Descriptions des arts et métiers
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- LE CUIVRE ROUGE
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- OU CUIURE DE ROSETTE,
- EN LAITON OU CUIVRE JAUNE,
- Au moyen de la Pierre Calaminaire; de le fondre en tables; de le battre fous
- le martinet & de le tirer à la filiere.
- Par JVL G A LO N y Colonel d* Infanterie, Ingénieur en Chef au Havre» Correfpondant de l'Académie Royale des Sciences•
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- M. DCC. LXIV.
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- DE CONVERTIR
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- LE CUIVRE ROUGE
- OU CUIVRE DE ROSETTE,
- EN LAITON OU CUIVRE JAUNE,
- Au moyen de la Pierre Calaminaire ; de le fondre en tables ; de le battre fous
- le martinet & de le tirer à la fîliere.
- Par M.. G A LO N, Colonel dy Infanterie, Ingénieur en Chef au Havre > Correfpondant de VAcadémie Royale des Sciences.
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- A V A N T-P R O P O S.
- Les Manufactures * en général* paroiflènt mériter l'attention des Nations induftrieufes * proportionnellement à Pavantage qui en peut réfulter pour les Arts déjà cultivés ; & cette attention devient* pour ainfi dire* indilpenfable* fi l'on veut trouver dans fa propre induftrie des fecours qu'on eft obligé de tirer de l'Etranger.
- C'efl: fous ce point de vue que Pon peut envifager l'elpéce de Manufaéture dont nous avons entrepris les détails.
- Il n'eft guères permis de douter que le travail du Cuivre ne foit un objet intéreflant. A combien d'ufages ne voit-on pas fervir ce métal ? Sa duéiilité * quoique moindre que celle de l'or * le rend fufceptible d'une infinité de formes ; fa fermeté fait qu'on peut le travailler fort mince ; & alors fa légéreté le fait employer de préférence à fabriquer nombre d'uftenfiles capables de réfifter à i'aétion du feu; fon poli le rend propre à entrer dans une infinité d'ouvrages d'ornemens : & que de beautés ne prélente-t-il pas à nos yeux * après avoir été artiftement travaillé* fur-tout quand après cela on le dore?
- Tous ces avantages ne peuvent pas être balancés par les dangers auxquels Calamine. A
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- ART DE CONVERTIR LE CUIVRE
- fon ufàge expofe les perfbnnes négligentes. Il eft vrai que le verd-de-gris n’eft qu’une décompofition des parties du cuivre; mais une expérience de plufieurs fiécles prouve qu’un meuble de cuifine bien étamé, ou tenu bien proprement, n’expofe point la vie de celui pour lequel on y prépare des mets.
- Comme mon deffein n’eft point d’infpirer trop de fécurité contre les dangers de la rouille de ce métal, je ne vais m’occuper que de ce qui doit faire ici principalement l’objet de mon travail.
- Quelques recherches que j’aie pu faire, il ne m’a pas été poffible de déterminer l’origine des Manufactures de cuivre établies dans le Comté de Namur. On pourroit en fixer la première époque à la découverte de la Calamine; mais cette date ne m’eft point connue. Au refte, la plupart des établilfemens ont un principe auquel on ne peut guères remonter que par des routes incertaines ; il vaut donc mieux s’en tenir à des faits avérés, que de propofer des conjectures qui font le plus fouvent très-inutiles.
- On fçait qu’avant 1695, tout le cuivre fe battoit à Namur à force de bras, & que cette année même vitnaître l’inventiondes batteries mifesen mouvement par le fecours de l’eau. La première fut établie fur la Meufe ; & fon Inventeur en obtint fur le champ le privilège exclufif. Cette jufte récompenfe de l’in-duftrie d’un feul homme a penfé entraîner la ruine totale d’une infinité d’Ar-tifans ; puifque par le moyen de cette nouvelle Machine on pouvoit travailler plus de cuivre en un jour, que dix Manufactures ordinaires réunies neulfent pu faire en dix : cette évaluation m’a été faite dans le Pays par les gens du ^métier.
- Tous les Fondeurs fe crurent perdus fans reffource ; rien ne paroiffoit pouvoir les garantir de l’exécution des ordres du Souverain. L’un d’entre-eux cependant imagina d’aflembler fes Compagnons avec leurs femmes & leurs enfants ; ils partirent enfemble pour Bruxelles avec les habillemens de leur pro-feflîon, allèrent fe jetter aux pieds de l’Infante Ifabelle, 8c là ils lui expofèrent la mifère où ils feroient réduits, fi le privilège accordé à l’Inventeur des martinets avoit fon effet.
- Cette Princeffe, touchée de leurs repréfentations, reftreignit la grâce qu’elle avoit accordée à l’Inventeur de cette Machine, & permit à tous les Fondeurs de faire conflruire des batteries femblables. Je ne m’arrêterai point ici à difcuter fi ces Machines faites pour abréger les procédés de l’art, font dans leur origine auffi utiles quelles le paroiffent; je me bornerai à rapporter le fentiment d’un des plus judicieux Ecrivains de ce fiécle : « Si un ouvrage, dit-il *, eft à » un prix médiocre, & qui convienne également à celui qui l’achette Sc à » l’Ouvrier qui l’a fait, les Machines qui en fimplifieroient la Manufaéture,
- * Efprk des Loix, tom. 2. pag, 387.
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- EN LAITON, &c. 3
- » c'eft-à-dire , qui diminueroient ie nombre d'Ouvriers, feroient pernicieufes >3. Cependant on a l'expérience que les Ouvriers ne tardent pas à trouver d'autres occupations utiles, Sc on ne les a jamais vû foufffir longtems de fétablif-fement des ufines.
- Au mois de Mai 1726, l'Empereur Charles VI renouvella pour 2 y années les privilèges accordés à trois Fondeurs deNamur. Les fleurs Raimont, Bivort & Acourt, en jouiffoient en 1749, fous la condition qu'ils tireroient une cer-taine quantité de calamine de la montagne du Limbourg. Les vûes du Prince, en les obligeant à cela, étoient bien moins de fe procurer un revenu particulier, que de contribuer à la perfection du métal, Sc conféquemment à l'augmentation du commerce. La Calamine que l'on trouve dans le Comté de Namur étant inférieure à celle de Limbourg.
- Ces Manufactures ont aujourd'hui le plus grand fuccès : les Artifles induf-trieux qui les conduifent, ont un débit confidérable Sc aflùré des pièces qu'ils travaillent. Nous fournies fans ceffe obligés d'avoir recours à eux pour acquérir ce métal, dont nous faifons autant d'ufage qu'aucune autre Nation : ne feroit-il pas poffible de nous procurer les mêmes avantages* ?
- Ces réflexions me frappèrent dans le tems que mon devoir m'attachoit fur les lieux; je penfai que du moins il ne feroit pas inutile de recueillir tout ce quiavoit rapport àee genre de travail. Je ne crois pas avoir rien négligé de ce qui peut en rendre la pratique aifée : je puis avouer que l'amour de ma patrie a été le feul motif qui ait conduit mes recherches ; Sc j'ai cru que le meilleur ufàge que fen pouvois faire, étoit de les préfenter à l'Académie, pour les faire paroître à la fixité des autres Arts, dont la defcription occupe plufieurs Membres de cette illuflre Compagnie. Le 10 Février 1749, j'ai eu l'honneur de préfenter à l'Académie les prémices de ce Mémoire fur la Fabrication du Cuivre de Laiton : j'y avois joint des échantillons de tout ce qui entre dans la compo-fiti on de ce Métal, Sc j'expofois en même-tems les différens états où il eft obligé de paffer avant de parvenir à fa perfection.
- Pour détailler avec ordre les différens procédés de cette Manufacture, je les divife en cinq Parties : La première confifte dans la traite de la Calamine, & je Raccompagne d’une Carte relative, qui repréfente les Bures, Sc les Galleries où l'on fait l'exploitation; l'emplacement des Machines qui fervent auxdefle-chemens de la mine, la qualité des eaux & leurs pefànteurs.
- Dans la fécondé, je définis la nature Sc les différens dégrés de la Mine ou Calamine, fa pefànteur, fon produit, Sc en quel rapport celle du Pays eft à celle de la montagne de Limbourg.
- La troifiéme Partie contient le détail général de la Fonderie ; on y verra la defcription des Fourneaux, la matière qui fert à leur conftruCtion, celle des
- * On verra dans la fuite qu'il y en a dans le Royaume.
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- 4 ART DE CONVERTIR LE CUIVRE
- Creufets ou Pots ; le Moule fur lequel on les forme, les Outils, & autres ma-' chines à l’ufàge du travail ; enfiiite je rapporte les procédés du travail même de la fonte ; je décris les moules à couler les tables, les réparations qui leur font néceffaires, & les précautions que Ton doit apporter félon différentes circonftances.
- La quatrième Partie expofe les batteries appellées ujïnes, & les outils qui les concernent ; les différentes maniérés de travailler le Cuivre ; les dévelop-pemens, en plan & profils en tous fèns, des parties qui compofent ces machines ; enfim, la maniéré dont on polit le Cuivre.
- La cinquième Partie contient la defcription des Tréfileries , où Pon fabrique le fil de laiton. Je donne à la fin un Extrait des privilèges accordés en 1726, aux trois Fondeurs de Namur, par continuation de ceux que leurs Pré-déceffeurs avoient obtenus.
- PREMIERE PARTIE.
- Traité de la Calamine.
- La Pierre Calaminaire fe tire à trois lieues de Namur, à une demi-lieue, Sc fur la rive gauche de la Meufe, aux environs des petits villages de Landenne, tVelaine & Hayemonet, tous trois de la même Jurifdiétion : ils font les uns par rapport aux autres dans la pofition où on les voit repréfentés fur la Carte ( Planche I) ; car je n’ai obfervé de précifion que dans ce qui dépend des Mines, c’eft-à-dire, dans le plan des Galleries, dans les diftances des machines, la direction des renvois, les bufes de conduites, appliquées aux ruiffeaux qui font mouvoir les roues. L’échelle de ce plan ne pouvoit fervir à mefurer la diftance des villages, qu’en étendant de beaucoup la Carte, ou en la rédui-fant à un fi petit point que les parties effentielles ne feroient plus fenfibles. D’ailleurs, ces détails n’influent point fur le fond de l’Art dont il eft ici queftion.
- Hayemonet, fitué fur une hauteur, fournit de la Calamine à une profondeur médiocre : on n’y emploie point de machine à épuifèr. Cette Calamine eft aufîï bonne que celle que produifent les deux autres villages, mais en moindre quantité. Il en eft de même de celle que l’on tire de Terne au Grive, fitué fur une montagne, à la "rive droite de la Meufe, & qui eft auffi peu abondante.
- L’extraélion de la Calamine fe fait comme celle du charbon de terre, ou de la houille; ce font les mêmes procédés déjà décrits dans plufieurs ouvra-.-ges, entr’autres, dans Agricola de Re Metallica; mais pour ne pas obliger le Lecteur à recourir aux Auteurs qui ont écrit fur cette matière, voici en abrégé en quoi confifte ce travail.
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- On fait deux puits à io ou 12 toifes de diftance l’un de Fautre, que Ton appelle bures. Ces puits font chacun de 12 à 16 pieds en quarré ; on en fou-dent les terres par des affemblages de charpente, Se on les approfondit juf-qu’à ce que Ton trouve une bonne veine du minéral que Ton cherche : quandf on y eft parvenu, on fait des galleries, que les Ouvriers appellent chajfes, en retirant le minéral ; & Ton en foutient les terres par des chaffis, & un affem-blage de charpente. Le déblai que Ton fait des terres .en commençant le travail, Se avant d’avoir trouvé le minéral, eft jetté hors de la foffe; celui que l’on fait enfuite dans les galleries nouvelles, fert à combler les anciennes,. Se defquelles on ne peut plus rien tirer ; on démonte auffi les chaffis à fur & à mefure que Ton fait le remblai, & cette charpente eft employée au nouveau travail.
- Un des deux puits ou bures, fert à l’établiffement des pompes, pour les épuifements : ce puits eft pour cet effet plus profond que l’autre, par lequel on doit retirer le minéral ; les deux premières galleries qui partent des puits, menées parallèlement (ou à peu-près), fe communiquent par d’autres galleries qui traverfentle maffif de la mine dont les extrémités fe terminent aux grandes galleries ; de maniéré qu’il fe fait une circulation d’air par le puits où l’onfait-l’épuifement, & par celui par dequel on retire la matière; lorfque ces gai-ieries s’écartent trop des grandes bures, & que la relpiration de l’Ouvrier s’y trouve gênée, on fait de nouveaux puits que l’on appelle en terme du Pays, bures d’airage, parce qu’ils ne fervent qu’à faciliter la circulation de l’air dans les galleries.
- Quelquefois on partage le grand bure par la moitié : dans l’une on établit, les pompes; l’autre moitié fert à defcendre.dans la foffe, Se à tirer la mine, par le moyen d’un tour établi fur fes bords; en ce cas, les bures d’airage font indifpenfables : c’eft de cette derniere façon que font faits les grands bures des mines de Calamine. Il faut obferver, que quand l’eau incommode trop les Ouvriers, dans les galleries, on approfondit le bure, Se l’on fait un canal, que l’on appelle dans le Pays un arène, lequel part du grand bure, Se fe prolonge en remontant jufqu’à la rencontre de la gallerie que l’on veut deffé-cher : il y a encore quelques fouterreins où l’eau fe perd par plufieurs crevaflès, & que l’on nomme égougeoires.
- A ( PL 1) eft le grand bure de la mine de Calamine; il a de profondeur, 43 toifes du Pays, qui font 39 toifes opieds 1 pouce Alignes de France (*). BBy Bures d’airage. C, Plombiere, ou foffe d’où l’on tire le plomb : fa profondeur eft de 35 toifes.
- Les deux machines D E, fervent à épuifer les eaux ; la première D eft pour
- (*) La toife de France eft de 6 pieds; celle de Namur eft: de 5 pieds, $ pouces, 6 lignes : différence , 6 pouces, 6 lignes.
- Calamine. B
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- la piombiere, & la fécondé E pour la Calamine : chacune de ces machines eft compofée d’une grande roue de 45 pieds de diamètre ; elle eft enfoncée en terre de 19 pieds, Sc contenue entre deux murs de maçonnerie fur lef-quels elle eft foutenue à 6 pieds au-defîus du niveau du terrein fopérieur ; au centre de cette roue, eft une manivelle qui fait mouvoir des balanciers de renvoi F H, aux extrémités defquels font les pompes établies dans les bures. Comme ces balanciers font abfolument les mêmes que ceux qui font employés à la Machine de Marly, & qu'en général toute la Machine eft conftruite for le même Méchanifme, j’ai cru pouvoir me dilpenfer d’en faire ici un plus long détail, p’uifque là conftruéHon, auffi belle qu’utile, n’eft ignorée de per-ibnne.
- Les deux roues DE, garnies de leurs aubes ou godets, font mifes en mouvement par des courans d’eau dirigés for la partie fopérieure de leur circonférence : la première roue D fo meut par le courant D O 1 L, qui vient de l’étang M; la partie LI eft un ruiffeau qui part du fommet de la pente, & eft reçu au point Ipar une bufe 10 K; la même eau eft encore conduite par le canal N X P, Sc fait tourner la fécondé roue E, qui fert au defféche-ment de la mine de Calamine À. Sur quoi il faut remarquer que l’eau fournie par l’étang M, ne foffiroit pas à la dépenfe qu’exigent les roues, pour leur faire produire les grands effets qui leur font néceflaires, fi l’on n’ajoûtoit à cette quantité l’eau qui provient de la mine même, menée par un canal foû-terrein 5 T F, qui prend au dégorgement des pompes placées dans le bure A > que la bufe V conduit un peu au-deffos du diamètre horifontal de la roue : d’où il fuit que plus on trouve d’eau dans les galleries, Sc plus on accéléré le mouvement de la roue ; Sc par conféquent, lorfque cette abondance manque, les machines deviennent prefque inutiles, ou font fi peu d’effet, que l’on tire très-peu de Calamine ; c’eft-à-dire, qu’il refte toujours plus d’humidité qu’il n’en faut pour arrêter les progrès du travail. Quoiqu’il n’y ait point allez d’eau pour faire mouvoir les machines, on ne peut cependant pas hafàrder d’en faire venir, crainte d’être forpris par fon trop d’abondance : c’eft une forte de proportion que l’on n’eft pas maître de ménager; on n’y parvient qu’en faifant différentes tentatives par des galleries nouvelles. Le plan de toutes ces galleries ou chajfes eft repréfenté très-exaélement for la Carte : voici le détail de leur fituation telles qu’elles étoient établies en 174p.
- a 9 Rochers.
- b b bp Galleries ou chàffes travaillées, Sc remplies du déblai des nouvelles galleries.
- r, Mines où l’on travaille»
- d, Cave, ou Mine fobmergée.
- Plufieurs galleries font établies les unes for les autres ; & il y en a peu fur
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- EN LAITON, ifc. 7
- le même plan : on y trouve le rocher à io toifes de profondeur , & des fables de plufieurs elpéces. Les différentes pentes du terrein donnent lieu aux courants, conduits, partie parles ruiffeaux, & partie par des bufes auxquelles on place les éclufes dont on a befoin : la qualité des terres n’a rien de particulier; elles produifent toutes fortes de grains; & les environs des bures font garnis de genièvres.
- Les eaux de la mine n’ont aucun goût dominant ; elles font légères, & ne pefent que 4 gros -h le pouce cube.
- Le terrein où fe fait cette exploitation, eft de la dépendance, en partie de Laudenne & de Velaine ; il appartient à M. PofTon, Echevin de Namur. Les Maîtres Fondeurs lui donnent 56fols de change, qui font y liv. 3 f. 4 den. argent de France, pour iyooo pelant de Calamine; au lieu de la dixiéme charretée que l’on avoit coutume de donner pour la traite, aux Propriétaires des terres fur lefquelles on la faifoit. *
- SECONDE PARTIE.
- De la Calamine > en Latin, Cadmia.
- La Calamine rougeâtre efl: aflringente; elle delféche & cicatrife les plaies; on s’en (ert dans les onguents & dans les emplâtres.
- La Calamine, félon M. Macquer , efl une efpéce de Zinc, lubftance métal-liq ue-bleuâtre, plus dure que le bifinuth, & qui a la propriété de s’allier avec le Cuivre ; alliage qui produit le Cuivre jaune & le Laiton. Elle efl fufeep-tible d’altération, quelle foit calcinée ou qu’elle ne lefoit pas; de maniéré que fi on la tire d’un lieu fec, & quon l’expofe à l’humidité, elle augmente confidérablement de poids. Sa couleur efl d’un jaune-pâle, & tirant quelquefois fur le rouge & le blanc ; elle fe trouve fouvent mêlée de mine de plomb ; & communément l’une & l’autre de ces matières fe trouvent enfemble, ou peu éloignées les unes des autres; c’eft ce que l’on a dû remarquer dans la Planche I.
- On fçait que le zinc efl un demi-métal qui s’allie avec le Cuivre, & qui lui donne une couleur d’or ; deforte qu’en mêlant à certaine dofe du Cuivre rouge , du Laiton & du zinc, il en réfulte un beau métal qu’on nomme Tombac. Comme le zinc aigrit le Cuivre, il n’en faut point mêler une trop grande quantité avec le Cuivre rouge, fi l’on veut avoir un métal duélile. On fçait encore que le zinc efl volatil; & par cette raifon il ne faut pas lailfer long-temps le tombac en fufion, fi l’on veut éviter qu’il ne devienne Cuivre. Les Chymiftes ont reconnu que la Calamine efl une mine de zinc ; ainfi il n’eft pas fiirpre-nant qu’elle change la couleur du Cuivre rouge, qu’elle le rende plus dur &
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- g ART DE CONVERTIR LE CUIVRE.
- plus aigre; en un mot, quelle change le Cuivre rouge en un métal appro-* chant du tombac.
- La plûpart des Ouvriers aflurent que la qualité des Minéraux, en général, eft en raifon de la profondeur où on les va chercher; & que plus on les trouve bas, plus ils font parfaits. Ceci n'eft pas vrai pour la Calamine ; puifque celle qui fe trouve à 8 Sc io toifes de profondeur, eft auffi bonne que celle que Ton tire à 45 & 50 toifes. Il n'en eft pas de même pour l'exploitation du charbon de terre ; l'opinion commune des Ouvriers eft confirmée dans ce cas. En 1748 on travailloit à une mine près de Charleroy, qui appartenoit aux fieurs Piflant Sc Bivort ; ils déeouvroient bien la bonne houille à meftire qu'ils approfondifloient; mais on étoit à 150 toifes de profondeur, que l’on n'a-voit pas encore atteint la plus parfaite, celle que l'on nomme Houille-Marchande.
- La Calamine étant calcinée devient plus légère; elle acquiert auffi par la calcination un dégré de blancheur, mais quelquefois mouchetée Sc mêlée de noir ; ce qui eft l'effet de l'impreffion du feu.
- Pour calciner cette Calamine, on en fait une pyramide telle que ABC { PI. llyfig* 1 ), dont la bafe F G eft partagée en quatre ouvertures d’environ un pied de largeur, qui toutes vont fe terminer à une cheminée H, ménagée au centre de la pyramide, & qui régne le long de fon axe, jufqu’à l'extré-mité B : cette bafe ( de même que la pyramide qui ne pouvoit être faite fur l'échelle des autres figures fans devenir d'une grandeur inutile pour l’intelli-? gerice de la chofe^, a 10 à 12 pieds de diamètre. Son établiffement commence par un lit de 15 à 18 pouces de hauteur, de gros bois à brûler pofé fur de la paille, du menu bois Sc autres matières propres à embrafer le gros bois. C’eft avec ce même bois qu'on forme les quatre ouvertures; & Ton recouvre cette première couche avec du charbon de bois ; on place deux fagots ^debout dans la cheminée H. On commence par répandre une couche de Calamine brute de 7 à 8 pouces d'épaiffeur ; enfùite un lit de charbon de bois, mais beaucoup moins épais, Sc de maniéré qu'il ne couvre pas en entier la Calamine : on répété alternativement les mêmes lits jufqu’à ce qu'on en ait formé un cône femblable à la Figure 1 de la Planche II, ou une pyramide pentagonale ; car la forme eft tellement arbitraire, qu'il n'importe pas que la bafe foit quarrée ou circulaire ; la réuffite eft égale, moyennant qu'on obferve de former le tuyau de la cheminée à chaque lit que l'on monte. On calcine ordinairement 14 à 15000 pefànt de matière; on y confiime quatre cordes & demie de bois, Sc environ une banne de charbon; la banne eft une voiture qui contient 25'vans ou 18 queues; la queue eft de deux mânes : une banne fe vend communément 16 florins : pour faire une banne de charbon, il faut au moins 6 cordes de bois; chaque corde coûte, rendue àNamur, 10 efcalins,
- La pyramide étant formée, on y met le feu qui y fubfifte huit ou dix heures,
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- Sc quelquefois plus: la grande attention que l’on doit apporter , eft que la Calamine ne fe brûle pas. Pour éviter cet inconvénient , qui la rendroit alors de nulle Valeur, on retire les lits les uns après les autres, en commençant par ceux qui ont reçu les premières impreffions du feu. Comme on ne peut donner de régie certaine fur ce procédé, il n'y a que l'habitude de l'Ouvrier qui jmifle conduire le dégré de calcination.
- Enfin, la Calamine étant calcinée & refroidie, on la nettoie} on féparê les parties qui fe trouvent brûlées, les pierres & autres corps étrangers qui peuvent s'y rencontrer; on la renferme enfuite dans des magafins bien fecs> & à portée du moulin où elle doit être écrafée.
- On mêle la Calamine de la montagne du Limboürg avec celle de Namuf ï la première vient toute calcinée Sc nettoyée; elle eft plus douce & plus productive que celle de Landenne, mais elle eft auffi trop gralfe ; deforte que fi elle n'étoit pas corrigée par celle-ci, les Ouvrages qui en feroient formés * fe noirciroient, Sc ne pourroient fe nettoyer qu'avec peine. La Calamine du Limboürg fe vend le cent pefant yo fols du pays, qui font 2 y livres argent de France le millier, rendu à Vifet, où on la mene du Limboürg par charrois; Sc de Vifet on la tranlporte fur la Meufe jufqu’à Namur : il en coûte pour ce dernier tranfport y livres du millier; elle revient par conféquent à 30 11 v* de notre monnoie.
- Quoique cette Calamine foit communément bonne & bien choifié, il fé trouve des envois d'une meilleure qualité les uns que les autres : chaque Fondeur a foin d'en faire l'épreuve; c'eft-à-dîre, que fur 60 pelant dé Calaminé > il y a ry à 20 iiv. de Calamine du Limboürg. Cette matière bien triturée, Sc palfée au blutoir, jointe à 3 y livres de Rofette, ou Cuivre rouge, Sc à liv» de vieux Cuivre ou de mitraille, doit produire une table de 8y à 87 livres pe* fant : dès la première fonte, le Fondeur trouve la proportion qu'il doit garder tant que la Calamine de cette efpéce dure.
- Le Moulin (PL IJ, fig. 2,3 Sc 4), eft compofé de deux meules roulantes I L, dont les eflîeux font fixés à l'arbre vertical M N, qu'un cheval fait mouvoir ; les deux meules tournent librement fur une grande pierre P enterrée ; Sc fur la circonférence de laquelle font fceilés plufieurs fupports R qui foutiennenfc un rebord S fait de planches : le tourillon inférieur N, (fig. 3 ) tourne dans une crapaudine de métal enchaffée dans un arbre quarré T, qui traverfe un trou dé même figure, fait au centre de la pierre; le tourillon fupérieur M eft emboîté dans un trou fait au fommier du bâtiment ; & ce tourillon eft contenu par une pièce Vque l'on alfujettit fortement par des boulons qui traverfent le fommier*
- L'Ouvrier O, employé à ce travail, remue continuellement la Calaminé * avec une pelle, afin de la faire palfer fous les meules, Sc quelle puiife êtfé écrafée également.
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- ÏO ART DE CONVERTIR LE CUIVRE
- Le cheval fait 4 tours par minute; il peut moudre 20 mefures de Calamine par jour : chaque mefure eft de 1 y pouces 6 lignes de diamètre par le haut* 3:3 pouces 6 lignes dans le fond* & 13 pouces de hauteur ; elle eft faite en forme de baquet cerclé de fer * & contient 150 livres ; les 20 mefiires font en-femble trois milliers pefant* qui eft la quantité du travail ordinaire.
- Ce Moulin moud 4 de ces mefiires de terre à creufet dans une heure* & 3 de vieux creufets* dont la matière recuite eft plus dure : on écrafe auffi 6 mânes de charbon de bois dans le même efpace de tems* c'eft-à-dire* en une heure * & cette quantité fe réduit à 3 mânes de charbon pulvérifé.
- Les pierres qui compofent cette machine* font tirées des carrières des environs de Namur ; elles font très-dures * d’un grain fin * & bien piquées : les meules roulantes s’ufent peu ; lorfqu'elles font bien choifies & bien travaillées, elles fervent 40 & 50 ans : la pierre de deflbus* qui fait la platte-forme * dure beaucoup moins.
- La Calamine & le Charbon étant écrafés * on les pafle au Blutoir A B, Xfig* S > & & 7) * qui eft en forme de cône tronqué ; il eft conftruit de plufieurs cercles aftemblés fur un arbre, 8c eft recouvert d'une étamine de crin : ce Blutoir eft enfermé dans une caifte C D * & pofé fiir des traverfes dans une fituation inclinée ; deforte que la partie B eft plus élevée que la partie A : a l'extrémité B eft une manivelle qui fert à le faire tourner; & à la partie A eft fixée une planche E F(fig. 6 ) * fur laquelle tombe le fon* c’eft-à-dire * les parties trop grofles de la matière* qui ne peuvent paffer au travers de l'étamine ; le plus fin étant ainfi féparé, s'amaffe deiïous le Blutoir : la matière que l'on veut tamifer fe met fiir le Blutoir en G; & l'Ouvrier tournant la manivelle d’une main, fait tomber de l’autre la Calamine dans la trémie HI, qui la dirige dans l’intérieur du tambour; & comme les deux fonds en font entièrement ouverts^ le fbn defcend vers la planche E : on le reporte enfiiite au moulin pour y être écrafé de nouveau.
- La Calamine paflee au Blutoir, eft réduite en poudre très-fine.
- J'ai fait tamifer avec foin * & féparément, de la Calamine du Comté de Namur, 8c de celle du Limbourg* 8c les ayant également prelfées dans une mefure d’un pouce cube * j’ai trouvé que la Calamine du Limbourg pelé une once un gros 19 grains ; que celle de Namur pefe une once deux grains : la différence eft de 6j grains.
- La Calamine du Limbourg pulvérifée eft d’un jaune fort pâle; & celle du Comté de Namur d'un jaune tirant fur le rouge.
- De l’alliage de 60 livres pefant de Calamine, avec 3^ livres de vieux Cuivre, & 35 livres de Rofette* il en provient 15 à 17 livres d'augmentation* non compris PArco * matière que produit l'écume du Cuivre répandue dans les cendres * 8c que l’on retire par des lefïïves qui feront détaillées dans la fuite de ce Mémoire.
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- EN LAITON, &c. xi
- Les productions font encore prouvées par les opérations métalliques que l'on peut faire, pour féparer d’un morceau de Cuivre la Calamine qui s*ÿ trouve contenue ; la Calamine feule réduite au feu, ne produit qu’une cendre de couleur d’azur.
- TROISIEME PARTIE.
- De la Fonderie.
- Une Fonderie eft ordinairement compofée de trois fourneaux À B C, (P/. III & IF), conftruits dans un maflîf de Maçonnerie E F, enfoncé de maniéré que les bouches de ces fourneaux ne foient que de 3 à 4 pouces plus élevées que le niveau du terrein.
- En avant de ces fourneaux, font deux folfes GH de 2 pieds 9 pouces de profondeur, dans lefquelles on jette les cendres & les ordures qui proviennent de l’écume du Cuivre.
- Il y a trois moules I & L, ( P/. IF) ; on n’en voit que deux dans la troifiéme Planche, pour éviter la confufion dans le deflein. On fait ces moules avec des pierres, & on les ouvre au moyen du treuil M N. *
- Sur la roue N, s’enroule une corde qui vient fe rouler de même furie tour O»
- La Cifailie P ( PL IF), eft pour couper & mettre de grandeur les tables ce Cuivre.
- Le mortier enterré Q fert à faire des paquets de mitraille. En étendant fur fes bords un morceau de vieux Cuivre le plus propre à contenir le refte de la mitraille, on bat bien le tout pour en faire une elpéce de boule P (P/. III)> du même calibre que le creufet, & que les Ouvriers appellent poupe; comme c eft la mefure d’un creufet, elle pefe environ quatre livres.
- Le baquet R (PL III), contient la Calamine; le petit amas S eft la Rofette ou Cuivre rouge, rompu par morceaux d’un pouce ou à peu-près, en quarré.
- La palette de fer T fert à enfoncer la Rofette dans la Calamine, à battre & à affailfer toute la compofition dans le creufet.
- La Mai F eft pour mélanger la Calamine avec le charbon de bois pulvé-rifé ; on y jette l’un Sc l’autre enfemble, & l’on mêle le tout avec des pelles * ou avec les mains fans le fecours de la pelle.
- Il y a trois lits tels que celui X, dans chaque Fonderie, pour coucher les Fondeurs, qui ne quittent leur travail que deux jours feulement dans la fè-maine.
- Il faut que la hotte de la cheminée Y ( PL III & 1F, fig. 2 ), dépafle le bord des foffes H G> afin que ce qui s’exhale des creufets, fuîve la route de la fumée des fourneaux.
- Comme ces parties demandent un détail particulier, il faut premièrement en expliquer tout l’enfemble.
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- il ART DE CONVERTIR LE CUIVRE
- Dans la Planche IV ; la première figure eft le plan de la Fonderie, avec les détails de ce qu’elle contient.
- La figure 2 de la même Planche eft un profil pris fur la ligne 7 & 8 du plan, où chaque partie eft marquée des mêmes lettres : cette figure repréfente finclinaifon du moule L, prêt à recevoir la matière; la cifaiile P fur fon pied, qui eft un corps d'arbre profondément enterré, cerclé & garni de fer; près de la cifaiile eft une pièce de bois dans laquelle on fait une mortoile où l’on engage l’extrémité d’un grand levier, retenu par une cheville qui paffe dans le trou F, 8c autour de laquelle ce levier peut fe mouvoir librement: cela fera mieux expliqué lorfque je parlerai de Pufage des Cifailles.
- Le mortier Q eft pour faire les poupes ; le profil de la foffe G repréfente la quantité des cendres qui y font toujours en réferve.
- Le profil du fourneau C avec fon couvercle Z : on y volt auflî l’arrangement des creufets; celui du milieu eft coupé le long de fon axe, pour faire voir la maniéré dont les matières y font placées.
- eft le cendrier ; l’ouverture &, eft pour y defcendre , foit pour vuider ou raccommoder les fourneaux ; d’ailleurs, il fert encore de paffage à l’air qui fait fonétion de foufflet, de même que dans toutes les Manufactures de ce genre.
- La pîece D eft la clef qui traverfe le moule, dont les extrémités s’engagent dans les bouts des deux barres R T: la barre T eft fermement retenue par deux chevilles; l’une qui traverfe le fupport des moules, & l’autre la clefD, ainfi qu’on le voit au moule K.
- La fécondé barre R eft de même retenue parla partie inférieure au fiipport des moules, par une femblable cheville; & l’autre extrémité faite en vis traverfe la clef DP à laquelle on l’affujettit fortement par le verrein 5; c’eft de cette maniéré que les deux pierres, pofées l’une fur l’autre, Sc qui forment le moule, font mifes exaélement dans cette pofition.
- La figure 1 ne repréfente que la pierre de defîous, fur laquelle on voit les lames de fer qui déterminent la largeur & l’épaiiTeur de la table de Cuivre.
- Les premières figures de la Planche V repréfentent les différents creufets que l’on emploie dans les fontes : les plus grands fervent à contenir la matière de douze creufets ordinaires, qui font la moitié des trois fourneaux, à huit creufets par fourneau; on fe fert de deux de ces creufets quand on veut jetter de grands fonds de chaudière, comme celle de la machine à feu, ou des jBraffeurs, pour lefquelles il faut une table de 9 lignes d’épaiffeur, qui contient la fonte de trois fourneaux ou de 24 creufets.
- Tous ces pots ou creufets font abfolument femblables au creufet A, vu de plan 8c de profil : on les travaille fur un moule de bois P Q R ; la partie P eft
- pleine, Sc faire d’un bois dur, bien tourné. Ce cylindre formé en calotte par
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- le bout fizpérieur, porte à Ton extrémité ôppofée une cheville quarrée fixée à fon centre, qui entre dans un trou de même figure fait àfefpéce de lanterne Q * ces deux pièces jointes enfemble le mettent fur le pivot R fixé au centre du plateau, lequel efl: auffi fortement affujetti fur un établi folide, au moyen de trois vis; de maniéré qu’en prenant le moule par la lanterne, il tourne facile-ment fur fon pivot*
- Voici le détail des Outils & desMefiires à i’ufage de la Fonderie. Les Plans font marqués par des lettres capitales ; & les profils par les mêmes lettres en italique. Fai auffi obfervé de les indiquer par les noms que les Quvriers leüt ont donné dans le Pays. ( Voyez Planche V. )
- AA, Creufets ou Pots dans lefquels on fond les matières.
- jB, Emet, Emette ( *) ou Pince qui fert à arranger le creufet dans le fourneau, & à pofer les pièces de charbon fur les bords des creufets.
- C, c, Attrappe ou Pince coudée 5 qui fert à retirer du fourneau les creufets qui fe caffent : pour cet effet, on fixe aux deux extrémités des petites branches deux portions de cercle, qui embraflent le creufet.
- D, d, Emette ou Pince coudée fervant à retirer le creufet entier du fourneau * 8c avec laquelle on tranfvafe la matière d’un creufet dans un autre ; cette pince
- m
- tient encore lieu d’un Ouvrier; par fon moyen, on peut tenir droit un creufet pendant qu’on le charge ; ce qui fera ci-après expliqué.
- E, Emette ou Pince droite ordinaire, pour retirer du moule la table de cuivre. On s’en fert auffi & tout de fuite, àébarber la même table, lorfque des parties de cuivre ont coulé entre les lames de fer, & l’enduit du moule.
- F, Fourgon emmanché de bois pour attifer le feu, & taffer la Calamine dans le creufet.
- G, Havet ou Crochet employé à différents ulàges du travail.
- H, Tioul ou Caillou,* fer plat en maniéré de cifeau emmanché de bois, qui fert à écumer 8c à retirer les cendres de la matière en fufion ; ce qui fe fait à mefure que l’on vuide le Cuivre d’un creufet dans celui qui doit le porter au-devant du moule.
- I, Bourriquet, pour foutenir les branches de la tenaille D, lorfqu’on la fait lervir à tenir le creufet dans fon à-plomb, pendant qu’on le charge.
- K, Palette de fer pour entaffer la matière dans le creufet.
- L, l, Tenaille double pour tranfporter le creufet, 8c verfer le Cuivre fondu dans la gueule du moule.
- M, m, Polichinelle, pièce coudée & platte par le bout, en forme de hoyau, emmanché de bois, & dont l’ulage eft de former le lit d’argile far les barres du fourneau, ou de le raccommoder, lorfque les trous ou regiftres que l’on y pratique deviennent trop grands.
- (*) Etnet, par corruption, de Tmmts*
- Calamine. D
- , "-j
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- 14 ART DE CONVERTIR LE CUIVRE
- N, ny Cifaille, pour couper 8c diftribuer les tables de cuivre.
- O y Emette ou Pince à rompre le Cuivre qui vient de VArco.
- T y Enclume avec fa malfe t, pour rompre le Cuivre de rofette.
- V, Manne à charbon de bois.
- Xy Bacquet pour la Calamine. •
- Le mélange de ces deux mefiires eft pour deux tables ou 16 creufets.
- Y y y y, meftire du mélange fait pour une table.
- Z, Brouette pour le tranlport du petit charbon y que Ton nomme Spiure de Houille : elle .fert encore à traniporter les cendres hors des folles.
- Des Fourneaux & des Matières propres à leur confiruUton.
- Chaque Fourneau, tel que A ( PL VIy fig. i ), contient 8 creufets rangés dans le fond, fur un lit d’argille de 4 pouces d’épaifleur, étendu fur les barres B (fig. 2 ); ce lit eft percé de 11 trous, comme on le voit en Cy de même que Farrangement des creufets.
- La partie D eft le plan du cendrier 8c de fon entrée E.
- B y eft le cendrier couvert par les barres qui ont 2 pouces quarrés, mis à peu-près tant plein que vuide, excepté dans les coins du cercle, où Fon pratique un efpace plus grand pour faire quatre regiftres plus ouverts que les autres.
- Cy eft le fourneau avec le plan des pieds droits, marqué par la première aflife de tilla. On appelle Tilla Fefpéce de brique Z, faite de terre à creufèt* qui fert à la conftruéHon des fourneaux, fuivant les dimenfions cotées ftir le deffein. On voit de même dans cette figure, la véritable pofition des creufets, 8c les trous ou regiftres pratiqués dans le plancher d’argille. Les pieds droits F Gy (fig. 3 ) s’étabMent fur la grille ; ils ont 2 pieds 4 pouces de hauteur : la bafe eft déterminée par le cercle de fer HI, 8c le tilla fe pofe toujours à plomb.
- La calotte LM y qui fait la voûte du four a un pied 6 pouces 6 lignes de hauteur perpendiculaire, c’eft-à-dire, prife à fon axe ; elle eft compofée de 4 pièces, telles que N O P, & fe pofe fur la derniere aflife de tilla; les portions de cette calotte font travaillées de même que les creufets, fur un moule fait exprès. Le cercle Q R fait voir Fouverture de la bouche du fourneau; & la partie T V eft la concavité fupérieure des parties de la voûte, qui eft le quart du cercle Q R y ces quatre portions de voûte étant réunies, doivent fe joindre très-exaélement de toute part ; on les couronne avec le bourrelet de fer Xy fait en demi-rond, 8c dont les branches s’étendent le long de hxtrados de la voûte. Le profil x de ce cercle fe voit au-delfus du profil L M. Ce bourrelet fert à conferver & entretenir d’une maniéréjfolide la bouche du fourneau y 8c à la garantir du choc des outils, auxquels il fert de point d appui.
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- EN LA1T0 N,&c. is
- Les cendriers & fourneaux (fig. i ) font conflruits de même que les voûtes* On remplit les intervalles des voûtes feulement en argille; Sc il n’y a qu’un parement de maçonnerie qui forme la foffe & (P/. III & IF") t fur quoi il faut obferver que cette argille ne régne que depuis la naiflànce des voûtes. Car le fond & les cendriers font faits d’un maffif de maçonnerie en greffes briques.
- Les voûtes ou calottes des fourneaux, les tilla Sc les creufets font tous de la même matière : en voici la nature & la préparation.
- La terre à creufet fe prend à Nanine, au-deffus de l’Abbaye de Geron-fart (*) : on la coupe en plein terrein; c’efl une terre noire, forte, liffe Sc fàvonneufe ; ellepefe une once A, % le pouce cube ; elle eft fort propre à détacher les étoffes; les ouvrages qui en font formés étant recuits, font d’une conlîftance très-dure. Outre les tilla Sc creufets, on en fait des chenets allez folides pour fervir trois & quatre ans ; on s’en fert en forme de plaque pour les contre-cœurs de cheminée; on l’achete par pièces de y 6 à 57 livres pe-fant; chaque charriot peut en porter 58 à y 9 pièces : elle revient, rendue à Namur, à 12 efealins la voiture; fçavoir, 6 efealins d’achat, Sc autant pour le tranfport : un efealin vaut 12 fols & demi de France.
- On mêle cette terre neuve avec la vieille ; c’efl-à-dire, que dans la corn-pofîtion des creufets, des voûtes de four, Sc des tilla, il entre deux tiers de terre neuve, Sc un tiers de vieille, qui provient des creufets qui fo caffent, ou d’autres ouvrages que Ton a foin d’amaffer en magazin ; & quand il s’en trouve une certaine quantité, on Fécrafe delfous les pierres roulantes ( PL IL jig. 2 ) ; on la paffe enfuite dans une balîine de cuivre percée d’une grande quantité de trous, d’un quart de ligne d’ouverture, Sc on la mêle avec la neu-ve, après qu’elle a été préparée; ce qui fe fait de la maniéré fuivante.
- La terre à creufet fe met à couvert Sc en malle, dans le voilinage des fourneaux, où elleféche pendant l’hyver : au commencement du printems, on pulvérife cette terre au moulin, on la paffe par un tamis de cuivre, Sc on la mêle, comme je l’ai dit ci-deffus, avec de la terre neuve. Pour en préparer 40 ouyo milliers à la fois, on l’étend en cercle, comme quand on veut éteindre la chaux; on la mouille, & deux hommes, pendant 12 jours, pétrifient cette terre avec les pieds, deux fois par jour, & une heure chaque fois; elle fe repofe pendant iy jours, fans que l’on y touche; Sc au bout de ce temps, on recommence la première opération pendant le même efpace de temps de 12 jours; enfuite elle fe trouve réduite en pâte très-line, Sc propre à mettre en œuvre.
- Les ouvrages faits doivent être féchés pendant l’été dans des greniers, Sc à
- (*) La terre blanchâtre qui fe trouve à Ancienne, aune confiftance femblable : les Hoîlandoîâ Viennent la chercher pour faire leur Fayence fine & leurs Pipes : elle pefe une once £ le pouce cube*
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- %6 ART DE CONVERTIR LE CU1FRE
- l'ombre ; & iorfque l'on veut en faire ufage , on les fait cuire de la maniéré
- fuivante.
- Les voûtes de fourneaux fe cuifent pendant 24 heures au feu de charbon, Sc on les recuit encore après qu'elles ont été mifes en place.
- Les tilla & les chenets fe cuifent dans les fourneaux où ils relient, depuis le famedi, que les Ouvriers quittent la Fonderie, jufqu'au lundi fuivant.
- Les creufets fe cuifent à mefure que l’on en a befoin, ou que l'on prévoit qu'il pourra en manquer ; alors on les met dans le fourneau, & on ne les en retire que quand ils font devenus rouges; bien entendu que tous ces ouvrages ont été préalablement bien féchés, & très-durs, avant de les achever au feu.
- De la conftruBion des Æoules.
- Chaque Moule eft compofé de deux pierres pofées l'une fur l'autre, telles que Q S, ( PL VII, fig. 1 ); le Plan ell repréfente par A B, (fig. 4 ) : chacune de ces pierres a communément 5 pieds de longueur, 2 pieds 5? pouces de largeur, & 12 ou iy pouces d'épailfeur. Elles font entaillées dans leur pourtour & au milieu de leur épailfeur, de la profondeur d'un demi-pouce, comme on le voit par le profil en a b ,* cette entaille eft faite pour recevoir le chaffis de fer qui la contient.
- Cette pierre eft une efpéce de grès d'une qualité finguliere, & que l'on n'a trouvé jufqu'ici que dans les carrières de Bafange, vis-à-vis le Mont Saint-Michel, près de Pontorfon & de S. Malo. Elles ne coûtent fur les lieux que 60 livres la paire; elles reviennent, rendues à Namur, à 100 florins du pays, qui font près de 200 livres : les plus tendres font ordinairement les meilleures ; le grain en eft médiocre ; elles ne peuvent être ni piquées au fin, ni polies, parce que l'enduit fur lequel on coule la matière, ne pourroit s'y attacher : ces pierres, lorfqu'elles font bien choifies, durent pour l'ordinaire quatre & cinq ans. Les Namurois ont fait des recherches pour en trouver dans les carrières du Comté de Namur, & toutes celles dont ils ont fait des effais, n'ont pu foutenir la chaleur du feu ; elles fe caftent ou fe calcinent. Il y a lieu de croire que celles que l'on tire aux environs du Mont S. Michel, font une espèce de granit.
- La Pierre A B eft faille dans un chaflis de fer, dont les longs côtés CD fe joignent à des traverfes, telles que EF: on voit par leur profil marqué cd, ef, que le tout eft retenu & alfemblé par des clavettes I; on voit aüfll que chaque barre a deux œillets G G, H H, dont voici les ufages : les deux œillets H H font faits pour recevoir la petite grille K, qui porte deux longues chevilles ( voyez les profils K M; ) cette grille fe fixe par le moyen des coins n ; elle fert à foutenir un maflîf d'argille que l'on éleve au niveau de la pierre repré-
- fentée par le profil Af, & qui forme la levre inférieure de la gueule du moule.
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- tés deux autres œillets G G, de la plus longue barre de la pierre de def-Fous, portent une bande de fer O, qui régne fur la plus grande partie de la longueur de la pierre ; cette bande garnie de deux chevilles, eft mile de nb veau à la pierre, 3c eft foutenue en cette fituation par le moyen de deux courbes P, placées verticalement fur la barre, qui foutient par lon autre extrémité la partie O, de la bande, fur laquelle la pierre fupërieure Q, porte, Sc fait charnière : lorfqu^elle eft attachée au treuil, Sc qu’on i’éleve par fon extrémité R> on met des coins au-deifous de la barre, entre la cheville & la pierre, afin que le tout foit parfaitement affermi, Sc que là pierre fupérieure Q, puilïe être manœuvrée avec fûreté.
- La pierre inférieure 5, eft emboîtée dans un plancher de gros madriers cloués fur la traverfe TT, pofée fur les pièces de bois ou couffins VV. Comme les
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- deux extrémités de cette traverfe font arrondies en delîous, il eft facile d'incliner le moule, le fuppolant en équilibre : les couffins W, font établis dans une folfe, de même que la traverfe TT, de maniéré que le moule, dans la fituation horifontale, porte le devant furie terrein naturel.
- Les deux pierres S Q, s’affuj étrillent enfemble par les deux barres de fer XT, Y T : toutes deux font boulonnées aux extrémités TT, de la traverfe ; & toutes deux tiennent auffi par le haut, à f endroit X, par une cheville qui palfe fur la clef Z, & en Y, par une manivelle ou verrîn dont la vis palfe au travers d’un trou fait à la clef, ainli qu’on le voit dans le plan de cette clef marqué Z, qui porte fur les deux pièces de bois W, IF»
- On fait auffi à la pierre de delîùs une levre en argille, marquée &P qui joint la barre , Sc qui avec celle de delfous (i 6,) forme une gueule dans laquelle fe jette le métal fondu.
- On voit dans cette Planche, les profils de toutes les parties fëparées, Sc marquées des mêmes lettres, pour l’intelligence de la machine : les melures font très-exactes ; l’échelle qui fer vira à les connoître , n’eft faite que pour ce qui a rapport au moule, & on ne doit point y avoir égard, pour les figures 2 Sc 3 ; on indiquera feulement les dimenfions de ces deux figures, ou au moins celles des parties principales, lorfqu’il fera queftîon de les décrire.
- Ce qui détermine la largeur 3c l’épaiffeur de chaque table^de laiton, ce font trois barres plates, cottées 3,4>5,6,7&8; cette derniere fert à loutenir les deux autres ; elle eft elle-même retenue par les deux crochets 5? & 10, qui entrent dans les œillets de la barre, de la façon dont ils font reprëfentés à l’endroit iy du profil pris lur toute la longueur du moule.
- L'enduit qui fe fait fur les pierres, & que les Ouvriers appellent le plâtre, eft compofé d’argille que l’on prépare exprès : on y procède , en faifant premièrement bien fécher cette terre, dont on retire tous les graviers qui s’y
- rencontrent ; Sc après l’avoir réduite en poudre fine, on la pafle avec la main Calamine. E
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- i8 ART DE CONVERTIR LE CUIVRE €n la détrempant* au travers d'une bafîine de Cuivre Y (Planche U), percéeen * forme d’écumoire * dont les trous font d'une demi-ligne d’ouverture : d’une partie de cette argiile * on en fait une certaine quantité de pâte affez épailfe, • qui fert à remplir les cavités Sc autres défauts qui fe trouvent fur la furface de la pierre ; & après avoir bien applani avec la main toutes les cavités* en mouillant toujours la pierre à rnelure qu’on en répare les défauts * ( on fuppofe ici que l’on enduife des pierres qui aient déjà fervi) ;tout étant parfaitement uni * on fait avec la même pâte un enduit d’une demi-ligne d’épaiflèur Sc moins, s’il eft poflible, dans toute l'étendue de chaque pierre ; on applanit cet enduit avec des morceaux d'un bois dur Sc poli* taillés en forme de briques, que l’on promene également par-tout ; après quoi on donne le poli * avec une coulée d'argille bien claire répandue par-tout avec égalité ; en commençant par la pierre de defliis* qui efl: fulpendue au treuil* l'Ouvrier parcourt le long côté de cette pierre* en verfant d’une maniéré uniforme* & tirant à foi le vafe qui la contient.
- On répand de cette même coulée fur la pierre de delfous ; & comme elle efl pofée horifontalement* on emporte le trop de coulée que l’on y a jetté , avec un morceau de feutre ; on en fait autant à la pierre de deflus, afin d'en ôter la plus grande partie de l'humidité. On obfèrve , comme je l'ai déjà dit, de ne donner à cet enduit que le moins d'épaiffeur qu’il efl poflible.
- Cette préparation étant achevée* on laiflè fécher l'enduit à l’air; fi c’eft en hyver & que le tems foit trop humide * ou que l’on prévoie que l’on n’auroit pas le tems de cuire l'enduit * on fait rougir dans les fourneaux * les fourgons *
- & autres barres de fer* que l'on préfente à une certaine diftance* pour qu’ils répandent une chaleur douce* Sc qui ne furprenne pas l'enduit, lequel après avoir été féché de cette maniéré * fe recuit avec du charbon de bois bien allumé* pendant 10 à 12 heures* c'efl-à-dire * jufqu'à ce que l'on foit prêt à couler : on aflujettit la pierre de deilus * & on l'abaifle * afin de partager la chaleur. Deux grandes mânes de charbon fuffifent pour entretenir le feu pendant le tems de la recuite ; après quoi, on nettoie parfaitement le moule qui efl bien defféché. On pofe enfuite les lames de fer qui doivent régler la largeur Sc Tépaifleur de la table ; enfin * on ferme le moule avec le verrin * Sc on l'incline.
- La gueule du moule fe fait en même-tems que l'enduit, mais d'une argiile moins fine que la première* Sc que l’on mêle avec du poil pour en faire une efpéce de torchis. L'enduit étant cuit, devient d'une dureté prefque égale à celle de la pierre.
- Lorfque les pierres font fans défaut Sc de bonne qualité * on peut couler de fuite jufqu'à vingt tables fur le même enduit ; au lieu que l'on ne peut en tirer que 8 à 10* fur une pierre de médiocre qualité* Sc qui ne peut pas fupporter l'effet de la chaleur. Sur quoi, il faut remarquer que la première fois que l’on
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- E N LA 1T0 N, &c. 15?
- coule une table for des pierres neuves, & qui ne font pas encore accoutumées à la chaleur, cette première imprefïîon les tourmente, & occafionne des ven-tofités qui rendent la fonte de cette table défeéhzeufo ; alors on eft obligé de la rompre , pour fervir de mitraille dans une autre fonte, en obfervant démettre moins de rofette dans le mélange où elle fe trouve comprife.
- Comme il n’y a qu’un foui moule qui forve aux trois tables que Ton coule à chaque travail, dans l’intervalle d’une coulée à l’autre, on répare le moule ; la pierre qui a fait tout fon effet à la première coulée, n’en fait plus à la fécondé que l’on fait l’inftant d’après : d’où il fuit que la fécondé 8c la troifieme tables font bonnes, 8c n’ont aucun des défauts qui fo trouvent communément dans la première.
- On trouve de ces pierres qui font d’une qualité fi finguliere , que les effets que je viens de décrire, fo rencontrent fopt à huit fois, c’eft-à-dire, que dans fopt ou huit fontes, il faut toujours facrifîer la façon de la première table, 8c qu’on ne peut conforver que la fécondé 8c la troifiéme.
- Chaque moule travaille tous les trois jours , 8c fort à couler les tables que l’on fond dans vingt-quatre heures, qui font au nombre de fix par fonderie ordinaire : elles font de trois fourneaux, & par conféquent une table par fourneau toutes les douze heures.
- Quand l’enduit ne peut plus fupporter de fonte, on le détache de la pierre, avec des dragées de cuivre que l’on nomme de l’Àrco ; c’eft dans les cendres de la fonte qu’on les trouve ; cette opération s’appelle aiguifer la pierre.
- On fixe une barre de fer coudée ABC, (Planche VIL Fig. 2.) dans la mor-toifo de l’extrémité du fupport du moule: un grand levier CD F de 13 à 14 pieds de longueur, eft appliqué à cette barre ; il eft mobile au point C ; 8c eft pareillement percé d’un trou rond à l’endroit D, dans lequel paffe une cheville attachée au milieu de la tenaille GH,* cette tenaille fo joint au chaffis de -fer, & par conféquent à la pierre de deffus, par le moyen de deux crochetsl/; & il s’unit à la pièce GH, par des écrous fortement arrêtés.
- L’extrémité F du levier, eft fufpendue par une chaîne ; il porte plufieurs pitons dans iefquels on fait entrer les crochets emmanchés LLL, &c. cinq hommes appliqués à ces mêmes crochets , pouffent & tirent alternativement ce levier, ce qui ne peut arriver fans que la pierre fuive le même mouvement , puifque le levier eft fixé à la cheville JBC, autour de laquelle il peut fo .mouvoir. Il réfulte de-là, que les dragées qui font entre les deux pierres, arrachent le plâtre : pour que toutes les parties puiffent être frottées en tous fens, il y a trois autres Ouvriers, dont un en M, pouffe & dirige le levier ; 8c les deux autres en N 8c en P , tournent la pierre de côté 8c d’autre, 8c lui font faire quelquefois des révolutions entières fur fon centre, en la faififîant par les coins. Le frottement de ces deux pierres, contre les dragées, arrache &
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- ao ART DE CONVERTIR LE CUIVRE pulvérife tout l’enduit ; on nettoie enfuite les pierres, & on les lave de façon qu’il n’y refle plus rien ; enfin on remet un nouvel enduit, comme je l’ai dits ci-deflfus : ce travail fe peut faire en une demi-heure de tems par deux volées.
- Opération de la fonte du Cuivre.
- L’habitude des Fondeurs, leur fait connoître la bonne fufion du métal; mais une des preuves, eft la flamme qui n’eftplus épaifle, ni de la couleur dont elle eft dans les premiers momens que Ton attife ; elle eft au contraire très-légere, 8c d’un bleu-clair 8c fort vif : il fort une femblable flamme des creufets, quand on les tranfvafe l’un dans l’autre. »
- Le métal étant prêt à être jette, on prépare le moule, en plaçant avec foin les bandes de fer, 3,4, ÿ , 6,7, 8, ( Planche VIL Fig. 4. J qui déterminent la largeur 8c l’épaifleur de la table de laiton ; quant à la longueur elle n’eft point bornée, & peut être plus ou moins confidérable : l’épailfeur ordinaire eft de 3 lignes ; la largeur de 2 pieds 1 pouce 3 lignes ; la longueur de 3 pieds 2 pouces 6 lignes : elle doit pefer 85 à 87 livres.
- Les lames de fer étant ajuftées fur la pierre de deiîous, on abat la pierre de deflus pour fermer le moule ; & on joint très-fermement ces deux pierres enfemble par le moyen du verrin Y ; on l’incline dans la pofition du moule 1 (Planche III) ; enliiite on attache la chaîne a, à l’œillet le plus reculé ; en retrouflànt l’autre branche b, de la même chaîne, on tient la première bien tendue par le moyen du tour O ; on retire le creufet 1, du fourneau où on l’a mis rougir 4 ou 5 heures avant que l’on coule ; enfuite, un fécond creufet 2 , plein de Cuivre fondu, que l’on tranfvafe dans le premier, & on l’écume avec le tioul, comme on le voit par l’Ouvrier cotté 3 : pendant ce tems, on retire un fécond creufet que l’on tranfvafe de même, ainfi de fuite jufquà ce qu’on ait retiré les huit qui font la charge du fourneau. Quand enfin toute la matière eft tranfvafée dans le creufet J, bien écumée 8c nettoyée de tous les corps étrangers qui peuvent s’y trouver, les deux Fondeurs 4 & J, prennent ce creufet avec la double tenaille , le tranfportent & le verfent dans le moule ; aufli-tôt un troifieme Ouvrier fe porte au treuil O, & en le tournant il relève le moule, & le pofe dans une fituation horifontale ; il attache dans l’inftant même la fécondé branche b de la chaîne , lâche le verrin ; & l’autre , continuant de tourner, éleve & fépare la pierre de deflus, comme on le voit par le moule LL : le Fondeur 8, fe fervant d’une tenaille ordinaire, retire la table, qu’il a grand foin d’ébarber.
- Le même moule, (comme je l’ai déjà dit, ) fort à fondre les trois tables que fourniflent les fourneaux ; & dans l’intervalle d’une jettée à l’autre, on répare le moule, 8c on le rafraîchit avec de la fiente de vache ; bien entendu que
- c’eft après avoir déplacé les lames de fer O , qui déterminent la forme de la
- table ;
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- table : ces lames étant remifès en place avec les foins Sc précautions nécéffal-= res, on bouche les coins Sc les cavités qu elles peuvent laiffer, avec de la même fiente de vache, on abat la pierre de deffus; en détournant le treuil 0> (Planche 111) on referme Sc on incline le moule.
- Quand les trois tables d'une fonte ont été jettées, on nettoie Sc on rafraî^ chit le moule ; on applique les pierres l'une fur l'autre, fans les fermer m verrin, Sc on les couvre exactement avec trois ou quatre épailfes couvertures de laine, afin de les maintenir chaudes pour la fonte fui vante, qui doit fe faire 12 heures après.
- On obferve de même de tenir les portes Sc fenêtres de la fonderie, exacte^ ment fermées, mais feulement pendant le moment où l'on jette la matière * immédiatement après on ouvre les portes.
- Les Ouvriers mettent le bout de leurs cravates entre leurs dents, foit lorA qu’ils écument, foit lorfqu'ils tranfvafent ou qu'ils coulent la matière; pat cette précaution , ils diminuent la vivacité des impreffions du feu, Sc ils fè facilitent la refpiration.
- Après avoir tranfvafé le Cuivre fondu du creufet 2 dans le creufet i, le Fondeur prend deux bonnes jointées de la compofition qui eft dans le baquet R, Sc il les jette dans le creufet qu'il vient de vuider ; par-delfus la Calamine , il y met la poupe de mitraille P* Il place dans cet état le creufet dans le fourneau, où il relie jufqu'à ce que les tables foient jettées, c'elt-à-dire, environ une demi-heure. On en fait autant de tous les creufets des fourneaux, à fur Sc à mefiire qu’on les vuide. Le vieux Cuivre en s'échauffant devient caffant, Sc s'affaiffe bien mieux lorfqu'on le comprime pour achever de charger le creu-fèt : c'eft ce que l'on appelle amolir le Cuivre ; à l'égard du Cuivre rouge ou Rofette, plus il eft chaud, Sc plus il eft duélile.
- Les tables étant toutes jettées, & le moule préparé par la fonte fuivante, on revient au fourneau, dont on retire les creufets les uns après les autres, pour achever de les charger ; ce qui fe fait en remettant par-delfus le vieux-Cuivre déjà fort échauffé, beaucoup de compofition de Calamine, que l'on entaffe bien avec le fourgon ; on y joint le Cuivre roüge que l'on enfoncé dans la Calamine, en frappant fortement avec la palette T ; Sc pour cet effet, on affujettit Sc l'on fait tenir droit le creufet avec la pince coudée, ainfi qu'il eft repréfènté dans la Flanche V, par le bouriquet 1 : chacun des creufets étant chargés, on les place de fuite dans le fourneau, on les arrange, on accommode les onze regiftres du fond du fourneau qui fervent de foufflets ; on débouche ceux qui peuvent fe trouver bouchés, ou on remet de l'argille à ceux qui fe font trop agrandis ; en un mot, on met les creufets Sc le fourneau en état de produire une autre fonte. Les creufets ayant été remis, on les laiffe deux heures, fans faire un trop grand feu ; après quoi , le Fondeur prend de la corîl^
- Ç4LAMINE* F
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- ART DE CONVERTIR LE CUIVRE pofîtion de Calamine dans un pannier , Sc fans rien déplacer , il en jette une ou deux poignées fur tous les creufets où la chaleur peut avoir caufé quelque affaiflement ; & d’ailleurs, il faut que la dofe entière de la matière pour les huit creufets y foit diftribuée , foit tout de fuite, foit à tems différens.
- Lorfqu’un creufet cafte, on le retire aufli-tôt, & on le remplace fur le champ par celui qui avoit fervi à couler les tables , parce que celui-ci eft encore rouge, Sc en état de recevoir la matière. Quand les huit creufets font une fois placés & attifés, s’il vient à en cafter quelqu’un, on ne les dérange plus : la table fe trouvera d’un moindre poids, Sc plus courte.
- On attife en premier lieu, en mettant une mane de charbon qui contient 300 livres pefant ; on choifit les plus gros morceaux , que l’on pôle à plat fur les bords des creufets : quand on a formé de cette maniéré une efpéce de plancher, on jette du menu charbon par-deflus, fans aucun arrangement, Sc on couvre aux deux tiers la bouche du fourneau ; quelques heures après, on lui donne à manger, comme difent les Ouvriers, de laJpiure de houille, c’eft-à-dire, de la petite houille.
- Les heures ordinaires du travail font, pour couler les tables, entre 2 Sc 3 heures après midi ; les creufets font tous rangés Sc attifés à j heures du foir ; fur les 10 heures, on donne à manger aux fourneaux, Sc la deuxieme fonte fe fait à 2 heures i ou 3 heures après minuit , c’eft-à-dire, qu’il faut toujours 12 heures pour ces opérations.
- Le Samedi Sc la veille des grandes Fêtes , après la fonte, on charge & on attife, comme fi on devoit couler la nuit fuivante ; mais les Fondeurs vers les 4à j heures du foir, quand les fourneaux font bien enflammés , ne font que fermer exaélement la bouche du fourneau, n’y laiflant d’autre ouverture que celle du centre du couvercle Z, qui eft un trou d’un pouce & demi de diamètre : tout cela refte en cet état jufqu’au Lundi fuivant ; alors, fur les 5 heures du matin, les Fondeurs aufii-tôt arrivés, raniment le feu par de nouveau charbon : le feu que l’on a laide depuis le Samedi le trouve quelquefois avoir eu fi peu d’aélion, que la matière eft très-peu avancée le Lundi, quoique le feu n ait pas ceflë d’être allumé r on eft donc obligé de le forcer, pour rattrapper l’heure ordinaire du travail.
- Le travail de la fonderie demande un foin prefque continuel, foit pour attifer & maintenir le degré de chaleur néceflaire à la fonte, en bouchant à propos Sc débouchant les regiftres, foit pour aiguifer les pierres, y appliquer l’enduit d’argille ; foit enfin pour couper & diftribuer les tables de Cuivre, fuivant le poiçis dont on les demande : toutes ces chofes font réglées par le maître Fondeur de chaque fonderie, qui a pour Aides deux autres Ouvriers ; & quoiqu’il n’y ait que trois Ouvriers par forlderie, chaque Manufacture contient au moins deux fonderies, dont les Ouvriers fe réunifient dans l’une ou l’autre,
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- lorfqu’il s’agit de quelque manœuvre où il faut plus de trois hommes \ par exemple, lorfque Ton aiguife la pierre, ou que Ton coupe les tables; il y a d’ailleurs d’autres Ouvriers employés, foit au moulin, foit au blutoir, à l’Arco$ &c. dont on emprunte les fecours quand le travail l'exige.
- Le maître Fondeur de chaque fonderie a une plus forte paie par jour quê ces deux aides, à qui on ne donne à chacun que 2 efcalins pour leurs 24 heures. On leur fournit outre cela de la bierre dans la fonderie, & ils eh ont grand befoin ; enfin leur chauffage de houille pour leurs ménages. Iis n’abandonnent point leurs fonderies que dans les jours que j’ai déjà dit ; & s’ils ont quelques heures à le repofer pendant la nuit, l’un veille , pendant que les autres font couchés dans les lits de la fonderie.
- On confomme ordinairement un millier pelant de charbon, pour trois fourneaux par chaque fonte de 12 heures : & deux milliers pour 24 heures, puif* que l’on fait deux fontes.
- Le Fondeur ou le Manufacturier, qui ne fait point exploiter de charbon dé terre pour fon compte , efl obligé de l'acheter & de le payer 3 florins, ry à j8 fols du pays le mille pelant : ce qui fait argent de France 7 liv. 3 fols , fr c’eflà 18 fols.
- Le Cuivre jaune ou lakon, efl: compofé de Cuivre rouge ouRofette* Sc dé Calamine ; on joint à cet alliage , du vieux Cuivre jaune appellé mitraille î c'eff dans ce travail que confifte celui des fonderies dont je parle.
- Trente-cinq livres pelant de vieux Cuivre, 35 de Rofette* 6ù de Calaminé bien pulvérifée, dans laquelle quantité on mêle 20 à 25 livres de charbon dé‘ bois, réduit de même en poudre très-fine , c'eft-à-dire, palfée au blutoir, §c que l’on a la précaution de mouiller après avoir été paffée ; toutes ces matières partagées dans les huit pots ou creufets, Sc après avoir éprouvé un feu de 12 heures, produit une table de 8y à 87 livres pefant, félon les dimenfiohs déjà données. Il faut obferver que le charbon n'a d'autre propriété, que celle d’empêcher le Cuivre de brûler : fi l’on ôte de 60 livres de compofition les 20 livres de charbon, il reliera 40 livres de Calamine ; d’où il fuit que dé l’alliage de cette derniere quantité, il en réfulte iy livres de métal d’augmentation , puifque iy & 70 font 8y ; c’efl le moindre poids d’une table de laiton ! la Calamine rapporte donc plus du tiers de fon poids, fur-tout fi elle efl: mêlée avec la Calamine du Limbourg.
- Les Fondeurs de Namur, tirent laRolette du Nord; elle leur revient à yô* florins de change le cent pefant, au prix courant : pendant la derniere guerre j ils r ont payée jufqu’à 8y florins.
- Le vieux Cuivre jaune , coûte ordinairement moitié de la valeur dé là Rofette, c’eft-à-dire, 2y à 30 florins : il a été payé jufques à 42 ~ le ëénf pelant.
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- 24 ÀRT de convertir le cuivre
- La Calamine mélangée & en état d’être mife en fufîon , revient environ à I f. du pays , la livre ; Sc fi à toutes ces fommes on ajoute les frais des batteries, on fçaura à très-peu de chofe près, le produit de ces fortes de Manufactures. Je laide aux perfonnes qui voudront en prendre la peine, le foin d’extraire de cette defcription, tous les articles relatifs à la dépenfe : cependant voici quelle eft la plus commune opinion fur ce point.
- On eftimoit en 1748, Sc dans le courant de la guerre, que les maîtres Fondeurs gagnoient, tous frais faits, 4 florins de change, par chaque table de 8j livres pefant. Il n’y a point de fonderie, qui n’aie au moins fix fourneaux d’allumés, dont chacun produit 2 tables par 24 heures, cela fait 12 tables ou 48'florins, qui font 88 liv. argent de France.
- Les évaporations qui fefont dans les fourneaux par l’action du feu, s’attachent contre les parois de la voûte du fourneau, contre la couronne, Sc fur la furface des couvercles ; cette matière qui fe durcit, Sc qui dans la fection paroît formée de différentes couches de couleur jaune plus ou moins foncée, eft ce que l’on appelle Tutie ; elle a deux propriétés : la première ( que les Fondeurs aflurent) eft que fi on la triture en poudre fine, Sc qu’on la fubftitue dans le mélange en place de Calamine, elle produit un fort beau Cuivre fin, & très-malléable (*) ; mais le défaut de quantité empêche que l’on ne l’emploie à cet ufage : le peu que l’on en détache fe jette au moulin, ou bien fe mêle avec la Calamine.
- Il fe forme de même une autre efpece de tutie dans les fourneaux de fer; elle eft de couleur brune, mêlée d’un peu de jaune > & elle fait le même effet que la Calamine. Mais on ne peut fe fervir avec fuccès de cette tutie, parce qu’elle contient des parties ferrugineufes , qui gâteroient & feroient rompre le Cuivre fous le marteau, ou qui y lailferoient des fentes confidérables.
- La fécondé propriété de la tutie du Cuivre, & que tout le monde connoît, eft qu’étant pulvérifée, comme nous l’avons dit, Sc mife dans de l’eau de pluie, elle eft très-bonne contre les fluxions fiir les yeux : Sc elle calme en beaucoup de cas, & fait difparoître l’inflammation.
- Les tables de laiton font communément, pour le débit ordinaire, de 3 lignes d’épaiffeur ; elles varient jufques à 4 lignes, Sc ce font les plus fortes que l’on puiffe couper avec la cifaille de la fonderie, à l’aide d’un homme de plus au levier , c’eft-à-dire, qu’il faut pour couper pelle-ci 4 hommes, au lieu de 3.
- Les bandes ou lames de fer, qui déterminent l’épaiffeur, font de 2, de 3 Sc de 4 Hgnes d’épaiffeur ; & de 7 à 8, quand il s’agit de quelque table d’une épaiffeur particulière, Sc autre que celles que l’on coule ordinairement ; en ce cas on met deux de ces lames de fer l’une fur l’autre : leur largeur, eft de 4 pouces, Sc d’environ 4 pieds de longueur.
- (*) Comme cetce Tutie eft du zinc fublimé, elle doit produire le même effet que la Calamine.
- Les
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- EN LAITON, &c.
- Lès tables les plus fortes ont 9 lignes d’épaiffeur ; on leur donne les fnèmes dimenfions qu’aux autres ; mais comme on y emploie toute la matière des 3 fourneaux , elles fe trouvent avoir i’épailTeur St le poids de trois tables ordi-naires , elles pefent 25*5 à 261 livres : les tables de cetcé efpéce, fè portent entières à la batterie, pour être étendues & ‘diminuées d’épaiiTeur ; on ne les coupe pour achever de les arrondir, que lorfqu’elles font réduites d*une épailfeur à pouvoir être foumifes à la force de la cifaille.
- . Pour jetter ces fortes de tables , qui doivent fervir , foit à faire des tuyaux de pompe, foit de grands fonds de chaudière, on fe fert des plus grands creu-fets de 8 pouces de diamètre en-dedans ; on en prend deux, St on les met rougir dans les fourneaux pendant l’efpace de 6 ou 7 heures > avant que fou coule; enfuite, on vuide le Cuivre fondu des 24 creufets dans les deux grandsi ces deux opérations fe font à la fois, St dans le même-tems. Le moule étant chaud St bien préparé, le métal écumé, quatre hommes, deux pour chaque creufet, marchent enfemble, St enlèvent chacun le leur. Le premier creufet étant verfé , les Fondeurs le retirent le plus promptement pofïible, pour faire place aux autres, qui verfent le fécond creufet ; il y a fi peu d’intervailê dans ces deux mouvemens , que les deux jettées font parfaitement réunies, St quelles ne forment plus quune table très-égale dans toute fon étendue ; on a auflî l’attention, lorfqu’il eft queftion de ces fortes de pièces, de mettre un peu plus de Cuivre des deux efpéces dans la compofition.
- La cifaille OPQ (Planche FIL Fig. 3.) placée dans la fonderie pour la diftribution des tables, eft plantée St afliijettie dans un corps d’arbre R, profondément enterré, & folidement lié par des cercles de fer. La cifaille qui n’y eft retenue que par fa branche droite, peut fe démonter quand on le juge à propos; l’autre branche coudée P5, eft engagée dans un levier de 18 à 20 pieds de longueur, dont l’extrémité T eft retenue par un boulon autour duquel il peut fe mouvoir. La pièce de bois qui porte la mortoife , eft fixée fermement, St de maniéré qu’elle ne peut être ébranlée.
- • L’autre extrémité F, eft fufpendue à une chaîne qui tient ou à l’arbre du treuil, ou à un fommier du bâtiment : on peut concevoir le mouvement de cette machine, en voyant la gravure : l’Ouvrier X, tient la table, St à mefure qu’il l’engage dans les ferres de la cifaille, d’autres hommes appliqués à fex-trémité V, pouffent le levier, &par conféquent obligent la cifaille qui y eft attachée de couper : il y a une pareille cifaille dans les batteries.
- Pour la diftribution des tables, on a dans les fonderies des mefiires relatives au poids que l’on demande : ce font des baguettes quarrées de 6 à 7 lignes de large, fur lefquelles font les mefures fuivantes, mefurées au pied de Roi, pouf les tables de 3 lignes d’épaiffeur.
- Calamine.
- G
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- z6 ART DE CONVERTIR LE CUIVRE
- pied pouces lignes
- Pour i o livres pelant, le côté du quarré, eft de o 11 i
- Pour 13...................... . . • I o 3
- Pour 18.............................I 2 9
- Pour 20 . . :................... . 1 4 3
- Pour 2 ................. ; . I 5 8
- Pour 30.............................1 6 6
- Le pied quarré pefe 12 livres, & quelquefois 12 & demie, quand les pierres ont quelques défauts, que l’enduit fléchit, ou que le Cuivre eft de denfité inégale.
- Les intervalles des mefiires font liibdivifés en petites parties, qui fervent à régler par gradation les quarrés qui doivent compofer une fourme : j’expliquerai ce que c’eft que fourure en parlant des batteries.
- Il faut fë rappeller que j’ai dit que, de l’écume qui provenoit des creufets , de même que de ce qui fe renverfoit en tranfvafant, il fe trouvoit beaucoup de Cuivre dans les cendres & pouflieres que l’on jette dans les foflès en avant des fourneaux, & que l’on ne les vuidoit qu’à moitié. Lorfqu’elles fe trouvent remplies, ce qui refte en-dehors fert à pofer le creufèt, qui s’y tient d’autant mieux, que cette matière eft molle & continuellement chaude, Sc qu’elle maintient par conféquent le creufet ferme fur fa bafe, fans qu’il puilfe fe refroidir.
- Quand on a fait un amas d’une certaine quantité de ces cendres & des pouflieres, & que l’on veut en retirer les parties de Cuivre qu’elles contiennent, comme elles font fort féches, on mouille le tas avant d’y toucher; on en remplit deux mânes, que l’on jette dans une grande cuve à demi-remplie d’eau ; on remue le tout avec une pèle ou louchet ; on laifle un inftant repofer l’eau Sc difliper les tourbillons, enfîiite on le fert d’une efpéce de poêle de fer Y, (Flanche II) percée de plulieurs trous de 4 à y lignes de diamètre, avec laquelle on retire toutes les grolfes ordures qui furnagent, pendant que le Cuivre, par fa péfanteur, fe précipite dans le fond. Ce premier travail fait, on ajoûte deux autres mânes de cendres aux deux premières, Sc on recommence à remuer de nouveau la même eau; on retire pareillement les ordures avec la poêle percée, bien entendu quelle fert aufîi à retirer les gros . morceaux d’écume de Cuivre, qui font d’un plus grand volume que les trous. Après un intervalle où tout a le tems de fe repofer, on incline doucement le cuvier au-defliis d’un réfervoir fait exprès, Sc qui peut fe vuider par un égout que l’on y pratique ; cette eau bourbeufe étant écoulée, on jette de nouvelle eau fur la matière, Sc on la pafle par un premier crible K: ce crible eft de cuivre ; le treillis dont il eft formé eft de fil de laiton, foutenu par deux barres en croix ; les trous de ce treillis font de 2 lignes 7 d’ouverture quarrée ; il ne
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- retient que les gros morceaux ; les autres paffent au travers, & retombent dans la cuve.
- Pour fe fervir de ce crible * on le fiippofe plein de cette matière prife dans la cuve ; l'Ouvrier qui le tient par les deux anfès, le trempe à plufieurs repri-fes en le tournant fur lui-même : le plus gros Cuivre refte dans le crible, le menu pâlie. Le crible étant entièrement plongé, les ordures fe mêlent avec l’eau ; l’Ouvrier le retire de tems-en-tems, & le pofànt fur le bord de la cuve, il fe fert d’une palette mince, & faite en couteau, avec laquelle il ôte les groflès cendres Sc les matières qui font à la fuperficie de ce qui eft contenu dans ce crible ; il ne perd pas cette écume ; mais il la ramafle, pour la palier au tamis fin, en pratiquant les mêmes moyens , c’eft-à-dire, que les quatre grandes mânes, après avoir palfé dans cette première opération, palfent en-fuite dans une fécondé lelîîve, & dans un fécond tamis X, dont les ouvertures n’ont qu’une ligne en quarré ; & en procédant toujours de même, de tamis en tamis, plus relferrés les uns que les autres , on parvient à retirer ÏArco, c’eft-à-dire, les parties de cuivre mêlées dans les cendres de la fonderie.
- C’eft dans ce travail que l’on trouvé les dragées propres à aiguifer les pierres des moules : le refte fe jette dans une fonte particulière où on l’épure ; ce que l’on en retire de net eft réputé mitraille pour la fonte des tables.
- QUATRIEME PARTIE.
- Des Batteries de Cuivre, appellées U fin es. '
- XJne UJine eft compofée de différentes machines qui fervent à travailler le Cuivre, après qu’il a été coulé en tables.
- Les Ufines fe réduifent à deux fortes de travail : le premier confifte en un affemblage de marteaux, pour former toutes fortes d’ouvrages en plat ; comme tables de Cuivre de toutes épaiffeurs ; ouvrages concaves, comme chaudières, chaudrons, &c. lames de Cuivre droites, pour faire le fil de laiton; lames contournées & arrondies en plat.
- Le fécond travail eft la Tréjilerie ou Tirrefilerie : il eft formé par l’affemblage des filières, par lefqu^lles on tire le fil de laiton : cette opération fera l’objet de la cinquième Partie de ce Traité, après que nous aurons détaillé les Ufines à battre le Cuivre.
- Pour établir une ufine, il faut trouver un courant qui fourniffe un pied cube d’eau, & dont la chûte foit de 12 à 13 pieds, l’ouverture d’un pied quarré fur une pente de 7 pouces par toile. Cette quantité fufiit pour faire tourner quatre roues, dont deux fèrviront à faire mouvoir les martinets, la troifiéme à faire mouvoir une meule, & la quatrième à faire agir la Tréfilerie.
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- aS ART DE CONVERTIR LE CUIVRE
- Il faut de plus être près des bois, afin d’avoir à bon marché celui qui eft nèceflàire pour cuire Sc recuire le métal : la confbmmation pour cet objet eft. très-confidérable.
- Il faut encore être à portée d’avoir des fourages pour l'entretien des chevaux qui fervent au charrois des bois, Sc au tranfport des Cuivres, de la Fonderie à la batterie. Comme il eft très-important que les Fonderies foient continuellement fous les yeux du Maître, elles font établies dansNamur même; &les Batteries font à la Campagne , les unes à deux, Sc les autres à trois lieues de diftance de la Ville.
- Cette fituation trouvée, il faut conftruire un grand baftin de retenue, fem-blable à ceux des moulins ordinaires, mais beaucoup plus étendu. Outre l’entrée des eaux dans ce réfervoir# il faut une fécondé éclufe de décharge, & un réfervoir qui puiffe fervir de dégorgement dans les crues d’eau : ces fortes d'établilfements font fi connus, que je n'ai pas cru devoir joindre ici un plan de cette efpéce.
- La muraille du réfervoir E G (PL VIII), tient au°bâtiment de l’Ufine ; un fécond mur G I K, parallèle à ce bâtiment, forme l'enclos où l’on place les roues : à l’endroit E du mur, qui foutient toute la hauteur de l'eau, eft écablie une éclufe L, qui diftribue l’eau dans la bufe M, Sc fait tourner la roue N : à l’endroit O, eft une bufe P qui traverfe le mur, Sc qui porte l’eau fur la roue Q., Cette bufe eft faite de madriers de chêne bien alfemblés, Sc couverte jufqu’au point P, où eft placée une fécondé éclufe femblable à la première L, Sc que le Maître Ufinier ( c’eft le nom du Chef des Ouvriers) peut gouverner au moyen du levier R ST, dont la fufpenfion eft au point S dans l’épailfeur de la muraille qu’il traverfe ; le bout R fait en fourchette, tient à la tige de la vanne ; & l'extrémité T eft tirée ou poulfée de bas en haut par une gaule attachée à cet endroit par deux chaînons : une troifiéme bufe V, mais beaucoup plus petite que les premières, fait tourner la roue X, qui eft auffi d’un diamètre moindre que les deux premières NP,* à l'arbre de cette roue X, eft attachée la meule Y, qui fert à raccommoder les marteaux Sc enclumes : la bufe V a fon éclufe près de la roue ; & comme il n’eft pas nécelfaire quelle tourne toujours, il n’y a pas de communication de fa vanne dans l’ufine. On établit une quatrième bufe à côté des autres, pour faire tourner la roue de la Tréfilerie, lorfqu’elle eft fituée au bout des batteries dans le même bâtiment.
- - &, eft une voûte par où l’eau qui a fait tourner les roues, s'écoule, & va rejoindre le ruilfeau.
- L'arbre b c, de la roue JV, porte à fa circonférence trois rangées ddd de douze mentonets chacune : ces mentonets rencontrent les queues e fg des trois marteaux e i l,fn m3g o p; par leurs chocs, les élevent, Sc à l’échappée de la dent, ces marteaux retombent fur l’enclume, parce qu'ils ont leur centre <de mouvement aux points ino. L’enclume
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- E N L Â 1T0 N, &c. Ap
- L’enclume ^eft enchafîee dansdés ouvertures faites aux billots rrr PLVI11. cés billots font des troncs d’arbres de chêne , enfoncés de 3 à 4 pieds dans la terre3 cerclés de fer , & dont les têtes font au niveau du terrein : comme ils font placés for une même ligne, il y a un enfoncement pratiqué en terre, pour mettre le$ jambes des Ouvriers afiîsfur les planches s s s qui traverfent cet enfoncement»
- Les manches des marteaux paffent dans un collet de figure ovale, dont les tourillons oo,nn, ii entrent dans les montants tttt ; ou, pour mieux dire* font foutenus par les montants : car ils entrent dans des madriers de rapport * garnis de bandes de fer, lefquels madriers s’ajuflent aux montants, dont bri peut les féparèr : ( c’eft ce que l’on pourra voir dans les profils des planches foivantes ) ; ces montants font d’un pied quarré, folidement àffemblés à la partie fupérieure par un chapeau; & au niveau du terrein, par une autre pièce de la même folidité, for laquelle font clouées les pièces de fer plattes uuu* contre lefquelles donnent les queues des marteaux ; ce qui s’opère par la chaffe du mentonet; & par ce choc, ces marteaux acquièrent une réaélion qui augmente la force du coup : cet effet fera expliqué d’une maniéré plus claire dans les développements des Planches dont on parlera dans un mo^ ment, & où toutes ces parties font repréfentées for une échelle d’un plus grand point.
- L'arbre xy y de la roue Q, eft femblabie à celui que je viens de décrire; c’eft pour cela que j’en ai marqué toutes les Parties par les mêmes lettres î l’arbre xy ne différé de l’arbre b c c qu’en ce qu’il y a treize mentonets à cha-que rangée d d d, étant d’un plus grand diamètre. Il faut ôbforver que les mentonets doivent être arrangés de maniéré qu’ils n’élevent pas tous à la fois les trois marteaux, ce qui demanderoit un moteur beaucoup plus confidérable que celui que l’on y emploie pour l’ordinaire. Il faut donc, quand le marteau / échappe, que le marteau m commence à frapper; & que dans le même inftant, le marteau p ait reçu fon impulfion. Pour former cet arrangement alternatif, voici comme l’on doit y procéder.
- On divife la circonférence de cet arbre, en autant de parties égales qu’il ♦doit y avoir de mentonets dans toutes les rangées; par exemple* l’arbre hcc qui contient trois rangs de douze mentonets chacun, fe divife en trente-fix parties égales; & on fait paffer le long de la forface de cet arbre* autant de lignes parallèles à fon axe ; & l’arbre xyy> qui contient 13 mentonets à chaque rangée, efl: pareillement divifé par 39 lignes parallèles : enfuite, pour placer les mentonets, on prend un point for l’une des parallèles > &onypofe le premier mentonet ; le fécond mentonet fe pofe à fon rang à la deuxieme divi-fion ; & on paffe de même à la divifion au-deffus pour pofer le troifieme : les premiers étant une fois pofés, il ne s’agit que de continuer de la même façori à placer les autres.
- Calamine, H
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- 3o ART DE CONVERTIR LE CUIVRE
- Le fourneau Z , eft pour cuire & recuire le Cuivre à mefiire qu’il a été battu.
- La bufe 7, 8 , qui traverfe la muraille du bâtiment, & qui porte par fon extrémité 8, fur la terrafle des roues, eft pratiquée pour le pafîage de la bande que Ton bat pour faire le fil de laiton ; les tourillons des arbres bc scy font portés par des couffinets qui ri ont que 13 pouces d’élévation au-delïus du niveau de l’Ufine : lequel niveau eft de 6 à 7 pieds, & quelquefois plus au-deflous du terrein naturel. On imagine bien qu’avec la chute convenable pour faire tourner les roues, il eft de nécefïïté de s’enfoncer ; & pour cet effet, on y pratique l’efcalier Wpour y defcendre. Toutes les différentes pentes font exprimées par les profils des Planches IX & X : dans la première eft le profil fur toute la longueur de fUGne* mais fous différens afpeéls ; i°. le profil de la première batterie, fuivant la ligne A B du plan ; 20. le profil de la fécondé batterie, eft fuivant la ligne CD ; on y voit auffi en profil les traverfos y, y, y, qui portent les bufes* dont une des extrémités eft encaftrée dans la muraille du bâtiment, & les autres extrémités pareillement enfermées dans le mur qui* avec le même bâtiment, forment l’enclos des roues.
- J’ai obforvé ( Planche IX) pour une plus parfaite intelligence, de marquer les parties de tous ces profils, des mêmes lettres capitales & italiques, qui les indiquent dans le plan. J’ai pareillement eu attention de rompre la muraille > Sc de profiler à cet endroit la bufe P, afin que l’on voie le jeu de la vanne, le coffre où elle eft établie qui régie l’eau qui eft néceflàire pour faire tourner la roue g, & la levée de la vanne qui fe proportionne à la quantité"de marteaux que l’on veut faire travailler : lorfqu’il ne s’agit que de deux marteaux d’un poids médiocre, l’ouverture de l’éclufe n’eft que de 2 pouces 6 lignes ; mais fi l’on veut faire travailler à la fois les trois plus gros'marteaux, tels qu’ils font fiippofés dans ce deffein , la levée de la vanne eft de 4 pouces 6 lignes : cette diftribution d’eau eft commife, comme je l’ai déjà dit* à la prudence du maître Ufinier.
- Le chaudron Z percé de deux ou trois trous Sc rempli d’eau* eft fufpendu direélement au-defîîis du tourillon de l’arbre, fur lequel il tombe continuellement des gouttes d’eau afin de le rafraîchir : comme les tourillons qui font du côté des roues, font toujours mouillés, cette précaution devient inutile à leur égard.
- Je ne répéterai point ici les parties qui compofent le profil ; l’explication du plan relatif doit donner, ce me femble, toute l’intelligence que l’on peut exiger, fi l’on veut comparer ces deux deffeins enfemble.
- Je ne m’étendrai pas non plus fur le profil (Planche X, ) pris fur la ligne FI du plan : comme tout ce compofé eft encore marqué par les mêmes lettres * il faut avoir les Planches VIII * IX & X fous les yeux * afin de mieux conceyoir
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- E N L A 1 T 0 N, &c. 31
- le total. Je paflè à Implication du mouvement, au détail des pièces qui Côffi-pofent la machine, & à fes effets.
- La principale partie de cette machine eft le marteau ; on conçoit que les mentonetsddd ( Planche X. Fig. 2,) de l’arbre, baillent fucceffivement la queues du marteau mobile autour du point i : ce qui ne peut arriver, fans que l’autre extrémité / ne s’élève. Après ce choc, le marteau retombe, & frappe fur l’enclume ; un fécond mentonet le releve , & ainfi de fuite. Mais ce qu’il faut obferver ici, c’eft que la force & la vîteffe de l’arbre, font que le mentonet* pat fon choc, chaffe devant lui la queue e , qui vient aufli frapper la pièce de fer u, avec toute fimpulfion qu’il a reçûe ; & comme c’eft un collier F (Fig. 3.) de même matière que la plaque E, il s’enfuit une réaélion de la part de cê choc égale à l’aélion, & qui par cette raifon augmente confidérablement le coup. Car il ne faut pas croire, que le mentonet pouffe toujours la queue du marteau fans la quitter, ce qui ne peut être, puifque la forcé du moteur eft incomparablement plus grande que la réfiftance, qui ne cônfifte que dans la péfànteur du marteau, Sc les frottemens des tourillons qui en réfultent ; là preuve en eft d’autant plus claire, que l’on entend très-diftinélement le chôd de ces deux pièces, & que lorfqüe l’Ouvrier veut arrêter fon marteau > il a un bâton K ( Fig. 2.) qu’il met dëffous de manche quand il s’élève • alors le collier F, porte fur la plaque }E ou fur la plaque u, Sc le mentonet rie peut plus engrainer ; il eft vrai qu’il ne s’en faut que de 3 lignes ; on peut donc juger de la précifion qu’il faut apporter dans la conftruclion d’une pareille machine, pour lui faire produire l’effet que l’on fè propofe.
- L’arbre xyy (Fig. 1.) a treize mentonets par rangées ; & il fait 130 tours ên 7 minutes 30 fécondés.
- L’arbre bcc ( Planche FIJI.) a il montants par chaque rangée.
- La queue du marteau eft couverte d’une plaque G (Planche X Fig. 3.) recourbée en arrondiffement du côté du mentonet ; l’autre extrémité aflujettie deffous le collier F, eft percée de deux trous, dans lefquels on met des clous qui entrent dans une efpece de coin chaffé avec*force entre la queue de cette plaque & le manche du marteau; on fait entrer ce manche dans le collier ovale L, dans lequel on le fixe avec plufieurs coins & cales de bois, que l’on y fait tenir folidement : les tourillons N N de ce collier, entrent dans deux madriers tels que M (Fig.4;) ils portent une bande de fer, percée d’un trou propre à recevoir les tourillons du collier : ce madrier qui a 4 pouces 6 lignes d’épaiA feur, fe place dans une entaille d’une profondeur égale à fon épaiffeur* Sc faite dans les montants TT ; comme ce madrier eft plus court que l'entaille, on met par-defïùs deux morceaux de bois, reflerrés fortement par des coins 5 au moyen de quoi, on peut démonter les manches des marteaux quand on iê juge nécefîàire.
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- 32 ART DE C O N VE RT 1R LE CUIVRE Les montants TTï\ font de 12 pouces d'équarriflage, liés par le haut d'un chapeau de même grofleur, une traverfe pareille à fleur de terre , & à laquelle on aflèmble une fécondé pièce qui porte la plaque E ; 8c par le bas, une troifiéme traverfe enterrée de j* à 6 pieds de profondeur ; il faut donc confi-dérer tout cet aflemblage * comme un chaflïs compofé de plufieurs montants quilaiflenf des intervalles entr'eux, & que l'on enterre à peu-près à moitié de là hauteur. Il eft inutile de dire qu'il faut pofer bien d'à-plomb cette efpéce de chaflïs, fur un établifîement de mâçonnerie parfaitement de niveau.
- L'extrémité V du manche ( Fig. 3.), eft taillée en tenon d'une grandeur convenable pour y afliijettir les marteaux X, Y,'Z,R, dont il n'y a que de deux fortes ; fçavoir, les marteaux XY qui s'appellent marteaux à bajfms ; ceux-ci ne fervent qu'à battre les plattes ; le marteau Y, eft le plus petit de cette efpece; il pefe 20 livres ; le marteau Z , eft le plus grand de tous, 8c pefe 30 livres ; il y en ad'autrés entre ces deux grandeurs, quipefent 23,24, 26 8c 28 livres; tous font de la même figure ; celui-ci dont la pointe a 4 pouces de large, fert à battre les lames que l'on place dans la bufe 7, (Fig. 1. & 5O & que l*on coupe par filets pour faire le fil de laiton ; les féconds marteaux Z, R, qui ont à peu-près la figure d'un bec de bécafle, s’appellent marteaux à cuvelette, parce qu'ils fervent à former tous les ouvrages concaves, comme chaudières, chaudrons, le premier Z, eft le plus petit de ceux de cette figure, & pefe 21 livres ; le plus grand R, pefe 31 livres ; entre ces deux grandeurs, il y en a de poids différens : les marteaux à cuvelettes, dont les extrémités font arrondies comme le marteau P, fervent aux petits concaves.
- Il n'y a aufli que deux fortes d’enclumes ; la première 5, ( Planche X. Fig. 4. ) arrondie par le bout, eft pour battre les plattes ; la fécondé O, en forme de quarré-long par-deflus & platte, fert à former les concaves.
- L'ouverture H, pratiquée dans un tronc d'arbre, eft l'endroit où l'on place cette enclume ; on l'aflujettitfolidement dans cette ouverture que l'on remplit avec plufieurs morceaux de bois, qu'on reflerre avec des coins enfoncés à force de marteau , ainfi qu'on le voit dans le profil Jf, où l'enclume S eft placée. v
- La Figure 5, repréfente la réunion des trois différens ouvrages, auxquels on travaille dans les batteries de Cuivre.
- Le premier Ouvrier A> eft occupé à battre les plattes, telles qu'elles font diftribuées 8c envoyées de la fonderie ; il tient cette platte avec fes deux mains, & il lapouflè peu-à-peu & parallèlement à un de fes côtés, de façon que le marteau touche dans tous les points ; il la change enfùite de côté ; 8c fixr la même furface, il fait recroifer les premiers coups, de maniéré que tous fe confondent fans qu'il paroifle de trait croifé. Comme les plattes font coupées de maniéré qu'en les mettant les unes fur les autres, elles forment
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- EN LAITON, &c. 33
- enfemble une pyramide tronquée, & qu’elles fe battent toutes atitânt les üîie§ que les autres, on conferve toujours leur même proportion : 8c quelque figuré qu’on leur donne, elles fe furpaflent de la même quantité.
- Quand elles ont toutes été martelées chacune deux fois, 8c de la façon dont je viens de le dire , on les range fur la grille du fourneau Z, (Planche VIIL & IX.) Pour les recuire, on met du bois deffus & deffous ces plattes, pour faire un feu clair qui dure ordinairement une heure ou une heure 8c demie ; lorfque le Cuivre eft devenu rouge par la chaleur du feu, 8c que l’on jugé qu’il eft recuit au degré néceftaire, on laifte éteindre le feu, & on ne touche point à ces plattes , qu’elles ne foient entièrement refroidies, à caufe que cette matière eft très-caffante quand elle eft fort chaude. Le bois dont on fe fert pour recuire , doit être tendre , tel que le faule, le noifettier, & principalement pour la recuite du fil de laiton, qui n’a pas affez de force pour fupporter l’aéiion d’un feu vif & pénétrant.
- Les plattes étant refroidies, on les rebat & ôn les recuit, de nouveau : cè travail fe répété jufqu’àce qu’elles foient réduites à l’épaifleur, & félon l’étendue dont on les demande. On achevé de les arrondir, (car elles s’arrondiiTenü deffous le marteau ) avec des ci failles femblables à celles dont on fe fert dans la fonderie, en y appliquant une force proportionnée à l’épaiffeur du Cuivré que l’on veut couper : ce travail fe fait pour former ce que l’on appelle Une fourure, c’eft-à-dire, une pyramide de chaudrons, telle que le repréfente la Figure 15. (Planches VIH & Xi) elle contient communément 3 à 400 chaudrons, qui entrent tous lès uns dans lés autres. Pour les former, on prend quatre de ces plattes arrondies, dont une a 9 lignes de diamètre plus que lés trois autres ; on les place dans le milieu de la plus grande , dont on rabat les bords, comme en C (PlancheX), ce qui contient fortement les 3 plattes intérieures , pour être enfuite martelées toutes les quatre à la fois. On fe fert pouf lors des marteaux à cuvelette 8c d’enclume platte,1 & on choifit ceux qui conviennent à la convexité que l’on veut donner : c’eft-là l’ouvrage auquel eft occupé le fécond Ouvrier D. Ces chaudrons fe recuifent avec les mêmes attentions que les plattes. Ce travail eft mené avec tant de jufteffe , que leg pièces qui compofent une fourure , confervent toutes leurs premières proportions, depuis le moment où l’on diftribue les tables à la fonderie ; 8c elles entrent toujours les unes dans les autres.
- Les fonds de chaudière fe battent en calotte, & s’applatiffent enfuite : ôü peut dire qu’un habile Ouvrier en cire ne -manie pas mieux cette matière * que le Batteur ne manie le Cuivre fous le marteau * au moins dans quantité d’ouvrages.
- L’Ouvrier E ( Planche X) , eft employé à battre le Cuivre dont On veut
- faire le fil de laiton : comme ce n’eft qu’une lame de 4 pouces de largeur * Oft Calamine. I
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- 34 ART DE CONVERTIR LE CUIVRE
- ne la bat que drun fens, fans recroifer les coups de marteau, parce qu’elle ne. doit s’étendre que dans le fens de la longueur ; le même Ouvrier fait auflî des cercles, & des bouches de cheminée en œil de bœuf à l’ufage du pays, 8c toutes autres fortes de plattes arrondies : chaque Batteur a un petit fiipport J, pour arrêter fon marteau, de la maniéré dont je l’ai déjà expliqué. Voici ce que j’ai obfèrvé fiir la duélilité du laiton.
- La piece de Cuivre qui forme un chaudron de io livres pelant, n’a que 122 pouces 9 lignes quarrées de fuperficie ^ fur 3 lignes d’épaifleur , 8c produit un chaudron A ( Planche XL Fig. 1.) de 20 pouces 8 lignes de diamètre réduit , 10 pouces 8 lignes de hauteur, fur un lixieme de ligne d’épaifleur qui, avec la lurface du fond, donne 949 pouces 1 ligne 9 points quarrés de furface. Il efl: vrai qu’à l’épaiflfeur d’un fixieme de ligne, le métal efl; bien mince ; cependant il s’en fait quelquefois qui le font encore plus, & qui ne lailfent pas d’être de fervice, & de durer un certain tems. Je ne comprends pas dans ce calcul la fuperficie des rognures ; elle fe réduit à peu de chofe ; il ne peut y avoir que quelques coins d’une très-petite lurface ; car le quarré devient prêt que rond en le martelant.
- On ne peut fçavoir précifément la dépenfe d’une batterie. La convention ordinaire, efl: que le maître Fondeur, propriétaire de la Manufaéture, donne 6 liv. du cent pelant, à Ion maître Ufinier ; 8c c’eft à celui-ci à payer les autres Ouvriers, dont le nombre efl: égal à celui des marteaux, c’eft-à-dire, que dans une Ufine où il y a 6 marteaux établis, il y a 5 Batteurs, outre le maître Ufinier, qui leur donne à chacun 12 fols de Brabant par jour, qui font 22 fols de France.
- Le maître Fondeur ne palfe au maître Ufinier, que deux livres pelant par mille pour le déchet des Cuivres qu’il travaille, ou tout au plus 1$ livres pour 6 milliers pefant. Comme tout fe fait avec beaucoup d’ordre, le maître Ufinier compte à la fin de chaque année avec fon maître Fondeur , rapporte le poids de tous les ouvrages qui ont été rendus, à quoi il ajoute celui des rognures renvoyées à la fonderie , dont il rapporte le reçu des Prépofés à la recette, & le déchet par mille : le Maître voit par ce moyen , fi dans les à-compte qu’il adonnés dans le cours de l’année, il y a de l’excédent.
- L’entretien des machines, & de tout ce qui dépend des Ufines, efl: à la charge du maître Fondeur, qui donne à un Serrurier-Maréchal cent écus de Brabant par an, qui font yyo liv. de France, pour l’entretien de cinq Ufines: dans ce marché efl: auffi compris le ferrage des chevaux.
- Quoique ces établiflemens foient ordinairement à-portée des bois, la grande confommation que l’on en fait pour recuire les ouvrages, en fait monter la dépenfe à iyoo liv. de France par an, pour une batterie compofée de fix martinets :il s’en dépenfe moins à PUl^ne de laTréfiierie.
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- E N LA 1 T O N, &c. 3 ;
- Quand les fburures de chaudrons ou autres ouvrages , ont reçu leurs principales façons aux batteries, on les rapporte à la fonderie, où il y a un lieu féparé dans lequel les Ouvriers les finiffent, en les rebattant pour effacer entièrement les marques des gros marteaux, Sc poliflànt les ouvrages qui en font fufceptibles : mais avant d’entrer dans ce détail, il faut rapporter la maniéré dont on remédie aux défauts qui fe rencontrent dans les fourures.
- Dans prefque toutes ces pièces, il fe trouve des chaudrons dont les parties ont été plus comprimées que les autres, ou des pailles ; de forte que quand on les déboîte, il s’en trouve de percés, & même quelques-uns affez considérablement offenfés : voici comme on remédie à ces forces de défauts.
- On commence par bien nettoyer l’ouverture, en ôtant tout le mauvais Cuivre, ou en arrachant les bords avec des pinces, lorfque le Cuivre eft de peu d’épaifleur, ou en les coupant jufqu’au vif avec les cifeaux jB, ( Flanche XI* Fig. 1.) ; & après en avoir martelé les bords fur l’enclume D, de maniéré qu’ilsfoient bien applatis & bien unis, on prend une piece de Cuivre telle queC, de la même èpaiffeur que le chaudron; on l’applique fur le trou, où on la tient, pendant qu’avec une pointe de fer on fuit les bords du trou en traçant le contour de fa figure fur cette plaque ; après l’avoir retirée, on fait un trait parallèle à celui-ci, mais à une ou 2 lignes de diftance : après quoi , on coupe le long de ce dernier trait ; on fend cet intervalle, de diftance en dif* tance, jufqu’au premier trait ; on replie enfuite alternativement cette dente-^ îure, une dent en enhaut, Sc l’autre en bas ; on applique cette piece au trou ; on l’y fait entrer, on rabat les dentelures pour la contenir : enfin, on rebat le tout fur l’enclume D. Cette préparation faite, on foude fur toutes les parties jointives, Sc on met le chaudron au feu. La compofition de la foudure, eft une demi-livre d’étain fin d’Angleterre, 30 livres de vieux Cuivre, Sc 7 livres de zinc; quand toutes ces matières font en fufion, on verfe le tout dans l’eau que l’on remue fortement, à mefiire que cette matière tombe dans le vafe, afin qu’elle fe divife en petites parties : on achevé delà réduire en poudre * en la pilant pendant long-tems dans un mortier de fer. Toutes ces opérations faites, on paffe cette poudre par différentes petites baffines percées, pareilles à celle marquée E, qui réglé la fineffe de la foudure ; Sc comme on en emploie pour des Cuivres plus ou moins épais, on en prend de proportionnée aux différentes épaiflèurs.
- Pour faire tenir cette poudre fur les joints en forme de traînée, on en fait une pâte, en la mêlant avec partie égale de borax, bien pulvérifée & paflee au fin ; on la détrempe après y avoir joint la foudure, avec de Peau commune; lorfque cette foudure, qui eft blanche, a été appliquée, on la laiffe fécher Sc on la paffe au feu, jufqu’à ce que toutes fes parties foient rouges Sc pénétrées par le feu ; Sc comme la couleur de la foudure eft très-différente de celle du
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- 36 ART DE CONVERTIR LE CVIVRE chaudron, pour la confondre & quelle neparoifle pas, on fe fert d’une eau roufle, épaifïè, & compofee de terre à potier & de foufre, l’un & l’autre détrempés avec de labierre; on en applique fur les foudures, & on la met une fécondé fois au feu, qui réunit & confond fi bien le tout, qu’il faut être connoiffeur très-expérimenté pour s’en appercevoir, Sc fur-tout après que l’ouvrage a été frotté avec des bouchons d’étoffe trempés dans de l’eau, & de la pouffiere ramaffée fur le plancher même où l’ôn travaille. Soit pour dégui-fer davantage ces fortes de défauts, foit par une propreté affeétée & d’ufage, après avoir battu ces chaudrons, pour en faire difparoître toutes les marques de la batterie, on les paffe au tour F GH (Planche XL Fig. i ) : les deux premières poupées GF, contiennent l’arbre garni d’un rouët de poulie I, fur laquelle palfe une corde fans fin, qui eft auffi appliquée fur la circonférence de la roue K, femblable à la roue des Couteliers : onia fait tourner par le moyen d’une manivelle ; l'extrémité de l’arbre de cette poulie eft faite en pointe, pour entrer dans la poupée F ; l’autre extrémité porte un plateau M > rond, & un peu concave, qui eft par ce moyen d’une figure propre à recevoir le fond du chaudron N, que l’on fixe fermement avec la pieceP, dont la grande bafe eft auffi concave l’autre bout, eft un bouton pfercé pour y recevoir la pointe QRS recourbée, & qui traverfe toute la poupée H ; fur la tête de cette poupée, font plufieurs pointes dans lefquelles on engage l’extrémité T du fupport, pendant que l’autre extrémité F, tient avec une cheville à la piece VX \ le fupport TV eft là pour foutenir l’outil Z, avec lequel on trace la ligne fpirale Y, tant dans le fond que dans les côtés intérieurs des chaudrons , qui ne manquent jamais par les foudures ; les pièces que l’on y applique ne feroient de tort qu’au cas que l’on voulût les marteler pour les étendre , car alors la piece s’en fépareroit. Voici la façon dont on donne le parfait poli aux autres ouvrages en Cuivre.
- Après avoir paffé les pièces à polir parles marteaux de bois, fur des enclumes de fer à l’ordinaire, & de façon qu’il n’y refte aucune trace, on les met tremper dans de la lie de vin ou de bierre, pour les dépouiller du noir que ce métal contracte en le travaillant ; & lorfqu’une piece eft éclaircie par cette préparation, on la frotte avec du tripoli, & enfuite avec de la craie & du foufre, le tout bien réduit en poudre ; & pour achever le poli, on fe fert de cendres d’os de mouton : l’outil avec lequel on emploie toutes ces matières, eft un liffoir de fer que l’on fait paffer par toutes les moulures & les endroits du travail.
- Quand on a martelé & allongé une platte de Cuivre, en lame de io à 12 pieds de longueur, de 4 pouces de largeur, & d’un tiers de ligne d’épaiffeur; pour la couper en filets propres à faire du fil de laiton, on fe fert d’une
- cilaiUe ABC (.Planche XI. Fig. 2, ) affermie d' une maniéré inébranlable dans
- l’arbre
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- EN LAITONy&c. 37
- l'arbre C, qui eft enfoncé profondément en terre ; cette cifaille ne différé de celle que Ton emploie dans les fonderies , qu’en ce quelle porte à l'extrémité A de la branche fixe, une pointe recourbée D, qui dépaffe les tranchans, & qui s’élève de 3 à 4 pouces , au-deflus de la tête de la cifaille ; cette pointe a une tige qui traverfè toute l'épaifleur de la tête , & comme elle peut s'en approcher & s'en éloigner, il fuit qu elle détermine la largeur de la tranche que l’on coupe pour la paffer à la filiere, ainfi quon le peut voir dans le plan H, qui repréfente la lame de Cuivre V, prife entre les ferres de la cifaille * & qui touche de même la pointe D.
- Pour couper une bande de Cuivre avec cette cifaille ^ l'Ouvrier L jette la bande dans la bufe fupérieure M\ & en la tirant à lui, il la foutient & la dirige de la main gauche, lé long du tranchant du cifeau en l'appuyant aufîî contre la pointe D ; il pouffe pendant ce tems la branche mobile X avec fon genou, fur lequel il- a attaché un couffin N ; il ramaffe à mefure le filet avec fa main droite ; la bande en defcendant eft dirigée par la planche O, dans la bufe inférieure P : auffi-tôt qu'il a coupé une longueur, il la releve pour la jetter de nouveau dans la bufeÆ, & met le filet coupé en rouleau à l’endroit R.
- S'il s’agifîbit de couper une bande fort épaifle, pour faire du gros fil de laiton, on mettroit un levier dont le centre de mouvement feroit au point S; on engageroit la branche mobile, en procédant comme on le fait dans les fonderies, pour la diftribution des tables.
- CINQUIEME PARTIE.
- De la Tréfilerie. 1
- L'usine où l'on tire le fil de laiton, doit être partagée en deux efpaces l'un fur l'autre (Planche Xlll Fig. 1 & 2 ) ; fçavoir, le bas GH1K, & l'étage au-deffus CLMNOP : de ce dernier, on defcend dans l’autre par Fefcalier Q; l'étage inférieur, de niveau avec les batteries, contient l'arbre RR S, de la roue T; cette roue ne différé en rien de celle dont j'ai parlé dans la defcription des batteries; l'eau y eft auffi portée par une bufe VV (Fig. 2.), avec fon éclufe X, dont le levier Y, qui fait mouvoir la vanne, répond à une fenêtre de l’étage fupérieur , où fe tient le maître Ufinier qui régie, comme les autres, tout l'ouvrage de fon Ufine ; cette Ufine étant ordinairement établie à la fuite des batteries, il faut placer la bufe VV à côté de celle qui porte les eaux aux roues des martinets. L’étage inférieur contient un afîemblage de charpente, compofé de quatre montants ZZZ Z (Fig. 1), folidement aflemblés par le bas, dans une femelle de 11 pouces d'équarriflage, & par le haut à un fommier
- du plancher, qui en a 15 à 18 ; chacun de ces montants a 12 pouces, Sq
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- eft percé d'une mortoife dans laquelle paflènt les leviers ab, ab, &c. ces leviers mobiles au point Z, autour d’un boulon qui les traverfe de même que le montant, tiennent auffi avec des boulons aux endroits cccc, à des barres de fer qui font repréfentées dans la Planche fuivante. L’autre partie b tombe fur des couffins de groffe toile de ferpiliere, ou autre étoffe molle, dont on garnit les petits montants qui joignent les grands ; ces petits montants arcboutés par les traverfes dddd, font placés pour recevoir le choc des leviers, lorfque l'extrémité a eft tirée en enhaut, ce qui arrive lorfqu'ils échappent focceffi-vement aux mentonetsfghi : un cinquième mentonet pofé fous la foûpente dé cuir kl, fait mouvoir de même le levier vertical m, pouffé par le mentonet, & retiré enfoite vers n, par la détente des perches kop, tenue au point op, Sc qui fait l'effet de la perche de Tourneur ; on en joint plufieurs enfem-ble, parce qu'on ne peut en trouver d'affez fortes & d'affez fouples, pour n'en employer qu'une : ce dernier mouvement différent des autres , eft appliqué à la machine que l’on emploie la première, pour arrondir le filet qui vient d'être coupé, ou pour le fil du plus grand diamètre : cette première opération eft la même que celle de l'argue, où l'on fait paffer le fil d'or.
- L’étage au-deffiis (Fig. 2.) contient premièrement l'établi, où paroît l'extrémité m du levier marqué for la première Figure ; car j'obferve dans la defcription de ces machines, le même ordre que j'ai gardé dans le détail des Batteries, c’eft-à-dire, que les pièces font marquées dans les profils, des mêmes lettres qui les indiquent dans le plan ; chaque établi eft fait d’un gros arbre de chêne de 2Q à 22 pouces quarrés, cerclé de fer par fes extrémités : celui-ci porte for terre, & eft percé dans toute fon épaifleur, pour y laifler paffer le levier m, qui eft boulonné, & où il peut fe mouvoir : les autres établis comme 1, 2, 3,4 & 5 , font portés par des pieds.
- Les parties qui compofent le deffus de l'établi r^, font les mêmes qu'aux autres, c'eft-à-dire, qu'un tirant de fer zy> affemblé à charnière à un collier z, attaché à l'extrémité du levier m, tient auffi par fon autre bout y, à deux pièces plattes arrondies , & réunies au point y où elles font mobiles, pendant que leurs bouts oppofés qui font avec les branches de la tenaille la pincette en zig - zag, écartent Sc refferrent alternativement la tenaille u , fuivant le mouvement du levier ; ce qui ne peut arriver que cette tenaille ne s'ouvre & ne fe ferme, puifque fes branches fe meuvent librement autour du clou qui les affemble ; elle ne tient que par ce foui clou fur un coulant aflemblé à queue d'aronde, & va chercher le fil de laiton dont le bout eft d'abord introduit par l'Ouvrier dans le trou de la filiere x ; cette tenaille ramenée par l'impulfion du mentonet, tire avec force le fil de laiton dont elle s’eft faille, Sc le force de paffer en s’allongeant ; c'eft ce qui fera expliqué for les grands profils de la Planche fuivante, quand j'aurai dit que les autres établis, 1,2,3,
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- 4 & J , font ouverts en fourchette à l'endroit <5, fur toute le,ur hauteur, pour y recevoir un levier coudé tel que 7,8,9, boulonné au travers de l'établi, vers fon angle 8 , autour duquel il peut fe mouvoir. L’extrémité 9 tient au tirant de la tenaille ; l'autre extrémité 7, eft tirée par la barre de fer ( Fig. r. ) au point fdu levier a b, & enfuite ramené par la détente des perches 10, 10, 10, 10, c’eft-à-dire, que ce levier coudé eft un balancier toujours en mouvement autour de fon centre 8. Il eft inutile de dire , que la planche doit être percée au point 12 (Fig. 2.) pour y faire palfer les barres verticales qui font le tirage : je renvoie à la Planche fuivante, pour en avoir une plus parfaite explication.
- Le gril Z, que l'on voit dans la cheminée F E (Fig 2, ) eft pour recuire le fil de laiton, toutes les fois qu'il pafîe aux filières. La chaudière W fert à graifier à chaud au premier tirage feulement, le fil coupé fur la platte : la graiffe dont on fe fert, eft du talc, autrement dit fuif de Mofcovie.
- On voie par la première Figure de la Planche XIV, que le levier m tient au tirant zy ; que les deux pièces en portion de cercle tiennent au point y ; 8c que dans leur autre extrémité font engagées les branches de la tenaille qui ont cependant un mouvement libre, dont le clou qui afïujettit ces deux branches , eft fixé à un coulant en queue d'aronde , repréfenté dans le profil (Fig. 3 ;) que cette même tenaille étant pouffée vers la filière s, doit s ouvrir : cette filiere, un peu inclinée, placée dans une ouverture 14 & ry (Fig. 2 ), en heurtant contre la partie fupérieure de la tête de la tenaille, ce premier choc l'oblige de s'ouvrir.
- La filiere eft contenue dans ce moment parla piece 16, dont la tige eft engagée dans deux crochets enfoncés dans l'établi ; il y a pareillement tfn étrier de fer 17 , cloué fur l'établi, contre lequel la filiere porte. On conçoit donc que comme le grand effort fe fait en tirant de x en u, que par la maniéré dont la filiere eft alfujettie, elle ne fçauroit échapper, & qu'elle réfifte à la dureté du métal. Pour mieux entendre ce mouvement, il faut confidérer le levier lm9 mobile autour de fon boulon 18, & fiippofer que le points foit au point 19 ; ou ce qui eft de même, que le point u foit enx, le point l fera au point 20 , k en n, & la perche dans fon repos. Dès que le mentonet 21, viendra à rencontrer l'extrémité m du levier, il le pouffera avec toute l'impul-fion dont il fera capable ; pour lors, le point 19 reviendra en s, & tirera le fil qui fera obligé de palier, en s’allongeant au travers de la filiere, puifque la réfiftance eft beaucoup moindre que ia force employée fur le levier, qui par lui-même a un avantage en raifon de l’éloignement de fes bras du centre de mouvement.
- On conçoit de même, que par ce mouvement la perche n vient en contraction , puifqu'elle eft tirée par le cuir lk> qui rappelle le levier après l'échappée du mentonet,
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- La tenaille u , n’a que 7 pouces de mouvement. Le petit étau 22 , eft pour limer & marteler le bout du fil, que l’Ouvrier préfente au trou de la filiere, où la tenaille le vient chercher ; il y a auffi une pelotte de fixif de Mofcovie qui tient à la filiere , du côté de l’introduélion du fil : la planche 23 garnie de chevilles, fort à y accrocher les rouleaux de fil de laiton, après avoir été paflfés dans les filières ; le paquet cotté 24, eft le fuif.
- Comme la partie de 1’établi, fur laquelle coule la piece à queue d’aronde, eft percée dans toute fon épaiffeur, on pratique un creux 25 par où l’on retire le fuif, 8c les autres chofes qui peuvent paffer au travers.
- La Figure 4 ( PL XV), eft le plan d’un établi, pour le fil qui doit être réduit au fin : toutes les parties qui forment le treiage ou tirage, font absolument les mêmes, & font indiquées par les mêmes lettres de renvoi : il n’y a de différence , que dans la maniéré dont fe communique le mouvement.
- Le balancier 7, 8,9, (Fig. y. J eft mobile fur fon axe 8 : à la partie inférieure 7, eft attachée la barre de fer verticale 7, c, qui tient par le point c au levier ab9 mobile en z ; ce renvoi eft fait avec des boulons, autour defquels toutes les parties fe meuvent. Au même bras du balancier 7, tient un cuir 26 & 27, en forme de foûpente : l’autre extrémité 27, s’accroche à la perche 10,10,10.
- L’autre bras de balancier 8,9, s’aflujettit comme dans les Figures r & 2 ; au tirant zy. On conçoit qu’en fuppofant le mentonet 28, échapper au levier ab, que ce levier fera tiré par la perche 10 , en paffant de là contraction à fon repos, 8c que par ce mouvement il repouffe la tenaille de u enx, pour rechercher de nouveau une partie de fil, qui palfera dès qu’un fécond mento-nét fe préfentera au levier ab; celle-ci fait faire 19 pouces de chemin au gros fil, & par conféquent beaucoup plus que la première tenaille.il y a aulfi à cet établi une planche 29 , pour y accrocher le fil de laiton , de même qu’un étau 30, fur lequel on affûte la pointe du fil que l’on doit préfenter à la tenaille au travers de la filiere. Ces machines ceffent de travailler, lorfque l’on dégage l’extrémité des cuirs 27, des perches 10 (Fig, y.)
- La Figure 6, eft un profil pris fur la ligne ABE du plan (Fig. 4), 8c du profil (Fig. y ) : ce profil fait voir la maniéré dont le balancier eft faifi par la barre de fer & la courroie ; la Figure 7, eft un profil fur la ligne CD F, qui repréfente la piece de bois mobile, à queue d’aronde, fur laquelle eft placée la tenaille u.
- La Figure 8, eft un profil fiir la ligne H1K ; on y voit la filiere, le petit étau, & la planche à mettre les paquets de fil de laiton.
- Les Figures 9 & 10 (Planche XIII) , repréfentent la tenaille en plan & en profil : les mefures font très-exaétes fur l’échelle des dévelopemens.
- La Figure 11, eft une des ferres de la tenaille, vûe de profil j on voit le
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- clou à vis 31, qui entre dans la tige quarrée 3 2, 3 3 3 qui porte l'écrou, & que Ton fixe dans la piece à codifie 34 ; au moyen de quelques flottes & du ra-zôk 35 , qui pâlie dans l'œil 3 6, les deux ferres mobiles autour du clou 31 3 on engage les deux branches dans les trous ronds , des deux pièces cottées 37* 38y 39, (Planche XIV. Fig. 12 ), lefquelles font mobiles autour du point 38, où elles fe réunifient. Chacune de ces pièces, efl: femblable, dans tous les points 3 à celles cottées 40 & 41 ; & il faut remarquer que la tenaille efl; pofee fur îë plan incliné 42 fixe, & auquel font attachées deux portions d'arc 45 , faites de gros fil de fer, contre lefquelles la partie intérieure 43, des pièces 37*3$, 39 , vient heurter , ce qui régie l'ouverture de la tenaille : fans cette précaution, elle pourroit trop* s’écarter & échapper le fil. On efl: cependant perfuadé de la facilité, que ces tenailles ont à s’ouvrir & à fe fermer ; car comme les forces agiflent en raifon des réfiftances, il efl: clair que la moindre réfiftance efl: de mouvoir les ferres, à caufe de leur mobilité autour du clou qui les aflemble : comme c’efl: la première impreflîon quife fait fentir., foit en pouflant pour prendre le fil, foit en tirant pour le ramener, il en réfulte un mouvement très-vîte, de la part des ferres de la tenaille.
- Pour rendre tous ces mouvements plus prompts, on a grand foin de bien grailler toutes les parties mobiles.
- Les filières n’ont rien de particulier : elles font repréfentées en plan 6c en profil ( Flanche XV. cotte 46 ) ; leur longueur efl: de 2 pieds.
- La Planche XII, contient les profils fur les lignes AB, CD, £F> du plan de la Planche XIII, où l’on a repréfenté l'éclufè, & la roue qui fait mouvoir toutes les machines de l’Ufine : on reconnoîtra facilement ces conftruétiôns, puifqu’elles font marquées des mêmes lettres , que fur les planches qui fuivent.
- Les Batteries font établies à Arbe ; fçavoir, 5 Batteries en Cuivre, & une Tréfilerie de fil de laiton à l’un des Propriétaires, maître Fondeur, & 4 Batteries & une Tréfilerie à un autre : il y a encore 6 forges en fer, deux macas pouf façonner le fer nécelfaire à laferrurerie, un fourneau à fondre la mine, & un moulin à farine : toutes ces Manufactures n’occupent qu’une demi-lieue de* terrein, fur un ruifleau qui prend fon origine à la fontaine de Burno, près de S. Gérard, à une lieue au-deflus d’Arbe : ce qui donne à«ce ruifleau une lieue & demie d’étendue ; car il fe dégorge à la rive gauche de la Meufe à deux lieues deNamur ; outre cette fontaine de Burno, il y en a encore quatre autres qui s’y répandent dans fon cours, & qui en augmentent le volume ; le village fur le bord de la Meufe, où fe fait le dégorgement, quoique éloigné de la fource, porte le même nom de Burno.
- Je fouhaite avoir rempli dans ce Mémoire, l’objet que je m’étois propofé 3
- de donner la connoiffance d'une Fabrique auffi importante que celle du
- Calamine* L
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- Cuivre jaune; je crois n’avoir négligé aucun des détails pour la jufteffe des plans , profils & développemens qui concernent cet Art. J’ai cru devoir terminer ce Mémoire par l’Extrait des Réglements faits par l’Empereur Charles VI, concernant la Fabrique de Calamine.
- EXTRAIT des Privilèges accordés aux Fondeurs & Batteurs de Cuivre
- de la Ville & Province de Namur.
- Octroi accordé par Charles VL Empereur, pour les Manufactures des Cuivres, & la Traite des Calamines improprement appellées dans le Pays Calminesy pour la Province de Namur aux dénommés ci-après ; fçavoir, à la veuve de Michel, & Jacques Raymond Sc Compagnie , Jean-François TrelToigne Sc Compagnie, Sc Henry Bivort, tous maîtres Batteurs & Fondeurs de Cuivre dans la ville de Namur, lequel Oélroi pour a y ans à commencer du premier Mai 1726, contenant ce qui fuit :
- Article Premier.
- Tesdits Fondeurs feront obligés de prendre pendant ledit terme annuellement , pour chaque fourneau, quinze milliers pefant de Calamine de la Mon-tagneNdu Limbourg , bien brûlée, calcinée & nettoyée, au prix de quarante-huit fols le cent, au lieu de foixante-deux fols le cent pefant que payent les Etrangers ; l’entrée Sc le tranfit des cuivres en baffins, chaudrons Sc plattes, à 3 florins : & le fil de laiton à y florins le cent.
- II. Ils prendront lefdites Calamines, dans les Magafins qui font fur la Montagne ; Sc les payements fe feront à Bruxelles ou à Anvers.
- III. Lefdits Fondeurs répondront chacun pour eux, Sc non les uns pour les autres.
- IV. A eux permis d’augmenter le nombre de leurs fourneaux, * fans avoir befoin d’autre octroi, moyennant qu’ils prendront une quantité de Calamine proportionnée au nombre de fourneaux qu’ils établiront, Sc en avertilïànt un mois d’avance.
- V. La Calamine leur fera livrée exempte de tous droits Sc impofîtions, mifes Sc à mettre , Sc ils feront difjpenfés ou déchargés de prendre de ladite Calamine, fi le Prince de Liege, ou autre Puiflànce étrangère, venoit à charger de droits lefdites Calamines, en traverfant leurs Etats.
- VI. Sera cependant permis auxdits Fondeurs pendant la durée dudit octroi, de continuer de faire la recherche & traite des Calamines du Pays, en payant au Receveur de Namur dix-huit fols du cent pefant de celle du Village de Velaine, brûlée Sc calcinée à leurs frais, avec l’augmentation de dix fur cent pefant; Sc quinze fols de celles des autres lieux, qui font de moindre
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- valeur : il leur fera permis de prendre dans les forêts les bols nécelTalres pour lier & étançonner leurs folTes.
- VIL Si pendant le terme de leur oétroï,. on venoit à en accorder d'autres pour la traite des Calamines, Fonderies & Batteries de Cuivre, il n'en fera accordé qu’aux mêmes conditions ; & s’il arrivoit qu’en faifant la recherche des Calamines ils vinlfent à découvrir d’autres minéraux, les Ceflîonnaires pourront en jouir, en payant à notre profit le taux réglé dans notre Province deNamur, fans que perfonne de quelque qualité ou condition qu'elle puilfe être, puiflè les empêcher ou les troubler à cet égard, fous prétexte d'oétroi primitif ou antérieur.
- VIII. Ils feront exempts de tous droits d'entrée, toulieux & autres > mis ou à mettre fur les Cuivres rouges, rognures de vieux Cuivre dites mitraille , & fur tous autres matériaux dont ils auront befoin pour leur Fabrique , comme pierre de Bretagne à couler le Cuivre, & talc ou liiif de Mofcovie pour tirer le fil de laiton.
- IX. Ils feront auffi exempts de tous droits de fortie, toulieux & autres, mis ou à mettre fur leurs ouvrages, tant fondus, battus, que tirés en fil de laiton, fabriqués de nos Calamines, qu'ils feront palfer dans les Pays étrangers, ou dans les lieux de notre obéiflance ; comme aufîi du droit de Pont-geld ou Pont-penninck, qui fè perçoit dans la Ville de Gand ; du droit d'accîfe à Louvain, & de tous autres qui fe lèvent à notre profit, ou pour celui de nos Villes, Communautés & Sujets.
- X. La fortie de tout vieux Cuivre & métal, tant rouge que jaune, bronze, métal de cloches, potin, & autres femblables, demeurera défendue, conformément aux Placards & Ordonnances.
- XL Lefdits maîtres Fondeurs & Batteurs de Cuivre, jouiront de l'âfFran-chiffement de Guet & Garde, logement de Soldats, maltotes, contributions, tailles, liibfides, pour leurs maifons, fonderies, batteries & ufînes;& toutes les charges dont ceux qui fervent ou ferviront dans les Offices de magiftratu* re, feront libres & exempts ; & l'obfervance de ce que deflus fera comprife dans le ferment que lefdits Magiftrats devront prêter à chaque renouvellement.
- XII. Tous Ouvriers des Fonderies & Batteries, ainfi que ceux qui travaillent à la recherche & traite des Calamines, jouiront des mêmes Privilèges & prérogatives; mais ils ne feront aucun commerce, de laquelle claufe nous exceptons néanmoins les Maîtres &Maîtreffes defditesFonderies & Batteries, auxquels il fera permis de faire & d'exercer, avec la fabrique des Cuivres, tel autre négoce & trafic qu'ils jugeront à propos de faire.
- XIII. Aucun Ouvrier ne pourra quitter le fervice d'un Maître, pour travailler chez un autre, fans un confentement par écrit; Sç les Maîtres ne pour*
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- font débaucher ou attirer les Ouvriers les uns des autres, à peine de cënt écus d’amende gour chaque Ouvrier, & d'être contraints de les rendre: Notre Confeiller, Procureur Général, fera tenu d'intenter aétion par devant notre jConfeil de la Province, pour faire condamner les contrevenants à l'obferva-tion de ce que deflus, 8c contraindra au payement des amendes encourues.
- XIV. A l’égard des difficultés qui pourront fiirvenir entre les Maîtres & les Ouvriers, fur les faits de fabrique & de négoce des Cuivres, Nous amodions nos Confeiilers, Procureurs 8c Receveurs Généraux de Namur, de les déciderfommairementfans les formes ordinaires de procès, afin de maintenir la tranquillité dans iefditesFabriques, 8c empêcher tout trouble à cet égard
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- AVERTISSEMENT de JVL• Duhamel, chargé de fuivre l’impreffion du Mémoire de M. Gallon.
- L'intention de l'Academie étant que le travail qu'elle fait fur les Arts contribue le plus qu'il efl: poiîible à leur perfection , elle a jugé qu'il conve-noit de mettre à la fuite du Mémoire que M. Gallon a bien voulu lui fournir, une traduétion de ce que Swedenborg a raflembié fur la Calamine & la converfion de la Rofette en Laiton, afin de réunir dans un même Ouvrage ce qui a paru de meilleur fiir cette matière intérefîànte. M. Baron, de l’Académie des Sciences, s'eft chargé de faire cette traduétion telle que nous la donnons ici.
- EXTRAIT de ce que Swedenborg a rapporté fur la Calamine, & la converfion de la Rofette en Laiton, dans un ouvrage latin, intitulé ; le Régne fouterrpin ou Minéral.
- De la Pierre Calaminaire,
- O n ne peut prendre une connoiffance exaéte du Laiton & de fa préparation, qu'après avoir recherché d'abord la nature & la qualité de la Calamine, qui fait partie de ce compofé métallique ; c'efl pourquoi, il efl: néceflaire de donner une notion abrégée de la Pierre Calaminaire, pour fervir de préliminaire à ce que nous avons à dire du Cuivre jaune.
- De laPierre Calaminaire d’Aix-la-Chapelle.
- On exploite aux environs à'Aix-la-Chapelle , de Limbourg & de Stollberg, plufieurs mines de Pierre Calaminaire. Les Ouvriers defcendent à l’aide d’échelles dans ces mines , dont la profondeur n’eft que de fept ou huit toifes. Cette Pierre forme dans la minière des pelotons ou globules arrangés par couches, dans une efpece de terre jaune dif-perfée de côté ôt d’autre, à laquelle fert d’enveloppe une autre efpece de terre douce & molle ou un limon d’un brun-jaunâtre, que ceux qui travaillent à la fouille de la Calamine cherchent avec grand foin, parce que l’une ne fe trouve jamais fans l’autre : de forte qu’à moins de bien connoître cette qualité de terre, il efl impoffible de découvrir la Calamine. Les mines de cette Pierre fe rencontrent fouvent en plein champ, prefqu’à fleur de terre : fouvent aufft il s’en trouve dans le voifinage des montagnes de pierre feuilletée. Celles qui font fous terre, s’étendent par lits ou par couches; quelquefois ces couches s’élèvent obliquement jufqu’à l’ho-rifon où elles percent à l’extérieur. La Pierre Calaminaire fe fépare trçs-aifément d'avec la Calamine,
- terre, dont elle efl: comme enveloppée ; il eft rare, dans ces mines , que les Ouvriers foient incommodés par l’abondance des eaux ; lorfque cela arrive, on les détourne dans des creux ou conduits fouterreins où elles fe perdent. La Calamine ou Calmefen , comme on l’appelle dans le pays, efl: accompagnée de différentes Pierres colorées , tant rouges que bleues, mais dont on ne fait aucun cas ; l’expérience a appris aux O lévriers à diftinguer par la fraâure des morceaux de cette Pierre tirée hors de terre, ceux qui peuvent être d’ufage, d’avec ceux qui ne font bons à rien ; cependant on regarde comme une réglé générale, que la Calamine véritable efl: d’autant meilleure quelle efl: plus pefante ; on l’écrafe grofliérement à coups de marteaux, pour la féparer d’avec la terre & les pierres de moindre qualité qui lui font mêlées ; on a obfervé que l’efpece de cette terre qui vient d’Angleterre eft la plus pefante, ce qui dépend de ce quelle eft plus chargée de plomb que les autres Calamines.
- L'argille qui recouvre cette Pierre, eft tan-* tôt d’un rouge-brun, tantôt d’une couleur blanchâtre, ôc les trous que l’on voit à la
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- furface de ces fragments, font remplis d’une elpece de bol ou d’argille jaune, blanche ou noire. La couche de terre argilleufe qui touche immédiatement le lit ou banc de cette Pierre dans fa mine, eft de couleur blanche, mais non pas dans tout fon entier : j’ai même vû dans quelques endroits une autre couche entière de cette efpece de terre blanche, placée au-deflùs de celle dont je parle. Quant aux morceaux de Pierre Calaminaire contenus dansl’argille quon vient de décrire, les plus petits font gros comme le poing; d’autres font deux, trois Ôc jufqu’à fix fois plus gros ; leur figure eft fort irrégulière, & l’on voit à leur furface quantité de petits trous qui leur donnent l’apparence de feories ; les uns font pe-fants, d’autres légers ; les uns font mous & cèdent au toucher , d’autres font durs ôc compafts ; il y en a de couleur blanchâtre , d’autres noirs, d’autres aufli d’un brun tirant fur le rouge. Ces derniers, de même que les blancs, font eftimés les meilleurs , fur-tout lorfqu’ils font pefants Ôc criblés à leur fur-face de beaucoup de trous. La Calamine grattée avec un couteau , devient plus brillante que l’argille ordinaire traitée de même : fa poudre fait effervefcence avec l’acide nitreux. Il eft à propos d’obferver, qu’on ne trouve aucune efpece de mine métallique dans le voifinage des mines de Pierre Calaminaire de ce pays, comme il s’en trouve dans celles d’Angleterre, ôc dans celles de Goflar ou le plomb accompagne conftam-ment ce minéral ; cependant le Propriétaire d’une de ces mines, ayant, il n’y a pas long-tems, fait creufer un puits , on le trouva plein de pyrites dont on a même effayé de tirer du vitriol par la lixivation ; mais en fouillant plus avant , on ouvrit un creux d’où fortirent des flammes qui obligèrent les Ouvriers de fe retirer, ôc d’abandonner leur travail, après avoir bouché cette ouverture ; on raconte que le Propriétaire ayant fait r*ouvrir depuis la même caverne, il n’y a pas bien des années, le feu en fortit comme la première fois, ôc fît encore prendre la fuite aux Mineurs.
- Il y a dans ce canton trois Montagnes voifines, dont l’une fournit du charbon de terre, une autre contient une carrière de Pierre Calcaire de couleur rouge, violette ôc grife : la troifîeme eft celle où l’on fouille la Pierre Calaminaire. Il y a dans la vallée inférieure une efpece de Marais, dont tout le terrein, même jufqu’à fa furface, n’eft quun compofé d’une poudre de couleur jaune, tirant fur le rouge, ôc mêlée avec un fable groflier, Ôc de la Calamine en grains ou en poufliere : on trouve aufli dans les environs des morceaux d’un quartz blanc , qui font corps avec la pierre grife ordinaire du pays.
- Quand on a fait un amas fuflifant de Pierres de Calamine bien choifles ôc reconnues pour telles, on les brife avec de petits marteaux à main en plus petits morceaux , pour en faire la calcination, en les arrangeant alternativement par couches , avec d’autres couches de bois ôc de charbon en forme de pyramides coniques , auxquelles on donne fix pieds d’élévation fur une bafe de douze pieds de diamètre ; on couvre les combles de ces pyramides avec du branchage de bois : ôc ayant allumé le feu , on continue la calcination pendant vingt-quatre heures. La calcination finie, on met à part les morceaux de Calamine qui font de couleur jaune, parce qu’on les croit être de la meilleure qualité ; on les réduit en poudre , ôc on envoie cette poudre aux fonderies de Cuivre jaune. Comme il y a des Calamines de différentes couleurs, il faut obferver que celle qui eft noire, devient bleue par la calcination ; celle qui eft d’un brun-bleuâtre, devient d’un rouge couleur d’opale; celle qui eft blanche, ne change point de couleur ; mais toutes prennent, étant réduites en poudre après la calcination, une couleur rougeâtre femblable à celle du fable répandu à, l’entour des mines de Pierre Calaminaire.! On fait le lavage de cette Pierre, pour en enlever l’argille qui lui eft mêlée : ôc l’on paffe au crible la poudre de bonne qualité qui reftede ce lavage. Lorfque la Calamine a. été calcinée, elle peut fe couper au couteau, ôc elle a une faveur terreufe : cette même Pierre ou tutie foflile devient rouge, quand elle na été calcinée qu’à demi : mais elle* eft grife ou blanche, quand elle a été calci~ née entièrement.
- De la Pierre Calaminaire d9Angleterre.
- On tire une* grande quantité de cette Pierre en Angleterre, fur-tout dans les mines de Plomb. La Calamine n’y eft point par couches ; mais elle accompagne conftam-ment une mine de Plomb à laquelle elle eft adhérente, Ôc fe diftingue aifément par fa couleur d’un rouge pâle, d’avec le refte de la terre qui lui eft jointe , Ôc qui eft beaucoup plus pefante quelle ; quelquefois aufli, elle renferme dans fon intérieur de la galène ou mine de Plomb cubique à facettes brillantes , ôc ne paroît à l’extérieur que comme une terre douce ôc graffe au toucher ; les Mineurs s’y connoiffent au mieux, Ôc fçavent très- bien diftinguer cette terre d’avec la véritable mine de Plomb, foit dans la mine, foit même hors de la mine. La quantité que chaque mine en contient varie beaucoup, ôc ne peut pas fe déterminer. Comme on tire d’Aix-la-Chapelle la plus grande partie de la Calamine dont on fait ufage en Angle-
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- terre , de-là vient que celle du pays eft d’un prix fort inférieur à celui de la première. Les fouilles de Pierre Calaminaire s’appellent en Angleterre Calamine Pits ; Ôc leur profondeur s’étend ôc varie depuis deux ou trois jufqu’à dix ou onze toifes : rarement cette Pierre fe divife ou fe fend par couches ; lorf-que cela arrive, on doit l’attribuer au filon de mine de Plomb qu’elle accompagne. On en brife les plus gros morceaux, pour en féparer le Plomb ; autrement , elle entre difficilement en fufion, ne forme qu’un Laiton mal mélangé, ôc occafionne même du déchet dans la fonte. La Calamine dont les fragments laiffent appercevoir certaines veines blanches, eft regardée comme la meilleure. Après que cette Pierre a été ainfi purifiée par le triage, on la porte au moulin pour l’écrafer par le moyen d’une meule difpofée verticalement, ôc pour la réduire en une poudre dont on fait enfuite la calcination.
- Le fourneau dans lequel on calcine la Calamine , eft femblable à un fourneau de réverbère ordinaire : on fait un feu de flamme avec du petit bois Ôc des branches d’arbres ; cette flamme entre dans le fourneau par une ouverture pratiquée à cet effet, ôc elle fe rabbat fur la poudre de Calamine, que l’on y a étendue de l’épaiffeur de trois ou quatre doigts ; le courant de la flamme eft entretenu ôc déterminé par une petite cheminée, qui s’élève d’un des côtés du fourneau. La quantité de poudre de Calamine que l’on calcine à la fois, eft d’une to/m ou 7 - poids de marine ( ce qui équivaut à ^poo livres pefant ). La calcination fe continue pendant fix heures de fuite à un feu médiocre ôc toujours égal : Ôc afin que la matière foit auffi également calcinée dans toutes fes parties, on a foin de la retourner de tems à autre. La calcination finie, la Calamine a perdu fa forme de poudre, ôc paroît comme grumelée par petits pelotons ; c’eft pourquoi, on la reporte au moulin pour la remettre en poudre. O11 voit ici deux efpeces différentes de Calamine, l’une blanche, l’autre rouge ; on les mêle enfemble, ôc on les emploie toutes deux indifféremment : une autre efpece de Calamine plus pefante que toutes les autres, à caufe du Plomb quelle contient, eft la Calamine de Goflar.
- De la Calamine, dont on fe fert à Gojlar.
- On ne trouve point à Goflar de minières de Calamine foffile ou naturelle ; ôc l’on n’y fait point non plus venir cette Pierre d’autres pays pour la fabrique du Cuivre jaune. La Calamine s’y retire des parois du fourneau, dans lequel on fond la mine de Plomb ; c’eft fur-tout à la paroi antérieure qui eft faite d’une Pierre feuilletée, que cette
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- concrétion métallique fe raflemble, où elle forme, après huit ou dix fufions, une croûte de quatre pouces d’épaiffeur ; on l’en détache pour l’expofer au foleil pendant un , deux Ôc même trois ans : on dit quelle eft d’autant meilleure quelle a demeuré plus long-temps ainfi expofée; après quoi onia broyé ôc on la calcine dans un fourneau fait exprès ; on la porte enfuite au moulin pour la réduire en poudre, comme la Calamine ordinaire ; on paffe cette poudre par un crible de laiton ; elle eft grife, friable ôc pefante ; on s’en fert en cet état comme d’une Calamine de la meilleure qualité, pour faire le laiton , en y ajoutant dans fon mélange avec le cuivre, de la poudre de charbon : on prétend même quelle eft de beaucoup fupérieure à la Calamine foffile pour cet ufage; caronaff fure quelle peut augmenter jufqu’à trente-huit livres le poids d’un quintal de cuivre de rofette ; auffi ne s’en fait-il aucune exportation , parce que toute la quantité que l’on en tire fe confomme en entier fur les lieux mêmes. Le prix de cette Calamine différé beaucoup , fuivant qu’elle eft vieille ou nouvelle ; comme la première eft beaucoup plus efti-mée, fon prix eft, à celui de l’autre, comme vingt-huit à vingt ou à feize.
- De la Calamine de Saxe & autres endroits•
- On trouve encore de la Calamine dans beaucoup d’autres endroits; comme à F'illac9 à BentAen en Siléfie, dans la Pologne. Voici ce qu’en dit M. Henckel dans fa Pyritologie» cc Les fleurs de Zinc ôc de pierre Calaminai-» re contiennent auffi quelques veftiges d’ar-» fenic, foit en poudre, foit en gros pelo-» tons criblés de trous, ôc qui s’écrafent fa-*> cilement ôc fe réduifent en pouffiere ; les » morceaux que forme cette pouffiere ont » l’apparence d’une terre dont la couleur eft » d’un blanc-fale dans le bas, grife dans le » milieu, Ôc d’un jaune-pâle dans le haut 5 » elle eft compofée de petits feuillets brillans » comme ceux du Mica ; elle eft extrême-» ment légère, Ôc comme percée dans les » points de réunion de fes parties ; au tou-» cher, on la prendroit pour du fable; à fon » afpeôl, qui eft celui d’une efflorefcencc » jaunâtre , on croiroit que c’eft une fubli-» mation arfénicale : cependant elle ne peut » contenir, que très-peu d’arfenic, puifqu’elle » demeure attachée à la paroi antérieure du » fourneau, ôc le plus fouvent dans le milieu » même de cette paroi, où elle éprouve une » très-forte chaleur ; auffi remarque-t-011 » que cette concrétion fuligineufe n’a pas » la propriété de tuer les rats ôc les mouches » comme lefaitParlenic ordinaire. Cette ef-» pèce de Zinc ôc de Calamine s’apperçoit
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- » contre les parois intérieures des fourneaux » élevés, dans lefquels on fait la fonte fans *> addition ; elle occupe la partie la plus baffe *> de ces parois où elle recouvre une autre *> matière ou compofition pierreufe. Lorf-» que cette Calamine a demeuré pendant » long-tems expofée à l’air Ôc au foleil, elle » devient plus tendre, plus friable, plus po-» reufe, ôc par-là plus propre à la fabrique » du Cuivre jaune ; on la nomme Ofenbrach, » c’eft-à-dire , refie ou recrement de la fonte 5 •o ôc dans plufieurs endroits on la rejette com* 30 me inutile, quoique ce foit une efpece de 3» pierre Calaminaire. On volt dans les four-a> neaux, au-deffous de cette croûte une au-30 tre matière pierreufe , dure, pefante ôc 30 noire, femblable à des fcories, qui n’eft 30 cependant vitrifiée ôc caffante qu’à fa fu-3» perfide. *>.
- M. Henckel conclut de tous ces faits, que fincruftation dont font revêtues les parois intérieures des fourneaux de Saxe, eft une ef-pèce de Calamine. Pour la rendre d’un meilleur ufage, on la calcine avant de la réduire en poudre, après quoi on la calcine de nouveau jufqu’à ce quelle ne répande plus d’odeur arfénicale; il eft encore mieux de la laiffer effîeurir d’elle-même à l’air : lorfqu’elle eft en poudre, on en fait le mélange avec le cuivre ôc de la poudre de charbon ; Ôc le tout étant mis à la fonte, donne un laiton tant foit-peu aigre ôc caffant. On voit au-def-fus de cette Calamine, dans les fourneaux contre les parois defquels elle eft appliquée , une efpèce de poufliere blanche que les Fondeurs , appellent Nihily ôc qui n’eft elle-même que l’efpece de-Calamine dont on a parlé ci-devant.
- Le même Auteur ajoute que la pierre Cala-minaire eft une efpece de terre de couleur, tantôt jaune, tantôt brune, tantôt rougeâtre ; qu’on en fouille en divers endroits de la Hongrie,de l’Efpagne, des Indes, de la Bohême, de la Franconie, ôc de la 'Weftphalie ; qu’on ne la tire pas bien profondément de terre ; que fouvent on la ramaffe à la furface même de la terre, comme à TJcheren dans la Bohême proche Commotau\ que la Calamine de Bohême fournit d’abord une efpece de vitriol martial, parce qu elle eft mélangée d’une forte de mine de fer ; qu’enfuite on en retire de l’Alun par l’analyfe, parce qu’il fe trouve une Aluniere dans fon voifinage ; que les expériences font voir que cette Calamine contient du Zinc : M. Henckel fait enfuite un examen détaillé des différons noms que l’on a donnés à cette fubftance, fur quoi il faut confulter fa Pyritologie^
- Mélange d’Observations fur la Pierre Calaminaire.
- Çn dit que l’or cémenté avec la pierre
- Calaminaire devient plus haut en couleur ; mais que cémenté avec le cuivre jaune, il perd fa malléabilité , à caufe de l’alliage de cette même pierre. La pierre Calaminaire pouffée au feu, donne des fleurs blanches.
- On dit que la pierre Calaminaire mife en diftillation avec deux parties de nître, fournit un efprit pénétrant de couleur jaune ; que le caput mortuum de cette diftillation 9 eft d’une couleur verte-obfcure Ôc d’une faveur piquante ; que fa folution dans l’eau , prend une couleur verd de pré, qui difpa* roît par la précipitation qui s’y fait d’une poudre rouge ; que l’efprit de vin mis en digeft* tion fur ce caput mortuum verdâtre, en tire une teinture rouge comme du fang.
- Le vinaigre diftillé verfé fur la pierre Calaminaire , devient brun ; ôc évaporé enfuite jufqu’à ficcité , laiffe paroître de petites écailles brillantes. L’Huile de tartre verfée fur cette folution n’y excite aucune effervef-cence ; mais il fe précipite du mélange une chaux vive. La Tutie ou la Calamine de Gof lar diffoute dans le vinaigre diftillé, lui donne une couleur jaune \ le réfidu de cette diff folution évaporée jufqu’à ficcité, eft formé de petites étoiles fi régulières que tous les rayons en font aufli parfaitement diftants les uns des autres, que fi on les avoit réglés au compas : l’huile de tartre ne fait point d’ef-fervefcence avec cette diffolution \ mais il fe fait un coagulum ôc une précipitation d’une efpece de chaux blanche. Une livre de Cala* mine pouffée au feu dans une retorte, ne laiffe paffer dans le récipient aucune liqueur. Si l’on fait l’effai d’un quintal de Calamine avec le fondant du fer, on n’en retire pas un feul grain de fer, ôc l’on n’obtient qu’une efpece de fcories noires, ce qui femble indiquer que cette fubftance ne contient point du tout de fer ; mais fi l’on fond un demi-quintal de limaille de fer avec fon fondant ordinaire, l’on obtient un culot de fer qui pefe quarante livres \ ; donc il s’eft perdu pendant la fonte neuf livres \ de métal ; cependant fi l’on fond à la fois un quintal de Calamine ôc un demi-quintal de limaille de fer, lé culot de métal qui en réfulte pefe cin-quante-fix livres ~ ; ce qui fait 16 parties d’augmentation de poids qui paroît venir du fer contenu dans la Calamine : mais comme dans cette expérience même on a éprouvé une perte réelle, il paroît qu’on peut en quelque façon conclure de-là que la Calamine contient de caché 16 centièmes parties de fer ; mais cela demande à être mieux démontré. Ces obfervations ont été faites dans le laboratoire de Chymie de Stockholm : je pourrois en rapporter beaucoup d’autres, fi cela étoit néceffaire ; j’ai deffein de donner à part celles qui regardent la pierre Calaminaire ; je n’en ai rapporté quant à
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- réfent, que celles qui font relatives à la fa-rique du Cuivre jaune. D’ailleurs la pefan-teur fpécifique de la Calamine, eft à celle de l’eau , comme 469 eft à 100.
- Maniéré dont on fait le Laiton en Angleterre.
- L’endroit d’Angleterre où l’on fait le plus de laiton eft proche Baptifi-Mills, aux environs de Brljlol : il y a plus de vingt ans que l’on y a établi fix manufactures ôt trente-lix fourneaux ; mais on n’y travaille pas pendant toute l’année. Les creufets dont on fe fert font formés, avec une argile qu’on tire de Starbridg ; on .place dans chaque fourneau huit creufets qui fervent à deux fontes que l’on fait toutes les vingt-quatre heures , ôt lorfque ces creufets ne peuvent plus fervir, on a coutume de les caffer Ôt de les réduire en poudre pour en féparer les petites parties de laiton qui y font reliées, On met dans chaque creufet quarante livres de cuivre , & depuis
- jufqu’à 60 livres de Calamine, ce qui produit une augmentation de 16 livres ; car le laiton qu’on obtient après la fonte du mélange, pefe $6 livres. Dans la fuite du travail on prend 28 livres de cuivre de rofette^ 28 livres de laiton, 14 livres de vieux laiton , qu’ôn nomme mitrailles, en Anglois Schraf, & 30 à 3 $ livres de Calamine. Il y a un laboratoire d’établi tout exprès pour éprouver les différentes méthodes de convertir le cuivre en laiton ; il s’y trouve plufieurs fonderies , des fourneaux d’efïais ôt une machine mue par un courant d’eau; on s’y fert d’un marteau pour éprouver la réfiftance qu’oppofe le laiton aux coups dont on le frappe avant de pouvoir le caffer ; il y a aufïi un poinçon pour marquer le laiton : on y trouve encore une fenderie Ôt une tréfîlerie. On a trouvé une méthode de granuler le cuivre avant d’en faire le mélange avec la Calamine; car on a obfervé qu’en projettant le cuivre dans les creufets, il y a des morceaux qui entrent plutôt en fonte que d’autres, ôt que la Calamine ne produit pas fon effet, lorfqu’elle n’eft pas bien mélangée ; c’eft pourquoi on a inventé un moyen de granuler le cuivre, afin d’en faire un mélange plus exa£t avec la Calamine; ce qui produit, dit-on , une augmentation plus confidérable qu’ailleurs. On granuloit ci-devant le cuivre en le jettant une feule fois dans l’eau, ce qui ne fe faifoit pas fans danger pour les aflîftans ; aufïi a-t-on abandonné cette pratique, ôt l’on a en dernier lieu mis en ufage un réfervoir conftruit de planches , qui a quatre à cinq pieds de profondeur, ôt dont le fond mobile, qui eft de cuivre ou de laiton, s’élève & s’abbaiffe à volonté avec une chaîne ; on emplit ce réfervoir d’eau froide , ôt on le couvre avec un couvercle de cuivre percé dans Calamine.
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- fon milieu d’une ouverture dun demi-pied de diamètre ; cette ouverture eft pratiquée pour recevoir une cuillère de même diamètre : cette cuillère eft criblée de trous ; ôç on l’enduit avec de l’argille de Starbridg. On verfe avec d’autres cueilieres la fonte de Cuivre dans cette cuilliere percée , d’où le cuivre fe répand ôt fe difperlè dans l’eau, où fe trouvant faifi par le froid, il fe partage en gros grains avant de tomber au fond du vaif feau : dans les premiers effais que l’on fit de cette méthode, on dit que le cuivre ne fe congeloit point, Ôt qu’avant de tomber au fond , la chaleur de l’eau lui faifoit prendre la forme de petites lames plates ; on a remédié à cet inconvénient en verfant de l’eau froide dans le vaiffeau à mefure que l’eau chaude s’écoule par un autre côté ; la granulation faite, on retire le cuivre granulé en foulevant le fond de métal dont il a été parlé plus haut. On peut par cette méthode granuler à chaque fois 7 poids \ de marine, ou une totin de cuivre : on tient que par cettè pratique on a une augmentation de 20 livres fur quarante, au lieu de 16 que l’on obtenoit autrefois.
- On a aufïi trouvé une maniéré d’exalter là couleur du laiton par une chauffe qu’on lui donne avant de le foumettre à faction des martinets. On fe fert pour cela d’un fourneau long Ôt large de j pieds en quarré, dont la hauteur eft de 4 pieds, Ôt voûté intérieurement; le$ parois de ce fourneau ont un pied — d’épaif-feur ; fur les côtés du fourneau ôt a la naift-fance de la voûte il y a deux trous par lef> quels darde la flamme du charbon de terre, avec lequel on chauffe le fourneau ; ces trous peuvent s’ouvrir ou fe fermer, félon que l’on a plus ou moins befoin de vent pour entretenir l’aélion du feu. La çhappe de ce fourneau qui a trois ou quatre pieds de long fur deux de large, eft confiante de barres de fer de fonte de fix àfept doigts depaiffeur, ôt pofe fur des roulettes ; il y a encore d’autres barres de fer placées dans la longueur du fourneau ôt recouvertes «l’argille, fur lefquelles on arrange l’un fur l’autre Ôt deux à deux, les creufets qui contiennent le laiton ; ces creufets font bouchés de deux couvercles bien luttés, ôt on les porte dans le fourneau par le moyen d’un levier : il y a au devant du fourneau une porte quarrée de fer qui s’élèv e ôt s’abaiffe avec une chaîne ; on tient ainfl les creufets pendant deux ôt trois heures à une chaleur égale Ôt toujours la même. On fond chaque année dans cette manufacture trois cents to/in de laiton.
- On a dit ci-devantque la Calamine d’Angleterre fe tire d’une mine de plomb, qu’elle eft en grande partie chargée de ce métal, Ôc que l’on en tire beaucoup de l’étranger pour l’ufage,
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- ART DE CONVERTIR LE CU1T/RE
- Maniéré dont on fait le Laiton à Goflar.
- La Calamine fe détache ici de la paroi antérieure du fourneau où fe fait la fonte du plomb ôc de l’argent ; elle eft d’une couleur grife : on regarde aujourd’hui l’ancienne comme la meilleure , quoiqu’on la rejettât autrefois comme de peu de valeur : elle coûte fept écus ; au lieu que la nouvelle n’en coûte que quatre. On commence par la calciner pour la rendre plus friable avant de la réduire en poudre fous la meule; on la mêle enfuite avec 2 parties de poudre de charbon, ôc l’on humeête le tout avec fuffifante quantité d’urine , pour en former une pâte que l’on garde pour l’ufage. Les uns difent que l’on verfe de l’eau fur la poudre de Calamine, ôc qu’on l’en imbibe pendant une heure pour la mêler enfuite avec du charbon réduit en poudre fine, Ôc que l’on arrofe en même temps ce mélange avec de l’eau, dans laquelle on l’agite : d’autres difent, qu’au lieu d’eau, on fe fert d’urine, à laquelle on mêle un peu d’alun, ce qui donne au laiton une très-belle couleur, ôc que l’on ajoute un peu de fel dans le mélange des deux poudres que l’on met enfuite de nouveau. Les creufets dans lefquels on fait la fonte, font formés avec une argille de très-bonne qualité, qui fe trouve dans le voi-finage. On prend pour les faire, une partie d’argille qui n’ait pas encore été calcinée, ôc deux parties de poudre, faite avec de vieux creufets caflfés ; on met ce mélange dans un moule qui a trois pouces de diamètre dans fon fond, quinze pouces d’ouverture, vingt & un pouces de profondeur, ôc deux pouces d’épaiflfeur ; on agite fortement ce mélange pendant quatre ou cinq heures, jufqu’à ce qu’il ait acquis une cdnfiftance convenable. Lorfque les creufets font moulés, on les enduit intérieurement avec une efpece de fable rouge réduit en poudre.
- L’intérieur du fourneau eft conftruit avec de la même argille, & on lui donne aufli un pareil enduit. Il y a fept creufets du calibre qu’on vient de dire, qui contiennent en tout 2 o livres de matière ; ils durent trois ou quatre mois ; on met à chaque fonte fept creufets dans le fourneau, & on les emplit chacun également d’un mélange fait de trente livres de cuivre de rofette , de 40 à 43 livres de Calamine, ôc du double de poudre de charbon : il y a un huitième creufet qui refte vuide. On commence par chauffer pendant quelque tems les creufets avant de les emplir du mélange dont on vient de parler ; on met dans chacun d’eux, d’abord huit livres & demie de poudre de Calamine, enfuite huit livres de cuivre de rofette ; ôc l’on ajoûte par-deffus la poudre de charbon ; on replace en-fuite les creufets dans le fourneau à quelque
- diftance les uns des autres, ôc on les y pofe fur des briques élevées d*im pied Ôc demi au-deffus du plancher du fourneau. Après que la fonte a duré neuf à douze heures , on retire d’abord le creufet qui eft vuide, ôc on le tient quelque temps dans un lieu chaud avant d’y verfer toute la fonte des fept autres creufets ; mais avant cela on examine à différentes fois fi le métal eft bien exactement fondu. On fe fert d’un infiniment de fer pour remuer le métal en fonte, afin d’en détacher ôc réduire en écume toutes les impuretés que l’on ramène fur les côtés, ôc que l’on enlève avec une fpatule; cela fait, on coule le métal entre deux pierres de grais, pour lui faire prendre la forme d’une table quarrée de l’épaif-feur à peu-près d’un pouce, ôc qui pefe (>3 livres ; a où il fuit qu’il y a trente-deux livres ~ d’augmentation au quintal. On coule aufli quelquefois le laiton en plateaux ronds fort épais, que l’on agite avec une efpece de fpatule de bois, pendant qu’ils font encore en fonte ; ce qui rend le laiton d’un plus beau jaune, tant à l’extérieur que dans fa fracture. On fait quatorze fontes toutes les fe-maines, ce qui donne chaque femaine 374. livres de cuivre jaune. C’eft de Lauterbourg, de la Hefle ôc du Comté de Mansfeld que l’on tire aujourd’hui le cuivre, dont on fait le laiton ; on en droit aufli autrefois de très-bon de Suede. Mais le cuivre dont on a fé-paré l’argent, n’eft pas bon à cet ufage, à caufe du plomb qui s’y trouve mêlé. Il y a ici trois fourneaux dans cette manufaêhire ; chaque fourneau a fix pieds de profondeur, ôc fon fond fix pieds de diamètre, fon ouverture fupérieure eft d’un pied ôc demi : les fourneaux de Goflar ne font pas fi profonds ni fi larges dans le bas, que ceux de Suede; ces derniers approchent plus par leur forme de celui de cônes tronqués ; ceux de Goflar font plus évafés par le haut: on a obfervé en Suede que la fonte fe fait mieux dans des fourneaux qui font plus profonds, parce que l’aêtion du feu y eft plus forte que dans les autres ; d’ailleurs on a obfervé encore que le laiton de Goflar n’a pas dans fa fraâure la couleur dorée des autres laitons, à moins quil n’ait été fondu avec un feu de bois.
- La Calamine de ce pays ne fe mêle plus aujourd’hui qu’avec les fcories du laiton, afin d’éviter à frais ; parce que l’on a reconnu qu’elle ne donnoit pas autant d’augmentation de poids, ôc ne fe mêloit pas fi bien, lorsqu’on ajoûtoit de la mitraille dans le mélange.
- M. Lohneis décrit aufli de la maniéré fui-vante le procédé de Goflar, qu’on pratique à Bundtheimb à un mille de Goflar, Ôc à Ifem-bourg dans la Forêt noire. La Calamine que l’on y emploie fe tire des fourneaux dans leS quels fe fait la liquation de la mine de plomb contre les parois defquels elle s’attache de
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- répaiflTeur d’un pouce; dans d’autres lieux, on fe fert de la Calamine d’Aix-la-Chapelle, qui eft jaune & grife, ôc qui colore le cuivre en jaune. On doit d’abord faire choi-x de la Calamine de Goflar, avant de la calciner ôc de la réduire en poudre fous la meule : on mêle une partie de cette poudre avec deux parties de poufllere de charbon, ôc l’on verfe fur le mélange un feau d’eau ; on tient le tout en repos pendant une heure, pour que l’eau pénétré bien la poudre que l’on agite en tournant ; on prépare à chaque fois ce qu’il faut de Calamine pour deux fourneaux, qui font conftruits de terre & de forme ronde, 6c dans lefquels on infinue le vent avec des foufflets: on met huit creufets dans chaque fourneau , & on les en retire lorfqu’ils font chauds, pour mettre dans chacun huit livres ~ de Calami-ne ôc huit livres de cuivre; on replace enfuite les creufets dans le fourneau où on les tient expofés pendant neuf heures à un feu très-violent, on fouleve le couvercle d’un des creufets pour reconnoître quand la matière eft en une fufion parfaite, que l’on continue encore pendant une heure, on enlève enfuite le creufet, & il l’on veut avoir le laiton en lingot, on le coule tout entier dans une ef-pece de puifart, ôc lorfqu’il eft encore chaud, on le caffe par morceaux, de maniéré cependant que tous ces morceaux demeurent bien unis les uns contre les autres, par-là, le laiton a dans fa fraêture une couleur très-jaune ; fi l’on en veut faire des uftenfiles ôc des vafes, on coule la fonte dans un moule formé de deux pierres, ôc l’on a par-là une plaque de cuivre jaune qui peut s’étendre ôc s’amincir au moyen des martinets, & fe tirer à la filiere. Quelquefois on bat le laiton au martinet une fécondé fois lorfqu’on veut en exalter la couleur, ce qui eft cependant affez inutile. Il faut fçavoir que le cuivre augmente de poids dans la fonte : car fi l’on a mis dans les creufets ; ; livres de cuivre, après douze heures de temps, il eft ordinairement augmenté jufqu’à po livres, en forte que les 14 fontes qui fe font dans une femaine produifent trois cents trente-quatre livres de laiton. Quelques-uns prétendent que la Calamine de Goflar donne plus d’augmentation que la Calamine que l’on fouille dans les mines ; mais quelle rend le. laiton d’une couleur grife dans fa caflure, à moins que l’on n’ait fait la fonte avec du feu de bois.
- Il faut encore obferver que l’on ne tire point d’ailleurs rien de ce qui eft néceflaire pour la fabrique du laiton, mais que l’on trouve dans le pays même tout ce qu’il faut pour ce travail, comme de l’argille pour confi truire les fourneaux à un mille de diftance , de très bonne argille blanche ôc très-graffe ôc que l’on y fçait la maniéré de la corroyer ; on y trouve auffi de la Calamine, comme il
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- a été dit plus haut, des pierres de grais pour former les moules, mais qui ne durent à la vérité pas long-tems ; il y a aulfl du cuivre , mais il eft beloin de le mêler avec d’autre cuivre pour en faire une quantité fuffifante , ou bien d’en faire venir d’autre du voifinage.
- Maniéré dont on fait en Suède le changement du Cuivre en Laiton.
- La Calamine dont on fe fert en Suède, vient en partie de la Pologne, en partie de la Hongrie ; on faifoit autrefois grand ufage de la Calamine d’Aix-la-Chapelle ; on s’eft aufli fervi de celle d’Angleterre ; mais on a reconnu quelle n’étoit pas d’un meilleur ufage Ôc ne faifoit pas plus de profit, ce que l’on attribue au plomb dont elle eft chargée. La Calamine d’Hongrie eft plus blanche ôc plus pefante que celle de Pologne, qui eft aufli plus brune, ce qui paroît encore mieux, lorfqu’elle eft réduite en poudre. La Cala-mine d’Hongrie augmente davantage le poids du cuivre que celle de Pologne ; mais celle-ci fait un laiton de meilleure qualité, en ce qu’il eft plus tenace ôc plus malléable : cependant la Calamine d’Hongrie fait aufli de très-bon laiton. Après l’avoir calcinée ôc mife en poudre, on la tranfporte en Suède ; elle eft d’une couleur blanche quelle nV voit pas avant la calcination; mais on la calcine de nouveau, pour la remettre en poudre ; cette nouvelle calcination fe fait fous la voûte d’un fourneau qui eft quarré en dedans, Ôc dont chaque côté a huit pieds de largeur fur cinq de hauteur ; l’entrée du fourneau eft fur un des côtés, ôc fe ferme avec une porte de fer, le foyer eft en-deflbus, ôc répand fa chaleur fous la voûte par deux ouvertures. Le plancher du fourneau eft fait de briques, Ôc fert à recevoir la Calamine pour la calciner de nouveau : on la tranfporte de-là au moulin, pour la réduire en poudre, ce qui eft très-difficile , quand elle, n’a pas été bien torréfiée auparavant ; fi la poudre eft trop groffiere, on ne la croit pas propre à être mêlée avec le cuivre. Les meules du moulin font pareilles à celles des moulins où l’on moud Forge ôc le froment.
- Le fourneau dans lequel on fond le mélange du cuivre ôc de la Calamine a la forme d’un cône tronqué, c’eft-à-dire, qu’il eft rond dans toute la longueur ; mais plus large dans le bas ; il a trois pieds ou trois pieds ôc demi de haut Ôc un pied trois pouces de diamètre ; il eft çonftruit en entier de briques faites de pure argille, pareille à celle de France. Il eft garni dans fon fond d’une grille de fer enduite d’argille par-deflus Ôc dans tout fon contour ; les barreaux de fer dont cette grille eft formée ,• laifîent dans leur? intervalles fept à huit ouvertures defti-
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- nées à donner paflage à Pair extérieur qui doit exciter l’aêtion du feu , l’ouverture fu-périeure du fourneau eft bordée dune bande circulaire de fer, dans laquelle s’enchâfîe un couvercle de terre argille , percé dans ion miFieu d’un trou que l’on ferme à volonté , tantôt entier, tantôt à moitié, tantôt en partie feulement , fuivant le degré de feu dont on a befoin jtomme il fera dit dans la fuite. Le foyer ou fourneau inférieur a deux pieds de haut , fur fix ou huit de longueur, ôc quatre pieds de largeur, fon ouverture antérieure eft d’un pied ôc demi de haut, ôc fe ferme à moitié avec des pierres ou des briques : il y a en dehors une voûte très-longue y avec une ouverture dans fon milieu. Il y a trois pareils fourneaux dans chaque manufacture , 6c ces fourneaux ainfi conf-truits peuvent fervir pendant vingt ôc même trente ans.
- Le couvercle de l’ouverture fupérieure du 'fourneau fert à régler ôc à gouverner la chaleur. Car plus on tient cette ouverture fermée , plus la fonte fe fait lentement , parce que la chaleur eft moins forte ; moins au contraire cette ouverture eft bouchée, plus eft grande l’aâion du feu, ôc par confé-quent plus la fonte fe fait promptement ; en-forte que la chaleur eft dans fa plus grande force , lorfque l’ouverture eft entièrement débouchée. Si l’on ferme en entier l’ouverture, on voit aufli-tôt le charbon fe noircir, & la chaleur fe rallentit peu à peu, elle fe conferve cependant allez pour durer plu-fieurs jours ôc même une femaine entière fans confumer beaucoup de charbon. Il eft indifférent que l’ouverture inférieure du fourneau foit plus ou moins fermée ; on prétend cependant que cela n’augmente pas l’interïfité de la chaleur. Les trous dont eft percé le fond ou plancher du fourneau, peuvent aufli fervir à régler les degrés du feu , car s’ils font en trop petit nombre, ou trop petits, ou s’ils viennent à être bouchés par du charbon ou par des cendres, le fourneau fe refroidit, ôc la chaleur ne parvient pas au point néceflaire pour produire la fonte. Autrefois le fond des fourneaux n’étoit percé que de neuf trous ôc l’on mettoit fept creu-fets dans chaque fourneau ; aujourd’hui il y a onze trous dans le fond du fourneau, ôcl’on emploie neuf creufets à la fois pour chaque fonte. On juge du degré de chaleur par la couleur plus ou moins, noire des charbons qui brûlent dans le fourneau, car plus ils noir-cilfent Ôc moins ils donnent de chaleur.
- Lorfque la fonte eft bien établie dans toute fa force, ôc que le couvercle du fourneau eft fermé en entier, on obferve que la flamme qui s’échappe par le petit trou d’en-haut, eft très-blanche ; fi cette flamme vient à s’éteindre 9 on voit paroître à fa place une
- fumée blanchâtre Ôc tranfparente, qui fort par ondes ôc qui prend feu de nouveau, ôc produit une flamme blanche fitôt que l’on en approche Une paille allumée, ou un peu de cendre embrafée de Calamine; la flamme düre jufqu’à ce que la matière en feu que l’on a plongée dans la fumée, foit éteinte ôc com-fumée, mais elle ne prend point feu à l’aide du charbon dont on lui fait éprouver le contaôl.
- Les creufets fe font avec une argille grife, pareille à celle qui fe trouve en France Ôc qui réfifte parfaitement au feu le plus violent ; celle qui eft blanche n’eft pas de fi bonne qualité, parce quelle eft molle ôc gluante, comme l’argille ordinaire : en retirant les creufets ouïes briques de leur moule, on les expofe au foleil pour les faire fe-cher ; mais il faut prendre garde qu’il ne tombe de l’eau deflus ou qu’ils ne refroidif-fent trop promptement avant d’être parfaitement fecs, ce qui les feroit fendre fur le champ. Ces fortes de creufets durent ordinairement huit ou dix femaines, ôc foutien-nent pendant tout ce temps l’action d’un feu très-violent. Lorfqu’on les retire du fourneau ils font un peu ramollis ; c’eft pourquoi il eft néceflaire de les laifler repofer pendant quelques minutes , pour qu’ils reprennent leur dureté, ôc puiflent être élevés avec les tenailles fans danger. Ces creufets qui n’au-roient pris qu’une couleur blanche dans le feu, font, après avoir fervi à la fonte du laiton, d’une couleur bleue, qu’ils ont tirée tant de la Calamine que du Cuivre de rofette. Tous les creufets ne font pas formés d’ar-gille pure, on fait entrer quelquefois avec l’argille dans la pâte dont on les compofe , de la poudre faite de vieux creufets ufés ôc caflfés. Quand un creufet vient à fe fendre pendant l’opération de la fonte, on voit for-tir par les fentes, des fleurs blanches que l’on vend aux Apoticaires, fous le nom de Nihil; elles font femblables aux fleurs de zinc, quoiqu’on les appelle des fleurs de Calamine. On retient encore ôc -l’on ramafle ces fleurs par le moyen de creufets de fer percés dans leur fond Ôc que l’on tient ren-verfés au-deflus de la flamme, pour recevoir les fleurs qui s’en fubliment ôc s’attachent à leurs parois. Le creufet fendu devient noir ôc paroît comme pénétré jufqu’à la moitié de l’épaifleur de fes parois par le laiton qui s’eft infinué dans l’argille.
- Pour commencer le travail de la fonte, on met d’abord dans les creufets quelques mitrailles ou rognures de laiton : lorfqu’elles font fondues, on retire les creufets pour y ajoûter une plus grande quantité de laiton, ôc par deflus, un mélange de Calamine ôc de charbon en poudre. On place fur cette couche le cuivre de roiètte coupé par morceaux ,
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- ceaux , on met par deflus une nouvelle couche du mélange des poudres de Calamine ôc de charbon ; l’on ajoûte enfuite alternativement du cuivre ôc de la Calamine, jufqu’à ce que les creufets en foient tout-à-fait remplis ; l’on a grand foin de bien fouler la poudre , ôc de la faire entrer à force, pour qu’il ne relie aucun vuide : on arrange le cuivre par couches horizontales dans le ,bas des creufets ; mais dans la partie fupérieure on l’enfonce perpendiculairement dans la Calamine mêlée de charbon, ce qui fait qu’il entre près du double pefant de cuivre dans le haut que dans le bas des creufets : les proportions du mélange pour chaque creufet, font de quarante-fix livres de Calamine, fur trente livres de cuivre de rofette, ôc vingt ou trente livres de cuivre jaune; d’autres difent que ces proportions ( apparemment dans quelqu’autre fabrique) font de 60 livres de Calamine, trente livres de laiton y Ôc quarante livres de rofette. Pour avoir un laiton qui foit de la couleur jaune tirant un peu fur le blanc qui lui efl propre , il faut de toute néceffité ajouter de la mitraille ou vieux cuivre jaune dans la fonte, fans quoi le laiton conferve trop de rougeur , c’efl pourquoi lorfqu’on manque de mitraille, on emploie à fa place du laiton neuf. Quand les creufets font pleins du mélange fufdit, on en place d’abord un qui efl demeuré vuide au centre ôc fur le fond du fourneau, ôc on arrange enfuite les autres circulairèment autour de ce premier ; de maniéré que les ouvertures du fond du fourneau n’en foient point bouchées ; on met alors ôc l’on allume ce qu’il faut de charbon, pour entretenir un feu modéré pendant neuf heures de fuite, après lefquelles on remet du charbon une fécondé fois pour achever la fonte qui doit durer encore cinq heures, ce qui fait quatorze heures en tout pour qu’elle foit dans toute fa perfection ; autrefois la fonte ne du-roit que douze heures ; mais l’expérience a appris que le laiton devenoit meilleur en le tenant en fonte pendant deux heures de plus. Pendant les huit premières heures, on tient l’ouverture fupérieure du fourneau prefqu’entiérement fermée, afin d’empêcher que les creufets ne fe rompent ôc ne fe refendent , ce qui ne manqueroit pas d’arriver fi la chaleur étoit trop forte d’abord, ôc n’étoit pas conduite ôc augmentée par degrés : on connoît qu’elle efl trop forte, lorfqu’il ne paroît pas de flamme autour des creufets ; ôc l’on connoît quelle efl foible, lorfque la flamme , tant celle qui leche les creufets, que celle qui fort du fourneau, efl claire ôc verdâtre. La fonte étant finie, on laide le tout en repos pendant une heure , on retire enfuite du fourneau les creufets l’un après l’autre, Ôc l’on remue fortement en tour-Calamine.
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- nant la matière fondue qu’ils contiennent* afin que le mélange en foit bien égal dans toutes fes parties ; on verfe après cela là fonte de chaque creufet dans le creufet vuia de que l’on avoit réfervé pour cet ufage * ôc placé dans le milieu du fourneau; Ôc lorf-quelle efl ainfi toute raffemblée dans ce feij creufet, on la coule en une table épaiffe dans un moule formé de deux pierres , dont il fera parlé dans un moment. Pendant tout le temps qu’on verfe le laiton en fonte , on en voit s’élever continuellement une flamme blanche toute femblable à celle du zinc , la même chofe arrive lorfqu’on agite ôc remue la fonte dans les creufets , en forte que le moindre mouvement fuffit pour enflammer cette matière. Mais j’ai remarqué que la couleur de la flamme différé fuivant l’efpece différente de la Calamine qu’on emploie pour faire le laiton : à Goflar la couleur de cette flamme efl blanche ; mais mêlée, tana tôt de bleu, tantôt de verd. Les pierres dont efl formé le moule dans lequel on coule le laiton qui efl en fonte, ont cinq pieds de long, fur une largeur de deux pieds ôc demi ou trois pieds, Ôc elles ont i o à 11 pouces d’épaiffeur ; elles font affujetties Ôc retenues en place par des barres de fer très-groffes , de maniéré cependant que le moule qui ré-fuite de leur affemblage, peut, à l’aide de poulies, être foulevé en roulant fur les gonds auxquels il efl fermement attaché* On a foin de tenir ce moule couvert d’une étoffe de laîne groffiere, pendant tout le temps qu’il ne fert pas. Les pierres qui le forment doivent être enduites intérieurement d’argille détrempée ; mais lorfqu elles font trop dures, il efl impoflible de leur appliquer cet enduit ï c’efl pourquoi on choifit pour cet ufage des pierres qui ne foient ni trop dures ni trop molles, dont le grain paroît être un fable femblable à celui dont efl compofée la pierre de grès ordinaire.Comme on n’efl pas encore parvenu jufqu’ici à tailler en Suède de cette efpéce de pierre, on les fait venir de France; le prix des deux pour faire un moule, revient à 7 à 800 florins d’Allemagne. On a eflfayé aufli de jetter le laiton en fonte dans des moules de fer ; mais cela n’a pas réufïi, parce que le fer n’efl pas propre à recevoir l’enduit argilleux, ôc que faute de cet enduit, la fonte s’arrête ôc fe fige avant d’avoir pu pénétrer jufqu’au fond du moule. Joint à cela, que la furface du laiton qu’on retire de ces moules efl inégale, raboteufe , ôc remplie de foufflures. Les moules de pierre , lorfqu’ils font de la meilleure qualité , peuvent durer quatre ou cinq ans, celles qui font d’une qualité inférieure, ne durent que trois ou tout au plus cinq mois ; mais lorfqu’elles font d’un grain trop fin ou trop peu lié , la violence du feu les Fait bientôt caffer ou les
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- calcine ôc les met hors d’état de fervir.
- Le produit du travail que Ton vient de décrire, eft de 120 à 140 parties de laiton pour cent parties de cuivre de rofette qu’on a employé , augmentation dont la différence dépend de la qualité de la Calamine dont on s’eft fervi. Six fourneaux peuvent fournir tous les ans quatre cents poids de marinç en laiton, pour la fabrique defquels on aura confommé douze ou treize cents quintaux de Calamine , dont le quintal coûte douze florins de cuivre : d’ordinaire 60 ou 64 parties de cuivre de rofette , rendent ou fourniflent quatre-vingt-dix parties de laiton.
- Ce qui refie de Calamine en poudre em-brâfée paroît coulant comme de l’eau, ôc eft d’une couleur rouge dans le feu ; fl on le jette dans un puits ôc qu’on l’y agite, il fe meut avec tant de rapidité, s’élève ôt s’élance fi impétueufement, que fes parties les plus groflieres imitent par leur courant, la fluidité d’un liquide très-fubtil.
- On prétend que la Calamine de Goflar augmente davantage le poids du cuivre, que celle qui vient d’autres endroits. Il y a des efpéces de cuivre qu’il eft très-difficile de convertir en laiton , parce qu’ils ne font pas propres à recevoir l’alliage de la Calamine , tel eft le cuivre qui contient beaucoup de fer, tel eft auffi celui qui contient beaucoup de plomb, ôt qui refte après qu’on a coupellé l’argent, pour en féparer le cuivre qui lui étoit allié. Tout cuivre qui n’eft pas bien pur ôc dépouillé de toutes matières hétérogènes , s’unit difficilement avec la Calamine ou avec la Tutie.
- Après que le laiton a été jetté en moule Ôc coulé en grandes tables , on le coupe ôc on le divife en lames de quatre pieds ~ de longueur ôc de deux pouces de largeur. On porte enfuite ces lames ou verges de laiton dans un autre endroit pour les amincir en les faifant paflfer entre deux cylindres d’acier qui ont chacun un demi-pied de diamètre, ôc qui tournent fur eux-mêmes par l’impulfioa qu’ils reçoivent de deux roues que fait mouvoir un courant d’eau. Mais avant que le laiton foit parfaitement laminé , on le fait chauffer jufqu’à neuf reprifes différentes , cinq fois à fa première fortie du laminoir, Ôc fi l’on manquoit à cette pratique, à chaque fois il fe romproit aifément ôc fe fendroit, fur-tout dans les angles. On l’amincit ainfi jufqu’à ce qu’il ait acquis fept aunes de longueur , alors on le frappe à coups de marteaux, pour rendre fa furface unie, ôc effacer toutes les Inégalités qui s’y trouvent. Les cylindres dont on vient de parler font faits de fer forgé, ôc arrondis au tour j mais ils ne durent pas plus de deux, trois ou quatre jours , fans avoir befoin d’être reforgés ôc arrondis au tour de nouveau. Si le laiton n’eft
- pas affez chaud lorfqu’on l’amincit avec les martinets, ou en le faifant paffer au laminoir, il devient caffant fur le champ, ôc il refte caC fant fi l’on ne le fait pas chauffer de nouveau ; il n’y a que le feu qui puiffe lui faire reprendre fa malléabilité ôc fa ténacité ; il arrive la même chofe au cuivre rouge, à l’or ôc à l’argent, lorfqu’on lamine ces métaux.
- On forge auffi le laiton en grandes plaques avec le marteau , pour en fabriquer des uf-tenfiles de cuifine ôc autres ; le laiton peut fe traiter à cet égard comme le cuivre ôc le fer, on en raffemble ôc l’on étend ainfi tout à la fois fous le marteau, dix, vingt & même jufqu’à trente feuilles réunies Ôc pliées les unes dans les autres. On divife encore les lames ou feuilles de laiton en de plus petites, avec de grandes cifailles , pour en faire du fil de laiton, par le moyen d’une Machine qu’on appelle Tréfiliere ; (elle eft décrite dans le Mémoire de M. Gallon ) ; mais il eft bon d’obferver qu’avant de tirer le laiton en fil, on le fait chauffer dans un fourneau fait exprès , au fortir duquel on l’éteint dans du fuif fondu pour le paffer à la filiere, dont les trous font auffi enduits de fuif : à chaque fois qu’on retire le fil, on le chauffe de nouveau avant de le repaffer par la filiere , Ôc cette manœuvre fe réitéré jufqu’à fept fois ; elle eft abfolument néceffaire, parce que fl l’on n’avoit pas foin de chauffer le fil de laiton , il fe cafferoit avec la plus grande facilité.
- Pour revenir aux pierres de grès dont eft formé le moule dans lequel on coule la fonte de laiton, ôc que l’on fait venir de France ; c’eft proche une petite ville de ce Royaume, appellée Bazouge, diftante de neuf mille de S, Malo , qu’on travaille cette pierre, dans un grand terrein marécageux defféché depuis long-tems, ôc environné de montagnes, desquelles on tire la pierre en queftion : après avoir fouillé à une certaine profondeur, on reconnoît auffi-tôt à l’infpeêlion feule des grains de fable qui compofent la pierre, fi elle eft bonne ou non à exploiter ; ce genre de pierre eft quelquefois de couleur grife ôc blanche, quelquefois de couleur brune, Ôc dl parfemée de particules de Mica : on regarde comme la meilleure , celle qui eft la plus tendre ou la moins dure. Pour détacher cette pierre après l’avoir taillée ôc coupée dans la carrière même, on fe fert de coins ôc de leviers de bois que l’on place à l’entour de la pierre ; on emploie pour ce travail, depuis dix jufqu’à feize coins, qu’il faut chaffer bien également ôc à petits coups, afin que la pierre quitte comme d’elle-même, ôc fe fépare de la carrière tout d’une pièce , autrement elle s’éclate ôc fe brife par morceaux : on finit par lui donner le poli. La meilleure efpece fe connoît à la couleur brune de fon grain. On la nomme dans le pays pierre de
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- Moule ; ces pierres ont ordinairement cinq pieds de long, fur deux pieds Ôc demi à trois pieds de largeur, ôc elles font épaifles de dix a onze pouces ; on en coupe cependant de moins grandes. On trouve encore de cette même efpéce de pierre aux environs de la ville de P'ire en Normandie, ôc elles font beaucoup plus recherchées, parce que leur furface eft mieux polie, Ôc ne lailfe paroître aucuns traits qui occafionnent fouvent la di-vifion du laiton en petites lames ou écailles*
- Maniéré dont on fait le Laiton à Grœtslits,
- On fond dans ce pays douze cents quintaux de cuivre par année, que Ton y convertit en laiton; cette manufacture de cuivre jaune eft dans le voifinage de la ville : il y a quatre fourneaux, uneufine dans laquelle on bat les tables de laiton avec des martinets, pour les étendre ôc en former des plaques , Ôc une tréfiliere pour tirer les plaques en fil de laiton, après les avoir coupées ; le travail fe fait fuivant la méthode ordinaire. On y emploie de la Calamine qu’on tire de Nuremberg, de Pologne Ôc d’Angleterre : on ne coupe point ici le laiton comme ailleurs avec des cifailles ; mais on fe fert pour cela d’une efpece de fcie : trois de ces fcies jointes enfemble peuvent s’employer, fi l’on veut, de maniéré que par ce moyen on coupe en même temps tout à la fois 2 ou 3 plaques de laiton, ce qui épargne, dit-on, bien des frais : les marteaux font garnis de cercles de fer, ce qui fait qu’ils durent très-long-temps : les pierres de grais dans lefquelles 011 moule la fonte de laiton , font apportées du V'oigtland, où on les fouille dans des carrières proche le bourg de Ribberfgrün. Elles font épaifles d’un pied ~, larges de 2 pieds p lignes, ôc longues de 4 pieds un pouce £ ; elles durent ordinairement trois ôc quatre ans, ôc même quelquefois fix ans ; elles font d’un grain moins compaêl ôc moins gros que celles qui viennent de France : les creufets font faits d’une argilie jaune qui fe fouille en Bohême, près de W'ildflein ,* mais ils ne durent pas plus de fix ou feptfemaines , Ôc quelquefois moins.
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- Fourneaux pour la fabrique du Laiton établis a Ochran dans le TiroL
- Il y a à Ochran dans le Tirol une fabrique de laiton ; la fonte s’y fait avec du bois, Ôc non pas avec du charbon. On place douze creufets à la fois dans le fourneau, au lieu de fept, ôc l’on répété la fonte de douze heures en douze heures. Le fourneau a une forme ovale ; fa longueur eft de neuf pieds , fa largeur de fept pieds -7 en dehors Ôc fa hauteur de fix pieds - dans le bas ; au-deffous de ce fourneau eft un cendrier pour recevoir les
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- cendres, ôc de plus une ouverture pour introduire le bois que l’on y allume, ôc qui eft placé fur des traverfes de fer ; la flamme s’élève ôc pénétré par un trou d’un pied en quarré dans le foyer où elle fe réfléchit ôc circule à l’entour des creufets qui y font arrangés ; le foyer eft élevé de terre de trois pieds ~ ; il eft long de j pieds ôc large de 5 pieds 7-; il eft recouvert d’un dôme ou d’une voûte qui a trois pieds d’élévation à l’intérieur , ôc qui eft percé fur les côtés de cinq trous ou regiftres pour faciliter le cours de l’air qui anime la flamme ; les douze creufets dont on a parlé ôc qui font placés fous cette voûte, réfiftent à l’aâion du feu continué fans interruption pendant cinq, fix, ôc même fept femaines, Ôt un pareil fourneau dure ordinairement foixante ans, fans avoir befoin d’aucune réparation ; il eft revêtu intérieurement d’une argilie qui tient bien au feu, ôc les briques dont il eft confcruit font formées de la même argilie.
- Il y a dans la même manufacture deux de ces fourneaux, l’un plus grand , qui contient douze creufets, dans lefquels on fait la première fonte ou la fonte grofllere du laiton, ôc un fécond qui ne contient que dix creufets, dans lefquels on met le laiton en fonte une fécondé fois, pour le rendre plus pur Ôc le couler tout de fuite en tables : en dehors du fourneau eft fufpendu un levier de fer auquel eft attachée une chaîne de fer qui porte à fou extrémité un crochet triangulaire aufli de fer, dans lequel eft engagée d’une façon mobile ôc retenue en équilibre, une grande tenaille de fer, qui fert à retirer les creufets du fourneau. Chacun de ces creufets contient quatorze livres - de cuivre de rofette ôc huit livres de Calamine ; mais il faut obferver que le quintal de ce pays eft de 140 livres. On fond tous les ans dans cette manufacture 17 jo quintaux de laiton de très-bonne qualité. On ne jette point ici le laiton en moule entre deux pierres, comme cela fe pratique ailleurs ; mais on le coule fur un plateau de fer, auquel on a donné un enduit avec de l’argille détrempée dans l’eau ; chaque coulée forme trente ôc une lames minces ou baguettes de métal qui péfent chacune quatre livres ~ ; on amincit encore après ces lames avec le marteau; on les coupe enfuite, de on les tire à la filiere.
- Maniéré dont on convertit le Cuivre en Laiton, dans d'autres endroits.
- Il y a aufli proche de Hambourg une ma» nufaêture, de laiton ; la Calamine que l’on y emploie,‘fe tire d’Aix-la-Chapelle au-def-fus de Brème, ôc de Pologne au-deffus de Lubec. On y jette en moule toutes les douze heures, une table épailfe de laiton, du poids
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- de 7 y livres , qui porte dix-huit pouces de large , fur une très-grande longueur : c’eft de Brême que l’on fait venir les pierres dont eft formé le moule. On a effayé de fubftituer le fer aux pierres, pour la conftruêtion du moule ; mais le laiton qu’on en a retiré, avoit la furface toute raboteufe ôt inégale. Le charbon dont on fe fert dans cette fabrique , eft fait avec du bois de chêne ou de hêtre , ôt l’on n’y fond que dans un feul fourneau*
- Aux environs de Lubec on fondoit dans quatre fourneaux , du cuivre de Suède en laiton , par la méthode ordinaire ; ôt l’on ajoûtoit comme ailleurs , du vieux laiton dans la fonte. J’ignore fi cette Manufa&ure fubfifte encore.
- A Stollberg près d’Aix-la-Chapelle, on a établi plulieurs fourneaux pour la fabrique du cuivre jaune, parce que la pierre Calami-naire fe trouve dans ce canton prefque fous la main, auffi-bien que les pierres de grès pour les moules. L’argille s’y apporte de Na-mur , Ôt on la mêle avec celle que l’on fouille fur le lieu même , ôt dont la couleur tire fur le jaune ; le travail fe fait félon la méthode ordinaire.
- Il feroit inutile de faire l’énumération d’un grand nombre d’autres endroits où l’on change le cuivre en laiton : il fuffit d’ajouter ici ce que Barchufen dit de la fabrique du cuivre jaune. Voici fes propres paroles : « Le cuivre jaune dont on fe fert aujourd’hui, eft un compofé artificiel qui fe prépare en mêlant enfemble une partie de cadmie foffile , ou de celle des fourneaux qu’on appelle ordinairement Pierre Calaminaire réduite en poudre, deux parties de cendres 4e bois paffées au crible, & le quart dune
- partie de fel commun ; on humèêle ce mé-* lange avec fuffifànte quantité d’eau ou d’urine , pour en former une pâte que l’on def-feche enfuite ; les Fondeurs emploient ordinairement pour ce’travail, huit creufets affez grands pour contenir chacun huit livres de cuivre de rofette, Ôt cinq livres trois quarts de Calamine ; ils difpofent par couches alternatives dans ces creufets, les lames de cuivre ôt le mélange qu’on vient de décrire réduit en poudre ; ôt après avoir recouvert ces creufets, ils les tiennent au feu pendant neuf heures de fuite, ils augmentent le feu fur la fin ôt le donnent très-vif jufqu’à ce qu’ils apperçoivent une fumée jaune fortir par les jointures des couvercles, alors ils coulent le métal qui fe trouve du poids de 90 livres ; ainfi les 64 livres de cuivre de rofette qu’ils ont employé, ont reçu 26 livres d’augmentation de poids, par l’addition de la Calamine. Pour que la furface du laiton foit polie ôt égale par-tout, on en coule la fonte dans un moule formé par la réunion de deux grandes pierres creufées à cet effet ; ils appellent ces moules des Bretonnes, Comme il y a différentes efpéces de Calamine 5 que celle de Goflar, par exemple, n’eft pas la même que celle du pays de Liège , Ôt ainfi des autres ; cela occafionne des différences dans le cuivre jaune, fuivant qu’il eft préparé avec les unes ou avec les autres ; le cuivre jaune di£« fere auffi à raifon des proportions qu’on a ob-fervées dans le mélange. Car moins on y a fait entrer de Calamine , ôt plus fa couleur participe encore du rouge naturel au cuivre; la couleur du laiton au contraire, eft d’autant plus jaune, que l’on a ajouté plus de Calamine dans fa compofition. »
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- DE LA FONTE ET DE L AFFINAGE
- DU CUIVRE ET DU POTIN,
- A VILLE-DIEU-LES-POËLES EN NORMANDIE:
- Par M. DUHAMEL du MONCEAU.
- O N envoyé ou on apporte des différentes Provinces du Royaume, & particuliérement de Flandre, de Bretagne 8c d’Anjou de vieilles mitrailles de cuivre qui ne peuvent plus fervir aux Chaudronniers. On les fond & on les travaille à Ville-Dieu de différentes façons , fiiivant leurs qualités; & on les met en état de rentrer dans le commerce, ou d’être vendues aux Chaudronniers qui les employent comme les cuivres neufs.
- Comme plufîeurs des pratiques qui font en ufage à Ville-Dieu, different peu de celles de Namur que M. Gallon a fi bien décrites, j’abrégerai les détails ; mais j’ai cru qu’on ne feroit pas fâché de trouver dans cette collection des Arts de l’Académie, la defcription d’une fabrique affez confidérable du Royaume, qui eft établie depuis iong-tems à Ville-Dieu en Normandie.
- On ne convertit point comme à Namur le cuivre de rofette en laiton; on n’y fait même aucun alliage de métaux : mais comme parmi les vieux cuivres qu’on envoyé à Ville-Dieu, il s’en trouve de jaune, de rouge, & du potin , 8c que chacune de ces trois matières doivent être traitées différemment ; on commence par les féparer pa"r lots, fiiivant leur efpece.
- Le prix de la mitraille, comme celui de toutes les marchandifes, varie fui-vant différentes circonftances ; la bonne mitraille eft toujours plus chere que la mauvaife ; mais on peut fixer le prix moyen à 22 fols la livre.
- Du Cuivre jaune.
- Il faut réduire le cuivre jaune en petits morceaux de la grandeur au plus d’un écu de trois livres : on pourroit le couper avec des Cifàilles ; mais il eft plus expéditif & moins pénible de profiter de la propriété qu’a le cuivre jaune defe rompre fous le marteau quand il eft rougi au feu; d’ailleurs, par cette opé-
- Na. Je n’ai trouvé dans le dépôt de l’Académie qu’une planche gravée avec l’explication des figures; encore ai-je été obligé d’y faire des changements confidérables : mais comme il y a iong-tems que je n’ai été à Ville-Dieu, j’ai prié M. Perronnet premier Ingénieur des Ponts & Chauffées, de faire pafler mon manufcrit à M. Bequié, Sous-Ingénieur employé dans cette Province, de qui j’ai reçu tous les éclaircif-fements que je défirois»
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- 6o ART DE CONVERTIR LE CUIVRE
- ration , on enîeve toute la crafTe 8c la rouille qui ne manquent jamais de couvrir ces vieilles mitrailles.
- On fait donc dans une grande cheminée (PL XVI. fig. 2. ) ;/un grand feu de fagots & de charbon, dans lequel on jette les vieux cuivres; 8c quand ils font bien rouges on les tire du feu, 8c à coups de marteau, on les brife fur une enclume; ce qu’on ne pourroit pas faire fi on les laiflbit fe refroidir; car le cuivre jaune eft très-duéliie lorfqu’il eft recuit & froid. On le réduit donc ainfi en morceaux aflez petits pour pouvoir être mis dans les creufets.
- Le cuivre jaune fond difficilement; c’eft pourquoi le fourneau de fufion eft comme à Namur entièrement en terre : il contient quatre grands creufets que l’on entoure & que l’on recouvre de charbon ; car on en remplit entièrement le fourneau; ce fourneau n’a qu’une feule ouverture A, fig. i. à fa partie fiipé-rieure, par laquelle on met les creufets en place ; on les en retire 8c on met guflî le charbon par cette même ouverture qu’on ferme avec un .couvercle de terre cuite, capable de réfifter à un grand feu ; ce couvercle a quatre ouvertures par lefquelles la flamme fort; 8c au milieu, un anneau de fer pour l’ôter ou le mettre en place.
- On tire les creufets de Fontevrault en Anjou; ils coûtent 30 fols pièce. On met dans chaque creufet environ vingt-cinq ou trente livres de mitraille bri-fée, comme nous lavons dit; on remplit le fourneau de charbon, on l’allume, & on l’anime par le vent d’un très-grand foufflet C à deux âmes, fig. r, qui a cinq pieds de longueur; la tuyereB qui a ordinairement quatre pieds de longueur, eft fermement fcellée dans la maçonnerie du fourneau, & la table du milieu eft inclinée vers la bouche du fourneau, d’environ 15 dégrés.
- La mitraille en fondant s’affaifle dans les creufets ; alors on enleve les creufets avec une tenaille recourbée A> fig. ir. on les recharge de mitraille, de forte que chaque creufet en contient environ 50 ou 60 livres ; fur le champ on remet les creufets en place, on remplit le fourneau de charbon, on met fon couvercle, 8c on fait agir le foufflet. Quand on juge qu’il faut remettre du charbon dans le fourneau, on ôte le couvercle & on ajoute la quantité de charbon qu’on croit néceffaire.
- La couleur de la flamme fait juger fi la matière eft en fufion ; car d’abord
- elle eft rouge comme celle des forges ordinaires; mais elle devient bleue
- quand la mitraille entre en fufion, 8c peu de tems après elle devient claire ;
- c’eft alors que la matière eft en état d’être coulée. On s’aflure encore de fon état
- de fufion en plongeant dans le métal le fourgon D,fig. 11 : lorfque le métal filé
- au bout de ce barreau de fer, la matière eft en état d’être coulée. Il faut tirer
- les creufets du fourneau; car fi cette matière reftoit plus long-temps en fonte,
- elle deviendroit aigre, 8c il en réfulteroit un déchet confidérable. On tire
- les creufets deux à deux; on écume la matière fondue avec le çrophet C;fig. 11;
- on
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- EN L AIT O N, &c.
- on la verfè d’un creufet dans l'autre pour couler une table d'un feul jet, & elle eft en état d'être jettée dans le moule , comme nous l'expliquerons, après que nous aurons .donné quelques détails fur la çonftruélion du fourneau.
- Le fourneau FL XVI.fig. i, eft, comme nous l'avons dit, entièrement fous terre : A eft la feule ouverture par laquelle on met & on retire les creufets, & par laquelle on met le charbon ; C eft le foufflet ; B, la tuyere ; D, la brin-gueballe. Le tuyau B eft fermement affujetti au-deflus du fourneau, & la table du milieu du foufflet eft* comme nous l'avons dit, inclinée vers la bouche du fourneau.
- L'Ouvrier qui fait agir le foufflet fatigue beaucoup ; auffi eft-il relayé par un autre; & ils font payés à raifon de deux fols fix deniers par heure de travail.
- On voit en J, (Fig. 6.) un creufet qui eft fur le bord du fourneau dont E eft l'ouverture, & E1 E1 la partie de la maçonnerie qui eft en terre.
- La Figure 7. eft le couvercle de ce fourneau : FFFF font les évents dont nous avons parlé; 8cg, la boucle de fer par laquelle on le fàifit quand on le met ou quand on l'ôte de place.
- Pour mieux voir l'intérieur dufourneau, la Fig. 8. en repréfente la coupe, fùivant la ligne ponétuéeff de la Fig. 6. On voit un creufet / en place.
- La Figure <?. eft le plan de ce même fourneau; HH, l'épaiifeur des murs; K, eft le tuyau par lequel arrive le vent du foufflet ; c'eft une efpéce de fommier qui rendl'air dans l'intérieur dufourneau, parles trois tuyaux afin que le feu foit également animé dans toute l'étendue du fourneau ; I, I, J, I, font les quatre creufets.
- La Figure 10. eft une coupe du même fourneau fuivant la ligne CD, de la Fig. 6. on y voit les 4. creufets 1,1,1,1, & la bouche E du fourneau.
- ( Fig. 11.} A y Tenailles pour mettre les creufets dans le fourneau ou les en tirer : on faifit le creufet par le bord, de forte qu'une des branches entre dans le creufet, pendant que l'autre le ferre par dehors.
- On employé auffi des tenailles dont les ferres, au lieu d'être pliées en angle, font arrondies pour embrafler les creufets par dehors ; on s'en fert pour verfer le métal dans le moule. jB, eft une fourche de fer qui fert à attifer le charbon & les fagots qu'on met dans la cheminée pour fairç rougir la mitraille; on s'en fert auffi pour faire entrer le charbon dans le fourneau.
- C, eft un crochet avec lequel on remue & on attife le charbon > & avec lequel on ôte les craflès de la feperficie du métal fondu.
- D, eft un barreau de fer rond qu'on nomme fourgon* pour comprimer la mitraille dans le creufet, 8c voir fi elle eft en belle fufion.
- Maintenant qu'on a une idée jufte de la conftruélion dii fourneau, je reviens à la façon de conduire la fonte* & je rapporterai quelques détails qu'il eft bon de ne pas ignorer.
- Calamine. . Q
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- > ART DE CONVERTIR LE CUIVRE
- i°. Quand on a coulé le métal des deux creufets qu’on a tirés du fourneau en premier lieu , on tire les deux autres, Sc on les écume avant de couler le métal qu’ils contiennent, ainfi que nous l'avons expliqué.
- 2°, La fonte dure ordinairement environ trois heures, plus ou moins {iu* vant la bonté du charbon.
- 3°. Nous avons dit que le cuivre jaune étoit dur à fondre; néanmoins il faut que le feu du fourneau foit réglé , & qu’il ne foit pas pouffé avec trop de violence ; caril’feroit fondre les creufets, altéreroit le cuivre, Sc il en réful-teroit un déchet confidérable. Les Fondeurs ont appris par un long ufage à conduire convenablement le feu du fourneau, Sc à connoître quand la matière eft en belle fufion Sc en état d’être coulée.
- 4°. On dit que les Ouvriers Fondeurs font lujets à de fréquentes coliques, & qu’à la fin ils tombent en faralyfie, de forte qu’ordinairement ils vivent peu : rien n’eftplus faux, quoiqu’ils fatiguent beaucoup Sc quils foient fouvent obligés de travailler nuit & jour, Sc quoiqu’ils fouffrent beaucoup de la chaleur quand le fourneau efl; en feu. M. Bequié m’affure qu’ils ne font expofés à aucune incommodité particulière, Sc qu’il efl très-commun de les voir parvenir à un âge très-avancé. M. de Binanviile Confeiller au Parlement, fe trouvant à /Ville-Dieu, a fait à ce fujet des recherches très-exaéles : non-feulement le Curé Sc le Médecin du lieu l’ont alluré que ces Ouvriers n’étoient point attaqués de maladie particulière, Sc que même on n’y connoiffoit point de maladie épidémique ; mais après avoir confiilté avec foin le regiftres mortuaires, il y a trouvé beaucoup de gens qui n’étoient morts qu’à un âge fort avancé, Sc plus même qu’on n’en trouve ordinairement dans plufieurs autres endroits fort habités. Il efl vrai que les cheveux de ceux qui font blonds, prennent une couleur verdâtre; mais ils n’en fouffrent aucune incommodité. Les Ouvriers qui parviennent à un grand âge, deviennent fourds, à caufe qu’ils font continuellement expofés à un bruit fort incommode. Plufieurs, quand ils font parvenus à l’âge de 70 à 80 ans, font perclus de leurs bras à caufe qu’ils en ont fait un trop grand ufage ; mais point de coliques, point d’ulceres, point de maux de cœur; Sc Ton attribue la bonne fanté dont ils jouiffent, à ce qu’ils vivent prefque uniquement" de bouillie de farafin. Je ne fçais ce qui a fait encore imaginer que le poiffon ne peut vivre dans une petite riviere où s’égoutent les eaux de la ville : M, de Binanviile en a mangé du poiffon qui étoit excellent. Ainfi on peut regarder comme des imaginations fauffes, tout ce quon.a dit fur le mauvais air qui régné dans cette Ville & aux environs.
- . Des Moules, & de la façon de couler le métal en tables.
- Quand la matière efl en belle fufion, on retire deux creufets du fourneau, on fécume avec le crochet C , & on verfe le métal d’un creufet dans
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- l'autre pour couler la table d’unfeul jet. L'Ouvrier (fig* 4*) jette dans le creufetg, au moment que l'Ouvrier (fig. 3.) eft prêt à verfer la matière dans le moule, un tampon de filafle (fig. 20. ) qui fert à empêcher que ce qui relie de crafle fur le métal, ne coule dans le moule ; car ces crafles s'attachent à lafilalTe*
- Après que le cuivre qui eft dans les creufets, a été écume de cette façon * on coule le métal (fig. 3. & 4. ) entre deux grandes pierres de 4 pieds de longueur & de 2 pieds 8c demi de largeur, qui font bien jointes avec, des liens de fer, & entre lefquelles il y a des barres de fer qui fixent l'épailfeur & l'étendue des planches de cuivre qui font ordinairement de 30 pouces de longueur, fur 20 pouces de largeur* 8c 2 lignes 8c demie à 3 lignes d’épaifleur.
- Comme le cuivre jaune eft très-caflant quand il eft fort chaud, on lailfe les tables perdre leur grande chaleur dans les moules; & avec de grandes cifailles, on les coupe par morceaux, fuivant la grandeur des ouvrages qu'on fe propofe d'en faire.
- La Fig, 3. repréfente un Ouvrier qui verfe dans le moule h , la matière d'un cfeufetg, qu’il vient de tirer du fourneau, & qu'il a écumée, comme nous l’avons dit. On voit à la Fig. 17, le moule hh>oo , formé, comme nous l'avons dit, de deux fortes pierres de taille très-maffives : ces pierres font dures 8c grifes ; on les tire d’un lieu nommé les Champs-du~Boule, à trois lieues de Ville-Dieu : on les pique proprement ; puis, à chaque fonte , on en remplie les trous 8c les Saches qui peuvent s’y trouver , avec une compofition d'argille 8c de fiente de vache qu'on appelle Braifine ; on couvre encore cette Braifine avec de la fiente de vache qu’on étend avec un balai : cette opération s’appelle Cure. On repique & on répare ces pierres tous les huit jours ; elles durent ordinairement trois ans. Ces pierres font retenues l'une contre l'autre par un fortaflemblage de charpente? Comme il faut incliner le moule pour que le métal, par fa pefanteur, coule entre les deux pierres; 8c que cemoule eft très-pefant, on voit (Fig. 4. J un Ouvrier dans une folfe, qui l’incline plus ou moins : ce travail s'exécute aflez aifément malgré la pefanteur du moule , parce qu’il eft foutenu au-delfous par une pièce de bois arrondie, qui forme une elpece d'efiieu fur lequel il eft à peu-près en équilibre. L’Ouvrier (Fig. 4.) eft aidé dans ce travail par la pièce de bois kl, qui fait partie de l’aflemblage de charpente qui embraflè & retient folidement les pierres qui forment le moule ; le haut de cette longue piece k l, étant par fon extrémité /, reçue entre la poutre 0 p, 8c une bande de fer m ny qui forme une coulilfe, elle permet à*l'ouvrier d’incliner plus ou moins le moule ; mais elle l'empêche auffi de fe porter fur la droite ou fur la gauche, ou plutôt elle maintient toujours dans le même plan, le moule, qui, comme nous l'avons dit, roule fur un axe.
- h h, eft la pierre qui forme le deflous du moule ; elle repofe fur la piece de bois y, (Fig. 16. & 17./qui eft arrondie en delfous.
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- *4 ART DECONEERTIR LE CUIVRE
- floeft la pierre qui forme le deflus du moule ; on la voit bridée par de fortes bandes de fer ; Sc en o o, font deux crochets de fer auxquels font attachées les deux cordes p, (Fig. 4. ) qui fe réunifient en une au pointp^f, Sc cette corde va fe rouler fur le treuil q, qui fert à lever la pierre de delfus , de la maniéré que nous fexpiiquerons dans la fuite.
- On forme à la pierre de deflbus une efpèee de mufle avec de la terre, vis-à-vis une entailleyx (Fig. 13. & 18. ) qui eft à la pierre de defliis ; l’un & l’autre* fervent à faciliter l’entrée du métal entre les deux pierres.
- Quand la table de cuivre eft coulée Sc prefque refroidie, il faut la tirer du moule ; pour cela on ôte la .clef horifontale t k, Sc des Ouvriers ( Fig. y. ) appliqués aux leviers ou à la roue ff du treuil, foulevent le côté 0 0 de la pierre, Sc la redreflent contre le montant k : la table de cuivre refte fur la pierre qui fait le deflbus du moule ; Sc avant qu’elle foit entièrement refroidie, on l’ôte avec des tenailles. Ce que nous venons de dire du moule, deviendra plus clair par les détails où nous allons entrer : on remarquera auparavant, que fi on foulevoit la pierre avant que la table fût luflîfamment figée, elle noirci-roit, ce qui diminueroit de fa beauté, fans cependant faire beaucoup de tort à fa bonté.
- La Figure 12 repréfente la pierre qui forme le _defïbus du moule : P Q (Fig. 12. & 18.) font les barres de fer qu’on met entre les deux pierres pour faire le creux.du moule, & régler l’épaifleur ainfi que l’étendue des Tables de Cuivre. v #
- Fig. 13. eft la pierre qui forme le deflus du moule ; elle eft repréfentée par deflus : 00 indiquent les bandés de fer qui l’entourent, avec les crampons , foudés à la barre de fer, Sc fcellés dans la pierre. Ces crampons fervent d'attaches aux cordes qui font deftinées à ouvrir le moule :y eft une gouttière pour le jet du métal fondu, ou l’entaille qu’on fait à cette pierre pour en faciliter l’entrée.
- Figure 14. eft l’aflemblage de charpente qu’on établit au fond de la folle pour fupporter les pierres qui forment le moule, comme on le voit dans la vignette ( Fig. 4 ) rr, font des entailles circulaires qui doivent recevoir la pièce arrondie en deflbus, Sc qui foutient le moule en équilibre ; ainfi cette piece q} arrondie qui forme une efpece d'eflieu doit rouler dans les entailles rr, qu’on peut regarder comme des efpeces d’échantignolles ; ce qui fait qu’on peut aflez aifétoent incliner plus ou moins le moule : 2, eft une traverfe qui lie l’une à l’autre les deux pièces rr;Sc pardeflus cette traverfe eft un couflinet d’épaifleur convenable pour que quand le moule s’appuye deflus, il foit à-peu-près de niveau.
- La Fig. 1 repréfente les pièces de charpente qui fervent à lier Sc a aflii-
- jettir l'une fur l’autre les deux pierres qui forment le moule : q indique une
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- EN LAlTON,&c. 6$
- forte piece arrondie en deflous ; cette partie arrondie fe met dans les échancrures rr de la Fig. 14. Le deflïis de cette piece q, eft plat ; & c'eft fur cette face qu'on pofe les pierres ( Fig. 12. & 13.) qui font le moule : 5 eft un montant court qui fe termine par une vis V, qui entre dans un écrou pour ferrer la clef t , qui doit appuyer fur les deux pierres : K, eft un autre montant , qui eft coupé ici , pour ne point trop charger la planche, & qu'on voit en entier dans la vignette &, /, ( Fig. 4. ) : il fert , comme nous l'avons dit, à entretenir le moule dans un même plan quand on l'incline: la clef t , qui a un mouvement de charnière dans la mortoife du grand montant en K, & qui eft traverfée par la vis F, du petit montant appuie fortement fur la pierre qui forme le defîïis du moule, 8c empêche quelle ne fe fépare de la pierre qui en fait le deflous.
- La Fig. ij6. repréfente les pièces des Fig. 14. & 15 , réunies comme elles doivent l'être * 8c on les a cottées des mêmes lettres pour qu'on puifle les reconnoître plus aifément. ^
- La Fig, 17. repréfente les Figures 12 , 13, 14, 8c 1 y, réunies ; ou, ce qu! eft la même chofe, le moule hhyoo, dans fon chaflîs de charpente ; de forte que s'il étoit pofé dans la fofîe, il ne s'agiroit que de l'incliner pour couler le métah
- La Fig. 18, fait voir comment on ouvre le moule pour retirer la table de cuivre en relevant la pierre 00 de deflus. hh eft la pierre de deflous : P Q ,, font les barres qui forment le vuide du moule*
- Fig. 19. Table de cuivre retirée du moule.
- Fig. 20. Tampon de filafle qu'on metfiir le métal fondu, qui eft dans les Creufets, pour l'écumer avant de couler, & après qu'on a ôté les greffes erafles avec le crochet C, Fig. 11.
- Ce que nous venons de dire fur la façon de fondre les tables de cuivre jaune à Ville-Dieu, doit être fuffifàmment clair, fur-tout pour ceux qui auront lû le Mémoire de M. Gallon; ainfi je ne m'étendrai pas davantage fur cet objet.
- Le Maître-Ouvrier eft payé à raifon de 20 fols par chaque fonte ; ce qui fait environ 40 fols pour chaque cent pefant de cuivre fondu en table» Les Ouvriers qui font mouvoir les foufilets, ceux qui arrangent les moules, qui coulent le métal, 8cc. gagnent deux fols fix deniers par heure de travail.
- Maniéré de battre le Cuivre jaune.
- Lorsqu’une table de Laiton eft retirée du moule, 8c qu’elle eft refroidie,’ on la partage en plufieurs tablettes quarrées ou oblongues, fiiivant l’ufàge Calamine, R
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- 66 ART DE CONVERTIR LE CUIVRE
- auquel on les deftine. Les Ouvriers ont différens calibres qui en déterminent les dimenfions : on les recuit par une chauffe un peu vive ; puis quand elles font refroidies, on les bat fur une enclume pofée, comme l'indique la Figure 21, fur un madrier affez mince, foutenu par les deux pièces de bois c d. L'élafticité du madrier fait que les bras de ceux qui manient le marteau ( Fig. 23 ) en font moins fatigués. La tête e de ce marteau eft large, peu épaiffe & un peu bombée ; un autre Ouvrier tient la tablette, & la conduit fous les coups du marteau : ainfî deux Ouvriers font employés à cette opération. Après qu une tablette a été martelée fur toute fa furface, on la fait recuire ; mais on la chauffe un peu moins que la première fois. On la laiffe refroidir, on la bat de nouveau fur l'enclume, 8c on continue ainfî à battre 8c à recuire alternativement jufqu’à ce que la tablette ait pris l'étendue 8c la forme qu'elle doit avoir. Le marteau (Fig. 22) fèrt à dégauchir la piece : pour cela un Ouvrier la bat avec la pointe h, puis il la préfente fur l'enclume à celui qui mene le marteau de la Figure 23.
- Comme il fe rencontré des Laitons qui font aigres & peu duétiles1, on les rend plus traitables en y mêlant de la mitraille de Flandre, qui adoucit les fontes des vieux Cuivres. L'habileté des Fondeurs confïfte à bien faire ce mélange , & fur-tout à connoître le degré de chaleur qu’il faut donner à la fonte. Pour s'en rendre plus certains, ils prennent avec une cuillier une petite portion de'métal en fufion, qu'ils verfent fur une pierre; & quand cette couche mince eft refroidie, ils la battent à froid. Si elle rompt, ils continuent la fufion, ou ils y ajoutent un peu de mitraille de Flandre : car fl l'on donnoit trop de chaleur, la partie métallique de la Calamine, qui eft du zinc, fe diflîperoit, & il ne refteroit plus qu'un métal aigre, qui fe romproit plutôt que de s'étendre. -
- De la maniéré de fondre le Cuivre rouge.
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- On pourroit fondre le Cuivre rouge dans les fourneaux que nous avons décrits pour la fonte du Cuivre jaune ; mais comme le rouge eft beaucoup plus aifé à fondre que celui-ci, on employé d'autres moyens dont nous allons
- Le Cuivre rouge fe peut battre, & à chaud, & à froid. Il ne devient pas aigre & caftant comme le Cuivre jaune ; ainfî il feroit très-difficile de le rompre en petits morceaux, comme nous avons dit qu'on faifoit le Cuivre jaune : on fe contente donc de le rompre par grandes pièces, que l'on plie en différens fens fur une enclume ; ou bien, quand les pièces font minces, on les plie & replie pour qu'elles foient d'un volume propre à entrer dans les oreufets. On peut encore les couper avec des cifailles.
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- EN LAITON, &c. 67
- Il y a en général deux maniérés de fondre le Cuivre rouge.
- Les uns ( PL XVîl fig. r) le fondent dans des creufets, & avec des fourneaux à vent élevés au-deflus du terrein, comme les forges ordinaires, au-deflous de£ quelles il y a une cavité ou évent qui anime le feu fins le fecours des fou filets. On y met des creufets moins grands que ceux qu'on employé pour le Cuivre jaune. On ne coule point le Cuivre rouge en table : commeil eft très-duétile, fur-tout quand il eft chaud, on l'étendious le marteau pour le mettre en table ; ainlî quand le métal eft fondu, on le verfe dans de petits moules ou pots de terre de forme hémilphérique, & de grandeur proportionnée aux ouvrages qu'on veut faire ; ils font ordinairement de la groffeur du poing.
- L'autre maniéré de fondre le cuivre rouge eft plus commode : on ne fe fert point de creufets, parce qu’il y a au milieu du foyer, qui relfemble à une forge ordinaire A , figures 2 & 3, un enfoncement qui forme comme un grand creufet, dans lequel on met à la fois la mitraille & le charbon ; on borde cette cavité avec des briques B, arrangées tout autour de la foffe, & on anime le feu par des fouffiets C, qui quelquefois font mis en mouvement par un courant d’eau. A mefure que le métal fe fond, il tombe au fond du creufet fous le charbon, où on le puife avec des cuilliers, fig. 4, pour le verfer, foit dans les moules de terre dont nous venons de parler, foie dans d'autres moules, lorfqu'il eft queftion de faire des ouvrages qui exigent des formes particulières. Quand on veut faire des tables de Cuivre rouge, on porte les culots qui ont été fondus dans les moules , & pendant qu'ils font encore fort chauds, avec des tenailles, fig. y ,6 <ùrj9 fer des enclumes, pour les travailler ,fig. 8.
- De la Japon de battre & d'étendre la Rofette ou Cuivre rouge.
- On a coutume de battre le Laiton à bras, comme je l'ai déjà dit. Je ne fçais pas quelle eft la raifbn qui empêche qu’on ne le travaille fous les gros marteaux ou martinets, comme on le fait à Namur. On prétend que cette mitraille refondue eft trop aigre. A l’égard du Cuivre rouge, on fait chaufferies culots mo ulés dans de petits pots ; &, avant qu’ils foient refroidis, on les porte fur l’enclume avec des pinces : car, comme je l'ai déjà dit, le Cuivre rouge fe peut battre à chaud & à froid. Seulement il s’écrouit ; mais, pour lui rendre fi duétilité, il ne s’agit que de le recuire de tems entems, comme on fait le Cuivre jaune : on le bat fous de gros marteaux que l’eau fait mouvoir. En conféquence, un Ouvrier,^. 8, conduit la piece fur l’enclume & fous le marteau; un autre Ouvrier,^, y, fait chauffer & recuire à la forge A,fig. 1, le Cuivre forgé, & il le porte fur l’enclume. On chauffe ainfi & on bat à plusieurs reprifes jufqu'à ce que les pièces ayent reçu l’étendue & la forme qui eft
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- convenable pour Fufage auquel elles font deftinées. C’efl: le même arbre mû par l’eau 'qui fait agir les foufflets C,fig. i.
- Comme M. Gallon a très-exaélement décrit le travail du Cuivre fous les martinets, je ne m'étendrai pas davantage for cette manœuvre.
- Il y a à Ville-Dieu beaucoup de Chaudronniers qui font toutes fortes d’ouvrages de Chaudronnerie, tant en Cuivre rouge qu’en Cuivre jaune. Le Cuivre rouge , au fortir du gros marteau, fe vend à peu près 32 fols la livre ; le Cuivre jaune, environ 3 f. de moins ; Sc les ouvrages de Cuivre jaune travaillés, 40 fols la livre. Les machines font établies fur la petite riviere de Sienne à une lieue de Ville-Dieu.
- Du Potin.
- Parmi les mitrailles qu’on porte à Ville-Dieu, il fe trouve ce qu’on nomme du Potin : on appelle ainfi un mélange de Cuivre jaune, de Cuivre rouge Sc d’autres métaux, qui les altèrent & les aigrilfent. Comme ce métal ne peut pas être étendu fous le marteau, ni à chaud, ni à froid, on le fépare foigneu-fement de labonne mitraille ; on le fond à part, Sc on le coule dans des moules pour en faire des chandeliers, des mouchettes, Sc d’autres ouvrages de peu de conféquence , qu’on répare groflîérement à la lime. Comme la façon de faire les moules avec de la terre & du fable appartient à l’Art du Fondeur, je ne m’étendrai point ici for cet article, non plus que for les beaux ouvrages de fonte très-artiftement réparés, qui fo font dans ce même endroit, où il fe trouve d’habiles Ouvriers pour les exécuter.
- On convertit de la Rofette en Laiton aux environs de Limoges. La Rofette fe tire de Baigori & de Saint-Bel; & l’on y employé de la Calamine qu’on trouve dans le Limoufin, au terroir d’Ayen. Comme on y fuit les mêmes procédés qu’à Namur, où i’établiflement eft bien plus confidérable, je n’entrerai dans aucun détail for cet objet.
- On voit for la Planche XVll> fig. 9 , la machine qui fait jouer les marteaux; fig. 10, la partie de cette machine qui fait jouer les foufflets ;fig. 11, un billot de bois fur lequel on bat de temsentems les tablettes, pour les drelfer ;fig. 12, les briques qu’on met en B fig. 2 & 3 , pour augmenter la grandeur du fourneau ;fig. 13 , le grand creufet A fig. 2 <£r 3 ; fig. 14, des pots de terre de dif férentes grandeurs, pour mouler le cuivre rouge.
- FIN.
- EXPLICATION
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- EN LAIT O N, &c.
- EXPLICATION
- De plufieurs Termes d'Art qui font en ufage, ou à Namur > ou
- à Fille-Dieu*
- A
- jAlrco. Grenailles de cuivre qu’on tire des écumes ôc des craffes du cuivre fondu.
- Arène. Canal pratiqué dans les Mines pour faciliter les épuifements.
- Argue : forte machine dont les Tireurs d’or fe fervent pour dégrollir un lingot de métal, pour le faire enfuite paffer par de groffes filières.
- Attrape : Pince coudée*
- B
- Banne : c’efl une voiture Jaugée ~9 qui contient iS queues de charbon*
- Bourriquet : efpece de banc qui fert à foutenir les branches des tenailles.
- Braïsine : on appelle ainfi à Ville-Dieu un mélange d’argille & de fiente de vache * dont on enduit les pierres des moules.
- Bures : puits pratiqués dans les Mines, pour l’extraélion de la calamine , & pour les épuifements, ôc encore pour donner de l’âir aux travailleurs. On nomme ceux-ci : Bures, d'airage.
- c
- Caillou. Voyez TiouL Cave : les Mineurs nomment ainfi une Mine fubmergée.
- Chasses : galleries fouterreines, que l’on pratique pour l’extra&ion de la calamine.
- Cisailles : grands cifeaux à deux branches qui fervent pour couper les métaux.
- Cure. On appelle ainfi à Ville-Dieu une opération qui confifle à Couvrir l’intérieur des moules avec de la fiente de vache > qu’on étend avec un balai*
- E
- \
- Egougeoires : crevaffes par lefquelles l’eau des Mines fe perd dans les terres.
- Etau : on nomme ainfi dans les Tréfile-ties une pièce de bois fur laquelle on lime ou l’on martelle le bout du fil, pour le faire entrer dans la filiere. C’efl YEtibau des Epin-gliers.
- Etnet ou Etnettë : forte de pince* Il y en a de droites ôc de coudées*
- Calamité*
- F
- Fourrure : on appelle ainfi une pyramide de chaudrons qui entrent les uns dans les autres. Il y a de ces pyramides qui contiens nent trois ou quatre cents chaudrons*
- H
- Havet î outil de fer terminé en forme de crochet.
- J
- Jointèe. Une jointée eft ce qu’on peut tenir dans les deux mains rapprochées l’une de l’autre, de façon que les deux petits doigts fe touchent*
- L
- Laiton : fynonyme de Cuivre jaune;
- Lissoir : outil de fer qui fert à polir leS ouvrages de Chaudronnerie, aux endroits où il y a des moulures.
- F
- Plattes. On appelle ainfi les planches de cuivre bien dreffées, & mifes d’une égale épaiffeur dans toute leur étendue.
- Polichinel : efpece de palette recour*; bée. t
- Pouppe : peloton de mitraille raffemblée en forme de boule, pour la mettre dans les creufets. A Namur ? une pouppe pefe envi* ron quatre livres*
- R
- Rosette : fynonyme de Cuivre roügei
- S
- Spiüre de Hoüille : on appelle ainfi le poufiler du charbon de terre*
- T
- Talc. On nomme ainfi à Namur du fuif de Mofcovie, qui fert à grailler le fil avant de le faire paffer par la filiere.
- Tenailles : les tenailles doubles fervent à tranfporter les creufets.
- Tilla* Les Fondeurs nomment ainfi une
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- efpece de brique faite de terre à creufet.
- Tioul : pièce de fer applati, & emmanché de buis comme un cifeau de Menuifier. Cet outil fert à écumer le métal fondu* TréfileriEj ou Tirefilerie, ouTrifi-lerie5 Machine pour tirer le laiton à la filiere.
- Tutie. C’eft la fublimation qui fe fait du cuivre jaune quand on le fond, ôc qui s’atta-
- che à l’intérieur des fourneaux. C’eft en grande partie des fleurs de zinc.
- U
- Usine : on appelle ainfl, dans l'exploita-tion des Mines, une machine qui fait jouer un certain nombre de marteaux pour battre le cuivre.
- ADDITION.
- Nous avons dît que la converfîon du Cuivre rouge en Cuivre jaune aü moyen de la Calamine, étoit produite, au moins en grande partie, par le Zinc qui fe trouve dans la Calamine ; auffi c’eft avec le Zinc que Ton parvient à donner au Cuivre rouge une couleur très-approchante de celle de FOr : ce métal compofe eft connu fous le nom de 'Tombac. Nous ne nous étendrons point for cet alliage ; il nous fofüra de renvoyer à un Mémoire de M. Geoffroy, qui eft imprimé dans le Volume de FAcadémie Royale des Sciences de F Année
- F i if de la Calamine,
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- EN L A 1 T O N, &c. yt
- ADDITION au Travail du Cuivre ; ou Description de la Alanu-* facture du Cuivre de AI. Raffane au, établie près d’EJfone*
- Par M. DUHAMEL DU MONCEAU,
- LË Traité que nous venons de donner étant prefque achevé d’imprimer* j'ai appris qu'il y avoit près d’Effone une Manufacture où l'on travailloit le Cuivre pour le difpofer à faire tous les ouvrages dont les Chaudronniers ont béfoin pour leur commerce. J’ai cru qu’avant de faire paroître l’Art que nous préfentons au Public , il convenoit de voir par moi-même les travaux de cette Manufacture, fituée dans un^endroit qu’on nomme le Moulin-Galand. M.Raffaneau, Propriétaire de cette Manufacture , m'ayant fait voir avec toute la politeffe polîible ce bel établiflement, j'y ai remarqué plufieurs in-* duftries qui ne s'emploient ni à Namur ni à Ville-Dieu. Comme on a vu précédemment la defcription de ces belles Manufactures, je m’étendrai peu fur celle-ci, je ne parlerai feulement que des pratiques qui lui font particulières.
- Cette Manufacture eft divifée en trois pièces ; dans celle du milieu font les roues à aubes; & aux deux cotés deux ufines, dans chacune delquelles font trois marteaux* deuxfburneaux, dont l’un eft pour fondre, 8c l’autre pour recuire ; des cifailles, Scc» \
- On ne travaille au Moulin-Galand que des Rofettes du Lyonnois, qui viennent des mines de Saint-Bel 8c de Cheflî. Ce métal eft d’une excellente qualité. On le fait fondre, comme à Ville-Dieu, dans un fourneau ( Planche XVIIL fig. i ) pêle-mêle avec du charbon de bois. On en tire le métal fondu avec une cuillier, & après avoir écume les craffes , on le coule dans des moules de Cuivre (fig. i ) qu’on a enduits en dedans d’un peu de terre graife paitde avec de la bouze de Vache; & pour que la fonte fbit plus régulière, on met dans le moule deux onces de plomb fur 120 à rjo livres de Cuivre : les Fondeurs prétendent que cette petite quantité de plomb rend le bain plus uni & le métal plus doux. Le plomb mêlé avec le Cuivre, à raifbn de 8 ou 10 par cent, fait un métal fort aigre ; apparemment qu'il n’en eft pas de même quand l’alliage eft de un fur 1000 : car je fçai que le Cuivre qu’ils travaillent eft fort doux.
- Il eft rare qu’on ait à battre une aiTez grande 8c une alfez épaifle table de Cuivre pour y employer un gâteau entier ; c’eft pourquoi on le coupe par tranches, comme on le voit Figure 4, qu’on recoupe encore par morceaux, ainfi qu’il eft repréfenté par la Figure y.
- Pour couper les gâteaux, on les fait rougir dans un grand feu de charbon
- de bois, animé par de grands foufHets : ce fourneau eft tout-à-fait femblabie
- Calamine. T
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- 72 ART DE CONVERTIR LE CUIVRE
- à celui de la Figure i, excepté qu'il n’y a point de creufet pour recevoir le métal fondu. On met donc rougir un gâteau ; on le retourne plufieurs fois ; & quand il eft bien rouge & bien chauffé jufqu'au centre, on le porte avec les tenailles (Figure 6)1ur l'enclume ( Figure 7) ; on fait jouer le gros marteau , qui, en quelques coups, applanit l’endroit qu'on veut couper , & un Ouvrier pôle deflùs une tranche femblable à celle de la Figure 8 : ce gros marteau, en frappant fur cette tranche, entame le gâteau qui eft bientôt coupé : on coupe en premier lieu la tranche x ( Figure 4 ) ; puis la tranche 2 ; enfuitela tranche 3 , &c. A mefure que ces tranches font coupées, un Ouvrier les reporte au feu ; & comme elles font encore très-chaudes, elles font bientôt en état d'être recoupées par morceaux, 1,2,3,4, (fig. 5 ). On reporte ces morceaux au feu; un Ouvrier en prend un qu'il porte fur l'enclume (fig. 7) ; il commence par rabattre les angles fous le gros marteau, puis fàififïànt le morceau avec deux petites pinces Fig. 9 , il l’applatit, en le tournant continuellement fiir l’enclume & fous le gros marteau, dont le côté qui frappe eft arrondi. Si l'on fe propofoit de faire une table quarrée, on n’abattroit pas les angles ; mais après l’avoir réduite à peu près à fon épailfeur, on la porteroit fur l’enclume (fig. 10), dont la table eft bien dreffée, ainfi que le marteau qui eft plat : on n’a point repréfenté ce marteau dans la Figure, parce qu’il auroic caché les cîfailles qu’on veut faire remarquer. La table fe trouve planée affez régulièrement fous ce marteau; mais pendant qu’elle eft encore chaude*, on la met fur une forte plaque de fonte fixée fur le plancher, & avec des marteaux à main on renfonce les bofles qui pourroient y être.
- Soit que les tables foient rondes ou quarrées, il les faut rogner : cette opération fe fait à bras, parce qu’on ne rogne à la fois qu'une piece qui n’a pas ordinairement beaucoup d'épaiftfeur. (
- La cifaille eft précifément comme celle qui eft repréfentée dans la Fig. ir. La branche AB> de cette cifaille, eft folidement affujettie dans un gros billot de bois fceilé en terre ; la branche CD, eft mobile : un ou deux Ouvriers , fuivant la groffeur des pièces, préfentent chaque piece aux taillants de la cifaille : un, deux ou trois hommes, fuivant TépaifTeur du métal, appuyent fur la branche D, 8c font agir le taillant mobile. Quand les pièces font rognées, fuivant les traits qu'on y a précédemment tracés , on les porte au Magafin, fi elles doivent refter plattes ; mais fi elles doivent être embouties ou creufées, comme celles pour les Cafleroles, les Chaudrons, &c. on prend la plus grande de toutes, fur laquelle on en met 6,7,8, ou un plus grand nombre d’autres : la plus grande plaque fe nomme la Mere, les autres les Filles. On les fait rougir; après quoi deux Ouvriers les portent fur l’enclume, Fig. 7 : un de ces Ouvriers commence à relever les bords de la Mere avec un petit marteau à main, Fig. 12 ; le gros marteau achevé d'applatir les bords qui ont
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- été relevés, & qui fervent à aflïijettir toutes les Filles. On met rougir le paquet entier de ces pièces; & on le porte fur l'enclume’à emboutir (Fig. 13 ou Fig. 14), dont la table eft inclinée à l'horifon. L'Ouvrier étant aflis, & tenant le paquet avec deux pinces, fait frapper le marteau à emboutir, d'abord au milieu du paquet, enfuite vers les bords; & en tournant continuellement ce paquet, il le creufe foit en rond, foit en ovale, félon qu'il le juge à propos. Mais comme il faut incliner plus ou moins ce paquet, & qu'il ne pourroit pas le gouverner avec ces deux pinces, il s'aide d'un chalîîs de fer A, qui eft à charnière dans le boulon B, & qui vers le bout C, eft attaché par une corde qui paffe dans une poulie D, & au bout de laquelle eft un étrier E, que l'Ouvrier palfe dans un de fes pieds, comme on le voit dans la^Figure 13, Il eft évident que quand cet Ouvrier appuyé fur l'étrier, il éleve le chaffis A ; & comme la pile d’Ouvrage eft couchée fur le chaflls, il peut l’incliner plus ou moins fur l'enclume. Comme il y a des pièces plus ou moins grandes à emboutir, l'Ouvrier fubftitue les chaftis G ou F au chaflis A> lorfque les pièces font plus petites. On eft étonné de voir avec quelle promptitude 7 ou 8 pièces font embouties à la fois par ce gros marteau, qui leur donne la forme d'une calotte. Pour dégager ces pièces des plis faits à la Mere pour les retenir, on coupe les bords de ce paquet; mais comme il faut trancher une grande épaifleur de Cuivre, il ne feroit pas poffible de faire agir la cifaille à bras > telle que celle que nous avons décrite en parlant de la façon de rogner les tables fimples du Mémoire de M. Gallon. Pour faire mouvoir cette ci-faille , on employé à Namur un grand levier, auquel font appliqués J ou 6 hommes : ici il n’en faut aucun pour faire agir la cifaille ; c'eft Peau qui opéré cette force. On ajufte au même arbre qui fait jouer les marteaux trois cames ou levées E, Figure 11, qui en appuyant fur la branche mobile de la cifaille D > fuppléent à la force de plufieurs hommes pour la faire baiffer, & fermer les lames qui coupent le Cuivre. Ces cames font aulîî bailfer la piece de bois F, qui roule fur le tourillon Gy & élever le bout H; quand la came a échappé la branche D de la cifaille, le poids de la partie H de la piece F H, releve la branche D, & ouvre la cifaille ; de forte qu'un feul homme peut rogner une pile de cafferoles ou de chaudrons, comme on le voit dans la vignette.
- Quand une pile eft rognée, on tire & on fépare toutes les pièces qui la formoient ; & afin que le fond des chaudrons ou calferolles foit moins arrondi, & prennent la figure qu'on veut leur donner, on les bat les uns après les autres avec le marteau de la figure iy , fur une enclume platte, ou fur une creufée en goutiere (Fig. 16).
- Pour tous les Ouvrages qu’on fait fous les gros marteaux, il faut que ces marteaux frappent plus ou moins fort & plus ou moins vite; pour y parvenir
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- un Ouvrier éleve ou abailîe le levier ( Fig. 17 )> qui répond à la vanne, Sc qui donne plus ou moins d'eau fur la roue , ce qui précipite ou ralentit le mouvement des marteaux.
- On a foin de ramalfer dans l’Attelier tous les fragmens de Cuivre ; mais comme il n'ell pas poffible qu'il n’en relie dans les ordures, & lurtout dans les cralfes de la Fonderie , pour ne rien perdre de ce métal, on pulvérife & on lave les crallès. Pour cette opération, on ménage un petit courant d'eau A, ( Fig. 18 ), dans lequel on jette peu à peu les cralfes, qui font pilées dans leur palfage par un marteau B, qui agit lentement. Comme ce courant d'eau ne coule pas rapidement, les cralfes légères font emportées par l'eau, Sc le métal relie dans un enfoncement deftiné à les recevoir : la manivelle D, que l'arbre C fait tourner, fait mouvoir des foufflets par des renvois que nous ne décrirons point ici, parce quils diffèrent peu de ceux que l’on voit dans les autres Ufines.
- Outre deux Atteliers pareils à celui que nous venons de décrire, Sc dans lefquels on travaille jour & nuit, il y a encore dans la Manufaélure de M. Raffaneau une Forge, Sc un Taillandier entretenu pour faire les étriers, les brides, les cames, &c. Sc pour réparer les outils. On y voit auffi des Magalins où l’on dépofe les matières, &les Ouvrages qui ont été travaillés.
- FIN*
- explication
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- EN LAITON, 4fc>
- EXPLICATION des Figures des Planches 1 a XF, relatives au Mémoire de M. GALLON, fur la couver [Ion du Cuivre rouge ou Rofètte * en Cuivre jaune ou Laiton.
- O MME toutes ces Figures ont été déjà exactement expliquées dans îé Mémoire de M. GALLON, je n en donnerai ici qu une Explication très-abrégé e.
- Nota. On a réuni detfx Planches fur une même feuille, mais on a eu foin de conferver exadenlent les cottes de l’Auteur.
- Planchel Carte du territoire où eft établi la Manufacture décrite
- par M. Gallon.
- PLANCHE IL Figure i. Pile de bois Sc de Calamine où ce minéral doit être rôti. ABC, élévation : F G, plan de cette pile.
- Figures 2,3 & 4. Maniéré de pulvérifer la Calamine avec des meules tour-' nantes IL, mues par un cheval : P, endroit où l’on met le minéral : O » Ouvrier qui pouffe le minéral fous les meules.
- Figures j , 6 Sc 7. Efpece de Bluteau pour tamifer la Calamine après qu elle a été pulvérifée.
- PLANCHES III & I FI Attelier où Ton fond la Rofette avec la Calamine, Sc dans lequel on jette en moule le Laiton pour en faire des tables.
- La Figure 1 de la Planche IV fait voir le plan du tout: ABC, le Fourneau enfoncé en terre & qui contient huit creufets : G H, endroits où Ton écume les creufets : 1KL, moules de pierre dans lefquelson coule la Calamine t N, roue donc Taxe eft un treuil qui fert à lever la pierre {upérieure du moule.
- Toutes ces chofes font repréfentées en élévation & en perfjaeétive fur la Planche III; on y voit aufli les Ouvriers en aétion : les mêmes lettres indiquent les mêmes objets.
- La Figure 2 de la Planche JF, eft la coupe verticale du même Attelier ; on y voit la coupe du fourneau C, du trou G, d’un des moules L, du moulinet OA de la roue Sc du treuil N, Sc de la cifaille P, &c.
- PLANCHES V & VL On a repréfènté fur ces deux Planches ce qui concerne le fourneau de fufîon, deffmé plus en grand Sc avec des détails. A > les creufets: B, C, D, E, F, G, H,0 > M> &c> tenailles, fourgons, crochets, dont il eft parlé dans le Mémoire : P,Q,R, efpece de tour pour, faire les creufets : V, X, Y, vaiffeaux pour tranfporter les matières : Z, brouette.
- Les Figures de la Planche VI, font voir dans le plus grand détail la difpo-fition & la conftruétion des fourneaux où l’on fond le Cuivre & la Calamine.
- PLANCHES VII & VI1L Sur la Planche VII on voit ,fig. 1, des profilspréfentés fous différents points de vûe, du moule où Ton coule le Laiton.
- La Figure 4 contient le développement des pièces dont la réunion forme le moule.
- On voit Figure 2, des Ouvriers en aétion, qui dreffent Sc qui décraflent les pierres qui forment la partie principale du moule,
- On a repréfenté dans la Figure 3 , comment on fait agir la cifaille qui fert à couper les tables de Laiton.
- La Planche VIII, repréfente le plan de P Attelier où Ton bat le Laiton fous les gros marteaux ou martinets.
- Calamine,
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- 76 ART DE CONVERTIR LE CUIVRE,
- à
- PLANCHES1X&X. On voit fur la Planche IX une coupe de l’Attelier où Ton bat le Cuivre.
- Sur la Planche X> Figure I, une coupe de la même Ufine, prife fur un autre fens.
- Les Figures 2, 3 repréfentent des parties détachées de cette même Ufine, qui font repréfentées en perlpeélive; Sc les Ouvriers en travail, fur la Fig me y de la même Planche.
- PLANCHES XI Ù* XIL La Planche XI > fig. 1, fait voir comment on tourne les chaudrons après qu'ils ont été emboutis.
- L'Ouvrier, fig. 2, coupe le Cuivre par lames étroites pour le dilpofer à être pafle à la filiere.
- Sur la Planche XII, on voit une coupe Sc un profil de la tréfilerie : cet Attelier eft formé de deux étages. Tout ce qui eft compris dans cette Planche eft repréfenté d'une façon plus fenfible fur les planches fuivantes.
- PLANCHE XIII. En fig. 1 repréfente la partie de cette Ufine qui occupe le rez-de-chauffée ; & la jfig. 2 > ce qui eft établi dans le premier étage.
- PLANCHES XIV & XV. Ces Planches repréfentent des parties détachées de la tréfilerie, deffinées plus en grand, Sc qui font abfolument néceffaires pour l'intelligence des figures qui font for les Planches précédentes. La fig. 2, Planche XIV, & la fig. $ Planche XV, font for-tout très-propres à faire comprendre la relation qu'il y a entre les parties de la tréfilerie qui font établies au rez-de-chauffée , Sc celles du premier étage.
- EXPLICATION des Figures des Planches XVI & XV11% qui ont rapport au travail de la Fabrique de Cuivre à VILLE-DIEU, en Normandie.
- pLANCHE XVI, Figure i. Cheminée où Ton fait rougir la mitraille; l'on voit à côté la difpofition du foufftet qui répond au fourneau de fufion, dont A eft la bouche.
- Ftgure 2. Ouvrier qui rompt for une enclume de la mitraille de Cuivre rouge, qui a été rougie au feu afin de la rendre plus facile à rompre.
- Figure 3. Ouvrier qui verfe le métal fondu dans un moule.
- Figure 4. Ouvrier qui entretient le moule incliné convenablement pour recevoir le métal.
- La Figure 5 fait voir comment l’Ouvrier agit for le treuil pour foulever la pierre qui recouvre le deffus du moule.
- Figure 6. Conftruélion du fourneau bâti & enfoncé en terre.
- Figure 7. Couvercle du même fourneau.
- Figures 8, ÿ Sc 10. Coupes du même fourneau.
- On voit dans la Figure 11 les différens outils dont fe fervent les Fondeurs.
- Figure 12. Pierre qui forme le deffous du moule.
- Figure 13. Pierre qui en forme le deffus.
- Figures 14 & iy. Pièces de Charpente qui fervent à aflujettir les pierres qui forment le moule : ces pièces fe voyent réunies dans la Figure i<5; Sc l'on voit, Fig. 17, les pierres du moule dans cet affemblage de charpente.
- Figure 18. Pierre du deffus du moule, relevée for le chan pour pouvoir retirer la table de Cuivre Fig. 19 qui vient d'être fondue, Sc après qu’elle eft refroidie.
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- E N L A 1 T O N, &c. 77
- Figure 20. Tampon de filafîe dont on fe fèrt pour enlever les crafïes do la fuperficie du métal fondu dans le creufet.
- Figure 2 r. Enclume fur laquelle on bat à force de bras le Cuivre jaune. Cette enclume eft pofée fur le milieu d’un fort madrier, dont les bouts portent fur deux chantiers, le reffort que donne ce madrier foulage > dit-on, les Ouvriers.
- Figures 22 & 23. Différents marteaux qui fervent pour emboutir le Cuivre jaune , qu’on bat à bras dans les Manufactures de Ville-Dieu.
- PLANCHE XVÎL Les Figures de cette Planche repréfentent le tra^ vail de la Rofette ou Cuivre rouge tel qu’il* fe fait à Ville-Dieu.
- Figure 1. Fourneau de fufion avec le fouffiet qui anime le feu : on fond quelquefois le métal dans plufîeurs creufets , d’autres fois on met le métal pêle-mêle avec du charbon de bois dans un feul grand creufet (fig. 2 & 3 ) ; quand il eft fondu on le puife avec une cuillier (fig. 4) pour le verfer dans de petits moules de terre.
- Figure 3. Coupe du fourneau.
- Figure 5. Ouvrier qui porte un culot de Cuivre fondu, & encore tout rouge, fur l’enclume du gros marteau.
- Figure 6. Les tenailles & le culot repréfentés en grand.
- Figure 7. Tenailles.
- Figure 8. Ouvrier qui conduit une pièce de Cuivre qui doit être applatie lût l’enclume & fous le gros marteau.
- La Figure 9 repréfente la roue à Aubes, fon arbre garni de cames, lé gros marteau & l’enclume.
- Figure 10. Manivelles attachées à l'arbre & qui font jouer les foufflets* comme on le voit dans la vignette.
- Figure II. Enclume 8c fon billot.
- Figure ia. Briques qui fervent à augmenter la capacité du creufet dès Figures 2 8c 3.
- Figure 13. Grand creufet dépouillé de la maçonnerie dans lequel il eft contenu.
- Figure 14. Moules de différentes grandeurs dans lefquels on verfera le métal fondu.
- E X P L1 CAT 10 N des Figures de la Planche XVIll,qui a rapport à la JVlanufaSture de Dinanderie *, ou Chaudronnerie de M. Raf faneau,près Ejjbne.
- J? 1GURE 1. Fourneau pour fondre le Cuivre tel qu’il arrive des mines. A> creufet ou cavité dans laquelle fe raffemble le métal fondu : B, les foufflets 2 C, tas de charbon : D, baquet rempli d’eau pour arrofer le charbon.
- Nota. Le Fourneau dans lequel on fait recuire les pieees eft tout-à-fait femblable, excepté qu’il n’y % point de creufet comme au premier.
- Figure 2. Moule de Cuivre dans lequel on verfe le métal fondu*
- Figure 3. Gâteaux qui ont été tirés du moule.
- * Le terme de Dinanderie, qui a paflfé dans le Commerce , vient, à ce qu’on prétend , de ce qu’autrefois on faifoit beaucoup d’ouvrages de Chaudronnerie aux environs de Dinan. Je ne fâche
- pas qu’il y ait aujourd’hui de grandes Fabriques dé cette efpece ni à Dinan en Bretagne, ni à Dinant dans le pays de Liège*
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- 78 ART DE CONVERTIR LE CUIVRE, &c.
- Fimre 4. Un de ces gâteaux, qui doit être divifé par tranches, 1, 2,3,4
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- Figure 5. Une de ces tranches, qui doit être recoupée en quatre parties.
- Figure 6, Fortes tenailles ; les unes font droites, les autres courbes ; elles fervent à manier les grofles pièces de Cuivre qui ont été chauffées.
- Figure 7. Enclume 6c fon gros marteau : un Ouvrier coupe fur cette enclume un gâteau de Cuivre avec une tranche.
- Figure 8. Tranche deffinée en grand : A, eft la poignée; B, eft la partie tranchante.
- Figure 9. Pinces dont on fe fert pour manier les pièces légères : les Ouvriers en tiennent prefque toujours une de chaque main.
- Figure 10. Enclume pour planer. On n’a repréfenté quune partie du manche du marteau pour laifïer appercevoir la fig. il. Ce marteau eft plat par deflous ; au lieu que celui de la.figure 7 eft arrondi.
- Figure 11. A la Vignette ér au bas de la Planche. Elle repréfente une forte cifailie que Peau fait agir. A B, branche fixe de la cifaille : CD, branche mobile : les cames E, en appuyant fur cette branche font fermer la cifaille , & en même-temps elles font baiffer la partie F de la piece de bois F H, qui roule fur le tourillon G, de forte que la partie H s’élève quand la partie Fbaifle ; mais quand la came a échappé la branche D de la cifaille, la partie H retombe par fon poids, éleve la branche D, & ouvre la cifaille. On voit ( Fig. 11 ) dans la vignette, un Ouvrier occupé à rogner une planche de Cuivre.
- Figure 12. Petit marteau qui fert à plufieurs ufages.
- Figure 13. Enclume 8c marteau fervant à emboutir ; avec un Ouvrier qui em-* boutit : cet Ouvrier, aflfis fur une chaife, tient avec deux pinces un paquet de cafîeroles fur l’enclume ; il a le pied paffé dans un étrier pour foulever plus ou moins le chaffis A, dont il s’aide pour tenir POuvrage dans une fîtuation convenable à fon opération.
- • Figure 14. Les pièces de la figure précédente repréfentées plus en grand : A , grand chaffis ; G chaffis plus petit : F, autre encore plus petit : B, boulon qui les aflùjettit : C, point où la corde eft attachée au chaffis : D, poulie dans laquelle pafle cette corde : E, étrier dans lequel l’Ouvrier pafle le pied : H, l’enclume à emboutir 8c dont la table eft inclinée.
- Figure 15. Marteaux & maillets qu’on mene à la main, pour perfectionner le fond des chaudrons 8c des cafleroles qu’on travaille affez fouvent fur une enclume en goutiere (Fig. 16 ).
- Figure 17. ( Dans la Vignette ) : levier qui répond aux vannes, pour faire frapper les marteaux fort ou précipitamment, félon le befoin.
- Figure 18. Petite machine fervant à laver les craffes : A, auget où l’on dépofe peu à peu les craffes, & dans lequel pafle un petit courant d’eau : B, marteau qui frappe fur les craffes pour les divifer : C, arbre qui porte à fa circonférence trois cames E, qui font agir le marteau B : D, manivelle attachée à l’axe de l’arbre, 8c qui fait agir des renvois qui répondent aux foufflets.
- Figure 19. (Dans la Vignette.) Balances dont les plateaux font de fer, faits en goutiere, & foutenus parades chaînes. Il y en a plufieurs dans chaque Attelier pour pefer à differentes reprifes le Cuivre qu’on travaille. La précifion avec laquelle ces Ouvriers parviennent à faire les pièces du poids qu’on leur demande, eft admirable.
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