Descriptions des arts et métiers
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- ART
- POTIER D’ÉTA
- Par M. Sàlmôn 3 Marchand Potier d’Étain, h Chartres.
- PREMIÈRE ET SECONDE PARTIE.
- D
- A PARIS,
- Chez MOUTARD, Imprimeur-Libraire de la Reine, de MADAME, de Madame Comtesse d’Artois, & de l’Académie Royale des Sciences, -rue des Mathurins, Hôtel de Cluni.
- M. DCC L X X X V I I I.
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- EXPLICATION ABRÉGÉE DES PLANCHES.
- PLANCHE 1.
- haut de la Planche reprêfente quatre Officiers Effayeurs , occupés à faire l’effai de l’Etain neuf entrant dans le Royaume.
- Le premier fait VËjfai à la Pierre.
- Le fécond jette des médailles pour les deux autres.
- Xe tioifième fait l’effai à la balance hydroftatique;
- Le quatrième au fimple trébuchet.
- La fig. 3 , dans la deuxième Vignette, eft un Maître Potief d’Etain faifant l’effai à la mouche fur le vieil Etain ; il en trouve de trois qualités , i , % , 3.
- Bas de la Planche, formes des lingots des différens Etains qui font dans le commerce.
- M, M, Etains de Melac.
- N, Etain en baillette, venant des Manufactures d’étamage.
- P , Etain des Indes.
- P , Gros faumons d’Angleterre.
- Q, Moyens.
- R, Petits.
- S , Etain de Siam.
- T , V , Pierre à effayer, & lingot d’eflai.
- X, Fer du Potier d’Etain.
- ÎY, la médaille entre les deux pièces de fon moule Z Z. PLANCHE II.
- Le haut de la Planche repréfente un laboratoire de Potier d’Etain , où quatre Ouvriers font occupés au jetage de plufieurs pièces de vaifTelle plate.
- Le premier , N°. 7, potaye un moule avec une broffe ou pinceau de crin.
- Le fécond , Np. 10 , jette de grands plats à la tenaille.
- Le troifième, NQ. 15 , qui vient de jeter une écuelle, la détache de deffus le noyau.
- Le quatrième , NG. 23 , qui vient de jeter un plat à la felle à vis , fait effort pour defferrer le moule, en faifant rentrer la vis dans Ion écrou.
- Nous n’entrerons point ici dans le détail de ces trois machines , parce que-nous l’avons fait ailleurs * pag. 378 & fuiv»
- Bas de la Planche.
- î , 2,3 * 4 $ 3 y 6, moule de plat ferré dans fa tenaille ; 7, lé
- : plat hors du moule ; 8, la chape ; 9, le noyau d’un moule d’écuelle; 10, l’écuelle même ; 11, moule de plat ovale à contour ; 1.2 , le plat forti du moule ; 13 , chape ; 14, noyau d’un moule de plaques ; B, 15 & 16, équerres de différentes ânclinaifons , pour placer dans ce moule , afin d’avoir des plaques toutes taillées.
- 37 & 18. Cuillers de fer.
- 39 & 20. Foffe & chaudière , toutes deux de fer fondu-. PLANCHE III.
- On voit dans la Vignette cinq Ouvriers, dônt deux aü fôuf-neau, & trois à l’établi.
- Le premier , N°. 2 , èpille un plat.
- Le fécond, N°. 3 , apprête à Vécouenne.
- Le troifième, N°. 6 , répare un plat ovale àù'grattoir fous bras.
- Le quatrième , N°. 7 , répare des oreilles d’écüelles; l’outil dont il fe fert eft un bruniffoir à deux mains.
- Le cinquième enfin, N°. 8, foude des réchauds à l’eau-.
- Bas de la Planche.
- Fig. 1. Plat oval à contours;
- 2. Compas de fer. 3. Equerre auffi de fer. 4. îlègle de hols.
- 5. Fer de cuivre. 6 & 7. Les deux parties d’un réchaud à l’eau.
- 8. Ce réchaud fini ; A À, boucles j B } trape»
- 9 & 10. Moule de la boucle C.
- ïi. Moule du tenon E.
- 32 & 13. Moule de la trape G;
- 1*4 & 15. Sorbetière avec fon couvercle. x6. Rouleau de bote fur lequel on la forme , à l’aide d’un maillet; 17, 18. Coupe de la forbetière & de fon couvercle.
- [19 , 20 & 21. Différentes fortes de fromages.
- 22& 23. Moule de la poire B.
- 24 & 25. Moule de l’abricot C.
- 26 & 27. Moule de la pêche D.
- 28. Réchaud ovale ;E , la trape ; F , une des boucles;
- 29. Petit réchaud rond; G , la trape ; H, une des boucles;
- 50. Cifailles appelées Forces.
- 31. Grattoir &. bruniffoir à deux mains..
- 32. Grattoir fous bras ; m, la lame à deux bifeaux.
- 33. Grattoir fous bras, demi-rond ; n, dos de la lame.
- 34. Grattoir rond , à deux tranchans o-.
- 35. Bruniffoir à vaiffelle ; p, la lame arrondie & polie fur foù épaiffeur.
- 36 & 37. Fcouennes droites, plates d’un côté , arrondies de l’autre.
- 38. Ecouenne courbe.)
- 39. Râpe demi-rondo.
- 40. Râpe plate.
- PLANCHE I V.
- Vignette.
- Fig. r. Ouvrier qui fait du paillon.
- 4. Ouvrier qui paillonne ; il tient le plat b avec Une tenaillé aU deffus d’un cagnard a , plein de feu.
- 6. Ouvrier dans l’attitude la plus avantageufe pour tourner la vaiffelle ; il a à côté de lui un fer de cuivre G, qui chauffe dans un petit fourneau 3 ; & un homme de journée 7 tourne la roue. Voy. le détail de ce tour , Chap. X -, pag. 79 & fuiv.
- Bas de la Planche.
- jFig. 1. Croifée ; À , la queue carrée qui entre dans l’arbre du tour ; B B B , crampons à clavettes.
- 2. Pièce de vaiffelle fnontée fur la croifée.
- 3. Le Mandrin.
- 4. Empreinte vue par-derrière; G, fa gaine.
- 5. La même, vue par-dedans ;DDD, trois crampons perdus dans le bois.
- 6. Calibre à cran , pour monter le plat fur le tour , afin d’eii rafer les bords.
- 7. Genouillère ; A, le mamelon ; B B, les cordons.
- 8 & 9. Calibres à boîtes, pour tourner les écuelles en dedans-.
- 10 & ir. Palette & marteau pour les emboîter.
- 12 & 13. Calibres à tourner les écuelles par-deffus.
- 14. Calibres à tourner les couvercles d’écüelles, tant en dedans quen deffus.
- 1$. Plat défe&ueux fervant de bloufe.
- i6 & 17. Tampon ou rouelle d’Etain, fur laquelle on centre 8k on attache la bloufe.
- 18. Tenaille àpaiUonner; À, les mors ;B, lesbranches;C , l’anneau qui les tient fermées»
- 19. Crochet carré.
- 20. Crochet pointu.
- 21. Saladier à côtes & godroiis.
- 22. 23 & 24. Cifèaux & gouges, pour former lés côtes Se godrons.
- Planché v»
- La Vignette fait voir cinq Ouvriers occupés de plufieurs opérations particulières aux pièces de poterie.
- Le premier -, N°. a , jette , tenant le moule ferré entré fes , genoux.
- Le fécond, N°-, 4 , reverche -, ayant devant lui, fur un établi -, le carreau à la réfine C , le pfein d’èpillures D, & le torche-
- Le troifièmè, N9. 3 j foude le haut au bas , pour former lè pot entier.
- Le quatrième , N°. 6, y fait une anfe, de la manière que les Ouvriers appellent jeter fur la pièce-.
- Le cinquième , N°. 7, arrange de la terre à pot aux deux bouts d’une anfe coulée à part, pour la fonder à Éétoffure.
- Bas de la Planche-.
- A , couvercle d’un pot à l’eau à cocarde fortant de fort moule.
- r» La chape ; 2 , le noyau de ce moule.
- 3 , 4, 5 , 6, quatre pièces du moule dé charnière pour ces couvercles; B, le moule tout monté fur le couvercle même;
- C, là charnière ifolée ; D , le haut de ce pot au milieu des Quatre pièces de fori moule ; 7 , 8, les chapes ; 9 & 10 ; les noyaiïx; , . ;
- i 1 &. 12. Chapes du moule de bas ; 13 14, fes noyaux; E, le
- bas hors du moule,
- 13. Ce pot à l’eau fini, avec fa cuvette F: ï6 , 17, 18 & 19; Quatre pièces qui, réunies comme plus bas en H P Q , forment le moule d’artfe à jeter fur là pièce. 20 La mefure finie. I, anfe j‘etée à part entre les trois pièces dé fon moule, 21 , 22 & 23;
- ±4, 25 & 26. Moule de trois pièces qui forment les couvercles de mefures , tout taillé en pointe , & garni de fa chatnièrei 27. Potager ou porte-dîner, avec fon couvercle 28;
- 29. Moule qui fait aux anfes de ces potagers le tourillon Si la rofette tout à la fois.-
- 30. Carte ployée,
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- £ X P L IC A T 10 N A B R Ê GÊ Ê
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- P L A N C H E VI.
- La Vignette reprèfente des Ouvriers occupés du travail des fontaines de cüifme jetées en ipoule.
- -Le premier, NQ. 3 , tient le moule droit , c’eft à-dir-e, le jet, fous la cuiller de l’autre , & celui-ci, N°. 4, l’emplit d’Etain. Le moule eft porté par l’établi 2, & ferré centre deux pièces de bois.
- Au deffus , fig. 5 , eft un moufle attaché aux folives pour enlever le moule.
- -Enfln un troifième Ouvrier fonde au fer la gorge 8 au corps de la fontaine^, couchée fur deux bouts de chevrons.
- Bas de la Blanche.
- •Fig. 1. Fontaines de cuifine finie; A, fon pied, renforcé d’un gros tore B, robinet, C, petit tore fur la fondure, D, boucle ' dans fon piton ; E, deffus ou gorge ; F, couvercle ; G , vafe d’amortiffement.
- "2 8^3. Chape. 4 & 5. Noyaux du moule de bas ; H, cette partie de la fontaine hors du moule.
- ï. Partie d’en haut hors de fon moule. 6 6c 7. Chapes. 8 & ‘9. Noyaux ce moule.
- “ïo ,• 11 , 12. & 13. Les quatre pièces du moule de dejfus ;'K , le deffus ou la gorge hors du moule.
- „yï4 & 13. Moule du couvercle ; L , ce couvercle hors du moule.
- 16. Vafe d’amortiflement de deux pièces foudées en N.
- 17. Robinet fini , & au deflbus les quatre parties qui le com-pofent ; favoir : O, leboïjjeau;P, la douelle ; Q, le bec ; R,
- île canichon.
- PLANCHE V I I.
- La Vignette fait voir comment on monte fur le tour les ifîacons & autres groffes pièces.
- Fig. 1,2, 3. Flacons à eau de trois pièces , foudées en B & C.
- 4. Flacon fur le tour, foütenu par une pointe à vis.
- 5. Ouvrier qui le tourne , un autre homme 6, étant à la roue.
- 7. Ouvrier qui jette les bouchons à vis de ces flacons ; il s’aide
- d’un tourne à gauche de fer, pour divifer le noyau F de dedans le bouchon qui eft encore dans le moule.
- 1. I. Deux de ces bouchons hors du moule.
- Bas de la Blanche.
- Fig. r. Boule à Ht ; À, endroit de la foudure.; B , bouchon à vis 8c à boucle.
- 2. Pot à bouillon ; C ^fon couvercle avis.
- 3. Autre pot à bouillon développé; D, entablement du col E;
- G, Etouffoir ; I, couvercle ; K, fa poignée.
- 4. Chauffe-pied cylindrique, appelé moi/ze; L, fon bouchon à Vis.
- Grand flacon fini ; M M... tenons dans lefquels on paffe
- des courroies.
- 6. Marmite de cuifine ; N, le co/ps; O, l’anfe qui le porte ; P , le couvercle ; Q , la poignée.
- 7. Soupière; R, ce vafe ; S, le couvercle à bouton tout rond.
- 8. Terrine à pans ; T , le vafe ; V, le couvercle , couronné d’un ietpent.
- 9. Aiguière ; X, gros tore où le pied eft foudé au vafe.
- 10. Empreinte à couteau, vue par-deffous,
- 11. Lame d’un de ces couteaux, entre la vis b & fon écrou c.
- 12. Potager d retenu par la jatte fur l'empreinte à couteau, pour tourner la foudure en dedans.
- PLANCHE VIÏL
- Vignette.
- Travaux particuliers du Menuifier.
- Fig. 1. Ouvrier jetant dans un moule à revider; A, cloche contenant l’Etain fondu ; B , petite baflïne dans laquelle il revide.
- 2. Ouvrier tournait en devant le dedans d’un gobelet.
- 3. Ouvrier fondant à la foudure légère , ayant mis le feu dans la pièce même.
- 4. Ouvrier fondant au chalumeau.
- Bas de la Planche.
- «*• *• Burette; A, panfe du vafe où fe fiait la foudure ; B, anfe; C , charnière; D, bec ; E , couvercle.
- a». Sucrier. I, place de la foudure ; G, bord du couvercle;
- H, couvercle percé.
- 3. Palette à faigner.
- 4 & 3. Bougeoir 8c fa bobèche.
- 6. Chandelier rond ; N , lieu où la branche & le pied fe joignent à vis ; O 8c P, foudure de la branche.
- 7. Flambeau d’une forme plus riche ; Q , le pied qu’on appelle auflî la cloche ; R & S, foudures des trois parties de la branche.
- 8 & 9. Taffes.
- 10. Coquetier.
- Moi4*n'dier.
- 12. Poivrière. • v '
- 13. Th éïère ; T, lien de la foudure.’ f y
- 14. Buveron , ou cuiller à malade.
- 13. Pot à l’eau d’enfant.
- •16. Sevron, ou tétine; a, liqji de la foudüte;b, mamelon cfo bouchon.
- 17. Bénitier en cul de lampe.
- '18. Gobelet à patte.
- 19. Bénitier à patte.
- 20. Timbale, efpèce de gobelet.
- 21. Boule à riz.
- PLANCHE IX.
- Meubles d’Eglife.
- La:èg. 1 repréfetîte un bâton de croix procefliôîînale, recoud Vert de lames d’Etain.
- La 2 , une lampe ; D , lieu de la foudure ; E, anneau d’en bas; F , dôme ou couronnement ; G, cercle fufpenfoir.
- La 3 , une croix d’autel.
- La 4, un chandelier de la même décoration.
- Les 3 & 6, une paire de chandeliers d’Acolyte.
- La 7, une fiole propre à contenir les faintes huiles.’
- La 8 , une crêmiere complète.
- La 9, le développement d’une des trois boîtes renfermées dans la précédente.
- La 10 & la ix-, deux paires de burettes avec leur plat.
- P L A N C H E X. -
- La Vignette reprêfente des Ouvriers occupés à jeter des fe ringues.
- Deux , nos. 3 & 4, coulent l’Etain dans le moule, & un troi-; fième, n®. 3, attend que la feringue foit jetée, pour en arracher enfuite le gros noyau à l’aide de fa machine, <£& eft une tire à vis.
- Les fig. 7 & 8 tirent ce même noyau avec un fimple moue linet.
- Bas de la Blanche.
- Fig. 1, 2, 3 8c 4. Deux chapes & deux noyaux, qui, réflnis comme en A , forment le moule du corps de la ferîngue ; B, cette feringue hors du moule.
- 5 8c 6. Deux chapes & deux noyaux 7 & 8, oulaoule de boîtes; E, cette boîte hors du moule ; F, ce moule fermé.
- G , repoujfoir ou pifton ; 9, io&ii, fon moule à moitié raf-; femblé en 10; 12, noyau à vis que l’on fubftitue au premier, pour faire ces repoujfoirs à écrout
- H , moule du bout de fond I, quand il ne vient ffes avec le corps de feringue; 13 , 14, 15 & 16, les quatre pièces de ce moule.
- K, canon fortant de fon moule,,& qui fera courbé; 17 & 18, chapes de ce moule; 19, noyau à vis; 20, broche qui le traverfe pour percer ce canon.
- 21,12 & 23 , chapes ; 24 & 25 , noyaux à vis; 26 , broche du moule M de canon à platine L.
- *27, 28, 29 8c 30, les quatre pièces du moule de pirouette; N,’ cette pirouette hors du moule.
- Q , bâton de feringue d’Etain , garni de fon pifton à vis.
- P, toutes les parties de ce bâton, les unes au deffus ctes autres;
- Q, la première comme elle fort du moule; 31, 32, 33 & 34, les quatre pièces de ce moule.
- R, la fécondé; 33, 36, 37 8c 38, fon moule.
- S, la troifième; 39, 40, 41 8c 42, fon moule.
- T, la quatrième ; 43 8c 44 , fon moule.
- V, bouchon de la feringue ; 45 8c 46 j fon moule.
- X, feringue finie 8c complète, en y joignant le canon courbe Z*
- PLANCHE XI. Vignette.
- La fig. 1 eft un Ouvrier qui tourne l’olive d’un canon courbe.
- La 2 foùde la douille à un baflin de lit.
- La 3 trace le plan de la cuvette d’un bidet.
- Bas de la Planche.
- Fig. 1. Groffe feringue à cheval, garnie de fon canon A;
- 2. Seringue ordinaire.
- 3. Seringue à enfant.
- 4 8c 3. Seringues à ferfime ; G, L, M , trois canons différens;
- 6 8c 7. Seringues^ plaies ou à injeélions.
- 8. Calibre à tourner les canons courbes. Voyez-en la deferipr tion plus détaillée , pag. 73.
- 9. Canon courbe garni d’une rondille X.
- 10. Autre efpèce de canon à platine. ,
- 11. Urinql.
- 12. Voyez la defeription, pag. 73 8c fuiv.
- 13 Sç 14. Crachoir vu coupé 8c entier.
- 15. Balîin de lit à bord plat. 16. Sa coupe.
- 17. Baflin plat à demi-bord.
- 18. Bourlet de maroquin plat pour l’ufage de ces baffiifej
- 19. Balîin à bord rond.
- 20. Cuvette de bidy.
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- V
- DÈS PL
- Bidet garni de fa feringue; & au défiais, fig. 22, couvercle garni d'un coufiin n.
- PLANCHE X IL
- Cette Planche repréfente le développement de toutes les machines de force mifes en ufage par le Potier cl’Etain ; il en faut voir la dsfcription &. î’efter au Chap. IX , pag. 77,
- PLANCHE XIII.
- Fig. 3. Banc de tçurhw lequel on a monté entre deux pointés un arbre de fer pour le tourner. Les figures 1 & 2 appartiennent à celle-ci ; le relie eft le développement de toutes les parties qui compofent le tour fimple du Potier d’Etain. Voyéz-en le détail, Chap. X, pag. 79 & fuiv.
- PLANCHE XIV.
- Tour du Potier d’Etain rendu unlverfel. Si nous voulions entrer ici dans le détail des pièces qui le compofent * nous ne pourrions que répéter ce que nous en avens dit, Chap. X, Art. 2, pag* 86 & fuiy. C’eft pourquoi nous prions le Leéieur d’y recourir.
- PLANCHE XV.
- Différens calibres à l’ufage du tour; la deferiptton en èft faîte pag. 88 & fuiv.
- PLANCHES XVI, XVII & XVIII.
- Ces trois Planches ne font pas fufceptibles d’explication abrégée , n’étant elles-mêmes deftinées qu’à l’intelligence des principes d’Archixaéiure & de Géométrie pratique , qui font l’objet des Chap. XI, XII & XIV.
- PLANCHE XIX.
- La Vignette repréfente une chambre où le Potier d’Etain a établi fon laboratoire pour la forge & le planage.
- Fig. 1 Ouvrier commençant à monter le bouge d’un plat.
- *2,. Tas qui n’eft pas occupé,
- 3. Ouvrier qui plane le tond d’un plat.
- Bas de la Planche.
- Fig. i. Gros marteau-plan pour les fonds ; A, côté moins plan pour forger ; B, côté plus plan pour planer.
- Depuis cette figure jufqû’à la onzième , on voit un aflb.rtime.nt, un jeu de marteaux, qui vont toujours diminuant de poids-& augmentant de convexité.
- D epuis la figure 12. jufqu’à la 17 inclufivement, ce font des platines de cuivre de pïufieurs grandeurs & de pïufieurs formes.
- Fig. 18. Ecuelle <Q montée fur fa lunette R, pour la forger ou planer.
- 19, Joliette de bois à polir les tas & marteaux ; S , fa boît£ pour les marteaux; T, le couvercle pour les tas.
- 2,0. Plat à barbe.
- 2r. Defcription des contours du plat .rond. .
- 22. Formation des contours du plat ovale.
- 23. Tas à tête ronde pour la poterie.
- 24. Tas à deux têtes.
- 25. Tas à col pour retraindre les gorges.
- PLANCHE XX-
- Cette Planche offre diffèfens modèles de fontaines de fallon.
- Fig. 1. Fontaine ordinaire, à deux robinets, au défias de fa cuvette.
- Sous le n®. i font Compris toutes lès pièces du développement de cette fontaine 3 on doit les reconnoître aifément-.
- 3. Fontaine carrée avec fa cuvette.
- 4. Fontaine à bourfe ou à côtes, avec fa cuvette.
- ç. Fontaine dont le couvercle eft mobile par une charnière à. broche.
- 6. Fontaine à chaife; u, la fontaine attachée au milieu du doflïer de la chaife, qui eff un ouvrage de menuiferie orné de fculptures ; b , la cuvette foutenüe par deux pieds en confole.
- 7. Autre fontaine, à deux robinets -, pour placer fur une chaife.
- 5. Cuvette demi-ronde, unie.
- 9. Fontaine d’encoignure, & Ton couvercle à côté.
- 10. Coupe d’une fontaine à rafraîchir, ou à glace : elle renferme deux gros tuyaux qui aboutiflent aux robinets après avoir fçrpenté au milieu de la glace.
- PLANCHE XXI.
- La Vigribtte repréfente des Ouvriers occupés à la fabrication d’ouvrages de plaques.
- A ÏÏ C H Ë &
- Le premier gratte une plaque A couchée fur un établi.
- Le fécond verfe dans une cuvette, fur les jointures, du brouet fluide qu’il prend avec une cuiller C dans un feau D, où la terre eff délayée.
- Le troifième , ayant reçu cette cuvette du précédent, la foude à Vétojfure.
- Le quatrième finit un fabot, pour fouder eft defi&s Une virole à vis.
- Bas de la Planche.
- jFig. 1. Bahut, chauffe-pied pour le lit ; u-, fon entrée bouchée par une boîte à vis.
- 2 & 3. Autres pour placer dans les voitures, & qu’on appeîlè carreaux. L’entrée de l’un eft au milieu du ddffus b ; celle de l’autre fur un côté, proche un angle c.
- 4. Sabots , autres chauffe-pieds. 5. La coupe.
- 6. Cuvette finie; d, le dojfier; e, le bajfn.
- 7. Grand broc de cave ; j\ lieu de la foudure de la panfe ; g s gorge foudée elle-même à la panfe ; h , â*nfe à charnière.
- 8. Fontaine que l’on fuppofe , comme la précédente & la fuivante, formée de pièces de rapport ;1, lieu de la foudure ; K, couvercle ; /, pifion pour l’attacher ; m , robinet.
- 9. Orceau ou bénitier avec fon goupillon.
- 10. Marmite économique à cylindre; r, poignée du couvercle; S, cylindre de tôle, percé, pour contenir le feu & le placer dans celui d’Etain.
- ïï. Coupe de cette marmite. 12. Son couvercle ifolé.
- PLANCHE XX IL
- La Vignette repréfente des Ouvriers qui conftruifent en plaques d’Etain de grandes fontaines de cuifine, fablées.
- Le premier roule les plaques avec un maillet fur un cylindre dé bois.
- Le fécond les foude de long.
- Le troifième retraint fur un tas^ à long col H, & forme le couvercle.
- Les quatrième & cinquième fondent par la même étejfure, le pied, la cuve &le fond.
- Le fixième apprête les foudures.
- Bas de la Planche.
- Fig. 1. Fontaine de cuifine-, fablée.
- 2. Sa coupe ; H, bord fupérieur où là gorge eft foudée ; ï cordon fur la foudure du milieu; K, petit tore fur de la foudurl du fond; L-, gros tore ou bourlet d’afîiette. 1, 2,3 * limbes fermés chacun par fon couvercle ; a F, ventoufe.
- A, premier limbe ; B, fon couvercle-.
- C, fecçnd limbe ; D , fon ccdivercle,
- E , dernier limbe ; F , fon couvercle.
- 3,4 & 5. Développement des trois parties de la fontaine.
- 6. Moule çlans lequel on jette les pitons.
- 7. Moule de gros anneau.
- 8 & 9. Figures des développemens des différentes parties dè ces fontaines.
- P L A N C H E X X I I I.
- Fig. ï. Grand alambic ancien ; A, la chaudière, cjui eft dè cuivre ; B , collet de la cucurbite d’Étain ; C D, ie col ; E , le chapiteau ; F , le réfrigérant ; G, robinet du réfrigérant; H, bec du chapiteau.
- •A côté de cét alambic , fous le n^^, eft placé un ferpentin ï I dans un topneau dont on n’a fait voir que la coupe 5 L L, pied du ferpentin ; M , pierre fur laquelle eft placé le tonneau,
- 2. Cucurbite îfolée du précédent alambic.
- 3. ®eux gouttières circulaires pour faire les fe'rpentins-,
- 5. Alambic que l’on a auflï appelé ferpentin; a-} tête de Maure ; b, colonne qui la porte ; c, col ferpentant ; d, gorge du col & couvercle de la cucurbite; e, cucurbite.
- 6. Petit bain-marie à pïufieurs alambics ; A, bafiine dans laquelle on Voit de petites cucurbites; B, entonnoir pour remettre de l’eàu dans la bafiine»
- 7. Coupe de toutes les parties de l’alambic moderne; H, baf-fine de cuivre étamée ; I, fon collet ; L , corps de la ch-curbite ; M, fon collet ; P , le chapiteau ; Q, fon collet ; R, le rêfrigérant; S , fon robinet.
- 8. Cet alambic tout monté & tout raffemblé.
- 9. Autre alambic ferpentant en zigzag ; T , tête de Maure ou chapiteau, foutenu par deux triangles de cuivre Jaune Z Z ; V, bafiine de cuivre renfermant la cucurbite; X, partie fphérique où lès vapeurs commencent à fe raffeinbler ; If s embouchure du col fepentant,
- PLANCHE X X ï V.
- La Vignette repréfente des Ouvriers occupés à la fabrication des "chaudières de Teinturier pour la teinture en écarlate.
- Le premier forge le fond A, & Y emboutit ; le fécond foutié^ ce fond & le conduit avec le premier. ç
- Le ti'oifiéme & le quatrième affemblentfur ce fond les calandres B B B , & les attachent à mefure.
- 5, Un Ouvrier > monté dans une échelle, étujfs une de ess join-
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- EXPLICATION ABRÉGÉE
- •tures ; '& un autre 6, monté fur la chaudière même, reçoit le fuperflu dans fa cuiller.
- E, Bâtis de bois qui porre une poulie fixe H, àlachâffe de laquelle eft attachée la corde qui paffe enfuite fous la,poulie mobile F , puis fur la poulie fixe H, d’où elle va s’attacher à un gond L. C’eft à l’aide de ce moufle qu’ils tournent comme ils veulent une maffe aufïi lourde.
- Dans l’éloignement, fig. 8 , on voit encore un Ouvrier fai-fant en terre, à l’échantillon, un moule de ces chaudières, & plus loin encore deux Ouvriers battent & préparent cette terre.
- Voyez pour le relie, Chap. XIV, Art. 2, §. VI, pag. 124.
- PLANCHE XXV. '
- Fig. 1. Lampe du Languedoc; A, le vafe; B B, les mâcherons ; C , le couvercle ; D, la douille ; E , la charnière du couvercle.
- 2. Lampe marine fufpendue fur des cercles. Voyez Chapitre •XV, Art. 1, pag. 128.
- 3. Lampe à bougies; G, couvercle du réfervoir; HH, mèche-rons;ï I, bougies; L, réfervoir; K K, tuyaux de communication.
- 4. Lampe à pompe finie.
- 5. Sa coupe & fon développement; A,, coupe du chandelier; B , fond du-puilard; C,, corps de pompe; D, le pillon ; E F, le tuyau montant; G , bougie dans fa bobèche. Mais voyez à la page 129 &. fuiv.
- 6. Lampe par fufpenfion ; S, le bec; V, le mècheron ; X, ouverture de la lampe.
- P L A N C H E XXVI.
- La Vignettë repréfente des Ouvriers fabricant des montres à l'eau. Le premier attache les cloifons dans le barillet.
- Le fécond les foude au-dclTus d’un réchaud-B.
- Le troifième taille le fond de deffus.
- Le quatrième fait avec le fer une-ouverture au tambour pour y mettre de l’eau.
- Bas de la Planche.
- Fig. 1. Montre à l'eau 'Complète ; A , le tambour on barillet ; B, fon axe ou aiguille; C C, les deux bouts de la corde attachée "au haut du châjjis ; D, le réveil ; E, quatre de chiffre ou détente ; F , poids principal; G, petit contre-poids; H , cadran rond où les heures le marquent auffi ; I, -étrier auquel eft attachée une corde qui pafle fur une poulie placée derrière le cadtan. Voyez la fig. 10. L, poids qui con-tre-pèfe Yétrier.
- 2. Vue intérieure d’un de ces tambours.
- 3 &4.'Dcux««mbours à deux points différens d’avancement.
- <ÿ. Plan du fond de défions, où l’on voit la place des cloi-fous, & l’inclinaifon qu’elles ont entre elles.
- 6. Fond de deffus.
- 7. Cloifon ifolée ; a, le petit trou.
- 8. Douille carrée, ou gaine de Vaiguille 9.
- jo. Vue de la poulie cachée derrière le cadran.
- 11. Le réveil démonté.
- 12. Le quatre de chiffre.
- 13. Autre tambour plus ^rand & diverfement divifé»
- 14. Autre encore, divilé feulement par deux cloifons.
- 15. L’une de ces cloifons, qui, à la place d’un petit trou, a une grande échancrure.
- 16. Horloge à eau fur un plan incliné.
- PLANCHE XXVIII.
- La Vignette repréfente des Ouvriers occupés de quelques opérations du travail de Yètabli.
- Le premier râpe l’anfe d’un pot. Je ne donne pas cependant fon attitude pour modèle.
- Le fécond répare des cuillers fur l'empreinte.
- A, Y établi ; B, talon de l’établi ; C, empreinte; D, corde fans fin , au moyen de laquelle l’Ouvrier retient la pièce fur fon empreinte.
- 3. Ouvrier qui retraint des taffes.
- 4. Ouvrier qui répare un canon à platine.
- Bas de la Planche.
- Fig. 1. Empreinte fur laquelle on place les branches de chandelier pour les réparer.
- 2. Empreinte à cuiller pour le derrière.
- 3. Empreinte pour le dedans ; A, trou par lequel on la fixe à l’établi , au moyen d’un boulon à vis qui traverfe l’un & l’autre, & qui rencontre en deffus un écrou ; B, forme d’Etain inhérente à la planche C.
- 4. Lame de fabre à bifeau.
- 5. Grattoir à deux mains pour les deffus.
- 6. Grattoir à deux mains pour les dedans. La lame eft mobile afin de Y affûter plus aifément.
- 7. Bruniffoir à deux mains & à deux fins.
- 8 & 9. Lames de grattoir f ous bras.
- 10 & xi. Lames de bruniffoir fous bras , ou pour le tour en devant.
- 12, 13 & 14. Frifoirs, dont le dernier porte une douille quî s’y, monte à vis.
- 15, 16 & 17. Fornie des crochets pour le tour.
- 18. Cifeau à planche.
- 19. Villebrequin ; A , mèche pour l’Etain.
- 20. Efpèce de tas à retraindre les taffes. zi. Egoine , ou feie à main.
- 22. Gros fer carré. 23. Fer coudé à angle droit; a , leurs manches.
- 24. Meule du Potier d’Etain. Voyez le dernier Chapitre,
- PLANCHE XXVIII.
- Dans la Vignette on voit quatre Ouvriers occupés des premières opérations de la fabrique des cuillers de métal.
- Le premier concaffe le régule d’antimoine dans un mortier A,’ Le fécond fait l’alliage &. le met en lingots.
- Le troifième &le quatrième l’employent le jettent en moule;
- Bas de la Planche.
- Fig. i. A, chape ; -B , noyau d’un grand moule de cuiller à potage , orné de filets ; C, le moule fermé ; a a, ferres qui le font joindre par les deux bouts; b & c, queues que l’on fait entrer dans des manches.
- D , la cuiller hors du moule ; d, fon jet.
- 2. A, la chape ; B , le noyau du moule de cuiller à ragoût; C, la cuiller fortie du moule.
- 3. A & B, les deux pièces du moule de cuiller à bouche ; C ; la cuiller vue par-derrière ; D, la même , vue par-devant.
- 4. Le moule de fourchette.
- 5. Le moule de cuillers cadettes.
- 6. Le moule de fourchettes cadettes.
- 7. Le moule de cuillers à enfans.* *
- 8. Le moule de cuillers à café.
- PLANCHE XXIX.
- La Vignette repréfente plufieurs Ouvriers & Ouvrières em-’ ployés au relie du travail de ces cuillers.
- Le premier, devant un établi A, râpe les jets & les bavures.
- Le fécond gratte les deffus avec un grattoir pointu.
- Le troifième gratte les dedans avec un grattoir rond.
- 4 eft une Poliffeufe qui ponce.
- 5 eft une autre femme qui paffe à l'huile.
- Enfin, la 6 eft une femme qui les ployé par demi - douzaine dans une feuille de papier.
- . Bas de la Planche.
- Fig. 1. Cuillers à potage finies ; A, la cuiller vue par-dedans \ B, par-deffous.
- 2. Cuiller bâtarde.
- 3. Cuillers à ragoût vues des deux côtés.
- 4. Cuiller à olive.
- 5. Gniller à fucre.
- 6. Cuillers à bouche.
- 7. Fourchettes de même grandeur.
- 8. Cuiller & fourchette dites cadettes.
- 9. Cuiller à enfant.
- 10. Cuiller à café.
- n. Cuiller à moutarde.
- Toutes ces pièces font ornées de filets ; & appartiennent au même fervice.
- 12. Cuillers unies, dites façon d'argent.
- 13. Les fourchettes appareillées.
- 14. Autres Cuillers unies, d’un numéro inférieur.
- 15. Fourchettes pareilles.
- 16. Cuillers diverfement ornées.
- 17. Grattoir pointu pour les deffus ; A, la lame à bifeaux alter-« natifs ; B , le manche ; C , virole d’Etain qui les unit.
- 18. Grattoir rond pour les dedans.
- PLANCHE XXX.
- Fig. 1. Huilier ; A A, burettes dont le couvercle s’enlève, & qui font quelquefois de criftal ; B , porte-huilier ; la plaque de deffus c , eft percée de quatre trous, dont on voit bien la deftination.
- 2. Plat ovale.
- 3. Plat rond. 4. Afiiette. 5. Jatte carrée, le tout à contours;
- 6. Sauflier.
- 7. Jatte à fucre.
- 8 Salière.
- 9. Salière & poivrière.
- 10. Poivrière.
- 11. Moutardier.
- 12. 13 & 14. Ecumoire, cuiller à pot, paffoir»»
- 15 & 16. Plats ronds. 17. Afiiette unie. ’
- 18. Plat percé.
- 19. Porte-bouteille.
- 20 & 21. Soucoupe & plateau.
- De 22 à 28. Mefures à vin.
- 29. Pot à bouillon.
- 30 & 31. Salières.
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- EXPLICATION 'A B R È
- 32 & 33. Cafetière & coquemare.
- 34 & 35- Pots à l’eau.
- PLANCHE XX XL
- La Vignette repréfente des Ouvriers travaillans à graver ou cifeler fur PEtain.
- Le premier grave des armoiries fur le fond d’un plat.
- Le fécond y grave un chiffre ou autre chofe femblable.
- Le troifième cifèle un couvercle d’écueile.
- Bas de la Planche.
- Fig. 1 & 2. Burins. / .
- 3. Echoppe.
- 4. Pointe à tracer.
- 5 & 6. Cifelets coudés.
- 7 & 10. Efpèce d’échoppe ou burin rond.
- 3 6c 9. Cifelets droits & larges.
- P/wr bas,
- Fig. 1. Pot à l’eau fur lequel eft defiïnée & cifelée une fcène champêtre. .
- 2. Ecuelle également cifelée.
- 3. Gobelet cifelé.
- 4. Ecuffons fous les fept couleurs du blafon.
- 5. Badins au milieu defquels on a gravé des armoiries.
- 6. Un de ces badins renverfé , pour faire voir la marque du Fabricant.
- PLANCHE LXXII.
- Dans la Vignette , fix Ouvriers font occupés à garnir en Etain différentes pièces de grès, faïence ou criftal.
- G & E DES PLANCHES. vij
- Le premier jette une rofette percée au bas d’une grande jarre de grès.
- Le fécond, après avoir fait entrer la douille d’un robinet dans le trou de cette rofette , foude l’une & l’aurre par-dehors.
- Le troidëme garnit de terre à pot le couvercle d’un pot à Peau , pour attacher à ce couvercle la partie antérieure d’une charnière qui eft déjà placée fur l’anfe.
- Le quatrième jette fur le couvercle la languette de la charnière.
- Le cinquième apprête & répare ce s charnières.
- Le fixième apporte une fontaine pour y mettre une cannelle.
- • Bas de la Planche.
- Fig. 1. Fontaine de faïence garnie ; a robinet ou cannelle à colle de cygne j b, rofette ou ècudon en forme de cœur.
- 2. Bouteille de verre à tabac, garnie; A, virole d’Etain à vis; B, étouftoir fimple.
- C, couvercle à vis.
- D, bouchon ; il eft de liège , entre deux rondilîes d’Etain, & bouche bien exa&ement l’entrée de la virole A.
- E , clef à vis pour tirer ce bouchon.
- 3 & 4. Pots à l’eau de faïence, garnis de leurs charnières A A.
- 5. Vafe cylindrique d’une efpèce de grèspour mettre du café moulu, &c.
- A, étouffoir qui repofe toujours fur la furface de la poudre, garni d’un anneau pour l’enlever.
- B , couvercle de même terre , qu’on a garni d’un cercle d’Etain.
- 6. Lampe à réfervoir de criftal.
- Les autres pièces font des flacons de criftal de différentes formes, dont on garnit le goulet}d’une virole à vis , fur laquelle fe monte une boîte ou bouchon à écrou, en enfermant le bouchon de criftal.
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- Fin de VExplication abrégée des Flanches.
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- Extrait des registres de u académie royale des sciences.
- Du zi Décembre 1775.
- N o us avons examiné, par ordre de l’Académie, MM. Macqtier, Defmarets de moi, la première Partie de l’Art du Potier d’Etain, par M. Salmon, Marchand & Potier d’Etain , établi à Chartres.
- •L’Auteur, avant d’entrer dans les détails des différentes manipulations de l’Art qu’il s’éft propofé de décrire, a cru devoir le faire précéder de quelques préliminaires ; 8c c’eft à quoi fe réduit la première Partie, dont nous fendons compte aujourd’hui à l’Académie.
- il traite d’abord, dans un premier Chapitre, des Mines d’Etain 8c de la manière dont on les exploite; il ydétaille les différentes efpèces de Mines, -telles-qu’elles ont été décrites par Vallérius, 8c il y joint une courte notice de la manière dont on en fait l’extra&ion en Angleterre. Il pâlie enfuite , dans un fécond Chapitre , aux opérations propres à la Mine d’Etain, pour en tirer le métal 8c pour l’affiner.
- Les Mines d’Etain, comme toutes -les autres Mines , font bocardées après leur extradion, 8c lavées. En Allemagne , où les Mines d’Etain font fort arfenicales, on les grille dans un fourneau particulier, confirait de manière à pouvoir recueillir l’arfenic qui fe fublime.
- Lorfque la Mine eft grillée, on la fond dans une efpèce de fourneau à manche; l’Etain, à mefure qu’il eft féparé de la Mine, fe ralïèmble dans une café où il eft ttès-Iong-temps en fufion au milieu de la poudre de charbon.
- Plulieurs Auteurs ont fufpedé la pureté de l’Etain vierge , même de celui qui vient diredement des Mines; Sc on a été jufqua prétendre que celui d’Angleterre ètoit allié de Cuivre, &c. M. Salmon indique à cette occafion les caradères dont les Potiers d’Etain ont coutume de fe fervir pour reconnoîcre fi l’Etain eft allié , 8c il fait voir que ces moyens font défedueux; il prouve également que le procédé indiqué par M. Geoffroy, datas les Mémoires de l’Académie pour l’année 1738, ne remplit pas Ion objet.
- Ces obfervations conduifent M. Salmon à chercher un moyen expéditif, fur, & à la portée des Ouvriers., pour déterminer le degré de pureté de l’Etain, 8c cette difeuffion forme le fujet du ttoifième Chapitre. À y fait voir, que fi on rapproche la pefanteur fpécifique du métal de quelques autres caradères que fourniffent les différens alliages , il fera toujours aifé de déterminer la qualité 8c la quantité du métal allié. La balance hydroftatique eft fans doute le moyen le plus exad & le plus fûr pour déterminer la pefanteur fpécifique des corps ; mais M. Salmon obferve avec raifon , que ce moyen demande des calculs continuels, qui font au deffus de la portée du commun des Ouvriers ; il exige d’ailleurs des inftrumens exads 8c chers, 8c une adreffe pour opérer qu’on n a pas droit d’attendre d’eux. M. Salmon a cru devoir adopter en conféquence un moyen qui eft déjà connu par les Potiers d’Etain , mais dont ils fe fervent fans en Conftôîtte l’avantage, 8c dont ils ne favent pas même tirer parti ; il confifte à fondre fucceffivement l’Etain vierge, les différens métaux avec lefquels il peut être allié , 8c les alliages eux-mêmes, dans un moule d’un poids déterminé. Il eft confiant qu’alors le volume étant toujours le meme, la pefanteur fpécifique eft égale à la pefanteur abfolüe, 8c que l’opération fe réduit à pefer la médaille fortie du moule dans un trébuchet ordinaire.
- Le raifonnement pourrait fournir beaucoup d’objedions contre cette pratique, mais elles fe trouvent détruites par les expériences; & il paraît, d’après les épreuves de M. Salmon, que ce même métal, fondu fucceffivement plufieurs fois dans le même moule, donne conftamment la même pefanteur, à la différence d’un cinq-centième tout au plus»
- M. Salmon a fait fondre dans ce moule tous les Etains du Commerce qu’il a pu femrocurer, 8c il a remarqué quils pelaient tous 263 à 265 grains, c’eft-à-dire que leur pefanteur étoit peu differente; ce qui annonceroic qu’ils n’étoient que peu ou point alliés.
- Il a fondu enfuite dans le même moule tous les métaux 8c demi - métaux, 8c il eft parvenu ainfi à faire une table de pefanteurs fpécifiques à la portée des Arriftes.
- Après avoir examiné les métaux feuls 8c dans leur état de pureté, M. Salmon paffe à leur alliage. La plupart des fubfiances métalliques ne peuvent être alliées qu’en très-petite quantité avec l’Etain , autrement elles le rendraient aigre 8c caffant : à peine l’alliage , fi on en excepte le plomb, peut-il être porté à deux pour cent; auffi eft-ce à cette proportion que M. Salmon a fixé le terme de fes expériences. Il examine fucceffivement les différens changemens furvenus à l’Etain par fon alliage avec toutes les fubftances métalliques , en commençant par les plus denfes ; favoir, l’or, la plàtine , &c. 8c de la couleur, ainfi que de toutes les circonftances qu’il a pu raffembler , il en a tiré des^ caradères pour connoître la qualité de l’alliage , tandis que le poids de la médaille lui en donne les quantités.
- M. Salmon paffe enfuite à l’adion des acides fur l’Etain, 8c aux conféquences qu’on en peut tirer fur la pureté de ce métal : il prétend que M. Margraff a plutôt fuppofé que prouvé la préfence de l’arfenic dans 1 Etain ; que s’il exifte des Etains arfenicaux, ce font ceux dont le grillage a été négligé dans le travail de la Mine ; que, ce métal au contraire eft peu attaqué par les acides végétaux, 8c qu’il a même été adminiftré comme remède par les Anciens.
- s Enfin il rapporte nombre d’autorités, d’après lefquelles il conclut que fi l’Etain a des qualités dangereufes , c’eft au plomb & aux métaux dont il eft allié , qu’elles font dues.
- M. Sahnon , à l’occafion de la chaux d*Etain 8c du parti qu’on peut en tirer, annonce qu’il l’a réduite fans addition de matière quelconque , 8c par conféquent fans phlogiftique. Cec article de l’Ouvrage de M. Salmon demande à être appuyé d’expériences d’un genre très-délicat. On pourroit foupçonner en effet que la chaux fur laquelle ü a opéré, neroir que de l’Etain divifé, ou bien qu’il contenoit des matières fales 8c graffes , qui ont pu fournir du phlogiftique.
- M. Salmon termine cette première Partie par des obfervations fur le commerce extérieur de l’Etain , & fur les droits auxquels il eft affujetti aux entrées du Royaume.
- Ces préliminaires de l’Art du Potier d’Etain nous ont paru dignes des éloges de l’Académie, 8c detre imprimés fous fon Privilège. Ce que M. Salmon nous a fait voir de l’Art lui-même, nous a paru bien fait, 8c les Planches bien exécutées. Nous penfons en conféquence que l’Académie ne peut que fe féliciter de ce que M. Salmon a bien voulu fe charger de la defeription d’un Art auffi intéreffant, 8c l’encourager à la continuer. Fait a 1 Academie, le 21 Décembre 1775* Signé Macquer, Des ma rets, Lavoisier.
- Jë certifie l'Extrait ci-deffus conforme à fon original & au Jugement de VAcadémie. A Paris , le Décembre Z77L Grandjean de Fouchy, Secret, perpét. de l’Académie Royale des Sciences.
- ART
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- -inrr~ ' 1 ni,IIMTIt
- PREMIERE PARTIE
- Examen chimique de l'Étain.
- INTRODUCTION.
- SI l’on fait attention aux différentes dénominations que les Naturalises, les Minéralogiftes 8c les Chimiftes ont données au métal plus vulgairement connu fous le nom d’Étain ; fi d’ailleurs on lit fans préjugé leurs Ouvrages, on s’apperçoit bientôt que nous n’avons aucune connoiflance précife de fes parties conftituantes. En effet, jupiter, plomb blanc , métal mercuriel , plomb fin, métal arfenical, ne font que des mots imaginés par la préoccupation de ceux qui les ont donnés à l’Étain. A une légèreté plus grande que celle de tous les autres métaux, il joint une ténacité telle, que la réparation de fes parties confiituantes a paru à quelques Chimiftes aufii difficile que celle de l’or ; 8c quelles que foient les opérations tentées par ces Adeptes fur ce métal , encore n’y ont-ils rien rrouvé de nuifible, comme dans quelques autres métaux imparfaits (i)» 11 eft vrai qu’ils n’en ont extrait non plus aucun médicament utile, comme ils l’ont fait de prefque toutes les fubftances minérales; mais cela même me paroît une preuve convaincante de fon innocuité» Paracelfe paroît s’être expliqué moins obfcurément qu’à fon ordinaire, fur le compte de l’Étain, lorf-qu’il dit qu’il eft pur & fans maturité, & qu’il doit fa fufibilité à une très-grande abondance de foufre,
- qui, lui étant ôtée par un feu médiocre, îe réduit en cendrée qui ne peut plus fe fondre ; il ajoute’* qü’en lui rendant ce foüfre, on lui rend âufti fa première fluidité. Peut-être eft-ce d’après ce même Paracelfe, que tous les Chimiftes ont dit que la plus petite quantité de matière grade ajoutée à la chaux d’Étain , lui redonnoit l’éclat métallique. Si cette propofition étoi't généralement vraie , les Potiers d’Étain ne perdroient pas une fi grande quantité de cendrée, qui demeure irrédudible pour eux» En effet, une partie de l’Étain , durant fa fufion, n’eft que réduite en grenaille encore perceptible à l’aide du microfcope , une autre en poudre très-fine & prefque impalpable ; celle-là fe réduit facilement; celle-ci, comme la chaux d’Étain vraiment calcinée par un feu violent, fe trouve irréductible , ou du moins de difficile réduCtibilité. Quelques Auteurs ne laiffent cependant pas de dire que les Potiers d’Étain, pour empêcher la cendrée ( qui n’eft pas la même fubftance que celle qui fert à l’émail ) ont foin d’établir leur feu fur le métal & non deffous. Ils ajoutent, que cette précaution n’empêche pas qu’il fe faffe un peu de potée, à laquelle, difent-ils, on rend aifément l’état métallique; maisilsne s’expliquent pas fur la manière,
- (i) J’appelle de ce nom les métaux inférieurs, le plomb, le cuivre, le fer & l’Étain ; mais je ne l’entends pas dans le fens des Alchimiftes. Je fuis bien éloigné de ne regarder avec eux, que l’or & l’argent comme les feuis métaux parfaits, & de penfer qu’on peut, par l’art, amener les autres à cette perfection métallique qu’on remarque en ceux-ci. Tout , à mon fens , eft parfait dans la Nature ; chaque végétal , chaque animal, chaque métal a» par elfence, les carafteres & les propriétés qui le dif-
- tinguent des autres de fon efpèce. L’huître n’eft point un animai manqué; l’Étain n’eft pas plus un argent imparfait & avorté, qu’un plomb blanc & fin : mais, faute d’autres termes, j’appelle imparfaits les métaux inférieurs , parce qu’ils manquent d’une propriété commune à l’or & à l'argent, & qu’on a regardé comme le dernier degré de la perfeftion métallique, la fixité au feu à l’air libre ; car au feu concentré ils font auifi fixes les uns quç les autres.
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- * ART DU POT
- ou, s’ils le font, c’eft en fe fervant d’expreffions allégoriques fi peu intelligibles, que j’ai cru devoir les omettre.
- Un feul Auteur ( M. Gellert ) avoit pris une route nouvelle pour reconnoître au moins quelques propriétés confiantes dans les métaux, & notamment dans celui qui nous occupe ; c’étoit de comparer entre elles les denfités des métaux avant 8c après leur alliage ; mais ces différentes proportions excédant de beaucoup celles que les Potiers d’Étain obiervent dans leur travail, nous ne pouvons nous fervir des expériences de M. Gellert, que comme d’un tableau de comparaifon avec les nouvelles expériences que nous nous proposons de faire, en donnant toutefois au travail de M. Gellert le jufte tribut d’éloge ôc de reconnoiffance qu’il mérite.
- En fuivant les mêmes procédés que cet Auteur, un Phyficien de nos jours croit avoir établi des règles générales de pénétration réciproque entre les métaux dans leur alliage. Sa differtation 8c fes calculs lui ont mérité l’approbation & le Prix d’une des Académies du Royaume. Mais nous avons reconnu que cette pénétration, caufe de l’augmentation de denfité du mixte, & la petite différence qu’on a pu remarquer dans la pefanteur fpécifique du même métal non allié, n’étoit pas due à l’alliage feulement; au contraire, fi on examine attentivement les fubffances métalliques avant tout alliage artificiel , leur pefanteur fpécifique préfente une denfité auffi confiante, que la corruption du métal par l’alliage y produit de variations incertaines & fpécu-latives. Le métal que nous examinons en peut fournir la preuve, puifque, fans faire le moindre
- ER D’Ê T A I N.
- alliage , mais en plaçant feulement dans les mêmes circonftances deux morceaux de même volume d’Étain de différens pays, qui donne confiamment une différence de deux grains en denfité, je réduis le plus pefant à l’état du plus léger, 8c réciproquement (i).
- Tel eff donc le plan que nous nous propofons de fuivre dans cette première partie. Nous traiterons des mines d’Étain , 8c des lieux où l’exploitation en eff ouverte; des préparations qu’exige la mine avant d’être mife à la fonte ; des fourneaux propres à la fonte de la mine d’Étain; des précautions qu’on doit prendre pour cette fonte, 8c de ce qu’on appelle improprement l’affinage de l’Étain : enfuite nous examinerons les moyens de s’affurer de la pureté de l’Étain, d’après ce qu’en a dit M. Geoffroy ; nous pafferons de là à un examen phyfico - chimique de l’Étain reconnu vierge, en comparant entre eux les Étains de différens pays, en les foumettant à la balance hydroftatique, ou feulement au trébuchet ordinaire à l’air libre, en les alliant entre eux ou avec d’autres métaux, enfin en les foumettant aux différentes opérations chimiques connues; ce qui nous donnera occafion de conffater la vérité des travaux déjà faits par d’autres Chimifies. Nous terminerons cette partie par un expofé du commerce extérieur de l’Étain en nature, c’eft-à-dire, de la forme fous laquelle il nous vient des différentes contrées ; de la manière dont il fe tranfporte ; des Négocians qui s’en chargent ; des droits qu’ils payent aux entrées du Royaume ; en un mot tout ce qui concerne l’importation de l’Étain, avant qu’il foit mis en œuvre par le Potier d’Étain.
- CHAPITRE PREMIER.
- Des mines d’Étain , SC des lieux du on les exploite.
- JL* A mine d’Etain eft , comme toutes les autres , embarraffée de matières étrangères au métal qu’elle doit fournir, dans lefquelles le métal fe trouve tellement déguifé, qu’il n’eft point perceptible à l’œil, comme métal, excepté les cas très-rares où il fe trouve avec fon état métallique, Ôc porte le nom de métal natif. Ces fubffances étrangères font des pierres 8c des terres de différente nature, des matières fulfureufes ou arfenicales, qui, fuivant les circonftances, prennent avec le métal ou la terre métallique qu’elles ont diffoute, des formes à peu près régulières. Ce n’eft point ici le lieu de difeuter îi le feu des volcans eft le premier créateur des terres métalliques, ou l’agent qui, en les fondant, donne le peu de métal natif qu’on rencontre par hafard ; fi l’aclion de l’eau eft la caufe de leurs formes régulières, ou fi le concours de ces deux êtres puiffans, joint à celui des circonftances locales , produit 8c leur exiftence 8c leur variété. 11 nous îuffit de favoir qu’on trouve des mines d’Étain à la Chine, dans le Japon, aux Indes Orientales, en Ethiopie, dans la plupart des mines de Saxe 8c d’Allemagne, telles qu’Altemberg , Stolberg , la Forêt -Noire, à To-plitz en Bohème , dans la Hongrie , &c. Nous en avons quelques-unes en Languedoc ; mais la province de Cornouailles en Angleterre eft , pour l’Europe, la mine d’Etain la plus fameufe, fi ce n’eft la plus abondante.
- Valerius établit cinq efpèces de mines d’Étain.
- La première, c’eft l’Étain Vierge ou Natif, efpèce de mine à laquelle on ne croiroit pas, fi Malhefius , Minéralogifte digne de foi, n’affuroit en avoir vu. La plupart des Naturaliftes aiment mieux croire que les grains d’Étain que l’on peut appercevoir fur quelques échantillons des mines d’Étain, font produits par le feu que les Mineurs ont employé pour détacher la mine, ou par l’aétion de quelques feux fouterrains qu’ils ont pu éprouver , ce qui me paroît encore plus probable.
- La fécondé efpèce eft celle qu’on appelle Zin--Groupen, ou crifiaux d’Etain , que l’on croit être une combinaifon de l’Étain avec l’arfenic 8c le fer , qui a pris une forme régulière de parallélipipède tronqué ; ils ont tous une propriété commune affez furprenante, vu la légèreté de l’Étain; c’eft une pefanteur telle, qu’il n’y a pas de mines métalliques plus lourdes. M. Nicholzs dit que leur pefanteur eft, à celle de l’eau, comme 90 \ eft à 10. Ces crifiaux font ou blancs, ou jaunes, ou rougeâtres , ou bruns, ou noirs;\ce qui, joint à leur tranfpa-rence Sc leur différente grandeur, en établit la variété.
- La troifième efpèce de mine d’Étain, appelée par les Allemands Zwetter, ne diffère de la fécondé qu’en ce que les crifiaux font confus 8c très-petits : on dit qu’elle rend les deux tiers de fon poids* d’Étain, 8c les Mineurs l’appellent Zin-Stdn, après! qu’elle a été bocardée 8c lavée.
- (i) Nous aurons occafion de remarquer ce phénomène, & d’en chercher la caufe, en traitant de la réduction des cendrées.
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- On fait une quatrième efpèce de mine d’Étain , d’une qui, à bien dire, n’eft que celle dont nous venons de parler, fi ce n’eft qu’elle eft mêlée dans du fable, au lieu de l’être dans de la pierre.
- Enfin, une dernière efpèce eft celle où les mêmes crifiaux font tellement mafqués par la pierre qui les accompagne, qu’on ne la difiingue qu’à fon odeur d’arfenic & à fa pefanteur.
- Quoique toute efpèce de pierre entre dans la combinaifon de la mine d’Étain, Henckel obferve cependant qu’il eft très-rare que le fpath s’y rencontre , & que le mica blanc 8c la fléatite y lont le plus ordinairement.
- La plus riche de ces mines efi; celle qui efi: noire, luifante 8c très-pefante. Cette pefanteur a paru être due à l’arfenic & au fer ; mais c’efi: une propriété particulière à la mine d’Etain, comme à fa chaux. Cette mine eft très-réfraftaire ; elle ne décrépite point que par accident ; elle foutient un feu affez vif, fans même devenir pâteufe ; mais ce n’eft pas cette mine aufii belle qu’on exploite ordinairement, parce qu’elle efi trop rare. La mine ordinaire efi ocreufe à la furface, en forte qu’on la prendroit, au premier coup-d’oeil, pour une mine de fer, 8c qu’on ne l’en difiingue que par fa pefanteur, & par le moyen que nous allons indiquer.
- On met encore au nombre des mines d’Etain , ce grenat d’Étain qui efi d’une couleur plus rouge 8c plus tranfparente que les crifiaux d’Etain ordinaires. On foupçonne avec quelque raifon, que ces crifiaux font plus ferrugineux que d’étain.
- La propriété que nous avons remarquée à la mine d’Etain , de ne point éclater au feu quand on l’y expofe fubitement, comme cela arrive aux autres mines, nous fournit un moyen facile d’efiayer lî une mine eft ou non mine d’Étain. Il s’agit de faire rougir une pelle de fer, dont les bords ne foient pas trop élevés, 8c d’y étendre la mine réduite en oudre; la pierre, la terre, les particules métalliques étérogènes , tout, en un mot , qui ne fera pas mine d’Étain, fautiilera en pétillant, 8c elle reliera feule fur la pelle, en forme de chaux d’un gris rougeâtre, 8c couvert d’un enduit arfenical (i) ; car il efi à obferver que rarement , pour ne pas dire jamais, la mine d’Étain tient le foufre. Nous nous difpenferons d’expofer ici les différens moyens
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- chimiques de connoître la mine d’Étain , parce qu’ils fe trouvent, tant dans les Mémoires de l’Académie , que dans les Ouvrages des Chimifies, «qui font entre les mains de tout le monde.
- L’exploitation de la mine d’Étain , comme celle de toutes les mines poiïibles , dépend, pour la manière d’y procéder, de leur fituation 8c de la nature du terrein qu’on fouille ; ainfi la defcription de la marche du fillon principal 8c des veines qui l’accompagnent, celle des travaux qui précèdent l’extra&ion de la mine , comme des puits d’airage , des galeries , des étanfonnages, 8cc. appartenant plutôt à la mine de tel endroit qu’à la mine de tel métal, nous ne pourrions la faire qu’en iuppo-fantque nous parlaiïions de lamine du Devonshire, par exemple, dans laquelle on rencontre cette efpèce de fpath que Béker regarde comme la matrice des métaux , des pierres allez dures pour couper le verre, connues fous le nom de diamans de Cornouailles, ainfi qu’une autre efpèce de pierre blanche qui rend écumeufe l’eau dans laquelle on la lave, de que les Mineurs appellent kellus.
- On détache la mine, à l’aide de piques, de pioches, ded’une efpèce d’outil acéré fait en forme de perçoir de Maréchal : on fe fert de cet outil comme d’un coin ; on l’enfonce à coup de têtes de pioche dans le fillon, 8c l’on brife les morceaux du minerai détaché en malfe d’une livre à peu près. C’efi en les brifant ainfi, qu’on découvre une efpèce de fubf-tance minérale appelée mondiek, qui fe difiingue de la mine d’Étain, en ce qu’elle falit les doigts. Il eft très-effentiel de la féparer de la mine d’Etain, qu’elle rendroit caftant 8c terne. Le mondiek , dit M. Hellot, qui l’a examiné venant de Sainte-Marie-aux-Mines, eft d’un brun fale, s’exhale tout en fumée d’une odeur pernicieufe. C’efi une efpèce de mine bitumineufe d’arfenic , qui fe fublime au grand feu, 8c s’attache en crifiaux noirs ; mais en y mêlant ou de la marne, ou de la craie, ou de la chaux éteinte, on parvient à en obtenir de l’arfenic très-blanc.
- Il y a telle de ces mines qui eft afiez pure pour être portée fur le champ à la fonte, 8c telle autre qui a befoin de préparation préliminaire. Nous emprunterons de Schlujler ce que nous allons en dire.
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- Des opérations propres a la mine d’Étain pour en tirer le métal SC ïaffiner*
- Lorsqu’on eft parvenu à un fillon allez riche pour être exploité, & que les morceaux de mine détachés ont été dégroftis, ainfi qu’il a été dit dans le chapitre précédent, on monte le minérai pour lui donner un premier lavage avant de le porter au bocard, d’où il pafle au lavoir. Pour ce premier lavage, on fait dans le terrein un long canal, dans lequel on fait pafter un coulant d’eau venant d’une hauteur voifine, 8c on y apporte la mine. Des
- hommes en bottes à l’épreuve de l’eau, vont 8c viennent dans ce canal, remuent le minerai avec des rateaux de fer; 8c jettent les pierres hors du canal : l’eau emporte la partie terreftre inutile, 8c des fagots ou brouftailles placés de diftance en diftanee au fond du canal, retiennent la partie minérale qui peut être utile. Tout ce qui eft refté au fond du canal eft enfaîté chaque foir, pour être le lendeman porté au bocard. Mais préalablement
- (i) Gpllert... Par ce court expofé des différentes efpèces de
- mine d’Étain que comptent les Minéralogiftes , on voit qu’ils ont tous cru & enfeigné que l’Étain étoit minéralifé par l’arfenic ; & comme je n’avois d’ailleurs aucun fujet d’en douter, je n’ai pas héfïté de le dire après eux. Cependant un Chimifte de nos jours prétend que l’Étain dans fa mine, n’eft pas combiné avec l’arfenic : Il remarque d’abord quil n'a trouvé dans les Ouvrages de Minéralogiey aucune preuve de cette fuppofition gratuite ; puis il nous affure qu’aucun cabinet ne pofsede de mine d’Etain minéralifé par
- l’arfenic , 0 que fi dans les mines de Saxe, on trouve les crifiaux d’Etain implantés dans une gangue qui contient de l’arfenic ou mic-pickel, cefi-a-dire, du fer minéralifé par l’arfenic, les crifiaux eux-mêmes ne contiennent jamais ce poifon dangereux. Journal de Paris, 1780. Quelquedéfîr que j’aye de voir triompher la vérité, je n’ai pu acquérir en Minéralogie affez de connoiffance pratique pour terminer ce différend j mais il n’eu eft pas moins certain que l’Étain ne contient point d’arfenic au forcir du fourneau dç réduétion.
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- on .paffe ce minerai par un crible de fil de fer ; on ne porte au bocard que ce qui a refté fur le crible : ce qui a paffé eft regardé comme de la mine prête à fondre.
- Le bocard eft une caiffe découverte, ou, fi Ton veut, une auge dans laquelle tombent à quelques diftancesl’une de l’autre, des piles de bois, dont la tête armée de fer, écrafe la mine en tombant. Une roue , qu’un courant d’eau fait tourner , met les pilons en mouvement, 8c un autre petit coulant d’eau qui baigne continuellement la mine fous les .pilons, fort par les troiis dont efl criblée une plaque de fer qui ferme la caiffe par un de fes côtés ; elle emporte avec elle les parties du minerai bocardées afièz menues pour paffer par ces trous. L’eau roule le tout dans une longue auge; mais la mine d’Étain étant, comme on l’a fait remarquer , la plus pefante de toutes les mines connues , elle fe précipite bientôt au fond , tandis que l’eau entraîne toujours la terre & les parties hétérogènes plus légères, 8c lesdépofe dans des vaiffeaux ou fofles que les Ouvriers appellent loob. Cependant on place encore de diltance à autre au fond de l’auge, des morceaux de gazon, pour arrêter la partie du minerai la plus mobile, qui pourroit fuivre l’eau. Ce premier lavage étant fait, on retire la mine de l’auge, & on la porte au buddlle : c’eft un vaiffeau ou grande caifie baffe, dans laquelle on agite la mine, tant avec les pieds, qu’avec des pelles & autres chofes de cette nature , afin d’achever la féparation des pierres 8c de la terre que l’eau emporte encore. L’Étain fe précipite au fond ; le grofiier, qu’ils appellent le brut, prend le deffous , & le fin prend le deffus : enfin, dans un autre vaiffeau appellé wreck, on relave cet Étain, en remuant toujours avec des rateaux ; FEtain fin fe trouve deffus réduit en poudre noire très - déliée, ce qui le fait appeller Etain noir. On le porte à la fonte; on reprend le refte pour le repaffer au crible, avant de le rapporter fous les pilons. Alors on ajoute toujours de nouveau minerai, parce que l’ancien eft déjà réduit en parties affez menues pour ne pas faire de réfiftance aux pilons qui l’éparpillent au^oin, plutôt que de l’écrafer.
- Un Auteur ( M. Saur ) a donné un procédé trop fingulier pour ne le pas rapporter ici. Lorfque les mines d’Etain font trop abondantes en fer, ait cet Auteur, on la torréfie dans une marmite de fer, 8c on y paffe 8c repaffe une pierre d’aimant, jufqu’à ce qu’elle n’attire plus le fer. Ce procédé peut être très-bon dans un effai, fi l’on fuppofe toutefois que Faftion de torréfier n’a point calciné le fer au point de l’empêcher d’être attirable à l’aimant; mais nous doutons que, même en le fuppofant pofîible, il puiffe être d’une grande utilité dans les travaux en grand.
- En Allemagne, car jufqu’ici nous n’avons fait que décrire les travaux des Anglois, on eft dans i’ufage de griller les mines d’Étain, comme l’on fait celle de Cobolt, à deffein d’en tirer i’arfenic; ce qui fe fait dans des fourneaux dont la cheminée eft horizontale ou légèrement inclinée à l’horizon. Ces mines ainfi débarraffées de leur arfenic, font plus faciles à fondre que d’autres, parce que les mines qui font pyriteufes & qui fe rencontrent avec la mine d’Étain, font, par ce grillage, beaucoup plus faciles à être enlevées par le lavage. Ce n’eft pas qu’avant de les laver il ne faille enlever, le plus qu’il eft poftible, les pyrites que l’on rencontre ; la précaution de purifier la mine d’Étain du fer 8c du cuivre qu’elle peut contenir, eft d’autant plus effentielle, que ces deux métaux ont befoin, pour être fcorifiés,
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- d’une chaleur plus confidérable que celle que FEtain peut foutenir, 8c que d’autre part, ce dernier les faifant fondre très-promptement, il fe mêle avec eux, 8c devient incapable d’être mis en oeuvre dans bien des circonftances.
- Çes premières précautions prifes pour la mine d’Étain, elle eft en état d’être portée à la fonderie. Le fourneau eft un fourneau à manche, qui ne diffère des autres de ce nom, qu’en ce qu’il doit être plus petit 8c élevé au deffus du fol de la fonderie d’à peu près quatre pieds. Sur le devant de ce fourneau , on pratique un oeil par lequel l’Étain, à me-fure qu’il eft fondu, doit couler dans une caffe ménagée à un demi-pied au plus au deffous de cet oeil, 8c le trou de la tuyère doit être placé de manière que le vent du foufflet fe faffe fentir fur la caffe (i). Cette caffe non feulement doit recevoir l’Étain à mefure qu’il fe fond, mais doit encore fervir à l’affiner ou purifier ; 8c pour cela il faut l’y entretenir toujours en fufion, ce que l’on fait en mettant du pouflier de charbon dans cette caffe , 8c en Fy entretenant allumé par le moyen du foufflet. Lorfqu’on croit le métal fuffifamment purifié, ou on le puife avec des cuillers de fer, ou ayant fait au fond de cette caffe, fur un de fes côtés, un trou qu’on tient bouché avec de la terre pendant la digeftion, on l’ouvre pour en laiffer couler l’Etain, qui fe distribue dans des foffes ou lingotières qui font ménagées dans le fol de la fonderie. Le haut du fourneau eft garni d’une ou de plufieurs chambres formées avec des planches qu’on enduit intérieurement avec de la brafque pareille à celle qui enduit l’intérieur du fourneau ; c’eft de la terre graffe mêlée avec de l’ardoife. Cette chambre eft deftinée à recevoir la portion d’Étain que la violence du feu pourroit fublimer. A côté du fourneau, eft un efcalier, par lequel l’Ouvrier charge fon fourneau ; ce qu’il fait en mettant une couche de mine 8c une couche de charbon mouillé. Il doit avoir foin de ne pas confondre fa mine réduite en poudre fine avec celle qui eft en poudre plus groffïère, 8c de proportionner l’adion du feu à la nature des matières qui fondent. Si la mine eft fine 8c pure, la chaleur doit être moins vive; il faut l’augmenter lorfque la mine eft groffière, moins purifiée, 8c fournit beaucoup de fcories. Ces fcories fe retirent pour être éteintes dans l’eau, enfuite pulvérifées 8c remifes à la fonte. Il eft aifé de concevoir qu’elles exigeroient encore une plus grande adivité de feu, fi on les vouloir refondre en particulier; mais on les remet au fourneau conjointement avec de nouvelle mine, & on profite ainfi d’une propriété qu’elles ont de faciliter la fufion 8c d’adoucir FEtain.
- Nous n’avons pas prétendu décrire ici tous les fourneaux dans lefquels il eft pofiible de fondre la mine d’Étain. Agricola, Alphonfe, Barba, Libavius en ont décrit plufieurs que Fon peut voir dans leurs Ouvrages. Cramer, dans fa Docimatie, donne la defcription d’un fourneau d’effai, 8c c’eft celui qui m’a fervi dans mes expériences. Mais il eft bon de prévenir que les effais en petit des mines d’Étain , comme de toutes autres, fe faifant avec des fondant , leurs réfultats font tout différens de ceux des travaux en grand, 8c qu’il faut avoir grand foin , fi Fon ne veut pas avoir un effai pâteux ou aigre, de bien dégager de fyrites 8c de matières bitumi-neufes la mine que Fon effaye.
- Si l’Étain d’Angleterre étoit le feul que nous euffions dans le commerce, on feroit perfuadé qu’il nous-parvient tel qu’il fort de la caffe; mais, dit-on , cet Étain eft tellement pur, 8c celui des autres contrées l’eft fi peu, que pour établir une concur-
- 0) j comme dans tous les autres travaux de cette efpècc, les foufflets font mus par une roue qu’une chute d’eau fait tourner.
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- rence légitime dans le commerce de ce métal, ils font obligés de le mélanger ; & voici la fable que l’on conte à ce fujet : Lorfque l’Érain eft dans la caffe a demi-refroidi, ils le caffent avec des marteaux, & il fe fend en forme de ftaladite, forme fous laquelle il eft défendu très-expreffément d’en tranf-porter hors d’Angleterre, 8c cependant il y en a dans les cabinets de tous les curieux; mais il ne faut qu’avoir des yeux pour s’appercevoir que cette forme de ftaladite ne lui vient que pour s’être refroidi en coulant de la calfe dans les foliés. Les Anglois, difent toujours nos Romanciers, fondent cet Etain, 8c le coulent dans des lingotières de fer fort épailfes, enfoncées dans du fable très-chaud; ils le recouvrent du couvercle de la lingotière & de fable très-chaud , en forte que la lingotière foit à peu près deux fois vingt-quatre heures à refroidir. Chaque lingotière a deux pieds & demi de longueur fur un pied de large, & un demi-pied de profondeur. Les faumons qui en réfultent, fe coupent horizontalement en trois bandes parallèles avec un cifeau, 8c à coups de maillets. La bande fupérieure eft de l’Etain le plus pur, & par conféquent très-mou ; on y joint , dit-on , trois livres de cuivre par quintal. La fécondé bande eft déjà aigre, & il faut corriger cette aigreur par cinq livres de plomb par quintal. La troifième bande eft tellement aigre, qu’il lui faut neuf livres de plomb par quintal. On reprend ces trois mélanges pour les refondre en-femble, & l’on a foin, à cette fois, de refroidir promptement les lingots. La fuite de cet Ouvrage fera voir quel degré de croyance mérite cette hiftoire. En attendant, par égard pour ceux de qui nous la tenons, nous n’indiquerons pas l’Ouvrage où elle fe trouve imprimée.
- Au refte, il y a quelques moyens indiqués pour reconnoître la pureté de l’Ëtain, 8c M. Geoffroy s’en eft occupé dans un Mémoire qu’on trouve au nombre de ceux de l’Académie Royale des Sciences, année 1738. L’Etain appelé vierge, que nous avons dit être en ftaladite, a fervi d’étalon ou de point de comparaifon à ce Chimifte. Il obferve, qu’outre le cuivre 8c le plomb, il y a des Étains qui, comme difent les Ouvriers, fe trouvant gras, c’eft-à-dire, trop mous, ont befoin d’être aigris 8c dégraiffés par l’alliage du zinc, & on porte cet alliage jufqu’à deux livres par quintal d’Ëtain. Les bons Ouvriers, dit M. Geoffroy, préfèrent d’y ajouter de la limaille d’épingles, efpèce de laiton dans lequel il y a beaucoup ae zinc; & des Ouvriers Anglois ajoutent une demi-livre d’Ëtain de glace ou bifmuth par quintal d’Ëtain, pour lui donner plus d’éclat 8c de corps. Quant au régule d’antimoine , il rend l’Étain fi caffant, qu’on s’en apperçoit même à la proportion d’une livre fur trois cent foixante; en forte qu’il n’eft guère employé que pour les uftenfiles d’Ëtain qui ne doivent point aller au feu, comme font les cuillers 8c les fourchettes.
- Le nombre fingulier de fubftances métalliques, 8c la très-petite proportion dans laquelle il en peut entrer dans l’Étain, rend affez difficile l’effai de ce métal, pour en reconnoître la pureté. Celui qui eft ufité chez les Potiers d’Ëtain eft au moins auffi incertain que l’épreuve de l’or 8c de l’argent par la pierre detouche.Pour n’en donner qu’un exemple, la couleur de l’Étain eft un de leurs lignes, 8c l’Étain qui nous vient duBengal, de Malac & des Indes, eft d’ une couleur différente de celui qui nous vient d’Angleterre 8c d’Allemagne , quoique tous les deux paffent pour de l’Étain pur. L’ufage des Potiers d’Ëtain, pour faire leur effai, confifte à mettre l’Ëtain en belle fufion, pour le verfer par une petite gouttière dans un creux où il doit former un bouton en refroidiffant : lorfque la queue 8c le bouton font clairs comme de l’argent, on en
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- conclut que l’Ëtain eft pur, quoique cet effai noir-ciffe beaucoup plus le linge que ne le fait l’Ëtain vierge. Les ordonnances permettent depuis dix-huit jufqu’à vingt livres de plomb par quintal d’Ëtain ; 8c la couleur noire qui paroît autour du bquton d’effai ainfi qu’à la queue, fuffit au Potier d’Ëtain , par fon intenfité, pour juger fi l’on a dépaffé ou non l’ordonnance. Il eft un autre moyen, dit toujours M. Geoffroy; c/’eft la calcination faite avec quelques précautions particulières ; car jufqu’à préfent il n’a pas été poftible de trouver un moyen facile & peu coûteux de féparer les métaux alliés à l’Ëtain, pour rendre à ce dernier fa première pureté, ce qui cependant deviendroit bien avantageux pour le commerce. Il y a grande apparence que cette difficulté ne tient pas à l’arfenic qu’on foupçonne légitimement exifter dans l’Ëtain, 8c qu’on regarde affez ordinairement comme la caufe de la liaifon fi intime de l’Ëtain avec les matières métalliques; au moins aura-t-on toujours droit de le croire ainfi, jufqu’à ce qu’on ait rendu le départ de l’alliage plus facile en détournant cette portion arfenicale fur un autre corps ou terreux ou métallique.
- Premièrement, c’eft toujours M. Geoffroy qui parle, dans la calcination de l’Ëtain avec le nitre, on obferve que s’il contient du plomb, celui-ci va au fond & s’y convertit en litharge, tandis que le nitre 8c l’Ëtain déflagrent enfemble. Cette propriété de s’enflammer appartient tellement à l’Ëtain, que fa chaux même s’allume avec le nitre, & fe diflïpe en une vapeur blanche, tandis que les vapeurs des autres métaux prennent toute autre couleur. Cette inflammabilité de l’Ëtain eft encore plus fenfible au verre ardent, où M. Elonberg 8c M. Geoffroy le Médecin l’ont vu fe hériffer en forme de chou-fleur, 8c fe dilfiper entièrement.
- M. Geoffroy propofeenfuite fon principal moyen d’effai, 8c le voici : O11 prend un poids donné d’Ëtain vierge, on le calcine dans un creufet à feu ouvert ; la chaux eft la pellicule qui fe forme fur le métal dans cette opération : on range fur les bords du creufet ou du têt cette pellicule, à mefure qu’elle fe forme. Il lui a fallu répéter douze fois cette calcination , pour réduire en chaux toute fa quantité d’Ëtain, qui étoit de deux onces. Il examine en particulier les douze chaux que chacune de ces douze calcinations lui procure, 8c il obferve, x°. que la pellicule formée par l’Etain vierge, quoiqu’écail-leufe, eft facile à rompre , 8c que cette chaux, pat une calcination ultérieure , devient d’un très-beau blanc, quand même, dans le cours du travail, il y en auroit eu quelques portions coloriées en rouge, tandis que tous les Etains alliés donnent des pellicules plus ou moins difficiles à rompre, 8c des chaux: qui reftent conftamment coloriées en rouge ou en jaune, à raifon du plomb, ou en gris 8c même en vert, à raifon du cuivre. Nous ne parlons ici ni de l’augmentation de poids, ni des phénomènes accidentels obfervéspar M.Geoffroy; nous prions feulement de remarquer qu’il femble convenir lui-même , au moins tacitement, que le moyen qu’il employé eft: défectueux 8c ne remplit pas ion objet, en ce que démontrant à la bonne heure la préfence ou même la nature d’un métal étranger, ce moyen n’en détermine point les quantités refpedives , ce qui cependant eft le but effentiel d’un effai réformé de l’Etain. Il fe propofe en conféquence de faire des alliages connus de l’Ëtain vierge avec les différens métaux, & ce dans des proportions variées ; maïs ce projet, il ne l’a exécuté qu’en partie, & quand même il y auroit réufli, nous ofons douter que fa méthode puiffe être utile ou même préférable à celle des Potiers d’Ëtain, fi l’on ne parvient point à retirer fous forme de chaux ou de métal, la quantité refpedive des fubftances étrangères qui font ajoutées
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- ART DU POTIER D’Ê T A I N.
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- ù l’Etain; car, de part & d’autre, les réfultats de l’eflai demeurent incertains ; ôc fi l’une des deux méthodes méritoit quelque préférence, ce feroit fans doute celle du Potier d’Étain qui, accoutumé à voir des alliages de toute efpèce en ce genre, acquiert un tad ôc une fineffe de discernement, qui fouvent a le mérite de la précifion.
- Si nous n’avons pas encore fur cet objet de lumière certaine, je préfume que cela vient de ce que l’Étain n’a pas été fuffifamment examiné, Soit
- phyfiquement, foit chimiquemennt : je me hafarde à faire part des recherches que j’ai faites fur ce métal, avec cette confiance que les Savans dont j’y combats les opinions, voudront bien me pardonner d’avoir quelquefois négligé l’autorité de leurs plus grands Maîtres en Chimie ; mais auffi que les Artiftes ne trouveront rien dans mes explications , qui foit contraire aux phénomènes qu’ils obfervent tous les jours dans le travail de leur métal,
- CHAPITRE TROISIEME.
- Recherches nouvelles fur l'Etain.
- JL es effais infrudueux faits en Bretagne par deux particuliers quirépétoient les procédés de M. Lemery, fixèrent mon attention fur ce métal, dès les premiers temps où je me livrai à la profelfion que j’exerce. Etant depuis pafié à Montpellier, un Médecin de cette ville me fit part du Mémoire de M. Geoffroy, «dont il a été fait mention dans le chapitre précédent. Nous convînmes de vérifier les expériences de ce Chimifte; nous ne fûmes pas heureux dans toutes, ôc je regrettai que M. Geoffroy eût négligé de publier la fécondé partie de fon Mémoire , dans laquelle il promettoit de rendre compte des différentes diffolutions de ce métal. L’Artifte chez lequel je travaillois excita encore ma curiofité par une expérience qu’il fit. Nous examinâmes par com-paraifon, pendant douze heures confécutives, de l’Étain du Levant d’une part, tel qu’il vient en baguettes dans les ports de la Méditerranée, & du même Étain allié avec vingt pour cent de plomb. La calcination de ce dernier n’exigea pas une chaleur auffi vive ; mais lorfque nous jetâmes les refies de ces deux Étains dans la lingotière ou pierre à effayer, les deux lingots fe trouvèrent également beaux Ôc de même denfité qu’avant l’opération. Depuis cette époque, qui date de plus de vingt-cinq ans, je n’ai ceffé de faire des expériences fur l’Étain, ôc d’obferver ce qui fe paffoit dans les travaux de ma profelfion : auffi le tableau de ce travail n’offrira-t-il que des faits & des réfultats. Puiffé-je les décrire auffi exadement que je les ai obfervés.
- Je me propofe donc de combiner l’Étain avec toutes les fubflances minérales poffibles, pour juger jufqu’à quel point il s’y combine, & quelle altération elles y apportent, foit pour la couleur, foit pour le poids, foit pour la dureté, pour déterminer enfuite celles qui n’y entrent abfolument point, afin de jeter quelques lumières tant fur les ordonnances actuelles concernant le commerce ôc fabrique de l’Étain, que fur les réformes dont elles pourroient être fufceptibîes. Ces premiers alliages faits tant avec l’Étain appelé vierge, qu’avec les différens Etains purs du commerce, feront fournis à la balance hy-droftatique Ôc à l’air libre, puis à la pierre d’effai, enfuite aux opérations chimiques, telles que la calcination , la réduction & autres. Je foumettrai enfin les différens Étains à l’adion des fluides qui peuvent ou le diffoudre ou le corroder, &*j’efpère que de cet examen très-étendu réfultera l’analyfe fuivie de ce métal ; analyfe dont j’ai bien trouvé quelques parties éparfes dans les Ouvrages des Chimiftes ôc des Minéralogiftes, mais qui ne fe trouvera, je fefpère, nulle part ailleurs plus complette. ,
- Nous l’avons déjà dit, ôc c’eft une vérité commune à toutes les mines, que la fubftance qui doit
- fournir le métal, n’y eft jamais dans un état pur, ôc que c’eft pour cela qu’on emploie les grillages , les lotions, les différens fondans, foit pour les dé-barraffer , foit pour leur donner l’éclat métallique. C’eft encore une autre vérité, fur laquelle il eft inutile d’infifter, que tous les alliages métalliques artificiels tendent à fe féparer naturellement; & cette féparation a fieu toutes les fois que les liens qui les retiennent unis fe relâchent ou fe diffolvent, ôc elle eft particulièrement fenfible lorfque l’alliage étant en fufion parfaite, on le laiffe refroidir lentement. Ces différens alliages ne font qu’altérer la pureté primitive du métal. Il réfulte cependant de ces alliages des combinaifons fingulîèrement utiles, tel celui d’un cinquième d’Étain ôc quatre cinquièmes de cuivre rouge, qui produit ce métal fi lonore, appelé métal de cloche, lequel perd néceffairement du fon, fi par hafard on fait entrer dans fa compo-fition ou du laiton qui tient du zinc, ou du potain qui tient du plomb.
- Peut-être l’Étain qui entre dans le métal appelé bronze, dont on fait les flatues, les canons ôc plufieurs autres chofes de cette efpèce, concoure-t-il pour beaucoup à ce vernis luifant & d’un beau vert de pré dont les plus anciens monumens fe trouvent recouverts.
- Il eft fâcheux que la compofition du tombac ôc du fimilor ait été trouvée ; le zinc ôc autres fubf-tances qui entrent dans cet alliage, aigriffent tellement le cuivre qui en eft la bafe, qu’ils pourroient fervir de preuve que les alliages détruifent la nature des métaux ; mais on fait que ce n’eft que leur première pureté.
- Cette altération eft telle , que même dans les diffolutions de l’Étain , les parties hétérogènes l’y accompagnent; ôc il feroit bien à délirer que la Chimie trouvât quelque expédient pour diffoudre l’Étain feul ôc les hétérogénéités feules.
- Effais de VÉtain.
- Quoique la manière d’effayer des Potiers d’Étain ne foit rien moins que propre à éclairer fur les fubf-tances étrangères qu’il contient, & que même elle puiffe faciliter la cupidité de ceux qui abuferoient de la permiffion, en abufant du réglement qui autorife l’addition du plomb dans l’Etain ( efpèce d’abus auquel j’efpère remédier, en préfentant une table des différens alliages, ôc des effets qu’ils produifent fur l’Étain ) ; cependant je crois devoir indiquer les deux efpèces d’effais qu’ils mettent en ufage, ôc qu’à leur exemple je répète tous les jours; j’y ajouterai un troifième effai auffi facile ôc auffi sûr qu’on le peut défirer.
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- ART DU POT
- On fait dans une pierre de tonnerre ou de tuffeau (i), une gouttière qui fe termine par un^trou circulaire demi-fphérique ; on verfe de l’Etain bien fondu dans cette gouttière, 8c on emplit le creux 8c la gouttière. L’effai étant refroidi, ce n’eft pas feulement, comme le dit M. Geoffroy, à la teinte particulière que prend le tour du culot 8c fa queue, qu’on juge quelle eft l'efpèce du métal qui y eft allié, mais encore à la couleur du relfe de la fur-face , à la manière dont fe fait, au centre qui fige le dernier, la féparation, ou en quelque forte la décompofition de l’alliage, 8c quelquefois aux criftallifations confiantes 8c uniformes qui accompagnent toujours certaines fubflances métalliques. Toutefois, par cet effai, il faut convenir qu’on ne peut déterminer exactement la quantité du métal allié; mais les Ouvriers en approchent affez près.
- Le fécond effai des Potiers d’Étain fe nomme effai à la mouche : il eft , ainfi que le premier, indiqué par la routine, 8c appuyé fur l’obfervation. On prend un fer à fouder, chaud & bien effuyé , afin d’être affuré qu’il ne tient plus d’autre Etain que celui qu’il lui faut pour refter étamé ; on le paffe légèrement fur l’Etain qu’on veut effayer, pour qu’il en diffoive une goutte, 8c qu’il l’enlève. La cavité qui refte indique par fa couleur, tant au centre qu’à la circonférence, quel eft le métal allié, 8c en même temps, fi par hafard le métal eft gras, parce qu’on obferve qu’alors la goutte ne s’enlève pas fi facilement , 8c que la cavité eft plus ou moins Jlrie'e.
- 11 étoit néceffaire de trouver un troifième effai qui donnât à connoître les quantités refpeêtives du métal allié à l’Etain. La balance hydroftatique fe préfentoit naturellement ; car fachant premièrement ce que chaque métal ifolé 8c pefé à l’air libre perdoit de fon poids lorfqu’on le pefoit dans l’eau , il paroiffoit tout naturel de juger, en pefant à l’air libre un Étain allié, 8c obfervant ce qu’il perdoit lorfqu’on le pefoit dans l’eau, déjuger, dis-je, en quelle proportion le métal étranger s’y trouvoit allié. Un feul obftacle m’a retenu quelque temps. M. Gellert a obfervé que l’alliage des métaux pefé dans l’eau, ne perdoit pas toujours, en proportion de la denfité refpeftive 8c propre à chaque métal, ce qui rendroit inconféquentes les obferva-tions faites jufqu’alors dans ce genre. Heüreufement l’expérience m’a raffuré, en me faifant voir que l’obfervation de M. Gellert n’étoit bien fenfible que dans les cas, où les proportions du métal étranger vont au tiers ou au quart de la maffe totale ; efpèce de proportion qui rend l’Etain trop aigre pour pouvoir être employé par les Artiftes. J’ai trouvé en effet dans les alliages que j’ai faits dans ces proportions, 8c même dans de plus petites, j’ai trouvé, dis-je , mon métal aigri confidérablement, 8c la denfité de l’alliage fenfibîement plus grande que la denfité compofée de celle des deux métaux, M. Thillet a remarqué ce phénomène, même dans les mélanges des liqueurs, 8c il s’yn fert pour démontrer , dans tous les alliages dé cette nature, une pénétration réciproque entre les deux compofans. Voilà donc deux eaufes d’un même effet, 8c par conféquent il ne peut indiquer l’intenfité d’aucune d’elles. Il faut analyfer l’effet total ; il faut pouvoir eftimer l’effet partiel, 8c pour cela il faut au moins connoître l’autre effet 8c fe fouftraire du total. De là les calculs immenfes dans lefquels jette nécef-fairement l’ufage de la balance hydroftatique, ce qui la met hors de la portée des Ouvriers, des Artiftes, 8c qui me l’auroit fait rejeter à moi-même, (i je n’euffe remarqué qu’en ne dépaffant pas les proportions dans lefquelles l’Etain ( il en faut dire
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- autant des autres métaux) peut être mis en œuvre, la denfité d’aigreur ne mérite pas d’attention. Je me fers donc encore de cette balance, ne fût-ce que pour déterminer, à la manière d’Archimède, la quantité de métal étranger 8c connu qui fe trouve dans une pièce fabriquée, fans pour cela la détériorer aucunement.
- Voici donc l’effai que je fubftitue à celui de la balance hydroftatique : il n’eft pas inconnu aux Potiers d’Étain, mais ils ne s’en fervent pas avec tout l’avantage dont il eft fufceptible. J’ai fait un moule qui me rend jufte une médaille du poids de deux cent foixante-cinq grains, fi c’eft de l’Étain pur que j’y ai jeté, & quatre cent-un, fi c’eft du plomb; ce qui me fait dire dans tout le cours de cet Ouvrage , que l’Étain eft au plomb comme deux cent foixante-cinq à quatre cent-un. Or , jetant dans ce moule mes aifférens alliages, j’ai des médailles , qui, par l’excès de leur poids feulement fur celle d’Etain pur, m’indiquent précifément la quantité du métal allié; parce qu’ici le volume étant le même, la pefanteur fpécifique eft égale à la pefanteur ab-folue. Mais , dira-t-on, cette augmentation de denfité a deux eaufes, comme vous venez de le remarquer vous-même , d’après MM. Gellert &Tillet, 8c par conféquent ( c’eft votre propre conclufion ) elle ne peut faire connoître l’intenfité d’aucune d’elles. A cela je ne puis validement répondre que par l’expérience : or elle démontre que cette pénétration , cette denfité d’aigreur , bien loin d’apporter dans la pefanteur de nos médailles , des variations incertaines 8c difficiles à déterminer , elle contribue, pour fa part, à les rendre confiantes 8c toujours proportionnelles à la quantité du métal allié. En effet, j’ai pris cent parties d’Étain qui avoit toutes les qualités que M. Geoffroy attribue à l’Étain vierge; j’y ai ajouté, par la fufion , une partie de plomb pur; la médaille obtenue de cet alliage, 8c comparée à la médaille d’Étain pur qui me fert toujours d’étalon, s’eft trouvée pefer précifément un grain de plus. J’ai gradué l’expérience jufqu’à mettre cinquante livres de plomb fur cent livres d’Étain , 8c j’ai toujours trouvé la quantité de métal allié, exprimée par le nombre de grains qui faifoit la différence des deux médailles ; en forte que dans cette dernière expérience, la médaille d’alliage pefoit cinquante grains de plus que celle d’Étain pur. Maintenant il eft facile de démontrer que cette denfité excédente eft en partie produite par une pénétration réciproque qui a lieu entre les deux métaux; car ayant allié vingt livres de plomb à cent livres d’Étain , 8c ayant coulé de cet alliage dans mon moule, j’ai eu une médaille qui pefoit vingt grains de plus que celle.cl’Étain pur, c’eft-à-dire, deux cent quatre-vingt-cinq grains. Cela pofé, voici comme je raifonne : L’alliage étant fait dans la proportion de i à 6, il fe trouve néceffairement dans la médaille quarante - fept grains j; de plomb & deux cent trente - fept grains { d’Étain ; par conféquent les quarante - fept grains f de plomb n’ont déplacé que vingt-fept grains ^ d’Etaim Or, en ne fuivant que le rapport du plomb 8c de l’Étain, quarante-fept grains £ de plomb dévoient déplacer près de trente-deux grains d’Étain : voilà donc au moins quatre grains de matière qui reftent en vertu de cette pénétration réciproque dont nous avons parlé ; voilà notre denfité d’aigreur qui contribue, pour fa part, à augmenter précifément de vingt grains la pefanteur de la médaille.
- Je vais maintenant expofer les expériences faites par ces différèns moyens ; favoir, les effais des Potiers d’Etain, le trébuchet ou balance d’elïài à l’air libre ,
- (i) On préfère cette efpèce de pierre, parce qu’elle eft affez tement 3 ce qui donne aux parties hétérogènes le temps de fe homogène, & que n’étant pas froide, l’Étain s’y fige très-len- féparer.
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- la balance hydroftatique des Phyficiens, Sc la calcination & réduction des Chimiftes, fur les différens Étains de commerce. J’examinerai enfuite , toujours en employant les mêmes moyens, les différens alliages de métaux, demi-métaux Sc fubftances minérales avec ces Étains ; & enfin j’expoferai les expériences que j’ai faites fur notre métal avec les différens menftrues.
- Article premier.
- Expériences fur les Étains de commerce.
- Étains des Indes ; i°. Étain de Banca.
- Cet Étain, qui eft en faumons formant très-bien une pyramide tronquée, ayant un re&angle pour bafe, du poids de foixante. à quatre-vingts livres, marqués d’un lofange, des lettres Z 8c N, Sc d’un cercle barré, nous vient par les vaiffeaux de la Compagnie des Indes, ou par la Hollande, ou enfin par des vaiffeaux de regître, & c’efl au port de l’Orient que s’en fait ordinairement le commerce. J’en ai fondu dans une chaudière de fer neuve, Sc l’ayant effayé au fer, il donna une mouche claire dans toute fa furface.
- J’en ai coulé dans la pierre d’effai ; le culot qui en réfulta préfentoit à fa furface le brillant de l’argent; la queue étoitbien nette, 8c en refroidiffant, il s’étoit fait au centre une cavité très-aigue (i).
- J’ai jeté de ce même Étain dans mon moule de médaille, enfumé en dedans une fois pour tout ; j’ai tiré cinq à fix médailles pour choifir celle qui fortiroit la plus nette : elle s’eft trouvée pefant deux cent foixante-cinq grains à l’air libre, Sc a perdu trente-fix grains ou^ Sc plusdefon poids à la balance hydroftatique. La même expérience répétée plufieurs fois Sc fur différens lingots de différentes années , ne m’a donné aucune différence à l’effai à la pierre des Potiers d’Étain; mais à mon trébuchet, ainfî qu’à la balance hydroftatique, j’ai trouvé depuis \ grain jufqu’à deux grains de différence en denfité. Cette différence fémbloit annoncer dans le plus denfe la préfence d’un métal étranger, Sc devoir faire regarder le plus léger comme le plus pqr. Pour m’en affurer, je m’avifai de divifer en grains déliés une quantité de cet Étain que j’ai reconnu le plus denfe ( il fuffit pour cela de le fondre Sc de le laiffer tomber goutte à goutte dans de l’eau froide ) ; je l’ai mis diffoudre dans de l’eau régale , de manière que l’Etain ne fût pas entièrement diffout. J’ai pris ce qui avoit refté, 8c qui n’avoit été que pénétré par l’acide que je croyois fuffifant pour détruire la çaufe de la denfité, fi elle étoit différente de l’Étain proprement dit. L’ayant coulé dans la pierre d’effai, le lingot étoit clair, le point central aigu, les médailles fe font bien coulées, l’Étain n’a rien pérdu de fa première denfité : en un mot, cet Étain ne différoit de ce qu’il étoit avant la diffolution, qu’en ce que la furface du lingot d'ef-fai avoit des petites fibres blanches ; qu’il paroiffoit un peu plus fec au toucher, 8c qu’on n’y apper-cevoit plus la couleur jaune qui couvre la furface des lingots qu’on coule en Étains venans directement
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- des mines. Ainfi je ne fus pas encore inftruit de la caufe des différences de denfité.
- J’ai mis enfuite quinze livres du même Étain dans un têt à feorifier, Sc dans le fourneau dont on verra la defcriptioii, lorfque je traiterai de la calcination ou manière de faire la potée d’Etain. J’ai entretenu le feu plus vif pendant douze heures, en ayant foin de tirer, à mefure qu’elle fe formoit, la pellicule de côté, 8c de la reporter dans un autre têt pour la conferver rouge , ce qui la divife davantage 8c laiffe moins de métal à recalciner. L’Étain reliant dans le têt, a donné à l’effai à la pierre un culot d’un clair plus blanc, pointé au centre comme avant la calcination ; à la touche, la mouche étoit feulement moins graffe, 8c la médaille pefoit deux cent foixante-fix grains , Sc a perdu trente-fix grains dans l’eau à la balance hydroftatique. La calcination a donc augmenté la denfité de l’Étain, ce qui pourroit contribuer à donner une -preuve de l’influence des parties hétérogènes du feu fur les métaux, Sc de fon effet fur l’augmentation des chaux.
- Les chaux obtenues par ce travail, étoient de couleur de chair, Sc j’avois d’abord été tenté de l’attribuer au fer de la fpatule qui avoit pu être rongée par la calcination ; mais les expériences m’ont appris que cette couleur étoit une des preuves de la pureté de l’Étain, 8c qü’on pouvoir l’obtenir telle avec un peu d’attention. Je regarde l’Étain dont il vient d’être queftion, comme le plus pur, 8c c’eft pour cela que je l’ai placé le premier dans ce travail.
- J’ai obfervé dans toutes mes calcinations, que dans le têt, lorfque l’Étain y occupe deux pouces ou environ d’épaiffeur, il fe fait des ébullitions qui femblent partir du fond ; elles pouffent chacune avec effort une petite houpe étincelante qui fe confond avec la croûte déjà formée.
- 2°. Étain de Malac.
- C’est par la même voie que l’Étain de Banca, que nous vient l’Étain appelé de Malac ou Mélac, dont la forme varie beaucoup, les plus gros faumons étant des parallélipèdes rectangles plus ou moins longs , depuis trente-fix jufqu’à foixante livres, tandis qu’il y en a aufli en petite maffe pyramidale tronquée à bafe rectangulaire avec un rebord qui les fait appeler Étain en chapeau. Ils font tous reconnoiffables par une marque qui leur eft commune à tous ; c’eft un triangle formé à coups de cifeau. Comme l’Etain de Malac eft le plus commode pour bien des Ouvriers, Sc qu’on croit qu’il eft le plus pur, les Marchands en gros le refondent pour lui donner cette forme, quoique par l’édit de création d’Officiers Effayeurs fur l’Étain, 8c différentes difpofitions de 1703, 170J, 170S 8c 1718 , ne permettent qu’aux Potiers d’Etain de fondre des faumons d’Étain, Sc ne le permettent même qu’à ceux qui ont dépofé leurs marques au Greffe , avec la précaution de donner un certificat ligné d’eux. Mais ce n’eft pas le feul abus qui fe foit gliffé tant dans le commerce que dans la fabrique de l’Etain. L’Etain de Malac, que j’ai employé, 8c que je croyois le plus pur de tous, m’étoit parvenu par un vaiffeau Hollandois venant
- (1) J’aî dit plus haut, qu’il falloit, pour faire cet effai, mettre l’Étain en belle fufion, avant de le couler dans la pierre ; j’ajoute qu’il ne faut pas pour cela qu’il foit chauffé, c’eft-à-dire, qu’il ne lui faut que la chaleur néceffairé pour le tenir bien fluide, fans rouflir le papier j autrement l’Étain s’agite & bourfoufle dans le creux de l’effai, & le bouton qui en réfulte n’eft pas net. Quand cet accident arrive, il faut reverfer l’Étain dans la cuilier , afin qu’il fe refroidiffç.
- Par cette expérience & toutes celles qui vont fuivre, on verra que ce point aigu, qui fe forme au centre , accompagne toujours l’Étain pur des mines ; aufli eft-il pour les Artiftes un ligne non équivoque de la pureté de leur métal, & avec raifon , puifqu’on ne voit ici que l’effet ordinaire du refroidiffement fur les corps que la chaleur a dilaté : point de ffparation entre les parties, point de précipitation des plus dçnfes, comme il arrive dans Jes alliages. ' '
- de
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- de la Jamaïque. Cet Etain m’a donné à Leffai à la mouche une cavité plus claire ; il a paru gras fous le fer. L’eflai à la pierre étoit aufli clair que celui de Banca ; la médaille que j’en tirai fut de deux cent foixante-cinq grains, ôc perdit pareillement dans l’eau trente - fix grains. La dilfolution étoit comme la précédente, & la calcination a donné une chaux vermeille ; en un mot, je n’ai obfervé aucune différence d’avec celui de Banca.
- Ayant eu depuis occaflon d’examiner plufîeurs Etains de Malac, tant en lingots qu’en chapeaux, j’ai remarqué toujours les mêmes phénomènes, & fur-tout la plus grande denfité de quelques-uns, depuis f jufqu’à deux grains fur une médaille. Cet effet avoit lieu même après la calcination de ces Etains plus denfes, ainfi que dans l’efpèce d’Etain précédente.
- Étain de Stnyrnè. ,
- Lé commerce de cet Etain fe fait par échange des Levantins ôc d’autres Marchands Européens. Ils le prennent dans les nombreufes manufactures d’é^ tamage établies fur les Echelles du Levant. Cet Etain, venant en plus grande partie d’Angleterre, après avoir féjourné long-temps fous la réfine , devient tellement gras, qu’il ne peut plus s’attacher fur le cuivre ou le fer. On le retire des chaudières, ôc on le coule en baguettes, dont on emplit des barils du poids de trois cents ôc plus. C’eft par les ports de la Méditerranée, ôc fur-tout à la foire de Beaucaire qu’il en vient, ôc encore par les vaiffeaux Arméniens, qui prennent en échange des ouvrages d’Etain, comme des feringues toutes garnies de leur bâton Ôc canule de buis, dont il fe fait une grande fabrique à Saint-Claude en Franche-Comté. Cet Etain de Smyrne eft ordinairement marqué d’un écuffon, chargé d’un lion rampant. L’effai à la mouche prouve qu’il eft moins gras que les deux précédens (i) , ôc annonce déjà quelques matières hétérogènes par la teinte de blanc qu’elle prend au centre, ainfi que par les fines blanches qui couvrent une partie de la furface du bouton de l’eflai à la pierre ; mais le point central n’en eft pas moins aigu. La médaille pefant deux cent foixante-cinq grains, a perdu pareillement trente-fix grains dans l’eau; mais quelques médailles ont été fujettes â quelques petites différences , comme je l’ai remarqué aux Etains de Malac ôc de Banca. La chaux n’étoit pas aufli vermeille. Je n’ai rien apperçu pendant la diffolution ôc la calcination , qui y indiquât la préfence du zinc, foit qu’il y foit fixé jufqu’à un certain point, ou que la quantité en foit trop petite; car il eft démontré que le bain de l’étamage a abfolument befoin d’une ou deux onces de zinc par quintal d’Etain, afin de donner au fel ammoniac affez de fluidité pour ne pas mettre obftacle à l’étamage. Le réfidu de la calcination a confervé toutes ces propriétés. Cet Etain eft plus facile à employer que les Étains neufs ; il eft plus fort , il fe travaille facilement feul, & fans qu’il foit befoin d’y ajouter de l’Etain qui ait déjà été fabriqué. Il eft plus roide, plus fec, ôc moins fujet à donner cette crafle que produit, fur les pièces coulées en moule, tout Etain neuf ; crafle Ou efpèce de terre qui pâroît déjà dans la fufion de l’Etain, foit qu’il la rejette par forme de dépuration, foit que ce foit Une véritable calcination, ôc qu’il feroit bien à fouhaiter qu’on trouvât le moyen d’écarter dans le travail,
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- fans pour cela corrompre la pureté du métal par un alliage.
- Étain d'Angleterre*
- Je n’ai pas trouvé, à beaucoup près, dans les différens eflàis que j’ai faits de l’Etain d’Angleterre, les mêmes marques de clarté fur la furface , que m’ont données les Etains que j’ai examinés jufqu’à préfent, quoique je me flattaffe qu’il fût le plus pur de tous. L’eflai à la mouche devient moins brillant, ôc le point central moins aigu; il forme même pluîieurs petits .points vifîbles à la loupe. L’eflai à la pierre à donné une cavité vers la queue du lingot, ôc le bouton s’eft recouvert, aux deux tiers, d’un blanc écaillé qui le ternit dans cette portion ; le point central étoit plus large ôc irrégulier. Pour en avoir des médailles pleines, il m’a fallu couler plus chaud, parce que , fans cette précaution, la médaille a des retirures ce qui arrive toujours aux Etains chargés de matières étrangères. Les médailles fe font toujours trouvées pefer deux grains de plus que l’Etain le plus léger, c’eft-à-dire deux cent foixante-cinq grains. A la balancé hydroftatiqüe, il a perdu, comme les autres, trente-fix grains de fon poids. Après la diffolution, non plus que durant la calcination, je n’ai remarqué aucune différence. L’Etain refté de ces opérations, coulé fur la pierre d’effai, a blanchi à fa furface comme auparavant ; les médailles ne préfentoient non plus rien de différent ; ce qui prouve que fî cet Etain contient quelques matières étrangères , elles ne font point détruites par la calcination, non plus que par la diffolution.
- Il eft bon d’obferver que dans le nombre des Etains d’Angleterre que j’ai examinés, tant les gros faumons que les petits de'trente à quarante livres, tous marqués d’une rofe ôc d’un lion rampant , j’en ai trouvé qui, fans être plus clairs, étoient bien pointés à l’eflai à la mouche , ôc qui, coulés en médailles , ne pefoient que deux cent foixante-trois grains, ôc perdoient dans l’eau trente-fix grains , ce qui, à la couleur près , les rapproche des autres Etains purs, n’ayant jamais .trouvé de ces fortes d’Etain qui perdiffent plus de deux grains.
- L’Etain obtenu des fcories ôc cendrées de l’Étain d’Angleterre, par les fucs gras , donne à l’eflai à la pierre des points ftriés plus abôndans ; dans le centre, de profondes cavités ; la queue d’un clair blanc ; Ôc n’a en rien augmenté en denfité de plus que les précédens, c’eft-à-diré, qu’elle n’a acquis qu’un grain \, comme tous les Etains dont nous avons obfervé l’augmentation, après avoir. étéL, travaillés avec le fuif ou les autres fubftances grades, ainfi qu’il eft marqué à la quatrième colonne.
- Étain d* Hambourg*
- T ouï l’Étain qui fe tire des mines de Suède ôc des différens Etats dé l’Empire, nous vient eft. faumons de cent foixante ¢ quatre-vingts livres. La mouche fe montre claire, à quelques filets blancs près, ôc jeté dans la pierre d’effai; il blanchit & fe cave comme celui d’Angleterre ; il èft gras fous le fer , fe jette en moule affez facilement, mais en formant une cavité fur le jet ; les médailles les plus pleines pefoient deux cent foixante - cinq grains Ôc demi, & ont perdu trénte^fix grains dans
- (i) Pour lever la contradiction apparente que préfente ici d’étamage & les Potiers d’Étain ne l’entendent pas dans le l’ufage du même mot gras , il fuffira de lire l’article jufqu’au même fens» bout, & on s’appercevra que les Ouvriers des manufactures
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- ART DU POTIER D> É T A I K
- l’eau ; le rèfidù reffemble entièrement à ce quil étoit avant la calcination.
- Êta'rn des manufactures de fer-blanc.
- Les mêmes Marchands qui vendent le fer-blanc, Vendent auffi de l’Etain en baguette dans des barils du poids de trois cents livres ou environ. Cet Etain devroit, pour plus d’exa&itude, être marqué ou de la marque de la fabrique étrangère, ou de celle des Potiers d’Etain qui en revendent,pour déterminer 6c devenir garant de fa qualité. Cet Etain donne à la mouche une couleur tirant fur le blanc; fon effai à la pierre préfente de même une furface ternie par une teinte de blanc ; au centre une cavité irrégulière, & de plus une autre en forme de fillon dans la longueur de la queue, comme on le voit fur les baguettes elles-mêmes. La médaille pefant deux cent foixante - fix grains, a perdu trente - fix grains dans l’eau. Sa chaux eft plus grife, 6c l’Etain qui refte après la calcination ne donne aucun phénomène différent. Enfin cet Etain, provenu des étamages comme celui du Levant, n’en diffère qu’en ce qu’il paroît un peu moins roide.
- TA
- Êtaiti de la Chine.
- L’Etain que l’on tire de Siam, de la Chine & du Japon, eft très-rare en France. Je n’en ai eu qu’un lingot de trente-cinq livres ; c’étoit un parallélipipède affez long 6c peu épais ; fa couleur, plus blanche que celle des Etains de Banca 6c de Malac , me faifoit foupçonner quelques matières étrangères; mais tant à la mouche qu’à la pierre d’effai, il s’eft comporté entièrement comme ces deux fortes d’Etain. La médaille coulée pefoit deux cent foixante-quatre grains & perdoit trente-fix grains dans l’eau. Je n’ai pas calciné cette efpèce d’Etain, parce que, lorfqu’il me parvint, je n’a-voispoint de fourneau de calcination monté; mais je puis affiner d’avance, que tout Etain qui ne fera pas pur ne donnera point de chaux vermeille ; que la couleur grife ou blanche qu’elle prend enfuite, dépend du recuit, 6c que fi le recuit a lieu dans un lieu paifible, 6c fans que l’on remue la chaux , elle fe durcit, forme un corps qui prend dans fon intérieur la forme de ftrie, comme une pierre de ponce.
- 1 L E
- De comparaifon des pefameurs Jpécifiques des Étains purs de commerce, & de leurs variations
- dans différentes cirçonjlances.
- NOMS DES ÉTAINS.
- De B ANC J.................
- De Ma la c.................
- De la Chine ............ *...
- D’Angleterre...............
- Du Levant s en baguette.,..
- D’A LL E MA G N E , en baguette... Étain léger de toutes les mines. Étain, pur, revivifié de fies chaux.
- C omme il fe trouve dans le C ommerce avant d’être fabriqué.
- grains.
- z6f
- 16 5 164 l z6$ z6s l z66 z6) z6S £
- PÉNÉTRÉ
- des
- ACIDES.
- grains.
- 'z6$
- z6fi
- z 65
- z65 z 66 z6} z6j
- Refté dans le têt, après une calcination à feu violent.
- grains. z66
- z66
- Z66
- z66 z66
- |
- œsasonssr^î;
- PÉNÉTRÉ
- par
- XES SUCS GRAS.
- grains. *66 £
- zU | i 66 i
- Z66 £
- z66 £ z66 f
- A RTICLE SECOND.
- Expériences faites fur les Étains allies avec les métaux & demi-métaux.
- Les expériences précédentes nous font bien voir quelques différences entre les Etains de différens pays, Ôc même entre ceux d’une même mine; mais elles ne nous apprennent rien fur la nature de la fubftance qui pourroit altérer la pureté de l’Etain au fortir de fa mine, 6c caufer les différences que nous avons obfervées. La chofe feroit même allez impoffible, fi nous n’avions pas trouvé un point de comparaifon duquel on pût partir, je veux dire un Etain que l’on eût droit de regarder comme pur, 6c fur lequel on pût faire les alliages, pour les comparer enfuite à ces Etains des mines; car la voie de la fynthèfe me paroît ici la plus courte 6c la plus aifée, pour ne pas dire la feule praticable.
- J’ai remarqué, 6c cette circonftance n’a pas dû
- échapper au Lefteur Phyficien; j’ai, dis-je remarqué que la différence qui exifte entre les Etains de diffé-rens pays, n’eft pas de la même efpèce que celle qui diftingue l’un de l’autre deux Etains d’une même mine. Les premiers en effet ne different que par leur couleur, leur teinte 6c quelque autre caractère extérieur ; les derniers, fouvent femblables en tout au dehors, ne font voir de différence que dans leur denfité. J’en concluois, 6c avec raifon , que cet Etain-là eft le plus pur, qui eft en même temps le plus clair 6c le plus léger, 6c je commen-çois à douter de l’obfervation de ceux qui nous affurent qu’en Angleterre on allie exprès l’Etain avec une certaine quantité de cuivre 6c de plomb conformément à une Loi qui l’ordonne, 6c qui défend d’en exporter de pur ; car je n’aurois pas dû trouver de cet Etain léger, même parmi les faumons qui portent la marque Angloife.
- J’ai donc pris de cet Etain le plus clair 6c le plus léger pour employer dans les expériences que je vais rapporter ? 6c y comparer les différens alliages.
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- ART DU PO
- Une médaille de cet Etain, comparée à une médaille de plomb, nous a donné, tant dans l’air que dans l’eau, une différence marquée de pefanteur; chacune des autres fubflances métalliques préfente auffi des denfités différentes ; mais afin de pouvoir établir à cet égard quelque chofe de certain , fans avoir recours aux tables de pefanteur fpécifique qui fe trouvent dans les Livres de Phyfique , j’ai pris le parti de couler des médailles de chacune des fubflances métalliques qui font fufceptibles de cette opération , 6c en ayant comparé le poids tant à l’air libre que dans l’eau, avec une pareille médaille d’Etain, j’ai mis cette comparaifon en forme de table ; 6c quant aux fubflances qui, comme l’or , l’argent, le cuivre, &c. n’ont pu fe couler dans mon moule de médaille, j’en ai déterminé la pefanteur fpécifique, par un calcul de comparaifon fur les tables les plus exa&es.
- L’Etain efl le plus léger de tous les métaux ; on ne peut donc lui en allier aucun fans augmenter fa denfité : mais toutes ces fubflances métalliques ont avec lui des rapports différens de denfité; pour produire fur lui une même augmentation , il ne faut donc pas faire le mélange dans la même proportion. Je me fuis d’abord attaché à connoître la quantité qu’il falloit ajouter de ces fubflances à un cent, par exemple, d’Etain pur, pour porter la denfité de la médaille qui en réfulteroit, jufqu’à deux cent foixante-cinq grains ; & ayant trouvé une livre deux onces quatre gros 6c vingt grains pour l’or, deux livres un gros trente grains pour l’argent, 6cc. j’ai marqué ces proportions à la troifième colonne de la fécondé table. La route que j’ai fuivie n’efl pas difficile à tenir, 6c toute l’opération fe réduit à une proportion ou règle de trois. En effet, il en faut d’autant moins, que la fubflance qu’on fe propofe d’ailier efl plus denfe ; d’un autre côté, on fait., par les expériences précédentes, que deux livres de plomb fuffifent, 6c on connoît le rapport du plomb à l’or, par exemple : la quantité d’or qu’on doit ajouter à un cent d’Etain, pour produire cette augmentation de deux grains de den-îité, doit donc être le quatrième terme de la proportion inverfe fuivante : 692 77: 401 : : 2 tb :x = 1 rb deux onces quatre gros quinze grains. Je m’arrête à ces proportions d’alliage, parce que je n’ai ici d’autre but que de porter mon Etain léger des Indes à la pefanteur fpécifique des Etains les plus denfes ; je comparerai enfuite mes alliages avec ces mêmes Etains , 6c je verrai fi c’efl un métal étranger qui y efl allié, 6c quel il efl. Quant aux demi-métaux, ils font tous plus légers que l’Etain, 6c ne peuvent par eux-mêmes en augmenter la denfité. On ne les connoît que par leur manière d’agir fur l’Etain, foit en le colorant 6c en le crif-tallifant diverfement, foit en changeant même quelquefois totalement la texture de fes parties. J’indique à leur article la proportion de l’alliage.
- Expérience fur Vor.
- J’ai fondu quarante-un grains deux tiers d’or fin, auquel j’ai mêlé peu à peu cinquante gros d’Etain. J’ai jeté l’alliage dans mon moule de médailles, qui fe font bien coulées; le jet étoit uni, le point aigu, tirant fur le jaune, caffant, 6c d’un tiffu ferré : la furface de la médaille étoit de couleur bleue, ce qui dénote la préfence d’un foufre qui participe des deux fubflances, 6c particulièrement de l’or. Ce que j’en ai coulé dans la pierre à effai, a blanchi à la furface cqmme du duvet; le deffous, marquoit la même couleur tirant fur le jaune , la queue du lingot étoit unie, 6c le point centrai bien aigu : la médaille a gagné deux grains 6c cinq huitième en denfité, c’eii-à-dire, que même dans
- r I E R D’É TA IN. if
- la proportion de deux fur cent, l’Etain acquiert avec Tor une denfité plus grande que n’indique le calcul. Cet excédent de denfité, qu’on remarquera dans prefque toutes les expériences que je vais rapporter, ne paroît pas avoir d’autre caufe qu’une pénétration réciproque entre les parties des deux compofans. L’alliage étoit auffi plus fonore 6c plus roide , 6c avoit confervé fon cri.
- Expériences fur la platine.
- En fuivant toujours les mêmes proportions que celles de la table ci-deffus, c’efl-à-dire , en prenant la quantité néceffaire de métal à raifon de fa denfité particulière, pour faire la proportion de deux parties fur cent d’Etain, j’ai pris quatre-vingt-trois grains \ de platine, 6c lorfqu’eilem’a paru s’amollir au feu de forge, j’ai ajouté quatre gros d’Etain. Lorfqu’en découvrant le creufet, j’ai cru m’apper-cevoir que la matière étoit en fufion, j’ai diminué le feu, 6c y ai ajouté le refie de mon Etain jufqu’à la concurrence de fix onces deux gros. On voit ici que j’ai double la dofe ; l’indocilité de la platine, 6c fur-tout le peu de certitude qu’on a fur fa pureté, m’ont fait prendre cette précaution, me réfervant de rajouter de l’Etain au befoin.
- Cet alliage, qui demandoit lin degré de chaleur plus grande pour être coulé à la pierre d’effai, étoit épais, gras , 6c il refloit, vers le bout du jet, des grains luifans qui s’attachoient par préférence à la pellicule. La furface du culot étoit moins claire que celle de l’Etain des Indes, fans cependant avoir la teinte de blanc : on diflingue de petits grains caves 6c luifans dans toute l’étendue du lingot ; le point central aigu ; mais les grains de platine s’en féparoient à vue d’oeil en refroidiffant ; efpèce d’effet qui dépend de la pefanteur fpécifique de ce métal, 6c de l’extrême chaleur qu’on efl obligé de lui donner & conferver pour le tenir en fufion. Le métal mixte, après quelques coups de marteau , fe gerfoit ; on le caffoit aifément après l’avoir plié 6c replié cinq à fix fois ; la caffure n’efl pas sèche , elle préfente des grains ferrés, ronds, 6c d’une couleur grife. Dans cette proportion, je n’ai pu en tirer une médaille nette ; ce que j’en ai coulé étoit altéré quoique peu aigre, plus fonore, plus roide, mais avoit diminué de cri. J’y ai donc ajouté une nouvelle dofe d’Etain, 6c le mélange étant devenu plus fluide, j’en ai coulé des lingots d’un clair plus blanc que l’Etain, hériffés de grains comme les premiers, de couleur de vert de mer, ainfi que le deffous. Les médailles fe font coulées pleines , chargées plus abondamment de petites cavités brillantes fous le jet ; la denfité s’efl trouvée de deux grains cinq huitièmes, ce qui donne cinq huitièmes de plus que par le calcul. Mais les feories remplies de parties métalliques, 6c le défaut d’union dans l’alliage, démontrent allez qu’il s’efl perdu beaucoup de platine, 6c que ce métal n’efl pas pur. Peut-être cela dépendroit-il d’un foufre étranger arfenicâi ou autre, car nous verrons par la fuite , que la moindre proportion de foufre ou d’arfenic , comme d’fuffit pour détruire l’éclat métallique de l’Etain. Au refie je défirerois bien me procurer une quantité affez confidérable de platine ; je m’oc-cuperois à chercher le moyen de la purifier ; je contribuerois peut-être par-là à la connoiffanca d’un métal fur lequel fe font déjà exercés beaucoup de Chimifles.
- Expérience fur le mercure.
- J’ai mêlé par la fufion fix gros vingt grains da mercure avec trois livres deux onces d’Etain pur*. II s’efl perdu quatre gros de matière en fumée
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- défagréable. Le mélange jeté dans la pierre d’effai a donné un culot, dont la furface , quoiqu’unie , étoit blanchie & recouverte d’un léger duvet aiguillé. Les médailles fe font bien coulées, à quelques cavités près dans la circonférence. Il falloit le ployer plus d’une fois avant de le rompre ; fa pefanteur fpécifique s’eft trouvée de { de grain moindre que par le calcul, ce que j’attribue à la portion de mercure qui s’eft diflipée.
- Expérience fur le plomb.
- Deux onces de plomb ont été fondues avec cent onces d’Etain ; le lingot a blanchi par petits grains fur toute fa furface ; il n’avoit pas de point centrai ni aucun des autres cara&ères des Etains primitifs que nous avons examinés dans l’article précédent ; frotté fur un linge, cet alliage le noircit, & les médailles ont pefé jufte deux grains de plus ; le métal étoit plus roide 8c plus fufible : enfin il ne reffemble en rien pour la couleur, la du&ilité 8c la fufibilité aux Etains des mines même les plus pefans, ce qui prouve combien ce métal altère la pureté de l’Etain. Ajoutez que fi l’on calcine l’alliage, on n’a jamais une chaux vermeille , mais toujours grife plus ou moins foncée.
- Expérience fur Üargent.
- Une once trois grains 8c demi d’argent de coupelle ayant été fondue, j’y ai jeté par proportion jufqu’à la concurrence de trois livres deux onces d’Etain. L’effai à la pierre donne une furface cave irrégulièrement dans le centre, blanche 8c entremêlée de petits points clairs, comme fait la motte, qui annonçoient que l’alliage eft aigre, quoiqu’il foit très-flexible. J’en ai coulé des uftenfiles qui n’étoient point affez fermes pour l’ufage. Les pièces coulées font de couleur tirant fur le bleu, 8c ce qu’il y a de fingulier, c’eft que l’argent qui eft fo-nore détruit le fon de l’Etain. Les médailles de cet alliage ont donné cinq grains 8c un huitième de plus grande denfité, ce qui donne trois grains 8c un huitième de différence en plus. Les phénomènes finguliers de cet alliage mériteroient bien d’être examinés par quelques Chimiftes éclairés.
- Expérience fur le bifmuth.
- A cent onces d’Etain fondu j’ai ajouté deux onces trois gros 8c près de fept grains de bifmuth. L’Etain s’eft couvert d’une pellicule épaiffe. Il faut couler bien moins chaud que pour l’Etain, fi l’on veut avoir des médailles bien nettes. Elles font plus fufibles que l’Etain pur, 8c blanches fur la furface. Les lingots d’effai à la pierre confervent le point centrai très-aigu ; mais tout autour il fe forme des écailles de couleur blanche. Il s’étend fous le marteau ; après deux ou trois preffions il fe rompt : fa caffure eft grife 8c compa&e. La pefanteur de la médaille n’a augmenté que d’un grain 8c un tiers, c’eft-à-dire, deux tiers de grain moins que par le calcul.
- Expérience fur le cuivre.
- Deux onces trois gros quarante grains dé cuivre rofette fondues avec cent onces d’Etain, donnent un métal gras qui coule à peine dans le moule, quoiqu’à un degré de chaleur beaucoup plus fort, 8c fe refroidit beaucoup plus lentement que l’Etain pur. La furface des médailles eft plus terne, le jet refte comme une pâte ; mais lorfqu’il eft refroidi entièrement , il s’éclate après s’être légèrement étendu fous le marteau, 8c fe rompt après deux plimens. Le centre du culot d’effai tiroit fur le
- 1ER D3É TAIN;
- jaune, 8c fa furface étoit pleine de cavités qui s’agrandiffoient en refroidiffant. Il n’eft pas pofîible de couler l’alliage dans cette proportion pour en faire des uftenfiles ; 8c la médaille étoit de trois grains plus denfe que le calcul ne l’indiquoit.
- Expérience fur le laiton.
- Cinq onces deux gros 8c demi de laiton , qui eft du cuivre jauni par la fubftance du zinc ou calamine, ont été fondues avec douze livres huit onces (200 onces ) d’Etain, en ayant la précaution de jeter l’Etain peu à peu, 8c de recouvrir le creufet. A chaque fois, toujours des fleurs blanches fous le couvercle ; 8c ayant laiffé la matière en digeftion , la partie vuide du creufet s’eft trouvée pleine de pareilles fleurs blanches, qui fe font même formées pendant le temps que j’ai laiffé refroidir la matière, avant de la jeter en moule. ( Ces flocons qui percent de toute part, ne font autre chofe que le zinc qui fe détache du laiton. ) Le jet a blanchi en • fe refroidiffant ; effet du zinc qui a la propriété de blanchir l’Etain comme le cuivre, en quelque petite portion qu’il y foit allié. La furface du lingot étoit d’un clair plus blanc ; le point central aigu ne préfentoit aucun des caradères que nous venons de remarquer dans l’alliage du cuivre rouge. La médaille eft fujette à quelques cavités par la quantité de laiton qui eft encore trop grande, 8c qui demande un degré de fufion plus grand que l’Etain pur , pour en avoir des médailles nettes. La pefanteur en étoit de deux grains trois quarts plus grande , c’eft-à-dire, trois quarts de grain plus que par le calcul, 8c deux grains 8c un quart moins que le précédent alliage.
- Cette expérience eft un exemple de ce que peut un troifième métal fur deux autres. Notre dofe de laiton tient à peine feize grains de zinc, ou plutôt de fubftance calaminaire ; 8c cependant l’alliage a donné plus de huit onces tant de fcories que de fleurs , qui font néceffairement de l’Etain détruit par le zinc. Il eft cependant aufli relié affez de demi-métal pour faire changer l’alliage de fes qualités principales ; car en le comparant à l’alliage du cuivre rofette , on voit qu’il eft d’un grain ferré plus gris; qu’il eft plus fufible, plus doux, 8c beaucoup moins denfe ; qu’enfin il n’eft point du tout propre à être travaillé par le Potier d’Etain dans cette quantité qui le rend encore trop aigre 8c fouffleux. Ceci contredit un peu le préjugé vulgaire; mais il eft certain qu’un Artifte qui ne feroit pas attention à la quantité très-petite & cependant néceffaire de zinc qu’il allieroit à l’Etain pour le décrajfer ( feule propriété qu’on lui recon-noît dans notre Art ), en éprouveroit un préjudice affez notable ; car fi la dofe furpaffe la proportion de deux gros par quintal d’Etain, on eft; obligé de le volatilifer par l’a dion d’un feu violent 8c de foufflets ; ce qui entraîne auffi, fans que l’Ouvrier s’en apperçoive, quelques parties d’Etain.
- Expériences fur le fer.
- Ce dernier métal ne s’allie que très-difficilement à l’Etain, 8c peut-être doute-t-on encore s’il s’y peut tenir en diffolution ; car il n’eft pas ici queftion des moyens connus d’unir le fer à l’Etain. Ils produifent néceffairement dans l’alliage, des effets particuliers analogues aux fondans qu’on emploie, 8c ils font par conféquent plus capables d’altérer que de faire connoître l’effet du métal fur lequel on opère. J’ai tenté plufieurs procédés fans aucun fuccès , à caufe de l’énorme différence entre les degrés de fufibilité refpedive de ces deux métaux , qui fait qu’ils ne s’unifient que dans une
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- ART DU POT
- |>îûpt>rtIon qu’il faut trouver. Une dernière opération m’a cependant affez bien réufli.
- J’ai mis dans un creufet au feu de forge , vingt-quatre grains de fer en lames très-minces ; j’ai pouffé le feu par degré jufqu’au blanc & jufqu’à faire fléchir le creufet; j’ai ajouté douze gros d’Etain vierge fondu , en continuant de fouffier. La matière s’eft épâiffie, & a pris la forme fphérique; l’ayant remuée avec une verge de fer , j’ai apperçu que le culot étoit fluide 8c le fer fondu, 8c j’ai diminué le feu. Le métal étoit trop gras 8c trop épais pour en couler des lingots 8c des médailles. J’y ai ajouté une fécondé dofe d’Etain : alors les médailles fe font bien coulées. Le jet, qui eft d’un clair bleuâtre, fe fige affez uni avec un point au milieu. Cet alliage s’étend encore bien fous le marteau, mais il eil plus roide que l’Etain pur, 8c prend un affez beau poli ; il ne fe caffe qu’après plufieurs plimens, 8c fa texture, qui tire fur le noir, eft compare 8c ftriée. La furface du culot d’effai perd peu de fon éclat premier ; mais le point central plus grand , 8c des cavités fur la queue,accompagnées de fils blancs, font les caractères particuliers de l’alliage du fer. Le poids de la médaille n’a pas changé fenfiblement: il ne le devoir pas, puifque le fer eft prefque suffi léger que l’Etain.
- Expérience des Étains £ Angleterre avec le mercure.
- J’ai fondu dans une cuiller fix onces d’Etain -d’Angleterre 8c quarante-quatre grains de mercure, que j’ai remués jufqu’à ce que ce dernier ne fumât plus. L’alliage a perdu trente-fix grains : il étoit donc refié huit grains de mercure. L’alliage étoit plus roide 8c plus fonore qu’auparavant ; le culot d’effai beaucoup plus blanc 8c plus uni ; le point centrai n’étoit pas aigu. Les fcories, quand elles font chaudes, fe laiffent manier comme un amalgame de mercure; mais étant froides, elles font folides, 8c retiennent parfaitement ce demi-métal. Quoique l’alliage ne paroiffe plus rendre de vapeur, on fent cependant, tant qu’il eft fur le feu, des exhalaifons qui attaquent le cerveau ; ce que ne font pas les Etains d’Angleterre purs. La médaille que j’ai •obtenue de cet alliage, pefée contre une d’Etain pur, s’eft trouvée de même aloi que les Etains des Indes 8c de Malac , 8c avoir une denfité égale à celle de la troifième efpèce d’Etain que nous avons examinée dans l’Article précédent.
- Pour les expériences qui fuivent, comme les fubflances qui vont être alliées à l’Etain font de mature volatile , 8c toutes plus légères que lui, mous ne pourrons obferver que leur influence fur ce métal, 8c non leur combinaifon.
- Expérience fur le zfiïc.
- A une livre neuf onces d’Etain j’ai ajouté deux onces de zinc, qui me fe fond que lorfque l’Etain eft prêt à rougir. Il s’élèv^une pellicule épaiffe fur la furface , d’où fortent des flocons légers. L’Etain paroît plus fufible ; le lingot d’effai fe cave dans fa longueur , 8c préfente une infinité de grains blancs; le culot eft pareillement rempli de petits enfoncemens. La médaille a pefé un grain de plus qu’elle ne devoit. Il y a donc augmentation de denfité.
- Expérience fur le régule martial dé antimoine.
- J’ai allié quatre onces de régule martial d’antimoine avec fix livres quatre onces d’Etain. Ce régule ne ceffe de fumer que lorfque l’Etain étant devenu rouge, l’a fondu ou couvert entièrement; mais il recommence à fumer , s’il tombe quelques
- I E R D'È T A IN.
- matières embrafées dans le creufet. Le lingot d’effai eft d’une couleur blanche llriée aux \ de la furface ; le point central cave & en grains blancs. La médaille, qui tiroit fur le bleu, s’eft trouvée d’un grain un tiers plus légère que notre quintal fiétif.
- J’ai enfuite répété l’expérience de cette manière : j’ai mis des clous de fer doux avec de l’antimoine ( grillé ) dans un creufet, & lorfque le tout a été fondu , j’y ai ajouté de l’Etain. La maffe étant refroidie, préfente trois couches différentes ; la première ou la fupérieure eft un foie de foufre noir, dur ; la fécondé un régule mal lié, contenant beaucoup de parties attirables à l’aimant ; & enfin la troifième de l’Etain, qui, quoiqu’ayant pris très-peu de fer & d’antimoine, étoit fingulièrement altéré dans fa couleur ; il a diminué d’un tiers de grain en denfité : il reffemble beaucoup à l’Etain d’Angleterre par ces ramifications, fans en avoir la malléabilité, 8cc.
- Expérience fur Vantimoine.
- Si l’on met trois parties d’antimoine brut fur cent parties d’Etain, en jetant celui-ci tout fondu dans îe creufet qui tient l’antimoine en fufion, on apperçoit que l’Etain le précipite , 8c emporte avec lui la moitié du demi-métal ; l’alliage ell un peu plus roide : le furplus de l’antimoine fe convertit en un verre imparfait qui couvre la furiace. Lorfqu’au contraire on ne met que deux parties d’antimoine pour cent parties d’Etain, faillage perd peu de fa ^flexibilité, eft un peu plus fonore, 8c d’ailleurs reffemble à' de l’Etain ordinaire, excepté quelques llries aiguillées qui annoncent rantimoine. Cet Etain ell plus gras à l’efifai à la mouche , 8c fa denfité eft parfaitement égale à celle de l’Etain pur. Si l’on effayoit d’allier l’antimoine à plus forte dofe , on n’auroit point d’aiguilles fur la furface, mais un point ftrié, comme le donne le régule. Le point central de même.
- Expérience fur le régule,
- Si à l’antimoine on fubftitue fon régule dans les mêmes proportions, -les phénomènes feront les mêmes, a ces différences près ; l’alliage eft plus roide 8c augmente de cri 8c de fon ; la furface du lingot eft plus blanche ; les aiguilles moins marquées qu’au précédent ; la médaille fort de couleur bleuâtre à fa furface, êc ne gagne qu’un demi-grain.
- II feroit impolTible d’employer l’Etain dans la partie de la poterie, pour le peu qu’on y ajoutât de régule; car en quelque petite proportion que l’on combine le régule d’antimoine avec l’Etain, il lui communique toujours quelque chofe de fa grande fragilité. Cependant on obferve que fi l’Etain tient du plomb, le régule d’antimoine le rend plus fufible^ •efpèce de contrariété dont nous parlerons plus au long dans la fécondé partie.
- 11 eft fort fingulier que l'antimoine n’augmente pas, 8c que fon régule martial diminue même la denfité de l’Etain , tandis que le régule fimple l’augmente fenfiblement ; mais ceci s’explique aifé-ment par l’expérience de M. Gellers, qui dit qu’un alliage de partie égale de régule 8c d’Etain a perdu f 8c ~, tandis qu’un autre alliage, où il nentroit qu’un vingt-cinquième de régule, s’eft trouvé plus denfe d’un quatre-centième.
- Depuis foixante ans environ, les Potiers d’Etain mettent en oeuvre un alliage d’uü feptième de régule, contre fix parties d’Etain, qu’ils nomment metal-de-Prince, ou fimplement métal. Il eft plus roide que l’Etain de fabrique allié de cuivre 8c de bifmuth, 8c ne fert guère que pour faire Une efpèce de vaiifelle, qui demandant un traitement particulier,
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- fera fpécialement décrite dans la fécondé partie. Cet alliage eft blanc , compad ôc fans porolités apparentes , ce qui contredit un peu ce qu’avance M. Hauxbée. Les lingots ont le même plein que -ceux pénétrés par le fel ammoniac, fur réduction, &c. c’eft-à-dire, point de centre aigu, point •de facettes dans la caflure ; mais des grains ronds, ferrés, annonçant d’avance une augmentation de «denfité qui s’elt 'trouvée en effet de deux grains. «Cette expérience démontre que la denfité extraordinaire qu’on a reconnue dans Ealliage du cuivre, eft occafionnée par deux effets ; i °. celui de fon poids fpécifique ; 2°. celui de l’aigreur. Elle démontre encore combien la théorie peut fe trouver en défaut, quand l’expérience ne l’éclaire pas.
- Quoique-tout ce que nous venons de dire s’éloigne en apparence un peu cle mon premier plan , qui eft de comparer entre elles les denfités des différens -alliages d’Êtain , j’ai cru cependant pouvoir me permettre ces observations, pour détruire l’opinion de ceux qui penfent que l’Etain peut s’allier dans ia mine, & par conléquent couler, dès fa première fonte , avec des impuretés métalliques.
- D’autre part, l’antimoine ôc fon régule entrant dans la fabrique de quelques uftenfiles d’Etain, il eft bon de tenir en garde, contre cet alliage, les Artiftes, lorfqu’ils font des refontes; car il rendroit leur Etain de plus en plus aigre & caftant. Nous indiquerons d ailleurs, à l’article qui concerne la fonte, des moyens de reconnoître ces alliages ôc d’en purifier l’Etain,
- Il en faut dire autant du métal-de-Prince ; car en l’alliant avec de l’Etain contenant du plomb, il devient plus caftant, prend la couleur violette, ôc eft d’une odeur déteftable.
- Expérience fur le cobolt.
- Sur quatre onces d’Etain j’ai allié un gros de régule de cobolt, en obfervant de mettre l’Etain peu à peu, parce qu’il fe fait une forte d’ébullition lorfqu on les mêle. En laiflant repofer ce mélange, je me fuis apperçu que la liaifon n’en étoit pas bien faite ; j’ai donc fait une nouvelle fonte, en ayant foin de bien mêler l’Etain à chaque fois. Quand le tout fut allié, j’en ai coulé un lingot, qui. criftal-lifoit à la furface à points brillans d’un blanc fale, tirant fur le jaune, alfez femblable à un autre alliage de cobolt, où il y avoit moins d’Etain. Nous verrons en quoi il diffère de l’arfenic.
- J’ai fait un autre alliage dans la proportion d’un gros de cobolt fur onze onces d’Etain, qui a' fuffi pour rendre l’Etain plus aigre, en augmenter le fon, diminuer fon cri, ôc lui donner une teinte bleue : la furface cave en grain de matte.
- Les médailles coulées de mon dernier alliage d’Etain & de cobolt, étoient bleues & plus pefantes de deux grains & demi que les médailles de métal. Les feories retiennent beaucoup d’Etain , ôc je n’ai point remarqué que, durant le mélange, il fe fît aucune exhalaifon , comme il arriveroit fi on fe fervoit de la mine de cobolt, qui contient beaucoup d’arfenic.
- Comme je n’ai pu encore me procurer de nickel, dont la pefanteur fpécifique eft à notre Etain comme 401 à 205 , j’ignore s’il altéreroit la denfité de l’Etain.
- Expériences fur Varfenlc.
- Sur deux onces ôc demi d’Etain fondues dans tm creufet , j’ai projeté avec les précautions re-quifes cinq gros d’arfenic ; il s’eft répandu une odeur infupportable, ôc j’ai eu fix gros cinquante-
- r E R D* £ TAIN.
- quatre grains d’une chaux grife, qui, jointe aux feories, a fait fur le total un déchet d’une once trois gros cinquante-quatre grains. Le lingot dé l’eftai, par-deffous comme par-defliis, reffembloit à une marcaflite, par le nombre de fes facettes ; il étoit caftant comme du verre, &.la caflure, examinée au microfcope, préfentoit autant de grains à rayons réfléchiftans. L’alliage étoit fi épais, qu’il m’a été impoflible d’en tirer des médailles.
- J’ai répété l’expérience avec cinq onces cinq gros d’Etain granulé, ôc huit gros d’arfenic en poudre , arrangés lit par lit dans le-creufet, Ôc expofés à un feu lent ôc par degrés, jufqu’à ce que la maffe rougît : ayant agité à cet inftant le mélange avec une fpatule de fer, j’ai eu un culot de deux onces quarante - quatre grains. Les feories étoient granulées ; j’y ai ajouté un peu de fuif ôc augmenté le feu , ôc j’en ai obtenu de nouveau une once deux gros trente grains, en forte qu’il y a deux onces neuf gros foixante-dix grains de perte au total.
- Le premier des culots s’eft comporté précifément connue celui de mon premier efiai ; mais celui obtenu par le fuif reffembloit très-bien à un bouton de clinquant en relief. Le métal fe trouvant trop épais encore pour en couler des médailles, je n’en ai pu obtenir une qu’en changeant la chaleur du moule Ôc de l’alliage. Cette médaille imparfaite , Ôc fur laquelle on ne doit pas compter, pefoit dix grains de moins que le quintal fidif.
- Comme je défire de découvrir la nature de l’Etain d’Angleterre', ôc que ces différens alliages n’y ont aucune reffemblance , à caufe de leur aigreur ôc de leur fragilité, j’ai ajouté deux parties d’Etain neuf à une partie de métal arfeniqué, Ce nouveau mélange, qui s’eft trouvé fait dans la proportion d’-^, s’eft jeté facilement en médaille, dont la furface du jet étoit cave ; il étoit gras en refroidiflant : la furface claire d’abord fe ternit aifément ; il eft encore aigre ôc caftant , fon grain brillant eft plutôt rond qu’anguleux, ôc pèfe un grain de moins que les médailles d’Etain pur. Coulé en lingot , il eft d’un clair noir ôc rempli vers le centre de différentes cavités, comme il arrive à la demi-matte* compofée de deux tiers d’Etain Ôc d’un tiers ôc plus de plomb. Ces cavités font connues par les Ouvriers fous le nom d’œil de perdrix, à caufe de la bordure colorée qui les entoure. Il y a feulement ici cette différence, que ces cavités n’ont que la forme Ôc non la couleur des yeux de cet oifeau. Sa pefanteur fpécifique paroît être la même que celle de l’Etain. Au relie, ce dernier alliage eft encore trop aigre pour être mis en œuvre ; il eft gras, fonore, ôc donne de l’odeur à la refonte.
- ..Expériences fur ïorpîn.
- À l’exception de ces différences, que l’orpin contient plus de foufre , ôc qu’il s’enflamme , cette fubfiance étant un arfenic , elle s’eft comportée , tant dans la fonte que dans les effets, comme dans l’expérience précédente ; à cela près, qu’il retient comme amalgamé, en petits globules, de l’Etain à fes feories, qu’on étendroit plutôt fous le pilon, qu’on ne les détacheroit, ôc qu’il Eabforberoit tout, fans efp>érance de pouvoir l’en retirer, fi on y pro-jetoit toujours de nouvel orpin. Il a fallu deux tiers de nouvel Etain pour en couler des médailles &des lingots parfaitement femblables aux précédens,
- Expérience fur le charbon de terre.
- Je n’ai rien à dire de bien effentiel fur ce mélange, qui confifte en dix parties de charbon de terre qui entouroient une partie d’Etain d’Angleterre, que j’ai
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- ART D Ü POT
- fait rougir dans un creufet, 8c que j’ai laiffé digérer avant d’en couler l’Etain. Il étoit plus clair, plus mou, plus flexible & plus malléable, fans nuance de criftallifation, mais qui n’avoit perdu ni gagné à la pefanteur. Le charbon de terre feroit-il un des moyens dépuratifs de l’Etain d’Angleterre l
- Expériences fur le vitriol.
- Cette fubftance cuivreufe, jetée fur fix onces d’Etain de Brancas à plufieurs reprifes, a bourfoufflé, puis s’eft enflammée. Les fcories retiennent quantité de métal; l’Etain , dégagé par des lotions du vitriol, s’eft trouvé avoir tant de reffemblance avec les Etains d’Angleterre & d’Allemagne, que j’ai une forte préoccupation qu’ils doivent a un fel vitrio-lique la différence qu’on remarque entre eux 8c ceux des Indes.
- Expériences fur le foufre.
- Sur huit onces d’Etain fondu dans une cuiller de fer, j’ai projeté peu à peu quatre gros de fleur de foufre, qui s’eft allumée en partie ; la furface eft reftée couverte de ce qu’on appelle improprement Etain minéralifé. J’ai retiré d’abord cinq onces quatre gros d’Etain; 8c faifant chauffer plus fort les fcories, j’en ai tiré une once trente grains : il s’eft donc volatilifé trois gros 8c fix grains d’Etain. La médaille de couleur bleue fur la furface n’a augmenté ni diminué. Le culot n’a rien de particulier, ni pour le cri, ni pour la fufibilité; il eft feulement d’un bleu obfcur fur la furface, avec de grandes cavités. Je n’en parle ici que pour annoncer ce que je penfe des fpéculations alchimiques fur l’Etain minéralifé par le foufre.
- Expériences fur le fel ammoniac »
- Sur huit onces d’Etain j’ai pareillement projeté du fel ammoniac en poudre, qui s’exhale en fumée, & puis s’enflamme en formant de petites houpes de feu vif; l’Etain s’épaiflit de manière que lorsqu’on le coule, il entraîne avec lui les cendres qui le couvrent, 8c le lingot, en refroidiffant, fe cave profondément : comme il ne peut pas être coulé en médailles dans cet état, je l’ai fait refondre 8c rougir ; les cendres font devenues grifes & déliées, & alors le métal s’eft trouvé abfolument n’avoir ni perdu ni gagné.
- Expérience fur le nitre.
- Ayant projeté du nitre fur cinq onces d’Ëtaîn fondu, il s’eft liquéfié en jetant quelques fifflemens: quand l’Etain a été près de rougir, il s’eft fait une détonnation, à la fuite de laquelle la furface s’eft trouvée couverte d’une chaux blanchâtre, par petits pelotons, comme une terre favonneufe. Les fcories étoient du poids d’une once deux gros quinze grains. L’Etain y étoit fi fort adhérent, qu’on ne pouvoir l’en fépârer que par un procédé particulier. L’Etain coulé n’avoit aucune efpèce de différence de ce qu’il étoit avant l’expérience, fi bien que je doute même que le nitre, en détonnant, en ait snlevé quelque chofe.
- Expérience avec le tartre blanc.
- A la détonnation près, le tout fe pafle comme avec le nitre. J’ai feulement cm remarquer que l’Ëtaln
- 1ER D>É T A I K. * il
- devenoit plus flexible, & que quatre oncès avoient perdu quarante-deux grains.
- Expérience fur la réfute.
- Cette fubftance, non plus que la pohc, n’a fait naître aucun changement dans l’Etain. Il conferve, fous la réfine fondue, jufqu’à fa clarté naturelle.
- Remarques fur les Expérience!précédentes.
- Quelques différences que nous ayons obfervéeà dans la couleur 8c la pefanteur fpéeifique des Etains primitifs que nous avons examiné dans l’article premier, toujours nous refte-t-il trois caradères qui leur font communs à tous, 8c qui doivent les faire reconnoître par-tout où ils fe trouveront; une grande dudilité, un point central unique 8c bien aigu à l’effai à la pierre , & la propriété de donner une chaux vermeille (i). Je ne crois pas même en devoir excepter l’Etain d’Angleterre en gros fau-mons, dont, outre la couleur qui lui eft propre , la dudilité eft un peu moins grande, 8c ce point central moins aigu; car fa chaux ne m’a pas paru moins rouge que celle des autres Etains des mines. Cette couleur, cette aigreur même, ôc le point central moins aigu, ne font que des propriétés accidentelles à cet Etain , 8c par cette raifon ne paroiffent pas être l’effet d’un alliage métallique» D’ailleurs j’ai mis en œuvre des Etains d’Angleterre, qui marquoient un point central bien aigu, 8c auffï léger que l’Etain des Indes le plus pur ; 8c on a vu qu’en le traitant avec le charbon de terre, je fuis parvenu à ôter à l’Etain d’Angleterre cette teinte de blanc qui lui eft propre , 8c à lui donner un point central aigu, tandis qu’au contraire l’Etain des Indes prend dans l’expérience fuivante, cette teinte dô blanc 8c cette manière de criftallifer], qui caradérxfent l’Etain d’Angleterre.
- Si au contraire en compare , foit entre eux, foit avec nos Etains des mines , même celui d’Angleterre , les alliages réfultans des expériences qui font le fujet du fécond Article, on obfervera une variété furprenante de teintes 8c de couleurs, qui ne fe reffemblent point, qui ne changent jamais, 8c qui font auffï adhérentes à l’alliage que le métal qui les produit.Nous fommes bien parvenus, à quelques différences près que nous avons indiquées , à donner, par ces alliages, à notre Etain pur, la pefanteur fpéeifique des Etains les plus denfes ; mais ces métaux ont donné à l’Etain des couleurs 8c des nuances que nous n’avons point remarquées dans nos Etains primitifs : ils l’ont aigri confidérablement; ils lui ont fait perdre fon point central; l’alliage ne fige plus qu’en formant un amas confus d’une quantité plus ou moins grande de petits points blancs ou jaunes : enfin, fi on le calcine, on n’obtient plus, comme auparavant,une chaux rouge. „Ce n’eft donc pas non plus l’alliage d’un métal, qui occafionne dans quelques Etains des mines cet excès de denfité dont nous cherchons la caufe.
- De plus, fi l’on rapproche l’une de l’atïtre les expériences irc 8c 4e de l’Art. î, on verra que l’Etain d’Angleterre ne s’y eft pas comporté autrement que notre Etain pur des Indes ; 8c fi l’on traite l’Etain d’Angleterre avec le cuivre comme dans l’expérience II , art.Il, où j’ai employé les Etains de Brancas 8c de Malac,lês phénomènes fe montrent abfolument les mêmes : en un mot, tous les Etains, de quelque pays qu’ils nous viennent, m’ont paru également affeftés
- (1) Je ne crois pas me trouver ici en cantradi&ion avec le célèbre Académicien qui allure avoir toujours obtenu des chaux blanches de l’Etain pur, tandis qu’elles étoient plus ou moins grifes, fuivant qu'il y avoit plus ou moins d’alliage. Tout dépend
- du procédé. J'obtiens bien comme lui des cbaux blanches de mes Etains primitifs ; mais je n’ai jamais obtenu de chaux rouge des Etains alliés. Pour faire une comparaifon jufte, il fuffit d’employs* le même moyen de calcination fur les uns & fur.les autres.
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- ^ A R T D U POT
- par la même quantité du même alliage. C’eft pour cela que je les ai toujours regardés comme également purs, & que je n’eftime pas plus l’Etain des Indes que celui d’Angleterre, quoique j’eufle lieu de croire que ce -dernier ne fût pas exactement homogène.
- L’alliage du fer & celui du laiton donne pourtant un compofé'qui, à s’en tenir au premier coup d’œil, pourroit être affimilé aux Etains d’Angleterre 8c à ceuxdeslndes, qui ont quelquefois un œil plus blanc 8c une plus grande denfité ; mais la roideur de ces clliages eft quadruple de celle des Etains des mines, Sc ce qui eft une marque nullement équivoque, iis ne iourniffent point la chaux rouge ; ajoutez que le premier n’a augmenté en rien la denfité première de l’Etain. Ce n’eft donc qu’une chimère que cette loi -dont parle Geofroy, d’après les Tranfaétions phi-lofophiques, & l’Etain n’eft pas allié en Angleterre de cinq livres de cuivre, encore moins de plomb 8c de bifmuth. Au refte, ce que j’ai dit du laiton, je ne l’ai rapporté que pour ne rien omettre fur l’article des alliages. En général, les alliages de trois métaux défigurent trop celui qui en fait la bafe. J’en dis autant fur l’expérience du régule d’antimoine martial, où l’on voit combien le peu de fer qui y eft influe fur L’Etain, en comparant ces phénomènes -avec ceux d’antimoine pur & de fon régule fimple.
- L’arfenic a agi d’une bien autre manière fur l’Etain: il ne s’y eft bien allié que par l’intermède d’une fubftance grade, 8c malgré cela il a encore occafionné un déchet de moitié ; il l’a rendu aufti aigre 8c aufïi caftant que le verre, & la caffure examinée^ la loupe, ne préferitok que des grains ifolés 8c fans liaifon. Cet alliage étoit fi épais, que j’ai pu à peine en couler une médaille, 8c cette médaille étoit remplie de foufflure ; ajoutez qu’ayant entretenu une partie de cet alliage en fufion, j’ai vu l’arfenic fe perdre en fumée en emportant avec lui tant d’Etain* que je crois que l’alliage fe feroit évaporé en entier, fi je l’avois laide plus long-temps fur le feu. Mais afin qu’on n’attribue point ces mauvais effets à la quantité feule de l’arfenic comme trop grande, j’ai mis au feu huit gros d’arfenic que j’ai laiffé fumer jufqu’à extinétion. Il eft refté fix grains d’une chaux grife, c’eft-à-dire, le quatre-vingt-feizième. J’ai ajouté trois onces d’Etain à ces fix grains, 8c j’ai tenu le métal rouge pendant une heure : il étoit altéré dans fa couleur, qui a noirci ; fon cri étoit augmenté, ligne d’une aigreur confidérable ; le culot d’efiai à la pierre n’avoit point de facettes, mais il n’avoit plus de point central, & à fa place on ne voyoit que de larges cavités fans forme déterminée : en un mot, il avoit tous les mêmes caractères qu’un alliage d’Etain pur 8c d’Etain déjà arfeniqué dans nos premières expériences. Or en fuppofant, ce qui n’eft fûrement pas, que cette poudre ajfenicale non volatile fe foit revivifiée pour fe combiner en entier à l’Etain, elle n’en étoit que la 288e partie. Que dis-je ? la feule vapeur de cette fubftance vorace produit fur l’Etain, comme fur les autres
- 1ER D’É TAIN.
- métaux, des effets auffi marqués. Après avoir bien vidé le creufet, j’y ai fait refondre ae nouvel Etain pur, & l’ayant couvert d’une couche de charbon en poudre, je l’ai entretenu rouge pendant deux heures, 8c l’Etain qui en eft forti s’eft trouvé fuffifamment imprégné d’arfenic pour ne pouvoir plus entrer dans les Arts, car il garde long-temps cet atome d’arfenic, &il fume encore après plufîeurs refontes, bien loin qu’on ne puiffe en démontrer l’exiftence, comme le dit M. Màrgraf. C’èft pour cela que les Mineurs ont tant de foin de dégager la mine d’Etain de tout l’arfenic avant de la fondre, 8c aufti afin de ne point éprouver une perte confidérable, ni des vapeurs fuffocantes, dangereufes pour eux & le voifinage.
- Non feulement donc l’Etain fortant de la mine eft exempt d’arfenic, puifqu’il eft de toute fixité, ainfî que l’a obfervé M. Geofroy, 8c que nous le prouverons dans une autre partie de l’Art, à l’article de la calcination ; mais encore il y a grande apparence que l’arfenic n’eft pas effentiel, mais feulement accidentel à la mine de ce métal, ainfi que l’avance un Auteur moderne de Minéralogie, qui vient de traduire le Recueil des mines de Ereiberg. L’arfenic peut bien influer fur l’Etain par fes mauvaifes qualités, mais il ne peut y refter combiné; 8c nous prouverons plus loin, quelque puiffante que foit fon aCtion fur ce métal, qu’il ne lui donne cependant aucune qualité dangereufe. Si quelques Chiiniftes ont cru le contraire, ils ont été trompés par leurs expériences, qu’ils ont faites dans des vaiffeaux fermés, où les fubftances-les plus volatiles ne peuvent s’exhaler; d’où il arrive que l’Etain eft rendu aigre, ce qu’ils ont omis de dire, 8c que la partie demi-métallique de l’arfenic, qui a beaucoup d’analogie 8c de reffemblance au cobolt, peut fe fixer comme lui.
- Nous avons dit pourquoi l’orpin fe comportoit un peu différemment que l’arfenic, avec lequel il a beaucoup d’analogie.
- Quant à la manière de fe comporter des fels vis-à-vis de l’Etain, il eft aifé de voir que dé-compofés par la chaleur, ils agiffent fur ce métal en le corrodant légèrement, 8c lailfant enfuite fous forme de chaux la partie qu’ils ont corrodée.
- De toutes les expériences qui compofent cet article, réfulte la Table qu’on a jointe ici, & qui donne à connoître, i°. la pefanteur d’une médaille formée avec chacune des fubftances qui y font défignées, 8c fous un volume de trente-fix grains pefans d’eau : 20. la quantité d’alliage indiquée par calcul pour cent livres d’Etain, en raifon inverle de la denfité des fubftances: 30. le poids d’une pareille médaille formée de l’alliage de chacune de ces fubftances avec l’Etain : q.°.la différence, foit en plus ou en moins, du calcul à l’expérience : 5°.enfin, les teintes, couleurs 8c criftallifations de ces différens alliages à l’effai à la pierre : chacune de ces médailles étant comparée à une pareille médaille d’Etain pur des Indes.
- NOTES.
- Dans l'intervalle de douze ans , qui fe font écoulés depuis le Jugement de l’Académie fur cette partie de mon Art, jufqu’à fon imprelfion, on a encore cherché à rendre notre métal fufpeâ:, en publiant qu’il étoit tout à la fois chargé de cuivre & d’arfenic. t Voyez les Mémoires de M. de la Folie Sc de M. le Baron de Diétrich dans le Journal de Phyfique , Décembre 1778 ). L’ufage général que l’on fait de l’Etain depuis tant de fiècles, fans avoir excité les plaintes de perfonne, l’exemple que le Public a journellement devant les yeux, de la fanté parfaite dont ont toujours joui les Ouvriers qui le travaillent, devoir bien, ce femble, le ralfurer fur la qualité délétère qu’on lui atrribuoit à caufe de ces fubftances dangereufes ; mais éprouvant au contraire qu’un préjugé aufti faux & aufti nuifible au commerce de l’Etain, •s’accréditoit de jour en jour, je crus devoir répondre au premier 4e ces Mémoires par la yoîc du même Journal (Août 177^ ).
- Ce n’eft, au refte, qu’après être parvenu, par les expériences de comparaifon qu’on vient de lire, à la connoiftance des effets deftruéteurs de l’arfenic par rapport à l’Etain, & faute de pouvoir les concilier avec le fyftême de fon exiftence dans ce métal, que je me fuis réfolu à le combattre, Sc jufqu’à préfent fes feclateurs n’ont encore rien apporté d’auftï concluant en leur faveur. Ils s’appuient continuellement fur les expériences frappantes de M. Margraf ; mais ceux qui les ont répétées, Sc qui en ont examiné les réfultats fans préjugés , penfent bien autrement : Sc puis , qu’eft-ce que de l’arfenic combiné à l’Etain fi intimement, qu’on, ne peut ni l’en dégager ni en démontrer l’exiftence ï M.de la Folie, dans les Mémoires déjà cités, ne fait pareillement que fuppofer l’arfenic dans l’Etain j & pour juftifier cette fuppofition,M. le Baron de Diétrich dit dans fon Mémoire fur les mines de Cornouailles : » La mine, après avoir été bocardée Sc lavée., paffe au grillage, où
- Article
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- I
- I
- 7
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- TABLEAU ANALYTIQUE
- DES EXPÉRIENCES PRÉCÉDENTES.
- DENSITÉ RESPECTIVE
- DIS SUBSTANCES,
- ou poids d’un volume égal, déplaçant conftamment 5 6 grains d’eau»
- Or.............
- Platine. ...».
- Mercure........
- Plomb.........
- Argent.........
- Bismuth........
- Cuivre rosette.
- Laiton........
- Fer.........». •
- ,T AIN.
- 69X 69 X JIO 401 358
- 33*
- 318
- 301
- 26}
- 26}
- PROPORTION
- DE L’ALLIAGE,
- ou quantité de matière qui, fuivant le calcul, doit être ajoutée à 100 Iiv. d’Étain , pour y produire une augmentation de denfité de deux grains»
- liv.
- 1
- 1
- 1
- 2
- X
- X
- X
- X
- onc% gros• grains•
- 14 15
- 4
- 7
- 10
- 10
- 10
- 1»
- 3 3 34
- 70
- H
- Moins d’un foixante-douzième.’........
- DENSITÉ
- RÉELLE
- de l’alliage, ou poids dé la médaille qui correfpond à un volume d’eau de 3 6 grains.
- grains*
- x6$
- 2,64
- l6S
- 268
- 264.
- 268
- x6S
- 263
- DIFFÉRENCE
- DES RÉSULTATS
- du calcul
- 3 -f
- En moins.
- TEINTES,
- COULEURS,
- & autres caractères extérieurs du culot.
- Blanc & d’un tiffu ferré.
- Blanc & hériffé de grains.
- Duvet blanc & aiguillé.
- I
- Blanchi par grains , perd fon point central, «c.
- Blanc, femé de points clairs, infonore, &c.
- Ecaille blanc autour du centre, &c.
- Plein de cavités, jaune au centre , &c.
- Blanc clair , plus roide, moins fulîble , &c.
- D’un clair plus noir, des cavités & des fils blancs fur la queue , &c.
- ( Généralement clair avec r un point central bien \ aigu, &c.
- Les fubftances qui fuivent étant toutes plus légères que l’Etain, aucun calcul ne pouvoit indiquer les proportions dans lefquelles il falloit les allier j on s’eft donc détermine librement pour celles qu’on va rapporter»
- Zinc.
- RÉGULE MARTIAL D’AN X I MOINE.»..
- Antimoine crud..
- Son Riovie.....
- Régule deCobolt. Arsenic en poudre.
- Orpin,
- Soufre....»..
- Sel de Nitre.
- Sel Ammoniac. ..
- Tartre.
- Vitriol.
- x 6} »»
- I52. »
- 131 »
- x\x 4.
- N’a pas été pelé.
- 113 ^
- “3
- 75
- 75
- 73
- Deux fur vingt-cinq. ».
- Un fur vingt-cinq» ...
- Trois fur cent.........
- i°» Trois fur cent.....
- x°. Un fur fept.»______
- Un fur quatre-vingt-huit.
- Un fixièmej mais combien s’en eft-ii vola-tilifé 1
- Du précédent alliage , une partie fur deux d’Étain. ...............
- Même proportion. Un fur feize......
- On s’eft contenté d’en jeter fur l’Étain fondu.
- O11 n’a pas pefé ce qu’on a jeté fur l’Étain.......
- Ibid.. Ibid.
- L’Étain travaillé avec l’huile, la réfine, & le charbon de terre........................................................
- Mais réduit de fes cendrées ou de fes chaux par les graifles, pefoit..................................................
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- 264 261 , 33 1 99
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- Médaille faite. . impar- .... ...
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- Mêmes tères. carac-
- 263
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- 33
- 263
- 2*3
- 99
- N’a changé en rien.
- 264 99 1 33
- Cave} avec une infinité de grains blancs , &c.
- Blanc , cave, ftrié , &c.
- Plus roide , plus fonore cryftallife en aiguilles, &c
- Plus blanc , & les aiguilles moins marquées , &c.
- Point de centre , aigu , caf-fant, &c.
- Aigre, bleu , cave comme la matte, &c.
- Epais & peu fluide, caffant comme le verre.
- Toujours intraitable, aigre, caffant, & à facettes.
- Bleu obfcur, avec de grandes cavités.
- Point de changement.
- Cavé profondément.
- Il y a eu des feories , mais l’Etain n’a point changé.
- Paroît femblable à l’Etain d’Angleterre.
- Plus blanc & plein.
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- ART D V POT
- Article troisième»
- De Vàclioti des diffblvans fur VElahi.
- Ce qui précède ne nous a pas rendu raifon de ce qui fait qu'entre les Etains purs, il y a variété de
- 33 l’arfcnic & le loqfre s’évaporent ; ce grillage effc violent : ** cependant le minéral en contient encore fuffifamment pour * donner une plus grâlide pcfanteur à l’Etain noir, que n’eh ** conferve la mine dé cuivre qui a éprouvé le même degré de » chaleur j Sc c’eft: fur cette théorie qu’eft fondée la réparation M de la poudre cuivreufc d’avec l’Etain noir et. Ainfi l’Etain réduit contient encore de l’arfenic , parce que le grillage n’en enlève pas la totalité à la mine 5 & le grillage n’a pas confommé tout l’arfenic, parce que la mine eft toujours plus pefante que celle de cuivre» Mais d’abord -, quelle preuve a-t-on que la mine d’Etain doive à l’arfenic feul cette pefanteur qui lui eft particulière ? ou plutôt, cette propriété ne paroît-elle pas dans la nature de notre métal ? Il y a plus d’un rapport d’identité entré la mine des métaux & leur chaux* & ces rapports n’ont point échappé au célèbre Minéralogifte de France. Or on fait que les chaux font plus denfes que les métaux qui les ont produites } celles d’Etain en particulier l’emportent fur lui d’un cinquième. M. Croharé, Apothicaire de Monfeigneur Comte d’Artois, a publié dans une des Affiches dù mois de Juillet 1780, une lettre où il détaille les moyens que je né fais qu’indiquer ici. C’eft lui auffi qui, comme je l’ai déjà remarqué, prétend qu’il n’y a pas d’arfenie même dans la mine d’Etain. Voici ce paffage de fa lettre : » Aucun Cabinet ne poffède de « mine d’Etain minéralifée par l’arfenic. J’ai moi-même viïité » les plûs riches ; j’ai confulté un grand nombre d’Oüvrages de « Minéralogie, & je liai trouvé nulle part aucune preuve de si cette fuppofition gratuite. Il eft vrai que dans les mines de Saxe 3» on trouve les criftaux d’Etain dans une gangue, qui tient de Sï l’arfenic ou du mïfpikel, c’eft-à-dire, du fer minéralifé par »» l’arfenic ; mais ces criftaux eux-mêmes ne contiennent jamais « ce poifon. Ils font implantés dans la gangue, dont on les « féparc comme les plantes portent fur la terre, Sc le premier •» degré de feu dans le grillage de la mine, volatilife l’arfenic
- contenu dans la petite portion de gangue, &c. ce. C’eft un fait -allez intérelfant à vérifier, pour engager les Minéralogiftes à examiner de plus près la mine d’Etain, & à fixer enfin l’opinion du Public fur un métal infiniment utile, qu’on étoic fur le point de lui enlevez*. En fécond lieu, quand il fer oit vrai, comme M.le Baron de Diétrich l’afiurc, que l’Etain noir contînt encore quelques atomes d’arfenie, quand on le porte au fourneau, croit-on qu’une fubftance auffi volatile puifle réfifter à uh feu auffi violent, êc qui fublime même de l’Etain ?
- M. le Baron n’appuie pas fur un fondement plus folidc fon opinion de l’exiftence du cuivre dans l’Etain d’Angleterre en particulier. Il allure avoir parcouru les mines de Cornouaiîlès, & qu’à l’exception du minérai roulé par les torrens, & qu’on appelle Stream, tout le refte renferme quelque peu de cuivre ; •d’où il conclut qu’il doit auffi s’en trouver dans l’Etain réduit. Car, obferve une fécondé fois notre Auteur, on profite de 1 exces de la pefanteur de la mine d’Etain fur celle de cuivre, pour en tirer celle-ci par un lavage j mais, félon lui, cette réparation tt eft pas parfaite. Je n’ai point de raifon pour cohtredire cette obfervation; je veux même bien croire qu’il refte encore quelque peu de cuivre dans le Blaktin ou Etain noir, lorfqu’on le porte au fourneau : mais en conclure qu’il y en a encore dans l’Etain îéduic, c’eft comftie fi je prétendois prouver que la mine d’Etain 11e contienc jamais de cuivre ou d’arfenie, parce que je n’en ai jamais trouvé dans l’Etain réduit d’Angleterre Sc d’ailleurs, que j'ai examiné. Moins précipité, je tiendrai ce que nous rapporte un Obfervateur auffi éclairé,.comme auffi certain que le réfultat de fties expériences qu’il laiJÏe dans toutes leurs forces, & je me contenterai de dire : Il y à du cuivre dans la mine d’Etain 5 cependant il n’en refte point dans l’Etain réduit j il faut donc croire que les Mineurs parviennent à en purger le minéral allez Cxaélement, ou que s’il en eft encore refte dans fErain noir, cette petite quantité s’eft fublimée par la violence du feu, fans fe réduire, ou a refté dans les feories. Cette explication naturelle eft: fondée fur une circonftance que M; le Baron de Diétrich n’oublie pas de rapporter * Sc qui a lieu encore même lorfqu’on refond des métaux alliés : 33 Ce minérai qui contient du cuivre, fournit 93 confidérablement de feories, & donne beaucoup moins de métal 93 que le Stream-or «. Le Public avoit droit d’attendre fur cet article un plus grand éclairciffement, Sc que M. de Diétrich auroit fait, tandis qu’il étoit fur les lieux, la comparaifon de l’Etain obtenu du Stream-or avec celui que l’on titre de la mine où il y â du cuivre; Au refte, il eft probable qu’il n’y auroit pas remarqué des différences plus cffentielles qu’entre l’Etain d’Angleterre en faumons, Sc les Etains des Indes ; 8c nous les avons réduites à léur véritable valeur.
- J’ai dit que M» de la Folie avoit avancé qu’il y avoir du cuivre auffi bien que de l’arfenic dans l’Etain, 8c ne fe donne pas plus de peine pour le prouver. Seulement pour perfuader qu’il étoit en effet parvenu à priver l’Erain de les parties arfenicales, en le mettant fous le four des Faïenciers. Il dit : J’ai remarqué dans cet Etain des veines de cuivre { & je n'en ai point été furpris ; car
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- couleurs & de denfité. Celui d’Ârtgleüerrè étant le plus fujet à ces variations, c’eft lui que j’ai préféré pour rechercher ce que les diftolvans liquides pourroient opérer fur ce métal ; non que cette partie de mon travail foit en apparence bien utile à l’Art du Potier d’Etain i conftdéré comme Fabricant £
- prefque tout l'Etain qui eft dans le commerce contient du cuivre, & ce cuivre, privé des parties arfenicales, reparoit fous fa couleur naturelle» En attribuant au phlogiftique ( revoyez cette partie de mon Mémoire ) les nuances jaunes que M. de la Folie dit avoir obfervécs fur fon Etain refroidi , 8c qu’il appelle des veinés de cuivre, j’étois fondé fur une expérience qui fc renouvelle journellement dans les travaux de mon Arc. Il fuffie d’expofer l’Ecain à un degré de chaleur plus ou moins fore 8c plus ou moins continué, pour le voir fe coüvrir de nuances jaunes, rougeâtres-, Violettes* gorge de pigeon, Sec. Cependant il perfidie, dans fon fécond Mémoire, a dire que ce font des veines de cuivré : mais dé bonne foi ( & c’eft; une obfervation que i’ai d’abord voulu lui épargner ) eft-ce de cette manière que s’allient les métaux ? ne s’opère-t-il plus entre leurs parties intégrantes une pénétration réciproque, caufe de cette aigreur qui donne plus de fon Sc de roidénr au compofé, ainfi que de cette augmentation de denfirés que M.Tiliet a obfervée fur cec alliage-là même, 8c que nous remarquons tous les jours J ou y a-t-il une telle inaffinité Sc une telle antipathie entre l’Etain & le cuivre, que les molécules de celui-ci, répandues dans toute la malle par la fufîon, fe raffemblent de toutes parts pour former une veine, c’eft-à-dire, un corps à part au milieu de l'Etain î Ce fi fur-tout par une eau régale tr'es-affbièlie, dit encore M. de la Folie, que j'ai fouvent découvert le cuivre dans l'Etain de dififérènspays : il s’eft précipité une poudre noire, Sc cette poudre noire eft, félon lui , du cuivre. Cette expérience prouveroit peut-être quelque chofe, fi M. de la Folie s’étoic fervi d’Etain fortant direélement des mines ; mais il convient qu’il n’a pas opéré fur celui-là.
- L’Etain eft-il oü n’eft-il pas dangereux dans l’ùfagè dorheftique étoit une queftion alfez intéreffante pour fixer l’attention même dii Gouvernement. Le Magiftrat qui avoit déjà banni des boutiques de Marchands de vin le plomb dont ils garniffoient leurs comptoirs, défiroit fur notre métal des recherches plus étendues Sc des expériences plus décifîves pour fe déterminer ou à en exclure auffi l les mefures d’Etain, ou feulement celles qui contiennent du plomb. Il y avoit déjà long-temps que cet Ouvrage-ci étoit fini, qaè l’Académie lui avoit donné fon approbation, 8c que je l’avois communiqué à M. Rouelle, qui m’avoit fi officieufeinent procuré les métaux qui me manquoientj mais il n’avoit pas encore vu Je jour; La queftion fut donc propofée au Collège de Pharniacié, qui chargea trois de fes Membres, MM. Rouelle ? Bayen & Charlard, dy fatisfaire ; Sc ils viennent de faire part au Public du fruit de leurs travaux, Ibus le titre de Recherches chimiques fur l’Etain. Les deux premières Seétions ouvrent, par une fuite d’expériences neuves Sc curieufes, une voie affez facile pouf parvenir au départ dés fubftances étrangères qu’on allie communément à l’Etain ; Sc en général ils doivent fe flatter d'aVoir tranquillifé les plus inquiets. Car fi leurs expériences comparatives de l’Etain d’Angleterre Sc de celui des Indes artificiellement arfeniqué, leur ont fait appefeevoir dans le premier quelques atomes d’arfenie, ils démontrent auffi-tôc qu'ils ne peuvent abfolument communiquer aucune mauvaife qualité à cet Etain : encore, pour des perfonnes qui, comme M. Croharé, prétendroient que l’Etain n’eft: pas minéralifé par l’arfenic , raudroit-il quelque chofe de plus que l’odorat, pour déterminer fi la poudre noire qui refte indiiïbluble dans l’acide marin eft: eii effet de l’arfenic, 6ü feulement un compofé de la terre métallique & de l’acide. Au refte, il eft poffibïe auffi qu’une quantité auffi petite qu’-j^p, ou tout au plus jjj, ait échappé à mes expériences, fur-tout en examinant l’Etain d’Angleterre, qui ne paroîc pas homogène.
- Quant à l’exiftence du cuivre dans l’Etain d’Angleterre, on peut dire de même que fi l’expérience, où, eh traitant l’Etain d’Angleterre avec le charbon de rerre, nous l’aVons amené aù degré de pureté des Etains des Indes j fi* dis-je, cette expérience femble prouver que ce n’eft: point une fubftance métallique qui produit les caractères particuliers de l’Etain d’Angleterre, parce qii’dn ne conçoit pas aifément comment une fubftanCe aziffi fixe que l’eft un-métal, pût s’évaporer dans une fimpl» digeftiôn, ou s’attacher aüt charbon de terre > il femble , d’uh autre côté, que l’bri ne peut guère raifonnablement douter, d’après les expériences de MM. Bayen 8c Charlard, qu’il ne foit en effet refté auffi un peu de cuivre dans Cet Etain; Il faudroit donc croire alors que nous aurions de notre côté opéré par la voie fèche le départ d'une petite quantité de cuivre Sc d’arfenie d’avec notre métal, & ce ferdit un phénomène des plus irttéreffans à vérifier. Au refte, ces Chimiftes ne font pas monter à plus d’une demi-livre par quintal d’Ètain, la quantité de cuivre qu'ils y ont trouvée, Sc moi je n’al pas jugé à propos de faire Inès alliages dans une proportion au deffous de deux livres Sc demie par quintal, parce qu’elle me fuffifpir pour démontrer que l’Erain n’étoit point allié en Angleterre jufqu’a cinq livres dé cuivre, 8cc; ainfi que nous l’ont voulu faire croire les Auceurs des TtanfaéHonijf philofophiques.
- Cependant MM. Bayen Sc Charlard ne doutent pas, difent-ilsi de cette précipitation fpontanéc de matières pefanresi dont parlent;
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- mais le Potier d’Etain, étant tenu de certifier la .pureté de la matière qu’il emploie, ne peut avoir trop de moyens pour reconnoître & diflinguer cette pureté : nos expériences ferviront d’ailleurs à détruire un préjugé nuifible au commerce de l’Etain. Parce que les acides concentrés produifent avec ce métal des effets dangereux, on en a voulu conclure que toute liqueur, même la moins diffolvante, £ontra&oit? en féjournant dans des uftenfiies d’Etain, les mêmes qualités vicieufes. Or il eft de l’intérêt ..public de détruire cette opinion, parce que tout ce qui importe à la famé des citoyens, ne doit être ni loué ni blâmé légèrement.
- Dijfoluùofi de rÈtaifi dans les acides.
- P-our faire la diffolution de l’Etain dans l’acide xritrioiique, ori prend deûx parties d’acide vitriolique concentré, & ünë'partie d’Etain que l’on met dans Un matras au bain de fable, pour faire évaporer jufqu’à ficcité ; dans cet état, on verfe de l’eau dans le matras, & L’on fait bouillir. Ea matière fe met en diffolution, dont on précipite une poudre blanche à l’aide de Palkali volatil, que Kuncket croit donner des veffiges de mercure. M. Maquçr y reconnoît des vapeurs fulfureufes, ôc M. Bèaumé prétend qu’il fe fait un véritable foufre par l’union de l’Etain avec l’acide, vitriolique, Au refte, cette diffolution ne fert qu’à faire le vitriol d’Etain.
- L’acide nitreux affoibli, attaque violemment l’Etain ; mais lorfqu’il eff concentré, il le corrode plutôt qu’il ne le diffout, & lui enlève fon phlogif-çique, d’où il réfuite une chaux d’Etain aufti parfaite que celle qui eft préparée par la calcination, ôc qui lert fur-tout à l’émail blanc ; mais elle n’a point, comme la potée, la propriété de donner le poli aux glaces & aux outils d’acier. Nous parlerons de la revivification de cette chaux dans la fécondé Partie.
- L’acide marin ou du fel commun, diffout parfaitement bien l’Etain. M. Macquer obferve même que l’efprit de fel, fumant, perd fes vapeurs en attaquant l’Etain, dont il diffout la moitié de fon poids en prenant une odeur d’arfenic. Il paroît que l’acide marin eft celui des acides qui a le plus d’affinité avec notre métal, car l’Etain l’enlève de tous les métaux où il eff concentré ; il forme fur-tout, en enlevant du fublimé corrofif, une liqueur fingulière , connue des Physiciens fous le nom de liqueur fumante de Libavius, qui eft l’acide marin très-concentré, qui tient en diffolution de l’Etain, ôc qui, pour former avec lui des criftaux, a befoin du concours de l’humidité quelconque, ôc fur-tout de celle de notre atmofphère qu’il attire puiffamment quand il y eft expofé, d’où naît cette fumée abondante qu’elle répand lorfqu’on l’y expofe.
- Il coule, outre cette liqueur fumante, une autre diffolution de l’Etain, de confiftançe épaiffe, qu’on
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- connoît fous le nom de beurre d’Etain ; mais nî l’une ni l’autre matière ne tient le mercure; ôc le Phyficien moderne a bien eu tort d’avancer, à l’aide d’une expérience captieufe, que l’Etain étoit dangereux, Ôc que l’Etain contenoit du mercure.
- La première diffolution d’Etain dans l’acide marin, étant mis à évaporer, fournit des criftaux qui attirent un peu l’humidité de l’air, Ôc fervent de mordant pour certaine couleur dans les manufactures de toile peinte. M. Beaumé obferve qu’il refte toujours, après la diffolution, un.peu de poudre grife qu’il foupçonne être l’arfenic, dont M. Margraf dit que l’Etain n’eft jamais exempt. Il obferve de plus, que la diffolution d’Etain, en fe concentrant, répand une odeur difficile à définir , ôc qu’on ns peut mieux comparer qu’à celle qui refte dans les latrines après qu’on les a vidées. Bien ne peut enlever cette odeur des doigts de l’Artifte qui y a touché ; elle dure près de vingt-quatre heures, ôc ne s’exhale entièrement qu’avec la tranfpiration. Nous nous difpenfons de faire aucune remarqué fur ce dernier effet, que les Alchimiftes expliquent à leur guife, ou plutôt n’expliquent point du tout.
- Si l’acide nitreux attaque fi violemment le phio-giftique d’Etain; fi,d’autre part,l’acide marin diffout fi bien la terre métallique ; que ne fera point l’eau régale, qui eft un compofé de ces deux acides? Mais cette eau régale peut être furabondante eff Fun ou l’autre de ces deux acides, ôc les phénomènes de la diffolution fe doivent reffentir de la fupériorité de celui des deux acides qui domine.
- Pour diffoudre l’Etain dans l’eau régale, il faut avoir foin de ne mettre que peu d’Etain à la fois, fans quoi le mouvement violent qui s’exciteroit, décompoferoit une partie de l’Etain, qui alors ne pourroit plus y être diffous comme fi l’acide nitreux l’eût calciné ; il eft même à propos de chauffer la diffolution, pour achever de réfoudre un léger précipité qui ..s’y forme : on peut, avec cette précaution , obtenir une diffolution d’Etain dans l’eau régale, affez faturée pour avoir l’apparence d’une gelée ferme ôc tranfparente. Une portion d’Etain de Malac, qui n’avoit point été diffout entièrement dans l’eau régale, que j’ai fondu dans une cuiller pour en jeter des médailles Ôc des lingots d’effai, comme il retenoit un peu de chaux, la furface s’eft trouvée un peu ternie, mais il n’avoit rien perdu à fon poids fpécifique.
- L’Etain d’Angleterre reliant pareillement dans fa diffolution dans l’eau régale, ôc refondu, avoit pris plus de blanc que le Malac, ôc avoit perdu fa teinte jaunâtre. Les cendres reliées de cstte fonte, ôc revivifiées, ont donné un Etain qui avoit entièrement perdu fa couleur claire, ôc pris le point ftrié.
- On voit par cette expérience, que l’influence d’un acide minéral fuffit pour altérer la pureté de l’Etain, lorfqu’il Fa diffout ou corrodé.
- les Auteurs Anglois. Je-connois comme eux ce phénomène 5 je fais aufli que dans les fontes d’Etain allié, le fond de la folle fe trouveroit peut-être de plus bas ticre, fi on n’avoit foin de remuer toujours le métal en puifant ; mais la caufe de ce phénomène n’eft pas la même dans /es deux Etains, & il ne faut pas s’imaginer pour cela que l'Etain qui, dans les mines de Cornouailles, fe précipite au fond, contienne plus d’alliage que le refte. Ces Chimiftes ont fuivi de plus près que moi l’Etain dans la voie des diffolutions; j’ai pouffé plus loin qu’eux l’examen de l’Etain dans le feu, & il femble que fans avoir épuifé la matière, & fans être parvenu à une aufli grande précilion qu’eux, j’ai tiré un affez bon parti de cet agent. Gr, lorfque je fais, par l’intermède du feu feul, la rédudion des chaux d’Etain ou des cendrées impalpables qui reftent des pouflières du laboratoire, après en avoir extrait l’Etain par les moyens connus & mis en ufage jufqu’ici 5 l'Etain, au fortird’un feu aufli violent & aufli concentré, fe trouve, lorfqu’il eft refroidi, beaucoup plus denfe qu’il ne le doit être ; mais s’il eft reçu dans une foffe où on l’entretienne feulement en fufion fous du ponfîier de ^harbem, & particulièrement de charbon de terre, il fe raffine, pour
- me fervir du terme des mineurs, & dans cet affinage il recouvre h dudilité 8c la légèreté- qui lui eft propre. Cet affinage fe fait à la furface fupérieure qui fê trouve»en contad avec l’air, le pouflier, & le vent des fouffiets que l’on y fait paffer, & il paroît qu’il fe volatilife une matière qui n’eft peut-être qu’un phlogiftique fura-bondant. L’Etain du fond, qui conferve toujours fa pefatiteur, ne fc préfente pas à la furface pour y être purifié de cette matière, quelle qu’elle foit, & il garde en partie fa première aigreur & denfité, fans être pour cela moins pur. C’eft ainfi que j’ai expliqué à plufîeurs de mes Confrères qüi m’en demandoienr une raifon, & en particulier à M. Polinier, d’Orléans, Artifte cosfommé dans fon Arr, comment il fe peut qu’au milieu d un gros faumon qui a cédé tout entier a. l'action du feu, il fe trouve, comme nous l’obfervons quelquefois, une boule, fa trois-centième partie, qui y réfjle, & demeure dans le bain fans ^ y fondre^ ,* & cette explication a paru les fatisfaire. Car les caradçres extérieurs de cet Etaia fondu à u& feu plus fort, 8c examiné à part, ne leur permettoit pas d'y foupçonnçr uu alliage, & c’eft ce qui les étonnait.
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- La diffolution d’Etain dans Peau régale, étendue dans beaucoup d’eau, précipite une poudre blanche; mais fi Pon y ajoute un peu d'or, ce précipité eft du plus beau pourpre ; il eft généralement connu Pous le nom de pourpre de Caffius, fur-tout par les Peintres en émail, en porcelaine. C’eft encore cette "diffolution d’Etain , qui, verfée fur la teinture de cochenille, de gomme-lacque, & autre qui ne donne que le cramoifi , leur fait prendre la nuance de Pécarlate le plus vif ; c’e^ ce que les Teinturiers en laine appellent la compofition.
- . Jufqu’ici on n’avoit pu parvenir à employer cette compofition pour la foie ; on doit à M. Macquer un premier fuccès dans ce genre, qui fans doute réveillera l’émulation des Teinturiers en foie. On a obfervé que la beauté écarlate étoit plus grande, quand l’eau régale tenoit plus d’acide nitreux ; 8c que la dilfolution de P Etain dans l’acide marin pur, ou dans l’acide vitriolique pür, ne donnoit que des cramoifis. Si l’Etain contenoit un atome de cuivre, la diffolution vicieufe feroit verdâtre. L’eau régale, pour réuffir dans les expériences précédentes, doit être faite, füivant les uns, avec partie égale d’efprit nitreux 8c d’efprit de Tel ; &, fuivant les autres, de huit parties de cet acide nitreux, contre une de fel ammoniac. Gomme nous ne parlons point ici de teinture, nous n’infiftons point fur les précautions à prendre par les Teinturiers, pour trouver le point jufte de combinaifon entre les diffolutions de l’or & de PEtain, 8c de la jufte proportion d’eâu qu’il faut mêler. Nous obfervons feulement ce que M. Geilert a dit ; favoir : que la diflolution d’Etain> dans Peau régale, peut fervir à découvrir l’or, en donnant la couleur pourpre à toute diflolution où on le foupçonneroit.
- Entre les variétés de dofe pour faire l’eau régale, j’obferverai que celle qui eft faite de deux parties d’efprit de nitre 8c de deux parties de fel, ou un quart de fel ammoniac, diflout à peu près fon poids égal d’Etain, en obfervant les précautions que nous avons indiquées dès le commencement de cet Article.
- Nous avons déjà eu occafton * dans l’Article précédent, de parler des effets du fel ammoniac lui-même fur l’Etain fondu : fi on le projette à très-petite dofe fur la pellicule qui recouvre PEtain en fonte, on obferve que cette pellicule eft plus facile à détacher de deffus le métaLfondu, parce que dans tous les cas, ce fel, en fe décompofant, attaque cette chaux par fon acide, & lui donne une forte de fluidité ; mais lorfque la chaleur dure plus long-temps ou augmente, l’acide marin du fel ammoniac , eft à fon tour chaffé, 8c la chaux reprend fon premier état réfractaire. Les chaux d’Etain fervoient autrefois en Médecine pour faire l’antihedique de Poterius 8c le lilium de Paracelfe ; mais dès le temps de l’Emery, on doutoit très-fort de la vertu médicinale de PEtain;
- Le fel de Jupiter, que Pon regarde comme un cofmétique, fe fait avec de la chaux d’Etain très-pur 8c du vinaigre diftillé; ce qu’on nomme fon magifter, eft la chaux qui fe précipite de toute diffolution de l’Etain dans un acide ; précipité qui fe fait par un alkaft. C’eft encore un cofmétique, ainfi que les fleurs dè Jupiter qui réfültent du nitre 8c de PEtain détonnés enfemble dans des vâiffeaux couverts : elles doivent être toutes deux du plus beau blanc.
- On appelle encore huile d’Etain la diffolution de PEtain dans Peau régale; c’eft un efcàrrotîqüe î mais on obfervera que la chaUx d’Etain n’ayant par elle-même aucune qualité vénéneufe ni cauftique, la propriété efcarrotique qu’a l’huile d’Etain, n’eft due qu’à l’état concentré des acides qui la diffolvent, 8c que,fi elley contribuejce n’eft qu’en qualité de corps pefant. Il eft à préfumer que c’eft pour n’avoir pas fai;
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- cette diftindion, que des Auteurs ont décrié PË'tàin* qui par lui-même eft abfolument exempt des reproches qu’on lui fait ; car il n’exhale de lui-même aucune odeur dans la fonte, à moins que, comme nous lavons dit précédemment, il n’y tombe quelque corps étranger, qui, en s’exhalant, entraîne avec lui une portion de métal, & forme, par ce concours, des vapeurs vénéneufes ou défagréables. Efl-il une feule fubftance métallique, ou demi-métallique, qui n’ait pas le même inconvénient que PEtain ? Mais lui feul 8c fa chaux peuvent être pris intérieurement fans danger, tandis que tous les autres n’ont pas befoin d’être unis à des menftrues pour être dangereux.
- On entend cependant de toutes parts crier contré ce métal. J_.es Maîtres d’abord Pont rejeté de leur table; c’en a été affez pour que les fubaîternes U dédaignaffent. Si les premiers ont eu des raifons dé luxe ou d’économie mal entendue, ceux-ci, pour pallier leur lingerie, ont reproché à PEtain d’être un métal impur.
- Les Auteurs de Minéralogie ont été jufqu’à dire que les précautions du Légiflateur étoient inutiles pour remettre PEtain dans fa pureté, parce que la chofe étoit impoffible. De là la dépravation dans la fabrique par des ouvriers qui y ont introduit ce qu’on appelle claire - étoffe. De là les fraudes commifes pour fe fouffraire à un droit de régie qüi fuppofe un examen que l’on étoit parvenu à faire regarder comme inutile par le Légiflateur, au point que, malgré la réclamation des vrais Artiffes, un Arrêt du Confeil de 1728 a permis l’ufage de la claire-étoffe, qui avoit été profcrite par une Déclaration antérieure. Faut-il s’étonner maintenant de la décadence du commerce de PEtain en France, fur*tout fi on y ajoute l’introduction de la fabrique étrangère qui y eft tolérée? Voilà cependant comment des prétextes frivoles, des déclamations peu réfléchies ont mis fans vigueur des Loixs fages qui faifoient fleurir un commerce 3c une fabrique à laquelle étoient attachés un grand nombre de citoyens. Je croirai avoir rendu le plus grand fervice à l’État , fi je parviens à éclairer le Légiflateur fur l’innocuité de l’Etain, à donner à mes pareils les moyens de découvrir les falfifieations qui fe commettent dans la fabrication, 8c à voir refleurir enfin une fabrique dont l’utilité ne fe fera fentir qu’à mefure qu’oit reconnoîtra fon innocuité.
- Les acides végétaux, difent le‘s Auteurs, h’àgiffent ni fur l’or, ni fur l’argent, ni fur le mercure, 8c très-peu fur PEtain ; mais, ajoutent-ils, fi cet Etain eft allié de plomb, 8c qu’on diftillé du vinaigre avec lui, on en obtient une liqueur graffe 8c huileufe. Eh î qui doute de la diffolubiiité du plomb dans le Vinaigre ? La cérufe, le fel 8c l’extrait de Saturne* fes magiftères* le prouvent fuffifainment. Le plomb grenaillé, mis dans de Peau 8c un peu de vin * y eft corrodé. Toutes ces préparations font aangereufes ; mais de ce qu’on appelle PEtain , improprement Plomb blanc, s’énfuit-il qu’il ait les propriétés du plomb ? Sà diffolution dans le vinaigre diftillé, a plutôt Pair d’une lente extraftiên* que d’une diffolution ; cependant M. Margraf dit que tous les acides Végétaux agiffent fur PEtain, 8c qu’ayant laiffé féjourner du Vinaigre * du vin du Rhin, du jus de citron * &C; dans des vaiffeaux d’Etain de Màlac, d’Angleterre 8c d’Allemagne * il a toujours trouvé qu’il fe diffolvoit une partie de notre métal; Ce favânt Chimifte ajoute* qué l’Étain contient, prefque toujours, de l’arfenic , non qUe cette fubftance y foit effentielle, puifqu’il déclare en avoir trouvé qui n’ën contenoit pas 5 d’où il conclut cependant que l’ufage journalier des vaiffeaux d’Etain eft pernicieux à la fanté * fur-tout fi on y laifle féjourner des liqueurs aigres
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- ou acides ; à quoi le Di&ionnaire Encyclopédique •ajoute, en répétant cette obfervation, qu’il doit même être banni de la Médecine comme remède fufpect, de que les gens fenfés fe gardent d’en faire ufage.
- à M. Margraf eft digne d’éloge pour fon talent Supérieur dans la Chimie, de pour le zèle qui l’a dirigé dans fes travaux fur notre métal, peut-on ne le pas blâmer d’avoir négligé d’obferver que les mines d’Etain étant toutes arfenicales, le grillage & les préparations préliminaires font pour en dégager l’arfenic, fans lefquelles opérations la voracité de oe minéral & fa volatilité confommeroient en entier l’Etain dans le fourneau de rédudion ? Cette preuve eft trop connue des Affineurs ou Condudeurs des fourneaux à manche,de autres propres à la rédudion de la mine d’Etain, pour qu’on ne prenne pas la plus grande attention de débarraffer la mine des fubftances arfenicales qu’elle contient, avant que d’être apportée au fourneau. Encore que M, Margraf veuille fuppofer que la mine d’Etain ne peut être privée de fon arfenic par les procédés préliminaires à fa fonte, pourroit-il perfuader que les fubftances arfenicales foient dans le cas de réfifter à la violence >du feu du fourneau de rédudion , dans lequel la violence du feu, animée par les fouffiets, détruit tout ce qui n’eft pas métal, & convertit en verre les matières les plus réfradaircs, & même une partie du métal , quand la mine eft accompagnée de terre vitrifiable, ou quand la fonte de i’affinage ne font pas bien conduits ? Il fe combine alors au métal une plus grande quantité de poudre ou chaux grife ou blanche, fuivant que le feu la pénètre ; c’eft probablement cette poudre que M. Margraf fuppofe «rfenicale ( qu’il n’a pas examinée, & dont nous Tendrons compte dans le cours de cet Ouvrage), & conclut enfuite que l’Etain eft arfeniqué par cette chaux, Fautq de cette première obfervation, voilà M. Margraf, homme honnête & éclairé, qui devient le deftrudeur de familles fans nombre, dont la fabrication de l’Etain fait l’occupation,
- Nos expériences précédentes prouvent combien la feule vapeur de l’arfenic, & la préfence même d’une millième partie de ce minéral, fuffifoit pour aigrir l’Etain & le volatilifer en grande partie. Èft-il préfumable que les Potiers d’Etain euffent travaillé depuis tant de fiècles, lans être incommodés, ou même tués de ces vapeurs dangereufés , & fans s’appercevoir de la perte énorme de l’Êtain? Or je puis afturer que de tous les Ouvriers en métaux, les Potiers d’Etain font du nombre de ceux qui n’ont aucunes incommodités dues à l’objet de leur travail, & que la perte légère qu’ils éprouvent de leur métal, eft dans la cendrée , & non pas en vapeur.
- M. Margraf ne fait point de difficulté d’appeler arfenic, fans le démontrer, la chaux qui refte après la difîolution de l’Etain dans les acides minéraux ; mais s’il avoit effayé la rédudion de ces chaux, s’il 'le* avoit combinées avec de l’Etain pur, en en comparant le produit à l’Etain vraiment aigri par l’arfenic, il auroit vu jufqu’où fon affiertion étoit fondée. Quant à la diffolution qu’il prétend faite de l’Etain, dans lequel a féjourné du vinaigre ou du vin, il n’a pas obfervé que, loin d’être diflous, l’Etain facilite leur décompofition, au point de leur faire perdre leur couleur & leur faveur. Le dépôt tartareux du vin n’attaque point l’Etain ; mais celui du vinaigre,étant plus développé, en diffout un peu; il en eft de même du jus de citron, qui fait avec lui une certaine effervefcence ; mais cette érofion reffemble à ce qui arrive à tout uftenfile d’Etain, comme boule & marmite,qui font long-temps expofés à la chaleur de l’eau bouillante & du fel marin. L’exemple des Pays-Bas, où l’on ne fe fert que de marmites d’Etain , que l’on ne nettoye jamais en
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- dedans, & qui confervent toujours la couleur bleüe, chatoyante, marque de cette érofion, devient lâ preuve évidente que les uftenfiles d’Etain ne font point vénéneux, & que ce métal n’eft point diflous dans bien des circonftances où on le foupçonne. Du vin, qui avoit refté plufieurs années dans un flacon d’Etain, s’efl: trouvé feulement décoloré, en ayant dépofé fa fubftance tartareufe, qui avoit pris une couleur violette ; mais ce qui prouve qu’elle ne contenoit aucune partie d’Etain, c’eft que l’ayant calciné, j’en ai tiré du fel de tartre , & rien de plus. J’ai répété cette expérience, en laiffant pendant deux années une livre d’Etain pur dans une bouteille avec de la vinaffe ou boiffon faite avec le marc de raifin, fraîche & claire. Au bout de fix mois, la liqueur avoit perdu fa couleur : au bout de deux ans, elle n’avoit rien perdu ni rien acquis, puifque l’Etain avoit confervé fon premier poids ; la lie qui s’étoit dépofée,étoit en très-petite quantité, & violette. J’ai refondu l’Etain, & il n’avoit d’autre différence qu’une légère couleur blanche fur fa furface. J’ai fait la même expérience, en empliffant un vafe d’Etain avec du vin de genièvre ( c’eft de l’eau dans laquelle on a fait fermenter du genièvre): au bout de huit mois, la liqueur avoit formé un chapeau fort épais,piais avoit confervé fon goût: au bout de deux ans, le chapeau étoit moins épais; la liqueur avoit confervé la laveur de la plante, fans aucun relief de putridité ; elle étoit tranfparente ôc jaune : le dépôt étoit de couleur de tan ; il n’avoit d’autre odeur que celle du genièvre. Sous ce dépôt, l’Etain étoit tacheté de violet ; il y avoit en quelques endroits une croûte vitrifiée foiide, que j’enlevai de l’Etain, & l’ayant mife dans une cuiller de fer, après une légère décrépitation, j’ai remarqué que l’Etain que j’en obtenois pouvoit contenir par quintal dix livres de plomb, deux gros de zinc, huit onces de cuivre, & autant de bifmuth; mais la terre vitrifiée étoit irrédu&ible au feu.
- L’on fait les propriétés de la farine; tant qu’elle n’eft point féparée de fa partie glutineufe & faiine, elle tend avec une facilité extrême à la putridité: aufli l’expérience a-t-elle appris aux femmes de la campagne à mettre une afliette d’Etain dans leur tonneau, pour l’empêcher de tendre à la putridité. Si l’Etain a cette propriété falutaire; fi, d’autre part, les comeftibles, à la préparation defquels il concourt, ne perdent point leur bonne qualité : que pourra-t on donc reprocher à notre métal ? Loin de l’accufer, on deVroit, ce me femble, faire pour la farine, Sc avec de l’Etain , ce que les Chinois font pour la rhubarbe, &âvec du plomb ; les pièces de tranfport de cette drogue font doublées d’une feuille légère de ce métal. S’il en. faut croire les Auteurs, tant anciens que modernes, l’eau n’a de prife fur l’Etain qu’autant qu’elle contient de la félénité. L’air ternit l’Etain fans le corroder, tout au plus lorfqu’il eft chargé de matières étrangères. Cette érofion eft violette; mais les Auteurs, tant anciens que modernes, qui ont parlé fi fuperficiellement,ont oublié reffentiel. C’étoit l’examen de l’Etain, pour favoir s’il n’étoic point allié de cuivre ou de bifmuth. Je ne répéterai point ici ce qu’on trouve dans la Differtation de M. Amy, en faveur de l’Etain : il a recherché tous les Auteurs qui ont écrit fur l’Etain, & n’en a trouvé aucun qui le regardât comme vénéneux. Ses propres expériences m’ont démontré que de tous les métaux, l’Etain étoit le feul qui pût conferver la falubrité de l’eau ; je ne ferai pas non plus long ufage des chofes que M.Thierry, Do&eur en Médecine de la Faculté de Paris, a dit en faveur de l’Etain, dans une Thèfe qu’il a foutenue en 174p. Si l’on joint ces autorités aux expériences particulières que j’ai citées dans cet Ouvrage, l’ufage habituel des Ouvriers en Etain, la confiance que leur donne l’expérience
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- de plufieurs fiècles, qu’ils peuvent fondre & refondre leur métal, fans aucun inconvénient pour eux, parce qu’il ne répand de vapeurs que lorfqu’il tombe dans la fonte quelques fubftances inflammables, 8c la preuve qu’ils ont que leur Etain n’acquiert de mauvaifes qualités même pour leurs ouvrages, que lorfque, dans la première fonte, il n’a pas été entièrement dépouillé de matières étrangères, ou que dans la fuite il fe trouve altéré par différens alliages frauduleux ou permis, dont l’influence fe fait fentir jufque dans les plus petites proportions : n’eft-on pas en droit d’en conclure que les inculpations des Auteurs tombent fur ces fubftances , ôc non fur notre métal ?
- Pour répéter avec précifion les expériences de l’Etain avec l’eau, il faudroit être affuré de la pureté de l’eau; mais où trouver une eau fi limpide que celle que l’on trouvoit en Ethiopie, au rapport d’Hérodote,& qui étoit fi légère que le liège tomboit au fond ? Il n’eft aucun Phyficien qui ne fâche que les eaux' contiennent des fubftances falines, vitrioliques 8c autres ; 8c il n’y a aucun de ceux qui font ufage de l’Etain, qui ne s’apperçoivent que ces fubftances étrangères fe précipitent dans les uftenfiles de ce métal : eft-ce un vice de fa part ? eft-ce une bonne qualité ? c’eft ce que l’expérience nous démontrera.
- J’ai mis dans un vafe de grès fix livres d’Etain pur en lame, de manière à couvrir le fond du pot, ôc je l’ai empli d’eau crue, toujours chargée de particules falines : au bout de huit jours, il s’établit fur une des plaques une feule tache violette , qui S’agrandit infenfiblement jufqu’à un diamètre de fix à huit lignes ; il s’en eft formé à cette époque, 8c non plus tôt, une fécondé, 8c enfuite fucceftivement d’autres qui ne fe touchoient pas ; en forte que pour tacher les lames, j’eftime qu’il eût fallu l’efpace de vingt-cinq ans. 11 faut donner de nouvelle eau, 8c laiffer le vafe tranquille. Gette première expérience prouve que l’Etain contribue à épurer l’eau ; mais que l’eau n’en diflout aucune portion , puifque celle qui refte eft limpide 8c fans couleur.
- J’ai eu occafion,en 1744, d’avoir un vale d’Etain, de la continence de deux muids, 8c qui fervoit depuis 1694 à recevoir les eaux de pluie qui tomboient des toits d’une Communauté, 8c que l’on ne nettoyoit qu’en enlevant les ordures trop abondantes qui s’y précipitoient. Les Propriétaires ayant défiré de convertir cette cuve en une fontaine pour le fervice de la cuifine, on jugea à propos de la gratter ; mais les grattoirs ordinaires, quoique de bonne trempe, s’émouffoient plutôt que de mordre fur le dépôt. On parvint cependant à blanchir la paroie circulaire ; mais il n’y eut pas moyen aux outils de mordre fur le fond : on fe contenta de l’ufer avec du grès ; 8c, quoiqu’il n’ait pas été blanchi par cette opération, la pièce n’en fert pas moins depuis cette époque, fans qu’il en foit réfulté aucun inconvénient. J’ai reconnu par l’effai des ratures,que l’Etain étoit au titre de 2 5 pour ^ en plomb. Quoiqu’il ait quatre-vingt-un ans de fervice, 8c une ligne d’épaiffeur feulement, ce vafe n’à aucune apparence de vétufté. Il en eft de même d’un autre vafe qui fert pour le même ufage, conftruit en 1692, 8c auquel on fut obligé de remettre un fond en 1772, ôc le dépôt falin qui étoit fur le fond, quoiqu’il fût ufé, n’en faifoit pas la vingtième partie. On préfume bien que j’ai fait des recherches fur cette matière fi vieille 8c fi peu endommagée. J’ai détaché à coups de marteau ce qui ne paroiffoit pas métallique, 8c j’obfervai que l’Etain n’avoit prefque rien perdu de fon épaiffeur. Les écailles détachées, broyées 8c mifes à la fonte dans une cuiller de fer, décrépitèrent, 'ôc ne fondirent point. J’ai pris le parti de faire fondre le fond entier; tout ce qui étoit écailleux, décrépita
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- par la chaleur, 8c fe réduifit en poudre ; l’Étàm nè me parut en aucune façon altéré : du moins les fubftances hétérogènes de l’eau ne purent-elles pas s’appercevoir. Attendu l’état d’alliage avec le plomb , le zinc, 8c même un peu de bifmuth que je remarquai dans cet Etain, les cendres expofées au feu le plus violent ne firent que changer de couleur. S’il eft pofîible df’en tirer quelque portion de métal, j’en parlerai dans la fécondé Partie.
- Tout concourt donc à prouver que l’eàü, foit qu’on la tienne dans l’Etain, foit qu’on y faffe tremper des lames de ce métal, ne fait que dépofet fes parties hétérogènes fur l’Etain, fans le corroder en aucune manière. La feule circonftance ôù l’eau paroît corroder l’Etain, c’eft dans les clepfydres ou horloges à l’eau , dont l’intérieur eft divifé par cellules ; l’eau , en roulant continuellement dans cette machine, qui n’eft que trop fouvent faite avec de mauvaife étoffe, au point de contenir jufqu’à un tiers de plomb, 8c d’autre part la foudure de bifmuth qu’on y employé, étant toujours compofée de l’Etain du plus bas aloi, comme nous le dirons en traitant de la fabrique de ces fortes de tambours ; il arrive que l’eau, en roulant continuellement dans cette machine, en détache une pouflière grife qui la rend épaiffe ; mais cette eau n’eft pas plus tôt tranquille, qu’elle reprend fa première limpidité, en dépofant fa poudre grife, fi bien qu’après l’avoir filtrée, elle peut fervir au même ufage, Il eft fâcheux que les Auteurs, excepté M. Gellert, n’aient pas foupçonné la diffolubilité du bifmuth dans l’eau. Ils auroient apperçu facilement que cette poudre grife eft réellement une diffolution de bifmuth , 8c que l’eau elle-même le tient facilement en diffolution ; car fi l’on fait évaporer cette eau jufqu’à ficcité, 8c qu’on examine la poudre qui én réfulte, on la trouve tout-à-fait femblable au bifmuth. Il en faudroit avoir une certaine quantité pour donner plus de poids à ce premier effai. Une des râifons pour lefquelles l’eau ne diffout point l’Etain dans les clepfydres, c’eft qu’elle a bouilli, 8c qu’on la filtre avant de la mettre dans les clepfydres, ce qui la débarraffe des matières étrangères qu’elle dépoferoit dans ces clepfydres, 8c que l’on prendroit pour les réfultats de la diffolution de l’Etain. Rien n’eft plus commun que d’entendre rejeter fur l’étamage ou fur l’Etain, la couleur blanche que contracte l’eau, ou le mauvais goût que prennent les ragoûts dans les vaiffeaux de cuivre nouvellement étamés , fans faire attention à la quantité de fel ammoniac, de réfine qui fervent dans les étamages, 8c qui, reftane en partie fur la furface de l’Etain, font les uniques caufes de ce qu’on lui reproche : car , comme l’obferve fort bien M. Thierry , fi l’on expofe à l’air humide une pièce nouvellement étâmée, vous verrez bientôt que ce ne fera pas l’Etain qui fe corrodera , mais le cuivre ; ce qui prouve évidemment que l’Etain, non feulement ne fe corrode point à l’air libre, mais pourroit en garantir le cuivre, s’il y étoit bien appliqué. Mais les différentes méthodes d’étamer le cuivre ou le fer, emportant avec elles la néceffité que ces deux métaux, non feulement ne foient pas recouverts exactement par l’Etain, mais encore contractent la propriété d’attirer l’humidité de l’air, on gratte les métaux, ou bien on les paffe à l’eau fûre ou à l’eau régale, foit pour les découvrir, foit pour enlever l’ancien étamage, ou enfin pour faire haper le nouvel Etain ; cet Etain, qui lüi-mêmé n’eft pas pur dans certains étamages, puifqu’il eft du genre de ceux qu’on appelle mate, compofée dé deux tiers de plomb, ne mord fur les métaux qu’à force de fel ammoniac 8c de poix-réfine 5 quelque précaution que l’on prenne, il n’eft pas poffiblê qu’il ne refte quelques veftiges de ces fubftances corrodantes, qui, réagiffant fur le cuivre, foulèvent
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- ‘l’Etaïn, & donnent accès à l’air humide, qui achève >de corroder le cuivre ou le fer. Ce n’eft donc qu’à ces deux métaux, & non à l’Etain, qu’il faut ^attribuer les inconvéniens des ufteofiles étamés. J’ajouterai ici un phénomène fort fingulier, qui elt propre à notre métal. Lorfqu’on en met dans l’encre, cette liqueur y perd fa couleur noire & devient •tranfparente ; effet que font les acides fur cette même liqueur. Il y a grande apparence que l’Etain précipite le fer, qui, dans l’encre, n’eft lui-même •qu’en fufpenfion. L’ufage où font les Provençaux de conferver leur huile dans des vafes d’Etain, prouve fuffifamment que cette liqueur végétale n’a aucune réadion fur l’Etain ; car il faut bien diftinguer ici les huiles exprimées, comeftibles, de •celles qui font âcres 8c cauftiques. Je n’ignore pas que M. Neumain a reconnu que certain Négociant d’Albe adouciffoit l’huile de rave en la faifant !digérer dans des vailfeaux de plomb ; âc quoiqu’il y ait loin du plomb à l’Etain, je ne garantirais pas que celui-ci ne fût corrodé par les mêmes huiles âcres.
- Les feces d’huile d’olive , car c’eft d’elle feule qu’il s’agit dans cette expérience, n’ont point d’action fur l’Etain ; mais fi on les traite au feu avec la chaux d’Etain , elles facilitent la réunion, ou peut-être la réduction de V Etain, ce que font aujji les graijfes animales ; mais l’Etain qui en réfulte contrade une couleur blanche, comme s’il étoit touché par quelques fubftances minérales, 8c il refte gras fous la main de l’Ouvrier. Dans tout ce qui précède, nous avons fouvent parlé de la rédudion de l’Etain par les corps gras ; mais fans expofer ici les différentes opinions des Auteurs fur la nature de la fubftance propre à opérer cette rédudion, que les uns ont appelée foufre, & les autres phlogiftique, nous -ooferverons feulement que les frais de la graifle ou du fuif qu’il faudrait employer pour réduire abfo-lument 'toute la chaux d’Etain, feraient beaucoup plus confidérables que la valeur du produit qu’on en obtiendrait. C’eft un fait inconteftable en Chimie, que les chaux métalliques font d’autant moins rédudibles, qu’elles font mieux calcinées; ainfi les fafrans de Mars , l’antimoine diaphorétique, font plus irrédudibles que l’ocre & la cnaux d’antimoine. C’eft une conféquence de ce fait, que plus les métaux font faciles à calciner , plus énergiquement ils le font, foit à caufe de la durée, foit à caufe de l’intenfité de la chaleur : or aucun métal n’eft plus facile à calciner que le plomb, enfuite l’Etain il faut bien diftinguer dans la rédudion de ce métal le rapprochement des globules non calcinés de la chaux, d’avec la rédudion proprement dite. Pour le prouver, je prends deux livres de raclure d’Etain, provenante du tour, de qui ne contenoit point de pouffière du laboratoire; paffées au tamis de crin, je les plonge dans un bain d’Etain médiocrement chaud, & bien dépouillé de toute pellicule ; fur le champ il fe fait une chaux noire, que j’ai retirée avec précaution pour la paffer au tamis de foie ; ce qui refte fur l’Etain a été refondu dans une cuiller de fer, pour en retirer, à l’aide d’un peu de fuif, tout l’Etain qui étoit le moins divifé ; ce que j’ai réitéré jufqu’à fix fois. A la dernière, la cendre étoit en fi petite quantité, que je l’ai mêlée à celles qui avoient paffé par le tamis : la chaleur de ce bain a fufïi pour convertir cet Etain en cendrée irréductible, même avec les grailles; cette portion de cendrée irrédu&ible eft à peu près d’un 14e de l’Etain employé.
- Deux autres livres de raclure d’Etain, paflees au tamis de foie & traitées de la même manière, ont fourni trois onces quatre gros 8c trente-un grains de poudre irréductible, ce qui fait près du huitième. Il eft vrai que ces raclures ainfi tamifées font fingu-lièrement légères, ainfi que la cendre irréductible ;
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- elle fumage momentanément l’eau ; 8c les Potiers d’Etain, étant dans l’ufage de laver leurs cendrées avant de les refondre, il réfulte qu’ils jettent à l’eau tout ce qui eft réellement divifé ôc calciné, 8c que leur prétendue rédudion aboutit à réunir des grains métalliques épars. Comme à chaque fufion la quantité de ces cendres paraît médiocre, on n’y lait pas une grande attention ; mais fi l’on réfléchit fur notre expérience, on verra que ce métal, ainfi divifé en poudre, perd, à chaque fois qu’il eft fondu, Je huitième de fon poids.
- J’ai revivifié les cinq onces fix gros & trente-neuf grains de cendre que je viens de dire irréductible, ce qui doit s’entendre de l’Ouvrier 8c non de l’impoflibilité phyfique ; j’en ai tiré, par une nouvelle méthode peu couteufe, 8c dont l’Ouvrier doit faire ufage, quatre onces cinquante-huit grains; & d’une autre part , après avoir pilé les feories dans un mortier, & revivifié, quatre gros d’un Etain aigre, opaque & ferré, qui refte long-temps liquide avant de refroidir, 8c qui augmente fa denfité primitive.
- De tous les Auteurs, Paracelfe paraît être le premier qui n’ait point confondu la cendrée avec la chaux d’Etain , c’eft-à-dire, avec les grains d’Etain qui n’ont beloin que d’être raflfemblés par la violence du feu. On a parlé de la réduction des chaux d’Etain dans des vailfeaux fermés ; j’ai mis, en conféquence, de cette chaux, bien débarraffée des groiies grenailles , dans un creufet recouvert d’un couvercle, 8c bien luté ; j’ai expofé le tout, en graduant le feu, à un degré de fufion violent pendant une heure ; au bout de ce temps, la matière étoit pâteufe, adhérente au creufet, 8c fi dure, que j’eus bien de la peine à l’en détacher avec le marteau, 8c même avec un cifeau ; la malfe reflfembloit à un fable pétrifié. Une portion de cette matière, traitée avec du fuif dans une cuiller de fer, l’ayant fait rougir, loin de fournir du métal, a perdu fon éclat métallique.
- J’ai, je crois, démontré, par tout ce qui précède, que l’Etain fort pur de fa première fufion au fortir de la mine ; que fi l’on y remarque, dans ce premier état de pureté, quelques différences, elles ne viennent que des fubftances minérales, autres que des métaux Ôc demi-métaux, qui n’auraient pas été dégagées fuffifamment de la mine avant la fufion ; que, dans ce premier état, l’Etain ne pourrait prendre aucun métal, fans qu’il fe manifeftât trop, tant par fa fragilité que par la couleur; que d’ailleurs la plus légère partie de ces matières y eft reconnoiffable à des lignes certains; que fi,à la fimple refonte, l’Etain perd de fon premier éclat bleu-clair, pour prendre une couleur blanche plus ou moins écaiileufe, c’eft moins une purification, qu’une forte dé décompofition. Une partie fe convertit en chaux, ôc rentrant après cela dans la combinaifon métallique, change la proportion entre le phlogiftique 5c la terre métallique, ainfi que leur manière d’être combinés enfemble : aufli c’eft pour cela que de gras & compacte, il devient plus extenfible; qu’au lieu de noircir le linge, il y imprime une teinte de couleur aurore, 8c qu’il devient élaftique ; en forte qu’un fil de deux lignes environ de groffeur d’Etain, qui ne foutenoit qu’un poids de vingt livres, pouvoir en foutenir un de deux cent vingt-quatre, fans caffer ; au contraire, il aigrit toutes les fois qu’on le fond au degré de chaleur qui eft propre à la revivification de fes chaux, ou qu’il a occafîon d’être touché par des fubftances étrangères, dans fa digeftion, comme fel, terre vitriolique,&c.Cès effets, que la fufion répétée ne procure qu’à la longue, font accélérés par l’art, comme on le voit par l’exemple de l’Etain qui a fervi à l’étamage ; on a pu voir aufli que l’alliage
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- des métaux à l’Etain, peut fouvent lui faire perdre fa duftilité propre ; que de tous les métaux, le bifmuth & le plomb font les deux feuls qui n’aient point altéré cette qualité ; & qu’enfin l’alliage d’un troifième métal, tel que le zinc, peut corriger ou modifier les altérations qu’un premier alliage a pu caufer à l’Etain. Celui que nous prenons pour exemple, a bien la propriété de nettoyer l’Etain ; mais il le rend, par fa trop grande quantité, trop aigre pour être employé dans toutes les parties de l’Art. On ne le met que dans la proportion d’un gros
- Î)ar quintal : fi on en mettoit davantage, il produirait es inconvéniens que nous avons remarqués à l’alliage de l’Etain avec le laiton. Suivant l’Article XIII des Statuts, le bifmuth s’employe pour les Etains alliés de cuivre ; il leur fait perdre l’aigre & la couleur. On n’a point à craindre que les Fabricans abufent de l’Ordonnance, lorfqu’ils emploient ce demi-métal, qu’ils mettent ordinairement jufqu’à une demi-livre par quintal, lorfque l’on foupçonne qu’il y a deux livres de cuivre : mais ce qui prouve que la proportion de ces deux fubftances pourrait être diminuée, c’eft une expérience fort fimple. Lorfque les Potiers d’Etain refondent de l’Etain d’alliage, ils fe contentent de rajouter moitié d’Etain pur pour travailler : or il e11 certain qu’alors la proportion du cuivre & du bifmuth eft diminuée de moitié;& cependant les ouvrages n’en font pas moins bons, & l’Etain pas moins à fon titre. Une dernière obfervation à faire fur l’Etain, c’eft que l’Etain le plus vieux a .contracté une folidité quadruple de celle que le premier alliage avoit pu lui donner ; aufti c’en l’Etain qu’il faut préférer au plomb, pour faire des flacons propres à co’nferver 8c tranfporter l’eau. Sa falubrité , fâ légèreté , fon toideftrudibilité dans l’eau, fa plus grande dureté acquife par la vétufté, tous avantages que nous avons démontrés 'fuffifamment dans le cours de ce Chapitre, lui méritent bien cette préférence fur un métal aufti pernicieux que le plomb.
- Avant de finir* ce Chapitre, on me permettra d’examiner particulièrement la nature de la terre d’Etain, que M. Margraf a prife pour de l’arfenic.
- On a perdu de vue, fans doute , Cé que nous aVons dit de la facile déeompofition de l’Étain par les fufiôns réitérées , 8c de l’influence du cuivre &du zinc ; l’un, pour empêcher la plus grande rnolleflè de l’Étain ; l’autre, pour combiner une partie de la chaux, 8c en rendre une autre partie plus facile à féparer.
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- Ayant fait fondre dans une marmite cl'é fer neuf* Une certaine quantité d’Etain , lorfqu’il fut bien recouvert de fa pellicule , j’y ai ajouté la trois millième partie de fon poids de zinc , & j’obfervai que la pellicule diminuoit beaucoup, & qu’elle avoit même une forte d’affinité à s’attacher au fer. Chaque fois qu’on fait cette opératiôn avec dé nouvel Etain, il fe trouve au fond de la marmite une très-petite quantité de poudre noire , qui fé précipite. Seroit-ce-là la terre arfenicale f ou là totalité de la chaux d’Etain ferait-elle de nature arfenicale ? Mais cette poudre, autant que j’ai pu l’examiner, eft feche, fableufe & fixe, quoique légère. Ce ne peut donc pas être un produit arfenical qui eft tout volatil ; ce ne peut pas être non plus la chaux d’Etain qui foit arfenicale ; car en laiflànt dé côté les fpéculations de Béquer & des autres Minéra-logiftes fur le principe arfenical, la fixité confiante de ces cendres fuffit pour en éloigner tout foupçon. Nos expériences nous ont d’ailleurs démontré l’efpèce de rapport de la cendre, qui eft proprement terre métallique , entre l’arfenic 8c l’Etain une fois devenu métal. Voici, à ce que je foupçonne, ce qui a pu induire M. Margraf en erreur ; la diflblution dé l’Étain dans l’acide marin ou dans l’eau régale* contra&e une odeur approchante de celle de l’arfenic* on n’a pas réfléchi que cette odeur eft un accident commun à toutes les diffolutions métalliques par les acMes, 8c notamment par l’efprit de fel. Ajoutez à cela que la préfence de quelque matière grade fuffit pour volatilifer, pendant la fufion, une partie de l’Etain ; mais tout cela démontre-t-il de l’arfenic ? êc le régule d’antimoine, qui fe volatilife en neige fans aucun intermède, 8c les métaux les plus lourds que le fel ammoniac volatilife dans des vaiffeaux fermés, font-ils pour cela fenfés arfenieaux ?
- Nous infiftons, en finiffant ce Chapitre , fur là différence effentielle entre l’Etain 8c le plomb ; différence que nous avons établie il y a quelques pages ; 8c nous croyons avoir prouvé que l’Etain n’eft ni arfenical ni dangereux comme le plomb* ni même fujet aux inconvéniens que l’on reproche aù cuivre 8c au fer* Or cette démonftration étoit avec l’examen de l’alliage de l’Etain comparé à l’Etain pur * 8c Celui des phénomènes que préfente là diflblution de l’Etain dans les différens menftrues* les objets que nous nous propofîons d’éclaircir dans ce Chapitre.
- CHAPITRE QUATRIÈME
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- Du commerce extérieur de l’Étain.
- L e s Potiers d’Etain font, ainïï que lotis les Àrtiftes, fujets à des Loix,dont nous avons déjà mentionné quelques-unes. Celles qui concernent le commerce extérieur, ou l’achat de la première matière, font les feüles dont il fe doit agir ici. Non feulement le Potier d’Etain eft en droit d’acheter 8c de vendre en gros l’Étain de l’Etranger, ce qui le met à l’égal du Négociant ; mais il à fur ce dernier l’avantage de pouvoir refondre l’Etain en petits lingots & en baguettes, pour le diftribüer en détail, après l’avoir marqué 8c en avoir certifié le titre. Ils font tellement réputés Négoçians, que plufieurs fois ils ont été requis par les Rois & M. de Silouette, Contrôleur-Général, de lever 8c acquitter la quittance de financé qui admet la réunion, de fe réunir aux Six Corps
- pour exercer le Confuîat, 8c “notamment en 175'p* où ils répondirent à la Lettre de Sa Majefté, qu’ils la fupplioient humblement de ne point les diftrairê de leur fabrication & occupation ordinaire, dans laquelle ils fe complaifoient-, tant pour eux que pour leurs familles, 8c qu’au précis des anciennes Ordonnances, les Fabricans ne dévoient point donner leur temps à être les interprètes des Loix de tout commerce, excepté le leur ; 8c cette réponfe modefte a été agréable au Roi. Mais revenons au commercé d’Etain,avant d’être employé par les Potiers d’Etain; nous avons dit plus haut fous quelles formes & avec quelles marques nous venoient les Etains deS Indes 8c de Mélac, 8c des Indes Efpagnoles. L’Etain de Siam nous Vient de Laor ou Lagor* par des
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- & 4 ART DU POT
- vaiffeaux de Regiftres Hollandois ; depuis 1717, la Compagnie Françoife des Indes ayant eu liberté -de commercer dans toutes les mers du Sud, fe charge d’apporter ces différeras Etains des Indes, de Mélac & de Siam, àTOrient. L’Etain en chapeau, marqué comme nous avons dit ci-deffus, eft celui que .préfèrent les Teinturiers pour l’écarlate ; auffi fe vend-il de 10 à iy liv. 8c même 20 liv. par quintal plus cher que le même Etain en lingot : mais les Potiers d’Etain qui s’y connoiffent,fachant très-bien ^qu’il n’y a aucune différence, achètent ce dernier. •D’autre part, les Négocians, au mépris de P Ordonnance, refondent ce même Etain pour le mettre en chapeau ; ce font affez ordinairement les Epiciers de Paris qui font ce commerce 8c cette petite fuper-cherie.
- On trouve auffi du même Etain à acheter fur les vaiffeaux Hollandois , dans tous les ports où ils 'relâchent. Nous avons parlé plus haut de la nature •de l’Etain en baguettes, de l'on origine 8c de fon commerce; nous ajouterons feulement ici, que, pour le mettre en baguette, on le coule dans une pierre, où il y a une vingtaine de petits canaux de dix-huit à vingt pouces de long.
- Les Etains de la Chine, du Japon, du Mogol, de la Perfe 8c de Sumatra , font coulés en lingots , depuis trente-fix jufqu’à foixante-quinze livres, dans le fable, dont ils retiennent quelques parcelles, qui peuvent fervir pour les reconnoître. Ils nous viennent en France par tous les ports où abordent les vaiffeaux Venant des Indes.
- L’Etain dont il fe fait le plus de confommation en France, eft l’Etain d’Angleterre, de la province de Cornouailles, fituée à l’oueft de cette île, faifant l’apanage des premiers enfans mâles de la Couronne, lue vulgaire donne à l’Etain de Cornouailles une
- I E R Dy É T A I N.
- qualité fupérieure. Il nous vient en petits lingots> depuis trois livres jufqu’à trente-cinq livres, ou en faumons de 250 à 580 livres. Il ne nous parvient pas, ou très-peu, de leur Etain en lame. Il eft étonnant jufqu’où les Anglois envoient de leur Etain dans toute l’Amérique feptentrionale & méridionale, dans le Levant, à Smyrne, par-tout enfin où ils ont des correfpondances.Üne feule Compagnie Angloife a ce privilège exclufif du commerce de l’Etain pour la France. C’eft à elle ou. à leurs Commiiïïonnaires qu’il faut que les Potiers d’Etain s’adreffent. Si les Hollandois m’avoient pas la reffource du commerce de Hambourg 8c des autres villes d’Allemagne, par l’Elbe, pour balancer le commerce Anglois en cette partie, ces Infulaires feroient les feuls qui en débiteroient dans toute l’Europe, encore trouvent-ils le moyen de revendre celui qu’ils ont fourni aux Manufactures d’étamage des Pays-Bas, fous le nom d’Etain d’Allemagne en baguettes : on fait quelle altération l’étamage apporte à l’Etain pour certains Arts.
- .Nous ne parlerons pas de l’Etain de Siam, qui eft trop rare en France. Je ne doute cependant pas qu’il y en ait beaucoup parmi celui de Mélac ; tous ces Etains s’achètent ou àTOrient, ou à bord des vaiffeaux Levantins, ou en s’adreffant aux Courtiers 8c Commiffionnaires Anglois, ou enfin à des vaiffeaux Hollandois. L’Etain fe vend par des Négocians prefque toujours en concurrence avec le Potier d’Etain, qui,comme nous l’avons dit,a feul le droit de le fondre.
- Indépendamment des Droits que PEtain d’Angleterre paye pour fortir de ce Royaume, l’Etain, entrant en France fous quelque forme qu’il fe rencontre, paye d’autres Droite fpétifîés dam h Tarif ci-après*
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- EXTRAITS
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- EXTRAIT des Édits ,
- Ordonnances , Dilatations <$
- concernant les droits fur Ü E T A / Na
- 1DATES.
- J* 8 Septembre 1664,4
- Suivant cette Ordonnance, Sc le tarif y joint, toutes perfonnes*,' de quelque qualité Sc condition qu’elles foient, doivent payer aux entrées des Provinces de Normandie, Picardie, Champagne, Bourgogne , BrefTe , Poitou , Berry, Bourbonnois, Anjou, le Maine , Thouars , & Châtellenie de Chantoceaux, Sc leurs dépendances ; favoir :
- Juillet 1681.
- 6 Septembre 1701.
- 25; Août 1716,
- 5 Mars 1718.
- 12 Juillet 1718.
- 12 Avril 1723,
- 15; Février 172^.
- Sur l’Etain non ouvré de toutes fortes, un droit unique Sc réduit de cinquante fols par cent pefant , ci .................. .
- Et fur l’Etain ouvré, menuifé, Sc fans menuiferie, de cinq livres par cent pefant , ci.............................................
- ‘La Déclaration du Roi, du 18 Avril 1667, n’a dérogé en rien au précédent tarif, àTégard de l’Etain.
- Mais l’Ordonnance de 1681 , titre des droits fur VEtain , art. 1er. ajoute à ces anciens droits, un droit particulier de deux fols fïx deniers pour livre , poids de marc , fur tout Etain ouvré Sc non ouvré , fin, commun Sc formant, entrant dans le Royaume par mer Sc par terre. Ce droit , depuis 176-1 , n’eft plus perçu que fur l’Etain ouvré.
- Excepté feulement, art. ///, la Province de Bretagne dans laquelle les droits fur l’Etain ne feront point levés à l’entrée.
- Défend , an. 1F , de faire fortir l’Etain de cette Province , pour entrer dans les Provinces voifînes , ailleurs que par le Bureau d’ingrande feulement , où lefdits droits d’entrée feront payés.
- Et quant à l’Etain venant des autres pays , défend , art. Fj, de le faire entrer dans le Royaume par terre ailleurs que par Lyon ; Sc par mer, ailleurs que par les ports de Marfeille , Toulon, Cette, Agde, ' Narbonne , Bordeaux, la Rochelle, Rouen, Dieppe , Saint-Vallery ,
- 4k Calais déclarant les autres lieux Sc ports obliques Sc faux palfages.
- Arrêt qui défend l’entrée des Etains ouvrés & non-ouvrés , venant d’Angleterre, pour favorifer les Fabriques de France , Scc.
- L’Etain apporté des Indes Efpagnoles fur les vaiffeaux François , payera pour tous droits d’entrée., tant dans l’étendue des cinq grolTes Fermes que dans celles de Bretagne Sc autres Provinces du Royaume, deux livres dix fols du cent.
- Plus, les quatre fols pour livre y ajoutés.
- Nota. Et fur l’acquit dudit droit payé'à Nantes, ilne fera perçu au Bureau d’ingrande -que les droits locaux. ^ ...
- Arrêt qui déboute la Communauté des Potiers d’Etain de Sedan de leur demande , Sc ordonne que l’Etain ouvré Sc non-ouvré , venant dé l’Etranger , ne pourra entrer à Sedan , ni palfer de Sedan dans les cinq grolfes Fermes, à peine de conlifcation & de 300 liv. d’amende.
- Arrêt qui permet aux Potiers d’Etain de fpndre l’Etain en lingots.,
- Sc de l’envoyer fous cette forme où bon leur femblera, à la charge d’y appofer leur marque, Sc de prendre un certificat du Juge des traites pour les villes maritimes, ou d’un Officier des Fermes de Sa Majefté , fur lequel il pourra obtenir un Pajfavant.
- Arrêt qui ordonne que l’Etain de Siam , apporté par la Compagnie des Indes de Hollande , fera marqué ainfi V , qui eft la marque du Directeur des Fermes de cette Province, à peine de 300 liv. d’amende.
- Autre , qui ordonne que les villes de Lille Sc Valenciennes feront ajoutées à celles auxquelles l’entrée de l’Etain en France a été permife par l’Ordonnance de 1681 ; leur permet l’entrée des Etains en bloc, Sc non travaillés, de Gand Sc de Mons, Sc pour la confommation de la Flandre, en payant 6 liv. du cent pefant, à quoi Sa Majefté les réduit, de 12 1. 10 f. portés par ladite Ordonnance de 1681 ; & ledit Etain reçu dans lefdites villes , fera tenu aux formalités prefcrites par l’Arrêt du 12 Avril 1723 ; ordonne que lefdits Etains ne pourront être tranf-portés de la Flandre dans l’étendue des cinq groffes Fermes , que par les Bureaux d’Amiens, Péronne Sc Saint-Quentin , où ils acquitteront,
- Arrêts ,
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- outre'le droit ordinaire du Tarif de 1664, le fupplément de ceux portés r »
- par ladite Ordonnance de 1681, en jultifiant l’acquit du premier droit.
- Autre , qui permet l’entrée des Etains en bloc, & non travailles, par la , •
- ville de Dunkerque , aux mêmes charges & conditions.
- Autre, qui fixe le droit d’entrée fur l’Etain en maffe, provenant d’Angleterre; permet l’entrée defdits Etains (prohibés jufqu’alors)& plomb, en payant pour droit d’entrée 3 liv.du cent pefant de plomb, & 4 liv.par cent d’Etain, outre l’ancien droit de 12 liv. 10 f. porté par l’Ordonnance des Fermes de 1681.
- 22 Décembre Mais enfin , par un Arrêt de fon Confeil , le Boi Louis XV a or-
- 1761. donné , qu’à compter du jour de la publication du préfent Arrêt, les
- Etains en faumonsdingots, & autres non-ouvrés , venant de tous pays étrangers , feront exempts du droit particulier de deux fols fïx deniers par livre , porté par barricle premier du titre des droits fur l’Etain de l’Ordonnance de Juillet 1681 ; conferve au furplus les droits d’entrée ordinaires ; continue d’affujettir audit droit de deux fols fîx deniers par livre tous Etains ouvrés venant de l’étranger , à l’exception de ceux d’Angleterre, qui demeureront prohibés conformément à l’Arrêt cité plus haut, du 6 Septembre 1701.
- 1 II réfulte de cette fuite de Loix depuis l’Ordonnance de 1664 ,
- f qui doit être gardée comme la première & la bafe de toutes les autres :
- i°. Que l’Etain venant en bloc de l’étranger, n’eft plus affujetti, au moment ou j’écris , qu’au droit de cinquante fols du cent pefant, fixé par cette Ordonnance , indépendamment des augmentations de fols pour livre qui'varient.
- â°. Que l’Etain d’Angleterre non-ouvré a payé dès 1738 , un droit particulier de quatre livres par cent pefant , qui n’a point été fupprimé par l’Arrêt du 22 Décembre 1761 ; mais qui doit, ce femble, avoir été réduit en vertu de l’article 7 de navigation & de commerce entre la France & la Grande-Bretagne, ratifié à Fontainebleau le 10 Novembre 17 S 6.
- 3P. Enfin, que tous ces droits ont été confervés en entier fur les Etains fabriqués entrant dans le Royame , lefquels par conféquent
- i’ayent’. . . . #- x
- ip. Suivant le tarif de 1664 , cinq livres du cent pefant, ci ... « ’
- ' 20. Suivant l’Ordonnance de 1681,douze livres dix fols du cent, ci 12 10
- Total , dix-fept livres dix fols de droits principaux , ci... jj 7o '
- Et que même les marchandifes d’Etain travaillées en Angleterre, ont toujours été jufqu’à préfent abfolument prohibées.
- Outre ces droits généraux, l’Etain paye encore ainfi dire , de chaque ville & de chaque province aux entrées des villes, des droits locaux & parti- autant de petits Etats, linon ennemis du moins culiers , faifant partie des o&rois ; droits juftes rivaux. Puiffe l’augufte Affemblée dont notre fans doute , mais qui, variant autant que les be- Monarque bienfaifant veut emprunter les fages foins des villes qui les ont demandés, détruifent confeils , s’occuper auffi du rétabliffement de cette néceffairement au dedans l’équilibre du commerce heureufe harmonie, troublée d’ailleurs dans bien v fi fagement entretenu au dehors , & font, pour d’autres branches du commerce national intérieur1
- 6
- 8 Novembre 17363
- 28 Mai 1738c
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- ART
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- DU POTIER D’ÉTAIN
- SECONDE PARTIE.
- liwaBM^fMnBnMMtMiBiBiBitfwtiwnwMnMMMt WBMnMMiiiTMMMiMMniiiar^ nu -ir'-f^iw -*Trr" fTjrj^rninrffrrrtM' imr lanrn-
- FABRICATION DE VÊ T A I N
- A. n’en juger que par la grande fufibilité de l’Etain, on feroit tenté de croire que ce métal eft de to‘us celui qui fe met le plus facilement en oeuvre , & peut-être avec le moins d’induftrie ; mais il eft au contraire fufceptible de beaucoup de précautions pour être fabriqué avec avantage, ôc cette fufibilité eft fouvent elle-même un obftacle qu il faut fur-monter. Chaque efpèce de vafes Sc autres uftenfiles qui fort des mains du Potier d’Etain , exige ^des foins & des opérations particulières, & il n’y a peut-être rien que l’on n’ait pas exécute en Etain. Peu d’Artiftes fe font donné la peine d’approfondir les principes fur lefquels font fondées ces précautions ; une routine plus ou moins défeètueufe, ôc toujours purement traditionnelle , leur tient lieu d’une pratique réfléchie; & tel qui paffe pour habile dans la fabrique d’une forte de poterie d’Etain, fe trouve fouvent embarraffe dans d autres ouvrages. Aufli rien n’eft plus commun que de voir les ouvriers fe fixer chacun à une feule branche de leur Art ; mais il y a encore d’autres raifons bien plus capables de juftifier cette pratique aux yeux des Maîtres de l’Art, Ôc de ceux qui le connoiffent. La première eft la quantité prodigieufe de moules; car. Sc je ne crains point d’exagérer,une fomme de quatre cent mille livres fuffiroit à peine pour en faire les frais. De plus on eftime, en grande partie, dans cet Art, le mérite d’un ouvrier par fon aftivité clans le travail ; or cette grande activité ne peut s’acquérir que par une pratique longue ôc continuelle. C’eft pour cela que dans les grandes villes, ôc entre autres à Paris, chaque Maître n’a , ôc eft connu dans fa Communauté pour n’avoir que tels & tels moules; ôc par conféquent ne s’occupe que des objets qui peuvent fe former dans les moules qu’il pofiede.
- Voulez-vous donc avoirune idée générale d’un atelier complétée Potier d’Etain? Imaginez-le d’abord
- entouré de tablettes chargées de moules de toute > efpèce, ôc faits en cuivre ; peignez-vous une grande cheminée qui couvre les fofies ôc les fourneaux ; mettez à proximité tous les inftrumens néceffaires à la fonte, les cuillers de fer, les felles à jeter. les rires Sc les bancs de force , les fers à fouder ; repréfentez-vous au milieu un établi entouré dè tous les outils qui en dépendent , les écouanes, les râpes, les grattoirs, les empreintes; placez dans un beau jour au moins deux tours complets, Sc à côté les calibres, boîtes , empreintes, crochets , grattoirs, bruniflbirs , de tout ce qui eft néceffairè pour l’ufage de-cette machine : à côté de ce laboratoire , placez, fi vous voulez, celui de la conf-truefion de fes moules ; réunifiez dans celui-ci tous les outils néceffaires au Fondeur & au Forgeron, ce ne fera pas encore tout ; car il ne faut pas s’imaginer que le Potier d’Etain n’exécute que par le moyen des moules les ouvrages qui fortent de fa ^ boutique : il plane fon Etain , ôc même les autres métaux , ôc il leur donne , par la retrainte & l’em-boutiffage, les formes qu’il veut ; il taille ôc réunit par la foudufe, des plaques d’Etain, pour en former ce qu’on lui demande; Sc de ce côté , c’eft encore un furcroît d’outils affez confidérables : des tas, des bigornes, des marteaux de toutes groffeurs, les inftrumens de Géométrie , lui font indifpenfa-blement néceffaires. Cette partie de notre Art eft, fans contredit, celle qui demande, déjà part de l’Artifte, le plus d’intelligence, de goût & d’in-duftrie ; elle lui fuppofe même une connoiffance affez étendue de la Géométrie pratique, de l’Archi-tedure, ôc de l’Art du trait; je parle de cette partie de l’Art du trait, qui fert à trouver le développement de la furface des corps, & la figure de chacun des fegmens.
- L’Art du Potier d’Etain a encore fur bien d’autres l’avantage de réunir le commerce à une fabrique
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- *.8 ART DU POT
- aufli‘belle. Tarit , que ce commerce flonffoit, comme dans les derniers fiècles , cette profefiion jouiffok d’une grande confidératiori ; ôc malgré l’ufage de la faïence, qui n’eft pas fi nouveau, elle n’en aurolt peut-être rien perdu, fi de faux -ouvriers n’avoient donné lieu aux reproches qu’on fait aujourd’hui à l’Etain , en le défigurant par Talliage d’un métal aufli vile, aufh lourd , & aufïi pernicieux que le plomb. Oui, Artiftes , mes Confrères, je le dis comme je le penfe , nous feuls avons préparé la décadence de notre commerce ; nous feuls aufli .-pouvons le rappeler à fon premier '•état, en fermant à jamais au plomb l’entrée de nos
- 1ER O’ Ë T A I N.
- ateliers , ôc en follicitant plutôt du Gouvernement un réglement prohibitif à ce fujet. Et ne vous arrêtez point à l’idée de la grande quantité d’Etain commun qui fe trouve actuellement dif-perfé dans le Royaume, ôc de celle d’Etain pur qu’il faudroit tirer de l’étranger pour en tenir lieu; les Faïenciers pourroient vous fervir en cette occafion , en employant cet Etain commun à faire leur vernis, ôc en nous laiflant, pour notre fabrique , l’Etain pur qu’ils auroient allié de plomb. Au relie, je fuis perfuadé qu’ils ne peuvent employer tout l’Etain commun en un an ; la Loi ne pourroit avoir lieu que quelques années après fa promulgation.
- C H
- De TBJfaL
- JlL ne s’agifloit,, dans la première Partie, que de EEtain conlïdéré chimiquement, pour examiner fa pureté, ôc découvrir les caractères qui le diftinguent de celui qui eft allié. Les expériences de cette première Partie paroîtroient fuperflues , s’il n’étoit démontré que jufqu’à préfent on n’avoit aucune idée nette de ce qui, caraCtérife l’Etain pur ; au contraire, depuis le temps que la poterie d’Etain fe refond , ôc que le Gouvernement même a auto-<îifé ces alliages , les Artiftes avoient perdu de vue cette première pureté , ôc c’eft cependant cette première pureté qui doit fervir de type dans tous les eflais.
- Eflayer les métaux, eft donc les foumettte à des opérations particulières à chacun d’eux, pour s’affu-rer s’ils font dans le plus haut degré de pureté où la Nature des forme , ou s’ils contiennent l’alliage d'un métal ou demi métal quelconque, ou s’ils font feulement pénétrés de quelques fubflances qui y produifent des effets différens. Les métaux qui font fufceptibles d’altération par l’alliage d’un moindre métal , font l’or , l’argent,, ôc l’Etain. On pourroit penfer que le cuivre n’en devroit pas être excepté; mais lorfqu’on l’examinera, on verra que l’alliage qui peut diminuer de fa valeur intrin-fèque , l’empêche d’être traité comme cuivre, quelque peu qu’il en contienne; Ôc pour fe le confirmer, il ne faut que comparer entre eux, Ôc voir travailler le laiton ôc le potin.
- Pour pouvoir déterminer le degré de fin de ces métaux, on a fixé ôc exprimé ces degrés par des mefures ôc des noms particuliers, ôc généralement on appelle haut ou bas titre, le moins ou le plus de l’alliage d’un métal moindre. On donne à l’or le plus fin 24 degrés, qu’on appelle carat; on divife le carat en 3 2 parties, qu’on nomme trente-deuxième, en forte que les 24 carats contienrfent
- L’argent le plus pur efl; exprimé par douze degrés de fin, qu’on appelle deniers, & on divife chaque denier en 24 parties, qu’on nomme grains; ainft les douze deniers donnent 288 grains.
- L’Etain le plus pur efl: à cent degrés de fin : je les appelle grains, parce qu'en effet le grain exprime fur mon quintal fiftif la livre ‘de plomb par cent d’Etain.
- ? La difficulté de maintenir l’or à 24 carats , &
- 1 argent à douze deniers de fin dans le commerce, ç eft que pour le mettre en oeuvre, on efl: dans la néceflité^ d’y employer la foudure, qui efl: toujours compofée de l’addition d’un métal moindre, & qui a Ja propriété de la rendre plus fufible. Dans la fou-dure d or & d’argent, c’efl ordinairement le cuivre
- rouge qu’on emploie ; Ôc par confisquent, quelque petite quantité qu’il s’en trouve , le métal diminue d’autant en valeur réelle à la refonte ; mais afin de fixer la valeur de ces métaux, ôc mettre un frein ’k la cupidité des faux ouvriers qui , fous le prétexte de la néceflité de l’alliage dans la foudure, altéreroient le métal à volonté , le Souverain a fixé le degré de fin de ces deux métaux dans le commerce ; favoir : pour l’or, à 22 carats ,& pour l’argent, à 1 i deniers , ôc laide ainfi aux ouvriers un douzième pour l’altération que peut caufer cette foudure.
- L’Etain n’eft point fujet à cette difficulté , Ôc il peut d’autant plus aîfément conferver fon degré naturel de pureté , qu’il n’a befoin d’autre métal que le fien même, pour être fou dé ôc mis en œuvre.
- Le plomb efl à l’Etain comme le cuivre efl aux autres métaux dont nous venons de parler. 11 le rend plus fufible dans la proportion qu’il y eft allié, ôc la plus petite quantité de ce métal diminue d’autant le degré de fin de l’Etain, ôc fa valeur intrin-fèque. Aufli n’admet-on dans le commerce que celui qui ne contient aucune partie de plomb , non plus qu’aucun autre métal ou demi-métal. C’efl feulement dans ce degré de pureté, que les Officiers prépofés aux entrées de France en permettent l’entrée , Ôc y pofent leur marque ; c’efl pourquoi ils eflayent tous les Etains qu’on veut faire entrer dans le Royaume.
- Les Potiers d’Etain eflayent aufli les Etains qu’ils achètent ôc qu’ils fabriquent, foit pour en fixer la valeur, foit pour le mettre au titre de l’Ordonnance. Nous allons décrire en quatre articles les quatre différentes manières d’y procéder, que nous ' n’avons fait qu’indiquer dans la première Partie.
- ARTICLE PREMIER.
- De l’ejfai à la pierre.
- La manière de faire l’effai de l’Etain à la pierre, paroît être la plus ancienne ; Ôc quoiqu’elle ne foit en elle-même qu’un à peu près, elle fuffit à bien des Artiftes, même pour afligner le titre de l’alliage. Cependant, fi on la réduit à fa jufte valeur, on penfera qu’elle ne peut fervir qu’à faire connoître fi un Etain eft pur ou non, ou même à indiquer le métal qui y eft allié , mais fans en indiquer la quantité. C’en: à cette manière d’effayer que fe bornent les Officiers fur les ports du Royaume , ôc elle leur fuffit en effet, puifqu’en quelque petite
- quantité
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- ART DU POT
- quantité que Toit allié l’Etain qu’on leur préfente, ils n’en permettent pas l’entrée.
- Quant à la manière de faire cet effai , je dirai feulement , pour ne pas renvoyer mes Le&eurs à la première Partie , qu’elle fe réduit à couler l’Etain fondu dans le creux de la pierre par le petit canal qui y aboutit. Voyez^ la première figure de la vignette. La figure T de la planche repréfente cette pierre. On donne environ un pouce de diamètre au creux, & un demi-pouce de profondeur ; en forte qu’il forme une demi-fphère. Le canal a environ trois pouces. C’ell à l’infpedion du bouton qui en réfulte, qu’on juge fi l’Etain eft pur, ou s’il ne l’eft pas ; s’il contient des parties métalliques, où s’il eft feulement pénétré de quelques fublfances vitrioliques , comme l’Etain d’Angleterre & d’Allemagne ; ou ammoniacales, comme l’Etain des Ma nu fud lires de fer-blanc. Mais je crois m’être affez étendu fur les effets qui, dans cet effai , cara&érifent les Etains purs , Sc fur les teintes différentes qui les diftin-guent l’un de l’autre , pour ne pas y infifter davantage.
- L’Etain fin de fabrique , dont nous n’àvons pas indiqué les caradères dans la première Partie, parce qu’il n’y étoit queftion que de l’Etain pur fortant des mines, & que celui-ci contient environ deux gros de zinc par cent, & quelquefois une livre ou deux de cuivre; cet étain préfente un bouton clair, ainfi que la queue, mais il a perdu fon point central ; s’il y a du bifmùth , il eft blanc 8c écaillé.
- Le plomb fait perdre auffi à l’Etain fon point centrai , rend même le bouton convexe , y produit des points ftriés qui augmentent à proportion du plomb ; la queue de l’elfai, quoique claire, eft plus noire , ôc l’eft d’autant plus, qu’il y a plus -de plomb.
- A R T I C L E S £ G O N D.
- Manière d’ejjayer à la balance hydrostatique.
- L’effai précédent n’indique précifémeùt, comme "on voit , que la préfence 8c l’efpèce d’un métal 'étranger ; celui-ci marque les proportions de l’alliage, & fuppofe néceffairement qu’on connoiffe la nature du métal ajouté. Mais pour avoir cetté con-noiffance, il n’eft pas néceffaire de faire précéder cet effai d’une opération préliminaire , l’analogie peut fuffire ici ; on peut, on doit même fuppofer que le métal ajouté, a une affinité avec le métal principal , 8c qu’il en de moindre valeur ; il fuffit, (en un mot, de connoître quel métal les Artiftes allient communément à celui qu’ils fabriquent. Ainfi on ne cherchera dans l’or que de l’argent, ou du cuivre; on ne fuppofera pas de l’or dans l’argent , parce qu’il n’y en peut avoir que par accident, mais bien du cuivre : on ne doit luppofe’r que du plomb dans l’Etain , parce qu’il fupporte à peine deux centièmes de cuivre, cinq centièmes •de bifmuth, quatre millièmes de zinc , pour être fabriqué en poterie d’Etain. Alors on peut déterminer la quantité du métal étranger, à quelques infiniment petits près, que nous négligeons.
- Mais pour y parvenir, le calcul eft abfolument néceffaire, & quelquefois même ce calcul ne laiffe pas d’être compliqué ; ce qui circonfcrit pour les feuls Phyficiens futilité de cet effai. Cependant, trouvant
- ( i ) Ce ne fut pourtant pas de la même manière que ce favant 'Mécanicien s’y prit , & on a lieu de s’en étonner. Après avoir •pefé exactement cette couronne , il la plongea dans un vafc iexaétement plein d’eau , & recueillit dans un autre l’eau qu'elle «n avoit fait fortir 5 il pefa pareillemçnt cette eau , en compara le poids avec celui de la couronne, pour connoître fa denfité par rapport à celle de l’eau ; &: enfin , d’une dernière comparaifon de denfité par rapport à celle de l’or Sc de l’argent pur, il ccnvlut
- 1ER D' È T AI N. ït>
- quelque utilité à s’en fervir pour connoître le titre d’une pièce fabriquée , fans même lui ôter fon luftre , ainfi qu’Archimède l’a fait fur la couronne du Roi Hiéron , j’ai effayé de réduire ce calcul au moins jufqu’à une règle de trois (1).
- Opération.
- Cette opération cônfifte en général à comparer les métaux 8c les alliages qu’on fait de ces métaux par leur denfité. Or, pour rendre cette comparaifon plus facile , & éviter ùn furcroît de calcul, il faut que les maffes à comparer foient ou d’égal volume , ou de poids égal. Dans le premier cas, la quantité d’eau déplacée eft égale, ou, ce qui revient au même, les deux malles ne perdent/ pas plus de leur poids dans l’eaîi, 8c alors là pefanteur fpécifique n’eft que le rapport du poids du volume d’eau déplacé avec le poids total de la rnaffe. Si au contraire c’eft la pefanteur des maffes qui eft égale, la denfité fera exprimée par ce qu’elles perdront dans l’eau.
- La balance hydroftâtiquè eft compofée principalement d’un fléau de trébuchet bien jufte , 8c cédant à l’adion des moindres poids;& pour cela, au lieu d’arbre tranfverfal au point d’appui, on fubf-titue par-deffous un pivot d’acier, bien fin , perpendiculaire, 8c foütenu par une crapaudine pareillement d’acier. Quelquefois les baffins font fuf-pendus aux deux ‘bras du fléau par une tige de métal ; mais, au défaut d’une machine cônftruitô avec autant de frais, je me fers tout uniment d’un, trébuchet ordinaire , de la jufteffe duquel je me fuisaffuré ; je le fufpends par l’extrémité de fa chape à un cordon de foie qui paffe dans une confole creufe, fixée fur une petite planche ; celle-ci eft: à fon tour percée horizontalement dans fon épaif-feur , pour communiquer au trou de la confole. Ainfi le cordon de foie paffe de la confole par le trou de la planche, & fe rend par-devant dans là main de celui qui opéré, pour le tirer, l’attacher , ou le lâcher, félon qu’il veut hauffer , fixer ou baiffer la balance. Un des baffins de la balance eft percé au centre, pour le paffage d’un fil ou d’un crin qui eft attaché à l’S qui foutient le baffm ; c’eft à ce crin que je fufpends en défions le morceau de métal que je veux pefer. Pour rendre cette balance complette, on la conftruit dans uùe boîte, dont les quatre côtés font de verre blanc ou de glace , & dont l’un eft mobile dans une rainure ; mais ce qui eft abfolument néèeffaire, ce font des poids exadement divifës jufqu’en demi , tiers , quart , fixième 8c huitième de grain.
- Quant à l’opération, je commence par prendre un morceau de cet Etain, qui, par l’effai à la pi erre, donne toutes les marques câradériftiques del’Etaift pur, ou j’en coule dans un petit moule de balle ou •de médaille (fuppofons que ce foit dans le moule de médaille, dont il fera queftion dans l’article fuivant ) ; j’attache cette petitemafle au fil qui tra-’verfe l’un des baffins, j’élève le trébuchet en tirant le cordon, 8c je charge de poids le baffm oppofé jufqu’à ce qu’il y ait équilibre g & vois ainfi le poids abfolu de là maffe à l’air libre. Il eft, comme on fait , de 2 65 grains. Je baiffe enfuite la balance pour faire tremper le morceau d’Etain dans un vafe de verre où il y a de l’eau. Pour rétablir l’équilibre,
- qu’il y avoit dans cette couronne un cinquième d’argent. Mais Archimède ne fe trompoit-îi point, & ne raifonnoit-il pas dans une hypothèfe faufte , Iorfqu’il fuppofoir que c'ëtoit de l'argent que l’Orfèvre avoit fubftitué à l’or ? Car cm fait que non feulement le cuivre rouge eft à bien meilleur marché , niafs qu'il relève encore l’éclat de l’or , tandis que l’argent le rend pâle Sc blafard.
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- 3o ART D U P O T
- & faire plonger la médaille en entier dans l’eau, il faut mettre des poids dans le badin qui répond au même bras de la balance ; 3c pour avoir la pe-fanteur fpécifique du corps , il n’y a qu’à divifer le poids abfolu de la maffe, par celui qu’on a été obligé de mettre dans ce badin pour rétablir l’équilibre dans l’eau. Or , ici on ed obligé d'ajouter 36 grains ; 3c c’eft pourquoi je dis que mes médailles perdent 36 grains dans l’eau, ce qui fait, quand elles font d’Etam, trr ou f -f- de leur poids.
- Si on opéroitfur de l’Etain plus léger, fur une médaille du même volume du poids de 263 grains , elle perdroit pareillement 3 6 grains, & le quotient de la dividon feroit ? plus 77, 8c on diroit de celui-ci, qu’il perd dans l’eau -êh de fon poids abfolu.
- En prenant un milieu, on peut donc ftatuer pour -règle confiante 3c générale , que l’Etain perd dans l’eau zh de fon poids, ou en réduifant rz ; 3c que le plomb ne perd qu’77 ; ainfi tout Etain qui aura une denlité plus grande, c’eft-à-dhe, qui perdra moins de rfon poids dans l’eau , contiendra un alliage de plomb. Mais cette augmentation de den-iité ffeft pas feulement produite par le métal plus denfe ; 3c nous avons prouvé dans notre première Partie , que, fur une augmentation de denlité de Q.O grains , il y en avoit bien quatre produits par la feule pénétration réciproque des parties de cha--que métal. Or, pour éviter les calculs prefque infinis , qui feroient indifpenfables, s’il falloit avoir egard à cette fécondé caufe , j’ai cherché à me rapprocher, dans cette opération , de mon quintal fiétif (c’eft ma médaille), parce que le poids de a.6') grains que je lui ai donné, eft dans un tel rapport avec la denlité du plomb , qu’une livre de ce métal par quintal d’Etain , y produit une augmentation de denlité d’un grain, que deux livrés produifent deux grains, 8c ainfi du refte. Voici mon •opération : Suppofons avoir à effayer une malfe d’Etain , une pièce fabriquée du poids de 72 onces ; je la pèle dans l’eau , & elle y perd un huitième de fon poids,ou neuf onces; enfuite je cherche ce que peferoit en Etain pur une pièce de pareil volume, c’eft-à-dire , qui perdît aufii neuf onces dans l’eau ; 3c pour cela, je fais la règle de trois fuivante : Si une malfe d’Etain , qui perd dans l’eau 3 6 grains, en pèfe à l’air libre 2 6 j -, combien pefera d’onces une malfe de pareil Etain qui en perd neuf dans l’eau ; ou plus court 36 : 265 :: 9 : m=1-^s^=66+J:, c’eft-à-dire qu’il faut multiplier o63 par 9,3c divifer le produit par 36; le quotient de cette divifion , qui eft 66 & un quart , marque qu’une pièce de pareil volume en Etain pur peferoit 66 onces unquart.L’Etain de la pièce fabriquée a donc une denlité plus grande de 6 onces moins un quart. Maintenant, pôurfavoir dans quelle proportion l’alliage eft fait, je fais une fécondé règle de trois, 3c je dis, en négligeant les quarts : Si la malfe d’Etain pur de 66 onces eft augmentée par cet alliage de 6 onces en denlité, de combien de grains le feroit ma médaille de 265 grains, ou plus court 66 : 6 :: 265; : #=l-y“=244-7^. Je multiplie le fécond & le troifième terme 6 &2 6y l’un par l’autre, 3c je divife le produit par le premier 66 ; le quotient 24 plus m’indique que ma médaille feroit augmentée de 24 grains 3c plus en denfité ; c’eft donc de l’Etain à 24 pour cent.
- Cet elfai, quoique confidérablement abrégé par notre méthode, eft encore trop compliqué pour un Potier d’Etain, qui eft obligé de faire l’épreuve de fon métal dans l’inftant où il eft tout en fufion, 3c prêt à être coulé en moules, lis préfèrent une ancienne méthode , au moyen de laquelle ils déterminent également d’une manière précife la quantité du plomb alljié, 3c qui leur indique par
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- là même le remède, qu’on doit ajouter à la maffe totale pour la mettre à fon titre. C’eft l’eifai qui fuit.
- ARTICLE TROISIÈME.
- De l’ejfai au trébuchet.
- Si j’ai dit plufieurs fois que l’effai de l’Etain au trébuchet étoit très-ancien chez les Potiers d’Etain, je fuis pourtant obligé de convenir que c’eft particuliérement dans la Province , car dans Paris ils affedent même de ne le pas connoître. Mais quelques raifons qu’ils aient pour ne fe fervir que de l’effai à la pierre , ils ne m’empêcheront pas de dire que l’efpèce d’effai qu’ils rejettent, eft le feul qui rem-plifïè fon objet , 8c que celui qu’ils confervent eft fans contredit le plus incertain , 3c celui qui favo-rife le plus la fraude ou l’injuftice. Cependant on va voir que ces premiers ne tirent pas encore de leur elfai au trébuchet, tout l’avantage qn’il peut donner. Voici en effet comme iis opèrent : Ils prennent de l’Etain le plus pur, le foîit fondre, 3c y ajoutent un fixième de plomb , s’ils entendent faire un alliage de 20 pour cent, conformément à l’Edit de 16 y 7 , qui tolère cet alliage ; ils coulent de ce mélange dans un moule de médaille ou de balle de moufquet, 3c fe forment ainfi de petits quintaux cfiâifs d’une pefanteur indéterminée , qui font cependant pour eux le type de comparaifon de tout Etain qui auroit été coulé dans le même moule. Mais il eft aifé de concevoir que le volume de ce quintal fîdif, ti’ayarrt pas un rapport certain avec la denfité des deux métaux, la pefanteur fpécifique de la médaille ou balle, ne peut déterminer la quantité du plomb que par des calculs , 3c même des calculs de fradions. Aufii ces Artiftes fe contentent-ils de dire que la pefanteur de la maffe ou balle à effayer , doit être égale à celle de la balle de comparaifon, fi elle eft au même degré de fin ; & quand la pefanteur de cette balle ou médaille excède de trois grains leur quintal fidif, pour lors l’Etain eft regardé par eux comme 'au deffous du titre de l’Ordonnance. Voilà leur routine ; 3c toute imparfaite qu’elle eft encore , elle paroît avoir une jufteffe 3c une adivité qu’on ne ‘ trouve pas dans les autres effais, fans en excepter celui de la balance hydroftatique ; car l’erreur qui peut avoir lieu , devient d’autant moins confidé-rable , qu’elle fe réduit au rapport du poids abfolu avec la pefanteur fpécifique des deux métaux.
- Cette méthode nous laiffe cependant encore quelque chofe à défirer, & j’ai cru la perfedionner en lui faifant indiquer clairement 3c fans calculs , la quantité précife du métal allié, jufqu’à un quatre-centième , où je m’arrête , mais qui fe diftinguera encore affez fenfiblement pour être réduite en plus petites parties que je néglige.
- J’ai dit, à la première Partie , qu’en formant un moule de médaille, qui les rapporte du poids de 263 grains en Etain pur , ces mêmes médailles pe-foient en plomb pur 401 grains ; ce qui nous indique d’une manière affez précife la pefanteur fpécifique de ces deux métaux : mais j’ai aufii ajouté , qu’en jetant dans ce même moule de l’Etain allié , 3c en comparant les médailles qui en réfultoient avec celles d’Etain pur, on trouvoit la denfité des premières augmentée , 3c augmentée précifément dans le rapport de l’alliage ; en forte que pour une livre de plomb par cent d’Etain , l’augmentation du poids eft d’un grain ; que pour dix livres elle eft de dix grains , c’eft-à-dire, en un mot, autant de grains fur mon quintal fictif, que de livres de plomb fur un quintal d’Etain. Or , fi au lieu de 26y grains on donnoit à la médaille 530 grains, eft
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- A R T DU POTIER D’ÉTAIN.
- daïr qu’aîors la livre de plomb produiroit fur la médaille une augmentation de deux grains ; un grain ne repréfenteroit plus qu’une demi-livre , un demi-grain un quart de livre ; & c’eft ainfi qu’on peut connoître l’alliage du plomb dans l’Etain , jufqu’à un quatre-centième, 8c même audeffous, fans employer des calculs que les Fabricans négligent fouvent d’apprendre.
- C’eft après avoir fait fondre les faumons 8c la vieille vaiffelle , & un inflant avant le jetage, que le Potier d’Etain fait fon effai, pour s’affurer fi , malgré les précautions qu’il a prifes„ pour en écarter le plomb, il ne s’y eft point glifTé quelques pièces qui en tenoient ; 8c en ce cas, pour juger du remède qu’il y doit ajouter, fans quoi il feroit en contravention , 8c ne voudroit pas pofer fa marque à fa marchandife. On appelle remède la quantité de métal pur qu’on eft obligé d’ajouter à une maffe de métal allié pour le remettre à fon titre. L’Etain paroitroit devoir être excepté de cette règle , pouvant & devant être fabriqué fans alliage de plomb ; mais fi l’on fait attention que prefque toutes les fubftances métalliques qui peuvent s’allier à l’Etain fans diminuer fa valeur ou altérer les caractères qui lui font propres, ne laiffent pas que d’en augmenter ,ûn peu la denfité, en forte qu’il eft poiïible que la médaille donne deux ou trois grains de plus que celle d’Etain pur , fans quepour cela il y ait du plomb; fi on joint ces trois grains à deux, qui peuvent être occafionnés par quelques caufes naturelles, on conviendra qu’il feroit bon de laiffer cinq grains de grâce, pour ne pas gêner le Fabricant. Ainfi tout quintal , dont la denfité fera de fix grains plus grande , aura befoin de vingt livres de fin pour remède, & ainfi du refte à proportion; mais, comme la charge du remède furpaffe le bénéfice qui peut réfulter de l’alliage d’une livre ou deux de plomb, 8c que d’ailleurs l’avantage d’une bonne fabrique dépend, comme on s’en convaincra, d’une pureté encore plus exaCte, le Fabricant doit apporter tous fes foins à en écarter le plomb.
- La premièrf^vignette de la planche première repréfente un Maître occupé à faire les elfais dontnous venons de parler, en commençant (fig. i.) par celui à la pierre. La figure i le fait voir à jeter des médailles pour faire l’elfaiau trébuchet,& à la balance hydroftatique. Après avoir fait chauffer fon moule, il en garnit les queues d’un manche de bois {z8cz bas de la planche ) ; 8c l’ayant enchappé, il le ferre entre Les deux genoux, tandis qu’il y coule de l’Etain ; il coupe le jet des médailles dont il a fait choix , 8c fait deffus (fig. 3, 4. ) fon opération , comme on vient de le décrire. Mais je dois obferver qu’il faut ue ce moule foit fait debon cuivre jaune fans alliage e plomb. La raifon eft qu’il faut , pour y couler certains alliages, lui donner une chaleur aidez con-fidérable, & à laquelle il pourrait fuer s’il étoit de potain, c’eft-à-dire que le plomb pourrait fondre , iortir, 8c paroître à la furface fous forme de fueur : s’il faut éviter en toute rencontre un pareil accident, c’eft fpécialementici; car alors l’intérieur du moule fe criblerait de mille petites cavités , que l’Etain qu’on y jetterait remplirait enfuite, ce qui rendrait les ffiédailles plus pefantes , 8c l’opération défec-tueufe.
- ARTICLE QUATRIÈME.
- De l’effai à la mouche.
- Les trois manières d’effayer que nous venons de décrire , feraient fans doute fuffifantes pour tout autre qu’un Potier d’Etain, mais elles le ne fatisfont pas entièrement. En effet, on a dû remarquer que
- ces trois effais , fi on excepte celui de la balance hydroftatique, ne peuvent avoir lieu que fur 1 Etain en fonte , ou fur un morceau coupé d’une maffe : •or , lorfqu’il fera queftion de faire l’achat des Etains en vieille vaiffelle , 8c de s’affurer de leur degré de fin pour en fixer le prix, lorfqu’il s’agira de taire le tri de ces différens Etains fabriqués, il faudra donc répéter un efl'ai complet fur chaque pièce ; mais quelle longueur d’opération ! D’ailleurs il faut ab-Jolument défeCtuer les pièces , 8c fouvent elles ne font pas allez volumineufes pour fournir à de pareilles épreuves : ce font toutes ces confidérations qui ont fait chercher aux Potiers d’Etain un quatrième eff'ai, au moyen duquel ils puiffent, ians beaucoup d’apprêt, 8c fans beaucoup endommager la pièce, s’affurer de fon degré de fin. C’eft l’etiai à la mouche dont j’ai déjà parlé dans ma première Partie ; il eft à notre Art ce que la touche eft à l’Orfévre. Je fais qu’on peut lever les difficultés dont je viens de parler, en s’en tenant à l’effai de la balance hydroftatique, abrégé à notre manière; mais les calculs, encore trop compliqués, qu’on ne peut fe difpenfer de faire, demandent un temps 8c une étude que les Artiftes ne peuvent donner. D’ailleurs , entreprenant de décrire l’Art du Potier d’Etain , je ne dois.pas m’écarter des opérations connues & pratiquées par cette efpèce d’Artifte ; 8c comme celle-ci n’eft fondée, comme on l’a déjà dit, que fur l’obfervation , je vais aligner à chaque Etain du commerce les caractères qui lui font propres , 8c qui le font diftinguer de tout autre à qpt effai.
- Avant que de fondre les Etains vieux que les Potiers d’Etain prennent en échange, ils s’affurent du degré de fin de chaque pièce, pour en faire un tri, 8c donner à chaque Etain une deftination particulière. Cette opération fe fait la veille ou le jour même de la fonte, pendant que les blocs font fur le feu. Le Maître, affis à côté du fourneau où chauffe toujours un fer tandis qu’il fe fert de l’autre, 8c ayant autour de lui l’Etain qu’il veut effayer (fig. y.), en prend une pièce, qu’il garde à fa main gauche 8c tient un peu inclinée ; de l’autre, il prend un fer avec un manche de bois mobile , & l’ayant décraflc Fur un carreau où eft une mixtion de réfine, de fable 8c d’un peu d’Etain , & effuyé fur le torche-fer ( c’eft un linge mouillé ) il le paffe légèrement fur la pièce, en diffout une goutte qui refte au fer , 8c laiffe une cavité que nous appelons mouche , de la couleur de laquelle il juge du degré de fin de a pièce, auffi bien que de la nature de l’alliage, aulïï & plus fûrement qu’à l’effai à la pierre ; car il faut remarquer que tout Etain neuf, provenant directement des mines , qui ne contient aucune partie métallique ou demi-métallique, 8c qui eft feulement pénétré de fubftances vitrioliques, ammoniacales ou autres , ne préfente à cet effai aucunes des teintes que nous avons obfervées à l’effai à la pierre (première Partie); il eft: toujours clair & brillant dans toute fa furface, 8c a le point central bien aigu.
- Caractères imprimés à cet ejjai fur l’Etain, fuivant les différens alliages.
- Etain neuf ^ cu <1U 'L a ^ fabrique fans alliage.
- Si on touche avec le fer l’Etain neuf des mines dans l’épaiffeur d’une pièce de fabrique, 8c en ob-fervant toutefois de n’emporter au plus que la moitié de l’épaiffeur, la mouche fera claire , aura un point central très-aigu, &, ce qui caraCtérife l’Etain neuf, aura quelques fibres blancs ; effets de cette matière furabondante de phlogiftîque qu’il conferve de fa réduction , 8c qu’il perd enfuite à
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- ^ art du pot
- 'Tufa^e Ôc a la refonte. Mais fi on fait la mouche fur -une maffe de quatre lignes & plus d’épaiffeur, fur les faumons mêmes , elle n’aura pas de point •central aigu, & c’eft-là toute la différence qu’on -remarque entre les pièces de groffe & de petite ^fpaiffeur. Au refte, les pièces de fabrique ordinaire -n’ont jamais plus d’i ligne & i d’épaiffeur, & par conféquent ce point central aceompagneratoujours la clarté ôc le brillant,qui font les caraètèresde l’Etain ^ -fin. L’Artiftemet cet Etain^au premier tas. (2.e<vign. ' 45U° i. J
- Etain fin de fabriquée
- L’Etain fin de fabrique, avec un alliage de quatre .^gros de zinc par cent, ôc quelquefois de huit onces ffe bifmuth , donne une mouche d un clair un peu plus blanc que l’Etain doux ( c’eft ainfi que les Ar-tilles appellent l’Etain neuf ), mais fans aucune teinte, le point central de même ; enfin il eft feulement un .peu plus facile à diffoudre. Celui-ci eft auffi pour de premier tas.
- Etain *antimoine
- XJne pièce fabriquée d’Etain pénétré à un certain point d’antimoine cru, & effayé comme ci-deffus, -marque plus noir ; & toute la furface de la mouche eft femée d’aiguilles pareilles à celles qu’on remarque fur l’antimoine , le point central comme les précédens. C’eft encore pour le premier tas. J’ai dit jufqu’à un certain point ; car fi l’anÿmoine y ' étoit en plus grande quantité, on n’y remarqueroit plus les aiguilles, mais feulement une couleur plus noire , occafionnée par le foufre de ce minéral. Si on rencontroit des pièces qui euffent ces cara&ères, on ne rifqueroit rien de les mettre encore au premier •tas, parce que cette matière n’eft pas fixe, ôc qu’elle ie diîïipe pendant la fufion.
- Etain allié de cuivre.
- D’autre Etain de fabrique allié d’environ un centième de cuivre, de zinc, ôc de bifmuth, comme deffus, a la mouche d’un clair plus blanc. S’il n’y a point de bifmuth , la mouche eft claire. On met encore celui-ci au premier tas.
- Etain allié de fer.
- Lorfque l’Etain eft allié de fer dans la petite proportion , qu’il peut fouffrir pour être traité à l’ordinaire (voyez la première Partie, page 13), il donne à l’effai à la mouche une furface claire, un point central aigu, comme l’Etain le plus pur, duquel on ne le diftingue que par la touche du fer qui eft plus rude. Il eft auffi plus roide, a un fon aigu , argentin; fa texture paroît auffi tirer fur le noir. Le zinc ne s’y manifefte pas , quoiqu’il y en eût comme dans les alliages précédens. J’aurai occafion de revenir fur cet alliage pour une compofition de nouvelles batteries de cuifine. On mettra encore celuirci au premier tas.
- Etain d'avivures.
- Il eft encore une efpèce d’Etain heureufement peu connu dans notre commerce , mais qui l’eft encore affez dans Paris, Ôc autres lieux, où il y a des Manufactures de glaces, ou des Miroitiers qui mettent les glaces au teint. Cet Etain, qu’il a plu aux ouvriers d’appeler Etain à'avivures, a perdu par le mercure fon extenfibilité, ôc ne peut plus par conféquent leur reffervir : ils le mettent en petits lingots ; ôc le vendent à ceux qui ignorent,
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- ou qu’il contient du mercure , oiï les effets du mercure fur notre métal. D’ailleurs ce demi-métal a beaucoup d’affinité avec les graiffes ; & il ne feroù pas étonnant que des perfonnes qui auroient ufé d’alimens préparés ôc confervés dans des vafes d’Etain pénétré de mercuFe, en euffent reffenti les dangereux effets. Enfin les Potiers d’Etain doivent bien fe donner de garde d’acheter ces Etains, ôc encore plus de les employer, ne fût-ce que parce qu’ils rifquent beaucoup à refpirer les premiers les vapeurs qui s’en exhalent dans la fufion ; ce qui n’eft pas fans exemple. On doit donc bannir cet Etain de tous les ateliers de notre Art, & le Mi-niftère obliger les Manufacturiers à en faire évaporer le mercure, ou à le vendre pour être calciné dans les Manufactures de faïence. C’eft fans doute fur cet Etain qu’a opéré un Phyficien de nos jours, M.l’Âbbé Nollet, qui dit que l’Etain contient du mercure, & eft par conféquent dangereux dans le fervice. Quoiqu’il conferve encore à cet effai les caractères de l’Etain pur, on reconnoît la fubftance mercurielle à de petits points blancs , dont la furface de la mouche eft couverte ; il eft même plus blanc en lingots, il eft auffi plus fufible.
- Etain allié de régule d’antimoine.
- L’Etain qui donne une mouche claire mêlée de blanc, ôc qui eft gras fous lç fer , contient du régule d’antimoine dans une proportion , comme.de deux ou trois livres par cent : il eft auffi plus compaCt. Mais s’il en contient davantage , il eft fragile, Ôc par conféquent plus dur; il eft blanc & doux au toucher ; la mouche blanchit auffi dans la proportion de l’alliage. Il faut mettre cet Etain à part, pour l’employer en cuillers de métal de Prince , dont nous parlerons en fon lieu ; car il produit un mauvais effet dans la fabrique de toute efpèce d’ouvrage , il aigrit la maffe, Ôc occafionne des caffures dans le jetage.
- Etain à la rofe. ^
- Une mouche claire dans toute la furface, dont le point central eft feulement divifé en deux ou trois grains blancs,marque un Etain qui contient environ deux ou trois livres de plomb par cent,indépendamment de l’alliage ordinaire du zinc ; mais quand ce point central s’étend,& eft environné circulairement d’une plus grande quantité de ces points blancs qui forment comme le centre d’une rofe qui com mence à fe paffer, quand le clair du refte de la mouche eft auffi un peu plus blanc , le plomb y eft allié dans la proportion de fept ou huit livres par cent. Il eft plus fufible , ôc ne peut fouffrir l’opération du paillon. C’eft à caufe de ces petits points rangés circulairement autour du centre de la mouche, que les ouvriers l’appellent Etain à la rofe par allufion à celui d’Angleterre, qui, entre autres marques , porte une rofe. On doit mettre cet Etain au fécond tas, ôc le rejeter du fin.
- Etain bâtard.
- Le nom de bâtard que les ouvriers ont donné â cet Etain, vient de ce qu’étant allié de 10 à 12 liv. de plomb par cent, il tient à peu près le milieu entre le*fin Ôc le commun autorifé par l’Edit de 1657 ; il n’eft ni l’un ni l’autre. U ne conferve prefque plus de fon ; la mouche eft blanche au milieu , ôc moins claire à la circonférence ; le point central, ou , pour mieux dire , le nombre de petits points blancs qui en tiennent lieu , font plus nombreux que dans le dernier. On met pareillement cet Etain au fécond tas.
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- ART DÛ POT
- Etain commun, à vingt pour cent.
- Nous'avons parlé plus d’une fois d’un Etam commun à vingt livrés de plomb par cent d’Etain , autorifé par l’Edit que je viens de citer tout-à-l’heure. La mouche faite fur une pièce de ce compofé, eft blanche depuis le centre jufqu’aux deux tiers de fon rayon , & le refie eft d’un clair noir. Il faut le mettre au troifième tas.
- Etain de bas aloi , à trente pour cent.
- Une fois ce premier alliage toléré , plufieurs Particuliers fabricans ont, fous de vains prétextes, Ôc guidés feulement par un intérêt mal entendu, demandé & obtenu du Confeil, des Statuts, par lefquels il a été fucceflivement permis d’allier le plomb à l’Etain jufqu’à cinquante par cent. Celui de trente livres de plomb a fa mouche d’un clair noir , & d’un blanc terne au centre , moitié moins étendu que le précédent.
- Cette différence de dix livres de plomb furajou-tées au précédent alliage , ne donne pourtant , en fuppofant, ce qui n’eft fouvent pas, que ces faux ouvriers ne rabattent rien du prix, ne donne, dis-je, qu’un fou, obole , ôc pite de bénéfice par livre. Mais un gain auftï mince ne s’évanouit-il pas par l’augmentation ou la difficulté du travail , ôc par la moindre valeur qu’il pionne à leur marchandife ?
- Etain de quarartte pour cent.
- Si le plomb eft allié à l’Etain jufqu’à quarante ‘pour cent, la mouche fera d’un clair plus noir fur toute fa furface, ôc il commence à s’y reformer un point central ; il eft encore blanc à cette proportion ; mais il diminue, ôc devient plus aigu jufqu’à la proportion de l’alliage fuivant. Cet Etain eft *<le plus mauvais fervice que le précédent, &plus
- 1ER TT ÉTAIN. *
- difficile à mettre en oeuvre, parce qu’il eft fi fufî-ble , que la moindre chaleur du moule le tient en fufion ; ce qui laifie au plomb le temps de fe précipiter , & de former des grumelures même à jour , qu’on n’évite en partie qu’à force de mouiller le moule pour le refroidir ; mais auffi, fi on le refroidit trop , il refte des trous à la pièce , qui font perdre du temps pour les redifier.
- Etain de claire-étoffe.
- Cet alliage eft nommé claire-étoffe , parce qu’à quelque eifai que ce foit, il eft toujours clair com me l’Etain vierge. A l’effai à la pierre, ainfi qu’à celui-ci , il forme un point central auffi aigu que l’Etain le plus pur. Il s’en diftingue cependant facilement par fa couleur noire, par fa plus grandè fufibilité, & par fa plus grande denfité. Il eft encore bien plus mou , ôc n’a point de fon. Cette plus grande fufibilité le rend encore plus difficile à mettre en oeuvre, quoique de faux ouvriers en profitent pour en couler des ouvtages de Bimbloterie9 qui précédemment ne fe faifoient que d’Etain doux, mais qui demandent une adreffe ôc un Lavoir qu’ils n’ont pas.
- Tous lés Etains qui fdrit alliés de plomb dans une plus grande quantité , marquent blanc fur toute la furface, & font plus gras fous le fer, à proportion qu’ils en contiennent davantage. Les Potiers 'd’Etain nomment Cet alliage mat te ; les Plombiers ôc les Ferblantiers en font leur foüdure ; les Chaudronniers leur étamage, Ôc les garnitures de robinets. Du refte elle n’eft jamais employée que par ces faux ouvriers qui inondent les cam* pagnes. Mais à la vue des uftenfiles qu’ils en font, il eft aifé de connoitre la matière par fa couleur noire, fon peu de confiftance ôc fa mauvaife odeur ; effets du plomb qui y domine. 11 faut chauffer cette matière qufqu’au rouge, pour la couler dans les moules.
- C H API T R E
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- De la Fonte.
- près avoir fait fubir à tout fon vieil Ètaih l’effai à la mouche qu’on vient de décrire, ôc s’être affiné de fon degré de fin , on palfe à la fonte. Or cette fonte fe fait , ou dans une foffe kfeu deffus, ou dans une chaudière à. feu deffous. La fojfe n’eft guère propre qu’à la fônte ôc au jetage de grofleà pièces ; car, fi le feu y étant pêle-mêle avec l’Etain^ celui-ci y fond plus promptement -, & s’il eft plus üifé de l’y entretenir dans fine fufîon modérée ôc certaine , il y doit auffi relier moins long-temps en fufion. C’eft pourquoi, fi la place eft commode, on àffeoit à côté , fous la même cheminée, une chaudière de fer plus petite que la foffe , ôc foutenue au deffus d’un bfafier ou fourneau , où -on met le bois. Celle-ci eft particuliérement deftinée aux travaux de la menue poterie ôc de la Menuiferie, dans lefquels on n’ufe que de petits moules qui ne rë-'çoivent pas une grande quantité d’Etain à la fois. C’eft ce qui oblige à mettre ici le feu deffous ; car, dans cette difpofîtion, l’Etain prend moins des matières phlogiftiques du bois ôc du charbon, que fi le feu étoit deffus, comme dans la foffe : matières que l’expérience a appris aux Potiers ‘d’Etain d’éviter, & ce qu’ils nomment lie pas laiffer fur-échauffer l’Etain,
- 'Conflruéiion desfoffes.
- La foffe n’eft autrechofe qu’une auge de fer fort* du, placée fur un màffif de maçonnerie de briques liées avec de la terre franche, & ëntoureë d’ùn petit mur de même. Dans d’autres endroits, principalement dans ceux où on ne peut fe procurer facilement des auges en fer, on conftruit fouvent cette foffe tout en brique -ôc en terre Franche ; àillëurs'on fait creufer tout uniment une pierre qu’on placé fous là cheminée. Mais de quelque manière qu’oa, la fafTe, il eft bon qu’elle puiffe contenir un mille à douze cents d’Etain en fufion.
- Si on cÙnftruit la foffe -avec nme auge de Fer, ou feulement en briqué , on fera choix d’une bonne terre franche qu’on délayera bien après l’avoir paffée au crible ; on y ajoutera un peu de bourre ôc de fiente de cheval, qu’on y mêlera bien, pour lui donner plus de liaifon. La terre étant ainfi préparée, on en étend une couche à l’endroit de là‘cheminée où On veut affeoir la foffe, ôc on y élève un maffif de maçonnerie de brique ôc de même terre, jufqu’à la hauteur néceffaire , pour que là foffe , toute finie, ait environ deux pieds de hauteur. Sur ce mafiîf, on 'étend un lit de terre plus-épais, pour y affioir l’auge
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- ART DU POT
- 'OU les briques qui doivent former le fond de la tfoife; on élève enfuite les murs latéraux autour de l’auge, en obfervant de ne mettre de terre que ce qu’il en faut pour lier les briques, & de croifer les joints, je veux dire , d’oppofer toujours le milieu d’une brique au joint de deux autres. Si, lorfqu’on a atteint le bord de l’auge, on ne trouve pas la folle allez profonde , on continuera d’élever les côtés , en reculant les briques d’un demi-pouce
- chaque rang ,-pour conferver à la foffe la forme de l’auge dont les côtés ne font pas perpendiculaires au fond. Pour rendre cette folfe en état •de foutenir les faumons qu’on y met fondre , & qui pèfent jufqu’à quatre cents, on ceint la folfe d’une frette de fer, principalement fi elle eft conf-truite tout en brique.
- Quant à la chaudière , qui eft toujours de fer fondu, elle eft foutenue au delfus d’un brafier ou fourneau , par le moyen d’un cercle de fer pofé fur la maçonnerie , & quelquefois aulfi par deux barres de fer pofées en croix , fur Jefquelles on appuie le fond. On ne donne ordinairement à ce brafier que huit à dix pouces de hauteur , & la largeur du fond de la chaudière. Pour la circulation de l’air 8c l’ilfue de la fumée , on lailfe, du vcôté de la cheminée à laquelle je fuppofe nos folfes adolfées, une ouverture à laquelle on adapte quelquefois aulfi un tuyau de tôle , foit pour tirer davantage , foit pour conduire la fumée jufque dans la cheminée, quand on n’y peut pas placer •cette chaudière.
- Dans un coin de la même cheminée, on pratique encore , s’il eft poftible , un petit fourneau repré-fenté par la figure 3 de la planche II, pour fervir à fondre l’aloi dont nous allons bientôt parler. Ce fourneau eft élevé en briques jointes avec la terre franche, préparée comme nous l’avons dit ci-deffus. ïl a ordinairement fix pouces en carré dans fon intérieur, 8c quinze pouces de profondeur,depuis fon entrée jufqu’à une grille qui en fait le fond, 8c quatre pouces de cette grille au fol du laboratoire. Du côté où ce fourneau eft adofte à la cheminée, on en élève une petite (5) pour le fourneau, & à laquelle on donne environ trois pouces de large vers le haut, 8c en bas celle du fourneau. L’entrée du fourneau eft inclinée , 8c s’élève vers la cheminée, afin qu’étant fermée, l’air s’échappe plus aifément par cette cheminé^. La grille , dont nous avons parlé, n’eft autre chofe que deux barres de fer mifes en croix, ôc fcellées dans la maçonnerie; on place fur cette grille un carreau de terre cuite , environ d’un pouce moins large que l’intérieur du fourneau ; c’eft fur lui qu’on affeoit le creufet.
- Opération de la fonte,
- Tout étant ainfi préparé , le Maître fait monter
- IER D’Ë T A I K
- les blocs fur la folfe , foit à bras par de forts hommes, ou en les faifant gliffer, à l’aide de rouleaux, fur une forte planche , appuyée d’un bout fur la folfe. Je dis le Maître-, & c’eft en effet toujours lui , ou un ouvrier de confiance, qui dirige cette première opération; laraifon en eft fimple : la Loi 8c l’équité le rendent feul refponfable de la qualité des marhandi-fes de fa fabrique, plus encore pour la bonté intérieure que pour la perfeétion extérieure.; cette même Loi l’oblige d’appofer fa marque,non feulement fur toutes les pièces d’ouvrages fabriqués, &fur les Etains purs que lui feul a le droit defondre en petits lingots, pour i’ufage de différens Artiftes, mais de joindre encore à cette marque une atteftation de lui lignée du degré de fin defdits lingots, fous peine de con-fifeation. C’eft la première Loi, celle qu’ils s’étoient d’abord faite librement, 8c la feule qui guide maintenant tous les Artiftes dans leur travail ; ils croient ne pouvoir rien faire de trop pour mériter la confiance publique, 8c ils garantiffent leurs ouvrages , ne pouvant rien faire de mieux. Ces charges, ces offices, ces chef-d’oeuvres de politique 8c de finance , ainfi qu’il a plu à quelqu’un de les nommer, ont-ils jamais produit, je ne dis pas de meilleurs, mais d’aufli bons effets ? Ont-ils jamais eu d’autre avantage que celui de la burfalité ? Le poinçon indéchiffrable des Officiers de la Monnoie., eft-il un plus fur garant du titre, que la marque claire 8c dif— tinéte de l’Orfèvre ? Ajoutez à ces confidérations, que l’Etain en particulier ne peut fouffrir l’alliage de prefque aucun métal ou demi-métal, fi ce n’eft peut-être dans des proportions qui ne méritent pas d’attention. Quelques-uns le font devenir maigre 8c caftant,tous le rendent plus fufible, 8c y occafionnent des grumelures ou grumeaux qui exigent l’opération du payon ; encore arrive-t-il quelquefois qu’il ne la peut fupporter.- Mais revenons.
- . Les blocs ou faumons , montés de quelque manière que ce foit fur la folle , y font foutenus pat des barres de fer pofées en travers. On allume en-fuite fous ces faumons du feu de bois, dont la flamme en lèche la fuperficie inférieure , 8c les diflbut peu à peu. Pendant que les faumons fondent ainfi, on a foin d’en détacher, avec un ringard, de groffes parties qu’on fait tomber dans le bain pour le refroidir à volonté,ou on y jette de l’Etain vieux ; car il ne faut pas que l’Etain fondu prenne un degré de chaleur à rouftir une carte. On obferve encore , quand tout l’Etain eft fondu , de le découvrir en écartant les charbons vers une extrémité de la folle. Ces précautions pourroit peut-être paroître étranges à quelques Métallurgiftes, qui enfeignent à laiflèr les braifes 8c charbons fur l’Etain en fufion , pour lui communiquer de leur phlogiftique; mais l’expérience a appris aux ouvriers , non feulement à ne pas lui en laiffer prendre d’autre que celui qu’il rapporte des mines, mais au contraire à en détruire la partie furabondante par quelque alliage.
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- CHAPITRE TROISIÈME.
- De l'alliage.
- U» e queftion importante va faire l’objet de ce Chapitre : faut-il allier l’Etain ? D’abord , pour ne point mettre de confufion dans les idées , nous diftinguerons trois fortes d’alliages ; ceux qu’on peut faire entre les fubftances métalliques , fans avoir .beaucoup d’égard à leur valeur , 8c feulement dans les vues de les corriger les unes par les autres , ou
- d’obtenir un compofé qui aît quelques propriétés particulières ; ceux qu’on fait des métaux avec une fubftance métallique toujours moindre , fous le vain prétexte de les mettre plus à la portée des pauvres gens ( motif de la Requête au Confeil, fur laquelle les Maîtres Potiers d’Etain de Rouen ont furpris cet article de leurs Statuts) ; ceux enfin qu’on
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- ART DU POT
- fait pour détruire cette partie de phlogiftique que tous les métaux neufs rapportent des mines, & qui met dans le travail des difficultés qu’on ne cherche pas à furmonter autrement, quand on le peut faire par un alliage.
- Malgré l’opinion où l’on eft de l’exiftence de l’aï-fenic dans l’Etain, il n’y a qu’une chofe qu’on ait voulu lui communiquer par l’alliage, une plus grande conliftance , une moindre fulibilité. C’eft dans ces vues qu’on lui a allié tour à tour du zinc , du bif-muth , du régule d’antimoine , du fer, Scc. Mais fi on obferve ce qui fe paife dans la fonte de tous ces alliages, & les nouvelles propriétés du compofé qui en réfulte , on fe convaincra bientôt qu’on ne fait que corrompre les fubftances métalliques en les alliant entre elles, bien loin de leur donner par-là une plus grande perfedion. L’expérience prouve en effet tous les jours aux Artiftes qui traitent les métaux par la fonte, que les parties de tout alliage en fulion tendent à fe fcparer, 6c qu’il fe forme d’autant plus de fcories 6c de volatiiifation , que la quantité d’alliage eft plus grande. Elle leur prouve que pour parvenir à fixer un alliage entre les compo-fans duquel on doit toujours fuppofer quelque affinité, il faut trouver précifément les quantités refpectives néceffaires pour que les deux corps foient en équilibre, ou qu’au moins la précipitation ne fe faffe pas avant d’en avoir fait l’emploi, ainfï qu’il arrive fouvent dans les compofés où il entre du plomb, comme le potin 6c l’Etain commun- Le bronze &le métal de cloche ne confervent leur union que par la jufte combinaifon du cuivre rouge & de l’Etain; au lieu que dans le tombac, où les proportions ne font pas les mêmes, on eft obligé d’y fixer l’Etain par l’intermède des alkalis fixes, ainfï que dans les compofés des miroirs de télefcopes 6c autres, où les compofans n’ont fouvent entre eux aucune affinité. -Et après tout, qu’a-t-on obtenu jufqu’à préfent de tous ces alliages? rien autre chofe qu’un métal aigre & caffant comme le verre, ou beaucoup plus fufible qu aucun des deux compofans. Cependant, fi on en croit les Auteurs de quelques-uns de ces alliages , ils en ont fait conftruire des uftenfiles qui ont eu -tout l’effet' qu’ils en attendoient ; mais j’aime mieux croire qu’ils ont été trompés par les ouvriers qui les ont faits ; & fi en effet ils exiftent, il fera aifé de s’en convaincre. Les Auteurs Univerfels vont plus loin , 6c rapportent dans leur Encyclopédie ( art. Etain ), la recette d’un compofé propre, difent-ils, à donner à l’Etain la confiffance & l'éclat de l’ar-gentî Ce procédé , qu’on pourroit eftimer d’autant meilleur, qu’il eft plus compliqué & plus difpen-dieux, eft extrait des oeuvres de M. Jufti, Ghimifte Allemand, édition de 17do. Le voici ;
- RECETTE.
- Une livre d’antimoine cru pulvérifé,
- Une livre de charbon pilé.
- P R O C É D É.
- On mettra te mélange dans un plat cîe terre non vemiffé , garni à l’extérieur d’un enduit de terre ; on arrangera ce mélange de manière qu’il n’ait guère qu’un pouce d’épaiffeur. On fera calciner ainfï ce mélange en remuant fans interruption, 6c jufqu’à ce qu’il ne parte aucune odeur de foufre, & que la matière ait rougi, 6c l’on aura une chaux d’antimoine
- Que l’on mêlera avec une livre de flux noir fait avec trois parties de tartre cru 6c une partie de nitre , que l’on fera détonner avec un charbon allumé. On mettra la chaux d’antimoine avec le flux noir dans un creufet, que l’on placera dans un
- 1E R D\Ê T a 1 $ 3*
- fourneau de forge; on fera fondre ce mélange; 6c lorfque le tout fera fondu, on le biffera refroidir, 6c l’on aura environ une livre de régule d’antimoine propre à faire l’alliage fuivant.
- On prendra la livre du régule, qui vient d’être décrit ; on y joindra une livre de limaille de fer bien lavée, 6c féchée enfuite ; on mêlera bien ces deux matières apurés les avoir pulvéïifées ; on les mettra dans un creufet que l’on remplira à un pouce ou environ près du bord, 6c Payant fermé avec un couvercle , on le placera dans un fourneau. Lorfque ce mélange fera fondu, on y joindra une livre de bifmuth, 6c l’on pouffera le feu pour que les matières entrent parfaitement en fufion ; on videra les matières dans un cône , 6c l’on aura un alliage d’une couleur blanche 6c brillante , qui pefera environ trois livres ; on joindra ces trois livres à un quintal d’Etain , 6c l’on aura un alliage d’une couleur blanche prefque auilï belle que l’argent.
- Quoique par la Connoiffance des effets ordinaires de Pantimoine, du fer 6c du bifmuth, je fulfe prefque convaincu de Pimpofhbilité des réfultats annoncés ci-deffus, je n’ai cependant pas voulu en parler , fans en avoir fait moi-même l’expérience.
- C’eft pourquoi , après avoir .pulvérifé une livré d’antimoine cru,de une livre de charbon, comme au procédé de l’Auteur, & avoir ainfï obtenu ma chaux d’antimoine, je l’ai mife dans un creufet couvert, & y ai joint, au lieu de flux noir , trois parties de tartre 6c une partie de nitre; j’ai pouffé le feu, 6c j’ai obtenu le régule d’antimoine, comme au procédé ci-deffus.
- J’ai enfuite pulvérifé ce régule , 6c j’y ai ajouté une livre de limaille de fer ; j’ai mis le creufet dans le fourneau à vent , 6c j’ai pouffé le feu jufqu’à fufion, qui s’eft faite avant que le. feu fût arrivé au degré néceffaire pour fondre le cuivre potin, j’ai joint enfuite la livre de bifmuth, qui s’eft diffoute auffirtôt ; j’ai laiffé quelque temps ces matières en digeftion , 6c les ai verfëes dans un cône.
- La maffe qui en réfultoit, étoit, à l’extérieur, d’un noir tirant fur le Violet ; les fcories coiitenoient des parties attirables à l’aimant. Cette malle très-fragile s’eft caffée fans beaucoup de difficultés ; foh tiflu étoit ferré 6c blanc comme celui du bifmuth , mais fans en avoir les facettes.
- J’ai caffé groffiérement cette matière, & je l’ai mife dans un grand creufet au fourneau. Quand elle a été bien fondue , j’y ai jeté peu à peu de l’Etain pur fondu jufqu’à la concurrence de vingt-cinq livres, parce que, fans cette précaution, l’Etain trop froid auroit infailliblement fai h oc refroidi la maffe avant qu’elle eût pu s’y ailier ; 6c m’étant apperçu que, malgré ce foin, les matières fe diviloient, j’ai tiré le creufet, Sc j’en ai coulé de petits lingots. Ces lingots ne fe font trouvés alliés que du régule
- de bifmuth ; car pour le fer, il furnageoit lous la forme irrégulière d’une réalliation parfaite du poids •de quatorze onces, qui paroît abiolument homogène , 6c que je conferve pour tout fruit de mon expérience 6c la Angularité du fait. Les fcories, qui étoient abondantes, étoientauffii attirables à l’aimant.
- On connoît allez l’antimoine, pour être peu fur-pris de tous ces effets, 6c rendre compte de quelques précautions qu’on a prifes dans l’opération. D’abord on connoît fa voracité fingulière , qui l’a lait appeler le Loup, 1 q Saturne des Philofophes ; on fait qu’il volatilife 6c confume tous les métaux, étant lui-même très-volatil : or , c’eft pour empêcher cette volatiiifation de l’antimoine, que l’Auteur le met griller dans une li grande quantité de charbon , qui fe charge lui-même du foufre de ce minéral ; & ce qui prouve que l’antimoïne y eft encore en entier, c’eft que , par le fécond procédé,
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- Ÿ* . JT R T D U P G T
- î’Auteur bbtient, par la précipitation avec le flux noir, environ la même quantité de régule. Par le troifième procédé, le foufre de rantimoine,donton ne peut jamais le dépouiller, eft la feule caufe qui fait obtenir la fufion du fer à unfeuaufli médiocre,& on l’obtient de même avec le régule ordinaire marchandée bifmuth qu’on ajoute à cet alliage, étant, par fa nature, extrêmement fufible, s’y fond aufli-tôt fans qu’on ait befoin de pouffer le feu.Ce mélange, fi on en croit l’Auteur, pefoit environ trois livres, c’eft-à-dire qu’il n’y avoit que peu ou point de déchet; & s’eft allié à l’Etain, dont ii a fait un métal aufti folide 8c aufti brillant que l’argent : or c’efl: précifément en ces deux points que j’ai eu des -réfultats contraires aux liens ; mais ils n’ont rien qui doive furprendre. Premièrement, la nature des demi-métaux qui font tous volatils, &la voracité fingulière de l’antimoine en particulier, ne permettent pas de croire qu’il n’y ait point eu de déchet ; 3c j’ai en effët éprouve le contraire dans cette expérience, comme je l’éprouve encore tous les jours dans la fonte du métal de Prince , où il entre du régule d’antimoine. En fécond lieu , rien de plus naturel , rien qui doit mieux dans l’ordre des affinités métalliques,que nos réfultats ; le régule d’antimoine 3c le bifmuth -ont abandonné le fer pour s’unir à l’Etain , avec lequel ils ont plus d’affinité , 8c l’Étain n’a point pris de fer , parce qu’il n’a que peu d’affinité avec lui. Mais quand bien même on fuppoferoit que ce compofé pût s’allier à l’Etain , qui eftce qui ne fait pas que le bifmuth en particulier n’efl: capable que de lui communiquer une plus grande fufibilité ï 8c n’éprouvons-nous pas tous les jours que l’antimoine -ternit l’éclat de l’Etain, qui n’efl: jamais plus grand -que lorfqu’ileft: pur ? Quedoit-ce être fl on y ajoute ^encore du fer ?
- Qu’on fe perfeade donc que les métaux ne s’allient pas entre eux au caprice ou'à la cupidité du premier qui les fond enfemble ; ils ont des loix d’affinité à fuivre ; ils n’ont jamais eu plus de pèrfe&ions réunies que lorfqu’ils étaient purs-: •c’efl: une folie de vouloir leur en communiquer de nouvelles par un alliage. Pour en convaincre un efprit raifonnabie, je rendrai compte, en finiffant cet article , des réfultats d’un alliage duquel on auroit pu efpérer tirer quelque avantage. L’argent, dont la couleur, l’éclat au fon, la confiflance, fem-•bloit devoir perfectionner ces qualités dans l’Étain, -â été celui que j’ai choifi ; j’ai allié ces deux métaux environ dans la proportion de deux livres d’argent fur un quintal d’Etain -, 8c j’en ai conflruit desuften-flles, qui, bien loin de pouvoir rendre le fervice que j’en attendois, fe font trouvés d’une couleur grife, pourprée , n’avoient aucun fon , 8c l’Etain encore plus mou 8c plus fufible qu’aVant l’alliage.
- Quant au mélange d’un métal de moindre valeur à un autre plus précieux, 8c nommément l’alliage du plomb à l’Etain , tout concourt à empêcher les Fabricans de continuer d’en faire ufage ; tout engage le Gouvernement à ne le pas tolérer plus long-temps.
- D’abord on remarque que quand le plomb eft allié à l’Etain, ii cherche toujours à s’en féparer, 8c qu’il fe fait, durant la fufion, différentes précipitations ou décompofitions , fuivant la quantité du plomb 8c le degré de chaleur. Par exemple, lorf-que le plomb fe trouve allié à l’Etain dans la proportion de trois pour cent, 8c qu’on le jette dans les moules un peu plus chauds qu’il ne faut, l’Etain étant alors plus long-temps à refroidir, laiffe au plomb plus fufible le temps de fe précipiter fous forme de fueur, ce que les ouvriers appellent rejfuer; de cette précipitation devient plus abondante 8c plus facile à proportion qu’il y a plus de plomb , jufqu’à ce qu’on foit arrivé à la proportion de la
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- claire-étoffe, où elle efl: moins fenfible. L’Etain allié de plomb fur-échauffe bien plus promptement, 8c alors il fe forme une autre efpèce de précipitation. Car quelque attention qu’aient les ouvriers de rafraîchir continuellement leur moule pour faille l’Etain qu’on y jette , Ôc ne pas laiffer au plomb le tems de fe féparer, il fe fait toujours des grumeaux.
- C’en auroit dû être affez de toutes ces fujétions dans le travail de l’Etain allié de plomb , pour en dégoûter les Fabricans $ mais , puifqu’en effet elles n’ont pas fuffi, 8c qu’on a continué à employer cet alliage , je vais plus loin , 8c je dis que rien n’elt plus futil & plus faux que les prétextes fur lefquels on s’efl: appuyé pour obtenir du Gouvernement des Statuts qui toléraffent cet alliage; que le Éublic n’en a jamais tiré le moindre avantage ; 8c enfin , qu’a-1-près l’établiffement des Manufactures de faïence , rien n’a tant contribué à la décadence de la fabrique 8c du commerce de l’Etain.
- En effet, fi le prix du plomb efl: à celui de l’Etain comme $ efl: à 20, les pefanteurs font en revanche entre elles comme 401 & 26^, & la confiftance comme 68 & 224 ; c’eft-à-dire que le plomb, en même temps qu’il augmentera le poids fpécifique de l’Etain commun , en diminuera encore la confiftan-ce, 8c forcera à lui donner une plus grande épaiffeur, ce qui augmentera encore ce même poids. En un mot, expérience faite, un flacon d’Etain fin d’une certaine continence &réfiftance, pefânt -20 liv. î. k 20 f. la liv., non compris les façons, fait 201. 5 £
- Pefe en Etain commun, de vingt pour cent, -25. liv. à 17 f. -, . . . .... 21 1. j É
- Enfin, l’Etain fi brillant 8c fi blanc, lorfqu’il eft: pur, fur lequel les acides végétaux n’ont pôint dô prifes , affeâe , par cet alliage , la couleur noire du .plomb, devient attaquable, quelquefois même diffo* lubie par ces mêmes acides ; 8c l’on fait que toute diffolution de plomb , prife intérieurement, peut produire de dangereux effets.
- L’alliage du plomb , tant dans le cuivre que dans l’Etain , n’a donc jamais été mis en ufage que pat de faux ouvriers qui y cherchoient un gain momentané; mais ils ne l’y ont pas même trouvé. A l’envi les uns des autres, ils ont baiffé de plus en plus le titre de l’Etain, pour pouvoir en baiffer le prix ; 8c ainfi, fans rien gagner, ils n’ont fait qu’ajouter , dans la fabrication , de nouvelles difficultés aux premières.
- Ce fut pour remédier à de pareils abus, que Tacite, XXXVIe Empereur de JRome, publia, dit un Auteur du feizième fiècle , d’après Vopifcus , » un Edit portant défenfes , fur peine de confifea-» tion de corps 8c de biens , de mêler l’or avec » l’argent, ni l’argent avec le cuivre, ni le cuivre » avec l’Etain ou plomb. Vrai efl:, continue le » même Auteur, qu’on peut excepter de l’Ordon-» nance la mixtion du cuivre avec l’Etain , qui fait » le bronze 8c métal fonnant, qui n’étoit pas alors » en tel ufage qu’il l’eft, 8c la mixtion de l’Etain w doux avec le cuivre pour la fonte des artilleries, w Car il n’efl: pas néceffaire de mêler la vingtième » partie de plomb avec l’Etain fin pour le rendre » plus malléable, puifqu’on le peut jeter & mettre » en œuvre fans telle mixtion, qui gâte la bonté » de l’Etain qui ne fe peut jamais délier du plomb.»
- Si on conlulte tous les Métallurgiftes, & fi on interroge les Artiffes qui travaillent les métaux, ils diront tous enfemble, que tout métal prend, dans la réduction, dans la révivification , 8c même dans la fufion, lorfqu’on le chauffe trop , une matière qui ne peut être qu’une furabondance de phlogiflique ;ou, ce qui efl: plus dans la manière de parler des derniers , ils diront que tout métal neuf eft mou 8c gras ; que pour pouvoir le traiter avec avantage 6c avec facilité , il faut diftiper, confumer
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- ces matières, quelles qu’elles foient, & lui donner plus de confiftance ; & que rien ne remplit mieux ce double objet, que l’alliage d’un autre métal ou d’une fubftance métallique. Mais je dirai à mon tour : connoiftoit*on fous le règne de Tacite, les fubftances capables de produire ces effets, fans altérer la bonté intérieure ni la malléabilité qui caractérife les métaux purs ? La fubftance de la calamine avoit-elle déjà pénétré le cuivre , pour en faire le laiton (i) ? Chaque métal avoit-il fa calamine, ou fe con-tentoit-on de les mettre en oeuvre fans aucun alliage quelconque, comme on le fait encore du cuivre rouge & du plomb ? La réfolution de ces queftions ne feroit pas indifférente, & la recherche de ces fubftances mériteroit bien d’occuper quelques Savans. En attendant, rien n’empêche qu’on iafle ces alliages ; la petite quantité qui luffit pour produire ces effets, ne peut détériorer aucunement le métal.
- Pour nous, nous avons obfervé que les Etains d’Angleterre & d’Allemagne préfentent'fur la furface du lingot d’effai, des nuances de criftallifation ; qu’ils avoient plus de confiftance, & qu’ils étoient moins gras que ceux des Indes , mais encore trop pour être travaillés. 11 femble qu’on doit attribuer cette confiftance à l’influence des parties vitrioliques ; mais ce qu’il y a de certain, c’eft que fi l’on met ce même Etain dans un creufet en digeftion au milieu du charbon de terre , la criftallifation qu’on y obfervoit difparoît, 8c l’Etain prend la couleur de celui des Indes.
- Nous avons encore remarqué que l’Etain pénétré', 'dans l’opération de l’étamage, des félémtés ammoniacales , étoit teint en blanc, 8c avoit toute la confiftance néceffaire pour être mis en œuvre ; il n’avoit rien perdu de fon degré de fin, ni de fes •autres propriétés.^.
- Nous avons vu pareillement qüe l’Etain, pénétré •des fels marins ou nitreux, ou feulement expofé en feuille bien mince à l’influence de l’air, ou enfin qui a fervi dans l’ufage domeftique, perdoit cette matière qui le rend mou 8c gras ; qu’il acquéroit à .proportion du temps qu’il y étoit expofé, une •confiftance plus ou moins grande, 8c qu’enfin il ne noircinoit plus le linge, comme il le fait quand il eft 'encore chargé du phlogiftique de fa réduction.
- Enfin, fi l’on ne donne à l’Etain fondu que là 'chaleur néceflaire .pour le tenir enfufion, & fi l’on 'met‘le feu deifous pour que les bois 8c charbons ne lui fourniffent pas de nouveau phlogiftique, on le verra perdre fon cri qu’on lui croit naturel, 8c dont on a fait une marque de fa pureté. Ce fera encore plus promptement, fi on le coule fur une .pierre où il puiffe fe refroidir lentement.
- Il paroît donc qu’on peut aifément dépouiller notre métal de cette crafte 8c de cette môlleffe qu’il rapporte , comme tous les autres , de fa 'réduction , & par conféquent de le fabriquer avec avantage dans tout fon degré de fin-, fans employer .pour cela l’alliage des fubftances métalliques qui .pourroient altérer ou même détruire quelques-uns des caradères propres à l’Etain pur. Mais l’expérience nous a aufti appris que l’addition du zinc, depuis deux jufqu’à quatre gros fur un cetft d’Etain (ce qui ne fait que la 3200e partie de la maffe)-, étoit ‘fuffifante pour produire la précipitation 8c la
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- deftrudion de cette matière 8c de cette crafte dont fl eft queftion. Par cette addition on donne encore plus promptement à l’Etain la teinte de blanc & la fermeté néceflaire, qu’en l’expofant aux félénités de l’atmofphère, ou en le faifant fervir à P étamage’; & l’on n’a point à craindre que le métal perde la moindre chofe des caradères précieux de fa première pureté...............
- Autrefois qu’il fe fabriqüoit beaucoup de vaiftelte, *011 étoit dans l’ufage, pour donner plus de corps 8c plus de fon à l’Etain, de l’allier d’environ une livre ou deux de cuivre rofette par cent. Mais fi on confidère bien l’Etain qui en réfulte, on s’apperçoit aifément qu’il a perdu quelque propriété; il n’eft plus doux1; il eft au contraire trop fenfiblement aigri-, ce qui 'oblige d’y ajouter ‘huit onces de bifmUth pour le radoucir; il eft alors un peu plus fufible, 8c noircit le linge la première fois qu’on le fabrique ainft allié. Il a la furface écailleufe, 8c fi on le cafte, fon tifiù préfentera des facettes angulaires. Indépendamment de cet alliage, on mettoit les deux à quatre gros de zinc, dont nous avons parlé, afin de décrafter l’Etain. Mais la plupart des Potiers d’Etain ont abandonné cet ufage, & ceux qui fe piquent de bien faire, fe contentent, pour remédier aux in-convéniens de l’Etain neuf, d’y mêler partie égale d’Etain fin qui a déjà été fabriqué. Cette pratiqué eft d'autant meilleure, qu’elle rapproche de plus en plus l’Etain de fon premier degré de pureté, en divifant l’alliage qui peut fe trouver dans l’Etain déjà fabriqué. La fubftance phlogiftique', fi elle n’eft pas détruite, eft au moins bien atténuée, St elle achève de fe diffiper dans l’ufage domeftique. Au refte, fi l’Etain eft craffeux, on a toujours un rëmède efficace dans le zinc. , .
- C’étoit pendant que l’Etain fohdoit,qu’ils faifoient leur aloi3 8c c’étoit pour y fondre leur rofette3 qu’ils bâtiffoient à côté de leur fofte, s’il étoit poftible, le petit fourneau dont nous avons donné la defcription au Chapitre précédent, 8c qui eft: repréfenté par la figure 3 de la Planche II. On afleyoic le fupport du creufet (c’eft un pétit carreau affez épais, de la largeur du fond du creufet) fur la brique ou carreau qui eft fur la grille, & le creufet: fur fon fupport. Après y avoir allumé du feu, on empliftoit le fourneau de charbon, 8c quand le feu étoit bien vif &’le creufet rouge, on y mettoit le cuivre. Lorfque ce cuivre étoit bien fondu de bien 'écendréy on mettoit cuillerée à cuillerée dans le creü-fet, de l’Etàin de dedans lafoffe, & on l’en empliftoit. Le tout étant enfemble en belle fufion, on fetiroit te creufét avec des tenailles qui l’embraffent, 8c on le vidoit dans la fofte. Après avoir -remis fon creufet dans 1e fourneau*, pour qu’il refroidît lentement de ne fe caflat pas, on revenok remuer un peu fon Etain avec Une cuiller ; on le découvroit enfurte, en écartant les charbons qui s’étoient répandus en remuant, 8c tandis qu’il reftoit ainfi en digeftion^ on pbtayoit, 8c on faifoit chauffer les moules.
- Ceux qui fe contentent de mettre du zinc-, commencent par fondre enfemble, dans la même cuiller, environ fix parties d’Etain contre une dé 7,\nc ; 8c pour cela il faut animer le feu par dè moyen d’un fouftlet, parce que le zinc ne fond que quand l’Etain commence à rougir. Le tout étant fondu, on en coule de petits lingots fninces'
- (x) De tous les alliages qu’on s’eft avifé de faire, il n’en eft point Tans doute dont on ait tiré autant d’avantage que de ceiui-ci. 'La fubftance dè la calamine, en pénétrant le cuivre rouge,en fait, pour ainfi dire, un nouveau métal En lui confervant fa malléabilité & fon extehfibilité naturelle, elle lui donne une belle couleur jaune j elle le rend plus roide, bien moins foluble, & par-là fingu’ièrement propre à faire certains uftenfiles,- les inftrumens de Phyfique, & toutes fortes d’ornemens. Mais il y a dé même dans cet a' iage une jufte prupordon , qu'au ne peuc furpaller fans faire un métal
- ditférenc', qui n’eft plus propre aux mêmes ouvrages : aufli les O uvriers qui fpnt le laiton, ne furpafient-ils jamais cette dofiî ; & ceux qui le refondent pour différens ouvrages, ont-ils grand foin d’en écarter les pièces qui ne font pas de thème nature, même celles qui contiennent du zinc, qui aigriroit le refte en le rendant encore plus fufible. Le zinc , qui eft le régule de la calamine , produit à peu prés les mêmes eifets fur noue métal, comme oa va le voir,
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- "iquî puiffent fe fondre dans l’Etain chaud : on jette dans fon Etain autant de ces petits lingots qu’il en faut pour précipiter la crafle ; mais jamais on n’eft obligé d’en mettre plus de quatre gros fur un cent.
- Ecendrer, eft ôter le peu de fcories qui fe forment ‘fur l’Etain fondu, ôc que les Ouvriers appellent «cendrées : c’eft auffi retirer les cendres qui font fous des charbons, lorfque le feu eft fur l’Etain, & alors ‘les? fcories font parmi les cendres. Pour cette
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- ^opération, l’Ouvrier, après avoir fait chauffer une grande cuiller de fer fur les charbons qu’il a fait paffer feuls d’un bout de la foffe à l’autre, écume l’Etain avec une cuiller plus petite, & met les fcories ôc cendres dans la grande cuiller, fous laquelle il anime le feu avec un foufflet à main ; & lorfque le tout eft bien chaud, il fait précipiter l’Etain au fond de la cuiller, en la remuant circülairement au deffus de l’auge deftinée à recevoir les cendrées; il verfe l’Etain dans la foffe, & les cendrées dans l’auge.
- ifiüMiujliima ma .'Hum
- CHAPITRE QUATRIEME.
- Des Moules ÔC du Potayage.
- Quoique notre métal puiffe fe travailler fans •moules, auffi & même plus aifément que les autres •métaux, Ôc nommément l’or, l’argent ôc le cuivre , ^cependant ces pièces-là feules font regardées comme d’objet ordinaire du travail du Potier d’Etain, qui ..peuvent fe jeter dans des moules. Or ces moules qui, dès que les marchandées qui s’y forment ont ••affez de cours, fe font ordinairement en cuivre , ^peuvent fe faire , fe font même quelquefois en pierre, -en fer ôc en plomb.
- La pierre tendre, ôc qui n’eft point froide, comme celle de Tonnerre, de Tuffau, de Conflans, de Lorraine, de Tofcane , ôc autre de cette efpèce, paroît la matière la plus propre à recevoir l’Etain fondu, ôc par conféquent à faire les moules, parce qu’il n’eft pas néceffaire, pour l’y couler, de donner au métal un degré* de chaleur au deffus de celui qui eft néceffaire pour le tenir en fufîon, quoiqu’il faille toujours qu’il foit déphlogiftiqué. On auroit même droit de croire que dans les premiers temps de la Poterie d’Etain, les Fabricans n’avoient pas d’autres moules que ceux de pierre, puifqu’on trouve encore dans les anciens ateliers de Province, non feulement de grands moules de plats ronds ôc ovales, qui rendoient feulement une rouelle plane garnie de fa moulure ou bord , & dont on montoit le plat au marteau, ainfi qu’il eft décrit à l’Article II du Chapitre de la forge ôc planage. On avoir auffi des moules de pierre pour la poterie ; les uns étoient faits de quatre pièces (deux chapes &deux noyaux), ôc formant à part le haut & le bas de la pièce, dont la foudure fe trouvoit fur le plus grand cercle de la panfe, comme à l’ordinaire ; les autres, de deux
- Îfièces feulement, formoient une coquille, qui étoit a moitié de la pièce coupée dans fa longueur. C’eft avec raifon qu’on laiffe tomber ce premier ufage de travailler la poterie. La foudure longitudinale qu’il falloit faire des deux côtés, pour joindre les deux coquilles, étoit une opération fort longue, qui rendoit, pour le réparage , l’ufage du tour fort difficile. Il n’en eft pas de même de cette ancienne manière de travailler la vaiffeîle : elle eft au contraire, à mon avis, celle qui approche le plus de la per-fedion ; puifqu’aucune pièce n’entroit dans l’ufage •domeftique, fans avoir été écrouie par le marteau, Sc que cet inftrument étoit le feul avec lequel on donnoit la forme aux pièces ; il n’étoit pas plus difficile de la variet au goût du confommateur, ou •au caprice de la mode. Il eft vrai qu’il feroit aifé, ôc même moins embarraffant, d’avoir ces moules de rouelles en cuivre ; mais ici la pierre a fur le cuivre •cet avantage, que l’Etain y devant être coulé froid, ne peut contenir que peu d’aloi, Ôc qu’il ne fe forme point de grumeaux fur la pièce ; ce qui rend inutile 1 opération du payon, dont nous parlerons en fon
- lieu. Quoi qu’il en foit, là fragilité & le poids de ces moules, tous d’un grand volume (ce qui demandoit un atelier fpacieux), la longueur de l'opération du jetage, que nous allons décrire en deux mots, en a entièrement dégoûté le Fabricant, qui ne fe fert plus guère de pierre que pour couler entre deux tables, des battes ou planches d’Etain de différente épaiffeur, pour les différens ouvrages qui font l’objet du travail du fourneau (ChapitreXII.), ou pour faire les moules de quelques pièces qui ont .peu de cours. Il préfère mettre de groffes fommes à des moules en cuivre, tant à caufe de leur folidité, que pour accélérer le travail, fimplifier les opérations, ôc porter ainfi la concurrence au plus bas.
- Le fer fondu, beaucoup moins froid que le cuivre, reçoit auffi affez bien l’Etain ; mais la difficulté du travail de cette matière, fur laquelle les outils ne mordent point, ôc qu’on ne peut par conféquent réparer après la fonte, n’a pas permis d’en faire des moules pour la poterie, ôc le peu qu’on en trouve font des moules de vaiffeîle.
- L’Etain fe jette même dans des moules d’Etain ôc de plomb. Ces matières, trop fufibles ôc trop peu folides pour être d’un ufagè un peu fréquent, font en revanche fort propres à conftruire promptement un moule dans un befoin preffant , ou lorfqu’on ne peut fe procurer de pierres.
- Les moules, de quelque matière qu’ils foient faits, refufent de recevoir l’Etain, fi préalablement ils ne font potajés, c’eft-à-dire, peints d’une légère couche de matière terreufe, bien délayée. Ceux de pierre fourniffent eux-mêmes la potée qui leur eft propre £ on les potaye avec une chiffe trempée dans une bouillie fort liquide, faite avec la poudre même de la pierre, ou, à fon défaut, avec du blanc de Rouen ou de la craie ; après quoi on les met chauffer lentement jufqu’à un degré de chaleur qui n’empêche pas d’y paffer la main. Quelques-Uns y mettent, une fois pour toutes, une couche de fang de bœuf tout frais ; mais la potée de craie fert encore à rafraîchir le moule pendant le jetage, lorfqu’il s’échauffe trop; ce qui arrive toujours plutôt au deffous du jet.
- Les moules de plomb Ôc d’Etain fe potayent comme ceux de cuivre ; mais comme il arrive quelquefois que cette potée fe détache par écaille, Ôc qu’alors l’Etain s’attacheroit au moule, on obvie à cet inconvénient en commençant par faire fur toute la furface intérieure du moule une première potée bien fixe. On fait chauffer le moule, ôc dès qu’il eft un peu chaud, on prend de l’eau-forte qu’on étend avec une plume, &, après l’ébullition, il refte un enduit qui ne fe détache point, ôc fur lequel on met la potée.
- Quant aux moules de cuivre, les uns fe fervent de pierre-ponce calcinée, pilée ôc tamifée, puis
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- délayée dans le vinaigre & un peu de blanc d’œuf ; d’autres prennent de la fuie calcinée ôc apprêtée de même ; ceux-ci de la charrée ou cendre leiïivée, apprêtée de même ; ceux-là de la terre glaife ou de la franche pilée, tamifée & délayée de même, ©u enfin de l’ocre rouge ou jaune. Au relie, toutes ©es fubftances produifent le même effet, Ôc ce n’ell que l’ufage de leurs pères, ôc la tradition qu’jils en ont reçue, ou le local, qui détermine pour l’ordinaire le choix des Artiftes. Cependant je préfère l’ocre jaune, comme étant plus douce, plus tenace, plus fécative, & s’étendant mieux fous le pinceau. Elle eft aulH plus foluble dans l’eau, & plus lente à Te précipiter. C’eft pourquoi on en fait de l’eau ocrée pour potayer à chaud les petits moules de menuiferie-, comme on le verra à fon Article. On a préféré le vinaigre à l’eau, parce que cette liqueur ayant précipité fon tartre, empêche la potée sèche de fe lever par écaille, comme le feroit le vin ; le blanc d’œuf fert à coller la potée plus fortement au moule.
- Il eft une autre manière de potayer, généralement employée par ces Ouvriers qui courent les campagnes, ôc qui n’eft en ufage dans quelques Fabriques que pour certaines pièces, dont réfultent des effets que nous ferons connoître au Chapitre fuivant.Cette potée n’eft autre chofe que la fubftance épaiffe de la fumée qu’on attache au moule ; Ôc pour cela, après avoir adouci la furface intérieure de ces moules avec la pierre-ponce mouillée, on la lave & effuie avec un linge propre , puis on met la
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- furface à enfumer immédiatement au deffus d’un feu de bois d’aune ou autre de cette efpèce, qui , produife beaucoup de fumée. Amefure que la fumée s’attache au moule, on la liffe fortement avec un poliffoir du même bois ; enfin on fait prendre aù moule une fécondé, puis une troifième couche, qu’on attache de même, jufqu’à ce que le moule en foit bien couvert , ôc que l’Etain ne puiffe pas s’y attacher •: cet enduit léger fe tient au moule autant qu’il ne reçoit point de frottement de matières fableufes, à quoi ils prennent garde.
- Il n’en eft pas de même de la potée à l’ocre ôc autres dont nous venons de parler , il la faut renouveler à chaque fois qu’on veut fe fervir dès moules. C’eft à cette opération qu’eft occupé l’Ouvrier repréfenté par la fig.7, PI.Il, ôc le moule qu’il potaye eft un moule d’écuelle. Tenant d’une main le moule par fa queue, ôc s’appuyant fur une table ou établi {8), il prend de l’autre main un pinceau de Crin, qu’il appelle broffe, la trempe dans fa potée (9), ôc en étend également une couché légère fur toute la furface intérieure du moule. Je dis légère, parce que je fuppofe qu’on y doit jeter dé l’Etain pur ; on la tient plus épaiffe pour de l’Etain allié. Du refte, il importe fort peu en quel temps on faffe cette opération, pourvu qu elle ne retarde point celle de la fonte. Pendant que l’Etain fe raffeoit après fon aloi, on met chauffer lès moules fur les barreaux de fer qui ont fervi à Tou tenir les faumons.
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- C H A P I T R E C I N Q U I E M E.
- Du Vaiffdier.
- È Vaiffelier eft celui qui fabrique la vaiffelle , Sc on ne met dans la vaiffelle que les pièces qui fe 'forment en entier dans des moules de deux pièces feulement, & dont les moules font affez pefans pour Exiger un fuppoft, de quelque nature qu’il fort.
- A R T I C L E P REM I E R.
- ‘Du jetage de la Vaiffelle,
- Tout étant préparé pour le jetage, ainfi que ‘nous l’avons décrit aux Chapitres précédens , Ôc les "Ouvriers ayant approché de fa foffe les tenailles ôc felles à jeter, garnies de leurs preffes, chacun regarde fi fon moule eft chaud : ce qu’il connaît en laiffant tomber quelques gouttes d’eaû fur un endroit du ‘moule qui ne foit pas potayé, ou en y portant de la ffaüve avec le doigt. Si l’eau ou la falive s’évapore faufti-tôt en pétillant, les moules font affez chauds pour recevoir l’Etain, Ôc à ce degré de chaleur la potée fe recuit ôc. commence à rougir. Il faut prendre garde de laiffer chauffer le moule jufqu’à noircir cétte potée , parce qu’alors le plomb que •contient le potin des moules quitteroitie cuivre, & ‘en fortirok fous forme de fueur, ce qui défeffuerok le moule.
- Chaque Ouvrier prend fon moule, Ôc le porte fur fon banc ou Telle à jeter, dont la conftrudiôn à 'changé fuivant qu’on s’eft trouvé logé plus ou moins étroitement. À Paris, où. les laboratoires font affez petits, on fe fert de tenailles de fer affez bien repréfentées par la figure 13 de la Vignette, ôc 2,3, d de là Planche, pour que je me difpenfe d’entrer à fon fujet dans un plus grand détail. L’Ouvrier (Vignette, figure 10 ), après avoir enchapé fon
- moule (ceft joindre les deux pièces, en les faifàne entrer dans leurs portées), le ferre entre les deux branches de la tenaille, qui font fendues pour laiffer paffer la queue du noyau (bas de la Planche II) ; il ferre encore, à l’aide de la même tenaille, une petite planche ( 12 , Vignette , & 4 , bas de la Planche^) contre la queue de la chape, pôur que 4e moule Te tienne droit de lui-même : alors il prend avec fa cuiller Jde l’Etain dans la foffe,'ôc tandis qu’il tient le bout de la tenaille de fa main gauche, il jette Ton Etain de la droite , & en emplit ie moule*: il reporte le refte dans la foffe , & met fa cuiller fur les charbons, ou feulement fur l’Etain, félon qu’elle a befoin d’être ou de n’être pas échauffée : revenu^ il renverfe le moule fur l’établi, la chape deffous-, defferre la tenaille, enlève la branche de deffus le noyau, ôc avec !ùrie poignée de jfeutre (c’eft un morceau de vieux chapeau), il prend la queue de cè noyau , ôc le fait quitter fa chape ? en frappant quelques petits coups de maillet fur le jet de la chape , tandis qu’il fait effort *pour enlever le noyau, : alors là pièce refte attachée au noyau-, ôc l’Ouvrier le tenant toujours par fa queue, dans une fituation horizontale, la'pièce en haut, quitte fon maillet pour; prendre un feutre, ôc la refroidir en l’éventant. Lorfqù’ellè eft refroidie , ou plutôt lorfqu’elle eft figée, il renverfe le noyau, ôc la reçoit fur fa main droite garnie de fon feutre, ôc la pofe doucement fur un autre feutre qui eft fur l’établi^ Ôc où elle Continue à fe refroidir. Il renchape enfuite fon moule, en prenant garde de le frotter à quelque chofe qui puiffe le dépotayer ; il pofe la planchette derrière la queue de la chape, refferre fa tenaille, élève fon moule comme on le voit, Ôç continue de -jeter. Si la pièce reftoit fut la chape.
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- ART DU POT
- -•après l’avoir éventee avec, fon feutre, il eleveroit la 'chape verticalement, & avec le bout d’un couteau qu’il pointeroit fous la faillie du jet, il enleveroit la pièce, & la poferoit tout de fuite doucement par «ferre. On obferve de ne les mettre jamais les unes ‘dans les autres, qu’elles ne foient froides.
- La manière de jeter les écuelles ne diffère de celle de jeter les plats que dans la dépouille ; je veux dire * ‘dansTa&ion d’enlever la pièce de deffus fon noyau. -En effet, l’Ouvrier (15) que je fuppofe fe fervir ici d’une felle à jeter, après avoir fait quitter fon noyau, *en laiffant toujours la chape accottée aux deux montans (20) de la felle, le reriverfe (17) fur la felle, le jet tourné vers lui ; prend de la main gauche un cifeau ou fermoir, qu’il fait entrer -fous le jet de la pièce, en appuyant fur ce jet le pouce de la 'même main,moyennantun feutre, & tandis que de "-cette main il fait levier de fon cifeau, il frappe de l’autre mâin quelques coups de maillet fur la partie ‘du noyau oppofée au jet. En n’ufant du cifeau que de Cette manière, on n’endommagera . point les moules, Sc il n’y a aucune pièce, fi bien qu’elle tienne, qui ré fille à Cet effort. A mefure que les 'écuelles refroidiffent, l’Ouvrier les met les unes dans les autres (30); il renchape enfuite fon moule dans les repères marqués à la circonférence du moule •(s’il y a des ornemens aux oreilles de l’écuelle), afin que les ornemens gravés fur le noyau (c &c, dg.q, bas de la Planche) répondent -à la forme des oreilles qui font fur la chape (c & c, fig.8) ; ou fi en veut avoir des oreilles unies , on fait répondre les 'oreilles taillées fur la chape, à la partie du noyau qui ne porte point d’ornemens : il preffe le noyau contre fa chape, par le moyen d’un rouleau de bois (18), à l’extrémité duquel eft un trou de deux pouces de profondeur, përeé dans le milieu du bois; il fait entrer la queue du noyau dans ce trou, ôc fait .preffer l’autre extrémité contre l’appui incliné (15?), en frappant quelques coups fur cette extrémité du rouleau, & alors le moule fe trouve ferré entre les jumellés (20), auxquelles il eft adoffé, Sc l’appui (-19) qui leur fait face. C’eft-là la première efpèce de felle à jeter dont on fe ferve dans les ateliers commodes, Sc particulièrement dans la Province, pour le jetage de la vaiffeile.
- La felle, à ont fe fert l’Ouvrier de la figure 26, ne diffère en rien de la précédente, quant à l’effet; elle eït feulement mieux exécutée & plus folide. Au lieu du rouleau tout fimple de l’autre, c’en eft un à vis (23) monté dans un écrou taillé dans une efpèce d’entretoife mobile , qui tourne entre les deux montans (24), pour pouvoir lever le rouleau Sc l’appuyer fur un arc de bois (25) fixé aux deux montans, fans être obligé de le déviffer de dedans fon écrou..Ce rouleau eft traverfé, à la partie qui n’eft point taillée en vis, d’une cheville (27) que l’Ouvrier tient actuellement dans fes mains, Sc qui lui fert de levier pour le faire tourner Sc ferrer ou defferrer le moule, toujours appuyé contre deux montans (28); il eft auffi percé comme l’autre, d’un trou de deux pouces ou environ de profondeur au milieu du bois, pour laiffer entrer la queue du noyau. Chacune de ces Lélles peut fervir à toute la vaiffeile comme la •tenaille, Sc elles font à peu près auffi expédientes les unes que les autres. Voyez-en le détail-au Chap.IX, •Planche XV.
- Nous avons dit qu’il ne falloit empiler la vaiffeile qu’à mefure qu’elle eft froide; c’eft afin que les pièces ire perdent pas la torme du moule, & qu’elles foient plus fonores : l’expérience a prouvé qu’en les empilant chaudes, elles froidiffoient plus lentement, Sc qu’en froidiffant lentement , elles perdoient •beaucoup de leur fon. 11 ne faut pas pour cela hâter ce refroidiffement en y jetant de l’eau, pn rifqueroit <le les faire cafter.
- 1ER IV R T A I N.
- Un'Ouvrier habile à la foffe, eft à coîrfidérer, Sc\b -Maître le charge ordinairement à fa place de la conduite de la tonte, parce que c’eft de fon favoir que dépend la perfection des pièces de fes cojeteurs, Sc que par fon attention il évite les déféftuofités -qui y furviennent pendant le jetage. Elles forit ;occafionnées par ;plufieurs caufes , &'il les doit connoître.
- D’abord la trop grande quantité de zinc détruit la fluidité de l’Etain , forme fur la furface une pellicule épaiffe, le rend gras Sc fouffleux, &'pâx -conféquent en empêche entièrement le jetage. Alors on fait évaporer ce zinc par le moyen de deux -foufflets, dont on dirige le vent fur toute la furface de l’Etain en fufion, couvert de charbons allumés. •Le zinc, qui eft de fa nature volatil, s’évapore par l’ardeur du feu, & s’attache en fleurs au fer, fi oh en oppofe à fon évaporation. On voit que cette opération interrompt néceffairement le jetage; c’eft pourquoi l’Ouvrier qui préfide à la fonte, ne met du zinc qu’à mefure que fon Etain en demande, par la craffe qu’il fait paroître fur les pièces jetées-, particulièrement au deffous du jet.
- Chaque Jeteur, de fon côté, doit obferver toutes les pièces qu’il retire du moule, Sc trouver dans* cette obfervation la caufe des défectuofités, s’il y en a, & par conféquent l’indication du remède qu’ii doit apporter pour la perfection de la pièce fuivante. Si la pièce eft percée, c’eft l’effet ordinaire de là froideur du moule ou de l’Etain. Si c’eft le moulé qui eft trop froid, le-remède eft d’échauffer l’Etain, Sc de jeter plus promptement, en forte qu’il y ait le moins d’intervalle poftible entre le jetage d’une pièce Sc celui de la fuivante. Quand je dis d’échauffer l’Etain-, je n’entends pas tout l’-Etam de la foffe, parce qu’il occafionneroit dans les pièces de fes cojeteurs des défeduofités d’une autre nature; il met feulement fa cuiller fur les charbons. Si c’eft l’Etain qui eft trop froid, Sc alors tous les jeteurs doivent s’en plaindre unanimement, on rendra un peu plus ardent le feu des charbons, en obferva’nt toujours •de jeter plus vite,
- Maintenant, fi les pièces ont des grumeaux ou grumelures, c’eft l’effet de la trop grande chaleur de l’Etain ou du moule; la trop grande quantité d’aloi de cuivre en produit auffi. Si c’eft l’Etain qui eft trop chaud, Sc alors il fe couvre à là furface, d’un inftant à -l’autre, d’une pellicule jaune ou violette, c’eft un commencèment de calcination ; on y remédie auffi promptement qu’efficacement, en ajoutant de l’Etain vieux : fi c’eft le moule, l’Ouvrier qui s’en fert doit le rafraîchir avec un patouillet trempé dans l’eau, ou mieux ne pas chauffer fa cuiller, Sc jeter moins vite. L’Ouvrier qui préfide au jetage, connoît aifément fi c es grumelures font dues à la furabondance du cuivre, par l’infpe&ion de ces grumelures ; elles font écaillées Sc angulaires, & le refte de la pièce eft pareillement couveit d’une plus ou moins grande quantité de ces écailles; il n’y peut remédier que par une addition d’Etain neuf. Enfin, quand les pièces ont tout enfemble des trous Sc des grumeaux, c’eft l’effet de quelques parties de régule d’antimoine qui s’y font gliffées ; l’Etain en eft auffi plus gras. On a déjà remarqué à l’effai à la mouche, que le plomb produifoit le même effet; l’Ouvrier ne peut faire autre chofe que d’ajouter une quantité de neuf qui puiffe le remettre à fon titre ; car fi on jetoit de l’eau fur le moule pour empêcher les grumeaux, il fe formeroit des trous ou caffures qui pourroient exiger plus de temps pour les réparer que pour en couler fix autres. Ceci confirme ce que j’ai déjà dit plus d’une fois, Sc que je ne crois pas pouvoir répéter trop fouvent, que tout alliage de matières étrangères empêche de traiter le métal avec avantage.
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- ART DU POTIER D' Ê T A ï N.
- Il eft une autre manière de jeter, qui eft fans doute la plus connue du Public, mais nullement en ufage chez les Potiers d’Etain ; je n’en parle ici que pour rapprocher de fes yeux le tort qu’il reçoit de ces fontes, & qu’un intérêt mal entendu lui empêche d’appercevoir. Je veux parler de ces Potiers d’Etain qui courent les campagnes Sc quelquefois les villes; ces faux Ouvriers, qui n’ont aucune connoiffance de la nature de l’Etain, qui n’ont ni feu ni lieu, & qui par conféquent ne font point fujets à la reflitution du dommage fait aux uftenliles réfultans d’un métal qu’ils allient félon leur cupidité ; ces Ouvriers, dis-je, fondent d’abord l’Etain in gtobo, fans avoir égard à fon degré de fin, ni à l’alliage qu’il peut contenir ; la meilleure raifon qu’ils aient pour en agir ainfi, eft qu’il ne faut prefque pas plus de temps 8c de charbon pour fondre une plus grande quantité d’Etain, qu’une plus petite ; mais c’eft en effet parce que la quantité qu’ils en volent en écendrant, ainfi que l’alliage du plomb qu’ils y introduifent, ne font pas aufii ienfibles. Ayant fait ainfi un alliage à leur gré, ils ne peuvent venir à bout de couler leurs pièces de la manière que nous venons de décrire ; ils ne peuvent de même les amener au degré de perfedion extérieure où les Potiers d’Etain établis dans les villes, portent les marchandifes de leur fabrique : ce qui induit le Public en un double dommage, dont le plus grand eft fans doute l’altération du métal, puifqu’il ne peut plus être employé par les vrais Potiers d’Etain, 8c que ceux-ci ont été fort fouvent obligés de l’exclure même de la compofition de l’Etain commun autorifé, à caufe de l’alliage de différens métaux 8c demi-métaux que ces pelles de la Société ne fe donnent pas la peine de fondre en particulier.
- Pour introduire leur Etain dans les moules , ces Coureurs les enfument de la manière que nous avons décrite au Chapitre du Potayage, après quoi ils leur donnent un degré de chaleur à tenir l’Etain en fufion, Sc à l’Etain un degré de chaleur à mettre le feu à une carte. Il eft clair que,par cette manoeuvre, l’Etain ne doit fe figer dans le moule que très-lentement, 8c par conféquent que les matières qui font 'alliées à l’Etain doivent fe défunir 8c former des grumelures : les chofes arrivent en effet ainfi; mais pour y remédier, l’expérience leur a appris à pofer fur le jet tin fer chaud, pour coriferver l’Etain de • cette partie toujours en fufion, 8c remplir les cavités ‘des grumelures. C’eft ainfi qu’ils parviennent à boucher une partie de ces grumelures , 8c à jeter un mauvais plat en un temps qu’un Potier d’Etain en feroit bien douze bons ; car comme leur moule relie allez long-temps expofé àl’air,fansqu’onyintroduife de nouvel Etain, il devient bientôt trop froid, & ils font obligés de le faire chauffer à chaque fois. Malgré tout cela, il refte encore beaucoup de ces grumelures, qui fe rempliffent de graiffe au fervice'; de plus , l’Etain s’aigrit par cette ‘opération, 8c reprend un cri plus fort que celui qu’il rapporte dés fourneaux de réduction. Enfin les pièces qui fortent des mains dé ces Ouvriers-, font toujours noires, faliffent le linge, au lieu que l’Etain pur 8c bien fabriqué, ne noircit pas plus que l’argerit.
- Quant au jetage dans les moules de pierre, voici l’opération <: qu’on en compare la longueur avec la brièveté de ce travail dans les moules de cuivré. Lorfquede moule de plat eft chaud (j’ai dît plushaut qu’il faut 'pouvoir encore y paffer la main fans fè brûler), on le monte für la telle à jeter, on adoffe là chape aux jumelles, on y enchape le noyau, 8c ôn le ferre légèrement contre fa chape, par le moyen du rouleau, dont on reçoit le bout fur une planche appliquée au noyau, afin de ne le point endommager. On prend enfuite de l’Etain fondu plein une cuiller, qui 'Contienne à ,peu près le double de ce qu’en exige
- la pièce à couler, 8c on la porte fur la table de la fellè. Là, on attend que l’Etain Commence à fe figer, &, pour accélérer ce refroidiffement, On paffe 8c repafle dans l’Etain -une petite cuiller froide, jufqu’à ce qu’il commence à s’épaiftir : alors on le coule promptement dans le moule, dont le jet eft toujours plus grand que ceux des moules de cuivre, 8c on porte le relie de l’Etain dans la foffe. On déchape le moule, 8c on renverfe le noyau fur la felle pour en enlever la pièce. Pour cela on loulève le plat par le jet, avec une lame de couteau, tandis que d’une main on le refroidit avec un patouillet trempé dans l’eau : fi le moule de plat avoit un bouge carré, Sc de difficile dépouille, ou que ce fut un ba-ffm ou une jatte qui tînt davantage au noyau, il -faudrait mettre fubitement un linge mouillé fur le fond, en faifant toujours effort pour foulever la pièce par le jet. Si elle ne fe dépouille pas encore de cet effort-, après avoir paffé ce linge fur tout le bouge de la pièce , on v^rfe avec une cuiller de l’Etain fondu fur tout ce bouge, tandis qu’on la lève par le jet. Il eft rare qu’elle ne fe dépouille pas dans cette opération; & alors-, fi elle y réfiftoit encore, il n’y auroit pas d’autre moyen que de la fondre. Qu'on ne s’étonne point d’obtenir ici par la chaleur le même effet que par le froid ; ces caufes -ne font oppofées qu’en apparence , c’eft toujours le paffage fubit du chaud au froid, ou du froid au chaud ; 8c plus il y a de différence entre l’état aduel de la pièce 8c l’état contraire qu’on lui communique fubitement, plus l’effort, qui tend à la détacher de fon noyau, eft grand. Au refte, pour rendre la dépouille plus facile,-on craye les parties du noyau les plus carrées avec un pain de craie, blanc d’Efpagne ou de Rouen , 8c cettelégère couche refte attachée à la pièce, en forte qu’on eft obligé de refaire cette opération à chaque fois.
- On remarque que l’Etain travaillé de-cette manière perd confidérablement de fon cri : qu’on joigne cette obfervation à celle qu’on a faite fur l’Etain fabriqué par ces Coureurs, 8c fur l’Etain neuf des mines, 8c on ne trouvera point dans ce cri une propriété particulière à l’Etain, mais feulement un effet du phlogiftique qui le pénètre'dans ces grands degrés de chaleur.
- •ARTIGLE SECOND.
- JD es préparations de lq.Vaijjelle} avant de lafoumetire 'du tour.
- Les plats,!aftiéttes, badins-, jattes, éctielles, &e. toutes pièces dépendantes du Vàiffelier-, font portées de la foffe au fourneau, 8c du fourneau à l'établi, pour y être préparées à palier au tour. Ces préparations font générales ou particulières, félon que les pièces ont forti du moule plus ou moins parfaites; d’abord toutes ont tin jet qui furpaffe plus ou moins la circonférence de la pièce; on fes coupe avec un fer chaud, & cette opération s’appelle,en termes de l’Art, épilkr; enfuite,fi quelques-unes ont des-trous, on fes bouche, & cette opération fe nomme revercher$ ôn abat avec des écouenes la partie éminente des gouttes qui rempliffent ces trous, 8c on adoucit l’endroit épillé , afin de mettre toutes ces parties à l’affleurement du refte de la furface de la pièce, ce qui fie nomme apprêter ; enfin , on paillone -celles qui ont des grumelures, c’eft-à-dire qu’on remplie celles-ci d’un alliage fait polir cela.
- Il y a peu de pièces, pour ne pas dire aucune, qui rie paffe par fes trois premières de cés opérations, mais avec des manipulations particulières, 8c des tours de main analogues à la forme de la pièce, 8c c’eft ce qui, joint aux foudùrês, rend, dans notre Art, les fers 8c le fourneau d’un ufage univerfei. Néanmoins, comme c’-eft ici la première occafiou
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- que nous àyôris eue d’en parler, nous allons donner préalablement une courte defcription de ce fourneau, des fers, & de la manière de les étamer.
- Le fourneau, bâti en briques liées avec de la terre franche, a environ quinze ou feize pouces de hauteur jufqu’à la grille, la grille environ fix pouces en carré, 8c quatre pouces au deifus de la grille. Nonobftant l’ouverture H du cendrier (Pl.I.Vign.2.), il eft encore ouvert fur la même face au deflus de la ‘grille,afin d’y pouvoir placer les fers horizontalement fous les charbons. Ici(Pl.IIL) on l’a repréfenté ouvert fur deux faces, parce qu’on a placé deux Ouvriers autour de ce fourneau; fouvent on double, en quelque forte, les parois intérieures du fourneau au •deffus de la grille, d’une forte plaque de tôle ; on bâtit le fourneau dans un châffis fait en fer, ce qui le rend infiniment plus folide.
- Quant aux fers dont il eft ici queftion, ils font de fer. La partie qu’on fait chauffer pour diffoudre l’Etain, 8c que j’appelle la tête du fer, a quatre faces 8c quatre angles égaux, 8c fe termine en pointe ; c’eft, en un mot, une pyramide à bafe carrée, égale en largeur aux deux tiers de fa hauteur, ou à peu près, qu’on auroit unie par fa bafe à une queue qui diminue infenfiblement de groffeur, en confervant toujours fes quatre carres, afin que le fer ne puiffe pas tourner dans fon manche. Ce manche, qui doit être fait d’un bois blanc très-poreux, que la chaleur du fer ne puiffe faire fendre, eft traverfé au centre, dans toute fa longueur, d’un trou que l'on agrandit autant qu’il faut, en faifant rougir la queue du fer, & en l’y enfonçant jufqu’à ce qu’elle forte par l’autre bout. On a toujours plufieurs de ces manches qui refroidiffent, tandis qu’on fe fert d’un autre. La longueur totale du fer eft d’environ onze pouces, celle de la tête de trois pouces, ce qui réduit celle de la queue à huit pouces, ou à peu près. On ne donne pas au manche plus de quatre pouces 8c demi de longueur, mais on lui laiffe une certaine groffeur, fans toutefois gêner aucunement la main qui l’empoigne. (Voyez le bas de la Planche I, fîg. X).
- Pour fe fervir de ces fers, il faut les étamer, 8c les Ouvriers ont deux manières de le faire. D’abord le Forgeron les ayant bien limés avec une lime rude, 8c en ayant effacé toute paille, on les mouille, pour que la mixtion de réfine & de fel ammoniac pilée qu’on y faupoudre, y refte attachée, on les trempe dans de l’Etain fondu, 8c on les y tourne 8c retourne jufqu’à ce que la tête foit bien étamée ; or, pour le reconnoitre 8c les découvrir de la craffe que forme fur ces fers le fel ammoniac 8c la réline fondus, on les effuie avec une étoupe, & on les retrempe dans l’Etain. Enfin, lorfqu’ils font bien étamés, on les effuie fur le torche-fer (ce n’eft autre chofe qu’un torchon mouillé, placé, Planche III, fur un coin (B) de l’établi (3) à côté de la brique à la réfine (A), 8c on les met chauffer dans leur fourneau pour s’en fervir.
- L’autre manière fe réduit à faire rougir les fers dans leur fourneau, toujours après qu’ils ont été imés, 8c à paffer 8c repaffer toutes les faces du fer fur la brique A, où il y a une mixtion de trois parties de réfine, une de fel ammoniac égrené, 8c un peu d’Etain. Si, de la première fois, l’Etain n’a pas pris par-tout, on effuie les fers fur leur torche-fer, pour recommencer l’opération ; mais ayant laiffé rougir le fer, il faut, avec la carre d’une mauvaife lime ou autre chofe de cette nature, détacher la croûte qui s’y forme à ce degré de chaleur. Enfin, ayant effuyé le premier fer, on le remet dans fon fourneau, où il chauffe tandis qu’on étame le fécond : au refte, de quelque manière qu’on s’y prenne pour les étamer, ç’eft pour jufqu’à la fin du fervice qu’ils peuvent rendre. J’ai dit les fers, parce qu’en effet on en a toujours, un qui chauffe, tandis qu’on fe fert de l’autre, afin qu’il n’y ait point de temps perdu.
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- Première préparation. Manière d'épiller.
- Quelques foient les pièces qui fortent du moule^ n’euffent-elles aucunes défeétuofités, il y a toujours à les épïller; car épiller, en termes de l’Art, eft la manipulation de l’Ouvrier qui élague les jets 8c bavures des pièces coulées ; mais il ne s’agit ici que d’épiller la vaiflèlle. Dans cette opération, l’Ouvrier affis près du fourneau qu’on vient de décrire, 8c y ayant deux fers qui chauffent fous les charbons allumés, en prend un de fa main droite, de laquelle il a pris auparavant un manche de bois dans lequel il fait entrer la queue de fon fer, le paffe enfuite fur la brique (A), où il y a un peu de réfine, de fablon 8c d’Etain, puis fur le torche-fer, tous deux pofés fur un établi devant lui ; alors tenant verticalement le plat de fa main gauche, le jet au deffus d’une baffme de fer ou de cuivre (C), qu’il tient fur fes genoux pour recevoir l’Etain que le fer diffout, il le fait aller & venir fur le jet , 8c le fond en entier. Le jet étant élagué, il tourne fon plat, 8c en fait paffer fous fon fer toute la circonférence pour en diffoudre les bavures,s’il y en a. Si fon fer eft encore affez chaud pour épiller une fécondé pièce, il le fait, finon il le remet au feu, pour prendre l’autre. Remarquez qu’il peut arriver que quoique le fer foit encore bien chaud , il coule fur l’Etain fans le diffoudre ; c’eft l’effet d’une craffe qui s’eft formée fur le fer ; il faut l’effuyer fur fon torche-fer, 8c quelquefois il faut avant cela le repaffer fur la brique.
- Seconde préparation. Manière de rever cher.
- Premièrement, l’Ouvrier met dans un linge, d’uU tiffu ferré 8c fin, une bonne poignée de fablon humefté , 8c l’y ayant lié , en fait un tampon mollet (en termes de l’Art, drapeau), qu’il garde dans fa main gauche. De la main droite il met la pièce fur le drapeau , 8c l’y preffe fortement pout faire prendre à celui-ci la forme de l’endroit à revercher, non fous le trou lui-même, mais fous un endroit parallèle ; alors il giiffe fon drapeau fous le trou, & y tient la pièce, en paffant par-deffus le bord le pouce de la même main gauche. Il prend enfuite fon fer de la main droite, & après l’avoir paffé fur la brique 8c le torche-fer, le porte fur le pain d’épi Hure, en diffout une goutte qu’il retient, 8c qu’il pofe fur le trou, puis une fécondé 8c une troifième, félon que la grandeur du trou le demande. Il diffout légèrement avec la carre de fon fer, l’Etain qu’il a apporté fur le trou, 8c enfemble la circonférence de ce même trou. 11 lève fon fer pour laiffer figer la goutte , 8c à i’inftant qu’en figeant elle commence à caver vers le centre, il y met la petite goutte d’Etain qui refte naturellement attachée à fon fer, en l’enlevant de deffus la reverchure ; car fi on laiffoit figer la goutte ( c’eft ainfi que les Ouvriers appellent la reverchure même) fans remplir cette cavité, le centre en refteroit percé.
- Troisième préparation. Manière d apprêter,
- Dégroffir avec des écouenes 8c des râpes les parties fupérieures des gouttes ou reverchures, 8c mettre ces parties à l’affleurement du refte de la furface de la pièce, afin qu’en tournant elles ne faffent pas fauter les crochets, fe nomme, en termes de l’Art, apprêter. L’Ouvrier (fig. j.) tenant une pile de plats adantée fur les genoux, la preffe fous le talon de l’établi qui eft pour cela affermi au plancher de la chambre, par le moyen de pattes de fer, ou d’un état qui porte d’un bout fur le milieu de l’établi, 8c de l’autre eft appuyé aux folives. Dans cette pofition, il prend fon écouene à deux mains par fes deux extrémités, 8c, courbé en devant, la pouffe de droite
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- à gauche, & la fouîève à chaque fois pour la retirer : la raifon eft, que les dents de cette écouene font .taillées de manière à ne couper qu’en pouffant. Auffi les Ouvriers diffinguent-ils bien celui qui rfapprête que par des coups réitérés de droite à gauche, d’avec celui qui appuie également fon écouene, en la retirant de gauche à droite , & difent de celui-ci',.en fe moquant, qui/ lime en Serrurier. If faut tenir fon écouene bien ferme, afin de la pouvoir conduire plus parallèlement ; on doit auffi changer la dire&ion &croifer les traits, pour éviter défaire des creux.
- 11 y a plufîeurs fortes d’écouenes : les unes font droites & planes des deux côtés (36) ; d’autres font également droites 8c planes d’un côté, mais demi-rondes de l’autre (37): d’autres enfin font méplates, courbées, 8c dentées en dehors de l’arc. Les premières fervent à apprêter les parties convexes ; les demi-rondes ne fervent guère qu’aux parties creufes de la poterie ; les troiffèmes enfin fervent à apprêter les parties planes ; tels font les fonds des plats. 11 y a auffi des râpes dont les dents taillées de même font feulement plus petites, c’eft pourquoi elles font des traits plus doux. Elles ont un manche comme les limes ; il y en a de planes des deux côtés (40), de demi-rondes (39) ; on n’a occafion de fe fervir des premières, dans le travail de la vaiffelle, que pour râper les inégalités qui peuvent fe rencontrer fur la circonférence des pièces, 8c particulièrement les bavures, -8c toute la partie du bord extérieur de Fécuelle qui fe trouve entre les deux oreilles, & qu’on eft obligé de réparer à la main : les râpes demi-rondes fervent à râper dans les contours des .plats ronds 8c ovales.
- Quatrième préparation. Manière de pailloner.
- Si, joint aux défectuofités qu’on a réparées dans les opérations précédentes, il fe trouvoit encore des grumelures, il faudroit les remplir. Cette opération s’appelle pailloner ; 8c paillon, l’Etain rendu pour cela plus fufible par un alliage. On étoit autrefois dans la néceffité de pailloner prefque toutes les .pièces d’Etain fin, 8c particulièrement celles qu’on ne vouloir que planer, parce qu’on étoit dans ‘biffage de faire l’aloi du cuivre, & que cet aloi oceafionne des grumelures. La perfection extérieure de la pièce eft donc l’unique but qu’on fe propofoit 'dans ce travail ; mais malheureufement on altéroit d’éclat 8c la pureté de l’Etain. Dès la première refonte, l’Etain imbu de paillon fe trouvoit avoir perdu fa première pureté, 8c h la fécondé ou troifième au plus, il étoit allez fufible pour ne pouvoir plus fupporter 'l’opération du paillon. Ce n’étoit plus que de VEtain ^de forge ou à la roj’e, dont on a parlé au Chapitre de l’Effai. Le tiers de plomb qui entroit dans la ’compofition de leur paillon , eft l’unique caufe d’un fi mauvais effet : car, quand il n’entreroit dans une affiette d’une livre qu’une once de paillon,c’eft-à dire, un tiers d’once de plomb, cela feroit toujours., dès la première refonte, plus de deux livres de plomb fur un cent d’Etain.
- Cependant la perfe&idn 8c le degré de fin qu’on Temarque dans piufieurs ouvrages d’Etain, prouve affez qu’il a été, de tout temps, traité,de l’Etain fans paillon, ou du moins fans celui du plomb ;
- & il y a même dés pièces qui, par leur conftruftion, ne peuvent être foumifes à cette opération. Nous avons indiqué les moyens d’éviter les grumelures dans le jetage ; les employer afin de fe difpenfer de l’opération du paillon, eft donc ce qu’on puiffe faire de mieux pour la perfection des ouvrages. Mais auffi, comme il peut arriver, par quelque caufe que ce foit, qu’on ne puiffe jeter en moule affez net pour cela, qu’on paiilone alors les pièces plutôt que d’y laiffer
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- des grumelures qui fe rempliflent de graiffe dans le fervice, j’y confens, pourvu qu’on en profcrive abfolument le plomb. Il eft un demi-métal qui, fans ternir l’éclat de l’Etain ni altérer la première pureté, lui donne toute la fufibiüté qui eft néceffaire. On n’emploiera que fon alliage, tant dans le paillon que pour les foudures légères, dont on aura plus d’une fois occafion de fe fervir. Il ne s’agit que de varier les dofes pour varier la fufibilité.
- Recette d’un nouveau paillon & de nouvelles foudures pourfubflituer aux anciennes oh il entroit du plomb.
- ire.
- Trois parties d’Etain & une de*) c , . „ ,
- bifmui, paillon ou foudu.cf>Vlcu? Pa™eS dEU"’ ï de
- £orte L 5c c P*011™ > ancren paillon.
- Deux parties d’Etain & une de-! SYdeux parties d’Etain , une dé bifmuth-, fecoüde foudure >cry plomb & une de bifmuth, plus fufible. J n C foudure ancienne.
- 3e- . . .
- Une partie d’Etain & une deO S fune partie d’Etain , une de bifmuth, foudure légère y plomb & une de bifmuth, très-fufiblc. y É ancienne foudure légère.
- Un autre motif qui doit porter à préférer le bifmuth, eft que ce demi-métal ne peut en aucune manière diminuer la valeur de l’Etain. On ne doit pas craindre non plus que cet Etain refondu avec d’autres, rende la maffe trop fufible ; volatil par fa nature , le bifmuth fie diflipera à la fonte dans les feories. On prendra donc le compofé du premier numéro, c’eft-à-dire, de trois parties d’Etain de une de bifmuth, & en ayant coulé des bâtons dans une lingotière, on les réduira en feuilles potjf faire le paillon, de la manière qui fuit.
- L’Ouvrier ( 1 Planche ÎV) debout, & ayant fait au bas de lui un plan incliné de matière quelconque, froide 8c bien polie (c’eft ordinairement le noyau non potayé d’un moule (2) de plat), tient d’une main un bâton de paillon, & de l’autre, avec le fer à fouder bien nettoyé , en diffout des gouttes qu’il laiffe tomber fur le noyau. Cette chute les fait étendre en feuille, & le froid qui les faifit les détache auffi-tôt pour les laiffer gliffer à terre, où elles font reçues fur des feuilles de papier ou fur des linges propres.
- Un autre Ouvrier (figure 4.) tenant de fa main gauche une tenaille à pailloner, ferre les bords de la pièce entre les mors de la tenaille, lefquels à cet effet forment l’arc. Voy. la fig.i 8 du bas delà Planche. A l’extrémité d’une des branches (B) eft un anneau (C) au moyen duquel il tient le plat ferré entre les mors, en le faifant entrer dans les dents d’un crémaillon pratiqué à l’extrémité de l’autre branche. 11 tierit le plat au deffus des charbons contenus dans une chaudière ou cagnard (a) placé fur une table , 8c l’ayant chauffé des deux côtés, il le graiffe fur toute fa furface avec un morceau de réfine-, quitte promptement cette réfine pour prendre une pincée de paillon qu’il sème fur une face du plat; ce paillon devant fondre auffi-tot, l’Ouvrier prend une poignée d’étoupe pour étendre également le paillon, puis retourne le plat pour en faire autant de l’autre côté. Le plat ainfi pailloné, il le tient un inftant hors du feu dans le fens vertical, en le balançant pour le rafraîchir, puis il le pofe horizontalement fur un planche bien plane, où il achève de fe refroidir. De là un autre Ouvrier reporte les pièces paillonées à l’établi, pour les.paffer à la carde, c’eft-à-dire, en ôter la réfine, en les égratignant avec une carde, 8c alors elles font prêtes à paffer au tour.
- L’opération du paillon demande beaucoup d’aftivité. La pièce devant être chauffée aux trois quarts du degré de chaleur qu’il lui faudroit pour la fondre, un inftant de cette chaleur prolongée fuffirok pour la faire tomber dans les charbons.
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- ART VU P O T I E R D> Ê T A 1 AT.
- L’Ouvrier doit aufli prendre garde de mettre trop de paillon, & le bien étendre ; autrement il refteroit 'des gouttes qu’il faudroit apprêter.
- Cinquième préparation. Manière de réparer.
- Réparer-, chez les Potiers d’Etain, eft gratter 8c brunir à la main les parties excentriques des pièces qu’ils fabriquent : mais il n’eft ici queftion que du réparage des parties excentriques de quelques pièces de vaiiTelle avant de tourner le refte. De ce nombre font les écuelles pour leurs oreilles, & les plats à contours pour toute la partie contournée.
- D’abora, quant aux écuelles, on commence par réparer la partie des côtés de fécuelle que les oreilles, en tournant, ne permettent pas aux crochets d’atteindre. Pour cela l’Ouvrier (fîg.7.Planche IIL), tenant verticalement fur fes genoux un tas d’une demi-douzaine d’écuelles, pour l’ordinaire, afin de ne pas les fauffer, comme cela pourroit arriver, en ne les prenant qu’une à une, les appuie fur le côté -contre le talon de l’établi, ayant mis les Oreilles en •deffous de ce talon. Dans cette pofition, il prend une lame d’épée ou de fabre, à laquelle il a fait un Lifeau au lieu de tranchant (fig.q, PI. XXXVI. ), 8c la tenant des deux mains un peu penchée vers lui-même pour lui donner à mordre, il gratte en tirant à lui, le bifeau devant être fait de manière à ne couper que dans ce fens-là. Il quitte alors fa lame pour prendre un brunififoir à deux mains (fig.31, PI. IIL),arrondi fur fon épaififeur (L & L),& bien poli fur ces mêmes parties , d’abord à l’émeri-, 8c enfuite •à*la potée d’Etain, en le frottant fur la joliette (c’eft une petite planche de bois, fur laquelle on a cloué ou collé un morceau de cuir neuf de baudrier, où il y a umpeu de potée d’Etain). Il trempe le côté du bruniffoir dont il veut fe fervir, dans un petit vafe qui contient de l’eau de favon, & le prenant à deux mains, aufli penché vers lui (comme le fait voir la figure), il le pâlie en allant devenant fur la partie qu’il vient de gratter. Il retourne enfuite le tas d’écuelles pour en faire autant de l’autre côté de l’écuelle de défiais ; car quoiqu’on en prenne un tas, on n’en peut cependant réparer qu’une à la fois : or j’entends Ici par l’écuelle de defîus, celle qui fe trouveroit deflus, fi l’on fuppofoit le tas d’écuelles adanté. Les côtés de cette écuelle de defiùs étant donc ainfi réparés, il faut réparer pareillement le defibus de fes oreilles. L’Ouvrier a fon genou gauche dans l’écuelle de defibus, & tient tout le tas appuyé par le fond de celle de deflus contre le talon de l'établi, l’oreille à réparer tournée 8c inclinée vers lui : du refte, c’eft la même manœuvre que pour les côtés. Lorfque le defibus de cette oreille eft réparé, on fait faire un demi-tour au tas d’écuelles pour réparer l’autre; puis on ôte cette écuelle de fa place pour faire celle de defibus, 8c réparer de la même manière les côtés 8c le defibus des oreilles de l’écuelle qui fe trouve alors en defîus. Quant au deflus des oreilles unies, c’eft-à-dire, fans fleurons ou aucun autre ornement, ce font les bords de l’écuelle à réparer qui portent contre le talon de l’établi, 8c fon fond contre le fond d’une autre écuelle qui emboîte le genou ; c’eft-là la meilleure méthode : autrement on rifqueroit d’enfoncer les écuelles. Enfin le deflus des oreilles , qui font ornées de fleurons ou de quelque autre deffein en relief, fe réparent avec de petits grattoirs 8c bruniflbirs, conformes 8c proportionnés à l’ornement qu’on leur fait parcourir.
- Les contours des plats s’étendent ordinairement fur toute la marly (voyez ce mot au Dictionnaire des mots techniques), de manière que le crochet fur le tour ne peut parcourir rien de plus que le bord du plat, 8c qu’on eft obligé de réparer à la main la marly 8c les filets. Il y a deux manières de le faire ;
- les uns, après les avoir grattés avec des grattoirs fous bras, en -pouffant de droite à gauche (fig.6.), les brunilfent de même avec des bruniflbirs fous •bras, imbibés d’eau de favon ( comme il eft plus amplement détaillé dansi’Art.IV de ce Chàp.au lujet des plats ovales); les autres, les poliflent à la manière ufitée pour les cuillers de métal de Prince, dont il fera parlé en fon lieu. La méthode des premiers eft fans contredit à préférer, parce que cette partie, brunie à la main, ne préfente pas une autre teinte que le refte de la pièce, quand elle fera brunie au tour. Quant aux filets, c’eft-à-dire, la moulure du bord, fouvent on les polit comme les cuillers, mais plus fouvent encore on les laifle mats pour relever l’éclat du refte, & alors on fe contente d’y paffer en frottant le bout d’un petit morceau de bois blanc tendre, mouillé, 8c à qui on a fait prendre un peu de fablon ou de pierre-ponce pilée 8c tamifée.
- Les Coureurs qui font de ces fortes de plats, réparent ces endroits fur le tour. Ayant commencé de tourner doucement, ils prennent un frifoir très-flexible, fait de reflort de pendule, 8c en préfentent le bout aux parties contournées de la marly, tant en dedans qu’en defibus, 8c feulement en defibus pour le bord ; car ils ne fe donnent pas la peine de toucher aux filets. Le frifoir, par fon extrême flexibilité, cède aux parties faillantes ; &, par fon reflort, atteint les parties concaves de ces contours. Ils y paffent enfuite, de là même manière, un bruniffoir pratiqué de même au bout d’un reflort ; mais il eft aifé de s’appercevoir du dommage que cette manœuvre apporte aux angles faillans des contours.
- ARTICLE TROISIÈME,
- Manière de tourner la Vaiffelle.
- Le tour eft une des principales machines du Potier d’Etain, il en fait un ufage continuel. De tous les ouvrages qui fortent de fon travail, il en eft peu qui n’ayent paflfé au tour, en tout ou en partie; 8c fi quelques-uns en font exceptés , la façon en augmente au quintuple, ce qui fait qu’on les regarde comme hors du commerce ordinaire. S’il y a dans la Société des machines qui, en accélérant la main d’œuvre, nuifent peut-être au bien de l’État, il femble qu’on ne doit pas mettre dans ce nombre celles qui font journellement mifes en ufage dans les Arts. Leur activité, & particulièrement celle du tour, 8c du tour du Potier d’Etain, ne peut tourner qu’à l’avantage du confommateur, moins en faifant defeendre au prix le plus modique les marchandifes qui y ont pafîe, qu’en leur donnant un degré de perfedion 8c de jufteffe qu’on n’obtiendroit jamais du travail de la main.
- Pour ne point trop m’éloigner du fujet qui nous occupe dans ce Chapitre, je luppofe ici le tour tout monté, me réfervant d’en donner une defeription détaillée dans un Chapitre particulier; 8c en confié-quence il ne fera queftion que des différentes opérations 8c tours de main qui fe rencontrent dans l’ufage de cette machine, pour la fabrication fpéciale des ouvrages qui font l’objet du travail du Potier d’Etain Vaiffdier.
- D’abord, il faut monter la vaiffelle fur le tour, 8c les Ouvriers connoiffent 8c emploient différens inftrumens pour le faire ; la croifée, l'empreinte 8c la. bloufe. Toutes trois reçoivent aufli facilement toutes les pièces de vaiffelle, à l’exception de l’écuelle 6c de fon couvercle.
- §. I. Manière de centrer la vaiffelle fur le tour par le moyen de la croifée.
- La croifée (Planche IV. fig. 1 & 2.) eft un cercle de fer joint, lié à fon centre (A) par trois rayons
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- doubles , qui aboutiffent à trois points de fa circonférence, également diftans l’un de l’autre. Entre les deux branches de chacun de ces rayons doubles, coule un crampon B* dont la queue eft percée d’une mortoife pour recevoir une clavette qu’on y enfonce par-derrière les branches, quand on veut fixer le crampon en quelque endroit de la longueur du rayon double. A la tête du crampon on pratique une entaille de trois lignes à peu près de profondeur, mais toujours à égale hauteur de defîus les rayons, qui eux-mêmes doivent être bien dreffés, en forte qu’en tournant ils touchent, s’il eft poiïible, dans toute leur longueur, un plan élevé bien verticalement qu’on en approcheroit. Au centre de cette croifée, par-derrière, elt une queue carrée qui entre, à repère, dans la boîte de l’arbre du tour; celle-ci, ainfi que la queue de la croifée, eft traverfëe d’une mortoife , dans laquelle on enfonce une clavette pour fixer la croifée parfaitement centrique.
- Quand l’Ouvrier veut centrer une pièce de vaifteile fur le tour, par le moyen de la croifée, il prend avec un compas le demi-diamètre de la pièce, en pofe une jambe au centre de la croifée, 6c de l’autre trace fur chaque rayon la ligne jufque fur laquelle il doit defcendre fes crampons, 6c les y fixer. S’il a bien opéré, la pièce doit fe trouver bien centrale, en la faifa’nt entrer jufqu’au fond de l’entaille de chaque crampon , 6c, s’il s’en manquoit quelque chofe qu’elle fût ronde, il feroit tourner la roue par l’homme qui en eft chargé, & préfenteroit au bouge de la pièce la pointe d’un crochet. Les parties trop proches du centre ayant, en tournant, rencontré ce crochet, l’Ouvrier feroit arrêter le tourneur, 6c du côté que la pièce fe trouve marquée en dedans, il éloigneroit du centre le crampon, en le frappant d’un petit coup de marteau, 6c rapprocheroit les crampons oppofés. De cette manière on parvient à fixer la première pièce bien centrale, 6c une fois qu’elle l’eft, on afïujettit bien les crampons, & il n’y a pas à les déranger, tant que les pièces à tourner font de même diamètre.
- La croifée fert particulièrement à monter fur le tour de grands plats & baffins, c’eft pourquoi on lui donne jufqu’à trente 6c même trente-fix pouces.
- §. II. Manière de monter la vaijfelle fur Vempreinte*
- Les ouvrages qui font d’un moindre volume, 8t du diamètre defquels on peut trouver des rouelles de bois, font montés fur le tour par quelques Ouvriers, dans une boîte qu’ils nomment empreinte (dans la Planche, fig. 3 6c ç ). On choifit, pour les faire,du bois fec,comme étant moins fujet à fe déjeter. L’aune, le hêtre, l’orme font fort propres à cet ufage. On en fcie une rouelle de trois ou quatre pouces, plus épaiffe que la pièce qu’on y veut monter n’eft profonde, & on y perce au centre un trou qui furpaffe de quelque chofe la groffeur du mandrin (fig. 4. Voyez le détail du tour, Chapitre X), afin d’y pouvoir loger une boîte ou gaîne d’Etain, en cette manière. On perce, du côté qu’on deftine pour être le derrière de l’empreinte, quatre autres trous plus petits, à égale diftance l’un de l’autre, & à un pouce ou un pouce 6c demi du grand, tenant fa mèche inclinée pour faire rendre ces petits trous dans le grand, à environ un pouce & demi de profondeur. Maintenant, pour former la boîte ou gaîne du mandrin, on met dans le fond du grand trou un peu de fablon humedé, fur lequel on affeoit verticalement le bout du mandrin, en forte que fon collet ou nœud fe trouve élevé au defîus du bois au moins du quart de la longueur de cette partie du mandrin. On entoure l’efpace qu’occupent les trous dont nous avons parlé , d’un grand cercle de terre à pot qui les renferme tous cinq, 6c ayant potayé 6c
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- fait chauffer la partie du mandrin qui doit entief dans le calibre ou empreinte, on le raffeoit fur le fable, 6c tandis que d’une main on le tient bien perpendiculairement au milieu du trou, de l’autre on y coule de l’Etain non chauffé, mais feulement fondu, qui garnit la circonférence du grand trou, embraffe le mandrin, 8c montant jufque fur le bois pour remplir l’efpace enfermé dans le cercle de terre, tombe dans les petits trous pour s’unir à celui qui a rempli le grand. L’Etain étant figé, la gaîne eft finie, 8c alors il doit encore s’en falloir au moins un demi-quart de la longueur de cette partie du mandrin que la gaîne touche au nœud. Quelquefois, lorfquô l’épaiffeur de la rouelle n’eft pas affez forte pour y loger la gaîne, on en élève une fur le derrière de l’empreinte ; 8c pour cela, ayant percé les cinq trous comme ci-deffus, mais beaucoup moins profondé-* ment, il ne s’agit que d’élever 8c de joindre à la place -du cercle de terre, les deux chapes d’un moule de menue poterie, qu’on croit le plus propre à cela. Faute d’un pareil moule, ce qui n’eft pas à fuppofer, on pourra élever en terre un moule de la forme qu’on Voudra donner à Cette gaîne (G, figure 3). On marque un repère fur le mandrin 8c fur la gaîne, afin de faire toujours répondre les mêmes côtés, en montant l’un fur l’autre. On retire le mandrin en frappant d’une main fur l’empreinte, tandis qu’on le tient de l’autre; puis on fait tomber le fable, afin que le bout du mandrin ne trouve point de réfiftance & d’obftacle à s’enfoncer de plus en plus dans fa gaîne, lorfqu’on frappe fur l’empreinte pour la fixer fur le mandrin.
- L’empreinte, ou, pour mieux dire, le morceau de bois deftiné à faire l’erypreinte, étant ainfi garni à fon milieu d’une gaîne, au moyen de laquelle on le puiffe monter fur le tour, on emboîte le mandrin dans l’arbre 6c la gaîne, en faifant répondre les repères. Alors l’Ouvrier commande de tourner, 6c, appuyé fortement fur la barre d’appui, il préfente à la circonférence, 8c fur la face de la rouelle, le bifeau d’un crochet qui Coupe vif, c’eft-à-dire, dont le morfil n’a point été rabattu ni adouci ; ainfi il parvient à la dégauchir, & à la rendre parfaitement ronde. Enfuite il prend avec un compas le demi-diamètre de la pièce, 6c le porte fur la rouelle pour y tracer un cercle ; il prend aufti fes mefures pouf tracer un fécond cercle concentrique au premier, 8c dont la diftance lui indique la largeur du bord, 6c par Conféquent l’endroit d’où il doit partir pour creufer fur la face de la rouelle la forme intérieure de la chape du moule dans lequel la pièce a été coulée. Mais comme le plat ne tiendroit que par intervalle, félon que l’intempérie de l’air influeroit fur le bois, on ouvre là portée de l’empreinte un peu plus qu’il ne faut, en forte que toute la pièce y entre trop aifément pour s’y tenir, 6c on pourvoit aux effets de l’humidité 6c de la fêcherefie, en âjuftant à la circonférence de cette portée, à égale diftance l’un de l’âutre, trois petits Crampons de fer (DDD,fig. f ), auxquels on a fait une petite entaille comme à' ceux de la croifée. On doit pouvoir les approcher ou éloigner du centre de l’empreinte, à l’aide de petites cales, félon le travail du bois. Ces empreintes font le même effet que la croifée, 6c on s’en fert de même ; mais la croifée femble plus commode, parce qu’on y peut monter des pièces de toutes grandeurs, au lieu qu’il faut autant d’empreintes que de pièces différentes à y tourner.
- §. III. Manière de faire la bloufè, & dÿ monter une pièce*
- Il eft une troiftème manière de monter les pièces de vaiffelle fur le tour; c’eft par le moyen de la bloufe* Ce n’eft autre chofe qu’une des pièces à tourner,
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- qu’on centre Sc qu’on attache enfuite fur un tampon 'd’iitain. Ce tampon eft une rouelle d’Etain de quatre à cinq lignes d’épaiffeur, Sc de fix à fept pouces de diamètre : au centre de cette rouelle (fig. 16), on coule line gaine, comme aux empreintes,,pour les monter fur le mandrin, ou, en coulant la rouelle, on lui foude au milieu une queue de fer ou decuivre, pour monter le crampon diredement dans la boîte de l’arbre ; & alors la queue du tampon eft percée d’une mortoife répondante à celle de l’arbre, pour "fixer l’un à l’autre par le moyen d’une clayette. Quand le tampon eft fini, on le monte fur le tour pour le tourner fur fon plan vertical, en applanir bien la furface, ou même la rendre un. peu concave jpour y mieux affeoir la bloufe.
- Pour attacher bien ronde au tampon la pièce de vaifielle qu’il deftine entre toutes les autres de fon efpèce à fervir de bloufe, l’Ouvrier en applique le fond fur la furface verticale du tampon, & l'y retient en mettant fon pouce au centre du plat, & en le ferrant contre le tampon. Î1 commande enfuite de tourner doucement, Sc prenant de la main gauche un crochet, il l’appuie fur la barre du tour, 6c en oppofe le dos aux parties excentriques de la circonférence du plat , 6c les oblige ainfi à rentrer dans le centre de rotation ; Sc lorfque la pièce eft centrée.(alors toute la circonférence de la pièce doit 'toucher en tournant le dos du crochet), il commande d’arrêter, quitte fon crochet pour tenir de la main gauche la.pièce qu’il tenoit avec fa main droite, Sc oe celle-ci prend le fer de cuivre (G) qui chauffe auprès de lui dans un petit fourneau (j) ou chaudron, Sc foude enfemble la bloufe Sc le tampon en trois ou quatre endroits diffère ns, également diftans l’un de Taiitre. Enfuite il dégroffi’t le dedans de fa bloufe, en le tournant groffièrement. Il centre enfuite un autre plat ou affiette fur la bloufe, de la même ‘manière qu’il a centrée celle-ci fur le tampon , puis les ayant attachés enfemble par trois gouttes fur la «circonférence, il les tourne de la manière qui fuit.
- .§. IV. Manière de tourner.
- L’Ouvrier (fig. 8 ), debout devant fon tour, Sc un peu incliné, prend un ciochet carré (bas de la flanche, fig. ip ), dont l’angle gauche eft abattu Sc arrondi, en met le manche fous le bras gauche, Sc le tient , de la main du même bras , appuyé 'fortement fur la barre d’appui ; de l’autre main il empoigne la planche du crochet, & la ferrant entre fes doigts Sc le pouce, pour raffermir & l’empêcher de rider, il préfente au bouge de la 'pièce le bileau de la partie demi-ronde de fon crochet, 6c en ôte deux ratures, allant & revenant de là vive-arête du bouge à la circonférence du 'fond, Sc de la circonférence du fond à la vive-arête du bouge, puis de la circonférence du fond au Centré, Sc dû centré à la circonférence. Un bon Ouvrier obferve , en tirant ce fécond trait, de donner moins de vîteffe à fon crochet, afin de croifer 6c d’adoucir le premier ; Sc pour éviter plus furement fur le fond une efpèce de ridure, que les Ouvriers appellent Soleil, il ne fait jamais revenir fon crochet par la ligne qu’il lui a fait fiiivre en allant ; je veux dire, que lui ayant fait décrire le rayon a b, en le menant de la circonférence au centre, il le pouffe au delà du centre, & lui fait décrire l’autre rayon b c. Il enlève pareillement deux ratures de deffus la marly, 6c finit d’ébaucher ainfi fon plat avec ce crochet, qui eft pour cela nommé ébauchoir, 6c dont on fe fort tel qu’il fort de deffus la meule.
- Cela fait, il quitte fon ébauchoir, 6c prend un fécond crochet fait de même, mais dont le tranchant a été adouci à la pierre à l’fiuile, & le bifeau poli
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- fur-la joliette ( on fait que c’eft un cuir fur ïequét il y a un peu de potée d’Etain ; les uns la fixent fur un coin de la poupée ; d’autres,dans un endroit qui leur lemble plus commode). Il paffe ce fécond outil, qui s’appelle .plane, fur toute la furface de la pièce, mais leulement une fois fans revenir, Sc fait un trait doux Sc brillant. Il change encore d’outil pour prendre un bruniffoir (Planche III, fig. 35); c’eft une plaque d’acier, de deux à trois lignes d’épaiffeur, recourbée en bec de corbin, fans bifeau, & au contraire arrondi fur fon épaiflèur, & bien poli; fon manche a environ deux pieds ou deux pieds Sc demi de long. Pour s’en fervir, l’Ouvrier change de pofition; il le met plus en face de la pièce, Sc empoignant de la main gauche le manche du bruniffoir avec la barre d’appui , il le prend plus haut avec fa main droite, en fait palier le bout fous fon bras droit, Sc le tient ferré contre fon côté. Dans cette pofition, & ayant préalablement humecté la pièce avec de l’eau de favon, à l’aide d’un patouillet qui trempe dans un vafe (L) pendant au coin du fupport, l’Ouvrier appuie la partie polie de fon bruniffoir lur le bord du plat, Sc, inclinant fon corps , il fait monter le bruniffoir jufqu’à la vive-arête du bouge, & brunit ainfi la marly. Il humeéte encore d’eau de favon le bouge Sc le fond de fon plat, Sc y pâlie le bruniffoir ; s’il trouve fon plat trop fec, lorfque fe bouge eft bruni, il le rhumeéte encore pour pouffer fon bruniffoir jufqu’au centre. Il retourne fon bruniffoir pour le ramener du centre à la circonférence, en humedant le plat autant de fois qu’il le fentira néceffaire. *
- Il eft à remarquer ici, & c’eft une fuite de ce qui eft enfeigné aux principes généraux du tour, Chap. X, fur la pofition relative des outils &de la pièce ; il eft* dis-je, à remarquer que le plan du bruniffoir doit faire avec le plat, dans tous les points de fa courfe* un angle aigu vers le point auquel on le conduit» G’eft pour cela qu’en le faifant fur le bouge, l’Ouvrier doit tourner fon bruniffoir, à mefure qu’il avance, jufqu’à ce qu’il foit arrivé à la naiffance du fond , en parcourant lequel, il conferve toujours à fon bruniffoir la même inclinaifon, parce que les points de la furface de cette partie font tous dans la même diredion : c’eft encore cela qui-m’a fait dire qu’il retüurnoit fon brunifloir pour le ramener du centre à la circonférence. Mais revenons.
- Après avoir bruni fon plat, l’Ouvrier prend un linge pour l’effuyer pendant qu’il tourne toujours; enfuite il pofe le linge, Sc avec le doigt du milieu de fa main droite, il ôte un bleu qui refte fur la pièce après l’avoir effuyée, ce qu’il fait en faifant décrire à ce doigt un rayon du centre à la circonférence. Mais Cette opération eft inutile à l’égard des pièces qu’on veut foumettre à la forge ou au planage, Sc alors on la néglige. Refte maintenant à tourner les filets ou moulure du bord ; de, pour le faire, l’Ouvrier prend un crochet pointu, Sc le conduit dans les différentes moulures qui terminent le bord du plat.
- L’Ouvrier en remonte une autre fur le tour, non pas fur la bloufe, mais fur le plat qu’il vient de tourner, 8c celui-ci fini, il en centre un troifième, Sc même davantage encore, fi le poids de chaque pièce en particulier n’eft pas trop grand. En un mot, lorfque le paquet pèfe environ douze livres, il ceffe d’y «jouter de nouvelles pièces, Sc il le démonte de deffus le tour, en coupant avec un couteau, fur lequel il frappe quelques coups de marteau, les trois gouttes qui le tiennent attaché à la bloufe : il fait tourner pour abattre avec fon crochet la moitié des gouttes qui eft reftée à la bloufe, Sc continue à y monter Sc tourner, comme il vient d’être décrit, le dedans des plats de même diamètre qui lui relient à tourner.
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- Loffqüe la dernière pièce du dernier paquet eft en conféquence avoir jufle le diamètrê îmérfëuf dtf tournée en dedans, que celui-ci eft détache de fa cette meme partie dans le plat ; le relie doit être bloufe, & qu’on a abattu les gouttes qui y font plus petit 8c plus plan L’Ouvrier monte donc fort reliées, il fe met en devoir de les tourner en deffous* plat fur ce calibre, & pour l’y retenir, il attache à Pour cela il retourne, centre Rattache fens devant Ion genou une genouillère d’Etain (7), & mettant derrière fon paquet fur la bloufe, de la manière fon pied fur le banc du tour contre la femelle du qu’il a centré & attaché les plats l’un après l’autre fupport (H), il incline la jambe pour appuyer au pour les tourner en dedans ; puis, dans la même centre du plat le petit bouton (A) de cuivre bien, pofition, & fans changer d’outils, il tourne le deffous poli de la genouillère; par ce moyen il a les deux comme il a fait du dedans, en fe fervant des trois mains libres pour rajèr les bords de fon plat ; il côtés de fes crochets, fuivant l’exigence, & les appuie de fa main gauche fon crochet fur la barre détache l’un après l’autre avec la lame du couteau, & fur fon épaule, & de la droite il prend la planche à mefure qu’ils font tournés. ’ de fort outil pour le conduire. Sans bouger de fa
- Enfin il ne refte plus qu’à abattre fur le tour une pofition, ni même quitter fon crochet qu’il garde partie des trois gouttes qui tenoient les plats attachés à fa main gauche, il prend 8c repofe alternativement î’un à l’autre, & c’eft par où l’on finit lorfque toutes fes plats, qu’il a pour cela mis à la portée de fa main les pièces font tournées. L’Ouvrier commence par droite. L’Ouvrier fe confirait lui-même la genouillère couper avec la pointe d’un crochet une rouelle du dont je viens de parler 5 il la prend dans un bas de fond de la bloufe, au deffous de l’endroit où elle efl peau ou autre cliofe de forme à bien emboîter fon attachée au tampon, afin que le fond des plats genou, y fonde un bouton en cuivre, & y met deux tournés qu’il remet dans la bloufe pour cette cordons (BB) pour fe l’attacher au genou, opération, ne trouvent pas à quoi le froiiler ; On doit fe fouvenir que dans cette defeription, enfuite il pofe un des plats dans la bloufe, & l’y du tour de la vaiffelle, j’ai excepté i’écuelle Ôc fon tient en le preffant contre elle avec fon pouce droit couvercle ; tous deux ne fe montent en effet fur le qu’il met au centre ; il fait tourner moins vite, tour que dans une empreinte pour le dedans, Ôc 8c prenant de la main gauche un crochet pointu fur un calibre pour le delïus. Il faut, en creufant plus mince, il l’appuie légèrement fur la barre & fur l’empreinte 8c en formant le calibre, faire en forte ion épaule, en préfente le bifeau à la circonférence que I’écuelle n’entre dans celle-là, & celui-ci dans du plat, & le fait tourner autour du bord; il lâche I’écuelle, que des trois quarts de fa hauteur, afin enfuite le pouce, ôc reçoit le plat dans fa main : que fes oreilles ne touchent jamais l’empreinte, 8c îl en fait autant aux autres. que le calibre de fon côté ne puiffe toucher le fond
- Ï1 y a dans la vaiffelle des jattes 8c des baffins de I’écuelle. Quant a l’empreinte du couvercle, c’eifc affez creux pour que les crochets ne puiffent pas autre chofe; la forme eft toujours telle qu’il ne peut atteindre au fond ; alors, après avoir tourné avec tenir dans fon empreinte que par fa circonférence, ces crochets toute la partie du bouge qu’ils peuvent ainfi que les plats & affiettes, & en conféquence il toucher, on tourne le refte avec un grattoir de la doit y entrer tout entier, à l’exception pourtant de forme de celui qui efl repréfenté par la figure 33 la dent (*) qui doit furpaffer les bords de l’empreinte, de la Planche III, 8c dont on fe fert comme du Cette empreinte eft exactement la chape du moule, bruniffoir, duquel, comme on voit, il ne diffère comme celle des plats & affiettes (fig. 5- ) ; elle porte que par le bifeau. Quelques Ouvriers, au lieu du corrime elle trois crampons de fer ou d’Etain pour crochet appelé plane, paffent fur le fond du plat, parer au travail du bois; 8c entre deux de ces cram-avant de le brunir, une efpèce de grattoir fous bras, pons perpendiculairement au deffous du troifième, fait en forme de pique : je dis une efpèce de grattoir on a pratiqué une coche (a,fig.î 3 & 5) qui fert à ôter fous bras ; il différé en effet des grattoirs fous bras, la pièce de dedans fon empreinte par le moyen d’un proprement dits, en ce que les bifeaux font formés petit levier, dont on fait entrer par là le bout fous des deux cô*tés fur le même plan de la lame, afin les bords de la pièce. Le couvercle, quand on le que les deux tranchans fe trouvent fur l’autre plan, tourne en deffus,ne tient fur fon calibre (iq) quépar On fentira la raifon de cette différence, en retournant l’intérieur de fa dent, feùle partie du couvercle qui ce grattoir pour le ramener du centre à la circonfé- foit cylindrique,ou du moins de très-peu de dépouille* ïence du fond, comme on le fait du bruniffoir. Pour centrer I’écuelle dans fon empreinte, l’Ouvrier
- Ce que je viens de décrire de la manière de fait tourner, & tenant de fa fhain gauche une batte tourner la vaiffelle, doit s’appliquer pareillement de bois (fig. 10) qu’il appuie fur la barre, il y adante à l’ufage de la croifée ôc de l’empreinte. Ces deux une écuelle,la place verticalement dans l’empreinte, Inftrumens ne font que changer la manière de 8c l’y retient avec fa batte placée elle-même monter 8c fixer la pièce fur le tour. Pour la tourner, verticalement au devant de i’écuelle : de la main tant en dedans qu’en deffus, il fuffit de la faire droite il prend un marteau, 8c en frappe quelques entrer dans les entailles des trois crampons, 8c coups fur le milieu de la batte, ce qui fait entrer lorfqu’elle eft tournée , il la faut ôter pour en 8c tenir I’écuelle dans fon empreinte. Après avoiir remonter une autre. Mais les crampons, dans ces tourné une partie de I’écuelle, on eft obligé, pour deux inftrumens, empêchent de tourner en entier tourner le fond, de prendre le grattoir (fig. 3 3 ,P1. Illff le filet en deffus , 8c le bord en deffous. C’eft S’il s’agit de monter I’écuelle fur fon calibre pour là pourquoi l’Ouvrier, après avoir fini de tourner tourner en deffous, l’Ouvrier en met une fur là fes plats fans en avoir tourné les bords, fubftitue paume de fa main, & tandis que le calibre tourne, à fon empreinte ou croifée un calibre (Pl.lV, fig.6), il la met deffus ; fi elle tourne bien rond, il l’enfoncé Ce n’eft autre chofe qu’une rouelle de bois, garnie d’abord avec fa main , puis prend la batte qu’il comme l’empreinte d’une gaîne d’Etain, qui emboîte applique contre le fond, & fur laquelle ii frappe le mandrin. Tout calibre efl convexe, au lieu pour la faire tenir mieux; fi elle n’eft pas ronde, qu’une empreinte eft creufe ; il préfente à peu près il prend de la main gauche un bruniffoir, 8c tandis la forme du noyau, au lieu qu’elle préfente celle que de la main droite il tient fes doigts au fond de de la chape. Ici, pour ne point frayer la pièce I’écuelle, il en oppofe îe bout fur l’épaiffeur du qui eft tournée, il ne faut pas que Ge calibre la bord devant les oreilles, & force ainfi les partiel touche ailleurs qu’en dedans du bouge, tout proche excentriques à rentrer dans leur centre. Alors il fait de la vive-arête : cette partie (a) feule du calibre doit tenir fon écuelle. C’eft aufli de cette manière qu’il
- (*) C’eft ainfi que nous appelons le cercle qu’un couyercle porte fous fon bord, & qui entre dans 1 ecnelle o.u autre pièce qu’il couvre.
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- «centre 6c fait tenir le couvercle fur fon calibre. Lorfque ce couvercle porte quelque ornement, quelque deffein d’ent-relas en relief , on paffe légèrement le crochet fur cette partie, puis le bruniiToir, ce qui brunit les parties baillantes, tandis que le fond relie mat. Pour retirer l’écuelle de dedans fon emp.teinte 'Ou de deffus fon calibre, l’Ouvrier fait ordinairement arrêter ; pour faire i’ortir le couvercle de dedans fon empreinte, il le faut néceffairement ; mais pour l’ôter de deffus fon calibre, l’Ouvrier prend de la main gauche un bruniffoir, de le pouffe fortement fous le bord du couvercle qu’il reçoit dans fa main droite.
- Ici la vaiffelle pourTôit être regardée comme finie , 6c prête à entrer dans le magafin ; mais on fait que c’eft prefque une néceftké de forger 8c d’écrouir les métaux, tant cette opération leur donne de corps 8c d’avantage pour le fervice domeftique : d’ailleurs, un article des Réglemens du Potier d’Etain lui détend de mettre en vente aucune pièce de vaiffelle qui n’ait été forgée. On a même autrefois forgé la poterie 8c quelques pièces de menuiferie , & c’eft ce qui m’a fait transférer à la fin du travail ordinaire, le Chapitre où je traite de la forge 8c planage des métaux.
- ARTICLE QUATRIÈME.
- JDe la fabrique des pièces excentriques & de rapport dépendantes du Vaijfellier.
- Parmi les pièces que le Vaiffeliier exécute, outre les plats , jattes , affiettes , écuelles qui viennent tout d’une pièce , & fe peuvent finir fur le tour, il y en à d’autres qui viennent de même tout d’une pièce, mais qui ne font pas rondes ; d’autres, qui font bien rondes, mais de qplufîeurs pièces Rapportées 8c unies par la foudure ; d’autres enfin, qui tout à la fois ne font ni rondes, ni d’une feule .pièce : c’eft leur fabrication qui va nous occuper dans cet Article.
- Les pièces que le moule forme toutes-entières, mais qui ne font pas rondes, font les plats ovales unis ou à contours, les jattes 8c compotiers, quelques formes qu’ils ayent d’ailleurs. Toutes ces pièces fe jettent en moule comme tout autre ouvrage de vaiffelle ; elles paffent aufli fucceftivement1 du fourneau à l’établi, où elles font épillées, reverchées 6c apprêtées ; mais ne pouvant fe fervir du tour pour les réparer, on eft obligé de le faire à la main; ou du moins la difficulté qu’on éprouve à fe procurer des tours propres à cet effet, 8c celle de monter la pièce dans les contours correfpondans de la rofette , fait que la plupart des Ouvriers préfèrent l’opération fuivante.
- L’Ouvrier (Planche III, fig. 6) ayant le plat ou autre pièce fur fes genoux, prend pour le fond 6c le bord jufqu’à la marly, ainfi que pour tout le deffous, prend, dis-je, un grattoir fous bras (32), dent la lame (m), en forme de pique, a deux bifeaux, un de chaque côté, 6c fur chaque plan de la lame du côté droit, afin que le tranchant fe trouve du côté gauche, parce qu’il ne doit couper qu’en étant pouffé de droite à gauche. Il paffe 6c ferre ce grattoir fous fon bras gauche, tient 6c dirige la pièce de la même main, 6c de l’autre, empoignant le grattoir au deffus de la lame, il l’incline en devant, afin de le faire mordre davantage, 8c gratte en pouffant, comme j’ai dit, de droite à gauche. Il obferve de commencer à pouffer fes traits dans une direffion qui faffe angle avec l’axe du plat; il croife ce premier trait par un fécond, & ce fécond par un troifième,& s’approchant de plus en plus de la parallèle, & enfin il mène fon bruniffoir tout-à-fait parallèlement à cet axe. Il en fait de même fur toutes les parties de la pièce, en changeant de grattoir 6c de bruniffoir , félon que
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- l’exige le profil des parties aéluellement à réparer* Ainfi il fe fert pour les bouges de grattoirs 6c bruniffoir s ronds (34), ou feulement arrondis fur un de fes angles (33); car, en général, le bruniffoir ne diffère du grattoir, qu’en ee que celui-ci a un bifeau pour couper, 6c que l’autre eft arrondi ftir fon épaiffeur, 6c parfaitement poli. Il faut brunir tout de fuite après le dernier trait du grattoir, avant que les parties grattées ayent pu s’engraiffer par l’attouchement des doigts, fur-tout s’ils font en fueur, ou de quelque autre chofe que ce foit. C’eft pourquoi fi, pour pouffer le dernier trait de grattoir fur une partie de la pièce, il falloir la tenit par une partie déjà prête à brunir, il vaudroit mieux quitter Ion grattoir pour la brunir.
- L’opération du réparage en général exige beaucoup d'attention 6c d’ufage, quand on veut la bien faire,
- & alors les traits du grattoir doivent êtie entièrement effacés. Ceux qui s’acquittent de cette partie de notre Art avec le plus d’adreffe 3c de précifion, font, fans contredit, les Ouvriers des Pays-Bas, d’Allemagne, &c. Souvent les ouvrages qui fortent de leurs mains fe font remarquer par-defîus ceux qu’on a finis fur le tour. La coutume de ce pays mérite tous nos éloges ; les pièces qui s’y fabriquent, tant pour l’ufage domeftique que pour les ouvrages d’Ëglife,font remplies de reliefs, côtes, contours,&c. efpèces d’ornemens d’un travail très-long, 6c qu’ils pouffent jufqu’à la perfedion.
- Les pièces dépendantes du Vaiffeliier, 6c qui fe font de plufieurs pièces de rapport, font les réchauds à l’eau, ronds ou ovales ( fig. 8,28 6c 29 ), les forbetières (15), les fromagers (19 & 20), les moules de poires (22, 23), d’abricots (24, 2j), de pêches (26, 27), &c. pour faire des defferts ; mais la perfedion de ces moules dépend entièrement de l’adreffe du Modeleur; c’eft pourquoi j’ai trouvé plus à propos d’en traiter dans ma troifième Partie ; & il ne fera queftion ici que des réchauds,iorbetières, 6c fromagers.
- Les réchauds à l’eau, ronds ou ovales, ne font autre chofe qu’un plat double, ou plutôt deux plats l’un fur l’autre, féparés par un cercle d’Etain plus ou moins haut, fuivant que l’on veut donner de capacité au vide intérieur : on l’emplit d 'eau chaude par une petite trappe (B,E,G) qu’on a ménagée fur le bord du plat de deffus, 8c à l’aide de petites boucles (AA), on les transporte fur la table pour y recevoir les plats 6c les entretenir chauds. On les fait de deux manières, ou avec un moule particulier, qui rend le plat de deffous tout garni de fon cercle (ainfi que le repréfente la fig.7 ), Ôc auquel II n’y a qu’à fouder le plat de deffus : ou, & c’eft la manière la plus ufitée, en prenant deux plats, dont on a coupé ou applati le filet, 6c auxquels on foude un cercle. Le détail où je vais entrer fur cette fécondé manière, mettra mieux à la portée d’apprécier le travail que le moule peut faire éviter.
- Ayant donc coupé ou applati le bord de fes plats, il coupe fur une plaque d’Etain, dont on voit le moule repréfenté par les fig. 13 & 14 de la Planche II, des bandes égales en longueur à la circonférence des plats, c’eft-à-dire, à trois diamètres, 6c à peu près de la largeur d’un pouce, hauteur ordinaire du vide intérieur de ces réchauds. II chantourne cette bande pour en former un cercle, il en attache enfemble les extrémités, puis les foude tout-à-fait, en mettant fon drapeau deffous pour retenir l’Etain qui fond fous le fer, ainfi qu’on le fait pour revercher , après avoir apprêté cette foudure, il monte ce cercle fur un calibre pour le tourner fur fon épaiffeur des deux côtés, afin de le rendre par-tout d’égale hauteur. Cette opération étant finie, on place le cercle fur la circonférence du plat de deffous, 6c on les attache légèrement
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- Fun à l’autre par trois ou quatre endroits. Maintenant, pour les fouder, l’Ouvrier garnit l’intérieur de ce cercle d’une bande de feutre de même largeur, & au moins aufti longue, afin qu’il faille la faire rentrer un peu en ellermême, pour que fies deux extrémités ne faffent que fe joindre, 6c que fie fervant mutuellement d’appui, la bande fe tienne d’elle-même appliquée aux parois intérieures. Il tient enfuite fon plat (car je ne puis encore dire un réchaud) élevé verticalement fur fies genoux ; puis prenant de fa main droite un peu d’Etain tondu dans une petite cuiller, il en coule un petit cordon fur toute la circonférence de l’endroit à fouder, en faifant tourner le plat de fia main gauche pour amener fous la cuiller les parties qui n’ont pas encore reçu d’Etain : ce petit cordon va lui fervir de foudure. En effet, tenant toujours fon plat dans îa même pofition, 6c après avoir paffé un bâton de fiuif fur le cordon, pour faciliter la fufion de l’Etain, il prend fon fer, & diffout en même temps avec la carre, la foudure, le cercle & les bords du plat fervant de fond, tandis que de l’autre main il fait venir fous le fer les parties à fouder , à mefure que les précédentes font diffoutes. La pièce en eft à ce point d’avancement, lorfqu’elle a été conffruite dans un moule particulier ; & voilà les opérations que le défaut d’un pareil moule -occafionne de furcroît : il n’y a rien de "différent dans le refte du travail.
- Il s’agit maintenant de fouder au même cercle le plat de deffus; mais il faut avant tout y ajufter fur le bord une trappe carrée, qui fiert à fermer l’ouverture par où on met l’eau. Cette trappe (G, fig, 13) efl à peu près carrée, & fa longueur, au fortir de fon moule F, doit être au moins égale à la largeur des bords ; elle porte par-deffous un petit talon qui eft percé pour paffer une goupille; l’Ouvrier prend cette trappe, la râpe des deux côtés bien d’équerre, enfuite la pofe fur l’endroit du bord où il veut la placer, & marque avec une pointe à tracer la partie du bord qu’il faut couper pour y mettre la trappe. Pour lors il prend fon fer, 6c en diffout lâ plus groffe partie, puis, avec la râpe, il atteint les lignes qu’il a tracées. Enfuite il ajufte bien fa trappe, & la fixe en dedans, en foudant au bord du plat, proche de la vive-arête du bouge, les deux extrémités de la goupille qui traverfe la trappe. Il donne par-deffous, fi befoin efl, un coup d’écouenne fur la trappe, pour rafer les parties qui pourroient excéder l’épaiffeur du plat. Il attache le plat fur le cercle, en obfervant de mettre l’ouverture de la trappe à l’endroit où les deux bouts de la bande de feutre fe joignent, afin de pouvoir la tirer par cette ouverture lorfque le réchaud fera fini, ôc il foude ce fécond plat au cercle, entièrement de même qu’il l’a fait pour celui du fond. Cette opération faite, l’Ouvrier ferme la trappe, & met fon réchaud fur la blouje pour le tourner de toute part.
- Pour finir les réchauds, il refte à mettre deux petites boucles pour les tranfporter ; d’abord on a un moule de tenon à charnière (fig. 11); ce moule eft de deux pièces, 6c traverfé d’une broche qui fait le trou dans le tenon. On applique ce moule fur le milieu, ou à peu près de la largeur du cercle, & on y coule de l’Etain affez chaud pour fondre la partie de ce cercle fur laquelle il tombe, 6c s’y étoffer. L’Etain étant figé, on retire la broche, on déchape le moule, 6c le tenon (E) refte ainfi tout attaché au réchaud. On en fait autant au point diamétralement oppofé du même cercle. Avant cette opération, l’Ouvrier n’avoir pas encore tiré la bande de feutre de dedans le réchaud, parce qu’elle lui fert encore ici à retenir la partie du cercle qui doit fe fondre en coulant le tenon : c’eft pourquoi on a ordinairement autant de bandes de feutre que de réchauds à faire, afin de ne pas être obligé d’attendre qu’un réchaud
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- foit fini pour commencer l’autre. Les boucles (C) fe jettent dans un moule particulier (9 & 10), auquel fert la même broche de fer, pour faire également un trou à l’extrémité de chaque branche. Après avoir épillé ces boucles, on les apprête, 6c on les répare à la main avec des grattoirs Ôc bruniftoirs fous bras ; on les ajufte enfuite à leur tenon ; on traverfe le tout d’une goupille de laiton, qu’on cache en la foudant des depx bouts à la boucle. Enfin on arrondit à la râpe, fur le tenon même, les deux extrémités de la boucle ; on gratte 6c brunit ce tenon à la lame & au brunifloir à deux mains, 6c le réchaud eft alors entièrement fini. S’ils font ovales, on les répare à la main comme les plats de cette figure.
- La forbetière (fig. 15) eft un cylindre d’Etain, garni d’un fond concave Ôc portant un couvercle muni d’une poignée. Ces fortes d’uftenfiles n’ont point de grandeur déterminée, on les fait fur les mefunes données. L’Ouvrier trace fur une plaque d’Etain le re&angle du développement du cylindre demandé (Voyez PI.XVII, fig.9), puis à l’aide des forces (30) ou d’un crochet pointu qu’il tire le long de la règle, ou enfin du fer de cuivre, il coupe ôc lève de deffus la plaque le développement de fa forbetière; mais les Ouvriers de notre Art font plus dans l’ufage de fe fervir du crochet 6c du fer, fauf à râper les inégalités que le fer laiffe, pour mettre cette petite plaque parfaitement d’équerre. L’Ouvrier la roule enfuite fur un rouleau de bois (16), en frappant deffus avec un maillet ( 17 ), 6c lorfque les deux bouts fe joignent dans toute leur longueur, il pofe fur ce rouleau une bande de feutre, fur laquelle il fait porter la jointure, & les attache par trois ou quatre gouttes dans la longueur. Enfuite il prend un peu d’Etain fondu, dans une petite cuiller, 6c en coule, fur la ligne de jointure, un filet qui lui fert de foudure. Après l’avoir foudé, il paffe'fon fer tout le long, afin de la dégroflïr 6c n’avoir pas tant d’Etain à emporter, à l’écouenne; enfuite il l’apprête, puis il repaffe le tube fur le rouleau, & l’arrondit bien en frappant defifus régulièrement en tout fens. Lorf-qu’un Ouvrier s’eft rendu, par la pratique, ce travail familier , il s’en faut peu que fes ouvrages ne tournent aufti rondement que ceux qui fe font dans les moules; aufti eft-ce pour les monter fur le tour qu’on prend la peine de les fi bien arrondir. On l’y monte fur un calibre pour l’ébaucher, tant en dedans qu’en deffus , en fuivant la pratique du tour de la poterie. Après avoir ébauché ce tube, on lui fait un fond ; ce fond devant être concave, on,coupe, pour le faire, une rouelle, dont on tient le diamètre un pouce plus grand que celui du tube, on emboutit cette rouelle fur le tas à forger, jufqu’à la circonférence du cercle tracé du diamètre du tube ; le refte fe rétreint 6c fert de foudure. On attache ôc foude ce fond au tube , après avoir garni celui-ci intérieurement d’une, bande de feutre comme aux réchauds. Quantau couvercle, il fe fait d’abord d’une rouelle pfate’ pour le deffus, 6c d’une bande dont on a fait un cercle 6c qu’on lui foude. On le pafte enfuite au tour fur un calibre, ainfi que la forbetière , pour les y finir, Sc on revient mettre une poignée à ce couvercle. Cette poignée fe fait de trois pièces , c’eft-à-dire, de trois morceaux de tubes d’un pouce de diamètre, coupés de biais, en forte que, rejoints dans un autre fens, il faffe une double équerre; 6c alors, pour parler plus géométriquement , le plan de la fection doit faire, avec l’axe du tube, un angle de 4Ç degrés. On foude ces trois morceaux de tuyaux en deux endroits HH, avec le fer de cuivre ( 5 ), après l’avoir empli de fon bien foulé. On prend ordinairement ces tubes dans des feringues de ce diamètre, ou dans des bâtons de feringue ordinaire ; mais ceux qui n’ont point de ces moules font obligés de les faire avec
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- des plaques cTÈtain. Pour fouder maintenant cette poignée fuj le couvercle , on le fait aYétoffure^ 'en cette manière : On garnit d’abord intérieurement, d’une petite bande de feutre ou de carton , qui y doit relier, les deux pieds de la poignée ; on la pofe fur le couvercle , dans lafituation qu’elle doij: garder, & on l’y attache par quelques gouttés d’Etain, enfuite on l’entoure en dehors de terre à pot bien battue, que l’on pofe fur le couvercle à quelque diftance de la poignée; on pratique un petit canal à ce petit cercle de terre , & on le prolonge au delà de la circonférence du couvercle, par le moyen d’une carte pliée que l’on enfonce dans la terre. Enfin l’Ouvrief, tenant fur fes genoux fa baffine à épiller, applique fon drapeau garni de fable, fous l’endroit à fonder, en dedans du couvercle, Sc de fa main gauche tient le tout ainfi difpofé au deffus de fa badine; alors il prend une cuillerée d’Etain affez chaud, en verfe dans l’efpace entouré par le cercle de terre, jufqu’à ce qu’il voie que celui qu’il y coule ait bien fondu la poignée Sc le couvercle, Sc pendant cette opération l’Etain fuperflu fe décharge dans la baffine par le canal. Enfin on en fait autant à l’autre pied de la poignée, on épille, apprête Sc répare cette foudure, & la forbetière eft finie : obfervez que le couvercle doit ferrer fa forbetière , afin qu’il ne s’en fépare pas par le mouvement circulaire qu’on lui fait faire dans la glace.
- Quant aux fromagers, il s’en fait de plufieurs formes & fur les deffeins donnés ; mais le plus ordinairement ils font ronds, à cannelures convexes (19), ou ils ont la figure d’un cœur (20). Tous font au *refte compofés de deux plaques, dont l’une fait le fond du fromager, l’autre le defius du couvercle, Sc de deux bandes d’Etain, dont une n’a que le tiers de la largeur de l’autre ; celle-ci eft foudée au fond du fromager, Sc en forme les côtés ; celle-là eft foudée à l’autre plaque & fait le tour du couvercle; mais la variété des contours dont ces ouvrages font fufceptibles, oblige à de petites opérations particulières. S’il s’agiffoit, par exemple, de conftruire ün fromager cannelé, comme celui qui eft repréfenté par la fig. 19, l’Ouvrier commencerait par tracer les deux rouelles de la manière fuivante : il décrirait d’abord un cercle du diamètre donné, puis un fécond plus petit, concentrique au premier, & d’autant plus petit que l’on veut faire les côtes plus profondes : il diviferoit ce cercle en autant de parties égaies qü’il voudroit faire de côtes, décriroit les petits arcs de circonférence de cercle qui doivent en marquer le contour, Sc le découperait, foit avec des cifailles, foit avec le fer à fouder. Enfuite il mefureroit la longueur d’un de ces arcs, Sc la porterait fur les bandes des côtés, tant du fromager que du couvercle, autant de fois qu’il y a de côtes tracées fur les fonds, afin de fixer la longueur de ces bandes ; il tireroit avec un équerre, par chacun de ces points, des lignes parallèles entre elles, Sc perpendiculaires aux deux côtés des bandes, lesquelles marquent les angles de la cannelure ; enfuite, ayant attaché enfemble ces deux bandes, la grande fur la petite, par une goutte d’Etain à chaque 'extrémité, il tourneroit ces deux bandes fur la bigorne ou petit rouleau de bois, Sc il en formerait les côtes Sc les angles : mais comme ici ces angles font fort aigus, Sc que l’Etain a toujours une certaine épaiffeur, il pourroit arriver que ces angles ne fe formaffent pas aifément; pour y parer, l’Ouvrier prendroit un crochet pointu, Sc au fieu de ne faire que tracer des lignes à l’endroit de ces angles, il creuferoit ces lignes jufqu’à la moitié de l’épaiffeur des bandes ; mais alors il ferait obligé de paffer un peu de foudure dans chaque angle. L’Ouvrier ayant tourné enfemble ces deux bandes ,
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- couperait les gouttes qui les attachoient l’une à l’autre, Sc les attacheroit chacune à leur fond. Relie à les fouder, mais non pas de la manière dont nous nous fommes fervis jufqu’à préfent ; cette manière laiffe une foudure trop groffe Sc trop brute pour des pièces comme celles-là, Sc emploierait pour la réparer un temps confidérable, que l’on s’évite de perdre par une autre manière d’opérer. On fait que l’alliage d’une fubftance métallique quelconque à un métal, rend toujours celui-ci plus fufible; mais les demi-métaux en particulier rempliffent cet effet dans un degré éminent. C’eft en conféquence de ce principe quagiffent, non feulement les Potiers d’Etain, mais encore tous les Ouvriers en métaux (excepté le fer), lorfqu’ils foudent deux pièces de leur métal, par le moyen d’un compofé plus fufible; mais celui des premiers, ainfi que celui des Artiftes qui finiffent les ouvrages de cuivre, ont du moins fur les autres cet avantage, qu’ils n’altèrent aucunement la valeur du métal par l’addition d’un moindre. Cette foudure eft pour nous l’alliage feul du bifmuth en différentes dofes, dont j’ai donné les recettes à l’article du paillon. Les Artiftes qui fe piquent de bien faire, n’emploient que celle-là, abandonnant l’ancienne où il entroit du plomb. Pour s’en fervir, il faut la réduire en feuilles, encore plus défiées que le paillon, ou mieux, en grains extrêmement fins. Alexis, Piémontois, nous enfeigne une manière de le faire avec autant de facilité que de promptitude. Son procédé, tout fimple qu’il eft, remplit en effet fon objet ; Lémery l’a indiqué dans fon Cours de Chimie. Jete^, dit-il, votre Etain fondu dans une boîte de bois , ronde , cowre\-la & ferme^-la, bien 3 & l'agite^ aujji-tôt jufquà ce que VEtain foit refroidi, & vous le trouverez réduit en poudre , c’eft-à-dire, en grains extrêmement ténus Sc déliés. Mais nous prenons tout uniment une febille de bois bien propre ; nous y mettons notre compofé fondu , Sc lorfqu’il commence à fe figer, nous le triturons fortement avec un pilon auffi de bois ; tout étant refroidi, nous, le panons au tamis de crin, pour en retirer les grains qui font trop gros.
- L’Ouvrier, après avoir attaché enfemble le fond & les côtés du fromager Sc de fon couvercle, enduit en dedans le contour du fond, à une ligne ou deux près du cercle ou parois latérale, d’une couche d’ocre ou de blanc d’Efpagne délayé dans l’eau, pour empêcher la foudure de s’extravafer en large, puis il paffe légèrement à froid, auffi intérieurement, le long de l’endroit à fouder, un petit bâton de réfine. Enfin il y feme de la foudure, tient la pièce au deffus d’un brafier, &lorfque cette foudure commence à fe fondre, il l’étend & la conduit également tout autour du fond. Elle pénètre parfaitement, Sc n’exige aucun travail ultérieur. Si elle paraît, ce n’eft que pour former un petit filet blanc qui n’eft: point défagréable. C’eft pourquoi, après avoir trace Sc découpé les fonds, Sc taillé les bandes, le réparage eft l’opération qui doit fuivre immédiatement.
- On finit par mettre une anfe ou poignée au couvercle du fromager. Si c’eft un anneau, on coule d’abord un tenon au centre du couvercle, Sc ce, dans un moule de deux pièces feulement, que l’on applique fur la pièce portée par le drapeau. En-fuite , ayant jeté en particulier des anneaux dans un moule de deux pièces, on en coupe un, on l’ouvre pour le paffer dans le tenon, Sc on foude les deux parties qu’on a coupées. Pour les anfes Sc poignées de toute autre façon, on a des moules qu’on applique fur le couvercle, Sc dans lequel on coule de l’Etain affez chaud pour s’attacher à la pièce en la fondant en cet endroit ; ou, fi l’on n’a point de ces moules, on les fait comme celles des Sorbetières,
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- ART DU "POTIER D’Ê T A I N.
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- CHAPITRE SIXIEME.
- - Du Potier rond.
- ARTICLE PREMIER.
- lu es Potiers d’Etain appellent Potier rond celui qui fabrique toutes fortes de vafes, dont le corps fe jette, en tout ou en partie, dans des moules de quatre pièces. Je dis en tout ou en partie , parce qu’en effet il y a quelques pièces de poterie dont le corps vient en entier dans un ieul moule, compofé de quatre pièces. Leur noyau ne tenant que de la forme conique , fait à ce corps une entrée plus large que tout le refte, par laquelle il peut en coniéquence fortir aifément ; tels font les potagers ou porte-dîners, en ufage dans la Beauce , pour porter le dîner aux Aoûterons ou Moiffonneurs; telles font encore quelques aiguières. Mais la plus grande partie de ces vafes ont une panfe plus large que leur col ou gorge, pour me fervir du terme de l’Art, & par coniéquent le noyau qui auroit formé cette capacité intérieure, n’en pourroit plus fortir ; c’efl ce qui oblige à les faire de plulieurs parties, qu’on joint enfuite par là fôudure. J’ai vu de ces vafes qui avoient été eonf-truits de deux coquilles, jointes enfemble par une foudure longitudinale des deux côtés oppofés. Mais j’ai rapporté plus haut ( chap. IV, des Moules ) les raiîons qui ont fait abandonner cette méthode pour la fuivante, qui efl généralement adoptée. On a fait des moules de quatre pièces chacun, qui forment, l’un le haut (D,PI.V), l’autre le bas (E) du pot, & la foudure fe trouve fur le cercle le plus haut des parties renflées. Les quatre pièces qui compofent les moules de poterie, foit pour les hauts ou pour les bas, font deux noyaux & deux chapes. Les noyaux (9 & 10, 13 & 14 ) forment l’intérieur de la pièce; les chapes, l’extérieur, & portent les moulures. Dans les hauts, les noyaux (9 & 10) fe réunifient par leurs plans dans la partie la plus étranglée de la gorge. Dans les bas, ils ne fe touchent point, & il relie entre les deux un efpace pareil à celui qui exifle entre les chapes & les noyaux, ce qui forme le fond. Les noyaux portent ici les portées, au lieu que dans les moules de vaiffelle, c’efl la chape. De plus, les chapes des moules de haut ou de bas, il importe peu lequel, mais plus ordinairement de celui du bas, font creufées en quart de rond, tout-à-fait fur le bord, pour former, fur le bas qui en fortira, un cordon qui fervira de foudure ; & on a ménagé, fur le gros noyau, à la partie qui répond à ce quart de rond des chapes, un petit cercle faillant de l’épaiffeur ordinaire des pièces de poterie, lequel forme en dedans, fur le bord du bas, une dent ou une efpèce de portée, dans laquelle entre le bord inférieur du haut, quand on foude ces deux parties du pot. Commençons.
- Première Opération.
- Vu Jetage.
- Nous ne pouvons trop le répéter, il faut que l’Etain foit dans tout fon degré naturel de pureté, pour être employé avec avantage, 6c s’il eft vrai de le dire en général de tous les genres de fabrique du Potier d’Etain , il l’efl encore plus à l’égard des ouvrages de poterie. En effet, fi l’on n’emploie que de l’Etain très-fin, & feulement déphlogiftiqué
- 6c décraffé par le zinc, comme il a été dit au Cha-pitre précédent, les pièces viendront nettes, fans caffures,foufflures, ni grumeaux ; mais fi au contraire il contient la moindre quantité de plomb, de régule d’antimoine, de cuivre même, il devient auffi-tôt plus difficile à traiter, & fi l’on croit éviter les grumeaux en jetant moins chaud, les pièces font caffées.
- Pour jeter, les Ouvriers, après avoir fait chauffer leurs moules, & fondu à peu près la quantité d’Etain qu’ils prévoient employer dans l’intervalle d’un repas à l’autre; les Ouvriers, dis-je, affis fur une chaife, entourent la foffe & prennent chacun leur moule. Je dis les Ouvriers, parce que ces ouvrages n’étant pas d’un grand volume, 6c n’emportant pas beaucoup d’Etain , un feul Ouvrier feroit trop de temps à vider la foffe ; le métal refleroit trop de temps dans un degré de chaleur au deffus de celui de fufion, 8c reprendroit du phlogiflique, ce qui n’arrive pas quand l’Etain efl continuellement agité par les Ouvriers qui viennent puifer à la foffe. Ajoutez que moins l’Etain efl de temps en fufion* moins on confomme de charbons, & moins il fe fait de déchet. Ce font toutes ces confidérations qui font mettre le plus de promptitude qu’il efl pofîible dans l’opération de la fonte 8c du jetage.
- Auffi-tôt donc que les Ouvriers ayant touché leurs moules, les ont trouvés allez chauds, chacun prend le lien ( l’un, par exemple, le moule de haut, l’autre celui de bas), 6c en garnit les queues d’un manche de bois. Il s’étoit auparavant couvert les genoux avec des méchans chapeaux, 6c avoit gardé en outre un morceau de feutre pour prendre la pièce. Tout ainfi préparé, l’Ouvrier (Pl.V, fîg. 2) prend de la main gauche le gros noyau par fon manche, 6c l’appuyant fur fon genou , il le tient élevé horizontalement, puis de la main droite il prend les chapes l’une après l’autre, les met dans la portée du noyau, 6c enfin le petit noyau, dont il couronne le tout, en faifant entrer également l’autre extrémité des chapes dans fa portée, ce dont il s’affure en le faifant tourner. Alors, tenant toujours le moule par les queues des noyaux, il le renverfe fur fes genoux ( voyez la fig. 2 ) 6c le ferre entre eux deux. 11 puife avec fa cuiller de l’Etain dans la foffe, il en emplit fon mouie, 6c remet le refie. Auffi-tôt que le jet fe fige, il fait faire à fon mouie un quart de tour pour ferrer les .chapes entre fes genoux , afin qu’elles ne s’ouvrent point ; il prend de la main gauche le manche du noyau qui fe trouve le plus près, 6c le tire à lui en frappant en même temps, fur fa portée, quelques coups de maillet d’un bois tendre; à cet effort le noyau fe dépouille ; l’Ouvrier le pofe fur le bord de la foffe , fait venir de fon côté le manche de l’autre noyau, le dépouille de même, 6c le pofe à côté de l’autre. Il prend tout de fuite les manches des deux chapes, chacune dans une main, 6c appuyant le corps des chapes fur un genou, il pèfe fur les manches, 8c fait ouvrir ces chapes. Il pofe alors fur le bord de la foffe, celle qui a quitté la première, puis prenant de fa main gauche le manche de l’autre chape, il frappe fur elle quelques petits coups de maillet qui font détacher la pièce; il la reçoit fur fes genoux, 6c la prend enfin avec un feutre, pour la pofer légèrement à terre. 11 renchape promptement fon moule, 6c continue comme je viens de le décrire,
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- ART DU POT
- Observations.
- Les trois oü quatre premières pièces ne viennent pas ordinairement bien , parce que l’Etain & le moule ne Ce trouvent pas encore dans le degré proportionnel de chaleur qui eft néceffaire ; mais ils s*y mettent naturellement, pourvu que l’Ouvrier foit aétif, & ne mette point d’interruption marquée dans le jetage ; de même que, lorsqu'ils font dans cette efpèce d’équilibre-, s’il veut les y entretenir. Outre l’a&ivité, l’Ouvrier doit encore avoir une connoiffance pratique de fon métal, & des différens effets qu’y peuvent produire les différentes fubffances qui pourroient s’y trouver alliées. En effet, comme il n’eft pas commode de pailloner la •poterie, M fout qu’elle forte de fes moules fans grumelures ni caffures. C’eft pour cela qu’on ne fait entrer que peu ou point d’aloi de cuivre rofette dans l’Etain qu’on deftine à ce genre de travail , & que l’on fe contente ordinairement de mettre dans la foffe, fi on le peut faire, à peu près autant d’Etain vieux, déjà fabriqué, que d’Etain neuf. La poterie fe dépouille fixante, pour me fervir du terme de l’Art, c’eft-à-dire que l’on n’attend pas qu’elle foit entièrement figée. Cette expreftion eft pourtant allez impropre, puifque l’Etain fin ne reflue jamais, ôc il n’y a que celui qui eft allié de plomb, qui, quand on le dépouille trop chaud, laiffe fortir une jiieur. -C’eft le plomb , ou plutôt un alliage de plomb, fait en une telle proportion qu’il fe trouve plus fufible que le refte. Pour obvier à cet inconvénient dans l’Etain allié de plomb, les Ouvriers qui en fabriquent , ôc plus particulièrement les coureurs, font dans l’ufage de mouiller leur moule, après y avoir jeté l’Etain, ce qui hâte le refroi-diffement du métal. Ce qu’en ont écrit les tuteurs Univerfels me feroit croire que ce n’eft qu’après avoir confulté ces faux Ouvriers qu’ils ont hafardé leur petite Defcription de l’Art du Potier d^Etain. Mais revenons.
- Si la pièce jetée eft percée ôc fèche, c’eft l’effet *<îe la fraîcheur du moule ou de l’Etain. Si c’eft l’Etain qui eft trop froid, le jet fe figera promptement, & fa furface fera compacte ôc relevée par les côtés ; on y remédie en recouvrant, pendant quelque temps, le métal des charbons allumés, qu’on a voit écarté, en faifant chauffer fa cuiller, & en jetant plus vite. Si c’eft le moule qui eft trop froid, il faut jeter très-promptement plufieurs pièces de fuite.
- Seconde Opébation.
- Epiîler & revercher.
- Pendant que quelques Ouvriers s’appliquent à jeter , d’autres épillent ôc reverchent. La manière d’épiller & revercher la poterie, ne diffère prefque en rien de celle que j’ai décrite au Chapitre précédent pour la vaiflelle. L’Ouvrier, aflis devant fon fourneau, ôc ayant une bafline fur fes genoux pour recevoir l’Etain des jets, tient d’une main la pièce, Ôc de l’autre coupe les jets avec la carre de fon fer; puis, avec le plan d’un des côtés, achève de les diffoudre jufqu’à l’affleurement du refte de la furface. Pour revercher, l’Ouvrier (fig. 4 ), ayant devant lui , fur fon établi, un pain d’épillures (D), avec la brique (C) &le torchefer (E), fait prendre à fon drapeau la forme de l’endroit à revercher, le fait venir fur fon drapeau, ôc tient le tout dans cette fituation , avec le pouce de fa main gauche, qu’il paffe fur la pièce (B), puis de la droite il prend avec fon fer, de deflus le pain d’épillures, ôc apporte fur fon drapeau une ou plufieurs gouttes d’Etain, félon la grandeur du trou, qu’il bouche
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- en diffoudant avec elles la circonférence de ce trou. Enfin , lorfque l’Etain commence à fe figer, il remplit, avec la goutte qui doit refter à fon fer, la cavité qui fe formeroit au centre de la reverchure, •fi on la laiffoit refroidir fans cela.
- Troisième Opération.
- Apprêter.
- Un Ouvrier, aflis devant le talon d’un établi ou banc, prend les pièces qui ont été épillées & reversées, pour les râper & écouenner, les apprêter, en un mot. Pour cela, ayant couché la pièce fur le côté, il la maintient dans cette fituation en la preflànt avec fon genou gauche contre le talon de l’établi ; alors il prend fon écouenne, Ôc la paffe, en pouffant de droite à gauche, fur toutes les gouttes d’épillures Ôc de reverchures , fur les bavures qui fe forment aux joints des chapes, Ôc fur toutes les parties faillantes qui arrêteroient ou feroient fauter le crochet en tournant. Cette écouenne doit être demi-ronde, c’eft-à-dire, ronde d’un côté ôc plate de l’autre ( PI. III, fig. 37). On fe fert du côté plat pour les parties convexes ôc renflées ; ôc du côté rond pour les parties concaves ôc étranglées. Une pièce n’eft pas bien apprêtée, fi l’on y voit des creux, des facettes ou des rides ; il faut que l’endroit foit bien uni, ôc pour cela il fuffit de faire agir fon écouenne dans des directions différentes, afin de croifer les traits.
- Quatrième Opération.
- Ebaucher»
- Du banc où les bas Ôc les hauts de la poterie ont été apprêtés, on les porte au tour pour y être ébauchés. Ebaucher, eft tourner en dedans ces hauts ôc ces bas avant de les fouder. Les hauts fe montent, d’un ôc d’autre côté, fur des calibres tournés de manière qu’ils entrent dans la pièce le moins avant qu’il eft poflible, afin qu’ils ne foient pas eux-mêmes un obftacle dans le chemin que l’outil a à parcourir. Pour monter c es pièces fur les calibres, avec autant d’exaditude que de facilité, l’Ouvrier commande de tourner, ôc tandis que le calibre tourne, il y met la pièce ; puis, pour l’y faire tenir, ôc en même temps l’y centrer exadement, il prend fa batte ôc en fait entrer un angle dans la pièce. Cet angle étant droit, il entre peu avant, ôc bientôt les bords de la pièce rencontrent les côtés de la batte en deux points diamétralement oppofés ( je fais abftradion de l’é-paiffeur de la planche ), ôc alors, tenant fa batte bien ferme, l’Ouvrier fait effort comme pour l’y enfoncer davantage. Par ce moyen la pièce avance fur fon calibre, ôc les - parties excentriques, rencontrant continuellement en tournant les côtés de la batte qui ne fe prêtent pas à leur impulfion, cèdent elles-mêmes Ôc rentrent dans leur centre. Si l’Ouvrier penfe que la pièce ne tient pas encore allez fur fon calibre, il l’y enfoncera davantage en préfentant verticalement le plan de fa batte aux bords de la pièce qui tourne toujours, ôc en frappant quelques coups de marteau de l’autre côté. Alors il prend un crochet pointu, à l’aide duquel il abat la bavure qui fe trouve ordinairement en dedans, à l’endroit le plus étroit de la gorge où les deux noyaux fe joignent, & ôte une rature ou deux fur le refte, en revenant au bord, Ôc en retournant du bord à l’endroit d’où il eft parti. 11 a, dans cette manoeuvre, le manche du crochet fous fon bras gauche, ôc empoigne par-deffous, de la même main, la barre d’appui ôc le crochet qui y eft appuyé. De l’autre main il tient Ôc conduit le crochet, ayant
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- îê doigt index alongé derrière la planche de cet outil. Mais fi dans cette pofition il ne peut, fans trop courber fon corps, pouffer fon crochet aufli avant qu’il le voudroit bien, il en prendra le manche dans la main droite, puis l’empoignant toujours de la main gauche, avec la barre d’appui, mais en deffus, il s’en fervira à peu près comme des grattoirs , lorfqu’on tourne en devant, 5c des bru-niffoirs en tout temps. Cette partie fupérieure des hauts de la poterie ne fe brunit pas en ébauchant; on finit au contraire par là, pour les raifons que je dirai. C’eft pourquoi on retire ce haut de pot pour en monter un autre , 5c lorfque toutes les gorges des hauts font ébauchées, on les remonte iur un autre calibre pour en tourner la panfe* On peut brunir cette partie.
- Les bas fe montent fur le tour, de différentes manières analogues à leur forme particulière. Si la patte en eft haute, 5c qu’elle porte, au nombre de îes moulures, une partie cylindrique 8c par confé-quent de difficile dépouille; tel eft, par exemple, le focle quelquefois à pans en deffus, mais toujours rond par deffous, du pot à l’eau de la fig. i ç ; de l’aiguière de la PI. Vil, fig. 9 ; du fucrier de la PI. VIII, fig. 2,8c bien d’autres : on fait un calibre qui entre un peu à force dans cette partie de la patte. Si cette patte a par-tout trop d’évafement, il faudra faire une empreinte ou boîte, dans laquelle on montera les bas comme on fait des écuelles, encore faudroit-il que cette patte fût moins large que le refte> Mais fi, comme dans les mefures à vin, cette patte trop évafée & en même temps trop large empêche de monter ces bas dans une boîte ou fur un calibre, on le fait fur l’empreinte à couteau, dont nous ne tarderons pas à parler. Pour les tourner, on fe fert de crochets 8c de plane, dont l’angle gauche eft arrondi comme pour les écuelles* & fi la trop grande profondeur ne permet pas à ces outils d’atteindre au fond, on les tourne en devant comme le dedans des gobelets (Pl.VIII, Vign. fig. 2). C’eft ici que l’on ôte quelques cercles de deffus le bas pour le baiffer, 8c rapetiffer la mefure fi le moule l’a fait trop grande ; mais je dois fuppofer que le moule lui-même forme ces pièces exactement de jauge.
- Cinquième Opération.
- Souder.
- Après avoir ébauché les hauts 8c les bas des pièces de poterie, on les reporte au fourneau pour les y fouder. L’Ouvrier commence par couper une bande de feutre de la largeur d’un pouce, 8c de la longueur de la circonférence intérieure de l’endroit à fouder, en forte qu’en joignant les deux extrémités de cette bande , il ré fuite un cercle qui couvre entièrement toute cette circonférence intérieure, & qui s’y tienne appliqué de lui-même. Il fait entrer ce cercle dans une des deux parties du pot, jufqu’à moitié de fa largeur, 8c l’autre moitié dans l’autre partie. 11 les emboîte bien, l’une dans la dent ou portée de l’autre, que j’ai dit avoir été ménagée dans l’épaiffeur du cordon qui fert de foudure; il prend fon fer pour les attacher en deux ou trois endroits, en diffoudant une partie de ce cordon ; il remet fon fer pour liffer fon feutre en dedans, 8c paffer un bâton de fuif fur le cordon de foudure. Alors l’Ouvrier ( fig. 5 ) couche la pièce fur fes genoux, prend de fa main droite un fer bien chaud, c’eft-à-dire, prêt à paffer au rouge, le frotte fur la réfine 8c le torchefer, 8c avec la carre de ce fer il diffout le cordon d’Etain, 8c en même temps deux lignes ou environ de chacune des deux parties du pot ; avec fon autre main, il fait tourner la pièce en l’avançant fur lui-même, 5c fait venir fous fon
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- fer les parties à fouder, à mefure que les parties antérieures font diffoutes. Pour qu’une pièce foit bien foudée, il doit toujours relier derrière le fer un efpace où l’Etain foit encore en fufion 8c fe fige peu à peu. De cette manière, il va tout d’un trait jufqu’à' l’endroit où il a commencé, puis remet fon fer dans le fourneau, tire fa bande de feutre de dedans le pot pour s’en fervir à en fouder un autre. Souvent la chaleur de l’Etain en fufion qui relie fur le feutre, le refferre au point qu’après avoir fervi à trois ou quatre pièces, il eft trop court 5c ne peut plus couvrir toute la circonférence inté-rieure de la panfe. Four y remédier, on coupe une petite languette de feutre auffi large que le feutre s’eft retiré, les Ouvriers la nomment alaife; puis écartant l’une de l’autre les deux extrémités de la première bande de feutre, on met cette alaife entre elles, en forte qu’elle fait à peu près ici l’office de la clef dans une voûte.
- Remarqué,
- Dans cette manipulation il faut avoir la main légère 8c libre, afin de ne diffoudre, dans toute la circonférence , que la quantité d’Etain néçeffaire pour que la pièce foit foudée également par-tout, 8c qu’on n’apperçoive point en dedans des inégalités défagréables. Mais il y a des Ouvriers à qui une mauvaife routine a tellement appeianti la main , qu’ils ne peuvent éviter ces imperfe&ions qu’en encrayant les hauts 8c les bas, c’eft-à-dire, en les enduifant en dehors, à trois lignes ou à peu près du bord à fouder, de craie ou d’ocre délayée dans de l’eau. Ils mettent cet enduit, avec un petit pinceau de crin , fur le tour en ébauchant.
- Sixième Opération,
- Tourner.
- Ce n’eft qu’après avoir foudé la poterie qü’orl s’occupe à la réparer ; cela fe fait fur le tour, fi les pièces font rondes, au moins en partie; autre* ment il faudroit les péparer en entier avec des grattoirs 5c bruniffoirs fous bras, fuivant l’exigence. Mais fi elles n’ont que quelques parties excentriques, comme des côtes, des pans, des godrons , ou une cocarde ( c’eft ainfi qu’on appelle le bec du pot à l’eau de la fig. 1 5 , 5c celui de l’aiguière ), on répare feulement ces parties à la main, on fait le relie au tour. Toute la poterie fe monte fur le tour fur des calibres. Or ces calibres ont la forme du noyau du moule, 8c rempliffent tout l’intérieur de la pièce, fi, comme les aiguières, les potagers, les marmites, les feringues, elle eft cylindrique, ou ne fait qu’aller en diminuant jufqu’au fond; mais fi elle a une panfe plus large que l’orifice, ou une gorge plus étroite, ce calibre eft alors de forme conique ou cylindrique, & ne remplit que la partie la plus étroite de la gorge. Ces calibres fe montent eux-mêmes fur le mandrin, comme ceux de la vaiftelle/ Pour mettre les pièces bien rondes fur ces calibres, l’Ouvrier oppofe, en dedans de la patteq les côtés de fa batte ou palette, aux parties excentriques, ainfi qu’il l’a fait pour centrer les hauts dans l’opération de l’ébauchage ; puis appliquant verticalement cette même palette contre la patte du pot qui tourne toujours, il l’enfonce un petr fur fort, calibre, en frappant quelques coups de marteau fur la palette. Mais fi, en frappant ces coups de manteau , il n’a pas tenu fa palette bien appliquée contre tous les points de la circonférence de la patte, ou s’il n’a pas frappé fur l’endroit de fa palette, qui correfpond à l’axe de rotation du tour, la pièce s’enfonce plus d’un côté que de l’autre, 8c
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- n’eft plus ronde. Pour y remédier, l’Ouvrier présente la pointe d’un crochet en dedans de la patte; la partie trop proche du centre le touche la première, 6c fe montre elle-même par le trait du crochet; l’Ouvrier fait arrêter pour éloigner du centre cette partie, en frappant légèrement deflus avec le manche de fon marteau. Lorfque la pièce tourne bien ronde, il prend un ébauchoir ( c’eft ici un crochet pointu dont les côtés font curvilignes, Planche IV, fig. 20, la pointe un peu arrondie, de dont on n’a point rabattu le morfil à la pierre à l’huile ) ; il abat premièrement le cercle que laiffe la foudure, puis parcourt le relie de la furface de la pièce, même les moulures, en préfentant toujours le bifeau d’un des côtés avec le fommet de l’angle; enfuite, avec un fécond outil, appelé plane, dont les côtés de l’angle font droits , l’angle lui-même lin peu plus arrondi que celui du premier crochet, 6c dont le tranchant a été adouci à la pierre à l’huile 6c poli fur la joliette , l’Ouvrier ôte une rature feulement .fur toute la furface de la pièce, même fur les doucines & autres moulures, ou, h la pointe de cet outil eft trop ronde pour bien marquer, principalement ces petites moulures carrées, ces filets 8c lifiels, qui féparent fi agréablement deux moulures rondes, il fe ferviroit pour ces endroits d’un crochet tout-à-fait pointu 8c plus flexible, ou bien d’un frijoir ( c’eft en général un outil de tour fait d’une lame d’acier très-mince, quelquefois de reflort de montre : celui dont je parle ici a au plus une ligne d’épaiffeur ; fa figure eft carrée, d’environ deux pouces de long; deux de fes angles, diago-nalement oppofés, font arrondis, les deux autres confervent leurs pointes; enfin il n’a point de bifeau, 8c coupe cependant par huit côtés ). On peut, fi l’on veut, fe fervir de cet outil pour toute la furface de la pièce, au lieu de la plane dont je viens de parler. Enfin l’Ouvrier prend un troifième crochet dont la planche eft carrée 8c les côtés un peu curvilignes , pour atteindre en dedans de la patte le fond extérieur du pot, 8c paffe le bru-nifloir par-tout. Cet outil a, pour la poterie, la forme d’une dent de loup ou celle d’une groffe fève de marais ; une longue verge de fer à laquelle on a mis une poignée, lui fert de manche. Voyez PI. XIII, fig. 20 , <21, & les principes généraux du tour, Chapitre* dixième.
- Septième Opération.
- Mettre des anfes.
- Il y a plufieurs manières de le faire. En effet, ou l’on 1e propofe de couvrir les pots, ou non. Dans le premier cas, l’anfe doit porter une charnière ; dans le fécond, elle n’en porte point. D’abord, fi l’anfe doit porter une charnière, voici une première manière de le faire. Premièrement, on a un moule d’anfe qui s’applique fur la pièce (fig. 18,P1.V), 8c dans lequel, jetant de l’Etain chaud , l’anfe fe forme 8c s’attache en même temps fur le vafe. C’eft-là l’efpèce dé moulé d’anfe que les Ouvriers appellent moules d’anfes à jeter fur la pièce ; chaque efpèce de poterie a le fien propre. Si l’anfe qui en doit fortir doit porter une charnière , ce moule ne peut être moins de quatre pièces ; favoir , les deux chapes ( 16 8c 17 ), le gougeon ( 19 ), qui forme dans la charnière de l’anfe le vide qui doit recevoir les chaînons du couvercle, 8c une cheville pour former trou au milieu des charnons. Souvent ce moule en a une cinquième qui couvre tout le deflus de l’anfe, lorfque ce deflus eft bien plan, ou qu’il porte des ornemens en reliefs , 8c c’eft fur ce morceau du moule que font taillés ces ornemens. Si le pot à l’eau ne doit pas être couvert, la
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- charnière devient inutile, ainfi que le gougeon St la cheville, 6c alors deux chapes peuvent fuffire. Pour fe fervir de ces moules, on commence par remplir la pièce de fon ou de fablon jufqu’aux deux tiers , on l’y foule bien, 6c on l’y retient par un bouchon de papier qu’on enfonce dans la gorge du pot ; puis, lorfque fon moule eft chaud , l’Ouvrier (6,Vignette)l’enchape 6c le garnit d’une ferre pour retenir l’écart des chapes (voyez la fig. 18), le pofe fur la pièce qu’il a couchée fur fes genoux, applique fon drapeau en dedans, au deffous de l’anfe, 6c tandis que d’une main il tient en même temps le drapeau 6c la pièce dans cette pofition , en forte que le moule refte de lui-même dans la fïenne, il prend une cuillerée d’Etain bien chaud 8c en emplit le moule. L’Etain tombant à ce degré de chaleur, fur les deux endroits delà pièce qui font à découvert dans l’intérieur du moule, les diflbut, 6c le tout fe figeant enfemble ne fait plus qu?un même corps. Quand l’Etain eft figé on retire fon drapeau, on déchape le moule, on verfe le fablon dans une autre pièce, 6c on continue de même.
- Autrement : on coule les anfes en particulier, 6c on les foude enfuite fur la pièce; cette opération eft un peu plus longue,,mais par elle on peut appliquer les mêmes anfes à bien des pièces de poterie dont les profils feroient différens. Ces moules d’anfes, pour les brocs 6c autres vafes qui portent ordinairement un couvercle, 6c qui doivent former une charnière à la tête de l’anfe, ce moule, dis-je, n’eft compofé que de trois pièces, y compris même la cheville qui traverfe la tête où fe forme la charnière, afin d’y conferver un trou. On peut remarquer cette différence entre ce moule 6c le précédent, que les chapes fe joignentÙci fur l’épaifleur de l’anfe, au lieu que là elles fe joignent fur le plan de l’anfe, par-deflus 6c par-deffous. La chape ( 21 ) eft munie de deux crampons qui avancent fur le noyau comme pour l’embraffer, 6c qui font l’office d’une portée ; fa tête porte aufli un ou deux charnons pour former la charnière fimple ou double. On y coule les anfes, en tenant le moule, muni de deux manches, ferré entre fes genoux, 6cl’Etain étant figé, on chafle la goupille, on ouvre le moule, 6c on retire la pièce (i).i
- Lorfque l’Ouvrieracouléla quantité d’anfes qui lui eft néceffaire, il en épille les bavures 6des dégroflît à la râpe ; enfuite il les courbe à la main, fuivant la forme 6cla hauteur des pièces auxquelles elles doivent être foudées. Pour fouder ces anfes aux brocs,, il faut commencer par les attacher, de manière que le centre de la charnière fe trouve parallèle au bord du vafe, afin que le couvercle tombe deflus bien à plat. Or , pour le faire promptement 6c fans tâtonner , on monte un couvercle ( je fuppofe qu’il y en ait de finis ) dans la charnière de l’anfe, 8c on l’y fixe par une goupille mobile qu’on y enfonce. Enfuite, ayant pofé l’anfe fur la pièce, dans la fituation qu’elle doit conferver, on fait porter le couvercle bien à plat fur le bord du vafe; 6c tandis que d’une main on le tient bien ferme dans cette pofition , on prend le fer de cuivre pour attacher, par quelques gouttes d’Etain, la tête de l’anfe au broc, 6c couper ce que la queue de l’anfe peut a voit de trop long. *
- Quand l’Ouvrier a attaché fes anfes, il remplit l’intérieur de la charnière de fable humefté, qu’il prefle avec fes doigts pour lui donner plus de liaifon 6c de çonfiftance; il a enfuite de la terre à pot bien corroyée, point trop molle, 6c qui ne s’attache point aux doigts ; il en fait des andouillettes pour chacune des deux parties de l’anfe ; les plus groffes s’appliquent à la tête de l’anfe, en cette forte : l’Ouvrier en prend une 6c la pofe fur le col de la pièce au deffous de la charnière, puis appliquant
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- contre un côté de cette charnière une lame de couteau imbibée d’huile, afin que la terre n’y tienne point, il coupe l’andouillette pour la reployer fur la lame & l’applatîr, & reporte le couteau de l’autre coté pour en faire autant. Il rapproche enfuite tout contre les côtés de la charnière , cette terre que répaifieur du couteau en tenoit éloignée , & en joint les deux extrémités par-dedus la tête de la charnière ; enfin il pratique un petit canal dans la terre qui fe trouve appliquée fur la pièce au defifous de l’anfe, & applique fur l’anfe même, par-deiTous, un petit rouleau, pour réduire à un demi-pouce ou environ la largeur de la partie à étoffer, en empêchant l’Etain fondu de s’extravafer au delà.
- Pour la queue de l’anfe,l’Ouvrier (7) coucheîa pièce entre fes genoux, & padant par-deflous l’anfe une petite andouillette, il en entoure la queue & forme comme un petit badin, au milieu duquel fe trouve l’endroit à étoffer, qu’il réduit auffi à la largeur dfen demi-pouce par deux petites languettes de même terre qu’il pofe en travers fur cette partie de l’anfe, en laillànt entre elles deux cet efpace d’un demi-pouce au milieu du petit badin.
- Tous fes brocs étant ainfi préparés, il en prend uir qu’il emplit de fablon jufqu’aux deux tiers, 8c qu’il y retient par un bouchon de papier, comme j’ai ait plus haut; enfuite, couchant la pièce en travers fur fes genoux, il plie en deux une carte à jouer, la fiche dans la terre qu’il rabat dedus, & forme ainfi un canal qui doit conduire l’Etain fuperflu au delà de la panfe du pot, dans une badine. 11 prend enfuite une cuillerée d’Etain fondu , qu’il entretient chaud auprès de lui, dans un chaudron appelé cloche par les Ouvriers, 8c il en coule entre les deux languettes de terre ( il ne s’agit maintenant que de la queue de l’anfe ), pofées en travers fur l’anfe 8c le petit badin, jufqu’à ce que l’Etain chaud, renouvelé par l’écoulement continuel du fuperflu par le canal de carte, ait enfin fondu cette partie de l’anfe, & celle de la panfe qui fe trouve immédiatement dedous; ce que l’Ouvrier connoît à l’ébullition que le fable qui efl: froid produit alors dans l’Etain. Enfin, lorfque cet Etain commence à fe figer & à fe creufer au milieu en fe figeant, il verfe encore quelques gouttes d’Etain pour remplir cette cavité. On reverfe enfuite le fablon dans un autre broc, pour en fonder de même la queue de l’anfe.
- Pour étoder la tête de l’anfe, l’Ouvrier applique fon drapeau en dedans, à l’endroit qui y répond; puis tenant la pièce renverfée, c’eft-à-dire, le pied en haut, il prolonge le canal de terre, par le moyen de la carte qu’il y adapte, 8c y coule de l’Etain chaud. Le plus tôt qu’il efl: podible, après ces opérations , on ôte la terre 8c on eduie la pièce , autrement elle fe trouveroit tachée. On épille le fuperflu de l’étodure, on ôte le fable de dedans la charnière, 8c on porte la pièce au banc pour en réparer l’anfe.
- C’efl: ainfi qu’on pourroit fouder à toutes fortes de poterie des anfes, qui, pour quelque raifon que ce foit, ne peuvent fe jeter fur la pièce même, & fe coulent à part. Telles font en particulier les anfes des aiguières, lefquelles feroient trop pefantes fi elles étoient pleines, ce qui ne pourroit être autrement fi on les jetoit fur la pièce.
- Huitième Opération.
- Réparer les anfes.
- Après avoir coupé à la râpe ou au fer chaud les jets des anfes, l’Ouvrier, afiis. devant fon établi, s’occupe à les réparer. Pour cela, appuyant la pièce contre le talon de l’établi, 8c la ferrant entre ce talon 8c fon genou, il commence par donner un coup de râpe fur le jet, puis avec une lame de
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- fabre il gratte l’anfe fur toute fa furface; enfin 11 y pade un brunidoir à deux- mains.
- C’efl tout de fuite après cette opération que l’on fait le bec aux vafes de mefure à vin , dont le bord jufqu’à préfent avoit refté rond, ainfi que le repréfente la fig. G. Or pour cela il ne s’agit que de frapper fur le côté de ce bord, avec la planche d’un large 8c fort cifeau à bois, pour le faire rentrer en dedans 8c former un angle dont le fommet efl oppofé à l’anfe. Voyez la fig. 20 de cette Planche & le refie de l’aflortiment,Pl.XXVII.
- Neuvième Opération.
- Jeter des charnières fur les couvercles*
- Je ne parle point ici de la manière de jeter îë§ Couvercles dans leur moule, 8c de les réparer, foit au tour ou à la main, parce qu’elle n’a rien d’extraordinaire ou d’embarradant. Je dirai feulement que ce moule eft ordinairement de detix pièces, comme celui du pot à l’eau à cocarde, repréfenté par les fig. 1 8c 2 , 8c que le couvercle des brocs de mefures , quoique de forme angulaire, à câufe du bec du broc, n’ed rien autre chofe qu’une plaque ronde en fortant du moule , afin de pouvoir être réparée fur le tour, tant en dedus qu’en dedans i Venons à notre objet.
- On a d’abord un moule de charnière cômpôfé pour l’ordinaire de quatre pièces, fi l’on y comprend la cheville qui traverfe le charnon ( voyez les fig. 3 , 4, 5\ 8c 6). Ce moule étant chaud , on l’enchape 8c on le garnit de fes ferres, comme il eft repréfenté au dedus; puis on le renverfe , le jet en bas, pouf faire entrer le couvercle dans une coche d’une ligne ou environ de profondeur, 8c rappliquer fur la partie de la troifième pièce qui doit former ia languette. Enfuite on pofe le drapeau dans le couvercle , en forte que retournant le moule il fe trouvé fous cette languette. On le retourne en effet ce moule, on appuie fur fon genou le drapeau qui fait la bafe de tout l’appareil, 8c on jette de l’Etain chaud dans le moule. Lorfque l’Etain eft figé, on ôte fon drapeau-& la cheville, puis les deux chapes 8c le gougeon ou charnon , en frappant quelques coups de maillet fur fa queue, tandis qu’on tient le couvercle de l’autre main.
- Il y a des moules qui forment en même temps le couvercle 8c la charnière, comme celui qui efl: repréfenté par les fig. 24, 25 8c 26. On conçoit .adez la manière de s’en fervir, 8c l’impoflibilité de les réparer autrement qu’avec des grattoirs à main.
- Dixième et dernière Opération,
- Monter les couvercles fur les anfes.
- La charnière apporte toujours quelques bâvuféà eif fortant de fon moule ; l’Ouvrier les râpe, 8c répare même la charnière 8c principalement le dedus de la languette , puis ayant trempé le charnon dans une mixtion de cire 8c de fuif fondus enfemble , il monte le charnon du couvercle dans ceux de l’anfe dûment limés 8c grattés; enfuite, pour mieux centrer la charnière , on enfonce dans le trou une goupille de fer qu’on en retire enfuite, & à la place de laquelle on coule un clou d’Etain, en bouchant le trou d’un côté par une carte qu’on y tient appliquée avec le doigt. Je dis clou 8c non pas goupille, parce qu’en effet il s’y forme toujours une tête ronde, de l’Etain fuperflu qui furpade la furface du côté de la charnière par laquelle on a coulé ce clou. Or, pour former de l’autre côté de la charnière une fecondetête à ce clou & faire la fymétrie, on foutient de ce côté, à la place de la carte, une petite pierre
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- plane dans laquelle on a creufé une petite cavité ronde. D’autres jettent à part des goupilles dans un moule qui en fait plufieurs à la fois, les enfoncent dans le trou de la charnière, & les rivent d’un 8c d’autre côté, fur un petit tas fixé pour cela fur Fétabli. Mais la méthode précédente eft plus expéditive.
- Ilrefte encore à râper, gratter &brunirla charnière tant en defllis qu’en dedans. Pour cela, l’Ouvrier prefle la pièce contre le talon de l’établi, ayant appuyé le pied de la pièce fur fon genou, abaiffé le couvercle, 8c interpofé un feutre entre le talon ôc la pièce, afin quelle ne fe fraye point. Dans cette pofition, il paffe tour à tour, fur la charnière, la râpe, la lame de fabre, 8c le brunifibir à deux mains ; puis ouvrant le couvercle en entier, & faifant faire un demi-tour à la pièce, il répare de même la charnière en dedans.
- Ici le pot à l’eau à cocarde, garni de fon couvercle en forme de bec d’aigle, repréfenté par la fig. i ^ , eft entièrement fini, 8c même le broc de mefure, repréfenté par la fig. 20 , 8c tout autre de cette efpèce , fi nous fuppofons le couvercle avoir été formé tel qu’il doit être , 8c même garni de fa charnière (L) ; mais fi le moule l’a formé tout rond, pour pouvoir être réparé fur le tour, il faudra encore lui donner le contour dubord, qu’on applatit de deux côtés pour faire un bec. On ferme le broc, puis le tenant renverfé, on prend un fer chaud 8c on épille le couvercle tout autour, en le laiffant par-tout furpaffer le bord du broc d’environ deux lignes. On y paffe enfuite une râpe 8c la lame.
- ARTICLE SECOND.
- De la fabrique des pièces de poterie qui exigent
- quelques manipulations particulières.
- §. premier. Des fontaines de cuijine & des flacons.
- L’eau, comme on fait, n’eft jamais pure 8c homogène , elle eft toujours plus ou moins chargée de fubfiances terreufes ou minérales,fou vent corrofives, félon la nature des terres à travers lefquelles elle filtre pour arriver aux fontaines; 8c celle-là en tient le moins en diffolution, 8c eft par conféquent la plus falubre, qui eft la plus limpide 8c en même temps la plus légère. Rien n’eft donc moins indifférent que la recherche des eaux propres à boire, 8c le choix des matières dont on puiffe conftruire des vafes deftinés à contenir l’eau : en effet, ou l’on fe propofe de conferver l’eau telle qu’on l’a trouvée, ou on voudroit encore lui faire dépofer quelqu’une des parties hétérogènes qu’elle tient en diffolution. Dans ce dernier cas, on a employé affez avanta-geufement les fontaines fablées dont je parlerai à l’article de leur fabrication ; mais il n’y a toujours qu’une matière indiffoluble daps l’eau, qui puiffe remplir ce double objet. L’or 8c l’argent font bien de cette nature ; mais l’opinion les a mis bien au deffus 'de la portée du commun des hommes. La faïence, le grès, le verre, font auffi indiffolubîes, quoique bien des grès ne le foient pas ; mais ces matières font beaucoup trop fragiles pour un ufage auffi fréquent. Le fer 8c le cuivre fe diffolvent à la moindre humidité, 8c fe couvrent de rouille. Tout le monde -Connoît les effets dangereux du vert-de-gris, 8c les Auteurs Univerfels de nos jours ne craignent même pas d’exagérer en difant que celui qui banniroit des •cuifines les vaiffeaux de cuivre, mériteroit qu’on lui élevât une ftatue avec cette infcription : Ob cives servatos. Bien des eaux attaquent & corrodent le plomb, 8c l’on fait que le moindre mal que puiffe faire toute diffolution de ce métal extrêmement
- froid, eft d’occafionner de violentes coliques. On a conftruit encore des vafes de bois; mais l’expérience a appris que le bois donnoit différens goûts à l’eau, & qu’en y en laiffant féjourner, il s’y formoit différens animalcules, fuivant l’efpèce du bois. 11 nous refte encore un métal, l’Etain, & il eft fans contredit la fubftance la plus propre à contenir l’eau, foit pour la tranfporter, foit pour la conferver, 8c même l’épurer. Seulement difioluble dans les acides minéraux les plus puiffans, notre métal, dans cet état, n’eft par lui-même capable d’aucun mauvais effet. 11 a, comme le prouvent les expériences de la première partie de cet Ouvrage , la propriété d’attirer à lui les félénités de l’eau, 8c pourroit très-bien fervir à faire connoître celle que l’on doit boire par préférence, en indiquant, par la qualité de l’enduit dont il fe couvre , la nature de la fubftance qu’elle contient. Telles font encore les propriétés de l’Etain, même lorfqu’il eft gâté par le plomb, 8c l’alliage de ce métal ne l’a pas empêché d’être employé avec avantage dans la fabrique des fontaines 8c des flacons, deftinés à tranfporter l’eau pour le fervice de la Cour. Mais pour jouir en entier de la falubrité de ce métal, il faut qu’il foit employé pur & fans alliage, particulièrement de plomb.
- Fabrication dés fontaines.
- Le moule de fontaine eft compofé, comme tout autre moule de poterie , de quatre pièces pour chaque partie de la cuve ( c’eft ainfi qu’on appelle le corps de la fontaine ) ; favoir, quatre pour la partie inférieure (deux chapes 2 & 3-, Pl.VI, & deux noyaux 4 8c 5 ) ; quatre pour la partie fupérieure ( deux chapes 6 8c 7, deux noyaux 8 8c 9 ) ; 8c quatre pour la gorge ( deux chapes 10 8c 11, deux noyaux 12 & 13 ). 11 eft aifé de remarquer dans ces noyaux d’un plus gros volume, les portées dans lefquelles entre le bord des chapes, 8c qui les tient ferrées & bien perpendiculaires fur leurs noyaux. Tout étant préparé pour le jetage, c’eft-à-dire,les moules potayés 8c chauffés, 8c ayant approché de la foffe un banc ou établi, fur lequel on met en travers l’efpèce de tenaille à jeter qui eft décrite au nombre des machines de force, 8c repréfenté par les fig. 4 8c ï, de la PJ.XII, on garnit de manches feulement les queues des chapes; un Ouvrier porte le gros noyau fur le madrier qui fait la branche de défions de cette tenaille, 8c fait entrer la queue dans le trou qui eft fait à cet effet au milieu de ce madrier; un autre apporte les chapes 8c les élève dans les portées du noyau. On couronne le tout du fécond noyau, dans les portées duquel on fait pareillement entrer le bord des chapes, ce qui les tient bien accolées ; 8c pour bien affujettir & ferrer le tout, on met fur ce noyau la fécondé branche de la tenaille, au milieu de laquelle il y a pareillement un trou, dans lequel entre la queue du petit noyau ; puis ayant joint en quelque forte ces deux branches l’une à l’autre, par le moyen de la corde fans fin qui eft attachée à un bout de la branche de defibus, 8c qu’on fait entrer dans la coche pratiquée au même bout de celle de deffus, on fait l’abat de l’autre côté, en forte que cette branche de la tenaille prefle le noyau également en deux points diamétralement oppofés, 8c on fixe le tout en cet état, en paflant deux fois la grande corde dans la coche auffi pratiquée à cette extrémité de la branche de deffus „ qu’on appelle Y abat, & en l’attachant. Le moule fe trouvant ainfi ferré par un effet pareil à celui de la tenaille du vaiflèllier, un Ouvrier (3) le couche le jet en haut, 8c le tient dans cette pofition , tandis que l’autre va puifer de l’Etain dans la foffe, avec une cuiller affez grande pour pouvoir contenir tout ce qui doit entrer dans
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- le moule ; finon un troifième Ouvrier, ayant pareillement une cuiller pleine d’Etain, en verfe dans la cuiller de l’autre, à mefure que celui-ci en coule dans le moule; après quoi le Jeteur porte le relie à la foffe. Lorfque le jet eft figé, l’autre Ouvrier redreffe le moule fur l’établi, le delferre en détachant la longue corde, ôte l’abat & le petit noyau, qu’il porte au feu afin qu’il s’entretienne dans fa chaleur, & fou Cojeteur defcend la poulie mobile d’un moufle, dont l’autre eft fixée au plancher. La chape de cette poulie porte deux crochets, que l’Ouvrier fait palier fous la queue des chapes ; puis faifant jouer le moufle, il enlève le tout & le tient fufpendu à un pouce ou deux au delfus du madrier, tandis que les deux autres Ouvriers frappent des coups de maillet fur deux côtés oppofés de la circonférence faillante de la portée du noyau, & le font tomber fur le madrier. Alors on refait jouer le moufle, pour enlever entièrement les chapes Sc la pièce de deffus le noyau ; puis les autres Ouvriers les amènent fur l’établi, où ils décrochent le moufle & dévêtiffent la pièce de fes chapes. Tout cela peut fe faire allez promptement pour qu’aucune partie du moule ne fe trouve trop refroidie ; autrement on feroit obligé de les reporter au feu, ce qui retar-deroit beaucoup l’opération. C’eft ainfi que fe jettent les trois parties du corps de la fontaine, repré-fentées fortantes de leurs moules', par les figures marquées des lettres H, I, K.
- Le couvercle fe jette dans un moule de deux pièces ( 14 & i î ). La chape porte le jet comme les moules de vaiffelle, Sc on s’en fert comme de ces derniers. Il refte, pour fervir de couronnement & de poignée au couvercle, un vafe ( 16 ) à y fouder. Il eft fait de deux pièces réunies & foudées fur la partie la plus élevée (N) de la panfe. Son moule eft de huit pièces, quatre pour la partie fupérieure, Sc autant pour la partie inférieure, un gros Sc un petit noyau, Sc deux chapes pour chaque partie, comme tout moule de vafes.
- Lorfqu’on a jeté de toutes ces pièces la quantité qu’il en faut pour le nombre de fontaines qu’on veut fabriquer , on les épille , rever ch e Sc- apprête comme toute autre pièce de poterie. On les met enfuite fur le tour, par partie, fur des calibres, pour les dégroflir Sc les tourner, même prefque entièrement, c’eft-à-dire , Jufqu’à un demi-pouce du bord qui doit être foudé , afin qu’il n’y ait plus enfuite que cette foudure à réparer. Quand les deux pièces qui doivent former la cuve font ainfi tournées , on les place l’une fur l’autre dans la fituation qu’elles doivent garder, en faifant entrer le bord inférieur de la pièce de deffus dans la dent ou portée que le gros noyau forme fur le bord de la pièce de delfous , en dedans du cordon qui donnera la foudure. On les attache enfemble par plufieurs gouttes d’Etain ; puis, redreffant la fontaine perpendiculairement , on garnit en dedans l’endroit à fouder, d’une bande de faux bufle (efpèce de feutre dont on fait les ceinturons des troupes), de deux pouces de large, Sc allez longue pour couvrir toute la circonférence du joint, & s’y tenir appliquée d’elle-même, comme les bandes de feutre dans la menue poterie. Un Ouvrier fou-tient la bande appliquée à la pièce, tandis qu’un autre en fait joindre les deux extrémités ; Sc un d’eux liffe bien cette bande dans toute fa longueur avant de fouder. Alors on couche la fontaine, Sc un Ouvrier la foude comme à l’ordinaire, en faifant tourner la fontaine pour amener fous fon fer les parties à fouder, Sc en changeant de fer autant de fois qu’il le faut. On foude quelquefois tout de fuite la gorge à la partie fupérieure de la cuve ; mais il eft plus commode de tourner la foudure Sc d’achever de réparer la pièce, pour après fouder la gorge, qu’on a
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- elle-même tournée à part, -Sc n’avoir plus à tourner enfuite que cette dernière foudure. En tournant la première foudure, on laiffe à la même place un cordon, qui, en fervant d’agrément, fortifie la foudure. Maintenant, pour fouder la gorge, on place pareillement une bande de feutre en dedans de la cuve. On applique enfuite fur la cuve, la gorge, qui eft de quelques lignes plus large, ou, Sc c’eft le mieux, qui a aufli une dent dans laquelle entre bien rondement le bord lupérieur de la cuve. On attache alors ces deux pièces dans plufieurs endroits; puis ayant lifté le feutre, l’Ouvrier (10) prend fon fer Sc foude, en tenant de l’autre main un morceau de feutre appliqué fur la gorge, au deffous de fon fer, pour retenir l’Etain diffous Sc l’empêcher de tomber. Cette dernière foudure eft difficile à tourner, ou plutôt il eft difficile de faire tenir la pièce fur un calibre, parce que le cou M en eft ordinairement fort étroit, Sc que bien loin d’être évafé dans fa hauteur, c’eft au contraire à l’entrée qu’il a moins d’ouverture, en forte que le calibre ne peut remplir que cette partie-là : on y fuppéle en appliquant en dehors, au fond de la fontaine, une rouelle de bois, portant à fon centre un panneton de fer ou de cuivre, qui reçoit une pointe à vis, comme pour les flacons. (Voyez la PI. VII, fig.4).
- Il refte, pour finir la fontaine, d’y fouder une cannelle Sc le petit vafe au couvercle. La cannelle ou robinet (17), qui eft aufli d’Etain, fe fait de quatre pièces coulées à part Sc jointes par la foudure ; la douille (P), le boiffeau (O), le bec (Q), Sc le canichon ou clef du robinet (R). Chacun des moules de ces différentes parties eft de quatre pièces, excepté celui du boiffeau Sc du canichon, qui eft de cinq pièces, à caufe d’une clavette de cuivre ou de fer qui forme l’ouverture ou conduit ; Sc lorfque le bec a une figure quelconque de gueule ou de bec d’animaux, il eft jeté dans un moule à revider, qui n’efl; alors compofé que des deux chapes. La douille Sc le bec, fur-tout fi celui-ci eft formé dans un moule à revider, doivent fe jeter en Etain pur; mais les deux autres parties , la clef Sc le boiffeau, ont befoin d’être endurcies par un alliage». Jufqu’ici on a préféré celui du régule d’antimoine; la proportion eft d’un feptième. La douille Sc le bec fe foudent aux deux côtés du boiffeau qui font ouverts, en forte que l’un Sc l’autre renferme en foi cette ouverture» Ilfaut prendre garde,en foudant, de tréfondre le boiffeau ; Sc quant aux autres parties, l’Etain , fi l’on tréfonds eft retenu par une bande de feutre attachée à une ficelle, pour pouvoir l’en retirer après l’opération, ou par du fon ou de la graine de millet dont on les emplit. On apprête enfuite ces foudures, puis on répare le tout avec des grattoirs Sc bruniffoirs fous bras. Il s’agit maintenant d’ajufter la clef dans le boiffeau. Le noyau du moule de cette dernière doit être affez rond Sc affeZ poli, pour que la pièce n’ait pas befoin d’être alaifée intérieurement. Le robinet ou canichon, fi le moule en eft bien fait, ne doit non plus avoir befoin d’être tourné; il ne doit s’y trouver que deux légères bavures longitudinales aux deux côtés diamétralement oppofés de la jointure des chapes. Il doit fuflire d’abattre ces petites bavures, pour faire entrer le robinet dans fon boiffeau, & alors il ne doit plus y avoir qu’à ufer enfemble ces deux pièces l’une par l’autre. Mais ici il ne fuffit pas, comme pour les robinets de cuivre ou de potin, de mouiller le canichon Sc d’y faupoudrer du fablon pour le faire enfuite tourner dans fon boiffeau. L’Etain, plus mou, quoiqu’un peu endurci par l’alliage du régule d’antimoine, nelaifferoit pas gliffer le fable; celui-ci s’incrufteroit dans une des deux pièces, rayeroit l’autre, Sc en enleveroit des petites ratures qui yiendroient s’attacher enfemble fur différentes parties
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- des deux pièces, & feroient manquer l’opération. Pour remédier à cet inconvénient, on favonne la clef avant de la mouiller & d’y faupoudrer le fablon ; & fi, malgré cette précaution, il s’attache encore de ces petits grains d’Etain aux parois de la clef ou du boiifeau , il les faut enlever avec un bout de lime ou autre chofe fetnblable , & rajouter du favon.
- Pour pofer la cannelle fur la fontaine, on fait ‘d’abord un trou à l’endroit où on la veut placer ; 'c’efl ordinairement fur le côté , à un pouce au deffus du fond. On bouche enfuite ce trou par le moyen d’un linge en double, qu’on applique en dedans de la fontaine , ôc qu’on y fait tenir en mettant par-defifus lui une galette de terre à pot, plus large que le linge, ôc allez molle pour fe coller aux parois de la fontaine autour de ce linge. Tout ainfi préparé en dedans de la fontaine, on place en dehors, autour du trou, deux chapes qui doivent former autour du trou un écufion faillant fous la forme d’un coeur d’une rofette, ôc même d’un mufle, ' fi l’on veut, au milieu duquel on conferve l’ouverture faite à la fontaine, par le moyen d’une cheville ou fauffe cannelle, qu’on y fait entrer ôc qu’on y foutient, tandis qu’on emplit ce petit moule d’Etain allez chaud pour diffoudre celui de la fontaine, de ne faire qu’un corps avec elle. On répare enfuite •cet écuffon; on fait entrer le bout de la douille de ïa cannelle dans le trou de la fontaine, après en avoir retiré le linge ôc la terre ; puis, ayant mis de la foudure forte, en grains, autour de la douille, fur l’écuffon, on la fait fondre ôc couler dans la jointure, en pouffant deffus, avec un chalumeau, la flamme d’une lampe, tandis qu’un autre Ouvrier tient au deffous de la cannehe, en dedans de la fontaine, une cuiller de fer pleine de charbons ardens. L’Ouvrier pourra de même l'ouder le focle du vafe fur l’entablement du couvercle, fi mieux m’aime le fonder à l’aide du fer , après avoir garni l’intérieur du focle d’une bande ae feutre qui y telle.
- Les fontaines portent auffi, à la partie fupérieure de la cuve, deux anneaux ou boucles ( D, fig. i ), paffées dans un tenon ou piton. Pour cela on a d’abord un moule de tenon portant auffi un écuffon, pour fortifier la pièce en cette partie. On applique ce moule fur l’endroit de la fontaine où on juge à propos de mettre la boucle ; puis, ayant garni l’intérieur d’un morceau de linge foutenu par delà terre, ou un Ouvrier y tenant feulement le drapeau appliqué, on coule dans le moule de l’Etain chaud. On retourne la fontaine, pour étoffer un fécond tenon au côté diamétralement oppofé; on les répare enfuite ; puis, après avoir coupé l’anneau, qui fe jette dans un moule particulier de deux pièces feulement , on le fait entrer dans le trou du tenon, ôc on rejoint enfin les deux bouts par une foudure qu’on répare enfuite.
- Fabrications des Flacons.
- Les flacons, repréfentés par les fig. i ,,2, 3 de la Vignette, ôc y de la Planche VII, fe font de deux parties foudées en G, ôc chaque partie fe coule dans -un moule de quatre pièces, fur les genoux, comme la poterie ordinaire, fi le flacon ett petit, ou comme les fontaines, fi le flacon ell trop grand. Les deux chapes du moule de haut portent des vis à la partie la plus élevée du cou, afin d’en former fur cette partie du flacon ; Ôc le gros noyau monte entre les chapes, pour former l’intérieur du cou ; il les fur-paffe même de fix lignes ou environ, ce qui fert, lorfque la pièce ell jetée, à recevoir les coups de maillets dont on le frappe pour le chaffer, &, tandis qu’on la jette, à tenir ce noyau bien perpendiculaire •entre fes deux chapes, par le moyen au petit noyau,
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- qui n’eft qu’un bonnet dans lequel 6n a creufê une portée pour recevoir le bout des chapes, puis une cavité concentrique à la portée, pour recevoir le bout du gros noyau qui l’emplit toute entière.
- Lorfque le flacon ell foudé, l’Ouvrier le monte fur le tour, ou fur un calibre, ou dans une boîte à vis, ôc i’affujettit central par le moyen d’une pointe à vis, qui ett reçue fur un bouton que le moule forme en dehors au centre du fond du flacon; ou, fi le moule n’en a point formé, fur un bouton d’acier fixé au centre d’une rouelle de bois qu’on applique au fond du flacon. Pour tourner, l’Ouvrier appuiè fon crochet fur la barre d’appui, Sc fur fon épaule, fi la barre d’appui ett proche de la pièce , ôc alors il a plus de force; mais s’il éloigne ce point d’appui de la réfiftance, il fera obligé de paffer fon crochet fous la pièce, ôc le manche fous le bras, & alors il fupportera une partie de l’effort que la barre fup-portoit toute feule dans le premier cas. ( Voyez les principes de l’Art du Tour.)
- Manière de jeter les bouchons à vis des flacons,
- applicable aux boîtes de feringues & autres de cette
- eflpèce*
- Les bouchons de flacons , boîtes de feringues ôc autres boîtes ou bouchons à vis, fe jettent de cette manière : Le mouie ett de quatre pièces, deux chapes , un petit noyau ôc un gros fur lequel font taillées les vis. Ce gros noyau porte, outre fa queue carrée au centre, deux autres petites d’un pouce de haut tout au plus, près de la circonférence, & en deux parties oppofées. Le jetage ne diffère en rien de celui de la poterie ; on obferve feulement de placer le feu deffous la chaudière, parce que, tant à caufe du petit volume de chaque pièce qué de la longueur de la dépouille du gros noyau, l’Etain doit relier long-temps en fufion. Lorfque l’Etain ett: •coulé dans le moule, ôc qu’il ell à peine figé, l’Ouvrier , ayant devant lui un établi bien étayé, Ôc percé de trois trous carrés, un au milieu pour recevoir la groffe queue du noyau, ôc deux plus petits à côté pour recevoir les deux petites queues; f Ouvrier, dis-je, fait entrer ces trois queues dans leurs trous, & à l’aide du tourne-à-gauche, il parvient à déviffer la pièce de deffus fon noyau. Ce tourne-à-gauche , ainfi nommé parce qu’en effet on tourna à gauche pour déviffer, a au milieu un grand trou , dans lequel entre la tête des chapes, Ôc porte de chaque côté une petite fourche qui va prendre les queues des chapes. Le noyau étant ainfi déviffé , le relie fe dépouille comme la poterie. Au relie, l’opération de la dépouille du noyau doit fe faire avec toute l’aâivité poffible, afin que cette pièce ne vienne pas à fe refroidir ; à peine auffi attend-on que l’Etain foit figé pour donner le premier coup de tourne-à-gauche, parce que, fi on tardoit davantage , l’effort qu’il feroit obligé de faire feroit capar-ble de faire caffer le moule. Enfin, avant de ren-chaper, l’Ouvrier doit paffer les vis de fon noyau fur un morceau de favon, afin d’en faciliter encor© la dépouille.
- Ce couvercle, boîte ou bouchon, ett, comme toute autre pièce de poterie , porté de la foffe au fourneau pour y être épillé ôc reverché, ôc du fourneau à l’établi où on l’apprête, ôc enfin au tour. Là, il ett reçu fur une virole à vis, fixée fur un calibre. Ainfi, lorfque la pièce ett tournée, il faut faire arrêter le Tourneur, afin de la déviffer.
- Il relie, pour finir les flacons, de leur pofer quatre pitons carrés (M, M, M, M), dans lefquels on paffe des courroies. Ces pitons fe coulent fur la pièce, dans un moule de deux pièces qu’il ett facile de fe repréfenter. Si on veut finir le flacon par là, il le faudra emplir de fon ou de fablon ; mais fi le flacon
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- eft gros, il fera bon de jeter ces pitons fur les parties féparées du flacon, le haut & le bas, après les avoir tournées féparément, comme je l’ai dit à l’égard des fontaines, & avant de les fouder ; alors on tiendra d’une main fon drapeau appliqué en dedans contre l’endroit qui doit le diffoudre, 8c on verferoit de l’autre l’Etain dans le moule.
- §. IL Des potagers ou porte-dîners, pots à bouillon , marmites , foupières , &c.
- L’efpèce de potager ou porte-dîner dont je prétends d’abord parler, eft repréfenté dans la Fl.VII, monté fur fon empreinte à couteau ( fig. 12), & dans la Pl.V, par la fig. 27. Il eft aifé de lui dif-tinguer une panfe M & une gorge plus étroite , 8c par conféquent il doit, comme la poterie ordinaire, être conftruit de deux parties, le haut 8c le bas, réunies par la foudure, fur la partie la plus élevée de la panfe. Ainfi tout ce que nous avons dit du jetage 8c des autres opérations fubféquentes de la poterie en général, jufques 8c compris celle du tour, doit s’appliquer à la fabrique de cette branche particulière.Tout ce qu’ils ont de différent, efi: qu’il faut leur attacher des tenons ou oreillons N N, pour y paflfer le tourillon de l’anfe qui eftlhobile, 8c qu’on eft outre cela en ufage de tourner en dedans la foudure, immédiatement avant de placer les anfes.
- Les oreillons fe jettent fur la pièce dans un moule de trois pièces ; favoir, deux chapes (31 & 32 ), qui forment le corps de l’oreillon, 8c une troifième, 30, qui n’eft pour l’ordinaire qu’une carte à jouer roulée jufqu’aux deux tiers, 8c dont l’autre tiers s’élève à angle droit fur la partie roulée entre les deux chapes, ce qui forme l’oreillon fendu perpendiculairement. D’autres, au lieu de cette carte, ont un bouton de cuivre fur lequel s’élève une aile de tôle. Pour fe fervir de ce moule, on joint les deux chapes, & on les tient jointes par le moyen d’une ferre. On met enfuite la carte ou le bouton dans le trou, faifant entrer l’aile dans la fente qui refte entre les deux chapes au deffus du trou ; on met le moule fur la pièce ; puis, tenant appliqué en dedans le drapeau au deffous du moule, on coule de l’Etain. Sil fe formoit en dedans du pot une cavité à l’endroit où le drapeau eft appliqué, ce feroit un effet de la trop grande humidité du fable qui y eft contenu ; il faudroit y remédier fur le champ , tandis que cette partie eft encore affez chaude, en empliftant cette cavité de foudure légère affez fufible. Lorfque les oreillons font jetés en deux endroits diamétralement oppofés, on en coupe les jets, on les répare en deffus à la lame d’épée 8c au bruniffoir à deux mains ; puis on reporte les potagers au tour pour achever de les tourner en dedans, en forte qu’on n’apperçoive ni la foudure, ni les deux parties de la gorge où les oreillons font étoffés.
- Pour cette opération, on les monte fur le tour, fur une empreinte à couteau ; c’eft une rouelle de bois d’un pouce 8c demi ou deux pouces d’épaif-feur, garnie par-derrière d’une gaîne d’Etain, pour la monter fur le mandrin. Elle eft percée de fix trous, dont trois fur un même cercle 8c à égale diftance entre eux, les trois autres fur un cercle plus grand, & formant pareillement entre eux les trois points d’un triangle équilatéral. Dans trois de ces trous, qui appartiennent au même cercle, entrent deux vis, qui fixent chacune un couteau (c’eft ainfi qu’on appelle la pièce de fer ) à égale diftance du centre, au moyen d’un écrou mobile par-derrière l’empreinte.Voyez la fig. 1 o, Pl.VII. Ayant fait fur le plan de l’empreinte une petite entaille circulaire d’une ligne de profondeur feulement, dans laquelle le bord du pied du pot doit entrer bien jufte, on y placera le
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- pot, 8c on le fixera dans cette fituatîon, par le moyen des trois couteaux, à chacun defquels on fait pincer la patte, dans un endroit qu’ils ne puiffent endommager, dans l’angle d’une moulure, par exemple. Un porte-dîner étant tourné, on fait arrêter pour defferrer les couteaux, ôter la pièce, 8c en remettre un autre ; puis on les rapporte tous au fourneau pour leur mettre des anfes.
- Ces anfes, en fortant de leur moule, font un cercle entier, ou, fi l’on veut, un grand anneau demi-rond, c’eft-à-dire, plat en deffous, 8c arrondi en dedans. Ce moule, qui doit rentrer dans ceux du vaiffellier, forme ordinairement en même temps le couvercle du porte-dîner (fig. 28 ), & feul il peut fuffire pour toutes les grandeurs d’anfes. En effet, après les avoir tournées, tant en deffus qu’en dedans (fur un calibre pour le deffus, dans une empreinte pour le dedans ), on les coupe de la longueur de la demi-circonférence du bord du porte-dîner, puis on les ouvre, fi ce porte-dîner eft d’un diamètre plus grand que celui du cercle de l’anfe , ou on les ferme s’il eft plus petit, ou enfin on laiffe les anfes telles qu’elles fe trouvent , fi ces deux diamètres font égaux, 8c alors on doit trouver pré-cifément deux anfes dans le cercle, au lieu que dans les deux premiers cas , on n’en trouve qu’une ou plus de deux. Les anfes ainfi tournées , coupées 8c ajuftées à leur porte-dîner, il s’agit d’y étoffer des tourillons, au moyen defquels elles foient mobiles dans leurs oreillons, 8c de plus une rofette à l’extrémité de ces tourillons, pour les retenir dans ces oreillons. Pour cela , l’Ouvrier a un moule compofé de trois pièces, qui forme en même temps le tourillon 8c la rofette. Les chapes {a, b)} lorsqu'elles font jointes, forment le tourillon 8c préfen-tent une entaille c, pour recevoir l’anfe. Le noyau forme la rofette & ferre les chapes dans fa portée. Ainfi, lorfque le moule eft monté fur le talon de l’établi, ainfi que le repréfente la fig. 3 3,8c l’écart des.chapes retenu par une ferre, l’Ouvrier fait entrer un bout de l’anfe dans l’entaille, en forte quelle couvre la moitié du trou qui doit former le tourillon, & que l’autre refte débouchée; puis, foute-nant l’anfe d’une main, il coule de l’autre de l’Etain bien chaud dans le moule a en diffoudant le bout de l’anfe qui couvroit une partie de l’ouverture. Après avoir ainfi garni de leurs tourillons à rofette les deux bouts de toutes fes anfes, l’Ouvrier épille l’Etain excédant, 8c répare enfuite ces endroits à la main. Après cela, il ouvre avec un fermoir la fente que la carte ou l’aile de tôle a faite à l’oreillon, 8c y fait entrer les tourillons, puis il referme ces oreillons, 8c en foude les deux parties avec le fer de cuivre. Enfin il épille cette foudure & y paffe la râpe, 8c le porte-dîner eft fini.
- Le couvercle (fig. 28) eft, à proprement parler, une pièce de vaiffelle, 8c par conféquent toutes les opérations particulières à cette branche de travail doit s’y appliquer. Comme les couvercles d’écuelles, on le garnit d’un petit bouton pour l’enlever; mais pour lui conferver fon afliette, on ne place pas ce bouton au centre du fond , mais bien fur la marly. On donne ordinairement à ce bouton la forme d’un vafe alongé, d’un gland ou d’une olive, 8c fon moule n’eft que de deux chapes.
- Il fe fait encore des porte-dîners à l’ufage des Laboureurs, pour porter dans les champs le dîner aux Moiffonneurs. Ils n’ont point de gorge étranglée comme ceux que je viens de décrire, ils ne font pas non plus parfaitement cylindriques, mais un peu éva-fés. Je ne puis rien vous préfenter qui en approche davantage, qui leurreffemblemieux,quelebas desflacons; ajoutez-y feulement, par l’imagination, un cercle d’environ huit lignes de haut, qui failliffe en dehors de toute l’épaiffeur de la pièce, c’eft-à-dire, de cinq
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- So ART DU POT
- quarts deligne tout au plus, pour former en dedans, à fix ou fept lignes du bord, une arête pour recevoir le couvercle. Ges porte-dîners font formés tout entiers dans un moule de quatre pièces; favoir, deux chapes pour tout l’extérieur, un gros noyau pour l’intérieur du corps, & un petit pour celui du pied. On les jette comme les flacons, ôc pour les tourner on les monte fur un calibre pour le deffus, & fur l’empreinte à couteau pour le dedans. Les anfes ôc le couvercle fe travaillent comme nous venons de le décrire ; mais les anfes fe pofent différemment. D’abord les oreillons fe jettent fur la pièce dans un moule qui ne les fend point comme les précédens; les rofettes font formées en particulier dans leur moule, ôc les tourillons feulement font jetés fur l’extrémité des anfes, en cette manière : l’Ouvrier, en coupant fes anfes, lés tient un peu plus longues que la demi-circonférence du bord fur i’épaiffeur duquel elles doivent repofer, puis les mettant fur leur pot, dans la fituation qu’elles doivent garder, il trace avec une pointe, par le trou de l’oreillon, un cercle qui lui marque où il doit placer les tourillons fur l’anfe. Alors il met le bout de l’anfe fur fon drapeau, puis le moule garni de fa ferre fur l’endroit de l’anfe qui elt marqué, ôc il coule dedans de l’Etain bien chaud. Après cela il épille ôc râpe en rond les bouts des anfes autour des.tourillons, plie un peu l’anfe pour en faire entrer les tourillons dans les trous des oreillons , ôc frappe enfuite quelques petits coups de maillet fur le milieu de l’anfe élevée, pour la rétablir dans fon premier état. 11 prend enfuite une rofette qu’il affeoit fur l’oreillon, la faifant traverfer par le tourillon : enfin il fixe ce tourillon à la rofette, en diffoudant avec le fer la partie du tourillon qui doit furpaffer la rofette, ôc en même temps le filet qui entoure le trou de cette rofette ; ôc pour retenir l’Etain, il fait, avant tout, entrer ce filet dans le trou d’une lame de tôle ou de cuivre , ôc tient d’une main cette lame appliquée fur la rofette, tandis que de l’autre il diffout ce qu’elle ne couvre point.
- Les pots à bouillon fe font de deux manières, ou en efpèce de flacon (fig. 3, Pl.VII), ou en fphère écrafée, afin de pouvoir être mis plus facilement dans la cave d’une voiture (fig. 2). Les premiers fe font ordinairement de trois parties pour le corps; favoir, deux pour la panfe foudée en B, & le cou qui eft un cylindre à vis, qui fe foude en C. Par ce moyen, on fe difpenfe en partie de l’avance des frais d’un moule particulier. On a feulement un moule de cylindre à vis pour le cou , celui de fa boîte ou couvercle, Ôc de l’efpèce d’étouffoir ou couvercle intérieur qu’on eft dans l’ufage d’ajouter à cet uftenfile. Le corps fe forme de deux porte-dîners, que je viens de décrire, ôc comme il s’en fait (de ces porte-dîners) de toutes les grandeurs, rien n’eft plus aifé que de varier la continence ôc la forme des pots à bouillon au goût du confommateur. L’Ouvrier, après avoir jeté, épillé, reverché ôc apprêté fes porte-dîners, les monte fur le tour, pour couper à tous le cercle fupérieur qui faillit en dehors, Ôc à celui qu’il deftine à former le haut de la panfe, pour en enlever la patte Ôc le fond, y former un trou du diamètre du cylindre qui doit y être foudé. Ce cylindre eft formé, comme j’ai dit, dans un moule particulier, de quatre pièces, comme celui des feringues, ôc la boîte ou couvercle à vis dans un moule de deux pièces feulement, ainfi que l’étouffoir ou couvercle intérieur (E), lequel, après avoir été tourné , doit entrer bien jufte dans l’intérieur du cylindre, & porte un rebord (G) pour repofer fur I’épaiffeur des vis, fans gêner, en aucune manière, le fécond couvercle dans fon mouvement. Cetétouffoir doit aufîi être muni d’un anneau mobile
- IER D’ È T A I N,
- ou d’un bouton pour l’enlever. Enfin, le couvercle à vis porte une poignée mobile dans deux petits tenons. Ces tenons font jetés fur la pièce dans un petit moule particulier, ôc les poignées ou anfes ont auflt leur moule propre, qui n’eft que de deux pièces.
- Les féconds pots à bouillon (fig. 2) font faits de la partie la plus baffe de deux grands potagers ou de bas de flacons, qu’on a coupés ôc furbaijfés fur le tour, pour ne conferver prefque que le fond.. On ne foude uniquement à ceux-ci que la virole à vis, prife fur le cylindre ; du refte, ils ont toutes les pièces que j’ai fait remarquer dans les autres.
- Des Marmites.
- Les marmites dont je veux ici parler, font fort en ufage dans les Pays-Bas. Le temps qu’ils y laiffent leur bouillon, fans qu’il s’y aigrilfe ou qu’il y prenne aucun autre goût, ne iaiffe dans l’efprit des habitans aucun doute fur la falubrité de l’Etain ; ôc quoique la plupart ne les écure jamais, on ne voit pas qu’il en réfulte aucun mauvais effet. Ce n’eft point en effet d’une rouille qu’elle fe trouve couverte après un long ufage, c’eft d’un enduit brun, je dirois même un émail, tant il eft dur, uni, ôc difficile à diffoudre. Les outils les mieux acérés n’y mordent pas, ôc ce feroit en vain qu’on effayeroit à l’enlever en écurant ; auffi ne s’en donne-t-on pas la peine. Au refte, je ne vois rien là dedans qu’une fuite de cette propriété que nous avons remarquée à l’Etain, d’attirer à lui les fels des eaux qu’il renferme. Mais c’eft encore fingulièrement ici qu’il ne faut employer que l’Etain pur, puifqu’il n’y a pas d’alliage qui ne le rendît plus foluble ôc plus fufible.
- Ces marmites fe forment en entier dans des moules de quatre pièces, lorfqu’elles font toutes droites, ôc même un peu évafées, comme celle que j’ai fait repréfenter par la fig. 6. La pefanteur de ce moule oblige d’avoir recours, pour jeter ôc dépouiller la pièce, aux inftrumens ôc aux manipulations que j’ai décrites au jetage des fontaines : puis après les avoir épillées, reverchées ôc apprêtées, on les tourne tant en deffus qu’en dedans ; Ôc on ne doit pas manquer enfuite de les forger, c’eft-à-dire, de les écrouir au marteau fur le tas ôc la bigorne. Cette opération, en les rendant plus compades, ôc en ùefferrant les pores du métal, les rend par-là même moins fufibles. Après cette opération, on leur jette deux tenons en deux endroits diamétralement oppofés (N), pour y paffer l’anfe (O). Son couvercle (F) eft formé tout d’une pièce dans un moule de deux, comme ceux de la vaiffelle : on lui pofe une poignée, ou mobile comme aux pots à bouillon, ou fixe (Q) comme celle que porte en effet le couvercle ; Ôc alors on en foude les deux bouts à l’étoffure fur le couvercle, comme à ceux des forbetières. (Voyez leur Article à la fin du Chapitre du Vaijfellier.)
- On conftruit encore en Etain des marmites qui ont la forme d’une poire : elles font plus propres à être mifes auprès du feu, Ôc moins fujettes à être fondues par la flamme, lorfque l’eau ne les emplit pas tout-à-fait. Elles fe font de deux pièces foudées enfemble fur le milieu de la panfe ; au lieu d’une anfe, comme aux précédentes, on leur foude deux poignées, comme aux foupières que je vais décrire.
- Des Soupières,
- Le pot à œil ou foupière (fig. 7) fe fait dans un moule de quatre pièces, comme les potagers. Après les avoir épillées, reverchées ôc apprêtées, on les porte au tour pour y être réparées jufqu’aux côtes même ; ce qui fe fait avec des frifoirs ôc bruniffoirs très-flexibles, pris dans un reffort de pendule, ainfi
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- ART DU POTIER D9 Ê T A I A*
- que Je l’ai décrit au fujet des plats à contours ; &, quant au dedans, il les faut monter fur l’empreinte à couteau, comme les potagers : mais fi le moule ne formoit pas ces côtes ou gaudrons, on les porteroit au Planeur, après les avoir tournées; & cet Ouvrier releveroit ces côtes fur la peau, ainfi que je le dirai en fon lieu. Après tout cela, on leur jette des anfes (QQ) dans un moule de deux pièces ou plus, félon que l’exige ou la forme de ces anfes, ou les ornemens dont on les veut charger. Le couvercle (R) fe fait comme celui des écuelles, & le petit bouton (S) fe jete deffus dans un moule particulier.
- Des Terrines.
- Ces vafes, 8c ceux que je viens de décrire , pourraient très-bien fervir au même ufage ; mais le Cuifinier François leur a donné une dellination particulière , & moins raffiné dans le choix des expreffions que dans le fervice des tables, leur a confervé le nom de terrine, de quelque matière qu’ils foient d’ailleurs conftruits ; apparemment parce que les premières furent faites en effet en terre. Quoi qu’il en foit, ces terrines peuvent, &, pour l’avantage du Fabricant, doivent fe faire dans des moules ; car, dans toutes pièces de rapport, la main d’œuvre eft bientôt affez augmentée pour faire doubler le prix des marchandifes. C’eft pourquoi les Artiftes, pour peu qu’ils aient une quantité fuffifante dè pareils ouvrages à faire, aiment mieux en conftruire les moules ; & je le fuppofe ici, La terrine que préfente la fig. 8, a encore affez d’évafement ou de dépouille, pour me fervir du terme de l’Art, pour être formée entière dans un moule de quatre pièces, comme la foupière ; ôc fon couvercle dans un moule de deux pièces feulement. Ces deux pièces , comme tout autre ouvrage, paffent fucceffivement du fourneau à l’établi, où elles l'ont épillées, reverchées & apprêtées ; mais on les répare à la main, avec des grattoirs 8c bruniffoirs fous bras ; 8c on les reporte au fourneau pour leur fouder des poignées , tant au couvercle qu’à la terrine même. Je dis fouder, parce que ces poignées font jetées à part dans leur moule ; 8c comme celle du couvercle , qui a ordinairement la forme d’un ferpent ou d’un dauphin, ou d’un fruit, feroit trop pefante fi elle étoit pleine, on la forme creufe dans un moule à revider. (Voyez cet Article au Chapitre du Menuijzer.')
- §. III. Des Boules à lit, Moines, & de VAiguière*
- L’âiguière (p) fe forme de deux parties foudées en X, à caufe du gros tore entre deux fcoties 8c fes filets qui fe trouve en cet endroit du pied. Chacune de ces parties fe jette dans un moule de quatre pièces, qu’il eft facile de fe repréfenter fur celui du pot à beau à cocarde de la Planche V. Après avoir fait cette foudure, & avant de porter l’aiguière au tou*, on répare le bec tant en dedans qu’en deffus, à l’aide des grattoirs 8c bruniffoirs fous bras, jufqu’au premier cordon Y, puis on monte le corps de l’aiguière fur le tour, dans une empreinte creufée à cet effet, 8c on la tourne en dedans. Après cela, on foude le pied fur le milieu du gros tore X, & on monte l’aiguière fur un calibre pour achever de la tourner. Il relie à lui fouder l’anfe. Or cette anfe eff ordinairement fort groffe, &, pour l’alléger, on la forme creufe, au moyen d’un moule à revider. On la répare au grattoir 8c bruniffoir fous bras, avant de la fouder à la pièce fur la partie oppofée au bec. Cette foudure fe peut faire à l’étoffure ; mais il eft mieux de la faire au chalumeau, en employant de la foudure forte du premier numéro : elle eft toujours affez folidç.
- Les boules à lit (I) fe font ordinairement en forme de fphère écrafée, & par conféquent de deux parties foudées en A. Le moule de la partie fupérieure eft de quatre pièces, comme ceux de la poterie, à caufe du petit col à vis ; mais celui qui forme la calotte inférieure, n’eft que de deux pièces, comme ceux de la vaiffelle. Lorfqu’elles font foudées, on les tourne, après les avoir montées dans une boîte à vis. Enfin, fur le col à vis de la boule, fe monte un bouchon à écrou portant un tenon, dans lequel fe meut un anneau (B).
- Les moines dont je veux ici parler, font des vafes longs 8c cylindriques, qu’on emplit d’eau chaude, comme les boules à lit, <Sc pour le même ufage. Ce n’eft autre chofe qu’un cylindre (4) portant un fond en bas, 8c en haut un petit col à vis garni de fon bouchon comme les boules à lit. Ces cylindres fe peuvent faire de greffes feringues, 8c alors il n’y a qu’un fond à fouder ; mais, fi on n’a point le moule de cet uftenfile dans fon atelier, ou s’il les faut faire fur des mefures données, on les confirait de plaques roulées comme les forbetières ; on y foude deux fonds, dont le fupérieur porte un collet à vis pour recevoir le bouchon.
- CHAPITRE SEPTIÈME.
- Du travail du Menuijier,
- On appelle Potier d’Etainr Menuijier, celui qui ne travaille que de petits ouvrages du poids de cinq quarterons au plus, fans cependant faire les Ménages d’enfans, qui forment une branche particulière ; 8c Menuiferies, les ouvrages de la Fabrique du Potier d’Etain Menuifier.
- L’Artifte doit, pour cette efpèce de travail, avoir l’attention la plus fcrupuleufe de choifir les Etains les plus purs d’entre les marchandifes déjà fabriquées; car encore qu’il y ait des Etains alliés qui fe coulent paffablement en vaiffelle, il n’en feroit pas de même pour ces petits ouvrages, dont les moules remplis fort fouvent d’ornemens, n’ont que fort peu de dépouille9 8c exigent, pour en arracher les pièces, un effort qui les feroit fouvent caffer ; fi, au contraire, les moules ont la dépouille facile, il fe formerait des grumelures, parce que ces ouvrages étant coulés
- plus chaud que la vaiffelle, ils font plus long-temps à refroidir, ce qui laifferoit aux parties de l’alliage le temps de fe défunir, pour occuper une place proportionnée à leur denfité. C’eft pour cela que les Ouvriers, jaloux de la perfedionde leur Fabrique, proportionnent aux pièces qu’ils ont à jeter, la quantité de vieil Etain déjà fabriqué, à joindre à leur Etain vierge, ayant pour règle générale, que plus les pièces à fabriquer font petites 8c minces, plus l’Etain en doit être pur ; car c’eft s’abufer que de penfer que l’on peut couler toute forte d’Etain dans toute forte de moule.
- Précautions à prendre dans le jetage de lu Menuiferiê.
- La première attention qu’ont les Potiers d’Etain pour cette partie, eft d’établir le feu deffous la
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- chaudière, & non pas dedans, parce que ces pièces n’employant que peu d’Etain à la fois, le métal refteroit trop long-temps en fufion, ôc prendroit, fous les charbons , allez de phlogiftique pour devenir plus aigre ôc moins traitable.
- Ils obfervent, en fécond heu, de ne potayer leurs moules qu’avec l’eau ocrée légèrement , à moins qu’ils n’ayent été enfumés. C«ette manière de potayer les moules regarde tous ceux d’ouvrages délicats : l’Ouvrier, lorfque fes moules font chauds, les tient par le manche au deffus du vafe qui contient Peau ocrée, & verfe fur toute la furface intérieure du moule quelques cuillerées de cette eau , ôc commence tout de fuite à jeter. Il eft ordinairement obligé de recommencer cette opération, après deux ou trois pièces jetées, fouvent même à chaque fois, &, en un mot, toutes les fois que la potée s’eft détachée du moule, par l’effort qu’on a fait pour en dévêtir la pièce. Voilà les précautions particulières qu’exige le jetage de la menuiferie ; du refte elle fe Jette ôc fe dépouille fuante comme la poterie.
- Du jetage dans les moules à revider.
- Il y a des pièces qui doivent néceffairement être creuf es, d’autres qui feroient feulement trop pefantes, h elles étoient maffives, mais qui, par l’irrégularité de leur forme, ne permettent pas que leur moule porte un ou plufieurs noyaux qui puilïent aifément fe dépouiller : telles font les anfes d’aiguières, de pots à l’eau, de théières ; les manches de couteaux de table; les becs de théières, lorfqu’ils font courbés ôc recourbés en col de cygne. Or, pour couler ces pièces, on fe fert d’un moule à revider, qui n’eft autre chofe que les deux chapes feulement d’un moule qui pourroit auffi fervir à les former maffives. Ces moules, qui forment tous les contours extérieurs de la pièce, ont ordinairement deux ouvertures ; l’une fupérieure, qui fert de jet; l’autre inférieure, par laquelle s’écoule l’Etain qui ne fe peut tenir attaché aux parois du moule ; ou bien ils n’en ont qu’une qui fert de jet, ôc enfuite de décharge.
- Pour fe fervir des premiers,l’Ouvrier (fïg. i, PI. VIII) tient entre fes genoux un de fes moules garni de manches, Ôc pendant que par le jet il verfe de l’Etain dans le moule, il tient avec l’autre main un feutre appliqué à l’ouverture inférieure, & lorfque le moule eft plein, il retire ce feutre, & reçoit dans fa cuiller ou dans une petite chaudière, l’Etain qui s’en écoule.
- Quant aux féconds moules, l’Ouvrier, après les avoir remplis d’Etain, leur fait faire un demi-tour pour renverfer, par le jet même, l’Etain fuperflu qui occupe le milieu, Ôc qui n’eft jamais auffi-tôt figé que celui qui touche immédiatement les parois du moule. Enfuite il dépouille la pièce, ôc referme le moule pour recommencer de même ; elles fe trouvent toutes affez régulières en épaiffeur, parce que ces deux fortes de moules portent à l’ouverture de décharge , un rebord qui faillit en dedans de l’épaiffeur que l’on veut donner à la pièce (c’eft-à-dire d’à peu près une demi-ligne) ; c’eft lui qui retient appliqué au moule l’Etain, qui ne manqueroit pas fans cela de fuivre celui du centre.
- Du Tour de la Menuiferie.
- Après que les pièces coulées ont été épillées, reverchées ôc apprêtées, elles font portées au tour, ôc fe tournent comme la poterie. C’eft pourquoi la fig.2. de cette Planche, qui repréfente un Ouvrier tournant un gobelet en dedans, doit fe rapporter également à ces deux branches de notre Art, toutes les fois qu’il s’agira de tourner en dedans des pièces creufes.
- L’Ouvrier, après avoir mis fa pièce fur le tour, dans fa boîte ou calibre (C), ôc l’y avoir fixé par
- IER D>É TAIN;
- quelques coups de marteaux donnés fur le revers de la palette qu’il tient appliquée contre la pièce'; l’Ouvrier, dis-je, paffe fur le devant du tour, faifit un grattoir (fig.3 3,P1.1I1),l’appuie fur le fupport qu’il empoigne avec Poutil, ôc le conduit de l’autre main, en pouffant l’outil depuis le bord jufqu’au centre de la pièce : il en préfente le bifeau à la partie la plus baffe ; mais en le ramenant du centre au bord d’où il eft parti, il le préfente fur le côté de la partie fupérieure ( je veux dire celle qui eft au deffus du centre de rotation), & alors la planche du grattoir doit être horizontale. Il prend enfuite un fécond grattoir de même forme, mais dont le tranchant a été adouci fur la pierre à l’huile, & poli ou plutôt bruni fur la joliette; il le conduit comme le précédent: celui-ci coupe les traits du premier, & les rend plus fins Ôc plus doux. Enfin il quitte ce grattoir pour prendre un bruniffoir de même profil que ces grattoirs, ôc qu,’il conduit de même, après l’avoir, comme à l’ordinaire, frotté fur la joliette, ôc avoir mouillé d’eau de favon le dedans de la pièce. C’eft ainfi que fe tournent toutes les pièces creufes, tant de poterie que de menuiferie, ôc même de vaiffelle (les bajfins, jattes, écuelles, &c.); ôc c’eft ce que les Ouvriers appellent tourner en devant.
- Il y a encore dans la menuiferie plufieurs pièces qui portent de petits gaudrons fur la patte, comme les grands gobelets, les aiguières, les fucriers (fig.4, PI.VIII)5 ôc plufieurs autres : or, pour tourner ces gaudrons, on fe fert de petits frfoirs, qui ne font autre chofe qu’un bout de reffort de pendule, de la longueur de quatre pouces ou environ, ôc de la largeur d’un pouce ou moins : on fait un bruniffoir à i’une de fes extrémités, en l’arrondiffant fur fon épaiffeur ; l’autre eft\coupée bien carrément dans répaiffeur de la lame, ôc mord des deux faces. L’Ouvrier commande de tourner plus doucement,. ôc tenant à deux mains la lame appuyée fur les gaudrons, un peu en deffous de la pièce, il lui en fait parcourir toute la largeur ( On conçoit que cette lame ayant autant de reffort que de flexibilité, doit atteindre également les angles rentrans que les éminences arrondies de ces gaudrons.). Le bruniffoir fe conduit abfolument de même.
- Bien des Ouvriers, pour tourner en devant, au lieu d’approcher le fupport de la pièce, fe contentent, fans le déranger de fa place ordinaire, qui eft à l’extrémité du banc du tour, de placer la'barre d’appui en diagonale, c’eft-à-dire, par l’une de fes extrémités, fur le fupport K, ôc par l’autre, fur l’autre fupport L, faifant en forte que la barre d’appui, par fon milieu ou à peu près, coupe l’axe de rotation à une petite diftance devant la pièce ; du refte, ils empoignent de même le manche de l’outil ôc cette barre d’appui, comme l’Ouvrier, dans la Vignette, le fait du fupport.
- Manières de fonder particulières à la Menuiferie.
- Souder à la foudure légère ôc au chalumeau, font deux opérations qui reviennent affez fréquemment dans cette branche de Fabrique ; on parvient par elles à réunir ôc à joindre deux pièces qu’on a entièrement réparées chacune en particulier, ôc fans leur rien ôter de l’éclat du réparage.
- La pièce que l’Ouvrier (fig.3) foude ici à la foudure légère, eft une cuiller à malade, à fa douille. Ces douilles, qui font pour l’ordinaire droites (voyez la fig. 14 du bas de la Planche), fe coulent dans un moule de quatre pièces, comme un moule de poterie ; ôc ce moule, s’il eft bien fait, doit rendre les douilles toutes taillées en bec de flûte d’un bout, ôc de l’autre en fuivant exactement le profil de la panfe de la cuiller fur laquelle elles doivent s’appliquer. Après que c es douilles font
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- grattées & brunies, & la cuiller garnie de fon anfe, 8c percée en un endroit de la panfe diamétralement oppofé, on fiuit par y fonder une douille (L’outil dont on fe fert pour les percer ainfi, eft un vilebrequin dont la mèche diminue toujours jufqu’à fa pointe, 8c forme très-bien un demi-cône évidé, PI. XX VI, fîg. 19.). On l’attache d’abord légèrement à fa cuiller par deux gouttes d’Etain avec le fer à fouder, failant en forte qu’elle couvre en entier le trou fait à la panfe, 8c lorfque les douilles font toutes fixées à leur cuiller, dans la fituation qu’elles doivent garder, l’Ouvrier encraie légèrement avec un petit pinceau le pourtour du bas de la douille, à une ligne au plus de diftance du bord à fouder : il met enfuite dans la cuiller quelques charbons allumés, 8c la tient par l’anfe élevée de manière qu’il puifife voir la foudure fe fondre, 8c que les charbons portent en dedans fur l’endroit à fouder, & puilfent l’échauffer ^ffez pour faire fondre la foudure qu’il lui préfente en dehors ; lorfqu’il voit que la pièce eft allez échauffée, 8c que la foudure fond, il parcourt promptement toute la jointure avec fa baguette de foudures, qu’il quitte aufti-tôt pour prendre un petit éclat de bois applati par le bout en forme de ipatule, & qu’il fait gliffer légèrement fur la foudure encore en fufion,pour l’étendre par-tout également.
- Il reverfe enfuite les charbons dans fon fourneau, 8c laiffe froidir la foudure ; elle forme un petit filet blanc qui n’eft pas défagréable, 8c qui ne demande aucun réparage. C’eft la même foudure que les Facteurs d'orgues emploient ou devroient employer; nous en avons donné la compofition à l’Article du Paillon, N°. 2, pag. 43. Elle a cet inconvénient, qu’elle fond bien avant l’Etain; aufti 11e l’emploie-t-on que pour des pièces qui ne font point deftinées à aller au feu.
- Souder au chalumeau.
- Sur cette efpèce d’uftenfile, dont l’ufage eft d’être placé devant le feu, comme les théières, on emploie une foudure plus forte, que l’on fait fondre iur la 'pièce par la flamme d’une lampe pouffée vivement à l’aide d’un chalumeau ; c’eft ainfi qu’on foude les broderons aux théières. Brofferon eft le nom général que l’on a donné aux becs recourbés, qui l'ont à la théière ce que les douilles font à la cuiller à malade ; mais ils empruntent encore différens noms, comme col de cygne, de la forme qu’on leur a donnée. On les jette dans un moulp à revider.
- Au lieu de percer d’un feul grand trou la théière à la panfe, on ne la perce que de plufieurs petits trous, qui, en laiffant paffer la liqueur, ne permettent pas aux feuilles de thé de la fuivre ; on fixe le brofferon à fa place par deux gouttes d’Etain, 8c on l’encraie à une ligne du bord ; puis l’Ouvrier (fig.4) prend de la foudure forte en grain, N°. 1, en répand fur la jonèlion, l’approche de la lampe (I), & à l’aide d’un chalumeau (c’eft un petit tuyau recourbé de verre ou de fer blanc) qu’il tient de l’autre main,
- 8c dans lequel il fouffte, il en pouffe la flamme fur la foudure, qui fe fond bientôt, s’étend d’elle-même,
- 8c ne fait plus qu’un feul corps des deux parties, dans la jondion aefquelles on n’apperçoit pas même de filet blanc, comme dans la dernière foudure.
- Il eft indifférent pour l’Ouvrier de placer le brofferon en devant ou de côté ; mais l’ufage de l’uftenfile le détermine : ici, par exemple, on le place fur le côté, afin de pouvoir préfenter la théière au feu, 8c de verfer plus commodément.
- Il nous refte à parler des figures qffon a repréfentées dans le bas de la Planche, & de ce qu’elles ont de particulier dans leur travail.
- La figure qui fe préfente la première, eft un vinaigrier, Il fe fait de deux parties foudées fur
- I E R DSÈ T A I N. .
- le milieu de la panfe (A), comme tome autre pièce de poterie ; fon anfe à volute (B) fe jette iur la pièce dans un moule qui porte une troifième pièce qu’on appelle gougeon, pour faire la charnière. Le couvercle (£) fe jette dans un moule de deux pièces, comme les autres ; après l’avoir réparé, partie au tour, partie à la main, on jette deffus une charnière (C), puis un petit bouton (E). Le bec (Dj en coquille, prend fa naiffance dès le cordon du col, ce qui fait que cette partie fupérieure n’eft plus ronde, 8c qu’on eft obligé de la réparer à la main, avec les grattoirs 8c bruniffoirs fous bras.
- La figure qui fuit eft un fucrier. Il fe jette 8c fe foude (1) comme la poterie. Son couvercle, qui fè viftè en G, fort du moule tout découpé, 8c pour cela la chape en eft de trois pièces, ce qui fait une de plus que dans les autres moules de poterie. On finit par y jeter le petit bouton qui le couronne.
- La troifième figure eft une palette à faigner. Elle fe forme avec fon oreille (I) dans un moule de deux pièces feulement, comme les écuelles, 8c fe tourne de même.
- La quatrième eft un bougeoir. Il eft compofé de trois pièces , le baftin, la douille, 8c le manche. On y joint fouvent une bobèche. Le baftin fe jette dans un moule de trois pièces ; la chape, le noyau, 8c fa queue qui en eft ici féparée. Ce noyau eft percé au centre d’un trou rond, que la queue remplit exactement ; 8c cette queue porte une vis de deux ou trois lignes de diamètre, qui s’alonge en dedans du moule, 8c va repofer fur le centre de la chape, pour former un écrou au centre du baftin. Souvent les bords de ces baflins font à pans ou à contours, ou ornés de gaudrons & autres moulures de cette efpèce, 8c alors elles font creufées fur le noyau. La douille de chandelier fe jette dans un moule de quatre pièces ; les deux chapes forment la vis au centre en deffous. Le manche du bougeoir qu’on a fait repréfenter ici, eft de bois noir ; il s’enfonce dans une douille attachée au baftin, 8c s’y fixe par une goupille d’Etain qui traverfe le tout, 8c dont les deux extrémités font foudées à la douille. Cette douille fe coule fur le baftin même dans un moule de trois pièces. Si le manche n’eft pas de bois, il eft ordinairement fait comme un manche de cuiller recourbé , 8c portant un anneau en deffous dans la courbure ; il fe jette alors comme les oreilles de taffes dans un moule de trois pièces. La bobèche eft formée dans un moule de quatre pièces, comme les repouflbirs de feringues.
- La figure fuivante eft un chandelier ou flambeau de table. 11 eft formé de quatre parties, dont trois font réunies par la foudure en O & P, pour former la branche ; 8c celle-ci fe monte à vis fur une quatrième pièce, qui eft la patte. Le moule de la patte n’eft que de deux pièces, comme ceux de la vaiffelle ; mais chacune des parties de la branche a le fien de quatre pièces, comme ceux de poterie. On les doit fouder au fer, 8c non pas à la foudure légère, comme le font quelques-uns ; car cette foudure légère fe diffout au feu feulement néceffaire pour fondre le fuif ou la cire qui eft tombée fur les chandeliers, 8c le chandelier tombe bientôt en morceaux dans les cendres. Voilà encore un de ces cas où le confommateur, dégoûté d’un fi mauvais fervice, rejette fur le métal même ce qu’il ne devroit attribuer qu’à l’Ouvrier. Cependant la foudure au chalumeau eft bien affez forte ; elle eft aufti plus expéditive, 8c ne gâte point les moulures qui fe trouvent fouvent en ces endroits.
- La figure feptième eft un autre chandelier d’un plus beau deffein, 8c dans lequel il fe trouve peu de parties qui fe puiffent réparer fur le tour. Il eft de quatre pièces, comme le précédent, la patte (Q),
- 8c les trois pièces de la branche foudées en B 8c S.
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- Sa branche eft d’une forme triangulaire, ou plutôt trilatérale ; car les angles en font rompus & applatis affez fenfiblement. Chaque face eft ornée de filets & de coquilles, comme celle qui fe laiffe appercevoir dans la figure, & chaque partie de la branche du chandelier fe jette dans un moule de cinq pièces ; fâvoir, deux noyaux pour former l’intérieur, & trois Cl&pes pour former les trois côtés du chandelier ; le moule de la patte n’eft pareillement que de deux pièces. Tout ce qui n’eft pas rond , ioit dans la cloche ou la branche, fe répare à la main avec des grattoirs & bruniffoirs fous bras, avant de penfer à tourner les parties rondes ; ce n’eft pas qu’on ne puiffe fur le tour à figures, décrit ci-après, tourner les contours du bas de la patte * mais il y a cette difficulté, que l’Etain, & particulièrement l’Etain neuf, mâche & rebrouffe fous l’outil (Voyez Tour compofé.). La forme de la cloche de la patte , indique allez de quelle manière on doit monter cette partie fur le tour, pour les tourner, foit en deffous, foit en deffus * mais quant à la branche, dont on doit tourner les deux extrémités, il ne fera pas inutile d’ajouter que pour la maintenir ronde, 8c l’empêcher de fouetter, on fait entrer dans l’écrou de l’extrémité inférieure de la branche, une vis d’Etain qui eft pointée bien au centre, pour recevoir la pointe à vis (Revoyez la manière de tourner les flacons, pag. y 8,8c Planche VIL). Les outils propres i tourner ces branches, 8c autres ouvrages d’un diamètre auffi petit, font des crochets pointus qui coupent bien vif, fi l’on veut éviter que l’Etain mâche, êc fi malgré cela il mâchoit encore, il fuffiroit de mouiller la pièce ou le crochet. La vis de la patte fe jette fur la pièce même dans un petit moule d’un feul boulon de cuivre percé d’outre en outre, & creufé eû écrou.
- Les figures S 8c ç font des taffes de différentes façons. La première eft une taffe cannelée; les deux autres font des tafles unies, qui ne diffèrent entre elles que par leur oreille, dont une eft une boucle formée par les replis d’un ferpent, l’autre eft une coquille avec un anneau par-deffous. Au refte, ces cannelures elles-mêmes ne fe font qu’après coup, & ces taffes font toutes femblables au fortir du moule, qui eft de deux pièces feulement. Après les avoir épilLées, reverchées, apprêtées, 8c avant de les porter au tour, on les emboutit, c’eft-à-dire qu’on les rend bouges, en en faifant rentrer le bord en dedans , ce qui fe nomme encore rétraindre. Pour cette opération, l’Ouvrier fe place devant un tas de fer ou de bois (Voyez la fig. 3, PI.XXVI.), dont la tête a la convexité du bouge de la taffe; d’une main il la tient verticalement affermie fur la tête de fon tas, 8c la fait circuler peu à peu à chaque coup de maillet qu’il frappe de l’autre main fur la circonférence, 8c continue de cette manière jufqu’à deux tours, obfervant de frapper 8c de la faire circuler toujours régulièrement.
- Quoiqu’il y ait des Ouvriers qui foient affez prompts pour en emboutir ainfi fix à huit douzaines par heure , des Fabricans qui en font une grande quantité ne fe contentent pas de cette opération : ils ont une machine en forme d’étau (PI.XII,fig.io.); dans les deux mors duquel font fcellées deux coquilles de cuivre bien tournées de la rondeur du bouge qu’on veut faire prendre à la taffe. Les deux branches de cette efpèce d’étau font unies d’un bout par une charnière (aa)-9 8c de l’autré elles s’écartent ou fe rapprochent par le moyen d’une vis (dd) garnie d’un levier (bb), 8c qui traverfe l’une des branches pour e’aller mouvoir dans un écrou [ee)9 percé dans l’autre. Enfin un reffort fait toujours effort pour élever la branche fupérieure (dd) , quand on déviffe. Pour s’en fervir, l’Ouvrier affujettit la branche inférieure (ee>aa) fur un établi bien folide, de
- 1ER D’Ê TAIN-.
- manière que la vis foit perpendiculaire 8c fon leviet parallèle à l’horizon ; d’une main il met une taffe verticalement entre les deux coquilles, 8c de l’autre il prend le levier, le tire fortement, 8c d’un feul demi-tour fait toucher les deux branches de l’étau ; il tourne auffi-tôt fa vis dans un autre fens, pour defferrer l’étau, ôter la taffe, 8c en remettre une autre.
- Après cette opération, les taffes font auffi-tôt portées au tour. On les y monte dans des boîtes 8c calibres comme une écuelle ; on ne fe déplace pas pour les tourner, même en dedans ; on prend feulement, pour atteindre dans le bouge , des crochets carrés, arrondis par un angle. Quand elles font tournées, on porte au Forgetir celles qu’on doit canneler (Voyez le Chapitre de la Forge.), 8c lorfqu’elles l’ont été, on les porte avec les autres au fourneau, pour y jeter des oreilles. Celles qui font à coquille font jetées fur la pièce dans un moule de trois morceaux. Les autres ne demandent qu’un moule de deux pièces; 8c aux uns 8c aux autres on tient bien appliqué au bord de la taffe en dedans, le drapeau à revercher, bien empreint du bouge de la taffe, afin de foutenir les parties du bord de la taffe que diffout l’Etain chaud verfé dans le moule. Après cela il n’y a plus qu’à épiller les jets 8c couper les bavures, &, fi l’on veut, à gratter 8c brunir ces oreilles.
- La figure dixième eft un coquetier ou uftenfile de table, fervant à porter des oeufs. Cette petite pièce demande à être faite d’un Etain bien pur, pour ne pas caffer par les efforts du tour. Le calibre ou boîte fur quoi on le monte fur le tour pour en tourner l’intérieur, eft ouvert fur le côté, 8c fendu pour y paffer le pied ou la branche ( Voyez la Planche des Calibres, fig. 1 y.). On commence dans cette pièce par tourner le gobelet de la même manière que fe tournent les gobelets ordinaires. Enfuite on paffe au deffus, qui fe tourne en deux fois ; en premier lieu, on tourne la branche 8c le deffus du gobelet, qu’on monte par le dedans fur un calibre ton fe fert de crochets en pointes, d’une médiocre épaiffeur; & comme cette pièce eft flexible à caufe de fa longueur, 8c fouette en tournant, l’Ouvrier a foin de pouffer fon crochet jufqu’au centre de l’arbre, afin de ne donner à couper qu’autant qu’il eft néceffaire pour ne point bronzer ou guillocner la pièce. Il obferve encore, lorfqu’il tourne le deffous de la patte du coquetier, de placer fes doigts en deffous de la pièce, lorfqu’elle tourne, pour foutenir la patte contre l’effort de l’outil, qu’il ne conduit qu’avec le pouce de la même main ; par ce moyen l’outil ne ride point. On prend cette précaution pour toutes les pièces qui ayant, comme les coquetiers, affez de longueur, ne font fixées au tour que par l’une de leurs extrémités. Telles font les boîtes à thériaque, qui fe montent fur le tour par le moyen d’un bouton qu’elles portent en dehors au centre de leur fond, 8c que l’on viffe fur un calibre à écrou. Le deffus du coquetier eft pareillement fujet à rider; on évite ces rides en fe fervant de grattoirs proportionnés en épaiffeur à la longueur & à la force de la pièce, 8c en ne donnant qu’une légère prife au taillant de fon crochet. Le pied du coquetier eft tourné en dernier lieu, 8c ne demande aucunes précautions particulières pour être tourné; car il fe fixe fur le tour fur un calibre qui entre dans la vive-arête ou dent qui répond en deffous aux pans de la patte. On enfonce la patte fur le calibre, ou avec la palette qu’on applique fur le devant du coquetier, 8c fur le revers de laquelle on frappe, ou mieux, avec un boulon de bois qu’on pofe d’un bout au centre du gobelet, tandis qu’on frappe fur l’autre bout. Les pans fe tournent avec des frifoirs de refforts de pendule,
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- ART DU POT
- La figure onzième eft un moutardier en barril. Il eft fait de deux pièces foudées en (Z) ; ces deux pièces, qui ne diffèrent entre elles que parce que l’une a un fond, & que l’autre n’en doit point porter, font jetées dans le même moule : il y a cependant cette différence, c’efl que pour la partie fupérieure on a un fécond petit noyau qui va toucher le gros dans toute fa largeur, & ne laiffe pas faire de fond. Il n’a rien de particulier pour fon travail, il fe finit comme les pots qui portent des anfes à charnières. Voyez Poterie. Il s’en fait encore à pans, 3c autres formes; on les répare alors à la main pour le deffus, ôc on tourne le dedans avec des frifoirs de reffort à la main volante.
- La figure douzième efi: une poivrière. Le corps en efl: cylindrique, & le couvercle, élevé en dôme, efl percé comme celui du fucrier ; mais le corps efl de deux parties, le cylindre & le fond. La première efl jetée dans un moule de quatre pièces, dont les deux chapes forment les vis fur le bord fupérieur, & dont le gros noyau fe dépouille par en bas. Le fond n’eft qu’une rouelle plate qui fe foude au cylindre, à la foudure légère. Il y a aufîi des iucriers de cette forme , 6c la fabrication n’en efl pas différente.
- La figure treizième efl une théïère à pans ou côtes, tandis que celles de la Vignette font rondes ôc peuvent être tournées; celles-là fe réparent à la main pour le deffus, après qu’elles ont été foudées; ôc pour le dedans, avant de les fouder, on les tourne avec des frifoirs, comme les moutardiers de cette efpèce, dont nous venons de parler. Les côtes de ces théières empêchent de les garnir en dedans de feutre pour les fouder au fer, ce qui fait qu’il y a plusieurs différentes manières de les fouder. Ceux ci en effet les foudent au chalumeau, fans rien mettre dedans. D’autres, lorfqu’ils peuvent paffer leur main dedans, y tiennent appliqué le drapeau à fable, tandis que de l’autre main il foude au fer. D’autres enfin, voulant les fouder au fer, malgré qu’ils ne puiffent y faire entrer leur main, ou parce qu’ils ne veulent pas que la foudure paroiife en dedans, fe fervent de cette méthode. Après avoir enclavé les pièces dans leurs portées, ôc les avoir attachées par une ou deux gouttes d’Etain , comme pour les fouder au fer, l’Ouvrier fait fondre en dedans un peu de fuif tout le long de la fente ou jointure pour la remplir, puis il prend un° cuillerée d’un brouet de terres franches bien liquide, qu’il verfe en dedans fur l’endroit de la foudure, en faifant circuler la pièce. Le brouet s’étend à un pouce plus ou moins de largeur, ôc une ligne au plus d’épaiffeur ; on laiffe enfuite fécher ce brouet, & on foude au fer, comme s’il y avoit un feutre. Quand les pièces font foudées, on y met de l’eau pour diffoudre la terre, Sc on a une foudure unie qui ne paroît prefque pas. On connoîtra encore mieux Futilité de cette manoeuvre au travail du fourneau.
- Les cordons & filets qui terminent la théière Ôc fon couvercle, fe poliffent avec un morceau de bois blanc ôc de la ponce pilée Ôc délayée dans de l’huile; enfuite il effuie bien les filets pour les frotter avec force avec un morceau de bas de laine, après avoir mis fur le filet, avec une fpatule, un peu de tripoli pilé ôc détrempé pareillement dans de l’huile. On finit par effuyer la pièce avec un linge blanc Ôc du blanc d’Efpagne ( Voyez le poli des cuillers ). On peut polir de cette manière la pièce entière. Le brofferon ou col-de-cygne s’y foude comme aux théières Ôc cuillers à malades, dont nous avons parlé dans la defcription de la Vignette de cette Planche, pag. 62. Ces théières portent ordinairement des anfes de bois, ainfi que le bouton qui termine le couvercle, afin de ne pas fe brûler les doigts ; Ôc lorfque les anfes font d’Etain, on les garnit d’ofier.
- !ER D’ È TA IN. 6$
- Les anfes d’Etain fe jettent en particulier, 8c s’y foudent comme les anfes de brocs (page 54), ou bien au chalumeau. Pour les anles de bois, on ne fait que couler fur la panfe ôc fur le haut de la gorge, une douille, dont celle qui efl à la gorge porte une charnière ; dans ces deux douilles font reçus les deux bouts de l’anfe de bois, qu’on y fixe par une goupille d’Etain : le bouton di^ couvercle efl percé pour laiffer paffer une goupiftm qu’on diffout enfuite avec le fer, en formant un fécond petit bouton au deffus du premier.
- La figure quatorzième efl une cuiller à malade ou à bouillon. Elle ne diffère de celle dont nous avons parlé ci-deffus, qu’en ce que la douille de celle-ci (G, Vignette) efl un peu courbée, ôc que celle-là efl toute droite. La ligne ponduée (V) marque l’endroit de la foudure; Fanle en efl jetée fur la pièce, comme les anfes de brocs : elle porte fa charnière (X). Le couvercle efl formé dans un moule de deux pièces, dont la cha^e porte au centre un trou en forme de cône tronqué, pour former un petit boulon d’Etain, avec lequel on forme le bouton (Y) fur le tour.
- La figure quinzième efl un pot à l’eau à enfant. Ils fe font comme les grands pots à l’eau (voy. Poterie). La ligne ponduée (&') efl l’endroit de la foudure. L’anfe le jette fur la pièce dans un moule de trois pièces, fi le deffus en efl façonné, ôc de deux pièces feulement, fi le deffus en efl tout uni.
- La figure feizième efl une tétine pour fevrer les enfans. Cette pièce fe forme de deux parties foudées enfemble à la ligne ponduée (a). Chaque partie fe coule dans un moule de quatre pièces, comme la poterie. Les chapes de la partie fupérieure font taillées en écrou pour faire la vis qui doit recevoir le bouchon (A), qui efl lui-même fait dans un moule de quatre pièces, dont le gros noyau porte une vis, ôc une petite broche conique pour former un écrou au bouchon, ôc un petit trou au centre de fon mamelon.
- La figure dix-feptième efl un bénitier en cul-de-lampe, de deux parties foudées à la ligne ponduée (c) ; chaque partie fe forme dans un moule de quatre pièces, comme la poterie; le couvercle fe jette dans un moule de deux pièces, ôc la charnière le jette deffus après qu’il a été tourné. La croix (e) le forme dans un moule de deux pièces ; une des pièces du moule efl creufée en forme de charnière, & traverfée en largeur d’une goupille „ pour former la contre-partie de la charnière, avec un trou au milieu. La partie inférieure ou pied de la croix efl comme fendu en deux branches qui s’écartent en arc, ôc forment avec le petit bouton qui termine le cul-de-lampe, un triangle pour l’aflîette du bénitier. La croix efl réparée à la main, ôc enfuite foudée au bénitier en deux endroits, Lavoir, à la panle ôc au bord. Cette foudure fe fait au fer de cuivre, aux deux côtés de la branche pour la panfe, ôc aux deux côtés de la charnière pour le bord. On répare enfuite à la main ces gouttes, ôc le bénitier efl fini.
- La figure dix-huitième efl un grand gobelet à pied goudronné, comme ceux de la Vignette. Le moule dans lequel il le jette efl de quatre pièces, comme la poterie. En dépouillant le gros noyau, il faut obferver de bien ferrer les deux chapes entre fes genoux, afin qu’elles ne s’ouvrent point, ce qui feroit caffer le gobelet. Nous avons parlé ci-deffus de la manière de les tourner, page 62.
- La figure dix-neuvième efl un fécond bénitier. Il diffère du premier en ce qu’il porte un Chrift à fa croix, ôc un pied qui lui fert d’afliette. Il fe fait en tout comme le précédent. Comme le Chrift n’en efl formé qu’en relief, ainfi que l’inf-cription, c’efl la chape du moule qui porte toutes ces gravures ? ôc qui forme la croix telle qu’elle efl
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- répréfentée dans la Planche : mais fi le Chrill s’applique deflus, l’opération eft la même que pour la croix d’Eglile, dont nous allons parler bientôt.
- La figure vingtième elt une timbale ou gobelet fans patte. C’eft pourquoi on voit que, lans avoir un moule particulier, il ne s’agit que de couper cette patte l'ur le tour. Cependant un Fabricant bien monté, & travaillât en grand, ne compte pour rien les frais d’un moule, lorlqu’il lui épargne le temps, & le dripenfe d’une perte confidérabie en déchet de ratures, comme dans ce cas. En eltet, le goueiet fort du moule avec un fond droit en dedans, de même un peu concave , & la timbale le porte convexe. Il faut premièrement monter le gobelet fur un calibre, pour en couper la patte avec un crochet pointu , Sc ébaucher le tond du deilous, pour y pofer la marque <5c l'enfoncer avec le dos du manche de fon crochet ; il faut eniuite ie monter dans une boîte, pour en tourner le dedans en devant: cette opération faite, il faudra remonter la piece iur le premier calibre, pour la tourner en deflus delà finir» Or il n’y a aucun Ouvrier qui ne convienne qu’une partie de la première opération que demandent de plus les gobelets pour etre réduits en timbales, emporte en perte de temps de déchet de ratures plus que le prix du moule : joignez à cela, qu en voulant enfoncer le fond, on fait quelquefois allez d’efforts pour 1e crever.
- La figure vingt-umème elt une boule-à*riz, propre à faire crever de cuire dans le pot du riz ou des pois verts, ou même du vermicelle, afin que le bouillon en prenne le lue, fans que l’une ou 1 autre de ces fubftances ioient confondues avec la viande. L’ancien ufage, de meme immémorial, où on eft de fe fervir de cet uftenfile, eft une preuve bien convaincante de la ialubrité de ce métal ; de par l’infpedion feule de ces boules qui auraient iervi long-temps, on fe confirmera àilément de ion in** diffolubilité : car, quelque temps qu’on ie loit fervi de ces boules, on ne remarque jamais qu’il s’en loit dififout la moindre partie, en quelque manière que ce foit ; on y apperçoit feulement fur ia furîaee une légère teinte de gris violet, qu’y forment les félénités du potage & du fel marin, en s'y attachant dans l’ébullition, fans jamais le pénétrer ( car on enlève aifément cette teinte), quoique ie fel marin fiait un acide qui l’attaque aifément ; mais il lemble que fes pointes foient émouffées par les fucs gras de la viande de des autres potages.
- Cette pièce eft formée de deux parties ou calottes foudées enfemble à la ligne ponduée (Æ), de chacune de ces parties eft coulée dans un moule de quatre pièces ; les deux chapes de la partie fupérieure font taillées en écrou, pour former la vis fur laquelle fe monte l’écrou du couvercle (I), lequel couvercle fe forme fans fon anneau dans un moule de deux pièces, dont le noyau porte une vis pour former l’écrou du couvercle. Après que le couvercle eft tourné, on jette deflus l’anneau dans un moule de deux pièces, en plaçant le couvercle horizontalement fur le drapeau à fable, pour foutenir la partie du couvercle que fond l’anneau lorfqu’on le coule dans fon moule.
- La Planche fuivante contient tout ce qui concerne le fiervice d’Églife. Quoiqu’il y ait dans cette partie bien des chofes qui, par leur volume de leur poids, excèdent les pièces ordinaires de menuiferie, cependant la plupart, comme burettes, chrêmières, calices, ciboires , dcc. dépendant du Menuifier , nous n’avons pas cru devoir en féparer les grandes pièces, parce qu’elles ne font pas plus analogues à celle-ci qu’à telle autre partie de l’Art, de que d’ailleurs la "plupart de leurs moules font aflfez petits.
- On voit encore des calices Sc des ciboires en Etain dans quelques Paroiffes de campagne, dont
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- les habitans font en fi petit nombre, ou,en général, fi pauvres, qu’ils ne peuvent fatisfaire aux invitations du Clergé, qui les engage à fe procurer au moins ces deux efpèces de vafes en matière plus précieufe» Mais fi l’on ne voit pas communément des calices Sc des ciboires d’Etain, il n’eft guère d’Eglife où il n’y ait des burettes de ce métal, qui, à une fobdité bien fuffifante, joint une innocuité reconnue. On fait bien aufti que quelques Fabriques, voulant, à moins de frais, fembler fe fervir aux Dimanches Sc Fêtes, de burettes d’argent, en ont de cuivre argenté en dedans, fi l’on veut, aufti bien qu’en deflus; mais elles renonceroient bientôt à cette petite jouiffance de luxe, fi elles favoient l’accident qui arriva un jour à l’Officiant dans une Province voifine de la notre. H n’en eft pas de même de nôtre métal ; on peut prendre impunément le vin qui y auroit féjourné. Aufü fabrique-oon toujours de ces burettes d’Etain, Sc un Artifte en a toujours des moules; mais pour ceux dê calices Sc de ciboires, il me femble qu’on auroit peine à en trouver un feul, même dans la Capitale, ci fi l’on en demandoit,il les faudroit faire de pièces de rapport. Mais revenons à notre Planche.
- La figure première de cette Planche eft une croix proceiiionnale, dont on ne voit que la douille (A), parce que le furpius eft pris de la croix 4’Autel (figure 3 ), depuis L jufqu’en O. Le bâton BC de cette croix eft de bois couvert de lames d’Etain fort minces, paftëes au laminoir ou planées au marteau. L’Ouvrier les coupe de quelle longueur il veut, c’eft-à-dire, de la quatrième ou cinquième partie de la longueur du bâton, félon qu’il veut former plus ou moins de cordons; mais pour la largeur, il la prend d’un peu plus de trois fois le diamètre du bâton : il rouie cette plaque fur une bigorne, Sc en forme des tubes ; tout de fuite, «5c avant de les fouder, il en vêtit le bâton, «Sc ne fait qu’en tenir les deux côtés unis par le moyen de trois ou quatre gouttes d’Etain qu’il apporte avec le fer chaud en trois ou quatre endroits de la longueur du tube ; il les attache de même l’un à l’autre par deux ou trois gouttes d’Etain à deux ou trois endroits de la circonférence. Quand toute la longueur du bâton eft vêtue, <5c que les diverfes parties font jointes Si arrêtées par des gouttes d’Etain, il ne s’agit plus que de les fouder fur le bâton même. Pour le faire, l’Ouvrier encraie premièrement l’endroit à fouder à la diftance d’environ deux lignes ou moins de chaque côté, tant pour la foudure de long que pour celle d’un tube à l’autre, dont on fait, furie tour, autant de cordons. Après avoir encrayé, l’Ouvrier forme une baguette avec de l’Etain fondu qu’il prend dans une petite cuiller, Sc qu’il répand également fur toute la longueur de l’endroit à fouder. Il forme de même un cordon circulaire fur la jointure d’une pièce à l’autre, & avec fon fer à fouder, il diffout enfemble Sc le cordon ou la baguette de foudure, <Sc les deux bords qui fe joignent en cet endroit, ainfi qu’il a été dit plus haut, en traitant de cette opération pour la poterie. Il obferve feulement que fon fer ne foit pas trop chaud , afin d’éviter le bourfoufflement que l’humidité du bois cauferoit immanquablement, en cherchant à s’échapper au travers de la foudure en fufion : on empêche aufti le bois de produire cet effet , en le frottant de craie ou blanc d’Efpagne qui reçpit immédiatement le contad de la chaleur, Sc abforbe cette humidité.
- Quand le tout eft foudé, l’Ouvrier épye la foudure longitudinale, fi elle en a befoin, c’eft-à-dire, fi elle eft trop chargée d’Etain, finon il l’apprête tout de fuite, fans toucher à la foudure de chaque tube qui doit faire les cordons, Sc le bâton eft prêt à être tourné. Pour ce faire, on place le pivot du bâton dans un calibre à boîte ; à l’autre extrémité, au
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- centre déjà pointé de la tige, on fait entrer la pointe d’une poupée qui eft potée fur les deux jumelles d’un fécond banc de tour, car celui de nos tours n’eft pas ordinairement allez long. Sur la même ligne, on a une barre d’appui de longueur convenable, & de plus un fupport-à-lunette, mobile entre les jumelles du tour, & que l’on approche de chaque cordon, lorfqu’on le veut tourner, atin de tenir le bâton central, & l’empêcher de fouetter: on fe fert, pour former les cordons, de crochets en pointes, 8c pour les tubes, de frifoirs à main libre, car étant minces /on ne les tourne que pour les polir ; en même temps qu’on tourne les cordons à l’aide du fupport, on doit effacer les moindres traits avec le plan du bruniffoir, ou les polir à l’huile & au tripoli.
- La ligure deuxième eft une lampe. Le corps eft formé de deux pièces foudées à la ligne ponftuée D, 8c chaque partie fe coule dans un moule de quatre pièces, dont les chapes forment tous les ornemens, excepté les trois têtes de Chérubins ; la boule qui termine la lampe eft percée par le moyen d’une goupille, dont on fait traverfer les deux chapes 8c le centre de la boule. L’anneau (E) fe jette en particulier dans un moule de deux pièces; on le coupe pour le faire entrer dans la boule, 8c on en foude après les deux bouts. Les têtes de Chérubins fe jettent dans un moule de deux pièces, traverfées d’une goupille pour faire la tête percée, 8c on les foude à Fétoffure, a trois endroits de la circonférence,également diftans. Quant aux chaînes, les chaînons fe forment tout enchaînés par le moyen d’un moule de quatre pièces; on concevra mieux cette manoeuvre en voyant le moule que nous décrirons ailleurs, 8c lorfqu’on en a jeté une longueur allez grande, on coupe le chaînon de chaque bout pour faire entrer l’un dans la boucle ou anneau qui traverfe la tête du Chérubin, l’autre dans le trou de la circonférence du dôme (F) qui couronne la lampe ; après quoi on les foude. Les mêmes opérations font nécelfaires pour les petites chaînes qui foutiennent le cercle (G), qui fe fait dans un moule de deux pièces. Le couronnement (F) fe jette dans un moule de quatre pièces, 8c de plus une goupille pour tenir la boule percée ; les trois trous de la circonférence où s’attachent les chaînons qui foutiennent la lampe, font également ouverts par le moule ; car il eft difficile de percer l’Etain au foret.
- La figure troilième eft une croix d’Autel montée fur un pied trilatéral. Les trois faces du pied, font abfolumejit femblables ; il fuffit donc d’avoir un feul moule qui forme les faces, 8c de les fouder enfuite fur le côté, le long de la ligne ponctuée (IK), 8c c’eft de cette manière qu’on opère ordinairement. Les moules dans lefquels fe forment les faces, font de deux pièces feulement. C’eft fur la chape qu’eft gravé le deflèin de chaque face, ainfi que la moitié de chaque pied de tigre, & le noyau forme ces pieds creux. Avant de fouder les faces, on en brunit tout ce qui eft uni, & on les foude fur le côté au fer à fouder; enfuite on épile 8c répare la foudure, 8c toute la largeur du côté qu’on laiffe pour cela fans ornement.
- La douille qui porte fur l’entablement (K) commence la branche de la croix, laquelle branche eft de cinq parties; favoir, les trois parties LK, LM, MN, foudées en K, L, M, dont chacune de ces parties eft formée comme la poterie, dans un moule de quatre pièces. Les deux autres parties font les deux coquilles égales, qui forment la croix avec les trois fleurs de lis feulement. Ces coquilles font coulées dans le même moule de deux pièces, dont la chape porte les ornemens, s’il y en a. Deux de ces coquilles foudées enfemble fur le côté font l’arbre de la croix; on les foude au fer, 8c comme on ne pourroit retirer aifément les feutres, on emplit l’intérieur de grain de millet, fon, fablon, 8c autres
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- chofes femblables on peut encore les fouder chalumeau, 8c alors il n’y,a pas befoin de rien mettre en dedans : on répare enfuite la foudure* L’arbre étant ainfi fini, on le foude en (N), 8c il a plus qu’à appliquer le Chrift 8c l’infcription. Le Chrift 8c l’infcription fe forment dans chacun un moule de deux pièces,dont le premier,c’eft-à-dire, le moule du Chrift, eft un moule à revider; le jet en eft fur la tête, & fert aufli pour revider; on bouche le trou du jet avec le fer, en épyant, on applique le Chrift à l’arbre, 8c on l’attache avec des clous d’Etain jetés en particulier, 8c foudés en forme de rivure par-derrière ; alors il n’y a plus qu’à attacher l’infcription par quelques gouttes d’Etain en deffous,
- La figure quatrième eft un grand chandelier de même ornement que la croix que nous venons de décrire. Il eft en tout femblable à la croix jufqü’en T. Le refte eft de cinq pièces, dont quatre font coulées chacune dans un moule de quatre pièces, 8c la tige dans un de deux chapes feulement. Ces pièces font foudées en T, V, X, Y. Pour fixer le tout 8c le rendre plus folide, on fait traverfer la branche du chandelier en dedans d’une barre de fer affujettie par un rivet fous l'entablement du pied du chandelier, & l’autre bout de la barre de fer porte une vis fur laquelle fe monte la tige, qui porte elle-même un écrou de cuivre à fon pied. Tout ce qui peut fe tourner fe tourne, 8c ce avant de fouder chaque pièce, pour plus grande commodité, 6c les foudures fe réparent à la main. Il n’y a rien à brunir, fi ou deftine les chandeliers à être argentés.
- Les figures cinquième & fixième font une paire de chandeliers d’Acolytes. Ces chandeliers portent, pour l’ordinaire, une vis à la patte, pour y monter la branche plus commodément. La patte fe forme dans un moule de deux pièces, 8c la vis fe coule fur la pièce comme aux chandeliers de table, dont nous avons parlé ci-delTus. La branche eft formée de fix parties, y compris la tige (g) ; chacune de ces parties eft formée dans un moule de quatre pièces, fi on en excepte la tige, qui fe coule dans un moule de deux morceaux feulement. La partie inférieure (a) porte une vis pour fe monter dans l’écrou que porte la partie fupérieure (b) ; les parties font foudées les unes aux autres en Æ, c,d 8ce; la tige fe foude au baffin (/) par-deffous, avant de le fouder lui-même en e. La branche de ces chandeliers eft tournée après que tout a été foudé; on l’affujettit fur le tour avec la poupée à pointe, comme les chandeliers de table.
- La figure feptième eft un vafe à contenir les faintes huiles,-ou une chrêmière. Celles de cette façon ne fervent que comme de flacons, pour tranfporter les faintes huiles de l’Églife cathédrale dans le refte du Diocèfe. Ce vafe eft de deux parties foudées enfemble; chaque partie eft faite,comme les tétines, dans un moule de quatre pièces, & la partie fupérieure porte une vis pour recevoir le bouchon, qui eft formé à écrou dans un moule de deux pièces. La petite croix fe coule deffusla pièce,dans un moule de deux chapes ou coquilles.
- La figure huitième eft une chrêmière complette, 8c qui refte à l’Églife ; elle contient les trois fortes d’huiles dans chacune une petite boîte qui eft repréfentée féparée, figure 9. Il s’en fait qui ne contiennent que deux ; d’autres, qu’une petite boîte, 8c par conféquent qu’une ou deux fortes d’huiles. C’eft ordinairement dans ces chrêmières d’une boîte feulement, que les Curés gardent dans leur Prefbytère l’huile des infirmes ou de l’Extrême-Onftion. Ce que nous allons dire des grandes peut s’appliquer de même à ces petites.
- La boîte carrée ou la caiffe eft de deux pièces, parce que fon fond y eft foudé après coup. La caifte eft coulée dans un moule de quatre pièces ; favoir,
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- deux chapes & deux noyaux, & quelquefois quatre chapes, fi elles ont des ornemens. Les deux chapes fe joignent aux deux angles oppofés (/tz/tz), pour plus facile dépouille ; le gros noyau monte jufqu’au réglet O) de la moulure, & le petit noyau forme l’ouverture ; il ne touche le gros noyau que par trois furfaces circulaires, qui forment par conféquent trois trous à la petite platine ; Ôc du relie, entre le gros & le petit noyau il y a un efpace d’une ligne ou moins ; c’ell ce qui fait que la caille vient toute garnie de la petite platine, ôc que la petite platine eft toute percée ; le fond, qui n’eft qu’une plaque carrée, fe jette dans un moule de deux pièces, Ôc fe foude fur le réglet de la bafe du pied (no). Le couvercle fe forme dans un moule de deux pièces, comme prefque tous les autres couvercles ; les charnières, tant du couvercle que de la caille, font formées par le même moule que la pièce. La croix fe jette fur la pièce dans un moule de deux coquilles. La petite pièce (p) ell une petite cheville d’Etain qu’on palfe dans les trous de la charnière en devant, pour tenir la boîte fermée ; elle ell ordinairement attachée à la caille par une petite chaîne.
- La ligure neuvième ell une des trois petites boîtes qui font enfermées dans la grande caille, ôc qui contiennent feules l’huile : r ell la boîte ; elle ell cylindrique, ôc porte une vis à fon bord fupérieur pour y vilfer le petit couvercle (*), lequel porte un fécond écrou plus petit dans lequel fe viffe la petite pièce u j. La petite boîte cylindrique fe jette dans un moule de quatre pièces, dont les chapes font les
- vis. Le petit couvercle (/) ell coulé dans un moule de deux pièces, dont le noyau ôc la chape portent une vis pour former fur le couvercle les deux écrous dont nous venons de parler; il ell percé au centre, pour laiffer palier librement la fpatule (j) ôc la tige. Cette tige avec le petit bouton ôc la vis fe jettent tout d’une pièce dans un moule de quatre morceaux; favoir, deux coquilles pour former la tige ôc les deux pas de vis, ôc deux autres coquilles pour le bouton de trefle.
- La ligure dixième ell une paire de burettes avec le Lavabo. Ces burettes font de deux parties foudées enfemble fur le milieu de la panfe, comme la poterie : ce qu’on ne peut pas tourner, c’ell-à-dire, les becs ou cocardes de ces burettes, fe réparent à la main. Le plat fe forme dans un moule de deux pièces, fe répare de même, ôc ell enfuite porté au Forgeur.
- La ligure onzième ell une autre paire de burettes plus à la mode, & couvertes, avec un plat ovale à contours. Pour ne rien répéter, nous renvoyons à la Fabrique de la burette à vinaigre, figure première de la Planche précédente ; & pour le plat, à la Fabrique des plats à contours. Vaiffellier > pag.48.
- Toutes ces pièces, pour les Églifes, font fuf-ceptibles d’être argentées ; Ôc les Potiers d’Etain y font autorifés par Arrêt, ôc par l’homologation de P Article XVII de leurs Statuts ôc Réglemens.
- Nous donnerons la manière d’argenter l’Etain,
- l’Article du Bimblotier.
- CHAPITRE HUITIÈME.
- De la Fabrique de la Seringue,
- XjA feringue ell l’inftrument dont on fe fert pour donner ou prendre des clyllères. C’ell, au rapport de Pline, des oifeaux d’Egypte, nommés Ibis ou cigognes noires, que nous avons appris à ufer de ces fortes de lavemens ; mais ils n’ont point d’autre infiniment que leur bec même. Quoi qu’il en foit, l’ufage falutaire de cet infiniment ell bien répandu maintenant en France,&nos Commerçans en portent dans toutes les parties du Monde. La feringue ell devenue l’objet d’un commerce allez étendu pour fixer la Fabrique de plufieurs Potiers d’Etain à Paris ; ôc c’ell ce qui, joint à ce que fa fabrique demande une manipulation particulière, nous en a fait faire un Chapitre particulier. C’ell de la fabrique de cet infiniment ôc de tout ce qui y a rapport, que je traite dans ce Chapitre ; j’y ai joint les autres pièces qui forment le néceflaire a’un malade : on fera fans doute étonné du nombre des moules, ôc des opérations particulières à ce travail.
- La feringue ell, à proprement parler, une pompe foulante, dont nous parlerons plus en grand en fon lieu. Comme cette efpèce de pompe, la feringue a un pifton folide ; mais elle ell fans foupapes, ôc n’a que des canons & canules pour conduire le clyllère,parce qu’elle ell fimplement foulante. On a cru être obligé de détailler dans la Planche toutes les pièces de moules néceflaires pour faire une feringue complette, fe réfervant d’en donner les coupes à l’Article des Moules, afin de ne rien répéter. On y a aufîi fait graver les pièces telles qu’elles fortent du moule, afin de rendre la manoeuvre de ce travail plus fenfible.
- Bidets, & autres Néceflaires.
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- ARTICLE PREMIER.
- De la Seringue , & de tout ce qui la concerne indifpenfahlement.
- Par tout ce qui concerne la feringue, nous entendons fon bâton, fa boîte, fes canons ôc canules , Ôc nous en exceptons la garniture des bidets que nous avons joints aux autres néceflaires.
- La Seringue,
- Pendant que l’Etain fond, les Ouvriers préparent leurs moules, c’eft-à-dire, les potayent ôc les font chauffer ; les chapes ôc le petit noyau, à l’exception de fes vis, fe potayent à la groffe potée , comme les moules de vaiffelles, ôc le noyau fe potaye à chaque fois ôc chaud avec la potée à l’eau ocrée dont nous avons parlé au Chapitre précédent ; ôc afin que le noyau coule mieux, on fe fert d’eau favonnée pour faire cette potée, ou on gratte un peu de favôn qu’on jette dedans ; ôc pendant que l’Etain ôc les moules chauffent, les Ouvriers approchent de la fofle la tire ou banc-à-tirer. Il eft à propos d’en donner ici une petite defcription, quoiqu’on en fafîe une plus grande ailleurs, Ôc qu’on l’ait fait repréfenter toute démontée ; cette defcription ne fervira pas peu à bien faire entendre la maniéré de s’en fervir. Elle eft ( fig. 2 , PI. X ) compofée principalement de deux jumelles ( N N ) jointes avec deux entretoifes, ôc montées fur quatre pieds ( D ) ; voilà ce qu’elle a de commun avec la fécondé tire ( fig. 6 ) : elle a enfuite de particulier la poupée à écrou ( E )
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- dans laquelle fe monte la vis (I ). Cette poupée doit être derrière l’entretoife, & bien fixée par une forte clef par-defîous. La vis porte à fa tête deux branches de léviers, & elle eft percée de part en art en longueur, traverfée par le milieu d’un oulon de fer qui tourne aifément dans fon trou, 8c qui eft garni d’une tête, tandis que l’autre extrémité ( L ) eft percée pour recevoir la clavette après qu’il a fait entrer le bout du boulon dans le trou fait au milieu de l’étrier de fer (M). Celui-ci eft percé à l’extrémité de fes deux branches, pour recevoir un petit boulon de fer qui pafle en même temps par le trou fait à la queue du gros noyau (P) percé à cet effet.
- Sur ce banc on fixe une forte planche de deux poucès au moins, entaillée fur le milieu en demi-cercle , pour y coucher le moule 8c recevoir le noyau lorfqu’il eft forti du moule. Il y en a qui font rembourer la partie qui doit recevoir le noyau, afin de ne le pas froiffer. 0,0, font deux pitons élevés à la hauteur que le demande le moule ; ils font deftinés à recevoir une verge de fer qui doit retenir le moule contre l’effort de la machine, comme on peut le voir dans le fécond appareil (fig. 6). Enfin, fur l’extrémité d’une des jumelles, près du piton, eft fait un trou vertical pour recevoir la queue du petit noyau & tenir le moule élevé. Nous renvoyons pour le refte à la Planche XII de à fa defeription.
- Lorfque le moule eft chaud , un Ouvrier place le petit noyau du fond horizontalement, c’eft-à-dire, la queue dans le trou fait à l’extrémité du banc ; un fécond y monte les deux chapes 8c les accole d’une ferre ( Q ),. tandis que le premier retourne au feu pour y prendre le gros noyau, le plonger dans l’eau ocrée, l’apporter, de le descendre perpendiculairement entre les chapes & les enclaver dans fa portée. Les deux Ouvriers (fig. 3,4) vont enfuite enfemble puifer de l’Etain dans la folle, le verfent en même temps par chacun un jet, reportent promptement le refte dans la foffe, de reviennent à leur moule. Pendant qu’un des deux enlève le moule, le couche fur le madrier, de paffe la verge de fer dans les deux pitons, le fécond fait entrer la queue du moule dans l’étrier, de les fait traverfer du petit boulon. Le moule ainfi affujetti, on commande au Tourneur de faire jouer la vis, pour en dévêtir le gros noyau. Pendant ce temps, un des deux Ouvriers déviffe le petit noyau, en engraiffe les vis d’eau de favori avec un petit patouillet, le place dans fon trou pour y recevoir les chapes, déchape la pièce, l’obferve, la pofe par terre de remonte fes chapes. Le fécond, de fon côté , détache le noyau d’entre les deux branches de l’étrier , le prend avec la tringle qu’il paffe dans le trou de la queue pour le plonger perpendiculairement dans l’eau ocrée de le rapporter promptement entre fes chapes. Ils vont enfuite tous deux chercher de l’Etain, 8c continuent à jeter de cette manière. Le Tourneur, dans cet intervalle, tourne fa vis pour la rapprocher de mettre l’étrier en état de recevoir le noyau. L’égalité de chaleur dans le moule de dans l’Etain, exige que toute cette manoeuvre fe faffe en deux minutes pour chaque feringue.
- Plufieurs Potiers d’Etain fe fervent d’une autre forte de tire, que nous avons fait repréfenter à côté de la première, (fig. 6.) ; elle eft, comme la première, compofée de deux jumelles ( a, a ), montées fur quatre pieds, 8c elle n’en diffère qu’en ce qu’au lieu de vis c’eft un treuil monté fur deux chati-gnoles (ce) , 8c portant à fa tête quatre léviers (dddd) en croix. Autour du treuil fe roule une {angle qui porte un crochet, lequel crochet entre dans le trou de la queue du gros noyau. Cette machine a bien moins de force que la précédente, par la
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- groffeur qu’on donne au treuil, qui que’quefois paffe fix pouces; mais elle eft de plus grande expé-. dition, parce qu’en un bon demi-tour feulement on peut tirer le noyau du moule.
- Pour ne rien oublier, nous avons fait graver for cette tire un autre moule de feringue différent du premier. Ce moule ne forme pas les feringues avec leur bout de fond, mais feulement le cylindre creux ou tube avec fes vis. Le gros noyau de ce moule eft d’un pouce plus long que les chapes, 8c eft: recouvert par un chapiteau (h vignette.) qui ferme le moule 8c tient les chapes accolées dans fa portée. Les jets de ce moule font de bas en haut du précédent. Le bout de fond fe jette en particulier dans un moule de quatre pièces (bas de la Planche, fig. 13 , 14, 15 , 16 ). I eft le bout de fond tel qu’il fort du moule. Pour fe fervir de ce moule, l’Ouvrier qui a le gouvernement du gros noyau, après l’avoir plongé dans l’eau ocrée, le lève perpendiculairement fur l’établi, en en faifant entrer la queue dans l’ouverture pratiquée fur l’extrémité d’une des deux jumelles ; il monte enfuite les chapes dans fes portées, 8c recouvre le tout du chapiteau (h) : on jette de même à deux ;
- 8c fi, pour tirer le noyau, l’effort des deux hommes fur le moulinet ne luffit pas, après avoir ôté le chapiteau, un troifième frappe quelques coups d’une maffe garnie d’Etain, ou d’un maillet, fur le bout du noyau qui furpaffe les chapes, tandis que les deux autres (7, *8) y joignent leurs efforts.
- Je conviens cependant que bien des Fabricans,
- 8c notamment dans les provinces, n’ont pas de ces tires, 8c que fans cela ils ne laiffent pas de fondre des feringues. Pour prendre une idée de leur manœuvre, repréfentez-vous un Ouvrier affis près de la foffe, ayant les genoux garnis de feutre ’ 8c d’étoffe en affez grande quantité pour loutenir, le contre-coup. Pour jeter les pièces dans ce moule, il place premièrement le gros noyau fur un morceau de madrier, à la hauteur néceffaire pour que ce noyau, fortant des chapes qu’il tient entre fes genoux élevées perpendiculairement-,^ rencontre le madrier avant d’être tout-a-fait forti; on monte enfuite les chapes, 8c le tout étant couvert du chapiteau, on coule à deux par chacun un jet ; après cela, l’Ouvrier qui eft affis enlève tout le moule, le met entre fes genoux de manière que les deux queues emmanchées des chapes portent deffus, 8c le tient ainfi élevé perpendiculairement ; le fécond Ouvrier défait le chapiteau , faifit d’une main une maffe de fer , 8c de l’autre une lame d’Etain d’un pouce d’épais environ, qu’il pofe fur le bout du noyau qui furpaffe les chapes ,
- 8c frappe à grands coups fur la lame d’Etain. Quand le noyau eft defeendu au niveau des chapes, en place de la lame il prend un rouleau de bois dur, garni d’une virole d’Etain ou de cuivre, 8c d’un plus petit diamètre que le noyau „ 8c achève de le chaffer en frappant fur ce repoujfoir. Lorfque le noyau eft tombé fur le madrier, l’Ouvrier quitte fa maffe 8c fon rouleau pour prendre le noyau par le manche 8c le potayer, pendant que l’autre déchape la pièce; il replace enfuite fon noyau fur le madrier, monte fon moule, 8c continue de jeter de cette manière. Si le jet du moule eft fur le côté, l’Ouvrier affis couche le moule fur fes genoux, le jet élevé verticalement. Cette méthode eft beaucoup plus pénible que les précédentes, fur-tout pour l’Ouvrier affis, qui porte pendant un temps tout le poids du moule, 8c l’effort du coup du fécond Ouvrier.Elle n’eft pas moins dangereufe,parlerifque qu’il y a qu’une maffe en s’échappant ne tue ou bleffe l’Ouvrier affis. Malgré ces dangers 8c ces peines, il y a cependant des Ouvriers qui, n’écoutant que leur routine, ferment les yeux fur leurs propres
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- •intérêts-, & regardent la dépenfe d’une pareille machine, comme d’une plus grande conféquence que les raques où les expofe leur méthode.
- Il eft évident qu’on peut, à ces différentes machines, en fubftituer d’autres propres au même effet ; tels feroit un cri couché, une vis d’imprimeur , & plufieurs autres. Mais toutes ces machines .pouvant etre réduites au lévier (impie, & les arcs décrits dans le (impie lévier étant en raifon inverfe des puiffances, il eft clair que plus la puiffance qu’on emploiera fera petite , pins il faudra lui faire parcourir d’efpace, & par conféquent plus il faudra employer de temps ; & qu’au contraire plus la puiffance fera grande, moins elle aura de de chemin à faire, & moins elle confumera de temps.
- Avant de quitter la feringue pour paffer à toutes les autres pièces qui en dépendent, il eft bon de paffer à la defcription des premières figures de la Planche qui regarde la feringue ifolée. Les figures i & 2 font les deux chapes du moule taillées en écrou pour faire les vis fur la feringue ; la troi-fième eft le gros noyau parfaitement cylindique; la quatrième enfin eft le petit noyau portant un trou à écrou pour former la vis au bout de fond. A eft le moule tout monté, garni de fa ferre ; B eft la feringue ifolée telle que le moule la fait; C eft la ferre ifolée ; & D font les deux manches garnis de viroles qu’on adapte aux queues des chapes. La feringue ne demande plus alors que d’être épyée, reverchée 8c tournée ; pour la re-vercher on fe fert d’un boudin (Y), qui n’eft autre chofe qu’une efpèce de fachet de linge bien fin, rempli de fon bien foulé, traverfé par le milieu d’un bâton, 8c attaché à ce même bâton. Lorfque ce boudin eft bien du diamètre intérieur de la feringue, il eft plus que toute autre chofe propre à bien liffer par-dedans la goutte reverchée , car c’eft un grand défaut dans une feringue qu’une groffe goutte, en ce qu’elle détruit la jufteffe cylindrique intérieure qui eft néceffaire. Quelques Ouvriers, au lieu de ce boudin, fe fervent d’un feutre taillé en parallélogramme, 8c affez large pour couvrir les deux tiers de la furface intérieure de la feringue-; on met ce feutre dans la feringue, 8c on le contraint de s’appliquer de toute part à la furface intérieure du tube, par le moyen d’une règle de bois taillée en coin, à chanfrein, 8c ayant pour largeur la longueur de la corde qui lou-tiendroit l’arc du tiers de la circonférence intérieure ; on la gliffe fous les deux bords du feutre dans toute fa longueur, 8c fur la circonférence intérieure du tube qui lui fert de point d’appui. D’autres enfin fe fervent de feutre affez long pour couvrir toute la furface intérieure du tube , comme pour fouder les pièces de poterie ; mais la chaleur refferrant le feutre, il devient bientôt trop court, 8c force l’Ouvrier ou d’en changer, ou d’y adapter un coin, ce qui revient à la méthode précédente.
- Lorfque la feringue eft épyée, reverchée 8c apprêtée , on la porte au tour pour y être finie, fî elle porte fon bout de fond, Gnon on ne la porte au tour que pour y être ébauchée 8c ôter les bavures, qui empêcheroient d’y fouder le bout de fond. Lorfque la feringue eft ébauchée & avivée du côté de la vis, on la porte au fourneau pour y fouder le bout de fond, qui,comme nous l’avons dit^ fe jette dans un moule de quatre pièces. Pour ce faire, on garnit le bout du tube en dedans d’une bande de feutre comme la poterie ; on y applique enfuite le bout de fond qui porte une portée à fa circonférence ;. on fixe l’un à l’autre avec deux gouttes d’Etain, enfuite on applique extérieurement une rondille de bois du diamètre
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- du tube au plus, percée pour laiffer paffer la vis ; on fixe le tout par le moyen d’un bouchon d’Etain que l’on vilfe iur le bout de fond ; après cela l’Ouvrier paffe fur le cordon de foudure un peu de fuif, & foude comme il le fait de la poterie. C’eft le bout de fond lui-même qui porte ce cordon de foudure , parce qu’il excède en diamètre total le diamètre du tube. Ceux qui n’ont pas la main légère 8c fûre pour fouder, encrayent le pourtour du tube à la diftance de trois lignes à peu près de l’extrémité du tube, ce qui retient la foudure d’un côté, tandis que la rouelle de bois la retient de l’autre côté : d’autres, au lieu d’une rouelle de bois, fe fervent d’une pareille rouelle de chapeau ou feutre. Dans cet état, la feringue eft reportée au tour pour y être finie ; on la monte fur le même calibre fur lequel on l’a montée pour l’ébaucher; l’Ouvrier dégroffit & ébauche la foudure 8c le bout de fond avec le crochet appelé pour cela ébauchoïr ; après quoi , avec un crochet carré ou plane s adouci fur la pierre à l’huile & fur la jo-liette, il ôte une rature fur toute la furface de la pièce pour effacer les traits de l’ébauchoir ; il paffe enfuite le bruniffoir à plat, 8c achève d’effacer les traits des outils précédens. Le cylindre d’une feringue bien tournée, placé au centre de certaines eftampes bizarres, en réfléchit les rayons auffi nettement que tout autre cylindre de métal. Voilà ce qui regarde le corps de feringue.
- La boîte de feringue (bas de la Planche E) fe jette fur le genou, comme la poterie, dans un moule ( F ) de quatre pièces (5,6, 7,8), dont le gros noyau (7 ) eft taillé en vis pour former l’écrou de la boîte, tour dévêtir le gros noyau , l’Ouvrier fe fert d’un tourne-à gauche,comme pour les bonnets de flacon (PIanchejVIÏ,fig.7J; d’autres, lorfque le noyau n’eft pas de difficile dépouille, fans fe fervir de tourne-à-gauche, après avoir fait entrer la queue du gros noyau dans une entaille carrée pratiquée fur le banc, empoignent les manches des chapes dans chacune une main, 8c tournent à gauche. La boîte eft enfuite épyée, reverchée 8c apprêtée pour être portée au tour. Mais il eft bon , avant de paffer plus loin, d’enfeigner comment on s’y prend lorfque le trou fe trouve fur la vis. On a une virole de cuivre du même diamètre, 8c du même pas de vis que le noyau : on fait cette virole en en taillant les vis fur le même pas 8c avec le même peigne dont on s’eft fervi pour faire celles du noyau. Une pareille virole peut fe coupe en deux pour former deux demi-cercles, 8c une moitié fuffit. Lorfqu’on n’a pas la commodité de les avoir en cuivre, on les peut faire en Etain. Voilà comme on s’y prend; après avoir fait chauffer une boîte qui ait forti du moule fans trou ni autre défeduofité dans les vis, on i’encraffe 8c potaye en quelque façon avec de l’eau:forte , afin que l’Etain qu’on y coulera ne s’attache point à la boîte ; on coule enfuite de l’Etain dans la boîte, 8c l’on a un faux noyau qu’on coupe en deux portions égales ; on potaye à fon tour, & on encraffe d’eau forte les vis de ces moitiés de noyau, dont on fe fert comme de la virole de cuivre dont nous venons de parler. On apprête enfuite ces gouttes, 8c les boîtes font prêtes à être tournées : pour ce faire, on monte la boîte par fa vis fur un faux noyau qu’on fait comme ci-deffus, ou plus aifément encore fur une vis de feringue qu’on a coupée, que l’on monte 8c que l’on fixe fur un calibre de bois ( Pl.XV, fig. 17); on les tourne enfuite comme la poterie. Pour l’ôter, l’Ouvrier commande au Tourneur de tourner à gauche, 8c il empoigne la boîte avec le linge ou poliffoir; 8c pour en remonter une fécondé, il la préfente au calibre tournant naturellement.
- Le repouffoir ou pifton ( G) fe forme dans un
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- moule de quatre pièces, deux chapes (9 & 10), dont l’une eft vue par-dehors (9), l’autre ( 10) par-dedans, 8c enclavée dans la portée dp gros noyau; enfin le petit noyau (n),qui eft tout plat depuis jfes portées julqu’au centre. Si on veut faire le repouffoir à vis pour les bâtons d’Etain (P), au gros noyau qui ne porte point de vis, on fubllitue l’autre noyau (12)-, & qui en porte : il n’eft pas nécelfaire d’avoir un tourne-à-gauche pour dé-viffer ce noyau, qui n’eit pas de difficile dépouille; feulement l’Ouvrier, après avoir ôté le petit noyau plat (n), prend d’une main le manche du gros noyau, & de l’autre empoignant avec un feutre les deux chapes, il tourne le noyau à gauche 8c le déviffe ainfi. On les épye, reverche, apprête §c paffie au tour pour les ébaucher feulement, car on ne les brunit pas ordinairement : les repouf-foirs qui portent des vis fe montent fur un calibre garni d’une virole à vis, prife d’un bâton à. vis, & ceux qui n’en ont point fe montent fur un calibre de bois.
- Le bâton de feringue d’Etain ( P ) eft , comme on le peut voir, fait de quatre pièces (at, è, c, d J, dont deux (a 8c b ) fe foudent enfemble, 8c les autres [b c 8c c d) fe montent à vis ; 8c chacune de ces parties ( a, b, c ) eft formée dans un moule de quatre pièces, excepté la petite calotte à vis' (d) qui eft formée dans un moule de deux pièces feulement. La première ^partie ( a ou Q ) fe jette fur le genou comme la poterie. Le moule en eft com-pofé de deux chapes (31 8c 32 ), taillées en écrou par un bout, 8c portant à l’autre un filet pour faire fur la pièce (Q) une vis 8c un cordon de foudure, Sc de deux noyaux (33, 34); le gros noyau (33) n’eft pas parfaitement cylindrique, mais a un peu de dépouille ; ce qui fait que pour le dépouiller il fuffit de frapper quelques coups de maillet fur le bout du noyau qui furpaffe les chapes. Le petit noyau (34) porte un trou au centre, pour y faire entrer le bout du premier qui furpaffe les chapes. La pièce étant enfuite épyée & reverchée au boudin comme les feringues, puis apprêtée , elle eft prête à être foudée à l’autre pièce, b ou H. Cette pièce, qui achève le cylindre du bâton & commence la poignée, eft de même jetée dans un moule de quatre pièces (3 y, 36, 37, 38), & fur les genoux comme la précédente ; lorfqu’on l’a épyée , reverchée 8c apprêtée, on la foude à l’autre partie, 8c ce au fer, comme la poterie. On porte enfuite le tout au tour, pour tourner cette partie; on monte le bâton fur un calibre ou mandrin d’Etain, qui porte une boîte à écrou, dans laquelle on vifte la partie fupérieure P.
- Les deux autres pièces font ifolées Sc ne fe joignent enfemble 8c au bâton que pâr des vis. La première (S, ou mieux encore c) fe jette dans un moule de quatre pièces ( 39,40 , 41, 42 ) ; 8c comme, fortie du moule, elle doit porter un écrou à la partie qui doit fe viffer fur la vis de la pièce que nous venons de quitter, 8c une vis à la partie oppofée fur laquelle fe monte l’écrou de la petite calotte ( T ) qui termine la poignée , il eft évident que l’un des noyaux doit être taillé en vis ( 42 ), 8c que les deux chapes, à la partie oppofée, doivent être taillées, en écrou. Pour tourner cette partie , ainfi que la petite calotte {d ou T ), on les monte fur un calibre à vis. Le moule de cette calotte eft, comme nous l’avons déjà dit, de deux pièces (43,44), 8c le noyau (43 ) porte quelques pas de vis.
- 11 en eft entièrement de même du bouchon (V) de la feringue, dont le moule eft pareillement de deux pièces (4^,46 ). H n’y a que les Chirurgiens 8c les, Apothicaires qui en reconnoiffent l’utilité, ainfi que celle du repouffoir à vis qu’on a décrit en
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- fon lieu. Ces deux pièces concourent à rendre la feringue portative, lors même qu’elle eft pleine de fon remède. Le repouffoir eft a vis, pour pouvoir en démonter le bâton, qui doublerait alors la longueur de la feringue, 8c ce bouchon ferme la leringue par l’autre bout.
- Pour le fervir de la feringue foi-même, il y a deux fortes de canules ; l’une qu’on nomme canon à platine , tel eft celui qui eft à la feringue finie (au bas de la Planche, fig. X) ; l’autre qu’on nomme canon courbe ( même PI. fig. Z ).
- Le premier (L) fe jette dans un moule de fix pièces , y compris la broche qui fait le creux du canal (M). L’invention de ce moule ne remonte pas plus haut que l’année 1748, & nous la devons à M. Noël Laîné, Marchand Potier d’Etain à Paris. L’avidîté avec laquelle les Fabricans en ont adopté l’ufage, en fait allez connoître futilité, 8c on s’en convaincra encore en apprenant de quelle manière on fabriquoit les canons à platines, avant le moule qu’en a lait l’Artifte ingénieux dont nous venons de parler. En effet, les premiers canons de cette efpèce le faifoient de quatre pièces de rapport, coulées féparément ; favoir, la plaque, le canal, 8c les deux boîtes à vis. Le tout étoit joint par la ioudure , ce qui faifoit un ouvrage auffi peu folide que d’un long travail. On a enfuite enchéri fur cette méthode, en conftruifant un moule qui formoit la moitié du canon ; ce moule étoit de cinq pièces, y compris la broche, 8c deux moitiés de canon loudées enfemble bout à bout formoient le canon entier. 11 y a encore de ces moules qui fervent à faire des canons de néceffaires ou de bidets, qui font plus longs que les canons ordinaires. La manière de fouder ces moitiés de canon pour en faire un entier, eft trop ingénieufe pour ne pas nous arrêter un moment. On paffe premièrement dans le canal un cordon allez gros pour en remplir l’intérieur, & pour ce faire, l’Ouvrier attache à ce gros cordon une ficelle, 8c au bout de cette ficelle un petit poids d’Etain affez petit pour couler librement dans le canal 8c y tomber par fa propre gravité : tout ainfi préparé , l’Ouvrier fait entrer le petit poids dans le canal par une des boîtes, puis direftement dans le canal de l’autre moitié, par la boîte de laquelle il fort de lui-même ; alors il tire à lui la ficelle, fait entrer le cordon dans l’intérieur du canal, 8c joint les deux parties pour les fouder. Au lieu de faire cette opération au fer, ce qui feroit un peu long, ils la font avec un moule qu’on nomme pour cela moule à étoffer. Ce moule eft pofitivement la partie du milieu du moule ( M ) dont nous allons bientôt parler, c’eft-à-dire, la partie du milieu de la platine (23), 8c la partie du milieu des chapes (21 8c 22 ). Mais afin que le jet fe trouve dans la largeur du canon comme le joint des deux parties qui le forment, cette partie de la platine eft elle-même de deux pièces qui fe réunifient dans la direétion du joint, 8c qui portent les jets. Les deux parties du milieu des chapes'(21 8c 22) portent au deffus du canal un creux en demi-fphère, de manière à former une cavité fphérique qui ait communication avec le canal, lorfqu’elles feront accolées enfemble* Pour fe fervir de ce moule, l’Ouvrier, après avoir préparé ces deux parties de canon comme ci-deffus, monte fon moule fur la jointure des deux parties, faifant en forte que le jet foit perpendiculaire fur la jointure, 8c la cavité fphérique perpendiculairement fous le jet. Tout étant difpofé de cette maniéré, l’Ouvrier n’a plus qu’à prendre une cuillerée d’Etain plus chaud que pour la fonte ordinaire, & à en emplir fon moule. On conçoit en effet que l’Etain qui defcend par le jet pour fe rendre dans la cavité fphérique, doit diffoudre avant cela les deux parties
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- xlu canon dans toute fa largeur, & qu’en continuant de jeter, le creux enfin s’emplit, l’Etain remplit lui-même l’efpace qu’il avoir dilïout, & ne fait plus qu’un même corps avec les deux parties du canon. Il fe trouve, après que le moule eft défait, deux parties d’Etain fupérieures à la pièce , favoir, le jet «Sc la fphère ; l’un «Sc l’autre s’abat au fer à épyer, & le canon eft alors au point de ceux qui fe coulent tout d’une pièce dans le moule dont nous avons parlé ci - deffus, & dont nous allons donner la defcription, ainfi que la manière de s’en fervir.
- Moule de canon cl platine.
- Ce moule, comme nous l’avons annoncé, efl: formé de fix pièces, y compris la broche; favoir, une platine (23 ) avec des portées pour y monter les chapes ; c’eft aulîi cette platine qui porte le jet. Sur cette platine s’affeyent & s’enclavent les deux chapes (21 &22), «Sc dans les ouvertures rondes ou boites aux deux bouts des chapes, fe montent les deux noyaux à vis dans les portées defquels s’enclavent encore les chapes. L’un de ces noyaux, le fupérieur (25), eft percé d’outre en outre le mamelon 8c diamétralement, pour laiffer paifer la broche de fer (26); l’autre noyau eft pareillement percé à fon mamelon, mais à moitié feulement de fon épaiffeur, pour recevoir le bout de la broche qui doit boucher ce trou en entier, afin qu’il n’y entre point d’Etain. Cette broche doit être de fer bien net, fans paille, 8c bien poli. La manière de faire ce moule, que nous indiquerons en fon lieu, achèvera de le faire connoître aux curieux.
- Manière de s'en fervir.
- Pour jeter en ce moule les canons à platine, l’Ouvrier, afîis devant la foffe, après avoir potayé fes chapes ainfi que la pièce appelée platine, 8c favonné les noyaux 8c la broche ; l’Ouvrier, dis-je, garnit d’un manche la queue de la chape à platine, la couche horizontalement fur fes genoux pour y affeoir les deux chapes fupérieures ; enfuite , dans les boîtes des chapes, il fait entrer 8c enclave les noyaux à vis ; celui qui eft percé de part en part dans la boîte fupérieure, 8c celui qui n’eft percé qu’à moitié de fon épaiffeur, il l’enclave dans la boîte inférieure, faifant en forte que la direction des trous foit la même que celle du canal. Enfin il fait palier fa broche dans le canal, lui fait traverfer le mamelon du premier noyau, & l’affujettit en en faifant entrer le bout dans le trou pratiqué au fécond noyau ; enfin il fait tenir le tout par le moyen d’une ferre de fer, dont une des branches eft fourchue, pour le paffage de la queue du noyau, tandis que l’autre branche embraffe le moule par-delfous, comme il eft repréfenté,fig.M. Le moule étant monté comme ci-deffus, l’Ouvrier le lève perpendiculairement fur un établi devant lui ou entre fes genoux, le tient ainfi élevé en le prenant d’une main par le manche de la chape de deffous, 8c de l’autre main il faifit une cuiller, puife de l’Etain dans la foffe, 8c le jette dans le moule. Lorfque le moule eft plein, l’Ouvrier le couche fur fes genoux , fait quitter la broche en la faifant circuler , 8c la tire bien parallèlement; enfuite il fait faire un quart de tour au noyau fupérieur pour en détourner le trou, puis il jette un peu d’Etain dans le trou par où il a tiré la broche, ce qui bouche le trou que la broche laiffoit à la boîte ; aufîi-to*: après il déviffe promptement les deux noyaux à force de main feulement, après en avoir garni les queues d’un manche qu’il y laiffe. Les noyaux étant déviflés, on les favonne, 8c on les place devant le feu pour les entretenir dans leur chaleur
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- pendant qu’on dépouille la pièce & qu’on en remonte les chapes fur celle de deffous pour en jeter une autre, comme on vient de faire de celle-ci. On épye enfuite & reverche les canons, 8c ils font alors aufli avancés que les précédées. Four les revercher fur le canal, on fait entrer un gros cordon dedans, de la manière que nous l’avons dit il n’y a qu’un moment; 8c pour les trous qui fe trouvent fur les boîtes, on fait chauffer les noyaux 8c on les ville dans les boîtes pour recevoir la goutte. Après que le canon à platine eft apprêté, il eft de toute néceffité de le réparer à la main dans toute fa longueur, car le peu qu’il y a de partie ronde dans le canon mérite à peine qu’on le mette fur le tour pour les tourner : cependant, comme le Potier d’Etain ne néglige rien pour accélérer fon travail, il y en a qui les portent au tour ; 8c la machine qu’ils ont inventée pour les monter fur le tour, eft trop intéreffante pour le travail de fon Art, pour que nous nous difpenfions de la décrire.
- En effet il s’agit de placer promptement une des boîtes du canon diredement au centre d’une rouelle ou empreinte ; cela pourroit embarraffer quelques Tourneurs qui ne font pas encore bien au fait des tours de main dont leur Art eft iufceptible ; mais aufti, un Ouvrier inftruit 8c intelligent fait profiter de tout, «Sc, fans fortir de chez lui, il fe forme, de fon métal même, des outils pour les cas difficiles. L’outil donc que l’Ouvrier le conftruit ici, con-fifte en une empreinte portant du centre à la circonférence une entaille qui en fait le rayon, le long de laquelle fe gliffe le canon julqu’au centre de l’empreinte. Or, pour faire cette empreinte, l’Ouvrier s’étant procuré une rouelle de bois d’un pouce 8c demi ou deux pouces d épaiffeur, 8c du diamètre de la double longueur du canon qui en doit être le rayon, il coule fur le derrière «Sc au centre de cette rouelle une boîte d’Etain qui fert à monter l’empreinte dans le mandrin du tour (voyez la manière de faire cette boîte, au Chapitre du Potier Rond, PI. VII, fig. 10). Après avoir fait cette boîte fur le derrière de la rouelle, il la monte fur le mandrin du tour dans le repert marqué , en tourne la face pour la rendre la plus plane poffibie, afin que la platine du canon porte bien à plat fur le rayon de la rouelle. Alors il prend le rayon de la plaque du canon par-deffous fa boîte, 8c de cette ouverture du compas & du centre de la rouelle, il décrit un cercle qui lui marque le diamètre de la plaque «Sc du creux qu’il doit faire dans le bois pour la recevoir. Après avoir décrit ce cercle, il fait, fur le tour, un creux du diamètre de ce cercle 8c de la profondeur de l’épaiffeur de la plaque; alors il retire fa rouelle ou empreinte de deffus le tour, pour décrire, aux deux points diamétralement oppofés de ce creux ou cercle, deux tangentes prolongées du même côté jufqu’à la circonférence de la rouelle, «Sc fait, avec le cifeau à Menuifier, une entaille de la largeur de l’efpace intercepté entre ces deux lignes, <Sc de la même profondeur ue le creux du centre; il fait entrer la plaqué u canon dans cette entaille, ce qui s’appelle mettre en bois ; 8c pour l’y retenir, il applique 8c attache fur la rouelle une lame d’Etain taillée en forme de fer à cheval, 8c qui recouvre de quelques lignes l’entaille précédente. L’Ouvrier, après avoir monté fon empreinte fur le tour, fait gliffer la plaque du canon dans la rainure, en pouffe la boîte jufqu’au centre, 8c l’arrête dans cette fituation, en engageant l’autre extrémité dans un crampon ménagé exprès fur le bord de l’empreinte. Alors il peut tourner le quart de rond , 8c même, s’il le veut, une partie de la furface extérieure de la boîte. Enfin il eft à propos, pour qu’il n’y ait rien à délirer dans cette empreinte,
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- dé charger la partie oppofée au canon d’un quarteron ou d’une demi-livre d’Etain pour en contre-balancer l’effort & maintenir l’équilibre.
- Pour finir le canon à platine, il le faut encore garnir de fa pirouette ; c’eft la pièce N qui porte des vis par-deffous la plaque pour fe monter dans une des boîtes du canon à platine, comme le bout de la feringue dans l’autre. Lette pirouette fe forme toute entière dans un moule au moins de quatre pièces (27, 28,29, 30); les deux chapes (27, 28) font taillées en écrou pour faire les vis, 8c l’autre chape (29 ) porte au centre un trou de toute la longueur & grolTeur de la canule ( ce trou eft pratiqué dans la queue de cette chape ). C’eft dans la portée de cette chape que s’enclavent les deux autres; le noyau à broche (30) entre dans les chapes, & fa broche dans le trou pratiqué au centre de la grande chape. Ce noyau porte aufti une portée dans laquelle s’enclavent les deux petites chapes. Pour que la canule ne manque point à fe former, l’Ouvrier obferve, en jetant, de le tenir incliné fur fes genoux, -afin que l’Etain fe précipite dans le trou pratiqué au centre de la grande chape , Fempliffe & forme la canule en entier. La première pièce qu’il dépouille eft la grande chape ; elle quitte au premier coup de maillet, fi le moule eft bien fait ; il retire enfuite le noyau en tournant, 8c fait tomber les deux chapes d’un petit coup de maillet. On les épye, reverche & apprête pour les porter au tour. Oeft du noyau même qu’on fe ïert pour revercher les trous qui fe forment fur la canule , après l’avoir fait chauffer 8c favonné s’il eft beloin. Four la monter fur le tour, on fe fert d’un faux noyau d’Etain, dont la broche eft de fer ou de cuivre; 8c pour lui former l’olive, l’Ouvrier fe fert d’un crochet pointu 8c court : le refte n’a rien de particulier. '
- L’autre eipèce de canule, qu’on nomme canon courbe.( Z ), ne fort pas du moule courbé, mais droit (K), 8c fe courbe après qu’il a été tourné ; le moule dans lequel il eft formé eft de quatre pièces ; les deux chapes (17 & 18 ) fe montent 8c s’enclavent dans la portée du noyau à vis (19) : pour former le canon percé, on a une quatrième pièce, qui eft une broche de fer ( 20 ) polie au tour 8c garnie d’un manche. Cette pièce traverfe la queue du noyau, pâlie entre les chapes, 8c va fe repofer,par fon bout lur un point ou cavité entaillée dans les chapes. Pour couler les canons courbes, l’Ouvrier, après avoir potayé les chapes de fon moule à la potée ordinaire , 8c l’avoir fait chauffer, favonne les vis du noyau ainfi que la broche , paffe la broche à travers le rftanche de bois 8c le noyau qui eft percé ( 19 ), remonte les chapes dans les portées du noyau , les affujettit avec une ferre, appuie le tout perpendiculairement fur un établi devant lui, le loutient d’une main en prenant le moule par les chapes avec un morceau de feutre; enfin de l’autre main coule le canon. Lorfque le moule eft plein, il le renverfe fur fes genoux, ébranle la broche par quelques petits mouvemens de circulation, 8c la tir^ bien, parallèlement, puis empoigne promptement le manche du noyau pour le dévider à force de poignet feulement. Si cependant le noyau ne cède point à l’effort du poignet, on fe fert d’un tourne-à-gauche, après< avoir fait entrer les chapes dans^ une mortoife pratiquée fur l’établi. Après qu’il a dépouillé la proche 8c le noyau, il les refavonne, 8c les met auprès du feu pendant qu’il dépouille le canon de dedans les chapes ; il remonte enfuite fon moule comme ci-deffus, & continue de même. Tous fes canons étant jetés, il les épye, reverche & apprête, comme les canons à platine, pour les tourner en-fuite» M&is comme la longueur du canon ? en en
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- tournant le bout pour y former l’olive , feroit qifiil fléchiroit fous le crochet ; comme d’ailleurs l’Ouvrier perdroit trop de temps s’il employoit différens fupports pour retenir le bout du canon dans fon centre de rotation, il a recours à fon induftrie, qu’il ne trouve jamais en défaut, lorf-qu’il s’agit d’accélérer fon travail, 8c n’épargne pas la dépenfe d’un outil qui le dédommage au centuple par l’expédition.
- Or cet outil eft un calibre de cuivre ( PI. XI , fig. 8 ) de deux parties ( O , S ). Le noyau , qui eft la principale pièce, porte une queue qui entre dans la boîte de l’arbre du tour. On a tourné fur ce calibre un mamelon à vis avec le même peigne dont on s’eft fervi pour le noyau du moule & de même diamètre;au deffus de ce premier mamelon à vis, on en a tourné un autre d’un plus grand diamètre, puis taillé à vis pour recevoir le fourreau S qui eft pareillement de cuivre, & qui eft taillé en écrou par-dedans à fa partie inférieure. Enfin ce calibre porte fous cette dernière vis un entablement ou bord fur lequel repofe le bonnet, 8c au centre du petit mamelon à vis eft fixée une broche de fer tournée 8c polie. Le fourreau ou chape, qui eft la fécondé pièce, outre l’écrou du bas, en porte trois autres percés à égales diftances fur la circonférence du bord supérieur, 8c ces écrous font garnis de petites vis. Pour fe fervir de cet outil,l’Ouvrier (fig. 1 ), après avoir monté fur le tour le calibre que nous venons de décrire, c’eft-à-dire, le noyau feulement, commande de tourner, monte le canon par fa boîte fur les premières vis du calibre après avoir faic entrer la broche de fer dans le canon ; alors il tourne la partie de la boîte jufqu’au cordon fait au bas du canal ou tube; après l’avoir brunie, fans faire arrêter le Tourneur; il couvre le canon du fourreau S en le vifiant fur la fécondé vis du noyau ; 8c comme le fourreau ne couvre qu’à peu près les deux tiers de la canule ou tube, il y en a à peu près un tiers hors du fourreau. Il commande enfuite d’arrêter pour retirer ou avancer celle des trois vis qu’il eft néceffaire, afin de fixer la canule bien au centre du tour, âc recommande de tourner pour faire , avec les crochets pointus, l’olive, 8c tourner le tiers de la canule que la boîte ne couvre point. L’Ouvrier dans la planche eft à peu près dans l’attitude convenable. Appuyé du bras droit fur la barre d’appui, le manche du crochet fous Je bras gauche, il tient de cette main & le crochet 8c la barre d’appui, tandis que de la droite il conduit fon outil.
- ARTICLE SECOND.
- Des BaJJins de lit , Bidets , Crachoirs, & autres nécejfaires pour les malades.
- Le travail de chacune des pièces dont nous avons à parler dans cet article, n’étant que d’un petit détail, nous les avons toutes réunies enfemble. Nous avons aufti réfervé pour cet article le détail des différentes efpèces de feringues, auxquelles, ainfi qu’à leurs canons, on donne des formes analogues à leurs deftinations.
- Du Bafjin de lit.
- Il fe fait des baflins de lit de trois différentes, façons; les premiers à bord plat (Vign. 13 8c dans la Planche 15 & 16); les féconds (fig. 17) font de même à bord plat, mais le bord extérieur eft coupé tout autour, de manière que ce baffin ne porte qu’un rebord intérieur. Sur le bord dé ces deux-ci on affeoit un bourrelet de maroquin fourré en crin (18), qu’on y attache différemment ; aux premiers, en paffant une petite courroie dans les awieaux du bourrelet 8c en liant la courroie
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- fous le bord extérieur; aux féconds, en paflànt la courroie dans des petits anneaux placés de dif-tance en diftance lur la circontérence extérieure du balïin : enfin la troifième eipèce de badin ell le badin à bord rond ( ip ), & qui porte l'on bour-relet lui-même.
- Bajjin à bord plat.
- Le premier badin ( fig. i ç ) eft formé de trois pièces rapportées & unies par la foudure, & d’une boîte à vis qui en ferme la douille ou poignée ; le badin ifoîé eft de deux pièces [c 8c d, fig.i 6 ) loudées à peu près fur le milieu du badin. La partie fu-péneure (d ) eft coulée dans un moule de quatre pièces & à la tenaille ou au banc, comme la vaif-leile ; la partie inférieure (c) fe jette dans un moule de deux morceaux feulement, comme les moules de vaidelle, & pareillement à la tenaille ou à la felle. On épye, reverche & apprête chacune de ces deux parties, pour les porter enfuite au tour, & les y tourner par-dedans avant de les fouder. On les foude enfuite comme la poterie, 8c on les remonte fur un calibre creux, pour tourner en dedans la foudure, & en même temps le dedus du bord plat du badin. L’attitude de l’Ouvrier eft la même pour cette pièce que pour les plats. Lorfque l’Ouvrier a achevé de tourner le dedans, il change de calibre, 8c fubftitue au premier un calibre qui entre dans la lunette du baifin. ^ ^
- Lorfque le badin eft tourné en entier, on s’occupe à y fouder une douille à vis ( D 8c e, fig. 15 8c 16) ; cette douille fe prend ordinairement d’une feringue à enfant, à moins qu’on n’ait un moule exprès. Avant de fe mettre en devoir de la fouder, l’Ouvrier la tourne, 8c, avec le fer à fouder, l’échancre d’un côté, par le bout oppofé aux vis, pour lui former une efpèce de bec de ftûte, 8c avec la râpe demi-ronde il achève de l’ajufter au profil du badin; il l’applique enfuite au badin , 8c avec une pointe à tracer, il marque fur le badin le pourtour du bec de la douille, il perce avec le fer le badin en cet endroit jufqu’au trait marqué, 8c il égalife à la râpe la circonférence de l’ouverture qu’ri a faite avec le fer ; alors l’Ouvrier fe met en devoir de la fouder. Pour ce faire, après l’avoir attachée au badin avec deux ou trois gouttes d’Etain , à égales diftances à peu près, il plie un linge en plu-deurs doubles, l’applique en dedans contre l’endroit à fouder, & l’y tient appliqué par le moyen d’une règle de bois appuyée par l’autre bout à la circonférence intérieure du badin (Vign. fig. 2 , B); enfuite il diiTout avec le fer une partie de baguette d’Etain, dont il reçoit les gouttes didoutes fur le pourtour de l’endroit à fouder, ce qui forme un chapelet de gouttes d’Etain dont il fait fa foudure. Les fers les plus propres par leur forme pour cette opération , font fans doute les fers de cuivre faits en forme de coin (Fl. 111, fig. ç ) ; cependant l’ufage fait, à l’égard de plufieurs, qu’ils fe fervent plus volontiers de la pointe des autres fers : mais quelque forme qu’ait le fer, on ne peut guère le conduire aifément fous le bord plat de ces badins pour fouder dans l’angle aigu que fait le badin avec la douille ; c’eft pourquoi on ne foude cette partie qu’à la foudure légère ou au chalumeau, comme nous l’avons enfeigné au Chapitre de la Menuife-iie ; 8c on obvie au défaut de lolidité qui en peut réfulter, en attachant encore la douille au bord du badin par une forte goutte d’Etain , qui eft reçue par un feutre placé exprès en dedans de la douille. On répare enfuite le tout à la main, c’eft-à-dire, la foudure 8c la goutte ; 8c pour finir le badin, il n’y a plus qu’à en garnir la douille de fa boîte à vis (/, fig. 1 j 8c 16 ) ; cette boîte fe jette dans un moule de deux pièces, fe reverche 8c fe tourne comme les boîtes de feringues.
- Autre Bajjin à bord plat (fig. J 7);
- L’autre forte de badins à bord plat ( 17) fe fait en tout de même que celle que nous venons de décrire ; 8c comme ce n’eft autre chofe qifiun des précédens badins dont on a coupé le bord extérieur , on peut fouder au fer de cuivre l’angle aigu que fait la douille avec le badin , ce qui eft plus lolide que la foudure légère ou au chalumeau. Pour palier la courroie qui retient le bourrelet attaché 8c fixé fur le bord de ces badins, on y coule à diftance égale, fur la circonférence extérieure , des tenons ou pitons d’Etain.
- Bajjin à bord rond ( fig. 19 ).
- Enfin la troifième efpèce de badins, qu’on nomme badins à bord rond & qui portent leur bourrelet, font pareillement de deux parties ( fans compter la douille ), foudées enfembie par le milieu du badin. Sans avoir de moule particulier pour faire la partie fupérieure, les Potiers d’Etain ont coutume de prendre un fond des précédens badins , d’y percer fur le tour l’ouverture de la lunette, obfer-vant cependant de la faire d’un pouce plus petite qu’elle ne doit être, la pièce étant finie ; puis il faille un fort manche de grattoir , qu’il appuie fortement fur le bord de la lunette, pendant que la pièce tourne, 8c par tout fon effort le force ainfî de fe courber en dedans. Pour avoir encore plus de force , l’Ouvrier fe fert de fon manche comme d’un lévier , en mettant le point d’appui fur la barre qu’il approche le plus près qu’il peut de la pièce.
- Mais cette façon d’opérer nous paroît défeétueufe, 8c nous ne l’avons décrite que pour ne rien omettre. Deux pièces de moules qui formeroient cette partie fupérieure du badin rond, comme elle doit être, difpenferoient de ces grands efforts, 8c la perfe&ion de la marchandife nous femble le demander. Après * avoir ébauché la calotte du fond 8c formé le bourrelet de la partie fupérieure, on les foude comme les autres, 8c on les porte au tour pour y être polis. Quoique nous ayons dit qu’on les mettoit fur le tour par le moyen de calibre à boîte pour tourner le dellus, 8c de calibre ordinaire pour tourner le delfous; il y en a cependant qui les y monte par le moyen de la bloufe, 8c les trois gouttes d’Etain qui relient à la pièce après l’avoir détachée de la bloufe, Eapprêtent, grattent 8c brunijjent à la main. Enfin on finit le baflin en réparant à la main la foudure de la douille : on ne gratte pas_ le cordon de foudure jufqu’à la furface du baflin, on le laiffe faillir, on le cave feulement un peu du milieu, ce qui forme une efpèce de doucine.
- Garnir un Bidet.
- On appelle bidet, en fait de néceffaire à malade , un meuble de bois monté fur quatre pieds ( fig. 21). Ce meuble , dont on connoît la commodité pour 1e fervir aifément de la feringue, eft garqi de lames d’Etain en dedans, pour que l’eau ne gâte point ou même ne pourrilfe point le bois ; 8c c’eft à quoi eft occupé l’Ouvrier fig. 3 , dans la Vignette ; il taille fur une plaque d’Etain le fond de la cuvette du bidet (bas de la Planche, fig. 20); il commence par tracer, avec la règle 8c une pointe à tracer ou celle de fon compas, la droite a b, de la longueur donnée de la cuvette ; il coupe cette ligne en deux parties égales par la perpendiculaire de, puis cette moitié en deux parties égales aux points e 8c l, enfuite fur la ligne a b, il prend le tiers de fa longueur au point m , 8c de l’autre côté il marque fur la même ligne le cinquième de fa longueur au point h ; cela fait, il trace au point m 8cm point l les lignQsfmg, 8cilk, pa-
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- ART DU POTIER D'É TAIN.
- rallèles à cd; puis du point e ôc de l’ouverture ea, il décrit le grand fegment fa g ôc paffant à l’autre bout, du point h ôc de l’ouverture h b, il décrit l’autre grand fegment i b k, & il ne s’agit plus que de décrire les courbes latérales f c i Ôc g d k. Pour ce faire, il donne à fon compas l’ouverture ab, Ôc de cette ouverture, des points i, c ôc/, il trace trois courbes qui forment trois points d’in-terfedion qui laiffent entre eux un petit efpace triangulaire , ou même point du tout ; alors l’Ouvrier trouve au milieu de ce petit efpace, un point également diftant des points /’, c & i, pour décrire la courbe f c i qui doit palfer par c es trois points. Il en fait autant de l’autre côté. 11 y a cependant une autre manière plus géométrique de trouver le centre de la courbe /ci, ôc que tout le monde connoît. Elle confifte à joindre les points g Ôc d par une ligne, ôc les points d ôc k par une autre ; enfuite à élever une perpendiculaire fur le milieu de chacune de ces lignes, ôc le point où ces deux perpendiculaires prolongées s’entre-coupent, eft le centre de la courbe. Euclide, Livre III.
- Ohfervez cependant que l’opération que nous venons de décrire ne peut avoir lieu qu’en fuppo-fant la longueur de la cuvette ou de rintérieur du bidet, égale à ab9 la largeur égale à cd, le rayon du grand cercle égal à aê, quart de la longueur totale, ôc le rayon du petit cercle égal à b h, cinquième de cette même longueur. Il faut encore fuppofer les fegmens du cercle defcendre jufque lur les cordes fm g Sc i l k. Une plaque étant une fois taillée, elle fert de patron pour tailler les autres, fur-tout lorfqu’on fait les cuvettes pour les donner enfuite au Menuifier, qui conforme lui-même fon bidet à la cuvette ; car il n’eft pas dit qu’on ait toujours à travailler d’après le Menuifier, ôc à fuivre fes mefures.
- Un Ouvrier qui ne feroit point inflruit des principes de géométrie (ce qui ne doit guère fe fuppofer dans cet Art ), ou qui ne jugeroit pas à propos de les appliquer en cet endroit, s’y pren-droit ainfi : Il couperoit une bande d’Etain un pouce plus large que le bidet eft profond , ôc auiîi longue que le pourtour intérieur du baffin , ou bien en fouderoit plufieurs bout à bout , s’il n’en a pas d’affez longue ; enfuite il chantourneroit fa bande d’Etain dans l’intérieur du bidet, ôc après l’avoir chantourné félon le pourtour de l’intérieur du bidet, il la retireroit de dedans le bidet, la porteroit fur une plaque d’Etain pour en tracer le fond, en parcourant avec la pointe à tracer le tour de la bande fur la plaque. Après avoir taillé les fonds ôc chantourné une bande d’Etain pour en faire les côtés, il attacheriot enfuite la bande contournée pour faire les côtés, ifl’attacheroit, dis-je, fur le fond avec des gouttes, à deux ou trois pouces de diftance l’une de l’autre. Lorfque la bande des côtés feroit ainfi attachée au fond, il fouderoit enfemble les deux bouts de cette bande, à U manière ordinaire, c’eft-à-dire, au fer, en tenant par dedans le drapeau à fable appliqué fous la jointure. On pourroit fouder de même le fond aux côtés ; mais ce travail eft trop long, Ôc même , pour plus grande folidité, je confeillerois de les fouder à Vétojffure. Voyez la manière de le faire, à l’article du fourneau. Obfervez qu’on gratte Ôc brunit les plaques avant de les ployer ôc fouder, de manière qu’après les avoir foudées, il n’y ait plus que les foudures à réparer, ôc à rabattre en dehors, fur une enclume ou tas, le pouce dont les côtés excèdent l’intérieur du bidet.
- Il y a plufieurs efpèces de bidets; les uns font fimples, ôc ne portent que la cuvette que nous venons de décrire ; d’autres font plus compolés ?
- ôc portent à leurs angles de petites caftes carrées ou rondes, garnies pareillement de boîtes d’Etain, pour mettre les éponges Ôc les flacons; les pieds en font mobiles ; les plus complets portent un refiort de fer à bouton, pour les affujettir dans leurs mor-toifes ôc les empêcher d’être fujets à fe démonter au moindre ébranlement. Pour rendre le bidet portatif, on démonte les pieds ôc on les enferme dans la cuvette du bidet avec la feringue , ce qui fait que toute la caiffe peut être mife dans la cave d’une voiture. Celui que nous avons fait repré-fenter eft un des plus complets. 11 eft garni de fa feringue, élevée perpendiculairement comme pour en faire ufage, Ôc de quatre caffettes à fes quatre angles ( h, h, h, h ) ; le couvercle ( fig. 22 ), qui fait la table du néceffaire, en le retournant à l’envers, comme il eft repréfenté, porte un couffin ( n ) de maroquin ou velours, rembouré de crin , ôc percé pour laiffer palier la canule ; ce couvercle porte à fon autre extrémité une trape à charnière, qui fe renverfe fur le couvercle pour former une ouverture ( / ), pour laiffer palfer la feringue Ôc la retenir droite ; enfin il eft brifé par la moitié , ôc les deux parties font jointes par une charnière.
- T’Urinai (fig. 11 ).
- L’urinai eft encore un des néceflaires à malade. L’Ouvrier, toujours difpofé à fe ménager pour un autre travail le temps qu’il emploieroit en foudure, s’il faifoit cette pièce de plaques ( voy. le travail du fourneau ), fe difpenfe de trois foudures en fe faifant un moule. En effet, avec ce moule'on peut ne faire qu’une foudure, c’eft-à-dire, la foudure du fond, au lieu que (comme on peut le voir à fon article), il en faut quatre pour le faire de plaques d’Etain. L’urinal dont nous parlons eft donc fait au moule, de deux pièces feulement; le deffus, les côtés ôc la douille viennent eniem-ble, ôc le fond fe jette à part dans un fécond moule. Le moule du delfus eft de quatre pièces, favoir, un gros noyau pour former l’intérieur ; dans les portées de ce noyau s’enclavent les deux chapes qui viennent fe joindre fur le milieu du defius Ôc de la douille ; enfin la quatrième pièce eft le noyau qui forme l’intérieur de la douille, ôc qui, dans les portées, enclave la partie des deux chapes qui forme l’extérieur de la douille. Le moule du deffous eft de deux pièces feulement., comme les moules de vaiffelles; le deffous eft plus large qu’il ne faut, ôc l’excédant fert de foudure. Or, pour faire cette opération, l’Ouvrier garnit l’urinal intérieurement d’une bande de feutre qu’il aifujettit au tour des côtés avec de la terre glaife, applique enfuite le fond, l’attache en plufieurs endroits, ôc enfin les fonde au fer comme la poterie, avec cette différence pourtant, que pour retenir l’Etain fondu, il tient de l’autre main un morceau de feutre appliqué au fond, & qu’il avance toujours fous fon fer. D’autres, au lieu de feutre, après avoir attaché le fond au pourtour des côtés, empliffent l’urinal de fon ou de graine de millet bien preffé. La douille fe tourne en deffus ôc en dedans, avant de fouder le fond ; on fait entrer le calibre dans la douille par fon ouverture intérieure : le refte fe répare à la main, aux grattoirs ôc bruniffoirs fous bras.
- Le BaJJin de géjine ( fig. 12 ).
- Le baffin appelé de géfine, de forme ovale,fe jette dans un moule de deux pièces comme un plat ; fon bord eft tout plat en fortant du moule, ôc ce n’eft qu’en le forgeant ôc planant qu’on le reploie par-deffous en quart de rond. Le petit tas bouge fur lequel on ploie le bord, fe garnit de peau. Avant de les porter à la forge , on les épye 2
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- ART DU POT
- Teverche & répare à la main, comme les plats Ovales, & après qu'ils ont été forgés & planés, on coule fur le bord en delfous quatre tenons pour y attacher les ferviettes & les retenir fur le bord du badin.
- Le Crachoir ( fi g. 14 }.
- Enfin un autre des néceffaires à malade, c'eft le crachoir ; cet uifenfiîe, dont nous avons donné la coupe, fig. 13 , eft formé de trois pièces, le corps du crachoir, le couvercle, & la douille qui fait la poignée. Le corps du crachoir fe forme dans un moule de quatre morceaux, comme les bas de mefures à vin ; le couvercle fait en entonnoir, & portant de plus un cercle fous le bord, fe forme dans un moule pareillement de quatre pièces, ainfi que la douille. Le couvercle eft mobile, & la douille ou poignée fe fonde au chalumeau fur le milieu du crachoir.
- Les feringues extraordinaires dont nous avons gardé la defcription pour cet article, ne diffèrent entre elles que par leurs grandeurs 8c la forme de leurs canons.
- La Seringue à cheval ( fig. 1 ).
- La première figure repréfente la feringue à cheval, garnie de fon bâton de bois & de fon canon ; elle eft à peu près de double contenance de la feringue ordinaire, 8c fe forme de même dans un moule de quatre pièces. Ceux qui n’ont pas de moules particuliers pour ces fortes de feringues, ne laiffent cependant pas d’en fabriquer ; ils joi gnentbout àbout parlafoudure deux corps de feringues ordinaires^, à l’un defquels on a coupé le fond fur le tour, & à l’autre les vis du bas. Le canon A eft formé dans un moule de quatre pièces; le gros noyau qui forme l’écrou 8c le creux de la canule, les deux chapes & un petit chapiteau au centre duquel vient s’appuyer le gro? noyau, 8c qui enclave les deux chapes dans fa portée.
- Autres efpèces de Canons de Seringue.
- La figure deuxième repréfente une feringue ordinaire avec un bâton de bois & garnie d’une canule de buis ( C ) ; ces canules ne fervent que pour donner les clyftères. Nous avons parlé à l’article précédent, des canules propres à fe les donner foi-même; on a cependant encore enchéri fur ceux-ci pour la commodité refpeftive des perfonnes. La figure neuvième eft un de ces canons ; c’eft un canon courbe ordinaire, auquel on attache par la foudure au chalumeau une petite rouelle d’Etain, percée au centre pour paller le bout du canon. La figure dixième eft un autre canon appelé canon à la Rdigieufe. Pour ces canons , qui ne font que de fantaifie , on n’a pas de moules particuliers ; «5c pour ce dernier on le forme en foudant en ( & ) une partie du canon courbe au canal d’un canon à platine ordinaire, duquel on a coupé à peu près le quart. Ceux cependant, s’il y en a, qui font beaucoup de ces canons, ont intérêt d’avoir un moule, quoique l’opération ne demande pas un grand temps.
- La figure troifième eft une feringue à enfant ; elle eft à peu près des deux tiers de la contenance d’une feringue ordinaire; le bâton (D) en eft ordinairement de bois, & le canon de buis (E) en eft plus petit.
- Seringue à femme ( fig. 4 ).
- Les feringues à femme que nous avons fait re-préfenter, diffèrent entre elles par leur grandeur 8c leur canon ; la plus grande, quant au corps 8c à'la boîte, fe forme comme les feringues précédentes : le bâton (F) à anneau fe jette dans un
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- moule de trois pièces , c’eft-à-dire, de,deux chapes ou coquilles 8c d’une broche de fer, pour faire le manche creux 8c lui ôter de fon poids. Le canon courbe (G) porte par le bout une groffe. olive percée de plufieurs trous pour former le jet en arrofoir ; ce qui demande un moule particulier, & qu’on ne peut faire qu’en deux pièces. Le canon eft coulé droit, comme les canons courbes des feringues ordinaires ; les deux chapes, qui accolées forment la canule 8c le bouchon , portent à leur extrémité fupérieure une partie baillante , tournée par-dedans à peu près en demi - fphère concave pour former le ddïus de la moitié de l’olive ; & le petit noyau, qui, dans fa portée, enclave les deux chapes, porte aufti un bouton tourné en demi-fphère convexe pour former l’intérieur de la moitié de l’olive : ce petit noyau eft percé au centre de fon bouton, pour recevoir le bout de la broche de fer qui fait le canal de la canule; l’autre moitié de l’olive, qui n’eft qu’une petite calotte, eft faite dans un moule de deux pièces. Pour fouder cette petite calotte à l’autre partie , on les attache premièrement enfemble par deux gouttes, on en emplit l’intérieur de graine de millet par le canal. Pour lexjmirner, on les monte fur le tour par le moyen d’un calibre à vis 8c à broche ; 8c pour foutenir la flexibilité de la canule, ne pouvant le fervir de l’efpèce defupport dont nous avons parlé pour les canons courbes ordinaires, on eft obligé de fe fervir d’un fup-port à lunette brifée ; on perce les trous ou avant ou après, à la volonté de l’Ouvrier.
- La figure cinquième eft une autre feringue à femme, on canon courbe ( L ) fe fait comme les canons Combes ordinaires ; l’olive n’en eft guère plus groffe, elle eft percée de cinq trous. Le bâton (I) fe'"coule dans un moule de trois pièces, deux chapes taillées en écrou par le bas pour faire la vis, 8c un noyau auquel eft fixée la broche pour faire le bâton creux; la petite calotte à vis ( N ) dans un moule de deux pièces, comme pour les bâtons de feringues ordinaires ; dans l’intérieur du bâton s’enferme un canon (M) pour les plaies profondes ; le canal en eft fi petit, qu’on ne le peut faire en Etain ; On prend une petite lame de laiton étainée 8c bien mince, qu’on roule fur un fil de fer 8c qu’on foude dans toute fa longueur au fer de cuivre ; on met au bout une petite goutte d’Etain qu’on arrondit à la râpe en forme d’olive, pour ôter la crudité du cuivre 8c l’empêcher de bleflér ; enfin on foude ce petit canal de métal fur une boîte à vis qu’on tourne enfuite, 8c le canon eft fini.
- Seringue à injeâion.
- La figure fixième eft la feringue à injeétion Ample ; le bâton eft à anneau 8c fe fait comme celui de la figure quatrième. La canule (O) eft d’Etain, 8c droite. On y monte bien des fortes de canons, félon les différentes plaies ou maladies. Les boîtes de ces feringues ainfi que des précédentes, depuis la feringue à femme, ne portent point de gorge pour conduire le bâton, 8c font faites dans un moule de deux parties feulement.
- Enfin la figure feptième eft une autre feringue à injedion , plus petite que la précédente ; elle fe fait de même, excepté que le corps de feringue porte la canule à fon bout de fond ; le tout vient enfemble, «5c le moule en eft de quatre pièces; le gros noyau porte’ une broche pour faire l’intérieur de la canule. Pour dévêtir ce gros noyau, il n’eft pas néceffaire de fe fervir de machine de force ; on peut le faire en tenant le moule accolé entre fes genoux, en tirant à foi le noyau par le manche, <5c en frappant dur fa portée avec un maillet.
- CHAPITRE -
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- ART DU POTIER D' Ê T A I N.
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- CHAPITRE NEUVIEME.
- Des ' Machines de force.
- L_A Statique eft fi analogue aux Arts, que l’on peut bien affurer qu’il n’y en a aucun qui ne reconnoiffe fes loix Sc ne les mette à profit. Mais, foit dit en palTant, combien d’Articles n’en ont qu’une connoifTance d’habitude , & combien de Mécaniciens même, lorfque les léviers deviennent compofés, manquent la réuffite de leurs machines, faute d’avoir fu les rapprocher du lévier fimple pour leur en appliquer les ioix ! L’Art du Potier d’Etain reconnoît donc, comme les autres, les' loix de la Statique ; il met en ufage des machines de force pour le jetage de la vaiffelle & de quelques pièces de poterie , Sc ces machines lui prêtent affez de fecours pour que nous n’omettions pas d’en donner une defcription détaillée, Sc d’en examiner les forces de les autres avantages.
- Des Tires,
- Les machines de l’Art qui frappent premièrement la vue , & qui méritent particulièrement l’attention du Fabricant, font les lires, dont il peut à peine fe palier pour tirer de dedans la félin gue le gros noyau, qui, loin d’avoir de la dépouille , a au contraire fouvent quelque choie de plus large à fon extrémité du fond, afin de lilTer, par fon frottement, la feringue en en fortant. Je dis , dont il peut à peine le palier, car je conviens bien , qu’abfolument parlant, un Artifle peut fe difpenfer de faire la dépenfe d’une pareille tire j j’ai même décrit la manière dont il s’y prend alors. Mais qui ne connoît pas les dangers de cette manoeuvre, & où font les Ouvriers allez robuftes pour réfilfer long - temps aux fatigues qu’elle caufe ? Ajoutez à cela que cette manoeuvre n’efl pollible qu’en fuppofant que la feringue ne porte point fon bout de fond , St que fi le moule la forme entière St parfaite , il faut abfolument une tire, quelle qu’elle foit, pour en arracher le noyau. On ne peut donc reful’er à la tire de grands avantages pour l’expédition de la fabrique, la fûreté & le foulagement du Fabricant ; mais quelle eft de toutes ces tires la plus profitable? C’eft ce que nous allons examiner, après une defcription détaillée de chacune.
- 1 La première St la plus fimple eft fans doute la tire à moulinet (PI. X, fi g. 6, & PI. XII, fig. i,
- 2 St 3, où elle eft repréfentée toute démontée/.Elle eft principalement compofée d’un banc ( fig. 2 , PL XII ) formé d’un madrier taillé comme celui de la précédente figure, ou plus fimplement, de deux jumelles jointes par deux entre-toiles ( fig. 7 ), Sc monté fur quatre pieds. Elle eft, en fécond lieu, compofée d’un treuil dont la tête eft garnie de quatre léviers (a, a, a, a) ; le mamelon (d) du treuil roule dans la lunette d’un taffeau ( K ) entier, Sc le col (b) repofe fur un fécond taffeau (F) brifé St entaillé en demi-cercle, que couvre enfuite un collet de fer (I) à patte, fixé lui-même fur le taffeau par deux clous à vis ( L L ). Ces taffeaux font appliqués fur le banc, Sc y font attachés par deux boulons de fer à vis (£E j, qui paffent dans les trous D Sc D pratiqués fur le banc, puis dans ceux des pattes des taffeaux (GG), Sc fur lefquels enfin les deux écrous (HH) font leur pas'; fur la
- circonférence du treuil on attache une fangle (fig, 3 ) qui porte un crochet de fer ( Q ) à une de fes extrémités. Enfin à l’autre bout du banc font faits deux trous (N N) dans lefquels doivent s’enfoncer les deux pitons ( M M ), dans les trous defquels paffe la cheville de fer O pour retenir la bafcule du moule contre l’effort du moulinet , comme nous l’avons expliqué au travail de la feringue. Voilà toute la tire à moulinet.
- La fécondé efpèce de tire eft la tire à vis CPL X, fig. 2) , que nous avons aufti tait repréfenter toute démontée dans la PJ. XII. Comme celle que nous venons de décrire, elle eft compofée d un banc (y) fait de deux jumelles jointes par deux entre-toiles, dont une eft placée prefque fur le milieu de la longueur des deux jumelles. Derrière cette entre-toife, une forte poupée (6) fe gliffe entre les jumelles, s’y appuie, Sc s y fixe par une clef (c% Cette poupée eft percée à écrou (<*),& dans cet écrou fe jneuf une vis taillée le mieux qu’il eft poffible ; &etté vis eft percée de part en part en longueur & au centre du cylindre de la vis (/) ; dans ce trou fe meut librement un boulon de fer (gi) k tête, qui en eft comme l’efîieu. Ce boulon porte à l’autre extrémité une mortoife ( : )
- & par conféquent il doit être plus long que la vis, parce que la mortoife en doit fortir toute entière, Sc même encore un demi-pouce au moins du boulon derrière elle. Avant de paffer ce boulon dans le trou de la vis, on le paffe dans le trou d’une rondille de fer ( h ), qui garantit le bois de la tête de la vis contre le frottement du boulon, Sc en facilite le mouvement. Après avoir pallé le boulon dans la vis, on en fait entrer librement 1 autre bout dans le trou pratique au milieu d’un étrier de fer, puis on y joint encore une petite rondille pareillement de fer («), & on fait entrer dans la mortoife une forte clavette (l) qu’on ouvre après l’y avoir fait entrer. Cet étrier de fer (m) , outre le trou qu’il porte à fon milieu, en porte deux autres aux extrémités de fes deux branches (pp), Sc dans le fer vice de cette machine, un autre petit boulon de fer paffe en même temps dans ces deux trous Sc dans celui fait à la queue du noyau de feringue. La tête de la vis eft percée (r) pour recevoir dans ce trou un lévier ; il y en a autant de l’autre côté de la tête pour recevoir l’autre lévier. Pour rendre encore cette tire plus complète, on affeoit fur le banc (7) devant la poupée-à-vis, un madrier (8); ce madrier eft évidé en t pour affeoir le moule, Sc entaillé plus loin pour en recevoir le jet ; ce madrier eft encore plus évidé en j, afin de pouvoir defeendre la vis affez bas pour que fon centre réponde parfaitement à celui du noyau , fans quoi le noyau ne feroit pas tiré droit ; fur ce madrier font fixés deux pitons de fer (uu ) de l’ufage defquels nous avons affez parlé , ainfi que de la cheville de fer (*) qui en dépend. On peut, à la greffe vis ordinaire dont nous venons de parler Sc qui eft de bois, fubftituer une vis d’imprimeur, qui eft de fer (9), dont les éliffes font bien plus alongées; 8c alors, au lieu de le faire traverser d’un boulon, on lui tourne un mamelon , à l’extrémité duquel on taille quelques pas de
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- ART DU POTIER D> E T A I N.
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- vis (y) pour recevoir un écrou, après avoir fait entrer le mamelon dans Pétrier & la rondille.
- Voilà les deux efpèces de tires dont on fe fert actuellement chez les Potiers d’Etain : nous allons examiner quelle eft celle qui leur eft plus profitable. Commençons par la tire à moulinet, dont il eft fort aifé d’évaluer les effets, abftraètion faite des frottemens. La tire à moulinet n’efl en effet, à le bien prendre, qu’un lévier de la première efpèce; or dans tout lévier la puiffance a d’autant plus d’avantage fur la réfiftance, que celle-ci elt plus proche, celle-là plus éloignée du point d’appui ; mais auffi plus la puilfance elt éloignée du point d’appui, plus l’arc qu’elle décrit efl grand par rapport à celui que décrit la réfiftance, & fi l’on fuppofe la puilfance agir uniformément, plus elle doit employer de temps à parcourir fon efpace 8c à vaincre fa réfiftance. De là ce grand principe de mécanique : ce qu’on gagne fur les forces , on le perd fur le temps, & vice verfâ. Cela pofé , il elt fort aifé de déterminer par le calcul l’eifort né-ceffaire pour tirer le noyau du moule ; car en fuppofant une tire à moulinet dont le treuil porte trois pouces de rayon , 8c chaque bras de lévier vingt-quatre pouces, il arrive, dans cette hypo-thèfe , que le noyau elt tiré en un demi-tour de moulinet; mais aulfi elt-il confiant qu’il faut l’effort de deux hommes pour le faire jouer : 8c quand on ne fuppoferoit l’effort de chaque homme que de 60 liv., leur fomme feroit 120 liv. appliquées à l’extrémité des bras de lévier. Or il elt facile de con-noître l’effet de ces 120 liv. fur la réfiftance, en inltituant la proportion fuivante : 3 ( rayon du treuil') : 24 (longueur des leviers) :: 12© {putf-fance appliquée au lévier ) : x {la réfiftance )
- ï= -XI--° = q6o. La réfiftance du noyau monte 3
- donc autour d’un mille, 8c la tire a donc dans ce cas multiplié les 120 liv. par 8, c’elt-à-dire , autant que les léviers font plus grands que le rayon du treuil.
- Examinons maintenant la tire à vis, toujours les frottemens à part, & fuppofons-en la vis de fix pouces de diamètre , les pas de vis de deux pouces , & les léviers adaptés à la tête de la vis foienfi auffi de 24 pouces; cela pofé, il efl évident qu’il faudra quatre tours 8c demi ou neuf demi-tours pour tirer le noyau, ou, ce qui efl la même chofe, la vîtelfe dans la vis fera à la vîtelfe dans le moulinet comme 1 : p ; 8c comme les avantages de la puilfance font en raifon réciproque des vîtelfes, ils feront comme 9:1, c’elf-à dire que la vis favorifera neuf fois plus le moteur, parce qu’elle ne lui fera vaincre fa réfiftance qu’en neuf fois plus de temps. Donc, û on appliquoit un poids de 1 3 liv. -j~ j feulement à l’extrémité des bras de léviers qui font adaptés à la tête de la vis, 8c que j’ai fuppofé de vingt-quatre pouces, on établira l’équilibre entre la puiffance 8c la réfiftance, que je fuppofe la même que dans le premier cas, c’eft-à-dire, de 960 liv. 8c il ne s’agira plus, pour procurer le mouvement, que d’ajouter le moindre poids à la puilfance. Or c’elt ce que le calcul le plus fimple va démontrer. Dans le tour de vis, le noyau n’efl tiré que de deux pouces ; donc la puilfance appliquée à l’extrémité du lévier parcourra un efpace de 54 pieds ou de 648 pouces, tandis que la vis ne fera montée que de 9 pouces, ce qui fait un efpace 72 fois plus long que celui qui elt parcouru par la réfiftance. Or , îorfqu’il y a équilibre , les poids font en raifon réciproque des vîtelfes ; donc il fuffit de mettre à l’extrémité du lévier un poids qui foit à la réfiftance comme 1 : 72 : or ce poids fe réduit à 13 liv, -f- f ; car 72 : 1 : : 960 : 13 rE t 9 oomme on peut s’en affutet par la compa-
- raifon des produits des moyens 8c des extrêmes. D’où il paroît que la vis, telle que nous ravons* luppofée, procure au moteur une force neuf fois plus grande que ne le fait le moulinet, premier avantage de la vis; la vis d’ailleurs tire bien plus droit. Mais j’y ai depuis ajouté une roue, ce qui fait un lévier continu, que la puilfance appliquée à la circonférence fait mouvoir uniformément. 11 elt vrai qu’il me faut toujours quatre tours 8c demi ou environ pour tirer le noyau ; mais la puilfance les parcourt beaucoup plus promptement. Si l’on penfoit que les quatre tours ëc demi fulfent trop longs à parcourir, on pourroit fubftituer à la vis dont nous venons de parler, la vis appelée d’imprimeurs ou des monnoies, qui elt de fer, & dont ies filets ou fpires font bien plus droits, par conféquent ne demandent pas tant de tours pour monter de neuf pouces. C’elt à l’Artifte intelligent à examiner fi dans telle ou telle occafion ft a plus à ménager fon temps que fes forces , ou plus fes forces que fon temps, pour déterminer î’inclinaifon- des fpires de ces fortes de vis,, toujours perfuadé qu’une machine ne peut pas lui faire vaincre fa réfiftance en moins de temps Qu’elle ne l’oblige à employer d’autant plus de force. Voilà les avantages de la vis ; mais je dois avertir ceux qui l’ignorent, que les frottemens dans cette machine font beaucoup plus grands que dans le moulinet bien fait. Mais de toutes ces vis, c’elt dans la dernière efpèce qu’ils m’ont paru moins confi-dérables.
- Le moulinet, tel que nous l’avons décrit, n’a que l’avantage , fi c’en elt un , de tirer le noyau en un demi-tour, car je crois qu’alors le noyau elt fouvent trop tôt tiré ; & il y auroit certainement plus de profit à en réduire le treuil à trois pouces de diamètre, ce qui épargnerait un homme; 8c s’il étoit réduit à huit lignes, il produirait le même effet que la vis , comme la vis pourroit rendre exactement l’effet du moulinet que nous avons décrit, fi l’on dreffoit allez fes fpires pour qu’elle montât dans fon écrou de neuf pouces en un demi-tour : il faudrait de même appliques aux bras de léviers une force de cent vingt livres. Mais l’effort de cette tire n’eft plus aulfi direéf après un tour parcouru, & cet inconvénient elt tel, que fi l’on avoit à tirer des noyaux de groffes feringues à cheval ou de corps de pompes, il faudrait avoit recours à la vis des monnoies ou d’imprimeur ( fig. 9), ou à un cri couché, ou fimple, ou compofé, qu’on feroit mouvoir par le moyen d’une manivelle. Cette machine a l’avantage de tirer auffi parallèlement que la vis, & j’en crois les frottemens plus doux. C’eft donc, je le répète, à l’Ar-tifte à voir lequel il a plutôt à ménager, ou fes forces, ou fon temps.
- La tenaille (fig.4 & y ) ou preffe à jeter les porte-dîners, flacons, fontaines, 8cc. ainfi que la tenaille (fig. n) à jeter la vaiffelle, produifent le même effet & le produifent de la même manière; toutes deux en effet ne font qu’un lévier de la fécondé efpèce, comme on l’a pu voir à la manière de s’en fervir. La première eft formée d’un bon madrier de bois ( 4 ), percé carrément en R , c’eft-à-dire , plus proche du point d’appui (V) que de la puiffance (T). On le perce encore d’un trou au bout de la poignée (T) pour pafl'er une corde (&) qui eft retenue de l’autre côté par un noeud, 8c de deux trous à l’autre bout ( S $ ) pour paffer les deux bouts d’une corde qu’on noue par-deffous le madrier; l’abat (y) porte pareillement un trou carré (Y) pour recevoir la queue du petit noyau, 8c aux deux extrémités, deux entailles, l’une pour recevoir la double corde d’appui (V), l’autre pour y recevoir l’autre corde ( 0 ) qui retient l’abat ferré.
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- Voyez fon fffage. La preffe de fer pour la vaiffelle effc formée de deux branches, dont chacune eft fendue en (ff), ce que les Ouvriers nomment les mors de la tenaille, pour recevoir les queues des pièces du moule : elles fe joignent l’une à l’autre par le crochet 6c l’anneau faits au bout des branches (gg) , & fe tiennent ferrées dans le fervice par la boucle (ii) qui s’accroche aux dents de la crémaillère des branches (hh).
- La machine à emboutir les taffes , dont nous avons parlé au Chap. du Menuifisr> doit être mife au nombre des machines de force ; elle forme auffi lin levier du fécond genre, dont le point d’appui eft à la charnière (aa) qui joint les deux jambes de cette efpèce d’étau, la réfiftance entre les deux mors fphériques ( cc ), 8c la puiffance à l’extrémité des deux jambes ; là elle emprunte encore le fecours d’une vis (</</), qu’elle fait mouvoir dans l’écrou ( ee ) à l’aide d’un bras de lévier ( bb )-. Dans ces mors (cc) font fixées deux coquilles de cuivre, par le moyen de deux vis, afin de pouvoir les ôter au befoin pour en fubftituer deux autres plus ou moins grandes, ou plus ou moins bouges, luivant la grandeur des taiîes ou l’arrondiflement du bouge qu’on veut leur donner.
- La figure 12 eft la felle à jeter dont on fe fert le plus ordinairement : elle eft compofée d’un banc ou établi (//) monté fur quatre pieds d’affemblage fixés à l’établi. La table de l’établi eft percée d’un côté de deux mortoifes { mm), dans lefquelles entrent deux jambettes (nn) affemblées par une entre-toife, 8c s’y fixent perpendiculairement par deux clefs {?P-iPP)-) qu’on enfonce dans les tenons (00,00)
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- par-deffous la table ; dans l’autre mortoife , entre le tenon (ss) d’une poupée { rr) qu’on fixe de même fur l’établi par une clef ( et ) ; enfin on a un rouleau de bois percé en long par un bout (utf), pour y faire entrer la queue du noyau du moule ; l’autre bout eft arrondi pour preiler de p>îus en plus, en l’abattant entre le montant qui eft incliné.
- Enfin la figure 13 eft une felle de même effet que la précédente; elle n’en diffère que par un peu plus d’appareil pour ferrer le moule, car au lieu du bâton fimple, c’eft une vis. L’établi (A) eft percé à un bout de quatre mortoifes ; les deux premières (BB) lervent à recevoir les tenons (II) de deux jambettes affemblées 8c jointes par une entre-toife (D); les deux autres (HH J reçoivent les tenons inférieurs (GG) des liens ou arc-bou-tans (EE), dont les tenons fupérieurs entrent 8c fe fixent dans les mortoifes (FF) faites fur le derrière des jambettes ; à l’autre bout font pratiquées auffi deux mortoifes (TT) pour recevoir les tenons (SS) de deux autres jambettes (MM) ; ces deux jumelles font percées 8c traverfées de deux trous appelés lumières (RR), pour recevoir les tourillons (QQ) d’un écrou (P) de bois qui doit s’y mouvoir aiiément ; dans cet écrou fe meut la vis du rouleau (O), qui eft comme l’autre percé en X pour la même raifon, 8c traverfé d’une cheville dè bois pour faire mouvoir la vis. De plus, un cerceau de bois eft attaché en dehors par fes deux bouts à la partie fupéiieure des jambettes iMM). Enfin quatre clefs (LL, V V) fervent à fixer les jambettes à l’établi.
- CHAPITRE DIXIÈME.
- Du Tour du Potier d’Etain.
- ARTICLE PREMIER.
- Du Tour fimple du Potier d'Etain.
- X_E tour fimple du Potier d’Etain eft cette efpèce de tour dont il fait un ufage continuel, 8c dont il ne peut fe paffer dans fa fabrique. Ce n’eft pas feulement pour le travail de fon métal que le Potier d Etain reçoit de Ion tour un fi grand fecours ; c’eft à l’aide de cette machine qu’il fait la plupart de fes outils. Ses calibres, fes modèles, fes moules, qui demandent toute la jufteffe dont le tour eft lufceptible, la trouvent dans celui que que nous allons décrire. La folidité de ce tour 11e le cède en rien à fa jufteflè ; elle eft telle, qu’il n y a pas de pièces qu’il refufe d’y recevoir, C’eft au mécanique de ce tour, 8c à l’homme de l’Art du Potier d’Etain, qu’on doit l’exécution des modèles de cuivre pour couler la fonte dans les (orges ; l’argent s’y tourne pour l’Orfévre, le Fondeur y finit les plus gros cylindres, l’Opticien y forme avec autant d’exactitude que de diligence fes bafïins, fes miroirs, 8cc. ; enfin le fer, le marbre, la pierre, 8c tout ce qui peut prendre une forme ronde, s’y travaille avec précifion.
- Ce tour eft premièrement compoié d’un fort banc ou établi 1 fig. 6 ) ; ce banc eft lui-même compoié de deux jumelles {aa) jointes enfemble par deux entre-toiles aux deux bouts ( cc) ; ces jumelles font eniuite montées fur quatre pieds ( b b b b ), dont l’écartement eft retenu par deux entre-toiles, ce qui forme le banc. Entre les deux
- jumelles defcendent les tenons à mortoifes des poupées 8c luppoits (7 8c 15) ; la première (7), qu’on appelle poupée ouverte ou à lunettes, eft retendue en croix ; Tune de ces ouvertures, plus profonde que 1 autre (£-), n’eft faite que pour laiffer libre la circulation de la poulie ; l’autre iff), qui coupe celle-ci à angle droit, eft un peu plus large du haut, afin de faciliter la fortie des couf-finets ; aux deux côtés 8c à chaque bout de cette dernière ouverture, font tracées deux couliffes perpendiculaires & rondes, dans lefquelles gliffent les oreilles des coujjinets. il eft aifé de voir par-là ce qu’on appelle coujfinets 8c oreilles des coujfinets ; on les appelle encore autrement lunettes brifées. Apres avoir placé les deux couftinets inférieurs ( 9 & 11 )5 on afleoit defïus l’arbre du tour (13), en plaçant les oignons (pp) de l’arbre dans les contr oignons des coujfinets ; l’arbre qu’on a auparavant garni de fa poulie {r)? étant en place, on le couvre des couftinets fupérieurs (8, 10), 8s on les arrête par deux faux couftinets de fer (12 fi 12) qu’on applique defius en y faifant entrer les vis perpendiculaires fixées aux quatre coins
- de la poupée, c’eft-à-dire, fur les deux côtés des lunettes de devant 8c de derrière ; enfin on les ferre fur les couftinets proprement dits, par des écrous à oreilles (m) qui fe montent fur ces vis.
- Four l’ufage ordinaire de ce tour, on fixe par une clef (y) un fupport de bois (fig. 16), dont la pièce lupérieure eft percée de plufieurs trous, pour approcher ou reculer de la pièce la barre d’appui, 8c la tenir à telle ou telle diftance pat
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- deux chevilles ( Z & a ) qui entrent dans les trous de la barre 8c dans ceux des fupports ( 14 8c 16). Mais lorfqu’il s’agit de tourner des pièces de longue portée, pour les retenir centrales, on fubftitue ou on place devant le fupport une poupée à pointe mobile par une vis (ij,*); l’écrou de la vis (S) doit être fait à telle hauteur dans la poupée, que l’axe de circulation du tour 8c celui de la vis fe confondent 8c ne faffent qu’un. La figure marquée x eft un parallélogramme formé d’une bande de fer pliée & foudée ; elle fert de tenon au fupport pour y enfoncer la clef par-deifus le banc.
- Voilà le tour [impie 8c ordinaire du Potier d’Etain. Mais pour que l’Ouvrier foit dans le cas de retirer de cette machine tout l’avantage qu’il peut en recevoir, il eft néceffaire qu’il la fâche au moins exécuter lui - même dans les parties effentielles, afin de connoître de quelle partie de fa conftruc-tion dépend tel ou tel défaut, 8c de le pouvoir redifier. Si au contraire l’Ouvrier n’a point ces connoiffances, il opérera fans jufteffe, à la peine & à la fatigue de ceux qui feront employés pour l’ufage de ce tour. C’eft pourquoi un Ouvrier inftruit fe réferve la façon de quelques pièces de fon tour, comme de tourner l’arbre 8c de faire les couflinets, à moins qu’il ne foit à portée de trouver, comme dans la capitale, des Ouvriers afifez intelligens. Quant au refte de la carcaffe du tour, il la fait faire par un Charpentier, fous fes yeux 8c fous fa diredion ; les pièces de fer par un Serrurier, & la roue par un Charron.
- L’Artifte donc qui veut commencer à fe faire un laboratoire, fe monte premièrement un tour, puifque ce n’eft, comme nous l’avons dit, qu’à l’aide de ce tour qu’il peut faire la plupart de fes autres outils ; 8c comme nous fuppofons ici qu’il s’eft réfervé de faire le modèle de ion arbre 8c de le tourner, ainft que de faire les couffinets, nous ' allons nous étendre un peu fur ces articles.
- Le modèle de cet arbre (13) s’exécute d’abord en bois, fur le tour à pointe, 8c en voici les dimenfions : longueur totale, un pied 8c demi ; la plus greffe boîte («), trois pouces de long fur deux pouces de large ; la fécondé boîte, qui doit être plus petite (f ), quatre pouces de longueur fur un pouce 8c demi au plus de diamètre ; le refte, c’eft-à-dire, les onze pouces intermédiaires, font de deux pouces de diamètre comme la groffe boîte. L’Ouvrier marque, s’il le veut, groffièrement, fur fon modèle, la place 8c la forme des oignons ; mais autant vaut de les garder à faire fur l’arbre, en le tournant, après qu’il aura été forgé tout uniment. Mais il ne faut pas oublier de marquer des pans fur le milieu de la longueur des onze pouces intermédiaires, pour la place de la poulie , ainft que de tracer fur les faces des deux, extrémités Je carré de l’ouverture des boîtes, qui doit être d’un pouce pour la groffe, 8c d’un demi-pouce pour la petite; il marque encore une mortoife fur la groffe boîte de fon modèle, à un pouce de diftance du bout, de manière que la clavette qui doit la traverfer, tombe perpendiculairement fur les deux plans de deux côtés oppofés du carré de l’intérieur de la boîte. Il y a des arbres de tour qui ne portent pas deux boîtes de différente grandeur comme celui-ci, mais un mandrin carré fur le pian d’un collet ou entablement. Je conviens que les calibres 8c les boîtes s’y tiennent mieux que fur un double mandrin qui entre d’un bout dans le carré de la boîte de l’arbre, 8c de l’autre dans celui d’une boîte de calibre : mais ces arbres ont cette incommodité, qu’on ne peut garnir les calibres de leurs boîtes d’Etain, fans démonter l’arbre de deffus le tour ( voyez la manière de garnir les calibres de leurs boîtes, pag.qj);
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- 8c que pour monter fur le tour un petit moule dont la queue eft trop petite pour remplir l’intérieur de la boîte de l’arbre, on eft alors obligé d’avoir une double boîte d’Etain ou de cuivre, qui entre dans la première, 8c qui reçoit la queue du moule. Voilà ce qui fait qu’on préfère un arbre qui porte deux boîtes, l’une plus grande, l’autre plus petite, pour y faire entrer les queues de toutes fortes de moules.
- Après avoir fait, comme je viens de dire, le modèle de fon arbre, 4’Artifte le met entre les mains du Forgeron pour l’exécuter en fer. Je con-feille de choifir, pour cette opération importante, un Canonnier d’Arquebufe, fi on fe trouve à portée, parce que ces Ouvriers ont l’ufage de bien corroyer 8c de bien fouder le fer : je ferois encore d’avis qu’on leur recommandât de ne point employer pour cela de fer neuf, c’eft-à-dire, qui n’a point encore été fabriqué depuis qu’il eft forti des forges à raffiner, parce qu’il contient allez ordinairement des grains de fonte qui 11’ont pas été diffous dans l’affinage , 8c que ces grains font ft durs que la lime n’y peut mordre ; ce qui, dans le cas préfent., feroit qu’on ne pourroit pas, fur le tour, donner à l’arbre la jufteffe qu’une pareille pièce demande. Si l’on fait forger ces arbres comme un canon d’arquebufe, c’eft-à-dire , creux dans toute fa longueur, ils feront moins fujets à avoir de ces gouttes de fonte, parce qu’étant obligé d’élargir une bande de fer pour la rouler 8c fouder enfuite dans toute fa longueur, l’Ouvrier fait par-là fubir au fer un fécond raffinage qui achève de diffoudre la fonte. L’arbre bien forgé 8c bien rejjiié^ c’eft-à-dire, qui à reçu une chaude bouillante 9 ne doit point avoir de paille, fur-tout fî l’on a choift un fer qui ne foit point rcuver in. Les mandrins avec lefquels le Forgeron forme le carré intérieur des boîtes, doivent être bien droits 8c bien avivés par leurs angles ; ils portent à peu près quatre pouces de long, 8c une ligne en dépouille fur toute la longueur ; mais il faut fur-tout recommander au Forgeron de faire ce trou bien au milieu de la boîte 8c bien droit. Il eft encore à propos, pour que le fer foit plus doux, de faire recuire l’arbre dans les charbons de bois, commençant par le faire chauffer doucement 8c peu à peu jufqu’au blanc, 8c finiffant par le laiffer ainft parmi les charbons pour s’y refroidir à mefure qu’ils s’éteindront.
- L’Artifte ayant reçu du Forgeron fon arbre bien conditionné, le lime groffièrement pour faire partir les écailles de fer; mais quant aux faces des boîtes, aux côtés de leur carré en dedans, 8c à la clavette, on les dreffe entièrement à la lime. Enfuite on fait entrer dans chacune des boîtes un faux mandrin de fer, 8c dans la mortoife ,de la clavette, deux morceaux de fer qu’on lime enfuite par-deffus, afin de rétablir dans ces parties la continuité qui eft néceffaire pour les tourner. On lime alors les deux faces pour en chercher le centre au compas ; auffi-tôt qu’on l’a trouvé, on le marque avec un poinçon, puis on le vérifie en montant l’arbre entre deux pointes fur le tour, 8c en eflàyant d’inferire exactement le carré de la boîte dans un cercle que l’on fait fur la face de chaque boîte avec le crochet, car le centre de ce cercle eft néceffairement celui de la boîte. L’arbre étant ainft centré des deux bouts, on le pointe fortement avec un poinçon ou avec un forêt à la rofondeur de deux lignes. Si le corps de l’arbre eft ien droit, il ne doit pas alors être éloigné du rond ; mais s’il n’eft pas droit, il faut le faire re-dreffer à chaud fur l’enclume, & lorfqu’il fera bien dreffé, le corps tournera auffi rond que les deux boîtes.
- Le tour fur lequel l’Artifte tourne fon arbre eft
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- l’établi de Ton tour ordinaire, fur lequel il monte deux poupées à pointe (FF, fig. 3 ) ; l’arbre à tourner eft mis en mouvement par le moyen de la roue du Potier d’Etam. On affermit le banc du tour, ainfi que le fupport de la roue, par des étais, qui, pour le banc, portent fur les jumelles, & de là au plancher, Si pour la roue, fur les jemelLes de fon fupport, de là auffi à une folive du plancher. On obferve encore , fur-tout h on occupe une chambre haute, de garnir le deffous des pieds du banc ou établi, de cartons, cuirs ou feutres, pour affourdir le contre-coup du mouvement du tour; les pointes {FlH) des poupées doivent être courtes & bien fortes , & les poupées bien arrêtées par leurs clefs (GG). Avant de monter l’arbre fur les pointes des poupées , on le garnit d’une poulie fur laquelle gliffe la corde qui paffe fur la roue. Cette poulie le peut faire de bois, de cuivre ou de fer ; mais les plus commodes pour ces fortes d’ouvrages font celles de fer ( fig. 1 ), dont voici la delcription. A, elt un petit cercle de fer de deux pouces Si demi en dedans ; lur ce cercle de fer font élevés perpendiculairement trois rayons pareillement de ;er, qui foutiennent un fécond cercle (B) de fer beaucoup plus grand, creufé par-deffus pour le mouvement de la corde; de plus, le petit cercle, entre chaque rayon du grand, elt garni de trois vis pareillement de îer, qui montent & defcendent dans les écrous pratiqués fur le champ du petit cercle, perpendi-cuairement à fa circonférence, ce qui dirige vers le centre le chemin des vis. O11 voit allez par cette delcription, Si par l’infpeâion de la figure marquée P ( fig. 3),. comment on la monte fur la pièce à tourner, & qu’on peut à volonté la changer de place.
- On conçoit aifément que pour travailler fur le tour une matière auffi dure que le fer, il ne fuffiroit pas d’appuyer ion outil iur une (impie "barre, comme nous le taifons pour l’Etain ; ici le fupport ne Içauroit être trop folide , & on ne fçauroit l’approcher trop près de la pièce à tourner. Celui que nous avons fait repréienter tout monté fur les jumelles de l’établi, eft un des plus forts Si des moins diipendieux. Quatre pièces concourent à le former, la principale eft un madrier (K) de deux à trois pouces d’épaiffeur & de hauteur convenable; il porte ordinairement un pied de large,
- Si fe change de place, s’il ne fe trouve' pas répondre à toute la longueur de la pièce à tourner. Au milieu du bas de ce madrier, eft jointe à angle droit une femelle (L M) à tenons Si mor-toiies en L ; iur le haut du madrier ou focle du fupport, eft formée dans toute fa largeur, Si du coté qui regarde l’ouvrage, un t feuillure (Q ) à angie droit d’un pouce iur ces deux faces, pour appuyer le talon de l’outil. La femelle entre ôc gime a iorce dans la mortoife fupérieure de la tauüe poupee (M), qui, dans fa mortoife inférieure, reçoit une clef (Nj pour fixer ainfi tout le fupport lui rétabli. Le fer demande auffi, pour être tourné, une forme particulière de crochets qui répondent, par leur coupe & la direction de leurs bifeaux, a la dureté de la matière qu’on leur préfente. Au relie, cette dureté du 1er ne l’empêche pas d’être gias Si liant, loriquil eft pur; & quand on fait bien iaue couper Ion outil, les ratures ne le brifent point fur le tranchant, comme celles des métaux alliés, quoique moins durs que lui.
- il y a bien des fortes d’outils pour tourner le fer ; mais fans en faire l’énumération ni décrire ici la manière de s’en fervir, qu’on trouvera d’ailleurs dans l’Art du Tourneur, par M. Hulot, je me bornerai à décrire ceux que je crois les plus expédi-tils pour ce gros ouvrage, & dont je me fers avec fuccès. Les premiers font des ébauchons ; ce font
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- des crochets allez bien repréfentés par celui qui fe voit en la fig.2, & il y en a de deux iortes : les uns, que l’on nomme crochets-gouges, font arrondis par le bout, en forte que leur tranchant eft une ligne circulaire, Si le plan de leur bifeau un demi-cercle alongé. Les autres, que l’on peut appeler crochets-carrés, ne diffèrent des premiers qu’en ce que leur tranchant elt une ligne droite, à qui l’on donne depuis deux jufqu’à fix lignes de longueur, & leur bifeau un reftangle ; ils fervent à marquer & à aviver les parties anguleufes. Le bifeau des uns comme des autres eft en dehors de la courbure. Enfin, pour effacer les gros traits de ces premiers outils, & finir l’ouvrage, on a des cifeaux tout droits de la même épaiffeur, c’eft-à-dire, de deux à trois lignes, dont le tranchant, qui eft une ligne droite, n’eft point perpendiculaire fur les côtés, comme celui du Menuifier, Si leur eft au contraire oblique & incliné. O11 fent bien du refte que tous ces outils doivent couper d’autant mieux que leur tranchant eft plus vif & plus aigu ; mais comme il faut leur conferver de la force contre le choc de la pièce en mouvement, on ne fait pas l’angle du tranchant plus petit que de quarante cinq dégrés. On y emploie toujours de bon acier, & plus ordinairement de vieilles limes, qui, par leur forme, font toutes forgées ; celles dont le grain eft plus fin font à préférer. On irappe la lime à chaud fur le champ, pour la rétrécir Si lui donner plus d’épaiflèur, eniuite on Ja coude fur la bigorne d’une enclume, Si l’on a un crochet; pendant qu’il fe froidit, on le frappe légèrement, principalement fur le bout, pour en refferrer les pores; on ne coude point le cifeau, on le forge cependant pour lui faire prendre la forme que je viens de dire, fi la lime ne l’a pas déjà. Les crochets Si cifeaux étant ainfi forgés, 011 les lime à plat fur les faces Si les côtés ; c’eft auffi avec la lime que l’on commence a former les-bifeaux; on trempe enfuite les outils, comme je le dirai bientôt, pour les affûter enfin à la meule de grès, Si non lur une pierre de grès à plat, parce que le mouvement de la main seroit arrondir le bifeau, ce que l’on évite aifément en tenant toujours le bifeau fermement appliqué contre la meule, Si laiffant le refte à faire à fon mouvement de rotation. Alors"ils font prêts à fervir, & il ne faut point les paffer à la pierre, quelle qu’elle foit ; on les remet feulement à la meule, lorfqu’ils font émoulfés ; & enfin, quand ils font par trop ufés & que la dire&ion du bifeau eft changée, ou le coude trop court, on les remet à laiorge.
- Le tout étant donc ainfi préparé, c’eft-à-dire, l’arbre centré entre les pointes des poupées, la poulie ajuftée & garnie de fa corde croifée, comme pour tourner l’Etain, le fupport affermi fur les jumelles, Si les outils bien affûtés à la meule feulement, l’Ouvrier fe place devant le fupport, prend pour premier crochet un ébauchoir qu’on nomme gouge, en appuie le talon fur la feuillure du fupport, affermit encore le crochet en en ferrant le manche contre fon eftomac, Sc Vincline fur foi autant qu’il eft néceffaire pour ne pas laiffer trop mordre le crochet,fur-tout en commençant, où l’on doit au contraire attendre le choc des buttes Si des inégalités dont l’arbre eft couvert. C’eft pourquoi l’Ouvrier obferve de ne placer le tranchant de fon outil que peu au deffous du point de'contad d’une ligne perpendiculaire à l’horizon, Si tangente par rapport à la circonférence de la pièce à tourner.
- Je m’explique : Soit le cercle C , fig. 2 , la pièce à tourner ; foit la ligne B cette ligne perpendiculaire à l’horizon Si tangente par rapport au cercle ; je dis que l’Ouvrier doit tenir le talon de fon crochet appuyé fur la feuillure E de fon fupport, Si tenir le manche incliné de manière que le tranchant du crochet ne coupe la pièce que peu
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- au deffous du point de contad A de la tangente B F ; j’ajoute que l’Ouvrier obferve encore d’approcher fon fupport de la pièce, de manière que la plane de fon crochet fafle, avec la partie inférieure A F de la tangente, un angle aigu d’à peu près quarante-cinq degrés, ou, ce qui eft la même chofe, de manière que le plan du bifeau foit perpendiculaire à l’horizon, 6c parallèle à la tangente BF, puifque nous avons dit que le bifeau failoit lui-mcmc avec la plane qui eft le dedans du crochet, un angle de quarante-cinq dégrés. C’eft en effet dans cette pofition que l’outil a plus de force, qu’il eft plus lblidement appuyé, 6c que fon tranchant rencontre plus directement la circonférence de la pièce en rotation. Avec ce premier outil, l’Ouvrier ébauche l’arbre 6c commence à former les deux oignons (/>/>), ronds comme ceux de la figure, ou mieux encore carrés ; ce qui formeroit une bande fupérieure d’un demi-pouce de large. Au refte, quelque forme que l’on donne à ces oignons , ils doivent s’élever chacun entre deux gorges parfaitement cylindriques, dont l’une, c’eft-à-dire, celle qui eft derrière les oignons, doit être auffi longue qu’une courfe de la plus grande vis. Avec le même outil l’Ouvrier marque encore la largeur des bandes fupérieures fur lefquelles il doit former les vis, ainfi que la largeur des gorges qui féparent chaque courfe de vis. Elle eft à peu près la même pour toutes, c’eft-à-dire, d’environ trois lignes; mais la largeur des courfes de vis ou des bandes fupérieures fur lefquelles on les doit former, varie dans la même raifon que les vis elles-mêmes. Après avoir ainfi tout ébauché avec ce premier outil, excepté cependant le milieu de l’arbre où l’on a fait des pans pour y fixer la poulie, on prend pour fécond outil un crochet dont le tranchant n’eft point arrondi en forme de gouge , mais droit, 6c dont on fe fert comme du premier. Avec cet outil, on efface tous les gros traits du crochet-gouge, en en faifant d’autres plus petits 6c plus près les uns des autres ; enfin , avec les carres de ce fécond crochet, on forme plus parfaitement les angles, tant des oignons que des gorges 6c des bandes de vis; c’eft encore avec celui-là u’on donne une jufte égalité aux oignons ;6c aux eux gorges qu’ils ont à leur côté, afin qu’en retournant i’arbré fens devant derrière, on ne foit point obligé de changer pour cela les collets, mais qu’au contraire les oignons puiffent rouler auffi jufte 6c en même temps auffi librement dans les uns que dans les autres. Enfin on prend un troifième outil, qui n’eft: autre chofe qu’un cifeau, 6c avec ce cifeau on efface les traits du fécond crochet, 6c on achève la pièce, obfervant toujours de garder l’égalité des gorges 6c des oignons. La forme de cet outil fait allez voir la manière de s’en fervir ; c’eft: en effet en l’appuyant fur la pièce même, la plane en deffous, ou fur le fupport, le bifeau en deffous, 6c en ne donnant que légèrement à mordre. Si, dans quelques parties des gorges, des oignons 6c des vis, le cifeau ne peut allez bien effacer les traits, on atteint ces parties avec des grains d’orge ou burins, ou une lime douce, le tout en tournant; enfuite, avec de l’émeri b:en pul--vérifé, paffé au tarnis de foie, 6c délayé avec de l’huile, où, fans fortir de chez lui, avec un peu de fa potée d’Etain, il achève de polir tout ce qu’il vient de tourner, les oignons fur-tout 6c les gorges voifines ; il met un peu d’un ou d’autre fur la partie ,à polir, & l’arbre tournant toujours, il la tient ferrée entre deux règles de, bois tendre.
- Ce travail étant fini, il ne s’agit plus que de couper des pas de vis fur les bandes fupérieures, marquées pour cela fur la petite boîte de l’arbre. Ce n’eft: pourtant pas que le Potier d’Etain foit dans l’ufage de couper des vis fur fon métal ;
- au contraire, le refte de la forme de fon arbre, c’eft-à-dire, les oignons qui font faits pour le fixer invariablement entre fes couffmets, 6c l’empêcher-, de s’avancer ou reculer, malgré les coups que l’on frappe fur les pièces ou fur les calibres, en les montant fur le tour, femblent exclure les vis ; auffi n’y a-t-il que très-peu de Potiers d Etain qui coupent ou faffent couper des vis fur leur arbre ; mais un Artifie intelligent, en faifant une pièce de cette importance, ne doit rien épargner pour lui donner encore ce degré de perfection ; parce qu’avec un pareil arbre, ii le met, autant qu’il peut, en état d’exécuter différens ouvrages de iantaifie qu’il feroit obligé de rejeter ; de plus, fi i’occafion ne fe prélente pas d’exécuter en Etain des vis fur le tour, ne le préfentera-t-elle pas, pour ainfi dire, à chaque moment dans la fabrique de fes moules ? Ce n’eft donc pas fans raifon que je fuppofe qu’il eft néceffaire de couper des vis fur cet arbre, 6c que je vais indiquer les différentes manières de le faire.
- Différens procédés pour tailler des vis JurV Arbredu Tour.
- On pourroit premièrement couper les vis fur l’arbre, à l’aide dune filière double ou filière brifée, encore ne pourroit-on peut-être en trouver aucune à petits filets. Mais il y a de grandes difficultés ; difficulté, premièrement, d’accoller les deux branches de la filière bien droit ; difficulté plus grande de conduire fi bien la filière qu’elle ne mange pas plus d’un côté que de l’autre; ce qui détruiroit la juftelfe des vis 6c voileroit quelquefois l’arbre même : enfin difficulté de trouver des filières juftes du pas de vis qu’on veut. Cette dernière difficulté feule doit empêcher de penfer à ce moyen.
- On pourroit encore faire cette fimple opération ; couper une petite bande de papier de telle longueur qu’elle entoure 6c couvre bien au jufte la circonférence de la bande qu’on veut tailler en vis; pour la largeur, elle eft bornée' par celle de la bande. Enfuite, fur les deux bords de la bande qui marque la largeur de la courfe de vis (SS , TT), on marner oit avec la pointe du compas la largeur du pas e vis qu’on veut tailler, comme aux points i, 2, 3*49'£56,7,8,9,10; enfuite on tire les lignes ^ 5 9;2, 8,^, y, q-, 6; ; , j , 6cc. La bande ainfi tracée, on la colle lur la partie à tailler en vis : fi cette bande eft bien taillée, les deux bouts doivent le joindre exadement , 6c les lignes fe rencontrer , ce qui donnera des fpires très-juftement tracées , 6c fera l’effet d’une partie de la figure La colle étant féchée, on marqueroit ces fpires fur le fer, ou avec une feie, ou avec une lime à couteau, en fuivant bien exadement les lignes de la bande de papier; enfuite on prendroit une lime à tiers point, on élargiroit la trace de la feie, & on ne cefferoit de limer, en faifant circuler la pièce d’une main,on ne cefferoit,dis-je,delimer,que l’ouverture de deux pas de vis ne fe joignît, 6c que l’angle ne" fût formé. Après cela on remettroit l’arbre fur le tour, 6c avec un peigne de même pas que la vis qui eft: formée , on rechercherait les filets à la main libre, c’eft-à-dire que, quoiqu’appuyé fur le fupport, on laifferoit cependant gliffer ou même on conduiroit foi-même le peigne fdon la diredion des fpires, en imbibant d’un peu d’eau la vis, pour faciliter le mouvement du peigne, 6c on éga-îiferoit ainfi les vis faites à la main, de manière qu’il s’en faudroit peu ou point qu’elles fuffent auffi juftes que fi elles avoient entièrement été coupées fur le tour. Cette méthode ne demande pas, comme on le voit, de grands apprêts, mais feulement un peu d’ufage.
- Une troifième manière plus propre aux Potiers d’Fffain, feroit d’avoir premièrement un tarau du pas de vis qu’on voudroit couper fur l’arbre, de
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- monter ce tarau dans la groffe boîte de l’arbre, de changer l’arbre bout pour bout, c’eft-à-dire , la petite boîte en devant, 6c la grofle , garnie de ion tarau, par-derrière la poupée ; enfin d’appuyer le tarau iur une clef de même pas de vis, qu'on y ajufteroit : on commanderait au Tourneur de faire jouer la roue, pour faire avancer & reculer l’arbre félon lepas de vis du tarau; on approcherait le fupport & on commencerait le filet avec un grain d’orge, qu’ on approcherait de la pièce, 6c qu'on tiendrait fermement appuyé fur le fupport fans le changer de place, laiffant le refie à taire au mouvement de i’arbre : 6c lorfqu’on aurait, avec ce premier outil, fuffiiamment creufé les fpires, on les rechercherait 6c finirait avec le peigne convenable. Cette manière d’opérer eft aifez exacte, fi l’on vient à bout d’ajufler le tarau bien centralement dans la boîte, ce qui aliurément ne ferait pas facile pour un homme étranger à l’Art ou peu verfé dans la pratique de certains expédiens qui lui font propres, 6c dont la jufleffe ne nuit point à la promptitude de l’exécution, comme on en va juger. L’Ouvrier fie fait premièrement un tampon, c’elt le terme de l’Art, de cette manière : il enfonce, dans du fable humeété de prefié, la partie du mandrin qui entre dans la boîte de l’arbre ; 6c afin de retenir 1 Etain fur le fable au defïus du trou carré 6c former ion tampon, il pofe fur le fable une virole ou les deux chapes d’un petit moule de poterie : le tout ainfi préparé, il emplit d’Etain le trou carré, 6c en verfe encore dans l’intérieur des chapes ou de la virole, à quelle hauteur il le juge à propos. Ce mandrin, ou plutôt ce tampon, muni de fa queue carrée, étant coulé, il le monte dans la boîte de fiarbre pour le tourner fur le devant, & faire au centre un trou du diamètre du tarau ; ce trou , qui forme une petite iboite, étant fini, l’Ouvrier y fait entrer & tenir par les vis le tarau, pour en tourner la queue qu’il a garnie d’Etain dans un petit moule ou une carte ployée. Après avoir tourné cette partie d’Etain, il démonte le tarau de fa boîte, 6c l’y fait rentrer par fa queue, ou agrandit la boîte, fi cette partie du tarau ne pouvoit y entrer. Ceci étant fait, on voit bien qu’il eft nécefiaire que le tarait foit monté rond dans fa boîte, 6c pour l’y fixer, on l’attache au tampon par deux ou trois gouttes d’Etain. De plus, comme pour tourner ainfi des vis il faut que la pièce avance & recule, il faut auffi que la roue tourne partie à droite, partie à gauche. Or un Potier d’Etain qui veut le fervir de fa roué plutôt que d’un archer 6c d’une pédale, attache un de fes rais à une corde, qu’il fixe par l’autre bout au montant de fon fupport, laiffant cette corde a fiez lâche pour que la roue puilïe faire un cinquième de fon 'tour. La roue ainfi préparée, il fait empoigner une autre rai par leTourneur,qui,en hauffant 6c baiffant, fait faire à la roue un mouvement de vibration qui fe communique à la pièce.
- Il eft encore intéreffant de connoître l’expédient aufti fimple qu’ingénieux, auquel a recours tout Tourneur qui veut tailler des vis fur quoi que ce foit, mais qui n’a point de tarau à imiter. 11 s’en fait un en bois, lequel a une queue carrée, pour entrer dans l’arbre de fon tour. Il colle fur le cylindre de bois qu’il a formé fur le tour, une bande de papier fur laquelle il a tracé des fpires, comme nous l’avons enfeigné. Il approfondit les fpires marquées d’abord par un trait de feie feulement, 6c fon tarau eft affez bien taillé pour s’en fervir comme du précédent, à l’exception qu’au lieu de clef, il afifujettit feulement fous le tarau une fimple lame de couteau ; ce qui fuffit pour faire avancer 6c reculer l’arbre avec toute la jufteffe nécefiaire.
- Aufli-tot qu’il a fait, il change de tarau & de peigne pour couper de plus petites vis fur la fécondé bande.
- ’ Si l’on avoit déjà un premier arbre dont on voulût feulement imiter les vis, on le monterait iur l’arbre à tailler dans un calibre à boîte, 6c on s en ferviroit comme du rouleau ou cylindre de bois dont nous venons de parler.
- Toutes ces différentes méthodes fufiîfent fans doute pour mettre un Artifte au fait des tours de main néceflaires. Je crois cependant qu’on me fauroit mauvais gré, fi je ne parlois du tour qu’a inventé M. Grandj'ean de Fouchy, de l’Académie des Sciences, pour tailler des vis fur un cylindre, fans avoir de tarau ou autre chofe femblablè qui fafiè courir le cylindre félon fes pas de vis. C’eft: d'ailieurs plutôt du mécanifme de la machine que de i’adrefie de l’Ouvrier, que dépend le fuccès de 1 opération. Ce tour eft donc compofé , comme les autres, de deux jumelles 6c d’un établi : fur cet établi le montent deux poupées à lunettes; c’eft dans les lunettes de ces poupées que coule le cylindre iur lequel il veut tailler des vis ; ôc ce qui lait aller & venir le cylindre, font deux balcules, i’une à charnière 6c qui doit fon mouvement à l’effort d un poids; l’autre eft un fimple treuil de bois lur lequel iont plantées en équerre deux règles de bois ; la première, qui porte une pointe à ion extrémité, pour entrer dans le trou du centre du cylindre, ôc a la leconde eft attachée la corde qui va de la a la pédale, de la pédale s’emboule fur le cylindre ôc s’attache enfin à l’archer du tour. On conçoit que par ce mécaniim’e, en mettant le pied fur la pedaie, la règle du treuil à laquelle la corde eft attachée , doit bailler & faire mouvoir l’autre règle dans le même fens, ce qui forcera le cylindre à avancer tandis qu'il tournera ; fi l’on cefiè de pefer fur la pédale, l’autre bafeuie, qui eft attachée par fa charnière à l’autre poupée, forcera le cylindre de reculer pendant que l’archer le fera tourner en fe débandant. De plus, comme il doit y avoir une proportion exacte entre les dents du peigne 6c fmciinaiion des fpires, qui eft 1 efpace parcouru en avant par le cylindre pendant qu’il fait un tour, cet efpace elt déterminé par l’éloignement plus ou moins grand de la corde par rapport au centre du treuil; car cette corde n’ell attachée qu’à une double règle qui coule dans une rainure faite fur la première, 6c s’approche ainfi plus ou moins du centre du treuil.
- Voilà tout ce que je crois pouvoir en dire, pour ne pas m’éloigner de mon mjet, & je renvoie le Lefteur curieux au Recueil des Machines approuvées par l’Académie,tom.V. je laifie à l’Artifte à choifir, de toutes ces manières, celle qui lui conviendra le plus ou qu’il entendra mieux ; mais fon arbre étant une fois garni de vis , il lui fera aifé d’en faire fur quoi qüe ce foit.
- Manière défaire Les CouJJinetS.
- Ces couffinets, qu’on appelle auffi collets, fe font avant de tourner les vis lur l’arbre ; car on a du remarquer que j’ai fuppofé que la poupée en étoit garnie, quand j’ai parlé des différentes manières de tourner les vis. On en fait ou de cuivre ou d’Etain ; je n’enfeignerai que la manière de les faire en Etain, laiffant la deicription de l’autre manière à la partie des moules, à laquelle elle eft plus analogue. D’ailleurs la plupart font en effet d’Etain, parce que ce métal eft journellement fous la main de l’Artifte, qu’il ne s’ufe prefque pas davantage, 6c que l’opération en eft bien plus expéditive.
- On commence par tailler en bois mince, comme en vieille douelle de mairain, quatre faux couffinets inférieurs, & autant pour la partie fupérieure; ce font de petites planches hautes de deux pouces, 6c affez longues pour remplir les ouvertures antérieure 6c poftérieure (/6cf) de la poupée ( fig.7 ). Elles font
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- échancrées furie milieu,en demi-cercle d’un diamètre pvéciiement égal à celui des gorges qui font faites aux deux côtés des oignons, de manière que deux de ces faux couffinets, placés l’un fur l’autre, forment une lunette qui embraffe l’arbre. Cela tait, on pofe les quatre couffinets inférieurs verticalement tur le fond des ouvertures (/3c f) de la poupée, deux fur le devant , 8c autant iur le derrière ; eniuite on atleoit l’arbre bien parallèlement fur ces faux couffinets, éloignés l’un de l’autre d’environ un pouce & demi, de manière que les oignons, & même une partie des gorges de chaque côté, foient contenus entre les deux ; 3c on les fixe en cet état avec des languettes de terre à pot, qu’on applique en dehors autour des coufifinets, & en même temps à la poupée. Ces quatre petits -murs latéraux étant ainfi fixés, & l’arbre placé fur leurs échancrures , on ferme l’appareil en defius par deux lames de fer ou de tôle, taillées félon les profils des oignons de l’arbre , ôc dont l’une eft percée à peu près à fon milieu pour feivir de iet. Enfin on prend de l’Etain fondu dans une cuiller, & on le coule par le jet dans l’intérieur de la boîte , ce qui forme les deux couffinets d’Etain (9 & 11). Avant de procéder aux couffinets fupérieurs, on enlève, à l’aide d’un fort cifeau , d entre les lunettes de la poupée , les couffinets qu’on vient de jeter, pour en râper les jets, les ébaver, même y faire, fi on veut, à la râpe , deux anglets de chaque côté pour les re-perrer avec ceux qu’on va jeter deffus, & les po-tayer légèrement fur leurs faces fupérieures, pour recevoir l’Etain fans fe fondre. On remet eniuite les couffinets inférieurs à leur place, on les ac-colîe de leurs demi - lunettes ou, faux couffinets de bois, on pofe l’arbre defius, on élève les faux couffinets fupérieurs fur les inférieurs ; on les fixe dans cette fituation avec de la terre à pot, comme on l’a fait aux premiers ; on place les preffes des couffinets (12 , 12) fur l’appareil, & on les fcelle de leurs écrous ( m m m m ). On a une petite cheville de bois ou de fer qu’on appuie lui l’oignon perpendiculairement, fi les preffes des couffinets font percées au milieu ; 3c fi elles ne le font pas, on fait une échancrure au faux couffinet fupérieur de derrière pour pencher la cheville, 3c avec de la terre à pot on forme une foffette autour de l’échancrure, 8c de même avec un peu de terre on tient la cheville inclinée fur le milieu de cette petite foffette, tandis que de l’autre bout elle repofe fur l’oignon de l’arbre même. Le tout ainfi préparé , on jette l’Etain dans la boîte jufqu’à ce qu’il touche les preffes des couffinets. Alors le couffinet fupérieur eft fait, 3c l’arbre eft monté fur le tour prêt à tourner ; cependant on démonte encore ces couffinets, on les râpe 3c on les ébave extérieurement, Jk. on les remonte pour en couvrir l’arbre garni de fa poulie de bois ; on ferre les preffes des couffinets, on met de l’huile dans le petit trou qu’a laiffé la cheville fur le milieu du bec, & le tour eft prêt à recevoir les ouvrages. J’avertis que pour bien opérer, il faut premièrement enfumer l’arbre avec un flambeau de réfine, ou le potayer légèrement, ou feulement le faire chauffer ; fecondement, il faut que la chaleur de l’Etain ne foit pas affez grande pour rouffir du papier, ou, ce qui eft la même chofe , que l’Etain s’y jette à chaleur de fufion feulement, fans quoi l’humidité du bois feroit foulever & peut-être pétiller l’Etain.
- Je crois que ceux qui ne connoiffent point encore cette méthode, en feront fatisfaits ; pour moi, je la trouve plus régulière 3c même plus expéditive que celle que j’ai vu pratiquer, 3c qui confiftoit à lever deux murs latéraux de terre à pot, au lieu de faux
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- couffinets, d’appuyer l’arbre fur cette terre à pot, 3c de jeter l’Etain dans cette boîte à peu près à la hauteur de la demi - circonférence de l’arbre ; en-, fuite ils retiroient les couffinets, épilloient ce qui furpaffoit la demi - circonférence de l’arbre, les égalifoient à la râpe 3c les remettoient fur la poupée, ainfi que l’arbre , pour jeter les couffinets fupérieurs , après avoir élevé deux murs de terre à pot, au lieu des faux couffinets de bois.
- Principes généraux pour L’ufage de ce Tour.
- Ce n’eft pas affez pour un Potier d’Etain d’avoir un arbre de tour exactement fait ; c’eft bien à la vérité en grande partie de la régularité de cette pièce que dépendent la douceur 3c la légèreté du mouvement; mais c’eft de la jufte proportion de la roue à la poulie que dépendent la perfection & la célérité du travail. L’expérience en effet a fait connoître dans cette partie,comme dans bien d’autres machines, que l’effet, quoique d’autant moindre que'ia vîteffe étoit moins grande, ne fuivoit pas cependant exactement la même raifon que cette vîteffe. Dans les moulins à blé, par exemple, fi la vîteffe de la meule étant à foixante tours par minutes, on les voit moudre trente feptiers de blé en vingt-quatre heures ; on n’aura plus que du blé concaflé, fi on réduit la vîteffe de la meule à quarante tours dans le même temps. 11 en eft à peu près de même chez le Potier d’Etain ; car fi un même Ouvrier tourne en un temps donné une quantité comme douze de même ouvrage, la pièce îaifant trois cent foixante tours par minute, il ne faut pas s’imaginer qu’il en pourra tourner une quantité comme fix, fi la vîteffe eft réduite à cent quatre-vingts tours. De plus, il faut faire attention qu’un homme d’une force ordinaire n’enlève, en tournant ainfi à la journée, qu’un poids de vingt-cinq livres, & que, félon les expériences faites par M. Bélidor, il ne peut faire faire à fa roue plus de trente tours par minute, pour réfifler continuellement à ce travail. Il faut donc chercher: un rapport entre la poulie 8c la roue ; or ce rapport, chez les Potiers d’Etain, eft comme un à douze, c’eft-à-dire que fi on donne cinq pieds à la roue, on donnera à la poulie moyenne'"cinq pouces de diamètre. Je dis à la poulie moyenne, parce qu’on met ordinairement une poulie à trois noix, de difïërens diamètres, afin d’augmenter ou diminuer la vîteffe, pour les raifons que nous dirons. La vîteffe de la roue étant donc, comme nous l’avons dit, de trente tours par minute, celle de la poulie 3c par conféquent de la pièce à tourner, fera de trois cent foixante tours; 8c l’homme pouvant employer une force égale à vingt - cinq livres, toute pièce dont le diamètre fera égal à celui de la poulie commune, pourra recevoir, de la part fie l’outil, un effort de fept livres , fans arrêter l’homme, puifqu’il faudroit un poids de huit livres un tiers pour contre - balancer fon effort. Mais ce poids ou cet effort de la part de rOuvrier fur fon outil, ne feroit pas encore affez confidérable pour opérer , fi le choc de la pièce contre l’outil, pendant fon mouvement de rotation , ne fe trouvoit encore pour lui ; ce qu’on peut bien appercevoir en tournant. Car quelque effort qu’on faffe en approchant du centre de la circulation de la pièce où le choc eft moins grand, on n’enlèvera jamais des ratures auffi épaiffes qu’en s’en éloignant 3c en n’employant qu’un petit effort.
- On peut encore remarquer, dans l’ufage du tour, que ce choc augmente en plus grande raifon que la diftance, de manière que, fi à une dif-tance du centre égale au double rayon de la poulie , on fait fur la pièce , avec fon crochet, un effort comme trois feulement, on arrêtera , ou
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- au moins on fera beaucoup peiner l’homme, quoi-qu’avec un effort comme fept à une diftance égale au rayon de la poulie, on ne fatigue pas même le Tourneur. C’eft ce choc-qui fait qu'à une diftance plus grande que le rayon de la poulie, les ratures le divifent fous le crochet Sc jailliffent en pouf-fïère, au lieu que depuis une diftance égale à ce rayon jufqu’au centre, les ratures font élancées en forme de rubans, dont l’épaiffeur diminue à mefure qu’on approche du centre par une même vîteffe de FoutiL
- Il eft aifé, d’après ce que je viens de dire, de concevoir que c’eft pour augmenter ce choc qu’on donne plus de vîteffe à une petite pièce en mettant la corde fur la plus petite noix de la poulie , tandis que c’eft pour diminuer ce choc & foulager le Tourneur qu’on met la corde fur une plus grande noix , quand on tourne de grandes pièces, ce qui diminue leur vîteffe. Cependant, comme on ne peut établir dans le tour une jufte proportion entre le diamètre des pièces qu’on y tourne 6c celui de la poulie, l’adreffe de l’Ouvrier doit fuppléer à ce défaut, en donnant, dans le travail, au bifeau de fon crochet une direction convenable à la force du moteur 6c aux éloignemens différens du centre de rotation de la pièce. C’eft pour cela qu’un bon Ouvrier s’étudie à connoître la force de fon Tourneur, à conferver la régularité de fa marche , en lâchant prife, ou en changeant la direction de fon outil, aufti-tot qu’il lent que fa puiflance a diminué la vîteffe du Tourneur.
- Ce dont dépend encore beaucoup rexpédition dans le travail du tour, eft d’y bien centrer les pièces ; auffi un Ouvrier ne néglige-t-il rien pour le pouvoir faire avec autant de promptitude que de précifion, 6c n’eft point parefletix à corriger dans fes* calibres ou mandrins tout ce qui s’y oppoie, fur-toüt pour la poterie, où l’excentricité des pièces fe fait bien mieux fentir. On peut diftinguer dans le tour deux fortes d’excentricités ; excentricité de haut en bas ou de bas en haut, qui eft une excentricité proprement dite, parce que le centre de la pièce ne le confond pas avec le centre de rotation de Farbre ; & excentricité d’avant en arrière, quand le centre de la pièce fe rencontrant avec celui de rotation, il y a une partie de la circonférence de la pièce qui avance plus que l’autre , ce que les Ouvriers appellent voiler. L’excentricité de haut en bas fait fauter le tour , 6c lorfqu’une pièce voile fur le tour, c’eft qu’elle a été fauffée. Mais quelle qu’elle foit, fi l’Ouvrier néglige d’y remédier, il eft obligé de tenir toujours fon outil mollement appuyé fur la pièce, & de le laiffer fe prêter, comme un reffort, aux différens efforts des parties excentriques, ce qui n’eft qu’un mauvais raclage. Nous avons indiqué eh fon endroit, comment on remettait dans le rond les parties excentriques d’une pièce.
- Il faut encore obferver , dans le travail du tour, de tenir fon crochet bien fermement appuyé fur la barre d’appui 6c fur l’épaule ou fous le bras , félon les occafions. Le choc eft en effet fi con-fidérable, qu’on ne peut ceffer de tenir l’outil appuyé fur foi 6c fur la barre, tandis qu’on le fait courir fur toute la pièce. C’eft pourquoi le corps de l’Ouvrier, forcé de fuivre le manche de l’outil, fe meut toujours en fens contraire que le tranchant. La direclion que tous les Ouvriers donnent à leur crochet, par rapport à la furface de la pièce, eft toujours la même, quoiqu’ils prennent différentes pofitions devant le tour, c’eft-à-dire que tous font faire au plan de leur outil un angle moins que droit, ou d’à peu près foixante-dix degrés avec la furface de la pièce. Ceux en effet qui éloignent la barre d’appui, font forcés de pouffer leur outil par-defîbus le bras, pour trouver cette diredion du plan
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- de l’outil avec la pièce, 6c alors de ïa main, gauche ils tiennent l’outil appuyé fur la barre, ferrant le manche fous le même bras , tandis que la main droite le conduit. Ceux au contraire qui ap~ prochent la barre, retirent leur outil 6c le tiennent plus droit ; 6c alors les deux mains empoignent le manche au deffus de la barre d’appui ; le bout de ce manche s’appuie fur la clavicule gauche, 6c les deux mains eniémble contribuent à conduire le. Crochet. Mais les premiers perdent un peu de force en approchant vers eux le point d’appui 6c l’éloignant de la réfiftance. C’eft faute de favoir donner à l’outil la diredion néceffaire pour le faire couper, que des Ouviers , fans même leur donner de priie, par leur feule preftion contre la pièce, arrêtent cependant le Tourneur, 6c avec un grand bruit ne font que peu de befogne. Au contraire, dans quelque pofition que fe tienne un habile Ouvrier , quelque mouvement qu’il prenne, il conduit tellement fon crochet fur la furface de la pièce , & fait fi bien lui conferver là diredion néceffaire , qu’avec le moindre outil , comme un frijoïr, il enlève des ratures très-épaiffes fans faire peiner le Tourneur.
- Des différens Crochets, Grattoirs, & autres outils du Tour.
- Autres font les outils de la Vaiffelle, autres ceux de ia poterie, autres ceux deftinés à tourner par-devant le tour.
- Les outils pour tourner la Vaiffelle font des ébauchons, des planes, des grattoirs fous bras en forme de lance, & des bruniffoirs. Les crochets, dits ébauchons-, font ou pointus ou tronqués. Les Ouvriers appellent ces derniers crochets carrés % 6c alors un des angles du crochet, c’eft-à-dire, celui qtii fe trouve à la gauche de l’Ouvrier,eft arrondi; l’autre refte plus ou moins obtus, félon les ouvrages : car c’eft toujours la forme des ouvrages qui détermine celle des crochets. On donne, par exemple , une forme ronde à un des angles pour aller dans les bouges 6c marlis des plats, haflins, ou dans l'intérieur des écuelles, & ils font tronqués pour ébaucher les fonds des' plats 6c baftins. Les planes ne font autre chofe, au moins pour la forme, que des ébauchoirs ou crochets carrés, dont le tranchant eft adouci à la pierre à l’huile, Sc le bifeau éclairci fur la joliëtte'd'u tour ; on fe fert encore comme de planes pour le fond des plats Sç affiette?, d’un grattoir fous bras en forme de lance , adouci à la pierre à l’huile , 6c frotté fur la joliette. Enfin, pour brunir la vaiffelle^ on a des bruniffoirs qui, pour le dedans, ont la forme de Celui de la ligure y, & pour le deffus, celle de la figure 6.
- Les crochets pour tourner la poterie en dedans, lûrfque les pièces font peu creufes, & en deffus, font, ou pointus comme les ébauchoirs de la vaiffelle, mais plus fôibles à proportion de la grandeur des pièces, ou l’angle en eft un peu arrondi. Les planes ont la même forme ; mais affez fouvent on fe fert pour planer la poterie-, ou ce qui eft la même chofe, pour faire difparoître les gros traits de Fébauchoir, en en faifant de plus fins,»on fe fert, dis-je, de frifoirs, qui font des lames d’acieC plus ou moins flexibles. Geüx à qui ôn donne la forme à peu près carrée, 6c dont ôn a arrondi deux angles oppofés, fervent pour toute la furface unie des pièces, 6c ceux à qui on(donne urie forme plus longue, qui font faits de j;efforts de pendule, & pat conféquent plus flexibles, font deftinés à tournet les godrons, pansy ôcc. L’autre extrémitç eft arrondie dans fon épaîffeur Ôc fa largeur, pour former un bruniffoir. Enfin les bruniffoirs de la poterie prennent la figure d’une groffe fève; un des côtés en eft plan, Fautre convexe Sc arrondi par le bout. D’autres,
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- qu’on appelle dent -de- loup, ne font autre chofe qu’une tige d’acier recourbée.
- Lorfque des pièces de poterie ou de menuiferie, comme des gobelets, font trop profondes pour qu’on puiiie taire courir un crochet dans l’intérieur, on fe iert, pour les tourner en. devant, c’eft-à-dire, en fe plaçant devant le tour, de grattoirs longs Sc peu larges.
- Les bifeaux de tous ces outils font faits fur la même face, c’eft-à-dire, par-deffous. Leur plan préfente différentes formes analogues à celle qu’on a donnée aux outils eux-mêmes ; il préfente, par exemple, une double équerre dans les^crochets carrés, Sc ainfi des autres. Le bifeau n’en eft pas ordinairement bien alongé, Sc l’angle du tranchant a toujours à peu près foixante-dix degrés. J’ai parlé plus haut de frifoirs ; mais ceux-là fe tiennent empoignés fortement : quelquefois on les garnit d’un manche à douille, comme les autres crochets, lorfqu’on n’a pas la main allez sûre Sc allez légère pour les conduire à nu , ou quand on les veut mener fur le fens vertical. On remarquera, ôc cette obfervation ne devoit pas échapper à un homme de l’Art, que les manches, ou mieux encore la tige du crochet, forme toujours une douille dans laquelle on fait entrer le manche. C’eft l’expérience feule qui a appris aux Ouvriers que les crochets ainfi montés, étoient moins fujets à rider. Enfin, un Ouvrier fait en forte de n’avoir à changer que deux fois d’outils, c’eft-à-dire, une fois pour prendre la plane, & une autre pour prendre le bruniffoir ; à moins que la pièce ne porte des moulures ou l’ébauchoir Sc la plane ne peuvent aller. Auffi eft-ce pour cela que pour la poterie on à des ébauchoirs Sc planes à gauche, c’eft-à-dire, dont l’angle arrondi fe trouve à la droite de l’Ouvrier. Mais pour l’intelligence plus parfaite de ce que nous venons de dire, jetez un coup-d’oeil fur la Fl. XXVI Ôc fur fon explication.
- Manière de fonder la corde.
- La corde, par le moyen de laquelle le mouvement de la roue fe communique à la poulie de l’arbre, eft: ordinairement de boyau chez les Potiers d’Etain : les coi\des de chanvre fe lâchent trop facilement, ôc font trop fufceptibles des impreffions de l’intempérie de l’air. On donne ordinairement cinq à fix lignes d’épaiffeur à ces cordes, Sc c’eft peut-être cette épaiffeur qui fait qu’on n’apperçoit pas tant l’effet de ces viciflitudes, dont elles ne font pas exemptes. Le tour eft d’ailleurs plus libre avec de telles cordes; dé plus petites, en effet, demandent à être plus roides, parce que ne couvrant, par leur largeur, qu’un petit efpace fur la poulie, le frottement n’en eft pas fi grand, & qu’elles gliffent au moindre effort.
- Mais, pour qu’on ne trouve rien à délirer dans ces cordes, il faut que les deux bouts en foient unis, de manière que la jointure n’excède pas la groffeur de la corde, afin qu’en paffant fur la poulie elle n’occaftonne point de lecouffe. Voilà la manière là plus sûre pour y réuffir. 11 faut premièrement effiler les deux bouts de la corde en trois cordeaux, de la longueur de huit pouces à peu près ; les mettre tremper dans l’eau, Sc ratifier chaque cordeau fur une planche avec le dos d’un couteau. On continue ce manège jufqu’à ce que chaque partie foit diminuée de moitié , enfuite on les tord à droite, du même fens que la corde, à laquelle on fait auffi prendre du tors dans toute fa longueur, Sc qu’on retient en çet état par des doublets entortillés : après cela on chevauche les cordeaux les uns fur les autres, de deffous en deffus, en en faifant excéder chaque bout d’un pouce ou deux au delà de ce qui a été effilé; lorfque les trois cordons font ainfi entrelacés,
- (*) Cabinet de M. de Cervières ; l’Art du Tour du P. Plumier ; les Mémoires de M.de la Hire, St de M.de la Condamine, inférés
- 1ER D’É TA I N.
- on fait perdre les bouts excédans dans la corde qu’on détourne un peu à cet effet, & qui les couvre Ôc enferme en reprenant fon tors. On faupoudre enfuite de la réfine pilée dans les cordons, pour les coller, on fait venir le tors de la corde fur la foudure, ôc on aide fon effort en la tordant encore aux deux côtés de la foudure. On la monte alors lur la roue ôc fur la poulie.
- ARTICLE SECOND.
- Tour compofé & à figure du Potier d’Etain. PI. XIV.
- Le tour ordinaire du Potier d’Etain approche de fî près du tour figuré, c’elt-à-dire, du tour fur lequel on peut finir l’o vale, les pans ôc autres contours d’une pièce, qu’il fuffira d’en faire une pure Sc fimple defeription, pour faire entendre à l’Artifte Sc à l’Amateur l’effet de fon mouvement, renvoyant pour le refte aux Ouvrages curieux qui ont été écrits a ce fujet (*). Car comme c’eft toujours avancer beaucoup la perfection d’une machine que d’en abréger le travail Sc lui donner toute la fimplicité poihble,je crois qu’on me faura bon gré d'avoir cherché à faire un tour univerfel du tour du Potier d'Etain, Sc d’avoir réuffi, par le plus petit fupplément, à en faire un tour complet, que tout Arufte en ce genre peut aifément fe procurer. Auffi bien un Artifte, vraiment tel, doit, comme je l’ai déjà dit, faire fes moules lui-même, Sc pour faire fies modèles, Sc même tourner les moules, il eft prefque indifpenfable qu’il ait deux tours.
- L’arbre de ce tour eft fixe Sc folide pour tourner le rond ; fi l’on veut y couper des vis, il eft mobile d’arrière en avant Sc d’avant en arrière, par le moyen d’une clef qui entre dans les pas de vis qu’on veut imiter; fi on veut tourner du guillochage, on lui communique un mouvement d’arrière en avant, par deux refiorts oppofés, ou un autre de droite à gauche pour les ovales, contours, Scc. en appuyant l’arbre lur deux poupées mobiles, qu’une touché fixe Sc immobile force de reculer aux approches des parties {aillantes d’une rofette : entrons dans le détail.
- Ce tour eft donc, comme le tour ordinaire du Potier d’Etain, compofé d’un banc ou établi de mêmes dimenfions, d’une groffe poupée de même, & d’un arbre à vis. C’eft dans la poupée feule que gît le mécanifme. La groffe poupée (fig, i.) eft entaillée en A de deux pouces Sc demi de profondeur, depuis le niveau des jumelées de l’établi jufqu’à fon fommet, pour noyer la poupée mobile & à lunette (B). L’entaille doit former un cône renverfé, tronqué ôc arrondi, Sc allez large pour que la poupée qui a la même forme, ait au moins un pouce & demi de jeu de chaque côté. Les poupées mobiles ifolées (2) forment un cône renverfé arrondi ; elles font percées en D (fig. 1.), ainfi que la groffe poupée en E, pour palier le boulon de fer (H), à tête d’un bout, Sc à vis de l’autre,pour y monter un écrou qui fceile le tout. Les poupées font encore entaillées en B ou en F, & l’entaille creufce à rainure pour recevoir les collets (35456,7,); elles portent de plus deux vis chacune (CC), pour ferrer les preffes (8 Sc9) par deux écrous à oreilles (LL). Pour la fécondé poupée mobile F, on fait faire une large mortoife en bois debout dans le corps de la groffe poupée, à la diftance du fécond oignon de l’arbre ; ôc on y fait defeendre la poupée mobile jufqu’au fond, où elle reçoit le boulon de fer dans le trou qu’on y a pratiqué, comme à la première ; ce qui produit l’effet qu’on a tracé en F, (fig. 17.) par des lignes ponctuées. Voilà, comme on voit, les deux poupées qui portent l’arbre, bien difpofées à un mouvement d’ofcillation de droite à gauche ; mais pour les y déterminer, il faut monter
- dans les Mémoires de l’Académie Royale des Sciences, pour lç$ années 1719 St i71S j l’Art du Taur de M.Hulot.
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- fur l'arbre la rofette que l’on veut imiter (O, fig. j), & en approcher une touche, qui étant invariablement attachée à la barre d’appui (R, fig. 17 8c 1 j), forcera l’arbre de reculer, & la pièce de prendre, en tournant, un mouvement analogue au contour de la rofette ; mais je dois avertir, pour détruire l’illufion de la fig. ^, que les plus grandes rofettes font préférables. Les figures 13 , 13 8c 14. en offrent des modèles mieux proportionnés.
- C’efl à peu près la même chofe pour le mouvement d’avant en arrière. La touche , en décrivant les ondulations fcuiptées fur la face de la rofette, la force de reculer à la rencontre des parties éminentes, 8c le reffort (10) qu’on a attaché en (N) derrière la poupée, & qui porte fur le bout de l’arbre, le force d’avancer,ce qui fait que la rofette eft continuellement appliquée à la touche. Cette touche, qui eft de bois, eft garnie d’une lame de cuivre ou de fer bien poli, & en dos-d’âne, qu’on y attache avec des vis.
- . Le mouvement de ce tour figuré ne le dérange en rien de fon premier mécanifme ; car, de mobiles que font ces poupées, on les peut fixer allez folidement pour y tourner les plus groffes pièces. Il fuffit pour cela d’enfoncer des coins dans l’efpace qui fait le jeu des poupées. 11 y a même un certain avantage qu’on ne peut trouver dans les autres tours en l’air; c’efl u’on peut à volonté bander la corde, en levant un . es coins qui font aux deux côtés de la poupée mobile, & en enfonçant l’autre.
- Ce tour, comme le tour ordinaire du Potier d’Etain, fe met en mouvement par le moyen d’une roue qu’un homme fait tourner. La tenfion feule de la corde peut fuffire, du moins dans l’ufage des rofettes rondes, pour les ramener toujours en devant fur la touche; mais pour tourner l’ovale il faut avoir recours à un autre expédient : le voici. On éleve fur les quatre coins de la groffe poupée, un châfiis qui foutient une double poulie; fur une des noix de cette poulie, paffe premièrement la corde de la roue, 8c fur l’autre noix une fécondé corde qui defcend perpendiculairement pour embraffer auffi la poulie de l’arbre. On peut encore, à la place de la poulie double, faire porter au châfiis une petite roue de deux à trois pieds, que l’on fait mouvoir foi-même ar une pédale ; mais il faudra toujours qu’une afcuîe chargée d’un poids proportionné rapproche continuellement la rofette de fa touche.
- 11 n’eft pas plus difficile de tourner des vis par le moyen de ce tour ; on eft alors, comme lorfqu’on tourne toute autre chofe, où il faut donner à l’arbre ijn mouvement d’avant en arrière, 8c d’arrière en avant; on efi, dis-je, obligé feulement de démonter l’arbre de dedans fes couffinets, 8c de l’avancer pour en faire fortir les oignons, en forte qu’il puifie jouer entre fes couffinets. L’arbre porte cinq ou fix bandes de vis de différens pas ; après avoir choifi celui qu’il veut tailler fur fon ouvrage , l’Artifte lève la clef à écrou qui y répond, 8c la fait tenir dans cette fituation, en enfonçant dans la même mortoife, 8c deffous la clef à vis, un petit coin de bois.
- J’ai dit ci-devant que pour couper des pas de vis, &c. on attachoit un rai de la roue avec un des montans, tenant la corde affez lâche pour que la roue puifie faire à peu près un cinquième de fa révolution totale : j’ai ajouté qu’un homme donnoit ce mouvement de vibration à la roue,en empoignant un autre rai, & en hauffant 8c baiffant ; mais quand l’Ouvrier veut s’y occuper feul, il le peut également faire par le moyen d’un arc & d’une pédale, ce qui forme le tour-en-l’air ordinaire, que tout le monde connoît, Si, après avoir attaché fa roue, comme nous l’avons déjà indiqué, il attachoit encore à fa circonférence une corde qui, par une poulie de renvoi, feroit menée jufau’au bout de fa pédale, il eft évident que l’effet feroit le même.
- Tout le monde fait que pour tailler les vis, il faut avoir des peignes qui répondent à celles qu’on veut imiter, 8c qu’on a choifies parmi celles de l’arbre. On en diftingue de deux fortes, peignes à vis, peignes à écrou. Les premiers font une efpèce de cileau ordinaire à bifeau, 8c auxquels on aurait -fait des dents du pas de vis donné (fig.23, r £24, *.). Dans les féconds, les dents font faites fur le côté (23, q, 24,11) ; je m’arrêterai plutôt ici fur la manière de les faire, que fur celle de s’en fervir; elle eft connue de tout le monde : nous en parlerons d’ailleurs à l’Article des Moules, où elle revient mieux.
- Il y a plufieurs manières de faire les peignes pour couper des vis. La première répond à celle que nous avons déjà donnée pour couper fans peigne des vis fur l’arbre. On prend donc fur l’arbre avec un compas à pointes bien fines, la difiance de chaque pas de vis, on la porte fur une ligne tracée fur le papier, fig. 2 6, 1,2, 3,4, y,8c on l’y marque autant de fois qu’on veut donner de dents au peigne; puis, fans changer l’ouverture du compas, des points 1 8c 2 fur la ligne sit pour centre, on décrit deux arcs qui le couperont au point On en fait autant de l’autre côté, pour trouver le point 2 ; l’ayant trouvé, des points 2 & y on tire la ligne tt, 8c toujours avec la même ouverture de compas, on marque les points 4 8c 3 ; enfin, on élève des points 1 8c y de la ligne jj, deux perpendiculaires pour borner les dents du peigne. Le morceau de papier étant ainfi tracé, on le colle fur la face de l’outil qu’on a déjà bien limé, & avec une lime en tiers-point on creufe ou évide chaque eipace triangulaire, en tenant la lime inclinée du côté où on veut faire le bifeau. Pour fe confirmer fi on a bien opéré , on compare les deux peignes en présentant les dents de l’un dans les entre-dents de l’autre ; s’il n’y a point de jour, c’eft une marque qu’on a bien réulii, fmon on les retouche à la lime jufqu’à ce que les deux peignes encrent bien jufte l’un dans l’autre.
- On peut encore fendre les peignes de cette manière : on commence par aviver le bifeau bien tranchant, 8c fi on s’eft fervi d’un tarau d’acier pour tailler les vis de l’arbre, on reprend le même tarau, on applique le bifeau du peigne fur les filets du tarau, 8c on frappe un petit coup de marteau fur le dos du peigne, ce qui marquera for la face du bifeau des points qui feront autant diftans l’un de l’autre, que les pas de vis du tarau même, de par conféquent de l’arbre qui aura été fait fur ce tarau. Alors de chacun de ces points, on fend perpendiculairement le peigne ; puis, avec une lime en tiers-point, on élargit les fentes autant l’une que l’autre, jufqu’à ce que les arêtes ou dents foient bien vives, 8c pour conferver le bifeau, qu’on a déjà premièrement marqué, on baiffe la main en limant, & l’on donne à la lime une direction parallèle à la ligne du bifeau. Lorfqu’on a fendu les peignes, on les préiente l’un à l’autre, 8c à l’arbre, pour voir s’ils y font bien conformes, 8c les retoucher, s’il le faut, pour les tremper enfuite 8c s’en fervir.
- Pour tourner entre deux pointes, par le moyen de ce tour, il fuffit d’avoir une poupée à pointe-à-vis ou autrement ( 18, & PLXIII, iy), qu’on place fur le banc vis-à-vis la groffe poupée, 8c dans la boîte de l’arbre on enfonce un mandrin à pointe, puis on adapte une poulie à la pièce à tourner, de la manière que nous l’avons enfeigné à l’Article précédent, 8c on dérange un peu le montant de la roue, pour que les noix de la poulie 8c de la roue foient parallèles, fi mieux l’on n’aime fe fervir d’une pédale 8i d’un archet. On pourrait cependant encore, fans déranger la poulie ni le tour, communiquer le mouvement de l’arbre à la pièce qui eft entre les deux pointes; il foffiroit de l’attacher immuablement à cet arbre, après l’avoir bien centrée
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- •entre les deux pointes. Enfin, fi on joint à ce tour une poupée à lunette brifée ou non brifée (19), on .pourra y percer des cylindres, &, comme l’on voit, faire de ce tour un tour, pour ainfi dire, univerfel, fans lui rien ôter de la folidité du tour ordinaire du Potier d’Etain.
- Manière de tourner fans rofette.
- On ne peut pas douter que les gens de l’Art, pour accélérer leur travail, n’ayent fouvent effayé à monter fur le tour, & à y finir les plats ovales 8c les ronds à pans; mais fi quelques-uns y ont réufiTi, il faut qu’ils ayent voulu feuls profiter de leur invention, car il eft certain qu’elle n’a point été publiée : je n’y vois cependant rien d’impoffible,
- Sc fi quelque difficulté fut capable d’arrêter Sc de mettre à bout leur indufirie, elle dut être plutôt du côté du métal que de la machine même ; car il y a long-temps qu’on connoît les rofettes Sc les tours à arbre mobile. Ces rofettes d’ailleurs ne font point exemptes de difficultés : une bien forte, c’eft qu’au bout d’un temps peu confidérable pour un Ai tille qui s’en ferviroit habituellement, la touche, par fon frottement fur la rofette, abaifleroit fenfiblement fes contours fupérieurs par préférence , parce qu’ils font plus expofés au choc de la touche que le tond des angles; tandis que les contours des plats,qui font •toujours jetes dans les mêmes moules, ne fçauroient jamais changer. Il eft évident que cela ieul doit caufer une grande irrégularité dans le tour de la pièce, parce que l’outil retracera plutôt les contours de la rofette que ceux du plat lui-même. Ce font ces difficultés qui m’ont fait renoncer à l’ufage des rofettes, & cette manière eft certainement celle qui eft plus propre à l’Art du Potier d’Etain. La voilà :
- L’Ouvrier, après avoir monté fur Ion tour un tampon d’Etain, comme pour tourner des plats à la Bloufe., ( ainfi que nous l’avons expliqué au Chapitre de la Vaiflfelle, Article du Tour ), jette à haufj'es un de ces plats, le râpe bien par le pourtour, en obfervant de conferver exactement les contours, le met rond fur fon tampon, fuivant la pratique que j’ai décrite au même Article , Sc l’y attache par plufieursgouttes d’Etain.Ce premier plat ainfi monté, lui fert de blôufe pour y monter 8c attacher les autres angles pour angles, 8c même, pour plus d’exaditude, le côté du jet de l’un correspondant au côté du jet de l’autre ; il obferve encore que les gouttes qui les tiennent attachés, ne furpafifent pas le contour des plats. Cela fait,l’Ouvrier commence par faire tourner vite, pour tourner à la manière ordinaire les parties rondes du plat. Cette première opération faite, il lève les coins qui contiennent le jeu des poupées mobiles, approche la touche de fes plats, 8c commande de tourner doucement; alors il prend un léger frifoir, qu’il préfente fur la marli de fes plats pour les gratter, 8c les brunit avec un bruniflolr auffi flexible que le frifoir, & qui, comme nous l’avons dit, eft ordinairement fait à l’autre bout de la même lame. Cette lèconde opération étant finie, il fait arrêter le Tourneur, prend l’outil à bifeau, qui contient les profils des filets (fig.2i), le pofe dans ces mêmes filets, Sc l’y tenant bien affermi, il commande de tourner encore plus doucement, & ne fait, dans cette dernière opération, qu’oter le feu du métal, fans paffer d’autre outil que celui-là qui coupe tiSs-doux, Sc fans brunir, ce qui fait le filet plus blanc que le refte, & n’a point mauvaife grâce. C’eft, comme l’on voit, le plat lui-même, dans cette opération, qui fert de rofette, ou la pile de plats, s’il y en a plufieurs, ce qui eft bien plus exad que la rofette ; c’eft pour cela ue j’ai préféré faire gliffer la touche fur la barre ’appui, Sc que je lui ai donné la largeur de deux à trois pouces.
- Le plat ovale contourné n’eft pas fi facile, foit à
- TER D’ÉTAIN.
- centrer fur le tour, Sc même à le tourner, lorfqu’il y a été bien centré. Il y a en effet deux mouveieens différens dans le plat ovale à contours,qui répondent à fes deux profils, 8c qui demandent par conféquent deux caufes. Ces deux mouvemens l'ont celui de l’ovale (impie, & celui de l’ovale contourné. Pour le premier, l’Ouvrier coule dans le fond de la chape du moule qui a formé fes plats, une forte de rofette d’Etain de trois à quatre lignes d’épaifleur; il l’épye enfuite tout autour jufqu’à la ligne qui borne la circonférence du bouge, 8c l’unit enfuite à la râpe. 11 met cette faufle rofette fur le tampon, Sc fur la rofette il centre un plat entier, jeté à hauffe, Sc dont les contours font bien avivés à la râpe. Ce plat fert de bloufe pour y monter tous les autres, conjointement ou îéparément. Le mouvement eft donné deux fois au tour, Sc il doit y avoir deux touches, une plus longue qui atteigne le pourtour de la fauffe rofette ovale, fimpleÿdc une fécondé qui parcourra les contours du plat fervant de bloufe. Pour le refte, l’opération eft de même que pour les plats ronds contournés.
- Nous avons dit que lorfqu’on tournoitles contours des plats ovales ou ronds, on faifoit tourner moins vite ; on fait quelque chofe de plus pour les plats ovales, on met la corde fur une plus grande poulie; ce qui fait deux bons effets : favoir, de diminuer la vîtefife de la pièce, Sc de ménager les forces du Tourneur.
- Defcription générale des Boîtes & Calibres pour Vufage du Tour. Planche XV.
- Il eft à propos, avant de quitter le tour , de donner la defcription des boîtes Sc calibres les plus ordinaires pour fon ufage. On appelle boîtes ces efpèces de calibres qu’on a creufés fur le tour même pour y faire entrer la pièce & la tourner en dedans; il y a cependant aufii des boîtes à vis qui peuvent fervir 8c fervent même fouvent dans la poterie à monter fur le tour des pièces pour les tourner en deflus. Toutes les boîtes Sc calibres fe montent fur un double mandrin de fer, qui entre d’un bout dans l’arbre Sc de l’autre dans le calibre ; car ces calibres portent tous une gaine dTitain à leur centre, qui a été coulée fur le mandrin lui-même, de la manière que nous l’avons enfeigné ; il y a cependant de ces boîtes ou calibres, faits en Etain ou en bois, qui portent feulement une queue carrée pour entrer direftement dans l’arbre du tour; mais comme ces queues font moins folides 8c fujettes à fe fauffer, on n’en remarquera que dans les calibres qui font trop petits pour y placer une gaîne.
- La figure 1 fait voir en perfpeétive Sc par-dedans un calibre à boîte, pour tourner en dedans les écuelles ; A eft le trou carré de la gaîne du mandrin.
- La figure 1 fait voir par-derrière le calibre fervant à tourner par-defius les mêmes écuelles ; B eft la gaîne du mandrin.
- La figure 3 fait voir aufii par-derrière un calibre à trois crans, pour recevoir des pièces de trois différens diamètres.
- La figure 4 fait voir un calibre qui réunit en même temps la boîte, 8c qui peut par conféquent fervir à tourner en dedans comme en deflus.
- La figure 3 fait voir par-dedans un calibre à boîte , pour y emboîter ies taffes Sc les tourner par-dedans.
- La figure 6 fait voir un calibre garni d’une virole d’Etain à vis pour les couvercles de porte-bouillon.
- Les figures 7 & 9 font des calibres à boîtes.
- La figure 8 eft un calibre à plufieurs crans, vifs Ôc arrondis.
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- ART DU POT
- La figure io fait voir un calibre long & conique, Sc aufii à boîte, pour y monter à force des pièces de différens diamètres.
- La figure i x fait voir par-devant le calibre à écrou, qui fert à monter fur le tour les couvercles de mefures.
- La figure 12 fait voir un calibre à double cran Sc à boîte, garnie d’une virole à écrou pour les porte-bouillons.
- La figure 13 fait voir un calibre à crans & en •cône tronqué, pour des pièces de différens diamètres.
- La figure 14 fait voir un autre calibre à crans, pour monter des pots fur le tour.
- La figure 1 J fait voir un calibre à boîte évidé fur le tour jufqu’à la rencontre de la gaine du mandrin , Sc ouvert fur le côté pour y faire entrer la patte & la tige d’un coquetier, afin d’en tourner le gobelet par-dedans : le coquetier y eft repré-fenté tout monté ( C ).
- La figure 16 fait voir un calibre en poire , pour ébaucher les hauts de pots.
- La figure 17 fait voir un calibre garni d’une virole à vis, pour tourner les boîtes de feringues.
- La figure 18 fait voir le calibre cylindrique, pour recevoir les feringues ; on le garnit ordinairement de quelques viroles d’Etain, qu’on tourne enfuite à fleur de bois, pour retenir la feringue Sc -empêcher l’air d’agir fi fort fur le bois.
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- La figure 19 fait voir un calibre à plufîeurscrans, les uns coniques, les antres cylindriques.
- La figure 20 fait voir par-derrière un fécond •Calibre à crans, partie conique, partie cylindrique.
- La figure 21 en fait voir un troifième, garni d’une boîte à écrou.
- La figure 22 fait voir le calibre qui porte la virole à vis correfpondante à l’écrou delà figure précédente.
- La figure 23 fait voir un petit calibre de bois cylindrique & portant une queue carrée-, pour entrer dans la boîte de l’arbre.
- La figure 24, un pareil petit calibre d’Etain Sc à vis pour les bouchons de tétines & autres.
- La figure 2y fait voir le calibre qui porte la boîte à écrou , répondante à la vis de la précédente figure.
- La figure 26 fait voir le calibre Cylindrique pour les petites feringues ; tout en efl: de bois.
- La figure 27 fait voir un calibre d’Etain ou de bois , pour différentes petites pièces.
- La figure 28 fait voir un calibre à crans en demi-ronds , deftinés particulièrement pour des couvercles d’écuelles ou des pattes de chandeliers.
- Enfin la figure 29 en fait voir un autre à crans, faits en bouge & en demi-rond.
- Le nombre des calibres, boîtes, &c. ti’éft point déterminé; l’Ouvrier en fait à mefure qu’il fe préfente -des différentes pièces d’ouvrages qui *en exigent.
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- CHAPITRE
- Abrégé de
- fortir de la description du tour , Sc au moment d’entrer dans le travail du fourneau, c’eft fans doute ici plus qu’ailleurs le lieu de donner quelques connoiffances des premiers Élémens & des Principes les plus généraux de la Géométrie pratique; t comme d’appliquer des noms aux différentes moulures qui peuvent fe rencontrer dans les ouvrages dépendans de cet Art. J’aurois même, pour plus d’ordre, commencé par parler des moulures , fi leur defcription ne fuppofoit point, dans celui qui opère , quelques principes de Géométrie. Qu’on ne s’attende cependant point ici à un Traité de cette Science ; la connoiffance en efl devenue fi univerfelle, tant de Livres en ont traité, qu’il n’y a perfonne qui ne trouvât fans doute mauvais que je vinffe encore en augmenter le nombre, en ne faifant d’ailleurs que répéter ce qu’ils •ont dit. Je travaille cependant autant & même plus pour perfectionner de jeunes Artiftes, que pour îatisfaire la curiofité des Amateurs, Sc je craindrois d’exciter la critique de nies confrères , fi je me tai-fois entièrement fur cette partie. J’en dirai donc quelque chofe ; mais ce ne fera qu’en établiffant, ou plutôt en fuppofant établis Sc démontrés les principes les plus généraux qu’il eft abfolument indifpenfable de connoître, pour l’intelligence de plufieurs opérations de ce genre, qui fe prélenteront dans la fuite du travail. J’avertis feulement les jeunes Artiftes de s’attacher à bien entendre toutes les propofitions avancées dans ce Chapitre, Sc de ne jamais palier à la lecture d’une feule phrafe, qu’ils n’aient parfaitement compris celle qui précède.
- article premier.
- Définitions & Notions les plus générales. PI.XVI. fig.l.
- La Géométrie eft la Science de mefurer Sc d’évaluer tout ce qui a quelque étendue ; tout
- ONZIÈME
- Géométrie*
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- l’Univers eft de fon reffort,tousies Arts empruntent fon fecours.
- Du Point.
- Le point? dans là pratique, eft l’empreinte d’une pointe appliquée légèrement fur une furface quelconque , fur du papier, par exemple; pris ainfi, c’eft la plus petite portion de l’étendue qui puiffe tomber fous nos fens.
- De s L ignes.
- Si une pointe eft conçue fe mouvoir & laiffer en paffant des traces fur la furface qu’elle parcourt, elle fera ce qu’on appelle une ligne.
- Si cette pointe, dans fa courfe , ne change point de direction , la ligne fera une ligne droite H B : on fe la peut encore repréfenter par un fil bien tendu. C’eft la plus courte qu’on puiffe mener d’un point à un autre , Sc qui mefure pat conféquent leur diftance.
- Si la pointe change à chaque Jnftaiït de direction vers la gauche ou vers la droite, elle tracera une ligne courbe; Sc cette ligne fera circulaire (GHFB), fi la pointe, dans fa courfe, fe trouve toujours à égale diftance d’un point E qu’on nomme centre x c’eft particulièrement à cet ufage qu’eft deftiné le compas.
- Si la pointe ne change, dans fa courfe, qu’une fois de diredion, elle décrira une ligne anguleufe, ou, pour mieux m’exprimer , elle tracera deux lignes droites qui fe toucheront par l’une de leurs extrémités feulement, tandis que par l’extrémité oppofée elles feront plus ou moins diftantes l’une de l’autre, HEF,ABE.
- Des Angles.
- L’ouverture de ces deux lignes s’appelle ur\ angle, E Sc B ; un angle eft rectiligne lorfqu’il eft
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- 5*> ART DU POTIER D’ È T A I N.
- formé par deux lignes droites; tels font les an- le grand côté KE, oppofé à l’angle droit, fa
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- Enfin, fi tous les angles en l'ont aigus, c’eft un triangle acutangle ou oxygone; tels font les triangles
- DEB, B A E.
- JDu Quadrilatère*
- Le quadrilatère, en général, eft une figure qui a quatre côtés ; il prend le nom de reclanglefi tous les angles en font droits, & de parallélogramme, lorfque les deux côtés oppofés font parallèles. Le reclangle reçoit encore plufieurs dénominations ; il eft appelé carré, lorfqu’il efl équilatéral ( fig. 6 ) : mais fi , n’ayant que les deux côtés oppofés d’égaux (fig. 7), il eft alongé , il prend le nom de parallélogramme redangle , ou fimple-ment reclangle.
- Si le quadrilatère, quoiqu’équiîatéral,, n’étoît pas équiangle, mais avoir feulement les deux angles oppofés égaux, on le nommeioit rkombe ou lofange; & s’il n’eft ni équilatéral ni équiangle, ayant feulement les côtés oppofés égaux, & par conféquent parallèles, c’eft un rhomboïde.
- Un quadrilatère tout-à-fait irrégulier, c’eft-à-dire, do.pt les côtés ni les angles oppofés ne font pas égaux, mais qui a deux côtés parallèles, efl: appelé trapèze, 8c trape^oïde fi les côtés n’en font ni égaux ni parallèles.
- Enfin, dans tout quadrilatère, on appelle diagonale (fig. 6 ) une ligne droite tirée d’un angle à l’angle oppofé ; telle eft la ligne H F.
- Des Polygones réguliers, & du Cercle.
- On donne aux autres figures des noms analogues au nombre de leurs côtés : ainfi on appelle lignes feront parallèles., & ont la propriété de ne pentagone une figure de cinq côtés ; hexagone, pouvoir jamais fe rencontrer, quelque longueur une figure de fix ; heptagone > une figure de fept ; qu’on leur donne; telles fondes lignes CI &FG. octogone, une figure de Fuit, &c. 8c en générai Il efl: à propos, je penfe , de faire obferver un polygone, une figure de plufieurs côtés; & que la grandeur des angles ne dépend pas de la comme plus un polygone a de côtés, plus il ap-longiteur des côtés ou lignes qui les forme, mais proche du cercle, les Géomètres ont regardé cette bien de l’écartement de ces lignes l’une de l’autre, figure comme un polygone infinitaire, ou d’un pr-ife à une même diftance du fommet; car l’angle nombre infini de côtés & d’angles, efl: l’ouverture de deux lignes qui tombent l’une Sans fe perdre dans ces fpéculations, on regarde fur l’autre ou l’une au bout de l’autre : or il eft le cercle, dans la pratique, comme une figure évident que deux lignes ne feront pas plus ouvertes bornée par le contour; d’une ligne, qui, dans tous entre elles pour avoir plus de longueur. La plus fes points, eft également diftante du point du
- Un angle reétiïïgne peut être ou aigu, ou droit, ou obtus. Si une ligne tombe fur une autre, de manière qu’elle ne penche pas plus vers une que vers l’autre de Tes extrémités, elle forme, avec l’autre ligne, deux angles égaux de part 8c d’autre, 8c ces angles font appelés droits, HEF, BEF, &-la ligne F E perpendiculaire ; 8c comme l’arc HFB eft un demi - cercle, 8c la ligne H B le diamètre, il s’enfuit, i°. que chaque angle, ou, pour mieux dire, que chaque arc qui les mefure eft d’un quart de cercle ou de quatre-vingt-dix degrés, parce qu’on eft convenu de divifer le cercle en trois cent foixante degrés; 20. que la homme des deux angles, quels qu’ils foient, formés par une ligne qui tombera fur une autre, fera toujours d’un demi-cercle ou de cent quatre-vingts degrés , ou de deux angles droits.
- Si les deux lignes font inclinées l’une fur l’autre , elles formeront deux angles inégaux ; l’un aigu ou plus petit qu’un angle droit, du côté où les lignes s’inclinent l’une fur l’autre (BED), 8c l’autre obtus ou plus grand qu’un angle droit du côté oppofé ( D E H ). Il eft évident que leur fournie doit toujours être égale à deux angles droits, puifqu’autant que l’angle aigu eft plus petit qu’un angle droit, autant l’angle obtus eft plus grand , ou, comme difent les Géomètres, l’un eft le fupplément de l’autre.
- Il eft encore une troifième pofition de deux lignes l’une par rapport à l’autre. Si* deux lignes font tellement pofées l’une au deiTus de l’autre, ou à côté, que tous les points correfpondans de l’une 8c de l’autre fe trouvent à égale diftance, les
- courte & la plus fûre méthode pour mefurer un angle, eft donc de décrire un cercle, en prenant le fommet de l’angle pour centre , 8c de mefurer par le rapporteur (qui eft un demi-cercle divifé en
- milieu de la figuré. Cette ligne s’appelle circonférence ou périférie, & le point du milieu centre ( E même figure H G B F ). Dans le cercle 9 on appelle rayon toute ligne (EF, E A ) tirée
- 180 dégrés) l’arc compris entre les deux lignes qui du centre à la circonférence. Ses rayons font tous forment l’angle. égaux par une propriété du cercle. Le diamètre
- _ d'un cercle eft une ligne qui le divife en deux
- Des Figures rectilignes. parties égales , qu’on appelle demi-cercle , ou qui
- De toutes les figures reétilignes qu’on peut tra- eft tirée d’un point de la circonférence au point cer 8c former par la jonftion de plufieurs lignes, oppofé en jpaffant par le centre ; telles font les
- la plus fimple eft fans doute le triangle ,• c’eft une figure bornée par trois lignes qu’on appelle côtés, 8c qui forment trois angles entre elles.
- Du Triangle.
- Le triangle reçoit différens noms, félon la dif-
- lignes H E B , F E G.
- On appelle cordes des lignes AB ou autres fembla* blés, tirées dans le cercle d’un point de la circonférence à un autre, fans palier par le centre. On peut aifément remarquer qu’elles croilfent à mefure qu’elles s’approchent plus du centre ; 8c quant aux deux fèrence de Tes angles ou de fes côtés. 11 eft appelé figures ou aux deux portions de cercle féparées par équiangle ou équilatéral, lorfque fes trois angles cette ligne ou corde, on en appelle uut grandfegment 8c fes trois côtés font égaux D B E ; on le nomme (BFEiGA), 8c l’autre petit fegment (AB); une ifocèle, lorfqu’il n’a que deux côtés égaux : tel eft portion de la circonférence du cercle s’appelle un le triangle AEB, dont les deux côtés AE, BE, arc, 8c on a donné le nom de fecleur de cercle font égaux, parce qu’ils font rayons du même à une figure triangulaire (AEB), bornée par cercle; ouJcalène, lorfque tous les côtés en font deux rayons du cercle 8c par l’arc intercepté, inégaux, comme le triangle B E K. Une tangente eft une ligne droite CI, qui touche
- Si le triangle a un angle droit comme le triangle la circonférence en un feul point, ou qui ne la, EBK, il eft nommé reclangle ou orthogone, 8c coupe point; elle eft perpendiculaire à l’extrémité
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- A R T D U POT
- du rayon EB, tiré du centre au point de contad 'B ; au contraire, une ligne qui couperoit le cercle feroit une jécante.
- Enfin on appelle cercles concentriques ceux qui ont le même centre, ôc excentriques ceux qui ont un centre différent.
- Voilà les notions les plus indifpenfables de la Géométrie pratique , pour rintelligence de plu-ïieurs opérations de Géométrie que nous donnerons à leur place. Paffons à quelques problèmes, qui ne feront pas d’une moindre conféquence.
- ARTICLE SECOND,
- Problèmes de Géométrie pratique.
- Comme plufieurs points forment une ligne, •plufieurs lignes auffi produifent une Jurface, & plulieurs furfaces engendrent un corps Jolide. La ligne n’a qu’une dimenfion, qui eft fa longueur $ la furface en a deux, longueur ôc largeur ; le folide en a trois, longueur, largeur Ôc profondeur ou hauteur, La Géométrie fe diviie donc tout naturellement en Longimétrïe, qui mefure les longueurs ôc les autres propriétés des lignes; en Planimétrie, qui mefure les furfaces ôc les plans ; ôc en Stéréométrie, qui mefure les folides, & découvre les rapports qu’ils ont entre •eux.
- Longimétrïe,
- Problème L Divifer une ligne en deux également par une perpendiculaire, ou faire ce que les Ouvriers appellent le trait carré. PI. XVII. fïg. i.
- Solution. Soit la ligne AB à divifer en deux parties égales des deux extrémités À & B de la ligne donnée, & d une ouverture de compas plus grande que la moitié de. la ligne, comme de B C, décrivez des arcs de cercle en C & D, ôc des points d’interfedion G ôc D, tirez la ligne C D, elle fera perpendiculaire fur la ligne A B, & coupera cette dernière en deux parties égales ; mais remarquez que l’arc A B eft lui-même coupé en deux arcs égaux. Ceci n’a pas , je crois , beioin de démonftration. La pratique eft la même pour élever une perpendiculaire d’un point donné fur une autre ligne; car on prendroit, pour le centre des arcs d’interfedion, deux points fur la ligne donnée, également diftans du point fur lequel doit tomber la perpendiculaire.
- Prqr. II, A Vextrémité d'une ligne donnée élever une perpendiculaire, fi g. 2.
- Solut. Soit la ligne A B, à l’extrémité B de laquelle on veuille élever une perpendiculaire ; du point B ôc d’une ouverture de compas égale à CB, par exemple, décrivez un arc de plus d’un quart de cercle C D E ; fur cet arc, menez-en le rayon une fois en D ; tirez là droite C D jufqu’en F, faifant D F égale à D C, & du point F tirez la ligne F B, elle fera perpendiculaire fur l’extrémité B de la ligne donnée. Il y a bien d’autres manières de réfoudre ce problème ; mais je crois qu’on peut s’en tenir à celle-ci.
- Prob. III. Mener une ligne parallèle à une autre ligne, par un point donné, fig. 3.
- Solut. Soit la ligne CE, à laquelle on veuille mener une parallèle qui pâffe par un point déterminé D ; d’un point quelconque , B, par exemple , pris dans la ligne donnée , faites paffer par le point donne D , un demi - cercle C D A E ; enfin prenez d’un côté la longueur de l’arc C D, portez-la de l’autre côté d’E en A, & menez la ligne DA : ce fera la parallèle demandée,
- Prob. IV. Trouver le centre d'un cercle ou d'un arc donné, fig. 4.
- Solut. Menez, dans ce cercle ou dans l’arc de cercle , deux cordes qui ne foient point pa-
- ÏER D’ÊTA IN. ' *1.
- rallèles, mais obliques, A B, B D ; élevez fur le milieu de chaque corde une perpendiculaire , de la manière que nous l’avons enfeigné au problème I, ôc le point C où ces deux perpendiculaires fe couperont l’une l’autre, fera le centre cherché du cercle ou de l’arc , par la raifon que toute perpendiculaire fur une corde eft un diamètre, C’eft abfolument la même opération pour faire paffer un cercle par trois points donnés ; car ayant mené d’un de ces points aux deux autres deux: lignes droites , ces lignes feront des cordes du cercle à décrire, ôc dont on trouvera le centre en élevants fur elles deux perpendiculaires.
- Prob. V. Trouver la circonférence d'un cercle dont an connoît le diamètre.
- Solut. Il eft évident que fi on connoiffoit le rapport du diamètre du cercle à fa circonférence, ce problème feroit bientôt réfolu , ainfi que le fameux problème de la1 quadrature du cercle ; car il luffiroit de multiplier le diamètre du cercle donné par le dernier terme du rapport trouvé, Ôc de divifer le produit par le premier terme du même rapport : or les Géomètres, après s’être long-temps occupés à chercher ce rapport, n’ont fait qu’en approcher les uns plus près que les autres, ôc le vrai rapport eft encore inconnu.
- Archimède., le premier, a prouvé que le vrai rapport étoit plus petit que 7 â 2 r , ôc plus grand que 7 à 22. Depuis Archimède , Metius a prouvé que ce rapport étoit plus petit que celui de 11 5 à 3 j j. Il y a un troifième rapport qui eft de 100 à 3 14, ôc qui eft plus grand que le véritable rapport de la circonférence au diamètre. Pour n’en pas citer d’autre , un quatrième rapport eil celui de 106 à 3 33 , qui, quoiqu’encore plus grand que le vrai rapport, en approche cependant encore plus que celui de ïoo à 3 14 , & moins que celui de 113 à 335 : mais la différence eft fi petite , qu’on peut, fans erreur fenfible , prendre le plus aifé, c’eft-à-dire, celui de 7 à 22. C’eft de celui-là feul dont je parlerai , ôc l’opération ne fera differente que dans les nombres , fi on veut: fe fervir, pour la folution de ce problème, de quelque autre que ce foit.
- Soit donc le diamètre du Cercle donné de 4g pouces ou de 4 pieds, il fuffira de faire cette fimple règle de trois : comme 7 eft à 22 , ainfi 4 eft à la circonférence cherchée ; laquelle égale 22: multiplié par 4 ou 88 & divifé par 7 , ce qui fait 12 pieds plus | de pieds : cependant, a dit un célèbre Mathématicien, comme en fe fervant de ce rapport, le quotient trouvé excède le véritable quotient un peu plus que de fa 24S 6 partie , il fuit que fi on divife le quotient trouvé par 2486, ôc que ce qui réfultera de cette divifion on le retranche du premier quotient, il approchera encore plus du véritable, quoiqu’il foit encore plus grand. Ainfi9 divifant 12 pieds plus | de pieds, ou 1810 lignes plus ^ de lignes par 2486, ce ne feroit pas tout> à-fait la moitié d’une ligne , qu’il faudroit retrancher du quotient trouvé 12 pieds J.
- On fera fans doute furpris, au premier abord , que je m’étende fur cette partie ; mais on fortira bientôt de fon étonnement, lorfqu’on faura que c’eft le Potier d’Etain qui doit faire & qui fait journellement en Etain différentes mefures de continence, qui varient encore aujourd’hui félon les Seigneuries, ôc qu’il doit, pour en faire les moules, favoir donner au modèle de ces mefures une forme agréable, en leur confervant la mefure de l’étalon, qui eft ordinairement cubique, Ôc qui refte à la Seigneurie. C’eft pour cette même raifon que je ne peux me difpenfer de donner la folution de quelques problèmes de Planimétrie Ôc de Stéréométrie,
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- ART
- Planimétrk.
- d u
- Problème I. Infcrire dans un cercle une figure de
- trois, fix O dou^e côtés égaux, fig. J.
- Solution, i°. Pour celle de trois côtés égaux, qui eft un triangle équilatéral; après avoir décrit le cercle, &c fans changer l’ouverture du compas, portez-en une pointe fur la circonférence, au point
- B, par exemple, & décrivez l’arc A C D qui coupera - - a ©- ta . p»nfîn la ligne AD
- POTIER D* ÉTAIN.
- des parois du cube de la figure io , égal à 5; 2$ points, multipliez ce nombre par lui-même, 8c le nombre 273,329 , qui viendra au produit, fera la furface du carré, qui eft une des cinq parois du cube de la figure 10. J’aurois pu prendre un nombre plus petit ; mais ce nombre me fer-vira dans la fuite, parce qu’il eft à peu près la racine du cube imparfait de 48 pouces, qui eft la pinte de Paris*
- c AC D qui coupera pinte uc * «*0.
- r— -—r—7--: „ rA • 20 Pour le parallélogramme, mefurez-en la bafe
- le cercle aux pouus A & la hauteur,Si mule ipliez l’une par l’autre : ainfi,
- & cette ligne fera le cotef f gnce’ en fuppofant la largeur égale à 6, & la hauteur
- lequel, porté deux autres fois fur la circonférence-, e PP . ^ ^ *qui naîtra de la raulti-
- donnera le triangle demande. * a pücation de ces deux produifans , fera la furface
- _° r ~ rAfé de 1 hexagone eft le rayon meme au ,, v r t3
- 2 . Le cote ae inexagui c 1 du parallélogramme fuldit.
- A^ststüEwüsTia
- »»rfsna«sssu« trttctaSKaxsst
- hauteur de a & la bafe de 4, la moitié 6 du
- • • . 1 r r_J.. __1„
- -régulier.
- 3~. Mais fi vous voulez tracer dans le même cercle un dodécagone, qui eft une figure de douze j.—„ ;i 0,,ra nn’à divifer en deux parties
- lOULCilU. jL/ Üi Wiv <— « w - 0
- B ï & ID feront des côtés du dodécagone.
- Prob. IL Infcrire dans un ^cercle un carré, un octogone, &c. c efi-à-dire, une figure de quatre & de huit côtés égaux, fig. 6.
- Solut. i°. Menez d’abord dans le cercle un diamètre, comme A B ; enfuite, par le premier problème de Longimétrie, coupez ce premier diamètre en deux parties égales, par un fécond diamètre BE qui lui fera perpendiculaire,-& joignez les points AUBE par quatre lignes.
- 2°. Et comme l'octogone eft une figure dont le nombre de fes côtés eft double de celui des côtés du carré, il ne s’agira que de fous-divifer encore en deux parties égales les quatre quarts du cercle par deux autres diamètres perpendiculaires F G, H I, 8c la circonférence du cercle fera divifée en huit arcs égaux, dont la corde, comme B G, fera le côté de l’odogone.
- Prob. III. Infcrire au cercle un pentagone régulier & un décagone* fig. 7.
- Solut. Le décagone n’étant qu’une figure d’un nombre de côtés doubles de celui du pentagone
- liuu twwi. v*v ----— --- - x j
- produit 12 fera la furface du triangle.
- Remarquez que fort dans un parallélogramme obliquangie, foit dans un triangle, la hauteur n’eft pas un des deux côtés qui tombent fur la bafe , mais bien une ligne perpendiculairement abaiffée du fommet d’un des angles fur la bafe qu’on prolonge, s’il le faut, pour rencontrer la perpendiculaire : ainfi, dans le triangle AEB, la hauteur n’en eft pas la ligne A E, mais bien la ligne ponctuée E K, perpendiculaire fur la bafe.
- Il eft évident qu’il fuit de ce problème qu’un carré ou quadrilatère régulier quelconque, de même bafe 8c de même hauteur qu’un triangle quelconque , fera double en furface, 8c que pour rendre le triangle, par exemple, égal en furface à un parallélogramme, il fuffiroit d’en doubler la bafe ou la hauteur.
- Prob. V. Trouver la furface d'un cercle dont on connaît le diamètre,
- Solut. 11 eft démontré que le cercle eft égal en furface à un triangle reétangle, qui auroit pour hauteur le rayon du cercle, 8c pour bafe la circonférence de ce même cercle ; cela pofé, en prenant pour le rapport du diamètre à la circonférence du cercle , celui de 7 à 22, on trouvera la cir-
- UU tCltlV , VU* / W — — , «..W.YV.AM M* V..
- conférence du cercle, comme je l’ai dit au pro-
- Xit&tftrJ&ÏRSSi
- - fuppofant le diamètre du cercle de huit pouces,
- la circonférence fera de 2; pouces ôc f de pouce, qui, multipliés par 4, rayon du cercle , donneront au produit 100 plus dont la moitié ço plus 1 fera la furface du cercle ; 8c à caufe que le rap~ afl- *-mr. crranrl. nn neuf. fans' danmr /Wr
- en ueuA ~ ^ A
- pentagone; mais il n’eft pas aifé de divifer bien
- exactement la circonférence d’un cercle en cinq parties égales. Nous favons bien que le côté AB du pentagone eft la bafe d’un triangle ifocèle AEB, dont les angles à la bafe A & B font doubles de l’angle au fommet E ; mais nous ne connoiffons rio>mireufement géométrique pour
- ôt“
- infcrire dans un cercle donné un tnang e e cette Remarquez que , quand on connoît la furface
- «m-a en foit celle-ci peut fuffire dans la d’un cercle , on peut bien aifément connoître celle Quoi qud en loit, ? de.,x diamètres d’un autre cercle plus grand ou plus peut, car
- pratique. Tirez dp H l .5:[viftz\ e demi-diamètre les fuperficies de toutes figures femblables, irré-
- perpendiculaires EG,HI, d t gulières ou régulières, font entre elles comme les
- HC en deux parties égales au point K; de ce point guneres ou gr , , , „ D_ , „ .
- me centre & de l’intervalle KEdécnvez l^s
- e point guneres ou jegunuw, tunt vuuv vuiumc ica
- îaftju'à U Ju daociM,» U coid« L1 lu |e!\„é, ,k ta», diarnèt.» ou de
- le côté du pentagone.
- Nous ne poufferons pas plus loin ces divifions du
- cercle, tant parce que celles que nous venons de faire fuffifent communément dans notre Art, qu’à caufe de Dm perfection des méthodes employées jufqu’ici pour les trouver.
- Prob. IV. Trouver l'aire ou la furfaee d'un carré, d'un parallélogramme, ou d'un triangle. Pî. XVI.
- Solut. i°. Pour le carré , mefurez un des côtés du carré, Sc multipliez-le par lui-même, le produit de cette multiplication fera la furface du carré. Ainfi, en fuppofant un des côtés A B d’un
- XlliJil UU JJCU*. ViAAV ^V*v AVW V.V* —-----------
- furface comme les carrés de leurs diamètres ou de leurs rayons ; en forte que fi le rayon d’un cercle eft d’un pied, 8c le rayon d’un autre de 3 pieds, la furface du premier fera à celle de l’autre, comme le carré de 1 eft au carré de 3, ou comme 1 eft à 9, & ainfi des autres polygones femblables.
- Stéréométrie.
- La Stéréométrie eft la partie de la Géométrie qui traite des folides. On appelle folide un corps plein, qui n’a pas feulement, comme les. furfaces ou les plans, une longueur 8c une largeur,
- mais
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- ART DU POT
- Vnals encore la profondeur. On en diftingue trois principaux, le prifme, la pyramide, 5c la Jphère.
- On appelle prifme, en général , un folide dent les deux bafes font des figures égales 5c femblables ; ainfi la figure io elt un prifme, parce qu’elle eft aufii large du haut que du bas. Le prifme prend encore diftérens noms, félon la forme de fes bafes ; ainû on l’appelle quadr angulaire, pentagonal, lorfque la bafe eft un carré, un pentagone, & fi la baie du prifme eft un cercle, c’eft un cylindre. Enfin, on a donné aux autres folides des noms qui défignent le nombre de leurs côtés : ainfi on nomme tétraèdre un folide compris fous quatre triangles égaux 8c équilatéraux, exaèdre le cube, fig. io, compris fous fix carrés égaux, 5c en général polièdre. C’eft ce dernier qu’il nous importe le plus de connoître & de favoir évaluer : c’eft pourquoi je paffe à la réfolution de quelques problèmes.
- Pkob. I. Trouver la folidité d'un cube.
- Solut. Mefurez un côté du cube, multîpîiez-îe par lui-même, 5c vous aurez, par le produit, la iurface de la bafe; cette bafe, multipliez-la par la hauteur du cube, 8c le fécond produit fera la folidité du cube. Ainfi en fuppofant le côté de la bafe du cube contenir en longueur 523 points (le point eft la douzième partie d’une ligne) ce qui fait 3 pouces 7 lignes 8c 7 points ; 8c le multipliant par lui-même, il viendra au produit 273,529, qui, multiplié par 523, hauteur du cube, donnera 143,055,667 points cubes pour la folidité du cube. Si on défire favoir combien cela fait de pouces cubes, il faudra divifer cette fomme par le carré de 1728, & ce qui reliera, par le fimple nombre de 1728, pour avoir des lignes, 8c il viendra, toute divifion faite,47 pouces 1 570 lignes 2459 points ; ce qui fait à peu près les quarante-huit pouces cubes que contient la pinte de Paris. Je dis à peu près, parce que le cube de 48 pouces n’a pas de racine qui puiffe s’exprimer en nombre ; mais ce nombre 523 approche tellement de la véritable racine, que, fi on l’augmentoit d’une unité, 8c faifant les divifions comme ci-deftus, il viendroit un cube qui furpafferoit davantage 48 pouces que 48 pouces ne furpalfent le premier, c’eft-à-dire, le cube 48 pouces 318 lignes 1188 points cubes.
- Pkobl. II. Trouver la folidité d'un cylindre dont on connaît le diamètre.
- Solut. Multipliez, comme nous Pavons indiqué au problème cinquième de Planimétrie, le rayon du cercle de la bafe par la demi-circonférence de ce même cercle , pour en avoir la furface, puis le produit de cette furface par la hauteur du cylin-
- IER D'ÉTAIN. . 9î
- dre, donnera la folidité du cylindre : ainfi, fuppo-fant le diamètre de la bafe du cylindre de 4 pouces, la circonférence fera d’à peu près 12 pouces, qu’il faut multiplier par 2 , rayon de la bafe, ce qui donnera 24, dont la moitié 12 fera la furface de la bafe, qui, multipliée à fon tour par la hauteur que nous fuppofons aufti de 4 pouces, donnera, à peu de chofe près, 48 pouces cubes, parce que je n’ai pris ici que le rapport de 1 à 3 : en prenant le rapport de 7 à 22, on trouvera 50 pouces cubes 8c £
- Pkob. III, Trouver la folidité d'un cône tronqué &, entier.
- Solut. i°. Le cône entier eft en folidité le tiers d’un cylindre de même bafe 8c de même hauteur; en coniéquence il luffira de multiplier la bafe par le tiers de la hauteur, ou la hauteur par le tiers de la bafe, ou enfin prendre le tiers au produit de la bafe par la hauteur, produit qui eft la folidité du cylindre de même bafe 8c de même hauteur.
- 20. Le cône tronqué eft un cône coupé ou qu’on peut fuppofer coupé par une ligne parallèle à fa bafe, 8c dont on a retranché le petit cône fupé-rieur entier ; ainfi la folidité du cône tronqué ell égale à la folidité de ce même cône entier, moins la folidité du petit cône fupérieur. Pour avoir donc la folidité du cône tronqué, il faut achever le cône en prolongeant fes côtés jufqu’à ce qu’ils fe coupent, 8c en chercher la folidité, comme je viens de dire tout à l’heure ; enfuite on mefurera à part la folidité du petit cône , 8c ayant retranché cette folidité de celle du cône entier ^ la différence ou le relie donnera la folidité du cône tronqué. Suppofons, par exemple, que le cône tronqué dont il s’agit de trouver la folidité, foit de 1 pied de haut, 8c 1 pied de diamètre pour le cercle de fa bafe ; en prenant le rapport de 1 à 3 , la furface du cercle de la bafe fera de 108 pouces, qui, multipliés par 4 tiers de la hauteur; du cône , donnent 432 pouces pour la folidité da cône entier.
- Suppofons maintenant que ce petit cône fupérieur ait 4 pouces de haut, il aura aufîl 4 pouces de diamètre à fa bafe, qui eft en même temps la bafe fupérieure du cône tronqué ; en faifant la même opération que ci-deffus, on trouvera que la foli-dité de ce petit cône eft de 16 pouces, qui, ôtés de 4 3 2, laiffent 416 pour la folidité du cône tronqué.
- Nous terminons ici, pour le moment, notre Abrégé de Géométrie; nous avons été courts, ainfi que nous l’avions promis ; mais cette grande conciûoi* ne nuira-t-elle point à la clarté du difeours ?
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- CHAPITRE DOUZIEME.
- Des Profil X Moulures. PI. XVI. '
- Tous les ouvrages de cet Art, particulièrement ceux qui le peuvent tourner, font ornés de moulures tirées des ornemens de l’Architecture, 5c dont il eft néceffaire de faire connoître les noms 8c les différentes formes, avec la manière de les tracer géométriquement, pour accoutumer fon œil à les voir, 8c fa main à les former fous les proportions les plus agréables. C’eft, comme nous l’avons déjà remarqué, le Potier d’Etain qui fait fes moules ; c’eft donc aufft à lui à connoître cette partie de l’Architeélure, 8c à favoir les former fur fes modèles, puis fur les moules mêmes ; car ces moulures étant une fois profilées fur la pièce qui fort du moule7 il n’y a qu’à en fuivre les profils fur le tour,
- Je vais donc premièrement donner aux moulures les noms qu’ils portent & dans l’Architecture 8c parmi les Ouvriers, 8c j’y ajouterai ce que le bon goût 8c l’esmérience preferivent comme règles générales dans l’aflemblage de ces moulures.
- Une moulure plate ou carrée (fig.2), formée par deux parallèles plus ou moins diflantes l’une de l’autre , 8c terminée des deux bouts par deux perpendiculaires fur les parallèles, fe nomme dans l’Architecture liftel, lifleau, 5c chez les Ouvriers, filets, bandes 8c réglets. Une petite moulure ronde (fig. 3) prend différens noms félon la place qu’elle occupe ; ainfi lorfqu’elle environne le fût d’une çolonne fous le chapiteau ou à fa bafe, on la nommç
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- 94 ART DU POT
- ajlragale, &lorfqu’elle eft placée ailleurs, on Pappelle baguette. En général, les Ouvriers L’appellent une baguette, ÔC difent une baguette entre deux filets ou réglets, ou avec un filet en dejfous, pour dire une afiragale. Il y a encore une petite moulure compofée d’un filet ôc de deux demi-creux en deffous,& qu’on ne diftingue bien que dans les colonnes; les Ouvriers rappellent-ronge. Ces trois petites moulures, dont nous venons de parler, ne fervent que pour féparer les grandes moulures, ôc leur donner plus de relief.
- Les grandes moulures font le tore, la fcotïe, le talon, ôc la cymaife. Le tore, gros ou petit, eft une moulure ronde plus groffe qu’une baguette ou aftragale (fig. 4), ôc qu’on nomme tantôt anneau, tantôt boudin Ôc bâton, parmi les Ouvriers. Ce que les Architeftes appellent jcotie (fig. 5), nacelle Ôc trochile, fe nomme gorge chez les Ouvriers ; Ôc pour diftinguer celle-ci de la figure 14 en g d’avec celles des figures 12 ôc 15 en L ôc r, ils nomment celles-ci tout fimplement gorges, ôc les premières gorges en plein rond. Les cymaïfes ou gueules ( figures 6 ôc 7 ) , ainfi que le talon ( fig. 8 ), font deux moulures que Vignole confond enfemble, fous les noms de gueules droites, gueules renverfées, ou fous le nom général de cymaife, qui fignifie onde, ce qui exprime allez bien les finuofités, ôc comme les ondulations de ces fortes de moulures. 11 eft allez ordinaire de les voir auffi confondues chez les Artiftes, fous les noms de domines droites ou renverfées ; c’eft à favoir, droite lorfque la partie concave eft en haut, ôc renverfée lorfque la partie concave eft en bas. Quant à moi, pour me faire mieux entendre, je diftinguerai la doucine du talon, en ce que la partie faillante de la doucine, ou la partie qui relfort plus de la pièce, fera la partie concave, ôc que dans le talon droit ou renverfé, c’eft la partie convexe qui relfort. Ainfi (fig.16) les moulures b, d font des doucines, parce que c’eft la partie concave qui faillit ; &(fig. 13 ) les moulures Q &S font des talons, pour la raifon contraire.
- Manière de tracer géométriquement les doucines & talons.
- Les doucines & talons font ou carrés (fig. 6 & 8), ou alongés (fig.7), ou brifés (fig.9). Pour tracer géométriquement une 'doucine carrée (fig.6), faites un carré parfait , tirez la diagonale H F, & du milieu K de cette diagonale, Sc de l’intervalle H K ôc F K, décrivez les arcs Fl M ôc N F ; enfuite des points H & F, & de la même ouverture de compas, décrivez les arcs Kl ôc KG, qui couperont les premiers aux points I ôc G ; puis de ces points I & G, ôc toujours de la même ouverture de compas , décrivez l’arc H K concave, ôc l’arc K F convexe, ôc la doucine fera tracée. C’eft abfolument la même chofe pour le talon ( fig. 8 ), qui n’eft autre chofe qu’une doucine vue de côté.
- La doucine alongée (fig.7) fe trace à peu près de la même manière. Après avoir fait un parallélogramme redangle auffi long que vous voulez faire la doucine, vous tirez une diagonale, dont vous chercherez le milieu E pour décrire les arcs AD ôc B C, puis des points A & C vous décrirez les arcs EB, ED, qui, dans l’exemple propofé,vont juftement couper les premiers dans les angles du parallélogramme; enfin des points d’interfedion D Sc B, vous décrirez les arcs AE ôc EC.
- Pour tracer les talons brifés (fig.9), faites le carré à l’ordinaire, divifez les deux côtés oppofés en deux parties égales aux points LL, & ces points feront les centres des arcs MM.
- Voilà les principales moulures de Paffortiment defquelles naît une infinité de différens profils d’ornemens, de même que des lettres de l’alphabet
- 1ER D’È TA I N.
- il fe fait une infinité de mots ; mais auffi de même que dans la combinaifon des lettres de l’alphabet, dont réfulte un Ouvrage, chaque Auteur doit fuivre fans contrainte la pente de fon génie ; de même il n’y a rien de plus difficile, du confentement de tous
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- _________goût de HJuvrier îont lamés pour
- règles particulières, après quelques règles générales affignées par les plus favans Architectes , ôc qu’obfervent tous les Tourneurs, dont les yeux délicats font choqués par la moindre difproportion.
- Il faut donc favoir premièrement que toutes les moulures rondes doivent être fenfiblement féparées les unes des autres, foit par des moulures plates, foit par de fimples filets creux, faits avec un grain d’orge ou autres outils pointus. On obfervera encore de garder une jufte proportion entre les groffeurs ôc : es différens degrés d’éminence ou d’excavation des moulures : » C’eft-à-dire, dit un ancien Auteur , „ que les plus gros membres n’excèdent pas trop M les petits, ni que les éminences ne foient trop „ larges & trop avancées, & les enfonçures trop » étroites ou trop profondes. Et, continue ce » même Auteur, parce qu’il y a trois efpèces de » ces éminences; favoir, des plates, des rondes, » ôc des pointues ou taillantes , on doit donner » aux rondes du moins un quart de cercle de
- faillie pour un quart de rond ou ove, ôc un « demi-cercle pour un tore ou bâton. Pourtant, » pour donner plus de grâce à l’ouvrage , on » pourra leur donner un peu plus de faillie ; ce M qu’on obfervera auffi à l’égard des creux arrondis, » comme demi-creux ôc fcoties, particulièrement » lorfqu elles font fimples, c’eft-à-dire, compofées
- » d’un feul quart ou d’un feul demi-cercle........«
- » Quant aux faillies plates ou carrées , comme » bandes, lifteaux ou réglets, on peut donner à » ceux-ci autant de faillie comme de largeur, w excepté lorfqu’ils font un peu trop larges , » auquel cas on pourra leur donner la moitié a» de largeur. Pour les bandes, il eft bien difficile » d’en déterminer la faillie ; il n’y a proprement m que le goût Ôc la difcrétion de l’Ouvrier » ( j’ajoute l’ouvrage lui-même ou la matière 3> première dont il eft compofé ) qui puiffe la 33 déterminer «.
- Voilà les règles ôc les proportions générales qu’ont toujours gardées ôc fuivies les plus grands Maîtres de l’Art. Je ferai cependant remarquer qu’il y a en Etain des pièces de vaiffelles, par exemple, qui ne permettent pas à l’Ouvrier de garder ces proportions à la rigueur; mais on doit au moins s’affu-jettir aux proportions relatives, c’eft-à-dire que s’il ne peut donner ou ne juge pas à propos de donner à une moulure autant de faillie qu’elle en doit avoir ordinairement, on aura foin de donner à proportion moins de faillie aux moulures qui l’accompagneront.
- Pour ne rien laiffer à délirer, j’ai fait repréfenter dans une Planche le profil de différentes pièces, où il fera facile de reconnoître les moulures dont nous venons de parler. J’y ferai encore remarquer des parties de vafes qui ne font point, à proprement parler, des moulures, mais dont la forme ne laiflè pas que de donner plus ou moins d’agre% ment aux pièces qu’elles concourent a former.
- La figure 11 repréfente le profil qu’on a donné à la pinte de Paris, de la continence de quarante-huit pouces cubes, comme nous l’avons déjà dit ; fa'bafe eft quelquefois unie comme celle de la figure; quelquefois elle eft terminée en bas par un quart de rond, fous un filet ou petit lifteau ; fa panfe B forme un cône tronqué renverfé, arrondi cependant vers fa plus large bafe; elle eft fur-
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- ART DU POT
- montée d’un filet ou réglet, qu’on peut en cet endroit appeler congé ou efcape, parce qu’il termine la panfe 6c forme la naiflance de la gorge D, qui eft plus étroite du haut que du bas : elle eft terminée par un gobelet (c’eft le ternie des Ouvriers ) droit, diftingué Sc féparé de la gorge par un fimple congé.
- La figure 12 eft le profil qu’on a donné à une pinte de Chartres ; fa continence eft de cinquante ïix à cinquante-fept pouces cubes ; fon profil ref-femble allez au pilon dont on forme les balufires. Sa patte ou fon alfiette forme un demi-creux, terminé par le bas par un quart de rond F, Sc diftinguée de fa panfe par un tore ou bâton applati, entre deux annelets ou filets ronds ; fa panfe H eft terminée par une doucine de peu de faillie entre deux filets ronds, dont on fait le congé de la gorge L. En M eft comme en bas un tore ou bâton applati entre deux filets ronds, Sc enfin le vaie eft terminé par un gobelet N plus ou moins haut.
- La figure 13 repréfente une fontaine de falîon, appelée fontaine à l’impériale ; O eft le petit tore ou bâton qui la termine par le bas ; le cul de lampe P fe nomme cul de lampe en talon, lorfqu’il tient une place pareille dans quelques pièces que ce foit. Q, talon renverfé avec fon liftel ou réglet. R eft le corps de la fontaine, terminé par un talon droit
- 5 avec fon réglet en deftous ; ce talon fait l’enta blement du couvercle, qui eft aufti terminé par un talon,mais renverfé,avec fon réglet F. Le corps du couvercle V, qui forme un talon renverfé, fe nomme, dans ces pièces comme dans plufieurs autres, Vïmpériale : cette impériale eft; terminée par un petit tore avec fon liftel en deftous. Enfin le couvercle eft couronné d’une grofte pomme Y
- 6 d’une petite, le tout appuyé fur une petite plinthe ou liftel, avec un congé ou demi-creux.
- La figure 14 eft une lampe d’églife ; a Sc b font deux lifteaux ou réglets, avec un tore ou bâton entre deux; c eft la gorge, diftinguée de la panfe de la lampe par un réglet ; la panfe d eft garnie ici de godrons e, & féparée du cul de lampe par une fcotie ou gorge en plein rond avec fes deux lifteaux fh. Ces fortes de culs de lampes s’appellent culs de lampes en doucine. Enfin on termine la lampe par une boule ronde ou autre chofe ; ce qu’on nomme pomme en pendentif.
- La figure 15 fait voir un pot à l’eau ; plinthe plutôt par la place qu’elle occupe que par fa forme, puifque la plinthe doit être carrée; rc, doucine de fa patte ou patte en doucine ; 0, liftel ou réglet ; j>, fcotie ou gorge ; q , la panfe ; r , la gorge ; /, petit liftel ou réglet ; t, gros liftel ou bord fupé-rieur ; u, volute de l’anfe.
- La figure 16 repréfente un chandelier ou flambeau de table ; a, la plinthe ; £, doucine renverfée; c, petit tore ou baguette ; d9 fécondé doucine renverfée; e, cloche;/, liftel; g, fcotie ou gorge ; h, tore ou bâton entre deux réglets, fur lequel s’élève, en congé z, la tige m du chandelier ; /, af-tragale ou annelets ; o, tore fupérieur avec fon liftel en deftous, n; p, congé en doucine ; q, gorge avec fes deux lifteaux ou réglets ; r, quart de rond ; /, tore, avec un filet en deffus ; t, aftragale ou annelet ; u, bord plat ou bande, avec un liftel en deftous.
- La figure 17 repréfente le profil qu’on a donné aux fucriers, quoiqu’il s’en fane aufti dont le corps eft cylindrique; mais ceux-là font plus communs, 6c à caufe de leur forme, on les nomme fucriers à poire. La plinthe a de la bafe ou patte de ce fucrier eft à huit pans ; fur cette plinthe eft un quart de rond ou ove à godrons, £; au deftus, la patte forme une doucine d, féparée de l’ove
- TER D’È TAIN. 9S
- par un réglet carré ou liftel c, & eft furmontée d’un tore ou bâton, avec deux réglets ou deux filets ronds. La panfe 6c la gorge réumes forment la poire ceinte d’un ove g avec fes deux lifteaux; la gorge finit par plufieurs petites mouhires en h9 comme filets, doucines Sc quart de rond. Le cavet i dépend du couvercle ; le quart de rond gode-ronné l eft féparé en deftous d’avec le cavet par un petit filet ; il y en a aufti un fécond en deftus, pour féparer Sc laire diftinguer les godrons d’aveG le corps du couvercle rn : enfin il eft couronné d’un petit bouton auquel on donne la forme d’un gland de chêne ou d un petit vafe.
- Les pièces de vaifteile font de même ornées de moulures, dont la diftribution a changé bien des fois fuivant le goût des temps. Les plats ronds ordinaires , en ufage dans ce fiècle, font ainfi profilés : 0 eft une petite plate-bande ; p eft une doucine , dont la partie concave porte fur la plate-bande , Sc qui eft bornée de l’autre côté par un petit quart de rond q9 entre deux filets de grains d’orge r ; s eft le bord du plat, qu’on pourroit nommer congé, Sc que les Potiers d’Etain nomment marli ou bord à marli. Le bouge du plat t forme avec le bord un angle plus que droit, qu’on appelle vive-arête, Sc va fe confondre avec le Fond u. Dans le fiècle précédent, les plats étoient tout autrement : d’abord ils étoient peu creux, 6c les bords avoient la largeur de la moitié de celle du fond. Tantôt ils étoient ornés de moulures comme ceux que nous venons de décrire ; tantôt ils n’a-voient pour toute moulure en deffus qu’un cordon ou anneau rond fur le bord de la circonférence ; tantôt ce cordon étoit en deftous, Sc ils étoient tout unis en deffus : tantôt enfin ils n’eu portoient ni en deftus nï en deftous. C’eft de nos jours qu’ont été faits les premiers plats à contours, dont nous avons déjà eu occafion de parler. Les bafîlns ordinaires ne diffèrent des plats que pac leur profondeur ; mais les faladiers, les jattes à compotes , Sc autres, n’ont qù’un bord peu large rempli de moulures, comme en la figure ip. Ce bord eft une doucine godronnée x9 entre deux petites plates-bandes unies ou garnies de petits filets ronds jk, Sc tout le bouge & jufqu’à la rencontre du fond, qui eft toujours plat, eft taillé à côtes.
- Le bout des canules A, fig. 20, font des olives.
- Dans la figure 2 r , B eft le profil d’un petit bouton plat dont on couronne |les couvercles, d’un vafe.
- Enfin G, figure 22, préfente le profil du ma-* melon des tétines ou fevrons.
- Toutes les autres pièces font de même ornées de différentes moulures, reliefs, godrons, baguettes appelées cordelières, Sc autres que l’Artifte difpenfe à fon idée Sc félon fon bon goût dans la fabrication des modèles de fes moules. Les anfes de pots forment affez bien la conjole ; elles font quelquefois ornées de grains ronds qu’on appelle pois £ Sc celle des aiguières eft affez fouvent gravée fut fa volute fupérieure. Les charnières de c es pots pour les couvercles ont pour boutons différens or-nemens empruntés de la Nature : aux unes ce font deux glands pofés queue contre queue ; aux autres, 6c le plus fréquemment, c’eft une coquille y Sc ainfi des autres. Enfin toute pièce peut recevoir des ornemens, 6c, par fa conftruftion particulière ou fon ufage, demande fouvent plutôt ceux-ci que ceux-là ; c’eft particulièrement dans l’arrangement Sc la proportionnalité de ces ornemens qu& fe manifefte le bon goût d’un Modeleur ; c’eft pourquoi il feroit à fouhaiter qu’un Artifte eût fur f Architecture plus de ÇQflnQiftaaçe que ce que j’en viens de donner*
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- ART D U POTIER D> Ê T A 1 N.
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- CHAPITRE TREIZIEME.
- Art du Forgeur cC Planeur.
- On fait que les métaux parfaits Sc proprement dits ont tous, par leur nature, une flexibilité Sc une malléabilité fi grande, qu’à l’aide du marteau feul, on peut leur donner quelle forme l’on voudra ; mais il faut qu’ils foient purs Sc fans alliage, qu’ils foient coulés chacun dans le degré de chaleur qui lui eft propre, Sc qu’enfin on les laiffe refroidir d’eux-mêmes par degré , fans vouloir hâter ce refroidiffement par l’immerfîon dans l’eau. C’eft fans doute cette influence contraire du feu Sc de l’eau fur les métaux, qui a donné l’idée du recuit Sc de la trempe. Mais il y a des métaux qu’on peut mettre Sc qu’on met en effet en oeuvre, au moins en partie, par la fufion Sc en jetant le métal fondu dans un moule fait exprès ; tels font le cuivre, le plomb Sc l’Etain. Je dis en partie, parce qu’on fabrique bien des pièces de ces métaux qui doivent être fi minces, qu’on ne peut les faire autrement qu’à l’aide du marteau. L’expérience a auflï fait connoître que les pièces qui avoient été coulées dans un moule avoient beaucoup moins de confiftance Sc de folidité que celles qui avoient été faites entièrement au marteau ; Sc c’eft fans doute pour cela que le grand Colbert, dans les Statuts généraux qu’il fit publier, de l’autorité du Confeil, vouloit que toutes les pièces de métaux qui étoient fufceptibles d’être forgées & écrouies , le fuffent dans toute leur étendue. Peut-être auffi n’entroit-il dans fon fait que des vues politiques, Sc qu’il prétendoit par-là Sc autres Statuts fembîables, fupprimer la mendicité en forçant d’occuper aux Arts un nombre confidérable de citoyens de l’un & de l’autre fexe, qui auroient, faute de travail, refté dans l’inaâion , Sc auroient été forcés, pour fubvenir à leurs befoins les plus îréceffaires, à des extrémités qu’il étoit intéreuant de prévenir.
- Quoi qu’il en foit, par l’article 1$ des Réglemens Sc Statuts des Marchands Sc Potiers de Paris Sc des autres villes du Royaume, il étoit fait défenfe à .tous Potiers d’Etain d’expofer en vente aucune pièce de marchandife fufceptible de forge Sc planage (ce qui comprend au moins toute la vaif-felle plate Sc creufe ) , qu’elles ne foient bien Sc dûment forgées Sc planées, fous peine d’amende Sc de confifcation defdites pièces ; Sc ces fages Réglemens, à l’exécution defquels , pour l’avantage du Public, du Commerce Sc de l’Etat, il étoit intéreffant de tenir la main, ont produit les bons effets que Colbert en attendoit.
- Mais de faux Ouvriers, qui n’envifagent qu’un gain d’un moment , Sc qui croient trouver leur préjudice dans les Réglemens qu’ils n’ont pas demandés, ont violé cette Loi aufîi-tôt qu’ils l’ont pu faire, & ne fe font point fait de fcrupule d’expofer en vente des pièces, non feulement fans les avoir forgées, mais quelquefois même ne les ayant que groffièrement tournées, Sc nonobflant encore l’altération du titre. Bientôt les autres Potiers d’Etain furent contraints de les imiter; ce vice & beaucoup d’autres fembîables, fe tranfmirent bientôt de fabrique en fabrique, Sc on en eff venu jufqu’à faire des marchandées qui n’ont que la montre, &auffi peu malléables par les mauvais alliages dont on les a faites, que l’Etain pur eff doux Sc extenfible de fa nature. Faut il s’étonner, après cela, fi le Public s’eff fi-tôt dégoûté de l’ufage de l’Etain, Sc s’il dédaigne de fe feryir
- de marchandées fi mal fabriquées ? Encore fi ce qu’on reproche à l’Etain dans ce fiècle, on ne l’attribuoit qu’aux mal-façons des Ouvriers, Sc fi on n’accufoit pas l’Etain lui-même de ce défaut, on pourroit eipérer de voir, à l’appui de quelques fages Réglemens, cette branche de commerce, pour ainfi dire, entièrement détruite de nos jours, de la voir, dis-je, s’étendre avec plus d’éclat, Sc ombrager de fes rameaux bienfaifans un nombre confidérable d’Ouvriers, que le défaut de travail force enfin à mendier. Mais comme fi ce n’étoit pas aéez de la fourberie de ces faux Ouvriers & du luxe qui règne de nos temps, les Médecins ou les Chimiftes fe joignent à eux ; Sc tandis que les uns détériorent la matière première, les autres fe per-fuadentque le fervice de la faïence eft plus honnête, Sc ceux-ci crient à toute voix que l’Etain contient de l’arfenic, Sc qu’il efl dangereux d’en faire ufage. De là, rien de plus difficile que de trouver des Ouvriers dans cet Art, Sc rien de plus ordinaire que de voir même des anciens Maîtres qui ont oublié Part de forger Sc planer, Sc qui ont laiffé la rouille ronger en paix leurs marteaux Sc leurs tas. Qu’on me pardonne cette digreffion, je n’ai d’autre but que de faire ouvrir les yeux au Public, Sc ranimer chez mes Confrères l’ancienne ardeur pour ce travail.
- ARTICLE PREMIÊR:
- De la Forge.
- Forger Sc planer font deux opérations différentes de cet Art ; forger eft écrouir à force de coups de marteaux des ouvrages de quelque métal que ce foit, pour en ferrer les pores, Sc donner aux ouvrages une roideur qui les rend d’un bien meilleur fervice : c’efl encore former en entier la pièce propofée, avec une fimple plaque de métal. 11 eft plus commun chez les Ouvriers d’appeler cela monter une pièce , un plat, un gobelet. Planer eft effacer auffi à coups de marteaux les traits, ou, pour mieux dire , les impreffions rondes que l’on a faites fur la pièce en la forgeant, Sc rendre fa furface auffi plane Sc même plus plane que lorfqu’elle fort du tour. En effet, un ouvrage , au fortir de ce travail, a l’éclat du plus beau poli, Sc jufqu’aux moindres traits'du tour y font effacés.
- Des outils du Forgeur & Planeur,.
- Les principaux outils convenables à cet Art font des tas, taffelets, bigornes &.marteaux.Il eft important que ces outils foient bien acérés, bien trempés, Sc d’un poli vif. Les grands tas ont depuis trois pouces carrés jufqu’à cinq. La furface de ces tas eft convexe, mais la Convexité eft plus petite fur le milieu que fur les bords ; elle équivaut en effet fur le milieu du tas, à la convexité d’une fphère de vingt pieds de diamètre, Sc fur les bords, à peu près à celle d’une fphère de dix pieds. Les petits tas à monter les bouges des marlis, ont deux pouces Sc demi de long fur un de large ; leur furface eft prefque plane. On a encore des bigornes de différentes groffeurs Sc longueurs, ainfi que des tas à pomme Sc à poire pour la poterie.
- Les
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- ART DU POT
- Les marteaux, Toit à forger, foit à planer, ont deux têtes à furface carrée, arrondie ou tronquée par les angles ; quelquefois auffi elle eft circulaire, & tantôt ovale. La convexité relative de la furface des deux têtes de chaque marteau eft double Lune de Tautre ; la furface la plus convexe fert à forger , Sc on frappe avec l’autre tête pour planer. La convexité abfolue de ces marteaux, ainfi que leur largeur, eft proportionnée aux parties des ouvrages où on veut s’en fervir : ainfi on donne la convexité d’une fphère de trente pouces ou environ à la furface la plus plane des deux têtes d’un marteau à fond , Sc par conféquent celle d’une fphère de quinze à l’autre tête.
- Les matteaux à bouges diffèrent également entre eux, quant à la convexité relative des deux têtes, e’eft-à-dire, de moitié. Le plus gros, Sc par conféquent le moins convexe des marteaux à bouge, u ordinairement la convexité d’une fphère de deux pouces de rayon à fa tête la plus ronde, Sc le plus petit porte à peu près celle d’une fphère de deux lignes de rayon. 11 n’eft pas poffible d’en déterminer le nombre. Une pièce en demande d’autant plus, qu’elle change plus fouvent de convexité.
- On a encore des platines de cuivre & de cuir, de plufieurs formes, Sc dont nous parierons aü planage, une peau de caftor., une joliette de bois fur laquelle on faupoudre de la potée d’Etain ; enfin, une ou plufieurs Lunettes. C’eft une rouelle d’Etain prife d’un plat ou d’une foucoupe, percée, au milieu, d un large trou qui a le diamètre des plus grandes écuelles. Ces lunettes fervent en effet pour la forge Sc le planage de ces-pièces de vaiflèlle, Sc autres femblables. Voyez la Planche XIX.
- Manière de donner le,poli aux Tas & Marteaux
- Là fabrique dès'tas Sc marteaux eft du reffoft du Lorgeron ; mais le Potier d’Etain trouve chez lui de quoi les polir lui-même, Sc promptement : fon tour peut encore lui rendre ce fervice important. Cependant la pratique que j’en vais donner n’eft tifitée chez aucun Potier d’Etain , du moins je ne l’ai vu mettre en ufage nulle part. Elle eft très-expéditive, &, avec cette méthode, j’efpère que mes Confrères ne feront point arrêtés par la peine de dérouiller leurs tas Sc leurs marteaux.
- On commence par frotter le marteau fur Un grès dur our manger la rouille, ou, s’ils fortent des mains du orgeron, pour effacer les traits de la lime ; après cette première opération, on monte fur le tour une meule de bois de noyer du diamètre de Ex ou huit pouces , de même qu’on y monte un calibre. On imbibe cette meule, ou la furface du tas Sc du marteau, d’un peu d’émeri délayé dans de l’huile; on commande de tourner, on appuie le marteau fur la barre d’appui du tour, Sc on préfente alternativement au frottement de la meule toutes les parties de la furface du marteau. Le poli que reçoivent les tas & marteaux par cette fécondé opération, n’étant pas encore allez vif, l’Ouvrier leur donne le plus grand éclat avec fa potée d’Etain. Il a donc une fécondé meule de bois de noyer, comme la précédente, fur laquelle il fait frotter fes tas Sc marteaux, après avoir mis fur cette meule un peu de cette potée.
- On peut, par cette méthode , remettre bien promptement les tas Sc marteaux en état de fervir ; Sc fi la rouille les a endommagés au point d’avoir changé les dimenfions de leur convexité, on aura recours à la meule de grès.
- Mais comme dans le cours de l’opération il feroit incommode de fe déranger pour aller aviver de temps en temps, par le moyen du tour, le poli du
- 1ER D>Ê TAIN.
- tas Sc des marteaux, on frotte tout fimplement les marteaux fur la joliette de bois de noyer (fig. 19), fur laquelle on met un peu de potée d’Etain. Cette joliette eft une boîte longue d’un pouce Sc demi de hauteur en dehors, Sc d’à peu près huit lignes de profondeur. On doit lui donner la largeur des plus forts marteaux, Sc un peu plus, c’eft-à-dire, trois pouces, afin de les pouvoir conduire à l’aife dans l’intérieur (S) de la boîte. Le couvercle (T) ou la planche de même bois, qui entre dans l’intérieur de la boîte, Sc qui eft auiïi imprégnée de potée, fert pour frotter les tas fans les démonter de deffus le billot.
- Quelques • Ârtiftes faifoierit encore mieux , ils garniffoient le fond de la boîte d’une lame d’Etain bien doux, ainfi que le couvercle par-deffous, & du refte en faifoient mage comme des autres,c’eft-à-dire, en mettant fur cette lame un peu de potée, qui, par le frottement, s’étant une fois attachée à la lame d’Etain, donnoit un poli plus vif.
- Des préparations des Pièces avant de les forger.
- Comme les pièces qu’on apporte à la forge ont déjà été tournées, il eft intéreffant d’employer tous les moyens pofïibles pour conferver aux ouvrages le poli Sc le luftre qu on leur a donnés fur le tour. On fait encore que le métal frappé à fec fur le tas, fans aucune préparation préliminaire, en perdant de fon luftre, blanchit aufïi les marteaux Sc les ternit. C’eft pour obvier à ces inconvéniens qu’on enjuive les ouvrages par-dedans & par-deffous. Cet enjuivage confifte à enduire toute la furface de la pièce d’une légère couche de fuif à chandelle ; Sc pour étendre cette couche plus uniment, l’Ouvrier affis devant ffon tas, Sc tenant la pièce fur fes genoux, engraiffe un tampon de linge avec un peu de fuif , qu’il échauffe avec le creux de fa main pour en imbiber v mieux le linge ; enfin, à la main libre Sc légère, il promène le tampon fur la furface de la pièce, en lui faifant décrire une ligne fpirale.
- Après l’enfuivage-, l’Ouvrier tenant le plat on autre pièce, adanté fur fes genoux, qu’il a couverts d’un linge blanc , prend un marteau large , & en frappe des ccAips fur la circonférence du fond , pour le faire rentrer en dedans ; c’eft-là une fécondé préparation que les Ouvriers appellent enfoncer, Sc qu’ils font à toutes les pièces avant de commencer à les forger. On a cette précaution , parce que le fond des plats dans la forge s’approfondiroit de plus en plus, Sc formeroit enfin une partie de fphère ; pat cette préparation au contraire on conferve aux plats la largeur de leur fond ; on peut même l’augmenter, parce qu’il eft de fait que plus on enfonce une pièce, plus le fond en devient large , & plus le bouge en eft droit. Il eft affez aifé d’en concevoir la raifon : en effet, en enfonçant ainfi le fond, on le bande en quelque manière par-dedans ; fi on vient enfuite, Comme on le fait effectivement, à frapper par-dedans ce plat fur le tas,en commençant parle centre,& s’approchant de plus en plus de la circonférence du plat, il eft évident qüe la preffion des coups de marteaux tendra toujours à élargir le fond du plat ; fon effort fe portant tout entier fur les côtés, forcera donc le bouge à reculer, Sc par conféquent fera le fond plus large. Le plat n’en devient cependant pas plus large pout cela , à caufe de la vive-arête du bouge qui eft comme un point d’appui immuable, qui foutient, fans fléchir, tout l’effort du marteau. Il n’en eft pas de même des furfaces planes,comme les foucoupes; cette vive-arête n’y étant point, elles cèdent toujours à l’effort du marteau, depuis le centre jufqu’à la circonférence, Sc deviennent enfin plus larges qu’elles n’étoient avant la forge*
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- ‘Première Opération. Forger le fond des Plats & autres pièces de cette ejpèce.
- Je fuppoferai ici que la pièce à forger eft un plat, ôc c’eft abfolument la même manœuvre pour les bafîins, afliettes, & autres pièces qui portent un fond plat avec un bouge. Le plat étant donc préparé comme ci-deffus , c’eft-à-dire , enjuivé ôc -enfoncé-, l’Ouvrier,toujours aflis devant fon tas,pofe la pièce deffus horizontalement, la foutient légèrement entre fes genoux,.puis trace avec le noeud du doigt fur le fiiif une ligne du centre à la circonférence, qui lui marque où il doit commencer & finir chaque fpire>; dans la même pofitionM’Ouvrier faifit d’une main un marteau à forger, & le bras ferré contre fon côté, le coude appuyé fur la cuiffe, & le poignet libre, il frappe chaque coup de marteau bien à plat fur le même endroit, en faifant décrire à fon poignet un arc dont le centre ëft fon coude ; pendant que de cette main il fait agir fon marteau, de l’autre il fait circuler le plat ôc l’amène fous le coup. Le premier fe frappe fur le centre, le fécond fur le rayon tracé fur le fuif, & les autres à côté, ôc toujours à la gauche du précédent, jufqu’à la rencontre du premier coup de ce rang. Ce cercle étant Jini, il en recommence un autre fur le rayon en s’éloignant du centre ; Ôc comme l’impreflion circulaire que forme chaque coup de marteau eft égale, plus les Cercles ou chapelets s’éloignent du centre, plus ils doivent contenir de ces imprefiions, devant être formées les unes à côté des autres; ôc c’eft pour cela que l’Ouvrier a foin de ne pas faire circuler le plat fi vite, à mefure qu’il approche plus de la circonférence.
- Remarquez que quoique l’impreflion de chaque coup de marteau foit circulaire, cependant dans l’opération elle devient carrée. En effet, fi les circonférences de cercle ne faifoient que fe toucher, elles laifleroient néceffairement entre elles des efpaces angulaires, qui, dans ce travail, n’auroient point été touchés du marteau-; c’eft pourquoi i’Ouvrier frappe fon coup de marteau de manière que l’impreflion circulaire de ce dernier coup anticipe fur les coups voifins en deffus ôc en côté, ce qui rend carrées les imprefiions du marteau. C’eft par l’exaétitude à ne point laiffer d’efpace qui jie foit pas frappé, que le Forgeur marque fon adrefl'e; car il n’y a rien qui défigure plus une pièce que ces efpaces qui n’ont point été forgés, ôc où l’on peut remarquer les traits du tour. De là, chez les Potiers d’Etain, ce proverbe trivial, mais que les Ouvriers entendent parfaitement ; A grands coups, le Maître ejl pauvre»
- Seconde Operation. Forger le Bouge»
- Après avoir forgé les fonds de la manière que je Viens de dire, ôc avant de commencer à forger le bouge, l’Ouvrier, pour donner aux fonds des plats •une largeur égale, Ôc commencer la forge du bouge à une égale diftance du centre, décrit avec la même ouverture du compas un cercle fur le fond de chaque plat. Ayant décrit ce cercle fur tous les plats dont il a forgé les fonds, alors il prend un marteau à bouge, dont la convexité réponde à la courbure de la pièce qu’il veut forger, afin de ne pas creufer 4e bouge par un marteau trop convexe. Et comme il faut que la partie que le marteau frappe, foit appuyée fur le tas, l’Ouvrier avance fa main vers B (fig. i ), pour lever le plat à mefure qu’il s’approche plus de la circonférence ou de la vive-arête du bouge ; car, en étant venu là, il faut que le plat fok élevé perpendiculairement. Cette partie ne doit pas être plus cave dans un endroit que dans l’autre ; la vive-arête doit refter aufli ronde qu’elle l’étoit avant la forge, fi le Forgeur eft expert ; ôc fi elle eft fauffée, ce fera parce que l’Ouvrier n’aura pas eu l’adreflè
- d’affeoir la pièce fous le coup du marteau, ou qu’il aura frappé à faux, ce qui fait que quelquefois la pièce fe cafte, ou, comme difent les Ouvriers, fe\ gerce. Enfin, après la forge, les plats, baflins, ôc autres pièces, ne doivent pas s’emboîter moins facilement les uns dans les autres , que lorfqu’ils fortent du tour.
- Troisième Opération. Forger le bord de la Marli.
- Cette fécondé opération étant finie, c’eft-à-dire, après avoir forgé le bouge, l’Ouvrier s’éloigne un peu pour pofer le bord du plat fur le devant du tas, ôc en tenir le refte appuyé fur fes genoux ; dans cette pofition, il faifit un marteau à bord, qui eft un marteau peu convexe, d’un diamètre moitié plus petit qu’un marteau à fond, & dont les côtés ôc les angles font arrondis ; puis au bras libre, il écrouit ou forge le bord en faifant de même circuler la ièce, en prenant garde de frapper fur la vive-arête du ouge, ce qui la feroit rentrer en dedans, & en faifant au contraire en forte que l’impreflion du marteau ne préfente que les deux tiers d’un cercle, ôc que celle qui fuccède coupe un fegment de la précédente. C’eft ainfi qu’on forme la première ligne du bord, qui, chez quelques-uns, étoit aufli la dernière. Cependant, fi les Réglemens des Arts font regardés comme faifant loix , ces Ouvriers font au moins coupables de les avoir reftreints ; car ces Réglemens exigent affez clairement que toute pièce, après avoir été tournée, foit forgée dans toute fon étendue, fi cela fe peut faire : or il eft évident que cela eft poffible, puifque, ce qui eft bien plus, l’article VI des mêmes Réglemens propofe à l’Afpirant, pour chef-d’œuvre de forge, de faire une jatte & un plat d'une rouelle d'Etain purement & fimplement. De plus, fi on examinoit les pièces , tant de poterie que de vaiffelle, qui ont été fabriquées dans les temps qu’on tenoit la main à l’exécution de ces Réglemens , il feroit aifé de voir qu’elles étoientJbrgées en entier , ôc c’eft ce que je fuppofe. C’eft pourquoi on ne doit pas fe contenter de former ce premier chapelet, mais encore un, ou deux, ou plus, jufqu’à ce qu’enfîn on foit parvenu au bouge de la marli.
- Quatrième Opération. Forger le Bouge de la Marli.
- Cette opération n’étoit pas néceffaire dans les pre* miers temps de la forge, je veux dire dans les temps où font fortis ces Réglemens dont je viens de parler. J’ai déjà dit en effet, que ce n’eft que depuis 1720 ou environ , qu’on a fait des plats, afliettes, bafîins, &c. avec un bord étroit, ôc portant un petit bouge. Avant Ce temps, les uftenfiles de table por-toient un bord large ôc plat, ce qui facilitoit les Ouvriers dans la forge de ces pièces. Cependant le petit bouge qu’on a fait au bord des nouveaux plats 11e doit pas arrêter l’induftrie d’un Artifte qui fe pique de ne rien négliger pour la perfection de fes ouvrages , quoique quelques-uns d’un autre fyftême aient pris de là occafion de ne forger qu’une partie du bord. Ce petit bouge fe forge en deux rangées de chapelets ou en deux tours, & avec un petit marteau à bouge d’une courbure convenable. On peut former le premier rang de coups de marteau, en pl açan t la pièce, le fond au delà du tas ; ôc pour le rang fuivant, on eft obligé, à caufe de l’angle du petit bord à filet, on eft, dis-je, obligé de placer le plat en devant, & de le tenir élevé prefque perpendiculairement, en forte que le petit bord pâlie au delà de la quarre antérieure du tas, ôc n’empêche pas l’endroit frappé de porter fur le tas. Mais fi le bouge du fond de la pièce à forger fe trouvoit trop profond, tels font les bafîins, ce qui les feroit porter dans cette dernière opération, ou contre la furface du tas, pu contre celle du billot, alors on fubftitueroit au tas
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- Un taffelet d’un pouce de large feulement, de trois pouces de long à peu près, & plus haut que le tas*
- Cinquième Opération. Le Repaffdge.
- Bepaffer, dans cette partie de l’Art, eft effacer en dedans feulement les impreffions d’un premier coup de marteau par la preffion d’un fécond. Cette opération, qui n’eft qu’un raffinement de propreté, fe peut négliger fans crainte d’un plus mauvais fer-vice, & fe néglige même dans de trop fortes pièces, comme des grands baffins : on a même remarqué qu’après cette opération les pièces étoient moins folides• mais s’il y en aune, cette différence eft, à mon avis, bien peu conftdérable. Quoi qu’il en foit, pour cette cinquième opération, l’Ouvrier enve-loppe, ou , comme difent les Ouvriers, coiffe le tas d’une peau de caftor chamoifée , & l’y attache par le moyen d’une corde dont il l’entoure, en observant toutefois de l’étendre fur la furface du tas, de manière qu’elle ne faffe point de pli. Sur cette première peau, il applique un carré de pareille peau, mais hongroyée : ce carré eft à peu près de la largeur de la furlace du tas ; & pour le faire tenir fur l’autre peau , on frotte avec un petit pain de cire vierge le deffous du carré de cuir, c’eft-à-dire, la partie la moins unie, qu’on applique enfuite fur la peau qui couvre le tas, & il s’y tient de lui-même. Le tout ainfi préparé, l’Ouvrier enfonce la pièce de même que nous l’avons dit aux préparations pour la forge ; ôc prenant les mêmes marteaux dont il aufé pour chaque partie dans l’opération de la forge, il fe fert de la tête la plus plane ou la moins convexe , en commençant de même par le centre pour remonter juf-qu’à la circonférence ; il obferve feulement de ne pas frapper fes coups de marteau fur les premiers , mais bien fur la ligne circulaire qui fépare chaque rang.
- Pour le bouge, il prend auffi le même marteau dont il s’eft fervi pour la forge, 5c auffi du côté le moins convexe, en élevant de même la pièce à mefure qu’il approche de la circonférence, 5t en fui vaut, comme je viens de dire, les lignes intermédiaires. Enfin, pour les autres parties , il fe met dans la même pohtion que pour forger, 5c prend les mêmes marteaux, en changeant de têtes, & a foin de proportionner fes coups à la force du reffort du cuir : car fi on frappoit trop fort, on remarque-roit en deffous de la pièce d’autres impreffions de marteau que les premières ; au lieu qu’en ne frappant que des coups modérés, la preffion du marteau fait céder feulement la furface immédiatement frappée, c’eft-à-dire, le dedans. Pour le deffous, étant affis fur un corps plus mou que lui, il ne cédera point, mais bien le corps, c’eff-à-dire, le cuir, 5c fe reftkuera auffi à l’inftant tout prêt à recevoir un fécond coup. Dans cette opération, les oreilles ne font point fatiguées par un fon aigu , de même que dans la forge ; on fait allez pourquoi, ôc c’eft encore cette même raifon qui a obligé les Potiers d’Etain Forgeurs , fur-tout ceux qui habitent les chambres hautes, d’affeoir les billots de leurs tas fur une natte, ou autres corps femblables , capable d’affourdir le coup*
- Sixième et dernière Opération. Donner le luflre aux pièces forgées.
- Pour cette opération, l’Ouvrier commence par efluyer les pièces avec un linge blanc, pour ôter le fuif, en fuivant les lignes circulaires du tour, le mieux qui lui eft poffible ; après cela il tampone la pièce, c’eft-à-dire qu’il fecoue ou frappe au deffus un tampon rempli de blanc d’Efpagne , qui eft de la craie décantée à l’eau, qu’il écrafe & enveloppe enfuite dans une toile bien fine , ce qui fait comme un ponfif à calquer. Après avoir faupoudré ainfi un
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- peu de blanc d’Efpagne fur le plat ou autres pièces, il prend un autre linge blanc, 5c le roule pour en faire un bouchon, qu’il paffe fortement fur la fur-face de la pièce, toujours circulairement, ce qui donne aux ouvrages un poli d’autant plus vif, qu’ils auront été moins ternis dans le cours du travail ; ôc comme ils fe temiffent d’autant moins que les tas ôc marteaux font plus polis ou plus clairs, on a foin de paffer ces derniers à la joliette ( j’en ai parlé au commencement de ce Chapitre , pag. 97.) auffi-tôt qu’on s’apperçoit qu’ils blanchiffent.
- Pour les marteaux, l’Ouvrier prend la boîte de la joliette, dans laquelle il y a un peu de potée d’Etain ; il appuie cette boîte fur le billot 5c fur fes genoux, ôc empoigne les marteaux pour les frottet fur le fond de la boîte, en tirant & en pouffant. C’eft: tout le contraire pour le tas, l’Ouvrier prend le couvercle de la boîte ; <&-, fans déranger le tas, après avoir mis deffus un peu de potée, il frotte le couvercle fur le tas, en le tirant 5c pouffant comme une lime*
- De lu Farge des EcueUes»,
- Les ëcuelles ne portant point un bord tond 8c continu, qui puiffe fervir comme dans les plats, affiettes, baffins, &c. à les conduire régulièrement fous le marteau ; c’eft pour fuppléer à ce qui manque à l’écuelle de ce côté-là, qu’on l’enclave dans la lunette, d’un large cercle d’Etain, tel qu’on le voit en D, vignette, 5c en la figure 18, bas de ïa planche. Le fond de l’écuelle (Q) entre dans la lunette, & les deux oreilles portent bien à plat fur les bords entre deux pitons,dans lefquels on paffe deux goupilles pour retenir l’écuelle dans cette pofition*. Du refte, après avoir monté ainfi fon écuelle, on en fuit la forge comme celle d’une jatte, baflin, affiette, 5c autres pièces, & on la repaffe de même.
- De là Forge des Soucoupes.
- En fiippofant que les foucoupes foient formées dans un moule particulier, on les forgera, après les avoir tournées comme les plats, affiettes, &c.; mais allez fouvent, pour s’épargner la dépenfe de plufieurs moules,les Potiers d’Etain les forment d’un plat ou d’autres pièces de vaiffelle de la grandeur convenable. Ainfi, fi on demande une foucoupe d’un pied de diamètre, on prendra un plat de 11 poucs S lignes, parce que dans la forge le plat s’agrandit au moins d’un demi-pouce.
- L’Ouvrier, après avoir préparé fes plats comme pour les forger, c’eft-à-dire,après les avoir enfuivés 5c enfoncés, obfervera feulement, en les enfonçant , de ne pas les enfoncer fi profondément qu’à l’ordinaire , mais de prendre l’enfonçure le plus près qu’il pourra de là circonférence du bouge, afin que la cavité du bouge foit forcée de s’étendre en élargir— fant la circonférence. Enfuite la pièce étant pofée horizontalement fut le tas , il faifit un marteau à forger , des plus plats, frappe fur la vive-arête du bord, en faifaot circuler fon plat, ôc en tirant à chaque coup fur le bord ou vers la circonférence du plat. Un fécond tour de coups de marteau fait porter la vive-arête fur le tas, 5c en écrafer l’angle. Mais comme dans cette opération le bord du plat voile , c’eft-à-dire, fe fauffe ôc rentre en dedans, ce qui rend plus concave le petit bouge de la marli du plat; our redreffer ce bord Ôc enfoncer en dedans le petit ouge,l’Ouvrier retourne le plat Ôc l’adante fur fes genoux ; puis faîfant porter le bord fur la furface du tas, il prend fon marteau, ôc en faifant circulec le plat, il en frappe des coups à faux fur le petit bouge, en le pouffant fur la circonférence ; après avoir fait cela fur le tour entier , il remet le plat horizontalement fur le tas, ôc pour forcer le fond, qui, comme difent les Ouvriers ,/àir le cul de poule, à
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- ART DU POTIER D} É T A I fif.
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- Vapplatir & fe tendre de lui-même, il frappe plufieurs tours de coups de marteau fut la même ligne circulaire ( c’eft-à-dire, fur celle de la vive-arête du bouge), en faifant en forte que fon coup de marteau faffe étendre la pièce vers la circonférence, ce qu’il fait -en tirant ion marteau à lui dans le moment qu’il frappe fur le plat. Après plufieurs tours ainfi frappés , on verra le fond du plat s’applatir & fe roidir extraofc-dinairement. Lorfque le fond du plat, devenu fou-coupe, a bientôt perdu toute fa convexité, alors on le forge comme le fond d’un plat , en commençant à frapper les premiers coups au centre, & en décrivant autour de lui plufieurs cercles d’autres coups de marteau jufqu’à la circonférence, ou, pour mieux dire, jufqu’au petit bouge , en ayant toujours l’attention de faire circuler le plat bien horizontalement , & de ne frapper aucun coup à faux. Quant au petit bouge , on le forge comme nous l’avons décrit plus haut de celui des plats ( quatrième Opération); on repaffe enfuite, & on polit les foucoupes comme les autres pièces de forge {cinquième & fixième Opération ); & s’il arrivoit que le fond de la foucoupe ne fût pas allez bandé, c’eft-à-dire qù’il ne fût pas affez roide, Ôc qu’il fléchît fous la preffion du pouce, en faifant auiïi reffort contre lui, on aura foin , en repallant la pièce , ou même à tas-nu, s’il le faut, de palier le marteau un tour ou deux, en tirant à foi fur la dernière ligne circulaire qui termine la circonférence du fond ôc commence celle du bouge ; cela forcera le fond de fe tendre ôc de fe roidir.
- De la Forge du Fiât d’une Rouelle.
- Pour former d’une feule rouelle de métal,nn .plat, une jatte, ou quelque autre pièce de vaiffelle que ce foit, l’Ouvrier doit joindre à une connoif-fance exade du manuel précédent, une adreffe ôc une fureté de touche que l’ufage feul peut donner. Auffi étoit-ce là le chef-d’œuvre qu’on propofoit autrefois aux Afpirans à la Maîtrife, fuivant l’article VI des Statuts & Réglemens dont j’ai déjà parlé. Mais tout fe gâte Sc fe corrompt dès que l’intérêt ôc la cupidité viennent à bout d’y répandre leur fouffle empoifonné. Ces Réglemens utiles, qui fembloient devoir commander la confiance publique, en écartant à jamais des Arts les Ouvriers fans talens, dégénérèrent bientôt en une foule d’abus intolérables, ôc dont le moindre étoit encore de faire perdre, malgré lui, au pauvre Candidat un temps immenfe, pour un ouvrage qui ne devoir pas l’occuper plus d’une demi-journée.
- Du Plat rond, uni, fait d'um Rouelle*
- L’Ouvrier commence par décrire fur une plaque d’Etain, brunie à la main ou fur le tour, plufieurs cercles concentriques. Le premier ou le plus grand fera la circonférence du plat entier. Le fécond aura quatre lignes de rayon moins que le premier ; il marquera la vive-arête du petit bord, ôc les quatre lignes intermédiaires ferviront à afifeoir la moulure, que nous appelons aufiï le filet.Un troifième de quatre à cinq lignes, encore plus petit que le précédent, bornera le petit bouge, qui eft celui de la marli. Un quatrième, à huit ou dix lignes de diftance du précédent, plus ou moins, fuivant la largeur qu’on veut donner au bord, marquera la vive-arête du grand bouge. Enfin un cinquième, à un pouce ou plus en dedans du dernier, félon la profondeur que l’on fe propofe de donner au bouge, bornera en même temps la circonférence du fond.
- Il eft inutile, je crois, de faire remarquer que ces cercles ne font tracés qu’aux endroits où la pièce doit changer de profil, ôc que par conféquent trois
- fuffifent pour une jatte ; le premier dont le diamètre eft égal à la grandeur totale de la jatte; un fécond qui marque la vive-arête du bouge & la largeur du bord , ôc un troifième d’autant plus petit, que l’on veut faire le bouge plus profond, ôc le fond plus étroit.
- Après avoir ainfi tracé fur une plaque autant de cercles qu’il a été néceffaire, on épille tout ce qui excède la circonférence du plus grand, & on y paffe la râpe, pour arrondir, le mieux qu’il eft pof-lible, la rouelle dont on doit former le plat. L'Ouvrier Venjuive à l’ordinaire, ôc ayant tracé avec fon doigt un rayon fur le fuif, il pofe la rouelle horizontalement fur le tas, pour en forger le fond feulement , c’eft-à-dire, l’efpace renfermé dans le plus petit cercle. Lorfque le fond eft forgé en entier, l’Ouvrier prend un marteau-bouge convenable, puis tenant la pièce un peu élevée pendant fon mouvement de circulation, il commence le bouge par un cercle de coups, extérieur au dernier rang de ceux du fond , ôc à chaque rang de cercles qu’il forme en s’écartant du centre , il tient fon plat plus élevé, Ôc d’autant plus élevé qu’il veut faire le bouge plus droit. Le dernier rang de coups eft celui qui touche à la ligne circulaire tracée pour marquer la circonférence de la vive-arête ; alors le tond. Ôc le bouge font forgés. Quant au bord, reliiez ôc appli* quez ici ce que j’en ai dit à l’article précédent, pour cette partie des plats ordinaires ; ôc pour le bouge de la marli, l’Ouvrier le monte comme celui du fond , en employant toutefois un marteau plus convexe ôc plus petit, ôc en élevant le plat à chaque tour, à mefure qu’il approche davantage du bord. Enfin cette dernière partie fe rabat en la pofanr fur la quatre du tas, le refte du plat appuyé horizontalement fur les genoux de l’Ouvrier, & en y frappant un tour de coups de marteau plan.
- La jatte ne fe forme pas différemment, fi ce n’eft que comme le bouge en eft plus creux, il faut, pour le former, recommencer l’opération plufieurs fois.
- Enfin, lorfque toute la pièce a reçu par la forge la forme qu’oli a voulu lui donner, on la repaffe comme je l’ai dit plus haut, ôc on lui foude un filet fur le bord.
- J’ai dit que c’étoit-là ce qu’on donnoit pour chef-d’œuvre dans l’Art de la Forge, vers les premières années de ce fiècle; ôc c’eft ce que pratiquoient journellement les Potiers d’Etain du fiècle précédent, comme je m’en fuis affuré par plufieurs moules de plats, en ufage dans ce fiècle, que j’ai vus chez plufieurs Potiers d’Etain , ôc que je conferve chez moi. Ces moules en effet ne formoient qu’une rouelle plate, dont la circonférence étoit feulement garnie de filets pour l’ornement du bord du plat. Il n’y avoit rien de mieux que cette méthode , elle n’étoit pas plus jongue ; car puifque les Réglemens obli-geoient lés Ouvriers de forger leurs marchandifes, il ne coutoit pas plus de la monter ôc parfaire entièrement au marteau. D’ailleurs elle avoit encore cela d’avantageux, qu’avec une petite quantité de moules on pouvoir faire des plats & des jattes de toute grandeur ôc de toute profondeur, puifqu’avec une même rouelle, ou, pour mieux dire, avec des roueL les de même diamètre, l’Ouvrier pouvoit varier prêt que à l’infini la forme des plats qu’il fabriquoit.
- Du Plat ovale & du Plat à barbe ,faits d'uneRouelle<
- Pour faire d’une rouelle, ou, pour m’exprimer plus exa&ement, pour faire d’une plaque d’Etain un plat ovale, à barbe, ou autre, c’eft abfolument la même manœuvre que pour un plat rond : c’eft-à-dire que de même que pour faire un plat d’une rouelle, j’ai dit qu’il falloit décrire cinq cercles concentriques , de même il faut ici décrire fur la plaque
- d’Etain
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- ART D V POT
- D’Etain cinq ovales concentriques (*), dans la distance defquels on gardera les mêmes proportions que pour les plats ronds. Or, de toutes les différentes manières de décrire l’ovale, employées par les Géomètres , celle qu’otn appelle du Jardinier, parce qu’il la trace Souvent dans les jardins avec fon cordeau , Sc que tout le monde connoît, feroit fans doute la plus exade, Sc par conféquent celle qu’il faudroit préférer, s’il étoit auffi aifé de planter deux piquets fur une plaque d’Ëtain fans la gâter , que fur la terre. C’eft ce qui m’a fait chercher une manière de décrire l’ovale dans les proportions les plus avan-tageufes & les plus agréables. Car on voit que les ovales conv,entriques, ou qui ont les mêmes foyers, augmentent plus en largeur qu’en longueur, & diminuent dé même davantage en largeur qu’en longueur ; Sc comme c’eft la vive-arête du bord & du bouge qui préfente l’ovale d’une manière plus fen-fîble, c’eft à l’ovale de cette part e que l’on s’attache à donner plus de grâce ; Sc celle-ci une fois tracée, on en décrit d’autres en les augmentant également en longueur & en largeur.
- Soit donc la longueur de l’ovale de la vive-arête égale à la ligne a b ; divifez cette ligne en quatre parties égaies; premièrement, en deux parties par la perpendiculaire//', puis chacune de ces moitiés auffi en deux parties aux points ce; des points c 6c c & de l’intervalle ca Sc cb, décrivez de chaque côté un arc indéfini d ad, d b d ; puis des points a Sc b de chaque côté , Sc de la même ouverture de compas , décrivez un fécond arc qui coupera les premiers aux points d ddd. Enfuite de deux de ces quatre points qui font du même côté , & de l’intervalle d e, égal à a b , faites le point d’interfedion e, duquel, fans changer l’ouverture du compas , vous décrirez l’arc dfd : faites-en autant de l’autre côté , Sc l’ovale de la vive-àrête fera décrit en entier-. Il s’agit maintenant de décrire d’autres ovales plus grands autourde celui-là, Sc unautre en dedans. Pour cela, prolongez les lignes ed jufqu’en 4 Sc 4 d’un côté , & jufqu’en 1 Sc 1 de l’autre ; puis prenant toujours pour centre les points c, donnez à Votre compas une ouverture plus grande ou plus petite que ca Sc cb, dans les proportions que j’ai données pour les plats ronds ; décrivez, de chaque côté, des arcs comme 14 Sc autres, jufqu’à la rencontre des lignes e 4 Sc e 1 ; puis des points e comme centre, décrivez les grands arcs 44,11, Sc autres, Sc vos cinq ovales feront décrits.
- On peut encore, Sc c’eft même l’ordinaire , tracer des contours furie bord de l’ovale, pour faire une plate-bande ou bord-plat contourné , fur lequel on appliquera Sc l’on fixera, par la foudure, des filets qu’on fait à part. Ces contours font quelque chofe de fi arbitraire, qu’il feroit trop long de faire l’énumération de tous ceux qu’on peut voir tous les jours, Sc d’enfeigner la manière de les tracer. Je parlerai feulement de celui qui eft le plus commun, celui de la figure 22 de la planche.
- Pour le tracer, divifez les arcs 1 4 en trois parties égales par quatre rayons ci , c 1,c 3 ,c4,qui vous marqueront les angles des contours ; tirez enfuite des rayons intermédiaires que vous prolongerez au delà de l’ovale, pour prendre fur ce rayon, pour centre des arcs rentrans 1 2, &c., un point d’autant plus éloigné que vous voudrez faire les arcs moins concaves. Quant aux petits arcs convexes, on cherche en dedans de l’ovale un point qui puiffe en fervir de centre ; voyez la figure entre les points 1 Sc d.
- C’eft abfolument la même chofe pour tracer les contours des arcs 1 1,44; on voit en effet que ce font les points ee qui font les centres des arcs
- (*) Qu'on me pardonne ce terme, quoique l'application en ce qui fuit en détermine allez le léns.
- 1ER D* È TAIN, ïct
- convexes ’ des contours qui ne foftt eux-mêmes qu’une partie des grands arcs 11,4 4 ; mais le centre des arcs concaves doit être ptis dans un rayon du grand arc convexe prolongé en dehors.
- JJes Plats ronds à contours, & Jattes à pans, faits d'une Rouelle,
- Comme le plat rond à contours ne diffère du plat rond ordinaire que par les finuofités de fon bord , les opérations particulières qui le concernent Sc dont nous voulons parler, ne commencent aüftt qu’avec les contours eux-mêmes, c’eft-à-dire, à la ligne du petit bouge de la marli ; mais avant de Former ces contours au marteau , il faut les tracer.
- Ces contours, pour les plats ronds, font au ht fujets aux variations que pour les plats ovales dont j’ai déjà parlé. Je m’en tiendrai cependant à la figure 2ï , qui repréfente le contours du plat rond, du même fer vice que le plat ovale de la fig.22. Les plus modernes font des pentagones3 au lieu que celui-ci eft un hexagone ; tuais de quelque nombre de côtés que fort le polygone, c’eft la même opération.
- On divifera d’abord la circonférence d’un des Cercles en autant de parties égales que l’on voudra donner de côtés au polygone > Sc comme celui que je prends pour exemple eft un hexagone, ce fera en fix parties égales, en portant, comme je l’ai dit, le rayon fix fois fur la circonférence aux points 1,2, 3,4 , y , 6, que l’on joindra au centre A par fix: rayons ou trois diamètres 1 A 4,2 A 5 , 3 A 6, qui marqueront les fix angles rentrans des contours On divifera encore chaque côté en deux parties égales par fix autres rayons intermédiaires dddddd^ Sc chaque demi-côté encore en deux parties égales par douze rayons AB, AB, AB... Toutes ces divifions faites , prenez la moitié du grand rayon du plat aux points dd.. ., Sc de ces points -, faites les arcs ou courbes -{aillantes $ enfuite de la même ouverture de compas & des points B, fur les rayons B A, décrivez les courbes rentrantes. Enfin, pour les petits arcs , qui en fe rencontrant de chaque côté des rayons 1 A, 2 A, font un angle aigu, on prend ordinairement la largeur du bord.
- Le Le&eur trouvera bon que pour la defeription de toute autre rofette, dont le deffein peut varier à l’infini , fuivant le goût du Confommateur ou de FArtifte, je le renvoie aux ouvrages que j’ai cités plus haut fur l’Art du Tour.
- Dès que les contours du plat font bien exa&ement tracés fur la rouelle qui doit le former, on décrit enfuite les deux cercles qui marquent le fond Sc la vive-arête du grand bouge, Sc Fon monte le plat comme le plat rond uni , dont jufquedà il n’eft pas différent ; mais quand on en eft venu au petit bouge, qui fuit lui-même les contours du bord, on l ubftitue au grand tas ordinaire, un tas plus petit dont j’ai donné les dimenlions au commencement de ce Chapitre, Sc qui, à caufe de fa deftinatiôn, s’appelle tas à bouges. Alors l’Ouvrier ayant pris aufti un petit marteau-bouge approprié , Sc tenant le bord du plat appuyé fur le tas, le conduit de fa main gauche fur toutes les parties du tas, de manière que la ligne de coups de marteau, rangés toujours à la gauche les uns des autres, retrace exactement les contours, Sc que cependant il n’y ait aucun coup frappé à faux : or on fent que pour en venir à bout, il faut à chaque coup de marteau, changer l’inclinaifon de la pièce fur le tas, Sc la porter d’un angle du tas à l’autre , pour bien marquer ceux des contours. Cependant on finit par aviver ces angles, en frappant par-deffous un coup de maillet fur un cifeau en forme de coin, le plat étant appuyé en deffus fur un petit tas de bois.
- foie peu exacte, & qu’on me permette àc l'employer ici au figuré ;
- Ce
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- ART DU POTIER D^ É T A 1 N,
- Manière de fouder les filets, ou bandes ornées de
- moulures fur les bords des Plats ronds , ovales, ou
- à contours , faits d'une Rouelle unie.
- On parviendrait fans doute à tirer à la filière 'des baguettes d’Etain (bien entendu d’Etain doux ) pour en faire des filets , ainfi qu’on le fait avec l’or , l’argent, Sc le cuivre laiton ; mais comme le Potier d’Etain feroit oblige de couler, premièrement, dans des moules, des petites baguettes de métal pour les tirer enfuite à la filière, il évite cette fécondé opération, & juge plus à propos Sc plus expéditif de faire ces bords ornés de moulures, par le moyen d’un moule. Il eft même obligé d’en ufer ainfi pour quelques moulures qui ne peuvent fe tirer à la filière; telles font celles qui portent des oves, chapelets, godrons, Sc autres ornemens femblables. Ces moules forment quelquefois ces filets tout chantournés , félon les contours des plats; mais pour l’ordinaire le moule, qui a été fini fur le tour, les apporte en cercles. On conçoit allez par-là que ces moules font de deux parties ; c’eft fur celles qu’on appelle la chappe que font taillées les moulures, Sc le noyau n’eft qu’une rouelle plate.
- L’Ouvrier donc ayant ces filets tout frais coulés, c’eft-à-dire, avant qu’ils aient été gâtés par la pouf» fière, fur-tout par-deiïous, ce qui empêcheroit la foudure de prendre ( finon, avant d’appliquer ces filets fur le bord-plat de la pièce, il faudrait les râper par-deffous , ainfi que le bord du plat en dei-fus, s’il étoit néceffaire), l’Ouvrier, dis-je, coupe les cercles de filets, pour y prendre des bandes ou baguettes de telle longueur, que coudées à la main Sc fur le pouce, fuivant les contours des bords, elles couvrent entièrement tout le côté compris entre deux angles voifins. Toutes ces bandes de filets étant taillées Sc bien contournées, on les applique fur le bord , d’angle en angle, en prenant le foin de les faire joindre exactement fur les angles, & de bien faire rencontrer les mêmes moulures ; on les attache enfu'ite en dehors dans cette fituation , par une ou deux gouttes d’Etain, avec le fer de cuivre. Alors l’Ouvrier ayant la main garnie d’un feutre , prend le plat par le bord, Sc en foütient le bord oppofé au defiiis d’un brafier ardent, tandis que de l’autre main il fait palier fur ce même bord un bâton compofé de réfine Sc de térébenthine que la chaleur fait diffoudre; il quitte enfuite ce bâton pour prendre promptement de la foudure forte en grain (N°,.i -de la recette ), qu’il feme tout le long du filet, d’un Sc d’autre côté, ainfi que fur la jon&ion des bandes entre elles. Dès qu’il apperçoit que cette foudure fe fond, il l’étend également le long de ces mêmes parties avec une petite fpatule de bois ; Sc lorfque cette foudure difparoît Sc s’infinue dans les parties à fouder, alors l’Ouvrier retire cette partie du bord de deffus le feu, pour p a fier à la partie voifine, Sc procéder de la même manière.
- Si, au lieu de foudure en grains, on fe fert de foudure en feuilles,connue fous le nom de paillon, on fait entrer fous le bord autant de ces feuilles qu’il en eft befoin, Sc on les fait fondre de même. Il ne feroit pas non plus inutile d’encrayer, avant tout, le petit bouge du plat, pour empêcher la foudure d’y -couler.
- Mais fi les filets ne portoient point en dehors une plate-bande audeffus de la partie convexe de la doucine, ou fi le bord-plat, fur lequel on affeoit les moulures, ne failliftoit point en dehors pour •recevoir la foudure, alors on fouderoit cette partie au fer de cuivre ; Sc pour la partie inférieure, on opéreroit comme je viens de dire.
- Ces parties ainfi fondées s’apprêtent à la râpe grande Sc petite. (Celles deda dernière efpèce ont
- la forme des rifloires). Enfin on les répare comme je l’ai dit en traitant cet article.
- Les jattes dont il me refte à parler, exigent auflî quelques opérations particulières, néceflitées par leurs formes Sc leurs figures ; elles font pour l’ordinaire à côtes rondes Sc faillantes en deflousy ou à pans bien dreffés. Si l’on ne veut faire qu’une jatte à côtes rondes, onia monte, Sc on la finit ifiême en entier à l’ordinaire, comme fi elle devoir refter parfaitement ronde, Sc l’on y fait des côtes avec des cifeaux gouges Sc droits ; opération qui dépend du planage, Sc dont je ne tarderai pas à parler. Mais fi l’on a demandé une jatte à pans, ce fera le lieu d’appliquer les pratiques que nous avons enfei-gnées plus haut, pour la description des polygones réguliers.
- Je fuppofe donc que la jatte doive avoir huit pans , le nombre des côtés ne change rien à l’opération ; mais comme ordinairement le fond eft plat, Sc que les pans ne font pas marqués au delà de la ligne circulaire qui fépare le bouge d’avec le fond , on ne décrira qu’un fimple cercle pour le fond , enfuite deux autres cercles que l’on divifera en huit parties égales, par quatre diamètres, qui, aux points où ils toucheront la circonférence de ces cercles, marqueront les angles du polygone, Sc leur diftance entre eux marquera la longueur des côtés ; alors il fera facile de tracer les quatre odogones concentriques.
- Après Cette opération , Sc après avoir enfuivé la rouelle, on forge le fond à l’ordinaire , puis on prend un marteau bouge convenable, on élève un peu le plat, en l’appuyant fur le tas, pendant qu’on -frappe fur le côté du polygone qui commence le bouge ; mais au lieu de faire tourner la rouelle entre fes doigts, on la pouffe feulement de gauche à droite, pour que la ligne des coups de marteau fois droite, 8c qu’elle retrace le côté du polygone : ce côté étant fait, on tourne un peu la rouelle pout en faire autant fur le côté fuivant, Sc l’on décrit ainfi plufieurs odogones de coups de marteau les uns fur les autres, de même que, pour la jatte ronde, l’on décrit plufieurs cercles concentriques. Quand le bouge eft monté, on rabat le bord Sc on avive l’arête, en pofant le bord fur la quarre antérieure du tas, le refte de la jatte appuyé fur les genoux, en frappant un tour de coups d’un marteau plan fur les côtés de l’odogone du bord, Sc en obfervànt toujours, au lieu de foire circuler rondement la pièce, de la faire avancer parallèlement fous le marteau, pour lui faire décrire le côté du polygone qui eft droit. On finit la jatte par la repafjèr, Ôc par en drefifer parfaitement tous les angles ; mais il eft auftï inutile de répéter ce que nous avons dit fur cette première opération, que d’avancer la defcription de la fécondé , que l’ordre des matières place plus naturellement ailleurs.
- Je fuis obligé d’omettre ici bien des chofes qui regardent un grand nombre de pièces de goût, comme les plats de defïert, compotiers, jattes à fucre, Sc bien d’autres qui peuvent fe foire Sc fe font tous les jours en entier à la forge, lorfqu’on y emploie l’or, l’argent, le cuivre, Sc même le fer-blanc; mais comme on a pour fa fabrication de l’Etain la refifource des moules, il n’eft: pas commun de voir des pièces de ce métal , qui ne doivent leur forme qu’au marteau feul. Mais quand on le voudrait faire, ce qui, après tout, n’eft pas plus difficile avec notre métal qu’avec un autre , on fe ménagerait bien du temps, fi l’on avoir un moule qui rendît la plaque toute prête à monter, Sc garnie de fes filets, ou autres ornemens.
- De la Forge de la Poterie,
- Quoique la poterie, par la rondeur Sc la convexité
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- Â RT DU P O T
- dé fes formel, foit auffi folide que fa deflination le demande, néanmoins dans ces heureux temps, 'encore peu éloignés, où la pratique de la forge étoic dans fa pleine vigueur, on a voulu qu’elle pafiat auffi fous le marteau. Ni la dépenfe des tas & bigornes appropriés, ni l’apparente inutilité d’une opération fuperflue, n’arrêtoient alors les Artiffes, jaloux feulement de la perfeâion de leurs ouvrages.
- Ces pièces de la fabrique du Potier d’Etain le fûrgeoient, pour plus de commodité, avant d’en fouder enfemble le haut Sc le bas, pour former le vafe entier. 11 falloit abfolument être muni de tas à tête ou à pomme, comme ceux dont fe fervent les Orfèvres 5c autres Ouvriers, & qu’ils appellent tas à rétrerndre : pour les marteaux , on n’en emploie pas d’autres que ceux de la vaiffelle*; on fe fert même de ceux qui font les plus plats, comme je vais le dire. Mais comme il y a dans la poterie des parties concaves , Comme les gorges 3 & des parties convexes, comme les panfes,il faut ajouter à ces premiers outils des tas à col^-Sc des bigornes de plufieurs formes & grandeurs.
- Les premiers, que j’ai appelés tas à tête ou à pomme $ ne font autre chofe qu’une boule ou pomme d’acier, montée fur une forte branche de fer, 3c fervant pour forger les fonds des bas de pots. On adante le bas de ces pots fur la tête du tas, Sc avec un marteau plan Sc peu large , on en forge le fond, en frappant par dehors ( qui efl dans cette opération le deffus ), Sc en décrivant plufieurs cercles de coups de marteau concentriques & contigus , autour d’un premier coup frappé au centre.
- D’autres tas font des bigornes à deux têtes, dont une (fig.24) forme à peu près la moitié d’une poire, & l’autre celle d’une pomme ; l’une Sc l’autre fervent à appuyer les parties renflées des pièces de poteries. On fait circuler la pièce entre lès doigts, Sc on amène fucceffivement chaque partie fous le marteau, pour faire, des impreffions du coup, plufieurs anneaux contigus jùfqu’à trois lignes exclufivement du bord de la panfe, pour la fou-dure. Les marteaux dont on fe fert ici , Sc pour toutes les parties convexes fphériques ôü cylindriques, font plans, Sc les tas font très-convexes, comme il efl aifé de le remarquer; c’efl tout le contraire pour les gorges ou parties concaves.
- En effet , pour Ces parties, oh fe fert du tas de la £g. 2. <). La convexité de fa tête ( A ) efl autant petite u’on la peut faire, eu égard à la rondeur du pro-1 intérieur de la gorge; mais pour les marteaux , ce font des marteaux à bouges, d’autant plus convexes que la gorge efl: plus concave ; ils font auffi emmanchés plus longs , & montés fur des manches plus flexibles que pour la vaiffelle, afin que le reffort de la bigorne frappée par le marteau , puiffe le iepôuffer plus facilement. 11 efl:, je penfe, inutile de dire qu’on ne forge que les parties unies ; mais on va voir que je foppofe ces différentes parties d’une même pièce, parfaitement finies fur le tours, â quelques lignes près du bord à Couder.
- Après avoir ainfi forgé La poterie, on la repaffoit afuffi pour effacer les empreintes du marteau, 5c pour ce, on garniffok les tas de la peau de caftor 5c d’un morceau de même peau hongroyée, comme pour la vaiffelle, (revoyez cette opération, qui efl la cinquième du préient article ) '; on reportoit la poterie au fourneau pour y être fondée , de là au tour pour tourner la foudure , Sc du tour enfin au fourneau pour la garnir d’anfes, Scc,
- ARTICLE SECOND.
- Du Planage de F Etain.
- Le planage de l’Etain efl, fuivant quelques rela-
- IËk D'ÊTJliï tôj
- #tions, une invention moderne, Sc h’a été mis en ufage par les Potiers d’Etain que vers l’an 1674. Mais par l’examen que j’ai fait des productions de l’Art que je décris, j’ai tout lieu de conje&urer que cette invention prétendue nouvelle n’efl: qu’un abrégé de main-d’œuvre , ou plutôt n’efl qu’une opération qu’on a de tout, temps fait fur l’argent, le cuivre, Sc même l’Etain. En effet, la propriété du planage efl: de rendre les pièces de vaiilelie auffi unies par-deffous qu’elles le font par-deffus après le repajjage dont j’ai parlé : or, eft-ce d’aujourd’hui qu’on a vu des tables ornées de vaiffelle d’argent ou même d’Etain qui avoit ce degré de perfection l Eff-ce d’aujourd’hui qu’on a fait ce chef-d’œuvre de l’Art, le plat d’une rouelle, foit en cuivre & en argent, foit même en Etain, Sc où cependant il efl impoffible d’appercevoir les coups de marteaux, tant eh deffous qu’en deffus ? Et que l’on ne dife pas que l’on connoiffoit alors une autre opération : car je demanderons comment ü eut pu fe faire qüe les Potiers d’Etain l’euffent ignorée, eux que l’habitude 'Sc l’adreffe-à conduire le manteau, a mis dans toutes les villes en poffeffion de planer l’argent, c’eft-à-dire , de faire en argent le plat d’une rouelle.
- Il faut pourtant avouer qu’il y a quelque chofe de nouveau dans cette manière de planer l’Etain , que, depuis plus d’un fiècle, les Potiers d’Etain ont mis en ufage, 5c dont je parlerai bientôt, en en faifant voir les défauts. Mais diflingtions bien cette prétendue invention nouvelle du planage , d’avec la véritable manière de planer, la feule conforme aux Ré-glemefts, 5c la feule mife en ufage avant l’époque 1673. Il fe trouvera peut-être quelques faux Ouvriers que cette franehife blefiera ; mais leur fuffrage 'efl un opprobre; 5c le vœu de tous les Artifks honnêtes feroit fans doute rempli avec le mien , fi , en dévoilant les petites fourberies de ces Fàbricans avides, je les obligeois à faire mieux.
- J’entends donc par planer l’Etain, effacer d’un & d’autre côté les coups de marteau qu’on a faits fur les pièces en les forgeant ; avantage que ne procure qu’à moitié le repajjage , dont j’ai parlé à l’article de la forge. J’ai dit que pour repaffer%, on coîffoit le tâs d’une peau de càflor chamoïfée, Sc que fur cette peau on y faifoit tenir avec tin peu de cire, un carré de même peau hongroyée’; mais pour le planage, on ajoute encore fur *ce carré une platiné de cuivre qu’on y fait auffi tenir avec de la cire , 5c pour le refie ôh opère comme dans lerepafiage. Les coups de marteau font entièrement effacés pair le contre-côüp de la platine , qui femble contrebalancer laprëffion du marteau, Sc réagir contre lui.
- Lestplàtines dont on fe fert pour le planage, font lé plus ordinairement de cuivre jaune, parce qu’il eft plus roidè que l’atitfe; elles font quelquefois auffi d’acier bien corroyé à froid, 5c non trempé. Il en faut pour les fonds 5c les bouges.
- Les platines deflihées pour le planage des fonds-, ont à peu près trois pouces de largeur , font rondes, ou au moins forment un carré dont on auroit arrondi les angles (voyez la fi g. 12); l’épaiffeür en efl: d’une ligne & demie à peu près, 5c l’angle de la vive-arête, qui borne la circonférence de la furface de ces platines, efl: abattu 5c arrondi, afin qu’après avoir fléchi fous la preffion du marteau, 5c réagifi-Tant par fon reffort, la platine ne gâte point la pièce, en marquant en deffous l’angle de fa vive-arête.
- Les platines propres pour les bouges ont -feu* îemént une demi-ligne ou trois quarts de ligne d’é-paiffeur ; elles ont une forme à peu près demh circulaire (fig. 13 ) ; elles prennent fous le coup de marteau une concavité qui répond à là convexité du bouge de la pièce Sc i’embraffe. Enfin , pour le petit bouge de la marli, on a des platines qui ne diffèrent de celles-ci, qu’en ce qu’elles font plus
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- ART D U POTIER D* Ê T A I K
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- foibl<es, parce que la preffion de ces petits marteaux *n’eft pas aulli forte que celle des autres (fig. 14 & 1 j).
- C’eft de ces mêmes platines, c’eft-à-dire, de celles •des grands bouges, qu’on fe fert pour planer les bords, en obfervant feulement de placer le côté de ces platines, qui eft droit, parallèlement à la ligne droite de la quarre du tas. Faites cependant encore cette obfervation, c’eft que de l’élafticité refpec-tive feulement, ou d’un jufte rapport entre l’élaf-*ticité de la platine avec la preffion du marteau, dépend le fuccès de l’opération, il eft impoftible de déterminer ce rapport ; on ne le trouve qu’en tâton* nant, & en examinant l’effet de telle preffion d’un coup de marteau avec telle platine ; de manière, par exemple, que û avec une platine d’une telle ëpaiffeur appuyée fur un cuir d’une telle autre épaif-feur, & avec un tel coup de marteau, la première empreinte de la forge n’eft pas feulement effacée, mais qu’il en paroiffe une autre , il faudra ou iubftituer une platine plus mince , ou, laiffant là 'même platine, fubftituer un cuir plus épais ; fi au contraire, dans cette même fuppofition, le coup de ^marteau de la forge ne s’effaçoit pas en deffous, il faudra ou une platine plus épaiffe , ou un cuir plus mince : ce qu’un bon Ouvrier ne tarde pas à proportionner.
- De quelques opérations dépendantes de la Forge y par
- lejquelles on finit quelques pièces de vaïjfieUe ou au
- finir du tour , ou après le planage.
- Ce fupplëment de travail , quoique peu confî-dérable en lui-même, donne beaucoup de grâce aux pièces qui le reçoivent ; il confifte à faire des côtes de melon, ou d’autres cannelures fur le bouge des jattes à falades , compotiers, jattes à fucre, taffes , Sc autres pièces que le moule fait toutes rondes , & qui par conféquent peuvent être polies au tour ^avantage qu’elles n’auroient pas, fi le moule les rendoit toutes cannelées, & ce qui augmente-roit de beaucoup la main-d’œuvre du poli.
- Pour la jatte, PLIV. fig. 21. on commence par les demi-cercles qui terminent ces côtes par le haut ; pour cela, on renverfe la jatte, ou autres pièces, fur un tas de bois, taillé & arrondi félon la courbure du bouge, & même plus courbe, garni de peau un peu épaiffe ; l’Ouvrier prend enfuite la gouge, fig.22. la tient d’une main fur la partie fupérieure du bouge, à quelques lignes au deffous de la vive-arête , <& de l’autre, frappe un coup de marteau fur la gouge, ce qui forme un demi-cercle dont l’angle rentre en dedans. Quandiil a marqué tous fes demi-cercles contigus autour de la jatte, alors, fans changer de tas, il change feulement d’outil, & au lieu de la gouge, il prend un large cifeau à froid, fig.23. dont le tranchant eft arrondi, pour former, à l’extrémité de ces demi-cercles, des perpendiculaires ou parties de rayon qui font dirigées vers le centre, & qui par conlëquent font d’autant moins éloignés les uns des autres qu’ils s’approchent plus de ce centre ; mais pour conferver l’aiïiette de la jatte, on ne pouffe pas ces lignes plus loin qu’à la rencontre de la circonférence du cercle qui borne le fond.
- Souvent on fait encore ici àesgodrons ou des oves fur le quart de rond qui termine le bord de ces mêmes jattes,comme en celle qui nous fert d’exemple. Pour cela on a des poinçons faits exprès, & au lieu d’un tas de bois, c’eft fur la quarre du tas à forger qu’on appuie le bord.
- C’eft de la même manière qu’on cannele les taffes, & quoique la difpofition des cannelures varie félon le goût de l’Ouvrier, ainfi que leur nombre; cependant, pour ces taffes, ils ont prefque tous ad-*nis la difpofition refpeâive que je vais décrire.
- Ils diftinguent dans une tafie, de même que dans 'une écuelle ôc autres pièces lemblables, le fond Sc le bouge ; ils ne fe font pas contenté de canneler le bouge , comme je viens de le dire en parlant de la jatte, ils cannelent auffi le fond : mais il y a cette différence entre les côtes du bouge & celles du fond, que celles-ci font convexes en dedans, & que les premières font concaves ; d’où il paroît que ce font deux cannelures diftinguées, qui demandent deux opérations différentes & des gouges de différentes grandeurs. De plus, pour les diftin-guer encore davantage, ils font aboutir les côtés des cannelures du bouge perpendiculairement fur le demi-cercle de la côte du fond, & empreignent une rofe au centre de la taffe & au deffus de l’angle curviligne formé par l’attouchement des demi-cercles de la cannelure du fond.
- En voilà fans doute fufiîfamment pour mettre un Amateur ou un nouvel Artifte au fait des pratiques ingénieufes de cette branche de l’Art, par lefquelles on donne à peu de frais un coup d’œil très-agréable aux pièces de la moindre valeur. Son induftrie Sc fon bon goût fuppléeront aifément au refte, Sc pourront nous faire voir de nouvelles beautés.
- ARTICLE TROISIÈME.
- Du planage de Vargent & autres métaux plus durs que V Étain,
- QuelqtPun s’étonnera fans doute que cette partie ait trouvé place dans l’Art du Potier d’Étain; mais cet étonnement ceffera bientôt, quand on faura que la main-d’œuvre eft prefque la même que celle que j’ai décrite pour l’Etain, Sc que dans toutes les villes les plus confidérables du Royaume, c’eft au Potier d’Etain que l’Orfèvre commet le planage de fa vaiffelle, à caufe dè Padreffe à manier le marteau que lui en donne un ufage prefque continuel. II faut en effet s’être rendu, par l’habitude, ce travail bien familier, pour frapper toujours à coup fur, quoiqu’à bras libre Sc déployé.
- Planer l’or Sc l’argent, expreffion prife de la dernière infpeètion de la pièce au foitir du planage, fignifie en général faire en argent, or ôc cuivre, le plat d’une rouelle, chef-d’œuvre de l’Art du Forgeur en fait d’Étain. C’eft ce qui fe fait journellement Sc ne fe peut faire autrement avec ces métaux durs, Sc ce que je voudrons bien qu’on fût obligé de faire avec le nôtre.
- Les pièces qui font apportées chez le Planeur font des plaques de métal, ou laminées, ou Amplement étirées au marteau; ces dernières font plus irrégulières d’épaiffeur, Sc plus difficiles à drefier. C’eft à l’Orfèvre ou autre Ouvrier, fi c’eft en cuivre, à tailler fes plaques de métal félon la forme qu’il veut qu’on donne au plat. Ce feroit encore à lui à tracée les cercles, les ovales, ou les autres polygones concentriques qui doivent marquer les largeurs du fond, la profondeur du bouge, enfin les dimenfions de chaque partie du plat ; mais avant de porter ces rouelles au Planeur, il a toujours foin d’y fouder des filets. Ces filets font ou jetés en fable, ou tirés à îa.fiiîère par l’effort du moulinet; il les contourne & les foude à la plaque, il les dégroffit &les recherché avec des cifelets Ôc des rifloirs, les polit enfuite, puis il met en entier chaque pièce au recuit, Sc les découvre dans l’eau acide, ou dans l’eau fécondé fi c’eft du cuivre. Voilà ce qui dépend du premier Ouvrier jpaffons à ce qui regarde le Planeur.
- P our préparer la pièce à recevoir le planage, l’Ouvrier commence par la frotter avec un morceau do drap ou de bas tricoté, Sc un peu de potée d’Étain, pour en effacer les taches Sc la dégraiffer ; enfuite il la pofe horizontalement fur le tas, fans l’enfutver
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- Comme l’Étain, faifit un marteau-plan & à bras libre Ôc déployé, fig. 3 , en frappe des coups ( fe fervant de la tête la, plus convexe ) fur toute la furface de îa plaque , obfervant les endroits les plus minces , pour ne pas frapper fî fort. Par cette opération on commence à donner le poli du tas & du marteau à toute la furface de la rouelle, li l’Orfèvre ne l’a pas fait.
- Quand les rouelles ont reçu ces premières préparations, l’Ouvrier trace, fi l’Orfé'vre ne l’â pas fait encore, des cercles concentriques qui marquent la largeur du fond, la profondeur du grand bouge avec la vive-arête du bord , la largeur de ce bord jufqu’au petit bouge de la marli, & enfin le petit bouge qui efl en même temps la vive - arête du petit bord. Mais fî la rouelle èft à pans ou à contours , il ne trace que deux cercles ; favoir, celui qui termine le fond & celui qui marque la vive-arête du grand bouge ; le petit bouge de la marli fe contourne comme le bord. Ce contour n’eft pas difficile à marquer, lorfqu’une fois le bord efl contourné ; pour cela, l’Ouvrier pofe la rouelle fur le tas ou fur fes genoux, ouvre fon compas de la largeur du petit bouge , jointe à celle des filets du petit bord, applique une jambe du compas en dehors de la rouelle, & appuie l’autre en dedans, tandis que de l’autre main il fait circuler la rouelle ; ainfi la jambe du compas, toujours appliquée en dehors contre le bord, pendant le mouvement de la rouelle, en parcourt tous les angles & toutes les ondulations -, de l’autre jambe les répète en dedans.
- Les contours de l’ovale fe tracent de même 5 mais pour l’ellipfe il faut la faire ou fur un patron •donné, oü de la manière que j’ai décrite pour le plat ovale d’Étain fait d’une rouelle -, en faifant en forte que l’ovale de la 4vive-arête du grand bouge ôc du bord foit également diflante des angles du contour du petit bouge, autrement la pièce feroit fort défigurée.
- Après cette dernière préparation, l’Ouvrier choifît un marteau-bouge dont la convexité réponde à la concavité du bouge du modèle donné, & il monte le bouge comme je l’ai dit pour le plat d’une rouelle fait d’Etain. Je répéterai encore qu’on prend garde de frapper à faux , ce qui creVeroit infailliblement la pièce, qui efl: ordinairement moins épaiffe qUe les plaques d’Étain ; & fi d’une première fois on n’a pas affez creufé le bouge , on s’y reprend une fécondé fois, ou même une troifième s’il le faut.
- Du grand bouge on paffe au bord qu’on abat avec un marteau à fond, en plaçant le bord fur le tas , le refle du plat foutenu par les genoux de l’Ouvrier ( voyez l’article du plat d’une rouelle , pag. 100 ), ôc du bord aü petit bouge qUe l’on monte fur un tas plus étroit. L’Ouvrier doit fur-tout s’appliquer à fuivre bien exactement les contours de ce petit bouge.
- Quand le plat efl monté , oü, ce qui efl ici la même chofe, quand il efl forgé, l’Ouvrier coiffe le tas de la peau de caflor, y applique le carré de cuir, puis fur ce carré,une platine à fond; il pouffé en dedans le fond du plat, ôc le tenant pofé horizontalement fur la platine, il en plane le fond comme je l’ai dit au commencement de cet article au fujet de l’Étain.
- Pour le bouge, il lève la platine du fond pour y fubflinaer celle des bouges, ôc quitte fon marteau-plan pour en* prendre un bouge.
- On change encore de platine pour planer le bord. Celle qu’on y fubflitue ne diffère de celle-là qu’en ce qu’elle efl plus plate ; on place la ligne droite de cette platine en devant, 8c parallèlement à la quarre du tas, ôc on reprend le marteau-plan.
- Enfuite l’Ouvrier garnit de la même manière un petit tas, pour planer le petit bouge avec le marteau
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- qui a fervi à le monter, mais de la tête la moins convexe. Si le plat efl contourné , la main qui meut le marteau doit être libre pour le conduire félon ces contours.
- . Il refie, pour achever le plat, de lever Us angles du petit bouge, qui répondent à ceux des contours du bord à filets. L’Ouvrier le fait en renverfant le bord du plat für un tàs de bois garni comme pour le cannelage des faladiers, taffes, &c. ôc en frappant fur un cifeau à froid, dont le taillant efl arrondi, ôc qu’il tient d’une main fur le petit bouge de la marli, devant l’angle du contour du bord; ce qui forme en deffous un angle rentrant, ôc en dedans Un angle faillànt.
- Enfin on donne le dernier luflre aux pièces de pareils métaux, Ôc fut-tout d’or & d’argent, en frottant leur furface avec un morceau de drap fin ou de bas de foie, ôc un peu de potée d’Étain sèche, en obfervant de frotter circulairement. La pièce, fi elle efl bien finie, ne doit laiffer appercevoir à l’oeil aucune onde ou trait.
- Les jattes, plats à barbe , foupières, pots à œil, ôc autres pièces creufes, demandent qu’on s’y reprenne à plufieurs fois pour monter le bouge. C’efl même fouvent l’Orfèvre qui commence à les embout-tir avant de les envoyer aü Planeur ; mais jamais il n’oublie de paffer la rouelle plufieurs fois au recuit , ôc de là au blanc , particuliérement fi le métal efl allié, ôc par conféquent aigre; car s’il efl pur, Un Ouvrier expert pourra, en trois reprifes, & fans avoir recours au recuit, monter le bouge d’une jatte, d’un plat à barbe, où l’on ne remarquera pas la moindre gerçure.
- On commence donc toujours par forger la rouelle à fec, une fois feulement ( je fuppofe ici que l’Or*-févre n’ait fait aucune opération préliminaire); puis on décrit des cercles ou des ovales intérieurs les uns aux autres, pour marquer, Comme je l’ai dit plufieurs fois, le fond, la vive^rête du grand bouge, Ôc les autres parties de la pièce , ou tout de fuite le bord à filets, fi c’efl une jatte. Enfuite on monte le bouge, en s’y reprenant autant de fois que la profondeur du modèle donné l’exige ; Ôc fi, dans cette opération, la pièce fe caffe, quelle que foit la caufe de cet accident , le Planeur la renvoie à l’Orfèvre pour y remédier par la foudure , la mettre au recuit, la découvrir ou là paffer au blanc , ôc il reprend fon opération.
- Lorfque ces pièces ont reçu, par le marteau ôc à tas nu, la forme qu’on vouloit leur donner, il faut les planer comme les autres ôc les repaffer fur les platines ; mais il faut moins d’attention pour roidir les fonds de ces pièces creufes, ils s’étendent ôc fe roidiffent naturellement en montant le bouge. Il arrive encore fouvent, dans le cours de ces opé-*-rations, fun-tout èn montant le bouge, que quelques parties moins épaiffes fléchiffent davantage fouS le marteau ôc forment des cavités; l’Ouvrier a foin, en planant, de les remarquer, pour modérer fon coup fur ces endroits. Enfin l’adreffe de l’Ouvrier, dans le planage de ces grands bouges, fe manifeflé par la régularité de la furface, ôc l’éxtindion entière des coups du marteau, fur-tout en dehors, Où l’œil fe porte d’abord ôc s’arrête comme malgré lui.
- Les Orfèvres Iaiffent quelquefois au Planeur le foin d’orner les jattes, pots à œils ôc autres, de côtes Ôc godrons ; mais comme l’opération efl la même que celle qu’on fait fur de pareilles pièces en Etain, ôc dont j’ai parlé après le planage de ce métal, je ne le répéterai pas ici ; je renvoie encore le Lecteur à cet article, pour lever les angles du petit bouge des plats contournés, parce que je n’ai parlé ici que des attentions particulières qu’il faut avoir dans le planage des métaux plus durs que le nôtre.
- On voit par la defeription que je viens de faire
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- du planage de l’Étain, tel que l’ordonnent les Rè- mais le fer blanc ou noir demande une manoeuvre glemens, 8c de celui de l’argent, que l’opération eft particulière, analogue à la dureté 8c au peu d’exteri-abfolument la même, & qu’ainfi on ne doit pas s’é- fibilité du métal ; 8c comme ce travail n’eft pas du tonner filles Potiers d’Etain exécutent fi fouvent reffort de l’Art que je décris, il ne doit pas non des pièces de vaiffelles d’or, d’argent, ou de cuivre : plus trouver de place ici.
- CHAPITRE QUATORZIEME.
- De VArt du Fourneau.
- et te branche de l’Art éft appelée Y Art du Tourneau, parce que cet infiniment, quoique commun à toutes les parties du travail du Potier d’Etain, fert continuellement dans celle-ci. Avec cet inftrument on fabrique les pièces de goût 8c de commande y en joignant par la foudure un grand nombre de pièces , qui concourent chacune à la formation de l’ouvrage. Or, ou ces pièces fe forment en particulier dans des moules différens, dont les profils préfentent, le mieux qu’il eft poffible, celui de la place qu’on leur veut faire occuper dans la conftruétion de l’ouvrage ; ou l’ouvrage fe fait fans aucun moule , mais par la réunion de plu-fieurs plaques de métal, taillées 8c chantournées félon le profil du modèle pris ou donné.
- Nous ne croyons pas néceffaire d’arrêter nos Leéleurs fur 1 es pièces de rapport du premier genre, puifque tout fe réduit à chercher dans fon atelier des moules qui donnent quelques parties de la pièce que l’on a en vue, & de les réunir en-fuite par la foudure, comme les pièces de poterie. Ainfi, 8c pour nous en tenir à ces deux exemples, li Ton a à faire un grand broc (PI. XXI, fi g. 7) , ou une fontaine toute ronde (fig. 8),, on voit bien qu’il n’y aura qu’à unir enfemble, par le bord (fôCi ), deux porte-dîners ou potagers, après avoir percé celui de defius, pour fouder à l’un ( fig. 7 ) la gorge (g) de quelque mefure, 8c ajufter à l’autre (fig. 8) un couvercle (Æ ); ou fi l’on demande un orceau ou bénitier (fig. p), on prendra fon pied dans le bas de quelque grande pièce de poterie, fa panfe ( n ) dans le bouge de deux bafïins, &c. 8c l’on fera fon goupillon à éponge (j> q ) d’un bâton cylindrique ( p ) 3 auquel on foudera une poire percée ( q ) qui renfermera l’éponge.
- Tout ce Chapitre fe bornera donc à la fabrication des ouvrages faits de plaques d’Etain, des fontaines & des chauffe-pieds de toutes façons , des uftenfiles de pharmacie , des chaudières de Teinturier, 8c bien entendue, elle ne laiffera jamais l’Ouvrier fans expédiens pour les cas les plus difficiles.
- Mais comme c’eft de l’exa&itude de la taille de toutes les parties qui concourent à la formation des ouvrages de ce genre, que dépendent leur per-fe&ion ; c’eft par conféquent ici que l’Artifte a be-foin de toute fa géométrie , non pour tailler géométriquement chaque pièce l’une après l’autre, ce qui feroit trop long, mais pour tracer avec toute la jufteffe pofiible des patrons, que les Ouvriers jufi qu’ici n’ont exécutés qu’en tâtonnant.
- ARTICLE PREMIER.
- Abrégé de VArt du Trait.
- L’Art du Trait proprement dit, fur lequel plu-fieurs Auteurs ont tant écrit, 8c qui femble d’une exécution fi difficile , eft tous les jours machinalement exercé par les Charpentiers, les Menui-
- fiers, les Tailleurs de pierre : mais que les Auteurs 8c les Ouvriers penfent différemment ! Affervis en effet à une ftupide routine , ceux-ci s’étonnent qu’on ait fait des volumes entiers fur une chofe aufli facile. Je m’attends bien que je ne ferai pas à l’abri d’un reproche à peu près pareil ; 8c quelques Fabricans, aufli efclaves que les premiers, des règles incertaines qui les conduifent fans les éclairer , pourront croire que je m’écarte de mon objet : mais je dois effayer de le remplir aux yeux de ceux qui défirent , depuis fi long-temps, de voir bannir des Arts cette pratique aveugle, qui mec de fi grands obftacles à leur progrès. Au refte, tous s’appercevront que je n’en ai emprunté que ce qui étoit abfolument néceffaire pour le but que je me propofe, la defcription géométrique des patrons ou calibres.
- Principes de Stéréographie & de Stéréotomie. PI. XVII.
- La Stéréographie eft la fcience de la defcription des folides, 8c la Stéréotomie eft la fcience des coupes de ces mêmes folides. A l’une de ces parties de la Géométrie, appartient le développement des corps folides; à l’autre appartiennent les notions des courbes, produites par lafedion de ces folides, 8c la manière de décrire ces courbes.
- §. I. Développement des furfaces de différens corps*
- Les parallélipipèdes & les prifmes quadranguîaires donnent, dans leur développement, fix furfaces parallèles. Dans le cube ( fig. 8 ), les furfaces des côtés étant égales & redangles, le développement fera compofé de fix carrés égaux ( fig. p ) ; ceci eft au defius de toute démonftration. J ai cependant encore, pour plus grande clarté, marqué des mêmes lettres les furfaces correfpondantes dans le cube ( fig. 8 ), 8c dans fon développement ( fig. p ).
- Le prifme triangulaire ( fig. 10 8c 11), e’eft-à-dire, dont les deux bafes a b c , d <?/, font deux triangles , a pour développement deux triangles 8c trois parallélogrammes. Les parties de ce développement font aufli marquées des mêmes lettres que les parties correfpondantes du folide.
- La pyramide en générai a pour développement autant de triangles que fa bafe a de côtés ; tous ces triangles feront égaux, fi la pyramide eft: droite & régulière , 8c fi cette pyramide eft tellement conftruite que les trois triangles de fes côtés foient égaux 8c femblables à celui de la bafe ( figure 12 ) , je me borne à cet exemple , on aura le développement de cette pyramide , appelée Tétraèdre, par les deux méthodes fuivantes. i°. En faifant un triangle équilatéral ( figure 13), dont les côtés foient doubles de ceux de la pyramide , lequel triangle il faudra divifer en quatre triangles égaux, que j’ai encore marqués des mêmes lettres que dans le folide lui-même. 2°. En fuppo-fant le triangle fupérieur a b d ( fig. 13 ) ,rtranf-porté à côté des autres, ce qui formera un parai-
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- îêîogrâmme oblique ( figure 14 ), dont les deux bafes feront doubles de celle d’un des triangles, Sc la hauteur égale à celle de ce même triangle.
- Quant au cylindre, ceux qui ne demandent pas une fi grande exa&itude ont le développement de fa furface , abftradion faite de fes deux bafes, en faifant un parallélogramme reétangle , ou carré long ( fig. 16 ) , dont la hauteur eft égale à celle du cylindre , & la bafe égale à trois fois fon diamètre. D’autres, en fe fervânt, pour rapport du diamètre du cylindre à la longueur de fa circonférence, de celui de 7 à 22, ajoutent à trois fois le diamètre un feptième de ce même diamètre. Mais fervons-nous d’une autre manière d'avoir la furface d’un cylindre , laquelle nous fervira encore à trouver le développement de ce même foiide, coupé en différent fens, ainfi que la côurbe formée par cette feétion.
- On divife premièrement les deux bafes du cylindre ( fig. iy ) en un nombre quelconque de parties égales, en douze, par exemple aux points 1,2,3,4, y ,6,7,8, p, io* 11, iê; Sc de ces points de divifion on abâiffe des perpendiculaires le long du cylindre , ce qui diviferâ la furface convexe de ce corps en douze parallélogrammes re&angles, dont la fournie donnera un grand parallélogramme ( frg. 16 ), qui fera le développement du cylindre, abftraclion faite des deux bafes , qui font deux cercles de même diamètre.
- Il eft aifé de voix comment cette méthode donne le développement du cylindre entier, & on comprend déjà d’avance comment il faut s’y prendre pour avoir lè développement d’une partie de ce même cylindre, coupé félon une ligne donnée. Après avoir divifé la bafe inférieure du cylindre, ainfi que celle de fon développement, par exem-1 le, en douze, OU opère de la manière fui vante, uppofons que la ligne ou l’axe de la feéiion fait laligfieOT^ ( fig. 15 ); il faudra, des points de divi-fibn, élever des perpendiculaires le long de la furface du cylindre de de fon développement , telles font les lignes ï 1 , 2 2 , Sc0. dans l’une Sc dans l’autre figure 15 Ôc 16, il faudra prendre par le bas la diftance ï m ( fig. 1 y ) , qu’on portera de i en m (fig. 16 ); celle f n (fig. i y ) , de 2 en h, & de 12 en n ( fig. 16 ) ; celle g 0 , de 3 en 0, de de 11 en ô ; celle h p, de 4 en p, Sc de 10 en p; telle z#,de y en Sc degen y ; celle Ir de 6 en rSc de 8 en r ; enfin celle 7 ir ( fig. 1 y ), de 7 en s ( fig.
- 16 ) ; Sc une ligne m s qui paffera pâr tous ces points , bornera le contour du développement de te cylindre , coupé félon cette direcHon.
- Donnons encore un exemple. Suppofons qu’on ait donné au plan coupant la direction des lignes as Sc at (fig. 1 y ), on diviferâ de même la circonférence de la bafe du cylindre Sc de fon dévelop* pement, comme ci-deftiis ; enfuite ôn prendra la diftàncê i t (fig. ï y ), qu’on portera, d’un Sc d’autre côté (figuré ï6), dé z en r, & de 7 en s ; celle nu (figure 1 y ) , dé 2 en «, de 0 en de 8 en g y Sc de 12 en u ; celle b x ( figure 1 y ), de 3 en *, de y en *, de p en x, Sc de ï 1 en x (figure 16); enfin la diftance ch (fig. jy), qui eft égale à la hautéur du cylindre, fe trouvant repréfentée dans le développement, par tous ces points t3 «, je 4io,x,«,r,par les lignes 4 4 & 10 10, il n1 ’y aura qu’à faire pafter des lignes courbes comme la figure le repréfente, «Scelles marqueront, fur le développement, les courbes produites par une parêille fe&ion.
- Je ne parle point ici de la nature des courbes que préfentent les différentes fections de ce foiide ; }é réferve ceci pour le fécond paragraphe, dans lequel je lès comparerai à celles que produifent lés feétions du cône.
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- Le développement du cône droit, abftra&ion faite de fa baie, eft toujours un feâeur d’un cercle qui a pour rayon Y apothème du cône (c’eft fon côté Sc non fa hauteur, telle eft la ligne ab, fig. 19 ), & ce fe&eur de cercle l’emporte autant fur la moitié du cercle, que la largeur du cône l’emporte fur fa hauteur, & vice verfâ. Ainfi, pour avoir le développement du cône à b d ( fig. 19 ), il faudra premièrement décrire un grand feéfeur de cercle ( fig* 20 ) , tout au plus égal au demi-cercle, puifque la bafe a b d cîu cône (fig. 19) eft plus courte que fon apothème a b, lequel doit être le rayon du feèleur de cercle de fon développement. Enfuite du centre a ( fig. 20 ), on abaiffera la ligne perpendiculaire ou rayon a c , puis on diviferâ le demi-cercle d b ( fig. 19 ), moitié de la bafe du cône, en autant de parties égales qu’on voudra; en fix, par exemple, aux points é, e , e, e, e, Sc on prendra la diftance de, par exemple, d’une divifion à l’autre, qu’on portera fix fois, d’un Sc d’autre côté du rayon a c { fig. 20 ) atfx points e e b..... e e d....., puis on tirera les deux rayons ac3 qui borneront le fec-teur de cercle du développement du cône. C’eft à peu près le même procédé pour avoir le développement du cône tronqué, comme je ne tarde* rai pas à l’expliquer au développement de la fphère.
- Mais fi on veut avoir le développement d’un cône coupédansune direction qui ne feroit point parallèle à fa bafe, on s’y prendra comme je l’ai expliqué au fujet du cylindre ; je le répète, en l’appliquant au cône. Suppofons qu’on ait donné au plan coupant la diredion de la ligne oblique fg{ftg. 22}, on commencera par divifer la bafe du cône en autant de parties égales qu’on voudra , ou feulement la moitié, ïi le nombre de divion eft pair» Ainfi je diviië le demi-cercle de la bafe en fix parties égales aux points «•,«, e, eye, d; enfuite de ces points --e, e, e, e, e, je mène des lignes perpendiculaires à la bafe b d aux points + ,.Z, 0, z ,+ ; Sc de ces derniers points au fommet du cône, je mène des lignes le long de ce cône , qui coupent celle f g, aux points t3u , puis, ayant aufli
- divifé le développement (fig. 23 ) en douze parties égales par les lignes ou rayons e a , d a , Scc-, je prends la diftance a g (fig. 22 ), que je porte de a en g ( fig. 23); celle a t ( fig. 22 ), de a en t Sc en t ( fig. 23 ); celle au, de a en u Sc de a en u\ celle a x, de a en x Sc en x ; celle a y, de a en y Sc en y ; celle a ^, de a en ^ Sc en £ ; enfin celle a f, de a en f : puis, par les points g, i, «, xy y , %, f 9 g, jk, x , u, t, je fais palier une ligne ccurbe, & cette ligne marque fur le développement la feélion du cône félon la ligne g /,
- Il eft évident qu’on pourroit fe fervir de cette méthode pour toute autre feétion ; mais pour ne rien laiffer à délirer , j’en donnerai une autre qui a aufîî fon prix. Après avoir divifé la bafe du cône (fig. 22 ) en douze parties égales , par exemple , ou , ce qui eft la même chofe, après avoir divifé la demi-bafe feulement en fix, on divife également le grand arc du développement aux points e, e, d, e, e y c, e , t, b, e, e, c ; Sc de ces points ail centre a du développement, qui eft le fommet du cône, on mène les rayons e a, e a, d a, Sec. On divife encore la hauteur du cône occupée par les fec-tions, c’eft-à-dire, la ligne g i, en autant de parties égales qu’on voudra , par les parallèles 0 o3 0 o..* Sc des points 0,0, 0,..».. où ces parallèles rencontrent le côté du cône , on defeend les perpendiculaires gl) i 0 y Scc. puis des points, en dehors des lignes g l Sc i o, où les autres perpendiculaires rencontrent la bafe, Sc du point c comme centre, on décrit des cercles concentriques qui repréfentent, fur le plan, les divifions qu’on a faites fur la hauteur du cône par les parallèles 0 0,00,,..
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- ^Enfuite ( ce -qui n’arrive que dans une fedion, comme gc, oblique à la bafe) des points u, u , où les parallèles oo, o o, rencontrent la ligne de redion gc, on abaiffe encore des perpendiculaires-qu’on prolonge au delà de la bafe, jufqu’à ce qu’elles rencontrent chacune le cercle qui lui correfpond ; ce qui arrivera aux points o, p, q,r, s, e^ par lefquels points, & celui /, on fera palier une courbe le, qui fera la parabole vue de deffus ; après cela on divifera les côtés ac du développement, comme on a divifé le côté a d du cône ( fig. 22 ), ce qui, dans le développement, arrivera en o, 0,0,0, defquels .points 8c au centre a, on décrira autant de cercles concentriques, qui, comme on le conçoit ai-fément, repréfentent fur le développement les parallèles 0, 0, 0,0, faites fur le cône ; puis on prend la diftance du point o au point n, ou le cercle coupe le rayon e c (fig. 22),& on porte cette diftance de « en o (fig. 23) (points correfpon-dans dans le développement); enfuite celle m p ( fig. 22 ), de m en p ( fig. 23); celle k q , de k en q ; celle h r, de h en r; enfin celle & s, de 6* en •j ( fig. 23 ) : faites-en autant de l’autre côté, comme on le voit marqué dans la figure, & par ces points g, o,p, q, r ,s, c , faites paffer une courbe, elle fera, fur le développement, la parabole produite par la fe&ion gc fur le cône (fig. 22).
- On s’y prendra de la même manière pour avoir, fur le développement, la courbe de F hyperbole, qui eft la courbe produite par une fedion 0 i( fig. 22), arallèle au grand axe & perpendiculaire fur fa afe ; c’eft-à-dire qu’on prolonge la ligne oi juf-qu’en e, puis on prend la diftance 6 1 qu’on porte fur le développement de 6 en 1 ; celle 7 2 ( fig. 22), de 7 en 2 ( fig. 23 ) ; celle 8 3, de 8 en 3 ; celle 94, de 9 en 4 ; enfin celle 10 5 , de 10 en y, & la courbe qui paflera par les points 0,1,2, 3,4, 5, e,( fi g. 23 )fera la courbe demandée.
- Il y a deux manières d’avoir le développement de la fphère, 8c quoique l’une remplilfe beaucoup mieux fon objet que l’autre, on ne fera pas fâché de les trouver ici toutes deux : je commence par la plus défedueufe.
- Cette méthode eft fondée fur la notion générale u’on a de la fphère comme d’un corps compofé ’une infinité de cônes tronqués, qui vont toujours en diminuant en deflbus 8c en defîus. Ainfi il fau-droit avoir le développement d’une infinité de cônes pour avoir celui de la fphère, ce qui fait qu’en fuivant cette méthode on ne fait qu’approcher plus ou moins du véritable développement de ce corps, & qu’on a plutôt celui d’un fphéroïde. Cette méthode conftfte en effet à réduire la fphère en un polièdre qui ait le plus grand nombre poftible de faces. Je me fuis cependant contenté de le réduire à un de foi-xante-douze ; ce qu’on fait ainfi :
- On divife la circonférence de la fphère ( fig. 24 ) en douze parties égales 1,2, 3,4, £,6,7, 8,9, 10, 11, 12, 8c on joint les points de divifion par les lignes 12,23, 34’ ce donne pour la moitié de la folidité de la fphère, deux cônes tronqués (459 10, & y 6 8 9) , & un cône entier ( 6 7 8 ), dont il faut trouver le développement. Or on aura d’abord celui du plus grand en prolongeant fes côtés 4 y, 9 10 , jufqu’à ce qu’ils le rencontrent, ce qui fera au point f. Enfuite de l’intervalle/' 10,011 /4, on décrira une portion de cercle bec, (fig. 23) 8c de celui fy, ou f y (fig. 24 ) l’arc a d (fig. 25), qu’on divifera en deux, ainfi que le premier , par la perpendiculaire f e; puis, pour déterminer la longueur de ces arcs , on portera de e en b 8c de e en c, ( fig. 2 y ) fix fois la longueur d’une des divifionsde la fphère, aux points 1,2, 3, 4, c, & 1,2, 3, 4, y, b ; 8c des points b ôc c au point f, centre de ce développe-
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- ment, on mène les lignes b f 8c cf qui bornent l’arc du développement du cône tronqué 4 y 9 10 ; fi on veut divifer ce développement en autant de claveaux qu’on a marqué de points pour déterminer la longueur de cet arc, il fuffira de tracer des lignes y 6,4 7, &c. en forte que fi on les prolon-geoit elles pafîaffent par le centre f du développement.
- On en fait de même pour avoir le développement du fécond cône tronqué y 6 8 9 ; c’eft-à-dire qu’après avoir prolongé les côtés y 6, 8 9 jufqu’à ce qu’ils fe rencontrent, on prend la diftance de ce point de rencontre 3;, au point 9 ou 9, Sc de cette ouverture de compas, on décrit prefque un cercle entier ( fig. 2 y ) , dont on mec le centre 3; fur la ligne e f, afin que cette ligne coupe cet arc en deux parties égales; on prend en-fuite la diftance 3^ 6 (fig. 24), & du même poinc l ( fig. 2 y ) on décrit de cette ouverture de compas un fécond arc concentrique au premier ; enfin, pour fixer la longueur de ce fécond développement , on prend la diftance 7 6, ou 6 d, qu’on porte fix fois d’un & d’autre côté de la ligne if,, puis on mène les rayons g 3;, 3; h, pour borner aux points de fedion / 8c m la longueur du petit arc. On peut de même divifer le développement de ce petit cône tronqué en douze claveaux, en opérant comme pour le premier.
- Enfin on aura le développement du petit cône entier 6 78 (fig. 24) comme je l’ai expliqué plus haut en fon lieu, & ce fera la diftance m n ( fig. 24) qu’on portera fix fois de chaque côté du point r , pour terminer l’arc du développement. On a donc là le développement de deux cônes tronqués 8c d’un petit entier, ce qui fait la moitié de celui d’un fphéroïde ; & il eft évident que ce fphé-roïde approchera d’autant plus de la fphère, qu’on divifera le grand cercle de cette fphère en un plus grand nombre de parties.
- Par la fécondé manière que je vais décrire, on a exadement le développement de la fphère , ce qui la doit faire préférer à l’autre. Après avoir divifé la circonférence du folide (fig. 24), en douze parties égales, par exemple, on trace une ligne indéfinie a ^ ( fig. 26), ou à peu près équivalente à trois diamètres ôc demi de la fphère, qu’on divife en deux au point 0, par une perpendiculaire auftt indéfinie x y ; enfuite on prend avec le compas la diftance 1 2 (fig. 24), qu’on porte fix fois fur la ligne a 3; (fig.26 ), d’un 8c d’autre côté du point 0 , ce qui en termine la longueur aux deux points 6, 6 ; Sc comme la longueur de celle xjy doit être égale à la moitié de la première, on prendra la diftance o 3 , qu’on portera de o en c 8c en q fur la ligne xjy. Après cela on fous-divifera encore en deux parties égales chaque douzième de la ligne a ^ par des perpendiculaires auiïi longues que celle b c; on les^ coupera elles-mêmes en fix parties égales aux points/, g,h, i,l, par des lignes parallèles à celle a 3^; puis on fera m n (fig.24) égale à a b ( fig. 26) ,8c p q égale k c d. Enfin , au lieu de mener par ces points o, n, p, d ou e, des lignes droites, ce qui reviendroit à la première méthode , on y fait paffer une ligne courbe de chaque côté, lefquelles renfermeront entre elles un fegment du développement de la fphère, fous la forme d’une navette.
- §. IL De la Coupe des Solides, des Courbes que préfente la furface de ces feclions, & de la manière de
- tracer ces Courbes jur un plan.
- Si on coupe un cylindre (fig. 1 y) par une ligne oblique à fon axe, telle que celle m r, la fedion préfentera une courbe plus longue que large, ou
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- un cercle alongé (fig. 17 ). Les Géomètres appellent: cette courbe ellipjè, & les Ouvriers ne la connoiïïent guère que fous le nom d'ovale. Ces Ouvriers n’ont pas de peine à comprendre que cette courbe foit régulière dans le cylindre, parce que, difent-ils, tous les cercles en font égaux ; mais qu’elle foit auffi régulière dans la coupe d’un cône, c’eft ce que ceux qui n’ont pas de théorie ne peuvent entendre aifément. Je tâcherai de les détromper du préjugé où ils font, que dans le cône elle doit être plus pointue d’un bout que de l’autre. Ef-fayons cependant, avant tout, de tracer fur un plan l’ellipfe que la fedion mi du cylindre doit produire.
- Après avoir divifé une des bafes du cylindre en douze parties égales, par exemple, 8c avoir mené des lignes perpendiculaires tendantes aux points .de divifion des bafes, on tracera une ligne m s ( fig. 17 ) de la longueur de la coupe oblique ms ( 1 y ), & on la divifera en deux également au
- point p par une ligne perpendiculaire 4 10, égale au diamètre 1 7, ou 4 10, du cylindre; en-fuite on prendra la diftance p q, ou p 0 ( fig. 1 y ), qu’on portera de p en o 8c en q ( fig. 17 ), puis celle p /î, ou p r, de p en n 8c en r (fig. 17 ) ; enfuite aux points on éîevera 2’autres perpen-
- diculaires parallèles à la première : enfin on prendra fur la bafe du cylindre ( fig. 15 ) la diftance d 9 , ou b 11, qu’on portera de q en 5 8c en p , & de o en 3 8c en 11 (fig. 17); celle e 3, ou & 12 (fig. ly) de r en 6 8c en 8, 8c de « en 2 & en 12, & la courbe qui paffera par tous les points 1,2, 3,4, y, 6, 7, 8, p, 10,11,12, fera l’ellipfe de la fedion oblique m s du cylindre. De là il eft aifé de voir que les deux autres fedions obliques a s 8c a t (fig. iy ), 8c qui partent de l’axe du cylindre, doivent donner deux demi-ellipfes ( fig. 18 ), dont le petit axe eft le diamètre du cylindre.
- On voit encore, par la conftrudion du cylindre droit, qu’on ne peut, par la fedion d’une ligne droite, avoir d’autres courbes que des ellipfes plus ou moins alongées , félon que cette fedion eft plus ou moins oblique. C’eft ce qui fait qu’on ne confidère les courbes que comme provenantes des . fedions du cône, dont la forme permet de faire quatre fedions différentes, capables de produire des courbes particulières.
- En effet, on peut diriger le plan coupant ou parallèlement à la bafe de ce cône, ainfi que la ligne go (fig. 22), ou obliquement à fon axe, comme celle g /, ou parallèlement à un de fes côtés, comme la fedion g c parallèle à a by ou enfin parallèlement à fon axe, & perpendiculairement à la bafe, comme la coupe i o. Il eft évident que la première fedion doit produire un cercle ou une courbe de même nature que la bafe, finon de même diamètre, & il n’y a perfonne qui ne le conçoive.
- La fécondé fedion produit une ellipfe proprement dite, 8c auffi régulière que celle qui eft produite par la fedion du cylindre, nonobftant la différence des diamètres des cercles, comme on le verra.
- La troifième produit une courbe appelée parabole ; enfin la courbe auffi indéfinie, produite par la quatrième fedion, eft appelée hyperbole.
- On aura la courbe produite par chacune de ces fedions, en fuivant la même méthode que pour le cylindre ; mais je ne l’applique ici qu’à la coupe oblique du cône, afin de prouver qu’elle produit une courbe auffi régulière que le fait celle du cylindre.
- Soit donc ( fig. 19 ) la coupe oblique fg dont on veuille décrire la courbe ; des points / 8cg, on abaiifera des perpendiculaires fur la bafe du cône aux
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- points h 8c i; après cela on divifera cette portion hi de la bafe en deux parties égales au point k, 8c de ce point .comme centre, & de l’intervalle iÆ, on décrira un demi-cercle, qu’on divifera en fix parties égales , par exemple , aux points 1,2,3,4, y, z, 8c on élevera des points 1,2, 3,4, y, des lignes perpendiculaires, parallèles entre elles, jufqu’à. la rencontre de la ligne f g. Or on voit que le cône eft ainfi réduit à un cylindre, dont hi feroit le diamètre, 8c qu’on auroit coupé obliquement par cette ligne : ainfi, aux points de rencontre /, m, üy £>,/>, élevez des lignes perpendiculaires à la fedion fg ; prenez enfuite fur le cercle de la bafe la dif-tance q 1, & la portez de / en <5, celle r 2 de m en 7 , celle k 3 de n en 8, celle s 4 de o en 9 , enfin, celle t y de p en 1 o, & par les points /, 6, 7, 8, 9, io,£-, faites paffer une ligne courbe, elle donnera la moitié de l’ellipfe produite par là fedion fgy 8c qui, comme on voit, eft bien régulière. Je paffe aduellement à l’autre méthode que j’ai promis d’expliquer, 8c que j’appliquerai aux deux dernières fedions.
- i°. Pour avoir la parabole produite par la coupe gc, on doit faire les mêmes préparations que pour en avoir le développement fur celui du cône, c’eft-à-dire ( fig. 22 ) qu’on doit divifer le cercle de la bafe, ou feulement le demi-cercle, en fix parties égales, par les rayons ecy enfuite la hauteur g d, auffi en fix parties égales, fi l’on veut, aux points 0, o, 0,0, o, g par des parallèles o o, puis de ces points abaiffer des perpendiculaires, à la fuite def-quelîes on décrira des cercles concentriques, 8c encore d’autres perpendiculaires l u, prolongées jufqu’à la rencontre des cercles correfpondans aux points p, />, r, j, e de plus, on fera la ligne d u parallèle 8c égale à celle gc; on prolongera les parallèles go, p p, 8c c. jufqu’à la rencontre de cette ligne aux points 11,12,13, 14, ly, 16,d> 8c on les fera retourner perpendiculairement à la ligne d u. Enfin on prendra fur la bafe l’intervalle cey qu’on portera de d en-4- ; celui l s de 16 en -K; celui Ir de ly en 4-.; celui l q de 14 en 4-; celui / p de 13 en -f.; celui l 0 de 12 en-f; 8c la courbe qui paffera par les points 11, _p, 4., 4., 4., 4-, 4.9 fera la moitié de la parabole demandée.
- Quant à l’hyperbole, c’eft la même chofe, aux lignes près ; c’eft pourquoi je me fuis contenté de marquer des mêmes caradères, dans la courbe 8c fur le plan, les diftances qu’il a fallu prendre fur ce dernier pour la former.
- De toutes ces courbes il en eft une au moins qu’il n’eft permis à aucun Artifte d’ignorer ; c’eft l’ellipfe, qu’il nomme ovale : mais beaucoup n’en connoii-fent pas de plus régulières que celle qu’ils forment par la réunion de plufieurs arcs de cercle, en fe fervant de la méthode qui eft décrite au Chapitre de la forge du plat d'une rouelle. Cette figure, pour reffembler allez bien à l’ellipfe, n’en a cependant pas toutes les propriétés, 8c dans beaucoup d’Arts elle ne rempliroit pas fon objet. Or une propriété effentieîie de l’ellipfe & dont émanent toutes les autres, eft que la fomme de deux lignes^-F 8c gj\ ou tous autres rayons veéteurs menés d’un point quelconque de fa circonférence à fes deux foyers , foit confiante 8c toujours égale au grand axe a b (fig. 20).
- De là il fuit que pour décrire une ellipfe , il faut au moins avoir déterminé deux de ces trois dimen-fions , la longueur du grand axe, celle du petit, & la diftance des deux foyers entre eux ; 8c que la connoiiïance de la troifième fe peut acquérir par celle des deux autres ; car fi c’eft, par exemple, la longueur des deux axes qui eft donnée, 8c qu’il ne s’agifle que de déterminer la place des deux foyers fur le grand axe, il fuffira d’en prendre avec le compas la moitié a e, que l’on portera de l’extré-
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- mité c ou d du petit axe à la rencontre du grand, <ce qui fera aux points F Sc/, & ces points feront les deux foyers de Fellipfe. C’eft: au contraire de ‘ces deux foyers F &/qu’il faut partir.pour fixer la longueur du petit axe , lorfque c’eft cette troifième dimenfion qm eft inconnue.
- De là auffi, point d’eliipfe plus parfaite que celle du Jardinier ; car voici à quoi fe réduit toute fon opération , lorfque dans l’exécution d’un parterre il a cette figure à former : il attache invariablement aux deux foyers de Fellipfe à décrire les deux bouts d’une corde Fgf, égale en longueur au grand axe; il la fait paffer fur fon plantoir (c’eft, dans cette opération, fa pointe à tracer ); puis, tenant toujours la corde tendue, il trace autour des deux ‘foyers une courbe qui vient finir où elle a commencé.
- Si la juftefie Sc la promptitude de cette opération -fait délirer à quelqu’un d’en faire l’application fur des plans délicats, rien ri’efi: plus aile. Il pourra, -comme je le fais, fe fervir des deux pointes d’un compas à verge, pour fixer aux foyers chaque extrémité du cordon, Sc faire parcourir, de l’autre main, la courbe à fa pointe à tracer, en tenant toujours le fil tendu, ainfi que le fait voir la fig.20. Je dis un compas à verge, parce que fes pointes font perpendiculaires, Sc par conféquent par-tout egalement éloignées entre elles. Un compas brifé -ainfi que celui qui eft repréfenté par la fig. 21, feroit le même effet.
- :§. III. Application de ces pratiques de Géométrie à VArt du Trait, ou manière d'avoir le développe-ment de la furface de plufieurs corps , par exemple, des différons Bonnets & Impériales de Fontaine.
- Ce n’eft point ici comme chez le Menulfier, le Charpentier ôc autres conftrudeurs , le profil Sc l’élévation des arêtiers qu’il faut trouver , d’après un plan donné, mais c’eft précifément la furface des .plaques , qui concourent à la formation de ces bonnets ou impériales. Je commencerai parle bonnet en pyramide carrée, afin d’amener peu à peu aux opérations plus difficiles.
- Soit donc le plan du bonnet ou couverture en ueftion , le carré a b c d ( fig. 27 ), Ôc la hauteur e cette couverture , égale à la ligne e)f; en forte que, regardée de face, elle préfente le triangle afb. Cela pofé, il efl évident que la longueur de chaque côté de cette pyramide doit être égale à la longueur de la ligne a f ou f b. Ainfi faifons la ligne 8 h •> égale à a-f, Sc du point g aux deux extrémités a Sc d de la bafe qui ne change point, puifque le plan-efl un carré parfait, menons les droites, a g d, & le triangle compris fous ces deux lignes Sc la bafe, fera la-furface d’un des côtés qui, joint à trois autres femblables, donnera le développement de la couverture entière.
- On conçoit que fi le plan n’étoit pas carré, comme celui-ci, mais long ou irrégulier, comme celui de la fig. 28, alors toutes les faces préfente-roient autant de triangles inégaux, parce qu’ayant même hauteur ils ont une bafe différente : fi de plus cette couverture , au lieu de finir en pointe comme la première , eft terminée par un plan fem-blable , ou non, au grand, il eft évident que la longueur des côtés de la même partie de développement doit être différente, & ce pour la même r-aifon. C’eft pourquoi il ne faut pas s’éloigner des quatre principes que je mets en avant, Sc qui peuvent s’appliquer à tous les cas poffibles.
- Principe I. Dans toute couverture, la hauteur de chaque membre ou de chaque côté eft égale à
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- l’hypothénufe (côté oppofé à l’angle droit triangle re&angle, qui auroit pour hauteur celle de la couverture, Sc pour bafe une ligne tirée du milieu d’un côté du petit plan, perpendiculairement fur le côté correfpondant du grand plan. Je -m’explique : fuppofons (fig.28) que le petit plan a b c d, tombant perpendiculairement de la place qu’il doit occuper fur le grand plan qu’on peut appeler de conftruftion , couvre l’efpace a b c d, qui lui eft égal, je dis que la hauteur du membre de couverture h k g eft égale à l’hypothénufe d’un , triangle re&angle , qui auroit pour hauteur la ligne i l, que je fuppofe être celle de la couverture, Sc pour bafe la ligne m w; de même pour les autres côtés , je dis que la hauteur n 0 du côté f n g eft égale à l’hypothénufe d’un triangle re&angle, qui auroit pour hauteur celle de la couverture ou la ligne i l, Ôc.pour bafe la ligne o r.
- Principe II. Mais lorfque l’on courbera ces côtés, ils excéderont cette hypothénufe ; ils la furpafferont d’autant plus qu’ils feront plus courbés, Sc cette hy-pothénule fera la corde de l’arc de courbure qu’on aura donnée aux côtés de la couverture. Ainfi, dans la figure 251,1a hauteur du côté de la couverture correfpondant au côté a b du plan, au lieu d’être égale à l’hypothénufe /b , fera égale à la courbe f 1 2 3 4 S b > & Fera par conféquent 'plus longue.
- Principe ïlï. Quant à la longueur des lignes jfp, gqy g s, Sc c. (fig.28), elle eft toujours égale à l’hypothénufe d’un triangle redangle, qui auroit pour hauteur celle de la couverture, Sc pour bafe la diagonale correfpondante , décrite fur le plan , ou du centre du plan à fes angles , s’il n’y a point de petit plan par en haut, ou de l’angle du petit plan à l’angle correfpondant du grand, c’eft-à-dire que f p eft égale à Sc que g q Sc g s fon* égales à ^
- Principe IV. Mais fi les côtés font courbés (fig.2p), l’àrcf g fera tel, que la corde fg fera la diagonale d’un triangle rectangle , qui auroit pour hauteur celle du côté fh ( principe 2e. ), Sc pour bafe une ligne h g, égale à py b.
- Des couvertures droites.
- Ces principes pofés , foit donné à conftruire un bonnet ou couverture , qui ait pour plan inférieur le trapézoïde efg h ( fig. 28 ), Ôc pour plan fupé-rieur le petit trapézoïde a b c d ; fort la hauteur égale à i /, en forte que la plaque de derrière foit un autre trapézoïde ; il faudra, de l’angle a du petit plan , à l’angle e correfpondant du grand , tirer la ligne a e ; de l’angle b à celui h , mener la ligne b h , puis celle c g, Sc enfin celle d f; enfuitë du milieu m du côté b c, du petit plan , il faut mener la ligne m k perpendiculaire au point u , fut le côté correfpondant h g du grand plan , Sc faire , conformément au premier principe , k u égale à l’hypothénufe d’un triangle reétangle, qui auroit pour hauteur la ligne il, Sc pour bafe celle u m; on fera auffi t s égale à b c , Sc perpendiculaire fut la ligne k, comme b c l’eft fur u m ; enfin on tirera les lignes g s Scht,$c on aura un premier membre de la couverture.
- Pour en avoir un fécond, par exemple, le membre correfpondant au côté gf, du milieu, r du côté de du petit plan , on mènera la ligne rn perpendiculaire au point o fur celle g f. On fera o n égale ( princ. 1. ) à l’hypothénufe d’un triangle rectangle, qui auroit i l pour hauteur, Sc r 0 pour bafe ; on fera auffip q égale à b c9 ôc on fera en forte que l’angle
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- ro n q foit égal à celui o r c ^ Sc celui o n p égal n celui o r d y enfin on mènera les lignes gq-jfp, Ôc ce fera le fécond côté. L’autre fe fera de même, •ou on taillera celui-ci, Ôc on s’en fervira coînme 4e patron pour tracer l’autre.
- Des couvertures cintrées.
- Suppofons premièrement (fig. 29) que le plan foit •le carré a b c d, la ligne fy en foit l’élévation, ôc la courbe de chaque membre de la couverture foit l’arc concave f 1 2 3 q. y 6. Gela pofé , après avoir divifé l’arc en autant de parties égales qu’on Voudra, on fera une ligne f h égale à l’arc ci-4effus,c’eft-à-dire, un peu plus grand que/A, &*on inclinera cette ligne / h de manière que fes deux extr6nités/& h fe trouvent dans les lignes/*, y k; enfuite, par les points de divifion de la courbe, on mènera les parallèles x 5 6 , u 4 7, &c. jufqu’à la rencontre de la ligne fh aux points 6, 7, 8,p, 10, ôc à c es points on en élèvera d’autres perpendiculairement ôc parallèles entre elles ; enfuite on prendra la longueur^ b , qu’on portera de h en g, celle x j de 6 en 4-, celle u 4 de 7 en 4-, celle t 3 de 8 en 4-, celle s 2 de p en -j-, enfin celle r 1 de 1 o en +, ôc en faifant paffer une courbe rentrante par les points,/ff,4^,4-,4-, 4-,^, on aura la moitié d’un membre de la couverture, avec laquelle moitié, ‘en s’en fervant comme de patron , il fera aifé de tracer les autres membres en entier, puifque le plan •étant Carré , ils doivent tous être égaux.
- Donnons encore un exemple : fuppofons que le plan par terre de la couverture foit le carré long A B C D ( fig. 30) ; fuppofons encore, pour fervir d’entablement,un petit plan de même-figure E F GH, placé perpendiculairement au deffus du côté AD, en forte que À D ôc E H foient parallèles, Ôc que le membre de derrière foit une plaque droite, que je fuppoferai taillée en talon renverfé AL, x D, -Sc qui préfentera par confisquent le cintre , ou -, .pour mieux dire , la courbure qu’on doit donner aux deux membres de couverture correfpondans aux côtés AB & CD du plan. Cela pofé , pour 'avoir le cintre de la face D G, ou la courbure qu’on doit donner aux membres correfpondans au côté BC, je divife à l’ordinaire la courbe x D ; des points X y X X -ty X de divifion, j’abaiffe les perpendiculaires xoj que je prolonge jufqu’à la rencontre de la diagonale G C , aux points q q aefquels points je les fais retourner perpendiculairement au côté DG, àu delà duquel je les prolonge encore ; enfuite je prends fucceffivement les diftances ox^ ox^ ox...t., que je porte de i en -f, de i en +, ôcc. & par les points + 4-, 4-, 4-, H-, je fais paffer une courbe qui me donne le cintre de la petite face. Voilà donc les cintres des deux faces; il faut maintenant avoir les patrons ou calibres qui doivent fervir à tracer chaque membre. Pour cela l’opération eft la même que pour la figure précédente, aux lettres près , c’eft-à-dire que pour avoir le calibre du membre B C , on fera une ligne l m égale à la courbe CK, qu’on inclinera entre les parallèles x p Ôc x y, pour la divifer en parties proportionnelles aux divifions de la ligne H * , en prolongeant les parallèles u x jufqu’à la renconrre de celle m/, aux points r, r, r...... &les élevant perpendiculairement à ces mêmes points. Enfuite on fera m B égal à H x, r 7 égal aux, ôcc. ôc en faifant palier une courbe par les points /, 1,2,3,
- 4, 5 ? 6, 7 , on aura le calibre ou patron d’un côté du membre B C.
- Quant aux deux autres membres, qui doivent s’élever fur les côtés AB, CD, ce fera en tout la même opération; c’eft pourquoi je trouve inutile de la répéter ; je dirai feulement que devant donner
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- au membre A L B la courbure AI, on doit faire A U Sc M N égales à la double courbe AI.
- ARTICL E $ E C O N D.
- î)cV ajfémblage des feuilles de métal p dur la. conjlruStioti de. différens Ouvrages.
- Avant de tracer les plaques d’Etain à Laide dés patrons, il faut préalablement les gratter au grattoir fous bras, comme le fait la fig. 2 de la vign. PI. XXI. ôc après les avoir tracées, on les coupe avec des cifailles.
- §. I. Des Fontaines de fallon.
- La forme des fontaines de fallon peut varier à l’infini ; allez fouvent on les applique dans les angles du fallon, ce qui les affujettit encore à la variation de ces angles. Elles prennent auffi différentes configurations de l’ufage auquel on les deftine, car, comme on le verra, toutes ne fervent pas feulement à contenir de l’eau pour laver les mains. Je me bornerai cependant à la defcription de celles qu’on fait le plus ordinairement.
- Fontaines ordinaires de fallon.
- La fontaine repréfentéè par la fig. irc. eft une des fontaines qu’on fait le plus communément ; elle eft conftruite de façon qu’elle peut s’appliquer par-tout ailleurs que dans des angles, car elle eft: toute plâte par-derrière, ainfi que fdn couvercle. -J’en ai fait tracer le développement à côté, qu’il eft facile d’appliquer ou de reconnaître dans la fontaine finie. Premièrement , la plaque de derrière eft toute d’une pièce , égale à la hauteur totale de la fontaine ( non compris fon couvercle ) ; la partie fupérieure & la plus grande eft un carré long, donc la bafe eft égale à la largeur de la fontaine, ôc la hauteur égale à celle de fon corps ; la partie inférieure eft échancrée par fes côtés, en talon droit -les deux côtés font deux .parallélogrammes ou carrés longs, suffi hauts que celui de derrière. Les deux pièces E E doivent avoir pour hauteur toute la longueur de la courbe a b ; fa largeur par en haut eft égale à celle des carrés longs (B) , & par le bas elle doit être égale à celle cd du petit plan d’en bas (G). La plaque de devant (O), eft un parallélogramme égal en hauteur au côté (B), mais doit avoir quelque chofe de plus iarge quand on le cintre , comme nous le fuppofons ici. La plaque D eft auffi large que cette dernière, à prendre par le haut, ôc pour le bas fa largeur doit être égale à la courbe ef du petit plan d’en bas (G), Ôc la hauteur égale à la courbe de la petite face. Quant au couvercle, il eft compofé d’un petit plan L , qui fert d’entablement pour y affeoir un couronnement quelconque ; les dimen-fions de ce petit plan doivent être données. Une fécondé pièce qui doit auffi être donnée , eft la plaque de derrière (H) : fa largeur par en bas eft égale à celle de la plaque de derrière du corps de la fontaine, Sc fa largeur par en haut égale à celle du petit plan. Les deux plaques des côtés (II), doivent avoir pour hauteur toute la longueur de la double courbe hg\ leur largeur par le bas eft égale à celle du parallélogramme B, Sc par le haut égale à celle i A du petit plan fupérieur (L) ; enfin la largeur de la plaque de devant (K), doit être égale par le bas à la courbe l m du plan M, ôc par le haut égale à celle n 0 du petit plan L. Quant aux colonnes C C, Ôc aux con-foles N N , leur développement eft celui d’un cylindre dont la bafe eft la portion de cercle m p. Après avoir taillé chaque partie de la fontaine , on chantourne au tas ou à la bigorne ( en les garniff faut de pean, pour faire relever plus vite les parties convexes ) les parties qui doivent l’être 5
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- enfuite on affemble toutes les parties, chacune dans leur place , & on les y fixe par quelques gouttes d’Etain , qu’on y pofe ae diftance en diftance avec un fer à fonder ; 8c quand elles font toutes bien exactement affemblées , on les foude, ce qui fe fait en différentes manières.
- La première 8c la plus généralement pratiquée pour ces ouvrages, eft de le faire au fer de cuivre 8c de fer, en cette forte : on commence par encrayer la pièce des deux côtés de l’endroit à fonder , puis on prend , dans une petite cuiller , de l’Etain fondu , peu chaud, qu’on coule tout le long de l’endroit à fonder , pour en faire une baguette de foudure, que l’on fera fondre, à l’ordinaire, avec celui des deux fers qui paroîtra le plus commode, après avoir, en dedans de la pièce, appliqué ou des feutres , ou le drapeau, que l’on foutiendra d’une main pendant le cours de l’opération, ou enfin, fi ni l’un ni l’autre n’eft poffible, après avoir garni de linges en dedans l’endroit à fouder, comme on le pratique quand on foude à l’étoffure ; cÇtte méthode eft d’autant meilleure, qu’elle laiffe dâps l’opération le libre ufage des deux mains.
- ta fécondé manière de fouder ces fontaines eft celle "qui fe nomme e'toffure ; mais elle convient mieux à de plus grandes pièces, c’eft pourquoi je diffère à eu parler.
- Quand la pièce eft foudée, on en de'groftit la fou-dure avec un fer chaud, ce qui s’appelle épyer; 8c fi on a intention de profiter de ces cordons de foudure pour en faire des moulures, on commence à les ébaucher au fer , après quoi on les achève 8c on les répare , ainfi que toute la pièce , avec des équines, des râpes courbes 8c droites, 8c des grattoirs 8c bruniffoirs fous bras. Ici il n’y a que les petits réglées en deffus 8c en deffous des gros bour-lets (FF, fig. i ) qui foient faits avec la foudure.
- On obfervera que le bourlet (F) d’en haut eft commun au corps de la fontaine 8c à fon couvercle, on forte que le couvercle porte un quart de rond, avec un réglet en deffus , 8c que la fontaine en porte autant, dans un ordre renverfé. Dans cette partie, ces moulures , tant au couvercle qu’à la fontaine, font maflives, ce qui, en fervant d’agrément, donne une grande folidité à l’un & à l’autre. Ces moulures fe coulent ordinairement en particulier dans des moules ou de pierre ou quelquefois même de cuivre ( j’en ai déjà parlé à l’article des plats faits d’une rouelle ) ; on les coupe 8c on les chantourne enfuite , félon le contour du bord de la fontaine 8c de fon couvercle, puis on les y foude au fer de cuivre, ou à la foudure de bifmuth (*). On ne manque pas d’obferver de fouder la moulure de la fontaine un pouce, ou environ, au def-fous du bord, pour former un diaphragme qui, entrant dans le couvercle, le fixe immuablement.
- D’après ce qui vient d’être dit de la fontaine, il femble inutile de parler de la façon de fa cuvette , auiïï n’en dirai-je prefque rien. Elle eft compofée, comme la fontaine, de plaques affemblées, jointes enfemble par la foudure. C’eft pourquoi, afin de tracer le patron qui doit fervir à tailler ces plaques, on procédera comme je l’ai enfeigné, au fujet des couvercles en impériale, en regardant le plan du fond (M), comme le petit plan, & en en fuppofant un plus grand capable de couvrir cette cuvette. Le cordon s eft formé par la foudure à l’étoffure qui a foude en même temps les deux parties, inférieure & fupérieure, ainfi que le fond. Mais les moulures q r font foudées après coup.
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- Fontaines carrées.
- . La fontaine carrée ( fig. 3. ) , ainfi que fa cuvette ( Q ), ne font pas a une projection difficile. Le corps eft formé de quatre plaques de même hauteur, foudées à angle droit. Il n’y a que fon couvercle qui foit un peu cintré; fes parties, ainfi que celle du fond , font auffi foudées à angle droit ; la plinthe du pied de cette cuvette peut être prife dans la plaque qui forme le côté correfpondant du pied.
- Fontaines à côtes.
- Les fontaines à côtes (fig. 4) ou à bonrfe fe peuvent faire de bien des manières. Leur développement eft celui de la moitié d’un cône tronqué, depuis le cordon P du couvercle , jufqu a celui du fond S, ou , fi l’on veut, fera d’autant de douelles qu’on voudra faire de côtes, & qu’on fondera enfemble à tous les angles; mais cette méthode alongeroit trop l’ouvrage; en confëquence,croyant aller plus vite, on prenoit fes mefures pour faire le demi-développement d’un cône tronqué, fur lequel développement on traçoit autant de rayons qu’on vouloit, pour le divifer en autant de douelles ; en-fuite fur le tas, avec les marteaux les plus propres & les plus convenables, on donnoit à ce développement la forme demandée ( qui prefque toujours étoit celle d’une poire ). Mais la plus expéditive de toutes les méthodes dont on fe puiffe lervir pour chantourner ainfi toute forte de pièces dont le contour eft compliqué, eft celle que mettent en ufage les Ouvriers qui en font encore affez fouvent ; la voici : On a un morceau de bois, auquel on donne* ou fait donner par un Ouvrier en bois, la forme de la fontaine ( cette pièce de bois s’appelle une forme) ; on coupe une plaque d’Etain à peu près de la grandeur 8c de la figure que donneroit le développement de cette partie de la fontaine ; on attache cette plaque à la forme par un de fes côtés, 8c avec une batte , auffi de bois, 8c couverte d’une peau, on frappe fur la plaque, êc on lui fait prendre exadement le contour de la forme. H y a cependant des parties au contour delquelies les plaques ont de la peine à fe prêter, 8c il arrive fouvent que dans quelques endroits ces plaques reviennent ; on eft forcé alors de couper avec des cifailles une languette d’Etain, & la plaque cède enfuite aifément.
- Après avoir, dune de ces differentes manières, formé la partie fupérieure ou la pyramide tronquée S F, on y foude le fond K, qui eft auffi à côtes. Ce fond fe prend ordinairement dans une jatte coulée dans un moule, ou on le fait fur le tas , 8c ce d’une feule rouelle ou partie de rouelle ; ou enfin on le fait à laide d’une forme de bois, comme pour le corps de la fontaine. Le couvercle T fe fait comme le fond, ou au marteau fur le tas, ou à la batte fut une forme. On lui foude en dedans un diaphragme d’un demi-pouce ou environ de largeur, ainfi qu’une moulure • r le bord. Quant au petit vafe d’amortif-fement & au robinet, j’en parlerai en particulier a la fin de cet article, parce que l’opération eft la même pour toutes fortes de fontaines. Mais à l’égard de la cuvette , quoiqu’elle foit du nombre des pièces de rapport de la première efpèce, cependant,pour ne la point féparer de fa fontaine, je dirai qu’elle eft faite d’une jatte entière(V), à laquelle on foude un pied (X), pris d’une pièce de poterie, dont le pied convient le mieux, 8c pour la grandeur & pour la forme y
- (*) J’ai parlé plus haut 1rs différentes manières de fouder à fous l’endroit a fouder , une cuiller de fer pleine de charbons h foudure légère ou de bifrnuth; ici, & dans d’autres pièces d’une bien allumes , taudis que le premier Ouvrier conduit par-deuus j>areille grandeur, un fécond Ouvrier tient en dedans de la pièce, un bâton de cette foudure que la chaleur de la pièce diuout. ^
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- àl’ufage qu’on fepropofe d’en faire. Quelquefois cependant on fait ce pied avec une autre jatte plus petite , dont on coupe le fond fur le tour.
- Fontaines à charnière à broche.
- La fig. 5 eft une fontaine d’une conftrusftion très-fimple Sc très-facile ; aufli eft-elle plutôt deilinée -à fervir utilement dans la maifon d’un fimple particulier, qu’à orner un veflibule. La plaque de
- derrière préfente un parallélogramme régulier jufqu’à
- la hauteur du bord, au deflus duquel elle eft diverfement découpée Sc percée au milieu, pour fufpendre la fontaine à un crochet ; ainfi le vaifleau efl: une moitié de cylindre, 6c a pour développement un parallélogramme de la hauteur donnée de la fontaine, 6c pour bafe une fois 6c demie fon diamètre ; le plan du fond fera par con-féquent un demi-cercle. On foude ces parties les unes aux autres , comme on le fait pour les autres fontaines. Celle-ci n’a de particulier que fon couvercle , qui s’ouvre 6c ferme à charnière ; fouvent cette charnière n’eft autre chofe qu’un ou plufieurs crochets d’Etain, attachés au doflier (Z ), & qu’on fait entrer dans des trous pratiqués pour cela, fur le derrière du couvercle ; mais une méthode qui donne à l’ouvrage beaucoup plus de propreté 6c de folidité, efl: celle-ci. On fait en Etain une forte de charnière que les Serruriers appellent fiches à noix ou à broche, 6c que j’ai voulu défigner fous le nom de charnière à broche. Cette charnière fe fait avec le canal de deux canons à platine, qu’on coupe 6c que l’on divife en plufieurs dharnons égaux, qui s’ajuflent cnfuite lés uns dans les autres. La broche d’Etain qui doit s’enfoncer dans le trou de cette fiche ou charnière , efl: coulée dans un morceau de papier ou de carton mince, qu’on a roulé fur la broche de fer, faifant partie du moule de canon à platine. La partie poftérieute de la fiche fe foude au doflier, 6c même à la fontaine, par fes deux bouts ; l’autre fe foude au couvercle. Cette méthode de faire 6c d’ajüfter des charnières en Etain,efl: certainement ingénieufe, & l’on voit bien qu’elle efl: applicable à beaucoup d’autres ouvrages. Je ne parle point du petit bouton qu’on met fur le devant du couvercle, &qui fe coule dans un moule fur la pièce, comme les boutons des couvercles de potagers, écuelles, ôcc.; je dirai feulement que la cuvette ( X ) fe prend d’un bas de potager ou d’autres pièces analogues , dont on a les moules à fa portée. On pourroit encore, pour plus d’exaftitude, ne prendre que la moitié de ce bas, 6c fonder par-derrière une plaque d’Etain.
- Fontaines à chaifes.
- En quelques lieux que j’aye été, je n’ai vu nulle part les fontaines d’Etain d’un aufli fréquent ufage qu’à Lyon. Les habitans de cette ville, qui ont toujours cultivé les Arts & protégé les Fabriques, 6c qui fans doute favent bien apprécier l’économie du fervice, ont toujours banni de chez eux les vaifleaux de cuivre, particuliérement en fontaine, de ont mis tellement en ufage celles d’Etain, qu’on peut dire, fans exagérer, qu’il n’y a, dans cette ville, aucune maifon bourgeoife où on n’en remarque au moins une. C’efl: ce qui fait aufli qu’on les y a fingulièrement perfectionnées, les autres Arts, la Menuiferie& la Sculpture, quelquefois aufli la Peinture , fe réunifiant à celui-ci pour les embellir. Je parle des fontaines à chaifes à confoles ( fig. 6 ). Leur forme dans toute la ville efl: à peu près la même, ou tout au moins dans la même fabrique. C’efl: une économie de la part du Fabricant, qui, pour accélérer fon travail 6c mettre fa marchandife
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- au prix le plus bas, fe procure les moules des parties dont la conftrudion eft la plus difficile.Dans cette ville en effet les Fabricans font ou font faire les moules de bonnets ou couvercles (a) , 6c des fonds ( j’ai déjà parlé des avantages qu’une pièce coulée en moule a fur une autre faite de morceaux rapportés). Aufli je le fuppoferai, 6c ne parlerai que de leur manière de faire le corps de la fontaine , dont le contour efl: prefque toujours compliqué 6c difficile. Ils ont une forme ou calibre dont le contour eft celui qu’ils doivent donner à la fontaine ( j’ai parlé plus haut de ces fortes de forme, â l’explication de la fig. 4. ). Ils prennent donc fur une plaque coulée dans un moule ( voy\ PI. II, 6c Vaifièllier pag. 47), une bande quadranguîaire de la hauteur qu’ils veulent donner à la fontaine, & d’une longueur indéterminée. Après avoir ébauché cette plaque au grattoir fous bras,(Pl.XXI, fig. 1 ), ils l’attachent par un de fes bouts à l’angle de la forme ou calibre , qui porte pour cela de petits clous d’Etain , 6c avec une batte de bois , ils l’abattent fur la forme, l’enfoncent dans les ondes du calibre , en fe fervant, s’il eft néceffiaire, d’un coin de buis ou de fer , dont le tranchant eft é moufle 6c arrondi plus ou moins; lorfqu’ils font parvenus à l’angle oppofé, s’il leur refte encore affez de longueur de la plaque pour faire le doflier, ils la ployent de la même manière, 6c font joindre les deux bouts au premier angle , ce qui ne fait qu’une feule foudure longitudinale dans le corps de 1? fontaine ; mais il n’y a aucun inconvénient de faire deux foudures aux deux angles op-pofés, en faifant la plaque de derrière d’un morceau féparé. J’omets aufli les autres façons qui font communes à cette fontaine 6c à toutes les autres, comme pofer les moulures, les robinets, 6c va fes de couronnement ; j’ai déjà parlé de la première opération ; je ne parlerai des autres qu’en leur particulier , ainfi que de la manière de fouder les cuvettes , particuliérement en ufage à Lyon. J’avertirai feulement que , pour donner plus de folidité à la paroi de derrière, à laquelle eft attaché un ou plufieurs pitons d’Etain, pour fixer îa fontaine à fa chaife, on fonde en dedans du vafe, au doflier comme au devant, une ou deux douilles qui les unifient. On a foin de pofer la première au moins à trois pouces au défions du bord de la fontaine, afin qu’elle ne rejette pas l’eau qu’on y verfe.
- La figure feptième repréfente l’élévation d’une fontaine d’un différent contour, deffinée aufli à être mife fur une chaife , comme celle que je viens de décrire. Le fond de celle-ci eft horizontal, Sc le couvercle eft d’un deflein qui permet de le modeler fur la forme, ainfi que le corps ; alors le le plan (b) d entablement, ainfi que le fond de la fontaine , pourront être foudés' en même temps que les cordons de moulures, 6c pour le refte on opère comme aux précédentes.
- Fontaines d’encoignure.
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- Pour ne rien laîfler à délirer, en me renfermant cependant dans les bornes étroites que je me fuis prelcrites, je donnerai ici la defeription d’une fontaine d’encoignure ( fig. 5? ). Cette forme eft d’au-tafit plus commode, & procure d’autant plus d’avantage , que la place qu’on fait occuper à la fontaine eft fouvent une place perdue. Il eft donc aifé de voir qu’outre les variations que peut fouffrir cette fontaine pour le contour de fa furface antérieure, variations qui dépendent du goût de l’Ouvrier ou du confommateur , elle eft fujette encore à des variations qui ne font point arbitraires , je veux dire qu’elles varient comme les angles qui doivent les recevoir; il faut donc, pour conftruire une pareille
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- fontaine-, fa voir quel angle font entre elles les deux murailles. Je le fuppoferai droit, ou de po degrés, .parce qu’il eft plus ordinaire qu’il foit tel. Le fond de cette fontaine étant plat , & pouvant en fervir de plan-, on le taille à angle droit par-derrière , faifant les deux côtés égaux, 8c on découpe l’hy-.pothénufe ou le grand côté, comme on veut ; on fait enfüite deux parallélogrammes égâùx, auxquels on donne pour hauteür celle qui a été déterminée pour la fontaine, <Sc.pour largeur un côté égal à un *des deux petits côtés du fond ; on taille un àutre parallélogramme de même hauteur, mais d’une longueur proportionnée au contour du plan; on chantourne cette plaque , félon le contour de la face antérieure du plan , & ces trois parties forment tout le développement du corps de là fontaine, lefquelles.parties fe joignent enfemble par là foudure. Le couvercle (f ) efr auffi au moins de trois pièces, dont on peut cintrer la plaque de devant de toutes lés manières que j’ài enfeignées pour les autres, & la cuvette fefait comme celle reprc* fentée par la fig. 2 , ayant égard à la différence dés plans.
- Fontaines à glace»
- Enfin, il eft encore une efpèce de fontaine de fallon, qu’on nomme'fontaine à glace|, ôu glacière, en ufage dans tout le Languedoc. Cette fontaine eft tellement cônftruite , qu’elle contient au milieu de la glace plufieurs liqueurs enfemble, ce qui l’a fait encore nommer fontaine à rafraîchir. La figure extérieure de cette fontaine n’ayant rien de fingu-ïier, je n’en ai donné que là coupe (fig. 10 ), quiétoit nécefîaire pour en entendre la conftru&ion. Les deux vafes^,^, font deftinés à contenir les liqueurs qui fe déchargent par les ouvertures A ,
- après avoir parcouru les tuyaux èn ferpentiris qui baignent dans la glace ou l’eau fraîche renfermée dans le corps de la fontaine. Ces ferpen-tins fe font ou de plaques roulées & foudéês, ou, ce qui vaut beaucoup mieux, de tubes de ferin-gués, d’égale longueur, qu’on fait communiquer les uns aux autres par des coudes ronds ou carrés /,/,/, où qü’on fonde bout à bout les uns des autres en zigzag, en faifant faire aux tuyaux l’angle le plus aigu poffîble : les vafçs fphériques g, g, qui font comme lès réfervoirs, fe font avec la pânfe d’un grand pot à l’eau , que l’on foude au tube; on fait à ces vafes chacun un petit couvercle , honobftânt celui de la fontaine. Toutes ces parties étant ainfi fondées les unes aux autres, on répare lesfoüdurés; & on foude enfin les ferpèntiris au fond de la fontaine par îeifr extrémité inférieure, ou oh les fait aboutir à la plaque de devant, pour y ajufter enfuite des robinets de quelque façon què ce foit.
- Manière de fonder les Cuvettes a Vetoffure.
- C’eft ici que je me fuis réfervé dé donner la manière de préparer les cuvettes pour les foudér à Vétojfure (*), 6c que j’appliquëîai , comme le font les Fahricans, aux Cuvettes des fontaines de Lyon , dont j’ai âùffi différé là defcription.
- Dans un grand moule de jatte ou de baffin à large bord , on jette des jattes ou baffins, dont bn prend la moitié au moins, 8c fouVent les deux tiers, pour faire la cuvette; on en découpe le bord, en forte qu’il réponde âu contour de îâ "fontaine ; on taille enfuite une plaque d, PI. (XXI, fig. 6 ) d’une longueur convenable, découpée à fa partie fupérieure, pour faire tin doffier , qui ,
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- s’appliquant contre la chaife ( PI. XX, fig. 6), garantit de l’eau le bois de la chaife : on coupe une bande d’Etain d’un pouce ou un pouce 8c demi de large , fur une longueur égale aux contours du bord découpé de la jatte ; on chantourne cette bande fur le bord de cette jatte, 8c on l’y fixe à me* fure-par des gouttes d’Etain de diftance en diftance$ on attache de même le doffier à la jatte, 8c on foude le tout à l’étoffure en cette forte ; Pour con-ferver, malgré l’impreffion de la foudure, le luftre intérieur de la pièce qui a été finie fur le tour avant de la couper en deux, on délaye de la terre franche, pilée & paflèe au tamis, pour en faire un brouet liquide capable d’être coulé; enfuite l’Ouvrier enfuive en dedans les jointures à fouder ; puis, avec une cuiller (Fl. XXL, fig.2), il prend dans le fe au du brouet qu’il y coule, 8c qu’il y étend, pour en former une bande de deux pouces de largeur 8c d’à .peu près deux lignes d’épaiffeur ; cette préparation faite, on laifle féchef le brouet naturellement ( lequel acquerra bientôt de la* confiftance, fur- tout fi on a fait bouillir le brouet avant de le couler, &fi on le coule étant encore chaud), & la pièce eft prête à étoffer. L’Ouvrier fait des an-douillettes de terre à pot, qu’il applatit pour les appliquer des deux côtés de la jointure en deffoüs de la cuvette (Voy. même Planche, fig. 3, en M), formant deux murs latéraux, dîffans d’un dëhii-pouce l’un de l’autre, 8c éleyés d’à peu près autant au deffus de la furface de la pièce. Après avoir ainfi garni de terre à pot tout le pourtour de la cuvette qui eft à fouder, ce que je me fuis contenté de faire repréfenter ici pour une partie M K, on met de diftance en diftance, par exemple, de fix pouces en fix pouces, dé petites digues de terre à pot, qui brifent le canal en ptüfîeürs par* ties, comme M K. On pratiqué enfuite üh petit bec, qu’on prolonge, s’il eft béfoin, en faifant entrer dans la terre, au deffus du bée , une carte pliée : ces dernières préparations étant faites, l’Ouvrier prend dans une cuiller de l’Etain fondu & bien chaud, 8c le coule dans le canal de terre* Cet Etain diffoùt les deux parties à fouder, 8c fe décharge par Je canal pratiqué a Une ligne ou deux âu deffus de la furface de là pièce, dans une autre cuiller que l’Ouvrier tient avec fon autre main. Dès que l’Etain eft figé, il ôte les deux digues de tefre qui bornoient eè premier canal, rêprend de l'Etain chaud dans fa cuiller, 8c en coule dans les deux parties voîfinès du canal, en faifant difi-foudre par l’Étain les deux extrémités de la pre* mière foudure. Après qu’on a foudé de cette manière tout le tour de la pièce, on ôte la terre à pot, 8c on ëpilie la foudure pour la réparer en-fuite à l’ordinaire, c’eft-à-dire , aux grattoirs 8c bruniflbirs fous bras. Pour détacher la terre franche , il fuffit de mettre dans la pièce de l’eau qui la délaye, 8c qü’on jette enfuite dans le feati ; la foudure n’a pas befoin d’être réparée en dedans ; elle n’eft pas moins unie que le refie de la pièce, mais feulement un peu plus blanche. Il y a en* cote une autre manière at préparer les ouvrages pour fouder à l’étoffure ; j’aurai occafion d’en parler dans peu, en décrivant ta fabrication des chaudières de Teinturier.
- Obfervez que l’Etain, eïi étoffant, ne doit pas bourfoufler ni pétiller ; c’eft l’effet ou de l’hUmi-dité du brouet qü’on n’a pas laifle fécher aflez , ou de la terre à pot qui eft appliquée trop fort à là pièce, ou enfin dé îâ trop grande chaleur de l’Etain ; ces effets n’auroftt pas Iieü, fi on fait difparoître les caufes.
- (*) Cette méthode peut & doit même être mife en ufage pour parties avant de les fouder ; de même qu’ici on tourne les jatte» fcuder à l’étoffure toute autre pièce dont on a bruni les différentes avant de les couper pour en faire des cuvettes.
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- Maniérés de fonder les Cannelles ou Robinets , & les Vafes de couronnement.
- 'Après àvoir réparé la fontaine en entier, c’eft par ces deux opérations qu’on finit : commençons par les robinets. Les robinets peuvent fe pofer de deux manières, ou immuablement, bu de façon que fans endommager la pièce, on puiffe les retirer quand on le juge à propos, comme on le fait à l'égard des tonneaux. Si on les veut fixer immuablement , on étamera en dehors le bout de là douille jufqu’à un demi-pouce defon bord ; enfuite, avec un vilebrequin dont les mèches font coniques ( yoy. la PI. XXVII, fig. ïp ) on fait, au fond de là fontaine , fi les robinets font cônftruits comme ceux des figures 1,3,4, 5, 6, 7, PI. XX , ou au bas de la plaque de devant, fi lès robinets font droits comme celui de la fig. p ^nêmè Planche, un ou plufieurs trbüs du diamètre extérieur de la douille ; on y enfonce le bout de cette douille ,& on la fixé droite par quelques gouttes d’Etain, qu’on met autour en dehors avec le fer dé cuivre ; en-fuite , avec des andouillettes de terre à -pot, on fait; un petit mur autour de la cannelle, qui renferme un efpacè régulier , formant une rofette, par exemple , ou régulièrement irrégulier , formant un cœur ou autre écuffon femblable, dont la douille occupe le centre ; puis èn dedans on applique une rouelle dé linge uïi peu plus large que rëcufTon qu’on veut former, & qu’on fait tenir à la pièce par un gâteau de terre à pot plus large que la rouelle de linge, ôc dont on la couvre. On revient enfuite en dehors , ôc avec trois an-douillettes de même terre, qu’on afiujettit d’un bout à la furface de la pièce en dehors du petit écuffon, & qu’on fait aboutir dè Tautre bout à la douille , on forme trois arcs-boutans qui foutiennent cettè douille perpendiculairement lors de là fufion des parties ambiantes par l’étoffure. Enfin on fait un bec aù petit mur , deux ou trois lignes au deffus de la furface de la pièce , Ôc on étoffe à l’ordinaire. L’opération faite, on lève la terre tant en dedans qu’en deffus, âinfi que là rouelle de linge ; on dégïoftit enfuite avec le fer là furface de l’é-cuflbn qu’on à fait, on le râpe ôc on le répare, 6c le robinet ou cannelle eft fixé immuablement.
- Si on veut que là cannelle püiffè fe tirer fans en^ dommager pour cela la fontaine, on a une douille féparée d’un pouce de long, de dont le diamètre intérieur égale le diamètre extérieur de la douille de la cannelle,en forte que celle-ci puiffe entrer dedans un peu à force ; ôn foude là première douille à la fontaine de la manière que je viens de décrire : on fait entrer la cannelle dans cette douille, Ôc pour l’y faire mieux tenir, on étame le bord de la groffe douille, ôc la partie correfpondante de celle de la cannelle, ôc on foude légèrement ces deux parties avec le fer de cuivre, en ne prenant que peu d’Etain.
- Quant aux vafes d'amortiffement, qui fervent en même temps pour prendre le couvercle, il y a bien des manières de les joindre à la pièce. On pourroit premièrement les jeter, comme difent les Ouvriers, fur la pièce, de même qu’on jette les boutons fur les couvercles d’écuelles, de potagers , porte-dîners, &c. Mais comme il ne feroit point aile alors de les tourner pour les polir, cela fait qu’on coule ces vafes en particulier dans un moule, pour les tourner enfuite, ôc enfin les fouder fur l’entablement du couvercle. Or il y a encore deux manières de former ces vafes avant de les fouder. Premièrement , Ôc c’eft la méthode la plus expéditive ôc la plus accréditée, on les forme dans un moule de cuivre ou de pierre, de façon qu’on ne fait
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- que les gratter &*polir fur le tour avant de les fouder ; une fécondé méthode eff de couler tout uniment dans un carton roulé ou dans un trou long ôc rond, pratiqué dans une pierre tendre, un boulon d’Etain, qu’on met enfuite fur le tour pout en former le vafe ôc l’y brunir. Tout l’àvan** tage de cette méthode, fi c’en eft un, eft de mettre l’Ouvrier à portée de varier la forme de ces vafes: félon fes différens goûts , ôc de l’accommoder à celle de la fontaine.
- Mais de quelque manière qu’ils fôient formés , ils portent toujours par-deffous leur bafe un petit boulon cylindrique, d’un moindre diamètre que celui de la bafe même. Ce boulon fert à fouder lè vafe au couvercle en la manière fuivante : On fait avec le vilebrequin un trou roùd, du diamètre du petit boulon du pied du vafe ; on y fait entrer ce boulon tout entier , ôc on le fixe en cet état en diffolvant en dedans avec le fer la partie éxcédente du boulon fur le couvercle.
- §. II. Ëés Chauffe-pieds, PI. XXL
- "Chauffe - pied , eft une dénomination générale 'qu’on donne à tous les inftrumens qui ont la propriété de chauffer les pieds ; ôc comme il s’en fait de bien des fortes relatives aux circonftances 01* le confommateur veut s’en fervir, on leur a donné des noms analogues, ou qui ont fernbîé avoir de •l’analogie à leur forme, ou aux lieux ôc aux temps dans lùfquels on les emploie : ainfi On a nommé boules à lity dès chauffe-pieds à peu pïès fphériques dont on fe fert dans le lit, ôc dont j’âi parlé fut la fin de l’Art du Vaiffellier ; celui de moine^U des chauffe-pieds longs Ôc cylindriques ; celui de bahut ^ aux chauffe-pieds demi - cylindriques , Où dont la plaque de deffus èft arrofidie comme celui de la figure 1, dont on fe fert aufti dans le lit-celui de carreau, à des chauffe pieds carrés & peu élevés, deftinés à fervir dans les voitures ; enfin celui de jabot, à im chauffe-pied, fig. 4 ôc 5 , dans lequel on fait entrer les pieds, & dont On fe fert dans les bureaux Ôc les cOnfeffionnaux ; mais je ne dois parler ici que de ceux qui fe font de plaques,.
- Les bahuts, fig. ï , font compofés de quatre plaques, dont les deux des bouts font deux demi-cercles égaux ,& les deux autres n’ont que la longueur d’égale, tandis que la largeur de l’une, c’eft-à-dire, de celle de deffus, porte une fois ôc demie ôc un peu plus la largeur de l’autre. Après avoir cintré la planque de deffus, l’avoir percée au milieu, & y avoic foudé une virolè à vis prïfe d’une feringue ou autre chofe, on attache cette plaque fur celle dû fond par quelques gouttes d’Etain dans toute fa longueur; on attache aufti Pim des demi-cercles des bouts tant à la plaque de deffus qu’à celle de deffous ; on emplit le coffre de fciures de bois ou de gros fon, qu’on preffe bien , ôc on attaché le fécond demi-cercle ; on remet encore du fon par l’ouverture de la vis, qu’on bouche de fa boîte, Ôc on foude le tout au fer ou à l’étoffure. Ou voit bien qu’il n’eft pas poffibîe de réparer ces foudures autrement qu’à la main.
- C’eft aufti de cette manière qu’on foude les carreaux pour les traîneaux ôc aùttes voitures. Ces chauffe-pieds étant des paralléîipipèdes, ils auront pour développement fix furfaces ou fix plaques rectangulaires , dont celles qui font parallèles l’une à l’autre font égales. Les ouvertures b Ôc c (fig. a ôc 3 ) fe font ou fur la plaque du deffus, ou fur celle d’un des côtés, proche un angle, félon que l’exige dans la voiture la place deftinéè à le recevoir.
- Mais l’efpèce de chauffe-pieds qu’on nomme Ja~ bot (fig. 4 ôc 5), eft fans doute la plus difficile à
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- •conflruire ; on le fait cependant, & elle efl une .preuve qu’il n’y a rien qu’on ne puifi'e exécuter avec ce métal, & que dans les mains d’un Ouvrier intelligent, il prend, comme une cire molle, toutes les formes qu’il veut lui donner.
- On commence par tracer les femelles d’un pouce plus longues que les plus grandes femelles de fou-liers, à caufe de la double équerre du talon en A, ôc auffi un peu plus larges ; on arrondit les femelles par le bout, fans les étrangler par le milieu comme celles de foulier, & on les rend bouges fur le tas, afin qu elles emboîtent mieux le pied. Après cela, on fait la double équerre du talon ; on cintre ôc on attache fur chaque femelle une^jplaque un peu plus longue, qu’on taille Ôc qu’on échancre fur la femelle après l’y avoir attachée ; on fonde enfin ces deux pièces de quelque manière que ce foit, ôc l’on a d’abord comme une paire de pantoufle. Cela fait, on foude à la femelle en deflous -& à la plaque du fond en dedans, une bande perpendiculaire d’un pouce ôc demi de hauteur (B), en laiffant la même diftance entre les deux pantoufles. De l’autre bout on foude à angle droit fur le côté C du fond, une plaque égale en longueur -à ce côté , ôc taillée comme la figure le représente. On taille enfuite une plaque de la largeur de celle du fond (B), auffi haute que le coup du pied des pantoufles, ôc un peu cintrée par le haut ; elle' occupera le bout du fabot, puis on coupera une grande plaque dont la longueur fera égale à celle du fond , Ôc la largeur égale aux trois cotés fupérieurs de la plaque cintrée du bout. On ploie cette grande plaque félon le contour des trois côtés de celle du bout ; on attache cette grande plaque de deffus, à angle droit, aux deux côtés de celle du fond, ôc après l’avoir -échancrée fur les pantoufles, on courbe entre elles deux la lame DC. On attache à mefure, par des gouttes d’Etain, les parties les unes aux autres, en les joignant bien ; on emplit de gros fon l’intérieur de la pièce, avant d’attacher la plaque du bout, Ôc on fonde le tout à l’étoffure ou au fer. Cela fait, on trace avec un compas, fur le milieu de la plaque de deii'us, un cercle du diamètre de la virole à vis qu’on y doit pofer; on perce la plaque ôc on y foude cette virole avec le fer de cuivre (fig. q, ) ; enfin on jette fur la pièce un fort tenon de chaque côté, pour*recevoir deux boucles ou deux poignées , à l’aide defquelles on puiffe tranfporter aifément le fabot : on vide enfuite le fon, & on répare les foudures ôc les parties les plus apparentes de la pièce.
- §. III. Des Marmites économiques en Etain.
- L’invention des foyers cylindriques pour chauffer l’eau contenue dans un vafe , n’efl pas nouvelle ; mais l’application qu’on en a faite aux marmites ne remonte pas à plus de vingt ans, ôc l’on doit convenu qu’elles ne portent pas en vain le nom qu’on leur a donné. Mais on a été, ôc on efl encore embarraffé du choix du métal le plus propre. On défireroit en ‘effet un métal falubre, egalement capable d’endurer le feu d’ébullition fans fe fondre, ôc à la portée de tout le monde par la médiocrité de fon prix; Ôc ce font des qualités précieufes qui ne fe trouvent réunies dans aucun. Le cuivre les auroit toutes , fi fa diffolution n’étoit pas un poifon, ou fi letamage étoit capable de raffurer contre la négligence de ceux qui en font ufage. La rouille du fer ôc la fragilité de la fonte font mettre ces deux matières hors de rang. Le fer-blanc a femblé le plus propre, & on en a fait confidérablement ; mais je crois qu’on a fermé les yeux fur quelques mauvaifes qualités , pour ne faire attention qu’à la modicité de fon prix ôc à fa
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- falubrité. Il faut pourtant convenir auffi qu’on en à fait un aiïez grand nombre en Etain; mais deux grands obflacles s’oppofoientàla propagation de ces uflen-files dans les cuifines. Premièrement, le défaut de falubrité qu’on imputoit au métal en général, en fup-pofant qu’il contenoit de l’arfenic ; fecondement, un défaut réel à la vérité, mais qui n’a lieu que par la négligence des domefliques, qui laiffent dans le cylindre d’Etain, celui de tôle qui contient le feu, après avoir tiré le bouillon ; je veux dire l’ao-cident de la fonte du cylindre, il faut peut-être y ajouter le prix, qui en femble trop haut. Mais tous ces défauts peuvent être anéantis dans une bonne fabrique. Je ne parle pas du premier, car je crois avoir prouvé qu’il n’efl que l’effet de la préoccupation de ceux qui le lui imputent; mais on remédiera au fécond en durcifïànt le cylindre par un alliage; ôc il ne dépend que du Public que le troi-fième diminue dé beaucoup. En effet, fi le débit étoit un peu confidérable, au lieu de faire les marmites de plaques, comme je le fuppofe ici , on les feroit dans des moules, ôc la façon n’ajoute-roit pas beaucoup à la valeur du métal.
- On donne à ces marmites une forme ovale ( fig. jo & 11 ), ôc on place le cylindre à un des foyers de l’ellipfe du fond , afin qu’il relie de l’autre côté une place affez grande pour contenir les pièces de viandes. On commencera donc par décrire fur une plaque l’ovale du fond, félon les dimenfions données ou qu’il plaît de prendre ; cet ovale étant décrit, on le coupe avec des cifailles , ôc on l’achève à la râpe. Cela fait , on taille une autre plaque ovale dont le pourtour doit être par-tout de deux lignes plus large ; ôc pour cela, fans faire une fécondé opération , on ouvre un compas de l’intervalle de deuxlignes , ôc appliquant la première plaque fur une fécondé, on conduit le compas autour de celle-là , ôc on trace fur celle-ci une double ligne ovale ; après cela, on enfonce les deux plaques d’un demi-pouce par deux ou trois rangs au plus de coups de marteau-bouge, obfer vanta la plus grande plaque de faire aboutir le dernier rang à deux lignes de fa circonférence ou à la circonférence tracée du fond, Ôc des deux lignes qui refient, on fera une plate-bande dont on avivera l’arête auffi fur le tas. Cette dernière plaque fera le couvercle, ôc la première fera le fond; mais pour faire E tour, on coupera une bande de métal, dont la longueur fera égale à celle de la circonférence du fond, Ôc la largeur égale à la hauteur donnée de la marmite. On courbera cette plaque à peu près félon le contour elliptique du fond, ôc on en fondera les deux bouts enfembie ; alors, avec la batte de bois, on achève de lui donner le contour de ce fond, qu’on y attache ôc qu’on y foude enfuite au fer ou à l’étoffure : on épille cette foudure^ ôc on répare la pièce , foit à la main , foit fur le tour compofé , ci-devant décrit ; après cela, on fait, au foyer de l’ellipfe du fond, un trou du diamètre extérieur du cylindre qu’on y veut fouder. On peut faire ce cylindre ou d’Etain endurci par quelque alliage, ou de fer-blanc ; s’il efl d’Etain, on le tourne, on l’attache à fa place par trois ou quatre gouttes avec le fer de cuivre, ôc on le foude à l’étoffure par-deffous, en garniffant en dedans le cylindre d’une bande de feutre, ôc la marmite en dedans autour du cylindre, d’un cercle de brouet ; on épille ôc on répare cette foudure, ôc on finit la marmite par y mettre trois pieds (1,2, 3), ôc deux poignées {u). Je fais ces pieds d’une double ou triple feuille de fer-blanc couverte d’Etain, ôc je les foude à l’étoffure, ainfî que les deux poignées, fi je les prends dans les anfes de potagers. On peut auffi, fi on en a les moules, les jeter fur la pièce, comme aux for-betières , pots à bouillon, Ôcc. Pour finir le
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- couvercle , après l’avoir préparé comme ci-deffus, On lui foude,à la foudure forte de bifmuth, une bande d’Etain contournée félon la circonférence intérieure de la marmite, ce qui forme au couvercle une dent ou diaphragme qui fert à le fixer à la marmite. On applique enfuite le couvercle fur la marmite afin d’y marquer le cercle du trou qu’il faut y faire pour que le cylindre pafTe au travers; on met enfin une poignée (r)au couvercle, Sc la marmite eft finie, au moins pour l’ouvrage du Potier d’Etain; car il y a encore à faire un cylindre de tôle ( s ) ou de fer noir, percé par le bas 8c à fon fond. C’eft dans ce cylindre qu’on met les charbons allumés; & comme il doit entrer par-deffous dans le cylindre d’Etain, il faut que celui de fer foit plus étroit par le haut , & entre un peu à force par le bas , afin de fe foutenir par le feul frottement. Il y a encore une pièce dépendante du Tôlier; c’eft un cendrier, c’eft-à-dire, un petit poêlon pour recevoir les cendres»
- §. IV. Des Fontaines de cuijine fablées»
- J’ai décrit ci-devant la fabrique des fontaines domeftiques fimples Sc coulées dans des moules ; mais pour les rendre propres à clarifier l’eau, on leur ajoute plufieurs fonds qui partagent la moitié fupérieure de la fontaine en autant de parties , Sc cet ouvrage dépend de la branche de l’Art qui nous occupe en ce moment. De plus,fouvcnt on fait entièrement ces fontaines de plaques d’Etain, comme je le fuppofe ici, 8c alors la pièce entière fe conftruit au fourneau. Il eft vrai que des Ouvriers peu experts dans cette partie de leur Art, trouvent dans la fabrication des ouvrages de plaques, de forts obftacles qu’ils ne fe mettent point en peine de furmonter , regardant au contraire le manuel de ce travail comme les éloignant trop de la concurrence avec ceux qui les font en moules. Mais qu’ils- confidèrent que rÉtain fondu ne peut parcourir, par les jets du moule , un efpace aufti étendu que celui de cinq à fix pieds de circonférence dans l’épailfeur ordinaire d’une ligne ; que fi on les coule d’une épaiffeur double , le poids des fontaines, fur-tout fi rÉtain eft allié de plomb, devient énorme ; qu’il y a toujours un grand nombre de défectuosités à réparer après la fonte, fou vent même d’autres non moins confidérables qui fe découvrent en ébauchant la fontaine fur le tour , Sc ils quitteront bientôt leurs injuftes préjugés.
- Je crois donc qu’il eft incomparablement plus avantageux de conftruire ces fontaines, & d’autres pièces d’un fi grand volume, avec des plaques ou tables d’Etain auxquelles on peut ne pas donner plus d’épaifTeur que celle d’une ligne ; la fabrication n’en eft pas plus longue, le poids en diminuera de moitié, & par conféquent aufti la valeur; l’Ouvrier ne fera pas gêné par les moules qui bornent la grandeur de ces fontaines , 6c elles deviendront à la portée de prefque tout le monde. Je confeille même à mes Confrères d’accélérer leur travail en coulant des tables d'Étain fur coutil, à telle épaiffeur, largeur 6c longueur qu’il fera nécef-làire, comme je l’enfeigne plus bas, 8c de les faire palier deux ou trois fois entre les cylindres du laminoir , ce qui leur donnera toute la folidité d’un Étain forgé. Cette méthode facilitera non feulement le travail de ces fontaines , mais encore celui d’autres plus grandes pièces , 6c notamment des iéfervoirs publics d’eau, qui auront par-là l’avantage de ne point dépérir par les foudures , comme
- (*) Je ne répète point ici la méthode de trouver le développement du cône tronqué , & qu’ori a lue au commencement de ce Chapitre j j’avertis feulement que faute de compas ordinaire
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- le plomb, d’être moins pefans Sc moins coûteux, à -réfiftance égale.
- Defcript'on & effet des Fontaines fablées.
- Pour bien conftruire une machine quelconque, il faut néceffairement avoir une idée jufte 8c de fa conftruèlion ôc de fes effets; ii eft donc intéreffant de s’appliquer à la defeription que je vais faire de l’un & de^autre.
- A l’extérieur, cette fontaine (fig. i ) ne femble pas différente des fontaines fimples Sc ordinaires; mais fi on la regarde en dedans, comme la repréfente la coupe ( fig. 2 ), on remarquera que la moitié fupérieure H 1 eft divifée par trois limbes i, 2,3, du diamètre intérieur de la fontaine, à l’endroit où on les fixe; ces trois limbes font percés au centre, chacun d'un trou rond, îefquéls trous font en même progreffion que les limbes , c’eft-à-dire que le trou du premier doit être affez grand pour que le couvercle du fécond y puiffe palier, 6c ainfi du fécond à l’égard du troifième. Autour du trou des limbes eft fondé un cercle de même diamètre , pour entrer dans celui d’un couvercle qui doit clore affez bien ; chaque limbe enfin eft lbuaé lui-même à la fontaine , au moins à un demi-pied de diftance l’un de l’autre. On doit encore remarquer une pièce effentielle ; c’eft la ventoufe a b^ qui fert à donner fortie à l’air contenu dans la partie inférieure G, à roefure que l’eau y tombe, après avoir paffé par les filtres. Cette ventoufe eft un tuyau qui communique la partie fupérieure avec la plus baffe, en traversant chaque limbe auquel il eft foudé; il s’élève jufqu’à un demi-pouce au deffous du quatrième limbe qui couvre toute la fontaine, Sc par conféquent au deffùs de la furface de l’eau, même quand la fontaine eft pleine. Sur chaque limbe on met du fable , fans pourtant emplir entièrement l’efpace intermédiaire, Sc on jette l’eau dans la fontaine fur le premier limbe»
- L’eau filtre à travers le fable qui eft fur le premier limbe, s’infinue entre le couvercle Sc le diaphragme du limbe, y monte comme dans un efpace capillaire, pour tomber enfuite fur le fécond limbe; là, l’eau filtre une fécondé fois à travers le fable, paffe entre le couvercle Sc le diaphragme du fécond limbe, Sc tombe fur le fable contenu entre le fecond& troifième limbe, pour en faire autant, Sc defeendre enfin dans la partie inférieure de la fontaine, dont elle chaffe l’air par la ventoufe dont j’ai parlé, à me fur e qu’elle y defeend ; elle eft tirés de là par un robinet quelconque, pour fervir aux ufages de la maifon»
- .Manutention•
- Le corps de la fontaine étant un cône tronqué renverfé, il eft abfoîument poftible de le conftruire cl’une même plaque ; mais on a bien plus tôt fait, Sc il eft bien plus aifé de courber deux petites plaques, qu’une feule aufti haute. On les conftruit donc de deux plaques , qui font chacune la moitié du développement de la fontaine ; le pied, qui eft un cône tronqué droit, fe taille aufti en particulier. Ces trois parties du développement du corps de la fontaine font repréfentées dans le bas de la planche par les figures 3,4, 7 (*). On courbe ces plaques avec une batte de bois ou un maillet, fur un rouleau aufti de bois, fixé à un établi par un étrier aufti de bois (fig. 1, vignette), Sc les deux bouts de ces plaques fe joignant, on les
- affez grand, on fe fert d’un compas à verge , ou tout uniment d’une pointe au bout d’un cordeau tendu.
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- foude longitudinalement*, de quelque façon que ce foit, au fer, par exemple , comme le repréfente la fig. 2 , en pofant la pièce fur une table A , 8c en appuyant en dedans, avec l’autre main, le drapeau à fable, ou une bande de linge qu’on y fixe avec de la terre à pot, comme je l’ai déjà dit. Après avoir Tou dé de cette manière chacune des trois parties du corps de la fontaine, la gorge (3), la cuve (4), 8c le pied (y), on épille la foudur-e 8c on l’apprête, .puis on reporte ces pièces au premier Ouvrier ( fig. 1 ), pour les arrondir fur le rouleau ( C ) autant qu’il eh pofiible ; on gratte même les foudures en dedans, h l’on veut. Après cette opération, on joint & on foude, par l’étoffure, la gorge ôc la cuve, en appliquant en dedans une bande de buffle taillée comme les bandes de feutre pour la poterie, afin qu’elle fe puihe tenir d’elle-même comme celles-là. Enfuité on attache à fa place le fond qu’on a un peu enfoncé fur le tas, ainfi que le pied ( fig. 3 }. On garnit de brouet, ou d’autres ehofes capables du même effet, le pourtour du fond, tant en dedans de la fontaine qfflen defîous; 8c de la même foudure à l’étoffure, dont j’ai déjà parlé, on foude à la fois le pied, le fond, 8c la cuve (fig. 4 8c y). On foude auhi à l’étoffure la gorge (ED, vignette ), qui eft line rouelle D, d’un diamètre égal au plus grand de la fontaine, percée d’un trou d’un diamètre convenable, à la circonférence duquel on a foudé une bande circulaire E , d’un pouce ou un pouce 8c demi de large.
- Voilà toute la manutention du corps des fontaines ordinaires faites de plaques; mais fi on veut faire une fontaine à fable , on commencera par tailler autant de rouelles qu’on veut faire de limbes, 8c multiplier les filtres, trois, par exemple, chacune du diamètre intérieur , eorrefpondant à la place qu’on lui veut faire occuper dans la cuve fupérieure; on percera ces rouelles iur le tour, d’un trou proportionné à la grandeur dés rouelles elles-mêmes, en forte que le couvercle du plus petit limbe paffe sifément dans le trou du moyen , & le couvercle de celui-ci par l’ouverture du plus grand, comme le plus grand couvercle par l’ouverture de la gorge. On forge ces rouelles fur le tas, 8c on les rend un peu convexes, pour les fortifier contre le poids de feau Ôc du fable. On taille enfuite des bandes d’Étain d’un pouce ou un pouce & demi de large, 8c d’une longueur égale à la circonférence du trou de chaque rouelle ( fig. 9, <2 & è, c & d, e 8c g 8c h) ^ on roule ces bandes fur le rouleau de bois, on en foude les deux bouts , on les arrondit. 8c on les fonde autour du trou de chaque rouelle,, ce qui fera les trois limbes A, C, E, prêts à fouder en dedansà la cm/e fupérieure de la fontaine ; mais avant cela, il eh bon de faire leurs couvercles, lefquels on fera d’une rouelle du diamètre extérieur des cercles ou diaphragmes qu’ils doivent couvrir & d’une
- bande de même largeur, ou même un peu plus large que les premières, ôc d’une longueur égale au diamètre des rouelles. Après avoir foudé ces bandes autour de la rouelle , on mettra une poignée à chaque couvercle, & il fera fini. Après cela on fera le petit tuyau #/>, appelé ventoufe, d’une bande d’Etain (jï) roulée 8c fondée longitudinalement.
- On perce chaque limbe à la circonférence d’un trou égal au diamètre extérieur du tuyau de la ventoufe; on foude l’un après l’autre chaque limbe à l’étoffure en deffus, comme on a foudé par la même opération, le fond, la cuve inférieure, 8c le pied; pour le tuyau de la ventoufe, on peut fe contenter de le fouder à la foudure forte de biimuch, en fe fervant du chalumeau , ou en échauffant la partie par des charbons qu’un Ouvrier tiendroic au delfous dans une cuiller de fer. La foudure des limbes fe peut faire auffi & même plus commode-
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- ment avant de fouder les deux cuves; on commet**, ceroit alors par le plus grand, 8c on finiroit par le plus petit, qu’on pourroit,s’il fe trouvoit placé fur le bord, fouder avec les deux cuves dans la-même opération ; mais on finit toujours par Coudez la gorge : j’entends par ce terme le dernier limbe qui couvre toute la fontaine, & qui eh, comme les autres, compofé d’une rouelle, percée d’un trou affez grand pour y faire paffer le couvercle du grand limbe intérieur. Avec les foudures qui joignent les deux cuves I, 8c celle K qui joint le pied 6c la cuve inférieure, on fait, avec le fer 8c l’écouenne, un cordon qui, en donnant de la folidité à ces parties, en fait auffi l’agrément. C’eh pour cette fin qu’on fortifie auffi le pied, d’un bourlet maffif L, en cetts forte ; on affeoit le pied, avant de le fonder an fond de la cuve, 8c après en avoir garni le bord en dedans d'une bande de buffle, on affeoit, dis-je* le pied fur une pierre bien plane, 8c pofée horir zontalement ; on élève fur cette pierre, à un demi? pouce de la circonférence du bord, un mur circulaire de terre a pot d’un demi-pouce.au plus de hauteur, & dans cet intervalle d’un demi-pouce, on coule de l’Étain qui s’étoffe avec le pied, 8c duquel on forme, avec le fer ôc fécouenne, le bour? let en quehion.
- Quant au couvercle, on le peut faire de bien des manières ; la plus expéditive confiheroit à chercher dans fes moules, ceux dont le profil de quelque partie répondioit le mieux au plan donné ou pris* êc de joindre par la foudure toutes les parties qu’on auroit prifes dans différens moules; j’ai déjà parlé de cette efpèce de pièces de rapport. Une fécondé manière confiheroit à tailler une rouelle, d’un diamètre d’un pouce & demi plus grand que celui du bord (E) de la gorge, à tracer fur cette rouelle autant de cercles qu’on en veut varier le profil* 8c à former le couvercle avec cette rouelle, fur le tas & les bigornes. Je ne répéterai pas ce que j eut ai dit au Chapitre de la forge ; j’ajoute feulement que comme le profil eh concave dans certaines parties, & convexe dans d’autres, les parties convexes fe font avec des marteaux-bouges fur le tas* comme le bouge des plats, jattes, 8cc. 8c les parties concaves fe rétraignent fur une bigorne de fer H* avec des battes ou maillets de bois. Enfin on pour** roit former ces couvercles d’une ou deux plaques d’Etain courbées ôc chantournées avec une batte de bois, fur une forme auffi de bois, comme je l’ai expliqué en parlant de celui des fontaines de fallom Mais de quelque manière qu’on s’y prenne, il faudra toujours fouder en particulier, au couvercle, une bande roulée en cercle, dans laquelle entrera la dent E de la gorge, pour fixer le couvercle. Cette pièce eh affez petite pour pouvoir être montée fur le tour, quoiqu’elle foit faite de pièces de rapport ; mais il faudra prêter La main à l’irrégularité du mouvement. J’omets de parler ici de la manière de pofer les tenons 8c leur boucle, le vafe d’amor-tiflement du couvercle , 8c le robinet, parce que cette manipulation eh la même que celle que j’ai décrite en traitant des fontaines domehiques Amples & coulées dans des moules.
- Remarques.
- Avant de finir cet article, je ferai foire deux obfervations dont on ne tuera pas peu d’avan» " cage. Premièrement, on obfervera qu’il n’eh aucunement néeefTaire que le dernier limbe , que j’ai jufqifici appelé la gorge,foit foudé à la cuve fupérieure ; il ièroit même néeefTaire que cette gorge f$ pût démonter, pour donner plus de facilité à nettoyer la fontaine & en retirer le fable. C’eh pourquoi, fans rien changer d'ailleurs à la forme de cette gorge, au lieu de la fouder , j’adapte à fa circonférence*
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- €n deffou$ , un cercle d’Étain du diamètre intérieur de l’orifice de la fontaine , ce qui forme une dent, qui, entrant dans la cuve un peu à force, y fixe cette gorge, fans empêcher pour cela de la démonter quand on le juge à propos.
- Secondement, fi on fe trouvoit dans un pays où îe fable contînt des parties folubles, quand même cette folution ne feroit que donner à l’eau un goût de marécage, ou fi l’on défiroit donner à l’eau une qualité fupérieure par un filtre plus parfait ; je Confeillerois aux confommateurs d’employer, au lieu de fable, de l’Étain fin granulé. Ce métal, premièrement, peut pafièr pour un des plus falu-bres ; on en doit être convaincu d’après Texamen chimique de cette fubftancè, qui fait la première partie de cet Ouvrage. M. Amy, dans fa manufacture de nouvelles fontaines domeftiques, auroit préféré ce métal au plomb, s’il ne lui eût pas femblé bien plus cher que celui-ci. Mais fi M.Amy avoit comparé le poids du plomb avec celui de l'Etain, & la folidité de ce dernier à celle du plomb, il auroit remarqué que le plomb eft d’autant moins foîide & plus pefant, qu’il eft moins cher que l’Étain, & que par conféquent une pièce quelconque d’Étain peut, avec autant de folidité qu’une pareille de plomb, coûter encore moins. Mais notre métal a auffi la propriété fingulière de décompofer en quelque forte les eaux acidulés & alkalines, pour en précipiter & en attirer à foi les félénites, &laiffer l’eau , pour ainfi dire, ifolée & homogène. Or ces deux propriétés dans un filtre, doivent, à mon avis, le rendre bien recommandable.
- Enfin, j’avertis mes Ledeurs que depuis l'invention de cette efpèce de fontaine à clarifier l’eau, ôn en a imaginé d’autres dans lefquelles on a fubfti-tué d’autres filtres âu fable. M. Amy préfère l’éponge ; Sc pour tirer de ce filtre tout l’avantage qu’il peut procurer, il fait renfermer étroitement ces éponges sèches dans des alvéoles qui ne leur permettent pas de fe gonfler, 8c qui ne laiffent au p a liage de l’eau que des pores d’autant plus étroits, qu’on les a multipliés davantage dans un plus petit efpace. Je ne m’arrêterai pourtant point ici à la conftruction, pas,même à la defcription de ces fontaines ; îe Public eft déjà en poffeffion du Traité qu’en a fait l’Inventeur lui-même , fous le titre de 'Nouvelles Fontaines domefliques, approuvées par V Académie des Sciences. Mais quelque forme qu’elles aient, ou qu’on veuille leur donner dans la fuite, il fera toujours facile de les exécuter en Etain , fur-tout fi l’on emploie des tables laminées.
- §. V, Dos uflenfdes de Pharmacie,
- L’ufage qu’ont toujours fait 8c que font encore d’uftenfiles d’Etain les Diftillateurs liquoriftes & les Pharmaciens , tant pour contenir, faire ralfeoir 8c décanter leurs liqueurs, que pour les diftiller , doit être pour tout le monde une preuve bien convaincante de la falubrité de notre métal. Cette preuve en effet renferme toutes les autres, parce que ces Artilfes font toujours à portée d’obferver les effets des differentes eaux acidulés & falines, extraites de toute forte de végétaux fur les vafes qui les reçoivent. L’expérience journalière leur apprend au contraire que les couleurs de différens liquides ne changent point dans ce métal comme dans les autres ; d’où ils concluent fans peine, qu’il n’eft pas folubîe dans les acides fimples ; 8c Cramer ayant remarqué que les ferpentins fe rougeoient à la longue dans l’éûu , regarde , & les meilleurs Chimiftes avec lui, cet effet comme une lente extraélion, plutôt que comme une diffolution véritable. Que feroit-ce donc, fi ces uftenfiles étoient faits d’Etain abfolument pur, comme je le voudroïs, au lieu d Etain fonvent fort commun, 8c par conféquent
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- fort lourd, 8c fi on le faifoit palîer plufieurs fois entre les cylindres du laminoir ?
- Quoi qu’il en puiffe être , les uftenfiles de Pharmacie font du reifort de l’Art du fourneau, parcfc qu’ils font tous faits de plufieurs pièces rapportées \ foit qu’elles ayent été coulées dans des moules différens, ou prilès feulement dans des plaques du métal.
- De VEntonnoir.
- L’entonnoir eft compofé d’un grand cône tronqué , mais prefque entier, 8c d’un autre petit, auffi tronqué & prefque cylindrique, pour la douille ; c’eft pourquoi le développement des deux parties de l’entonnoir fera toujours des parties d’un cercle qui aura pour rayon l'apothème ou le côté du cône , fuppofé entier, 8c dont la Circonférence approchera d’autant plus du demi-cercle , que la bafe du cône différera moins de fa hauteur. Ainfi la plus grande largeur de'l’entonnoir étant donnée, 8c la hauteur perpendiculaire , en fuppofant le cône entier, on voit par la feule infpeftion de la figure 20, que le rayon du développement n’eft autre chofe qu’une ligne ab , grand côté d’un triangle rectangle a c b, qui a pour bafe la moitié c b de la largeur du cône, 8c pour hauteur celle du cône entier ac ( voyez au furplus à ce fujet le premier article de ce Chapitre }. Après avoir tracé & taillé, ainfi que j’ai dit en cet endroit, chaque partie de l’entonnoir, on les roule fur la bigorne avec un maillet ou une batte de bois 5 on en attache 8c fonde longitudinalement les deux côtés ; on épille 8c on aj> prête les foudures ; on paffe, fi l’on veut, cha-ue partie au tour féparément ; on foude enfin la ouille au corps de l’entonnoir , & on répare cettâ foudure ou à la main ou au tour.
- Des Alambics„
- L’alambic eft une efpèce de vaiffeàü diflillatoire, dont prefque toutes les parties font faites en Etain , puifqu’il n’y a que la partie qui eft affife immédiatement fur les charbons ou fur le fable chaud , qui foit de cuivre étamé. J’ai cependant fait repréfenter dans les Planches les parties qui fe font faites jufqu’ici en cuivre, tant pour mieux faire entendre la conf* truétion de l’alambic , que parce qu’il ne convient qu’au Potier d’Etain d’affembler toutes ces parties, 8c de les monter1 les unes fur les autres avec toute la régularité qui eft nëcelfaire.
- L’alambic eft effentieMemént compofé d’une cucurbite, qui eft le vaiffeau où on met les végétaux à diftiller ; d’un col ou canal par où montent les vapeurs ; d’ilne chape ou tête de Maure, ou encore chapiteau , qui reçoit ces vapeurs , & qui porte un bec par ôù fe décharge la vapeur condensée en eau , dans un récipient qu’on y adapte ; enfin d’un réfrigérant, vafe qui renferme îe chapiteau , 8c qu’on emplit d’eau froide, pour rafraîchir continuellement ce dernier. A la partie inférieure de ce réfrigérant, eft foudé un robinet pour décharger l’eau lorfquelle s’échauffe, & la renouveler; mais quelquefois on emploie pour réfrigérant un linge, mouillé dont on couvre la tête de Maure, 8c qu’on renouvelle de temps en temps.
- A ces parties de l’alambic on peut encore ajouter le bajjin, nommé encore bajfine 8c chaudière, dernier vafe qui fe place immédiatement fur le feu,
- 6 dans lequel ou fait entrer la cucurbite 1 orf-qu’on veut diftiller au bain-marie. Il eft aifé de remarquer toutes ces différentes parties dans la fig.
- 7 de la PI. XXIV, qui repréfente la coupe 8c le développement de l’alambic moderne complet. H eft le bafîin, L eft la cucurbite, Q eft le col, P la chappe, chapiteau , ou tête de Maure, R le réfrigérant avec fon robinetS. Je finis cette courte defcription de l’alambic en général, par faire obier-
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- 120 ART DU POT
- ver , à TOuvrîer particuliérement, car les Pharmaciens ne l’ignorent pas, que c’eft une grande perfection dans ces uftenfitles , que chaque partie entre bien jufte dans celle qui la doit recevoir, puifque 3es vapeurs n’y doivent pas paffer, s’il eft poiïibie.
- De VAlambic en cône.
- Te premier de tous les alambics a Tans doute •été celui-ci, car c’eft le plus fimpîe. 11 ne coniifte en effet qu’en un chapiteau fait en cône , lequel on adapte tout Amplement fur une terrine de terre., dans laquelle on met les eaux ou végétaux à diftil-ler ; fouvent même ce chapiteau eft un cône tout fimpîe , fans gouttière ni bec , 8c alors il faut lever de temps en temps le chapiteau pour égoutter les vapeurs qui s’y attachent; mais rien n’oblige à une aufti grande affiduitë, quand le chapiteau porte une gouttière & un bec à l’ordinaire, & je le fuppofe. On donne à ce chapiteau jufqu’à un pied de large par fa bafe , & quelquefois plus de hauteur.
- Après avoir tracé géométriquement, comme je l’ai enfeigné , le développement du cône du chapiteau., félon les mefures données , 8c en avoir foudé longitudinalement les deux côtés , on fonde à la bafe du cône une gouttière circulaire de ta largeur donnée, 8c dont le plus grand foit égal à celui du cercle de la bafe du cône, ou mieux encore, on commencera par faire à î’alambic un col très-court, en cette manière : Dans une pièce ronde d’un diamètre convenable , & à peu près cylindrique, comme un potager , on coupera fur le tour un cercle de deux pouces, puis une rouelle d’un diamètre un demi-pouce plus grand que celui de la bafe du cône déjà fait, laquelle on perce aufti fur le tour d’un trou du même diamètre que le cercle dont je viens de parier. De cette rouelle percée on fait la gouttière en queftion , 8c ce fur le tas , avec des marteaux-bouges , & en rétraignant enfin t,e te bord extérieur avec un maillet, ftir un tas fembîable à celui dont on fe fert pour rétraindre les rafles ( voy. PI. XXVI1, fig. 20. ), pour le rendre du même diamètre que la bafe de l’entonnoir. Tout étant ainfi préparé , on fonde en premier lieu le bord fupérieur du cercle, qui eft le col , avec le bord intérieur de la gouttière ; on les attache à l’ordinaire , par quelques gouttes d’Etain ; on garnit l’intérieur du cercle d’une bande de feutre, 8c l’extérieur, qui eft l’intérieur de la gouttière, d’une bande de linge , qu’on y fait tenir avec de la terre à pot, 8c ôn étoffe par-deffus, en coulant de l’Etain chaud dans le canal circulaire, formé par le cercle 8c la gouttière. Après cela , on monte cette pièce fur le tour pour en tourner la foudure. On obferve, en la tournant en dehors, de faire une plate-bande bien horizontale , 8c par conféquent perpendiculaire au collet de l’alambic, pour l’affeoir fur le bord de la badine. Cette opération faite, on finit par fouder le cône à la gouttière, en gar-niffanc l’intérieur d’un feutre ou de linges, qu’on y fait tenir , fi befoin eft , avec de la terre, par tourner, fi on veut, tout l’alambic en deffus, ôc par fouder un bec à la partie la plus baft'e de la gouttière ; ce bec fe fait comme les douilles d’entonnoir.
- On voit que je fuppofe ici qu’on fe ferve pour cucurbite d’une bafline de métal , fur laquelle fe monte bien jufte le collet de l’alambic ; mais fi on n’emploie qu’une fimpîe terrine, fur le bord de laquelle on affeoit l’alambic, il fera inutile de garnir l’alàmbic d’un collet, 8c on fera obligé de luter l’appareil.
- De VAlambic moderne, autrement Alambic en poire.
- Au fentiment de tous les Artiftes, cet alambic eft celui de tous le plus parfait & le plus avanta-
- î E R D’È T A I N.
- geux, lorfqu’il eft bien conftruit, & il faut mettre au nombre des préjugés contraires à l’expérience, l’opinion des Anciens, qui croyoient tirer par la diftiilatiGn une liqueur d’autant plus fpintueufe que le chapiteau fe trouvoit plus élevé au deffus de la cucurbite. Nous ne nous croyons pas difpenfés pour cela d’entrer dans quelques détails fur leurs formes Ôc leur fabrication , ni autorifés à enlever au Public la connoiffance de plufieurs pratiques induftrieufes qui peuvent s’appliquer utilement eu d’autres occafions. Cet alambic complet confifte premièrement en une baffme H , de cuivre, éta-mtie par-dedans ; elle eft faite en poire renverfée, 8c porte un bec ( T, fig. 7, 8 ) fur la partie la plus haute , par lequel on verfe de l’eau chaude à me-fure qu'il s’en confomme par l’ébullition , lorf-qu’on diftille au bain-marie. La gorge I de cette bafline doit avoir été tournée en dedans, Ôc être parfaitement cylindrique. La cucurbite L eft aufti cylindrique ; fon diamètre extérieur doit être égal au diamètre intérieur de la gorge de la baftîne, 8c fa longueur doit être telle, qu’il s’en faille au moins deux pouces qu’elle ne touche au fond de la baffine. Cette cucurbite s’affeoit fur l’épaiffeur de la gorge de la bafline par la plate-bande (a) qui règne tout autour; au deffus de cette plate-bande, en M, eft une dent intérieure du même diamètre que la gorge (1) de la bafline, afin que la dent extérieure (N) du collet (Q) du chapiteau, puifle entrer aufti bien dans la gorge de la bafline que dans la dent intérieure de la cucurbite , lorfqu’on veut diftiller au bain de fable ou à feu nu. Le collet du chapiteau porte aufti au deffus de la dent N une plate-bande ( b), qui s’affeoit fur la cucurbite ou fur la gorge de la bafline ; le chapiteau (P) eft enveloppé d’un réfrigérant (R), lequel porte un robinet,pour tirer l’eau à meftire qu’elle s’échauffe; & à la partie la plus baffe du chapiteau eft foudée une douille ou bec ( q fig. 8 ) qui traverfe le réfrigérant, & y eft aufti fondée.
- La cucurbite, qui eft cylindrique 8c d’un diamètre plus petit que celui du collet de la bafline, puif-qu’elle doit y entrer 8c en fortir librement, fe fait d’une plaque paralléiogrammatique (voyez la manière de trouver le développement du cylindre , pag. 107), dont la hauteur eft deux pouces moindre que celle de la bafline, roulée au maillet fur un rouleau de bois, 8c foudée dans fa longueur, puis d’une rouelle qu’on foude à un des bouts, 8c qui en devient le fond.
- Le chapiteau (P) eft, comme celui de l’alambic que je viens de décrire, compofé d’un cône dont les dimenfions font données, d’une gouttière d’un col plus ou moins haut, 8c d’un bec. Le réfrigérant ( R), qui eft fait prefque toujours de cuivre, eft: l’ouvrage du Chaudronnier, ainfi que la bafline ( H ) ; mais l’affemblage de toutes ces parties de l’alambic eft du reffort de la fabrique du Potier d’Etain, 8c demande toute la jufteffe dont le tour eft fufceptibîe.
- J’entends, ici par affemblage de toutes ces parties de l’alambic , non feulement Paffion de fouder celles qui demandent à l’être , mais principalement la façon de faire les dents, tant de la cucurbite 8c de la bafline, que du collet du chapiteau. Rien fans cloute n’auroit mieux autorifé la dépenfe d’un ou de plufieurs moules, autant pour la jufteffe que pour l’expédition du travail ; mais les diamètres des cucurbites, baiïines, &c. font fi différens, qu’il n’eft pas pofiible de s’arrêter à aucunes dimenfions fixes, 8c généralement adoptées, 8c qu’il a fallu employer une pratique générale , qui , fans avoir moins d’exadicude 8c de précifion, pût s’appliquer à toutes fortes de grandeurs. La voilà : On prend un cylindre plein, foit de bois, foit d’un noyau
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- ART DU POT
- de moule , d’un diamètre plus petit que celui de l’orifice de la cucurbite, lequel cylindre on pofe perpendiculairement fur une pierre bien plane «5c bien d'aplomb, au milieu d’une virole ou d’un cercle de cuivre , de bois ou d’autre chofe femblable, de trois pouces au moins de hauteur , qu’on a fixée à la pierre, fi befoin a été, avec un cercle de terre à pot, <5c qui laiffe un intervalle d’un pouce entre elle & le cylindre qui en occupe le centre. On emplit l’appareil d’Etain médiocrement chaud, jufqu’à la hauteur de trois pouces, ôc on a une virole d’Etain d’un pouce d’épaifi'eur, dont le diamètre intérieur ne diffère pas beaucoup de celui de la cucurbite, ou de fon orifice ; on rétablit l’appareil, <5c on en fait une fécondé pour le collet du chapiteau. Enfin , par une opération femblable, on en coule une troifième, dont le diamètre intérieur doit être plus petit que celui de l’orifice de la baffine, l’épaiffeur d’un demi-pouce , ôc la hauteur d’un pouce ôc demi au plus.
- De ces viroles mafiives ôc grofiières on forme fur le tour les dents, en queftion , ôc le collet de la cucurbite du chapiteau ôc de la baffine. Commençons par celle de la baffine. On monte d’abord fur un calibre la virole deflinée à cette pièce, pour en tourner le deffus ôc l’arrondir; enfuite on change de calibre , pour en prendre un à boîte, dans lequel on la fait entrer pour la tourner en dedans , en rendre le diamètre intérieur égal à celui de l’orifice de la baffine; enfin tourner les deux côtés bien verticalement, <5c réduire la virole à un pouce de hauteur, & au plus quatre lignes d’épaifi feur. Dans cette opération, l’Ouvrier, s’il le juge à propos , orne de moulures la furface extérieure de cette virole.
- La deuxième virole, qui eft celle dp la cucurbite, fe tourne auffi premièrement en deffus, en la montant de même fur un calibre , pour en arrondir la furface extérieure, Torner, fi l’on veut, de moulures qui figurent avec celles du collet de la baffine , ôc faire , à la partie inférieure, une dent extérieure (a) avec fa plate-bande, faillante «5c bien carrée, qui repofe bien à plat fur la première virole, tandis que la «dent la remplira bien exactement ; enfuite on la monte dans une boîte, pour la tourner en dedans , en rendre le diamètre intérieur égal jufi qu’aux deux tiers de la hauteur de la virole, réduite à deux pouces Ôc demi au plus, égal, dis-je, au diamètre intérieur de l’orifice de la cucurbite, faire dans l’autre tiers une dent intérieure M, dont le diamètre fera égal à celui du collet (I ) de la baffine. Ces viroles font affez bien fenties dans la coupe de l’alambic ( fig. 7 ).
- Enfin de la même manière on fait à la troifième virole une dent extérieure N , avec une plate-bande femblable à celle de la virole précédente , afin qu’elle entre avec autant de facilité ôc autant de jufieffe dans la dent intérieure de la virole de la cucurbite, qui eft la précédente, que dans celle de la baffine. Cette dent ôc fa plate-bande, ornée, fi on veut, de moulures, n’occupe jamais plus de deux pouces; c’eft pourquoi on réduit l’autre pouce à une moyenne épaiffeur, «Sc la virole eft prête à être foudée au chapiteau ôc au réfrigérant.
- Après ces opérations, on foude chaque virole à la pièce pour laquelle on l’a faite. On foude à l’étoffure ou au fer, premièrement celle de la baffine, après avoir étamé le tour de fon orifice ; enfuite celle de la cucurbite, en fe fervant du fer, ôc en garniffant l’intérieur d’une bande de feutre , comme pour la poterie. La troifième virole fe foude à la gouttière ( avant de fouder celle-ci au cône du chapiteau ) ou au fer ou à l’étoffure, «Sc on finit le chapiteau comme celui du premier alambic, à l’exception du bec qu’on n’y foude pas tout de fuite ;
- 1ER D’ETAIN. rit
- on perce feulement la gouttière pour le recevoir ; enfuite, après avoir étamé le tour en dehors de l’orifice inférieur du réfrigérant Ôc avoir fait entrer le chapiteau dans le réfrigérant par l’une des deux ouvertures, on perce la panfe du réfrigérant d’un trou correfpondant à celui de la gouttière du chapiteau , ôc de trois lignes au moins plus grand; on approche le chapiteau qui eft en dedans, le plus près qu’on peut de la paroi intérieure du réfrigérant , en faifant correfpondre les trous faits à ces deux pièces ; l’on attache ainfi par-dehors le bec à la gouttière du chapiteau, ôc on l’y foude par le trou du réfrigérant, qui eft plus large, ou à l’étoffure , ou avec un petit fer de cuivre , ou enfin à la foudure légère «5c au chalumeau. Après cette opération, on foude le collet du chapiteau au réfrigérant ; ôc comme pour approcher le chapiteau plus près du trou du réfrigérant, ou même pour faire entrer le chapiteau dans le réfrigérant _ par fon ouverture inférieure, fi celle du haut eft trop petite, il eft néceffaire que l’ouverture inférieure du réfrigérant foit plus grande que le diamètre intérieur du collet qu’on y doit fouder ; il eft auiïi néceffaire de couper fur le tour un cercle d’Etain, d’une ligne ôc demie d’épaiffeur tout au plus , dont on fera le plus grand diamètre un demi - pouce plus grand que celui de l’orifice inférieure du réfrigérant, ôc le plus petit égal à celui du collet ou gorge du chapiteau. On foude enfin ce cercle , qui eft plutôt une rouelle percée, au collet Q en dedans , «5c en dehors au réfrigérant étamé. Ges foudures ne fe réparent qu’à la main ; ôc après les avoir réparées, on foude encore le bec du chapiteau au ^réfrigérant , qu’il traverfe pour s’étendre en dehors, ôc pour cela on étame le réfrigérant en dehors trois lignes à peu près autour du trou ; on coupe fur le tour une petite rouelle d’une moyenne épaiffeur, plus large que le trou du réfrigérant, qu’on perce au milieu d’un trou égal au diamètre extérieur du bec en cet endroit; on foude cette petite rouelle premièrement au réfrigérant avec le fer de cuivre, ôc enfuite au bec, en garniffant l’intérieur d’un feutre , à moins qu’on ne fe contente de la fouder à la foudure légère. Enfin, fi le Chaudronnier n’a pas foude un robinet (S) au réfrigérant, le Potier d’Etain le fait lui-même.
- On doit remarquer qu’il n’y a que la forme dé poire donnée au réfrigérant qui gêne l’Ouvrier, ôc qui rende néceffaires les dernières opérations que je viens de décrire, à quoi il faut joindre la différence des métaux. En effet, fi premièrement le réfrigérant, quoique de cuivre, étoit large ôc cylindrique , comme celui (F) de la fig. 1, on pour-roit fouder le bec à fon chapiteau, avant de penfer à foudercelui-ci au réfrigérant ,<5con feroit entrer bien plus aifément le bec dans le trou fait au réfrigérant pour le recevoir. Ou fi, en fécond lieu, le réfrigérant, quoiqu’en forme de poire, étoit d’Etain, on 11’auroit pas plus de difficulté, parce qu’on feroit le réfrigérant de deux parties comme le chapiteau. Alors on fouderoit premièrement au collet la panfe du réfrigérant, enfuite la gouttière du chapiteau garnie de fon bec , puis le cône du chapiteau à fa gouttière, le Réfrigérant au bec de ce chapiteau, ôc enfin la gorge ou la partie fupérieure du réfrigérant à fa panfe.
- Remarquez encore que l’eau du réfrigérant doit entourer tout le chapiteau ; c’eft pourquoi il faut que le réfrigérant foit foudé au collet du chapiteau au moins un pouce plus bas que lui.
- Grand Alambic avec fon Serpentin.
- Les Diftillateurs en grand, comme les Brûleurs d'eau-de-vie dans nos pays, «5c les Diftillateurs de
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- ni A R T VU POT
- Barbade en Amérique, fe fervent de grands alambics d’une conftru&ionfimple & facile, que voici. La badine A, qui eft de cuivre étamé, eft cylindrique , & a jufqu’à i 8 pouces de diamètre ; elle eft renforcée par le haut d’une grande virole de cuivre ou d’Etain, & garnie d’une poignée de même métal; on y ajoute encore un ou plufieurs foupiraux ( b ), par lefquëls on introduit de l’eau chaude dans la badine quand on diftille au bain-marie, & qu’on bouche lorfqu’on diftille à feu nu ou au bain de fable. Dans le collet de cette badine entre bien jufte la dent extérieure d’une cucurbite (B), dont la plate-bande s’appuie fur l’épaiffeur du collet de la badine pour foutenir la cucurbite à trois ou quatre pouces du fond. Cette cucurbite porte audi deux poignées, pour l’enlever de dedans la badine ; dans l’épaif-feur de fon bord, on creufe audi fur le tour une dent intérieure de la même largeur que l’orifice de la badine, afin que la bafe du col (C) puiffe repofer audi bien ftir la badine que fur la cucurbite ; la fïg. 2 repréfente cette cucurbite ifo-lée. Au dedlis de la virole d’Etain (^), qui forme la dent par laquelle il s’emboîte dans la cucurbite ou dans la badine, le col prend une forme conique^ eft terminé par une forte virole (<?), fur laquelle on a fait des dents comme aux autres parties que je viens de décrire, pour emboîter le collet du chapiteau dans le col de l’alambic, ce qui vaut infiniment mieux, & permet de démonter le chapiteau en cet endroit pour la facilité du tranfport. Du refte, le chapiteau fe fait comme celui des autres que j’ai déjà décrits; il eft foudé, ainfi que fon réfrigérant (F), au même collet.
- Dans les diftillations de barbade particulièrement, on ne place pas toujours le récipient ou le matras immédiatement au deffous du bec de l’alambic ; mais on interpofe un vaiffeau, ou plutôt une efpèce de boyau d’Etain qui defcend en tournant comme une vis au milieu d’un tonneau rempli d’eau froide, pour achever de condenfer toutes les vapeurs, 8c recevoir un produit plus abondant êc plus chargé de parties volatiles. Cet inftrument s’appelle un ferpentin ; on a donné le même nom à un alambic dont fe fervoient les Anciens pour avoir des efprits plus fubtils. (Voy. les fig. £ 8c y.) Il ne s’agit ici que du premier.
- On fabrique beaucoup de ces ferpentins dans les Provinces où il eft permis de brûler; mais il s’en fait encore plus à Nantes, Bordeaux, Marfeille & autres villes maritimes, ou des Armateurs en chargent leurs vaiiTeaux pour les Ifles. Mais comme je me fais un devoir de ne rien céler, pas même de ce qui peut tourner à la honte de quelques contrefacteurs, qu’il me foit permis de leur demander encore aujourd’hui, comme je l’ai fait autrefois à mon paffage par ces villes, pourquoi les ferpentins, qu’ils y fabriquent en fi grande quantité, ne font-ils que de claire-étoffe? pourquoi les trois ou quatre montans qui les foutiennent font-ils même de matte, c’eft-à-dire, d’un alliage de deux tiers de plomb 8c un d’Etain ? L’ufage auquel on deftine ces inftrumens, qui eft de recevoir des liqueurs fpiritueufes, ne demanderoit-il pas au contraire qu’on laiftat le métal dans toute fon indiffolubilité , fans lui communiquer, par un pareil alliage , un défaut dont i’abfence, tant qu’il eft pur , l’a fait choifir par préférence à tout autre ? Ils font donc croire, ou qu’ils ignorent la defti-nation de ces uftenfiles, ou qu’ils ne connoiffent point leur métal, ou qu’ils ne favent pas combien ils le rendent dangereux par leur alliage.
- Manière de jeter & fonder les Serpentins.
- L’Etain pur, quoique très-flexible, n’eft pas affez mou, ne fe courberoit pas circulairement affez
- j e r d:* Etain.
- bien, pour qu’il foit poftible de faire ces ferpentins de cylindres ioudés bout à bout , 8c enfuite tournés en fpirale ou en cercle. D’ailleurs, le Potier d’Etain, toujours avare du temps, met le moule en ufage dès cju’il le peut ; & tous ceux qui font de ces ferpentins en ont un ou plufieurs de différentes grandeurs, ne fût-ce que de pierre. Ainfi, pour faire un ferpentin, on jette dans un moule femblable à ceux de la vaiffelle, des coquilles (HH, fig. 3 ), qui font chacune la moitié d’un rang, puifque chacune eft une gouttière circulaire , qui, foudée à une autre , forme un gros anneau creux ou un tuyau de même figure. On épille, reverche 8c apprête, comme tout autre ouvrage ; après cela on en met deux l’une fur l’autre, 8c on les attache enfemble par plufieurs gouttes d’Etain, tant en dehors qu’en dedans, c’eft-à-dire, tant fur la circonférence de la jointure intérieure, que fur celle de la jointure extérieure ; on fcie alors cet anneau en un endroit, & on écarte un peu l’un de l’autre les deux bouts, pour y faire entrer un boudin de buffle rempli de fon, 8c d’un pied de long, par le moyen d’une ficelle qui fort pat l’autre bout, emportée par le poids d’une balle de plomb, 8c alors l’Ouvrier les foude au fer comme une pièce de poterie, tirant à mefure fon boudin pour l’amener fous le fer. Lorfque tout le tour eft foudé en dedans auffi bien qu’en dehors, on retire le boudin , on rejoint les deux bouts, 8c on les attache par deux gouttes d’Etain pour les porter au tour.
- Ces grands ferpentins fe montent fur le tour par le moyen de la croifée, inftrument de fer garni de trois crampons mobiles, dont j’ai déjà fait connoître l’ufage 8c décrit la manière de s’en fervir. On éloigne donc les trois crampons à égale diftance du centre, 8c qui répond au plus grand diamètre de l’anneau en queftion, en forte que les crampons les ferrent fuffifamment entre eux pour foutenir l’effort du tour. L’ouvrage étant ainû difpole fur le tour, on atteint la foudure intérieure 8c tout ce qui eft acceffible à l’outil, puis on retourne l’anneau, 8c au lieu de le fixer fur la croifée par fa plus grande circonférence , comme dans la première opération, on approche également les crampons du centre à une diftance qui réponde à la plus petite circonférence de l’anneau, 8c on l’y monte auffi un peu à force pour tourner la grande foudure, êc ce qu’on n’a pu atteindre dans la première pofition. Quant à ceux qui n’excèdent pas un pied de diamètre, on les peut monter fur le tour par tout autre moyen , par celui de la bloufe, des calibres, empreintes ? &c. félon que le travail eft monté lui-même.
- Chaque anneau étant tourné, il faut, avec un couteau, couper les deux gouttes qui, pendant qu’on le tournoit, en joignoient les deux bouts, 8c écarter ces deux bouts l’un de l’autre de deffus en deffous; après cela on fait entrer le boudin avec fa ficelle, moitié dans un tube, moitié dans lin fécond , en leur faifant faire la vis comme en L (fig. 4) ; 8c en les joignant bien, on les attache dans cette fituation, 8c on les y foude enfuite au fer, après y avoir coulé un petit cordon d’Etain pour fervir de foudure ; 8c pendant l’opération , lin fécond Ouvrier foutient 8c dirige le ferpentin au commandement du premier. Ces deux parties étant ainfi foudées, on tire la corde du boudin pour le paffer dans un troiftème tube, afin de le fouder à l’autre bout du fécond tube , 8c ainfi d’un quatrième ; car on ne leur donne pas ordinairement plus de quatre rangs & demi. On râpe enfuite ces foudures, 8c on fonde trois pieds qui fervent à foutenir le ferpentin 8c à fixer l’inclinai-fon de chaque fpire. Ces pieds fe font premiè-
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- ART DU POT
- ïement de trois barres de fer ou de cuivre éta-més, ou même d’Etain, élevées perpendiculairement à égale diftance l’une de l’autre en cette forte : Si l’intérieur du vaiffeau a deux pieds 6c demi de haut, 6c fi l’on donne quatre rangs 6c demi au lerpentin , on lui donnera fix pouces d’inclinaifon par tour ; en conféquence, on fou-dera premièrement avec le fer de cuivre le premier pied ou montant à deux pouces de haut , 6c à fix pouces de diftance de l’extréiiiité inférieure du ferpentin ( 1 ) ; le même tour fe fondera donc à quatre pouces de haut au fécond pied ou montant , 6c à fix pouces de haut au troifième pied ; en-fuite le refie fe trouvera naturellement foudé de fix en fix pouces fur le même montant.
- Voilà une autre méthode non moins folide 8c plus expéditive; on a un moule de pieds qui les forme , comme le repréfente la figure io, d’un demi-pied de haut, 6c portant deux demi-cercles aux deux bouts,dont la furface intérieure efi inclinée comme le doit être le ferpentin; on les pofe perpendiculairement entre deux rangs du ferpentin, 6c au defTous les uns des autres; on les y foude comme les précédens à l’étoffure, ou feulement au fer, 6c on réduit ceux du dernier rang à une hauteur convenable.
- Pour finir le ferpentin, il faut ajouter une coupe ou un entonnoir à fon ouverture fupérieure, 6c une douille à celle d’en bas ; mais il n’y a per-fonne qui ne prévienne la defcription que j’en ferois.
- 11 fe fait, pour le même ufage, des ferpentins plus petits, 6c ceux-ci font ordinairement doubles , c’eft-à-dire que dans un même vailfeau 6c entre les mêmes montans ou pieds, il y en a deux pour diftiller deux liqueurs à la fois de deux dif-férens alambics. Ces ferpentins fe font aufii en moules comme les précédens, ainfi que ceux qu’on ajufte autour d’un tube qui fait feulement l'office de colonne. Voy. la fig. 5*.
- Quoique je fuppofe 6c que je recommande ici l’ufage des moules, il ne faut pas croire pour cela que ce foit le feui moyen ,' il efi feulement le plus expéditif ; mais fi on ne jugeoit pas néceffaire de faire un moule, la feule méthode qui méritât d’être mife en pratique, feroit de faire ces coquilles ou gouttières par le travail de la forge, comme on fait les gouttières de chapiteau d’alambic ; 6c du refte, opérer comme ci-deffus.
- Je finis par prier le.confommateur d’ouvrir enfin les yeux fur l’ufage du cuivre dans ces vaiffeaux, car c’eft ici fur-tout que ce métal efi infiniment dangereux. On les étame, dira-t-on ; mais cet étamage fur lequel on fe repofe, n’eft qu’une de ces illufions qui ne peut fatisfaire 6c tranquillifer que des efprits aufii fuperfïciels que cette couche d’Etain , fi toutefois il en refte encore dans ces ferpentins quand ils font finis. En effet, après avoir, fi vous le voulez , bien étamé les plaques de métal defquelles ils forment des tubes droits, on emplit ces tubes de plomb fondu pour les pouvoir courber , 6c lorfqu’ils le font, on ne peut retirer ce plomb qu’en le faifant fondre dans les ferpentins fur des charbons ardens. Or, je le demande, après ces opérations, peut-il refter encore de l’Etain, ou s’il en refie une couche légère, ne doit-elle pas être mêlée de plus de moitié de plomb, métal qui fe diflout encore aifément, 6c dont la difio-lution efi aufii dangereufe, quoique plus lente à produire fes effets ? Ajoutez à cela, que l’Etain,à la chaleur qu’il faut pour fouder le cuivre, fe dif-fout 6c le ronge, ou du moins il fe calcine, 6cfait une crafie qui s’oppofe à la réuftite de la foudure. Et qu’on ne dife pas que le ferpentin a été étamé après toute autre opération : on l’a peut-être bien pu
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- faire jufqu’à trois ou quatre pouces de chaque bout; mais aux yeux de qui ce charlatanifme peut-il faire illufion ?
- On appelle aufii ferpentin une efpèce d’alambic dont le col fort long efi plié en vis autour d’une colonne ( fig. y ), ou qui s’élève en zigzag ( fig» 9 ) jufqu’au chapiteau. Le premier efi compolé d’une cucurbite cylindrique (c), dans laquelle s’emboîte un couvercle ( d ), fur le milieu duquel efi foudée une plaque d’Etain qui fert d’entablement à un tube {b ) ou cylindre creux, qui ne fait ici que l’office de colonne pour foutenir le chapiteau {a), 6c autour duquel s’enroule le col (c), dont les deux bouts font foudés, l’un à la tête de Maure ou chapiteau , l’autre au couvercle de la cucurbite. Souvent on ne garnit pas de réfrigérant les têtes de Maure de ces alambics, mais on les entoure alors d’un linge mouillé.
- La figure 9 , qui repréfente un ferpentin en zigzag, efi garnie de toutes fes parties, excepté du réfrigérant. Dans une baftine (V) de cuivre, entre 6c s’emboîte une cucurbite cylindrique, comme celle de la figure 7,6c cette cucurbite efi fermée d’un couvercle percé , fur lequel efi foudé une pomme creufe ( X ), dont le col entre dans un tube cylindrique qui efi foudé au bout du ferpentin en zigzag. Par l’autre extrémité, le ferpentin fe termine en cône renverfé ou en entonnoir Y, dans le col duquel s’emboîte le chapiteau. Enfin, pour foutenir le tout, on foude deux montans de cuivre ou de fer étamé (ZZ), premièrement au couvercle de la cucurbite, enfuite à chaque angle du ferpentin, 6c enfin à la tête de Maure.
- Quant aux autres vgfes dont fe fervent les Pharmaciens, 6c dont la forme varie fuivant l’ufage auquel on les deftine, ils font d’une conftru&ion trop facile, pour que nous nous en occupions en particulier. Ce font des babines à décanter, qui ne diffèrent des baffins ordinaires que par un long bec qu’on y foude ; ce font des poêlons de toutes grandeurs, faits de baffins dont on a coupé le bord fur le tour, 6c auxquels on a étoffé une poignée.
- §. VI. Des Chaudières pour la teinture en écarlate•
- C’eft encore une propriété de notre métal, lorA qu’il efi diffous dans l’eau régale, de relever la couleur de l’écarlate ; mais pour y réuffir, il faut abfolument de l’Etain pur. Il y a plus ; on ne peut porter cette belle couleur à fa perfedion, fi 011 fe fert de chaudières faites d’un autre métal que d’Etain. Le cuivre même étamé n’y peut pas fer-vir ; ce qui prouve que l’étamage dont on le couvre n’eft pas un fi grand obftacle à fa difiblution. On fait donc les chaudières en Etain ; 6c le Potier d’Etain efi contraint ici de n’employer que de l’Etain abfolument pur, fans aucun alliage quelconque. Les Teinturiers mêmes préféreroient l’Etain de Méîac 6c des Indes à celui d’Angleterre. La fubftance vitriolique qui refte dans ce dernier 6c que nous y avons remarquée , feroit-elle foluble dans l’eau régale, 6c fa difiblution nuiroit-elle au fuccès de l’opération t
- Quoi qu’il en foit, on fait ces chaudières de deux manières, ou dêplufieurs plaques rapportées, ou d’une feule pièce dans un moule de terre fait à Véchantillon.
- Première Manière.
- Sur le plan donné, l’Ouvrier prend le diamètre du fond jufqu’à la hauteur de fix pouces perpendiculaires, 6c coule une rouelle d’Etain du diamètre du fond pris à cette hauteur, fur une pierre un peu concave au centre, afin de donner une plus forte épaiffeur au fond de la chaudière qui reçoit
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- immédiatement le contact du feu , qu a la circonférence qui s’en éloigne de plus en plus : elle a cependant encore trois lignes &'quelquefois plus à-fa circonférence, &fix ou huit au centre. Cette rouelle étant coulée, on la porte fur un large tas (A), où un Ouvrier (fig. i ) la forge, tandis qu’un autre (fig. 2 ) la foutient ôc la#dirige au commandement du premier. Après l’avoir écrouie, l’Ouvrier quitte Ion marteau-plan pour en prendre un bouge, & creufer cette plaque de dix pouces : mais dans les fabriques où il s’en fait fouvent, on a un moule de pierre de deux pièces, qui les forme toute concave , & il n’y a qu’à les écrouir. L’Ouvrier inefure enfuite la circonférence du fond & celle qui répond, dans le plan propofé, à la hauteur des plaques qu’il a coulées, ôc il taille des calandres ou nouvelles qui font des trapèzes B, B, dont les deux bafes fupérieures & inférieures font parallèles , & font les parties femblables de la circonférence des fonds ôc du cercle qui répond dans le plan à la hauteur des plaques. (Voyez au commencement de ce Chapitre, pag. 108 , la manière d’avoir les développemens d’unefphère.) On écrouit les douvelles ou calandres, on les courbe un peu en dedans, ôc on les attache au fond à côté les unes des autres : fur ces premières calandres on en attache d’autres qui croiffent comme le diamètre de la chaudière ( C ) , ôc l’on a foin de faire répondre le milieu du plus petit côté à la ligne de jondion des calandres du premier rang ; on continue de cette manière à élever ôc à attacher des calandres les unes au deffus des autres, jufqu’à quatre pouces au deffus du plan donné, parce que la chaudière étant finie, on rabat ces quatre pouces pour en faire un bord horizontal.
- Toutes les calandres ou douvelles étant ainfi attachées, de manière que la chaudière formée par cet affemblage puiffe du moins fe foutenir ôc ne pas s’écrouler fous fon propre poids, on couche cette chaudière fur le côté, ôc par le moyen d’un moufle ( %• 7 ) 5 deux Ouvriers fuffîront pour la mouvoir ôc la finir en cette forte ; On coule une boule (G) au centre du fond de la chaudière ; on attache à cette boule une groffe corde qu’on paflé dans le crochet de la châffe d’une poulie mobile (F) ; fur cette poulie mobile paffe une autre corde attachée au crochet de la châiïe d’une poulie fixe(H), &qui paiïe aufli fur cette poulie, laquelle eft attachée ou au plancher ou à un bâtis (E). Par le moyen de cet appareil, un Ouvrier, en tirant la corde, pourroit fans doute enlever la chaudière, qui pèfe quelquefois jufqu’à quinze cents : mais il ne s’agit point ici de l’enlever, il faut feulement en élever le fond de manière que l’endroit à fouder foit bien horizontal, ôc alors on attache le bout de la corde à un gros clou. Un Ouvrier monte .fur la chaudière ôc renferme le joint à fouder au milieu de quatre petits murs de terre à pot, tandis qu’un autre applique en dedans des bandes de linge ou de feutre, qu’il y fait tenir par des galettes de même terre. On feroit mieux cependant, à caufe de la trop grande quantité de foudures, d’emplir un fac long ( K ) de fablon humedé qu’on ctendroit fur une planche (I) ; on appliquerait enfuite ce drapeau à fable fous l’endroit à fouder, ôc on le foutiendroit par un ou plufieurs étais. Alors un Ouvrier (fig. 5 ), monté dans une échelle, Ôc tenant dans fes mains une cuiller ( M ) de fer pleine d’Etain fondu & bien chaud, en verfe dans le canal, ôc foude ainfi à l’étoffure ces deux parties, tandis qu’un fécond Ouvrier reçoit dans une cuiller N l’Etain fuperflu par une gouttière pratiquée à quatre lignes au deffus de la furface de la pièce. On continue de fouder de cette manière toutes les différentes jointures , tant longitudinales que
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- circulaires , en tournant à chaque fois la chaudière pour mettre l’endroit à fouder parallèle à l’horizon.
- Le tout étant fou dé, on fait jouer le moufle pour adanter la chaudière ; ôc, dans cette pofi-tion, un Ouvrier (fig.7) en épille les foudures, ôc détache avec le même fer la boule qui a été coulée au fond de la chaudière pour lui fervir de poignée. Enfuite on apprête ces foudures à lagroffe équine en deffus, ôc en dedans on les laiffe telles qu’elles font. On finit la chaudière par rabattre en dehors un bord plat de quatre pouces de faillie, qui fert à affeoir la chaudière fur la maçonnerie. Or, pour rabattre ce bord, on retourne la chaudière la gueule en haut, ôc on la cale en deffous, s’il eft néceffaire, pour l’affujettir fur fon fond ; après cela on conduit tout autour du bord un compas de fer ouvert de quatre pouces, Ôc l’on trace une ligne circulaire à cette diftance au deffous du bord, tant en deffus qu’en dedans. Enfuite on rabat le bord avec une batte de bois, tandis qu’un fécond Ouvrier applique en dehors, un peu au deffous de la ligne, un arc-boutant qui tient coup. Si le bord n’eft pas affez exad, on le répare quand la chaudière eft montée fur le cercle de fer qui l’enchâffe dans la maçonnerie, ôc en même temps on frappe la chaudière en dehors ôc tout autour de quelques coups de batte pour la rendre bouge en dedans ôc en rétrécir un peu l’ouverture, afin que les bouillons de l’eau foient toujours rejetés fur le milieu. Telle eft la première méthode employée pour la conftrudion de ces chaudières ; méthode qui peut s’appliquer à tout grand vafe ou réfervoir, avec un fuccès qui ne peut être douteux , ôc une folidité qui ne peut être plus grande,
- Seconde Manière.
- Celle-ci confifte à faire un moule de terre, dans lequel on coule d’un feul jet la chaudière en entier; mais la conftrudion de ce moule demande un appareil auquel on ne doit avoir recours que quand ©n ne peut faire autrement ; ôc telle eft la circonf-tance où on fe trouve dans la fonte des cloches Sc de quelques groffes pièces de moules. Les matières néceffaires pour la conftrudion de ce moule font, iQ. de la terre appelée franche ; elle eft préférable à toute autre, parce qu’elle eft plus liante &. on la paffe au crible pour en ôter les pierres, ôc même une partie au tamis de crin , pour la dégager abfolument de tous corps étrangers, capables a’occafionner des crevaffes ou autres imperfedions dans le moule; 20. de la brique; 30. de la fiente de cheval, ôc de la bourre ou du chanvre, pour lier plus fortement la terre avec laquelle on mêle ces matières, ôc prévenir par-là les crevaffes.
- Les inftrumens , fans compter la fpatule ou battoir , pour battre ôc pétrir le mélange , infiniment trop commun, fe réduifent au compas de conftrudion , à moins qu’on ne veuille fe fervir de truelle pour prendre Ôc appliquer la terre ; mais il eft difficile de ne pas mettre la main à la pâte. La principale pièce de cet inftrument eft l’échantillon ; toutes les autres ne fervent qu’à faire mouvoir celle-ci. C’eft une planche plus haute que la chaudière à conîlruire , ôc fur laquelle on a tracé les profils du moule de cette manière ( bas de la Pl. fig. 1 ) : Tirez une ligné perpendiculaire IL, égale à la hauteur de la chaudière de dedans en dedans; menez une ligne horizontale MM égale à la largeur donnée, ôc perpendiculaire à la première au point E , en forte que E L foit égal à la moitié EM de la largeur ; menez enfuite une ligne A B perpendiculaire à l’extrémité I de la ligne I L, ôc égale à celle M M , ôc achevez le carré long A B MM; enfuite du point E ôc de l’intervalle E M ou EL, décrivez l’arc intérieur MNINM, ôc
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- tt fetà premièrement le profil de la furface fupé-rieure du noyau. Après cela, l’épaifleur de la pièce étant donnée, ( fuppofons-là de 6 lignes pour le fond, 8c de trois lignes pour le relie ) on ouvrira fon compas d’un intervalle de trois lignes plus grand que le rayon EM, & du point G, trois lignes au deffous du point E, on décrira l’arc extérieur ; on mènera enfuite Hr parallèle à MB, 8c ce fera le profil de la chape 8c du defius de la chaudière. Enfin , pour déterminer l’épaifieur de la chape du même point C, ôc de l’intervalle Ç F , de trois pouces à peu près plus grand que celui C D, on décrira l’arc FG 8c la parallèle G*, & ce fera le profil extérieur de la chape du moule. Ces trois profils étant marqués fur la Planche à il faut l’échancrer en dedans avec une fcie à tenon ou autrement , jufqu’au premier profil L M B ; on lui fait un bifeau d’un côté, ôc on paille l’extrémité inférieure premièrement à angle droit félon une ligne t u , enfuite obliquement, en tirant vers le dehors, fuivant une ligne u x> 8c enfin le relie à angle droit. C’efl déjà là une première branche de notre cqmpas, laquelle on nomme échantillon. Les autres pièces font d’abord une fécondé branche (fig. 2) terminée en pivot vers Q, renforcée d’un fupport ou mantonnet à angle droit, environ aux deux tiers de fa hauteur, & percée en cet endroit d’une mortoife, dans laquelle entre le tenon de la troifième pièce OP, appelée pièce d’afifemblage, parce qu’elle ferteffe&ivement.à affem-bler les deux branches du compaS; la première, X, y étant fixée par un bout dans une large mor-jtoife faite à la barre de fer O P, 3c cette barre de fer, entrant elle-même dans la mortoife faite à la fécondé branche, où elle eft fixée encore par une clavette qui s’enfonce dans fon tenon. Il faut encore deux pièces de fer, qui, quoiqu’elles ne falfent pas partie du compas de conftru&i.on, font cependant effentieliempnt nécefiaires à fon jeu ; la première eft une barre de fer dont la longueur varie comme la largeur du noyau à faire, puif-qu’elle s’affeoit fur la maçonnerie dont on forme le noyau ; elle eft percée au milieu d’un trou conique , dans lequel roule le pivot de la fécondé branche du compas; la fécondé eft une autre barre de fer , ou feulement de bois, percée d’un trou dans lequel entre le bout fupérieur de cette fécondé branche 8c s’y meut librement : celle-ci n’eft vifible que dans la vignette ( fig. 8 en R).
- On commence par creuier une foffe carrée affez vafte & afifez fpacieufe pour contenir le moule à un demi-pied plus bas que le rez de chauffée, ôc pouvoir tourner librement tout autour. On enfoncé au milieu un piquet de bois ( R, fig. 2 ), proportionné à là hauteur à laquelle on doit tenir élevée la branche de fer du compas, pour que la fécondé branche , appelée échantillon , puiffe tourner librement 8c fans frotter par terre. Sur ce piquet on aflfeoit la barre de fer Z Z , & on fait entrer la pointe du pivot dans le trou de cette barre de 1er, 8c le boulon fupérieur dans celui d’une autre barré de fer, ou d’une règle de bois arrêtée des deux bouts dans la terre fur le bord de la foffe ; on monte ôc l’on arrête par des coins de bois ou des chevilles de fer * la tête de l’échantillon dans la pièce d’affemblàge ( P ) qui la doit porter, puis l’on fait entrer le tenon de cette pièce dans là mortoife pratiquée fut f autre branche pour la recevoir , éc l’on fixe le tout par une forte clavette ( O ) * ainfi que le repréfente la fig. 2.
- Tout étant àinfî préparé, on fait en dedans de l’échantillon Un maffif circulaire , d’un pied dé large & d’un demi-pied de hauteur ; en conftrui-fanc ce maflif avec des briques pofées par aflifes fur une eûuché d mortier de terre, on évite,
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- comme dans toutè autre maçonnerie, là rencontré de deux joints dàns deux aftifes pofées luné fur l’autre , 8c l’on fait tourner réchantillon , pour voir fi quelques briques n^en approchent pas dé trop près. Après av*oir monté ce maflif jufqu’à-uA demi-pied, 8c en cône, fuivant rinelihaifôh de là ligne u x, on fe rëtire encore un peu ert declàas pour élever le noyau avec les mêmes matériaux , en confervant par-tôut un pouce ou à peu près de diftance jufqu’à l’échantillon; 8c quand on eft parvenu à la hauteur de la barre de fer, appuyée fur le piquet de bois, on en fcelle les deux bouts dans la maçonnerie du noyau. L’efpace laifle fans ombre au fommet (S) de la figure, montre affez que ce noyau ne fe clôt pas encore *: on laifle eri effet une ouverture inclinée de fix à huit pouces , pour y jeter du feu 8c Fentreténir.
- Nous n’avons là qü’une car cafte groflière du noyau, mais elle eft nëceffaire pour foutenir les couches fupérieures dont on là recouvre, 8c qui feront plus fines 8c plus déliées à mefure que nous approcherons de la furface , ou , cê qui eft là même chofe, de l’échantillon. La première eft un mélange de cinq parties de terre à une fixièmé de fiente de cheval , bien battue 8c bien corroyée à coup de fpatule ou de battoir ; c’eft ce que Font les Ouvriers 5? & 10 dans la vignette. Un Ouvrier prend ce ciment avec la main , 8c en étend une couche le plus également qu’il peut fur toute là furface du noyau ; mais il ne va pas plus loin qu’il n’ait fait fécher le tout ; c’eft pourquoi il allume du feu dans l’intérieur de l'appareil.
- Cette première couche étant sèche, ou même avant qu’elle le fort tout-à-fait, on en met une fécondé , 8c d’une main On fait mouvoir l’échantillon , tandis que de l’autre on ^arhaffe la terre qu’il enlève des endroits où il frotte, 8c qu’il pouffe de-yant lui, pour l’étendre fur les parties plus baffes q'u’il n’atteint pas encore. Commè cette fécondé couche fe retire en féchant, il arrive que l’échantillon ne frotte plus fut fa furface quand elle eft sèche, e’eft pourquoi on la recouvre d’une troifième ; & fi , étant sèche , elle porte par-tout à l’échantillon, on la couvre feulement d’une couche de brouet clair de terre pure, qu’on laiffe fécher à l’air ; enfin on lifte Cette furface par une couche de cendre leflïvée, tamifée 8c bien délayée qu’ort applanit fur le tout par le mouvement de l’écham tillom Ce dernier enduit* qu’on appelle potée * s’infinue jufque dans les plus petites fentes ou cavités qui fe peuvent trouver fur la furface du noyau, & en abforbe la moindre humidité;
- On démonte alors l’échantillon de dedans là mortoife de la pièce d’affemblage * pour en re* trancher toute la largeur comprife entre les lignes MB & H r (fig. î )* c’eft-à-dire, lépaiffeur dü modèle, ou, fi on veut, de la chaudière, car l'échantillon ainfi taillé, repréfente la Courbe de la furface extérieure de cette chaudière, comme le noyau celle de l’intérieure. On fait, comme avant * régner un bifeau d’un côté tout le long de cette courbe _> & on remet l’échantillon dans fa place : alors on recouvre le noyau de galettes de terre qui ont affez de confiftance pour s’étendre fous un rouleau * ôc qui font affez minces pour que réchantillon jti’y touché pas eh tournant. Oh lès côüvfë elles-mêmes d’üttë couché dé brouet affez fluide * & oh laiffe le tout fécher de Joi-même * ou à un feu modéré, on en met enfuite une fécondé, puis u né troifième, s’il eft néceflaire ; enfin on étend éga* îement > toujours fous l’échantillon , 6c à froid * une légère couche de fuif 8c de cire mêlés enfem-ble, pour empêcher la chape * qu’on appelle aufll
- fur tout, de s’y attacher.
- Ici l’Ouvrier démonte encore l’échantillon, pour
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- 'retrancher de la planche environ un pouce de bois -dans toute la longueur du profil, obfervant de -former toujours un bifeau d’un côté, & il le remet à fa place. Pendant ces premières opérations , on a dû fe préparer de la bourre pour --ceUt-ci, la démêler, la battre, en un mot, la divi-fer le plus qu’il efl poflible pour en • chaffer la -pouflière.
- On prend donc un peu* de 'cette bourre pour la mettre dans le ciment, dont on a bâti le noyau & le modèle ; & après avoir bien battu le tout -•enfemble, on délaye ce mélange dans une affez grande quantité d’eau, 6c on en fait palfer ce qu’or^ peut au travers d’un tamis, au delfiis d’un vafé qui reçoit ce quipaffe ; on laiffe rafleoir ce coulis, on vide doucement beau qui nage à la furface, & le brouet qui refie au fond efl celui qu’on étend ‘fur la fauffe chaudière en plufieurs couches qu’on daiffe fécher d’elîes-mêmes, & qu’on étend les unes fur les autres, jufqu’à l’épaiffeur de trois lignes ou à peu près. Quand ce premier enduit efl entièrement fec , on le couvre d’une couche du «ciment ordinaire, je veux dire du mélange de terre molle & de fiente de cheval, & on remet du feu «dans d’intérieur du moule ; après cela, on ôte encore une fois la planche ou échantillon, pour l’échancrer jufqu’à la ligne marquée pour la fur-face extérieure de la chape ou furtout, 6c on le replace. Enfin on applique les dernières couchés de terre, fur lefquelles on étend du chanvre en tout fe'ns, pour leur donner plus de liaifon 6c de confiflance, 6c on égalife lejiout fous l’échantillon.
- Pendant que le-moule recuit ( car on y conferve toujours du feu ) , on fait un gâteau de terre épais d’un pouce ou plus, qu’on taille en chanfrin, pour former un cône renverfé, qui, en bouchant le trou de la chape, fermera le moule , 6c qu’on rend concave en deffous, conformément au profil du fond de la chaudière. On graiffe de fuif l’ouverture de la chape, 6c ce gâteau ayant acquis un affez grande confiflance, on l’entoure d’un brouet mou , mais point trop fluide, 6c on le fait entrer dans l’ouverture delà chape où furtout;‘ce brouet remplit exactement les vides que laifleroit le gâteau entre lui 6c l’ouverture de la chape; 6c venant à fécher , il ne s’attachera pas à la chape qui a été enfuivée , mais feulement à la rouelle ou gâteau , dont il doit corriger le contour; mais avant de l’enlever , on fera bien de le repérer. Au milieu de ce gâteau , qui efl comme la forme du chapeau du moule, on percera une ouverture en long , de quatre pouces , dans la quelle on fera entrer une planche de bois de fix à huit pouces de haut ,
- *6c des deux côtés de cette ouverture , on fera deux trous ronds qu’on bouchera enfuite, chacun par une cheville d’à peu-près dix ou douze pouces de haut, 6c l’on mettra la forme à fa place 6c dans fes repères. Tout ainfi préparé,.on mettra, pat couches , fur cette forme, de la terre molle qu’on «tendra avec la main, 6c dont on enveloppera bien la planche 6c les chevilles qui tiennent la place du jet 6c des ventoufes; on élevera de cette manière au deflus de la chape, un chapeau dont la furface fupérieure fe terminera par deux carrés , l’un fur l’autre , dont le plus petit ne fera pas plus élevé que la planche du jet, 6c le fécond n’excédera pas les deux chevilles des ventoufes. Ce chapeau, qu’on appelle aufli bonnet, efl ouvert fur une de fes faces jufque fur le carré inférieur du jet, pour recevoir le métal fondu.
- .Aufli-tôt que le bonnet efl fini, on en retire la planche 6c les chevilles, & auiïitôt qu’il efl fuffi-famment fec pour pouvoir être enlevé de dedans la chape fans fe brifer, on l’enlève pour remettre
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- plus de feu dans le moule, 6c on le remet en place pour le faire recuire en même temps que le moule. Quand on jugera le tout fuffifamment recuit, ou, fl vous voulez, quand en touchant la chape 6c le bonnet, on n’en pourra pas fouffrir la chaleur, on enlevera le bonnet, 6c on aidera la chape à fe détacher, en frappant deflus ou avec les mains, ou avec la femelle d’un foulier, tandis que d’autres ouvriers la fouleveront par le bas, en enfonçant des coins entre deux planches, dont une fera placée fur le fol, l’autre fous le bourlet de la chape qui excède le fnaflif; on enlève après cela la chape perpendiculairement, ou à force d’hommes, ou à l’aide d’un moufle, 6c on la tire hors de la fofle. Aufli-tôt après, on enlève la fauffe pièce par morceaux, 6c on s’occupe à boucher l’ouver-* ture circulaire qu’on avoit laiflee au 'noyau pour y mettre du feu. Pour cela , On arrange des briques avec du ciment de terre comme ci-deflus , de manière qu’elles fe foutiennent les unes les autres comme dans une voûte, & l’on apporte des charbons ardens fur cette maçonnerie pour la fécher ; après quoi, on ôte ces charbons, on la couvre enfuite de terre, préparée comme ci-def-fus, jufqu’au niveau des furfaces voiiïnes du noyau , 6c après avoir donné à cette partie avec la truelle la convexité qui convient, on remet des charbons fur le fommet pour le fécher 6c le recuire ; on finit par y étendre avec un gros pinceau une légère couche de charée , 6c le noyau efl prêt à recevoir fa chape. Mais avant de l’en vêtir, on vifite la chape en dedans, 6c fi l’on y'remarque quelques défauts, on les répare avec cette potée> puis on l’enfume en brûlant de la paille dedans; alors chaque partie du moule efl achevée, 6c prête à s’emboîter l’une dans l’autre pour recevoir le métal. On nettoie donc bien le noyau, 6c à force d’hommes ou de machines , on remet la chape dans fa fituation naturelle, en faifant rencontrer les repères qu’on a eu foin de marquer avant de l’enlever ; on coiffe la chape de fon bonnet, 6c on l’y fonde avec du brouet de même terre , en obfervant de placer en devant l’ouverture latérale de ce bonnet, c’efl-à-dire, de lui faire regarder le fourneau, ou , fi celui-ci n’ëfl pas encore fait , l’endroit où on l’établira. On ne manque jamais de boucher les ouvertures des jets 6c des ventoufes, ou avec des bouchons de terre, ou avec les chevilles 6c planches qui ont fervi à les faire; après cela, on emplit la fofle de la terre qu’on en a tirée pour la creufer, 6c on la preflè à me-fure tout autour du moule. La fofle étant remplie de terre, on dégage la partie fupérieure du bonnet, fi elle fe trouve enterrée , 6c on creüfe fur terre un canal en pente, que l’on fait aboutir à l’ouverture du bonnet pour l’entrée du jet ; on fait aufli ce canal en maçonnerie de terre 6c de briques , ainfi que la fontaine d’où il part, 6c qui doit être affez grande pour contenir tout le métal.
- La fonte de la chaudière ne demande pas un grand travail, parce que le métal efl d’une fufion affez facile. Ainfi, que fur un ou plufieurs trépieds , foutenus, fi l’on veut, par un mur circulaire de brique, on établiffe une ou plufieurs chaudières, & que dans ces chaudières on mette des faumons d’Etain en quantité fuffifante, il n’y aura plus qu’à allumer du feu deffous. Or pour évaluer la quantité d’Etain qu’il faut mettre en fufion afin de remplir le moule 6c former la pièce , il faut favoir 6c prendre pour bafe de fon calcul, que le pied carré d’Etain pèfe à peu-près fept livres deux onzes fur deux lignes d’épaiffeur. Alors il ne s’agira que de mefurer la furface de la pièce fur les dimenfîons qu’on a prifes pour en faire le moule, en confidérant la chaudière comm«
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- formée d’un cylindre , & d’une calotte ou demi-fphère , & en prenant, pour repréfenter l’épaiffeur de toute la pièce, un terme moyen entre la plus grande ôc la plus petite. Mais on ne fe re-pent jamais d’avoir fait fondre un faumon de trop» Tandis qu’on fait fondre ôc chauffer l’Etain, on tient du feu allumé dans le canal ôc la fontaine, pour les fécher Ôc les chauffer ; ôc quand l’Etain a acquis un degré de chaleur fuffifant pour rouffir une carte, on ôte le feu de dedans la fontaine Ôc le canal , ôc on les nettoie bien en en chaffant la cendre avec un foufflet à main ; on ferme avec une brique l’ouverture qui communique le canal ôc la fontaine, ôc plufieurs Ouvriers s’empreffent d’apporter tout l’Etain dans cette fontaine , pendant qu’un autre Ouvrier débouche les ventoufes. Aufli-tôt que tout l’Etain ou à peu près eft dans la fontaine, on lève la brique qui empêchoit la communication avec le canal, on débouche le jet, ôc l’Etain fe précipitant dans l’intérieur du
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- moule, en chaffe l’air par les ventoufes, 8c en emplit l’intérieur.
- Peu de temps après que la chaudière eft coulée, on la déterre, on la dépouille, on en coupe au fer les bavures, jets Ôc ventoufes, Ôc on en rabat le fyord, comme je l’ai dit en parlant des autres. Il y a des Artiftes qui font ajouter autour de cette chaudière, en dehors, des boulons d’Etain,' pour la mieux fceller dans la maçonnerie ; on les y étoffe en coulant de l’Etain chaud., dans une virole de terre, après avoir garni en dedans la contrepartie, du drapeau à fable dont on fe fért pour louder les premières.
- Cette fécondé méthode demande, comme on voit, beaucoup d’appareils, ôc ne paroît pas procurer la foiidité qu’on a droit d’en attendre, parce que l’Etain fondu en terre eft beaucoup plus mou : c’eft au furplus aux Artiftes qui en font ufage à choifir ; le Potier d’Etain eft aufti bien au fait de l’une que de l’autre pratique-.
- MdMwnmaKia
- CHAPITRE QUINZIÈME.
- De quelques ouvrages particuliers dont les effets ont rapport cl la Phyfique.
- ARTICLE PREMIER.
- x Des Lampes. PI, XXV»
- Jouir encore de la lumière après que le foleil a difparu de deffus l’horizon pour éclairer l’autre hé-mifphère, n’eft pas un de ces befoins dè première néceftité qui commandent rinduftrie ; Ôc dans les premiers âges du Monde, on obéiffoit mieux fans doute à la loi que femble impofer aux hommes l’Aftre du jour en fe retirant. Cependant l’invention des lampes ôc i’ufage du feu pour diffiper les ténèbres, font des faits qui fe perdent dans la nuit du temps ; ôc partout où il y a eu des hommes, on a toujours trouvé, au milieu des autres traces de leur exiftence , d’anciens vafes de terre ou de métal, qui ne peuvent avoir eu d’autre deftination que de contenir les matières inflammables. Mais nous avons bien renchéri fur ces modèles antiques, Ôc tous les jours encore on nous annonce des lampes nouvelles, qui n’ont pourtant pas toutes, il en faut convenir, un fuccès égal.
- Au refte, fous quelque forme qu’elles fe pré-fentent, on peut les réduire à deux efpèces. En effet, ou l’huile monte d’elle - même le long de la mèche pour l’imbiber, ou elle eft forcée, par une püiffance quelconque , à l’entourer toujours à quelques lignes au deffous de la flamme, en forte que la lumière ne fe fente point de la confomption qui s’en fait. Dans le premier cas, c’eft une lampe par afcenfion ; elle confifte tout uniment à mettre dans un vafe une mèche dont on appuie le bouc fur le bord du vafe, Ou fur un mècheron ( canal. *• incliné, qui , s’étendant depuis le fond du vafe jufque fur fon bord, foutient la mèche), & à emplir le vafe d’huile. La lampe n’avoit pas de peine à tien éclairer lorfqu’elîe étoit pleine ; ôc l’on ne dut pas remarquer fans joie, que l’éclat de la lumière ne diminuoit pas dans la même proportion que fon fluide nourricier, Ôc que, comme l’eau dans une éponge ,- l’huile s’élevoit dans la mèche au deffus de fon niveau pour alimenter la flamme. Ainfi l’expérience ne laifïa pas long-temps inconnu le phénomène de l’afcenfion des liqueurs dans les efpaces capillaires ; mais malheureufement cette afçenûon n’a plus Heu, lorfque la furface de l’huile
- fe trouve un pouce plus bas que le foyer de là lumière, ôc c’eft ce qui a obligé de donner à ces lampes une forme qui s’étendît plus en largeur qu’en profondeur. Voilà fans doute la première lampe, puifque c’eft là plus Ample ; c’eft encore aufourd’huï celle qui eft mife en ufage par cette claffe indigente" de citoyens laborieux, que nourriflent à peine les. moiflons abondantes qu’ils font éclore ; c’eft le luftre commun qui éclaire une troupe nombreufe de femmes ôc de filles ralTemblées fous un même toit, pour réparer, par le travail de la nuit, les pertes de celui du jour ; c’eft le foleil perpétuel dès Mineurs enterrés tout vivans pour arracher à la terre les richeffes qu’elle cachoit dans fon fein. Elle a l’incommodité dont une feule eft exempte, c’eft d’être difficile à tranfporter, parce qu’un liquide garde d’autant moins fon équilibre dans le tranfport, que fa furface eft plus étendue; d’un autre côté, il y avoit d’autant plus de difficulté à remédier à cet inconvénient, qu’en diminuant la largeur drç vafe , on diminuoit néceffairement fa capacité, ôc qu’on retomboit par-là dans un autre. Mais cette incommodité eft balancée par l’économie qu’elle procure. L’expérience démontre en effet, ôc on le comprend aifément, que de toutes les lampes, celle - ci dépenfe moins d’huile ; c’eft pourquoi on s’eft attaché à la rendre portative en mainte* nant l’équilibre de fa liqueur. .
- Lampe du Languedoc.
- On fe fert dans tout le Languedoc, d’une lampet (fig. î.) dont la forme eft àipeu près fémifphé-* rique. Les dimenfîons du vafe ( À ) de cette lampe font d’un pouce de profondeur Ôc de deux pouces ôc demi de diamètre à fa partie fupérieure ; fur le bord de cette lampe , en deux endroits oppofés diamétralement, font appuyés deux mçcherons de fer-blanc ( BB ), foudés par l’autre bout au milieu du fond ; mais au lieu d’abandonner le liquide à fa mobilité, une rouelle d’Etain entre d’une ligne dans le corps de la lampe, ôc couvre toute la fur-face de l’huile quand elle eft pleine. Le trou rond dont cette rouelle eft percée au centre, Ôc qui fert à mettre l’huile dans là lampe , eft bouché par un petit couvercle ( C ) qui s’ouVre ôc fe ferme à charnière ou à vis ( E ). Outre cè trou au centre ,
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- «lie eft encore percée de deux autres à fa circonférence , pour le palTage des mècherons & des mèches. Enfin le tout eft monte fur une douille ( D ) qui fait corps avec la lampe, & qui fert à la faire tenir dans un chandelier. Voilà la lampe du Languedoc; quoique fon vafe ne contienne que trois pouces cubes d’huile , ou un feizième de la pinte de Paris, «lie fournit une lumière continuelle & affez vive pendant quatre heures en allumant deux meches moyennes, & fi on n’en met qu’une petite,elle pourra fervir de veilleufe , & demeurera allumée pendant la nuit entière, fans qu’il foit befoin d’ajouter de -nouvelle huile. L’afcenfion de la liqueur s’y fait juf-qu’à la fin, parce que la hauteur du plan incliné que forme les mècherons, eft encore moindre que celle -où s’éleveroit l’huile naturellement. Cette lampe a prefque toutes les bonnes qualités que l’on peut délirer. Elle eft fans contredit la plus économique, parce que l’huile n’eft pouffée vers la mèche que par une feule force , & que le mècheron eft appuyé fur le bord, de manière qu’il ne s’échauffe pas affez pour faire évaporer, en pure perte, une partie de l’huile. Elle eft affez portative ; il faut en effet la pencher beaucoup^ pour que l’huile fe renverfe ; ôc fi, comme celle de la fig. 2 , elle étoit fufpendue fur des cercles mobiles en tout fens , elle feroit, je penfe, auffi parfaite qu’une lampe le peut être.
- Le vafe (A) &'fa douille (D) fe forme d’une feule ôc même pièce , dans un moule de quatre morceaux, de le gros noyau porte à fa partie la plus baffe un filet carré, qui forme fur la pièce une dent intérieure de la profondeur d’une ligne & demie ; la rouelle qui ferme le vafe en repofant fur l’entablement de cette dent, fe forme dans un moule de deux pièces, & le couvercle aufli.
- Après les opérations ordinaires du fourneau Ôc de Vétabli , on monte le vafe fur le tour pour l'ébaucher en dedans, puis on le tourne & brunit en deffus ; enfuite on fait entrer la fécondé pièce dans la dent de la première, on les foudé enfemble à la fou-dure légère, ôc on remet le tout fur le tour pour tourner la furface£ extérieure de cette rouelle : le petit couvercle fe tourne également, ôc la lampe s’achève au fourneau. Pour cela, on commence par percer en deffus deux trous diamétralement oppo-fés , obfervant de pencher le vilebrequin en dehors pour faire le trou ovale, 6c faifant en forte qu’il le trouve une ligne de diftance entre la circonférence du trou ôc celle de la rouelle fur laquelle il eft fait. Dans ces trous, on fait entrer un mècheron de fer-blanc, qu’on fixe au fond de la lampe par une goutte d’Etain, à l’aide d’un petit fer de cuivre, & qui s’appuie par l’autre bout fur la rouelle fans toucher au bord du vafe. 11 refte encore à fixer le petit couvercle ; or ce couvercle eft mobile ou à vis ou à charnière : s’il eft mobile à vis-, le trou de la rouelle eft .taillé en écrou, & le couvercle en vis , le tout formé par le moule ; la fabrique de cette lampe finit donc là. Mais fi le couvercle eft mobile à charnière, il faut fouder un membre de cette charnière au petit couvercle, & l’autre membre à la rouelle, après quoi on répare cette foudure, Ôc la lampe eft finie.
- Lampes marines.
- Pour rendre la lampe par afeenfion encore plus portative, Sc la mettre à l’ufage de la marine partir culièrement, on a trouvé à propos de lui donner une forme fphérique ou fphéroïdale, Sc de la mettre en équilibre fur plufieurs cercles, en forte qu’elle fe puiffe mouvoir en tout fens, ou plutôt que les cercles puiffent obéir à des imprefftons contraires fans forcer la lampe à les fuivre ( fig. 2.) Elle eft compofée de deux calottes coulées en moule ou embouties au marteau, Sç foudées enfemble par
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- leur plus grand cercle. La calotte fupèrieure eft tronquée & ouverte par le haut pour y mettre l’huile ; cette ouverture, d’un pouce de diamètre, eft enfuite exactement bouchée par une petite rouelle percée au centre, à laquelle on a foudé un mècheron cylindrique de fer-blanc ; mais ce petit couvercle, qui porte en même temps le mècheron , eft mobile pour verfer l’huile ôc introduire la mèche dans le vafe. Sur la plus grande largeur de la lampe , on foude deux petites goupilles diamétralement oppofées ( NISi ), qui entrent dans une petite lumière ou trou pratiqué en deux endroits également oppofés, d’un cercle de laiton, affez grand pour que la lampe s’y puiffe mouvoir aifément. En deux autres endroits du même cercle (RR), oppofés diamétralement Ôc également diftans des deux lumières NN , font foudées deux autres petites goupilles qui entrent chacune dans un trou d’un demi-cercle (O), dont le diamètre eft tel que le cercle R peut y tourner ôc faire une révolution entière. Enfin ce demi cercle eft fixé en P fur une douille (Q), qui fert à monter la lampe fur un chandelier. Or on conçoit qu’au moyen de ce cercle dans lequel fe meut la lampe , ôc qui fe meut lui-même dans un demi - cercle , la lampe eft mobile en deux fens oppofés à angle droit, Ôc que par fa feule pefanteur elle doit fe trouver toujours horizontale. Auffi eft-ce la lampe des Marins, que l’on a appliquée fort heureufement aux lanternes des voitures , ce qui a fait varier fes dimenfions, quoique toujours plus en largeur qu’en profondeur, pour les raifons que j’ai déjà dites.
- Lampes à bougies.
- On s’eft efforcé de donner à la lampe par af* cenfioft, une forme qui la rapprochât de celle de la bougie ou chandelle ; mais ce que pouvoit contenir d’huile un tuyau cylindrique d’un diamètre auffi petit (E, fig.3 ), jufqu’à un pouce au deffous de la flamme, n’étoit pas capable de fournir de la lumière pendant affez de temps, & on a cherché à fubvenir à cet inconvénient. On y eft parvenu par deux moyens : le premier a été d’établir un réfervoir large ôc d’une affez grande continence, au-uel on a donné la forme d’une poire (D) , ôc e faire une communication entre ce réfervoir Ôc le cylindre. Elle eft donc compofée d’un réfer-voïr ( D ) en forme de poire, qui fe monte fur un chandelier par le moyen d’une douille ( F ). Au deffus dé cette douille , le réfervoir eft percé de deux trous en des endroits diamétralement oppofés, pour y fouder deux tuyaux de communication ( KK) recourbés ôc foudés au fond des cylindres ( EE ), qui, tous montés, doivent s’élever jufqu’à la hauteur du réfervoir. Chaque tube eft recouvert par le haut d’une rouelle d’Etain percée pour l’entrée du mècheron H ; il eft fait d’une petite douille de fer-blanc qui traverfe, Ôc qui eft foudée à une petite rouelle à laquelle on a encore foudé par-deffous une petite virole auffi de fer-blanc, pour fermer exa&ement l’ouverture du tube ; enfin le réfervoir eft bouché par un petit couvercle ( G ), qui s’y monte à vis. Je ne parlerai pas de la fabrication de celle-ci ; je dirai feulement que toutes les parties doivent être faites en moule, à l’exception peut-être du cylindre ou tube (E), qu’on peut faire d’une lame roulée : je ferai encore remarquer que l’afcen-fion de l’huile fe fait ici perpendiculairement, ÔC que dans ce cas elle eft moins grande que lorfque le plan eft incliné, fuivant les expériences de M. Hausbée; de plus, le mècheron ou porte-mèche qui entoure Ôc ferre la mèche, s’échauffe affez promptement , ôc confomme alors en pure perte une partie de l’huile qui imbibe le coton. Celle que je vas décrire a le même inconvénient.
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- Lampes à pompe.
- Le fécond moyen qu’on a employé pour fournir de l’huile à la flamme à mefure que l’afcenfion s’étoit faite dans le cylindre creux de la lampe ou faufle bougie, étoit celui dont M. l’Abbé Mercier eft l’inventeur. 11 avoit conçu le deffein de faire un réfervoir de l’intérieur du pied de la Jampe, & de faire monter l’huile de temps en temps dans la faulfe bougie , pour la remplir lorf-que l’afcenfion ne fe faifoit plus, c’eft - à - dire, lorfque la furface de l’huile , dans la faillie bougie, fe trouvoit un pouce au deffous de la flamme. La machine dont il avoit deffein de fe fervir pour remplir fon objet, étoit une pompe , 8c la puif-fance qu’il vouloit qu’on employât pour la mettre en jeu , étoit la main de celui qui uferoit de la lampe. Il fit exécuter en effet une pareille lampe •en fer-blanc pour le mouvement, & en Etain pour le chandelier Sc fa bobeche ; & comme il défiroit porter cette lampe au degré de perfedion qu’elle pouvoit recevoir, il demanda un privilège exclufif, qu’on lui accorda fans peine.
- Pendant un féjour qu’il fit à fon Abbaye, la lampe de fon invention, dont il fe fervoit, fe dérangea ; il me vint prier de la lui raccommoder , Sc ce fut à ce hafard que je dus l’honneur de fa vi-lite. On juge bien que tant que je fus avec lui, la conversation ne roula que fur l’organifation de fa machine , ôc fur les moyens delà perfectionner. Je lui communiquai mes niées à ce fujet, Sc lui marquai, entre autres chofes, ma furprife fur le choix qu’il avoit fait du fer-blanc pour les mouvemens : je lui dis que je ne voyois pas d’autres moyens de porter le mécanifme de cette lampe à fa perfection , que de faire le tout en Etain fin , Sc d’en couler chaque pièce dans des moules faits exprès, de manière qu’en fortant du moule , les parties n’euffent befoin que d’être épiîlées Sc apprêtées avant d’être mifes en leur place. Il approuva ces vûes, 8c me quitta en m’affurant qu’il s’en occu-peroit efficacement au retour d’un voyage qu’il étoit obligé de faire à Paris ; mais la mort le Surprit dans le cours de ce voyage, Sc emporta fes projets avec lui.
- Depuis le décès de M. l’Abbé Mercier, pîufieurs ont faifi fa principale idée, Sc ont arrivé au même but, fans cependant prendre tout-à-fait le même chemin. Les uns croyant donner du nouveau , ont appliqué à ces lampes le mécanifme du pif-ton fans frottement , de MM. Goffet 8c de la Deuille : c’étoient deux rouelles de cuir, une plus grande, l’autre plus petite, de toutes deux percées au centre d’un trou d’un diamètre égal. Ces deux rouelles étoient coufues l’une à l’autre par leur circonférence , 8c la plus petite étoit fixée à une rouelle de fer-blanc de même diamètre, 8c percée de même au centre ; la plus grande étoit aulîi fixée à une rouelle de fer-blanc d’un diamètre plus petit que la première, 8c percée de même au centre.La plus petite rouelle, qui étoit la partie inférieure du foufflet, étoit fixée au fond du chandelier, en forte qu’il y avoit au moins deux lignes entre l’un de l’autre. Les trous des rouelles inférieure de fupérieure étoient bouchés par chacun une foupape , 8c le trou de la rouelle fupérieure faifoit communiquer le foufflet ou corps de pompe , avec un tuyau montant qui y étoit foudé. Enfin un arc de fer-blanc ou de reffort de montre * étoit foudé par fes deux bouts au fond du chandelier, 8c par le milieu auftuyau montant, qui fait aufli l’office de la verge de pifton. Du refle cette lampe eft conf-truite comme celle dont la coupe Sc élévation eft repréfentée par la fig. $.
- L’arc de fer-blanc, par fon reffort, élevoit le
- tuyau montant* ainfi que la fauffe chandelle * de tenoit le foufflet, qui eft le corps de pompe, ouvert ; en preffant fur la bobèche , on forçoit le tout à defeendre, 8c le foufflet à fe fermer, ce qu’il ne pouvoit faire fans que l’air qu’il contenoit en iortît en ouvrant la foupape fupérieure pour paffer dans la fauffe bobèche, & de là en dehors ; le reffort forçoit enfuite le tout à s’élever, la foupape fupérieure fe fermoit, l’inférieure s’ouvroit, de l’huile entrant par cette ouverture dans le foufflet, en rempliffoit tout l’intérieur. Si l’on baiffoit une fécondé fois le tout en preffant fur la bobèche* la foupape inférieure fe fermoit, celle de deffus fe rouvroit, 8c faifoit place à l’huile, qui étoit forcée de fortir du foufflet pour fe rendre dans la fauffe bobèche par le tube montant. La fauffe bougie étant une fois remplie d’huile, l’afcenfion s’y faifoit perpendiculairement, comme dans les figures que je quitte ; mais ce mécanifme ingénieulement inventé , n’étoit pas ingénieufement appliqué aux lampes, parce que l’huile, en dépofânt fes fèces, englue les parties de la machine, de particulièrement le cuir , lui ôte fa flexibilité, de par confié* quent tout fon effet : aufli n’ont-elles pas été bien accueillies du Public.
- On y a donc fubftitué une autre machine, 8c c’eft celle qui eft en ufage à préfent ; mais ce n’eft pas celle de M. l’Abbé Mercier, quoiqu’elle en approche affez lorfqu’elle eft bien exécutée. Le pied d’un chandelier ordinaire ( A ) d’Etain eft fermé par un fond (B) de fer blanc qui y eft foudé. Ce fond eft percé d’un trou, dont le diamètre 0 ü eft d’un demi-pouce au moins plus grand que celui du corps de pompe. Ce trou eft bouché par une rouelle de même diamètre , qu’on y foude après avoir afîis toute la petite machine fur cette rouelle; au moyen de quoi elle eft mobile comme la rouelle à laquelle elle eft attachée, 8c qu’il eft facile de deffouder 8c de reffouder au befoin. Cette machine confifte en un corps de pompe ordinaire ; c’eft un cylindre ( C ) de fer-blanc, avec un fond aufli de fer-blanc, percé au centre d’un trou rond* qui eft bouché par intervalle par une foupape à charnière (a), qu’un petit reffort placé par-derrière repouflè fur le trou, lorfque là force qui l’a enlevée ceffe d’agir. Dans l’intérieur de ce corps de pompe fe meut un pifton ( D ) de même matière, fait de deux rouelles percées au centre d’un trou du même diamètre, 8c qui ferrent entre elles deux une virole de liège, étant elles-mêmes fondées à une de fer-blanc. Le trou fait à la rouelle inférieure de ce pifton eft aufli bouché par intervalle, par une fécondé foupape ( b) à charnière , placée dans l’intérieur du pifton, 8c un bout du tuyau montant étant foudé au pourtour du trou de la rouelle fupérieure, il fait corps avec le pifton & fe meut avec lui. Le cylindre C ou corps de pompe eft couvert d’une rouelle {d), aufli de fer-blanc* 8c percée au centre d’un trou rond un peu plus grand que le tuyau montant n’eft gros, en forte que celui-ci s’y meuve aifément. Sur le milieu de cette rouelle, eft foudé le bout d’un reffort à boudin (e)i qui entoure le tuyau montantSc dont l’autre extrémité eft foudée à une petite rouelle (f) de fer-blanc, qui eft elle-même foudée au tuyau mon* tant. Le tuyau montant eft brifé en e, afin qti’oii puiffe enlever 8c remettre la fauffe bougie qui contient la mèche. Mais il eft continué dans Eintérieur de ce tube, 8c monte jufqu’au deffous du mèche* ron ; de l’autre côté, dans l’intérieur dé la fauffe chandelle, eft un fécond tuyau ( g h ), qui s’élève à la même hauteur que le premier, ou un peu moins* 8c qui traverfe le fond où il eft foudé, 8c finit là. Le mècheron eft mobile, 8c conftruit comme ceux des figures 2 8c 3; enfin la fauffe chandelle n’em*
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- 'plit pastout-à-fait l’intérieur de la bobèche (G) * ôc ne lui eft pas foudée.par-tout ; mais on lailfe quelques ouvertures pour donner pafiage à l’huile, qu’on auroit obligée à ^paffer par-Mefius.
- Le refTort a boudin, lorfque rien ne l’empêche d’exercer Ton aélion , tient le tout élevé & le corps de pompe ouvert; mais en appuyant fur la bobe-- che, on force le tout à defeendre, alors la fou-pape (3)'du piflon s’ouvre, Ôc l’air qui étoit contenu dans 4e corps de pompe eft forcé de palier par le tuyau montant ( c ), pour fe répandre au dehors. Si l’on celle de peler fur la bobèche, le relfort à boudin ( e ) élevera le pidon , dont la foupape fe fermera à Son tour, tandis que celle ^du corps de pompe s’ouvrira pour faire paffage à l’huile, qui en remplira l’intérieur. Qu’on appuie de nouveau fur la bobèche, on forcera le tout à defeendre ; Sc comme la foupape inférieure fe ferme dès que le pidon celle de monter, l’huile, prellée dans le corps de pompe, foulevera la foupape du. pidon, ôc paffera dans le tuyau montant. •C’ed ainli que, par plufieurs preffions réitérées , on emplit d’huile la faillie bougie, Sc alors l’afcen-lion fe fait comme dans les lampes des fig. 2 Sc $, c’eil-à-dire , perpendiculairement.
- Telle ed la lampe à pompe maintenant en ufage; ^lle a des défauts qu’il femble que M: Mercier a voulu éviter par la condruclion de la fienne, la feule approuvée par l’Académie. Celle que nous quittons pour un moment, mérite cependant bien qu’on la perfectionne, ôc c’ed fur quoi je propo-ferai mes idées après la defeription de celle de M. Mercier.
- Concevez que le cylindre ( C ), qui fait le corps de pompe de la lampe que je viens de décrire , s’élève jufqu’à la bobèche, qu’il y foit foudé, ôc qu’il foit percé d’un trou rond ou carré, à la hauteur de deux pouces ou deux pouces & demi. Concevez encore que le pidon D, foit un autre cylindre creux, de métal en entier, garni d’une foupape, ôc que le tuyau montant ne foit brifé ni courbé , comme celui-ci, mais tout d’une piece ôc feulement un peu penché. De plus, figurez-vous ce tuyau montant, entouré depuis le pidon jufqu’au niveau du badin de la bobèche, d’une feuille de métal roulée, formant un cône tronqué, xenverfé Sc fort aiongé, mais qui ne frotte pas du tout dans l’intérieur du grand cylindre, qui, comme je l’ai dit, ed le corps de pompe prolongé. Cette pièce , qui fert comme de boîte au tuyau montant, ed aufii percée d’un trou quelques lignes au deffus du pidon, ôc fa bafe fupérieure, qui ed en même-temps le fond de la fauffe bougie, eft percée de deux trous ronds, dans l’un defquels paffe le tuyau montant , ôc dans l’autre le bout du tuyau ae décharge. Enfin un petit cordon de foie étoit attaché à la faillie bougie, paffoit à travers la bobèche par un trou qu’on y avoit fait, & s’arrêtoit là. Enfin, pour fixer le corps de pompe dans le chandelier, il y avoit en dedans de la douille de ce chandelier, une rainure perpendiculaire ôc enfuite horizontale, où entroit un petit bouton pratiqué fur la bobèche.
- La lampe ainfi conftruite, & la précédente, pro-duifent leur effet d’une manière toute contraire, comme on le va voir ; c’ed pourquoi je ne fais comment on a pu faire paffer les premières pour être .celles de M. Mercier, approuvées par l’Académie. En effet , ayant fixé la machine dans le chandelier plein d’huile , il ed clair qu’en tirant le petit cordon , on élevera le pidon, & que la foupape du corps de pompe s’ouvrira pour laiffer entrer l’huile, qui fuivant toujours le pif-ton , emplira le corps de pompe. Lorfqu’on ceffera de tirer le cordon ., comme le pidon doit être fort
- doux , il retombera tout feul par le poids de tcwt l’appareil qu’il foutient, ôc 1 huile ouvrira fa foupape pour paffer dans ion intérieur, & de là-dans le tuyau montant. Si on tire une fécondé fois le cordon, le pidon s’élèvera une fécondé fois, ôc le corps de pompe fera de nouveau rempli d’huile ; le pifton retombant enfuite, l’huile paffera à travers, ôc montera par le tuyau jufque dans la fauffe bougie. Par cette defeription du jeu de la pompe, il eft aifé de voir que c’ed: la main de l'homme qui la fait ajpirer, tandis qu’elle foule dans la première , & c’ed tout ce que j’entends par ces mots ^ produire le meme effet d une manière toute contraire. Arrêtons-nous un moment à l’examen ôc à la comparaifon de ces deux machines; je propo-ferai enfuite mes idées pour la corredion de lune ou de l’autre, ôc de l’une par l’autre.
- Abdradion faite de la difproportion qui règne entre le tuyau montant Ôc le corps de pompe ( vice, qui, comme dans une grande pompe, n’oc-cafionne pas un frottement adèz considérable pour qu’on y fade tant d’attention )la pompe, actuellement en ufage, a des défauts qui paroîtront effentiels, ôc que bien des perfonnes auroient défilé n’y pas trouver. Le premier, Ôc elle a cela de commun avec le peu de lampes que M. l’Abbé Mercier avoit fait exécuter, c’ed l’irrégularité de la furface intérieure du corps de pompe, ôc des tuyaux qui font faits de bandes de fer-blanc roulées ôc foudées, les deux bouts l’un fur l’autre. M. l’Abbé Mercier regardoit encore le pidon comme imparfait, s’il n’étoit pas entièrement de métal; mais le plus grand inconvénient, c’ed la nécefiîté d’avoir recours à -un Ouvrier pour la démonter, afin d’en échauderchaque partie, lorfque les fèces que l’huile y a dépofées nuifent au mouvement de la machine.
- Quelques-uns ont encore cru que le badin de la bobèche étant élevé d’un demi-pouce au deffus du bord du chandelier, cette partie étoit dans un état de contrainte, ôc auroient, toutes chofes égales d’ailleurs, préféré celle de M. Mercier, s’ils l’euffent connue. Mais la forme de la pompe ed telle, que rien n’oblige à défigurer la branche du chan * delier, Sc qu’elle peut être placée avec autant de facilité dans un chandelier ordinaire, que dans un chandelier à colonne, la feule forme qui convienne à la machine de l’ingénieux Abbé.
- O11 ne peut trouver de défaut du côté du métal dans la lampe de M. Mercier, puifque celles qu’il fe propofoit de faire exécuter pour fufage du Public dévoient être faites en Etain, ôc que toutes fes parties dévoient être jetées dans des moules faits exprès. D’un autre côté, quelle fim-plicité de mécanifme ! quelle folidité de conftruc-tion, ôc combien l’auroit-ü pu rendre encore plus parfaite, fi, comme il fe le propofoit, il eût fait joindre feulement par des vis les parties les plus effentielles de fa machine, afin que les perfonnes les plus fimples euffent pu les démonter Sc remonter aifément pour la nettoyer, auffi-tôt que les fèces de l'huile en gêneroient le jeu ! Je trouvois feulement incommode d etre obligé de tirer toute la machine du chandelier pour y mettre de l’huile, ôc de donner à la branche du chandelier, de quelque façon qu’elle foit conftruite,fept ou huit lignes de diamètre dans fa moindre largeur : mais par bonheur, les anciens chandeliers, dont la branche eft cylindrique Ôc repréfente une colonne, reviennent à la mode.
- Si cependant, pour fe fervir de chandeliers ordinaires , on préféroit les lampes du fécond mécanifme, je voudrois, pour les rendre parfaites, que toutes les parties qui la compofent, à l’exception du mècheron, qu’on ne peut faire que de fer-blanc, fuffent faites en Etain fin ôc dans
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- ART DU POTIER D’ÉTAIN,
- des moules particuliers : je voudrois que le pied du chandelier ne fe joignît à la branche que par le moyen d’une vis, en forte qu’après avoir dévide la branche du chandelier, on pûc tirer la pompe par l’ouverture à écrou faite à la patte ; je voudrois que la pompe ne fût pas foudée au fond du chandelier , mais que les deux ou trois pieds qui l’éleveroient à quelques lignes du fond, en-traffent dans autant de petits pitons qui feroient fixés à ce fond ; enfin je voudrois que la plaque (d) qui ouvre le corps de pompe n’y fût pas fondée 5 mais qu’elle y fût fixée à vis comme la la boite d’une feringue, ou par des crans, ôc que le fond du pifton, où eft attaché fa foupape, ne fût non plus fixé qu’à vis au cylindre de cette pièce.
- On a joint à ces lampes deux pièces, qui, quoiqu’elles ne foient pas effentielles, contribuent cependant beaucoup à leur perfeètion ; la première elt un garde-vue ; c'eft un cône de fer-blanc tronqué ôc ouvert, dont l’effet efl de raffembler les rayons de la lumière, finon dans un feul .point, comme un réverbère, au moins dans un efpace allez petit autour du pied de la lampe, en forte qu’il n’y ait que le livre ou le papier fur lequel on écrit qui foit éclairé, ôc que les yeux du leéteur ou de l’écrivain ne foient pas fatigués ; c’eft pour recevoir le bout de la branche de ce garde-vue qu’on foude à la douille du chandelier un petit tenon carré ( H, fig. 4. ). La fécondé pièce eft un fourreau cylindrique de fer-blanc, couvert d’un émail blanc, pour imiter mieux la bougie.
- On a appelé lampes par fufpenfion ( fig. 6. ), celles dont le réfervoir eft plus haut que le mè-cheron , ôc dans lefquelles cependant l’air extérieur tient l’huile fufpendue ôc ne lui permet de s’élever dans le mècheron, qu’à une certaine hauteur , c’eft-à~dire , quelques lignes au deflous de la flamme. C’eft la fontaine de commandement que tout le monde connoît ; mais on défère à Chrif-tophe Sturnius l’honneur de l’application. 11 emplit d’huile la fontaine aufti bien que le baftin, & plaça la mèche fur le bord du dernier. Or, tant que le petit trou pratique au pied du fupport de la fontaine eft bouché, l’huile relie fufpendue dans la fontaine, ôc l’on fait pourquoi ; mais lorfque l’huile, en fe confommant dans le baftin, étoit defeendue jufqu’à ce petit trou Ôc ne le bouchoit plus, alors l’air entroit dans la fontaine, ôc l’huile, abandonnée à fa gravité , couîoit par les petits becs, pour réparer la perte que le baftin avoit faite.
- Bien des perfonnes ne reconnoîtront pas dans cette defeription la lampe par fufpenfion que j’ai en vue, & que repréfente la fig. 6. Elle eft cependant conflruite fur les mêmes principes ; l’huile ne s’y tient fufpendue, comme dans la première, que par le poids de l’air, ôc il n’y a de fupprimé que le petit jeu de l’écoulement de l’huile par plufieurs becs. On nous rapporte que ce fut Cardan qui Amplifia le premier cette iampe, ôc qui l’employa d’une manière utile. Elle eft tout uniment compofée d’un vafe ( fig. 6. ) , fermé bien hermétiquement , que l’on a percé à fa partie la plus baffe d’un trou (X), qui communique avec le bec dans lequel on a placé la mèche. Ainfi , que l’on donne au vafe qui eft comme le réfervoir de l’huile, la forme ronde Ôc alongée d’un œuf, comme celui que nous avons fous les yeux ; celle d’un cylindre ou d’une poire, pour fournir de l’huile à plufieurs becs rangés autour de lui ; ou enfin celle d’un livre, pour être appliqué plus facilement contre un mur ; tout cela eft abfolu-Tnent indifférent. De même , que le vafe foit percé fur le côté (X), ôc le bec directement fouclé au
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- vafe ou devant le trou , ou que ce trou foit fait au milieu du fond , Ôc que l’on renverfe ce vafe plein d’huile dans un baftin féparé auquel font foudés les becs ; tous ces changemens n’ont pas la moindre influence fur le mécanifme de la lampe, ni fur la manière dont l’effet eft produit. Dans les unes comme dans les autres, l’huile ne fe fou-tient que quand elle eft montée dans les becs au même point que l’orifice du réfervoir, ôc qu’elle l’a bouché. D’où il faut conclure qu’en conftruifanc ou en ajuftant ces becs, on doit avoir foin de les placer de manière que le mècheron (V) foit toujours élevé d’un-demi pouce au deffus de la furface de l’huile ; car , s’il étoit plus bas , il échaufferoit la liqueur ôc en feroit évaporer beaucoup en pure perte.
- Du refte , la fabrique de cette lampe eft facile à concevoir : le vafe eft formé de deux pièces , foudéesenfemble.La partie fupérieure eft couronnée d’un petit gland, ôc celle du bas porte une douille (T) comme les autres. On la finit fur le tour , Ôc après cela on fait au bas , fur le côté, un trou de cinq à fix lignes , au devant duquel on ajufte le bec pour le fouder enfuite à la foudure de bifi-muth. Ce bec eft coulé dans un moule de quatre pièces, & fa coupe, lorfqu’il eft forti du moule, répond exa&ement au profil du vafe pour lequel il eft deftiné. On place enfin le mècheron, qui eft toujours de fer-blanc, ôc la lampe eft finie , car on avoit réparé le bec à la main avant de le fouder.
- Four augmenter la clarté de la lumière des lampes, on a cherché à en réunir les rayons dans un efpace plus petit, ôc on a inventé les réverbères: je ne fais pas bien qui, ni en quel temps; je fais feulement qu’il fe trouve une lampe de ce genre dans le Cabinet de M. de Servie res ; mais elle n’étoit connue que dans ce livre ; l’heureufe application qu’en a faite M. Sangrain à l’illumination de la capitale, lui a mérité l’approbation de l’Académie, ôc a beaucoup étendu Biffage des lampes à réverbères. Le réverbère eft une plaque de cuivre qu’on a rendue concave fuivant une certaine courbe, ôc que l’on a enfuite argentée Ôc bien brunie, pour la placer derrière la flamme de la lumière. C’eft tout ce que je me permets d’avancer fur ces réverbères, parce qu’il femble que le Ferblantier s’en eft approprié la conftruftion, ôc qu’elle ne manquera pas de trouver place dans la defeription que l’Académie donnera de cet Art.
- ARTICLE SECOND.
- Des Horloges ou Montres à Veau%
- Sous la dénomination générale d’Hodoge à eau, je n’entends point parler ici des clepfydres des Anciens , qui étoient des inftrumens fort peu exaéls ôc encore moins induftrieux ; je parle de ces Montres à l'eau y dont le mécanifme eft renfermé dans un tambour divifé en plufieurs chambres, par autant de cloifons , qui, laiffant paffer infenfiblement d’arrière en avant, l’eau qui y eft renfermée , le font avancer d’un mouvement uniforme & régulier. On jugera mieux de la différence de ces deux horloges à eau, quand on faura que toute l’induffrie de la première conliftoit à remplir un vafe d’eau, ôc à faire couler cette eau par un trou pratiqué au bas du vafe , dans un autre qui s’empliffoit à mefure que le premier fe vidoit : fur la furface de l’eau, dans ces deux vafes , na-geoit une petite figure quelconque, à laquelle on avoit adapté une aiguille, ôc qui marquoit, l’une en defeendant, l’autre en montant, les heures qui étoient tracées fur une règle perpendiculaire, ou
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- ^fur le vafe'lui-même. Cependant, peu s’en fallut qu’on ne rendît à l’Inventeur les honneurs de Tapothéofe; 8c au rapport de Pline, on crut Sci-pion Nafica digne d’une reconnoiiïance particulière, pour avoir divifé avec de l’eau les heures de la nuit Sc du jour : âc nous, nous jouiffons, depuis environ un ficelé, d’une horloge à eau, très-exade 8c d’un prix très-modique, fans qu’il nous foit poffible de tirer de l’oubli le nom feul de celui qui l’a mife entre nos mains. Un Mathématicien célèbre, M. Ozanam , n’a fait fur ces horloges que des recherches infrudueufes ; 8c le petit Traité Italien de Dominique Martinelli de Spolète, iirs ,primé à Venife en 1663 , dont il nous a laiffé la tradudion , ne nous apprend pas la moindre chofe de leur origine.
- Quoi qu’il foit de tout cela, il n’y a pas un fiècle que les Potiers d’Etain font de ces montres pour l’ufage du Public, 8c particuliérement du Cultivateur. Ce furent lesFabricans de Sens en Bourgogne qui mirent les premières en vente (*), &c’eff encore aujourd’hui la principale branche de leur commerce, parce que cette ville eft la feule en France où il s’en fade, fi on excepte Chartres , lieu de ma réfidence, où M. Laine en a fait, 8c où j’en fais encore tous les jours pour les habitans de nos campagnes; mais cette branche de notre commerce eft concentrée, comme les autres, dans le circuit de la Province ; 8c malgré tous les obstacles qui s’y peuvent oppofer , elle fe feroit certainement étendue davantage, fi, à la régularité de la confîrudion, on avoit joint la pureté du métal. Mais , afin de ne pas perdre plus de temps 8c de mettre le travail de ces montres à la portée de tous les Fabricans, nous allons en donner la defeription la plus exade, 8c nous effayerons de lever les difficultés qui ont pu en arrêter quelques-uns , 8c qui nous auroient arrêtés nous-mêmes, fi nous n’euffions cherch&dans l’obfervation 8c l’expérience , les éclaircififemens dont nous avions befoin.
- I. De la conflructioti des Tambours ou Barillets
- pour les Horloges à marquer les Heures, fans faire
- mouvoir une jonnerie.
- Si on s’en rapporte au jugement du Père Martinelli, de tous les métaux, le cuivre efi; celui que l’on doit préférer. LW & l'argent jont trop précieux , le verre trop fragile, le fer-blanc trop fujet à la rouille, & n'y efl aucunement propre. Son Tradudeur s’en tient au même fentiment, 8c penfe que ceux d'argent ne feroient pas d'une grande dépenfe, & qu'ils feraient d'un meilleur fervice que de toute autre matière. Mais ces deux Meilleurs n’étoient pas Artifles, 8c ne concevoient pas la difficulté qu’il y a de faire en argent, en fer-blanc ou en cuivre, un ouvrage qui demande autant d’exaditude : il falloit qu’ils ne fuffent pas même des obfervateurs bien délicats, pour ne pas favoir que le cuivre efl: auffi fufeep-tible de rouille que le fer-blanc, dont l’un proferit l’ufage, 8c que l’autre recommande de peindre à l'huile de noix, ou d'enduire du vernis des Graveurs. Je penfe donc, moi, que l’Etain efl: fans contredit le métal le plus propre à cet ufage, 8c la quantité prodigieufe que l’on a faite de ces montres en Etain, juftifieroit affez ma prétention ; mais ne nous en tenons pas là, l’ufage efl: quelquefois un guide aveugle. Il falloit donc, pour une pareille machine, un métal indifloluble dans l’eau, propre, peu cher, &
- 1ER D’ÉTAIN,
- tel par fa nature, que l’ouvrage pût ctre fabriqué avec autant de jufteffe que de facilité. Or, quel efl le métal qui joiliffe en même temps de ces qualités réunies ? Point d’autres certainement que l’Etain. L’argent 8c l’or ont bien la première 8c la troifième, mais ils n’ont ni la fécondé ni la quatrième; ce dont on conviendroit aifément, fi on favoit comment on foude ces métaux. Le fer 8c le çuivre,même étamés, n’ont que la fécondé 8c la troifième, 8c font privés des deux plus effentiellcs; 8c le plomb, s’il jouit des deux premières, efl privé des deux autres. Contentons-nous donc des montres à l’eau, non pas d’Etain commun, fou-vent même de claire, comme on les a faites juf-qu’ici , mais d’Etain pur ; 8c que notre vanité n’aille pas jufqu’à préférer l’éclat extérieur à l’exactitude de la conftrudion du tambour ; ou fi on veut réunir l’agréable à l’utile, qu’on faffe dorer ou argenter en dehors le tambour d’Etain.
- Defeription de la Montre à l'eau, & manuel de fa confruâion. PI. XXVI.
- La principale pièce de cet automate efl un tambour ou barillet d’Etain ( A, fi g. 1 ), traverfé d’un arbre ou aiguille de fer ( B B ), autour de laquelle s’enroule des deux côtés un cordon (CC) de la double longueur du châffis, 8c qui s’attache par fes deux bouts à deux petits crochets fixés au haut du châffis. Les chiffres font placés le long d’un des membres latéraux de ce châffis ; 8c le tambour , en defeendant régulièrement, marque les heures avec fon arbre ou aiguille. C’efl donc à la defeription du tambour que je dois particuliérement m’attacher; mais auparavant je tirerai de la courte defeription que je viens de donner du jeu de la machine, deux ou trois petites conféquences. i°. Que la montre fera d’autant plus parfaite qu’elle parcourra un moindre efpace en longueur dans Intervalle de vingt-quatre heures, qui efl le nomme d’heures auquel on fixe ordinairement fa marche. Cependant, à caufe de la largeur qu’on efl: obligé de donner aux chiffres pour les rendre plus lifibles, il fembîe qu’on ne peut pas réduire l’eff pace à parcourir par le tambour, à moins de vingt-un pouces perpendiculaires, fi ce n’efl que par un petit fupplément de mécanifme on faffe tourner une aiguille autour d’un cadran circulaire, comme on le peut voir à la tête du châffis que nous avons fait repréfenter. 20. Qu’elle vaudra d’autant mieux, qu’elle fera moins fujette aux intempéries de l’air 8c aux changemens. de temps. Perfonne ne conteftera ces deux conféquences, 8c il nous fera fans doute permis de les mettre dorénavant en principes.]
- Le tambour efl un cylindre creux, dont le diamètre efl d’environ cinq pouces, 8c la hauteur de deux à trois. Le dedans de ces tambours efl divifé en fept cellules égales, par autant de petits plans inclinés ( fig. 2. ), qui font des lames d’Etain , foudées aux deux fonds & aux parois intérieures du tambour, 8c percées chacune d’un petit trou (a fig. 7.), qui fait communiquer les cellules les unes avec les autres. Tout le tambour efl traverfé d’une douille carrée ( fig. 8. ), dans laquelle on fait entrer l’effieu carré ( b fig. 9 ) dont l’aiguille efl revêtue , 8c qui la rend mobile 8c féparabîe de fon tambour (** ). Sur les deux fonds du tam^ bour, font marquées les lignes d’inclinaifon des
- ( * ) Un Potier d’Etain de l’endroit, M. Renard , difoit que c’étoit un Religieux Bénédi&in qui avoir donné à fon père la con-noiiTance de cette Machine hydraulique, Sc qui l’avoit porté à en fabriquer pour le Public.
- (**) Ceci n’eft pas d’une auffi petite importance que M. Oza-
- nam voudroit le faire entendre ; mais comme il donne au Ferblantier la conftru&ion de fes tambours, il n’eft pas étonnant qu’il trouve cela trop difficile à exécuter. Que ne peut pas au contraire le Potiex d’Etain avec fes Moules & fon Tour ?
- cloifons
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- ART DU POT
- cloifons ; 8c quoique ce foit le moule même qui les marque, on ne peut ignorer comment le fond doit être divifé. Il y a deux manières de tracer ces fonds ; la première ( fig. y ) feroit de divifer dabord le diamètre du fond en fept parties égales, 8c de tracer au centre un petit cercle , en prenant pour rayon le feptième du diamètre du grand; on diviferoit enfuite la circonférence du fond pareillement en fept parties égales, & de chaque point de divifion, a , b 3 c, d, e, f, g, conlervant la même ouverture du compas, on couperoit la circonférence du petit cercle aux points h, i, / , m , n , o , p , 8c on mèneroit des lignes , a h , b i, c /, dm &c.y qui feroient les lignes d’inclinaifon qu’on doit faire garder aux cloifons en les foudant au fond. La fécondé manière feroit de divifer la circonférence du fond en fept parties égales, & de mener une ligne droite de chaque point de divifion à celui des autres, qui eft le plus éloigné, pour faire une étoile à fept pointes ; ces lignes s’entre-couperoient à moitié de leur longueur ; mais on ne prendra que les moitiés de ces lignes, qui font inclinées dans le même fens pour y placer les cloifons. Il eft aifé de voir que ces lignes font moins inclinées dans cette dernière figure , puif-qu’en approchant plus du centre elles fe rapprochent aufli davantage du rayon.
- J’ai dit que chaque cloifon devoir être percée d’un petit trou d’égal calibre ( c’eft celui d’une aiguille fine à coudre ) ; mais qu’on ne s’imagine pas qu’il foit loifible de faire ce trou où il plaira, comme on le pourroit croire après la le&ure du petit Traité ci-deffus, & même des obfervations de M. Ozanam ; il faut le placer dans la partie la plus baffe de ces cellules , autrement elles ne fevideroientpas entièrement ,& quand elles feroient affez hautes, ce qui refteroit d’eau couleroit par-deffüs les cloifons 8c rendroit le mouvement irrégulier. On fera donc ce petit trou le plus près qu’il fera poflible d’un des bords de la cloifon , Ôc ce fera ce bord que l’on foudera à la circonférence du tambour; mais revenons.
- Il eft poftible , fans doute, 8c même il eft moins difficile d’exécuter en Etain qu’en un autre métal, ce tambour avec des plaques taillées convenablement 8c réunies par la foudure ; mais encore une fois, l’ufage des moules réunit l’a&ivité du travail à la précifion la plus rigoureufe. On a donc un moule de quatre pièces , comme ceux de la poterie, 8c qui forme tout d’une venue un des fonds joint à fon tour, ce que j’appellerai dorénavant la boîte. Le moule marque les divifions fur le fond, par des lignes inclinées comme j’ai dit , 8c fur le tour par fept petits points placés perpendiculairement au deffus de l’extrémité de ces lignes. Enfin le moule rend encore ce fond percé au centre d’un trou rond d’un demi-pouce de diamètre ou à peu près. Un autre moule de deux pièces, forme les cloifons toutes percées ( a fig. 7), d’un petit trou d’égal calibre, 8c un peu plus hautes que larges, en forte qu’elles excèdent de quelques lignes la hauteur du tambour ( fig. 2 8c 3 ). Un troi-fième moule aufli de deux pièces forme l’autre fond ( fig. 6 ), non feulement divifé comme le premier, mais encore fendu pour le paffage de cet excédant des cloifons ( fig. 3 ). Enfin un quatrième moule de trois pièces forme la petite boîte carrée ( fig. 8 ) , qui, placée au centre du tambour , fert à y monter l’aiguille.
- Quand l’Ouvrier a jeté de toutes ces pièces un nombre proportionné à la quantité d’horloges qu’il veut faire, il en épille les jets, coupe celui des cloifons avec les cifailles , 8c reverche , s’il eft befoin, la première pièce que j’ai appelée la boîte. Il apprête enfuite les pièces qu’il a épillées ; il ébavt
- 1ER D’ÈTAIN.
- les cloifons avec le couteau à tirer les montres, 8c il paffe une aiguille dans le trou de ces cloifons pour les faire tous exactement du même calibre. Après toutes ces préparations, l’Ouvrier revient au fourneau 8c attache les cloifons à leur place (vign.fig. 1), par deux gouttes d’Etain qu’il pofe avec le fer de cuivre,une fur le bord, 8c l’autre à l’angle diagonalement oppofé de la cloifon, ce qu’il fait tout de fuite à toutes les cloifons de toutes les montres qu’il a à eonftruire. Après cela, il foude les cloifons à la foudure légère, en cette manière : Affis (fig. 2) 8c ayant devant lui un réchaud (B) plein de charbons ardens,il tient d’une main, avec un feutre, le tambour au deffus des charbons, 8c de l’autre il conduit un bâton de foudure légère , dans l’angle que forme la cloifon avec le fond. Lorfqu’il croit avoir laiffé fondre affez de foudure, il retire le tambour de deffus le feu, le met fur fes genoux, 8c avec un petit bâton de bois taillé en forme de fpatule, il étend également des deux côtés la foudure encore en fufion, 8c en attire le fuperflu à la circonférence. 11 en fait autant aux autres cloifons, l’une après l’autre, avant de fon-ger à fonder les cloifons à la paroi intérieure du tambour. Alors il reprend le tambour, 8c le tenant verticalement au deffus des charbons, il fait de même diffoudre un peu de fon bâton de foudure dans les deux angles que forme la cloifon avec le tour du barillet ; 8c avec fa fpatule il étend cette foudure , en y joignant le furperflu de la première opération , qui étoit refté dans l’angle du fond, pour amener à foi 8c faire fortir par le bord ce qu’il y à de trop. Il répète tout de fuite l’opération fur les cloifons voifines, 8c c’eft-là tout ce qui fe foude à la foudure légère.
- Il s’agit aftuellement de fouder le fond fupé-rieur, 8c au pourtour 8c aux fept cloifons, & l’on peut choifîr entre ces deux méthodes ; mais il faut , avant tout, vifiter les petits trous, 8c s’affûter, en y paffant l’aiguille, qu’ils font tous bien ouverts. La première eft celle qu’ont adoptée tous les Ouvriers qui ont travaillé en ce genre. Ils fou-doient ces deux parties à la volée, c’eft-à-dire que fans rien mettre en dedans fous l’endroit à fou* der, ils diffolvoient avec le fer les parties à fouder, en prenant bien garde de tréfondre, c’eft-à-dire, de fondre d’outre en outre. Ils plaçaient d’abord le fond fupérieur en faifant entrer l’excédant de chaque cloifon dans la fente qui lui correfpond, 8c ils l’attachoient fur le bord par fept gouttes d’Etain qui engageoient tout à la fois la cloifon, le fond 8c le bord du tour. (Voyez la fig. 3 du bas de la planche. ) L’Ouvrier tient enfuite le tambour élevé verticalement fur fes genoux, prend de l’autre main un gros fer, médiocrement chaud, Ôc après l’avoir bien effuyé, diffout à la main libre, 8c à coups détachés comme s’il épilloit, le bord du fond 8c du pourtour jufqu’à la moitié de l’épaiffeur ou à peu près, mais fur-tout fans tréfondre , 8c cela forme une gouttière au lieu du cordon, qui dans toute autre foudure excède lqfurface de la pièce. Mais cette gouttière fe remplit enfuitepar de l’Etain, que l’Ouvrier y apporte goutte à goutte avec le fer à fouder, 8c qu’il étend légèrement» De cette foudure circulaire, ils paffoient à celle des cloifons, qu’ils faifoient abfolument de la même manière ; mais voici la mienne.
- Premièrement, pour fouder le fond au cercle du tambour, après la vifitô, qui n’eft pas toujours inutile, des petits trous des cloifons,j’applique contre le pourtour, dans l’efpace que deux cloifons laiffent entre elles, une bande de feutre, tellement coupée qu’elle s’y tienne d’elle-même, 8c à chacune defquelles j’avois attaché une petite ficelle affez longue cependant pour venir jufqu’au milieu
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- ART D V ROT I E R D‘ E T A I N.
- .de la pièce'au devant du trou du fond, afin de retirer les feutres après l’opération. L’intérieur du tambour ainfi garni, je pofe mon fond, je l’attache de même par l’extrémité de chaque cloifon,
- tenant le tambour verticalement entre mes genoux , je foude & je tréfonds hardiment, en appliquant avec l’autre main un feutre contre le fond, dfur l’endroit où je foude, pour retenir l’Etain de ce côté; & quand j’ai fini le tour, je retire mes fept feutres vpar le trou du fond pour les pofer à *in autre. Ici je me garde bien de palier fur la jointure le bâton de chandelle avant de fouder, parce que ce qui s’introduiroit de fuif en dedans, pourroit gâter l’eau qu’on y doit mettre.
- Secondement, pour fouder les cloifons à ce dernier fond, j’ai fait une tenaille ou tenaille à main coudée., à angle droit, à trois pouces de fon clou, £c dont les moraillons ont de longueur deux pouces £c demi. Ces moraillons doivent encore être tellement conftruits, que lorfque la tenaille elt fermée, il refie entre eux deux un efpace de l’épaif-feur d’une cloifon. J’ai donné à chacun de ces moraillons trois lignes de large & le moins d’épaif-feur que j’ai pu, afin qu’ils entraient plus aifément par le trou fait au fond inférieur, lequel n’a jamais plus de neuf lignes de diamètre. Pour me fervir de cette tenaille, je fais entrer les moraillons par le trou du fond inférieur, en prenant tout de fuite entre eux deux la cloifon que je veux fouder. Je fais defcendre ma tenaille jufqu’à ce que les deux moraillons portent bien à plat fur le fond à fouder, & afin qu’ils accollent bien aufii la cloifon, je ferre la tenaille par le moyen d’un anneau long. Alors je retourne le tambour fens deffus deifous; & avec la pointe du fer, je diffous ce qui furpaffe des cloifons, ôc en même temps quelques lignes du fond lui-même des deux côtés de cette cloifon, fans craindre de tréfondre. Je retire enfuite mes tenailles pour palfer à une autre cloifon , Ôc procéder de même. On épille enfuite les foudures, ôc on les dégroffit à ïécouenne, principalement fur le fond, avant de porter les barillets au tour.
- Le tambour repréfenté par la fig. 4 en effc à ce point d’avancement ; mais il faut encore y fouder une douille carrée, Ôc l’ajufler bien au centre du tambour. C’efl ce qui embarraffoit M. Ozanam, & qui n’a rien de difficile pour le Potier d’Etain, comme on va le voir. J’ai ait en effet que le moule qui faifoit la douille en queftion étoit tourné bien rond des deux bouts ; en conféquence la douille qui en fort eft parfaitement au centre des deux bouts , qui ne font point carrés comme le refte, mais bien ronds, & forment deux viroles faillantes (00, fig. 8). Le trou que le moule fait au premier fond eft d’un diamètre égal à celui du plus gros bout de la douille ( car cette douille eft faite en dépouille, c’eft-à-dire qu’elle eft pyramidale, non que ce foit abfolument néceffaire, mais parce que cela eft plus ailé pour tirer le noyau carré qui fait l’intérieur de la boîte ) ; & ce trou eft bien parfaitement concentrique au tambour entier, puisqu’il eft fait par le moule. Le gros bout de la douille feroit donc déjà parfaitement centré, s’il étoit foudé au trou qui doit le recevoir, & l’on feroit fûr d’avoir centré également le petit bout, fi l’on avoit fur l’autre fond un trou d’un diamètre égal à ce petit bout de la douille, ôc parfaitement concentrique à celui de l’autre fond. Or, pour faire ce trou au centre du fécond fond, l’Ouvrier n’a qu’à monter fon tambour bien rond fur le tour, ôc le percer. Alors il pofe fa douille, l’attache 6c la foude à la volée, comme la plupart foudent le dernier fond.
- On obferve en cet endroit de fouder toujours te plus gros bout de la douille au premier fond, afin que le tambour étant tourné, on n’ait point de
- peine à favoir quel eft le fond qui a été mis le dernier, 6c de quel côté s’inclinent les cloifons,, fans quoi on feroit infailliblement quelques mé-prifes.
- Dans cet état, le tambour eft prêt à être tourné; cette opération n’a rien qui foit particulier à ces tambours. Je dirai feulement qu’on ne peut guère les monter autrement qu’en le faifant entrer dans un calibre à boîte , & qu’on eft parconféquent forcé de s’y prendre à deux fois pour le tourner en entier.
- Une dernière pièce eft encore néceffaire pour le mouvement de la machine ; c’eft: fon aiguille (p), laquelle eft garnie à fon milieu d’un effieu carré, dont elle doit occuper bien le centre, Ôc qui doit entrer jufte dans la douille carrée qui a été foudée au centre du tambour. Comme c’eft fur cette aiguille que s’enroule la corde qui fou-tient le tambour, il eft encore întéreffant qu’elle foit parfaitement calibrée dans toute fa longueur. On prendra donc pour la faire, du fil de fer, tiré à la filière ; Ôc entre plufieurs bottes de ce fil de fer, on préfère celui qui a paffé deux fois de fuite par la filière, fans avoir été remis, parce qu’il eft beaucoup plus ferme ôc plus roide que l’autre ; il eft aifé à xeconnoître à ces deux qualités, Ôc de plus il eft liffe Sc brillant. On en doit avoir de differentes groffeurs, depuis une ligne & un quart jufqu’à une ligne ôc demie, ou une ligne ôc trois quarts. L’Ouvrier en coupe des verges de dix à onze pouces de long, ôc les dreffe bien fur un petit tas à gouttière, en faifant tourner continuellement la verge de fer entre fes doigts, pendant qu’il frappe deffus avec un maillet de bois dur. Après avoir bien dreffe toutes fes verges de fer, il en étame deux pouces de long au milieu], ou fait en cet endroit plufieurs coches en tous lèns, afin d’empêcher l’aiguille de tourner dans fon effieu, qui remplira ces coches ou qui fera corps avec l’étamage ; car on en vêtit l’aiguille d’une de ces deux manières. Si on veut être bien exaft, on a en cuivre un moule de deux coquilles , dont la cavité carrée eft telle que le noyau du moule de douille la puifle remplir. Ce moule, lorfqu’il eft fermé, fe trouve percé des deux bouts d’un trou fait fur le tour ôc bien au centre du carré, en forte qu’une verge de fer qui pafferoitpar ces deux trous, feroit l’axe du moule. On enferme donc le milieu de l’aiguille entre les deux coquilles de ce moule, Sc par le jet on coule de l’Etain chaud, qui en remplit l’intérieur, enveloppe la partie de l’aiguille qui eft enfermée dans* le moule, Ôc forme l’effieu, où il n’y a rien a faire qu’à épiller le jet & à le râper proprement.
- Mais les Ouvriers qui ont travaillé jufqu’ici en ce genre, ont cru pouvoir atteindre à l’exaditude qui eft néceffaire, fans le fecours d’une opération toute mécanique, qui ne laiffoit rien à faire à leur adreffe ; ôc en effet, l’habitude de ce travail les en faifoit approcher de bien près. Ils avoient un moule d’une feule pièce, fur le plan duquel ils avoient creufé une cavité carrée de la longueur, de la largeur ôc de la profondeur de la douille de dedans en dedans, Ôc aux deux bouts de ce canal carré, une petite gouttière pour affeoir l’aiguille à telle hauteur , qu’elle foit comme l’axe ae l’effieu qui feroit coulé dans le moule. Si ce moule étoit bien fait, on n’auroit qu’une feule face de l’effieu à épiller ôc à applanir à la râpe ; mais comme fou-vent il n’eft fait que de pierre, prefque toutes les faces de l’effieu ont befoin d’être retouchées.
- Enfin, de quelque manière qu’on garniffe l’aiguille de fon effieu, il faut abattre à la râpe une des carres de cet effieu pour le paffage de la corde dans l’intérieur de la douille j de plus, on grave d’un chiffre fur une face de l’effieu, par le
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- bout le plus petit (qui eft celui qui doit entrer le premier), & fur la furface du fond du tambour , où l’ouverture carrée de la douille eft plus grande, on marque du même chiffre le côté qui correfpond à cette face de l’eftîeu. Souvent encore , afin qu’il n’arrive rien que de la faute de celui qui fe fert de cette horloge, on marque encore un repère fur la même face du tambour en cette manière : on tire une ligne de l’angle où doit paffer la ficelle à la circonférence du tambour, & le long de cette ligne on écrit ces mots : la cokde. Il n’y a plus actuellement qu’à mettre l’eau.
- §. II. De VEau,
- L’eau, comme on le verra dans l’explication que je donnerai bientôt du mouvement de cette horloge, eft le principe du mouvement du tambour; elle doit donc n’avoir pas de peine à palier par les petits trous qu’on lui a ouverts, Sc ne doit pas non plus les agrandir. Elle pafiera bien, fi elle eft claire & limpide ; mais pour qu’elle ne s’ouvre pas un paffage plus grand, il faut qu’elle foit déchargée de toutes ces parties vitrioliques Sc corrofives qu’elle peut tenir en diftolution. Il ne fuffit donc pas de mettre, comme je l’ai vu faire, bouillir quelques fèves dans de l’eau commune , fi on ne la diftille pas, ou du moins fi on ne la filtre pas. Le P. Martinelîi parle plus con-féquemment, lorfqu’il dit que, quelque foit l’eau, il faut la diftiller ; mais la préparation de l’eau qu’il enfeigne à la page fuivante, n’eft, à proprement parler , qu’une filtration. Ecoutons donc M. Ozanam dans fes obfervations.
- » Toutes les eaux diftillées ne font pas propres sï à mettre dans ces tambours, il n’y a que celles « qui ne font pas corrofives ; ainfi l’on doit pré-» férer à l’eau rofe Sc à l’eau d’ofeille^ celle de •> chicorée, de nénuphar, Sc autres femblables, Sc » de même qualité ; mais au fond cela importe » peu, parce que toutes ces eaux, quoique dif-tillées, fe gèlent en hiver ; ce qu’il faut princi-» paiement éviter dans notre climat : car outre »* la ceffation du mouvement, cela pourroit faire » rompre le tambour. Audi il n’y aura rien de plus propre , pour éviter cet inconvénient Sc » encore celui de la corruption, que de fe fervir »> d’eau-de-vie bien re&ifiée Sc qui ne foit point » de couleur jaunâtre, c’eft celle qui eft cam-m phrée; elle eft, de toutes les liqueurs qui ne » gèlent point, celle qui eft la plus facile à avoir, » Sc qui, bien loin d’être corrofive , eft alcali. « L’huile de noix ne fe congèle point à la véri-» té, mais elle fe sèche Sc elle eft corrofive; en » forte qu’à la longue elle agrandiroit par cette « qualité le trou par où elle pafferoit, Sc caufe-roit ainfi de jour en jour de l’irrégularité dans » le mouvement de la machine. Enfin l’on pour-» roit mettre dans le tambour de l’efprit-de-vin •> avec moitié des eaux dont nous avons parlé ce.
- Je n’ai rien à ajouter à ces obfervations pleines de jufteffe Sc de vérité ; mais nous n’employons ordinairement que de l’eau , Sc nous nous contentons de la foumettre à une de ces deux préparations. Ceux qui ont des alambics la diftillent à l’aide de cet infiniment. Le plus fimple de tous, l’alambic à cône, que j’ai décrit le premier, eft fuffifant pour une pareille diftillation. Mais ceux qui n’ont point d’alambics ne fe privent pas pour cela de faire des horloges à eau. Ils prennent un vafe bien net, foit de terre neuve ou de métal,
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- l’empliffent de l’eau la plus légère Sc la plus limpide qu’ils peuvent trouver, mettent le vafe fur le feu , & font bouillir l’eau jufqu’à ce qu’elle foit réduite d’un quart ou d’un tiers; ils retirent alors le vafe de delfus le feu, Sc laiffent refroidir l’eau dedans. 11 fe fait, pendant ce refroidiffement, une précipitation au fond du vafe ; on l’y laide , en décantant l’eau doucement dans un autre vafe. On prend enfuite une bouteille bien nette, dans laquelle on met un entonnoir, Sc dans l’entonnoir un filtre de papier gris (*), fur lequel on verfe l’eau, Sc après l’avoir repaflee une fécondé Sc même une troifième fois par de nouveaux filtres, on bouche bien la bouteille, pour fe fervir de cette eau toutes les fois qu’on en aura befoin.
- Quelques-uns filtrent cette eau avec des lifières de drap qu’ils plongent dans l’eau bouillie, décantée Sc refroidie comme j’ai dit, Sc qu’ils égouttent dans un autre vafe. Mais toutes ces eaux gèlent en hiver ; c’eft pourquoi on fera mieux de fe fervir d’eau-de-vie ou d’efprit-de-vin mêlé avec moitié d’eau diftillée.
- Pour mettre l’eau dans ce tambour, on fait avec le fer de cuivre une ouverture de trois à quatre lignes à la circonférence d’undes fonds, Sc non pas deux trous pofés fur un meme diamètre & également éloignés du centre, comme le penfe M. Ozanam, en faifant l’examen d’une montre à l’eau qui lui avoit été apportée de Sens ; Sc afin que l’Etain fondu par le fer ne tombe pas dans le tambour, on tient celui-ci élevé, Sc on ne le perce que dans la partie la plus baffe ; enfuite, à l’aide d’un petit entonnoir, on y fait entrer de l’eau propre à plufieurs reprifes, pour le laver en le fecouant bien ; Sc après l’avoir bien vidé par le même trou, on reprend le même entonnoir, dans lequel on met un linge fin Sc propre, pour introduire dans le tambour l’eau préparée pour cet ufage. La quantité qu’cwi y en met eft bien à peu près de fept onces, comme le remarque M. Ozanam, en fuppofant les dimen-fions du tambour telles qu’il les rapporte Sc telles qu’elles font effectivement ; mais on ne fe contente pas de boucher ce trou avec de la cire, de la poix, &c. c’eft avec de l’Etain même; ce qui fê fait ainfi : on pofe le tambour horizontalement fur fes genoux, le fond qui eft percé en deffus ; on fait entrer par le trou, Sc d’une main on tient appliquée contre la furface intérieure de ce fond, une lame mince de cuivre ou de fer, tandis que de l’autre on apporte avec un fer chaud des gouttes d’Etain fur cette lame, lefqueiies on unit Sc on incorpore de tous côtés au fond même , autour du trou ; l’ouvrier retire enfuite fa lame de métal Sc ferme à la volée le refte du trou, qui n’eft plus qu’une fente fans largeur, fur la hauteur du tambour. Si dans cette opération on laiffoit tomber de l’Etain dans le barillet, on feroit obligé de refaire le trou pour en tirer cette goutte d’Etain avec l’eau. C’eft aufîi ce qu’on eft contraint de faire pour renouveler l’eau, ce qui n’eft pas fou vent néceffaire ; on répare enfuite cette goutte à la, main, on la brunit, Sc il n’y paroît pas.
- §. III. Ufage & effet de cette Machine.
- Je n’aurois peut - être pas donné ici la manière de faire ufage de ce tambour, fi M. Ozanam n’eût pas oublié ce qu’il y a de plus effentiel, c’eft-à-dire, s’il eût marqué quel côté du tambour il faut mettre à droite ou à gauche ; car c’eft ici quelque chofe de fi peu indifférent , que même,
- (*) Il n’eft pas de notre objet d’enfeigner ici la manière de ployer un carré de papier pour en faire un entonnoir; en la trouvera décrite dans l’Art du Dijlillatcur Liquorijls.
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- en obfervant tout ce qu’il prefcrit du refte, le tambour, abandonné à lui-même , feroit bientôt defcendu au bas du châffis ; on le remonte-roit peut-être une fécondé fois, mais il en arri-'Veroit autant ; & à moins que de connoître la conftruffion de ces tambours, ôc la caufe de leur mouvement progreffif , on ne s’aviferoit jamais de ffaire une nouvelle tentative en changeant les cordons de côté pour retourner le tambour. 11 faut en effet, pour que l’eau fe tienne par-derrière ôc empêche le tambour de rouler, il faut, dis-je , ’-comme nous l’expliquerons dans un moment, que le côté -de ce tambour, marqué des lettres a b d (ffig. 5 ), foit placé par-derrière ôc en dedans du châfîis; ôc comme.ee tambour étant fermé, ‘on ne peut connoître la pente des cloifons, c’eft pour cela que l’on marque toujours le fond de la pièce que nous avons appelée la boîte. On recommande donc alors à l’acquéreur de paffer la eorde dans la douille carrée qui traverfe le tambour, «5c dans Pangle où eft écrit : la corde ; d’accrocher enfuite les deux bouts de la corde à deux clous à crochets ( C C ) , fixés au haut du châffis, placé bien verticalement, en ayant en même temps l’attention de placer à fa gauche le fond du tambour qui eft marqué ; on l’avertit encore de mettre le tambour bien droit, ôc de n’enfoncer l’aiguille dans fa douille qu’en faifant répondre les repères ‘qui font marqués fur une face de l’eflïeu , Ôc ^ur le même fond à l’entrée de la douille. Enfin on le prévient qu’en montant le tambour, il doit faire que la corde s’enroule bien également, Ôc obferver qu’elle ne s’entortille en vis autour de l’aiguille, ôc qu’un tour ne pafife pas fur l’autre. S’il eft huit heures, par exemple , on monte îe tambour jufqu’au haut du châfîis, à l’endroit du châffis où eft fixé le premier chiffre de la férié ; on laifife defeendre le tambour de lui-même, ôc le lendemain à pareille heure, on arrête le dernier chiffre VIII précifément fous l’aiguille ; on place enfuite les autres chiffres intermédiaires à égale diftance les uns des autres Ôc des deux chiffres des extrémités, ôc la montre eft réglée.
- Pour concevoir le mouvement interne de l’eau dans ce tambour, il faut fe rappeler que le cordon qui le foutient s’enroule autour de l’aiguille comme les fpires d’une vis ; le tambour, foutenu par ces cordons, n’eft donc pas fufpendu par fon centre de gravité ( car le centre de gravité des figures rondes eft à leur centre c|e configuration), ïl devroit donc tourner en avant ôc defeendre jufqu’à ce qu’il n’y eût plus de corde roulée autour de l’aiguillef. Mais ayant mis dans ce tambour une certaine quantité d’eau, voilà ce qui arrive : Cette eaù, dans l’état d’équilibre ôc de repos, occuperoit le bas du vaiffeau, ôc s’y met-troit de niveau fuivant une ligne comme q r; elle feroit donc divifée par deux cloifons en trois volumes vifiblement inégaux : mais le tambour étant emporté en avant par fon poids, c’eft-à-dire, de £ en £• , une partie de l’eau foutenue par la cloi-fon d. m monte au deffus de celle contenue dans la cellule n , qui, portée par la cloifon e n, paffe elle-même en arrière, ôc alors le tambour refte en équilibre, parce qu’une ligne perpendiculaire qui pafferoit parle centre aftuel de gravité du tambour, ne diviferoit pas également l’eau contenue dans les trois cellules, mais qu’elle en laifferoit par derrière une quantité fuffifante pour contre-balancer le poids du tambour. Le tambour demeurèroit donc toujours en équilibre , fl l’eau, qui en eft la caufe , reftoit elle-même dans cet état; mais il n’eft point ainfi. On a fait à chaque cloifon un petit trou; l’eau de la cellule m, par la difpofition qu’elle a à fe mettre de niveau, coulera donc dans la cel-
- lule n par le petit trou de la cloifon qui les fê-pare, tandis que l’eau de la cellule n paffera dans la cellule o. Par ce petit mouvement continuel «5c prefque infenfible de l’eau vers le devant, l’équilibre eft rompu, Ôc le tambour eft forcé de fe mouvoir dans le même fens Ôc avec auffi peu de vîteffe. Il fuit de là que plus les trous des cloifons feront petits , plus l’eau paffera doucement, ÔC plus le mouvement du tambour fera lent. Cependant il eft à cet égard une borné qu’on ne peut pas outre-paffer; l’eau ne pafferoit pas par des trous trop fins ; on ne peut guère les faire de plus petit calibre que celui dont je les fuppofe. Il fuit encore, que plus il y aura d’eau dans le tambour, moins il defeendra promptement, les trous reliant les mêmes. Enfin il fuit que, fuppofant une même quantité d’eau ôc les trous du même calibre, un tambour ira d’autant plus vite que fon axe ou aiguille fera plus groffe, ou que le cordon fera plus gros en fuppofant la même aiguille ; mais il y a encore des bornes à tout cela. On ne peut augmenter ni diminuer l’aiguille ou le cordon que jufqu’à un certain point ; fi on augmentoit trop l’un ou l’autre, le centre de gravité du tambour fe trouveroit trop éloigné de fon centre de figure, l’eau pafferoit par-deffus les cloifons, Ôc le tambour ne s’arrêteroit point : fi au contraire on les faifoit trop petit, l’un fléchiroit ôc l’autre fe rom-proit par le poids du tambour. v
- §. IV. Des Réveils quony ajoute ordinairement.
- Voilà l’horloge à eau fîmpîe, telle que la fabriquent les Potiers d’Etain de Sens, Ôc tels que j’en fais à Chartres pour nos Cultivateurs. Mais comme fi cette claffe infatigable de Citoyens avoit moins d’intérêt de connoître les heures du jour que celles où elle doit interrompre fon repos pour aller prévenir dans les champs le retour du foleil, ils ne font l’achat d’une pareille horloge que pour fe procurer, par un petit fupplément de mécanifme qu’ils y ajoutent comme ils l’entendent, un réveille-matin plus fur que le champ de leur coq.
- En effet, au bout de la lame d’une vieille feie , qui devient un reffort entre leurs mains, ils attachent une fonnette ôc un anneau , & fixent l’autre bout à la muraille ou aux folives au deffus du châffis de l’horloge. A cette même muraille, mais bien au deffous de la fonnette, ils attachent encore une ficelle , qui, par fon autre bout, porte un clou à crochet, à l’angle duquel eft attachée une fécondé ficelle, ôc à cette ficelle un petit poids. Le long d’une verge de fer a b, fixée au châffis fur le côté, gliffe un quatre de chifïre ( E ), qu’ils ne font fouvent que de bois. Ils amènent ce quatre de chiffre à l’heure où ils veulent être réveillés, accrochent le petit contre-poids à la plus petite branche , ôc abaiffent la fonnette pour faire entrer le crochet dans l’anneau qui eft fixé à la tête de cette fonnette.; ce qui met la lame de cette fonnette dans un état de tenfion ôc de contrainte. L’aiguille arrivée à l’heure, ouvre le quatre de chiffre, le petit poids tombe, Ôc emporte avec lui le petit crochet qui tenoit tendu le reffort de la fonnette ; alors cette fonnette s’échappe avec vivacité, & parplufieurs vibrations, que fon poids ôc le reffort de la lame à laquelle elle eft attachée, lui font faire , fonne , & fait affez de bruit pour les avertir qu’il eft temps de s’arracher au fommeil.
- Mais le réveille-matin, qui fe vend par le Potier d’Etain avec l’horloge, ôc qui eft de la fabrique du Serrurier, remplit beaucoup mieux fon objet, par le bruit qu’on peut lui faire faire, ôc le temps pendant lequel on peut prolonger fon vacarme.
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- Nous l’avons déjà fait remarquer à la corniche du châffis, du côté des chiffres ( fig. i , D ) ; mais la fig. n en fait entendre la conftruétion au premier coup d’oeil. Il eft compofé d’une roue de rencontre {a) y dont l’arbre eft mobile dans le canon d’une poulie , & dans une lumière faite à la petite chape b ; cette poulie porte au bout de fon canon un petit tourillon ( c ), qui la rend mobile dans la lumière {d ), faite au montant de fer lm; ôc en e eft un cliquet, qui, s’accrochant à la roue de rencontre , la fait mouvoir avec elle dans un fens , mais qui fléchit fous les rayons de cetre roue, quand pour remonter le poids il faut faire tourner la poulie dans un fens oppofé. La noix de cette poulie eft garnie de quelques pointes, pour empêcher la corde de couler par l’effort du poids; ôc fur la circonférence d’un des côtés de cette poulie , on taille des dents obliques, ce que les Ouvriers appellent un rocher. La roue de rencontre choque , dans fon mouvement, les palettes ( i i ) de la verge d’un marteau à deux têtes, Ôc l’oblige à frapper avec vîteffe à droite ôc à gauche dans l’intérieur du timbre (h). Mais pour empêcher le mouvement de ce réveil, il y a une bafcule (f) mobile dans les lumières des deux bras g g de la carcaffe du réveil, fur deux petits tourillons; la branche antérieure de la bafcule doit être plus longue & plus pelante que l’autre, afin que quand le petit poids qui eft attaché à la ficelle ( p ) n’agit point, la bafcule tombe en devant fur le rocher Ôc l’arrête. Quant à la carcaffe de ce réveil, c’eft feulement une double équerre ( n o) f qui fe fixe à un montant ( l m ) par le moyen de deux écrous ; ce montant eft courbé à fa partie fupérieure, applati par le bout, ôc percé d’un écrou ( b ) fur lequel s’appuie le timbre, Ôc où il eft fixé par une vis (Æ ) ; enfin il eft percé à fa partie inférieure de plufieurs trous, pour l’attacher au châffis par autant de clous à vis.
- Mais de quelque façon qu’on ait conftruit les réveils, on a toujours fait la détente, telle que la repréfente la fig, 12, ôc qu’on la voit en E ( fig. 1 ). Elle eft compofée d'une tringle de fer ( a b ), coudée des deux bouts , applatie Ôc percée en a ôc b y pour la clouer au châffis du côté des chiffres ; le long de cette tringle gîiffe une double équerre ( cd), Ôc s’arrête où l’on veut par le moyen d’un reffort en croiffant, qui eft attaché au milieu de la double équerre en dedans , ôc qui, par fes deux bouts, frotte affez fortement contre la tringle. En e ôc /de la face extérieure, font attachées deux branches d’un quatre de chiffre, de manière qu’elles font mobiles fur le clou qui les y attache. La plus longue de ces branches n’y eft as attachée par le milieu de fa longueur, & au out de la partie la plus courte on fait une entaille ; de fon côté, l’extrémité de l’autre branche, qui n’eft pas attachée, eft coupée en pied de biche, avec une entaille au deffous ( g), formant un crochet, auquel on fufpend le petit poids qui eft attaché à l’extrémité de la corde de la bafcule du réveil.
- Après avoir fixé le réveil à la tête du châffis, ôc la détente fur le côté par deux clous en a ôc b, on approche le quatre de chiffre de l’heure à laquelle on veut être réveillé ; on fait entrer le pied de biche de la petite branche dans la coche de la grande, on fufpend le petit poids de la bafcule; Ôc ce petit poids n’agiffant plus , la bafcule tombe fur la roue d'arrêt ; j’appelle ainfi le rocher ou le côté de la poulie qui eft denté. Alors on tire le contre-poids ( G ), la poulie tourne en devant, ôc n’eft par conféquent point arrêtée par la bafcule; mais fes dents gliffent deffous en la foulevant, comme le cliquet, fur les branches de la roue de rencontre. Quand le poids ( F ) eft monté jufqu’au
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- haut, tout s’arrête, ôc les chofes demeurent en cet état jufqu’à l’heure du réveil, où l’aiguille du tambour, s’appuyant fur la plus longue branche du quatre de chiffre, l’ouvre, & ne retient plus le petit poids ; il tombe donc , fait lever la bafcule, ôc comme rien n’arrête le gros poids, il defcend en faifant tourner le tout d’autant plus vite qu’il eft plus gros, ce qui fait un bruit capable de réveiller les plus endormis.
- §. V. De quelques autres fupplémens.
- Telle eft l’hôrloge à eau, qui fort de la boutique du Potier d’Etain ; mais il ne faut pas croire pour cela qu’on ne puift'e lui donner une plus grande perfeélion. On fera convaincu du contraire, fi on fe donne la peine de lire le petit Traité du P. Martinelli , que j’ai cité ci-deffus. On y verra la defcription d’un nombre prefque infini de machines qu’on a appliquées à ce tambour, qui en eft le moteur , pour lui faire marquer ôc fonner les heures de différentes manières, toutes plus in-génieufes les unes que les autres. M. Ozanatn rapporte lui-même , fans nous donner la defcription de cet automate, » que le R. P. Timothée, Ear-
- nabite, avoit fait une de ces horloges haute » d’environ j pieds, qui ne fe monte qu’une fois » en un mois, ôc où l’on connoît, outre les heures » qui font marquées au haut de la boîte , dans un
- cadran régulier, le quantième du mois, les fêtes » de l’année, le lieu du foleil dans le zodiaque , » fon lever Ôc fon coucher, ou la longueur du jour
- Ôc de la nuit, par le moyen d’un petit foleil qui *> fe meut ôc defcend imperceptiblement, ôc qu’on » lève au bout du mois au haut de la boîte, dont 3» il eft defcendu pendant le cours de ce même » mois «.
- Je ne parlerai ici que du petit fupplément de mé-canîfme qu’on y peut ajouter pour lui faire marquer les heures dans un cadran régulier , ôc d’une autre manière de faire jouer ces tambours en les plaçant fur un plan incliné; deux inventions, qui, toutes jfimpies qu’elles font, femblent avoir été inconnues à nos deux Phyficiens.
- Premièrement, pour faire marquer les heures à cette horloge dans un cadran régulier ( H), placé à la tête du châffis, on ajufte derrière le cadran une poulie portant un arbre qui traverfe le cadran au centre , ôc fur lequel l’aiguille eft montée ( fig. 10 ) ; fur cette poulie (K) on paffe un cordon attaché par un bout.....à un étrier {I ) de laiton ,
- dont les deux branches, bien parallèles, font courbées à leurs extrémités en forme de crochets; on attache à l’autre bout de la corde un contre-poids (L ) qui la tend fur la poulie ; on fait entrer l’aiguille dans les crochets de l’étrier, Sc du refte on fufpend le tambour à l’ordinaire. Or, comme les deux branches de l’étrier font affez ouvertes , ôc les deux crochets affez grands pour ne point gêner le mouvement du tambour, il defcend comme auparavant, entraîne l’étrier avec lui, fait tourner la poulie, ôc par conféquent l’aiguille qui eft atta* chée au même arbre. Si donc on veut que le tambour marqqe en même temps les heures le long du châffis ôc fur le cadran, il fuffira de proportionner, ou plutôt de faire la circonférence de la poulie égale à la moitié de la longueur de la bande des chiffres , afin qu’elle faffe deux tours tandis que le tambour parcourra toute cette bande de chiffres dans l’intervalle de vingt-quatre heures. Mais fi on veut feulement faire marquer les heures fur le cadran , il ne fera pas néceffaire que cette poulie foit d’un diamètre déterminé, parce que, fi elle fe trouvoit un peu trop petite, ce qui feroit avancer la montre, on augmenteroit le contre-poids jufqu’à ce que la marche de l’aiguille fe rapportât
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- avec celle d’une bonne pendule à roue, ou de l’om- qu’au tambour du mouvement lent-, on pourra fè lue d’un bon cadran folaire. fervir du moule de boîte de ces tambours, & fans
- L’horloge fur le plan incliné ( fig. 16 ) ne diffère faire attention aux lignes qui fe trouvent marquées de celle que je viens de décrire, que par la direction en dedans fur le fond, on tracera deux diamètres à an-du mouvement; c’eft un tambour femblable en gle droit, fur lefquels on élevera les quatre cloifons. tout au précédent, lequel on place verticalement Pour le fond , on le prendra dans une rouelle d’E-fur un plan incliné ; les heures font marquées le tain , que l’on fendra avec la cifaiîle pour y faire long de ce même plan incliné, & l’aiguille, dans entrer la tcte des cloifons. Mais fi on veut donner le irou de laquelle tourne très-librement l’arbre à ces tambours un pied ou quinze pouces de du tambour, reliant toujours, par fon poids, per- diamètre , comme un que j’ai vu appliqué à une pendiculaire à l’horizon , ne fuit que le mouve- cheminée, & fervant de tourne - broche , il ne fera ment progreflif du tambour ; il y a donc cette dif- jamais bien long de les conftruire de plaques , c’eft-férence dans le mouvement du tambour dans ce à-dire, de deux fonds de même diamètre, d’une fécond cas, que comme on ne donne jamais plus bande longue d’un peu plus de trois fois le diamè-de deux pieds de long à ce plan incliné , 8c que tre de ces mêmes fonds, 8c aulfi large qu’on veut ie tambour porte au moins 15 pouces de circon- faire le tambour haut. Les cloifons fe peuvent auftï férence , ce tambour ne fait guère qu’un tour 8c prendre dans des plaques d’Etain ; mais on ne peut demi en vingt-quatre heures, au lieu que dans le pas fe difpenfer d’avoir un moule de douille carrée , premier cas il en fait au moins deux 8c demi en fi l’on eft jaloux d’avoir un tambour qui tourne Une heure. Cependant il faut remarquer que plus bien rond, ce qui n’eft pourtant pas abfolument le plan eft incliné, plus le tambour fait de che- néceffaire dans un tourne-broche. Au refte, dans ces min dans un temps égal; mais cette inclinaifon tambours, la vîteffe dépend, comme dans les autres, a des bornes, 8c il ne faudroit pas l’élever bien de la plus ou moins grande largeur des trous, de haut avant de voir le tambour rouler jufqu’en la plus ou moins grande quantité a’eau, du plus ou bas fans s’arrêter. On concevra encore aifément moins grand diamètre de l’axe fur lequel eft roulée que l’on n’aura point en ce genre une horloge la corde, enfin de la pefanteur du poids. Il n’eft pas exacte, fi le plan 8c la furface circulaire du tam- néceffaire que l’eau qu’on met dans ces tambours bottr ne font bien unis Ôc même polis; car pour foit diftillée; mais celle-ci fe corrompt moins vite , peu qu’il fe trouve d’afpérités fur l’une ou l’antre 8c l’on n’eft pas- obligé de la renouveler fi fouvent. furface , le tambour ne cède pas à la première La coupe d’un des tarqbours propres à marquer imprelfion de l’eau ; il s’arrête , 8c ne fe détermine 8c faire fonner les heures tout-à la fois , eft repré-à avancer que quand il y a une plus grande quan- fentée par la fig. 14. 11 n’y a que deux cloifons tiré d’eau de paffëe dans les cellules antérieures ; placées fur une ligne diamétrale ( a b) ; la pre-ce qui occafionne une irrégularité çonfidérable mière eft percée d’un trou fort petit, à peu près dans le mouvement, 8c ne la fait marcher que par du calibre d’une moyenne aiguille à coudre ; & bonds. Un marbre bien compacte ferviroit donc très- l’eau, en paffant par ce petit trou, ne produit qu’un bien à faire le plan, 8c il faudroit le rendre mo- mouvement lent pour marquer les heures ; mais bile fur une portion de cercle, afin qu’on pût en l’autre cloifon a un trou beaucoup plus grand, varier l’inclinaifon à fon gré. comme de trois lignes, 8c c’eft ce trou, qui, per-.
- Les tambours que je viens de décrire ne font def- mettant à l’eau de paffer promptement, occafionne tinés qu’à marquer les heures, parce que le mou- le mouvement prompt qui fait fonner les heures, vement en eft lent. Le P. .Martinelli nous en fait II n’eft pas néceffaire que ces cloifons foient fou-connoître de deux autres efpèces ; les premiers dées à la douille carrée qui tràverfe l’eftieu ; il d’un mouvement prompt 8c rapide , propres à faire fera mieux au contraire , dit l’Auteur, de les laijfer fonner les heures; 8c les féconds à mouvement disjoints^ tant pourfaciliter la circulation de V'air, que mixte j c’eft-à-dire, prompt 8c lent, propres à mar- le mouvement du tambour pour le remonter. En effet, quer les heures 8c à les faire fonner. on ne met jamais affez d’eau dans ce tambour, pour
- Le premier (fig. 13.) ne porte que quatre cloifons que le niveau de fa furface fe trouve au deffus de fondées félon la diredion de deux diamètres (ac,bd) la cloifon, lorfque le poids fait baiffer le côté du qui fe croifent au centre à angle droit. Ces cloi- tambour où il eft attaché. Le P. Martinelli parle fons font foudées par leurquatres côtés , favoir, encore d’un fécond tambour pour le mouvement aux deux fonds , au pourtour du tambour, & à la compofé ou mixte, où il n’y a qu’une cloifon; douille carrée ( e ) qui tràverfe le tambour au cen- 8c M. Ozanam en propofe un en correétion de celui tre , 8c dans laquelle on monte l’eftieu de l’aiguille que je viens de décrire ; mais je craindrois de fortir qu’on appelle aufti axe ou arbre. Le trou de ces cloi- de mon fujet en m’y arrêtant davantage. C’eft pour fons n’eft pas rond & petit comme aux tambours la même raifon que je ne parle point de la ma-du mouvement lent; mais c’eft feulement une en- nière dont on fait mouvoir ces tambours pourmar-taille en demi-cercle, faite fur le côté de la cloifon quer 8c fonner les heures ; mais pour peu qu’on ait qui doit être fondé au pourtour. Si on ne donne l’efprit inventif 8c quelques notices des horloges à pas à ce tambour plus de diamètre & d’épaiffeur roue, on l’imaginera fans peine.
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- CHAPITRE SEIZIÈME.
- De la Fabrique des Cuillers de métail de Prince.
- JLi E métail de prince , ou fimplement métail, eft un alliage d’Etain 8c de régule d’antimoine, dont on fabrique des cuillers de toutes grandeurs, ainfi que des fourchettes. Cette compofîtionri’éto'it pas connue dans le commerce avant la moitié du fiècle précé-
- dent. On en attribue l’invention à un Potier d’Etain de Paris, dont le nom échappe à ma mémoire ; mais il eft du moins certain que ce fut lui qui la mit le premier en œuvre. 11 eut bien foin de garder fon compofé fecret, afin , dit-on, de profiter
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- Peul cïu bénéfice de la nouvelle fabrique qu’il ou-Vroit. Un autre motif , non moins impérieux , pouvoit cependant le contraindre à prendre ce parti. Il ofoit en effet répandre fur les tables & porter à la bouche le régule d’antimoine, dans un temps où la Faculté de Médecine de Paris ne fem-bîoît occupée que de la condamnation de ce demi-métail, où elle fonnoit par-tout l’alarme contre l’u-fage, encore fréquent, du gobelet émétique, & où èlle le réfervoit le pouvoir de l’adminiffrerdans certains cas avec toutes les précautions qui font nécef-faires. En falloit-il davantage pour engager le Fabricant à enlever au Public la connoilfance d’un alliage qui! auroit rejeté avec indignation ? Quoi qu’il en loit, il l’a caché, autant qu’il a pu, aux Ouvriers même qui l’employoient fous lui : on ne fit donc attention qu’aux qualités féduifantes du nouveau rnétail,àfaconfiftance,à leclat de fon poli,à l’élégance de la forme des pièces qui en étoient faites ; 8c bientôt il ne fut plus en état de fuffire à la Capitale , à la Province, à l’Europe, au Monde entier (*), où ces nouveaux couverts fe répandoient avec une rapidité étonnante. 11 eft difficile de Fex-cufer , du moins de quelque imprudence ; mais l’expérience de plus d’un fiècle doit raffiner les plus inquiets, 8c fufage habituel qu’on fait depuis fi long-temps de ces nouveaux couverts & Etain de comouailles (autre nom de ce compofé ), fans avoir rien fend des effets ordinaires de l’antimoine, doit mettre ce mélange à l’abri descenfures,de la Faculté» On me reprochera peut-être de n’être pas confèrent , 8c de détruire ici ce que j’établis en principe dès le commencement de cet Ouvrage, la pureté du métal. Ne point allier un métal à un autre, 8c les mettre en œuvre chacun à part, c’eft en quelque forte obéir à la Nature; c’eft la fuivre &'l’imiter dans fes productions ; c’eft couper la trame à la fraude 8c à l’injuffice ; c’eft éclairer l’Ar-tifte contre l’illufion d’un gain momentané, 8c rendre fon état aufft fixe & suffi permanent que l’effence des maiètres qu’il emploie ; je fuis convaincu de ces principes, & je défirerois bien porter Cette conviction’ dans tous les efprits : mais cette règle eft trop générale, pour ne pas fouffrir quelques exceptions ; & comme la nature laiffe croître quelques monftres que nous favons mettre à profit , on peut bien fe permettre suffi, niais rarement, quelques alliages dont l’utilité ferait reconnue. Le cuivre laiton, le mélange de l’Etain au cuivre pour faire le bronze 8c le métal de cloches, font de ce genre, 8c peut-être auffi le compofé dont nous parlons; mais celui du plomb à l’Etain, du cuivre à l’or 8c à l’argent, font des alliages dont on ne peut qu’abufer. Commençons.
- La fabrication des Cuillers & fourchettes de métail embraffe quatre opérations différentes ; la compofition de l’alliage, qui eft la première, la fonte & le jetage, le grattage, 8c enfin le polïffagè\ je les décrirai l’une,après l’autre dans l’ordre que je les viens de rapporter, qui eft celui qu’elles tiennent dans la fabrication.
- Première Opération. Compofuioiï de faillage.
- Par l’alliage du régule avec l’Etain, on ne fê propofe ici cl’autre but que d’aigrir ou d’endurcir l’Etain ( càr en fait d’alliage de métaux on ne peut endurcir un métal fans l’aigrir, c’eft-à-dire, fans le rendre plus caffant) ; par conféquent un métal qui, par quelque caufe que ce foit, a déjà acquis une certaine dureté , parviendra au degré demandé d’aigreur & de confiftançe avec une quantité moins
- 1ER D’ÊTA IX.
- grande d’allrag#, qu’un métal plus doux : c’eft ce qui fe remarque très-bien ici ; c.ar fur un cent d’Etain fin déjà fabriqué, 8c qui a depuis fervi dans l’ufage domeftique , on ne met que feize livres de régule ; maisftirun cent d’Etain neuf, ou qui n’a point encore été fabriqué, & que les Ouvriers appellent Etain doux, on met jufqu’à dix-huit livres de régule. Ain fi :
- Recette. Sur ioolivres d’Etain neuf, appelé Etain doux , la dofe du régule fera de 18 liv. Ou :
- Sur ioo liv. d’Etain qui a déjà été fabriqué 8c qui a fervi depuis dans l’ufage domeftique , 16 liv. de régule.
- 11 convient, pour faire l’alliage, d’avoir un laboratoire exprès, & deftiné à ce travail feulement'(PI. XXVI11 ). 11 faudroit encore qu’il y fût pratiqué une cheminée afifez fpacieufe pour y conftruire deux foffes à feu deftous ( E & G ) , 8c un fourneau long 8c étroit ( C ) , pour fondre le régule.
- Dans la plus grande de ces folles ( E ) on mettrait fondre lesfaumons d’Etain neuf, ou le vieux Etain fin , duquel on veut faire le métail ; l’Etain étant fondu, on y ajouteroit du zinc à raifon de deux onces par cent d’Etain, 8c on le laifferoit en digeftion un temps fuffifant pour le dégager de ce je ne fais quoi cju’il garde de fa réduction, en ob* fervant à cet egard tout ce que j’ai dit au commencement du Chapitre VIe qui traite de la Poterie. On peut encore hâter la purification de TE-’ tain en plongeant & en remuant dedans, à l’aide d’une pincette, un oignon, par exemple ; cet oignon pétille un peu , fait faire une petite ébullition à l’Etain , & la furface fe couvre auffi-tôt d’unè poudre couleur de cendre. Pendant que l’Etain fond dans la foffe, ou qu’il y eft en digeftion, on s’occupe à faire fondre le régule, 8c afin qu’il fonde plus facilement , ôn commence par en cafter les pains en petits morceaux dans un mortier de fonte ( A ) ; puis , dans le fourneau ( C ) confirme à cet effet, ôn place un large creufet au milieu des charbons allumés. Pour faciliter encore la fu-fion du régule, 8c l’empêcher de s’évaporer (car on fait qu’il n’eft pas fixe au feu ), on apporte dans le creufet, avec une cuiller de fer, de l’Etain fondu à peu près jufqu’à moitié de fa capacité, 8c on achève de l’emplir de régule concaffé, comme j’ai dit. On pouffe enfuite le Feu jufqu’à faire rougir ia matière , car ce n’eft qu’alors qu’elle fond ; lorff que le tout eft fondu, l’Ouvrier vide dans la foffe, avec une cuiller de fer, la matière contenue dans Ië creufet; il y remet enfuite de l’Etain fondu, puis du régule; en un mot, il recommence l’opération autant de fois qu’il eft néceffaire pour fpndre tout le régule & l’allier à l’Etâin. Après avoir mis la dernière cuillerée de régule dans la foffe, l’Ouvrier braffe un peu le tout pour te mieux mêler, & avec la même cuiller il retire (vign. fig. 2) 9 cuillerée à cuillerée, le métail contenu dans la foffe,
- 8c en emplit plufieurs lingotières ( D ) pour en faire de petits lingots^
- Seconde Oper ation: La fonte & te jetage*
- Pour le jetage des cuillers ou fourchettes de ce métail, on fait fondre dans l’autre chaudière (G) quelques-uns des lingots qu’on vient de faire , en plaçant toujours le feu deftous, comme je l’ai fait obferver pour le jetage de la petite poterie 8c de la menuiferïe. Pendant que les lingots fondent, chaque Ouvrier s’occupe à préparer le moule dont il fe doit fervir ; il les garnit de manches , les fait chauffer, 8c les potaye ; mais obfervez qufon në '
- ( * ) Op en a envoyé de Paris dans tous les ports de la France , les Indes ; ce qui prouve bien que ce compofé n’étoit connu che*
- & on en a chargé des vaifleaux pour l’Eipagne, l’Amérique, & aucune de ces Nations.
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- irpotaye pas ici les' moules à la broffe ; on fe contente d’y répandre, lorfqu’ils font chauds, de l’eau ‘fortemttii ocrée, -6c l’on renouvelle cette opération dans le jetage toutes les fois qu’on le trouve . néceffaire.'Quand le métall eft chaud , c’eft-à dire, quand en y plongeant une carte elle roulfit fans brûler, 6c que l’eau fuit en pétillant de delfus les ^moules, tout elt prêt pour le jetage; chaque Ouvrier ( fig. q 6c 4) prend donc Ion moule, le joint, le tient ferré entre fes genoux, 6c même par deux •ferres de fer en haut & en bas fi le moule ell trop long , 6c l’emplit de matière. Dès què le jet ell figé, il ouvre promptement le moule, Ôc la pièce vielle toujours attachée à une des parties du moule, r^qui ell ordinairement le noyau ; mais avec un patouiliet qui trempe toujours dans un pot où il y a de feau froide , il la mouille, ce qui la failit Ôc la foulève , ôc alors le plus petit coup frappé fur le côté de ce noyau fuffit pour la faire tomber fur fes genoux, d’où il la pofe à terre, où elle achève de fe refroidir. On referme le moule, on le garnit de ferres où befoin ell, Ôc on en coule dme fécondé, puis une troifième , Ôc ain11 de fuite jufqu’à pîulieûrs milles.
- Pour faciliter l’intelligence de cette pratique, j’ai cru devoir garnir le bas de la planche des moules àTufage de ce travail , préfentés fous différens poins de vue, avec les cuillers ôc les fourchettes telles qu’elles fortent du moule ; mais afin de ne rien répéter , j’ai remis l’explication de cette planche avec celle des autres , qui fe trouva* à la fin de l’Ouvrage.
- Troisième Opération. Vapprêtage & le grattage.*
- Ici, fans s’arrêter aux opérations intermédiaires «ntre le jetage ôc l’apprêtage , on paffe tout de fuite à cette opération, parce qu’au lieu d’épiller les jets, on les caflfe, Ôc qu’on ne fe donne pas la peine de revercher celles qui font percées. L’apprêtage ne confille par conféquent ici, qu’à râper cette éminence qui fait partie du jet, ôc qui relie fur la furface de la fpatule en delfous Ôc à fon extrémité. Pour cela, l’Ouvrier (fig. i.pl.XXlX) tenant une râpe à la main, appuie de l’autre main le bout de la fpatule fur l’extrémité du talon de l’établi, ôc en trois ôu quatre coups de râpe au plus^ il fait difparoître cette partie du jet ; mais il ne dépofe pas la pièce , qu’il n’ait anéanti aveG la même râpe Ôc de la même manière, toutes les petites éminences qui peuvent s’y trouver, en quelque endroit que ce foit.
- La cuiller étant en cet ctat, un Ouvrier (fig. 2 ) la prend pour la gratter. Or la forme de la cuiller ôc de la fourchette ell telle, qu’on ne les peut gratter qu’à la main ; Ôc comme le poli qu’on leur donne enfuite , exige que les traits du grattoir foient petits ôc bien près les 11ns des autres, c’efl pour cela qu’on préfère de les gratter au grattoir fous bras, plutôt qu’au grattoir à deux mains, fur une empreinte. Pour cette opération, il ne faut pas un grand nombre d’outils , trois fuffifent ; favoir, un grattoir en forme de lance ( fig. 17 ) pour le delfus ôc le manche des cuillers ôc des fourchettes; un grattoir rond ( fig. 18) pour le dedans des cuillers ; enfin, un crochet étroit ôc pointu, de la forme de ceux du tour, ôc qui fert ici pour gratter entre les fourchons des fourchettes. Les deux premiers de ces outils, dont la lame ell fort mince , ont deux bifeaux en fens contraire, ôc dont les plans parallèles entre eux , forment avec le plan de la lame un angle d’à peu près quarante-cinq degrés, qui fait le tranchant. Ce bi-feau, comme on fuppofe tous les Ouvriers tra-vaillans à droite , ell fait de gauche à droice , parce qu’en grattant on pouffe de droite à gauche.
- IER D’Ê TA IN,;
- Il n’y a que le troifième outil dont les bifeaux des deux côtés font faits fur le même plan, en dehors de la courbure, ôc les tranchans fur le plan intérieur , comme aux crochets du tour. Enfin les lames des grattoirs particulièrement doivent être bien drefices des deux côtés, ôc le bifeau, après avoir été avivé à la meule , doit être adouci à la pierre à l’huile.
- Toutes les parties de la cuiller, à l’exception du dedans , iont grattées en premier lieu d’une feule opération , fans changer d’outil, Ôc cet outil ell le grattoir pointu en forme de lance. L’Ouvrier ( fig. 2. ) en met le manche fous le bras gauche, fempoigne de la main droite alfez près de la lame, Ôc de l’autre main il tient ôc conduit la pièce, l’appuyant tantôt fur un genou ou fut, l’autre , tantôt fur les deux à la fois, fuivant qu’il eft nécelfaire. Dans cette fituation, Ôc la lame de l’outil penchée en devant pour la faire couper , on gratte en pouffant de droite à gauche , ce qui fait décrire à la lame une petite portion de cercle, dont le centre eft au point où le manche du grattoir s’appuie contre le corps fous les ailfelles; mais en revenant, on ramène fon grattoir fans toucher à la pièce , pour faire, en repoulfant, un fécond trait à côté du premier. Voilà la pratique générale du grattage , qui peut s’appliquer également à l’ufage du grattoir rond pour le dedans des cuillers; mais ne négligeons pas de petites pratiques particulières, moins importantes à la vérité, mais qu’il eft bon pourtant de mettre en ufage, tant pour travailler avec prômptitude , qu’avec ufie forte d’adreffe. Ainfi, dans le grattage de la cuiller en delfus, on doit commencer par gratter les bouts du cuiileron Ôc du manche , tant en def-fus qu’en delfous; ôc ici, un bon Ouvrier obferve de faire toujours fortir fon grattoir par le bout ; c’eft pourquoi il appuie cette partie de la pièce fur le genou gauche & tient la cuiller par-deffous le grattoir qui la croife en delfus, comme le repréfente la figure 3e. Enfuite il gratte le talon 6c la partie du cuiileron qui l’avoifine , ainfi que le bas du manche en delfus, 6c toutes ces petites parties étant grattées, il achève le relie par des traits longs, qui s’étendent depuis une extrémité déjà grattée jufqu’à l’autre. Il n’y auroit donc plus que le dedans à gratter ; mais les Ouvriers trouvent le temps trop cher, pour le perdre à changer d’outils ; on remet donc cette opération jufqu’à ce qu’on ait gratté toutes fes pièces en delfus. Alors, f Ouvrier ayant changé de grattoir pour en prendre un rond ( fig. 18 ) , dont la lame eft proportionnée à la largeur du cuiileron , 6c ( fig. 3e ) tenant la cuiller appuyée fur le genou gauche, il commence par gratter les deux tiers ou environ de la longueur du cuiileron ; après cela, il retourne la cuiller, 6c tenant le cuiileron appuyé fur le genou droit, il finît de le gratter par des traits longs qui fe joignent aux premiers, 6c qu’il fait fortir du côté du manche.
- Voilà à quoi fe réduit l’opération du grattage: on ne fe doit propofer ici que d’ôter ce que les Ouvriers appellent le Jeu; c’eft cette couleur que prend un métal à fa furface en froidiiïant, ôc qui diffère toujours de fa couleur intrinfèque. C’eft pourquoi les traits ne doivent pas être gros 6c profonds ; ôc comme la pièce doit enfuite recevoir le poli, Ü faut que les traits foient bien unis , petits, bien près l’un de l’autre, 6c faits en long, parce que c’eft dans ce fens qu’on les polit.
- Quatrième Opération. Le poüjjage.
- Quelque précaution qu’on prenne dans ce grattage^ quelque fins ôc emprelfés que foient les traits du grattoir, il faut encore les adoucir avant de polir, en
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- abattant les angles que forment entre eux deux traits voifîns ; ôc pour cela, ôn doit les palier à la prêle ; mais comme la prêle, en émoulfant ces angles des traits du grattoir , fait elle-même des traits encore trop profonds pour qu’on polilfe immédiatement après, on palfe la pièce à la ponce de la manière que je dirai , & on polit enfuite. C’eft pourquoi cette quatrième opération eft fous- divifée en trois autres , clans la dernière defquelles je comprends fejfuyage.
- La prêle eft une efpèce de jonc hérilfé de petites pointes fort courtes, qui le rendent très-rude & très-propre à polir toutes fortes d’ouvrages ; il n’y a point d’Artilles qui ne connoiffent cette plante. Pour s’en fervir, on la cafte dans fes noeuds en petits brins, qu’on jette dans l’eau, ôc qu’on y laiffé quelque temps, li on trouve là prêle trop sèche. Quand elle eft allez mouillée pour s’applatir fous les doigts fans fe caffer, on en prend plusieurs brins qu’on place l’un à côté de l’autre en travers de la pièce. & que l’on conduit avec les doigts, il importe peu comment, pourvu qu’on la con-duife de long, je veux dire, dans le fens des traits du grattoir.
- Manière de Poncèr.
- La ponce, que tous les Artiftes connoiffent encore , eft une efpèce de pierre; la meilleure eft, comme je crois l’avoir déjà dit, celle qui corn tient moins de fables, & qui eft la plus poreufe Ôc la plus légère. On la pile dans un mortier, on lapaflè au tamis de crin, Ôc on en délaye quelques cuillerées dans un peu d’huile avec une petite fpatule de bois , qui fert auffi à en prendre; mais pour l’employer, il faut y joindre des chiffons de laine, bien rudes, comme du bouracan, du camelot , de la panne, en s’en fervant par l’envers ; de ces chiffons, on forme de petits bouchons bien ferrés , ôc on en taille d’autres en carré de trois pouces ou à peu-près.
- Tout étant ainfi préparé, l’Ouvrier, affis devant une table couverte devant lui de quelques autres chiffons,commence par /wzarr le cuilleron par-deffus & par-dedans en cette manière : il met avec la fpatule un peu de ponce fur le cuilleron , Ôc en dedans il tient de fa main gauche garnie d’un chiffon , la cuiller toute droite ôc appuyée fur la table , & de l’autre main, garnie d’un de ces morceaux de bouracan, ou autres de cette efpèce, il frotte fortement le cuilleron, tant en dedans qu’en deffus, en le ferrant étroitement, tantôt entre les doigts ôc le talon de la main, tantôt entre le pouce ôc les doigts, ôc en changeant de temps en temps de main, pour fe délaffer ; car ici il eft bon que l’Ouvrier le puiffe fervir de fes deux mains avec autant de facilité. Il ne ceffe point de frotter ( toujours en long ), que la pièce n’ait féché fous fes doigts ôc que les traits n’en foient bien abattus ; mais , comme dans cette polition on n’atteint pas bien le milieu du cuilleron, fur-tout en dedans, il le frotte ou avec un bouchon , ou avec le même chiffon, en fe fervant des doigts feulement, ôc en appuyant le cuilleron fur l’établi ( voy. la fig. 4). Après avoir poncé le cuilleron, l’Ouvrier retourne fa cuiller pour poncer le manche ; je veux dire qu’il prend le cuilleron de la main qui doit refter immobile, ôc après avoir mis un peu de ponce en deffous ôc en deffus du manche, il le ferre de même fous la chiffe entre les doigts ôc le pouce, ôc frotte de long avec la même force, ôc en changeant de main Sc de pofition pour fe délaffer ; il ne finit encore que quand les traits difparoiffent ôc que la ponce fe sèche ; Ôc alors toute la pièce étant poncée, il la dépofe pour continuer cette opération fur toutes les autres ; mais la ponce
- IER D'ETAIN. î4ï
- ronge tellement les morceaux d’étoffes, que l’Ouvrier ne peut faire fervir le même à plus de cinq ou fix pièces ; il lui en faut donc, une certaine provifion.
- Manière de Polir.
- L’Ouvrier ne paffe point à cette opération qu’il ne s’y foit préparé, en effuyant d’abord avec . des chiffons fecs, toutes les pièces les unes après les autres, la table elle-même Ôc fes doigts ^ afin d’écarter le moindre grain de ponce , qui ne feroit que rayer la pièce. Il change donc.de tout; aux frottoirs rudes de bouracan, ôcc. fuccèdent d’autres frottoirs ôc d’autres bouchons plus doux , faits de vieux bas dé laine , Sc à la ponce le tripoli , autre efpèce de pierre qu’on a réduite en poudre, bien fine , paffée au tamis de foie, ôc délayée de même dans l’huile d’olive. Après tous ces préparatifs , l’Ouvrier commence l’opération par bon-chonnerles cuillers ; c’eft-à-dire, que tenant d’une main la cuiller appuyée fur la table garnie de linge , ôc ayant apporté avec la fpatule une goutte de tripoli dans le fond de la cuiller, il prend de l’autre main le bouchon ôc frotte fortement le fond de la cuiller, toujours en long. Ici il ne s’arrête que quand il voit la cuiller prendre le vif fous fon bouchon, & alors il change la cuiller de bout, pour en faire autant fur la fpatule du manche. On s’applique en particulier, à bien polir ces endroits, parce qu’ils font les plus apparens, Ôc que la main ne les atteint pas aifément dans le refte de l’opération.
- Après cela, l’Ouvrier pajje à l'huile. On appelle pajfer à l'huile, frotter les cuillers avec un peu de tripoli Ôc des frottoirs de morceaux de bas, comme on les a frottés avec le camelot ôc la ponce. Il eft donc inutile de répéter ce détail ; mais j’avertis qu’on ne doit pas ceffer de frotter un endroit qu’il ne foit brûlant ; car ce n’eft qu’alors qu’il prend le vif. Après avoir ainfi paffé à l’huile environ une douzaine de cuillers, on eft obligé de jeter les frottoirs, non qu’ils foient ufés, mais parce qu’ils font trop gras; alors le bouchon, qui eft bien ferré, refte long-temps fans s’engraiffer, au point de ne pouvoir plus fervir.
- Au forcir de cette dernière opération , la pièce eft en effet polie ; mais il refte une couche de tripoli qu’il faut enlever avec d’autres frottoirs ; ôc comme ces derniers font des morceaux de bas de foie , cette opération s’appelle auffi pujfer à la foie. C’eft alors que l’on commence à bien voir tout l’éclat du poli ; cependant, comme les pièces font toujours grades , on les effuie avec des linges doux Ôc fecs, ôc en dernier lieu avec un autre linge plus fin , qu’on imprègne d’un peu de craie, connue fous le nom de blanc d’Efpagne ou de Rouen ; ce qui achève de les fécher ; ôc leur donne le dernier luffre. Les Ouvriers appellent la première opération le reffui, ôc la fécondé pajfer au blanc.
- Mais fi les pièces qu’on vient de polir, portent le long du manche des filets ôc des coquilles ou autre chofe femblable en deffus ôc en deffous de la fpatule, on les pane. Ce n’eft autre chofe que paffer fur ces endroits une croûte de pain , à laquelle on a laiffé un peu de mie, qui, s’in-finuant dans le fond des angles, en enlève ce que le premier linge y avoir laiffé.
- Des opérations particulières aux Fourchettes.
- Tout ce que nous avons dit jufqu’ici doit s’appliquer en plus grande partie à la fourchette; c’eft pourquoi nous avons fou vent parlé en général; mais il y a quelques différences que nous allons marquer, i°. Cette partie de la fourchette, qui la fait dif-
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- férer de la cuiller, n’étant point creufée , mais y tiendroient lieu de trois livres de régule. Un feulement coudée, on ne fe lért point de grattoir autre effet, e*éfl que fi le plomb y entre jufqua 'Tond; mais dans une feule opération on gratte quinze livres par cent, l’alliage a peine à le figer /toute la furface de la fourchette avec le grattoir dans les moules, & à chaud il le lailfe aller comme rpointu. de la corne. Enfin, fi le bon métail ( parce que
- 2°. Le grattoir pointu ne pouvant aller entre l’alliage en ell bien dofé, ) ne tend point à fe les fourchons , il faut un outil particulier pour divifer en fe figeant ( ce qui fait les grumeaux ), le y pouvoir gratter, & c’efl à quoi fert l’outil mauvais au contraire, qui tient une certaine quan-,-pointu en forme de crochet de tour, dont j’ai tité de plomb, fe défunit, Sc femble ne figer que parlé. Pour s’en fêrvir, d’une main appuyée fur par partie ; des grumelures fe découvrent de toutes Tétabli, on tient fermement la fourchette par parts , Sc le plomb reflue & quitte l’alliage à un fon manche dans une fituation horizontale , les degré de chaleur bien au deffous de celui qu’il fourchons en devant, Sc de l’autre main faifant faut pour le fondre.
- entrer la pointe de fon outil entre deux fourchons, L’addition d’un demi-métal n’efl pas moins conon tire à foi, en faifant fortir le crochet par la traire à ce compofé métallique ; car, fi le métail pointe de ces fourchons. L’on abat ainfi toutes étant fait, on y ajoute la plus petite portion de zinc, les baves , tant en deffous <^u’en deffus. comme on le fait à l’égara de l’Etain pour le
- 3°. Quant au poliffage, il n’y a rien de dif- décraffer, on remarque un effet tout oppofé. Le férent, parce qu’on ne ponce ni ne paffe à l’huile métal fe couvre d’une pellicule épaiffe qui aug-l’entre-deux des fourchons. Il y a feulement à ob- mente les feories ; les cuillers qui en proviennent ferver d’effuye'r bien entre chaque fobrehon par- font blanches à leur furface , feuilletées, plug fu-tout où j’ai dit qu’il falloit effuyer dans le cours fibles, fouffleufes, Sc leur texture efl moins com-«de l’opération du poliffage; pa&e. Si par quelque accident il fe trouve de ce
- demi-métal dans le métail de Prince, ce qu’on Obfervations. reconnoîtça aifément aux lignes que je viens d’in-
- diquer, on efl obligé, comme j’ai dit à l’égard Quoique le Public paroiffe tirer de cet alliage de l’Etain, de le volatilifer par le moyen des char-tm fervice avantageux, nous ne diffimulons point, bons ardens & du foufflet, ou de laiffer l'alliage Sc nous convenons qu’il a de bien mauvaifes qua- en digeflion, pendant laquelle le zinc fuperflu efl lités ; nous ne parlons point de celles qui peuvent confommé par le foufre de l’antimoine ; ou enfin, compromettre la fanté des citoyens, l’expérience fi l’on veut le détruire plus promptement , on y raffure pleinement de ce côté; mais nous avons projettera un peu de fel ammoniac en poudre, Sc en vue celles qui naifient apparemment d’une inaf- l’on bradera bien l’alliage en fufion; alors on verra finité confidérable, Sc qui en rendent la fabrica- les feories s’enflammer par petites houpes, & finir tion défagréabie. On fait en effet les caradères par fe divifer en poudre très-fine, difficile à ré-effentiellement différens qui féparent les demi-mé- duire. Mais de quelque manière qu’on s’y prenne , taux d’avec les métaux proprement dits, dont la on ne peut empêcher le métal de jeter une quan-nature efl fi différente. Ceux-là fe volatilifent tité confidérable de feories. au feu; ceux-ci y demeurent fixes, & s’y cal- Le bismuth introduit dans cet alliage s’y maniement plutôt que s’y volatilifer. Mais le foufre fefle par la blancheur qu’il lui communique, par de l’antimoine efl fi vorace, qu’il volatilife avec une grande fufibilité,& en en couvrant la furface lui, Sc réduit en feories, je ne dis pas l’étain feu- de pellicules Sc de feories jaunes. Comme ce lement, mais encore les autres métaux. C’efl l’or demi-métal ell auffi fort volatil , on parvient à qui réfille le plus à fon adion; auffi l’emploie-t-on le détruire par les mêmes procédés, fouvent pour féparer de ce métal précieux, les Telle efl la nature du métail de Prince; tels autres fubflances métalliques qui pourroient y être font les effets de l’antimoine, ce loup vorace des alliées. Mais nous, & c’efl encore un effet de cette Philofophes , dans le compofé lui-même où les voracité qui caradérife l’antimoine, nous remar- dofes font gardées ; quelle fera donc fon influence quons dans la fonte Sc refonte du métail de Prince, fur l’Etain de fabrique en fufion ? Elle efl terrible, -qu’il fe fait une quantité confidérable de feories, S’il s y gliffe la moindre portion de métail, la Sc qu’il s’en feroit continuellement de nouvelles, maffe totale du métal en fufion efl corrompue-; fi ou découvroit le métail en fufion, en ôtant celles les pièces qu’on en forme font caffantes, fans en qui fe font déjà formées. Ce n’efl pas tout, l’anti- être plus roides; fouvent elles font fi fufibles, qu’on pathie de leurs deux foufres métalliques efl fi grande, ne peut y faire fondre la foudure légère ou de qu’il fe forme d’autant plus de ces feories, que bismuth ; il efl impoffible de retirer faines les l’Etain retient davantage de ce principe inflam- pièces qu’on auroit coulées dans un moule de dif-mable, de cet acidum pingue, de ce phlogiflique_, ficile dépouille; en un mot, le métal efl intrai-de ce je ne fais quoi qu’il prend dans la réduction table. C’efl ce que l’expérience apprît aux Potiers de fa mine ou dans la révivification de fa chaux; d’Etain, dès que cet alliage fe fut répandu dans Sc les pellicules, dont le métail fe couvre alors, le commerce. Auffi , ne manquant pas de rapportent fi épaiffes, qu’elles exigent, pour être divifées ter de tels effets à leur véritable caufe, c’efl-à-dire en cendrées, un feu bien plus violent que les feo- au régule d’antimoine qui entre dans ce compofé’ jies d’Etain, Sc ainfi atténuées, elles font irré- ont-ils toujours grand foin de faire un tri exaél du mé-du&ibles parla voie ordinaire. tail qu’on leur apporte en échange, pour l’employer
- Si dans cet alliage on fait entrer un troifième à fa deflination particulière, ou pour le renvoyer métal, la moindre partie y produit. l’effet ordi- eux-mêmes à ceux de leurs confrères qui le mettent naire , je veux dire qu’elle rend l’alliage plus fu- en œuvre Sc qui leur en fourniffent. il y en à même* fible. Mais ici un troifième métal s’y manifefle qui, trop éloignés des lieux où ces uflenfiles de encore d’un autre côté ; c’efl en en augmentant table fe fabriquent, vont jufqu’à refufer en échange les feories. Le plomb, outre cela, y produit en- les cuillers faites de ce compofé. Le motif de core des effets particuliers. i°. Il rend le métail leur refus efl fans doute bien folide, mais le Public plus caffant, fa texture plus fine , & fon grain plus qui l’ignore Sc qui s’efl fervi avec fatisfaftion des noir. C’efl pourquoi, lorfqu’on y en met, il y uflenfiles de ce métail, ne peut fe perfuader qu’étant 'tient lieu de régule pour plus de la moitié de vieux il n’ait plus aucune valeur. Convaincu de ion poidi. Cinq livres de plomb, par exemple, la poffibilité de le refondre, il appelle donc auprès
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- de lui ces faux Ouvriers, ces coureurs de village, 8c leur met fon vieux métal entre les mains pour en faire de nouvelles cuillers. Mais, comme ces Ouvriers ne prennent pas le déchet fur eux , 8c qu’ils ont plutôt intérêt de l’augmenter ou de le faire paroître grand, ils ne font pas de difficulté de le fondre avec quelque efpèce d’Etain que ce foit, (5c de ce mauvais mélange ils font avec beaucoup de temps 8c de déchet, au grand préjudice du confommateur, des ouvrages du plus mauvais fervice. Alors ce régule d’antimoine, qui entre dans la compolition du métail, fe trouve noyé dans une fi grande quantité d’Etain , qu’il échappe fouvent à l’obfervation del’Artifte le plus clair-voyant, qui le fait fondre parmi fon Etain de fabrique ; mais il s’y manifefte bientôt par tous les effets que j’ai décrits, & qui font tels, que l’Artifie eût certainement rejeté cet Etain, s’il y eût foup-çonné du régule.
- Comment remédier à ces inconvéniens ? Le voici : qu’on obferve à l’égard de cet alliage ce que d’autres Ouvriers ont de tout temps obfervé à l’égard des compofés métalliques qu’ils mettent en œuvre; qu’on ne refonde & qu’on n’emploie cette compo-
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- fition que feule & à part; & pour cela, que les Artiftes,qui, par un trop grand éloignement de Paris, ne peuvent aifément & fans beaucoup de frais, y faire tranfporter leur vieux métail pour en tirer de neuf fabriqué, ou qui , quoiqu’à portée de la Capitale, jugent que cette branche de commerce peut s’étendre dans leur Province , que ces Potiers d’Etain, dis-je , fe mettent à faire le métail : c’efi le meilleur confeil que je leur puiffe donner ; c’efi; pour eux que je fuis entré dans un détail, qui a peut-être paru minutieux, des petites pratiques de ce travail. Puiffent-ils le lire avec autant de fatisfa&ion <5c de fruit, que quelques Fa-bricans de cette grande ville m’en ont marqué de mécontentement & d’humeur! On diroit,à les entendre, qu’ils ont le droit de concentrer dans leur ville toutes les branches de leur commerce , & que toutes les fabriques qui s’élèvent dans la Province font autant d’atteintes portées à leur jouif-fance. Mais ils auront toujours beaucoup d’avantage fur les Fabricans de la Province, par le grand nombre de Gratteurs Sc de Poliffeurs, qu’une longue & journalière habitude a rendus de la dernière adivité.
- CHAPITRE DIX-SEPTIÈME.
- Du Graveur - Tailleur d’armes SC Cifeleur fur Etain, auquel on a joint le Doreur
- <5C Argenteur fur ce métal.
- ARTICLE PREMIER.
- De la Gravure & Cifdure fur VEtain.
- IL a été un temps où le Confommateur étoit fi jaloux de fon rang 8c de fon extradion, ou de fa pro-feffion, ou feulement de fa propriété, qu’il ne ti-roit prefque rien de la boutique du Potier d’Etain fans y faire graver ou fes armoiries , ou les attributs de fon état 8c fon chiffre. D’ailleurs il exifte depuis long-temps un Réglement, que les Potiers d’Etain établis 8c domiciliés fe font toujours fait un devoir d’obferver, par lequel il leur eff ordonné, comme aux Orfèvres, de ne point acheter de vieilles vaiffelles d’Etain des domeftiques , enfans, 8c autres perfonnes fous la puiffance d’autrui, mais feulement du propriétaire lui-même, de la propriété duquel on s’afiùre , par l’infpedion des armoiries, chiffres 8c autres types, fi le vendeur n’eft pas connu; 8c de là rien de plus naturel au Confommateur que de marquer fa propriété par des fignes invariables 8c indefirudibles. C’efi pourquoi, fur une Requête préfentée au Confeil par les Marchands Potiers d’Etain de Paris, un Arrêt entre autres, en date 14 Avril 1629 , 8c regiftré en Parlement, joint à une Déclaration du Roi, du 28 Juin 170J, confirmée par Lettres Patentes du 13 Décembre 1729, regiftrées en Parlement le 26 Novembre 1734, autorife les Potiers d’Etain, établis dans toutes les villes du Royaume, à graver fur l’Etain toutes fortes d’armoiries, chiffres, & autres fignes caradériftiques de la propriété du Confommateur.
- Le Potier d’Etain exécute encore fur fes mar-chandifes une efpèce de gravure nommée cife-lure, par laquelle il repréfente fur la pièce des fcènes champêtres , des bouquets, des trophées d’Arts, ou autres ornemens femblables. Nous nous en occuperons enfuite.
- Cette partie de l’Art du Potier d’Etain efi fans doute celle qui demande le moins d’outils. Une demi-douzaine de burins , une\pointe à tracer, 8c
- un crayon, font toute fa fourniture ; on y peut encore ajouter par acceffoire une table, un couf-finet, un garde-vue ( c’efi un châiïis carré, fur lequel on colle 8c on bande du papier huilé, & qu’on fufpend au deffus de la pièce pour brifer les rayons de la lumière, qui, tombant diredement fur la pièce bien polie, 8c fe réfléchiffant, affedent la vue d’une manière fenfible , fur-tout fi on fe place au grand jour ), 8c enfin un grattoir 8c bruniffoir, outils plutôt néceffaires à un Ecolier qu’à un Maître , puifqu’iîs ne fervent qu’à effacer les faux traits.
- Mais fi ce travail ne demande pas un grand nombre d’outils , au moins fuppofe t-il, dans celui qui l’exécute, une connoiffance du deffein, du blafon, 8c de la fcience des chiffres ; autrement il fe trou-veroit réduit à calquer en aveugle des deffeins donnés. Je ne me mettrai cependant pas en fait de les donner ces connoiffances ; tant d’excellens Auteurs en ont traité, que je ne pourroîs le faire fans répéter ce qu’ils en ont dit, 8c fans paroître m’éloigner de la fphère à laquelle efi circonfcrit l’Art dont la defcription m’eft confiée. J’en fuppoferai donc l’Artifie pourvu dès fa jeuneffe, 8c je ne m’arrêterai qu’au manuel de la gravure.
- Ainfi l’Artifie commence par defliner fur un papier les armoiries de l’acquéreur, d’après l’empreinte de fon cachet, ou d’après le cachet même, 8c l’agrandit fuivant l’endroit où il veut les graver ; ou fi c’efi un chiffre qu’on lui demande , il le combine 8c le deflïne à net fur un papier, & d’une grandeur convenable. Après cela, il fait chauffer l’endroit où il a deffein de graver, pour y étendre une légère couche de cire blanche ou de vernis de Graveur ; enfuite il rougit de fanguine l’envers du deffein ; il l’applique fur la cire, en faifant porter l’envers fur cette couche blanche, 8c avec une pointe émouf-fée il parcourt, en appuyant un peu, tous les traits du deffein qui fe trouvent par ce moyen marqués en rouge fur la cire. Il prend enfuite la pointe à tracer, 8c en appuyant il parcourt exactement les traits
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- *üu deffein marqués far la cire, & il trace ainfi fur la pièce elle-même Le deffein du cachet. Quand on a marqué en cette manière fur la pièce les traits • •du delTein, on enlève la cire pour conduire le burin dans ces mêmes traits 8c faire la gravure. Un ArtilLe expert & à qui le delTein eft familier, deffine tout de fuite fur la pièce, foit avec le crayon, Toit avec la pointe à tracer, le cachet qu’il fe pro-pofe d’y graver, & le finit au burin.
- Ces burins doivent être bien acérés ; la furface de leur bifeau préfente, comme on le fait, un lofange plus moins alongé ( fig. i & 2, bas de la Planche ), 8c d’autant plus qu’en l’aiguifant à la meule ou à la pierre à l’huile, on Ta tenu plus incliné, par rapport au plan de la meule ou de la pierre. Les manches de ces burins font de bois, tournés, & garnis d’une virole; ils font courts 8c allez gros d’un bout, ce qui forme à peu près la poire. On leur donne cette forme, parce qu’il eft plus facile de les empoigner 8c de les faire mouvoir dans la paume de la main.
- L’attitude de l’Ouvrier qui grave au burin, eft repréfentée par la figure 1 ; le plat eft aflis fur un couflinet, ou tout Amplement fur un morceau d’étoffe en un ou plufieurs doubles ; la main gauche le meut en tous fens, 8c la droite conduit le burin. Le pouce 8c le doigt index en ferrent le fer ; la tête du manche porte contre le talon de la main, 8c le doigt du milieu ou majeur, qui elt continuellement appuyé fur la pièce, fert comme d’arc-boutant pour retenir le burin 8c l’empêcher de gliffer. Cependant, comme quelquefois , malgré cette précaution, le burin ne laide pas de s’échapper 8c fait des faux traits qui défigurent la pièce, c’eft à les effacer que fert le grattoir 8c le bruniffoir dont fai déjà parlé.
- C’eft la même pofition pour graver le chiffre ( fig. 2) ; mais il y a des parties, dans les lettres qui le compofent, qui demandent un trait plus enfoncé 8c plus nourri; d’autres demandent un trait double, d’autres un fimple; c’eft une règle de Typographie, que le Graveur doit connoître 8c obier ver ; aulfi eft-ce ce qu’on donne pour étude aux commençans.
- L’autre efpèce de gravure dont j’ai promis de parler, eft commune au Potier d’Etain & à l’Or-lévre. Elle demande une grande habitude dans le deffein, avec beaucoup de goût. Par cette gravure , appelée cifelure, l’Ouvrier enjolive fes marcha ndifes de différens deffeins qui lui viennent à l’idée ; fur la plupart, comme fur la panfe du pot à l’eau ( bas de la PI. fig. 1 ), il y repréfente une fcène champêtre; fur d’autres, ce feront des fleurons, des bouquets, des trophées de jardinage, de mufique, &c.; fur ceux-ci des cartouches ou cadres, dans lefqueîs il gravera le chiffre, 8c ainfi des autres. Ce fupplément de travail, qui n’eft que d’agrément, a fubi le même fort que ces autres augmentations de fabrique qui ne font pas abfo-lument néceffaires, 8c dont nous n’avons pas cru pour cela devoir fupprimer la defcription : je ne connois plus perfonne, dans la Capitale même , qui s’en occupent férieufement.
- Les outils néceffaires pour cette forte de gravure , font, en fus des burins 8c des pointes à tracer, font, dis-je, des cifelets de profils différens; les uns (fig. j 8c 6).font coudés d’équerre ; •d’autres font droits, 8c ont en petit la même forme que les cifeaux ordinaires (fig. 8 8c 9). Parmi les premiers cifelets, les uns font encore fendus (fig. f), d’autres (fig. 6) ne le font point, 8c leur bifeau préfente encore une furface différente, les uns un parallélogramme, les autres une demi-ellipfe, ceux-ci un demi-cercle, ceux-là un carré, &c. Outre ces cifelets., on a encore des échopes (fig. 3 8c
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- 10 ), & des burins courbés (fig. 7) pour atteindre dans les creux.
- Pour exécuter cette gravure fur une pièce de, marchandife, on commence toujours par y deftiner ce qu’on s’eft propofé. On pourroit fans doute, 8c ce feroit le plus fûr moyen pour un Ecolier en ce genre , fe fervir pour cela de la méthode que j’ai donnée ci-deffus pour les armoiries ; mais un Graveur qui entend bien fon deffein & que T11-fage a rendu expert, en fait tout de fuite le croquis fur la pièce, ou avec le crayon de fanguine bien tendre, ou avec la pointe à tracer, 8c ce croquis lui fuffit. Il prend enfuite un cifelet coudé, dont le bifeau préfente en furface un demi-cercle, ou un plus pointu 8c cependant arrondi, dont le bifeau préfente la moitié d’une ellipfe ou ovale.
- 11 en prend le manche dans la main, il alonge l’index (fig. 3 ) fur le fer du cifelet, 8c le tenant incliné fur la pièce, mais, bien moins que le burin, il le pouffe en faifant faire à fa main un mouvement de vibration, ce qui forme un trait en zigzag, par lequel il marque les contours de la figure. Au refte, il change de cifelets autant de fois que la grandeur de la figure femble le demander, 8c prend toujours un cifelet plus pointu, pour marquer le contour de plus petites figures : mais pour les traits intérieurs de ces figures, comme les yeux , le nez, la bouche, ainfi que les becs d’oifeaux 8c les grains au centre des fleurs, tout ceci fe fait au burin. Les cifelets plus larges 8c fendus ( fig. j ) qui font un double trait, fervent pour faire les cartouches, réglets, guillochis, pejles, treffes, &c. Les plus larges d’entre ces outils ne portent pas plus d’une ligne 8c demie , 8c les grands cifelets droits fervent à ombrer; on s’en fert comme des autres, c’eft-à-dire qu’on remue le poignet en le pouffant, ce qui fait de longs traits fins en zigzag. On fait que le burin rendroit beaucoup mieux ces ombres, mais daps un ouvrage de fi peu de valeur, on préfère l’expédition.
- Quiconque eft inflruit des premiers élémens du blafon , n’ignore pas qu’on y fait ufage de fept couleurs, qui ne fe répandent point d’une manière arbitraire fur les différentes parties de Técuffon. Comment donc les faire fentir fur un métal ? Le voici. L’écuffon, dont le fond eft d’or, fe repréfente fans couleur par des points fans nombre dont on le couvre en entier ; tel eft Técuffon indiqué par la lettre A. S’il eft d’argent, on n’en marque que le contour, 8c on laiffe le refte tout uni, comme Técuffon B. Si le fond eft d’azur ou bleu, comme C, on l’exprime par des lignes parallèles, horizontales; au contraire, par des lignes parallèles tirées perpendiculairement à la bafe de Técuffon ( D ), on eft convenu d’exprimer la couleur rouge, qui, dans le blafon, eft appelée de gueules. Si les lignes font tirées diagonaiement 8c de gauche à droite (E), elles caraftériferont la couleur verte, qui s’appelle Jinople. Si les lignes font tirées diagonaiement d’un 8c d’autre côté ( F ), en forte qu’en fe coupant elles forment des lofanges, ce fond eft de fable, 8c c’eft la couleur noire. Enfin Técuffon dont les traits font tirés verticalement 8c horizontalement ( G ), eft pourpre ou participant du rouge 8c du bleu. Remarquez que ces caractères généraux ne conviennent pas feulement aux fonds des écuffons ; ils s’étendent fur toutes les figures u’on repréfente, foit en dedans, foit en dehors es écuffons, 8c en font de même diftinguer les couleurs.
- ARTICLE SECOND.
- De la. Dorure & Argenture de VÉtain.
- Malgré l’avis des Lieutenant Civil de la ville ,
- Prévôté
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- A R T DU POTIER D’ÈTAIK
- Prévôté & Vicomté de Paris, Sc Procureur du Roi su Châtelet de ladite ville , fur Particle 17 des Statuts & Ordonnances présentés au Confeil du Roi par les Maîtres Potiers d’Etain de la même ville de Paris, qui penfoient que l’argenture Sc dorure fur Etain devoit être reftreinte aux befognes d'églife , il eft permis auxdits Maîtres Potiers d'E-tain de dorer & argenter d'or & dargent tout ouvrage indiftin&ement, vendre & débiter lefdits ou-vrages dorés & argentés. Audi de tout temps les Potiers ont doré Sc argenté des ouvrages d’Etain , comme le prouvent d’anciennes pièces que l’on voit encore fortir de quelques pauvres églifes. 11 faut pourtant avouer que du nôtre, je ne fais pour quelle raifon, on femble avoir préféré le cuivre argenté Sc doré, 8c les Potiers d’Etain ont laiUé tomber, comme bien d’autres fupplémens de travail, cette augmentation de fabrique. On ne voit pas fouvent des marchandifes nouvellement argentées.
- Au relie", il ne faut pas confondre la dorure Sc argenture, comme il femble qu’on l’ait confondue dans l’examen des Statuts que nous venons de citer, avec l’enjolivure des pièces d’Etain par d’autres pièces d’or ou d’argent. Jamais les Potiers d’Etain n’ont demandé à être autorifés d’enjoliver les pièces d’Etain de moulures, fleurons, Sc autres chofes , d’or & d’argent maflif; car bientôt ces moulures excéderoient en prix la valeur intrinfèque de la pièce ; Sc ce qu’il faudroit ajouter pour avoir une pareille pièce entièrement d’argent, ne métiteroit pas d’exercer l’économie du Confommateur. D’ailleurs il eft de l’intérêt de l’Etat que l’on conferve la pureté des métaux, Sc qu’on n’unifle qu’en très-petite quantité à l’Etain un métal dont le départ eft très-diflicile à faire, une fois qu’ils font unis. Je ne parle pas de la difficulté que cette affinité de l’Etain avec l’argent cauferoit dans l’opération de la foudure, on pourroit y remédier fans beaucoup de frais ; mais la difficulté eft incomparablement plus grande pour les défunir ; on ne peut le faire fans perdre beaucoup d’argent. D’abord , il n’eft pas poflible de le faire par la fufion , puif-qu’au degré de feu nécefl'aire pour la fufion de l’argent, l’Etain corromperoit, détruiroit même la maffe totale de l’argent : ce ne feroit donc que par la voie de la diffolution ; mais ces procédés font trop difpendieux pour être balancés par le peu d’utilité que le Public retireroit de cet affemblage.
- Je ne parle donc uniquement que de couvrir les ouvrages d’IAain d’une ou plufieurs feuilles d’or ou d’argent. Je fais qu’on doit regarder cet or Sc cet argent, une fois appliqués à l’Etain, comme perdus, pour ainfi dire ; mais c’eft la même chofe pour les autres matières auxquelles on les applique, Sc le Potier d’Etain ne devroit pas être moins autorifé à dorer ou faire dorer Sc argenter fes marchandifes , que le Fondeur à le faire fur le cuivre ; le Tourneur , Menuifier, Ebénifte, Charron Sc autres fur le bois; le Serrurier Sc l’Armurier fur le fer; le Sellier fur le cuir. Il n’eft pas plus préjudiciable au bien de dorer Sc argenter l’Etain, que tant d’autres matières. C’eft aufli bien, pour les uns comme pour les autres, de l’or Sc de l’argent perdu; mais l’occupation que ces fupplémens de fabriques donnent à un nombre confidérable d’Ouvriers, eft un avantage qu’on ne croit pas acheter trop cher par cette perte.
- Quoique tous les procédés qu’on a pratiqués îufqu’ici pour appliquer Sc fixer fur les autres métaux des feuilles d’or Sc d’argent, puifîent aufii être pratiqués avec le même fuccès fur l’Etain , on n’en a cependant adopté qu’un feui, parce qu’il
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- eft le plus fimple , Sc qu’on n’employe dans l’opération aucunes matières capables d’altérer la falubrkc de l’un Sc de l’autre métal.
- Opération.
- Les ouvrages deftinés à être argentés doivent être tournés , s’il eft poflible, ou réparés avec des grattoirs fous bras , mais ne doivent pas être brunis ; cependant on ne doit pas négliger pour cela de faire les trairs bien doux Sc bien réguliers. Après* cela l’Ouvrier les pafle à la ponce, c’eft-à-dire qu’il frotte avec la pierre ponce à fec toute la fur-face de la pièce ( au lieu que pour le cuivre on la mouille ) , ce qui y forme des traits irréguliers qui fervent à retenir la feuille d’or ou d’argent. C’eft particulièrement pour cette opération qu’il faut faire choix, des meilleures pierres ponces; ce font celles qui font les plus poreufes, Sc par con-féquent les plus légères , qui ne contiennent point de matières terreftres , comme fable Sc autres de cette efpèce, parce que ces matières s’attachant à l’Etain par le frottement, le noircit Sc l’encrafle. Au lieu de la pierre ponce on peut fe fervir des petites brodes d’Orfévres les plus déliées, ( elles font de fil de fer ) Sc en frotter l’Etain, ce qui la rayera aufli-bien que la ponce ; elles font même à préférer à la pierre ponce, pour peu que celle-ci ne foit pas dégagée de toutes matières hétérogènes. Après avoir ainfi grattebojjé la furface qu’on veut dorer ou argenter, il faut tout de fuite y appliquer la feuille d’or ou d’argent avant que les parties falines de l’air ayent pu l’attaquer. A plus forte raifon écartera-t-on avec foin les matières grades & la pouflière. On doit même prendre garde de la toucher avec les doigts dans le cours de l’opération, Sc d’y laiffer tomber fon haleine ; enfin on ne fe fervira point de charbons mal éteints, qui feroient de la fumée, mais plutôt de braife bien éprife.
- Pour appliquer les feuilles d’or ou d’argent, car c’eft la même opération, fur l’ouvrage préparé comme ci-deftus, l’Ouvrier commence par mettre fur un couflînet autant de feuilles d’or ou d’argent qu’il en veut couvrir la pièce d’Etain, ce qui ne forme plus qu’une feule feuille plus épaifie ; puis^, avec un couteau, il coupe cette feuille comme l’exige la largeur de l’endroit où il veut les appliquer ; après cela, il prend la pièce avec une pince ou une tenaille à paillonner, fi elle eft grande, la fait chauffer à un degré de chaleur qu’il n’eft pas poflible de marquer ici, mais que la pratique ne tarde pas à déterminer, Sc y applique le morceau de feuille qu’il a coupé ; il quitte enfuite fon couteau pour prendre un bruniffoir appelé dent de loup , Sc il en frotte la feuille d’or ou d’argent pour l’incruf-ter dans les traits de la ponce ou de la brode, Sc la brunir en même temps. Voilà en quoi con-fifte toute l’opération. Seulement, comme en frottant ainfi à fec la feuille d’or ou d’argent, on la brunit Sc éclaircit, Sc qu’il y a des parties qui doivent relier mattes Sc obfcures, on met un morceau de peau de caftor fur la feuille, Sc on frotte avec la dent de loup fur cette peau.
- L’argent Sc le cuivre fe dorent à l’or moulu , c’eft-à-dire, avec un amalgame d’or Sc de mercure. On pourroit fans doute le faire, Sc on l’a même pratiqué quelquefois fur l’Etain ; mais l’expérience a fait connoître aux Artiftes que le mercure s’amalgamoit aufli à l’Etain même, Sc le péné-troit fi intimement, qu’on ne l’en féparoit jamais entièrement par la volatilifation,
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- î46 A RT DU POTIER. V* Ê T A ï &
- CHAPITRE DIX HUITIÈME.
- Du Garnijfeur de Fdience. PL XXXII.
- JLTétablissement des Fabriques de faïence étant rentes parties du robinet, on dégroflit les foudürc's l’époque du dépériflèment & de la décadence de avec le fer, on les apprête à la râpe, Sc on finit "'celles d’Etain, en doit être regardé comme la caufe par gratter le tout avec un grattoir fous bras, Sc principale, Sc tout le monde en convient. Ainfi fi on veut, par le brunir de même. Si la clef du la fortune fouvent injufte fe joue aveuglément du robinet a été faite de deux pièces, on répare cette fort des pauvres humains ; l’élévation de l’un efl: foudure par le moyen du tour ; on ajufte la clef prefque toujours la chute de l’autre. Mais l’Etat dans fon boiffeau, & avec la râpe on met au niveau n’a-t-il rien perdu à cette petite révolution ? C?eft une des bords du boiffeau la partie de la clef qui les queftion que nous nous fommes toujours faites avec furpaffe en deffous. Alors le robinet eft fini, Sc tout leplus vif intérêt, à laquelle nous avons réfléchi fou* prêt à être pofé aux fontaines, vent, & fur laquelle nous n’ofons pas prononcer. Or il y a plufieurs manières de le faire; mais Nous nous contenterons d’expofer nos vues fur pour ne point trop multiplier les détails , je ne l’avantage que nous pouvons tirer de l’établiffe- rapporterai que les deux meilleures. La première ment de ces Fabriques pour la réforme que nous Sc la plus parfaite efl celle-ci : Un Ouvrier (fig. j ) , propofons dans notre Art, en proferivant abfo- après avoir appliqué en dedans de la fontaine fur fument tout alliage de plomb , le feul dont on le trou, une rouelle de linge qu’il y a fait tenir „p>uifl'e abufer, par un gâteau de terre à pot, contourne en forme
- On fait que la bafe de cet émail blanc dont on de cœur'ou d’autre chofe (a) une andouillette recouvre la terre pour en faire la faïence, elt de de même terre autour du trou en deffus, fait en-l’Etain calciné qui fe vitrifie enfuite au fourneau, t-rer dans ce trou une cheville de bois (b) de la & que bien loin qu’il foit néceffaire de l’employer groffeur de la douille du robinet qu’il y veut po-pur , on l’allie au contraire de deux tiers de plomb. 1er, appuyé un peu fur cette cheville pour faire Eh bien ! profitons de la néceflité où ils font de fléchir la rouelle de linge & former un vide entre faire un alliage qui n’auroit jamais dû fortir des elle & la paroi intérieure de la fontaine autour Fabriques ; vendons-leur, Sc même qu’ils foient du trou. Alors tenant d’une main la cheville bien forcés par une Loi qui n’a rien d’injufie, d’épui- perpendiculairement Sc au milieu du trou, de ayant fer tout l’Etain commun qui refte encore dans le pris de l’autre de l’Etain dans une cuiller, il le Commerce , Sc bientôt il n’y refilera plus que de coule dans l’efpace circonfcrit par le petit mur de bon Etain fin. Mais revenons. terre à pot, jufqu’à l’épaifleur de trois lignes ou
- Le Potier d’Etain Garniffeur de faïence efl celui environ au deffus de la furface de la fontaine; Sc qui garnit de charnières, robinets, bonnets avis, comme le trou fait au bas de la fontaine efl: roules fontaines, pots à leau, bouteilles, flacons en jours plus grand que la douille du robinet, ou faïence, crifial, & autres matières fembiables ; mais la cheville qui tient fa place, n’efl: greffe, l’Etain comme fi on eût eu regret d’employer de bonne paffe en dedans autour de cette cheville, Ôc va matière pour la fabrication de pièces qui ne doi- remplir le vide dont j’ai parlé, ce qui forme un vent être appliquées qu’à de mauvaife marchan- rivet ; il retire enfuite la cheville, épille la fur-dife, ou plutôt fous le faux prétexte d’un gain face de la rofette ou du cœur, la râpe Sc la ré-réel & de diminuer le prix de ces garnitures, de pare ; après cela, il fait entrer un peu à force la ' mauvais Ouvriers fe font mis à les faire de claire douille du robinet dans le trou qu’occupoit la étoffe. Nous avons déjà confondu ce prétexte, cheville, Sc il la foude en dehors feulement à la mais la futilité en efl: bien plus fenfible en cet en- rofette, comme j’ai dit au fujet des fontaines d’E-droit; car enfin, de quoi s’agit-il ici? du quart tain. Les robinets pofés de cette façon, ont le double de la valeur d’une pièce d’Etain qui ne pèfe pas avantage de tenir mieux l’eau, Sc d’être faciles à deux onces. démonter pour en remettre d’autres ou les répa-
- On garnit de robinets d’Etain les fontaines de rer ; il n’y a en effet qu’à défaire Sc à refaire cette cuifine Sc de fallon : ces robinets font formés de foudure extérieure autour de la douille, fans décinq pièces, comme je l’ai décrit au Chapitre du truire la rofette.
- Potier rond ; à favoir, la douille, le boiffeau , la La fécondé manière efl: la plus communément clef, qui efl: elle-même de deux pièces > Sc le bec. mife en pratique : la voilà. Un Ouvrier prend une Mais pour les fontaines de fallon, dont les robi- rofette en forme de cœur ou autrement, Sc jetée en nets font bien plus petits, on fait les clefs maffives particulier dans un moule de deux pièces qui les Sc toutes d’une pièce. Le bec, fur-tout lorfqu’on rend toutes percées, il fait entrer la douille de fon le courbe beaucoup, ou qu’on lui donne la forme robinet dans le trou de cette rofette, Sc foude d’un col d’oifeau, efl: coulé dans un moule à re- enfemble ces deux pièces. Après cela, il faupoudre vider; mais, particulièrement pour les robinets de un peu de maftic fur la furface de la rofette qui grandes fontaines de cuifine , on peut couler ce s’applique contre la fontaine , fait entrer la douille bec dans un moule de quatre pièces, comme la dans le trou pratiqué au fond de ce vafe, frappe poterie. Le boiffeau Sc la clef doivent être plus durs quelques légers coups de maillets fur la rofette que le reffe du robinet, pour ne pas s’ufer fi promp- pour la mieux appliquer à l’endroit qu’elle doit tement par le frottement de l’un contre l’autre; couvrir, Sc la fixe en cet état par le moyen d’une c’efl: pourquoi la matière dont on fait ces deux andouillette de terre à pot qu’il applique tout au-pièces eft d’un alliage ji’un fixième de régule d’anti- tour; alors il fait faire un demi-tour à la fontaine, en forte que le robinet fe trouve en deflous; il la garnit en dedans d’un cercle de terre à un pouce de diftance autour de la douille, Sc y coule ae l’Etain fondu. L’Etain diffout une partie de l’épaifleur de la douille, remplit le trou de la fon-
- moine, Sc le relie d’Etain. Il feroit à propos que le moule de la clef fût fait de manière qu’il n’y eut point de baves à limer, Sc qu’au fortir du moule elle ne demandât qu’à être ajullée dans fon boiffeau, comme j’ai dit au Chapitre ci-deffus cité.
- Après avoir foudé les unes aux autres les dilfé-
- taine, Sc va même diffoudre une partie de la ro-
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- A 'K T nu POT
- •fëtte en dehors, 8c s’y attacher ; on retire enfuite la terre à pot & ce qu’on a mis dans la douille , de l’opération eft finie»
- C’eft à peu près de la même manière qu’on fixe aux petites fontaines de faïence ( bas de la PI. fig. i ) les robinets appelés communément à col de cygne, 6c qui font de cuivre. On en étame la douille; on applique fur le trou en dedans de la fontaine une rouelle de linge , foutenue , comme j’ai dit plus haut, par un gâteau de terre à pot; on forme une rofette quelconque au detfus autour dn trou avecuneandouiilettedeterreàpot; on bouche la douille avec un peu de même terre, on fait entrer la douille dans le trou, on appuie un peu pour fléchir le linge, 8c on coule tout de fuite de l’Etain jufqu’à deux lignes ou moins au deffus de la furface de la fontaine ; enfin on épilie 8c on répare la rofette.
- Si le trou fait à toutes ces fontaines n’eft pas affez grand, on l’agrandit avec un équarrifibir ( bas de 4a Pi. fig.16). Les bouteilles 8c flacons de verre ou de criftal deftinées à contenir du tabac, fe gar-niffent ordinairement d’une virole à vis ( A ) aVec fâ boîte (c)\, qui renferme 8c recouvre un étouffoir ou un bouchon (B). On choifit entre ies viroles à vis , dont on doit être bien ailorti, celle qui convient mieux à l’orifice du flacon; ou, fi l’Ouvrier n’eft pas Garmffeur ordinaire, il prend ces viroles dans les feringues de grandeur convenable; il entoure enfuite le col de la bouteille d’une bande d’Etain , dont il joint les deux bouts par une fou-dure au fer ; il pofe la virole à vis fur le bord de la bouteille, 8c la fixe en cette pofition, en l’attachant par quelques gouttes d’Etain à la bande dont il vient d’entourer le col du flacon; il garnit l’intérieur de cette virole d’une bande de feutre , fait régner un cordon d’Etain fur toute la jointure de la virole avec lâ bande, 8c diilout enfin ce cordon avec le fer pour fouder enfemble ces deux pièces comme la poterie. Il dégroflit enfuite cette fou-dure au fer, 6c monte les flacons fur le tour dans un calibre à boîte pour tourner cette foudure, ce qui elt beaucoup mieux que de s’amufer à la réparer à la main ; enfin il fait 8c il tourne les boîtes à vis de ces viroles, comme je l’ai dit au fujet des bouchons de flacons d’Etain ; car de quelque façon que foit fait le petit bouton d’amortiflement des boîtes à vis de tous ces flacons, repréfentés par les fig. 8, cy, i o, ï 2, le moule les forme avec la boîte*.
- j’ai dit que fouvent, 8c fur - tout aux grandes bouteilles, comme celle de la figure 2 du bas ‘de la Planche, qu’on deftine à contenir du tabac, du café, du thé, 8c autres chofes qu’il importe de garantir de la circulation de l’air, on ajoutoit un étouffoir; c’eft un bouchon bien cylindrique (B) fait d’Etain, haut d’un demi-pouce ou environ ; mais qui n’efl: point mafiif. Son bord faillit en dehors de l’épaiffeur de la virole à vis, dont il ferme bien exactement l’entrée, 8c fur l’épaiflfeur de laquelle il répofe. De plus, pour enlever 8c remettre cet étouffoir, au centre de fon fond eft fixée une boucle par le moyen d’un tenon, ou Amplement un bouton. Cette pièce eft ordinairement coulée dans un moule de quatre parties, indépendamment du tenon & de la boucle qu’on y joint après coup, comme je Pai décrit en plus d’un endroit.
- Mais j’oubliois un autre efpèce d’étouffoir qui remplit beaucoup mieux fon objet. C’eft un pifton aflèz femblable à celui d’une feringue, lorfqu’il eft fini ; mais qui ne fe fait pas de même. Pour tirer Sc remettre ce pifton, il y a une clef d’Etain, mais dont la vis eft de cuivre. Cette vis fe monte dans la virole à écrou foudée au centre des deux plaques du pifton, 8c qui eft comme l’axe; de plus, ce n’efl: point de chanvre, comme les piftons de feringue, que cet étouffoir eft garni, mais d’une rouelle de
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- liège de fix à huit lignes d’épaiffeuf, 8c percée afi centre pour le paflâge de la virole à vis,qui eft foudée, comme j’ai dit, au centre de la rouelle inférieure. L’Ouvrier ayant les viroles à écrous avec leurs vis, ouvrages qu’il achète du Fondeur, il foude premièrement au centre de la rouelle inférieure 6c fans la percer, le bout de la virole à vis oppofé à l’entrée ; il met enfuite la rouelle de liège en la faifant traverfer par la virole à vis ; mais comme l’ouverture de cette virole à vis doit être apparente , il perce la rouelle fupérieure d’un trou rond au centre, dans lequel il la fait entrer, 8c l’y foude fur le bord qu’il avoit préalablement étamé. Quant à la clef, comme elle n’efl: compofée que d’une vis de cuivre 6c d’un anneau d’Etain, il n’y a qu’à unir ces deux partiel : mais ce n’efl: pas une opération particulière ;. former l’anneau 6c le fouder à fa vis, eft une feulé 6c même chofe.En effet, le moule, qui eft de deux coquilles, eft conftruit de manière que tout fermé, il y a place pour recevoir le gros bout de cette vis ; il fuflit donc d’étamer cette partie avant de la mettre dans le moule, 6c de le remplir d’Etain chaud.
- 11 y a en grès une efpèce de vafe (fig. J ) propre au meme ufage, 6c qui n’eft fini que par le Gar-niffeur. Il eft cylindrique, 6c fon couvercle (B) n’eft pas entièrement de grès ; mais la bande circulaire ( c ) qui l’entoure eft d’Etain. On leur fait aufti un étouffoir ( A ), mais diffèrent de ceux dont nous venons de parler Celui-ci n’eft qu’une rouelle de plomb du diamètre intérieure du cylindre, 8c qui repofe toujours fur la furface de la poudre qui y eft contenue. Pour lever 6c remettre cet étouf-foir, on y fixe une petite boucle par le moyen d’un tenon; mais fouvent cette boucle n’eft que de fil de fer, 6c le tenon de fer-blanc. A la vuô de ce couvercle , on ne conçoit pas d’abord comment on a pu y adapter aufii étroitement un cercle d’Etain, qui ne peut en aucune manière faire corps avec lui. Cependant rien n’eft plus âifé. L’Ouvrier coupe une bande d’Etain d’un pouce de large, 6c d’une longueur égale à la circonférence du couvercle, Sc après l’avoir roulée fur une bigorne ou fur un rouleau de bois, il en fonde les deux bouts, 6c on fait un cercle bien rond, dans lequel le couvercle 6c le bord fupérieur du vafe doivent entrer à peine ; il y fait donc defeendre le couvercle d’environ trois ou quatre lignes, 8c avec le fer chaud il diffout 6c rabat fur le bord du couvercle ces trois lignes excédantes. Alors il met ce couver clé fur le tour pour le finir.
- Les pots à l’eau qui portent leur couvercle, fe garniffent d’une charnière qu’on attache à l’anfe 6c au couvercle, ce qui rend celui-ci mobile d’unè manière affez commode. La figure 17 du bas de la Planche repréfente cette charnière telle qu’elle fe trouve lorfqu’dle eft finie 6c attachée fur l’anfe du pot 6c fur fon couvercle, dont j’ai fait tracer le profil par des lignes ponduées feulement. Et comme on 11e fe Teroit jamais entendu îi l’on n’étoit convenu de la lignification des termes, on voudra bien que j’appelle la partie C la languette de la charnière ; lâ partie oppofée, la queue; celle A, la bride ; celle B , le pouceron ; enfin celle a, les charnonSi Cela pofë, je dis que la charnière n’eft, à proprement parler, compofée que de deux pièces, fans compter la cheville qui les traverfe ; favoir , la partie antérieure B G, qui s’attache au couvercle , 6c la partie poftérieure a qu’on attache à l’anfe. Ges deux pièces fortent du moule fans la bride, parce que cette partie fe fait en pofant là charnière : l’Ouvrier commence donc à jeter en moule tin nombre de charnières proportionné à celui des pots qu’il a à garnir , les ébave , les apprête 6: les monte, c’eft-à-dire , en joint les deux pièces par une goupille de laiton ou de fef qu’il couvre d’une goutte d’Etain des deux bouts#
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- n-4* A R T D U P O T
- Enbuite il coupe des bandes de cuir de trois lignes de large & d’une longueur proportionnée à la groiïeur de Fanbe , à Fers droit où il veut bouder la charnière ; il entoure l’anle de cette bande, & par-defiiis cette bande il Fentoure encore d’une an-douillette de terre à pot dont les deux bout viennent be rejoindre, comme ceux de la bande de cuir, bur la partie bupérieure de Fanbe , 8c forment line cavité carrée comme le jet d’un moule. Alors, en prenant garde de déranger la terre à pot, on .' tire la bande de cuir par un bout, 8c il relie un vide tout autour de Fanbe ; on coule dans ce vide de l’Etain médiocrement chaud, qui le remplit 8c forme la bride de la charnière. On Ôte enfuite la terre à pot, on épilie le jet, & on le râpe bien à plat ; on affeoit en effet la partie poftérieure ’de la charnière bur cette partie de la bride, & on attache l’une à l’autre des deux côtés du charnon par des gouttes d’Etain qu’on y apporte avec le fer de cuivre, & on y diffout enfemble le bout du charnon & une partie de Fcpaifieur de la bride. Mais pour attacher la partie antérieure au couvercle,- on applique en dedans de ce couvercle, fur le trou, une rouelle de linge (vign.fig. 3 ),&fur cette petite rouelle un petit gâteau de terre pour Fy fixer; enbuite, ayant bait une cavité en dedans du couvercle,en répondant un peu avec une cheville le linge & la terre qui le boudent, FOuvrier couvre le pot, abaiffe bur le couvercle la partie antérieure de la charnière, contourne bur le couvercle une andouillette de terre à pot en forme? de languette, 8c dans cet ebpace , au milieu duquel be trouve le trou fait au couvercle, il coule de l’Etain chaud (yign.fig.q,), qui, s mfinuant parle trou en dedans du couvercle, remplit la cavité & forme un rivet, remplit enbuite l’efpace renfermé par l’andouillette de terre, difbout 8c s’incorpore à la partie de la charnière qui avance bur le couvercle, & forme enfin une languette d’Etain qui eft par-tout exactement appliquée au couvercle, quelque figure qu’il ait d’ailleurs.
- Il y a une becond,e manière de faire cette dernière opération, c’cft-à-dire, d’attacher le couvercle de la partie antérieure de la charnière. On commence par faire le rivet en dedans du couvercle en cette manière : L’Ouvrier appuie la partie extérieure du couvercle bur bon genou garni de feutres, pour en boucher le trou, 8c il bait tomber en dedans quelques gouttes d’Etain fondû & non chauffé , qui remplirent le trou 8c forment le rivet. Enbuite FOuvrier (fig. 5 ) ayant mis le couvercle bur le pot, le tient ferme dans cette fitua-tion en preflant le tout contre lui, 8c avec le fer de cuivre il apporte de l’Etain en dehors bur l’Etain qui bouche le trou du couvercle, & boude bien l’un à l’autre ; il apporte encore de l’Etain à plu-fieurs reprifes, pour faire la languette avec le fer feulement, 8c' la bouder enbuite à la partie de la charnière qui avance fur le couvercle. On dégroflit le tout avec un fer, 8c on finit par les réparer comme les charnières de la poterie, en y joignant pourtant les précautions qu’il convient d’apporter au maniement de pièces aubfi fragiles. Ce que je viens de dire doit s’appliquer en tout aux vinaigriers 8c aux moutardiers, dont les charnières ne diffèrent de celle-ci que par la grandeur. On pofe aulTi des charnières aux poivrières de faïence ( bas de la PI. fig. 15), appelées communément cuijinières, 8c que tout le monde connoît. Cette efpèce de poivrières a deux couvercles de même fqrme , mobile par chacun deux charnières en c 8c d, ce qui fait quatre charnières réellement diflinguées l’une de Pautre , ou deux doubles charnières, fi on en approche deux tellement l’une de l’autre qu’elles femblent ne faire qiî’un corps de chaque côté. Il eil aifé de s’appercevoir que çes
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- charnières n’ont point, comme celles des pots à l’eau , vinaigriers 8c moutardiers, ce que j’ai appelé le pouceroti 8c la queue ; aufli exigent-elles un moule différent, à moins qu’on ne veuille s’amufer à retrancher des autres charnières ces parties fu-perflues, pour les pouvoir appliquer aux cuijinières. Quoi qu’il en foit, après les avoir apprêtées 8c montées, on les attache aux couvercles & à la pièce de féparation, à peu près de la même manière quon attache les charnières de pots, ôcc. Car on commence par faire autant de brides qu’on veut attacher de charnières, & pour faire ces brides, on fait entrer une fauffe bride de cuir dans chaque trou fait à la féparation ou cloifon qui divife l’intérieur de la cuijînière félon fa largeur; on couvre cette fauffe bride de terre à pot, en be ménageant un jet en deffus, on retire les faillies brides, 8c on coule de l’Etain qui en fait de véritables ; on épilie le jet à plat, on Fapplanit encore d’un coup de râpe ; on pofe la boîte de la charnière fur cette burface plane de la bride, 8c on Fy attache des deux côtés par piufieurs gouttes d’Etain, Quant à la manière de fixer l’autre partie de la charnière au couvercle , elle eft en tout bemblable à celle que j’ai décrite ; rien n’oblige ici à des procédés particuliers, on peut choifir entre ces deux méthodes. Les petits boutons qu’on remarque bur chaque couvercle, font auffi d’Etain, 8c à l’endroit où on les doit pofer le couvercle eft percé. Ces boutons font coulés à part dans un moule, on les ébave enbuite, on en fait entrer la queue dans le trou du couvercle, 8c avec le fer on diffout en dedans la partie de la queue qui excède, ce qui fait un rivet.
- Enfin la fig. 6 de la Planche repréfente une lampe dont le réfervoir B eft de verre, 8c le refte doit être d’Etain. Quant à l’effet, 8c même quant à la forme, on la peut confondre avec la lampe d’Etain par fubpenbîon, que j’ai décrite en bon lieu, 8c qui eft reprébentée par la fig. 6 de la PI. XXV ; mais elle diffère en ce qu’on a jugé à propos d’en faire une horloge , en divibant la bande d’Etain a b c, 8c en marquant les heures fur cette bande; & comme cette horloge n’eft tout au plus utile que pendant la nuit, on ne commence à lui faire marquer les heures qu’à quatre heures, qu on buppofe être du foir, 8c on continue les divifions jubqu’à l'entière confomma-tion de l’huile. Mais que cette foible lueur d’utilité n’aille pas éblouir, car il ne faut pas compter fur la moindre exaftitude dans celles que l’on vend au Public. Les divifions en effet font égales, 8c le plus bouvent le tube de verre ou réfervoir n’eft pas cylindrique, mais renflé vers le milieu, à peu près comme celui que j’ai fait repréfenter ci-deffus ; de plus, les divifions font faites en fuppofant une mèche telle certainement qu’on n’en met jamais; car fur quatre pouces 8c demi de hauteur 8c un pouce 8c demi de diamètre au plus , la bande de chiffre y eft divifée en dix-huit parties, ce qui fait dix-huit heures. J’ai-merois mieux ne point marquer d’heures fur cette bande; le Confommateur les marqueroitlui-même, après avoir déterminé la groffeur des mèches qu’il veut y employer.
- Le pied du chandelier qui eft d’Etain, eft de deux parties, la cloche ou patte, 8c la branche; mais cette branche porte, comme il eft aifé de le voir, le bec de la lampe, en forte que le réfervoir fe joint au chandelier par une virole à vis qui lui eft boudée, 8c qui fe monte dans la douille de celui-ci, taillée en écrou. La virole à vis eft foutenue 8c fixée à la bafe du tube par deux brides d’Etain , qui montent le long du tube de deux côtés diamétralement oppofés, 8c qui viennent fe joindre au haut du tube en entourant la barre du petit bouton (c) de verre qui fert d’amortiffement à toute la pièce. Le chandelier fe forme en tout dans des moules faits exprès,
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- ART DU P O T I_Ê R D’É TAIN.
- & toutes les parties de la branche' fe foudent, Comme j’ai dit en parlant des chandeliers de table, Chapitre du Menuifier ; il n’y a que l’autre partie de cette lampe qui foit du reffort du Garnif-fcur de faïence. Ainfi l’Ouvrier, apres avoir jeté un nombre fuffifant de viroles à vis,& de bandes ou brides fur l’une defqueiles font marquées les heures ,
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- & dont l’autre porte une petite anfe, il fonde les brides par un de leur bout à deux endroits diamétralement oppofés de la virole, arrange enfuite le tout fur le tube, & foüde les deux autres bouts des brides enfemble, en faifant entourer à la foudure le pied du petit bouton d’amortiffement. On. répare enfuite les foudures, & la lampe eft finie.
- CHAPITRE DIX-NEUVIEME.
- De L’Æutage des Outils.
- Dans prefque toutes les parties de cet Art, nous avons , comme on l’a vu, continuellement à là main des outils tranchans 8c à bifeaux, 8c à me-fure que l’occalion s’en eft préfentée , nous n’avons pas manqué de les décrire 8c d’enfeigner la manière de les faire foi-même 8c de les emmancher ; mais nous en fommes toujours reliés là, 8c lesfup-pofant bien affilés 8c en bon état entre les mains de l’Ouvrier , nous avons fur le champ paffié à l’üfage qu’il en fait. Nous avons tenu cette marche afin de ne nous point répéter, 8c nous avons remis jufqu’à la fin ce que nous avions à dire fur l’affûtage de tous ces outils.
- Nous les avons ramaffés à peu près tous ( en efpèce £c non point en nombre ), dans la Flanche XXVII, 8c on doit les y reconnoître aifément. Les figures 4,5,6, repréfentent des grattoirs à deux mains pour les parties creufes, comme pour celles qui font renflées, 8c dont le premier n’efl qu’une lame de fabre. Les figures 8 8c 9 font des lames îfolées des grattoirs que nous avons appelés grattoirs fous bras. Les outils repréfentés fous les figurés 12. 13, 14, 15 , 16 8c 17, appartiennent tous au tôur, 8c nous avons dit combien le nombre en étoit grand. Tous ces outils font deftinés à gratter le métal, 8c pôur cela, tous font taillés en blfeau , dont le tranchant, avons - nous dit , fait un angle d’environ foixante degrés ; or c’efl à l’aide d’une m(eule que l’Ouvrier Forme 8c reforme ces tranchanà ; il a continuellement recours à elle, fur-tout dans le travail du tour; elîè eft pour lui un inftrument effentiel, que nous nous croyons obligés de décrire avec foin ; nous y ajouterons la manière dé s’en fervir, 8c nous finirons par traiter du choix 8c de l’üfage dés pierres à l’huile qui nous font néeeffaires-.
- Defcription de là Meule du Potier d'Ètain-.
- On ne voit point ici une meulè fuperbement ornée ; c’eft la meule d’un Artifte qui rejete toute décoration fupè'rflue, 8c qui cependant n’épârgnè •rien pour la fendre aum parfaite qu’elle doit être. Sur quâtfe pïeds (é, c , c, c. ) liés énfemblé par l’affemblage de trois pièces de bois {è) (ouvragé du Menuifier), eft monté un banc, compofé, comme celui du tour , dé deux jmnelleis (a, b) liées à leurs extrémités par deux èhtretoifes; Sur c es deux èntretoifes, repofe par fes deux bouts une auge (g) de plomb de forme elliptique 8c àlon-gée, 8c dont les bords en devant feulement font rabattus fur le banc foüs urié pièce de bois (m) dont nous parlerons bientôt. Nous n’entrerons point ici dans le détail de la façon de cette auge* parce qu’il appartient à l’Art du fourneau \ nous âver-tifibrts feulement, que comme elle eft de plomb* il faut gratter les plaques fur les bords â foüder* 8c employer pour’foudure un alliage de plomb & d’Etain, dont nôus avons quelquefois parlé foiis le nom de claire étoffe. Enfin, fur le milieu des deux jumelles, font fixés deux taffeaux, dent un
- féul eft vifîble (f) , & qui font échancrés en demi-cercle , pour recevoir l’arbre de la meule & là porter. A cet arbre , par un bout, eft jointe une manivelle (i); mais ici , ces deux pièces font réunies, 8c la manivelle ffieft que la continuation dé l’arbre coudé deux fois en angles droits.
- Dit 'choix dés Meules.
- Les Ouvriers ne s’accordent pas tous fur les qualités d’une bonne meulè, & on en voit fouvent donner la préférence à certains grès:, dont d’autres ne pourroient ufer qu’avec défagrément 8c peut-être avec perte. Cela n’eft point étonnant , ils n’ont pâs tous le même but. Pour nous, nous préférons les meules d’Angleterre , précifément pour les raifons qui les font rejeter par d’autres-, c’eft-à-dire, pour leur diamètre 8c leur épaiffeur , dimen* fions qui Ont befoin d’un peu d’étendue pour notre ufage. En effet, comme nous n'e mettons point cette meule dans un mouvement violent de rotation par le moyen d’unè roue, 8c comme c’eft le Tourneur qui fait directement mouvoir la manivelle , nous prenons cette meule un peu grande, afin qu’en une révolution , il pâffe davantage de parties fous le crochet, & qu’il fôit plus tôt émoulu. Gepèh-d'ant nous ne demandons pas des meules aufïi hautes qlie celles du Taillandier , 8c nous les .prenons volontiers de lui , quand il ne peut plus s’en fer-v’ir, c’eft-à-dire, quand il les â réduites à trois pieds ou trois pieds <Sc demi. C’eft en effet lès prendrè à l’épreuve, 8c avoir pour garant l’üfage qu’en à déjà fait cet Ouvrier. Mais fi on lés achète neuves , on choifira parmi les meules de cette ef-p'èce, celles qui auront le gràîiï le plus fin, 8c qui fous le couteau fié s’égràïnerônt pâs facilement. On les vifiterà bien , pour voir fi oh n’ÿ remarque point des mùllièrcs, qui font des parties terreufes plus molles, ou des points noirs & bruns, qui font des grains de fable plus diirs ; enfin ôn la fera fonner, pour s’affurer, autant qu’il eft pof-fibîe , fi elle ne cache point intérieurement quelques fradures ou quelques aiïtfés défauts de 'continuité * 8c fon préférera celle qui rendra un fdn plus claie 8c plus net;
- Manière de percer la Meule.
- C’eft àu centre qu elle doit être percée ; il faut donc d’abord chercher ce point, 8c c’eft une opération de géométrie que nous avons ehfeignéé plus haut ( page 9 1 ), 8c que hoüs ne répéterons pas ici. Quand on l’aura trouvé, oh décrira d’abord deux cercles le plus petit, d’un pouce de rayon, 8c un grand dé tout le diamètre de la meule * pour s’affurer fi elle eft ronde elle-même. Oh tirerà enfuite deux diamètres qui fe croiferoht à angle droit aü point centre ( page 92 ), 8c qui diviseront lés deux cercles eh quatre arcs égaux , dé i’extrémité deFqüels il fera facile d’inferirè au petit cercle un carré. Après cela, vous tracerez aux extrémités des deux grands diamètres, fur lé champ
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- 15o  RT DU P O T
- de la meule-,'quatre lignes perpendiculaires; puis retournant lameule, vous tirerez des extrémités de ces quatre dernières lignes , deux diamètres qui marqueront le centre où ils fe couperont, Sc 'vous ferez, comme de i’autre côté, un petit cercle ‘ de mêrfte diamètre &'tm carré femblable à l’autre. Alors, avec des burins Sc de-petits cifeaux, vous formerez au centre un trou carré à peu près jufqu’à .moitié de l’épaifteur de la meule , & vous la retournerez pour en faire autant de l’autre côté jufqu’à 4a rencontre du , premier.
- Manière de monter'la Meule fur fort, Arbre.
- L’orfqueTarbre Sc la manivelle, qui font fou-vent féparés ,'font réunis en un feu 1 corps , ils font inconteftablement plus folides, & cette raifon eft bien fuftifante pour ne des point divifer. Notre arbre eft donc *un «morceau de fer d’un pouce d’épaîiTeur , carré dans toute la partie qui traverfe la meule, arrondi enfuite d’un côté & de l’autre pour rouler fur les deux taffeaux (/), puis coudé en manivelle , à qui-l’on donne 4 Peu près dix pouces de longueur. Voulons-nous fixer cet arbre à manivelle au centre de la meule ? le moyen eft aufti fimple qu’expéditif. Préparons d’abord quatre coins de cinq à dix pouces de long, de la largeur du trou carré que nous avons fait au milieu de la meule, d’une épaiffeur convenable, Sc bien plané ; dreflons læmeule verticalement,faifons-la traverfer par fon arbre, Sc ayant placé nos quatre coins fur les quatre côtés du carré de l'arbre , favoir , deux d’un côté de la meule Sc deux de l’autre , enfonçons- les dabord à peu près également, & coupons quelque chofe de la tête de ces coins , s’ils empêchent l’arbre de rouler fur fes taffeaux. Alors nous mettrons la meule en fa place, Sc la faifant tourner, nous la toucherons fur le côté Sc fur la circonférence , pour marquer les parties qui s’écartent du rond, Sc connoltre celui des quatre coins qu’il faudra retirer , pour enfoncer davantage le coin oppofé.
- Quand la meule roulera bien verticalement fur fon axe, nous achèverons de l’arrondir en la faifant tourner par un homme , tandis que nous l’uferons à fec avec une tringle de fer, ou , s’il y en a trop à ôter pour atteindre les parties les plus baffes, nousv enlèverons le plus gros avec un marteau à piquer , ou un cifeau pointu fur lequel nous frapperons avec un maillet.
- Manière d'émoudre les crochets & autres outils du Potier Etain.
- Nous devons d’abord faire remarquer que le centre de rotation de la meule s’élève jufqu’à la ceinture de l’homme , tant pour la commodité du Journalier qui la tourne , que de l’Ouvrier qui fe place devant pour émoudre ; on voit bien encore que les taffeaux élèvent le centre de cette meule trois pouces au moins au deffus du banc, Sc c’eft pour fe rapprocher de cette hauteur qu’on place en devant un autre taffeau (m) fur lequel on appuie le talon du crochet ; enfin , par la petite flèche que nous avons fait graver fur la meule , nous avons voulu marquer qu’elle doit tourner d’arrière en avant, Sc venir au devant du tranchant de l’outil.
- Tout difpofé de cette manière , l’Ouvrier tenant fermement fon crochet entre fes mains, en appuie le manche fur fon épaule, Sc le talon fur le taffeau (m), il en approche la planche, Sc là faifant
- E R JD 'Ê T A I N.
- toucher à la meule toujours quelques lignes au deftoûs de fon diamètre horizontal, il la préfente au frottement de cette meule, de manière que le bifeau faffe avec le plan de la lame un angle d’à peu près 6o dégrés au tranchant. Au relie , il ne doit pas tenir fon outil tellement appliqué à la meule, qu’jl ne faffe que des tranchans en ligne droite ; prefque tous les crochets carrés ont un angle arrondi , Sc en général il faut donner aux côtés eux-mêmes un peu de courbure, autrement ils porteroient par-tout à la fois fur les furfaces planes. C’eft pour cela que l’Ouvrier, fans cefïèr d’appuyer le talon de fon crochet fur le taffeau, qui eft fon fupport , ne laiffe pas de le tournée -dans fes -mains Sc de le conduire à fa volonté.
- Nous avons dit ailleurs quelle différence il y avoit entre un ébauchoir Sc une plane de même forme ; mais c’eft ici qu’il doit déterminer leur deftination. 11 fera donc plane celui qu’il aura trouvé de meilleure trempe, dont la planche fera plus nette, Sc fur lequel les traits delà meule lui paroîtront plus fins. On fait qu’il faut en adoucir le tranchant à la pierre à l’huile, tant fur la planche que fur le bifeau ; mais avant tout fâchons en faire le choix.
- Des Pierres à Vhuile.
- ^ Entre les pierres à affiler, on appelle pierres à Vhuile celles dont on ne fe fert qu’avec l’huile. Nous en connoiffons de deux fortes , celles du Levant , & celles de Lorraine. Les premières, qui en dedans lont couleur d’huile d olive, Sc verdâtres en deffus , nous font apportées en itfic par des vaiffeaux Levantins. Ils en déchargent à Marfeille des blocs informes Sc fort gros, que l’on fait feier comme le marbre, Sc que l’on vti d-à la livre, il y a bien du rebut dans ces piern ï dès ^ la première exploitation, Sc il y a enc _ u après bien du choix à faire. Celles qui font t o^ dures ne font pas d’effet, caües qui lont trop tendres font les traits trop gros ; mais on rejettera fur-tout celles qui ne fembleront pas homogènes , c’eft-à-dire, où l’on appercevra des veines ou des grains plus durs ou plus tendres que le relie , parce qu’en faifant fauter l’outil qu’on affileroit deffus, elles en émoufferoient plutôt le tranchant: Sc lui feroient de petites brèches. C’eft apparem» ment pour avoir été effayées, ou peut-être pour les nourrir en quelque forte Sc les garantir de la féchereffe, qu’on les trouve toujours imbibées d’huile chez les Marchands. Mais cette huile, en féchant, les couvre d’une couche graffe Ôc fale qui empêche de les bien voir; on feroit bien de les laver avec de l’eau, ou même avec de nom die huile ; mais le plus sûr eft d’y paffer bien a piat une lame d’acier, Ôc fi en gratant elle mord egalement pat-tout , fans fauter, elle eft de bonne qualité.
- Celles de Lorraine font de couleur brune ou de gris foncé, d’un grain plus fin ôc plus ferré que celles du Levant, ôc aufti ordinairement plus dures. 11 y a le même choix à faire, Sc la même épreuve réuftîra aufti bien. Le Potier d’Etain les prend de quatre^ à ftx pouces de longueur, ôc du poids d’une à deux livres. Il ne l’enchâffe point comme plufieurs autres Ouvriers, parce qu’il ne s’en fert pas de la même manière. Tantôt en effet j.1 l’empoigne pour en frotter fes crochets autour, tantôt il la tient d’une main fur l’établi , tandis qu’il frotte deffus la lame de l’outil.
- F 1 N.
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- EXPLICATION DES TERMES DE L’ART.
- A.
- Affiler le tranchant d’un outil, c’eft le rendre plüs fin 'Sç plus doux en le payant fur Y Affloire.
- Affiloire , Pierre à affiler : c’eft une pierre À f huile. Affûter fes outils, c’eft en général les mettre en état dè couper; d’où vient Affûtage.
- Andquillettes , bouts de terre molle roulée, propres à YÉtoffure.
- Apprêter , travail de l’Établi pour préparer les ouvrages a» Réparage.
- B»
- Balle (Effai à la). Voyez Médaille.
- Bander un fond, c’eft, en planant, le rendre roide & non flexible.
- Batte , efpèce de maillet long & plat.
- Battoir, infiniment de bois pris dans une planche, pour battre & corroyer la terre molle.
- Baves ou Bavures, feuilles minces d’Etain, qui, dans le jetage, a coulé où les différentes parties du moule fe joignoient mal. Bidet, petit coffre de bois élevé fur quatre pieds , pour renfermer la feringue & s’en fervir.
- Bimbelotier, très-petits ouvrages d’Etain , comme jouets d’en/ans, boucles, boutons, &c. d’où l’on a dérivé Bimbelo-tier & Bimbeloterie.
- Blouse , pièce de vaijfelle fur laquelle on monte les autres, pour les tourner.
- Boites , calibres creux dans lefquels on monte plufieurs pièces fur le Tour.
- Bouchonner , frôtter avec le bouchon ; opération dü Poliffage. Boudin,petit fac rond rempli de fon.
- Bouge, partie d’une pièce de vaiffelle qui s’étend depuis le fond jufqu’au bord.
- Brunir , polir avec le Bruniffbir.
- Brunissoir, inftrument d’acier, non tranchant &Jfien poli»
- C,
- Calandres, jaques d’Etain taillées pour former par leur réunion une figure fphérique ou fphéroïdale.
- Calibres, pièces de bois tournées pour recevoir les pièces rondes que l’on veut foumettre au Tour.
- Centrer une pièce, c’eft la mettre ronde fur le Tour. Chantourner.
- Chape, partie d’un moule qui couvre les autres ou les enveloppe.
- Chapeau d’un moule de terre, c’eft k partie la plus haute de la chape, fur laquelle on établit le jet ét les yencoufes. Cloche , petite chaudière ronde où l’on fond de l’Etain. Collets fe* Coussinets; ce font des pièces de métal qui enveloppent le coi de l’arbre du Tour, 6c fur lefquels il re-pofe comme fur un conifiru
- Crochets , outils du Tour, fans compter le manche qui eft de bois. Le Crochet a trois parties, la Douille , le Talon, & la Planche.
- Croisée , autre inftrument du Tour, propre à y monter les pièces les plus pefantes ; il eft de fer-.
- D»
- DeNT ; c'eft fous lé bord d’un couvercle, un cercle faillant qui entre dans le vafe, & fixe l’un à l’autre : on l’appelle aufli Diaphragme.
- Drapeau , nouet rempli de fable mouillé»
- E.
- Ébaucher , ôter fur le Tour les premières ratures avec l’î?» bauchoir.
- ÉbauChoir, crochet dont le tranchant n’eft point adouci. Ébaver , couper les baves ou bavures.
- Échantillon , efpéce de compas pour faire en terre de grands moules.
- Écouene , Équine , ou ÉCOIne , greffe râpe à deux mains. ÉgoïNE , feie à main.
- Emboutir, creufer à coups de marteau.
- Émoudre , affûter fur la meule.
- Empreinte , efpèce de calibre large & plat.
- Enfoncer , frapper en deffous pour faire rentrer îe fond en dedans ; opération de la Forge, ainfi que Ensuiver , c’eft-à-dire, grailler de fui fi Épiller, ou Épier, enlever & détruire avec le fer chaud tou-* tes les parties faillantes fur la furface d’une pièce.
- Épilures ( Pain d'), Etain diffous par le fer en épillant, & reçu dans une baffine.
- Essayer, faire l’effai pour connoître le titre de l’Etain.
- Établi , banc dé dix-huit à vingt pouces de haut, autour duquel fe rangent les Ouvriers ; il doit être immuable.
- Étirer , étendre fous le marteau.
- Étoffer , faire YÉtoffiire.
- Étôffure , efpèce de foudure très-folide. Voyez le Ch. XIV> pag. 114 & 124.
- F.
- " Feutres , morceaux ou bandes de vieux chapeaux.
- Forces, grandes cifailles pour couper les plaques d’Etain.
- Forge (la), aélion de Forger.
- Forger , écrouir différens ouvrages fur le tas & à coups de marteau, foit qu’on leur conferve la forme du moule , ou qu’on leur en donne une nouvelle.
- Former-, pièces de bois fur lefquelles on chantourne les plaques d’Etain pour leur en faire prendre la figure.
- Fosse, vafe de fer fondu en forme d’auge, dans lequel oii fond l’Etain, le feu en deffus.
- Fourneau (Art du); c’eft la partie de cet Art où cet inftrument eft continuellement en ufage. Voyez le Chap. XIV»
- Trottoirs, morceaux d’étoffe rude, néceffaire pour le Pô-
- Gaines ; c’eft, àù centre des calibrés ; une douille d’Etain carrée, qui fe monte fur le Mandrin.
- Gorge , la partie d’un yaffe la plus étranglée, au deffus dé la Panfe.
- Gouttes , Etain apporté avec le fer chaud fur les endroits défeélueux pour les revercher.
- Grattebosser , hacher, avec uné petite broffe de fil de fer ou de laiton, la furface d’une pièce pour la dorer ou ar*.
- , genter.
- Grumeaux & Grumelürés; ce font, dans,une pièce qui fort du moule , de petits points ordinairement multipliés, mais qui ne trayerfent pas.
- i»
- ÎETAGÈ , aéfion de jeter èh moulé»
- Jeter, couler en moule l’Etain fondu*.
- -Jeu de Marteaux , l’affortiment de tous les marteaux qui fonî néceffaires pour la Forge & le Planage.
- Joliette , planche faupoudrée de potée d’fitain, fur laquelle on polit les bruniffoirs , les marteaux, &c.
- L.
- Limbes , fonds qui foutiénnent le fable dans les fontaines dè cuifine.
- Lunettes, rouelles d’Etain percées, pour la forge des écuelles»
- M*
- Mandrin , caprè de fer , ceint à fon milieu d’une forte plate-bande , & qui entre d’un bout dans l’arbre du Tour, & dè l’autre dans la gaine des calibres.
- Marli ( la ) , nom donné au bord des plâts actuellement en ufage.
- Mèches, tous les Outils trahehans qui fe montent fur un vile= brequin , pour faire des trous.
- MÉbaille ; c’eft un volume invariable qui fert au Potier d’Etain à Faire fon effai, par la comparaifon des denfités ; il â quelquefois la forme d’une balle.
- Menuiserie , branche de l’Art dans laquelle oh ne fabrique que de menus ouvrages*.
- Menuisier ( Potier d’Etain ), celui qui s’occupe dè la Menu} ferie.
- Métail ; ce non! défigne la composition des cuillers & fourchettes.
- Modeleur & Mouleur (Potier d’Etain ) , celui qui fait des modèles pour fes forges , & des moules pour lui-même.
- Monter le Bouge, c’eft le former fur une pièce de vaiflelle , & la creufer.
- Montres ( Tirer les') quand une pièce a été réparée à la main fur l’établi, c’eft abattre avec un couteau approprié le morfil que les grattoirs ont laiffè en quelques endioits.
- Mouche , marque que fait le Potier d’Etain fur une pièce vieille , en la touchant av®c un fer chaud; c’eft fa pierre de touche.
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- EXPLICATION DES TERMES DE V A R T.
- -Ç4 3
- Moules , formes dans lesquelles l’Ouvrier jette fomEtain ; ils font prefque tous de cuivre.
- N.
- Réparerj ce mot ne fignifie pas raccommoder, mais bien finir, donner le luflre & comme la parure', airfiî ne dit-oa pas non plus réparation , mais réparage.
- Référés , marques faites fur deux pièces voifines , pour les rejoindre de la même manière.
- -Noyâu , partie* des ''moules qui’remplit l’intérieur-'des-pièces qu’on y coule.
- P.
- Paillon , alliage de Bifmuth , plus fufible que l’Ëtain.
- Paillonner , faire fondre & étendre le paillon fur une pièce - de vaifTelle pour en remplir toutes les grumelures.
- Panse , partie renflée d’un vafe amdeffous de la gorge.
- 'Patrons , furface d’un corps, déployée pour en tracer d’autres fur les plaques d’Etain.
- Patte ; les Ouvriers donnent fouvent ce nom -au pied d’un vafe.
- 'Peigne; cifeau fur lequel on «a taillé des dents pour coupei des vis fur le tour,
- Pierre ( Effiai i la ). Vçyez cet article , Chapitre premier.
- Pirouette ; c’eft la canule du canon à platine.
- Planche d’un cifeau Ou d’un crochet ; c’eft l’extrémité de la lame fur laquelle on a taillé le bifeau & formé le tranchant,
- Planage , opération dépendante de la forge.
- Planer ; ce verbe a deux fignifications, dérivées des deux mots entre lefquels il eft pofé : dans le planage , c’eft finir
- 4 avec les marteaux les plus pvans une pièce déjà forgée ; ailleurs, c’eft conduire après VEbuuchoir l’outil qu’on appelle
- Repérer, marquer des repères,, ou mettre deux pièces dans leurs repères.
- Repoussoir ; il eft dans la feringue ce qu’eft dans îa pompe le pifton.
- Ressui , une des dernières opérations du polifiage.
- RÉTRaindre , rétrécir , refferrer au marteau l’entrée ou la • gorge d’un vafe.
- Revercher , boucher les trous & autres défeéhiofités peu confidérables des pièces coulées. ,
- S.
- SeLle A jeter , efpèce de banc fur lequel on appuie les moules de vaiffelle pour couler dedans.
- Souder , unir deux pièces par la foudure.
- .Soudure ; ce n’eft ordinairement chez le Potier d’Etain que le cordon éminent que le fer laiffe fur la jointure foudée. Quand on veut défigner un alliage plus fufible que l’Etain » on dit Soudure Légère.
- Soufflures ; ce font de petites cavités dans l’épaiffeur de quelques pièces coulées , qui ne font point vifibles , & qui fe découvrent en ébauchant.
- Sur-échauffÉ ( Étain ) ; c’eft celui qu’on a Jaiffé trop longs temps en fufion , & qui a été trop chauffé.
- Plane.
- Plane , outil du Tour, dont le tranchant eft affilé, adouci, ?& même poli.
- Platine, pièce de cuivre nécèffaire pour planer.
- Polir , donner le luftre & le poli.Onnele dit guère que du Métail.
- Polissage ; il dérive du précèdent, & défigne l’opération.
- Poncer , frotter avec la ponce ; partie du Poliffiage.
- Pot AVER ou Potéyer un moule,, l’enduirç de potée.
- Potée , matière terreufe délayée ; ce mot défigne encore'la chaux du métal, que tous les Ouvriers connoiffent mieux fous le nom de Potée d’Etain.
- Potier-Rond , celui qui fabrique la groffe Poterie.
- Presler , frotter ayec la prefle.
- %.
- T.
- Talon d’un crochet, c’eft l’angle du coude,’
- — de l’Etabli, planche fixée à ce banc, & qui s’avance à peu près d’un demi-pied vers l’Ouvrier.
- Tas , efpèces d’enclumes carrées & polies.
- Tasselets , petits Tas.
- Torche-fer, linge mouillé pour effuyer les gros fers.
- Tour du Potier d’Etain, machine qui lui eft d’une utilitéuni-verfelle. Voyez-en la defcription au Chapitre qui eh traite.
- Tourner. Il a plufieurs fignifications ; on dit tourner la roue tourner les ouvrages, les finir fur le Tour.
- Tourneur ( le j n’eft ordinairement que le Journalier qui tourne la roue.
- Tréfondre , fondre de part en part en foudant
- Hape, c’eft la lime du Potier d’Etain. *
- Râper , limer avec la râpe. Vaissellier , celui qui fait la vaiffelle plate»
- Ratures , toutes les petites parcelles de métal qu’enlèvent les ' Vive-arête , angle qui fépare vifiblement deux parties d’uKft outils tranchans, même pièce.
- Tin des Termes dè V Art*
- <
- .TABLE-
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- TABLE
- DES CHAPITRES, ARTICLES, SCc.
- DE L’ART DU POTIER D’ÉTAIN.
- P R E M I È R
- XAMEN CHIMIQUE DE L'ETAIN, page ï
- Introduction , Ibid.
- CHAPITRE PREMIER. Des Mines d'Etain, &
- des lieux où on les exploite, 2
- CHAP. II. Des Opérations propres à la Mine £ Etain pour en tirer le métal & Vaffiner, 3
- CHAP. III. Recherches nouvelles fur VEtain, 6
- Article premier. Expériences fur les Etains de Commerce, 8
- Table des comparaifons des pefanteurs fpécifiques des
- E PARTIE.
- Etains purs de Commerce, & de leurs variations dans différentes circonjlances, 10
- Table analytique des expériences précédentes, 16
- Art. II. Expériences faites fur les Etains alliés avec les métaux & demi-métaux 9 Ibid.
- Art. III. De l’aâion des diffolvans fur .VEtain, 17
- CHAP. IV. Du Commerce extérieur de VEtain 3 23
- Extrait des Édits , Ordonnances , Déclarations & Arrêts concernant les droits fur VEtain, 2$
- SECONDE PARTIE.
- pag. 27 28
- ABRICATION de VEtain,
- CHAPITRE PREMIER. De VEffai,
- Article premier. De VEffai à la pierre, Ibid. Art. II. Manière d'ejfdyer à la balance hydrof civique , 29
- Art. III. De VEffai au trébuchet, 30
- Art. IV. De VEffai à la mouche, 31
- CHAP. II. De la Fonte, 33
- CHAP. III. De VAlliage, 34
- CHAP. IV. Des Moules & du Potayage5 38
- CHAP. V. Du Vaiffellier, 39
- Article premier. Du Jetage de la vaiffelle, Ibid. Art. II. Des préparations de la vaiffelle avant de la foumettre au Tour , 41
- Art. III. Manière de tourner la vaiffelle, 44
- §. premier. Manière de centrer la vaiffelle fur le Tour, par le moyen de la croifée, Ibid.
- §. II. Manière de monter la vaiffelle fur Vempreinte , 4£
- §. III. Manière été faire la bloufe & d'y monter une pièce, Ibid.
- §. IV. Manière de tourner , 46
- Art. IV. De la Fabrique des pièces excentriques & de rapport dépendantes du vaiffellier , 48
- CHAP. VI. Du Potier rond, £ 1
- Article premier. Ibid.
- Art. II. De la Fabrique des pièces de poterie qui exigent quelques manipulations particulières, 5; 6
- CHAP. VII. Du Travail du Menuifier, 61
- CHAP. V111. De la fabrique de la Seringue, Bidets, & autres Néceilaires, 68
- Article premier. De la Seringue & de tout ce qui la concerne indifpenfablement 9 Ibid.
- Art. II. Des BaJJins de lit, Bidets, Crachoirs, & autres JNecc[[aires pour les malades , 73
- CHAP. IX. Des Machines de force, 77
- CHAP. X. Du Tour du Potier £Etain, 79
- Article premier. Du Tour fimple du Potier d'E-tain , , Ibid.
- Art. 11. Tour compofé & à figures du Potier d'E-tain , S 6
- CH AP. XI. Abrégé de Géométrie, 89
- Article premier. Définitions & notions les plus générales, Ibid.
- Art. II. Problèmes de Géométrie patrique, 91
- CHAP. XII. Des Profils & Moulures, 93
- CHAP. XIII. Art du Forgeur & Planeur, 96
- Article premier. De la Forge, Ibid.
- Art. IL Du P lattage de VEtain, I03
- Art. III. Du Planage de l'argent & autres métaux plus durs que VEtain ? 104
- CHAP. XIV. De VArt du Fourneau, 106
- Article premier. Abrégé de VArt du Trait, Ibid. §. premier. Développement des furfaces de différens corps y Ibid.
- §. II. De la coupe des folides, des courbes que pré-, fente la furface de ces ferions y & de la manière de tracer ces courbes fur un plan , 108
- §. III. Application de ces pratiques de Géométrie à l'Art du Trait , ou manière d’avoir le développement de la furface de plufieurs corps, par exemple y des différens bonnets & impériales de fontaines y y 11 o
- Art. II. De Pajfemblage des feuilles de métal pour la conftruâion de différens ouvrages 3 111
- §. premier. Des Fontaines de fallon , Ibid.
- §. II. Des Chauffe-pieds y 117
- §. III. Des Marmites économiques en Etain y 110 §. IV. Des Fontaines de cuifine fablées ? 117
- §. V. Des ZJfienfiles de Pharmacie, 119
- §. VI. Des Chaudières pour la teinture en écarlate ,123 CHAP. XV. De quelques ouvrages particuliers dont les effets ont rapport à la Phyfique , 127
- Article premier. Des Lampes y Ibid.
- Art. IL Des Horloges ou Montres à l'eau , 1 3 1
- §. PREMIER. De la conflruàion des Tambours ou Barillets pour les Horloges à marquer les heures, fans faire mouvoir une fonnerie 9 132
- §. II. De l'Eau , 137
- §. III. Ufage & effet de cette Machine, Ibid. §. IV. Des Réveils qu'on y ajoute ordinairement ,136 §. V. De quelques autres fupplémens, 137
- CHAP. XVI. De la Fabrique des Cuillers de tné-tail de Prince , 138
- CHAP. XVII. De VArt du Graveur y Cifeleur, Doreur & Argenteurfur Etain, 143
- Article premier. Ibid.
- Art. II. De la Dorure & Argenture de VEtain ? 144 CHAP. XVIII. Du Garniffèur de Faïence, 146
- CHAP. XIX. De l’Affûtage des Outils, 349
- Fin de la Table des Chapitres & Articles, &c.
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- EXTRAIT DES REGISTRES DE L’ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES.
- Du 18 Juin 178-1.
- JL'Académie nous a chargés, M. Cadet & moi, de lui rendre compte de la fécondé Partie de l’Arc du Potier d’Etaîn, faifant fuite des Arts de l’Académie.
- 'M. Saimon qui en eft l’Auteur , avoit déjà donné, dans une première Partie , ce qui tient, à proprement parler , à la théorie de l’Art du Potier d’Etain, Sc il paffe dans cette fécondé à ce qui regarde plus immédiatement la pratique.
- On eft étonné, quand on entre dans le détail des Arts, de voir combien ils exigent de connoiflances Sc de refiources de la part de ceux qui s’en occupent ; Sc cette réflexion s’applique naturellement à l’Art du Potier d’Etain. Cet Art prefque ignoré exige les Connoiflances réunies de prefque tous les autres , Sc c’eft ce dont l’Académie fe convaincra ailévnent par les détails dans lefquels nous ne pouvons nous difpenfer d’entrer.
- L’Ouvrage de M. Saimon eft divifé en quinze Chapitres. Il traite, dans le premier, de l’Eflai. Le plomb étant le feul métal qu’on allie communément avec l’Etain , 8c l’alliage des autres métaux donnant d’ailleurs à la combinaifon métallique qui en réfuite, des qualités apparentes qu’il eft aifé de reconnoître , pour ainfl dire, au premier coup d’œil, i’efiài n’a prefque d’autre objet que de mettre l’Artifte à portée d’apprécier la quantité de plomb qu’on a mélangé avec l’Etain ; on profite à cet effet de la différence de pefanteur fpécifique des deux métaux. L’Etain eft beaucoup plus léger que le plpmb, Sc l’alliage de ce dernier avec l'Etain augmente d’autant plus fa pefanteur fpécifique, qu’il y a dans la combinaifon pénétration des parties, Sc que la pefanteur commune réfultante excède de beaucoup celle qu’on obtiendrait par le calcul des volumes Sc des mafles. On conçoit d’après cela, que la balance hyftroftatique eft un moyen très-fur pour reconnoître fl de l’Etain eft pur ou s’il eft allié , Sc qu’il n’eft pas même difficile de former des tables qui donnent la pefanteur fpécifique des différentes proportions d’aîiiage. Tel eft le moyen que M. Saimon propofe aux Phyficiens Sc aux Artiftes éclairés , pour reconnoître le degré de pureté ou d’altération de l’Etain; mais ce moyen n’eft pas aflèz Ample pour l’ufage habituel du commerce, parce qu’il exige des calculs au défiais de la portée du plus grand nombre des Artiftes. Audi M. Salmofï, en partant du même principe , donne-t-il un procédé moins embarraflana pour parvenir au même but. 11 confifte à 11’opérer que fur des volumes égaux. On conçoit qu’alors les pefanteurs fpécifiques deviennent proportionnelles aux pefanteurs réelles ; qu’il n’y a plusbefoin que d’une balance ordinaire, Sc que toute opération de calcul eft fupprimée. M. Saimon, d’après ce principe, a conftruit un petit moule, dans lequel il coule un effiai de l’Etain dont il veut connoître le titre. Si ce métal eft pur, le petit lingot ou médaille ne doit pefer que 2.65 grains, tandis que s’il eft de plomb pur, il pèfe 401 grains. Ce n’eft pas au hafard que M. Saimon s’eft déterminé dans fes effiais pour une médaille du |)oids de 165 grains j il y a été déterminé , parce qu a ce poids, une augmentation d’un grain indique un alliage d environ une livre de plomb par quintal ; ce rapport, ail
- furplus , qui eft a fiez exaét jufqu’à vingt ou vingt-cinq livres, cefle de l’être quand le plomb a été introduit
- en quantité plus confidérable.
- On conçoit combien cette méthode eft expéditive, Sc combien elle eft commode pour les Artiftes, puifqu’elle les inftruit tout d’un coup Sc fans calcul, de la quantité d’Etain fin qu*ils font dans le cas d’ajouter dans une fonte pour en ramener le métal au titre qu’il doit avoir. Cependant, toute Ample qu’elle eft, elle ne peut encore être employée dans tous les cas. On apporte à un Artifte de l’Étain en vaiflelle à acheter ; il n’a pas la liberté de la fondre, Sc cependant il faut qu’il y attache une valeur, qu’il y mette un prix. Il ne peut fe difpenfer d’avoir alors des méthodes d’approximation, comme les Orfèvres ont la pierre de touche ; Sc c’eft l’objet quon remplit pour l’Etain par le moyen de l’effai à la mouche. Ce genre d’effai confifte à. découvrir l’Etain dans un endroit avec un fer à louder, & à y faire un fillon ou creux qu’on appelle mouche. On juge enfuite de la qualité de l’Etain par la dureté plus ou moins grande, par le degré de fufibilité, enfin par la Couleur de la partie découverte. M. Saimon entre , d’après fes propres expériences, dans de grands détails fur les caractères que tous les alliages poffibles peuvent faire prendre à l’Etain. Les fubftances métalliques fur lefquelles il a opéré, font l’antimoine, le cuivre, Sc le fer. Nous nous fournies étendus fur ce premier Chapitre, parce qu’il tient de plus près à la Phyfique & à ia Chimie ; nous paflerons plus légèrement fur ceux qui fuivent. M. Saimon, dans le fécond Chapitre, traite de la fonte. La manière de fondre , Sc la conftrudion des foflès
- Sc fourneaux varie, fuivant l’efpèce de marchandifes qu’011 veut couler ; Sc l’Auteur donne pour tous les cas
- la dëfcription des différens appareils les plus avantageux.
- Il traite dans le Chapitre troifième, de l’Alliage. D’après une longue expérience & une fuite d’opérations que l’Auteur a faites fur cet objet, il conclut que l’Etain meilleur eft celui qui n’eft point allié ; que Palliage lui ôte des qualités fans lui en procurer aucune , Sc que même l’union des métaux fins , tels que l’or Sc l’argent avec l’Etain, en altère la qualité. Les feuls alliages dont l’Auteur autorife l’ufage, font celui du fer, celui qui conftitue le métail de Prince, Sc celui de quatre gros de zinc par quintal d’Etain. Il paraît que ce dernier alliage n’eft pas fans quelques avantages , Sc qu’il fert au moins à décrafler l’Etain.
- Le Chapitre quatrième traite des Moules & du Potayage. Les Anciens employaient fouvent, pour faire les moules , de la pierre calcaire tendre. Depuis, on y a fubftitué les moules de cuivre , Sc on emploie même quelquefois ceux de plomb ou d’Etain. Avant de fe fervir des uns comme des autres, on les recouvre d’une couche légère de terre calcaire délayée dans l’eau; c’eft ce qu’on nomme potayer. Il paraît que toutes les terres bien divifées produifent'le même effet. Quelquefois on fe contente d’enfumer les pièces , c’eft-à-dire , de les recouvrir d un léger enduit de fumee en les expofant à la flamme du bois ou d’un autre combuftible.
- De la préparation des moules, l’Auteur paffe à la manière de couler Sc aux opérations fubféquentes. II fâut encore diftinguerici les différens genres de marchandifes qu’on veut fabriquer, parce qu’ils exigent des préparations particulières. Mais il en eft de communes à toutes, telles que l’opération à'épiller ou de couper les jets , celle de revercher, qui confifte à boucher les trous qui pourraient s’être formés, celle d1apprêter, qui confifte à dégroffir à la rapedes gouttes des reverchures. La vaiflelle en a encore une particulière : on la paillonne ., c’eft-à-dire qu’on remplit d’une compôfition plus fufible que l’Etain, les petites cavités qui fe trouvent dans l’épaiflèur des pièces. M. Saimon donne la compofition des différens paillons, toujours d’après des expériences, Sc il propofe, Sc avec xaifon, de fubftituer à la compofition du plomb d’Etain Sc de bifmuth qu’on eft dans l’ufage d’employer dans le
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- commerce, comme paillon ou comme foudure, un alliage de bifmuth feul 8c d’Etain, 3c il en donne les proportions pour tous les cas. A ces opérations en fuccèdent un grand nombre d’autres, celle de réparer 3c de tourner; 3c l’Auteur donne à cette oecafion la defcription des tours,, 3c la manière de s’en fervir.
- Toutes ces préparations deviennent beaucoup plus compliquées, quand il eft queftion de mouler des pièces rondes 3c qui n’ont point de dépouilles ; alors les moules ne forment la pièce que par parties , qu’on unit enfiute par la foudure. L’opération du tour devient auffi plus difficile. Enfin il eft des pièces auxquelles il faut ajouter des anfes, des charnières , 3cc. 3c c’eft le cas d’avoir recours à des procédés particuliers dont l’Auteur donne le détail.
- Il traite dans le Chapitre cinquième, des précautions particulières pour le Potier d’Etaïn Menuifier. On donne ce nom à celui qui ne travaille qu’en pièces légères de cinq quarterons au plus. Tels font les flambeaux , les bobèches, les rafles, les coquetiers, les burettes, les théières, 3cc.
- Le Chapitre fixième eft employé à décrire tout ce qui eft relatif à la conftru&ion des Seringues ; cet infirmaient, fi fimple , fi répandu , 3c qui eft à fi bon marché , eft d’une conftrudion plus difficile 3c plus compliquée qu’on ne le croiroit au premier coup d’œil. L’Auteur y joint la defcription de divers autres inftrumens analogues, 8c qui ont des objets d’utilité, foit dans les maladies, foit dans l’ufage ordinaire de la vie.
- M. Salmon donne , dans le Chapitre huitième, une defcription plus détaillée du tour fimple, de celui compofé 3c à figures à l’ufage du Potier d’Etain, 3c de tous les uftenfiies qui en dépendent.
- Le Chapitre neuvième contient quelques notions très-élémentaires 3c très-abrégées de Géométrie, 3c l’Auteur en fait l’application à l’Art de faire des moulures , des ornemens , 3cc.
- Le Chapitre dixième traite de l’Art du Forgeur ôc du Planeur. Les opérations indiquées dans ce Chapitre ont principalement pour objet une des dernières préparations qu’on donne à la vaiflelle plate. Elle confifte à écrouir en quelque façon l’Etain en le forgeant fous le marteau ; quelquefois même on forge la pièce entière d’une feuille de métal, qu’on étend fous le marteau à l’aide du tas 3c de la bigorne. Ainfi l’Art du Forgeur a plusieurs objets; i°. de donner aux pièces plus de folidité , 3c de les rendre moins caftantes ; i°. de leur donner quelquefois une forme qu’elles n’avoient point au fortir du moule ; $ °. enfin, de former des pièces entières prifes dans une feuille d’Etain. L’opération du planage confifte à effacer l’empreinte du coup de marteau par une opération fubféquente. Dans l’opération de planer comme de forger, on enfuife la pièce, c’eft-à-dire qu’011 la couvre d’une couche très-mince de fuif.
- Dans le Chapitre onzième , l’Auteur traite de la Gravure, Cifelure , Dorure & Argenture fur Etain.
- Il paflfe , dans le Chapitre douzième , aux ouvrages faits de pièces de rapports. Cet article lui donne encore oecafion de faire l’application des principes de Géométrie qu’il a expofés plus haut , 3c il y joint quelques notions de l’Art du Trait. Ce n’eft pas pour tailler les feuilles mêmes qui doivent entrer dans la compofition d’une pièce que ces connoiflances font néceflàires, mais pour former les patrons. Les Ouvriers font en général livrés fur cet objet à une routine aveugle. L’Auteur y fubftitue des méthodes fûtes pour parvenir à la formation des pièces les plus difficiles de l’Art ; il donne les moyens de fouder les feuilles, 3cc. Ce Chapitre comprend les détails relatifs à la conftruéfcion du plus grand nombre des uftenfiies de Pharmacie, des Entonnoirs , des Chaudières pour la teinture en écarlate , des Alambics, 3cc. 8c il traite à cette oecafion des Serpentins.
- Le Chapitre treizième préfente les détails relatifs à la conftruéHon de quelques ouvrages particuliers qui ont quelque rapport avec la Phyfique, tels que les Horloges ou Montres à eau, les Lampes, 3cc.
- Le Chapitre quatorzième traite de l’Art du Garnifleur de faïence ; c’eft celui qui applique les charnières , les robinets, & autres uftenfiies de cette nature fur des vafes de faïence.
- Le Chapitre quinzième eft entièrement employé à ce qui concerne la fabrication des Cuillers dites de métail de Prince. On donne ce nom à une compofition métallique introduite dans le commerce dans le dernier fiècle , ôc qui paroît n’être point encore connue chez l’Etranger. Cette compofition métallique eft un alliage d’Etain 3c de régule d’antimoine, dans la proportion de 16 à 18 livres de cette dernière fubftance par quintal d’Etain. Cet alliage eft plus dur 3c plus aigre que l’Etain feul, 3c il a plus de confiftance, mais en même temps , il eft plus caflant. Il eft afiez étonnant que l’ufage de l’antimoine, employé comme uftenfile de cuifine, fe feroit introduit dans les Arts à peu près dans le même temps que la Faculté de Médecine de Paris proferivoit cette fubftance métallique employée comme remède, 8c que ce foit à Paris même 3c au milieu des débats élevés à cette oecafion que ce métal fe feroit accrédité. Cet alliage eft-il fufceptible de quelques inconvéniens dans les ufages de la vie ? O11 feroit tenté de le croire, fi le temps & l’expérience d’un fiècle 3c demi ne fembloient être un titre en fa faveur. O11 conçoit au furplus que l’Académie ne pourroit prononcer fur cet objet que d’après des expériences multipliées ; 3c l’intérêt public exigeroit peut-être qu’elle s’en occupât.
- Les cuillers, comme toutes les autres pièces de l’Art du Potier d’Etain, exigent, après avoir été coulées, d’être apprêtées 3c réparées ; on les polit enfuite avec la ponce ou avec la prêle ; on les achève avec le tripoli , ôc on les paftfe au blanc d’Efpagne.
- M. Salmon termine ce Chapitre par quelques réflexions fur l’alliage du fer â l’Etain. Il paroît que cet alliage ne peut être opéré que par un intermède , 3c que cet intermède eft le foufre. Le métal qui en réfuîte eft moins fufible que l’Etain. fans être très-cafl'ant, 3c il feroit très-propre à être employé en uftenfiies- de cuifine. C’eft de cet étamage que fe fervoit le fieur Biberelle pour étamer les vaifleaux de cuivre dans les expériences qu’il a faites en préfence des Commiflaires de l’Académie. Nous avons déjà dénoncé à l’Académie l’abus qu’il avoit fait de fon Approbation , en fubftituant le zinc au fer, 3c en transformant ainfi une compofition métallique falubre en une autre dont l’ufage eft au moins très-équivoque.
- Il ne manque plus, pour compléter l’Art du Potier d’Etain, que la partie qui concerne le Modeleur 3c le Mouleur , ôc M. Salmon promet de la donner inceflàmment.
- Il n’eft pas difficile de s’appercevoir que l’Art dont nous venons de donner l’Extrait, eft l’Ouvrage d’un Artifte éclairé, 3c pour lequel aucune des connoiflances qui ont rapport à fa profeffion n’eft étrangère.
- L’Art du Potier d’Etain ne pouvoir être fait que par une perfonne qui s’en fut occupé par état, êc il n’eft pas ordinaire de trouver, dans les Arts qu’011 regarde comme purement mécaniques, des perfonnes de l’ordre de M. Salmon. Nous penfons donc que l’Académie ne peut trop lui favoir de gré d’avoir entrepris une tâche auffi pénible , 3c de l’avoir remplie avec autant de zèle ôc d’intelligence ; ôc nous concluons que cette fécondé Partie mérite, comme la première, d’être imprimée dans le Recueil des Arts publiés par l’Académie.
- Fait à l’Académie, le 20 Juin 1781. Signé Lavoi s ie r , Cadet.
- Je certifie le préfent Extrait conforme à l'original & au Jugement de VAcadémie. A Paris , le z8 Juin vj8i. Signé Le Mquis. de Condorcet.
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