Descriptions des arts et métiers
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- Par M. de la Lande.
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- ART
- DU CARTONNIER.
- Par M. de la Lande.
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- Le travail du papier que nous avons donné avec toute l’étendue né-*! ceflàire, différé peu de celui du carton, lorfqu’on n’envifàge que la méthode générale d’un art ;* cependant les matières dont on fait ufage dans le carton > les machines dont on fè fert , Sc l’ufàge qu’on fait du carton lui-même y offrent un affez grand nombre de particularités pour mériter d’être décrites féparément ;nous avons donc cru devoir en faire la matière d’un nouvel Art.
- L’ufàge le plus intéreflant du câfton paroît être Ceîui qu3en font les Relieurs de livres, qui ne làuroient s’en paffer ; mais dans plufieurs autres arts * on en fait auffi un ufage fréquent : ôn voit jufqu’à des plafonds dorés, St chargés des plus belles peintures, dont le fond n’eft que du carton ; les boittes couvertes du vernis le plus précieux fe font avec du carton ; les Merciers, les Miroitiers, les Foureuts > les Papetiers, les Bourreliers } les Chapeliers * les Cordonniers en font auffi beaucoup d’ufàgè.
- On diftingue deux efpeces générales de carton ; Carton de moulàgè > & Carton de pur collage. Le premier fe forme par la trituration à la maniéré dit papier, & c’efl celui par lequel nous allons commencer : le carton de pur collage n’eft qu’un alfemblage de plufieurs feuilles de papier collées enferW ble ; c’efl: une partie de l’art du Cartier : nous en parlerons cependant autant qu’il conviendra à l’objet que nous nous fommes propofé.
- Les cartons de moulage fe fubdivifent encore : on les appelle des feuilles ^ lorfqu’ils font faits d’une fimple couche de pâte ; Cartons redoublés , iorf* qu’ils ont été faits à deux ou trois reprifes , & avec deux ou trois couches différentes ; Cartons collés , lorfqu’on a appliqué plufieurs feuilles les unes fur* les autres , par le feul moyen de la colle.
- Il y a dans le travail du Cartonnier huit articles principaux à détailler ; le pourriffoir , l’auge à rompre > la pierre ; la cuve , la preffe , l’étendoir , le Cartonnier, À
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- a- ART DU CA RTONNIE R,
- lifloir & le collage : un attelier de 2 y pieds de long fur 20 pieds de largeur fuffit pour le travail du Cartonnier , à l’exception du pourriffoir 8c de Té-’ tendoir.
- On prend, pour la matière du gros carton, toutes fortes de papiers , bons ou mauvais, mais principalement ceux qui ne peuvent fervir à autre choie toutes les rognures qui fe font fous le couteau des Relieurs , des Car-tiers , des Papetiers , des Imagiers , ou Evantailliftes ; toutes fortes de pape-raffes imprimées, écrites, blanches ou colorées, vieux cartons déchirés , enveloppes de fucre & autres drogues, étuis de chapeaux ou de fourrures, 8c autres chofes lemblables.
- Les Cartonniers n’auroient que trop de matières , fi les Libraires leur abandonnoient à jufte prix tous les livres qui fe vendent à la rame ; mais comme on en retire fix fois davantage des Epiciers & des Beurrieres, les Cartonniers font réduits à ceux qui ne peuvent fervir d’enveloppe.
- Les rognures & autres mauvais papiers fe vendent 6 à 7 livres le cent pe-fant ; à l’égard des rognures de cartes , comme elles ont plus de corps, 8c qu’elles profitent davantage , on les vend jufqu’à 8#ou 9 livres le quintal.
- Il n’y a que les livres pernicieux 8c profcrits , dont les Cartonniers ont coutume de profiter , depuis qu’il a été figement établi à la Police qu’on ne les brûleroit plus : on les fait déchirer & tremper tout de fuite chez un Cartonnier , à qui on les abandonne au prix des rognures : le prix fe diftribue aux pauvres. On en tireroit davantage en les vendant aux Epiciers ; mais il feroit à craindre que la curiofité ne fît revivre des ouvrages que la prudence du Magiftrat a dû prolcrire. Il y auroit auffi une perte réelle à les brûler , dès-lors qu’on peut en faire ufàge dans la fabrication du carton.
- Les rognures que les Cartonniers achètent chez les Relieurs, valent à-peu-près la moitié d’un poids égal de carton fait & lifle; on donne cinquante livres de carton pour cent livres de rognures , ou bien on achètera 6 livres le quintal des rognures , & l’on vendra 12 livres le quintal du carton.
- Le Cartonnier peut faire fes provisions de matières en tout temps ; il com* ferve dans un lieu fec tout ce qu’il n a pas befoin d’employer ; & à mefure qu’il s’agit d’en faire ufage, on defcend ces rognures dans le lieu du pour-riffoir.
- Du Pourriffoir SC du Trempis.
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- L e pourrillbir efl: communément une auge d’environ 4 à y pieds de longueur fur 2 ou 3 de profondeur, & autant de largeur. On y fait tremper les papiers , qui s’affailfent & s’échauffent enfuite peu à peu , en forte qu’ils deviennent plus dfés à broyer , ou à triturer. Les Cartonniers ont quelquefois plufieurs de c?s pourriffoirs ; mais il eft plus commode de n’employer cette auge que pour h trempis , c’eft-à-dire, pour abreuver 8c détremper les
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- ART DU CARTONNIEZ 3
- matières qu’on deftine au carton ; alors le pourrifloir n’eft qu’un efpace libre, réfervé dans l’attelier du trempis , fur le pavé, où l’on entaffe toutes ces pape-rafles en les tirant du trempis , encore dégouttantes de l’eau dont elles font abreuvées» >
- Cette eau fe filtre en partie, & coule fur le pavé du pourrifloir ; le refie fé* journe dans le tas , en humeéte les parties , & y procure peu à peu la fermentation néceflaire. L’eau forabondante s’écoule communément dans l’efpace de la journée , après quoi'elle celle de couler * 8c la fermentation commence.
- Il faut environ 6 heures de temps à deux hommes, pour former un trempis de 8 pieds de long fur 6 t de haut & y de large ; ce trempis de 266 pieds-cubes exige 7 à 8 jours pour la fermentation ; il en faut un peu moins en été qu’en hyver ; mais les Cartonniers n’ayant pas befoin d’une extrême précifion dans leurs travaux , ne confoltent, à cet égard , que le plus ou moins de temps qu’il leur faut pour l’employer ; & au bout de la femaine ils commencent à prendre le haut de leur trempis , pour le porter au moulin.
- La couche extérieure qui forme la partie fiipérieure du trempis , n’a pas communément éprouvé la même fermentation ; mais à 6 pouces de profondeur, la chaleur eft très-fenfible , & un peu plus bas, on auroit peine à pouvoir tenir la main : tel eft l’état de chaleur où il faut que ces matières foient parvenues, pour pouvoir fo prêter à la trituration.
- Dans l’efpace des 8 jours que dure le pourriflàge, le maflif diminue de hauteur , & fe réduit à y pieds environ: la partie la plus bafle eft la dernière qui éprouve l’effet de la fermentation ; elle eft trop garantie du con-taét de l’air par les parties environnantes ; mais comme il faut 7 à 8 jours pour employer le trempis, 8c que par conféquent fà hauteur diminue de jour à autre, les parties inférieures ont plus de temps pour s’échauffer à leur tour.
- On a foin d’employer alternativement pour le trempis des rognures de papier , & des rognures de cartes ; celles-ci ayant plus de force, augmentent par leur mélange la force du carton : elles coûtent auflî davantage ; on les vend, comme nous l’avons dit, jufqu’à 8 livres le cent.
- Quoiqu’on laifle pourrir à-peu-près aufll long-temps en été qu’en hiver , cependant il arrive que lorfque l’air eft extrêmement froid, le trempis qui eft ordinairement dans un lieu ouvert, réfifte davantage à la fermentation , fur-tout pour la partie extérieure ; alors on en couvre la fiirface avec quel* ques lacs de rognures.
- Les Cartonniers diftinguent & féparent aufll quelquefois les rognures de differentes qualités, réfervant les plus blanches 8c les plus nettes, comme celles des Relieurs 8c des Cartiers ; ils en font une matière plus propre 8c plus délicate pour le carton blanc : les papiers de couleur , ces gros papiers
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- bleus dont on enveloppe le lucre, les relies de cartons, 8c autres déchirures groflleres font réforvées daris ce cas-là pour le cartan bis. Le carton bis fert aux Merciers, aux Chapeliers, aux Fourreurs, pour faire les étuis de leurs marchandifes ; au refte la plupart des Cartonniers négligent cette féparation , & font leur carton avec le mélange tel qu'il fe trouve ; s'ils ont une certaine quantité de rognures d'une moindre qualité , ils les répartirent, & les distribuent fur les autres, afin que la différence ne foit pas fenfible.
- , On a ordinairement dans une Cartonnerie deux trempis , dont fun le fait pendant que l'autre s'emploie ; dès qu'on en finit un, l’autre fe trouve en état de fervir ; 8c l’on en recommence un à la place de celui qui a été totalement employé.
- De VAuge a rompre.
- Les matières que l’on veut employer dans le moulin ; fe tranfportent dans l’auge à rompre ; cette auge efl: quelquefois comme celle du trempis que nous avons décrite ; fouvent ce n'eft qu'un tonneau ordinaire de la grandeur d’un muid, ou plus grand, à volonté : on peut avoir plufieurs auges de cette efpece, grandes 8c petites ; mais ordinairement une feule foffit pour entretenir le travail. On porte peu à peu dans cette auge toute la matière qu'on tire du pourriffoir ou du trempis ; on la dépece, on la divife grolîié-rement avec les doigts, pour en ôter les parties étrangères 8c les rebuts, qui font des morceaux de fîlaffe ou de cordes , d'étoffes de foie ou de laine, de cuir, 8c généralement de tout ce qui n'a jamais été papier ; c’elt ce qu'on z^tllofecouer la pilée ; enfuite avec une pelle de bois ou un racloir de fer, on hache cette matière du haut en bas, d'elpace en efpace , en ramenant à foi ce qui n'a pas été haché eu rompu ; à chaque coup qu'on donne de haut en bas , 8c le plus profondément qu'on peut, on a foin aulîi de fouler avec le manche de la pelle, en l'inclinant, comme pour appuyer fortement for la matière j on remue ce manche de droit à gauche, en tournant en rond , pendant que le tranchant demeure en bas, comme centre du mouvement ; c’eft-à-dire qu'on décrit à-peu-près la figure d'un cône renverfé.
- Quand on a ainfi haché ou rompu quelque temps la matière , elle fo trouve réduite en forme de grumeaux molaffes qui n'ont plus ni forme de papier , ni même l'apparence d'avoir fait corps enfemble ; alors elle fe trouve en état d’être mife dans un autre vaiffeau , c'efl-à-dire dans une cuve qu'ils appellent la Pierre, quoique depuis long-temps l’ufàge foit de la faire en bois ; c’eft une efpece de tonneau qui a 3 ou 4 pieds de diamètre, 8c y à 6 de hauteur , relié de 8 à 10 cerceaux de bois , ou de 4 à y cercles de fer, enterré de la moitié de là hauteur. La pierre qui eft repréfentée dans la planche, marquée du chiffre 1, & que l’on voit féparément en C au bas de la planche, a 40 pouces de diamètre fur 30 pouces de hauteur ; on fent affez que ces 7 dimenfions
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- dimenfions font arbitraires ; il fuffit qu elles foient proportionnées aux autres pièces dont nous avons parlé , & dont nous parlerons ci-après»
- Au fond de la pierre on attache avec des clous , ou fi l’on veut, avec des vis en bois , une piece de bois platte qui porte une crapaudine de fer de y à 6 pouces en quarré ; le trou de cette crapaudine fait le centre du fond de la cuve , & reçoit le pivot d’un arbre que nous allons décrire : on appeile dans d’autres métiers grenouille ou coifie cette piece concave de métal que nous appelions Crapaudine,
- U Arbre eft une piece de bois arrondie de 8 à p pieds de haut fur 6 ou 8 pouces de diamètre, repréfentée en A ; fa partie inférieure porte un pivot de fer tenant à deux bandes de fer qui fè coupent à angles droits, & font coudées quarrément, enforte qu’elles embraffént exactement la partie inférieure de l’arbre : on peut aflîijettir de toute autre maniéré ce pivot à l'extrémité de cet arbre, pourvu qu’il foit bien ferme, & ne puifte pas fe déplacer par le mouvement continuel de l’arbre qui travaille*
- La partie de l’arbre qui eft fituée dans la pierre, porte plufieurs pitons autour de fa circonférence : chaque piton a un trou , & l’on y accroche les couteaux ; ce font 4 pièces de fer plat & large , comme celui des bandes de carrofie ; elles font coudées en haut & en bas , en forme de double équerre , ou comme les poignées d’une châife à porteur ; chaque extrémité fie termine par un tourillon ou mammelon qui entre dans le trou d’un piton , comme nous l’avons dit ; chacun de ces couteaux a environ 20 à 22 pouces de diftance d’un coude à l’autre, & les branches qui viennent rejoindre l’arbre, ont iÿ à 16 pouces ; ce font ces branches qui entrent dans les pitons, & y font portées comme le feroit une porte par des fiches à gonds , avec cette diffé^ rence que ces couteaux ne doivent avoir que très-peu de jeu dans leurs pitons , afin d’être forcés à tourner atfec l’arbre A qui les porte.
- Cet arbre garni de fes couteaux paroît femblable à un guihdre, ou un de* vidoir ; l’extrémité lupérieure de 1’arbré fe termine par un pivot qui n’eff quun fimple tourillon ménagé dans la grolfeut du bois , & qui s’emboîte dans le trou de quelque folive ou autre piece de bois du plancher ou de la charpente qui fert à aflîijettir cet arbre debout, exactement à plomb fur la cra* paudine qui le reçoit inférieurement. Au lieu des couteaux dont nous avons parlé , on fe contente fouvent de faire traverfer le bas de l’arbre qui plongé dans la pierre par des bandes de fer plates & couchées aufiî fur ie plat, ayant leur bout hors de l’arbre libre en l’air, & fituées les unes & les autres à diverfes diftances en fe croifànt. Ces pièces de fer, aufiî bien que les anfos que nous venons de décrire,qui ne font toutes bien fouvent que des morceaux tout brutes de bandes de charrettes ou decarrôfles, fo nomment les couteaux; il eft vrai cependant qu’elles n’ont point de tranchant , mais tournant avec l’arbre , elles rencontrent toujours la matière , comme par une lame, en Cartonnier• B
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- « ART D U C À R T 0 N NIË R,
- lui préfentaftt leur épaiffeur ; & par leur mouvement avec l’eau , elles achèvent de couper, de trancher, & de broyer la matière qu’on a tirée de l’auge à rompre ; elles la réduifent en une maniéré de bouillie , où l’on ne fent plus de grumeaux , à moins qu’il n’y relie quelques pièces de drap , ou autres corps étrangers que nous avons dit être le rebut, 8c qui auroient échappé à la vue ou à la diligence de celui qui a rompu la matière. Tout cela revient en quelque façon à la préparation de la pâte du papier ; mais dans les papeteries on eft incomparablement plus délicat & plus propre que lorfqu’il s’agit du carton , comme on le peut voir dans la defcription que nous avons donnée de l’art dé faire le papier.
- La matière du carton n’étant point lavée par une eau courante, & retenant toutes les ordures dont le vieux papier eft ordinairement chargé, il n’eft pas étonnant qu’il contienne beaucoup de gravier; & les Relieurs s’enap-perçoivent a'flez par la promptitude avec laquelle leurs couteaux s’ufent en coupant le carton : on diroit qu’ils ont paifé fur une meule à éguifer.
- Il n’eft pas befoin de remarquer ici fur la différence des couteaux, qu’il y a beaucoup plus de propreté dans ceux qui font coudés 8c portés par des pitons , que dans de fimples bandes qui traverfent l’arbre tournant ; ces couteaux, en forme d’anfes, ont d’ailleurs la facilité de pouvoir fe retirer 8c remettre facilement, & de ne point altérer la folidité & la force de l’arbre par des mortaifes 8c des coins. Il y a des arbres où l’on emploie douze couteaux, dont quatre font fixes , 8c s’appellent les Maîtres couteaux.
- Pour donner le mouvement à cet arbre, on y adapte vers le haut dans une diftance convenable , & à la hauteur du cheval qui doit être placé défi-fous, une piece de bois B, d’environ 6 pouces en quarré fur y à 6 pieds de long , dont un bout traverfe l’arbre A par une mortaife où on l’aflujettit ; l’autre excede l’arbre de 4a y pieds de long en maniéré de potence, 8c cela fe nomme rAile ou la branche du moulin. De fon extrémité defcendent verticalement deux autres pièces de bois a a d’environ deux pieds & demi de long fur 3 à 4 pouces d’équarriflâge , éloignées entre elles de 18 pouces. Elles doivent être fermement emmortaifées avec l’aile , parce quelles portent toute la force du cheval qui doit les faire tourner.
- Pour atteler le cheval, il ne faut qu’un fimple collier dans les arçons duquel on fait entrer par un petit trou deux os de pieds de mouton e e qui pendent par un petit bout de corde à chaque bout des deux pièces que nous venons de décrire : de forte qu’ayant fait entrer ces os tout entiers par leur longueur , dans un trou qui n’eft guères plus gros qu’il ne faut pour leur paflàge, & les remettant enfuite de plat fur les arçons , ils n’en peuvent plus fortir d’eux-mêmes , 8c l’on n’a pas befoin d’autre attelage : dès que le cheval marche, il entraîne l’arbre avec lui par le moyen de ces os , 8c des deux petites cordes qui lui fervent de traits; c’eft ce cheval qui en tournant
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- Art du carton nier, j
- côhtinuellement pendant environ une heure Sc demie, plus ou moins ; felôrt la quantité ; la qualité ou la confiftance de la matiere^la met en état d'être por^ tée dans le vaiffeau , où on la puife pour la fabrique du carton.
- Le nom à’Attelloire comprend tout le petit équipage dont nous avons parlé* favoir; les deux pièces de bois pendantes qui fervent comme de limons ; les deux os ou chevilles ; & une piece de bois qui tient auffi à l’ai> bre par un bout ; Sc par l'autre au cheval; pour l'empêcher ; en tournant * de fe rapprocher du centre de fon mouvement ; c’eft-à-dire; pour le tenir toujours dans une certaine diftance de la pierre , de peur qu’il ne s'y jette de côté ou d’autre : par ce moyen il tourne continuellement fur un cercle qui a environ 20 pieds de circonférence ; car le poitrail eft à 3 pieds Sc quelques pouces du centre du mouvement.
- Quant à la matière préparée ; on nomme une Pilée tout ce que contient îâ pleine pierre, ce qui fait une tâche pour le cheval ; Sc comme on le fait quelquefois travailler trois fois par jour , ce font trois fois la pleine pierre ; ou trois pilées. On nomme tourner cetté préparation qui fe fait dans la pierre ; comme on nomme rompre celle qui le fait dans l’auge précédente ; Sc queL quefois ; faute de cheval ; on fait tourner l’arbre par des hommes ; en y met^* tant des leviers qui le traverfent.
- Lorfque le cheval a tourné pendant trois quarts d'heure dans un fens ; on retourne Ion attelloire ; Sc on le fait marcher en fens contraire pendant lé même efpace de temps ; cette différence le foulage un peu ? Sc fèrt encore à mieux retourner & à mieux broyer les matières.
- Un feul cheval que l’on fait travailler trois fois par jour ; fuffit pour fournir deux cuves ; & les entretenir dans un travail prefque continuel : une Cartonnerie peut ; avec deux cuves ; occuper fix hommes ; deux qui fervent pour les cuves ; Sc les quatre autres pour tremper ; puifer ; rompre ; éten-* dre ; coller Sc liffer.
- Pour lavoir fi la matière eft affez tournée ; on en prend une certaine quam tité ; dont on fait une pelotte dans la main ; on l’égoutte ; Sc l’on voit s’il n’y paroît plus de taches blanches ; ou de parties qui aient encore conférvé l’ap* parence du papier ; c’eft une preuve que la matière eft tournée P Sc qu’on peuç l’employer.
- Lorfqu’il s’agit d’ôter la matière de dedans la pierre ; on enleve les cou^ teaux qui font autour de l’arbre, excepté le grand couteau qui eft ordinal rement fixé; Sc avec des leaux ou de grandes pelles de bois, on enleve cette pâte pour la porter ; ou dans la cuve ; ou dans l’auge deftinée pour l’ou^ vrage d’avance : on appelle Auge de ! ouvrage T avance, une ou plufieurs auges femblables à la cuve dont nous parlerons ci*après 5 où fe verfe la matière en attendant qu’on en faffe ufage ; cette auge doit toujours être à côté de la cuve ; afin que l’ouvrier puiffe renouveller fa cuve} lorfqull en eft befôin*
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- g ART DU CARTON N 1ER,
- On fubftitue auffi à cette auge un ou plufieurs tonneaux, qui peuvent faire le même office ; c’eft ce qui tient lieu des caiffes de dépôt, dont nous avons parlé dans l’Art de faire le papier.
- Lorfqu on a reconnu que la matière eft affez tournée , & qu il s agit de l’employer, on ia porte dans cétte efpece de caiffo qu’on nomme la Cuve, à laquelle travaille le principal Ouvrier. La cuve a jufqu a y Sc 6 pieds de long fur 3 à 4 de large, & même plus, avec autant de profondeur, Elle doit être de bon bois de chêne, fort , & bien affemblé, enforte qu’elle retienne la pâte liquide , dont elle eft toujours remplie. Sur le bord de fon grand côté , op-pofé à celui où fe met l’ouvrier , il y a une maniéré de grand baquet qui n’a qu’environ % ou 3 pouces de profondeur, & qui eft repréfonté en H , au bas de la planche ; il doit être bien foncé pour retenir auffi l’eau qui doit s’y égoutter ; il a par le haut y à 6 traverfes de bois dont les bouts portent fur les deux grands côtés de la cuve, ou elles font affemblées bien uniment ou d’arrafement. Ce baquet fe nomme 1 ’Egouttoir, parce qu’au moyen d’un trou qu’il a vers un de fes angles, on fait égoutter toute l’eau qui tombe des chaffis ou formes dont nous allons bien-tôt parler. Cet égouttoir eft toujours plus long que la cuve, afin que le bout par ou il s’egoutte puiffe dégorger l’eau dans un tonneau , qui fans cela ne fe pourroit pas aifément placer. L’égouttoir doit auffi avoir environ deux pieds' & demi de large , pour y placer commodément les chafîîs du grand carton. Nous venons de dire que par un côté il porte fur le bord de la cuve , & de l’autre on lui donne d’ordinaire deux pieds ou fupports de bois , c’eft-à-dire, un à chaque coin, comme on le voit au haut de la planche dans l’aétion fécondé.
- Des Formes ou moules du Carton,
- Les Formes font des chafîîs de différentes grandeurs l avec lefquels on puife la pâte qui doit former le carton. Ces chafîîs font compofés de quatre tringles de bois de chêne d’environ 3 pieds de long fur deux de large , Sc d’environ un pouce d’épaiffeur , bien affemblées quarrément parles quatre coins, & les deux grandes tringles font jointes encore par 10 ou 12 autres , quelquefois auffi par une foule, tout cela bien uni & bien de niveau. Sur une des furfaces de cette forme font couchées , d’un bout à l’autre de fo longueur, plufieurs fils de laiton d’environ une demi-ligne de groffeur, & à la diftance de près d’une ligne; c’eft à-peu-près comme les moules du Papetier, avec cette différence que les formes du Cartonnier ne demandent pas tant de façon & de délicateffe ; & que ces fils de laiton ne font point lacés avec grande précaution , mais feulement couchés fur les tringles de ' bois , comme on vient de le dire : les bords font recouverts d’une lame fort mince de laiton, fur laquelle pofent les têtes des clous qui les attachent à ces tringles. On évite d’employer le fer dans la compofition de
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- Art d u c a r t o n n i e r: §
- écs formes, parce quii fe rouille, s’écaille * fe détruit trop àifément t, le cuivre réfifle beaucoup mieux : une forme pareille à celles que nous venons de décrire , toute groffiere qu’elle eft, revient à-peu-près à 40 livres» Ge font les Epingliers qui les montent à Paris.
- On traverfe auffi par la largeur tous ces fils de laiton par quelques antres * d’efpace en efpace , comme de 2 à 3 pouces, liés aulîî à-peu-près à même diftance avec les grands, pour les entretenir dans leur état, enforte qu’ils ne s’écartent ni ne fe rapprochent les uns des autres*
- Outre ce chalfis qu'on homme la Forme , il y en a un autre plus grand qui porte par le delfous des quatre côtés une feillure qui emboîte la forme % il n’eft compofé que de cinq tringles de bois d’environ un pouce en quarré i ces tringles ont un peu plus de longueur que celles de la forme * afin qu’elles puilfent l’emboîter par leur feillure, qui n’a que 2 à 3 lignes de prô^ fondeur. Quatre de ces tringles font la longueur & la largeur du chalïïs ; la cinquième traverfe par le milieu , & eft alfemblée par fes deux bouts fur les deux plus longues. Ils nomment quelquefois le chaflîs & la fofmô pris enfemble, du nom feul de chajjis. Quand la forme efl: emboîtée de fort chalfis , les bords de ce chalfis excédent par leur hauteur d’environ 8 ou p lignes le plan de la forme > & font comme une efpece de calfette dont lë fond n’eft qu’un treillis de fil de laiton.
- On a ainfi plulîeurs formes avec leurs chalfis de diverfes grandeurs 8é profondeurs, félon les dimenlions qu’on veut donner au carton. On nommé celui qui fe fait dans la plus grande forme, la Bible ; enfuite vient la Bible ordinaire , le Cathohcon qui efl: ou double ou Jimple , ( nous en parlerons bientôt ), & les petits ais qu’ils nomment Carton en parchemin , dont fe fervent les Chapeliers , & autres Artifans qui ont befoirt d’ert avoir de fort grands : ceux - ci exigent des formes particulières. Chaque Ouvrier peut s’équipper , comme il l’entend, de toutes ces différentes formes, fup-vant les befoins de fon commerce ; il y en a qui, pour ménager les chalfis ; font fervir de grands chalfis à de petites formes , en les rétréciflànt par d’autres tringles qu’ils couchent contre le dedans des quatre qui font h bordure du chalfis.
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- Des Langés*
- Lés langes font des pièces de drap prifes à volonté 9 que l’on place foui chaque feuille de carton , & dont on la couvre à rnefure qu’elle efl faite } enforte qu’il y a autant de langes, & un de plus, qu’il y a de cartons. Oii choifit pour les langes un drap qui foit lâche & doux , quoiqu’il n’y ait d’ailleurs aucune nécelfité ; on choifit même , le plus fouvent, cêlui qui efl à meilleur marché. Le drap le plus velu retient mieux la matière ; fî le drap efl trop fort , la graiffe s’engage dans la fubftance du drap * Sc Cartonniers Q
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- ÏO ART DU CARTONNIEZ
- il devient très-difficile de le nettoyer ; c’eft pourquoi Ton veut une étoffe lâche Sc mince.
- Les langes des Cartonniers ne durent gueres plus d’un an ; ils le pour-riffent par cette humidité continuelle , Sc fouffrent beaucoup par l’effort réitéré de la preffe ; on efl obligé de les laver au bout de trois femaines , ou au plus tard tous les mois, pour dégager les parties de la matière du carton, qui s’y attachent néceffàirement.
- On n’emploie dans ce lavage ni fàvon ni leffive ; on le contente de palier Sc repaffer les langes dans l’eau courante , de les frotter avec force, de les battre fortement avec une palette ou battoir de bois, Sc d’en exprimer l’eau ; chacun exige environ Telpace de deux minutes.
- U efl: fort ordinaire de trouver même chez de bons Cartonniers une économie lînguliere à l’occafion des langes ; l’étoffe mince Sc commune dont ils fe fervent , efl: prefque toujours trop étroite pour pouvoir couvrir la forme dans fa plus grande dimenlion ; ils y fuppléent avec des pièces qui font, pour l’ordinaire, des morceaux de vieilles tapifferies, ou autres morceaux de laine très - différents du lange qui couvre la plus grande partie du carton. L’Ouvrier efl: obligé de mettre la piece à chaque fois qu’il met un lange fur la feuille de carton qu’il vient de coucher ; cette piece , fi elle efl: trop large, fè remploie par deffus le carton , & il en réfulteroit une difformité, fi dans cet Art on alpiroit à quelque déiicateffe, Sc que l’on fût un peu difficile fur les détails.
- Du Travail de la Cuve.
- Lorsque la matière efl: dans la cuve, on a foin de la bien démêler avec un rateau de bois qui, pour cet effet, efl: toujours à un bout de la cuve , Sc qui lert à remuer fortement cette matière , tant des dents que du dos de ce rateau, ce qu’on appelle battre la cuve ; on nomme ce rateau affez improprement le Crochet. L’Ouvrier ou l’homme de cuve tient toujours deux formes à la fois fur Ion égouttoir , & feulement un chaffis qui fert alternativement aux deux formes. Il commence par emboîter une de ces formes, & la prenant à deux mains , par les deux bouts, la plonge fous cette matière , Sc la ramene dehors toute chargée, en fecouant tant foit peu le chaffis de droite à gauche, ce qui fait d’abord affàiffer un peu la matière ; puis il gliffe le chaffis fur l’égouttoir où la matière s’affaiffe encore davantage, à me-fure que l’eau fe dégorge.
- Pendant que la forme s’égoutte, l’Ouvrier étend un lange fur une autre planche ou plate-forme , qui efl: comme un baquet de bois fort, d’un peu plus de 3 pieds de long fur plus de deux de large , où doivent être empilés tous les cartons l’un fur l’autre , chacun fur un lange ; quand il y ea a autant qu’on en veut preffer , on tire la prefféè par le moyen de
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- ART DU CA RT ONNIE R. it
- deux anneaux ou boucles de fer attachés à une des tringles de cette plateforme , comme feroit un tiroir ou une layette de cabinet. Cette plate-forme ou efpece d’égouttoir a environ % à 3 pouces de profondeur , & au milieu de la tringle de devant eft un trou par où s’égoutte l’eau des cartons qui font deifus , & on la reçoit dans quelque cuve fi l’on en a belbin, pour la faire ref fervir, ou bien on la lailfe feulement couler dans quelque ruiffeau qui la conduit dehors ; plus communément on a un tonneau noyé dans la terre , où coule toute cette eau, 8c dans laquelle on puife avec un leau pour la remettre dans la cuve ; & parce que cet égouttoir eft fort pelant quand il eft chargé, on le place fur un petit plancher de bois mouillé, afin de le pouvoir glilfer plus aifément fur celui de pierre qui eft fort uni & de niveau, fous la prefle ; on le fait glilfer avec la Pince : c’eft un levier de fer qui fert aufli à l’arranger exaélement fous le fommier.
- Le lange, comme nous l’avons dit, eft une pièce de drap ou de reveche qui doit être un peu plus grande que les cartons. L’Ouvrier en étend un fur la plate-forme ; il ôte le chaftîs de deifus la première forme pour le mettre à la fécondé ; il releve enlùite la première en la foulevant, comme s’il vouloir regarder par-dellous ; il la porte prefque verticalement, & la plaçant fur le bord antérieur du lange, de fon côté , il la couche alfez promptement , & la renverfe fur le lange ; il frappe de la main lur le treillis, ou fecoue trois à quatre fois fa forme fur le lange ; il la releve enfuite : la forme quitte aifément toute la matière qu’elle portoit, & le carton ouïes deux cartons que portoit la forme, relient fur le lange. Ces deux cartons font féparés par un petit intervalle moindre que la tringle qui l’avoit formé, parce que cette matière s’applatit, & s’étend un peu dans les premiers moments , jufqu’à ce quelle foit bien dégorgée de fon eau ; de forte que quand elle a reçu fa derniere façon par la prelfe, elle a perdu plus des trois quarts de l’épailfeur quelle avoit fur la forme , & l’intervalle des deux cartons difparoît fi bien qu’ils femblent n’en faire qu’un tant qu’ils font fur le lange. Cette première forme étant relevée, l’Ouvrier la remet fur l’égouttoir ; puis retirant le chaftîs de delïîis la fécondé , il l’ajufte de nouveau fur cette première, la replonge comme l’autre fois, & la remet, toute chargée de matière , fur l’égouttoir. Comme il faut 2 à 3 minutes à cette forme , • pour s’égoutter, l’Ouvrier, pendant ce temps-là, étend un autre lange fiir le premier carton qui vient d’être fait ; il y couche la fécondé forme , il ôte le chaftîs de deifus la première pour la remettre fur celle-ci ; enfuite il replonge la derniere, & la remet fur l’égouttoir ; ce qui fe fait toujours ainfi alternativement, jufqu’à ce qu’on ait employé prefque toute la matière de la cuve.
- La feuille qui vient d’être couchée a communément 7 à 8 lignes d’é-pailfeur ; mais cette matière mollalfe eft aifément comprimée par l’aélion
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- ï4 ART DU C A RT 0 N NI E R:
- de là preffe 5 l’eau qui en fait d’abord l’épaifTeur fe dégorgé bientôt , & la feuille eft réduite à une épaifleur trois à quatre fois moindre ; mais cè qu’il y a de fingulier , c’eft que , maigre cette grande diminution d epaifi feur , -le carton ne s’étend point en largeur ; après la plus forte preflion > il a encore finfiblement les mêmes dimenfions.
- L’Ouvrier de cuve peut, avec la même pâte, faire des cartons de difïe-» rentes confiftances , c’eft-à-dire, fins ou épais ; il ne s’agit que de plonger fa forme plus avant, de la retirer plus vite , de la promener moins ; par-là on reçoit une matière moins fluide , on ne lui donne pas le temps de fe mêler avec l’eau, & on en retient davantage fur la forme.
- A mefure qu’on travaille, il faut de temps en temps battre la cuve , c’eft-à-dire, retourner la matière avec le rateau : en effet la pâte tend toujours à fe précipiter au fond ; l’eau devient toujours d’autant plus claire qu’on puife fins celle, 8c à proportion beaucoup plus de matière que d’eau , & qu’une grande partie de l’eau retombe dans la cuve , avant que le chaflïs foit remis fur l’égouttoir.
- Quand on veut redoubler la force des cartons fins les coller, on ne met pas feulement le lange fur la feuille que l’on vient de coucher ; mais on prend un carton nouvellement fait & déjà prelfé * de la maniéré que nous le verrons ci-après , avec fon lange ; c’eft fur ce carton déjà fait , mais encore mouillé, que l’on renverfe la forme pour donner à ce carton une nouvelle couche ; pour cet effet le Coucheur a près de lui les cartons déjà faits qu’il s’agit de redoubler , placés fur ce qu’il appelle une Ej* cabelle.
- Le Coucheur prend fis mefiirès en renverfint la forme , de maniéré que le nouveau carton couvre affez exaélement l’autre dans toutes fis dimenfions ; puis il remet deflus le dernier un autre lange portant auflifon carton, & lur celui-ci, le nouveau carton de l’autre forme , & toujours ainfi ju£ qu’à ce qu’il les ait tous redoublés avant que de glifler la plateforme ou le moule fous la prefle : cette derniere opération fi fait avec un levier de fer qu’on appelle la Pince. Il n’eft pas inutile de remarquer que pour la célérité du travail , & pour plus grande facilité, quand l’Ouvrier veut prendre ces langes couverts de cartons pour les porter fur le moule , la coutume eft de renverfer les deux coins de devant, c’eft-à-dire, les plus proches de lui, en les repliant jufques vers le milieu ; & comme ce re pu fi fait foiblement, & ne corrompt point le carton qui fe foutient élevé là-deflous , cela eft beaucoup plus aifé à tranfporter que fi on le tenait étendu tout à plat en l’air. On a foin , en remaniant ainfi le carton un à un, d’en retirer toutes les ordures les plus apparentes qui y font des inégalités confidérables ; on ne fait que les arracher de l’ongle, on refoule enfiiite la matière du bout du doigt à l’endroit où s’eft fait le petit enfoncement;
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- ART D U C A R T O N N I E ÏL> t%
- ïe cartôn qu’on y met enfuite s’égale afFez bien parla prefle* & des d'eux cartons fe collent fi bien enfemble dans toute leur étendue , qu’on ne croiroit jamais qu’ils euflent été faits à deux fois.
- On n’a pas coutume de redoubler le carton plus d’une fois, quoiqu’il fut aifé de le faire , autant de fois qu’on voudroit, pour le mettre à toutes fortes d’épailfeurs. Mais ce carton ainfi doublé fims colle * a toujours trop demollefle* & n’a jamais la fermeté de celui dont les feuilles font toutes aflemblées à la colle : auffi les bons Relieurs ne veulent point ordinaire-* ment fe fervir du carton redoublé de la forte ; ils fe font payer plus chet que les autres ; mais ils font auffi volontiers la dépenfe d’un carton meiU leur & plus fort. On nomme Feuille chaque carton fimple ; une forme en fait deux à la fois, à moins que ce ne foit dans les grandeurs confidérables l nous en parlerons à la fin.
- On entafle , comme nous l’avons dit , fur la plate-forme ou fiir lé petit égouttoir, tous les cartons qu’on veut preffer , ce qui va quelquefois jufqu’à J20 , & même jufqu’à 200 pour les cartons minces, fur une hauteur de 3 pieds & demi, ou 4 pieds ; alors on amené le moule ou la plate-forme fous le fommiér de la prefle.
- La quantité de cartons que l’on peut prefler à la fois le nomme uné Prefee ; elle n’eft pas confiante, parce qu’elle dépend de la force Sc de l’épaifleur du carton ; elle a environ 4 pieds de hauteur lorfqu’on com4 mence à prefler; c’eft cette hauteur qui étant déterminée .par celle de la prefle, détermine la quantité de cartons qui doit former la preflee ; c’eft environ 112 ou 115 feuilles dans les grandeurs les plus ordinaires ; il faut 3 ou 4 heures à un homme de cuve pour faire une preflee. Une cuve à* peu-près de la grandeur que nous avons détaillée, fait une demi-preflee de Saint-Auguftin , avant qu’on foit obligé de la regarnir ; fi la cuve eft un peu plus grande , & qu’on ne fafle que du petit carton, elle peut fournit à la preflee entière avant que d’être renouvellée,
- De la Prejfe»
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- Cette prefle eft la partie la plus confîdérable de l’attelier d’un Cat* tonnier , parce qu’il lui faut une très-grande force pour exprimer l’eau du carton , pour lui donner le corps & la denfité néceflaire ; il n’en eft pas comme de la prefle du Relieur ; celui-ci agit immédiatement fur la vis pat le moyen d’un levier , au lieu que pour faire agir le levier même , il faut aux Cartonniers une autre machine qu’ils appellent le Moulinet.
- Nous avons donné avec V An de faire le papier, la delcription des diffé^ rentes parties qui compofent une prefle; nous nous contenterons de rappeller ici les pièces les plus eflentielles, en nous fervant des termes ufités parmi les Cartonniers ; car les chofes même qui s’emploient dans différents Artg Cartonnier. D
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- ART DU CARTON N 1ER. fans aucun changement, y prennent pour l’ordinaire des dénominations -différentes.
- Deux jumelles de p à xo pieds de haut repréfentées en a a dans le haut de la planche forment le maifif de la preffe ; elles font profondément arrêtées dans la terre par leur partie inférieure , & affemblées en haut par une forte traverfo qui fert auffi d’écrou ; la largeur de cette piece eft de 3 pieds & demi ; elle eft placée horizontalement entre les deux jumelles > 8c les embraffe Tune à l’autre par fes bouts qui font fourchus ou coupés en maniéré d?un double tenon, 8c fortement affembléspar un embrevement qui eft aux jumelles ; enforte que cette piece ne peut varier de haut en bas ni de côté ; 8c de peur aufll que les jumelles ne fe puiflent écarter Tune de Fautre , elles font traverfëes avec les bouts de cette piece par de gros boulons de fer de 18 à 20 pouces de long fur iy à 18 lignes de groffeur, parce que cette piece qu’on nomme fimplement l'écrou , a jufqu’à iyàx<5 , & quelquefois jufqu’à 18 pouces d’équarriffage fur 5 pieds de long.
- Dans cet écrou paffe la vis ; elle eft formée par une autre piece de bois dont le diamètre dans la partie filetée, c’eft-à-dire , taillée à vis , a jufqu’à 8 à p pouces for 4 ou y pieds de haut, 8c même davantage. Cet arbre, dans fa partie inférieure , 8c au-deffous des pas de la vis , eft taillé quar-rément fur environ un pied de large , & s’emboîte dans une Lanterne compofée de deux tourtes ou pièces de bois rondes, d’environ 4 pouces d’épaiffeur for un diamètre de 20 à 22 pouces bien frétées de bandes de fer tout autour , élevées l’une au-deffus de Fautre d’environ 8 à 10 pouces , 8c affemblées affez près de la circonférence , par 4 ou y pièces de fer qu’on nomme Fufieaux qui font revêtus de chaque côté , 8c garnis avec des pièces d’un bois fort dur : ces 4 fufeaux font à-peu-près le même effet que les lanternes ou pignons des moulins où s’engrennent les dents des roues. C’eft entre ces fufeaux que fe met le bout du levier ou de la piece de bois qui fert à faire tourner l’arbre de la vis ; l’extrémité inférieure de cet arbre eft échancrée au deffous de la lanterne marquée d, en forme de collet, à-peu-près d’un pouce de largeur 8c de profondeur : dans ce collet paffent à droite & à gauche deux autres boulons de fer qui traverfent toute la largeur d’un gros plateau de bois de 10 à 11 pouces en quarré , fur environ 3 ou 4 d’épaiffeur, qu’on nomme la Selle ou la Sellette ; de forte que le bout de l’arbre enfoncé dans un trou qui eft au milieu de cette follette, eft retenu dans ce trou. Par le moyen de ces deux boulons qui paffent dans fon collet, il a la liberté de tourner , mais non pas celle d’en fortir ; 8c pour peu qu’il tourne, il fait monter ou defoendre la folle avec lui , comme nous l’avons dit dans l’Art du papier , en décrivant la prefle qui fert au Papetier.
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- ART DU CARTONNIEZ i;
- La Telle eft appliquée invariablement fur une autre grande piece de bois platte qu’on nomme le Sommier, épaifle d’environ 4 à J pouces , large de 2 pieds, & d’une longueur égalé à la diftance qui eft entre les jumelles ; ce fommier porte à chaque extrémité une échancrure qui embrafle les jumelles par toute leur groifour, ce qui fait qu’en montant 8c defcendant il s’entretient mieux dans un plan horizontal , que quand on le fait plus court que l’intervalle des jumelles. Au relie qu’il foit de niveau, ou qu’il foit incliné, quand il eft bien fulpendu, il ne laide pas de prefler dès qu’il a une fois commencé à pofor for les cartons : le delîiis de la platine eft garni de cuivre , & la partie de la vis qui prefle fur cette platine eft revêtue de fer pour mieux rélifter au frottement : on a foin de les graiffer pour adoucir la dureté de ce frottement.
- Le fommier étant remonté par la vis auflï haut qu’il eft befoin , félon la hauteur de la pile ; on charge les cartons d’un ais auffi grand que la forme , & l’on met par-deflus cet ais quelques billots fur lefquels pofe immédiate*-ment le fommier , afin que la vis ne foit pas obligée de defcendre trop bas ; ce qui pourroit forcer l’écrou ; alors il n’eft plus queftion que de faire defoendre le fommier pour prefler tout cela par le moyen de la vis $ on engage l’extrémité du levier entre deux fufeaux de la lanterne. Mais comme cette lanterne fo trouveroit trop haute pour mener ce levier à la main, & qu’il faut auflï plus de force qu’un homme n’en a avec un levier de y pieds, on fup-plée à cette force par le moyen d’un autre arbre de 8 à 9 pouces de diamètre qui n’eft pas loin de la prefle. Cet arbre eft comme un Cabejlan qui tourne fur les pivots qu’il a à chaque extrémité ; il eft traverfé d’un ou de deux petits leviers d’environ 4 à y pieds de long en tout ; de forte que chaque bout excede l’arbre d’environ 2 pieds ; ces petits leviers ont environ 3 pouces de large fur un pouce & demi d’épaifleur ; tout cela fo nomme le-Moulinet ; autour de l’arbre du moulinet on enveloppe un gros cable de iy à 16 lignes de diamètre qui eft attaché invariablement par une extrémité au haut de l’arbre du moulinet ; après avoir fait y ou 6 tours fur l’arbre , le cable fe termine à l’autre extrémité par une boucle , 8c c’eft cette boucle qu’on paffe fur le bout libre extérieur du levier , dont nous avons dit que l’autre bout eft engagé dans la lanterne. Par ce moyen un homme tournant le moulinet fur lequel la corde s’enveloppe , tire aifé-ment le levier, & fait tourner la lanterne qui prefle le fommier & les cartons, &leur fait rendre beaucoup d’eau ; c’eft ce qu’on voit repréfenté dans la troifieme aélion au haut de la planche.
- Lorfqu’un homme foui a fait tourner le moulinet autant que là force l’a pu permettre , on en met un fécond , puis un troifieme , 8c enfin un quatrième ; les quatre enfomble font encore faire un tour à la vis de la prefle, & diminuent d’un pouce la hauteur de la preflee. .
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- ART D U € A R T O N N 1 E R:
- Lorfque la force .des quatre hommes aidés du moulinet ne peut plus ^ller au-delà, on retourne le levier en fens contraire , & Ton fe fert du même moulinet pour remonter la vis ; enfin on retire la preffée de deffus le moule.
- La force de la preffe non feulement réduit let cartons à leur jufte épaifîeur, mais elle augmente leur denfité , leur force , & en dégorge toute l’eau dont la pâte étoit abreuvée : cette eau fe dégorgeant dans le moule , tombe enfuite par une gouttière dans une cuvette qui peut être noyée enterre, comme nous l’avons dit, à moins que, comme on le voit dans la figure, le moule ne foit élevé fur deux fortes pièces de charpente affembiées avec le pied des jumelles , auquel cas on peut avoir un grand feau ou une cuvette en plein air fur le plancher pour recevoir l’eau de l'égouttoir. Ces différences dépendent de l’emplacement & des facultés du Maître ; mais il eft encore plus commode d’avoir le moule au niveau du fol de fat-relier.
- Quand le levier eft venu fî près du moulinet que la corde ne peut plus le tirer , on tourne le moulinet en fens contraire, pour faire développer la corde, & l’on change de fufeau en plaçant un bout du levier dans la lanterne ; on va boucler la corde à l’autre bout pour recommencera tourner* ce qui fe continue ainfi jufqu’à ce qu’on ait preffé autant qu’il eft befoin. Lorfque les cartons font preffés, on emploie une femme pour les lever de deffus les langes , & en faire des piles ou des réglées qui doivent être preffqes de nouveau. 7
- La planche fur laquelle on étend les cartons après qu’ils ont été preffés, s’appelle la Levée ; c’eft fur la levée que l’éplucheufe opéré ; elle a foin d’arracher les corps étrangers quelle apperçoit fur chaque feuille , puis avec le pouce elle appuie fortement fur la partie bleffée ou entr’ouverte, pour la réunir & en réparer le défaut ; elle fait tout à la fois les fonctions du Leveurdans l’Art de faire le papier , & celles des Etendeufes qui foudent fur couture.
- Maniéré de régler le Carton.
- Dans-le travail du papier*, on appelle Porfe-blanche l’affemblage des feuilles de papier lorsqu'elles ont été levées , & qu’on en a ôté les langes. Le Cartonnier appelle une Réglée les cartons dont on a ôté les langes, & <que l’on remet fous la preffe. Cette fécondé opération eft néceflàire pour achever d’en exprimer l’eau, pour réparer les défauts que l’Eplucheufe y a laiffés en arrachant les corps étrangers , & pour régler les cartons , c’eft-à-dire , les équarrir , & les rendre tous à-peu-près de même grandeur en ébarbillant les bords.
- Les Cartons mis en réglé font environ la hauteur de ,3 pieds 8c demi ;
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- ART DU CARTONNIEZ tf
- un homme feul commence à ferrer la vis de deux tours avec le levier" dé
- 5 pieds dont nous avons parlé plus haut ; il deflerre la vis pour ajoute? encore d’autres cartons, lorlque les premiers ont un peu diminué de hauteur par la preifion ; il recommence à ferrer avec le levier feul, d’environ un tour 8c demi ; enfuite il attache fon levier à la corde du moulinet ; il ferre encore de deux tours ou 4 pouces environ, enforte que la réglée fe trouve avoir baiffé d’un pied par l’aélion de la preffe. Tandis quelle efl dans cet état de compreflîon , on prend une ratiffoire de fer qui n’eft àu^ tre chofe qu’une plaque triangulaire de fer, dont chaque côté a environ 3 pouces ; elle eft emmanchée par un bâton de 4 pieds : avec cette ratiflbire on enleve tout autour de la réglée les franges , les barbes , & même les bords du carton , enforte que la réglée foit terminée quarrément , 8c que les bords en foient auflî forts que le milieu.
- On prend enfuite un petit ais de bois à la main, avec lequel on nettoîè tout ce que la ratiffoire de fer a détaché ; on enleve la pâte fuperflue , 8c l’on rend les faces de cette pile droites , unies 8c quarrées.
- Tout le fuperflu de la pâte de ces cartons , enlevé, foit par la ratiffoire* foit par le petit ais dont nous venons de parler, s’emploie de nouveau à faire le carton ; on a foin de le réporter dans la cuve.
- Si les cartons que l’on veut régler avoient été faits de la veille > ou plus anciennement, on feroit obligé de les raffraîchir & de les humeéter ; pour cela il fuffit de jetter de l’eau contre la réglée tout autour avec un feau or*-dinaire plein d’eau.
- Une réglée pefe environ 200 livres en petit aîs , 230 en catholicon , en petite bible , 400 en feint - auguflin : un bon Ouvrier de cuve peut faire par femainecinq réglées de faint-auguftin, huit, neuf, dix des autres qualités.
- Des differentes grandeurs de Carton.
- On comprend affez que les différentes grandeurs de carton font pour, l’Ouvrier une choie fort arbitraire ; cependant les ufegeS du commerce ont fixé affez généralement les Cartonniers à quatre fortes qu’ils appellent Petit Ais, Catholicon , Bible , Saint-Auguflin. Le petit ais a 13 pouces fur *9 ou 20 ; le catholicon a 14 fur 20 ou 21 ; la bible 16 ou 17 fur 22, le feint-auguftin 18 ou r9 fur 24. Ces grandeurs varient fouvent d’un pouce
- 6 même davantage ; on a remarqué que fi les langes font gras, ou qu’ils foient ufés, le carton coule & s’étend fur le lange, ne trouvant pas de quoi s’accrocher ; alors la preffe l’étend plus ou moins au-delà de la grandeur de la forme : on a vu d’ailleurs que la maniéré de le régler n’eft pas fiif ceptible d’une grande précifion.
- Les efpeces dont nous venons de parler , excepté le faint-auguftin ^ Cartonnier^ E
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- fe font fouvent d’une largeur double , on les appelle alors Petit-Âisfans barre , Catholicon fans barre , 8c Bible fans barre ou grande Bible. En effet pour former ces cartons de largeur double , on ne fait qu’ôter la barre qui fépare le chaffis' en deux parties égales pour faire deux petits cartons à la fois ; alors ces deux cartons fe réuniffent, &n’en font qu’un dont la largeur eft double ; ainfi le petit ais quiavoit 13 pouces fur 20 , aura 26 pouces fur 20 y & ce fera le petit ais fans barre. s
- On appelloit autrefois du nom de Conciles une efpece moyenne entre le petit ais & le catholicon ; mais il n’eft plus d’ufage aujourd’hui*
- On a appelle auflî Cartons en parchemin, comme il a été dit ci-deflus, ceux *qui étoient beaucoup plus grands.
- Enfin il y a du carton enté ; ce terme tiré du jardinage s’applique en général à un arbre formé de deux ou de plufieurs, parle moyen d’une inci-fïon ou d’une fente : il en eft à-peu-près de même du carton ; on fend une feuille dans fon épaiffeur lorfqu’elle eft encore mouillée ; on y inféré l’autre ; on les foumet l’une 8c l’autre à une forte preffion, 8c elles fe trouvent parfaitement affemblées.
- Les cartons de la grandeur du fàint - auguftin fervent à relier les livres in-8°. in-f. 8c in-folio grand papier. Le Cours du Danube de M. Marfgli qui eft un livre aflez connu pour pouvoir fervir d’exemple, exige un fàint-auguftin de chaque côté.
- La grandeur de bible fert pour les livres de la grandeur ordinaire la plus ufitée en France , in-folio > in-f* f/z-8®.
- La grandeur du catholicon fert pour les livres in-douye de la grandeur ordinaire, pour les in-folio en papier de Hollande qui eft plus petit que le nôtre; 8c pour les livres in-8°. petit papier.
- Le petit ais fert auffi pour des livres in folio 8c in-dou^e , petit papier * <8c pour certains atlas de géographie qui s’étendent en longueur.
- Les Chapeliers & Bourreliers emploient communément des feuilles de grande bible fans barre.
- On diftingue aufiî quelquefois en deux efpeces les cartons de même grandeur, fuivant qu’ils ont été collés ou qu’ils ne l’ont pas été , en difant; bible collé , bible non collé , 8cc? Nous parlerons ci-après de l’opération du collage.
- De VEtendoir.
- Les greniers les plus élevés 8c les plus ouverts fervent d’étendoîr aux Cartonniers : un Ouvrier porte la prelfée fur fa tête à différentes reprifes ; 8c l’ayant mife par terre, il prend une poignée d’épingles , & enfile les cartons en les piquant deux à deux ou trois à trois. Ces épingles font des bouts de fil de fer recourbés par chaque extrémité, & formant comme un
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- ART DU CA RTÔ NiïlÈïl iÿ
- double crochet ; l’un de cés crochets fert à piquer les cartons , & ï'mtté à les accrocher : on en voit un en S au bas de la planche,
- Les cartons redoublés une ou deux fois étant plus pelants que les feuilles* fouffriroient davantage d’être fufpendus deux à deux par un fil d’archal * & pourroient fe déchirer ; on efl obligé de mettre une épingle à chacun * & de les fufpendre chacun féparément.
- On fe fert quelquefois de cordes tendues , & quelquefois des lates qui foutiennent les tuiles du couvert.
- Quelquefois aufiî les feuilles de carton qui font fort mîncfes * & qu'ê l’on veut bientôt redoubler, s’étendent fur des perches, à la maniéré dit papier ; on fe fert, pour cet effet, d’un étendoir ; c’eft une longue perché traverfée à fon extrémité d’un bâton , ou d’une petite planche en formé de T, avec lequel on place les feuilles fur les perches ; mais on n’attend pas, pour les en retirer , qu’elles foient totalement feches.
- Lorfqu’on n’a pas affez d’efpace pour fulpendre ainfi tous les cartons * les Ouvriers en mettent debout fur les planchers , les failànt tenir dé champ * appuyés les uns contre les autres * de la même maniéré que les enfants font tenir leurs châteaux de carte, ce qu’on appelle mettre en qüarré ; ainfi ils ont toujours l’air des deux côtés, & ils fechent prefque aufiî bien que ceux qui font fufpendus. On n efl pas obligé d’étendre le carton dès qu’il fort de la preffe ; on attend fouvënt au lendemain, &même davantage) fans qu’il en réfulte aucun inconvénient!
- Du Lijfoir. ~
- La liffe des Cartonniers efl: très-nécêfîàire pour Rendre les cartons plu§ minces & plus compaéls ; on a befoin > pour lifler , d’une grande pierre * fur laquelle on étend le carton, & d’un rouleau ou cylindre de fer poli * enchâfle dans le deffous d’une piece de bois par le moyen de deux cram^ pons qui font cloués fur chaque bout de la piece de bois ; ces crampons étant troués en forme de pitons, reçoivent les tourillons ou pivots qui font à chaque bout du cylindre. Cet infiniment repréfenté en O fe nomme la Liffe. La piece de bois qui porte le rouleau, a environ 3 pouces d’épaif* feur fur 6 à j de long , & porte à chaque bout une poignée, ou comme un tourillon de bois arrondi pour le tenir à la main , & le promener avec force fur le carton. Pour éviter au Liffeur la peine d’appuyer fortement fur le carton , on emploie un bâton qui s’arcboute au plancher de l’attelieré' La liffe efl échancrée en deffus, en demi-rond, de toute fon épaiffeur ) partie d’un côté , partie de l’autre ; enforte qu il relie un entre-deux folide dans le milieu qui fait comme une efpece de tenon : ce tenon s’emboîte dans l’extrémité du bâton de la liffe: ee bâton a 4 pieds de long; il réfiflê
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- avec force, & difpenfe le Liffeur d'appuyer fur le carton ; il n’a prefque qu’à conduire fa lilïe ; d’ailleurs l’ufage auquel on deftine le carton de pâte, ne demande pas qu’il foit fort poli: aulîi peut-on liffer aifément 8 à io feuilles , par heure , dechaque coté. Les Lilfeurs, iorfqu’ils travaillent a leurs pièces , ;ont 24 lois du cent pelant.
- Pour faire arcbouter le bâton de la lilïe avec douceur, on attache aû plafond une forte planche d’environ 6 pieds de long fur 6 pouces de large, que l’on fixe par le milieu avec une barre de fer : l’autre extrémité de la planche eft faille par une grolfe corde tordue avec force par un levier ; «enforte que l’extrémité de la planche fe plie , Sc eft ramenée en bas de quelques pouces par la force de cette corde. Ceft contre l’ex-trémité de la planche ainfi courbée par la tenfion de la corde , qu’on appuie la partie fupërieure du bâton de Me , & on le fait même entrer dans une cavité pratiquée, pour cet effet , dans la planche de la lifïe : par ce moyen lascorde qui une certaine élaftieité jointe à celle de la planche , réfifte Sc fe prête tout à la fois à l’a&ion du Liffeur, qui n’a d’autre peine que celle de promener horizontalement la-boîte de la Me, tandis que la force de la corde fait appuyer le bâton-de la lifïe fur le carton; l’élafticitë de la corde & dè la planche fait toute la réfiftance. La liffe va & vient deux ou trois fois de chaque fens fur les différentes parties du carton , en long Sc en large fur le uBo Sc fur le ver/o : il faut un demi-quart d’heure pour bien Mer une feuille de fàirït^auguftin.
- Le Liffeur a toujours à côté de lui un poinçon qui fert à enlever les corps étrangers qu’il apperçoit dans le carton ; car le peu de foin que I on prend d’ordinaire à choifir Sc à trier les rognures dont le carton eft corn-pofé, rend à tout moment cette opération néceflaire à ceux qui trempent, qui rompent, qui tournent, qui couchent, qui étendent , qui collent > ou qui liffent : «ils trouvent tous ‘des parties étrangères à enlever ; ils les arrachent fans autre précaution ; la preffe & la lifïe réparent à mefure les vuides que cette maniéré d’éplucher y forme nécefîàirement.
- . Si le carton que l’on veut lifïer a été long-temps étendu , & qu’il foit trop fec , on eft obligé de lui rendre une certaine humidité pour augmenter fa flexibilité , Sc aider le mouvement de la liffe ; pour cet effet on trempe dans l’eau un balai de jonc avec lequel on arrofe légèrement le carton qu’il s’agit de lifïer.
- Cette liffe des Cartonniers a du rapport avec celle des Cartiers pour la difpofition générale & la maniéré d’agir : elles différent en ce que les Cartiers fe fervent d’un caillou qu’ils paffent fur le fa von ; les Cartonniers emploient un rouleau de fer, avec de l’eau pour humeéler le carton.
- .Nous avons dit au commencement que l’on faifoit quelquefois du carton iis^ c’eft une économie pour ceux qui font des étuis ^ des porte-peignes,
- des
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- dès endoffements de petites bordures d’eftampes ; on y emploie des ma* tieres encore plus groffieres Sc plus communes que pour le carton des Relieurs , dont nous venons de parler* On fait auffi du carton fort grand , fur un côté duquel on colle une feuille de papier blanc, à l’ufàge des Fourreurs. Enfin on fait des cartons couverts qui font collés & lilfés avec foin , pour deflîner ou pour écrire ; mais on ne peut gueres lilfer ces cartons couverts làns y employer le lavon, de même que pour le papier & pour les cartes ; car le papier ne prête pas , Sc n a pas affiez de fouplefle pour être lilfé Amplement à la maniéré du carton.
- De la Colle.
- Les Cartonniers choififlent, pour faire leur colle , celles de toutes les matières poffibles qui coûtent le moins ; car la farine folle, c’eft-à-dire 9 ce que les Boulangers ou les Meuniers balayent dans leur blutoir , & qui ne peut fervir pour le pain , eft encore une matière précieufe pour les Cartonniers, Sc ils n’en emploient qu’environ une cinquième partie du total de leur colle ; cette farine folle coûte 8 fols le boifleau a.
- La matière la plus commune eft tirée des atteliers des Peauffiers ou des Corroyeurs ; c’eft ce qu’on appelle Parure , PoijJonure Sc Percemure : la per-cemure eft ce que les Corroyeurs enlevent de delïiis leurs cuirs de bœufs ; la poiffonure eft la ratiflure des peaux de moutons ; la parure eft la ratifliire des peaux d’agneaux blanchies Sc palfées chez les Mégiffiers, Sc qui fe travaille chez les Peauffiers : celle-ci eft blanche, frifée, légère , douce 9 donne une colle très - fluide , Sc qui devient très - dure lorfqu’elle refroidit.
- La parure coûte r fol la livre, quelquefois moins ; ce qui revient à-peu-près à y fols le boilfeau b. On met dans une chaudière de cuivre 3 féaux de parures fur y féaux d’eau ; lorfqu’au bout d’une demi-heure la chaudière commence à bouillir , il ne faut gueres plus d’un quart-d’heure pour qu’elle foit faite ; on a foin de la remuer continuellement avec un trognon de balai de bouleau bien recoupé Sc ébarbé ; plus on la laide bouillir^ plus elle devient fluide : mais on ne cherche pas à la lailfer bouillir plus qu’il n’eft nécelïàire ; le bois que l’on confommeroit, Sc le déchet qu’é-prouveroit la collb feroient des frais en pure perte : pendant la cuiflon y on ajoute encore deux ou trois féaux d’eau , à rnefure que la colle diminue.
- La colle que l’on fait avec la farine folle ne demande que deux féaux de farine fur trois féaux d’eau ; il lui faut à-peu-près le même temps pour
- a Les prix qui font fpécifiés ici, comme dans le relie de. ce Mémoire , font relatifs aux temps Sc aux lieux , c’ell-à-dire, à l’année ij6i, &
- à la ville de Paris ; d’ailleurs on ne fauroit être
- C ARTONNIER.
- alluré , à cet égard , de la fincérité des parties intéreffées.
- b Le boilfeau de Paris a 10 pouces de diamètre, Sc 8 pouces 2 lignes Sc demi de hauteur,
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- fe faire ; mais elle eft fort noire quand elle eft faite, au lieu que la colle de parure confèrve fa blancheur.
- Lorfqu’on fait quatre chaudières de ' colle de parure avec une de colle de farine, c’eft l’ouvrage d’un jour pour un Colleur qui afix à fèpt réglées de carton à coller dans fa journée, la chaudière ayant 20 pouces de largeur fur 13 de hauteur. La colle de parure deviendroit très-dure au bout de quelques jours ; mais on l’emploie ordinairement le troifieme jour avant qu’elle foit totalement figée : on y mêle d’ailleurs de la colle de farine qui lui rend de l’humidité , & fouvent encore on eft obligé d’y ajouter de l’eau, lorfqu’on a laide repofer la colle alfez long-temps pour fe durcir.
- Maniéré de coller.
- Le Colleur debout ayant d’un côté le baquet à colle , & de l’autre les cartons qu’il s’agit de coller , étend un carton fur un ais foutenu à deux pieds de terre; il tient une brofle qui a 10 pouces de long fur 3 pouces de large 9 dont les foies ou les crins font longs & flexibles ; il la trempe largement dans le baquet, & la ramene chargée de colle ; il étend fur toute la furface du carton cette colle qui y demeure fouvent par grumeaux , mais que la prefle diftribuera enfuite mieux que la brofle n’auroit pu faire ; par la même raifon on en met beaucoup plus qu’il ne feroit néceflàire , parce que l’on eft fur de retirer le fuperflu lorfque les cartons feront en prefle , enforte qu’il n’y a rien de perdu.
- La colle étant diftribuée fur ce premier carton, le Colleur en prend deux autres qu’il place fur le premier , & recommence à étendre la colle fur le troifieme carton , qu’il couvre bientôt de deux autres , & ainfi de fuite ; enforte que les cartons , de deux en deux feulement, foient collés l’un à l’autre * le premier avec le fécond , le troifieme avec le quatrième, & ainfi de fuite.
- Lorfqu’on a collé la valeur d’une réglée , on la porte fous le fom-mier de la prefle ; & tant avec le levier dont nous avons parlé à l’occa-fion du travail de la cuve, qu’avec le moulinet, on defcend le fommier de la quantité d’un pied environ, ou de fix tours de vis ; alors on voit la colle couler de toute part fur les parois de la réglée ; on prend un carton d’une main, & un petit ais de l’autre ; on ratifie tout autour cette colle que l’on met fur le carton pour la rendre au Colleur.
- Les cartons ainfi collés n’ont pas befoin de relier long-temps fous la prefle ; dès que la réglée fiiivante eft prefque achevée, on deflerre la vis, on les porte à l’étendoir ; Sc là on les met en quarré pour fécher à loifir ; car ils font trop pelants & trop durs pour être piqués & étendus avec les épingles.
- Souvent au lieu de deux cartons > on en colle trois Sc davantage : il y
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- a quelquefois 7 à 8 feuilles dans les cartons qui couvrent les gros livres d’E* glife, les grandes polyglottes , ou ces groffes bibles, qu’on nommoit Bibles de le Jay , parce qu'elles furent imprimées, dans le dernier fiecle , par les foins 8c aux dépens du célébré M. le Jay , Avocat au Parlement de Paris.
- Avant que de terminer ce qui concerne le carton de pâte, nous dirons un mot de l’ufage qu’on fait fouvent de la pâte de carton : on en forme des creux pour imiter des médailles, ou des bas reliefs ; pour faire des globes , & même des ouvrages de fculpture beaucoup plus confidérables j il n’y a pas, jufqu’aux poupées d’enfants, qui font, en matière de carton , l’objet d’un commerce confidérable.
- Chacun peut imiter en petit le travail du Cartonnier, 8c fe procurer une fubftance de même nature que celle du carton, belle 8c propre à différents ouvrages. Celui qui ne voudroit qu’une petite quantité de beau carton , bien blanc , pour faire des bas-reliefs, des figures empreintes dans des creux, ou moules de plâtre, des médailles , &c, n’auroit qu’à faire tremper quelque temps des rognures de beau papier, les piler dans un mortier jufqu’à ce qu’elles foient comme de la bouillie , ou comme une crème très-fine ; on applique une petite quantité de cette fubftance dans le moule, un peu huilé, pour que le carton ne s’y attache pas ; on laifle fécher , ou au moins confolider la pâte dans le moule , & l’on obtient un relief exaét.
- Les rognures des Cartiers, & à leur défaut, celles des Marchands d’e£ tampes, font les meilleures pour ces fortes d’ouvrages, parce qu’elles renferment déjà beaucoup de colle, 8c font par-là plus dilpofées à prendre corps.
- On a vu exécuter ainfi, avec une pâte de carton , ou de papier , de très-beaux ouvrages en dorure & en vernis, dans lefquels il était difficile de diftinguer , même en y regardant d’affez près, la fimplicité du fond qui portoit ces enduits précieux. On en a fait des tafles qui imitoient la porcelaine de la Chinefans en avoir la fragilité. On verra dans les deC criptions de plufieurs Arts, des ufages fréquens du carton, & en particulier de celui qui a fait le fujet de notre defcription.
- Du Carton de feuilles.
- Nous n avons décrit jufqu’ici que le carton de pâte, c’eft-à-dire celui que l’on broyé à la maniéré du papier, & qu’on puifè avec des formes : il nous refte à dire un mot du carton de feuilles ; foit celui que l’on forme en collant du papier fur un carton de pâte , foit celui qui eft de pur Collage > & qui n’eft formé que de l’afTemblage de plufieurs feuilles de
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- papier collées enfemble ; ce travail appartient principalement à fart du Cartier ; nous n’avons d’ailleurs que peu de chofe à en dire.
- La colle ordinaire dont on fe fert pour les cartes , ou cartons de pur collage, eft faite avec de la farine & de l’eau : ceux qui veulent faire de très-belles cartes , y employent la colle d’amidon ; mais cela eft rare.
- On fait bouillir cette colle jufqu’à ce quelle ait acquis la confiftance nècellàire ; le temps qu’il lui faut pour cela, dépend de la quantité d’eau qu’on y a mife, & de la quantité de colle qu’on fait à la fois : un Cartier qui fait environ un muid & demi de colle à la fois , la fait bouillir y à 6 heures. Cette colle fe paffe par un tamis, s’étend avec une large brolfe fur le papier. Les papiers collés deux à deux feulement, fe mettent en prelfe , comme les papiers & les cartons ordinaires ; mais on ne leur fait éprouver que fucceflivement, & par dégrés la force de la prelfe : on les lailfe même un quart - d’heure avant de donner le dernier coup , pour que le papier , ayant eu le temps de fe raffermir en perdant un peu de l’humidité & de la colle fuperflue , ne foit pas expofé à s'ouvrir , c’eft-à-dire, à fe déchirer.
- Le carton formé par l’alfemblage de deux feuilles de papier , s’étend 8c fe feche comme le carton de pâte ; lî l’on veut le rendre plus épais , on recommence le même travail : par exemple, pour les cartes à jouer qui font formées de quatre feuilles, deux feuilles de papier mainfbrune collées enfemble forment les étreffes, ou l’ame du carton ; on colle enfeite chaque étreffe entre une feuille de papier carder, 8c une feuille de papier à pot, 8c l’on a le carton fur lequel on imprime enfuite les têtes 8c les points.
- Le carton de cette elpece fert à plufieurs ufàgês , 8c fer-tout dans le deffein : on l’appelle à Paris Carte de Rouen , parce que c’eft en effet de Rouen qu’on en tire la plus grande partie.
- Plus les cartons relient en preffe, meilleurs ils font ; le temps ordinaire eft d’un quart - d’heure ; mais on va fouvent bien au - delà : ceux qui font jaloux de faire d’excellents cartons , leur donnent un moment de preffe à chaque feuille qu’ils collent ; les autres attendent d’avoir une preffée entière : enfin il y en a qui remettent leurs cartons plufieurs fois en preffe pendant le temps qu’ils fechent , 8c cela jufqu’à quatre ou cinq fois.
- On fait fécher les cartons à l’ombre , fufpendus au plancher, chacun par deux petits crochets ; on les doit laiffer jufqu’à ce qu’ils foient réellement fecs : l’été eft par conféquent la fàifon la plus favorable pour cette deffi-cation , quoiqu’on ne mette jamais les cartons au foleil, fi ce n’eft dans une nécefîité urgente.
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- ART DU CARTONNIE R. ±$
- La lifte eft à-peu-près femblable à celle dont nous avons parlé plus haut • ce font des cailloux qu’on y emploie ; cette machine fera décrite amplement dans l'Art du Cartier que M. Duhamel fait actuellement imprimer,
- On diftingue dans le commerce de Rouen autant de fortes de cartons , qu'il y a d’eipece de papiers qui fervent à les faire ; les plus ordinaires en* fin , font les cartons de Papier au pot9 àe'Dart, de Couronne , de Raifin , les Cartes bulles , le Nom de Jéfus, les Impériales , le Robert , le Richard, les Cartes-colas, la Grande-Echelle , la Petite-Echelle,
- Les mêmes noms fe donnent auffi à des papiers communs ; à cela près qu’entre deux feuilles de ces papiers communs, on ajoute pour donner de la force, de petits cartons de pâte bife , ou de gros cartons bis, fi l’on veut avoir une grande épaiifeur.
- Ainfi les dimenfions des cartons de collage font les mêmes que celles des papiers dont on les fait, & dont les dimenfions fe trouveront dans notre Art de faire le papier : cependant on en fait auffi en cas de befoin , d’une plus grande dimenfion , comme de y à 6 pieds de hauteur ; il fuffit alors de faire chevaucher les feuilles de papier les unes fur les autres , jufqu’à ce qu’on foit parvenu aux longueurs & largeurs demandées ; ainfi il n’y a rien à cet égard de fixe ni de déterminé.
- Les cartons de pur collage , c’eft-à-dire, faits uniquement de feuilles de papier collées enfemble , contiennent depuis y jufqu’à 20 feuilles, fuivant la force qu’on veut leur donner, & l’ufige arbitraire auquel on les deftine.
- Les prix de chaque elpece de cartons font proportionnés à la force, à la grandeur , à la fineftfe. On fait des cartes de papier au pot, compofées de trois feuilles, qui ne valent que 50 fols le cent, parce que la feuille du milieu eft d’un carton de pâte bife. Les cartes dont on fait enfuite des jeux en les imprimant de différentes couleurs , valent 3 liv. le cent de feuilles, parce que la feuille du milieu eft un papier àlétreffe , ou papier à bougie.
- On en fait de 4 feuilles de papier, dont les deux du milieu font de main^ brune , même qualité que le papier au pot, à la couleur près ; les feuilles de deftus font d’un papier plus ou moins beau , ce qui fait varier le prix de cette forte , depuis 3 liv. jufqu’à 6 liv. le cent. Voici le prix des autres fortes dont nous avons parlé , en communs & en fins.
- E N c O MM UNS.
- Le Raifin ... 8 liv.
- Le Dart . . .12
- La Petite-Echelle . 20 Le Colas . . . 26
- La Grande-Echelle 30 Le Richard . . 30
- Cartqnnier^
- En fins.
- Les Cartes bulles 16 Le grand Raifin . . 18 liv. Le nom de Jefus . . 3 6 Les Impériales ... 70 Le Robert . , . 100
- Le Richard . . . 100
- G
- BIBCNAM
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- a* ART DU CARTONNIEZ
- Au refte, on fent allez que les cartons ne fàuroient avoir de prix déterminé ; dès-lors qu’on fait varier à volonté la beauté du papier & le nombre de feuilles dont il eft compofé.
- Des Boites de Carton.
- Les boîtes, ou tabatières de carton , les coffres , les étuis; & autres ouvrages verniffés, qui, depuis quelques années font fi fort à la mode, fe font aufîi-bien que le carton de feuilles avec des couches de papier collées l'une liir l’autre. Le rapport qu’il y a entre ces deux fortes d’ouvrages , nous a déterminés à ne les pas féparer : mais nous ne parlerons des tabatières qu’à raifon du carton qui en eft la bafe; le refte appartiendra aux Arts du Ta-bletier & du Verniffeur.
- Ces petits meubles fe faifoient autrefois avec une pâte de carton , fem-blable à celle dont nous avons parlé à l’occafion de la fculpture, & que l’on mouloit à volonté ; ce n’étoit même fouvent que du papier ordinaire que l’on faifoit macérer, & comme pourrir dans l’eau, pour en former cette pâte.
- Ce fut vers l’an 1740, que M. Martin l’aîné , habile Verniffeur, quî le premier a excellé dans ce genre, imagina de former ces tabatières d’une maniéré toute différente.
- Ce célébré Artifte avoit été déterminé par un hazard heureux, vers l’Art oïi il s’eft diftingué par-deffus tous les autres. M. Lefevre amateur de l’art des vernis , qui avoit fait avec M. d’Ons-en-Bray , diverfes expériences , étoit voifin du pere de M. Martin : la curiofité fit prendre à celui-ci quelques notions de ce travail ; il les mit en pratique ; il les perfectionna ; il forma des établifîements , & il réuffit au point de donnner fon nom à ce qui s’eft fait de plus beau dans ce genre : M. Giros a fiiccédé , depuis la mort de M. Martin , à là réputation , & à fes fuccès dans le travail du vernis : il a bien voulu nous procurer fur le carton les facilités nécelîàires.
- * Pour revenir aux boîtes de carton que M. Martin imagina , & que l’on emploie généralement aujourd’hui, on en diftingué deplufieurs grandeurs, qu’on défigne par les noms depetit-rien, ^ero, numéro 1, n°. 2 , n°. 3, &c* jufqu’au n°. 8, qui forme les tabatières d’homme les plus grandes & les plus ordinaires , qui ont 3 pouces de diamètre : nous prendrons la grandeur du numéro 8 pour exemple, dans le petit détail que nous avons à donner, de cet ouvrage.
- On a un grand nombre de moules de bois de la grandeur & de la forme quon fe propofe de donner à une tabatière : une Ouvrière peut en préparer 200 dans un jour ; mais il faut un bien plus grand nombre de moules, parce que l’opération doit durer y jours ; d’ailleurs la cuvette d’une tabatière, c’eft-à- dire, la partie inférieure, exige auffi-bien que le deflus, un moule féparé*
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- ART DU C A RT O N N I E R. 27
- Le travail du premier jour confifte à revêtir le moule d’une fimple bande de papier mouillé, en même temps quon y applique un fond de papier ; c’eftce qu’on appelle la couche à l'eau ; l’humidité luffit pour donner à cette couche une adhérence médiocre ; jufqu’à ce qu'on y veuille appliquer les bandes collées ; mais elle n’empêche pas qu’on ne puifle enfuite retirer ai-fément la tabatière de deffus le moule ; au contraire la feuille à l’eau garantit le moule des petites portions de colle qui y attacheroient la tabatière , & en rendroient enfuite l’extraélion prefque impoffible : pour cet effet, la feuille à l’eau doit être beaucoup plus large que les autres, & revêtir exactement le moule tout entier ; de peur que s’il y avoit un intervalle vuide * il ne s’y logeât de I3 colle qui attacheroit la boîte fur le moule.
- Le fécond jour 5 l’Ouvriere met à côté d’elle , dans un grand panier * les 200 moules recouverts le premier jour, & les reprend l’un après l’autre , pour y coller la première couche , & les met à mefure dans un autre panier. Pour former cette première couche , on commence par couper de petites bandes de papier > de la hauteur qu’on veut donner à la boîte * dont chacune peut faire deux tours entiers fur le moule , & même un peu plus. On coupe auffi des quarrés de papier, dont la largeur foit un peu plus grande que le diamètre de la boîte ; on en colle huit l’un fur l’autre > en les croifànt> c’eft-à-dire > en plaçant les angles de l’un fur le milieu des côtés de l’autre ; enforte que les huit enfemble ont, pour ainfi dire * la forme d’une étoile à plufieurs rayons ; c’eft cet affemblage qu’on appelle le quarré, & qui doit faire le fond de la tabatière ; un autre quarré femblable en forme le deflus.
- On étend fur la table une bande de papier , & avec les doigts on y pafle de la colle , on en applique une fécondé fur cette première , & on l’encolle également ; ces deux bandes unies > & formant une double épailfeur * fe plient autour du moule fur la feuille à l’eau, dont elles font le tour deux fois , & au-delà : on applique enfuite le quarré dont ort rabat les angles tout autour avec la main ; on remet fur ces angles une nouvelle bande pour les bien contenir ; on fait enforte que cette bande déborde & recouvre l’angle ou l’arête qui régné tout autour d’une boîte, pour le fortifier davantage. Ainfi la première couche contient un quarré formé de huit doubles de papier, & trois bandes qui font environ fix à fept tours, ou ûx à fept épaiffeurs de papier fur le contour de la cuvette, & du deffus.
- Les moules ainfi chargés de leur première couche, le mettent dans une étuve : c’efl: une grande armoire de 8 pieds de haut fur autant de largeur * 8c 3 pieds de profondeur: la partie baffe eft revêtue de briques, & l’on y met des charbons allumés , dont la vapeur n’a d’autre ifîue que l’étendue de cette étuve ; ce qui la rend quelquefois très-malfaifante. Au-deffus il y a plufieurs grilles de fil d’archal fur lefquelles on jette les moules, & on
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- ART DU C A RT O N N I E R: ies y iailTe quelques heures , jufqu’à ce que la couche foit parfaitement feche.
- Le matin on garnit 200moules de cuvettes , & l’après- dîner les delfus des boîtes qui fe font de la même maniéré * avec cette feule différence que les bandes font plus étroites.
- Le lendemain on applique fur chaque moule une fécondé couche fembla-ble à la première, avec une bande de plus ; c’eft-à-dire * qu’on met quatre bandes au lieu de trois , & ainlî de fuite de jour à autre, jufqu’à la cinquième couche qui n’eft que de trois bandes, auffi-bien que la première, les couches intermédiaires étant de quatre bandes chacune.
- Le fixieme jour on les déchauffe , c’eft-à-dire, qu!on ôte les boîtes de deffus les moules ; fouvent il fiiffit de les tirer avec la main > fans effort ; quelquefois cela eft un peu plus difficile ; on eft obligé d’en déchirer les bords, 8c de donner plufieurs coups fur la boîte ; lorfque la boîte a quitté le moule, on en détache aifément la feuille à l’eau, qui eft à peine collée dans l’intérieur de la boîte.
- Auffi*tôt qu’on a déchauffé les moules, on recommence à les garnir de la couche à l’eau : les deux opérations peuvent fe faire le même jour , parce qu’elles ne font pas longues.
- Le total des cinq couches forme donc cinq quarrés & dix-huit bandes; chaque quarré a huit épaiffeurs de papier ; ainfi la tabatière dont nous venons de décrire la fabrication en carton, a quarante épaiflèurs fur le fond ? & environ autant tout autour, parce que chacune des dix-huit bandes fait un peu plus de deux tours.
- Les numéros moindres , ou grandeurs plus petitesb en exigent un peu moins ; mais cela va communément à 15 ou ié bandes.
- A chaque fois qu’une couche eft fechée dans l’étuve, un homme eft chargé d’enlever les inégalités , 8c de râper les angles au moyen d’une râpe ou lime femblable à celle dont on fe fert pour unir le bois dans certains arts': cette opération fe fait extrêmement vite ; un feul Ouvrier peut fuffire à râper les boîtes de 4 Çolleufes ; 8c cela eft abfolument nécefîàire pour qu’une couche prenne fur la précédente , 8c puifle s’y appliquer, exactement.
- Cette rapure de papier n eft pas perdue ; les Cartonniers s’en fervent pour faire de mauvais cartons, tels que les étuis de chapeaux & de manchons , & ils Tachetent trois liars la livre ? c’eft-à-dire, la moitié du prix des rognures ordinaires, dont on fait le meilleur carton.
- Le papier dont on fe fert dans le travail que nous venons de décrire ,
- «
- doit être un papier fin, c’eft-à-dire d’une belle pâte, qui ait de la force & de la blancheur ; c’eft affez communément le carré de Caen , dont fe
- fervent
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- ART DU CARTONNIE R. a:9
- fervent les Ouvriers de Paris pour les belles tabatières, quelquefois auflî du Champy.
- La colle doit être faite avec de belle farine de froment , telle qu’on l’emploie pour faire du pain ; pour peu qu’elle fût inégale, grofliere, gru* meleufe , on ne pourroit parvenir à faire des boîtes lilfes & folides , telles qu’on les exige pour le vernis ; on y verroit des trous, des veflies, des alpérités fans nombre.
- Les boîtes, après avoir été ôtées de deflus le moule , fe livrent aux Tourneurs qui enlevent les bords, ou les endroits défeélueux, & qui ajuftent les deflus de maniéré à fermer exactement : ce carton a toute la fermeté né-ceifaire pour fe couper aufli net que du bois , & fe former à la gouge & à l’outil : les tabatières font faites en fortant de deflus le tour, de maniéré qu’elles pourroient fervir, même fans aucun vernis. Ainli notre objet efl; rempli à l’égard des tabatières de carton dont nous n’avons parlé qu’à rai-fon de la matière dont elles font formées ; le refte appartient aux Arts du Vernifleur, du Tabletier & du Tourneur. 1
- EXPLICATION DES FIGURES
- DU CARTONNIE R.
- Tæ haut de la planche repréfente les trois aélions principales de cet Art, marquées des chiffres 1, 2 , & 3.
- La première efl: celle du cheval qui tourne la matière ou la pâte du carton dans ce qu’on appelle la Pierre.
- La fécondé aélion efl: celle de l’Ouvrier de cuve qui puife la pâte avec une forme ou chaffis pour coucher enluite fa feuille fur le tas qu’on apperçoit
- devant lui.
- La troiiieme efl: celle de l’Ouvrier qui prefle les cartons : on n’en a re-préfenté qu’un, quoique louvent il y ait trois ou quatre hommes fur le tour.
- a a, Jumelles de la prefle.
- b, Ecrou qui fert de formuler, 8c qui aflemble les jumelles par le haut.
- c , Lavis de la prefle.
- d, La lanterne dans laquelle on pafle le levier.
- e, La felle fur laquelle porte la lanterne pour fouler les cartons.'
- f9 Differentes pièces de bois, en long & en travers , qu’on place fur la planche qui couvre les cartons.
- g, Cartons en prefle.
- h , Planche ou égouttoir qui porte les cartons.
- i, Sommier inférieur , avec une elpece de gouttière pour raflembler l’eau qu’on exprime des cartons, & la faire couler dans un vafe. Cartonniery H
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- 3o ART DU CARTONNIE R.
- k , Petit tonneau qui reçoit l’eau de la gouttière.
- /, Cable attaché au levier de la prefTe.
- m y Moulinet fur lequel s’enveloppe le cable, & qui fert à preflèr avec plus de force.
- n y Levier qui traverfe l’arbre du moulinet : on en met quelquefois deux qui fe croifènt à angles droits.
- A 9 Arbre qui tourne la matière du carton dans la pierre ; les couteaux font marqués dans leur place par i, i, 3 9 4 ; les couteaux démontés ou détachés de leur arbre , font J & 6 ; les pitons qui entrent dans l’arbre pour porter les couteaux, font marqués 7 & 8.
- B y Aile de l’atteloire ; les pièces de bois marquées aa y fervent de timons 3 & l’on voit enee les os de moutons qui tiennent au collier du cheval.
- C y Cuve de bois qu’on appelle improprement la Pierre.
- Cy Grapaudine qui doit être attachée au fond de la pierre.
- D y Pelle ou racloir qui fert à arracher ou rompre la matière.
- E y Auge à rompre : l’auge du trempis eft fouvent toute pareille.
- F y Forme ( ou moule ) compofée d’un treillis de fil de laiton.
- G y Rateau avec lequel on remue la pâte.
- H y Egouttoir fur lequel on place les formes qui fortent de la cuve ; on les y îaiffe pendant quelques minutes.
- I y Cuve de l’Ouvrier dans laquelle on délaye & l’on puife la matière du carton.
- K y Tonneau dans lequel retombe l’eau de l’égouttoir.
- L y Chaudière ou chaudron dans lequel on fait bouillir la colle.
- M y Trépied fur lequel on place la chaudière.
- jV, Broffe qui fert à étendre la colle.
- O 3 La iiffe ou piece de bois garnie de deux poignées, & d’un rouleau de fer pour liffer le carton ; elle eft renverfée pour laiffer voir le rouleau.,
- o y Cavité dans laquelle entre le bâton de la Iiffe.
- P y Cartons empilés.
- Q y Auge ou petit égouttoir fur lequel on couche les cartons, Sc qu’on amene deffous la prefle.
- R y Cuvette où l’on verfe la colle quand elle eft cuite , pour la mêler & la laiffer refroidir.
- S y Epingle qui fert à fufpendre les cartons dans l’étendoir.
- Fi n de l’Art du Cartonnjer,
- Juillet ijÔ2.
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