Descriptions des arts et métiers
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- CHANDELIER
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- Par M. DUHAMEL DU MONCEAU
- M. D C C. L XIV5
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- ART
- DU CHANDELIER
- Par M. DUHAMEL DU MONCEAU.
- O N appelle communément Chandelles des flambeaux formés de fuif & d une mèche de coton : car on nomme Bougies les chandelles de cire ; Sc les chandelles qui font faites avec de la réfine, ne font d’ufage que dans les Provinces où les bois de Pin font communs»
- La graille des animaux, qu’on nomme Juif , quand elle a été fondue Sc clarifiée , efl; donc la matière qui fert principalement à faire les chandelles, & cette raifon doit nous engager à commencer par dire quelque cbofe des différentes grailfes. J’aurai feulement l’attention de ne m’étendre fur cette matière, que le moins qu’il me fera poflible.
- Entre les grailfes des animaux, les unes font fluides comme les huiles j d’autres, qui prennent un peu plus de confiftance, font néanmoins incapables d’acquérir une certaine fermeté en fe refroidilfant ; d’autres font plus feches ; & par degrés on parvient à en trouver de fi feches, qu’elles font trop calfantes pour être employées feules à la fabrique des chandelles qu’on doit brûler l’hiver.
- Les graiffes ont donc des qualités différentes fuivant l’efpece d’animal qui les fournit. Mais dans le même animal on trouve des graiffes différentes, fuivant les parties d’où on les retire ; & la qualité des graiffes varie encore fuivant les aliments dont les animaux ont ufé. Il ne fera pas hors de propos d’entrer à ce fujet dans quelques détails.
- Qualités différentes des Graiffes de différents Animaux.
- La graisse des Poiffons Sc de la plupart des Oifeaux aquatiques ne fe fige pas : elle refte coulante comme de l’huile. Celle de Cheval efl très-molle Sc prefque coulante. La graiffe de Bœuf prend plus de confiftance, néanmoins elle refte fort graffe. Celle de Mouton & de Bouc eft la plus feche de toutes celles qui entrent dans le commerce. Elle l’eft même trop, puifque Chandelier.
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- ART DU CHANDELIER.
- les chandelles de pur fuif de Mouton font très-caflantes quand il fait froid. La grailfe de Bœuf au contraire eft trop molle & trop grafle ; c’eft pourquoi on mêle enfemble ces deux graiffes pour avoir des chandelles fermes 8c luffi-(àmment feches, fans être caflantes l’hiver.
- Comme dans la fabrique des bonnes chandelles il ne doit entrer que de ces deux efpeces de grailfes, nous ne parlerons pas des fraudes de quelques mauvais Chandeliers qui employent des graifles de moindre prix qu’ils achètent des Ecorcheurs, des Charcutiers, ou cette graifle molle qui fe fige fur l’eau où l’on a fait cuire les tripes, 8c qu’on connoît fous le nom de petit fuif C1).
- On trouve dans differentes parties d'un même Animal , des Graiffes
- de qualité différente.
- Cette différence eft fur-tout très-fenfible dans les Porcs. Les moins attentifs ont remarqué que le lard ne reflemble point au fain-doux ; & en y prêtant plus d’attention, on trouveroit dans cet animal 3, 4 ou un plus grand nombre de graifles aflez différentes les unes des autres, fuivant les parties d’où on les auroit tirées.
- Les différences qu’on remarque dans les graifles des Porcs exiftent, quoique moins fenfiblement, dans les autres animaux : par exemple , la graifle qui enveloppe les reins, eft ordinairement plus ferme que celle qu’on retire de l’épiploon ou du méfentere, ou d’autour des boyaux qu’on nomme raties ; 8c ces graifles font aflez différentes de celle qui refte attachée aux mufcles; 8c qui fe vend avec la viande. Pour les fabriques de chandelles , on n’emploie que la graifle qui enveloppe les reins 8c celle des inteftins qu’on fond enfemble fans diftinélion. Ainfl on peut fe difpenfer d’avoir aucun égard aux petites différences que nous venons d’indiquer, & fe contenter de diftinguer, avec les Chandeliers, deux efpeces de graifles, celle du Bœuf & celle du Mouton ; bien entendu que, fous la dénomination de graijfe de Bœuf, on comprend celle de Vache 8c de Taureau, quoique la graifle dç Bœuf foie plus molle que les deux autres ; de même que, fous la dénomination dqgraijfe de Mouton, eft comprife la graifle des Béliers, des Brebis, même celle des Chevres 8c des Boucs. On tire des Provinces Méridionales, de la graifle de Bouc qu’on employé pour la Pharmacie.
- La nature des aliments influe fur la qualité des Graiffes.
- On sait que le lard des Porcs nourris de glands, eft fi fec que les Ro-tifleurs le trouvent trop caflant pour piquer les viandes fines. Le lard des
- (*) Il eft ordonné aux Bouchers de fondre fé-parément le fuif de Mouton & celui de Boeuf ; & de tout temps il leur a été défendu de mêler,
- avec leur fuif de Boeuf & de Mouton, aucun fain, oing, flambarts, fuif de tripes, ou autres graiffes.
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- Porcs nourris de grain , eft de la meilleure confiftance. Mais quand on leur donne pour nourriture des fubftances huileufès, comme le marc des noix dont on a exprimé l'huile, leur lard eft li mol, quil en coule une graifle liquide qu'on peut comparer à de l’huile. Cette remarque ne regarde pas direéïement la fabrique des chandelles , puifqu'on n’y doit point employer de graifle de Porc; mais j’ai cru qu'elle feroit très-propre à faire appercevoir combien les différentes nourritures qu’on donne aux animaux influent fur la qualité de leur graifle; & quoique ce ne foit pas toujours d’une façon auflî fenfible que dans le lard des Porcs, elle exifte néanmoins dans les autres animaux. Les Chandeliers s'apperçoivent, & on convient aflez généralement, que la graifle des animaux qui font nourris de fourrages fecs & nour-riflants, eft meilleure que celle des mêmes efpeces d’animaux qui n’ont vécu que d’herbes vertes. Je n’ai point fait d’ôbfèrvation pour m’aflurer de ce fait; mais il s’accorde avec ce que tout le monde a pu remarquer fur les animaux vivants. Si on engraifle un Cheval avec des plantes vertes, avec des navets, avec du fon, ou de l’orge qui a fervi à faire de la bierre, fa graifle fera molle en comparaifon de celle d’un Cheval qui aura été nourri avec du grain, du foin fec & de la paille.
- Quoi qu'il en foit de ces petites différences, on emploie les graifles telles qu'elles fe préfentent ; on convient feulement que les graifles des animaux qu'on tue l’hiver, font de meilleures chandelles que celles des animaux qu’on tue pendant l’été. Je ne crois pas que cette différence dépende principalement des aliments dont les animaux ont ufé, mais plutôt de ce que dans les temps chauds, le fang dont les graifles fraîchement tirées des animaux font imprégnées, fe corrompt promptement; il s'y forme des vers, & ces fuifs contraélent une mauvaife odeur qui rend les chandelles très-défagréables : d'ailleurs les fuifs d’hiver font plus fecs que ceux d’été.
- Nous nous fommes peut-être déjà trop étendus fur la nature des graifles, notre intention n'étant que de les confidérer relativement à l’art du Chandelier ; ainfi je me hâte de parler de la préparation defu isfs.
- De la manière de fondre les graijfes de Bœuf & de Mouton pour en faire du fuif propre à faire des Chandelles.
- Je dois prévenir que cet article ne regarde point précifément l’art du Chandelier, puifque ce font les Bouchers qui font dans l’ufage de fondre les graifles, au moins dans les grandes Villes ; car dans les petites Villes des Provinces où les Bouchers ne tuent pas aflez pour que leurs graifles puiflent les indemnifer des frais qu’exigent leurs fontes, ils les vendent, au fortir de l'animal, aux Chandeliers qui ramaflent les graifles de piufieurs Bouchers, & les fondent pour leur propre ufage. Mais quand cette première
- (O H eft défendu aux Bouchers de la Ville de Paris de vendre leur friif en branche.
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- préparation fe feroit toujours par les Bouchers, nous ne ferions pas pour cela difpenfés d’en parler, puifque c'eft un préliminaire abfolument néceffaire pour la fabrique des chandelles.
- La converfion des grailfes enfuif confifte à féparer la partie vraiment grait fèufe des membranes & du tiffu cellulaire où elle eft renfermée, aufli-bien que du fang avec lequel elle eft mêlée au fortir de ranimai. Peut-être qu'outre cette féparation de la grailfe d’avec les fubftances étrangères, la fonte dit lipant un peu de fon humidité, lui donne delà fermeté, & l'empêche de fe corrompre ; car la graifle en branche devient très-puante, & il s'y forme des vers : ce qui n'arrive pas au luif. Et on lait que le beurre perd confidérable-ment de fon poids, quand on le fait fondre pour le conferver.
- Quand les Bouchers ont tiré, des bêtes qu'ils tuent, la fubftance adipeufe, ou la grailfe renfermée dans fes membranes, ils la portent au féchoir A ( PL lyfig. i), où ils l'étendent fur des perches aa> afin que l'air la frappant de toutes parts, elle foit moins expofée à fe corrompre que fi on la mettoit en tas : d'ailleurs cette grailfe qui, au fortir de l'animal, étoit chaude, fe refroidit & fe fige, le fang & les membranes fe delfechent ; ce qui eft avantageux pour l'extraélion du fiiif.
- Lorfqu'on a ramalfé une certaine quantité de cette grailfe delféchée, qu'on nomme du Juif en branche, on la porte dans des mannes au hachoir (fig* 2. )
- Comme les parties grailfeufes font contenues dans des cellules membraneu-fes, elles en fortiroient difficilement, fi on ne commençoit pas par rompre ces cellules : c'eft ce qu'on fait en coupant le fuif en branche en petits morceaux gros comme des noix, avec un fort couperet ou hachoir D, fur une forte , table C, femblable à celles fur lefquelles les Bouchers coupent leur viande.
- A mefure que le fuif en branche eft fuffifamment haché, on le met dans des mannes femblables à celle marquée B, & on le jette dans une grande chaudière de cuivre E ( fig. 3 ), dont le fond fe termine comme*un œuf, afin que les faletés fe ralfemblent dans la partie la plus baffe.
- Cette chaudière eft montée fur un fourneau de briques, de façon qu'elle ne foit chauffée que par le fond, où il y a toujours un bain de fuif qui l'empêche de brûler, & afin que le feu n'agiffe point fur les bords de la chaudière, où le fuif qui s’y attache pourroit fe rôtir. Autour des bords de la chaudière, le fourneau a une bordure de maçonnerie afffez large, qui eft inclinée vers la chaudière, afin que le fuif qui tombe deffus s'écoule, & retombe de lui-même dans la chaudière.
- Au bas du fourneau il y a des degrés F pour élever l'Ouvrier, & le mettre à portée de remuer le fuif, & de le tirer de la chaudière, comme je l'expliquerai dans un inftant.
- Sur la bordure du fourneau E il y a quelques trous femblables à celui marqué G. On y met du plâtre en poudre, dans lequel les Ouvriers mettent leurs
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- mains pouf les dégraifler, fins quoi ils ne pourroient pas tenir fermement les outils dont ils fe fervent, parce qu'étant enduits de graille, ils s’échapperoient.
- La graille fe fond peu à peu dans la chaudière, 8c un Ouvrier a foin de la remuer fréquemment pour empêcher qu’elle ne brûle, 8c pour qu’elle forte des cellules membraneufes dans lefquelles elle étoit renfermée.
- Quand elle eft bien fondue, on la tire de la chaudière E avec de grandes cuillers de cuivre L quon nomme puijilles, & on la verfe dans de grandes poêles de cuivre MO, ou elle doit fe refroidir. Mais pour féparer le fuif des parties membraneufes, on le pàlfe dans une banatte N, qui eft un panier d’olier cylindrique, alfez à clair-voie pour que le fuif fondu puiflê couler, & aflez ferré pour que les parties membraneufes ne puilfent pas paifer avec le foif. Quelques Bouchers ont des banattes de cuivre percées de trous comme les palfoires.
- Les uns plongent la banatte dans le fuif de la chaudière, & ils le puifent dans la banatte même pour le verfer dans les poêles M ; mais la plupart po-fent fur les bords de la poêle M un chevalet O, qui eft un affemblage de quatre morceaux de bois en forme de civiere, fur laquelle repofe la banatte dans laquelle on verfe, avec une puifelle, le fuif pêle-mêle avec les membranes, qui relient dans la banatte, pendant que le fuif épuré tombe dans la poêle.
- Comme, pour la facilité de ce travail, il faut que la poêle, fur laquelle eft établie la banatte, foit à portée de la chaudière E ; 8c comme il faut que le fuif relie quelque temps dans les poêles, pour fe purifier 8c pour fe refroidir, avant que d’être verfé dans les moules, on tire du fuif de la grande poêle avec des puifelles, pour en remplir des poêles moins grandes, qui font à quelque diftance de la chaudière.
- Le fuif perd dans les poêles une partie de fà chaleur ; & il fe précipite au fond quelques faletés que la banatte n’a pas retenues.
- Avant que le fuif foit figé, on le puife dans les poêles avec le pot P, ou une puifelle L, pour le verfer dans des futailles Q dont on a pris la tare, afin de favoir ce qu’elles contiennent de fuif ; ou bien avec l'écuelle R ( Voy. m bas de la Planche fig. 7 )_, on remplit les jattes ou mefures de bois 5, qui doivent contenir cinq livres & demie de fuif ; & quand il eft refroidi, on a des pains hémilphériques que les Bouchers vendent aux Chandeliers : c'eft ce qu’on nomme le Juif de place (*) , qui eft plus eftimé que celui qu’on tire en barriques des Provinces ou des pays étrangers.
- Le fédiment qui refte au fond des poêles fe nomme de la boulée. Il m'a paru quelle étoit formée, i°. des faletés terreufes qui étoient mêlées avec
- (x) L’expreiïion de fuif de place vient de ce qu’il a été ordonné à différentes fois aux Bouchers de porter tout leur fuif, ou, par tolérance, Chandelier,
- des montres , à une Halle ou une place indiquée par la Police, où les Bouchers doivent faire la vente de leurs fuifs aux Chandeliers.
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- le fuif en branche : 20. du fang qui s’eft cuit dans la fonte du fuif; 30. de quelques fragmens de membranes qui n’ont pas été retenus par la banatte, le tout mêlé avec du fuif. On met cette boulée à part ; & quand on en a raflemblé une certaine quantité, on la glajje, c’eft-à-dire , qu’on la met dans la chaudière, Sc que, par une chaleur modérée, le fuif fe fond, & fe porte à la furface où on le ramafle. Le fëdiment fe vend comme le creton, mais plus cher, parce qu’il eft plus chargé de graille.
- On apperçoit maintenant qu’il eft avantageux que le fuif fondu foit mis dans de grandes poêles, où il puilfe relier long-temps en fullon : II le refroi-dilfement fe faifoit trop promptement, la boulée ne fe précipiteroit qu’im-parfaitement, Sc le fuif refteroit impur.
- Il nous relie à parler de ce qui eft retenu par la banatte. On fe rappellera aifément que ce n’eft autre chofe que quantité de membranes imbues de fuif qu’il s’agit de retirer en faifant palfer le marc fous une forte prefle.
- La prelfe V (fig. 4) eft formée parles jumelles à, l’arbre de deflbus b, la mai r, le feau d, des haulfes e, le mouton/", la lanterne g> la vis A, Sc l’écrou i.
- Pendant que le marc qui eft dans la banatte eft chaud, on le verfe dans le feau d : on met par-delfus plus ou moins de haulfes e, fuivant que le feau eft plus ou moins rempli de marc ; on tourne la vis pour faire appuyer le mouton f fur les haulfes e, d’abord avec un levier qu’on engage dans les fu-feaux de la lanterne g; enfuite, pour ferrer plus fortement, on roule un cable d’abord fur la lanterne, puis fur un cylindre vertical, Sc par le moyen des leviers, la prelîion devient très-forte. Le cylindre ou le treuil vertical n’eft point repréfenté dans la figure, pour éviter la confufion, Sc parce que fa pofition s’imagine aifément. A mefure que l’on prelfe, le fuif fort par les trous du feau, il coule dans la mai c, & par l’anche ou gouleau il tombe dans une poêle k qui le reçoit. Ordinairement on met fur cette poêle un tamis de crin pour arrêter les immondices qui pourroient s’échapper par les trous du feau. Quand le fuif eft égoutté, Sc quand la prelfe eft refroidie, on remonte l’écrou, on ôte la cheville /, & le feau s’ouvre en deux, à caufe de la charnière m ; alors on tire les haulfes e, ainfi que le marc qu’on nomme pain de cretons, qu'on vend pour faire de la foupe aux Chiens de meute Sc de balfe-cour, & nourrir des volailles.
- Le fuif qu’on reçoit dans la poêle K eft fur le champ verfé dans les futailles ou dans les moules, comme celui qui a palfé.par la banatte.
- Il fuit de ce que nous venons de dire, que les fuifs font des grailfes d’animaux , fondues, dégagées de leurs membranes Sc dépurées : ainfi on diftingue les fuifs par le nom des animaux qui les ont fournis.
- Le fuif de Mouton eft eftimé le meilleur par les Chandeliers; il doit être fort blanc , fec, caifant Sc un peu tranfparent.
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- Le fuif de Bœuf eft plus gras que celui de Mouton ; il doit être nouveau, fans mauvaife odeur, & d’un blanc tirant un peu fur le jaune.
- Les Bouchers de Paris fondent leurs fuifs, tant de Bœuf que de Mouton, dans des jattes. Leur fuif qu’on nomme de place, eft plus eftimé que celui de Hollande, d Irlande & du Nord, qui vient dans des barriques. Les Chandeliers redoutent fiir-tout les fuifs qui ont été falés, parce qu’ils font pétiller les chandelles ; & il eft expreffément défendu aux Bouchers de Paris d’introduire du fel dans leurs fuifs : ce qui feroit inutile, car le fuif bien fondu & dépuré n’eft fùjet ni à fe corrompre, ni à être mangé par aucun infeéle.
- Pour faire de bonnes chandelles, on mêle parties égales de fuif de Mouton & de fuif de Bœuf; il eft défendu d5 y mêler du beurre ni aucune autre graille, particuliérement celle du Cochon, qui coule, répand une mauvaife odeur, 8c fè confume fort vite.
- Le petit fuif ou fuif de tripes, qui eft la graifle qui fe fige fur le bouillon où l’on a fait cuire les tripes, n’eft pas propre à faire de bonnes chandelles. On le ' fait fondre avec d’autres grailles, pour le vendre aux Savonniers & auxHon-groyeurs, ou pour remplir des lampions 8c des terrines d’illuminations. On verra dans la fuite que les Chandeliers ont obtenu de la Police d’introduire / dans les chandelles qu’ils font l’hiver, un peu de ce petit fuif; mais cette tolérance eft abufive.
- Le fuif de Bouc fe tire de Provence & de Languedoc, par Lyon 8c Nevers. Il doit être fec, tranfparent & fort blanc; il eft préférable à tout autre pour allier avec la cire ; 8c c’eft peut-être de ce fuif qu’eft venu le terme de Bougie.
- Sur les Me cites.
- Les substances animales fe grillent au feu, 8c forment un charbon ; mais leur flamme n’eft que paffagere, 8c elles ne confervent point le feu. C’eft par cette raifon que tous les fils de cheveux, de crin, de foie, de laine & de poil de Chevre, ne valent rien pour faire des meches ; il faut employer à cet ufage des fiibftances végétales. Ce fait eft fingulier ; car on fçait qu’on peut faire des meches aux lampes, avec le lin incombuftible, qui ne brûle pas, mais qui attirant l’huile, & la divifant en petits filets, lui permet de s’enflammer & de brûler. On fait aufll des meches aux lampes à l’efprit-de-vin, avec du fil d’argent trait ; néanmoins la laine déjà graffe par elle-même, 8c qui fe charge très-bien des huiles où elle trempe, ne retient point la flamme, apparemment parce qu’en fe grillant le charbon ne permet pas à l’huile, ou à la graiffe qu’elle contient, de fe tenir allumée ; & fur le champ la laine étant réduite en un champignon, il ne refte point, comme dans le lin incombuftible, des pores capillaires qui portent le fuif fondu jufqu’à l’extrémité de la meche. Mais on peut faire des meches avec différentes fubftances végétales. Du bois réfineux 8c bien fec, des écorces de différents bois ont quelquefois fervi de
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- meches à de grofles torches ; il y a même des copeaux de Pin fort chargés de réfine qui brûlent comme un flambeau; & dans les pays où il y a beaucoup de Pins, les Payfans s’en fervent à cet ufage. Le papier roulé & la moëlle des Joncs fourniflent de fort bonnes meches pour les lampes. On fait avec le> chanvre des meches pour des flambeaux Sc les terrines de fuif ; mais les meches de fil ne vaudroient rien pour les chandelles ; le chanvre & le lin ne fe confumant pas aufli promptement que le fuif, les meches faites de ces fub-fiances fe recourbent, & il faudroit continuellement redreffer la meche ou la couper, fans quoi elle tremperoit par fon extrémité dans le fuif de la chandelle qui couleroit infailliblement. Le coton eft donc la feule fubftance qu’on employé pour faire de bonnes meches,& la perfeélion des chandelles dépend beaucoup de la bonne qualité du coton qui fert à faire les meches.
- Il y a en général deux elpeces de coton : l’un eft produit par une plante annuelle ; il eft nommé par Ray Sc Tournefort, Xylon, fwe GoJJîpium herba-ceum : l’autre eft produit par un arbriflfeau que les mêmes Auteurs ont nommé; Xylon arboreum. ’ ,
- La plupart des cotons qui viennent du Levant font de la première efpece. > Ils font très-blancs Sc très-fins ; mais leurs filaments ne font ni fi forts ni fi longs * que ceux du coton qui vient fiir des arbriifeaux, Sc qu’on nous apporte de l’Amérique Méridionale.
- Il feroit déplacé de nous étendre ici fur la defcription des Plantes qui fourniffent le coton, fur leur culture, fiir la façon d’éplucher le coton, lur les préparations qu’on lui donne pour le filer ou pour le conferver en laine, enfin fiir les différents emplois qu’on fait du coton. Il fiiffit de dire, qu’en le confidérant comme marchandife, il y en a de bien des qualités différentes; luivant le degré de maturité qu’on lui a laiffé acquérir lur la plante, fuivant le foin qu’on a apporté à l’éplucher, Sc fuivant les altérations qu’il a fcuffertes dans le tranlport. Quoi qu’il en foit, les Chandeliers tirent ordinairement de Marfeille leur coton tout filé & en écheveaux. U doit être blanc, bien fec ; il faut examiner s’il n’a pas été mouillé d’eau de mer, Sc fiir-tout s’il eft bien net, ou, comme dilent les Chandeliers, point poivré, c’eft-à-dire, chargé d’ordures ; car les moindres faletés forment de petits charbons qui, tombant dans le baflîn de fuif fondu, s’amalfent auprès de la meche, & la chandelle coule ou pétille. Le coton filé le plus fin forme les plus belles meches ; parce qu’il n’y a que le beau coton Sc celui qui eft bien net, qu’on puiffe filer fin. Mais ordinairement les Chandeliers n’employent pas des cotons filés aufli fins que les Ciriers; pourvu qu’ils loient bien nets, blancs & tacs, cela leur fuffit. Néanmoins j’ai vu des chandelles faites avec de très-beau coton, qu’il ne fai-loit prefque pas moucher; elles répandoient une belle lumière, & elles ne coûtaient pas.
- La première opération, qui fe fait par des femmes, eft de dévider les
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- écheveaux de coton pour les mettre en pelote : quelqûefois elles fe fervent d’un dévidoir ordinaire ( PLII,fig. ï ), mais fouvent elles employeur des dévidoirs qui n’ont quune croifée avec des chevilles qui entrent dans les bâtons de la croifée. Ces dévidoirs que les Chandeliers, nomment tournettes * étant plus légers que les autres * fatiguent moins le coton;
- Les Devideufes aflemblent ordinairement deux ou trois fils de coton, eh formant les pelotes qu’elles font, à peu près du poids d’une demi-livre ; queb quefois les fils font doubles 8c triples dans les écheveaux mêmes , alors prenant les deux ou trois bouts, on les dévidé à l’ordinaire ; mais fi les écheveaux font formés avec un fil fimple, il faut que la Devideufe ait une tournette qui porte deux ou trois croifées, pour devider à la fois deux ou trois écheveaux; Ces croifées pofées les unes au-deflus des autres fur un même pivot, tournent indépendamment les unes des autres.
- Il s’agit enfuite d’affembler les fils pour former les meches, & de les couper de longueur. Pour cela il faut avoir un panier aux pelotes A (fig. % ), avec fbn efcabeau & un couteau à meche B , qu’on nomme auffi banc à couper les me-ches. Ordinairement les Chandeliers mettent leurs pelotes dans un las ou boit feau fait d’une fer ch e, au milieu de laquelle eft attachée une peau percée de trous comme un crible, afin que les ordures tombent par les trous, 8c quelles-ne s’attachent point au coton*
- Pour fe former une idée du couteau à meche, il faut imaginer une forte table. Celle qui eft repréfentée (P/. H?fig. 2 ), a pour pieds deux madriers montants ab, retenus par une traverfe cc; mais fouvent elle a quatre forts pieds comme les tables ordinaires. Sur cette table s’élève verticalement à un des bouts une lame tranchante ou un couteau d, qui efl: folidement affujetti à la table, 8c dont le tranchant regarde la face de la table oppofée à l’Ouvriere. De plus^une broche de fer e eft fixée verticalement fur unepiecè à coulilfe/i de forte qu’en tirant cette piece/* on éloigne la broche e de la larne d, ou bien on rapproche les deux pièces en enfonçant la couliffe. Comme la longueur des meches eft fixée par la diftance qu’il y a de la lame d à la broche é > il eft évident, qu’au moyen de la piece à couliShf, on peut établir la longueur des meches, ainfi qu’on le juge convenable pour l’efpece de'chandelle qu’on fe propofe de faire; & quand la Coupeufe a fixé, fuivant Ces intentions, là diftance convenable entre la broche e 8c 1 a lame d, elle aflujettit la piece à couliife par une vis dont on apperçoit la tête fur le côté de la table ï fouveni la tête de la vis eft en-deffous.
- La Coupeufe s’affied vis-à-vis la table qui porte îe couteau ; 8c ayant mis, comme nous venons de l’expliquer > la lame 8c la broche à une diftance proportionnée à la longueur qu’elle veut donner aux meches, elle prend & unit enfemble les bouts de deux, trois ou quatre pelotes qui font dans le panier, pour fe décharger de leurs fils, à mefure qu’on forme des meches*
- CHANDELIERi G
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- Suppofant que la meche d'une chandelle des huit à la livre doive être formée par vingt-quatre brins de coton, & que dans les pelotes il y ait trois fils réunis, il faudra mettre quatre pelotes dans le panier; leurs fils réunis feront douze brins, qui, étant doublés fur la broche, feront les vingt-quatre brins dont on fuppofe que la meche doit être formée.
- L'Ouvriere ayant réuni les douze brins qui partent des quatre pelotes, elle les paffe derrière la broche avec fa main droite, & elle les rapproche ju£ qu'à la lame. Alors elle faifit le faifceau de fils quelle tient de la main gauche , Sc tenant le faifceau avec les deux mains, elle l'appuie fortement fur le tranchant pour le couper ; alors les douze fils qui répondent aux pelotes ref-tent dans fa main gauche, pendant quelle tient avec fa main droite la meche compofée de vingt-quatre fils. Il faut prendre garde qu'un des bouts ne foit pas plus long que l'autre, ou, comme difent les Ouvriers, que la meche ne foit barlongue. Sur le champ l'Ouvriere pofe cette meche entre la paume de fes deux mains, & les faifant gliffer l'une fur l'autre, elle la tord un peu pour empêcher que les fils de coton ne feféparent, & pour former, autour delà broche, l'anfe du lumignon qu'on nomme le collet de la meche. Auffi-tôt elle jette cette meche ainfi tortillée de fon côté fur le bord de la table e, fans la tirer de la broche.
- La main gauche de l'Ouvriere n'ayant pas quitté les fils qui répondent aux pelotes, elle les prend de la main droite ; elle les pâlie derrière la broche ; elle les rapproche de la lame pour les doubler ; elle les coupe ; elle les tord entre fes deux mains, & elle les rejette encore de fon côté de la table e : ce quelle répété jufqu'à ce qu'il y ait fuffifamment de meches pour garnir une broche ou baguette. C'efl; ordinairement feize pour les chandelles des huit à la livre ; douze pour des quatre; quinze pour des fix ; dix-fept pour des dix ; yingt pour des feize. Alors l'Ouvriere qui fait des huit, prend ces feize mèches , elle les arrange à plat à côté les unes des autres ; fi elle apperçoit quel* que filament de coton qui fe fépare des fils, elle le détache ; ayant raffemblé le bout de toutes les meches, elle les ébarbe, comme nous le dirons dans la fuite ; puis mettant une de fes mains fur ces meches auprès du collet, elle plie les feize meches , & elle les renverfe vers le dehors du banc / : ce qui forme de quoi garnir une broche. L'Ouvriere continue à couper fes meches; elle les rejette en-dedans ou de fon côté, comme elle avoit fait d'abord, pour raffembler la quantité de meches qui convient pour garnir d'autres broches ou baguettes à chandelles ; ce qui s'appelle une brochée. Quand la broche verticale du coupoir efl: pleine de meches, il faut, pour la décharger, tranfpor-ter ces meches fur les baguettes de bois, qu'on nomme broches à chandelles. Ces broches doivent être faites avec des baguettes de bois léger, un peu plus menues que la broche du coupoir, bien unies dans toute leur longueur, Sc elles doivent fe terminer en pointe par une de fes extrémités, pour l'introduire plus aifément dans l'anfe des meches*
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- On tire à la fois de la broche de fer une branchée ou les feize meches qui doivent charger une baguette ou broche à chandelle, lorfqu'on fait des huit à la livre, & on pafle adroitement la broche de bois dans les anfes qui ont été formées par la broche de fer. L'Ouvriere ayant ainfi déchargé la broche de fer du coupoir* en garniflant des broches à chandelle, elle recommence à couper d'autres meches ; Sc fi elle fe propofe de faire des meches pour des chandelles des douze à la livre, elle deftinera dix-huit meches pour chaque broche à chandelle : car plus les chandelles font menues, plus on met de meches fur les broches ou baguettes > qui ont toujours deux pieds Sc demi de longueur.
- Il eft bon de remarquer, i°, que quand on fait des meches pour les chandelles moulées, on ne les diftingue point par nombre de feize, de dix-huit, &c, comme on le fait pour les chandelles plongées on emplit la broche du coupoir en rejettant toutes les meches d'un même côté de la table, Sc on décharge la broche, en tranfportant les meches fur des baguettes menues qu'on remplit en entier ; mais, afin que les meches n'en fortent pas, on lie avec les deux meches des bouts toutes ces meches qui font fi près qu'elles fe touchent l'une l'autre : ce qui forme un gros paquet de meches qu'on porte à l'endroit où font les tables à moules, comme nous l'expliquerons dans la fuite*
- 2°, Comme la lame du coupoir effiloche le coton, on raffemble, comme nous l'avons dit, une quantité de meches , par exemple , ce qu'il en faut pour garnir une broche à chandelle ; & avec de bons Sc forts cifeaux, on ébarbe les meches en coupant tous les brins, qui excédent les autres. Cette opération n'eft importante que pour les chandelles plongées, afin qu'il ne fe raffemble pas de fuif au-delà de la longueur de la meche.
- 30, Nous l'avons déjà dit, la bonté des chandelles dépend autant de la perfeélion de la meche que de celle du fuif. Un coton fale Sc mal filé, qui eft d’inégale groffeur, rend les chandelles fujettes à couler Sc à pétiller. Il faut fur-tout bien prendre garde que quelque fil de coton ne fe fépare des autres, c eft un des plus grands défauts que puiffe avoir une chandelle ; Sc c'eft pour éviter cette féparation, ainfi que pour former l'anfe de la meche autour de la broche, que l'on tord le coton entre les deux mains à chaque meche qu'on vient de couper.
- 40, La groffeur des meches doit être proportionnée à celle des chandelles^ une meche trop menue ne produit point de lumière, Sc fait couler le fiiif, une trop groffe fait que la chandelle ne dure pas : comme elle ne fe confizme .pas auffi vite que le fuif, il la faut moucher à chaque inftant. Avec de beau coton, Sc en tenant les meches un peu menues, on peut faire des chandelles qu'on ne fera pas obligé de moucher plus fréquemment que la bougie* L'habitude guide les Chandeliers à déterminer la groffeur des meches ; car ils rie
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- le peuvent faire par le nombre des fils, leur grolfeur n'étant jamais alfez exactement déterminée. Comme on fait des chandelles de même poids , par exemple , des huit à la livre, les unes plus courtes, les autres plus longues, les courtes font nécelfairement plus grofles que les longues : on augmente proportionnellement la grolfeur des meches ; ainfi les meches pour les courtes ont deux, trois ou quatre fils de plus que celles pour lés longues. Pour s'alfurer fi les meches font d'une bonne grolfeur , quand on en a coupé de quoi garnir cent broches des huit, ce qui fait feize cents meches * on lespefe ; 8c fuivant Pufage le plus commun, leur poids doit être de vingt onces par cent, ce qui fait deux livres 8c demie pour les feize cents meches.
- 5°, Il y a cette grande différence entre les chandelles plongées & les moulées, qu en faifant celles-ci, le lumignon ou l'anfe formée par la broche du couteau à meches, eft fouvent en bas, au lieu qu'aux chandelles plongées cette anfe eft toujours en haut. Néanmoins il faut que la meche des chandelles moulées foit foutenue verticalement dans l'axe du moule, comme je l'expliquerai dans la fuite ; mais il convient de prévenir dans cet article où il s'agit des meches > qu'on attache, celles des chandelles moulées, à la partie du moule qui eft en haut avec un bfin de fil qui tient lieu de l'anfe, dans laquelle on pafte la baguette des chandelles plongées, 8c qui ne peut pas fervir à cet ufage pour les moulées ; parce que, comme je l'ai dit, cette anfe eft fouvent en en-bas, & que quand on les mettroit en en-haut, les fils de coton qu'on réunit pour former les meches, font d'un trop gros volume pour être reçus par le crochet qui les doit tenir dans l'axe du moule. Voici comme on attache ce brin de fil au bout de la meche, oppofé au lumignon.
- On coupe de petits bouts de fil d'environ deux pouces de longueur a (P/. îilyfig. 6), Les Chandeliers achètent ordinairement des Tilferands les fils qu'ils coupent au bout de leurs pièces de toile, & qu'on nomme penne. Ces bouts de fils, qui ne font bons qu'à cet ufage, leur coûtent beaucoup moins que du fil en écheveaux. On lie enfemble les deux bouts de ce fil pour en faire un anneau h; enfuite, repliant cet anneau, comme on le voit en r, on palTe dans les anfes de le bout de la meche qui eft oppofé au collet de la meche qui doit former le lumignon, ainfi qu'il eft repréfenté en f; 8c en ferrant le nœud coulant du fil dans lequel on a paffé la meche , elle fe trouve terminée par une anfe de fil g, dont on connoîtral'ufage lorfque nous parlerons des chandelles moulées. Il eft néceffaire, pour les chandelles plongées, que l'anfe du collet de la meche forme le lumignon ; parce que c'eft dans cette anfe qu'on paffe la baguette ou broche de bois qui fert à les plonger, comme nous l'expliquerons : mais à l'égard des chandelles moulées , le feul avan-tage qu'il y ait à faire enforte que l'anfe de la meche forme le lumignon, eft de pouvoir les lier par paquets, les placer fur des Aions, ou les attacher à des étalages pour les expofer à l'air.
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- Plufieurs Chandeliers négligeant ce petit avantage , forment le lumignon de leurs chandelles moulées avec l’extrémité de la meche qui eft oppofée à - l’anfe, de forte que l’anfe fe trouve engagée dans le fuif au gros bout de la chandelle. Cela ne les dilpenfe pas d’attacher un anneau de fil au bout de la meche ; car l’anfe de la meche feroit trop groffe pour entrer dans le crochet du culot : mais ils ajuftent ce fil plus aifément que par la méthode que nous avons expliquée ; car ayant plié en deux l’anneau du fil b, comme on le voit en h , on pafîe cet anneau ainfi plié dans l’anfe de la meche k, comme on le voit en il, & la meche fe trouve terminée par deux boucles de fils qu’on pafTe dans le crochet du moule, comme nous le dirons dans la fuite. Cette difpofx-tion du fil au bout de la meche eft plutôt faite que celle qui eft repréfentée en efg ; 8c quand la chandelle efl: jettée en moule 8c figée , on retire aifément ces fils qui fervent plufieurs fois.
- 6°> Le coton filé au Levant, 8c quon nomme Coton Baza, efl: bien moins tors que celui qu’on file en France ; pour cette raifon il fe raccourcit moins quand on le plonge dans le fuif. Lorfque les Chandeliers emploient du coton filé en France, prévenus que le fuif en s’introduifant entre les fibres du coton qui font très-tortillées, produit un raccourciflement plus confidérable, ils tiennent leurs meches un peu plus longues, & cela va à un travers de doigt fur une meche pour les huit. Indépendamment de l’inconvénient qui réfuite de ce raccourciflement, les Chandeliers veulent que le coton foit mollet, 8c pour cette raifon il doit être peu tors.
- Les meches des lampions fe font avec ces bougies, qu’on appelle Rat de cave. On en coupe de petits bouts qu’on pique dans une pointe qui eft fondée au fond du lampion. On ôte la cire à l’autre bout pour former le lumignon qu’on frotte quelquefois avec un peu de térébenthine, pour qu’ils s’allument plus aifément.
- 8°, Les meches des terrines font faites, comme celles des flambeaux de poing, avec de l’étoupe de lin que les Cordiers commettent * mollement. On les imbibe d’une compofition de fuif & de térébenthine, on les tord un peu entre les mains, on les coupe par bouts, 8c on affujettit ces bouts au fond des terrines avec un peu de terre glaife.
- Prefque tous les Chandeliers prétendent qu’il eft avantageux de tremper les meches des chandelles dans de l’efprit-de-vin, 8c qu’au moyen dé cette précaution on eft difpenfé de les moucher aufli fouvent : mais comme cette liqueur s’évapore fort vite, je ne conçois pas qu’il puiffe en refter une grande impreflion fur la meche. D’autres veulent qu’on imbibe les meches des lampions avec de l’eflence de térébenthine : il peut bien en refter une légère impreflion fur la meche ; mais je ne fais pas ce qui en réfuite. Communé* ment on imbibe les meches des terrines avec un mélange de fuif 8c de térébenthine, comme on l’a dit plu shaut, , . ~
- Chandelier, O
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- Maniéré d'employer le Suif pour en faire des Chandelles.
- Il y a en général deux efpeces de chandelles, ou plutôt deux façons de faire des chandelles. Les unes fe font en plongeant les meches dans le fuif fondu, & les autres fe jettent en moules. Les premières fe nomment des thandelks plongées ou à la broche : les autres s’appellent des chandelles moulées. Nous décrirons féparément ces deux façons de faire les chandelles ; mais auparavant il eft à propos de parler de quelques opérations qui font communes à Tune & à l’autre. v
- Nous avons dit qu'on livroit le fuif aux Chandeliers dans des futailles ou en pains fondus dans des moules qu’on nomme mejures ou jattes. Comme le fuif'de Bœuf doit être féparé du fuif de Mouton, le Chandelier commence par pefer fes fiiifs, pour les allier enfemble, Sc les mêler à la dofo qu’il juge convenable pour faire de bonnes chandelles. Conformément aux Régie-mens, il conviendroit de mêler ces deux fuifs par égale portion : les chandelles n’en feroient que meilleures fi le fuif de Mouton y dominoit ; mais les Chandeliers font obligés d’employer plus de fuif de Bœuf que de fuif de Mouton, parce que les Boucheries foumiffent moins de fuif de Mouton que de fuif de Bœuf.
- On peut faire avec du fiiif de Bœuf des chandelles fort blanches ; mais elles font plus grades, & elles ne durent pas autant que celles où l’on mec beaucoup de fiiif de Mouton, qui de plus répandent une très-belle lumière* Mais les chandelles de fuif de Mouton font fujettes à fe caffer & à fe gercer l’hiver quand le froid durcit les fuifs. C’eft fous ce prétexte que, quoiqu’il fpit défendu par des Réglements de Police aux Maîtres Chandeliers d’employer ). dans, la fabrication de leurs chandelles, ni graifle de Cochon, ni beurre, ni petit fuif, qui efl: le fuif de tripes, on toléré pendant l’hiver l’ai-? liage de petit fuif à la quantité de huit à dix pour cent.
- Les Chandeliers ont de plus avancé que les chandelles où l’on mettoit/du petit fuif éclairpient mieux. Si cela eft, c’eft parce qu’elles fe confument plus vite; Sc il eft certain, au moins pour l’ufage ordinaire, que le fuif de Bœuf feffit pour rendre celui de Mouton moins caftant. Ainfi il y a lieu de penfer que ces prétextes que les Chandeliers ont employés pour obtenir la tolérance des petits fuifs, font iUufoires, Sc purement fondés fur des vues d’intérêt. Mais d’autres raifbns particulières Sc plus légitimes peuvent engager les Chandeliers à varier ces mélanges. Par exemple, fî un fuif de Bœuf étoit gras & mol, on pourroit le corriger en y mêlant une plus grande proportion de fuif de Mouton; Sc un fuif de Vache bien fec, peut fe paffer d’être allié avec une auffi grande quantité de fuif de Mouton.
- Quoi qu il en foit, après que les fuifs ont été pefés, fiiivant les propos* tions que le Chandelier juge convenables, on les dépece*
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- Cette opération confifte à couper en petits morceaux le fuif qui eft en gros pains ou en grofles mottes ; 1°, pour qu'il s’arrange mieux dans la chaudière où on doit Je fondre ; a°, parce qu’une grofle mafle de fuif étant long-temps à fe fondre, elle courroit rifque de le brûler, ou au moins de le noircir.
- On porte donc les pains de feif ou les gros morceaux qu'on tire des futailles fer la table à dépecer ( PL IL fig• 3 ) , qui a fer la face de derrière & fer celle des côtés des rebords de lix à fept pouces de hauteur, pour empêcher que les morceaux de feif ne tombent. Quelquefois le rebord s’étend tout autour de la table, excepté que fer le devant, dans la largeur d’un pied, il n’y a point de rebord pour laifler le jeu du couteau.
- Sur cette table eft attachée à charnière une grande lame tranchante qu’on nomme un dépepoir, Sc qui reflemble aux couteaux avec lefquels les Boulangers coupent leur pain en gros quartiers. A mefure que le feif eft haché, ou, comme difent les Chandeliers, dépecé, on le met dans des corbeilles, pour le porter à la chaudière, qu’on nomme la poêle au fuif ou à chandelle. C’eft une affez grande chaudière de cuivre (fig. 4), qui a un rebord a fiez large. Je crois qu’il fert à renverfer la flamme du bois qui brûle fous la poêle, pour qu’elle ne mette point le feu au feif, & à écarter la fumée qui pourroic brunir le feif. Les Ouvriers difent que ce rebord fert encore à retenir le bouillon du feif, Sc à empêcher qu’il ne fe renverfe ; mais le feif ne doit jamais bouillir.
- Cette poêle eft établie fous une cheminée à hotte, & eft pofée fer un trépied dont la grandeur eft proportionnée à celle des poêles, comme la grandeur des poêles eft proportionnée à la quantité de chandelles qu’on fe propofe de faire.
- Dans quelques Fabriques, on fond le feif dans des chaudières montées fer des fourneaux, comme on le voit à la Planche III, fig* 1.
- On met donc le feif dépecé dans les poêles dont nous venons de parler; à mefere qu’il fe fond, on le remue avec un bâton ; de temps en temps on' l’écume : en mettant le feif dans la poêle : quelques Chandeliers lui donnent ce qu’ils nomment le filet, c’eft-à-dire , qu’ils verfent dans la poêle une ro-quille, ou pour les grandes fontes un demi-fetier, Sc jufqu’à une pinte d’eau pour les chandelles moulées. Ils prétendent que cette eau précipite les faletés des feifs ; mais qu’il ne faut point ajouter cette eau au feif qu’on deftine aux premières plongées, parce que la meche fe chargeant d’humidité elle pétilleroit. Comme on clarifie avec plus de foin le feif pour les chandelles moulées que pour les plongées, on donne le filet en plus grande quantité pour les chandelles moulées. Si l’on donnoit le filet quand le fuif eft fondu, on le feroit gonfler, & il pourroit fe renverfer : le feif ne doit jamais être alfez chaud dans la poêle pour bouillir; mais l’eau du filet qui eft au fond excite un frémilfement qui peut faciliter la précipitation des particules
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- étrangères qui falilfent le fuif. D’ailleurs cette eau qui tombe au fond de la poêle empêche que le fuif ne bruniffe dans la fonte.
- Dans quelques effais que fai faits^il m’a paru qu’il n’y avoit aucun inconvénient à fondre le fuif fur beaucoup d’eau, pourvu qu’en verfànt le fuif dans l’auge ou moule , on ne versât pas de l’eau avec le fuif, afin qu’en plongeant, le bout des chandelles ne trempe pas dans de l’eau , au lieu de tremper dans le fiiif ; & je crois que, pour les chandelles moulées, il feroit avantageux de mettre beaucoup d’eau dans la poêle, pourvu qu’on élevât proportionnellement le robinet de la caque ou tinette, afin que l’eau ne coulât point avec le fuif dans les burettes.
- Enfuite, fi le fuif eft deftiné à faire des chandelles moulées, les Chandeliers le vuident dans une cuve de bois qu’on nomme caque ou tinette, le verfant fur un las ou gros tamis garni d’une toile de crin fort ferrée, afin de retenir une partie des faletés qui pourroient y être mêlées.
- Quand la caque eft pleine, on lui met fon couvercle , & le fuif refte en fonte plus ou moins de temps , fuivant la chaleur de l’air ; de force qu’à moins qu’il ne faffe très-froid, il eft encore en état d’être travaillé l’hiver au bout de 8, io Sc 12 heures, & l’été il peut reftër dans la tinette 24 heures. Il eft bon qu’il féjourne quelque temps Sc au moins quatre ou cinq heures dans ce vafe, pour fe dépurer, & donner le temps aux corps étrangers de tomber au fond; car le fuif ne fe clarifie que par la précipitation des fèces : c’eft pour cela que lorfqu’il fait très-froid, on prévient que la tinette ne fe refroidifîe trop promptement, en mettant auprès d’elle quelques poêles de feu, ou en la plaçant auprès de la cheminée ; car, comme je viens de le dire, il eft très-avantageux, pour les chandelles moulées, que le fuif ne fe fige que très-lentement , puifque c’eft le feul moyen qu’on emploie pour le dépurer ou le clarifier.
- Au bas de la caque ou tinette, il y a un gros robinet de cuivre, ou plus fouvent de bois, pour tirer le fuif, lorfqu’on veut travailler; mais on a foin qu’il foit à deux ou trois pouces du fond, pour que les filetés qui fe précipitent ordinairement en affez grande quantité, ne coulent point avec le bon fuif
- Comme le grand froid Sc les grandes chaleurs font contraires à la fabrique des chandelles, on a coutume d’établir cet attelier dans des caves. Ainfi on forme les meches, on dépece le fuif, on le fond même au rez-de-chaulTée, pendant que les tinettes Sc tous les uftenfiles, tant pour les chandelles plongées que pour les moulées, font dans des caves où le fuif fondu fe rend par des tuyaux de cuivre qui traverfent la voûte. Au moins cette difpofition d’at-telier eft-elle la plus commode ; car il n’eft gueres poffible de faire de belles chandelles dans des falles baffes, quand il geie bien fort, & encore moins lorfqu’il fait fort chaud. Et, en général, la vraie faifon pour faire de belles chandelles, eft depuis la fin d’Oéiobre jufqu’au mois de Mars.
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- Pour les chandelles plongées, on ne met point repofer lé fuif dans les caques ou tinettes au fortir de la poêle ; on le verfe fur le tamis de crin pour remplir les auges ou moules (fig. j ) : peut-être feroit-il mieux que le fuif des chandelles plongées fe fût auffi dépuré dans les tinettes; mais ce n’efl: pas l’ufàge. Il efl vrai que l’opération en deviendroit plus longue , & probablement le fuif fe refroidiroit trop pour les premières plongées. D’ailleurs il fe dépure un peu dans les auges ; & les Chandeliers font moins attentifs à la dépuration du fuif pour ces chandelles , parce quils ont la refîburce de faire les dernieres plongées avec de très-beau fuif. Comme celui-ci doit être moins chaud que pour les premières plongées , il a le temps de fe dépurer, & la boulée fe précipite au fond.
- Après avoir expofé la fonte du fuif, qu’on peut regarder comme un préliminaire qui , à quelques différences près que nous avons fait remarquer 3 convient également aux chandelles plongées & aux chandelles moulées ; je vais parler féparément de ces deux façons de faire les chandelles^
- Des Chandelles plongées quon nomme aujji Chandelles à la broche, ou , à la baguette, au Chandelles communes.
- Ên general ces chandelles fe font en plongeant à diverfes reprifes * dans le fuif fondu * les meches de coton qu’on a paffées dans des broches de bois > comme nous l’avons expliqué à l’article des meches : c’efl: pour cette raifon qu’on les nomme plongées , Sc les Ouvriers difent fouvent par corruption plingêes.
- L’auge ( Planche 11, jig. 5 ) que les Chandeliers appellent mal-à-propos le moule, Sc qu’on nommoit autrefois Vabîme, efl un vaiffeau de bois ordi^ nairement de noyer bien affemblé Sc de figure prifmatique, repréfentant en quelque façon une trémie de forme quarrée. Les deux grands côtés qu’on nomme les joues, dont a en repréfente un, ont deux pieds de hauteur dans œuvre ; Sc l’ouverture b n’a que dix pouces de largeur fur trois pieds de long. Cette auge prifmatique qui fe termine en bas prefque par un angle , repofe fur un évafement qu’on nomme le fabot, qui lui forme un pied pour qu’elle ne renverfe point quand on la pofe par terre, ou lorfqu’on la met fur une banquette c qui l’éleve de fix pouces, Sc que l’on nomme la tablette du moule. Je donnerai dans la fuite une defcription plus détaillée de ce vaiffeau : il fuffit pour le préfent qu*on en ait une idée générale.
- Puifque les chandelles dont il s’agit, fe forment d’abord par le fuif qui pénétré la meche * Sc enfiiite par celui qui s’attache au fuif refroidi, jufqu’à ce que les chandelles ayent acquis leur groffeur, il efl: évident que fi le fuif étoit trop chaud , la couche qui refleroit fixr la chandelle feroit fort mince ; d’ailleurs elle feroit tachée, ou, comme difent les Chandeliers, tavelée ; la chandelle fembleroit faite de favôn marbré dont les taches feroient pâles ; de plus, on Chandelier, E
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- prétend que les chandelles faites avec du fuif trop chaud , deviennent farineufes en veilliflant. Au contraire fi le fiiif étoit trop froid, il s’attache-roit par grumeaux, ce qui défigureroit la chandelle, & elle n’auroit pas toute la blancheur dont le fuif eft fufceptible ; il faut donc que le fuif ait une chaleur moyenne, mais qui n’exige pas une grande précifion. Les Chandeliers reconnoilfent que le fiiifn’eft pas trop chaud quand il commence à fe figer au bord du moule où il forme une pellicule dentée fort mince ; & fi en travaillant , le fuif fe refroidit trop, ils verfent dans le moule du fuif chaud qui lui rend le degré de chaleur convenable. Mais pour que tout le fuif qui eft dans le moule, foie au même degré de chaleur & de liquidité, ils le remuent, ils l'agitent, ils le bradent avec un bâton qui a quinze à vingt pouces de long & un pouce & demi de diamètre, quon nomme, à caufe de fon ufage, mouvette, ou mouvoir.
- Pour les dernieres plongées, on nétoye le fond du moule en en grattant le fond & les angles avec la mouvette. Si à l'extrémité de ce bâton il s’attache du fuif figé , qui eft ordinairement rempli de faletés qui fe font amaffées au fond de l’abîme, l’Ouvrier le met dans une écuelle qu’il a à portée, en grattant la mouvette avec une truelle de cuivre, tout-à-fait fem-blable à celle dont fe fervent les Maçons : cette truelle fert encore à rati£ fer le fuif figé qui refte attaché aux bords, fur les joues de l’abîme, ou fiit les tables, en un mot, par-tout où il le trouve du fiiif refroidi & figé.
- Dans quelques Provinces on tient un peu de feu fous le moule , pour empêcher le fuif de fè refroidir ; mais il vaut mieux fuivre la méthode que nous venons d’indiquer, pour que la boulée tombe au fond, & que le fuif fe clarifie.
- Pour être en état de rapporter tout de fuite & fans interruption le détail des différentes plongées qu’on donne aux chandelles, je vais décrire l’établi où on les met fe refroidir toutes les fois qu’on les tire du fuif.
- Cet établi eft une grande cage de menuifèrie ( fig. 21 & 22 ) , qui eft plus ou moins longue, fuivant la grandeur de l’attelier. Sa largeur, pour être proportionnée à la longueur des broches, eft de deux pieds dans œuvre : il eft bon qu’elle n’ait au plus que cinq pieds de hauteur, & elle eft garnie devant & derrière par des tringles de bois a, qui font à 18 pouces les unes au-deffus des autres, plus ou moins, fuivant la longueur des chandelles ; car pour que le fervice foit commode, il faut que quand l’étage fiipérieur eft garni de chandelles, on puiffe paffer deflous & par-deflus la traverfe une broche chargée d’autres chandelles : c’eft fur ces traverfes qu’on pofe les broches chargées de chandelles.
- En bas eft une auge de bois b, qu’on nomme l’égouttoir, qui fert à recevoir les gouttes de fuif qui tombent des chandelles qui fortent de l’abîme ; mais il en tombe ordinairement fort peu, excepté à la première plongée.
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- La figure 22 repréfente un établi plus petit, où ôn ne peut mettre que trois étages de chandelles i il y en a qui n’ont que deux étages*
- Maniéré défaire les Plongées.
- L’Abisme (fig. y ) étant prefque rempli de fuif fondu affoz chaud , pour quil ne fe fige point aux bords, l’Ouvrier prend à la fois dix ôti douze broches chargées de meches : les meches doivent être également efpâcées dans toute la longueur des broches , 8c prenant ces broches à poignée , il les enfonce dans le fuif pour les en bien imbiber ; il les retire enfuite en partie , & il les appuie fur le bord de l’abîme.
- On fait cette première plongée dans du fuif chaud , pour qu’il pénétré bien le coton des meches : mais aux autres plongées , il faut que le fuif commence à fe figer au bord du vafe. Le Chandelier reprend enfuite les broches qu’il a appuyées fur le bord de l’abîme, deux à deux, ou trois à trois ; il examiné fi les meches font bien diftribuées dans la longueur des broches; & pour que les meches d’une broche ne touchent pas celles d’une autre, l’Ouvrier a foin, en prenant les broches , de mettre toujours un de fes doigts entre deux broches. Si l’Ouvrier ne prend à la fois que deux broches, l’une eft entre le pouce 8c l’index, & l’autre entre l’annulaire & le doigt du milieu. S’il en prend trois * il place l’une entre le pouce 8c l’index, l’autre entre l’index 8c le doigt du milieu, & la troifieme entre le doigt du milieu 8c l’annulaire • (fg. 25.) U fecoue un peu les broches pour que les meches fe féparent les unes des autres ; 8c pour les enfoncer dans le fuif, ce qu’on nomme plonger, il les couche vivement fur le fuif & leur donnant un mouvement circulaire, elles s’y enfoncent ; puis, pendant quelles font dans le fuif, il donne aux broches de petites fecoufïes vives pour féparer les meches qui auroient pu fe toucher ; car fi deux meches imbues de fuif fe refroidiffoient étant collées l’une à l’autre, on auroit peine à leur faire prendre la direéHon qu elles doivent avoir, ou au moins, on employeroit bien du temps à les redreffer.
- L’Ouvrier retire les meches imbues de fuif ; il les laiffe égoutter ; 8c quand le fuif eft un peu figé, il les replonge, & fur le champ il les retire & les met égoutter à l’établi ; comme ces meches font dégouttantes de fuif, on a foin, pour ne pas perdre le fuif qui tombe > d’approcher l’abîme tout auprès de l’établi, 8c de mettre une planche qui réponde du moule à l’établi pour recevoir les gouttes : avec ces précautions, il n’y a point de fuif de perdu.
- C’eft cette première trempe qu’on nommeplongewre > qui eft la plus difficile,’ & qui exige le plus d’adreffe. Quand elle eft faite, on met, les broches fur les traverfes de l’établi, pour que le fuif achevé de fe figer ; on a feulement l’attention de les placer aux étages les plus bas, non-feulement, parce que c’eft de cette première plongée qu’on a fait dans du fuif chaud, qu’il dégoutte
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- du fuif, maïs encore, parce que, fi, par hazard, il tomboit fur ces chandelles quelques gouttes de fuif des étages fupérieurs, il n’y àuroit pas grand mal, puifque ces chandelles font bien éloignées d’être finies ; au lieu que ces gouttes endommageroient celles qui font prêtes à être finies, & qu’on place pour cette raifon au haut de rétabli*
- Les meches ayant refté alfez de temps fur rétabli, pour que leur fuif foit fuffifamment efforé ou raffermi , on leur donne la fécondé plongée qu’on nomme retourrwre. Comme les meches imbues de fuif ont pris un peu de confiftance, elles s’enfoncent aifément dans le fuif ; on les y plonge une ou deux fois dans toute leur longueur ; puis on les y plonge encore à deux ou trois reprifes, jufqu’à la moitié, au tiers ou au quart de leur longueur, pour que le fuif qui coule Sc s’amaffe toujours en trop grande quantité vers le bas j fe fonde dans le fuif de l’abîme, & que la chandelle fe décharge en tenant quelque temps le bas des chandelles dans le fuif fondu ; ainfi ces demi-plongées ne font pas pour augmenter la groffeur des chandelles par le bas, mais pour empêcher qu’elles n’en prennent trop : cela s’appelle, en termes d’Art, ravaler ; ce qui fait appercevoir que fi, dans les plongées entières, on tenoit long-temps les chandelles dans le fuif fondu, elles perdroient de leur groffeur, au lieu de fe charger de nouveau fuif. Quand en ravalant * le fuif du moule n’eft pas affez chaud pour faire fondre celui des chandelles, on les promene à droite Sc à gauche dans le fuif de l’abîme, pour augmenter l’action de ce fuif fur celui de la chandelle.
- Quand les chandelles retournées ou plongées deux fois, ont été égouttées Sc enfiiite efîuyées fur le bord du moule, on les remet à l’établi ; car il faut toujours que le fuif foit bien refroidi avant de donner une nouvelle plongée* A cette plongée, ainfi qu’à toutes celles qui fuivent, excepté les deux dernières , il faut que le fuif foit prêt à fe^ figer, non-feulement pour que les chandelles s’en chargent en plus grande quantité, mais encore, parce qu’il eft bon que la {uperficie en foie rabuteufe; les couelics eu adhérent mieux les unes aux autres.
- Lorfque le fuif de la fécondé plongée eft fuffifamment durci, on donne la troifieme qu’on nomme remife, & on replace les chandelles à l’établi ; ce qui s’obferve de même à toutes les plongées, avec cette différence qu’à la fécondé & à la troifieme trempe, on plonge les chandelles dans toute leur longueur feulement deux fois, au lieu qu’aux autres , on les plonge trois fois, fans compter les dernieres trempes dont nous ayons parlé plus haut, Sc qui fervent à ravaler. Toutes les fois qu’on retire les chandelles du fuif pour les porter à l’établi, on ne manque pas de les laiffer s’égoutter un inftant, & d’effuyer le bas des chandelles fur le bord du moule; avec ces précautions , il ne s’égoutte de fùif que des meches qu’on tire du fuif pour la première fois.
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- On imagine aifément qu’il faut donner plus de plongées aux grofïes chandelles , qu’à celles qui font menues ; mais on ne peut fixer le nombre des plongées, même pour des chandelles d’une, grolïèur déterminée; car, fui-vant la chaleur Sc la qualité des fuifs, les chandelles s’en chargent plus ou moins, Sc en général elles s’en chargent toujours plus l’hiver que l’été ; mais quand elles font parvenues à peu près à leur grolfeur, on donne les deux dernieres plongées : l’une fe nomme mettre près, Sc l’autre achever.
- Les Chandeliers connoiifent par habitude, quand leurs chandelles ont pris la grofleur qu’elles doivent avoir ; néanmoins ils ne négligent pas de s’en aflùrer en en pefant quelques-unes avant d’achever & de collettr.
- Quelques Chandeliers prétendent que, pour la première trempe qu’on nomme plongeure, il efl: mieux d’employer du pur fuif de Bœuf, difant qu’il imbibe mieux la meche que le fuif de Mouton : car ils prétendent que les chandelles éclairent mieux quand les meches font bien pénétrées de fuif, Sc que c’efl: pour cette raifon que les chandelles plongées éclairent mieux que les moulées, dont la meche efl: peu pénétrée defiiif; mais la plupart des Chandeliers fe contentent, comme je l’ai dit, de faire les premières plongées dans du fuif un peu chaud.
- On peut douter,qu’il foit auffi important que le penfent les Chandeliers, que la meche foit très-pénétrée de fu’if ; car comme le fuif, avant de brûler, fe fond & fe raffemble dans le bafîin de la chandelle, le fuif fondu doit pénétrer la meche, Sc piufieurs raifons indépendantes de celle-là peuvent faire que les chandelles plongées répandent plus de lumière ; les meches d’ailleurs en font plus grofles : le fuif le plus commun brûle plus vite, Sc fait une plus grande flamme que le beau fuif de Mouton.
- On fait ordinairement prefque toutes les plongées avec du fuif commun > excepté les dernieres, où l’on employé le plus beau fuif pour couvrir l’autre; & ces chandelles paroifl'ent aufli feches Sc auffi belles que fi elles avoient été faites en entier avec du beau fuif : mais c’efl: une fraude dont on s’apper-çoit bien à l’ufage ; car ces chandelles fe confiiment bien plus vite que celles qui font faites entièrement de beau fuif. Si les premières couches étoient faites avec de très-mauvais fiiif, on pourroit encore découvrir la fraude en les rompant.
- Quand les chandelles ont été achevées, il ne refle plus qu’à les coleter, ou à leur former le colet : ce qui fe fait en les plongeant dans le fuif plus avant qu’on n’a voit fait à toutes les précédentes plongées, afin que la portion de la meche, qui fo fépare pour former l’anfe qui embralfe la broche, fe couvre d’un peu de fuif; ce qui forme comme deux lumignons, Sc c’efl: ce qu’on nomme coleter ou combler.
- JVous avons déjà averti qu’il falloit placer les chandelles achevées à l’étage
- le plus élevé de l’établi, pour quelles ne foient pointêxpofées à recevoir Chandelier. F
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- quelques gouttes de fuif, fur-tout des meches qui fortent du fuif pour la première fois.
- Quoique les abîmes ne foient pas allez larges pour que deux Ouvriers puifïènt plonger en même temps , fouvent ils travaillent deux à une même abîme ; parce que l’un plonge pendant que l’autre porte fes broches à rétabli j 3c qu’il en rapporte de nouvelles»
- On juge bien que> par les plongées réitérées dont nous venons de parler, le bas des chandelles fe doit terminer en pointe, & nécessairement il s’y amalTe du fuif qui excede la meche par en bas. La meche ne fe prolongeant donc pas jufqu’au bout du fuif, la chandelle finiroit de brûler avant que tout le fuif fût confumé, 3c cette portion de la chandelle, où il n’y au-roit point de meche, étant dans la bobeche du flambeau, fe romprôit très-aifément. On remédie à cet inconvénient, en retranchant cet excédent de fuif : ce qui de plus applatit le bout de la chandelle-. Ce retranchement fe fait beaucoup mieux & plus promptement avec un infiniment ( jîg. 6 ) , qu’on nomme rognoir, ou rogne-cul, qu’on ne le feroit avec une lame tranchante. Ce rognoir eft formé d’une platine de cuivre a b, ( PL 11 ,fig. 6 & 1d) qui a des rebords dans toute fa longueur > avec un goulot vers b : fous cette platine eft établie une poêle de tôle quarrée c, qu’on remplit de charbons allumés. Quand la platine eft bien chaude, l’Ouvrier prend cinq ou fîx, ou un plus grand nombre de broches garnies de chandelles, qu’il ne tient point entre fes doigts, comme quand il veut plonger; il fiipporte les baguettes fur le plat dè fes mains car le fuif étant refroidi, il n’y a plus à craindre que les chandelles fe touchent ; au contraire , il faut qu’elles foient près à près, Sc en mettre à la fois un bon nombre dans le rognoir. Le Chandelier appuie l’extrémité inferieure des chandelles fur la platine de cuivre , alfez échauffée pour faire fondre le fuif qu’on veut retrancher. Ce fuif fondu coule par le goulot b, dans une poêle d, 'qui eft placée pour le recevoir.
- L’efpece d’entonnoir e, qui eft placé fur le pied, & qu’on nomme la trémie , fert à empêcher que -le corps des chandelles ne reçoive 'beaucoup de chaleur de là platine, & la partie ii, (fig. 14), fert à entretenir les chandelles dans une pofition verticale. Au moyen de ce petit fourneau, on rogne três-promptement & beaucoup plus -proprement l’extrémité des chandelles, que fi on les eoupoit avec ün couteau,
- Le travail de rogner eft très-pénible ; car l’Ouvrier reçoit les vapeurs du charbon 3c du fuif, qui fatiguent beaucoup fes poulmons.
- Quand les chandelles font finies, on les enfile dansdes pennes ou ficelles*, & on en forme des livres pour le débit ; ou bien on paffedansle lumignon des greffes chandelles des aiguilles de fil de fer, pour en former des aions Çfig* 23)> <& les mettre en étalage-; ou enfin on les paffe dans de-longues baguettes pour
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- les expofer à l’air, puis on en fait des paquets dans du papier, comme nous l'expliquerons à la fuite du détail qui regarde les chandelles moulées.
- Comme les Cordonniers travaillent plufieurs autour d’une même table, ils ont befoin de chandelles qui éclairent beaucoup : pour cela, on leur en fait qui ont deux meches ; mais ce n’eft que deux chandelles réunies par plufieurs couches de fuif. On prend donc deux chandelles qu’on amifesprès, & avant que le fuif foit durci, on les applique Tune contre l’autre : elles fe collent; mais elles fe fépareroient aifément, fi enfuite on ne les plongeoit pas deux ou trois fois dans le fuif, pour que les deux chandelles, étant couvertes par une enveloppe commune de fuif, ne faflent plus qu’une feule chandelle qui a deux meches, Sc qui eft applatie, au lieu d’être ronde comme les autres chandelles.
- Des Chandelles moulées.
- O n a vu dans l’article précédent que les chandelles plongées prennent peu à peu leur grofïeur, à meftire que le fuif fondu dans lequel on les trempe s’attache au fuif figé qui couvre la meche. A chaque plongée la chandelle augmente en grolfeur de l’épaifleur d’une couche de fuif. On va voir que les chandeiies moulées fe font d’un fèul jet, parce que le fiiif fonda étant retenu dans l’intérieur d’un moule, on peut verfer tout d’un coup la quantité de fuif qui eft nécelfaire pour faire une chandelle de telle ou telle grolfeur ; de forte que quand ce fuif eft refroidi Sc figé, la chandelle fort de fon moule, ayant la grolfeur Sc le poids qu’on veut lui donner, Sc déjà on conçoit que chaque moule ne peut fervir qu’à faire des chandelles d’une grolfeur déterminée. Ai-nfi il faut des moules pour faire des chandelles des quatre à la livre, d’autres pour en faire des cinq, d’autres pour des huit, &c.
- Nous ne répéterons point comment on coupe les meches, comment on dépece le fuif, comment on le fait fondre dans la poêle, comment il fe dépure dans la caque ou tinette , & en paffant par un tamis ; à quel point ot$ le lailfe refroidir : toutes ces chofes ayant été précédemment expliquées, ïl firffit de les rappeller ; car jufques-4à toutes les manœuvres font à peu près les mêmes pour les chandelles moulées, Sc pour celles qui font plongées. Mais il faut décrire avec foin les moules, puifque de leur perfeélion dépend celle des chandelles.
- On peut faire des moules avec du cuivre, du fer blanc* du plomb Sc de Tétain : ceux qu’on employé dans les grandes Fabriques, Sc qui font réputés les meilleurs , font farts avec de l’étain allié de quelques autres métaux, deux qui les vendent prétendent que des moules qui feroient faits avec de l’étain fin,_ ne feroient pas fi bons : peut-être cçtte prétention eft-elle faufle ; mais il fuffit que les Chandeliers foient contents des moules qu’on fait avec
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- de rétain commun, pour qu'on doive s'en fervir préférablement à d'autres qui feroient beaucoup plus chers. D'ailleurs tous les métaux alliés font plus fermes que les métaux purs : l'étain pur eft très-mou, à moins qu’il n'ait été battu > ce qu'on ne peut pas faire aux moules à chandelles ; ainfi, indépendamment de l'économie, il peut y avoir de l’avantage à faire les moules avec un étain allié.
- Les moules font donc des tuyaux de métal dont le diamètre intérieur & la longueur font proportionnés à la grolfeur & à la longueur qu'on veut donner aux chandelles. Mais, pour donner une idée plus précife de ces moules, nous les diftinguerons (PL UI,fig*7) , en trois parties : fçavoir, la tige a, le co~ let by qui ne fait qu'une piece avec la tige, & le culot ce.
- La tige a du moule, eft un tuyau qui, pour faire des fix à la livre, a environ dix pouces de longueur, non compris le colet qui l'alonge d'un demi-pouce. La circonférence intérieure de ce tuyau du côté du colet eft de 27 lignes & demie, & du côté du culot de 30 lignes. On fait ainfi le moule un peu plus large d'un bout que de l'autre, pour qu'il foit de dépouille * ou afin que la chandelle en puifle fortir plus aifément.
- Ce tuyau eft terminé à Ion bout le plus menu, par un rétréciflement en for-: me de cône b, qui forme en-dedans une doucine. Cette partie, qui n'eft point féparée de la tige, fe nomme le colet ; il eft percé au fommet ou à la pointe du cône, d'un trou qui doit être alfez exactement de la même grolfeur que la meche, qui y doit palfer un peu à force.
- A l’autre extrémité du tuyau qui forme la tige du moule, eft un évafe-ment d, où le tuyau augmente de diamètre pour recevoir la partie cylindrique c du culot ; ce renflement fert encore à retenir les moules dans les trous de la table, comme nous l'expliquerons dans un inftant.
- Le culot eft une efpece d'entonnoir dont la douille eft fort large, 8c le pavillon alfez petit : il eft donc formé par un tuyau alfez court c, qui entre dans le renflement à de la tige ; de forte qu'intérieurement il ne doit point y avoir de relfaut de la tige a, au tuyau du culot c.
- Le pavillon ou l'évafement du culot e n'exige aucune précifion ; mais le crochet^en demande beaucoup. Quelquefois c'eft une fimple languette qui eft foudée par un de fes bouts au bord intérieur du pavillon e du culot (fig. 10 ) , & cette languette porte à là pointe un petit crochet qui doit répondre bien exactement à l’axe de la tige ; parce que ce crochet foutenant un des bouts de la meche, pendant que l'autre pâlie par le trou du colet, la meche ne feroit pas dans le milieu de la chandelle, fi le trou du colet, ainfi que le crochet du culotn'étoient pas exactement dans l'axe de la tige.
- Souvent , pour donner plus de folidité au crochet, il termine l'extrémité d’une petite plaque triangulaire qui eft foudée à l'intérieur du pavillon du culot* comme on le voit en/", (fig. 7 & J2 ^
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- Pour fe fèrvir des moules * il faut les placer dans une fituation exactement verticale, de forte que le colet foit en en-bas & le culot par en-haut : c’eft ce qu’on fait au moyen des tables à moules dont nous allons parler.
- Une table à moules efl formée par une planche de deux pouces & demi ou trois pouces d’épaififeur. Comme il ne faut pas que la file des moules foit interrompue , le deffus de la table n’efl: foutenu que par fes deux extrémités, au moyen de deux madriers verticaux d, qui repofènt fur une efpece de fbcle e, qui efl: formée par une forte femelle ( PL 111, fig. 3 ).
- Le defîîis de cette table efl: percé de quantité de trous qui font à peu près de la groffeur des moules qui entrent dedans, jufqu’au renflement de la tige : ainfi chaque table ne peut fervir que pour une feule efpece de moule (fig. 14).
- Quoique dans la Vignette on n’ait repréfènté (fig. 3 ) que trois rangs de moules fur chaque table, on en met fouvent quatre , deux de chaque côté, & on ménage un efpace au milieu ou l’on jette les culots , à mefure qu’on les détache des moules : dans ce cas on fait la table de deux pieds de largeur ; on voit même des tables encore plus larges qui font percées pour cinq ou fix rangs de moules. Les Chandeliers fort attentifs à la perfection de leur ouvrage , remettent les culots fur les moules, aufïi-tôt qu’ils ont coupé les chandelles, afin qu’il ne tombe aucune faleté dans le moule; car rien n’exige tant de propreté que la fabrique des chandelles. Quand toutes les chandelles font coupées, ils reprennent les culots les uns après les autres, pour en faire fortir le fuif avec un petit morceau de bois , & fur le champ iis les remettent à leur place.
- Au-deffous de la table efl: établie une auge qui s’étend de toute fa longueur, & qui déborde la largeur de la table. Elle efl: deftinée à recevoir le fuif qui pourroit fe répandre par accident ; car il n’en doit point couler par le trou du colet. Cette auge efl: formée de deux planches qui fe réunifient par leurs bords & forment un angle ou une gouttière. On l’apperçoit en-/ (fig. 3 ):
- Ce détail des inftrumens qui fervent à faire les chandelles moulées, deviendra encore plus clair quand nous donnerons l’explication des Figures. Mais ridée que nous venons d’en donner , fufüt pour mettre en état de concevoir les manœuvres des Chandeliers.
- Les moules étant arrangés fur les tables, comme on le voit dans la Vignette (fig. 3 , ou au bas de la Planche, fig. 14) , Sc comme nous venons de l’expliquer, il s’agit d’abord de mettre les meches en place. On fe rappellera qu’elles font toutes de la même longueur & de la même groffeur pour l’efpece de chandelles qu’on veut jetter en moule, parce qu’elles ont été faites avec un même nombre de fils, & que la longueur a été déterminée par la diftance entre la broche de fer & le couteau.
- On fe rappellera encore qu’on a ajufté à un des bouts de chaque meche, une anfe de fil,/, g oui, /, (fig* 6 )*
- •Chandelier*
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- Pour tendre la meche dans Taxe du moule, de façon qu’une de fes extrémités réponde au trou du colet, & Fautre au crochet du culot , le Chandelier fait defcendre dans F intérieur du moule, Sc il pafle par le trou du colet un fil de fer qu’on nomme l’aiguille à mecke (fig* 9 )• Elle porte à celle de fes extrémités qu’on tient dans la main, un grand anneau qui l’arrête fur le doigt index, 6c à l’autre bout un petit crochet profond pour bien fàifir le fil, Sc peu évafé, pour qu’il puifle palfer aifément par le trou du colet.
- L’Ouvrier fait defcendre dans le moule l’aiguille (fig. 9 ) qu’il tient de fa main droite; & quand elle fort parle trou du colet, il accroche avec fa main gauche l’anneau de fil qui eft à un des bouts de la meche ; puis, au moyen de l’anneau de fil, il éleve avec fa main droite l’aiguille & la meche qui y efl: attachée.
- Quand cet anneau efl à la hauteur du crochet du culot, il a FadrelTe de conduire l’extrémité de l’aiguille de façon qu’il pafle l’anneau de fil dans le crochet de la languette du culot ; alors baiflant un peu l’aiguille, il la dégage de l’anneau de fil ; enfin, avec fa main gauche, il tire un peu en en-bas la meche qui fe trouve alors bien tendue dans l’axe du moule. La grande habitude des Ouvriers leur fait exécuter ces petites opérations avec une promptitude qui furprend.
- Quand tous les moules font garnis de meches, & qu’on les a drelfés bien’ verticalement dans les trous de la table, il ne refte plus qu’à les remplir de fuif, ou, comme difent les Chandeliers, \jetter les chandelles. Pour cela il faut que le fuif foit bien épuré dans la tinette, Sc qu’il s’y foit refroidi au degré convenable ; car fi l’on jette le fuif trop chaud , les chandelles ont peine à fortir du moule ; ou, fi elles en fortent, elles font tachées ou tavelées, pour employer Pexpreffion des Ouvriers. Quand on apperçoit que la furface du fuif commence à fe figer aux bords qui touchent la tinette, on prend, pour jetter, un petit pot à fuif, ou une burette de fer blanc qui reffemble à un arrofoir à bec d (fig* 4 On remplit de fuif ce pot par le robinet c dont nous avons parlé, qui efl trois ou quatre pouces au-deflus du fond de la caque ou tinette, afin que les fàletés qui fe font précipitées , relient dans le vailfeau, 8c quelles ne fe mêlent pas avec le fuif dont on doit faire les chandelles.
- Au moyen du bec de la burette, les moules fe remplilfent aifément, Sc promptement ; car le fuif ne peut s’écouler par le trou du colet qui efl exactement fermé par la meche. Toutes les fois que la burette eft vuide, le Chandelier , avant de la remplir de nouveau fuif, revient à tous les moules qu’il a remplis, Sc faififlant le culot de la main gauche, il tire avec fa main droite le bout de la meche qui fort par le colet, Sc cela parce que quelques meches pouvant etre dérangées par le fuif qu’il a verfé, il faut qu’il remédie à cette inflexion avant que le fuif foit figé.
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- Quand îe fiiif eft en partie refroidi, il eft bon de verfor encore un peu de fuif dans le culot.
- On attend que le fiiif foit refroidi, figé & même durci dans le moule* pour en tirer les chandelles en élevant le culot.
- Il y a des Chandeliers qui les coupent à ras du tuyau e du culot ; mais d’autres, pour ménager l’anneau de fil qui attache la meche au crochet du culot, cherchent dans le fiiif cet anneau avec un petit crochet de fer; s’il eft double, comme nous l’avons repréfenté en h ( fig. 6 ), ils le dégagent du crochet du colet ; &, tirant une des anfes avec le crochet qu’ils tiennent à la main, ils dégagent tout le fil de la meche, & le confondent pour fervir une autre fois. Alors le fuif contenu dans le culot n’étant plus foutenu ni par le fil ni par la meche, il fe rompt fort net au raz du culot, fans qu’on foit obligé de le couper.
- Voilà la chandelle moulée entièrement achevée : il nous refte cependant encore à expliquer quelques articles qui n’ont pu être inférés dans le détail de cet Art.
- Articles détachés qui ont rapport à ïArt du Chandelier.
- i°,Nous avons dit qu’il reftoit au fond de la tinette où le fuif s’eft refroidi, ainfi que dans les abîmes des chandelles plongées-, une certaine quantité de fuif mêlé de faletés. Pour retirer le bon fuif qui fe trouve mêlé avec cette lie, les Chandeliers font fondre tout ce qui refte dans la tinette* au-deffous du robinet; ils le verfent dans des moules qui, pour bien faire, devroienc être étroits 8c profonds ; ils font en forte qu’il fe refroidifle lentement, afin que les immondices fe précipitent au fond, & que le bon fuif furnage* Quand ces pains font refroidis, ils emportent les faletés avec un couteau, & ils les vendent à bas prix à ceux qui font de la cire pour les fouliers; mais le fuif qui fe fige au-defliis du moule entre dans les fontes pour les chandelles.
- 20, On fait que les chandelles plongées, ainfi que les moulées, font toujours jaunes, quand elles font nouvellement faites. Elles acquièrent de la blancheur en vieillilfant. Les Chandeliers qui ont des jardins procurent plus promptement cette blancheur à leurs chandelles, en les palfant dans de longues baguettes qu’ils pofent fur des tréteaux, pour les expofer à la rofée, au fty leil, en un mot au grand air pendant quelques jours : mais il eft néceflàire que l’endroit où l’on place ainfi les chandelles foit à l’abri de la pouffiere, de la fumée, de la pluie & du grand vent; & on feroit plus de tort que de bien aux chandelles, fi on les expofoit à un foleil très-chaud. Pour obvier à tous ces inconvénients, on établit, fur les tréteaux qui fupportent les chandelles, une efpece de toit fait avec des perches légères, fur lequel on étend des toiles cirées, lorfque les circonftances du temps exigent qu’on couvre les
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- chandelles. Après tout, cette blancheur n’eft que fuperficielie; 8c s’il y a deffous du fuif jaune, fa couleur perce bientôt la couche blanchie artificiellement qui eft très-mince.
- J’ai connu un Chandelier qui, ayant une Blanchifïerie de cire, s’avifa de grêler oumettre en ruban fes fuifs, comme on fait la cire qu’on veut blanchir, & il les étendit de même fur des toiles. Effectivement fes fuifs devinrent très-blancs; mais comme ces chandelles étoient fujettes à couler, il abandonna cette pratique.
- Quand les Chandeliers ne font point prefles de vendre leurs chandelles, il eft mieux de les renfermer dans des caiffes garnies de papier, ou dans des armoires bien fermées : elles y acquièrent peu à peu une blancheur qui eft plus durable que celle qu’on leur a fait prendre à l’air.
- 30, Nous avons dit que les chandelles nouvellement faites n’étoient jamais fort blanches, mais qu’elles acquièrent de la blancheur en vieilliffant ; de forte que des chandelles de deux ans font extrêmement blanches pour peu qu’elles ayent été faites avec de bon fuif: malheureufement ces chandelles anciennement faites coulent 8c répandent une mauvaife odeur. Je foupçonne que ce défaut vient de ce que la graille perdant peu à peu une partie de fon flegme, elle devient plus aifée à fondre, fans pour cela quelle fe confume plus promptement. Le bafîin de ces chandelles fe remplit de fuif fondu qui, s’accumulant en trop grande quantité, fe renverfe : ce qui fait qu’elles durent beaucoup moins. Cette conjeéture acquerroit un degré de vraifemblance, s’il étoit prouvé que les chandelles perdent de leur poids en vieilliffant ; mais les Chandeliers prétendent quelles augmentent plutôt de poids que d’en diminuer. Indépendamment de tout raifonnement, le fait eft certain ; les chandelles nouvellement faites n’ont jamais la blancheur qu’elles peuvent acquérir en les gardant : de plus, le fuif n’ayant pas acquis toute fa dureté, elles font graffes, 8c elles fe confiaient fort vite.
- Les chandelles qu’on n’employe que quatre, cinq ou fix mois après qu’elles ont été faites, font plus blanches, plus feches, & elles durent plus long-temps. Quand on ne fait ufage de ces chandelles qu’à la fin de l’année, elles acquièrent encore de la blancheur & de la féchereffe ; mais elles deviennent farine ufe s , fur-tout fi le fuif a été coulé trop chaud , ou fi elles ont été faites pendant l’été : quelquefois elles coulent ; mais quand les chandelles font bien faites, avec de bon fuif, le principal défaut qu’elles ont en vieilliffant, c’eftde fentir mauvais.
- 4°, Je ne puis dire précifément combien doit durer une chandelle d’une certaine groffeur. Pour faire exactement ces comparaifons, il faudroit que les meches fuffent abfolument femblables, tant pour la groffeur que pour la qualité du coton ; ce qui n’eft pas aifé. L’état de l’air influe encore beaucoup fur la durée des lumières ; la moindre agitation l’abrege, ainfi que la chaleur ;
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- le froîd & le mélange de vapeurs étrangères &fulfureufes avec l'air, fak quelles brûlent moins vite ; enfin la différente qualité des fuifs influe beaucoup iur la durée des chandelles; ainfi nous ne pouvons donner que des à-peu-près peut-être affez éloignés du vrai. Prévenus de cela, nous hafarderons de fixer la durée des quatre à la livre, à dix à onze heures ; celle des fix , à lept à huit heures ; & celle des huit, à cinq heures & demie ou fix heures : bien entendu qu'on fiippofe ici que les meches ont la groiTeur que les Chandeliers leur donnent communément.
- j°, Les fuifs fe fàliffent 3c jauniffent en reliant long-temps à Pair ; ainfi quand les chandelles ont relié quelques jours dans le jardin, ou quand le fuif eft bien raffermi * il les faut conferver dans des lieux frais & fecs, & les tenir dans des armoires exactement fermées, ou dans des caiffes qu'on double en dedans de papier gris ; le mieux eft même de les envelopper dans du papier gris par paquets d’une, deux, quatre ou cinq livres : voici comme on fait ces paquets.
- JLorfque les chandelles font pefées dans des balances , dont un des plateaux eft figuré comme une gouttière dans laquelle on couche les chandelles de toute leur longueur, mettant toutes les meches d’un même côté, on étend fur une table ( PL Ihjig. 24 ) une feuille de papier gris, de façon qu'un des angles de la feuille de papier regarde celui qui fait le paquet ; il couche les chandelles fur ce papier, parallèlement au côté de la table qui eft devant lui ; il prend la moitié des chandelles qu'il renverfe pour les bechevêter, afin que le paquet foit d’une égale groflèur àfes deux extrémités ; il roule & enveloppe les chandelles dans cette feuille de papier, & ayant plié les deux bouts, il aflujettit le tout avec une ficelle qui forme une croix fur le paquet.
- Pour le débit, les Chandeliers affemblent les petites chandelles par livre, en paflant une ficelle ou une penne dans l'anfe des lumignons , Sc ils pendent ces faifeeaux de chandelles à leur étalage. A l'égard des groffes chandelles moulées ou plongées, ils paffent une aiguille ou un gros fil de fer dans l’anfe des meches pour les pendre fur des aions ( PL ll,fig> 23 ).
- 6°, Les Chandeliers mêlent quelquefois dans leur fuif fondu, de l’alun de roche, pour hâter la clarification & raffermir leur fuif. Effectivement, dans quelques effais en petit, il m’a paru que le fuif où je mêlois de l'alun, étoit plus ferme ; mais, fi l'on en employé une trop grande quantité, les chandelles pétillent. Quelques Chandeliers prétendent que l’alun fert uniquement à clarifier le fuif, & que, fi l’on n’a pas le temps de laifler le fuif fe clarifier de lui-même, on avance la précipitation des laletés, en mettant de l’a-lun dans le fuif : en ce cas, ils font fondre deux ou trois livres d’alun dans un feau d’eau, & ils emploient cette eau pour donner le filet. Quelques-uns prétendent que de l’eau de chaux bien claire produit encore un bon eifet;
- Chandelier. H
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- mais que tous ces mélanges occafionnent beaucoup de déchet.
- (J’ai fait quelques eflais fur la clarification du fuif; & quoique ç’ait été fur de trop petites quantités pour en faire des chandelles, je crois devoir les rapporter en peu de mots.
- i°, J’ai verfé des blancs d’œufs dans du fuif fondu, & enfuite je l’ai palfé par un linge, & je l’ai coulé dans un vafe de verre. La fuperficie de ce fuif étoit très-blanche Sc fort luifantè ; mais le deffous du petit pain étoit d’un jaune clair comme le mafficot, & il y a eu beaucoup de déchet.
- 2°, J ai jetté de la crème de tartre, pulvérifée très-fin, dans du fuif fondu : il s’eft précipité fous le pain de fuif une matière grife, & le fuif étoit blanc & fec. C’eft cette matière qui m’a le mieux réulîî.
- 30, Au lieu de crème de tartre, j’ai jetté dans le fuif fondu de l’alun de roche en poudre : ce mélange a paru faire affez bien ; néanmoins le fuif paroiffoit comme 'tavelé, peut-être parce que je l’avois jetté trop chaud dans le moule, pu parce que la dofe d’alun étoit trop forte.
- 4°, Ayant donné le filet avec de l’eau de chaux très-forte, le fuif m’a paru fort blanc ; mais il avoit une mauvaife odeur.
- y°, Comme M. Beauvais Rafeau, Officier de Milice des Colonies, m’avoit afïuré qu’il avoit blanchi & donné de la fermeté au fuif avec du jus de citron * j’ai mis du fuif coupé par fort petites lames dans de i’efprit de vitriol foible , dans du verjus & dans du vinaigre diftillé : cette derniere liqueur m’a paru donner un peu de fermeté & de blancheur au fuif; le verjus n’a pas fi bien fait, & l’acide vitriolique l’a jauni.
- 6°} J’ai mêlé avec du fuif, tantôt un peu de belle térébenthine, & tantôt de l’effence de térébenthine. La térébenthine s’eft bien alliée avec le fuif, & je crois qu’on pourroit elîayer ce mélange à différentes dofès. Au relie, je ne propofe ces effais que pour engager des Chandeliers zélés pour la perfeétion de leur art, à les tenter : car j’ai averti que je n’ayois pas fait des chandelles avec ces diff férens fuifs, & je ne les ai pas fuivis plus loin, parce que je penfe qu’on n’en peut retirer quelque utilité qu’en les faifant en grand dans les Fabriques. )
- 7°, Les Chandeliers font quelquefois des chandelles cannelées, pour donner en préfent à leurs pratiques. Comme elles fe jettent en moule précifément de même que les chandelles Ordinaires, la différence confifte uniquement dans la forme du moule; ainfi nous remettons à en parler dans l’explication des Figures. Il fuffit d’a vertir ici que ces chandelles qu’on nomme chandelles des Rois y font fbuvent bigarrées de différentes couleurs.
- Le fuif prend très-bien la teinture du verd-de-gris, celle de l’Orcanette, du bois d’inde, de l’indigo, &c. Si l’on veut fe contenter de colorer fuperficiei-lement les chandelles, on paffè, avant que leur fuif foit entièrement raffermi, & au fortir du moule, quelques traits de ces fuifs colorés & fondus fur la fuper-
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- ficie ; ou, Il Ton veut que la teinture foit répandue dans la fubftance du fuif,
- on remplit de petites mefures avec des fîiifs de différentes couleurs pour en
- faire des jettées qui fe trouvent dans le moule les unes fur les autres.
- £
- 8°, On diftingue les différentes efpeces de chandelles, foit moulées, foit plongées, ou par le nombre qu'il en faut pour faire une livre , ou par les uCages auxquels on les employé le plus ordinairement. Ainfi on vend des chandelles moulées des quatre à la livre : ce font les plus groffes. Au-deflbus, ce font des cinq, ou des fix, ou des huit, ou des dix : les plus petites que Ton faffe en moulées font des douze ; mais dans la plupart de ces efpeces, il y en a de longues 8c de courtes.
- Dans les chandelles plongées, il y en a des quatre, des fix, des huit, des dix, des douze, des feize, des vingt-quatre, 8c d'autres encore dont il faut un plus grand nombre pour faire une livre. Plufieurs de celles-là fe divifènt encore f comme les moulées, en longues 8c en courtes. Outre cela on fait des cham déliés à deux meches, qu'on nomme de Cordonnier ; d’autres fort groffes & aune meche, qu'on nomme de Savetier ; d'autres groffes & courtes, qu'on nomme de Brodeur ; d’autres petites 8c menues, qu’on appelle de Carrier ; d’autres longues Sc menues, qu’on nomme de veille, &c.
- 90, Quand les moules font bien faits, les chandelles qu’on en tire ont affez exactement le poids qu’on defire ; mais on ne peut pas parvenir à cette préci-fion pour les chandelles plongées. Comme dans chaque Fabrique la longueur des meches eft affez exactement déterminée pour chaque forte de chandelles, les Ouvriers ne courent point de rifque de fe tromper fur la longueur des chandelles ; mais, quant à la groffeur, ils ne font guidés que par le coup d’œil qu’une longue habitude rend affez exact. Quoiqu’on pefe quelques chandelles avant de les finir, il n’y a point de Chandelier qui ne convienne qu’il n’arrive qu’à peu près au poids qu'il fe propofe de donner à les chandelles plongées. Cette petite différence ne peut produire d'inconvénient que pour le petit détail ; car, pour les provifions, on doit acheter les chandelles au poids, &non pas au nombre, j
- io°, Voici une Table où nous marquons, pour les différentes efpeces de chandelles : i°, la longueur des meches : 20, le nombre de fils de coton qui forment leur groffeur : 3% la groffeur ou la circonférence de ces différentes efpeces de chandelles auprès du colet & au bas.
- Je préviens que toutes ces dimenfions font bien fujettes à erreur ; mais ce font des à-peu-près qui d'abord pourront guider, & qui enfuite feront rectifiés par des épreuves, d’autant que les chandelles qu’on prend chez un Marchand n’ont jamais exactement la même longueur ni la même groffeur que celles quon acheté chez un autre.
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- ESPECES DE CHANDELLES. Longueur des meches. Nombre des \fils de coton. Circonférence aupr.du colet. Circonférence S en bas. |
- Moulées des 4. !
- Moulées des 12 pouces. 34 29 lignes. 1 lignes.
- Moulées des 6 I I T 30 28 2 p
- Moulées des 8. ........ IO - 2 2 24 2Ï
- Moulées des 10. IO 16 23 24
- Moulées des 12. ........
- Plongées des 4 à 2 meches, dites de Cordonnier. IO\ S 01 gros 30 37
- Plongées des 4 à une meche, dites de Savetier. 11 36 f coton. 33 36
- Plongées des 6 longues. ...... 11 22 27 29
- Plongées des 6 courtes. ...... 8i 34 3 1 34
- Plongées des 8 longues. IO ! 18 24 26
- Plongées des 8 courtes. ...... 8 4 22 2 6 30
- Plongées des 10 longues 9\ 16 22 2S
- Plongées des 10 courtes. ...... 7 t à 8 18 28 28
- s Plongées des 12 longues. .. . . . "8 i à £ 12 18 23
- S Plongées des 12 courtes. ...... 7 16 23 2S
- ! Plongées des 16 longues. ...... 8 . 12 18 21 * N '
- Plongées des 16 courtes 16 21 2S
- Plongées des 24 6i 8 *7 19
- Plongées des 8 , dites de veille. .... *4 8
- Plongées des 10 , dites de veille IS T 8
- Plongées des 16 , dites de veille. . . . 12 8 ,
- Plongées des 8 , dites de Brodeufes. 7
- I Plongées des 12 , dites de Brodeufes. . .
- 11% On fait allez communément en Angleterre des chandelles avec du blanc de baleine, & on en a fait auffi en France. Ces chandelles ne Tentent point mauvais ; elles répandent une très-belle lumière, & elles éclairent bien. Ce qui diminue de leur prix, efl qu’on les fait avec du blanc de baleine rance qui n’eft plus bon pour la Médecine.
- On pouroit auffi faire des chandelles avec du beurre de Cacao, s’il avoit plus de confiftance, & s’il étoit moins cher. On a apporté de Cayenne des chandelles fort grades faites avec un fuif végétal qu’on retire des fruits d’une efpece de Muicadier nommé Aouaroufî : mais cette graiife prend en vieilliflànt une affez mauvaife odeur ; elle n’eft jamais d’un beau blanc, & elle eft fort grade. Enfin on a propofé de mêler de la cire avec le fuif : je crois bien que les chan^ déliés en feroient meilleures ; mais leur prix en feroit beaucoup augmenté.
- Des marques qui peuvent faire diflinguer les bonnes Chandelles
- des mauvaifes.
- Il faut prêter beaucoup d’attention à la meche; & quoiqu’on ne puide en examiner que le lumignon, il faut voir, autant qu’il eft poffible, fi le coton en ed blanc & net, s’il eft filé fin 8c également, fi tous les fils paroiffent bien rademblés en faifoeau, 8c fi les meches ne font ni trop grolîesni trop menues; car la perfection des meches indue au moins autant que la qualité du fuif fur ia bonté des chandelles. 1
- Il faut enfuite edàyer de connoître fi le fuif eft de bonne qualité : ce qui confifte à etre blanc, luifant 8c fec; il ne doit avoir qu’une légère odeur
- de fuif :
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- cfe feif : les fuifs qui font gras au toucher, qui ont une odeur de corruption ou de grillé, ainfi que ceux qui font bruns ou jaunâtres, ou qui ont un œil roux , ne valent rien. La fuperficie des chandelles moulées doit être luifante, 8c n’être point Farineufe ; les chandelles plongées ne font jamais auffi luifantes que les moulées ; mais elles doivent être prefque cylindriques. C'eft un défaut à ces fortes de chandelles d'être fort groifes par le bas & très-menues par en-haut, Comme la plupart des chandelles plongées font fourrées de mauvais fùif, qu'on couvre aux dernieres plongées avec du beau fùif, il faut rompre une chandelle, ou enlever avec un couteau une portion du fùif de la fùperficie, de l'épailfeur de deux ou trois lignes, afin d'examiner fi le fùif intérieur eft plus bis & plus gras que celui de deifus.
- Pour bien juger de toutes ces chofes, il eft bon de comparer les chandelles qu’on veut acheter avec d'autres qu’on aura reconnu être de bonne qualité ; mais le plus fur eft d'en faire la comparaifon en les allumant. Pour qu'elle foie exaCte, il faudra prendre des chandelles de même poids, 8c fur-tout de même grofleur : il faudra, autant qu’il fera poffible, que les meches -{oient pareilles : on les brûlera dans un même lieu où l'air ne foit point agité : pour comparer la vivacité de leur lumière, on fera pafler la lumière de l'une 8c de l’autre par une fente d'un demi-pouce de largeur qu’on fera dans une planche , 8c qu'on recevra fur un carton blanc à une petite diftance l’une'de l'autre ; la blancheur des parties éclairées fera juger delà vivacité de la lumière. Enfuite on divi-fera par pouces une certaine longueur des chandelles, & celle qui fe confia-mera plus lentement fera réputée être do meilleur fuif. On examinera auffi fl l’on fera obligé d’en moucher une plus fou vent que l’autre : j’ai vu d'excellentes chandelles qui bruloient comme la bougie, & qu'il ne falloir prefque pas moucher. Enfuite ne les ayant pas mouchées trop court,on les tranfportera d'un lieu à un autre, fans trop les agiter, pour connoître fi l'une coule plus que l'autre : enfin on les faufilera dans deux chambres féparées ; car il y a des chandelles qui en fumant répandent une très-mauvaife odeur, au lieu que l'odeur des excellentes chandelles eft peu déplaifante.
- Quelques Particuliers font depuis peu parvenus à donner une grande perfection à la fabrique des chandelles, & j'en ai vu qui approchoient beaucoup de la bougie ; mais comme j'ignore en quoi confiftent les préparations qu’ils ont données au fùif, je ne puis dire autre chofe, finon que les meches font faites d'auffi beau coton que celles des meilleures bougies.
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- EXPLICATION DES FIGURES.
- PLANCHE L
- Figure i. A 9 Séchoir. Le féchoir eft ordinairement placé fur une foupente au bout de l’attelier. On y voit des perches aa qui font attachées aux folives avec des cordes, 8c c’eft for ces perches qu’on étend les graiffes fanguinolentes qui fortent de l’animal : il faut que le féchoir foit percé de grandes fenêtres, pour que le vent le traverfe de toutes parts. *
- Figure 2. Hachoir. C’efl: une forte table de cuifine C, for laquelle on met le foif en branche au fortir du féchoir, 8c un Garçon Boucher le coupe par morceaux avec un fort couperet D qu’on nomme hachoir. Il met la graifle ainfi coupée dans une manne B, pour la porter à la chaudière.
- Figure 5. Grande chaudière de cuivre montée for un fourneau de briques : E, les rebords du fourneau font inclinés vers la chaudière, pour que le foif qui tombe deflus, coule dans la chaudière : G, trous qu’on pratique fur le rebord pour y mettre du plâtre en poudre, dont les Ouvriers frottent leurs mains pour que la graifle ne les empêche pas de manier leurs inftruments : H y bouche du fourneau par laquelle on met le feu & le bois : J, fourgon pour attifer le feu : F, degrés pour élever l’Ouvrier qui travaille à la chaudière : MMy poêles de différentes grandeurs dans lefqueiles on laiffe rafl-feoir le foif au fortir de la chaudière : O 3 chevalet pofé for les bords de la grande poêle : N, bannatte ou panier dans lequel on verfe la graille fondue pour la foparer des membranes. On voit un Ouvrier qui verfe la graifle fondue dans la bannatte avec une grande cuiller L qu’on nomme puifelle : P, pot pour tranfvafer le foif fondu : Q, futaille où on le verfe quand on veut le tranfporter au loin : 5, moules de bois ou jattes, dans iefquelles on verfe le foif fondu.
- Figure 4. V y Preffe dans laquelle on exprime le foif qui refte parmi le marc que la bannatte a retenu : aa9 les jumelles : b9 l’arbre de deflous : c y la mai dans laquelle fe raffemble le foif exprimé, d’où il coule par le gouleau dans la poêle K : d, feau dans lequel on met ce qui fort de la bannatte : e, hauffes ou rondelles de bois qu’on met for le marc : /, le mouton qui appuie fur les hauffes : g, la lanterne avec fles fufeaux ; elle fert à faire tourner la vis h dans l’écrou u On voit dans la Vignette un Ouvrier qui commence àpreffer, en engageant un levier dans les fufeaux de la lanterne. Pour augmenter la pref-fion, on roule un cable fur la lanterne, & on établit un treuil vertical vis-à-yis la preffe ; mais cela n’eft pas repréfenté.
- Au-deffous de la Vignette qui repréfonte l’attelier en entier, on voit en
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- L (fig. y) les puifelles de différentes formes 8c grandeurs; ce font de grandes cuillers de cuivre qui fervent à tranfvafèr le ffiif.
- Figure 6. Les jattes s, ou moules de bois dans lefquels on verfe le fuif fondu, pour en former des pains, qu’on nomme mefures.
- Figure 7. R, Ecuelle qui fèrt à verfer le fuif dans les moules.
- Figure 8. Couteau courbe pour gratter le fuif figé par-tout où il fe rencontre.
- Figure 9. D, hachoir qui fert à couper le fuif en branche.
- Figure 10. Coupe verticale de la grande chaudière y fig. 3 : E, la chaudière de cuivre dont le fond eft comme un œuf : ab, maçonnerie qui forme le fourneau : c, la fournaife : d , rebords de la maçonnerie qui s’inclinent vers la chaudière : K y tuyau pour la fumée : F, degrés pour élever l’Ouvrier.
- ' Figure il. Coupe horizontale du fourneau (fig. 3) : E, la chaudière : d * rebords de maçonnerie : H, bouche du fourneau par laquelle on met le bois : K y tuyau pour fiffue de la fumée : F, degrés pour élever l’Ouvrier.
- Figure 13. La preffe V (fig. 4) repréfentée plus en grand, & vue de face i a a y les jumelles : h b, l’arbre de deffous qui porte la mai ; comme il doit réfif-ter à la jpreffion, 6n le fait de bon bois & fort : cc, la mai qui eft une forte piece de bois affez étendue pour recevoir le feau, 8c même l’excéder de toutes parts deplufieurs pouces. Elle eft creufée afin quelle ait des rebords qui arrêtent le fuif qui coule par les trous du feau. Elle a une anche ou gouleau /. K y eft une poêle de cuivre qui eft deftinée à recevoir le fuif qui coule de la mai par l’anche l : ddy le feau; il eft formé intérieurement par deux pièces II (figure i4) de fer battu, creufées en gouttière alternativement Il y a des bandes 0 percées de trous, & d’autres p qui font pleines. Ces deux gouttières font pofées à côté l’une de l’autre, pour former un cylindre creux II : de plus, poftérieurement r, & par devant s y il y a des en-dentes qui engrainent les unes dans les autres. Cette cage cylindrique de fer battu ne pourroit pas réfifter à l’effort de la preffion, fi elle n’étoit pas fortifiée par des frettes de fer forgé s (figure 1 y ) qui la foutiennent vis-à-' vis toutes les zones où il n’y a point de trous. Elles fe joignent à charnière, 8c font enfilées par des broches de fer : mais la broche s (fig. 16 ) de la partie poftérieure du leau (jfig. 4 <0° 13 ) ne devant point fortir de fir place, elle eft rivée, au lieu que la broche x qui eft à la partie antérieure, eft terminée en haut par un anneau L Quand on a preffe le fuif & remonté la vis, on tire la broche x par l’anneau /; & les frettes de fer forgé, ainfi que la cage cylindrique de fer battu, s’ouvrent en tournant fur les charnières qui font à la partie s de la cage, & u des frettes, ce qui donne la facilité de retirer le creton & les haufies ^ (fig. 4) ou eey (fig. 13 ) : ce font des rondelles de bois qu’on met les unes fur les autres, pour remplir le feau à mefure que, par la preffion, le marc s’affaiffe & perd de fon volume : ff3 eft le mouton ;
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- il eft formé par une forte piece de bois, dont les extrémités étant reçues dang une grande rainure qui eft dans les jumelles, peut monter ou defcendre, étant emportée par la vis : ggeft une lanterne aflèz grande & forte, qui fert à faire tourner la vis : h eft la vis qui ferve d’autant plus que les pas en font plus fins; ceux de la figure 13 font repréfentés trop gros : ii eft une forte piece de bois dams laquelle eft creufé l’écrou ; elle eft aflemblée par un enfourchement, Sc boulonnée for les jumelles.
- FLANCHE IL
- Figure ï. Un dévidoir ordinaire, que les Chandeliers nomment Tour-nette aux pâlottes.
- Fig uret 2 & 7. Couteau à meche : a a, les pieds de la table : b b, le delfos de la table : c, traverfe qui afîujettk les pieds : d, lame du couteau dont le tranchant regardé le côté b de la table 1 e9 broche de fer qui s’élève, ainfi que la lame, perpendiculairement for la table : f, piece à coulifife qui fert à éloigner ou à approcher la broche e de la lame d, fuivant la longueur qu’on doit donner aux meches : h, bouton qui fert à faire mouvoir la piece à couliffe ; on le nomme le nœud : 2, boulon à vis qui fert à affojettir la piece à couliffe ; la tête de ce boulon eft fouvent fous la piece à couliffe : /, paquet de meches coupées qu’on nomme brochée,,parce qu’à chaque paquet, il y a la quantité de meches qu’il faut pour garnir une broche ou baguette. A, le panier aux pe-lottes pofé for fon efcabeau.
- Figure 3 & 8. Dépeçoir : aa, la table à dépecer : le derrière & les côtés font garnis de rebords bbb : e, pain de fuif qu’on coupe par morceaux, ou qu’on dépece : d, couteau à dépecer, ou dépeçoir. On voit en e (fig. 8 ) la charnière qui le joint à la table; & en/fon manche que l’Ouvrier tient, comme on le voit (fig. 3 ) : mais fouvent il manie le couteau d’une main, Sc il préfente le foif de l’autre. Quelquefois, au lieu de la charnière du dépeçoir, il y a au bout de la lame un crochet qui entre dans un anneau qui tient à la table : g, eft le panier où il met le fuif dépecé.
- Figure 4. D, eft une cheminée à hotte, fous laquelle on fait fondre le foif :
- la poêle portée par un trépied b : c> eft le couvercle de la poêle ; une poêle qui contient 100 livres de foif, a deux pieds de diamètre for 13 pouces de hauteur. Voyez (jfig. 24 ) la figure des bords de ces poêles.
- Figure 5,9, iq & U. Moule à plonger. Le moule à plonger ou l’abîme (fig. 5 & 11 ) eft un vafe de bois de figure prifmatique, qui doit être aifez exaélement joint pour contenir le fuif fondu : a (figur. 5,9 Sc 11 ) en repré fente un des grands côtés ; ils fe nomment les joues du moule ; elles s’éloignent l’une de l’autre par le haut : b (figures 5, 10 n ) repréfente f ouverture du moule : d, les petits côtés qui font triangulaires, Sc qu’on nomme
- les
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- les têtes du moule ; ils s'élèvent à plomb. Il y a à chaque tête une poignée de bois qui fert à tranfporter commodément le moule : e repréfente le pied ou fabot du moule qui efl formée par un forte piece de bois bordée d'une moulure en forme de doucine, afin que le fuif qui tombe delfus, coule dans l'auge de la tablette. La Figure io repréfente une coupe perpendiculaire à la longueur du moule, pour faire voir la forme tant intérieure qu'extérieure : r, la tablette du moule ; c’efi: une efpece de banquette faite d'un alfemblage de menuiforie. On voit dans la figure io que les bords en font relevés, pour que le fuif qui fe répand fe rende dans une gouttière qui régné tout autour du moule ; s'il fe ren-verfoit beaucoup de fuif, il couleroit par l'extrémité/^(fig. n & 5 ), dans un vafè qu'on y met pour le recevoir.
- Figure 12, efl: un couvercle qu'on met fur le moule, pour empêcher qu'il ne tombe d'ordure dans le fuif fondu.
- Figures 6, 13, 14, iy ér 16. Rogne-cul : il efl: compofé d’un pied de m&-nuiferie (fig. i3 ). Sur le fond/', on met une cage de tôle quarrée c (fig. 6 > jy & 16 ), dans laquelle on place le feu : un cha Sis g (fig. 6,15 Sc 16) porte une platine de cuivre ab dont les bords font relevés, Sc qui porte un gouleau du côté b. C'eft fur cette platine échauffée par le feu qui efl: dans la cage de tôle c, qu'on pofe l'extrémité inférieure des chandelles, ainfi qu'on le voit dans la figure 6. Ordinairement, au lieu de tenir la baguette comme il eftre-préfenté, le Chandelier en repofe un nombre fur le plat de fes deux mains* La Figure 14 repréfente une efpece d’entonnoir ou trémie de bois ee, qu'on pofe fur les bords du pied hh (fig. 13 ) , pour garantir de l'aétion du feu le corps des chandelles. On voit (fig. 6 Sc 16) un vafe d qui efl: deftiné à recevoir le fuif fondu qui coule de defliis la platine a b. La hauteur du rogne-cul, depuis la terre jufqu'au bord de la trémie, efl: de trois pieds.
- Figure 17 repréfente une broche à chandelle chargée de 16 meches plin^ gées ou plongées une fois pour des chandelles des huit à la livre. On voit comme elles y font arrangées : ces broches ont deux pieds fix pouces de longueur.
- Figure 18 repréfente la même broche Sc les mêmes meches qui font plus chargées de fuif, ayant été retournées & remifes.
- Figure ip repréfente la même broche & les mêmes meches, qui, ayant été plongées un plus grand nombre de fois, font plus chargées de foif.
- Figure 20 repréfente les mêmes chandelles achevées Sc colletées.
- Figures 21 Sc 2 2 repréfentent des établis qui font formés par un alfemblage de menuiferie. Les traverfes a a fervent à fupporter les broches ou baguettes par leur extrémité : b b efl: l'égouttoir ou une auge de bois qu'on place au-def-fous de l'établi. A la figure 21, l'étage le plus haut n'efl: pas garni de chandelles, comme il l'efl: à la figure 22.
- Chandelier.
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- S8 ART DU CHANDELIER.
- 'Figure 23 Tepréfente des aîons ou des chandelles en étalage : & au bas une table pour faire les paquets.
- Figure 2 j*, une poêle femblable à a (fig. 4 ), pour faire voir comment en ïbnt formés les bords,
- PLANCHE III.
- Figure 1 , a, chaudière pour fondre le fiiif, montée fur un fourneau de brique : b, la tinette ou la caque de bois cerclée de fer, élevée fur un efcabeau pour qu’on puifle placer fous le robinet c la burette d & le jalot e, pour recevoir le fuif qui pourroit fe perdre en rempMànt la burette : f, un gradin pour élever l’Ouvrier, afin qu'il puilfe puifer avec le pot à fuif g fiiif
- de la chaudière, pour le verfer fur le tamis h.
- Figure 2 , un panier pour tranfporter le fuif dépecé à la chaudière.
- Figure 3 , quatre tables à moules : a, le deifus des tables où les moules font rangés fiir trois files : b, Ouvrier qui jette des chandelles en moules avec la burette qu’il a remplie de fuif fondu au robinet de la tinette : V, la longueur des -moules qu’on voit par le delfous de la table : d, madriers verticaux qui forment les pieds des tables : e3 fortes femelles de bois qui foutiennent les pieds & qui forment comme des focs : f> auges ou égouttoirs qui font defti-nés à recevoir le fuif qui tomberoit par quelque accident de dellus les tables.
- Figure 4, burette pour jetter les chandelles ; elle a une anfe a par laquelle on la porte, un. gouleau b qui prend d’en-bas, & qui s’élève obliquement jufqu’à la hauteur de ce vaifleau ; ce gouleau eft commode pour remplir les moules : c, le corps de la burette : il eft bon que l’ouverture d fait un peu diminuée du coté de d, pour empêcher que le fuif ne fe renverfe quand on jette.
- Figure 5, pot à fuif : c’eft une jatte de cuivre g qui a une anfe a ; fon ufàge eft de tirer le fuif fondu de la poêle ou de la chaudière, pour le verjfer dans la tinette, comme on le voit (fig. 1 ).
- Figure 6 fert à indiquer comment on ajoute un anneau de fil au bout de la meche : a, penne ou bout de fil de trois à quatre pouces de longueur; fes deux bouts étant réunis par un nœud on à l’anneau b, c indique comment on le replie pour former les deux anfes de, dans lefquelles onpalfel’extrémité deiameche, comme on le voit enf; 8c en ferrant le nœud coulant, la meche fe trouve terminée par une anfe de fil ; ce qui eft repréfenté en g : d’autres Chandeliers agilfent autrement, ils plient en deux l’anneau b, comme on le voit en h ; & en le paifant ainfi plié dans l’anfe de la meche k, ils ont les deux anneaux il, dans lefquels palfe le crochet du culot : m, cailfe de bois dans laquelle on met les pennes ou bouts de fils coupés.
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- Figure 7 repréfente un moule à chandelles : aa 9 la tige : b, le colet : dy renflement de la tige qui doit recevoir la partie c du culot. Cette partie c fait comme la douille d’un entonnoir : e en eft la partie évafée ou le pavillon.
- Figure 8 repréfente la même chofe, avec cette différence que le culot e eft mis en place fur la tige : on ne voit point fon tuyau c (fig. 7 ) 9 parce qu il entre dans l’évafement d de la tige.
- Figure 9 repréfente l’aiguille qui fert à pafîer la meche dans le moule : b b 3 la longueur de l’aiguille : ce, la longueur de la meche. On voit en a le crochet de 1’ aiguille où eft paffe l’anneau de fil qu’on attache au bas de la meche : au bout b qui eft ici en bas* l’aiguille eft ordinairement recourbée pour former un demi-anneau qui embraffe le doigt index ; mais on n’a pas pu repréfenter toute la longueur de l’aiguille.
- Figure 10 eft une coupe longitudinale delà figure 8, pour faire voir d’abord comment le tuyau c du culot e entre dans l’évafement à de la tige a, & encore comment la meche eft tendue dans l’axe du moule : g, le lumignon ou l’anfe de la meche qui paflè par le trou du colet b :hh, la meche placée dans l’axe du moule : i} l’anfe de fil qu’on attache à la meche, & qui paffe dans le crochet /du culot : l’efpace ü eft rempli par le fuif qui forme la chandelle.
- Figure 11. Quand le fuif eft refroidi, on tire la chandelle du moule, en élevant le culot ; c’eft ce qu’on a repréfenté par la figure 11 : aa, la chandelle : b ? fon colet : g, fon lumignon : c, le tuyau ou la douille du culot : e, l’éva-ferment ou le pavillon du culot : on a fuppofé la chandelle rompue au ras de la douille du culot.
- Figure 12 repréfente un moule pour faire ces chandelles cannelées qu’on nomme chandelles des Rois : e, le pavillon ou l’évafement du culot : c, le tuyau ou la douille du culot : fy la lame de fer triangulaire qui porte le crochet qui doit foutenir la meche. Il faut remarquer ici que le crochet eft fiipporté par un triangle de métal > qui eft foudé à l’intérieur du pavillon e du culot ; à la ' figure 10, le crochet eft à l’extrémité d’une broche recourbée, a a, Tige du moule : on l’a ouvert dans la moitié de fa longueur > pour faire voir comment le moule eft relevé en dedans d’arrêtés qui forment les cannelures : h , le colet : d, l’évafement de la tige pour recevoir la partie c du culot. Ces chandelles font ordinairement fort longues ; mais on a raccourci le moule pour le faire tenir dans la planche.
- Figure 13 , une chandelle cannelée tirée du moule.
- Figure 14 eft deftinée à faire voir comment les moules font placés fur leur table : a, une portion du deflus de la table : ab, l’épaiffeur de cette table. Les lignes ponctuées marquent les trous qui font faits dans cette table pour recevoir les moules. On voit que les tiges c entrent dans ces trous, fans réliftance, ju%’ au renflement d qui repofe fur la table.
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- 4o ART DÛ CHANDELIER.
- Figmr T j1, une terrine : la meche a qui eft d’étoupe imbibée de fuif 8c de térébenthine, eft retenue au fond de la terrine par une petite motte de glaife. On remplit ces terrines avec du petit fuif prefque pur : il fe confume aflez vite ; mais il répand une lumière vive.
- Figure 16, lampions : iis font faits de fer blanc, & il y en a de différentes formes : a9 godet du lampion : b, queue par laquelle on attache le lampion. On voit au milieu du godet une meche, qui eft un bout de bougie, dite Rat de cave, qui eft retenue par une pointe foudée au fond du godet.
- EXPLICATION
- De quelques Termes propres à l’Art du Chandelier.
- A
- A B is ME. Voyez Moule.
- Achever, c’eft faire l’avant - derniere plongée.
- Aiguille a meche, eft un fil de fer qui porte à un de fes bouts un crochet. Son ufage eft d'enfiler la meche dans les moules à chandelles.
- Ai on s. Endroits où les Chandeliers pendent leurs chandelles dans leurs boutiques.
- B
- BéCheveter. Ce terme eft en ufage da ns plu fleurs Arts : c’eft mettre foit des chandelles, foit des fagots, des bottes de paille, &c , moitié dans un fens , ôt moitié dans un autre ; c’eft-à-dire, bout pour bout : ainfi dans un paquet de douze chandelles, les meches de fix chandelles répondent à l’extrémité oppofée des fix autres.
- Boulé e. Craffe du fuif qui fe précipite au fond des vafes remplis de fuif fondu.
- Broche. Les Chandeliers appellent Bro-che à chandelle ce qu’on nomme communément Baguette : c’eft efleélivement une baguette grofle comme le petit doigt, & de deux pieds ôt demi de longueur, qui porte les meches des chandelles plongées.
- Le couteau à meche porte aufli une broche de fer qui s’eleve verticalement, ôt qui fert à former l’anfe de la meche. ~
- C
- Caque ouTi nette : c’eft un baquet de bois cerclé de fer, dans lequel on laide fe repofer ôt fe rafleoir le fuif fondu qui eft jdeftiné pour les chandelles moulées.
- Chandelle. Cylindre de fuif dans l’axe duquel eft une meche de coton qu’on allume pour s’éclairer.
- On diftingue les chandelles d’abord en moulées ôt en plongées , qu’on nomme aufli à la broche ou à la baguette. Les unes ôt les autres fe diftinguent encore par le nombre qu’il en faut pour former une livre : il y en a des quatre , des fix, des huit, ôte. Les différentes chandelles fe diftinguent encore par l’ufage le plus commun qu’on en fait : ainfi on dit des chandelles de C ordonnier, de Savetier , de Brodeur 3 de Carrier , de veille y &c. Les chandelles qu’on nomme des Rois , font cannelées.
- Collet. S’il s’agit d’une chandelle, c’eft la partie qui eft tout auprès du lumignon; s’il s’agit des moules, c’eft la partie conique qui eft oppofée au culot, ôt qui forme le collet de la chandelle.
- Colleter ou combler , c’eft donner la derniere plongée aux chandelles à la broche.
- Couteau ameche, coupoir ou banc à couper les meches. C’eft un infiniment avec lequel on coupe les meches de la longueur qu’on veut.
- C R e t o n. Ce font des pains formés par les membranes dont on a retiré le fuif par la preffe. On en nourrit les chiens ôt la volaille.
- Culot. Sorte d’entonnoir qui fait partie des moules à chandelle.
- D
- Dépecer le fuif, c’eft couper les pains de fuif par morceaux avec un couteau à charnière, fur une table qu’on nomme à dé~ pecer.
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- ART DU CHANDELIER.
- £
- Établi : c’eft un bâtis de Menuiferie qui porte des traverfes fur lefquelles on pofe les baguettes chargées de chandelles au fortir du moule , pour que le fuif fe refroidifTe ,ou, comme difent les Chandeliers, s*ejjore.
- G
- Glacer la boulée $ c’eft la faire fondre pour en retirer le bon fuif, qui fe portant à la fuperficie, y forme comme une glace.
- H
- Hachoir. Grand couteau ou couperet qui fert à couper par petits morceaux le fuif en branche.
- J
- Jatte. Vafe de bois où les Bouchers jettent leur fuif fondu.
- L
- Languette. Morceau de cuivre qui eft foudé dans le culot des moules : fon extrémité forme un crochet qui fondent les meches dans l’axe du moule.
- M
- Meche. Faifceau de fils de coton qui eft dans l’axe de la chandelle, & qui fert à entretenir le feu.
- Mesure. Voyez Jatte.
- Mettre prés, eft une des dernieres plongées.
- Moule. Les Chandeliers donnent très-à-propos ce nom à des tuyaux de métal dans lefquels on verfe le fuif pour faire les chandelles moulées.
- Ils appellent auffi moule une auge de bois qu’on remplit de fuif, pour faire les chandelles plongées ; mais ce nom eft impropre, puifqu’un réfervoir ne peut être un moule : c’eft pourquoi nous avons fouvent employé le terme d’Abîme, quon donnoit autrefois à ce vaiffeau.
- P
- Pennes. Bouts de fils que les TifTerands coupent à l’extrémité de leurs pièces de toile. Les Chandeliers les achètent à bon marché , pour faire une anfe de fil au bout des meches de leurs chandelles moulées, ou
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- pour lier par paquets d’une livre les petites chandelles.
- Petit suif, ou suif de tripes: c’eft la graifle qui fe fige fur, le bouillon où l’on a fait cuire des tripes.
- Plonger. Tremper les meches ou les chandelles commencées dans du fuif fondu : les Ouvriers difent plinger.
- PlongeurEjOu plingeure, c’eft la première plongée ou plingée.
- Poele. Grande chaudière de cuivre : on n’emploie le terme de chaudières que pour celles dans laquelle les Bouchers font fondre leurs grailles ; ou quand elles font montées fur un fourneau de maçonnerie.
- Presse. Sorte de prelfoir pour exprimer le fuif qui refte engagé dans les membranes , & le féparer du creton.
- Puiselles. Grandes cuillers qui ont un long manche de bois : elles fervent à tranf-vafer le fuif d’un vaiffeau dans un autre.
- R
- R a t 1 s. Graille qu’on retire des inteftins : ce mot vient, je crois, de ce qu’on ratifie les inteftins pour avoir cette graifle.
- Remise : c’eft ainfi qu’on nomme la troifieme plongée.
- Retournure: c’eft la fécondé pion-gée.
- Rognoir ou Rog ne-cul. Fourneau qui fert à retrancher au bas des chandelles le fuif qui excede la meche, & à applatir cette partie.
- S
- Sabot. Socle ou pied de l’abîme qu’on nomme communément le moule , & qui eft une auge prifmatique qu’on remplit de fuif.
- Sain. Graifle des inteftins du Cochon 9 qu’il eft défendu de faire entrer dans le fuif.
- Suif. Graifle fondue & dépurée : néanmoins on appelle Suif en branche la graifle renfermée dans fes membranes, ôc qu’on a expofée à l’air, pour deffécher le fang & la lymphe. *
- Suif de tripes. Voyez Petitfuif
- T
- Tableamoules. Forte table percée de trous dans lefquels on pafle les moules.
- T R E m P e eft fynonyme de plongée.
- ADDITIONS.
- On m’a alluré qu’en Italie on jettoit les chandelles dans des moules de cryftal, ôc que la fuperficie de ces chandelles en étoit bien plus unie.
- La plus belle chandelle moulée que j’aye vu, vient de Bernay en Normandie, fabriquée par le fieur Hubert des Cours.
- Fin de CArt du Chandelier.
- Chandelier. L
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- Pl. U.
- Pa/te J’c.
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- Chande/lier.
- Pi. IU.
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