Descriptions des arts et métiers
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- AVERTISSEMENT.
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- ur la fin du dernier fiecle, l’Académie ayant formé le projet de l’Hiftoire générale des Arts, M. Defbillettes donna la Defcription de l’Art du Papier : on fit graver huit Planches en 1698, &la Defcription fut lue à l’Académie en 1706. {Voye£ Hifl. de l’Acad. 1706 ).
- Nous avons confervé les Planches de ce premier travail , en y faifant les changements qui ont paru indifpenfables : ce font les Planches i, 4, 10, n,.i2> 13, 14; mais nous avons abandonné la Defcription qui en avoit été faite, parce que fur toutes les parties de cette fabrication, nous avons voulu entrer dans les plus grands détails. ’
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- On trouvera dans notre Defcription les pratiques différentes,avec . les termes qu’on emploie en différentes Provinces ; les vues nouvelles qu’a occafionné à des perfonnes éclairées & à nous-mêmes l’état a&uel des Papeteries ; les Réglements qu’ont diété l’expérience des Fabriquants , & la fageffe du'Miniftere; enfin l’on y trouvera la nouvelle forme des Moulins à cylindre , la plus ufitée en Hollande , qui nous a fourni encore, pour ainfi dire, la Defcription d’un nouvel Art.
- M. Duhamel, de l’Académie Royale des Sciences, ayant voyage en Angoumois par ordre du Miniftere, pour travailler à l’extirpation des papillons de bled qui défoloient cette Province, a parcouru en connoiffeur les fabriques de papier qui y font en grand nombre : il nous a communiqué fes obfervations, & nous en avons fait un ufage fréquent, fur-tout lorfqu’il a été queftion des pratiques de l’Angoumois.
- M. le C A T, Secrétaire de. l’Académie des Sciences de Rouen, •nous a donné fur la Normandie, les éclairciffements qui ont été né-. ceffaires ; & M. de Clévant, Secrétaire de l’Académie de Befançon , fur les Moulins de la Franche-Comté. M. de Mélié qui avoit été long-
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- ij AVERTISSEMENT.
- temps Tan des Propriétaires de la Manufacture de Montargis, Sc qui en avoit fait la defcription, a bien voulu nous communiquer fes recherches ; enfin nous avons fuivi Sc examiné nous-mêmes cette Manufacture, & plufieurs autres, affez long-temps, Sc avec alfez de foin pour pouvoir décrire exactement & avec toutes fes circonstances l’Art de faire le Papier.
- Les cylindres Hollandois que nous avons décrits,fe trouvoient déjà dans des figures gravées à Amiterdam en 1734 ; mais avec de Amples notes écrites en Hollandois, qui ne renferment aucune explication,, & il a fallu ÿ deviner la plupart des effets; d’ailleurs nous ne devons pas diiïimuler qu’on a accufé, même en Hollande , les Auteurs de ces Recueils , d’avoir caché avec deffein des chofes importantes, dans les Arts qu’ils fembloient vouloir rendre publics ; d’avoir même altéré les proportions effentielles de leurs machines, pour en rendre l’imitation infructueufe : nous avons donc infifté davantage fur les machines exécutées à Montargis, Sc fur les procédés qu’on y emploie : ils ont été perfectionnés déjà par une expérience de vingt ans, Sc nous h’y avons point éprouvé cette baffe diflimulation, cette jaloufe crainte 5 ce zele intéreffé qui refufent de faire connoître les Arts, de contribuer à leur perfection , d’y porter le flambeau de, la Phyfique Sc l’efprit de recherche : foibleffes qui ont été la feule caufe de la lenteur avec laquelle jufqu’ici les Arts fe font perfectionnés.
- En effet, prefque tous les Artiftes ont pour maxime de cacher leurs procédés, Sc defe réferver, tant qu’ils peuvent, le fecret de leur Art : fi leur intérêt perfônnel l’exige, je n’efpere rien d’eux ; laiffons-les immoler à ce motif, invincible pour les âmes communes, la gloire du Citoyen, la perfection des Arts Sc leplaifir d’être utiles. Mais plufieurs croient de bonne foi qu’il efl de l’intérêt de l’Etat de ne point répandre dans le Public la connoiffance des Arts pour ne point la partager avec l’Etranger : qu’il nous foit permis de répondre à ceux-ci, en juftifiant, pour ainfi dire, l’Académie. Je demande donc lequel eft préférable pour un Etat, ou de partager avec tous les Savants les foiblcs lumières que l’habitude de nos Ouvriers nous ont acquifes , pour les perfectionner enfuite , ou de refter éternellement dans l’état de médiocrité Sc de routine dont ils ne peuvent
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- AVERTISSEMENT. iij
- nous tirer \ Les Arts tiennent tous aux Sciences , attendent tout de celles-ci, 8c ne peuvent faire fans elles que des pas lents & chancelants; cependant ceux qui cultivent les Sciences, ne peuvent prefque jamais connoître les Arts par eux-mêmes ; s'ils l’entreprennent, mille obftacles les en détournent ; ils trouvent dans les atteliers, un détail rebutant, un langage bizarre, une défiance choquante , une routine aveugle, des vues bornées, des pratiques fuperfiitieufes, une ignorance profonde fur les forces de la nature & fur les principes de l’Art. Celui qu’un goût plus décidé, des circonftances plus favorables , des Artiftes plus intelligents auront mis à portée d’y pénétrer plus avant que les autres, aura rendu aux Savants, aux Artiftes 8c aux Arts le fervice le plus important, s'il parvient à leur faire connoître ce qu’il n'a appris qu’avec peine ; les autres pourront partir delà, abréger le travail, s’épargner des recherches inutiles ou des expériences déjà faites, faire fervir un Art au progrès des Arts qui fouvent en différent le plus, enrichir la patrie, 8c fervir l’humanité.
- Ce concours de travaux & de fuccès exige la publicité, la réciprocité, la confiance, l’ouverture avec laquelle on travaille dans les Académies. Si vous tentez de fruftrer l’Etranger de vos travaux, vous en frufirerez néceffairement auffi vos meilleurs Citoyens ; & la cupidité nationale qui vous aura fait envier à vos voifins le fècours de vos Arts , vous en dérobera à vous-même la perfection & le progrès ; enfin vous vous priverez de bien plus de connoiffances que vous n’en aurez dérobé aux Etrangers. LaifFons donc profiter nos ennemis mêmes des foins que nous aurons pris pour enrichir notre Nation, plutôt que d’en perdre les avantages par une mauvaife réticence.
- Dans les temps de barbarie & de ténèbres, où enveloppés de myf-teres, les Arts les plus utiles étoient à peine dans leur enfance ; il fal* loit plufieurs fiecles pour parvenir à un procédé, à une découverte, qui, plus d’une fois, fe perdit en naiffant, & ne profita qu’à un feul homme ou à un très-petit nombre. Le papier dont l’ufage eft aujourd’hui fi général & fi commode , étoit connu depuis mille ans dans l’Afie,& depuis deux fiecles en Europe, lorfque l’ufage s’en répandit. Il n’y a que trop d’obftacles au progrès des Arts de la part de ceux
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- iv AVERTISSEMENT.
- qui les exercent; les Savants ne fauroient aflez en applanir le chemin. Tel fut l’objet que l’Académie des Sciences fe propofa dès fa première inflitution : elle fentit que tous les pas quelle feroit dans cette carrière ,'ferviroient fur-tout à la France ; que les lumières, l’émulation , les fecours qu’on en retireroit-parmi nous , feroient plus que fuffifants pour nous conferver à cet égard un avantage confidérable fur nos voifins; & qu’enfin il y avoit tout à gagner dans ce travail, non-feulemènt pour les hommes en général, à qui nous nous .devonsfans doute, mais même pour la patrie à qui nousfommes voués par préférence. L’obfcurité des Arts eft telle encore dans ce fiecle de lumière, que non-feulement le Public, mais les Savants-eux-mêmes ignorent fouvent en quoi confifie la difficulté de certains procédés, fi c’eft dans la matière ou dans la forme que^réfide le fecret de Y Art, fi le fuccès tient à la nature, ou fi l’Art peut feul y fuppléer. Trois per-fonnes dans le Royaume connoiffent le beau rouge du coton, découvert par un célébré Chymifte de l’Académie des Sciences ; les autres ne fe doutent pas même de la difficulté qu’il y a dans cette partie. On fait que les couleurs de la foie font toutes ou ternes ou paffageres ; mais ceux qui ont remarqué cet inconvénient, n’en fachant pas la caufe phyfique, n’ont pas été à portée d’en étudier le remede. Le fer blanc,la dorure,l’émail, le minium, le borax, le camphre, &c, offrent une multitude de chofes utiles qui font encore entre les mains d'un petit nombre de perfonnes, la plupart chez l’Etranger, & que nous ne pouvons efpérer départager avec eux, à moins de ranimer le goût des Arts en France, & de fixer fur eux les yeux des Savants avec ceux des Artiftes. Auffi le Miniftere de France , éclairé fur nos véritables intérêts, a de tout temps formé ,foutenu&ranimé cette en-treprife : on commence à voir le réfultat des efforts qu’a fait l’Académie pour arracher le voile qui nous déroboit tant de chofes curieu-fes, & peut-être touchons-nous par fon moyen à une révolution dans les Arts, femblable à celle que le dernier fiecle vit s’opérer dans les Sciences.
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- LE PAPIER
- Par M. D EL AL AN D E.
- 1. L a Nature nous offre une multitude de fubftances fur lefquelles on peut écrire , & qui ont tenu lieu de papier dans différents temps & chez différents peuples du monde. Nous les voyons employer fucceffivement des feuilles de Palmier, des tablettes de cire, d’yvoire & de plomb, des toiles de lin ou de coton , les inteftins ou la peau de différents animaux, & l’écorce intérieure des plantes ; mais la perfeétion de l’art confiftoit à trouver une matière très-abondante, & dont la préparation fût très-facile : tel eft affurément le papier que l’on emploie aujourd’hui, & dont nous eflàyons de décrire la fabrication. Pouvoit-on concevoir quelque fubftance plus commune que les débris de nos vêtements, des linges ufés incapables d’ailleurs de fervir au moindre ufàge, & dont la quantité le renouvelle tous les jours ? Pouvoit-on imaginer un travail plus fimple que quelques heures de trituration par le moyen des moulins ? On efl; liirpris, en obfervant que ce travail efl fi prompt, que cinq ouvriers dans un moulin pourroient aifément fournir tout le papier néceffaire au travail continu de trois mille copiftes.
- Du Papier des Romains.
- 2. Le papier qui a été le plus long-temps employé chez les Romains & les Grecs 5 étoit formé avec l’écorce d’une plante aquatique d’Egypte. Suivant la defcription que Pline nous donne de cette plante d’après Théophrafte y elle a 9 ou 10 coudées de hauteur; là tige efl triangulaire, de groffeurà pouvoir être renfermée dans la main ; là racine efl tortueufe ; elle fe termine par une chevelure ou panache compofé de pédicules longs & foibles. Elle a été obfervée en Egypte par Guilandin, Auteur du feizieme liecle, qui Papier. A
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- ART DE FAIRE
- nous a donné un favant Commentaire fur les chapitres de Pline, où il eft parlé du papier : cette plante eft auflî décrite dans Proiper Alpin & dans Lobel. Voici les noms qu'elle porte dans les Botaniftes modernes que l'on pourroit confiilter fi l'on defiroit de plus grands éclairciiïements fur . cet article :
- Papyrus Syriaca & Siciliana, C. Bauhini,in Pinace , 12.
- Cyperus Niloticus vel Syriacus maximus Papyraceus : Moriffonii hiftoriæ y t. 3;
- Cyperus enodis nudus, culmis e vaginis brevibus prodeuntibus , fpicis tenuionbus. S cîieu ch; gram. 387.
- Cyperus omnium maximus Papyrus diffus> (Mont. Gram. 14,) locufiis minimis : Midi; Gen. 44. t. ip.
- Cyperus culmo triquetro nudo > umbella Jîmplici foliofa , pedunculis JîmplicijJîmis diJHche fpi-< caris : Royen, Horœ Leidenfis 50. Linnæi Specierum, pag, 47.
- Les Egyptiens la nomment Berd, Sc ils mangent la partie de cette plante qui eft proche des racines.
- 3. Il croît auflî dans la Sicile une plante nommée Papero > qui reflemble beaucoup au Papyrus d’Egypte ; elle eft décrite dans les Adverfaria de Lobel: Ray & plufieurs autres après lui ont cru que c’étoit la même eipece ; cependant il ne paroît pas que les Anciens ayent fait aucun ufàge de celle de Sicile, & M. B. de Juflîeu ne croit pas qu’on doive les confondre , fur-tout en lifant dans Strabon que le Papyrus ne croifloit que dans l’Egypte ou dans les Indes. On peut voir à ce fiijet ce qu’ont écrit Pline, Liv. 13 j ch. 115 Guilandin, dans un Ouvrage imprimé à ce fujet en 15*76 ; le P. dè Montfaucon dans le fixieme Tome des Mémoires de l’Académie des Inf-criptions & Belles-Lettres ; les R. P. Bénédictins, dans leur Traité de Diplomatique , & fur-tout M. le Comte de Caylus, dans un Mémoire très-détaillé Ôc très-lavant qu’il a donné en 175*8 à l’Académie des Infcriptions. C’eft de ce Mémoire que nous allons extraire un abrégé de la maniéré dont le papier fe préparoit à Rome.
- * 4. L’écorce extérieure de la plante ne fervoit point à former le papier ;
- les lames intérieures étoient les plus recherchées ; de-là vient qu’on diftin-guoit, dans le papier de Rome, plufieurs qualités & plufieurs prix.
- Le papier de Sais étoit compofé des rognures de rebut que l’on portoit dans cette ville.
- Le papier Lénéotique, ainfi nommé d’un lieu voifin, fe faifoit avec les lames qui touchent de plus près l’écorce, & fe vendoit au poids, n’ayant aucun degré de bonté.
- Après ces lames qui fuivoient immédiatement l’écorce, on trouvoit la matière propre du papier, qui s’employoit de la maniéré fuivante.
- 5. On aflembloit fur une table des lames de toute la longueur qu’on pouvoit conferver, & on les croifoit par d’autres lames tranfveriàles, qui s’y colloient par le moyen de l’eau & de la preffes ainfi ce papier étoit
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- LE PAPIER. ?
- tifTu de plufieurs lames ; il paroît même que du temps de Claude on fit du papier de trois couches*
- Pline nous apprend auffi que Ton faifoit fécher au foleil les lames ou feuillets de Papyrus; on les diftribuoit enfuite fuivant leurs différentes qualités propres à différentes elpeces de papier 5 on ne pouvoir gueres fé-parer dans chaque tige plus de vingt lames.
- Le papier des Romains n'avoit jamais plus de 13 doigts de largeur , encore étoit-ce le plus beau, tel que celui de Fannius. Ce papier, pour être parfait, devoit être mince, compaét, blanc & uni ; caraéteres qui font prefque les mêmes que nous exigeons dans notre papier de chiffons : on liflbit le papier avec une dent ou une coquille; cela l'empêchoit de boire l'encre, & lui donnoit de l'éclat.
- 6. Le papier des Romains recevoit une colle auffi bien que le nôtre, & cette colle fe préparoit avec de la fleur de farine détrempée dans de l'eau bouillante, fur laquelle on jettoit quelques gouttes de vinaigre ; ou avec de la mie de pain levé/détrempée dans de l'eau bouillante & paffée par l'étamine : enfuite dn battoit ce papier avec le marteau ; on y paffoit une fécondé colle} on le remettent en preffe, & on* l'étendoit à coups de marteau. Ce récit de Pline eft confirmé par Caffiodore, qui parlant des feuilles de Papyrus employées de fon temps, dit qu'elles étoient blanches comme la neige, & compofées d’un grand nombre de petites pièces fans qu'il y parût aucune jointure, ce qui femble fuppoler néceflàiremeut l'ulàge de la colle.
- La defeription précédente de la fabrication du papier en Egypte & 3 Rome n'eft qu'un extrait de ce que Pline en rapporte : L. 13 , chap. 12. extrait que j'ai cru ne devoir faire que d’après la traduction Sc les notes lavantes que M. le Comte de Caylus a inférées dans fon Mémoire.
- Au refte le Papyrus d’Egypte étoit connu même du temps d'Homere J mais ce ne fut, fuivant le témoignage de Varron, que vers le temps des conquêtes d'Alexandre qu'on commença à le fabriquer, avec les perfeétions que l'art ajoute toujours à la nature.
- Origine du Papier de Coton.
- j. On se servit jufqu’au dixième fxecle environ du papier ainfi fait avec l'écorce de la plante que nous venons de décrire; alors on imagina de le faire avec du coton pilé & réduit en bouillie : cette méthode qui devoit être depuis plufieurs fiecles employée à la Chine , parut enfin dans l'Empire d'Orient, {ans qu'on lâche précifément l'Auteur, la date, ni le lieu de cette belle invention.
- Dans un Mémoire du R. P. D. Bernard de Montfaucon, qui fe trouve
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- 4 ART DE FAIRE
- au fixieme Volume des Mémoires de T Académie Royale des Infcriptions & Belles-Lettres , pages éoy & fuiv. il eft prouvé que le papier de coton, xdpTtiç /3ojh&vmvoç 9 commença à être en ufage dans l’Empire d’Orient au neuvième fiecle ou environ ; voici fes preuves. Il y a plufieurs manuf crits Grecs, tant en parchemin ou velin, qu’en papier de coton, qui portent la date de l’année où ils ont été écrits ; mais la plupart font fans date. Sur les manufcrits datés on juge plus fûrement par la comparaifon des écritures de l’âge de ceux qui ne le font pas. Le plus ancien manufcrit en papier de coton avec la date eft celui du Roi, numéroté 2889, qui fut écrit en ioyo ; un autre de la Bibliothèque de l’Empereur qui porte aufli fa date^ eft de l’année iopy. Mais comme les manufcrits fans date font incomparablement plus nombreux que ceux qui font datés, le P. de Montfaucon s’eft auffi exercé fur ceux-là ; Sc par la comparaifon des écritures, il en a découvert quelques-uns du dixième fiecle, entre autres un de la Bibliothèque du Roi coté 243 6. Si l’on faifbit la même recherche dans toutes les Bibliothèques, tant de l’Orient que de l’Occident, on en trouveroit apparemment d’autres, ou du même temps, ou peut-être plus anciens. Cela fait juger que ce papier bombycin ou de coton peut avoir été inventé au neuvième fiecle, ou pour le plus tard au commencement du dixième.
- A la fin du onzième & au commencement du douzième , l’ufàge en étoic répandu dans tout l’Empire d’Orient & même dans la Sicile. Roger, Roi de Sicile, dit dans un Diplôme écrit en 1145 , rapporté par Rocckus Pyrrhus , qu’il avoit çenouvellé fur du parchemin une carte qui avoit été écrite fur du papier de coton , in charta cuttunea, l’an 1102 , & une autre qui étoit datée de l’an ni2. Environ le même temps l’Impératrice Irene, femme d’Alexis Comnene, dit dans là Réglé faite pour des Religieufes qu’elle avoit fondées à Conftantinople, quelle leur laiife trois exemplaires de la Réglé , deux en parchemin, & un en papier de coton ( Analec. Gr. p. 278. ) Depuis ce temps-là le papier de coton fut encore plus en ufàge dans tout l’Empire de Conftantinople,
- Origine du Papier de chiffons. ,
- 8. Quant à l’origine du papier dont nous nous fervons aujourd’hui, ( dit le P. de Montfaucon)., nous n’en lavons rien de bien précis.
- Thomas Demfter,dan$ fes Glofes fur les Inftitutes de Juftinien, dit qu’il a été inventé avant l’âge d’Accurfe qui vivoit au commencement du treizième fiecle : Bombyçeœ chartœ paulo ante œtatem AccurJiL excogitam funu Quoiqu’il parle là du papier bombycin, je crois qu’il comprend auflî fous ce nom le papier de chiffon, qui eft affez femblable au papier de coton. Il y a eu des pays où l’on fe fervoit de l’un & de l’autre, comme la Sicile,
- l’État
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- LE PAPIER, $
- l’Etat de Venife, Sc peut-être d autres- Plufieurs éditions d’AIde Manuce, faites à Venife, font fur du papier de coton ; le voifinage de laGrece y en aura fans doute porté l’ufage : Demfter femble donc parier de l’un Sc de l’autre. Mais nous avons fur le papier de chiffon un paffage plus ancien & plus exprès dans Pierre Maurice, dit le vénérable, contemporain de S. Bernard, qui mourut en 1153. Les Livres que nous lifons tous les jours, dit-il, dans fon Traité contre les Juifs 9 font faits de peau de Bélier ou de Bouc, ou de Veau y ou de plantes orientales y c’efl> à-dire, du Papyrus de l’Egypte, ou enfin du chiffon. Ex rasuris veterum pannorum. € es derniers mots lignifient affurément.le papier tel que nous l’employons aujourd’hui: il y en avoit donc déjà des Livres au douzième fiecle ; Sc comme on a écrit des aétes Sc des diplômes fur du papier d’Egypte jufqu’au onzième, il y a apparence que c’eft environ ce même fiecle que le papier de chiffon a été inventé, & il efl: à croire que ce papier aura fait tomber le papier d’Egypte en Occident comme celui de coton l’avoit fait tomber en Orient. Pierre le vénérable nous dit qu’il y avoit déjà de fon temps des Livres faits avec du papier de chiffons; mais il falloit que ces Livres fuffent extrêmement rares, car quelques recherches que j’aie pu faire, tant en Italie qu’en France, je n’ai jamais vu ni Livre ni feuille de papier tel que nous l’employons aujourd’hui, qui ne fut écrit depuis S. Louis, ( c’eft-à-dire, depuis 1270) ; voilà , conclut le P. de Montfaucon, tout ce que j’ai pu trouver de plus fur touchant un fujet fi intéreffant pour les gens de Lettres. AP rès les recherches d’un fi lavant Antiquaire on ne doit pas efpérer de trouver une date précife à cette découverte, 8c nous allons paffer à l’état actuel de cet art.
- Matière du Papier. I
- 9, Le Papier dont on fait ufàge aujourd’hui dans toute l’Europe (T), n’eft formé que du vieux linge ufé qu’on a mis au rebut, Sc qui ne peut fervir à rien. En Auvergne, on donne le nom de pattes à ces matières premières ; ailleurs on les appelle chiffons, vieux linges, vieux drapeaux, guenillons ; en quelques endroits du Limoufin & du Poitou, leur nom efl: la peille. Les Provinces où font établies les plus grandes Manufactures de papier trouvent affez de chiffons dans les Provinces voifines, Sc il en relie encore beaucoup qui fe tranlportent dans l’étranger.
- Par exemple, les marchands de Lyon font raflembler les chiffons dans le Lyonnois , le Dauphiné, la Breffe Sc fur-tout en Bourgogne pour en fournir les Manufactures d’Auvergne. Les Pattieres, Chiffonnières ou Drapelieres qui parcourent les villages ramaffent une quantité de pattes ou de chiffons ,
- O Nous parlerons de celui de la Chine à la fin de ce traité, art. 169.
- P A P I E R.
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- 6 ART DE FAIRE
- quelquefois dans les ordures des rues, fouvent avec quelques aiguilles, qu’elles donnent à des domeftiques ou à des pauvres qui ne fauroient que faire de ce chiffon ; une aune de dentelle de 2 à 3 fols , en paye quelquefois une quantité conlîdérable : on y fait plus d’attention dans les villes ; il ne manque gueres de s’y trouver des marchands qui raffemblent avec foin les vieux linges, à qui le peuple les vend, & qui les mettent en ma-gafin, d’où ces pattes font tranfportées en Auvergne fur des mulets. Le triage des blanches & des fines fe vend jufqu’à huit livres le quintal; Voyez ci-après art. iqy.
- 10. Les chiffons de Bourgogne font les plus eftimés chez les Fabriquants d’Auvergne, parce que, difent-ils, on a foin en Bourgogne de les lefiiver avant que de les vendre, & qu’ils penfent que des chiffons bien lefiîvés font du plus beau papier ; fi c’eft-là leur véritable raifon, il ne tiendroit qu’à eux de faire lefiiver auflî tous les vieux linges qui leur viennent d’ailleurs 5 le bois n’y eft pas rare, puifque la plupart de leurs moulins font au pied des forêts : cependant ces leflîves ne font ufitées nulle part, & bien des perfonnes croient quelles font totalement inutiles ; la meilleure lefiive, difent-ils, c’eft une forte & longue trituration.
- LeJJivc des chiffons.
- 11. D’autres, au contraire, qui ont une meilleure idée des effets de la lefiive fur le chiffon, voudroient qu’on l’employât d’une maniéré plus efficace, c’eft-à-dire, qu’on lefîivât les chiffons même après qu’ils auroient déjà paffé dans le moulin, 8c qu’ils feroient réduits en une efpece de pâte ; dans cet état ils feroient en effet plus fufoeptibles des impreflîons de la matière faline contenue dans les cendres ; on laveroit^de même cette pâte après la lefiive, en la failànt paffer encore par le moulin ; c’eft alors que le foleil, l’eau & la rofée acheveroient de la blanchir parfaitement, & que de la toile quoique roufie*, colorée ou grofliere, deviendroit également propre à faire du papier fin. Quoi qu’il en foit du mérite de cette idée, nous n’avons pas connoiffance qu’elle ait été mife en pratique.
- On peut rapporter aux effets de la lefiive l’expérience qui a été faite avec de la glaife pour dégraiffer les chiffons ; ayant mêlé de la glaife dans les mortiers, on l’a foumife à l’aftion des pilons, qui, avec le courant d’eau qu’on y ménagé toujours, ont donné une pâte parfaitement dégraiflee, & qui paroiffoit fort blanche ÿ cependant le papier qui en a été formé avoit un œil grisâtre, parce que la matière métallique & colorante qui fe trouve ordinairement dans la glaife s’étoit unie avec le chiffon d’une maniéré fi intime que le lavage n’avoit pu fuffire pour l’extirper.
- 12. La toile la plus blanche & la plus fine eft toujours la meilleure,
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- LE PAPIER. 7
- parce que le fil le plus fin eft le plus aifé à blanchir ; on préféré celle de chanvre & de lin, fans rejetter cependant la toile de coton. La toile neuve ne réuflît pas fi bien ; elle efl: trop long-temps à s'affiner ; les chiffons de laine ou de foie ne s emploient que dans le papier gris , encore faut-il les mêler avec beaucoup de gros linge (1 ).
- Le vieux papier pourroit auffi fervir au même ufàge ; mais le déchet feroit trop confiderable \ on aime mieux le réferver pour la fabrique du carton, où étant travaillé moins long-temps & avec moins de force, 8c avec la même eau, il perd auffi beaucoup moins. D'ailleurs le papier qui a été collé, quoique paffé dans l’eau bouillante, donne encore à la pâte une vifcofité dont on doit fe garantir.
- Si les chiffons qui arrivent dans les fabriques fe trouvent être mouillés, on les fait fécher dans les étendoirs à papier ( dont il fera parlé art* iio) avant que de les donner aux Déliffeufes.
- Du Déliffage, ou du choix des chiffons.
- 13. Les chiffons étant bien léchés, paffent entre les mains des Dé-liffieufies bu Guilleres : ce font des femmes employées à ratiffer & à trier les différentes qualités de chiffons, ce qui s’appelle guiller en Auvergne, Sc en Angoumois déifier; elles font rangées dans une grande fille deftinée à ce travail, & pleine de ces vieux linges, affiles deux à deux fur des bancs.' Elles ont de deux en deux une grande caiffe partagée en trois cafiots, pour y mettre les trois fortes de chiffons qu’elles doivent diftinguer, les fins , les moyens, & les grofiiers ou bulles. Les fins font réfervés pour le papier de la première qualité, comme les groffiers fervent à faire le papier bulle ou gros venant, qui efl: la derniere forte de papier blanc qui fe fabrique dans nos Manufactures. Enfin le dernier rebut fe nomme le trafie.
- Chacune de ces Déliffeufes a un carton enveloppé d’une groffe toile, qui eft pendu à la ceinture 8c appuyé fur fes genoux, fur lequel, avec un long couteau bien aiguifé, elle défait les coutures lorfqu’il y en a, & ratifiée toutes les ordures ; tout ce qui peut s’employer après avoir été bien fecoué, fe diftribue dans les trois caffots, fuivant le degré de fineffe ; 8c la Déliffeufe jette le refte à fes pieds.
- g Ceux qui veulent mettre encore plus de loin dans le déliflàge, font jufi* qu’à fix cafés, pour fix fortes de chiffons, le fuperfin, le fin, les coutures de fin, le moyen, les coutures de moyen, & le bulle, fans compter les parties extrêmement groffes qu’on rejette totalement.
- Ce refte qui ne s’employe point à la fabrication du papier, fe nomme en
- (1 ) Nous parlerons ci-après de l’ufage qu’on pourroit faire de différentes matières pour le papier , art. 150. •
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- Auvergne 'boulongevn ; ce font de mauvaifes coutures ou du frizon ^ des raclures, des pattes roufles très-grolîîeres , des morceaux de vieilles fer-pillieres, de guêtres, de torchons ou de cordats ( c’efl la groife toile d’emballage des morceaux de laine ou de foie; tous ces rebuts forment la derniere forte de chiffon, qui ne doit s’employer qu’à faire les maculatures 8c les papiers gris dont on enveloppe les rames de papier blanc, les pains de fucre, ou autres chofes femblables.
- Lorfqu’on veut faire du papier gris ou bleu plus mince & plus délié; tel que celui qui forme rétreffë des cartes à jouer, celui qui enveloppe les dentelles, &c. on n’y emploie que des toiles groflieres, fans aucun mélange de drap ni de frizon.
- En Normandie,4es chiffons fe diftinguent feulement en trois fortes, qu’on' appellent le fin, le triage, le gros, & qui fervent également aux trois fortes de papier dont nous avons parlé.
- Au refte, l’emploi des Déliffeufes exigeant de l’attention, du difcerne-ment & de l’exactitude , on a foin de n’y placer que des perfonnes d’un âge mûr ; on ne fauroit le confier à des enfants.
- (La Planche I, repréfente des Déliffeufes affifes devant leurs caiffes, LM ,\ MN> NO divifées chacune en trois caffots i, 2,3 ; leur carton efl marqué du chiffre 4 ; le couteau dont elles fe fervent efl: repréfenté fur la droite en C,
- 14. Quoiqu’on ait repréfenté 3 caffots dans chaque caifïè, il y a des Manufactures où l’on n’en employé que deux, d’autres où l’on va jufqu’à quatre; on trouve en effet des Fabriquants qui prétendent que les précautions dans le déliffage ne font pas d’une grande importance, d’autres qui font perfuadés que le travail des Déliffeufes n’efl jamais affez exact, qu’il faudroit féparer les ourlets 8c les coutures, avoir égard à la groffeur de la toile, féparer celle qui efl: faite d’étoupe de celle qui a été faite de brin, la toile de chanvre d’avec la toile de lin, avoir enfin attention au degré d’ufure de la toile; en effet, fi l’on mêle enfemble du chiffon prefque neuf avec du chiffon très-ufé, l’un ne fera pas encore réduit en pâte, que l’autre fera déjà atténué au point d’être emporté par l’eau, & de paffer au travers du crin ; de-Ià un déchet confidérable dans l’ouvrage, une perte réelle pour le Fabriquant, & même pour la'beauté du papier; car les particules déjà emportées par le courant de l’eau font peut-être celles qui dévoient donner au papier le velouté &c la douceur qui lui manquent fouvent.
- Ce n’efl pas tout, les fécules dont la ténuité efl inégale produifent des papiers nébuleux, où l’on voit par intervalles des parties plus ou moins claires, plus ou moins foibles, des flocons qui fe font affemblés fur la forme, parce qu’ils n’étoient pas affez délayés pour s’unir avec des parties plus fluides. iy. Il
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- ry. Il faudroit donc piler à parc les différentes qualités de toiles, les ourlets & les fils de couture, parce que le fil à coudre n’eft jamais autant ufé que celui de la toile ; il s’affine plus difficilement, & forme des filaments dans le papier. Quand on auroit pilé à part les chiffons inégalement difpofés à la trituration, on pourroit alors, fans inconvénient, mêler enfem-ble ces différentes pâtes, qui fe trouveroient homogènes, chacune ayant été affinée pendant le temps qui étoit néceflàire à l’état du chiffon. Sans cette précaution l’on perdra toujours les particules les plus fines, & l’on verra toujours les plus grofîîeres altérer la belle qualité du papier.
- Cette grande précaution dans le déliflàge couteroit beaucoup ; mais il ne faut pas douter qu’elle ne produisît une différence totale dans la beauté du papier, fans nuire à fa bonté ; l’on auroit l’avantage de mêler une pâte qui doit faire la force du papier, avec une autre qui doit en faire la douceur & l’éclat, & l’on réuniroit ainfi des qualités, qui jufqu’ici exiftent fé-parément : le papier de France eft plus blanc, plus fort ; celui de Serdam plus homogène & plus agréable à la vue. Voy. art. 126.
- S’il y avoit des marchands qui fiffent un très-grand commerce de chiffons, ils feroient à portée d’obferver ces précautions, & de vendre fépa-rément toutes ces différentes qualités de chiffons. Il en feroit de même des gros Fabriquants, qui auroient à cœur la perfection de l’ouvrage ; à l’égard des autres, il ne leur eft gueres poffible de faire un fi grand choix : ils mettent pour le fin beaucoup de chofes qui ne devroient entrer que dans le moyen, & dans le moyen cse qui devroit être réfervé pour le bulle*
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- 16. Lorsqu’on a environ trente milliers de drapeaux, qui peuvent former deux mille rames dans les grandeurs moyennes, on entreprend une partie de papier, & l’on porte le chiffon au pourrifioir : l’on n’attend pas fi longtemps dans les petites Manufactures ; on peut commencer avec deux ou trois milliers de chiffons.
- Le plancher de la chambre des Déliffeufes ou des Guilleres eft percé, aufli-bien que l’appartement inférieur, jufques dans une efpéce de cave à moitié fouterreine où eft le pourriffoir ; cette ouverture eft garnie de planches qui forment comme un large tuyau ou une conduite par où l’on jette chaque forte de chiffon pour en faire des tas féparés fuivant les différentes qualités du papier.
- Dans certains endroits de l’Auvergne, le pourrifioir C, Planche I, n’eft qu’une grande cuve de pierre de taille deftinée à faire fermenter &, pour ainfi dire, pourrir les chiffons ; elle peut avoir 16 pieds de long fur 10 de large, 8c 3 de profondeur ; elle eft cimentée par les côtés, & non par le Papier. q
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- fond , 8c l’eau jettée fur les chiffons que cette cuve contient peut s’égoutter d’elle-même.
- L’eau eft amenée fur les chiffons par le moyen d’une autre cuve de tois B de y pieds en quarré fur trois de profondeur, qui en efl: tout proche ; celle-ci la reçoit du bachat-long, où elle coule par les repofoirs dont il .fera parlé, art. 27; ailleurs le pourriffoir efl une chambre voûtée dans laquelle on fait des tas de chiffons de 6 pieds en tout fens plus ou moins ; nous en parlerons plus bas*
- Quand le pourriffoir C efl plein de ces chiffons , on jette de l’eau par-deffus, jufqu’au haut pendant dix jours, 8c huit ou dix fois par jour fans les remuer. On les laiffe enfuite repofèr pendant dix autres jours plus ou moins, fans y verfer de l’eau ; on les retourne, & le centre vient à la furface pour faciliter la fermentation ; après les avoir retournés, on les laiffe encore quinze ou vingt jours en fermentation, enforte que le pourriflàge peut durer cinq à fîx femaines : le terme n’en efl point fixe ; mais lorfque la chaleur efl devenue affez grande pour que la main ne puiffe être que quelques fécondés dans l’intérieur, on juge qu’il efl temps de l’arrêter.
- Dans les moulins où l’on a peu de chiffons à employer, on les laiffe pourrir plus long-temps, parce que les amas étant plus petits s’échauffent moins, 8c plus difficilement ; ainfi l’on ne peut rien fixer fur la durée du pour-riffage. Il dépend aufli de la qualité du chiffon ; le linge le plus fin fe pourrit moins promptement que le groffier, & le linge ufé plus difficilement que le linge neuf, parce que l’humidité interne qui difpofe les fibres à la fermentation, efl plus confidérable dans le linge neuf ou groffier que dans le linge fin ou ufé. Lorfqu’il croît des champignons fur le monceau des chiffons, on eftime que c’eft la marque d’une bonne mouillée.
- U y a aufli des pourriffoirs en Auvergne qui ont dix ou douze pieds en quarré, & que l’on conduit d’une maniéré un peu différente ; on place le chiffon d’un côté feulement du pourriffoir ; on le mouille pendant quatre à cinq jours au moyen d’un réfervoir élevé au-deffus, 8c qui fe vuide vingt-quatre ou trente fois par jour ; on fufpend le mouillage pendant deux ou trois jours ; on recommence à mouiller une fécondé fois pendant quelques jours, & de même une troifieme fois : au bout de trois femaines ces chiffons étant affez mouillés, on fait un pareil tas dans l’autre partie du pourriffoir, que l’on mouille de même ; enfuite l’on retourne les premiers chiffons fur ces derniers, & on les laiffe fermenter {ans les mouiller davantage : lorfqu’une troifieme partie de chiffons mis à la place de ces derniers a été arrofée de même pendant dix-huit ou vingt jours, on tranff-porte de nouveau dans un endroit fec & féparé les premiers chiffons qui avoient été déjà placés fur les féconds, & c’eft-là où s’acheve le pour-riffage.
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- Xj. On a dans certaines Provinces une autre maniéré de difpofer les chiffons dans le pourriffoir: après les avoir imbibés d’eau, on en fait un tas dans un coin de la falle voûtée qui eft deftinée à cet ufage ; on les arrofe de temps en temps ; quand ils font fuffifàmment échauffés, on les tranfporte dans un autre angle de la même falle, enforte que ce qui étoit au-deffus du premier tas fe trouve deffous dans le fécond ; on a foin d’y jetter de Peau de temps en temps. Quand il s’eft échauffé de nouveau, on le tranf-porte au troifieme coin du pourrifloir, où l’on attend une nouvelle fer-mentation pour le porter dans le quatrième angle, obfervant toujours de mettre fous le tas les drapeaux qui étoient deffus le précédent, & d’arrofer fouvent ; car il en fuinte une eau rouffe dont il eft très-bon de délivrer les chiffons. A mefure qu’on vuide la mouillée qui étoit dans le premier, coin, on en forme une autre dans ce même coin, qui parcourt à fon tour les quatre angles du pourriffoir.
- * Ufage de la Chaux.
- 18. Il y a des Fabriquants qui, pour accélérer l’operation du pourriffoir J mettent de la chaux avec les chiffons. Peut-être qu’une très-petite quantité de chaux pourroit y être utile ; mais fi l’on en met trop, le chiffon attendri & corrodé fe réduira trop tôt en pâte, paffera par le couloir avec l’eau qui ne devroit en emporter que les ordures, & formera un déchet considérable. C’eft peut-être pour cela que les réglements qui doivent toujours prévenir les abus de la cupidité, Sc veiller à l’intérêt même du particulier, parce que l’intérêt public en dépend, ont défendu totalement l’ufage de la chaux.
- ip. Avant que de mettre les drapeaux en tas pour la fermentation, on a coutume en Angoumois de les mettre au mouilloir, qui eft une efpece d’auge en pierre de taille, dont le fond eft incliné ; on y établit un courant d’eau qui humeéle & pénétré les chiffons, emporte une partie de la craffe, & les difpofe à la fermentation 5 à peu près comme on le voit en C fg. 1 ; mais on ne les laiffe pas pourrir dans ce mouilloir,
- 20. Le pourriffoir eft une des parties fondamendales d’une papeterie J on juge communément en Auvergne, en voyant le pourriffoir, du bon état de la Manufaéiure. La chambre doit être voûtée, pour une plus grande propreté j d’ailleurs plus elle eft à l’abri des variations delà température, moins le Fabriquant eft expofe à fe tromper fur le temps où la fermentation
- doit être fuffifante; & par ce moyen elle n eft, ni interrompue ni précipitée.
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- Effets du - Pourriffoir.
- La fermentation ou le pourrifîàge rend le papier uni , caillé, doux, & lui donne du poids ; fi elle eft arrêtée trop tôt, le papier en devient crud, dur, léger, fort, mais exige plus de temps pour être travaillé; la fécule voltige & fe dépofe moins facilement; c’eft une matière fauvage fuivant le langage des ouvriers*
- On a cru obferver auflî dans une expérience faite à Montargis fur du beau chiffon qui n’avoit point été pourri, que la fécule étoit comme engagée dans une fiibftance vifqueufo, ce qui fempêchoit de fe précipiter uniformément fur la verjure ; cela prouveroit que le pourriffoir aide encore à dégraiffer le chiffon. Si d’un autre- côté on laifïoit le chiffon fermenter trop long-temps, il y auroit pour le Fabriquant un déchet con-fidérable, il faudroit beaucoup plus de matière pour une même quantité de papier, parce que les parties atténuées par la fermentation feroient trop promptement emportées par le lavage : fi enfin on laifïoit la mouillée s’échauffer encore plus long-temps, elle fe réduiroit comme en pouffiere, ou s’en iroit en fumée & en charbon.
- Quoique l’aétion du pourriffoir foit propre à abréger le travail du papier , & à faciliter l’opération du moulin, il y auroit plufieurs avantages à s’en paffer : s’il étoit poffible de détruire la liaifon & le tiflii des toiles, & de les dégraiffer fans en avoir auparavant corrompu la fubftance en les faifànt pourrir, fi l’on entreprenoit de réduire les chiffons en pâte fans employer la fermentation, le papier en feroit plus fort, moins caftant & plus blanc. Quelques Fabriquants difent que le pourriffoir donne, du moins à la furface de chaque chiffon, un œil jaunâtre, que le moulin ne leur ôte qu’avec peine, & n’ôte pas entièrement fi le chiffon eft trop pourri.
- Du moins dans l’état aéluel où l’on emploie généralement le pourriffoir, il feroit très-utile d’obferver les précautions que nous avons indiquées à l’occafion du déliffage, art. 14. Les chiffons qui font plus ou moins forts, plus ou moins ufés, réfiftent inégalement au pourriffage, les uns font déjà gâtés lorfque les autres n’ont pas encore éprouvé la première fermentation ; il faudroit donc faire pourrir enfemble des chiffons aflbrtis avec grand foin, fi l’on ne veut pas courir rifque d’altérer toute la mouillée par le mélange d'une portion de drapeaux trop différente de tout le refte.
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- De la Faux ou du Dérompoir.
- 21. La mouillée au fortir du pourriffoir fe porte au dérompoir ou à la faux ; c’eft une lame de fer tranchante, fixée verticalement fur un
- établi,
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- établi, ou dans une pierre, bordée ou environnée de planches en forme de .caifle D, de fix pieds de long fur quatre de large 8c deux de profondeur , comme on le voit en E, Planche I i le gouverneur ( c’efl: dans d’autres endroits un apprentif) F, afïïs devant cette faux , prend les drapeaux des deux mains , & les paiïànt derrière la faux les coupe par morceaux de deux pouces au plus de largeur ; après les avoir ainfi coupés, il les met dans des gérions G, ou petites cuves ou tinettes de bois , liées de cerceaux de fer ; ces gérions ont deux douves plus longues que les autres, oppofées diamétralement & percées de deux grands trous qui fervent à les porter plus aifément dans le moulin.
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- L’opération du dérompoir ou du coupoir eft néceffaire pour abréger Sc faciliter l’opération du moulin ; des lambeaux qui auroient une certaine longueur, ne pourroient être dépecés 8c déchirés qu’avec peine ; ils pour-roient fe loger entre les clous des maillets ou dans les coins des piles , & échapper à l’aétion des pilons.
- 22. Pour parvenir à couper les chiffons plus vite & plus également, on a employé quelquefois des machines, par exemple , une roue dont quatre rayons portoient des couteaux, 8c qui paffoient contre un autre couteau fixé parallèlement à la roue.
- M. de Genflàne a propofé auffi une méthode dont nous parlerons ( art.1 72 ) , à la fuite des Cylindres de Hollande qui lui en ont fourni l’idée. Mais nous devons avertir que la méthode de M. Genlfane n’a point été exécutée, 8c que les couteaux de la machine précédente ont été fracalfés en peu de temps.
- Du Lavoir.
- 23. Le chiffon étant pourri, 8c dérompu par le moyen de la faux, fè porte dans des bacs ; ce font de grandes auges de pierre ou de bois, dans lefquelles on établit un courant d’eau claire ; le gouverneur aidé de l’ap-prentif remue 8c agite le chiffon dans ces bacs pour le bien laver : il feroit encore mieux de les dégorger en les mettant dans de grandes piles, ou ils feroient frappés par de larges pilons de bois, qui ne feroient point armés de fer ; ces dégorgeoirs nétoyeroient mieux le chiffon , que ne
- ‘peuvent faire les ouvriers qui le remuent à force de bras; au refte l’opération du lavoir n’efl; pas ufitée en Auvergne, ce qui prouve qu’on peut à la rigueur s’en paffer, 8c trouver ce lavage dans l’aébion même du moulin que nous allons décrire.
- Du Moulin.
- 24. Les chiffons déjà préparés par la fermentation, par la faux & le; Papier^ D,
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- lavage, font en état d’être broyés, triturés, & réduits en une pâte claire * par le moyen des pilons, ou par le moyen des cylindres, fuivant l’ulàge de chaque pays: en Auvergne on s’eft toujours fervi des marteaux ou-pilons ; en Hollande, on fe fert plus communément des cylindres : cette derniere méthode eft plus prompte, mais peut-être plus compliquée & plus dilpendieufe ; ce font-là les feules raifons qui ayent pu l’empêcher d’être généralement adoptée : notre objet eft de détailler les deux procédés , chacun féparément, & comme s’il étoit feui, après avoir parlé de la diftribution des eaux dans l’intérieur d’un moulin.
- Dijlribution de Veau dans les Moulins.
- La Planche IL repréfente le local d’une des plus belles Fabriques qu’il y eût en Auvergne, au temps où feu M. des Billettes travailloit à la delcription de cet art; elle eft placée en un lieu nommé la Grand-rive, dans la plaine du Livradoir, arrofé de la Dore, petite riviere qui fe jette dans l’Ailier environ à huit lieues de Riom ; fes moulins font fitués à la chute d’une très-grande quantité d’eau, qui fort d’entre des montagnes fort lerrées, pour aller fe perdre dans la Dore. Nous ne changerons rien à cette ancienne defcription ; mais nous ferons obferver les chofes ou il y auroit de l’avantage à pratiquer d’autres dilpofitions, D’ailleurs la fituation de chaque moulin demande prefque toujours des1 variétés dans les différentes parties.
- Les eaux font conduites à la Papeterie par un canal A fait exprès, de quinze toifes de long fur cinq pieds de large, garni de fortes planches, tant par les côtés que par le fond ; on y fait entrer plus ou moins d’eau au moyen d’une vanne ou éclufe, qui eft à la première entrée du canal, mais qui n’a pu être repréfentée dans la figure.
- La plus grande partie de l’eau eft deftinée pour le mouvement de la roue du moulin; le refte fe diftribue dans les autres parties de la Papeterie, où elle eft également néceflàire. La première eau qui s’échappe du canal, environ fîx à fept pas au-deffus des roues , comme on le voit en B, paffe au travers d’un panier d’ofier ; elle eft conduite par une rigole C aux deux repofoirs E & /, qui font formés avec des planches de chêne, de deux à trois pouces d’épaif-feur, & fortifiés par des pièces de même bois mifes debout dans les angles. Le plus grand E de ces deux repofoirs a douze pieds de long fur cinq de large & trois de profondeur ; l’autre repofoir I n’a fur la même profondeur que fix pieds en quarré. Le grand repofoir reçoit l’eau immédiatement du canal A , par la rigole C qui aboutit à une canoniere D, ou caille de bois quarré, placée au dedans du repofoir, dont elle doit excéder de deux pouces la hauteur ; cette canoniere, repréfentée féparément en M, eft compofée de trois planches, dont deux font appliquées à l’une des
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- planches du repofoir > & la troifieme en forme l’affeinblage ; le repofoir lui-même tient lieu de la quatrième. Celle des trois qui eft oppofée à la rigole, ne defcend qu’à fix pouces près du fond du repofoir ; une des deux autres touche à ce fond, & la troifieme n'en eft qu’à deux ou trois pouces : l’ufage de cette canoniere eft de retenir la force du courant d'eau qui entre en B, & de faire précipiter dans le fond du repofoir le fable fin qu’elle pourroit avoir charrié ; comme le panier fert à arrêter les pierres, les herbes, ou autres immondices plus groflîeres.
- 26. Quelquefois on pratique une fuite de repofoirs ou de grands timbres de pierre, dans lefquels l’eau coule de fuperficie, & paife de l’un à l’autre pour avoir le temps de dépofer peu à peu dans chacun de ces tim^, bres ce qui lui reftoit d’immondices.
- On ne voit dans la Planche I, qu’un petit repofoir / placé au-deftous du grand, dont il reçoit l’eau par une ouverture Fy également garnie d’une claie ; dans certaines fabriques on place aufîi dans les dernieres iiïues de l’eau des tas de chiffons, de diftance en diftance * pour retenir mieux le fable fin, dont on ne fauroit trop fe garantir, & filtrer, pour ainfi dire, comme dans autant de chauffes , toute l’eau qui doit fervir à la formation du papier. «
- L’eau qui coule dans le petit repofoir, y arrive aufll par une rigole G ; & débouche dans une autre canoniere //, qui eft dans le petit repofoir ; il y a encore à l’extrémité du petit repofoir une grille de fer K, de neuf pouces en quarré, dont les fils font très-déliés & très-ferrés, tout ainfi que la verjure des formes ( dont nous parlerons art. 75 ). C’eft au travers de ce tamis de métal que coule toute l’eau du petit repofoir, le long d’une rigole qui la conduit à l’intérieur du moulin pour y arrofer les drapeaux , ( art. 48. ) qui ne la reçoivent par conféquent que dans la derniere pureté. Ce qui prouve bien la nécefîîté de toutes les précautions dont nous avons parlé, c’eft qu’au bout d’un certain temps on trouve du limon 8c de la vafe en forme de fédiment au fond de tous les timbres , & de tous les vafes que l’eau a parcourus.
- 27. Pour parvenir à cette clarification parfaite, on a fait pratiquer, lors de l’établiffement de la Manufaélure de Montargis,un puifàrd, dans lequel l’eau ne parvient qu’après avoir traverfé plufieurs compartimens, dont l’un eft rempli de cailloux, l’autre de gros fable bien lavé, le troifieme d’un fable plus fin, encore bien lavé ; cette eau ainfi clarifiée y eft élevée par des pompes dans un réfervoir, d’ou elle fe diftribue par-tout ou il eft né-ceflàire. Peut-être c es compartiments de fable font-ils la eau fe de ces graviers qu’on a reproché quelquefois au papier de Montargis ( art. 141
- D ailleurs une eau élevée par des pompes ou des godets eft toujours trop agitee, trop battue pour pouvoir affez tôt fo clarifier. Il faudroit du moins
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- que Ton eut un réfervoir aiTez grand pour que l’eau y féjournât longtemps , quelle pût s’y épurer, y dépofer fon gravier avant que de couler fur les chiffons. Il ffy a qu’un feul inconvénient dans cette pratique; mais il n’empêche pas qu’elle ne foit la meilleure : on fait que ces fortes de réfervoirs £e troublent quelquefois en Eté, lorfque le temps eft dilpofé à l’orage, fans autre caufe apparente ; dans ces circonflances l’eau même du baffin n’auroit pas la limpidité néceffaire pour faire du papier.
- De la qualité des Eaux.
- 28. Les eaux les plus claires font les meilleurs à caufe de la propreté, fi recommandée dans la fabrication du papier. Les eaux qui diffolvent le mieux le làvon, font encore les plus propres à ces travaux, dans lefquels il s’agit de dégraiffer les chiffons, Sc de diffoudre parfaitement la colle qui eft aulîî une fubftance graiffeufe. Les Papetiers difent que les eaux les plus battues, Sc celles qui viennent de loin font un papier plus caillé, c’eft-à-dire plus ferme, & plus fourni de matière; fi cela eft, c’eft probablement parce que ces eaux ont eu le temps de dépofer mieux le limon, & les parties hétérogènes qui pouvoient s’y trouver, & que s’étant plus chargées d’air par le mouvement, elles diffolvent mieux les graiffes Sc le fàvon.
- On doit éviter les eaux qui font fujettes à fe troubler par les pluies, Sc celles qui coulent fur un terrein fangeux, On doit éviter auffi de placer une Papeterie au-deffous des Manufactures, des Ufines ou des autres machines, qui faifimt ulàge de la même eau auroient pu lui communiquer une qualité défectueufe. Les eaux des pluies & des étangs diffolvent très-bien le favori ; ainfi on peut les employer pour le papier, fi elles font bien épurées.
- 29. La plus grande partie de l’eau du canal A, dont nous avons parlé ( art. 25 ) , eft deftinée pour le mouvement de la roue qui leve les pilons. L'eau paffe d’abord à travers un râtelier de bois iV; le canal eft continué par deux auges O Sc P, qui placées bout à bout defeendent jufqu’à atteindre de fort près la circonférence de la roue. L’auge O, qui eft la première fous le courant de l’eau, ou du côté du râtelier, fe nomme ordinairement première gorge ou gorgere ; la fécondé P, qui tombe plus perpendiculairement fur les aubes de la roue, fe nomme chanée ètriere. Elle tient à la gorgere O , par de grands crochets appellés des eneloues ou -encloufes ; Sc elle eft mobile en bas comme une bafcule, pour laiffer échapper l’eau, quand on n’en a plus befoin, Sc la détourner de deffus les aubes ^de la roue. En conféquence cette chanée ne doit être foutenue que par un crochet, contre un pilier ou montant de bois élevé près du mur; on auroit pu employer tout autre moyen pour faciliter le dégorgement
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- lorlqu’on veut arrêter le moulin.
- Cette eau, tant par là chute que par Ion poids, fait tourner la roue R, dont l’arbre même, fitué horizontalement dans l’intérieur du moulin, éleve les pilons qui doivent réduire le drapeau en une pâte très-fine, pour former du papier.
- Manufacture fituée en plaine»
- 30. Après avoir expofé la fîtuation d’une Papeterie placée aux pieds des montagnes, nous allons en décrire une qui eft fituée dans la plaine, où fart eft obligé de fuppléer à ce que faifoit la nature feule dans le premier cas. Le meilleur modèle que f on puifle choifir eft la Manufacture de Langlée, près de Montargis , dont les differentes parties ont été difpofées avec tout le foin Sc toute la magnificence qu’il étoit poflible d’y mettre t elle eft fituée près du canal de Montargis j où elle prend toutes les eaux qui lui font nécelfaires.
- La Planche III, contient & le plan & l’élévation du bâtiment; on voit dans le milieu du plan une branche A du canal, par laquelle l’eau entre dans un baflin de réferve, d’où elle fe diftribue par les ilfues B B, dans deux cour fier es pour faire tourner les deux roues des moulins. La difpo-fition des lieux n’a pas permis d’avoir beaucoup de. chute, enforte que les roues ont moins de force qu’il n’en faudroit pour leur première deftina-tion : on peut remarquer auffi que l’eau à fon arrivée dans la courfiere ^ & vers les empêlements, auroit dû être un peu plus au large, afin de baifler moins après avoir paffé les empêlements : il faudroit enfin que les iflues fuflent plus dégagées; le mouvement de l’eau en feroit plus prompt Sc la force plus grande.
- On voit en C, dans la partie droite de l’atteîier, une de ces roues, qui eft mue dans une courfiere par le moyen de l’eau qui coule de B en C9 Sc fe décharge en X. Indépendamment des cylindres que cette roue met en mouvement ; elle porte une manivelle à l’extrémité de fon axe; cette manivelle donne le'mouvement aux pompes, par le moyen d’une tringle qui va jufqu’au bâtiment de pompe D, que l’on voit auffi en d dans l’élévation ; l’eau ne s’infinue dans le puilard, qu’après avoir été filtrée au travers de plufieurs lits de cailloux ;( art. 27 ) c’eft-là que deux pompes foulantes & afpirantes, puifent fans celle de l’eau pour remplir le réfer-voir, qui eft dans la partie la plus élevée de l’atteîier des moulins.
- Ce réfervoir n’eft foutenu que par une charpente, parce qu’il a été fait après coup; il auroit pu être placé fur une voûte, Sc occuper une très-grande longueur ; quoi qu’il en foit, dans fon état aétuel il a trentre-trois pieds de long, il eft doublé de plomb, Sc l’eau qui y féjourne y dépofe la plus grande partie de fon gravier 5 s’il étoit encore plus étendu, l’eau y fejour-Papier* E
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- neroit plus long-temps, & s’y clarifieroit encore mieux. II eût été même plus avantageux de prendre leau à une lieue de là, dans une partie du canal de Montargis, plus élevée & plus voifine du point de partage; on auroit évité le travail des pompes, qui agite l’eau & qui la trouble ; on l’auroit amenée facilement par des conduites en poterie, qui à quatre pouces de diamètre, ne coûteroient gueres que vingt livres la toile.
- L’eau du réfèrvoir le diftribue par de petits tuyaux de conduite fff t qui régnent le long des murs, non-feulement dans les cuves à cylindres E E qui en font affez voifine's (54)* mais encore dans les cuves à ouvrer EF, (art. 81 ) ; la partie gauche de l’attelier a un pareil réfèrvoir ; mais il eft plus petit, comme on le dira, art. 64.
- 3r. Le bâtiment eft diftribué de façon, que la matière du papier, dans les différents états par lefquels elle doit paffer, faive l’étendue du bâtiment, qui eft de plus de cent toifes, en commençant par l’aile gauche où les chiffons le préparent, jufqu’à l’aile droite où le papier étant fini fe plie & fe met en magafin; nous n’avons repréfenté dans le plan des bâtimens, que les parties les plus néceflàires à l’intelligence de l’art qu’il s’agiffoit ( de décrire ; dans l’aile gauche, c’eft-à-dire, celle qui eft à gauche lorfqu’on regarde le plan, nous avons choifl l’entrefol, où fe trouve la falle du dé-liflàge ; dans la partie du milieu nous avons pris le raiz de chauffée, parce qu’il renferme le pôûrriffoir avec l’attelier des moulins & des cuves ; dans l’aile droite, nous avons pris aufti le raiz de chauffée, qui comprend les faites du pliage; on y voit les tables T, dont il fera parlé, art. 114. les preffes HH,Iq marteau V qui fert à donner le dernier apprêt ( 117}, & les piliers K, qui fervent à foutenir les planchers.
- 32. Quant au refte du bâtiment, le raiz de chauffée de l’aile gauche fert aux atteliers & aux magafins de charpente & de menuiferie; le premier étage des deux ailes, qui eft en forme de manfàrde, fert à étendre le papier feuille à feuille après la colle ( 107) ; c’eft-là le grand étendoir qui régné dans tout le bâtiment, 8c occupe le premier étage du grand corps de logis. Le fécond étage en manfàrde du grand corps de bâtiment, fert à étendre en pages avant que le papier foit collé ; c’eft-là le petit étendoir ( py L’entrefol dans l’aile droite, fert de magafin pour les papiers qui font ab-folument finis & pliés en rames ( 122). A l’extrémité des deux ailes, le premier étage eft deftiné aux logements des Propriétaires, des Intéreffés & des Direéleurs de la Manufacture.
- Hors de l’enceinte dès bâtimens que nous venons de décrire, il y a auffï deux corps de bâtiments pour les logements d’ouvriers ; & dans une des extrémités de l’enceinte, il ÿ a un pavillon deftiné feulement pour l’opération de la colle ; il a foixante-quatre pieds fur quinze dans oeuvre ; Une moitié du raiz de chauffée fuffit àcoller le papier (100) ; Pautre moitié
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- L E P A P I E R, tp
- fert à décoller les papiers défeélueux que Ton eft oblige d*e refondre ( 121); & la manfarde de ce pavillon eft deftinée toute entière au maga-fin des rognures qui fervent à la colle (98, 106),
- De la Roue ÔG des Maillets.
- 33. La chanÊE étriëre dont nous avons parlé ( art. 29 ), recevant toute l’eau du canal, la dégorge fur une grande roue deftinée à mouvoir les maillets ; cette roue peut être de différents bois & de différentes dimem* fions fuivant les circonftances & les lieux.
- Celle qui eft repréfentée en A A, Planche IL fig* 2, a fept pieds & demi de diamètre; elle eft faite en lapin, mais enarbrée par le centre fur une grande piece de bois de chêne H Hy de vingt-huit pieds de long , arrondie, ou taillée à pans, ayant treize à quatorze pouces de diamètre, à la réierve d’une tête T, d’un pied & demi d’équarriffage, dans laquelle font affemblés à mortaifes les bras B de la roue qui fe croifent l’un l’autre au milieu par des entailles. Sur l’extrémité de chaque bras eft fixé le milieu d’une jante ou courbe telle que E s d’environ un pied de large fur trois pouces d’é-paiffeur, qu’on affujettit fortement fur ces bras par des coins F, ou clavettes de bois qui chaffent la courbe vers le centre ; les quatre courbes en-femble font la circonférence interne de la roue, au - deffus de laquelle s’élèvent vingt palettes ou volets Z), qu’on nomme alives, y compris les quatre qui font formées en M par les extrémités même des bras; toutes ces alives ont aufîi un pied de large; il y en a feize qui font penchées ou inclinées fur le rayon & fur les courbes, au lieu que les quatre alives M> reftent perpendiculaires, à caufe de la facilité qu’on a de les trouver toutes faites aux extrémités de chaque bras. Tout cela eft revêtu à droite êc à gauche de chanteaux ou jandlles telles que C, C 5 ce font des planches de lapin, qui fuivent la courbure de la roue > & qui étant attachées par des chevilles aux jantes de la roue, forment comme autant de petites auges ou efpeces de godets y qui reçoivent l’eau du canal, 8c mettent la machine en mouvement. Il paroit qu’une roue plus grande que celle-là f qui auroit un plus grand nombre d’aubes, & qui recevroit l’aétion de l’eau par la partie fupérieure, auroit plus d’avantage ; mais ce font les circonftances locales qui déterminent ordinairement ces détails, 8c nous nous r en lomrnes tenus à cette égard aux figures qui avoient été gravées au-1 trefois.
- 34. L’arbre tournant qui traverfe la roue,fie nomme indifféremment lô grand arbre ou Y arbre des chevilles, parce qu’il porte les cames ou manto* nets ; il eft repréfenté en S dans la fig. I , & en H dans la fig. 2 ; il eft terminé par des tourillons, ou pivots cylindriques de fer, qui y font encaftrés
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- 30 ART DE FAIRE
- profondément, & garnis de bonnes frétés ou cercles de fer, qui les fortifient & les entretiennent; ces pivots de fer portent dans des grenouilles de laitori, telles que /, fig. 2, fuivant la réglé des bons ouvriers, qui eft de ne pas faire frotter le cuivre fur du cuivre, mais du cuivre contre du ferries grenouilles font portées chacune fur deux dormants, le petit dormant /, étant pofé fur le gros dormant K, qui lui-même eft pofé fur un malfif O de maçonnerie. Le long de Varbre 5*, font pofés de diftance en diftance 72 mantonets, ou cames de bois blanc, qui ont trois ou quatre pouces de faillie, telles que 1 & 2, fig. r , & P P, fig* 2 ; ces mantonets font placés de façon qu’il y en ait toujours dans la circonférence quatre' qui répondent à chaque maillet, afin de l’élever quatre fois à chaque tour de la roue, & de le laiifer tomber autant de fois dans le creux de piles où la pâte doit être triturée.
- 3y. L’arbre des piles, qu’on appelle en Auvergne Varbre des lachats , ,eft une groffe piece de bois de chêne d’environ vingt-trois pieds de long fur deux pieds d’équarriflàge 5 c’eft dans l’épaiffeur de cette piece de bois que font taillés fix creux de piles, diftants par les bords de fept à huit pouces ; ces creux de piles, qu’on nomme en Auvergne bachats, font éva-fés par le haut, & ont une figure ovale de trois pieds fur un & demi ; leur profondeur eft d’un pied & demi, & ils vont en diminuant par une efpece de dégradation & de courbure, telle que le fond n’a plus qu’en-viron deux pieds fur fept à huit pouces de l’arge. Dans l’Angoumois les piles n’ont toutes qu’environ treize pouces de profondeur, & deux piedè ou deux pieds & demi de largeur.
- 3 6. Le fond des creux de pile eft couvert d’une platine'de fer d’un ou deux pouces d’épaiffeur, qui y eft fixée par quatre gros doux qu’on nomme agrafes, de trois pouces Sc demi de long ; ces platines font quelquefois de fonte, quelquefois de fer battu ; l’Auvergne dre les fiennes des martinets (x) de Vienne ou de Nevers. Cette platine de fer a quelquefois l’inconvénient de fe rouiller quand les piles font vuides, & d’occafionner des taches au papier ; il feroit par conféquent très-utile d’employer une matière plus dure Sc moins fujette à la rouille : telle feroit une forte femelle de cuivre & d’étain, compofition qui ne fe rouille point, & dont on verra que fe font les platines ( art. ) : au défaut de cette relîource, on a foin de commencer par faire du papier commun dans les piles qui fe font repofées quelques temps, Sc dont les fiemelles peuvent être rouil-lées, pour les nettoyer ainfi avant que d’y travailler du papier fin.
- 37. La plupart des moulins font compofés de fix piles, trois qui effilochent, deux qui affinent & une qui affleure ; mais il y a auflî des moulins de cinq Sc de quatre piles. La forme varie aufll-bien que le nombre ;
- (1 ) Les martinets font les marteaux des grandes forges de fer, <
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- j’ai vu des moulins, donc les piles avoient trois pieds deux pouces, fur deux pieds & un pouce, fe réduifant en forme de talut d’un feul côté à un pied neuf pouces de long, fur neuf pouces de large dans le fond ; cette forme des auges n’eft point indifférente , la pâte devant y circuler & y être (ans ceffe retournée pour que la trituration foit régulière , la forme dont je viens de parler peut être préférable , en ce qu’elle facilite ce retourne-, ment continuel des chiffons. Dans un Mémoire envoyé à l’Académie de Befànçon, à l’occafion du prix qu’elle apropofé en 17J9 fur cette matière^ il eft parlé d’un moulin ou l’on a fait toutes les auges en pierre, pour éviter les fàletés que le bois fournit en s’altérant, & fe détruifant par des frottements continuels ; mais il feroit bon de lavoir fi l’expérience eft favorable à cette pratique.
- 38. Les maillets, marteaux, ou pilons, Planche IV jig. 3 , font des pièces de bois de fept pieds quatre pouces de long AA; la partie JS, qui eft: proprement le marteau a environ trois pieds & demi fur fix pouces d’équar-riflàge : elle eft emmanchée à onze pouces près de fon extrémité fupérieure par une mortaife de fept à huit pouces de long, fur environ un Sc demi de large, & le manche qui la traverfo par cette mortaife, y eft ferré par deffus avec un coin de bois X. Il y a trois fortes de maillets qui différent par leur forme comme par leur ufàge, & qui agiffent dans trois ordres de piles appellées en Auvergne, piles-drapeaux, pilesffioran , pile de U ou* vrier, & en Angoumois piles à éfilocher, à affiner, a affieurer. Les trois premières piles les plus proches de la roue, qui font les piles-drapeaux $ ont leurs fix maillets fortifiés par des liens ou des viroles de fer, & gar-« nis de vingt clous de fer, qui ont cinq pouces de long, & environ urt pouce fur fix lignes de bafe, pointus & tranchants, deftinés à hacher les drapeaux ; le nombre de ces clous va quelquefois jufqu’à quarante. Les douze maillets fuivants qui agiffent dans les piles-floran, ont des clous à tête plate en forme de coins, femblables, fi l’on veut, aux larmes ou gouttes de l’ordre dorique ; ceux-ci ne peuvent que piler & broyer ; ils fervent à la quatrième & à la cinquième pile deftinées à affiner. Les trois maillets de la fixieme pile, appellée pile de Vouvrier ou 'pile a affieurer, n’ont aucune garniture de fer ; leur tête eft Amplement de bois, & ils ne fervent qu’à délayer la pâte, lorfqu’on veut l’employer. ( voy. art. 74. ) En Angoumois^ les maillets à éfilocher font garnis d’environ 48 clous, qui pefont enfomble 12 livres ; les maillets à affiner ont un plus grand nombre dè' clous que les maillets à éfilocher 5 néanmoins on finit quelquefois avec les maillets à éfilocher qui ont été altérés par un long ufàge. Quand les moulins tournent bien, chaque maillet frappe environ 40 coups par minute.
- En 1746, M. du Ponty propofà des pilons, dont l’armure étoit d’und feule piece de fer cannelée ; l’épreuve en a été faite depuis en 1749, à Papier* E
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- Etampes où, quoique les eaux ne foient pas propres au beau papier , elle réuflït très-bien, Si Ton vit que la durée de l’opération en étoit fenfible-ment diminuée.
- L’extrémitép, ( Planche IV ) qui paffe au-delà de la tête du maillet eft celle que lèvent les chevilles du grand arbre ; elle eft garnie d’un lien ou virole de fer a y Sc porte en delTous une petite platine p, auiîi de fer, longue de huit à neuf pouces, fur de^x de large, & deux lignes d’épailfeur, qu’on nomme éperon ; il eft repréfenté féparément en D. Cet éperon eft ferre forcement à la tête du manche par la virole a, au moyen de deux coins i Sc 2 , qui font chaffés l’un à droite, & l’autre à gauche ; il fert à recevoir l’aétion des chevilles qui font lever le maillet: fans l’éperon, la tête feroit bien-tôt ufée. L’autre extrémité, ou la queue du maillet, eft auiîi garnie d’un lien de fer a, bridé par un coin de bois, marqué 3 , pour empêcher que cette partie n’éclatte en tournant fur l’axe Y. Cette extrémité eft encore en-, taillée pour recevoir les crochets qui doivent tenir les maillets élevés, lorfqu’on ne veut pas qu’ils battent, cette opération fe fait de la maniéré fuivante : Trois crochets, qu’on appelle crochets des grippes de devant, marqués chacun d’une étoile dans la figure 3 , font deftinés à accrocher les queues des marteaux; une piece de bois E, nommée Vengin qui fert de levier, porte vers fà tête une virole à jour e, qui embraiïe le levier, Sc peut embraffer encore l’extrémité de la queue du marteau, à l’endroit ou elle eft entaillée ; l’Ouvrier fàifit donc cette entaille A, avec la virole e ; & appuyant fur l’extrémité du levier, il la ramene jufqu’au point d’y placer le crochet ; alors le maillet fe trouve élevé hors de la portée des chevilles du grand arbre qui continue de tourner.
- 39. Chacun de ces maillets tourne en forme de bafcule autour d’un axe *F, jig, 1 & 3 , Sc pour cet effet il eft reçu dans une piece de bois appellée grippe de devant; (on fuppofe que l’arbre de la roue qui eft au fond, fait le derrière du moulin; ) chacune de ces grippes de devant, qui reçoivent les queues des marteaux, eft une piece de bois comme E, jig. 1 Sc 2, & F jig. 3 , qui a trois pieds Sc demi de haut fur deux pieds Sc un pouce de large , Sc fix pouces d’épaiffeur ; les grippes font efpacées à un pied dix pouces les unes des autres ; elles ont chacune trois entailles en maniéré de cre-naux,de la largeur néceffaire pour recevoir les queues des maillets, qui y font contenues comme en une efpece de charnière par le moyen d’une bonne cheville Z, qui eft un gros boulon de bois de chêne, doux, & coupé depuis deux ans, qui traverfe toute la largeur de la grippe Sc les queues des trois maillets qui fervent à une même pile. Au milieu de la hauteur de chaque grippe de devant font fufpendus par des anneaux les trois crochets, c9 r 9 o y qui fervent à élever les maillets comme on l’a vu, (art. 38.)
- Les fix grippes de devant font implantées à tenons & à rnortaifes dans
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- L E P A P I E R. 2 3
- une piece de charpente E E ,fg. i & 2, couchée fur terre à trois pieds 8c demi de l'arbre des piles; & pour empêcher que ces grippes ne déver-fent par le haut en s’écartant de l’arbre des piles, elles font fixées par des chevilles grofles comme le bras, marquées 1 8c 2, (fig. 3 ) fur le tenon de la grippe F-
- 40. Comme les maillets font fort longs, 8c qu’ils pourroient le détourner à droite ou à gauche, ou fe choquer mutuellement, ils font contenus près de leur tête par d’autres pièces de bois appellées grippes de derrière , femblables à celles que nous venons de décrire, mais auxquelles il n’y a ni trous, ni crochets, parce que leur ufage ne confifte qu’à conferver la direction des maillets pendant leur élévation 8c leur chute, 8c les obliger à préfenter toujours la tête aux mentonets du grand arbre. Ces grippes de derrière font marquées e e , fig. 1,2 8c 3 ; elles font portées &4aiTemblées par une grande piece de bois, couchée entre le grand arbre & l’arbre des piles, femblable à celle qui porte les grippes de devant.
- 41. Les trois marteaux qui agiffent dans une même pile, font égaux pour la hauteur ; mais ils different un peu quant à l’épaiffeur : le plus épais oa le fort, a cinq ou fix lignes de plus que le foible, & il eft placé du côté où l’auge reçoit l’eau ; il commence à hacher le drapeau & le renvoyé au marteau oppofé qui fe nomme le foible ; celui-ci le renvoyé au marteau du milieu, qu’on appelle Amplement le milieu. Ge dernier hache la matière aufii-bien que les autres j mais il la comprime auffi pour forcer l’eau à s’égoutter au travers de la toile de crin dont nous parlerons, art. 48.
- Les chevilles du grand arbre qui répondent aux maillets forts, ont quatre pouces ; celles des moyens ont trois pouces Sc demi, & celles des foibles trois pouces feulement ; les levées de ces trois maillets font de trois pouces & demi, trois pouces & deux pouces 8c demi, ce qui augmente encore l’inégalité de leur force. C’eft cette inégalité qui fait piroueter ou tourner le chiffon dans les piles, afin qu’il foit mieux battu?, foulevé & retourné, au lieu d’être fimplement foulé contre le fond des piles. Quelques Papetiers croient que c’eft-là un fecret dont ils {ont en poffeffion; mais cela eft connu par* tout où l’on fait travailler.
- 42. Le Bachat-longy HH>fig* T 8c 2, eft une longue piece de bois creu-1
- fée en forme de gouttière, fufpendue au maflif du mur par des crochets Ij _______ ^
- au-deflus du grand arbre. Le baehatAong reçoit l’eau du petit repofoir qui \ eft au-dehors du moulin, dont on a parlé, ( art. 2j ) 8c la tranfinet aux trois bachajjons par le moyen de trois petites gouttières marquées 2,2*
- 43. Les Bachaffons font trois petites auges d’un pied & huit pouces de long fur dix de large & fix de profondeur, qui font placées de niveau aux -creux de piles ; les planches jie^ces trois bachaffons ont un pouce d’épaif-
- feur, & deux petites avances ou talons pour les appuyer contre les grippes :
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- *4 ART DE FAIRE
- chacun de ces bachaflbns, K ,jig. 2, efl: placé entre deux piles auxquelles il donne de l’eau par deux chanelettes ou tuyaux de bois, placés aux deux extrémités fopérieures de chaque bachaflon, & marqués 3 , 3 , qui avan~ cent de deux pouces fur les creux de piles.
- 44. Sur chaque bachaflon, il y a encore un autre petit bâchât , nommé couloir ou civiere, formé de quatre planches, dont le fond n’efl; qu’une étoffe claire de laine ; ce couloir fert à retenir les ordures que l’eau pourroit avoir charriées, & qui entreroient dans le bachaflon*
- Si l’on fait la récapitulation de ce que nous avons dit, dans les articles 25 & 27, on verra que l’eau n’arrive aux creux de piles, qu’après avoir pafle par un panier du canal, par une canonnière , un panier du grand re-pofoir, par une canonnière & une grille très-fine du petit repofoir > fouvent au travers de plufieurs tas de chiffons, & enfin par le couloir du bachaflon : toutes ces précautions font utiles ; on ne peut jamais en employer trop lorfqu’il s’agit de la propreté de l’eau qui doit arrofer les chiffons & entrer dans la Formation du papier.
- Nous avons dit que les bachaflbns dévoient être de niveau avec la furface fopérieure de la piece où font creufées les piles ; par-là ils fo dégorgent dès qu’ils font pleins, & les bachats ont une eau fuffifinte, fans en recevoir au-delà ; le furplus y feroit préjudiciable : ce n’eft point par la furface & par les bords que l’eau doit fortir des creux de pile ; elle entraîneroit la matière du papier : mais c'efl: par une ifliie inférieure dont nous parler rons, art. 48.
- 45. Toute la charpente de ce moulin, lavoir l’arbre des chevilles & fes dormants, l’arbre des bachats, les grippes & les maillets ; tout cela, dis-je f efl: pofé fur plufieurs pièces de bois de chêne, enterrées au niveau du raiz de chauffée, & fo nomme le char du moulin ; le gouverneur efl chargé de diriger toute cette partie ; c’eft-là le premier en titre des fix ouvriers qui s’employent dans les bonnes Papeteries d’Auvergne ; nous parlerons foc-ceffivement des cinq autres, qui fo nomment ouvreur, coucheur, leveur f vireur & faleran. L’une des fonélions du gouverneur eft de laver & rincer plufieurs fois tous les matins, les piles, les maillets > les couloirs, & tous les uftenciles du moulin;cela fo fait avec une petite cuvette H, toujours pleine d’eau très-nette, & qu’on nomme le rinçoir. Il faut même rincer quelquefois dans la journée , quand il arrive que quelque partie de l’ouvrage rejaillit fur les maillets , ou fur les bords des piles. Il arrive auflî quelquefois, foit par la quantité d’eau qui ne s’écoule pas aflez, foit parce que le moulin va trop lentement, que les bachats fo rempliffent trop Sc «que la pâte reflue par-deffus ; alors le gouverneur la laifle fur le bord des bachats jufqu’à ce qu’il faille remonter, & ne les rince qu’à mefore qu’il remonte ; quelquefois aufli elle fo répand du bord des piles jufques fur
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- le plancher du moulin, fans avoir pafTé par les trous du fond de ces piles ; c’eft un inconvénient qu’il faut éviter avec le plus grand foin ; Sc c’eft-là le devoir du gouverneur : pour empêcher auflî la perte des matières qui rejaillirent des mortiers, on place fur l’arbre des piles & entre les grippes de derrière, des bouts de planches qui y font attachés Sc qui en garnirent les intervalles.
- 46. Le gouverneur doit prendre garde que le fer Sc le bois des maillets foient bons, Sc qu’il ne s’en détache ni efquilles, ni rouille, ni éclats , qui puiffent gâter la pâte ; on doit aulïî écarter les mouches avec foin : c’eft faute d’attention dans ce genre qu’on voit fi fouvent du papier où il fe trouve des corps étrangers : pour une plus grande propreté, l’endroit d’une Papeterie où fe trouve le moulin, ceux où font établies la cuve de l’ouvrier Sc celle de la colle, devroient toujours être voûtés.
- 47. Le gouverneur doit être attentif à la pluie, même pendant la nuit ; car s’il furvient une pluie affez forte pour troubler l’eau, on eft forcé de difcontinuer le travail ; l’ouvrage feroit moins pur & moins beau. Alors le gouverneur eft obligé d’aller détourner les gorgeres du canal qui porte l’eau fur les alives de la roue, aufli-bien que celui qui en fournit au ba-chat-long. On feroit étonné en voyant ce gouverneur s’éveiller à point nommé dès qu’il pleut un peu fort, dans les montagnes d’Auvergne ; mais tout ainfi qu’il eft accoutumé à s’endormir au bruit des maillets, qui eft toujours réglé Sc uniforme, de même il eft réveillé auffi-tôt que la pluie venant à augmenter le torrent, Sc à précipiter le mouvement de la roue, les coups de maillets redoublent de fréquence.
- 48. Il eft néceffaire , pour bien laver les chiffons, d’établir une efpece
- de courant, dont la nouvelle eau prenne fans ceffe la place dans les creux
- de piles, de l’eau fale dans- laquelle les chiffons viennent d’être broyés ;
- pour cet effet on lui ménage une iffue dans l’intérieur de chaque pile au-
- devant du bâchât, & au travers d’une piece qui fe nomme le kas. C’eft
- une plaque de bois de chêne AL, Planche IV fig. 3 , d’un pied & demi de haut fur fept pouces de large Sc deux pouces d’épaiffeur. Dans le milieu de cette plaque on voit trois ouvertures, chacune d’un pouce de largeur fur trois pouces de hauteur, diftantes l’une de l’autre de deux lignes feulement j ces ouvertures répondent à un trou qui eft au fond de chaque creux de pile, par lequel l’eau peut s’écouler, Sc elles font couvertes d’un tamis de crin nommé toilette, attaché au kas par de petits clous à tête plate ; tels que N, pour que l’eau ne puiffe point entraîner le chiffon qu’elle vient de délayer ; ce kas eft placé vers L, entre deux couliffes, qui font dans l’épaiffeur de la partie antérieure de l’arbre des piles ; Sc comme dans le contour de l’ovale que forme le bâchât, il refte des vuides, dans lefquels pourroient tomber les chiffons que les marteaux font quelquefois rejaillir Papier. G
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- %6 ART DE FAIRE
- hors du bâchât, on bouche cet endroit avec la couverture du kas repré-fentée en h ; c’eft une piece de bois un peu longue & plate par deflus , avec un retour en équerre qu’on fait entrer dans ce vuide. Il y a au haut du kas un petit enfoncement, marqué m, qui ne pénétre pas toute fon épaifleur, 8c ne fert que pour la foulever de la main quand on veut l’oter ; c’eft ce quon appelle la pince du kas > & e’eft précifément jufqu’à la hauteur de cette pince qu’on fait aller celle des coulifles. Souvent faute d avoir donné affez d’eau à la pâte, l’ouvrage fe trouve trop fec ; alors les marteaux qui le pouffent contre le kas, rompent la toilette, & la pâte fe répand fur le plancher. Ces toilettes du kas demandent beaucoup d’attention ; elles crèvent fouvent, 8c ne doivent même fervir que douze ou quinze jours , parce que la graiffe de l’ouvrage les empâte & empêche la filtration de l’eau.
- 49. Quand le gouverneur porte les chiffons aux creux de piles , il employé des gérions qui en contiennent environ le poids de 2 y à 30 livres, & qui déterminent ainfi ce que les bachats en doivent contenir ; car fi les bachats étoient plus remplis l’un que l’autre, les chiffons feroient plus ou moins battus, & le papier en feroit inégal. On obferve auffi de ne mettre les drapeaux dans les creux de piles qu’à plufieurs reprifes différentes, & de quart-d’heure en quart-d’heure ; fi on les mettoit tout d’un coup, ils pourroient s’engorger & fe lier enfemble ; les maillets ne pourroient pas les hacher auffi facilement.
- yo. Les chiffons font d’abord broyés dans les piles-drapeaux > ce font les deux premières piles du moulin, qu’on appelle auffi piles a éfilocher; ils y reftent jufqu’à ce qu’on n’apperçoive plus aucune forme de toile , & qu’ils foient convertis en filaments,ce qui dure, fix, huit, dix ou douze heures fuivant la vîtefle de l’eau & la force ou la dureté du drapeau ; la pâte n’étant pas encore fort divifée, on ne craint pas qu’elle s’échappe par la toilette, quoique fort claire, & l’on donne beaucoup d’eau pour emporter toute la craffe du chiffon. Quand les chiffons ont été fuffifàmment broyés dans les piles-drapeaux, le gouverneur les met dans les deux piles fuivantes, appellées piles-floran ou piles h affiner, & c’eft ce qu’il nomme remonter : cette opération fe fait avec une écuelle de bois d’environ fix pouces de diamettre, qu’on appelle pour cela écuelle remontadoire• Quelquefois auffi la pâte au fortir des piles-drapeaux fe porte dans les caiffes de dépôt ( 73 • )
- yi. Les matières font travaillées dans les piles à affiner pendant 12 $ 18,24 heures, fuivant la force des eaux & celle du chiffon. On donne moins d’eau aux piles à affiner ; la toilette y eft plus fine, afin de laiffer moins échapper de la fubftance du chiffon : on juge que l’opération eft achevée lorfqu’on n’apperçoit plus ni filaments ni flocons ; pour s’en aflïirer mieux, on en prend la groffeur d’une petite noix, qu’on pétrit dans les
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- doigts pour en exprimer l’eau : on en forme un petit cylindre ; on le rompt par le milieu avec une fecouffe prompte, & l’on examine fur les caffures s’il n’y a point de filaments. On éprouve auffi cette pâte en en délayant un peu dans de l’eau ; on agite cette eau qui devient blanchâtre, & l’on regarde s’il n y a point de flocons ou de filaments qui furnagent dans cette liqueur ; elle doit être homogène comme du lait. Au lieu de 24 heures tout au plus qu’on employé en Auvergne, il faut 28 ou 30 heures en An-goumois pour affiner ; parce que les eaux y font moins fortes, 8c les pilons plus légers. La pâte étant affinée fe verfe avec l’écuelle remontadoire dans une bafline de cuivre d’environ deux pieds de diamettre, garnie de deux anfes, qui fert à tranfporter l’ouvrage dans les cailfes de dépôt, fi l’on ne fe propofe pas d’en faire ufàge le même jour, (voy. art. 73 ). Nous parlerons plus en détail de Téfilochage, de l’affinage, 8c de la pâte qui en ré-fulte, lorfque nous aurons parlé des cylindres, qui forment une autre efpece de moulins plus commodes & plus parfaits que ceux dont nous venons de parler.
- Des Moulins à Cylindre.
- 52. Après avoir décrit la forme des moulins à pilons ufités en Auvergne , nous paffons à celle des moulins à cylindre, qui s’employent communément en Hollande ; on en trouve déjà des figures gravées dans deux Recueils de Machines publiés à Amfterdam en 1734 & en 173 6, Le premier de J4 planches a pour titre, Groot volkomen moolenboek, &c. compofé par Natrus', Polly 8c Vaurer, gravé par Jean Puni, en 2 vol. fol. Le fécond# de 55 planches , intitulé : Theatrum Machinarum univerfale, eft de Zyl f gravé par Jean Schenk, en 2 vol. fol. Mais comme ces planches ne font accompagnées d’aucun détail fur l’ufàge des parties qu’elles repréfentent, il étoit néceflàire de les mettre ici fous les yeux des lecteurs, pour l’intelligence des procédés que nous avons à décrire. Au relie, comme ces moulins à cylindre font auflî exécutés depuis Tannée 1741, à la Manufacture de Langlée près Montargis, avec quelques différences, nous avons également donné les plans 8c les élévations des machines qu’on y employé , avec les procédés que nous y avons vu fuivre, déjà confirmés par une expérience de 20 ans, après avoir été perfectionnés par plufieurs tentatives. L’invention des cylindres n’efl: pas ancienne ; mais nous ignorons le lieu & le tems où elle a écé faite : quelques perfonnes affûtent que Tufage des cylindres a écé d’abord imaginé en France, il y a environ 50 ou 60 ans, adopté & retenu enfuite par les Hollandois, dans le plus grand nombre de leurs fabriques. Quoi qu’il en foit, ce neft que vers Tannée 1740 . qu’on a commencé à les établir à Montargis.
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- 28 ART DE FAIRE
- J3. Une grande roue à aubes , femblable à celle des moulins ordinaires 9 eft mue par un courant d’eau, dans une courfiere revêtue de charpente, Sc qui ne laiffe que deux pouces de jeu à chaque côté de la roue. Cette roue a environ dix-huit pieds de diamettre ; fa circonférence porte 24 aubes, inclinées vers le courant de l’eau ; cette grande roue eft entre deux équipages de cylindres., & chaque roue porte à l’extrémité de fon arbre un rouet de 41 aluchons, qui fait tourner une lanterne de 34 fufeaux, dont le diamètre eft d’environ fix pieds, Sc dont l’axe eft vertical; cette lanterne porte fur fon axe un rouet dont le diamètre eft de onze pieds , qui a 6j aluchons, Sc qui fait tourner trois cylindres, chacun par le moyen d’une lanterne à fept fufeaux qui eft à l’extrémité de l’axe du cylindre.
- La Planche III, fait voir de chaque côté une roue CC, tournante dans’ fa courfiere, par le moyen du courant d’eau qui arrive en B, Sc qui reftbrt en X; chaque roue y paroît entre deux équipages de trois cuves chacun : la Planche V renferme plus diftinélement l’élévation Sc le plan d’un de ces équipages, lavoir celui qui eft à droite; on a obfervé d’employer les mêmes lettres pour défigner les mêmes parties dans l’élévation Sc dans le plan, c’eft-à-dire, au haut Sc au bas de la Planche. AA,Planché V, repréfente la partie de la courfiere qui eft ouverte au dedans de l’attelier du moulin ; C C, la roue à aubes qui eft mue par le courant de l’eau ; D D , eft l’arbre de la roue, qui paffant fous un pont deftiné au fervice du moulin, porte à chaque extrémité un rouet R R, de huit pieds de diamètre garni de 41 aluchons elpacés de lix pouces; le rouet R R, conduit une lanterne .Fd’environ fix pieds de diamètre, dont l’arbre eft vertical, c’eft-à-dire, perpendiculaire à l’horizon, Sc qui porte 34 fufeaux elpacés de fix pouces de milieu en milieu j la lanterne F, eft mue au moyen de fon axe G G-y qui porte en même temps un grand rouet H H, de onze pieds de diamètre. Ce grand rouet porte 6j aluchons, Sc palfe fur les trois lanternes des cylindres /, chacune de fept fufeaux, dont les axes font dilpofés horizontalement autour du rouet, qui doit les mettre en mouvement, Sc font dirigés vers le centre de ce rouet, comme ôn le voit dans le plan.
- Au moyen des nombres que nous avons rapportés, il eft évident que les cylindres font un peu plus de onze tours & demi, pendant que la grande roue en fait un ; & comme la grande roue fait fouvent douze tours par minute, les cylindres feront environ 138 tours par minute ; mais cette quantité peut augmenter ou diminuer de beaucoup. Chacun de ces cylin~ dres tourne dans une cuve dont il occupe un côté P, l’autre côté Q de la cuve demeurant libre ; on voit en K un cylindre à découvert & tournant dans fa cuve ; on voit en L ce même cylindre recouvert d’un chapiteau ( voy. art. 60 ), Sc en .M une cuve dont on a enlevé le cylindre pour laifler voir les deux plans inclinés m m, Sc la partie du milieu M> dont
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- une portion eft arrondie en creux, & le relie occupé par la platine ; enfin Ton voit en /z>les couliffes dans lefquelies fe placent deux chaffis, l’un de fil de laiton , l’autre de crin, pour empêcher la déperdition de matière que cauferoit le grand mouvement du cylindre, 8c qu’on verra plus dif-tinélement dans la Planche VIII. On concevra également dans la partie gauche d> où la figure paroît brifée, un jfemblable équipage de trois cuves,-avec leurs cylindres.
- y 4. Les cuves à cylindre font formées par des pièces de bois de chêne folidement affemblées, elles font revêtues de plomb dans tout leur intérieur P 8c tous leurs angles font arrondis ; leur longueur intérieure eft de dix pieds quatre pouces, leur largeur de cinq pieds, comme on le peut voir Planche V. Ces cuves font divifées chacune dans le milieu par une cloifon verticale d’une forte pièce,de chêne N N, longue de fept pieds,
- 8c de trois pouces d’épaiffeur, qui occupe toute la hauteur de la cuve ,
- »
- mais non pas toute fa longeur ; la partie de la cuve qui eft du côté de Ç ? eft abfoiument libre * la partie P P eft au contraire occupée par les plans inclinés, par la platine & le cylindre.
- La Planche VI. contient la coupe verticale fur là longueur de la, partie d’une cuve dans laquelle roule le cylindre; A , eft le plan incliné par lequel les chiffons arrivent au cylindre; C, eft une partie concavée cylindri-quement, que l’on réferve pour le cylindre & la platine ; D , eft un autre plan beaucoup plus incliné for lequel les chiffons retombent après avoir été froides en B, entre le cylindre 8c la platine ( y 8 ) ; E F, eft la vue extérieure d’une cuve à cylindre recouverte de fon chapiteau G; on voit en i/, la trace du cylindre ; en /, les chafiîs qui paffent au travers du chapiteau, & qui empêchent le chiffon de s’échapper par la gouttière qui reçoit les eaux exprimées du chiffon ; Z, eft un tuyau de conduite qui fournit de l’eau dans la cuve pour laver le chiffon, comme on l’a vu art. 48 ; plus bas eft une élévation de l’extérieur de la cuve, vue for fa largeur; P, eft une trape qui fe leve pour faire couler la pâte dans un tuyau de plomb Q, & la conduire aux caiffes de dépôt ; ce tuyau defcend prefque perpendiculairement , & rampe fous le pavé ; on en voit la trace marquée g , dans la Planche III ; R, eft le cric qui étoit repréfenté* en M, dans la figure précédente.
- y y. Le total du cylindre, dont on voit la figure Planche VI * eft com-pofé d’un arbre de fer S T, qui a huit pieds de long,, tout compris, 8ç environ trois pouces de diamètre ; d’un côté il porte une lanterne X, de fopt fufeaux dont on voit le plan en Y; de l’autre une partie cylindrique , formée de bois de chêne : les Ouvriers prétendent qu’il eft utile que ce bois ait bouilli dans des cuves de falpêtre, pour qu’il foit moins fojet au variations que l’humidité peut lui caufer.
- Papier.
- H
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- Cette mafle cylindrique a vingt-trois pouces de long W, fur vingt-fix pouces & demi de diamètre u u\ elle eft garnie fur fa longueur de vingt-huit barres de fer, chacune d'environ quinze lignes de largeur, éloignées par conféquent Tune de l'autre d'environ vingt lignes, ce qui donne au cylindre la forme d'une colonne cannelée. Ces barres de fer font aifem-blées fur les deux bafes du cylindre , par une platine de fer Z Z , percée de vingt-huit trous, dans lefquels entrent les extrémités de chaque barre . arrondies pour cet effet & rivées fortement en dehors. On y ajoute trois ou quatre chevilles de fer ébarbées, qui paffent au travers de chaque barre & vont entrer profondément dans le bois, pour contenir mieux ces barres fur le maffif du cylindre. Nous verrons à l'art. 62 la conftruélion Hol-landoife, qui femble avoir plus de force que celle que nous venons de décrire : on ne fauroit a durer trop bien cet aflembiage des barres de fer fur les bafes Z Z ; la vîtefTe prodigieufe du cylindre produit un éclat terrible & très-dangereux lorfqu une de ces barres vient à quitter ; Sc comme la force du bois, toujours expofé à une humidité & à une féche-reife alternative, travaille fans ceffe à produire cette féparation, elle arrive quelquefois ; on en a vu des exemples.
- On augmente encore la folidité de tout cet affemblage en refoulant le bois par une grand nombre de coins de fer, chaffés avec force dans la maffè du bois, après que le cylindre eft monté. Pour arrondir les cylindres, on eil obligé de les mettre, pour ainfi dire , fur le tour ; mais le poids énorme d'une pareille machine rend l'opération fort difficile : on eftaya d'abord de les tourner en place, en les faifànt mouvoir par la roue même qui agit dans le travail du papier ; on reconnut bien-tôt que la vîtefle extrême du cylindre rendoit l'opération & difficile Sc dangereufe; voici donc la maniéré dont on s’y prend aujourd'hui. Lorfque le cylindre eft enarbré, centré, &à peu près rond, on le place horizontalement ; Sc l'on préfente tout contre une réglé bien droite fixée fur un établi ; on fait palfer fucceffi-vement chacune des barres du cylindre vis-à-vis de la réglé ; on voit alors s’il y en a quelques-unes qui ne foient pas parallèles à la réglé, & l'on eft à portée de les limer Sc de les réduire ainfi à une parfaite égalité.
- Les barres de fer qui garniffent le cylindre, ont encore une canelure fur leur longueur, au moyen de laquelle elles peuvent faille mieux la matière dans laquelle nagent ces mêmes barres, la couper & la déchirer.
- Un cylindre avec fon arbre pefe environ trois milliers : ôn avoit eflàyé de faire des cylindres qui fuffent creux dans l'intérieur, pour les rendre plus légers ; on a renoncé à cette méthode, & l'on aime mieux, pour leur donner plus de force, les conferver pleins & folides.
- Si les cylindres étoient plus petits & plus légers, ils n’en recevroient que plus de vîteiTe ; l'opération en feroit plus parfaite Sc plus prompte : on a fait
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- des expériences avec des modèles qui n’avoient qu’un tiers du diamètre de ceux que nous avons décrits, & qui par conféquent pefoient 27 fois moins, & elles néuffiffoient ; les cylindres de Hollande font affez généralement plus petits que les nôtres.
- 56. On vient de faire aufïï exécuter un cylindre de fer fondu 8c coulé,-d'une feule piece, dont on fe fert à la nouvelle Manufacture de Poujot^ près de Dijon ; il a été exécuté dans une forge de Franche-Comté : l’ulage apprendra bien-tôt fi cette méthode eft préférable ; mais on doit efpérer beaucoup de* ce nouvel établiffement, foutenu par la Province de Bourgogne , dirigé par les lumières & les foins de M. de Beoft , Secrétaire en chef des États de cette Province, & Correlpondant de l'Académie, qui connoît, qui encourage, & qui chérit tous les Arts.
- 57. L'un des pivots du cylindre T, étant beaucoup plus chargé que l'autre, à caufe de la proximité de la partie la plus maftîve, a befoin de beaucoup d'huile pour adoucir le frottement ; en conféquence on eft obligé de garnir cette partie d'une ou de deux rondelles de fer w, pour que l'huile ne puiffe pas glifler le long de l’axe , & fe mêler avec la pâte qui fouffriroit beaucoup de ce mélange. On pourroit peut-être fe paffer d'huile, & adoucir beaucoup le frottement, en faifant tourner les pivots fur une forte femelle de plomb ou d’étain ; ces métaux font d'une fu bilan ce douce, moëlleufe, &, pour ainîl dire, grailfeufe, qui tient lieu d'huile, & empêche même que le frottement n’excite de la chaleur.
- De la Platine.
- y8. Dans la partie de la cuve qui répond au cylindre, il y a une platine de métal marquée R, & qui eft repréfentée féparément en b fi ; cette platine eft fillonnée, comme on le voit par la coupe 7, enforte que les arêtes vives dont la fuface eft garnie, puiffent couper le chiffon qui eft forcé par le mouvement du cylindre de palfer entre le cylindre & la platine.
- Cette platine a deux pieds fix pouces de long, fur fept pouces de large ; on la fait ainfi d’une certaine largeur, afin qu’elle foit plus ferme par là bafe, 8c plus fixe par fon poids ; mais comme il n’y a qu’une petite partie de fa largeur qui réponde au cylindre, & qui ferve à broyer le chiffon, on la divife en deux parties ; l’une a fes arêtes inclinées vers la droite, & l’autre les a inclinées vers la gauche : quand la partie b eft ufée, on retourne la platine, 8c l’on fait fervir la partie fi , enlorte qu’il n’y a jamais que la moitié qui ferve. La platine eft quelquefois de fer, quelquefois de cuivre rouge; il eft bon d’y faire-entrer un peu d’étain, parce qu’il a la propriété de ducir le cuivre : on fait que le bronze ou le métal des
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- 3* ART DE FAIRE
- canons, qui a environ un dixième d’étain, eft plus dur quede cuivre. D’un autre côté, il feroit dangereux d’y mettre trop d’étain ; par exemple , trois parties de cuivre avec une d’étain forment le métal des cloches, qui feroit trop caftant pour l’ufàge dont il s agit. v
- Pour mettre le cylindre à la diftance où il doit être de la platine, on fe fert d’un cric, & d’un coin de bois de fept à huit pouces de long, avec lequel il s’agit de fonder le cylindre, c’eft-à-dire d’en régler la hauteur. Pour cet effet l’un des pivots du cylindre eft porté fur un levier qui s’étend de/’en h> 8c qui foutenant le cylindre en g, l’éloigne ou le rapproche de la platine, fuivant qu’on éleve ou qu’on abaiffe le levier par le moyen du cric M. La quantité dont le levier doit être élevé, ou le cylindre écarté de là platine, eft réglée par le moyen d’un coin N, qui fe place fous l’extrémité de ce levier , & qui eft divifé fur fa longueur. Un ouvrier toujours attentif fur la cuve à cylindre, eft chargé de fonder, auffi-bien que de fpatuler de temps à autre, comme nous le dirons art. 64.
- 8c by. La partie S de l’axe du cylindre qui eft du coté de la lanterne,' peut auiïi s’élever par le moyen d’un autre cric; mais on n’y touche point à moins qu’il ne s’agiffe de raccommoder la machine ; car dans le travail ordinaire du papier on ne fàuroit élever ni abaiifer ce pivot à caufe du youet qui paffe immédiatement fur la lanterne.
- yp. Les fabriquants voudroient que l’on pût élever à la fois les deux extrémités ou les deux pivots du cylindre, enfbrte que le cylindre fût toujours parallèle à la platine ; c’eft en effet un inconvénient très-réel dans la conftruétion précédente , que d’élever une des extrémités du cylindre, tandis que l’autre eft fixe : il eft aifé de voir par les dimenfions du cylindre, que fi l’on éleve le pivot de dix-huit lignes, les* barres de fer qui revêtiffent le cylindre feront éloignées de la platine vers une extrémité de feize lignes, 8c vers l’autre de dix lignes feulement ; enfbrte que les chiffons pafferont beaucoup plus aifément à un endroit qu’à l’autre,
- 8c que les barres ou la platine s’uferont d’une maniéré fort inégale.
- On remédieroità cet inconvénient par une autre forme de moulins, dont nous parlerons art. 70 ; mais dans la conftruction aéluelle il y auroit plufieurs maniérés d’y pourvoir. Par exemple, on pourroit, au lieu de la lanterne des * cylindres, y adapter une roue de champ, ou un autre rouet qui engreneroit dans les aluchoris du grand rouet ; l’engrenage • ne changeroit pas fenfi-blement quand même on éleveroit le cylindre de deux pouces.
- On pourroit donner au rouage entier de ce moulin une autre difpofition qui permettroit aufli d’élever le chaflîs entier fur lequel portent les deux extrémités du cylindre ; pour cela, il fuffiroit de placer horizontalement l’axe qui porte la lanterne 8c le rouet, & qui dans la conftruétion aéhielle eft fitué verticalement, on placeroit une lanterne fur l’axe de la roue à aubes ;
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- on defcendroit le cylindre jufqu’au niveau du rouet de l’arbre tournant ; dès-lors le cylindre feroit pris de côté par le grand rouet, & Ton auroit la liberté, fans changer l’engrenage , d’élever de quelques pouces les deux pivots du cylindre.
- Cette conftruéfion , auffi fimple & plus parfaite que celle dont on a fait ufage, nous paroît mériter d’être employée ; elle exigera feulement que fur r axe de la grande roue à aubes, il y ait un rouet ou une lanterne fort nombrée , fans quoi la vîtelTe du cylindre ne feroit pas alfez confidérable : cette dilpofition ne ferviroit à la vérité que pour un feul cylindre ; mais fi fur l’axe qui porte la lanterne & le rouet , on plaçoit deux autres rouets pararelles entre eux , à cinq pieds de diftance l’un de l’autre , on auroit de quoi faire mouvoir aifément trois cylindres, comme dans la conftruéfion ordinaire, qui feroient pris chacun par un rouet, mais qui feraient tous pararelles entre eux ; cette dilpofition donner oit même le moyen de faire mouvoir plus de trois cylindres par une même roue, fi les eaux étoient alfez abondantes pour donner alfez de force à cette roue.
- 60. L’eau qui coule fans celfe dans la cuve à cylindre pour arrofer les drapeaux , eft rejettée par le cylindre fur un chapiteau , ou elpece de cailfe de fapin qui le recouvre en entier ; elle fe filtre au travers d’un chaffis de verjure & d’un autre chalfis de crin, & tombe dans une gouttière qu’on appelle le dalon marquée K, dans la Planche VI, & y dans la Planche VIII; delà elle coule dans un égout qui la conduit hors du moulin.
- À mefure que la cuve reçoit ainfi de l’eau claire par un côté, elle rend de l’autre une eau bourbeufe & noirâtre, chargée des immondices qui fe font détachées du chiffon ; on voit enfuite les matières croître peu à peu h en blancheur d’une maniéré fenfible : c’efl de ce renouvellement continuel de l’eau des cuves, que dépend la blàncheu'r & la qualité brillante du papier ; nous en avons déjà parlé art* 48.
- Moulins de Hollande.
- 61. Après avoir donné la defcription du moulin, tel qu’il eft exécute à Montargis, il ne fera pas inutile de mettre fous les yeux du Leéteur la dilpofition d’un moulin Hollandois, qui tourne par le moyen du vent ; les figures en font tirées du Livre de Shenk , comme nous l’avons dit * mais nous y ajouterons 1 explication & les détails que l’Auteur Hollandois a fupprimés.
- La Planche VII, reprélente l’élévation du moulin ; la cage qui eft d’une^ forme hexagone, eft formée principalement par fix poteaux corniers d’environ yo pieds de haut, dont quatre feulement paroiffent dans la figure en A A ; plufieurs croix de S. André les alfemblent, & les alfujettilfenc Papier. I
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- 34 ART DE FAIRE
- les uns avec les autres,comme on le voit eni?i?;les pièces horizontales placées de diftance en diftance font emmortaifées dans les poteaux corniers ; & plufieurs liens b b, font embreuvés dans les pièces horizontales, pour empêcher mieux Thiement de la charpente, c’eft-à~dire, le jeu que les pièces pourroient prendre les unes fur les autres, par l'ébranlement & la force du vent.
- Au fommet de la cage on voit l’arbre tournant ou l’arbre des volants C D , fitué non pas horizontalement, mais fous un angle de dix degrés, pour que les volants en prennent mieux le vent ; il tourne en D fur un poaillier, où il eft appuyé contre un heutoir d qui le foutient pour réfifter à fimpulfion du vent.
- Les ailes du moulin font portées, comme à l’ordinaire, par deux volants ou verges de 40 pieds de long, qui fe croifènt à angles droits dans la tête de l’arbre C D ; on voit un de ces volants en e e ; c’eft à leur extrémité que fe placent les antes, les lattes & les coterets,qui forment les ailes du moulin : nous n’entrerons pas dans le détail de ces différentes parties qui appartiennent à la charpenterie , & que l’on peut voir dans le Traité de Mathurin Touffe, revu par feu M. de la Hire , en attendant que l’Académie ait publié la defcription de cet Art.
- L’arbre CD, étant mis en mouvement, le rouet E de 61 aluchons fait tourner un autre rouet horizontal de 32, qui eft à l’extrémité F d’un arbre debout F G H, tournant verticalement dans une crapaudine qui reçoit fon tourillon inférieur ; au bas de cet arbre, eft un autre rouet H de yj, qui engrene tout à la fois dans les lanternes ou dans les rouets, qui font aux extrémités de trois cylindres : on voit un de ces rouets de cylindre dans la figure en /, qui ai 6 aluchons ; le fécond eft recouvert par le chapiteau K, & le troifieme eft caché par la difpofition géométrale de cette élévation : le cylindre à affiner a un rouet de 14 aluchons au lieu de 16 ; le même arbre F G, par le moyen d’un autre rouet G de 3y, fait tourner un arbre de renvoi LL, qui porte du côté de G un rouet de 26, & par l’autre extrémité un rouet de 30; ce dernier engrene dans un autre rouet M de 23 , dont l’arbre defcend & porte encore un dernier rouet de 22 % qui palfe fur deux cylindres, dont les lanternes ont ry fufeaux -, on ne voit pas ces lanternes dans la figure, mais feulement le chapiteau qui recouvre un des cylindres.
- Le même arbre F G, qui fait mouvoir tous ces cylindres par le moyen des rouets inférieurs, en porte encore un vers là partie moyenne O, de 27 aluchons ; ce rouet en fait mouvoir un autre P de 29, qui porte fur fon axe une manivelle; de cette manivelle defcend une tringle qui faille en Q la bafcule ou brinbale R Q S, mobile autour du point S ; l'autre extrémité R, de la brinbale fait mouvoir la tringle R R du pifton qui
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- LE PAPIER. }f
- defcend dans la bufe S du corps de pompe, d’où l’eau fe dégorge dans la cuvette T V; plufieurs petits cheneaux Vu partent de la cuvette & vont fe diftribuer dans les cuves à cylindre pour y renouveller fans ceffe l’eau qui doit affiner les chiffons.
- Lorfqu’il eft néceffaire d’arrêter le mouvement de la pompe, on fait défengrener le rouet de la pompe au moyen du levier Pp, qui s’éleva par une corde p p p*
- La gallerie X X, qui régné tout autour du moulin, eft deftinée au ferviee de ceux qui doivent tirer au vent, c’eft-à-dire, diriger l’arbre tournant D C, du côté d’où vient le vent; la queue du moulin F, eft fixée dans la charpente du comble en Z, pour la faire tourner fur la plateforme WW.
- De l’extrémité inférieure de la queue du moulin, partent deux pièces en écharpe y y, deftinées à l’arbouter, 8c qui vont embraffer le comble tournant, pour lui imprimer le mouvement avec plus d’ailance.
- La queue du moulin eft elle-même entraînée par le moyen de Vengin h tirer au vent\ on en voit feulement le treuil, a a ; la charpente de l’engin étant fuppofée comme à l’ordinaire, telle qu’on puifle la tranfporter tout autour de la gallerie XX.
- Par le moyen des nombres qui ont été indiqués à chacun des rouets de la machine précédente, il eft aifé de juger de la vîteffe des cylindres en Hollande ; un rouet E > de 61 en fait tourner un de 32 en F, & un rouet placé fur le même arbre en H > de aluchons fait tourner un cylindre affineur fur lequel eft un rouet de 14 : multipliant donc la fraâion ff par ff, on trouve 7 f ou un peu plus, ce qui prouve que lorfque l’arbre des volants fait un tour, le cylindre en fait prefque huit.
- De même, pour avoir la vîteffe des cylindres émouffeurs, il faut multiplier les quatre fraélions fui vantes ff, 77? ff > 77 5 produit eft 4 J- ou un peu plus ; ainfi les mouffoirs font prefque cinq tours pendant une révolution des ailes du moulin, & ils n’ont que les j de la vîtefle des affi-neurs.
- Suppofons aéluellement qu’en Hollande, les ailes d’un moulin faffent dix tours par minute, comme nous l’obfervons ^ Paris lorfque le vent eft un peu fort,on trouvera que le cylindre affineur fait environ 78 tours, 8c le cylindre émouffeur 49 tours par minute.
- 62. La Planche VIII. contient la coupe de deux fortes de cylindres Hol-landois, tournants dans leurs cuves , & recouverts de leurs chapiteaux j A A eft un cylindre de bois, ou mouffoir de deux pieds de diamètre qui ne fert qu’à délayer les matières au moment où on doit les employer ; on ne voit en B B qu’une concavité de bois fans platine, contre laquelle eft jettée la pâte qu’il s’agit d’affleurer, au lieu d’y être coupée comme dans
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- les autres. Nous parlerons de cette opérationn, art 67. Le cylindre affi-neur C eft conftruit à la maniéré des Hollandois ; il eft de bois plein garni de vingt-huit lames de fer, dont chacune eft encore fillonnée à vive arrête pour fàifir mieux les chiffons , 8c les déchirer fur la platine D ; ces lames de fer font repréfentées féparément en E ; on y voit deux entailles e e, dans lefquelles paffent deux cercles de fer deftinés à les affujettir fur les bafes du cylindre : cette forme de cylindres paroît être plus folide 8c plus parfaite que celle dont on a vu la defcription, art. y y ; on peut auffi y remarquer que ce cylindre eft plus petit que ceux de fart, y y, & il n’en va que mieux ; on a vu même des cylindres de neuf pouces de diamètre qui réuffiftoient parfaitement. F repréfente le chaffis de verjure -& G la planchette de bois , qui fe placent en f 8c en g, alternativement fuivant qu’il s’agit de laver, ou -d’interrompre totalement le cours de l’eau ; y repréfente le dalon ou la gouttière qui reçoit les eaux rejettées par le cylindre. La longueur de ce cylindre eft; de 27 pouces mefiire de France 9 auiîl-bien que fon diamètre, en y comprenant la faillie des barres de fer.
- La cuve du mouffoir a huit pieds & demi de longueur, fur quatre pieds & demi de largeur & un pied & demi de hauteur ; celle du cylindre dd a neuf pieds & demi de longueur, quatre pieds dix pouces de largeur, & vingt-un pouces de hauteur 5 l’une & l’autre étant mefurées intérieurement.
- La Planche VIII contient auffi le développement de la Planche VII ; les lettres K K'K indiquent les plans des trois cuves, & des trois cylindres que fait mouvoir immédiatement le grand rouet i/, dont il a été parlé dans l’explication de la planche précédente ; on voit en /, les rouets qui font aux extrémités des axes de chaque cylindre, & qui engrennent dans le grand rouet H * il paroît que Kf eft un cylindre à éfilocher, & les deux autres des cylindres affineurs, autant que l’on peut le conjeélurer par les expreflions àt halve bak & heele bak, qui fignifient proprement demi cuve, & cuve entière ; les lettres L L marquent, auffi-bien que dans la Planche VII, l’arbre de renvoi qui va communiquer le mouvement aux deux cylindres émouffeurs N N> au moyen de trois rouets L 8c M 9 dont l’un eft porté fur l’arbre de renvoi, & les deux autres fur un axe vertical, qui fert à changer la direétion du mouvement.
- On voit aifément que les cylindres N N, qui ne reçoivent le mouvement qu’au quatrième engrenage, ont beaucoup moins de force que les cylindres KK!K\ mais elle leur eft auffi moins néceffaire : les cylindres N N ne fervent qua mouffer, ce font les cylindres affleurants ou émou-chants, dont on voit la coupe en A ,8c dont on expliquera l’ufage plus au long. art. 67. P P P, font les dalons qui fervent à porter l’eau hors de la cuve, après que les chiffons ont été fuffifàmment lavés 5 on en voit la coupe en y9 dans la cuve à affiner.
- De
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- De VEfilochage, ôC de VAfinage*
- #3. L’opération des moulins à papier a déjà été décrite à l’article des maillets ou pilons ; nous verrons aétuellement la maniéré dont elle fe pratique au moyen des cylindres dont on vient de lire la description. On diftingue deux opérations des cylindres , celle d’éfilocher , & celle <1 ’ajfjî* ner , opérations qui, quoique fort femblables dans le fond, different par, plufieurs circonftances.
- Les drapeaux au fortir du dérompoir ou de la faux (21) doivent être mis fous les cylindres éfilocheurs ou épluqueurs 5 là ils font lavés d’abord, enfuite déchirés & broyés pendant quatre, cinq ou fix heures ; delà on les porte fous les cylindres affineurs, pour y être froiffés& atténués pendant fix à fept heures : au refie, la durée de ce travail varie confidérable-ment, Se dépend beaucoup de la vîteffe de l’eau. On prétend qu’une machine bien montée, lorfque toutes les parties font entières, que les eaux font bonnes, que le chiffon eft bien déliffé Se bien pourri, peut éfilocher en deux heures Se affiner en trois heures ; cependant nous ne voudrions pas répondre d’une fl grande célérité. On juge que la matière eft afiez éfilochée, à peu près comme nous l’avons dit en parlant des pilons d’Auvergne; on en prend une poignée, on en exprime l’eau , on la fépare par, le milieu ; fi l’on y voit dans l’intérieur des filaments courts, écrafés, & velus , femblables à des pieds de mouche, & d’une contexture homogène, oa •eftime que 1’éfilochage eft fini.
- ^4. Les cylindres éfilocheurs ne font pas auffi près de la platine que les affineurs ( y 9 ) ; il y faut un efpace fuffifànt pour que des fubffiances encore grofîieres Se filamenteufes puiffent paffer : à mefure que la pâte elî plus délayée on rapproche le cylindre de la platine : au commencement de l’opération , le cylindre en eft éloigné d’un travers de doigt, ou de fept à huit lignes, Se cette diftance fe diminue en deux temps, ou à deux reprifes différentes pendant la durée de l’opération, jufqu’à n’être pas d’une demi-ligne.
- Les cylindres affineurs font d’abord éloignés d’environ trois ou quatre lignes de la platine; mais une demi-heure après, on les abaiffe de maniéré qu’il y ait à peine l’épaiffeur d’une petite piece de monnoie;à en juger, même par le bruit que le fabriquant veut toujours entendre, difànt que le cylindre doit ronfler, il par oit que le cylindre effleure fans celle la platine.
- Les cylindres éfilocheurs different encore des affineurs en ce que les premiers n’ont point la gouttière ou rainure que l’on voit dans la Planche VIII fur chacune des barres de fer, dont le cylindre eft garni: cette Papier« K'
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- rainure fert dans les cylindres àffineurs à multiplier les inégalités de la furface, & par conféquent à faifir les chiffons par un plus grand nombre de points.
- Les chapiteaux different auflî dans ces deux fortes de cylindres ; pour éfîlocher, on employé un chaflis F, Planche VIII , garni de fil de laiton ou.de verjure;c’en eft affez pour empêcher le paffage d’une pâte encore groflïere : mais pour affiner , il faut de plus un chaffis de crin qui fe place derrière le chaffis de verjure, c’eft-à-dire, au dehors, pour tenir lieu du kas, dont nous avons parlé art. 48 ; alors le chaffis de verjure ne fert qu’à brifer l’effort de la pâte qui frappe fans ceffe contre lui, & le chaffis de crin fert à filtrer l’eau, qui, fans cette précaution, emporteroit avec elle la portion la plus raffinée de la fubftance qui fe travaille.
- La cuve à affiner exige auflî beaucoup moins d’eau que la cuve à éfilo-cher ; le courant qu’on établit pour achever de laver ôc de dégraiffer le chiffon, n’eft pas fi fort, on ne donne, pour ainfi dire, qu’un filet d’eau ; 8c quelquefois vers la fin on l’arrête totalement ; il faut alors fermer le chapiteau avec une planche G, qui retienne tout-à-fait l’écoulement de l’eau ; voilà pourquoi on a vu, art. 30, que le réfervoir qui eft dans la partie gauche de l’attelier, eft beaucoup moindre que celui qui eft dans la partie droite ; celui-ci fert aux cylindres éfilocheurs, 8c le premier aux àffineurs feulement.
- La quantité de chiffons qui entrent dans les cuves à éfîlocher, dont on a vu les dimenfions ( 54), eft d’environ 120 livres; mais dans les cuves à affiner, il entre environ 160 livres de pâte éfilochée, parce que c’eft une matière Ipécifiquement plus pefànte que le chiffon ; d’ailleurs il faut moins d’eau pour l’affinage, que pour l’éfilochage ; ainfi il refte plus d’efpace pour la matière que l’on doit éfîlocher.
- dy. Pendant la durée du raffinage il eft fort effentiel de fpatuler fouvent; c’eft-à-dire, de remuer les drapeaux avec une longue perche, de les aller chercher dans les angles & de les ramener dans le courant qui doit les conduire fous le cylindre ; fans cela il fe formera des flocons 8c des grumeaux d’une matière qui ne fera point -faite, quand le refte de la cuve fera fuffifâmment affiné. La négligence & l’oubli des ouvriers à cet égard nuit beaucoup à la bonté 8c à l’égalité du papier.
- 66. La durée de l’affinage n’eft pas toujours la même ; il faut l’expérience d’un habile fabriquant, pour juger du temps où la pâte doit être retirée de la cuve ; les grandes fortes de papier demandent une matière moins affinée ; la vîteffe du courant d’eau qui n’eft pas la même dans les différentes faifons de l’année, y met auflî une fort grande différence : d’ailleurs la fermentation qui a préparé la mouillée, avant qu’elle paflat fous les cylindres, n’eft pas toujours la même ; elle eft plus forte, toutes choies égales,
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- en été ; Sc Inattention des fabriquants à retirer les chiffons du pourriffoic n’eft pas toujours affez exaéte pour arrêter le pourriflàge au même degré. On avoit voulu fixer la durée de l’affinage par le moyen d’une horloge * mais on a été forcé de renoncer à cette réglé, & d’abandonner la choie au coup d’œil & à l’expérience du fabriquant. Si l’on affine des coutures, du. bulle, ou du drapeau un peu verd , il faut quelquefois une heure de plus que pour le drapeau ordinaire.
- Pour lavoir fi la pâte eft fuffilàmment affinée, on en prend une poignée , on la noyé dans un feau d’eau, on fouette cette eau, on la verfe lente^ ment dans la cuve ; on regarde attentivement en la verfant, fi elle eft bien Jiomogene, bien fluide , enfin fi elle blanchit l’eau, fans laiffer apperce-voir de molécules, ou de parties non broyées ; c’eft l’état où cette matière doit être en fortant des cylindres affineurs.
- Lorfquune machine eft bien conftruite, douze cylindres, tels qu’on les voit dans la Planche III, peuvent entretenir perpétuellement trente cuves d’ouvriers ; & telle étoit la deftination primitive de la Manuélure de Mon-targis : mais dans l’état aétuel il eft rare qu’on puifTe même employer fix cylindres à la fois ; il n’y a pas cinq pieds de chiite vers les courfieres ; les eaux que fournit le canal de Montargis font peu abondantes, & fujettes à de grandes inégalités par les féchereffes ou par les pluies, & le jeu des pompes emploie une partie de la force des roues. Aufli a-t-on propofé depuis l’établiffement de la Manufacture de faire conftruire encore quelques cylindres dans un autre lieu du canal, où il y a plus d’eau & plus de chûte. Lorfqu’on eft preffé pour l’ouvrage, on éfiloche plus long-temps, & la durée de l’affinage eft abrégée ; mais alors on augmente le déchet : il y a
- moins de perte à laiffer la pâte fous les cylindres affineurs, où il pafte
- moins d’eau, pourvu qu’elle n’y refte pas affez pour fe graiffer, ( art, 68.}
- Des Cylindres Affleurants.
- 67. Outre les cylindres éfilocheurs & les cylindres affineurs, on emploie encore en Hollande une troifieme préparation analogue à celle
- des piles de l’ouvrier ou des maillets affleurants, dont nous avons parlé art. 38. C’eft celle des cylindres affleurants que l’on peut appeller du nom de mouffloir, ou émouJJoir\ on en voit un en A, Planche VIII. C’eft-là qu’oit porte la pâte déjà affinée, pour écrafer les brocs, & la délayer encore mieux; avant quelle aille aux cuves des ouvriers ; l’on évite ainfi l’inconvénient de laiffer trop long-temps la pâte fous les cylindres affineurs, ce qui la rend trop graffe, trop courte, augmente le déchet, & rend le papier plus caftant.
- Les cylindres affleurants, tels que A A, font totalement de bois ; comme
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- ils ne font pas déftinés à de grands frottements, ou à une forte trituration, ainfî que les cylindres affineurs , ils n ont pas befoin d’être fortifiés & revêtus de ces barres tranchantes qu’on voit dans les autres cylindres (62}.
- 1 On avoit d’abord conftruit à Montargisdes moufloirs, que l’on a fup-; primés dans la fuite; ils étoient élevés fur un beffroi 3 éloignés des cuves à ouvrer de y o à 60 pieds ; la pâte en coulant fur un fi long efpace étoit expofée à fe fàlir & à fe perdre en partie : d’ailleurs ces mouffoirs char-geoient encore la roue qui étoit obligée de leur communiquer le mouvement à une affez grande diftance ; on a mieux aimé y renoncer, & s’aflujettir à porter la pâte dans la cuve à ouvrer , prefque a%fortir de l’affinage.
- De la Grâijfe du Papier.
- <58. Malgré la précaution des deux chafîis P 8c G, Planche VIÏÏ, ou celle du kas ( art. 48. ) on comprend que l’eau doit diffoudre & empor-ter avec-elle une bien grande portion de la fubftance des drapeaux. On à eflàyé quelquefois de raflembler cette eau pour en faire du papier ; mais elle eft trop mucilagineufe, ou huileufe ; elle ne peut s’étendre fur la forme ; elle fe colle ; elle fe fige ; elle file ; qualités qui toutes s’op-pofent à l’ufage qu’on en auroit voulu faire.
- Cette partie huileufe eft analogue à celle qû’on retire de là plupart des végétaux & même des animaux, par une longue trituration ; lorfque les fels de la plante, feparés des parties fibreufes & terreufes, viennent à fe diffoudre dans l’eau, ils fe combinent avec les huiles & forment une ma* tiere favoneufe, auffi diflbluble dans l’eau ; telle eft l’étiologie de l’opération chymique dont les fabriquants fe plaignent fouvent dans leurs moulins , & qu*ils font nëceffairement fans le fçavoir 5 delà vient auffi qu’une pâte trop long-temps affinée fe graijfe, comme difent les fabriquants ; parce que la partie huileufe trop développée fe combine en trop grande abondance avec les fels ; alors elle eft favoneufe, & difficile à lier; le papier eft plus caflànt ; il prend la colle moins amoureufèment, c’eft-à-dire a fe colle avec moins de perfeétion. En général une extrême fubdivifion produit fouvent la qualité favoneufe, même dans les corps qui en paroif* foient les plus éloignés. On parvient à fubdivifer & à atténuer le verre de telle forte, que mêlé avec de l’eau il a tout le fàvoneux & le graifleux de l’argille. Quoi qu’il en foit de l’explication que nous effàyons d’en donner, il paffe pour confiant qu’une pâte trop long-temps affinée, fe graijje fuivant le langage ordinaire des fabriquants, & devient moins propre à faire du papier. C’eft fous les cylindres affineurs que l’on peut verfer la matière colorante , fi l’on eflaye, à la maniéré des Hollandois, de donner au papier un blanc de lait ou un blanc azuré, comme nous le dirons, art. 130.
- _ Comparaifon
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- le papier.
- Comparaifon des deux fortes de Moulins.
- 69. V opération des cylindres exige moins de temps que celle des pilons, & produit moins de déchet ; elle broyé parfaitement en 8 à 10 heures, ce qui en exige 24 ou 30 fous les pilons ; & une Papeterie à deux cylindres peut donner par an 73* milliers de papier, tandis qu’une Papeterie à pilons, où il n’y aura qu’une roue avec fix creux de piles, n’en pourra fabriquer que 25 milliers au plus, c’eft-à-dire, ne pourra occuper qu’une cuve d’Ouvrier ( 133 ).
- U nous fuffiroit, pour démontrer l’avantage des cylindres fur les mail- ' lets, d’avoir dit qu’il faut trois fois plus de temps avec les maillets, qu’il n’en faut avec les cylindres de Hollande , pour préparer la pâte. Mais ce n’eft pas encore tout ; il doit être fort difficile de faire une pâte bien égale & un papier bien uni avec les maillets : fi on les élevoit jufqu’à ce qu’ils fulTent hors de la matière, ils l’écarteroient Sc la feroient rejaillir, en tombant , de maniéré à tout perdre ; fi on ne les éleve que peu, Sc que la matière fumage , pour lors il arrive que les chiffons qui font fur la fiirface de l’eau ne font point battus, Sc qu’il n’y a que ceux du fond qui puiffent être atténués. Enfin foit qu’on éleve peu ou beaucoup les maillets, il arrivera à tout moment que la matière qui avoit befoin d’être battue, le fera trop peu, Sc que celle qui n’en avoit pas befoin, recevra l’effort des maillets ; s’il y a des parties à qui il faille une certaine force pour les déchirer Sc ies atténuer, les maillets ne pourront point opérer ce déchirement, comme des arêtes de fer qui s’effleurent plus de cent fois par minute avec une violence capable de brifer la plus forte réfiftance ; car comme la matière fuf-fifamment atténuée y paffe fans réfiftance , il n’y a que celle qui ne l’effi pas encore qui foit tiraillée Sc froiffée par le cylindre ; ou, pour mieux dire, les différents chiffons allant toujours enfemble & paflant toujours par le même interftice, ils forment, au commencement comme à la fin, une matière toujours homogène, toujours égale : de là vient qu’en général le papier de Hollande nous paroît plus égal, plus homogène que le nôtre. Les cylindres font auffi moins fujets aux fréquentes réparations, que les moulins à pilons ; il y a des cylindres à Montargis qui fervent depuis 18 à 20 ans, au lieu que les maillets ont befoin d’être réparés communément tous les cinq ans.
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- Autre forme de Moulins qui a étépropofée.
- 70. Le principal inconvénient de la machine que nous venons de décrire , a toujours confifté dans la maniéré d’éloigner le cylindre ou de le Papier. L
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- rapprocher de la platine ; il eft évident en effet , que comme l’une de fos extrémités eft terminée par un pignon fur lequel paffe le rouet deftiné à le mouvoir, on ne fauroit élever cette partie ; on fe contente donc de foulever le pivot qui eft le plus près du cylindre ; dès-lors le cylindre n’eft plus parallèle à la platine ; il en eft plus près environ d’un tiers à l’une de fes extrémités qu’à l’autre : nous avons indiqué, (art. yp. ) un moyen affez fimple d’y obvier ; mais M. de Geniïàne, aéluellement Concelfionnaire des mines de Franche-Comté, & Corrêfpondant de l’Académie, avoit entrepris de le faire en donnant une toute autre forme à fes moulins : nous allons en donner une idée ; cependant, comme elle n’a point été employée , on ne fouroit garantir fes avantages ; ce feroit à l’expérience à les conftater.
- Il y a environ 30 ans que M. J. B. de Mean, Ingénieur, qui avoit vu les moulins à papier de Serdam, en fit conftruire plufieurs dans le même goût, c’eft-à-dire, avec des cylindres, à Arras, à Dinan dans le pays de Liege, à Huy & à Dalem ; ce fut lui qui en communiqua la méthode à M. de Genffane, qui non-feulement les fit connoître en France , mais qui, d’après les premiers documents, travailla à les perfectionner ; il parvint en effet à leur donner la difpofition dont nous allons parler , & dont il préfenta fe projet à l’Académie le deuxieme Août 1737. L’auge de M. de Genffane n’a aucune cloifon comme celle de la machine Hollandoife, de forte que le mouvement des chiffons y eft plus libre Sc l’agitation plus forte à raifon d’un moindre obftacle. Le cône de M. de Genflàne brife la matière fur deux plans inclinés, pofés de chaque côté du cône ; & par conféquent chaque point de la circonférence du cône agit deux fois à chaque tour, une fois fur chaque plan : ainfi cette machine paroît faire le double du travail de la machine Hollandoife qui n’a qu’une feule platine. Le cône de M. de Genffane s’élève verticalement & parallèlement ; dès-lors la forface du cône eft toujours parallèle aux plans des deux platines, & agit uniformément, au lieu que dans la machine à cylindre de la conftruétion aéluelle on n’éleve qu’une des extrémités du cylindre, qui dès-lors n’eft plus parallèle à la platine , fi ce n’eft dans une foule pofition.
- 71. La cuve A, Planche IX, eft femblable à celle dont nous avons parlé à l’occafion du cylindre (art. 54. ) ; un cône CRD, dont l’axe eft vertical, également armé de fer, eft pofé horizontalement au centre de la cuve; deux platines de fer, de cuivre, ou de métal plus dur, comme E,E9 fillonnées dans leur longueur , font placées à côté du cône comme on le voit en S S , dans les coupes verticales des deux cuves ; ces deux platines font inclinées de façon qu elles foient parallèles aux côtés R R du cône, foit qu’on éloigne ou qu'on approche le cône des platines.
- Le pivot inférieur eft placé dans une crapaudine G, pratiquée au fond
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- de la cuve , 8c qui efl à l'extrémité d’un levier G s H. Ce levier mobile autour du point s, communique, par le moyen d’une charnière H, à une autre barre de fer HX ? placée verticalement, 8c dont l’extrémité fiipérieure efl: hors de la cuve ; un écrou X placé à cette extrémité fert à enfoncer dans la cuve l’extrémité H du levier H s G , à faire monter la crapaudine Gy 8c par conféquent le cône RR. Dans cette pofïtion que fon voit en rr9 l’efpace r r qu’il y a entre le cône 8c les platines eft beaucoup plus confidérable que dans l’autre cuve, où le cône touche prefque aux platines S S y de chaque côté, parce que l’extrémité H du levier G s H , eft relevée, ce qui fait defcendre la crapaudine jufques fur le fond de la boîte, & la circonférence du cône jufques fur la furface des platines.
- Pour faire agir cette machine, il fuffit de pofer fur l’axe du cône une lanterne Iy dans laquelle engrene un rouet K , qui partant de la roue à aubes, communiquera Ion mouvement à toute la machine. Le rouet K pourroit être porté fur le même axe que la grande roue, pourvu qu’il fût fort grand 8c fort nombré ; mais il vaut encore mieux , pour augmenter la vîteffe du cylindre, qu’il y ait un axe de renvoi, & que le rouet de la roue à aubes agiiîànt fur un pignon adoffé à une roue, cette derniere roue falTe mouvoir la lanterne /, qui par ce moyen ira beaucoup plus vîte.
- Lorfqu’au moyen de l’écrou X, on aura élevé le cône d’un ou deux pouces , l’engrenage de la lenterne I n’en fera pas plus fort, elle fera feulement prife un peu plus bas par le rouet, comme on le peut voir en comparant les deux pofitions que nous avons repréfèntées dans la Planche IX.
- Si l’on defcend le cône de cette nouvelle machine jufqu’à ce qu’il touche prefque les deux platines, il pourra arriver que la matière fbit réduite à perdre fà confiftance ; & c’eft un des défauts de la Fabrique Holiandoife, d’où naît l’inconvénient d’avoir un papier qui fe coupe dès qu’on le plie, ou qu’on le fatigue avec quelque infiniment.
- Il pourroit être utile de ne pas biffer la matière fous le cône que l’on vient de décrire jufqu’à la fin de l’opération, mais de la faire paffer fous un cône garni de bandes de fer , qui feroient piquées de la même maniéré que les râpes à bois, avec des platines également piquées ; alors, dit M. de Genflane , ayant fixé la diftance entre le cône 8c les platines au plus bas point poffible, fans que les deux furfaces fe touchent, il arrivera que la matière fera parfaitement déchirée, fans qu’elle foit coupée. Car les pointes de la furface du cône ayant accroché & entraîné les parties de chiffons, elles ne peuvent manquer d’être arrêtées, déchirées, 8c comme cardées par les pointes de la platine qui en font tout proche.
- Là forme conique fubftituée par M. de Genflane à celle des cylindres, entraîne cependant un inconvénient : la vîtefîe des parties inférieures du
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- cône eft beaucoup moindre que celle des parties fupérieures ; 8c le chiffon fe précipitant toujours en bas par fon propre poids, peut s’y préfenter fou-vent en plus grande quantité que dans les parties qui ont plus de vîteffe ; ce qui rendra l’opération fort inégale.
- 72. Après avoir parlé des cylindres, & de la maniéré dont M. de Genf-Cane a entrepris d’en corriger les inconvénients, c’eft ici le lieu de parler du moyen qu’il propofà auffî d’employer à la place du dérompoir, pour couper le chiffon au fortir du pourriffàge avec plus d’ailànce & plus d’égalité : c’eft la machine que nous avons annoncée, art. 22.
- Nous fuppofons, (Planche IX) une cuve TT, de cinq ou fix pieds, dans la forme de celles où agiffent les cylindres, capable de contenir de l’eau avec une quantité de chiffons Portants du pourrifloir ; elle eft divifée dans le milieu ou à peu près, par une planche VV> dont les extrémités laiffent entre elles & celles de la boîte un elpace T V, auffî grand à peu près que l’efpace > qui eft entre la planche Sc les côtés de la boîte ; l’un des côtés de la cuve eft occupé par un plan incliné VY, formé d’une feule piece de bois folide, ôc repréfentée féparément en uy. Ce plan incliné eft garni de plusieurs tranchets a, h, r, d? femblables, pour ainfi dire, à ceux dont fe fervent les Cordonniers.
- Au-deffus de ces tranchets eft adapté un cylindre, dont le profil eft en Z Z , la coupe en ^ j les arêtes de ce cylindre font interrompues & divi-fées tranfverjfalement par des cannelures ou entailles profondes fff> 'placées de maniéré que le cylindre venant à tourner, les tranchets a, b > c} d3 engrenent exactement dans ces entailles : on a marqué par un cercle ponctué fur le plan ^, la profondeur qu’elles doivent avoir. Le cylindre g g , porte auffi-bien que les autres cylindres, une lanterne en m , par laquelle il reçoit le mouvement de la roue à aubes , qui eft mue par le courant de l’eau ; ce cylindre doit avoir moins de vîteffe que les autres ; les chiffons ne font prefque qu’y pafler ; & dès la première fois ils font affez coupés pour pouvoir être* portés fur les cylindres éfilocheurs.
- De la Matière affinée.
- 73. Lorsque par le travail du moulin, foit à pilons, fbit à cylindres, on a réduit les chiffons en une pâte liquide, & qu’on la juge fuffifàmment affinée, elle paffe dans des caiffes de dépôt, en attendant qu’on veuille en faire ufage :;pour n’avôir pas la peine de l’y tranfporter à bras, on a dilpofé à Montargis les caiffes de dépôt tout autour des cuves à cylindre ; de chacune de ces cuves on fait couler la pâte le long d’un tuyau de plomb qui rampe fous terre ôc que l’on voit en g, Planche III, jufques dans la caiffe G , qui répond à cette cuve. Pour donner iffue à la pâte, les cuves ont une
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- L E P A P I E R. 4f
- porte P, (Planche VI) en forme de trape, qui s'élève entre deux couliffes pour laiffer couler la pâte dans le tuyau Q, deftiné à la conduire aux caiffes de dépôt : on a vu, art. yi. que dans les moulins à pilons on n a point cette facilité , & qu’on efl; obligé de tranfporter les matières à bras avec des ba£ fines de cuivre.
- Les caiffes de dépôt font des auges de pierre , qui quelquefois font noyées dans l’épaiiîeur d’un mur , 8c recouvertes d’une voûte de pierres de taille ou de briques, pour qu’aucune ordure ne puiffe y pénétrer ; à Mon-targis les caiffes de dépôt G G, Planche III, font de marbre, couvertes en bois 8c enfoncées dans la terre : on croit que la pierre dure feroit préférable au marbre, la pâte feroit moins fujette à s’y attacher & à jaunir.
- Ilya , fous chaque caiffe de dépôt, quelques fenêtres garnies de ver jure ^ pour faire égoutter la pâte dans une voie d’eau qui régné fous les caiffes. C’eft une efpece d’aqueduc de maçonnerie, dans lequel peut paffer un homme pour aller de temps à autres vifiter les caiffes de dépôt ; cet aqueduc efl:à deux pieds au-deffous de chaque caiffe, & va s’ouvrir dans les décharges de la roue du mouvement. Comme on ne fait point ufage à Montargis des mouffoirs ( 67), ni des maillets affleurants (38), on ne veut point que la pâte puiffe fe deffécher dans les caiffes de dépôt, lorfqu’elle a été affinée 9 & l’on en ferme pour lors les iffues afin d’empêcher l’écoulement de l’eau.
- Un moulin bien adminiftré efl: ordinairement chargé de cobre, c’eft-à-dire, de pâte qui a été feulement éfilochée, & que l’on garde pendant l’hiver dans les caiffes de dépôt ; la gelée lui donne un certain degré de perfection ; on prétend même que les Hollandois étendent leur pâte éfilochée fur de grands draps, & l’expofent nuit 8c jour à la gelée. On croit auffi que l’humidité de cette pâte éfilochée que l’on conferve dans des caiffes de dépôt, occafionne une efpece de fermentation qui achevé de l’attendrir y & atténue encore les nœuds, ou les pâtons qui auroient pu échapper à la recherche des cylindres ou des pilons.
- D’ailleurs on met à profit, par cette précaution, les fortes eaux de l’hiver & du printemps ; on éfiloche & l’on prépare alors autant de matières qu’il efl: poflîble ; & lorfque la féchereffe efl: arrivée, on ne fait plus qu’ouvrer , ou tout au plus affiner, ce qui exige beaucoup moins d’eau ; on el£ ainfi en état de foutenir l’ouvrage néceflaire pour occuper toute l’année les ouvriers de cuve, 8c empêcher le chommage ruineux que beaucoup de fabriquants fupportent par le défaut de précaution.
- Dès que les chaleurs approchent, il faut avoir foin d’employer cette pâte; car non-feulement elle jaunit, mais les vers s’y engendrent, tk la putréfaélion s’y établit.
- 74. Si la pâte a féjourné dans les caiffes de dépôt, elle y efl: égouttée, defféchée & durcie j alors, pour pouvoir en faire ufage, il faut la délayer, Papier, M
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- ce qu’on appelle au(ïi quelquefois affleurer ; il y en a qui fe contentent de? la braffer ou de la remuer à force de bras ; cette opération eft longue, & neft point affez parfaite ; au lieu qu’on la fait à merveille & en moins d’une heure par le moyen des maillets affleurants ( 38 ), ou du cylindre émouf-fant (67 ).
- En Auvergne, on retire la pâte de la caiffe de dépôt avec une baffine ide cuivre pour la porter dans la pile de l’ouvrier,'ou pile à affleurer, qui eft ordinairement la fixieme pile du moulin \ les trois maillets qui agiffent dans cette pile, ne font ni ferrés, ni cloués, mais formés à tête plate, pour délayer feulement la matière, dans le temps où l’on veut l’employer.
- En Hollande, on pratique la même chofe au moyen des cylindres affleurants , qui font une efpece de mouffoir dont il a été parlé art. 6j ; on y fait couler de l’eau très-nette que l’on n’a pas befoin de renouveller, & avec laquelle on détrempe la pâte, de maniéré à la réduire fous la forme d’un petit lait.
- La pile de l’ouvrier n’affleure que pendant le temps où la cuve à ouvrer travaille, & on la charge auffi fouvent que l’on fait une porfe à la cuve, c’eft-à-dire, qu’on ne met dans cette pile que la quantité dë pâte nécelîàjre à une porfe de papier ( 90).
- La matière ainli affinée & affleurée, eft en état de former le papier; mais avant- que de palfer à la cuve de l’ouvrier, nous devons parler des chofes qu’on y emploie, telles que les formes 8ç les feutres.
- Des Formes ou des Moules.
- 7y... La forme ou moule du papier eft un chaffis garni de fils de laiton très-ferrés, avec lequel on puife dans la cuve une portion de cette pâte prefque liquide, qui en fe defféchant, donne une feuille de papier.
- La forme que l’on voit dans la Planche X, eft compofée de quatre tringles de bois formant le chaffis, le cadre, ou Vaffût, affemblées à angles droits ou en équerre ; ce chaffis eft garni fur la longueur de quantité de fils de laiton» fort minces & fort ferrés, qu’on nomme la Verjure j cette verjure eft traverfée & comme foutenue par d’autres-fiis qui forment les pontufeaux , fous lefquels font de petits bâtons de fàpin nommés les fûts > qui font perpendiculaires aux fils de la, verjure: on en voit un en K K ; pour ce qui eft des dimenfions, nous.ne pouvons en parler qu’en prenant pour exemple une forte de papier en particulier, puifqu’il y a autant de formes différentes qu!il y a d’efpece de papier. Choififfons donc le Papier à la cloche, ainfi nommé à caufe de la marque qui lui eft affeélée, & qui en vertu des règlements doit décider de fà grandeur & de fon poids ; il a quatorze pou-ces fix lignes de large, fur dix pouces neuf lignes de hauteur ; le chaffis ou
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- la forme du papier à la cloche, efl compofé de deux tringles de bois, de quinze pouces dix lignes de long, & de deux autres qui n’ont que onze pouces neuf lignes , ces tringles ont huit ou neuf lignes de largeur & environ quatre lignes d’épaiffeur : ce font ces quatre tringles qui compofent l’affût.
- Sur les deux réglés les plus courtes font fixés des fils de laiton, minces , & parfaitement dreffés, auxquels on a donné un peu de recuit pour les rendre plus doux , qui font d’égale épaiffeur 3 3c bien tendus ; ces fils forment la verjure, & on les voit dans la figure, de droite à gauche. Les deux réglés plus longues telles que A A , font traverfées par feize fûts DD, E E, diflants les uns des autres d’environ onze lignes ; ce font des bâtons de fapin de trois lignes de largeur, fur cinq lignes 3c demie d’épaiffeur de haut en bas; comme ils font placés fur les fils que nous avons nommé pontufeaux, on leur donne quelquefois aufîî le nom de pontufeaux : leur partie inférieure efl arrondie ou comme cylindrique ; leur partie fupérieure qui porte la verjure finit en forme de tranchant, comme on en peut juger par leur figure K K , / / ; leurs deux extrémités font arrondies en forme de tourillons, 8c entrent de force dans les longues tringles de l’affût qui les affemblent. Le tranchant ou le fommet de l’angle qui termine l’épaif* feur des pontufeaux, affleure de niveau le haut du chaffis, c’efl-à-dire, la furface fupérieure fur laquelle efl: la verjure.
- 76, Les pontufeaux qui font aux deux extrémités de la forme, laiffent un intervalle plus grand vers chaque extrémité de la forme, à droite 3c à gauche , que l’intervalle des autres pontufeaux ; dans cet intervalle de chaque pontufeau & de la tringle qui termine le chaffis ; on paffe un fil de laiton comme M, 3c N, plus gros que celui de la verjure, & qu’on nomme la Tranche-file, il fert lui-même de pontufeau, & les enverjures y font pafilées, c’eft-à-dire, coufues avec un autre fil de laiton beaucoup plus délié qu’on nomme le Manicordium.
- Près de la tête de chaque pontufeau, en prenant pour la tête le bout par lequel on commence à faire la verjure, il y a fur la largeur de la tringle des chevilles de bois, plantées dans fon épaiffeur en A, A, & qui font repréfentées féparément en II; de chaque cheville pendent des fils de laiton très-déliés, enveloppés par chaque bout fur de petits cylindres de bois, G, G, de même qu’on met le fil d’argent autour des fufoaux ou des bobines de Paffementiers ; ainfi chaque fil de laiton a deux bobines, dont l’une pend au-deflous, ou fi l’on veut, en dedans de la verjure, & l’autre au-deffus ou en dehors, qui font auffi du manicordium, & fervent à par-filer la verjure fur les pontufeaux.
- Quand le Formaire couche une enverjure for la longueur du chaffis, il l’arrête auffi-tôt entre les deux brins de manicordium, zn paffant un fufeau
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- de dehors en dedans, & l’autre de dedans en dehors ; & ainfi pour chaque fil de la verjure ( de même que les Vanniers arrêtent les verges de leurs claies d’ofier ) jufqu’à ce que le chaflîs foit plein ; il y entre environ 300 fils, plus ou moins, fur la hauteur D D ; la tranche-file M ou N, ne s'attache à la verjure que par un autre fil de laiton très-fin, qu'on tourne fim-plament autour de la tranche-file.
- Les bouts de chaque fil de verjure fe perdent fur l’épaiffeur du chaflîs, ou ils font recouverts d’une petite lame de cuivre, attachée au chaflîs par de petits clous de laiton, au niveau des pontufeaux & de la tranche-file; c’eft ce qui eft repréfenté féparément en L.
- Les fûts ou pontufeaux de bois K K, 11, font aufîî percés de plufieurs petits trous de droit à gauche, & de trois en trois lignes, dans lefquels on paffe un autre fil de laiton très-fin, qui repaffant fur la verjure fert à la tenir bien affujettie, & bien fixe fur tous les pontufeaux.
- Pour rendre l’affemblage de la forme plus invariable & plus folide, on le garnit en delfous de petites équerres de cuivre, P P, ou bien on fait la lame de cuivre qui couvre en Z, tous les bouts des enverjures, affez large pour être recoudée en équerre vers P, & clouée fur le retour des côtés du chafîis.
- On comprend affez que la groffeur des fils de la verjure, aufîî-bien que leurs diftances mutuelles, varie fuivant la qualité du papier que l’on fabrique; car pour retenir & pour égoutter une pâte plus forte & plus épaifîe, il faut des fils plus gros & des intervalles plus larges; mais en général il y a autant de vuide que de plein.
- La partie de la forme que l’Ouvrier tient de la main droite, s’appelle les 'Mains : le côté oppofé s’appelle les Pieds ; la mauvaife rive eft le côté qui eft contre l’eftomac de l’Ouvrier ; le bord oppofé s’appelle la bonne rive, parce que le papier eft un peu plus fort de ce côté là : c’eft par la bonne rive qu’on pince le papier, quand on enleve les feuilles.
- 77. Sur cette forme ainfi préparée on applique un autre chaflîs de même grandeur formé Amplement de quatre tringles, tel qu’on le voit en HH* c’eft ce qu’on nomme la couverture des formes , en Auvergne la couverte ; elle fait un rebord ou élévation qui régné tout à l’entour, pour retenir la pâte prefque liquide qu’on puife avec les formes, & qui couleroit très-vite par les bords, fi rien ne s’y oppofoit dans les premiers inftants ; cette couverture s’engage par une feuillure fur l’affût de la forme, enforte qu’elle ne vacille point, mais qu’elle puiffe aifément s’enlever.
- Une feule couverture fuffit pour les deux formes qu’on emploie dans le travail du papier ; car comme on le verra (art. 85.), Tune des deux formes eft toujours découverte au moment où l’autre fe plonge dans la cuve avec fa couverture.
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- Les formes 8c les couvertes fe font dans toutes les Provinces ou il y a des Papeteries ; en Auvergne, c’eft le métier propre d’un grand nombre de gens qu’on appelle Formaires ; il y en a fur-tout beaucoup à Ambert, petite ville fituée dans la plaine du Livradour > qui eft au milieu des montagnes.1
- Les formes Hollandoifes ont des couvertes plus épaiffes que les nôtres, comme on le dira art. 88.
- La couverte ou le cbailîs qui recouvre une forme, doit avoir une rainure en deflous pour que le bordage joigne mieux à la forme ; le defliis de la couverte doit être bien arrondi ; par ce moyen on facilite l’écpulement de l’eau qui fe fépare de la matière pendant la formation d’une feuille.
- Il faudroit auffi que la couverte, & le chaflis même de la forme, fuflent verniffés ; l’eau s’écouleroit par-deffus plus aifément, & l’on éviteroit peut-être mieux les gouttes d’eau qui tombant fur le papier y font autant de taches ineffaçables.
- 78. L’imprefllon de la verjure, & fur-tout celle des pontufeaux , s’apper-çoivent toujours fur le papier lorfqu’on regarde au travers 5 la verjure y paroît comme une multitude de lignes blanches qui fe touchent pour ainfî dire , & qui font dans toute la longueur du papier ; les pontufeaux fe font remarquer de diftance en diftance, fur la largeur du papier, en forme de lignes plus blanches 8c plus opaques. Cela vient de ce que la pâte ou la matière du papier ne peut jamais demeurer auffi épaiffe fur les endroits folides & relevés, tels que les pontufeaux & les fils de laiton, que dans les intervalles vuides 8c creux, où elle coule naturellement ; c’eft pour cela qu’elle s’amaffe en plus grande abondance aux deux côtés des fils , ( voy. art. 88 ).
- C’eft par la même raifon , qu’on apperçoit toujours fort aifément la marque du papier, 8c le nom du Maître qui doit toujours s’y trouver, parce que cette marque & ce nom y font brodés par l’entrelacement d’un petit fil de laiton, autour de la verjure.
- Des Feutres.
- 79. Lë$ Eeï/TRES qu’on appelle auffi flautre$> floutres*, revêches ou lan«^ ges, font les pièces de drap qui s’étendent fur chaque feuille de papier; le drap eft fait exprès pour cet ufage, d’une laine blanche alfez douce, 8c longue ; les feutres doivent être fans pièces & fans coutures autant qu’il eft poflible. Ceux de la Manufacture de Montargis, fe fabriquent à Beauvais 5 ceux dont on fe fort en Auvergne font de laine du pays, & fe fabriquent autour de S. Léonard en Limoufin. Les feutres font bien refoulés pour qu’ils ne faffent point d’impreflion fur le papier, comme feroit une étoffe croifée.
- Ils doivent être fabriqués avec de la laine de toifon la plus fine & la plus Papier. N
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- longue ; la chaîne doit être filée plus greffe & moins tordue que la trame J afin que la trame s’incorpore mieux dans la chaîne ; l’on n’en doit tirer le poil avec le chardon que d’un côté > le feutre fabriqué avec ces précautions formera une corde imperceptible , ne donnera point de rugofités au papier, & en boira plus aifément l’humidité fuperflue. Cependant dans la pratique ordinaire on ne fait pas grande attention à la qualité des feutres ; les uns prennent du gros drap, d’autres une efpece de pluche , celle fur-tout dont les gainiers doublent leurs ouvrages ; il y en a auflî qui les font tondre pour flull n’y ait pas de grands poils.
- Pour attendrir ces feutres ou leur donner plus de fouplefîe, on les lave lorfqu’ils font neufs, avant que de les mettre en ufàge ; on les coud auflî tout autour pour empêcher qu’ils ne s’éfilent.
- 80. Les feutres doivent être entretenus dans une certaine propreté, Sc ne peuvent gueres fervir qu’une femaine fans être nettoyés. Ainfi quand ils ont été employés pendant fix jours , on les fait tremper quatre ou cinq heures dans une cuve de bois, où l’on a mis de la fàvonade chaude, c’eft-à-dire , du làvon fondu dans l’eau à raifon de quatre onces pour chaque porfe de feutres ; quelques-uns y mettent auflî une pinte d’huile de poiflon fur deux livres de favon. On fait écouler enfuite cette fàvonade, & l’on jette fur les feutres une nouvelle eau pure & bien chaude 5 puis on les bat deux à deux avec des battoirs fur un banc de chêne tel que celui qui eft repréfenté en F, Planche I, qui fe nomme en Auvergne le Batadoir ; il a 7 pieds de long, 1 de large & 4 pouces d’épaiffeur ; quand on a trempé deux fois les feutres dans cette fécondé eau chaude, & qu’on les a battus à deux reprifes différentes, on les porte dans une fécondé cuve où l’on tient auflî de l’eau pure & chaude ; là on les rince en les tenant à deux mains, & par les deux bouts un à un. En les tirant de cette fécondé eau pure, on les tord , & on les porte près du ruiffeau fur une planche ; on les paffe à deux mains, & un à un, par les deux bouts dans l’eau courante ; & les mettant en piles fur des planches, on les porte fous la preffe pour en faire dégorger l’eau ; après quoi on les met dans les étendoirs jufqu’à ce que la plus groflîere humidité foit paffée. Il n’efl: pas néceflàire qu’ils foient tout-à-fait fecs pour fervir à coucher les feuilles de papier ; mais il efl: effen-: tiel qu’ils foient bien dégraiffés : voyez au fujet de cette graiffe, ce que nous avons dit art. 68.
- Lorfque les Ouvriers de cuve font chargés de laveries feutres, on dimi-* nue cinq porfes de leur tâche le jour où il lavent 5 mais communément on aime mieux donner cet ouvrage à des laveufes.
- Les feutres fervent ordinairement dix-huit mois $ lorfqu’ils montrent la corde, on les met au rebut : on ne veut pas cependant qu’il y ait trop de poil ; car les uns les font tondre avant de s’en fervir : d’autres n’employent
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- les feutres neufs que pour faire du papier bulle, Se après qu’ils ont été lavés deux ou trois fois, les font fervir au papier fin ; quand les feutres font neufs, on obferve de tenir la cuve moins chaude qu'à l'ordinaire, en-forte qu'elle foit feulement un peu plus que tiede.
- On prétend qu'il y auroit de l'économie à faire teindre ces langes en petite teinture, Se qu’il n'y auroit rien à perdre du côté de leur ufage ; mais je ne les ai jamais vus qu’endaine blanche.
- Nous avons dit qu'il falloit conferver dans les feutres un côté moins velu que l’autre 5 c'eft fur le côté le moins velu que fe couche la feuille ; elle eft trop tendre Se trop facile à percer dans le moment qu'on la couche ; Se le frottement des poils de la laine pourroit la froifler, au lieu que le feutre qu'on étend enfuite fur cette feuille 3 ne frotte pas avec la même force.
- Cuve de VOuvrier.
- 8r. Le nom d'Ouvrier (*) femble avoir été donné par préférence au plongeur, qui forme immédiatement la feuille de papier, comme étant chargé de la principale opération de l'Art ; c'eft celle que nous allons décrire, Se qui fe voit dans la Planche XL
- Quand la pâte a reçu fit derniere façon * foit dans la pile de l'Ouvrier, foit fous les cylindres affineurs ou fous les cylindres affleurants, elle n'eft plus que comme de la bouillie, fans aucune confiftance. Un des Ouvriers qu'on appelle Leveur, Se dont nous parlerons plus amplement (art. 93. ) la tire de cette pile avec une petite baffine de cuivre, Se en remplit une auge de pierre qui eft à portée de la cuve ou travaille l'Ouvrier ; c'eft ainfi que cela fe pratique en certains endroits ; en Auvergne, on fe fert d'un petite gerle de bois d'environ 25 pouces de long fur 18 de profondeur, qui fe mene fur une brouette qu’on a vue en M, dans la Planche IV ; avec cette brouette qu'on appelle ailleurs 1 ’Ambalard, le Leveur tranfporte directement la pâte dans la cuve où fe puife le papier ; là aidé de l'Ouvrier il décharge fà gerle dans cette cuve, ou bien fe fert d'une Bachole ou caflerole de cuivre pour l'y verfer ; l'Ouvrier ajoute la quantité d'eau qu'il juge néceflaire, fuivant la force du papier qu'il eft queftion de faire ; car le papier qui doit être fort & grand, demande une pâte plus épailfe, Se une moindre quantité d'eau ; un papier mince & léger, comme papier ferpente, papier fleuret, cornet de Bretagne, fuppofe une pâte qui ait été moins pourrie, Se l'on y met beaucoup plus d'eau ; on remue cette pâte avec une fourche de bois, pour la bien mêler Se délayer avec l'eau ; dans cet état la pâte ne paroît plus que comme du petit lait ou de l'eau un peu trouble. Les Ouvriers connoif-
- (1 ) Oü dit quelquefois Ouvreur ; mais il femble que c’eft par corruption.
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- ja< * ART DE FAI R*E
- fent à la couleur de cette eau combien devra pefer le papier qui en ré; fultera.
- 82. Le travail de l’Ouvrier eft repréfenté dans la Planche XI. On y voit la cuve O, qui eft ordinairement de bois de fapin, cerclée de fer ; fa partie fupérieure eft environnée d’une efpece de table N, appellée le Tour de cuve, dans laquelle eft une large échancrure, ou fe place l’Ouvrier monté fur un gradin de maniéré à être placé commodément tout près de la cuve, & pouvoir aifément plonger ou retirer fes formes ; il eft jufques à la ceinture dans une efpece de niche qu’on appelle quelquefois la Nageoire. Près de la nageoire eft un morceau de bois appelle Rojjlgnol, fur lequel appuie une planchette qui traverfè la cuve.
- 83. Pour entretenir une chaleur douce dans la cuve de l’Ouvrier, on fe fert d’une piece nommée le pijlolet, marquée P fog. 1 & 2 ; c’eft un tuyau de cuivre qui s’infinue dans l’intérieur de la cuve par une ouverture B , à laquelle on a foin de luter exactement le piftolet, afin que la matière n’ait pas d’écoulement 5 il eft partagé en deux par une grille horizontale, fur laquelle on met des charbons allumés ; le piftolet eft quelquefois cylindrique 5 quelquefois il a la forme d’une veffîe : on voit dans la figure féconde en P 8c en B , la forme de l’un & de l’autre. En Angoumois, on échauffe un peu différemment la cuve de l’Ouvrier ; cette cuve eft placée derrière un four alfez femblable à ceux où l’on cuit du pain ; la gueule de ce four eft établie au fond d’une cheminée qui eft de l’autre côté de la muraille j au fond de ce four eft ajufté cette efpece de tuyau aveugle de cuivre, de la forme d’une veffie comme on le voit en B ; la chaleur du four ^échauffe l’air contenu dans ce piftolet ; &le cuivre qui y participe, communique fà chaleur à l’eau de la cuve, fans le fecours des charbons dont on fe fert en Auvergne.
- L,orfqu’on échauffe le piftolet avec des charbons, comme nous l’avons dit ci-deffus, il faut que la cuve foit tournée de maniéré que le piftolet s ouvrant près d’une cheminée, la fumée puiffe en enfiler le tuyau , afin que fa vapeur n’àltere pas le papier. Le piftolet a communément 20 pouces de longueur, 10 pouces d’ouverture à fon entrée, & 14 pouces de lar-i geur dans le fond ; il eft entouré d’un linge qu’on appelle le fourreau du piftolet, afin que la crafife du cuivre ne puiffe point tacher la pâte du papier;
- On entretient ainfi la cuve dans une chaleur à y pouvoir tenir la main pendant tout le temps qu’on y travaille ; il me femble que c’eft afin que^ l’eau ait plus de difpofition à s’évaporer, & à quitter les particules folides. ^ qui doivent s’unir 8c fe deffécher prefque en un moment. On a fait quelquefois du papier dans l’eau froide : mais il falloit plus de temps $ le papier étoit plus lâche, & ies parties moins adhérentes entr’elles ; aufîi les Ouvriers fre négligent point cette précaution , & ils fe lèvent quelquefois pendant
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- L E P A P I E R. JJ
- la nuit pour aller préparer leur piftolet, afin de trouver le matin leur cuve fuffifàmment échauffée. Si la matière eft verte, mal pourrie & mal battue, il faut échauffer moins la cuve ; car la fécule fe fécheroit trop tôt, étant moins diffoute dans le fluide.
- Il faut avoir foin de braffer la cuve plufieurs fois dans la journée, prin-cipalement autour du piftolet : la pâte qui s’y dépofe & s’y accumule pourroit nuire beaucoup à l’égalité du papier j le bâton dont on fe fert pour braffer & agiter cette pâte, eft en forme de fourche, dont les deux branches font jointes par une petite corde qui fert à ratifier le piftolet * pour en détacher la fécule qui s’y dépofe. En voyant la pâte délayée dans la cuve de l’Ouvrier , on croiroit que les fibres ligneufes font décompofées , écrafees, pourries ; néanmoins il leur refte encore une longueur, une confiftance néceflàire pour s’entrelacer, & s’unir par le moyen de l’eau; cette difpofition à s’unir fe perdroit par une plus longue trituration; car* comme nous l’avons dit f art. 68-, l’eau qui, après avoir lavé les chiffons , s’écoule de la cuve, emporte avec elle une partie de leur fubftance ; on l’apperçoit clairement : mais cette partie trop divifée n’a jamais pu être employée j on a beau la raffembler, la faire dépofer, elle ne reffemble qu’à une bouillie qui ne prend point de liailbn.
- Maniéré dont fe forment les Feuilles.
- 84. L 'Ouvrier que l’on appelle aufli ouvreur ou plongeur, 8c que l’on voit repréfenté en A , Planche XI, monté dans fa nageoire, & dans l’échancrure de cette efpece de table qui borde le contour de la cuve, tient une forme à deux mains par les deux extrémités, avec le cadre ou la couverture appliquée exaélement deffus la forme, comme fi c’étoit une feule piece ; alors l’inclinant un peu vers lui, il la plonge dans la cuve. Quand l’Ouvreur commence fa porfe , il doit faire fa feuille en deux temps, c’eft-à-dire * plonger d’abord la mauvaife rive, retirer la forme, & plonger enfuite la bonne rive ; mais après les vingt-cinq premières feuilles, il les fait en un feul temps, & ne plonge plus que la mauvaife rive de fa forme, environ de moitié ; aufli-tôt il releve horizontalement la forme chargée de cette pâte liquide dont le fuperflu s’écoule à l’inftant de tous côtés, & dont la quantité fuffifànte eft retenue par le contour de la couverture & par Ion épaiffeur ; l’Ouvrier étend cette pâte fur la forme en fecouant doucement de droite à gauche, & de gauche à droite, comme s’il vouloit la tamifer ; jufqu’à ce qu’elle fe foit étendue également lur toute la fiirface de la forme.; c’eft ce qui fe nomme promener ; de même par un autre mouvement qui fe fait en avançant & reculant horizontalement la forme d’avant en arriéré ôc d’arriere en avant, comme pour tamifer, cette matière fe ferre, s’unit, fe pi er. O
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- 54 ART DE FAIRE
- perfectionne ; c’eft ce quils appellent ferrer : ces deux mouvements font accompagnés d’une légère fecoufle qui fert à ehverger la feuille, c’eft-à-dire, à la fixer & à l’arrêter ; mais ils le font très-vice en lept à huit coups de mains, & dans l’efpace de quatre à cinq fécondés : aufll-tôt cette matière fi fluide , qui ne paroilfoit que comme une eau trouble, fe lie ; fes petites parties s’accrochent, s’unifient mutuellement, & làns ces deux mouvements elles retomberoient en partie dans la cuve, au travers de la ver jure. Ainfi la feuille fe précipite fur le grillage de laiton, tandis que l’eau pafle au travers des intervalles, &c il relie fur la forme une vraie feuille de papier.
- Le Plongeur pofe aufll-tôt fa forme fur le bord de cuve, & il en ôte la couverture, en même temps qu’il fait glilfer la forme le long de la planchette jufqu’au trapan de cuve : cette planchette marquée y n’a que deux doigts de large 5 & le trapan de cuve n’eft autre chofe qu’une planche de lapin marquée 6, qui traverfè la longueur de la cuve, & qui efl percée de plufieurs trous pour lailfer égoutter la forme dans la cuve.
- Le Plongeur, en ôtant la couverture de defliis cette première forme,la place tout de fuite fur la fécondé forme, qu’on lui donne pour la plonger à fon tour.
- 8y. Le Coucheur prend la forme fur le trapan de cuve avec la main gauche; il la fouleve doucement, en l’inclinant fur le coin du bon carron, afin de le renforcer ( art. 87 ) ; enfuite il la redreffe, la forme & l’appuie contre un ou deux petits bâtons marqués 7 & 8, qui font implantés fur le trapan dans la bordure de la cuve ; la mauvaife rive porte fur le trapan, & la bonne rive appuie contre les chevilles de l’égouttoir ; la forme refte dans cet état l’efpace de deux ou trois fécondés de temps pour s’égoutter dans la cuve, pendant que le Coucheur étend un feutre ; aufll-tôt le Coucheur prend là forme, & la couche ou renverfe fur le feutre. On diftin-gue deux maniérés de coucher : Coucher à la Suifle, c’eft renverfer la forme & la pofer à la fois toute entière, enforte qu’au même moment elle porte 8c appuie par-tout : cette méthode expofe le Coucheur à faire beaucoup de papier caffé. Coucher à la Françoife, c’eft appuyer la forme fur le feutre d’abord fur la bonne rive, enfuite par gradation & lentement fur les autres parties, pour détacher fucceflivement toutes les portions de la feuille & les appliquer fur le feutre ; la feuille s’y attache en effet, à caufe de fon velu, & abandonne la forme qui eft un corps plus liffe ; le Coucheur releve fà forme, en commençant par la bonne rive; il la rend au Plongeur auflî nette qu’avant quelle eût été plongée, & il trouve fur le trapan de cuve une fécondé feuille à coucher qui a été formée pendant qu’il couchoit la première, & qu’il releve en paflint, avant que d’étendre le feutre. Ainfi l’on voit, qu’au moyen de deux formes qui font toujours en mouvement, il n’y a point de temps perdu: pendant qu’une forme fe plonge, l’autre fe
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- LE PAPIER. ||
- couche 5 quand le Plongeur palTe une forme au Coucheur, il en reçoit une autre qui eft vuide , fur laquelle il pofe la couverture qu’il retire de defliis la première, & il plonge de nouveau.
- Les opérations que nous venons de décrire, font fi promptes, qu’il fe forme fept à huit feuilles par minute dans les grandeurs moyennes de papier, telle que la Couronne ; enforte qu’un Ouvrier peut faire huit rames dans fa journée : il feroit furement utile d’aller plus lentement ; le papier en feroit mieux fait : on verra dans les réglements qu’on a été obligé de défendre aux Ouvriers d’excéder la quantité d’ouvrage qui eft ufitée, ou de la faire toute pendant la feule matinée, de peur que l’abus ne devînt encore plus grand ; on verra auflî à la faite du tarif, la quantité qu’un Ouvrier doit faire dans un jour des différentes fortes de papier.
- 86. Les feutres ou langes dont nous avons parlé, art. 7^, & qui doivent feparer chaque feuille de papier, font placés fur la mule à côté du Coucheur ; il étend d’abord un feutre fur le trapan pour coucher la première feuille j fur cette feuille un feutre, & ainfi alternativement ; comme il faut plus de temps à l’Ouvrier pour faire une feuille, qu’il n’en faut au Coucheur pour l’appliquer fur le feutre, celui-ci a le temps, dès qu’il a remis là forme fur le trapan de cuve, & qu’il a redreffé la forme fuivante, de prendre un des feutres que le Leveur ou fon apprentif lui fournit en les plaçant fur la mule, & de l’étendre proprement fur la feuille qu’il vient de coucher ; après quoi il fe retourne, prend la fécondé forme qu’il avoit redrelfée & appuyée contre les bâtons de l’égouttoir, & il la couche à fon tour.
- Des fautes que les Ouvriers de cuve peuvent commettre.
- 87. L’Ouvreur doit avoir l’attention en diftribuant la matière fur fa forme , de renforcer le bon carron, c’eft-à-dire, le coin de la feuille qui eft en haut fur la droite entre la bonne rive & les mains, parce que c’eft toujours ce coin que l’on pince en levant les feuilles, ou en les étendant ; fans cette précaution il s’en cafleroit beaucoup. Si l’Ouvreur enleve trop de matière avec fa forme , s’il ne l’étend pas également, s’il laifle échapper l’eau trop promptement, s’il frappe de fa forme contre l’égouttoir, dans tous ces cas la matière s’accumule dans certains endroits de la forme, ce qui produit des andouilles dans le papier.
- Lorfqu’il laifle endormir la matière fur la forme, & qu’il ne la diftribue pas aflfez tôt, il fe forme une feuille châtaignée, c’eft-à-dire, femée de parties d’inégale épaifleur ; quand la cuve eft trop chaude on enverge toujours mal, & l’on ne peut gueres éviter ces inégalités, parce que l’eau s’évapore trop vite de deflus la forme.
- Un Ouvreur peut lailfer revercher la feuille, c’eft-à-dire, refluer trop la
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- 5^ ARr DE FAIRE
- matière vers un des bords, en ne donnant pas à £es bras un mouvement régulier; il peut ejjerner fà feuille, c'eft-à-dire, faire un papier tronqué, s'il n'étend pas affez fa matière, fi la cuve eft trop chaude, fi la fécule eft trop crue, trop verte & peu coulante, s'il a les bras trop roides, s'il donne une mauvaife fecouflè, ou fi la forme efl mal faite : il fait une feuille dentelée en ôtant mal la couverture, ce qui arrive aulîi par le défaut des feutres, de leurs coutures, de leurs lifieres.
- 88. En examinant une feuille de papier au tranfparent, on voit que des deux côtés de chaque pontufeau, il y a une plus grande opacité que vers le milieu de l'intervalle ; cette épaifleur vient de la matière qui n'a pu fe diftribuer par le mouvement 4e la forme, étant arrêtée par les pontu-féaux ou le manicordium qui fert aies parfiler. On éviteroit ce défaut, s'il étoit poffible de fe paffer de pontufeaux, 8c d'avoir des fils de verjure allez tendus 8c alfez fixes pour n'avoir pas befoin d'être parfilés de diftance en diftance : cela nous paroît impraticable ; mais il efl: poffible de diminuer, beaucoup l'inconvénient, en promenant la forme avec douceur, peut-être même en ne la promenant prefque point ; dans les papiers de Hollande qui ont de l'épaiffeur, on apperçoit à peine cette inégalité ; parce qu'on procédé beaucoup plus lentement dans les fabriques Holiandoifes, & qu'on fecoue moins la forme pour enverger.
- 8p. Le Coucheur peut auffi, par inattention ou par défaut d'expérience; occafionner plufieurs difformités dans la feuille, dont nous ellàyerons de donner une idée.
- Four éviter les gouttes d'eau qui tombent facilement fur le papier, & y font des taches défagréables, il doit coucher fa forme lentement, & la relever promptement. Toutes les fois qu'il appuie fà forme fur l'égouttoir, il doit fecouer fa main derrière lui ; fans cette précaution, les doigts qui font mouillés, dégoutteroient fur la feuille déjà couchée en la couvrant du feutre, & y formeroient la goutte d'eau.
- Si l'on couche trop vîte, l'air retenu & comprimé fous la feuille occa-fionne des bourfouflements Sc des endroits plus clairs que les. autres, qu'on appelle Mufettes.
- Lorfqu’en appuyant de la main droite la bonne rive de la forme fur le feutre, le Coucheur laiife gliffer la forme fur le feutre, ou qu'il n'a pas la main fure, il fait du lâché, du coulé, de l'écrafé ; ce font les différentes nuances d'un même défaut qui confifte à avoir une feuille tiraillée d'un certain fens, jufqu’au déchirement. Si elle n'eft pas déchirée, c'eft un papier tiré de flautre, Labouré ou bourdonné, fuivant que les inégalités feront fortes, 8c en différents fens. Si le Coucheur appuie trop, & que l'eau du feutre foit exprimée dans la feuille couchée, l'on dit qu'il a fait du gâté-d'eau. Il fait auffi des feuilles rebordées ou dentelées, foit en y appuyant les doigts, foit en étendant mal le feutre. Manière
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- LE PAPIER.
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- Maniéré de preffer les Porjes.
- po. Les Ouvriers de cuve appellent un Quet l'alfemblage de 26 feuilles $ la porfe eft compofée d'un certain nombre de quets, qui varie fuivant la grandeur du papier. La porfo de couronne a dix quets, ou 260 feuilles, c'eft-à~dire, une demi-rame, & dix feuilles de plus pour indemnifer le fabriquant du calfé. La porfe n'eft quelquefois que de 100 feuilles, lorlqu'on travaille dans de plus grandes fortes. ( Voyez art. 148 ).
- Lorfqu'on a le nombre de feuilles & de feutres fuffifints pour former une porfe , il eft queftion de la prelfer : on l'appelle alors Porfe de feutres , ou Porfe-Laine ; on la recouvre d'un feutre, & enfuite d'une autre planche H , fig, 2, Planche XI, qu'on nomme le couvercle du drapan ; le Coucheur & le Leveur portent fous la prelfe le drapan chargé de la porfe, au moyen des deux menillesff , ou poignées, dont il eft garni ; ou bien ils le traînent le long des poulins ( qui font placés entre la prelfe & la cuve ) avec deux bâtons crochus tels que g fig. 1, & G fig. 2, qu'on nomme Beches ; ils placent ainfl la porfe fur le foutrait de la prelfe ; ( les Ouvriers difent S outras , fins doute par corruption ; ) il s'agit alors de prelfer la Porfe-Laine, ou Porfe de feutres, qu'on appelle ailleurs la Porfe en flautre , & chez les Garçonniers la Preffee.
- De la Preffe*
- ÿï. La Presse eft une des parties elfentielles à la fabrication du papier ^ comme nous aurons occafion de le faire obferver ( art. 122 ) ; ainfi nous ne devons pas négliger de la faire connoître en détail.
- La prelfe eft repréfontée dans la Planche XI, vis-à-vis du Coucheur ; elle f eft compofée de deux montants, tels que HH, fig* 1, & A A , fig. 2, em-mortaifés fur un gros fommier B', fig. 2, qui les traverfe par le bas, & enfourchés par en haut aux deux bouts d'un autre moindre fommier E, qui forme en même temps l'écrou. Dans cet écrou tourne la vis D, dont l'extrémité inférieure eft noyée dans le trou C d'une autre piece de bois qu’on nomme la Selle, ou Mouton ; le pivot qui entre dans le mouton, a un collet ou étranglement dans lequel s’engage une cheville qui traverfe le mouton,
- & fait que la vis ne peut s'élever en tournant, fins faire remonter fi felle en même temps.
- La piece d'en bas qui eft immobile, & fur laquelle fo place la porfo de feutre fe nomme, comme on l'a dit, le foutrait de la prelfe.
- Quand la porfo eft placée fur le foutrait de la preife , & qu'on y a mis le couvercle du drapan, on y place encore les mifes qui font des pièces de bois quarrées de deux pieds de long , ayant quelquefois des menilles ou poi-Papier. P
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- j'8 ART DÉFAIRE
- gnées pour les fàifir : on en emploie trois ou quatre, félon que le demande la hauteur de la porfe ; elles font marquées i, 2 , 3 , dans la Planche XI, Jig. 1 ; enfuité avec un levier de dix à douze pieds , dont un bout entre dans la tête de la vis, quatre hommes mettent la porfe dans une violente compreftion pour en faire égoutter Peau. Quand il eft befoin de s’arrêter pour changer le levier de trou, ôc continuer enfuite de preffer, on fe fert, pour contenir la vis, d’un morceau de bois nommé lapoye, & que l’on voit fufpendu en R à l’un des montants de la preffe : ce n’eft proprement qu’un bâton que l’on engage dans le trou de la vis qui fe préfente le mieux.
- 92. Non-feulement les quatre hommes dont nous avons parlé, prelfent avec toute la force dont ils font capables fur un levier de douze pieds ; mais lorfqu’ils font au terme de leur aétion, ils attachent à l’extrémité de ce même levier une groffe corde, l’aiitre bout de la corde paffe dans une elpece de tour ou de cabeftan qui a quatre barres \ les quatre hommes tournent encore de toute leur force ce cabeftan pour faire faire encore quelques pieds de plus au levier que les bras ne ppuvoient plus émouvoir ; & cette nouvelle manœuvre produit encore un demi-tour de vis.
- La porfe de feutres ayant été preffée autant que les quatre hommes l’ont pu faire, aidés du.cabeftan, on paffe tout autour de la porfe unLracloir de bois pour exprimer du bord des feutres toute l’eau qui peut y être reftée , puis donnant un coup de bâton fur la poye , on la dégage du trou de la vis ; la preffe fe lâche auflî-tôt, & la vis retourne d’elle-même ; alors le Coucheur & l’apprentif Vireur de feutres retirent la porfe de deffous la preffe, & la remettènt à un quatrième Ouvrier nommé le Leveur de papier ou limplement Leveur.
- Du Leveur.
- 93. La fonction du Leveur confifte à détacher les feuilles de deffus les feutres qui y font appliqués par Faction de la preffe qu’elles viennent de foute-nir. Il fe place, comme on le voit en K> derrière une elpece de banc fembla-ble à celui des Lavandières de certaines Provinces : on l’appélle la Selle du Leveur ; elle eft repréfentée en I\fig» 2' on y voit deux chaftis formés chacun de deux bâtons ou échalas de bois, équarris, traverfés de deux autres qui les affemblent par leurs extrémités comme deux échelons. L’un de ces chaflis qui eft le plus long, eft incliné & appuyé fur le plus court qui lui fert de fupport à différentes inclinailons, à-peu-près comme le chevalet des Peintres, ou comme les échelles~doubles que l’on promene dans les Bibliothèques ; vers le bas du grand chaftis il y a deux chevilles /, m, qui avancent alfez pour foutenir une planche n appuyée fur le banc, & inclinée d’environ cinquante degrés.
- C’eft fur cette planché que lé Leveur qui eft debout > applique toutes les
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- LE' PAPIER. 59
- feuilles après les avoir détachées des feutres ; le Vireur commence par relever les feutres avec les deux mains par un côté, afin que le Coucheur puilfe plus aifément détacher les feuilles que la prelfe y a comme collées ; & lorfqu il les a détachées, le Vireur ôte le feutre, le jette à là gauche, & forme un paquet de feutres qui font placés fur la meule, pour que le Coucheur puilfe s’en fervir dans laporfe fuivante qui fe travaille en même temps, comme on le voit dans la figure. Le Vireur n’eft ordinairement qu’un apprentif, & la partie eft aifée ; mais la manœuvre du Leveur demande de l’adrelfe & de l’habitude pour ne pas déchirer les feuilles en les levant de delfus les feutres ; elle ne convient qu’à des gens qu’çn y a exercés dès leur jeunelfe, & non pas à des payfens grofiiers & fans habitude ; aulîî dans de petites fabriques écartées, où l’on ne peut choifir les ouvriers , il fe trouve quelquefois un tiers de papiers défectueux , & prefque toujours par le défaut de cette opération ou de celle de l’étendoir : il eft donc utile d’entrer dans le détail de cette manipulation * & des foins qu’elle exige de la part du Leveur 5 on verra que c’eft celui des trois Ouvriers de cuve qui doit avoir le plus d’adrelfe.
- - Le Leveur pince le coin de fa feuille qui efl: de fon côié, appellé bon carton , avec le pouce Sc l’index de la main droite ; dès que le coin de la feuille efl; levé de delfus le flautre d’environ un pouce, le Leveur le prend de la main gauche, fouleve la feuille, en glilïànt en même temps la main droite vers le milieu de la feuille jufqu’à l’autre coin ; & lorfqu’elle efl: levée au tiers, il l’enleve hardiment des deux mains, & l’étend fur fa planche ; il place fà feuille en deux temps pour que l’air puilfe s’échapper, ôc qu’il ne fe faife point de mufettes , de rides ou de gaines.
- Il y a des Ouvriers qui mettent un feutre fur la porfe, dès qu’ils ont deux ou trois pouces d’épailfeur ; le plus fouvent c’eft lorfque le Leveur a levé la moitié de fa porfe, qu’il la couvre avec deux feutres ; enfuite il appuie fes mains de toute la force pour applatir la porfe depuis les mains de la feuille jufqu’aux pieds, & également fur les rives ; cette demi-porfe blanche en devient plus plate, plus ferme, & efl: moins fujette à glilfer. Si malgré cette précaution, fa porfe menace encore de tomber, il prend le linge imbibé d’eau, & en fait couler entre la planche & la porfe blanche ; cette eau empêche la porfe de glilfer.
- Le Leveur doit avoir l’attention deVoulever de temps en temps les rives de la porfe en flautres, principalement celle des mains & du bon carron, afin de pouvoir pincer plus légèrement fes feuilles, lorfqu’il veut les lever.
- Si le Coucheur travaille trop vite, & que le Leveur fe trouve prelfé, il n’étend pas exaélement fes feuilles l’une fur l’autre ; les carrons ne fe corref-pondent pas exaélement ; il arrive alors que les jetteufes après la colle > en pinçant le carron de la première feuille pour la lever, fatiguent le carron de la feuille qui eft delfous : celle-ci fe calfe quand on vient à la lever à fon
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- ART DE FA IRE
- tour, ce qui occafîonne un pied de chevre qu’on ne répare quelquefois qu’en le foudant fur couture, & alors la feuille n’eft mife qu’au chantonnélor[q\i on la retire à la falle ( 118. )
- 94. La porfe blanche, c’eft-à-dire, la planche couverte de toutes ces feuilles avec leurs feutres, fe porte enfuite fous une petite preffe qui eft de l’autre côté, comme on le voit en Z, Planche XI, & qu’on appelle la Prejfette ; là on eu exprime encore le peu d’eau qui pouvoir y refter, mais avec modération , doucement & à plufieurs reprifes, autrement on rifqueroit de couper le papier.
- Cette preffette donne du corps au papier, de rend le grain plus uniforme, en effaçant les impreffions de la verjure.
- Quelquefois on attend, pour preffer en porfe blanche, qu’il y ait huit rames de faites en couronne, ou feize porfes, c’eft-à-dire, l’ouvrage de la journée ; mais pour l’ordinaire on prefle en porfe blanche trois fois le "jour.
- Il faut brader la cuve avec la fourche au moins à chaque porfe, avoir foin de rechercher tout autour du piftolet, & dans les angles où la matière le dépofe , pour fe préfenter enfuite fur la verjure en forme de pâtons ; toutes les fois que l’on quitte l’ouvrage, il faut rincer le tour de cuve, & tout ce qui communique à la matière du papier.
- La cuve à ouvrer doit être vuidée & lavée à fond tous les quinze jours au moins, en dedans & en dehors : ce font les trois Ouvriers de cuve qui font chargés de cet ouvrage , en confidération duquel on leur fait grâce de deux porfes, c’eft-à-dire, d’une rame en couronne.
- C’eft le Leveur qui eft chargé feul de preffer là porfe blanche, d’apporter la pâte dans la cuve de l’Ouvrier au moyen de la bachole, & d’entretenir le feu dans le piftolet ; de le garnir tous les foirs pour le lendemain, & de braffer la cuve s’il y refte de la pâte ; d’en laver les bords, d’aller chercher le couvercle de la cuve conjointement avec le Coucheur, & de porter les porfes blanches aux étendoirs.
- La porfe blanche ainfi formée d’environ huit cent feuilles , le porte aux étendoirs ; là il s’agit de les féparer & de les étendre, non pas une à une, mais par paquets de fept à huit feuilles fi c’eft de la couronne , plus ou moins dans les autres grandeurs. *
- Maniéré d9étendre en pages.
- py. Lorsqu’on fait attention que les feuilles font très-minces 9 qu’elles font formées par une fécule qui eft encore chargée de beaucoup d’eau, Sc qui a peu de confiftance, on fent bien que la preffe les a tellement unies les unes aux autres, qu’il eft difficile de les féparer : en effet on ne parviendroit
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- LE PAPIER. 8*
- pas à les tirer une à une fans en déchirer un grand nombre, mais heureufe-ment cette réparation, feuille à feuille, n’efl: pas néceflaire, comme on le verra plus bas ; on fe contente donc de lever fept à huit feuilles enfembie, ce qu’on appelle former des pages. Quelquefois auflî on en leve un moindre nombre , à mefure que le papier fe trouve plus grand, mais jamais moins de trois feuilles, excepté dans ces papiers de grandeur extraordinaire, tel que le grand langlée qu’on a exécuté à Montargis ; & qui s’étend feuille à feuilles
- En Auvergne & en Angoumois, c’efl: le Gouverneur du moulin qui étend le papier prefle en porfe blanche ; dans d’autres provinces, ce font des femmes y ou bien c’efl: le Leveur après la journée faite ; il feroit plus sûr d’avoir un Gouverneur des étendoirs uniquement occupé des opérations , qui s’y font ; car il y a beaucoup à perdre par la négligence de ceux qui étendent. Un Eten-deur de porfe doit étendre la journée de trois cuves.
- L’Etendeur ayant reçu une porfe blanche encore mouillée, l’étend lui-même en pages dans le petit étendoir. Pour commencer par les plus hautes cordes de l’étendoir ; on monte fur un banc de trois pieds de haut & de douze pieds de longueur : on le peut voir en E, Planche VII ; quoiqu’il s’agifle dans cette planche d’une autre opération dons nous parlerons (art. 113.} les deux porfes font placées fur uneJellette à trois jambes, telle que F, de quatre pieds 3c demi de haut fur quinze pouces en quarré ; celui qui étend y tient de la main droite un petit ferlez y tel qu’on le voit en C dans la main d’une femme, Planche XIII. Cet infiniment n’efl; autre chofe qu’un bâton traverfé par un autre, en forme de T*, gros comme le petit doigt, & long de quinze à dix-huit pouces ; il fait fa page de la main gauche fur la porfe, c’efl> à-dire^ il prend dix ou huit feuilles de papier, comme nous l’avons dit ; il fouffle fous cette page, pour féparer les feuilles les unes des autres, autrement il s’en déchireroit beaucoup ; il obferve aufii de lever ces feuilles du même côté qu’on les a détachées de deffus les feutres en les mettant fur la folle J c’eft-à-dire, par le bon carron ; il prend enfuite deux cordes de la même main gauche, & il y étend fa page avec le ferlet qu’il a toujours tenu de la droite ; quand les porfes font de grand papier, il prend trois cordes à la fois pour les étendre ; nous parlerons plus endétail de l’étendoir, lorfqull s’agira d’y mettre le papier collé qui demande plus d’attention ( 110 ), SC exige auffi un plus grand étendoir ( 32 ).
- ' Il importe, plus qu’on ne croiroit d’abord, que les feuilles demeurent, pour ainfi dire, collées plufieurs enfembie ; fi elles étoj#nt feules & une à une, elles ne pourroient point réfifter au mouillage de la colle, & ce mouillage fera fuffifant pour en faciliter laféparation. Pour empêcher qu’elles ne fe féparent 8c ne s’effeuillettent dans l’étendoir en y féchant, on les place de maniéré que les pages reçoivent le vent dans la furface, 8c non point de coté & par les rives,
- P A p 1 ER.
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- L'Etendeur doit avoir attention de ne pas faire des chaperons>o\i ègratignures, en frottant fes feuilles contre les cordes, ou des marroquins, c'eft-à-dire, des rides, en faifant fes pages trop fortes j ce qui oblige les feuilles intérieures de le froncer fur la corde,
- 96. Le papier ayant féché dans l’étendoir, le Gouverneur va ramafjer les pages, c'eft-à-dire, les defeendre de deflus les cordes 3 il obferve que les feuilles foient toujours tournées du même côté que lorfque le Leveur les a détachées des feutres, ce qui fe reconnoît par la marque des pouces, imprimée aux deux bouts de la feuille ; cette remarque eft importante, parce qu'ayant à étendre deux fois le papier encore mouillé, on tache moins les feuilles, & l'on n'en expofe pas un fi grand nombre à être gâtées.
- Après avoir defeendu les pages, le Leveur les met en moules *, c'eft-à-dire, en piles, couchées fur des planches, & appuyées contre les piliers de l'é-tendoir, puis il les frotte avec une lifle de bois, les manie, les fecoue, pour en faire tomber la pouffiere, & détacher les pages les unes des autres ; il les met en piles dans le magafin : c'eft là où l'apprentif vient les prendre pour le collage.
- De la Coll E.
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- 97. Le papier qui a été formé par les opérations précédentes, feroit fiiffifànt pour écrire avec du crayon, ou des matières feches ; mais l'encre dont nous nous fervons, 8c qui contient une efpece d'humidité, pénétreroit le papier, s'il n'étoit enduit d'une couche de matière plus difficile à difibudre par l'hu-midité;
- On doit avoir pour le collage une chambre voûtée, afin de fè garantir des incendies, auffi-bien que des ordures qui pourraient gâter ouïe papier ou la colle. Dans cette chambre repréfentée à la Planche XII, on voit d£ux grandes chaudières de cuivre G, H, enchâffées dans de la maçonnerie, 8c une au^ tre moindre /, nommée le Mouilloir, en Auvergne le Mouilladoir, qui eft Amplement placée fur un trépied, avec un réchaud de feu par deffous. La première chaudière G a 3 pieds & demi de diamètre fur deux & demi de profondeur, & c'eft là qu'on fait cuire la colle ; la fécondé chaudière H eft prefque de la même grandeur, elle fert à paffer la colle ; enfin c'eft dans le mouilloir I que fe fait l'opération du collage.
- 98. La colle fe fait avec des retailles que l'on prend chez les Tanneurs, les Chamoifeurs, les Mégifliers ou Blanchiffeurs de peaux, & même chez les Bouchers j elle confifte en morceaux ou rognures de cuir, oreilles, collets, pieds; tripes, & autres menuifàilles de toutes fortes de bêtes à quatre pieds, excepté du Cochon,
- Dans les bonnes fabriques on fe fèrt, par préférence, des retailles de Cha-
- * Ce terme vient fans doute de Moles, ainfi qu’on dit en certaines Provinces des Meules de foin;
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- moifeurs, de Mégiffiers 8c de Blanchers, qui n’emploient que des cuirs de Chevreaux, d’ Agneaux ou de Moutons : c’eft ce qu’on appelle la brochette : la colle en eft plus claire que lorfqu’on emploie les retailles de Tanneurs qui fourniffent des cuirs de Vaches, de Bœufs & de Veaux ; on doit avoir foin de les bien fouler & laver, pour en ôter lapoulfiere de chaux qui en altéré la qualité, Sc qui ternit la colle.
- Celle qui eft faite avec les rognures des cuirs de Tanneurs eft forte ; mais elle diminue de la blancheur du papier : les rognures de peaux de moutons que vendent les Peauffiers & les Chamoifeurs, donnent une colle plus blanche que la précédente ; mais elle n’eft pas fi forte : on emploie auifi les rognures de parchemin pour les belles qualités de papier.
- 99. Mais la meilleure feroit fans doute cette belle colle de poilïon qu’on emploie pour clarifier le vin, pour blanchir la gaze & luftrer les ouvrages de foie; les Hollandois vont la chercher à Archangel, 8c ils en font le commerce dans toute l’Europe : on afiure que cette colle eft faite avec la peau, les nageoires 8c les parties mucilagineufes d’un poiffonappellé Hufo, ou ExojJîs> que les Mot covites font bouillir à petit feu jufqu’à la confiftance d’une gelée ; ils l'étendent enfifite de i’épailfeur d’une feuille de papier, 8c en forment des pains ou des cordons, tels que nous les recevons de Hollande ; mais comme cette colle eft chere, il faudroit afpirer à une bien grande perfeétion pour entreprendre d’en faire ufage dans la Papeterie.
- Il pourroit du moins y avoir quelque avantage à employer de la colle ordinaire en pains, telle qu’eft la colle de Flandres ou la colle forte ; elle feroit plus épurée * ; on fimroit plus précifément la quantité qui eft nécef* faire pour faire un bon collage, 8c l’on auroit une colle qui feroit toujours de même force.
- Quelques Papetiers mettent un peu de bleu d’Inde dans leur colle , pour: corriger la teinte jaunâtre quelle peut laiffer au papier ( 124, 130
- Maniéré de faire cuire la Colle.
- 100. On remplit une grande chaudière G, environ jufqu’aux deux tiers, d’eau nette, puis on y defcend, prefque jufqu’au fond, un panier de fer K qui fe nomme Trépied ; c’eft une forme de jatte à jour, compofée de diverfès bandes courbées en demi-cercle qui fe croifent mutuellement au fond, 8c Ebouriffent vers le haut à un grand cerceau de fer qui fait tout le tour 8c comme le bord du panier ; il peut y avoir auifi d’autres cerceaux de fer entre celui-là 8c le fond, & ils peuvent être garnis tous enfemble de quelques fils de fer en treillis. Ces bandes de fer fe terminent en forme d’anneaux, & on y accroche des chaînes par le moyen defquelles on peut tenir ce trépied fufi pendu dans la cuve, l’y defcendre 8c l’en tirer à volonté. Une corde qui paffe
- * La colle forte bien faite efl dégraiffée avec refprit-de~vin,
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- fur une poulie Z, & revient tourner en bas fur une manivelle, fert à élever le trépied quand il en eft befoin ; le trépied eft deftiné à contenir les rognures dont fe forme la colle , Sc à les retirer toutes enfemble dans laifler des fragments dans le fond de la chaudière 5 mais pour empêcher qu’elles ne s’attachent aux parois internes de ce panier de fer , on met dans le fond quelques poignées de paille. -
- On place dans cette chaudière garnie, comme nous venons de le dire , Sc déjà prête à bouillir, pour fix milliers de papier, environ cinq cens livres de brochette ou de retailles propres à former la colle ( 106) ; on les fait cuire à petit feu, fans laifler bouillir l’eau ; on a foin feulement de l’entretenir toujours frémiflànte Sc prête à bouillir pendant quatre heures : il faudroit plus de temps fi la quantité de rognures étoit moindre, & qu’on voulût d’une feule fois en exprimer tout ce qu’elles peuvent fournir de matière propre à la colle 5 on a foin de les remuer de temps à autres pour faire mieux pénétrer l’eau.
- Quand on juge la colle afiez cuite, on y plonge une baffine de cuivre à deux mains, telle que H,jîg. 2, & l’on tire de la chaudière tout ce qu’il y a de liquide ; on obferve de plonger en même temps dans la chaudière, par deffizs les retailles Sc fous la baffine de cuivre, un paillon ou grand torchon de paille qui les empêche de s’attacher à la baffine.
- On preflfe fortement la baffine fur ce paillon Sc fur ces retailles, Sc Ion’ puife ainfi le bouillon qui entre par les bords de la baffine, fans crafle, ni grumeaux de colle ; 011 porte ce bouillon de colle dans la chaudière voifine ou on le verfe au travers d’un couloir.
- 101. U Arquet* eft un chaffis de deux pieds dix pouces de long fur dix-huit pouces de large, repréfenté en /, fig. 2, fait de quatre; tringles, Sc de cordes nouées qui les traverfent de part & d’autre en compartimens quarrés : on place cet arquet fur la fécondé chaudière H > fig. x ; on étend par deflu? l’arquet un drap de toile roufle médiocrement ferrée, qui forme le couloir, au travers duquel on paffe le bouillon de colle dans la fécondé chaudière pour laiifer dépofer la cendre du Tanneur ou les autres ordures, qui prefque toujours ont demeuré attachées aux rognures dont on fe fert ; après avoir ainfi enlevé de la grande chaudière G le bouillon de colle, on recommence à la remplir d’eau, mais peu à peu 5 d’abord on y verfe cinq ou fix pleines baffines pour, la première fois, enfuite une ou deux à chaque fois jufqu’à la fin, augmentant toujours le feu de temps en temps, mais fans que l’eau bouille. Au bout de quelques heures on puife ce nouveau bouillon, & on le pafle dans la fécondé chaudière, comme à la première fois.
- 102. La grande chaudière fe remplit ainfi jufqu’à fix fois ou davantage j tant que la colle paroît avoir encore affez de confiftance j on fe réglé à cet
- * Ce mot vient par corruption de Raquette,
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- égard fur Tétât des rognures ; car quand elles n’ont plus de fuc, & qu’en les retirant elles vont tout à coup au fond de la chaudière > on y met moins d’eau qu’auparavant ; on fe contente de la remplir alors jufqu’aux deux tiers, ce qui fe fait encore quatre ou cinq fois. Pour s’alfurer mieux fi cette cuite peut produire une colle fuffifante, on trempe le doigt dans le bouillon; 8c quand on ne fent plus la vilcofité que doit avoir la colle, les doigts ne s’attachant plus l’un à l’autre, c’efl; une marque qu’il ne relie plus de fuc dans les rognures : on vuide alors.la chaudière, & les relies fervent encore de fumier pour la culture des fleurs. Toute cette cuite de colle dure environ trente-fix ou quarante-huit heures 3 comme la fécondé chaudière ne fuflît pas pour contenir toute la colle qui s’eft faite dans la première, à plufieurs reprifes, on en emploie encore d’autres plus petites, dans lefquelles on palfe de même au travers d’un couloir une partie de cette colle. Tous ces bouillons de colle fe verfent, à mefure qu’on les emploie, dans le Mouilloir ou Mouil-ladour repréfenté en /,fig* 1, & en E, jîg. 2 , que Ton couvre aufli avec Parquet 8c le drap pour former un couloir qui rende cette colle plus pure.
- Dans d’autres Provinces, on fe contente de faire bouillir la brochette, d’un'bouillon égal & léger, dans la même eau pendant quinze, feize, quelquefois vingt-quatre heures, en y ajoutant de l’eau à mefure qu’elle décroît 3 & Ton emploie cette colle pendant les deux jours fuivants : c’efl: ainfi que cela fe pratique à Montargis.
- 103. On verfe dans le mouilloir une moitié d’eau pure & une moitié d’eau de colle, par exemple, cent pintes de chacune, pour coller quinze rames de papier couronne ; on y ajoute trois livres d’alun rouge fondu & coulé plufieurs fois. Cinq cents livres de colle exigent en tout vingt-cinq livres d’alun, c’eft-à-dire, un vingtième. Ce fel ftyptique 8c aftringent fert à faire tenir la colle fur le papier, comme dans la teinture il rend les couleurs plus adhérentes à l’étoffe ; le papier en efi plus ferme , & comme difent les Ouvriers plus pédllant. Si Ton craint les grandes chaleurs, on augmente quelquefois la dofe de Talun jufqu’à un quinzième du poids de la brochette ; l’alun de Rome efl: celui que Ton préféré, 8c Talun de roche ne fert que pour les papiers communs.
- Outre l’alun qu’on met dans la colle, lorfqu’elle efl: clarifiée, certains Fabriquants y ajoutent un peu de couperofe ou vitriol verd, d’autres du vitriol blanc, environ la dixième partie de Talun ; cependant il y a des perfonnes qui prétendent que ce mélange n’eft point favorable pour l’écriture, & produit une elpece de boue en fe mêlant avec l’encre.
- Pour faire l’épreuve de la colle, on en met dans un vafe environ la valeur d’un demi-feptier ; quand elle efl: figée, on examine fi elle efl: forte , dure, tranfparente, claire, tirant fur le verd d’eau ; ce font les qualités que doit avoir la bonne colle: on ne s’en tient pas là, & lorfque le Salerana collé la Papier. R
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- première poignée, il en prend une feuille, la fait fécher dans 1 endroit le plus frais de la chambre ; il réprouve avec la langue , & il juge, par 1 impreffion qu’elle y fait , '& par la flexibilité qu’elle y acquiert, fi la colle eft bonne.’ Xorfqu’elle fe trouve trop forte, on y ajoute de l’eau; fi elle eft trop foible; on y met une poignée de vitriol, ou bien on change de papier, & Ton en prend un où la colle foit moins effentielie, tel que le papier d’impreflion ( 108 ). Quand on craint l’orage qui peut faire fluer la colle ( 107}, on met encore dans le mouilloir un morceau d’alun en pierre.
- Travail du Saleran qui colle le Papier.
- 104. Le Saleran ou Salaran * eft l’Ouvrier qui doit coller le papier ; on le voit en C >fig. 1, placé devant fon mouilloir ; ce mouilloir eft monté fur un trépied, & entretenu dans une douce chaleur par une cajfole qui eft deffous , c’eft-à-dire, un réchaud d’un pied de diamètre fur quatre pouces de haut repréfenté en G, fig. 2 ; il a huit petites ouvertures ou fenêtres de dix-huit lignes de hauteur far douze de largeur. Il faut prendre garde que la colle ne foit pas trop chaude ; elle racorniroit le papier, s’écailleroit, & formeroit un papier brûlé de colle. Le Saleran reçoit des mains de l’apprentif les pages de papier rapportées de l’étendoir ; il les frotte avec la main, principalement par les bords , il en fait des poignées ; c’eft ainfi qu’on nomme la quantité de feuilles que le Saleran peut coller : on les appelle en Normandie des empa-ges ; ces poignées font environ huit à neuf mains du petit papier, ou quatre à cinq du grand raijin , ainfi des autres à proportion.
- Le papier étant déployé de toute fa longueur, on le prend par les deux mains avec de petites palettes de carton ou de lapin fort mince & fort uni, que l’on voit deux à deux en d5 d, fig. 1, & en D, D, jig. % ? avec lefquelles, fans crainte de déchirer le papier, on embrafle toute la largeur de la poignée.
- Le Saleran plonge fa main droite obliquement dans le mouilloir ; il fait entrer toute la poignée, la retire aufli-tôt ; & elle eft déjà fuflifamment collée.
- 105. Il y a des Salerans mouilleurs, qui pour diftribuer mieux la colle dans toute l’épaifleur de la poignée, la roulent en la plongeant, ou ne la tiennent ferrée entre les deux palettes que d’une main, & de l’autre la feuilletent ou féparent les feuilles comme pour les détacher les unes des autres, & promènent dans la colle leur papier entrouvert, pour qu’elle puifle s’y infinuer, d’autres changent encore de main pour faire la même opération fur la partie qui étoit ferrée entre les deux palettes.
- Il nous paroît qu’il n’y a pas grande différence entre un papier collé avec ces précautions, & celui qu’on n’a fait que pafler rapidement dans le mouilloir :
- * En général le Saleran eft l’Ouvrier qui travaille dans les falles ; mais fa principale fon&ion eft celle du collage.
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- c’eft la preffe qui diftribue la colle & la fait pénétrer également , en même temps quelle en dégorge le fuperflu.
- La poignée étant fuffilàmment collée, on la porte fous une preffe D, faite exprès pour le papier collé ; mais on ne la met en jeu que lorfqu'il y a à peu près dix poignées ou ramettes, ou cinq balons, qui font environ cinq rames; on ne preffe que foiblement & peu à peu , & ces cinq balons ne doivent refo ter en preffe qu'un quart-d'heure au plus ; de deux en deux ramettes, le Sale-ran met une paille fur le bon carron, pour conftater fon ouvrage.
- La preffe que l'on voit en D , ne différé de celle qui a été décrite à F arti-cle pi, que par le foutrait qui a une rigole tout autour fembiable à celle des preffoirs ; la colle qui eft exprimée des ballons coule par-là, fe rend en Et & de-là dans un gerlot F qui eft placé fous la gouttière.
- 106. Les 200 pintes de colle qui font dans le mouilloir, peuvent coller environ quinze à foize rames de la couronne.ou des fortes de papier qui pe-fent environ treize à quatorze livres la rame, & feulement fix rames du papier au grand raijïn qui pefe trente-deux livres ; à Fégard du poids de la brochette, on le réglé à la dixième partie de celui du papier qu’on veut coller, ou un peu moins. Tout le collage d'une cuite peut fe faire en quatre heures, après quoi Fon ne perd point de temps pour le porter aux étendoirs ; car le papier fe gâterait s'il n étoit étendu auflî-tôt après la colle, même, s'il eft poffible, avant que d'être refroidi, & feuille à feuille, comme nous le dirons bien-tôt ; car s'il étoit furpris par le froid avant que la colle eût commencé à fécher, elle s'écailleroit, & Fon auroit un papier brûlé de colle, à peu près comme fila colle eût été employée trop chaude ( 104/
- Le bâtiment de la colle eft féparé à Montargis du refte des bâtiments, à caufo des dangers du feu; le magafin régné furie bâtiment (32), & au moyen d'une trape on defoend la brochette dans les chambres à colles : il y a deux chambres à côté l'une de l'autre ; entre les deux on a creufé un puits donc Feau tirée par une pompe, s'élève dans une cuvette ; de-là elle eft conduite par deux tuyaux de plomb dans les chaudières qui font montées fur des fourneaux en maçonnerie. Dans chaque chambre il y a trois preffes, en forte que dix Ouvriers peuvent y travailler à la fois, & coller 600 rames par jour.
- La journée d'un Saleran mouilleur eft de coller l'ouvrage de douze cuves, ou quatre-vingt-feize rames en couronne ; mais il n'en livre à la fois que fix rames de collées, parce que l'on doit étendre à mefure que Fon colle ; pour cet effet les fix rames fe diftribuent à fix /elles ; une felle occupe deux femmes qui doivent étendre l'ouvrage de deux cuves; & de chacune des fix folles on vient feize fois dans la journée à la chambre de colle ; on a même foin, lorfqu’il fait froid, de couvrir les. Ramettes pour les conforver douces 8c mouillées : on appelle ramette dans les étendoirs ce qu’on appelloit porfe à la cuve, & poignée à la colle ; c’eft une demi-rame ou 2 JO feuilles dans les grandeurs moyennes, telles que la couronne.
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- Après avoir collé un certain nombre de pages, par exemple, de lîx eit fix mouillées ,on a foin de vuider le fond du mouilloir dans le drap de colle étendu fur Farquet, pour en ôter les immondices qui s y\ dépofent communément, foit qu elles viennent du papier qu’on y plonge, foit qu elles àyent échappé à la première filtration.
- Inconvénients qui peuvent avoir lieu dans le Collage.
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- T07. Le collage du papier manque fouvent, & caufe alors une perte con* fidérable : il faut , pour le bien faire , choifir un jour fec & tempéré ; quand Fair eft humide, la colle fe lave & coule le long du papier dans l’étendoir; s’il fait trop chaud, elle féche trop vite ; s’il fait trop froid, elle jaunit , elle s’écaille , & dans les deux cas ne pénétre point ; enfin elle tourne, s’aigrit ; fe décompofe , & devient fluante, lorfque le temps eft difpofé à l’orage ; auflî > bien de petits Fabriquants ne voulant point courir les rifques de ces pertes, font dans l’ufage de ne point coller leurs papiers; ils les envoyent coller ailleurs : les Allemands fe difpenfent même totalement de coller les papiers qu’ils deftinent à l’impreffion,
- 108. Les Réglements ordonnent en France de ne mettre aucune différence entre la colle du papier à écrire 8c celle du papier d’impreftion ; la précaution eft fage, parce qu’autrement on courroit rifque d’avoir fouvent même du papier d’écriture qui n’auroit qu’une demi-colle : quelques Imprimeurs fe contentent à la vérité d’une colle moins forte ; ils difent que fi le papier eft trop collé , on eft obligé de tremper davantage & par moindres poignées, pour en ôter la colle, ou bien que ce papier trop collé ne fert qu’à fatiguer celui qui tire le barreau, 8c à ufer les caraéleres ; mais cette raifon ne doit pas être d’un grand poids.
- 109. On ne peut coller les feuilles des grandes fortes de toute leur étendue , parce qu’étant mouillées elles fe déchireroient ; cela oblige de les plier en deux, ou de les coller avec un bâton qui les foutient par le milieu. Les grandes fortes font auffl très-difficiles à étendre ; comme le poids en eft fort confidérable, la corde y fait une impreflîon en forme de rides, qui ne s’efface jamais, & qu’on appelle la Godee; peut-être qu’en eflàyant de l’étendre à plat & fur un grand nombre de cordes, on auroit un papier qui ne go-deroit point ; chacune de ces cordes ne foutenant qu’une petite partie du poids total, ne lèroit pas chargée de maniéré à pouvoir faire une défeéiuofité fur le papier.
- On pourroit auffi l’étendre à plat & fur des tringles de bois larges & arrondies; l’ufage des tringles de bois feroit en général préférable à celui des cordes , parce que la courbure que prennent néceffairemenr les cordages, donne au papier une tournure faufle, & en fait un corps gauche qui eft irrégulier
- dans
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- dans fon plan, ce qui eft une autre efpece de godée, dont les Deiïinateurs fe plaignent beaucoup.
- De l* Etendoir.
- ïio. L’étendoir que Ton voit dans la Planche XIII, defiîné en Auvergne , fait partie d’une fille de 114 pieds de long fur 36 de large , formant trois corridors & comme trois étendoirs. Le plancher eft de fapin, quatre rangs de fablieres de demi-pied d’épaifleur fur un pied de large, efpacées de quinze en quinze pieds, reçoivent dans des mortaifes les jambes G, G, qui fou-tiennent les Fermes* Gir lefquelles pofe le toit • les jambes du milieu reçoivent trois rangées ou trois étages de chevrons, les premiers à huit pieds de hauteur au-deflus du plancher, les féconds à quinze pouces plus bas, Sc les troifiemes à pareille diftance des féconds. Ces chevrons ont quinze pieds de long, & un équarridàge de cinq pouces fur trois ; ils font percés dans toute leur longueur de plufieurs trous, à un pouce de diftance les uns des autres ; Sc dans ces trous on paife les cordes qui fervent à étendre le papier ; de forte que ce font trois rangées de cordes , dont celles du plus bas étendoir font à la hauteur d’environ cinq pieds Sc demi, & les plus hautes à huit pieds.
- Entre les chevrons il y a deux petites perches ou bâtons ronds qu’on nomme Guimées, qui font repréfentés en C>jîg. 2, & ou font aufli paffées les cordes, Elles font fixées dans les mortaifes ou trous des chevrons ou des jambes qui forment les piédroits & les trumeaux des fenêtres, Sc elles fervent à tenir les cordages rendus.
- Quand on a levé les feuilles de papier de deffiis les cordes du plus bas étage , on roule ces cordes fur les guimées qu’on fulpend par deux bouts dau-tres cordes aux chevrons de quinze pieds ; & f on a ainfi la facilité de pouvoir détacher les feuilles du fécond étage, puis on en fait autant pour celles qui font au troifieme.
- Tout le contour de cet étendoir n’eftfenné que dais de fapin qui forment les trumeaux Sc les appuis des fenêtres ; les fenêtres ont trois pieds Sc demi de haut fur deux pieds & demi de large ; les volets font en dedans, portés dans descoulilfes , Sc mobiles ; à droite & à gauche, on ferme en les rapprochant, on ouvre en les écartant l’un de l’autre : l’appui des fenêtres a trois pieds & demi de hauteur.
- Les étendoirs de Montargis font conftruits d’une maniéré un peu differente : on en jugera facilement par la courte defcription que nous allons en donner.
- On peut concevoir quatre poteaux à douze ou quinze pieds de diftance les uns des autres, formant un quarré dans le milieu de l’étendoir , Sc laiiïànt un
- * La Ferme, en terme de Charpenterie, eft l’aflemblage des pièces qui fervent de fupport à un comble.
- Papier. S
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- paflage de chaque côté ; ces poteaux ont huit à dix pouces d’équarriflàge, 8c huit à dix pieds de hauteur ; ils ont fur leur hauteur des trous elpacés de dix-huit pouces pour loger 8c foutenir les bouts des perches ; les poteaux qui font d’un côté , portent des perches fixes à demeure qu’on ne déplace jamais; les poteaux qui font de l’autre côté, ont des perches que l’on enleve, & qu’on replace à volonté. Ces perches font de bois blanc, travaillées en quarré dans leurdongueur ; elles en font plus folides, & ne vacillent point quand elles font emboîtées dans leurs trous ; elles ont trois pouces d’équarriflàge, 8c font percées, de quatre en quatre pouces, de plufieurs trous dans lefqüels doit paffer une corde de trois lignes de diamètre.
- La corde étant arrêtée dans le premier trou, par le moyen d’un nœud, à la perche la plus haute qui eft à deux pieds du plafond , on la fait paffer dans le premier trou de la perche oppofée ; de-là on la ramene par le fécond trou de cette même perche au fécond trou de la première, 8c fucceiîîvement par tous les autres ; d’où réfulte un chaffis de cordes. A dix-huit pouces au-def-fous de ce chaffis, on en forme un femblable, & enfuite trois autres en def Cendant ; de maniéré que le dernier chaffis n’efl: plus qu’à trois pieds du pavé de l’étendoir.
- j Lorfqu’il s’agit d’étendre le papier, on defoend toutes les perches d’un côté, on roule fur elles les cordes, 8c on les ramene au pied des poteaux qui font de l’autre côté : on étend alors librement fon papier fur le chaffis le plus haut ; après cela on replace le fécond, & fucceffpement jufqu’au dernier ; les Saleranes ont des bancs de différentes hauteurs pour étendre fur les différents étages de cordes, ôc font enfin à genou ou affifes à terre pour étendre fur les cordes les plus baffes.
- xii. Il eft néceffaire qu’il y ait beaucoup de fenêtres aux étendoirs pour que le papier puiffe fécher promptement, c’efl: à-dire, en deux ou trois jours; car il rouffit lorfqu’on le laiffe trop long-temps au grand air : on a foin cependant de fermer les volets pendant la nuit ; on les ferme auffi dans le jour s’il y a de la pluie ou un trop grand vent, parce que la grande humidité ramollit le papier, & que le vent le fait tomber: il eftvrai qu’en Auvergne toute la charpente qui eft ordinairement de lapin, ferme peu exactement & laiffe beaucoup de fentes 8c d’ouvertures dans les joints ; auffi le vent trouve-t-il toujours affez d’iffues pour bien fécher le papier, lors même que les volets font fermés.
- Dans les pays où le fàpin n’efl:pas fi commun qu’en Auvergne, la charpente ' étant meilleure 8c mieux affemblée, le papier feche lentement quand les fenêtres font fermées ; il a fallu y remédier par la méthode fuivante, qui donne le moyen de n’admettre que le degré & la quantité de vent qui peut paroî-tre néceflàire pour fécher le papier.
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- Maniéré de fermer les Etendoirs.
- 112. On peut concevoir au devant de chaque fenêtre deux coulifTes parallèles Tune à l’autre , & qui occupent la largeur de chaque fenêtre, foit en haut foit en bas ; chacune de ces coulifTes porte un chaflîs qui glifle de droit à gauche , & qui eft formé avec des réglés de deux pouces, elpacées à deux pouces d’intervalle , telles qu’on le voit dans la Planche VI. Au devant de ce chaflîs glifle un autre chafîîs de même efpece, dont les vuides font feulement un peu moindres que les pleins; ce fécond chafîîs gliffant devant le pre^ mier, peut le fermer entièrement, ou à moitié, ou ne le fermer point du tout, fuivant qu’on fait correîpondre plus ou moins les pleins avec les vui-des ; par-là on eft maître de diftribuer le courant d’air, de l’admettre, l’exclure ou le modérer à volonté. On voit dans la Planche VI une croifée Z), dont les chaflîs font à moitié fermés ; & au deflous de la croifée , on voit le plan des •deux chafîîs & de leurs coulifTes en E.
- Du travail des Etendoirs SC des attentions quon doit y apporter.
- 113. L’une des deux femmes qui font chargées d’étendre le papier, va chercher, comme nous l’avons dit ( 106,) l’ouvrage d’une felle, à la chambre du collage!, & le place entre elles deux fur une felle ; la Jetteufe détache une à une ces feuilles mouillées de defliis le ballon , avec une adrefTe qui fur-prend ceux qui en font les témoins, quelquefois en foufflant, quelquefois avec une légère fecoufle, prenant toujours la feuille par le bon carron , c’eft-à-dire, par le coin que le Leveur a déjà marqué de fes doigts ; quand la Jetteufe a détaché avec la main une feuille jufqu’au milieu, l’Etendeufe baifle & approche fon ferlet fur le milieu de la feuille, que la Jetteufe renverfe fur le ferlet ; alors l’Etendeufe relevant doucement le ferlet, pafTe la feuille fur une corde qu’elle tenoit de l’autre main.
- Si la Jetteufe glifle la main trop vîte fous la feuille qu’elle fépare du ballon, elle y fait un trou fort aifément ; fi elle jette la feuille fur le ferlet, avant ' qu’il foit bien droit & rangé fur le milieu du ballon ou des ramettes, elle cafle une des rives ; fi elle enleve deux feuilles à la fois, & qu’on les laifle fécher enfemble, elles fe collent de maniéré à ne pouvoir prefque plus fe féparer : elles font communément perdues toutes deux.
- Lorfque la Jetteufe cafle fon carron, ellefoude fur couture, c’eft-à-dire, qu’elle en rapproche les bords, les ferre entre fes deux doigts, & les appla-tit avec l’ongle du pouce : on les réunit à la vérité ; mais les marques y relient toujours, & forment des pieds de chevre.
- L’Etendeufe doit obferver de fon côté de bien ranger le ferlet, de ne le retirer que quand la feuille porte bien également fur la corde par fes deux rives, de ne pas égratigner la feuille en retirant le ferlet, de ne pas trop
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- ART DE FAIRE
- approcher une feuille de l’autre, ce qui double les rives & forme des chaperons.
- On ne doit jamais difcontinuer une ramette lorfqu’elle eft commencée ; les feuilles deviendroient trop feches, & Ton en calferoit beaucoup. Toutes les opérations de Fétendoir doivent fe faire de jour, autant qu’il eft poflible , parce qu’en y portant des lumières, les accidents du feu y feroient trop à craindre.
- Lorfque les feuilles font feches, papier collé ou non collé, ( car, comme nous l’avons dit, il y a des Papeteries où l’on ne colle point, ) les femmes vont le retirer de delfus les cordes, comme on le voit en D9 Planche XIII. On prend les feuilles de la main droite une à une -, avec une petite fecoulfe de la main, on les amene l’une fur l’autre ; & lorfqu’on en tient cinq à fix, on les rabat ïiir le bras gauche par un feul mouvement ; c’eft ce qu’on appelle encore faire des poignées : lorfque le bras eft chargé d’une poignée, on la dépofe debout comme celafe voit en if, & enfuite on porte tout dans la chambre du. lilfoir. /
- De la salle du Lissoir„
- 114. Les poignées fe dépofent d’abord dans la chambre du Lijffoir 9 le Sale*r ran les déplie en les foulant du coude & de la main pour les applatir & les préparer à être mïfes en prelfe, après quoi il en fait des piles jufqu’au plancher de la làlle ; & le papier y demeure, en attendant qu’il foit mis en prelfe.
- Dans la chambre du Lilfoir, ou dans une chambre voifine, on a fept à huit grandes prelfes , plus ou moins fuivant la grandeur des travaux d’une Manufacture ; elles ne different point des prelfes dont nous avons donné la description, art. 91 ; là dix ou douze hommes mettent les poignées fous les premières prelfes , & les ayant foulées très-fortement, ils les lailfent en cet état pendant douze heures. Après cela ils les retirent & les Secouent fur de grands bancs faits exprès, qui font proche des prelfes, afin de féparer les feuilles qui tiennent les unes aux autres ; puis on les remet incelfamment fous d’autres prelfes, ou on les tient encore preflees de la même façon pendant douze, heures ; c’eft alors qu’on les reporte à la chambre du Lilfoir pour y recevoir la derniere perfeélion.
- Les Ouvrières qui travaillent au Liffbir ou au Pliage, s’appellent, en Angou--mois, les Salerantes ou Saleranes ; en Auvergne, Liffeufes 8c Trieufes ; ailleurs on les appelle Eplucheufes. La Planche XIV repréfente le Lilfoir : on y voit üeux tables alfez larges pour qu’on puilfe travailler à la fois des deux côtés, & couvertes de cuir ; une Planche A élevée de champ dans le milieu d’un bout à l’autre de la table 5 lepare les Lilfeufes, & empêche tout à la fois la con-fufion de l’ouvrage 8c la dilfipation des Ouvrières : on y voit auffi un chandelier pour le travail de i’hyver.
- Differentes
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- LE PAPIER:
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- Differentes maniérés de lijffer le Papier.
- ïi J. On lisse à la mainte papier qui pefe moins de dix-huit livres la rame." Les LilTeufes debout, tiennent à la main une pierre comme a, qu’on nomme liffoïr, & qui pour l’ordinaire eft un caillou, c’eft-à-dire, une pierre à fulil,
- ( Silïx ) ou une pierre noire, dure & vitrifiable comme le Silex , de trois ou fîx pouces de long fur deux & demi de large & un pouce d’épaiflfeur. La baie eft taillée en chanfrain ou biseau , c’eft-à-dire , en forme de plan incliné , pour pouvoir glifter plus aifément fur le papier fans l’écorcher ; & le haut de la pierre qui fè tient avec la main, eft arrondi en forme ovale.
- Chaque feuille de papier fe déployé de toute fa longueur fur une peau de Chamois ou un cuir de Mouton tanné, qui eft attaché fur le bord de la table, & qu’on peut rabattre en devant lorfqu’on ne s’en fert pas. La Lifléufe pafle fortement ion lilfoir fur toute la feuille, & cela des deux côtés, en le pouffant prefque toujours en avant : une femme peut lifter ainfi par jour fix rames en couronne.
- Suivant l’ancien ufage, on palToit le liflbir légèrement de temps à autre fur un morceau de fiiif de Mouton placé dans quelque trou de la table, comme on le voit dans la Planche XIV aux endroits qui font marqués d’un petit afté-rifque *. Les Réglements ont défendu cette pratique avec raifon : on fait que le fuif empêche l’encre de s’attacher aux papiers, & retarde l’écriture en obligeant de revenir deux fois fur une même lettre ; nous en voyons fou vent la preuve lorfque nous écrivons fur des cartes à jouer, qui encore actuellement font liftées avec du fàvon ou de la graille. Cependant la défenfe n’a pu abolir l’ulàge de la graifle dans les Papeteries, parce qu’il eft difficile de faire glifter la pierre fans ce moyen.
- 116. Pour ce qui eft du grand papier, on ne Ta jamais lifte qu’au marteau*4 Une groffe mafle de fer de cinquante livres au moins, telle que B, Jig. 2, de deux pieds de haut fur quatre pouces d’équarrilfage, eft terminée par unebafe b de dix pouces en tout fens, qui forme comme la tête du marteau ; vers le haut de ce marteau, on voit en c un trou quarré par où il eft emmanché dans une longue pieee de bois C, qui traverfè en H le gros mur de la chambre. Ce marteau ne haufle & ne baille que par le mouvement d’une roue que fait tourner l’eau du moulin ; enforte qu’il frappe toujours exactement au même endroit, comme les martinets des groftes forges. Au deflous du marteau, il y a en D ;une platine ou efpece d’enclume qui eft un gros tas de fer, de huit pouces fur cinq, encaftré dans une piece de bois de chêne, qui eft enfoncée dans la terre ; la platine eft noyée dans ce billot à fleur ou d’arrafement, enforte que le bois & le fer ne font enfèmble qu’une feule furface ; elle eft couverte de trois à quatre feuilles de gros papier attaché fur le bois par de petits clous. Cette plate-forme eft ordinairement lituée au niveau même du plancher ou Papier. T
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- -du pavé delà chambre ; & vis-à-vis on pratique un enfoncement dans lequel -fe place l’Ouvrier qui a foin de ce travail ; tout de même que fo place le Monnoyeur ou celui qui met & retire les pièces de delfous le balancier des monnoies. Tout le travail de FOuvrier que Fon voit en A, eonfifte à tenir des deux mains trois à quatre cahiers de grand papier plié, chaque cahier -de cinq à fix feuilles, qu il préfente Sc tient affujetti fous le marteau jufqu’à ce que les coups ayent parcouru toute la furface des feuilles ; alors on retire ce cahier de delfous, c’eft-à-dire, celui qui touchoit à la platine, Sc Fon en met un nouveau au-delfus de ceux qui relient, c’eft-à-dire, immédiatement fous le marteau ; par ce moyen chacun des lix cahiers fe trouve fuccefiïve-ment à chacune des lix places : d’abord il reçoit directement Faction du marteau, puis il eft recouvert d’un, enfuite de deux, de trois cahiers ; Sc quand il eft arrivé à la derniere place, on le retire. Si on lilfoit au marteau toutes les efpeces de papier indifféremment, on épargneroit les trois quarts des Lifleufes ; car un marteau à l’eau peut battre 80 rames par jour, & n’exige que deux ou trois Saleranes.
- Quoique l’apprêt ordinaire de nos Fabriques fe donne avec un marteau de fer, on doit convenir que cette méchanique ne produit qu’une opération imparfaite , fur-tout pour les grands papiers : on y voit les coups de marteau ; un côté efl trop uni, l’autre trop peu ; tantôt le papier s’y affoiblit, s’ouvre, quelquefois même on diroit qu’il fe décole.
- Un des Mémoires préfentés à l’Académie de Belànçon parle d’une machine conftruite d’un autre goût, qui a beaucoup de rapport au bélier dont on fo fort pour battre les pilotis : elle eonfifte en deux grandes plaques bien dref* fées & bien polies, dont Fune eft fixe, l’autre mobile entre des couliffes ; ces plaques comprennent toute la grandeur du papier que Fon veut liffer ; en-forte qu’on n’apperçoit dans les parties de la feuille aucune irrégularité, aucune différence : on verra plus bas un laminoir qui nous paroît bien préférable à cette méchanique ( 117}.
- Il y a des Manufactures où on lifte le papier avec un fimple marteau à la main, à la façon des relieurs ; dans d’autres, on foulage la main au moyen d’un arc qui foutient le marteau, & évite à FOuvrier la peine de le relever.
- A Montargis, on a fait conftruire un cylindre de bois, dontla circonférence eft garnie de quelque lèves, chevilles ou mentonnets ; ce cylindre fe tourne à la main avec une manivelle, Sc chaque lève rencontrant la queue du marteau, l’oblige de frapper fur le papier. On voit en Planche III, dans Faile droite du bâtiment, la place de cette petite machine qui eft dans la folle du pliage ; on la comprendra parfaitement fonsle fecours du développement ou des détails.
- Il y a des cas où Fon fo fort auflî d’un rouleau ou cylindre de fer bien poli , emmanché à l’extrémité d’une longue tringle de bois qui appuie fortement
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- contre le plafond, & que Ton promene des deux mains fur le papier ; c eft aufli la maniéré de lifter le carton.
- Ilj. Nous avons lieu de croire qu’en Hollande on liiTe le papier en le fai-fantpaffer de force entre deux cylindres, en forme de laminoir ; car on trouve dans les Recueils Hollandois dont nous avons parlé (y 2), la figure d’un laminoir, qui fe trouve en B , Planche VI, vu de profil, & dont il ne pa-roît pas qu’on puiiTe faire d’autre ufàge. On voit le cylindre inférieur garni d’un rouet A, qui eft conduit par une des roues du moulin de la Planche VII : on évite, par cette induftrie, le travail de plufieurs hommes qu’il faudroic employer, à l’aide d’une manivelle comme dans les preffes à imprimer en taille-douce ; le cylindre fupérieur B, peut s’élever plus ou moins fuivant le papier que l’on veut lifter, &il eftaffujetti par des coins C C, qui traverfent les montants de la prefle.
- On ne lifte point en France le papier deftiné aux Imprimeries, parce que cette façon l’engraifle, c’eft-à-dire, empêche l’encre de marquer ; mais suffi on le prefle beaucoup plus fortement que l’autre, 3c cela lui tient lieu du lift-loir ; on s’apperçoit, il eft vrai, que le papier qui a été trop lifte, quand même on n’y a employé que le marteau, ne prend pas l’encre affez facilement ; l’encre a beftoin, pour couler de la plume, d’une petite fecouffe ou efpece de vibration légère que les afpérités du papier lui donnent à chaque inftant, & fans laquelle l’encre demeure à la plume : on éprouve tous les jours qu’il eft difficile d’écrire fur une furface parfaitement lifte comme eft une glace de mi-; roir.
- Cependant la pratique de cylindrer le papier d’imprefllon s’employe en Angleterre avec fuccès ; M B askerville, qui s’eft occupé à perfectionner l’Imprimerie à Birmingham, fait paffer tout le papier qui doit ftervir à l’impreft. fion , & feuille à feuille, entre deux rouleaux d’acier qui font parfaitement polis * : ce travail donne au papier de la force , de l’éclat, une épaiffeur égale , & uniforme. M. Baskerville employé des preffes dont la platine & le tim-pan font exactement parallèles à la forme & au marbre qui roulent fur le train de la prefle , & les Manchets d’un drap très-fin 3c très-uni ; enforte que les caractères appuyent également par-tout, & que le moindre effort fuffife pour l’impreiïion ; il emploie une encre très-fine & qui prend aifément, même fur le papier lifte ; c’eft avec des précautions auffi fcrupuleuftes, qu’il eft parvenu à donner au public des chef-d’œuvres d’imprimerie.
- E Du travail des Trieufes ôC du choix des Papiers défectueux.
- 118. Quand le papier eft lifte, d’autres femmes qu’on nomme les Trieufes , placées comme on le voit en C, à l’extrémité de la même table, & le
- * Je tiens ce fait de M. de Ferner, Correfpondant de l’Académie, qui a voyagé en Angleterre, & dans les autres parties de l’Europe, pour enrichir la Suede fa patrie, de mille connoiffances utiles dans les Sciences ôc dans les Arts.
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- y 6 A RT D E F AI RE
- plus près du jour qu’il eft polïible , prennent chacune devant elle , environ une rame de ce papier liffé , Sc failànt un grand pli, ou, comme elles difent, une oreille à chaque feuille pour l'ouvrir plus facilement, elles les présentent au jour une à une pour en découvrir les défauts, comme des ordures qui peuvent y être attachées, des aiguillettes, des bros, des boutons, despâtons; elles les enlevent avec un petit couteau qui fert à ratifier ce qui peut s’emporter , & qu’on appelle Epluchoir ou Grattoir ; lorfque ces bros font un peu trop gros, ils écaillent & emportent la colle, & rendent le papier fluant ; auflî les Plieufes font-elles chargées de faire le triage , & de mettre Séparément & bon y le retrié, le chantonné, le court, & lecaffé.
- Le bon eft celui dont les feuilles font entières & intaéles, c’eft-à-dire, où les Trieufes n’ont rien trouvé à ôter qui ait pu laifler des points fluants ou yuides de colle, qui n’a ni châtaignes , ni gouttes d’eau.
- Le retrié eft celui qui eft châtaigné ou taché d’eau, ou dans lequel on aura gratté quelques bros ; ce qui le rend fluant dans certains endroits.
- Le chantonné comprend les feuilles ridées, tachées de fer ou tachées de colle, foudées, ou ayant des pieds de chevre, dentelées, affoiblies, percées par le grattoir ; le papier trop chargé de drapeau, c’eft-à-dire, dont les feuilles font nuageufes & bourrues, pour être provenu d’un «chiffon mal déliffé ou mal pourri; le papier broqueux ou< broqueteux, dans lequel il y a des bros de pâte ou de gravier.
- Le court eft compofé des feuilles qui ayant été reverchées, ou dentelées fur les rives, font plus courtes que les autres.
- 'Le cafle eft la derniere portion du papier ; il comprend les feuilles dont une partie eonfidérable eft percée, déchirée, ou hors d’ufàge ; enforte que la feuille ne puiffe pas fervir toute entière.
- Une Salerane trieufe, dans fa journée, peut nettoyer & féparer jufqu’à dix rames de couronne, c’eft-à-dire, un peu plus que le travail d’une cuve qui n’eft que de huit rames ( 8f ).
- Des Comptevses.
- ïiç. Les Saleranes compteufes font deftinées à affembler le papier & à le mettre en rames : ce font toujours les Saleranes les plus habiles que l’on def* tine à cet emploi, & celles qui ont la meilleure vue, afin quelles puifient controller l’ouvrage des Trieufes.
- Les Compteufes vont prendre les journées des Trieufes, & les apportent fur une table, en diftinguant les cinq fortes de papier que les Trieufes ont féparées ; & fi le papier fe trouve bien trié, elles l’affemblent par mains de vingt-cinq feuilles : pour cet effet, la Compteufe prend de la main droite les feuilles pliées, les examine, les dépofe fur le bras gauche ; lorfqu’il y en a vingt-cinq, elle les voye, c’eft-à-dire, les fecoue, pour que rien d’étranger ne
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- relie entre les feuilles, les range avec égalité ; elle donne un coup de pouce au milieu du bas de la main de papier, comme fi elle vouloit la plier par le milieu dans la largeur : cela lui fert à connoître plus aifément le deffus de la main.
- Quand la main eft ainfi compofée, la Trieufe la pofe devant elle, & continue enfuite d’y en ajouter d’autres, en diftinguant les trois tas, du bon ; du retrié, du chantonné ; on met enfuite ces trois tas les uns fur les autres pour les porter au Saleran ou Maître de fàlle ; le bon eft au deffus du tas, le chantonné au deffous, & le retrié dans le milieu.
- Pour diftinguer les mains, on obferve de les oppofer de dos à barbe ; en forte que fi l’on range fix mains de bon, il y aura trois mains qui auront leur dos à droite, & les trois autres auront leur barbe du même côté.
- Le rètrié fe range de même, mais de deux en deux mains, pour le diftin-guer du bon ; & le chantonné fe range de trois en trois : on met d’abord trois mains qui ont leur dos à droite, & enfuite trois mains qui ont leur dos à gauche. Une bonne Compteufe peut fournir dix-huit à vingt rames par jour, s’il n’y a pas beaucoup à refaire dans l’ouvrage des Trieufes.
- Du Papier court ou cajfé, ÔC de celui quon ejl obligé de refondre.
- 121. L’une des Trieuses fe charge du tas des papiers courts & caffés que les autres ont mis de côté > elle nettoie le papier, l’épluche, enleve les rives altérées, & le met en rames comme l’autre papier, on en réferve quelques feuilles courtes pour mettre au dedans des mains du papier entier.
- Quant au caffé , lorfqu’il n’y a qu’une demi-feuille de gâtée, on fépare les bonnes demi-feuilles ; on en compofe les cahiers de papier à lettre, de fix feuilles, que l’on bat Sc qu’on met fous la ficelle ; c’eft ainfi qu’on évite la moitié du déchet des papiers caffés.
- Il arrive auffi quelquefois que l’on fauve une moitié des demi-feuilles ca£ fées ; ces quarts de feuilles fe mettent par cahiers, & forment le Papier à
- Les quarts de feuilles, quoique défeétueux, fe vendent encore aux Epiciers vingt à vingt-cinq livres le quintal pour faire de petits facs ; enfin on refond ce qui eft abfolument hors d’état de fervir.
- 122. Pour refondre du caffé, on commence par le mettre tremper dans une cuve d’eau bouillante pour en emporter la colle, & on le fait repaffer fous les moulins, pour y être battu comme le chiffon, mais beaucoup moins longtemps ; fi on le mêle avec de la pâte ordinaire, ce n’eft que vers la fin de l’affinage, & de maniéré qu’il n’y fbit qu'une heure, plus ou moins cependant fuivant fà qualité ; fi l’on en a une grande quantité , on la met fous les maillets ou fous les cylindres éfilocheurs, pendant la moitié du temps qu’il faudroit à une matière nouvelle.
- Papier.
- V
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- ART DE FAIRE
- Il eft prefque impoflible que la colle abandonne totalement le papier , ^malgré l'ébullition; aufli les feuilles qui en proviennent font fouvent chargées de bouteilles, c’eft-à-dire, de petites taches en forme de véficules qui proviennent de cette colle.
- Le papier qui provient des matières refondues defoend à fa qualité inférieure ; car fi le cafte a été papier fin, étant refondu, il ne produira que du papier moyen ; & fi c’eft du papier moyen quon ait refondu, on n aura que du pabier bulle.
- On verra dans les Réglements qui feront rapportés plus bas (146), que tous les papiers défeélueux ou mal conditionnés, fujets à la confifcation, doivent être remis dans le moulin, & employés comme matière.
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- Formation des Rames.
- 123. Le Saleran ou Maître de fàlle , qui eft chargé de donner Y armure ou enveloppe au papier, & de le mettre fous la ficelle, le met d'abord en prefte pendant douze heures ; il en faut vingt-quatre ou même quarante-huit, fi ce font les grandes fortes de papier ; fi, lorfqu'on le retire de la prefte, il parole trop dur au toucher, on l'y remet de nouveau.
- Le Saleran prend enfuite chaque main de papier, & avec de grands cifoaux de dix-huit pouces de longs, dont une des branches eft fixée dans la table , il rogne les trois rives de la main de papier ; il peut alors, fans inconvénient, mettre quelques feuilles de papier court pour le dedans de la main, parce qu'en l'ébarbillant, les feuilles extérieuresfe trouvent de niveau avec les intérieures, quoique plus courtes d’environ l’épaifteur d’une main de papier. Un Saleran peut ébarbiller dans la journée quarante rames en couronne.
- Dans la formation des rames, on fait entrer des mains de papier bon, de retrié & de chantonné ; une rame, pour être bien marchande, doit contenir huit mains du bon, huit de retrié & quatre feulement de chantonné, pourvu qu'il ne foit pas défectueux & hors de fervice. De ces quatre mains on en mec trois deflous & une deftlis la rame pour fopporter l’impreffion de la ficelle j quand les rames font faites, on les met fous la prefte pendant douze heures , ou plus encore fi on en a le temps ; le lendemain on retire ces rames de défi-fous la prefte ; on les plie dans deux feuilles de maculature ; on les ficelle en croix, & l'on marque fur l'enveloppe l'elpece du papier, comme grand Rai-fin y petit Cornet y Scc. la qualité, fin y fin double, moyen y Bulle y ou Fanant y le nom du Maître Fabriquant, & quelquefois celui de la Province ou de la Généralité.
- Dans une Manufaélure où il y a beaucoup plus de papier retrié & chantonné que du bon, alors on compofo des rames qui ne font que de papier retrié ; mais on fait un petit nœud au bout de la ficelle, afin de les faire diftin-guer.
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- four le papier à la main, le petit à la main, & plufieurs qualités en bulle & au pot, on n’emploie qu'une feule maculature, on laiiTe la haute & baffe rive à découvert, & on lie la rame à un feul tour de ficelle, & non pas en croix : c’eft ainfi qu'on diftingue ces papiers d'avec les fins & les moyens.
- L'ufàge s'étoit introduit de ne donner que vingt-quatre feuilles à la première Sc à la derniere main de chaque rame, Sc de faire même ces deux mains de qualités défeétueufes ; mais les Réglements y ont pourvu , comme on le verra ci-après.
- Le papier en rame fe met encore fous la preffe ; il ne peut que gagner à y revenir fouvent & à y demeurer comprimé : la prelfe eft le fard du papier ; elle lui donne de la confiftance, le rend plus cartonneux & en même temps plus uni ; auffi a-t-on dû remarquer que la preffe eft l'inftrument dont on fait le plus d'ufàge dans la fabrication du papier ; il y revient dix fois. Il feroit utile d'avoir des preffes de fer qui donneroient plus de force, Sc feroient moins fujettes à l'ufure.
- Après toutes ces manipulations, le papier eft enfin porté dans un magafin bien fec ; il peut y être gardé long-temps fans rien perdre de fa qualité ; il n’en devient même que meilleur pour l'ufâge ; s’il avoit été cependant mai féché Sc plié trop humide,il feroit expofé à fe picquer, c’eft-à-dire , fe tacher ; mais ces taches n’attaquent pas la fubftance du papier, Sc elles n’ont pas lieu fi le papier a été plié après une exficcation fuffifante ; dans ce cas il devient encore plus fec & plus fort avec le temps: Ancien Papier, nouvelle Encre, dit un proverbe ; Sc les proverbes font fouvent des maximes utiles diétées par la réflexion Sc par l’expérience. , ^
- En examinant la fuite des opérations qui donnent enfin du papier, on voit qu une feuille doit paffer plus de trente fois par les mains des Ouvriers, Sc environ dix fois par les preffes; cependant le papier eft une marchandife allez commune par la vîtèffe de chaque opération Sc le fecours des machines qu'on y emploie. C’eft ainfi qu'une épingle éprouve dix-huit opérations differentes avant d'entrer dans le commerce 5 elle y coûte encore moins à proportion que le papier, & ne laiffe pas d'enrichir ceux qui en font le commerce.
- Du Papier coloré.
- 124. L’usage qui s’eft introduit d’employer du papier de couleur dans le commerce, pour envelopper certaines marchandifes, fait qu'on eft obligé d’en fabriquer dans les Manufactures, indépendamment de celui qui fe peint à la broffe Sc qui dépend de l’Art des Enlumineurs : on choifit pour cet effet la pâte du papier bulle; & lorfqu’elle eft bien pilée dans les piles florans ou cylindres affineurs, on ferme l'iffue de la fontaine de la pile pour empêcher l’eau d'en fortir > on détourne auffi l'eau qui arrivoit dans la pile, Sc l’on y
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- So A R T D E F A I R E
- met une teinture bien délayée de Tournefol, de Paftel, ou même un peu d'indigo , fi le papier eft d'une certaine fineffe. (Voyez les art, 66 & 130 ). On Fait en Auvergne du papier bleu qui fert à envelopper les dentelles en Flandres, & on mêle, pour le former, de la pâte d'ouvrage moyen avec de la pâte de bulle, parties égales. A l'égard du bleu groflîer qui fert à envelopper du Sucre j des Cierges, &c. on emploie les pâtes roulfes ou brunes les plus groflîeres.
- La couleur que l’on emploie en Normandie, eft une dilfolution de bois d’Inde, avec un peu dlndigo, que l'on jette encore chaude dans la cuve même de l'Ouvrier.
- ‘Nous avons dit, art. 579, que l'on mettoit quelquefois un peu de bleu d’Inde dans la colle ; mais il n'y en a pas affez pour faire du papier de couleur: ce n'eft qu'une légère teinte.
- A l’égard de la couleur bleuâtre du papier de Hollande, voyez l'art. 130.
- Les papiers de couleur ne fe fabriquent point pendant l’hyver', parce que la gelée altère la teinture.
- De l'influence des Saifons.
- 127. On travaille au papier dans tous les temps de l'année: le papier fin fe fait mieux en hyver, la gelée le blanchit ; il eft cependant un peu plus ferme, lorfqu'il n'a pas éprouvé la gelée.
- La faifon influe tant foit peu fur la grandeur du papier ; en hyver, il s'étend un peu au de-là de la forme, au lieu qu’en été il fe reiferre ; aufli les Réglements ont-ils laiHe quelques lignes de remede au delfus & au delfous des grandeurs qui font fixées à chaque qualité de papier. M. de Réaumur trouva , par fes expériences ( Mém. de l’Acad. 1714 )' que le papier, lors même qu’il eft fini & plié, s'allonge, fi on le mouille, d’une fixieme partie toute entière : ainfi il n’eft pas étonnant que le papier, tandis qu'on le fabrique, éprouve aufli l'influence de l'humidité & de la fécherefle. S’il feche peu à peu & lentement , il fe raccourcira bien moins que s’il feche trop vite ; car le vent qui fiu-fit le papier, le racornit & le crifpe.
- Sila matière eft fort courte, fort pourrie & fort battue, ellefe reflerrçra aufli dans la déification fenfiblement plus que fi elle eft encore fibreufe.
- A l’égard de la colle, on a vu ( art. 108 ) que la faifon n’eft point indiffé-, rente, & qu’il y a au contraire beaucoup de précautions à obferver fur le temps propre à cette opération.
- Obfervations fur le Papier de Hollande,
- 12 6. L'Europe entière droit de France, il y a environ un fiecle, la plus grande & la plus belle partie de fon papier ; mais foie que cet Art ait été négligé
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- parmi nous, foie que les Hollandois .ayent fait des efforts plus heureux que les nôtres, ils font venus à bout d’en faire le plus grand commerce ; cependant il n’y en avoit prefque pas de Fabrique chez eux au commencement du liecle : nous voyons qu’en 1723 , ils s’approvifionnoient en France par les ports de S. Malo , de Nantes, de Bordeaux & de la Rochelle* ; & ils en tirent encore beaucoup de ce Royaume, foit pour leur confommation particulière, foit comme Fadeurs de prefque toute l’Europe.
- La beauté des papiers fins de Hollande, Sc peut-être leur cherté ont fait toujours defirer aux François de pouvoir les imiter : les uns ont cru que les matières premières en faifoient toute la différence ; d’autres au contraire fichant que les Hollandois tiroient beaucoup de chiffon de la France pour l’employer à leur papier, ont jugé que la maniéré de le fabriquer fuffifoit feule pour lui donner toutes les qualités que nous lui connoiffons : il nous paroît cependant très^clair qu’il faut le concours de l’un Sc de l’autre, lavoir la plus grande attention dans le délifîage, & la plus grande perfection dans le travail du moulin Sc de la cuve pour produire le beau papier, peut-être encore le laminoir dont nous avons parlé, art. 117.
- 127. Si le papier fin de Hollande palfe pour être plus beau que celui de France, il n’eft affurément pas aufîi bon : il fè coupe lorfqu’on le pliç ; il fe déchire lorfqu’on le roule ; .il ne peut foutenir l’imprefîion ; les caractères le percent, fur-tout quand ils fon neufs & aigus ; ils ne peut foutenir la reliure ; les opérations delà dent de Loupfuffifent pour l’endommager.
- Le papier de Hollande a un œil plus doux, plus fin, plus uni, plus tranf» parent, Sc cela vient de la matière qui le compofe, favoir, comme nous l’avons dit, des chiffons de belle toile de lin , mieux triés Sc fans mélange ; la belle toile eft fi rare dans les Provinces de France , que fur 100 milliers de chiffons il s’en trouve à peine quatre ou cinq de fuperfin.
- Le papier des Hollandois efl: plus épais, mieux fourni que le nôtre, parce que les chaffis des formes font plus élevés, & qu’ils mettent beaucoup plus d’eau dans leur pâte, Sc promènent moins. Cette épaiffeur leur efl néceflaire à caufe du peu de ténacité qui refte à leur pâte, lorfqu’elle a été exceffivement broyée ; car les cylindres broyent & atténuent bien plus que les maillets.
- On opéré en Hollande avec plus de lenteur, plus de foin, plus de précautions ; l’opulence des fabriquants, la frugalité des habitans, la médiocrité de l’intérêt de l’argent ; tout cela forme autant de raifons qui doivent rendre leurs Manufactures plus parfaites que les nôtres.
- Les Hollandois font extrêmement jaloux des moindres avantages de leurs Manufactures ; ils défendent, fous peine de la vie ; la fortie des for-
- * Tréfor hiftorique & politique du Commerce des Hollandois.
- Commerce d'Amflerdam par Ricard.
- Papier,
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- §2 ART DE FAIRE
- mes qui fervent à faire le papier, Sc qui fe fabriquent chez eux?
- Il n eft pas difficile de juger, en voyant le papier de Hollande, que dans ce pays-là les cadres ou couvertes des formes ont plus d'épaiffeur que chez nous; il y faut par conféquent plus de temps pour égoutter le papier, Sc peut-être qu’un Ouvrier n'y fait que trois ou quatre rames de papier par jour, au lieu de huit que nous faifons en France. Au refte ce que nous avons dit en parlant des qualités du papier de Hollande, doit s'entendre feulement de ceux qu'ils donnent pour fuperfin, tels que les papiers marqués grand Cornet, pro Patria, armes de Bretag e, armes de Venife ; car il s'en fait en Hollande de toute e£* pece ; plufieurs font beaucoup au delfous de nos papiers d’Auvergne en pâte fine, tels que la Couronne fine double , l’Ecu fin double, la Telliere, la Romaine , le petit Raifin, le Griffon fin double, qui fe font à Thiers, à Ambert, à Tance, à Annonai.
- 128. Il y a auffi dans les beaux papiers de Hollande un certain velouté agréable à la vue, qui vient de ce que les matières y font moins lavées, quoique broyées plus long-temps ; les Hollandois nafpirant pas à cette blancheur de neige que nous cherchons en France , ils n ont pas befoin de laver, c’eft-à-dire, de renouveller l’eau en laiffant le chapiteau ouvert, pendant un fi long-temps ; car c’eft-là ce qui augmente la blancheur ; dès-lors ils perdent moins de cette matière fine, cotoneufe Sc veloutée, qui rend le papier moëL leux, Sc que l'eau entraîne à mefure quelle fe forme, fe détache Sc £è di-vife.
- 129. D'un autre côté le papier de Hollande fe coupe, Sc ne peut fuppor-ter l’impreillon auflî-bien que le nôtre ; cela vient peut-être auffi de la qualité des eaux fàumatre de Serdam, où font fituées les Papeteries Hollandoifes.
- Le fel donne une certaine dureté aux parties du chiffon, qui étant d'ailleurs beaucoup plus broyées que chez nous, &confervant moins deliaifon entre elles, produifent cette facilité à fe déchirer.
- 130. C'eft par la même raifon que le papier de Serdam ne pouvoit pas con-ferver fa blancheur : il devenoit jaune en peu de temps ; pour déguifer ce défaut, les Hollandois ont imaginé de mettre du bleu dans leurs matières, & l’on voit actuellement plus que jamais cet œil bleuâtre dans leurs papiers : ce n'eft pas feulement un blanc de lait comme autrefois, c'eft un blanc azuré ou plutôt un bleu pâle.
- C’eft vers la fin de l'affinage qu’on peut verfer dans la cuve à cylindre cette matière colorante ( art. 68 ) après avoir fermé les iffues de l’eau ; mais l’opération de cette couleur eft fort délicate : il faut que la teinture ait été très-clarifiée, filtrée, repofée, Sc qu'il n’y refte abfolument aucune molécule qui puiffe s'appercevoir fur le papier. Quelques expériences qu’on a faites en France fur cette maniéré de colorer le papier, ont fait voir qu’il n'é-
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- LE P A P IëE R» Sj
- toit point aifé de diftribuer parfaitement & uniformément la liqueur colorée dans toute la fubftance du papier.
- 131. Les Hollandois ne trouvent peut-être pas chez; eux la dixième partie du chiffon qui s’y travaille ; celui qu’ils tirent de France, leur revient à plus de 38 liv. le quintal, monnoie de France, à moins qu’il ne paffe en contrebande ; & puifqu il ne vaut en France que huit à neuf liv. il eft évident que la France pourroit avec avantage retirer à elle cette branche de commerce, fi l’émulation & la perfévérance des particuliers pouvoit une fois concourir avec les foins du Gouvernement, pour la réforme de nos Manufactures. C’eft pour y contribuer autant qu’il dépendoit de nous, que nous nous fournies étendus fur les différences & fur les qualités des papiers de France & de Hollande»
- ÉTAT DES PRODUITS D'UNE PAPETERIE.
- 132. Quoique les détails purement pécuniaires ne foient pas du reffort des Phyficiens qui conliderent les Arts 5 cependant ils tiennent trop à la perfection de ces mêmes Arts dans un Royaume, pour qu’on doive les négliger ; Sc nous avons cru qu’on verroit ici avec plaifir un état circonftancié de la dépenfe Sc des produits d’une Papeterie, dans les Provinces de France, avec les maillets ordinaires.
- Dépense.
- Il faut, pour entretenir l’ouvrage d’une Papeterie pendant l’année, fans interruption, 600 quintaux de chiffons : mettons-les à S liv. quoiqu’on les ait fouvent à 6 liv. & même à 4 liv. 4800 liv^
- Nota. Les 600 quintaux, après avoir été triés & pourris, fe réduiront aux deux tiers ou 400 quintaux qui fourniront 3000 rames de papier, grand format, c’eft-à-dire, 400 quintaux de papier.
- La colle étant à raifon d’une livre par rame, 3000 liv. à 7 liv. le quintal . • , . . » , ...
- ‘ 200 Livres d’alun à 20 liv. le quintal . ....
- 75 Aunes de drap à 40 fols l’aune . . . .
- Le Maître du moulin faifànt les fonctions de Saleran, n’a be-foin que de quatre Ouvriers, lavoir, un Gouverneur & trois Compagnons de cuves, à 120 liv. de gages, & 12 fols par jour de nourriture
- Trois femmes pour laver & préparer les chiffons, avant de les pourrir, 45 liv. de gages & 6 f. par jour 2 ^ 5? v ï . .
- Bois, Charbon...........................xyo liv.
- Entretien de l’Uflne, Graiffe & Savon . v ; 3 2 . . 100 liv.
- Total de la dépenfe, 5; • ^ . 7269 liv.
- 2io liv. 40 liv. ijo liv»
- X3 $6 liv. 463 liv.
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- S 4 A R T JD E FAIRE
- Les matières propres pour la colle fe trouvent également dans toutes les Provinces ; mais l’Auvergne feule en épuife plufieurs : les Papeteries de la Franche-Comté 8c des autres Provinces circonvoifines n’ont guéres que le rebut qu’ils payent jufqu’à trois ou quatre liv. le quintal, même en eftimant très-peu le papier qui en provient, 8c que l’on prend en payement.
- Produit.
- On fuppofe 300 jours ouvrables dans l’année , puifqu’on ne chomtne dans ces fortes de Manufactures que les Dimanches & Fêtes principales ; chaque jour on peut faire dix rames de papier, grand format, du poids de 12 à 14 liv^
- f
- c’efl-à-dire, pendantl’année 3000 rames.
- 200 Quintaux de matière font 14 rp rames du poids de 14 liv. première qualité, à y liv. la rame................. . . 714y liv.
- 133 Quintaux font mi rames du poids de douze liv. fécondé qualité, à quatre liv. la rame . . . . . . . . . . . 4444 Hv.
- 67 Quintaux font un rames , petit format du poids de fix liv. à trente fols la rame . . . . . . . . . . , , . r666 liv*.’
- -Total du produit de 400 quintaux de matière. ; . liv.
- Àinfi l’on voit qu’une cuve & un moulin peuvent rendre environ fix mille livres de revenu, en fuppolànt qu’on y travaille avec exactitude 8c avec lue-cès ; l’expérience prouve à la vérité qu’il fe fait plus d’un dixième de caffe ou de papier défectueux , même dans une bonne Papeterie, beaucoup plus dans les mauvaifes : mais il relie encore de quoi exciter fuffifamment l’émulation des Fabriquants de papier.
- 133. Suivant le calcul fait dans d’autres établilfements, il paroît que 300 quintaux de chiffons, matière brute, donnent 2yo quintaux de papier, & qu’une cuve n’employe que trois cents quintaux de chiffons ; d’où il fuit qu’elle ne doit fournir que 2yo quintaux de papier, au lieu de 400 que donne le précédent état.
- Le prix moyen du papier, pris dans les Fabriques, le fort portant le foible,' efl: de 8 f. 4 d. la livre ( le papier bulle n’efl: qu’à y f f ) ; ainfi luivant ce cal* cul, une cuve ne pourroit vendre chaque année, que pour 10400 livres de papier.
- 134. Suppofons donc qu’une cuve puiffe confommer par année trois cents quintaux de chiffons non déliffés, ce qu’un Royaume, tel que la France, peut fournir de chiffons, fera capable d’entretenir environ 1000 cuves. Suivant un relevé fait dans les Bureaux de la Franche-Comté, il en fort, année commune,' 8000 quintaux, fans compter 8000 qui fe confomment dans les Fabriques de cette Provinceor la Franche-Comté ne peut gueres être eflimée que la vingtième partie de la France :ainfi il y a au moins 300 milliers de quintaux de
- chiffons
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- L E P A P I E R. 85
- chiffons à recueillir en France chaque année, d’où il paroît qu’il en doit paf. fer confidérablement chez l’Etranger ; car il n’y a pas adluellement 400 cuves où l’on travaille continuellement dans le Royaume , c’eft-à-dire, à peine la moitié de ce qu’il pourroit y en avoir.
- *
- Remarques fur les Papiers de différents Pays.
- ijy. L’Art de la Papeterie ayant été perfectionné en Hollande & en Italie , vers la fin du dernier fiecle ( 126 ), nos Fabriques n’eurent plus la même confommation , la même exportation quAuparavant; dès-lors on vit les unes ceffer entièrement, les autres fe négliger : il y avoit anciennement 400 Papeteries en Angoumois & en Périgord, où l’on n’en compte plus que 100 aujourd’hui : la perfection a déchu auffi-bien que la confommation ; mais il eft toujours temps de faire des efforts pour y remédier : c’eft dans cette vue que nous allons faire quelques obfervations fur les papiers qui fe.fabriquent en diverfes Provinces de France.
- • 136. La Province d’Auvergne eft, de toutes les Provinces de France, celle dont le papier mérite la préférence, foit pour l’écriture, foit pour rimpre£ lion. Les deux Villes principales où abondent les Manufactures de papier, font Thiers & Ambert, diftantes l’une de l’autre de fept lieues ; la première l’emporte , dit-on, pour le papier d’écriture, la fécondé pour le papier d’impref-' iîon. ^
- - » V
- La différence que nous faifons ici entre ces deux fortes de papier, ne vient gueres que de la colle, qui n’eft pas communément auffi parfaite à Ambert > qu’à Thiers ; de-là vient que le papier d’Ambert s’employe beaucoup à l’im-prelïion, où il n’eft pas effentiel d’avoir un papier parfaitement collé, tandis qu’on préféré les Fabriques de Thiers pour le beau papier à écrire, qui doit être le mieux collé.
- Cette différence dans les qualités de la colle, qui produit celle du papier y vient elle-même des eaux dont on eft obligé de fe fervir dans les Fabriques : l’eau qu’on employé à Ambert y tombe immédiatement des montagnes ; elle eft plus vive, plus nette : fouvent elle fait le papier plus blanc qu’à Thiers ; mais elle cuit & diffout, ou forme la colle moins bien que l’eau de riviere qui s’employe à Thiers, & contient plus d’air & de fels ( 28 ).
- Comme cette circonftance a tourné depuis long-temps les vues des Fabriquants de Thiers vers le papier d’écriture, celui où l’on eft le plus difficile, ils employent plus de foin dans leurs Fabriques ; leurs matières font mieux choifies ; leur papier plus beau eft auflî plus cher d'environ f ; les Fabriquants y font plus riches : G’eft ainfi que leur fupériorité s’eft accrue Sc fe foutient encore.
- 137. Les papiers de F Angoumois font bons pour l’impreffion, fupérieurs Papier. Y
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- même à ceux de Limoges ; mais une grande partie fe vend à Bourdeaux d’où il eft exporté en Hollande.
- Le Languedoc fournit auflî une quantité de papier pour les Provinces méridionales de France, & pour le Commerce maritime.
- 138. Il y a plufieurs belles Fabriques à Annonay fur les confins du Vivarais & de l'Auvergne ; on y fabrique le plus beau papier d’écriture, très-blanc, très-mince, très-bien collé ; il fe vend plus cher d’environ un quart que celui d’Ambert.
- 139. Aux environs de Limoges & de S. Léonard qui en eft à quatre lieues/ on trouve un grand nombre de Papeteries qui fe font multipliées fur-tout depuis dix à douze ans : elles appartiennent, pour la plupart, à des particuliers qui n’y réfident point, & qui en confient l’adminiftration chacun à un Maître-valet, qui rend compte au Propriétaire de la Fabrique. Auflî jufqu’à préfent leur commerce ne roule gueres que fur le papier d’impreflion : il eft peu collé, moins blanc qu’en Auvergne, & d’une qualité inférieure : le papier fin du Limoufin n’eft prefque que comme le moyen d’Auvergne, & le moyen de Limoges comme le Bulle qui fe fait à Ambert : mais le Bulle de Limoges ne vient pas à Paris ; il fe confomme dans les Provinces du Limoufin & de la Guienne.
- 140. Il y a en Normandie, aux environs de Rouen & de Caën,un allez grand nombre de moulins à papier ; on y fabrique du papier fin pour les befoins de la Province ; il s’en répand même un peu au de-là : mais à l’égard du papier Bulle fervant aux enveloppes de marchandifes, la Vallée de Rouen en fournit Paris prefque en entier, & de toutes les fortes, comme Raijîn bleu / Rai fin rouge , Dard bku, Jofeph bleu , Jojeph fluant, Main brune, Etreffe , papier à Bougie , papier a Demoifelle, papier a Sac, Bas a homme, Bas à femme, &c. Nous en parlerons à la fuite du Réglement, ( art. 147 ) : on jugera de l’étendue de ce commerce par le nombre des moulins : dans la fimple étendue de trois lieues aux environs de Rouen, il y a 34 moulins à papier, & 20 autres dans l’étendue d’environ 1 lieues ; mais les Fabriquants y font peu riches pour la plupart, Sc c’eft un très-grand obftacle à la perfection de ces Manufactures.
- Un Arrêt du Confeil donné au mois de Février 1748, qui établiflôit fur le papier & fur les cartes des droits confidérables, fit tomber plufieurs de ces Fabriques de Rouen ; les Fabriquants fe dégoûtèrent $ les Ouvriers palferenc chez l’Etranger: en vain on fupprima les droits peu de temps après, la défer-tion ne pouvoit pas fè réparer.
- 141. Nous avons parlé fort au long dans les art. 30, &c, de la belle Manufacture de Montagis; elle fut établie il y a environ vingt ans, avec toute la magnificence & tous les foins imaginables ;M. Micault d’Harveley fut le prin-
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- cipal Propriétaire, Sç M. Duponty le principal Conduéleur de l'entreprifo. M. Camus, de l'Académie Royale des Sciences, y donna tous fes foins : elle fut établie de maniéré à entretenir 30 cuves; mais les eaux du Canal de Briare étant les feules qu'on ait pu avoir, il en naît deux obflacles, làns lefquels cette Manufacture foroit peut-être une des plus belles de l'Europe, la difette d'eau & la qualité de l'eau.
- Le Canal de Montargis, pendant une partie de l'année, n'a pas alfez d’eau pour la navigation ; la Manufacture n'en peut tirer au-delà d'une certaine quantité qui a été convenue, & la Manufacture jouit à peine de cette petite quantité qui pourroit faire aller huit cylindres.
- A l'égard de la qualité, l'eau y efl fouvent fangeufe , chargée de limon ; elle produit un papier broqueteux ou graveleux, qualité qui s'apperçoit à l'écriture, quelquefois même à l'impreffion ; car de petites pierres engagées dans la fubftancedu papier, peuvent percer la feuille lorfqu'on vient à battre des livres dans l'Attelier du Relieur : au relie il y a des temps où cet inconvénient fe fait à peine remarquer; d'ailleurs le papier de Montargis efl: blanc ' fin, bien collé ; & il y a lieu d'elpérer qu'on parviendra à clarifier les eaux, de maniéré à ne lailfer abfolument rien à defirer pour la qualité fupérieure de ce papier. ( Voyez art. 30 ).
- 142. On compte en Franche-Comté 27 Papeteries, & en tout environ 30 cuves, la plupart fituéesau pied des rochers, où elles reçoivent des eaux vives & claires, 8c pourroient devenir très-parfaites par l'exécution plus rigoureufe des Réglements.
- Il y a 2^ ans que cette Province fournilfoit beaucoup de papiers à la Suille j-au Lyonnois, outre la conlommation intérieure de la Province ; mais depuis quelques années la perfeClion &le commerce y ont diminué, plufieurs moulins manquent d’ouvrage, & la Suilfe n'efl; plus obligée de s'y approvi-fionner.
- 143. Le Canton de Berne 8c la Principauté de Neuf-Châtel ont élevé quelques Papeteries qui réuffiffent alfez bien ; elles ont fait même beaucoup de tort aux Fabriquants de Pontarlier, qui voient leurs matières premières palfer en fraude chez l'Etranger, 8c font obligés de payer à leurs voifins ce qu'ils fabriquoient eux-mêmes précédemment 8c avec fuccès. Le Canton de Balle a réulïi de même à faire du papier, alfez eflimé pour que les Papeteries Françoifes qui en font voifines, travaillent fous la marque de Balle, afin de donner plus de crédit à leurs papiers.
- 144. LesElpagnolspolfedentaéluellementplus de 200 Moulins à papier* qui en fourniflfent de très-bon.
- Autrefois ils vendoient leurs matières aux Génois, pour acheter d'eux enfuite les papiers qui fe çonfommoient en Elpagne ; on remarqua en 1720, que cette
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- SS ART DE FAIRE
- dépenfe avok été à yoo mille piaftres, (c’eft-à-dire, environ un million Sc trois quarts de notre monnoie ) (a). Pour remédier à l’abus, on défendit la fortie des chiffons (6) ; on veilla à faire obferver la défenfe , & l’Elpagne eft parvenue à fecouer en partie le joug de l’induftrie étrangère j cependant la Compagnie de Montargis a encore vendu à Cadix du papier façon de Genes, à très-haut prix.
- i Les Anglois aufll attentifs qu'aucun autre peuple de PEurope à fe confèr-ver les branches utiles de commerce, ont chez eux grand nombre de Papeteries : nous ne connoiflons point le détail de leur exploitation ; mais une preuve de l’attention que le Gouvernement y apporte, c’eft le Réglement par lequel il eft défendu d’enfevelir les morts dans de la toile, comme cela fe pratique par-tout: l’Angleterre épargne, au moyen de ce Réglement, au moins deux cents milliers de chiffons par année ; car de 8 millions d’habitants que renferment les Ifles Britanniques, il en meurt nécelfairement toutes les années environ 200000 ; & chaque fépulture employeroit un drap qui péferoit au moins une livre.
- Des Réglements qu'on a faits en France pour le Commerce ) des vieux linges.
- 145*. Par le Tarif de 1664, le linge vieux, les vieux drapeaux, drilles Sc pattes furent impofés à la fortie du Royaume à 6 liv. par quintal ; ces droits furent doublés en 1687 ; mais par des Arrêts du Confeil des 28 Mai 1697 & 4 Mars 1727, il y eut défenfe abfolue de faire fortir hors du royaume aucune de ces matières fervant à la fabrication du papier, fous peine de confijfcation & d’amende. Cette défenfe a fubfifté long-temps ; cependant par un Arrêt du Confeil du 8 Mars 1733 , la liberté a été rétablie moyennant dix écus par quintal pour le droit de fortie : à ce prix-là il n’y a pas à perdre pour la France à laifler fortir les drapeaux ; car le droit furpafle trop confidérablement la valeur de la chofe, pour que l’exportation puiffe nuire à nos Manufaétu-res, fi ce n’eft à caufe de la fraude qui eft toujours confidérable.
- C’eft pour obvier à ces fraudes, que par un Arrêt du Confeil du 18 Mars i757>il a été défendu de faire des magafins ou amas de vieux linges en aucuns lieux fitués fur les côtes des Provinces maritimes, ou à quatre lieues de dit tance, non plus que fur les frontières du Royaume ou à quatre lieues des Bu-» reaux de fortie ; car, à la faveur des acquits à caution qui fe prenoient pour* porter de petites quantités de ces matières dans des villes frontières, on en faifoit palfer de plus fortes parties en fraude chez l’Etranger, ce qui privoit les Manufactures de leurs plus belles matières. En même temps il a été
- (a) La Piaftre de change à Cadix vaut 5 liv. if f. monnoie de France.'
- (b) Théorie du Commerce, chajp. 85 & iuivants,
- ordonné
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- LE PAPIER; Bp
- ordonné que, îorfqu’on en tranfporteroit par mer, les Patrons de barque en feroient une déclaration exaéle , & enfuite rapporteroient dans le délai qui leur feroit prefcrit, au Bureau du départ, un certificat de débarquement pris dans le lieu de la deftination.
- A l’égard du Commerce intérieur de ces matières dans le Royaume, il a été rendu parfaitement libre par un Arrêt du Confeil du io Septembre 1746* qui permet à tous les Fabriquants de papier de tirer indifféremment de toutes nos Provinces les matières propres à la fabrication de ces papiers, fàuf les droits de fortie qui ont lieu pour les Provinces du Royaume réputées étrangères ; cette liberté intérieure dans un Etat, eft en général un des plus puiflants fecours que la làgeffe du Miniftere puiiTe donner à l’induftrie, pour accroître le commerce & Populence, pour faire participer tous les fujets de l’Etat à l’é* quilibre 8c au bonheur général.
- Règlements pour la f abri cation du Papier
- en France.
- 146. .Nous avons négligé de rapporter fous chaque opération les chofeS qui ont été jugées affez néceffaires pour être prefcrites par les Réglements * fous différentes peines ; parce qu’ayant expofé toute la perfeétion dont l’Art eft fufceptible, il a fallu parler prefque toujours de précautions encore plus grandes que celles des Réglements ; mais nous allons les rapporter ici dans leur entier, en y joignant quelques notes fur les articles qui en feront fufcep-tibles. Plufieurs articles pourront paroître inutiles à l’objet que nous nous fournies propofés ; mais en les féparant du total, nous aurions craint de défigurer un Code qui, par fon caraétere de Loi, doit être refpeété 8c préfenté tel qu’il eft.
- ARREST du Cotifell F Etat du Roi, portant Réglement pour les différentes fortes de Papiers qui fe fabriquent dans le Royaume.
- Du 27 Janvier 173p.
- Extrait des Registres du Confeil d’Etat»
- Le Roi s’étant fait repréfenter, en fon Confeil, les Réglements ci - devant faits pour les différentes fortes de Papiers qui fe fabriquent dans le Royaume, autorifés par Arrêt du Confeil du 21 Juillet 1671, ôc autres Réglements ôc Arrêts rendus depuis concernant la Fabrique defdits Papiers {a) : ôc Sa Majefté étant informée que les précautions prifes par ces Réglements & Arrêts, ne font pas fuffifantes pour affurer la bonne qualité des Papiers , ôc qu il eft néceffaire d’y ajouter de nouvelles difpofitions, pour porter cette Manufacture à un plus haut degré de perfection ; à quoi defirant pourvoir, Oui le Rapport du fieur Orry , Confeiller d’Etat ôc ordinaire au Confeil Royal, Contrôleur-Général des Finances, LE ROI ÉTANT EN SON CONSEIL , a ordonné ôc ordonne ce qui fuit.
- Art. I. A l’avenir, ôc à commencer du jour de la publication dupréfent Arrêt, les dra-
- (æ)Lcs principaux font ceux des 21 Nov. 1688, 30 Déc. 1717, 2} Dec. 1732, 11 Déc. 1730 : ce dernier avoit été fait pour la Province du Limoufin feulement.
- Papier,
- Z
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- $o ART DE FAIRE
- peaux, dfiffons, peillés ou drilles, deftinés à la fabrication des différentes fortes Ôc qualités de Papiers qui fe font dans le Royaume, feront préparés de façon que lefdites matières foient parfaitement déchirées, effilochées , broyées ôc affinées , en fe fervant de piles ordinaires , ou en y employant d'autres machines propres à ces opérations, après néanmoins avoir obtenu la permiffion du Roi de faire ufage defdites machines : faifant Sa Majefté dé-fenfes de fe fervir d’aucunes machines tranchantespour autre ufage que pour préparer lefdites matières à être effilochées (a), broyées ôc affinées ; le tout à peine de confifcation. defdites machines, ôc de deux cens livres d’amende.
- II. Lés piles ôc autres machines fervant à la fabrication de toutesfortes de Papiers, >1101116 des Papiers gris , traffes ôc cartons , ôc les pourriffoirs dans les Moulins où l’on fait pourrir les drapeaux, feront placés dans des lieux clos ôc couverts (b) : faifant Sa Majefté très-expreffes inhibitions ôc défenfes de fabriquer aucuns Papiers ôc Cartons dans des Moulins dont les ,piles , ou autres machines , ôc les pourriffoirs feroient à découvert, ôc expo les aux injures de l’air ôc à la pouffiere ; à peine de trois mille livres d’amende contre les Propriétaires des Moulins, qui les auroient donnés à loyer dans cet état, ôc de mille livy d’amende contre les Maîtres Fabriquants,
- III. Seront tenus les Maîtres Fabriquants de faire purifier Peau dont ils fe ferviront, tant pour le lavage de la pâte deftinée à fabriquer le Papier, que pour détremper la colle , en faiffant paffer ladite eau dans quatre différents vaiffeaux ou réfervoirs , dont le dernier au moins fera fablé (c), pour la faire repofer dans les premiers, Ôc filtrer à travers le fable du dernier ; à peine, en cas de contravention, de cinquante livres d’amende contre lef-dits: Maîtres Fabriquants.
- IV. L’eau, au fortir defdits vaiffeaux ou réfervoirs, fera introduite dans les piles ou autres machines fervant à broyer les drapeaux, à travers d’un linge appellé Couloir, à peine de trois livres d’amende (à).
- V. Défend-Sa Majefté de mêler avec les drapeaux ou chiffons , ou avec la pâte deftinée a la fabrication des différentes fortes de Papiers , même des Papiers gris, traffes ôc cartons , aucune forte de chaux, ou autres ingrédients corrôfifs ; à peine, en cas de contravention , de confifcation defdits drapeaux ou chiffons ôc pâte , dans lefquels il en auroit été mêlé, Ôc même des Papiers qui auroient été fabriqués avec lefdites matières , ôc de trois cens livres d’amende contre les Maîtres Fabriquants (e).
- VI. Veut Sa Majefté qu’à l’avenir , ôc à commencer du jour de la publication du préfent Arrêt, les Maîtres Fabriquants foient tenus de faire coller également les Papiers de différentes fortes ôc qualités, deftinés pour l’Imprimerie, pour le tirage des Eftampes, ôc pour L’Ecriture ; à peine de confifcation des Papiers deftinés pour l’Imprimerie ôc pour le tirage des Eftampes, qui ne feroient pas auffi parfaitement collés que ceux pour l’Ecriture, ôc de cent livres d’amende (/).
- VU. Défend Sa Majefté aufdits Maîtres Fabriquants, de fe fervir d’aucune graiffe ou favon pour liffer les Papiers, à peine, en cas de contravention, de confifcation defdits Papiers, ôc de cent livres d’amende contre lefdits Maîtres Fabriquants, ôc de dix livres contre l’Ouvrier, appellé Salleran, qui en auroit employé (g).
- VIII. Toutes les différentes fortes de Papiers ‘qui fe fabriquent dans le Royaume, feront, à l’avenir, des largeurs, hauteurs Ôc poids fixés par le Tarif attaché fous le contre-fcel du préfent Arrêt (h) ; à l’effet de quoi ordonne Sa Majefté que dans le délai de fix mois, à compter du jour de la publication du préfent Arrêt, toutes les Formes deftinées à la fabrication des Papiers , feront réformées , ôc faites fur les largeurs ôc hauteurs mentionnées audit Tarif : à peine de confifcation, tant des formes, qui, après ledit délai de fix mois expiré , feroient trouvées ou trop grandes ou trop petites, lesquelles feront brifées , que des Papiers qui fe fabriqueroient dans lefdites formes , ou d un poids différent de ceux fixés par ledit Tarif, ôc de cent livres d’amende contre les Maîtres Fabriquants (i) ; pourront néanmoins lefdits Maîtres Fabriquants faire des Papiers de largeurs Ôc hauteurs au-def-fus de celles fixées par ledit Tarif pour le Papier appellé Grand-Aigle, à la charge que le
- (a) C’eft-à-dire, pourle dérompoir, art. 21.
- (b) Voyez art. 20.
- ( c ) Voyez fur i’ufage du fable ce que nous avons dit, art. 27.
- (d) Sur la propreté de l’eau, voyez art. 26 8c 44.
- (e) L’ulàge de la chaux , quoique bon , eft fujet.àun trop grand abus : c’eft pourquoi il a été prefcrit. (Voyez art. 18).
- (/) La précaution du Réglement eft jufte ; mais I’ufage a cependant établi par-tout une différence pour le collage entre le papier d’écriture 8c le papier d’impreffion. y oyez art. 108 8c 136.
- (g-) L’ufage de la graiffe eft un inconvénient réel,
- mais dont on a peine encore actuellement à s’abftenie dans les Fabriques de papier, (art. 115).
- ( h) Ce Tarif a été réformé par l’Arrêt du 18 Septembre 1741, qui en contient un nouveau : ainfi nous nous en tiendrons à ce dernier que l’on trouvera ci-après.
- ( i ) L’Arrêt de 1727 permettait d’augmenter la grandeur , pourvu que l’épaiffeur 8c le poids augmentaient à proportion ; le poids étoit fixé, mais non pas les grandeurs.
- Ce fut en 1732 , qu’on ajouta un Tarif pour les longueurs 8c les largeurs, afin que chaque efpece de papiet ayant un prix çpnnu, eut auffi une qualité confiante.
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- LE PAPIER. 9t
- poids des rames defdits Papiers fera augmenté à proportion do l’augmentation de la largeur ôt de la hauteur des feuilles ( a ).
- IX. N’entend néanmoins Sa Majefté que les Maîtres Fabriquants piaffent être pourfui-vis dans les cas où les feuilles de leurs Papiers fe trouveront de quelques lignes au-deffus ouau-deffous des dimenfions portées par ledit Tarif, lorfquil paroîtra que lefdites augmentations ou diminutions peuvent provenir de la faifon dans laquelle les Papiers auront été fabriqués, ôt non du défaut des formes ôt de la mauvaife qualité de la matière, ôt ne caufent pas une différence de poids de chaque Rame au-delà d’une quarantième partie de celui fixé par le Tarif (b).
- X. Et afin que les Maîtres Fabriquants ne puiffent fe fervir à l’avenir d’aucunes formes défe&ueufes , ordonne Sa Majefté que dans le délai de fix mois ci-deflùs prefcrit, elles feront toutes repréfentées avec leurs cadres volants appellés Couvertes, pardevantles Juges des Manufa&ures, en préfence des Gardes des Maîtres Fabriquants; ôt que lorfqu’elles feront trouvées conformes aux dimenfions portées par le Tarif, lefdites formes ôt leurs cadres ou couvertes , feront marquées à feu, ôtle poinçon qui aura fervi à appliquer ladite empreinte, fera dépofé dans le Greffe de ladite Jurifdi&ion : faifant Sa Majefté défenfes à toutes perfonnes de contrefaire ladite marque , à peine d’être pourfuivis extraordinairement comme pour crime de faux; ôt à tous Maîtres Fabriquants de faire ufage d’aucunes formes qui ne foient ainfî marquées ; à peine de confifcation des formes qui feront rompues ôt brifées, Ôt de cent livres d’amende contre lefdits Maîtres Fabriquants , ôt de trois livres contre l’Ouvrier qui s’en feroit fervi.
- XI. Les Maîtres Fabriquants feront tenus de mettre fur le milieu d’un des côtés de chaque feuille des différentes fortes de Papiers qu’ils fabriqueront, la marque ordinaire pour défigner chaque forte de Papier ; ôt fur le milieu de l’autre côté de ladite feuille, en cara&ere de quatre à fix lignes de hauteur, la première lettre du nom, ôt le furnom en entier du Maître Fabriquant, avec l’un de ces mots , aufli en entier, Fin, Moyen, Bulle , Vanant, ou Gros-bon, ( fuivant la qualité du Papier, ) avec le nom de la Province : ôt à l’égard du Papier appellé Cartier fin, le nom de la Province , la première lettre du nom , ôt le furnom en entier du Maître Fabriquant, feront mis à l’extrémité de chaque feuille ; le tout à peine, en cas de contravention, de confifcation des Papiers, Ôt de trois censliv, d’amende contre les Maîtres Fabriquants (c) : faifant Sa Majefté très-expreffes inhibitions ÔC défenfes aufdits Maîtres Fabriquants, de marquer aucuns Papiers de qualités inférieures, du nom fervant à défigner une qualité fupérieure, à peine de confifcation defdits Papiers, ôt de mille livres d’amende, ôt d’être déchus pour toujours de la fabrication ôt du commerce des Papiers.
- XII. Défend Sa Majefté à tous Maîtres Fabriquants , de mettre les noms ôt furnoms d’un autre Maître Fabriquant, ou un nom fuppofé, au lieu du leur, fur les Papiers qu’ils fabriqueront ou feront fabriquer ; comme aufli de faire fabriquer du Papier marqué de leur nom j dans d’autres Moulins que ceux qui leur appartiennent, ou qu’ils tiennent à loyer ; à peine, en cas de contravention, de confifcation des Papiers , de mille livres d’amende , ôt d’être déchus pour toujours de la fabrication Ôt du commerce des Papiers.
- XIII. Les veuves des Maîtres Fabriquants, qui, après le décès de leur mari, voudront continuer à faire fabriquer des Papiers , feront tenues de mettre le mot Veuve, en entier , avant la première lettre du nom ; ôt le furnom en entier de leur mari ; ôt les fils de Maîtres Fabriquants, qui auront le même nom de baptême que leur pere a&uellement vivant, ôt qui, après leur réception à la Maîtrife, fabriqueront ou feront fabriquer des Papiers pour leur compte particulier, ajouteront le mot Fils en entier , après la première lettre du nom ôt le furnom de leur pere, le tout à peine, en cas de contravention, de confifcation des Papiers, Ôt de centlivres d’amende. ( Voyez, à l’occafion des veuves, l’art. XLIII.)
- XIV. Seront tenus les Maîtres Fabriquants de trier ou faire trier exa&ement les feuilles dont chaque main de Papier doit être compofée ; de mettre le fin avec ,le fin, le moyen avec le moyen , le bulle avec le bulle, le vanant ou gros-bon avec le vanant ou gros-bon , félon leur qualité , fans qu’il y ait aucun mélange de Papiers de différentes qualités dans une même main , ni dans une même rame : leur faifant Sa Majefté défenfes d’y
- {a.) En conféquence de la permiffion donnée par le (c) Suivant l’Arrêt du 18 Septembre 1741, art. IV, dès prêtent article de faire des papiers d’une plus grande for- qu’il aura été conftaté que lefdits Maîtres Fabriquants te , M. du Ponty en fit exécuter une forte appellée grand auront ajouté à leurs formes la marque 1741, ils pour-Langlée t' àu nom de la Manufaéture de l’Anglée près ront vendre 8c débiter librement leurs papiers fans être Montargis, quiavoit cinq pieds de long fur deux pieds obligés d’en faire aucune déclaration, dix pouces de large : cette grandeur extraordinaire feroit Le Réglement de 1688 exigeoit aufli qu’on mar-fort utile pour les plans ; mais elle réuffit difficilement quât fur la feuille l’année de la fabrication ; mais il étoit à caufe de la godée dont nous avons parlé, art. 10p. trop difficile de faire un changement dans les formes tou-
- ( h ) Voyez l’art. II. de l’Arrêt du 18 Septembre 1741, tes les années ; 8c l’on a jugé devoir fe contenter d’une ôt ce que nous avons dit, art. iz marque perpétuelle 8t confiante.
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- employer des feuilles trop minces, trop courtes, trop étroites, ôc celles qui feront caffées, trouées , ridées , ou autrement défeêtueufes ; à peine, en cas de contravention, de confifcation des Papiers , ôt de trois cens livres d’amende ( a ).
- X V. Veut Sa Majefté que toutes les feuilles de Papier dont chaque main fera composée , foient d’une égale largeur ; faifant défenfes aufdits Maîtres Fabriquants de rogner aucune defdites feuilles fur la largeur, à peine de confiscationdefdits Papiers , & de cinquante livres d’amende (/;),
- XVI. Permet Sa Majefté aufdits Maîtres Fabriquants de vendre en cahiers, de quelque grandeur que ce foit, les Papiers fains, entiers ôc parfaits qu’ils pourront retirer des feuilles des Papiers calfés ou autrement défectueux, fans néanmoins qu’ils puiffent mêler dans lefdits cahiers, du Papier fin avec du moyen, ou d’autre qualité inférieure, ni des Papiers forts avec des Papiers foibles ; à peine de confîfcation defdits Papiers ôt de cinquante livres d’amende : permet pareillement Sa Majefté aufdits Maîtres Fabriquants de vendre dans le Royaume, les Papiers calfés, troués , ridés ou autrement défeûueux, par demi-feuilles , en paquets ôc au poids, fans qu’ils puilfent en compofer des mains , des rames, ni même des cahiers, ni que lefdits Papiers puilfent être envoyés dans les pays étrangers, fous quelque prétexte que ce foit : le tout, à peine de confifcation defdits Papiers qui feroient trouves en mains, en rames ou en cachiers, ôt de cent livres d’amende contre les contrevenants ( c ).
- XVII. Veut Sa Majefté que dans trois mois, à compter du jour de la publication du préfent Arrêt, lefdits Maîtres Fabriquants & les Marchands Papetiers foient tenus de faire trier les Papiers des différentes fortes ôt qualités qu’ils auront dans leurs Moulins, Boutiques ôt Magafms , pour être les feuilles calfées, trouées , ridées , ou autrement dé-fe&ueufes , tirées des rames ; à peine de confifcation defdites rames dans lefquelles , après l’expiration dudit délai, il feroit trouvé des feuilles de Papier défeêlueufes, ôt de cent liv. d’amende.
- XVIII. La rame de toutes fortes de Papiers fera compofée de vingt mains , chaque main de vingt-cinq feuilles , non compris les feuilles d’enveloppe, qui fe mettent deffus ôt def-fous : Ôt fera chaque rame, outre lefdites feuilles d’enveloppe, recouverte de deux feuilles de gros papier, appellé Maculature, fur l’une defquelles feront marqués,en cara&eres lifibles, la forte du Papier dont la rame fera compofée, en diftinguant les qualités de Fin y Moyen , Bulle, Vanant ou Gros-bon ; le poids de ladite rame, fans y comprendre les enveloppes ; le nom en entier de laProvince ou Généralité dans laquelle les Moulins font fitués, ôtles nom ôt furnom du Maître Fabriquant auili en entier : le tout à peine, en cas de contravention , de confifcation du Papier, ôt de cent liv. d’amende. ( ployez art. i ip ).
- XIX. Fait Sa Majefté défenfes aufdits Maîtres Fabriquants de fabriquer ni faire fabriquer, vendre ni débiter des Papiers d’autres fortes ôt qualités, ni d’autres largeurs, hauteurs ôt poids, que celles fixées par le Tarif attaché fous le contre-fcel du préfent Arrêt , ôt que lefdits Papiers ne foient conformes à ce qui y eft prefcrit ; comme aulfi de vendre ni débiter, fous quelque prétexe que ce foit, les Papiers calfés ôt de rebut, autrement qu’en la maniéré prefcrite par l’Article XVI. ci-delfus : le tout à peine, en cas de contravention, de confifcation defdits Papiers, ôt de cent livres d’amende (d).
- XX. Défend pareillement Sa Majefté à tous Marchands d’acheter, vendre ni débiter aucune des différentes fortes de Papiers, comprifes dans le Tarif attaché fous le contre-fcel du préfent Arrêt, qu’ils ne foient des largeurs , hauteurs ôc poids fixés par ledit Tarif,’ Ôc conformes à ce qui eft prefcrit par ledit Arrêt ; comme aulîi d’acheter, vendre ni débiter , fous quelque prétexte que ce foit, les Papiers calfés ôc de rebut, autrement qu’en la maniéré prefcrite par ledit Article XVI. ci-delfus , le tout fous les peines portées par l’Article précédent.
- XXI. Et néanmoins, pour faciliter la vente ôc le débit des différentes fortes de Papiers qui fe trouveront dans les Moulins ôc Magalîns defdits Maîtres Fabriquants, fix mois après la publication du prefent Arrêt, fans y être conformes , permet Sa Majefté aufdits Maîtres Fabriquants de les vendre ôc débiter pendant une année, à compter du jour de l’expiration du délai de fix mois accordé par l’article VIII ci-delfus : à la charge, par lefdits Maîtres Fabriquants, de faire, dans le premier mois de ladite année , leur déclaration de la quantité des différentes fortes defdits Papiers qu’ils auront en leur polfefllon, par-devant
- (a) Les précautions dans le triage du papier, fi propres à accréditer chez l’Etranger la bonne foi de nos Fabriquants 8c la perfeétion de nos Manufactures, ne fauroient être trop bien obfervées ; mais, par une contagion générale, on les néglige prpfquepar-tout: nous l’avonsobfervé art. i z %, où il s’agiffoit de l’ufage ; mais il s’agit ici du Réglement.
- ( b ) Celan’étoit défendu en 1730, que pour le papier fervant à l’impreflion ; actuellement la défenfe eft géné-
- rale : mais voyez, quant à l’ufage aétuel, l’art, 123,
- (c) L’Arrêt de 1741, art. VI, permet d’en faire des rames percées de tiers en tiers dans l’étendue de la hauteur des feuilles avec un poinçon de fer de quatre lignes de diamètre, 8c de les envoyer même en pays étranger avec cette condition ; mais cela ne s’exécute point
- ( voyez art. 123 ).
- (d) Sauf les exceptions contenues en l’art. VIII. eide fius , note a, 8c ci-après en l’art XXIII.
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- ïes Juges des Manufactures, qui en drefferont des Procès-verbaux, lfefqnels feront par eux directement envoyés au Sieur Intendant ôc CommifTaire départi dans la Province ou Généralité dans l’étendue de laquelle lefdits Moulins ou Magafins feront fitués : après lef-quels délais, tous les Papiers qui fe trouveront dans lefdits Moulins ôc Magafins, fans être conformes au préfent Arrêt, feront confifqués, & les contrevenants condamnés en cent livres d’amende.
- XXII. Et afin que les Marchands Papetiers puiffent aufïi fe défaire de tous les Papiers mentionnés dans l’Article précédent, qu’ils auroient achetés defdits Maîtres Fabriquants , veut Sa Majefté que lefdits Marchands puiffent les vendre ôc débiter pendant une année, à compter du jour que le délai accordé aufdits Maîtres Fabriquants fera expiré ; à la charge par lefdits Marchands de faire, dans le premier mois de ladite année, leur déclaration des différentes fortes defdits Papiers qu’ils auront en leur poffeflion, pardevant les Juges des Manufactures du lieu de leur domicile, qui en drefferont des Procès-verbaux; après lefquels délais, tous les Papiers qui fe trouveront dans les Magafins des Marchands Papetiers, fans être conformes au préfent Arrêt, feront confifqués, ôc les contre-: venants condamnés en cent livres d’amende.
- XXIII. Permet Sa Majefté aufdits Maîtres Fabriquants, de faire des Papiers des fortes , largeurs, hauteurs ôc poids qui leur feront demandés par les Etrangers , en fe conformant au furplus à ce qui eft prefcrit par le préfent Arrêt, ôc fous les peines y portées ; Ôc à la charge d’en obtenir la permiffion par écrit du Sieur Intendant ôc Commiîfaire départi dans la Province ou Généralité dans l’étendue de laquelle leurs Moulins feront fitués, dans laquelle permiflion il fera fait mention des qualités ôc quantités defdits Papiers : n’entend néanmoins comprendre dans le préfent Article, les Papiers deftinés à être envoyés dans le Levant, par rapport auxquels Sa Majeffé fe réferve de pourvoir par un autre Arrêt particulier, (a) '
- XXIV. Et pour affûter la fortie des Papiers qu’il aura été permis aufdits Maîtres Fabriquants de faire pour l’Etranger, ordonne Sa Majefté que lors des envois defdits Papiers, lefdits Maîtres Fabriquants feront tenus de déclarer au Bureau des Fermes du lieu de leur demeure, ou au Bureau le plus prochain, le nombre des balles , la quantité des rames, ôc les fortes ôc qualités des Papiers ; d’y faire plomber lefdites balles ; de déclarer le Port par lequel ils entendent les faire fortir, Ôc de repréfenter au Commis dudit Bureau la permiffion qu’ils auront obtenue dudit Sieur Intendant ôc CommifTaire départi, fur laquelle il leur fera, par lefdits Commis, expédié un acquit à caution, en la forme ordinaire pour être déchargé par les'Commis du Bureau des Fermes établi dans le Port où lefdits Papiers feront embarqués, après néanmoins que les plombs appofés fur lefdites balles auront été reconnus fains ôc entiers. Seront pareillement tenus lefdits Maîtres Fabriquants de rendre audit Sieur Intendant ôc Commiîfaire départi, la permiflion qui leur aura été par lui accordée, Ôc de lui repréfenter ledit acquit à caution, déchargé, pour juftifier de la fortie defdits Papiers : le tout à peine, en cas d-3 contravention , de confifcation defdits Papiers , ôc de mille livres d’amende contre lefdits Maîtres Fabriquants.
- XXV. Défend Sa Majefté aufdits Maîtres Fabriquants, d vendre , Ôc à tous Marchands d’acheter ni débiter dans le Royaume, aucuns Papiers dont la fabrication aura été permife pour être envoyés à l’Etranger, pour quelque caufe , ôc fous quelques prétexte que ce foit; a peine, en cas de contravention , de confifcation defdits Papiers , ôc de trois mille livres d’amende, tant contre les Maîtres Fabriquants qui les auroient vendus, que contre les Marchands qui les auroient achetés ou expofés en vente.
- XXVI. Tous les Cartons feront faits des largeurs , hauteurs ôc poids qui feront demandés par les Ouvriers à l’ufage defquels ils feront deftinés * ôc ne pourront être compofés que de vieux Papiers, ou des rognures des Cartes ôc de celles des Papiers : faifant Sa Majefté très-expreffes inhibitions Ôc défenfes à tous Maîtres Fabriquants d’employer à la fabrication defdits Cartons , aucunes fortes de drapeaux, chiffons , peilles ôc drilles; à peine de confifcation des Cartons qui en feroient fabriqués, ôc de cent livres d’amende contre les contrevenants, (b)
- XXVII. Seront réputés Maîtres Fabriquants de Papiers, tout ceux qui font aêluelle-ment fabriquer du Papier en leur nom, dans des Moulins à eux appartenants, ou qu’ils tiennent à loyer ; fans qu’aucuns puiffent l’être à l’avenir, qu’après avoir fait apprentiffage , Ôc fatisfaix aux autres formalités preferites par le préfent Arrêt, pour parvenir à la Maî-trife.
- XXVIII. Ordonne Sa Majefté que dans trois mois, à compter du jour de la publication
- {a) Il y a été pefurvu par un Arrêt du 14 Février 173P , pêche pas que les Cartoniers ne s’en tiennent aux rognü-dont nous parierons ci-après. res de papier, comme nous le dirons, en faifant la Def-
- (6) Cette défenfe a été levée par l’article VIII. de l’Ar- cription de l’Art du Cartonier, auquel cet article eft reia-rét du Confçil du 18 Septembre 1741 ; mais cela n’em- tif.
- Papier,
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- du préfent Arrêt, il fera par chacun des Sieurs Intendants & Commiffaires départis dans les Provinces ôc Généralités du Royaume , fait des arrondiffements des différentes Villes ôc lieux defdites Provinces ôc Généralités, dans lefquels font fitués les Moulins à Papier, ôc que dans chaque chef-lieu de Manufacture defdits arrondiffements , il fera fait inceffamment ôc fans frais , fi fait n'a été , un Tableau qui contiendra les noms ôc furnoms des Maîtres Fabriquants établis dans les Villes ôc lieux compris dans chacun defdits ar-Tondiffements ,. foit quils foient Propriétaires des Moulins, ou qu’ils les tiennent à loyer; lefquels Tableaux feront fignés, tant par le Juge des Manufactures ôc Greffiers , que pat les Gardes en Charge defdits Maîtres Fabriquants , dans chaque chef-lieu ; ôc lorfqu’il •s’établira à l’avenir un nouveau Maître Fabriquant, il fera tenu de faire infcrire fon nom ôc fon furnom fur le Tableau du chef-lieu dont il dépendra, ce qui fera pareillement fait fans aucuns frais ; ôc feront lefdits Tableaux, dépofés au Greffe de la JurifdiCtion des Manufactures de chacun defdits chefs-lieux.
- XXIX. Veut Sa Majefté que tous les Maîtres Fabriquants, dont les Moulins à Papier font fitués dans les lieux qui fe trouveront compris dans les arrondiffements qui auront été faits par lefdits Sieurs Intendants ôc Commiffaires départis, foient tenus, dans un mois au plus tard, à compter du jour que lefdits arrondiffements auront été formés , de s’affem-bler dans chaque chef-lieu de la Manufacture, fuivant lefdits arrondiffements, au jour qui leur fera indiqué par lefdits Sieurs Intendants ôc Commiffaires départis, pardevant les Juges des Manufactures de chacun defdits chefs-lieux, pour procéder, en la préfence defdits Juges, à la pluralité des voix, à la nomination ,de quatre ou de deux Gardes, fuivant qu’il fera réglé par lefdits Sieurs Intendants ôc Commiffaires départis, à proportion du nombre des Maîtres Fabriquants qui feront établis dans Pétendue de chaque arrondiffe-ment ; lefquels Gardes prêteront ferment pardevant lefdits Juges, de fe bien ôc fidèlement acquitter de leurs fondions, ôc les exerceront jufqu’au dernier Décembre i739-{a)
- XXX. Ordonne Sa Majefté qu’à l’avenir, ôc à commencer au mois de Décembre i73p , il fera tous les ans, depuis le premier jufqu’au io dudit mois, procédé en la forme ôc maniéré prefcrite par l’Article XXIX» ci-deffus, à la nomination de deux nouveaux Gardes , dans les Villes ôc lieux où il en aura été élu quatre, pour remplacer les deux anciens qui fortiront de charge, Ôc entrer en exercice au 2 Janvier fuivant, avec les deux Gardes de la précédente éledion ; ce qui fera obfervé d’année en année, en forte qu’il y ait toujours deux anciens ôc deux nouveaux Gardes en exercice.
- XXXI. Veut Sa Majefté que le même ordre foit obfervé dans les Villes ôc lieux où il n’aura été nommé que deux Gardes, ôc qu’il en foit élu un nouveau tous les ans, pour remplacer celui qui fortira d’exercice.
- XXXII. Lefdits Gardes feront au moins quatre vifites générales par chacun an, ôc des vifites particulières toutes les fois qu’ils le jugeront à propos, tant dans les Moulins ôc Magafins à Papier établis dans la campagne, que dans les Magafins établis dans les Villes qui feront dans l’étendue de leur diftrid ; lors defquelles Vifites , tous les Maîtres Fabriquants, les Marchands Papetiers, Commiffionnaires, ôc autres, chez lefquels il y auroit des Papiers dépofés, feront tenus de faire aufdits Gardes, ouverture de leurs Moulins, Maifons ôc Magafins, à peine en cas de refus, de cinq cens livres d’amende : ôc où il fe trouveroit des Papiers qui ne feroient pas conformes à ce qui eft prefcrit par le préfent 'Arrêt, ôc au Tarif attaché fous le contre-fcel d’icelui, lefdits Gardes les feront faifir Ôc enlever par un Huiffier, Ôc en pourfuivront la confifcation avec les condamnations d’amendes portées par le préfent Arrêt.
- XXXIII, Ordonne Sa Majefté que les Rames de Papiers dont la confifcation aura été ordonnée, feront percées d’un poinçon dans le milieu, ôc quelles feront remifes dans le Moulin à Papier, pour y être employées comme matière (b) ; ôc que du prix auquel elles feront eftimées comme matière,il en appartienne moitié aux Gardes, ôc l’autre moitié à l’Hôpital le plus prochain du lieu où les Jugements auront été rendus.
- XXXIV. Nul ne pourra être admis à faire apprentiffage, qu’il n’ait au moins douze ans accomplis ; ôc il fera paffé brevet dudit apprentiffage, pardevant Notaires, entre le Maître Fabriquant ôc celui qui fe préfentera pour être Apprentif, lequel brevet fera enregiftré fur le Regiftre qui fera tenu à cet effet par les Gardes en exercice de chaque Commmunauté en payant, par ledit apprentif, lafomme de trois livres pour ledit enregiftrement.
- XXXV. Le temps,defapprentiffage fera de quatre années confécutives,pendant lef-quelles l’Apprentif fera tenu de demeurer chez fon Maître ôc de le fervir fidèlement ; ÔC ceux defdits Apprentifs qui quitteront leur Maître, avant le terme defdites quatre années accomplies, n’acquerront aucun droit pour parvenir à la Maîtrife, ôc leurs brevets feront
- (a) Cette nomination de Gardes Vifiteurs. avoit déjà (b) Nous avons parlé fort au long du papier cafte, 8c
- été ordonnée par l’Arrêt du iz Décembre 1730. de celui qu’on eft obligé de refondre, art. 1*1.
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- & demeureront nuis Ôc rayés du Regiflre dans lequel ils auront été enregiftrés.
- XXXVI. Dans le cas où le Maître chez lequel FApprentif auroit commencé fon ap-prentiffage, cefferoit de fabriquer ou faire fabriquer du Papier, avant le terme de l’ap-prentiffage accompli, les Gardes en Charge placeront ledit Apprentif chez un autre Maître, pour y finir le temps qui reliera à expirer de fon apprentiffage ; ce qui fera pareillement obfervé par lefdits Gardes, fi le Maître vient à décéder, ôt que fa veuve ou fes enfants ne continuent pas à faire fabriquer du Papier.
- XXXVII. Les quatre années d’apprentifïage expirées, FApprentif fera tenu de fervk pendant quatre autres années, chez les Maîtres , en qualité de Compagnon.
- XXXVIII. Les fils de Maîtres qui auront demeuré jufqu’à l’âge de feize ans accomplis chez leur pere, ou leur mere veuve faifant fabriquer du Papier, feront réputés avoir fait leur apprentiffage, Ôt feront néanmoins tenus de fervir quatre années eh qualité de Compagnons chez leur pere , ou leur mere veuve, ou chez d’autres Maîtres.
- XXXIX. L’Afpirant à la Maîtrife, qui fe préfentera pour être reçu, fera préalablement tenu de représenter aux Gardes en Charge, Ôt aux anciens Maîtres, qui feront nommés à cet effet par le Corps des Maîtres Fabriquants, fon brevet d’apprentiffage , ôt le certificat en bonne forme, du Service qu’il aura fait chez les Maîtres, en qualité de Compagnon : il fera enfuite admis à faire en préfence defdits Gardes ôt principaux Maîtres Fabriquants , fon chef-d’œuvre, qui confinera dans les différentes opérations de la fabrique du Papier, ôt interrogé fur la qualité des différentes fortes de Papiers, qui lui feront pré-fentés à cet effet ; ôt fi, après cet examen, ledit Afpirant elf trouvé capable par lefdits Gardes en Charge ôt principaux Maîtres Fabriquants, il fera par euxpréfenté aux Juges des Manufactures, pour prêter ferment pardevant eux , ôt infcrit dans le Tableau des Maîtres Fabriquants , en la forme prefcrite par l’Article XXVIII. ci-deffus , en payant la fomme de fix livres pour les droits defdits Juges, Ôt pareille fomme pour la Communauté.
- XL. Les fils de Maîtres qui fe préfenteront pour être reçus à la Maîtrife ,ne feront aucun chef-d’œuvre, mais feront feulement tenus de repréfenter les certificats du fervice qu’ils auront fait en qualité de Compagnons, chez leur pere, ou leur mere veuve, ou chez d’autres Maîtres ; ôt feront interrogés, tant fur les opérations de la fabrique du Papier^ que fur la qualité des différentes fortes de Papiers : ôt fi, après cet examen, ils font trouvés capables, ils feront reçus en la forme prefcrite par l’Article précédent, en payant la fomme de fix livres pour les droits des Juges de Manufactures, ôt pareille fomme pour la Communauté.
- XLI. Les fommes qui feront payées, tant pour Fenregiftrement des brevets d’apprentiffage , que pour les réceptions à la Maîtrife, feront reçues par l’ancien Garde en Charge , qui en tiendra Regiftre, Ôt employées aux affaires de la Communauté , dont il fera tenu de rendre compte à la fin de fon exercice, en préfence des autres Gardes ôt des anciens Maîtres Fabriquants, qui feront nommés à cet effet par la Communauté affemblée : ôt fera tenu ledit ancien Garde, de remettre les deniers qui relieront entre fes mains, en celles de l’ancien Garde qui lui fuccédera , ce qui fera exécuté d’année en année.
- XLII. Défend Sa Majeflé à tous Gardes ôt Maîtres Fabriquants, de prendre , ni recevoir des Afpirants à la Maîtrife, aucuns préfents , ni autres ôt plus grands droits que ceux fixés par le préfent Arrêt, pour quelque caufe ôt fous quelque prétexte que ce puiffe être , à peine de relfitution , ôt de cent livres d’amende ; comme aufii aufdits Afpirants de donner aucuns repas aufdits Gardes , ou Maîtres Fabriquants, à peine de nullité de leur réception.
- XLIII. Les veuves des Maîtres Fabriquants jouiront des droits ôt privilèges de leur mari, ôt pourront continuer de faire fabriquer du Papier, tant qu’elles relieront en viduité , fans pouvoir néanmoins faire d’Apprentifs ; Ôt au cas quelles fe remarient avec quelqu’un qui ne foit pas Maître Fabriquant, elles feront déchues defdits droits Ôt privilèges.
- XLIV. Ordonne Sa Majellé que les Maîtres Fabriquants de Papier, leurs fils travaillants dans leurs Fabriques, les Colleurs ou Sallerans , les Ouvriers qui mettent les matières fur les formes, ceux qui couchent les Papiers, ceux qui les lèvent, ôt ceux qui préparent les matières qui entrent dans la compofition du Papier, feront perfonnellement exempts de la colleêle des Tailles, du logement de gens de guerre, ôt de la Milice, ôt qu’ils feront cotifés d’office à la Taille, par le Sieur Intendant ôt Commiffaire départi dans la Province où ils feront établis, fuivant les états qui lui en feront remis tous les ans par les Gardes en Charge, fans que les cotes d’office puiffent être augmentées parles Colleêfeurs. (a)
- (a) Les privilèges accordés à l’importance de cette Province du Limoufin,iI n’y avoit que le premier Ou-proiefïion,.8c à fon utilité pour le bien de l’Etat, fe trou- vrier qui en jouît; ils ont été par cet article étendus à vent déjà dans le Réglement de 1727, fait pour la Pro- tout le Royaume ; quoi de plus jufte que de foulager ceux vince d’Auvergne ; mais dans celui de 1730, fait pour la qui font véritablement utiles à la fociété? Qu’ils foient
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- XLV. Veut Sa Majefté que l’Ouvrier employé à faire ôc à réparer les formes fervant à la fabrication des Papiers, appellé Formaire, jouiffe des mêmes privilèges & exemptions accordés par PArticle XLIV. ci-deffus, aux Maîtres Fabriquants ôc à leur Ouvriers, a l’effèt de quoi il fera compris dans les états ordonnés par le même Article.
- XLV1. Fait Sa Majefté défenfes aux Gardes de comprendre dans lefdits états, aucuns Maîtres Fabriquants qui ne continueront pas à faire fabriquer du Papier, ou d’autres Ouvriers que ceux qui feront actuellement travaillants dans les Moulins, à peine de trois cens livres d’amende.
- XLV1I. Les Maîtres Fabriquants pourront employer ceux de leurs Compagnons ou Apprentifs qu’ils jugeront à propos , à celles des fondions du métier de Papetier, qu’ils trouveront leur être plus convenables, fans qu’aucuns defdits Compagnons puiffent s’y. oppoferpour quelque caufe Ôc fous quelque prétexte que ce foit ; à peine de trois liv. d’amende payable par corps, contre chacun defdits Compagnons qui auroient formé de pareilles oppojfitions, Ôc de plus grande peine s’il y écheoit.
- XLVIXI. Fait Sa Majefté défenfes aux Compagnons ôc Ouvriers, de quitter leurs Maîtres v pour aller chez d’autres , qu’ils ne les ayent avertis fix femaines auparavant, en pré-fence de deux témoins, à peine de cent livres d’amende payable par corps, contre les Compagnons ôc Ouvriers, ôt de trois cens livres contre les Maîtres Fabriquants qui rece-vxoient à leux fervice ôt engageroient aucuns Compagnons ôt Ouvriers, qu’ils ne leur ayent repréfenté le congé par écrit, du dernier Maître chez lequel ils auront travaillé, ou du Juges des lieux, en cas de refus mal fondé de la part du Maître ; lefdites amendes applicables moitié au profit de Sa Majefté, ôc l’autre moitié au profit des Maîtres que les Compagnons ôt Ouvriers auroient quitté fans congé. Seront aufli tenus les Maîtres, d’avertir lefdits Compagnons ôt Ouvriers , en préfence de deux témoins , fix femaines avant que de les renvoyer, à peine de leur payer leurs gages ôc nourriture pendant lefdites fix femaines. (a)
- XLIX. Défend aufli Sa Majefté aufdits- Maîtres Fabriquants, de débaucher les Compagnons ôt Ouvriers, les uns des autres , en leur promettant des gages plus forts que ceux qu’ils gagnoient chez les Maîtres où ils travailloient ; fous les peines portées par l’Article précédent, tant contre lefdits Maîtres Fabriquants, que contre lefdits Compagnons ôt O uvriers.
- L. Ordonne Sa Majefté, que s’il arrivoit qu’un Compagnon ou Ouvrier, pour forcer fon Maître à le congédier avant le temps, gâtât, par mauvaife volonté , fon ouvrage, ôt qu’il en fût convaincu, tant par la comparaifon de fes autres ouvrages, que par la déposition des autres Compagnons ôt Ouvriers travaillant dans le même Moulin, ledit Compagnon ou Ouvrier fera condamné, outre le dédommagement, à la même peine que s’il avoir quitté fon Maître fans congé.
- LL Veut Sa Majefté que les Compagnons Ôt Ouvriers Papetiers foient tenus de faire le travail de chaque journée, moitié avant midi, ôt l’autre moitié après midi, fans qu’ils puiffent forcer leur travail, fous quelque prétexte que ce foit, (bj ni le quitter pendant le courant de la journée, fans le congé de leur Maître, à peine en cas de contravention, de trois livres d’amende par corps, contre lefdits Compagnons Ôt Ouvriers, applicables aii profit des Pauvres de l’Hôpital le plus prochain du lieu où les Jugements feront rendus.
- LII. Défend Sa Majefté à tous Compagnons ôt Ouvriers de commencer leur travail ; tant en hiver qu’en été, avant trois heures du matin , ôt aux Maîtres Fabriquants de les y admettre avant ladite heure , ni d’exiger defdits Compagnons ôt Ouvriers, des tâches extraordinaires appellées Avantages ;à peine de cinquante livres d’amende contre lefdits Maîtres Fabriquants, ôt de trois livres contre lefdits Compagnons ôt Ouvriers, pour chaque contravention ; lefdites amendes applicables comme ci-deffus.
- LUI. Pourront les Maîtres Fabriquants prendre dans leurs Moulins, tel nombre d*Apprentifs qu’ils jugeront à propos, foit fils de Compagnons ou autres ; comme aufli recevoir dans leurs Moulins les Compagnons qui viendroient leur demander du travail, en repréfentant par eux le congé du dernier Maître qu’ils auront quitté, vifé fans frais,' par le Juge du lieu du domicile dudit dernier Maître ; le tout, fans que les autres Compagnons ôc Ouvriers puiffent les inquiéter ou maltraiter, ni exiger d’eux aucune rétribution , pour quelque caufe ôt fous quelque prétexte que ce foit, à peine, en cas de
- fupp.ortés par la multitude oifive,ou occupée à fervir le obvier à la diffipation 8c à l’impatience des Ouvriers; luxe , 8c dont les occupations font toujours d'autant les Maîtres ont fixé la tâche à huit rames de Couronne, plus lucratives qu’elles font plus inutiles. les autres fortes à proportion : ce.Réglement les oblige à
- (cl) Cette précaution avoit déjà été prife parle Régie- faire ce travail moitié avant midi 8c moitié après; il fe-ment de 173x; roit à fouhaiter qu’on pût les obliger à le faire en quinze
- ( b ) Tl n'efi: rien de fi aifé dans la fabrication du papier heures, au lieu de le faire en fix ou fept heures de temps que de faire beaucoup d’ouvrage 8c de le faire mal: pour comme cela arrive fouvent. Voyez art. 127.
- contravention ,
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- contravention , c!e vingt livres d’amende payable par corps ; * contre chacun defdits Compagnons Ôc Ouvriers , ôc de plus grande peine s’il y écheoit.
- LIV. Défend Sa Majefté à tous Compagnons, Ouvriers ôc Apprentifs, de vendre au* cuns Papiers , ni aucunes matières ou colles fervant à la fabrication defdits Papiers , ôc à tous Colporteurs ôc autres, d’en acheter, à peine de cinquante livres d’amende paya** ble par corps, même d’être lefdits Compagnons, Ouvriers, Apprentifs Ôc Colporteurs , pourfuivis extraordinairement, fi le cas y écheoit.
- LV. Fait pareillement Sa Majefté défenfes à tous Artifans d’acheter pour revendre , aucuns vieux linges , vieux drapeaux, peilles ou drilles , fervant à la fabrication du Papier ; & à tous Merciers ôc Colporteurs, d’en acheter dans la diftance d’une demi-lieue de chaque Moulin à Papier, fous quelque prétexte que ce foit ; à peine de confifca-tion, Ôc de pareille amende de cinquante livres contre les Contrevenants , payable par corps, même de plus grande peine s’il y écheoit.
- LVI. Fait suffi Sa Majefté défenfes à tous Maîtres Fabriquants , de vendre, Ôc à toutes perfonnes d’acheter, fous quelque prétexte que ce foit, aucunes matières réduites en pâte propre à fabriquer du Papier ; à peine de confifcation , ôc de mille livres d’amende , tant contre le'Vendeur que contre l’Acheteur.
- LVII. Permet Sa Majefté aufdits Maîtres Fabriquants, de fabriquer, ou faire fabriquer dans leurs Moulins, foit en laine, coton , poil ou autres matières , les étoffes deftinées à coucher leurs Papiers au fortir de la forme , appellées Flotres ou Feutres, fans néanmoins qu’ils puiffent fabriquer ou faire fabriquer aucunes autres fortes d’étoffes avec lefdites matières , fous quelque prétexte que ce puiffe être, même pour leur propre iifage, à peine de confifcation Ôc de mille livres d’amende.
- LVIII. Les Procès-verbaux qui feront dreffés des contraventions faites au préfent Arrêt, feront mention des Articles de l’Arrêt, auxquels il aura été contrevenu, & les amendes qui feront prononcées pour raifon defdites contraventions , dont l’application n’eft pas ordonnée ci-deffus , feront appliquées, fcavoir, un tiers au profit de Sa Majefté , un tiers au profit des Gardes qui auront fait les faifies , 6c l’autre tiers au profit des Pauvres de l’Hôpital le plus prochain des lieux où. les Jugements auront été rendus.
- LIX. Veut Sa Majefté que les Regiftres qui feront tenus par les Gardes des Maîtres Fabriquants, foient en Papier commmun ôc non timbré, 6c cotés 6c paraphés fans frais, par les Juges des lieux ; 6c que les Procès-verbaux de nomination des Gardes , 6c les expéditions qui pourront en être faites , foient auffi en Papier commun 6c non timbré , fans pouvoir être affujettis au controlle, ni à aucunes fortes de droits, de quelque nature qu’ils puiffent être.
- LX. Veut pareillement Sa Majefté que toutes* les faifies qui feront faites pour raifon des contraventions qui feront commifes au préfent Arrêt, 6c les conteftations qui pourront naître fur l’exécution d’iceiuî, foient portées à Paris pardevant le Sieur Lieutenant-Général de Police , 6c dans les Provinces pardevant les Sieurs Intendants 6c Com-miffaires départis, pour être par eux jugées, chacun en droit foi, définitivement, fauf l’appel au Confeil ; leur en attribuant à cet effet pendant cinq années confécutives, à compter du jour de la publication du préfent Arrêt, toute Cour, Jurifdiêlion 6c con-noiffance que Sa Majefté interdit à toutes fes Cours 6c autres Juges.
- 'LXI. Déroge au furplus Sa Majefté à tous Réglements , Arrêts ôc Statuts particuliers , contraires au préfent Arrêt (a), qui fera lu, publié 6c affiché par-tout ou befoin fera. Fait au Confeil d’Etat du Roi, Sa Majefté y étant, tenu à Verfailles , le vingt-feptieme jour de Janvier mil fept cent trente-neuf,
- Signe, PhelYPEAUX.
- A R R E S T du Confeil d!Etat du Roi , en interprétation de VArrêt du Confeil du 2J Janvier 1739 , portant Réglement pour les différentes fortes de Papiers qui fe fabriquent dans le Royaume.
- Du 18 Septembre 1741,
- Exrait des Regïjîres du Confeil d’Etat.
- Le Roi s’étant fait repréfenter en fon Confeil, l’Arrêt rendu en icelui le 27 Janvier 1739, portant Réglement pour les différentes fortes de Papiers qui fe fabriquent dans le Royaume, 6c le Tarif du même jour attaché fous le contre-fcel dudit Arrêt, des largeur ôc hauteur des feuilles, ôc du poids des rames defdits Papiers : Et Sa Majefté
- (a) Quoique cet Arrêt rappelle & paroiffe contenir tout du iz Décembre 17301 qui défend de faire marché pour tout le ce qu’op a jugé à propos d’ordonner fur la police des Pape- papier qui fe fabrique dans un Moulin , ou pour une quantité teries, il femble n’avoir point révoqué l’Article X de l’Arrêt qui excéderoit le quart de ce qui fe fabrique dans le Moulin,
- Papier. B b
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- étant informée par îes repréfentations qui lui ont été faites par les Fabriquants; que non-feulement il feroit néceffaire de changer les difpofitions de quelques-uns des Articles dudit Arrêt, ôc d’y en ajouter de nouvelles ; mais même que, pour procurer auf-dits Fabriquants plus de facilité de donner aux rames de leurs papiers les poids fixés par le Tarif, il feroit à propos de leur accorder un remede fuffifant pour le poids de chaque rame , ôc de régler le poids defdites rames par un nouveau Tarif ; à quoi délirant pourvoir. Oui le Rapport du Sieur Orry, Confeiller d’Etat, ôc ordinaire au Confeil Royal, Controlleur Général des Finances, Le Roi étant en son Conseil, a ordonné 6c ordonne ce qui fuit*
- Art. I. Toutes les différentes fortes de Papiers qui fe fabriquent dans le Royaume, feront à l’avenir des largeur, hauteur ôc poids réglés par le Tarif attaché fous le contre-fcel du préfent Arrêt, à peine de confifcation, tant des Papiers qui n’auroient pas lef-dites dimenfions, que des rames qui fe trouveroient de poids différents de ceux fixés par ledit Tarif (a).
- II. N’entend néanmoins Sa Majeflé que les Maîtres Fabriquants puiffent être pour-fuivis dans les cas où les feuilles de leurs Papiers fe trouveront de quelques lignes au-deffus ou au-deifous des dimenfions portées par le Tarif, lorfqu’il paroîtra que lefdites augmentations ou diminutions peuvent provenir de la faifon dans laquelle les Papiers auront été fabriqués, 6c non du défaut des formes ôc de la mauvaife qualité de la matière, ôc ne caufent pas une différence dans lefdites dimenfions, au-delà d’une quarantième partie de celles fixées par ledit Tarif (b).
- III. Veut Sa Majeflé que les Maîtres Fabriquants, outre les marques qui, fuivant f Article XI de l’Arrêt du Confeil du 27 Janvier 1735?, doivent être mifes fur chaque feuille de Papier, foient tenus, à commencer au premier Janvier prochain, d’y ajouter en chiffres mil fept cent quarante-deux , à peine de confifcation , tant des formes dans lefqueiies ladite marque ne fe trouveroit pas , que des Papiers qui auroient été fabriqués avec lefdites formes , Ôc de trois cens livres d’amende contre lefdits Maîtres Fabriquants (c).
- IV. Et pour donner aux Maîtres Fabriquants encore plus- de facilité pour la vente le débit des différentes fortes de papiers qui fe trouveront dans leurs Moulins ÔC
- Magafins au premier Janvier prochain, fans avoir les dimenfions ni les poids réglés par le T arif attaché fous le contre-fcel du préfent Arrêt, ordonne Sa Majeflé que dès qu’il aura été conftaté que lefdits Maîtres Fabriquants auront ajouté à leurs formes la marque mil fept cent quarante-deux, ils puiffent vendre ôc débiter librement lefdits Papiers, fans être obligés d’en faire aucune déclaration : Voulant Sa Majeflé que les Maîtres Fabriquants qui, après ledit jour premier Janvier, fe ferviroient de formes qui n’auroient pas ladite marque, non-feulement foient condamnés aux peines portées par l’article iII ci-deffus, mais même que les Papiers, quoique d’ancienne Fabrique, qui feroient trouvés chez eux, foient faifis, pour en être la confifcation ordonnée avec trois cens livres d’amende contre chacun des Contrevenants.
- V. Permet Sa Majeflé aux Marchands Papetiers, de vendre ôc débiter tous les Papiers qui n’auront pas la marque mil fept cent quarante-deux , prefcrite par l’article III cî-deffus, quoiqu’ils n’ayent ni les dimenfions ni les poids réglés par le Tarif attaché fous le contre icel du préfent Arrêt, fans être tenus d’en faire aucune déclaration.
- VI. Permet pareillement Sa Majeflé (d) aux Maîtres Fabriquants de compofer des mains ôc des rames des feuilles des papiers caffés, troués , ridés ou autrement défe&ueux , même de les envoyer dans les pays étrangers ; à la charge que chaque rame defdirs papiers fera percée de tiers en tiers dans l’étendue de la hauteur des feuilles, de deux trous faits avec un poinçon de fer de quatre lignes de diamètre , faifant un pouce de circonférence, ôc qu’il fera paffé dans chaque trou, une ficelle dont les deux bouts feront noués enfemble ; à l’effet de quoi lefdites rames feront emballées féparément, fans que, fous quelque prétexte que ce foit, il puiffe être mêlé dans une même balle aucunes rames defdits Papiers , avec des rames de Papier fain ôc parfait : le tout à peine, en cas de contravention, de confifcation defdits Papiers , ôc de cent livres d’amende contre les Contrevenants.
- VIL Fait Sa Majeflé défenfes aux Maîtres Fabriquants de fabriquer ni de faire fabriquer , vendre ni débiter des Papiers d’autres fortes ôc qualités , ni d’autres largeurs ,
- (a) Ainfi le Tarif de 1730 étant révoqué, on s’en tient actuellement à celui de 1741, que Ton trouvera à la fin de l’Arrêt.
- (b) C’eft là ce qu’on appelle le Remede de Loi, Iorfqu’il s’agit d-es Monnoies. On a vu Art. 125, que les faifons influent fur la grandeur du papier en fuppofant les formes
- bien faites, 8c les précautions égales.
- (c) Cette marque 1742, fe trouve encore aétuellement fur tous les papiers qui fe fabriquent.
- ( d ) Cette permifîion eft accordée en dérogation à l’Art. XVI de l’Arrêt du 27 Janvier 1732*
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- hauteurs Ôc poids, que celles fixées par le Tarif attaché fous le contre-fcel du préfent Arrêt, & que lefdits Papiers ne foient conformes à ce qui y eft prefcrit ; ôc à tous Marchands , d’acheter, vendre ni débiter aucunes des différentes fortes defdits Papiers , qu’ils ne foient defdites largeurs, hauteurs ôc poids , ôc conformes à ce qui eft porté par ledit Arrêt : comme aufli* aufdits Maîtres Fabriquants Ôc Marchands, de vendre, acheter, ni débiter, fous quelque prétexte que ce foit, les papiers cafîés Ôc de rebut, autrement quen la maniéré prefcrite par l’article VI. ci-defîus ; le tout, à peine , en cas de contravention, de confifcation defdits Papiers , & de cent livres d’amende.
- VIII. Tous les cartons feront faits des largeur, hauteur ôc poids qui feront demandés par les Ouvriers, à l’ufage defquels ils feront deftinés ; ôc feront compofés, foie de vieux papiers, ou de rognures de cartes Ôc de celles des papiers, foit de drapeaux , chiffons, peilles ou drilles ( a ),
- IX. Déroge Sa Majefté aux Articles VIII. IX. XVI. XIX. XX. XXI. XXII & XXVI de l’Arrêt du Confeil du 27 Janvier 1739 , en ce qui y eft de contraire au préfent Arrêt, comme aufli au Tarif attaché fous le contre-fcel dudit Arrêt du 27 Jan-, vier 1739 5 qui fera au furplus exécuté félon fa forme ôc teneur.
- X. Enjoint Sa Majefté au fleur Lieutenant Général de Police de la Ville de Paris , ôc aux fleurs Intendants ôc Commifîaires départis dans les Provinces ôc Généralités du Royaume (b), de tenir la main à l’exécution du préfent Arrêt, qui fera lu, publié ôc affiché par-tout où befoin fera. Fait au Confeil d’Etat du Roi , Sa Majefté y étant, tenu à Verfailles le dix-huitieme jour de Septembre mil fept cent quarante-un.
- Signé, Phelypeaux.
- (a.) La liberté d’employer les chiffons à la fabrique du (<b ) Cette attribution a été prolongée de cinq en cinq carton, ôtée par l’Arrêt de 1739, eft rendue par cet Art. ans par divers Arrêts du Confeil, jufqu’au 4 Mai 1760. VIH, qui déroge à l’Art. XXVI du précédent Arrêt.
- T A RI F du poids que Sa Majejlé veut que pefent les Rames des differentes fortes de Papiers qui fe fabriquent dans le Royaume , fur le pied de la livre pefantfefe onces poids de marc ; comme auffi des largeurs & hauteurs que doivent avoir les feuilles de papier des differentes fortes ci-après fpéciffées.
- Le poids fixé pour les Rames des differentes fortes de Papiers comprifes dans le préfent Tarif, fera le même pour les Papiers des différentes qualités d'une même forte, foit Fin , Moyen , Bulle, Fanant ou Gros-bon.
- L E Papier dénommé G R A N d-A i g le , aura trente-fix pouces fix lignes de largeur , fur vingt-quatre pouces neuf lignes de hauteur ; la rame pefera cent trente-une livres ôc au-defîiis, Ôc ne pourra pefer moins de cent vingt-fix livres.
- Le Papier dénommé Grand-Soleil, aura trente-fix pouces de largeur, fur vingt-quatre pouces dix lignes de hauteur ; la rame pefera cent douze livres, ôc ne pourra pefer plus de cent vingt, ni moins de cent cinq livres.
- Le Papier dénommé au Soleil, aura vingt-neuf pouces fix lignes de largeur, fur vingt pouces quatre lignes de hauteur ; la rame pefera quatre-vingt-fix livres ôc au-' deflus, Ôc ne pourra pefer moins de quatre-vingt livres.
- Le Papier dénommé Petit-Soleil, aura vingt-cinq pouces de largeur, fur dix-fept pouces dix lignes de hauteur ; la rame pefera foixante-cinq livres ôc au-deflus, ôc ne pourra pefer moins de cinquante-fix livres.
- Le Papier dénommé Grande-Fleur de Lis, aura trente-un pouces de largeur , fur vingt-deux pouces de hauteur ; la rame pefera foixante-dix livres, ôc ne pourra pefer plus de foixante-quatorze, ni moins de foixante-fix livres.
- Le Papier dénommé Grand-Colombier ou Impérial, aura trente-un pouces neuf lignes de laçgeur , fur vingt-un pouces trois lignes d^ hauteur ; la rame pefera quatre-vingt-huit livres ôc au-deflus, ôc ne pourra pefer moins de quatre-vingt-quatre livres.
- Le Papier dénommé a l’Elephant , aura trente pouces de largeur, fur vingt-
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- quatre pouces de hauteur ; la rame pefera quatre-vingt-cinq livres Sc au-delfus, 5c ne pourra pefer moins de quatre-vingt livres.
- Le Papier dénommé Chapelet, aura trente pouces de largeur, fur vingt-un pou^ £es fix lignes de hauteur ; la rame pefera foixante-fix livres ôc au-deffus, ôc ne pourra peler moins de foixante livres.
- Le Papier dénommé Petit-Chapelet, aura vingt-neuf pouces de largeur, fur vingt pouces trois lignes de hauteur ; la rame pefera foixante livres ôc au-delfus , ôc ne pourra pefer moins de cinquante-cinq livres.
- Le Papier dénommé Grand-Atlas, aura vingt-fept pouces lix lignes de largeur £ -fur vingt-quatre pouces fix lignes de hauteur, la rame pefera foixante-dix livres ôc au-defîus , ôc ne pourra pefer moins de foixante-cinq livres.
- Le Papier dénommé Petit-Atlas, aura vingt-fix pouces quatre lignes de largeur , fur vingt-deux pouces neuf lignes de hauteur ; la rame pefera foixante-cinq livres de au-delfus, ôc ne pourra pefer moins de foixante livres.
- Le Papier dénommé G R a n d-J e s u s ou S u p E r-Ro y a l , aura vingt-lix pouces de largeur, fur dix-neuf pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera cinquante-trois livres ôc au-delfus, Ôc ne pourra pefer moins de quarante-huit livres.
- Le papier dénommé Grand-Royal Étranger, aura vingt-cinq pouces de largeur, fur dix-huit pouces de hauteur ; la rame pefera cinquante livres Ôc au-delfus, ôc ne pourra pefer moins de quarante-fept livres.
- Le Papier dénommé Petite Fleur de Lis, aura vingt-quatre pouces de largeur , fur dix-neuf pouces de hauteur ; la rame pefera trente-fix livres Ôc au-delfus, ÔC ne pourra pefer moins de trente-trois livres.
- Le Papier dénommé G R A N d-L ombard, aura vingt-quatre pouces fix lignes de largeur, fur vingt pouces de hauteur ; la rame pefera trente-fix livres, Ôc ne pourra pefer plus de quarante-livres, ni moins de trente-deux livres.
- Le Papier dénommé Gran d-R o y a l , aura ving-deux pouces huit lignes de largeur , fur dix-fept pouces dix lignes de hauteur ; la rame pefera trente-deux livres ôc au-delfus, ôc ne pourra pefer moins de vingt-neuf livres.
- Le Papier dénommé Royal, aura vingt-deux pouces de largeur, fur feize pouces de hauteur ; la rame pefera trente livres ôc au-delfus , ôc ne pourra pefer moins de ying-huit livres.
- Le Papier dénommé Petit-R o y al, aura vingt pouces de largeur, fur feize pouces de hauteur , la rame pefera vingt-deux livres ôc au-delfus , ôc ne pourra pefer moins de vingt livres.
- Le Papier dénommé Gran d-R a i s i n , aura vingt-deux pouces huit lignes de largeur, fur dix-fept pouces de hauteur ; la rame pefera vingt-neuf livres ôc au-delfus , ôc ne pourra pefer moins de vingt-cinq livres.
- Le Papier dénommé Lombard, aura vingt-un pouces quatre lignes de largeur, fur dix-huit pouces de hauteur ; la rame pefera vingt-quatre livres ôc au-delfus , ôc ne pourra pefer moins de vingt-deux livres.
- Le Papier dénommé Lombard-Ordinaire ou Grand Carré, aura vingt pouces fix lignes de largeur, fur feize pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera vingt-deux livres Ôc au-delfus, ôc ne pourra pefer moins de vingt livres.
- Le Papier dénommé Cavalier, aura dix-neuf pouces fix lignes de largeur, fur feize pouces deux lignes de hauteur ; la rame pefera feize livres ôc au-delfus, ôc ne pourra péfer moins de quinze livres.
- Le Papier dénommé Peti t-C a v a l i e r , aura dix-fept pouces fix lignes de largeur , fur quinze pouces deux lignes de hauteur ; la rame pefera quinze livres ôc au-delfus, ôc ne pourra pefer moins de quatorze livres.
- Le Papier dénommé D o u b l e-C loche, aura vingt-un pouces lix lignes de larj geur, fur quatorze pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera dix-huit livres ôc au-delfus , Ôc ne pourra pefer moins de feize livres. Le
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- L e Papier dénommé Grand e-L icorne a la Cloche, aura dix-neuf pouces de largeur, fur douze pouces de hauteur ÿ la rame pefera douze livres ôc au-dèlfus , ôc ne pourra pefer moins de onze livres. 7
- Le Papier dénommé a la Cloche, aura quatorze pouces fix lignes de largeur j fur dix pouces neuf lignes de hauteur ; la rame pefera neuf livres ôc au-delfus, ôc ne pourra pefer moins de huit livres.
- Le Papier dénommé Carré ou Grand-Compte, ou Carré au Raisin, ôc celui dénommé au Sabre ou Sabre au Lyon , aura vingt pouces de largeur, fur quinze pouces fix lignes de hauteur } la rame pefera dix-huit livres ôc au-delfus , ôc ne pourra pefer moins de feize livres.
- Le Papier dénommé Carré très-mince, aura les mêmes largeur ôc hauteur que le Carré ; ôc la rame ne pourra pefer que treize livres ôc au-delfous.
- Le papier dénommé a l’Écu , .ou Moyen-compte , ou Compte ou Pomponne 5 aura dix-neuf pouces de largeur, fur quatorze pouces deux lignes de hauteur \ la rame pefera vingt livres ôc au-delfus, Ôc ne pourra pefer moins de quinze livres.
- Le Papier dénommé a l’Écu très-mince, aura les mêmes 'largeur Ôc hauteur que le Papier à l’Écu ; ôc la rame ne pourra pefer que onze livres ôc au-delfous.
- Le Papier dénommé au Coutelas, aura dix-neuf pouces de largeur, fur quatorze pouces deux lignes de hauteur ; la rame pefera dix-fept livres ôc au-delfus , ôc ne pourra pefer moins de feize livres.
- Le Papier dénommé G R A N d-M essel, aura dix-neuf pouces de largeur, fur quinze pouces de hauteur \ la rame pefera quinze livres ôc au-delfus, ôc ne pourra pefer moins de quatorze livres.
- Le Papier dénommé Second^-Messel, aura dix-fept pouces lix lignes de largeur, fur quatorze pouces de hauteur, la rame pefera douze livres ôc au-delfus , ôc ne pourra pefer moins de onze livres.
- Le Papier dénommé a l’Étoile, ou a l’Éperon, ou Longuet , aura dix-huit pouces fix lignes de largeur, fur treize pouces dix lignes de hauteur ; la rame pefera qua^ torze livres ôc au-delfus, ôc ne pourra pefer moins de treize livres.
- Le Papier dénommé Grand Cornet, aura dix-fept pouces neuf lignes de largeur, fur treize pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera douze livres, ôc ne pourra pefer plus de quatorze ni moins de dix livres.
- Le Papier dénommé Grand-Cornet très-mince, aura les mêmes largeur ÔC hauteur que le Grand-Cornet ; ôc la rame ne pourra pefer que huit livres Ôc au-delfous.
- Le Papier dénommé A la Main, aura vingt pouces trois lignes de largeur, fur treize pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera treize livres Ôc au-delfus , Ôc ne pourra pefer moins de douze livres.
- Le Papier dénommé Couronne ou Griffon, aura dix-fept pouces une ligne de largeur, fur treize pouces de hauteur ; la rame pefera douze livres ôc au-deffus , & ne pourra pefer moins de dix livres.
- Le Papier dénommé Couronne ou Griffon très-mince, aura les mêmes largeur ôc hauteur que la Couronne ou Grilfon ; ôc la rame ne pourra pefer que fept livres ôc au-delfous.
- Le Papier dénommé Champ Y ou Bastard, aura feize pouces onze lignes de largeur, fur treize pouces deux lignes de jhauteur ; la rame pefera onze à douze livres ôc au-delfus, ôc ne pourra pefer moins de onze livres.
- Le Papier dénommé Telliere, Grand Format, aura dix-fept pouces quatre lignes de largeur, fur treize pouces deux lignes de hauteur ; la rame pefera douze livres Ôc au-delfus, ôc ne pourra pefer moins de dix livres.
- Le Papier dénommé Cadran, aura quinze pouces trois lignes de largeur , fur douze pouces huit lignes de hauteur ; la rame pefera douze livres ôc au-delfus , ôc ne pourra pefer moins de dix livres.
- Papier, Ce
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- A RT DE FAIRE
- Le Papier dénommé la Telliere, aura feize pouces de largeur , fur douze pouces trois lignes de hauteur ; la rame pefera douze livres ôc demie ôc au-deffus, ôc ne pourra pefer moins de onze livres ôc demie.
- Le Papier dénommé Pantalon, aura feize pouces de largeur, fur douze pouces Tix lignes de hauteur ; la rame pefera onze livres ôc au-deffus , ôc ne pourra pefer moins, *de dix-livres.
- Le Papier dénommé Petit Raisin , ou Bâston-Royal , ou Petit-Cornet a la' grande sorte, aura feize pouces de largeur, fur douze pouces de hauteur ; la rame pefera neuf livres & au-deffous, ôc ne pourra pefer moins de huit livres.
- Le Papier dénommé les T R o is O, ou Trois Ronds, ou Genes j aura feize pouces de largeur, fur onze pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera neuf livres ôc au-deffus, ôc ne pourra pefer moins de huit livres ôc demie.
- Le Papier dénommé Petit-Nom-de-Jesüs , aura quinze pouces une ligne de largeur, fur onze pouces de hauteur ; la rame pefera fept livres ôc demie ôc au^ deffus , ôc ne pourra pefer moins de fept livres.
- Le Papier dénommé aux Armes d’Amsterdam , pro Patria ; ou Libertas , aura * quinze pouces fix lignes de largeur , fur douze pouces une ligne de hauteur ; la rame pefera douze à treize livres Ôc au-deffus, ôc ne pourra pefer moins de onze livres.
- Le Papier dénommé C artier, G r a n d-F o r m at - Dauphiné, aura feize pouces de largeur, fur treize pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera quatorze livrés ôc au-deffus, Ôc ne pourra pefer moins de douze livres.
- Le Papier dénommé Cartier, Gr an d - F o r m a t , aura feize pouces de largeur, fur douze pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera treize livres ôc au-def-fus , ôc ne pourra pefer moins de douze livres.
- Le Papier dénommé Cartier, aura quinze pouces une ligne de largeur, fur onze pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera onze livres ôc au-deffus, ôc ne pourra pefer moins de dix livres.
- Le Papier dénommé au Pot , ou Cartier ordinaire, aura quatorze pouces fix lignes de largeur, fur onze pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera dix livres ôc au-deffus, ÔC ne pourra pefer moins de neuf livres.
- Le Papier dénommé Pigeonne ou Romaine, aura quinze pouces deux lignes de largeur , fur dix pouces quatre lignes de hauteur ; la rame pefera dix livres ôc au-deffus , ôc ne pourra pefer moins de huit livres ôc demie.
- Le Papier dénommé Espagnol, aura quatorze pouces fix lignes de largeur, fur onze pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera neuf livres ôc au-deffus, ôc ne pourra pefer moins de huit livres.
- Le Papier dénommé le Lis , aura quatorze pouces une ligne de largeur, fur onze pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera neuf livres ôc au-deffus, ôc ne pourra pefer moins de huit livres.
- Le Papier dénommé Petit à la Main ou Main Fleurie ; aura treize pouces huit lignes de largeur, fur dix pouces huit lignes de hauteur ; la rame pefera huit livres ôc au--deffus, ôc ne pourra pefer moins de fept livres ôc demie.
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- Le Papier appellé Petit-Jésus, aura treize pouces trois lignes de largeur, Fur neuf pouces fix lignes de hauteur ; la rame pefera fix livres ôc au-deffus, ôc ne pourra pefeç moins de cinq livres ôc demie.
- Toutes les différentes fortes de Papiers au-deffous de neuf pouces fix lignes de hau-3 teur, feront des largeurs, hauteurs ôc poids qui feront demandés.
- Le Papier appellé Trace, ou Tresse, ou Etresse , ou Main-brune, le Papier Brouillard ou a la Demoiselle , ôc les Papiers Gris ôc de Couleur, feront des largeurs, hau-* teurs Ôc poids qui feront demandés.
- Fait ôc arrêté au Confeil Royal des Finances, tenu à Verfailies le dix-huiteme jout de Septembre mil fept cens quarante-un. Signé, Orry.
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- LE PAPIER. io£
- D es Papiers dejlinés pour le Levant.
- Ï47. Par. un Arrest du Confeil du 13 Juin 1724, il avoit été pourvu aux différents objets qui intéreffent le Commerce du papier dans le Levant. Le 14 Février 1739 , il y a eu un fécond Réglement qui a renouvelle ou changé les difpofitions du précédent : nous allons rapporter fommairement ce qu'il contient de remarquable.
- Les différentes fortes de papier deftinées à être envoyées dans le Levant, doivent être fabriquées avec les précautions & f exactitude preforites par les deux Arrêts précédents.
- Il y a trois fortes de papier qui font en ufage dans le Commerce du Levant , & dont les dimenfions ne fon t pas comprifes dans le Tarif de 1741. Le papier appellé aux trois CroiJJans, façon de Venije, doit avoir 17 pouces fur 12 pouces & demi, 8c pefer au moins 16 liv. poids de marc, revenant à vingt livres, poids de table. Le papier dénommé aux trois Croijfants ou trois LuneSy aura feize pouces fur douze, & pefera au moins quatorze livres dix onces poids de marc. Le papier appellé Croifette> aura quinze pouces cinq lignes de largeur, fur onze pouces lix lignes de hauteur; & la rame pefera au moins fept livres fix onces, poids de marc, revenant à neuf livres quatre onces, poids de table.
- Les papiers appellés Couronne, Cartier, a la Cloche, défîmes pour le Levant , font un peu différents de ceux du précédent Tarif.
- Tous ces papiers ne peuvent être commercés que par le Port de Marfeilïe * ils doivent y être marqués , à défaut de quoi les Gonfuis de la Nation Fran-çoife feraient fondés à les renvoyer en France aux frais du Négociant.
- De la quantité de Papier quun Ouvrier de cuve doit fournir
- fuivant tuf âge*
- 148. Nous avons réfervë cet article pour être placé à la fin du Tarif,’ quoiqu'il en ait été queflion à l’article 8y , parce qu’il fuppofe qu’on con-noiffe les noms, les grandeurs 8c les poids des differentes fortes de papier dont nous avons à parler, Les quantités de papier que les Ouvriers de cuve doivent fournir, font fixés par un ufàge affez général en France ; cependant il leur efl: fort aifé d’en faire davantage ; leurs journées font prefque toujours finies vers deux ou trois heures de l'après-midi : mais on craindrait de leur augmenter l’ouvrage ; ils voudraient toujours avoir fini de bonne heure, 8c le travail en ferait plus mauvais. Dans les petits moulins écartés , & dans les Provinces où le Propriétaire travaille lui-même pour fon compte, les journées font plus fortes, & les produits plus confidérables, comme on le peut voir à Part. 132^
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- A R T DE
- FAIRE
- Les Ouvriers de cuve ne fourniflent qu’une rame par jour du papier grand Aigle, qui pefe environ 130 livres la rame 5 lorfqu ils font du grand Soleil y ils rendent une rame & dix mains :
- Rames, Mains;
- Grand Colombier ou Impérial, Chapelet, grand Atlas. . . 2
- Soleil, petit Soleil, grande Fleur- de-Lys, Petit Chapelet,
- *à l'Eléphant. . . . * . ; . . ;'2
- Grand-Jefus, ou Super-Royal. . . . 7 Z : 3
- Grand Royal Etranger. . . ... . . . . ; 3
- Grand Raifin fin double, ou moyen double. . , ; 4
- Petite-Fleur-de-Lys, grand Lombard bulle ou trace, ou Gris collé, Royal bulle, grand Royal bulle, grand Raifin ordinaire, fin moyen ou bulle. . ... . . ; . 5
- Petit Royal bulle, Lombard ordinaire ou grand Carré, mauvais Bulle, grand MeJTel. ... ... ... . . * . 6
- Grand Cartier ou grand Format Dauphiné, Champy ou Bâtard, Telliere grand format , double Cloche bulle. . . 7
- Cavalier fin & moyen, Carré ou: grand Compte, fin moyen & bulle, Ecu ou Pomponne, au Coutelas, à la Main. . * 7
- Petit Cavalier fin & moyen y aux Armes d’Amfterdam, à l'E-toile ou l'Eperon, ou Longuet, Telliere, Couronne ou Griffon , Pantalon, Cartier grand format. . „ . * ^ 7
- Grande Licorne à la Cloche bulle, Cadran, Cartier. . . 8
- Petit Raifin ou Bâton-Royal ou petit Cornet à la grande Sorte. . : . . 9 rames ou 8
- A la Cloche, moyen 8c bulle , au Pot ou Cartier ordinaire. 8
- Les trois O ou trois rons................pou 10 rames, ou 8
- Petit nom de Jefus fin 8c moyen, Elpagnol, le Lys, Petit à la Main ou Main Fleurie, Petit Jefus qui pefe fix livres la rame. . 9
- Q
- 10
- O
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- q
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- q
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- G
- Des Papiers gris SC autres qui ne fervent ni à l'Ecriture,
- ni à l'imprefjion.
- 149. La Matière des papiers bruns, roux ou mufques qui fe fabriquent à Rouen, n’eft autre chofe que les rets ou filets de Pêcheurs, & les cordages de Navires ufés ; la couleur dont ces matières premières font empreintes, fo conferve malgré le lavage 8c la trituration des piles.
- La Demoi/elle mince eft faite avec les filets les plus fins ; dont les fils font plus minces & les mailles plus ferrées ; la pâte en eft plus battue : elle refte plus long-temps fous les piles ; elle y perd davantage de fa couleur primitive ; ceft pourquoi elle eft plus blonde, 8c comme d’une couleur fauve ou de canelle.
- La
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- LE PAPIER. I0y
- La Demoifelle forte dont la couleur eft un peu plus rembrunie, relie moins de temps fous les piles.
- Le Jofeph Raifîn & le Quarré Mufc font faits du fécond triage, c’eft-à-dire, des filets 8c cordages d’une moindre finelfe ; ils font moins affinés, 8c ils ont auffi plus de couleur.
- Ces deux fortes font principalemennt employées au ployage des toiles de? S. Quentin, Beauvais ^ Troyes, parce que leur couleur rembrunie augmente Téclat de la blancheur des toiles. On foupçonne les Fabriquants d’employer un peu de fuie dans leurs mortiers, pour augmenter le brun d‘e ces papiers.
- Le Papier a Sacs qui eft fait de gros filets & de débris de cordages, eft auffi très-brun ; mais comme il fe vend au poids, on foupçonne quelquefois les Fabriquants d’y détremper quelques parties terreufes pour en augmenter le poids, fans cela on ne comprendroit gueres comment il peut être auffi caftant qu’il l’eft, malgré là grande épaifteur.
- Etat des différents Papiers qui fe fabriquent aux environs de Rouen 9 leur nom dans le Commerce , leur ufage 9 leur grandeur 9 leur poids j enfin leur prix moyen en i j6i*
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- D EMT - B LAN C S COLLES POUR ENVELOPPES.
- Papier.
- Longueur. Largeur;
- Poids;
- Prix.'
- Fleur de Lys. . 18 pouces. . 24 pouces, 1 O à 42 livres. - 10 liv?
- Bas à homme. . iéj. , . . 20 7 . . . 30 à 38 . . v 8 liv*
- Bas à femme. * 14 £. . . . i8f . . . 2y à 2 6 ; . : 6 liv»
- Raifin collé . . 167. . . « , 20 7 . . . 2y à 2 6 . . . 6 liv;
- Longuet . . . iy t* i • .23 . 2y à 2 6 ; . 6 liv.
- Jofeph. . . . 14 b • • . 18 f « . . 16 à 17 . . , 4 liv.
- Blancs f l u a n t s.
- Raifin . . : . 167. .' . ; 20 - . . . 20 à 22 . : ; 3 liv. ro f;
- Il fert à faire le Papier marbré.
- Jofeph. ... iy . . . . 19 i . ; : 14 à iy ; . ; 2 liv. 10 fj
- Carré .... 13 f. . . . 167 • • • 13 à 14 . . . 2 liv.
- Ces deux fortes fervent pour l’imprejfion de V Almanach de Liege.
- Gris collés.
- Raifin . 7 . " T 6 - n * • lv • • • 20 . . . 30232 ^ . . 6 liv.
- Il fert pour les enveloppes.
- Mainbrune . . nf. . . ; 147 . • * 9 à ro . : . 1 liv. X1 £
- Etrefle . . . ê . 117. . . . 147 • • * 18 à 20 . . . 3 liv. 10 f.
- Ces deux fortes ne fervent que pour faire lame ou le dedans des cartes à jouer. Papier. / D d
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- ART DE FAIRE
- Papiers
- GRIS POUR ENVELOPPES.
- Papier. Longueur.
- Pleur de Lys, . 18 pouces
- Raifin , Lombard. 16 4. . . Dart. • • • « 17 r» • • Cameloter . ; 14 f. . .
- Carré........13 f. . *
- Cargouche . , 16 4. . .
- Largeur.
- 24 7 pouces,
- 20 i . . .
- 24 * • « » 18... .
- 16 T . , .
- 2,0 T . . «
- Poids.
- 42 à4y livres. 2J à 26 . . 40 à 42 . . 17 à 18 , .
- 17 à 18 .
- 12 à 18
- On s’en fert pour calfater 9 & pour faire des fufées ; il varie beaucoup en force: on le vend au poids ij liv. le cent.
- Le papier appelle grande & petite Echelle, & qui fert pour les cartons, n’a pas de grandeur fixe ; il fie vend aufli au poids, 15 liv. le cent.
- Papiers bruns.
- Demoifellemince.ro J. . . . 13 .... 3 àjî. . 26 a 30 fols.'
- Il fert aux Coèjfeurs pour faire des papïllottes. Demoifelle forte. 10 4. . . . 13 ... . p à 10
- Il fert h faire des calottes.
- Jofeph mufe. . 14 f. . . . 181 • - • • 20 à 22
- Raifin ..... 16 4. ... 20 • * * • • ^ o <1 ^ 2
- Carré. .... 22 î. , . . 22 4. ; . . 40 à 42
- Ils fervent a faire des fies 6 des env dopes : le Jofeph dent aufjî au poids y à S liv. le cent.
- . » 38340 fols,
- • '• jo à 6*0 folsJ . 3 1. iofà4Üvw
- . . . 9 à 10 liv* ô le Raifin fe ven*
- Papiers bleus.
- Raifin • . . ; 16 4. . . . 20 f. . . . 2y à 26 . . 6 37 liv.
- Jofeph. . . . 14 4. ... 18 f. . . . 20 à 22 . . 4 à y liv.’ ;
- Ils fe vendent au poids, 2 J livres le cent.
- V------------------------------- , -- ----------M., ,
- Des différentes Mat i eres qui p ou rroien t servir
- A FAIRE DU PaP,IER.
- *
- ijo. Quoique la matière du chiffon foit très-commune, nous verrons, par l'exemple des Orientaux ( art* 16p), que le papier pourroit être encore à peu près auffi commun qu'il Teft, quand même on le tireroit immédiatement des plantes ; ainfi ce ne fera point un détail inutile que celui ou nous allons entrer des matières différentes, dont on pourroit faire du papier par la trituration..
- Lorfque le chiffon propre à faire du papier blanc eft devenu rare, les Ouvriers employent celui qui dans d'autres temps ferviroit pour le gros papier, & ils préparent ce chiffon en le faifant paffer par l’eau de chaux. Au moyen de cette préparation ils détruifent les corps étrangers qui fe trouvent dans
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- LE PAPIER. xo^
- ces matières groflîeres; mais en même tems ils décompofent les fibres ligneu-{es, ils les détruifent auflî en partie, & perdent beaucoup de la fubftance effective qui pouvoit fervir à d autres qualités de papier.
- C’eft pour fubvenir à ce déchet, que M. Guetard fit autrefois àEtampes diverfes tentatives pour fuppléer aux chiffons en prenant des plantes qui n’au-roient point paffé par l’état de toile & de drapeaux, dans lefquelles il fentit qu’on devoit trouver le papier ? quoique plus difficile à en extraire.
- 1J r. Albert Seba, dans fon Tréfor d’Hiftoire naturelle, invite auffi les curieux à travailler à ce projet. « Il me femble, dit-il, que nos pays ne manquent pas » d’arbres convenables pour faire du papier, fi l’on vouloit s’én donner le » foin & en faire la dépenfe : 1 ’ Algue marine, qui eft compofée de filaments >9 longs, forts & vifqueux , ne feroit-eile pas propre à ce deffein, de même » que les Mattes de Mofcovie, fi on vouloit les préparer comme les Japonois » préparent un de leurs arbres : les curieux pourront du moins l’eflàyer.
- Le P. du Halde & les autres Auteurs nous apprennent que le papier des Chinois fe fait indifféremment avec plufieurs efpeces de plantes ( comme on le verra, art. 169 ). KœmpferSe. Seba nous apprennent que le papier du Japon fe fait avec la fécondé écorce d’une efpece de Mûrier. Ç Voyez ci-après, art» 18 r ). M. de la Loubere dit que les Siamois le font avec de vieux linges de coton, ou avec l’écorce d’un arbre nommé dans le pays, Toncoe. Flacourt décrit la façon dont les habitans de Madagafcar fabriquent le leur avec une efpece de mauve qu’ils appellent Avo. Enfin tous les Voyageurs, tant dans les Indes que dans l’Amérique, racontent avec emphafe les avantages que l’on retire des Palmiers pour les étoffes ; fans doute il feroit auffi aifé d’en faire du papier.
- La facilité que les moulins à papier des environs d’Etampes fourniffoient à M. Guetard pour faire des expériences fur les plantes propres à faire du papier , lui en fit amaffer plufieurs. Après avoir furmonté toutes les difficultés que l’on trouve toujours dans les Ouvriers, lorfqu’il s’agit de les engager à faire quelque chofe de nouveau dans la pratique de leur Art, il parvint à faire plufieurs expériences curieufes : nous allons en rendre compte, après avoir rapporté fesréflexions fur diverfes plantes qui forment, pourainfi dire, l’Hi{~ toire botanique de la Papeterie.
- 1J2. Dans le grand nombre des plantes dont ont s’eft fervi pour faire du papier, ou qu’on a foupçonné propres à cet ulàge, le Botanifte apperçoit un ordre régulier : les hommes de différents pays ont été conduits par une elpece d’analogie naturelle ; ils n’ont point été chercher des plantes qui fuffent trop éloignées de celles qui étoient déjà en ufage: ils en ont bien pris dans différents genres, & même dans différentes claffes, mais toujours dans certaines limites, probablement fans en faire l’obfervation. En effet la plupart de ces
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- ïo-8 ART DE FAIRE
- plantes ne femblent compofées que de longues fibres longitudinales, plus ou moins ferrées, Sc recouvertes d’une fubftance qui en remplit les intervalles : telles font les Palmiferes, les Graminées , les Liliacées , les Staminées, les Malvacées.
- * £53. La claffe des Palmiferes efl: une de celles qui ont le plus fervi aux In-diens, aux Afiatiques, aux Américains pour leurs habillements & pour les cordages , les voiles des Navires & autres uftenciles : prefque toutes les parties de ces arbres y ont été employées, quoique l’on n’ait pas pris indifféremment toutes les parties du même arbre. Ces peuples ont choifi dans le Palmier qu’ils trouvoient chez eux, ce qu’il y avoit de plus propre à leurs travaux. Dans les uns , on a choifi la Spatke qui enveloppe le régime des fruits, avant leur maturité, ôu celle qui foutient les jeunes feuilles 5 dans d’autres, on a employé la bourre qui entoure le fruit ; dans d’autres efpeces, on a choifi les feuilles jeunes & tendres ; dans d’autres enfin, on a préféré l’écorce. Dans le Cocotier, on a pris le fruit, la fpathe, les feuilles & l’écorce, fuivant le rapport des Voyageurs. Rumphius dans fonHifîoiredes Plantes d’Amboine, en dit autant du Calapa : le Pinanga, le Lontarus fauvage, le Tecum, Y Hakum> le Wanga, autres efpeces de Palmier, fourniiTent par leurs feuilles un fil plus ou moins fin dont ces peuples font des étoffes ; ils ont même préparé les feuilles de YHakum & du Soribi, pour s’en fervir au lieu de papier.
- Si l’on en croit à l’Hiftoire des Plantes de Rai ( Tome II, pag. 13y8 ) le Cocotier renferme dans fa moelle une main de papier de fo ou 60 feuilles fur lefquelles on peut écrire. Il en efl de ce livre du Cocotier comme de celui que l’on trouve dans le milieu d’un fruit du Pérou, dont parle M. Frézier dans fon Voyage de la mer du Sud ; cela veut dire probablement, que la moelle du Talmier Sc la pulpe de ce fruit peuvent aifément fe mettre en feuillets. C’eft d’un Sureau que fe tirent ces belles fleurs artificielles que l’on nous apporte .de la Chine ; & l’on a vu des livres faits avec la racine d’une efpece de mauve, qui ne demande, pour tout travail, que d’être féchée avec art, & détachée par feuillets.
- On a employé à peu près aux mêmes ufàges le Mufa ou Bananier, appelle aufii Figuier d'Adam, à caufe de la grandeur prodigieufe de fes feuilles qui fuffifent chacune pour envelopper un homme , & s’employent en effet à la fépulture des morts.
- iy4. La claffe des Liliacées renferme les Aloës & l’Yucca, plantes très-fila-menteufes & fibreufes, & propres à faire du papier ; on a tiré des aloës le fil de pitte, connu par la propriété qu’il a de ne point s’étendre, & par l’ufàge qu’on en fait dans les expériences de Phyfique. Le P. du Tertre ( Hift. nat. des Antilles ( décrit la maniéré dont on tire ce fil de la plante. Hans-Sloane, dans le Catalogue des plantes de la Jamaïque, parle auffi de ces aloës : fa fécondé
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- L È PAPIER, ïô>
- efpece eft celle que Gafpard Bauhin dans Ton Pinàx, p. 20, appelle ônzîémé elpece ,de papier.
- Clujlusy dans fon Traité des Plantes exotiques, page 6, parle d’une pelotfcé de fil fait d’une écorce d’arbre qui, félon Sloane, eft encore le même àloë&J Jean Bauhin (Hiftoire des Plantes, Tome I, p. 384) copie Clulius, &dit quë ce fil eft très-fin Sc très-blanc.
- La troifieme elpece d’aloes de Sloàne, qui eft cependant une vraie ëlpëcê à* Yucca y eft connue dans Laët, page 6 43, fous le nom d’excellente elpéèe de Chanvre ou de Lin, qui approche beaucoup de la foie. Seba a donné, dans fort premier volume,læfigure de deux feuilles d’une plante qu’il nomme Joncaqüà-tique de Surinam, compofé de fils innombrables, & il obferve que ce jonc mérite d’être examiné par rapport à l’utilité qu’on en pourroit retireh
- iyj. C’eft de la claife des Graminées, que l’on a tiré la matière du premier papier qui mérite ce nom, ainfi qu’on l’a vu au commencement de cet Ouvragés D odon a regardé la Majfe d*eau comme une plante propre au papier, Sc l’a également appellée Papyrus*
- Le Bambou dont les Chinois fe fervent ( 171 ) eft aufti une planté de la rhê^ me clalfe : il eft appellé rofeau en arbre dans G. Bauhin, page 18.
- 156. Le Bouleau qui eft de la claife des Fleurs a chaton, a été un des premiers arbres dont l’écorce ait fervi à écrire : par le nom d’écorce, il faut tôu^ jours entendre, ce femble, la couche intérieure placée fous la groife écorcëj Sc deftinée à devenir ligneufe, qui a toujours été appellée Liber.
- Rumphius décrit deux arbres à chaton qu’il appelle Gnemon domeftiqüê/ Sc Gnemon champêtre : félon lui, les habitants d’Àmboine tirent un fil de l’écorce des rameaux qu’ils battent un peu ; ce fil leur fort à faire des rets, qu’ils font bouillir dans une certaine infufion pour les rendre meilleurs, Sc moins fujets à fe pourrir. Cette manipulation mériteroit d’être examinée ; on en tireroit peut-être de quoi perfectionner les cordages des Navires Sc les filets des Pêcheurs*
- 1J7. Le Chanvre, le Mûrier Sc l’Ortie appartiennent à une même claife de plante dont les fleurs font incomplettes ; aufîi ces plantes ont - elles été employées toutes à faire du papier. *
- Kæmpfer, dans le Catalogue des plantes du Japon, parle d’une plante dont le nom peut être rendu par celui de Chanvre blanc y Sc que cet Auteur appelle grande Ortie commune qui porte de vraies fleurs, Sc qui donne des fils forts Sc propres à faire des toiles Sc autres ouvrages.
- Kæmpfer Sc Seba appellent Mûrier ou Papyrus l’arbre dont fe fait le papier au Japon, comme on le verra bien-tôt ( 181) ; & en effet le fruit de cèt arbre eft fomblable à celui du Mûrier. Le P. du Halde ( T. 2, page 212 ) dit que le même Mûrier dont les Chinois employent les feuilles à nourrir les Vers Papier. Ee
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- IIO
- ART DE FAIRE
- à foie , fournit des branches dont l'écorce fert à faire du papier y affez fort pour couvrir les parafols ordinaires.
- On peut placer ici une plante que les Japonois employent à faire du papier, & dont on ne voit pas exactement la claffe dans le rapport de Kæmpfer: il l'appelle Papyrus qui fe couche fur terre y qui donne du lait, qui a fes feuilles en lame, & Üécorce bonne pour le papier.
- M. Guetard place aufll dans cette claffe un arbre dont parle Seba, T. 2 , Tab. 168 y 169 y à feuilles larges, longues, tronquées y lijfes, luifantes ,femblabiés à celles du Laurier, dont V écorce intérieurefe peut étendre en toile fine y comme de la Moujfeline : cet arbre fe nomme Lagetto. Les peuples chez qui il croît en font des vêtements.
- Le Chanvre, comme étant dans la même claffe, peut fervir auffi de la même maniéré à faire du papier, même fans avoir paffé par l'état de chiffon : le Pere du Halde rapporte qu'à Nangha on fait le papier avec du Chanvre battu, & mêlé dans de l'eau de chaux, T. IV, pag. 373 ; 8c M. Guetard ne doute pas que les chénevottes, ou ce qui tombe fur la braie ou banfelley lorfqu'on prépare le Chanvre 8c le Lin, ne puffent fervir au même ufage ; dans les Corde-ries & dans les Arfenaux, où l'on fait de grandes confommations de Chanvre ; on ne lait que faire des étoupes, on les jette, ou bien on s'en fert comme de fumier pour les couches des jardins ; cependant cette fubftance eft de la même nature que celle de la toile dont nous tirons enfuite le papier.
- 15 8. M. Guetard a fait pourrir & battre de la filaffe bièn nettoyée de toute la moelle qui tombe fous les inftruments, lorfqu’on prépare le Chanvre;il en ré-fulta du papier très-fort : il employa enfuite les chénevottes de chanvre comme une matière des plus communes ; après les avoir fait pourrir dans l'eau, il les fit battre : on y joignit par mégarde un amas de mauves & d’orties qu'il avoit fait pourrir à part : on en tira une pâte qui avoit déjà quelque liaifon, 8c qui en auroit eu probablement davantage fi ces différentes matières euffent été traitées féparément d'une maniéré convenable. *
- 159. Il eft parlé dans le Journal économique du mois d'Avril 175 r, d'une Manufacture de fil d’ortie qui s'établiffoit à Leipfick. La plante appellée Ur-tica urens maxima affez commune en France, étant cueillie encore verte, dans le temps néanmoins ou fes tiges font à moitié flétries, on la faifoit fécher, en-fuite meurtrir de maniéré à pouvoir tirer le bois du milieu de l'écorce. Cette écorce eft une efpece d'étoupe verte qu'on peut préparer comme du lin, qui fe file, & qui donne un fil d'un brun verdâtre, très-uni, très-clair, & ref femblant à peu près à un fil de laine : ce fil étant bouilli jette un fuc verdâtre ; mais il devient enfuite plus blanc, plus uni 8c plus ferme : ces expériences qui ont été faites en grand 8c avec fuccès pour parvenir à faire de la toile,
- * Journal économique, Août 1751, p. 102,
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- L E P A P I E R.
- réuffiroient fans doute également s’il s’agifïoit de faire du papier.'
- léo. La clafle des Malvacées fournit également des plantes à papier : tous les Mahot donnent une filaffe propre aux cordages. M. Sioane, dans fon Catalogue des plantes de la Jamaïque, parle de deux mauves qui ont cette propriété ; l’une efl: une mauve en arbre des bords de la mer , a feuilles arrondies petites , aiguës y blanches en de fous y qui a la fleur jaune y & dont V écorce peutfe mettre en filace, pag. 9 y : c’eft un Mahot du P. du Tertre ; l’autre efl: une mau* ve en arbres, a feuilles rondes, qui donne une grande fleur de couleur de Carmin , femblable à celle du Lys, dont V écorce donne du fil: enfin le coton dont on a fait tantd’ufàge pour le papier, efl une plante malvacée. M. Guetard, avec du coton ordinaire fuffifamment battu, a fait un papier uni, blanc, fort, & qui promet^ toit tous les avantages du nôtre : cette expérience ne feroit pas indifférente dans des pays où le chanvre efl auffi rare que le coton y efl commun. Puisque la bourre qui entoure le fruit du coton efl fi propre au papier, ne pour-roit-on point faire ufàge de celle des fàules , fi leurs chatons, dont la terre efl quelquefois toute couverte, étoient ramaffés avec foin l II feroit aifé d’en faire l’expérience.
- 161. Le Linagroflis dont les prés maigres font quelquefois remplis, fournit encore un femblable duvet, qu’il feroit bon de mettre en expérience, auffi-bien que les Apocins, le Bois de trompette, & une multitude d’autres plantes : le duvet de VApocin appellé Ouettey Apocynum majus Syriacum ereclum, a donné auffi des feuilles d’un papier affez fort pour pouvoir être étendu fur des cordes , & y fécher, mais qui fe déchiroit trop facilement. Ce duvet d’apôcin n’eft compofé que de poils, d’aigrettes ou efpeces de plumes qui font feches & peu flexibles ; au lieu que le coton efl une bourre qui tranlpire de la fe-mence par de petits points qu’on y apperçoit aifément à la loupe ; ce duvet file d’abord ainfi que de la gomme fluide, eniuite il fe durcit à l’air. Il en efl de même de la bourre des chardons, tels que le Chardon-benit des Parifiens : il fe filtre par des glandes placées dans l’intérieur des écailles dont leur tête efl formée : on verra, art. i6f, la maniéré dont on pourroit lier ce duvet, auffi-bien que les autres matières trop feches, & peut-être l’a-t-on déjà pratiqué ; du moins Pline & la plupart des Botaniftes prétendent qu’on s’efl fervi de là bourre de certains chardons pour faire des étoffes, fur-tout de celle qui efl appellée , Carduus tomentofus latifoliuSy ou Acanthium. A'xdv&iov Diolc. folia gerit fpince albce fimilia , in fiummo vero eminentias aculeatas araneofa lanugine obduBas è qua collecta textaque vefles bombycinis fimiles fieri aiunt. Bauh. pin.! 382.
- 162. Indépendamment des claffes de plantes dont on vient de parler, le Lin, le Tilleul, le Charme, & même les Chardons, quoique placés dans d’autres claffes, ont encore la propriété de former du papier ; car le chiffon de
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- Lin eft recherché dans nos Manufactures, & le Tilleul s’employe à faire des cordes, ce qui indique aflez une flexibilité capable de former du papier.
- 163. Le même Auteur, en parlant du Luffa Arabum, qu’il regarde comme une elpece de Concombre, dit que l’intérieur de fon fruit, lorfqu’on a ôté les femences, n’eft qu’un réfeau que l’on diroit être du lin ; 8c il conjeéiure qu’on en pourroit tirer une filafle, comme, fuivant Théophrafte, les Ethiopiens & les Indiens en tiroient de leurs pommes cotonacées, 8c comme les Arabes en tiroient de la courge, félon le témoignage de Pline.
- 164. Seba a foupçonné qu’on pouvoit faire aufli du papier avec des plantes de mer, telles que Y Algue marine : il eft vrai qu’elle acquiert une grande blancheur, lorfqu’à force d’être lavée par les eaux de la mer, par les pluies & les rofées, elle vient à perdre cette glue dont toutes les plantes marines font couvertes.
- Les Fucus ou Farecs qui couvrent, pour ainfi dire, le bord de la mer,& dont on fe fert pour fumer les terres, y acquièrent auffi de la blancheur ; & M. Gue-tard a même remarqué, qu’ils confervoient encore leur confiftanee & leur figure, qualité qui les rendroit propres au travail du papier
- La plante appellée Conferva Plinii, qui fe trouve non-feulement fur le bord de la mer , mais dans tous nos étangs, femble être filamenteufe 8c propre au même ufige ; & Loyfel, dans fon Catalogue des Plantes de la Prufle, l’appelle Moujje aquatique à filaments fiojeux & très-fins ; on en a fait des épreuves : une Princefle entreprit de la filer ; mais on a reconnu qu’en fe deflechant elle devenoit trop calîante.
- M. Guetard a traité fins fuccès la plante appellée Alga vitrariorum les Coral-laides 8c le Conferva Plinii : la pâte n’a pu fe lier , il femble que les parties de ces plantes foient parenchymateufes, lifles, véficulaires 8c arrondies, au lieu d’être fibreufes, filamenteufes & hérilfées , comme l’exige la formation du papier ; à la vue cependant on y feroit trompé. On préfenta à l’Académie, il y a déjà bien des années, une matière cotoneufe, trouvée aux environs de Metz dans le fond d’un étang , dont les habitants elpéroient de grands avantages pour le commerce ; mais il fe trouva que ce n’étoit autre chofe que le Conferva dont nous venons de parler.
- 1M. Guetard propofe auflî quelques vues avec lefquelles on pourroit corriger les défauts de la Ouette ou du Conferva, pour les rendre propres au papier.
- Si, par exemple, lorfque ces plantes font aflez battues, on fubftituoit à l’eàu fimple une eau gommée ou mucilagineufe, une eau dans laquelle on auroit fait bouillir des rognures de peaux, des racines de guimauve, de grande con-foude, ou autres matières femblables, on enduiroit par-là les parties de la pâté d’un intermede capable de les lier ; peut-être fuffiroit - il que l’eau qu’on met
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- dans la cuve de VOuvrier* (art. 81 ) fût ainfi préparée.
- Peut-être auflî qu'en formant les feuilles par comprefïïon * au lieu de les former à la maniéré ordinaire par immerfion * on rendroit les parties de la pâte plus adhérentes les unes aux autres.
- Les amas formés par la réunion de différents pieds de Confervû* font déjà d'une certaine épaiffeur 8c difficiles à déchirer : ainfi en étendant la pâte faite avec cette plante* on pourroit donner à chaque feuille l'épaiffeur que l'on voudroit* ôc la comprefllon feroit enfuite le refte ; il pourroit arriver qu'il ne fût pas poflible de faire des feuilles auflî minces que celles du papier ordinaire 5 mais quand on ne parviendroit qu'à faire du carton* ce feroit en-* core un objet digne des recherches d'un Phyficien ou d'un Fabriquant curieux.
- La oüette devroit fur-tout infpirer ce defir ; le papier qui en provient a un éclat & un brillant argenté* qui pourroit être bon dans certain cas; fon duvet peut fe filer & fe tramer* du moins lorfqu'on le mêle avec d'autres fubftances*' M. Roüvierre obtint* il y a plufieurs années, un .privilège pour faire fabriquer avec cette plante des étoffes qu’on appelloit étoffes de chardon; en confié-» quence on en fit des plantations à Arn ou ville * dans le bois de Boulogne * 8c ailleurs : ce duvet ne coûtoit déjà que 4 1. la livre * quoique la plante fût encore rare en France * lorfque les travaux de cette Manufacture ont été in-* "terrompus par diverfes conteflations.
- 166. M. de Réaumur avoir penfé que les bols qui fe pourriffent * pouvoient auflî être employés^ former du papier. En effet la décompofition qu'a fbuffert le chanvre qui a été roui, filé * blanchi un grand nombre de fois* qui a fermenté dans le pourriflbir*8c qui a été pilé pendant plufieurs heures* n'a-t-elle point quelque rapport avec du bois qui fe décompofe en fe pourrifîànt ! Ce n’eft pas qu'il fallût attendre le dernier degré de pourriture : on a befoin pour le papier d'un degré de compofition * qui n'ait pas encore ôté à la plante tout fon liant : les Guêpes favent bien choifir les bois qui font à un degré capable de former leurs cartons : en effet les dehors d'un guêpier femblent n'être que du papier ou du carton ; & c'eft avec du bois pourri apprêté à leur maniéré * qu’elles parviennent à le former. (Mém. fur les Infectes * Tome 6. )
- La nature même opéré * fans le fecours d'aucun art* un papier très-fin avec des plantes pourries au fond de l’eau ; M. Guetard a obfervé dans des mares d’eau de la forêt de Dourdan qui avoient été defféchées * des maffes d une matière totalementfemblable à du papier; c'étoitun affemblage de feuillets qu'il étoit facile de féparer * & qui fe déchiroient comme le papier ( Obferv. liir les Plantes des environs d’Etampes ( T. r, page J 8c 6) ; &* quoiqu'il ne pût pas déterminer exactement fi ce papier n’étoit formé que de feuilles pourries, ou s'il étoit dû à une ejfpece de Byjjus, il lui parut cependant que les P A P I ER» F f
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- feuilles & les plantes pourries y avoient la principale part.
- 167. Après cela ce ne feroit peut-être pas dire trop que d’avancer que toutes les plantes peuvent fervir à faire du papier ; mais du moins , pour le faire aifé-ment 8c d’une bonne elpece, il faut plufieurs qualités dans les plantes que l’on choifit ; il faut que les fibres foient fufceptibles d’acquérir de la blancheur ; que ces fibres foient {pongieufes, capables d’être pénétrées par les liquides qu’on emploie pour lesf réduire en papier : il faut que ces fibres puiflent fe féparer {ans fe détruire ; qu’elles puilfent fe réduire en une bouillie prefque fans confiftance , dont les molécules foient douces, fines , cotoneufes : il faut enfin qu’après la déification, elles reprennent une nouvelle confiftance; que ces fibres qui étoient délayées dans de l’eau s’entrelaffent de nouveau, 8c qu’elles conforvent encore, après leur nouvelle réunion , la douceur, la poro. fité 8c la blancheur.
- Tant de qualités néceffaires à la formation du papier, doivent limiter beaucoup le nombre des plantes propres à cet uiàge.
- 168. Les matières animales ont également fervi aux expériences de M. Gue-tard ; il crut que les coques des Chenilles communes qui, dans certaines années, devaftent nos campagnes, feroient peut-être très-propres au même ufà-ge. En effet après les avoir nettoyées des feuilles, & les avoir fait battre, il en a formé un papier qui, quoique gris 8c imparfait, lui a donné lieu d’elpérer beaucoup des expériences qui feroient faites avec plus de foin: n’ayant eu qu’une petite quantité de ces coques, il fut obligé de les battre à la main, dans unm or-tier ordinaire, & cette opération eft bien moins parfaite que celle des moulins. Les pilons ou les cylindres ont un mouvement bien plus uniforme, qu’un Ouvrier qui pile dans un mortier : d’ailleurs les matières ne peuvent pas être nettoyées dans ce mortier par un courant d’eau femblable à celui d’un moulin à papier, qui lave & qui entraîne continuellement tout ce qui eft dit-fout dans l’eau, la graiffe, l’huile, les matières fales 8c colorantes, 8c qui caufe enfin toute la blancheur du papier ( 60; ) ainfi il n’eft pas étonnant que M. Guetard ait eu un papier qui manquoit de blancheur; celui des plus beaux chiffons feroit gris, s’il n’étoit pas lavé pendant plufieurs heures. M. Guetard trouva même dans fon papier de Chenille des points noirs provenus des excréments de Chenilles qui étoient entrelaffés dans les brins de foie .Tes parties de feuilles d’arbres qui y étoient reftées auroient été emportées par le courant de l’eau ; enfin les fils eux-mêmes de la foie, ne peuvent-ils pas être enduits d’une matière plus terne 8c plus file que l’intérieur, dont le lavage du moulin les dépoijilleroit, aufïï-bien qu’il nettoye de la toile, puifqu’on a toujours du papier plus blanc que les chiffons qu’on a employés à le faire ?
- C eft ici probablement la caufe pour laquelle on ne voit point dans le papier de la Chine la blancheur de notre papier, quoiqu’il ait plus de finelfe 8c
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- plus de force ; mais cela eft-il étonnant, fi (comme il paroît parce qu’on nous en rapporte ) on ne connoît pas à la Chine la maniéré d’établir ce courant d’eau qui s’écoule fims celle, & lave avec force pendant plufieurs heures notre chiffon, Sc que nous regardons avec raifon comme l’unique caufe de fi blancheur ? Voyez art. 177.
- Du Papier de la Chine.
- 169. La finesse , la douceur & la force du papier qui fe fait à la Chine, lui ont fait donner fouvent le nom de Papier de foie : bien des perfonnes trompées par l’apparence Sc par le nom, ont cru qu’il étoit fait réellement avec de la foie ; mais en l’examinant avec foin, on trouve communément que c’ell une fubftance végétale : la foie Sc toutes les fubftances animales brûlent fins s’enflammer, fe crifpent, fe racorniffent, exhalent une vapeur oléagineufe Sc une odeur défagréable ; au contraire le coton Sc les fibres des plantes, fi on les préfente à la lumière d’une bougie, s’enflamment, Sc le fuc réfîneux qu’ils contiennent, entretient la flamme jufqu’à ce que la fubftance foit confumée : c*eft ce qui arrive au papier de la Chine, & ce qui prouve que ce n’eft point un papier de foie, mais une pâte tirée des végétaux, aufli-bien que le papier de chiffon dont on fe fert en Europe.
- On trouve, chez quelques Marchands, une forte de papier appellé aufli Papier de foie, qui ne vient point de la Chine; M. de Genlfine en a mis plufieurs fragments en expérience, & il a rapporté à l’Académie que tous avoient donné les apparences d’une fubftance purement végétale. On auroit pu croire peut-être que les fibres de la foie écrafées par les moulins, avoient perdu leur lue oléagineux, & que la colle dont le papier eft toujours enduit, pouvoir fervir de fubftance à la flamme ; mais M. de Genlfine a aufli éprouvé que de la foie battue avec foin, Sc réduite même en une pâte fins confiftance, ( ce qui eft fort difficile Sc fort long, ) trempée enfuite dans de la colle à papier, a toujours donné au feu les mêmes apparences Sc la même odeur qu’aupara-vant. D’un autre côté M. Guetard nous affure qu’ayant fait fabriquer une fois du papier avec de la foie bien pilée, ce papier brûla à la maniéré du papier ordinaire, quoique les coques de vers à foie dont il s’étoit fervi, ayent coutume, dit-il, de fe recoqueviller en brûlant comme le parchemin*. Quelle eft donc la caufe de ces différences ? M. Guetard croit qu’il en faut chercher l’explication dans le tiffu , qui devient bien différent dans le papier de ce qu’il étoit dans la coque. Les fils de la coque font longs, difpofés en différents fens ; un feul fil tourne fouvent dans divers plans ; mais lorfque la coque eft réduite en papier, les fibres en font très-courtes ; fi elles y font différemment arrangées & liées enfemble, ce lien n’eft pas fi ferré ; ce n’eft plus un mêmç
- * Journal économique, 1751, Août, page 122.
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- fil ou plufieurs fils d’une longueur confidérable. Il arrive donc que lorfiju’oft brûle des coques, leurs fils font tirés en differens fens; celles d’un plan tirent celles d’un autre plan , Sc elles doivent auflî fe contourner tantôt d’un côté , tantôt de l’autre. Les fibres du papier étant auflî courtes qu’elles le font, Sc n’étant liées enfemble que par juxta-pofition, elles ne doivent agir que peu ou point du tout les unes fur les autres, Sc par confisquent elles doivent brûler uniformément. Ce qui confirme cette explication, c’efl que les endroits du papier où la foie n’avoit pas été bien battue, & étoit encore trop entrelacée, éprouvoient la même rétraétion , Sc fe recoquevilloient en brûlant.
- 170. Le P. du Halde dit formellement que l’on ramaflè à la Chine les coques de vers à foie, qui font au rebut dans les Manufactures où fe devuide la foie, Sc qu’on fait du papier avec ces coques; ainfi ilparoît qu’on employé, ou du moins qu’on a employé, quelquefois à la Chine des fubftances très-différentes les unes des autres à la fabrication du papier ; mais on verra ci-après que la foie ne s’employe à faire du papier que dans une très-petite partie de la Chine.
- 171. Un Traité Chinois fur l’origine Sc la fabrication du Chi ou du papier ( dont on trouve l’extrait dans l’Hift. des Voyages,Tome 22,page 281 ) nous apprend que les Chinois écrivoient autrefois fur de petites planches de Bambou , paffées au feu Sc foignéufement polies, mais couvertes de leur écorce ou de leur peau ; c’efl: ce qui paroît affez prouvé par les termes de Kien Sc de TJe dont on fe fervoit alors, au lieu de Chi, pour exprimer la matière fur laquelle on écrivoit : on tailloir les lettres avec un cizeau ; Sc de toutes ces petites planches preffées l’une fur l’autre, on formoit un volume : mais les livres de cette nature étoient d’un ufàge fort difficile.
- Depuis la Dynaftie de TJin ( avant la naifïànce de J. C. ) on écrivoit fur dés pièces de foie ou de toile, coupées de la grandeur dont on vouloit faire un livre. De-ià vient que la lettre Chi eft quelquefois compofée du caraélere Se, qui fignifie foie, Sc quelquefois du caraélere Kin, qui fignifie de la toile.
- On lit dans un des Recueils de lettres des Miffions Etrangères, que l’arbrif-feau appellé Tongtjao ou Tongtomou, eft celui qui fert à faire le papier à la Chine : c’efl auflî celui qui fert à faire les feuilles de ces fleurs qui nous viennent de la Chine, Sc dont on admire le coloris.
- 172. Aujourd’hui le papier ordinaire de la Chine efl formé de la féconde écorce du Bambou, délayée en une pâte liquide, par une longue trituration : il eft collé aufli-bien que le nôtre, pour empêcher qu’il ne flue, Sc c’efl avec l’alun qu’on lui donne cette préparation ; nous en parlerons, art. 177 ci-après. Ce fut vers la fin du premier fiecle de l’Ere Chrétienne, que cette forte de papier fut inventée à la Chine par un grand Mandarin du palais. Ce Phyficien trouva le fecret de réduire en pâte fine l’écorce de differents arbres, les
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- vieilles étoffés de foie, & les vieilles toiles, en les faifant bouillir dans l’eau pour en compofer diverfes fortes de papier.
- On lit dans un livre intitulé : Su-ikyen-chi-pu, qui traite de la nature du papier , que dans la Province de Se-chuen le papier fe fait de chanvre ; que Kaot-Jong, troifieme Empereur de la grande dynaftie de Tang, fit faire de cette plante un excellent papier, fur lequel tous fes ordres fecrets étoient écrits ; que dans la Province de Fokyen le papier fe fait de Bambou ; dans les Provinces fepten-trionales, d’écorce de mûrier, & dans celle de Che-kyang, de paille de riz ou de froment; enfin dans la Province de Kiang-nan, on fait un parchemin de la petite peau qui fe trouve dans les coques de vers à foie : il fè nomme Zu-w/z-chi ; il eft très-fin & très-doux.
- Dans la Province de Hu-quang , l’arbre Chu ou le Ku~chu fournit la principale matière du papier.
- Le même Auteur parle des différentes couleurs que les Chinois donnent quelquefois au papier ; il traite du papier qui paroît comme argenté fans qu’on y employé aucune parcelle d’argent, invention qu’on attribue à l’Empereur Kao-d de la dynaftie des Tfi ( voyez art. 180 ) ; enfin il traite du papier des Coréens qui fe fait avec les coques des vers à foie, 8c il rapporte que depuis le feptieme fiecle, ces peuples payent à l’Empereur leur tribut en papier.
- 173. On employé quelquefois la fubftance toute entière du Bambou 8c de l’arbufte qui porte le coton; on tire des plus groffes cannes de Bambou les rejettons d’une année qui font ordinairement de'la groffeur de la jambe ; après les avoir dépouillés de leur première peau verte, on les fend en pièces droites de fix où fept pieds de long, pour les faire rouir pendant une quinzaine de jours dans un étang bourbeux. On les lave dans l’eau claire ; on les étend dans un foffé fec ; on les y couvre de chaux ; peu de jours après on les , lave une fécondé fois ; on les réduit en filaffe ; on les fait blanchir & fécher au foleil; on les jette dans de grandes chaudières; & après qu’ils ont bouilli fortement, on les pile dans des mortiers jufqu’à ce qu’ils foient réduits en une pâte fluide.
- 174. Il y a auflî un papier dont on fait beaucoup d’ufige, qui eft compofé de la pellicule intérieure du Chu-ku ou Ku^-chu, & c’eft même de cet arbre que ce papier eft appellé Ku-chi : lorfqu’on en caffe les branches, l’écorce fe pèle facilement en longues courroies comme autant de rubans ; les feuilles de cet arbre reffemblent beaucoup à celles du mûrier fiuvage ; mais le fruit a plus de relfemblance avec la figue : ce fruit fort des branches fins aucun pédicule ; s’il eft arraché avant fa parfaite maturité , la plaie donne un jus laiteux comme la figue ; en un mot cet arbre a tant de rapport avec le figuier & le mûrier, qu’il peut palier pour une efpece de lycomore : cependant il refi femble encore plus à Y Adrachne > qui eft une forte d’Arboifier de grandeur
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- médiocre dont l’écorce eft douce, blanche & luifànte , mais fe fend en été, parce que l’humidité lui manque : le Ku-chu, comme l’Arboifier, croît fur les montagnes & dans des terreins pierreux. ( du Halde, page 866 8c fuiv. )
- iyy. Il eft facile de voir par ce qui précédé ( 167 ) , qu’une multitude de plantes peuvent s’employer & s’employent en effet à la Chine à faire du papier ] on préféré cependant les arbres qui ont le plus de feve , tels que le Mûrier , l’Orme, le tronc du Cotonier ; on commence par lever légèrement la pellicule extérieure en forme de longues courroies : on les fait blanchir dans l’eau & au fbleil, & on les emploie, comme nous l’avons dit du Bambou.
- 176. On trouve à la Chine fur les montagnes & dans les lieux déferts, une plante qui produit des feps longs & minces comme ceux.de la vigne, & dont la peau eft extrêmement unie ; le nom de Hautong que les Chinois lui donnent , exprime cette qualité : on la nomme auffi Ko-tong, parce qu’elle produit de petits pois aigres, d’un verd blanchâtre, qui peuvent fe manger. Ses branches qui font à peu près de la groffeur des feps de vigne, rampent fur la / terre, ou s’attachent aux arbres : fuivant le témoignage de l’Auteur Chinois , les branches du Ko-tong ayant trempé quatre ou cinq jours dans l’eau , il en fort un jus onélueux qu’on prendroit pour une efpece de glue ou de gomme.
- On mêle cette gomme dans la pâte dont fe fait le papier, ayant beaucoup d’attention fur la jufte quantité que l’on en doit employer : on bat ce mélange jufqu’à ce qu’il tourne en une eau graffe & épaiffe ; on jette cette eau dans de grands réfervoirs compofés de quatre murs de trois ou quatre pieds , bien cimentés 8c maftiqués pour empêcher la filtration ; Si ce font-là les cuves où les Ouvriers puifent avec leurs formes les feuilles de papier , comme on l’a vu à l’occafion de notre papier ordinaire, art. 84.
- 177. Pour coller le papier à écrire, le luftrer, lui donner du corps, & empêcher qu’il ne flue ou qu’il ne boive l’encre, les Chinois le font tremper dans une eau de colle & d’alun ; les Voyageurs appellent cette opération fariner le papier, parce qu’en Chinois, fan fignifie de l’alun : on hache fort menu fix onces de colle commune bien claire 8c bien nette, qu’on jette dans douzex écuelles d’eaii bouillante, en la remuant avec foin pour empêcher qu’elle ne fe forme en grumeaux ; on y fait diffoudre enfuite douze onces d’alun blanc êc calciné. Ce mélange fe met dans un grand bafîin, traverfé par une baguette ronde 8c lifïe ; on prend la feuille au moyen d’un bâton qui eft fendu d’un bout à l’autre ; on la laiffe tomber doucement dans la liqueur pour y tremper; on la retire en la faiiant glifïer fur la baguette qui traverfe le bafîin j après quoi on la fufpend, en engageant dans un trou de muraille l’extrémité du bâton fur lequel elle eft placée. Tel eft à peu près le procédé des Chinois pour parvenir à faire ce papier qu’on admire pour la finefTe, la force & la grandeur ; il auroit peut-être la blancheur du nôtre, fi on donnoit aux plantes qu’on y
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- employé, plufieurs heures de lavage, après l’avoir palTé plu fleurs fois à la leffive, à la rofée & au foleil ; mais probablement on perdroit beaucoup de la force que nous remarquons au papier de la Chine, à proportion delà finefle. Au relie ôn en voit quelquefois qui a véritablement la blancheur du papier d’Europe ; mais cela efl plus rare.
- 178. Les formes, c’eft-à-dire, les moules avec lefquels on puife dans la cuve pour former les feuilles de papier, fe font avec des fils de Bambou tirés auffi fin que les fils de laiton, au moyen d’une filière d’acier -, on les fait bouillir dans l’huile jufqu’à ce qu’ils en foient bien imprégnés, afin qu’ils ne s’enfoncent pas plus qu’il n’efl befoin pour prendre la furface de la liqueur, & que l’humidité ne les étende pas.
- Les Chinois font du papier qui a quelquefois 60 pieds de long : il doit être fort difficile de former des cadres auffi longs, & d’avoir des cuves alfez grandes pour les y tremper ; il ne feroit pas impoffible de les faire en plufieurs pièces, & de les réunir avec art dans finftant même où l’on les couche ; mais il ne paroît pas que ce foit-là le procédé de la Chine.
- Lorfqu’on veut faire des feuilles d’une grandeur extraordinaire, on foutient le cadre avec des cordons & une poulie ; des Ouvriers tout prêts à tirer chaque feuille, l’étendent dans l’intérieur d’un mur creux dont les côtés font bien blanchis, & dans lequel on fait entrer, par un tuyau, la chaleur d’un fourneau , dont la fumée fort à l’autre bout par un petit foupirail : cette eipece d’étuve fert à fécher les le ailles prefque auffi vite qu’elles fe font.
- Il n’eft pas étonnant que l’art du papier foit porté, parmi les Chinois, à une très-grande perfection ; la profeffion y efl: honorée ; la découverte en an~ cienne ; la confommation en efl immenfe ; fans parler des lettres qu1 en em-ployent une quantité prodigieufe, toutes les maifons particulières en font remplies ; les chambres n’ont d’un côté que des fenêtres ou des jaloufies , couvertes de papier ; les murs, quoique revêtus ordinairement de plâtre, font recouverts d’une couche de papier qui en conferve la blancheur & le poli, les plafonds font ornés de compartiments faits en paiper : en un mot on ne voit prefque dans les maifons que du papier, & tout ce papier fe renouvelle chaque année.
- 179. On voit hors des Fauxbourgs de Pékin, vis-à-vis les cimetières, un long village dont les habitants renouvellent le vieux papier, & tirent un profit allez confidérable de ces rebuts. Ils lavent le rétablir dans fa beauté , foit qu’il ait été employé à l’écriture, foit qu’il ait été collé fur des murailles, foit qu’il ait été travaillé en carton, ou altéré par d’autres ufages.
- Ces Ouvriers vont acheter à vil prix dans les Provinces, tout ce mauvais papier ; ils en font de gros amas dans leurs maifons qui ont toutes un enclos de murs fort unis, & blanchis foigneufement pour cet ufage ; la première opération
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- confifte à le laver fur un pavé incliné près d’un puits, en le frottant de toutes leurs forces avec les mains & avec les pieds pour en faire fortir l’ordure ; ils font bouillir la mafle qu’ils ont ainfi pétrie ; & l’ayant battue jufqu’à ce qu’elle ait repris la qualité de papier , ils la mettent dans un réfervoir ou une cuve, jufqu’à ce qu’il y en ait une grande quantité ; alors, dit le P. du Halde, ils féparent les feuilles avec la pointe d’une aiguille, & les attachent aux murs de leur enclos pour y fécher au foleil ; ce travail prenant peu de temps, ils les rejoignent enfemble avec la même propreté : on ne conçoit gueres la maniéré dont lePere du Halde prétend que des feuilles qui ont été pétries & battues, peuvent le féparer encore avec la pointe d’une aiguille ; je croirois plutôt que ces vieux papiers fe délayent entièrement, pour en faire de nouveau le papier à la maniéré ordinaire, ainfi que nous l’avons dit, art. 122, àl’occalion des papiers que l’on a coutume chez nous de refondre, lorfqu’ils font défeétueux.
- 180. Nous ne devons pas terminer l’article du papier de la Chine fans parler d’une préparation argentée qu’on lui donne fouvent.
- Le papier argenté qui s’emploie à la Chine, fe prépare fimplement avec du talc ; les Chinois nomment le talc Yun^muache, qui lignifie pierre groffe de nuées parce que chaque morceau calfé femble, pour ainfi dire, une nuée tranlparente ; le talc que les Rulfes apportent à la Chine, eft préféré à celui qui fe tire de la Province de Se-chuen\ après l’avoir fait bouillir environ quatre heures, on le laiiïe dans l’eau pendant un ou deux jours ; on doit enfuite le laver foigneufement, & le battre avec un maillet dans un fac de toile pour le mettre en pièces. A dix livres de talc on ajoute trois livres d’alun ; on broyé le tout enfemble dans un petit moulin à bras ; enfuite ayant faffé la poudre dans un tamis de foie, on la jette dans de l’eau bouillante que l’on décante enfuite ; la matière qui fe dépofe ayant été durcie au foleil, doit être auffi-tôc réduite en poudre impalbable dans un mortier ; cette poudre après avoir été faftee une fécondé fois, eft telle qu’il faut l’employer.
- Pour préparer le papier à recevoir cette poulfiere argentine, on prend fept fuens ou deux fcrupules de colle, compofée de cuirs de Vaches, & trois fuens d’alun blanc qu’on mêle dans une demi-pinte d’eau claire, & qu’on fait bouillir jufqu’à ficcité : alors étendant quelques feuilles de papier fur une table fort unie, on y pafle un pinceau trempé dans la colle avec le plus d’égalité qu’il eft poftible : on fecoue au travers d’un tamis la poudre de talc pour la di£ tribuer uniformément fur le papier, après qüoi on fait fécher ce papier à l’om-•bre : lorfqu’il eft fec, on l’étend de nouveau fur une table ; & en frottant légèrement avec du coton, on ôte le talc fuperflu qui fert enfuite au même ufage : on a ainfi du papier argenté ; &c avec la même poudre délayée dans l’eau & mêlée de colle & d’alun, on peut defliner toutes fortes de figures fur le papier.
- Papier
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- LE PAPIER
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- Papier du Japon.
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- i8r. Dans l’Appendice ou Supplément de l’Hiftôire du Japon par Engels bert Kæmpfer , traduite en François fur la verfion Angloife de Scheuchzer , on trouve un Defcription abrégée, de la maniéré dont on fait le papier au Japon, avec la Plante appellée Kaadjî : le nom Botanique de cette Plante dans Kæmpfer efl; celui-ci, Papyrus fructu mori celjœyjîve Morus fativajoliis urticfa tnottùcz, cortice papyrifera.
- Chaque année, après la chute dés feuilles, on coupe les jeunes rejettons qui font fort gros, de la longueur de trois pieds au moins, 8c l’on en fait des pa„ quets pour les mettre bouillir dans Peau avec des cendres ; s’ils lèchent avant qu’on ait le temps de les faire bouillir, on les met dans de l’eau commune pendant 24 heures pour leur rendre de l’humidité.
- Ces paquets ou fagots font liés fortement enfemblé, 8c mis debout dans une grande 8c ample chaudière qui doit être bien couverte ; on les fait bouib lir long-temps, de maniéré que l’écorce, enfe retirant, laifle voir à nud un demi-pouce du bois à l’extrémité de chaque piece : on les laifle enfuite refroidir à l’air, on les fend pour en tirer l’écorce, & l’on fait tremper cette écorce dans l’eau pendant trois ou quatre heures.
- Lorfque l’écorce efl: ainfi ramollie , on ratifie la peau noirâtre qui la cou* vre , & l’on fépare en même temps l’écorce forte qui efl: d’une année de crû de l’écorce mince qui a couvert les jeunes branches ; la première donne le papier le plus blanc 8c le meilleur ; la derniere donne un papier noirâtre d’une bonté paflable : s’il y a de l’écorce de plus d’une année, mêlée avec le refte, on la trie de même, & on la met à part, parce qu’elle forme le papier le plus groflier 8c le plus mauvais de tous : on fépare de même les parties noueu-fes, grofîieres ou défectueufes, pour en former le papier le plus groflier.
- Après que l’écorce a été fuflîlàmment nettoyée, préparée & rangée félon fes différentes qualités, on la fait bouillir dans une leflive claire. Pendant tout le temps quelle bout, on la remue avec un gros rofeau, & l’on y verfe de temps à autre dç la leflive claire pour abattre les bouillons, 8c réparer les pertes de l’évaporation ; on laifle bouillir ces écorces jufqu’à ce qu’étant touchées légèrement avec les doigts, elles fe diflolvent, & fe féparent en maniéré de bourre, ou comme un amas de fibres décompofées.
- Pour faire la leflive dont nous venons de parlér, on met deux pièces de bois en croix fur une cuve ; on les couvre de paille ; on met fur cette paille des cendres mouillées ; on y verfe de l’eau bouillante, qui à mefure qu’elle pafle au travers de la paille pour tomber dans la cuve, s’imbibe des particules fàlines de la cendre, 3c forme cette leflive où l’on jette la matière du papier : l’écorce qui a bouilli dans cette leflive doit être lavée;mais ce lavage efl: une opération Papier. Hh
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- ART DE FAIRE
- très-délicate ; fi Técorce n’a pas été lavée, le papier fera fort , & aura du corps^ mais il fera groffier & de peu de valeur ; fi elle a été lavée trop long-temps, elle donnera du papier plus blanc, mais Huant, & peu propre à écrire. C’eft dans la riviere que fe lave la pâte au moyen d’une efpece de van ou de crible au travers duquel l’eau coule, & on la remue continuellement à force de bras, jufqu’àce quelle foit délayée à la confiftance d’une laine ou d’un duvet doux & délicat.
- Pour faire le papier fin, on lave cette matière une fécondé fois ; mais c’eft dans un linge au lieu du crible, parce que plus on lave, plus l’écorce eft divi-fée, en forte quelle palferoit enfin toute entière par le crible : on a foin en même temps d’ôter les nœuds, la bourre, & autres parties hétérogènes que l’on met à part pour les moindres efpeces de papier.
- La matière bien lavée fe place fur une table de bois, fort épailfe & bien lilîe, où deux à trois perfonnes la battent avec des bâtons d’un bois très-dur appellé Kufnoki, jufquà ce quelle foit fi déliée quelle reffemble à du papier, qui à force de tremper dans l’eau, eft réduit comme en bouillie, & n’a pref que plus de confiftance.
- L’écorce ainfi atténuée fe met dans une cuve avec l’infufion glaireufe & gluante du ris, & celle de la racine Oreni ( Alcea radice vifcosâ, flore ephemero magno puniceo Kæmpf. ) qui eft auffi fort glaireufe & gluante. On agite ce mélange avec un rofeau, jufqu’à ce que les trois matières foient bien mêlées, 8c forment une fubftance liquide 8c égale ; on fe fert pour cela d’une cuve étroite : mais on verfe enfuite cette pâte dans une cuve plus grande à peu près femblable aux cuves d’Ouvrier dont on a vu la defcription ( 82 ) ; on tire de cette cuve les feuilles une à une avec des moules qui font formés de jonc , au lieu de la ver jure dont nous avons parlé ( ) : on les appelle Mils.
- Il ne refte plus alors qu’à faire fécher ces feuilles de papier ; pour cet effet on met les feuilles en piles fur une table couverte d’une double natte, 8c l’on met une petite piece de rofeau (qu’on appelle Kamakura, c’eft-à-dire, couffin) entre chaque feuille : cette piece qui déborde un peu, fcrt enfuite à foule-ver les feuilles 8c à les tirer une à une. Chaque pile eft couverte d’une planche ou d’un ais mince de la grandeur 8c de la figure des feuilles de papier, fur laquelle on met des poids de plus en plus forts par degrés, pour en exprimer l’eau. Le lendemain on ôte les poids, on leve les feuilles une à une avec le petit bâton, ou Kamakura, & avec la paume de la main on les jette fur des planches longues 8c raboteufes faites exprès ; les feuilles s’y tiennent ai-fément à caufe de l’humidité qui leur refte : on les expofe enfuite au foleil ; 8c lorfqu’elles font parfaitement feches, on les met en monceaux, on les rogne tout autour, & on les garde pour s’en fervir.
- L’infufion de ris dont il a été parlé, fert à donner au papier de la blancheur
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- L E P A P I E R. 1*3
- & de la confiftance $ elle fe fait dans un pot de terre non vernifle où les grains de ris font trempés dans l’eau : le pot efl: agité d’abord avec douceur* & enfuite plus fortement ; à la fin on y verfe de l’eau fraîche* & on pafle le tout au travers d’un linge : ce qui efl: demeuré dans le linge * fe remet dans le pot avec de l’eau fraîche ; & on répété la même opération, tant qu’il refte quelque vifcofité dans le ris : celui du Japon efl excellent pour ce travail ; c’eft le plus blanc 8c le plus gras de l’Afîe.
- L’infufion gluante de la racine Ortni fe fait en mettant Amplement dans l’eau fraîche cette racine pilée ou coupée en petits morceaux ; l’eau devient * en une nuit* glaireufe 8c propre à l’ufage qu’on en veut faire ; il faut une quantité de cette infufion, différente fuivant les fàifons * 8c tout l’art dépend* à ce qu’ils difent* de la jufte quantité d’Oreni.
- Le papier groffier deftiné à fervir d’enveloppe * efl fait fuivant le même procédé* avec l’écorce de l’arbrifleau Kadje Kadfura% que Kæmpfer appelle Papyrus procumbens * laclefcens * folio longe lanceato * cortice chartaceo.
- Le papier du Japon efl très-fort, on en fait des feuilles fi grandes* qu’elles fuffiroient à faire un habit * 8c il reffemble tellement à une étoffe* qu’on pour* roit s’y méprendre.
- Les nations Afiatiques deçà le Gange * excepté les Noirs qui habitent le plus au midi * font leur papier de vieux haillons des étoffes de coton * & leur méthode ne différé en rien de la nôtre, excepté qu’elle n’eft pas fi embaraf-fée : leurs inftruments font plus groffiers ; mais ils s’en fervent avec plus d’a-dreffe. > 1
- Ce papier des Orientaux dont l’ulàge efl bien plus ancien que celui de notre papier de chiffons* a fans doute donné l’idée de celui-ci : on ne doit s’étonner que de voir le nombre de fiecles qui fe font écoulés avant que le commerce d’Afie ait donné à l’Empire d’Orient l’idée de faire du papier par la trituration.
- SUPPLEMENT
- Au Jujet de la nouvelle Manufacture de Vougeot’ en Bourgogne , établie par M. Descentes ; avec des conjidérations fur le chiffon de Bourgogne, ÔC la conjlruction d’un nouveau Cylindre deM. D ESTRICHES.
- N ous n’avons pu dire qu’un mot à l’art. 56* du nouvel établiffement fait en Bourgogne * n’ayant point reçu pour lors des inftruétions fuffifimtes ; depuis l’impreffion de l’Ouvrage, M. Desventes* Imprimeur & Libraire à Dijon* Propriétaire de cette Manufacture* qui l’a établie à grands frais, 8c qui* en fo fai-fant aider des plus habiles gens * y a fo mettre toute la perfection pofîible *
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- 124
- ART DE FAIRÉ
- nous en a communiqué les plans. Voici quelques particularités remarquables qui nous ont paru très-dignes d'être obfervées, & d'être imitées en pareille occafion.
- Pour faire, avec la plus petite quantité d'eau, le plus grand effet poffible, on a confirait une roue de n pieds de diamètre dont les rayons & la circonfé^ rence font de fer, ayant deux pouces de large feulement ; fur cette circonférence font fixées 27 aubes de tôle , creufées en cuillerons de 10 pouces de hauteur fur iy de largeur ; ces aubes tournent dans uncourfier qui ne laiffe aucun vuide, qui eft difpofé circulairement comme la roue, & qui em-b rafle les aubes non-feulement par les côtés, mais même par deflus, ne laifïànt que les deux pouces qui font néceflaires pour les rayons de la roue.
- Ces aubes ou plutôt ces godets ainfi noyés dans leur coufier , & embraffés de tous côtés, ne laiffent rien échapper de l'eau deftinée à les mouvoir qui ne foit employé à les conduire, 8c cela fur une longueur de plus de 6 à 7 pieds, parce que le courfier embraffe la roue fur une étendue de 6o° environ, ou de la lixieme partie de fa circonférence.
- Le cylindre, comme nous l'avons dit (art. 56) a été coulé d'unfeul jet dans un moule 5 les lames tranchantes , les lames circulaires, les tourtes ou abouts font une feule piece de métal, qu'on a enfuite enarbré & mis fur le tour pour égaler les rames , & donner à toute la circonférence une parfaite égalité; il a 22 lames, deux pieds de diamètre & 30 pouces de longueur.
- Le cylindre a un arbre fort court, ce qui le rend très-léger ; car au lieu de tourner dans la partie P de la cuve ( Planche F") il tourne dans la partie Q , qui eft la plus voifine du rouet, & fon pivot Vfe trouve placé fur la féparation N de la cuve.
- Pour cet effet on a donné à la cuve un peu plus de largeur, & dans le milieu on a placé un maflîf de pierre qui a 6 pieds de long fur 9 pouces de large ; dans ce maffif eft logée une piece de bois de 3 pieds de long, qui porte le palier dans lequel tourne le pivot du cylindre.
- On a ménagé, dans cette conftruélion, l'avantage d'élever le cylindre parallèlement à la platine ; car le touet n'ayant que deux cylindres à mouvoir, les prend par côté, comme nous l'avons déjà propofé (art. y 9), & n'empêche point que le pivot I ne puifle s'élever de quelques pouces. A l'égard du pivot Vi que nous avons dit être placé fur la piece de féparation N, la piece de bois qui le fupporte, peut s’élever par le moyen d'une vis à tête quarrée, dans laquelle on paffe une clef pour la tourner, fuivant qu’il eft plus ou moins né-ceffaire d'éloigner le cylindre de la platine. Ce cylindre fait environ iyo tours par minute ; car la grande roue qui fait 13 tours par minute, porte fur fon axe
- un Hérijfon de 79 aluchons, qui conduit les cylindres par des lanternes de fept fufeaux.
- Farm
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- LE PAPIER. i-2f
- Parmi les remarques utiles que M. Desventes a faites fur les différentes parties de fon établiffement, il a cru pouvoir rendre raifon de la jufte préférence que Ton donne dans toute la France aux chiffons de Bourgogne.
- La Bourgogne eft prefque couverte de vignes & de bois, qui en font fou-vent très-voiflns ; la même nature de terrein qui produit 1*excellente qualité des vins de Bourgogne, produit aufiî des bois dont les cendres font très-efti-mées pour les leflîves ; l’expérience femble l’avoir appris aux Bourguignons eux mêmes qui vont acheter des cendres, par préférence, dans certains cantons de leur Province où les bois font réputés produire des cendres d’une meilleure qualités en même temps que les vignes y font plus abondantes.
- M. Desventes obferve qu’en effet ce n’eft point dans la Bourgogne, que cfoiffent les Chanvres Sc les Lins dont on fait la belle toile : on n’y recueille prefque que du Chanvre groflîer à l’ufige de la Marine, des Cordiers, Sc des habitants de la campagne ; la Hollande, l’Allemagne, la Suiffe & différentes Provinces de France fourniffent à la Bourgogne toutes les belles toiles qu’on y confomme, & la matière du beau chiffon qu’on y acheté ; il eft donc naturel de penfer que il le fol de la Province influe dans la bonté du chiffon qui s’y recueille, ce n’eft point à raifon de la matière première, mais feulement à caufe des changements qu’elle y éprouve dans l’uiàge.
- On ne fera pas étonné que la différence foit très-confidérabie fi l’on cdm-pare le chiffon de Paris avec celui de Bourgogne: on fait que les Blanchiffeurs à Paris n’épargnent pas la chaux, la foude, la potaffe, matières corrofives qui leur abrègent le travail, mais détruifent la fubftance du linge, & quifuppléent au peu d’aélivité des cendres de Paris : en effet le bois flotté qui fe confume dans la plus grande partie de Paris, ayant féjourné long-temps dans l’eau Sc y étant détrempé, perd avec fon écorce les matières làlines qui forment l’effi-^ cacité des cendres lixivielles.
- M. Desventes allure que, fur un volume égal de cendre^ il a trouvé celles des boulangers qui employent des bois fans écorce, plus légères d’un feptieme que celles d’un foyer où l’on brûloit du bois neuf ; il a été témoin d’une expérience faite à Paris il.y a quelques années, pour l’établiflement d’une Manufacture de Savon, qui prouve bien la mauvaife qualité des cendres de PariSi On avoit fait choifir à Fontainebleau des cendres de bois neuf brûlé en maifon bourgeoife ; on prit pareille quantité de cendres choifies à Paris ; on leffiva toutes deux à froid & à chaud avec les mêmes eaux ; les leflîves étant évaporées ; on trouva confidérablement plus de fel alkali dans celles de Fon-: tainebleau.
- M. Desventes a trouvé la même différence dans le produit entre le chiffon de Bourgogne & celui qui venoit de Paris ; ayant pris 500 livres de chacun * on les a mis en même temps au pourriffoir; on les a traités de la même façon ^ Papier» li
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- ART DE FAIRE
- 'on les a fait battre dans deux piles voifines & égales, avec la même eau ; pendant le même temps, on les a fait travailler tout de fuite par le meme Ouvrier de cuve avec les mêmes formes ; enfin on a pefé le papier, & Ton a trouvé que les chiffons de Bourgogne avoient rendu près d'un fixieme de papier de plus que ceux de Paris.
- M. Desventes croit enfin que le papier de Hollande doit fa fragilité à la
- même caufe : les Hollandois n'ayant pas dans leur territoire des forêts abon-
- «
- dantes, ne peuvent avoir d'auffi bonnes cendres que les nôtres, & ont recours comme à Paris, aux fels alkalins que l'on tire de différents pays. D’ailleurs ils achètent en France une grande quantité de papiers, qu'ils font peut-être rebattre chez eux pour leur donner plus de fineffe, plus d'épaiffeur ; & c’eft encore ( fuivant M. Desventes ) ce qui les rend fi faciles à déchirer.
- Après l'imprefîion de ce qui précédé, nous avons fu que M. Deftriches, Maître Serrurier à Paris, déjà connu, auffi-bien que l'avoit été fon pere, par des Ouvrages célébrés, avoit exécuté un nouveau cylindre pour la Manufacture de Montargis ; il nous en a communiqué la conftruétion & les détails, nous allons en donner une idée.
- Ce cylindre efl: creux ; il n'a point le noyau de bois dont nous avons parlé, art. 55. Deux tourtes de fer d'un pouce d'épaiffeur & de deux pieds de diamètre , telles que ZZ, Planche VI, forment les bafes du cylindre. Ces tourtes portent des croizillons , renforcés d'un demi pouce vers le collet.
- 'On voit fur le côté de la Planche VII, une portion RR S S de la circonférence de cette tourte, dont la hauteur RR efl; de trois pouces.
- Les lames qui forment le cylindre, & dont on voit la coupe TTW, font au nombre de 2y 5 elles ont deux pieds de long, 18 lignes d'épaiffeur T V 9 trois pouces de hauteur T'T ; elles font terminées par un tourillon de fer, qui porte un goujon épaulé, taraudé fur une longueur de 5 lignes, qui paffe au N travers de la tourte, & fe contient par un écrou X à 8 pans.
- Au deffous de ce point fixe, à la diftance d'environ iy lignes, une autre vis Y à tête quarrée, avec une embaffe circulaire traverfànt la tourte, entre d'un pouce dans la lame, & achevé de la contenir : nous n'avons point repréfenté dans la figure cette tourte de fer, qu’il faut concevoir, fervant de bafe à toutes ces lames, & recevant leurs goujons.
- A l’égard des intervalles ZZ , que laiffent entre elles les lames des cylindres , ils ont, auffi-bien que ces lames, 18 lignes de largeur ; mais comme il s agit d’empêcher que les matières n'entrent dans la concavité du cylindre, ces intervalles font remplis par des lames circulaires b b, qui comme les lames tranchantes, ont deux pieds de longueur ; chacune de ces lames circulaires porte des deux côtés une languette fur toute fa longueur; ces languettes font arrêtées dans les rainures dd7 pratiquées le long des lames tranchantes TE
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- LE PAPIER; 1%j
- Âinfi ces lames circulaires, ont 18 lignes de large dd, trois lignes d’épaif-feur bb,Sc deux pieds de longueur.
- Pour affembler les pièces qui co'mpofent ce cylindre, on place les 2y lames tranchantes dans les 25 trous d'une des tourtes, avec chaque lame circulaire entre deux ; vers le centre de la tourte eft ajuftée une boîte de fer, compo^ fée de 4 lames de 2 pieds de long, affujetties de 8 en 8 poûces par des brides intérieures, & deftinées à embraffer mieux & à ferrer l'axe qui doit travers fer ce cylindre. Lorfque toutes les lames de la circonférence, & la boîte du centreront placées fur la première tourte, on place la^feconde tourte fur les tourillons des lames & fur les épaulements de la boîte ; une forte rondelle de fer, retenue par une clavette, affujettit tout l’affemblage, auffi-bien que les 2J écrous & les 2y vis dont nous avons parlé.
- Chacune des lames eft échancrée au burin fur toute fa longueur, comme on le voit en e ; l’échancrure a quatre lignes de profondeur & fept lignes de largeur; elle fert à couper mieux le chiffon, en multipliant les angles ou arêtes tranchantes de la furface du cylindre.
- L'affemblage de ces lames avec leurs tourtes, pefe environ 1200 ; l’arbre qui les traverfe avec fa lanterne, 800, en forte que le poids total de ce cylindre enarbré ne fera gueres que de 2000.
- EXPLICATION DES PLANCHES
- et des Figures, qui comprennent l’Art de faire le Papier.
- PLANCHE-PREMIERE.
- Choix OU délijfage des différentes qualités de chiffons 9 Dérompoir
- ÔC Pourriffoir.
- Figure L
- A, A, A, font trois grandes caiffes, divifées chacune en trois cafîbts, pour réparer trois différentes qualités de chiffons.
- 1,2,3, Caiïbts deftinés pour le Fin, le Moyen, ie Bulle.
- B, B, B, Déliffeufes ou Guilleres, qui deux à deux rempliffent les trois cal* fots.
- 1,2, Couteaux dont fe fervent les Déliffeufes pour ratiffer les chiffons;
- C, Un de ces couteaux vu féparement.
- D, Boulongeon ou traçe, mélange de raclures ou de chiffon groflîer que les Déliffeufes jettent à leurs pieds.
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- 128 ART DE FAIRE
- E, Ouverture par laquelle on jette les chiffons dans le pourrilfoir. LM,MN,NO, Largeur des caiffes qui reçoivent le chiffon.
- Figure IL
- A, Conduite ou gouttière qui fournit de l’eau au pourrifloir.1
- B, Cuve de bois ou arrive l’eau , pour fervir au pourrilfoir.
- C, Cuve de pierre qui fert quelquefois de pourrilfoir.
- D , Cailfe de pierre entourée de bois, dans laquelle on coupe les chiffons.
- E, Faux tranchante fixée dans cette cailfe, ou lame du dérompoir.
- F, Gouverneur ( ou Apprentif ) qui coupe les chiffons.
- G, Gerlon, petite cuve de bois avec laquelle on porte les chiffons au moulin?
- H, Tas de chiffons qui font en fermentation dans les coins du pourrilfoir.
- I, 2,3, Chiffons qui tombent de la chambre des Délilfeufes à celle du pour^ riffoir.
- PLANCHE IL
- Moulin à Papier Jîtué à la Grand9rive en Auvergne.
- r
- Figure I.
- A, Canal du ruilfeau qui fournit l’eau au moulin, & à tous les ouvrages intérieurs.
- B, Panier d’ozier par lequel l’eau palîe à la rigole C.
- C , Rigole qui fournit l’eau au grand repofoir.
- D , Canonnière qui arrête l’effort de l’eau Sc les impuretés qu’elle entraînoit*1 E , Grand repofoir où l’eau s’épure.
- F, Panier au travers duquel l’eau palfe dans la rigole G.
- G, Rigole qui fournit Peau au petit repofoir.
- H, Autre canonnière pour purifier l’eau.
- I, Petit repofoir, où l’eau achevé de dépofer fon gravier.’
- K, Grille par où l’eau va dans le bâchât long.
- L, Rigole qui mene l’eau au bâchât long.
- M, Canonnière vue féparément, démontée & hors du réfervoir*1 N , Rateüer au travers duquel l’eau du ruilfeau arrive fur la roue.
- O, Première gorgere, gorge ou auge, qui conduit l’eau à la roue,
- P , Chanée étriere, deuxieme gorge ou auge.
- Q * Q, Encloues ou encloufes, que l’on décroche pour détourner l’eau de? deffus la roue.
- R, R, Roue du moulin.
- S, S, Arbre des chevilles, qui éleve les maillets : on y a fait des moulures ad lieu des frétés de fer qu'il auroit fallu repréfenter dans la figure*
- 1,2, Cames ou Chevilles qui élevent les maillets^
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- LE P A P I E R: ta#
- T, Partie du bâchât long, qui fournit Peau dans les piles:
- V, V, Grippes de devant & de derrière, qui contiennent les maillets.
- X, Maillets qui hachent le chiffon dans les piles.
- Y , Batadoir dans lequel on lave les feutres.
- Figure IL
- A, A, Cintre de la roue.
- B, Bras de la roue, tant montés que démontés.
- C, C, Chanteaux qui recouvrent les alives par le côté.
- D, Alives, Aubes, Palettes ou Volets qui reçoivent la chûte de Peau, 8c donnent le mouvement à la roue.
- E , Jante , Courbe ou Courbette qui porte les alives:
- F, Coin qui ferre la Jante fur le bras de la roue.
- G, Clavette ou Cheville qui traverfe les chanteaux, & les entretient enfem^
- * >
- ble fur les jantes & les alives.
- H, H, Arbre de la roue ou des chevilles.
- I, Petit dormant, dans lequel efl; porté le pivot ou tourillon de Parbre:
- K, Gros dormant qui fupporte le petit.
- M, M, M, M, Bras de la roue, qui fe terminent chacun par une aube.
- O , Mafiîf de maçonnerie, qui porte le gros dormant.
- P, P, Chevilles ou cames de Parbre, qui lèvent les têtes des maillets.
- T, T , Tête quarrée de Parbre, dans lequel palfent les bras de la roue.
- V 5 Coin de bois pour ferrer les bras de la roue dans la tête de Parbre.r
- PLANCHE IIL
- . y
- Plans SC Elévation de la Manufacture de Langlée, près Montargis.
- A, Branche du Canal Royal de Montargis, qui conduit Peau à la Papeterie pouf remplir un balîïn de réferve.
- B, B, Iffues du baffin, qui conduifent Peau dans les courflers du moulin.
- C, C, Grande roue du moulin.
- D , D, Bâtiments où font les pompes qui fourniffent Peau dans les cuves. d, d, Tringles de fer par le moyen defquelles la roue fait agir les pompes. d, d, au bas de la figure dans Péiévation, repréfentent auffî le bâtiment des pompes.
- E, Cuves à cylindres où fe travaille le chiffon.
- F, Cuves de POuvrier où fe forment les feuilles de papier.
- Tuyaux de plomb, qui portent Peau des réfervoirs aux différentes cuves.
- G, G, Caiffes de dépôt où fejourne la pâte, en attendant qu’on en faife ufàge* g> g y Tuyaux de plomb par lefquels la pâte coule dans les caiffes de dépôt.
- Papier. Kk
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- i3o ART DE FAIRE
- H, H, Preffettes doubles & Amples , où Ton exprime l’eau des porfos blanches^ & où Ton tient le papier en preffe.
- h y h, Ouvertures qui répondent aux cuves d’Ouvrier pour l’écoulement des eaux. Elles font au bas de la Planche.
- I, 1, Tours ou 'Cabeftans, avec lefquels on augmente la force des prefles.
- K, K, Piliers qui foutiennent les planchers.
- L, L, Prefles qui répondent à chaque cuve pour prefler en porfe-laine. r, r, Petits réforvoirs pour la diftribution de Peau.
- T, T, Table des Trieufes & des Compteufes.
- V, Marteau à liffer, qui tourne par le moyen d’une manivelle.
- X 3 Iflùes de l’eau au fortir du moulin.
- Les autres parties du bâtiment font cotées dans la Planche, & n’exigent aucune explication.
- PLANCHE IV;
- Intérieur du Moulin à pilons.
- Figure L Perfpeclive du Moulinf
- i
- A, La roue du moulin.
- B, B , L’arbre des chevilles.
- C , Chevilles qui élevent les maillets.
- D , Maillets, Pilons ^Marteaux qui pilent les chiffons;
- E, Grippes de devant qui portent les queues des marteaux.
- e y Grippes de derrière qui contiennent les têtes des marteaux.
- F, F, Arbre des bachats, ou Arbre des piles, dans lequel font creufés les bachats.
- G, Bachats ou creux de piles.
- H, H3 Bâchât long, ou gouttière qui conduit Peau dans les piles.
- I} i y i y Crochets qui fupportent le bâchât long contre le mur.
- 2 y 2 y 2 y Chanelettes ou gouttières qui donnent Peau aux bachaflbns.
- I, Petit dormant.
- K, Gros dormant.
- L, Le char du moulin qui porte tout l’aflemblage.
- M 3 Gerle ou Gerlon, dans lequel on verfe la pâte raffinée qui fort de la pile de l’Ouvrier.
- N 3 N, Cuvettes ou Caiffes qui reçoivent les chiffons au fortir des Piles-floran,; Figure IL Plan géométral du Moulin,
- A, La roue.
- B , B, L’arbre des chevilles.
- C , Chevilles ou MentonnetS.
- D , Maillets ou Pilons.
- E, Grippes de devant.
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- L E P A P I E R. ï3r
- c , Grippes de derrière.
- F, Arbre des bachats. i
- G, Bachats ou creux de piles.
- H, H, Bâchât long.
- I, Rigole qui Fournit le bâchât long;
- I, i, i, Crochets qui le tiennent au mur.
- 2,2,2, Chanelettes qui donnent l’eau aux bachallbns.
- K, K,K, Bachalîbns couverts de leurs couloirs.
- 3 , Chanelettes qui donnent l’eau aux bachats.
- L, Ponteau de bois fur lequel on pafle le folle de l’eau qui mene la roue*1
- M, Duvettes à mettre les chiffons.
- * »
- Figure IIL Détail des pièces qui compofent le Moulin•
- À, A, Maillet ; a, a, Liens des deux bouts du maillet, ij 2,3 , Coins à ferrer les liens.
- B, B, Têtes du maillet, dont une à part rompue. b, b, Les dents ou clous qui hachent les chiffons.
- C, Partie d’une Grippe de devant, fupportant la queue du maillet;
- D 8c p. L’éperon qui garnit le deffous de la tête du maillet, & qui garantît le bois.
- E , l’engin qui fert à arrêter les maillets; e, Virole ou étrier de l’engin. e, au bas de la Planche, Grippe de derrière.
- F, Grippe de devant.
- *c 3*r,* Oy Crochets pour tenir les maillets élevés. i, 2, Trous pour affujettir les grippes de devant à l’arbre des bachats.
- G, Coupe d’un bâchât vu par moitié en dedans à plomb jufqu’au fond.
- H, Cuvette ou RInçoir pour laver les piles.
- * h, Couverture du kas. - *
- I, Coupe d’une pile, par là partie inférieure.
- K, Semelle ou plaque de métal ovale, qui couvre le fond des piles*
- K, Piece de bois qui fert à tirer le kas.
- L, Place du kas au devant de la pile.
- M, Kas ou Chaffis de crin, qui laide fortir l’eau des piles, à rnefore que le Chiffon efl: lavé.
- m y Pince du kas, ou poignée qui fert à le tirer de là place.
- N, Clous à tête plate, qui fervent à attacher une toilette de crin for Je chaffis du kas.
- p y Eperon qui garantit le bois de maillets.
- X , Coin de bois qui affujettit la tête du maillet.
- Y, Boulon qui retient les maillets dans la tête des grippes de devant»
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- 13* art de faire
- Z, Boulon de fer qui paffe au travers des queues des maillets , & leur fert de pivot.
- PLANCHE V.
- Élévation 3C Plan du Moulin à Papier, qui agit par le moyen des Cylindres, exécuté à Montargis•
- A, Courfiere dans laquelle tourne la grande roue.
- C, C > Grande roue à aubes , qui tourne par le moyen de lfeau. 1.
- D , C, Arbre de la grande roue, qui porte le petit rouet & la manivelle.
- d, Extrémité du même arbre, qui fait mouvoir à gauche un femblable équi*-page. '
- F, Lanterne de 34 fufeaux, qui eft conduite par le petit rouet.
- G , G , Axe de la lanterne, qui porte auff le grand rouet.
- H, H , Grand rouet de 67 aluchons, qui paffe fur trois cylindres.
- I, I, I, Lanternes des cylindres.
- K, Cylindre découvert & tournant dans fà cuve.
- Ly Cylindre recouvert de fon chapiteau.
- M , Place du cylindre dans fa cuve. .
- m , m , Plans inclinés qui font de chaque côté du cylindre. ,4
- N, N, Séparation ou clôifon qui partage la cuve fur une partie de fa Ion-* gueur.
- n, Place des chaffs qui empêchent la pâte d’être jettée au dehors de la cuve par le mouvement du cylindre.
- O, Tuyau par lequel la pâte fort de la cuve, pour être conduite dans les çai£* v fes de dépôt.
- P, P, Partie de la cuve occupée par le cylindre.
- Q, Q, Partie de la cuve, occupée par le chiffon.
- R, R, Petit rouet de 41 aluchons, qui conduit la lanterne du grand rouet.
- V, Tuyau pour conduire au dehors Peau qui a lavé les chiffons.
- PLANCHE VL
- Détails du Moulin à Cylindres, Chaffis & Laminoir.
- N. B. On n a pu mettre aucune échelle dans cette Planche, à caufe de la trop grande dlverjïté des objets qui y font repréfentés.
- A , Plan incliné par lequel les chiffons arrivent fous le cylindre.
- B , Platine de métal fur laquelle eft broyé le chiffon. b 9 & , Plan de cette même platine en grand.
- C , Concavité dans laquelle tourne le cylindre.
- D, Plan incliné par lequel les chiffons fortent de deflbus le cylindre, & re^ tombent dans la cuve.
- E, F, Vue extérieure d’une cuve à cylindre,
- M
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- *33
- LE PAPIER.
- fy h , Piece de bois, ou levier qui fupporte le pivot du cylindre.
- G ^ Chapiteau qui recouvre le cylindre.
- g , Centre du cylindre qui s’élève par le moyen du levier h.
- y 3 Coupe de la platine fur fa largeur.
- H 3 Place du cylindre.
- I, Chaffis qui retiennent les chiffons,
- A3 Extrémité du levier^ A.
- L 3 Eau qui coule dans la cuve pour laver le chiffon,
- M 3 Cric deftiné à élever le cylindre par le moyen du levier A N 3 Coin de bois, par lequel on jauge & on fixe l’élévation du cylindre.
- P, Porte qui fe leve pour laiffer couler la pâte lorfqu’elle eff faite,
- Q, Tuyau de plomb qui conduit la pâte aux cailles de dépôt.
- R 5 Cric pour élever le cylindre.
- S, T 3 Arbre du cylindre, de 8 pieds de long. ; ; A
- V, V, Longueur du cylindre. < :
- u y u, Diamètre du cylindre.
- w , w 3 Rondelles de fer qui empêchent l’huile des pivots de s’étendre,
- Z, Lanterne de 7 fufeaux, qui eff portée fur l’arbre du cylindre.
- Y, Plan de la lanterne du cylindre,
- Z 3 Tourte, about, ou cercle de fer croile, qui fert de bafe à chaque côté du cylindre, & reçoit les lames de fer qui le compofent.
- A, Rouet qui tourne par le moyen de l’eau, & qui fait mouvoir le cylindre du laminoir.
- B 3 Cylindres de cuivre d’un pied de diamètre, & de 30 pouces de long entre lefquels on fait paffer chaque feuille de papier.
- C 3 C , Coins de bois qui fervent à ferrer les cylindres l’un contre l’autre.
- D 3 D , Chaffis à double couliffe vu de profil, pour modérer les iflues du vent dans l’étendoir.
- E, E, Plan des chaffis qui gliffent l’un devant l’autre, à moitié fermés. Voye£ art. 12.
- PLANCHE VIL
- Figure I.
- Elévation d'un Moulin à Papier exécuté en Hollande*
- Â, A, A, A, Poteaux corniers qui forment la cage.
- <z, ay Tour ou Treuil , qui fert à tirer au vent.
- B, B, B, Croix de S. André, qui aiïujettiffent la charpente.
- b, b 3 Liens ou piecesde bois qui arcboutent & qui foutiennent la charpente;
- C, D, Arbre tournant, dirigé au vent.
- d3. Heurtoir qui foutient le pivot de l’arbre tournant contre l’effort du vent.
- Papier* Ll
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- i34 ART DE FAIRE
- E, Rouet de 61 aluchons.
- e, e, Volants fur lefquels portent les ailes du moulin.'
- F, G, Arbre debout qui communique le mouvement aux cylindres.'
- H, rouet de 57 aluchons , qui fait tourner trois cylindres.
- K, Chapiteau qui recouvre un des cylindres.
- L; L, Arbre de renvoi qui communique le mouvement à deux mouffoirs.
- M, Rouet de 23, qui porte à l’extrémité inférieure defon arbre un autre rouet deftiné à faire tourner les moulfoirs.
- N , Cuve d’un des moulfoirs ou cylindres affleurants.
- O , Rouet qui fait aller la pompe.
- P , Rouet qui porte la manivelle de la pompe.
- p,p,p, Corde qui fert à élever le rouet P, lorfqu’on ne veut point d’eau." R,Q,S,B rinbale de la pompe, qui efl; mue par le point Q, & tourne au** tour du point S.
- R, R, S, Tringle du pifton , qui delcend dans la bufe S du corps de pompe.
- ' T , Réfervoir ou Cuvette, qui reçoit l’eau de la pompe fur la longueur.
- V, Autre réfervoir où l’eau palfe en fortant du premier, vu fur fà largeur.
- V, u, V,«, Tuyaux ou Chenaux, qui portent l’eau dans les cuves à cylindre*
- X, X, Gallerie qui régné autour de la charpente pour le fervice du moulin.
- Y, Z, Queue du moulin, pour le tirer au vent.
- y }y, Pièces en écharpe, qui fortifient la queue du moulin fur le comble tournant Z,
- W, W, Plateforme fur laquelle tourne le comble dumoulin avec le rouet > l’arbre , & tout ce qui en dépend.
- Figure II9
- Portion de la coupe d’un Cylindre creux exécuté par M. DMSTRiCHESi
- R, R, S, S , Alfemblage de trois lames avec deux intervalles.
- T, V , Epaiffeur des lames, qui efl: de 18 lignes.
- T , T', Hauteur des lames, qui efl: de trois pouces.
- X, Ecrou qui arrête fur la bafe ou tourte de fer, les goujons à vis qui termi-; nent chaque lame.
- Y, Vis à tête quarrée, qui entre dans la lame pour la mieux contenir fur la bafe.
- Z, Z, Intervalles de 18 lignes qui font entre les lames.
- b, b, Lames circulaires qui forment les intervalles des lames tranchantes.
- d, d, Rainures pratiquées dans les lames tranchantes, où entrent des languettes pratiquées aux lames circulaires.
- e, Echancrure de quatre lignes, quon pratique fur chaque lame, pour mieux couper le chiffon.
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- LE PAPIER. PLANCHE VIII.
- m
- Cylindres faits à la maniéré de Hollande ;Plan de la partie inférieure du Moulin , dont U élévation formoit la Planche VIL
- A, A, Coupe d'un cylindre affleurant, ou mouffoir, tout en bois, recouvert d'un chapiteau, & tournant dans une concavité fans platine*
- B, B , Concavité de bois , fur laquelle eft agitée la pâte.
- C, Coupe d'un cylindre conftruit à la façon des Hollandois*
- D, Platine de métal fituée fous le cylindre.
- d, d, Coupe verticale d'une cuve à cylindre.
- E, Une des lames qui garniffent le cylindre.
- e, e> Rainures pratiquées à chaque lame, pour y faire entrer un cercle de fer:
- F, Chaffis de verjure, qui fe place'dans le chapiteau enfP pour laiffer paffer; l'eau, & retenir la pâte.
- f, Place du chaffis de verjure.
- G, Piece de bois, qui ferme le chapiteau en g, lorfqu'on veut retenir Peau:
- g, Situation de la planche qui retient l'eau.
- y, Dalon ou Gouttière qui reçoit l'eau pour la porter hors du moulin, lorf; qu'elle a lavé le chiffon.
- H, Plan du,rouet qui fait tourner les trois cylindres.
- I, I, I, Rouets portés à l'extrémité de chaque cylindre, pour recevoir 1$ mouvement.
- K, K, K, Plans des cuves avec leurs cylindres.
- L, L, B, Arbre de renvoi qui communique le mouvement aux deux mou foirs.
- M, Plan d'un rouet, au deffous duquel eft placé, fur un même axe, celui qui engrennedans les mouffoirs.
- N, N, Plan des cuves & des cylindres affleurants ou mouffoirs.
- P, Dalons ou Gouttières dont la coupe eft repréfentée en y*
- PLANCHE IX.
- Moulin d'une forme conique, propofé par M. de Gens s an e*
- ^ t
- Figure /. ^
- A, Plan de la cuve dans laquelle tourne le cône.
- B, C, D, Cône armé de lames de fer, fubftitué aux cylindres.
- E, F, Platine qui fe place de chaque côté de la cuve.
- G, Crapaudine dans laquelle tourne le pivot du cône.
- G, s, H, X, Levier brifé & coudé, qui fert à élever ou abaifler le côfte*
- H, Charnière du levier, G, H, X.
- I, Lanterne qui eft portée fur l'axe du cône.
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- r5S ART DE FAIRE
- K, Rouet qui fait tourner la lanterne, & qui eft mû par le moyen de l’eau." M, O ? Situation des platines dans la cuve de chaque côté du cône.
- R, R , Elévation du cône dans là cuve.
- r, r, Intervalle qu’il y a entre le cône & les platines , quand la crapaudine G eft relevée.
- S, S, Difpofition des platines , parallèlement aux côtés du cône.
- s, Pivot fixe autour duquel tourne le levier G, s, H.
- X , Ecrou par le moyen duquel on éieve ou on abailfe le cône.
- Figure IL
- Machine pour couper le chiffon à la place du dèrompoir, proposée par M. de Genffane.
- T , T, Cuve pour la machine qui peut fervir de dèrompoir.
- V, V, Séparation de la cuve.
- V} Y, Plan incliné armé de tranchets, pour couper le chiffon.1 C > Cylindre tournant, entaillé pour faire place aux tranchets.
- B D , Mouvement du chiffon dans la cuve. m , Lanterne portée fur le cylindre tournant.
- Coupe du cylindre qui fait circuler le chiffon.
- Z, Z, Le meme cylindre vu de profil.
- P , Axe du cylindre , qui porte une lanterne. f,f, g, g, Entailles du cylindre, qui font place aux tranchets. u 9 y > Plan incliné, fur lequel les chiffons font amenés par le cylindre.' a, b, c Tranchets d’acier, ou lames tranchantes qui doivent couper le chiffon par morceaux de 2 à 3 pouces.
- PLANCHE X.
- Formes ou Moules avec lefquelles on puife les feuilles de Papier.
- A , A, Chaflis de la forme du papier à la Cloche, vu par deffus.
- B , B , Chaftis vu par deffous.
- C, C, Fufeaux garnis de fils de laiton, pour affèmb 1er & contenir les fils de la verjure, en paffant à chaque fois un des fufeaux de deftus en deftous, & l’autre de deffous en deffus.
- D , D , Pontufeaux ou Pointufeaux qui foutiennent la verjure, vus par leur côté tranchant.
- E , E , Pontufeaux vus par leur côté arrondi, qui eft le delfous de la forme.; F , F , Fufeaux garnis de fils de laiton.
- G , G , Fufeaux au commencement du travail.
- FI, H, Tringle du chaffis dans laquelle entrent les extrémités des pontufeaux.
- G,G,H,H,
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- *
- y. >.-
- LE PAPIER. 137
- G , G, H, H , au bas de la Planche, Cadre, couverture qu ôn applique fur la forme.
- 1,1, Pontufeau vu par delfus , ou par fon côté aigu.
- K, K, Pontufeau vu par delfous, ou par fon côté arrondi»
- L, L, Lame de cuivre qui recouvre les extrémités de la verjure:
- M, N, Tranchefile, Fil de laiton qui fert de premier Sc de dernier pôtitu» feau, liir lequel les enverjures font parfilées.
- P, P, Equerres de cuivre, pour affembler les tringles du chaflîs*
- PLANCHE XI.
- Travail dit Papier lorfque les feuilles fe forment, fe couchent
- ÔC Je mettent en prejfe.
- Figure /.
- A, Ouvrier, Plongeur ou Ouvreur placé dans fa nageoire jufqu’à la ceinture* qui tire de la cuve là forme chargée d’une couche de pâte, qui doit former la feuille, pour la faire glilîer jufques vers le Coucheur*
- B, Cuve de l’Ouvrier où eft la pâte délayée & chaude.
- b y Ouverture du piftolet, qui échauffe l’intérieur de la cuve*
- C , Couverture de la forme.
- D , D , Formes ou Moules vus dans les deux fens.
- F, Coucheur, qui reçoit la forme chargée d’une feuille* & la fenverfè fur le drap ou feutre*
- fy Couvercle du trapan, qui le met fur la porfe avant de la prefler.
- G, Porfe déjà faite ou alfemblage de feuilles, féparées par un feutre*
- g y Bêche, bâton crochu pour tirer la porfe fous la preffe.
- H, H, Preffe pour exprimer l’eau de la porfe.
- I, 2,3 , Mifes, ou pièces de bois, qui fervent à charger la porfe quand on là met lous la preffe*
- y , Planchette fur laquelle on fait la forme.
- 6 y Trapan de cuve ou Egouttoir fur lequel le plongeur met fa forme.
- 7,8, Bâtons de l’égouttoir contre lefquels on releve la forme.
- I, Apprentif, Leveur de feutres, qui découvre chaque feuille, & rend le feutre au Coucheur.
- K, Leveur de papier, qui détache les feuilles de deffus le feutre, & les met fur fa felle qui eft inclinée, & fur laquelle il forme la porfe blanche.
- L, Prelfette ou l’on preffe le papier en porfe blanche.
- M, Baffine de cuivre pour mettre de la pâte dans la cuve.
- R, Poye ou Bâton qui fert à contenir la vis de la preffe * quand on change le levier de trou.
- Papier* M m
- /
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- i3 S ART DE FAIRE
- \
- Figure IL
- A, A, Montants de la prefle.
- B j Cuve de l'Ouvrier en bois, cerclée de Fer, avec fon piftolet de cuivre en forme de veflie, recouvert d'un foureau de toile.
- C, Selle de la prefle.
- D , Vis de la prefle, garnie de plufieurs trous pour y pafîer un levier ; il vaut encore mieux qu’elle foit faite en forme de lanterne à quatre fufeaux.
- E, Ecrou fixe au haut de la prefle.
- F, Le trapan ou drapan fur lequel fe fait la porfe. frfi Menilies ou poignées du trapan.
- G, Bêche ou crochet, pour tirer le trapan par fes menilies.
- H, Couvercle du trapan.
- I, Selle du Leveur en forme de chaflis incliné.
- L, Chandelier à l’ufage de la cuve.
- M , Egouttoir de la cuve.
- / 5 m, Chevilles qui foutiennent la planche de la felle.
- N, Tour de cuve ou bordure échancrée de la cuve, où fe met la nageoire. n 5 Planche de la felle du Leveur, inclinée de yo degrés.
- O , Douves de la cuve qui font aflujeties par des cercles de fer.
- P, Piftolet, de forme cylindrique, dont on fe fert dans certains pays.
- * * Bâtons de l’égouttoir.
- .PLANCHE XII.
- Collage du Papier.
- Figure I.
- A, Ouvrier, qui enleve de la cuve le tripier ou panier qui renferme les rebuts de la colle.
- B , Ouvrier qui la pafle par le couloir fur Parquet, pour en féparer les ordures; C , Salleran, qui colle les feuilles de papier en les trempant dans le mouilloir ou mouilladour.
- D, Prefle où le Salleran met le papier collé pour dégorger le fuperflu de la colle. d, d, Petites planches de fapin dont fe fe rt le Colleur.
- E , Soutrait de la prefle dans lequel il y a une gouttière.
- F, Gerlon pour recevoir la colle fuperflue qui coule de deflous la prefle.
- G , Cuve où la colle fe cuit. i
- H, Cuve où l’on paife la colle.
- I, Mouilloir dans lequel on colle, 3c que l’on entretient dans une douce chaleur.
- K, Tripier ou panier chargé de tripes avec lefquelles on fait la colle.
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- LE PAPIER. >139
- L y Poulie par le moyen de laquelle on retire le tripier de la cuve»
- Figure IL
- A, Gerlon qui reçoit la colle de la prede.
- B, Panier qu’on nomme le tripier 3 dans lequel on fait cuire les rognures de cuir.
- C > La grande cuve ou première cuve où fe cuit la colle.
- D * Petits ais ou planches de Sapin pour prendre les poignées de papier > Sc les coller fans les déchirer.
- E, Mouilladoir ou Mouilladour dans lequel on colle.
- F ? Trépied pour fupporter le mouilloir. '
- G* Réchaud ou CalTole pour entretenir le mouilloir dans une douce chaleur»
- H, Badine de cuivre pour tranfvuider la colle.
- I, Arquet ou chadis que l’on étend fur la petite cuve avec un drap pour couler la colle.
- K > Petite cuve dans laquelle on pade la colle au travers de l’arquet.
- PLANCHE XIII;
- Etendoirs à Papier»
- Figure L
- À, Partie d’un étendoir en perlpeélive.
- B > Ouvrière qui met le papier en pile avant de le porter au lifToir» ,
- C, Ouvrière qui étend le papier avec fon ferlet.
- D y Ouvrière qui retire le papier lorfqu’il eft fec.
- E , Banc des Etendeufes. f V'
- F , Selle qui porte les balons de papier lorfqu’on les étend.
- G 9 G y Piliers ou jambes} qui fupportent la ferme de l’étendoir*
- F I G U R E IL Plan d'une partie d’Étendoin
- A 3 Perches quarrées dans lefquelles font des trous pour foutenir les guimées* C 3 Guimées ou bâtons ronds y qui portent les cordes.
- PLANCHE XIV;
- Travail du Lijfoir à la main SC au marteau ; des Trieufes %
- des Compteufes.
- Figure /.
- A y A y Les Lideufes qui frottent le papier avec un caillou. dp a3 ap Cailloux qu’on nomme Liffoirs*
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- x4o ART DE FAIRE LE PAPIER.
- B, B y B, Trieufes qui examinent le papier au tranfparent ou à travers jour, pour en reconnoître les défauts.
- C , Trieufe qui nettoye le papier avec un couteau.
- X , I , Liffoirs à part.
- \2, 2, Couteaux des Trieufes.
- D 3 Balons de papier.
- Figure IL
- A 9 Ouvrier qui contient le papier fous le marteau, pour ÜiTer les grandes fortes.
- B , Marteau dont le manche traverfe le gros mur. b, Papier qui eft fous le marteau'.
- C, Manche du marteau, qui eft mu par le moyen de Peau.
- D , L’enclume fur quoi l’on met le papier.
- E ? E , La même enclume à part démontée.
- F, Billot ou bloc dans lequel on enchâfle le pied de l’enclume.
- G, Balons ou piles de papier, qui ont été lüfées.
- La Planche VI contient une troijieme façon de HJJer le papier,
- table*
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- LE PAPIER:
- TABLE DES MATIERES
- Contenues dans cet Ouvrage,
- Avec l’explication des termes qu’on y emploie.
- Les chiffres indiquent les Articles & non les
- A
- A bout , bafe des cylindres qui fervent à broyer le papier : c’eft ordinairement une platine de fer,croifée. Article 53
- Voyez Tourteau , & le Supplément, p. 124 Acanthium , nom d’une Plante dont les anciens ont fait des vêtements. 161
- Adrachne , efpece d’Arboifier qui ref-femble au Ku-chu dont on fait le papier à la Chine. x74
- Affinage ou raffinage de la pâte qui forme le papier. 37>$1î66.
- Affleurer , c efhà-dire , délayer la pâte lorfqu’on veut l’employer. 37 , 61,74
- Affût , chaffis de bois dont on forme les moules, qui fervent à puifer les feuilles de
- papier. 7 S
- Agraffes , clous de fer qui attachent les platines au fond des creux de piles. 3 6 Aigle , grand-Aigle , nom d’une efpece de papier , ( Voyez le Tarif de 1741, p. 99 )
- art. 146 , 148
- Algue marine, nom d’une Plante fur laquelle on a fait des efîais pour l’employer à la fabrication du papier. i$i> 164
- Alives. Voyez Aubes.
- Aloes , autre Plante qui pourroit fervir au même ufage. 154
- Alun : fon effet dans le collage du papier ; fa dofe d’un vingtième du poids du papier. # 1Q3
- Ambalard , efpece de brouette dont on
- fe fert pour tranfporter la pâte. 81
- Amboine , Ille des Indes orientales , où Ton fait des filets avec le Gnemon, 133 ; & du papier avec diverfes Plantes. 1 $6
- Amsterdam , Armes d’Amfterdam, nom d’une efpece de papier. Voyez le Tarif.
- Andouilles. Défauts du papier qui viennent de la pâte accumulée dans certaines parties de la feuille. 87
- Angin. Voyez Engin. Piece de bois qui fert à élever les maillets, & à diriger un moulin à vent.
- Angleterre. Manufa&ures & Réglements pour le papier. 144
- Angoumois , papier qui fe fabrique dans-cette Province. 137
- Anonay , Ville du Vivarais où l’on fait Papier,
- Pages} à moins quelles ne [oient dêftgnees.
- de très-beau papier. 138
- Apqcin. Voyez Ouette , Plante dont le duvet pourroit fervir au papier. 161
- Apprentifs , leurs fondions dans le travail du papier. Voyez Leveur de feutres : leurs obligations. Voyez le Réglement, page P4-
- Arbre de bout, piece de bois fituée ver* ticalement. 61]
- Arbre des, bachats. Voyez Rachat. 4,9 Arbre des volants : c’eft celui qui porte les ailes d’un moulin à vent. 6i\
- Armes d’Amfterdam. Voyez Amflerdam*' Armure , couverture ou enveloppe greffier e des rames de papier fin , qui eft formée de deux traces ou feuilles de gros papier bleu ou gris. 12y'
- Arquet , couloir 3 civiere , chaffis de corde fur lequel on étend un drap pour paf-fer la Colle avant de l’employer. 1 o 1!
- Atlas , nom d’une forte de papier. Voyez le Tarif.
- Avantagés , travail extraordinaire des Ouvriers dans les Papeteries. Voyez i3 Arrêt du 27 Janvier, art. III, page 96. \
- Aubes, auges, alives, palettes, godets ^ font les parties d’une grande roue qui reçoivent l’impulfion de l’eau. Supplément, page 124. article 3 ?
- Avo , efpece de Mauve , dont on fait du papier à Madagafcar. iy 1!
- Auvergne, Province de France où fe fabrique le meilleur papier de l’Europe.
- 25> l3Ï
- B
- Bachasson , petite auge ou caiffe de bois qui donne Peau aux piles. 43
- Bâchât, mortier, pile : ce font des cavités formées dans une piece de bois , pour y piler les chiffons ; leur contenue ; leurs dimenfions. 3 S 9 37 >49
- Bachat-long , piece de bois creuiée en forme de gouttière, qui conduit l’eau dans l’intérieur du moulin. 42
- Bacholle , cafferole de cuivre dont on fe fert pour tranfvuider la pâte. 81
- Ballon , quantité de papier qui eft à peu près d’une rame : c’eft le nom qu’on lui donne au collage. ioy
- N n
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- 142 ART DE
- Bambou , efpece de rofeau qui fert à faire du papier à ia Chine. 1^4, 171
- Bananier y arbre dont les feuilles font extrêmement grandes, ôc peuvent fervir à faire du papier. 15*3
- Barbe , bord des mains de papier. Voyez Dos & barbe. * 1 19 , 120
- Bas à homme, Bas à femme, fortes de papiers d’enveloppe. 149
- Bascule ou brinbale de pompe, tringle de fer qui fait jouer le pifton. 61
- Baskerville , célébré Imprimeur à Birmingham en Angleterre. 117
- Batadoir , banc fur lequel on lave les feutres ou langes. 80
- Batard , nom d’une forte de papier. Voyez le Tarif.
- Bâton royal , nom d’une forte de papier. Voyez le Tarif
- Beche , bâton recourbé qui fert à tirer le trapan fous la preffe. 90
- Beost ( M. de ) Secrétaire en chef des Etats de Bourgogne , & Correfpondant de l’Académie, a eu beaucoup de part au nouvel établiffement de Vougeot. 5 6
- Berd , nom que donnent les Egyptiens à la plante du papier. 2
- Blanchets , en termes d’imprimerie, font des pièces de drap qu’on étend fur la forme. 117
- Blancheur du papier, vient fur-tout du lavage. 6 o, 177
- Bois pourri pourroit s’employer à faire du papier. 166
- Boulongeon , amas de toiles rouffes & groiïieres, de raclures & de coutures, qui ne peuvent s’employer dans le papier. 13 Bourdonné , papier bourdonné ou ridé.
- Bourgogne , Province de France qui fournit les chiffons les plus eftimés, Supplément, page 3 2$
- Bouteilles , défaut du papier. 122
- Br asser la cuve , opération néceffaire pour la perfe&ion du papier. 8 3
- Brinballe. Voyez Bafcule. 61
- Brochette , matière de la colle ou rognures de peaux. 98
- Brulé , papier brûlé de colle. 104, 106 Bulle , papier bulle, la troifieme Ôt la derniere efpéce du papier à écrire. 123
- Buse,ou corps de pompe, cylindre creux où monte l’eau. * , 61
- C
- Cabestan , machine qui fert à tourner fortement là vis des preftes à papier. 92 * Cadran , forte de papier. Voyez le Tarif Caillé , papier caillé. 28
- Caisses de depot, cuves de pierre où féjourne la pâte. 73
- Cal apa , efpece de palmier, qui fert à faire des étoffes. 1 ^ 3
- . Camelotier, nom d’un papier d’enveloppe
- faire
- qui fert aux Fabriquants de camelots; 149, Cames , mentonnets ou chevilles qui fervent à lever les marteaux ou pilons, leurs dimenfions. 33 , 4*
- Camus ( M. le ) de l’Académie Royale des Sciences, part qu’il a eue dans l’éta-bliffement de la Manufa&ure de Montargis.
- 141
- Canal de Briare, fur lequel eft fitué la Manufacture de Montargis. 1411
- Canoniere , petite caiffe dans laquelle paffe l’eau pour fe purifier. 25
- Carré, forte de papier. Voyez le Tarif, page 99.
- Carron , bon carron, un des angles de la feuille de papier, qu’on a coutume de rendre plus fort. , 87,95
- Cartier, forte de papier qui s’employe à faire les cartes à jouer. Voyez le Tarif, page 102.
- Cassé, papier cafté, dont les feuilles ne font pas entières. 121
- Cassolle, réchaud dont on fe fert pour échauffer la colle. 104
- Cassots , cafés ou fubdivifions des caif-fes, où les Déliffeufes mettent les différentes efpeces de chiffons. 8
- Cat ( M. le ) Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Rouen ; part qu’il a eue dans cet Ouvrage. Voyez l’Avertijfement.
- Cavalier, forte de papier. Voyez le Ta*
- rîf> Page S9-
- Chaleur de la cuve où l’on fait le papier; fon degré, fon utilité , fes inconvénients.
- 80,83 , 87
- Champi , forte de papier- Voyez le Tarif, page 99.
- Chanée étriere , gouttière qui conduit l’eau fur la roue. 29
- Chanelette , petit tuyau de bois qui porte l’eau d’une auge à l’autre. 43
- Chanteaux ou jantilles, planches de fa-pin qui bornent la roue & en forment les aubes ou godets. 33
- Chantonné , c’eft le nom du papier où il y a quelque légère défeCfuofité. 118
- Chanvre , plante ufuelle dont on peut faire du papier fans qu’elle ait paffé par l’état de chiffons. 1 $ 7 , 172
- Chapelet , forte de papier. Voyez le Ta-rif, page ÿÿ.
- Chaperons , défauts du papier. 97; Chapiteau , caiffe ou tambour de bois qui recouvre les cylindres pour empêcher que la pâte ne foit rejettée par le mouvement. 64
- Char du moulin ; c’eft l’affemblage ou la charpente des piles, des roues ôc des maillets. 43
- Chardon , ufage de cette Plante relatif au papier. 161
- Charme , ufage de cet arbre relatif au papier. 162
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- L E
- PAPIER,
- Châssis du chapiteau; y 4
- Châssis à double coulifle pour former les étendoirs. 112
- Chateignes, fortes de défe&uofités dans le papier. 87
- Chaux. , fon ufage dans la fabrication du papier. 18 , 173
- Voyez le Règlement, page 90.
- Chenilles , ufage de leurs coques pour Faire du papier. 168
- Chi, nom du papier de la Chine. 171 Chiffon , matière du papier , fon prix, fa qualité; art. 9, fa confommation, 132, 13 3 ; quantité qu’on en recueille en France , 1134; fon commerce. 143
- Voyez le Réglement , page 97, ôc le Supplément , page 123,
- Chiffonier.es , Pattieres , Drapelieres : femmes qui vont dans les Provinces ramaf-fer le chiffon. p
- Chine, papier de la Chine, art. 169; maniéré de le coller, 177; extrême longueur de ce papier, 178 ; caufe du défaut de blancheur, 177 ; grande confommation. 178 Chu-ku, ou Ku-chu,efpece de Sycomore 'dont on fait du papier à la Chine. 174
- Civiere. Voyez Arquet, Couloir, BachaJ-
- fon. . 44
- Cloche , forte de papier. Voyez le Tarif, page 100 ôc 101.
- Clusius , célébré Auteur de Botanique.
- n’eft pas également dîftribuée. 8p
- Couleur du papier. 6% , 130
- Couloir. Voyez Arquet.
- Couperose ou vitriol ; fon ufage dans la colle. 103
- Coupoir ou Dérompoir , lame de faux tranchante , ou cylindre armé, qui fert à couper les chiffons par morceaux de deux à trois pouces, avant de les mettre au pour-riffoir. 21,72
- Couronne, forte de papier. Voyez le Ta-rif, page 1 o 1.
- Coursier ou Coursiere , conduite d’eau en maçonnerie ou en charpente dans laquelle tourne la grande roue. Voyez le Supplément, page 123. 30
- Coutelas , forte de papier. Voyez le Tarif, page ioi.
- Couture , fouder fur couture, c’eft recoller l’extrémité d’une feuille de papier lorfqu’elle fe déchire dans l’opération de l’étendoir. 113
- Coutures des chiffons, doivent être mi-fes à part. 1 3
- Couverte , couverture , cadre ou chaflis de bois qui fe place fur la forme. 77
- Creux de piles. Voyez Bâchât. Croisetie , forte de papier qu’on envoie fur-tout au Levant. 147
- • Croissant, papier aux trois Croifiants, forte qui s’envoye au Levant. ïhïd.
- 134
- Çobre , pâte du papier déjà effilochée.
- 73
- Cocotier , forte de palmier dont on peut tirer du papier.
- Colle du papier formée de rognures de peaux, ôc d’alun, .98. Colle de poiffon,99 ; inconvénients de la colle, 107 ; maniéré de l’employer. 104
- Colombier , forte de papier. Voyez le Tarif, page 99.
- Compte , papier de compte. Voyez le Tarif, page 101.
- Compteüses , Ouvrières qui choifififent, comptent ôc affemblent les feuilles. 119
- Consommation de chiffons en France. 132
- Contraventions aux Réglements. Voyez Réglement.
- Cordages , leur inconvénient dans l’é tendoir, 109 ; leur difpofltion. iio
- Cordât , ferpilliere , groffe toile rouffe d’emballage. 13
- Cornet , forte de papier. Voyez le Tarif 9 page 101.
- Coton , ancien papier de coton, art. 7; ufage du Cotonier pour faire le papier. 1*^3
- Coucher le papier , l’appliquer fur le feutre; coucher à la Francoife, à la Suifle.
- CoucHEUR, l’un des principaux Ouvriers d’une Papeterie f 87 ; fes défauts. 89
- Coulé , papier coulé , dont la matière
- Croix de S. André, piece de charpente qui entretient les parties principales. 61 Cuves à cylindres ; leurs dimenfions, leur contenue. 54, 62 , 64
- Voyez auffi le Supplément, page 12y.
- Cuve à ouvrer , ou cuve de l’Ouvrier 3 fa conftruclion ; 81 , doit être lavée fou vent, 91 ; doit être chauffée, 83; peut fournirjuf-qu’à 400 quintaux de papier. 133,134.
- Cylindre à papier ; c’eft un folide d’environ deux pieds en tout fens, de bois ou de fer, terminé par deux bafes circulaires ÔC parallèles , revêtu de 22 ou 27 lames tranchantes, deftiné à broyer le chiffon : invention de ces cylindres, 52,70; dimenfions, 55, 6\ , 124; ôc Supplément, page 127; vîteffe , 5 3 , ôc Supplément, page 124 ; leur matière , 5 5 . y 6, ôt page 127 ; leur produit, 66 ; leurs avantages, 69 ; inconvénient de leur difpofltion actuelle , y9 ; cylindres affleurants où émouchants. 61
- Cylindre de fer exécuté à Vougeot, art. y5, Ôc Supplément, page i2y ôc iz6.
- Cylindre du dérompoir, propofé par M. de Genffane. 72,
- Cylindre , pour liffer ou laminer le papier. 116 j 117
- D
- Dalon , gouttière qui traverfe les cuves à cylindre, Ôc qui reçoit l’eau fale. 60, 61 Dart , forte de papier d’enveloppe , fe fait en Normandie, page 106.
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- A RT DE TAIRE
- 144
- Défauts du papier provenants de différentes caufes , 87 , 88 , S9 , 93, 9$ , 104,
- 118
- Demoiselle , forte de papier mince & fort, de couleur fauve , propre à frifer. 145) Voyez auffi le Tarif, page 102.
- Dentelé , papier dentelé. -8p
- Dépense d’une Papeterie, tant pour les -matières que pour la main-d’œuvre. 132
- Dépôt , caiffe de dépôt, grande cuve de pierre ou de marbre, où fe dépofe la pâte avant qu’on en faffe ufage. 73
- Dérompoir. Voyez Coupoir. 21,72 Destriches (M.) maître Serrurier à Paris, auteur d’un nouveau cylindre , page 126.
- Desventes ( M. ) Imprimeur ôc Libraire à Dijon, Propriétaire d’une nouvelle Manufacture, page i2y.
- Dos et Barbe, ce font les deux bords d’une main de papier. articles 119 ôc 120 Drapa-N. Voyez Trapan.
- Drapeaux. Voyez Chiffons.
- Drapelieres ou Pattieres. Voyez Chiffonnières.
- Duhamel (M.) de l’Académie Royale des Sciences ; part qu’il a eue à cet Ouvrage. Voyez rAvertiffement»
- Duponty (M.) ancien Avocat au Confeil, retiré à Angoulême ; fes travaux pour la perfection du papier. 38 , 141
- E
- Eau qui s’empîoye dans le papier ; fa qualité , z 8 ; fa dift ribution, 23,3 o ; fa pureté, 44; fa chaleur dans la cuve , 83 ; celle de Hollande eft fauinâtre. 129
- Ecrasé , papier écrafé. art. 89
- Ecu, forte de papier. Voyez le Tarif, page 101.
- Ecuelle remontadoire, vafe dont on fe fert pour tranfporter la pâte d’une pile à l’au-1 tre. yo
- Efilocher ; c’eft la première opération .qui fe fait dans le moulin. 37, yo, 63
- Eléphant, forte de papier. Voyez le Tarif, page 99.
- Embreuvé , terme de charpente qui indique l’aCtion d’une piece qui en foutient une autre par fon entaille. 61
- Empelement ; c’eft l’endroit où l’eau arrive dans un moulin, ôc où l’on modéré fon cours par le moyen des pelles. 30
- En cloues , encloufes , crochets de fer qui fupportent une gouttière. 25)
- Engin , levier de bois, qui fert à élever les cylindres. 38
- Engin a tirer au vent; efpece de cabef-tan qui fert à faire tourner les moulins à vent. <y1
- Enveloppes , traces , maculatures dont on couvre les rames de papier. iq,p
- Enverger la feuille du papier, c’eft la bien étendre. 84
- Enverjure, fils de laiton qui compofent
- les formes. ^ 7^
- Eperon , platine de fer qui garnit la tête des maillets. 3®
- Epingles , comparaifon du grand nombre d’opérations qu’exige le travail d’une épingle avec celui d’une feuille de papier. 123;
- Eplucheuses. Voyez Lffeufes ; ce font les femmes qui grattent ôc liffent le papier.
- 114
- Espagnol , nom d’une forte de papier.' Voyez le Tarif, page 102.
- Espagnols , efforts qu’ils ont faits pour l’établiffement des Papeteries. 144
- Etendeuses, Ouvrières que l’on employé à étendre le papier. 9$ , ny
- Etendoir, falle garnie de plufieurs étages de cordes pour étendre ôc faire fécher le papier. „ 11 o ôc fuiv.
- Etendre en pages, 9S i étendre le papier collé. 110
- Etoile, nom d’une forte de papier. Voyez le Tarif.
- Etrangers , papiers deftinés pour les pays étrangers. Voyez le Réglement, page 5)3. Exportation des chiffons chez l’Etranger.
- ï4y
- Papiers qui fe fabriquent chez l’Etranger.
- Profit d’une Papeterie. 140
- Etresse , forte de papier commun dont on fait l’intérieur des cartes. Voyez le Tarifa page 102.
- Etuve dont on fe fert à la Chine pour fécher le papier. # 17S
- Exossis, Hufo, Poiffon dont on fait la belle colle d’Arkangel. 99
- F
- Fanner , fignîfie coller le papier de la Chine. 177.
- Faux. Voyez Dérompoir.
- Ferlet. Voyez Frelet.
- Ferme, terme de charpente 5 c’eft la piece qui foutient le comble. no
- Ferner (M. de) Correfpondant de l’Académie Royale des Sciences en Suede ; fes remarques fur la pratique de cylindrer le papier. 117
- Feuilles d’arbres étant pourries, donnent une fubftance papiracée. 166
- Feuilles de papier, maniéré de les former, de les étendre, de les coller, 8y ,py, no ; doivent être marquées. Voyez le Ré^ glement, page 80.
- Feutres , fîautres, floutres, langes, pie-* ces d’étoffes de laine, refoulées, fur lef-quelles on couches les feuilles de papier. 7p Figuier d’Adam, arbre dont les feuilles extrêmement grandes peuvent fervir à écrire.1
- Pilasse, celle qu’on tire du chanvre, peut fervir à faire le papier. 1 y7
- Filets des Pêcheurs, fervent à faire le papier de Demoifelle. i4p
- Fleur
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- LE PAPIER.
- Fleur de lys, nom d'une forte de papier. Voyez le Tarif} page 99 & I0°*
- Floran, pile floran, pile à affiner; c’eft la quatrième ôt la cinquième pile d’un moulin , dans lefquelles on raffine les matières qui ont été effilochées dans les premières. 38 Fluant , papier fluant, papier brouillard, celui qui n’a point été collé. 149 Fondu , papier fondu ou refondu ; c’eft celui qui fe trouve défedueux, & que l’on remet dans le moulin comme matière. 122,
- 179
- Forces, grande forte de cifailles, dont les branches écartées par un reffort , fe rapprochent avec la main pour rogner ou ébarber le papier, comme pour tondre les brebis. 123
- Formaire, Ouvrier qui fabrique les formes. 76, 77. Voyez auffi le Réglement.
- Formes , moules , chaffis de verjure ou de fils de laiton, fur lefquels fe forment les feuilles, doivent être marquées par les Maîtres-Gardes, page 91 ; leur conftrudion. 73 Formes des Chinois. 178
- Formule , forte de papier qui eft affedée au papier timbré ; grande formule, petite formule , l’une ôt l’autre fe fabrique en Auvergne, ôt fe timbre pour la Généralité de Paris à l’Hôtel de Bretonvilliers dans l’Ifle S. Louis.
- Fournir le pourrifloir, fournir la cuve ; c’eft y mettre la quantité de chiffons qui doit y entrer.
- Fourreau du piftolet, étui ou fac de toile dont on enveloppe le piftolet de la cuve , afin que la rouille du cuivre ne s’attache pas au papier. * 83
- Franche-Comté , papiers qui fe fabriquent dans cette Province. 142
- Quantité de chiffons qu’on en retire. 134 Frelet ou ferlet, inftrument formé de deux réglés qui fe croifent à angles droits , en forme de T, on s’en fert pour étendre le papier. 9$
- Frison, rebuts des chiffons que l’on emporte avec le couteau dans le déliffage. 13 Froment , fon ufage pour le papier. 172 Fucus, Plante marine ; tentatives pour l’employer à faire du papier. 164
- Fûts, petits bâtons de fapin qui fou-tiennent les pontufeaux. 7$
- G
- Gaines , défaut du papier. 93
- Gardes des Communautés de Fabriquants de papier. Voyez le Réglement, page 95.
- Gargouche, papier à gargouche à l’ufage des Artificiers. 149
- Gelée , blanchit la pâte du papier. 12 3 Genes , papier de Genes. Voyez le Tarif. Génois , leurs Manufadures de papier.
- 144
- M. DE Genssane , Correfpondant de l’A-çadémie des Sciences > Conçeffionairp des P API B /il
- HS.
- mines de Franche - Comté ; fes moulins à Cône, 71 ; fa machine à dérompre. 72 Gentilles, jantilles ou chanteaux, pièces de bois plates Ôt circulaires qui garnif-fent les côtés de la grande roue, ôt forment les godets. 33
- Gerlon ou Gerlot, petite cuve ou tinette faite de bois léger.
- Gnemon , Plante exotique propre à faire du papier. i$6
- Godée, forme défedueufe, gauche, ridée, que prend le grand papier lorfqu’on l’étend fur les cordes. 109
- Godets. Voyez Aubes, Alives. 33
- Gorge, Gorgeres, conduites de bois qui amènent l’eau dans le moulin. 29
- Goujon , extrémité cylindrique d’une lame de fer , qui la contient dans fa bafe, ôc qui reçoit un écrou pour l’y affujettit, page
- 126
- Goutte d’eau, défaut qui eft très-ordinaire dans le papier ; c’eft la tache que forme fur une feuille une goutte d’eau qu’on, y laiffe tomber. 89
- Gouverneur ; c’eft le premier des fix Ouvriers employés communément dans les Manufadures d’Auvergne*. 49
- Graisse de papier> caufe phyfique de cet inconvénient.
- Graisse de mouton , quoique défendue par le Réglement, page 90, s’employe pour liffer le papier. 119
- Graminées , claffe de Plantes, dans laquelle fe trouvent le papier des anciens , celui de la Chine ôt plufieurs autres Plantes propres au même ufage. 152
- Grandeur extraordinaire du papier ap-pellé grand Langlée, page 91 ; du papier de la Chine ; art. 178 , grandeurs prefcrites à nos papiers. Voyez le Tarif, page 99 ôt fuiv.
- Grenouille, piece de métal, dans laquelle tourne le pivot d'une machine. ' 34 Griffon , forte de papier, très-ufité pour l’écriture. Voyez le Tarif , page roi.
- Grippes , pièces de bois debout, taillées en crenaux, pour porter les queues des maillets, ôt contenir leurs têtes. 39
- Gris , papiers gris, de différentes fortes , qui fe fabriquent en Normandie. 149
- Gros, le gros ; c’eft le nom qu’on donne en Normandie à la derniere qualité des chiffons. 13
- Guenillons. Voyez Chiffons, Drapeaux, Veilles.
- Guepes , induftrie de ces infedes pour faire un véritable carton avec du bois pourri,
- 166
- M. Guetard de l’Académie Royale des Sciences ; fes expériences relativement au papier. 1 £0 ôt fuiv.
- Guilleres ; c’eft le nom que portent en Auvergne les femmes deftinées à féparer les chiffons : nous les avons appelîé Déliffeufes dans le cours de cet Ouvrage. 13
- Oo
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- i4<S ART D .
- Guimfes , bâtons ronds auxquels tiennent les cordes dans les étendoirs. no
- H
- Hàkum , Plante dont les feuilles fervent de papier à Amboine. 15:3
- Halve-bak, nom que les Hoîîandois donnent aux cuves à effilocher. 61
- Hautong ou Kotong, Plants glutineufe qu’on employé dans le papier de la Chine.
- 17 6
- Heele-bak, nom que les Hollandois donnent aux cuves à affiner. 6\
- Hhurtoir, piece de métal , qui foutient îe pivot de l’arbre d’un moulin à vent contre le recul ôt contre l’effort du vent. 6\ H iemenTj terme de charpente, qui lignifie le jeu ôt le vacillement des différentes parties qui la compofent. 61.
- Hire ( M. de la), de l’Académie Royale des Sciences, Editeur d’un Traité de Charpenterie. 61
- Hollande , perfe£tions ôt inconvénients du'papier'de Hollande. 125
- Moulin dè Hollande. 61
- Mouffoirs de Hollande. 67
- Fragilité du papier de Hollande produite par les fels , page 12 6.
- Huso ou Exoffis, poiffon dont on tire une colle fort employée dans les Arts. 99
- I
- Jantes , pièces de bois courbées en forme de cercle, qui forment la circonférence d’une roue.
- J Antilles. Voyez Gentilles, Chanteaux» Japon, papier du Japon, la matière ôt les procédés qu’on y employé. 137, 181
- Jésus, nom de Jefus, forte de papier. Voyez le Tarif.
- Jetteuse , l’une des dçux femmes qui étendent le papier au fortir de la colle ; c’eft celle qui jette chaque feuille fur le ferlet.
- 113
- Impression, papier d’impreflion* 136,
- . 137
- Intendants de Juftice, Police ôt Finances, dans chaque Généralité ; leur Juridiction en ce qui concerne le papier , page 94, Invention du papier de chiffons en Europe faite avant l’année 11 yo. < 8
- Joseph, forte de papier commun qui fe fabrique en Normandie. 149
- Journée d’un Ouvrier / quantité d’ouvrage qu’il a coutume de faire en un jour ; d’un Ouvrier de cuve,87,148 ; d’une Liffeufe, îiy > 116 ; d’une Trieufe ,118; d’une Com-teure, 120 ; d’un Ebarbilleur, 123. Voyez le Réglement y page 96.
- K
- Kaadse -Kaadsura, Plante du Japon, dont Pécorce ferc.à faire le papier le plus commun* 1S1
- î FAIRE
- Kaadsi > efpece de Mûrier dont on fait le papier. i
- Kæmpfer , Auteur célébré de l’Hiftoire du Japon. 2 vol. in-folio. 181
- Kas , chafiis de bois couvert d’une toilette de crin , au travers duquel doit couler Peau qui a lavé les chiffons. Voyez Chajfis. 48 Kotong. Voyez Hautong , Plante gom-meule comme la Mauve. 17S
- L
- Labouré ; le papier eft labouré, lorfqu’il a été mal couché. 89
- Lâché, c’eft le papier qu’on a tiraillé en le couchant fur le feutre. 89
- Laggetto , arbre exotique dont Pécorce fert à faire, des vêtements. 137
- Laminoir , affemblage de deux forts cylindres de cuivre , entre lefquels on paffe chaque* feuille de papier. 117
- Langes^ Voyez Feutres, pièces de drap fur lefquelles on étend chaque feuille. 79 Lavoir , lieu deftiné à laver les chiffons avant le pourriffage. 23
- Lessive, utilité des leffives pour préparer le chiffon, 11 , ôt le Supplément, page i2y ; leffive pour le papier du Japon. 181.
- Lev.ant , papiers deftinés pour le Levant.
- 147
- Levés , cames, mentonnets, chevilles du grand arbre qui lèvent les maillets. 33 , 41 Leveur de papier, Pun des Ouvriers qui leve le papier de la porfe-laine pour former la porfe-Llanche. 81,93,94.
- Leveur de feutres ; c’eft un apprentif qui. ôte les feutres de deffus chaque feuille pour les rendre au Coucheur. 85
- Libertas, nom ôt devife d’une forte de papier , appellé auffi aux Armes d’Amfter-dam , page 102.
- Licorne, forte de papier. Voyez îe Tarif,\ Liens, pièces de charpente qui affemblent ôt entretiennent les grandes parties. 61
- Liliacées , Plantes de la claffe du Lys dont plufieurs peuvent fervir à faire du papier. 1 %%
- Limousin , Province de France, où l’on fabrique du papier très-eftimé. 139
- Lin , PLante fort ufitée pour la toile, ôt qui pourroit fervir à faire du papier'. 161 Linagrostis , Lin fauvage, Plante qui croît dans nos prés, ôt qui porte un duvet dont on pourroit faire du papier. 161
- Lisser , polir le papier, avec une pierre ou un marteau ou des cylindres.
- Lisseuses, femmes deftinées à liffer avec un caillou les feuilles de papier. 11^
- Lissoir , chambre du liffoir, falle garnie de plufieurs tables fur lefquelles on liffe le papier : on appelle auffi liffoir le caillou avec lequel on liffe. 114,
- Lombard, forte de papier. Voyez le Tarifa Longuet , forte de papier. Voyez le Tarif, Lontarus, efpece de Palmier dont on fait des étoffes* 1 y 3
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- LE PAPIER
- - LôuBEre ( M. de la) > voyage aux Indes ; fes remarques fur le papier. iy i
- Lcjffa Arabum, Plante exotique dont on peut faire du papier. 164
- Lyon, forte de papier. Voyez le Tarif,
- page 99-
- Lys, forte de papier. Voyez le Tarif, page 102.
- M
- MaCülatürës , enveloppes grofïïeres , art. 8 , Réglement, page .92.
- Madagascar, Ifle fur la cote orientale d’Afrique ; papier qu’on y fait. 1 y 1
- Main , papier à la main. Voyez le Tarif, page 102.
- Main brune , papier qui s’employe à faire les carte à jouer. . 149
- Main fleurie, forte de papier. Voyez le Tarif
- Mains d’une forme ; c’efl: ainfi qu’on appelle les deux côtés de la forme. j6
- Mains de papier, affemblage de 2y feuilles , maniéré dont elles font aflfemblées.
- ÏI9, I2j
- Malvacées, Plantes qui font comprifes dans la ciaffe des Mauves ; ufage dont elles pourroient être pour le papier. iys
- Manicordium , fil de laiton très-mince , dont on fe fert pour parfiler les Pontufeaux dans une forme. 76
- Marroquins , rides qui fe font furie papier quand on l’étend mal. 9y
- Marque , chaque forme doit être mar- quée. Voyez le Réglement page 98.
- Marteau , dont on fe fert pour liffer le papier ; fes avantages, fes inconvénients.
- 11S > r
- Martinets -, marteaux des grandes forges. s >. , 3é
- Masse d’eau, Plante aquatique ; expériences faites fur cette plante relativement au papier. , 1 y 4
- Mathurin Jouffe, Auteur d’un Traité de Charpenterie. 61
- Mattes de Mofcovie, préparation analogue à celle qui forme le papier. 1 y 1 /
- Maurice ( Pierre ) , ancien Auteur par lequel on juge de la date de l’invention du papier. 8
- Mean ( M. de ), Ingénieur, fait connoître en France les cylindres de Hollande. 70
- Mélié ( M. de ), Pun des Propriétaires de la Manufa&ute de Montargis ; part qu’il a eue' dans cet Ouvrage. Voyez Y Av ertijfement.
- Menilies , manches ou poignées de bois avec iefquelles on leve les mifes. 91
- Mentonets, Voyez Cames , Chevilles ,
- Teves. \ 34, 41
- Mus, moules ou formes dont les Japonois fe fervent pour faire leur papier. 181
- Mises , pièces de bois quarrées qui fe mettent fou$ la preffe, entre le foutrait & la porfe.
- P1
- I47
- Montargis , Maftufaélure fuperbe de papier, 30, 141. Voyez /’Avertijfemenu
- Montfaucon (le P. de ) ; fes remarques fur l’origine du papier de chiffons. 7
- Mortier. Voyez File.
- Mouillée ; c’efi la quantité de chiffons que l’on met tout à la fois au pourriffoir.
- Mouilloir, Mouilladoir , Mouilladour , cuve de cuivre dans laquelle on trempe le papier pour le coller. 19,97
- Moule, mettre le papier en moule ou en tas, dans la chambre du Jiffoin 96'
- Moule ou forme de papier. Voyez Forme. Moulins à papier ; il y en a de plufieurs fortes ; moulin à pilons , y 3 ; à cylindres, y2 , 61 ; à Cône, 70 : il y a environ 30 moulins en f ranche-Comté , yo en Normandie , 100 dans la Généralité de Limoges, beaucoup plus en Auvergne.
- Moussoir , cylindre de bois qui ne fert: qu’à délayer la pâte. 62 , 67
- Mouton de la preffe, piece de bois qui defcend, avec la vis d’une preffe pour fe joindre au foutrait. 9 u
- Mule , piece de bois fur laquelle on place les feutres. 86", 95
- Mûrier, efpeces de Mûrier dont on fait du papier. 1 y7
- Musa , figuier d’Adam , Bananier, arbre dont les feuilles font exceflivement larges.
- Musettes , défauts du papier, qui viennent de l’air comprimé. 89,95
- Musqué, papier mufque. Voyez Demoi-[elle , papier d’enveloppe. 149
- N
- Nageoire , efpece de niche de bois placée devant la cuve , dans laquelle fe place l’Ouvreur ou Plongeur. 82
- Nombre des moulins à papier. Voyez
- Moulin à papier, .
- Normandie , Province de France, où l’on, fabrique beaucoup de papiers; mais fur-tout des papiers d enveloppes. 140, 147 & fuiv.
- G
- O, les trois O , forte de papier. Voyez le Tarif, page 102.
- Orage ; le temps orageux fait fluer la colle, peut-être par la vivacité de la matière éleêlrique qui eft alors en mouvement, fur-tout dans les fubfiances animales. 103
- Oreni , plante vifqueufe qu’on employé pour le papier du Japon. 181
- Orme, arbre dont certaines efpeces peuvent fervir au papier. 177
- Ortie , ufages des orties relatifs au papier.
- Ouvrage: on appelle ouvrage la matière fluide & prête à faire le papier.
- Ouvrier , Ouvreur , Plongeur ; c’efl: celui qui puife le papier avec la forme, & fabrique la feuille. * 81
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- ART DE FAIRE
- Pages > former des pages ; c’eft mettre une certaine quantité de feuilles pour fécher à la fois dans les étendoirs. 9y
- Paille de Riz de froment ; fon ufage relativement au papier. 172
- Paillon , greffe poignée de paille qu’on met fur les rognures de la colle pour empêcher qu’elles ne s’attachent à la chaudière.
- 100
- Palmiers, Pa’miferes, claffe de Plantes parmi lesquelles plulieurs peuvent lervir au papier. 1J2
- Pantalon , forte de papier. Voyez le Tarif, page 102
- Papero , nom que porte en Italie la Plante dont les anciens tiroient le papier. 3
- ' Papier de chiffon, fon origine, art. 7. Voyez C ajfé, Couleur, Defaut, Fondu, Grandeur ,, ïmpyeffion, Moulin , Poids, Prix, Produit , Quantité, Réglement, Tarif,
- Papier de Coton. 7
- Papier défeétueux. 118
- Papier d’enveloppes ; on en fabrique à Rouen de plufieurs fortes ; leur prix, leur poi 1s, leurs dimenfions , leurs ufages. 149 Papier fin , moyen ou bulle ; ce font les trois fortes de papier marchand à écrire ou imprimer. 149
- Papier gris. Voyez Papier d'enveloppes. Papier des Indes. Voyez Amboine, Chinois , Japon, Madagafcar, Siamois,
- Papier Léonitique , forte de papier chez les Romains. 4
- Papier à lettre. 121
- Papier à poulet, formé de demi-feuilles pliées en deux. 12 1
- Papier de Sais, forte de papier des anciens Romains. 4
- Papier de foie. Voyez Soie, léS, 169, 170 , 172.
- Papier Venant ou Vanant, celui qui eft’ fait de la partie la plus grofliete ôc du rebut des chiffons. * 13
- Parfiller ; c’eft coudre la verjure d’une forme fur les bâtons qui la fupportent. ( Voyez Forme, ) 7 6
- Paste ; c’eft la matière du papier lorfqu’elle a été broyée fous les pilons ou les cylindres.
- 81
- Voyez Piles, Cylindre, Cuve, Caiffe de dépôt. PatRia , papier dénommé , pro Pamd. Voyez le Tarif, page 102.
- Pattes , chiffons , peilles, drapeaux , ce font les vieux linges. 9
- Pattifres , femmes qui roulent dans les campagnes pour raffembler les vieux chiffons. 9
- Pays -, Papiers de différents pays. 13 y Peilles. Voyez Chiffons.
- Pétillant ; le papier pétillant eft celui à qui une bonne fabrication donne du corps ôc de l’éclat. 10y
- Piastre , valeur de la Piaftre d’Efpagtte.
- 144
- Picqué, papier picqué eft celui qui ayant été plié trop tôt, fe tache avec le temps. 123 Pied de chevre ; défaut du papier qui a été écorné ou renient déchiré. 93, 113 Pieds de la forme j c’eft fa partie inférieure. 76
- Pigeonne , nom d’une efpece de papier. Voyez le Tarif, page 102.
- Pile , creux de pile, bâchât, mortier ; c’eft la cavité dans laquelle fe pilent les chiffons : on comprend auffi, fous le nom de pile, l’affemblage des maillets & des bachats.
- Piles drapeaux ; ce font les deux ou trois premiers bachats où la matière commence d’être pilée. 38
- Pills-Floran ou piles à effleurer : ce font les deux piles fuivantes où la matière eft affinée. 38
- Pile de l’Ouvrier ; c’eft la derniere pile , où la pâte eft délayée pour être employée.
- Pilon. Voyez Maillet, Marteau,
- Pinanga , efpece de palmier dont on fait des vêtements. 1 33
- Pince du kas , efpece de peignée ou d’entailie avec laquelle on faifit la Planche du kas. , 48
- Pirouette ; c’eft le retournement que doit éprouver le chiffon dans les piles. 41 Pistolet , tuyau de cuivre en ferme de cylindre ou de veffie , dans lequel on met du charbon pour échauffer la cuve de l’Ouvrier. 83
- Planchftte fur laquelle le Plongeur fait gliffer fa forme pour la donner au Coucheur.
- 84
- Platine, pîece de cuivre placée fous les cylindres, fiilonée à vive-arréte, &. fur laquelle fe déchire le drapeau. 58
- Plongeur , Ouvreur , Ouvrier : c’eft celui des trois Ouvriers de cuve qui tient la forme, & puife le papier. 8 1 , 84
- Pluie , avantages de l’eau de pluie, 28 ; inconvénients de la pluie. 47
- P0ailler , piece de métal fur laquelle tourne le pivot d’un moulin à vent. 61
- Poids des cylindres enarbrés , va à deux ou trois milliers , art. 5 y , & Supplément, page 127. ^ N
- Poids du papier, fuivant fa qualité. Voyez le Tarif II égale prefque le poids du chiffon qu’on y a employé. 133
- Poignées ; c’eft une certaine quantité de papier qui varie fuivant la grandeur , ôt qui prend ce nom dans l’étendoir. 113 , 114 Pompes , leur inconvénient dans les Papeteries. 30
- Pontuseaux ou Pointufeaux, fils de laiton qui traverfent la verjure, & qui la fou-tiennent 9 on en voit l’impreflion fur une feuille de papier du haut eft bas de diftance en diftance. 73
- Porse 9
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- LE PAPIER;
- M 9
- Porse , porfe-îaîne, porfe-blanche, affem-bl ge de plufieurs feuilles de papier lorfqu’on les met en preffe, immédiatement au fortir de la cuve. 5>o
- Pot, papier au Pot, c’eft une forte de papier qui ne fert que pour les cartes à jouer. Voyez le Tarif s page ioi.
- Poteaux corniers , pièces de charpente qui font la principale partie de la cage d’un moulin.
- Poulins ; ce font deux pièces de bois qui font placées à terre entre la preffe Ôt la cuve , & fur lefquelles on fait les porfes.
- Pourrissoir , chambre voûtée où les chiffons ayant été mouillés , fubilfent la fermentation. 16
- Poye, piece de bois, ou efpece de bâton avec lequel on arrête lavisde la preffe, quand on veut changer la place du levier, Ôt reprendre un fécond tour. pi
- Presse , defcription de la preffe des Papetiers, pi ; fon utilité pour la perfedion du papier, 123 ; avantage qu’il y auroit à faire des preffes de fer. • ibid.
- Pressette , petite preffe qui ne fert qu’à exprimer doucement l’eau de la porfe-blanche. P4
- Prix du papier, eft de 8 fols 4 deniers la livre, l’un portant l’autre. 133
- Produit d’une Papeterie, fuivant différents Etats. 13 2
- Promener ; c’eft donner à la forme un léger mouvement, pour diftribuer uniformément la pâte fur la furface de la forme. 84 Puisard, réfervoir où l’eau entre au travers de plufieurs lits de gravier , pour y être reprife par les pompes. 30
- Q
- Qualité du papier de différents pays. Voyez Pays. Qualité des eaux. Voyez Eaux.
- Quantité de papier que l’on peut faire par jour, 8 y ; par année, avec une cuve. ï 3 2 Quet, affemblage de 26 feuilles de papier. £0
- Quintal, poids de 100 livres.
- R
- Rai, célébré Auteur d’une Hiftoire générale des Plantes. 1 y 3
- Raisin, nom d’une forte de papier qui eft fort employée. Voyez le Tarif, page 100 Ramasser, defcendre les feuilles de def-fus les cordages de l’étendoir.
- Rame, affemblage de yoo feuilles de papier ; maniéré dont on les forme. 123
- Ramette , nom que l’on donne à une porfe lorfqu’elle eff aux étendoirs. ioy , 106 Rebordé ; papier rebordé eft celui qui a été étendu trop près d’une autre feuille, Ôt fe trouve replié fur lui-même. 85?
- Réglements pour les Papeteries de France, page 8p. art. 146
- Remontadoire, Voyez Ecuelle remon-tadoire.
- Papier.
- Remonter ; c’eft tranfporter les chiffons d’une pile à la fuivante avec l’écuelle remontadoire. y o
- Renforcer le bon carron, faire couler un peu plus de matière vers l’angle qui doit fouffrir le plus dans l’étendoir. 87
- Reposoir, efpece de réfervoir de bois dans lequel l’eau fe purifie ôt dépofe fon gravier. 2 y; RevEche , langes. Voyez Feutres. Reverché ; le papier eft reverché, lorfque la matière a reflué d’un côté. n
- Rides, défaut du papier. 93
- Rincer ; la cuve ôt le moulin doivent être rincés fouvent. 43,
- Rinçoir, petite cuvette dans laquelle on' met de l’eau pour rincer le moulin. ibid.
- Rives , bonne rive, mauvaife rive ; ce font les deux bords de la forme. 76, 8 y
- Riviere, avantage de l’eau de riviere. 28 Riz, paille de Riz ; fon ufage relativement au papier. 172.
- Romaine , forte de papier. Voyez le Ta-rif , page 102.
- Rond , les trois ronds ou les trois O, forte de papier. Voyez \eTarif, page. 102.
- Ronfler ; le cylindre doit ronfler, c’eft-à-dire, effleurer fans ceffe la platine. 64.
- Rossignol , piece de bois plantée fur la cuve pour appuyer la planchette. 821
- Rouen , papier de Rouen. 140, Royal, forte de papier. Voyez le Tarif$ page 100.
- S
- Sabre , forte de papier. Voyez le Tarif a page 101.
- Saisies 3 contraventions , confifcations^ Voyez le Règlement. 146.
- Saisons , leur influence fur la qualité du papier Ôt fur fa grandeur. 12^1
- Sallaran, Salletan , maître defalîe ; c’eft: un des Ouvriers d’une Papeterie, qui colle le papier, veille fur les Liffeufes ôt a foin du magafin. 104*
- Seba , ( Albert ) Auteur d’une très-belle colledion d’Hiftoire naturelle. iyi, 1 #4,
- Sécher le papier. Voyez Etendoir, Etuve. Sel ; il donne de la dureté au papier de Hollande. 12%
- Selle de la preffe. Voyez Mouton*
- Sêlle du Leveur, efpece de chevalet ou de banc incliné fur lequel le Leveur met les feuilles, à mefure qu’on les fépare des feutres. 5)3,
- Sellé des Etendeufes, ouvrage d’une felle. iod, 113
- Semelle^ piece de métal qui couvre le fond des creux dé piles. 3 s.
- Serdam, Ville de Hollande > où font les principales Manufadures de papier. 125» Serrer , promener la forme pour que la matière s’uniffe Ôt faffe corps, 84
- Siamois, peuples de l’Inde ; leur maniéré de faire du papier. 1 $ 1
- Sloane, Auteur de l’Hiftoire naturelle
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- ART DE FAIRE LE PAPIER:
- de la Jamaïque. 15*4
- Soie, fon ufage pour faire le papier, ou avantages qu’on en pourroit tirer. 16S, H 69, 170, . I72
- Soieil, forte de papier. Voyez le Tarifa
- page 99. .
- Sonder le cylindre, le jauger, en examiner la hauteur.
- Soribi, Plante exotique, ufage'dont elle pourroit être pour le papier. 153
- Souder fur couture. 113
- Soutrait de la prefîe, fouftras, planche inférieure de la prefîe fur laquelle porte ce qu’on veut prelier. 90, 91
- Spatuler , remuer la pâte dans la cuve.
- SS, 6s
- Staminées , Plantes d’une même claffe dont les fleurs font fans pétales : telles font les orties , ôte. 1 S2
- Suif , fon ufage pour liffer le papier, prof-crit par les Réglements. 115
- T
- Talc , forte de pierre dont les particules brillantes donnent un œil argenté au papier.
- 180
- Tarif arrêté en 17413 qui comprend les poids que Sa Majefté veut que l’on donne aux rames des différentes fortes de papier qui fe fabriquent dans le Royaume, des largeurs ôt hauteurs de chaque feuille , p. 99 Tecum, efpece de Palmier dont on fait des étoffes. i$3
- Telliere , forte de papier dont on fait un fréquent ufage, qui a feize pouces fur douze êt un tiers , ôt pefe douze livres la rame. Vovez le Tarif, page 102.
- Tertre (le P. du ) ; Hiftoire naturelle des Antilles. 154
- Tilleul, arbre dont l’écorce fert à faire des cordes, ôt pourroit fervir au papier. 162 Timpan , terme d’imprimerie ; c’eft un chafîis couvert de parchemin, que l’on ren-verfe fur la forme pour donner de la fou-pleffe à radion de la platine. 117
- Tiré, papier tiré de flautre, celui qui a -été couché par une main mal afîurée. 89 Tonçoé , arbre dont l’écorce fert à Siam pour faire le papier. 1 y 1
- Tour-de-cuve, planche qui borde la cuve de l’Ouvrier, ôt y forme comme une efpece de table. 82
- Tourner ; la colle tourne, lorfque le temps eft difpofé à l’orage ; il paroît que la matière éleêtrique trop agitée, trop développée, ôte la liaifon ôt l’on&uofité de cette liqueur animale. Voyez Colle.
- Tourtes , Tourteaux, Abouts, Embafles ; ce font deux platines de fer qui forment les deux bafes du cylindre. Voyez page 1 26.
- T race, ou T reffe, gros papier gris dont on enveloppe les rames de papier blanc , le^ pains de Sucre. 102
- TranCHEFILE* fil de laiton plus gros que Fin de lArt de
- celui de la verjure, qui fert de pontufeau aux deux côtés de la forme» 76
- Tranchets, lames tranchantes dont eft garnie la machine à dérompre. 72
- Trapan de cuve, piecede bois fur laquelle on couche les feuilles , art. 8 6 : c’eft aufli quelquefois le tour de cuve.
- Trépied , fupport de fer à trois pieds qui porte une cuve.
- Tresse. Voyez Trace.
- Triage, en Normandie ; c’eft la partie moyenne du chiffon, deftinée à faire le papier moyen. 13
- Trieuses, Ouvrières qui regardent au tranfparent chaque feuille de papier, ôc en ôtent les ordures. 114, 118
- Tripier, ou Trépier, panier où fe mettent les tripes qui forment la colle. 100
- V
- Vanant ou Venant ; c’eft le papier greffier qui fert aux enveloppes. 13
- Varec. Voyez Fucus ; Plante marine qu’on a cru propre à faire du papier. 164 Vent, moulin à vent ; tirer au vent, c’eft diriger l’arbre dq moulin du côté du vent.
- Verjures, Verjeures, petits fils de laiton difpofés en maniéré de chaffis qui compo-fent la forme du papier. 7y
- Veuves des Fabriquants ; leurs privilèges. Voyez pages 90,97.
- Vireur, Ouvrier ou Apprentif qui ôte les feutres, à mefure que le Leveur détache les feuilles de papier. 95
- Visiteurs. Voyez Gardes des Maîtres Fa-briquants.
- Vitesse des maillets dans les moulins à papier, 3 8 ; des cylindres j 53 , 1 , ôc le Supplément.
- Vitriol , fubftance minérale, aftringente, qu’on employé quelquefois dans la colle pour lui donner de la force. 103
- Vougeot , Bourg à trois lieues de Dijon , 1 célébré par d’excellents vins, Ôc où l’on a établi en 1760 une Manufaêture de papier, art. s6, ôc Supplément.
- Voûtes ; il eft effentiel que le pourriffoir foit voûté, Ôc il feroit très-bon que les autres parties d’une Manufacture le fufîent également. ^
- Voyer, fecouer les feuilles de papier, pour que rien d’étranger ne s’y arrête. 119 Wang a , forte de Palmier dont on peut faire des étoffes.
- Y
- Yucca , genre de Plantes qui croiffent en Amérique, dont une efpece a les feuilles extrêmement filamenteufes , propres à faire des étoffes, Ôc peut-être du papier: Yucca fo-liis lanceolatis acuminatis mtegerrimis margine filamentofis, Gronovii Flora Virginie<e% 134 faire du Papier.
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