc ployant. C’eft un défaut du fer qui le rend peu propre à être tiré àia filière. ^ 17
- Bobine. C’eft un cylindre allez gros qui s’établit verticalement fur une forte table, ôc qu’un homme fait tourner au moyen d’une manivelle ; on fe fert de cet infiniment pour faire palier à la filiere des fils déliés. 2, ip Bûche. C’ell un fort ôc gros madrier qui porte les tenailles, les filières Ôc d’autres inf-truments propres à la Tréfilerie. C’eft en quelque façon l’Etabli du Tréfileur. p, 17
- C
- Cames. Ce font des efpeces de menton-nets ou de dents qui font attachées fur la circonférence d’un arbre tournant, ôc qui fervent à foulever les gros marteaux. 4 Canard ( queue de ). Quand un fil de fer, au fortir de la filiere, s’eft déchiré, on dit qu’i/ a fait la queue de Canard ou de Renard. 17
- Catons. On nomme ainfi auprès de la Trappe des tringles de fer qui ont environ trois pieds de longueur, ôc qu’on forge à bras fur une enclume pour les réduire à une grolleur convenable, pour être tirées à la filiere. 3
- Chaînon. C’eft une efpece d’anneau ovale ou de bride qui embralle les queues des tenailles, Ôc qui les ferre en même temps quelle les tire en arriéré* 10,
- Chambrière. C eft un bâton qui eft attaché verticalement auprès de la bûche. Ce bâ* ton a une efpece d’anneau de fil de fer dans lequel paffe celui qu’on tire pour qu’il ne fe mêle point. 1g
- Charrée ( taches couleur de ). Ce font des taches grifes couleur de cendre. 17. Voyez Blanc ployant.
- Chiffe. C’eft un morceau de torchon que les Agreyeurs tiennent à la main pour que le fil qui eft gros ôc qui s’eft échauffé en paffant dans la filiere, ne les brûle pas. 1 p Chouquet. Biilot fur lequel on rabat les filières,
- Cograin. Ce font de petits grains de fer qui s’attachent très-intimement aux trous de la filiere, ôc qui gâtent le fil lorfqu’on n’a pas foin de les ôter. 14,
- Crissures. Ce font des efpeces de rides ou de crifpures qui fe font à la fuperficie du fil de fer lorlque la filiere eft mal ajuftée. 3,16
- D
- Dalle, On nomme ainfi dans les Aîle-manderies une gouttière de fer où les forgis fe rendent à mefure que l’Ouvrier les a travaillés fous le martinet. p\
- Déboucler, fe déboucler. C’eft quand le fil forme une efpece de noeud qui le fait rompre. 16
- E
- Ebroudage. C’eft le travail de la troi-fieme bûche ; ôc quand le fil a paflé par tous les trous de cette bûche, on l’appelle ébrou-di. 7
- Ebroudeur, eft l’Ouvrier qui eft attaché à la troifieme bûche. 1 f j
- Ebroudi. Voyez fïbroudage. Ebroudeur: Ecotage. C’eft le fil qui a été travaillé fur la fécondé bûche; ôc l’Ecoteur eft l'Ouvrier attaché à cette bûche. 7
- Ecoteur. Voyez Ecotage.
- Ecrier. C’eft nettoyer ôc éclaircir le fil de fer en le frottant avec un linge chargé de grès. L’Ecrieur eft un Garçon de la Tréfilerie qui a foin de faire cet ouvrage. 1 £ Ecrieur. Voyez Ecrier.
- Estibot. Etibois. Etibot. C’eft un morceau de bois fur lequel on lime le bout d’un morceau de fil de fer, pour le mettre de grof-feur à entrer dans les trou» de la filiere.
- i9> 24
- p.31 - vue 36/46
-
-
-
- 22 ART DE REDUIRE LE FER EN FIL.
- F
- Faix,(donner trop de faix) c’eft paÏÏer le fil par un trou trop fin. 14
- [ Fer ( Tireurs de ). Les Tireurs de fer font ceux qui tirent le fil de fer fin à la bobine. 19
- Filiere. Bande de fer plat chargée de po~ tin ou fonte de fer, ôc percée de trous par lefquëls on fait palier le fil. 16
- Forgis. Les Forgis font des barres de fer qu’on a travaillés fous le martinet pour les arrondir & les mettre de grofleur à palier par les trous de la filiere de la première bûche,
- 4
- Frisé. Fer frifé; c’eft celui qui a lafuper-ficie inégale, & ce défaut arrive quand on le paffe par des trous trop fins. 16
- H
- Hapè de chaînon. C’eft un maillon du chaînon* 12
- J
- Jauge, ou compas d’épaiffeur. Morceau de fil de fer plié en zigzag, qui fert à mefu-rer la grofleur des différents fils de fer , parce qu’entre chaque pli du fil , on laiffe des efpaces plus ou moins grands, de forte qu’on peut mefurer autant de différents fils qu’il y a de plis. J $
- h
- Lanterne. C’eft une efpece de dévidoir Formé par plufieurs fufeaux. On met fur la lanterne le fil qu’on veut faire palier par la filiere. 20
- M
- Manicordïon. C’eft ainfi qu’on nomme le fil de fer très-fin qui fert pour les inftru-ments de mufique. 1,21
- Mauture. On appelle ainfi un fil de fer qui a été chauffé inégalement, ôc qui a été
- brûlé en quelques endroits. ,16
- N
- Nille. Petit tuyau de bois dans lequel entre la branche d’une manivelle pour em-
- pêcher que ce fer en tournant dans la main ne la bielle. 20
- Noir ployant. Ce font des taches brunes tirant fur le noir qui indiquent que le fer eft du&iîe. 17
- P
- Passe-perle. On nomme ainfi le fil de fer de l’échantillon le plus fin, fans doute à caufe qu’on s’en fert pour enfiler les colliers de perles. .
- Pertuis. On nomme ainfi les trous de la filiere : la partie la plus étroite du pertuis s’appelle l'œil * ôc la plus large eft l’évafement ou plus généralement le permis.
- Pierre. On dit qu’il fe forme des pierres, lorfque le fil demeure creux ôc qu’il fe dé* boucle. i é. Voyez Déboucler.
- Porte. C’eft une petite boucle de fer où l’on attache le bout du fil de fer ; enfuite on fait tourner la bobine. 20
- Potin. Les Faifeurs de filières appellent ainfi les fragments de vieille marmite de fer fondu. 23, 2é
- Q
- Queue de Canard. 17
- Qùeue de Renard. On dît qu’il fe forme des queues de Renard quand , en palfant le fil par un trou trop fin de la filiere , il perd plus de fa groffeut que ne l’exige le trou. 14,17 Voyez Canmd.
- R
- r Renard (queue de ). 14,17,
- Roulage ( fer de roulage ) c’eft un gros fil de fer qui ayant paffé par trois trous de la filiere, eft roulé en écheveau par celui qui le reçoit. 7,12
- T
- Tirer a la bûche. '23
- Tireurs a la bobine. 2. Voyez Bobine. Tireurs de fer. % 19
- Tréfilerie. Attelîer où l’on tire le fer forgis par la filiere pour le réduire en fil de différentes groffeurs. 1, 2, 8
- TrÉfileur. 2, 7. Voyez Tréfilerie.
- Tuile. Planche de bois fort unie qu’on pofe fur la bûche, ôc fur laquelle coulent
- les tenailles. Elle doit être plus inclinée que
- la bûche. 10,18
- Fin de l'Art de réduire le Fer en Fil.
- De l’Imprimerie de L. F. Delatoür, 1768,
- p.32 - vue 37/46
-
-
-
- J/n.y pMWjnn'ji
- em
- ’nj:
- i/dli
- pl.1 - vue 38/46
-
-
-
- p.n.n. - vue 39/46
-
-
-
- I
- PI.JJ
- Tre/zllerie
- A
- Fzç.ji.
- Fig. 10.
- Fig.g.
- Fig- B. .
- J 2, .
- Fig. i5.
- I
- i
- %
- i j
- pl.2 - vue 40/46
-
-
-
- p.n.n. - vue 41/46
-
-
-
- pl.3 - vue 42/46
-
-
-
- p.n.n. - vue 43/46
-
-
-
- pl.4 - vue 44/46
-
-
-
- p.n.n. - vue 45/46
-
-
-
- Pl.v
- r enter ie :
- i'
- N? 6,
- mm
- X
- N?
- N°j3.
- W&
- Mià
- «âtothiâÜiHM
- 2N°. 2.7.
- N? 20.
- Mil.
- 0 M z3,
- 1
- XN? 2,5
- n
- 55°2.5. 7
- 2>o.
- b F&‘31‘ b
- Ftç. 3^.
- C.n JJaud'.f'ard Scidp
- l-
- pl.5 - vue 46/46
-
-