Descriptions des arts et métiers
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- Par M- Duhamel du Monceau.
- M. DCC. L X 11.
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- ART
- DU CARTIER
- Par M. D U H A M EL D V M O N C E A Ü. *
- INTRODUCTION
- Les cartes à jouer font des feuillets de carton minces 8cliffés , fur un des côtés defquels ont peint des figures de Rois , de Reines 8c de Valets , ou des points différemment figurés auxquels on a donné les noms de Cœur 8c de Carreau qui font toujours rouges , ou de Trefle 8c de Pique qui font toujours noirs. Comme les figures portent auflî les empreintes du cœur , du carreau , du trefle 8c du pique , on peut divifer toutes les cartes en rouges & en noires. Les Ouvriers les diftinguant en têtes 8c en points : les têtes comprennent les Rois , les Dames 8c les Valets : 8c les points , les Cœurs 9 les Carreaux, les Trejles 8c les Piques y depuis le n°. i, qu’on nomme As jufquau n°. io , qui eft la plus haute carte des points. L’affemblage des dix cartes de points avec un Roi , une Dame & un Valet dans chaque elpece , cœur 5 carreau, trefle 8c pique , forme ce qu on appelle un jeu entier, tout cela fuivant notre ulage le plus commun ; car pour d’autres jeux , il y a bien des figures différentes. Je pourrois donner pour exemple les jeux des Tarreaux ; mais comme il ne s’agit point de traiter ici des différents jeux , mais uniquement de la façon de faire les cartes à jouer 9 8c comment la même méthode que nous employons pour faire les cartes ordinaires peut fervir à faire les autres efpeces de cartes , nous n’infifterons point fur les différentes marques 8c figures
- * Je n’ai trouvé fur l’Art du Cartier, dans le dépôt de l’Académie, que quatre planches auxquelles j’ai fait quelques changements , & j’y en ai ajouté une cinquième. Ces planches n’étoient accompagnées d’aucun mémoire , pas même d’explication des figures. Après que j’ai eu fait la defcription de cet Art, M. Raisin , célébré Cartier, qui tient fa fabrique à Paris, rue Croix-
- Cartier.
- des-petits-Champs , a bien voulu me conduire dans tous fes atteliers , ce qui m’a mis en état de perfectionner mes mémoires que je lui ai en-fuite communiqués : il les a trouvé exaèts , & il m’a fourni des notes fur toutes les opérations de cet Art : j’efpere qu’avec ces fecours, je ferai parvenu à en donner au public une defcription fufhfamment exacte.
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- ART DU CARTIER,
- qu’on peut mettre fur les cartes ; ce font des choies arbitraires & de convention , qui pourroient être fbumifes, préférablement à une infinité d’autres chofes , aux vicifïïtudes de la mode.
- Quand les jeux de cartes ne feroient regardés que comme un paffe-temps, ou un fimple amufèment, on concevroit qu’il s’en doit faire une grande confommation , parce que bien des gens font dans le cas d’avoir recours au jeu pour fe garantir de l’ennui. Mais comme les jeux devien-nentprefque toujours un objet d’intérêt & fouvent d’un intérêt très-confî-dérable , les Ouvriers font obligés de faire les cartes avec beaucoup de foin , afin que les Joueurs courent les mêmes rifques. La plupart des Joueurs ont la vue alfez fine & la mémoire alfez préfente, pour que la moindre tache qui fe trouveroit fur le dos d’une carte , leur fafïe connoî-tre là valeur ; & alors celui qui auroit une bonne vue, jqueroit à coup fur. Il faut donc que l’envers des cartes foit d’un blanc pur & exempt de toutes taches. Si les cartes étoient trop minces , elles feroient trop tranlpa-rentes ; & le Joueur qui feroit placé à l’oppofition du jour, pourroit connoître les cartes que fon adverfaire auroit dans la main * & en profiter ; la tranlparence des cartes feroit donc un défaut.
- Pour que les combinaifons des cartes varient,il efl: nécellàire qu’on puifle les battre aifément ; pour cela il faut qu’elles ne loient point épaifles ; mais fermes , lonores , coulantes & exactement coupées d’une même grandeur.
- Comme beaucoup de jeux, fur-tout ceux de hazard, exigent qu’on re-connoiffe promptement & fûrement les cartes , il efl: indifpenfàblement nécefîàire que les couleurs foient bien tranchées , & qu’elles ne foient point mêlées les unes avec les autres, fur-tout dans les têtes.
- Toutes ces conditions exigent de la part du Manufacturier beaucoup de foins & d’attentions fur fes Ouvriers, & il efl: néanmoins effentiel pour Ion intérêt que l’ouvrage s’exécute promptement ; car comme le prix des cartes efl: modique , il faut qu’il puiffe trouver fon profit dans la célérité de l’exécution.
- Les Cartiers font parvenus à remplir ces différents objets, de forte qu’un ouvrier peut fabriquer foixante jeux de cartes de piquet par jour, pourvu que la quantité de cartons qu’il emploie pour la fabrication .des foixante jeux foient mêlés , collés & féchés avant de commencer fon travail ; cependant la façon d’un jeu de cartes exige jo ou 60 opérations différentes que nous nous propofons de décrire le plus brièvement & le plus clairement qu’il nous fera poffible.
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- ART DU CARTIER.
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- §. I. Des différents Papiers quon emploie pour faire les cartes*
- Quoiqu’on pût faire les cartes avec plufieurs elpeces de papier, Vu-fage eft d’en employer trois efpeces pour faire les belles cartes ; favoir le Papier au pot, le Papier de main-brune ou à étreffe * & le Papier carder.
- Le Papier au pot eft ainfi nommé , parce que pendant long-temps on em-ployoit un papier qui avoit pour marque un pot de fleurs ; & quoiqu’au-jourd’hui le papier qu’on emploie, n’ait point cette marque , les Papetiers continuent à appeller ainfi une forte de papier qui eft aflez blanc & peu collé : la feuille déployée a 14 pouces de long fur 11 pouces & demi de largeur : la rame de ce papier pefe de 9 à 10 livres , & coûte 3 liv, 12 fols. C’eft ce papier qui reçoit l’impreflîon des couleurs ; ainfi il eft bon qu’il foit aflez blanc ; mais il n’eft pas néceflàire qu’il ait toute la perfeélion qu’exige le papier qui recouvre le derrière de la carte, parce que le côté de la peinture n’étant apperçu que par celui qui tient le jeu , il n’en peut pas réfulter le même inconvénient que fi les taches étoient apperçues par l’autre joueur.
- Depuis l’établiflement du droit d’un denier par carte, c’eft le fermier qui fournit ce papier. Chaque feuille eft marquée fur la forme de la Papeterie de vingt fleurs - de - lys diipofees de façon qu’il y en ait une fur chaque carte.
- Dans quelques Fabriques de cartes on emploie une fécondé efpece de Papier au pot qui eft moins parfaite , qu’on n’eft point aftreint à prendre chez le fermier , & qu’on emploie au dedans de la carte , entre une feuille de main-brune & celle de Papier cartier, pour rendre les cartes encore plus blanches ; mais ordinairement l’intérieur des cartes eft fait avec une ou deux feuilles de main-brune.
- Le papier dit de main brune eft employé à former le corps & l’intérieur de la carte, parce que ce papier étant un peu gris, il rend la carte moins tranfparente ; d’ailleurs il feroit inutile de mettre dans l’intérieur des cartes d’auflî beau papier qu’aux furfaces. La grandeur des feuilles de ce papier eft la même que celle du Papier au pot. Il y a deux elpeces de main-brune ; l’une fimple ou mince dont la rame pefe 9 à 10 livres ; l’autre double ou fort qui pefe 12 & 13 livres. On fe fert de la main-brune double pour les cartes qui ne font formées que par trois feuilles , comme font ordinairement celles des grands jeux ; favoir les jeux entiers & ceux de comete , afin que ces jeux qui font compofes d’un grand nombre de cartes , ne foient point trop épais. La main-brune fimple ou fine fert à faire les cartes à quatre papiers pour les petits ou bas jeux , tels que les jeux de Quadrille, de Piquet Sç de
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- Brelan. Dans quelques Fabriques on fait toutes les cartes à trois papiers ; 8c dans ce cas on emploie de la main-brune double , fur-tout pour les petits jeux ; mais par les Statuts des MaîtresCartiers de Paris , il eft ordonné de mettre quatre feuilles dans les petits jeux , & effectivement elles en font plus feches 8c plus Tonnantes.
- Le papier carder eft fort beau , très-blanc , bien collé & fabriqué exprès pour les cartes ; car pour éviter tout ce qui pourroit faire quelques changements de couleur fur la furface blanche de la carte, on n’y met point la marque du Papetier, 8c les feuilles ne font point' pliées en deux ; elles font un peu plus grandes que le papier au pot : la rame doit être du poids de 10 à il livres; elle vaut 7 livres 10 fols. Cette feuille fe place furie dos de la carte , c’eft-à-dire, fur la face oppofée à la peinture ; il eft important pour cette raifon que ce papier n’ait pas la moindre tache.
- §. 11. Rompre les feuilles, âC trier les mains-brunes.
- On fait que dans les rames de papier les feuilles font pliées en deux : il s’agit d’effacer le mieux qu’il eft poflible l’impreflion de ce pli. Pour cela on ouvre, c’eft-à-dire, on déploie les mains les unes après les autres ; on les fàifît par le bas, de la main gauche 8c par le haut de la main droite , de forte que les pouces des deux mains foient dans le pli : alors renverfànt les feuilles en fèns contraire de ce qu’elles étoient dans la rame, on fait couler les doigts fur le dos du pli, 8c on renverfe en arriéré le haut 8c le bas de la main de papier ; c’eft ce qu’on nomme rompre, quoique par cette opération aucune feuille ne foit déchirée ni rompue. Quand l’impreflion du pli eft trop forte pour être en partie effacée par cette opération , on pofè • la main de papier fur une table , le dos du pli en haut, 8c on pafle deflus fortement quelque corps uni & dur, comme le manche d’un couteau : la colle, ainfi que la preffe, achèvent de détruire entièrement la marque du pli, qui d’ailleurs eft recouvert par le papier cartier qui, comme je l’ai dit, fort des Papeteries fans pli , parce qu’il eft important qu’il ne fe montre aucune marque fur le dos des cartes.
- Comme toutes les feuilles ne font pas d’une même épaifleur, fiir-tout dans les mains-brunes, afin que les cartes foient d’une épaifleur égale, 011 trie quelquefois les feuilles de ce papier, 8c l’on met à part les feuilles minces, & d’un autre côté les plus épaifles : celles-ci s’emploient quelquefois dans les cartes à trois feuilles ; ou bien on joint une feuille mince avec une épaifle.
- §. III. Du Mêlage.
- Comme les cartes font formées par différentes efpeces de papiers, il faut entre-mêler les feuilles 7 de façon que chaque elpece de papier fe
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- trouve à la place qu’elle doit occuper dans la carte finiê > afin qüé Iô Colleur trouve fous fa main les feuilles qu’il doit réunir ; c’efl ce qu’on appelle mêler.
- Dans les bonnes Fabriques on ftiêle à deux fois : l’une s’appelle mêler en gris , ou pour les étrejjes ; l’autre fe nomme mêler en blanc, ou l'ouvrage t nous parlerons d’abord du mêlage pour les êtrejjes ; & nous expliquerons enfuite l’opération de mêler en blanc y ou l'ouvrage y qui ne fe fait qu’après le premier collage.
- On mêle différemment quand on fait des cartes avec trois ou àveë quatre feuilles.
- Il y a des Cartiers qui collent à la fois les trois papiers qui doivent faire leurs cartes : fàvoir > i° y le papier carder ; 2°, la main - brune\ , le pot. Ceux-là y lorfqu’ils veulent mêler y pofent fur une table une feuille dé papier au pot y qu’ils couvrent d’une feuille de main - brune ; & celle-ci de deux feuilles de papier carder ; enfuite une feuille de main - brune > puis deux feuilles de pot ; enfuite une de main-brune y & deux feuilles de pa^ pier cartier. En continuant ainfi ce travail , ils font ce qu’ils appellent un tas compofé de trois rames : de cette façon deux feuilles au pot 8c deux de carder fe trouvent pofées l’une fur l’autre : celles-ci ne doivent point recevoir de colle ; mais comme cette façon de ne faire qu’un collage eft mauvaife y il faut expliquer comment les bons Cartiers mêlent pour faire des cartes de trois feuilles. Ils pofent une feuille de main-brune y puis deux feuilles de cartier ; enfuite deux de main - brune, 8c deux de cartier : de cette forte > deux feuilles de papier carder fe trouvent l’une fur l’autre $ ce qui efl néceifaire pour les conferver bien propres.
- Quand on mêle pour les petits ou bas-jeux compofés de quatre feuilles > il né s’agit que de pofer l’une fur l’autre y 8c dos contre dos, les deux feuilles qui doivent faire l’intérieur des cartes : ce fera ^ fuivant l’ufàge ordinaire y deux feuilles de main -brune y ou bien dans les Fabriques où l’on met une feuille au pot commune fous la feuille de cartier y pour en augmenter la blancheur ^ on adoffe une feuille de main-brune y 8c une au pot : dans lé premier cas les tas font formés d’une rame y 8c dans le fécond de deux.
- Un habile Ouvrier peut mêler par jour dix - huit à vingt rames J 8c comme on lui donne 18 deniers par rame > il peut gagner 27 à 30 fols.
- Nous remarquerons, en finilfant > que pour donner plus de facilité aux Colleurs ? lorfqu’il leve les feuilles deux à deux , le Mêleur a l’attention que les feuilles qu’il pofe rentrent un peu y par exemple, d’un travers de doigt > fur celles qu’il a pofées auparavant.
- Quand on a féparé dans les mains-brunes les feuilles fortes d’avec les foibles, 8c quand on veut les employer enfemble dans les cartes 3 après avoir. Cartier. B
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- placé le tas de feuilles foibles à la droite , & le tas de feuilles fortes à la gauche ? on prend une feuille au tas de la droite ; on la place devant foi ; enfuite on prend deux feuilles au tas de la gauche ; on retourne la première feuille fur la face de l'autre , & on les pofe toutes deux enfemble fur celle qu'on a précédemment pofée fur la table ; continuant de placer -ainfi lur la table deux feuilles de la droite, puis deux feuilles de la gauche , jufqu' à ce qu'on en ait pris dix mains de chaque côté } on a un tas en état d'être collé.
- §. IV. De la Colle.
- I/ordré du travail exigeroit que je parlaffe du premier collage ; màîâ tomme pour bien faire cette opération il faut avoir de bonne colle , il eft indilpenlàble de lavoir la façon de la faire , avant de parler de fon emploi, d'autant que cette colle fe fait dans un attelier particulier , pendant que les Ouvriers travaillent chacun à l'opération qui lui eft parties liérement deftinée.
- L'attelier où on fait la colle eft une falle-baffe ( PL I. ) dans laquelle eft 9 i° une grande chaudière de cuivre montée liir un fourneau (Jig. /. ) ; •a°, huit ou dix baquets ( fig. Z. ) ; y , un cuvier ou grand baquet rond fur lequel eft établi un tamis de deux pieds lix à neuf pouces de diamètre, garni d'une forte toile de crin affez claire (Jig. 3. ) ; 40, un trognon de balai emmanché pour braffer la cuve ; y°. un balai de crin fait en rond , pour faire palier la colle par les mailles de la toile du tamis ; on le nomme Pinceau : enfin on a quelques Ipatules de bois, des féaux pour jetter l'eau dans la cuve } des boiffeaux pour mefurer la farine, Sc des balances pour pefer l'amidon.
- Il y a plufieurs maniérés de faire la colle i je me contenterai de rapporter celle qui fe pratique chez M. Raijîn , d'autant qu'elle me paroît très-bonne.
- On met de l'eau dans la chaudière , à proportion de la quantité dé colle qu’on veut faire. Pour 70 féaux d’eau, il faut fix boiffeaux & demi de la meilleure fleur de farine , & deux boiffeaux & demi de bon amidon.
- Pendant que l'eau chauffe dans la chaudière > on’diftribue dans des baquets la farine , & dans d'autres l'amidon : on délaye bien avec les mains, & l'on bat les fubftances farineufes dans de l'eau tiede qu'on a mife dans les baquets. Quand la farine d'un côté & l'amidon de l'autre font bien délayés dans l’eau , & quand celle qui eft dans la chaudière eft prête à bouillir, on prend avec des féaux la farine & l'amidon délayés , & on les verfe dans la chaudière : un Ouvrier tourne continuellement avec un tronçon
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- de balai qui eft au bout d'un manche fort long -, afin que la farine & i'amidori fe mêlent bien enfemble , 8c qu'il ne s'attache rien au fond de la chaudière : on entretient la chaudière au petit bouillon pendant environ cinq heures 8c demi ; c'eft à-peu-près le temps qu'il faut pour que la colle foit bien cuite $ ce qu'on reconnoît principalement à l'odorat, car la colle doit avoir une odeur très-approchante de la bouillie bien faite : on en met auftî entre les paumes des deux mains , 8c après les avoir frottées l'une contre l’autre ellei doivent éprouver quelque difficulté à fe féparer.
- Quand on juge que la colle eft bien cuite, on la tire de la chaudière } on la verfe dans des baquets, qui font communément des demi - muids coupés en deux, & on les emplit environ aux deux tiers» Quand la collé eft entièrement tirée de la chaudière , on a foin d'heure en heure, pendant le refte du jour, de la remuer dans les baquets avec une fpatule de ,bois : dans les grandes chaleurs, il faut la remuer plus fouvent & plus long* temps.
- En hyver , on peut garder la colle pendant trois femaines, pourvu qu'ellé foit bien faite > 8c quelle foit à l'abri de la gelée ; mais en été, elle né peut fe garder que huit à dix jours»
- Le lendemain quand la colle eft refroidie, on laprejfe ; pour cela on là met peu à peu dans le tamis ( jig. 3. ), & en la remuant circulairement avec lé gros pinceau ou balai de crin dont l'extrémité du manche entre en liberté dans un trou fait à une planche qui eft clouée aux folives du plancher, la colle traverfe peu à peu le tamis ; elle en devient plus molle, & les faletés reftent fur le tamis ; alors la colle eft réputée faite , 8c en état d'être employée
- §. V* Du Collage en feuilles oupour les Etrejfes.
- Le Colleur étant debout devant une table ; met à côté de lui, vërsfi gauche , un tas de feuilles mêlées, comme nous l'avons dit : devant lui efl une planche de bois de chêne, qu onnomme un Ais , épaiffe de 2 pou^ ces, large d’un pied, 8c longue d'un pied & demi : à fà droite eft un baquet ovale rempli de colle ( fig. 4. ) ; il tient de fa main droite une brolfe d'un pied de long fur 3 pouces de largeur , montée de 2y mou-* chettes de foie de fànglier, bien flexibles, & de y pouces au moins de lon^ gueur (PL I.Jîg.j.)
- Tout étant ainfl difpofé , le Colleur prend avec fà main gauche une feuille au tas dé papier, 8c la pofe en travers devant lui ; de forte que le grand côté de la feuille foit parallèle au bord de la table ; en même temps il plonge avec fà main droite la brolïe dans la colle , 8c la plaçant à-peu-près vers le milieu de la feuille , il la pôufïe vers l’angle qui eft en haut du côté de fa droite, d’ou il la ramene à l'angle oppofé ; il la conduit
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- fueceffivferïïenc vers les deux autres angles ; 8c comme il faiït que tout ïè papier foit bien imbibé de colle , lins qu'il en relie plus dans certains endroits que dans d’autres , il promene 7 à 8 fois cette brolfe fur la feuille: il prend enfuite au ta3 deux feuilles qu'il place adroitement fur celle qu'il vient d’encoller ; il encolle la feuille de deifus , 8c la recouvre de deux autres feuilles ;.de forte qu'il y a alternativement deux furfaces de feuilles collées l’une à l’autre , & deux furfaces qui fe touchent fans qu’il y ait de colle entre elles ; c'eft pourquoi * tant qu'il y a des feuilles au tas , il continue à en lever deux qu'il pofe fur celle qu'il vient d’enccller, 8c il finit, comme il a commencé, par une feule feuille.
- ïl fait ainfl un nouveau tas de feuilles collées deux à deux ; & cela forme ce qu’on nomme V Etre (je, qui dans les cartes à quatre feuilles , doit être au milieu de fépaiiTeur de la carte.
- Quand on fait le premier collage pour des cartes de trois feuilles , il faut faire enforte qu'une face du papier carder touche la face d’une autre feuille de papier carder : pour cet effet, on encolle alternativement une feuille de main-brune, & une de papier carder.
- Un bon Ouvrier ne peut coller par jour, deft-à-dire, en 13 heures de travail, que 14 à ip tas compofés chacun de 20 mains; encore eft - il néceffaire qu'il foit fecouru par un Compagnon qui aide à la preilè , qui torche , qui pique, qui étende fur les cordes, Ôc.
- Comme il eft très-important pour le Maître de la Fabrique, que le collage foit bien fait , il paye ordinairement à la journée , & à raifon de go à 40 f. par jour, les Ouvriers qu'il emploie à ce travail. ’
- §. VI. Mettre les Etreffes en prejje.
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- Quand on a collé 1^0 cartons ou feuilles colites, on etreffes , (ces termes font fynonymes, ) on les porte à la preffe , pour que la colle s’imbibe bien dans le papier ; car comme on ne charge de colle qu’une des deux feuilles de papier qu’on veut unir enfemble , il faut que la prelîè fade que la furface de la feuille qu’on n’a point encollée, prenne la colle de celle qui l’a été ; on ne met à la fois qu’une rame & demie fous la preffe, afin que la preffîon en foit plus forte, & qu’elle falfe fortir tout ce que l’Encolleur a trop mis de colle.
- * La prelfe, (PI. II, fg. 22) eft formée de deux jumelles rr , d’un . écrou 2, d’un fommier ou arbre de deflus 3 , qui doit être très-fort. & avoir alfez de furface pour embrafier toute l’étendue de la feuille de papier: l’arbre ou le fommier de deflbus 4, doit être tout pareil: la vis ou vérin y , doit avoir les pas alfez fins pour que la preffîon en foit plus forte. Dans le quarré de la tête de la vis , entre un long levier de fer 6, qui
- porte
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- porte au bout une boucle à laquelle eft attachée une corde 7 ~ qui répond à un treuil vertical 8.
- On porte le tas de feuilles collées fur Tais où on Ta formé, entre les deux arbres 3 St 4 : on pofe fur le tas de feuilles collées un grand carton ÿ par-deffus lequel on met un ais ou planche femblable à celle de defîousj on preffe d’abord foiblement en appliquant la force au levier 6 y St on laifîe ( pour parler comme les Ouvriers ) la colle fe raffermir pendant une petite demi-heure. Si Fon preffoit tout d’un coup fortement, le papier s’écraferoic ^ St l’ouvrage feroit perdu : enfuite on prefle très-fortement avec le treuil} alors ce qu’il peut y avoir de trop de colle , fuinte tout autour : on laiffe le tas fous la preffe , jufqu’à ce que le Colleur ait préparé de quoi faire une nouvelle preffée , ce qui exige environ une heure ; pendant ce temps l’aide - Colleur torche, pique , St étend : opérations que nous allons ex> pliquer.
- Quand on veut dépreffèr, c’eft-à-dire ; retirer de la prefle les feuilles collées , on tourne avec le levier la vis à gauche ; le contre-plateau de la preffe qui tient au verrin remonte, ce qui donne la liberté d’enlever le tas de feuilles collées.
- §. VII. Torcher.
- Comme le tas qui fort de la preffe fe trouve barbouillé tout autour de la colle que la preffe a fait fortir , il faut torcher, c’eft-à-dire, ôter cet excédent de colle qui pourroit sÙnfinuer entre les étrejffes : on fe fert pour cela d’un pinceau trempé dans de Feau froide ; St en frottant tout le tour du tas, on emporte toute la colle que la preffe a fait fuinter : la colle qu’on emporte ainfï, n’eft plus bonne à rien. Il faut que les poils du pinceau foiene doux ; une broffe trop rude ne vaudroit rien ; elle pourroit ouvrir les feuilles doubles, & occasionner du décollage.
- §. VIII. Piquer, percer 9 ou épingler.
- Quand un tas eft torché, on le perce avec un poinçon ; ou piquant ( PI. IL fig. c) , ) qui n’a qu’un pouce de longueur , pour ne percer que 10 ou 12 ètrejjes à la fois ; il eft emmanché dans un morceau de bois cylin-% drique qui eft plat au bout où eft la pointe.
- On enfonce cette pointe de toute fa longueur, jufqu’à ce que le bouc du manche porte fur le papier : il ne faut pas que le trou entame trop dans /’é-treffe 9 pour quil ne fe trouve pas dans les cartes ; il ne faut pas non plus le faire trop au bord ; le papier qui eft pénétré de colle encore molle , pourroit fe déchirer à l’étendoir : l’expérience a appris qu’on doit placer le trou à un travers de doigt du bord de VétreJJè. Quand les ètrejjes font piquées, on en leve par un angle 4 ou 5 , & on paffe dans le trou du poinçon Cartier. G
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- ^ PI, J, jlg, y ) 9 ce qu’on nomme une épingle ( PL Il.jig* io ) ; c’efl: un bout de fil de laiton recuit , à un des bouts duquel on fait un petit crochet pour retenir un petit morceau , foit de vieilles cartes , foit de parchemin , ou de chamois , d’environ un demi-pouce en quarré pour fervir de tête à -cette épingle ; comme cette tête efl: fort large , elle arrête les feuilles d’étrejffès fans les déchirer : on paffe donc le bout de cette épingle dans le trou qu’on a fait aux étreffes , & on lés enleve par mains de 4 ou 5 , qu’on nomme un double, pour en former un nouveau tas fur un carton. Quand le tas efl ^ITez épais 9 le Piqueur le porte à l’étendoir ( PL I. fig. 6 ).
- §. I X. De VEtendage.
- L’étendoirpoür être bon , doit être dans une chambre haute , bien plafonnée , & carrelée, percée de plufieurs fenêtres de part & d’autre , dans toute la longueur ; ces fenêtres doivent être garnies de bons volets.
- Je dis que l’étendoir doit’ être,au plus haut de la mailon , d’abord pour qu’il foit plus expofé à l’air ; en fécond lieu , pour qu’il reçoive moins de pouffiere.
- Il faut que ce lieu foit percé de beaucoup de fenêtres -, afin que l’air le traverfe.
- Les fenêtres doivent avoir de bons volets, pour qu’on puifle les fermer . dans les temps de brouillards , quand l’air efl: humide , ou quand il fait beaucoup de vent qui pourroit jetter à bas les étreffes , ou y porter de la pouffiere qui les fàliroit.
- Il faut encore que l’étendoir foit bien plafonné , pour qu’il ne tombe ni gravier ni pouffiere fur les étreffes : c’efl: pour la même raifbn que ce lieu doit être bien carrelé.
- Comme on ne doit pas balayer quand les étreffes font étendues , on a foin de profiter du temps ou l’étendoir efl: vuide pour l’épouffeter 8c balayer , afin qu’il s’élève moins de pouffiere , quand on y entre pour étendre.
- Au haut du plancher de cette falle font tendues, à 18 pouces les unes des autres, des cordes auxquelles les Etendeurs attachent les étreffes (PL L jig. 7 , ) par le crochet qu’ils font au fil de laiton qui les traverfe. Comme il efl: toujours avantageux que les étreffes ou cartons féchent promptement, on efl: obligé , quand l’air efl: humide , de chauffer la falle de l’étendoir avec des poêles ; mais les Caftiers qui font un gros commerce , & qui font en état de faire des avances , collent 8c féchent, pendant l’été , la quantité de cartons & d’étreffes qu’ils doivent mettre en cartes pendant l’hiver : quand le temps efl: beau, on peut abattre, c’efl:-à-dire, détendre ce qui a été tendu 24 heures auparavant.
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- §. X. Abattre!Ouvrage*
- L'opération Rabattre fe fait très-promptement : on faifit les étrejjes à poignée, & on dépingle ; en tirant à foi les crochets, les épingles fe redreC-fent : on en forme des tas : toutes ces opérations s'exécutent fi promptement * qu'en une heure de temps un Ouvrier peut abattre , dépingler, & mettre en tas tout l'ouvrage qu'un Colleur aura pu faire dans une journée.
- Il faut bien fe garder d'abattre avant que l'ouvrage foit fuffifamment fec t fi les étrejjes ne font pas feches & fonores quand on les abat , elles ne feront que des cartes molafles & mattes.
- Pour dépingler, on tire l'épingle de la main droite, pendant qu'on tient le double ’de la gauche ; on jette l'épingle dans une boîte , on ren-> verfe le double de la main gauche, Sc on appuie le pouce fur le trou de l'épingle, pour redrefler ïouvrage qu'on arrange enfiiite bien régulièrement, pour en former une pile.
- §. X L Du Séparage.
- Comme toutes les étrejjes , qu'on a étendues à la fois , font collées les unes aux autres, par les bords , il eft néceftàire de les feparer. Pour cet effet, un Ouvrier affis devant une table, prend les mains les unes après les autres ; il en déchire un coin ; il pafle un couteau de bois quon nomme Coupoir (PL II. Jig. 14 , ) entre les étrejes , & en le faifànt couler, il les fépare promptement , parce quelles ne tiennent les unes aux autres que par l'extrémité des bords : cette opération eft un peu longue , parce qu'il faut féparer cinq à fix étrefles qui forment une main ; néanmoins on eftime qu'un Ouvrier pourroit féparer dans un jour 2y groffes d'étrejjes ; la groffe eft de 12 mains la main de 25 étrejjes: la grofle fait 300 feuilles.
- L'Ouvrier Sépareur doit avoir l'attention que la face du papier par ou l'épingle a été pofée, foit toujours devant lui. On connoît cette face par un petit creux, au lieu qu’à l'autre face il y a une petite élévation. Si on féparoit par ce dernier côté, on courroit rifque de déchirer plufieurs feuilles, ce qu'il faut éviter.
- §. XII. Epluchage ou Triage. .
- Comme le moindre gravier, ou tout autre corps dur qui fe feroit attaché aux cartes , les feroit déchirer quand on les lifte , il eft important de vifiter les étrejjes ; c'eft ce qu'on nomme éplucher ou trier. Les étrejjes ayant été féparées, font remifes à des femmes qui enlevent avec de petits couteaux: pointus tous les brocs & corps étrangers qu'elles apperçoivent fur les deux furfaces des étrejes (yoye^PL LJig. 8 , ). Il faut qu'elles évitent d'appuyer fur l’étrefle en levant les ordures j il en réfulteroit un défaut dans les cartes.
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- Par les ftatuts des Marchands Cartiers, ils font obliges de faire éplucher par les veuves , ouïes filles de Maîtres : c’eft une petite relTource pour les familles qui n’ont pas bien réuiïi dans leur commerce.
- Une Ouvrière qui travaille affiduement & avec exactitude, ne peut trier que trois, groHes ,par jour.
- §. XIII. t>u Ponfage.
- Autrefois les étrefles épluchées étoient mifes fur une pierre les unes après les autres.^ &on paifoit fur leurs deux faces 7 ou 8 fois, une pierre-ponce , qu'on avoit auparavant ulee, pour former ces lurfaces planes, on détruifoit par cette opération toutes les inégalités du papier ; il fe formoit un petit velu qu’on croyoit propre à faire mieux prendre la colle. Mais les Cartiers ont reconnu que cette précaution étoit fuperflue, & aujourd’hui elle eft totalement négligée. Quoi qu’il en foit , un Ouvrier peut poncer 7I 8 grolfes d’étreiïes par jour.
- Après cette opération, il faut imprimer fur du papier au pot les traits des figures ou têtes, ainfi que nous allons l’expliquer.
- §. XIV. Du Moulage.
- Le premier collage , ou le collage en feuilles étant fini, les étrefles fe trouvent en état d’être recouvertes, d un cote par une feuille de papier cartier, & de l’autre par une de papier au pot. Mais comme il faut pour les figures que les traits qui en expriment les contours , ayent ete imprimés fur le papier au pot, avant de le coller fur les étrelfes, il faut expliquer comment on fait cette impreflion , ou, comme difent les Cartiers, comment on moule le papier.
- Les eftampes en général font de deux efpeces : les unes font tirées avec 'des planches gravées fur le cuivre , & les autres avec des planches gravées en bois. A l’égard des planches en cuivre , lès traits font gravés en creux ; & il faut que le papier mouillé & attendri aille chercher l’encre dans les tailles , par la grande preflion de la prefle . aux planches en bois au contraire, ce font les eminences de la gravure en relief, qut doivent former les traits, précifément comme aux caraéleres d’imprimerie. Il faut donc une beaucoup moindre preflion pour tirer les epreuves de celles-ci ; & c’eft dans ce cas que font les planches ou moules qui fervent pour les cartes, excepté qu’ils ne portent que les traits avec très-peu de hachures. Ce moule porte auflî les noms en toutes lettres de chaque figure ; lavoir , Alexandre pour le Roi de Trefle 5 David pour le Roi de Pique J Céfar pour le Roi de Carreau ; Charles pour le Roi de Cœur ; Argine pour la Dame de Trefle ; Racket pour la Dame de Carreau ; Pallas pour la Dame de Pique ; Judith pour la Dame de Cœur. Au bas de prefque toutes les têtes eft écrit le nom du Manufacturier, Raijin, Rofe, &c.
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- Sur le Valet de Cœur eft écrit la H ire ; fur le Valet de Pique, Ûg'ier ; fu£ le Valet de Carreau, Hector : le Valet de Trefle n’a point de nom particulier ; mais il porte le nom Sc l’enfeigne du Cartier, & il a entre fes jambes le nom de la Généralité ou les cartes ont été faites ; par exemple , G D Paris ; ce qui indique que les cartes ont été faites à Paris, chez Raijin ou Rofe , &c. A l’égard des points Cœur , Carreau , Pique , Trefle , qui font au haut des cartes de figures , ils ne font point marqués fur le moule j étant Amplement formés par les couleurs ; mais les traits qui encadrent ces figures font marqués fiir les moules.
- Depuis l’établiffement de l’Impôt fur les cartes, comme il eft défendu aux Maîtres Cartiers d’avoir chez eux aucun moule fervant à imprimer le£ traits des cartes à portraits ; Sc comme il leur eft enjoint d’en venir faire le£ impreflions au Bureau de la Régie, on y a établi à cet effet des moules J Sc comme ces moules doivent fervir pour tous les Maîtres Cartiers, le nom des différents Manufaéluriers , Sc quelques ornements dans les écuffons qu’oit varie quelquefois , font gravés fur des pièces de rapport qu’on nommé ' Bluteau.
- Autrefois les moules étoient gravés fur du bois ; mais comme ils s’ufbient affez promptement , ils font maintenant prefque tous en cuivre , gravés* comme on grave les planches en bois ; c’eft-à-dire, que les traits font en relief, Sc que les blancs font creufés profondément dans le cuivre ; ce qui rend ces moules fort chers*
- On en a de différentes grandeurs, proportionnellement au nombre dé ligures qui font fur chaque moule ; car fiiivant l’ufage des différentes Pro-* vinces, les uns portent 20 figures , d’autres 24, Sc d’autres 30 ; mais comme à Paris , ainfi qu’en Alfàce , les moules ne portent que 20 figures # nous ne parlerons ici que de ceux-là.
- Les figures font rangées fur les moules à 4 de hauteur fur f en largeur*' On fe fert ordinairement de deux moules pour l’impreflion des 1 % figures qui entrent dans les jeux qui font actuellement le plus en ufàge ; lavoir * les moules des têtes, Sc ceux des Valets rouges, ( voye^ PL III). Le premier/ contient deux Rois & deux Dames de Cœur & de Carreau , ce qui fait 8 figures ; en outre deux Rois Sc deux Dames de Trefle Sc de Pique ; enfin deux Va^* lets de Trefle Sc de Pique, ce qui fait 12 figures qui jointes aux 8 autres font les 20 cartes qui font gravées fiir le moule qu’on nomme moule des têtes. L’autre moule (PL IU, ) contient 20 Valets , favoir 10 de Cœur Sc 10 de Car-* reau.On fait cette diftribution fur deux moules, parce qu’on enlumine de cinq couleurs les figures du premier moule ; Sc feulement de quatre couleurs * celles des Valets rouges qui font furie fécond moule : lavoir, pour le moulé de têtes, le bleu , le jaune, le rouge , le gris Sc le noir ; cette dernîeré couleur eft fupprimé pour les Valets rouges qui font fur le fécond moule» Cartier, D
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- Moyennant la difpofition des figures fur les moules , on imprime cinq feuilles de Rois , Dames Sc Valets noirs , contre une feuille de Valets rouges , ce qui fait une fuffifànte quantité de têtes pour io jeux de cartes de toute efpece.
- Les cartes prifes dans l’intérieur des traits qui forment leur cadre , ont 3 pouces de hauteur fur 2 pouces de largeur : il y a en tout fens entre les cadres un champ d’une ligne de largeur ; c’eft dans le milieu de ce champ qu'on coupe les cartes 9 comme nous le dirons dans la fuite ; ce qui fait que chaque carte doit avoir à très-peu près 3 pouces 1 ligne de longueur fur 2 pouces r ligne de largeur, parce que les cartes excédent leur cadre d’une demi-ligne dans leur pourtour ; d’ou il fuit qu’un moule qui porte 20 figures, doit avoir ex^élement dans l’intérieur des traits .qui forment le cadre général, 12 pouces 4 lignes de hauteur, fur 10 pouces 5 lignes de largeur : la feuille de carton excede cette grandeur de d à 9 lignes. Ces grandeurs font > comme nous l’avons dit , conformes à l’ùfàge de Paris ; mais elles varient fuivant la grandeur des jeux qu’on emploie dans différentes Pro-yinces.
- Les épreuves des Imagers fur planches de bois fe tirent avec la même encre qui fert à l’impreflion des caraéteres d’imprimerie : elle eft faite avec du noir de fumée broyé dans de l’huile cuite.
- Les épreuves des eftampes en planches de bois qu’on nomme en clair~ obfcur , pour lefquelles on charge l’une fur l’autre différentes couleurs avec plufieurs planches 9 ces eftampes font tirées avec des couleurs en détrempe j il en eft de même pour les traits des cartes dont les moules font chargés avec du noir d’Allemagne délayé dans de la colle*
- On délaye dans la même colle qui fert pour coller les cartes, du noir de fumée, Sc on laifïe ce mélange fermenter dans un baquet : comme cette fermentation rend le noir plus coulant, il y en a qui y ajoutent du fiel de bœuf pour exciter la fermentation ; on donne la préférence au noir qui eft ainfi préparé depuis deux, Sc même depuis cinq ans, fur celui qui eft plus récent. Comme on ne tire point à la preffe les épreuves fur les cartes, on alfujettit le moule fur quatre petits pieds d’environ un pouce Sc demi de hauteur , qui entrent dans des trous pratiqués fur la table où l’on moule : les deux pieds qui font du côté de l’Ouvrier doivent être un peu plus hauts que les deux autres. Celui qui tire les épreuves , eft placé debout devant la table en face du moule, ayant devant lui un pot rempli de noir, Sc à fon côié une pierre fur laquelle il met un peu de ce noir avec un pinceau ; il prend de fa main droite une broffe d’environ. 9 pouces de longueur fur 3 de largeur, garnie de poils de fànglier, longs d’un peu plus de 4 pouces ; il frotte cette broffe fur la pierre au noir , & il la pafle fur toute l’étendue du moule pour le charger de noir ; après quoi il quitte
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- fa brOlfë , & étend fur ce moule une feuille de papier au poï, rendue moite , pour qu'elle s'attache aifément au moule : enfuite il pafle pluheurs fois fur ce papier un frotton ( PL IRfig* 6), qui eft fa\t avec des lifieres de drap , t>u avec du crin; alors l'empreinte eft tirée, ou, comme On dit, le papier eft moulé.
- De temps en temps ôn humeéte le frotton avec un peu d'huile, pou£ qu'il coule plus facilement fur la feuille de papier fans la déchirer : mais il faut employer peu d'huile ; car fi la feuille s'en chargeoit trop, elle prendroit mal la colle*
- X V* Maniéré de mouiller ou moitir le Papier.
- Pour que lé papier prenne mieux l'impreffion des traits, il faut > Côrnmô je l'ai dit, qu'il foit mouillé, Ou, en terme de l'Art, moiti, ainfi que celui qu'on emploie pour l'impreflion, &pour les tailles-douces. Voici comment on lui donne cette préparation , pour qu'il foit bien pénétré d'eau , & qu'il n'en prenne pas trop.
- L’Ouvrier pofe à fa droite > fur une table, un baquet plein d'eau nette ; à |fà gauche eft lé papier qu'il veut moitir ; il prend environ 6 à 7 feuilles qu’il pafle dans l'éau , & qu'il pofe fur une planche qui eft devant lui : enfuite il prend 6 à 7 feuilles feches qu'il pofe fur les feuilles qui font mouillées ; fiir celles-ci , il en pofe d autres mouillées, & enfuite d'autres feches, ce qu'il continue jufqu’à ce que tout le papier qu'il veut moitir foit ainfi manié : enfuite il porte ce tas à la prefle pour exprimer une partie dê l’eau du papier qui à été mouillé , & en pénétrer celui qui n'a pas été trempé : on laifle ce papier en prefle au moins fix heures , pour qu'il foit bien moite , & bon à mouler. Ordinairement on mouille dès la veille > la quantité de papier que l'on doit mouler le lendemain.
- Un fort Mouleur peut imprimer ou mouler en 13 heures de travail :â|oo feuilles* '
- Cette opération fe fait, comme nous l'avons dit ; au Buréau de la Ré* gie , où les Maîtres Cartiers font obligés d'envoyer leurs Ouvriers pour mouler, &à qui la Ferme fournit les moules, le noir & le papier.
- Les Cartiers emportent chez eux les feuilles moulées * & ils les étendent fur des cordes pour les faire fécher.
- On l'a déjà dit, il ne faut pas que la colle qu'on emploie pour faire lë noir foit trop nouvelle ni trop chargée de noir ; il faut éviter d'en charger trop le moule ; car fi les traits étoient très-noirs, ils pourroient contre* marquer quand on met à la preflé, après avoir collé en blanc, ce que lëâ Ouvriers appellent baifer, & le noir pourroit couler fous le lifoir ; d'aile leurs des traits trop noirs feroient défagréables à la vue ; il vaut mieusi que çe foient les autres couleurs qui dominent^
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- §> XVI. Du Frotton.
- En examinant un frotton fait de crin, il m’a paru qu’il étoit compofé de crin fin filé, que l’on a attendri dans l’eau chaude : on fait avec ce fil de crin des demi-révolutions bien ferrées , liées les unes avec les autres par un entrelaffement de ficelle : cette pelotte peut avoir io pouces d’épaiffeur dans un fens , & 4 & demi à y pouces dans l’autre. On trempe la partie fupérieure qui eff en dos d’âne, dans quelque maftic, pour mieux affujettir encore les fils de crin , & on recouvre ce maftic d’un cuir affez mince, & affujetti par des fils qui traverfent le frotton. Celui que l’on fait avec des lifieres de drap ( PL IL fig. 6 ) , eft plus en ufage que celui de crin , parce qu’il eft plus léger & moins fujet à déchirer le papier.
- Quand à la fin de la journée, on ceffe le travail, on lave les moules dans de l’eau ; comme le noir eft à la colle , il s’emporte aifément * fur-tout quand on n’a pas donné le temps à la colle de fe fécher.
- §. X V11. Du fécond Collage quon nomme Ouvrage;
- Quand on eft fuffifamment pourvu de papiers moulés, il faut mêler Sè faire de nouveaux tas : cette opération eft différente, fuivant qu’on doit faire des cartes deo trois ou de quatre feuilles.
- L’opération de mêler pour des cartes de trois feuilles eft bien firnple J car, comme par le premier collage on a réuni une feuille de main brune avec une feuille de carrier, il ne refte plus , pour finir le carton, qu’à y joindre la feuille de papier au pot qui a été moulée pour les têtes , ou tout blanc pour les points.
- L’Ouvrier place à là droite un tas de cartons compofés chacun d’une feuille de main-brune , & d’une feuille de carder ; il a foin que deux de ces cartons foient unis enfemble, de façon que les deux feuilles de papier carder fe touchent, & foient renfermées au milieu des deux cartons , afin que ces feuilles fe confervent proprement & fans ordures.
- Le même Ouvrier place à là gauche un tas de papier au pot, rompu ; Sc pour mêler, il pofe devant lui, en premier lieu, une feuille de papier au pot, par-deflus un carton double, ou deux cartons réunis enfemble , comme il a été dit ; puis deux feuilles de papier au pot, enfuite un carton double, deux feuilles de papier au pot, &c ; ce qu’il continue jufqua ce qu’il ait fait un tas d’environ quatre rames : il finit par une feuille de papier au pot.
- Il faut , pour faire les jeux, une certaine quantité de têtes contre un
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- Certain nombre de points ; par exemple , s'il eft queftion de jeux entiers co'rn^ pofés de 5 2 cartes , il faut 40 cartes de points , & 12 cartes de têtes ; mais comme il ne leroit pas poiîible d'interpofer régulièrement ces têtes entré les points , à caufe qu'il y a 20 cartes différentes fur un même moulé , on met à part les têtes pour en faire un tas particulier, que l'on peint, comme nous le dirons dans la fuite.
- Pour coller ces tas blancs ou moulés , l'Ouvrier pôle devant iui uné feuille de papier au pot ; fî elle eft empreinte de têtes , il met les traits en deffous : il charge de colle cette feuille avec une broffe , comme nous l'avons dit plus haut ; il pofe deffus un carton double , dont il encolle la lurface > qui eft de main-brune, 8c pofe deftiis deux feuilles de papier au pot ; fi elles font des têtes, les traits doivent être en dedans, repofimt les uns contre les autres : il encolle la feuille de defius s puis il pofe un carton double dont il encolle la feuille fupérieure : & continuant de même , le fécond collage eft fini, & il le porte à la preffe , où ces cartons doivent refter pendant une heure ; enfuite on dépreffe, on pique , on étend , on abat, comme il a été dit plus haut*
- Quand on fait le fécond mêlage pour les cartes des petits jeux qui doivent être formées de 4 feuilles de papier, il s'agit de placer une étrejje formée de deux feuilles de main-brune collées enfemble, entre une feuille de papier au pot, 8c une autre de carder. L'ordre qu'on fuit pour ce mêlage, eft de commencer par mêler en blanc, enfuite on mêle en étrejje.
- Pour mêler en blanc , on prend un paquet de papier carder qui doit faire le derrière de la carte ; le paquet fait deux rames , c’eft à-dire > à-peu-près 1000 feuilles : je dis à-peu-près, parce que quand ce papier eft fort , il peut fe trouver quelques feuilles de moins. L'Ouvrier prend un pareil nombre de papier au pot ; il place le premier à fa droite , 8c l'autré à fa gauche. Quand il veut mêler , il prend une feuille de papier au pot qu'il pofe devant lui, puis deux feuilles de papier carder, puis deux feuille! de papier au pot ; & il continue ainfi jufqu'à ce que le tas foit formé * fe conformant à ce qui a été dit en parlant du mêlage de main-brune , ex-* cepté qu'au lieu de faire une retraite ou marge au bas du tas , on la fait fur le côté : il faut avoir grande attention d'étendre les froncées 8c les plis qui fe trouvent fur le papier. Quand l'Ouvrier a fait le mêlage en blanc , il fait tout de fuite le mêlage en étrefje.
- Pour cet effet, il pofe à là gauche le tas mêlé en blanc, 8c à fa droite un tas cf ètrejfes.
- 11 Pi ace devant lui une feuille de papier au pot, puis une feuille dV^ trefe qu'il pofe en avant, comme il a été dit au mêlage de main-brune * pour faciliter le travail du Colleur ; fur cette étreffe il pofe deux feuille! Cartier. È
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- de .tarder , enfuite une étrejfe , puis deux feuilles de papier au pot ; ce qu’il continue jufqu’à ce qu’il ait formé un tas de dix mains.
- On peut mêler en blanc Sc en étrejfe douze ou quatorze tas par jour.
- Le collage en ouvrage fe fait comme celui en feuilles ; c’eft-à-dire, què l’Ouvrier pofe devant lui une feuille de papier au pot qu’il encolle ; il la recouvre d’une étrejfe , dont il encolle la furface fupérieure ; il place deflus deux feuilles de papier carder ; il encolle la furface fupérieure de la fécondé feuille ; il pofe delfus une étrejfe qu’il encolle ; enfuite deux feuilles de papier au pot dont il encolle le deflus ; & plaçant fucefîîvement une étrejfe, deux feuilles de papier carder, puis une étrejfe , puis deux feuilles de papier au pot, toujours dans le même ordre que le mêlàge a été fait, tout le tas le trouve collé pour la fécondé fois , ou collé en ouvrage.
- Il fàut enfuite porter ce tas à la prelfe, l’y laifler pendant une heure, Sc prendre toutes les précautions que nous avons détaillées plus haut : on pique ces cartons de même que les autres, & on les épingle pour les porter à l’étendoir > avec cette différence qu’on les leve de deux en deux , qu’on nomme des doubles , de façon que le papier carder fe trouve toujours au milieu de deux cartons doubles , afin qu’il ne reçoive point de poulîiere.
- Il y a néanmoins cette différence pour piquer ïouvrage, qu’au lieu de f enlever entièrement , comme on fait les mains brunes collées pour les cartons de points Sc de figures , on pofe fur le tas qui fort dè la prelfe, un demi-cylindre fur lequel on renverfe la moitié des doubles que l’on vient de piquer ; & quand il y a environ 30 doubles de renverfés l’un fiir l’autre , on les rabat pour les enlever tous enfemble, & les pofèr fur un fort carton que l’Ouvrier place fur la table, à & gauche , obfervant qu’on ne doit pas piquer plus d’un double à la fois, à moins que ce ne foit pour des cartons minces faits de trois papiers, dont l’on peut mettre enfemble deux doubles. Gela fait, on les porte à l’étendoir.
- Quand ces doubles font bien féchés, on les abat , & on les dépingle<
- Je paffe fuperficiellement fur toutes ces opérations, parce quelles font les mêmes que celles qui ont été décrites plus haut.
- §. X VIII- De la façon de peindre les Cartes*
- Quand les doubles font féparés , on a les cartons propres à faire les cartes ; il s’agit de les redreffer , afin de les dilpoler à recevoir les couleurs: pour cela on les met paffer quelque temps à la prelfe d’où on les tire pour les peindre ; ce qu’on appelle habillage.
- Les têtes ou figures de Rois , Dames, ou Valets noirs , trefles & piques * doivent recevoir cinq couleurs; favoir, le rouge, le jaune , le bleu, le gris Sc le noir.
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- Les VâletS rouges , coeur & carreau, n’ont que quatre couleurs , parce qu’il n’y a point de noir dans leur draperie.
- - A l’égard des points, on fait que les cœurs & les carreaux doivent êtrë en rouge ; les piques & les trefles en noir.
- On diftingue dans la peinturé celle des têtes & celle dés points : les têtes fe raffemblent par greffes , & les points par mains. Un Ouvrier ne peut peindre par jour que douze mains de têtes ; mais il peint jufqu’à foixantë mains de points, parce qu’il n’y a à celles-ci qu’une couleur à appliquer * au lieu qu’aux têtes il en faut mettre quatre ou cinq far un même carton ; d’où il fuit que douze mains de têtes occafionnent autant de travail que foixantë mains de points. Il faut maintenant expliquer la compofition des couleurs , & détailler la maniéré de faire les patrons.
- §. XIX. De la compofition des Couleurs*
- Pour faire le jaune * on pile 2 livres de graine d’Avignon ; On y mêlé tin quarteron d’alun en poudre avec fix pintes d’eau • quand ces fubftances ont macéré & fermenté, mêlées enfemble , on en exprime le fuc à travers un linge , après quoi la couleur eft prête à être employée , fans quelle ait befoin d’être collée. Si on étoit preffé de cette couleur , & qu’ôri n’eut pas le temps de la laiffer fermenter, on feroit bouillir la graine d’Avignon & l’alun dans de l’eau.
- Le rouge eft fait avec du vermillon ou cinabre délayé avec uli pëu d’eau , & de la même colle qui a fervi à faire les cartons., On met plus ou moins de cinabre , fuivant qu’il eft plus ou moins rouge , afin quë la couleur ne foit ni trop pâle ni trop foncée : on fe réglé fur des elîàis que l’on fait, avant que d’employer cette couleur fiir les cartes;
- Le noir fe fait comme le rouge, excepté qu’on emploie du noir de fumée, au lieu de vermillon. Mais il faut que ce noir foit anciennement fait. Ori délaye cë noir de fumée avec de la colle dans un grand baquet ; ori laiflë ce mélange pourrir y à 6 mois avant que d’en faire ulàge ; on a loin de lë mouvoir de temps en temps, fans quoi il fèroit fujet à s’étendre, ou à traînef fur la carte, ce qui occafionne des pertes au Fabriquant : il faut donc en avoir toujours de vieux fait. On met ce noir,ainfi que les autres couleurs, dans un pot, & l’on y ajoute affez d’eau Sc de colle * pour que la peinture në foit point trop épaiffe;
- Le bleu fè fait avec de l’indigo qu’on fait diflbudrë dans dé l’eau avec un peu de colle.
- Le gris fe fait auflî avec de l’indigo ; mais la teinte en eft fort léger ëi
- Ainfi pour faire le bleu , & ce qu’on appelle lë gris qui eft un blëri fort clair, on pile l’indigo en pierre dans un mortier ; enfuite on le brôyë
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- for le marbre avec de l'eau : il faut un jour entier pour en broyer une livre. On conferve ce bleu ainfi broyé ; & quand on veut s'en forvir on en délaye un peu avec de la colle & de l'eau. Il faut très-peu de bleu pour faire le gris.
- §. X X* Des Patrons.
- Les cartes ne s'enluminent point au pinceau, mais avec des pièces découpées qu'on nomme Patrons , de même que certains caraéleres qu'on forme avec la brolfe , Sc des morceaux dé clinquant découpés ; d'où il foit qu'il faut avoir autant de différents patrons qu'on emploie de couleurs différentes.
- Les pièces qu'on découpe pour faire les patrons fe nomment Imprimûres*
- §. XXI. Des Imprimûres.
- V
- Les imprimûres ne font autre chofe qu’une feuille de papier enduite en deffus & en deffous de plufieurs couches d'une impreffion de peinture à l'huile.
- On dit que cette împrefllôn eft faite avec de la poudre de coquilles d'huitres, broyée avec de l'huile de lin.
- On paffe , le plus uniment qu’il efl poffible, fîx couches de cette peinture for chaque face du papier ; & quand les dernieres couches font à-peu-*, près feches, on les foupoudre d'un peu de gros fon, pour que les impri* mûres ne fe collent pas les unes aux autres.
- Les Cartiers de Paris les tirent de Rouen en cet état; mais ce font eux-mêmes qui les découpent.
- §. XXII. Maniéré de découper les Imprimûres pour les
- Cartes de Points.
- , Après ce que nous avons dit, on conçoit qu'îl faut découper les imprimûres aux endroits où l'on veut que les couleurs s'impriment for les cartes. On fe fert d'emporte-pieces pour les cartes de points ; ces emporte-pièces font des poinçons d'acier tranchants par les bords , qui repréfentent les figures de cœur, carreau , trefle & pique (PI. II,fig. 16). En plaçant l'imprimure fur un billot de bois , & pofànt les différents poinçons conformément aux places que les points doivent occuper fur les cartes, on emporte la piece d'un feul coup de maillet. Pour placer plus régulièrement les points for les cartes , on fait ce qu'on appelle un compajfage.
- §. XXIII,
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- Â RT DÛ € À RT 1 Ë R. m
- §. X X T11. Maniéré de faire les Compajfàgès pour placer régulièrement les Points.
- Les Cartiers font leurs Compaflages fur un carton blanc divifê ën vingt cartes.
- Us prennent pour cela une feuille de figures , afin que les cartès de pointé fbient de la même grandeur que celles des figures, & qu'il y ait vingt cartes fur le compaflàge comme fur les moules; enfuite ils frappent ou découpent les compaflages. Pour cela on pofe la feuille compaffee fur un gros billot de bois S ( PL II,fig. 17) , & on prend l’emporte-piecè R qui forme pique ou trefle , cœur ou Garreau (fig. 16 ) ; ce qui fait les quatre cartes du jeu : fi c'eftle pique, on commence par le coin gauche d'en haut du compaflàge ; on frappe légèrement avec un maillet , 8c on fait dans le premier quarré dë la feuille le 7 de pique ; dans le carré fuivant, l’as ; enfuite le p , puis lé lo, enfin le 8 : ces cinq cartes forment la première bande qu'on nommé coupon ou coupeau.
- On frappe le p de pique fous le 8 ; le 7 fous le ro ; 1 as fous le p ; le 8 fous l'as; le 10 fous le 7; & cela fait le fécond coupeau.
- On frappe les trefles dans les deux bandes du bas de la feuille, faisant le même Ordre que les piques.
- On frappe d'autres compaflages pour les cœurs 8c les carreaux, en ob-* fervant, fi l'on veut, le même ordre que nous venons d'indiquer.
- Ceci ne fert que pour les Piquets : pour les Quadrilles , on frappe cë que l'on nomme bas-jeux , & il faut qu'il y ait fur chaque coupeau un 2, Un 3 , un 4 , un y & un 6 ; une feuille efl: remplie de cœurs 8c de carreaux, & une autre de piques 8c de trefles: les 7 8c as, rouges & noirs * font fur des feuilles particulières : de même que pour lés jeux de brelan , on met fur une feuille les 8 & les p rouges ; 8c fur une autre les 8 8c les p noirs ; on fait encore des feuilles particulières pour les 10, rouges & noirs.
- Les feuilles pour le try font femblables à celles du quadrille, excepté qu'il n'y a point de carreaux, ni de 6 de cœur. Ôn met dans le premier coupeau cinq 4 de cœur ; dans le fécond, cinq 2 ; dans le troifieme^ cinq 3 ; dans le quatrième, cinq y ; les 7 8c les as de cœur fs frappent aii premier coupeau ; fàvoir, cinq 7 aux deux du milieu , fur chacun cinq as de cœur, 8c fur le coupeau du bas de la feuille, comme à celui du haut,
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- cinq 7, tous cœurs*
- Les Cartiers n'ayant tracé fur leur compaflàge que la grandeur des cartes , ils placent aflez jufte , à la fimplé vue, les différents points ; mais fi l'on vouloir faire quelque chofe de plus précis, Ôn pourrait employer' la méthode que je vais expliquer.
- Suivant l'ufage de Paris 8c d'Alface, chaque patron doit porter vingt
- Cartier* È
- c
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- M ART DU CARTIER.
- cartes, & chaque carte doit avoir 3 pouces 1 ligne de hauteur, & 2 pouces 1 ligne de largeur; d’où il fuit que le carton fur lequel on veut faire le compaifage , doit avoir 12 pouces 4 lignes de hauteur , liir 10 pouces y lignes de largeur , parce qu’il doit contenir 4 cartes de hauteur , fur y de largeur ; le carton deftiné au compaifage doit excéder cette dimenfion de quelques lignes , & être bien uni & bien dreffé.
- On formera fur ce carton un cadre A B C D ( PLLJig. 11. quî aura précifément 12 pouces 4 lignes de hauteur yl C, ou BD, & 10 pouces y lignes de largeur AB, ou C D : Nota que c’eft la ligne intérieure qui forme le cadre ; ce qui l’excede , fera rogné.
- On divifera la longueur de la feuille en cinq parties égales par quatre traits 2,2; 3, 3; 4,4; y > y > qui doivent être à 2 pouces 1 ligne les uns des autres , ce qui établira la largeur des cartes.
- On divifèra les lignes AC, Sc B D , en quatre , par les trois traits
- 7, 7; 8,8; 9, 9 ; il doit y avoir 3 pouces 1 ligne d’un trait à l’autre,
- ce qui fixe la longueur de la carte.
- On divifera en deux les elpaces 1,252,3; 3*4; 4 , y ; y , 6; par les lignes 10, 10; 11,11; 12,12; 13,13; 14, 14 ; c’eft fin* ces lignes qu’on placera les as , les 2 , les 3 : le point du milieu des y & des 9 , les
- deux points des 8 & des 10, & le point d’en bas des 7.
- On divifera en deux les efpaces 1,757,8 5 8,95 9,1; par les lignes 15 , iy ; 16, 16 ; 17, 17; & 18 , 18 ; c’eft fur le point d’interfeélion des lignes horizontales par les verticales , qu’on placera les as ; & le point du milieu des y & des 9 ; ainfi a eft ce point.
- Il faut à y lignes de diftance des lignes 6, 9 , & x , 6, tirer les pa-ralelles 19, 19 ; 20, 20 ; c’eft au point d’interfeélion de ces lignes par celles qui divifent en deux les cartes , favoir , en b, b, qu’on placera les points des 2 ; & fi l’on met au point a un as, on aura un 3.
- Tirez à y lignes de diftance des lignes 2,2; 3,3 ; les parallèles 2 r $ 21 ; 22, 22 ; & ce fera aux points c,c,c,c, qu’on placera les 4; fi i’011 met un as en a, on aura les y ; & pour avoir des 6 , on placera un point en d & d, où les lignes c,c, font coupées par les lignes 18 , 18. En divilànt l’elpa ce c d en deux, & portant l’ouverture de compas fiir la ligne du milieu de a en en bas, on aura le point e, où doit être placé celui du 7, & en en haut le point f qui eft celui du 8.
- Si après avoir placé les points c,c, c, c, comme pour les 4, on divifè les lignes c, c, en trois parties égales , on aura les points g , g, pour les 9 & les 10: en ajoutant le point a, on aura donc le 9 ; & pour les 10 il faudra placer les points e, f comme pour.les 8.
- En fuivant cette petite méthode, on aura des compallàges plus régulièrement tracés qu’ils ne le font communément.
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- Pour frapper les points , il faut pofer une imprimûre fur un billot de bois , puis placer deflus fort exaélement un compaflage , les affujettir enfemble avec des clous d’épingle ; & au moyen d’un emporte-piece & d’un maillet, emporter les points; 8c alors les patrons pour les points feront en état de fervir aux Peintres.
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- §. XXIV. Patrons pour les Têtes âC Valets.
- On prend une imprimûre 8c une feuille de carton où les figures foient moulées ; on la choifit bien unie & fans plis ; on lapofe fur Vimprimûre, & on l’y affujettit avec des clous d’épingle ; enfuite avec un petit couteau pointu 8c bien tranchant, ou avec une efpece de canif, on découpe toutes les parties qui doivent être en jaune, coupant à la fois & la carte 8c ¥ imprimûre : c’efl: ce qui forme le patron jaune. ^
- On pofe le même carton moulé , qu’on nomme une faute, fur une autre imprimûre, pour découper tout ce qui doit être en rouge , & alors on a le patron rouge : on agit de même pour faire le patron bleu , le patroji gris, 8c le patron noir.
- Ceux qui ne font pas bien habitués à ce travail, prennent des cartons peints pour ne fe point tromper dans les couleurs qui doivent faire chaque patron.
- Il arrive quelquefois que le papier qui fert à marquer les traits qu’il faut découper , a des défauts , principalement quand les moules font neufs ; en ce cas on découpe en fiiivant fon idée, afin que les cartes foient bien enluminées.
- Nous avons dit plus haut qu’on enlumine les têtes , Rois, Dames & Va* lets noirs, avec cinq couleurs : il faut donc pour ces cartes cinq patrons ; & il n’en faut que quatre pour les Valets rouges , parce qu’on n’y emploie point le noir.
- Il faut en outre marquer avec l’emporte-piece fur chaque patron le point cœur, carreau , trefle ou pique, qui appartient à chaque figure : il eft fenfible qu’il faut emporter les points trefle & pique fur les patrons noirs t 8c les cœurs ainfi que les carreaux , fur les patrons rouges.
- On a pu remarquer que la plupart des Cartiers obfervent , pour les cartes de point, d’entre-mêler les cartes qui portent différents nombres de points : ils difent que c’efl: afin que leur affortiment ne foit point dérangé quand il arrive quelque accident à un carton.
- Les cartons étant faits , 8c les couleurs préparées, je vais entrer dans le détail du travail du Peintre.
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- §. XXV. Maniéré de peindre ou enluminer les Cartons*
- Pour peindre les cartes de points > le Peintre ( PL II,fig, 2 ), à côté du* <juel eft un tas de cartons doublesen pofe un devant lui qui! recouvré a un patron.
- Il prend avec un petit goupillon de la couleur qui efl: dans un pot I î ) > Sc il la met à fa droite fur une planche ( Jtg. 1% ) qui fe nomme platine ; il tourne fur cette platine une groflÙbroffe ou pinceau (flg. S) ; pour le charger de la couleur qu'il doit appliquerai paife cette brofle à plufieurs reprifes, mais légèrement fur le patron, pour que la couleur s'imprime dans tous les endroits où il y a des ouvertures au patron qu'il lève enfuîte doucement ; il pofe le carton double qu'il a enluminé à fa gauche > afin que la couleur fe feche avant qu'il en ait peint un autre : ainfi quand il a fini de peindre tout un tas fur un côté * il le reprend pour le peindre de l'autre.
- Comme il faut avoir une certaine quantité de chaque carte de points pour faire l'affortiment dès jeux, les Cartiers fe font une habitude de peindre un nombre de cartes avec un même patron. A l'égard des têtes> oit pofe fucceffivement fur les traits que le moule a tracés , les quatre où cinq patrons des différentes couleurs ; & les ouvertures des patrons qui laiffent appercevoir les traits de la gravure fervent à placer convenablement le patron fur les empreintes du moule ; de forte qu’il n'y ait point d'interruption entre les couleurs, ce qu'on appelle des Fenêtres.
- Un habile Ouvrier peut peindre 72 à 80 mains de points pat jour.
- §. XXVI. Séparer les Cartons de Figures SC de Points.
- Quand les cartons font peints, ou 9 comme on dit , habillés des deux côtés , on fépareles doubles. Un Ouvrier peut féparer en un jour qyo mains de cartons : cette opération s'exécute bien plus promptement que fur les étrejjes y parce qu'il n'y a que deux cartons à féparer.
- On prend un couteau de bois qu'on appelle bâton à féparer , comme pour les étrejfes ; après avoir déchiré un petit coin du carton 5 on pafle le couteau entre les deux cartons , on fépare les doubles , & on les pofe l'un fur l'autre, laiflànt une petite retraite pour que le Chauffeur puiffe les lever plus aifément.
- Quand les cartons ont été féparés* ils font ternes , & les couleurs font peu brillantes. L'opération de les lilfer leur tient lieu de vernis, & rend les cartes coulantes quand on les bat : il faut maintenant expliquer comment on fait cette opération.
- §. X X V 11, Du Chauffage SC du Liffage.
- La liffe eft çe qui donne aux cartes le luifant qui fait un de leurs principaux
- mérites j
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- ART DU CARTIER* a;,
- mérités ; Sc comme pour les lifler , il faut que les cartons foient non-feulement bien fecs pour que la peinture ne s’étende pas , mais encore qu’ils foient fort chauds, il eft nêcelfaire de dire comment on les chauffe.
- Le chauffoir eft une caiffe de taie carrée , {apportée fur des pieds comme ceux d’une table F ( PL II. fig. 24 ) ; on met de la cendre au fond de cette caiffe , Sc on allume deffus des charbons 1 ; on pofe fur les bords de cette caiffe une cage qui eft formée par 4 bandes de fer plat 2,2, & 3 % 3 > dont les bouts forment de grandes agraffes ou crochets 4,4. On établit entre cette cage Sc les agraffes quatre planches minces qui, étant affemblées par leurs bouts 5 forment une efpece de caiffe fans fond ; ces planches font mifes ainfi pour retenir dans l’intérieur de la cage la chaleur des -charbons • on pofe dans les mêmes crochets 4,4 , entre les planches Sc la cage quatre cartons, la peinture tournée vers le feu : ils prennent en peu de temps affez de chaleur pour qu’on ne puiffe pas tenir le dos de la main appuyé deffus j il faut prendre garde qu’ils ne rouffiffent : on en retire un qu’on pofe à plat fur le defliis de la cage , toujours la peinture tournée du côté du feu, Sç on met un nouveau carton à la place de celui qu’on vient d’ôter ; on ôte fur le champ un autre carton qu’on pofe horizontalement fur la cage 3 fous celui qu’on y a placé en premier lieu , Sc l’on remet un nouveau carton dans les agraffes > à la place de celui qu’on vient d’ôter : on fait la même chofe pour le troifîeme Sc le quatrième carton ; & quand il y en a quatre fur le deffus de la cage, on les ôte * Sc on les pofe fiir une chaife où l’on fait un tas de ces cartons chauffés. Quand par la répétition de cette opération qui s’exécute affez promptement, le tas a pris une certaine épaiffeur* on le porte au Savonneur.
- §. X X V I ï I. Travail du Savonneur*
- Il eft nécèffaire, pour que la liffe n’égratigne pas les cartons * de fàvonnei* légèrement leur fuperfîcie avant de les liffer.
- Pour cet effet, le Savonneur fe place vis-à-vis une pierre forte Sc bien' unie ) ou une table folide O { PL II. fig, 18. ), & ayant à fà gauche un tas de cartons échauffés, & à fà droite un pain de fàvôn P , il pofe devant lui un carton, la peinture en en haut * parce que c’eft cette furface qu’on fe propofe de liffer ; il prend dans fà main droite un frotton ou favonnoir Q ( PL H-fig> 15. ) , qui eft fait avec des pièces de vieux chapeaux bien dé-graiffées ? fermement coufiies les unes fur les autres * Sc en quantité affez fuffifante pour que le frotton ait près de 3 pouces d’épaifïèur ; fà longueur, eft de 8 à 9 pouces.
- Il paffe ce frotton fur le pin de fàyon à fècj enfuitê il va en frotter, Cartier. G
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- le côte du carton qui eft peint, & y laiffe une légère impreiîion de fàvoa qui fuffit pour faire couler le liffoir.
- §. XXIX. Travail du Liffeur.
- Le liffoir ( PL IL fig. 3. ), eft compofé principalement de cinq pièces ; favoir , une table folide a , fur laquelle eft un marbre noir poli b ou O {fig. 18 ) 3 qui doit être un peu plus grand que ne le font les cartons. C’eft fur ce marbre qu on les pofe pour recevoir rimpreffion de la liffe c> qui eft un caillou noir n {fig. 19. ) , de la nature du file x y ou de la pierre à fufil ; on l’aiguife fur un grès fort dur pour dreffer à-peu-près deux faces parallèles , & afin que le deffous o, qui doit appuyer fur le carton ^ forme un quart de rond exactement poli.
- Ce caillou qu’on garnit par en haut d’un peu de linge, entre à force dans une mortaife p ( fig. 19 ) , pratiquée dans un morceau de bois quarré de 5 pouces de hauteur > & de pareille largeur > fur 2 pouces & demi d’épaiffeur : on le nomme la Boîte. Ce caillou y eft ajufté de maniéré qu’il excede la mortaife d’environ un demi-pouce ( voye£ n, fig. 20. ) ; aux deux bouts de la piece de bois dont nous venons de parler, font deux poignées q y qu’on nomme Mancheredux 3 & que le Liffeur tient des deux mains pour faire agir la liffe > comme on le voit dans la figure 3. Au-deffus de cette piece de bois qui fert de chappe ou de boîte au caillou , il y a une entaille circulaire N {fig. 19 & 20.), au milieu de laquelle on a ménagé une languette qui entre dans une autre entaille 3 ou enfourchement pratiqué à l’extrémité de la perche verticale M {fig. 21. ) ; cette perche eft arrondie au bout d’en haut, comme une portion de Iphere , & cette partie eft reçue dans une calotte de bois qui eft ajuftée au bout d’une planche d {fig. 3» ), qui étant attachée aux folives par fon autre bout > fait reffort pour appuyer fortement le caillou contre le carton c, qui eft couché lur le marbre b ; par ce moyen le Liffeur n’a qu’à pouffer & retirer à lui la liffe fur toute l’étendue du carton qui prend alors ce brillant qui diftingue les bonnes cartes d’avec les communes. Cette opération ne laiffe pas d’être fatiguante.
- Au bout c de la planche {fig. 3. ) , il y a une corde qui répond aux pieds qui fupportent la table ; elle fert à charger ou à décharger la liffe > fuivant que le carton a befoin d’être rabattu.
- Souvent on liffe le côté peint avant de dédoubler ou féparer les cartons ; en ce cas on fàvonne & on liffe les deux faces des doubles.
- La liffe fait ordinairement prendre une courbure aux cartons ; il les faut alors redreffer, ou, comme l’on dit ; dre fier U ouvrage : pour cela, le Liffeur
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- ART DU CARTIER, 27
- prend 14 ou ï y doubles > & les pliant en fens contraire, il les rend prefque droits.
- Quand les cartes ont été liffées du côte de la peinture , on les porte au chauffoir pour être chauffées du côté qui n’efl point peint ; enfuite on les fàvonne & on les lifle de ce même côté ; & après ces opérations qui font les mêmes que celles que nous venons d'expliquer , les cartons font en état d'être portés aux Coupeurs.
- Nous remarquerons feulement qu'on chauffe plus vivement le derrière des cartes, que le côté des peintures : on les liffe auflî plus ferme , & avec un caillou plus arrondi que celui qui a fervi à liffer le côté des figures.
- Un Ouvrier habile peut liffer 36 à 40 mains par jour.
- Les Cartiers liffent ordinairement leur ouvrage par boutées : une boutée efl: compofée de 40 fixains , 8c contient plus ou moins de cartons, fuivant l’efpece de jeux auxquels on les deftine.
- Le nombre de cartons ne varie jamais pour les têtes & les Valets , parce qu'il y en a toujours la même quantité dans toutes les efpeces de jeux.
- On fubdivife les boutées par patrons. On entend par ce nom une quantité de chacune des efpeces de cartons qui fervent à former les boutées ; 8c cette quantité efl plus ou moins forte y fuivant le nombre 8c l'efpece de carton qu'on veut réduire en jeu. Rendons ceci plus clair.
- On comprend dans les patrons de têtes, les Valets rouges : les patrons de gros jeux font les dix , les neuf 8c les huit ; les patrons de bas jeux font les fix > les cinq, les quatre , les trois 8c les deux ; enfin les fept 8c les as font peints enfemble fur un même patron.
- Une boutée de 40 fixains de jeux entiers eft compofee de cinq mains de têtes, d'une main de Valets rouges y de huit mains de gros jeux , de deux mains de fept & as, & de dix mains de bas jeux.
- Cet exemple indique ce qui doit compofer les boutées de quadrille > piquet 8c brelan, defquels il faut retrancher le gros & le bas jeu.
- U y a des Maîtres Cartiers qui ne compofent leurs boutées que de 20 ou 3 ô fixains, ce qui dépend de leur débit ; mais dans ce cas * il n’efl: queftion que de proportionner le nombre de feuilles que chaque patron doit contenir , à la quantité de fixains qu’on veut fabriquer.
- Plufieurs Maîtres Cartiers ont foin d'avoir en magazin beaucoup dtbou~ tees de toutes efpeces, liflees par-devant y afin d'être en état de fàtisfaire plus promptement aux demandes qu’on leur pourroit faire ; & ils ne liffent le derrière de leurs cartons, qu’à mefure qu’ils veulent les réduire en cartes , parce que l'air altéré toujours un peu le luifànt que la liffe donne aux cartes*1 8c qu’ils ne peuvent conferver avec trop d'attention la beauté de leur ouvrage pour le derrière des cartes.
- Un bon Ouvrier peut liffer par jour * des deux côtés, 20 ou 25 mains
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- *8 A R T DU C A R T I E R:
- de cartons ? en donnant 24 coups de lilTe à chaque côté du carton. Les Ou* vriers qui ne donnent quefeize coups de lifle font un tiers plus d’ouvrage, mais qui n’eft pas fi beau.
- 5. X X X. Mener au cïfeau, au couper les Cartons,
- Lorfqu’une boutée de cartons efl: liilee par le côté des peintures , & par le derrière, il faut la réduire en cartes, & couper les cartes de têtes entre les traits qui encadrent les figures 8c les cartes de point de la même grandeur.
- Quand on fait attention à l’égalité qui fe trouve entre toutes les cartes qui forment un jeu , on efl: porté à. croire que pour les couper, il a fallu les réunir, & les ferrer dans une preife , comme fi elles ne faifoient qu’un feul corps ; en un mot, à-peu-près comme les Relieurs coupent la tranche d’un livre. Mais il en efl: tout autrement : les cartes font toutes coupées îeparément avec 'des cifeaux ; & quoique le Cartier ne foit guidé par aucun trait pour les caftes de point, elles font précifément de la même grandeur, & aufll régulièrement coupées que les figures ; 8c ce qu’il y a encore de plus fingulier, c’efl: que l’Ouvrier Coupeur peut atteindre aifément à cette 'précifion , fans y mettre beaucoup d’adrelfe. Son ouvrage fera prefque toujours bien exécuté quand il aura exactement ajufté fon établi.
- C’efl: prefque à ce feul point que fe réduit la fcience du Coupeur.
- Tout homme adroit 8c intelligent parviendra à couper aflez régulièrement une feuille de tête, mais il y emploiera bien du temps, 8c il faut que l’ouvrage s’expédie fort promptement 8c avec précifîon ; c’efl: ce qui fait que les bons Coupeurs font fort rares.
- Avant de mettre aux cifeaux l’ouvrage lifle du côté de la peinture , & par le derrière, il faut le redreffer. En liflànt les feuilles par le derrière, l’ouvrage a pris une courbure dont le côté blanc efl; la face concave. Pour bien couper , il faut au contraire que la partie peinte foit concave : ainfi, comme noùs l’avons dit, on rompt, ou on drefje l’ouvrage ( car on fe fert de l’un 8c l’autre terme ) \ en un mot, on fait en forte que les feuilles faflfent un peu la ^gouttière , dont la face peinte foit l’intérieur.
- L’établi d’un Coupeur confifte, i°, en une table bienfolide a a (PL II: fig. 4. ) ; 20, en un étau b (fig. 4 8c 23. ) ; y , en deux cifeaux, un grand & un petit.
- Le grand cifeau qui fert à rogner & à couper les cartons en quatre bandes qu’on nomme coup eaux , a de longueur à fa partie tranchante, depuis le clou ^ jufqu’à l’extrémité de la lame , environ 20 pouces.
- Les petits cifeaux dont les lames ont 10 à 11 pouces de longueur, fervent
- ârecouper les çoupeaux en cinq parties, parce que chaque coupeau doit
- fournir
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- fournir cinq cartes. On voit le grandcifeau défaflemblé Vu {fig, 24 ), & en pofition C ( fig. 4 ).
- L’étau eft une planche épailfe de deux bons pouces , & qui a 12 à 13 pouces en quarré : elle eft repréfentée féparément en Z {fig. 23 ). On voit au bas deux forts tenons 4,4 , qui doivent entrer dans des mortaifes qui font audeflus de la table , & y être fermement aiïujettis dans une pofition verticale par les coins J , y : on voit l’étau en place b { fig. 4 ).
- L’ulàge de cette planche qui s’élève verticalement fur la table eft , qu’en appuyant fur là furface Z un des bords du carton , le cifeau coupe les cartes précifément de la longueur & largeur qu’elles doivent avoir : ainfi il faut que les lames du grand cifeau foient placées bien parallèlement à la face Z de 1’ étau b , afin que les cartes ne foient pas plus larges à un bout qu’à l’autre ; il faut encore qu’il y ait précifément entre la ligne des tranchants du grand cifeau , &la furface Z de l’étau, une diftance égale à la longueur que doivent avoir les cartes. Le petit cifeau doit être plus près de fon étau, parce qu’il coupe les cartes de largeur.
- L’art du Coupeur confifte donc principalement à bien aifujettir fur fa table les étaux & les cifeaux , de façon que la ligne du tranchant des cifeaux foit bien parallèle à la furface Z des étaux, & qu’elle en foit exactement éloignée de la longueur de la carte pour les grands cifeaux, & de la largeur pour les petits.
- Outre cela , pour fe donner encore plus de facilité , il pique fur la furface Z de l’étau deux ou trois pointes de fer 3, 3,3 , {fig* 23 ) fur une ligne qui eft inclinée à la furface de la table , d’une même quantité que le tranchant des cifeaux eft à l’égard de la même table, afin qu’en failànt repofer les cartons fur les pointes 3,3,3, ils fe trouvent dans la pofition qui convient pour être coupés par les cifeaux , & qu’en appuyant le bord du carton contre la furface Z de l’étau , fuivant la ligne ponéluée b, b{fig, 23. ), la carte foit exactement coupée, fans que ce travail exige beaucoup d’adrefle de la part du Coupeur. Mais il faut pour cela que les cifeaux foient folidement & invariablement attachés à la table : voici comme on fatisfaic à cette importante condition.
- L’extrémité 2 de la lame V {fig* 24 ) , eft recourbée ; & cette partie eft arrondie pour pouvoir entrer dans un trou qui eft à la table a de la fig. 4 , elle y eft fermement afliijettie en cette fituation , ou avec une clavette I {fig* 24. ) , qu’on frappe par-deflous la table , ou avec un écrou, quand cette branche eft taraudée. Les deux branches des cifeaux V, u> doivent être réunies par un clou; ce clou eft à vis, Sc il traverle non-feulement les queues Z, Z du cifeau , mais encore la piece de fer en enfourchement x ; ainfi après avoir fait entrer la partie x dans la table, & l’y avoir aflii-jettie par l’écrou y, on place les deux lames V, u, du cifeau , dans l’en-C4 RT 1ER. H
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- fourchement par le clou à vis y ; & au moyen de l'écrou 7, le cifeau fe trouve folidement affujetti dans la pofition que le Coupeur doit lui donner. Ce n’eft cependant pas encore tout : comme les lames font fort longues , il convient d'empêcher qu'elles ne plient. Pour cela , l'extrémité de la lame V eft reçue entre les deux platines de fer arrondies 1 , & 2 [fig. 23 ), qui font à l'extrémité du clou à vis y qui entre dans le trou C de l'étau où on le fixe, au moyen de l’écrou b> de forte que la lame V eft retenue en trois endroits ; d'abord par là branche 2 , enfuite à l'endroit du clou par la piece d'enfourchementX, & enfin à fon extrémité X par les rondelles 1, & 2 , qui font au bout du clou à vis a.
- Au moyen de cette derniere piece, on parvient, en ferrant plus ou moins la vis qui traverfe l’étau, à rendre le tranchant des lames bien parallèle au plan de cet étau.
- Le Coupeur, après avoir bien difpofé le grand & le petit cifeau avec leur étau, fe place devant la table, comme on le voit (fig. 4. ). Il prend de fa main gauche un carton au tas dy qui eft à côté de lui , & il rogne le carton, c’eft-à-dire, qu'il emporte avec les grands cifeaux , tout ce qui excede au bout d'en haut, le trait qui forme le cadre général, ou qui renferme toutes les figures, en coupant, comme difent les Ouvriers, entre le champ de la barême , & celui de la carte : je parle ici des têtes. Il rogne de la même façon le côté droit : cette opération qu'on nomme rogner eft néceflàire pour drelfer les bords du carton, afin qu'il puilfe dans la fuite s'appliquer exaélement contre la furface de l'étau , & elle exige plus d'adrelfe que les autres , parce que le Rogneur n’eft pas guidé par l’étau. Pour peu qu'on y faife attention , on appercevra qu'il fuffit de rogner le haut de la carte pour trancher les coupeaux , c'eft-à-dire , pour divifer le carton en autant de parties qu'il contient de cartes en hauteur ; ce qui s'appelle traverfer. De même il fuffit d'avoir rogné le côté droit du carton , pour guider le coupeau , lorfque, avec le petit cifeau, il divifera les coupeaux en cinq parties, ce qu'on appelle trancher par cartes.
- A l'égard des cartes de point, on eft guidé, pour rogner, par de petites marques triangulaires qui font défignées fur le patron des points noirs dans la planche V par les lettres a b c d\ au refte on peut rogner un peu plus loin, ou plus près, fuivantque le compafiàge le demande.
- Le carton étant rogné, comme nous venons de l'expliquer , par le haut & par le côté droit, le Coupeur ouvre les cifeaux ; il paffe le carton entre les deux lames ; il en appuie le bord contre la face Z de l'étau (fig* 23 ) ; il laiffe le carton repofer fur les pointes de fer 3 , 3 , 3 ; après quoi, en fermant le cifeau, il coupe une tranche qui porte cinq cartes, & qu'on nomme coupeau.
- Quand il a divifé les cartons par coupeaux, il les ramaffe, il les réunit y
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- & les pofant verticalement , ou par le tranchant fur la table , il retire celles qui débordent , pour les repaffer au cifeau : c’eft-là ce qu’on nomme ajujler.
- Quand les cartons ont été divifés par coupeaux, & ajujlês , on les corrompt ; c’eft-à-dire, qu’en en prenant J ou 6 entre les deux mains, on les plie un peu dans le fens de leur longueur, pour les rendre concaves du côté de la peinture : cette forme eft plus commode pour les mener au petit cifeau ; c’efl>à-dire , pour divifer les cartes avec plus de facilité. Au refte, cette opération qu’on nomme trancher par cartes > s’exécute comme pour trancher par coupeaux ; & en formant les coupeaux, ainfi qu’en divifant les cartes, on rogne le côté gauche & le bas du carton qui ne l’a pas été en premier lieu.
- Un habile Coupeur peut , en un quart-d’heure , mener au grand & au petit cifeau une boutée de 40 fixains de jeux entiers , & à proportion, une plus grande quantité de petits jeux ; ce qui fait environ 80 mains par jour.
- §. XXXI. Du Travail fur la Table.
- Il y a dans les atteliers des Cartiers une grande table devant laquelle s’a£ feyent plufieurs Ouvriers ; on porte fur cette table les cartes coupées ; il refte à les afiortir, à les trier, jetter , recouler, & enveloper par jeux Sc fixains : expliquons en détail ces différentes petites opérations.
- §. XXXII. Ajfordr, Trier , SC lie couler.
- Afiortir, c’eft ranger les cartes de façon que toutes celles d’une même efpecefe trouvent enfemble , par exemple, tous les Rois, toutes les Dames, tous les Valets, as, dix, &c.
- On prend un patron, qui eft, luivant les différentes Fabriques, déjà 6 mains & ouvrage ; les 6 mains forment 300 cartes mêlées les unes avec les autres, fuivant l’ordre des moules ou des patrons.
- Si ce font des figures, on commence par la Dame de pique qu’on pofe fur la table, & à côté de cette Dame, le Roi & le Valet de pique; puis fur la même ligne , Roi & Dame de cœur, Roi & Dame de carreau , Valet, Roi Sc Dame dé trefle ; ce qui fait 10 cartes fur une même ligne, ou là moitié d’une feuille ; on arrange les 10 autres de même, un peu au-delîus : s’il n’y a point eu de déchet ou de mêlage au petit cifeau, toutes les cartes de chaque forte doivent fe trouver à leur place.
- On arrange de même les points rouges & noirs : à l’égard des Valets rouges , ils s’alfortiffent en deux tas feulement, au lieu que les têtes s’af-fortifient en vingt tas, moitié fer une ligne ; moitié fer une autre , & qu’on réunit enfemble par fortes.
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- En même temps on trie 8c on recoule. Le recoulage confifteà enlever avec un petit couteau pointu ou un canif, toutes les ordures ou les hros qui pour-roient s’appercevoir lur les deux furfaces de la carte ; le triage n'eft autre chofe que la réparation des cartes vicieufes, que Ton met dans une barrique pour les vendre a la livre.
- Le Trieur prend une forte de cartes , Rois, Dames ou Valets ; n'importe: il les fait couler de la main droite dans la main gauche , pour voir s'il n'y a point de décollage, ou de cartes barbouillées ; lorfqu'il en trouve, il les met à part ; il les fait encore repafler du côté du blanc, 8c s'il s'apperçoit qu'il y ait quelque ordure, il l'emporte avec une pointe tranchante.
- On fépare auflî les cartes blanches d'avec les brunes , & celles qui font encore plus imparfaites ; ce qui fait trois qualités de cartes : les plus belles fe nomment la fleur , parce qu'elles font les plus blanches & les plus nettes ; la fécondé forte fe nomme premières ou premier fond ; la troifieme forte , fécondés ou fécond fond.
- Quelques-uns font une quatrième forte, qu'ils nomment maîtreffes ou triailles ; enfin les cartes tachées ou décollées font mifes au rebut, forment le déchet, 8c font vendues à la livre. Il fe trouve ordinairement fur une boutée de 40 fixains , deux à trois fixains de cartes décollées 8c défeélueufes ; 2 à 3 fixains de maîtreffes ; 2 à 3 fixai ns de premières 8c fécondés : le refte eft réputé cartes de fleur : 8c comme tous les jeux fe mêlent dans les fixains , & palfent à la vente, le déchet a peut-être été à fix ou fept pour cent.
- Pour plus grande exaélitude , il faut recouler les fortes déjà triées , pour examiner fi les nuances font égales ; car un jeu qui eft entièrement compofé • de cartes un peu brunes , n'eft fujet à aucun inconvénient ; au lieu que des cartes brunes mêlées avec des cartes blanches, peuvent être connues. C'eft pour cette même raifon qu'on met les cartes grattées au dernier triage ; à l’égard des trois premières fortes , on peut fans inconvénient les mêler dans les fixains.
- On repafle auffi les cartes de triage, foit pour rebuter celles qui font trop mauvaifes , foit pour mettre au dernier fond celles qui font peu défec-tueulès.
- Les cartes étant triées & aflorties , on les jette, on forme les couches , on fait la boute ; ces termes font fynonymes ; c'eft-à-dire, qu'on les raflemble par jeux que l'on arrange dans une boîte à laquelle il manque un côté d (PL II.fîg.4), & c ( fig. 25 ) : cette boîte fe nomme boute.
- Il eft bon de fe rappeller ici qu'on diftingue les jeux en grands ou entiers , 8c en petits: ceux-ci font les jeux d'Hombre , de Piquet, &c.
- Les jeux entiers font compofés de y2 cartes ; car dans chaque couleur il y a un Roi, une Dame, un Valet, 8c une de chacun des points, depuis
- l'as,
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- éSi R 7 > D tài Jl Tl Ë à. 33
- 1 'as , jufqu'au dix inclufivement ; ce qui fait 13 cartes , qui multipliées par 4 forment le nombre de y 2\
- Les jeux d'hombre font de 40 cartes , parce que les 8, 9 , & 10 y manquent.
- Les jeux de piquet font de cartes'; as, Rois, Dames , Valets , fept, huit, neuf, 8c dix. '
- Le jeu de la comète elt de 48 cartes \ le try de 30 cartes ; le bfelafr de 28.
- Pour faire les couches de la bornée, bn prend las de pique bu. de tre3e> & Ton commence par les plus belles cartes qu'on nomme la fleur ; on pofe fix cartes au bout lune de l'autre fur une table , 8c en continuant jufqu'aù bout, où l'ôn trouve des cartes retournées > qui font celles qui ne doivent point entrer dans les jeux.
- * Si les patrons font de 6 mains ééouvrage > bn doit fairè 44 fixains dè cartes fines, & 4 ou y fixains de cartes communes ; ce qui fait 49 fixains Compbfés de 294 cartes de chacune forte : il en doit relier 6 qu'on pofe au bout de la table : s'il fe trouvôit quelques cartes de moins , il faii^ droit examiner fi elles ne feroient point mêlées dans les autres jeux ; mais fî elles étoient tombées dans les rognures , on les remplaceroit alors par d'autres cartes dé même forte.
- ^uand les jeux font complets > on les enveloppe dans des papiers qui portent le nom & l'enfeigne du Fabriquant, & qui défignent l’efpece de jeu ; piquet, quadrille8cc ; ce qui s'appelle ployer en jeu ; & on a f attend tion qu’au bout de chaque fixain, il fe trouve un jeu de fleur , ce qu'on nomme faire la touche.
- Un habile Ouvrier peut par jour a for tir 9 trier, recouler, jetter où ré* duire, envelopper en jeux 8c fixains une boutée de 40 fixains de jeux entiers j mais comme cette boutée exige plus de travail que les autres efpeces dè jeux, il y a très-peu d'Ouvriers qui puiflent feuls remplir cette tâche*
- ' §. XXX I L Maniéré de faire les Marques*
- : Les papiers pour envelopper lès jeux 8c les fixains , le tirent fur un moule de bois ou de cuivre , précifément comme les fêtés. Les noms des jeux entiers , piquet, médiateur , comete, font gravés fur une piecè amo* yible qu'on rapporte fur la planche , & qu'on nomme plateau , de la rûêmé’ façon que le nom du Cartier fe rapporte fur les cartes dè figures.
- Comme chaque jeu a une enveloppe particulière , 8c qu'on èn fait encore des paquets par fixains , les Çartiers ont deu& moules qui he difo férent qu'en grandeur.
- Cartier* ~ ï
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- §. XXXII L Réflexions générales.
- ’4*>
- Suivant les Statuts des Maîtres Car tiers de Paris, les Ouvriers ne peuvent travailler aux cartes en été, que depuis 4 heures du matin , jufqu'à 8 heures du fbir 5 & en hiver ? depuis 5 heures du matin 5 jufqu'à 9 heures du foir : comme il efl: d'ulàge d'accorder aux Ouvriers 3 heures pour leurs repas , le temps du travail efîeétif efl: de 13 heures , pendant toute l'année.
- Les cartes fe vendent par jeu , par fixain > & par groflè.
- Les cartes de Paris font fort eftimées. La perfeélion des cartes confifteà être très-blanches, fur-tout par derrière , exemptes de toutes taches ; que les couleurs ne foient point traverfées > mais bien tranchées ; elles doivent de plus être fermés , fonores , bien liflees , & coulantes : cette propriété manque à celles des meilleures Fabriques quand on les a tenues dans un lieu humide ; c’efl; pourquoi on doit les faire fécher avant de s’en fervir.
- Avant l'Impôt qui a été mis fur les cartes y on rognoit les jeux qui avoient ièrvi, pour en faire ce qu'on nommoit des çartes refaites ; mais cela eft défendu maintenant.
- EXPLICATION DES FIGURES
- du Cartier.
- planche 1.
- 'P I G U R E /. A, Grande Chaudière de cuivre montée fur un Fourneau} lèrvant à cuire la colle.
- B, Bouche du fourneau par laquelle on met le feu.
- Cy Ouvrier qui verlè de la fleur de farine ou de l'amidon délayée avec de l'eau , dans la chaudière, pour cuire la colle.
- D y Ouvrier qui remue , avec un trognon de balai, ce qui efl: dans la chaudière y pour empêcher que la colle ne brûle#
- Fig. 2 , Baquets dans lefquels on délaye la farine ou l'amidon, & dans lefquels on verfe auffi la colle quand elle efl: cuite.
- Fig. 3 y Ouvrier qui palfe la colle par un tamis > à l’aide d'une grofle brofle.
- Fig. 4, A y Tas de feuilles mêlées:
- B y Colleur tenant fa brofle à coller de la main droite*
- C y Vaifleau dans lequel efl: la colle.
- Fig* J > Piqueur qui épingle des feuilles collées*
- Fig* 6 7 Ouvrier qui porte un tas de feuilles collées Sc épinglées à Té-tendoir.
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- Fig. 7 , Feuilles au fechoir.
- Fig. 8 , Ouvrière qui emporte avec uti petit Couteau pointu les bros & Saletés qui peuveht fe trouver fur l'ouvrage.
- Fig. ÿ, Papier moulé fervant à envelopper les jeux*
- Fig. io, Jeu plié dans fon enveloppe.
- Fig. il, Compaflàge ( vqye^ pag. 21 ).
- PLANCHE IL
- Fig. 1 & 2 , Peintres. A , Tas de cartons à peindre.
- B , Pot où eft la couleur.
- C y Pierre fur laquelle on met la couleur.
- D y Tas de cartes peintes.
- Fig. 3 > LilTeur en aétion de travailler. b y Marbre lùr lequel le carton eft pofé,
- € y Perche du lifloir. * .
- Fig. 4, Ouvrier trancheur au travail.
- - b y Luteau.
- c y Ouvrier menant les cilèaux.
- dy Tas de cartes peintes prêtes à être coupées.
- e y Boîte pour bouter & arranger les jeux.
- Fig. y, Moule pour les figures : on le peut voir deffîne en grand dans les Planches III. & IV.
- Fig. 6, Frotton fait de lifieres, fervant à appuyer le papier fur le moule. Fig. 7 y Brolfe pour charger de noir le moule.
- Fig. 8 , Gros pinceau ou brolfe pour appliquer les differentes couleurs. Fig. p, Poinçon pour piquer les feuilles collées quon veut épingler. Fig. io , Epingle pour tendre les feuilles liir les cordes.
- Fig. 11 , Pot à couleur.
- Fig. 12 y Pot au noir que l'on emploie, foit pour mouler, foit pour: peindre.
- Fig. 13 , Pierre lur laquelle on met les couleurs.
- Fig. 14, Couteau de bois pour féparer les étrefles ou les cartons.
- Fig. iy, Frotton de pièces de chapeau pour favonner les cartons; P $ Morceau de favon.
- Fig. 16, Poinçons , ou Emporte-pieces , fervant à faire les patrons de points.
- Fig. 17, S y Billot. T y Maillet pour frapper fur les poinçons, Remporter les points.
- Fig. 18 , Marbre fur lequel on lifle les cartes.
- Fig. y 20 8c 2.1 y Lifloir. P , Mortaife pour recevoir le caillou, qq} Mancherons, ou poignées par lefquelles on mene le lifloir. iV, Languette
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- %6 :*A R T DU C A R T 1E R.
- qui entre dans l'échancrure M delà perche, fig. 21. n, Caillou.^ ] La partie polie du caillou.
- Fig. 22 , La prefle ; r, 1,4es jumelles ; 2 , arbre de l'écrou ; 3 , plateau mobile qui appuie fur le papier ; 4 , plateau fixe ; J , lavis ; 6 , levier avec iequel on ferre la preffe ; 7 , cable; 8 , treuil fur lequel fe roule le cable.’
- Fig. 23 , Etau du trancheur ; 3 , pointes fur lefquelles on laiffe repbfer les bords du carton fuivant l'inclinaifon indiquée par la ligne ponéluée 6, ^é;4,4 , Tenons qui traverfent la table ; y , J , coins qui entrent dans les mortaifes 4 4 ; æ, Boulon de fer qui entre dans le trou 6 de l’étau ; ce boulon efl: terminé par une vis ; b, efl fon écrou qui l’affujettk fermement à la planche de l'étau : r, 2, rondelles entre lefquelles entre une des lames 4es cifeaux : X , piece à enfourchement qui embraffe les deux lames des ci-féaux auprès du clou à vis Y : y efl: fon écrou : x, vis qui traverfe la table, & dans laquelle entre l'écrou Y. Nota que cet ajuflement n'efl; pas exactement le même dans toutes les Fabriques.
- Fig. 24 , Les lames des cifeaux féparées : X , V, lame fixe, dont la partie 2 traverfe la table , 8c efl: quelquefois taraudée 8c retenue par, un •écrou, & d'autres fois afliijettie par une clavette 1 u , lame mobile : Z Z , trous dans lefquels entre le clou à Vis y , qui affujettit les deux lames des cifeaux.
- . Fig. ~2ÿ , Bouteux , ou boîte dans laquelle on arrange les jeux;
- / Fig. 26y Chauffoir. F, Cage , ou braifiere de tôle dans laquelle on met le feu ; 2,2 , 3 , 3 , bandes de fer plat qui fe terminent par les crochets 4,4, dans lefquelles on met les cartons pour les faire chauffer.
- PLANCHE 1 IL
- * Moule de Têtes. , -
- Patron jaune. *
- Patron gris.
- ^ Patron rouge; , ' • - ' - s~ »
- Patron bleu. ;
- Patron noir. '
- PLANCHE IV.
- C Moule de Valets rouges.
- Patron jaune. *
- Patron gris.
- P
- Patron rouge.
- " Patron bleu.
- Patron des as rouges. •
- planche v.'
- * m Patrons de Points rouges & noirs.
- " - . • - Explication
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- EXPLICATION
- De quelques termes qui ont A A
- battre l’ouvrage > c’eft ôter des cordes les feuilles quand elles font feches. Voy. pag. il.
- Ajuster les coupeaux ou les cartes , c eft emporter une petite quantité du bord avec les cifeaux, lorfque les cartes font trop grandes. Voy, pag. 3 i.
- Assortir. Voy. pag. 51.
- B
- Baiser. On dit que des cartons fe font baifés , quand les traits fe font contre-marqués. Voy. pag. 15%
- Boutée. Voy. Couche.
- C
- Cartier. Voy. Papier.
- Chauffer , c’eft expofer au feu les cartons avant de les lifter. Voy. pag. 25.
- Gompàssage : divifions qu’on fait aü compas fur une feuille de papier, pour bien placer les points.
- Corrompre les coupeaux, c’eft les couper dans le fens de leur longueur , pour qu’ils faffent une efpece de gouttière , dont la partie concave foit vers le côté de la peinture. Vy. pag. 3 1.
- Couche. Former les couches ou la boutée, c’eft ranger les cartes par jeux dans une boîte qu’on nomme Boute. Voy. pag. 32.
- Coupon ou coupeau ; tranche de carton peint qui contient quatre cartes en hauteur.
- D
- rapport à VArt du Cartier.
- que l’on puiffe couper toutes les cartes de même grandeur. Voy. pag. 2p.
- EtendaGe , aêtion détendre.
- Etendoir , lieu où on étend. Voy.pag. 10*
- Etendre, c’eft attacher par les épingles à rétendoir les feuilles nouvellement collées pour qu’elles féchent promptement.
- ETRESSEs. On nomme ainfi des feuilles d<£ main-brune collées enfemble. Voy. pag, 7,
- F
- Fleur.’ On nomme ainfi les cartes les plus blanches. Voy. pag. 32.
- Fond. Cartes du premier ôc du fécond fond : la blancheur de celles du premier fond eft inférieure à celles qu’on nomme la fleuri Le fécond fond eft compofé de cartes donc la blancheur eft inférieure à celle du premier fond.
- Froncées. On nomme ainfi des plis qui fe font au papier.
- FROTTON> tampon de lifieres ou de crin quï fert à appuyer le papier moiti fur le moule pour imprimer les traits. Voy. pag. 16. On fait aufii des frottons de pièces de chapeau pourfavonner les cartes.
- H
- Habillage. On nomme ainfi l’opération de peindre ou enluminer les figures.
- I
- ÏmprîmüRE feuille de papier imprimée avec de la peinture à l’huile. Voy. pag. âo*
- L
- Déchet. On appelle ainfi les cartes dé-fe&ueufes qu’on met au rebut, lorfqu’on fait le triage.
- Dépingler ; aCtion d’ôter les épingles qui ont fervi à mettre les étrejjes > Pouvrage , ou les cartons à l’étendoir.
- Double. On nomme ainfi deux cartons qui tiennent enfemble par les bords, ÔC qu’il faut féparer.
- E
- Epingler , c’eft pafter au bord des étrejjes ou cartons , un bout de fil de laiton pour les étendre au féchoir.
- Epluchage. On nomme ainfi l’opération qui fe fait pour enlever les ordures ôc les bros qui s’apperçoivent fur les feuilles collées Ôc féchées. Voy. pag. 11.
- Etau ; planche qui s’élève verticalement fur la table du trancheur : cette planche fert à appuyer le bord du carton t de façon
- Cartier*
- Lisser. On lifte les cartons en les frottant avec un caillou bien poli. Voy. pag. 2 6*
- M
- Main-brune. Voy. Papier.
- Maîtresse. Voy. Triaille, ou pag. 32.1
- Mener aü ciseau. Voy. Trancher.
- Mêler , c’eft entre-mêler les feuilles de différents papiers , ou les différents cartons pour les mettre dans l’ordre convenable pour les coller. Mêler en gris, ou pour les étrejjes: Voy. pag. 5. Mêler en ouvrage. Voy .pag. \Çm Mêler en blanc. Voy. pag. 17.
- MoiTir. Moitir le papier, c’eft le pénétrer d’eau, pour qu’il s’applique mieux fur le moule, ôc qu’il prenne plus exactement les traits. Voy, pag. 15*.
- Moulage. Voy, Mouler.
- Moule , Planche de bois ou de cuivre qui fert à imprimer les traits des têtes 01*
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- A HT
- D V C A R T J E R.
- des figures. Les moules des têtes portent les Rois , Dames ôc Valets noirs , pique ôc ïtrefle ; les moules des Valets rouges portent l’empreinte des Valets de cœur ôc de carreau. -Voy, pag. 13.
- Moüler , c’eft imprimer les traits des ^figures ou des têtes fur des feuilles de papier au pot. Voy.pag. n. .
- Papier. On emploie pour faire les cartes , ’trois fortes de papier ; favoir la main-brune , nu pot y Ôc cartier. Voy. pag. 3.
- Patrons. On nomme ainfi les imprimures découpées pour chaque couleur .* il y a des patrons rouges , des patrons jaunes , gris , blancs 5 noirs. Voy, pag, 23.
- Peindre , c’eft enluminer les cartes avec différentes couleurs. Voy, pag, iB & 24.
- Piquer. On pique , c’eft-à-dire , on paffe •tine épingle dans les feuilles qui fortent de la preffe pour les étendre au féchoir. Voy. p, 9.
- Platine. Planche de bois fur laquelle on met les couleurs. Voy, pag, 24.
- Ployer. Ployer un jeu , c’eft l’envelopper dans un papier, pag, 23.
- Point. Les cartes de point, tant en noir , pique ôc trefle, qu’en rouge, cœur ôc carreau, font depuis le premier point, ou as, jufqu’au 10. Voy. pag, 1.
- Ponsage. Action de paffer une pierre-ponce fur les étrejjes pour les rendre plus unies. Voy, pag. 12.
- Pot. Voy. Papier.
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- Recouler , c’eft vifiter une fécondé fois les cartes pour voir s’il n’en eft pas paffé de brunes parmi les blanches. Voy. pag. 32.
- Rogner , c’eft drelfer avec les cifeauryîes bords du carton. Voy. pag. 30.
- Rompre le papier, c’eft ouvrir les mains
- de papier, Ôc les plier en fens contraire de ce quelles étoient en rame, pour effacer le pli du milieu. Voy.p. 4.
- Rompre les cartons , cVft les plier pour leur donner la forme d’une gouttière.
- S
- Séparage ; aCtion de féparer les étrejjes ôc les cartons qui font fecs, Ôc qui font adhérants par leurs bords. Voy. pag. 11.
- T
- T as. Les Carriers nomment ainfi les piles de feuilles de papier , ou de cartons mêlées ou non mêlées.
- Testes. Les cartes de têtes ou figures, font les Rois, Dames ôc Valets, tant rouges que noirs. Voy, pag. 1.
- Torcher, c’eft nettoyerles tas qui fortent de la preffe pour en ôter la colle qui en fort par expreffion. Voy. pag. 9.
- Touche, Faire la touche , c’eft arranger les fixains par fortes , fleur, fécondés , ôc c.’ ôc enfuite les plier dans un papier. Voy.p. 33,
- Trancher , c’eft divifer les cartes avec des cifeaux. On tranche aux grands ciféaux pour faire les coupeaux, ôc aux petits cifeaux pour divifer les cartes , ce qu’on appelle trancher par cartes. Voy.-pag. 30.
- Traverser , c’eft féparer le carton par coupeaux. ibià.
- Triage. En faifant le triage ; on ôte les feuilles, étrejjes, cartes ou cartons qui fe trouvent défectueux ; dans le triage, on examine encore les cartes pour les ranger fuivant leur blancheur, Ôc mettre au rebut celles qui font mauvaifes. Voy. pag. 32.
- Triaille. On nomme ainfi les cartes îes plus imparfaites, mais qui néanmoins peuvent entrer dans les jeux ; quelques-uns leur don-» nent le nom de Maitrejfes. Voy. pag. 32.
- Fin de l’Art du Cartier,
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