Descriptions des arts et métiers
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- ART
- I R I E R
- Par M. D VHAMELDU MONCEAU.
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- DU CI RI E R.
- Par M. Duhamel du Monceau.
- Augmenté de plujieurs Réflexions qui lui ont été fournies parM. Trudon, Propriétaire de la Manufacture Royale des Cires y établie à Antony près Paris. *
- Tl n'est pas queftion préfentement de parler de la façon d'élever les abeilles , ni de détailler les précautions qu'on doit prendre pour augmenter leur populaüon,pour ramaffer les elfaims ; comment on rogne les gâteaux, pour s'approprier une partie du travail des abeilles fans leur faire un tort conlidérable ; comme on les tranfporte d'une ruche dans une autre pour enlever leur cire 8c leur miel fans les faire périr, comme il arrive quand on les étouffe avec la vapeur du foufre ; enfin quels font les moyens de les exciter au travail. Je renvoie pour ces détails infiniment curieux , à ce qu'en ont dit M. Maraldi dans les Mémoires de l’Académie, M. de Réaumur dans fon Hiftoire des Infeétes, M. Bazin dans fon Hiftoire Natu**» relie des Abeilles ; au même Recueil des Mémoires où j'ai donné quelques obfervations fur cette matière; enfin , aux Ouvrages de Swammerdam & de plufieurs Auteurs qui ont traité expreffément de l’éducation de ces Mouches, & de leur produit. La maniéré de travailler la cire eft le feul objet qui doive nous occuper. Je fuppofe donc qu’on a une bonne provifion de ruches (PL L remplies de gâteaux bien fournis de miel ; il
- * Je n’ai trouvé dans le dépôt de l’Académie que quelques DefTeins, avec une Defcription fort abrégée des pratiques de Caen & d’Angers , où il ne s’agiffoit que des principales opérations ; il n’y avoit aucune Planche gravée , & point de Mémoires de M. de Réaumur. Comme j’a-vois étudié le blanchiiTage 8c le travail de la cire , dans la Manufa&ure de feu M. Prouteau, qui étoit dans le voifinage, de nos Terres, je m’étois chargé de cet Art ; mais j’avois befoin de me rappeller des idées fur un Art dont j’avois interrompu l’examen depuis vingt ou vingt-cinq ans. J'ai trouvé ce que je defirois dans plufieurs petites Fabriques des environs de Paris,
- Cl RI ER,
- d’Angoulême , &c, ce qui m’a mis en état de faire la Defcription de cet Art. Mais depuis la leéture que j’en ai faite dans une affem-blée de l’Académie , M. Trudon , qui tient à Antony une des plus belles Fabriques du Royau--me, 8c qui s'eft beaucoup occupé de la perfection de fon Art, m’a communiqué avec fran-chife des Mémoires qu’il avoit faits fur le travail de la cire, 8c il m’a donné tous les éclaircifîements que je pouvois puifer dans fa Manufa&ure. Je me fais un plaifir de déclarer que j’ai profité de tous ces avantages pour rendre mon Ouvrage plus parfait.
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- 2 ART DU CIRIER.
- faut commencer, i°, par retirer les différentes elpeces de miel qu’ils contiennent ; 2°, purifier la cire & la fondre pour en faire des pains. Ce travail qui regarde ordinairement ceux qui élevent les abeilles , formera le premier Chapitre, dans lequel nous bifferons la cire jaune en Tétât de gros pains , & telle quon la trouve chez les Epiciers.
- Dans le fécond Chapitre, il fera queftion de blanchir cette cire : en conféquence nous aurons à détailler le travail des Blanchifferies ; i°, tout ce qui regarde Tétabliffement d’une Blanchifferie ; 2°, comme on purifie la cire; 30, comment onlagrefle; 40, comment on Tétend fur les toiles ; Ÿ, enfin, comment on la moule en petits pains pour la vendre aux Ciriers, qui la travaillent alors de différentes façons pour leur commerce.
- Le troifieme Chapitre traitera de l’emploi de la cire , pour en faire , i°, des Bougies filées & roulées; 20, des Cierges; 30, des Flambeaux de poing, des Torches, &c, & d’autres ouvrages où la cire entre comme acceffoire , ou comme matière principale*
- CHAPITRE PREMIER;
- Maniéré de retirer le Miel des rayons, SC de donner à ta Cire
- la première préparation.
- Nou s avons averti que ce qui doit faire l’objet de ce premier Chapitre, n’appartient pas tant au travail du Ciricr ; qu’à celui des Propriétaires de mouches à miel. Ce font eux qui fondent la cire pour la réduire en gros pains jaunes ; Sc c’eft en cet état,que les Blanchiffeurs Tachetent pour l’étendre Sc la blanchir fur leurs toiles, en un mot, pour la mettre en état d’être façonnée par les Ciriers.
- Article I.
- Maniéré de retirer le Miel des rayons ou gâteaux vuides
- des Mouches.
- La plupart de ceux qui élevent des abeilles , dans la crainte de leurs aiguillons, étouffent, avec la vapeur du foufre,ces précieufes ouvrières, pour s’approprier leur travail ; d’autres, pour conferver leurs abeilles, les font paffer dans une ruche vuide; Sc ceux-là regardent comme très-important qu’il ne relie point de mouches dans les ruches dont ils veulent retirer les gâteaux, ils ont foin, quand ils ont fait paffer les mouches de cette première ruche dans une vuide, de brûler du foufre fous la ruche qu’on vient de vuider , afin d’en tirer toutes celles qui pourroient y être reliées malgré les précautions qu’ils auroient prifes pour leur faire abandonner leur ouvrage. Ainfi, auffi-tôt que les mouches font forties d’un panier, on le transporte
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- ART DU CIRIER. 3
- promptement dans un lieu éloigné pour le foufrer ; & pour cet effet, on met la ruche lur un trou fait en terre , & dans lequel on brûle du foufre C C* fig* 2. ) Enfuite on porte les ruches dans une {aile fraîche, dont les croifées Ibient exaéiement fermées avec des chaflis garnis d’une toile de canevas , qui puiffe, en donnant paffage à la lumière du jour * interdire l’entrée aux mouches qui font dans le voifinage ; car lorfque quelques-unes du dehors trouvent moyen d’y pénétrer, elles font fi friandes de miel , que bientôt tout le lieu s’en trouve rempli , & il n’efl pas aifé d’y pouvoir travailler en liberté; on fera même bien, s’il s’y en étoit introduit quelques-unes , d’enfumer ce lieu avec du chiffon ou du foin mouillé, pour en éloigner celles qui voudroient y pénétrer, ou étourdir celles qui y feroient déjà, afin qu’elles ne puiffent piquer les Ouvriers.
- Dans le Gatinois, nous fommes encore plus attentifs à confèrver les abeilles. Si-tôt qu’une ruche efl à peu près vuide d’abeilles, on la tranlporte dans une {allé baffe, ou dans une cave : les mouches qui relient dans la ruche , n’ayant plus leur reine, fe retirent vers le haut de la ruche, où on les trouve raffemblées en un peloton, comme un petit efîàim. On porte la ruche vuide de gâteaux auprès d’une fenêtre vitrée ; là avec un plumeau, on détermine les monches à fortir de cette ruche : elles en fortent en effet allez volontiers ; car étant piir©^ de leur couvain, de leurs provifions, 8c n’ayant plus de reine, il femble que le courage leur manque ; elles montent le long des vitres, & elles fe raffemblent au haut des croifées en forme d’ef-{àim. Ce qu’il y a de fort fingulier , c’elt qu’aucune de ces mouches ne s’avife de s’attacher au miel qui eft à leur portée ; au lieu que celles du dehors s’y jettent avec avidité, & en ramaffent le plus quelles peuvent, non pas tant pour s’en nourrir, que pour le porter à leur ruche. Quand le Propriétaire des mouches voit les pelotons attachés aux croifées fuffifiunment groffis, après les avoir un peu enfumés, il les fait tomber dans un pot qu’il a foin de recouvrir ; & il le porte, fans perdre de temps, auprès de fes ruches, où retrouvant leurs camarades, elles fe mettent auffi-tôt à travailler avec ardeur. Si en mettant les mouches dans le pot, on apperçoit une mere ; on la met à part, & on l’enferme dans un cornet de papier. Celle-ci fert à ranimer l’aélivité du travail dans les ruches qui manquent de reine. S’il arrivoit que le paquet de mouches fût trop gros, on le mettroit feul dans une ruche avec une mere , & par ce moyen on fe procureroit un bon effaim.
- Sans m’arrêter plus long-temps fur ces détails, je vais parler de la façon de retirer le miel. A mefiire que l’on ôte les rayons des ruches , on met à part les gâteaux qui ne font point noirs, ainfi que ceux qui ne contiennent point de cire brute,ni de couvain. C’eft ordinairement fur les côtés des ruches que fe trouvent le plus beau miel ; celui des rayons du centre de la
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- roche eft moins parfait. On paiïe légèrement un couteau fur les gâteaux pleins de beau miel, pour rompre les couvertures des alvéoles, & emporter le miel épais , qui fe trouvant immédiatement fous ces couvertures de cire , empêcheroit le miel liquide de s’écouler : on rompt enfuite les gâteaux en plufieurs morceaux ; on les arrange dans des vafos de terre percés par en bas, ou dans des corbeilles, ou bien for des
- claies d’ofier, ou for une toile de canevas tendue for un chaflîs; le plus beau miel, celui qu’on nomme Miel vierge , celui qui eft le plus blanc , qui fort des gâteaux les plus parfaits, coule peu-à-peu de lui-même , comme de Thuile , dans les vafes de terre vernilfés qu’on a foin de pofer pour le recevoir. Comme lorfqu’il fait froid, le miel eft figé, & qu’il faut un certain degré de chaleur, pour qu’il foit plus coulant, il feroit à propos > lorfqu’il fait froid, de tenir les corbeilles dans un air tempéré ; mais ordinairement ces opérations fe font dans l’été, 8c alors l’air eft foffifàmment chaud : s’il arrivoit qu’il le fût trop, le miel deviendroit trop liquide,& l’on en perdroit une partie. Il eft bon de remarquer que dans le mois de Juillet, lorlque les mouches travaillent à force à ramaflfer du miel, auffi-tôt qu’elles arrivent des champs, elles dépofont dans les rayons qui font au bas de la ruche , celui qui eft le plus coulant ; 8c qu’elles le tranlportent Ie foit dans les rayons du haut de la ruche, où il arquicic plus de folidité. Si dès la pointe du jour on change les paniers, on trouve les rayons d’en-bas vuides; fi on les change vers les onze heures , ils fo trouvent remplis d’un miel très-roulant , <& qui Réchappe par gouttes, avant qu’on ait eu le temps de les mettre for le canevas ; ce qui caufo une perte, parce que ce miel qui eft très-coulant, eft fort bon, & qu’il fe cryftallife dans les pots*
- Quand on a retiré le premier miel, on brife les gâteaux avec les mains , fans les pétrir ; on y joint ceux qui font moins parfaits ; tout cela produit du miel d’une moindre qualité, dont la couleur jaune eft caufée par une petite partie de cire brute , produite par la pouffiere des étamines des fleurs , mêlée d’un peu de miel, & dont plufieurs alvéoles fe trouvent remplies.
- Quelques-uns,pour retirer ce fécond miel, palfent légèrement les gâteaux à la preiTe ; mais ce miel eft moins pur, 8c il contracte un goût de cire que n’a pas le miel blanc, qui a été retiré par inftiilation. On met ces différents miels dans des pots , que l’on tient dans un lieu frais ; ils y fermentent & jettent une écume, mêlée de la pouflîere des étamines, qui par fa légéreté, fo porte à la forface ; on a foin d’enlever ces fobftances étrangères avec une cuiller : lorlque l’on a l’attention de bien trier les gâteaux, ce fécond miel eft encore aflfez bon.
- Enfin, on pétrit entre les mains les gâteaux vieux & nouveaux ; même ceux qui contiennent de la cire brute, ayant feulement grande attention
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- de n’y point mettre les rayons qui contiennent du couvain* Si par négligence il s’en trouvoit dans le miel, il le feroit fermenter, il s’aigriroit, 8c per-droit toute là valeur : on forme avec les rayons une efpece de pâte qu’on met fous la preffe, pour en retirer le miel le plus greffier, 8c qui eft allié avec beaucoup de cire brute qui fe trouve dans plufieurs alvéoles ; c’eft ce qu’on appelle Miel commun, ou Miel a lavement. Pour dé- * terminer ce miel à- couler, il y en a qui humeélent cette pâte avec une petite quantité d’eau chaude, car il faut prendre garde de noyer le miel* fi cette eau étoit bouillante, elle pourroit tellement attendrir la cire , qu’une partie fe mêleroit avec le miel commun, & cauferoit une perte confidérable, parce que ce miel ne vaut que trois ou quatre fols la livre , au lieu que la cire la plus commune, & qui n’eft pas propre à être mife au blanc, fe vend depuis 30 jufqu’à 35 fols.
- Il y a une grande différence entre la qualité de ces miels : fi le miel blanc vaut 12 fols, le miel de la fécondé qualité ne fe vend que 8 , ôc le miel le plus commun ne vaut, comme nous l’avons dit, que 3 ou 4 fols.
- On dépofo ces différentes efpeces de miel dans de petits barils , ou dans dca pots de grès, pour les vendre aux Epiciers. On préféré le miel nouveau au vieux, parce que celui-ci tombe en firop, 8c que fouvent il devient âcre. On veut de plus, qu’il foit blanc, grené, & qu’il ait une odeur aromatique. Le plus beau miel peut fervir à faire des confitures plus communes que celles que T ou fait avet le lucre. On en fait aufîî quantité de firop, des liqueurs, 8c du pain-d’épice.
- Le miel de la fécondé qualité s’employe aux mêmes ufages, 8c auffi à faire du Nougat , du miel rofàt, de l’hydromel, 8c plufieurs autres préparations à peu-près femblables.
- Enfin, le miel commun eft deftiné à des ufages beaucoup plus greffiers , 8c principalement à mettre dans les lavements anodins, ôc dans les médicaments qu’on applique extérieurement. Le miel pris intérieurement, eft peéloral 8c laxatif ; appliqué à l’extérieur, il eft réfolutif.
- On fait la récolte du miel en differentes faifons : dans plufieurs Provinces du Royaume , cette récolte s’exécute depuis la fin de Juin jufqu’au commencement de Septembre : ce qui fert de réglé pour le temps, c’eft d’attendre à vuider les paniers , que les effaims foient fortis, 8c de ne les pas vuider non plus affez tard, pour que les mouches ne puiflent pas faire, avant les fraîcheurs de l’automne, des récoltes de miel fuffifàntes pour les faire fubfifter pendant l’hiver ; c’eft pour cela que nous vuidons nos ruches après la récolte des fainfoins, afin que les mouches puiflent réparer dans le temps de la fleur des bruyères , des chenevieres bâtardes *, du mélilot, des fàrrafins, 8cc, le tort qu’on leur a fait. On court plus de
- * Virga aurea Virginiana , zanoni.
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- rifque d’affamer les abeilles , q4and on les fait changer de panier, que quand on fe contente de les rogner. C’eft pourquoi on peut rogner les forts paniers , lorfque la faifon eft plus avancée ; & au printemps Ton ôte une partie des gâteaux que les abeilles ont vuidées pendant l’hiver.
- On apperçoit déjà que le miel eft tout fait par les abeilles ; que nous n’avons aucune préparation à lui donner ; qu’il nous fuffit de favoir le retirer des alvéoles ; & l’on voit en gros ce qui conftitue les différentes efpeces de miel : mais nous omettrions bien des chofes intéreflàntes , fi nous nous bornions à ces généralités; il convient donc d’entrer dans quelques détails fur la nature du miel. t
- On a cru long-temps que le miel, en latin Met, étoit une rofée qui tomboit du ciel ; on fait maintenant que la matière qui forme le miel , eft un fécrétion de la feve qui doit s’opérer principalement dans les fleurs : c’eft ce que les Botaniftes appellent le Nectar. On croit qu’il en fuinte auffi des feuilles de quelques arbres , principalement dans le mois de Juillet ; car on voit dans ce temps-là, les mouches attachées à recueillir une fubftance fucrée qui recouvre quelquefois les feuilles des tilleuls, des frênes , des érables, des aulnes, des chênes, &c. Dans les fleurs 3 cette humeur eft féparée du refte de la feve, par des elpeces de glandes qui fe trouvent dans les fleurs mêmes : ce neétar déjà préparé par les organes des végétaux, fe ramaffe au fond des fleurs. On convient afïez généralement 9 que le nc<Slai. que les abeilles tirent des fleurs, a befoin d’éprouver quelques préparations dans leur eftomac ; cette queftion au refte n’eft pas totalement éclaircie : on fait que le miel très-liquide que les mouches dépofent dans les rayons du bas de la ruche, eft plus épais , lorfqu’il a été tranfporté dans ceux du haut ; mais on ignore ce qui s’eft pu paffer dans l’intervalle de ce tranfport.
- Quoi qu’il en foit , la rofée où l’humidité, loin d’être favorable à la formation de ce neétar fi recherché par les abeilles, le diflout & l’altere au point de rendre cette même liqueur pernicieufe aux abeilles qui s’en nourriffent. Les perfonnes qui s’occupent à élever des abeilles, fàvent que les récoltes de miel font mauvaifes dans le temps des pluies, & que ces laborieux infeétes font alors attaqués d’un dévoiement qui en fait périr un grand nombre , principalement quand l’air eft froid. Dans la fuppofi-tion que la fàifon ne foit ni trop pluvieufe, ni trop froide, le neétar ou le fuc mielleux qui eft la matière qui doit devenir un vrai miel, s’épaiflît dans les fleurs; l’abeille fait ramaffer cette liqueur, lorfqu’elle eft épanchée , ou même la tirer des réfervoirs où la nature la tient en dépôt : ces ré-fervoirs font certains corps glanduleux, différemment placés, 8c diverfement figurés , fuivant les différents genres de plantes. Les abeilles avalent ce neétar, dont une portion fert fans doute à leur nourriture ; mais celle
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- qui doit être dépofée dans les alvéoles , reçoit, par le miniftere de leurs inteftins, une préparation qui change la fubftance mielleufe, en véritable miel.
- On a vu plus haut, que le miel le plus parfait eft celui qui coule de lui-même des alvéoles : mais il faut comprendre que nous entendons feulement que c'eft le plus parfait de la ruche ; car la qualité des miels varie beaucoup fuivant les plantes qui font fourni aux abeilles. On donne la préférence à celui qui eft le plus blanc : celui qui fe grene le mieux , & qui s endurcit au fond des pots, eft préférable à celui qui devient en firop , & qui fumage. Il faut auffi que le miel ait une odeur aromatique, & que cette odeur lui foit naturelle ; car il y a des Marchands qui favent faromatifer avec des plantes odorantes, telles que les fleurs de romarin , &c. Le miel vaut beaucoup mieux dans les Provinces où il croît beaucoup de plantes aromatiques, que dans celles où les fleurs des plantes n'ont point d'odeur : celui que les mouches ramaflent fur le genêt, a une odeur de pois verds.
- Quelques - uns , pour rendre le miel plus blanc, le mettent dans des terrines, $c le battent avec des palettes, comme les Pâtiflïers battent les blancs - d œufs qu’iU employent ; mais ce miel qui prend un œil blanc n'eft point grené. D'autres y mêlent de l'amidon ou de la fleur de farine : il eft facile de reconnaître cette fraude, en mettant fondre le miel dans de l'eau claire : alors la farine qui ne fe diifout pas dans f eau, la rend laiteufe. Plus le miel eft blanc , plus il eft eftimé ; mais il faut fur-tout rebuter celui qui a une odeur aigre. On fait cas auffi des miels, qui en bouillant, jettent peu d'écume.
- Ce qu’on nomme Cire brute, eft un mélange d'une fubftance mielleufe, avec la pouffiere des étamines des fleurs ; 8c ceux qui élevent des mouches , elfayent, quand ils font dans le cas de nourrir leurs mouches , d'imiter ce mélange, en joignant /au miel une purée épailfe de feves de marais *.
- Comme l'extraélion du miel fe fait par ceux qui donnent la première préparation à la cire, j'ai cru qu’il convenoit d'en dire quelque chofe ; mais je ne m'étendrai pas davantage fur cet objet qui peut être regardé étranger à l'Art du Cirier.
- Article II.
- De la Cire jaune ; de fapremière purification , ôC de la maniéré
- de la mettre en pains.
- La cire jaune eft une fubftance huileufe, jaunâtre, alfez dure, qui fe
- * On nourrit très-bien les mouches à miel, avec la compofition fuivante ; miel, fîx livres 5 purée de lentilles, un quart de litrons vin blanc, un poiffon*
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- trouve dans les ruches des abeilles. Ces mouches la forment avec les étamines des fleurs, qui reçoivent peut-être, comme nous 1 avons dit, une préparation importante dans leur eflomac , ou toute autre forte de digestion : ce qui eft certain, c’eft que les petits grains des étamines ne fe peuvent réunir , quand on les pétrit ; ils ne font point duétiles entre les doigts, ni fufibles à la chaleur. Si on les expofe au feu, ils brûlent, & ne laiiïent que du charbon : fi l’on jette cette poufliere dans Peau , elle fe précipite au fond : au contraire, la cire eft pêtriflàble, fufible , fpécifiquement plus légère que l’eau : il faut donc que la poufliere des étamines acquière de la part des abeilles, quelque chofe de la propriété des graifles.
- ïi feroit déplacé de s'étendre ici fur l’analyfe chymique de la cire ; mais il n’eft pas hors de propos d’avertir, que quoique la cire ait une certaine dureté quand elle eft froide, elle fe réduit prefque entièrement en liqueur, lorfqu’on la diftille. Dans cette opération, il pafle beaucoup d’une eau légèrement acide ; & fi l’on interrompt la diftillation, au lieu de trouver dans la cornue une matière plus feche que la cire, on n’y voit qu’une fub-ftance plus molle, ou une efpece de beurre qui, étant diftillée, fournit de l’huile : feize onces de cire fourniflent plus de neuf onces Ae ilegme acidulé, & trois onces d’huile : il eft fingulier qu’il y ait autant d eau dans une fubftance aufli inflammable.
- La cire s’attendrit, & même fe fond à la chaleur ; & au contraire elle fe durcit au froid, & devient prefque friable : en brûlant, elle fournit une flamme claire, fuis prefque donner de fumée , & ne fait point fentir de mauvaife odeur.
- J’ai dit que quand on diftille la cire fans intermede> il pafle dans le récipient, une huile épaifle & une liqueur légèrement acide ; j’ajoute que fi la cire qu’on diftille eft blanche , il ne refte prefque point de réfidu : la cire jaune en laifle davantage , ce qui eft fingulier ; car la fubftance grafle & colorante que le foleil & la rofée emportent, réfifte plus ici à l’aélion du feu , que la vraie cire que le foleil ne peut attaquer.
- Par les rectifications chymiques, l’huile épaifle perd de fa confiftance, & de là mauvaife odeur.
- Ces opérations de chymie font foupçonner que la cire eft formée , ainfi que les fubftances réfineufes, d’un acide, & d’une fubftance huileufe ; néanmoins la cire ne fe diflout point aufli parfaitement dans l’efprit-de-vin, que les réfines.
- Si l’on diftille la cire avec différents intermèdes, les produits font différents les uns des autres , fuivant les fubftances intermédiaires qu’on aura employées, & qui agiflent différemment fur les parties intégrantes de la cire.
- Ces remarques pourront aider à faire comprendre ce qui doit réfulter
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- des pratiques des Ciriers ; il eft bon néanmoins d’être encore prévenu , qu'à l’aide des alkalis, on peut faire avec la cire, comme avec la graille , un làvon qui fc diffout dans l’eau.
- On fait que les mouches conftruifènt, avec leur cire, de petites loges hexagones , dont les parois font fort minces, & qu’on nomme alvéoles ( fig. xy ) : comme ces alvéoles fe touchent immédiatement, elles forment, parleur réunion, ce qu’on appelle des Gâteaux ou RayonsÇfig.16). Une partie de ces alvéoles eft deftinée à contenir le couvain, c’eft-à-dire, les vers & lesnimphes qui doivent devenir par la fuite des mouches ; d’autres alvéoles ne font remplies que de cire brute, qui eft la nourriture particulière & folide, dont les mouches font ufàge. Enfin, d’autres alvéoles font remplies de beau miel ; celles-ci font exactement fermées d’un petit couvercle de cire.
- Les gâteaux nouvellement faits , font les uns d’un jaune clair & ambré 9 & les autres très-blancs : tous jauniifent avec le temps, & même ceux qui fe trouvent placés au haut des ruches, deviennent d’une couleur brune 9 tirant fur le noir ; c’eft ce qu’on appelle de la Ciremaurine ( *). Comme ces cires de différentes couleurs peuvent blanchir fur les toiles, on les pétrit enfemble , comme nous l’avons dit, pour en retirer par la prelfe, le miel commun.
- On ne retire que feize ou dix-huit onces de cire d*une ruche, où l’on avoit mis , un an auparavant, un bel effaim, & qui fe trouve bien remplie de rayons. Si l’on ne tire cette cire qu'au buuide Jcua ou trois ans, quoique le nombre des rayons ne foit pas augmenté, on en retirera deux livres, ou deux livres un quart; cela prouve que les mouches augmentent,dans cet intervalle, l’épaiffeur de leurs alvéoles. Au refte, ce que je dis fur le produit des cires par panier , ne doit pas être regardé comme une réglé générale ; car fur un nombre de ruches, on ne doit gueres compter l’une dans l’autre , que fur douze onces par ruche.
- La cire jaune , ou la cire telle que la font les abeilles, eft formée par la vraie cire, je veux dire, par la cire blanche, &unefubftance colorante qui paroît être une huile graffe, moins fixe que la vraie cire. Le féjour de la cire brute & du couvain dans les alvéoles , contribue à altérer la couleur de la cire que font les abeilles ; & en la fondant, cette cire brute contribue encore à augmenter cette couleur jaune ( 2 ). Je dis que la fub-fiance colorante eft gralfe, parce que la cire jaune eft plus onétueufe que la blanche ; & je dis qu’elle eft moins fixe que la cire blanche, parce que la rofée , & principalement le foleil l’enlevent : c’eft même une queftion de fàvoir fi la rofée contribue à blanchir la cire. Quelques-uns penfent que le foleil feul la blanchit. Et en effet, fi l’on met de la cire fur les toiles en
- l Maurine ou Maure/,que,à caufe de fa couleur noire. *Dans les Fabriques , on appelle Cire brute , la Cire jaune ; mais ceux qui élevenc les Abeilles
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- nomment Cire brute , le mélange des étamines des fleurs, Sc d’une fubftance mielleufe, dontplufieurs alvéoles fe trouvent remplies.
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- Mars ou en Avril, elle y blanchit ; mais au bout de quatre mois elle redevient jaune ; ce qui n’arrive pas aux cires qu’on a mifes fur les toiles , dans les mois où il y a peu de rofée, & où le foleil a beaucoup d’aétion.
- D’ailleurs on lait que la rofée emporte peu à peu les huiles par expref-fon, qu’on employé pour les peintures , ainli que la couleur naturelle du chanvre & du lin.
- La première préparation de la cire confifte à la purger de tout le miel que la preffe n’a pu enlever. Pour cet effet, on met la pâte qui fort de la prelfe, tremper pendant quelques jours dans de l’eau claire, & l’on a foin de la remuer de temps en temps, pour laver la cire, & dilfoudre le miel, ou, comme on dit, pour la démieller. Cette opération fe fait dans des baquets, m (PL I. fig. J. ) établis en chantier fur des trétaux, ou fur un bâtis de charpente affez élevé, pour qu’on puiffe mettre des fceaux n au-delfous des robinets, pour pouvoir retirer l’eau fur laquelle la cire nage. La légéreté de la cire fait qu’il n’y a point à craindre que les robinets s’engorgent ; d’ailleurs, il n’eft point nécefîàire que la cire foit bien égouttée, puifqu’on eft obligé de mettre de l’eau dans les chaudières où on la fait fondre.
- Quelques-uns prétendent que la cire qui a ainfi trempé dans l’eau , relie toujours plus grafïe que celle qu’on tient bien féchement ; & ceux-là , pour démieller leur cire, l’étendent au fortir de la prefle fur des draps, près des ruches ; alors un nombre prodigieux d’abeilles fe raffemblent fur cette cire , qu’on a.rompue en petits morceaux; elles en fucent le miel qui eft à la furface ; elles féparent cette cire en petites parties ; & au bout de quelques jours, elle fe trouve réduite en parcelles aufîî petites que du Ion * & eft parfaitement démiellée , fans qu’il y ait la moindre diminution de fon poids; car les abeilles qui font très-friandes de miel, ne font aucun cas de la cire.^ '
- La fécondé & la plus importante préparation de la cire, s’exécute en la faifànt fondre pour la paffer dans un linge qui retient les corps étrangers. Et pour cela , on met dans une grande chaudière de cuivre, (PL Lfig* 6.) affez d’eau pour la remplir au tiers ; quand cette eau eft prête à bouillir , on y met peu à peu autant de pâte de cire, qu’il en faut pour que cette chaudière foit remplie aux deux tiers, en entretenant au-deffous un feu modéré. L’eau en bouillant fait fondre cette cire, que l’on a foin de remuer avec une fpatule de bois, afin d’empêcher qu’elle ne s’attache aux bords de la chaudière, où elle pourroit fe brûler. J’ai dit qu’il falloit que la chaudière ne fût pleine qu’aux deux tiers, parce que , comme la pâte de cire fe gonfle beaucoup, elle fe répandroit fi le vaiffeau étoit trop plein, quelque attention que Ton ait de la braffer pour diminuer ce gonflement, en donnant une iffue à l’air Sç aux vapeurs.
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- ART DU CI Rl'E R. ir
- Quand la cire commence à fondre, alors on diminue le feu ; &lorfqu’elle eft entièrement fondue, on la verfe avec l’eau fur laquelle elle nage, dans des lacs de toile forte & claire, & on la met aufli-tôt en prefle ( PL Ljïg. 7 ou 8 ) pour exprimer la cire qui eft en fufion ; ou bien, on verfe tout de fuite la cire fondue dans la prefle faite en forme de coffre, dont je donnerai ci-après la defcription.
- La cire qui coule hors la prefle, eft reçue dans des vafès I {fig* 7 ) & E ( Fig. 8 ) où il eft bon de mettre de l’eau chaude pour que les craflfès fe précipitent.
- Je remarquerai, en paflànt, quil faut éviter de ne pas beaucoup cuire la cire, parce quelle deviendroit trop feche , caflànte Sc brune : cette couleur eft d’autant plus fâcheufe quelle ne peut être enlevée ni par lefoleil, ni par la rofée. Il ne faut pas s’inquiéter fi l’on ne retire pas toute la cire par la première fonte : celle qui refte dans le marc, n’eft pas perdue ; on la retire par une fécondé fonte Sc une féconde exprefllon ; pour cela on jette dans des baquets avec de nouvelle eau, le marc qui refte dans les fàcs, où il fe démielle ainfi pendant quelques jours 5 enfiiite on le met avec de l’eau dans la chaudière, pour le traiter comme on a fait la première cire ; Sc enfin, par le fecours de la prefle, on obtient encore un peu de cire. On peut encore verfer de l’eau bouillante furies fàcs pendant qu’ils font fous la prefle, pour entretenir la cire en fufion, Sc la déterminer à couler plus aifément. Il paroîtroit peut-être fuperflu de mettre ce marc dans les baquets, pour y refter quelques jours, puifque le miel qui eft beaucoup plus aifé à fondre que la cire, a dû être emporté dès la première fonte : il fembleroit même plus à propos de le mettre tout de fuite dans la chaudière ; mais on a éprouvé qu’on en retireroit moins de cire ; Sc à cette occafion je dtois faire obferver que fi l’on prend un rayon récemment formé par les abeilles, Sc dans lequel il n’y a point encore eu de miel, on en peut retirer par l’eau, Sc encore mieux par l’efprit-de-vin, une fiibftance fucrée & mielleufe. Quand cette fubftance a été retirée de la cire , elle en devient plus maniable : il eft probable qu’en mettant la cire dans l’eau, comme nous l’avons dit, on enleve cette partie étrangère à la cire.
- A mefure que ce qui eft forti du prefloir fe refroidit, la cire fe fige , Sc elle fe fépare de l’eau, d’où on la retire par morceaux, & l’on enleve avec une lame de couteau , les faletés qui reftes adhérentes au-deflous de ces morceaux : ces crafîes font rejettées dans les autres fontes. Enfuite pour en former des pains, on remet la cire fondre dans la chaudière avec de l’eau ; Sc quand elle eft fondue, Sc qu’elle a été écumée , on la verfe dans des terrines , ou autres vaifleaux vernifles p (fig. 6. ) dans lefquels il y a un peu d’eau ou qu’on a frottés d’huile : ces vaifleaux doivent être plus larges par le haut que par le fond ; la cire fe fige en fe refroidiflànt, & elle fe moule
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- ART D U C I R I E R. en gros pains ] q {fig. 6 ), tels qu’on voit la cire jaune expofée en vente chez les Epiciers. On doit préférer, pour cette opération , de mettre de l’eaii dans ces vailTeaux, plutôt que de les enduire d'huile ; i°, parce que 1 eau ne coûte rien ; 2°, parce que l'huile communique toujours un peu de gras à
- la cire. '
- On eftime plus la cire en gros pains qu’en petits, qui font ordinairement trop cuits : quand les uns & les autres font tirés des moules, on emporte encore avec la lame d’un couteau les faletés qui fe trouvent attachées à la cire > & on les réferve pour les remettre dans les premières fontes.
- On doit, dans cette fécondé fonte, encore plus ménager le feu que dans les précédentes , 3c mouler la cire aulfi-tôt quelle eft fondue. Car c’eft une réglé générale , que la cire brunit à chaque fonte; & fi on la lailfoit trop long-temps expofée à l'aélion du feu, au lieu d’être onéiueufe, elle de-viendroit feche 3c calfante , ce qui eft réputé être au moins un* grand défaut dans les bonnes Manufaétures, quoique dans quelques BlanchifTeries, où l’on fait de la cire commune, on préféré cette cire feche à l’autre par la raifon qu’elle eft à meilleur marché, & quelle peut admettre plus de grailfe : nous en parlerons dans la fuite.
- Ceux qui , dans les Provinces achètent les ruches des Pay/ans pour fondre la cire en gros pains, fophiftiquènt quelquefois cette cire jaune avec des graiiTes & de la térébenthine; mais les Ciriers connoilfeurs favent bien la diftinguer de celle qui elt pure, en la mâchant, foit par le goût de grailfe , foit à quelques autres lignes qui leur font familiers par la grande habitude qu’ils ont contractée; par exemple, après lavoir mordue, fr en féparant les dents, on entend un petit bruit, c’eft ligne que la cire n’eft point alliée de grailfe, 3c le contraire fait juger qu’on y a introduit de la graille.
- La cire en pain non fophiftiquée doit avoir une odeur mielleufe, qui ne foit point délàgréable 5 elle doit être onélueufe, fans être gralfe ni gluante, & elle doit avoir une couleur plus ou moins jaune, fûivant les plantes du pays qui en ont fourni les matières aux abeilles. L'odeur des cires varie encore alfez fenfiblement pour que les Connoilfeurs puiflënt diftinguer de quelles Provinces elles font apportées.
- Néanmoins dans une même ruche , & dans la même làifon, on trouve des gâteaux fort blancs, 3c d’autres qui font de couleur ambrée. Ordinairement les unes & les autres blanchilfent également bien/Nous parlerons dans la fuite • de certaines cires qui ne blanchilfent jamais parfaitement ; ce défaut vient probablement de la qualité des pouffieres des étamines que les abeilles ont travaillées.
- Quand on a mis fous la prelfe des rayons très-chargés de cire brute , cette fubftance donne à la cire une couleur jaune & foncée. Pour lui ôter cette couleur, on jette la cire fondue dans de l’eau , on la lave, 3c on l'y
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- laifle féjourner quelque temps. En la refondant enfuite, on obtient une cire dont la couleur eft plus fatisfaifante.
- Si Ton confèrve long-temps à l’air la cire en pain, la fuperficie perd là couleur jaune, & elle devient d’un blanc fale, ce qui ne diminue cependant point de fon prix.
- Les Menuifiers & les Ebéniftes emploient de la cire jaune pour donner du luftre à leurs ouvrages, aufîî-bien que les Frotteurs des planchers des appartements. On en fait aufiî des bougies pour la marine , parce que dans les pays chauds, le fuif devient trop coulant. Suivant les différents rits, i’Eglife emploie des cierges de cette cire , & dans quelques Chapitres l’on en diftribue des bougies pour les aflîftances. Enfin on en fait ufàge pour les fceaux de Chancellerie. C’efl aufiî cette cire jaune qu’on emploie pour faire différents onguents, des cérats & des maftics : les Sculpteurs en font une compofition mêlée de graiffe pour faire leurs modèles. Nous reviendrons dans la fuite fur tous ces ufages ; mais comme la plus grande partie de la cire ne s’emploie qu’après avoir été blanchie, nous allons entrer maintenant dans le détail de cette opération.
- CHAPITRE IL Manière de blanchir la! Cire*
- Les pratiques employées pour blanchir la cire jaune font à peu près les mêmes dans toutes les Blanchifferies du Royaume. S’il y a des cires plus feches les unes que les autres, c’efl parce que ceux qui les blan-chiffent, les allient avec moins de fuif,ou,qu’ils n’y en mettent point du tout : s’il y en a de plus blanches & de plus tranfparentes les unes que les autres; c’efl: que les Blanchifleurs entendent mieux leur art, & qu’ils apportent plus d’attention à leur travail, & encore parce qu’il fe trouve des cires jaunes de différentes qualités : les unes fe blanchiffent aifément; d’autres demandent à refier plus long-temps fur les toiles ; enfin d’autres ne peuvent jamais acquérir un beau blanc. Nous reviendrons encore fur cet objet après que nous aurons parlé de l’établiffement général d’une BlanchifTerie.
- Article I.
- Choix de Vemplacement pour Vetablijfement d'une Manufacture.
- Toutes les Fabriques ne font pas aufiî confidérables que celle de M. Trudon, parce que chacun proportionne l’étendue d’un pareil établiffement au travail qu’il peut faire ; mais dans l’un ou dans l’autre cas, il eft néceflaire, autant qu’il eft poflîble, de choifir un emplacement éloigné de toute montagne , des forêts & des grandes rivières, pour n’être point expofé aux grands Cir j er. D
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- vents qui troublent les opérations, & qui occafionnent des pertes confi-dérables aux Manufaéturiers. U faut encore fe tenir éloigné des grands chemins trop fréquentés , d5ou il s'élève pendant l'été beaucoup de pouflïere. Le voifinage des Verreries , des Faïenceries, des Fours à chaux , des Forges & fourneaux , efl: encore à éviter à caufe des fuliginofités que le vent peut porter fur les cires.
- Comme le travail de la cire exige beaucoup d'eau, il efl: bien avantageux d'avoir à portée d'une Blanchiflerie, une fource de belle eau qu’on puifle conduire , par Ùl propre pente , dans les différents ouvroirs, & principalement dans la fonderie. Il efl: vrai qu’on peut fe procurer de l'eau par le moyen des pompes ; mais il efl bon d'éviter cette augmentation de frais.
- Les bâtiments doivent être proportionnés à l'étendue du travail qu’on veut faire. Dans les petites fabriques, ainfi que dans les grandes, il faut avoir néceffairement dans le raiz-de-chauffée une fonderie & un magafin pour les cires jaunes. Dans celles où, comme à Antony, on travaille les cires qui y ont été blanchies, on y pratique d'autres atteliers pour la fabrication des bougies, des cierges , des flambeaux & de toute forte d'autres ouvrages de cire. A l'étage fupérieur, on fe ménagera des magafins carrelés & plafonnés pour y conferver les cires rubanées. A mefiire que l'occafion s’en préfentera ^ je m'étendrai fur ce qui concerne particuliérement chacun de ces objets.
- Article IL
- Defcription abrégée des Vjlenjiles nécejfaires pour le blanchijfage
- de la Cire.
- x°, Une chaudière de cuivre A ( Planche I Jïg. 9, ) étamée en coquille , afin que l'étamage dure plus long-temps. Cette chaudière efl évafée par en haut ; elle a un bord de 4 ou J pouce de largeur qui s'incline vers le dedans pour que la cire qui tombe deflïis fe rende dans le bain. La forme du fond de la chaudière efl aflez femblable à une coquille'd’œuf; à quatre ou y pouces de ce fonds, efl foudé un tuyau de cuivre C d'environ 18 pouces de longueur , à l’extrémité duquel efl un fort robinet de cuivre.
- Cette chaudière qui doit fervir à fondre les cires jaunes & blanches, efl montée fur un fourneau de briques O dont la bouche K qui fert à mettre le bois dans la fournaife , efl ouverte de l'autre côté d’un mur, contre lequel efl appuyé le fourneau : cette bouche qui doit être fortifiée par un chaf-fis de fer, efl au fond d'une cheminée en hotte, qui conduit la fumée au deffus du toit, 8c de cette façon la fumée ne peut pénétrer dans l’endroit où efl placé la chaudière ; ce qui efl très-important, foit pour conferver la blancheur de la cire, foit pour garantir les Ouvriers d'en être incommodés.
- jl°} Une {patule de fer mince ou de cuivre (j%. 10), qui efl formée
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- d’une plaque de quatre pouces de largeur fur cinq de longueur, avec une queue de même matière, d’environ fix pouces de longueur, dont le bout fe termine en crochet comme la queue d'une poêle pour la fufpendre à un clou.
- Cette fpatule fert à faire retomber dans la chaudière la cire qui pourroit être reliée fur les bords , & à gratter la cire figée par-tout où il s’en trouve.
- 3°, L’entonnoir (fig* n ) qui eft aufll de cuivre étamé, & en forme de boilfeau. lia environ huit pouces dé diamètre , fur quatre ou cinq pouces de hauteur ; au bas eft foudé horizontalement un tuyau de cuivre étamé d’environ dix pouces de longueur.
- Cet entonnoir fert à achever de vuider la chaudière, après qu’on en a tiré tout ce qui peut s’échapper par le robinet. Pour cet effet, on place le tuyau de l’entonnoir dans celui de la chaudière qui répond au robinet ; 8c avec un pot dont nous allons parler , on verfe dans cet entonnoir la cire fondue, & l’eau qui eft reliée au fond de la chaudière , afin quelle s’échappe par le robinet, ce qui difpenfe de l’élever au-deflus de la chaudière pour la verfer dans d’autres vaiifeaux : tout ce qui accéléré le travail, eft important dans une grande Manufaélure.
- 40, Le pot (fig. 12) eft de la même forme que le corps de l’entonnoir i il eft également de cuivre étamé, & il eft garni d’une anfe femblable à celle d’un arrofoir, pour en rendre l’ufàge plus commode.
- Ce pot fert à puifer ce qui eft relié dans la chaudière, pour le verfer dans l’entonnoir.
- 50, Les féaux des Blanchifferies, reffemblent aux féaux ordi-
- naires : ils fervent à tranfporter l’eau dont on remplit la chaudière ; car il* eft rare que la fource qui fournit à la fonderie, fe trouve affez élevée pour que l’eau foit portée directement dans la chaudière.
- 6°y La fpatule de bois qu’on nomme auffi Palon, (PL IL jîg. 7.) eft une efpece de longue pelle arrondie par le bout, dont le manche a environ quatre pieds & demi de longueur.
- Cette fpatule fert à remuer la cire dans la chaudière.
- La cuve D , ( PL Lfig. 9. ) eft une gueulebée , ou futaille foncée feulement par le bout d’en-bas : elle eft cerclée de fer, & formée de douves épaiffes : elle eft en forme de tinette , plus large par le haut que par le bas : fa capacité doit être un peu plus grande que celle de la chaudière. On y pratique, à fix pouces du fond , un trou rond pour recevoir la canelle G y qui eft de bois : quelques-uns en ajoutent une fécondé plus haut, & vers le milieu de la cuve, pour éculer. Le cercle qui fe trouve un peu au-deffus du milieu de la cuve , porte trois forts crochets de fer qui fervent à l’enlever & à la defcendre commodément.
- 70, La canelle, (PL IL Jîg. 9.) eft une piece de bois, dont la forme
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- extérieure approche de celle d’un cône tronqué, de huit ou dix pouces de longueur : le gros bout ou la baie de ce cônzff eft fortifié par une frette de fer; à deux pouces près du petit bout, eft ajuftée folidement une'plaque de tôle forte. Ce cône eft percé dans fon axe Sc dans toute fa longueur , d’un trou d9 e d’environ neuf à dix lignes de diamètre.
- Le petit bout entre à force dans le trou fait à l’une des douves, juf-qu’à la plaque de tôle qui fert à l’arrêter avec des clous, & qui l’aifujettit très-folidement : on ferme le bout intérieur e de ce tuyau, avec un bouchon de liege b\ & quand la cire a dépofé, on chalfe ce bouchon avec une cheville ou broche de bois c, longue de quinze pouces-, que l’on nomme Lancette, & qu’on enfonce dans la canelle: comme cette cheville eft un peu conique, on peut faire couler plus ôu moins de cire, félon qu’on la retire ou qu’on l’enfonce ; on l’arrête enfuite au point qu’on juge convenable, avec une ficelle attachée à la corde qui aifujettit la couverture de la tonne.
- L’ulàge de cette cuve eft de' recevoir la cire fondue, ou elle doit fé-journer quelque temps, afin que les impuretés fe précipitent au fond. On met par-deflus un couvercle de bois ( PLI. jîg. 14), pour conferver la chaleur de la cire fondue , Sc empêcher qu’il n’y tombe quelques ordures.
- 8°, La couverture dont on enveloppe la cuve, eft faite avec deux grofies toiles piquées, garnies de laine ou de bourre ; comme elle eft deftinée à envelopper la cuve, pour que la cire s’entretienne plus long-temps chaude , fon étendue eft déterminée par la grandeur de cette cuve, & on la retient uvec plufieurs révolutions de corde.
- 90, Un moulinet ou treuil X ( PL III. Jig. 2. ) On verra dans la fuite que la cuve D , placée plus bas que le fond de la chaudière A , for un plateau de bois, fouvent arrondi en-deffus, & foutenu par des potences de fer fcellées dans le mur; on verra, dis-je, qu’il eft à propos de def* cendre fréquemment, & de remettre en place cette cuve. Ce moulinet deftiné à faire commodément cette opération, eft un cylindre ajufté par des tourillons & des collets, dans un lieu commode de la fonderie ; ce cylindre eft enveloppé par un cable qui palfe dans une poulie T, attachée au plancher fupérieur de la fonderie : ce cable fe divife par le bout en trois cordons , garnis chacun d’un anneau , que l’on accroche aux crampons de la cuve: il eft fenfible, qu’en tournant le moulinet, on peut enlever commodément la cuve , quelque pelante quelle foit.
- io°, Les baignoires Af, (PLI. fig. 9. ) font des vaifleaux de forme ovale ou quarrée, affez femblables à ceux qui fervent à prendre les bains : elles ont 10 à 12 pieds de longueur, lur trois pieds, quatre, fix ou huit pouces de largeur : leur profondeur eft de deux pieds quatre ou fix pouces. Il
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- y en a de pierre , d’autres font de bois cerclées de fer, & d’autres font doublées de plomb. Ordinairement on fait régner tout autour du bord fupérieur de ces baignoires une bande de fer ; & au bout qui efi vers le côté de la cuve, on fait aboutir un robinet L , pour fournir de nouvelle eau, à mefure que celle qui eft dans la baignoire s’échauffe par la cire fon* due qui tombe dedans.
- Au bout oppofé , on place un autre robinet pour décharger l’eau qui s’eft échauffée : on fera bien de mettre ce fécond robinet près de la fuperficie P ( PL L ) y parce que c’eft-là que fe trouve l’eau la plus chaude ; enfin , à ce même bout Sc tout au bas , on met un troifieme robinet R , qui fert à vui-der entièrement la baignoire.
- On change la dilpofition de ces robinets, fuivant que les circonftances -l’exigent : nous en parlerons dans la fuite.
- Du côté de la cuve, Sc à deux pieds Sc demi ou trois pieds du bout de la baignoire , on pratique de chaque côté une entaille T pour recevoir les tourillons du tour ou cylindre ; & à trois ou quatre pouces de ces entailles , on y fait des trous pour recevoir les pieds de la chevrette , comme nous allons l’expliquer.
- L’ulàge de la baignoire eft de refroidir fiibitement la cire fondue qui tombe fur le tour, Sc de raffembler celle qui eft rubannée.
- Ii°, Le tour /, ( PL L fig. 9. ) eft un cylindre faitt ordinairement de bois de noyer, ( les plus gros cylindres font les meilleurs ). Il doit être un peu plus court que la largeur de la baignoire, à l’endroit où on le place. .
- Ce cylindre eft traverfé' dans toute fa longueur, Sc fuivant fon axe , par une barre de fer quarrée, dont les deux bouts qui excédent les entailles ou couffinets d’environ quatre pouces , font arrondis pour former les axes qui doivent être reçus dans les entailles qui font au bord de la baignoire.
- On ajufte à un des bouts une manivelle Q> qui fert à faire tourner le cylindre qui reçoit la cire fondue, Sc qui la porte à l’inftant dans l’eau fraîche de la baignoire ; ce qui forme les rubans.
- 12°, Le grêloir. Pour que la cire fondue tombe dans toute la longueur x du tour par petits filets, on la fait couler de la cuve dans un vaiffeau de cuivre, dont le fond eft percé d’un rang de petits trous, Sc qu’on nomme Grêloir, parce qu’il grêle ou rubanne la cire.
- Le grêloir eft donc une efpece de coffre , fait de cuivre étamé a a (PL I'fig'9'*) qui eft à-peu-près de la même lpngueur que le cylindre ou tour ; il a huit pouces de hauteur , trois pouces de largeur par le fond, Sc fix pouces de largeur par le haut :1e fond eft bombé, & le milieu s’élève, dans toute la longueur du grêloir, de trois ou quatre lignes feulement, Sc dans la largeur d’un pouce ; de forte qu’en regardant le fond de ce vaiffeau ClRIER. E
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- par le dedans , on voit que le milieu s’élève comme un quart de rond , accompagné fur les côtés de deux gouttières.
- Sur la partie la plus élevée du quart de rond , font percés une file de petits trous à un demi-pouce les uns des autres, Sc qui font de calibre à laifler pafler un grain de froment. C’efl: par ces trous , que la cire coule par filets, pour fe rendre fur le tour. L’éminence du fond du grêloir faite en quart de rond, & les gouttières qui l’accompagnent, font faites , pour que les corps étrangers en tombant dans les gouttières , n’empêchent pas la cire de couler , Sc qu’elle en foit plus pure. C’efl: encore pour que la cire foit exempte de toutes faletés, quon la fait pafler de la cuve dans le grêloir, par une paflbire B , qui pofe fur les bords de la plaque , laquelle efl: foutenue au moyen d’une petite feuillure de deux lignes de profondeur , dans laquelle cette plaque entre : cette feuillure efl pratiquée au bord fupérieur du grêloir, & elle efl formée par une petite lame de cuivre , qui y efl fbudée intérieurement. Aux deux bouts du grêloir font rapportées deux cavités aa, formées en maniéré de hottes, dans lefquelles on met de la cendre chaude pour entretenir la cire en fufion vers les bouts du grêloir où elle pourroit fe refroidir, plutôt qu’au milieu.
- Le grêloir que nous venons de décrire , efl repréfenté HH. ( PL III. figure i. ) On en voit un autre d’une forme différente AB dans la PL. II. fig. r.
- 130, La chevrette. Chaque Manufacture emploie un moyen différent pour placer le grêloir au-deflus du tour, & fous la canelle de la cuve. Dans la Manufacture de M. Trudon , on voit un chaflis de fer h ( PI. III. fig. ï.) aufli long que la baignoire efl large, à l’endroit où efl: établi le tour ; & fa largeur efl fixée par celle du grêloir , prife au milieu de fà hauteur. Aux quatre angles de ce chaflis font rivés quatre montants ou pieds de fer, qui entrent dans des trous pratiqués fur les bords de la baignoire : des deux bouts de ce chaflis , s’élèvent deux pièces de fer qui forment comme un V : c’efl: dans ce triangle ouvert que Ton pofe le grêloir, comme on le voit en H {PL III. fig. 1.) On pourroit donner à ce fupport des formes différentes, & qui feroient à-peu-près aufli bonnes les unes que les autres.
- 140, La plaque C (Pl. VIII. fig. 1. ) que nous avons dit qu’on pofe dans la feuillure du grêloir, efl de cuivre étamé , ou de fer blanc : elle a environ quinze pouces de longueur fur la largeur du grêloir ; elle a fur trois de fes côtés, un rebord d’un demi-pouce de hauteur ; le quatrième efl dentelé : l’ufage de cette plaque efl: de laifler tomber la cire dans le grêloir, en forme de nappe, Sc d’empêcher qu’elle ne tombe en flot, ce qui l’empecheroit de couler uniformément par les trous.
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- 15° , La pafloire B ( PL VI1L fig. 1. ) eft de cuivre étamé en dedans & en dehors : elle eft ordinairement de forme ovale ; elle a des rebords ; Sc fonfond eft percé de quantité de petits trous. On la pofe fur la plaque , pour empêcher qu’aucune ordure ne puifife pafler dans le grêloir.
- 16° y La fourche eft faite d’un bois fort léger & très-uni : elle a quatre pieds de longueur, & elle fe divife en trois branches ou fourchons ( PL IL fig, ) cl1^ Par leurs bouts font écartés de fix pouces les uns des autres : elle fert à retirer des baignoires la cire rubannée. On la garnit d’ofier dans les Manufactures où l’on travaille des cires fort alliées.
- 170, On fe fert d’un tamis ordinaire ( Pl. II. fig. 11. ) garni d’une toile de crin, pour retirer de deffus l’eau des baignoires les parcelles de cire que la fourche n’a pu enlever. On fe fert encore d’autres tamis , qui en place de toile de crin, font garnis d’un filet de ficelle : ceux-ci fervent à retirer de la baignoire les pains qui fe trouvent éculés ( PL VIIL fig. 8 ).
- 18% Ce qu’on nomme le Coffre a éculer, eft véritablement un coffre de cuivre en forme de quarré long, étamé en dedans & en dehors ÇPL VIII. fig, 1). Il a à peu-près deux pieds & demi de longueur fur quinze pouces de largeur : fon couvercle eft compofé de trois pièces : celle du milieu a eft une pafloire ; & les deux autres b qui ne font point percées, s’ouvrent à charnières. A l’un des bouts, & tout près du fond de ce coffre , eft placé un robinet c; & des deux côtés régné en dehors, & dans toute la longueur, une braifiere de tôle aa> dans laquelle on met de la cendre chaude, pour empêcher la cire de fe refroidir.
- Quand on fe difpofo à éculer , on fubftitue ce coffre à la place du grêloir , fous le robinet de la cuve , & on le foutient par un chaffis de fer dont les pieds ee font reçus dans des trous faits à une planche de deux pieds de largeur, fur quatre de longueur, qui eft pofée fur les bords de la baignoire.
- Ce coffre forme une efpece de réfervoir pour fournir de la cire aux Ouvriers qui viennent remplir leurs Eculons. Dans plufieurs Fabriques , où l’on ne fefert point de ce coffre, on remplit les éculons fous le robinet même de la cuve.
- 190, L’éculon eft unvaiffeau de cuivre étam,é en dedans, d’une forme ronde par le derrière, & plate fur le devant, avec une anfo de chaque côté. La hauteur de fes bords eft d’environ quatre à cinq pouces, & fà largeur d’un pied. Vers la partie plate qui forme le devant, il y a 2 ou 3 trous , à chacun defquels eft foudée une gouttière, ou tuyau de cuivre étamé , au moyen duquel on peut remplir à la fois deux moules , & former plus promptement les pains. Il y a des éculons qui n’ont qu’un feul bec ; d’autres, deux ( PL III,fig. 4) ; d’autres en ont trois, & d’autres éculons portent encore une braifiere. Dans la Manufacture de M. Trudon, on fe fert
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- d’éculons à deux becs ; dans les petites Manufactures , on fe fert d’une burette Y> qui a un bec Z, une anfe &.
- 20° y Les chaflîs pour éculer S, ( PL III.fig. i ô 2 > 8c PL IV. fig. 1 ) font comme les pieds d’une table de douze à quinze pieds de longueur , formés par un aflemblage de forte menuiferie ou de charpente. La traverfe d’un des bouts excede les autres en hauteur d’un bon pouce, pour arrêter les planches à pains que l’on arrange delfus.
- 2i°, Les planches à pains X (Pl. III & IV. fig. 1. ) font tout Amplement des planches de chêne ou de noyer, de quatre pieds de longueur fur un pied de largeur, alfemblées à leurs extrémités par des emboîtures , pour empêcher qu’elles ne fe voilent ; 8c fur une de leur face , font creufés des moules ronds qui ont environ quatre pouces de diamètre fur trois lignes de profondeur.
- Ces moules font percés deux à deux à côté les uns des autres dans la largeur de chaque planche, & dans toute là longueur ; & on les elpace de façon que deux répondent à la diftance qu’il y a entre les 2 becs de l’éculon. C’eft dans ces moules qu’on verfe la cire fondue , pour en former de petits pains. On creufe trois moules dans la largeur des planches quand on fe fert d’éculons à trois becs.
- 220On fe fert de mannes d’ofier, dont la forme eft en quarré long de 3 pieds ^ de longueur fur 18 pouces de largeur, 8c un pied de profondeur : elles ont une anlè à chaque bout. On les garnit de toile en dedans. Leur ulàge eft de fervir à tranfporter la cire rubannée & les pains éculés de la baignoire fur les toiles.
- Les brouettes fervent à tranfporter ces mannes aux toiles, elles font de grandeur proportionnée à celles des mannes. On voit (PL II. fig. ) une de ces brouettes ; & delfus une manne garnie de toile.
- 23°, Les bâtis ou quarrés de charpente pour tendre les toiles , ont autant de longueur que le terrein le permet, telle que 60 ou 80 pieds ; mais il ne faut pas qu’ils ayent plus de huit à dix pieds de largeur, PL IV. fig. 2 & 3 Les pieds a a qui doivent fupporter ces quarrés à deux pieds au-delfus du terrein, font des pieux pointus qu’on enfonce en terre d’environ un pied & demi ; mais il faut avoir foin que les têtes de tous ces pieux foient à une même hauteur. On met dans la largeur de ce quarré, trois files de pieux qui s’étendent de toute la longueur du quarré ; ainfi , fi l’on donne huit pieds de largeur à ces quarrés , il doit fe trouver quatre pieds de diftance entre les files de ces pieux ; & l’on a foin que les pieux qui forment les trois files foient exaélement vis-à-vis les uns des autres, & à quatre pieds de diftance en tout fens les uns des autres.
- On cloue fur la tête des pieux qui forment la file du milieu, des tringles taillées en tiers-point dd9 dont on applique la face plate fur la tête
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- des pieux : on cloue enfuite de pareilles tringles c c qui croifent les premières à angles droits, & qui lient ainfi les trois pieux qui font la largeur des quarrés : enfin, on cloue fur la tête des pieux a a qui forment le pourtour des quarrés, d’autres tringles bb, de quatre pouces de largeur fur quatorze à quinze lignes d’épaiifeur. Les tringles du pourtour font percées de trous de fix pouces en fix pouces, dans lefquels on place des chevilles e e de fix pouces de longueur ; & de diftance en diftance on met des piquetsff longs de deux pieds, au haut defquels on fixe un clou à crochet. Quelques-uns y ajoutent des cordes en diagonale, pour foutenir les toiles plus plates; mais on n’y en met pas ordinairement.
- Les quarrés dont nous avons donné la defeription, fervent à tendre les toiles fur lefquelles on doit étendre la cire rubannée : les chevilles des tringles du pourtour fervent à tendre horizontalement le fond des toiles, Sc les piquets en foutiennent les bords relevés verticalement i i, (RL IV\fig. 3).
- 240, Il eft bon que l’étendue des toiles foit proportionnée à la grandeur de la chaudière, afin que la cire d’une fonte puifle entièrement s’arranger fur une ou deux de ces toiles. On doit laifler au moins trois pieds d’intervalle entre chaque quarré, pour qu’on puiife paifer commodément les brouettes, & que les Ouvriers qui arrangent les cires, ne s’incommodent point les uns les autres.
- Comme le fond de ces toiles doit garnir toute la fiiperficie dés quarrés, elles font ordinairement compofées de trois lez coufus enfemble : on coud encore tout autour un demi-lez, pour former la bordure ii9 C(fig.^)y à laquelle on fait un ourlet; tout le tour du fond de la toile eft garni d’anneaux de ficelle dans lefquels on palfe une corde.
- Pour tendre les toiles Sc les mettre en état de recevoir la cire, on le? étend fur les quarrés de charpente, & on palfe de diftance en diftance la corde qui traverfe les anneaux du fond, derrière les chevilles ee du pourtour ; enfuite on releve la bordure pour l’attacher aux crochets qui font au haut des piquets ff. Ces toiles s’alongent par le fervice ; mais pour qu’elles demeurent toujours bien tendues après avoir fervi quelque temps, on palfe la corde derrière un plus grand nombre de chevilles ee; Sc comme le vent qui prend les toiles par-delfus pourroit faire fortir la corde des chevilles, on l’arrête de diftance^en diftance aux traverfes du pourtour par des liens h h.
- 25°, La pelle à rejetter, qui fert à repoulfer la cire delfus les toiles, eft une longue pelle à four. ( PL II, fig. 8). k
- 26°, Les fàcs font faits de grolfe toile, Sc femblables à ceux où l’on met du grain : ils fervent à tranfporter dans les greniers la cire qui a été fur les toiles.
- ny° y Les mains de bois ( PL II y fig. font faites avec des planches min-
- ces de fapin ; elles ont environ quatre pieds de long fur huit à dix pouces C IR IER. F
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- de largeur: elles font arrondies à un bout; & à l’autre, il y a deux ouvertures pour paffer les doigts. Elles fervent à retourner la cire fur les toiles, il y en a de plus petites pour la lever Sc la mettre dans les fàcs.
- 28°, Le rabot, ( PL II, fig. 12 ) eft un chanteau de futaille, au milieu ( duquel on fixe un manche de quatre à fix pieds de longueur ; il fert à rapprocher vers les bords de la toile, la cire qui eft au milieu, pour la lever plus commodément lorfqu’on doit la mettre dans les fàcs.
- 29°, La fourche à égaler (PL II, fig. J ) eft à deux fourchons, & faite' de bois léger: elle n’a que 2 j- pieds de longueur; fes deux fourchons ne font éloignés l’un de l’autre que de quatre pouces: elle fert à égaler la cire fur les toiles.
- 30°, On fe fert auffi, pour étendre la cire fur les toiles, d’un fauchet ou rateau de bois (/Y. II, fig. 13 ) femblable à ceux que l’on emploie pour ramafler l’avoine & le foin. On ne fait gueres ufage de ce fauchet pour étendre la cire, que quand les toiles ont été doublées.
- De Tâchât ÔC du choix des Cires jaunes.
- La confommation de la cire eft trop confidérable en France pour que celle que les abeilles y font, puiffe y fuffire : on tire beaucoup de cire jaune , du Levant: Conftantinople, Alexandrie, plufieurs ifles de l’Archipel, Candie, Chio, Samos, &c, en fournifTent abondamment; il en vient encore du Nord, & fur-tout de Barbarie. Les Propriétaires des Blanchifferies les achètent directement des Commerçants qui les font paffer en France, à moins qu’ils n’aient des Correfpondants fur les lieux mêmes.
- Il y a dans les ifles Antilles de l’Amérique de petites abeilles fauvages qu{ font dans le creux des arbres une cire noire qui reffemble à de l’onguent : comme on n’a pas pu parvenir à en blanchir la cire, on en a négligé le commerce.
- On ne doit pas mettre au rang des vraies cires, celles delà Louyfiane, quoiqu’on en fa (Te des chandelles dans le pays même; c’eft une fubftance réfineufe qui couvre les fruits ou baies d’un arbrilfeau nommé Gale. J’ai détaillé dans le Traité des Arbres & Arbufies, le moyen d’extraire cette réfine.
- Les Voyageurs parlent auffi d’une fauffe cire blanche de la Chine, qui ne jaunit pas auffi aifément que notre cire : ils difent quelle eft com-pofée de petites écailles, ainfi que le blanc de baleine, & qu’on la retire de certains petits vers que l’on fait bouillir dans l’eau. Je n’ai point vu de cette cire. Au refte on fait que l’on peut faire de belles chandelles avec du blanc de baleine, comme on en peut faire de très-communes avec différentes fubftances réfineufes.
- Les Blanchiffeurs ne travaillent dans leurs Manufactures que la cire que font les abeilles, Outre celle que l’on tire de l’Etranger, plufieurs Provinces du
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- Royaume nous en fourniffent abondamment : fàvoir, la Champagne, l’Auver. gne, l'Anjou, le Bourdelois, la Normandie, la Bretagne, la Sologne, &c : & comme ce font les Habitants de la campagne qui foignent les ruches , Sc qui en tirent eux-mêmes la cire ; c’eft auffi à eux à qui on s’adreffe direéte-ment pour l'avoir de la première main, mais comme un Entrepreneur de Manufactures ne peut pas ordinairement parcourir lui-même ces Provinces , il doit avoir des Correfpondants qui fe chargent de ce foin.
- Si les gens de la campagne élevoient une plus grande quantité d'abeilles, ils fe procureroient un profit qu'on efl forcé de porter à l’Etranger ; & cet avantage qui leur feroit perfonnel, tourneroit au bien de l'Etat : voici quelques obfervations qui pourront être utiles à ceux qui font des levées de ciré dans les campagnes, Sc qui veulent en faire un bon choix.
- La couleur brune ou noirâtre que les anciens rayons acquièrent dans les ruches par le féjour du miel Sc du couvain dans les alvéoles, fe diflîpe aifément, Sc ne doit faire aucune diminution fur le prix de la cire. Il n’en feroit pas de même fi cette couleur brune venoit de ce que la cire auroit été trop chauffée dans la première fonte.
- Je ne dirai rien des alliages & fophiftications qui peuvent altérer la qualité des cires, parce que j'en ai parlé ci-devant; mais il y a certaines cires qui ont une couleur fixe qu’on ne peut jamais emporter entièrement.
- De ce que les mouches, confine nous l'avons dit, ramaffent la cire fur différentes efpeces de plantes, il en réfulte que leur cire en contracte différentes qualités; Sc comme certaines plantes viennent très-abondamment dans quelques cantons, Sc que d’autres plantes fe plaifènt davantage dans d’autres endroits, c’eft probablement ce qui fait que les cires de certaines Provinces blanchiffent aifément, d'autres plus difficilement, Sc que d'autres enfin ne font point fufceptibles de jamais acquérir une blancheur même médiocre.
- Par exemple, les cires de la Sologne blanchiffent mieux que celles du Ga-tinois. Il efl encore confiant, dans les Blanchifferies, que les cires qui viennent des montagnes du Limoufin, celles de la Baffe-Bretagne Sc d’une partie de la Baffe-Normandie, blanchiffent dans la plus grande perfection; que celles de quelques endroits du Poitou, ne leur cedent gueres; & en général , l'on eftime les cires qui viennent des pays où il croît du fàrrafîn, où il y a beaucoup de landes remplies de genêts, de bruyères, de genévriers, &c ; on n'eftime point celles qui viennent des pays de grands vignobles. Les cires du Levant blanchiffent beaucoup plus aifément que celles qu’on tire des pays froids; mais le plus sûr eft de cônftater par des épreuves faciles à exécuter, la difpofition que les cires ont à blanchir, Sc celles qui peuvent acquérir le plus beau blanc.
- Une de ces épreuves fe fait en raclant avec un couteau des pains de cirer
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- jaune, pour en détacher des feuillets fort minces qu’on expofe à l’air en forme de petits flocons : les perfonnes expérimentées jugent bientôt par le changement de couleur, quelle peut être la qualité de ces cires.
- Il eft d’expérience que la rofée, & particuliérement faction du foleil, ont la propriété d’enlever une grande quantité de teintures : plufieurs de celles qui réflftent au differents débouillis, font détruites par faction du foleil : il n’y a prefque aucune peinture à l’huile qui puifle réfifter à cet agent: le blanc en reçoit, à la vérité, plus d’éclat; mais lorfque l’huile eft détruite, il ne refte plus qu’une impreffion feche, femblableàde la craie. Quelques teintures fupportent cette épreuve ; mais la plupart fon entièrement détruites, & au point que certaines étoffes redeviennent blanches. Le lin & le chanvre perdent fur le pré leur couleur naturelle, & les toiles qui en font faites deviennent abfolument blanches. Les ouvrages faits d’os & d’ivoire, après être devenus fort jaunes, reprennent fur le pré leur première blancheur. La couleur jaune de la cire peut être emportée par le même moyen; mais pour cet effet, il faut, i°, que la cire foit encore plus épurée de corps étrangers, quelle ne l’a été par la première filtration qu’on lui a donnée en la fondant pour la mouler en gros pains. 2°, Il faut qu’elle foit réduite en lames très-minces, afin qu’elle puifle préfenter plus de fur-faces au foleil: c’eft cette opération que l’on appelle; rubanner ou grêler, comme fi l’on difoit, quon la rend grêle, ou qiion enforme des .rubans.
- Le terme de rubanner qu’on emploie dans la Manufacture de M. Trudon, eft un terme propre, parce que, par l’opération dont nous allons donner le détail, on en forme des efpeces de rubans, & on y nomme aujfïï, grener, l’opération de réduire la cire en petits grains, que nous expliquerons dans la fuite. 30, Il faut placer ladre fur des toiles, pour l’expofer au foleil & à la rofée: 40, Enfin on la moule en petits pains, & c’eft alors qu’elle eft en état d’être vendue à ceux qui font la bougie & les cierges. C’eft-là que fe termine, le travail des BlanchilTeries , ou les cires font fondues trois fois, comme nous le dirons après avoir parlé de la réception des dres dans les Manufactures.
- De la réception des Cires jaunes dans les Manufactures.
- Lorsque la cire eft arrivée dans une Manufacture, on doit la pefer pour connoître fi le poids fe rapporte à celui de la facture qu’on a reçue du Correfpondant ; il eft encore à propos de vifiter chaque pain l’un après l’autre, & les cafîer par morceaux, afin de voir fi la cire que l’on reçoit eft de bonne qualité, & fi les pains ne renferment aucuns corps étrangers, tels que du fer, du plomb , des cailloux, de la réfine, & autres drogues; car félon les endroits d’ou elles viennent, elles font plus ou moins fujettes à être fophiftiquées : ceci regarde principalement les cires qui
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- viennent des pays étrangers. Mais ces fraudeurs font fouvent dupes de leur friponnerie; caries Ciriers connoiffeurs en refufent la réception, ou ils exigent une forte diminution fur le prix.
- L’opération de rompre les cires en plulîeurs morceaux, eft encore né-ceffaire, pour qu’elles puilfent être plus aifément fondues, & que n’ayant pas befoin d’un grand feu, elles foient moins expofées à rouffir dans la chaudière.
- Détail de la Fonderie des Cires.
- On appelle Fonderie, ( PL III. ) une grande falle baffe, où font placés les fourneaux, les chaudières A, les cuve D> les baignoires M, Sc tout ce qui eft néceflàire à la fonte des cires, & à leur fabrication en pains. Il eft bon qu’il y ait des rigoles b c (PL III. fig. 1. ) pour l’écoulement des eaux qui fortent des baignoires, & que l’endroit foit vafte, afin que les Ouvriers qui y travaillent, ne s’embarraffent point les uns les autres, Sc puiffent exécuter aifément leurs différentes opérations.
- Fonte de la Cire jaune : façon de former le Ruban : fon tranfport fur les Toiles, ÔC des Toiles au Magajin.
- Vers la mi-Mai, lorfque la belle fàifcn eft arrivée, on commence les travaux de la Blanchifferie ; & pour cet effet, on met dans une des chaudières A ( PL III. ) une quantité de morceaux de cire jaune fuffifante pour couvrir une des toiles deftinées à recevoir la fonte. On met dans la même chaudière quatre ou cinq pintes d’eau par cent pefant de cire ; après quoi on allume le feu fous cette chaudière, & on y laiffe fondre la cire doucement. Lorfque tout eft prefque fondu, un Ouvrier remue Sc braffe la cire avec une fpatule de bois, jufqu’à ce qu’elle foit bien en fufion ; en-fuite le Chef aux travaux prend la fpatule des mains de l’Ouvrier, & continue à remuer jufqu’à ce que la cire ait acquis un degré de chaleur fuffi-fànt, & affez de fluidité pour bien dépofer. Mais comme ce degré de chaleur doit varier, félon les divers pays ou provinces d’ou l’on a tiré les cires, il n’y a que la grande habitude qui puiffe le faire connoître, d’autant plus que l’Ouvrier s’en apperçoit plutôt à la réfiftance que la cire fait à la main, qu’au coup d’œil.
- Pendant que la cire fond dans la chaudière , d’autres Ouvriers montent une des cuves D, dont la canelle eft bouchée en dedans avec un morceau de liege. Ils la placent fur le plateau qui eft au-deffus de la baignoire & au-deffous de la chaudière. Lorfque la cire a acquis fon degré de chaleur, le Chef avertit un Ouvrier d’ouvrir le robinet de la chaudière pour laiffer couler dans la cuve la cire en fufion dans laquelle l’eau eft mêlée.
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- Lorfque toute la cire eft tombée, on met le couvercle deflus la cuve, Ci ri er., G
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- & on 1* enveloppe de la couvertùre, qu’on retient avec une corde.
- Comme la cire fe purifie par la précipitation des corps étranger qui s5y trouvent mêlés , il eft à propos qu’elle refte un certain temps en fu-fion dans la cuve; & c’eft pour cette railon qu’on l’enveloppe d’une épaiffe couverture.
- La cire refte*ainfî en fufion pendant l’elpace de deux ou trois heures, plus ou moins, fuivant la capacité delà cuve. Pendant ce temps, l’eau qui étoit mêlée avec la cire, tombe toute au fond par fon propre poids, & elle entraîne avec elle les craffes qui fe raffembient au- deflous de la canelle ; c’eft-là ce qu’on appelle faire dèpojer la cire.
- Pendant que la cire dépofe ainfi, on ouvre le robinet pour remplir d’eau fraîche une des baignoires M. Lorfque la cire à fufîifàmment dépofe, on place les deux tourillons du cylindre dans les deux entailles de la baignoire ; on pofe la chevrette dans les trous qui la doivent recevoir, & on met delfus le grêloir que l’on a fait chauffer. On place au milieu de ce grêloir, & deffous la canelle de la cuve, la plaque & lapaffoire; on couvre les deux bouts du grêloir avec deux petites planches, pour empêcher que les mouches ou quelques ordures ne tombent dans la cire fondue; & l’on met de la cendre chaude dans les deux entonnoirs du grêloir.
- Tout étant ainfi dilpofé, une femme s’affied près de la baignoire: elle prend la manivelle, &fait tourner le cylindre. Comme la moitié du cylindre trempe dans l’eau de la baignoire, en le tournant, il fe trouve mouillé dans toute fa circonférence. Le Chef aux travaux perce la fonte, ce qu’il effectue en pouffant avec force la broche ou lancette dans la cannelle pour jetter en dedans de la cuve le morceau de liege qui bouchoit la cannelle ; puis attachant à la corde qui entoure la couverture de la cuve, la ficelle attachée à la broche, il laiffe couler de la cuve la cire, qui tombe dans la paffoire, de la paffoire fur la plaque, de la plaque dans le grêloir ; d’où coulant fur un des côtés de ce grêloir, les deux rigolles qui font au fond s’empliffent de cire qui s’écoule par les trous du fond, & tombe en forme de filets fur le cylindre que la femme tourne continuellement.
- Ces filets de cire liquide s’applatiffent fur la partie du cylindre où ils tombent, & la cire entrant dans l’eau fe congele, de forte que chaque filet forme un ruban femblable, pour la forme, à celui qu’on nomme faveur: la fraîcheur de l’eau fait que le ruban de cire fe détache du cylindre, dont le mouvement circulaire imprime un courant à l’eau, qui fe porte vers le bout de la baignoire où il entraîne les rubans de cire.
- Afin que l’eau foit toujours fraîche, le robinet qui en fournit refte ouvert pendant tout le temps que dure la fonte; de même que celui qui fert à décharger celle qui s’eft échauffée : par ce moyen, l’eau fe renouvelle continuellement, & elle conferve fa fraîcheur ce qui eft important;
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- car fi Feau s’échauffoit par la chaleur de la cire, les rubans refteroient attachés au cylindre , ou ils fe colleroient les uns aux autres, 8c cette cire feroit mal rubannée.
- Pendant Fopération que nous venons de décrire, celui qui étoit à la gauche de la baignoire pour y percer la fonte, revient au côté droit; 8c prenant la fourche de fes deux mains, il en retire la cire en ruban qui fumage ; ce qu il fait en mettant dans Feau de la baignoire auprès du tour, les branches de la fourche, & en les conduifànt jufqu’au bout de la baignoire oppofé à la cuve, où il enleve les rubans , 8c les met dans une manne qui eft à côté de lui. Il eft nécelfaire que les branches de cette fourche foient bien unies afin de ne point caffer les rubans lorfqu’ils tombent en glilfant dans la manne.
- Quand la 'manne eft pleine de rubans, celui qui Fa emplie 8c le Brouet-tler Fenlevent par les anfes, 8c la mettent fur une brouette; puis le Brouet-tier conduit cette manne pleine auprès des quarrés, où étant arrivé près de la toile deftinée à recevoir la cire ( cette toile eft tendue, 8c les bordures font rabattues ), le Brouettier & une femme qui Faide, enlevent la manne de deflfus la brouette, & renverfent la cire fur la toile. Pour lors cette femme étend avec fes mains la cire fur la toile, 8c une autre femme fe fervant d’une petite fourche Fétend au milieu de la toile où la première n a pu atteindre ; & elle égalifé cette cire fur toute la fupèrficie de la toile, en ôtant avec fà fourche des rubans dans les endroits où ils fe trouvent trop épais, pour les remettre dans d’autres où il n’y en a pas alfez.
- Pendant cette opération, deux autres femmes poftées de l’autre côté du quarré, font la même manœuvre que les deux premières, parce que l’Ouvrier qui eft à côté de la baignoire, tire continuellement des rubans de cire dont il remplit une autre manne qu’un Brouettier conduit aux toiles, auffi-tôt qu’elle fe trouve pleine, afin que le travail ne foit point interrompu pendant que la fonte coule. Les Brouettiers font donc occupés à conduire les mannes, à les verfer fur les toiles 8c à revenir près de la baignoire, pour fournir des mannes à celui qui retire la cire. Pour que les Brouettiers ne s’embarraflent point dans les petits chemins qui font entre les quarrés, ils vont tantôt par la droite 8c tantôt par la gauche de la toile ; enfbrte qu’ils fourniflent inceflàmment de la cire aux femmes qui font des deux côtés des quarrés, 8c qui doivent l’arranger. Ce travail continue ainfi tant que la fonte coule. Quand la cuve eft preique vuide, on Féleve par derrière en s’aidant d’un levier, afin que tout ce qui eft fondu paiïe par la cannelle, 8c l’on celfe lorfque Feau de la cuve commence à couler. Il faut environ une heure & demie pour tirer un millier de cire.
- La fonte étant finie, on découvre la cuve, 8c on la defcend pour en
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- remettre une autre à la même place ; parce que dans les grandes Manufactures, comme celle de M. Trudon, on fond jufqu’à fix milliers de cire par jour, ce qui forme fix fontes. Pour avoir tout le temps qu’exige cette opération, on allume dès minuit le feu fous une chaudière ; fur les deux à trois heures, on allume encore le feu fous une autre 3 8c lorfque la cire de la première fonte a acquis fon degré de chaleur, elle tombe dans la cuve pour s’y dépofer : pendant ce temps, pour faire une troifieme fonte , on remet de la cire en morceaux dans la chaudière qu’on vient de vui-der, 8c ainfi alternativement rnfqu’à la fin, en changeant de cuve à chaque fonte. -
- Pour bien entendre cette fucceflîon d’opérations qui procure l’accélération du travail, chofe toujours très-importante dans une grande Manufacture, il eft bon de lavoir qu’il faut trois heures de temps pourfendre un millier de cire, 8c trois autres heures pour le laifler dépofer, ce qui fait que la première fonte qui a été commencée à minuit, fe trouve en état d’être tirée à fix heures du matin; 8c comme les Brouettiers arrivent au travail à cinq heures, on commence par les occuper à nettoyer les cuves qui ont fervi la veille. Comme j’ai dit qu’à la fin de chaque fonte, on dé-couvroit 8c que l’on defeendoit la cuve, le peu de cire qui refte au fond, 8c qui fumage, ainfi que les crafies qui fe font refroidies pendant la nuit, forment un pain d’environ fept à huit lignes d’épaiifeur, qu’on peut retirer aifément de la cuve, & qu’on ratifie par deflous avec une Ipatule de cuivre, pour ôter les crafies qui y font attachées; après quoi on retire l’eau de la cuve avec des féaux, ainfi que les crafies qu’on appelle le déchet ; on jette le tout dans des baquets percés de toutes parts de trous de vrille, afin que l’eau s’écoule, 8c qu’il n’y refte que les déchets,
- Lorfque la cire en rubans a été arrangée fur la toile, comme nous l’avons dit, on releve les bords de la toile, & on les accroche aux clous des piquets: la cire refte en cet état expo fée à l’air plus ou moins de jours, fui-vant le temps qu’il fait, 8c félon la qualité de la cire.
- M. Trudon penfe que la cire ne tire fa blancheur que de Faélion du foleil, 8c non de la rofée, comme on le croit communément; la preuve qu’il en donne, eft que dans les mois de Juin ou Juillet, feifon ou les rofées font moins fortes, les cires blanchiflent mieux, 8c confervent leur beau blanc pendant plus d’un an, au lieu que celles qui font blanchies dans les mois d’Avril 8c de Septembre, temps où les rofées font plus abondantes, ne prennent pas un fi beau blanc; & dans l’elpace de trois ou quatre mois, elles commencent à jaunir , & ne tarderoient pas à reprendre leur première couleur jaune.
- Nous avons dit que la couleur jaune de la cire qu’on tire des ruches, dé-pendoit probablement d’une huile grafle qui fe trouve mêlée avec les parties
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- vraiment cireufes. M. Trudon penfe, comme nous venons de le dire * qu’il n’y a que le foleil qui, en pompant une partie de cette huile, puiffe faire devenir la cire blanche. Ce qui, félon lui, rend ce fentiment encore plus probable ’, c’eft que le foleil ne pouvant agir avec affez de force fur la cire jaune, à caufe de la quantité d’huile dont elle eft chargée, elle ne perd que fà couleur naturelle par la première fonte 5 au lieu que quand l’on remet fur la toile cette même cire pour la fécondé fois, ce qui s’appelle regrêler y cette cire le trouvant débarraffée d’une partie de fon huile, le foleil agit delfus avec plus d’aélivité, & lui donne en peu de jours un degré de blancheur infiniment fupérieur à celui qu elle avoit acquis à la première fonte. On peut ajouter que les cires ne blanchiffent point par les temps couverts 8c pluvieux. Néanmoins, comme il eft d’expérience que dans les BlanchifTeries de toiles, il faut les arrofer pour les blanchir ; & comme les Chymiftes lavent que l’eau eft un véhicule qui concourt avec la chaleur à emporter lesfubftances huileufes ; nous nous abftiendrons, malgré les bonnes raifons dont M. Trudon appuie fon fentiment, de regarder la rofée comme inutile.
- Les rubans étant reliés fur la toile pendant douze % quinze ou vingt jours > 8c même plus long-temps , fuivant que le foleil a paru , & félon que la cire a plus ou moins de dilpofition à blanchir, alors on les retourne ; & pour cet effet, on fe fert des grandes mains de bois, dont nous avons parlé, que l’on glifïe entre la toile & les rubans ; puis en levant ces mains, 8c en les retournant, on place en deffus les rubans qui étoient en deffous , de façon que le peu de couleur jaune qui n’avoit pu être frappé du foleil , fe trouve expofé à l’ardeur de fes rayons ; 8c ces parties blanchiffent comme le refte.
- Quelques jours après que les cires ont été retournées f on les régale 9 c eft-à-dire, qu’on les remue avec les mêmes petites fourches qui ont fervi à les étendre. On examine avec foin s’il ne refte pas quelques parcelles de rubans qui foient encore jaunes ; & fi Ton en trouve, on les met en deffus, afin que le foleil puiffe les blanchir. Après que les cires ont été régalées , on les laiffe encore trois ou quatre jours à l’air; & comme il arrive que dans les plus grandes chaleurs, les rayons du foleil font tellement ardents que la cire s’échauffe 8c s’applattit (ce qu’on appelle ga^er ou éguayer} 9 il convient, dans ces circonftances, de régaler les cires plufieurs fois.
- Il n’y a que les Ouvriers expérimentés qui puiffent connoître le temps convenable pour faire fur les toiles, les diverfes opérations que nous venons de décrire, parce qu’elles varient félon quantité de circonftances ; mais en général, il faut retourner & régaler plutôt ou plus tard, fuivant le degré de blanc que les cires acquièrent.
- Lorfque la cire a acquis le premier degré de blancheur, on la releve Ci rier, H
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- de deffus les toiles pour la porter dans le magafin : pour cet effet Ton fait ufàge du rabot pour tirer la cire du milieu de la toile, & la rapprocher vers les bords ; après quoi un Ouvrier la ramaffe avec une petite main de bois, & la met dans des fa es que des femmes tiennent ouverts & tendus près de la toile. Lorfque ces facs font remplis de cire , des hommes les tranfpor-tent dans le magafin ou ils les vuident avec des pelles dont on mouille un peu le bout; ils mettent cette cire en gros tas, comme l’on amoncelle du fable. On laiflè la cire en cet état pendant un mois ou fix femaines, pour lui donner le temps de fermenter : elle forme alors une maffe affez folide pour être obligé de le fervir d’une pioche lorfqu’on veut la retirer. Il ne feroit pas à propos de la mettre tout de fuite à la fécondé fonte, elle n’ac-querroit pas un auffi beau blanc.
- De la fécondé fonte de la Cire qui a perdu foh jaune,
- ÔC que Von appelle Regrêlage.
- Pour faire cette fécondé fonte, on met dans la chaudière la même quantité d’eau que dans la première fonte ; enfuite l’on allume le feu, & on jette dans cette chaudière trente ou quarante livres de cire blanche tirée de celle qui étoit en maffe dans le magafin ; mais on ne la met pas tout à la fois. Lorf* que l’eau eft chaude, & que fà chaleur commence à attendrir la cire-, un Ouvrier la braffe continuellement avec la fpatule de bois, pendant qu’un autre Ouvrier répand avec fà main de la cire dans la chaudière , de forte que l’un eft occupé à braffer & l’autre à répandre la cire jufqu’à ce que la chaudière foit pleine.
- Voici exactement comment on met la cire dans la chaudière. Un Ouvrier porte fur le bord de la chaudière une corbeille remplie de la cire tirée du magafin : & pendant qu’un autre braffe la cire qui fond, l’Ouvrier qui eft à la corbeille, jette peu à peu avec la main, & comme en fàupoudrant, cette cire grêlée fur celle qui eft en fonte, pendant que l’autre Ouvrier agite continuellement avec une fpatule ou un palon , la cire & l’eau qui eft dans la chaudière; & comme cette cire attendrie oppofe une réfiftance au palon * l’Ouvrier l’enfonce dans la cire en le plongeant perpendiculairement; & en tirant à lui le manche qui s’appuie fur le bord de la chaudière, il oblige la partie évafée du palon à fortir de la cire en imprimant à cette partie du palon un mouvement circulaire. On continue ce travail jufqu’à ce que la chaudière foit pleine, & alors la cire à demi-fondue forme une efpece de bouillie. _ Quand elle eft en cet état, on augmente un peu le feu pour donner plus de liquidité ; & on ne difeontinue point de braffer jufqu’à ce que cette cire foit entièrement fondue, & en état de paffer dans la cuve.
- En brafîànt ainfi la cire, elle eft moins fujette à rouftîr, que fi on la laif* foit fondre fans la remuer ; mais quelque chofe que l’on faffe, il n’eft pas
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- poflible d’empêcher qu'en fondant la cire , elle ne prenne un peu de roux , qu’on appelle coup de feu : pour lui faire perdre ce petit œil roux , il faut chaque fois qu’elle eft fondue, l’expofer à l’air fur les toiles.
- Nous avons dit que l’on remuoit la cire jufqu’à ce qu’elle ait acquis un degré de chaleur & de fluidité fuffifànt pour dépofer ; & lorfqu’elle eft en cet état , on ouvre le robinet de la chaudière pour laifler couler la cire dans la cuve qu’on enveloppe de là couverture ; quand elle y a refté une heure & demie ou deux heures, pour lui donner le temps de dépofer , on recommence les mêmes opérations que l’on a faites à la première fonte en jaune, foit pour la mettre en ruban, foit pour la porter & l’arranger fur les toiles où elle refte huit, douze ou quinze jours , fuivant le temps qu’il fait, & félon la qualité de la cire.
- On retourne & on régale le regrêlage comme on a fait au jaune ; Sc quand cette cire a acquis Ion blanc , on la releve de la même maniéré de delfus la toile pour la porter au magafin, & en former un tas particulier.
- De la troijieme 3C derniere fonte pour éculer.
- Cette troifîeme fonte fe fait comme celle du regrêlage, G ce n’eft qu’il y a quelques Blanchiffeurs qui ajoutent trois à quatre pintes de lait fur un millier de cire ; mais ce lait occafionne un dépôt ou déchet au fond de la cuve d’environ deux livres par cent de cire de plus que lorfqu’on n’en met pas ; il paroit que ce dépôt, quoique confidérable , rend la cire plus purifiée. Cette troifieme fonte eft pour éculer ou mouler la cire en petits pains.
- Pendant que cette troifieme fonte dépofe dans la cuve , on met dans les baignoires remplies d’eau, la quantité néceffaire de planches à pains ou à mouler, pour tirer la fonte & la mettre en petits pains ; & l’on difpofo dans la fonderie les chaflîs, ou les pieds de table propre à recevoir ces planches.
- Lorfque la cire a dépofé pendant une heure & demie ou deux heures, on arrange les planches à moule fur les pieds de table, & à côté les unes des autres X ( PL III. fig. i & 2 ) à mefure qu’on les retire toutes mouillées des baignoires ; & l’on place fous la cannelle de la cuve, la planche qui porte le coffre aux pains ( ' ( PL VIII), dont les braifîeres font garnies de cendre chaude ; après quoi on débouche la cannelle, ou, en terme de l’Art, on perce la fonte : la cire fondue tombe dans le coffre en paflànt au travers des trous de la paffoire.
- Lorfqu’il y a une certaine quantité de cire dans le coffre, des femmes avec un éculon à la main, s’approchent, 8c en ouvrant le robinet du coffre , elles empliffent de cire ces éculons ; enfuite revenant aux chaflîs for lefquels font les planches à pains, elles empliffent à la fois , au moyen des deux
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- becs de l'éculon , deux moules dont chacun forme un pain ; & elles continuent ainlî le même travail tant que la fonte coule. Pendant cette opération des hommes font occupés à retirer les planches des baignoires & à les arranger fur les chaffis.
- Lorfque la cire qui a été verfée dans les moules du premier chaffis eft congelée, un Ouvrier releve ces moules, & les met dans une baignoire®
- Comme les planches ont trempé quelque temps dans Peau , les pains fe détachent d'eux-mêmes, & furnagent dans cette baignoire : un autre Ouvrier retire de cette baignoire les planches où il ne relie plus de pains , & les arrange les unes fur les autres au bout de la baignoire, d'où celui qui les avoit mifes dans l'eau, les retire pour les arranger de nouveau fur le même chalïîs où elles avoient été pofées d'abord.
- Par cet arrangement , les femmes peuvent emplir continuellement les moules des planches ; un Ouvrier peut les mettre dans la baignoire' ; un fécond les en retirer ; enliiite le premier a le temps de les reporter fur les chaffis; au moyen de quoi quatre femmes & deux hommes ne ceflent d'être occupés pendant une heure, qui eft précifément le temps néceflaire pour tirer & éculer une fonte d'un millier pefànt de cire.
- Pendant cette opération, un troifieme Ouvrier eft occupé à enlever les pains qui furnagent dans la baignoire ; il fe fert pour cela d'une efpece de tamis , dont le fond eft garni d'un filet fait avec de la ficelle (PL VIII. fg. 8) : il met ces pains dans une manne qui eft fur une brouette ; & quand cette manne eft remplie , il va la vuider fur les toiles qui font dilpofées fur les quarrés. Lorfque la fonte eft finie , les femmes vont arranger ces pains les uns à côté des autres. On les lailîe ordinairement trois ou quatre jours expofés à l'air , Sc même quelques jours de plus , félon que le temps eft ferrein ou couvert.
- Lorfque ces pains de cire ont refté un temps fuffifànt fur les toiles, & qu’ils font bien fecs, on les releve avec les mains de bois ; on les met dans des mannes chargées fur des brouettes ; puis on les conduit dans un magafin , où on les enferme dans de grandes armoires, ou dans des tonneaux garnis de papier, afin d'empêcher les ordures de s'attacher à la cire ; & la garantir du contaél de l’air qui la jaunit.. Ce font ces mêmes pains, que les Ciriers refondent pour les employer à différents ouvrages.
- Toutes les opérations que nous avons détaillées jufqu'à préfènt, étant faites, la cire eft parvenue à fon degré de perfection, tant pour fa clarification , que pour fa blancheur.
- Remarques fur plujieurs Articles des opérations ci-devant décrites.
- Pour ne point interrompre le fil des procédés qu'exigent les différentes préparations de la cire, nous avons cru devoir faire un article particulier de quelques remarques qui y font relatives, i°> Nous
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- 1°) Nous avons dit que dans la fonte de la cire, il fè précipitoit au fond de la cuve des craffes qu'on nomme le déchet : or comme il fe trouve de la cire mêlée avec ces cralfes , nous devons parler des opérations qu'on fait fur les déchets. On les jette, comme nous l'avons dit , dans des baquets percés , pour lailfer écouler l’eau , & on les en retire , lorfqu'il y en a une certaine quantité; on les met dans une chaudière , & on y ajoute environ dix à douze pintes d’eau par cent pelant ; on allume le feu fous cette chaudière. Lorfque la cire mêlée avec les déchets eft fondue , on retire le feu , & on laide dépofer le tout dans la même chaudière pendant quatre ou cinq heures ; après quoi l’on retire avec un pot la cire qui nage fur' les corps étrangers, & on la met dans de grands poêlons de cuivre. Cette cire étant refroidie * forme des pains que l’on refond encore pour la mettre fur les toiles comme la cire jaune. On retire enfuite l’eau & les déchets reliés au fond de la chaudière, & on les met dans un panier d’olîer pour les lailfer égoutter; Quand ils le font fuffifàmment, on les met avec beaucoup d’eau dans un chaudron, fous lequel on allume le feu ; & lorfque le tout eft bien chaud, on le met dans un fac ou dans une auge de bois, ou dans un feau de fer, fous la prelfe, pour en faire fortir toute la cire • mais cette cire ne peut être employée que dans la compolition des flambeaux de poing. On dit qu’on en peut nourrir quelques animaux.
- %° y Selon les procédés que nous avons ci-devant décrits , & qui font les mêmes que l’on pratique dans la Manufacture de M. Trudon, la cire ne fe clarifie que par la précipitation des corps étrangers. Mais il y a d’autres Manufactures , où pour clarifier les cires, on met dans la chaudière lors de la fécondé fonte, & avant de couler , ou de l’alun, ou du cryftal minéral, ou de la crème de tartre ( ce dernier fel nous a paru le meilleur ) ; quatre onces de crème de tartre fufEfent fur un quintal de matière. Au refie, quoique je fois très-perfuadé que l’on peut faire de très-belle cire fans aucun mélange, je penfe aufli que les fubftances fàlines, ou le lait, ne peuvent pas être regardées comme des fophiftications.
- 30, La defcription que nous venons de faire de la façon de blanchir les cires , eft celle qui fe pratique dans les grandes Manufactures, telles qu’efl celle de M. Trudon, où le travail eft confîdérable , & où les Entrepreneurs blanchiffent les cires fans aucun alliage , les travaillant comme elles fortent des ruches à miel, & n’employant que des cires de qualité fupérieure, & propres à devenir du plus beau blanc. Mais comme il s’en faut de beaucoup que ces premières qualités de cires puiffent fuffire à la confommation qui s’en fait préfentement en France , il y a des Manufacturiers qui n’employent que des cires de qualité inférieure , c’eft-à-dire , des cires qui font difficiles à blanchir, telles que font celles qui proviennent des pays de Vignobles , lefquelles ne blanchiroient pas fi elles n’étoient ClRIER. I
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- alliées avec du fuif, qui par fa blancheur fait dilparoître le jaune. Lès Entrepreneurs qui travaillent ces fortes de cires , les achètent à plus bas prix; ils y mêlent , en les travaillant , jufqu’à vingt-cinq 8c trente livres pelant de fuif , fur un quintal de cire. Comme il y a aux environs de Rouen quelques Manufactures où Ton ne travaille que des cires de cette efpece, on connoît à Paris ces cires communes & mélangées fous le nom de Cires de Rouen.
- Lai lieu de croire que Ton met plus de foixante pefànt de cet alliage , dans la cire que Ton deftine à faire des cierges ; cela dépend de la qualité des cires jaunes que l’on y emploie. Ce n’eft pas cependant que dans plu-fleurs Manufactures où l’on fait ces alliages, on n’y blanchiffe auffi quelques cires pures.
- On croira peut-être qu’il feroit de la bonne police d’interdire l’emploi de ces cires alliées, 8c qu’il feroit plus avantageux aux Manufacturiers qui ne travaillent qu’en cires pures, que ces alliages fuffent profcrits ; mais nous penfons qu’il y auroit un grand inconvénient à faire une pareille défenfe, parce que les cires propres par leur nature à faire du beau blanc , ne fe trouvant pas en affez grande abondance , on ne pourroit fuffire à la confommation ; 8c que ces cires devenant fort rares , leur prix monteroit néceflairement très - haut ; au lieu qu’en tolérant les cires alliées de fuif, il en réfulte deux avantages pour le public : premièrement , on trouve des bougies à toutes fortes de prix ; fecondement quoique diverfes provinces du royaume produifent beaucoup de cires qui ne font point fufceptibles de prendre ,un beau blanc fans alliage, cependant elles fourniffent à la confommation , & font vivre un grand nombre de Cultivateurs qui ne trouveroient plus à vendre leurs cires, 8c qui abandonneroient le foin des ruches ; ces Fabriques font encore fubfîfter quantité d’Ouvriers qui font employés à les blanchir.
- Le travail dans ces Manufactures, quant aux trois fontes de la cire , eft le même que celui des autres où l’on ne fait que de belle cire ; mais celui de la baignoire 8c des toiles eft différent.
- Comme les cires chargées de fuif n’ont point de corps , & qu’elles ne peuvent former, des rubans dans la baignoire, en fe détachant de deffus le cylindre, elles furnagent & reffemblent à du gros fon que l’on jetteroit fur l’eau ; 8c cela empêche que l’on puiffe les retirer avec la fourche, dont les branches font unies : il faut donc, pour cette opération , fe fervir d’une pelle de bois percée de plufieurs trous , ou d’une fourche dont les branches font garnies d’ofier; & quelquefois même l’on eft obligé de fe fervir d’un tamis.
- Lorfque ces cires font fur les toiles, comme elles fondent aifément à caufè de l’alliage, on eft obligé de les arrofer fouvent pour les rafraîchir ;
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- & pour empêcher qu’elles ne le gâzent & qu’elle ne s’éguayent, on les retourne & on les régale à la fraîcheur du matin , avant que la rofée foit difîipée ; au lieu quon manie les belles cires pendant le jour , pour que les rubans ne fe rompent point.
- Les ouvrages fabriqués de cires alliées ne peuvent être d’un bon ufàge ; car quoiqu’on les acheté à meilleur marché que les bougies faites de bonne cire , elles ne font pas le même profit, parce qu’elles fe confument plus promptement : on les diftingue aifément en ce que la cire eft d’un blanc mat, & n’eft jamais fi claire ni fi tranfparente que les belles bougies.
- Il n’y a que quelques célébrés Blanchifferies où l’on travaille la cire fan s aucun alliage ; mais dans la plupart des petites Fabriques , on mêle avec la cire jaune, quand on en fait la première fonte, une petite quantité de graiffe. On varie la quantité de cet alliage , fuivant la qualité des cires, & même félon le degré de cupidité du Fabriquant. Les cires fort feches qui ont été tenues trop long-temps fur le feu par les Payfàns, peuvent ad-mettre plus de graille que celles qui font plus onétueufès ; mais , comme nous l’avons dit, on met beaucoup de graille dans les cires communes qui font incapables de pouvoir jamais acquérir un blanc parfait, comme font, par exemple, plufieurs efpeces de cire venant du Nord, Sc prefque toutes celles qu’on tire des pays de grands Vignobles ; & quoique les grailfes qui acquièrent aifément un beau blanc, reélifient en quelque façon le défaut naturel de ces cires, il n’en réfulte néanmoins que des cires d’une qualité très-commune ; mais il en faut de telles pour ceux qui tirent au bon marché.
- À l’égard de la cupidité des Marchands, elle n’a point de bornes. Les uns ne mêlent avec leur cire que deux livres de grailfe par quintal, d’autres trois, d’autres cinq, & d’autres, comme nous l’avons dit, y incorporent une fi grande quantité de grailfe, que la fraude s’apperçoit à l’odeur ; au toucher, à la tranlparence & à la promptitude avec laquelle les bougies fe confument, outre quelles ne répandent pas une lumière vive & claire. Il eft rare que la fraude foit portée aulfi loin dans les Blanchifferies ; mais il y a des Ciriers qui , non contents d’avoir acheté des cires à bon compte , forcent encore l’alliage pour augmenter leur gain.
- Dans certaines Blanchilferies, on a l’attention de choifir, pour mêler avec la cire , les grailfes les plus fermes, telles que font celles qui fe trouvent autour des rognons de mouton ou de bouc ; d’autres emploient indifféremment tout fuif de mouton ; & d’autres font encore moins fcrupuleux fur le choix des grailfes.
- Quoi qu’il en foit, ces alliages altèrent beaucoup les cires; & c’eft pour cette raifon que les cires d’Antony, celles du Mans 5 d’Orléans, de Limoges, &c, ont la préférence fur la plupart de celles qu’on tire des
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- autres Blanchifferies. C’eft aufïî à caufè de l'alliage , que l’on fait peu de cas des cires blanches de plufieurs Manufactures de Rouen, 8c des cires jaunes de Barbarie ; car ces cires jaunes qui font bonnes de leur nature , font fouvent alliées avec des graiffes ou du beurre.
- 4°> Nous avons dit qu'il étoit d'une très-grande conféquence d'établir les Manufactures dans les endroits les moins expofés aux vents * parce qu'un feul coup de vent peut enlever une partie des cires expofées fur les toiles. En effet, il arrive trop fouvent pour les Blanchiffeurs , que quand le vent efl violent, il paffe fous les toiles, les déchire 8c en enleve les cires quelquefois à plus de 60 pieds de haut : alors les rubans font répandus dans les campagnes ; on en a même vu qui avoient été portés à une demi-lieue de la Manufacture.
- Pour prévenir ces accidents autant qu'il eflpoffible, il convient , lorf-que lèvent efl: violent, que l’Entrepreneur d'une Manufacture ait foin de vifiter les toiles , & qu'il raffemble tous fes Ouvriers pour vérifier fi les bords des toiles font tous bien accrochés, 8c veiller à ce que le vent n'en-leve point les cires. Lorfqu'il fur vient de la pluie, il n'y a plus rien à craindre, parce que les toiles s'imbibent, 8c la cire fe charge d'eau ; mais fi au contraire le vent augmente fans pluie, comme cela arrive ordinairement avant les orages, alors il faut promptement doubler les toiles ; ce qui s'exécute en ôtant d'un feul côté d'un quarré la corde de la toile qui efl paffée derrière les chevilles ; puis après avoir décroché du même côté le bord attaché aux piquets, en prenant les deux bouts 8c le milieu de cette toile, on la pouffe avec la cire de l'autre côté du quarré ; puis l'on paffe la corde décrochée derrière les piquets , de façon que la cire fe trouve portée d’un feul côté du quarré, & enfermée entre deux toiles ; mais fi le vent étoit affez confidérable pour déranger la toile, il faudroit alors l'attacher avec des cordes à la platte-bande du quarré D, (Pl.IV.fig>. 2). Cette opération de doubler les toiles empêche le vent d'emporter la cire ; mais il occafionne des frais à l'Entrepreneur : car fi les cires qui font def-fus, y ont été mifes en jaune, il faut les refondre, parce que cette cire étant plus tendre que celles du regrêlage, elle fe met par pelottes 5 8c le foleil ne pouvant les pénétrer, elles ne peuvent plus blanchir.
- Lorfque le vent a ceffé , & que le temps efl remis au beau , on découvre les cires, & on étend les toiles ; fi c'efl de la cire jaune qui fe foit pelottée, on la releve pour la fondre ; fi au contraire c'eft du regrêlage , on jette la cire de l’autre côté delà toile, en fe fervant pour cela d'une pelle ; puis avec les fauchets , on la répand fur toute^l’étendue de la toile. On conçoit maintenant qu'il efl avantageux que les toiles foient abritées des vents du fud 8c de l'ouefl , par quelque bâtiment élevé ou par des arbres.
- 5°, Comme
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- y°, Comme les toiles pourriffent allez promptement ; pour éviter cette dé-penfe qui eft considérable , feu M. Prouteau qui avoit une belle Blanchif-feri’e en Gâtinois , effaya d'y fubftituer des tables de pierre de taille ; mais ces pierres qui s'échauffoient beaucoup, faifoient éguayer la cire, c'eft-à-dire, que les rubans fe raflembloient par mottes : il a donc été obligé de revenir aux toiles.
- Néanmoins en Provence, & fur-tout à Marfeille , on ne blanchit pas la • cire fur des toiles, mais fur des banquettes de briques qui ont la même forme que les quarrés de charpente. Comme la chaleur échauffé confidé-rablement ces briques, & qu'elle feroit fondre la cire ; pour éviter cet inconvénient, on l'arrofe fouvent ; & pour qu'elle ne foit pas fubmergée, mais feulement rafraîchie , ces banquettes font en pente douce, & trouées par un bout pour donner de l'écoulement à l'eau. Quelques-uns même établiffent un petit filet d'eau qui, en entrant continuellement par un des' bouts de la banquette, & fortant par l'autre , forme une nappe fort mince qui rafraîchit continuellement les cires : pour mettre ce travail à l'abri des coups de vent, on couvre les cires avec des filets.
- 6°, On n'eft point, en Provence, dans l'ufage de mettre les cires en pains, mais bien en petites dragées ou petits grains. Cette opération fe fait en plaçant les trous du grêloir devant la partie du cylindre qui plonge dans l'eau : on tourne ce cylindre avec vivacité pour agiter l'eau , & former de petits bouillons : les filets de cire qui ont paffé par les trous du grêloir, tombant fur ces petits bouillons , fe congèlent en forme de petits grains , ce qui les fait nommer Cires grenées.
- 70, En Italie , on ne fond la cire que deux fois , parce qu’on ne la moule point, & qu'on la vend comme on la retire des toiles pour la dernière fois. Cette méthode a quelque avantage : car la cire perd quelque chofe de fa beauté chaque fois qu'on la refond ; & les cires qui ne font pas parfaitement blanches, ont un œil féduifànt, quand elles font en petites parcelles. Mais ces cires ainfi préparées , occupent beaucoup plus de place que quand elles font en pains ; & elles font expofées aufll à recevoir plus de pouffiere & d'ordure.
- 8°, Il y a de l'art à bien mouler la cire. Il faut, quand on la verfe dans les moules , qu'elle ne foit ni trop chaude ni trop froide , afin que le delfus des pains foit bien uni, point ridé ni gerfé. A la vérité tout cela n'influe point fur la qualité de la cire, mais beaucoup fur l'achat.
- 90, Quand on chauffe un peu trop la cire dans la chaudière avant de la couler, elle prend un œil roux qu'on a quelquefois peine à faire paffer en l'étendant fur les toiles. Quelques Blanchiiïeurs prétendent même qu'elle eft expofée à y rouflir, fi le foleil eft trop ardent. Néanmoins il faut que la cire foit très-liquide quand on la coule dans la cuve, afin qu'elle puifle ClRIER. K
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- y refter long-temps en état de fufion, & y dépofer tout fon déchet. C’eft pour laiffer long-temps dépofer la cire, & pouvoir la jetter en moule allez chaude, que M. Trudon la fait palfer de la cuve dans un coffre échauffé par des cendres chaudes, afin qu’elle conferve la liquidité qu’elle auroit perdue ; & il y a des Blanchiffeurs qui, pour cette raifon, emploient des éculons montés fur une brailîere, dans lefquels ils mettent de la cendre chaude ou un bain-marie. Mais comme cet inftrument eft pefant & embarraffant, la plupart des Blanchifleurs rempliffent leurs éculons de la cire qui coule immédiatement de la cuve ; & pour donner à cette cire un temps fufïifànt pour qu’elle fe repofe, comme ils font obligés de la tirer un peu chaude, ils mettent deux cannelles à leur cuve, une en bas à l’ordinaire, & une autre vers le milieu ; ils commencent par tirer toute la cire qui peut couler par la cannelle fupérieure ; & pendant ce temps, celle qui eft plus bas continue à précipiter ; enfuite ils ouvrent la cannelle d’en bas ; & quand elle ne coule plus, ils inclinent la cuve en avant pour retirer toute celle qui nage fur l’eau. C’eft pour incliner aifément cette cuve qu’on la fait pofer fur un plateau arrondi en deffus, & qu’on calle la cuve par derrière avec un gros coin de bois: fi les derniers pains qui en proviennent fe trouvent fales, on les rejette dans les fécondés fontes.
- io°, Il y a des Blanchifferies où l’on établit fur la chaudière un moulinet pour agiter la cire pendant tout le temps que dure la fonte ; mais il paroît que l’opération de la fpatule eft préférable : on agite plus ou moins la cire fuivant que le feu eft plus ou moins vif ; 8c de plus , on agite cette cire jufqu’au fond de la chaudière ; ce qui eft bien important.
- 11° , Dans les petites Fabriques, on fe contente de faire étamer les chaudières comme le font toutes les batteries de cuifines ; mais comme cet étamage n’eft pas de longue durée, on fait, dans les grandes Fabriques, doubler les chaudières avec des plaques d’étain taillées en coquilles ; car comme la cire produit aifément du verd-de-gris, il eft néceffaire que tous les vaiff féaux qui font employés à ces travaux, foient bien étamés.
- 12e?, Dans les Blanchifferies où l’on peut jouir d’une fource, on fait continuellement couler de l’eau fraîche pendant qu’on coule la <fcire pour ru-banner ; & un autre robinet décharge une pareille quantité d’eau échauffée ; mais quand on eft obligé d’élever l’eau avec une pompe , on la ménage davantage ; & dans ce cas, les uns fe contentent de verfer de temps en temps quelques féaux d’eau dans la baignoire du côté du tour ; d’autres établiffent une tonne remplie d’eau à la hauteur de la cuve , & ils conduifènt un tuyau LT (P/. /.) parallèle au tour fermé au bout T, & percé de quantité de petits trous dans toute fa longueur du côté du tour , de forte qu’en ouvrant le robinet L , il part de ce tuyau un nombre de jets qui arrofent d’eau fraîche le tour, & qui empêchent que la cire ne s’y attache,
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- comme elle fait quand l’eau de la baignoire s’échauffe trop. Si Ton n’avoit pas attention de bien mouiller le tour avant de couler la cire, les rubans y refteroient attachés ; mais quand cela arrive, il faut les détacher avec la main, jetter de l’eau fur le tour, 8c même le frotter avec la main.
- 130, Il y a des Blanchiffeurs qui prétendent que les rubans ne peuvent pas être trop minces, afin que la cire préfente plus de furface au foleil ; ^d’autres au contraire difent que quand les rubans font trop minces, le foleil les attendrit, qu’ils s’affaiffent & le mottent ; au lieu que quand ils font plus épais, ils fe foutiennent mieux. Quant à nous, nous croyons qu’il faut grêler ou rubanner plus épais les cires alliées que celles qui font bien pures ; & que pour former ces rubans plus épais ou plus minces, il fuffit de faire tourner le cylindre ou tour plus ou moins vîte; car plus il tourne vite, plus les rubans deviennent minces.
- 14°, Les Blanchiffeurs ne conviennent pas non plus fur le temps où il faut retirer les cires de deffus les toiles après la première fonte : les uns veulent qu’elles ayent pris le plus de blanc qu’il efl: pofîible dans l’efpace de iy ou 20 jours ; 8c d’autres foutiennent qu’il efl: mieux de les retirer avant ce terme, auffi-tôt qu’elles ont perdu leur jaune. Ils affurent même qu’après la fécondé fonte, il faut que les cires ayent acquis un petit œil verdâtre, & qu’alors elles font moins fujettes à jaunir. Il efl: certain qu’on ne peut pas faire prendre à la cire tout fon blanc en une feule fonte. Il faut néceffai-rement la rubanner deux fois, pour que cette cire qui, à la première fonte étoit renfermée dans l’intérieur des rubans, fe trouve à l’extérieur à la fécondé fonte ; mais nous penfons qu’il ne peut être que bien avantageux de lui faire perdre le plus de jaune qu’il efl: poffible dès là première fonte.
- 15*°, Nous avons dit que les mouches font fi friandes de miel, qu’elles le dérobent par-tout où elles en trouvent, au rifque de périr en fe noyant dedans. Il n’en efl: pas de même de la cire : elles n’en font aucun cas. Nous avons placé plufieurs fois des rayons auprès des ruches remplies d’abeilles ; elles en ont enlevé tout le miel, mais elles n’ont jamais touché à la cire.
- 16°, On creufe les moules dans les planches avec une efpece de trépan qui reffemble affez au perçoir dont les Tonneliers fe fervent lorfqu’ils veulent mettre une cannelle à une futaille.
- 170, Je ne doute pas que quelques Epiciers ne fophiftiquent la cire jaune qu’ils vendent aux Frotteurs. J’ai cru le reconnoître à la couleur, à l’odeur 8c au toucher; 8c il m’a paru qu’ils y avoient introduit desgraiffes 8c des réfines.
- 180, La cire qui a été employée à différents ouvrages peut être refondue 8c employée de nouveau par les Ciriers : les bougies d’appartement, les cierges , les flambeaux, 8cc, qui n’ont été brûlés qu’en partie , font mis en fonte pour fervir à en faire d’autres. Mais pour tirer tout le parti poffible
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- de ces cires refondues , il faut prendre certaines précautions dont nous allons.
- D'abord il faut bien examiner la nature de ces cires Sc leur qualité , pour les ranger par lots, Sc ne point confondre les bonnes avec les mau-vaifes ; par exemple, il ne faut point confondre les bougies qui viennent des bonnes Fabriques, avec celles qui font alliées de graifle. La cire des cierges efl: ordinairement moins bonne que celle.des bougies d'appartement. Les bougies de veille font communément faites avec la meilleure cire ; & la cire des flambeaux efl: ordinairement la plus mauvaifo de toutes. Quand ce triage efl: fait avec foin, on commence, à l'égard des cires de bonne qualité, par les rompre pour en retirer les meches : on donne une fonte à cette cire, Sc on la rubanne ; on la met enfuite fur les toiles comme la cire regrêlée ; enfin on en forme des pains que l’on peut employer pour les premières couches des cierges & des bougies. On emploie à ce même ufage les bougies refondues , quand la cire efl: d'ailleurs de bonne qualité ; car elle perd fur les toiles le peu de roux que lui occafionne la fonte. <
- On traite de même les cires alliées ; mais on ne les emploie qu'à des ouvrages plus communs.
- Quelquefois on retire une légère couche de la cire qui efl: à la fuper-> ficie des flambeaux ; mais on en laifle la plus grande partie avec la réfine des meches : on la fond fans la grêler ni la mettre fur les toiles , parce qu'elle ne peut fervir que dans la compofition des flambeaux.
- Nous avons dit qu'on mettoit à part les meches ; ce feroit dommage de per, dre la cire qui y relie encore attachée , quoiqu’elle ne puilfe être employée que dans la Fabrique des flambeaux, parce qu'elle efl: toujours très-roufle. On met toutes ces meches dans un chaudron fur le feu avec de l'eau ; & quand la cire efl: fondue , on verfe le tout dans un lac de forte toile, à travers laquelle une partie de cette cire palfe; les meches font mifes enfuite dans le feau d'une preflfe, pour en retirer, par une forte expreflion, foit la cire des cierges & des bougies, foit la partie réfineufe qui fe trouve dans les meches des flambeaux. Ces meches ainfi exprimées , relient très-feches, & ne peuvent plus forvir qu'à allumer le feu. A l'égard de la cire & de la fub-ftance réfineufe qui fe figent fur l'eau , on les emploie à imbiber les cordons des flambeaux, comme nous le dirons dans le Chapitre fuivant.
- ip°, Je fois perfuadé qu'il faut de la cire très-pure pour faire de belles bougies ; néanmoins quelques Ciriers m'ont foutenu, que pour avoir une cire bien blanche, il falloit y mêler cinq pour cent de fuif de mouton pris auprès des rognons, fondu & battu avec du vinaigre : je foupçonne que l'on ne pratique cela que pour reélifier la cire qui n'eft pas naturellement fofceptible de prendre un beau blanc.
- CHAPITRE
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- CHAPITR E III.
- Des differents ufages auxquels on a coutume d’employer
- la Cire. •
- O N emploie la cire à faire des bougies , des chandelles , des cierges , des torches , des flambeaux, 8c c’eft en cela que confifte principalement le travail des Ciriers 8c Ciergiers que nous allons décrire. Nous dirons auflî quelque chofe ^des différentes préparations de cire qui entrent dans l’ufage de quelques autres Arts.
- §. I. Des Meches.
- Les meches font faites de fil de coton, de fil de Cologne, ou de fil deGuibray; celles des flambeaux font faites d’étouppes ). On choifit le coton d’autant plus beau 8c filé plus fin, que les bougies doivent être plus parfaites ; en forte que pour les petites bougies de veille, & celles qu’on fait pour les lampes, on compofe leurs meches de quatre ou fix brins de coton, quoiqu’elles ne foient pas plus groffes qu’une fine chanterelle de yiolon. On tire ces cotons fins de la Chine ou des Indes.
- U faut que le coton foit bien net, fort blanc , peu tors & filé d’une égale groffeur 5 fans cette derniere condition , il fe trouveroit des meches plus groffes les unes que les autres, ou quiferoient d’inégale groffeur dans leur longueur. Si l’on exige que le coton foit bien net & fort blanc, c’eft parce que les moindres ordures font couler 8c fumer les lumières.
- Les Ciriers achètent ordinairement le coton en écheveau; & ils le font dévider & doubler par des femmes , fans le mouliner : quelques-uns le font filer eux-mêmes. A l’égard dès différentes maniérés de devider les écheveaux , ce point eft trop peu important pour nous croire obligés de nous y arrêter.
- Quand on veut faire des meches, on met dans un crible (2 ) foncé de vélin, percé de plufieurs trous F (Jïg. 1 ), un nombre de pelotons proportionné à la quantité de fils qu’on veut employer dans les meches ; c’eft -à-dire, que fi une meche doit être formée de 32 brins, on met 8 pelotons dans le crible, parce que dans ces pelotons les fils fontaffemblés deux à deux, 8c qu’on double enfuite le coton pour faire les meches des bougies d’appartements 8c les cierges. Les meches des bougies filées n’étant point doublées , il faut mettre un nombre de pelottes égal à la moitié du nombre
- (1 ) Nous avons dit dans l’Art du Chandelier que les fubftances animales, telles que la foie, le ‘ crin , les cheveux , la laine, ne font point propres à faire des meches.
- (2 ) On fe fert d’un crible plutôt que d’une
- corbeille, afin que les Ordures qui fe détachent du coton paflent par les trous; & encore parce que la peau du vélin étant fort unie , elle n’égratigne point le coton.
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- des fils qu’on veut employer pour la meche. Pour aflembier plus promptement ces brins , & couper toutes les meches à une même longueur , on fe fert d’un Coupoir ou Taille-meche.
- $.11. Defcription du Coupoir ou Taille-meche.
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- Cet inftrument confifte en une table aflez forte {PL V & VI. fig. 1 ) formée de deux pièces de bois, quilailfent entr’elles une ouverture en forme de rainure dans laquelle entre le fort tenon d’un plateau de bois , qui peut couler dans toute l’étendue de la rainure, ainfi que la poupée d’un tour,& qu’on fixe où l’on veut, au moyen d’une vis placée au-deflous de cette table.
- Comme la longueur de la meche des bougies de table ne varie pas autant que celle des cierges, le taille-meche n’eft pas fi long , & il y a feulement à un des bouts une piece mobile qui entre à rainure dans la membrure qui forme le deflus de la table : on fixe cette piece mobile au point que l’on veut, au moyen d’une vis qui eft fur le côté de cette table. On a de ces tailles-meches aflez petits pour pouvoir être pofés fur les genoux, ou fur une table placée devant les Ouvrières qui travaillent affifes. Sur l’extrémité de la table ou delà pierre mobile , s’élève une tige de fer D; &c fur l’autre partie eft une lame de couteau E placée verticalement. C’eft la diftance qui fe trouve entre la tige fixe D & la lame mobile E, qui établit la longueur des meches 5 ainfi quand on fe propofe de faire des meches de 1, 2,4 ou fix pieds de longueur, on établit cette diftance entre la broche fixe & la lame mobile, que l’on arrête en cet endroit au moyen des vis dont j’ai parlé.
- Il y a des tailles-meches de differentes formes : celui dont on fe fert pour les bougies à la Manufacture Royale d’Antony , eft une table de bois quar-rée foutenue par quatre pieds, fur les bords de laquelle eft incruftée une bande de fer plat, percée de trous éloignés les uns des autres de pouce en pouce ; aux quatre angles de cette table font attachées par des vis quatre lames tranchantes, & l’on met quatre broches dans differents trous, fuivant la longueur qu’on veut donner aux meches. Quatre femmes peuvent travailler à la fois autour de cette table.
- Dans le même attelier d’Antony , le taille-meche pour les cierges, ( PL VIII. jîg*9 ) eft une planche de fix pouces de largeur fur 10 à 12 pieds de long; dans cette planche eft incruftée une bande de fer plat, garnie dans toute la longueur de trous taraudés en écrou , éloignés les uns des autres d’un demi-pouce, pour recevoir une broche qu’on peut éloigner ou rapprocher de la lame, fuivant qu’on peut faire les meches plus ou moins longues : cette broche eft terminée par une vis qui entre dans les écrous de la réglé.
- Quandl’inftrument que je viens de décrire, ne fe trouve pas aflez long pour tailler des meches de très grands cierges, un piton en forme de clou
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- â crochet attaché à la muraille, fait en ce cas l'office de la broche verticale : on en éloigne la lame du coupoir , à la diftance qu'exige la longueur qu'on doit donner aux meches, 8c Ton affujettit le coupoir au lieu fixé avec quelque poids dont on le charge : on a, par ce moyen , un coupoir auffi long qu'on le veut.
- Cet infiniment (PL V\ fig. x.) qu'on nomme indifféremment taille-meche- ou coupoir , étant ajufté comme nous venons de l'expliquer , une Ouvrière prend dans le crible où font les pelotons, un nombre de fils doublés égal à la moitié de ce qu'il en faut pour former la grofleur de la meche ; elle tient de la main gauche le bout de ce faifeeau auprès du couteau, & paflànt de la même main le faifeeau qu'elle fou tient de fà main droite , derrière la broche fixe , elle le ramene à la lame fur laquelle elle l'appuye pour (1 ) le couper : elle doit examiner foigneufement toute la longueur des meches , pour en ôter tous les petits nœuds, les reprifes 8c les ordures qui pourrpient y être reliées attachées ; puis mettant fur le champ les deux faifeeaux réunis entre le plat de fes deux mains , elle les tortille l'un fur l'autre, en faifànt couler fes deux mains en fens contraire ; enfuite elle jette la meche au côté de la table oppofé à celui où elle eft placée : en répétant cette même manœuvre, elle remplit de meches la broche fixe D.
- On apperçoit maintenant que toutes les meches doivent être d'une même grofleur, fi le coton eft filé également , parce qu'elles font formées d'un égal nombre de fils, 8c qu'elles font toutes d’une même longueur, puifque la diftance du couteau à la broche ne varie point.
- Quand la broche eft entièrement remplie de meches, on les paffe dans des baguettes de bois fort unies , pour qu'elles ne rompent point les fils, 8c on les accroche dans des armoires qui puiffent les garantir de la pouflîere.
- Je remarquerai, en paflant, que la plupart des Ciriers mettent dans les meches des bougies quelques brins de fil de Cologne , pour donner , à ce qu’ils difent, du foutien & de la force à la meche, 8c pour qu'elle ne fe courbe pas trop en brûlant ; mais je crois qu'il feroit mieux de faire ces meches de pur coton : car le fil de lin ne fe confumant pas auffi vite que le coton , occafionne en partie que la meche fe recourbe trop, 8c c'eft ce qui fait qu'on eft obligé de la redreffer ou de la moucher auffi fouvent que les chandelles. Quoi qu'il en foit, dans une bougie des huit où il y a environ trente-deux brins, tant fil que coton, quelques Ciriers mettent un quart de fil de Cologne, & le refte en coton ; 8c pour une bougie des cinq, ils y font entrer quelquefois quarante-quatre fils de coton $ ainfî l'on voit
- (1 ) Les Chandeliers ont le tranchant de la lame oppofé à eux, & ils coupent en tirant fur eux , au lieu que le tranchant du couteau des Ciriers eft pofé de leur côté, & qu’ils coupent , foit en écartant la meche de leur corps a foit en
- la pouffant. Au refte comme les mêmes coupoirs des Chandeliers peuvent fervir aux Ciriers, on peut confulter les planches de l’Art du Chan^ delier , pour en voir de différentes formes.
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- que la pratique des Ciriers varie beaucoup fur ce point. J ai fait faire avec de la même cire des bougies, dont les unes avoient leurs meches faites avec du plus beau fil de Cologne , les autres avec du très-beau coton , & d au-tries moitié fil de Cologne 8c moitié coton. Les meches de pur fil ne pom-poient pas alfez la cire ; elles faifoient un champignon ; elles n’ éclairoient pas bien ; 8c le badin de la bougie étoit toujours rempli de cire fondue , ce qui les faifoit couler.
- Les bougies de pur coton répandoient une belle lumière ; le baflîn de la bougie étoit prefque vuide de cire fondue , & je n'ai point été obligé de les moucher ; mais elles fe font confumées plus promptement que celle de pur fil : aulfi la meche étoit-elle un peu plus groffe. Les bougies ? moitié fil & moitié coton , fe font allez bien foutenues ; mais j'ai été obligé de les moucher de temps en temps. Je crois que le mieux feroit de faire les meches avec du pur coton : c’eft la pratique de M. Trudon.
- III. De la groffeur des Meches.
- La grolfeur des meches , proportionnellement à celle des bougies, eft un article très-important, 8c néanmoins fort difficile à établir. D'abord, on ne peut pas fixer le nombre des fils de coton pour chaque forte de bougie ; i°, parce que les fix à la livre qu’ on tient courtes, doivent avoir des meches plus grolfes que les bougies de même poids quon tiendroit longues ; 2° , la grolfeur des fils varie trop pour qu’on puilfe rien fixer de certain. Il n’y a donc que des épreuves faites exprès qui puilfent guider la - delfus les Ciriers. Pour cette expérience, on fait faire des meches pour une grolfeur quelconque de bougie, avec un nombre de fils connus ; fi , en brûlant, il relie de la cire fondue dans le ballin de la bougie , on juge que la meche eft trop menue, 8c alors on augmente le nombre des fils de la meche ; fi la bougie fe confume trop vite, fi la meche relie longue, fi elle forme un champignon , enfin s’il ne fe forme point de baf-fin à cette bougie , on conclud que la meche eft trop grolfe, 8c on en retranche quelque fils. C’eft ainfi qu’en employant de beau coton, 8c en failànt des épreuves, on peut parvenir à avoir des meches fans défaut , & qui n’exigent point d’être mouchées. M. Trudon apporte une attention toute particulière aux meches de bougies de là Fabrique : il facrifie une grande quantité de bougies pour faire fes épreuves : il choifit le plus beau coton ; 8c les Ouvrières qui taillent les meches ne font point à leur tâche, afin qu’elles ayent plus d’attention à éplucher le coton.
- Je ne dois point négliger de faire remarquer qu’il faut tenir les meches d’autant plus grolfes que les cires font moins parfaites ; car la cire jaune , les cires blanches alliées de fuif, 8c le fuif pur fondant à une moindre chaleur que la belle cire blanche , il faut de grolfes meches pour confumer
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- le fuif fondu , fans quoi il couleroit beaucoup : ainfi on peut pofer comme un principe général, qu'il faut faire les meches d'autant plus grofles, que la fubftance dont font faites les chandelles ou bougies , eft plus aifée à fondre.
- Comme les bougies filées exigent des meches fort longues, on réunit le nombre de fils de coton ou de Cologne qu'on juge nécefîàire ; & en les faifant couler entre les doigts de la main gauche, ( PL Vil, fig. 2 ), on les dévidé fur une bobine qu'on fait tourner de la main droite : de cette façon on a des meches dont les fils font exactement aflemblés , & de telle longueur que l'on veut. Les bougies dites de Saint Corne , celles pour les lampes, & les autres petites bougies à lanternes, ont des meches de pur coton : toutes les autres bougies filées & communes ont des meches de fil de Guibray , ou de fil de Cologne, fi on les veut plus parfaites.
- Il eft bon, avant d'employer les meches, de les mettre dans une étuve ^ pour que le coton foit bien fec ; elles en prennent mieux la cire, 8c l'on évite par cette attention, que les bougies ne pétillent en brûlant. Je conviens que beaucoup de Cirjers méprifent cette attention ; mais on ne la néglige pas dans la Fabrique de M. Trudon. L'étuve dont il fe fert eft un coffre de bois de chêne , exactement aflemblé & doublé de tôle ( PL VIII,fig* 4 ) ; on met les meches paflees dans des baguettes très-près-à-près dans le haut de cette étuve, & au-deflbus eft une braifiere remplie de cendres chaudes.
- §. IV. Meches pour les Flambeaux.
- Les Ciriers ne fe donnent pas la peine de faire les meches des flambeaux ; comme elles font d'étoupes de chanvre ou de lin, ils les achètent* des Cordiers toutes faites» Voici comment elles fe fabriquent : les Cordiers font des fils d'étoupe qu'ils tordent peu ; ils coupent ces fils par bouts de fix pieds de longueur pour les grands flambeaux ; ils plient chacun de ces fils en deux, & la meche fe trouve formée de huit brins, qu'ils tordent légèrement les uns fur les autres ( PL VI> fig. 18 ). Quand ces fils font un peu gros, huit fils font un faifceau de dix à douze lignes de circonférence, un peu plus ou un peu moins, fuivant la grofleur qu'on veut donner aux flambeaux. Comme ces fils font pliés en deux, les bouts de chacun de ces fils fe rencontrent à une des extrémités de la meche, & les anfes à l'autre.
- On prend fept à huit fils blancs d'étoupe de lin de Guibray, dont on fait un petit écheveau que l’on palfe dans les anfes des fils de la meche ; en doublant ce petit écheveau , l'extrémité de chaque meche fe trouve réunie & terminée par une anfe de feize fils blancs d'environ trois pouces de longueur ; c’eft ce qu'on appelle le Collet du flambeau; ils les lient par paquets (PI. VIJg. 19) ; mais tout cela eft du diftriét du Cordier j car les Ciriers fs Ci ri ER, M
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- donnent rarement la peine de faire de ces fortes de meches.
- Nous rapporterons encore plufieurs particularités fur les meches en parlant des différents ouvrages du Cirier.
- §. V. Maniéré de faire les Cierges à la cuiller.
- Cette opération confifte en général à verfer avec une grande cuiller de la cire fondue, fur les meches qui font alors fufpendues verticalement. Pour exécuter cette opération que je ne préfente ici qu'en gros , il faut établir un infiniment qu'on nomme Romaine.
- §. VI. Defcription de la Romaine aux Cierges.
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- Pour fe former une idée de cet inftrument que l'on voit gravé ( PL V, fig. 2 ) , il faut s'imaginer un cerceau de fer ou de bois C, qui a ordinairement trois pieds de diamètre , & qui eft traverfé en dedans par une croifée qui forme quatre ou fix rayons/qui partant du cerceau vont aboutir à une douille, au moyen de laquelle cette croifée eft percée au centre d'une ouverture d'environ trois pouces de diamètre * qui eft deftinée- à recevoir le petit arbre tournant A, de pareille groffeur, qui eft reçu par en bas dans une crapaudine b, & dans un collet par le haut. Ce petit arbre eft percé dans toute fa longueur de petits trous, dans lefquels on place la cheville f> pour foutenir le cerceau à différentes hauteurs , fuivant la longueur des cierges qu'on veut fabriquer.
- Le cerceau de fer eft ordinairement garni à la circonférence de quarante-huit crochets de fer g > dans lefquels on paffe l'anfe ou le collet des meches : ainfi ilfautferepréfenter un pareil nombre de meches qui pendent tout autour de ce cerceau, & fur lefquels on verfe de la cire fondue. Cette feule ex-pofition doit faire comprendre qu'il faut avoir> à la portée de cette romaine., de la cire en fonte dans un vaiffeau qui puiffe en même temps recevoir celle qui découle le long des meches, fans s'y être attachée. Tout cela s'exécute au moyen d'un fourneau dont nous allons parler.
- §. VII. Defcription de la Caque, de la Plaque 3C de la Poêle
- à Cire.
- Ce fourneau confifte en un grand boiffeau fait de douves cerclées de fer B (PL V, fig. 2), 8c doublé de tôle. On en fait auffi de fer ou de cuivre qui font moins expofés aux accidents du feu. Ce boiffeau A ( PL VIfi fig. 9 ), qui eft de forme cylindrique, & qui n'a point de fond , préfente à un de fes côtés une ouverture C (fig* 9 ) ? faite comme la porte d’un poêle. Aux grandes caques qui fervent pour les cierges , cette ouverture a près de dix-huit pouces en quarré ; mais l’ouverture de celles qui font deftinées à d’autres ouvrages eft plus élevée, & la porte eft par
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- conféquent plus haute que large. On fe fert de cette ouverture pour faire entrer dans le fourneau une poêle B, (fig* 9 ) ou une braifiere de fonte d’un pied de diamètre fur quatre à cinq pouces de profondeur, remplie de charbon allumé ; on l’introduit dans la caque en la foulevant avec des pincettes. Dans quelques petits atteliers , j’ai vu de ces poêles à feu qui étoient de fer battu , & qui avoient une queue comme celle d’une poêle de cuifîne , 8c qui fervoit à les porter dans la caque.
- On a encore une plaque de fer battu ronde B ( PI. VIII> fig. 6 ) , un peu plus grande que la braifiere, & qui porte un manche de fer; elle fert à couvrir en partie la braifiere quand le feu eft trop ardent : c’eft une efpece ; de regiftre.
- Sur les bords de la caque repofe une grande poêle de cuivre rouge D ( PL VII} fig. 9 & 10 ), de quatre à cinq pieds de diamètre par le haut, & de huit pouces dans le fond ; elle a la forme d’un œuf, & eft étamée par écaille h ( PL V1II> fig. 6 ), ou avec des lames d’étain ; elle a des bords relevés de 1 y à 16 pouces de hauteur. Les bords des poêles fervant à faire les cierges, s’élèvent prefque perpendiculairement, afin que la cire qui tombe de haut ne puilfe rejaillir hors de la poêle , & afin que les cierges qui pen^ dent de la romaine puilfent fe trouver fuccefiivement au centre delà poêle ; il y a aux bords deux échancrures, fous lefquelles on place deux plaques de cuivre pour recevoir les gouttes de cire qui pourroient dégoutter des cierges nouvellement faits.
- A la Fabrique des bougies , comme la cire ne tombe pas d’auffi haut , les bords de la poêle forment une elpece d’entonnoir, de forte que cette poêle, avec fes bords, repréfente alfez bien un chapeau rabattu ; car fes bords fore larges forment un plan incliné vers le fond de cette poêle. Pour recevoir la cire qui rejaillit du fond de la poêle, quelques-uns font Amplement l’entonnoir, comme le repréfente D (PL VIIsfig. 9).
- Afin qu’il tombe moins de cire hors de la poêle, il y a au bord une échancrure qui embralfe l’arbre tournant de la romaine : quelquefois ce rebord prend plus d’étendue, & devient plus perpendiculaire du côté du Cirier qui tient la cuiller pour qu’il puilfe approcher de la romaine. Il eft bon qu’il y ait des crochets fixés au-delfous delà poêle, & que ces crochets puilfent entrer dans des pitons attachés à la caque e ( PL VIII, fig. 6 ), pour empêcher que quelque accident ne la falfe glilfer, & que la cire fondue ne foit répandue.
- §. VIII. Maniéré de jetter la Cire.
- On place cette poêle au-delfous du cerceau de la romaine, de forte qu’elle n’embralfe pas plus qu’un quart ou un cinquième de la circonférence de ce cerceau où pendent les meches. Cependant cette poêle refte toujours
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- à la même place, & on ne la tranfporte point; mais en faifànt tourner peu a peu le cerceau de la romaine , on fait enforte que fiicceffivement toutes les meches répondent à la perpendiculaire du centre de la poêle qui doit recevoir la cire qui en découle.
- Tout étant ainlî dilpofé, on met des pains de cire dans la poêle ; on pâlie dans la caque de fous la poele, un brafier rempli de charbons ardents * la cire fe fond peu à peu ; & l’on a grande attention qu’elle ne bouille point, & même qu’il y ait toujours dans la poêle de la cire qui ne foit pas fondue. On réglé la chaleur, foit en couvrant le feu avec une plaque, foit en mettant de nouvelle cire dans la poêle pour refroidir celle qui eft déjà fondue ; car fi elle bouilloit, elle fe delfécheroit, fe roulfiroit, & il fe formeroit une écume qui rendroit le travail défeétueux. Il eft même important de ne donner à la cire qu’une chaleur convenable ; parce que fi elle étoit trop chaude & trop coulante, elle ne s’attacheroit pas alfez aux meches & à la cire déjà figée ; fi au contraire elle étoit trop près de fe figer, elle s’a-mafleroit par grumeaux, & grolfiroit trop le bas des cierges. Il faut donc obferver un certain milieu qui eft connu par l’ufage, & qui confifte, comme je l’ai déjà dit, à faire enforte qu’il y ait toujours dans la poêle un peu de cire qui ne foit pas fondue.
- §. IX. Defcriptïon de la Cuiller.
- La cuiller des Ciriers eft une efpece de gouttière de fer blanc ( PL V, fig. 4 ) emmanchée par le côté & fermée par le derrière : elle fe rétrécit par le devant, & elle porte à fon manche un petit crochet qui fert à l’arrêter fur le bord de la poêle. Les grandes cuillers ont un pied de long , & leur manche 8 pouces ; elles peuvent contenir depuis deux jufqu’à quatre livres de cire ; elles fervent à prendre dans la poêle la cire en fufion pour la jetter fur les meches.
- §. X. Des Coffres à Cire.
- Quand on fait un travail confidérable, il eft bon de porter auprès de la romaine un coffre (PI. VI, fig. 16), dont l’aflemblage foit exa&ement joint : on y met la cire en pains, parce que le Jetteur en doit mettre de temps en temps de nouvelle dans la poêle; & toutes les fois qu’il quitte le travail, il met le couvercle fur le coffre, pour qu’il ne tombe aucune ordure fur la cire.
- §. XI. Maniéré dé faire les Jettées.
- Pour expliquer comment on fait les différentes jettées, fuppofons que le cerceau de la romaine loit garni de meches de trois pieds de longueur. Le .Cirier place ce cerceau ( PL U fg. 2 ) à une hauteur convenable, pour que
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- le bas des meches foit affez près de la poêle où eft la cire fondue ; en-fuite il monte fur un gradin, s’il n’eft pas alfez grand, & fe place de façon que fon épaule foit à peu-près à la hauteur du cerceau ; puis prenant de la main gauche la meche du cierge qu’il veut travailler, & la pinçant entre fes deux doigts tout auprès du crochet où elle eft attachée, il puife avec la cuiller qu’il tient de la main droite, de la cire fondue qu’il verfe fur les meches en commençant à trois doigts du collet, pour que cette partie qui forme le lumignon, ne foit point garnie de cire. Le Cirier fait tomber la cire fondue le plus perpendiculairement qu’il lui eft pofïïble \ & en même temps, il tourne doucement la meche qu’il a laifie de la main gauche, afin qu’elle fe charge de cire également de tous côtés, ôc que le cierge fe forme à( peu-près rond : il paffe fucceftivement d’une meche à une autre, en faifànt tourner la romaine, de forte que toutes les meches éprouvent l’une après l’autre cette opération. Pendant qu’on conduit le jet fur toutes les meches qui garniffent la circonférence de la romaine, celles qui ont été les premières enduites de cire, fe refroidiffent, & elles fe trouvent plus en état de fe charger de nouvelle cire. C’eft ainfî que les cierges prennent peu à peu de la groffeur, mais toujours plus par en bas que par le haut, parce que la cire en coulant du haut en bas du cierge, fe refroidit un peu, qu’elle devient plus gluante, & par conféquent qu’elle s’arrête en plus grande quantité fur la cire déjà figée. D’ailleurs, on ne peut faire un jet au haut d’un cierge , qu’il ne coule de la cire en en-bas . au lieu que les jets qu’on fait par le bas Sc qu’on nomme des quarts, des tierces & des demi-jettées, ne fourniffent point de cire au haut du cierge; cela fait que tout naturellement les cierges prennent la forme conique qu’ils doivent avoir, & qu’ils font toujours beaucoup plus gros par le bas que par le haut. Cette forme néanmoins feroit peu régulière fi le Cirier ne favoit pas porter le jet à différents points de la circonférence, tantôt plus haut & tantôt plus bas, fîxivant la forme que prend fon cierge. On commence ordinairement par donner trois jets dans toute la longueur; le quatrième jet fe donne plus bas, & le cinquième ainfi que le fixieme encore plus bas. (
- Quand les cierges ont acquis à peu-près la moitié du poids qu’ils doivent avoir, on les décroche de la romaine ; on paffe une ficelle aans les collets, & on les accrohe au plancher pour les iaiffer refroidir; car fi l’on continuoit d’y jetter de la cire pour les mettre tout d’un coup à leur grofi. feur, principalement en été, la cire s’échaufferoit au point qu’elle fe déca-cheroit de la meche, & qu’elle tomberoit dans la poêle.
- Pendant que les cierges fe refroidiffent, on en commence d’autres. Si l’on n’étoit point preffé d’ouvrage, il ne feroit que mieux de les confer-ver long-temps en cet état avant de les finir.
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- §. XII. Maniéré de finir les Cierges•
- Lorsqu’on veut finir les cierges, on les remet à la romaine, & on les couvre de nouvelle cire : on jette les dernieres couches, comme on a fait pour les premières ,i ayant foin de donner deux demi-jets par le bas, afin de grofiir le pied: à l’égard du dernier jet, il doit s’étendre de toute la longueur du cierge. Les Ciriers font mettre dans la Cire qui fert à finir, io pour cent de cire corrompue, ( nous expliquerons ce que c’eft ). Leur deffein eft d’empêcher que le deflus des cierges ne fo jafpe, c’eft-à-dire , qu’il ne foit marqué de taches blanches moins tranfparentes que le refte ; ce qui arrive quand l’étuve dont nous allons parler eft trop chaude.
- C’eft encore une adrefle des Ciriers, de lavoir faire les cierges précifé-ment du poids qu’on les demande. Ordinairement quand ils jugent qu’ils font arrivés à ce poids, ils en décrochent quatre ou fix de la romaine pour les pefer un à un; & lorfqu’ils font fotisfaits du poids, ils les décrochent tous pour les mettre étuver.
- Plufieurs Ciriers emploient pour finir leurs cierges de plus belle cire que pour commencer ; mais c’eft une fraude dont ils ne peuvent fe juftifier qu’en difànt qu’ils diminuent proportionnellement le prix de leur cire.
- § .XIII. Ce que cefl qu étuver les Cierges.
- Quand, par toutes les jettées dont nous venons de parler, les cierges font parvenus à leur grofleur, la fuperficie n’en eft pas unie, & elle eft: matte, au lieu quelle doit être luifante. C’eft en roulant ces cierges, qu’on peut leur procurer ce poli. Mais pour bien rouler les cierges, il faut que la cire fe foit raffermie; ou, comme l’on dit, qu’elle ait pris corps: c’eft ce qu’on lui procure en tenant les cierges dans ce qu’on appelle 13étuve ou le lit.
- Les Ciriers arrangent les cierges qu’ils veulent étuver, foit for un lit déplumé, foit for un matelas, entre deux linges blancs, & on recouvre le tout d’une couverture en double ( RL V, fig> iy ) : l’intention eft que la cire fe raffermiffe affez pour pouvoir être roulée ; car fi on la rouloit auftî-tôt après le dernier jet, elle feroit trop molle; fi on la laiffoit fe refroidir à l’air, le deflus prendroit trop de dureté en comparaifon des parties intérieures qui refteroient trop molles ; mais par le refroidilfement lent qui fe fait fous les couvertures, la cire fe raffermit également dans la totalité du cierge. En hiver, lorfqu’il fait bien froid, on eft quelquefois obligé de bafliner le lit, pour prévenir un trop prompt refroidilfement; d’ailleurs, comme il faut du temps pour rouler une certaine quantité de cierges, ils confervent leur chaleur dans l’étuve; & pendant un temps confidérable, ils font en état d’être roulés.
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- Il eft bon, quand on met les cierges dans le lit, de les y arranger les uns fur les autres, de maniéré que le bas d'une moitié de ces cierges foit d'un côté du lit, & que le bas de l'autre moitié foit tourné de l’autre fens, de façon que la pointe de cette fécondé moitié foit couchée fur le pied des cierges qu'on a pofé les premiers; car la chaleur fe confervant plus long-temps vers la partie des cierges qui eft plus épaiffe, elle entretient la chaleur des pointes qui font au-deffus.
- On peut arranger ainfi dans un lit douze à quinze douzaines de cierges.
- A mefure qu'on décharge la romaine, on met les cierges dans le lit; mais on a l'attention de les placer derrière ceux qu'on y a arrangés en premier lieu, pour être en état de retirer du lit ceux qu'on y a placés la première fois.
- §. XIV. Maniéré de rouler les Cierges.
- Cette opération le fait fur une grande table de noyer exactement dreffée & bien polie ( RL V, fig. y ); & l'on fe fert d'un inftrument b qu'on nomme Platine ou Rouloir. Les tables les plus longues font les meilleures : elles doivent avoir trois ou quatre pieds de largeur ; & comme il eft difficile de trouver des planches de cette largeur, on conftruit ces tables de deux planches ; mais il faut que celle de devant porte au moins dix-huit pouces de large. On place cette table dans le laboratoire, vis-à-vis une fenêtre. Chez M. Trudon, plufieurs de ces tables font recouvertes de bois de gayac rapporté par un Ebénifte ; comme ce bois eft plain, & qu'il fe polit parfaitement, la cire en devient plus brillante.
- On met fur cette table une petite cuvette de cuivre étamée d remplie d’eau, pour mouiller de temps en temps l'endroit de la table où l'on travaille.
- Le rouloir (fig. 14) n'eft autre chofe qu'une planche de noyer bien polie & épaiffe de trois pouces vers le milieu : il porte en deffius deux poignées pour le manier commodément. Ceux dont on fe fert le plus communément, ont environ un pied ou quinze pouces de longueur, fix, fept ou huit pouces de largeur, 8c cinq lignes d'épaiffeur vers les bords qui forment un bizeau.
- Lorfque les Ciriers veulent rouler les cierges, ils en tirent deux ou quatre de deffous la couverture; ils en prennent un qu'ils couchent fur la table devant eux (jig. y ), & pofint le rouloir deffus, ils le pouffent & le rap-pellent à eux pour faire prendre au cierge une forme bien ronde & bien régulière. Ce travail ne paroît pas difficile; néanmoins il faut de l'ufige pour connoître quand la cire a pris la confiftance convenable pour être bien roulée, 8c pour que dans les différentes reprifes du rouloir, il ne fe faffe point de reflàut. Celui qui fait bien manier le rouloir connoît, à la feule pofîtion de fon inftrument, les défauts des cierges qu'il roule; & il fait y remédier fins qu'on s'en apperçoive, en appuyant plus d'un côté que
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- d'un autre; au lieu qu'un Ouvrier moins expérimente en augmenteroit le défaut, & gâteroit tout. Pour peu qu’il y ait de faletes lur la table ou fous le rouloir, la cire s'y attache; ainfi il faut tenir lun & 1 autre bien nettoyés. On mouille de temps en temps la table 8c le rouloir pour prévenir l'adhérence de la cire ; c'eft pour cela que le Cirier tient près de lui le petit vaiffeau d rempli d'eau, qu'il jette avec la main fur la table & fur le rouloir. Par cette opération les bougies ainfi que les cierges prennent une forme régulière, 8c acquièrent tout le brillant qu on peut defirer.
- §. XV. Comment on coupe les Cierges de longueur.
- Quand les deux ou quatre cierges qu on a tires de 1 etuve font exaéte-* ment ronds, on les pofe à côté les uns des autres fur la table, de forte que tous les colets fe répondent, & on les rogne tous à la fois avec un couteau de bois (PLF, fig. io & il ), pour qu'ils foient d'une égale longueur 8c que leur bafo foit plate. Ce couteau qu on nomme Couteau à rogner, eft d'environ dix à douze pouces de longueur, de trois à quatre pouces de largeur, & d'un pouce d'épaiffeur vers le dos, il fe termine par un tranchant; on le fait dun bois plain & dur ; il a un manche de quatre à cinq pouces de longueur : fur le dos de ce couteau eft gravé le cachet de la Manufacture. On coupe les cierges en les faifant rouler; fur la table fous le tranchant du couteau.
- §. XVI. Maniéré de percer les Cierges.
- Après avoir roulé 8c coupé les cierges de longueur, il ne refte plus , pour les finir, qu'à faire le trou ou douille dans laquelle doit entrer la broche du chandelier. On fait ce trou avec des broches de bois bien pointues (PL F> fig. 12), dont la longueur & la groffeur font proportionnées à la grandeur des cierges. Ces broches font faites fur le tour, & ont un manche ou une poignée. Un Cirier doit être aflorti de ces broches, & en avoir depuis quatre pouces jufqu'à deux pieds de longueur, & depuis quatre lignes de diamètre par le gros bout jufqu'à deux pouces. On commence le trou avec le bout du doigt; puis prenant la broche de la main droite par fon manche, & le cierge étant couché for la table 8c affujetti fous le plat de la main gauche, on enfonce cette broche bien droite, tournant un peu le cierge, & en allant & revenant avec la main gauche qui doit appuyer deffus ( PL F >fig. 6). Les Ouvriers mal-adroits crevent quelquefois la cire; mais les bons Ouvriers fentent avec leur main gauche, fi la broche fe porte trop d’un côté ou d'un autre, & ils y remédient. Quand la broche eft entrée de cinq à fix pouces ou plus, fuivant la groffeur du cierge, on la retire, à moins qu'on ne voulût faire des empreintes fur le gros bout du cierge, comme nous le dirons ailleurs; mais ordinairement
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- l'Ouvrier laiiTe la broche dans le cierge, & retournant le couteau à rogner furie dos duquel eft gravée la marque de la Manufacture, il le mouille & l'appuie fur le cierge vers la partie où eft la broche, 8c il y imprime cette marque en le failànt tourner; pour lors le cierge eft réputé fini, 8c l'Ouvrier le pofe au fond de la table. Ordinairement un Ouvrier eft chargé de tirer les cierges de l’étuve, & de les rouler pendant qu'un autre s'occupe à les rogner, les percer, & à y imprimer la marque du Cirier, & à les mettre en paquets.
- §. XVII. Comment on met les Cierges en Paquets.
- Quand fix ou huit ou douze cierges font finis, fi ce font des cierges d’un quart, on les réunit avec une ficelle qu'on pafle dans leur collet, 8c on les pend par cette ficelle à des crochets au plancher, pour que la cire fe refroidifle & qu'elle fe raffermifle : lorfqu'ils font froids, on les paffè dans une balance dont un des plateaux eft fait en gouttière, pour vérifier fi les douze pefent trois livres: fi le poids eft foible, on retire du paquet le cierge le plus menu pour y en fubftituer un plus fort.
- On pefe les cierges dans un plateau fait en gouttière, afin qu'ils né fe plient pas; & on ne les pend pas au crochet de la balance, parce qu’il eft bien plus aifé de tirer un cierge de la gouttière 8c d’y en fubftituer un autre, que de les décrocher & les racrocher plufieurs fois.
- Quand les douze cierges font à leur poids, on les expofe à l'air en les attachant par le collet à des clous à crochet, le long des barres de bois ou de fer: fi on les couchoit fur les toiles, comme les bougies, ils fe cour-beroient, vu leur longueur, & qu'ils font menus : dans cette pofition ils prennent un peu de blanc , à - peu - près comme s'ils étoient fur les toiles; quand ils font refroidis, on les frotte avec un linge, & on les enveloppe dans des feuilles de papier qu'on alfujettit avec de la ficelle. Si l’on ne doit pas les tranfporter bien loin, on les met dans des boîtes de bois en forme de gouttière, qu'on nomme Etuis à Cierges, auxquels on ajufte des bretelles pour les charger fur le dos. Si les cierges doivent être livrés au loin, on les emballe dans des caiffes que l’on garnit de papier
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- gris.
- §. XVIII. Remarques fur la façon de jetter les Cierges fort longs.
- Lorsque les cierges font fort longs, quelque taille avantageufe qu'eût le Cirier, il lui feroit impoftible de les jetter feul. Comme il doit s'élever plus haut que le cerceau de la romaine, il ne lui feroit pas poftîble de puifer la cire fondue dans la poêle ; il eft donc obligé de s'élever fur un gradin {PL V, fig. 2 ) qui eft ordinairement formé de deux fortes planches a fie râblées à angles droits ; & dans l'angle rentrant de ces deux planches, il y Cirier. O
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- a une tablette triangulaire qui repofe fur les taffeaux qu'on peut pofer à telle hauteur que l'on veut. Le Cirier s’étant aflfez élevé pour pincer la me-che au collet, & pour faire fon jet, il fe fait aider par un garçon qui puife la cire dans la poêle, Sc la verfe dans la cuiller que le Cirier tient à la main. On a quelquefois jetté à la cuiller des cierges affez longs pour qu’on ait été obligé de placer trois ou quatre Ouvriers à différentes hauteurs ; mais ces grands cierges fe font ordinairement à la main , comme nous allons le dire.
- §. XIX. Maniéré défaire les Cierges à la main. •
- L a plus grande partie des cierges fe fait à la cuiller, comme nous venons de l’expliquer ; il n’y a que des cierges fort grands, que l’on ne peut faire qu’en enveloppant la meche avec de la cire attendrie : c’efl: ce qu’on appelle faire des cierges a la main ; & comme de cette façon on en peut faire de toutes elpeces, & que la cire a même un œil plus blanc, quoiqu’un peu plus mate qu’à ceux qui font jettés, je vais expliquer comment fe fait ce travail : j’obferverai, en finiffant, que les cierges à la main fe rompent bien plus aifément que ceux qui font jettés.
- §. XX. De la difpofition des Meches des Cierges à la main.
- Quand on veut fabriquer des cierges de moyenne groflfeur, on fait les meches avec moitié fil de Cologne & moitié coton ; parce que, comme on le verra dans la fuite, les meches des cierges qu’on fait à la main fatiguent plus que celles qu’on fait à la cuiller ; 8c c’efl: pour cette raifon, que quand on fait à la main de fort grands cierges, les meches font entièrement de fil de Cologne. On attache un bout de ces meches à un crochet foellé dans la muraille, à deux pieds & demi ou trois pieds au-defîus du terrein ; c’efl: cette extrémité qui doit répondre au gros bout du cierge. On paife le collet ou l'autre bout de la meche qui doit former le lumignon, dans un autre crochet attaché à un corps pelant, afin qu’on puilfe aifément tendre plus ou moins la meche, en éloignant ou en rapprochant de la muraille le poids auquel la meche répond, on a aufli attention que cette extrémité de la meche qui doit répondre au même bout du cierge, foit plus baffe que J autre: quelquefois on fait tenir ce bout par un Ouvrier.
- §. XXL Comment on attendrit la Cire pour la difpofer à être
- appliquée fur la Meche.
- Pendant que le Cirier ajufte la meche, comme nous venons de le dire, il fait tiédir ur^e certaine quantité d’eau dans une poêle cylindrique & couverte : en entretenant l’eau à ce degré de chaleur, il y met de la cire qui s’y attendrit làns fe fondre. Cette cire s'attendrit en effet peu à peu , mais
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- inégalement ; la fuperficie étant fouvent trop tendre pour pouvoir être employée commodément, & la cire intérieure trop ferme : fi cependant on vouloit attendrir fuffifamment cette cire intérieure, celle du deffus qui eft déjà trop tendre, tomberoit en fufion. C'eft pour cette raifon que les Ci-riers emploient un autre moyen pour donner à la raaffe de leur cire une fouplefle uniforme. Ils tirent de la poêle couverte environ deux livres de cire; ils la pétrifient entre leurs mains feulement, pour réunir les pains , qu'ils remettent dans l’eau pour les attendrir encore avant de les paflfer fur la Broie dont nous allons parler.
- §. XXII. De la Broie, SC de fon ufage pour écacher la Cire.
- On ajufte fur une table un étrier quarré de fer plat, terminé par deux anneaux qui entrent dans deux crochets fermement attachés au-deffus de la table, au moyen de deux écrous qui fe viflent par-defifous la même table. Ces boulons qui portent à un de leur bout une vis , & à l’autre un crochet, ont environ cinq pouces de longueur; l'étrier qui s'accroche dans les boulons, reçoit l'extrémité d'un bout de membrure de trois pouces de largeur fur deux pouces & demi d'épaifleur, & qui conferve les mêmes dimenfions jufqu'au bord de la table où la membrure diminue de largeur ainfi que d’épaifleur, & où elle eft arrondie pour pouvoir être facilement empoignée 5 cette membrure qu'on nomme la Piece à broyer, a, par le moyen de l'étrier, un mouvement de charnière qui permet de l'éloigner ou de la rapprocher de la table; toute cette machine fe nomme la Broie ( PL VI, fig. 3 ) : en voici l'ufage.
- Au fortir de la chaudière, on met la cire attendrie fous la broie, on la pétrit à force de bras jufqu'à ce que toute cette mafle ait une fouplefle uniforme , & qu’on n'y fente, en la maniant entre les doigts, aucune portion de matière plus dure que le refte, ou quelques durillons. La cire ainfi préparée fe nomme Cire écachée, qui fert à faire les cierges à la main.
- Nous avons dit plus haut qu'on met dans la cire qui eft deftinée à finir les cierges, environ dix pour cent, d'une cire préparée, qu'on nomme Cire corrompue. U eft temps d'expliquer comment fe fait cette elpece de
- cire.
- §. XXIII. De la Cire corrompue.
- Pour corrompre la cire, on met des pains de cire écachée dans l'eau 8c dans la même chaudière qui a fervi pour faire la cire écachée : on couvre cette chaudière de fon couvercle, & on laifle cette cire dans l'eau chaude jufqu à ce qu’elle foit prête à fondre ou réduite à l’état d'une bouillie fort épaifle ; alors comme elle eft trop molle pour pouvoir être prife avec les mains, & que d'ailleurs les Ouvriers rifqueroient de fe brûler, on en
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- retire environ dix ou douze livres avec une écumoire, & on laverfe fur une table dont le deftus eft percé d'un nombre de trous, & recouverte d’une toile claire tendue & attachée autour de cette table avec des clous. Les trous de la table fervent à égoutter l'eau qui tombe à bas : on pétrit avec les mains cette cire pour lui faire rendre le refte de fon eau, & on finit par en former des pains d'environ deux livres, qui, en fe refroidiflànt, prennent de la dureté.
- La cire corrompue relfemble, quand elle eft molle, à dû fromage blanc : v elle a perdu fà duéliiité, ou, comme l'on dit, fon corps : il eft impofïï-ble, en la manipulant, d'en pouvoir faire aucun ouvrage ; mais elle eft d'une blancheur à éblouir. Cette cire n'eft plus duélile, parce que par l'opération que nous venons de décrire, elle renferme, entre fes parties, une petite quantité d'eau; ce qui fe prouve, parce quelle augmente un peu de poids : quand on la fait fondre avec d'autre cire, le bain femble du lait, & l'on trouve toujours un peu d'eau au fond de la poêle. Lorfque ces pains de cire corrompue font refroidis, ils reffemblent à de la craie; & c'eft dans cet état qu'on les conferve à l'abri de la poufîîere, jufqu'à ce qu'on en ait befoin pour les mêler avec la cire qu’on fait fondre pour jetter des cierges.
- Je reviens à la cire écachée pour décrire la maniéré d'en faire des cierges à la main.
- Il faut être prévenu qu'au fortir de la broie, on remet la cire dans de l'eau tiede, pour qu'elle ne fe durciiïe pas, & qu’elle s'entretienne trè$-duélile; mais il ne faut pas que cette cire foit trop chaude, de peur quelle ne devienne dans l'état des cires corrompues.
- §. XXIV. Maniéré d'employer la Cire attendrie.
- Pour faire ufàge de cette cire préparée, on en tire un morceau de l'eau tiede; on le manie encore dans les mains, jufqu'à ce qu'elle foit bien duétile; on la pétrit enfuite dans un linge blanc ( PL VI, Fig. y ) pour la refluyer & en tirer les gouttes d'eau qui y font reftées enfermées ; & en continuant de la manier entre les mains, fi l'on doit faire de petits cierges, on en forme une efpece de gouttière de 6 ou 8 pouces de longueur, dont on enveloppe la me-che qui eft tendue, comme nous l'avons dit ( PL VI,Jig. 6) ; & commençant par garnir le bout le plus élevé qui doit faire le pied du cierge , on pétrit cette cire avec les deux mains ; on l'étend fur la meche qu'on décroche pour rouler la cire entre les deux mains; & lorfque le cierge a acquis fa forme & fa grofleur, & que la meche eft fuffifamment chargée de cire, on met les cierges fur la table, & on les roule comme ceux qui font jettés à la cuiller; on les perce de même avec une broche, dont la grandeur eft proportionnée à celle du cierge: les plus grofles broches n'excedent gueres un pouce de diamettre; elles n'entrent dans le cierge que de 8 à io pouces.
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- Pour les cierges de moyenne groffeur, les Ciriers prennent à la fois la quantité de cire qu'il faut pour les former; mais comme il feroit bien difficile de fabriquer les gros cierges, tel qu'un Cierge Pafcal, en appliquant la cire fur la meche tendue, parce que le poids de la cire feroit rompre la meche, on prend la totalité de la cire qu'il faut pour faire un pareil cierge ; on la pétrit, & on l'étend fur une table comme une pâte ; on lui donne à-peu-près la forme du cierge ; on place la meche dans une rainure qu'on fait dans cette cire ; on la recouvre ; on forme enfuite le cierge ; on le roule, & on fait les pans comme nous le dirons lorfque nous parlerons de ces fortes de cierges.
- Il eft à propos de remarquer que pour que la cire ne s’attache pas aux mains , il faut les frotter de temps en temps avec de l'huile ou du fain-doux, quoique cela diminue un peu de l'éclat de la cire qui, fans cela, feroit plus blanche que celle qu'on auroit jettée à la cuiller. /
- On appelle ce travail tirer oufiler un cierge ; parce qu'effeélivement quand les cierges font petits , on roule la cire entre les mains pour l'alonger & faire la pointe plus menue.
- On peut faire des cierges à la main depuis le poids de quatre onces jufqu'à trente & quarante livres.
- §. XXV. Cierges de Pâques.
- L e cierge pafcal fe fait à la main , comme on vient de le dire ; & lorf-qu'ii a été roulé & percé, un Ouvrier prend un couteau dont le tranchant eft un peu arrondi, & l'appuyant fur toute la longueur du cierge , il forme dans le contour fix pans, fur chacun defquels il tire des filets, & y imprime divers ornements , en obfervant que, fuivant le Rituel du Diocefe de Paris, il doit y avoir une croix fur un de ces pans.
- L'Ouvrier fe fert d'un petit Gravoir pour tracer deux filets fur chaque pan, dans toute la longueur du cierge.
- Pour imprimer les ornements, l'Ouvrier fie fert de cachets de buis , fur lefquels font gravés différents ornements, & il fait choix de ceux qui conviennent le mieux à la groffeur du cierge : après les avoir un peu mouillés , il les applique avec la main fur le cierge.
- Pour faire la croix, on fe fert d'un gravoir lin peu plus gros que celui qui a fervi pour les filets; on forme avec le gravoir une profonde cannelure fur le milieu d'un des pans du cierge ; enfuite avec un gravoir plus petit on trace une cannelure plus étroite aux deux côtés de la première ; puis appuyant le gravoir de côté fur la cire qui eft entre la grande & la petite cannelure, il forme un gaudronnage tout du long ; au lieu de gaudron-ner les deux côtés de la croix, on peut pincer la cire qui eft entre la,grande & la petite cannelure pour y former une efpecè de feuillage aveç des
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- pinces de bois dont les bouts font arrondis & concaves ; enfiiite avec le même gravoir, l’Ouvrier fait un trou au haut & au bas de la cannelure ; à cinq ou fix pouces au-deiîbus du trou d’en haut , il en forme un troifie-me fur les deux pans ; Sc à côté du trou du milieu, il en fait deux autres pour former la croix : c eft dans ces cinq trous que Ton met les clous d’encens.
- §. XXVI. Maniéré de faire les clous d'encens.
- Les clous d’encens font des morceaux de cire figurés à quatre faces pointues ou en pyramide par le devant, & dont la bafe quarrée de la pyramide doit être tournée du côté du cierge : au-deffous eft une pointe pour entrer dans les trous de la croix. On les appelle Clous ou Grains d!encens , parce qu’on mêle avec cette cire de l’oliban ou encens ; comme 'cet alliage noircit la cire, on eft dans l’ufage d’y appliquer extérieurement des feuilles d’or.
- Avant d’ôter la broche qui perce le pied du cierge, on imprime , fi l’on veut, des ornements, ou l’on forme des moulures fur les faces plates ; enfin on lie au gros bout un ruban de fil, après quoi on coupe avec le couteau de bois le bas de ce cierge tout auprès du ruban ; on retire enfiiite la broche , & le cierge eft fini. Le ruban de fil ou de padou, dont on vient de parler, fortifie beaucoup le pied du cierge, & empêche que la cire ne s’éclate quand on place le cierge fur le chandelier.
- Nous avons dit que pour travailler les cierges à la main , l’Ouvrier fe frottoit les mains avec un peu d’huile bien nette ou avec du fain-doux , on graiffe pareillement la table, le rouloir, la broche &les cachets ou moules qui fervent pour les ornements, afin que la cire ne s’attache pas aux corps qui la touchent.
- -On fufpend par le collet les cierges qui font finis, afin qu’ils fe refroi-diffent, & que la cire fe raffermiffe ; enfin on les enveloppe dans du papier comme ceux qu’on a jettés à la cuiller.
- % XXVII. Des Cierges tortillés.
- Ces cierges font plus chargés d’ornements que les autres ;& il n’y a que quelques Confrairies qui en faifent ufàge.
- Pour faire un cierge tortillé , on prend un cierge ordinaire ; & lorfqu’il eft roulé & percé, l’Ouvrier le retourne & porte le gros bout vers fa
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- .main gauche; puis prenant delà droite le gravoir, il en appuie le bout à quatre ou cinq pouces de diftance du bout percé, & pouffe une cannelure jufqu’à la pointe du cierge, ce qu’il exécute en appuyant le gravoir, & en le conduifànt de gauche à droite avec fes deux doigts qu’il fait gliffer le long du cierge. Il trace de cette façon fix cannelures autour du cierge; &
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- lorfqu’elles font tracées , il repaffe le gravoir plufieurs fois dans chacune d’elles y jufqu’ à ce que la largeur & la profondeur foient proportionnées à la grofleur du cierge ; enfuite prenant des deux mains ce cierge cannelé , il divifè en trois la portion ou font les cannelures ; il tourne enfuite de gauche à droite le premier tiers cannelé ; puis de droite à gauche le fécond tiers 5 enfin de gauche à droite le troifieme tiers ; il remet le cierge fur la table , & le roule avec fes deux mains feulement pour le redrefTer,, après quoi ill’expofe à l’air pour le fécher & l’empaqueter comme les autres ( PL VIII,fig. 11 ).
- §. XXVIII. Cierges à plufieurs branches.
- Il y a des cierges à plufieurs branches fortant d’une même tige percée pour être placés fur un chandelier ; & d’autres qui ne font point percés > mais qui portent un pied fur lequel on peut les pofer.
- Pour faire ces fortes de cierges ( PL V>fig. 9 ), on prend trois cierges de même longueur , après qu’ils ont été roulés & rognés, mais avant qu’ils foient percés ; on les arrange à côté les uns des autres ; on en met deux fur la table, Sc un troifieme par deffus ; on les lie avec un ruban de padou blanc vers le point b , c’eft-à-dire, à quatre ou cinq pouces du bas a, ou l’on attache pareillement un ruban.
- Les cierges àinfi liés > on les applatit un peu entre les deux ligatures a, b ; on les foude les uns aux autres , & on perce le tout comme les cierges ordinaires ; enfuite on les courbe au~deflus de la ligature d’en haut b, pour les ranger en forme d’éventail ou en triangle.
- On fait de ces cierges pour les Eglifes qui fuivent le rit Romain, & où l’on emploie un cierge triangulaire pour la bénédiélion de l’encens qui fe fait le Samedi Saint.
- Comme la partie a b eft formée de trois cierges, elle eft cannelée, Sc ordinairement on tortille cette portion du cierge ; outre qu’elle en devient plus agréable > les cierges fe trouvent plus fortement réunis. On peut faire ces fortes de cierges en éventail > à trois, cinq & fept branches, & même à un plus grand nombre > fi l’on veut, en leur donnant une courbure fuffifànte pour qu’ils foient étagés.
- §. XXIX. Cierges à branches SC à pieds.
- L e nombre de branches de ces cierges eft à volonté ; car on en met de-* puis trois jufqu’à vingt-cinq ou trente. Pour les façonner, on prend le nombre de cierges que l’on veut ; Sc quand ils ont été roulés & rognés, on les arrange à côté les uns des autres , foit en triangle , foit en rond ; on les lie enfuite avec un ruban à la hauteur d’environ fix pouces du bas^ & l’on met une fécondé ligature à quatre ou cinq pouces au-defîus de la première ; puis recourbant un certain nombre de cierges au-deffous de la
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- première ligature on en forme un pied qui, pour l’ordinaire, efl: rond. Lorlque le nombre des cierges liés enlemble excede celui de huit ou dix y qui fuffit pour former le pied, on coupe le furplus. Le pied ainfi arrangé , on courbe les mêmes cierges au-deffus de la ligature d’en-haut, & on leur donne telle forme que Ton veut. Cette efpece de cierge ne fe fait que de commande, Sc pour quelque dévotion particulière.
- §. XXX. Des Pointes.
- La pointe efl: un cierge autour duquel on n’imprime point la marque de la Manufaélure, parce que fon ufàge efl: d’être placé au haut d’une fouche, telle que l’on en voit communément fur les autels de plusieurs Eglifes.
- On ne met point de marques à ces pointes, parce que, comme elles doivent être placées au haut d’une fouche pour repréfenter un gros Sc grand cierge, il feroit défàgréable à la vue d’y appereevoir les imprellions qu’on met ordinairement aux pieds des cierges.
- Lorfque ces pointes font bien faites Sc percées fur la grolfeur de la douille de la fouche ; les deux enfemble paroiffent ne faire qu’une feule piece Sc un grand cierge.
- Je parlerai à la fin de l’Article fuivant de la façon de faire des fouches de différentes efpeces.
- §. XXXI. Maniéré de faire les Bougies d’appartement.
- Les bougies d’appartement, ou chandelles de cire, fe font à la cuiller à-peu-près comme les cierges *, ainfi nous nous bornerons à faire appereevoir la différence qu’il y a entre ces deux opérations.
- §. XXXII. Defcription des Cerceaux pour jetter les Bougies.
- E n place de la grande romaine ( PL fig. 2 ), dont nous avons donné la defcription, on fe fert de cerceaux de bois (fig. 3 ) femblables aux cercles des futailles. On leur donne environ fix pieds de circonférence pour leur faire porter quarante-huit bougies : ces cerceaux font fufpen-dus affez près de terre, par une croifée de cordes qui fe réunit à une feule 9 laquelle efl: attachée au crochet de la romaine.
- Dans les atteliers où il y a des cordes attachées aux folives au-deffus de la poêle, & au bout defquels il y a des anneaux, on y accroche les cerceaux ; mais il efl plus commode de fe fervir d’une romaine ( Pl. VIII, fig. y ).
- Cette romaine efl compofée d’une piece de bois qui defeend duplancher^ au bout de laquelle efl affemblée une autre piece en forme de £renverfé, qui porte des anneaux, dans lefquels on paffe les crochets attachés au bout de la corde qui fupporte les cerceaux. Au moyen de cet ajuftement les / cerceaux
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- cerceaux ont moins de branle que s’ils pendoient à une longue corde attachée à un plancher trop élevé. Pour rendre ce T renverfé qu’on nomme Romaine à bougies > plus commode, il faut que la traverfe qui reflemble au fléau d’une balance, puifle tourner horizontalement ( PL VIII,fig. y ).
- Quelques-uns de ces cerceaux^ ( PL V,fig. 3 ) font garnis à leur circonférence de crochets plus petits que ceux qui font à la romaine ( PL V/ Jlg. 2 ) Pour ^es cierges 5 d’autres e ( PL V> fig. 3 ) qui ne font point garnis de crochets, font percés à leur circonférence de quarante-huit petits trous éloignés les uns des autres d’environ un pouce & demi : on pafle dans chacun de ces trous un bout de ficelle d’environ quatre pouces de longueur , retenu par un nœud dans le trou du cerceau : on verra dans la fuite que dans certaines circonftances ces ficelles tiennent lieu de crochets ; dans ce cas on aflîijettit les meches aux ficelles avec un peu de cire’.
- Au moyen des cordes b b (PL V, fig. 3 ) qui fufpendent les cerceaux a a> on les établit immédiatement au-defTus d’une poëleg' qui eft à-peu-près fem-blable à celles qui fervent pour jetter les cierges ; mais on a l’attention qu’il n’y ait que quatre à cinq pouces de diftançe depuis le bas des meches juf. qu’aux bords de la poêle, qui doit être aflez grande pour que la cire qui découle ne puifle tomber dehors j c’eft pour cela qu’il eft bon que le bord foit relevé du côté du Jetteur, afin qu’il puifle atteindre plus commodément aux bougies.
- Quand la caque fur laquelle la poêle eft placée * eft de tôle, il eft bon de mettre quelques planches du côté du Jetteur, pour garantir fes jambes d’être brûlées c ( PL VIII, fig. 6 ).
- Dans la Vignette de la Planche V, le Jetteur de bougies eft repréfenté aflîs ; mais la plupart travaillent de bout, & avec raifon ; car il eft bien difficile qu’un homme aflîs , & qui eft obligé de tenir le colet des bougies de fà main gauche , puifle manier commodément la cuiller avec la main droite.
- Quand on jette debout , il faut que la poêle, & par conféquent la caque foient plus élevés que lorfque l’on jette les cierges ; & comme la poêle eft pofée fur une caque haute, le charbon fe trouveroit trop éloigné du fond de la poêle, & il n’agiroit pas aflez fur la cire , fi l’on n’élevoit pas la brai-fiere par le moyen de la roulette.
- [§. XXXIII. Defcription de la Roulette.
- L a roulette eft une grande plaque de tôle d’environ 3 pieds de long fur un pied de large : elle eft garnie d’un rebord fur les deux côtés qui forment fa longueur , & encore au bout qui entre au fond de la caque : le bout de devant eft fans rebord ; mais il y a une main & deux pieds de fer , de même hauteur que deux barreaux de fer horizontaux placés dans la caque, en forme de chevrettes, & fur lefquels coule la plaque de tôle. Il faut donc ClRIER. Q
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- fe repréfênter qu’on tire la plaque de la roulettte hors de la caque qu’on pofe deffus la braifîere , &qu en pouffant la plaque de tôle , comme elle gliffe fur les barres qui fupportent la roulette , elle entre aifément dans la caque* où les pieds de la plaque la foutiennent par-devant. Je crois qu’on nomme cet inftrument Roulette, parce que cette plaque étoit autrefois foutenue fur des roulettes, comme les poêles roulants ; mais on a trouvé plus commode dans la fuite de fupprimer ces roulettes * & de faire couler la plaque^ PL VIH
- §. XXXIV. Maniéré de tremper les Meches.
- U N Ouvrier met la braifîere dans la cheminée du laboratoire ; il la remplit de charbon , 8c pendant que ce charbon s’allume , il place la caque à portée de la romaine, 8c emboîte la poêle à cire fur cette caque , au bas de laquelle eft la roulette qui s’appuie d’un bout fur les tringles de fer, & de l’autre fur les deux montants qui fervent de pieds.
- Lorfque le charbon eft allumé, l’Ouvrier prend unepincette, la paffe fous la poêle à feu pour l’enlever 8c la porter fur la roulette qu’il pouffe, dans la caque; pour lors le feu fe trouve fous la poêle à cire , dans laquelle il met des pains. Pendant ce travail, 8c en attendant que la cire foit fondue, un autre Ouvrier retire de l’étuve une baguette garnie de meches, 8c après les avoir arrangées fur une feuille de papier , il les accroche dans le pourtour des cerceaux à crochets.
- Lorfqu’il y a affez de cire fondue dans la poêle, un Ouvrier paffe le crochet du cerceau dans un des anneaux attachés à la romaine qui eft au-deffus de la poêle ; puis prenant avec la cuiller de la cire en fufion , il donne un jet fur chaque meche en la tournant avec deux doigts de la main gauche ; puis faifànt tourner le cerceau avec le troifieme doigt de la même main, il fàilit une autre meche, 8c celle qu’il couvre actuellement de cire, eft toujours fufpendue au milieu de la poêle ; par ce moyen, il ne perd point de cire. Lorfque la derniere meche d’un cerceau eft couverte, il le laifle un inftant pour donner h temps aux dernieres de s’égoutter ; après quoi en tournant le fléau de la romaine bout pour bout, le cerceau dont les meches ont été trempées, ( c’eft-à-dire , couvertes de cire) fe trouve hors de deffus la poêle, un autre vient prendre la place du premier au-deffus de cette poêle. Comme il y a autour de ce cerceau des meches accrochées , l’Ouvrier qui tient la cuiller recommence à jetter de la cire fur ces nouvelles meches ; & pendant ce temps, un autre Ouvrier enleve de la romaine le cerceau dont les meches ont été trempées , & il en fubftitue un autre garni de meches qui fortent de l’étuve. Ces deux Ouvriers continuent ainfi leur travail, tant qu’il y a des meches à imbiber de cire.
- C’eft cette opération qu’on appelle tremper des meches ; 8c afin que les Ouvriers ne perdent point de temps, il eft bon qu’ils foient au nombre
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- de trois ; le premier accroche les meches aux cerceaux ; le fécond jette de la cire defliis; Sc lorfqu'il a retourné la romaine, le troifieme décroche le cerceau, en remet un autre à la place , garni de meches ; enfuite il décroche celles qui ont été trempées, & les arrange fur une table*
- On trempe les meches afin de contenir les brins qui les compofent, Sc pour empêcher qu'ils ne fe dérangent lorfqu'on les manie : quelques Ciriers^ avant d'accrocher les meches ; prennent foin de les frotter avec de la cire fort attendrie ; d'autres fe contentent, quand elles font accrochées , de les prêt-fer, les unes après les autres , entre deux doigts qu’ils font couler dans toute la longueur de la meche ; mais la plupart donnent le premier jet dont nous venons de parler , avec de la cire fort chaude, pour qu'elle pénétré mieux les meches.
- On doit laiffer au haut des meches un pouce & demi de coton net de cire pour placer le Ferret Sc ménager le lumignon.
- Quand les meches trempées font refroidies fur la table où on les a mifes au fortir des cerceaux, on les enveloppe dans du papier pour en former des paquets qui contiennent jufqu'à cent livres de bougies, Sc Ton enferme ces paquets dans des armoires pour les garantir de la pouffiere. .
- §. XXXV. Mettre les Meches en Ferret. v
- Quand les meches ont reçu les premiers jets, ou quelles ont été trempées , il faut garnir la partie qui doit former le lumignon avec de petits tuyaux coniques de fer blanc b (PL V, fig. 7 ), qu'on nomme Ferrets ; leur ufage eft d'empêcher qu'il ne tombe de la cire fur cette partie de la meche qu'on nomme le Collet.
- Pour ferrer les meches, on pafle dans l'anfè ou le collet un fil de laiton qui porte un crochet ; cet inftrument fe nomme Aiguille ; d'autres , au lieu de cette aiguille, fe contentent de paffer dans l'anfe du collet un fil retors ou une ficelle menue qui, étant palfée dans le ferret, fert à y introduire le collet de la meche : de forte qu'après cette opération on croiroit que les meches font ferrées, ainfî que le bout d'un lacet. Il eft à propos d'expliquer plus en détail à quoi fert ce ferret, Sc pourquoi on n'en met point aux meches des cierges.
- Il eft convenable que les bougies foient terminées par un lumignon de coton qui excede la cire ; fans cette précaution , on auroit la même peine à allumer les bougies, qu'on éprouve quand on veut allumer une bougie dont la meche eft confumée jufqu'au raz de la cire ; le ferret eft deftiné à empêcher la cire de couler fur cette partie de la meche qu'on veut laiffer à découvert. Quand on a jetté les cierges , on n'a éprouvé aucune difficulté à conferver le bout des meches net , parce qu'on jette les cierges en entier, le petit bout en haut ; mais cette façon de jetter, qui
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- convient pour les cierges auxquels on veut donner une forme conique, ne vaut rien pour les bougies qui doivent être cylindriques : li on les jettoit en entier d’un même fens, il feroit bien difficile, pour ne pas dire impoffi-ble , de ne les pas faire beaucoup plus groffes par le bas que par le haut ; nous en avons donné la raifon en parlant de la façon de jetter les cierges, où nous avons dit que la cire qui fe refroidit aufli-tôt qu’elle eft jettée, s’accumule en plüs grande quantité au bas du cierge qu’au haut; cette même raifon oblige de jetter les bougies d’appartement qui doivent être cylindriques ^ moitié du bas de la bougie au collet, & moitié du collet au bas de la bougie : ori? dans le premier cas, toute la longueur de la meche le couvriroit de cire fi on ne l’empêchoit pas de s’attacher fiir ce qui doit faire le lumignon. Autrefois on fe contentoit d’envelopper ce bout de meche avec du papier > 8c cela fuffifoit ; mais comme on perdoit un peu de cire qui reftoit adhérente au papier y & qu’il reftoit aufll quelquefois un peu de papier attaché à la meche, les Ciriers préfèrent maintenant d’employer ces petits tuyaux de fer-blanc ou ferrets.
- §. XXXVI. Maniera de commencer les Bougies.
- Quand les meches font ferrées , on les attache au cerceau par le bas en les collant aux ficelles du cerceau avec de la cire > on les jette en cette fituation ; & quand elles ont acquis la moitié de leur poids , comme elles font alors plus groffes du coté du collet que de l’autre bout, on les finit en les jettant de haut en bas, 8c alors on n’a plus befoin du ferret > puifqu’elles fe trouvent dans le même cas que les cierges : ceci deviendra encore plus clair par les détails où nous allons entrer.
- C’eft ordinairement une femme qui eft chargée de mettre les meches en ferret : elle fe tient aflîfe devant une petite table ; elle a à fes côtés une boîte qui contient les ferrets ; puis pofant fur fes genoux un paquet de meches trempées, 8c prenant de la main droite un morceau de fil de laiton recourbé par un bout, elle paffe cette efpece d’aiguille au travers du ferret 8c accroche la bouche de la meche qu'elle tient de la main gauche ; puis tirant fon aiguille de la main droite 8c le ferret de la main gauche, elle y fait entrer tous les brins de coton de la meche , en obfervant que le coton ne déborde pas le bout du ferret oppofé à celui par lequel il eft entré : car fi la meche, en paflànt au travers du ferret, en excédoit la longueur, on auroit beaucoup de peine à la retirer lorfqu’il feroit recouvert de cire ; d’ailleurs le bout de cette meche feroit enduit de cire, ce qu’on veut éviter.
- Les meches étant taillées, trempées & mifes en ferret , on peut commencer la bougie. Pour cela un Ouvrier fait fondre de la cire dans une poêle ; 8c pendant qu’elle fond , il prend des meches ferrées , il les trempe par le bas dans la cire qui fond ; 8c lorfqu’eiles font un peu attendries
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- par la chaleur de la cire, il les applique les unes après les autres au bout de chaque collet ou ficelle qui pend autour du cerceau en appuyant un peu avec le/4 pouce de la main droite pour les attacher au collet ; de cette façon les meches fe trouvent fufpendues perpendiculairement autour du cerceau, 8c les ferrets font tournés vers le bas.
- Comme la bougie, pour être bien faite, doit être de la même grofleur par le haut que par le bas, 8c qu'en verfant la cire en fufion fur les meches , elles groffiffent beaucoup plus par fe bas ; pour parvenir à leur donner l'égalité de groffeur requife, lorfqu'on commence les bougies, on attache autour du cerceau le bas des meches, & par les différentes jettées, les têtes de ces bougies deviennent plus groffes que leur pied; pour remédier à ce défaut, en les finiflant, on les retourne, 8c on accroche au cerceau le collet de la bougie qui étoit enfermé dans le ferret, afin que le bas devienne aufîî gros que le haut.
- Ainfî, pour commencer les bougies, les meches trempées 8c ferrées étant attachées aux ficelles du cerceau, l'Ouvrier accroche le cerceau à un des bras de la romaine, 8c le place au-deffus de la poêle ; puis avec la cuiller, il prend delà cire en fufion, & en verfe du haut en bas des meches pour les couvrir les unes après les autres, ainfî que les ferrets; il les tourne enfuite en faifîffant avec les deux doigts de la main gauche chacune des ficelles, afin que les meches foient également chargées de cire dans toute la circonférence, & que ces meches foient bien exactement placées dans le milieu de la bougie; puis faifànt tourner le cerceau avec le troifîeme doigt de la mêmç main, il fait en forte que la meche fur laquelle il verfe de la cire, fe trouve au-deffus du milieu de la poêle. Il continue cette même opération jufqu’à ce que toutes les meches d'un cerceau foient affez recouvertes de cire , pour que le bout qui eft en bas foit prefque parvenu à la groffeur que doit avoir la bougie qu’on fe propofe de faire, c'eft-à-dire, que fi l'on veut faire de la bougie des quatre à la livre, il faut jetter une affez grande quantité de cire pour que fept ou huit de ces bougies, à moitié faites, pefent enfemble une livre: c'eft au coup d'œil que l'Ouvrier connoît s'il approche du poids convenable; car comme il y a beaucoup de cire à ôter au haut & au bas des meches, il ne ferôit pas pof-fîble de connoître, en les pefant, fi elles font plus ou moins chargées de cire qu'il ne convient.
- §. XXXVII. Du Travail fur la table.
- Lorsque l'Ouvrier qui jette, préfume que la bougie eft parvenue à la moitié de fon poids, il détache le cerceau de la romaine pour l'accrocher à côté de la table, où un autre Ouvrier tire les bougies, & les met dans un drap plié en plufieurs doubles ou dans le lit, afin quelles, ne Te refroidiffent Cl RI ER. R
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- pas; enfuite il en retire une qu’il met devant lui fur la table quil a eu foin de mouiller; il roule cette bougie, 8c il l’arrondit ; lorfqu’il en a roulé cinq ou fix, un troifieme Ouvrier qui a pareillement mouillé la table devant lui, prend ces mêmes bougies ; 8c prenant de là main droite le Couteau à ferrets , qui a environ un pied de long fur quatre pouces de largeur, & qui a deux bifeaux, il coupe environ un pouce de cire pour découvrir les ferrets; puis quittant le couteau , il retire les ferrets avec la même main, & tient de la main gauche le corps de la bougie : pour lors, le coton du haut des meches, qu’on appelle le Colla de la Bougie, paroît, & fe trouve auffi propre que s’il n’avoit point approché de la cire.
- Les ferrets étant retirés, le même Ouvrier prend de la main droite le Couteau a tête qui n’a qu’un feul bifeau, puis après avoir égalé les lumignons ou anfes de ces cinq ou fix bougies, il les tourne fur la table avec le plat de là main gauche; il appuie le couteau de la main droite, & en l’inclinant peu-à-peu fur là gauche, il coupe environ un demi-pouce de cire, pour former la tête en cône, 6c découvrir le collet de la bougie.
- Lorque l’Ouvrier a fini de rouler les bougies d’un cerceau , il prend celles dont on a fait les têtes ; 8c après avoir arrangé dans là main gauche cinq de ces bougies, il met à côté la Mefure qui eft faite d’un morceau de bois garni aux deux bouts d’une virole d’argent, & non de cuivre qui verdiroit les bougies ; 8c prenant de la main droite des cifeaux fembla-bles à ceux des Tailleurs, il coupe par le basda cire 8c la meclie qui excede cette meliire; c’eft ce qu’on appelle rogner. Enfuite le même Ouvrier pele les bougies, & avertit celui qui jette fi elles font de poids^ou non.
- Lorfque toutes les bougies d’un même cerceau ont été rognés, l’Ouvrier les met fur une feuille de papier qu’il étend fur une planche, afin de lesfécher; parce que pour rouler & faire les têtes des bougies, il faut que la table foit mouillée, làns quoi la cire s’y attacheroit. Il faut que toutes les operations dont je viens de parler fe falfent fuccelfivement & promptement, afin que les bougies confervent affez de chaleur pour pouvoir être travaillées ; car fi la cire étoit froide, elle s’éclateroit, & on ne pour-roit plus la travailler. *
- Ainfi pendant qu’un Ouvrier jette la cire fur le fécond cerceau, un autre roule les bougies du premier, & un troifieme fait les têtes; puis celui quia roulé, coupe les bougies de longueur, 8c celui qui a fait les têtes accroche de nouvelles meches à un autre cerceau ; par ce moyen ces trois Ouvriers travaillent fans interruption, chacun eft occupé à une opération différente, & ils fe fourniffent mutuellement de l’ouvrage.
- Il faut que l’ouvrier qui jette les bougies, ait une grande attention à ce que fon feu ne fonde pas trop de cire à la fois; car s’il y en avoit une trop grande quantité de fondue , elle roufiiroit, & en employant de belle cire, il feroit de la bougie qui ne feroit pas d’un beau blanc.
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- Il donc néceffaire, comme nous l'avons déjà dit, en parlant des cierges , qu'il y ait au fond de la poêle des pains de cire qui ne foient pas fondus; Sc c'eft pour cela que l'Ouvrier en jette de temps en temps une poignée dans la poêle, fuivant que fon feu eft plus ou moins ardent. Le travail que nous venons de détailler eft ce que l'on appelle commencer les bougies.
- Trois Ouvriers peuvent commencer quatre cents livres de bougie par jour; Sc cinq en commencer fix cents, en jettant à deux poêles, Sc en travaillant trois fur la table.
- §. XXXVIII. Comment on finit les Bougies.
- Pour finir les bougies, on fait ufiige de cerceaux garnis de petits crochets de fer dans lefquels on pafle les collets des bougies commencées, & pendant qu'on exécuté ce travail, on fait fondre de la cire.dans la poêle; Lorfqu'il y en a une certaine quantité de fondue, un Ouvrier jette les bougies ainfî accrochées, jufqu'àce qu'elles foient parvenues à la grolleur convenable ; pour lors il en décroche quatre, s'il fait des bougies des quatre à la livre ; il les met dans une balance, Sc juge fi elles font de poids; fi elles font trop légères, il leur donne un demi ou un quart de jet, c'eft-à-dire, qu'au lieu de jetter la cire fur la tête delà bougie, il. ne la jette qu'à la moitié ou au quart. Il peut d'autant mieux fe régler fur le poids; qu'il n'y a ordinairement à ôter pour la rogne que quatre ou fix gros de cire par livre; ainfi que nous l'expliquerons dans la fuite.
- La bougie étant parvenue à fa grofleur, Sc par conféquent d*un poids au-deftiis de celui qu'elle doit avoir, le Jetteur décroche le cerceau de la romaine pour le mettre à côté de la table: un autre Ouvrier en ôte les bougies, & les met dans une efpece de lit fait avec un drap plié en plu-fleurs doubles ; puis en en retirant une, Sc la mettant devant lui fur la table qu'il a eu foin de mouiller, il l'égalife du haut, du bas Sc du milieu avec le rouloir qu’il appuie plus ou moins, fuivant qu'il fent que la bougie eft plus ou moins grofle d'un bout que d'un autre, & il la finit par un feul coup de rouloir qui la lilfe. Lifier une bougie, c'eft la rendre bien unie dans toute fa longueur.
- Lorfqu'il a liffé cinq ou fix bougies, un autre Ouvrier les prend Sc les arrange fur la même table; puis mettant à côté la mefure, & prenant de la main droite le couteau à rogner ( *), il pofe fa main gauche fur les cinq ou fix bougies pour les faire tourner fur la table ; Sc appuyant le tranchant du couteau fur la partie des bougies qui excede la mefure ; il retranche toute la cire qui excede cette mefure; c’eft ce qu'on appelle rogner les bougies, Sc l'on nomme rogne les petits bouts de cire qui ont été coupés ; enfuite en appuyant le plat du couteau contre le cul des bougies, c'eft-
- C ) Les Ouvriers difent à rogne, parce qu’ils appellent rogne, ce qu’on appelle rognures.
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- à-dire, le defïous du bout qui entre dans la bobeche), il les tourne de la main gauche pour les unir & couvrir le bout de la mèche qui pourroit fe trouver à découvert.
- La bougie ainfi faite, le même Ouvrier imprime au cul de ces bougies la marque de la Manufacture ; il met aufli-tôt cette bougie dans une grande auge remplie d’eau,' afin quelle fe refroidiffe {ans perdre là rondeur, ce qui arriveroit fi on la laiffoit delfus la table, parce que la bougie fortant des mains de l’Ouvrier, eft encore chaude.
- La bougie étant bien refroidie dans l’eau, on la retire pour la mettre "“dans une cailfe de bois dont le fond eft percé de plufieurs trous pour lait fer écouler l’eau qui refte attachée aux bougies. On met cette cailfe fur une elpece de civiere qui fert à la porter aux quarrés ou aux toiles.
- Les Ouvriers.qui ont porté les bougies aux quarrés, les retirent de la cailfe pour les pofer fur les toiles où ils les arrangent à côté les unes des autres ; fuivant ’ la làifon & le temps qu’il fait, on les y lailfe trois, quatre, fix ou huit jours, expofées à l’air, quelque temps qu’il faffe : cependant dans les grandes chaleurs de l’été, on a foin de les arrofer deux ou trois fois pendant la grande ardeur du foleil, afin de les rafraîchir, empêcher qu’elles ne fe collent les unes contre les autres,* & conferver le liffé qui fait leur éclat.
- Les quarrés & les toiles où l’on arrange les bougies font de la même forme que ceux qui fervent à blanchir la cire, fi ce n’eft que les quarrés font plus étroits, & que les toiles n’ont point de rebords, parce que les vents ne peuvent être affez violents pour enlever la bougie. Les quarrés pour les bougies n’ont ordinairement que trois pieds & demi de largeur, & leur longueur eft proportionnée au terrein dont on peut dilpofer.
- Lorfque les bougies ont été expofées à l’air un temps convenable, on les releve de delfus les toiles, on les met dans une cailfe pofée fur une civiere, & on les porte dans le laboratoire pour y être empaquetées. On doit obferver qu’il ne faut jamais lever des bougies de delfus les toiles , quelles n’ayent été mouillées ; car fi elles ne l’étoient pas par la rofée ou par la pluie, il faudrait les arrofer, fans quoi elles s’écorcheroient en fe frottant les unes contre les autres.
- 1 §. XXXIX. Comment on plie les Bougies.
- On étend une nappe fur une longue table devant laquelle cinq Ouvriers fe placent alfis ; on garnit de bougies un des bouts de cette table ; & l’Ouvrier qui eft à côté, ayant à la main une ferviette de toile élimée prend les bougies une à une, les frotte dans toute leur longueur pour en ôter l’humidité, & les pofe enfuite fur la même table à là gauche. Lorfqu’il en a efliiyé quatre (fi ce font des quatre à la livre qu’on plie ) , le fécond Ouvrier les prend, il les met dans la balance pour les alivrer,
- c’eft-à-dire,
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- c’eft-à-dire, pour que les quatre bougies pefent une livre. Si elles font trop fortes * il retire de la balance celle de ces bougies qui lui pa-roît plus greffe, & en cherche une autre plus menue parmi celles qui ont été effuyées ; il la met dans la balance ; & après avoir trouvé le poids jufte , il retire de la balance les quatre bougies pour les mettre fur la table à fa gauche* où un troifieme Ouvrier qui tient une ferviette élimée* prend l’une après l’autre les quatre bougies * les frotte pour ôter les moindres petites ordures qui pourroient s’y trouver attachées ; & à mefiire qu’elles font frottées* il les pofe comme les autres* à fa gauche: lorfqu’il y a quatre bougies efïuyées une fécondé fois* un quatrième Ouvrier les met en bandes ; un cinquième les enveloppe dans une feuille de papier* 8c lie le paquet avec une ficelle.
- On appelle mettre en landes, réunir le nombre des bougies qui doit faire une livre * avec des bandes de papier, larges de deux doigts. On met fur les bougies une bande de papier blanc pour qu’elles ne foient point tachées parle duvet du papier de couleur; on recouvre la bande de papier blanc d’une autre de papier bleu qui fert à faire valoir la blancheur de la cire ; 6c on arrête cette fécondé bande avec quelques tours de fil retors * ou plus ordinairement avec un fil de coton.
- Ces deux bandes de papier fervent à les contenir & à les empêcher de frotter les unes contre les autres, ce qui arriveroit dans le tranfport, fi l’on fe contentoit de les envelopper d’une feuille de papier.
- Il faut avoir attention que le papier dont on fe fert pour former les pa« quets * foit bien collé $ fans cette précaution * le petit velu du papier qui s’attacheroit à la bougie* feroit capable de la faire couler lorfqu’elle brûle. Il eft bon auffi que le papier d’enveloppe ne foit pas trop blanc ; car la blancheur de la plus belle cire, n’eft jamais comparable à celle du papier. Il eft fuperflu d’avertir que ce que nous avons dit fur le nombre & la diftribution des Ouvriers ne peut avoir lieu que dans les grandes Fabriques* comme celle de M. Trudon: dans les petites Manufactures, un ou deux Ouvriers peuvent exécuter fuccefllvement ces différentes opérations.
- Ce que nous avons dit fur la fabrication des bougies ne concerne que celles dont on fait ufàge dans les appartements; celles que l’on appelle Bougies d’HuiJJiers * fe font différemment. Ces bougies fe nomment ainfi, parce que ce font les Huifliers des appartements du Roi, qui les portent lorfque Sa Majefté paffe d’un appartement dans un autre.
- §. XL. Des Bougies d9Huijjiers.
- Ces fortes de bougies font quarrées * pointues par le haut, &groffes par en bas.
- Pour les fabriquer; on jette la cire fur les meches de haut en bas, jufqu’à
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- ce qu elles foient à leur grofleur. Et comme ces bougies doivent être coniques ainfi que les cierges, on ne les retourne pas; on ne les met point en ferret comme les bougies cylindriques; mais on les jette comme les cierges. Quand elles (ont parvenues à leur grofleur, on les met (iir le lit , & on les roule comme les autres bougies.
- Lorfqu'un Ouvrier en a roulé une, un autre Ouvrier la tire devant lui, Sc forme deflus, de haut en bas, quatre cannelures avec le même gravoir dont nous avons donné la defcription en parlant des cierges de Pâques. Ces bougies ainfi cannelées reflemblent à quatre cierges foudés enfemble : elles n'ont qu'une meche.
- Pour former les cannelures, un Ouvrier tient le gravoir de la main droite ; puis l'appuyant Sc le tirant de gauche à droite le long de la bougie, couchée fur la table, Sc qu'il tient ferme de la main gauche , il trace une cannelure dans la cire, après quoi il tourne la bougie, pour en former une fécondé, Sc ainfi des quatre côtés.
- Lorfque ces quatre cannelures (ont tracées, il repafîe (on gravoir dans chacune, jufqu'à ce qu’elles foient égales de largeur Sc de profondeur; puis il rogne la bougie pour la mettre à la longueur qu'elle doit avoir ; enfin on porte ces bougies fur les toiles pour leur faire prendre le plus beau blanc poflible.
- §. XLI. Obfervations fur les Bougies.
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- i?, Nous avons dit qu’il n'eft pas poflible de faire fondre de la cire (ans quelle ne prenne un peu de roux, que les Ciriers appellent coup de feu ; que c’eft pour cette raifon que chaque fois que Ton fait des ouvrages en cire blanche, il faut les expofèr au grand air pour difliper la couleur rouflatre que la cire prend inévitablement en fondant. C'eft pourquoi ceux qui font travailler dans les villes, Sc qui n’ont point de grands jardins pour y mettre fur des toiles, Sc expofer à l'air leurs ouvrages, ne peuvent les faire auflî beaux que ceux qui les font travailler à la campagne.
- Ceux qui travaillent dans les villes, n’ayant pas d'emplacement pour mettre les bougies fur les toiles; ils les pendent à des cerceaux d'étalage; ils en placent plufieurs les unes au-defliis des autres, en forte que ceux d’en bas étant plus petits, le tout enfemble forme comme un cul-de-lampe: mais les bougies reçoivent fur les toiles plus de foleil qu'à ces étalages, outre que l’air de la campagne eft toujours plus pur que celui des villes.
- 2?, Quoique nous ayons aflez amplement parlé des meches ; comme cet article eft très-important, nous croyons devoir en parler encore.
- S’il étoit poflible de trouver des cotons filés d'égale grofleur, il feroit aifé de déterminer le nombre de brins qu'il faudroit pour former la meche de chaque efpece de bougie ; mais comme on ne peut en trouver d'auflï
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- parfaits , il faut qu*un Entrepreneur de Manufacture, qui tend à perfectionner fon Art, brûle quantité de bougies pour parvenir à connoître fi la meche eft proportionnée à la grofleur requife; & comme c’eft de la qualité du coton & de la proportion de la meche, que dépend en partie la bonté de la bougie, nous croyons qu’on ne peut pas employer de trop beau coton, & qu’il ne faut rien épargner, foit pour l’achat & le devidage du coton, foit pour éplucher les meches. C’eft dans cette vue que M. Tru-don fait tailler fes meches par des Ouvrières qu’il paye en conlcience, 8c qui ne font employées qu’à ôter, avec tout le foin pofîîble, les ordures & les fils où il fe trouve des nœuds, ou les fils de coton qui font plus gros en certains endroits qu’en d’autres.
- U feroit à defirer que l’on pût trouver le moyen de faire filer le coton très-également; c’eft-à-dire, que les brins filés par un même Ouvrier fuf-fent d’une même grolfeur dans toute leur longueur; pour lors les meches feroienc bien égales, & on pourroit les proportionner plus aifément à la groffeur des bougies.
- 30, Pour connoître fi la meche d’une bougie eft bien proportionnée, il faut en allumer une ; & lorfqu’il y en a environ un demi-pouce de confirmé au-delfous de la tête, elle doit former un godet un peu creux & rond; ce godet ne fe forme pas d’abord, parce que la tête de la bougie étant en pointe, & la cire en petite quantité, on ne peut juger de la bonté de la meche qu’après que cette partie a été confumée.
- 40, Quand on allume une bougie avec une chandelle, il faut avoir attention que la bougie ne touche pas au fiiif ; car s’il en tomboit une feule goutte dans le godet, la bougie fentiroit l’odeur du fuif jufqu’à la fin : ainfi le mieux eft de préfenter la bougie à la chandelle. Bien des gens qui ne fèroient pas prévenus qu’une feule goutte de fuif fuffit pour donner une mauvaife odeur à la totalité d’une bougie, pourroient accufer les Ciriers d’avoir mis du fiiif dans leur cire, pendant que le défaut ne dépendroit que du peu d’attention de celui qui l’auroit allumée.
- 5®, Les obfervations ci-deifus ne peuvent avoir lieu que pour les bougies faites avec de la cire pure, & dont les meches font faites avec la plus grande attention ; elles ne peuvent regarder les bougies faites avec des cires où il entreroit de l’alliage, & dont les meches feroient à peine bonnes pour être employées à des chandelles.
- 6°, La cire la plus blanche & la plus belle, ne doit pas être gardée plus d’un an: au bout de ce temps, là blancheur le ternit, & plus on la garde , plus elle devient jaune & farineufe, quelque bien empaquetée qu’elle foit. Pour conlèrver la bougie, il eft bon de la tenir dans une armoire placée dans un endroit qui ne foit ni trop fec ni trop humide, mais fur-tout où il
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- n’y ait point de poele, ni de fumée, ni près d’un tuyau de cheminée où fon fait du feu ; car dans de pareils endroits elle ne conferveroit pas fon beau blanc, même pendant une année,
- 7°, La bougie n’eft bonne à brûler que fix femaines ou deux mois après qu’elle a été fabriquée, parce que chaque fois que l’on fond de la cire, & qu’on la met en œuvre, elle jette une efpece de petite farine que l’on appelle fleur, qui ternît la fuperficie de la cire ; mais en frottant la bougie avec une ferviette élimée, avant de la mettre dans les flambeaux, on enleve cette fleur, & on lui rend fon brillant.
- 8°, Quoique la bougie anciennement faite, ait perdu un peu de fon blanc , elle brûle aufîi bien que celle qui efl plus nouvelle.
- 9°, Le Leéleur a, fans doute, remarqué que depuis le travail du blan-chiflàge, jufques & compris celui de la fabrication des bougies, la cire refte prefque toujours dans l’eau ; cependant je crois qu’il efl: bon de l’inftruire qu’il ne faut pas qu’il y refte ( je ne dis pas une feule goutte d’eau ), mais même la moindre humidité; car pour peu qu’il y en eût, elle s’attache-roit à la meche, la feroit pétiller, & même l’éteindroit s’il y en reftoit trop.
- io°, Comme la bougie, pour bien brûler, doit former un godet, il en réfiilte que quand on porte une bougie allumée d’un endroit dans un autre, elle doit néceffairement couler. La raifon eft que l’on ne peut la tranfpor-ter, fans que l’air n’en agite la flamme, laquelle frappant fur les bords du godet qui font très-minces, elle fait fondre plus de cire que la meche n’en peut confumer, Sc par conféquent cette cire fondue fort du godet & s’écoule.
- ii°, Quelques-uns prétendent qu’on doit tremper les meches dans l’ef-prit-de-vin, avant de les mettre à l’étuve: quant à moi, je crois que cette opération fait aux meches plus de mal que de bien; parce que, comme il y a peu d’efprit-de-vin fans flegme, le coton qui eft fpongieux s’en imbibe ; & lorfqu’on en fait ufage, il faut chauffer davantage l’étuve pour fécher les meches, ce qui détruit le velouté du coton, le durcit & le fait mal brûler: peut-être, dira-t-on, qu’il ne faudroit pas pafler ces meches à l’étuve, Sc les imbiber d’un efprit-de-vin reélifié à plufieurs fois. A cela je réponds, que fi l’on faifoit ufàge d’un efprit-de-vin reélifié au point qu’il n’y reftât plus de flegme, il s’évaporeroit entièrement avant que la meche fût recou-* verte de cire. M. Trudon a éprouvé qu’une meche de coton étant imbibée d’efprit de-vin très-reéiifïé, & recouverte fur le champ de cire, cette meche s’altéroit d’elle-même dans la cire, au point qu’au bout de trois ou quatre mois, on voyoit, dans l’intérieur de la bougie, les fils de la meche fans liaifon entr’eux, & fans adhérence les uns aux autres; d’ou l’on doit conclure que c’eft une mauvaife pratique de plonger les meches dans l’efprit-de-vin.
- j 2°, Comme le cerceau qui tient lieu de la romaine eft établi fort bas, il y a
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- des Ciriers qui s affeyent pour jetter les bougies ; mais la plupart fé tiennent debout, comme quand il eft queftion de jetter les cierges, ce qui permet de faire les poêles plus grandes ; 8c nous avons remarqué plus haut que le travail s'en faifoit mieux*
- 130, Il y a peu de bougies dont la cire intérieure foit de même qualité que la cire extérieure. Beaucoup dé petits Fabricants font les premiers jets avec de la cire commune , 8c ils finiffent avec de belle cire. Les couches intérieures de cire font même quelquefois alliées de fuif, ce qui oblige de moucher les bougies auflî fouvent que les chandelles de fuif, 8c cet alliage leur fait répandre une très-mauvaife odeur, quand on les éteint. Il ne faut pas qu'il y ait beaucoup d'alliage dans la cire intérieure , lorfqu'on veut la recouvrir de cire pure : ces deux elpeces de cire ne fe réuniroient pas bien, & elles pourroient fe féparer fous le roulôir. Dans les bonnes Fabriques où l'on n'emploie point de cire alliée pour les bougies, on réferve toujours la cire la plus parfaite 8c la plus blanche pour les derniers jets. Dans ce cas celle qui touche immédiatement la meche * quoiqu'un peu moins parfaite pôur la vivacité du blanc, efl: néanmoins une cire pure 8c bonne pour l'ulàge. D'autres Fabricants emploient les cires moins blanches pour l'intérieur des cierges $ 8c leurs bougies font commencées 8c finies avec la même cire* comme je l'ai vu pratiquer à Antony.
- 140, On fait des bougies de table ou d'appartement de différentes grof-feurs 8c longueurs : il y en a des 4, des j, des 6, des 8 , des 10, des 12 8c des i(5 à la livre.
- §. XLII. Des marques qui font connaître la bonne qualité de la Cire en pains j <5G celle des Bougies, ainji que des Cierges*
- Il est jufte de mettre en état ceux qui achètent de la cire en pains ou celle qui été déjà employée à différents ouvrages, de connoître leurs bonnes ou mauvaifes qualités. Mais il convient aufli pour la juftification des Propriétaires des bonnes Manufactures, de les mettre à couvert des repro-* ches qu'on pourroit leur faire far quelques défauts qui ne dépendent point d'eux, mais du peu de foin de ceux qui font ulàge des bougies.
- Nous avons recommandé aux Ciriers de choifir de très-beau coton pour faire la meche de leurs bougies ; nous avons dit qu’une meche trop menue ne confumant pas affez de cire, il s'en amaffe beaucoup de fondue dans le baflin, ce qui les expofe à couler ; 8c que fi les meches font trop grofles, le baffin ne fe formant pas, la cire fondue regorge, 8c. la bougie coule. Le principal défaut des meches efl qu'il s'y forme un champignon, & qu'on efl obligé de les moucher comme la chandelle. La perfeétion de la bougie efl donc qu’il fe forme autour de la meche un godet au fond duquel il doit fe trouver très-peu de cire fondue j 8ç l'intérieur du godet doit être Cirier. T
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- prefque fec. Cette proportion entre la grolTeur de la meche & celle de la bougie ne fe peut connoître que par l’ufage ; & comme nous avons dit que les cotons mal filés qui font d’inégale groffeur , & qui contiennent des fàletés , font de mauvaifes meches, il faut que celui qui acheté des bougies s’attache à examiner , par i’infpeétion du lumignon , quelle eft la qualité de leur meche. Mais auffi il ne faut pas toujours attribuer à la mauvaife qualité du coton, ni à la difproportion de groffeur des meches , le défaut de couler ; puifque nous allons faire voir qu’il eft inévitable dans certaines cir-conftances.
- Le coton, en brûlant, fait néceffairement de la cendre : fi la bougie brûle dans un lieu vafte où l’air foit tant foit peu agité, une partie de cette cendre fe diflïpe, & on eft difpenfé de moucher ; mais fl l’on brûle une pareille bougie dans une chambre refferrée, bien clofe, & où il y a un grand feu ; comme l’air qui y eft tranquille, ne peut emporter cette cendre, elle1 refte au bout du lumignon, elle s’y amafle ; & lorfqu’il y en a une certaine quantité , elle tombe dans le godet de la( bougie, elle s’attache à la meche ; & après s’être imbibée de cire, elle fe joint à la flamme , prend feu, & fait alors couler la bougie.
- Il y auroit de l’injuftice à attribuer aux Ciriers ce defaut, puifqu’il fèroit facile de l’éviter fi on vouloit fe donner la peine de jetter cette cendre avec une épingle, une ou deux fois feulement dans une foirée.
- La bonne bougie, qui n’eft cependant point à l’abri du défaut dont nous venons de parler , ne doit jamais être rnouchée ; elle coule même infailliblement fi on la mouche trop court : s’il fe forme au haut de la meche un petit champignon qui peut venir de quelques brins de coton qui fe trouvant un peu plus gros dans un endroit que dans un autre , foutiennent le lumignon droit au milieu de la flamme, ou de quelque ordure qui fe fera attachée à la meche, on verra ce champignon fe difliper à l’inftant, fi l’on incline un peu la bougie ; ou fi on préféré de la moucher, il ne faut couper que la pointe de la meche, afin de ne retrancher que le champignon qu’on ne doit regarder que comme accidentel.
- On éviteroit encore que les bougies ne coulafîent, fi on ne fè fervoit pas d’éteignoirs qui font tomber la cendre dans le godet de la bougie ; quelquefois en retirant l’éteignoir, on caffe le lumignon : dans ces deux cas, les bougies coulent infailliblement lorfqu’on les rallume. Il eft donc plus convenable de les fouffler, afin que le vent emporte la cendre hors du baflîn ; & quand le coton eft de bonne qualité, le lumignon qui s’éteint promptement, fe conferve dans fà longueur ; alors la bougie ne coule point lorfqu’on la rallume. Il y a des cotons dont le lumignon s’éteint totalement aufli-tôt que la flamme eft foufflée; mais quand il arrive que le feu fe conferve dans un lumignon, il fe confume jufqu’au niveau de la cire, & cela empêche
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- de la rallumer. Il y a des perfonnes attentives qui éteignent ce charbon en po*^ fant deflus un peu de cire qui l’éteint fur le champ ; mais fouvent en ral-* lumant ces bougies , il fe forme un champignon au bout de la meche.
- Il eft encore bon d’obferver pour la juftification des Ciriers, qu’une bou-* gie pofée fur une table, dans un courant d’air ou vis-à-^vis d’une cheminée * ne peut manquer de couler ; parce que le feu attirant l’air de l’appartement^ la lumière de la bougie qui refte toujours inclinée d’un côté , dérange l’uniformité du baffin, & cela fait couler la bougie. D’ailleurs la chaleur du feu attendrit la cire du côté qui y eft expofé > & la bougie fe confume inégalement. Quand les bougies coulent par quelques-unes des caufes que je viens de rapporter, il ne faut pas alors s’en prendre au Ci-rier. De plus toute elpece de bougie doit couler quand on la tranlporte d’un lieu à un autre, parce que la cire fondue qui eft contenue dans le baffin, fe répand dans le tranlport, & la forme du baffin fe trouve dérangée par la flamme qui fe porte plus d’un côté que d’un autre.
- La bonne cire doit être d’un blanc clair, un peu bleuâtre, & fur-tout tranlparente : les cires alliées de graifle peuvent être fort blanches , mais d’un blanc mat Sc farineux; on n’y trouve point, quand on les touche, la fécherefle de la cire pure ; elles ne font point tranlparentes, elles ont une mauvaife odeur qui fe fait fentir, fur-tout lorfqu’on éteint les bougies dont elles fent faites.
- Quand on mâche un morceau de cire pure, il ne doit avoir aucun mauvais goût, ni s’attacher aux dents; dans les cires alliées de fuif, on y trouve un goût de graille, & celles qui font mêlées de quelques rélines tiennent aux dents. >
- Un moyen sûr pour connoître fi la cire eft alliée de graille, eft d’en faire tomber une goutte fondue fur un morceau de drap : lorfqu’elle eft bien refroidie & figée, on verfe deflus un peu d’elprit-de-vin, puis en frottant l’étoffe , la cire doit fe détacher entièrement ; & quand l’humidité de l’elprit-de-vin eft diffipée, il n’y doit refter aucune tache. Il faut auflï rompre les bougies pour connoître fi la cire intérieure eft de même qualité que celle de deflus.
- Nous allons reprendre la feite du détail des differents ouvrages que font les Ciriers.
- §. XLIII. Maniéré de faire les petites Bougies d9un denier.
- A v o i r. les petites bougies que l’on vend aux portes des églifes , on croiroit volontiers qu elles font des portions d’un pain de bougie filée dont nous parlerons dans peu ; mais comme il faut qu’elles ayent chacune une partie de leur meche qui ne foit point recouverte de cire, on les jette de la même maniéré que les bougies d’appartement; & pour cela on accroche à la
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- circonférence des cerceaux à crochets de petites meches, formées de deux feuls brins de gros coton , pliés en deux & tortillés les uns fur les autres , Sc on les charge de cire par un feul jet. C'eft pourquoi on prépare un nombre de cerceaux garnis de meches , afin d'en jetter tout de fuite un grand nombre , pendant que la cire efl en fufion. On fe doute bien que ces bougies font faites avec la cire commune refondue & fort alliée; Sc leurs mèches avec du gros coton ou du fil de Guibray.
- §. XLIV. Des Bougies de veille ou de nuit.
- Sous cette dénomination on comprend deux efpeces de bougies ; Tune connue fous le nom de Mortier , Ôc l'autre fous celui de Bougie de nuit,
- §. XLV. De la Bougie en mortier.
- Pour faire des mortiers, on commence par former une pelotte compo* fée de plufieurs brins de fil dont f Ouvrier détermine la quantité fuivant la groflféûr du fil qu'il emploie, Sc le nombre de mortiers qu'une livre de cire peut fournir. Lorfque la pelotte efl: à la grofleur que Ton defire , l’Ouvrier pafle la meche à la filiere, pour l'imbiber de cire ( on trouvera l'explication de ce travail, dans d'article où il feraqueftion de la bougie filée)* Il coupe cette meche par bouts d'une longueur proportionée à la hauteur, des mortiers qu'il fe propofe de faire. Lorfque les meches font coupées, on fait fondre de la cire dans une poêle, & pendant qu'elle fond, on arrange fur une table les moules ( PL VI >fig. 17) qui font ordinairement de fer blanc ; puis après avoir trempé dans de l'huile un morceau de linge attaché au bout d'un petit bâton, l'Ouvrier en frotte intérieurement les moules les uns après les autres ; afin que les mortiers , lorfqu'ils font froids-, fe détachent plus aifément du moule. La bougie moulée n'a jamais le luifint de celle qui efl: roulée : l'huiie lui donne une imprefîîon de gras qui efl: défagréable à la vue.
- Il n'y a donc que cette efpece de bougie qui foit moulée ; Sc parce que la cire pourroit s’attacher aux moules, on les fait beaucoup plus larges par le haut que par le bas; comme elles font fort courtes, cela leur donne la forme d'un petit mortier a ( fig. 17 ).
- Les moules étant ainfi frottés d’huile, Sc arrangés fur une table, l'Ouvrier prend, avec une cuiller , de la cire en fufion, & les remplit, après quoi il prend une meche qu'il place dans le milieu de la cire ; mais il doit la pofer de façon qu'elle touche au fond du moule, qu'elle refie droite, Sc qu'elle excede par le haut d'environ un demi-pouce, pour donner la facilité de l'allumer. Lorfque la cire efl: aflez figée, on retire le mortier de dedans fon moule, & on l'arrange fur la table pour le laifler refroidir tout-à-fait ; lorfque tous les moules font vuidés, on les frotte de nouveau d'huile, Sc
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- ôn les remplit de cire. Après que tous les mortiers qu’on s’étoit propofé de faire, ont été tirés des moules, on les porte fur les toiles pour les eX-pofer à Fair.
- On fait ces mortiers de différentes grandeurs. J’en ai vu de quatre pouces de hauteur fur trois pouces de diamètre par le haut, & deux St demi par en bas.
- - Pour faire ufàge de ces mortiers, il faut avoir un autre moule d’argent ou de fer-blanc, dans lequel on place le mortier de cire, St on le met enfuite dans un vafe avec de l’eau fraîche: ces mortiers durent plus ou moins de temps, fuivant leur grolfeur St celle de la meche.
- On fait des mortiers qui ont de greffes meches; St qu'on met dans des lanternes pour éclairer les antichambres, ce qui dépenfe beaucoup moins que les luftres garnis de bougies ; mais aufll le fort de la lumière de ces mortiers fe porte au plancher, & le lieu n’eft éclairé que par réflexion.,
- §. XLVI. Des Bougies de nuit qu'on met dans Veau.
- Oh fait les meches de ces bougies à la fîliere, comme celles qu’on emploie pour les mortiers; mais on choifit le plus beau fil de Cologne, & le plus fin : quand les meches ont été chargées de cire, on les coupe par bouts d’environ quatre pieds.
- Ces meches s’accrochent autour du cerceau en tournant le bout de la meche deux fois fur le crochet. Lorfqu’il y a de la cire fondue dans la poêle, l’Ouvrier en jette fur les meches comme s’il faifoit des bougies d’appartement ; St quand elles font à la moitié de leur grolfeur, il coupe avec un couteau ordinaire le bout de la meche qui tient au crochet, St il met les bougies fur une table. Alors, avec un petit couteau de bois, il coupe par le bas environ trois pouces de cire pour découvrir la meche; il retourne ces bougies , il les accroche de nouveau au cerceau par le plus gros bout, St il recommence à jetter de la cire fur ces bougies, jufqu’à ce qu’elles aient acquis la grolfeur qu’elles doivent avoir: le Jetteur s’aflure de leur poids en les mettant dans une balance.
- Les bougies étant parvenues à leur grolfeur, l’Ouvrier coupe avec un couteau de fer le haut des meches qui font accrochées au cerceau ; & à mefure qu’il détache les bougies, il les met dans un lit pour en raffermir la cire, afin de pouvoir les travailler enfuite fur la table.
- Ces bougies étant à un degré convenable de chaleur, pour être travaillées , un Ouvrier en pofe fix fur la table qu’il a eu foin de mouiller ; il les roule ainfi que les bougies d’appartement; un autre Ouvrier les reprend enfuite , St les coupe de la longueur convenable St proportionnée à la quantité qu’il en faut pour former le poids d’une livre. Car quoique les bougies de veille foient de différente grolfeur, il faut de plus qu’elles foient de différente longueur.
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- Comme nous avons dit que les meches avoient environ quatre pieds de lon*-gueur , & qu’elles ne formoient qu’une feule bougie, il faut les couper à la longueur que les bougies de veille doivent avoir. Ainfi l’Ouvrier qui a mis devant lui les fix bougies roulées, prend de la main droite le couteau de bois à rogner (PL V, fig. il), & il l’appuie fur ces bougies, à la diftance de trois à quatre lignes du bord ; il fait tourner les bougies avec là main ^gauche, & coupe la cire jufqu’à la meche. Pour lors en pouffant fon couteau de gauche à droite, il découvre le bout des meches, & ne laiffe deiïiis que la cire qu’elles ont prife en paflant à la fîliere, ce qui n’empêche pas qu’on ne puilfe les allumer aiïez aifément.
- La bougie ainfi coupée par un bout, l’Ouvrier préfente la mefure; puis prenant de la main droite un couteau dont la lame eft de fer ( PL V; fig. 13 ), après l’avoir frotté de fàvon mouillé, il appuyé le tranchant fur les fix bougies, & les failànt rouler fur la table avec la main gauche, il coupe la cire & les meches , après quoi les bougies font faites : on répété cette opération, qui confifte à enlever d’abord un petit anneau de cire pour former la meche, & enfuite à couper les bougies de longueur, jufqu’à ce que toute la longueur des bougies roulées, foit réduite en d’autres petitesbou-gies. Trois Ouvriers font employés à cette opération; fàvoir, celui qui eft à la poêle Sc qui jette fans cefle ; le fécond qui roule fur la table; le troi-fieme qui forme les lumignons ou collets, & 'qui coupe les bougies de longueur.
- Le couteau de fer (PL T^tfîg- 13 ), eft d’une forme ordinaire. Sa lame a environ huit pouces de long, dont les deux bouts du côté du tranchant font garnis d’un petit bouton de fer qui excede d’environ deux lignes ; ces boutons empêchent que le tranchant ne porte fur la table , & ne la gâte*
- On frotte le tranchant de la lame fur un morceau de favon mouillé, afin que la cire ne s’attache pas à la lame, & que les bougies foient coupées plus nettement.
- Aufli-tôt que l’Ouvrier a coupé ces petites bougies, il les met dans une manne ; & lorfque le travail eft fini, il les porte fur les toiles.
- Tout le monde connoît l’ufage de cette elpece de bougies, & fait qu’on les plonge perpendiculairement dans l’eau avant de les allumer; ce qui prolonge leur durée; & comme elles font àpeu-près de même pefimteur fpéci-fique que l’eau dans laquelle elles font plongées, elles s’élèvent à mefure que la cire fe confume, & que leur poids diminue. Ces bougies étant deftinées à brûler pendant toute la nuit, on proportionne leur longueur à la durée des nuits d été ou d’hiver. Les Ciriers ont des mefures pour faire ces fortes de bougies, depuis 20 jufqu’à 50 & 60 à la livre. Les 20 à la livre durent 10 à 11 heures; les 32, 9 heures; les 40, huit heures; les 50, fix heures, & les 60, quatre à cinq heures.
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- §. XL VIL Des Lampions nommés Bifcuits*
- On appelle Bifcuits, des efpeces de lampions dont on fait ufàge dans les fàlles de fpeélacles, pour éclairer le devant des Théâtres. Dans les fpeéfa-* clés publics, les bifcuits font faits de fuif; mais chez le Roi, & dans les falles particulières, les bifcuits font en cire. On donne le nom de Bifcuits à ces lampions, parce que la cire ou le fuif font fondus dans des moules de fer-blanc qui reffemblent aux moules dans lefquels on fait les bifcuits.
- On en fait de deux efpeces ; les uns fe nomment Amplement Bifcuits, & les autres Bifcuits a Veau.
- Çeux qu’on nomme Amplement Bifcuits, s’exécutent en fondant de la cire dans des coffrets de fer-blanc de huit à neuf pouces de longueur fur quatre de largeur §c un pouce feulement de profondeur. Sur le fond de ce coffret font foudées huit petites douilles de fer-blanc, d’environ quatre lignes de hauteur, dans chacune defquelles on met une meche à lampion avant que de remplir le bifcuit.
- Il eft bon, quand ces bifcuits font refroidis, ou lorfqu’on veut en faire ufàge, d’écarter un peu le bout de la meche & de l’éAlocher , aAn quelle puifle s’allumer plus aifement.
- L’ufàge de ces bifcuits entraîne de la dépenfe, quoiqu’ordinairement on ne les rempliffe que de cire commune ; parce que les meches ne confument pas toute la cire, & que celle qui relie étant noircie, eft prefque perdue ; outre cela les douilles font fujettes à fe deftouder, & il faut perpétuellement avoir recours au Ferblantier pour les rétablir, ce qui fait préférer les bifcuits à l’eau dont nous allons parler.
- Les Bifcuits à Veau font plus économiques ; ils confument moins de cire, & les coffrets font moins fujets à fe deffouder.
- On les fait dans de petits coffrets de fer-blanc remplis d’eau ; le deflus des ces coffrets eft perce de trois ouvertures pour recevoir trois petits godets de fer-blanc qui plongent dans l’eau : on affujettit avec de la giaife deux meches dans chaque godet, 8c on les emplit de cire.
- $. XLVIII. Des Bougies filées.
- J’ai dit ci-devant que les meches de ces fortes de bougies pouvoient être faites avec du coton ; on emploie même le coton le plus An pour les bougies des lampes de veille: mais pour les autres efpeces de bougies, les meches font communément faites de Al de Cologne ou de Guibray, pour qu’elles puiffent réAfter à la tenfton qu’elles doivent éprouver en les dévidant d’une bobine ou d’un tour fur un autre, & aufîî en paflànt dans le petit crochet de la poêle, & par les trous de la Aliere. Tout ceci deviendra plus clair dans la fuite.
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- Le tour pour filer la bougie, confifte en un tambour cylindrique fait de douves écartées les unes des autres d’environ quatre pouces; aux deux bouts de ce tambour font affemblés deux plateaux de bois mince qui forment un rebord de cinq pouces de hauteur : fbn axe eft traverfé par un barreau de fer, dont les deux bouts qui forment les tourillons, font arrondis , & reçus dans deux montants de menuiferie qui s’élèvent verticalement, & qui font affemblés par en bas dans un patin folide.
- A un des tourillons s’ajufte une manivelle qui fert à faire tourner la bobine quand on la charge de la meche couverte de cire ou non. On voit par cette defcription que le tour des Ciriers n’eft autre chofe qu’une grofle bobine que l’on fait tourner avec une manivelle( Voye^ PL VII, fig. I 9 ScB (Pl.VIII, fig^y
- Il y a des Ciriers qui affemblent le nombre des fils qui doit former une meche, en les dévidant en un gros peloton du poids d’une ou deux livres ; & qui tranfportent enfuite cette meche fur la grande bobine que les Ciriers appellent Tour. D’autres affemblent d’un feul coup le nombre de fils qui doit former leur meche, en les mettant fur le tour. L’attention qu’on doit avoir eft que tous ces fils foient également tendus, & qu’ils forment un feul faifceau, fans qu’aucun fil fe fépare des autres ; pour cet effet, on tourne lentement la bobine, & l’on fait couler entre les doigts les fils qui doivent former la meche. Suppofons donc un tour ou une bobine chargée d’une longue meche & montée fur fon pied : on le place à un des bouts de l’attelier, &c on met à fautre extrémité un autre tour femblable, mais vui-àz, AB (PL VII,fig. 3).
- On établit entre ces deux tours, ce qu’on appelle le Travail, D D (PL Vil, fig, 3 ) qui eft une table que les Ciriers nomment Chai/e. Cette table eft foutenue fur des pieds qui ont un peu plus d’un pied de hauteur; le défi-fus de cette table a deux pieds & demi de largeur, & trois pieds de longueur ; il eft percé d’un trou ovale pour recevoir une bafîine ou poêle également ovale, qui, à cette figure près, eft faite comme la poêle qui fert à jetter les cierges & les bougies d’appartement. A 8 ou io pouces au-deffous du fond de cette poêle eft établie, entre les pieds de la chaife, une table E de même grandeur que le deffus FF de la chaife, & qui lui eft parallèle: cette table eft deftinée à porter une poêle ou braifiere dans laquelle on met du charbon ardent pour tenir en fufîon la cire qu’on met dans la bafîîne. Ordinairement les côtés de cette chaife font fermés avec des planches, ce qui forme une efpece de coffre qu’on double de tôle, pour éviter les accidents du feu. On place la chaife entre les deux tours, de façon que le grand diamètre de la ballîne ovale réponde au deux tours ; & c’eft dans cette bafîine ou poêle fous laquelle il y a du feu, qu’on fait fondre la cire. Au fond intérieur de cette baftine , il y a un crochet de cuivre étamé,
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- dans lequel on paffe la meche pour la faire plonger dans la cire fondue.
- Il eft encore néceffàire de placer fucceffivement fur les deux bords de la longueur de la baffine , une filiere qui y fafîe retomber l'excès de cire dont la meche s’eft chargée : cette filiere eft une plaque de fer ou de cuivre , tantôt ronde, D ( PL VIII,fig* 8 ), tantôt en quarré long, D ( PL VII, fig. 6 ), percée de trous coniques de differentes grandeurs : ils font tous numérotés ; parce que la différence des calibres eft fi petite, qu'on auroit peine à la recon-noître à la vue fimple :1e plus petit porte le numéro premier.La perfection des filières confifte en ce que les trous foient exactement ronds, bien polis, 8c que leur dégradation foit uniforme. Pour établir cette filiere fur la bafiîne, de façon que la cire qu'elle décharge de la meche retombe dedans, on a difpofé les bords de cette baffine en forme d'octogone alongé, ( PL VII ,fig. 6 ) ; & aux angles des grandes faces ou côtés, on a établi quatre pinces de fer qui forment par en bas des chevilles qui entrent dans des trous ( ftg. 4 ), pratiqués au-defflis de la table pour les recevoir ; l'autre bout de ces pinces, fait en forme de bec de cane, s'incline fur la baffine : c’eft dans ces becs de cane, qu'on met la filiere, de façon qu'elle eft faille par deux de ces pinces ; 8c on la place fucceffivement, foit à l'un des bouts, foit à l'autre de la baffine, 8c on la met toujours du côté du tour que l'on charge, de façon que la partie évafée des trous regarde le tour que l'on décharge AD,( PL VII, jig. 6 ).
- Pour former la bougie filée, quand la cire eft en fufion dans la poêle, on y trempe l'extrémité de la meche, 8c on l'appointit entre les deux doitgs pour pafler ce bout de la meche qui eft roulée fur l'un des deux tours , ou qui eft en pelotton , d'abord parle crochet du fond de la poêle, puis dans un des trous de la filiere, un peu plus gros que la meche ; puis on l'attache à l'autre tour qui eft vuide ; enfuite, faifant* tourner le tour vuide , toutes les parties de la meche font fucceffivement plongées dans la cire en fufion, elles s'en chargent ; & en traverfimt la filiere , elles fe déchargent de ce qu'elles en ont pris de trop, ( PL VII >Jig. 3, & PL VIII, fig* 7.
- Quand toute la meche fe trouve devidée fur l’autre tour, on change la filiere de place ; on la retourne , 8c on la met au côté oppofé à celui où elle étoit en premier lieu ; on paffe la meche dans le crochet de la poêle, de-là dans un des trous de la filiere , plus grand que le premier par où elle avoit paffe d'abord ; 8c après l'avoir attachée au tour qui fe trouve vuide, on en tourne la manivelle, 8c on le charge comme on avoit fait l'autre à la première opération ; en continuant alternativement cette opération , on charge 8c on décharge fucceffivement les deux tours, & l'on fait pafler 8c repafler dans la cire fondue & par la filiere cette bougie qui fe forme peu à peu, par l'attention que l'on a de changer les trous à chaque répétition, jufqu’à ce quelle ait acquis la groffeur qu'elle doit a\^oir : de cette façon il y a telle bougie qui paffe par 2J ou 30 ou 40 tro%$ différents. Si pour ClRIER> ‘ X
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- vouloir précipiter l’ouvrage, on faifoit paffer iubitement cette bougie dit plus petit trou dans le plus grand , la cire fe romproit, & le travail feroit très-défeéfueux.
- Quand on veut faire de belle bougie, ôn n’emploie qu’une même e£« pece de cire ; mais pour les bougies communes, aux trois ou quatre derniers tours, on couvre de plus belle cire que celle qu’on avoit employée aux autres tours.
- En finiflant, quand la bougie eft parvenue à fa groffeur, on la fait pat-fer deux fois dans le même trou de la fîliere ; & au dernier tour, l’Ouvrier tient de la main gauche une ferviette mouillée dont il entoure la bougie, ôc un autre Ouvrier jette de temps en temps de l’eau fur cette ferviette, cette eau rafraîchit la cire, & empêche quelle ne s’écorche en fe dévidant fur le tour.
- Il faut mettre une certaine diftance entre les tours & le travail, pour donner le temps à la cire de fe refroidir un peu, & afin que les différentes révolutions de cette bougie ne s’attachent point les unes aux autres. Le Cirier a encore l’attention de leur faire parcourir toute la longueur de la bobine, en conduifànt la bougie de la main gauche pendant qu’il tourne la manivelle de la main droite. 1
- §. XLIX. Manière de couper ôC de plier la Bougie filée.
- La Bougie étant finie & paffée dans la ferviette mouillée, on la coupe de longueur pour la plier & la mettre en pains. On le fèrt pour cela d’une planche percée dans le milieu de fa largeur & dans toute fa longueur d’une rangée de trous , diftants les uns des autres d’environ un demi-pouce ; on met dans deux de ces trous, des broches de fer de deux pieds de hauteur ; on les place à la diftance néceffaire , pour que la longueur qu’on laiffe entr’elles, puiffe former le poids que doit avoir chaque pain de bougie ; enfuite on dévidé la bougie de deffus le tour, & on la tourne derrière les deux broches de fer, comme fi l’on en vouloir former un échevau gf,(PL VIII ,fig.$. )
- Lorfque les broches font garnies de haut en bas, on coupe avec un couteau ordinaire la bougie le long d’une des broches, & l’on met ces brins dans une manne. Lorfque toute la bougie qui étoit fur le tour a été ainfi devidée & coupée, on en met une partie à l’étuve; & lorfqu’elle a été fuffifamment attendrie par la chaleur de l’étuve, un Ouvrier ( PL VII,fig. 8. ) la retire brin à brin : il prend un petit rouleau de bois E, ( fig. 7 ), fur lequel il tourne le bout de bougie ; il retire enfuite le rouleau de bois ; il pofe fur la table le même bout ; & tenant de la main gauche le petit rond commencé, il le tourne , & conduit de la main droite le reftant pour former un pain rond. Lorfque le bout eft entièrement tourné, il en appuie l’extrémité avec un doigt contre le dernier rang pour l’y attacher.
- Ces pains de bougie que l’on emploie dans les lanternes de papier?
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- fe nomment Bougie de Religieuje. Il y en a d’un peu plus greffes quon nomme Bougie defaint Corne, parce que les Chirurgiens s’en fervent pour s’éclairer dans leurs opérations, fans craindre que la cire ne fe répande 8c ne brûle le malade, comme cela pourroit arriver, fi Ton fe fervoit de bougies d’appartement.
- On plie encore les bougies filées en long, en forme de baril, delivre, enfin de tel forme que l’on veut.
- Quand la bougie a été pliée , on l’enveloppe dans du papier pour la con-ferver proprement.
- On donne telle couleur que l’on veut à cette forte de bougie : & pour cela on la file d’abord en cire blanche , de la même maniéré que les autres ; puis avant qu’elle foit parvenue à la groffeur qu’on veut lui donner, & quand il ne refte plus qu’à la paffer dans 4, y ou 6 trous, on retire la cire blanche de la poêle, & on y fait fondre de la cire colorée, comme nous le dirons dans la fuite ; on paffe la bougie quatre ou fix fois dans cette cire, fuivant fa groffeur, 8c à chaque tour par différents trous de la filiere, & on la finit en la laiffant dans une ferviette mouillée.
- Il y a des Ciriers qui ne coupent pas leur bougie d’abord qu’elle eft faite, mais qui mettent à l’étuve le tour ou la bobine chargée de bougie. Quand ils veulent la plier, ils en coupent des bouts d’un certain poids à chaque fois qu’ils ont formé un pain, comme on le voit ( PL VII, Jig. 8 ). Il paroît que cette façon eft plus embarraflànte que celle que nous avons indiquée plus haut.
- Il eft bon de faire pendant l’été fà provifion de bougie filée, parce qu’en hiver la cire fe refroidit trop vite fur le tour, & la bougie fe caffe.
- §. L. Des Bougies à Lampions.
- Cette Bougie fe fait comme la bougie filée ; fi ce n’eft que la meche eft toute de fil , groffe , 8c extrêmement ferrée dans les trous de la filiere pour quelle foit plus ferme, & qu’elle puiffe fe foutenir en brûlant : on charge ces meches de peu de cire : dans une livre de ces bougies , il y entre au plus une demi-livre de cire. Les Chandeliers en font ufage pour former les meches des lampions d’illuminations ; elles fervent aufïï pour les bifeuits.
- §. LI. Des Bougies de Rat-de-Cave.
- Les groffes bougies, qu’on nomme Bougie de Rat-de-Cave, ont la meche très-groffe, faite de fil de Guibray ; 8c pour qu’elles ne puiffent pas s’éteindre facilement, ôn les paffe en premier lieu dans de la térébenthine commune, fondue avec de la cire, 8c l’on couvre cette mixtion avec de la cire jaune ou blanche : on les paffe à la filiere comme les bougies de S. Corne.
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- §. LU. Des Bougies à Lampe.
- La meche des petites bougies qu’on emploie pour les lampes dé veille, eft faite du plus beau coton ; on la couvre de la plus belle cire. Comme cette meche eft très-fine, elle eft fujette à fe rompre ; mais il n’en réfulte aucun inconvénient, parce qu’on les débite ordinairement en très-petits bouts,
- §. LUI. Des Flambeaux.
- On fait des flambeaux de plufieurs elpeces, qui font connues des Ouvriers fous differents noms : favoir, Flambeaux à une meche pour le fervice des Eglifes, ou flambeaux & élévation. 2° , Flambeaux d’appar-tement ou de Venife.^°9 Flambeaux à meche de Guibray. 40 , Flambeaux ordinaire de carrofles, ou de poing, y°, Flambeaux de Bruxelles. 60 , Torches. Nous allons détailler la façon défaire ces differents flambeaux. -{
- §• LIV. Flambeaux à une meche ou d'élévation pour
- le fervice des Eglifes.
- Ces flambeaux fervent dans les Eglifes à l’élévation, Sc on les porte aux procédions autour du Saint Sacrement. Ils font entièrement faits de cire blanche, ils n’ont qu’une feule meche ; Sc comme ils font d’égale grolfeur par-tout, ils fe jettent comme les bougies d’appartement ; ils fo roulent de la même maniéré ; Sc on les équarrit enfuite comme les bougies d’Huiffiers. On fait ces flambeaux du poids de deux, de trois, de quatre Sc de fix livres. Le bas de ces flambeaux eft quarré : pour que la cire ne tombe pas fur les mains & fur les habits, on les garnit fouvent d’un entonnoir de carton que nous allons décrire.
- §. LV. Maniéré de faire les Entonnoirs pour les
- Flambeaux ÔC Torches.
- On prend un carton lifle Sc bien ferme : on le choifit plus ou moins grand félon la hauteur Sc la grolfeur du flambeau : on taille ce carton d’un côté pour en former la moitié de l’aire d’un cercle ; ainfi il faut imaginer un cercle qu’on couperoit par une ligne droite qui pafferoit à peu-près, par le centre : on peint ordinairement ces cartons, (PL VIII, fig. 14), d’un fond bleu, que l’on charge d’armoiries, ou de quelques autres fymboles. On réunit & l’on coud les deux portions circulaires, qui forment un cornet, dont la pointe divifée en quatre levres, laifle un palfage au flambeau, auquel on le fixe avec des clous dorés, ( PL VIII, fig. 13 ). On fait auffi ces fortes d’entonnoirs avec du fer-blanc ; Sc alors on les peint à l’huile.
- §.LVï:
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- §. LVI. Flambeaux (TAppartements ou de Fenife.
- Ces Flambeaux font ainfî nommés, parce qu'on en fait ufageà Venife. On s'en fert aufli dans plufieurs Cours d'Allemagne Se dans celles du Nord* pour éclairer les Seigneurs, lorfqu'ils traverfent les appartements ou qu'ils defeendent les efcaliers.
- Ces flambeaux ne font autre chofe que quatre bougies cylindriques d'égale grofleur & longueur, qui font foudées enfemble, Se qui par cet aflemblage forment un flambeau quarré à quatre meches.
- Pour réunir Se fouder ces quatre bougies, on fe fert d'un Soudoir de fer épais vers le milieu, Se qui va en diminuant vers les*deux bouts, qui n’ont environ qu'une demi-ligne d’épaifleur ( PL V /, fig. 13 ): l'un de ces bouts eft taillé en pointe, l'autre eft plat : au milieu eft une tringle ronde de fer, qui fert de manche. Ce foudoir a environ dix-huit pouces de long.
- On fait chauffer cet infirument; & lorfqu'il eft affez chaud, on le retire du feu, Se on l'effuie fur un torchon mouillé, pour qu'il n’y refte ni cendre ni ordures ; après quoi l'on approche deux bougies à côté l'une de l’autre ; on pafle légèrement le foudoir entre ces deux bougies, en le con-duifànt de gauche à droite fur toute la longueur.
- La chaleur du foudoir fait fondre la fuperficie de la cire de chaque bougie; & enfe refroidiffant, les deux bougies, qu'on a foin de prefler avec les doigts, fe trouvent attachées Se réunies enfemble.
- Lorfque quatre de ces bougies ont été foudées ainfi deux à deux, on les rapproche l'une contre l'autre, en mettant deflus Se defîous les deux côtés, qui ne font pas encore foudés; puis en paffant le foudoir des deux côtés, Se le long de ces mêmes bougies, elles fe trouvent foudées fur les quatre faces, ce qui forme un flambeau quarré; enfuite on prend le couteau à rogner, Se on les coupe de la longueur qu'on y veut donner. On termine à la main le bas du flambeau, Se on lui donne la figure d'un œuf.
- Ces flambeaux font ordinairement du poids d'une livre Se demie.
- §. LVII. Flambeaux à meche de Guibray.
- La meche de ces flambeaux eft faite de gros fil de Guibray. Lorfque ces meches ont été taillées de la longueur qu'elles doivent avoir, on pafle dans le haut un bout de fil blanc plié en plufieurs doubles, pour former le collet; on les trempe dans de la cire chaude mêlée avec de la térébenthine ; Se on les pafle enfuite à la fîliere. Lorfqu'il y a une certaine quantité de meches ainfi paflees, on les accroche au cerceau de la romaine, Se on jette deffus de la cire en fufion, jufqu'à ce qu'elles foient parvenues à la moitié de leur grofleur; après quoi on les roule, Se on foude les branches C1 ri ER. \ Y s
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- N comme pour les flambeaux d’appartements : on emploie ordinairement à ce travail des cires retirées de flambeaux qui ont déjà fervi, & qui fe trouvent le plus fouvent mêlées de réfine: on en fait aufli de pure cire blanche ; mais on n’y emploie pas la plus belle,
- Lorfque les meches font foudées quatre à quatre , 8c qu elles forment le flambeau, on coupe avec un couteau à lame de fer, le bas des quatre meches, & on le forme en pointe ; après quoi on accroche le flambeau au cerceau, & on jette par-delfus de la cire blanche, jufqu’à ce quil foit à fon poids ; enfin on le pofe fur la table, pour former les cannelures, en appuyant l’équarrifloir fur le haut du flambeau, 8c le tirant de gauche à droite fur toute la longueur.
- Uéquarrijjbir eft un morceau de bois cambre 8c creufé de deux gorges ( PL V/, fig. p b, 8c fig. iy a ): il a environ quatre pouces de long; il efl: plat fur une face, 8c l’autre porte deux cannelures ou gorges larges d’environ un doigt, féparées par une languette arrondie. On mouille l’équar-rilfoir, 8c on le traîne comme un gravoir. Il y a encore d’autres équarriffoirs c ( PL V, fig. 8 ), qu’on traîne prefque comme les calibres dont fe fervent les Maçons pour former des moulures en plâtre.
- On met de la térébenthine dans la cire qui fert à tremper les meches j parce que comme ces flambeaux fervent à éclairer dans les chemins, il eft néceffaire d’en rendre la matière plus combuftible, pour qu’ils puiifent réfifter à l’agitation du vent & à la pluie ; car fi on les faifoit de cire pure, la flamme n’y pourroit réfifter : ceux-ci font fans contredit les meilleurs dont on puilfe fe fervir pour cet ufage ; mais comme ils coûtent le double des autres, on n’en emploie gueres que pour le fervice du Roi: ils font ordinairement du poids de deux livres.
- I §. LVIII. Flambeaux ordinaires de Carrofies ou de Poing.
- Ces Flambeaux fervent pour éclairer pendant la nuit, 8c pour les convois. Nous avons dit ci-devant, que c’étoit les Cordiers qui faifoient les meches de ces flambeaux avec des étoupes de chanvre ou de lin, 8c que l’on y ajuftoit feulement des collets de fil blanc de Guibray.
- Comme ces flambeaux doivent réfifter làns s’éteindre, ni par le vent ni par la pluie, & comme on doit les vendre à un prix médiocre, ils font fabriqués en grande partie avec une compofition de réfine que l’on nomme galipot, & qui eft laréfînedu pin, avec de la térébenthine, de la poix 8c de la cire qu’on a retirée des anciennes meches de flambeaux à demi-brûlés ; en un mot de toutes autres fubftances inflammables, qu’on peut fe procurer à bas prix: ainfila compofition de ces flambeaux varie beaucoup. Pour les fabriquer, on prend quatre meches groffes comme le doigt, & telles que les Cordiers les fourniflent ; on les trempe dans la compofition fondue y 8c
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- très-chaude ; on les remue avec un bâton pour quelles s’imbibent bien , 8c on évite de barbouiller le collet qui eft de fil blanc : on retire enfuite ces meches, & on les pend au cerceau de la romaine, où on les lailTe fe redreffer & s’égoutter. Il y a des Ciriers qui donnent quelques jets avec la même compofition qui a fervi à imbiber les meches, que l’on nomme alors des cordons ou branches de flambeaux. Quand elles fe font fuffifamment raffermies , on les roule les unes après les autres fur la table mouillée; & pendant quelles font encore chaudes, on les rapproche quatre à quatre fur une planche mouillée pour les réunir; & afin qu’elles s’attachent mieux les unes aux autres, on paffe entr’elles le foudoir dont nous avons parlé plus haut ; enfiiite on coupe avec un couteau ordinaire & mouillé le bout des quatre meches pour mettre le flambeau à la longueur qu’il doit avoir ; puis en maniant le bout des quatre meches, on forme le bas de ce flambeau, & on lui donne la figure d’un œuf de poule 5 enfin on arrange les collets , & on laiffe ces flambeaux fe refroidir.
- Comme il n’y a point à craindre que ces flambeaux fè noirciffent à l’air ; on les conferve fans les envelopper, jufqu’à ce qu’on foit dans l’occafion de les vendre. Alors on les remet au cerceau de la romaine, & 011 les recouvre de deux ou trois jets de cire blanche; puis on les couche fur la table, & on les finit avec l’équarriffoir; ou bien, au lieu de cet outil, on forme les cannelures avec un autre outil de buis, dont le bout eft arrondi, & que l’on nomme Gravoir c, ( PL U/, fig. 9 ).
- On fait ces flambeaux du poids d’une livre, d’une livre & demie, de deux & de trois livres.
- . §. LIX. Flambeaux de Bruxelles.
- Ces Flambeaux n’ont qu’une feule meche de corde. La façon de les faire confifteà tremper cette corde dans de la réfine bien chaude, & à la paffer à la filiere ; après quoi on colle autour du papier pour les blanchir.
- Ces flambeaux, après avoir été paffés à la filiere, font ronds : on les nomme flambeaux de Bruxelles, parce que l’on croit que c’eft de cette Ville que l’ufàge en eft venu: leur poids eft de deux, trois & quatre livres. On en fait une grande confommation, quoiqu’ils répandent beaucoup de fumée, & que la réfine qui en découle, gâte les voitures.
- §. LX. Des Torches.
- Quoique les Torches ne foient plus en ufàge à Paris, il n’eft pas hors de propos de donner la façon de les travailler, d’autant plus qu’on en fait encore ufage dans quelques Provinces.
- Pour faire ces torches, on prend un bâton de bois de lapin d’environ fix pieds de longueur (*) autour duquel on applique fix meches de corde,
- (*) Il fe trouve des veines de bois de pin fi réfineufes, qu’elles brûlent toutes feules comme ime chandelle; celles-là font excellentes pour faire des Torches.
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- qui ont été trempées dans une compofiüon femblable à celle des flambeaux* Lorfque ces fix meches font ainfi arrangées, on fait chauffer de la cire jufqu’à ce qu'elle foit réduite en bouillie épaiffe ; après quoi on en prend avec la main ; 3c après en avoir appliqué fur les meches vers le bout du bâton, on pouffe la main de gauche à droite jufqu’au bout des meches , afin de les , recouvrir de cette cire dans toute leur longueur. C’eft de cette opération qu’eft venue rexprelfion de torcher un Cierge, quand, pour le finir, on le couvre avec la main d’une couche de cire très-chaude, de la même maniéré que les torches. Cela Fait, l’Ouvrier prenant dans fa main droite un morceau de cire attendrie, il en frotte la torche pour unir la cire précédemment appliquée.
- Lorfque ces torches font allumées, les meches, le bâton & la cire brûlent à la fois: elles donnent beaucoup de fumée, 3c il relie au milieu un gros charbon. On ne s’en fert à Paris que pour les criminels qui font amende honorable.
- §. LXI. État des diverfes Bougies en ufage 9 ôC que Ton trouve dans les Magajins ajfortis,
- Bougies dAppartement.
- Des 3;
- 4 ordinaire.
- 4 courte.
- 4 pour les lanternes de voiture, y longue, y ordinaire, y courte.
- y pour les lanternes de voiture. 6 longue.
- 6 ordinaire.1
- Des 8 ordinaire.
- 8 courte.
- 10 ordinaire;
- 10 courte.
- 10 à tapifferie, pour travailler;
- fur les métiers.
- 12 ordinaire.
- X2 courte.
- 16 ordinaire.
- 16 courte.
- 6 courte.
- Indépendamment de ces bougies ; on en fait à lanternes & d’autres pour la nuit des 3 6, 40, yo, 60, 72, & de toutes autres efpeces que le Public peut delirer, en délignant une longueur & groffeur.
- Mortiers.
- On en fait des ia, 16, 20&30.
- Bougies pilées.
- On comprend fous le nom de Bougie filée, toute celle qui a été palïee à la filiere.
- Il y en a de pliée par pains de quatre onces, ou rat-de-cave; deux onces ou petit rat-de-cave; d’une once ronds une demi-once rond; religieufe; petite religieufe.
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- On tient ordinairement de ces fortes de bougies de trois couleurs , qui font le jaune, le blanc & le citron.
- On comprend auffi fous le nom de bougie filée , les meches pour les lampes & les lampions de différentes grolfeurs, qui ne font point mifes en pains, mais celles pour les lampes fe vendent par bouts ; & celles pour les lampions font pliées Amplement en gros ronds, du poids d'environ douze ou quinze livres.
- Cierges.
- Les plus ordinaires font de deux livres ; une livre 5c demie ; une livre ; trois-quarts ; huit onces ; fix onces ; quatre onces ; trois onces ; deux onces.
- Nous n'avons point parlé des cierges de cire jaune , parce quils fe fabriquent comme les autres avec la cire, telle que les abeilles la fourniffent, fans y ajouter aucune couleur. On choiiît feulement celle dont la couleur naturelle eft agréable.
- §. L X 11. Des Ornements.
- Nous avons déjà parlé de la maniéré dont on forme des filets & des pans fur les cierges ; & nous avons dit que l’on fe fervoit de cachets pour y faire telles figures, ou y imprimer telles marques que l'on vouloir. Les ornements s'appliquent avec des cachets de bois dur gravés en creux. Les marques des Manufacturiers ou des Marchands font gravées en cuivre fur le côté d'une petite réglé, ou même fur le manche du couteau à rogner.
- Quand on veut faire ces fortes d'empreintes, fi la cire eft trop refroidie & trop dure, on l'attendrit avec un fer chaud qu'on tient alfez élevé au-deifus de la cire pour qu'elle ne puiffe pas fondre; & par ce moyen on la rend affez molle, pour qu elle reçoive l'impreffion du cachet : on marque encore le poids des cierges par des trous que l'on fait avec un poinçon.
- On dore aulîi les cierges avec des feuilles d'or d'Allemagne que l'on* applique, avant que la cire foit refroidie, & lorfqu'elle eft encore gluante ; & l'on appuie fur ces feuilles avec un petit bouchon de coton. Quand on veut rendre la cire plus gluante, on fait une compofition avec parties égales de cire jaune & de poix de Bourgogne, ou de poix gralfe : en été on met moins de poix qu'en hiver.
- On fait auiïï des ornements en couleur. Ces couleurs s’appliquent avec un pinceau trempé dans des cires colorées, avec du verdet pour le verd ; du terra mérita, pour le jaune foncé ; de la gomme-gutte pour le citron ; du vermillon ou de l'orcanette pour le rouge ; de l'indigo pour le bleu ; du blanc de plomb, pour augmenter la blancheur de la cire. Pour faire la cire de Commiifaire, on emploie du vermillon : entrons à ce fujet dans quelques
- détails.
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- §. LXIII. Maniéré d'appliquer l'or fur les Cierges pour faire des Ornements bien terminés.
- On fait fondre dans un poêlon trois livres de cire avec une livre de poix grade. Quand le tout eft fondu, on retire le feu * & on laifle dépofer la liqueur dans le poêlon : lorfqu'elle a fuffifamment dépofé , on la tire à clair, & on la tranfvafe dans un autre poêlon, que Ton remet fur un petit feu ; & lorfque cette liqueur eft chaude, on plonge dedans une planche mince & bien imbibée d'eau.
- Cette planche s'étant chargée de cire , on la retire, & on la met dans de l'eau fraîche qui fait durcir la cire. Lorfqu'elle eft froide, elle fe détache aifément de la planche ; & avec un couteau ordinaire on leve deux feuillets de cire de la longueur & largeur de la planche ; on met enfuite ces feuillets dans de l'eau tiede, d'où l'on en retire un que l'on place fur une table mouillée ; puis avec un rouleau de bois femblable à celui des Pâtiflîers ; on l'applatit jufqu a ce qu'il foit devenu extrêmement mince \ après quoi on le coupe par bandes félon fa longueur, & d'environ trois à quatre pouces de large.
- On appelle cette opération applatir la cire. Quand on a plufieurs bandes de cire ainfi applaties & taillées, on les arrange fur une table ; on couvre chacune de ces bandes avec des feuilles d’or battues ; elles s'y attachent en appuyant la main fur ces feuilles, & elles s'incorporent fur la fuperficie de 1$ cire, de façon qu'il ne feroit plus poffible de les en détacher.
- Si l'on met un quart de poix grafle dans la cire dont on fait ces bandes , c’eft pour la rendre plus duétile & quelle puilfe s’étendre mieux fous le rouleau , car il faut que les feuillets foient fi minces, qu'on ne pourroit les faire avec de la cire pure : d'ailleurs comme cet alliage la rend plus gluante, elle en faifit mieux les feuilles d'or.
- Pour employer ces bandes dorées, on prend une des marques ou cachets dont on s'eft fervi pour imprimer le cierge ; on la mouille ; & en Tappuyant fur la bande de cire, du côté de l'or, on en enleve un morceau de la grandeur de la marque; puis on met le côté qui n’eft pas doré fur la fleur déjà imprimée fur le cierge ; on appuie la marque deflfus, & alors le morceau de cire doré s'incrufte fur la fleur du cierge : on répété cette opération autant de fois qu’il y a de fleurs fur le cierge ; fouvent on emploie pour ces ornements de l'or d'Allemagne.
- §. LXIV. Des différents ufages qu'on fait de la Cire.
- Nous avons dit, en parlant des premières préparations de la cire, que les Frotteurs des appartemens, les Menuifiers, les Ebéniftes,.fe fer-voient de cire jaune pour donner du luftre à leurs ouvrages.
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- Les Parfumeurs font ufàge de la plus belle cire qu’ils grenent pour 1’ employer dans leur pommade, en la battant avec des verges, & y ajoutant de temps en temps un peu d’eau fraîche qui en augmente la blancheur*
- Les Anciens faifoient des tablettes pour écrire, compofées de planches minces, enduites d’une légère couche de cire, fur laquelle ils gravoient leurs caraéleres avec des poinçons ou ftyles.
- §. L X V. Des Cires colorées SC préparées pour différents ufages*
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- On peut attendrir la cire avec de i’effence de térébenthine ; & en broyant des couleurs avec cette pâte, on peut peindre des tableaux aufïï facilement qu’avec les couleurs broyées à l’huile. On peut voir le procédé de cette peinture que l’on nomme Encaujlique, dans les Mémoires dont M. le Comte de Caylus enrichit continuellement les Arts. ^
- La ciré blanche étant fufceptible de prendre toutes fortes de couleurs, il n’eft queftion, pour la teindre, que de faire broyer à l’huile la couleur que l’on defire ; enfiiite on fait fondre de la cire blanche en pains ; & lorfqu’elle eft: en fufion, on délaie dedans la couleur broyée à l’huile, après quoi on la remet en petits pains, comme à la troifieme fonte du blanchiflage, pour la conferver ; 8c lorfqu’on a befoin de l’employer, on la fait fondre de nouveau*
- §. LX VI. Cire pour les Sceaux•
- O n fait ordinairement ulàge pour le Sceau de la grande & de la petite Chancellerie de cire jaune, rouge ou verte. La cire jaune que l’on emploie, eft telle qu’elle provient des ruches ; la rouge & la verte font teintes.
- Pour préparer ces cires, on eft dans l’ulage de les écacher, & de les mettre en tablettes du poids d’environ une once. Le Chauffe-cire met ces tablettes dans de l’eau chaude pour en amollir la cire ; enluite retirant de l’eau deux de ces tablettes, & plaçant entr’elles la bande de parchemin qui tient aux provifions, le Scelleur y met le cachet, & y imprime le Sceau : c’eft ce qu’on appelle fceller. On ne met aucun alliage dans ces cires ; on les colore feulement, favoir, la rouge avec du vermillon, & la verte avec du verd-de-gris.
- §. LXVII. Cire rouge de Commiffaire.
- On appelle ainfi cette cire, parce que les Commiflàires l’emploient lorfqu’ils appofent leurs fcellés.
- Pour préparer cette cire, on fait fondre dans un poêlon trois livres de cire blanche, & une livre de poix graffe; lorfque le tout eft en fufion, on y met une quantité fuffifimte de vermillon ou cinnabre broyé très-fin , pour la rendre d’un beau rouge ; puis on la remue jufqu’à ce qu’elle foit refroidie,
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- autrement le vermillon qui eft fort pelant, fe précipiteroit au fond du poêlon : on retire cette cire qui fe trouve en malfe ; on la met lur une table mouillée, & on la partage en petits morceaux du poids d’une once , que Ton roule enfuite un à un, comme on roule la bougie, & l’on en forme de petits bâtons de trois ou quatre pouces de longueur.
- Comme cette cire eft alliée avec de la poix graffe, elle refte toujours molle; de forte que pour l’employer, il eft inutile de la faire chauffer, ni de la mettre dans de l’eau chaude comme la cire du Sceau.
- §. L XVIII. Cire verte pour les Offices SC pour les Jardiniers.
- Cette Cire fe prépare de même que la cire rouge de Commiffaire, fi ne n’eft que pour la colorer, on y emploie du verd-de-gris en poudre, au lieu de vermillon : les Officiers de bouche en font ufage pour attacher fur lescryftaux & fur les plateaux, les fleurs dont on orne le fervice du fruit.
- Lorfque les Jardiniers taillent les orangers, ils fe fervent de la même cire verte pour l’appliquer fur le bois nouvellement coupé, afin d’empêcher, l’eau des pluies d’y pénétrer.
- §. LXIX, Cire à modeler.
- La Cire dont on s’eft fervi pour fondre la Statue équeftre de Louis XV, étoit compofée de cire jaune en pain, fondue à un feu modéré, & làns bouillir: on a ajouté fur chaque livre de cire un quarteron de réfine 8c une once de fuif.
- On peut voir dans les Mémoires de M. de Boiffrand comment on pro~ cede pour employer cette cire dans les moules des grandes pièces que l’on jette en bronze ; mais on verra ces détails décrits avec la derniere exaétitude dans l’Ouvrage que M. Mariette prépare aéluellement, & où il rendra compte de tout ce qui a été pratiqué pour la fonte de la belle Statue équeftre du Roi, exécutée par le fameux Bouchardon.
- La cireront les Sculpteurs^fe fervent pour faire leurs modèles, eft un compofé de cire jaune, de poix graffe 8c de fuif. Les Artiftes font ordinairement eux-mêmes ce mélange ; ils y mettent plus ou moins de chacune de ces drogues , félon l’emploi qu’ils en veulent faire. Par exemple, on met feize parties de cire, deux parties de poix de Bourgogne, & une partie de jfàin-doux ; ou bien fur dix parties de cire jaune, une onzième partie de térébenthine, autant de poix graffe, & autant de làin-doux: on fait fondre le tout à petit feu; on mêle ces différentes fubftances avec une Ipatule, 8c on coule le tout avant qu’il ait bouilli, afin que la matière foit plus compaéte 8c fans bulle d’air.
- §. LXX.
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- §. LXX. Composition de Cire pour tirer les empreintes
- , des Pierres Gravées.
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- Sur une once de cire vierge, qu’on fait fondre lentement dans utl vaiffeau de terre verniffée ou de cuivre, on met un gros de fucre candi broyé très-fin; la cire devient alors tout-à-fait liquide; on y joint une demi-once de noir de fumée qu’on a fait recuire pour le dégraiffer : on ajoute deux ou trois gouttes de térébenthine; on remue ce mélange avec une Ipatule de bois, & on le retire du feu pour le laiffer un peu refroidir; après quoi on en forme de petits pains, ou bien on en remplit de petites boîtes dont le couvercle eft à vis. Quand on veut tirer une empreinte, on pétrit cette cire entre les doigts pour l’attendrir ; on mouille un peu la pierre gravée, en y appliquant la langue, & on l’appuie fur la cire pour en tirer l’empreinte qui fe trouve faite avec beaucoup de précifion. C’eft de cette compofition dont fe fert M. Gay, célébré Graveur en pierres fines.
- §. LXXI. Cire dont on enduit les Toiles de coutil des lits de Plume y des Oreillers, SC les peaux des Mufettes.
- Sur cent livres de cire jaune, on met quinze à dix-huit livres de térébenthine, quelque peu de poix graffe : on fait fondre le tout à petit feu ; & après avoir bien mêlé le tout avec une ipatule, on coule la matière, avant qu’elle bouille, dans des moules de fer-blanc, frottés d’huile, & femblables aux moules des mortiers.
- On frotte avec cette cire l’envers des toiles de coutil, pour empêcher le duvet de fortir ; on enduit de même les peaux des mufettes, afin qu’elles nelaiffent pas échapper l’air. Il y a des Tapiflîers, qui pour épargner l’incommodité de la mauvaife odeur de cette cire compofée, fe fervent de cire blanche pure, qu’ils étendent fur le coutil à force de bras ; mais pour les peaux des mufettes, il faut employer une cire fort tendre.
- §. LXX IL Figures SC Fruits en Cire.
- Pour former des figures ou des fruits, il faut avoir des moules de plâtre, compofés de plufieurs pièces, pareils à ceux dont ie fervent les Sculpteurs, & obferver d’y laiffer une ouverture pour y introduire la cire en fufion.
- Lorfqu’on veut jetter en moule, on fait fondre de la cire blanche ; & pendant qu’elle fond, l’Ouvrier fépare toutes les pièces qui compofent lé moule ; il prend un pinceau qu’il trempe dans de l’huile ; il en frotte le dedans du moule ; après quoi il en rapproche toutes les pièces qu’il affu-jettit avec une laniere affez fortement pour que la cire ne puiffe couler par les joints.
- Cirier. Aa
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- Le moule ainfi préparé, & la cire étant à un degré de chaleur douce , c’eft-à-dire, qu’il faut qu’elle ne foit ni chaude ni froide, l’Ouvrier en prend avec une cuiller, & en remplit le moule. Lorfque le moule eft plein , il le laide repofer pour donner le temps à la cire de fe congeler ; après quoi il détache la laniere, & il enleve avec précaution toutes les pièces qui com-pofent ce moule ; enfuite il retire la figure ou le fruit, & laiffe raffermir la matière au moins vingt-quatre heures, pour pouvoir réparer là figure.
- L’Ouvrier, pour réparer fes figures, fe fert d’un ébauchoir qui eft un morceau de bois d’environ quatre à cinq pouces* de long, dont un bout reflemble à la lame d’un petit couteau, & l’autre à celle d’un grattoir. Avec cet ébauchoir il gratte, & il enleve avec attention les bavures de cire qui proviennent des joints des pièces du moule; lorfque ces bavures font toutes enlevées, l’Ouvrier frotte légèrement la figure dans tous les endroits qui ont été grattés, & il unit la cire de façon qu’on n’apperçoit aucunes traces des bavures.
- Quand ces fortes de figures font faites pour refter en blanc, on mêle un peu de blanc de plomb avec la cire: fi l’on veut au contraire qu’elles fbient colorées, on les peint avec des couleurs à l’huile, ou l’on fe fert de cires colorées & attendries avec de l’eflence de térébenthine.
- On fait à la Chartreufe de Paris, de petites images de la Vierge en cire, qui font bien moulées; le moule qu’on emploie eft un cylindre de cuivre de cinq à fix pouces de haut, fur environ trois pouces de diamètre, & fe divife en deux parties fuivant fa longueur : une moitié repréfente en creux la figure de la Vierge avec l’enfant, vue par devant ; l’autre moitié le creux des mêmes figures vues par le dos.
- Quand on veut jetter une figure, on fait fondre de très-belle cire blanche , dans laquelle on mêle du blanc de plomb. Après avoir réuni les deux parties du moule qu’on tient bien ferrées dans la main gauche, la tête de la figure en en bas, on remplit entièrement le moule de cire fondue par une ouverture pratiquée aux pieds ; & un inftant après, on verfe dans un vafe le furplus de la cire qui n’eft point encore figée, de forte qu’il ne refte dans le moule que celle qui, en fe refroidiflânt la première, eft reftée attachée au moule. On peut faire cette'couche plus épaiiïe, en ne fe preflànt |)as de renverfer la cire. On plonge enfuite le moule dans de l’eau froide, afin que la cire s’en détache plus aifément; enfin on ouvre le moule, & on en retire la figure que l’on répare avec un ébauchoir pour en ôter les bavures.
- On fond à part le piedeftal dont le moule eft de quatre pièces, & on foude la figure de la Vierge fur ce piedeftal. On peut faire avec une livre de cire deux douzaines de ces petites images qui ont quatre à cinq pouces de haut : le moule qui eft aflez bien fait, a coûté iyo livres.
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- LXXIII. Des Souches.
- Ces sortes de cierges s’emploient principalement fur les Autels des Eglifes, fur-tout quand ils font grands & ifolés:la partie fupérieure de ces cierges, & qui eft la plus menue > porte une pointe qui eft un petit cierge ordinaire, &le refte eft une addition à demeure, d’une compofîtion différente; c’eft cette partie poftiche qu’on appelle une Souche, elle eft d’une grande économie. En effet, quand un cierge ordinaire a été brûlé au tiers de fa longueur , il devient trop court, trop gros du haut, 8c ne peut plus garnir décemment un Autel : fon pied, qui fait un poids d’autant plus considérable, que le corps du cierge a été gros, eft rejetté à la fonte.
- On fait principalement deux elpeces de ces fortes de fouches : les unes ft nomment Souches à pointes ; les autres, Souches à rejjort.
- §. LXXIV. Souches à pointes.
- Les souches à pointes fe terminent en haut par une broche qui reçoit un cierge qui termine le haut de la louche. Ces fouches font faites de bois ou de fer-blanc ; cette derniere conftruétion eft làns contredit la plus folide, en ce qu’elle n’eft point fujette à fe déjetter comme le bois qui fe refferre & fe gonfle fuivant les variations de l’air ; ce qui fait éclater la cire qui recouvre la fouche, 8c que l’on eft obligé par cette railon de recouvrir fouvent.
- Les fouches en bois font faites d’un bois leger & très-fec, auquel on donne la figure d’un cierge : il y a vers le haut une retraite de l’épaifleur de la cire, qui forme le pied du bout de cierge qui doit terminer cette fouche. Cette pointe eft reçue dans une cheville : la précifion confifte à faire enforte que la pointe le joigne avec la louche làns faire de reflauts.
- L’autre elpece de fouche eft un tuyau de fer-blanc en forme de cierge : on fait ces fouches de longueur convenable à l’ulage pour lequel on les deftine: au haut du tuyau, on foude une cheville conique de fer-blanc d’environ cinq à fix pouces de long, pour recevoir & retenir un bout de cierge de cire pure for la fouche ou la pointe.
- Ce font les Ferblantiers qui fabriquent ces fouches, & qui les livrent aux Ciriers. Ceux-ci colent du papier blanc fur le fer-blanc, 8c quand le papier eft bien fec, ils accrochent les fouches autour du cerceau, & les jettent en cire, comme les meches des cierges ordinaires.
- Les fouches ainfi couvertes de cire, on les met fur le lit; 8c lorfqu’elles y ont refté affez de temps pour que la cire ait pris corps, on les retire les unes après les autres pour les mettre fur la table 8c les rouler ; enfuite, avec un couteau ordinaire, on coupe toute la cire qui excede le fer-blanc par le haut & par le bas de la fouche ; & pour empêcher la cire d’en bas defe caler, on l’affujettit avec un ruban de Padou blanc.
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- Les pointes de ces fouches font des cierges courts, dont la grofîeur du pied doit être proportionnée à celle de l'extrémité du haut de la fouche, afin que la réunion ne s'apperçoive point. Dans quelques Eglifes, on eft dans l'ufàge, pour mieux cacher cette réunion, d'y attacher quelques ornements dorés en forme d'anneau, &c.
- Souvent, au lieu de cire, on recouvre ces fouches , foit en bois , foit en fer-blanc, de plufieurs couches de blanc de plomb broyé à l'huile, & attendri avec de l'effence de térébenthine, «Sfenfuite de vernis très-blanc, fait avec du beau fandaraque, diffous dans l'efprit-de-vin ; deux couches de ce vernis fuffifont ordinairement.
- §. LXXV. Souches à rejfori.
- Les souches à reffort font compofées de trois pièces; la première, qui eft extérieure, eft un tuyau de fer-blanc ou de cuivre, plus gros par en bas que par en haut ; ce tuyau repréfente le corps du cierge ; c'eft lui qu'on couvre de cire de la même maniéré que les fouches à pointes: on peut aufîi le mettre en couleur à l'huile.
- La fécondé piece eft un autre tuyau plus menu Sc beaucoup plus court que le premier. U eft d'égale groffeur dans toute là longueur, Sc fermé par le bout d’en bas d'un petit couvercle qui ferme comme celui d'un focrier ; à la diftance d'un demi* pouce ou environ du bord fupérieur de ce tuyau, eft placé un petit cercle qui fort à retenir une calotte percée dans le milieu d'un trou par où paffe la meche, Sc qui découvre une partie de la cire de la bougie que l’on met dans ce tuyau. A cette piece qui forme en-deffus un petit entonnoir, eft foudée une douille d’environ un pouce Sc demi de longueur, qui recouvre le bout fupérieur du tuyau, Sc qui y eft retenue de la même maniéré qu'une baïonnette eft alfujettie fur le canon d'un fufil.
- La troifîeme piece de cette fouche eft un reffort à boudin, fait de gros fil de laiton ou de fil de fer, qui porte une petite plaque ronde de cuivre, à laquelle eft attachée une chaîne qui traverfe l'axe du tuyau, Sc qui paffe par lemilieu du fond qui en bouche le bas. Ce reffort eft femblable à celui des lanternes de voiture. Il fe loge dans le tuyau intérieur, Sc fort à faire monter la bougie à mefure qu'elle fe confume.
- Ces fouches font très-commodes : on peut facilement les allumer Sc les éteindre, Sc remplacer avec la même facilité les bougies toutes les fois qu'il eft néceffaire. Leur défaut eft que le bout de ces fouches eft indif-penfablement plus gros que celui des cierges ordinaires : d'ailleurs, comme ils font plus pelants vers la partie fopérieure que vers le bas qui eft fort léger, on eft obligé de les mettre for des chandeliers très-pefànts, ou dont les pieds foient larges pour les tenir en équilibre.
- On fait de la même maniéré des fouches pour les flambeaux que l'on porte aux procédions du Saint Sacrement. On
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- On fait encore d’autres fouches , pour pouvoir brûler les bouts de flambeaux de poing : on nomme celles-ci Porte-flambeaux : elles confiftent en un morceau de bois cannelé , comme l’eft un flambeau, & peint àFhuile. Cette piece eft terminée par une douille de fer - blanc pareillement cannelée , qui reçoit le bout de flambeau devenu trop court pour pouvoir être porté à la main.
- §. LXXVI. Maniéré de retirer la Cire des vieux Cierges
- ÔC Flambeaux.
- On brisé les bougies & les cierges qui n’ont été brûlés qu’en partie : on en retire la cire par morceau#, & on la fait fondre avec de l’eau; on la rubané ; on l’expofe fur les toiles, & on en forme des pains dont on fait des cierges & des bougies, mais il faut avoir grande attention de ne point mêler enfemble les cires de différentes qualités , comme les cires alliées avec celles qui font pures.
- Comme il refte toujours beaucoup de cire attachée aux meches, on les met dans de l’eau fur le feu ; & quand la cire eft fondue , on paffe les meches à la prefle pour en retirer toute la cire.
- Quoique les cires alliées prennent fur les toiles plus ou moins de blancheur , on ne peut gueres s’en fervir, que pour donner les premiers jets ou pour couvrir les flambeaux de poing.
- Quand on retire la cire des meches, on doit mettre à part la cire des flambeaux, qui étant alliée de réfine, ne doit pas être mêlée avec celle qui eft plus pure : cette cire alliée ne peut être employée que pour la compo-fition des flambeaux, & en la mêlant avec du galipot ou de la réfine.
- EXPLICATION DES FIGURES.
- PLANCHE I.
- Figure r. ON apperçoit dans le lointain un effain qui s’eft attaché à une branche d’arbre, & deflousuneruche a qui eft placée pour le recevoir.
- Fig. 2. eft un enclos , autour duquel font des ruches b pofées fur des gradins ; & à l’endroit c, qu’on fuppofe fort éloigné, eft un trou en terre, au-deffus duquel on pofe une ruche nouvellement vuidée : on brûle dans ce trou du foufre pour faire mourir les abeilles qui feroient reftées dans la ruche.
- Fig. 3. repréfente des ruches vuides d, qui font pofées, la poignée en
- en bas, & dont le bout le plus large eft en haut : près de ces ruches eft un
- baquet e> qu’on tranfporte auprès de la table A, (Fig. 4 ), pour y mettre les
- rayons dont la cire eft brune, & ceux qui ne contiennent que du couvain, ClRIER ' B b
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- Fig. 4. On y voit la table h , fur laquelle on pofe horizontalement ' les ruches pour en tirer les rayons : ceux qui font noirs & ceux qui font remplis de couvain , font jettes dans le baquet; les beaux rayons font mis dans le vaiffeauy^ après qu'on a pafle légèrement une lame de couteau fur les alvéoles,, pour en rompre les couvercles. Le miel le plus beau découle du vaiifeau f dans celui g. r font des ruches vuides. K eft un baril en chantier, avec un entonnoir pour y verfer le miel : font des barils remplis de miel commun; /, des barils remplis de beau miel.
- Fig. y. m, Baquets à démiéler la cire. Ils font fupportés par un affem-blage de charpente , dont la hauteur eft fuffilànte, pour que l'eau qui fort par les cannelles, puifle être reçue dans les féaux /z; à côté eft un baquet dans lequel on met la cire démiélée , pour la porter à la chaudière où elle doit être fondue.
- Fig. 6. Cheminée fous laquelle font placées les chaudières 0 pofées fur des trépieds. On met de l'eau dans les chaudières, & par-deffus la cire démiélée : quand elle eft fondue , on la verfe fur une toile 'claire qui eft pofée fur la chaudière v ^ ce qui paffe eft refondu , & verfé dans les moules p pour former les gros pains de cire q ; le marc qui refte fur la toile eft paffé enfuite à la preife.
- Fig. 7. Preffej AA , les jumelles; DD, la mai qui eft creufée pour recevoir le marc ; B B , forte planche qui appuie fur le marc ; H, quarré de la tête de la vis où font les mortaifes, dans lefquelles entrent les leviers L ; EE, l’écrou; F, la vis; 7, vaiffeau qui reçoit la cire qui coule.
- Fig. 8. Autre prefle formée de deux forts madriers, AA , B B , fupportés par des chantiers FF. Le madrier B eft percé de deux écrous qui reçoivent les vis CC; la tête I de ces vis eft quarrée & creufée de mortaifes pour recevoir les leviers DD. On met le marc de cire dans un fac de toile forte S ; & la cire découle dans le vaiifeau E.
- Fig. 9. Elle repréfente tout l'attirail d une fonderie fervant àrubaner la cire : A 3 coupe d'une chaudière montée fur fon fourneau : OQ> la maçonnerie. Il eft bon de favoir qu'une’chaudiere deftinée à fondre un millier pefant de cire, doit avoir à peu-près 3 pieds 7 pouces de hauteur fur 2 pieds 7 pouces de diamètre vers fon embouchure; & qu'elle doit fe réduire vers le robinet à 2 pieds quelques pouces, c, tuyau pour la décharge de la chaudière, Sc le robinet par où coule la cire : B, la fournaife : K , la bouche de la four-naife, qui répond au fond d'une cheminée placée de l'autre côté de la muraille : N 3 ventoufe qu'on pratique quelquefois pour animer le feu ; D3 cuve de bois, cerclée de fer, dans laquelle la cire fe ralleoit & fe purifie : (?, cannelle pour grêler & pour éculer : o, cannelle pour éculer: F3 robinet pour écouler l'eau, après que la cuve eft vuidée: cette eau tombe dans la futaille E, pour fervir à retirer la cire qui fumage quand l'eau
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- eft froide. Dans beaucoup de Blanchifferies, on ne fe fert ni de la cannelle o y ni du robinet F, ni de la futaille E ; on defcend la cuve D pour la nettoyer à toutes les fontes, & fur le champ on en remonte une autre en la place, Au-deffous de la cannelle Gy on voit la grêloire a a ; au-deffus , la paffoire H y & au-deffous , le tour ou Cylindre T T y avec fa manivelle Q : on voit auflî le tuyau 1. Quand on ouvre le robinet L , l’eau qui vient d’un réfervoir fupérieur palfe avec force dans le tuyau LI; & comme ce tuyau eft fermé au bout Iy l’eau fort avec force par de petits trous qui font dans toute la longueur du tuyau L Iy dont les petits jets dardent fur le tour qui en eft rafraîchi. Cette manœuvre eft fort bonne ; mais elle eft inutile quand l’eau de la baignoire fe renouvelle continuellement; car en ce cas l’eau fraîche entre dans la baignoire M par le robinet L , & elle fort en même quantité par un robinet placé près de P. Il y a encore à la face R tout au bas, un autre robinet qui fert à vuider la baignoire quand on la veut nettoyer.
- Fig. io. Spatule de cuivre mince , dont le manche eft terminé par uti %nneau ou un crochet pour la fufpendre ; elle fert à gratter la cire par-tout où il en refte de figée.
- Figures n & 12. Entonnoir de cuivre étamé, dont la douille ou le tuyau eft foudé fur le côté , après que l’entonnoir a été placé dans la chaudière , A (fig. 9), de maniéré que le tuyau puiffe entrer dans la canal CÇfig. 9)• On verfe dans l’entonnoir l’eau qui eft au fond de la chaudière avec le pot (fig. 12), & l’eau fort par le robinet c.
- Fig. 13. Seau pour tranfporter l’eau dans la chaudière , la baignoire , &c.
- Fig. 14. Couvercle de bois qu’on met fur la cuve, pour empêcher que la cire fondue ne fe refroidiffe, & pour prévenir qu’il n’y tombe quelques ordures.
- Fig. 15. Alvéole, ou loge de cire faite par les abeilles.
- Fig. 16. Gâteau ou rayon formé par la réunion d’un nombre d’alvéoles,
- PLANCHE IL
- Figure i. La grêloire de la PL /. fig. 9, eft repréfentée ici ifolée plus en grand, & vue de différentes faces. On apperçoit que le fond eft figuré en doucine, & que les trous ne font pas percés à la partie baffe, afin que les faletés qui pourroient fe rencontrer dans la cire puiffent tomber au fond, fans boucher les trous. Cette grêloire eft attachée fur la baignoire par des anfes aa9 qui s’accrochent dans des barreaux de fer cloués fur le bord de la baignoire, Sc qui portent des crochets à leur extrémité. On voit en A le dedans de la grêloire ; & en B y le dehors & le fond.
- Fig. 2. Fourche de bois à trois fourchons, qui fert à retirer delà baignoire la cire rubanée : on ne la garnit d’ofier que quand on grêle des cires
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- fort alliées , qui fe rompent en petites parcelles : ces ofiers fèroient incommodes quand on retire des rubans de cire pure.
- Fig. 3. Quelquefois on fait ces fourches avec du bois léger; mais la fourche de la figure 2 paroît plus commode.
- Fig. 4/ repréfente la brouette des blanchifferies, qui porte la corbeille doublée de toile, dans laquelle on met les cires rubanées pour les porter aux toiles. Cette brouette a des ranchés ; il y en a qui n’en ont point ; au relie cela eft fort indifférent.
- Fig. 5. Petite fourche très-légère, dont on fe fert pour régaler furies toiles les cires rubanées.
- Fig. 6. Main de bois faite d’une planche mince de bois léger : on y voit deux ouvertures pour l’empoigner : cette main fert à lever la cire de deffus les toiles.
- Fig. 7. Palon ou fpatule de bois pour remuer la cire qui eft en fufion dans la chaudière : il y en a de différentes formes.
- Fig. 8. Pelle de Boulanger pour lever les cires de deffus les toiles.
- Fig. 9. La cannelle G de la PL /, fig. 9. a , eft le corpsde cette cannelles de, le trou qui eft dans l’axe : b, bouchon de liege qui fert à boucherie trou e; C, la lancette : c’eft une cheville qu’on introduit dans l’ouverture d pour chaffer le bouchon b quand on veut couler.
- Fig. 10. Moules percés dans une planche, Sc repréfentés en grand.
- Fig. 11. Tamis de crin, qui fert à ramaffer les parcelles de cire qui flotent fur l’eau de la baignoire.
- Fig. 12. Rabot fait d’un acoinçon de futaille , emmanché au bout d’un bâton : il fert à retirer Ta cire du milieu des toiles vers les bords quand on veut la lever.
- Fig. 13. Fauchet ou rateau à deux rangs de dents faites de bois : cet inftrument eft femblable à celui qui fert pour ramaffer les avoines & les foins.
- PLANCHE III.
- Figure i. Plan d’une grande fonderie, telle qu’eft celle de la Manufacture Royale d’Antoni. A AA , Chaudières pour fondre la cire, aaa 9 Ouvertures pour mettre le feu aux fourneaux. DD, Cuves: MM, baignoires : b c , b c 9 rigoles qui conduifent l’eau qu’on vuide des baignoires dans le touard* c : S 5, le deffus des tables à éculer XX, Planches à moules : /, un tour avec fà manivelle e : HH, grêloir d’une autre forme que celle de la PL II \h, Chevrette pour porter cette grêloire : Mz, baignoire vue en perfpeélive, & coupée par le côté Ai, pour faire voir en place le tour /, la chevrette A & la grêloire H ; R, brouette.
- Fig. 2. Coupe de la fonderie {fig. 1 ), fuivant la ligne po'nétuée d c.
- A, coupe d’une chaudière : a, coupe de la fournaife : b3 embouchure de la
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- fournaiffc par laquelle on met le feu. C, Cheminée qui reçoit la fumée:
- R degré pour monter au fourneau . O , cuve fupportee fur des po* tences de fer en forme de confole : D , cercles de fer de cette cuve : M, baignoire : R, brouette : S S ^tables à moules : X, treuil pour mettre la cuve en place & la defcendre : T, poulie de renvoi par où pafle la corde qui fert à enlever la cuve : V, cire rubanée mife en magafin. >
- Fig. 3. Elle repréfente la même fonderie vue de face, en fuppofànt le fpeéfateur placé fur le touardc, fig. I. AAA, chaudières : DD, cuves: MM, baignoires : B B , degrés pour monter aux fourneaux : C C, portes qui font entre les chaudières.
- Fig. 4. X, Eculon à deux becs : d, le derrière de l’éculon qui eft arrondi : ab,\& devant qui eft quarré : e , les becs : la plûpart en ont’deux, d’autres trois: ce, lesanfes: Y, burette dont onfe fert pour éculer dans les petites Manufa&ures : Z, gouleau & anfe.
- P L A N C H E IV.
- Figure 1. Fonderie repréfentée dans la Planche III, & vue ici en per-fpeétive : AAA , chaudières : DD , cuves : MM, baignoires fur l’une defquelles le tour & la grêloire font placés : G, la cannelle des cuves : H, la grêloire : 1, le tour : BBB , efcaliers pour monter derrière les cuves : & aux magafins où l’on met les cires F:CC, portes pour arriver aux cuves : SS , XX, tables à moules:/?, brouette:^, cires rubanées mifes en magafin.
- Fig. 2. Jardin où font établis les quarrés & les toiles : A, quarré fans toiles: aaa, pieux qui foutiennent les chaflîs formés par les tringles dd, faites en tiers'point, ainfi que les traverfes c c faites auiïï en tiers-point.
- Sur la tête des pieux du pourtour font clouées des tringles plus larges d d, & percées de trous pour recevoir les chevilles e e e e, & c. & les piquetsff, &c.
- B , (Fig. 2 & 3 ) eft un quarré garni de piquets & de chevilles : C, (fig. 2 § , ) } le même quarré garni de toile avec les rebords ii, relevés & attachés aux piquets : on voit en h des liens de corde qui aflùjectilTent la corde qui tient au fond des toiles fur les traverfes pour empêcher que le vent ne les enleve. D, fait voir la maniéré dont la toile doit être doublée quand il fait de grands vents : E, cire étendue fur les toiles : F, mur ,&.(?, un boft-quet qui mettent les toiles à l’abri du vent.
- PLANCHE V.
- Cette planche repréfente la maniéré de jetter les cierges & les bougies d’appartement.
- Figure 1. Taille-meche : A , le defliis de la table : B , rainure dans laquelle coule le tenon de la poupée C qu’on rapproche ou qu’on éloigne du ClRIER. Ce
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- point B , fuivant la longueur quon veut donner aux meches : D > broche ou montant de fer, autour duquel on roule les meches : E, lame de couteau , pofée verticalement fur la tête de la poupée : F, crible où font les pelottons de fil ou de cotton dont on doit faire les meches. On augmente ou l’on diminue le nombre de ces pelottons, fuivant qu’on veut faire les meches plus ou moins grofles, & encore fuivant la grolfeur du fil : G > ouvrier en attitude pour tailler les meches : H, meches coupées de longueur, qu’on jette à côté de la table, jufqu’à ce que la broche D en foit remplie. On voit fur la PL VI, fig. i, un taille-meche moins grand, mais deftîné fur une plus grande échelle : la lame de celui-ci eft fixe, 8c la broche eft établie fur la piece à couliffo.
- Fig. 2. Ciriers qui jettent un cierge à la cuiller : quand ce font des cierges courts, un Ouvrier fufiit pour lps jetter ; mais quand les cierges font longs, comme celui de la figure, il faut un Ouvrier pour préfenter la'cuiller au Cirier, qui fe tient élevé fur un gradin. Communément le Cirier qui eft en haut, tient une cuiller, dans laquelle celui qui eft en bas verfo de la cire qu’il a puifée avec une autre cuiller. A , romaine compofoe d’un arbre 'tournant A b : cet arbre du côté de A , eft reçu dans un collet ; 8c du côté deÆ, ilfe termine en pointe qui répond aune crapaudined. C, cercle de fer garni de crochets , auxquels on attache l’extrémité des meches, qui eft faite en boucle ou anfe \dd, traverfes de fer qui répondent d’un bout au cercle, & de l’autre à une douille e de fer qui embrafle l’arbre tournant A b t f> cheville ou broche de fer, qu’on pafie dans les différents trous qu’on voit for l’arbre A b, pour élever ou abaiffer le cerceau C, fuivant qu’on veut faire des cierges plus ou moins longs.
- Nota, Qu’il faut que la douille e ait une certaine longueur, pour que le cerceau ne panche ni d’un côté ni d’un autre : il y a des romaines dont l’extrémité g des traverfes d, porte des verges de fer qui vont aboutir à un anneau qui entoure l’arbre vers h , ce qui rend le cerceau C beaucoup plus ferme %a, poêle avec fon fourneau qu’on nomme Caque, où l’on tient la cire en fufion : a, indique les grands rebords de la poêle, qui forment un entonnoir pour recevoir la cire qui dégoutte des cierges qu’on jette : b , échancrure qui eft à ce rebord, pour embraffer l’arbre tournant: c> cavité de la poêle : d9 caque ou fourneau : e , ouverture ou porte, par laquelle on met dans la caque une poêle avec du feu.
- Nota. On verra tout ceci mieux détaillé dans la PL VIL
- C, Cirier qui jette des cierges à la cuiller : il pince des doigts de la main gauche la meche ou le collet d’un cierge, pour le faire tourner à mefure qu’il jettera la cire de la main droite ; il reçoit une cuiller pleine de cire que lui préfonte un aide. Comme ces cierges font longs , le Cirier eft monté fur un gradin, qu’on nomme Chaife, formé de trois planches
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- bien aflemblées en forme de caifle , dans laquelle il y a des taiïeaux fur lefl» quels on met à différentes hauteurs une tablette pour élever le Cirier» On verra mieux la repréfentation d’un de ces gradins dans la Planche VL D, cierges qui pendent à la romaine.
- Nota. Les cierges quon jette aéluellement devroient répondre à la perpendiculaire du milieu C de la poêle : ainfi dans cette figure la poêle eft trop éloignée de la romaine.
- Fig. 3. Cirier qui jette à la cuiller.des bougies d’appartement. E11 place de la romaine, on fe fert d’un cerceau de bois a , qui eft foutenu par quatre cordes b, qui fe réuniffent à une C, Sc on place le cerceau à différentes hauteurs , en l’attachant plus ou moins haut à la corde d qui pend du plancher , Sc pour le mieux, de la romaine faite en fléau de balance, telle qu’elle eft repréfentée PL VIII, fig. y.
- Quand on commence les bougies, les meches font ferrées & attachées le haut en bas à des bouts de ficelle e (fig. 3 ). Quand on les remet au cerceau pour les derniers jets , on les attache aux crochet $ f (fig- 3 ) par le collet; g, la poêle Sc fon fourneau ou caque.
- Nota. Que les bords de la porte doivent être grands Sc fort relevés , afin que la cire retombe dans le fond de la poêle. Ordinairement le bord eft plus relevé du côté du Cirier, afin qu’il puifle atteindre plus aifément au cerceau. A, le Cirier aflis : il tient de la main droite la cuiller, Sc il pince avec les doigts de la main gauche les meches, pour faire tourner les bougies à mefure qu’elles fè chargent de cire : la plûpart des Ciriers font debout quand ils jettent les bougies.
- Fig. 4. Elle repréfente la cuiller en grand : c’eft une efpece de gouttière de fer-blanc a b, dont un des bouts b eft fermé par le bord ; l’autre a eft ouvert, & c’eft par extrémité que fort la cire. Cette cuiller eft emmanchée par le côté, & le manche c porte un petit crochet d qui fert à l’accrocher aux bords de la poêle , afin que la cire qui auroit pu refter dedans coule dans la poêle. Il y a des cuillers dont l’extrémité par laquelle la cire doit couler, eft plus ou moins étroite.
- Fig. y. Cirier qui roule un cierge : a, grande table de noyer bien dreffée, bien polie &folidement établie : b, rouloir fait d’une planche de noyer , & garnie de poignées figurées fuivant le goût des Ciriers : c, cierge qu’on roule : d, petite cuvette dans laquelle il y a de l’eau pour mouiller la table , le rouloir & tout ce qui touche la cire, pour empêcher qu’elle ne s’y attache : e, Cirier en attitude pour rouler un cierge.
- Nota, Qu’on roule les bougies d’appartement & les branches de flambeaux de la même maniéré que les cierges : la table eft mal placée dans cette figure : le vifàge du Cirier doit être tourné vers la croifée.
- Fig. 6. Comme c’eft fur la table à rouler qu’on forme le pied des cierges,
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- il eft bon d’expofer tout de fuite les inftruments qui fervent à cette opération. aa, Cierge qui vient d'être roulé. On coupe avec un couteau de bois b ; (fig. n) l’extrémité c du pied , par la ligne d ; puis ayant commencé un petit trou au pied du cierge avec le bout du doigt, on enfonce dans le cierge les broches e dont on proportionne le volume à celui des cierges : après que les broches ont été enfoncées , comme on le voit en fy le cierge eft réputé fini : il doit relier rond : on pend les cierges par paquets, comme on le voit PL VI, fig. 8. Si l’on veut que le pied foit à pans comme en g 9 avant de retirer la broche, on forme les pans en appuyant le rouloir ou le couteau de bois. On pend les grands cierges un à un, pour les laiflfer refroidir.
- Fig. 7. Bougies d’appartement : a 9 la meche trempée : l , petit tuyau de fer-blanc ou ferret, dont on garnit le boute de la meche, pour empêcher qu’il ne fe charge de cire quand on fait les premiers jets : c, bougie qui a reçu les premiers jets, qui a été roulée, 8c à laquelle on a découvert le ferret by en - enlevant avec le couteau de bois b y (fig. 11 ), la cire qui le recouvrait : d, la même bougie ou le ferret b a été ôté. Après avoir coupé les culot s g, on forme ordinairement les collets , & les ferrets s’emportent avec la cire h : quand on a donné les derniers jets, & roulé pour la fécondé fois, la bougie eft comme en L On en forme le pied, après quoi elle eft comme en l : m reprélente une bougie finie,
- Fig. 8. Les flambeaux de pure cire pour le fervice Hes Eglifes , & pou£ celui des grands appartements, ont une feule meche de pur coton, avec quelques fils de Cologne. On les fabrique de la même maniéré que les bougies d’appartement : a, les flambeaux font roulés pour la fécondé fois ; on les équarrit fur la table à rouler, comme on le voit en b ; enfin on forme les cannelures avec l’équarriflbir c, qu’on promene comme un rabot le long du cierge : on forme le collet, on coupe le pied, & le flambeau d eft fini.
- Fig. 9. Cierge à trois branches dont on fefert à l’Office de la veille de Pâques dans les Eglifes où l’on fuit le Rit Romain. Ce cierge eft compofé de trois petits cierges qui n’ont point été percés avec la broche. On les roule l’un fur l’autre depuis a jufqu’en b , 8c l’on forme un coude à chacune des trois branches c de y pour les écarter les unes des autres.
- Fig. 11. Couteaux de bois : il y en a de differente grandeur 8c figure; les uns n’ont qu’un bizeau, d’autres en ont deux.
- Fig. 13. Couteau de fer tranchant, dont onfe fert lorfqu’il faut couper la cire & la meche : il y a au bout de la lame un bouton , pour ne point endommager la table : il eft aufli repréfenté Pl. VIII y fig. 8.
- Fig. 12. Broches pour percer les cierges.
- Fig. 14. Rouloir.
- PLANCHE
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- PLANCHE VL
- Cette Planche repréfente la maniéré de faire les cierges à la main * Sc les flambeaux.
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- Figure r. Taille-meche plus petit, mais fait fur une plus grande échelle^ que celui qui efl: repréfenté fur la Planche V. A A, forte membrur e qui fait la bafe du taille-meche ; B, piece à coulilfe qui tient lieu delà poupée; elle porte la verge de fer verticale Z), qui efl: fixée par la vis C,
- ' au point qu'on defire : E> couteau vertical : F, pelottes qu'on doit mettre dans un crible : ZZ, meches coupées de longueur & tortillées.
- Nota, Que pour fe fervir de ce taille-meche, on peut le pofer fur une table, ou le tenir fur les genoux.
- Fig. 2 , & Fig. ii. Poêle couverte où Ton met la cire avec de l'eau tiede pour l'attendrir.
- Fig. 3. Table ou broie à écacher : a, forte table folidement établies b 9 étrier de fer qui reçoit l'extrémité de la piece à écacher: b c, piece à écacher, ou main: Z, cire attendrie dans l'eau tiede qu'on broie, pétrit^ ou écache avec le levier b c : e, Ouvrier en attitude pour écacher la cire. Quand la cire efl: d'une mollefle uniforme, elle efl: en état d'être employée pour faire les cierges à la main : fi on en veut faire de la cire corrompue , on la remet dans la poêle, jufqu'à ce qu'elle foit prefque fondue , êc on l'apporte fur la table à corrompre.
- Fig. 4. Table à corrompre fur laquelle on pétrit la cire avec les mains*
- Fig. .5. Ouvrier qui pétrit dans un linge la cire écachée, pour la ref* fuyer avant de l'employer à faire les cierges.
- Fig. 6. Cirier qui applique fur une meche la cire attendrie, pétrie 8c reiïiiyée : A, bout d’une meche qui tient à un crochet fcellé dans la muraille: B y chaife ou gradin de Cirier, dont nous avons parlé, PL V; on y attache l'autre bout de la meche que l’on peut cependant attacher à tout autre corps folide : C, Ouvrier en attitude pour appliquer la cire fur la meche.
- Figy 7. Cirier qui roule un cierge fait à la main ; comme cette opération efl: la même que celle que nous avons expliquée PL V,fig. J , nous ne nous y arrêterons pas davantage: on coupe le pied du cierge, & on le perce avec la broche de la même maniéré qu'aux cierges jettés à la cuiller.
- Fig 8. Paquets de cierges faits à la main, ou jettés, 8c qui font pendus pour qu'ils fe refroidiflent.
- Fig. y. Petit infiniment de bois b, qui fert à former les cannelures fur les cierges & les flambeaux : on le nomme gravoir ou fauterelle: autre gravoir c.
- Fig. 10. Romaine garnie de branches ou cordons de flambeaux, chargés Cirier. Dd
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- to£ art du cirier.
- à la cuiller d’un mélange de cire & de réfine. ^
- Fig. ii. Deux branches de flambeaux foudées l’une avec l’autre.
- Fig. 12. Quatre branches de flambeaux foudées enfèmble.
- Fig. 13. Soudoir ou fer à fouder.
- Fig 14. Romaine chargée de flambeaux auxquels on va donner les derniers jets de cire.
- Fig. iy. Maniéré de former les cannelures, foit avec l’équarriffoir a> foit avec la fauterelle b, foit avec le gravoir c, fig. 9.
- Fig. 16. Caifle ou coffre rempli de pains de cire blanche; on porte ce coffre auprès des romaines quand on jette.
- Fig. 17. Moule de fer-blanc pour faire des mortiers: b, mortier tiré du moule avec la meche.
- Fig. 18. ab 9 Une meche de flambeau.
- Fig. 19. cd9 paquets de meches, telles que les Cordiers les livrent aux Ciriers.
- PLANCHE FII. '
- Cette Planche’ repréfente la maniéré de faire les bougies filées, & do retirer les cires des vieux cierges.
- Fig. 1. Bobine garnie de fon eflieu.
- Fig. 2. Bobine montée fur fon pied, ou ce qu’on appelle le Tour. A , les joues du tour: B, le milieu qui fe charge de la meche : C, les pelottons qui font dans un crible : D , le pied du tour : en tournant la manivelle qui répond à la bobine, il fe devuide deflus un faifceau de fil qui forme la meche des bougies.
- La Fig. 3. fait voir les deux tours A B dans leur pofition ; & au milieu la poêle avec la filiere, en un mot ce qu’on nomme le travail : A , le tour fur lequel on a ourdi la meche : B, un autre tour tout femblable fur lequel on dévidé la meche qui a pafle dans la cire : C, Cirier qui tourne de la main gauche la manivelle du tour B, 8c qui tient avec fa main droite la bougie ou la meche chargée de cire qui fe dévidé fur ce tour; Z), chaife ou table qui porte la poêle : E , enfonçure de la table qui porte la poêle où eft le feu : F, deflus de la table percé d’une ouverture ovale pour recevoir la poêle G, qui a cette même forme. Le deflus de la table eff encore percé en H, de quatre mortaifes pour recevoir les pinces en bec-de-canne, qui doivent porter la filiere D. On voit au fond de la poêle un crochet qui oblige la meche de plonger dans la cire fondue.
- Fig. 4. F, le deflus de la table : G, la poêle qui eft ovale, & dont les bords font à pans, pour ne point couvrir les mortaifes H qui font def-tinées à recevoir les pinces en bec-de-canne qui doivent porter la filiere.
- Fig. J. A B, pinces en bec-de-canne, qui doivent porter la filiere D :
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- la partie B de ces pinces doit entrer dans les mortaifes H de la table*
- Fig. 6. La poêle deflinée en grand: on y voit fon fond A, £es rebords à pans B , & le crochet C qui eft au fond.
- Fig. 7. Petit morceau de bois tourné E, qui fert à commencer à rouler les petits pains de cire: on voit en B C, des pains roulés en rond: D% indique comment on commence les pains ovales.
- Fig. 8. Ouvrier en attitude pour rouler des pains de bougie: il tient de la main droite le morceau de bois A , & de la main gauche il rouie la bougie : on voit encore devant lui des bouts de bougie coupés de longueur pour être roulés: fur fa droite, un tour chargé de bougies filées; & à fa gauche des pains de bougie.
- Fig. 9. Elle repréfente le détail du fourneau des Ciriers pour fondre la cire lorfqu’on fait des cierges à la cuiller: A, la caque ou le fourneau: B 9 poêle de tôle ou de cuivre, dans laquelle on met le charbon pour faire fondre la cire, Sc que Ton introduit dans la caque A, par la porte Ci D, bord de la poêle où Ton met la cire : cette poêle fê pôle fur la caque A.
- Fig. 10. La caque A, la poêle à feu B, Sc la poêle à cire D mifes en place comme elles font fous la romaine.
- Fig. 11. C, filiere vue de face : D, filiere placée entre les pinces.
- Fig. 12. Grand chaudron monté fur un trépied, & dans lequel il y a des bouts de cierges rompus, dont on veut retirer la cire : A, le chaudron: B 9 le trépied: C, les bouts de cierge: Z?, grande cuillier pour tranfporter la cire dans la pafloire E, fig. 13.
- Fig. 13. F, vaiifeaux deftinés à recevoir la cire qui coule par la paf* foire E : on met à la preffe les meches qui relient dans cette palfoire.
- Fig. 14. Preffe formée de deux jumelles A, affemblées fur un patin de charpente B, fur lequel repofe la mai Ci l’écrou D embraffe les jumelles par fes extrémités : E, eft la vis : Z, le quarré de la vis : G , l’arbre qui monte & qui defcend avec la vis : F, Ouvrier en attitude pour ferrer la preffe; on peut augmenter confidérablement, & félon le befoin, la force de çet Ouvrier, en mettant au bout du levier une corde qui réponde à un treuil vertical: H, pièces de bois quarrées qui fervent de haulfe : on en met plus ou moins, fuivant qu’il y a plus ou moins de meches dans le fceau dont nous allons détailler les parties.
- Fig. 15. A, le feau tout monté: il eft formé d’une boîte de fer battu B, qui eft divifée par bandes, dont les unes C font percées de trous, & les autres Z), font pleines: cette cage de fer ne pourroit pas réfifter à l’effort delapreffe, fi elle n’étoit pas fortifiée par les brides de fer E. On voit en F ces brides de fer ajuftées fur la caiffe de fer battu ; & Ton peut remarquer que ces brides de fer E recouvrent les parties Z?, où il n’y a point de trous. On voit de plus que les deux parties F font jointes Tune à l’autre par les
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- Xo8 ART DU CIRIER.
- charnières G, dans lefquelles entre la broche H: quand ces meches ont été preffées, on releve la vis, on ôte la broche//, on ouvre le feau; & après avoir enlevé les hauffes, on tire les meches. Comme la cire & la réfine ne peuvent couler que quand ces fubftances font en fufion, il faut fe hâter de les faire paflfer à la preffe ; & pour entretenir la chaleur, on jette de feau bouillante dans le feau.
- Les meches qui ont été preffées ne font plus bonnes qu’à brûler: K, efl un vaiffeau deftiné à recevoir la cire ou la réfine qui fort de la prelfe : on met de leau dans le fond pour que ces fubftances ne s y attachent pas.
- PLANCHE VIII.
- Figure I. A, coffre pour éculer: gouttière qui conduit la cire de la
- cuve fur la paffbire: b b, deux couvercles pour empêcher qu’il ne tombe des ordures fur la cire: c, plaque de cuivre qui empêche qu’il ne tombe de la cire fur la cendre chaude de la braifiere: dd9 vaiffeau de cuivre, dans lequel entre un autre qu’on remplit de cendre chaude : e, pieds du coffre à éculer : on pofe ces pieds fur une planche qu’on a mife fur la baignoire \fy robinet fous lequel on préfente les éculons : B , paffoire quarrée ou ovale qu’on met fur le coffre à éculer, ou fur le grêloir : C, plaque de cuivre cotée c dans la figure A: D, gouttière cotée a dans la figure A: F 9 braifiere qu’on met dans la cavité dd de la figure A.
- Fig. 2. A, le grêloir avec la plaque, la paffoire & les braifieres : C, la plaque : E, les braifieres qu’on met aux deux extrémités du grêloir.
- Fig. 3. A 9 cannelle de la cuve pour grêler ou éculer : elle a déjà été re~ préfentée PL Il 9 jîg. 9: a, plaque de fer clouée fur la cuve, & qui fert à affujettir fermement la partie A de la cannelle : B, lancette dont on fe fer t pour chaffer le bouchon & percer la cuve.
- Fig, 4. Etuve pour deffécher les meches : elle confifte en un coffre de menuiferie doublé de tôle : a, les meches paffées dans des baguettes : b, porte par laquelle on met la braifiere au bas de l’étuve.
- Fig. J. Romaine qui porte les cerceaux lorfqu’on jette des bougies.
- Fig. 6. Poêle où l’on fait fondre la cire pour jetter les bougies; ay bord de cette poele: b9 fonfondoù l’on met la cire: c9 planche que l'Ouvrier met devant lui pour fe garantir de la chaleur de la caque: dy la caque: e , barres de fer qui joignent la poêle à la caque: fy roulette pour mettre le feu dans la caque : B , plaque de fer percée qui fe met fur la poêle à feu ou fur la braifiere pour diminuer l’aétion du feu quand elle eft trop vive.
- Fig. 7. Travail pour faire les bougies filées: <2, la poêle, qui eft d’une forme différente de celle qui eft repréfentée dans la PL VII. On l’a deflinée en grand en C, ou l’on voit en b les griffes qui doivent recevoir la fiiiere D, qui eft ronde: c, la poêle à feu: B B, les tours: ceux-ci
- font
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- font à jour, ce qui efl: avantageux quand il fait chaud, parce que la bougie fe rafraîchit plus promptement. J’ai cru devoir repréfenter ce travail, parce qu’il eft différemment ajufté que celui qui efl: déjà repréfenté fur la PL VIT
- Fig. 8. A B, tamis qui, au lieu d’une toile de crin, n’a qu’un filet de cordes : il fert à retirer les pains éculés de la baignoire.
- Fig. 9. Ajuftement pour couper d’une certaine longueur les bougies filées, afin d’en faire des pains: a a, planche percée de trous: cc, chevilles de fer femblables à C, qui portent en bas une vis dans laquelle entre un écrou e: b, traverfe de bois femblableà B, qui empêche la tête des chevilles de fe rapprocher quand on dévidé la cire autour des chevilles : ff> bougie devidée en échevaux fur les chevilles : g> couteau qui fert à couper toutes les révolutions de bougie. Cette figure peut fervir à faire comprendre comment efl: fait le coupe-meche pour les cierges dont on fe fert à Antoni.
- Fig. 10. Couteau de fer pour couper les cierges : il doit y avoir en a deux boutons, pour qu’il n’endommage pas la table.
- Fig. 11. Gravoir.
- Fig. 12. Ecarifloir.
- Fig. 14. Segment de carton ou de fer-blanc, pour former les entonnoirs dont on garnit les torches & les flambeaux.
- Fig. 13. Le même entonnoir ajufté à un flambeau.
- Fig. iy. Cierge tortillé.
- EXPLICATION
- Des Termes propres à P Art du Cirier. t
- 1
- A
- lb E1 L L E s , forte de mouches qui font la cire ôt le miel. Il n’y a dans une ruche qu’une mere qu’on nomme la Reine. Un nombre de mâles qui ne travaillent point ; tout l’ouvrage fe fait par les abeilles ouvrières qui ne font point propres à la multiplication de l’efpece.
- Alivrer. Réunir le nombre de bougies qu’il faut pour faire exaélement le poids d’une livre , Page 69
- Alvéoles. Petites loges de cire qui forment , par leur aflemblage , les gâteaux ou rayons, & dans lefquels les mouches pondent leurs œufs, élevent.leur couvain, ôt dépofent le beau miel, ainfi que la cire brute.
- B
- Baignoires. Ce font des vaiffeaux ovales faits de mérain, ôt femblables à ceux qui fervent pour prendre le bain. Il y en a de doublées de plomb, Ôc d’autres entièrement faits j
- Cirier.
- de pierre. Page 16
- Bandes , Mettre en bandes , c’eft réunir la quantité de bougies qu’il faut pour faire le poids d’une livre, au moyen d’une bande de papier. ^p
- Bassine, Bajjin. Vaiffeau de cuivre étamé qui eft de moyenne grandeur. 80
- Bastis. Aflemblage de charpente pour tendre les toiles, fynonyme de quarrés, 20 Biscuits. Sorte de lampions de forme quarrée qui fervent pour l’illumination des théâtres. yp
- Blanchisserie. Manufadure où l’on fait perdre à la cire la couleur jaune qu’elle a naturellement > pour la rendre blanche ÔC propre à faire différents ouvrages.
- Bougies d’appartement, chandelles de cire, 60 ; ‘d’Huiflier pour éclairer le Roi dans les appartements, 69 ; d’un denier , 7f 5 de veille de nuit, en mortier, 76” <& 77 ; filees, 7P ?a lampions ; de rats de cave ; de Religieufes; de S. Corne, 83 , à lampe. 84. Braisiere. Poêle de fer battu ou de fer
- Ee
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- ÎÏO
- ART DU CIR I E R.
- fondu dans laquelle on met du charbon pour faire fondre la cire, P#ge 47
- Broie. Inftrument qui fert à pétrir la cire attendrie , SS
- Brouette. Petite voiture à une roue qui fert à tranfporter les cires fur les toiles, 20.
- C
- Canelle. Tuyau de bois qu'on forme d’une cheville qui joint exaêtement l’intérieur du tuyau : la canelle de la cuve eft fermée intérieurement par un bouchon de liege qu’on chaffe en dedans avec une cheville qu’on nomme Lancette , lorfqu’on veut percer la fonte , 1 y
- Caque. Fourneau cylindrique fait de bois ou de cuivre fur lequel on met la poêle où doit fondre la cire ; 8t dans l'intérieur, une braifiere remplie de charbons ardents. 46
- Cerceaux. Ce fonteffeêlivement des cerceaux de bois , les uns garnis de crochets , j les autres de ficelles qui fervent à jetter les
- bougies , 46
- Chaise. Les Ciriers appellent ainfi la table qui fupporte la poêle lorfqu’on fait des bougies filées. Voyez Gradin. 80
- Châssis. On appelle ainfi de forts pieds de table, fur lefquels on pofe les planches à moules j 20
- Chevrette. Petit bâtis de fer qu’on éta^ blit fur la baignoire pour porter le grêloir, 18 Cierge. Longue chandelle de cire de figure conique : outre les cierges qu’on diftin-gue par leur poids, il y a encore les cierges de Pâques , 57 ; les cierges à plufîeurs branches ; $9 5 ^es cierges tortillés, y 8 ; les cierges à la main, ’ 54
- Cire. Subftance graflfe, inflammable, fu-fible ôt duétile que font les abeilles, & dont elles forment leurs rayons : il y en a d’un brun obfcur qu’on nomme Cire morine ; les 1 autres font plus ou moins jaunes : on les appelle Cire jaune ou Cire brute, qu’il ne faut pas confondre avec une fubftance mielleufe qui fe trouve dans les avéoles, ôt qu’on nomme auftICïn? brute. Quand les Ciriers ont fait perdre la couleur jaune à la cire, on la
- r; VP hl/îvirhfi • r'f^l înn! 10 m o * «
- nomme Cire blanche ; celle qui n'a jamais fervi a aucun ouvrage fe nomme Cire vierge : les autres font des cires refondues.
- Cire brute. Voyez Miel.
- Clous d’encens pour le cierge pafchal ; c’eft une compofition de cire ôt d’oliban , qu’on recouvre d’une feuille d’or , y 8 Coffre. Les Ciriers donnent ce nom à deux uftenfiles fort différents l’un de l’autre ; le coffre à pains eft une caiffe de bois exa&e-ment jointe, dans laquelle on porte les pains de cire blanche auprès de la romaine ou du travail ; le coffre à éculer ell: une caiffe de cuivre environnée de cendres chaudes , dans laquelle on reçoit la cire qui découle de la cuye , afin de lui donner de la chaleur
- j avant de la verfer dans les moules , Page ip * Collet de la meche, c’eft proprement ce qu’on appelle le Lumignon ; 8c le collet foit d’un cierge, foit d’une bougie, eft la partie qui répond au lumignon.
- Commencer un cierge ou une bougie, c’eft leur donner les premiers jets, 66
- Corrompue. La cire corrompue eft celle à qui on a fait perdre toute fa du&ilité en la fai Tant fondre dans l’eau, ôt la pétrifian t en fuite , y 6
- Coup de FEU.C’eft une petite teinte rouffe que la cire prend toutes les fois qu’on la fait fondre , 31
- Coupoir ou Taille - meche. Inftrument qui fert à couper un nombre de mèches de même longueur, 42
- Couteau. Les Ciriers fe fervent de cou* teaux de bois Ôt de couteaux de fer : les couteaux de bois qui doivent entamer la cire fans endommager la meche font de deux ef-peces; favoir, le couteau à ferrets qui a deux bizeaux, Ôt le couteau à tête ou à rogner qui n’a qu'un bizeau, 66 & 67 ; le couteau de fer eft tranchant ôt fert à couper la cire ôc les meches , 7 S
- Couvain. On nomme ainfi les vers Ôt les nymphes qui ne font pas encore convertis en mouches.
- Couverture faite de bourre piquée entre deux toiles, ôt qui fert à couvrir ôt en* velopper la cuve, \6
- Cuiller. Efpece de gouttière de fer blanc qui fert à puifer la cire fondue, ôt à la verfer fur les meches , 48
- Cuve. Grand ôt fort tonneau de bois, cerclé de fer, dans lequel la cire qui a été fondue dans la chaudière, refte quelque temps pourdépofer, iy
- Cylindre ou Tour. Gros rouleau de bois établi fur la baignoire, qu’on fait tourner pour rubaner la cire , 17
- D
- Déchets : ce font les craffes qui fe précipitent au fond de la cuve, 33
- DÉMiELLERla cire, c’eft lui enlever, le plus qu’il eft pofiible, toute impreflion de miel, 1 o Déposer. La cire ne fe clarifie qu’en la tenant le plus long-temps qu’il eft pofiible en fufion, pour que les immondices fe précipitent, ce qu’on appelle Dépofer , 2 6
- Doubler. Lorfqu’il fait beaucoup de vent, on détache un des bords des toiles, ôt on le rapproche de l’autre bord qui refte attaché aux chevilles , de forte que la cire rubanée fe trouve entre deux toiles : c’eft-là ce qu’on nomme Doubler, 3 6
- E
- Ecacher la cire ; c’eft la pétrir avec un inftrument qu’on nomme broie, pour la rendre plus maniable lorfqu’on veut faire des
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- cierges à la main* Page y y
- Eculer la cire ; c’eft jetter de la cire fondue dans de petits moules creufés dans des planches, 31
- Eculon. Vaiffeau de cuivre étamé dans lequel on reçoit la cire fondue pour la verfer dans les moules : il y en a à un, à deux & à trois becs.
- Egaliser la cire fur les toiles ; c’eft l’action de mettre la cire rubannée à une égale épaiffeur fur les toiles ; ce qui fe fait avec de petites fourches de bois , 27
- Egayer , fynonyme de Gafer , 29
- Entonnoir. On fe fert d’entonnoirs ordinaires pour mettre le miel en barriques; mais l’entonnoir des Fonderies eft un vafe de cuivre étamé dont la douille eft foudée fur le côté, afin qu’elle puiffe entrer dans la candie de la chaudière, ly. Les entonnoirs pour les flambeaux font de cartons, ôt formés comme le pavillon d’un entonnoir ordinaire : ils fervent à empêcher que la cire ne coule furies mains & les habits , 84
- Equarrissoïr. Morceau de bois dont l’ex-trémité eft canelée ou creufée d’une gorge pour former les canelures fur les flambeaux & les cierges.
- Essaim. Colonie d’abeilles qui fort d’une ruche trop pleine pour aller s’établir ailleurs.
- Etui à cierges. C’eft une efpece de boîte dans laquelle on met les cierges debout, ôt qui eft garnie de bretelles pour les charger fur le dos, lorfqu’on les tranfporte dehors, y 3 Etuve. Quelques-uns nomment ainfi le lit où l’on étend les cierges nouvellement jettés avant de les rouler : mais la vraie étuve eft un coffre de bois doublé de tôle dans lequel on faitféeher les meches, 45 & 50.
- F
- Fauchet. Sorte de rateaudont les dents font de bois , 22
- Ferret. Tuyau conique de fer blanc qui empêche qu’il ne tombe de la cire fur le collet des bougies , lorfqu’on les jette.
- Feu. Toutes les fois qu’on fait fondre la cire, elle perd un peu de fa blancheur, ce qu’on appelle un coup de feu , 70
- Finir les bougies . 67
- Flambeau. Groffe bougie , il y en a à une meche qu’on nomme Flambeau d’élévation, 84; d’appartement ou de Venife, 8y ; à meche de Guibray , idem; de poing, 85 ; de Bruxelles, 87
- Fonderie. Attelier dans lequel on fond la cire pour la laiffer dépofer, ôc enfuite la rubanner, 1$
- Fourche. On emploie dans les Blanchif-feries des fourches à trois fourchons pour enlever la cire rubannée des baignoires; on a de plus de petites fourches légères pour éga-lifer la cire fur les toiles , 22
- G
- Gaser. On dit que la cire rubannée fe gafe ou s’égaye, quand les rubans fe collant les unsaux autres, forment des môttes, 29 Gateaux. Voyez Alvéoles.
- Gradin, que quelques-uns nomment auiïi Chaife : il eft formé de deux fortes planches affemblées en équerre ; & dans l’angle rentrant il y a des taffeaux pour fupporter une planche, à différentes hauteurs, fur laquelle monte le Cirier quand il a befoin de s’élever pour jetter un cierge, y3
- Gravoir. Un inftrumertt de buis qui fert à tracer des filets fur le cierge.
- Greler ou Rubanner. C’eft réduire la cire fondue en forme de rubans femblables à de la faveur; la cire ayant par ce moyen plus de furfaces, le foleil & la rofée la blanchif-fent plus facilement , 17
- Gréloir ou Grêloir, Baffin de cuivre étamé dont le fond eft percé de petits trous pour faire tomber la cire fur le tour afin de la rubanner, <, 17
- Grener. C’eft réduire la cire en petits
- grains : dans quelques Blanchifferies on la
- met en cet état au lieu de la mouler en petits pains.
- Gueule-bée. On nomme ainfi une futaille qui n’eft enfoncée que par un bout.
- J
- Jettées. Faireies jettêes. Jetter un cierge, c’eft jetter avec ïa cuiller de la cire fondue pour former un cierge ou une bougie. On dit Faire des demi & des quarts de jettêes9 quand on ne verfe pas la cire dans toute la longueur du cierge , 48,4P
- Jettons. Voyez EJfaim,
- L
- Lampion. Voyez Bifcuits,
- Lancette. Cheville de bois qu’on enfonce dans la canelle de la cuve pour chaf-fer le bouchon de iiege, lorfqu’on perce la fonte, i5
- Lisser une bougie, c’eft la rendre bien unie dans toute fa longueur, au moyen du rouloir , 6j ; on liffe la bougie filée en la paf-fant dans une ferviette mouillée.
- Lit. Ce lit eft formé d’un lit de plume, d’un matelas, d’une couverture & d’un drap : on y met les cierges nouvellement jettés , pour que la cire lé raffermiffe avant de les rouler. <0
- M
- Main. C’eft une planche mince, où il y a une poignée ; elle fert à retourner les cires rubannées fur les toiles ; il y en a de différentes grandeurs ,21. On fait un cierge à la main, en enveloppant une meche avec de la cire écachée.
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- Manne. Corbeille qui fert au tranfport des cires , 20
- Meches. Cordons ou faifceaux de fil de lin, de coton ou d’étoupes qu’on recouvre de cire ou d’autres matières inflammables , pour en former des bougies, des cierges ou des flambeaux , 41
- Mesure. Baguette garnie d’argent par les deux bouts, qui fert à fixer la longueur des différentes efpeces de bougies, 66
- Miel. Subftance fucrée que les abeilles ramaffent dans les fleurs : le plus beau miel fe nomme Miel vierge ; celui de la fécondé qualité eft le Miel blanc ; celui de la troifie-me qualité eft le Miel commun ou à lavements. Quelques-uns appellent Miel brut un mélange d’étamines avec une fubftance mielleufe ; mais c’eft ce qu’on appelle plus communément Cire brute. 6
- Mortier. Efpece de bougie de nuit fondue dans un moule , 7 6
- Mouches à miel. Voyez Abeilles. Moulinet. Sorte de treuil qu’on établit pour ôter ôc mettre en place la cuve, 16
- P
- Pains. On fond la cire jaune en gros pains, Ôc la cire blanche en petits pains , ce qu’on appelle êculer.
- Palon. Sorte de fpatule de bois qui fert à remuer la cire que l’on fait fondre dans la chaudière.
- Panier à mouches. Voyez Ruches. Passoire. Plaque de cuivre percée de petits trous, Ôc qui a des bords relevés ; fon ufage eft de retenir les mouches ôc les autres impuretés qui fe trouvent dans la cire fondue lorfqu’on la fait tomber dans le grêioir, ou lorfqu’on en remplit les éculons, ip
- Pelle à rejetter. C’eft une pelle fembla-ble à celle des Boulangers : elle fert à rejetter la cire fur les toiles. On fe fert encore des pelles ordinaires pour remuer la cire ruban-née dans les greniers, 21
- Percer. On dit Percer la fonte , quand on chaffe avec la lancette le bouchon de liege qui ferme le robinet de la cuve.
- Piquets. Longues chevilles qu’on met au bord des quarrés pour foutenir verticalement la bordure des toiles.
- Planches à pains : ce font les planches dans lefquelles on a creufé les moules pour couler les petits pains de cire blanche, 20 Plaques. Il y en a de deux efpeces; l’une qu’on met fur la braifiere pour diminuer l’action du feu quand il eft trop vif ; l’autre qui eft de cuivre étamé, fe place fur le grêloir pour que la cire y tombe en nape, ôc plus uniformément , 18
- Platine. Voyez Rouloir.
- Plier. Plier les bougies filées , c’eft en former de petits pains.
- C I R I E R.
- Pointe. C’eft un bout de cïerge def-; tiné à être placé au haut d’une fouche,
- Pot. Le pot des ciriers eft de cuivre étamé Ôc de forme cylindrique : il fert à verfer dans l’entonnoir ce qui refte au fond de la chaudière , iy
- Q
- Quarrés. Affemblage de charpente qui fert à tendre les toiles, 20
- R
- RABOT.Efpece de rateau fait avec un chanteau de futaille auquel on ajoute un long manche : il fert à retirer les cires de deffus les toiles , 22
- Rayons. Voyez Alvéoles.
- Régaler. Régaler la cire, c’eft remuer avec de petites fourches de bois, les rubans de cire, pour qu’ils préfentent d’autres fur-faces au foleil, 2$
- Regréler, c’eft refondre la cire ôr la ru-* banner une fécondé fois pour lui faire prendre fur les toiles le plus beau blanc, 30
- Reine. La Reine des abeilles eft la feule mouches femelle qui foit dans une ruche ; tous les travaux fe font pour fa poftérité ; fi la mere meurt : les autres mouches ne travaillent plus que pour vivre : en rendant une autre mere , le travail recommence avec plus d’aCtivité que jamais. Voyez Abeille.
- Relever la cire, c’eft ôter celle qui a fufîifament reçu de blanc fur les toiles pour la mettre en magafin, fi elle n’a été grélée qu’une fois ; ou la mouler en petits pains, fi elle a été regrélée , 25», 30
- Retourner. De temps en temps on retourne les cires fur les toiles, pour que tous les rubans puiffent recevoir l’impreflion du foleil, 2 p
- Rogne. Dans les atteliers on a coutume de nommer Rogne, ce qu’on devroit appel-ler Rognure ; ôc couteau à rogne, pour dire couteau à rogner , 6j
- Rogner.On peut rogner les gâteaux d’une ruche, ôc en emporter une partie fans faire un tort confidérable aux abeilles, 1. On dit aufii Rogner une bougie ou un cierge, lorfqu’on coupe ce qu’il a de trop long, 67
- Romaine. Cerceaux qui font de fer pour les cierges , ôc de bois pour les bougies : ces cerceaux fervent à fufpendre les meches au-deffus de la poêle ou eft la cire fondue qu’on puife avec la cuiller pour charger de cire les meches, ôc former la groffeur des cierges ôc des bougies, 46, 61
- Rouler un cierge ou une bougie, c’eft effectivement faire paffer l’un ou l’autre en roulant entre une table ôc une planche qu’on nomme R ou loir, pour leur faire prendre la forme qu’ils doivent avoir, $1,6$
- Roulette»
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- ART DU
- Roulette. Plaque de fer qui fert à élever la braifiere fous les poêles à bougie, ôc à l’introduire commodément dans la caque, 61
- Rouloir. Planche de bois bien polie qui porte au-deffus deux mains pour la manier commodément, ôc qui fert à rouler les cierges ôc les bougies fur la table , $ i
- Rubanner. Voyez Grêler.
- Ruche. Panier où l’on dépofe les effaims , ôc dans lequel les mouches font les rayons de cire où elles élevent leurs petits ôc raf-femblent leur miel. La ruche eft faite quelquefois d’un aflemblage de menuiferie, d’autres fois d’un tronc d’arbre creux , ôc d’autres fois de paniers de paille réunis avec de Pofier, ou entièrement d’ofier : dans ce cas on les nomme Panniers à mouches.
- S
- Souche. Portion de cierge poftiche faite de bois ou de fer blanc, ôc qui étant terminé par une pointe ou par une bougie, repréfente un gros ôc grand cierge, P J
- Soudoir. Infiniment de fer qui fe termine par fes extrémités en langue de ferpent : on le fait chauffer, ôc on le paffe entre les cordons des flambeaux pour les fouder les uns aux autres , 85
- T
- Taille-meche. Voyez Coupoir.
- Tamis, Il y en a de deux efpeces ; l’un
- CIR 1ER. 113
- garni de crin, qui fert à ramaffer les petites portions de cire qui reftent dans la cuve ; êC l’autre garni d’un filet de ficelle, fert à ramaffer les pains qui flottent fur Peau de la cuve, ip Tiers-point. Tringles taillées en forme triangulaire qui fervent à foutenir les toiles fur les quarrés.
- Tirer un cierge ; c’eft difpofer de la cire attendrie pour former un cierge à la main, 57 Toiles. Les toiles qui fervent à blanchir la cire, fon tendues fur de forts quarrés de charpente ôc relevées par les bords, 21
- Torche. Flambeau dont l’axe eft un morceau de bois fec, 87
- Tortillé. Cierge tortillé ; c’eftune forte d’ornement qu’on donne quelquefois aux cierges de confrairie >
- Tour. Cylindre de bois établi à l’extrémité de la baignoire qui eft du côté de la cuve : il plonge de la moitié de fon diamètre dans Peau de la baignoire, ôc, à mefure qu’ort le fait tourner avec une manivelle, les filets de cire qui tombent delfus , s’applatiffent ôc fe rubannent, 17. Le tour eft aufli une bobine qui fert à faire les bougies filées , 80
- Travail. Voyez Chaife.
- Tremper. Tremper les meches, c’eft les enduire d’un peu de cire pour empêcher que les brins de coton ne fe féparent , 62
- Treuil. Voyez Moulinet. ' ' Tringles. Ce font des réglés de bois qui dépendent du quarré, Voyez Quarré , Tiers-point.
- Fin de l’Art du Cirier.
- \ *•
- De PImprimerie de H,L. Guérin ôc L.F. Delatôur, rue S. Jacques,
- à S. Thomas d’Aquin. 1762.
- Cirier.
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