Descriptions des arts et métiers
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- DE LEPINGLIER.
- Par M. d e R EA UM u R. Avec des Additions de M. D u h a m e h DU Monceau , & des Remarques extraites des Mémoires de M. PerroNET , InfpeSeur Général des Ponts Ô Chauffées (*).
- I N T R O D U C T I O N ; par M. Duhamel .
- On s aïî en général que les Épingles font des bouts de fil de métal; pointus par un bout9 & garnis d’une tête à l’autre bout, & que leur ufàgô eft d’attacher de la toile ou d’autres étoffes fans les endommager, de façon qu’on puifle fur le champ & en tirant l’épingle , déployer l’étoffe & la rattacher de nouveau : les femmes en font une grande confomma-tion, fur-tout pour leurs coëffures.
- Il n’y a perfonne qui ne foit étonne du bas prix des épingles ; mais là furprife augmentera fans doute quand on fuira combien de différentes opé-rations, la plupart fort délicates, font indifpenfablement néceflâires pour faire une bonne épingle. Nous allons parcourir en peu de mots ces opérations pour faire naître l’envie d’en connoître les détails ; cette énuméra-. > tion-nous fournira autant d’articles qui feront la divifion de ce travail.
- i°, Comme le. fil de laiton fe vend en botte aux Epingliers, il fe trouve rarement de la groffeur que doivent avoir les épingles : il eft donc nécef-{aire de le paffer à la fîliere pour le calibrer ; c’eft un préliminaire que nous ne rapporterons que fort en abrégé , pour ne point trop entamet fur la Tréfilerie qui fait un Art particulier, & qui mérite d’être traité à part. ;
- (*) Ôn n’a trouvé dans le dépôt de l’Académie , qu’unfimple projet de Mémoire fur VEpin-glier, faitpar M. deReaumur, & trois planches gravées, mais fans lettres de renvoi & fans explication des Figures. M. Duhamel qui s’eft chargé de mettre ce Mémoire en état d’être im-
- EP IN G II ER.
- primé, y a fait plufieurs additions, & a fait encore graver trois nouvelles Planches. M. PerroneXî a fourni auflï plufieurs Articles qui enrichiffent cette defcriptiôn. On à cru devoir indiquer ce qui appartient à chacun de ces Auteurs^, en mettant leur nom à la fin des Articles qu’ils ont fournis.
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- a ART DE DE P ING LIE R.
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- 2° , Le fil qu’on livre aux Ouvriers étant fale, il faut le Décaper , c*e{t~ à-dire, le nettoyer, au moyen du tartre.
- 30, Comme on fait des épingles de différentes longueurs & groffeursj les Marchands & les Fabriquants d’épingles font convenus de les distinguer par différents numéros, & par des noms qu’il eft bon de lavoir.
- 4°, Ce fil étant par écheveaux ronds ou bottes, ^il eft néceffaire de le redreffer en le paffant entre plufîeurs pointes de clous difpofés en entre-las : ceux qui exécutent ce travail, fe nomment Drejfeurs.
- y0, Un Rogneur coupe les fils dreffés par bouts ou tronçons qui doivent avoir la longueur de trois, quatre ou cinq épingles.
- 6°, Il faut former des pointes aux deux bouts de ces tronçons" de fil, qu’on nomme quelquefois des Moules. C’eft l’ouvrage des Empointeurs qui forment les pointes fur des meules d’acier hachées en Écouenne.
- 7°, Quand les pointes font, pour ainfi dire, ébauchées, il faut les adoucir fur une autre meule d’acier plus fine : c’eft l’ouvrage des 'Repajfeurs ou Finijfeurs.
- 8°, Lorfque les fils des tronçons font appointis par les deux bouts, il faut les couper de la longueur des épingles pour en faire ce qu’on nomme des Hanfes.
- 9°, Il faut garnir de têtes ces hanfes pour achever de former des épingles : pour cet effet, le Tourneur de têtes forme une efpece de canne-tille avec un fil de laiton fin, qu’il roule fur un plus gros fil qu’on appelle Moule a tête % ces fils roulés fe nomment des Moulées
- io°, Quand le fil à tête eft roulé eh hélice, il faut le couper , de forte qu’il y ait exactement à chaque petit morceau deux révolutions de fil pour faire une tête. •
- ii° & 12°, On doit Brocher ou enfiler la hanfe dans une tête , 8c la placer à l’extrémité oppofée à la pointe, ce qu’on appelle Boutter ; puis l’affujettir en cet endroit par de petits coups d’un poinçon qui fait partie d’un inftrument fort ingénieux qu’on nomme Etiquette ou Têtoir : la de£ cription de cet inftrument, 8c la maniéré de s’en fervir ou d’entêter, forment deux articles. '
- 130, Il faut redonner le jaune aux épingles ; quelques-unes relient en cet état ; mais on blanchit la plus grande partie avec de l’étain.
- ï4°, Quoique les épingles de fer fe faffent à peu près comme celles de laiton, il étoit bon d’en dire quelque chofe, fur-tout fur la maniéré de les blanchir.
- 150, La fabrique des épingles fera terminée par le détail de certaines efpeces d’épingles qu’on n’exécute pas bien fréquemment : telles font les épingles noircies, celles à deux têtes, celles en pincette, &c.
- l6°, Il faut piquer les épingles dans du papier, & les y arranger par
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- quarterons \ ce qui exige des précautions pour être fait avec prlcifioiï <$-promptitude.
- 170, L’art de l’Epinglier ne fe borne pas à faire feulement des épingles ; îl fait encore des grilles, des portes, des agraffes, de petits clous, &c» quoique ces ouvrages ne foient pas auffi intéreffants que la fabrique des épingles, nous ne négligerons pas d’en parler*
- On voit que malgré le peu de cas qu’on fait communément d’une épingle, il y a néanmoins peu d’ouvrage auffi propre à faire fentir com* bien il importe que les Arts foient amenés à une certaine perfeétion ; ceux qui font le moins difpofés à admirer les chofes communes * ne foudroient penfer à tout le travail dont nous venons de donner une légère idée-, fons être furpris qu’on puiffe fournir une épingle à fi vil prix. Toutes ces opérations s’exécutent, à la vérité, avec une célérité merveilleufe; il y a tel Ouvrier qui fait dans un jour la pointe à plus de 72 mille épingles ; un autre forme la tête, une à une, à 7 & quelquefois à 12 mille épingles ; 8c c’eft dans la promptitude de cette expédition que confifte une des perfeétions de l’Art.
- On fait des épingles de laiton ou de fer ; celles de laiton étant les meilleures , nous allons expliquer la façon de les faire : nous parlerons enfoite de celles de fer.
- Maniéré de Raire ( * ) , ou tirer à la bobine, ou de calibrer le Fil de laiton ; par M. Duhamel.
- Quoique l’art de tirer les métaux & de les étendre au moyen de la filière, doive être traité exactement, lorfqu’il s’agira de Tréfileries, & quand on décrira l’art du Tireur d’or, nous ne pouvons pas nous dilpenfer d’en dire ici quelque chofe, ne fût-ce que pour n’omettre aucune des opérations de l’Epinglier ; mais nous nous bornerons à ce qui fe pratique dans ces atteliers, & nous abrégerons les détails le plus qu’il nous fera poffible* Il y a plufieurs fortes de filières : celle dont fe fervent les Ëpin-gliers, eft un morceau de fer plat couvert fur une de fes faces d’une lame de fer fondu ; quand il s’agira des Tréfileries, nous rapporterons la maniéré de faire ces filières : dans cette réglé de fer font percés plufieurs rangs de trous A> B , (PL L fig. I ) ; ces trous font coniques (fig. 2 ) * étant affez larges du côté de C, 8c beaucoup plus fins du côté de D, qui eft la face couverte de fer fondu. De plus , ces trous du côté de D, font de plus en plus menus, non-feulement, pour qu’on puiffe calibrer exactement le fil & le réduire à la groffeur qu’on veut, mais encore poiir quen paffant fucceffivement les fils dans des trous dont les diamètres dif-
- (* ) Je crois que Raire eft une corruption de Traire, Tr^itærr i on dit, de Vor trait<
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- férent peu les uns dès autres, le métal en fouffre moins d'effort, & qu'il s'allonge fans fe rompre. Il en eft comme d'un morceau de fer qu'on frappe à petits coups pour le courber fans le rompre.
- Les filières dont on fe fert à Laigle , fe fabriquent aux environs : leur ^prix ordinaire eft de 6 livres ; elles fervent un an, après quoi on en fait des limes à l'ufàge des Epingliers.
- Ceux qui font les filières, forment dans le fer la partie évafée C, (fig. 2) ; mais ils ne percent point entièrement la furface où les trous doivent -être fins 8c exaélement calibrés. Ces trous font ajuftés par les Tireurs ; .pour cela, on place la fiiiere verticalement dans un établi de bois où on l'affujettit avec un coin, comme on le voit (fig. 3 ), & on perce ou bien on augmente les trous avec un poinçon d’acier (fig. 4) , ainfi qu'on le voit (fig. 3 )• Les Tireurs d’or calibrent les trous de leurs filières avec une efpece d3Alefiair ou poinçon quarré : on paffe des fils dans ces trous ; on en tire des bouts avec une pince ; on examine fi le fil eft précifément de la groffeur convenable pour faire les épingles, ce qu’on reconnoît en les paffant dans la jauge (fig- 5 ), qui eft faite d'un fil de fer d'environ une ligne & demie de diamètre, qui eft recourbé en ferpentant, comme on le voit à la figure 5, de forte que l'elpace 1, fbit plus menu que l’ef-pace 2, que l'elpace 16 foit le plus grand de tous. Il faut encore que ces elpaces foient proportionnés à la groffeur des épingles qu'on le propofe de faire. Il eft évident qu'en paffant les fils qu’on veut calibrer par les elpaces 1 ou 2 , ou 3 , ou 4, ou y , &c. on juge aifément s'ils font de la groffeur convenable. Ces zigzags de fil de fer font comme autant de compas d'épaiffeur.
- On voit (fig. 3 ) qu’on aggrandit les trous de la fiiiere avec le poinçon ; mais quand ces trous font un peu trop grands , on diminue leur diamètre en mettant la fiiiere fur un billot de bois, & frappant autour du trou avec la panne d'un marteau, & enfuite le poinçon lui donne là
- rondeur. - * *
- Quand le fil eft beaucoup trop gros pour l’ufage qu’on en veut faire J les Epingliers le tirent à la bûche ; mais communément ils n'achetent pas des fils fi dilproportionnés de groffeur, & ils le contentent de le tirer à la bobine. Quoiqu’on faffe ufage quelquefois dans les Epingleries de la bûche à dégrolïir, nous renvoyons la delcription de cette machine à la Tréfilerie.
- Quand la fiiiere eft bien ajuftée, le Tireur, au lieu de la pofition verticale quelle avoit (fig. 3 ) , la place de champ B (fig. 6 ) fur une forte table CD) à un des bouts de laquelle vers D, eft placé le tourniquet A, (fig. 6 ) fur lequel eft une piece de fil de laiton, & à l’autre bout du côté de C, eft établie une bobine E, qui eft faite d’un morceau de
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- bois d'orme tourné , & qui eft un peu plus large par en bas que par en haut ; elle eft traverfee à fon axe par une broche de fer, & fur Taire fu-périeure efl: fermement clouée une manivelle qui efl: traverfee à ion origine par la broche de fer dont nous venons de parler.
- La filiere étant ajuflée comme on le voit en F (fig. 6), le Tireur prend un bout de fil qui efl: fur le tourniquet A, il lui fait la Preffiure ; c'eft-à-dire , que le pofant fur un morceau de bois qui a de petites coches , il appointit le bout du fil avec une lime pour qu'il puifle paflfer par un des trous de la filiere ; il l'introduit dans ce trou par le côté évafé, & ayant tiré avec une pince ou tenaille plate qu'on nomme Baquette_y un bout long d'environ une toife, il vérifie avec la jauge, fi le fil eft d'une grofleur convenable ; il fait deux révolutions autour de la bobine, & enfin il l'arrête à la Porte : c'eft ainfi qu'on nomme un gros fil de laiton courbé qui efl: fixé au haut de la bobine.
- Il eft évident que quand le bout du fil eft attaché à la porte, fi on tourne la manivelle , on fait pafler fur la bobine tout le fil qui étoit fur le tourniquet ; mais dans ce trajet, il traverfe la filiere, il s'écrouit & diminue de grofleur. A mefurè que le haut de la bobine fe charge, le Tireur baifle la filiere pour que le fil garnifle toute l'étendue de la bobine. On met de temps en temps un peu d'huile dans les trous de la filiere, Sç on frotte le fil avec un guenillon imbibé d’huile, pour qu'il pafle plus aifément par les trous fans fe rompre, ce qui arrive néanmoins quelquefois quand le cuivre efl: aigre.
- On eftime que le fil s'allonge à peu près d'un tiers en paflànt par chaque trou : rien n'eft plus incertain ; car cela dépend de la proportion qu'il y a entre la grofleur du fil & le diamètre du trou ve la filiere ; auflî les Tireurs fe reglent-ils fur la grofleur du fil, 8c non pas fur fon allongement.
- Quelques-uns prétendent qu'il faut commencer par pafler le fil à rebours en l'enfilant dans la filiere par le côté étroit du trou D (fig. 2 ) , afin, di-fent-ils, de le ratifier & de Téclaircir, & qu’enfuite on le repafle dans l'autre fens par les mêmes trous de la filiere ; de forte que cette fécondé fois il entre par le côté évafé de la filiere, ce qui le polit ; mais quand le fil a été avivé ou déroché, comme nous le dirons dans la fuite, il fe polit & fe brunit en quelque façon dans la filiere, & on eft dilpenfé de le pafler à rebours.
- Si le fil eft deftiné pour faire le corps des épingles, on le nomme// à moule , & celui qui eft deftiné à faire les têtes s’appelle fil a tête 5 celui-ci eft beaucoup plus fin que l'autre, puifque pour certaines efpeces d'épingles <ju on nomme des quatre, il faut 30 livres de fil à moule, 8c feulement quatre livres de fil à tête. Le fil tiré & réduit à la grofleur convenable eft porte à la Fabrique par pièces qu'on nomme de V ouvrage^
- ËPJNGLXER,
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- . , Remarques de M. Perronet.
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- ï°. L’établi CD (PL 6)> e& de bois de chêne, il a 3 pouces
- d’épaiflèur fur 4 pieds 9 pouces de long, & un pied & demi de largeur*’ Cette table eft placée fur quatre pieds G qui élevent Ion deflTus de deux pieds un pouce au-deffus du terrein.
- 20, Deflus cette table, au bout C, eft une bobine E, quelquefois de buis* qui a 6 pouces de diamètre par le bas , y par le haut fur 8 pouces de hauteur ; elle a en bas un rebord d’un demi-pouce de largeur, qui fait une faillie de 4 lignes. Cette bobine eft percée dans fon axe d’un trou qui a 13 lignes de diamètre par en bas ; & à un pouce de hauteur il eft réduit à n’avoir plus que 10 lignes de diamètre.
- 30, Au haut de la bobine eft une manivelle courbe de fer plat, dont l’épaiflèur eft de 3 lignes, & la largeur d’un pouce ; elle a 10 pouces de coude ou de levier ; la fléché de la courbure eft de 3 pouces. Cette manivelle l’élargit par un de fes bouts pour former une plaque ronde de 3 pouces de diamètre ; cette plaque eft percée de trous pour recevoir des clous qui l’affujettiffent fermement fur l’aire fixpérieure de la bobine ; elle eft de plus percée dans fon milieu d’un trou de 7 lignes de diamètre, pour laifler pafler l’extrémité d’une broche, dont nous parlerons dans un inftant^ A l’autre bout de la manivelle fe trouve une tige de fer de 8 lignes de dia-métré élevée perpendiculairement, & fixée deflus ; elle a 9 pouces de hauteur. Dans cette tige on pafle une poignée de bois qui a 8 pouces de hauteur & 2 de diamètre ; elle fert à faire tourner la manivelle que les Ouvriers appellent N Me. 1
- 40, On fait pafler dans la bobine E un axe de fer qui n’a que 9 lignes de diamètre dans le milieu ; mais au bas jufqu’à deux pouces de fa hauteur, il a un pouce, & il eft reçu dans un trou de même diamètre , pratiqué dans l’axe de la bobine ; ce renflement fert à élever la bobine d’un pouce au-deflïzs de la table ; enfin l’extrémité fupérieure de cet axe, dans la longueur feulement d’un pouce, eft réduite à 6 lignes de grolfeur, & cette partie eft reçue dans l’œil de la plaque de fer qui eft au bout de la manivelle. Cet axe a 16 pouces de longueur, dont 10 s’élèvent au-deflus de la table; 3 qui doivent être gros en quarré de ij* à 18 lignes, traverfènt l’épaiflèur de la table , èc il excede le delfous de la table de 3 pouces ; à cette partie eft une mortaife dans laquelle on frappe une clavette pour qu’il foit aflu-jetti bien folidement.
- Sur le même établi en B , s’élèvent des broches de fer qu’on nomme Affîches ; elles ont 18 lignes de large fur 8 d’épaifleur ; elles doivent être éloignées l’une de l’autre de l’épaiifeur de la filiere.
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- 6°, A côté 3c en dehors de la table , eft un pieu H qui entre dans la terre & qui eft attaché à la table avec une corde ; là hauteur eft déterminée par celle de la table qu’il doit un peu excéder ; il eft ordinairement rond & quelquefois quarré, de en ce cas , il a 4 pouces fur y. Sur Taire de ce pieu, qu’on nomme Bat-filiere, font creufées une ou deux rainures d’un pouce de largeur fur un quart de pouce de profondeur, dans lefquelles on met la filiere quand on la veut battre.
- 70, Sur la table s’élève, à 4 pouces de hauteur, une cheville /, d’un pouce de diamètre qu’on nomme Etïbot ; elle fort à faire la preffure du fil. Cette cheville eft entourée d’une calotte de chapeau qui reçoit la limaille Sc les courtailles qui fe vendent for le lieu aux Fondeurs 18 fols la livre.
- 8°, Au bout oppofé D, eft un tourniquet A ; le plateau d’en bas a 10 pouces de diamètre, 6 lignes d’épaiffour ; le plateau d’en haut n’a que y pouces de diamètre ; les fufeaux, au nombre de y ou 6, ont 6 lignes de diamètre 8c 9 pouces de longueur. L’axe vertical eft reçu dans des trous qui font au milieu des plateaux ; le trou du plateau d’en bas eft de 10 lignes, Sc celui d’en haut de 7.
- 90. Sur la table eft un petit pot de cuivre dans lequel on met de l’huile ; pn en emploie peu, parce qu’elle ternit la couleur du cuivre.
- io°, Cet établi garni d’une bobine, d’un tourniquet, une filiere, une lime, un marteau, une petite tenaille, 3 poinçons & une jauge, coûte à peu près 24 livres.
- ii°, Les Tireurs font palier par les trois premiers trous delà filiere ry livres de laiton en douze heures de travail ; par les trous plus fins, ils n’en font palfer que 10, parce que le fil a pris plus de longueur. On peut eftimer qu’un Ouvrier, l’un dans l’autre, tire 12 livres de fil, qu’on paie à peu près à raifon d’un fol par livre > mais il faut qu’il s’entretienne d’outils, le Maître ne lui fourniflànt que la gravelée ; Sc l’entretien des outils diminue fon profit d’un tiers.
- 12°, M. Perronet a éprouvé qu’un bout de fil de laiton, tel qu’il arrive de Suede, Sc de la groffeur d’une bonne aiguille à tricotter, ayant trois pieds 8 pouces de longueur, pefe y gros Après avoir été éclairci Sc avoir palfé par un premier trou de la bûche à dégrofiîr, il s’eft trouvé avoir y pieds y pouces de longueur ;ainfi il a alongé de 21 pouces dans cette opération.
- - Au deuxieme trou J il s’eft trouvé avoir 7 pieds 2 pouces ; ce qui eft 2r pouces de longueur de plus qu’il n’avoit en fortant du premier trou.
- Au fortir du troifîeme trou, il a eu 7 pieds 8 pouces, ou 6 pouces plus qu’au fortir du fécond.
- On le recuit, Sc au fortir du quatrième trou à la bobine, il a eu 10 pieds 8 pouces de longueur, Sc il s’eft alongé de 3 pieds.
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- Au cinquième trou, il a acquis 13 pieds un pouce de longueur, ainfi il s’eft alongé de 2 pieds y pouces.
- Au fixieme trou, il a eu 16 pieds 8 pouces ; ainfi il s'eft alongé de 3 pieds 7 pouces.
- Enfin, ayant fait paffer ce même fil par 6 autres trous, il a acquis 144 .pieds de longueur.
- On ne peut tirer de cette expérience une proportion exaéle de Talon--gement du fil, proportionnellement au nombre des trous, parce que les diamètres de ces trous ne font pas déterminés fiiivant quelques rapports conf* , tants. Il faut fe contenter de lavoir ce que fournit l'expérience.
- 13°, Quand leüi eft gros, les Ouvriers tournent la manivelle plus lentement que quand le fil eft fin , parce qu'il faut employer plus de force.
- Choix du Fil de laiton ôC de fer ; par M* de Reaumur.
- Le cuivre rouge n’eft: pas propre à faire des épingles ; elles n’auroient pas aflfez de dureté. Le laiton qui eft un compofé de cuivre & de pierre "Càlaminaire, eft plus roide, comme font prefque tous les métaux où il y a de l'alliage. Les trous par où les Tireurs font paffer le laiton pour le réduire en fil, contribuent encore à le rendre plus ferme ; fes parties le rapprochent ; fon tiffu en devient plus ferré : ceux qui connoiffent le mieux ce métal, font cependant encore furpris que fa dureté devienne affez grande pour que des épingles très-fines réfiftent autant qu'elles font fans fe plier.
- Nos Epingliers achètent à Rouen la plus grande partie du laiton qu'ils employent, & qui vient d’Allemagne ; car nos mines de cuivre ne four-mflent prefque rien au Royaume. Ce fil eft en bottes ou en gros éche-veaux ( FL III, fig. S ) d'environ 20 pouces de diamètre. Chaque botte eft compofee de yo ou 60 écheveaux plus petits appellés Pièces (fig. 10 ). Le fil de différentes bottes eft de différentes groffeurs ; les Epingliers achètent le plus gros pour les plus groffes épingles ; mais à Laigle & dans les meilleures Fabriques , ils le prennent toujours plus gros que les épingles qu'ils veulent faire ; ils fe réfèrvent à le faire palier par quelques trous de filiere .pour le bien écrouir.
- Ils choififfent celui qui eft de couleur blonde 9 qui ne paroît point pailleux ni mordu des tenailles de la Tréfilerie. Celui qui vient de Ham-* bourg (PL I, fg. 9) eft regardé comme le meilleur : ils mettent immédiatement après celui qu'on tire de Suede, & qui eft marqué à VX (fg< jo ) : ils eftiment, mais un peu moins, le fil à l'Arbre (fig. n), qui vient du même pays ; & le fil à trois Couronnes (fig. 12} , qui vient de Nuremberg : ils mettent au même rang le fil de Helle {fig* 13 ), & le fil de Namur {fig* 16 ), qu'ils achètent à Paris ; mais ils regardent comme
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- ART DE L’EPINGLIER. $
- les plus mauvais, les fils marqués à FM (fig. 14 ) & à l’Araignée (fîg* IJ )* J’ignore quelle eft la qualité du fil de laiton qui vient de la SuifTe.
- Quand ces bottes viennent de chez le Marchand, leur couleur les feroit plutôt prendre pour du fil de fer que pour du fil de laiton, tant elles font noires ; c’eft le dernier recuit qui les a ainfi noircies.
- Additions de M. D UH AM EL.
- On parlera ailleurs de la façon de changer le cuivre rouge en cuivre jaune ; il fuffit pour le préfent qu’on lâche en gros qu’on fond le cuivre rouge avec la calamine qui eft la mine du zinc : le cuivre rouge augmente de poids proportionnellement à la quantité de zinc qu’il prend dans la calamine, & il en devient d’autant plus dur ; c’eft pourquoi dans le choix du fil de laiton, les Epingliers rejettent celui qui a une couleur rouge ; parce que n’étant pas affez allié, il eft trop mou.
- La roideur des épingles vient encore , comme le dit M. de Reaumur, de ce qu’on écrouit le fil en le paftànt à la fiiiere plufieurs fois ; mais il faut que ce foit fans le recuire. Les Tireurs font toujours empreffés de recuire leur fil afin d’éviter de le rompre ; & quand il a paffé dans trois trous, ils le font recuire : mais comme on peut le ménager en le paftànt fucceftivement dans des trous dont le diamètre diminue peu, il eft à propos de prendre ce parti, fur-tout pour les épingles fines qui plieroient comme du plomb, fi elles n’é-toient pas bien écrouies. Cet article importe donc beaucoup à la bonté des épingles, &c c’eft ce qui nous a engagé à dire quelque chofe de la façon de tirer le fil à la fiiiere. Les bons Epingliers ont en vue de bien écrouir leur fil de laiton quand ils l’achetent toujours plus gros que les épingles qu’ils fe propofent de faire ; fans cela ils épargneroient une opération en achetant le laiton précifément de la grofleur qu’il doit avoir ; mais ils évitent de le prendre trop gros pour ne point augmenter inutilement les frais, & faire enforte qu’il foit fuffifànt de le tirer à la bobine par quelques trous de fiiiere.
- L’Epinglerie fait une greffe confommation de laiton, parce que les épingles fe perdent, Sc que l’on jette toutes celles qui fe courbent ; on ne s’avife point de mettre à la fonte les vieilles épingles , comme on fait les batteries de cuifine ufées. On eftime qu’il fç vend à Paris tous les ans pour cent cinquante mille livres d’épingles. Quelques-uns prétendent que cette efti-mation eft foible.
- A l’égard du fil de fer, il faut prendre garde quil ne foit pailleux ; & en paffant le fil entre les doigts, on ne doit point fentir de pointes qui les piquent. En général, le fil de Normandie eft plus eftimé que celui d’Al-1 lemagne, foit pour les épingles de fer, foit pour les clous, foit pour les agraffes, les aiguilles à tricotter, &c. C’eft pourtant fouvent celui d’Allemagne que les Epingliers emploient, parce qu’il leur coûte un peu moins. Epinglier. ~ C
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- ART DE DEP IN G LIER.
- Manière de décrajfer le Fil de laiton ; par M. de Reaum u r.
- Les Epingliers commencent par décraffer leur fil. Pour cela , ils réparent ( PL IL ) la bottzfig* 8 , en toutes les pièces ou petits écheveaux, dont elle fe trouve compofée 5 ils tordent enfuite chaque piece par le milieu ; ils lui donnent la figure d’un 8 de chiffre^zg-. 9 ; ils plient ce 8 en deux, & ré-duifent ainfi la piece à n’avoir qu’un quart du diamètre qu’elle avoit ; ils en forment donc de petites pièces (Jig* 10 ) qu’ils mettent enfuite les unes fur les autres dans une chaudière de fer b (fig, 1 ) pleine d’eau claire, dans laquelle ils jettent cinq quarterons de gravelée rouge (*) ou une livre de gravelée blanche, pour environ 60 ou 80 livres de fil. Alors l’Ouvrier les retire une à une : à mefure qu’il a tiré une piece , il la prend à deux mains & la frappe à diverfes reprifes fur un billot de bois a (jïg* 1 ). Le fel de la’ gravelée a corrodé une partie de la craffe ; les coups que l’Ouvrier donne contre le billot, achèvent de la détacher. Après avoir ainfi donné une couleur jaune à fes pièces, l’Ouvrier les remet dans la chaudière 8c dans la même eau. Pour faire agir plus efficacement cette eau empreinte de fel, il la fait bouillir pendant une heure ou environ ; il tire enfuite fes pièces de l’eau, & les bat contre le billot comme la première fois ; elles prennent dans cette derniere façon une couleur plus brillante & plus jaune : on a fait à peu près ce qu’on fait à l’argent 8c au cuivre lorfqu’onj les déroche.
- Remarques de M. P erro n et.
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- i°, La livre de fil de laiton de Suede qu’on acheté à Rouen, coûte, rendu à Laigle, 26 fols 2 deniers. Le fil de laiton d’Allemagne qui fe tire d’Aix-la-Chapelle, & s’entrepofe à Paris, coûte, rendu à Laigle, 26 fols 9 deniers ; ainfi il efl: un peu plus cher que celui qu’on tire de Rouen : cette raifon fait donner la préférence à celui-ci, qui, d’ailleurs étant plus ferme, fait de meilleures épingles,. En temps de guerre, les Epingliers font fouvent forcés d’employer le fil d’Allemagne.
- 20y Un peu de différence fur la groffeur du fil, n’en fait point fur le prix.
- 30, Les Eclairciffeurs, pour ménager la gravelée, commencent par mettre
- (* ) Ce que les Epingliers appellent de la gravelée, eft la gravelle ou le tartre crud qui s’attache à l’intérieur des futailles. Il y a du tartre blanc & du tartre rouge , relativement à la couleur du vin qui l’a fourni. On fait que ce fel du vin eft acide, & pour cette raifon capable de diffoudre les métaux imparfaits tels que le cuivre & l’étain.
- Quand même le fil qu’on paiïe à la filiere, ne
- feroit pas deftinéà faire des épingles, il conviendroit de le décrafler avec la gravelée pour ôter le noir du recuit avant de le tirer ; car la pellicule de cuivre brûlé qui couvre celui qu’on a ex-pofé au feu empêcheroit le'fil de bien couler dans la filiere. Quelques Tireurs, comme nous l’avons dit, le paflent au rebours ; mais il vaut mieux fuivre le procédé qu’indique M, de Réaumur.
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- leurs pièces de fil dans de la lie de bierre qui tient lieu de celle de vin qui eft rare en Normandie ; enfuite on fait bouillir le fil dans le tartre , comme le dit M. de Reaumur, & on finit par le laver dans plufieurs eaux claires.
- 40, Le travail des Eclairciffeurs ne laide pas d’être pénible ; car il faut battre le fil fort long-temps, 8c louvent avec force. Leur ulàge eft de donner trois petits coups & enfuite un fort.
- 5Ù, L’Eclairciffeur ne travaille à cette befogne qu’une heure, pendant Laquelle il éclaircit une botte de laiton de à 30 livres ; enfuiteil pafle cette quantité de laiton à la fiiiere, ce qui le repofe ; & comme, pour pafler 1 y livres de laiton par trois trous , il faut un jour, une demi-heure fuffit pour éclaircir le laiton qu’on peut tirer en un jour.
- 6°, Quand l’eau dans laquelle on lave le fil, refte bien claire & bien nette, on pafle les pièces dans un morceau de bois F(Jîg. 10 ) qu’on fup-porte fur le dos de deux chaifes pour les faire fécher au foleil ou au feu quand le ciel eft couvert. U faut de temps en temps tourner les pièces fur la perche qui les foutient ; car fl l’eau féjournok en une partie, le fil feroit taché : il ne faut avoir recours au feu que dans le befoin ; car le fil prend une plus belle couleur au foleil : il eft important de bien fécher le fil pour, lui faire prendre une belle couleur.
- Maniéré de calibrer le *Fil de laiton ; par M. de Reaumur*
- Le fil étant déc rafle , on le tire par des filières difpofées fur un établi, comme nous l’avons fuffifàmment expliqué. Quand le gros fil a pafle par deux trous, on le recuit à un feu de bois. Le chêne eft le feu! qu’on évite de brûler ; fa chaleur eft trop vive, & le fil en devient plus aifé à rompre ; mais ce qui le rendroit encore plus caflant, ce feroit de le retirer du feu avec quelque infiniment de fer : on fait combien le feul attouchement du cuivre aigrit le fer chaud, & que1 l’effet eft réciproque; On laifle refroidir le fil ; on le met enfuite tremper dans de l’eau, où on jette la même dofe de gravelée dont nous avons parlé ci-deflus ; on répété auffi en entier les mêmes opérations. On continue à tirer le fil fi on veut le rendre plus fin, & toujours au fortir de 2 ou 3 trous on le recuit, 8c on lui rend la couleur que le feu a obfcurcie ; car il faut que le fil ait tout le brillant qu’il peut avoir quand on commence à le travailler en épingles;
- Dijlinclion des Epingles de différentes groffeurs , par numéros ;
- par M. de Reaumur.
- Les Epingles de différentes groffeurs font appellées du nom d’un certain numéro, excepté les plus grofles de les plus longues qu’on nomme du houffeau. Ces dernieres fervoient fur-tout à tenir les robes des Dames
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- Ærouffées *, lorfqu'il n'étoit pas de mode de les porter longues. Les plus .grandes de cette efpece ont environ 23 lignes de long ; le millier pefe avec le papier deux livres ; on les appelle du grand houjjeau ; il y en a du médiocre du petit : on en fait dont le millier pefe 20 onces, 18 onces, 16 onces, 12 onces, 8c qui font plus courtes à proportion. Il y en a de celles-là qui n'ont que 16 à 17 lignes de longueur & même moins ( PL II\fig. 24).' Pour toutes les autres épingles, la maniéré la plus ordinaire de les diftin-guer eft de les nommer par des numéros ; & celles qu'on fait ordinairement, font eomprifes entre le numéro 18 & le numéro 3 ; celles d'un plus haut numéro font les plus longues & les plus groifes ; c'eft-à-dire, que l'épingle du numéro 18 eft plus longue que celle du numéro 17 ; chaque numéro -met une différence de longueur d'une demi-ligne ou un peu moins ; car celle du .numéro 3 n’a que 8 lignes. Le poids de leur millier différé auffi. La table fuivante marque le poids qu'on donne communément au millier d’épingle de chaque numéro.
- Le millier de celles du N3 1 pefe o onces 6 gros, den*
- duN° 2. . 1
- du N° 3. . 1 . . 2
- du N° ( 4. . 2
- du N° y. - 2 * * 4
- du N° 6. . 3
- du N° 7. . 4
- du N! 8. : 4 # s 4
- du N° 9. . S • • 2
- du N° 10. , 6
- du N° 12. . 6 : . 2
- du N° 14. . 8
- du N 17. . 10 . . 2
- du N° 18. . 11 . . 2
- On Lait paffer par plus de trous de la filiere , le fil qui doit faire les plus petites épingles ; on ne donne, par exemple, que deux trous à celui qui eft deftiné au n° 17 ; on en donne trois aux fils pour les numéros 16} iy, 14, 13 , 12, ir , 10 ; on en donne 4 aux fils pour les numéros 9^ 8,7 ; on en donne y pour les numéros 6, y ; on en donne 6 pour les numéros 4,7, & jufqu'à 9 pour le numéro 3 , dans la vue qu'ont apparemment les Epingliers d'écrouir ou durcir davantage, le fil qui eft deftiné aux plus petites épingles ; car ils pourroient acheter chez les Marchands du fil plus fin. Il eft vrai que le fil plus fin a été tiré dans d'autres atteliers *, mais peut-être ont-ils l'expérience que leurs efpeces de le£ fives de gravelée contribuent à l'affermir. Ils paffent pourtant par trois
- trous
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- trous le houffeau, quoique plus gros que le numéro 18 qu’ils ne paflent que par deux trous ; mais c’eft que le grand houffeau eft auiîl beaucoup plus long à proportion que cette elpece d’épingle.
- Additions de M. Duhamel. "
- D ans les tréfileries on recuit fréquemment le fil pour qu’il ne rompe pas ; & afin d’avancer l’ouvrage, on le fait pafler par des trous dont le diamètre diminue affez confidérablement : au contraire ceux qui tirent le fil dans les fabriques d’épingles, doivent éviter, le plus qu’ils peuvent, de le recuire fréquemment ; Sc afin qu’il ne rompe pas dans la filiere , il eft à propos de le faire pafler par un nombre de trous qui diminuent peu de diamètre , c’eft pourquoi il y a des Epingliers qui font pafler le fil pour numéro 6, dans neuf trous de filiere. Il faut fur-tout que les épingles fines foient bien écrouies, fans quoi elles plieroient , & on ne pourroit s’en fervir pour attacher.
- On trouvera à la fin de ce Mémoire une table des longueurs & du poids des épingles faite par M. Perronet ; elle eft plus détaillée que celle de M. de Réaumur , & je la crois plus exaéte. Quoique l’ulàge, dans les Manufactures , foit de diftinguer les épingles par numéro, à peu près jfuivant' la table de M. de Réaumur, on a cependant défigné quelques efpeces par des noms particuliers qu’il eft bon de faire connoître.
- La plus petite elpece d’épingles eft la Rofette ou Demoifelle qui n’a que y lignes de longueur : leur ufitge eft d’attacher les toiles extrêmement fines Sc la moufleline. Le petit Camion a 6 lignes de longueur.
- Le gros Camion a 7 à 8 lignes : elles font fort menues , Sc par conle-quent légères *, car entre les épingles de même longueur, il y en a de grof-fes & de fines, ce qui produit les différences qu’on pourra remarquer entre la table de M. de Réaumur Sc celle de M. Perronet.
- Les groffes épingles fe nomment Houjfeau : le menu Houffeau a 30 lignes de longueur ; le gros Houjjeau ou Epingles à la piece , a un pouce de long, Sc la Bifette 12 à 13 lignes. Les Epingles a dentelle qui fervent aux Ouvrières, font ordinairement groffes & jaunes.
- On fait de plus de groffes épingles courtes dont on fe fert au lieu de clous, pour tendre les meubles précieux : on les nomme des Epingles ta-pijjieres.
- Enfin, celles qu’on nomme Drapieres, Sc qui font les plus grofles de toutes, fervent à tendre les draps pour les fécher.
- On fait encore des épingles noires , des épingles à deux têtes , des épingles en pincette : nous en parlerons dans la fuite.
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- Eping lier.
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- Travail du Drejjeur ; par M: de Keaumur.
- Les pièces étant tirées de grofïeur, on travaille à drefler le fil, c’eft-à-dire , qu’on aivife chaque piece en brins , longs de plufieurs pieds, qu’on rend le plus droits qu’il eft poiîible. Pour cela on place l’écheveau fur un tourniquet d ( PL IEfig. 2 , ou Gfîg, il ) femblable à celui qui l’a foutenu pendant qu’on le tiroit par la filiere. Ce tourniquet eft arrêté fur un établi fur lequel eft aufil l’inftrument qu’on nomme, en termes de l’Art, ï Engin à dreffer le fil S Çfig* 2, & Hjig. 11} ; il confifte en une planchette dans laquelle font fichées fix à fept pointes de fer H I ou K, difpofées fur une ligne courbe, & plus ou moins éloignées les unes des autres, félon que le fil eft plus gros ou plus fin. L’Ouvrier ayant dévidé un bout de fil, il le conduit entre ces différentes pointes ; il le prend enfuite avec des tenailles appellées tricoijis xy (fig. 23 ) ; il marche vite à reculons ; ainfi il dévidé le fil du tourniquet, & le contraint à pafïèr entre les pointes de l’engin, d’où il fort droit quand les pointes font bien difpofées. Il marche ainfi toujours à* reculons jufqu’à ce qu’il foit arrivé au fond de la chambre ou boutique ; alors iL laifle tomber fon brin de fil fur le plancher, & retourne à l’engin auprès duquel il coupe le fil. Ce brin, prefque aufïi long que la chambrel étant' coupé & dreffé, il en dreffe & en coupe de même un nombre d’au-; très qu’il arrange les uns fur les autres à mefure qu’ils font coupés.
- U eft aifez difficile d’ajufter les clous de l’engin de façon que le fil ert forte droit, le fil roulé en écheveau a pris fon pli pour fe courber en demi-cercle. En paflànt fur le premier, le fécond & le troifieme clou, il prend une courbure contraire à celle qu’il avoit d’abord ; s’il fortoit alors de l’engin oii üreffoir, il en fortiroit courbé dans un fens contraire, mais peut-être un peu moins, parce que la difpofition que les parties avoient à fo courber, n’a probablement pas été détruite dans un inftant. On détruit la courbure qu’on lui a donnée en le menant du troifieme fur le quatrième ; on lui en donne une nouvelle en le menant du quatrième fur le cinquième, & ainfi jufqu’au dernier, d’où il fort droit quand les pointes ou clous ont été bien difpo-fés II ne feroit pas aifé de déterminer la pofition que doivent avoir ces pointes les unes par rapport aux autres ; des fils de différentes groffeurs & de différentes roideurs en demandent de différentes ; ce qu’il y a de vrai en général, c’eft que les trois premiers clous font plus éloignés les uns des autres que ne le font les trois fuivans ; que cependant le clou du milieu des trois premiers ou le fécond clou eft plus proche de la ligne droite qui vâ du premier au troifieme, que le quatrième, par exemple, n’eft proche de la ligne qui va du troifieme au cinquième ; c’eft-à-dire, qu’à mefure que le fil avance dans l’engin, il s’y courbe davantage. Enfin les clous font
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- plus proches les uns des autres, & on en employé moins pour dreffer du fil fin que pour en, dreffer de gros ; l’adreffe de l’Ouvrier réglé le refte. Après qu’il a fait paffer par l’engin un bout de fil long d’un pied, il examine s’il en eft forti bien droit ; s’il ne Tell pas, il rapproche ou éloigne les clous jufqu’à ce que le fil forte dreffé à fon gré.
- Un Drelïèur drelTe dans un jour allez de fils pour 120 milliers d’épingles. Quand le nombre des fils qu’il a ainfi tirés, peut faire une poignée raifonnabie h h ( fig. 2 ) qui pefo environ 25 livres, il les prend tous en-femble d’une main ; il les fecoue par ondes, fuivant le paquet, d’un bout à l’autre ; il n’a d’autre vue que de les bien approcher les uns des autres. Il frappe enfuite quelque corps plat contre un des bouts du paquet, afin que tous les bouts des fils s’arrangent dans un même plan , pour les couper enfuite, comme nous l’expliquerons bientôt.
- Additions de M. Duhamel.
- Par un grand ulàge, le Dreffeur reconnolt ce qui manque à la difpo-ïition des pointes de l’engin; il coupe avec des tricoifes, les bouts de fil de laiton qui font venus courbes, crochus & tortus, & ces bouts qu’on nomme des Courtailles, font mis dans un fabot. Les Epingliers les vendent avec la limaille, les bouts de laiton qui font trop courts pour faire des épingles, ainlfque les épingles manquées, à des Ouvriers qui les fondent pour en faire différents ouvrages. C’eft pourquoi l’attelier eft exaélemen^, planchéié,pour que cette mitraille ne fe perde point.
- On appelle les faifceaux de fils dreffés , des bottes ou des cueillies de drejjees. On les fait les plus longues qu’il eft poffible, pour avoir moins de bouts à couper : les Drefieurs ménagent ainfi du temps & de la matière;
- Quand le fil vient bien droit, ils le tirent avec les tricoifes, comme le dit M. de Réaumur, dans une longueur d’environ 4 à 5 toifes ; ils laiflent tomber & ils étendent fur le plancher ce fil ainfi dreffé ; puis ils reviennent à l’établi ou à l’engin qui eft à hauteur d’appui.
- Remarques de M. Perronet„
- 1 î°, Cette opération qui paroît bien fimple, eft néanmoins une des plus
- difficiles à pratiquer de l’Epinglier, quoiqu’elle ne confifte qu’à placer fix clous fur une planche d’environ 8 pouces de long fur 6 de largueur ; mais il faut que les trois premiers foient en ligne droite, & quel’efpace ou le vuide qui eft entr’eux, foit exactement de Tépaiffeur de chaque fil qu’on veut dreffer, & les autres clous doivent faire prendre au fil une courbure qui doit varier fuivant la groffeur des fils. Les Dreffeurs n’arrivent à la pré-
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- cifionqui eft convenable que par tâtonnement, & quelquefois ils font obligés de recommencer leur opération ; mais comme ils travaillent à leur tâche, le Fabriquant n’y perd rien. Il faut un engin pour chaque grolfeur de fil ; néanmoins quand le fil eft un peu mou, un même engin peut fervir pour deux groffeurs différentes.
- 2°, Le travail du Drefleur eft pénible,; car il peut dreflfer 600 toifes de fil par heure ; & comme il parcourt le double de cet elpace pour revenir à l'engin., il fait 1200 toifes ou une demi-lieue par heure.
- 30, La figure première, Blanche IV, repréfente un engin de grandeur naturelle , & la vraie pofition de fes clous pour dreffer du fil propre à faire des épingles du numéro 16.
- 4°, Comme le Dreffeur eft le même Ouvrier qui coupe les tronçons, il eft payé à la fois pour ces deux opérations.
- Travail du Rogneur ;,par M. de Re au m u r.
- Un Ouvrier s'afiled fur le plancher pour couper la botte de dreffées en tronçons, dont chaque brin doit fournir trois, quatre ou cinq épingles , félon le numéro dont il les veut. Sa jambe gauche (fig. 3 ) eft étendue ; mais la droite eft pliée & croifée fous l'autre. Il entoure la cuifle gauche tout auprès du genou d'une courroie de cuir qu'il noue alfez ferré : le bout applani du paquet de fils paffe fous cette courroie qui les entretient tous enfemble. Il prend enfuite la boîte à couper les tronçons (fig. 12) : c'efl; le moule qui réglé leur longueur. Ce moule, pour l'ordinaire, confifte dans une planchette qui a un rebord le long d'un de fes côtés, & qui près d'un de fes bouts porte une lame de fer verticale / : depuis cette lame jufqu'au bout de la boîte dont elle eft la plus éloignée, il y a une longueur, égale à celle des tronçons à couper 3 un clou eft fiche verticalement près de fon autre bout dans le côté qui n’a point de rebord. Le Coupeur appuie le bout du paquet de fils contre le fond L, ou la lame de fer de la boîte, & le preffe contre le clou ; fa main gauche eft chargée de ce foin ; la droite eft armée de cifailles avec lefquelles il coupe le paquet tout près du bord de la boîte. Il jette auffi-tôt les tronçons coupés dans une jatte de bois qu'il a auprès de lui, & il continue ainfi jufqu’à ce qu'il foit au bou| du paquet.
- Si les fils qu'il coupe font deftinés à des épingles des numéros compris depuis 12 jufqu'à 18, de chaque coup de cifàille il coupe environ 140 brins, c’eft-à-dire, que le paquet eft compofé de ce nombre de brins ; Sc il eft com-pofé d'environ 250 brins, fi les fils font pour des épingles des numéros compris depuis 3 jufqu'à 10.
- Additions
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- ART DE VEPINGLIER. Additions de M. Duhamel.
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- On peut couper les bottes ou cueillées de dreffées par tronçons, ou, comme difent les Ouvriers, trancher à tronçons ou a la longue, par le moyen fimple que vient d’expliquer M. de Réaumur : mais la main de l'Ouvrier qui eft chargé de tenir les fils réunis, fatigue beaucoup ; c’eft pourquoi la plupart des Ouvriers attachent fur leur genou une efpece d'étau qu’ils nomment Chauffe ( PL ILfig. 13 ), Sc que M. de Réaumur décrira très-clairement dans la fuite. Le bout de la cueillée M appuie fur la partie L de la boîte à longues ou à tronçons , qui fert à déterminer la longueur que doivent avoir les tronçons, fuivant fefpece d’épingle qu’on veut faire. Le Rogneur qui eft ordinairement le même Ouvrier que le Dreffeur, étant aftis par terre, dans l’attitude qui a été dite, prend tous les fils qui compofent une cueillée M (fig- 12 ) ; il en couche l'extrémité dans la boîte ; il les y enfonce jufqu’à ce que les fils touchent l’appui L ; il les ferre fur la chauffe m (fig. 13 ) avec la croffe n ; Sc tout étant difpofé, comme on le voit figure 14, il coupe toute la botte avec la forte cifàille r, Sc il forme un tronçon Al (fig- 15* )• Par cette opération, tous les fils qui forment un tronçon font: d’une pareille longueur.
- Quelques Ouvriers garniffent le deffus de leur cuiffe droite d’une efpece de chauffe faite d’un fort cuir, pour ne point fe bleffer avec la branche intérieure de la cifàille qui appuie deffus lorfque l'Ouvrier, avec la main droite , pefe fur la branche fupérieure pour trancher le fil : la branche inférieure eft arrondie Sc élargie en palette F (PL IV,fig. 2) pour ne point bleffer la cuiffe qui la fupporte.
- Remarques de M. Perronet.
- M. Perronet dit, i°, que le Coupeur commence par attacher la chauffe â la cuiffe gauche ; ainfi l’Ouvrier qu’il a vu, travailloit, comme nous venons de le dire, étant aidé de fà chauffe. 2°, En parlant de la cifàille, il dit que le Coupeur met le bout du bras le plus long, Sc qui eft applati,fous fbn jarret droit,& qu’il coupe les fils un peu plus longs qu’ils ne doivent être, à caufe que les épingles fe raccourciffent lorfqu’on en forme la pointe, de forte qu’on donne à ces fils quatre pouces neuf lignes pour trois longueurs d’épingles du numéro 20, ou 4 du numéro 12. Après qu’il a coupé la botte de dreffées, il retiré la croffe ; il appuie les bouts de fil contre le fond de la boîte, Sc il recommence l’opération qui vient d’être décrite , jufqu’à ce que toute la longueur de la dreffée foit réduite en tronçons. 30, Pour couper la dreffée de cinq toifes de longueur par tronçons de quatre pouces neuf lignes de longueur , l’Ouvrier a employé 22 minutes. 40, Pour dreffer le fil des différentes
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- Epinglier, E
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- i8 ART DE L’EP INGLIER:
- groffeurs 8c couper les tronçons , l’Ouvrier a un fol de la douzaine d’épingles, compofée de douze milliers ; 8c il fournit le treizième millier par deffus le marché pour remplacer les défeélueufes. Il peut trancher par jour huit à dix douzaines de tronçons, 8c gagner par conféquent 8 à io fols.
- J°, L’engin, le tourniquet 8c la table qui les porte, coûtent à peu près 6 livres ; la chauffe 4 livres ; la cifaille 3 liv. 10 fols, & la boîte à couper jo fols.
- Travail de TEmpointeur; parM. de Reac/mz/r:
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- Les tronçons étant coupés, font remisa TEmpointeur ; c’eft l’Ouvrier qui leur fait une pointe à chaque bout fur une meule de fer, dont toute la circonférence eft hériflee de hachures parallèles à fon effieu qui forment autant de taillants. Ces meules (Jîg. 16) ont environ un pouce 8c demi d’épaif-feur & trois pouces de diamètre ; on les fait mouvoir par le moyen d’une grande roue de bois de cinq pieds de diamètre ou environ, montée comme celles des Couteliers (Jîg* 6).
- L’effieu de la meule eft de fer 8c terminé par deux pivots ; ordinairement la meule 8c fon effieu font logés dans une large entaille creufée dans un gros billot (Jîg* 17 ) ; il y eft porté par deux pièces TT qui ont quelque faillie ; T effieu a environ un pouce de diamètre dans l’endroit où il eft entouré par la corde qui paffe fur la grande roue de bois qui imprime le mouvement à la meule -, d’où il fuit que la meule fait environ 60 tours pendant que la grande roue n’en fait qu’un. On donne plus ou moins de longueur à la corde félon que le terrein le permet.
- Pendant qu’un autre Ouvrier eft occupé à tourner la manivelle de la grande roue, TEmpointeur (Jîg* 5 ) eft affis à terre ou fur un couffin devant la grande meule, les jambes croifees. D’un côté, il a dans une jatte les tronçons à empointer, & de l’autre une autre jatte où il met ceux auxquels il a fait des pointes. Il prend dans la première à peu près autant de tronçons qu’il en faut, pour faire avec ces tronçons, couchés les uns auprès des autres, une longueur égale aux deux tiers de Tépaiffeur de la meulê. Devant le billot il y a une petite plaque de fer a (jîg* 17 ) : il commence par frapper un des bouts du paquet contre cette plaque, afin que tous les bouts fo trouvent de niveau \ il les arrange enfuite fur l’index de la main gauche les uns à côté des autres, de façon qu’ils fe touchent dans toute leur longueur, fans qu’il y en ait deux l’un fur l’autre. Il les retient dans cette pofition avec le pouce de la même main ; celui de la droite y aide encore j 8c il couche l’index droit fur le gauche, afin de l’affermir (Jîg* 18 ).
- Il préfente le bout des tronçons ainfi étalés fur la meule 5 pendant qu’ils la touchent, le pouce de la main droite eft continuellement en mouvement ;
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- ART DE L’EPINGLIER. i9
- il va de droite à gauche, & revient de gauche à droite j en allant il prefle les tronçons, & les oblige à tourner chacun fur eux-mêmes, ce qui fait que la meule a fucceflivement prife fur toute la circonférence de chacun. L'a-drefle eft de retourner tous les tronçons également ; car c’eft ce qui rend les pointes rondes & égales en longueur. Cette opération eft faite en moins de temps que nous n en avons mis à la décrire ; en moins d'un tour de la grande roue, les tronçons font empointés par un bout.
- L'Ouvrier les empointe de même de l'autre bout ; mais auparavant de le préfenter à la meule, il a foin de frapper en même temps les gros bouts de tous les tronçons contre la petite plaque de fer a (fîg* 17 ) (*), afin que les uns n'empietent pas plus que les autres fur la meule : un bon Empoin-teur fait dans un jour les pointes à 72 milliers d'épingles de différents numéros. A Laigle, on lui paie à un fol la douzaine de milliers,
- Additions de M. D uhameu
- La zone ou Fefpece de virole qui forme la meule, porte fur le plan de la circonférence des hachures, non pas croifées comme celles des limes, mais en écouine fine ; ainfi les hachures traverfent entièrement tout le plan de la circonférence de la virole. Ces hachures fe font avec un cifeau & à deux reprifes* parce que le cifeau n'a de largeur qu'à-peu-près la moitié de la largeur de la meule.
- Ces meules qui font couvertes d'acier font trempées en paquet : les tailles ou ftries doivent être droites, égales , vives & tranchantes, pour qu’elles emportent net les copeaux ou raclures. On incline un peu les hachures vers la droite, parce que les Ouvriers préfentent naturellement les épingles un peu inclinées à l'axe de la meule ; & elles fer oient prife s obliquement par les hachures, fi elles n'étoient pas elles-mêmes un peu inclinées; la corde de la grande roue pafle par une ouverture qui eft au fond de la banque ; le devant qui regarde l'Ouvrier, eft tout ouvert : la niche qui reçoit la roue, étant fermée de toutes parts, elle retient la limaille qui eft chaffée au loin par la force centrifuge.
- Je remarquerai en paiîànt que , comme les hachures de la meule font tranchantes, & comme elles enlevent les copeaux fuivant la longueur des épingles , les pointes font bien plus unies qu'elles ne le feroient avec des meules de grès.
- L'adreffe de l’Ouvrier ne fe borne pas à faire tourner les bouts de fil de laiton dans fes doigts ; il faut de plus qu’il les préfente fur la meule fous un certain angle, pour que la pointe ne foit ni trop longue ni trop courte.
- ( * ) Cette plaque eft quelquefois de corne. Gn la nomme apérkoire,
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- Remarques de M. Perronet. '
- M. Perronet ayant pris les dimenfîons précifes de toutes les pièces dont nous venons de parler : nous allons les rapporter ici, quoiqu’elles ne foient pas les mêmes dans tous les atteliers.
- i°, La grande roue {fig* 6) a cinq pieds & demi de diamètre ; les jantes font creufées d’une gouttière qui a un pouce de profondeur ; la manivelle a 13 pouces de coude* Cette roue eft portée fur deux poteaux de charpente. La figure 6 fuffit pour en donner une idée affez exaéte.
- 20, A 14, ij Sc 16 pieds de la roue {fig. 6) eft un bloc de bois (fig. y), qui a 18 pouces d’équarriffage par en bas, & iy par le haut, fur 2 pieds 4 pouces de hauteur. Ce bloc eft recreufé, comme on le voit par la fig. 17, où on apperçoit la meule qui a 6 pouces de diamètre, avec un œil ou vui-de au milieu p (fig. 16 ) de 2 pouces p lignes de diamètre : les ftries qui couvrent la furface font un peu obliques.
- 30, Dans l’ouverture p de la meule O {fig* ï<5), ajuft^ un tampon de bois qui eft percé au milieu d’un trou quarré pour recevoir un axe de fer de 8 pouces 10 lignes de long, dont la portion quarrée a 7 lignes de côté, portant, à 2 pouces p lignes d’un de fes bouts, une noix creufée en poulie qui a fept lignes de diamètre dans le milieu fur quatorze lignes de largeur.
- 40, Il eft effentiel que la meule foit bien en équilibre fur fon axe, fans quoi elle feroit du bruit en tournant, & elle feroit plus rude à mener ; Sc pour atteindre à cette précifîon , on tient l’ouverture quarrée du tampon de bois d’environ y lignes, plus ouverte que la groffeur du quarré de l’efîieu ;
- & on garnit l’efpace vuide avec des cartes qu’on met en plus grande quantité d’un côté que d’un autre, pour que la roue tourne bien rond, & on les y met affez à force pour que la mëule foit bien affujettie fur fon effieu, de forte qu’en tournant la meule avec la main, elle refte au point où on la met, & cet ajuftement exige un tâtonnement qui eft quelquefois fort f
- long. ' )
- y0, On pofe l’efîîeu & la meule, comme on le voit 17contre deux morceaux de bois TT qu’on avance ou recule à volonté, & on les ;
- fixe au moyen d’un coin de bois. La corde qui communique le mouvement y ù
- de la grande roue à la meule, eft de peau de mouton. v
- 6°, Au devant de l’ouverture du billot, eft un petit chaflis de verre Z qui eft incliné de façon qu’il retient la limaille qui eft vivement difperfée par la force centrifuge de la meule, pour éviter quelle n’entre dans les yeux de l’Ouvrier. M. Perronet ne reftreint pas l’ufàge de cette glace, comme le prétend M. de Réaumur, au temps auquel on travaille le fer 5 mais
- il
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- ART DE L’EPINGLIER: an
- il eft certain qu’elle eft plus néceflàire quand on appointit du fer fur la meule , que quand on appointit du cuivre.
- 70, La roue à empointer, y compris le billot la corde , coûte 36 livres ; i’effieu d’acier pour porter la meule, 3 livres 5 la meule qui pefe iy livres, coûte 6 liv. Lorfque les hachures, retailles ou ftries de la meule font ufées , il en coûte 8 fols pour les refaire ; mais jufques-là cette meule peut em-pointer environ trente douzaines de milliers d’épingles.
- 8°, L’Empointeur préfente à la fois fur la meule vingt-cinq tronçons, fi les épingles font groffes, ou quarante, lî elles font petites ; ce qu’il nomme une tenaillée.
- Travail d'un fécond Empointeur quon nomme Repaffeur ;
- par M. de R eau mu r>
- Un fécond Empointeur prend enfuite les mêmes tronçons, & les pré-fente, comme le premier, à une meule montée de la même maniéré : elle n’en différé qu’en ce que les taillants en font plus fins (j%. 6) , & Q ( PL 11 y fië' J9 ) î e^e a ^es hachures moins larges 8c moins profondes. Elle rend les pointes plus fines, plus polies & plus douces. Cet Empointeur fait autant d’ouvrage que l’autre dans un jour ; cependant on paye fbn travail moins cher ; on ne lui donne que neuf deniers pour douze milliers.
- Les tronçons des épingles de fer ; ceux dont on veut faire des clous à liv res 5 les bouts des aiguilles de fer à tricoter , fe taillent fur de pareilles meules ; mais comme le fer eft beaucoup plus dur que le laiton, la limaille qui s’en détache, s’écarte avec plus de viteffe ; la meule eft continuellement entourée de vives étincelles, & les yeux de l’Ouvrier auroienc à craindre de ces étincelles, & peut-être autant de la limaille qui fe détache. Pour s’en mettre à couvert, les Epingliers de Paris attachent, comme on l’a dit, un morceau de verre ou de glace devant la meule Z (fg> 17), de façon que fans être un obftacle aux mains, il met les yeux à l’abri ; l’Ouvrier voit au travers de cette glace ce qui fe paffe fur la meule. Au lieu de cette glace, les Ouvriers de quelques autres endroits ont des lunet-tes-beficles ou verres auffi larges qu’un écu. Us attachent ces lunettes à leur tête. „
- Remarques de M. Perronet,
- 1°, La meule du Repaffeur n’a que 4 pouces de diamètre, & un pouce & demi d’épaiffeur ; le vuide dans le milieu n’a que deux pouces de diamètre : elle ne pefe que 8 livres. L’eftieu & le refte eft comme le tour à em-pointer qui a été décrit.
- Epinglier.
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- 22 ART DE LEP INGLIER.
- 2°, Un Ouvrier peut empointer par jour quinze douzaines de milliers d’épingles groffes & petites avec le treizième en fus pour le déchet ; on lui donne iy deniers par douzaine de milliers, en forte quil pourroit gagner 18 f. 9 den. par jour, s’il étoit fourni ;'mais les meilleurs Fabriquants de Laigle ne débitent par jour, l’un dans l’autre, que 7 à 8 douzaine de milliers d’épingles, ce qui n’eft que la moitié de ce qu’un Ouvrier peut faire ; & cela eft heureux : car leur poitrine foufîre beaucoup de la pouflîere cui-vreufe qu’ils relpirent 5 & le carreau de vitre qui garantit les yeux des gros fragments, ne retient pas la fine pouflîere.
- 30, Le Tourneur de roue a 1 fol p deniers de la douzaine de milliers, toujours y compris le treizième pour le déchet. Ce prix paroît plus confi-dérable que celui de l’Empointeur qui exige plus d’adrelfe, & qui fouffre de la pouflîere 5 mais le Tourneur de roue fatigue beaucoup ; & comme il n’eft pas continuellement occupé à la roue, il eft de plus [chargé de battre le papier, & de plufieurs autres travaux dont on parlera dans la fiiite.
- 40, Suivant les calculs de M. Perronet, la meule fait ç6 tours, pendant que la grande roue n’en fait qu’un ; & comme-la grande fait 45 tours par minute, la meule fait pendant ce même temps 4320 tours : en continuant fon calcul, il établit que chaque partie de la circonférence de la meule^ parcourt, dans l’efpace d’une minute 1088 toifes, & pendant une heure; 6 y 314 toifes & f de toife.
- j°, Si la meule n’étoit pas dans un parfait équilibre ou exaélement centrée fur fon éflîeu, on imagine bien qu’étant mue avec une auflî grande VÎtefle, elle agiteroit vivement l’air qui l’environne, & elle produiroit un grand bruit ; c’eft effeétivèment ce qui arrive ; au lieu qu’elle ne produit aucun bruit, & n’éprouve aucune réfiftance de la part de l’air quand elle eft bien centrée.
- 6°, Le Repafleur gagne un fol par douzaine de milliers d’épingles, four-niffant le treizième en fus : il fait la même quantité d’épingles que l’Empoin* teur ; ainfi il gagne un cinquième de moins que lui.
- 70, Le Tourneur de la roue à repafler, gagne le même prix que celui de la roue de l’Empointeur.
- Travail du Coupeur de Hanfes ; par M. de Reaumur»
- O n penfe bien que les deux pointes d’un tronçon doivent être les poin* tes de deux épingles différentes, & qu’il faut couper ces deux longueurs d’épingles. Pour cela on les donne à l’Ouvrier appellé Coupeur dé Hanfes (*),
- (*) Nous avons déjà dit que plufieurs Ouvriers fe fervoient de la chauffe pour couper les cueillées ou bottes par tronçons i & nous avons prévenu
- que M. de Réaumur donneront la defcription de cette chauffe, C’eft ici où il la place.
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- parce qu’en Epinglerie, une épingle à qui il manque la tête, eft appellée hanfe. Celui-ci eft encore aflîs fur le plancher ; il a, comme le Coupeur de tronçons, la jambe gauche étendue & la droite croifée par deflous.'Pendant qu’il coupe les hanfes, il a befoin qu’elles foient bien alfujetties ; car une fimple courroie femblable à celle qui a fervi à couper le fil en tronçons, n’alfujettiroit pas alfez des tronçons qui font courts ; c’eft pourquoi il recouvre là cuiffe gauche, immédiatement auprès du genou, d’une petite machine appellée Chauffe à couper les hanfes ou Trancheur à la courte : elle confifte (fig* 13 ) dans un morceau de bois i i plat d’un côté ; ce côté eft large d’environ un pouce & demi, & long de quatre & demi ; c’eft le delfus : la face oppofée, ou le deflous K K, eft concave, c’eft a diré, d’une figure propre à s’appliquer fur la cuiffe $ & afin qu’elle s’y applique plus mollement, l’intérieur eft revêtu de morceaux de chapeau. Aux deux bouts Il inférieurs font arrêtées des courroies dont on entoure la cuiffe ; afin même de mieux afffujettir la chaulfe, la partie fupérieure porte quelquefois une cheville o Cf g. 14) du côté le plus proche du genou, autour de laquelle on entortille les courroies.
- Une platine de fer m (fg. 13 ) longue d’environ 2 pouces, & large de iy lignes, eft alfujettie fur le delfus de la chaulfe ; elle porte à chaque bout un crampon de fer dans lequel palfe une fiche ou clavette de fer ( nommée Croffe ) ; la clavette va en diminuant depuis un bout jufqu’à l’autre. Il n’eft pas mal-aifé d’imaginer à préfent comment le Coupeur alïu-jettit les tronçons fur Ion genou ; il les pofe fur la platine , & les prelîe à proportion de ce qu’il enfonce la clavette j afin qu’ils puilfent encore moins glilfer, on recouvre ordinairement la platine de fer d’un morceau de chapeau que ces tronçons touchent immédiatement ; mais auparavant de mettre les tronçons fur la chauffe, le Coupeur les arrange dans un moule (fio. 20) femblable à celui qui a fervi à les couper la première «fois ; on l’appelle la Boîte a couper les hanfes ou à trancher à la courte ; la même fert ordinairement pour deux fortes de numéros. Elle eft partagée par une petite cloilbn.c, en deux parties inégales dd> dont chacune eft la me-fure d’une differente épingle ; elle eft de fer ou de bois ; fes côtés ont des rebords élevés de quelques lignes , & les bouts n’en ont point. Le Coupeur ayant choifi celle qui lui convient, il en couvre le fond d’une couche de tronçons empointés (fig. 14) àl’épaiffeur d’environ deux lignes. Il a foin que les pointes de chacun touchent la cloifon de féparation s s Cf g- 14) ; c’eft depuis cette cloifon jufqu’au bout de la botte, qu’eft pri-fe la longueur de la hanfè : il les retient en cet état en les preffant avec le pouce de la main gauche qui eft elle-même chargée de la boîte ; il pôle l’autre bout des tronçons fur le feutre qui recouvre la platine de la chaulfe , & c eft alors qu il palfe la clavette de fer q dans fes crampons pour aflu-jettir les tronçons.
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- Dans l'inRant fuivant il prend de la main droite de grands cifeauxt y & coupe les hanfes à fleur du, bord de la boîte ; il les en retire , Sc les met dans un plateau de bois qu’il a auprès de lui. Il ôte enfuite les* tronçons de deffous la chauffe $ il les retourne pour mettre dans la boîte celui de leurs bouts à qui il refie une pointe pour en couper des hanfes de la maniéré dont nous l’avons vu. Si les tronçons avoient cinq longueurs, d’épingles avant d’avoir été coupés , il leur en relie encore trois ; ainfi on les remet de nouveau aux Empointeurs qui leur font une pointe à chaque bout; on en coupe enfuite deux hanfes , il n’y a plus qu’à faire une pointe à la partie qui relie. On remarquera qu’on prend les tronçons un peu plus longs que les longueurs des épingles qu’on en veut tirer jointes enfemble ; parce que, pendant qu’on les coupe & pendant qu’on leur fait les pointes., ils diminuent de quelque chofe.
- Un Coupeur de hanfes en coupe dans un jour environ 1S0 milliers.
- Additions de M. Duhamel.
- Â mesure que TEmpointeur a formé les pointes ou que le Repafleur les & finies, ces Ouvriers les mettent dans une jatte, & les placent en commençant par la circonférence, & en allant vers le centre, afin que 1*0 u-yrier qui doit travailler ces mêmes tronçons ou hanfes, les puiffe prendre plus aifément.
- Quand on a coupé une longueur d’épingle d’un tronçon qui doit faire trois longueurs & qui eft appointi aux deux bouts, on peut donner le refie aux Empointeurs pour faire une pointe au bout qu’on a coupé : cette opération paroît alors plus aifée que fi on avoit coupé le bout en deux ; car il n’efi pas fi commode de manier des hanfes qui n’ont qu’une longueur d’épingle;
- Toutes*les épingles qu’on coupe de l’extrémité d’un tronçon appointi, font d’une pareille longueur, parce qu’on fait toucher les pointes fur le fond de la boîte à trancher ; mais les épingles qui relient au bout du tronçon, ne feroient pas exactement d’une pareille longueur, parce que, quelqu’adroits que foient les Empointeurs, la meule entame un peu plus fur les unes que fur les autres ; ce qui oblige de mettre ces hanfes dans la boîte à trancher pour couper celles qui fe trouvent trop longues.
- Remarques de M. Perronet,
- i°, Chaque boîte à couper les hanfes eft marquée d’un même numéro que celui qui fert à marquer les différentes fortes d’épingles. Celle numérotée 14 , a ié lignes de largeur & 13 de longueur ; elle fert aux épingles des numéros 14 6ç 15 : une autre numérotée 17, qui a 18 lignes de
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- largeur fur 15 de longueur, fert pour les épingles du numéro 16 8c 17.
- 2°, Pour couper les hanfes des différentes groffeurs, l’Ouvrier gagne 9 deniers de la douzaine de milliers, toujours le treizième en fus. Il en coupe ordinairement trois douzaines par heure ; & en forçant un peu le travail, il en peut couper jufqu’à quatre douzaines ; en forte qu’en moins de trois heures de travail, il peut couper les 7 à 8 douzaines de milliers que fabriquent ordinairement par jour les meilleurs Marchands de Laigle ; ce qui fait qu’un Coupeur peut fuffire au travail de deux ou trois Fabriquants, & gagner par ce moyen environ iy fols par jour.
- 30, Les cifàilles ( PL IV, fig. 2 ) forment, à la main droite des Coupeurs," un calus de chair morte épais d’un doigt, & ce calus empêche que leur main ne foit endommagée par le maniment continuel des cifàilles.
- 40, .Néanmoins , comme fa déjà remarqué M. Perronet, une des bran-7 ches des cifàilles porte fur le plancher ; & la branche fupérieure qui eft ap-platie comme une fpatule, efl: fous le jarret, qui, en appuyant deflus, aide beaucoup à la main droite à trancher les fils de laiton.
- Des Têtes des Epingles ; par M. de Reaumur.
- Il s’agit à préfent de faire les têtes des épingles. Apparemment que les premières qu’on a faites n’avoiejit pour têtes , comme les clous, qu’un de leur bout applati. Cette petite piece rapportée efl imaginée trop ingénieu-fement, & fuppofe trop d’artifice pour qu’on y foit venu d’abord. On peut obferver fur les épingles finies qu’elle efl compofée d’un fil tourné en fpirale ; c’eft un fil de laiton fin , mais roulé de la même maniéré que les cannetil-les ou bouillons qui ornent les boutons d’or & d’argent trait, & divers ouvrages de broderie. Chaque tête efl compofée de deux tours de fil.
- Maniéré de faire le fil à tête, ou Travail du Tourneur de Têtes ;
- par M. de Reaumur.
- L’Epinglier fait de longues pièces de fil roulé en hélices, pour former les têtes des épingles : il roule ce fil fur des rouets femblables à ceux que les Boutonniers employent à un pareil ufage ( * ) ; la principale roue de ce rouet ( PL III, fig, 1 ) a près de deux pieds & demi de diamètre ; des montants la foutiennent près d’un des bouts d’un banc ; à l’autre bout du même banc efl une noix ou poulie à plufieurs rainures, dont l’elîîeu efl porté par deux montants peu élevés. La même corde pafle fur la noix & fur la grande roue. Pendant que celle-ci fait un tour, l’autre en fait environ 30 : caria
- £*) Ce rouet fe nomme Tour à tête,
- t
- Eping lier.
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- noix n’a qu’un pouce de diamètre ; elle eft éloignée de la grande roue de deux pieds cinq à fix pouces ; fon effieu eft prolongé par de-là un des montants , 8c même hors du banc ; c’eft à ce bout G prolongé qui eft foré comme une clef à broche, 8c qui a une entaille H (fig. 6 ), qu’on attache le moule a tête a {fig. i ) 8c T (fig. 6), c’eft-à-dire, un fil de la grolfeur des épingles à qui on veut faire des têtes, Ôc fur lequel oh roule le fil qui y eft deftiné. Ce moule entre de quelques pouces dans l’eflîeu ; il y eft de plus aflujetti par quelques cordons qui s’entortillent autour de l’un & de l’autre H (fig- h ) ; il a environ fix pieds de longueur. Quand la grande roue fait tourner la noix, le moule tourne : il refte donc à voir maintenant comment eft conduit le fil qui doit s’y entortiller.
- A deux pieds du rouet, il y a un tourniquet b (fig- i ) porté par un billot ; fur ce tourniquet eft l’écheveau de fil qui doit être façonné en cannetille ou en fil à tête. L’Ouvrier prend le bout de ce fil ; il le pafîe dans un demi-anneau de laiton K (fig- 6 ) qui eft au bout d’une poignée de bois L ; cette poignée, à caufe de fon demi-anneau, s’appelle Porte ; il arrête enfuite le bout qui a paffé dans la porte au bout du moule le plus proche du rouet vers G. Il prend la porte ou poignée L de la main gauche, & de la droite, la manivelle de la grande roue ; il la fait tourner ; le moule tourne dans l’inftant 8c entortille autour de lui le fil à tête qui fe dévidé de deflus le tourniquet. L’ufage que la main gauche fait alors de la porte, eft de tenir la partie du fil qui eft: prête à s’entortiller tout proche de celle qui s’eft: déjà entortillée. Les tours du fil ne fàuroient être trbp rapprochés, mais il ne faut pas qu’ils fe touchent. Le fil, à force de paffer, fait une échancrure dans l’anneau de la porte 8c dans le bois du manche L \ ce qui aide à bien conduire le fil.
- Quand le moule eft entièrement couvert, on coupe le fil près du moule , 8c on fait fortir le fil à tête ou cannetille de deflus le moule. On en fait de différentes groffeurs félon celle des épingles. De celui d’une grolfeur médiocre, l’Ouvrier en peut façonner huit livres pelant dans un jour , ou de quoi fournir aux têtes de mille épingles.
- Additions de M. Duhamel.
- Quelquefois on recuit le fil à tête pour qu’il foit très-flexible, & pour cette même raifon on choifit le meilleur laiton. Quand on en a de bien doux, on peut fè dilpenfer de le recuire, 8c c’eft le mieux. “
- , Le fil de laiton qui forme le moule, ne pouvant*être arrêté par le bout qui eft oppofé au rouet, on pourroit le foutenir fur quelques tringles de bois ; mais il y a des Ouvriers qui le fupportent fur leurs épaules, d’autres fur leurs bras, d’autres fur une fourche montée fur un pied qu’on tranlporte
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- où Ton veut ; on peut encore le foutenir avec quelques-uns des doigts de la main qui tient la porte ; mais quand le bout du moule traîneroit par terre, il n’en arriveroit pas d’inconvénient.
- Le manche de la porte a quatre ou cinq pouces de longueur fur un pouce de grofieur. Quelquefois , au lieu du demi-anneau dont parlé M. de Réaumur, on emploie un morceau de fer plat & percé.
- On pourroit conduire le fil à tête fur le moule fans le fecours de la porte , en tenant feulement le fil à tête entre le pouce & l’index ; mais le fil couperoit les doigts de l’Ouvrier, & il feroit difficile de le tenir auffi ferme que quand on tient d’une main la porte, & qu’on appuie feulement le / pouce fur le fil à tête qui coule à mefure qu’il enveloppe le moule.
- Observations de M. Perron ej.
- i°, La roue du tour à tête a 2 pieds 8 pouces de diamètre ; la manivelle ,
- 6 pouces de longueur ; la noix, 9 lignes de diamètre dans le milieu , & 18 lignes de longueur. Elle eft enfilée dans une branche ou eilîeu qui a 8 pouces de longueur.
- 20, Cette broche paffie au travers de deux nerfs de bœufs qui font atta-, chés fixement à une tête de bois qui a 3 pouces 3 lignes de largeur fur j, de hauteur , avec une queue longue de 6 pouces qui eft reçue dans une mortaife de la table du rouet où elle eft arrêtée par un coin. Voy. PL VIII
- 3°„ La corde qui communique le mouvement de la roue à la noix, eft de boyau* & on la tend plus ou moins, en écartant de la roue la poupée qui porte la broche & la noix.
- M. de Réaumur dit que le moule doit être de la même groffeur que les épingles qu’on veut faire. M. Perronet obferve qu’on le choifit un peu plus gros ; mais il faut que ce foit de bien peu.
- Travail du Coupeur de Fil à tête ; par M. de Keaumur.
- Il faut divifer les pièces de cannetille ou les couper en petites parties, pour en faire des têtes N 8c P (fïg. 7 ) : c’eft l’ouvrage d’un Coupeur. Il eft, comme la plupart des autres, aftis fur le plancher (Jzg. 2 ) , les jambes croi-fées : il tient dix à douze pièces de cannetille, dont il a bien égalé les bouts, preffiées entre le pouce & le commencement de l’index de la main gauche ; la droite fait agir le grand cifeau, qui d’un même coup, coupe toiites ces pièces. Il ne doit précifément détacher de chacune que deux tours de fil : plus ou moins rendroit le morceau inutile. Ce petit travail , tout fimple qu’il eft, demande de l’adreffe 8c beaucoup d’exercice : un Coupeur habile coupe dans un jour jufqu’à 144 milliers de têtes.
- On les fait enfuite recuire ; pour cela on les met fur le feu dans une
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- cuiller de fer, jufqu'à ce qu'elles foient rouges. On feroit mieux de les mettre dans une cuiller de cuivre ; car on lait que l'attouchement du fer aigrit le cuivre quand ces deux métaux font fort chauds. On a en vue, par cette opération, de les ramollir , afin qu’elles foient plus fouples quand il s'agira de les affujettir fur l'épingle : c’eft à quoi l'on travaille après qu’elles font recuites.
- Additions de M. Duhamel.
- Les ciseaux pour couper les tytes, font différents des cilàilles qu’on a employées pour couper les hanfes : leurs lames font plus minces, beaucoup plus larges, fort tranchantes, & ils n'ont point de pointe au bout ; c'eft pourquoi on les nomme des Cifeaux camards ( PL IV.fig. 3 ).
- A mefure qu'on coupe les têtes, elles tombent dans une fébille que quelques-uns nomment Vafeau.
- Remarques de M. Perronet.
- i°, Le Coupeur de têtes a autour de lui un tablier de cuir qui eft attaché à une fellette baffe pofée devant lui. Ce tablier reçoit les têtes à mefure qu'il les coupe, ce qui eft plus commode que le vafeau.
- 20, Il met le plus long bras des cifeaux, lequel eft plat, fous fon jarret comme pour couper les tronçons.
- 30, De la main droite il tient douze moulées dont il ajufte les bouts bien égaux, en les frayant avec le plat des cifeaux.
- 40, Il donne environ 70 coups de cifeaux par minute.
- y°, Quand il a donné 12.coups de cifeaux, il égalife de nouveau le bout des moulées , en les frappant fur le plat des cifeaux : malgré la précifion qu’exige cette opération , & la vivacité avec laquelle elle s'exécute, il y a des Coupeurs affez habiles pour couper de fuite la tranche entière ou toute la longueur des douze moulées, fans interrompre le travail pour égaler le bout des moulées.
- 6°, Puifque l'Ouvrier peut donner 70 coups de cifeaux par minute, il en peut donner 4200 par heure ; & comme à chaque coup de cifeau , il coupe douze moulées, cet Ouvrier peut couper ^0400 têtes de menues ‘épingles en une heure : ce feroit un travail forcé ; mais un Ouvrier peut communément couper 30 milliers de têtes par heure, groffes & menues, l'une dans l'autre ; néanmoins comme là vue fatigue beaucoup, il ne coupe que 1 y douzaines de milliers par jour. L’Ouvrier a 3 deniers pour tourner une douzaine de milliers de têtes, & 5? deniers pour les couper ; & comme il en peut couper iy douzaines par jour, il gagne 11 fols 3 deniers.
- 70, Le rouet coûte 4. liv. la porte & les cifeaux autant.
- 8°, On
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- 8°, On recuit les têtes, comme le dit M. de Réaumur, dans une cuiller de fer, où l’on en met deux ou trois livres à la fois ; ce qui fait douze douzaines de têtes du numéro 8 : on les couvre de charbon, on les tient fur le feu pendant une demi-heure, & on les y laifle refroidir.
- Dejcription de TEntêtoir * ; par M. de Keaumur.
- La machine à entêter eft aufiî bien imaginée qu’elle eft fimple : ce qu’on a à lui faire faire, c’eft de frapper la tête qu’on a mife au bout de l’épingle , de façon qu’elle y foit comme foudée, & qu’elle ait de la rondeur. Un épais billot de bois ( PL ///, fig. 3 & y ) foutenu par 4 pieds de la hauteur de ceux des établis ordinaires , eft toujours la bafe de cette machine.’ Il y a de ces billots qui ont deux, d’autres trois, Sc quelques-uns quatre, cinq ou fix machines à entêter ; autant d’Ouvriers s’alfeyent autour ; les billots en font plus grands à proportion, & ont du moins autant de pans qu’il y a d’Ouvriers qui y travaillent. Mais, pour le plus fimple, arrêtons-nous à un billot (fig* 3 ) qui ne fert que pour un feul Ouvrier. Au milieu du billot eft une petite enclume d’acier V (fig. 8 ) dans laquelle eft creufée une cavité capable de recevoir la moitié de la tête de l’épingle finie h (fig. p ) 9 avec une efpece de gouttière qui commence au bord de l’enclume, & va aboutir à cette cavité j elle 11’a de profondeur qu’autant que le corps de l’épingle a de diamètre ; elle eft évafée près du bord de l’enclume, & de-là elle s’étrécit jufqu’à l’endroit qui reçoit la tête.
- L’enclume ne peut arrondir qu’une moitié de la tête, l’autre moitié eft reçue par un poinçon quarré ^ (fig* 8), i (fig. 11 ) dans lequel eft creufée une cavité hémifphérique & point de rainure 3 ce poinçon eft élevé 8c retombe enfuite avec force, étant chargé d’un morceau de plomb a aflez pelant. Il oblige la tête à s’arrondir, & les tours de fil à fe preffer : la machine n’eft conftruite que pour faire agir ce poinçon, & elle le doit être avec une extrême précifion ; à chaque coup, la cavité du poinçon doit venir jufte fe placer fur celle de l’enclume : ce font deux pièces dont le moule de la tête eft, pour ainfi dire, compofé.
- Au-deflus du billot il y a a montants s s (fig. 8 ) éloignés chacun de 6 ou 8 pouces du centre de l’enclume ; ils ont depuis 12 flifqu’à 16 ou ij pouces de hauteur & 2 pouces d’équarriffage. A un pied ou environ du deflus du billot,' ils font affemblés avec une traverfe TT ; elle eft percée au milieu, pour laif-fer palfer un arbre de fer b de quelques lignes de diamètre ; le poinçon eft arrêté contre le bout inférieur de cet arbre ; un peu au-deifus du même poinçon , cet arbre eft chargé d’un morceau de plomb a de figure arbitraire & du poids de 9 à 10 livres pour les épingles communes ; il y en a qui
- * Le terme d'Entîtoir n’efl point d’ufage à Laigle : on l’y nomme Outil à frapper les têtes & l’Ou-
- rier que nous nommons Entêteur, s’y appelie Frappeur.
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- Eping lier. H
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- M ART DE L’E P ING LIER:
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- pefènt jufqu'à 25 livres , & qui fervent pour des aiguilles de tablettes.
- Immédiatement au-deflous du plomb , il y a une traverfe de fer Y Y qui embrafle le poinçon ; elle fert à rendre fà chute plus jufte ; elle s'élève avec lui j fes deux bouts font percés, Sc reçoivent deux petits montants de fer XX arrêtés par en bas dans le billot, Sc par en haut dans la traverfe de bois TT ; ils font chacun à peu près à diftance égale de l'enclume & des montants de bois. 1
- Il y a une corde attachée au bout fupérieur de l’arbre du poinçon ; la même corde tient à un levier de bois ce y qui s'élève & s'abaifTe comme le fléau d'un balance. Son point d'appui efl: le plus fou vent fur un montant d. Une de fes branches a 10 ou 12 pouces de longueur ; elle efl: fur le billot : l'autre en a 12 ou 13 ; elle va par de-là. A cette branche tient une corde ; elle aboutit à une marche femblable aux marches des Faifeurs de tiflîis. Quand l'Ouvrier abaifle cette marche, il éleve le bras du levier auquel le poinçon efl: fiifpendu ; & fî-tôt qu'il la laifle échapper, le poinçon vient tomber fur l'enclume avec fon propre poids & 'celui du plomb qui le charge. Nous verrons dans un inftant comment l'Epinglier entête les épingle s« *
- Additions de M* Duhamel.
- Après ce qu’a dit M. de Reaumur, on conçoit que chaque enclume Sc chaque poiçon ne peuvent fervir que pour une efpéce d'épingle. Il y a des enclumes qui ont plufieurs trous & entailles (fig* 10 ) ; Sc celles-là fervent pour différentes efpeces d'épingles. On conçoit encore combien il efl: important que le trou du poinçon réponde exactement au trou de l'enclume ; car ici la perfection de l'ouvrage dépend plus de l'exactitude de l'outil que de l'adrefle de l'Ouvrier. On ajufte les cavités de l'enclume Sc du poinçon avec le Boutereau qui efl: un poinçon bien acéré (fig. 12 ) , dont la pointe moufle & hémifphérique efl: de la grofleur de l'échantillon de l'épingle qu’on veut frapper, & la lime l(fig. 13 ) qui efl: quarrée ou à tiers point, fert à former la gouttière.
- Mais il faut être prévenu que le bout £ de l'arbre de fer (fig* 8 ) a un trou quarré profond de quelques pouces, dans lequel s’ajufte le poinçon. Ce poinçon efl: un peu à l'aile dans le trou quarré qui le reçoit , Sc on l'y afîujettit ou avec des coins de bois ou avec des vis ; ce qui donne la facilité de porter le poinçon d’un côté ou d’un autre, jufqu'à ce que le petit trou hémifphérique qui doit recevoir la moitié de la tête, réponde exactement au trou de l'enclume, ou entre l'autre moitié de la même tête, ou bien J pour parler comme les Ouvriers, il faut que les hoches fe rencontrent.
- L'Ouvrier peut, à fon gré, augmenter la force du coup ou la diminuer,foit en variant le poids qui charge le poinçon, foit en changeant la pofition de
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- ART DE LEP INGLIER. 3r
- la corde qui répond à la marche , puifqu’il eft évident qu’en l’approchant de l’extrémité de cette marche, la levée du poinçon eft plus grande , 8c conféquemment le coup plus fort.
- Remarques de M. Perronet.
- La disposition de l’entêtoir que décrit M. Perronet étant un peu différente de celle que M. de Réaumur a fait graver, & les cotes de toutes les parties étant mifes avec toute la précifîon poffible, nous en allons donner le détail.
- Planche IP, f-gE^ reprélente le plan d’un entêtoir à iîx places fembla-blés , pour y employer un pareil nombre d’Ouvriers qui travaillent à la fois; 8cfig. y, fon élévation. Le tout eft porté iur un billot de bois ou un tronc d’arbre A de 3 pieds 9 pouces de diamètre , 8c 16 pouces d’épaiffeur 5 il eft élevé d’un pied au-deffus du plancher par trois forts pieds B ; au-def-fus du billot s’élèvent 6poteaux Cpofés aux angles, 8c retournés fur 2 pouces de. largeur à chaque face ; leur épaiffeur eft de 18 lignes, & leur hauteur de 17 pouces : à 13 pouces 8c demi au-deffus du billot, font affemblées les traverfes D de même épaiffeur que les poteaux, Tur 15 lignes de hauteur , lefquelles font percées aux endroits E, pour paffer les broches de fer F qui ont 6 lignes de groffeur & 16 pouces de longueur, 8c dont le haut eft arrêté fermement dans les précédents trous avec les.coins O ; le bas qui eft diminué en pointe, porte fur des efpeces de crapaudines de plomb G qui ont 2 pouces en quarré fur 6 lignes d’épaiffeur ; le plomb a été verfé dans des trous faits dans le billot.
- • Le milieu des mêmes traverfes D eft percé pour recevoir Faiguille de fer ou Youubot El qui a 12 pouces 8c demi de longueur fur 6 lignes de grofleur, comme il eft repréfenté dans fà grandeur naturelle (Jig. 6 ).
- L’outibot eft percé à fon extrémité fupérieure en I, pour palier la corde IP qui le doit faire mouvoir.
- Le bas de l’outibot K a 18 lignes de long, 8c fà groffeur eft d’un pouce en quarré. Cette partie eft percée en deffous d’un trou K {fig. 5 8c 6) qui a 6 lignes en quarré fur 9 lignes de profondeur : ce trou eft défigné par des points.
- Cet outibot, dont la verge eft quarrée par en bas jufqu à 4 pouces de hauteur, entre dans une traverfe de fer LL, dont le plan eft tracé en grand fur la même planche 0%. 7 ). Cette traverfe a 9 pouces 9 lignes de longueur, 9 lignes de largeur & 3 lignes d’épaiffeur. Elle eft encore percée dans fa longueur de deux trous ronds par lefquçls paffent les broches de fer F ; & l’on a foin qu’il y ait quelques lignes de jeu tout autour pour y mettre quelques bandes de parchemin huilé, afin que la traverfe monte & descende aifément le long des broches F : deffus cette traverfe L L
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- on met un poids de plomb iVqui eft traverfé dans fon axe par la tige H de l’outibot. Ce poids a 4 pouces de diamètre & 3 pouces de hauteur. On met un morceau de parchemin entre le poids N 8c la traverfe L L, pour les rendre plus adhérents l’un à l’autre ; & pour que les coups continuels du poids ne fatiguent point la traverfe. Dans la partie creufée K de l’outibot H> on met un poinçon d’acier P {fig* 8) , lequel a 10 lignes de longueur, 6 lignes de grofleur par le milieu , & y lignes en quarré par les bouts, fur lefquels font gravés en creux deux trous de la moitié de la grolfeur des têtes que l’on veut faire,ainfiqu’il eft repréfenté parle planp ÇJig> 9). Sous cet outibot P Çfig. 8) eft pôle un canon de fer Ç repréfenté en grand 10 ) ; il a 16 lignes de longueur fiir 15 lignes de grofleur en quarré, non compris la queue R qui a 20 lignes de longueur & 6 lignes de grofleur. Cette partie eft enfoncée dans le billot : le deflus de ce canon eft percé d’un trou r de 6 lignes en quarré fur autant de profondeur, comme le montre la ligne ponéluée Ç. On place dans ce canon une enclume d’acier S Qfîg. 11 ) d’un pouce de hauteur, 4 lignes de grofleur en quarré par le bas, & 7 lignes par le haut. Sur cette enclume font gravés'4 trous de différentes grandeurs, pour faire les têtes de quatre différents numéros d’épingles, comme on le voit au plan T(fîg. 12).
- La corde qui paffe dans le trou du haut de l’outibot H, eft attachée fur le bras de levier VX Y qui eft de bois, 8c qui a 2 pouces de grofleur à l’endroit V éloigné du point d’appui X de y pouces & demi ; proche l’autre bout * à l’endroit L, eft attachée la corde qui répond à la Marchette Z, à 11 pouces de diftance du point d’appui : la marchette Z a 10 pouces de long, fur 6 de large, & elle eft attachée par le bout & , au moyen d’un bout de corde, à un piquet. - v,:
- , A chaque place il y a deux planches a a chacune d’un pied de long 8c flx pouces de large, qui font arrêtées par des boulons au billot aux endroits b (fig. 4 ), de façon que ces planches puiffent fe mouvoir pour accotter les bras des Ouvriers.
- Au devant de chaque place eft une calotte de chapeau c nommée Planche ; elle-a 6 pouces de long fiir 4 de large, & deux pouces de hauteur de bord, arrêtée fixement au billot : cette calotte fert à mettre les hanfes & les têtes.
- En dedans de cette enceinte de planche , eft un ,demi-cercle d nommé parc, qui a pour corde toute l’étendue comprife entre deux poteaux ; ce parc eft deftiné à recevoir les épingles à mefure que les têtes font frappées ; au milieu du billot eft un chandeliers quifert à éclairer toutes les places.
- Sur le même billot font deux poteaux diamétralement oppofés^ de deux pouces de grofleur ; ils font bien ferrés contre les folives du plancher pour affermir le billot, & empêcher que les coups continuels des poinçons fur les enclumes ne l’ébranlent.
- On conçoit qu il eft delà plus grande importance que le trou hémifphérique
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- ART DE L’EPINGLIER: 33
- du poinçon réponde bien précifément au trou auffî hémifphérique de renclume : il eft difficile de parvenir à cette précifion ; on le fait néanmoins en éloignant ou en approchant les broches F (PL IV, fig,. y ), qui étant pointées fur les crapaudines de plomb G , y forment différents petits trous , où on peut les placer en foulevant le poids N, & retirant un peu, s’il le faut , les coins O.
- La cuiller de fer, pour faire recuire les têtes, coûte iy fols -, le plomb & les autres uft enfiles qui appartiennent à chaque place, coûtent 8 livres ; le billot, 12 livres : ainfî toute la machine quon vient de décrire, coûte 60 liv. iy fols K
- Maniéré d9entêter ou frapper les Epingles ; par M. de Reaumur .
- L’Ouvrier eft aflîs vis-à-vis de l’enclume , ayant les coudes appuyés, 8c un pied pofé fur la marchofg (PL III, fg. 8). Le deffus du billot eft pour lui une table fur laquelle font deux efpeces de boîtes de carton R 2, R 3 ; l’une à gauche contient d’un coté les hanfos , Sc de l’autre côté les têtes ; l’autre à* droite reçoit les épingles entêtées. De la main gauche il prend une hanfo, il en pouffe la pointe au hafàrd dans le tas des têtes ; il ne manque gueres d’en enfiler une. La main droite la prend auffi-tôt ; elle pofe la tête dans le creux de l’enclume, & tire enfoite l’épingle à elle, jufqu’à ce que la tête foit ajuftée précifément au bout de la hanfe. Le pied de l’Ouvrier qui tenoit le poinçon élevé , le laiffe auffi-tôt échapper ; il vient frapper la tête j l’Ouvrier l’éleve & le laifle tomber quatre à cinq fois de fuite ; la main droite retourne l’épingle à chaque fois , afin qu’elle foit frappée de différents côtés. Ce nombre de coups fuffit ordinairement, & alors il met l’épingle entêtée dans le carton R 3.
- Auffi-tôt la main gauche donne à la droite une autre hanfe enfilée dans une tête ; car , pendant que le pied abaiffe la marche, & que la main droite retourne l’épingle fur l’enclume, la gauche cherche à enfiler une nouvelle hanfoT^ dans une autre tête ; ces trois mouvements fe font à la fois, & avec tant de vîtefle qu’un Ouvrier entête communément 7 à 8 milliers d’épingles dans un jour ; il y en a qui vont à 12 & plus ; encore n’occupe-t-on gueres à. ce travail que des femmes ou de jeunes enfants.
- On peut remarquer que toutes les épingles font entaillées près de la tête ; elles y font moins groffes qu’ailleurs. La petite élévation que forme au-deffus du creux où eft la tête, la gouttière ou coche qui renferme le corps de T épingle, caufo cette différence de groffeur : le rebord de cette gouttière coupe un peu l’épingle tout autour.
- On a fait des têtes avec des moules à main ; & c’étoit apparemment la ma-
- * Nous avertiffons une fois pour toutes que le prix de tous les uftenfiles, ainfi que des matières, varient fuivant les temps.
- Epinglier.
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- .niere ufitée avant que la machine que nous avons décrite, fût connue. C'étcit une petite piece de fer qui étoit creufée comme l'enclume, où Ton plaçoit <ie même la hanfe qu'on vouloit entêter : mais cette façon n'eft plus en ufage ; elle eft plus longue Sc vaut moins que la précédente.
- On avoit auffi un poinçon dans lequel, comme dans celui de la machine; étoit creufée une cavité propre à recevoir la moitié d'une tête d'épingle. Après avoir pofé l'épingle dans le moule, on polbit deffus le poinçon ; on l'y retenoit de la main gauche, pendant que la droite appuyoit fur ce poinçon quelques coups de marteau. On fait encore à préfent de petits clous à livre à tête ronde avec un poinçon à peu près pareil.
- Additions de M. D uhamel.
- Une partie de l'ouvrage de l'Entêteur eft d’enfiler la hanfe dans le fil qui doit faire la tête, Sc de placer cette tête au bout oppofé à la pointe ; on nomme frapper cette tête, la battre entre l'enclume & le poinçon, comme l’a expliqué M. de Réaumur. Pour enfiler la tête à moindres frais, il y avoit des fabriques où l'on faifoit enfiler par des enfants ; mais il falloit ajufter les têtes au bout des hanfes, On a maintenant trouvé qu'il étoit plus expéditif de faire enfiler Sc frapper par un même Ouvrier.
- Il arrive fouvent qu'il s'enfile plus d’une tête dans une hanfe ; l'Ouvrier fait tomber alors avec un de fes doigts celles qui font de trop *.
- Remarques de M. Perronet.
- i°, Un homme peut frapper 20 têtes d’épingles , grolfes ou petites par minute j & comme il frappe cinq à fix coups fur chaque tête, l’enclume reçoit 100 ou 120 coups par minute.
- 20, Un Frappeur fait ordinairement un millier d'épingles par heure, & dix à douze milliers par jour, non compris le treizième en fus pour les défeétueufes.
- 30, Les Frappeurs gagnent deux prix différents : fçavoir , 9 fols de la douzaine de milliers, toujours y compris le treizième en fus, pour frapper les têtes des groffes épingles, depuis le numéro 22 , jufqu'aü numéro 14 Sc 8 fols pour les épingles au deffous ; ce qui leur vaut 7 à 8 fols par jour, fur quoi les Frappeurs font tenus de fe fournir de poinçons Sc d'enclumes qui coûtent enfemble 10 fols, & de les faire regraver lorfqu'on change de grolîeur d'épingle, ce qui coûte environ deux fols par mois. Ce font encore les Frappeurs ou Entêteurs qui frottent, vannent Sc fechent les épingles.
- * A Laigle, on ne connoît point le terme d'entêter , on dit frapper pour plus grande clarté. Nous avons confervé le terme d’entêter pour diftinguer les deux opérations d’enfiler les têtes & de les frapper.
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- ART DE DE PING LIER. 3;
- Maniéré de blanchir les Epingles , par M. de R e a u m u r.
- On laisse à peu d’épingles leur couleur jaune , excepté celles des^ plus
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- groffes fortes, on les blanchit prefque toutes. Ce n’eft pas feulement pour les embellir * le cuivre n’eft pas agréable à toucher ; il donne toujours quelque odeur aux mains ; d’ailleurs le verd de gris l’attaque ; ces railons font qu’on étame les épingles comme les cafferoles, mais d’une maniéré fort différente.
- ^ On commence d’abord par les décraffer : pour cela on fait bouillir de l’eau avec une livre de gravelée rouge. On la jette toute bouillante dans
- un baquet de bois où font les épingles ; il y en a environ 130 livres
- pefant. Ce baquet ( PL V, fi g. 1 & 8 ) a près de 20 pouces de diamètre, 8c 1 y à 16 de profondeur ; il eft fufpendu par une chaîne à hauteur
- d’appui. Un Ouvrier l’agite pendant environ une heure, en le tirant à foi , 8c le repouffant alternativement. Les frottements que les épingles y effuienc les rendent plus jaunes 8c plus brillantes.
- Elles font alors en état d’être étamées ou blanchies. On les empile dans une chaudière de cuivre de figure cylindrique qui a 14 pouces de diamètre & 20 de profondeur ( PL III, fig. 14 ) ; mais voici comme on les arrange avant de les mettre dans la chaudière. On a une croix de fer à quatre bras égaux (fig* 15), 8c dont deux enfemble ont moins de longueur que la chaudière n’a de diamètre. Sur cette croix on pofe une plaque d’ééain fin,
- ronde 4 (fig. 16) 8c épaiffe d’un quart de ligne ou même moins ; Ion diame-
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- tre efl; un peu plus petit que celui de la chaudière 5 on couvre la plaque d’étain d’un lit d’épingles épais de 4 à 5 lignes ^placées fans aucun ordre. Sur ce lit d’épingles, on met une nouvelle plaque d’étain fur laquelle on étend une couche d’épingles d’épaiffeur égale à la première ; 8c ainfi on met alternativement une couche d’épingles 8c une plaque d’étain, jufqu’à ce qu’on ait formé un pile 9,9: 10, 10 {fig. 17) qui ait un peu moins de la moitié de la hauteur de la chaudière ; on porte enfuite cette pile dans la chaudière ; on le fait aifément au moyen de deux cordes qui ont chacune un de leur bout noué à deux bras oppofés 1, 1:3,3 (fig-15 )•
- La pile n’eft pas où elle en doit relier. Pour l’élever davantage, on prend une plaque d’étain à peu près de même épaiffeur que les autres y , y ,
- (fig. 18 ) ; on l’appelle une plaque à fils, parce qu’elle a deux petites cordes nouées par les deux bouts , qui paffent par quatre trous 7 8c 8, (fig. 18 ) , dont elle efl percée, & qui donnent le moyen de la porter, comme les cordes de la croix ont donné la facilité de porter la première pile. Sur cette plaque à fils, on met une couche d’épingles d’épaiffeur égale aux premières ; on la couvre d’une nouvelle plaque d’étain fur laquelle on étend un nouveau lit d’épingles j & ainfi de fuite, on éleve une petite pile 10,10 :1 r, 11, compofée
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- de huit ou dix couches d’épingles & d’autant de plaques, & on la porte dans la chaudière pour augmenter la pile qui y eft déjà. On forme de même une fécondé pile fur une fécondé plaque à fils* compofée d’autant de couches d’épingles & de plaques d’étain que la précédente. Celle-ci achevé la pile (fig. 17 ) qu’il faut fuppofer dans la chaudière (Jlg, 14 ) ; le feul avantage qu’on trouve à former ces deux-petites piles, c’eft qu’on n’eftpas en-fuite obligé de retirer de la chaudière toutes les épingles à la fois ; on tire les unes après les autres, les piles à fils avant d’arriver à la maîtrelfe pile portée fur la croix qui eft encore affez pelante. Il entre dans la chaudière jufqu’à y x plaques d’étain, & dans les intervalles de toutes ces plaques, jufqu’à 360 milliers d’épingles de la petite forte, & la moitié ou environ d’épingles des plus greffes fortes ; c’eft-à-dire, qu’il y a environ ^40 milliers d’épingles de différentes fortes qui, tous enfemble, pefent 128 à 130 livres. Car fi pour les 30 douzaines de 12 milliers ou les 360 milliers de la petite forte , on prend le poids des épingles du numéro 4 qui eft à peu près moyen entre celles du numéro 7, ces 360 milliers peferont 47 livres. Si de même on fuppofe que le poids des 180 autres milliers eft de fept onces deux gros , qui approche du poids des épingles du numéro 13 , qui eft le numéro d’un poids à peu-près moyen entre ceux des numéros’ 8 & 18, ces 180 milliers peferont à peu-près 82 livres ; aufiî faut-il deux hommes pour foulever la chaudière ; ils la portent fur un bâton paffé dans fon anfe.
- On la remplit d’eau de puits bien claire : on y jette deux livres de gra-velée blanche ; on fait bouillir le tout fur le feu pendant environ cinq heures (Jig, 4) j la chaudièrep eft alors fur un trépied ordinaire q, & a un couvercle : à mefure que l’eau diminue, on a foin d’y en verfer de la nouvelle, & de la tenir pleine toute raze.
- Le fel de la gravelée dont l’eau eft empreinte, diffout l’étain , l’étain diffous s’attache au cuivre, & l’étame. Le raifonnement ne conduiroit pas à croire qu’une opération fi fimple fût capable d’étamer parfaitement les épingles ; mais l’expérience l’apprend : elles font fuffifàmment recouvertes d’étain , &avec beaucoup d’égalité. La confommation qui fe fait de ce métal, n’eft cepen~ dant pas bien confidérable. Soixante plaques d’étain pefent communément 30 livres ; en les faifànt bouillir une fois par fèmaine, les Ouvriers affurent que dans trois mois elles ne diminuent que d’environ 10 livres, c’eft-à-dire , qu’il ne s’en confomme qu’un peu plus de trois quarterons pour éta-mer nos 128 livres pelant d’épingles.
- Ces trois quarterons d’étain n’y font pourtant pas employés en entier ; il en faut déduire ce qui refte mêlé avec l’eau. Mais quand nous fùppoferions cette quantité d’étain entièrement étendue fur nos épingles, il s’enfuivroit toujours qu’il forme des couches incomparablement plus minces que
- l’imagination
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- l'imagination ne làuroit le les repréfenter. Nous pouvons admirer ici, comme nous L'avons fait ailleurs dans l’Art du Tireur d’or, la prodigieufo extenfion que reçoit l'étain, fans cefler d’être un corps continu. Pour nous faire quelque idée de cette étonnante extenfion , fuppofons que la chaudière a toujours été remplie d’épingles du même numéro ; de celles du numéro 3 , par exemple > alors elle eût contenu chaque fois un peu plus de 1638 milliers d’épingles de cette forte. Cherchons à préfent la longueur que feroient toutes les épingles mifos bout à bout ; celles du numéro que nous avons choifi, ont chacune 8 lignes de longueur ; par conféquent , le millier de ces épingles fait une longueur de huit mille lignes, ou de 5 y pieds 6 pouces 8 lignes qui, prife 1638 fois, nombre égal à celui des milliers, donne pour longueur de toutes les épingles pofées bout à bout, ou pour celle à laquelle les trois quarterons d’écain ont été étendus, pr mille pieds. Il feroit aifé de déterminer à peu-près quelle furface quarrée donne cette longueur, en prenant la circonférence des épingles. A la vérité , le numéro que nous avons choifi, eft favorable à l’augmentation de la furface 5 nous en trouverions moins fi nos épingles étoient de plus haut numéro : mais ce qui relie d’étain dilfous avec l’eau, fuffiroit peut-être pour compenfer cette différence.
- On ne jette pourtant pas l’eau où les épingles ont été blanchies ; on lait qu’il y relie de l’étain & de la gravelée à ménager ; on la conferve pour la verfor dans la première chaudière où l’on empilera des épingles ; & on y ajoute la gravelé dans la proportion que nous avons dite.
- Les plaques deviennent à la fin trop minces, ou elles le percent ; & alors on les refond, comme nous l’expliquerons dans la fuite.
- Après que la chaudière a été ôtée de deffus le feu, on retire, d’abord l’une après l’autre, les piles de plaques à fils, & on vient enfuite à la grande pile portée par la croix ; on renverfe à mefure les épingles dans le même baquet où nous les avons vu laver immédiatement avant qu’on les arrangeât dans la chaudière £ PL V, fig. 1 ê 8 ). Le baquet eft aufli fuf-, pendu, comme nous l’avons vu dans le même endroit \ on y jette de l’eau fraîche & claire ; un Ouvrier l’agite pendant environ un demi-quart d’heure , & cela afin que les épingles frottant les unes contre les autres , la gravelée qui étoit reliée entr’elles, s’en fépare.
- U faut enfuite les fécher ; ce qu’on exécute en les agitant dans la frottoire : c’eft une elpece de petit tonneau d’environ un pied de diamètre, & un peu moins long ( PL V, fig. 2 & 9 ) : il a un efîieu de bois foutenu par deux tréteaux ou pieds B entaillés pour le recevoir. On le fait tourner par le moyen d’une manivelle E engagée à un de fes bouts. Cette frottoire a, vers le milieu de là longueur, une ouverture quarrée C ; c’eft la porte par où on fait entrer les épingles ; on les y verfe avec un auget F (fig. 10) long de 2 pieds, alfez Épinglier. K
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- femblable aux mains dont fe fervent les Banquiers pour ramaffer l'argent ; il n'en différé prefque que parce qu'il eft de bois , au lieu que les mains des Banquiers font de cuivre. On remplit enfuite une partie de la frottoire de fon, Sc enfin on bouche fa porte avec une petite planche quarrée, qui eft arrêtée par une traverfe qui paffe deflus Sc dans deux couliffes. Après avoir fait tourner la frottoire pendant environ une demi-heure , l'Ouvrier retire les épingles, & les fait tomber dans le plat à vanner E (fig. il ) qui eft de bois, Sc a environ un pied de diamètre : il les y vanne auffi, il les fépare du fon ; & quand elles font bien nettes Sc bien blanches, il les met dans une petite boîte de carton de figure cylindrique appellée la Carte aux épingles, ou dans un boifleau.
- Additions de M. Duhamel.
- Il y a des épingles qu’on laiffe jaunes, & que l'on vend ainfi (ans les éta-iiier ou blanchir , foit pour épargner une très-petite quantité d'étain, foit pour éviter des opérations qui, quelque petites qu'elles foient, augmentent néceffairement de quelque chofe le prix des épingles, foit que quelques raifons que j’ignore, les rendent plus convenables à certains ufàges : les Faifeufes de dentelles , par exemple, employent ordinairement des épingles jaunes. On pourroit leur donner une belle couleur jaune en les faifimt bouillir avec de la gravelée , les agitant dans le baquet (jïg> i ) , Sc enfuite les defféchant avec du fon dans la frottoire (fig* 2 ) ; mais ordinairement, ce qui revient au même, après avoir fait bouillir 30 livres pelant d'épingles avec deux livres de tartre ; on met le tout dans le barril ou frottoire (Jïg. 2 ) \ Sc après les avoir agitées pendant trois quarts-d’heure, on les deffeche avec du fon dans une frottoire, ou en les fecouant, comme on le voit (fig. 4) , avec du fon dans un lac de cuir (PL V, fig. 12). Quand un Ouvrier fe trouve fèul, il attache un des bouts du lac à un poteau ( PL'VI, fig. 17 ) , Sc en le fecouant il fait prendre aux épingles une couleur jaune très-brillante. Je n’entrerai point dans un plus long détail fur cela, parce que M. de Réau-mur parlera de ce travail à l'occafion des épingles de fer.
- Une attention qui a échappé à M. de Réaumur, c’eft qu’il ne faut mettre entre chaque plaque d'étain, que des épingles d’une même forte.
- Autrefois les épingles d'Angleterre étoient plus argentées que les nôtres ; ce qu'on auroit pu attribuer à ce qu'ils employoient un étain plus pur, & que celui que nous employons, eft prefque toujours allié d'un peu de plomb. Mais on fait maintenant de très-belles épingles à Laigle ; Sc je crois que c'eft depuis qu’on a pris la méthode de blanchir les épingles à l'eau.
- Il paroîtra fans doute fingulier que les épingles jaunes fortent de la chaudière blanches Sc comme argentées ; mais fi on fait attention que quand ôn plonge, dans une dilfolution de cuivre, un morceau de fer poli, le fer
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- ART DE L’EPINQLIER. S9
- fe charge d’une légère couche cuivreufo, ce qui dépend de ce que le cuivre le précipite & fe dépofe farde fer, à mefure que le diffolvant attaque le fer, on concevra que la gravelée diffout un peu d’étain, qui enfuite eft précipité par le cuivre qui en devient couvert.
- On voit que dans les Manufactures d’épingles, tous les Ouvriers font payés à tant par douzaines de milliers : on imagine bien qu’il ne feroit pas poflible de compter les têtes, les hanfes, &c. mais on lait ce que doit pe-fer le millier de chaque forte d’ouvrage, & on le reçoit au poids*
- Remarques de M. Perronet.
- i°, Le baquet pour décraffer, a 22 pouces de diamètre fur 14 de hauteur avec une anfe de fer & un crampon, pour le fufpendre à une piece-de bois ftable. Ce baquet avec la ferrure, coûte y livres.
- 20, 'Les plaques d’étain ont à peu près 16 pouces de diamètre, 8c la chaudière 18, fur 2 pieds & demi de hauteur.
- 30, Ce font les Tourneurs de roue qui font chargés de ce travail ; on les nomme alors Jaunijfeurs : & ce font les Entêteurs ou Frappeurs qui, fur le prix qu’on leur donne pour frapper des têtes, font tenus de frotter 8c de fécher les épingles, ce qui peut fe faire dans une frottoire (j%". 2 ), comme l’a dit M. de Réaumur, ou en mettant environ 14 livres d’une même forte d’épingles , dans un fac fait de deux peaux de mouton coufues enfemble, 8c que deux hommes fecouent, comme nous l’avons expliqué. Ce travail dure à peu près trois quarts-d’heure , pendant lefquels les épingles font envoyées environ yoo fois à chaque bout du fac à frotter, qui a trois pieds de long, 18 pouces de large par un bout, 8c 10 par l’autre.
- 40, Le plat à vanner (flg. 11 ) eft de bois ; il a 18 pouces de diamètre * trois pouces & demi de profondeur. On vanne 6 ou 7 livres d’épingles à la fois ; 8c ce font les Entêteurs qui font encore ce travail fur le prix qu’on leur a donné pour frapper.
- y°, Les plaques d’étain pefent chacune une livre 8c demie. L’étain coûte 28 fols la livre en lingot. Les Epingliers de Laigle les fondent eux-mêmes* Comme il en faut environ 60 livres pelant pour remplir les chaudières , cette fourniture coûte 80 livres.
- 6°, La gravelée ou le tartre fe tire de la Rochelle ou de la Xaintonge , ou du Château-du-Loir , & coûte rendue 25 livres le quintal , ou 104 livres pelant. On conçoit bien que tous ces prix doivent beaucoup varier ^ fuivant une infinité de circonftaces*
- Maniéré d!arranger les Epingles par quarterons fur les papiers ;
- par M. ve Reaumur.
- Il, ne relie plus qu’à arranger les épingles par quarterons fur le papiers
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- 4o ART DE DEPINGL1ER.
- ce papier eft fans colle ; on le bat fur un billot i (fig. 63, pour i'applanir. On y fait les trous dans lefquels les épingles doivent pafler ; on en perce à la fois pour un quarteron : l'outil dont on fe fert (fig. IJ ) s'appelle Quarteron ; il eft terminé en forme de peigne par 26 pointes. Le papier étant plié en quatre, de façon que les deux endroits où doivent être deux rangs de trous,' fe touchent l'un l'autre ; il pofe le quarteron deflus, verticalement ; &d'un coup de marteau appliqué fur le bout q de cet outil, il fait ouvrir à la fois tous les trous. Une Ouvrière perce dans un jour aflez de papiers pour loger huit douzaines de milliers d'épingles.
- Enfin la Boüteufe qui eft auflî celle qui fait entrer les épingles dans ces trous, y en peut arranger jufqu'à 30 milliers par jour ; elle les met aulîi en paquets compofés chacun de fîx milliers qu'on appelle des Sixains.
- Les papiers qui enveloppent les paquets compofés de plufieurs milliers , portent en rouge la marque du Maître. Ces marques font gravées fur de petites planches de bois ; on les frotte de vermillon avec une brofle ; on les applique enfeite fur ce papier : fi la marque eft petite, on ne prefîe cette planche qu'avec le main 5 fi la marque eft grande, on la prefîe avec une petite mafle de bois, dont le bout eft plus gros que le refte, & plat : on f appelle une Batte.
- iAdditions de M. D u h a m e l. '
- On sait qu’il faut attacher les épingles de plat & de fuite fur des feuilles de papier pour les mettre en vente ; c’eft ce que vient d'expliquer M. de Réaumur/; mais il nous paroît néceflaire de rendre le détail de cette petite opération, encore plus clair. Pour cela il faut avoir recours à la figure 16 de la Planche V. On plie le papier en a a ; on le plie encore en b b ; on applique le pli aa fur le pli b b ; & le papier étant en quatre doubles, on le pofe, comme on le voit en O (fig* 15 ) fur une plaque de plomb qui couvre un billot N: en frappant fur le bout q avec un maillet, on marque 26 trous dans lefquels on pafle les épingles, lorfqu'on étend le papier, elles font retenues en deux endroits de leur longueur, comme on le voit en c d. On voit en ef(fig> 16) les trous par où doivent pafler les épingles, & qui font faits & elpacés par l'outil. On voit en g h (fig* 16) les épingles comme elles paroiflent fer l’envers du papier, & en R la marque dont M. de Réaumur vient de parler. U eft fenfible qu'on doit faire les deux files de trous plhs près les uns des autres quand les épingles font fines, que quand elles font groffes, & qu'il faut que les pointes de l'outil P Çfîg» 15 ) foient d'autant plus ferrées que les épingles font plus fines.
- Les milliers font divifés en demi-milliers par un efpace aflez large qui les fépare dans toute la longueur du papier. Chaque demi-millier eft, pour
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- ART DE LEP IN G L IE R, 4 r
- ainfî dire, fiibdivifées en rangées de cinquante chacune, qui le font elles-mêmes au milieu par un petit vuide qui les partage en deux quarterons; Ces quarterons font quelquefois de 2 y épingles, 8c quelquefois de 20 : cette différence néanmoins ne diminue point le millier ; car les cinq épingles qui manquent à chaque rangée, font remplacées par d’autres rangées qu’on ajoute au total. Les Marchands ne font cette différence que, parce que celles qu’on vend pour être d’Angleterre, n’ont que 20 épingles au quarteron, 8c celles qui fe vendent pour être de Paris en ont 2 y ; mais les unes & les autres font fabriquées à Laigle ou à Rugles, &c.
- Il y a deux marques fur les papiers : une petite fur chaque paquet de demi-millier ; & fur les papiers qui enveloppent les fixains, la marque eft plus grande, 8c le nom du Fabriquant eft au-deffous.
- Les Marchands de Paris envoyent aux Fabriquants des papiers marqués qui portent ordinairement la figure de la Reine régnante ou de quelque autre Princeffe.
- Les deux demi-milliers font joints enfemble par unê bande de papier de deux doigts de largeur ; cette bande eft attachée par une épingle qui ferc d’échantillon aux Epingles qui font renfermées dafrs le paquet.
- Les épingles fe débitent en gros par fixains, ou en paquets de fix milliers;
- Remarques de M. P e rro n et.
- %. y
- i% O K porte aux Bouteufes les épingles vannées, dans des demi ou des quarts de boiffeau , chaque efpece étant à part.
- 20, Le quarteron pour les épingles, numéros 8 6c 9, a un pouce 9 lignes de longueur, deux pouces de hauteur avec un manche q ( PL P, fig. xy ) d’un pouce de longueur fur fîx lignes de diamètre ; il coûte 25 fols, 8c le marteau pour frapper deffus, 12 fols. Ce font les Bouteufes qui fe four-niffent de ces outils : elles peuvent percer par jour deux douzaines de
- milliers de papiers, grands & petits.
- ♦
- 30, Une bonne Bouteufe peut placer dans les papiers quatre douzaines de milliers d’épingles ; elles ont un fol par douzaine de milliers de cette opération ; la plupart n’en font que deux à trois douzaines.
- 40, Elles font de plus chargées d’éplucher les épingles pour rejetter les défeélueufes. Comme les mêmes Ouvrières font ordinairement les trois opérations, de percer le papier , de bouter 8c d’éplucher, on leur donne 2 fols 6 deniers par douzaine de milliers , groffes & petites : les plus fortes Ouvrières gagnent 4 fols par jour : les' enfants de 7 à 8 ans peuvent gagner un fol par jour , feulement pour bouter.
- y°, Ce font encore les Bouteufes qui impriment les empreintes ou marques des Marchands fur les papiers : elles en font un millier par heure , Eping lier. L
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- «n frappant, avec le plat de la main, le papier fur la planche de bois qui eft attachée fur une table ; & elles chargent de couleur cette planche, au moyen d’une grolfe brolfe qu’elles trempent dans du vermillon délayé avec de la colle de farine.
- Récapitulation fommaire de toutes les opérations dont on vient
- de parler ; par M. D uhamel.
- Rappelions maintenant de fuite toutes les façons par où il a fallu faire paffer les épingles. Quoique nous ayons vu avec quelle vîtelfe le travail a été conduit, nous ferons encore étonnés qu’on puiffe donner ces épingles à fi bon compte. Palfons toutes les opérations qui n’ont eu pour objet que d’alonger ou de nettoyer le fil : prenons la première ; c’efl: celle où l’on a commencé à le drelfer ; la fécondé a été de couper ce fil par tronçons; la troifieme, de faire des pointes à ces tronçons ; la quatrième, de finir ou re-palfer ces pointes 5 la cinquième, de couper les hanfes ; la fixieme, de tourner le fila tête 5 la’feptieme, de couper les têtes ; la huitième, de recuire les têtes; la neuvième, de rapporter & frapper les têtes ; la dixième, de laver les épingles dans la gravelée ; la onzième, de les arranger dans la chaudière de les blanchir ; la douzième, de les laver au fortir de la chaudière; la treizième, de les fécher dans la frottoire ; la quatorzième, de les vanner ; la quinzième, de les bouter dans les papiers. A ces façons, on pourroit encore ajouter celles de battre le papier, de fondre, couler & couper les plaques d'étain;
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- ART- DE DEP ING LIE R. 43
- Détail de toutes les opérations qui font nécejfaires pour faire dou^e milliers d'épingles du numéro 6, qui portent c) lignes de longueur ; avec Vétat de ce que le Fabriquant paye à fes Ouvriers pour chaque opération : le tout extrait des Mémoires de M. Perron et.
- Les douze milliers du numéro 6, pefent, fans papier, 9 onces 6 gros. Le fil pour faire les épingles du numéro 6 , ayant paffé par neuf trous de la filiere , revient à 31 fols 3 den. la livre ; fur ce pied, les une livre neuf onces fix gros de ce fil coûtent deux liv. neuf fols fept den. ci, 2 1. 9 f. 7 den.
- Pour dreffer & couper les tronçons, un fol, ci . 1
- Pour empointer, un fol trois deniers, ci, . . . . 13
- Au Tourneur de la roue à empointer, un fol 9 den. ci, 1 9
- Pour repaffer les pointes , un fol, ci................. 1
- Au Tourneur de roue pour'repaffer, un fol, ci, . x
- Pour couper les hanfes, neuf deniers, ci, .... . o
- Pour faire les moulées, ou tourner le fil pour la tête des épingles, trois deniers, ci ....... . . .
- Pour couper les moulées , neuf deniers, ci, : . ; Le feu pour recuire les têtes, évalué trois deniers, ci,
- Pour frapper les têtes, huit deniers, ci, ; . . 8t
- Tartre pour jaunir les épingles, un fol, ci, : . . . r
- Tartre Sc feu pour blanchir les épingles, eftimé un fol, ci, x
- Pour bouter les épingles dans le papier , un fol, ci, . x
- La main de papier coûte 6 fols^
- Il en faut y onces 3 gros pour la douzaine de milliers du numéro 6 ; c’eft deux fols, ci, . . . . . 2
- On peut eftimer la réparation des outils & faux frais, quatre fols, ci, _........................... 4
- Total du prix d’une douzaine de milliers d’épingles du numéro <5, Trois livres fept fols trois deniers, ci, . . 3 1. 7 f. 3 déni
- On ne peut évaluer les accidents qui font indifpenfàbles dans une Ma-nufaébure, : s’iLn’y en avoit point, comme les 12 milliers des épingles,’ numéro 6 , fe vendent 4 liv. le profit du Manufacturier feroit de 12 fois 9 deniers par douzaine de milliers. Mais, on ne doit regarder les évaluations ci-deffus que comme des à-peu-près 5 car les prix varient fuivant le taux des vivres, & une infinité dautres circonftances.
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- ART DE L’EPINGLIER:
- Table pour une douzaine de milliers d’Epingles.
- Numéros des Epingles. Leur longueur. Poids fans papier. Poids du papier. Total; Prix auquel elles reviennent à peu près au Fabriquant.
- lignes, livres• onces. gros. livres. onces, gros, grains livres• onces gros, grains Livres, S ois. Deniers.
- N°. $ 8 O 14 7 O 4 0 I 2 7 2 8 6
- 6 9 I 9 6 O S 3 I ij 3 7 3
- 7 10 2 S 4 O 6 0 2 11 4 4 4 7
- 8 11 2 11 2 O 6 4 3 1 6 4 18 10
- 10 nf 3 0 0 O 8 0 3 8 0 S 6 0
- 12 12r 3 6 4 O 10 0 4 0 4 S 12 1
- 14 13 3 12 4 O 11 00 M O 4 7 4 18 6 3 11
- 17 14 4 6 5 O 11 I $ 1 6 6 17 4
- 20 S 1 0 O 12 0 S 13 0 7 13 6
- 22 l6 S 11 6 O H 0 6 8 6 8 14 2
- Il faut près de 400 liv. pour pourvoir une Fabrique médiocre des outils qui lui font néceflàires.
- Additions de M- Duhamel.
- I
- Le poids & le prix des épingles de chaque numéro varient un peu, fui-vant les différentes Fabriques. Mais la table précédente que M. Perronet a faite en fuivant une bonne Fabrique, fufKc pour donner une idée aflez jufte de tout ce qui la concerne.
- C’eft une chofe admirable que de voir tous les Habitants d’une Ville fub-fifter de la Fabrique des épingles , tout étant payé à la piece & à des prix très-modiques ; mais les enfants de fix ans commencent par gagner un fol par jour ; & cela procure un foulagement à leurs peres.
- On faifoit autrefois beaucoup d’épingles à Paris ; celles qu’on y fabri-quoit * y étoient en grande réputation. Il y a lieu de penfèr que la main d’œuvre étant devenue trop chere dans cette Capitale , à raifon du prix des vivres ; les Fabriquants de Province ont été en état de donner leur travail à meilleur compte ; & ils ont fait tomber les Fabriques de Paris en four-niffant des épingles auffi belles & à meilleur marché. Mais pour conferver la réputation des épingles de Paris, les Fabriquants de Province boutent celles qu’ils envoy.ent, dans des papiers timbrés de la marque de'Paris ; ce font les Marchands de Paris eux-mêmes qui les leur envoyent.
- La Ville de Limoges étoit autrefois célébré pour la Fabrique des épingles : on n’y trouve préfentement que quelques pauvres Fabriquants. On fait auffi des épingles à Bordeaux ; mais les plus belles Fabriques de ce temps-ci font à Laigle , à Rugles ôc dans quelques autres endroits de la Normandie.
- Remarques
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- ART DE VET INGLIER.
- 4S
- Remarques générales fur le Métier déEpinglier 9 tirées des Réponfes de M. de Chalouziere *.
- Le Métier d’Epinglier eft très-mal-propre ; nous avons déjà dit qu'il eft suffi fort contraire à la fanté. La matière qu on y emploie , y contribue. Tout le monde fait que la rouille du laiton eft du verd-de-gris, c'eft-à-dire, un poifon* Ce poifon agit fur les Ouvriers plus ou moins, félon la place qu'ils occupent dans la Fabrique. Les plus expofés font les Empointeurs. La meule fur laquelle ils travaillent , tire des épingles qu'elle éguife, une limaille très-fine qui fe répand dans l'air, de maniéré que les Empointeurs ne peuvent fe difpenfer d'en refpirer par la bouche & par le nez ; on lait cependant qu'ils mettent , pour s’en garantir , un verre encadré devant leur vilàge > 8c c'eft à travers ce verre qu'ils voyent l'outrage qu'ils font ; mais cette précaution ne les préferve pas entièrement du fâcheux effet des particules cuivreufes.
- L'air qu'ils relpirenteft toujours rempli de la plus fubtile limaille qui vole; elle entre par le nez 8c par la bouche. Il en defeend fans doute quelque partie dans la poitrine par la trachée artete. Ces particules de limailles s'attachent aux endroits où elles s’arrêtent, & y contrarient leur rouille ordi~! naire. Delà vient que tous les Ouvriers d'épingles, 8c les Empointeurs, plus que tous les autres, ont prefque toujours les gencives d'un noir tirant fur le verd ; leurs dents font de même toutes obfeurcies. La craffe qui s'amafîe dans la jointure des dents eft noire 3c d’un noir verdâtre ; elle fe mêle avec la falive, & tombe dans i'eftomac. La limaille s'attache fi fort au vifàge qu'il eft, en quelque forte , impoffible aux Ouvriers de fe décraffèr parfaitement*1 Il eft très-probable qu'il en defeend dans la poitrine 8c dans I'eftomac comme on vient de le dire : les effets qu'elle y caufe font très-dangereux*! Les Empointeurs, qui ne font pas bien robuftes , meurent puimoniques, 8c de bonne heure ; tous abandonnent rempointage, quand ils parviennent à un âge un peu avancé, comme de 40 ou 50 ans ; peu de ceux que la né-' ceffité contraint d'y travailler plus long-temps , en échappent.
- Il y a encore dans ce Métier une chofe finguliere qui dérive de la même caufe. La limaille qui voie en l'air, 8c qui s’attache, comme on l'a dit, aux chofes qu'elle rencontre, s'attache aux cheveux des Ouvriers, & fur ceux des Empointeurs plus que fur ceux des autres. En s'y attachant ainfî 1 elle y produit quelquefois un effet aidez extraordinaire. Elle rend les cheveux des Ouvriers abfolument verds, 8c d'un verd auffi vif& auffi beau que celui des arrêtes de l'orphis. Tous les cheveux ne reçoivent pas cette im-preffion ; les blonds en font plus fiifeeptibles que les bruns ou les noirs t quoi qu'il en foit, il eft certain que plufieurs Empointeurs ont les cheveux
- * M. de Chalouziere, Avocat en Parlement, Juge de Police de Laigle, a bien voulu m’aider de
- les lumières. '
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- Epinglier.
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- du plus beau verd du monde ; & ce verd ne paroît point une couleur fu-perficielle ajoutée à la couleur naturelle des cheveux, mais bien celle des cheveux mêmes : elle paroît provenir de la fubftance des cheveux qui en eft toute pénétrée* Il femble que tous les Empointeurs devroient à cet égard être dans le même cas ; cependant il n’y en a que quelques-uns dont les cheveux foient ainfi verds ; les cheveux des autres ne reçoivent point du tout d'altération dans leur couleur naturelle, ou n’en reçoivent que peu. On fait que les cheveux des Fondeurs de cuivre, prennent auffi une couleur verte.
- On fabrique actuellement à Laigle & aux environs, plus de quatre fois au-tant dépingles qu’on y en fabriquoit il y a trente ans : on évalue à i yoo mille livres ce qui fe fabrique d’épingles chaque année dans la Ville de Laigle & aux environs. Cela vient de ce que la Fabrique de cette Ville ayant acquis de la fupériorité, non-feulement fur les autres Fabriques du Royaume; mais encore fur celles de Hollande, fournit d’épingles les Villes que les autres Fabriques fournifioient auparavant, & par-là les autres Manufactures on été abandonnées ou confidérablement affoiblies.
- C’eft l’intelligence & la capacité des Négociants de Laigle qui a produit cet effet ; ils ont fait faire la marchandifè meilleure, & l’ont établie à meilleur marché, au moyen de quoi ils ont obtenu la préférence par-tout où ils fe font préfentés.
- Ils ont rendu les épingles meilleures, par leur attention à corriger les défauts des Ouvriers, & à exiger d’eux plus de foin dans la perfection de leur ouvrage.
- Pour fe mettre en état de donner leur marchandifè à meilleur marché, ils ont, d’un côté, diminué le prix de la main d’œuvre, & de l’autre côté , ils fe font procuré les matières à meilleure compofition.
- Ci-devant les Marchands de Laigle s’approvifîonnoient de fil de laiton dans les magafins de Rouen & de Paris. Aucun d’eux n’alloitpas plus loin. Depuis environ 3y ans, plufieurs vont chercher ces matières jufques dans les fources mêmes, c’eft-à-dire dans les forges de Suede & d’Allemagne. Il y en a eu qui ont été jufqu’à arrher d’avance tout ce que les forges de Suede pouvoient en fabriquer pendant un an. De cette forte le fil leur re? vient à beaucoup meilleur marché.
- Comme la Manufacture eft établie dans une petite Ville de Province , Sd qu’elle eft même en grande partie répandue dans les campagnes voifines, où les denrées qui fervent à la nourriture font à bon marché ; on peut plus aifément y mettre la main d’œuvre à bas prix ; car les Ouvriers fe déterminent toujours à travailler, pourvu qu’on leur donne une récompenfe qui puiffe les faire fubfifter.
- Cet article eft tout-à-fait intéreflànt dans les Manufactures ; & c’eft uri avantage qu’on ne peut pas fe procurer dans les grandes Villes où tout ce
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- t
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- qui fert à la vie eft beaucoup plus cher : c’eft ce qui a fait tomber les Manufactures de Paris.
- Enfin, autrefois les Marchands de Laigle n’envoyoient point leurs Marchandées ailleurs qu'à Paris, à Rouen & aux Foires de Caen & Guibray ; ils ne connoilfoient point d'autres débouchés. Ceux d'aujourd’hui, non-feulement en envoyent directement dans toutes les Provinces & dans toutes les Villes du Royaume, mais encore en Italie, en Portugal, en Elpagne, SccJ
- De-là il réfulte un très-grand bien pour la Manufacture d'épingles de la Ville de Laigle, Sc cette Manufacture fait toute la richelfe de fes habitants, qui, fins elle, feroient dans la plus grande mifere. Par ce commerce plu-. ' fieurs Marchands ont fait des fortunes confidérables.
- Cette Manufacture d'épingles, en donnant du travail aux habitants de Laigle & des environs , procure du pain à plus de fix mille perfonnes, qui, fins elle, périroient de mifere. Les deux fexes & tous les âges y trouvent de l'emploi. Les enfants y travaillent avant que de pouvoir parler; & les vieillards les plus caducs y trouvent des places où l'ouvrage eft proportionné à leurs forces.
- r De la Maniéré de fondre les Plaques d'étain ;
- par M. de Re AU MU R.
- Nous n’avons rien dit de ce qui regarde cette fonte, parce que nous ne voulions point interrompre ce que nous avions à dire fur le travail des épingles : l'étain dont les plaques font faites, efl: acheté chez les Potiers d'étain ; on fe lert ordinairement de celui qu’on appelle en grille, qui eft dilpofé comme celui qu'on expofe pour montre au devant de toutes les Boutiques. Cette façon ne fait rien à fi qualité ; le plus fin eft le meilleur.' On le fait fondre dans un chaudron de fer, & voici comment on le 'moule en tables ou en lames, lorfqu'il eft fondu.
- Sur une table de bois alfez longue q, (fg> 6 & 18 ) & dont le deflus va un peu en pente : on étend une couverture de laine , que l'on recouvre d’une autre de coutil. On couche fur le haut bout de cette table, un chaffis de bois b, à qui il manque un côté : on le nomme le Moule. Le diamètre qu'on veut donner à la table d'étain, eft plus petit que la diftance d'un des côtés du moule à l'autre. On verfe l’étain fondu dans ce moule ; & à mefure qu'on le verfè, on fait glilfer le moule vers l'autre bout de la table ; plus il glilfe vite, & plus la lame d'étain fe forme mince ; on en coule de la forte une auffi longue que la table ; enfiiite par le moyen d’un compas, on la divife en plufieurs parties ou plaques circulaires c de grandeur proportionnée au diamètre de la chaudière à étamer. On garde les rognures pour s'en fervir une autre fois.
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- 48 art DE L’EP INGLIE R.
- Des Epingles de fer ;par M. de Real/mur.
- Nous n’avons parlé jufqu’ici que des épingles de laiton ; on en fait aufl] de fer, mais ce font les plus mauvaifes ; on ne les vend prefque qu’aux femmes de la campagne. II eft même défendu aux Maîtres Epingliers de Paris, par le XIXe Article de leurs Statuts, d’en faire, fous peine de quatre écus d’amende, & ce, dit cet Article, pour le profit & utilité publique. Apparemment que c’eft parce que leur piquûre paffe pour venimeufe ; c’eft cependant à tort, elle le doit être moins que celle des épingles de laiton ; le fer n’eft pas un métal aufll à craindre que le cuivre ; & le fel ammoniac qu’on employé pour blanchir les épingles de fér, ne paroît pas capable de produire de plus mauvais effets que le fel de la gravelée.
- Mais ce qui les fait rejetter avec raifon, c’efl qu’elles font moins polies que celles de laiton ; il leur refte fouvent des inégalités qui peuvent accrocher & déchirer le linge & les étoffes fines. Elles ont néanmoins pour elles un avantage, c’eft leur dureté ; elles font moins pliantes : fi l’on prenoit, pour les polir , les memes foins qu’on prend pour polir les aiguilles, elles mérite-toient la préférence fur les épingles de laiton, & je ne fais fi la façon du poli les rendroit plus cheres.
- Au refte nous avons expliqué leur fabrique, en parlant de celle des épingles de laiton ; il n’y a de différence que dans la maniéré de les blanchir. Après qu’elles ont été entêtées, on les met avec du fon dans le même baquet Çfig. 1 <58), où nous avons vu agiter les autres. On les y agite pendant quelque temps j car elles ne s’étament bien que quand elles font bien feches.
- Pour les blanchir, on les met dans une cruche de terre non vernie {fig. ^3 ) , beaucoup plus groffe vers la panfe que par en haut & par en bas. Cette cruche, dans les Epingleries, s’appelle un Chance. On la couche fur un trépied n (fig. 5 ) au-deffous duquel on fait du feu ; on la remue de temps en temps, jufqu’à ce que toutes les épingles ayent pris une couleur entre le jaune & le bleu : alors on jette dans la chance ou cruche, une once d’étain fin en morceaux minces 5 on l’y fait fondre j & lorfqu’il eft bien fondu, on jette dans le même vafe une demi-once de fel ammoniac ; on bouche enfuite, avec un tampon de bois, l’ouverture de la chance, & l’Ouvrier la prend entre fes deux bras ; il la fecoue, faifànt aller les épingles d’un bout à l’autre d {fig. 3 ) ; il. lui donne environ une cinquantaine de coups, après lefquels les épingles font blanches. U débouche & vuide la chance dans un baquet plein d’eau froide ; au-deffus de ce baquet eft un crible affez large e, (fig. 7 ), & K L {fig. 14% compofé de divers 'petits bâtons en croix ; c’eft dans ce crible qu’on verfe immédiatement les épingles ; avant de tomber dans l’eau, elles paffent entre ces bâtons qui les féparent, & les empêchent de fe coller les unes aux autres.
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- On blanchifloit autrefois les épingles de laiton de la même maniéré ; mais cette façon n'efl: pas à beaucoup près auflî parfaite que celle qui efl: à pré-fènt en ulàge, Sc que nous avons tirée d'Angleterre il n’y a pas cinquante ans à ce que difent nos Ouvriers. C'eft cette maniéré de blanchir qui fait que nos épingles ne le cedent plus à celles que fabriquent les Anglois. Les épingles étamées dans la cruche de terre, par le moyen du fel ammoniac, ne làuroient être étamées auflî également Sc auflî uniment que les autres ; l'étain même les rend raboteufes en divers endroits : les Ouvriers difent que l'étamure faite dans la chanfe efl: plus durable, & cela efl: vrai ; mais ce n'eft pas un avantage à compter pour les épingles ; car on ne s'avile gueres d'appréhender qu'elles s’ufent trop vite.
- On retire les épingles de fer de l'eau ; on les met dans un fac de cuir .avec du fon où deux Ouvriers les agitent ( PL K, fig. 4 ) : chacun d'eux tient un des bouts du fac : c’eft apparemment pour ménager leurs pointes plus calfantes que celles des épingles de laiton, qu'on e£t dans l’ufage de les fécher dans le cuir Sc non dans la frottoire.
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- Additions de M. Duhamel.
- La manière de blanchir les épingles de laiton, qui a été expliquée par JVL de Réaumur, fe nomme blanchir a Veau : celle qu'il décrit pour les épingles de fer, fe nomme étamer au pot. Les épingles de laiton qu’on étamoit au pot, prenoient un recuit qui les rendoit plus molles ; Sc en les fecouanc dans la chance, on émouffoit leur pointe.
- On convient que le cuivre pris intérieurement efl: contraire à la fànté ; mais il paroît qu'on peut douter qu'ilfoit auffi contraire aux plaies que le penfe M. de Réaumur. Le cuivre Sc même le verdet entrent dans plufieurs baumes Sc onguents qu’on emploie avec fticcès en Chirurgie : fi l'on a une prévention contre les épingles de fer, c'eft parce qu'elles font des piquûres plus profondes, Sc parce qu'étant fouvent attaquées de la rouille, elles arrachent les chairs.
- M. de Réaumur a fait remarquer plus haut, combien il falloir peu d’étain' pour blanchir les épingles ; effectivement les métaux peuvent être réduits en couches fi minces, qu'on pourroit argenter les épingles jfàns prefque aug-; menter leur prix : en voici le procédé.
- Maniéré d’argenter les Epingles:
- Il faut prendre un demi-gros d’argent fin, & le faire difloudre dans
- une demi-once d'eau forte ; prendre enfuite une once de fel marin, Sc une
- once de tartre blanc ; les bien pulvérifer enfemble, & jetter ces fels dans /
- Epinglier. N
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- 5o ART DE LEPINQLIER.
- l'eau forte où l’argent a été diffous ; bien mêler le tout dans un mortier de verre ; & fi l’eau forte ne fuffifoit pas pour rendre la pâte coulante > on y mettroit de l’eau fimple jufqu’à ce que le tout fît une pâte molle : on peut garder cette compofition très - long-temps. Lorfqu’elle eft feche Sc que l’on veut s’en fervir, l’on met un peu d’eau pour amollir la pâte. Pour l’employer , après avoir éclairci le laiton, on le frotte avec cette pâte ce qu’on peut exécuter dans la chance ou dans une petite frottoire : on lave enfuite les pièces dans de l’eau claire ; on les feche, comme il a été dit, avec du fon : les épingles fe trouvent ainfi argentées , à la vérité fi fuperfi-ciellement, que les frottements font bientôt reparoître le cuivre ; mais il en eft de même de l’étain avec lequel on les blanchit.
- A quelles marques on connoit les bonnes Epingles ; par M. Duhamel.
- Les épingles doivent être roides proportionnellement à leur groffeur *• ceft un grand défaut pour des épingles que de plier quand on veut les faire entrer dans une étoffe qui réfifte un peu. Il faut examiner avec foin fi les pointes font bien formées ^ bien arrondies, & fur-tout fi elles n’égratignent point. La tête doit être bien arrondie , bien placée à l’extrémité de la hanfe , fans pencher ni de côté ni d’autre. Enfin elles doivent être blanches comme fi elles étoient argentées.
- Différentes fortes dé Epingles qui ont été d’ufage ; par M. Duhamel.
- O n faifoit autrefois des épingles noires de fer* & ce font les feules épingles de fer qu’il foit permis à nos Epingliers de Paris de fabriquer ; mais la mode les leur a interdites pendant plufieurs années ; on les portoit dans le deuil ; on a retranché cela de ce cérémonial. Les épingles noires font maintenant d’un ufàge très-commun, parce que les femmes s’en fervent pour fou-tenir les boucles de leurs cheveux. Elles font menues & longues d’un pouce trois quarts.
- C’eft un vernis noir qui leur donne cette couleur. Rien n’eft plus fimple & plus facile que de noircir des épingles de fer. On prend un pot de terre ; on l’emplit d’épingles fur lefquelles on verfe de l’huile de lin , autant qu’il en faut pour mouiller toutes les épingles. Enfuite on met le pot chauffer auprès du feu ; pendant qu’il chauffe, on remue continuellement les épingles ; de maniéré à faire revenir au-deffus celles qui font deffous, ce qui fe fait par un mouvement qu’on donne au pot en le tenant par la queue. Lorfque le pot eft bien échauffé, il en fort une fumée qui eft d’une puanteur infiippor-table : cependant les épingles fe noirciffent d’elles-mêmes ; Sc quand on voit quelles font bien noires, on retire le pot, & on renverfe les épingles fur
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- une feuille de gros papier, où on les étale le moins épais qu'on peut. En re-froidiflant elles fefechent, 8c prennent un vernis éclatant fins qu'il foit be-foin d'ajouter d'autres drogues : l'huile feule produit cet effet. On fe fert de la même méthode pour noircir les agrafies ou crochets à chapeau : on pour-roit de même noircir toutes- fortes de matière de fer. Les épingles noires qu’on vend à Paris, au lieu d'être unies, font rudes & raboteufes > on les rend telles exprès ; elles ne fervent qu'aux cheveux : fi elles étoient unies , elles quitteroient aifément leur place, & tomberoient de la tête ; quand elles font rudes , elles tiennent mieux. Pour les rendre ainfi rudes, les Fabriquants mêlent dans l’huile de lin un peu d'huile de térébenthine ; ils en mettent environ une demi-cuillerée pour cinq ou fix livres d'épingles ; car s'ils n'employoient que de l'huile de lin feulement, les épingles fe trouve-roient unies comme font les agraffes ou crochets à chapeau.
- Ce détail de la façon de noircir les épingles ma été fourni par Monfeur DE Chalouziere , Juge de Police a Laigle , qui connoît parfaitement cet Art, & qui a bien voulu venir à notre fecours dans les cas oit nous lui avons témoigné en avoir befoin.
- On a vu autrefois des épingles qui avoient deux têtes , une à chaque bout. On m’a dit qu'elles fervoient à aifujettir les frifons ou les cheveux des femmes ; cette mode eft entièrement paffée. Ces épingles fe faifoient avec des hanfes qui n'étoient point appointies, & qu'on entêtoit aux deux bouts.
- On fait encore des épingles en pincettes ; elles font longues & menues * elles n’ont point de tête : c'eft une feule tige pliée en deux que l'on écarte ou qu’on rapproche à fon gré pour pincer & aifujettir un frifon. Pour les faire', on prend une hanfe fine & longue de quatre pouces & demi ou cinq pouces ; on l'appointit par les deux bouts ; on la plie en deux, de forte qu'une des branches foit un peu plus longue que l'autre : ( voyez PL V-fig* 25 ). Elles font de fer & noircies.
- On voit auflî des épingles entêtées avec une petite boule d'émail ; d'autres garnies de pierres faulfes taillées, d'autres de diamants ; mais ces fortes d'épingles n'appartiennent point à l’Art que nous traitons.
- Divers petits Ouvrages que font les Epingliers ; par M. Duhamel.
- ~ Quoique les épingles foient le principal ouvrage de l'Epinglerie, cet Art s etend à beaucoup d'autres qu'on fait avec le fil de fer & le laiton J & qui occupent entièrement les Epingliers de Paris. Depuis un temps alfeZ; confidérable, ils ne font plus d'épingles, quoique par l'Article XXII de leurs Statuts, l'Alpirant à Maîtrife doive faire pour fon chef-d'œuvre un
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- millier d’épingles ; mais cet ufàge eft aboli. A Laigle , les Ouvriers qui font ces petits ouvrages, fe nomment Crochetiers , Chaînetiers, &c.
- Les ouvrages ordinaires des Epingliers de Paris font de petits clous d’épingles à l’ufàge des Ebéniftes, des Layetiers, des Menuifiers, &c. des aiguilles de tablettes, des portes Sc agraffes, des annelets , des crochets , des grillages de fil de fer ou de laiton pour les Bibliothèques ou les garde-mangers, 6c divers autres petits ouvrages qui ne demandent pas beaucoup d’induftrie : nous allons les détailler les uns après les autres.
- Des Aiguilles de Tablettes.
- Les aiguilles de tablettes font de fortes & longues épingles, dont la pointe eft menue & la tête fort grofle : les plus menues s’entêtent comme les épingles avec un fl roulé en élice, mais plus gros que celui des plus grof-fes -épingles. A l’égard des aiguilles un peu groifes, il y en a dont la tête eft ronde , & d’autres dont la tête eft plate : voici comme elles fe font.
- On n’emploie point, pour les têtes rondes, du fil tourné en élice. Il le fau-droit trop gros. On en prend qui eft plat d’un côté s ( PL 111, fig. 19 ), & arrondi de l’autre. On lui donne cette forme, en paffant le laiton entre deux cylindres de fer cannelés. On coupe un petit bout s de ce fil ; on le roule sprefaue en cercle avec une pince ronde 8c un petit marteau ; on enfile cet anneau r (fig. 15 ) dans le gros bout de l’aiguille, & on frappe avec la machine à entêter , dont l’enclume, le poinçon & le poids font proportionnés à la grofteur des têtes que l’on veut faire.
- On entête auffi les aiguilles de tablettes avec des plaques de laiton ( PL Z^,1 fig. 22 ). On diminue un peu le bout a de l’aiguille M ; on y place la petite plaque n qui eft percée d’un trou qui eft précifément de la grolfeur de l’extrémité a de l’aiguille M. On fàifit cette aiguille auprès de a dans un étau , & on rive fur la plaque l’extrémité de l’aiguille M, comme on le voit en o.
- La plupart de ces aiguilles font de laiton : on les blanchit comme les épingles , ou on tâche de leur donner la couleur la plus dorée qu’elles puiflent recevoir. Pour cet effet on paffe le fil à rebours dans la filiere comme nous l’avons expliqué, afin de le gratter & enlever une couche mince de métal ; & quelquefois on employé pour cette opération des filières dont les bords fon tranchants. Mais les Epingliers évitent le plus qu’ils le peuvent, d’avoir recours à ce moyen qui occafionne un déchet de près de trois onces par livre ; Sc ils aiment mieux faire bouillir leur fil avec la gravelée ; & mettre plus de fel pour augmenter foh effet 5 néanmoins la gravelée ne peut jamais décraffer li parfaitement le laiton que la filiere.
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- Des Aiguilles ou Broches à tricoter.
- Les aiguilles ou broches à tricoter ne font que des brins de fil de fer ou de laiton, auxquels on fait aux deux bouts une pointe mouife fur la meule de fer : il y en a de différentes groffeurs, fuivant le degré de finelTe qu'on veut donner aux ouvrages de tricot : elles font auflî de différentes longueurs : celles pour tricoter les gants fins n'ont que fix pouces, & l'on en fait de 18 pouces pour tricoter des jupons.
- Des petits Clous.
- Les petits clous, foit de fil de fer, foit de laiton ^ fe font avec du fil qu'on dreffe, & qu'on coupe par tronçons de 13 à 14 pouces de longueur : on forme des pointes aux deux extrémités des tronçons , & on coupe les hanfes de la longueur que doivent avoir les clous ; mais le Trancheur n'eft point affis par terre ; il ne fe fert ni de la chauffe , ni de la boîte à couper ; il eft debout vis-à-vis une forte table qui a, fur trois de fes côtés, des rebords de 7 à 8 pouces de hauteur pour retenir les hanfes que Ton coupe 5 à un des angles de cette table efl: une lame horizontale de fer poli, qui fert à dîfpofer tous les tronçons, de forte qu'ils foient d’une égale longueur ; fur le deilus de la table efl établie une forte cifaille fixée à cette table par une de fes branches. Le Trancheur a ( PL VII, Jig. 1 ) , placé debout devant la table b * prend au hazard un nombre de tronçons , plus quand ils font menus, moins quand ils font gros ; il appuie les bouts de tous ces tronçons, pour les égaler * fur la plaque de fer c. Comme il n'a point de boîte pour déterminer la longueur, il a un morceau de fil de fer {jig. 16) , dont l'extrémité a b forme un crochet qui efl de la longueur de l'efpece de clou qu'on veut couper ; ainfî l'Ouvrierfe guide fur cette mefure. J'ai vu quelques Epingliers qui appuyoient le bout du faifceau qu'ils vouloient trancher, fur une plaque verticale qui étoit plus ou moins éloignée de la cifaille, félon qu'on vouloit faire des clous plus ou moins longs. Quand les deux bouts des tronçons font coupés, l'Em*; pointeur leur fait de nouvelles pointes, & le Trancheur les coupe encore pour en faire des hanfes, ce qu'il continue jufqu'à ce que le fil foit entièrement coupé. Je palfe rapidement fur toutes ces opérations, parce qu’elles reflemblent beaucoup au travail des épingles que flous avons amplement expliqué.
- On vend quelques-unes de ces hanfes fans leur faire de têtes ; mais ort fait à la plupart une tête, non pas avec un fil roulé, comme aux épingles ; mais par un coup de marteau : pour cela on fe fert d'un outil appelle Mordant (jig. 3 ) ; c’eft un petit étau à deux oreilles b b, qui a un grand reifort c c; fur l'épaifleur des mâchoires a a, on a pratiqué de petites gouttières dentées par en haut, pour empêcher la hanfe de glilfer quand on frappe delfus pour, Épinglier♦ O
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- former la tête. On met ce mordant dans un plus grand étau (jig. 2 ) ; les oreilles b b s’appuient fur les mâchoires de cet étau.
- L’Ouvrier tient continuellement de la main gauche, le levier qui fait agir laf vis du grand étau : en détournant la vis, le grand étau s’ouvre &aufït lé mordant ; il met dans une des entailles, avec fa main droite , une' hanfe, de forte qu’elle excede les mâchoires du mordant d’environ une demi-ligne; Il ferre le grand étau ; il prend, avec fa main droite, un marteau qui eft fur la table, & il frappe un petit coup fur la partie de la hanfe qui excede le mordant, ce qui fuffit pour faire une petite tête b 4 qui convient aux Cordonniers : fi les pointes font pour les Layetiers, Menuifiers ; Sculpteurs, &c. il donne d’abord un petit coup, puis un plus fort ; & il forme ainfi la tête c qui eft plate & plus large que celle des pointes de Cordonniers; Pendant que la main gauche détourne la vis , & qu’elle ouvre l’étau la main droite qui a pris une hanfe, fait avec cette hanfe tomber le clou qui a iihC tête, & il fubftitue à la place la hanfe qu’il tient de la main droite. Sur le champ il refeirre l’étau avec la main gauche ; & prenant avec la droite le martëau qui ëft à portée fur la table, il en frappe la tête, & rejette le marteau fur la table > pour reprendre de la main droite une nouvelle hanfe.
- Les meilleurs Ouvriers en font par jour 10 à 12 milles : le travail des têtes d’épiiigles va à peu près aufii Vite, quoique l’Ouvrier ait à exécuter un plus grand nombre d’bpérâtidns. Mais à l’égard des clous, il faut, pour faire une tête à chaquë hanfe, ouvrir & fermer une fois l’étau ; ce qui emploie du temps.
- Les Layetiers, les Sculpteurs , les Gaîniers employent quelquefois des têtes rriiëux formées & qui font rondes d. Ces clous fe font comme ceux à tête plate ; mais après avoir donné un très-petit coup de marteau , on pofe fur cette petite rivure , un poinçon 5 dont le bout eft creufé comme une petite calotté ; en frappant fur ce poinçon, la tête prend une formé hémifphérique : on fait pour les Gaîniers de très-petits clous e.
- On peut blanchir, comme lès épingles, les clous de fer & de laiton ; 6c pn peut jaunir les clous de laiton.
- , Des Crochets, Portes ôC Agraffes.
- Les petits crochets, agraffes, portes qui font employés, foit pour re-trouffer les chapeaux, foit pour tenir les jupes, corcets, & c. font faits de fil de fer à qui on donne différentes formes, au moyen d’une pince i ( PL V, fig. 21 ) : cette pince, au lieu de mâchoires plates, eft terminée par deux poinçons arrondis. Cet infiniment, une petite cifaille ou des tenailles tran-| chantes, font les outils qui fervent à faire c es petits ouvrages ; on pourroic néanmoins fe pourvoir encore d’un petit marteau & d’une petite bigorne.
- Pour faire une agraffe ordinaire, on commence par plier en deux le fil dô
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- fer m : on pofe le bout n fur le plat de la bigorne, & on l’applatit un peu avec quelques coups de marteau ; enfuite avec la pince i , on recourbe les bouts p o, pour faire les anneaux q r ; enfin avec la même pince i, on recourbe l'extrémité n pour faire le crochet L
- Pour faire la porte g h k, il faut d'abord avec la pince i former les anneaux AA, puis recourber le fil pour faire la grande anfe g.
- A l'égard de la porte de Chapelier g, il faut commencer par difpofer le fil comme on le voit en fq, puis rouler la branche/* s fur le fil fq> pour, former la partie g de la porte.
- Le crochet r, u eft un fil de fer appointi en u 8c recourbé en t 8c en x, comme on le voit dans la figure. Il y a de ces crochets qui ont deux pointes , parce que le crochet eft formé de deux fils de fer.
- Les hameçons j £ font faits d’un bout de fil de fer appointi en £, auquel on fait un anneau eny, & qu'on recourbe en &. On donne feulement un coup de cifeaux auprès de la pointe , pour lever une petite levre quî retienne l’hameçon dans la plaie qui a été faite par la pointe £.
- Les Epingliers font encore des charnières pour les Layetiers * en roulant un fil de laiton fur un autre fil droit, qui forme en même temps la broche de la charnière 8c un des côtés qui s'attache au-deffus de la boîte. ( Voy: PLV.fig.26).
- Tous ces petits uftenfiles peuvent refter dans la couleur du fer ou dit laiton , ou être les uns blanchis avec l’étain, 8c les autres noircis, ainfi que nous l’avons expliqué plus haut.
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- Maniéré de faire les Grillages des Bibliothèques.
- Pour garnir de grillage un panneau de Bibliothèque ( PL V\fig- J *) ou de garde-manger A B CD ( PL VII>fig. 6), l'Epinglier ayant décidé la grandeur qu’on veut donner aux mailles, il la prend avec un compas ; il la porte dans une petite feuillure que le Menuifier a faite à l'envers de fon bâti, & il frappe un petit clou à tête dans chaque trou du compas, tant aux traverfes horizontales A B Ôc C D, qu'aux verticales AC 8c B D.
- Il eft fenfible que fi les clous étoient plus près à près dans les traverfes A B & C D que dans les montants A C 8c B D , les mailles feroient tomme le repréfente la figure 9 : au contraire , fi les clous étoient plus éloignés aux traverfes A B 8c C D qu’aux montants AC 8c B D , les mail-; les feroient comme les montre la fig. 8 ; mais ordinairement on les veut comme elles font repréfentées (fig» 10 ) ; ce qui exige qu’on place les clous à égale diftance tant fur les traverfes AB 8c CD que fur les montants AC 8c BD.
- L’Epinglier décide enfuite la grolfeur du fil qu’il veut employer ; 8c
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- afin qu’il ne rompe point en faifant les nœuds, il le recuit ; il le jaunit en-fuite avec le tartre, & il le dreife, comme nous lavons expliqué plus haut :. mais en le dreffant, il a foin de le couper de longueur ; & la pratique lui a ''appris qu’il faut que la longueur de chaque bout de fil foit trois fois la hauteur AC du panneau qu’il veut garnir , mettant ,6 ou 8 pouces' de plus, luivant la hauteur du panneau. On plie les bouts en deux ; on met* le pli fur chaque clou de la traverfe AB, & on les arrête par un nœud qui fe fait en tortillant une fois les deux bouts du même fil l’un fur l’autre , comme fi l’on vouloit en former une corde. Tous les clous de la traverfe* A B , étant ainfi garnis de fil, dont deux bouts répondent à chaque clou 3 comme on le voit (fig- 6 ) , il s’agit de.faire les mailles ; c’eft ce que nous allons expliquer.
- L’Ouvrier, dans l’attitude repréfentée ( PL V, fig- 7*), prend un des fils du clou, n° i ( PL VII, fig. 6), qui doit être à une demi-diftance de la feuillure AC; on lui fait faire une révolution autour du clou a ; ce qui fait la demi-maille ponéluée (fig. 6 Sc a fig. 7) ; puis rapprochant l’uni de l’autre le fil du clou 1 avec un des fils du clou 2, comme le défignent les lignes ponétuées, on forme, à la réunion , un nœud 12 , en leur faifimt faire fun fur l’autre deux révolutions, ce qui fait une demi-maille b (fig. 7) ; on réunit de même l’autre bout du clou 2, avec un des bouts du. clou 3 ; Fautre bout 3 , avec un des bouts du clou 4 ; l’autre bout 4, avec un. des bouts J, Sc ainfi dans toute la longueur de la traverfe A B , ce qui fait les demi-mailles a b cdefghiklm, (fig. 7). On conçoit qu’alors l’Ouvrier prend deux fils de tous les nœuds, 12, 13, 14, IJ, 16, 17, 18, 19,20, 21 (fig- d). Pour faire le premier rang démaillés entières, on prend un des bouts du nœud 12 (fig. 6) qu’on entortille avec le fil qui pend au clou a, ce qui fait le nœud n (fig- 7 ) ; puis rapprochant l’autre fil 22, d’un fil du nœud 13 , on fait un nœud o : avec l’autre fil du nœud 23 , Sc avec un du nœud 14, on fait le nœud p ; & en continuant de même dans toute la longueur, on a le premier rang de mailles entières : en .répétant cette manœuvre dans toute l’étendue du panneau, il fe trouve garni de mailles ; & quand on eft arrivé à la traverfe CD, on arrête les bouts de fil qui répondent à chaque clou en les tordant l’un fur l’autre avec des pinces, Sc en frappant les clous pour que leurs têtes appuient fur les fils.
- Pour que l’ouvrage foit bien fait, il faut que l’Ouvrier, à chaque maille qu’il fait, regarde fi elle eft bien lozangée, & fi le nœud qu’il va faire , répond bien aux autres nœuds, foit dans le fens horizontal, foit dans le fens vertical. Quand les Apprentifs manquent en ce point, leurs mailles font difformes, Sc les fils qui étoient bien diftribués dans toute la longueur de l’ouvrage, fe trouvent en plus grand nombre d’un côté que d’un autre ; ils r*e peuvent réparer ce défaut qu’en faifant à deflein des mailles irrégulières ,
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- dont l’irrégularité eft dans un fens différent de celles qu’ils avoient faites par ignorance ou faute d’attention. Ainfî , quand on reçoit ces ouvrages il faut prêter attention aux mailles, pour voir fi elles font pareilles 8c égales ^ 8c voir fi tous les nœuds fe répondent bien exactement, tant de haut en bas, que de droite & de gauche.
- De plus, comme les grillages font d’autant plus chers que les fils lont plus gros, & les mailles plus petites, il faut examiner fi l’Epinglier s’eft conformé au modèle dont on eft convenu ; car ces Ouvriers ont des modèles de gril- * lages de toutes les façons , fur lefquels on fait le marché ; & quand on en a choifi un , l’Epinglier doit s’y conformer.
- On fait de ces grillages, en ne faifant qu’une révolution à chaque nœud ( PL V* y fig. 24 ) ; mais il eft à propos d’en faire deux, comme on le voit en S. Le grillage en eft toujours mieux tendu ; & de plus, quand il n’y a qu’une révolution, fi un fil vient à rompre, tout fe dérange ; au lieu que les deux révolutions font un nœud folide, & le dérangement ne s’étend pas au-delà de la maille.
- On pourroit varier la forme des mailles, en faifant à chaque nœud trois ou quatre révolutions au lieu de deux ; mais l’ouvrage en feroit plus coûteux, 8c ne préfenteroit rien de plus agréable à la vue.
- Quelquefois les Epingliers montent leurs grillages fur un chaftîs de gros fil de fer (jîg. 11 ), qu’on cloue enfuite dans la feuillure de la menuifè-rie ; cela fe pratique pour les ouvrages qu’on envoyé en campagne.
- Quand les panneaux font fort grands, on foutient le grillage, de diftance en diftance, par des traverfes de gros fil de fer ou de laiton, fur lefquels on tranche-file le grillage, c’eft-à-dire, qu’on le coud , en quelque façon, avec des révolutions d’un fil de laiton très-fin qu’on roule autour des tra-verfès de gros fil, & encore autour des mailles du grillage.
- Un petit chef d’œuvre de l’Epinglier eft de faire des cribles de fil de laiton y pour nettoyer les grains : les mailles en doivent être alongées , comme on le voit ( PL VII y fîg. 11 ) ; il en faut proportionner la grandeur à la groffeur des grains qu’on veut nettoyer.
- Pour cela on met les fils près à près fur les traverfes A B , &_fort éloi-gnés fur les montants AC 8c B D \ ce qui rend les mailles fort alongées.’ On ne tortille point les fils verticaux, 1,1:2,2:3,3, 8c c. (Jîg- 12 ), les uns fur les autres ; mais on les joint par un fil fin horizontal# b, qu’on entortille autour des fils 1,1:2, 2:3,3, comme on le voit QÇg. 12 ).
- Quand aux cribles ordinaires de fil de fer qui font inclinés, 8c dont tous les fils font parallèles (Jig. 13 ) , on tend fur un chaftîs 3,4 ou y fils A A A, B B B ; après avoir dreffé du fil de fer fans le recuire , on le coupe par bouts de 2 y ou 28 pouces de longueur, & on les arrange fur les fils A B , comme on voit les fils C ; puis on tranche-file les fils C fur les fils A B ,
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- Epinglier. P
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- avec un fil de laiton fin & bien recuit D , en faifont avec le fil fin une feule révolution autour des fils A B Sc des fils C, comme on le voit en E. Il faut mettre les fils C affez près les uns des autres, pour que les grains de froment ou d’orge ne puiiïent pas pafler au travers.
- Les cages à Perroquets!& les Souricierés fe font de même en tranche-filant avec du fil de laiton, les brins de fil de fer fur des traverfes.
- Pour faire en fil deferles treillages des efpaliers, on fcelle à la muraille trois files de crochets ; lavoir, une au haut A A (fig. 14}? une au milieu B B, Sc une au bas CC 5 on fcelle auffi, de toife en toife , des files de crochets de haut en bas, comme D D Sc E E ; enfoite on tend des fils de haut en bas, Sc on les attache aux crochets d’en haut, en tortillant le bout du fil de fer recuit autour de chaque crochet Sc auffi autour de lui-même, comme on le voit {fig. iy ). Quand tous les fils font coupés de longueur, on leur fait faire une révolution autour des crochets du milieu B B, & on les arrête aux crochets d’en bas CC, comme le repréfente la figure 15. Ces fils verticaux étant bien tendus, on tend les fils horizontaux dans le fens de A Ay B B 8c CC, & on les arrête aux files de crochets] verticaux DD Sc E E, Sc c, comme on a fait pour les fils qui font tendus verticalement ; ainfi les derniers fils croifent les autres à angle droit, de forte que les uns Sc les autres forment de grandes mailles quarrées : on trouve qu’elles ont plus de grâce en leur donnant un quart plus de hauteur que de largeur. Enfin, avec du fil de laiton menu Sc bien recuit, on fait à chaque endroit où les fils verticaux font croifés par les horizontaux , un petit nœud en tortillant ce petit fil de laiton fur lui-même, Sc le coupant à chaque nœud ; il faut de plus que ces nœuds attachent les fils aux crochets, par-tout où il s’en rencontre; La tricoifo a ( PL VI, fig* 12 ) dont on fe fort, doit être coupante ; en la ferrânt peu, on tortille le fil 5 Sc quand il ell tortillé, on ferre la tricoifo pour le couper, Sc on donne un petit coup avec la même tricoifo pour recourber le fil tortillé.
- On paffie avec un petit pinceau une couche de couleur noire broyée à l’huile, pour empêcher le fil de fer de fe rouiller. Les treillages de fil de cuivre n’étant point fujets à la rouille, font bien meilleurs que ceux de fil de fer ; mais auffi ils font beaucoup plus chers.
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- ART DE DE PING LIER.
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- EXPLICATION DES FIGURES.
- - PLANCHE PREMIERE.
- igure i, une filiere vue par le côté où les trous font les plus
- évafés.
- Figure 2 , la coupe de la filiere A B par fon épai fleur, & fui va rit
- la file des trous, pour faire voir comme ces trous CD font coniques.
- Fig ure 3 , la filiere A B étant placée verticalement dans une grande mortaife qu’on a faite à l’établi c d 7 on l’affujettit fermement avec le coin
- e : le Tireur a)ufte les trous avec le poinçon f7 & il pafle daçis le
- trou ajufté un fil ggy pour eflàyer s’il efl précifément de la grolfeur qu’on le defire.
- Fig ure 4, le poinçon ^ de la figure précédente, mais repréfenté plus en grand F.
- Figure J , la jauge qui efl: faite avec un fort fil de fer : les efpaces qui
- font vis-à-vis les chiffres i , 2, 3 , &c, font comme autant de compas aé~ paifleur qui fervent à calibrer |es fils.
- Figure 6, cette figure repréfente un établi tout difpofé pour tirer diï fil à la bobine ; CD, le deflus de l’établi : B, la filiere placée horizontalement entre les chevilles qui l’affujettifient : A, le tourniquet fur lequel efl la piece de fil qu’on veut- pafler par la filiere : G G, les pieds qui iup~ portent l’établi://, billot, fur lequel on frappe la filiere avec le marteau K , pour diminuer le diamètre des trous : i, cheville de bois enfoncée fur la table au milieu d’un fond de chapeau : c’efl fur cette cheville qu’on lime le bout du fil pour lui faire la preflfure, en le mettant degrofleur à pafler dans les trous de la filiere.
- Figure 8. Tourniquet un peu différemment difpofé que celui qui efl fur la table.
- Figure 9. Fil de Hambourg.
- Figure 10. “Fil de Suede à l’X.
- Figure 11. Fil de Suede à l’Arbre.
- Figure 12. Fil de Nuremberg, à trois Couronnes,^
- Figure 13. Fil de Hefle.
- Figure 14. Fil à l’M.
- Figure iy. Fil à l’Araignée.
- Figure 16. Fil de Namur.
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- ART DE DEP ING LIER.
- PLANCHE IL
- Figure r. Elle repréfente un Ouvrier qui nettoie, jaunit ou déroche * des pièces de laiton. Cette opération fe fait, en failànt bouillir dans une marmite de fer b, des pièces de laiton avec de l’eau & du tartre. L’Ouvrier c les retire de l’eau, & il les bat fur un billot a.
- Fig ure. 2. Elle repréfente un Ouvrier qui redrefle du fil de laiton : d tourniquet fur lequel eft la piece de laiton : s, engin ou planche fur laquelle font enfoncées des pointes de clous entre iefquelles pafle le fil e qui eft tiré par un Ouvrier g : kh, un faifceau de fil drelfé & couché par terre ; on nomme quelquefois ce faifceau une cueillie de drejjees.
- Figure 3 , eft un Ouvrier qui coupe les drelTées par bouts, pour en faire des tronçons : h , le moule qui fert à couper les tronçons d’égale longueur : i, la main qui tient la cifàille : g, le paquet de drejjées : k, jatte ou l’on met les tronçons,
- M. de Chalouziere ma fait remarquer que dans le difcours il y a de l’amphibologie fur la maniéré de fe fervir de la cifàille. Pour difliper ces efpeces de contradictions , il faut lavoir que la branche inférieure des cifaiiles qui eft applatie en forme de palette , ne porte point fur le plan-ch er , elle s’appuie fur le genou droit de l’Ouvrier, ou plutôt elle eft comme enchâiTée dans fon jarret droit, & la main droite eft pofée fur la branche fupérieure ; le genou 8c la main fe mettant en mouvement enfem-ble, fe prêtent mutuellement fecours, & procurent aux cifaiiles un mouvement aiTez fort pour couper les hanles ou les tronçons.
- Figure 4. Ouvrier qui coupe les tronçons après qu’ils ont été em~ pointés., pour en faire des hanfes. La chauife eft attachée fur fon genou gauche ; il tient les cifaiiles de la main droite : l eft une jatte dans laquelle il met les hanfes.
- Figure y. Empointeur qui forme les pointes au bout des tronçons, en les aiguiftmt fur une meule d’acier.
- Figure 6 repréfente la grande roue qui fait tourner la meule, 8c l’Ouvrier qui la fait mouvoir.
- Figure 7 , eft un autre Empointeur qui finit les pointes en les paflànt fur une meule plus fine.
- Figure 8 , eft: la grande roue, & celui qui la fait tourner.
- Figure 8 *, au-deifous de la Vignette on voit repréfentées deux-bottes de fil de laiton , telles qu’on les vend aux Epingliers : A B , bottes : C B, marques qui font repréfentées en grand fur la Planche I ; elles font attachées en E.
- Figure 9. Les bottes font formées de 20 ou 30 pièces, &c. Cette figure repréfente une piece qu’on a tirée d’une botte, & qu on a pliée en
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- 8 de chiffre : les côtés A touchent en E ; on rabat le côté F fur le côté G, ce qui forme un anneau.
- Figure 10. Elle repréfente cet anneau tel quil doit être pour le met-tre dans la chaudière b (fig. i ).
- Figure il. Elle repréfènte la difpofition du tourniquet & de l’engin pour redrefler le fil : G , le tourniquet : L, piece de fil fur le tourniquet : H9 la difpofition des pointes de l’engin : I, le fil qui s’entrelafle entre les pointes : K , d’autres pointes pour redrefler des fils d'une autre grofleur.
- Figure 12. C’eft une boîte à couper les tronçons : LI, le côté fur lequel doivent appuyer les fils de laiton , pour qu’ils foient tous de même longueur : N, le bout de la boîte qui détermine la longueur des tronçons: M, Cœuillée ou paquet de fil dont les bouts appuient fur la piece L qui eft de fer.
- Figure 13. La chaufle, qui eft une efpece d’étau que les Coupeurs attachent à leur cuifle gauche, & qui fert à aflujettir les bouts de fil de laiton réunis en faifceau , 8c qu’on veut couper : ii y morceau de bois creufé de façon qu’il puiffe s’ajufter fur la rondeur de la cuifle : KKy une doublure de feutre qui doit fervir à empêcher que la chaufle ne blefle la cuifle : II, des courroies qu’on entortille autour de la cuifle , pour aflujettir deflus la felle ; 8c pour qu elle foit tenue plus fermement > on pafle les courroies fur la cheville o qui fait une faillie * comme on le voit à la figure 14 : m % plaque de fer fermement attachée à la partie de bois ii : p p y crampons de fer qui s’élèvent fur la plaque de fer m. Ils ont chacun une ouverture pour recevoir la clavette de fer n qu’on nomme la croffè.
- Figure 14. Elle reprélente la chaufle avec le moule pour rogner les han-fes ; 8c un tronçon aflujetti fur la chaufle par la crofle : ss, le moule pour couper les hanfes de longueur ; ces petits moules font ordinairement de fer* 8c ils ont deux côtés , l’un plus grand que l’autre, afin qu’ils puiflent fervir à deux fortes d’épingles : r, le tronçon qu’on veut couper en hanfe ; il eft aflujetti fur la chaufle p p par la clavette q\o y eft la cheville repréfentée par la même lettre fur la figure 13 ; mais cette cheville devroit être reçue dans le bois de la chaufle pp y au lieu qu’elle fait trop de faillie, ce qui bief-feroit la cuifle du Coupeur : l> cifàilles qui fervent pour couper les fils de laiton.
- Figure iy, N Ny tronçon ou faifceau de fil de laiton coupé de longueur, pour faire 3,4, ou y longueurs d’épingles.
- Figure 16. Une meule de fer avec les ftries pour empointer ou former, les pointes : 0, la circonférence de Cette meule : p, le vuide intérieur.
- J’ai oublié dans le difcours de faire remarquer que les meules à empointer font toujours plus grandes que celles à repaflèr, 8c encore quelles ÉPING LIER. Q
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- ART DE LEPINGLIER,
- font grandes ou petites, félon que les épingles font plus longues ou plus courtes. Pour empointer les plus petites épingles , il faut de très-petites rneules, fans cela les Empointeurs ne pourroient pas atteindre la meule avec la pointe des épingles ; car ils courroient rifque de fe déchirer les doigts. Pour les groffes fortes, les meules neuves ont environ dix pouces de diamètre : elles diminuent à force de fervir.
- Il n’eft pas exaét de dire que les meules des Empointeurs font couvertes d’acier ; elles font toutes de fer, mais trempées en paquet, ce qui convertit la fuperficie en acier. r
- On a bien dit, page 20, qu’il faut prêter attention à ce que la meule foît dans un parfait équilibre ; mais il eft bon d’ajouter que, fans cet équilibre,1 elle feroit des faults qui empêcheroient de bien former les pointes ; & s’ils ëtoient aflez forts pour faire échapper la meule, l’Ouvrier courroit rifo que d’être bielle, & même d’être tué.
- Figure 17. Bloc dans lequel eft établi la meule d’acier pour empointer : TT, pièces qui portent l’effieu de la meule : V, la meule fur fon effieu : X, en* taille par où paiïe la corde qui communique le mouvement de la grande roue à la meule : Z, Verre reçu dans un chaffis pour empêcher que la limaille n’offenfe les yeux de l’Empointeur : ce verre eft principalement né-ceffaire à ceux qui empointent des épingles de fer, Sc des aiguilles à tri-cotter : a > plaque de fer poli, ou quelquefois de corne, qui fort à l'Em-pointeur à aligner l’extrémité des fils de laiton qu’il tient entre fos doigts , avant de les préfenter fur la meule : on a rompu le côté de ce bloc pour, faire mieux appercevoir la meule, fon effieu & fos fupports.
- Figure 18. Elle fait voir la difpofition des mains de l’Empointeur, pour, préfenter les fils à la meule.
- Figure. 19. Coupe d’une meule à finir : les hachures de cette meule font plus fines que celles de la figure 16, parce qu’elle eft deftinée à perfeétion? ner les pointes.
- Figure 20. Le même moule qui eft repréfonté fig. 14, mais vu dans une autre pofition.
- Figure 21. bb, Ecu.elle de bois pour mettre les hanfos*
- Figure 22. Sabot où l’on met les bouts reftants de cuivre de]laiton poujf les vendre à d’autres Ouvriers qui les refondent.
- Figure 23. x, Tenailles ou tricoifos à l’ufige principalement du Drefïèur}
- Figure 24. Elle repréfente des épingles de différente grandeur & grofo feur : les numéros 3 , 4, J , &c, marquent des épingles de différentes gran? deurs : le numéro 20 eft l’épingle tapiifiere qui fort de clou : les numéros 2T, 22, 23 & 24 font les grandes épingles qu’on nomme Oujjeau : le n°. 2J eflj une épingle fans pointe, & le n°. 26 une hanfe ou une épingle fans tête^
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- PLANCHE III.
- Figure r. Elle repréfente un Tourneur de têtes, ou un Ouvrier qu! fait de la cannetille qu’on nomme du Fil à tête : a , aiguille ou moule à can-’ netille ; c’eft un fil de laiton qui doit être de même grofleur que les han-fes de l’elpece d’épingle qu’on veut entêter : b y eft un tourniquet fur lequel eft la piece de laiton qu’on doit rouler fur le moule : c, la bobine qui fait tourner le moule avec fes fupports : d, la grande joue du tour : e, l’Ouvrier*1
- Figure 2. C’eft un Coupeur de tête en attitude. Il coupe avec des ci-féaux les fils à tête, de forte que chaque petit bout ait deux révolutions de fil : a3 l’Ouvrier : h, les cifeaux : c, petit efcabot fur lequel l’Ouvrier eft affis : de 9 les écuelles où il met les têtes à mefure qu’il les coupe.
- Figure 3. Ouvrier qui entête des épingles ; gy boîte de carton dans la^ quelle font les têtes : f, boîte dans laquelle font les épingles entêtées,} L’Ouvrier pofe de là main droite une épingle fur cette enclume py pendant que de la main gauche il fait entrer une hanfe daus une tête : hiy balancier attaché par le bout h à l’arbre m du poinçon, & par le boutià une corde qui répond au marche-pied k : l, l’endroit où l’Ouvrier pofe fon pied pour appuyer fiir la marche : n, billot fur lequel eft établi l’enclume à entêter : 000 y les pieds qui portent le bilot : p, l’enclume : q q , les montants qui foutiennent le poinçon qui eft immédiatement au-deffus de l’enclume : r y traverfe qui lie par en haut les deux montants .* m, l’arbre du poinçon: ss y deux barres de fer qui fervent à conduire bien verticalement le poinçon fur l’enclume.
- Figure 4. Cheminée dans laquelle eft une chaudière p remplie d’épin-* gles qu’on veut blanchir : cette chaudière eft pofée fur un trépied y.
- Figure y. C’eft un billot fur lequel peuvent travailler quatre Ouvriers : il y a des billots pour fix Ouvriers ; m, une enclume, & au-delfus fon poinçon : pour éviter de rendre la figure trop confufe, on n’a point mis d’Ouv4rier à cette place : n y autre enclume : on a fupprimé le poinçon de celle-ci, parce qu’il auroit caché ce qui doit fe voir derrière : o, fellette de l’Ouvrier qui doit travailler à cette place.
- Figure 6. C’eft le bout c du rouet de la figure 1, mais repréfenté plus en grand : B, endroit où le banc eft coupé : A} elpece de poupée fur laquelle font alfemblées les deux pièces C D, qui portent l’efîieu de la petite poulie où paife la corde qui communique à cet effieu le mouvement de la grande roue : E, bout de cet eflieu qui déborde le rouet, & auquel on attache le moule O & le fil à tête N : F, repréfente la porte ou le petit infiniment qui fert à rouler le fil de tête for le moule : G H, repréfente, d’une grandeur à peu près naturelle, le bout de l’arbre E, pour faire voir comment le moule
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- ART DE L’EPINGLIER.
- St le fil à tête s’ajuftent au bout de cet arbre : IG, le moule qui entre en G dans l’efiîeu qui eft creufé comme le bout d’une clef: H 9 entaille & courroie qui fert à alfujettir le moule à l’extrémité de cette broche ; entre G 8c K le moule eft couvert par les révolutions du fil de tête qui forme la cannetille : L 9 eft le manche de la porte : K, le demi-anneau de la porte où l’on pafle le fil de tête pour le rouler fur le moule : M 9 cheville qui empêche le moule de fautiller : IK , eft une partie du moule qui n’eft point encore couvert de cannetille : M 2, M 2 9 des moules de différente groffeur & de grandeur naturelle avec le fil de tête qui les enveloppe par un bout.
- Figure 7. Ns fils de tête tournés en cannetille & de grandeur à peu près naturelle : O , les cifeaux qui font deflînés fur une plus petite échelle : on ne les a pas proportionnés à la grandeur des fils , parce qu’ils îèroient devenus trop grands : P9 boîte de carton qui reçoit les têtes coupées.
- Figure 8. Machine à entêter pour un feul Ouvrier , deflînée plus en grand que la figure 3 : N9 billot qui fert de bafe à la machine : R 2, carton où l’on met les hanfes Sc les têtes : R 3 , carton où Ton met les épin-‘ gles entêtées : S S, montants de bois : T 9 traverfe qui lie l’un à l’autre les montants par en haut : V 9 l’enclume : Z, le poinçon qui doit frapper* fur l’enclume : les deux barres de fer X X 9 8c la traverfe Y9 fervent de conduéleurs au poinçon qui doit tomber bien verticalement & bien pré-cifément fur l’enclume : a 9 rondelles de plomb dont eft chargé l’arbre du poinçon : b 9 l’extrémité fupérieure de l’arbre du poinçon qui eft lié par une corde à l’extrémité e du levier. Nota que le point d’appui i de ce levier eft: établi fur un des montants de la machine, ce qui fait une petite différence de la>figure 3. 13 corde qui répond à la marche fg ; cette marche eft arrêtée en g.
- Figure 8*. Plan d’un billot pour établir quatre machines à entêter, pris au-deffus des enclumes : n9 la traverfe TT de la figure 8 ; elle couvre une enclume : r9 le levier ou la bringballe c e de la figure 8:0, plomb du poinçon qui cache une autre enclume ; il eft coté a fur la figure 8 ; p, enclume qui eft coté V fur la figure 8 : q 9 trou qui doit recevoir la quatrième enclume : s s9 trous qui doivent recevoir les barreaux de fer X X de la figure 8 : tt9 les deux montants de bois cotés S S à la figure 8 : u9 boîte de carton où font les têtes & les hanfes, côté R 2 (fig. 8 ) : x, boîte de carton où l’on met les épingles entêtées , coté R 3 ( fg. 8 ).
- Figure 9. Enclume deffinée d’une grandeur à peu près naturelle : h, le trou hémilphérique qui doit recevoir la tête : i9 entaille où l’on met la han-fe dans la cavité de cette enclume. On voit ici une épingle dont la tête n’eft pas encore rendue à l’extrémité de la hanfe , & qu’on y conduit en tirant la pointe L
- Figure 10. Enclume qui a quatre trous hémilphériques, & quatre entailles
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- de diverfes grandeurs mm, pour entêter des épingles de différents numéros.1
- Figure il. Poinçon prefque de grandeur naturelle ; fur la face i on voit un trou hémifphérique qui doit répondre a celui de Fenclume, mais point d'entaille.
- Figure 12. K y Bouttereau ; c’eft le poinçon d'acier qui fert à percer les trous des enclumes.
- Figure 13. Lime qui fert à ajufter les entailles des enclumes 5 la partie / de celle-ci eft quarrée.
- Figure 14. Marmite de cuivre pour blanchir les épingles : u , fon embouchure : x, Ion fond : y, fon couvercle : on la voit fur le feu (Jîg. 4)*
- Figure iy. Croix de fer pour mettre les épingles en pile, avec, entre les lits d'épingles, des plaques d’étain : 1,1: 3,3, les barres de fer qui forment la croix : 2, 2, cordons qui fervent à la tranfporter.
- Figure 16. Plaque d’étain fur laquelle on arrange les épingles : 4, les épingles qui couvrent cette plaque d’étain.
- Figure 17. Elle repréfente une pile complette de plaques d'étain, & de lits d’épingles qui font pofés alternativement les uns fur les autres. Depuis 9 jufqu'à 10, tout eft porté par la croix de fer ? & les cordons x% Sc 13 , qui répondent à la croix 9, fervent à enlever cette pile pour la mettre ou la retirer de la chaudière. Depuis 10 jufqu’à 11, les plaques & les épingles font fupportées par une plaque d'étain y (fg. 18 ) qui a des cordons particuliers 6 (fig. 18), & 14 (fg. 17 ) : 7 & 8 repréfentent la face de deffous de la plaque d'étain s.
- Figure 19. s, bout de fil de laiton qu'on a paffé entre deux cylindres pour le rendre plat fur une face & rond fur l’autre ; il eft deftiné à faire la tête de l’aiguille r y qui eft une aiguille de tablette.
- PLANCHE IV prife fur les dejfeins de M. P ER R O NET*,
- Figure i. Elle repréfente, de grandeur naturelle; la pofition des clous fur l’engin , tels qu’ils doivent être pour dreffër le fil propre à faire les épingles du n° 16. Ces clous occupent à peu près une longueur de deux pouces 4 lignes. Si l'engin étoit dilpofé pour faire des épingles du numéro 6, les clous occuperoient à peu près une longueur de quatre pouces & ainfi à proportion des autres groffeurs , en augmentant d'une ligne au-deffus du numéro 10, & en diminuant d’autant au-deffous.
- Figure 2. Les cilailles A £ pour couper les dreffées : les branches C D font fortes : la branche C eft recourbée en E, pour que la main du Coupeur qui eft en C, ne foie point pincée , & la branche D eft applatie & fe termine en palette, comme on le voit en F, pour quelle ne bieffepas la cuiffe qui aide à la main à faire agir la cifaille.
- Épinglier.
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- * ART DE LEP INGLIER.
- Figure 3. Elle repréfente les cifeaux pour couper les têtes qu’on nom-me Cifeaux camards, parce que les lames font minces & plates , pour qu’elles puilfent fervir à égaler l’extrémité des moulées qu’on frappe deffus leur plat. Au relie les branches de ces cifeaux font à peu près comme celles des cifailles à couper les drelfées & tronçons.
- Figure 4. Le plan d’un têtoir à lix places : a planchettes pour fup-porter les coudes de l’Ouvrier : b9 leur attache fur le billot g : c, calottes de chapeau dans lefquelles on met les hanfes & les têtes : d, endroit où on jette les épingles entêtées : e > chandelier pour éclairer tous les Ouvriers: fy endroit où font les étais qui répondent au plancher pour affermir le billot : h y les montants cotés C dans la figure y.
- Figure y. Elévation du même têtoir :A, le billot: B, les pieds qui le fupportent : C, montants qui fupportent l’outibot : D > traverfes qui tiennent les unes avec les autres les montants C : O > coins qui ferrent les montants de fer F dans les traverfes D pour les affermir : G, maffif de plomb , dans lequel entre le bout des barres F : H, barre de l’outibot : 1 > trou où paffe la corde qui fouleve l’outibot : K y l’extrémité d’en bas de l’outibot: L 9 barre de fer qui eft traverfée par les montants F ; & qui eft folide-ment attachée au bas K de l’outibot : N, morceau de plomb qui charge l’outibot : O , les coins qui affermiffent les montants F dans les trous E : P, le poinçon : canon de fer qui reçoit l’enclume S : R9 la partie du
- canon qui entre dans le billot.
- Figure 6. L’outibot deffîné de grandeur naturelle ; les mêmes lettres indiquent les mêmes chofes qui dans la figure y, & il en eft de même des figures fuivantes.
- Figure 7. La traverfe L : l9 le trou par où paffe l’outibot.
- Figure 8. L’extrémité d’en bas de l’outibot pour recevoir le poinçon P.
- Figure 9. Le poinçon vu par deflbus pour fâire voir les trous hémi-fpériques qui doivent recevoir les têtes des épingles.
- Figure 10. Canon qui reçoit l’enclume 5 la partie R entre dans le bil-* lot : r y l’endroit où l’on pofe l’enclume.
- Figure il. S 9 l’élévation de l’enclume.
- Figure 12. T 3 le deffus de l’enclume.
- PLANCHE V.
- Figure i. Pour décraffer & jaunir les épingles; il les faut laver dans de l’eau claire où l’on ajoute de la gravelée : a, le baquet où les épingles font dans l’eau & la gravelée : b y chaîne qui fert d’anfè au baquet : c, un levier de bois qui étant pafle dans la chaîne, loutient le baquet élevé de % ou 4 pieds au-deffus de terre. dy Ouvrier qui agite le baquet pour exciter, un mouvement dans toutes les épingles.
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- ART DE DE P IN G LIE R. "67
- Figure 2. Il faut enfuite deffécher les épingles en les frottant dans du fon : a y affemblage de charpente qui fondent un baril b : au moyen d'un axe c , un Ouvrier/, en tournant la manivelle d, imprime un mouvement aux épingles Sc au fon quon a mis dans le baril ; cet infiniment s'appelle Frottoire. On voit au milieu du baril une ouverture par laquelle on y introduit Sc on en retire le fon Sc les épingles.
- Figure 3. Un Ouvrier qui tient une forte de cruche qu’on nomme une Chance. Le petit bout du côté de c eft fermé ; le gros bout d a un bouchon. Comme ce vafe eft chaud , l'Ouvrier a quelques linges pour garantir Tes mains d'être brûlées ; il fecoue les épingles de fer avec de l'étain fondu Sc du fel ammoniac : e, crible fur lequel on jette les épingles de fer au fortir de la chance.
- Figure. 4. Elle repréfente deux Ouvriers qui frottent Sc fechent des épingles en les fecouant dans un fàc de cuir : cette façon de deffécher les épingles eft particuliérement en ufàge pour celles de fer.
- Figure y. Cheminée fous laquelle il y a fur un trépied une chaudière m pour dérocher les épingles & les jaunir, & n fur un autre trépied une chance pour étamer les épingles de fer.
- Figure 6. i , un billot pour battre le papier : h , un tas de plaques d'étain ufées : qy table qui forme un plan incliné fur lequel on coule les tables d'étain pour faire les plaques ; cette table eft couverte d'une couverture de laine,1 & par deffus d'un coutil : Z, eft un chaftis de bois dans lequel l'Ouvrièrp verfe l'étain fondu en faifànt couler tout du long de la table le chaftis b. Il fe forme une lame mince d’étain qu'on coupe enfuite en rond.
- Figure 7. e, tamis fur lequel on jette les épingles de fer au fortir de la chance : Æ, gouttière ou main de bois pour introduire les épingles dans la frottoire : gy Sebille de bois pour vanner les épingles.
- Figure 8. Baquet de la figure première pour décrafler les épingles.
- Figure 9. La frottoire de la figure 2, vue de différents points de vue : B y le pied de charpente : C, l'ouverture par laquelle on fait entrer dans la frottoire les épingles & le fon : D , le corps de la frottoire : E > la manivelle : Fy l'eflîeu.
- Figure 10. La même que h (fig. 7) eft une gouttière de bois qui fert à faire entrer les épingles dans la frottoire : F, les bords : E, le fond.
- Figure ir. La même que g (fig. 7), eft une grande écuelle de bois, dont les bords font un peu élevés, & qui fert à vanner les épingles pour ôter le fon qui avoit fervi à les deffécher.
- Figure 12. Sac de cuir qui fert à fécher les épingles au lieu de la frottoire* comme on le voit, 0%4).
- Figure 13. La chance, forte de cruche de terre, pour étamer ou blanchir les épingles de fer : G, fon ouverture : /, fon fond : H y bouchon pour
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- fermer l'ouverture G : K , trépied pour tenir la chance fur le feu , comme on le voit en n (fig* J* ) > & l'Ouvrier (Jîg» 3 ) fecoue les épingles qui font dedans.
- Figure 14. K y un crible, le même qui eft repréfenté e (fi g. 7.). Ce crible efl; renverfo en L pour faire voir les baguettes qui le forment.
- Figure 15. Quarteron, forte de cifeau terminé par des pointes pour percer les papiers où Ton doit’mettre les épingles : q, fon manche : P, le corps du quarteron : O, papier qui efl plié & pofé fur un billot N qui doit être couvert d’une plaque de plomb : Y9 çft un marteau qui fort à frapper fur le manche q du quarteron. Le quarteron efl defiîné fur une plus grande échelle que le marteau.
- Figure 16. Les épingles rangées en quarteron fur le papier : C, les têtes: Q dy les pointes : aabb, les plis du papier qui retiennent les épingles : efy les trous faits au papier Sc où il n’y a point d’épingles : g k> le papier renverfé pour qu’on apperçoive la partie des épingles qui pafle fous le papier : R , la marque du Marchand.
- Figure 17. S, peloton pour imprimer les empreintes : T, planche de bois fur laquelle efl gravée l’empreinte ; on la charge avec la couleur qui efl dans le vafe X ; Sc l’ayant couverte par le papier, on l’appuie avec la main ou avec la batte ou tampon Vqui efl garni de peau par delfous.
- Figure 18. La même table que figure 6, pour couler les plaques d’étain : aaa, couverture de laine : ee3 coutil qui recouvre la couverture : bb 3 chaflis de bois dans lequel on verfo l’étain fondu ; en faifànt couler le chaf-fis, la table d’étain s’y forme : on voit deflus ccc les plaques qu’on a tracées avec un compas e.
- Figure 19. Une cuiller pour fondre l’étain.
- Figure 20. Deux clous d’épingles, un a à tête plate , l’autre b à tête ronae.
- Figure 2i.fqrsy fil préparé pour faire l’agraffe g : h g k , une porte : / q r, une agraffe : p m n o , fil préparé pour faire cette agraffe : y \ & , un hameçon : i, la pince qui fort à faire les petits ouvrages : x t u, crochets à pendre les montres.
- Figure 22. Aiguille de tablette avec une tête plate : M, le fil drefle & appointi : n, morceau de cuivre préparé pour faire la tête ; O , l'aiguille entêtée : p , broche à tricoter.
- Figure 23. Porte de Bibliothèque qu’on garnit d’un fil de laiton fin:
- Figure 24. Différents treillis : q, la maille en quarré : r, la maille eit lozange : s lait voir comme on tortille le fil pour former les mailles*
- PLANCHE
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- PLANCHE VL
- Figure r. Un Rogneurde têtes repréfenté dans un autre point de vue que dans la Planche III, pour faire mieux appercevoir l'elpece de petite chauffe qu'il a quelquefois liir la cuilfe droite , & la pofition de la main pour trancher les têtes,
- Figure 2. Un Ëmpointêur en attitude , avec un tour à empointer fembla-ble à ceux des Epingliers de Paris qui font des clous. On voit qu'il eft plus fimple que les tours repréfentés Planche IL
- Figure 3. Un tour pour mouler les fils à tête, pour faire voir une dif-pofition de bobine , différente de celle qui eft repréfentée Planche III, Figure 6 : c'eft une planche qui fe renverfe en arriéré pour tendre la corde * comme nous l'expliquerons dans la fuite.
- Figure 4. L'Entêteur de la Planche III, vu de face.
- Figure y. Enclume pour réparer les outils.
- Figure 6. AB, des boîtes à trancher les hanfes.
- Figure 7. e ? une cifaiile : f, des febilles de bois pour mettre les han^ fes, les têtes & les épingles.
- Figure 8. L'entêtoir de la figure 4, dellînë en grand : T, carton pour, mettre les hanfes & les têtes.
- Figure 9. Q, un bout de fil de laiton nommé Moule : R, un bout démoulée*?
- Figure 10. Détail du tour à faire les moules. On voit qu'au moyen du; coin H qu'on fourre fous la pièce I, on renverfe en arriéré la piece K s ce qui tend la corde : F, la roue defîinée à part & plus en grand.
- Figure il. Un Tourniquet à quatre fufeaux.
- Figure 12. Z, cifàilles à l'ulage des Crochetiers & Treillageurs : a } tricoifes^
- Figure 13. Engin.
- Figure 14. 0, marmite de cuivre pour blanchir les épingles.!
- Figure iy. Chances,
- • Figure 16. Baquet pour laver les épingles.
- Figure 17. h, fac pour fécher les épingles avec du fon : i, le poteau' auquel il eft attaché.
- Figure. 18. Plat à vanner,
- <- Figure 19. Epingles en papier : g, le papier plié en quatre J percé avec l'outil, & les épingles boutées : en étendant ce papier , les épingle^ feront comme fur le papier g.
- PLANCHÉ VIL
- Figure i. Ouvrier qui tranche des hanfes pour faire de petits clous î a, cifaille : b, hanfes coupées : c, plaque de fer fur laquelle on pofe les? bouts de fil de fer pour les égaler.
- Ep IN G LIER.
- S
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- Fig ure 2. Ouvrière qui frappe les têtes des clous d’épingles : a , febille où font les hanfes empointées & coupées de longueur ; celles auxquelles elle a frappé la tête, tombent dans fon tablier.
- Figure 3. Mordant ou petit étau qu’on met dans un grand étau : aai mâchoires du mordant qui font creufées de petites gouttières qui ont des dents pour mieux faifir les hanfes : b b, les oreilles du mordant qui reposent fur les mâchoires de l’étau : c , reflbrt qui fert à ouvrir le mordant quand on détourne la vis du grand étau.
- f igure 4. u, Hanfe qui n’a point de tête : les Ouvriers nomment ces hanfes des pointes : b, clous pour les Cordonniers, qui n’ont que de très-petites têtes : Cf clous pour les Sculpteurs & les Menuifiers, qui ont les têtes plus grandes ; d$ clous à tête ronde : e> clous pour les Gaîniers. On en fait qui n’ont que deux lignes, une ligne Sc demie ou même une ligne de longueur.
- Figure y. Poinçon d’acier quia, à un de fes bouts, une cavité en forme de calotte : fon ufàge eft d’arrondir les têtes des clous.
- ure 6. C’eft un bâti de menuiferie, préparé pour recevoir un grillage de fil de laiton : A B C D, eft le bâti de menuiferie auquel on voit une feuillure dans laquelle on a frappé de petits clous vis-à-vis les chiffres x , 2 , 3 5 4, &c, ainfî que vis-à-vis les Lettres a b c d, &c. Les lignes ponctuées marquent les demi-mailles qu’on forme d’abord ; & les numéros 12, 13, 14 j &c, les noeuds de ces demi-mailles.
- - Figure 7. Le même chaffis où il y a trois rangs de mailles formées.
- - Figure 8 montre des mailles plus larges que hautes.
- Figure 9 repré fente des. mailles plus hautes que larges.
- Figure 10, font des mailles quarrées.
- «r Figure ïx-. Un crible de laiton pour nettoyer les grains.
- Figure 12. Les mailles de ce crible, repréfentées en grand.
- Figure 13 eft deftinée à faire entendre comment'on travaille les cribles ordinaires de fil de fer.
- Figure 14. C’eft une muraille d’efpalier garnie d’un treillage de fil de fer.
- Figure 15 montré comment on arrête les fils de fer fiir les crochets ou ils aboutilfent.
- Figure 16. Un fil de fer qui fert au Coupeur (y'zg. I.) à connoître la longueur qu’il doit donner aux hanfes : la partie a b exprime cettç lonr jgueur*
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- EXPLICATION
- De quelques termes propres à l'Art de TEpinglier.
- A
- Affiche, broches ou fiches de fer qui fervent à retenir la filiere.
- Agraffe : il y en a de différentes formes ; mais toutes celles des Epingliers font faites avec un fil de fer ou de laiton différemment courbé.
- Aiguille. On appelle ainfi la tige de l’ou-tibot à laquelle eft attachée la corde qui le fait mouvoir.
- Apéritoire : c’eft une plaque de fer ou de corne placée au-devant du tour à empoin-ter, pour mettre tous les fils à l’égalité. Voy. Péricors.
- A r i m e R. Les Ouvriers difent qu’ils ari-ment leur place, quand ils ajuftent le poinçon fur l'enclume , ce qu’ils exécutent en appuyant un cifeau tout près de la pointe des broches qui fervent de condu&eurs à l’outibot ; en frappant fur le cifeau , ils font un peu gliffer les pointes*des broches dans la crapaudine de plomb.
- B
- Banque , ou tour à pointe : c’eft le billot où eft établie la meule d’acier qui fert à former les pointes.
- Baquette , tenaille plate en dedans, ôc mordante comme une lime : elle fert à tirer le fil de la filiere , jufqu’à ce qu’il y en ait allez pour le roùler fur la bobine.
- Batte, efpece de maillet de bois qui fert à appliquer fur le papier l’empreinte qui porte la marque du Marchand.
- Biseau , ôc Pajfe-vuide d’épingles fur les papiers. Voyez Bouteuses.
- Blanchir les épingles. On blanchit les épingles en les couvrant d’une couche d’étain très-mince. Blanchir à Veau. Voyez Pot ou Chance.
- Bobine. Cylindre de bois pour tirer le fil à la filiere : les Ouvriers difent quelquefois par corruption bohille. La bobine du Tré-fileur eft un cylindre de bois formé fur le tour établi à l’extrémité d’une forte table > ôc que l’on fait tourner avec une manivelle pour faire paffer le fil de laiton par la filiere.
- Botte. Le laiton en botte ou en torque , eft compofé d’un nombre de pièces qui font faites de fil de laiton qui a été roulé fur un cylindre, ce qui forme des efpeces d’é-cheveaux ronds qu’on appelle Pièces : les bottes de Hambourg font alfez fouvent com-pofées de 50 ou 60 pièces.
- On appelle aufli Botte, un faifeeau de fils
- coupés de longueur, pour faire 3,4, ou longueurs d’épingles.
- Bourdon : on appelle ainfi les canne-’ tilles ou fils à tête , lorfque les révolutions montent les unes fur les autres, ôc fe recouvrent , ce qui les rend inutiles : on les jette alors à la mitraille.
- Bouter les épingles fur le papier ; c’eft l’a&ion de piquer les épingles par quarterons dans un papier : les Femmes qui font ce travail fe nomment Bouteufes. C’eft impro-* prement que dans quelques Fabriques on s’eft fervi de ce terme pour lignifier enfiler une hanfe dans une tête.
- Boutereau, poinçon d’acier qui fert à percer ôc à ajufter les trous des filières.
- Bouteuse , Ouvrière qui met les épingles dans les papiers : la maîtrelfe Bouteufe perce les papiers avec l’outil nommé Quarteron , qui maintenant à Laigle a toujours 2 y pointes : les Ouvriers qu’elle fait travailler fous elle, font de petits enfants dont plufieurs ont à peine trois ans.
- La Maîtrelfe Bouteufe imprime d’abord fur le papier la marque de l’Ouvrier ; enfuite elle y fait les trous néceffaires ; elle les remet en cet état entre les mains de fes petits Ouvriers qui y enfilent les épingles ; ôc quand cet ouvrage eft fait, cette Maîtrelfe reprend les papiers ainfi chargés d’épingles ; elle remet en ordre ce qui n’y eft pas ; elle épluche ôc détache les épingles défeéhieufes, ôc ne lailfe que celles qui font bonnes ôc bien faites : enfuite elle plie les papiers ôc les lie deux à deux pour former un millier ; car chaque papier contient joo épingles.
- Une Maîtrelfe Bouteufe pourroit bien percer autant de papiers qu’il en faudroit pour placer 18 à 20 douzaines de milliers d’épingles. Si elle ne palfe pas 16 douzaines, c’eft parce qu’outre l’ouvrage de faire les trous , elle eft obligée d’éplucher les épingles , de les arranger 3 de plier les papiers ôc de les alfembler deux à deux. Un enfant âgée de 6 à 7 ans peut bouter, par jour , 48 milliers d’épingles.
- Le Maître Epinglier donne à la Maîtrelfe Bouteufe 2 fols 6 deniers par douzaine de milliers : la Maîtrelfe paye les enfants qui travaillent fous elle à raifon d’un fol par douzaine de milliers : il lui refte 1 lois 6 deniers; ôc comme elle boute 12 à 13 douzaines de milliers par jour, fon gain eft de 13 à 18 fols ; les enfants gagnent trois à quatre fols par jour : une feule Bouteufe peut fuffire à la fois pour l’ouvrage de plufieurs Maîtres.
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- J
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- Branloire : baquet dans lequel on met les épingles avec de l’eau pour ôter l’acidité de la gravelée. Voyez Eteindre.
- Brocher. Voyez Bouter.
- Broches : ce font deux montants de fer qui s’élèvent fur le billot de l’entêtoir , ôc qui fervent de conducteur à l’outibot.
- Bûche, terme de Tréfilerie, qui fignifie un Etabli où l’on tire à la filiere, avec une pince, le fil de fer ou de laiton.
- »
- C
- Cannetille , fil de métal qui eft roulé en tire-bourre fur un plus gros fil : celui qui eft fait avec du laiton fin , fert à faire les têtes des épingles ; on en fait auffi d’or ôc d’argent pour les ouvrages de broderie.
- Chance, pot de terre qui a la forme d’une cucurbite, ôc qui fert à blanchir les épingles de fer. Ce terme vient probablement de ce qu’on fecoue les épingles dans ce pot, comme on fait les dez dans un cornet pour les, jeux de chance ou de hazard.
- Ch a ne : on appelle ainfi à Laigle le pot que l’on nomme dans d’autres Fabriques Chance, Voyez Chance.
- Chausse. Efpece d’étau qui s’ajufte fur la cuiflfe des Rogneurs pour tenir les fils qu’on veut couper en un même faifceau.
- Cisailles , gros cifeaux propres à couper les métaux : les Epingliers les nomment suffi Cifeaux. Les lames des cifailles font épaiffes , ôc elles ont un taillant prefque quarré ; au lieu d’anneaux, elles ont deux longues branches qui forment deux grands leviers.
- Clous d’épingles. Il y en a qui font de vraies épingles , groffes ôc courtes. Les Epingliers en font avec du fil de fer ou de laiton ; la tête de ceux-ci eft faite en rivant, avec le marteau , l’extrémité du fil de fer ou de cuivre : il y en a depuis une ligne de longueur jufqu’à un pouce ôc demi ôc plus.
- Coupeur. Ouvrier qui coupe les dreffées en tronçons , Ôc les tronçons en hanfes ; comme cet Ouvrier eft le Dreffeur, on ne le connoît gueres que fous ce nom.
- CouRTAiLLEs. On appelle ainfi des bouts de fil de laiton tortus ou trop courts, ou les épingles manquées, la limaille, les bouts de fil, en un mot, la mitraille de laiton qui ne peut fervir à faire des épingles. On vend tout cela à des Ouvriers qui les refondent.
- Crochetier. A Paris, ce font les Epin-gliers qui font les portes, les agraffes, les crochets ; mais à Laigle, les Ouvriers qui fabriquent ces petits ouvrages ne font point d’épingles, ôc font nommés Crochetier s*
- Cueillée. Quelques-uns appellent ainfiun faifceau de fil redreffé par l’engin. A Laigle on les appelle fimplement des Drejfées.
- Cuivre jaune ou laiton : c’eft du cuivre rouge qui a été fondu avec la pierre cala-minaire , ôc qui eft allié de zinc.
- D
- Décaper ou Dérocher : c’eft emporter par le moyen de quelques fubftances corrodantes la fuperficie brune des métaux, ôc par ce moyen faire reparoître la couleur ôc le brillant du métal.
- Dressée. On appelle ainfi les fils de laiton qu’on a fait paffer par l’engin, pour les drelfer, ou leur faire perdre la courbure qu’ils avoient en écheveau. •
- Dresseur. Ouvrier qui fait perdre la courbure au fil de laiton en le paffant par l’engin.
- Dressoir. Voyez Engin.
- E
- Eclaircisseur. Ouvrier qui décraffe ôc éclaircit le fil de laiton,
- Ecouine. Inftrument d’acier qui diffère de la lime ôc de la râpe, en ce qu’il n’a qu’un feul rang de ftries en travers, au lieu que la lime eft formée par des hachures qui fe croi-fent, ôc la râpe par de petites levres qui font relevées. Quelques-uns difent Ecouenne, prétendant que ce nom lui eft donné de ce qu’il fert à emporter la fuperficie, ôc comme la couenne des matières qu’on travaille.
- Ecrouir un métal, c’eft le battre au marteau pour rapprocher fes parties, ôc le rendre plus dur. On écrouit l’or, l’argent, le fer. Le laiton prend beaucoup de fermeté fous le marteau ; le plomb ne s’écrouit point fenfiblement.
- Egauge. Voyez Jauge;
- Empointer une épingle; c’eft lui former une pointe : l’Ouvrier qui exécute ce travail eft nommé Empointeur.
- Empreinte : c’eft la marque du Fabriquant qu’on imprime fur le papier des épingles. On n’eft plus en ufage à Laigle d’employer la marque des Epingliers de Paris ; mais on imprime la marque de quelques Epingliers de Londres , que quelques Marchands leur envoyent. Des Marchands d’Italie envoyent auffi la marque de certains Ouvriers de Rome. Plufieurs Marchands Efpa-gnols ôc Portugais en ufent de même : les marques de ces derniers, au lieu d’être imprimées en rouge avec du vermillon, le font ordinairement en noir. Les Fabriquants de Laigle fe conforment à cet égard aux ordres des Marchands. C’eft auffi par la même rai-fon que pour le commerce de certains pays j ils boutent leurs épingles dans du papier bleu ou dans du papier jaune.
- Enclume. L’enclume de l’Epinglier eft un morceau d’acier qui eft enchâffé dans une piece de fer qui s’appelle Canon : ce .canon eft reçu par en bas dans le billot ; il a environ un pouce ôc demi de long , non compris la partie qui entre dans le billot. Il eft creux pour recevoir dans fa cavité l’enclume qui, pour s’y affermir, n’a befoin ni de coins ni d’autre chofe pour l’af-fujettir , parce quelle eft faite elle-même en
- forme
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- forme de coini au moyen de quoi, en s’enfonçant dans le canon, elle s’y affermit d’elle-même très-folidement. Sur la face fupé-rieure de l’enclume eft creufée une rainure pour mettre le corps de l’épingle, ôc ' un creux hémifphérique où on met la tête qu’on frappe avec le poinçon.
- Engin. Petite planche fur laquelle font clouées des pointes entre lefquelles on palfe le fil de laiton pour le redreffer. Voyez Dressée.
- Enrhuner, c’eft placer la tête à l’extrémité de la hanfe.
- EntesteR ou Frapper une épingle, c’eft attacher la tête au bout de la hanfe, ôc l’y affujettir par de petits coups du poinçon de l’outil nommé Têtoir.
- Epinglier. Propriétaire d’une Fabrique d’épingles. On nomme de même les Ouvriers qui fabriquent les épingles > les grilles de fil de fer ou de laiton, les portes, les agraffes, les petits clous, ôc quantité d’autres petits ouvrages qui fe font avec les fils de métal.
- A Laigle , les Ouvriers qui font ces derniers ouvrages fe nomment Crochetiers.
- Eteindre les épingles, c’eft, au fortir de la gravelée, les jetter dans un baquet fufpen-du , qu’on nomme Branloire, pour fecouer les épingles dans de l’eau nette.
- Etibois. C’eft une cheville de bois enfoncée fur l’établi de la bobine. A l’extrémité de cette cheville , il y a de petites coches dans lefquelles on place le bout de fil de laiton qu’on veut appointir avec la lime , pour le réduire de groffeur à pouvoir paffer dans les trous de la filiere ; on nomme cette opération la Prejfure.
- Etibot. Voyez Outibot.
- Etiquette. Infiniment très - ingénieux qui fert à affujettir les têtes au bout des han-fes ; ce terme n’eft prefque point connu.Voyez Tetoir.
- F
- Fesser le fil de laiton, c’eft le battre fur un billot, au fortir de la gravelée , pour le décraffer.
- Fesseur de têtes ; c’eft ainfi qu’on nomme à Laigle celui qui tourne les têtes * ôc qui les togne ou qui les/coupe.
- Fil. On connoît le fil de fer, le fil de laiton , le fil d’acier ; mais il eft bon de favoir qu’on nomme Fil à moule celui qui eft tiré pour faire la tige de l’épingle, ôc Fil à tête celui qui eft roulé en hélice pour faire des têtes.
- Filiere. Piece de fer ou de fonte de 18 pouces de longueur , un pouce d’épaiffeur , fur deux de largeur ; elle eft percée de plus de cent trous égaux par le côté évafé , ôc qu’on peut réduire à des diamètres inégaux du côté oppofé où ces trous font plus petits.
- Finisseur. Voyez Repasseur. Epinglier*
- Frapper la tête d'une épingle J c’eft la battre entre le poinçon ôc l’enclume avec le têtoir. L’Ouvrier qui exécute ce travail, fe nomme Frappeur.
- Frotter ou fécher les épingles, c’eft les fecouer avec du fon, ou dans une frottoire en baril, ou dans un fac à frotter.
- Frottoire ; c’eft un baril traverfé d’un ef-fieu par fon axe : on le fait tourner pour def-fécher les épingles avec du fon. Les Frot-toires de Laigle font plus grandes qu’on ne l’a dit dans la defcription : elles font de jauge à contenir cent vingt pintes. Les Ouvriers difent Frottoire au féminin : nous nous fouîmes conformés à leur ufage.
- Fuseau à meule. On appelle ainfi à Laigle l’axe ou l’eflieu fur lequel tourne la meule ; il fe termine en pointe par les deux bouts ; ces pointes entrent d’environ deux lignes dans deux morceaux de bois qu’on peut rapprocher l’un de l’autre, à mefure que les trous s’élargiffent.
- G
- Gravelée. Les Epingliers apellent aînfî le tartre cfud qui s’attache à l’intérieur des tonneaux où Pon a mis le vin. Il y en a de blanche ôc de rouge , fuivant la couleur du vin. Il ne faut pas confondre la gravelée que les Epingliers employent avec ce qu’on nomme Cendres gravelées ; celles-ci font faites avec de la lie de vin brûlée. Le tartre eft un fel acide ; les cendres gravelées contiennent un fel alkali. A Laigle, on dit de la Gravelle , ôc ce terme vaut mieux, me femble, que Gravelée.
- H
- Hanse ou Anfe. On nomme ainfi le bout de fil de laiton appointi, coupé de la longueur des épingles, ôc à qui il ne manque qu’une tête.
- Housseaü. GrofTes épingles dont les femmes fe fervoient autrefois pour trouffer leurs robes. On diftingue le grand ôc le petit Houf feau. Je les ai vu nommer dans quelques anciens Mémoires Troujfeau ; ce qui me feroit foupçonner que Houjfeau pourroit bien être une corruption du mot Troujfeau. Dans le temps que ces épingles étaient en ufage y j’ai entendu que les Femmes les nommoient Porte-manteau. Les Epingliers leur donnent aufTi le nom à'Epingles à la piece,
- 3
- Jauge. La jauge de FEpinglier eft un' gros fil de fer courbé en 3 , ou plié en fer* pentant, long de 4 ou $ pouces, ce qui forme 10 ou 12 portes de chaque côté qui laif-fent entr’elles des efpaces qui doivent être égaux aux différentes groffeurs des épingles : il eft évident que cet inftrument forme un nombre de compas d’épaiffeur qui font très-commodes pour calibrer les fils ou épingles.
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- Jaunisseur. On appelle ainfi les Ouvriers qui rendent la couleur au laiton, en le paffant dans une leflive de tartre.
- L
- Laiton. Voyez Cuivre.
- Lie. Sédiment qui fe précipite au fond ides liqueurs qui fe clarifient. A Laigle, on fe fert de la lie du cidre pour éclaircir le laiton , afin de ménager la gravelle. C’eft par erreur qu’on a dit dans la defcription (page 11) lie de bierre.
- M
- Marche ou Marchette. C’eft une pédale fur laquelle l’Entêteur ou le Frappeur pofe le pied pour élever le poinçon qui fert à frapper les têtes des épingles.
- Meule. La meule des Epingliers eft un tronçon de cylindre de fer lur ia circonférence duquel on fait des retailles ou ftries avec un cifeau à froid. On trempe ces meules en paquet.
- Mole. On appelle ainft la cannetille ou le fil à tête lorfque les révolutions ne fe touchent pas : ce défaut eft allez confidérabie pour obliger de mettre ce fil à la mitraille; ainfi il faut que les révolutions du fil à tête fe touchent, fans néanmoins monter les unes fur les autres , ce qui formeroit un défaut qu’on nomme Bourdon. Voyez Bourdon.
- Moule. On nomme ainfi un fil de fer qui fert de mandrin , fur lequel on roule les fils à tête. On donne aufïi quelquefois ce nom aux fils qui forment les tronçons.
- Moulées. C’eft ainfi qu’on nomme les fils à tête, quand ils ont été roulés en hélice fur le fil qu’on nomme Moule.
- N
- Nille. Les Epingliers donnent ce nom à la manivelle de la bobine.
- O
- Outibot. C’eft la partie du têtoir qui porte le poinçon. A Laigle, on le nomme Etibot.
- Ouvrage. On nomme Ouvrage, du fil paffé à la filiere, ôc réduit à la groffeur convenable pour faire l’efpece d’épingle qu’on veut fabriquer.
- Outil. A Laigle, on nomme fimplement Outil , la machine qui fert à frapper les têtes : comme ce mot eft trop général, nous avons adopté celui de Têtoir qui eft d’ufage dans d’autres Fabriques.
- P
- Passer à rebours, ou Raire à la bobine. Voyez Raire.
- Péricors. Voyez Apéritqire.
- Pesée. On appelle ainfi le contrepoids de plomb du têtoir.
- Pièce. On donne ce nom à un petit éche-
- veau de fil de laiton dont un certain nombre forme une botte.
- Plaques ; ce font des rondelles d’étain affez minces, qu’on met lit par lit dans une chaudière avec les épingles pour les blanchir à l’eau. On nomme Flaques à pis, celles auxquelles on ajoute des anfes de ficelles pour les defcendre dans l£ chaudière , ou pour les en retirer.
- Plat à vanner ; c’eft une grande jatte ou febille de bois d’environ deux pieds de diamètre.
- Poinçon ou Boutereau : c’eft une broche d’acier qui fert à calibrer les trous des filières. On appelle auiïi Poinçon, la piece d’acier qui eft au bas de l’outibot, 6c qui fert à frapper les têtes. Ce poinçon qui frappe fur l’enclume , eft reçu dans une ouverture qui eft à l’outibot, ôt dans laquelle il s’arrête fermement , parce que ce poinçon eft en forme de coin comme l'enclume.
- Porte. En général, les Epingliers appellent Porte un bout de fil qui forme une portion d’anneau : c’eft peut-être par comparai-fon à la forme des portes dans lefquelles entrent les agraffes. La Porte eft un petit outil formé par un manche de bois, au bout duquel eft un demi-anneau de fil de laiton dans lequel on paffe le fil à tête , pour le rouler commodément fur le moule. On nomme auffi Porte un crochet de fil de laiton qui eft au haut de la bobine du Tréfileur , 6c qui fert à arrêter le bout du fil.
- Pot, eft fynonyme de Chane ou Chancel Voyez Chance.
- Pressure. Faire la prejjure au bout d’un fil de laiton , c’eft l’appointir avec la lime 9 pour qu’il puilfe entrer dans les trous de la filiere.
- Q
- Quarteron. On appelle ainfi une forte de cileau qui porte à fon extrémité 2$ pointes , pour faire autant de trous aux papiers où les épingles doivent être arrangées par quarterons.
- ~ Quatre. A Laigle, on fe fert de ce mot pour défigner un boiffeau dans lequel on porte les épingles chez les Bouteufes, Ce vaiffeau eft aufli appellé Quarte , parce qu’il contient le quart du boiffeau de Laigle. La quarte de Laigle eft à peu près de la grandeur 6c de la figure du boiffeau de Paris : c’eft mal-à-propos qu’on a dit (page 38 ) que ce vafe étoit quelquefois de carton.
- R
- Raire à la bobine, c’eft tirer le fil qu’on fait paffer par une filiere, ôc qui fe roule fur une bobine en forme d’écheveaux ronds ou en piece. Je crois que ce mot eft une corruption de traire , trahere ; car on dit de Por trait. A Laigle, on ne fe fert point du terme de Raire , on dit Tirer. Dans quelques
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- ART DE L’i
- Tréfilerles le terme de Raire fignifie Tirer à rebours.
- Recuire un métal3 c’eft le faire chauffer ; ce qui le rend plus mou Ôc plus duêtile.
- Repasseur qu’on nomme aufïi Finijfeur, eft un Ouvrier qui perfeêtionne l’ouvrage qu’a commencé l’Empointeur, en paffant les fils appointis fur une meule d’acier ftriée plus finement.
- Retailles. On appelle ainfi les hachures ou ftries de la meule.
- Rogneur, c’eft celui qui coupe les fils félon une longueur déterminée. Les Rogneurs de tronçons ou à la longue, coupent les fils de la longueur de trois , quatre ou cinq épingles ; les Rogneurs de hanfes ou à la courte , coupent les fils de la longueur des épingles : il y a aufïi les Rogneurs de tête qui coupent la cannetille avec laquelle on doit faire les têtes. A Laigle, on n’employe point les termes de trancher pour les têtes, ni de rogner pour les hanfes ; mais on dit que le Faifeur de têtes rognes les têtes.
- S
- Sécher. Voyez Frotter.
- Sixain. C’eft un paquet d’épingles com-pofé de fix milliers.
- T
- Tartre. Voyez Graveléë.
- Tenaillée. Les Epingliers appellent ainfi la quantité de tronçons ou de bouts de fil de fer qu’un Ouvrier peut tenir à la fois entre fes doigts pour les préfenter fur la meule : c’eft ordinairement depuis 25 jufqu a 40 tronçons.
- Tete. La tête d’une épingle eft une petite boule qui termine l’épingle au bout oppofé à la pointe.
- Tetoir. Machine qui fert à frapper les têtes. A Laigle, on l’appelle Amplement Outil,
- Tirer , Tireur. Voyez Raire. Un Tireur paffe par la fîliere environ 28 livres de laiton dans un jour ; cependant c’eft fuivant la groffeur du fil.
- Torque de fil de laiton. Voyez Botte.
- Tour à pointe. Voyez Banque.
- Tour à tête. C’eft un rouet allez fenabi able à celui des Fileufes : il fait tourner le gros fil qu’on nomme Moule, fur lequel s’enveloppe le fil à tête, ou le fil qu’on veut rouler en hélice.
- Tourneur de têtes. Ouvrier qui roule en forme de tire-bourre ou de cannetille, le fil qui doit faire les têtes des épingles. Tourneur de roue. Ouvrier qui fait mou-
- IPINGLIER, 7$j
- voir la grande roue. Nous avons déjà remarqué que le Tourneur de roue eft payé aufïi cher que l’Empointeur ; Ôc nous avons dit que cela ne paroiffoit pas jufte, parce que fon travail ne demande aucune fcience ÿ aucune adreffe , de forte qu il peut être exécuté par le premier Journalier. M. de Cha-louziere dit qu’il ne paroît pas raifonnable qu’un homme de cette efpece foie aufïï ché-rement payé qu’un Ouvrier qui exécute un travail rude, qui de plus exige de l’adreffe.’ Mais M. de Chalouziere fait remarquer que le Tourneur ne fait jamais d’autre ouvrage que tourner fa roue ; de forte que s’il fe fait dans la Fabrique beaucoup d’ouvrage , il gagne plus que s’il s’y en fait peu , air lieu que l’Empointeur qui eft ordinairement robufte ne fe contente pas d’empointef dans une Boutique » il y occupe deux ôc quelquefois trois places, comme de Dref-feur, d’Empointeurr de Repaffeur ; ou il va travailler dans différentes boutiques ; ce qui augmente fon gain.
- Tourniquet. Efpece de dévidoir formé de deux plateaux de bois ronds liés l’un à l’autre par quatre ou fix fufeaux de bois ou de fer. Le plateau d’en haut a moins de dia-; métré que celui du bas , afin que le tourniquet qui eft conique, puiffe recevoir des pie-; ces ou écheveaux de différents diamètres ; Ôc encore pour qu’on puiffe les porter com* modément de deffus le tourniquet.
- Traire un fil. Voyez Raire.
- Trancher à la longue ou à tronpons. Voyez Tronçons.
- Trancheur à la courte. Voyez Rogneür,
- Tréfilerie. Atelier ou l’on tire le fer ou le cuivre par la filiere pour en former un fil.
- Tréfileur : Ouvrier qui travaille le métal pour l’ufage de l’Epinglier.
- Tricoises. Sortes de tenailles dont les mâchoires font recourbées ôc tranchantes t les Epingliers difent fouvent par corruption Tri quai fes.
- Tronçons. Ce font des paquets de fil de laiton coupés de la longueur de trois, quatre ou cinq épingles.
- Trousseau. Voyez Housseau.
- V
- Vanner. A&ion de fecouer les épingles dans un plat de bois qu’on nomme Plat à vanner, afin que le vent puiffe emporter le fon qui a fervi à les deffécher.
- Va seau. Jatte ou Sebille de bois qui re-* çoit les hanfes ôc les têtes des épingles à mefure qu’on les coupe,
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- ART DE L’EPINGLIER:
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- Remarques, Additions & Corrections.
- JL g e 2, ligne 12, moulés : lifeç, moulées.
- Page 3 , ligne 14, il y a tel Ouvrier qui fait en wn jour : hfei, en deux heures.
- Page 7 , Ligne 26, un Ouvrier, l’un dans l’autre, tire 12 livres : life%, 28 livres.
- Page 9 , ligne 3 1 , on vend à Paris pour iyoooo livres d’épingles tous les ans : ajouteç, & on en fabrique à Laigle pour 1500000 livres.
- Page 11, ligne 1 o, lie de bierre ; life? , lie de cidre.
- Page 15 , ligne 6, un Dre fleur drefle dans un jour alfez de fil pour 120 milliers d’épingles : life%, 240 mille épingles. £ M. de Chalouziere affure dans fon Mémoire, qu’un très-fort Ouvrier peut drefler par jour ce qu’il faut de fil de laiton pour faire 20 douzaines de milliers d’épingles, & qu’il peut encore couper en tronçons cette même quantité de
- fil ].
- Page 19 , ligne 12 , un Empointeur fait dans un jour les pointes à 72 milliers d’épingles : lifei, 240 milliers.
- Page 20, ligne 34, peau de mouton : Hfe%, boyaux.
- Page 24, ligne 14, un Coupeur de hanfes en coupe dans un jour environ 180 milliers. £ M. de Chalouziere fait monter ce travail bien plus haut, puiiqu’il dit qu’un fort Ouvrier peut couper foi-xante milliers par heure ]].
- Page 26 , ligne 24, il ne faut pas qu’ils fe touchent : hfeç, il ne faut pas qu’ils fe recouvrent.
- Ibid m, ligne 31, ajoute3, 8 livres pefant de têtes fuffiiènt pour 288 mille épingles des numéros 8 8c 9 : on n’eft point dans l’ufage à Laigle de recuire le fil avant d’en former la cannetille.
- Pa?e 3 5 , ligne 9 , 130 livres : lifeç , 30 livres.
- Page 36, ligne 35 , l’étain diminue de 10 livres. £ M. de Chalouziere eftime que ce déchet va au plus à 4 livres ].
- Page 37 , ligne 20 & &fuiv. Suivant M. de Chalouziere , les Epingliers coniervent l’eau qui a fervi à blanchir les épingles, non pas pour en blanchir d’autres, mais pour les décraflèr & les difpofer à recevoir le blanc.
- Ce qui efl dit , page 40, fur la maniéré de distribuer les épingles , n’eft pas expliqué affez clairement. Chaque papier ne contient que 500 épingles. Il y a un efpace vuide dans toute la longueur du papier qui fépare en deux les 50 épingles dont eft compofée chaque rangée qui occupe toute la largeur du papier , favoir, 25 d’un côté & 25 de l’autre; l’efpace vuide s’appelle Bifeau.
- Page 43 , ligne 19 , probablement il y a erreur à cet article ; car M. de Chalouziere m’a écrit qu’on paye, pour frapper une douzaine de milliers d’épingles^ fols des baffes fortes, Sc 1 o lois des grof-fes.
- Ibid, ligne 22, on paye, pour boutter une douzaine de milliers d’épingles , 2 fols 6 deniers.
- Ibid, ligne 30 Gr fuivantes, les accidents & déchets qu’éprouvent les Fabriquants, & qu’on ne peut évaluer au jufte , viennent en grande partie des vols que leur font les Ouvriers qui travaillent pour la plupart chez eux , qui emportent les marchandées qu’ils doivent façonner, quoiqu’on les leur donne au poids, & qu’ils les rendent de même.
- Il eft impoflible d’empêcher qu’ils ne mettent de côté quelque peu de fil de laiton qu’ils revendent
- par la fuite aux Fondeurs. D’un autre côté, on emploie dans les Fabriques un ,grand nombre de petits enfants auxquels on donne une tâche : pour en être plutôt quittes, ils fouftrayent une partie de l’ouvrage qu’ils emportent, ou qu’ils jettent dans le puits ou dans la rivière. Ces petits larcins réunis, font dans le cours de l’année, un tort con-fidérable aux Fabriquants.
- Page 44. A l’occafion de la table qui eft en tête de cette page, M. de Chalouziere m’a communiqué quelques réflexions dont je dois faire part au Public.
- Suivant l’ufage aéluel de Laigle, le premier numéro des épingles eft devenu le troifieme : il n’y, a jamais eu de numéro premier ; & depuis plu-fieurs années il n’y a plus de numéro 2, parce qu’on a affoibli tous les numéros : enforte que le numéro 3 repréfente maintenant la qualité & la longueur qu’avoit auparavant le numéro 2. Les numéros qui font aujourd’hui en ufage , font les numéros 9,4> S > 6 > 7» g > 9, 10, 12, *4 » 16, 17, 18 & 20. Il n’y a plus de numéros 11, 13 , & iy. On fabrique des épingles fous les numéros depuis 20 jufqu’à 40, favoir, 22, 24, 26, 28, 30, 32, 34, 36, 38 & 40. On laiffe toujours un nombre vuide entre l’un de ces numéros & le fuivant, parce que la différence de l’un à l’autre feroit trop infenfible. Au refte , on fait fort peu d’épingles des numéros qui font au-deffous de 20, jufqu’à 40.
- On fait encore à Laigle des épingles qui ne peuvent être rangées dans aucun des numéros ci-deflus ; mais il faut que le Marchand à quion les envoie , les commande expreffément. Par exemple , on fait quelquefois des épingles de la longueur du numéro 8 , avec du fil deftiné pour le numéro 9 ou 10, ou des épingles de la longueur du numéro 10 avec du fil de la grofleur employée ordinairement pour le numéro 9 ou 8 : ce dernier cas eft plus rare que le précédent.
- En général , les épingles font de deux efpe-ces : les unes s’appellent Fines ou Repaffées , & les autres fe nomment Communes. On n’a parlé ici que de la fabrique des épingles fines, parce qu’elles font plus parfaites & plus finies que les autres. Nous avons dit qu’on faifoit paffer les épingles fines deux fois fur la meule à empointer , au lieu que les communes n’y paffent qu’une fois. Les Entêteurs frappent cinq coups pour former la tête des épingles fines , au lieu qu’ils ne frappent que trois coups pour les communes : les épingles fines font boutées & enveloppées dans de beau papier ; & on n’emploie que du papier de moindre qualité pour bouter les communes. On ne vend gueres à Paris que des épingles fines ; les communes fe débitent dans les campagnes.
- M. de Chalouziere trouve le poids des épingles fans papier, trop foible, tel que nous l’avons dit, fur-tout pour les groffes fortes. Il trouve encore qu’il entre plus de papier qu’il n’eft marqué dans la table ; mais nous avons averti qu’il y a quelques différences fur ces détails, dans les Fabriques de quelques Provinces. Nous avons encore prévenu que ce que nous avons dit fur les prix d œuvre 9 relativement aux Fabriquants , ne font que des a peu près fujets à variation , & fuivant une infinité de circonftances : il ne faut donc pas être étonné
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- que M. de Chalouziere trouve les prix marqués dans la Table, trop foibles , fur-tout pour les grofles fortes.
- Les Ouvriers de Laigle ont fait plufieurs tentatives pour rendre les épingles de fer aufli par-' faites que celles de laiton , fans avoir pu y réuflir. i° , Le fer eft trop dur pour qu’on puiffe bien former les pointes fur les meules de fer , & il en coûteroit trop cher fi on vouloit faire ces pointes avec la lime , comme on fait celle des aiguilles.
- 2°, On ne peut former, avec le fer, des têtes aufli polies & aufli rondes qu’avec le laiton : le fer conferve toujours fa première forme ; ces têtes pa-xoiffent toujours uu corps ajouté dans lequel on ap-
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- perçoit les deux trous de la cannétille ; quelqu’at-tention qu’on apporte à bien frapper les têtes ; au contraire le laiton plus mou fe comprime aifément 5 & les têtes qui en font formées, femblent ne faire qu’un même corps avec la hanfe. Les Epingliers de Laigle n’ont jamais pu parvenir à mettre des têtes de cuivre à des épingles de fer , parce que le fer qui eft dur ne fe prête pas à l’effet du poinçon & de l’enclume dont le concours doit opérer une pe^-rite rainure près de la tête.
- Enfin on ne peut blanchir le fer à l’eau ; & l’étamage au pot ou à la chance , ne devient jamais aufli beau.
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- Fin de l’Art de l'Epinglier.
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